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1
p. 5-15
LE RUISSEAU AMANT, A LA PRAIRIE.
Début :
Quant à vos Amies qui trouvent mauvais que dans les / J'ay fait pour vous trouver un assez long voyage, [...]
Mots clefs :
Ruisseau, Prairie, Torrents, Source, Trésors
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texteReconnaissance textuelle : LE RUISSEAU AMANT, A LA PRAIRIE.
uant à
A
GALANT. 5
vos Amies qui trouvent mau- vais que dans les Fléches de l'A-- mour on ait pretendu que l'Or euſt une vertu infaillible pour adoucir la fierté desBelles , voicy une declaration en forme qui leur fera connoiſtre qu'on ne ſe fert pas toûjours des meſmes moyens pour réüſſir. Elle est d'un Amantqui pour gagner les bonnes graces de ſa Maîtreſſe,
ne trouve que de l'eau à luy of- frir. Comme l'offre eſt fort extraordinaire , le genre d'Amant l'eſt de meſme. C'est un Ruiffeau qui est devenu amoureux d'une Prairie. Unpeud'audian- ce, je vous conjure. Tout froid qu'il eſt ( car les Ruiſſeaux le font naturellement ) il debite ſes raiſons d'aſſez bonne gracepour meriter que vous l'écoutiez. Si quelqu'un dans voſtre Province
A iij
6 LE MERCVRE
(
-eſt embarraffé de l'Allégorie ,
-dites-luyqu'elle ne luy doit fai- re aucune peine , & que par ces Torrens qui font du fracas &dont les eaux ſe tariffent in- continent , il eſt aiſé d'enten- dre ces Amans qui fontd'abord de fi ardentes proteftations , &
qui ne ſçavent ce quec'eſtque d'aimer avec conſtance.
નોરલ
LE RVISSEAU
ΑΜΑΝΤ ,
A LA PRAIRIE.
J'Aylongfaitvoyage pour,vous trouver un affez.
Mon aimable Prairie , enfin je viens àvous ,
Recevezun Ruiffean dont lefort leplus doux
GALANT.
Serade voirſes eaux couler pourvostre usage.
C'est dans ceſeul espoir quesans aucun
repos, :
,
Depuis quej'ayquitéma Source ,
L'ay toûjours jusqu'icy continué ma course,
Toûjours roulé mespetits flots.
D'un coursprécipitéj'ay paſſé des Prai- ries
Où tout autre Ruiſſeau s'amuse avec
plaifir ;
Jen'ay point serpenté dansles Routes fleuries ,
Ien'enavois pas le loiſir.
Tel que vous me voyez , sçachez, ne vous déplaiſe,
(Car il est bon desefaire valoir )
Queplus d'une Prairie auroit esté bienaife De me donner paſſage,&de me rece- voir.
A iij
8 LE MERCVRE
Mais ce n'estoit pas là mon compte,
P'en fuſſe un peuplus tard arrivé dans
ceLien,
Etpar unefuite affez prompte ,
Gazoüillantfierement ,je leur diſoisadien.. :
Ilfautvousdire tout,lafeinte est inutile
I'en trouvois la plupart dignes de mes -refus;
Les unes entre nous,ſont d'accésfifacile,,
Que tous Ruisseaux y font les bien:
ورية
venus.
Ellesveulent toûjours en avoirun grand nombre ,
Etmay dans le grand nombre aussi - tost
je me pers ;
D'autresfont dans des lieux un peu trop
découverts ,
Et moy j'aime à couler à l'ombre.
L'estois bien inspiré de megarder pour
vons ;
GALANT.
:
9
Vous eſtes bien monfait ,jeſuis affez le voſtre ;
Mais aussi ,moy reçen ,n'en recevez
こ
point d'autre ,
Car jesuis un Ruiſſean jaloux.
Acela pres, qui n'estpas un grand vice,
l'ay d'affez bonnes qualitez
Ne craignez pas que jamais je tariffe,
Iepuis défier les Etez.
Ieſcay que certaines Prairies D'un Ruiffeau comme moy ne s'accom modent pas ; Ad Illeur faut ces Torrens quifont tant de fracas,
Mais fort ſouvent on voit leurs eaux
taries.
Mon cours entout temps est égal ,
Ieſuis tranquille &doux,nefais point
de ravage ;
Deplus ,je viens vousfaire hommage D'une eau pure comme cristal....
Il est telle Prairie,&peut-eſtre affez belle دو
A V
10 LE MERCVRE
د
Aqui leplus petit Ruiffean ,
Suivantſapente naturelle N'iroit jamais porterdeux goutes d'eau,
Amoins que détournépar un chemin
nouveau ,
Elle n'en amenaſt quelqu'un juſque chez
elle.
Mais pour vous ,sans vous mettre en frais ,
Sans vousfervir d'un pareil artifice ,
Vous voyez des Ruiſſeaux qui viennent
tout exprés Vous faire ofre de leur ſervice ,
Et le toutpourvos intéreſts.
Apreſent ,je l'avonë , on vous trouve agreable ,
Vous donnezduplaisir auxyeux;
Mais avecun Ruiſſeau ,rien n'est plus véritable ,
Que vous en vaudrez beaucoup mieux.
Decent Fleur, qui naiſtront vous vous
verrez ornée,
Ievous enrichiray deces nouveauxTré- fors,
GALANT. II
Et voustenant environnée ,
Avec mes eauxje munirayvos bords.
Reposez-vous sur moyduſoin de lesdé.
fendre;
Aquoyplus fortement puis-je m'inte.
reffer ?
Déja meſme en deux Bras iem'apreste àmefendre,
Pour tâcher de vous embraffer.
Mes ondes lentement de toutesparts errantes
Nepourrontde ce Lieu se résoudre à
partir;
Etquand i'aurayformé cent Routes di- férentes ,
Ie meperdray chez vous,plutoſt que d'enfortir.
Iesens, iesens mes eauxqui boüillonnentde ioye ,
Deles tantreteniràlafin ieſuis las ,
Ellesvontse répandre , & se faire une
voye,
Iln'estplus tempsàvous den'y conſentirpas.
4
Avj
A
GALANT. 5
vos Amies qui trouvent mau- vais que dans les Fléches de l'A-- mour on ait pretendu que l'Or euſt une vertu infaillible pour adoucir la fierté desBelles , voicy une declaration en forme qui leur fera connoiſtre qu'on ne ſe fert pas toûjours des meſmes moyens pour réüſſir. Elle est d'un Amantqui pour gagner les bonnes graces de ſa Maîtreſſe,
ne trouve que de l'eau à luy of- frir. Comme l'offre eſt fort extraordinaire , le genre d'Amant l'eſt de meſme. C'est un Ruiffeau qui est devenu amoureux d'une Prairie. Unpeud'audian- ce, je vous conjure. Tout froid qu'il eſt ( car les Ruiſſeaux le font naturellement ) il debite ſes raiſons d'aſſez bonne gracepour meriter que vous l'écoutiez. Si quelqu'un dans voſtre Province
A iij
6 LE MERCVRE
(
-eſt embarraffé de l'Allégorie ,
-dites-luyqu'elle ne luy doit fai- re aucune peine , & que par ces Torrens qui font du fracas &dont les eaux ſe tariffent in- continent , il eſt aiſé d'enten- dre ces Amans qui fontd'abord de fi ardentes proteftations , &
qui ne ſçavent ce quec'eſtque d'aimer avec conſtance.
નોરલ
LE RVISSEAU
ΑΜΑΝΤ ,
A LA PRAIRIE.
J'Aylongfaitvoyage pour,vous trouver un affez.
Mon aimable Prairie , enfin je viens àvous ,
Recevezun Ruiffean dont lefort leplus doux
GALANT.
Serade voirſes eaux couler pourvostre usage.
C'est dans ceſeul espoir quesans aucun
repos, :
,
Depuis quej'ayquitéma Source ,
L'ay toûjours jusqu'icy continué ma course,
Toûjours roulé mespetits flots.
D'un coursprécipitéj'ay paſſé des Prai- ries
Où tout autre Ruiſſeau s'amuse avec
plaifir ;
Jen'ay point serpenté dansles Routes fleuries ,
Ien'enavois pas le loiſir.
Tel que vous me voyez , sçachez, ne vous déplaiſe,
(Car il est bon desefaire valoir )
Queplus d'une Prairie auroit esté bienaife De me donner paſſage,&de me rece- voir.
A iij
8 LE MERCVRE
Mais ce n'estoit pas là mon compte,
P'en fuſſe un peuplus tard arrivé dans
ceLien,
Etpar unefuite affez prompte ,
Gazoüillantfierement ,je leur diſoisadien.. :
Ilfautvousdire tout,lafeinte est inutile
I'en trouvois la plupart dignes de mes -refus;
Les unes entre nous,ſont d'accésfifacile,,
Que tous Ruisseaux y font les bien:
ورية
venus.
Ellesveulent toûjours en avoirun grand nombre ,
Etmay dans le grand nombre aussi - tost
je me pers ;
D'autresfont dans des lieux un peu trop
découverts ,
Et moy j'aime à couler à l'ombre.
L'estois bien inspiré de megarder pour
vons ;
GALANT.
:
9
Vous eſtes bien monfait ,jeſuis affez le voſtre ;
Mais aussi ,moy reçen ,n'en recevez
こ
point d'autre ,
Car jesuis un Ruiſſean jaloux.
Acela pres, qui n'estpas un grand vice,
l'ay d'affez bonnes qualitez
Ne craignez pas que jamais je tariffe,
Iepuis défier les Etez.
Ieſcay que certaines Prairies D'un Ruiffeau comme moy ne s'accom modent pas ; Ad Illeur faut ces Torrens quifont tant de fracas,
Mais fort ſouvent on voit leurs eaux
taries.
Mon cours entout temps est égal ,
Ieſuis tranquille &doux,nefais point
de ravage ;
Deplus ,je viens vousfaire hommage D'une eau pure comme cristal....
Il est telle Prairie,&peut-eſtre affez belle دو
A V
10 LE MERCVRE
د
Aqui leplus petit Ruiffean ,
Suivantſapente naturelle N'iroit jamais porterdeux goutes d'eau,
Amoins que détournépar un chemin
nouveau ,
Elle n'en amenaſt quelqu'un juſque chez
elle.
Mais pour vous ,sans vous mettre en frais ,
Sans vousfervir d'un pareil artifice ,
Vous voyez des Ruiſſeaux qui viennent
tout exprés Vous faire ofre de leur ſervice ,
Et le toutpourvos intéreſts.
Apreſent ,je l'avonë , on vous trouve agreable ,
Vous donnezduplaisir auxyeux;
Mais avecun Ruiſſeau ,rien n'est plus véritable ,
Que vous en vaudrez beaucoup mieux.
Decent Fleur, qui naiſtront vous vous
verrez ornée,
Ievous enrichiray deces nouveauxTré- fors,
GALANT. II
Et voustenant environnée ,
Avec mes eauxje munirayvos bords.
Reposez-vous sur moyduſoin de lesdé.
fendre;
Aquoyplus fortement puis-je m'inte.
reffer ?
Déja meſme en deux Bras iem'apreste àmefendre,
Pour tâcher de vous embraffer.
Mes ondes lentement de toutesparts errantes
Nepourrontde ce Lieu se résoudre à
partir;
Etquand i'aurayformé cent Routes di- férentes ,
Ie meperdray chez vous,plutoſt que d'enfortir.
Iesens, iesens mes eauxqui boüillonnentde ioye ,
Deles tantreteniràlafin ieſuis las ,
Ellesvontse répandre , & se faire une
voye,
Iln'estplus tempsàvous den'y conſentirpas.
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Avj
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Résumé : LE RUISSEAU AMANT, A LA PRAIRIE.
Le texte est une lettre poétique dans laquelle un ruisseau s'adresse à une prairie qu'il aime. Le ruisseau se décrit comme un amant déterminé à atteindre la prairie, soulignant sa constance et sa persévérance. Il mentionne avoir refusé d'autres prairies, soit parce qu'elles étaient trop faciles d'accès, soit parce qu'elles étaient trop exposées. Le ruisseau se distingue par ses qualités : il est constant, doux et ne tarit jamais, contrairement aux torrents qui, bien que bruyants, finissent souvent par se tarir. Il promet à la prairie de l'enrichir et de l'ornementer avec ses eaux pures, et de protéger ses bords. Le ruisseau exprime son désir de se répandre et de se perdre dans la prairie, manifestant ainsi sa passion et sa dévotion.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 71-104
LETTRE Ecrite à M. M. M. sur la nouvelle découverte d'une nouvelle source d'Eau Minerale, faite à Aix en Provence.
Début :
MONSIEUR, Pour vous donner quelque éclaircissement sur la nature & [...]
Mots clefs :
Eau, Maladies, Eaux , Chaleur, Sel, Aix-en-Provence, Nature, Boire, Vertu, Malades, Effets, Vitriol, Esprit, Nitre, Source, Été, Eaux minérales, Lymphe, Huile, Fontaines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE Ecrite à M. M. M. sur la nouvelle découverte d'une nouvelle source d'Eau Minerale, faite à Aix en Provence.
LETTRE
Ecrite à M.M.M.fur lanou
velle découverte d'unenou
velle fource d'Eau Minera
le , faiteà Aix enProvence.
MONSIEUR,
Pour vous donner quelque
éclairciffementfurlanature fur
les proprietez de l'Eau chaude
qu'on vient de découvrir dans la
ville d'Aix, je dois vous dire ce
qui s'eſtpaſſé ausujet de cette dé
ប
couverte , &yajouterles expe
riences quej'en ayfaites pour en
développer lesprincipes , eftimant
72 MERCURE
qu'iln'enfautpas davantagepour
vous, Monfieur, dont le difcer
nement eft fi furfur tout ce qui
concerne la Medecine.
Fe
ne m'arrêterai pas à vous
décrire la fituation & la beauté
de cetteVille , nycelle defonterri
toiresyaiantfait vos études pris
tous vosdegrez; vousfçavez auffi
bien que moy, qu'elle abonde en
cées :que
tout ce qui eft neceffairepour paf
ferla vie avec douceur: queles
rues enfontgrandes & bienper
les édifices enfontfomp
tueux, & qu'ony voit encore
de
;
fortbeaux reftes de l'Antiquité
fsavoir,Tombeaux
,
, Infcriptions
Colomnes
GALANT 73
Colomnes, & autres chofes tres
confiderablesque l'injure du temps
aenpartie ou tout-àfaitruinées.
Strabon rapportequeCaius Sex
tius, General & Conful des Ro
mains , lafit batirl'an 631. dela
fondation de Rome, aprés avoir
foumis ce pays auxRomains , &
qu'il la nomma enlatin , Aquæ
fextiæ,à l'occafon desbainsd'eaux
chaudes qu'il y fit conftruire l'an
avantla naissance de Nôtre Sei
gneur 120.je laiffeauxHiftoriens
ces matieres pour venir à ce que
vousme demandez.
Cettefourcefut trouvée l'Esté
dernier, proche les murailles de
Mars 1705.
G
74 MERCURE
laVille,auquartierdesReverends
Pere del'Obfervance,fouslesde
bris d'uneancienne maison. Ceux
quis'en apperceurent les premiers
latrouverentplus chaude & plus
pure queles autres, dontleshabi
tansfeferventà diversuſages &
qu'on a faitconduire en plufieurs
quartiers de la Villepourfervir à
des tres-belles fontaines & parti
culierementau Cours d'Orbitelle,
ouparlamultitudedestuyaux &
par la varieté des jets d'eau qui
tombent dans de grandsbaffins, el
lesfont l'admiration des étrangers,
leplaifir deceuxqui s'y prome
nent. Dant lætos luderefontes.
GALANT 75
Famaisdécouverte n'aplusfait
debruit; chacunavoulu voircette
eaudansfafource, toutle mon
de enaparlé, ellea eftéapprouvée
de tous ceuxqui aimentla verité;
ceux au contraire qui ont intereft
qu'ellefoit voilée, ont tâché d'en
fairela critique;cependant les cu
resfingulieres, & les effetsavan
tageux qu'un grand nombre de
perfonnes en a reffenti nepermet
tentpas de douterdela vertu & de
l'efficacitéde nôtre cau : En effet
plufieurs malades laffezde mener
unevielanguiffante attirezparla
feulenouveautédela découverte
de toutâge, de toutfexe, & de
Gij
76 MERCURE
toutes conditions , enont bû l'Esté
dernier,mêmedans la Canicule.On
peut dire , quoy qu'ils ayent agi
en celafans aucune confideration
fansavoirégardà la difference
temperamens ny des maladies ,
des
·fans avis de Medecin & dansune
faifon peu convenableàcetteforte
de remede
,
tant
qu'ils ont pour
recouvré leur fanté
par l'uſage de cette Eau , ou du
moins unfoulagement tres-confi
derable. Sic tamen nonluditur
de corio humano.
La reputation de cette Eau ,
fondéefur les effets auffiſurprenans
que falutaires qu'elle produifoit
GALANT 77
人
alors , attiradanscetteVille, l'Au
tomne dernier, un grand nombre,
d'Etrangers, qui ayanttrouvéune
parfaiteguerifonde leurs indifpofi
tions s'enretournerentfort.contents,
enloüant& beniſſant le Seigneur
d'avoirpermisqu'on trouvat dans
le creux d'un rocherunefontainefi
falutaire. Quiconvertit rupem
in fontesaquarum.
Cette eau n'a commencédere
jaillirque quand on a eupercé le
rocherqui la couvroit, &nous ne
fommesredevables de cebien,aprés
Dieu (qui eftfans doute le plus
grand qu'onpuftprocureraux Ci
toyensde cette Fille & àfes voi
Giij
78 MERCURE
fins) qu'auxfoins & aux_ordres
de Mrs les Confuls & Procu
reurs decepays, qui veillent beau
coupplusà ce qui peut eſtre utile
&avantageux au public,qu'à ce
qui concerne leur propre gloire.
Hujus vobis gloria facti jufta
manet.
Ily aprefentement 4. tuyaux
qui dégorgentcette Eau, dans une
cavedécouverte, maçonnéede bri
ques & depierres pouréviter la
preffe des burveurs , & afin que
chacunenpuißeprendrefans s'in
commoder.
Cette Eau eft tres-claire, auffi
de l'eau depluye , ea
auſſi
legere que
GALANT 79
au uffi potable que la meilleure can
defontaine. Elle eft fans aucune
faveur
n'a aucuneodeur ; elle
' eft ny extremement chaude , ny
d'uneſubſtance tres-fubtile , parce
qu'elle n'eft impregnée que des eff
pritsdesminerauxquientrentdans
fa compofition , comme on pourra
voirdans lafuiteparl'analifeque
j'enayfaite; c'estpour cela qu'elle
eft tres-amie de la nature
de
Peftomach , dont elle penetre &
débouche toutes les obftructions .
fortifie toutes les parties en déga
geantleur chaleurnaturelle & en
les rétabliſſantchacune enleurpre
mier temperament ; elle eftdiure
و
Giiij
80 MERCUREر
tique , purgative & quelquefois
fudorifique fuivantles difpofi
tions qu'elle rencontre dans lesfu
jets.
Ily apeude maladies exterieu
res
dans l'habitude du corps
qu'elle nepuiffe emporter , particu
lierementenufantdesanciensbains
qu'on
'on trouve autant admirables
enleurftructure qu'enleursmate
riaux, & dont l'hiftoire nous af
fure que les vertus n'estoientpas
moindres.
GALANT 81
Z
ANALYSE.
Chimique-mechaniquede l'Eau
chaude minerale d'Aix.
Quoique les malades , contens
derecoururer leurfanté, s'inquiet
tent peudefçavoirla quantitépre
cife despartiesminerales. que cette
Éau charrie, ny comments'yfait
la diffolution dumineral quiydo
mine';je croypourtant qu'onl'efti
mera davantage, à mesure qu'on
en découvrira la nature par une
exacte Analyſe , d'autant mieux
que nous fommes dans unfiécle
où l'on nefe contente pas de voirو
82 MERCURE
quelsfontles effets desmedicamens;
mais où l'on veut aufft empenetrer
la cauſe phyſique del'action.
Le raisonnement ne nous mene
pas loin lorfqu'il s'agit d'expli
querla vertudes Eauxminerales,
nosfens font trop groffierspouren
découurirles parties , & la Chy
mie qui eft la Sage-femme qui
aide la nature à produire à de
couvert fes enfantemens , nous
fait feulement trouver presque
dans tous les corps dufel , duſou
fre, dumercure, de l'eau , & de
la terre,
par elle nous nepou
vons connoiftre que leur volati
litéoufixité ; car lefeu dont la
GALANT 83
Chymie fe fert comme d'unique
couteau , remuantparfa grande
activité les parties d'un mixte
en rompt l'union& encontinuant
de les agiter& deles divifer, celles
qui font les plus volatilesfe fe
parentdesautres,
lesplus fixes
demeurent dans lefeu ; maiscette
Analyfe ne fuffit pas pourfaire
connoiftre les vertus effentielles
de noftre eau , il faut employer
d'autres moyens & fe fervir de
la mechanique pourdécouvrir la
nature
lesproprietezdecesprin
cipes que lefeu afeparez. Deforte
ce feroit peu dechofe de tirer
le fel de cette Eau par évapo
que
84 MERCURE
ration , de tirer de cefel l'efprit
les autres principes par des
feuxgraduez; ilfaut les mêler
avec diverfes liqueurs , comme
l'efprit de nitre , de vitriol , la
>
diffolution du fublimé corrofif,
T'huile de tartre par défaillance,
les teintures de rofes, de violetes,
de tournefol,
avec lefang&
la Lymphe des animaux. Par
exemplefiles principes qu'on re
tire de cette Eau fermente avec
l'efpritdenitre ou de vitriol, s'ils
diffolvent lefang& la Lymphe,
on conclut que cefont des alkali,
&qu'ilsen ont les qualitez. S'ils
nefermententpas avec l'esprit de
GALANT 85
nitre ou de vitriol ; mais bien
avec l'huile de tartre par défail
lance , s'ils coagulent le fangou
la Lymphe , onjuge que cefont
des acides, quiproduiront les effets
qui leurfont propres. C'est par
cette double voye que j'ay tâché
de m'affurer d'où nôtre Eau tiroit
Laforce.
Je mis une bonne quantité de
l'Eau de cette nouvelle fource
dans une terrine de grez , où
ayantfait évaporer à un feu lent
toute l'humidité, je diffous les re
fidences dans l'Eau commune, que
je filtray enfuite par un papier
gris , dont je fis encore évaporer
86 MERCURE
toute l'humidité. Il me resta un
fel de couleur rouffe tirantfur le
blanc , qui pique les fibres ner
veufes de la langue comme lefal
pêtre. Fay faitauffi divers mé
langes de cetteEau avecplufieurs
liqueurs minerales, pourobferver
les fermentations & lesprecipi
tations qui en refulteroient.
Je mêlay del'efprit defouffre
avec l'Eau de cette Fontaine qui
s'étoit refroidie , & jefentis d'a
bord une chaleur en maniant la
phiole, je mélay auffi égales par
ties de cette Eau , & de diffolu
tion de couperofe, & je vis au
fonds de la bouteille une precipi
GALANT 87
tation de quelque matiere rouffe.
Du mélange de cette Eau avec
égalepartie de l'Eaude chaux, il
s'enfit une d'une matiere blanchâ
tre.
Cette Eau chaude ne prend
autre couleur par le mélange de
lapoudre de noix degalles , que
celle de la poudre même, que l'ef
prit de vitriol verfépar deſſus
faitpointchanger; ce qui est une
marque qu'elle n'estpas vitrioli
que. Cetteteinture nechangepoint
auffiparl'addition de l'huile de tar
tre faite par défaillance , ce qui
doit nous faire croire qu'elle n'eft
pas alumineufe. Ayant enfuite
88 MERCURE
mêlé de l'esprit de fel commun ,
dufublimé corrofif, dufel armo
niac, chacunfeparement avec nô
treEau; ilneparutaucunchange
mentny encouleur ny en chaleur.
Le fel de l'Eau de cette fon
taine eft different dufel commun.
Ilfermente avec les acides & en
adoucit lespointes. Ny cette Eau,
nyla diffolution defonfel, ny le
fel même jettezfur le laitfroid
oubouillant, ny caufentaucune al
teration fenfible.
On tire par la diftillation de
cette Eau , uneliqueurfpiritueu
fe ; mais on abien de la peine
d'en tirer quelques efprits déga
GALANT 89
gez de leur phlegme ; parce que
Les fubftances mineralesfontfi in
timement & fi étroitement unies
dans les parties de nôtre Eau,
qu'on nepeutprefque point les en
Separer : d'où vient qu'lle eft auffi
transparente qu'uneEau tres pure
tres-fimple.
Il mesemble que de ces expe
riences on peut conclurre, que ce
qui fait la vertu de notre Eau,
eft particulierement un esprit vo
latil nitro-fulfure, qui refulte de
l'union qui fe fait dans la terre
de l'acide de l'air avec des fels
alkali , par le moyen de la fer
mentation
Mars 1705.
des circulations na
H.
90 MERCURE
turelles ; & cet efprit comme un
diffolvant specifique,détache quan
tité departicules fulfurées lesplus
pures, qui rendent cette Eau bal
famique & tres-amie de la natu
re, d'où l'on voit que l'esprit mi
neral dont cette Eau eftimpregnée,
&duquel coulent comme d'un
vitriolique
principe fecond tant d'effets fur
prenanspourune infinitéde mala
dies, n'eft pas un acide purement
mais plutôt nitro
aërien embarraffé dans les pores
desfels alkali.
La chaleur denotreEau vient
des particules falines foufrées
qu'elle rencontre dans fon chemin,
GALANT 91
&qu'elle entraîne avec elle dans
les entrailles de la terre, dont il
fe fait une effervescence qui luy
communique cette chaleur. Cette
opinion eft plus vrai-femblable,
que de dire que la chaleur des
Eaux minerales vient d'unfeu
foûterrain.
A quelles maladies eftpropre
l'Eau chaude d'Aix , &
comment elle opere,
Fay déja dit quedés que cette
fource fuft decouverteune infinité
de perfonnes bûrent de cette Eau
indifferemment pour toutes fortes
Hij
de maladies
92 MERCURE
:
cependant comme
je ne prétens pas la fairepaſſer
pourunremede univerfel , nyéta
blir lefalut de tous les malades.
furfon efficacité , je vais mar
quer les principales dont plufieurs
perfonnes ont eftégueries.
L'indigeftion d'eftomach , l'appe
tit dépravé, diminué ou perdu
Conteſtéreparez, parladiffolution
le denouement des glaires
vifcofitez qu'elle precipite , &
qu'elle entraîneparla voie des in
teftins ,
des
par celle des urines.
Enfinla filtration du fermentſto
machalfefaifant mieuxàtravers
la membrane glandée , l'appetit
GALANT 93
reprendune nouvelle vigueur.
Cette Eau convient aux vo
miffemens qui fuccedent au gon
flement & àl'abondance des ma
tieres craffes qui alterent le fer
ment digeftif, elle fondlesphleg
mes qui embarraſſent la circula
tiondes humeurs:
Les affections du bas ventre.
commelienterie,diffenterie,colique,
ont efté emportées parfon moyen;
parcequ'elledétrempedans fa cour
Je lesfelsbilieux& attrabilaires ,
acres , aigres oufalez , &parfa
vertu balfamique , elle rafermit
Les fibres relachées.
Elle est beacoup plus efficace
94 MERCURE
quetoutes lesautresfourcesd'Eaux
chaudesd'Aixquiont toujours esté
dans une grande eftime pour les
maladies des reins& de la veffie
pourlagravelle, &pour lesdif
ficultez d'uriner , parce qu'elle
entraîne cette matiere terreftre ,
cette craffe , cebolqui eft aifement
converti enfable par l'action du
ferment, elleenleve auſſicetacci
de quifait laftrangurie.
Les pertes defangauxfemmes,
les fleursblanches , & leflux de
fanghemorroidal s'adouciffent ou
ceffent entierement, par le reffer
rementdes humeurs acres.
Les langueurs & défaillances
GALANT 95
provenant de la circulation du
fang, ou de la diffipation des ef
prits , font reparéesparcette Eau;
demême que lestenfionsdel'abdo
men,les hydropifies, l'icleritie ou
jauniffe , lapâleur & laboufif
fure du visage.
Lafciatique, les rhumatifmes,
les contractions desnerfs, lagoute,
les vertiges,l'épilepfie, & ce qu'on
appellecommunement vapeurdans
les paffions byfteriques, hypocon
driaques & fcorbutiques ; toutes
ces maladies ne tirant leur origine
que des nerfs plusoumoinsirritez
picotez,
des efpritsagitez,
diffipez , alterez , ou troublez ,
96 MERCURE
l'ana
peuvent eftre vaincuëspar
logie qu'ily a entre nos efprits &
ceux que noftre Eau contient,qui
font d'une même nature volatile,
balfamique , nitro-aërienne , par
où ilsfontplûtoft réanimez , re
vivifiez, qu'alterez ou détruits ;
&parraportà la caufematerielle
qui est une humeur acre,bilienfe,
melancolique , attrabilaire , plus
ou moins abondante , exaltée e
fermentée , dont les pointesfont
rompues, adoucies& precipitées
avec le tems parcette même fub
ftance volatile nitro-fulfurée que
nôtre Eau renferme , & qu'elle
charrie avec ellepar les voyes des
·felles
GALANT 97
felles & des urines.
Enfin les ulceres , les chancres
toutes les maladies cutanées ,
comme gâles , dartres
autres,
fontemportées ou du moins adou
cies en lavant & enfomentant
de notre Eau lesparties malades
oubien en s'y baignant.
Ily adéjafix bains d'achevez
dont on pourrafefervir dans le
printempsprochain.
De quelle maniere on doit
prendreles Eaux & lesbains.
Avant que de boireles Eaux
minerales , on doit confulter les
Mars 1705.
I
98 MERCURE
Medecins particulierementceux
des lieux , pourapprendre d'eux le
regimequ'on doit garder, la quan
titée combien dejours onendoit
boire, & lesmoyensd'éviterou de
calmer les accidens qui arrivent
quelquefois.
Lesfaifonslesplusproprespour
prendre les Eaux chaudes ,fontle
Printemps & l'Automne ; ceux
quifontpletoriques & remplis de
mauvais fucs doivent fe faire
faigner & purger, aprés quoy on
peutdefcendre à la fontaine, &
"
boire fuivant la portée de fon
eftomach ; il eft mieux de nepas
s'en raffafier au commencement ;
GALANT 99
mais d'enprendre feulement deux
ou trois verres defuite , & puis
fepromenerundemy quartd'heure
apréslequelonretourne boire ; en
continuant de même jusqu'à ce
qu'on fente quelque repugnance à
en boire davantage, & celapen
dant dix, douze , quinzejours,
plus oumoins ; cequele Medecin
doitreglerfuivant le temperament
l'estat de la maladie.
L'heure laplus convenable eft
de fix àfept du matin, parce que
lefommeilqui repare lesforces ne
doit pas eftre interrompu. On doit
dîner trois ou quatre heures aprés
avoirprislesEaux ; ondoitavoir
I ij
100 MERCURE
alors rendu toute l'Eau qu'on a
prife , & quandmêmeon n'auroit
pastout rendu, celane doitpas
tournerde dîneràl'heure réglée.
Les viandes lesplusfimplesfont
dé
lesplus convenables. Onpeutboire
fon vin unpeumoinstrempéquede
coûtume ; les ragouts , la patiffe
rie , les entremets , en un motles
grands repas nefontpaspropres
ceux qui boivent de cette Eau.
Onpeutcependantaprés lafoupeſe
faire fervirdu rôti , comme du
・
mouton qui eftexcellentdans Aix,
du veau, de la volaille ; mais le
tout avec moderation.
SienprenantlesEaux, il ar
GALANT IOI
rive des vomiffemens ou des de
voyemens, ilnefautpas s'effrayer
ny intercepter tout-à-coup le cours
des matieres viciées , dont lereflux
deviendroit trés prejudiciable , il
fuffit de diminuer la quantité de
l'Eau,ou d'en interrompre l'uſage
pourquelquesjours ; car ces acci
dens s'arrêtent d'eux-mêmes , e
on peut reprendre les Eaux s'ils
fontopiniâtres,ilfautavoirrecours
à unMedecin.
· Lesfemmes nedoiventpas boire
pendant le cours de leurs regles.
Celles qui les prennent pour de
venir bien reglées , doivent faire
diffondre dans lepremier verredu
I iij
102 MERCURE
que
feld'abfinthe, d'armoife , ou quel
autre , capable d'exciter une
doucefermentation, &defondre
les caufes du retardement.
Il vauttoûjours mieux boireles
Eauxminerales à leurfourceque
delesfaireporterchezfoy. Nean
moins ceux qui ne peuvent pas
venirauxfontaines , peuvent les
prendre chez eux,
chauffer au bainMarie ; quelque
fois les accidens & lesfymptômes
des maladies difparoiffent , & la
caufe & le foyerreftentpour un
peu plus de temps. Pourlors afin
defurmonter entierement ces in
difpofitions , il fautretournerdans
en les faifant
GALANT 103
une autre faifon à la fontaine
&auxbains;ileftneceſſairemême,
pourprevenir certaines maladies
dyvenirfouvent.
à
Sij'avois écrit , Monfieur ,
uneperfonnequinefuſtpasautant
éclairée que vous
vous l'eftes ,j'aurois
beaucoup plus raifonnéfur tous
les phenomenesprecedenspourluy
fairemieuxconnoîtrela vertu ad
mirable denôtre Eau;mais n'ayant
autre deffein que de vous donner
une idéede cettedécouverte, ainfi
que vousme marquezpar vôtre
Lettre,j'ay crú devoirexpoferfim
plementlesfaitsd'unemanierecon
cife & ferréedontje vous laiffe
I iiij
104 MERCURE
raytirerles confequences,pour lef
quelles j'auray toute la deference
poffible.
Ecrite à M.M.M.fur lanou
velle découverte d'unenou
velle fource d'Eau Minera
le , faiteà Aix enProvence.
MONSIEUR,
Pour vous donner quelque
éclairciffementfurlanature fur
les proprietez de l'Eau chaude
qu'on vient de découvrir dans la
ville d'Aix, je dois vous dire ce
qui s'eſtpaſſé ausujet de cette dé
ប
couverte , &yajouterles expe
riences quej'en ayfaites pour en
développer lesprincipes , eftimant
72 MERCURE
qu'iln'enfautpas davantagepour
vous, Monfieur, dont le difcer
nement eft fi furfur tout ce qui
concerne la Medecine.
Fe
ne m'arrêterai pas à vous
décrire la fituation & la beauté
de cetteVille , nycelle defonterri
toiresyaiantfait vos études pris
tous vosdegrez; vousfçavez auffi
bien que moy, qu'elle abonde en
cées :que
tout ce qui eft neceffairepour paf
ferla vie avec douceur: queles
rues enfontgrandes & bienper
les édifices enfontfomp
tueux, & qu'ony voit encore
de
;
fortbeaux reftes de l'Antiquité
fsavoir,Tombeaux
,
, Infcriptions
Colomnes
GALANT 73
Colomnes, & autres chofes tres
confiderablesque l'injure du temps
aenpartie ou tout-àfaitruinées.
Strabon rapportequeCaius Sex
tius, General & Conful des Ro
mains , lafit batirl'an 631. dela
fondation de Rome, aprés avoir
foumis ce pays auxRomains , &
qu'il la nomma enlatin , Aquæ
fextiæ,à l'occafon desbainsd'eaux
chaudes qu'il y fit conftruire l'an
avantla naissance de Nôtre Sei
gneur 120.je laiffeauxHiftoriens
ces matieres pour venir à ce que
vousme demandez.
Cettefourcefut trouvée l'Esté
dernier, proche les murailles de
Mars 1705.
G
74 MERCURE
laVille,auquartierdesReverends
Pere del'Obfervance,fouslesde
bris d'uneancienne maison. Ceux
quis'en apperceurent les premiers
latrouverentplus chaude & plus
pure queles autres, dontleshabi
tansfeferventà diversuſages &
qu'on a faitconduire en plufieurs
quartiers de la Villepourfervir à
des tres-belles fontaines & parti
culierementau Cours d'Orbitelle,
ouparlamultitudedestuyaux &
par la varieté des jets d'eau qui
tombent dans de grandsbaffins, el
lesfont l'admiration des étrangers,
leplaifir deceuxqui s'y prome
nent. Dant lætos luderefontes.
GALANT 75
Famaisdécouverte n'aplusfait
debruit; chacunavoulu voircette
eaudansfafource, toutle mon
de enaparlé, ellea eftéapprouvée
de tous ceuxqui aimentla verité;
ceux au contraire qui ont intereft
qu'ellefoit voilée, ont tâché d'en
fairela critique;cependant les cu
resfingulieres, & les effetsavan
tageux qu'un grand nombre de
perfonnes en a reffenti nepermet
tentpas de douterdela vertu & de
l'efficacitéde nôtre cau : En effet
plufieurs malades laffezde mener
unevielanguiffante attirezparla
feulenouveautédela découverte
de toutâge, de toutfexe, & de
Gij
76 MERCURE
toutes conditions , enont bû l'Esté
dernier,mêmedans la Canicule.On
peut dire , quoy qu'ils ayent agi
en celafans aucune confideration
fansavoirégardà la difference
temperamens ny des maladies ,
des
·fans avis de Medecin & dansune
faifon peu convenableàcetteforte
de remede
,
tant
qu'ils ont pour
recouvré leur fanté
par l'uſage de cette Eau , ou du
moins unfoulagement tres-confi
derable. Sic tamen nonluditur
de corio humano.
La reputation de cette Eau ,
fondéefur les effets auffiſurprenans
que falutaires qu'elle produifoit
GALANT 77
人
alors , attiradanscetteVille, l'Au
tomne dernier, un grand nombre,
d'Etrangers, qui ayanttrouvéune
parfaiteguerifonde leurs indifpofi
tions s'enretournerentfort.contents,
enloüant& beniſſant le Seigneur
d'avoirpermisqu'on trouvat dans
le creux d'un rocherunefontainefi
falutaire. Quiconvertit rupem
in fontesaquarum.
Cette eau n'a commencédere
jaillirque quand on a eupercé le
rocherqui la couvroit, &nous ne
fommesredevables de cebien,aprés
Dieu (qui eftfans doute le plus
grand qu'onpuftprocureraux Ci
toyensde cette Fille & àfes voi
Giij
78 MERCURE
fins) qu'auxfoins & aux_ordres
de Mrs les Confuls & Procu
reurs decepays, qui veillent beau
coupplusà ce qui peut eſtre utile
&avantageux au public,qu'à ce
qui concerne leur propre gloire.
Hujus vobis gloria facti jufta
manet.
Ily aprefentement 4. tuyaux
qui dégorgentcette Eau, dans une
cavedécouverte, maçonnéede bri
ques & depierres pouréviter la
preffe des burveurs , & afin que
chacunenpuißeprendrefans s'in
commoder.
Cette Eau eft tres-claire, auffi
de l'eau depluye , ea
auſſi
legere que
GALANT 79
au uffi potable que la meilleure can
defontaine. Elle eft fans aucune
faveur
n'a aucuneodeur ; elle
' eft ny extremement chaude , ny
d'uneſubſtance tres-fubtile , parce
qu'elle n'eft impregnée que des eff
pritsdesminerauxquientrentdans
fa compofition , comme on pourra
voirdans lafuiteparl'analifeque
j'enayfaite; c'estpour cela qu'elle
eft tres-amie de la nature
de
Peftomach , dont elle penetre &
débouche toutes les obftructions .
fortifie toutes les parties en déga
geantleur chaleurnaturelle & en
les rétabliſſantchacune enleurpre
mier temperament ; elle eftdiure
و
Giiij
80 MERCUREر
tique , purgative & quelquefois
fudorifique fuivantles difpofi
tions qu'elle rencontre dans lesfu
jets.
Ily apeude maladies exterieu
res
dans l'habitude du corps
qu'elle nepuiffe emporter , particu
lierementenufantdesanciensbains
qu'on
'on trouve autant admirables
enleurftructure qu'enleursmate
riaux, & dont l'hiftoire nous af
fure que les vertus n'estoientpas
moindres.
GALANT 81
Z
ANALYSE.
Chimique-mechaniquede l'Eau
chaude minerale d'Aix.
Quoique les malades , contens
derecoururer leurfanté, s'inquiet
tent peudefçavoirla quantitépre
cife despartiesminerales. que cette
Éau charrie, ny comments'yfait
la diffolution dumineral quiydo
mine';je croypourtant qu'onl'efti
mera davantage, à mesure qu'on
en découvrira la nature par une
exacte Analyſe , d'autant mieux
que nous fommes dans unfiécle
où l'on nefe contente pas de voirو
82 MERCURE
quelsfontles effets desmedicamens;
mais où l'on veut aufft empenetrer
la cauſe phyſique del'action.
Le raisonnement ne nous mene
pas loin lorfqu'il s'agit d'expli
querla vertudes Eauxminerales,
nosfens font trop groffierspouren
découurirles parties , & la Chy
mie qui eft la Sage-femme qui
aide la nature à produire à de
couvert fes enfantemens , nous
fait feulement trouver presque
dans tous les corps dufel , duſou
fre, dumercure, de l'eau , & de
la terre,
par elle nous nepou
vons connoiftre que leur volati
litéoufixité ; car lefeu dont la
GALANT 83
Chymie fe fert comme d'unique
couteau , remuantparfa grande
activité les parties d'un mixte
en rompt l'union& encontinuant
de les agiter& deles divifer, celles
qui font les plus volatilesfe fe
parentdesautres,
lesplus fixes
demeurent dans lefeu ; maiscette
Analyfe ne fuffit pas pourfaire
connoiftre les vertus effentielles
de noftre eau , il faut employer
d'autres moyens & fe fervir de
la mechanique pourdécouvrir la
nature
lesproprietezdecesprin
cipes que lefeu afeparez. Deforte
ce feroit peu dechofe de tirer
le fel de cette Eau par évapo
que
84 MERCURE
ration , de tirer de cefel l'efprit
les autres principes par des
feuxgraduez; ilfaut les mêler
avec diverfes liqueurs , comme
l'efprit de nitre , de vitriol , la
>
diffolution du fublimé corrofif,
T'huile de tartre par défaillance,
les teintures de rofes, de violetes,
de tournefol,
avec lefang&
la Lymphe des animaux. Par
exemplefiles principes qu'on re
tire de cette Eau fermente avec
l'efpritdenitre ou de vitriol, s'ils
diffolvent lefang& la Lymphe,
on conclut que cefont des alkali,
&qu'ilsen ont les qualitez. S'ils
nefermententpas avec l'esprit de
GALANT 85
nitre ou de vitriol ; mais bien
avec l'huile de tartre par défail
lance , s'ils coagulent le fangou
la Lymphe , onjuge que cefont
des acides, quiproduiront les effets
qui leurfont propres. C'est par
cette double voye que j'ay tâché
de m'affurer d'où nôtre Eau tiroit
Laforce.
Je mis une bonne quantité de
l'Eau de cette nouvelle fource
dans une terrine de grez , où
ayantfait évaporer à un feu lent
toute l'humidité, je diffous les re
fidences dans l'Eau commune, que
je filtray enfuite par un papier
gris , dont je fis encore évaporer
86 MERCURE
toute l'humidité. Il me resta un
fel de couleur rouffe tirantfur le
blanc , qui pique les fibres ner
veufes de la langue comme lefal
pêtre. Fay faitauffi divers mé
langes de cetteEau avecplufieurs
liqueurs minerales, pourobferver
les fermentations & lesprecipi
tations qui en refulteroient.
Je mêlay del'efprit defouffre
avec l'Eau de cette Fontaine qui
s'étoit refroidie , & jefentis d'a
bord une chaleur en maniant la
phiole, je mélay auffi égales par
ties de cette Eau , & de diffolu
tion de couperofe, & je vis au
fonds de la bouteille une precipi
GALANT 87
tation de quelque matiere rouffe.
Du mélange de cette Eau avec
égalepartie de l'Eaude chaux, il
s'enfit une d'une matiere blanchâ
tre.
Cette Eau chaude ne prend
autre couleur par le mélange de
lapoudre de noix degalles , que
celle de la poudre même, que l'ef
prit de vitriol verfépar deſſus
faitpointchanger; ce qui est une
marque qu'elle n'estpas vitrioli
que. Cetteteinture nechangepoint
auffiparl'addition de l'huile de tar
tre faite par défaillance , ce qui
doit nous faire croire qu'elle n'eft
pas alumineufe. Ayant enfuite
88 MERCURE
mêlé de l'esprit de fel commun ,
dufublimé corrofif, dufel armo
niac, chacunfeparement avec nô
treEau; ilneparutaucunchange
mentny encouleur ny en chaleur.
Le fel de l'Eau de cette fon
taine eft different dufel commun.
Ilfermente avec les acides & en
adoucit lespointes. Ny cette Eau,
nyla diffolution defonfel, ny le
fel même jettezfur le laitfroid
oubouillant, ny caufentaucune al
teration fenfible.
On tire par la diftillation de
cette Eau , uneliqueurfpiritueu
fe ; mais on abien de la peine
d'en tirer quelques efprits déga
GALANT 89
gez de leur phlegme ; parce que
Les fubftances mineralesfontfi in
timement & fi étroitement unies
dans les parties de nôtre Eau,
qu'on nepeutprefque point les en
Separer : d'où vient qu'lle eft auffi
transparente qu'uneEau tres pure
tres-fimple.
Il mesemble que de ces expe
riences on peut conclurre, que ce
qui fait la vertu de notre Eau,
eft particulierement un esprit vo
latil nitro-fulfure, qui refulte de
l'union qui fe fait dans la terre
de l'acide de l'air avec des fels
alkali , par le moyen de la fer
mentation
Mars 1705.
des circulations na
H.
90 MERCURE
turelles ; & cet efprit comme un
diffolvant specifique,détache quan
tité departicules fulfurées lesplus
pures, qui rendent cette Eau bal
famique & tres-amie de la natu
re, d'où l'on voit que l'esprit mi
neral dont cette Eau eftimpregnée,
&duquel coulent comme d'un
vitriolique
principe fecond tant d'effets fur
prenanspourune infinitéde mala
dies, n'eft pas un acide purement
mais plutôt nitro
aërien embarraffé dans les pores
desfels alkali.
La chaleur denotreEau vient
des particules falines foufrées
qu'elle rencontre dans fon chemin,
GALANT 91
&qu'elle entraîne avec elle dans
les entrailles de la terre, dont il
fe fait une effervescence qui luy
communique cette chaleur. Cette
opinion eft plus vrai-femblable,
que de dire que la chaleur des
Eaux minerales vient d'unfeu
foûterrain.
A quelles maladies eftpropre
l'Eau chaude d'Aix , &
comment elle opere,
Fay déja dit quedés que cette
fource fuft decouverteune infinité
de perfonnes bûrent de cette Eau
indifferemment pour toutes fortes
Hij
de maladies
92 MERCURE
:
cependant comme
je ne prétens pas la fairepaſſer
pourunremede univerfel , nyéta
blir lefalut de tous les malades.
furfon efficacité , je vais mar
quer les principales dont plufieurs
perfonnes ont eftégueries.
L'indigeftion d'eftomach , l'appe
tit dépravé, diminué ou perdu
Conteſtéreparez, parladiffolution
le denouement des glaires
vifcofitez qu'elle precipite , &
qu'elle entraîneparla voie des in
teftins ,
des
par celle des urines.
Enfinla filtration du fermentſto
machalfefaifant mieuxàtravers
la membrane glandée , l'appetit
GALANT 93
reprendune nouvelle vigueur.
Cette Eau convient aux vo
miffemens qui fuccedent au gon
flement & àl'abondance des ma
tieres craffes qui alterent le fer
ment digeftif, elle fondlesphleg
mes qui embarraſſent la circula
tiondes humeurs:
Les affections du bas ventre.
commelienterie,diffenterie,colique,
ont efté emportées parfon moyen;
parcequ'elledétrempedans fa cour
Je lesfelsbilieux& attrabilaires ,
acres , aigres oufalez , &parfa
vertu balfamique , elle rafermit
Les fibres relachées.
Elle est beacoup plus efficace
94 MERCURE
quetoutes lesautresfourcesd'Eaux
chaudesd'Aixquiont toujours esté
dans une grande eftime pour les
maladies des reins& de la veffie
pourlagravelle, &pour lesdif
ficultez d'uriner , parce qu'elle
entraîne cette matiere terreftre ,
cette craffe , cebolqui eft aifement
converti enfable par l'action du
ferment, elleenleve auſſicetacci
de quifait laftrangurie.
Les pertes defangauxfemmes,
les fleursblanches , & leflux de
fanghemorroidal s'adouciffent ou
ceffent entierement, par le reffer
rementdes humeurs acres.
Les langueurs & défaillances
GALANT 95
provenant de la circulation du
fang, ou de la diffipation des ef
prits , font reparéesparcette Eau;
demême que lestenfionsdel'abdo
men,les hydropifies, l'icleritie ou
jauniffe , lapâleur & laboufif
fure du visage.
Lafciatique, les rhumatifmes,
les contractions desnerfs, lagoute,
les vertiges,l'épilepfie, & ce qu'on
appellecommunement vapeurdans
les paffions byfteriques, hypocon
driaques & fcorbutiques ; toutes
ces maladies ne tirant leur origine
que des nerfs plusoumoinsirritez
picotez,
des efpritsagitez,
diffipez , alterez , ou troublez ,
96 MERCURE
l'ana
peuvent eftre vaincuëspar
logie qu'ily a entre nos efprits &
ceux que noftre Eau contient,qui
font d'une même nature volatile,
balfamique , nitro-aërienne , par
où ilsfontplûtoft réanimez , re
vivifiez, qu'alterez ou détruits ;
&parraportà la caufematerielle
qui est une humeur acre,bilienfe,
melancolique , attrabilaire , plus
ou moins abondante , exaltée e
fermentée , dont les pointesfont
rompues, adoucies& precipitées
avec le tems parcette même fub
ftance volatile nitro-fulfurée que
nôtre Eau renferme , & qu'elle
charrie avec ellepar les voyes des
·felles
GALANT 97
felles & des urines.
Enfin les ulceres , les chancres
toutes les maladies cutanées ,
comme gâles , dartres
autres,
fontemportées ou du moins adou
cies en lavant & enfomentant
de notre Eau lesparties malades
oubien en s'y baignant.
Ily adéjafix bains d'achevez
dont on pourrafefervir dans le
printempsprochain.
De quelle maniere on doit
prendreles Eaux & lesbains.
Avant que de boireles Eaux
minerales , on doit confulter les
Mars 1705.
I
98 MERCURE
Medecins particulierementceux
des lieux , pourapprendre d'eux le
regimequ'on doit garder, la quan
titée combien dejours onendoit
boire, & lesmoyensd'éviterou de
calmer les accidens qui arrivent
quelquefois.
Lesfaifonslesplusproprespour
prendre les Eaux chaudes ,fontle
Printemps & l'Automne ; ceux
quifontpletoriques & remplis de
mauvais fucs doivent fe faire
faigner & purger, aprés quoy on
peutdefcendre à la fontaine, &
"
boire fuivant la portée de fon
eftomach ; il eft mieux de nepas
s'en raffafier au commencement ;
GALANT 99
mais d'enprendre feulement deux
ou trois verres defuite , & puis
fepromenerundemy quartd'heure
apréslequelonretourne boire ; en
continuant de même jusqu'à ce
qu'on fente quelque repugnance à
en boire davantage, & celapen
dant dix, douze , quinzejours,
plus oumoins ; cequele Medecin
doitreglerfuivant le temperament
l'estat de la maladie.
L'heure laplus convenable eft
de fix àfept du matin, parce que
lefommeilqui repare lesforces ne
doit pas eftre interrompu. On doit
dîner trois ou quatre heures aprés
avoirprislesEaux ; ondoitavoir
I ij
100 MERCURE
alors rendu toute l'Eau qu'on a
prife , & quandmêmeon n'auroit
pastout rendu, celane doitpas
tournerde dîneràl'heure réglée.
Les viandes lesplusfimplesfont
dé
lesplus convenables. Onpeutboire
fon vin unpeumoinstrempéquede
coûtume ; les ragouts , la patiffe
rie , les entremets , en un motles
grands repas nefontpaspropres
ceux qui boivent de cette Eau.
Onpeutcependantaprés lafoupeſe
faire fervirdu rôti , comme du
・
mouton qui eftexcellentdans Aix,
du veau, de la volaille ; mais le
tout avec moderation.
SienprenantlesEaux, il ar
GALANT IOI
rive des vomiffemens ou des de
voyemens, ilnefautpas s'effrayer
ny intercepter tout-à-coup le cours
des matieres viciées , dont lereflux
deviendroit trés prejudiciable , il
fuffit de diminuer la quantité de
l'Eau,ou d'en interrompre l'uſage
pourquelquesjours ; car ces acci
dens s'arrêtent d'eux-mêmes , e
on peut reprendre les Eaux s'ils
fontopiniâtres,ilfautavoirrecours
à unMedecin.
· Lesfemmes nedoiventpas boire
pendant le cours de leurs regles.
Celles qui les prennent pour de
venir bien reglées , doivent faire
diffondre dans lepremier verredu
I iij
102 MERCURE
que
feld'abfinthe, d'armoife , ou quel
autre , capable d'exciter une
doucefermentation, &defondre
les caufes du retardement.
Il vauttoûjours mieux boireles
Eauxminerales à leurfourceque
delesfaireporterchezfoy. Nean
moins ceux qui ne peuvent pas
venirauxfontaines , peuvent les
prendre chez eux,
chauffer au bainMarie ; quelque
fois les accidens & lesfymptômes
des maladies difparoiffent , & la
caufe & le foyerreftentpour un
peu plus de temps. Pourlors afin
defurmonter entierement ces in
difpofitions , il fautretournerdans
en les faifant
GALANT 103
une autre faifon à la fontaine
&auxbains;ileftneceſſairemême,
pourprevenir certaines maladies
dyvenirfouvent.
à
Sij'avois écrit , Monfieur ,
uneperfonnequinefuſtpasautant
éclairée que vous
vous l'eftes ,j'aurois
beaucoup plus raifonnéfur tous
les phenomenesprecedenspourluy
fairemieuxconnoîtrela vertu ad
mirable denôtre Eau;mais n'ayant
autre deffein que de vous donner
une idéede cettedécouverte, ainfi
que vousme marquezpar vôtre
Lettre,j'ay crú devoirexpoferfim
plementlesfaitsd'unemanierecon
cife & ferréedontje vous laiffe
I iiij
104 MERCURE
raytirerles confequences,pour lef
quelles j'auray toute la deference
poffible.
Fermer
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p. 418-430
PLAINTES DE LA NAYADE, Qui préside aux Eaux minérales de la Fontaine de S. Santin, près l'Aigle en Normandie.
Début :
O Temps ! ô moeurs ! ô comble d'injustice ! [...]
Mots clefs :
Saint-Santin, Eaux minérales, Fontaine, Naïade, Soeur, Eaux , Gloire, Ingrats, Nymphe, Source, Oubli, Faveurs, Célimène, Buveurs, Maux
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texteReconnaissance textuelle : PLAINTES DE LA NAYADE, Qui préside aux Eaux minérales de la Fontaine de S. Santin, près l'Aigle en Normandie.
PLAINTES DE LA NAYAD E,
Qui préside aux Eaux minérales de la
Fontaine de S. Santin , près l'Aigle
en Normandie.
Temps moeurs ! & comble d'in-
O justice!
Arbitre Souverain de la Terre et des Cieux ,
Ne t'offenses- tu point que mes Flots préciceux ;
Des humains si long- temps éprouvent le caprice
?
Daigne sur moi jetter les yeux ;
Ou fais que ma source tarisse ,
Ou rends moi l'éclat glorieux
Qui des siécles passez m'attira tant de voeux .
Souviens -toi que Tethys autrefois te fut chere ,
Prens pitié de la fille en faveur de la Mere.
Tu sçais ce que j'ai fait pour les ingrats mortels,
Que mille et mille fois mon onde tutelaite ,
Féconde en prodiges réels ,
Les arracha des Griffes du Cerbere ;
Tant de graces , hélas ! méritoient des Autels .
Cependant , pauvre et solitaire ,
Dans mon hydeux Bassin , des Crapaux le repaire
,
Je vois croupir mes liquides trésors.
En
MARS. 1734.
419
En vain le Vitriol qui brille sur wes bords , '
Invite le Malade à venir faire usage
De ce vivifiant breuvage ,
Qui cent fois de la Parque éluda les efforts ;
L'espece humaine à sa perte obstinée ,
Malgré ces miracles divers
.:
Que chanta jadis l'Univers ,
Me laisse triste , abandonnée
Et je vois , Nymphe infortunée ,
Mes faveurs dans l'oubli , mes rivages déserts .
Lisez vos anciennes Croniques ,
Ouvrez vos Archives publiques ;
Vous y verrez, ingrats Normands ,
De mes bontez pour vous les preuves autentiques
.
Où sont , où sont ces heureux temps ,
Où sur mes bords fameux je voyois, tous les ans,
Descendre la Cour et la Ville ?
Que j'avois de plaisir à voir la longue file ,
De nos vieux et braves Gaulois ,
Se ranimer sur mes rives tranquiles !
Je les recevois aux abois ;
1
Je les renvoyois vifs , agiles ,
Reprendre l'Arc et le Pavois.
Oui , cette Nymphe qu'on méprise ,
Sur son Canal vit autrefois
Et nos Princesses , et nos Rois ;
Elle y vit nos Héros , et ceux de la Tamise .
A vj
L'His420
MERCURE DE FRANCE
L'Histoire en fait foy , qu'on la lise.
D'où vient donc cet aveuglement
Qui fait qu'aujourd'hui l'on m'oublie
François , aimez- vous moins la vic
Qu'on ne l'aimoit anciennement ?
Etes-vous plus sensez que ne l'étoient vos Peres
Sujets à moins de maux , de douleurs , de miseres
?
Plus chastes et plus sobres qu'eux ,
Vous sentez-vous plus forts , plus sains et plus
nerveux ?
Hélas ! dès la tendre jeunesse ,
Par des excès pernicieux ,
Presques inconnus à vos yeux ,
Vous accelerez la vieillesse..
Esclaves de la volupté ,
Vous prodiguez votre santé;
Et cette conduite peu sage ,
Souvent à la fleur de votre âge
Vous fait languir dans la caducité..
Ce n'est pas , après tout , qu'ennuyez de la vie ,
Vous voyez sans frayeur le Ciseau d'Atropos ;
Yous qui dans les plaisirs avez l'air de Héros ,
Votre audace est bien- tôt bannie
Par l'ombre de la maladie ;
C'est alors qu'aux soupirs on vous voit recourir
Vous ne sçavez enfin ni vivre ni mourir.
A la plus legere insomnie ,
Yous vous trouvez l'esprit aux champs ;
Profitant
MARS. 1734; 428
+
Profitant de votre manie •
On voit chez vous les Charlatans
Elever jusqu'aux Cieux leur Elixir de vie ,
Et leur Poudre de sympathie ,
Que vous payez à beaux Louis comptants.
Trop heureux mille fois si la drogue chérie ,
Dont l'Enchanteur bruyant vous vante l'energie,
Ne vous rend pas malades en effet ;
Et si ce merveilleux secret
Ne vous dépêche pas vers la sombre Patrie.
C'étoit peu des vieux Medecins ,>
Pour abreger le cours de votre vie
Il a fallu que la Chimie
Vous suscitât de plus fiers Assassins.
Volage Nation , dont l'inconstant génie ,
Veut en tout de la nouveauté ;
L'Art de conserver la santé ,
De la mode doit- il subir la tyrannie ?
Ah ! c'est cette legereté
Qui prolonge l'oubli de mon Eau Minerale ;
Malgré tous mes bienfaits j'apprens que chaque
Eré
On m'ose préferer quelqu'indigne Rivale ,
Dont le Public est bien- tôt dégouté.
Le moindre suppôt d'Hipocrate ,
En annonce dans son Terrain ;
Alors son Eloquence éclatte
Pour exalter leur pouvoir souverain.
Files
422 MERCURE DE FRANCE
Elles desopilent la rate ,
Calcinent les graviers , rafraichissent le rein ;
Il vante à tout venant leur force métallique ;
Mais , à dire le vrai , leur propre specifique ,
( Propre dont il ne parle pas. )
C'est qu'en redoublant sa pratique ,
Elles font vuider la boutique ,
Par tous les sots qui gobent cet appas.
La Nayade triste et critique ,
Se croyant alors sans témoin ,
Sans doute auroit poussé plus loin
Sa déclamation caustique ;
Car malgré l'immortalité , ´
Toute Nymphe est une femelle ,
Et quand ce sexe est irrité ,
Sa langue se fatigue - t'elle ,
Pour prolonger une querelle ?
Quelle ressource , ô Dieux ! quelle fécondité !
Rien ne peut égaler sa volubilité .
Elle alloit donc encor charger son invective ,
Lorsqu'une Dryade sans bruit ,
Ayant à ses discours eu l'oreille attentive ,
Apostrophant notre plaintive ,
Lui fit la harangue qui suit :
Habitante de ce Rivage ,
Les Dieux depuis long - temps m'ont donné pour
partage ,
Le soin de ces Chênes épais ,
Par
MAR S. 1734.
423
Par qui votre Source est au frais ,
Quand le chien de Prochris fait rage ;
Et que l'ardent Phébus altere les guerets;
Contente de cet apanage ,
Vous le sçavez , ma chere soeur ,
Avec combien d'égards , avec quelle douceur ,
J'ai ménagé votre heureux voisinage ;
Favorable à tous vos Buveurs ,
Je les comble de mes faveurs ;
Le Ciel s'obscurcit-il par d'horribles nuages ?
Ils peuvent sous mes toits sauvages ,
Affronter d'Orion les humides fureurs ;
Je ne prens point pour un outrage ,
Qu'ils s'avisent souvent de couper mes rameaux,
Et de m'arracher mon feüillage ,
Pour faire l'essai de vos Eaux.
Sensible à tout ce qui vous touche ,
Je souffre ces tourments sans en ouvrir la bouche.
Nimphe , tels sont pour vous mes tendres sentiments.
Ainsi
que notre sang , notre gloire est commune.
Quels que soient les Evenements ,
Je partage avec vous l'une et l'autre fortune .
Non , ma soeur , dans ces jours brillants ,
Où sur vos Rives secourables ,
Je voyois tant d'objets aimables ,
De Philosophes , de Vaillants ,
Former des cercles respectables ;
Je
424 MERCURE DE FRANCE
Je ne sentois pas moins que yous ,
L'enchantement
secret d'un Spectacle si doux.
Justes Dieux ! que j'étois charmée ,
Quand j'apprenois qu'à son retour
Cette belle et nombreuse Cour ,
Augmentoit de vos Eaux l'heureuse renommée ;
En publiant à haute voix ,
Son allegresse et vos Exploits.
Il est vrai que par un caprice ,
Que nous ne pouvions deviner ,
Ces ingrats eurent l'injustice
De nous tourner le dos , de nous abandonner.
Puis-je y penser , ma soeur
tendrisse ?
> sans que je m'at-
Sans que mon coeur, helas,de douleur en frémisse?
L'affreux oubli de vos faveurs ,
A duré près de cent années ;
Alors loin de blâmer vos pleurs ,
J'ai plaint vos tristes destinées ;
J'ai soupiré sur vos malheurs :
Mais puisqu'enfin le Ciel devient plus équitable.
Puisqu'il jette sur nous un regard favorable ,
En rappellant des Buveurs sur vos bords
Je ne puis approuver vos injustes transports;
Bannissons des allarmes vaines.
C'est le sort des choses humaines
De se voir plonger tour à tour
Dans la gloire et l'ignominie ;
Notre
MARS. 1734. 4: 5
Notre triste crise est finie ,
Et nos braves jours sont enfin de retour.
Daigne le juste Ciel accomplir ce présage ,
Répliqua la Nayade en poussant un soupir ;
Puisse- t'il , selon mon desir ,
Réparer le cuisant outrage
Qu'on fait depuis long-temps à ce divin breuvage!
Mais je le vois , ma chere Soeur ,
Par un frivole espoir vous vous laissez séduire ;
Notre esprit trop souvent duppe de notre coeur
Croit voir , hélas ! ce qu'il désire.
En effet , sur quoi fondez- vous
Un pronostic si flateur et si doux ?
Vingt ou trente Buveurs que je vois chaque année
M'annoncent- ils ces jours heureux ,
Où ma Source jadis de Lauriers couronnée ,
f
Se fit un nom si glorieux
En dépit de ses envieusx ?
Ce nombre peut charmer quelque Nimphe ba
tarde ,
Qu'Esculape aujourd'hui hazarde ,
Plus l'utilité de ses propres
pour
enfans ,
Que pour celle des languissants .
Mais moi , dont les Eaux merveilleuses ;
Des maux les plus pressants furent victorieuses ;
Et dont l'analise cent fois
Se fit en présence des Rois ;
Moi qui fus chere à tant de Princes ;
Moi
426 MERCURE DE FRANCE
Moi qui vis toutes nos Provinces ,
Par tant d'éloges me vanter ,
D'un si foible concours puis- je me contenter ?
Hé , quel bien après tout , ma Soeur , quel avantage
,
Me revient- il de ces Ingrats ,
Que mon régenerant breuvage ,
Ecarte tous les ans des portes du trépas ?
Quelqu'un d'eux jaloux de ma gloire ,
Fait- il en ma faveur Sonnets ou Madrigaux ?
De nouveau m'inscrit-on au Temple de Memoire,
En me préconisant aux Auteurs des Journaux ?
N'est-il pas dur que le Mercure ,
Ornant souvent d'une riche peinture
Mille Sujets qu'à coup sûr je vaux bien ,
Sur mon compte ne dise rien ?
Si ces Ecrits périodiques ,
Eussent eu cours dans ces temps véridiques
Où mon nom étoit si vanté ,
La venerable Antiquité ,
Par ses Eloges magnifiques ,
M'eût fait connoître à la Posterité.
L'Univers y liroit que vrayement minerale ,
Chaude , passante , esthomacale ,
Je sçais du Corps humain ranimer les esprits ,
Et d'un squelette usé réparer les débris.
Les Mortels y verroient que tout flux hépatique
A mon Empire est dévolu ;
Que j'exerce un droit absolu
Sur
MARS.
1734. 427
Sur toute espece de colique ,
Y comprise la néphrétique ;
Ils sçauroient enfin que mes Eaux ,
Détergant les divers canaux
Où coulent les Liqueurs nourrices de la vie ,
J'y sçais rétablir l'harmonie ,
Et fondant toute obstruction ,
Regler du sang la circulation ;
Prévenir le calcul , chasser l'Eresipelle ,
Extirper chancres , loups , caterres et gratelle ,
Qu'à mes Buveurs sans accident ,
Je donne un appétit strident ;
Que versant du sommeil les pavots favorables ,
Je connois en un mot peu
de maux incurables ;
Tous ces faits sont sans contredit ;
Chaque Eté j'en fournis des preuves éclatantes ,
Mais hélas ! je l'ai déja dit ,
De mille infirmitez mes Ondes triomphantes ,
N'en prennent pas plus de crédit.
On vient me voir , on boit , on se guérit,;
Et pas un mot dans les Gazettes
1
N'informe le Public de mes vertus secrettes.
Mes miracles se font sans bruit ;
Et pour ma gloire sont sans fruit.
Voyez ce Bassin sans murailles .
Bourbeux , exposé jour et nuit
Aux insultes de la canaille .
A tout moment quelqu'ignoble animal ,
D'un
428 MERCURE DE FRANCE
D'un pied profane et témeraire ,
S'en vient soüiller mon Sanctuaire ,
Et deshonorer mon Canal.
Ah ! c'en est trop , je quitte cette Source ,
Et dirigeant ailleurs ma course ,
Je vais chercher d'autres climats ,
Où les hommes soient moins ingrats.
Est-il bien vrai ce que je viens d'entendre ?
Répond sa Soeur , la larme aux yeux ?
Est-ce donc là le fruit du commerce si tendre
Qui depuis si long - temps nous unit en ces lieuxs
Ah ! Nimphe , devois je m'attendre
A ces insensibles adieux ?
Si votre indifference extrême
Vous porte à quitter sans regret
Une voisine qui vous aime ,
Et qui de vous servir fait son plus cher objet ;
Daignez pour l'amour de vous-même
Ne pas précipiter ce funeste projet ,
Vous cherchez un séjour où l'exacte justice
Soit la regle unique des moeurs !
Où le seul vrai mérite ait des adorateurs !
Où l'inconstance et le caprice ,
Le goût du nouveau , l'avarice ,
Ne tyranisent point les coeurs !
Détrompez- vous , ma Soeur , ces heureuses Contrées
Ne se trouvent point ici bas ;
Et ce n'est qu'au Pays des Fées
Qu'on
MAR S. 1734.
429
Qu'on ne rencontre point d'ingrats.
Ah ! ne quittez point la partie ;
Sans me piquer de prophetie ,
J'ose vous annoncer qu'un plus brillant destin
Va remettre en son jour votre gloire obscurcie
Et frayer à vos Eaux un triomphe certain.
Déja Rodentius , ce Docteur flegmatique ,
Ennemi déclaré du vin ,
Mais grave et profond Médecin ,
Roule , dit- on , sous sa calotte antique
Un éloquent Panégyrique ,
Moitié Grec et moitié Latin ,
Pour la Nimphe de saint Santin.
Son Emule , dont l'Epiglotte
Ne fut jamais celle d'un Hydropote ,
Mais qui quoique souvent abreuvé de Nectar ,
Parle sçavamment de son Art ,
Et sçait l'exercer avec gloire ,
Pringaltio préconise vos Eaux ;
Résolu de n'en jamais boire ;
Il les tient mordicus propres à bien des maux.
Danjovius enfin , que le fameux Centaure
Semble lui- même avoir instruit ;
Danjovius que le Dieu d'Epidaure
En tout temps éclaire et conduit ,
Ce Mortel consolant , toujours discret et sage ,
A votre Source rend hommage.
Par ses Arrêts justement respectez ,
Yos
430 MERCURE DE FRANCE
Vos Rivages bien - tôt seront plus fréquentez.
C'est lui qui cet Eté fit sur votre Fontaine
Briller l'aimable Célimene ....
Célimene ... ah ! ma Soeur , pour calmer mon
courroux ,
Que ce nom , dit la Nimphe , est charmant.
qu'il est doux !
N'en doutez pas , sa présence me flatte.
Sa douceur , son esprit , ses regards enchanteurs,
M'ont fait pour quelque temps oublier mes malheurs.
Mais malgré le beau feu qui dans ses yeux éclattes
Si peû sensible à mes faveurs ,
Cette Celimene est ingrate ;
Plus j'us de plaisir à la voir ,
Plus son cruel oubli croîtra mon désespoir ,
Cependant sensible à vos larmes ,
Ainsi qu'au pouvoir de ses charmes ,
Dryade , je me rends et vais garder mon cours;
Mais si cette saison prochaine
Je ne vois pas l'aimable Célimene ,
Sur mes Rives former un plus nombreux concours
>
Adieu vous dis , et pour toujours.
Qui préside aux Eaux minérales de la
Fontaine de S. Santin , près l'Aigle
en Normandie.
Temps moeurs ! & comble d'in-
O justice!
Arbitre Souverain de la Terre et des Cieux ,
Ne t'offenses- tu point que mes Flots préciceux ;
Des humains si long- temps éprouvent le caprice
?
Daigne sur moi jetter les yeux ;
Ou fais que ma source tarisse ,
Ou rends moi l'éclat glorieux
Qui des siécles passez m'attira tant de voeux .
Souviens -toi que Tethys autrefois te fut chere ,
Prens pitié de la fille en faveur de la Mere.
Tu sçais ce que j'ai fait pour les ingrats mortels,
Que mille et mille fois mon onde tutelaite ,
Féconde en prodiges réels ,
Les arracha des Griffes du Cerbere ;
Tant de graces , hélas ! méritoient des Autels .
Cependant , pauvre et solitaire ,
Dans mon hydeux Bassin , des Crapaux le repaire
,
Je vois croupir mes liquides trésors.
En
MARS. 1734.
419
En vain le Vitriol qui brille sur wes bords , '
Invite le Malade à venir faire usage
De ce vivifiant breuvage ,
Qui cent fois de la Parque éluda les efforts ;
L'espece humaine à sa perte obstinée ,
Malgré ces miracles divers
.:
Que chanta jadis l'Univers ,
Me laisse triste , abandonnée
Et je vois , Nymphe infortunée ,
Mes faveurs dans l'oubli , mes rivages déserts .
Lisez vos anciennes Croniques ,
Ouvrez vos Archives publiques ;
Vous y verrez, ingrats Normands ,
De mes bontez pour vous les preuves autentiques
.
Où sont , où sont ces heureux temps ,
Où sur mes bords fameux je voyois, tous les ans,
Descendre la Cour et la Ville ?
Que j'avois de plaisir à voir la longue file ,
De nos vieux et braves Gaulois ,
Se ranimer sur mes rives tranquiles !
Je les recevois aux abois ;
1
Je les renvoyois vifs , agiles ,
Reprendre l'Arc et le Pavois.
Oui , cette Nymphe qu'on méprise ,
Sur son Canal vit autrefois
Et nos Princesses , et nos Rois ;
Elle y vit nos Héros , et ceux de la Tamise .
A vj
L'His420
MERCURE DE FRANCE
L'Histoire en fait foy , qu'on la lise.
D'où vient donc cet aveuglement
Qui fait qu'aujourd'hui l'on m'oublie
François , aimez- vous moins la vic
Qu'on ne l'aimoit anciennement ?
Etes-vous plus sensez que ne l'étoient vos Peres
Sujets à moins de maux , de douleurs , de miseres
?
Plus chastes et plus sobres qu'eux ,
Vous sentez-vous plus forts , plus sains et plus
nerveux ?
Hélas ! dès la tendre jeunesse ,
Par des excès pernicieux ,
Presques inconnus à vos yeux ,
Vous accelerez la vieillesse..
Esclaves de la volupté ,
Vous prodiguez votre santé;
Et cette conduite peu sage ,
Souvent à la fleur de votre âge
Vous fait languir dans la caducité..
Ce n'est pas , après tout , qu'ennuyez de la vie ,
Vous voyez sans frayeur le Ciseau d'Atropos ;
Yous qui dans les plaisirs avez l'air de Héros ,
Votre audace est bien- tôt bannie
Par l'ombre de la maladie ;
C'est alors qu'aux soupirs on vous voit recourir
Vous ne sçavez enfin ni vivre ni mourir.
A la plus legere insomnie ,
Yous vous trouvez l'esprit aux champs ;
Profitant
MARS. 1734; 428
+
Profitant de votre manie •
On voit chez vous les Charlatans
Elever jusqu'aux Cieux leur Elixir de vie ,
Et leur Poudre de sympathie ,
Que vous payez à beaux Louis comptants.
Trop heureux mille fois si la drogue chérie ,
Dont l'Enchanteur bruyant vous vante l'energie,
Ne vous rend pas malades en effet ;
Et si ce merveilleux secret
Ne vous dépêche pas vers la sombre Patrie.
C'étoit peu des vieux Medecins ,>
Pour abreger le cours de votre vie
Il a fallu que la Chimie
Vous suscitât de plus fiers Assassins.
Volage Nation , dont l'inconstant génie ,
Veut en tout de la nouveauté ;
L'Art de conserver la santé ,
De la mode doit- il subir la tyrannie ?
Ah ! c'est cette legereté
Qui prolonge l'oubli de mon Eau Minerale ;
Malgré tous mes bienfaits j'apprens que chaque
Eré
On m'ose préferer quelqu'indigne Rivale ,
Dont le Public est bien- tôt dégouté.
Le moindre suppôt d'Hipocrate ,
En annonce dans son Terrain ;
Alors son Eloquence éclatte
Pour exalter leur pouvoir souverain.
Files
422 MERCURE DE FRANCE
Elles desopilent la rate ,
Calcinent les graviers , rafraichissent le rein ;
Il vante à tout venant leur force métallique ;
Mais , à dire le vrai , leur propre specifique ,
( Propre dont il ne parle pas. )
C'est qu'en redoublant sa pratique ,
Elles font vuider la boutique ,
Par tous les sots qui gobent cet appas.
La Nayade triste et critique ,
Se croyant alors sans témoin ,
Sans doute auroit poussé plus loin
Sa déclamation caustique ;
Car malgré l'immortalité , ´
Toute Nymphe est une femelle ,
Et quand ce sexe est irrité ,
Sa langue se fatigue - t'elle ,
Pour prolonger une querelle ?
Quelle ressource , ô Dieux ! quelle fécondité !
Rien ne peut égaler sa volubilité .
Elle alloit donc encor charger son invective ,
Lorsqu'une Dryade sans bruit ,
Ayant à ses discours eu l'oreille attentive ,
Apostrophant notre plaintive ,
Lui fit la harangue qui suit :
Habitante de ce Rivage ,
Les Dieux depuis long - temps m'ont donné pour
partage ,
Le soin de ces Chênes épais ,
Par
MAR S. 1734.
423
Par qui votre Source est au frais ,
Quand le chien de Prochris fait rage ;
Et que l'ardent Phébus altere les guerets;
Contente de cet apanage ,
Vous le sçavez , ma chere soeur ,
Avec combien d'égards , avec quelle douceur ,
J'ai ménagé votre heureux voisinage ;
Favorable à tous vos Buveurs ,
Je les comble de mes faveurs ;
Le Ciel s'obscurcit-il par d'horribles nuages ?
Ils peuvent sous mes toits sauvages ,
Affronter d'Orion les humides fureurs ;
Je ne prens point pour un outrage ,
Qu'ils s'avisent souvent de couper mes rameaux,
Et de m'arracher mon feüillage ,
Pour faire l'essai de vos Eaux.
Sensible à tout ce qui vous touche ,
Je souffre ces tourments sans en ouvrir la bouche.
Nimphe , tels sont pour vous mes tendres sentiments.
Ainsi
que notre sang , notre gloire est commune.
Quels que soient les Evenements ,
Je partage avec vous l'une et l'autre fortune .
Non , ma soeur , dans ces jours brillants ,
Où sur vos Rives secourables ,
Je voyois tant d'objets aimables ,
De Philosophes , de Vaillants ,
Former des cercles respectables ;
Je
424 MERCURE DE FRANCE
Je ne sentois pas moins que yous ,
L'enchantement
secret d'un Spectacle si doux.
Justes Dieux ! que j'étois charmée ,
Quand j'apprenois qu'à son retour
Cette belle et nombreuse Cour ,
Augmentoit de vos Eaux l'heureuse renommée ;
En publiant à haute voix ,
Son allegresse et vos Exploits.
Il est vrai que par un caprice ,
Que nous ne pouvions deviner ,
Ces ingrats eurent l'injustice
De nous tourner le dos , de nous abandonner.
Puis-je y penser , ma soeur
tendrisse ?
> sans que je m'at-
Sans que mon coeur, helas,de douleur en frémisse?
L'affreux oubli de vos faveurs ,
A duré près de cent années ;
Alors loin de blâmer vos pleurs ,
J'ai plaint vos tristes destinées ;
J'ai soupiré sur vos malheurs :
Mais puisqu'enfin le Ciel devient plus équitable.
Puisqu'il jette sur nous un regard favorable ,
En rappellant des Buveurs sur vos bords
Je ne puis approuver vos injustes transports;
Bannissons des allarmes vaines.
C'est le sort des choses humaines
De se voir plonger tour à tour
Dans la gloire et l'ignominie ;
Notre
MARS. 1734. 4: 5
Notre triste crise est finie ,
Et nos braves jours sont enfin de retour.
Daigne le juste Ciel accomplir ce présage ,
Répliqua la Nayade en poussant un soupir ;
Puisse- t'il , selon mon desir ,
Réparer le cuisant outrage
Qu'on fait depuis long-temps à ce divin breuvage!
Mais je le vois , ma chere Soeur ,
Par un frivole espoir vous vous laissez séduire ;
Notre esprit trop souvent duppe de notre coeur
Croit voir , hélas ! ce qu'il désire.
En effet , sur quoi fondez- vous
Un pronostic si flateur et si doux ?
Vingt ou trente Buveurs que je vois chaque année
M'annoncent- ils ces jours heureux ,
Où ma Source jadis de Lauriers couronnée ,
f
Se fit un nom si glorieux
En dépit de ses envieusx ?
Ce nombre peut charmer quelque Nimphe ba
tarde ,
Qu'Esculape aujourd'hui hazarde ,
Plus l'utilité de ses propres
pour
enfans ,
Que pour celle des languissants .
Mais moi , dont les Eaux merveilleuses ;
Des maux les plus pressants furent victorieuses ;
Et dont l'analise cent fois
Se fit en présence des Rois ;
Moi qui fus chere à tant de Princes ;
Moi
426 MERCURE DE FRANCE
Moi qui vis toutes nos Provinces ,
Par tant d'éloges me vanter ,
D'un si foible concours puis- je me contenter ?
Hé , quel bien après tout , ma Soeur , quel avantage
,
Me revient- il de ces Ingrats ,
Que mon régenerant breuvage ,
Ecarte tous les ans des portes du trépas ?
Quelqu'un d'eux jaloux de ma gloire ,
Fait- il en ma faveur Sonnets ou Madrigaux ?
De nouveau m'inscrit-on au Temple de Memoire,
En me préconisant aux Auteurs des Journaux ?
N'est-il pas dur que le Mercure ,
Ornant souvent d'une riche peinture
Mille Sujets qu'à coup sûr je vaux bien ,
Sur mon compte ne dise rien ?
Si ces Ecrits périodiques ,
Eussent eu cours dans ces temps véridiques
Où mon nom étoit si vanté ,
La venerable Antiquité ,
Par ses Eloges magnifiques ,
M'eût fait connoître à la Posterité.
L'Univers y liroit que vrayement minerale ,
Chaude , passante , esthomacale ,
Je sçais du Corps humain ranimer les esprits ,
Et d'un squelette usé réparer les débris.
Les Mortels y verroient que tout flux hépatique
A mon Empire est dévolu ;
Que j'exerce un droit absolu
Sur
MARS.
1734. 427
Sur toute espece de colique ,
Y comprise la néphrétique ;
Ils sçauroient enfin que mes Eaux ,
Détergant les divers canaux
Où coulent les Liqueurs nourrices de la vie ,
J'y sçais rétablir l'harmonie ,
Et fondant toute obstruction ,
Regler du sang la circulation ;
Prévenir le calcul , chasser l'Eresipelle ,
Extirper chancres , loups , caterres et gratelle ,
Qu'à mes Buveurs sans accident ,
Je donne un appétit strident ;
Que versant du sommeil les pavots favorables ,
Je connois en un mot peu
de maux incurables ;
Tous ces faits sont sans contredit ;
Chaque Eté j'en fournis des preuves éclatantes ,
Mais hélas ! je l'ai déja dit ,
De mille infirmitez mes Ondes triomphantes ,
N'en prennent pas plus de crédit.
On vient me voir , on boit , on se guérit,;
Et pas un mot dans les Gazettes
1
N'informe le Public de mes vertus secrettes.
Mes miracles se font sans bruit ;
Et pour ma gloire sont sans fruit.
Voyez ce Bassin sans murailles .
Bourbeux , exposé jour et nuit
Aux insultes de la canaille .
A tout moment quelqu'ignoble animal ,
D'un
428 MERCURE DE FRANCE
D'un pied profane et témeraire ,
S'en vient soüiller mon Sanctuaire ,
Et deshonorer mon Canal.
Ah ! c'en est trop , je quitte cette Source ,
Et dirigeant ailleurs ma course ,
Je vais chercher d'autres climats ,
Où les hommes soient moins ingrats.
Est-il bien vrai ce que je viens d'entendre ?
Répond sa Soeur , la larme aux yeux ?
Est-ce donc là le fruit du commerce si tendre
Qui depuis si long - temps nous unit en ces lieuxs
Ah ! Nimphe , devois je m'attendre
A ces insensibles adieux ?
Si votre indifference extrême
Vous porte à quitter sans regret
Une voisine qui vous aime ,
Et qui de vous servir fait son plus cher objet ;
Daignez pour l'amour de vous-même
Ne pas précipiter ce funeste projet ,
Vous cherchez un séjour où l'exacte justice
Soit la regle unique des moeurs !
Où le seul vrai mérite ait des adorateurs !
Où l'inconstance et le caprice ,
Le goût du nouveau , l'avarice ,
Ne tyranisent point les coeurs !
Détrompez- vous , ma Soeur , ces heureuses Contrées
Ne se trouvent point ici bas ;
Et ce n'est qu'au Pays des Fées
Qu'on
MAR S. 1734.
429
Qu'on ne rencontre point d'ingrats.
Ah ! ne quittez point la partie ;
Sans me piquer de prophetie ,
J'ose vous annoncer qu'un plus brillant destin
Va remettre en son jour votre gloire obscurcie
Et frayer à vos Eaux un triomphe certain.
Déja Rodentius , ce Docteur flegmatique ,
Ennemi déclaré du vin ,
Mais grave et profond Médecin ,
Roule , dit- on , sous sa calotte antique
Un éloquent Panégyrique ,
Moitié Grec et moitié Latin ,
Pour la Nimphe de saint Santin.
Son Emule , dont l'Epiglotte
Ne fut jamais celle d'un Hydropote ,
Mais qui quoique souvent abreuvé de Nectar ,
Parle sçavamment de son Art ,
Et sçait l'exercer avec gloire ,
Pringaltio préconise vos Eaux ;
Résolu de n'en jamais boire ;
Il les tient mordicus propres à bien des maux.
Danjovius enfin , que le fameux Centaure
Semble lui- même avoir instruit ;
Danjovius que le Dieu d'Epidaure
En tout temps éclaire et conduit ,
Ce Mortel consolant , toujours discret et sage ,
A votre Source rend hommage.
Par ses Arrêts justement respectez ,
Yos
430 MERCURE DE FRANCE
Vos Rivages bien - tôt seront plus fréquentez.
C'est lui qui cet Eté fit sur votre Fontaine
Briller l'aimable Célimene ....
Célimene ... ah ! ma Soeur , pour calmer mon
courroux ,
Que ce nom , dit la Nimphe , est charmant.
qu'il est doux !
N'en doutez pas , sa présence me flatte.
Sa douceur , son esprit , ses regards enchanteurs,
M'ont fait pour quelque temps oublier mes malheurs.
Mais malgré le beau feu qui dans ses yeux éclattes
Si peû sensible à mes faveurs ,
Cette Celimene est ingrate ;
Plus j'us de plaisir à la voir ,
Plus son cruel oubli croîtra mon désespoir ,
Cependant sensible à vos larmes ,
Ainsi qu'au pouvoir de ses charmes ,
Dryade , je me rends et vais garder mon cours;
Mais si cette saison prochaine
Je ne vois pas l'aimable Célimene ,
Sur mes Rives former un plus nombreux concours
>
Adieu vous dis , et pour toujours.
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Résumé : PLAINTES DE LA NAYADE, Qui préside aux Eaux minérales de la Fontaine de S. Santin, près l'Aigle en Normandie.
Le texte relate la plainte d'une Nayade, esprit des eaux, associée à la fontaine de Saint-Santin près de l'Aigle en Normandie. Elle déplore l'oubli dans lequel elle est tombée et regrette les temps anciens où ses eaux, reconnues pour leurs vertus thérapeutiques, étaient célèbres et fréquentées par la cour et la ville. La Nayade exprime son amertume face à la négligence actuelle, attribuée à de nouvelles modes et à des charlatans. Une Dryade, voisine de la Nayade, tente de la réconforter en rappelant les moments de gloire passés et en annonçant un retour prochain de la faveur grâce à des médecins influents qui préconisent à nouveau ses eaux. La Nayade, sceptique, évoque la présence de Célimène, une figure charmante mais ingrate. La Dryade insiste sur le caractère cyclique de la fortune et prédit un avenir meilleur pour la fontaine. Par ailleurs, un personnage, probablement une divinité ou une entité mythologique, exprime sa reddition et son intention de continuer à surveiller son domaine. Il pose une condition : si Célimène n'apparaît pas la saison suivante, il cessera de rassembler une foule sur ses rives. Le personnage conclut en disant adieu de manière définitive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 61-64
DIALOGUES DES MORTS. Par M. Pesselier. PREMIER DIALOGUE. PITAGORE ET PLATON.
Début :
Pitagore. Je vous félicite d'avoir travaillé sur l'immortalité de [...]
Mots clefs :
Pythagore, Platon, Amour, Objet, Véritable, Source
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIALOGUES DES MORTS. Par M. Pesselier. PREMIER DIALOGUE. PITAGORE ET PLATON.
DIALOGUES
DES MORTS.
Par M. Pesselier.
PREMIER DIALOGUE.
PITAGORE ET PLATON.
Pitagore.
Je vous félicite d'avoir travaillé sur l'immortalité
de l'ame, & sur quelques au-
tres matieres qui ne sont pas moins dignes
de nos méditations; mais je ne sçaurois
vous pardonner d'avoir fait de l'amour un
objet de vos observations: de pareils sujets
avilissent le Philosophe, & profanent la
Philosophie.
Platon.
Le sérieux ne doit pas toujours nous
occuper. La variété des matieres soutient
l'esprit & forme le jugement; l'agrément
des unes aide à supporter la gravité des
autres.
Pitagore.
Je ny verrois pas d'inconvénient, si
l'on ne parloit des choses frivoles, que
pour en démontrer la frivolité; mais vous
n'avez disserté sur l'amour que pour en
faire l'apologie.
oogl
62 MERCURE DE FRANCE.
Platon.
Et c'est sur cela précisément que je
fonde la mienne.
Pitagore.
Je désespére un peu plus de vous, que
je ne faisois auparavant; quoi, vous pensez
que l'amour...
Platon.
Est la source de toutes les vertus; j'en-
tends parler du véritable.
Pitagore.
Le véritable est une belle chimére, que
votre imagination a voulu créer; mais que
le coeur humain ne réalisera jamais.
Platon.
Il seroit beau même de l'avoir imagi-
née; mais je nai que l'avantage de l'avoit
bien imitée, le modéle en est dans plus
d'un cœeur formé pour ressentir ce que je
n'ai fait que peindre. Celui des femmes
est surtout capable de cette délicatesse qui
vous paroît imaginaire, leur feu purifie
nos sentimens.
Pitagore.
Comme cette matiere, que vous pré-
tendez spiritualiser, m'a toujours paru
plus que problématique, je n'en ai jamais
pris qu'une islée confuse, & vous me fe-
riez plaisir de me la développer.
JANVIER.
1752.
&
Platon.
Il est des choses que l'on sent beaucoup
mieux que l'on ne les exprime: n'acculea
donc que la foiblesse de mes expressions,
de ce qui pourra manquer au Tableau de
l'Amour, tel que je le conçois. Il doit
joindre à la vivacité de sa flamme, la
dignité de l'estime, & la puteté de l'a-
mirie.
Ne s'occuper que d'un seul objet, lui
rapporter involontairement & sans con-
trainte tous ses goûts, toutes ses pensées,
tous ses sentimens; ne vouloir se perfec-
tionner que pour se rendre plus digne de
lui plaire; n etre charmé d'avoir plu, que
parce que c'est une raison d'aimer davan-
tage; ne voir en soi que l'objet aimé, &
voit tout en lui. N'avoir de plaisirs que
pour qu'il ses partage; deviner ses peines
pour les partager; être heureux de son
bonheur, & malheureux de son infor-
tune. Mériter d'obrenir, en ne deman-
dant rien; être après les faveurs aussi res-
pecteeux, que si l'on n'avoit pas même
encote de l'espoir; desirer sans importu-
nité, posséder sans ostentation, conserver
sans négligence & sans jalousie, voilà l'a-
mour tel que je l'ai conçu, tel que je l'ai
senti, tel que je l'ai vu dans les amans
délicats; tel en un mot que je le voudrois
par tout, & dans tous les cœeurs.
zed by Goc
64 MERCUREDEFRANCE.
Pitagore.
Ce seroit alors, comme vous l'avez dit,
la source des talens, des vertus & des
graces, mais encore une fois....
Plaion.
Mais pourquoi se faire un systême d'a-
vilir l'humanité? Le mien (si l'on peut
nommer ainsi l'inspiration du sentiment,)
a pour objet d'élever les hommes au-des-
sus de l'humanité même, pat le portrait
enchanteur de la délicatesse, dont je ses
crois plus capables, qu'ils n osent. peut-
être eux-mêmes l'imaginer. Vous ne
pourriez les convaincre de votte opinion,
sans les humilier; je ne puis les persuader
sans leur inspirer une noble émulation,
qui susfiroit seule pour les conduire aux
plus hautes persections. C'est souvent,
croyez moi, parce qu'il na pas assez d'a-
mour propre, que l'homme est vain, &
tombe dans les petitesses; il les éviteroit
s'il connoissoit sa véritable grandeur.
Rendons son coeur assez fier, assez grand,
pour oser aspirer, par l'amour niême, à la
vertu.
DES MORTS.
Par M. Pesselier.
PREMIER DIALOGUE.
PITAGORE ET PLATON.
Pitagore.
Je vous félicite d'avoir travaillé sur l'immortalité
de l'ame, & sur quelques au-
tres matieres qui ne sont pas moins dignes
de nos méditations; mais je ne sçaurois
vous pardonner d'avoir fait de l'amour un
objet de vos observations: de pareils sujets
avilissent le Philosophe, & profanent la
Philosophie.
Platon.
Le sérieux ne doit pas toujours nous
occuper. La variété des matieres soutient
l'esprit & forme le jugement; l'agrément
des unes aide à supporter la gravité des
autres.
Pitagore.
Je ny verrois pas d'inconvénient, si
l'on ne parloit des choses frivoles, que
pour en démontrer la frivolité; mais vous
n'avez disserté sur l'amour que pour en
faire l'apologie.
oogl
62 MERCURE DE FRANCE.
Platon.
Et c'est sur cela précisément que je
fonde la mienne.
Pitagore.
Je désespére un peu plus de vous, que
je ne faisois auparavant; quoi, vous pensez
que l'amour...
Platon.
Est la source de toutes les vertus; j'en-
tends parler du véritable.
Pitagore.
Le véritable est une belle chimére, que
votre imagination a voulu créer; mais que
le coeur humain ne réalisera jamais.
Platon.
Il seroit beau même de l'avoir imagi-
née; mais je nai que l'avantage de l'avoit
bien imitée, le modéle en est dans plus
d'un cœeur formé pour ressentir ce que je
n'ai fait que peindre. Celui des femmes
est surtout capable de cette délicatesse qui
vous paroît imaginaire, leur feu purifie
nos sentimens.
Pitagore.
Comme cette matiere, que vous pré-
tendez spiritualiser, m'a toujours paru
plus que problématique, je n'en ai jamais
pris qu'une islée confuse, & vous me fe-
riez plaisir de me la développer.
JANVIER.
1752.
&
Platon.
Il est des choses que l'on sent beaucoup
mieux que l'on ne les exprime: n'acculea
donc que la foiblesse de mes expressions,
de ce qui pourra manquer au Tableau de
l'Amour, tel que je le conçois. Il doit
joindre à la vivacité de sa flamme, la
dignité de l'estime, & la puteté de l'a-
mirie.
Ne s'occuper que d'un seul objet, lui
rapporter involontairement & sans con-
trainte tous ses goûts, toutes ses pensées,
tous ses sentimens; ne vouloir se perfec-
tionner que pour se rendre plus digne de
lui plaire; n etre charmé d'avoir plu, que
parce que c'est une raison d'aimer davan-
tage; ne voir en soi que l'objet aimé, &
voit tout en lui. N'avoir de plaisirs que
pour qu'il ses partage; deviner ses peines
pour les partager; être heureux de son
bonheur, & malheureux de son infor-
tune. Mériter d'obrenir, en ne deman-
dant rien; être après les faveurs aussi res-
pecteeux, que si l'on n'avoit pas même
encote de l'espoir; desirer sans importu-
nité, posséder sans ostentation, conserver
sans négligence & sans jalousie, voilà l'a-
mour tel que je l'ai conçu, tel que je l'ai
senti, tel que je l'ai vu dans les amans
délicats; tel en un mot que je le voudrois
par tout, & dans tous les cœeurs.
zed by Goc
64 MERCUREDEFRANCE.
Pitagore.
Ce seroit alors, comme vous l'avez dit,
la source des talens, des vertus & des
graces, mais encore une fois....
Plaion.
Mais pourquoi se faire un systême d'a-
vilir l'humanité? Le mien (si l'on peut
nommer ainsi l'inspiration du sentiment,)
a pour objet d'élever les hommes au-des-
sus de l'humanité même, pat le portrait
enchanteur de la délicatesse, dont je ses
crois plus capables, qu'ils n osent. peut-
être eux-mêmes l'imaginer. Vous ne
pourriez les convaincre de votte opinion,
sans les humilier; je ne puis les persuader
sans leur inspirer une noble émulation,
qui susfiroit seule pour les conduire aux
plus hautes persections. C'est souvent,
croyez moi, parce qu'il na pas assez d'a-
mour propre, que l'homme est vain, &
tombe dans les petitesses; il les éviteroit
s'il connoissoit sa véritable grandeur.
Rendons son coeur assez fier, assez grand,
pour oser aspirer, par l'amour niême, à la
vertu.
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5
p. 70-71
LOGOGRYPHE.
Début :
Mere d'enfans errans qui bravent mon amour, [...]
Mots clefs :
Source
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYP HE.
MEre Ere d'enfans errans qui bravent mon amour,
Je ne vis que pour eux. Qu'ils me coûtent de
larmes !
Loin d'en être touchés , elles leur fervent d'armes
Pour s'éloigner de moi fans nul retour.
Mais pour faire valoir un avantage unique ,
Qui fert à balancer ce mépris prétendu :
J'oſe avancer qu'aux maux d'un Etat politique ;
Aux vices , aux abus , au corps humain étique ,
On ne remédira qu'après m'avoir connu.
A préfent de mon nom l'anagramme facile
Vous offre un exercice , où jadis plus d'un Grand
Procuroit à fon corps un plaifir fatiguanti
OCTOBRE. 1756. 71
Une machine aux Arts utiles ,
Néceffaire en tous lieux ; un farouche animal ;
Du corps une partie où l'on craint un rival ;
Une Iſle , une proche parente ;
Ce qu'on met au Café fans être trop friand.
Mais finiffons , il faut être prudente :
Un fecret risque trop quand fille parle tant:
MEre Ere d'enfans errans qui bravent mon amour,
Je ne vis que pour eux. Qu'ils me coûtent de
larmes !
Loin d'en être touchés , elles leur fervent d'armes
Pour s'éloigner de moi fans nul retour.
Mais pour faire valoir un avantage unique ,
Qui fert à balancer ce mépris prétendu :
J'oſe avancer qu'aux maux d'un Etat politique ;
Aux vices , aux abus , au corps humain étique ,
On ne remédira qu'après m'avoir connu.
A préfent de mon nom l'anagramme facile
Vous offre un exercice , où jadis plus d'un Grand
Procuroit à fon corps un plaifir fatiguanti
OCTOBRE. 1756. 71
Une machine aux Arts utiles ,
Néceffaire en tous lieux ; un farouche animal ;
Du corps une partie où l'on craint un rival ;
Une Iſle , une proche parente ;
Ce qu'on met au Café fans être trop friand.
Mais finiffons , il faut être prudente :
Un fecret risque trop quand fille parle tant:
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6
p. 230-231
DECRET DE LA FACULTÉ.
Début :
La Faculté a jugé, que les nouvelles eaux minérales de Passy sont aujourd'hui [...]
Mots clefs :
Faculté, Eaux minérales, Qualités, Vertus, Maladies, Source
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DECRET DE LA FACULTÉ.
DECRET DE LA FACULTÉ,
La Faculté a jugé, que les nouvelles eaux minérales
de Paffy font aujourd'hui dans le même
état où elles étoient en 1720 , & qu'elles n'ont
rien perdu de leurs anciennes qualités ; que les
bruits de fources éteintes , de principes dénaturés,
& de vertus détruites , qui ont été femés dans
Paris ,font l'ouvrage de la prévention & de l'ignorance
, & que lefdites eaux ne peuvent que continuer
à être très- utiles dans les maladies d'embarras
& d'obftruction , caufées par l'épaiffiffement
des liqueurs , & la diminution du reffort des
folides.
On continuera , comme on a fait juſques à préfent
, de délivrer gratis, à Paffy , des eaux pour les
Malades qui font hors d'état de les payer, pourvû
qu'ils ayent un billet du Médecin , ou du Chirur
gien , ou du Curé de leur Paroiffe , qui conſtate la
maladie, & l'indigence de celui qui demande des
eaux,
Les eaux épurées de Paffy , qui ne font autre
choſe que celles des fources qui ont déposé leur
AVRIL. 1760 . 231
mars dans de grands vales où elles ont féjourné
longtemps , fe tranfportent partout , & fe confervent
toujours , pourvû qu'on ne les bouche pas ,
& qu'on fe contente de les couvrir d'une patte de
verre , ou d'un fimple papier.
Les eaux de la premiere & feconde fource , peuvent
aufli fe tranfporter , pourvû qu'elles ne foient
pas trop expofées au Soleil , & qu'elles foient
bien bouchées : elles fe confervent quatre à cinq
mois ; avantage que n'ont point les autres eaux
ferrugineufes dans lefquelles apparemment le
mars n'eft pas fi intimement uni avec les autres
principes qui les conftituent.
Les perfonnes qui ont befoin d'eau , font prices
de mettre par écrit de quelle forte ils en veulent ,
attendu que les Commiffionnaires fe trompent
fouvent , & prennent des eaux épurées pour des
eaux de la fource ; ou des eaux de la fource, pour
des eaux épurées.
La Faculté a jugé, que les nouvelles eaux minérales
de Paffy font aujourd'hui dans le même
état où elles étoient en 1720 , & qu'elles n'ont
rien perdu de leurs anciennes qualités ; que les
bruits de fources éteintes , de principes dénaturés,
& de vertus détruites , qui ont été femés dans
Paris ,font l'ouvrage de la prévention & de l'ignorance
, & que lefdites eaux ne peuvent que continuer
à être très- utiles dans les maladies d'embarras
& d'obftruction , caufées par l'épaiffiffement
des liqueurs , & la diminution du reffort des
folides.
On continuera , comme on a fait juſques à préfent
, de délivrer gratis, à Paffy , des eaux pour les
Malades qui font hors d'état de les payer, pourvû
qu'ils ayent un billet du Médecin , ou du Chirur
gien , ou du Curé de leur Paroiffe , qui conſtate la
maladie, & l'indigence de celui qui demande des
eaux,
Les eaux épurées de Paffy , qui ne font autre
choſe que celles des fources qui ont déposé leur
AVRIL. 1760 . 231
mars dans de grands vales où elles ont féjourné
longtemps , fe tranfportent partout , & fe confervent
toujours , pourvû qu'on ne les bouche pas ,
& qu'on fe contente de les couvrir d'une patte de
verre , ou d'un fimple papier.
Les eaux de la premiere & feconde fource , peuvent
aufli fe tranfporter , pourvû qu'elles ne foient
pas trop expofées au Soleil , & qu'elles foient
bien bouchées : elles fe confervent quatre à cinq
mois ; avantage que n'ont point les autres eaux
ferrugineufes dans lefquelles apparemment le
mars n'eft pas fi intimement uni avec les autres
principes qui les conftituent.
Les perfonnes qui ont befoin d'eau , font prices
de mettre par écrit de quelle forte ils en veulent ,
attendu que les Commiffionnaires fe trompent
fouvent , & prennent des eaux épurées pour des
eaux de la fource ; ou des eaux de la fource, pour
des eaux épurées.
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Résumé : DECRET DE LA FACULTÉ.
Le décret de la Faculté de 1760 atteste que les eaux minérales de Paffy conservent leurs qualités depuis 1720. Les rumeurs sur la perte de leurs vertus sont imputées à la prévention et à l'ignorance. Ces eaux sont efficaces pour traiter les maladies liées à l'épaississement des liquides et à la diminution de la sécrétion des solides. La Faculté continue de distribuer gratuitement des eaux aux malades indigents, sur présentation d'un billet médical ou ecclésiastique. Les eaux épurées de Paffy, provenant de sources ayant déposé leur sédiment dans des vallées, peuvent être transportées et conservées sans être bouchées hermétiquement, mais simplement couvertes d'une patte de verre ou d'un papier. Les eaux des première et seconde sources peuvent également être transportées, mais doivent être protégées du soleil et bien bouchées. Elles se conservent quatre à cinq mois, contrairement à d'autres eaux ferrugineuses. Les demandeurs doivent préciser par écrit le type d'eau désiré pour éviter les erreurs des commissionnaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 102-109
Essai sur le Bonheur, [titre d'après la table]
Début :
Essai sur le Bonheur, où l'on recherche si l'on peut aspirer à un vrai bonheur [...]
Mots clefs :
Bonheur, Plaisirs, Vertu, Auteur, Essai, Source, Vrai, Matière, Sentiment, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essai sur le Bonheur, [titre d'après la table]
Effai fur le Bonheur , où l'on recherche
fi l'on peut afpirer à un vrai bonheur
fur la terre , jufqu'à quel point il
dépend de nous , & quel eft le chemin
qui y conduit ; par M. l'Abbé de
Gourcy , Vicaire - Général de Bordeaux
, de la Société Royale des.
Sciences & Belles- Lettres de Nancy.
AVienne ; & fe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , Quai
des Auguftins , au coin de la rue
Pavée.
"
On a eu beau traiter dans les différens
fècles ce fujet intéreffant , la matière
n'a été encore épuifée , parce que
pas
la diverfité des paffions qui agitent les
hommes , & cette variété d'opinions
qu'ils ont adoptées à cet égard , n'ont pu
que les éloigner du but , & les ont
empêché d'indiquer la vraie fource de
cet unique bien , dont nous defirons
néceffairement la poffeffion , même au
milieu de nos égaremens . Varron avoit
DÉCEMBRE . 1777. 103
remarqué dans fon Livre de la Philofophie
, qu'il pouvoit y avoir deux cens
quatre - vingt - huit fentimens différens
fur ce qui regarde l'effence du Bonheur .
Et l'on doit avouer que plufieurs des
anciens Philofophes ont mêlé beaucoup
d'erreurs & de bizarreries à un petit
nombre de vérités qu'ils ont défigurées.
Epictete eft celui qui s'eft approché le
plus du but , & qui , avec les feules
lumières du paganifme , a le mieux
traité cette matière . Son Ouvrage , qui
renferme la morale la plus épurée ,
mérite nos éloges.
L'Auteur de l'Effai , avoue que cette
multitude de traités fur le Bonheur ,
qu'il s'eft fait un devoir de parcourir , ne
lui a été d'aucune utilité. Il en excepte
feulement , les penfées de M. Fontenelle
fur le Bonheur, Ouvrage plein de fineffe
& d'agrément ; la théorie des fentimens
agréables de M. Pouilly , où la matière
eft beaucoup plus approfondie ; & ^
l'effai fur la philofophie morale , par M.
de Maupertuis , qui a calculé tous les
momens & tous les degrés du Bonheur ,
avec la précifion rigoureufe & la féchereffe
des Géomètres. Ces trois Ouvrages ,
& ceux de l'Auteur d'Emile
$
ont
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
fourni à l'Auteur de l'Effai , des traits
ingénieux , & des réflexions, folides .
Toutes les citations font faites avec un
goût exquis , & tiennent lieu d'ornemens
à ce nouveau traité du Bonheur :
c'eft de la Religion Chrétienne que
l'Auteur emprunte fes principaux argumens
, & il puife fa morale dans cette
Religion , qui eft , pour tous les âges
comme pour tous les états , lafource la plus
pure & la plus abondante du Bonheur.
I fourient que la vertu commence icibas
la félicité de l'homme , & qu'elle
feule pent lui mériter , après cette vie
le fouverain bien. En effet , tout ce qui
ne fert pas à purifier fon coeur, ne peut
produire que de faux biens qui le laiffent
vide , ou que des maux réels qui le rem
pliffent d'inquiétude. Auffi l'Auteur
prouve avec éloquence , qu'une confcience
pure eft la fource unique des
vrais plaifirs. Quant aux plaifirs des fens
& des paffions , cet ingénieux Ecrivain
foutient avec fondement , qu'ils s'émouffent
par l'habitude , fatiguent par leur
continuité , épuifent par leur vivacité ;
ils n'ont , dit- il , que la durée d'un.
» inftant , & traînent fouvent après eux
» la douleur , la honte & les remords
1
DÉCEMBRE. 1777 .
105
و د
33
و د
qui n'expirent qu'avec la vie . Les
plaifirs de l'efprit ne peuvent être
goûtés que d'un petit nombre d'hom-
» mes : ce n'eft donc point là le chemin
» du Bonheur que la nature nous a tracé.
» Pris immodérément , ils ruinent la
fanté , & ne peuvent cependant être
continués fans elle .
39
"
» Il n'en eft pas ainfi des plaifirs
» de l'ame , de ces plaifirs dont la fource
» eft dans la bienfaifance , dans l'amitié ,
» dans la vertu. De cette fource inalté
ود
rable , il ne peut couler fur la terre
» que des biens & des joies pures .
» Jamais ces vrais plaifirs ne fallent ,
» ne raffafient , n'énervent & ne cor-
» rompent. Ils ont toujours le charme
» de la nouveauté ; plus on les goûte
»
plus on veut les goûter. Ils ne peuvent
» être négligés que par ceux à qui
' ils font inconnus , par ces ames de
boue , condamnées à ramper triste-
» ment parmi un tas de mortels frivoles
»
& infenfés , corrompus & corrupteurs.
Ils font indépendans de la vigueur du
corps , de la fagacité de l'efprit , des
faveurs & des caprices de la fortune :
ils élèvent l'ame , ils la fortifient
ils en rempliffent toute la capacité.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Jamais de retours fâcheux à effuyer :
» perfonne ne s'eft encore repenti de
» les avoit goûtés. Jamais d'indifcrétion
» à redouter la modeftie feule eft
ود
و د
"
intéreffée à les couvrir de fon voile ;
» & s'ils femblent peut-être plus vifs
» & plus purs , lorfqu'ils demeurent
» concentrés dans le coeur qui les goûte ,
» dans le fein de l'amitié qui les partage,
le grand jour y ajoute l'éclat de la
» gloire , & le concert enchanteur de
» l'acclamation publique . Dépofés dans
» le fond de la confcience , un fentiment
délicieux les reproduit & les
perpétue jufqu'au dernier foupir. Chaque
jour les ames vertueufes & bien-
» faifantes font à portée de les renouveller
, puifqu'une ame vertueufe
& bienfaifante peut tous les jours
» fuivre le penchant divin qui la preffe ;
» & que ni l'importance du fervice , ni
l'éclat de l'action n'eft néceffaire ici ,
ni pour le mérite , ni pour la volupté:
» qui en eft le falaire. Il n'eft aucun jour
» où un Particulier foit réduit à dire
» comme cet Empereur adoré , mes amis,
»j'ai perdu lajournée.
33
»
"
"
罱» Il n'eft point , dit M. Rouffeau , de
» route plus fûre , pour aller au Bonheur,
DÉCEM BR E. 1777. 107
>
que celle de la vertu. Si on y parvient
» il eft plus pur , plus folide & plus doux
» par elle fi on le manque , elle feule
» peut en dédommager.
On peut
:
•
» enchérir fans aller au- delà du vrai.
» Ce n'eft pas affez de dire qu'il n'eſt
» pas de route plus fûre pour le Bonheur,
elle eft la feule toute autre route
» nous égare : tous les pas qu'on y fait
» font , pour ainsi dire , autant d'efpaces
» qu'on met entre lui & le vrai Bonheur,
» Le même Ecrivain s'explique , ou fe
» réforme ailleurs. La félicité eft la
» fortune du fage , & il n'y en a point
fans vertu . Les plus vicieux même
font forcés de rendre hommage à la
» vertu , en lui enviant ce fentiment
profond de paix & de contentement
qu'elle conferve dans toutes les fitua-
» tions poffibles.
"
» Charme inconcevable de la beauté
» qui ne périt point ! s'écrie encore
» l'illuftre Génevois dans fon ftyle brû-
» lant & fublime , ce ne font point les
» vicieux au faîte des honneurs , dans,
le fein des plaifirs , qui font envie ;
" ce font les vertueux infortunés ; &
» l'on fent au fond de fon coeur la féli-
» cité réelle , que couvroient leurs maux
"
•
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
1
» apparens. Ce fentiment eft commun à
tous les hommes ; & fouvent même
» en dépit d'eux , le divin modèle que
chacun de nous porte avec lui , nous
» enchante malgré que nous en ayons.
» Sitôt que la paflion nous permet de
le voir , nous lui voulons reffembler ;
» & fi le plus méchant des hommes
» pouvoit être un autre que lui- même ,
» il voudroit être un homme de bien ».
Si l'on doit avouer que rien n'égale
ici -bas la paix & le contentement , qui
font inféparables de la vertu , il n'en eft
pas moins certain que cette félicité ne
peut être que commencée & paffagère ,
& que l'Auteur de notre Etre s'eft
réfervé à lui - même de faire la récompenfe
parfaite & éternelle du plus excellent
de fes Ouvrages mortels ; c'eft dans
l'autre vie qu'eft réfervée la poffeffion
du fouverain bien , ou du bonheur complet.
Un Poëte Philofophe a reconnu
cette vérité .
"
Je ne me vante point d'avoir en cet aſyle ,
د .
Rencontré le parfait bonheur ;
» Il n'eft point retiré dans le fond d'un bocage 3 ,
Il eft,encor moins, chez les Rois ;
DÉCEMBRE . 1777. 109
» Il n'eft pas même chez le Sage ;
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
∞ Il y faut renoncer : mais on peut quelquefois
» Embraſſer au moins fon image ».
fi l'on peut afpirer à un vrai bonheur
fur la terre , jufqu'à quel point il
dépend de nous , & quel eft le chemin
qui y conduit ; par M. l'Abbé de
Gourcy , Vicaire - Général de Bordeaux
, de la Société Royale des.
Sciences & Belles- Lettres de Nancy.
AVienne ; & fe trouve à Paris , chez
Mérigot le jeune , Libraire , Quai
des Auguftins , au coin de la rue
Pavée.
"
On a eu beau traiter dans les différens
fècles ce fujet intéreffant , la matière
n'a été encore épuifée , parce que
pas
la diverfité des paffions qui agitent les
hommes , & cette variété d'opinions
qu'ils ont adoptées à cet égard , n'ont pu
que les éloigner du but , & les ont
empêché d'indiquer la vraie fource de
cet unique bien , dont nous defirons
néceffairement la poffeffion , même au
milieu de nos égaremens . Varron avoit
DÉCEMBRE . 1777. 103
remarqué dans fon Livre de la Philofophie
, qu'il pouvoit y avoir deux cens
quatre - vingt - huit fentimens différens
fur ce qui regarde l'effence du Bonheur .
Et l'on doit avouer que plufieurs des
anciens Philofophes ont mêlé beaucoup
d'erreurs & de bizarreries à un petit
nombre de vérités qu'ils ont défigurées.
Epictete eft celui qui s'eft approché le
plus du but , & qui , avec les feules
lumières du paganifme , a le mieux
traité cette matière . Son Ouvrage , qui
renferme la morale la plus épurée ,
mérite nos éloges.
L'Auteur de l'Effai , avoue que cette
multitude de traités fur le Bonheur ,
qu'il s'eft fait un devoir de parcourir , ne
lui a été d'aucune utilité. Il en excepte
feulement , les penfées de M. Fontenelle
fur le Bonheur, Ouvrage plein de fineffe
& d'agrément ; la théorie des fentimens
agréables de M. Pouilly , où la matière
eft beaucoup plus approfondie ; & ^
l'effai fur la philofophie morale , par M.
de Maupertuis , qui a calculé tous les
momens & tous les degrés du Bonheur ,
avec la précifion rigoureufe & la féchereffe
des Géomètres. Ces trois Ouvrages ,
& ceux de l'Auteur d'Emile
$
ont
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
1
fourni à l'Auteur de l'Effai , des traits
ingénieux , & des réflexions, folides .
Toutes les citations font faites avec un
goût exquis , & tiennent lieu d'ornemens
à ce nouveau traité du Bonheur :
c'eft de la Religion Chrétienne que
l'Auteur emprunte fes principaux argumens
, & il puife fa morale dans cette
Religion , qui eft , pour tous les âges
comme pour tous les états , lafource la plus
pure & la plus abondante du Bonheur.
I fourient que la vertu commence icibas
la félicité de l'homme , & qu'elle
feule pent lui mériter , après cette vie
le fouverain bien. En effet , tout ce qui
ne fert pas à purifier fon coeur, ne peut
produire que de faux biens qui le laiffent
vide , ou que des maux réels qui le rem
pliffent d'inquiétude. Auffi l'Auteur
prouve avec éloquence , qu'une confcience
pure eft la fource unique des
vrais plaifirs. Quant aux plaifirs des fens
& des paffions , cet ingénieux Ecrivain
foutient avec fondement , qu'ils s'émouffent
par l'habitude , fatiguent par leur
continuité , épuifent par leur vivacité ;
ils n'ont , dit- il , que la durée d'un.
» inftant , & traînent fouvent après eux
» la douleur , la honte & les remords
1
DÉCEMBRE. 1777 .
105
و د
33
و د
qui n'expirent qu'avec la vie . Les
plaifirs de l'efprit ne peuvent être
goûtés que d'un petit nombre d'hom-
» mes : ce n'eft donc point là le chemin
» du Bonheur que la nature nous a tracé.
» Pris immodérément , ils ruinent la
fanté , & ne peuvent cependant être
continués fans elle .
39
"
» Il n'en eft pas ainfi des plaifirs
» de l'ame , de ces plaifirs dont la fource
» eft dans la bienfaifance , dans l'amitié ,
» dans la vertu. De cette fource inalté
ود
rable , il ne peut couler fur la terre
» que des biens & des joies pures .
» Jamais ces vrais plaifirs ne fallent ,
» ne raffafient , n'énervent & ne cor-
» rompent. Ils ont toujours le charme
» de la nouveauté ; plus on les goûte
»
plus on veut les goûter. Ils ne peuvent
» être négligés que par ceux à qui
' ils font inconnus , par ces ames de
boue , condamnées à ramper triste-
» ment parmi un tas de mortels frivoles
»
& infenfés , corrompus & corrupteurs.
Ils font indépendans de la vigueur du
corps , de la fagacité de l'efprit , des
faveurs & des caprices de la fortune :
ils élèvent l'ame , ils la fortifient
ils en rempliffent toute la capacité.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Jamais de retours fâcheux à effuyer :
» perfonne ne s'eft encore repenti de
» les avoit goûtés. Jamais d'indifcrétion
» à redouter la modeftie feule eft
ود
و د
"
intéreffée à les couvrir de fon voile ;
» & s'ils femblent peut-être plus vifs
» & plus purs , lorfqu'ils demeurent
» concentrés dans le coeur qui les goûte ,
» dans le fein de l'amitié qui les partage,
le grand jour y ajoute l'éclat de la
» gloire , & le concert enchanteur de
» l'acclamation publique . Dépofés dans
» le fond de la confcience , un fentiment
délicieux les reproduit & les
perpétue jufqu'au dernier foupir. Chaque
jour les ames vertueufes & bien-
» faifantes font à portée de les renouveller
, puifqu'une ame vertueufe
& bienfaifante peut tous les jours
» fuivre le penchant divin qui la preffe ;
» & que ni l'importance du fervice , ni
l'éclat de l'action n'eft néceffaire ici ,
ni pour le mérite , ni pour la volupté:
» qui en eft le falaire. Il n'eft aucun jour
» où un Particulier foit réduit à dire
» comme cet Empereur adoré , mes amis,
»j'ai perdu lajournée.
33
»
"
"
罱» Il n'eft point , dit M. Rouffeau , de
» route plus fûre , pour aller au Bonheur,
DÉCEM BR E. 1777. 107
>
que celle de la vertu. Si on y parvient
» il eft plus pur , plus folide & plus doux
» par elle fi on le manque , elle feule
» peut en dédommager.
On peut
:
•
» enchérir fans aller au- delà du vrai.
» Ce n'eft pas affez de dire qu'il n'eſt
» pas de route plus fûre pour le Bonheur,
elle eft la feule toute autre route
» nous égare : tous les pas qu'on y fait
» font , pour ainsi dire , autant d'efpaces
» qu'on met entre lui & le vrai Bonheur,
» Le même Ecrivain s'explique , ou fe
» réforme ailleurs. La félicité eft la
» fortune du fage , & il n'y en a point
fans vertu . Les plus vicieux même
font forcés de rendre hommage à la
» vertu , en lui enviant ce fentiment
profond de paix & de contentement
qu'elle conferve dans toutes les fitua-
» tions poffibles.
"
» Charme inconcevable de la beauté
» qui ne périt point ! s'écrie encore
» l'illuftre Génevois dans fon ftyle brû-
» lant & fublime , ce ne font point les
» vicieux au faîte des honneurs , dans,
le fein des plaifirs , qui font envie ;
" ce font les vertueux infortunés ; &
» l'on fent au fond de fon coeur la féli-
» cité réelle , que couvroient leurs maux
"
•
Evj
108 MERCURE DE FRANCE .
1
» apparens. Ce fentiment eft commun à
tous les hommes ; & fouvent même
» en dépit d'eux , le divin modèle que
chacun de nous porte avec lui , nous
» enchante malgré que nous en ayons.
» Sitôt que la paflion nous permet de
le voir , nous lui voulons reffembler ;
» & fi le plus méchant des hommes
» pouvoit être un autre que lui- même ,
» il voudroit être un homme de bien ».
Si l'on doit avouer que rien n'égale
ici -bas la paix & le contentement , qui
font inféparables de la vertu , il n'en eft
pas moins certain que cette félicité ne
peut être que commencée & paffagère ,
& que l'Auteur de notre Etre s'eft
réfervé à lui - même de faire la récompenfe
parfaite & éternelle du plus excellent
de fes Ouvrages mortels ; c'eft dans
l'autre vie qu'eft réfervée la poffeffion
du fouverain bien , ou du bonheur complet.
Un Poëte Philofophe a reconnu
cette vérité .
"
Je ne me vante point d'avoir en cet aſyle ,
د .
Rencontré le parfait bonheur ;
» Il n'eft point retiré dans le fond d'un bocage 3 ,
Il eft,encor moins, chez les Rois ;
DÉCEMBRE . 1777. 109
» Il n'eft pas même chez le Sage ;
De cette courte vie il n'eft point le partage ;
∞ Il y faut renoncer : mais on peut quelquefois
» Embraſſer au moins fon image ».
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Résumé : Essai sur le Bonheur, [titre d'après la table]
L''Essai sur le Bonheur' de l'Abbé de Gourcy, Vicaire Général de Bordeaux et membre de la Société Royale des Sciences et Belles-Lettres de Nancy, explore la possibilité d'atteindre un véritable bonheur terrestre et les moyens d'y parvenir. L'auteur s'appuie principalement sur la religion chrétienne pour définir le bonheur, affirmant que la vertu est essentielle à la félicité humaine. Les plaisirs des sens et des passions sont éphémères et souvent suivis de douleur, tandis que les plaisirs de l'âme, issus de la bienfaisance, de l'amitié et de la vertu, sont durables et enrichissants. Ces plaisirs sont indépendants des conditions physiques ou matérielles et élèvent l'âme. La vertu est présentée comme le seul chemin sûr vers le bonheur, et sa pratique quotidienne permet de renouveler ces plaisirs authentiques. Le texte explore la notion de bonheur et de vertu, affirmant qu'il n'existe pas de voie plus sûre vers le bonheur que celle de la vertu. La félicité est décrite comme la fortune du sage, inaccessible sans vertu. Même les personnes vicieuses envient la paix et le contentement que procure la vertu. La véritable félicité réside dans les vertueux, même s'ils sont malheureux, et non dans les vicieux jouissant des honneurs et des plaisirs. Cette félicité est universelle et innée, mais incomplète et passagère sur terre. La récompense parfaite et éternelle est réservée à l'au-delà.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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