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1
p. 240-244
Galanterie de M. de Rambouillet. [titre d'après la table]
Début :
Vous voulez qu'on mette en quartiers [...]
Mots clefs :
Empoisonneuse, Crimes, Poison
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texteReconnaissance textuelle : Galanterie de M. de Rambouillet. [titre d'après la table]
V
Ous voulez qu'on mette
quartiers L'Empoisonneuse **** Et pourſes Crimes,la Justice Selon vous , manque de Supplice.
Hébien l'on est de vostre avis ,
Etvos Arrestsferont ſuivis.
en
Mais, comme ondit ſouver les génes,
Lescachots,lesfers &leschaiſnes,
Lesgibets,laronë,&lesfeux ,
Ne
GALANT. 8067 Nefontque pour les Malheureux.
Combien de Damespar leMonde Vivent dans unepaixprofonde,
Qui nefont rien journellement ,
Quempoisonner impunément ?
Vousqui vouleztant qu'onpuniffe,
C'eſt vostre ordinaire exercice
Pay de vous reçen de Poison Pour empescher maquerison.
Tous les jours vostre main cruelle M'endonneune doze nouvelle.
Vous estes en communauté,
DeCrimes &d'impunité,
23
}
Avec ces Empoifannenses , 1
Qui ſont d'autant plus dangereuses ,
Qued'abord leur Poison est doux ,
Et se fait defirerde tous
Qu'avec uneforce inconnue Ilgagnel'ouye &la vent Qu'il se glife, &les autressens Alafinn'enfont pas exempts.
Il est d'autant plus redoutable Qu'encorqueſonfeu nous accable ,
Il ne terminepas nosjours ,
Et nous laiſſeſans nulfecours ,
Trainerunevie ennuyeuse,
Pire qu'une mort douloureuse
Tome VI.
N
203.1
P
168 LE MERCURE
L
Maiss'il nedonne point la mort ,
Helas fon rigoureux effort ,
Detantde maux nous environne ,
Qu'onla cherche, ou qu'onse la donne.
Il estfifubril ce Poison ,
Qu'iltroublepar fois la raifon ,
Iusqu'à ne faire aucunes plaintes Desesplusfenfibles atteintes,
Iusqu'àrefuserde querir Destourmonsqu'il nousfait fouffrir.
Chaque Empoisonneuse ledonne Atous,Sais épargnerperſonne :
Au mépris des plusfaintes Loix,
Elles s'attaquent mesmeaux Rois ,
Vnnombre infiny leurpresente Atoute beure'la Coupe ardente.
Elles n'ont point d'égard au rang ,
Ellesn'enont pasmesme anSang;
Telle se rit du Fratricide,
Etpaffe iusqu'au Parricide :
L'onne sçauroit les contenir Etl'on devroit bien les punir.
4
Maisleur conduite eft approuvée ,
Elles vont la tesſte levée.
Celles quicaufent plus de mal,
Etde qui lePoisonfatal Faitles offers tesplus étranges IVST
1
GADANT. 1691
Reçoivent leplus de loñanges;
Et bien loin de les chastier
Defaire unsi maudit Mestter On adore ces criminelles,
A
Ettous les lugesſont pour elles.
Onseroit déja rebuté De trouvertant d'impunitastano ed Pour des Crimes fi panillables N'estoit qu'entre mille Coupables Quelquesfois pour fe confoler On en voit quelqu'u'ne brater.
Ous voulez qu'on mette
quartiers L'Empoisonneuse **** Et pourſes Crimes,la Justice Selon vous , manque de Supplice.
Hébien l'on est de vostre avis ,
Etvos Arrestsferont ſuivis.
en
Mais, comme ondit ſouver les génes,
Lescachots,lesfers &leschaiſnes,
Lesgibets,laronë,&lesfeux ,
Ne
GALANT. 8067 Nefontque pour les Malheureux.
Combien de Damespar leMonde Vivent dans unepaixprofonde,
Qui nefont rien journellement ,
Quempoisonner impunément ?
Vousqui vouleztant qu'onpuniffe,
C'eſt vostre ordinaire exercice
Pay de vous reçen de Poison Pour empescher maquerison.
Tous les jours vostre main cruelle M'endonneune doze nouvelle.
Vous estes en communauté,
DeCrimes &d'impunité,
23
}
Avec ces Empoifannenses , 1
Qui ſont d'autant plus dangereuses ,
Qued'abord leur Poison est doux ,
Et se fait defirerde tous
Qu'avec uneforce inconnue Ilgagnel'ouye &la vent Qu'il se glife, &les autressens Alafinn'enfont pas exempts.
Il est d'autant plus redoutable Qu'encorqueſonfeu nous accable ,
Il ne terminepas nosjours ,
Et nous laiſſeſans nulfecours ,
Trainerunevie ennuyeuse,
Pire qu'une mort douloureuse
Tome VI.
N
203.1
P
168 LE MERCURE
L
Maiss'il nedonne point la mort ,
Helas fon rigoureux effort ,
Detantde maux nous environne ,
Qu'onla cherche, ou qu'onse la donne.
Il estfifubril ce Poison ,
Qu'iltroublepar fois la raifon ,
Iusqu'à ne faire aucunes plaintes Desesplusfenfibles atteintes,
Iusqu'àrefuserde querir Destourmonsqu'il nousfait fouffrir.
Chaque Empoisonneuse ledonne Atous,Sais épargnerperſonne :
Au mépris des plusfaintes Loix,
Elles s'attaquent mesmeaux Rois ,
Vnnombre infiny leurpresente Atoute beure'la Coupe ardente.
Elles n'ont point d'égard au rang ,
Ellesn'enont pasmesme anSang;
Telle se rit du Fratricide,
Etpaffe iusqu'au Parricide :
L'onne sçauroit les contenir Etl'on devroit bien les punir.
4
Maisleur conduite eft approuvée ,
Elles vont la tesſte levée.
Celles quicaufent plus de mal,
Etde qui lePoisonfatal Faitles offers tesplus étranges IVST
1
GADANT. 1691
Reçoivent leplus de loñanges;
Et bien loin de les chastier
Defaire unsi maudit Mestter On adore ces criminelles,
A
Ettous les lugesſont pour elles.
Onseroit déja rebuté De trouvertant d'impunitastano ed Pour des Crimes fi panillables N'estoit qu'entre mille Coupables Quelquesfois pour fe confoler On en voit quelqu'u'ne brater.
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Résumé : Galanterie de M. de Rambouillet. [titre d'après la table]
Le texte aborde la question des empoisonneuses et de leur impunité. L'auteur estime que la justice manque de supplices appropriés pour punir ces criminelles, les châtiments traditionnels étant insuffisants. Il mentionne que de nombreuses femmes vivent paisiblement tout en empoisonnant impunément. L'auteur accuse son interlocuteur de se livrer à cet exercice quotidiennement, lui administrant du poison pour empêcher sa guérison. Le poison des empoisonneuses est décrit comme doux et insidieux, affectant les sens sans que la victime ne s'en rende compte. Il ne donne pas toujours la mort immédiate, laissant les victimes souffrir d'une vie ennuyeuse et douloureuse. Les empoisonneuses n'épargnent personne, même les rois, et leur conduite est souvent approuvée et louée. Les criminelles les plus dangereuses reçoivent les plus grands éloges et sont adorées malgré leurs actes. L'auteur exprime son dégoût face à cette impunité, soulignant que parmi mille coupables, on en voit parfois une être punie pour se consoler.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1042-1044
STANCES SUR LA FIEVRE.
Début :
Monstre produit par les Enfers, [...]
Mots clefs :
Fléau, Fièvre, Corps, Brûlantes veines, Poison, Hiver, Froidure, Poumons
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texteReconnaissance textuelle : STANCES SUR LA FIEVRE.
STANCE S.
SUR LA FIEVRE.
Monstre produit par les Enfers ,
Triste fruit des amours d'une horrible Furie ,
Noir fleau , dont la barbarie ,
Se plaît à desoler tout ce vaste Univers ,
Contre toi je brûle d'écrire ,
( Muses , Phébus , je ne veux rien de vous , )
Le feu que sa rage m'inspire ,
Mieux que le Dieu des Vers , peut servir mon
conrroux,
Jusques à quand , Fievre maudite ,
Eprouverai -je encor tes brulantes fureurs ?
Je cede enfin à tes horreurs ,
N'est-il pas temps , helas ! que ton ardeur nie
quitte ?
Depuis qu'à mon débile corps ,
Tu fais sentir une guerre cruelle ;
Déja sur ces aimables bords ,
La saison du Printemps deux fois se renouvelle,
Sous mille divers changemens ;
A me persecuter toujours ingenieuse ;
Je
M A Y 1043
17318
Je vois ta malice odieuse ,
Se plaire à mépriser les plus cruels tourmens :
Tantôt, de même qu'en nos Plaines ,
Se précipite un Torrent furieux ,
Tuviens dans mes brulantes veines ,
Répandre ton poison en cent bouillons de feux .
Je te vois changeant de nature ,
Du plus affreux hyver emprunter les glaçons ;
Je ressens tes mortels frissons ,
Porter jusqu'en mon coeur une ardente froidure,
Au milieu même de l'Eté ,
Mon sang glacé , se fige dans ma veine
L'Air par mon soufle est infecté ,
;
Mes poumons oppressez le respirent à peine.
粥
Tantôt appaisant ses rigueurs ,
Tu caches dans mon sein le venin qui me tuë ,
Jusqu'en mon coeur il s'insinuë ,
J'y sens bien-tôt couler de mortelles langueurs ;
La pâleur , l'affreuse tristesse ,
Le noir chagrin , l'ennui , suivent tes pas ,
Enfin une prompte foiblesse ,
Me conduit à pas lents aux portes du trépas?
Ma foible raison offensée ,
Ciij Par
1044 MERCURE DE FRANCE
Par le poison brulant de tes noires fureurs ,
1
S'égare enfin dans les horreurs ,
Dont la sombre vapeur la tient embarassée ,
Je vois des Monstres odieux ,
Mille dangers, mille erreurs passageres ,
Souvent des transports furieux ,
Sont les tristes effets de tes noires chimeres.
$2
A qui pourrois-je avoir recours ?
J'implore en vain le fils du Dieu qui nous
éclaire ;
Ses herbes , son Art salutaire ;
Rien ne peut arrêter ton redoutable
cours
Si quelquefois
ta barbarie
,
Pour un moment semble se ralentir ,
Bien- tôt avec plus de furie ,
Ta renaissante ardeur vient se faire sentir.
Le mortel poison qui m'enflâme
Envenime pour moi les jeux et les plaisirs ;
Le dégout suit tous mes desirs ,
L'Amour même , l'Amour ne peut rien sur mon
ame
Ah ! c'est trop vivre sous ta Loi ;
Bien - tôt la mort doit être mon partage ,
Cruelle , je l'attends de toi ,
Mais je meurs trop content de voir périr ta rage,
*
Esculape.
R. D. R. de Dijon.
SUR LA FIEVRE.
Monstre produit par les Enfers ,
Triste fruit des amours d'une horrible Furie ,
Noir fleau , dont la barbarie ,
Se plaît à desoler tout ce vaste Univers ,
Contre toi je brûle d'écrire ,
( Muses , Phébus , je ne veux rien de vous , )
Le feu que sa rage m'inspire ,
Mieux que le Dieu des Vers , peut servir mon
conrroux,
Jusques à quand , Fievre maudite ,
Eprouverai -je encor tes brulantes fureurs ?
Je cede enfin à tes horreurs ,
N'est-il pas temps , helas ! que ton ardeur nie
quitte ?
Depuis qu'à mon débile corps ,
Tu fais sentir une guerre cruelle ;
Déja sur ces aimables bords ,
La saison du Printemps deux fois se renouvelle,
Sous mille divers changemens ;
A me persecuter toujours ingenieuse ;
Je
M A Y 1043
17318
Je vois ta malice odieuse ,
Se plaire à mépriser les plus cruels tourmens :
Tantôt, de même qu'en nos Plaines ,
Se précipite un Torrent furieux ,
Tuviens dans mes brulantes veines ,
Répandre ton poison en cent bouillons de feux .
Je te vois changeant de nature ,
Du plus affreux hyver emprunter les glaçons ;
Je ressens tes mortels frissons ,
Porter jusqu'en mon coeur une ardente froidure,
Au milieu même de l'Eté ,
Mon sang glacé , se fige dans ma veine
L'Air par mon soufle est infecté ,
;
Mes poumons oppressez le respirent à peine.
粥
Tantôt appaisant ses rigueurs ,
Tu caches dans mon sein le venin qui me tuë ,
Jusqu'en mon coeur il s'insinuë ,
J'y sens bien-tôt couler de mortelles langueurs ;
La pâleur , l'affreuse tristesse ,
Le noir chagrin , l'ennui , suivent tes pas ,
Enfin une prompte foiblesse ,
Me conduit à pas lents aux portes du trépas?
Ma foible raison offensée ,
Ciij Par
1044 MERCURE DE FRANCE
Par le poison brulant de tes noires fureurs ,
1
S'égare enfin dans les horreurs ,
Dont la sombre vapeur la tient embarassée ,
Je vois des Monstres odieux ,
Mille dangers, mille erreurs passageres ,
Souvent des transports furieux ,
Sont les tristes effets de tes noires chimeres.
$2
A qui pourrois-je avoir recours ?
J'implore en vain le fils du Dieu qui nous
éclaire ;
Ses herbes , son Art salutaire ;
Rien ne peut arrêter ton redoutable
cours
Si quelquefois
ta barbarie
,
Pour un moment semble se ralentir ,
Bien- tôt avec plus de furie ,
Ta renaissante ardeur vient se faire sentir.
Le mortel poison qui m'enflâme
Envenime pour moi les jeux et les plaisirs ;
Le dégout suit tous mes desirs ,
L'Amour même , l'Amour ne peut rien sur mon
ame
Ah ! c'est trop vivre sous ta Loi ;
Bien - tôt la mort doit être mon partage ,
Cruelle , je l'attends de toi ,
Mais je meurs trop content de voir périr ta rage,
*
Esculape.
R. D. R. de Dijon.
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Résumé : STANCES SUR LA FIEVRE.
Le texte décrit la fièvre comme un monstre issu des Enfers, source de souffrance continue. Le narrateur souffre d'alternances de chaleur intense et de froid glacial, accompagnées de douleurs et de faiblesse extrême. La fièvre perturbe également son esprit, provoquant des visions terrifiantes et des erreurs passagères. Malgré les soins des médecins, dont Esculape, la fièvre persiste et empoisonne les plaisirs et les désirs du narrateur. Ce dernier attend la mort comme une délivrance pour échapper à la rage de la fièvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1518-1526
REFLEXIONS.
Début :
Il y a quantité d'occasions où les hommes devroient [...]
Mots clefs :
Réflexions, Erreur, Secrets de la nature, Divertir, Poison, Silence, Voile, Être sur ses gardes
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
IL
Ly a quantité d'occasions où les hommes devroient être un peu plus sur leur
garde ; car nous nous étonnons toûjours
trop des évenemens rares , et presque jamais assez de ceux qui sont frequens et
ordinaires; c'est souvent par ce mouvement qu'on tombe dans l'erreur et qu'on
ne s'applique pas comme il faut à péné- trer les secrets de la nature..
Tous les hommes sont flattez du talent
de divertir et de faire rire; mais c'est un
dangereux poison , contre lequel tout esprit raisonnable doit être en garde. Quand
onse donne dans le monde sur ce pied là,
on acquiert un tres- mauvais caractere, car
ceux même qui ont les plus heureuses
saillies , combien s'en faut-il qu'ils soient
plaisans toutes les fois qu'ils plaisantent ?-
On est presque toujours la dupe des
vertus qu'on admire ; car les hommes
sont le plus souvent humbles par vanité,
modestes par amour propre , polis par orgueil ; on paroît borné et simple pour
cacher
JUILLET. 1732. 1519
Cacher quelquefois l'ambition la plus dé- mesurée.
Quand on n'a pas le necessaire , on a
peu de goût pour le superflu. La cupidité ne se reveille et ne devient sans bornes,
qu'à mesure qu'on devient riche et opulent.
Rarement trouve t-on dans un même
homme , autant d'esprit que de goût ;
l'un prévaut presque toujours sur l'autre.
On montre plus de goût que d'esprit ,
quand l'amour propre et l'humeur ne
prévalent pas sur les lumieres naturelles.
Quand les deux Facultez sont dans un
égal dégré de sensibilité , on sent et on
juge sainement de tout. Mais qu'ils sont
rares ces naturels heureux ! Et combien
voit-on tous les jours de gens esclaves du
goût des autres , tour à tour agitez de
plaisir ou d'ennui sur leur parole , sans
parler des goûts faux , capricieux , incertai ns
On se trompe si on croit que l'avarice et la prodigalité ne se trouvent jamais ensemble. Quand l'orgueil est assez
fort , on voit pousser la dépense jusqu'à
F'excès ; et l'économie jusqu'à la lésine.
€ vj Dans
1520 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Politique , on donne finiment
le change aux plus rusez , quand on sçait
dire à propos ce qu'il semble qu'on de- vroit taire.
. On peut être prudent sans finesse ,
mais on ne peut être fin sans prudence.
Il y a certaines injures qui punissent
plus ceux qui les font , que ceux contrequi elles sont faites.
Gli grandi , hanno. per loro particola
rissimo costume, di scriver nill'arena le
ingiure , che ricevano da gente vile ; in
saldissimo marmo , con indolebili carat→
teri , i soprammani cheson fatti loro da
gli huomini potenti ; essendo proprieta
del nobile scordarsi l'offese per magnani
mita, non perdonarle per necessita.
Le ingiurie si multiplicano, per assicu
rarsi dalle gia fatte...
Le mépris des injures leur ôte leur force , et le plaisir à ceux qui en sont les
Auteurs. Si vous y êtes sensible , il dépend du plus misérable ennemi , du plus
lâche curieux de troubler le repos de vor
tre vie.
On
JUILLET. 1732.
On est plus porté à venger une injure ,
qu'à reconnoître un bienfait , parce quela
reconnoissance se fait à nos dépens , et la
vengeance aux dépens d'autrui.
Les injures que l'on méprise , perdent
tout crédit ; si on s'en fâche , on donne à
connoître qu'on les a méritées. Convitia spreta enolescunt , si irascare agnita videntur.
Le crime est également grand de loüer
celui qui fait mal , et de blâmer celui qui
fait bien. ,
Il n'est point de douleur plus sensible
que celle d'avoir fait inutilement un grand
crime.
Maxima peccandi illecebra,spes impuni
tatis. Ciceron.
Un caractere de dignité augmente toujours le crime dans la personne de celui qui le commet.
Les grands crimes ne peuvent guere
être imaginez et supposez que par ceux
qui sont capables de les commettre.
Il
A
1522 MERCURE DE FRANCE
Il n'y a point de vertu sans couronne
ni de crime sans châtiment.
Ceux qui ont commis quelque crime ,
sont en quelque façon réduits à la necessité de mal faire , par le peu de seureté
qu'ils trouvent à faire bien. Ils n'osent
devenir innocens , de peur de se mettre
à la merci des Loix qu'ils ont offensées, et
continuent leurs fautes , parce qu'ils ne
voyent aucune apparence qu'on se contentât de leur repentir.
On a souvent observé que la plupart
des hommes ne font les grands crimes
et les grands maux que par les scrupules
qu'ils ont pour les moindres.
La reconnoissance rend la liberalité
plus agréable ; l'ingratitude la rend plus
éclatante. Liberalitatem jucundiorem debitor gratus, clariorem ingratus facit.
La liberalité est un trait de beauté
contre lequel peu de cœur sont à l'épreuve..
Un homme vraiment liberal n'est ja
mais prodigue; il aime mieux contrain
dre la générosité de son humeur , que de
tomber
JUILLET. 1732. 1523
tomber dans un état où il ait besoin de
celle des autres.
Quand on donne , il faut que la main
soit ouverte , mais non pas percées qu'il
en sorte quelque chose , mais qu'il n'em
tombe rien.
La Liberalité donne la Prodigalité
perd.
La Liberalité est d'un bien plus haut
prix, quand le bon goût , le discernement
et l'équité en reglent les profusions.
En donnant promptement, on fait une
double grace ; en differant, le don devient
une récompense d'avoir attendu.
On doit plutôt regarder dans le cœur
que dans la main de celui qui donne.
Selon Diodore de Sicile , il avoit un y
Lac en Ethiopie , qui troubloit tellement
P'esprit de ceux qui avoient bû de son
cau , qu'ils ne pouvoient rien cacher de
ce qu'ils sçavoient.
Personne ne revelera notre secret si nous
ne le revelons à personne. Alium silere quod voles
1524 -MER CURE DE FRANCE:
vales , primus sile. Seneq. Hippol. act. 3 , …….
Les contradictions nous doivent rendre
plus retenus, car souvent on ne nous contredit que pour nous engager à découvrirnos secrets.
Les Politiques ont une maniere de contredire , qui consiste quelquefois en un
doute affecté, en un mépris adroit, en une.
opiniâtreté apparenteà ne pas croire . C'est
par cette addresse qu'ils sondent le plus
profond des cœurs , et qu'ils en décou
vrent tous les secrets.
Ceux qui s'empressent de sçavoir les
affaires des autres , ont rarement assez de
discretion pour en garder le secret ; la cu
riosité qui les anime ne peutêtre bien con→→→
tente qu'elle n'instruise aussi les curicux.
Scire meum nihil est , nisi me scire hoc sciat› a
alter.
En une infinité d'occasions , il faut en
core plus de précaution pour ce que l'on
ne doit pas dire à ses amis , que pour ce
que l'on doit faire contre ses ennemis.
Il faut se taire , ou dire quelque chose
qui soit meilleur que le silence.
1
Les .
JUILLET. · 1732. 15253
Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les
vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ca
qu'ils ont envie de faire.
Le Sage parle peu de ce qu'il sçait , et
jamais de ce qu'il ignore..
Quand on a une affaire bien à cœur ,
on la dit et on la repette sans cesse ; les
esprits qui sont en mouvement , conduisent toujours- là , et cette agitation fait
qu'on ne s'apperçoit nullement de ses re- dites.
La science de bien des gens n'est qu'un
enchaînement de mots ; tirez - les de leur
jargon , les voilà tout d'un coup dépour
vûs de science. Ils ont d'ailleurs l'avantage de l'étaler avec plus d'ostentation et
de facilité que ceux qui ont une vraye
capacité ; car dans les uns , c'est la mémoire et la routine seule qui agit ; dans
lès autres , c'est l'esprit et . le jugement.
Le Silence est un voile sous lequel l'î--
gnorance se cache d'ordinaire.
Rien n'est plus capable de décrier la
véritable piété , qu'une dévotion mal réglée, bizarre et incommode. La solidė
vertu
1526 MERCURE DE FRANCE
vertu n'est pas incompatible avec l'honnêteté et les bien-séances de la vie civile.
Sæpè jovem , memini , cum jam sua mittere
vellet
Fulmina , thure dato, sustinuisse manum . Ovid
Est Deus in nobis , et sunt commercia cœli ;
Sedibus æthereis spiritus ille venit. Ibid.
Rien n'est si sujet à l'illusion que les choses qui ont une apparence de piété ou de
Religion toutes sortes d'erreurs se glissent
et se cachent sous ce voile.
IL
Ly a quantité d'occasions où les hommes devroient être un peu plus sur leur
garde ; car nous nous étonnons toûjours
trop des évenemens rares , et presque jamais assez de ceux qui sont frequens et
ordinaires; c'est souvent par ce mouvement qu'on tombe dans l'erreur et qu'on
ne s'applique pas comme il faut à péné- trer les secrets de la nature..
Tous les hommes sont flattez du talent
de divertir et de faire rire; mais c'est un
dangereux poison , contre lequel tout esprit raisonnable doit être en garde. Quand
onse donne dans le monde sur ce pied là,
on acquiert un tres- mauvais caractere, car
ceux même qui ont les plus heureuses
saillies , combien s'en faut-il qu'ils soient
plaisans toutes les fois qu'ils plaisantent ?-
On est presque toujours la dupe des
vertus qu'on admire ; car les hommes
sont le plus souvent humbles par vanité,
modestes par amour propre , polis par orgueil ; on paroît borné et simple pour
cacher
JUILLET. 1732. 1519
Cacher quelquefois l'ambition la plus dé- mesurée.
Quand on n'a pas le necessaire , on a
peu de goût pour le superflu. La cupidité ne se reveille et ne devient sans bornes,
qu'à mesure qu'on devient riche et opulent.
Rarement trouve t-on dans un même
homme , autant d'esprit que de goût ;
l'un prévaut presque toujours sur l'autre.
On montre plus de goût que d'esprit ,
quand l'amour propre et l'humeur ne
prévalent pas sur les lumieres naturelles.
Quand les deux Facultez sont dans un
égal dégré de sensibilité , on sent et on
juge sainement de tout. Mais qu'ils sont
rares ces naturels heureux ! Et combien
voit-on tous les jours de gens esclaves du
goût des autres , tour à tour agitez de
plaisir ou d'ennui sur leur parole , sans
parler des goûts faux , capricieux , incertai ns
On se trompe si on croit que l'avarice et la prodigalité ne se trouvent jamais ensemble. Quand l'orgueil est assez
fort , on voit pousser la dépense jusqu'à
F'excès ; et l'économie jusqu'à la lésine.
€ vj Dans
1520 MERCURE DE FRANCE.
Dans la Politique , on donne finiment
le change aux plus rusez , quand on sçait
dire à propos ce qu'il semble qu'on de- vroit taire.
. On peut être prudent sans finesse ,
mais on ne peut être fin sans prudence.
Il y a certaines injures qui punissent
plus ceux qui les font , que ceux contrequi elles sont faites.
Gli grandi , hanno. per loro particola
rissimo costume, di scriver nill'arena le
ingiure , che ricevano da gente vile ; in
saldissimo marmo , con indolebili carat→
teri , i soprammani cheson fatti loro da
gli huomini potenti ; essendo proprieta
del nobile scordarsi l'offese per magnani
mita, non perdonarle per necessita.
Le ingiurie si multiplicano, per assicu
rarsi dalle gia fatte...
Le mépris des injures leur ôte leur force , et le plaisir à ceux qui en sont les
Auteurs. Si vous y êtes sensible , il dépend du plus misérable ennemi , du plus
lâche curieux de troubler le repos de vor
tre vie.
On
JUILLET. 1732.
On est plus porté à venger une injure ,
qu'à reconnoître un bienfait , parce quela
reconnoissance se fait à nos dépens , et la
vengeance aux dépens d'autrui.
Les injures que l'on méprise , perdent
tout crédit ; si on s'en fâche , on donne à
connoître qu'on les a méritées. Convitia spreta enolescunt , si irascare agnita videntur.
Le crime est également grand de loüer
celui qui fait mal , et de blâmer celui qui
fait bien. ,
Il n'est point de douleur plus sensible
que celle d'avoir fait inutilement un grand
crime.
Maxima peccandi illecebra,spes impuni
tatis. Ciceron.
Un caractere de dignité augmente toujours le crime dans la personne de celui qui le commet.
Les grands crimes ne peuvent guere
être imaginez et supposez que par ceux
qui sont capables de les commettre.
Il
A
1522 MERCURE DE FRANCE
Il n'y a point de vertu sans couronne
ni de crime sans châtiment.
Ceux qui ont commis quelque crime ,
sont en quelque façon réduits à la necessité de mal faire , par le peu de seureté
qu'ils trouvent à faire bien. Ils n'osent
devenir innocens , de peur de se mettre
à la merci des Loix qu'ils ont offensées, et
continuent leurs fautes , parce qu'ils ne
voyent aucune apparence qu'on se contentât de leur repentir.
On a souvent observé que la plupart
des hommes ne font les grands crimes
et les grands maux que par les scrupules
qu'ils ont pour les moindres.
La reconnoissance rend la liberalité
plus agréable ; l'ingratitude la rend plus
éclatante. Liberalitatem jucundiorem debitor gratus, clariorem ingratus facit.
La liberalité est un trait de beauté
contre lequel peu de cœur sont à l'épreuve..
Un homme vraiment liberal n'est ja
mais prodigue; il aime mieux contrain
dre la générosité de son humeur , que de
tomber
JUILLET. 1732. 1523
tomber dans un état où il ait besoin de
celle des autres.
Quand on donne , il faut que la main
soit ouverte , mais non pas percées qu'il
en sorte quelque chose , mais qu'il n'em
tombe rien.
La Liberalité donne la Prodigalité
perd.
La Liberalité est d'un bien plus haut
prix, quand le bon goût , le discernement
et l'équité en reglent les profusions.
En donnant promptement, on fait une
double grace ; en differant, le don devient
une récompense d'avoir attendu.
On doit plutôt regarder dans le cœur
que dans la main de celui qui donne.
Selon Diodore de Sicile , il avoit un y
Lac en Ethiopie , qui troubloit tellement
P'esprit de ceux qui avoient bû de son
cau , qu'ils ne pouvoient rien cacher de
ce qu'ils sçavoient.
Personne ne revelera notre secret si nous
ne le revelons à personne. Alium silere quod voles
1524 -MER CURE DE FRANCE:
vales , primus sile. Seneq. Hippol. act. 3 , …….
Les contradictions nous doivent rendre
plus retenus, car souvent on ne nous contredit que pour nous engager à découvrirnos secrets.
Les Politiques ont une maniere de contredire , qui consiste quelquefois en un
doute affecté, en un mépris adroit, en une.
opiniâtreté apparenteà ne pas croire . C'est
par cette addresse qu'ils sondent le plus
profond des cœurs , et qu'ils en décou
vrent tous les secrets.
Ceux qui s'empressent de sçavoir les
affaires des autres , ont rarement assez de
discretion pour en garder le secret ; la cu
riosité qui les anime ne peutêtre bien con→→→
tente qu'elle n'instruise aussi les curicux.
Scire meum nihil est , nisi me scire hoc sciat› a
alter.
En une infinité d'occasions , il faut en
core plus de précaution pour ce que l'on
ne doit pas dire à ses amis , que pour ce
que l'on doit faire contre ses ennemis.
Il faut se taire , ou dire quelque chose
qui soit meilleur que le silence.
1
Les .
JUILLET. · 1732. 15253
Les jeunes gens disent ce qu'ils font, les
vieillards ce qu'ils ont fait , et les sots ca
qu'ils ont envie de faire.
Le Sage parle peu de ce qu'il sçait , et
jamais de ce qu'il ignore..
Quand on a une affaire bien à cœur ,
on la dit et on la repette sans cesse ; les
esprits qui sont en mouvement , conduisent toujours- là , et cette agitation fait
qu'on ne s'apperçoit nullement de ses re- dites.
La science de bien des gens n'est qu'un
enchaînement de mots ; tirez - les de leur
jargon , les voilà tout d'un coup dépour
vûs de science. Ils ont d'ailleurs l'avantage de l'étaler avec plus d'ostentation et
de facilité que ceux qui ont une vraye
capacité ; car dans les uns , c'est la mémoire et la routine seule qui agit ; dans
lès autres , c'est l'esprit et . le jugement.
Le Silence est un voile sous lequel l'î--
gnorance se cache d'ordinaire.
Rien n'est plus capable de décrier la
véritable piété , qu'une dévotion mal réglée, bizarre et incommode. La solidė
vertu
1526 MERCURE DE FRANCE
vertu n'est pas incompatible avec l'honnêteté et les bien-séances de la vie civile.
Sæpè jovem , memini , cum jam sua mittere
vellet
Fulmina , thure dato, sustinuisse manum . Ovid
Est Deus in nobis , et sunt commercia cœli ;
Sedibus æthereis spiritus ille venit. Ibid.
Rien n'est si sujet à l'illusion que les choses qui ont une apparence de piété ou de
Religion toutes sortes d'erreurs se glissent
et se cachent sous ce voile.
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Résumé : REFLEXIONS.
Le texte examine divers aspects de la nature humaine et des comportements sociaux. Il met en garde contre l'humour excessif et la flatterie, qui peuvent masquer des défauts tels que l'ambition ou l'orgueil. Il observe que la cupidité tend à augmenter avec la richesse et que l'esprit et le goût sont rarement équilibrés chez une même personne. En politique, la prudence et la finesse sont essentielles pour éviter les pièges des injures et des contradictions. Ignorer les injures les affaiblit, tandis que se venger est plus naturel que de reconnaître un bienfait. Le texte explore également la notion de crime et de vertu, soulignant que les grands crimes sont souvent commis par ceux qui en sont capables. La reconnaissance et l'ingratitude influencent la perception de la libéralité. Il est conseillé de donner avec discernement et de ne pas révéler ses secrets pour éviter les trahisons. Le texte aborde aussi la communication et la sagesse. Il critique la curiosité excessive, qui mène souvent à la divulgation des secrets, et souligne l'importance de la discrétion, même envers les amis. Les sages parlent peu de ce qu'ils savent et jamais de ce qu'ils ignorent. Il dénonce ceux dont la science se limite à un enchaînement de mots sans réelle compréhension. Le silence peut masquer l'ignorance, et la vraie piété ne doit pas être ostentatoire. Enfin, il met en garde contre les apparences trompeuses de piété ou de religion, qui peuvent cacher des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 15-19
AVIS UTILE.
Début :
Vers le quarante-huitieme degré de latitude septentrionale, on a découvert [...]
Mots clefs :
Cacouacs, Venin, Hommes, Art, Poison, Barbares
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texteReconnaissance textuelle : AVIS UTILE.
AVIS UTILE.
VERS
ERS le quarante -huitieme degré dè
latitude feptentrionale , on a découvert
nouvellement une Nation de Sauvages ,
plus féroce & plus redoutable que les Caraïbes
ne l'ont jamais été. On les appelle
Caconacs (1 ) : ils ne portent ni fleches , ni
maſſues : leurs cheveux font rangés avec
art ; leurs vêtemens brillans d'or , d'argent
& de mille couleurs , les rendent femblables
aux fleurs les plus éclatantes , ou aux
oifeaux les plus richement pannachés : ils
femblent n'avoir d'autre foin que de fe
parer , de fe parfumer & de plaire : en les
voyant , on fent un penchant fecret qui
vous attire vers eux les
dont ils
graces
vous comblent , font le dernier piege qu'ils
emploient.
Toutes leurs armes confiftent dans un
venin caché fous leur langue ; à chaque
parole qu'ils prononcent , même du ton le
plus doux & le plus riant , ce venin coule ,
s'échappe & fe répand au loin. Par le fecours
de la magie qu'ils cultivent foigneu-
(1 ) Il eft à remarquer que le mot Grec xaos ,
qui reffemble à celui de Caconacs , fignifie mé
shant.
16 MERCURE DE FRANCE.
fement , ils ont l'art de le lancer à quelque
diſtance que ce foit. Comme ils ne font
pas moins lâches que méchans , ils n'attaquent
en face que ceux dont ils croient
n'avoir rien à craindre : le plus fouvent ils
lancent leur poifon parderriere.
Parmi les malheureux qui en font atteints
, il y en a qui périffent fubitement :
d'autres confervent la vie ; mais leurs
plaies font incurables , & ne fe referment
jamais ; tout l'art de la médecine ne peut
rien contr'elles d'ailleurs on les prend
fouvent pour être naturelles ; ceux qui en
font frappés deviennent des objets d'horreur
, de mépris , & le plus fouvent d'une
dérifion qui n'eft pas moins cruelle : tout
le monde les fuit ; leurs meilleurs amis
rougiffent de les connoître & de prendre
leur défenſe.
Les Cacouacs ne refpectent aucune liaifon
de fociété , de parenté , d'amitié , ni
même d'amour : ils traitent tous les hommes
avec la même perfidie ; on remarque
feulement en eux un plaifir un peu plus vif
à répandre leur poifon fur ceux dont ils
ont éprouvé l'amitié ou les bienfaits en
ce cas , ils ont pourtant foin de l'affaifonner
du fuc de quelques fleurs ; car , malgré
leur cruauté , ils ne perdent jamais de vue
l'envie de plaire , d'amufer & de féduire,
OCTOBRE. 1757. 17
Ils paroiffent d'abord les plus fociables
de tous les hommes ; ils les recherchent &
veulent en être recherchés : mais tout ce
qu'ils en font , n'eft que dans le deſſein
d'exercer leur méchanceté , qui ne peut
avoir aucune prife fur ceux qui ont le
bonheur de n'être pas connus d'eux . Plus
vous les voyez affecter de graces , de
gaieté , de vivacité , plus vous devez vous
en défier ; c'eft ordinairement- là l'inftant
qu'ils choififfent pour darder leur venin :
Vous vous livrez à l'enjouement qu'ils
vous infpirent , & vous êtes tout - étonnés
de l'abondance du poifon qui s'eft infinué
dans vos oreilles , & qui vous a porté à la
tête les idées les plus finiftres & les plus
cruelles. Malheur à ceux qui fe plaiſent à
les voir & à les entendre ! Quelques précautions
qu'ils prennent , quelques proteftations
que les Cacouacs leur faffent de
les épargner , ils n'ont pas plutôt le dos
tourné qu'ils éprouvent leur rage.
Cependant ces Barbares , tout barbares
qu'ils font, fe craignent mutuellement ,& ne
s'attaquent guere entr'eux : mais quand ils
rencontrent quelqu'un qui n'eft pas initié
dans les myfteres de leur magie , ils le
pourfaivent impitoyablement du refte ,
parce qu'ils déteftent toute vertu , ils n'en
admettent aucune fur la terre , & affectent
1S MERCURE DE FRANCE:
de croire tous les hommes pervers : il fuffic
d'être modefte , honnête , bienfaiſant pour
être en butte à leurs traits .
On exhorte ceux qui voyageront vers
cette contrée , à fe munir de bonnes armes
offenfives. On a obfervé que ces Sauvages
les craignent beaucoup : à leur fimple vue ,
ils ceffent de rire & de faire rire ; ce qui
eft un figne affuré qu'ils font forcés de
retenir leur venin : il reflue alors fur eux ,
même avec tant de violence , qu'ils périroient
bientôt , s'ils ne s'échappoient
promptement pour aller chercher des objets
fur lefquels ils puiffent le dégorger :
c'eft - là leur unique occupation . On les
voit courir ça & là , & roder fans ceffe
dans cette vue.
Les hommes les plus barbares que l'on
ait découverts jufqu'ici , ne font point
fans quelques qualités morales ; les infectes
les plus déplaifans , les reptiles les
plus venimeux , ont quelques propriétés
utiles. Il n'en eft pas de même des Cacouacs
: toute leur fubftance n'eft que venin
& corruption ; la fource en eft intariffable
& coule toujours . Ce font peut-être
les feuls êtres dans la nature qui faffent le
mal précisément pour le plaifir de faire
du mal.
On a des avis fürs que quelques- uns de
OCTOBRE . 1757. 19
ces monftres font venus en Europe ; ils
fe font appliqués à contrefaire le ton de la
bonne compagnie , pour s'y introduire &
s'y mieux cacher on les rencontre dans
les cercles les plus agréables. Ils recherchent
particulièrement la fociété des femmes
, qu'ils affectent d'aimer ; mais c'eft
contr'elles qu'ils exhalent leur venin de
préférence. Il feroit difficile de fixer des
indices certains pour les reconnoître : on
confeille feulement de fe défier des gens
qui plaifantent fur tout ; on découvre tôt
ou tard que ce font des Cacouacs.
VERS
ERS le quarante -huitieme degré dè
latitude feptentrionale , on a découvert
nouvellement une Nation de Sauvages ,
plus féroce & plus redoutable que les Caraïbes
ne l'ont jamais été. On les appelle
Caconacs (1 ) : ils ne portent ni fleches , ni
maſſues : leurs cheveux font rangés avec
art ; leurs vêtemens brillans d'or , d'argent
& de mille couleurs , les rendent femblables
aux fleurs les plus éclatantes , ou aux
oifeaux les plus richement pannachés : ils
femblent n'avoir d'autre foin que de fe
parer , de fe parfumer & de plaire : en les
voyant , on fent un penchant fecret qui
vous attire vers eux les
dont ils
graces
vous comblent , font le dernier piege qu'ils
emploient.
Toutes leurs armes confiftent dans un
venin caché fous leur langue ; à chaque
parole qu'ils prononcent , même du ton le
plus doux & le plus riant , ce venin coule ,
s'échappe & fe répand au loin. Par le fecours
de la magie qu'ils cultivent foigneu-
(1 ) Il eft à remarquer que le mot Grec xaos ,
qui reffemble à celui de Caconacs , fignifie mé
shant.
16 MERCURE DE FRANCE.
fement , ils ont l'art de le lancer à quelque
diſtance que ce foit. Comme ils ne font
pas moins lâches que méchans , ils n'attaquent
en face que ceux dont ils croient
n'avoir rien à craindre : le plus fouvent ils
lancent leur poifon parderriere.
Parmi les malheureux qui en font atteints
, il y en a qui périffent fubitement :
d'autres confervent la vie ; mais leurs
plaies font incurables , & ne fe referment
jamais ; tout l'art de la médecine ne peut
rien contr'elles d'ailleurs on les prend
fouvent pour être naturelles ; ceux qui en
font frappés deviennent des objets d'horreur
, de mépris , & le plus fouvent d'une
dérifion qui n'eft pas moins cruelle : tout
le monde les fuit ; leurs meilleurs amis
rougiffent de les connoître & de prendre
leur défenſe.
Les Cacouacs ne refpectent aucune liaifon
de fociété , de parenté , d'amitié , ni
même d'amour : ils traitent tous les hommes
avec la même perfidie ; on remarque
feulement en eux un plaifir un peu plus vif
à répandre leur poifon fur ceux dont ils
ont éprouvé l'amitié ou les bienfaits en
ce cas , ils ont pourtant foin de l'affaifonner
du fuc de quelques fleurs ; car , malgré
leur cruauté , ils ne perdent jamais de vue
l'envie de plaire , d'amufer & de féduire,
OCTOBRE. 1757. 17
Ils paroiffent d'abord les plus fociables
de tous les hommes ; ils les recherchent &
veulent en être recherchés : mais tout ce
qu'ils en font , n'eft que dans le deſſein
d'exercer leur méchanceté , qui ne peut
avoir aucune prife fur ceux qui ont le
bonheur de n'être pas connus d'eux . Plus
vous les voyez affecter de graces , de
gaieté , de vivacité , plus vous devez vous
en défier ; c'eft ordinairement- là l'inftant
qu'ils choififfent pour darder leur venin :
Vous vous livrez à l'enjouement qu'ils
vous infpirent , & vous êtes tout - étonnés
de l'abondance du poifon qui s'eft infinué
dans vos oreilles , & qui vous a porté à la
tête les idées les plus finiftres & les plus
cruelles. Malheur à ceux qui fe plaiſent à
les voir & à les entendre ! Quelques précautions
qu'ils prennent , quelques proteftations
que les Cacouacs leur faffent de
les épargner , ils n'ont pas plutôt le dos
tourné qu'ils éprouvent leur rage.
Cependant ces Barbares , tout barbares
qu'ils font, fe craignent mutuellement ,& ne
s'attaquent guere entr'eux : mais quand ils
rencontrent quelqu'un qui n'eft pas initié
dans les myfteres de leur magie , ils le
pourfaivent impitoyablement du refte ,
parce qu'ils déteftent toute vertu , ils n'en
admettent aucune fur la terre , & affectent
1S MERCURE DE FRANCE:
de croire tous les hommes pervers : il fuffic
d'être modefte , honnête , bienfaiſant pour
être en butte à leurs traits .
On exhorte ceux qui voyageront vers
cette contrée , à fe munir de bonnes armes
offenfives. On a obfervé que ces Sauvages
les craignent beaucoup : à leur fimple vue ,
ils ceffent de rire & de faire rire ; ce qui
eft un figne affuré qu'ils font forcés de
retenir leur venin : il reflue alors fur eux ,
même avec tant de violence , qu'ils périroient
bientôt , s'ils ne s'échappoient
promptement pour aller chercher des objets
fur lefquels ils puiffent le dégorger :
c'eft - là leur unique occupation . On les
voit courir ça & là , & roder fans ceffe
dans cette vue.
Les hommes les plus barbares que l'on
ait découverts jufqu'ici , ne font point
fans quelques qualités morales ; les infectes
les plus déplaifans , les reptiles les
plus venimeux , ont quelques propriétés
utiles. Il n'en eft pas de même des Cacouacs
: toute leur fubftance n'eft que venin
& corruption ; la fource en eft intariffable
& coule toujours . Ce font peut-être
les feuls êtres dans la nature qui faffent le
mal précisément pour le plaifir de faire
du mal.
On a des avis fürs que quelques- uns de
OCTOBRE . 1757. 19
ces monftres font venus en Europe ; ils
fe font appliqués à contrefaire le ton de la
bonne compagnie , pour s'y introduire &
s'y mieux cacher on les rencontre dans
les cercles les plus agréables. Ils recherchent
particulièrement la fociété des femmes
, qu'ils affectent d'aimer ; mais c'eft
contr'elles qu'ils exhalent leur venin de
préférence. Il feroit difficile de fixer des
indices certains pour les reconnoître : on
confeille feulement de fe défier des gens
qui plaifantent fur tout ; on découvre tôt
ou tard que ce font des Cacouacs.
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p. 63-64
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Début :
Je suis un ennemi subtil & fort à craindre, [...]
Mots clefs :
Poison