POVR LE ROY.
VERS IRREGVLIERS.
Q
A l'Académie Françoiſe.
1
Vel éclat s'offre encore à
ébloüis ?
mesyeux
Quel bruit ſe répandſur la terre ,
Et fait tant d'honneur à Loüis ?
Toujours vainqueur , toûjours plus craint que te Tonnerre ,
Ses Ennemis par tout battus ou mépriſez,
Toute la Flandre désolée ,
Toute la Sicile ébranlés fol
GALANT. 87
Ruyter mort des Vaiſſfeaux abiſmez, em brafez,
Quellerichemoiffon de gloire.
Pouren celebrer la memoire ,
Qu'onnem'imposepoint de Loix Dont la contrainte eft incomode ;
Lenepuis ajuster ma voix.
Surletonmeſuré du Sonnet &de l'Ode:
Neſuivons plusnyregle,ny methode Pour chanter defi grands Exploits.
Quen'ay-je dans l'ardeurdont j'ay l'ame enftamée Ces transports éloquens , ces fçavantes fureurs Dont les Chantres fameux enfloient la
Renommée
Etdespremiers Héros , &des premiers Vainqueurs !
Quen'ay-je tout l'encens, avectoutes les fleurs,
Dontonvitautrefais couverte &parfu
mée
LaRoutedes Triomphateurs !
Muses,je neveuxpointvosfaveurs or
dinaires,
Ou plûtost je renance àvosvaines chi
meres.. ટુ-* -*
88 LE MERCVRE
Vostre fauxApollon , fon fabuleux pou voir ,
Vosfontaines, tous vosmiſteres Abuſent trop long-temps noſtre credule espoir,
C'eſt icy quesans vous ilm'eſt permis de
voir
Lesfidelles Dépositaires * De l'Eloquence &du Sçavoir.
Vous donc,mes chers Rivaux ,dontl'éclat m'environe و
Fourniffez-moy cet amasde Lauriers Dont je veux aujourd'buy former une Couronne
Pourleplus granddes Rois &des Guer riers.
Ecoutezaujourd'huy vostre illustre Mecene ,
Obeiffez à cette voix.
Quiparmy nous doit estre fouveraine,
Etquidans les Conſeils duplus ſagedes Rois
Netrouverienque parfon poids -Elle nefurmonte n'entraine ;
Luy- meſme pourvous aniner Interrompt ſes travaux , vous exhorte,
vouspreffe
GALANT. 89 Se mefle auxbeaux Concertsque vousde- vezformer.
Ace zele infiny qui te brûlefans ceſſe,
Poëtes , Orateurs , laiſſez-vous enflamer..
Pour vous à qui Loüis a confié l'Hi- stoire
D'une vie abondante en Exploits fi gnalez.
Pourentransmettre la memoire AuxSiecles les plus reculez ,
Faites-c. in recit &fidelle &fincere.
Point de vains
emprunté...
ornemens , point d'éclat
C'est le plus grandeffort que vostre Art
puiſſefaire ,
Que d'en mettre en plein jour laſimple verité.
Laiffez aux Ennemis , quand tout lear eft contraire.
L'artifice honteux d'un Triomphe in venté ;
Laissez leur ,pour pouvoir conſoler leur mifere ,
La ridicule vanité
D'une Victoire imaginaire.
)
90 LE MERCVRE
Dans un Récit naif, montrez parquels efforts Par quels afſauts , par quelles fune- railles,
Quand l'épée àla main nousforcions des muraillestol L'Escautaven rougirfes bords:
Dequels mursfaudroyez il vitfumer fes rives;
Quel nombre il entraîna de morts &de
mourans ,
Etde quelsang qui couloit en torrens,
Il vit haſterſes ondesfugitives.
Dites-nousquel prodige ouquel enchantement ,
Rend l'Armée ennemie étonnée&confuse ,
Etquelle nouvelleMeduse Ofteàcent mille bras l'aime &le mouve
ment ?
Faites nous voir l'Ibere &le Batave
Toustremblans àl'aspect d'un Roy victo- rieux,
Comme on voit à l'aspect d'un Maistre impérieux Vnfoible &malheureuxEsclave.
GALANT. 91
は
fas
60%
10
k
Racontez- nous avec quelle chaleur Onvit fondrefurnous desTroupesafſem blées ,
Puissefauverconfuses &troublées,
Etrepaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Ne fardezpoint pardes Contesfrivoles
DesFaitsfi beaux ,fi glorieux :
Quele Vaincumenace &triomphe enpa- roles ,
EtpardefauxExploitss'élevejusqu'ause
Cieux,
Nosfimples veritez paffent leurs hyper- boles..
Commeplangezdans un profondfom- meil ,
Les Ennemis se paiſſent de beauх Songes,
:
Maisenfinvaicy le réveil Qui vadiffiper ces mensonges.
Quen'attendoient-ilspas de cet immense
Corps Defieres Nations contre nousramassées!
Ilsseflatoient devoirpar leurs communs
efforts Toutesnosforcesrenversées.
Cependant unRoy ſeul ſans en estre al- Larmé,
91 LE MERCVRE Faitteste àl'Univers armé.
Ilfaitplus,d'une main ce Prince redou table
Combat les effortdangereux D'une Lignesiformidable ,
Etde l'autre en Roy genereux ,
Parunevaleurfecourable - Il fauve un Peuple malheureux.
Etbriſe le joug qui l'accable.
Quel espoir,quel orgueil vous eft encor permis
- Dans une Guerre fi funeste ?
Tremblezſuperbes Ennemis ,
Ruyterest tout ce qui vous reste.
Faut- il que ce Ruyter,l'ame deſes Soldats
Faut-ilque cette illustre teſte ,
Ce Secours mandié plus craint que tous
vosbras,
Plus redouté que la tempeste ,
Vous fasse pour jamais rougir de fon trépas Etqu'enfin ce grand coup nous rende une Conqueste Quenousne vousdemandions pas ?
Mais ce n'est pas aſſez , voſtre audace obſtinée ,
GALANT. 93 Parnosfréquensfuccés honteuse &con- damnée,
Démentſes propresyeuxpour tromperfa fierté :
Il faut des veritez encorplus convainquantes د
DesVictoires plus éclatantes Pourfurmonter enfin voſtre incredulité.
Pour vous perfuaderàforce de Miracles,
Etpourconfondre vos Oracles ,
Il faut vous enlever tout l'Empire des
Eaux:
Ilfaut pour vous ofter toute vostre espe
rance, LYON
Avecune intrépide &noble confiance,
Aller jusqu'en vos Ports, attaquer vos93 Vaisseaux.
Il faut que pour jamais deux Flotes de- folées ,
Des Vaiſſeaux abymez , des Galeres brûlées,
De vostre orgueil puny foient l'affreux
monument ,
Quede l'Onde &duFen lemélangeterrible ,
Quele bruyant éclat d'un longembrafe.
ment
94 LEMERCVRE
Rende à tout l'Univers vostre perte vi- fible.
Ouvrez enfin les yeux , Ennemis du
repos ;
Voyez quel est le Fruit de vostre injuste
Guerre:
Loüis triomphoitſur laTerre,
Louis vapourjamais triompher ſur les Flots.
Il vivoit glorieux dansune Paix pro- fonde ,
Contentdefa grandeur &du noble afcen- dant 2
Qui le rendoient l'amour , les delices du monde;
Etvostre ambition , voſtre orgueil impru dent ,
Remettantdansses mains la Foudre&le
Trident,
Le rendent la terreur de la Terre&de
l'Onde.