Ilſe trouva qu'il avoit ſur luy quelques Vers fur les derniers Exploits duRoy. C'eſt unFragmentd'u-
GALANT. 83
4
ne Deſcription de l'Arc de Triomphe,dans laquelle il parle des plus remarquables Actions que ce Prince a faites pendant la Paix & depuis la Guerre, fui- vant qu'elles pouronteſtre pla- cées dans les Quadres de ce magnifique Edifice. Cer Illu- ſtre Abbé ayant eſté invité de les lire, il commença dela forte..
LA PRISE
DE VALENCIENNES..
D
Ansun autre Quadre est tracé
LeSiegede Valencienne;
C'est àce coup qu'est effacé Tout le miraculeux de l'Histoire an
cienne.
Iamaisne fut chargé par Cizeau , ny Burin.
D'un plus digne Sujet , le Marbre ,
ny l'Airin ;
L'impetueux Vainqueur hait ces lon- queurs énormes
Dvj
84 LE MERCVRE Qu'ontſous les autres Chefs les Sie- ges dans lesformes ,
Il veut mesme àla Guerre eftre au def- fusdes Loix ,
Qu'àdes Horosfuturs ilſerve de Mo- delle ,
Etpourvarierſes Exploits ,
Ilinvente unAfſaut d'une façon now- velle.
Onvoit encor debout les Tours & les
Remparts ?
Les Ravelins,les Forts, les Diguesſont entieres;
Pardes Foffez profonds ,des Canaux ,
desRivieres ,
LesCheminsfont encorcoupez de toutes.
parts;
Etcependantpourprendre une Ville im- prénable ,
Vn Guichet àpeine s'ouvrant Etune Brécheraisonnable
Quifuffit àce Conquérant ;
Latrahison , ny lafurprise,
N'ont point de part à l'entrepri.
fe
Ny tout le guerrier appareil,
Nylestroubles de la Nature,
GALANT. 85 Lafaveurd'un orage, oud'une nuit ob Scure ,
Toutsepafſſe auxyeux du Soleil ;
Maisle plusfurprenant &leplus he- roïque ,
C'est qu'onyvoit entrer Loüisen pa
cifique Etla Victoireàses costez Avecéclat a beau paroistre Aces Peuples épouvantez,
Apeine pas-un d'eux lapeut-il recon.
noistre,
Elle esttrop déguisée,&n'apoint dans lesyeux Larage & la fureur qu'elle porte en
tous lieux ;
Elle ne traîne point ſonfuneste équipage;
Lecalme &la douceur qui regne fur Sonfront ,
Interdisent lefeu,le meurtre, lepillage,
EtSauvant la Pudeur du plus cruel affront ,
Ilsfontfurpris de voir en leur fierAd- versaire ,
Que le Cielleur envoye unAnge tute- laire ,
86 LE MERCVRE
Quileur donne un Secours plus prompt &plus certain Queceux qu'ilsattendoientde Mons
de Louvain..
LE SIEGE
DE CAMBRAY.
DLushautdont on voitrenom Cambray
Sembloit braver l'effort du Fer &du Canon.
On croit en admirantſa forte Citadelle,
Qu'une Semiramis nouvelle En éleva les Murs si larges &fi haut's,
Pourlamettre au deſſus des plus ardans Aflauts.. En vain pardes Foffezquiſemblent des Vallées,
Sont de ces Corps puiſſansles forces raf- Semblées;
C'est affez que Loüis foit campéde--
vant eux ,
Son bras en peude tempsrend leur churc
commune,
GALAN T. 87 Etle Cielfitfans - doute unePlace des
deux ,
t
Pour luyfaireobtenirdeux Victoires en
une.
Envain les Aquillonspour nuireàses
travaux ,
Redoublent levenin de leurs froidesha
laines ,
Et l'Hyverſur un Trône enrichy de Cristaux
I pense encor joüir de l'Empire des Plaines ;
Noftre infatigable Loüis ,
Autheur de Campemens jusqu'alors inoüis,
Renvenſetousles privileges Des Vents des Broillars ,de la
Pluye &des Neiges ;
Ses Guerriers ſurſespas , &Suivant fes Leçons ,
Fontàl'Affaut couverts defeux & de
glaçons,
Etmalgréles Frimats , les Neiges lesGlaces و
Ils domtentles Saiſons auſſi-bien que les Blaces..
2
88 LE MERCVRE
S. OMER ,
ET LA
BATAILLE DE CASSEL.
D
Autre- part Saint Omer au mi- lieudefes Eaux,
Desplus nombreux Guerriers ne craint
point les approches ,
Ses Palliffades de Roſeaux
La defendent bien mieux que les plus dures Roches.
Eust- on jamaispensé qu'au centre d'un Marais ,
Oùle terrain n'estpointſolide ,
Où l'eau mesme n'est pas liquide ,
Onpust la ferrer d'affezpres ?
Etcependant PHILIPPE en obtient la
Victoire ,
PHILIPPE , que Loüis afſocie à fa gloire ,
Qui partagefon Sang,ſecondesa Va- leur,
Qui d'un double Laurier la Teste Conronnée
Parune Ville priſe avec tantde cha- leur ,
GALANT. 89
Et pour une Bataille à meſme- tempsga- gnée,
Montre à tout l'Univers combien de
grandsfuccés Doit attendre Loüis de ces heureux
eſſais ;
Des Montagnesde Morts fur des Plainessanglantes Paroiffent en lointain encor toutes fumantes ,
Veritables témoins des genéreux Exploits Qu'ilfit pres de Caffelcontre un Prince
Hollandois Ardant à fecourir l'agoniſante Ville ,
Qui luy-mesme est contraint dechercher
un azile En ce point malheureux qu'il eust pio
lafauver,
S'il euſt auſſi- bien ſçeu danssa boüillan- te audace
L'Artdefaire lever le Siege d'unePlace
Qu'il sçait parfaitement celuy de le lever.