Résultats : 12008 texte(s)
Détail
Liste
2951
p. 262-263
MARIAGE.
Début :
Mre Nicolas Digues, Seigneur de Carlande & d'Interville, Conseiller [...]
Mots clefs :
Nicolas Digues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MAF^IAGE.
MIC Nicolas Digues, Seigneur
de Carlande & d'Inter-
Ville-, Conseiller du Roy,
Commissaire General en sa
Cour des Monnoyes, Directeur,
General des Eratons dç
France, passa contrat de mariage
le onze de ce mois, avec
DamoiselleMarieAngclicjue-
Antoinette Bidault, l'une des
vingt - quatre Femmes de
Chambre de Monseigneur le
Dauphin. LeRoy& Monseigneur
leDauphinhonorèrent
ce contrat de leur signature.
* Plusieurs Seigneurs & Dames
de la Cour se firent un plaisir
de le signer aussi.
MIC Nicolas Digues, Seigneur
de Carlande & d'Inter-
Ville-, Conseiller du Roy,
Commissaire General en sa
Cour des Monnoyes, Directeur,
General des Eratons dç
France, passa contrat de mariage
le onze de ce mois, avec
DamoiselleMarieAngclicjue-
Antoinette Bidault, l'une des
vingt - quatre Femmes de
Chambre de Monseigneur le
Dauphin. LeRoy& Monseigneur
leDauphinhonorèrent
ce contrat de leur signature.
* Plusieurs Seigneurs & Dames
de la Cour se firent un plaisir
de le signer aussi.
Fermer
Résumé : MARIAGE.
Le 11 du mois, Nicolas Digues, Seigneur de Carlande et d'Interville, Conseiller du Roy, Commissaire Général des Monnoyes et Directeur Général des Étalons de France, a épousé Marie-Angélique-Antoinette Bidault, Femme de Chambre du Dauphin. Le Roi et le Dauphin ont signé le contrat, ainsi que plusieurs Seigneurs et Dames de la Cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2952
p. 263-270
MORTS,
Début :
Mre Henry-François de Candale, Duc de Rendan, Pair de [...]
Mots clefs :
Henry-François de Candale, Comte de Foix, Marquis de Montpeyroux, Enfants, Lieutenant, Duc de Randan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS,
MORTS. # f l" IA% Henry - François de
Candale
>
Duc de Rendan
Pair de France, Chevalier de
l'Ordre du S. Esprit, Captai
de Buch ; mourut le 22. Fér
vrier. Ce Seigneurdesçend
des anciens Comtes de Foix
du Languedoc par lfabelle.
Çofnteflc deFoix, Vicoinrelfè
de Bearn, soeur & hernicre
de Mathieu Comte de Foix,
qui épousa Archambaud de
Grefly, Captal de Buch
,
qui
estoit descendu de Jean, Seigneur
de Grefly,Vicomte de
Benauge
,
& de Blanche de
Foix, qui estoieElle de Gaston
Comte de Foix, & de Jeanne
d'Artois. Laposterité d'Archambaud
posseda le Comte
de Foix, & en prirent le nom
& les armes, & c'est d'une
branche decerteMaison qu'-
est descendu Mr le Duc de
Foix qui est celle de Candate.
Le Duché de Rendan donc
il estoit en possession fut crigé
gé en Duché Pairie par le Roy
Louis XIV. au mois de Mars
1661.vérifié le15. Décembre
16 6 3. en faveur de Dame
Marie-Catherine de la Rochefaucault,
ComtessedeRendan,
Gouvernance de Sa Majesté,
qui estoitveuve de Henry
de Bauffremont, Marquis de
Senneçay, &aussi en faveur de
Marie-Claire de Beauffremont
fafille unique qui estoiraussi
veuve deJeanBaptiste Gaston
de Flcix. Cette Dame Comtessede
Flcix eut entr'autres z.
enfans mâles, qui furent Jean-
Baptiste de Foix & HenryFrançois
-
Madamela Comtesse
de Randan leur ayeule,
& Madame la Comtesse de
Fleix leur mere, firent la démission
du Duché de Randan
en faveur de Jean
-
Baptiste
Gaston de Foix leurfilsaîné;
ainsi par cette cession. Il fut
Duc de Randan
,
il épou sa
Dame Magdelaine Charlotte
d'Ailly, fille de Henry Louis
d'Ailly, Duc de Chaunes, &
il mourut sans cnfans; & comme
sa mere & son ayeule lors
de la cession du Duché, luy
cederent à charge de reversion
faute d'enfans madcs
~omme par sa mort il n'en
lOEa pas, le Duché revint à
~Madame de Randan & à Maame
sa fille, qui firent une
ouvelle donation en faveur
e Henry François de Foix,
~ere puisné de Jean Baptiste
e Foix Duc de Randan
,
qui
enoit de mourir, ainsi Henry
~François de Foix fut Duc de
landan, & la possedé jusques
sa mort, & comme il nelaisa
point d'enfans deDame
~Marie-Charlotte de Roquéaure
son epouse, ce Duché
~se trouveaujourd 'huy éteint,
& enmême temps tous ceux
du nom de Foix, qui a esté si illustre
pendant plusieurs siecles
Mr le Marquis de Montpeyroux
est mort le ij. Fevricr.
Il se nommoit Eleonor-
François Palatin de Dio, Marquis
de Montpeyroux, Roquefcuil
& Castelnau,Comte
de Saligny, Baron de la Roche
en Berry, Mestre de Camp
de la Cavalerie Legere de
France & Lieutenant General
desArmées du Roy. Il estoit
fils de Noël- Eleonor Palatinde
Dio, Seigneur & Marquis
de Montpeyroux
,
Comte de f
la Roche, de Saligny & de j
i
Roquefeuil;& de Dame Marie
Habeau de Coligny, fille
de Gaspard de Coligny troisiéme
du nom, Marquisd Orne,
Capitaine-Lieutenant des
Gens-d'Armes de la Reine,
quifut tuéà l'attaque de Charenton
le 8 Février 1649. &
de Dame Gilberte de Roquefeuil,
qui après sa mort seremaria
à Mre Charles
- Yves
Marquis d'Alegre
,
dont elle
eut une fille qui fut premiere
femme de Mr le Marquis de
Seignelay. Mr le Marquis de
de Montpeyrouxqui vient de
mourir avoit épousé le io.
Avril1700. DameFrançoise
de Harville
,
fille de Claude-
Antoine de HarvillePaloiseau,
Comtede laSalle, Lieutenant
General du Pays Chartrain
Il en a eu deux fils &
une fille qui sont morts jeU-:
nes ; ainsi il ne laisse pasde
posterité.
Candale
>
Duc de Rendan
Pair de France, Chevalier de
l'Ordre du S. Esprit, Captai
de Buch ; mourut le 22. Fér
vrier. Ce Seigneurdesçend
des anciens Comtes de Foix
du Languedoc par lfabelle.
Çofnteflc deFoix, Vicoinrelfè
de Bearn, soeur & hernicre
de Mathieu Comte de Foix,
qui épousa Archambaud de
Grefly, Captal de Buch
,
qui
estoit descendu de Jean, Seigneur
de Grefly,Vicomte de
Benauge
,
& de Blanche de
Foix, qui estoieElle de Gaston
Comte de Foix, & de Jeanne
d'Artois. Laposterité d'Archambaud
posseda le Comte
de Foix, & en prirent le nom
& les armes, & c'est d'une
branche decerteMaison qu'-
est descendu Mr le Duc de
Foix qui est celle de Candate.
Le Duché de Rendan donc
il estoit en possession fut crigé
gé en Duché Pairie par le Roy
Louis XIV. au mois de Mars
1661.vérifié le15. Décembre
16 6 3. en faveur de Dame
Marie-Catherine de la Rochefaucault,
ComtessedeRendan,
Gouvernance de Sa Majesté,
qui estoitveuve de Henry
de Bauffremont, Marquis de
Senneçay, &aussi en faveur de
Marie-Claire de Beauffremont
fafille unique qui estoiraussi
veuve deJeanBaptiste Gaston
de Flcix. Cette Dame Comtessede
Flcix eut entr'autres z.
enfans mâles, qui furent Jean-
Baptiste de Foix & HenryFrançois
-
Madamela Comtesse
de Randan leur ayeule,
& Madame la Comtesse de
Fleix leur mere, firent la démission
du Duché de Randan
en faveur de Jean
-
Baptiste
Gaston de Foix leurfilsaîné;
ainsi par cette cession. Il fut
Duc de Randan
,
il épou sa
Dame Magdelaine Charlotte
d'Ailly, fille de Henry Louis
d'Ailly, Duc de Chaunes, &
il mourut sans cnfans; & comme
sa mere & son ayeule lors
de la cession du Duché, luy
cederent à charge de reversion
faute d'enfans madcs
~omme par sa mort il n'en
lOEa pas, le Duché revint à
~Madame de Randan & à Maame
sa fille, qui firent une
ouvelle donation en faveur
e Henry François de Foix,
~ere puisné de Jean Baptiste
e Foix Duc de Randan
,
qui
enoit de mourir, ainsi Henry
~François de Foix fut Duc de
landan, & la possedé jusques
sa mort, & comme il nelaisa
point d'enfans deDame
~Marie-Charlotte de Roquéaure
son epouse, ce Duché
~se trouveaujourd 'huy éteint,
& enmême temps tous ceux
du nom de Foix, qui a esté si illustre
pendant plusieurs siecles
Mr le Marquis de Montpeyroux
est mort le ij. Fevricr.
Il se nommoit Eleonor-
François Palatin de Dio, Marquis
de Montpeyroux, Roquefcuil
& Castelnau,Comte
de Saligny, Baron de la Roche
en Berry, Mestre de Camp
de la Cavalerie Legere de
France & Lieutenant General
desArmées du Roy. Il estoit
fils de Noël- Eleonor Palatinde
Dio, Seigneur & Marquis
de Montpeyroux
,
Comte de f
la Roche, de Saligny & de j
i
Roquefeuil;& de Dame Marie
Habeau de Coligny, fille
de Gaspard de Coligny troisiéme
du nom, Marquisd Orne,
Capitaine-Lieutenant des
Gens-d'Armes de la Reine,
quifut tuéà l'attaque de Charenton
le 8 Février 1649. &
de Dame Gilberte de Roquefeuil,
qui après sa mort seremaria
à Mre Charles
- Yves
Marquis d'Alegre
,
dont elle
eut une fille qui fut premiere
femme de Mr le Marquis de
Seignelay. Mr le Marquis de
de Montpeyrouxqui vient de
mourir avoit épousé le io.
Avril1700. DameFrançoise
de Harville
,
fille de Claude-
Antoine de HarvillePaloiseau,
Comtede laSalle, Lieutenant
General du Pays Chartrain
Il en a eu deux fils &
une fille qui sont morts jeU-:
nes ; ainsi il ne laisse pasde
posterité.
Fermer
Résumé : MORTS,
Le texte rapporte le décès de deux nobles : Henry-François de Foix, Duc de Randan, et Éléonor-François Palatin de Dio, Marquis de Montpeyroux. Henry-François de Foix, descendant des Comtes de Foix et des Vicomtes de Bearn, était Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit et Capitaine de Buch. Il mourut le 22 février sans héritier, ce qui entraîna l'extinction du Duché de Randan, créé en 1661 par Louis XIV. Éléonor-François Palatin de Dio, Maître de Camp de la Cavalerie Légère de France et Lieutenant Général des Armées du Roi, décéda également en février. Fils de Noël-Éléonor Palatin de Dio et de Marie Habeau de Coligny, il épousa Françoise de Harville en 1700 mais n'eut pas de postérité survivante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2953
p. 270-275
Supplement aux Nouvelles.
Début :
Les Lettres de Hambourg du 16. portent que les Habitans [...]
Mots clefs :
Garnison, Vivres, Colonel, Canon, Tönning
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Supplement aux Nouvelles.
Supplement aux Nouvelles.
Les Lettres de Hambourg
du 16. portent que les Habitans
& la Garnison de Tonningen estant
réduits à la dernicre
extremité faute de vivres
, le Colonel Wolf qui y
commandoit, fut obligé d'envoyer
le 7. à Tottembuttel,
au Brigadier Kneil qui commandent
le Blocus de la Place,
pour demander à capituler.
Que la Capitulation fut
regléele 8. en pluficurs Articles.
Sçavoir :
Que la Garnison fortiroit
, avec toutes les marques d'honneur
deux picces de canon de
six livres de bale & des munitions
pour tirer douze coups; Qu'on lui fourniroit quatrevingt
un Chariots à quatre
chevaux, pour porter les
bagages;
Qu'elle seroit conduite à
Eurin, ne faisant que deux
lieuës par jour, & séjournant
le troisiéme.
Qu'aucun soldat ne seroit
forcé à prendre parti.
Qu'on fourniroit en payant
des remedes aux Officiers &
aux solatsmalades jusquàleur
entiere guerison.
Que les personnes qui sont
au fcrvice du Duc de Hostein
pourront librement se retirer
de la Ville, ou y rester.
Que les effets qui ont esté
retirez dans la Ville seront
rendus de bonne foy.
Que la Ville & son diftrict
conservera les priviléges
& seraexemte de contributions,
& les Bourgeois pareillement;
& que ceux qui sont
prisonniers feront relaschez
sans payer rançon, &c.
Le 1o, la Garnison sortit
au nombre de trois cent cinquante
hommes portans armes,
outre plus de quatre
cent malades restez dans la
place, dont le Colonel Arnoldi
a esté fait Commandant.
On y a trouvez cent quarante
pieces de canon, vingt-cinq
mortiers, & cent soixantefcize
milliers de poudre; mais
si peu de vivres qu'il n'y restoit
que seize mesures de farine.
On mande de Stokholm
que les Erats de Suede continuent
leurs séances avec
beaucoup d'union, qu'ils travailloient
à augmenterl'Arméejusqu'à
soixante ou soixante-
dix mille hommes, &à
faire prendre les armes aux
Ministres pour estre en état
de repousser les Danois & les
Moscovites qui se préparent
à attaquer la Suede en même
tems du costé du Pays de la
Finlande.
On écrit de Vienne que le
Ministre du Roy de Sicile a
esté congédié, & qu'il se prépare
à partir incessamment
pour retourner en Italie, &
qu'on a envoyé un Mandement
à Ausbourg au Comte
de Borgole, Ministre du
même Prince, avec ordre de
forcir de la Ville dans deux
jours, & dans quinze jours
des Terres de l'Empire.
Les Lettres de Hambourg
du 16. portent que les Habitans
& la Garnison de Tonningen estant
réduits à la dernicre
extremité faute de vivres
, le Colonel Wolf qui y
commandoit, fut obligé d'envoyer
le 7. à Tottembuttel,
au Brigadier Kneil qui commandent
le Blocus de la Place,
pour demander à capituler.
Que la Capitulation fut
regléele 8. en pluficurs Articles.
Sçavoir :
Que la Garnison fortiroit
, avec toutes les marques d'honneur
deux picces de canon de
six livres de bale & des munitions
pour tirer douze coups; Qu'on lui fourniroit quatrevingt
un Chariots à quatre
chevaux, pour porter les
bagages;
Qu'elle seroit conduite à
Eurin, ne faisant que deux
lieuës par jour, & séjournant
le troisiéme.
Qu'aucun soldat ne seroit
forcé à prendre parti.
Qu'on fourniroit en payant
des remedes aux Officiers &
aux solatsmalades jusquàleur
entiere guerison.
Que les personnes qui sont
au fcrvice du Duc de Hostein
pourront librement se retirer
de la Ville, ou y rester.
Que les effets qui ont esté
retirez dans la Ville seront
rendus de bonne foy.
Que la Ville & son diftrict
conservera les priviléges
& seraexemte de contributions,
& les Bourgeois pareillement;
& que ceux qui sont
prisonniers feront relaschez
sans payer rançon, &c.
Le 1o, la Garnison sortit
au nombre de trois cent cinquante
hommes portans armes,
outre plus de quatre
cent malades restez dans la
place, dont le Colonel Arnoldi
a esté fait Commandant.
On y a trouvez cent quarante
pieces de canon, vingt-cinq
mortiers, & cent soixantefcize
milliers de poudre; mais
si peu de vivres qu'il n'y restoit
que seize mesures de farine.
On mande de Stokholm
que les Erats de Suede continuent
leurs séances avec
beaucoup d'union, qu'ils travailloient
à augmenterl'Arméejusqu'à
soixante ou soixante-
dix mille hommes, &à
faire prendre les armes aux
Ministres pour estre en état
de repousser les Danois & les
Moscovites qui se préparent
à attaquer la Suede en même
tems du costé du Pays de la
Finlande.
On écrit de Vienne que le
Ministre du Roy de Sicile a
esté congédié, & qu'il se prépare
à partir incessamment
pour retourner en Italie, &
qu'on a envoyé un Mandement
à Ausbourg au Comte
de Borgole, Ministre du
même Prince, avec ordre de
forcir de la Ville dans deux
jours, & dans quinze jours
des Terres de l'Empire.
Fermer
Résumé : Supplement aux Nouvelles.
Le document relate des événements militaires et diplomatiques. À Tonningen, la garnison et les habitants, affamés, ont capitulé. Le colonel Wolf a négocié avec le brigadier Kneil, commandant le blocus. Les termes incluaient une sortie honorable, des chariots pour les bagages, une marche vers Eurin à rythme modéré, et la liberté pour les soldats de ne pas prendre parti. Les malades recevraient des soins jusqu'à guérison. Les privilèges de la ville et des bourgeois seraient maintenus, et les prisonniers libérés sans rançon. La garnison, composée de 350 hommes armés et plus de 400 malades, a quitté la ville, laissant des armements mais peu de vivres. En Suède, les États se préparent à augmenter leur armée pour repousser les Danois et les Moscovites. À Vienne, le ministre du roi de Sicile a été congédié et doit retourner en Italie, tandis que le comte de Borgole a reçu l'ordre de quitter Augsbourg et les terres de l'Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2954
p. 275-278
MORTS.
Début :
Damoiselle Claude Elizabeth le Ragois de Bretonvilliers, fille de feu [...]
Mots clefs :
Le Ragois de Bretonvilliers, Maison du Harlay, Comte de Miossens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Damoiselle Claude Elizabeth
le Ragois de Bretonvilliers,
fille de feu Mre Benigne
le Ragois
)
Sr de BretonvilBretonvillieis,
President en la
Chambre des Comptes, mourut
le2. Février en sa17.année.
Dame Artemire de Resmond
,épousede tvilffirc Jean
Louis de Rafin, Chevalier
Seigneur d'Hauterive, Brigadierr)
des ArméesduRoy,o&
Commandant pour sa Majesté
à Sedan, mourut le j.
Février.
Messire Louis François AchillesdeHarlay,
Abbé de S.
Colombe de Sens, mourut le
14. Février. Il estoit fils puisné
de feu Messire Nicolas Auguste
de Harlay, Seigneur de
Boneüil& de Cély, Conseiller
d'Etat ordinaire, & Plenipotentiaire
à la Paix de Riswick,
& de Dame Anne-Françoise
Loüise-Marie Boucherat. On
a si souvent parlé de laMaifon
du Harlay qu'on renvoye le
Lecteur aux precedens Mercures.
Dame Elizabeth de Pons ,
veuve de François Amanieu
d'Albret,Comte de Miossens,
mourut le 23.Février dans
son appartement au Palaisdu
Luxembourg, âgée de 78.
ans. On a promis pour le
Mercure prochain un Memoire
sur cette Maison.
Damoiselle Claude Elizabeth
le Ragois de Bretonvilliers,
fille de feu Mre Benigne
le Ragois
)
Sr de BretonvilBretonvillieis,
President en la
Chambre des Comptes, mourut
le2. Février en sa17.année.
Dame Artemire de Resmond
,épousede tvilffirc Jean
Louis de Rafin, Chevalier
Seigneur d'Hauterive, Brigadierr)
des ArméesduRoy,o&
Commandant pour sa Majesté
à Sedan, mourut le j.
Février.
Messire Louis François AchillesdeHarlay,
Abbé de S.
Colombe de Sens, mourut le
14. Février. Il estoit fils puisné
de feu Messire Nicolas Auguste
de Harlay, Seigneur de
Boneüil& de Cély, Conseiller
d'Etat ordinaire, & Plenipotentiaire
à la Paix de Riswick,
& de Dame Anne-Françoise
Loüise-Marie Boucherat. On
a si souvent parlé de laMaifon
du Harlay qu'on renvoye le
Lecteur aux precedens Mercures.
Dame Elizabeth de Pons ,
veuve de François Amanieu
d'Albret,Comte de Miossens,
mourut le 23.Février dans
son appartement au Palaisdu
Luxembourg, âgée de 78.
ans. On a promis pour le
Mercure prochain un Memoire
sur cette Maison.
Fermer
Résumé : MORTS.
En février, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Claude Elizabeth le Ragois de Bretonvilliers, fille de feu Mre Benigne le Ragois, seigneur de Bretonvilliers et président à la Chambre des Comptes, est décédée le 2 février à l'âge de 17 ans. Dame Artemire de Resmond, épouse de Jean Louis de Rafin, chevalier seigneur d'Hauterive, brigadier des Armées du Roy et commandant à Sedan, est décédée le 1 février. Messire Louis François Achilles de Harlay, abbé de Saint-Colombe de Sens, fils puîné de feu Messire Nicolas Auguste de Harlay et de Dame Anne-Françoise Louise-Marie Boucherat, est décédé le 14 février. Dame Elizabeth de Pons, veuve de François Amanieu d'Albret, comte de Miossens, est décédée le 23 février à l'âge de 78 ans dans son appartement au Palais du Luxembourg. Un mémoire sur la maison de Pons est annoncé pour le prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2955
p. 278-280
Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
Début :
Les Lettres de Madrid du 18 portent que la Reine étoit [...]
Mots clefs :
Madrid, Barcelone, Roi, Reine, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
Les Lettres de Madrid du
18 portent que la Reine étoit
morte le 14. On parlera dans
le Mercure de Mars de la more
de cette Princesse.
Le Roy a nommé le Cardinal
del Giudice. avec le
Marquis de Mejorada., &
Don Joseph Grimaldo, Secretaire
d Etat, pour expedier
durant quelques jours les affaires
ordinaires,& même les
plus importantes auxquelles
le retardement pourroit apporter
préjudice.
Les Lettres de Catalogne
portent que la Flote du Roy
estoitarrivée le premier de ce
mois devant Barcelone; qu'- elleavoitmouillé à l'embouchure
du Llobregat, & du
Besos : que ce même jour on
devoit débarquer les munitions
de guerre & les provisions
destinées pour l'Armée
& pour le Siege de Barcelone
: que depuis quelques jours
il en estoit venus plusieurs deferteurs
qui assuroient que les
Habirans souffroient extrêmement
faute de vivres: &
que les Détachemens envoyez
par le Duc de Popoli contre
les Rebelles, les avoient pour
la pluspart détruits & diffipez.
18 portent que la Reine étoit
morte le 14. On parlera dans
le Mercure de Mars de la more
de cette Princesse.
Le Roy a nommé le Cardinal
del Giudice. avec le
Marquis de Mejorada., &
Don Joseph Grimaldo, Secretaire
d Etat, pour expedier
durant quelques jours les affaires
ordinaires,& même les
plus importantes auxquelles
le retardement pourroit apporter
préjudice.
Les Lettres de Catalogne
portent que la Flote du Roy
estoitarrivée le premier de ce
mois devant Barcelone; qu'- elleavoitmouillé à l'embouchure
du Llobregat, & du
Besos : que ce même jour on
devoit débarquer les munitions
de guerre & les provisions
destinées pour l'Armée
& pour le Siege de Barcelone
: que depuis quelques jours
il en estoit venus plusieurs deferteurs
qui assuroient que les
Habirans souffroient extrêmement
faute de vivres: &
que les Détachemens envoyez
par le Duc de Popoli contre
les Rebelles, les avoient pour
la pluspart détruits & diffipez.
Fermer
Résumé : Nouvelles d'Espagne. [titre d'après la table]
Le 14 du mois, la Reine est décédée. Le Roi a nommé le Cardinal del Giudice, le Marquis de Mejorada et Don Joseph Grimaldo pour gérer les affaires courantes. La flotte royale est arrivée devant Barcelone le 1er du mois. Les habitants de Barcelone souffrent de famine. Les troupes du Duc de Popoli ont dispersé les rebelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2956
p. 280-282
Nouvelles d'Angleterre. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Londres qu'on travailloit à mettre au net le [...]
Mots clefs :
Reine, Commission, Comte de Crawford, Londres, Commerce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Angleterre. [titre d'après la table]
On écrie de Londres qu'on
travailloità mettre au net le
Traité de Commerce entre
l'Espagne & la Grande Bretagne,
qu'on avoit reçu par un
Exprés arrivé d'Utrecht, pour
estreratissé par la Reine. Sa
Majesté a figné la Commission
du sieurJeanHart, nommeau
Gouvernement de Maryland.
Le sieur Jean Wetham a esté
fait Commissaire de l'Excise.
La Reine a conféré la dignité
gnité de Chevalier Baronet de
la Grande Breragne au ifeur
Guillaume Desbowreries.
Le Comte Marshal
)
Pair
d'Ecosse, a esté fait Capitaine
de laSeconde Compagnie des
Grenadiers cheval Ecossois
dela Garde;à la place du feu
Comte deCrawford. t
-
La Reine a accordéau Duc
de Shrewsbury la permission
de revenir en Angleterre, 84
elle a ordonné de dresser une
Commissîon pour établir Regents
en son absencel'Archevêque
d'ArrnaghJ le ifrur
Phips, Chanceliery& l'Arche.
veque de Tuam.
travailloità mettre au net le
Traité de Commerce entre
l'Espagne & la Grande Bretagne,
qu'on avoit reçu par un
Exprés arrivé d'Utrecht, pour
estreratissé par la Reine. Sa
Majesté a figné la Commission
du sieurJeanHart, nommeau
Gouvernement de Maryland.
Le sieur Jean Wetham a esté
fait Commissaire de l'Excise.
La Reine a conféré la dignité
gnité de Chevalier Baronet de
la Grande Breragne au ifeur
Guillaume Desbowreries.
Le Comte Marshal
)
Pair
d'Ecosse, a esté fait Capitaine
de laSeconde Compagnie des
Grenadiers cheval Ecossois
dela Garde;à la place du feu
Comte deCrawford. t
-
La Reine a accordéau Duc
de Shrewsbury la permission
de revenir en Angleterre, 84
elle a ordonné de dresser une
Commissîon pour établir Regents
en son absencel'Archevêque
d'ArrnaghJ le ifrur
Phips, Chanceliery& l'Arche.
veque de Tuam.
Fermer
Résumé : Nouvelles d'Angleterre. [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décisions royales en Grande-Bretagne. Un traité de commerce avec l'Espagne est en cours de ratification. La Reine a nommé Jean Hart au gouvernement du Maryland et Jean Wetham Commissaire de l'Excise. Elle a également anobli Guillaume Desbowreries. Le Comte Marshal a été nommé Capitaine des Grenadiers cheval Ecossois. Le Duc de Shrewsbury a été autorisé à revenir en Angleterre. Une commission de régents, incluant l'Archevêque d'Armagh et l'Archevêque de Tuam, a été ordonnée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2957
p. 282
Nouvelles de Versailles. [titre d'après la table]
Début :
On mande de Versailles que le Roy avoit pris le deüil [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Roi, Deuil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Versailles. [titre d'après la table]
On mande de Versailles
que le Roy avoit pris le deüil
- pour la mort de la Reine d'Espagne.
Les Lettres Patentes pour
renregiftrement de la Constitution
du Pape, acceptée par
l'Assemblée des Prclats convoquez
extraordinairement
par Sa Majesté, & qui porte
condamnation d'un Livre intitulé
: Le Nouveau Testament
en François, avec des Reflexions
que le Roy avoit pris le deüil
- pour la mort de la Reine d'Espagne.
Les Lettres Patentes pour
renregiftrement de la Constitution
du Pape, acceptée par
l'Assemblée des Prclats convoquez
extraordinairement
par Sa Majesté, & qui porte
condamnation d'un Livre intitulé
: Le Nouveau Testament
en François, avec des Reflexions
Fermer
2958
s. p.
TABLE.
Début :
Avanture nouvelle. 3 De la necessité de la Critique, ou [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
De la necessité de la Critique,
ou le grandPrevcfl du Parna/
te 4*
Nouvelles. 24
Obsfetuvatibon istuer .un1e 1m4ort
Article des Enigmes.124
Ccremonie du Couronnement du
Roy & de la Reine de Sicile,
faite à Palerme. 140
LaCritique,Ode. 145
L'Indien 0* le Soleil,Fable. 160
Lettre de Catalogne. 1Cf
Mariagede MonsieurHenault, Epitaldme.174
Lettre de Madrid. 194
Lettre de M. L. C. de F. a
Saint Falioii de Palletcol, le
11.Février. 197
Morts. ut
Memoire sur la circulation du
fang des PoijSms qui ont des
ouies
y & sur leur respiration.
ily
Mariage. 161,
Morts. a.(13
Suptêmentaux Nouvelles.170
Morts. 7J.
Nouvelles d'Espagne. 278
Nouvelles d'Angleterre.280
ou le grandPrevcfl du Parna/
te 4*
Nouvelles. 24
Obsfetuvatibon istuer .un1e 1m4ort
Article des Enigmes.124
Ccremonie du Couronnement du
Roy & de la Reine de Sicile,
faite à Palerme. 140
LaCritique,Ode. 145
L'Indien 0* le Soleil,Fable. 160
Lettre de Catalogne. 1Cf
Mariagede MonsieurHenault, Epitaldme.174
Lettre de Madrid. 194
Lettre de M. L. C. de F. a
Saint Falioii de Palletcol, le
11.Février. 197
Morts. ut
Memoire sur la circulation du
fang des PoijSms qui ont des
ouies
y & sur leur respiration.
ily
Mariage. 161,
Morts. a.(13
Suptêmentaux Nouvelles.170
Morts. 7J.
Nouvelles d'Espagne. 278
Nouvelles d'Angleterre.280
Fermer
Résumé : TABLE.
Le document liste divers articles et sections d'une revue ou journal. Il inclut des critiques littéraires, des nouvelles diverses, des cérémonies officielles, des poèmes, des fables, des lettres de correspondants, des épitaphes et des mémoires scientifiques. Les sujets notables sont le couronnement du roi et de la reine de Sicile, une ode intitulée 'La Critique', une fable intitulée 'L'Indien ou le Soleil', et des lettres de Catalogne, Madrid et Saint-Falier de Palletcol. Il mentionne aussi des sections sur les mariages et les décès, ainsi que des suppléments et des nouvelles d'Espagne et d'Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2959
p. 3-16
TRAIT D'HISTOIRE Arabe.
Début :
Hataya, Poëte, raconte de lui-même, qu'ayant renoncé à la poësie, [...]
Mots clefs :
Calife, Dieu, Poète, Vieillard, Poésie, Prison, Vers, Prophète, Frayeur, Hataya, Hacler
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAIT D'HISTOIRE Arabe.
TRAIT D'HISTOIRE
Arabe.
Ataya , Poëte ,
raconte de lui-
H même, qu'ayant
DE
LA
VILLE
noncé à la poëfie , le
Calife ordonna qu'on le
Mars 1714.
A ij
4 MERCURE
mit dans la prifon des
criminels. En entrant ,
dit- il , dans cette prifon ,
j'apperçus un vieillard ,
qui me parut un honnête
homme ; car les caracteres
de la vertu paroiffoient
fur fon viſage .
J'allai m'affeoir auprés
de lui fans le faluer ,
tant le chagrin & la
frayeur m'avoient troublé
l'efprit. Je demeurai
quelque temps en cet
état : mais le vieillard ,
GALANT .
S
pour diffiper ma frayeur,
me recita ces deux diftiques.
Les adverfitez
viennent de Dieu , &
l'impatience vient de
nous . Dieu m'a ôté ce
EZ
qui venoit de moy ,
m'a laiffé ce qui venoit
de luis c'est ce qui mefait
fouffrir
avec joye. Pourquoy
donc es-tu trifte ?
Entate
voyant
que j'étois
frapé de ce diftique
,
il me dit : fe fuis prêt
d'être condamné
à mort ,
A iij
6 MERCURE
,
€5 aprés ma mortje n'aurai
plus befoin de patien
се je te la laiſſe , 5
commence à enjouir pendant
ta vie à mon exemple.
Je rappellai mes tens
& mes efprits , & je le
priai de continuer à me
confoler. Ifmaël , me répondit
le vieillard , commencez
par me rendre le
falut & la civilité que .
vous devez aux Mufulmans
. Alors m'étant excufe
fur ma frayeur &
GALANT. 7
mon étonnement , il reilareprit
: On va m'appeller
tout à l'heure , pour me
demander où eft Hyla de
la race du Prophete . Si
je dis où il eft , j'offenferai
Dieu ; & fi je ne
le dis pas , on me fera
mourir. Ainfi je devrois
être dans un plus grand
étonnement que vous :
cependant vous voyez
ma patience & ma refignation
à la volonté de
Dieu. Je lui répondis :
A iiij
8 MERCURE
Que Dieu vous confole,
il vous fuffit. Je ne vous
reprendrai plus , me dit
le vieillard , & vous repeterai
le diftique autant
que vous le fouhaiterez ;
ce qu'il fit , & me dit
enfuite : Qui vous a
obligé de quitter la poëfie
, qui faifoit vôtre fortune
auprés des Grands ?
Il faut que vous continuiez
à faire des vers ,
& que vous leur donniez
cette fatisfaction ;
GALANT . 9
vous leur devez cette reconnoiffance
, & vous la
devez à vôtre
reputation
. A peine cut - il fini
ce difcours , qu'on nous
appella l'un & l'autre ,
& l'on nous mena dans
la chambre du Calife .
Quand nous fumes en ſa
prefence , il dit à Hacler :
(c'étoit le nom du vicillard
) Où eft Hila ? Vous
m'avez fait mettre en
prifon , répondit Hacler,
comment pourrois - je
io MERCURE
#
fçavoir de ſes nouvelles ?
Aprés quelques autres ,
demandes Almohdi en
colere dit à Hacler : Vous
m'indiquerez où il eft ,
ou bien je vais vous faire
couper la tête. Vous ferez
de moy tout ce qu'il
vous plaira , répondit
Hacler , je ne vous dirai
point où eft le fils du Prophete
; je ne veux point
offenfer Dieu ni le Prophete
en trahiffant fon
fils , & quand mefine il
GALANT . I
feroit entre ma chemiſe
& ma peau , je ne vous
dirois pas où il eft. Qu'-
on lui coupe la tefte, dit
le Calife , & auffitôt cela
fut executé. Enfuite ce
Prince me fit approcher
& me dit : Ou vous ferez
des vers , ou je vous
traiterai comme j'ai fait
Hacler. Je lui répondis :
Seigneur , fçais - tu ce
que c'est que poëfie ?
Sçais- tu que poëſie n'eſt
point ouvrage de main
12 MERCURE
mecanique qui fe puiſſe
faire de commande? Ainfi
, en te defobciffant je
ne fais point coupable :
un Poëte eft un homme
infpiré, non par fon Prince
, mais par le Seigneur
des genies ; cette infpration
ne vient que par
periodes. Tout ce que je
puis , c'eft de te promettre
de faire des vers
quand elle viendra. Hé
bien , répondit le Calife ,
retourne en priſon juſGALANT.
13
qu'à ce qu'elle te foit
venuë. Mais , repliqua le
Poëte , tu me permets
donc auffi de fuivre mon
infpiration telle qu'elle
me viendra , bonne ou
mauvaiſe , tu t'en contenteras
, & me donneras
la liberté ? Oui je te
le promets , répondit le
Calife. Le Poete rentra
dans la prifon d'où l'on
venoit de tirer Hacler à
aqui on avoit coupé la
tefte. Il prit ce fujer pour
14 MERCURE
fa poefie , & fit une fatyre
violente & inftructive
fur ce fujet , pour
blâmer la cruauté du Calife
, & auffitoft fe fit
mener devant lui , & lui
recita fa fatyre , lui difant
: Ton action injufte
contre Hacler m'a frapé
fi fort l'imagination dans
¡ce moment, que la verve
abondante eft venue qui
a inondé ma raiſon & ma
timidité ; maintenant je
fuis un infenfé qui ne
GALANT . 15
crains point la mort ;
fais- la moy donner , &
corrige - toy .Je ne regretteray
point la vie , fi j'ap
prens là - haut que c'eſt
la derniere dont tu auras
difpofé injuftement.
Cette
magnanimité de
Hataya toucha fi fort
le Calife , qu'il devint
plus humain , & recompenfa
magnifiquement
le Pocte , en faifant
pourtant brûler fes
vers , afin qu'on oubliât
16 MERCURE
entierement fes cruau
tez paffées.
Arabe.
Ataya , Poëte ,
raconte de lui-
H même, qu'ayant
DE
LA
VILLE
noncé à la poëfie , le
Calife ordonna qu'on le
Mars 1714.
A ij
4 MERCURE
mit dans la prifon des
criminels. En entrant ,
dit- il , dans cette prifon ,
j'apperçus un vieillard ,
qui me parut un honnête
homme ; car les caracteres
de la vertu paroiffoient
fur fon viſage .
J'allai m'affeoir auprés
de lui fans le faluer ,
tant le chagrin & la
frayeur m'avoient troublé
l'efprit. Je demeurai
quelque temps en cet
état : mais le vieillard ,
GALANT .
S
pour diffiper ma frayeur,
me recita ces deux diftiques.
Les adverfitez
viennent de Dieu , &
l'impatience vient de
nous . Dieu m'a ôté ce
EZ
qui venoit de moy ,
m'a laiffé ce qui venoit
de luis c'est ce qui mefait
fouffrir
avec joye. Pourquoy
donc es-tu trifte ?
Entate
voyant
que j'étois
frapé de ce diftique
,
il me dit : fe fuis prêt
d'être condamné
à mort ,
A iij
6 MERCURE
,
€5 aprés ma mortje n'aurai
plus befoin de patien
се je te la laiſſe , 5
commence à enjouir pendant
ta vie à mon exemple.
Je rappellai mes tens
& mes efprits , & je le
priai de continuer à me
confoler. Ifmaël , me répondit
le vieillard , commencez
par me rendre le
falut & la civilité que .
vous devez aux Mufulmans
. Alors m'étant excufe
fur ma frayeur &
GALANT. 7
mon étonnement , il reilareprit
: On va m'appeller
tout à l'heure , pour me
demander où eft Hyla de
la race du Prophete . Si
je dis où il eft , j'offenferai
Dieu ; & fi je ne
le dis pas , on me fera
mourir. Ainfi je devrois
être dans un plus grand
étonnement que vous :
cependant vous voyez
ma patience & ma refignation
à la volonté de
Dieu. Je lui répondis :
A iiij
8 MERCURE
Que Dieu vous confole,
il vous fuffit. Je ne vous
reprendrai plus , me dit
le vieillard , & vous repeterai
le diftique autant
que vous le fouhaiterez ;
ce qu'il fit , & me dit
enfuite : Qui vous a
obligé de quitter la poëfie
, qui faifoit vôtre fortune
auprés des Grands ?
Il faut que vous continuiez
à faire des vers ,
& que vous leur donniez
cette fatisfaction ;
GALANT . 9
vous leur devez cette reconnoiffance
, & vous la
devez à vôtre
reputation
. A peine cut - il fini
ce difcours , qu'on nous
appella l'un & l'autre ,
& l'on nous mena dans
la chambre du Calife .
Quand nous fumes en ſa
prefence , il dit à Hacler :
(c'étoit le nom du vicillard
) Où eft Hila ? Vous
m'avez fait mettre en
prifon , répondit Hacler,
comment pourrois - je
io MERCURE
#
fçavoir de ſes nouvelles ?
Aprés quelques autres ,
demandes Almohdi en
colere dit à Hacler : Vous
m'indiquerez où il eft ,
ou bien je vais vous faire
couper la tête. Vous ferez
de moy tout ce qu'il
vous plaira , répondit
Hacler , je ne vous dirai
point où eft le fils du Prophete
; je ne veux point
offenfer Dieu ni le Prophete
en trahiffant fon
fils , & quand mefine il
GALANT . I
feroit entre ma chemiſe
& ma peau , je ne vous
dirois pas où il eft. Qu'-
on lui coupe la tefte, dit
le Calife , & auffitôt cela
fut executé. Enfuite ce
Prince me fit approcher
& me dit : Ou vous ferez
des vers , ou je vous
traiterai comme j'ai fait
Hacler. Je lui répondis :
Seigneur , fçais - tu ce
que c'est que poëfie ?
Sçais- tu que poëſie n'eſt
point ouvrage de main
12 MERCURE
mecanique qui fe puiſſe
faire de commande? Ainfi
, en te defobciffant je
ne fais point coupable :
un Poëte eft un homme
infpiré, non par fon Prince
, mais par le Seigneur
des genies ; cette infpration
ne vient que par
periodes. Tout ce que je
puis , c'eft de te promettre
de faire des vers
quand elle viendra. Hé
bien , répondit le Calife ,
retourne en priſon juſGALANT.
13
qu'à ce qu'elle te foit
venuë. Mais , repliqua le
Poëte , tu me permets
donc auffi de fuivre mon
infpiration telle qu'elle
me viendra , bonne ou
mauvaiſe , tu t'en contenteras
, & me donneras
la liberté ? Oui je te
le promets , répondit le
Calife. Le Poete rentra
dans la prifon d'où l'on
venoit de tirer Hacler à
aqui on avoit coupé la
tefte. Il prit ce fujer pour
14 MERCURE
fa poefie , & fit une fatyre
violente & inftructive
fur ce fujet , pour
blâmer la cruauté du Calife
, & auffitoft fe fit
mener devant lui , & lui
recita fa fatyre , lui difant
: Ton action injufte
contre Hacler m'a frapé
fi fort l'imagination dans
¡ce moment, que la verve
abondante eft venue qui
a inondé ma raiſon & ma
timidité ; maintenant je
fuis un infenfé qui ne
GALANT . 15
crains point la mort ;
fais- la moy donner , &
corrige - toy .Je ne regretteray
point la vie , fi j'ap
prens là - haut que c'eſt
la derniere dont tu auras
difpofé injuftement.
Cette
magnanimité de
Hataya toucha fi fort
le Calife , qu'il devint
plus humain , & recompenfa
magnifiquement
le Pocte , en faifant
pourtant brûler fes
vers , afin qu'on oubliât
16 MERCURE
entierement fes cruau
tez paffées.
Fermer
Résumé : TRAIT D'HISTOIRE Arabe.
Le texte relate l'histoire d'Ataya, un poète arabe emprisonné sur ordre du Calife pour avoir renoncé à la poésie. En prison, Ataya rencontre un vieillard nommé Hacler, qui lui enseigne la patience et la résignation face à l'adversité. Hacler refuse de révéler la cachette de Hila, fils du Prophète, même sous la menace de mort, préférant mourir plutôt que de trahir sa foi. Le Calife fait exécuter Hacler et propose à Ataya de choisir entre écrire des vers ou subir le même sort. Ataya explique que la poésie ne se commande pas et promet de composer des vers lorsqu'il sera inspiré. Le Calife accepte et libère Ataya après qu'il ait écrit une satire contre la cruauté du Calife. Touché par la magnanimité d'Ataya, le Calife le récompense et fait brûler ses vers pour effacer ses cruautés passées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2960
p. 45-55
Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement le 13. Mars 1714.
Début :
Milords & Messieurs, J'ai beaucoup de satisfaction de me [...]
Mots clefs :
Paix, Parlement, Chambre des pairs, Succession protestante, Peuple, Europe, Reine d'Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement le 13. Mars 1714.
Harangue de la Reine d'An
gleterre à fon Parlement le
13. Mars 1714 .
Milords & Meffieurs ,
les
J'ai beaucoup de fatisfaction
de me voir , à l'ouverture
de ce Parlement ,
en état de vous dire
que
ratifications des traitez de
paix & de commerce avec
Ï'Eſpagne font échangées.
Par e paix mes ſujets
feront mieux en état que
jamais d'augmenrer & d'é46
MERCURE
tendre leur
negoce ; les
avantages
qui ne leur é
toient que tolerez
, leur font
prefentement
affurez
par
ce traité , & tous les Marchands
de la Grande Bretagne
en jouiront également
fans diftinction .
Il a plû à Dieu de benir
mes efforts pour obtenir
une paix honorable & avantageuſe
à mon peuple & à
la plus grande partie de
mes alliez ; il ne fera rien
omis de ce qui eſt en mon
pouvoir pour la rendre univerfelle
, & je me perfuade
GALANT.
47
qu'avec vôtre affiftance ,
mon entrepriſe pourra contribuer
à rétablir le repos
de
l'Europe.
En attendant , je me rejoüis
avec mes ſujets de le
voir delivré d'une guerre
ruïneufe , & entré dans une
paix dont les bons effets ne
peuvent être troublez que
par des divifions inteftines.
Les plus fages & les plus
grands d'entre mes predeceffeurs
faifoient leur gloire
de tenir la balance de l'Europe
, & de la maintenir
égale , en fourniſſant au
48 MERCURE
poids lors qu'il étoit necef
faire ; par cette conduite ils
ont enrichi le Royaume ,
& fe font rendus redoutables
à leurs ennemis & utiles
à leurs amis . J'ai agi ſur
les mêmes principes , & je
ne doute point que mes fucceffeurs
ne fuivent ces mê.
mes exemples.
Nôtre fituatió nous montre
affez quel eft nôtre veritable
interêt . Ce pays ne
peut fleurir que par
que par le commerce
, & il fera trés formidable
par la juſte application
de nos forces fur mer.
MefGALANT.
49%
Meffieurs de la Chambre
des
Communes ,
J'ai
donné ordre qu'on
vous expofe des choles qui
vous feront voir quelle a
été vôtre fituation à la conclufion
de cette paix , vous
ferez par là mieux en état
de juger des fecours qui
font
neceffaires. Je ne vous
on
demande que pour le
fervice de cette année , &
pour l'acquit des dettes que
vous trouverez raiſonna
bles & juftes, funny weete
Mars
1714.
E
so MERCURE
Milords & Meffieurs ,
Je vois par la joye fi generale
du rétabliſſement de
ma fanté & de mon arrivée
en cette ville , avec com ..
bien d'ardeur mon peuple
répond à la tendre affection
que j'ai toûjours euë pour
lui.
Je voudrois qu'on cût)
travaillé à faire fupprimer ,
comme je l'ai fouvent defiré
, ces écrits feditieux &
ces pernicieuſes infinua
tions par où des mal- intenGALANT.
tionnez ont lçû affoiblir le
credit public & faire fouffrir
l'innocent .
Il y en a qui font prevenus
jufqu'au point de malice
de vouloir infinuer que
la Succeffion Proteftante
dans la Maifon d'Hanovre
eft en danger fous mon regne.
Ceux qui travaillent de
la forte à effrayer les efprits
imaginaires , n'ont en vûë
que de troubler la tranquilité
prefente , & de nous
attirer des maux réels .
Aprés tout ce que j'ai fair
Eij
52
MERCURE
pour la fûreté de nôtre Re-:
ligion & de nos libertez , &
pour la tranfmettre à la pofterité
, je ne puis parler de
ces procedez fans quelque
émotion , & je compte que
vous demeurerez tous d'accord
avec moy que les at
tentats pour affoiblir mon
autorité , ou pour me rendre
la poffeffion de la couronne
penible , ne peuvent
jamais être des moyens
propres à fortifier la Succeffion
Proteftante.
J'ai fait , & je continuërai
de faire de mon mieux
GALANT.
53
pour le bien de tous mes
fujets ; faifons nos efforts
pour unir tous nos differens
, non pas en nous écartant
de la conftitution
de
nôtre Egliſe & de nôtre
Etat , mais en obfervant
nous-mêmes les loix , & en
·les faifant obferver
aux autres
.
Une longue guerre a non
feulement appauvri le public
, quoy qu'elle ait enrichi
quelques particuliers :
mais elle a encore alteré
beaucoup le gouvernement
même.
E iij
$4
MERCURE
Que vôtre plus grand ſoin
foit de profiter de la conjoncture
pour établir des fondemens
propres à vous relever
de ces defordres.
Le dernier Parlement a
concouru avec moy pour
faire la paix , que ce foit
l'honneur de celui - ci de
m'aider à obtenir les fruits
propres à nous attirer des
benedictions non feulement
dans le fiecle prefent
, mais encore à la der
niere pofterité.
Auffitôt que Sa Majeſté
GALANT.
SS
eut ceffé de parler, la Chambre
des Pairs refolut de lui
preſenter une Adreſſe pour
l'en remercier. Les Communes
en firent autant
& nommerent un Comité
pour la dreffer.
gleterre à fon Parlement le
13. Mars 1714 .
Milords & Meffieurs ,
les
J'ai beaucoup de fatisfaction
de me voir , à l'ouverture
de ce Parlement ,
en état de vous dire
que
ratifications des traitez de
paix & de commerce avec
Ï'Eſpagne font échangées.
Par e paix mes ſujets
feront mieux en état que
jamais d'augmenrer & d'é46
MERCURE
tendre leur
negoce ; les
avantages
qui ne leur é
toient que tolerez
, leur font
prefentement
affurez
par
ce traité , & tous les Marchands
de la Grande Bretagne
en jouiront également
fans diftinction .
Il a plû à Dieu de benir
mes efforts pour obtenir
une paix honorable & avantageuſe
à mon peuple & à
la plus grande partie de
mes alliez ; il ne fera rien
omis de ce qui eſt en mon
pouvoir pour la rendre univerfelle
, & je me perfuade
GALANT.
47
qu'avec vôtre affiftance ,
mon entrepriſe pourra contribuer
à rétablir le repos
de
l'Europe.
En attendant , je me rejoüis
avec mes ſujets de le
voir delivré d'une guerre
ruïneufe , & entré dans une
paix dont les bons effets ne
peuvent être troublez que
par des divifions inteftines.
Les plus fages & les plus
grands d'entre mes predeceffeurs
faifoient leur gloire
de tenir la balance de l'Europe
, & de la maintenir
égale , en fourniſſant au
48 MERCURE
poids lors qu'il étoit necef
faire ; par cette conduite ils
ont enrichi le Royaume ,
& fe font rendus redoutables
à leurs ennemis & utiles
à leurs amis . J'ai agi ſur
les mêmes principes , & je
ne doute point que mes fucceffeurs
ne fuivent ces mê.
mes exemples.
Nôtre fituatió nous montre
affez quel eft nôtre veritable
interêt . Ce pays ne
peut fleurir que par
que par le commerce
, & il fera trés formidable
par la juſte application
de nos forces fur mer.
MefGALANT.
49%
Meffieurs de la Chambre
des
Communes ,
J'ai
donné ordre qu'on
vous expofe des choles qui
vous feront voir quelle a
été vôtre fituation à la conclufion
de cette paix , vous
ferez par là mieux en état
de juger des fecours qui
font
neceffaires. Je ne vous
on
demande que pour le
fervice de cette année , &
pour l'acquit des dettes que
vous trouverez raiſonna
bles & juftes, funny weete
Mars
1714.
E
so MERCURE
Milords & Meffieurs ,
Je vois par la joye fi generale
du rétabliſſement de
ma fanté & de mon arrivée
en cette ville , avec com ..
bien d'ardeur mon peuple
répond à la tendre affection
que j'ai toûjours euë pour
lui.
Je voudrois qu'on cût)
travaillé à faire fupprimer ,
comme je l'ai fouvent defiré
, ces écrits feditieux &
ces pernicieuſes infinua
tions par où des mal- intenGALANT.
tionnez ont lçû affoiblir le
credit public & faire fouffrir
l'innocent .
Il y en a qui font prevenus
jufqu'au point de malice
de vouloir infinuer que
la Succeffion Proteftante
dans la Maifon d'Hanovre
eft en danger fous mon regne.
Ceux qui travaillent de
la forte à effrayer les efprits
imaginaires , n'ont en vûë
que de troubler la tranquilité
prefente , & de nous
attirer des maux réels .
Aprés tout ce que j'ai fair
Eij
52
MERCURE
pour la fûreté de nôtre Re-:
ligion & de nos libertez , &
pour la tranfmettre à la pofterité
, je ne puis parler de
ces procedez fans quelque
émotion , & je compte que
vous demeurerez tous d'accord
avec moy que les at
tentats pour affoiblir mon
autorité , ou pour me rendre
la poffeffion de la couronne
penible , ne peuvent
jamais être des moyens
propres à fortifier la Succeffion
Proteftante.
J'ai fait , & je continuërai
de faire de mon mieux
GALANT.
53
pour le bien de tous mes
fujets ; faifons nos efforts
pour unir tous nos differens
, non pas en nous écartant
de la conftitution
de
nôtre Egliſe & de nôtre
Etat , mais en obfervant
nous-mêmes les loix , & en
·les faifant obferver
aux autres
.
Une longue guerre a non
feulement appauvri le public
, quoy qu'elle ait enrichi
quelques particuliers :
mais elle a encore alteré
beaucoup le gouvernement
même.
E iij
$4
MERCURE
Que vôtre plus grand ſoin
foit de profiter de la conjoncture
pour établir des fondemens
propres à vous relever
de ces defordres.
Le dernier Parlement a
concouru avec moy pour
faire la paix , que ce foit
l'honneur de celui - ci de
m'aider à obtenir les fruits
propres à nous attirer des
benedictions non feulement
dans le fiecle prefent
, mais encore à la der
niere pofterité.
Auffitôt que Sa Majeſté
GALANT.
SS
eut ceffé de parler, la Chambre
des Pairs refolut de lui
preſenter une Adreſſe pour
l'en remercier. Les Communes
en firent autant
& nommerent un Comité
pour la dreffer.
Fermer
Résumé : Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement le 13. Mars 1714.
Le 13 mars 1714, la reine d'Angleterre annonce au Parlement l'échange des ratifications des traités de paix et de commerce avec l'Espagne. Cette paix permet aux sujets britanniques d'améliorer et d'étendre leur commerce, offrant des avantages à tous les marchands sans distinction. La reine exprime sa satisfaction d'avoir obtenu une paix honorable et avantageuse pour son peuple et ses alliés, et elle s'engage à œuvrer pour une paix universelle avec l'aide du Parlement. Elle se réjouit de la fin d'une guerre ruineuse et de l'entrée dans une paix dont les bénéfices pourraient être troublés par des divisions internes. La reine rappelle que ses prédécesseurs ont enrichi le royaume en maintenant l'équilibre européen et en utilisant leurs forces maritimes. Elle souligne que le véritable intérêt de la nation réside dans le commerce et la puissance navale. Elle ordonne également de présenter aux Communes des comptes détaillant leur situation à la conclusion de la paix, afin de juger des secours nécessaires pour l'année en cours et le paiement des dettes. La reine condamne les écrits séditieux et les influences pernicieuses visant à affaiblir le crédit public et à nuire aux innocents. Elle dénonce ceux qui cherchent à troubler la tranquillité en semant la peur concernant la succession protestante dans la maison d'Hanovre. Elle appelle à l'union et au respect des lois pour renforcer la succession protestante et le bien-être de tous ses sujets. Enfin, elle encourage le Parlement à profiter de la conjoncture pour rétablir les désordres causés par la longue guerre et à obtenir les fruits de la paix pour les générations futures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2961
p. 55-63
MORTS.
Début :
Dame Elisabeth de Pons, veuve de François Amanieu d'Albret, [...]
Mots clefs :
Duc de La Ferté, Maison de Pons, Maison d'Albret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Dame Elifabeth de Pons,
veuve de François Amanicu
d'Albret , Comte de
Mioffens , mourut le 23. Fevrier
, dans fon appartement
au Palais du Luxembourg
, âgée de 78. ans .
E iiij
36 MERCURE
François Amanieu d'Albret
, dit le Chevalier d'Albret
, puis Comte de Mioffens
, fut tué fur le bord de
la Garonne vers l'an 1671.
fans laiffer de pofterité
:
ainfi cette Maiſon eft à
prefent éteinte.
Il étoit frere de Cefar-
Phoebus d'Albret , Comte
de Mioffens , Maréchal de
France, qui mourut en 1676.
Les Comtes de Mioffens
font une branche de l'illuf
tre Maiſon d'Albret , qui a
donné deux Rois à la Navarre
, fçavoir Jean & HenGALANT
. 57
ry II. lequel Henry II . fut
pere de Jeanne d'Albret
Reine de Navarre , qui porta
cette couronne à Antoine
de Bourbon , à cauſe
d'elle Roy de Navarre , pere
-de Henry IV. du nom , Roy
de France & de Navarre ,
ayeul du Roy Louis XIV.
du nom , dit le Grand .
Le Comté de Mioffens
a été apporté dans la Maifon
d'Albret en 1510. par le
mariage de Françoiſe de
Bearn , Dame de Mioſſens,
qui époufa Eftienne - Armand
d'Albret , de laquelle
58 MERCURE
il cut Jean d'Albret , Baron
de Mioffens , qui époufa
Suſanne de Bourbon Buf
tet , Gouvernante de la perfonne
du Roy Henry IV,
La Maifon de Pons eft
auffi trés- illuftre & trésancienne
, & elle eft connuë
dés le onzieme fiecle.
Bernard Sire de Pons vivoit
en 1160. & épouſa Eliſabeth
de Tolofe.
Cette Maiſon eft divifée
en plufieurs branches ; fçavoir
celle de Mirambeau ,
& celle des Marquis de la
Cale .
GALANT.
59
Dame Madeleine d'Angennes
, Dame de la Loupe
, veuve de Henry II . du
nom Seigneur de Senectaire
, Duc de la Ferté , Pair &
Maréchal de France , &
Chevalier des Ordres du
Roy , mourut le 16. Mars ,
âgée de 85. ans . Elle étoit -
fille de Charles d'Angennes
, Baron de la Loupe .
Cette Maiſon d'Angennes
eft trés- illuftre ; il en eft
forti quatre Chevaliers de
l'Ordre du Saint Esprit ,
dont trois ont été faits par
le Roy Henry III . fçavoir
60 MERCURE
Nicolas d'Angennes , Seigneur
de Rambouillet
Louis Seigneur de Maintenon
, & Jean Seigneur de
Poigny. Charles d'Angennes,
Marquis de Ramboüillet
, eft le quatrieme Chevalier
des Ordres , qui fut
fait par le Roy Louis XIII .
à la promotion de 1619. épouſa
Catherine de Vivonne
, Marquise de Piſany ,
pere & mere de Dame Julie
Lucie d'Angennes , Marquife
de Rambouiller & de
Pifany , Gouvernante de
Monfeigneur le Dauphin ,
GALANT. 61
à
depuis premiere Dame
d'honneur de la Reine Marie-
Therefe d'Autriche, laquelle
fut mariée en 1645 .
Charles de fainte Maure
Duc de Montaufier , Pair
de France , Chevalier des
Ordres du Saint Efprit.
La maifon du Maréchal
de la Ferté eft auffi trés- ancienne
, elle defcend de
Louis Seigneur de Senectaire
en Auvergne , qui vivoit
en 1231. qui a donné
des perfonnes de diſtinction.
Henry 2. du nom , Seigneur
de Senectaire , Dục
62 MERCURE
de la Ferté,fut fait Maréchal
de Fráce en 1651. Chevalier
desOrdres en 1661. & Duc &
Pair de France en 1665. Il eft
mort en 1681. âgé de 8z . ans .
Son épouſe lui a furvêcu 33 .
ans & a eu de fon mariage
plufieurs enfans, entr'autres
Henry François de la Ferté ,
du nom , Louis de Senectaire,
Seigneur de la Loupe,
qui fe rendit Jefuite en 1677 .
Henry -François Duc de
*
la Ferté , troifiéme du nom ,
époufa en 1675. Marie- Ifa
belle Gabrielle de la Motte
, fille du Maréchal de la
GALANT. 63
Motte Houdancourt , de
laquelle il a eu trois filles ;
fçavoir Madame la Marquife
de Mirepoix , Madame
la Marquiſe de la Carte
, & une autre morte fans
alliance ; ainfi cette branche
des Ducs de la Ferté
eft éteinte , & fi le R. P. de
la Ferté Jefuite étoit reſté
dans le monde , il feroit aujourd'hui
Duc de la Ferté.
Dame Elifabeth de Pons,
veuve de François Amanicu
d'Albret , Comte de
Mioffens , mourut le 23. Fevrier
, dans fon appartement
au Palais du Luxembourg
, âgée de 78. ans .
E iiij
36 MERCURE
François Amanieu d'Albret
, dit le Chevalier d'Albret
, puis Comte de Mioffens
, fut tué fur le bord de
la Garonne vers l'an 1671.
fans laiffer de pofterité
:
ainfi cette Maiſon eft à
prefent éteinte.
Il étoit frere de Cefar-
Phoebus d'Albret , Comte
de Mioffens , Maréchal de
France, qui mourut en 1676.
Les Comtes de Mioffens
font une branche de l'illuf
tre Maiſon d'Albret , qui a
donné deux Rois à la Navarre
, fçavoir Jean & HenGALANT
. 57
ry II. lequel Henry II . fut
pere de Jeanne d'Albret
Reine de Navarre , qui porta
cette couronne à Antoine
de Bourbon , à cauſe
d'elle Roy de Navarre , pere
-de Henry IV. du nom , Roy
de France & de Navarre ,
ayeul du Roy Louis XIV.
du nom , dit le Grand .
Le Comté de Mioffens
a été apporté dans la Maifon
d'Albret en 1510. par le
mariage de Françoiſe de
Bearn , Dame de Mioſſens,
qui époufa Eftienne - Armand
d'Albret , de laquelle
58 MERCURE
il cut Jean d'Albret , Baron
de Mioffens , qui époufa
Suſanne de Bourbon Buf
tet , Gouvernante de la perfonne
du Roy Henry IV,
La Maifon de Pons eft
auffi trés- illuftre & trésancienne
, & elle eft connuë
dés le onzieme fiecle.
Bernard Sire de Pons vivoit
en 1160. & épouſa Eliſabeth
de Tolofe.
Cette Maiſon eft divifée
en plufieurs branches ; fçavoir
celle de Mirambeau ,
& celle des Marquis de la
Cale .
GALANT.
59
Dame Madeleine d'Angennes
, Dame de la Loupe
, veuve de Henry II . du
nom Seigneur de Senectaire
, Duc de la Ferté , Pair &
Maréchal de France , &
Chevalier des Ordres du
Roy , mourut le 16. Mars ,
âgée de 85. ans . Elle étoit -
fille de Charles d'Angennes
, Baron de la Loupe .
Cette Maiſon d'Angennes
eft trés- illuftre ; il en eft
forti quatre Chevaliers de
l'Ordre du Saint Esprit ,
dont trois ont été faits par
le Roy Henry III . fçavoir
60 MERCURE
Nicolas d'Angennes , Seigneur
de Rambouillet
Louis Seigneur de Maintenon
, & Jean Seigneur de
Poigny. Charles d'Angennes,
Marquis de Ramboüillet
, eft le quatrieme Chevalier
des Ordres , qui fut
fait par le Roy Louis XIII .
à la promotion de 1619. épouſa
Catherine de Vivonne
, Marquise de Piſany ,
pere & mere de Dame Julie
Lucie d'Angennes , Marquife
de Rambouiller & de
Pifany , Gouvernante de
Monfeigneur le Dauphin ,
GALANT. 61
à
depuis premiere Dame
d'honneur de la Reine Marie-
Therefe d'Autriche, laquelle
fut mariée en 1645 .
Charles de fainte Maure
Duc de Montaufier , Pair
de France , Chevalier des
Ordres du Saint Efprit.
La maifon du Maréchal
de la Ferté eft auffi trés- ancienne
, elle defcend de
Louis Seigneur de Senectaire
en Auvergne , qui vivoit
en 1231. qui a donné
des perfonnes de diſtinction.
Henry 2. du nom , Seigneur
de Senectaire , Dục
62 MERCURE
de la Ferté,fut fait Maréchal
de Fráce en 1651. Chevalier
desOrdres en 1661. & Duc &
Pair de France en 1665. Il eft
mort en 1681. âgé de 8z . ans .
Son épouſe lui a furvêcu 33 .
ans & a eu de fon mariage
plufieurs enfans, entr'autres
Henry François de la Ferté ,
du nom , Louis de Senectaire,
Seigneur de la Loupe,
qui fe rendit Jefuite en 1677 .
Henry -François Duc de
*
la Ferté , troifiéme du nom ,
époufa en 1675. Marie- Ifa
belle Gabrielle de la Motte
, fille du Maréchal de la
GALANT. 63
Motte Houdancourt , de
laquelle il a eu trois filles ;
fçavoir Madame la Marquife
de Mirepoix , Madame
la Marquiſe de la Carte
, & une autre morte fans
alliance ; ainfi cette branche
des Ducs de la Ferté
eft éteinte , & fi le R. P. de
la Ferté Jefuite étoit reſté
dans le monde , il feroit aujourd'hui
Duc de la Ferté.
Fermer
Résumé : MORTS.
Le texte évoque plusieurs décès et les lignées des familles concernées. Dame Élisabeth de Pons, veuve de François Amanieu d'Albret, Comte de Mioffens, est décédée le 23 février à 78 ans. François Amanieu d'Albret, dit le Chevalier d'Albret, a été tué vers 1671 sans descendance, entraînant l'extinction de cette branche. Il était le frère de César-Phoebus d'Albret, Comte de Mioffens et Maréchal de France, décédé en 1676. Les Comtes de Mioffens, branche de la Maison d'Albret, ont fourni deux rois à la Navarre : Jean et Henri II, père de Jeanne d'Albret et grand-père d'Henri IV. Le Comté de Mioffens a été intégré à la Maison d'Albret en 1510. La Maison de Pons, connue depuis le onzième siècle, est divisée en plusieurs branches. Dame Madeleine d'Angennes, veuve de Henry II de Senectaire, Duc de la Ferté et Maréchal de France, est décédée le 16 mars à 85 ans. La Maison d'Angennes compte quatorze Chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit. Henry II de Senectaire, Duc de la Ferté, a été Maréchal de France en 1651 et Duc et Pair de France en 1665. Il est décédé en 1681 à 82 ans. Sa veuve lui a survécu 33 ans et ils ont eu plusieurs enfants, dont Henry-François de la Ferté, dont la branche s'est éteinte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2962
p. 63-68
« M. Chevillard, Genealogiste du Roy & Historiographe de France, qui [...] »
Début :
M. Chevillard, Genealogiste du Roy & Historiographe de France, qui [...]
Mots clefs :
Reine Élisabeth, Rois d'Angleterre, Roi d'Écosse, Guillaume de Conquérant, Maison d'Anjou
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Chevillard, Genealogiste du Roy & Historiographe de France, qui [...] »
M. Chevillard , Genealogifte
du Roy & Hiftoriographe
de France , qui a
mis au jour quantité d'ous
64 MERCURE
vrages de Blaſon , de Cronologie
& d'Hiftoire, vient
de faire paroître une Carte
cronologique
& hiſtorique
de tous les Rois & Reines
d'Angleterre
, depuis Egbert
, qui fut établi par les
Saxons occidentaux
d'An-..
gleterre en 801. pour leur
Roy , qui fubjugua les anciens
Bretons & les autres
Rois de l'Ifle , ordonna qu
elle feroit appellée Angleterre
& les peuples Anglois,
& qu'ainfi on doit regarder
comme le premier Roy
d'Angleterre
. Cette Carte
ན་
eft
GALANT.
eft divifée en deux races des
Rois d'Angleterre , fçavoir
les Rois d'Angleterre Sa
xons , & les Rois d'Angleterre
Normands , lefquels
Rois Normands font de
pluſieurs branches , toutes
forties de Guillaume , dit
le Bâtard, Duc de Normandie
, qui conquit le Royaume
d'Angletere ; pourquoy
.il fut furnommé Guillaume
le Conquerant. Il eut deux
enfans qui ont porté la couronne
d'Angleterre ; fçavoir
Guillaume fecond , &
Henry premier,dont la fille
Mars
1714.
F
66 MERCURE
Mahaud , Reine d'Angle
terre, porta cette couronné
dans la Maiſon d'Anjou
par fon mariage avec Geoffroy
dit Plantegeneſt , cinz
quieme du nom , Comté
d'Anjou , dans laquelle elle
a été jufques au Roy Ri
chard troifieme; aprés quoy
elle a paffé dans la Maiſon
de Juder , par Elifabeth fille
du Roy Edouard quatrics .
me qui époufa Henry
Comte de Richemont
, qui
fut feptieme du nom Roy
d'Angleterre & aprés la
mort de la Reine Elifabeth ,
軍
GALANT
67
derniere Reine de cette
branche , elle a paffé dans la
Maiſon des Stuart Rois d'Ecoffe
, qui joignirent l'Ecoffe
& l'Irlande avec l'Angleterre
, & Jacques fixiéme
du nom , Roy d'Ecoffe,
qui fucceda à la Reine Elifabeth
, fut le premier du
nom , Roy d'Angleterre ,
& prit le titre de Roy de
la grande Bretagne , comme
ayant uni tous ces
Royaumes enfemble. C'eſt
dans cette Maiſon de Stuart
où elle eft aujourd'hui .
Cet auteur prepare quan-
Fij
68 MERCURE
tité d'autres
ouvrages, qu'il
donnera
inceffamment
au
public , & tout de fuite.
du Roy & Hiftoriographe
de France , qui a
mis au jour quantité d'ous
64 MERCURE
vrages de Blaſon , de Cronologie
& d'Hiftoire, vient
de faire paroître une Carte
cronologique
& hiſtorique
de tous les Rois & Reines
d'Angleterre
, depuis Egbert
, qui fut établi par les
Saxons occidentaux
d'An-..
gleterre en 801. pour leur
Roy , qui fubjugua les anciens
Bretons & les autres
Rois de l'Ifle , ordonna qu
elle feroit appellée Angleterre
& les peuples Anglois,
& qu'ainfi on doit regarder
comme le premier Roy
d'Angleterre
. Cette Carte
ན་
eft
GALANT.
eft divifée en deux races des
Rois d'Angleterre , fçavoir
les Rois d'Angleterre Sa
xons , & les Rois d'Angleterre
Normands , lefquels
Rois Normands font de
pluſieurs branches , toutes
forties de Guillaume , dit
le Bâtard, Duc de Normandie
, qui conquit le Royaume
d'Angletere ; pourquoy
.il fut furnommé Guillaume
le Conquerant. Il eut deux
enfans qui ont porté la couronne
d'Angleterre ; fçavoir
Guillaume fecond , &
Henry premier,dont la fille
Mars
1714.
F
66 MERCURE
Mahaud , Reine d'Angle
terre, porta cette couronné
dans la Maiſon d'Anjou
par fon mariage avec Geoffroy
dit Plantegeneſt , cinz
quieme du nom , Comté
d'Anjou , dans laquelle elle
a été jufques au Roy Ri
chard troifieme; aprés quoy
elle a paffé dans la Maiſon
de Juder , par Elifabeth fille
du Roy Edouard quatrics .
me qui époufa Henry
Comte de Richemont
, qui
fut feptieme du nom Roy
d'Angleterre & aprés la
mort de la Reine Elifabeth ,
軍
GALANT
67
derniere Reine de cette
branche , elle a paffé dans la
Maiſon des Stuart Rois d'Ecoffe
, qui joignirent l'Ecoffe
& l'Irlande avec l'Angleterre
, & Jacques fixiéme
du nom , Roy d'Ecoffe,
qui fucceda à la Reine Elifabeth
, fut le premier du
nom , Roy d'Angleterre ,
& prit le titre de Roy de
la grande Bretagne , comme
ayant uni tous ces
Royaumes enfemble. C'eſt
dans cette Maiſon de Stuart
où elle eft aujourd'hui .
Cet auteur prepare quan-
Fij
68 MERCURE
tité d'autres
ouvrages, qu'il
donnera
inceffamment
au
public , & tout de fuite.
Fermer
Résumé : « M. Chevillard, Genealogiste du Roy & Historiographe de France, qui [...] »
M. Chevillard, généalogiste et historiographe de France, a publié une carte chronologique et historique des rois et reines d'Angleterre, débutant avec Egbert, proclamé roi par les Saxons occidentaux en 801. Egbert soumit les anciens Bretons et les autres rois de l'île, nommant le pays Angleterre et ses habitants Anglois, se désignant ainsi comme le premier roi d'Angleterre. La carte distingue deux lignées royales : les rois saxons et les rois normands. Ces derniers descendent de Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, qui conquit l'Angleterre et fut surnommé Guillaume le Conquérant. Deux de ses fils, Guillaume II et Henri Ier, régnèrent sur l'Angleterre. La fille d'Henri Ier, Mathilde, transmit la couronne à la maison d'Anjou par son mariage avec Geoffroy Plantagenêt. La lignée passa ensuite à la maison de Judd via Élisabeth, fille du roi Édouard IV, qui épousa Henri VII. Après la mort d'Élisabeth, la couronne revint à la maison des Stuart, rois d'Écosse, unifiant l'Écosse, l'Irlande et l'Angleterre. Jacques VI d'Écosse, devenu Jacques Ier d'Angleterre, fut le premier roi de Grande-Bretagne. La maison des Stuart règne encore à ce jour. Chevillard prépare également d'autres ouvrages pour une publication prochaine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2963
p. 68-70
Extrait d'une lettre de Gironne le 6. Mars.
Début :
M. de Fiennes a envoyé ici dix des principaux chefs [...]
Mots clefs :
Gérone, Chefs, Siège, Duc de Popoli
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une lettre de Gironne le 6. Mars.
Extrait d'une lettre de Gironne
le 6. Mars.
M. de Fiennes a envoyé
ici dix des principaux chefs
des revoltez , lefquels pourront
être pendus . Tout eft
tranquile dans la plaine de
Vich , il y a cependant des
mutins dans le Luzanes ,
quoique Don Jofeph Vallejo
en a défait une partie
qui rodoit dans la campaGALANT.
69
gne , & pris leurs chefs ,
qu'il a fait conduire à Solfone.
On a eu avis que la
Alote a debarqué tous les
vivres & munitions de guerre
pour le fiege de Barcelonne
, & que l'on n'y attendoit
plus que l'arrivée
de M. du Caffe avec les
vaiffeaux qu'il a armez à
Toulon , lefquels menent
une groffe artillerie pour
ce fiege..
1
Les deferteurs ont affuré
le Duc de Popoli qu'il y
avoit de grandes divifions
entre les chefs , les uns
)
70
MERCURE
voulant fe foûmettre , &
d'autres voulant fe défendre.
Ces derniers firent une
fortie le premier de ce
mois , qui leur fut avantageufe
; ils s'emparerent de
deux poftes avancez , défendus
par quarante hommes
chacun , qui s'enfuirent
aprés une grande défenſe
: mais le Duc de Popoly
y ayant envoyé fix
cent grenadiers & deux
cent dragons , ils les chaf
ferent avec perte de deux
cens hommes .
le 6. Mars.
M. de Fiennes a envoyé
ici dix des principaux chefs
des revoltez , lefquels pourront
être pendus . Tout eft
tranquile dans la plaine de
Vich , il y a cependant des
mutins dans le Luzanes ,
quoique Don Jofeph Vallejo
en a défait une partie
qui rodoit dans la campaGALANT.
69
gne , & pris leurs chefs ,
qu'il a fait conduire à Solfone.
On a eu avis que la
Alote a debarqué tous les
vivres & munitions de guerre
pour le fiege de Barcelonne
, & que l'on n'y attendoit
plus que l'arrivée
de M. du Caffe avec les
vaiffeaux qu'il a armez à
Toulon , lefquels menent
une groffe artillerie pour
ce fiege..
1
Les deferteurs ont affuré
le Duc de Popoli qu'il y
avoit de grandes divifions
entre les chefs , les uns
)
70
MERCURE
voulant fe foûmettre , &
d'autres voulant fe défendre.
Ces derniers firent une
fortie le premier de ce
mois , qui leur fut avantageufe
; ils s'emparerent de
deux poftes avancez , défendus
par quarante hommes
chacun , qui s'enfuirent
aprés une grande défenſe
: mais le Duc de Popoly
y ayant envoyé fix
cent grenadiers & deux
cent dragons , ils les chaf
ferent avec perte de deux
cens hommes .
Fermer
Résumé : Extrait d'une lettre de Gironne le 6. Mars.
Le 6 mars, M. de Fiennes a fait exécuter dix chefs rebelles à Gironne. La plaine de Vich est calme, mais des mutins sont actifs dans le Luzanes. Don José Vallejo a vaincu une partie de ces mutins et capturé leurs chefs, qui ont été conduits à Solfone. Des renseignements indiquent que l'Alote a livré des vivres et des munitions pour le siège de Barcelone, en attendant l'arrivée de M. du Caffarelli avec des vaisseaux armés à Toulon, transportant une grosse artillerie. Les déserteurs ont informé le Duc de Popoli de divisions parmi les chefs, certains souhaitant se soumettre, d'autres se défendre. Le 1er mars, les défenseurs ont lancé une sortie réussie, capturant deux postes avancés défendus par quarante hommes chacun. Cependant, six cents grenadiers et deux cents dragons envoyés par le Duc de Popoli ont été repoussés, subissant une perte de deux cents hommes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2964
p. 71
A Genes le premier.
Début :
L'Envoyé Turc a eu son audiance de congé du [...]
Mots clefs :
Gênes, Envoyé turc, Doge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Genes le premier.
A Genes le premier.
L'Envoyé Turc a eu
fon audiance de congé du
Doge. On affure qu'il partira
la femaine prochaine
par Toulon. Ses- lettres
de creance font du Sul
can.
Les Allemans font fortifier
les places du Milanés
& du Mantouan , & y font
de gros magaſins .
L'Envoyé Turc a eu
fon audiance de congé du
Doge. On affure qu'il partira
la femaine prochaine
par Toulon. Ses- lettres
de creance font du Sul
can.
Les Allemans font fortifier
les places du Milanés
& du Mantouan , & y font
de gros magaſins .
Fermer
2965
p. 72
A Marseille le 9.
Début :
On a eu ordre de la Cour d'armer promptement douze [...]
Mots clefs :
Marseille, Monsieur du Casse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Marseille le 9.
A Marſeille le 9.
On á eu ordre de la Cour
d'armer promptement douze
galeres .
M. du Caffe a fait voile
le onze de Toulon , avec
les vaiffeaux que l'on y a
armez , pour aller devant
Barcelonne.
On á eu ordre de la Cour
d'armer promptement douze
galeres .
M. du Caffe a fait voile
le onze de Toulon , avec
les vaiffeaux que l'on y a
armez , pour aller devant
Barcelonne.
Fermer
2966
p. 73-134
Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Début :
Tout ce qui regarde les eaux, tant pour les necessitez [...]
Mots clefs :
Eau, Terre, Pluie, Citernes, Fontaines, Neiges, Eaux , Superficie, Vapeurs, Mer, Cuvette, Rochers, Herbes, Expériences, Rivières, Tuyau, Vent, Plomb, Fiole, Pinte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Remarquesfur l'eau de lapluie ,
fur l'origine des fontaines
; avec quelques particu
laritez fur la conftruction
des cîternes.
Tout ce qui regarde les
caux , tant pour les neceffitez
de la vie , que pour l'ornement
des Palais & des
Jardins , a toûjours été regardé
comme une des principales
connoiffances qui
fuffent neceffaires aux hommes.
On s'eft appliqué avec
grand foin à rendre de trés-
Mars 1714.
G
74
MERCURE
petites rivieres capables de
porter de grands bateaux ,
& de joindre par ce moyen
des mers fort eloignées l'une
de l'autre. On a conduit
des fontaines trés - abondantes
par de longs détours
& fur des aqueducs trés- élevez,
jufques dans des lieux,
où la nature avoit refufé
d'en donner. On a enfin inventé
un grand nombre de
machines propres à élever
T'eau , & la porter juſqu'au
haut des montagnes
, pour
la diftribuer enfuite fous
mille figures differentes ,
GALANT.
75
avec des mouvemens furnaturels
, & en donner un
fpectacle digne d'admiration.
inistrot as
C'en étoit affez pour le
commun des hommes :
mais la curiofité de ceux
qui recherchent
les fecrets
de la nature, n'étoit pas encore
fatisfaite , il faloit connoître
l'origine de ces fources
d'eau fi abondantes quon
rencontre par toute la
terre , & même fur des rochers
fort élevez ; & c'eſt
ce qui a donné tant d'exercice
aux Philofophes an-
Gij
76 MERCURE
cie ns & modernes.
Nous voyons deux principales
opinions fur l'origine
des fontaines , qui font fondées
chacune fur des experiences
dont il femble qu'on
ne puiffe pas douter ; car il
eft évident que plufieurs
fontaines ont pour principe
l'eau de la pluie & la fonte
des neiges fur les montagnes
: mais comment ces
pluies & ces neiges , qui
font trés-rares fur, des rochers
efcarpez & fort élevez
, & dans des pays fort
chauds , pourront- elles y ›
GALANT.
77
fournir des fontaines trésabondantes
&
permanentes
qu'on y voit en plufieurs
endroits ?
C'eft la plus forte objection
que faffent ceux qui ne
font du
fentiment que
pas
les pluies font les fontaines
, & ils admettent feulement
des cavitez foûterraines
en forme d'alembic ,
où les vapeurs des eaux qui
coulent dans la terre à la
hauteur de la mer , s'élevent
par les fentes des rochers
&fe condenfent par le froid
de la fuperficie de la terre.
Giij
78 MERCURE
M. N ** qui a fuivi l'opinion
des premiers qui
prennent le parti de la pluie,
a fait un examen trés particulier
de l'eau de pluie &
de neige qui tombe fur l'étendue
de la terre, qui fournit
fes eaux à la riviere de
Seine ; & il trouve par fon
calcul qu'il y en a beaucoup
plus qu'il ne feroit necelfaire
pour entretenir la riviere
dans fon état moyen
pendant tout le cours d'une
année.
En examinant le Traité
de l'origine des Fontaines de
1
79
GALANT.
M. Plot Anglois , qui a été
imprimé en 1685. j'y fis plufieurs
remarques , & j'entrepris
de reconnoître par
moy- même ce que les eaux
de pluie & de neige pouvoient
fournir aux fontaines
& aux rivieres . Je commençai
d'abord à rechercher
quelle étoit la quantité
d'eau de pluie qui tomboit
fur la terre pendant toute
une anné , & j'en ai donné
depuis des memoires à l'Academie
à la fin de chaque
année ; ce qui fait connoître
que la hauteur de l'eau
Giiij .
80 MERCURE
qui tombe à l'Obſervatoire
Royal , où j'ai fait mes obſervations
, feroit dans une
année moyenne de dix- neuf
à vingt pouces , à peu prés
comme M. N** l'avoit fuppofé
dans fon examen .
Mais comme je doutois
que ce fût fur cette quantité
d'eau qu'on dût compter
pour l'origine des fontaines,
je fis les experiences
fuivantes pour m'en affurer.
Je choifis un endroit de
la terraffe baffe de l'Obfervatoire
, & fis mettre dans
T
GALANT . 81
terre , à huit pieds de profondeur,
un baffin de plomb
de quatre pieds de fuperficie.
Ce baffin avoit des
bords de fix pouces de hauteur
, & étoit un peu incliné
vers l'un de fes angles , où
j'avois fait fouder un tuyau
de plomb de douze pieds.
de longueur, qui ayant auffi
une pente affez conſiderable
, entroit dans un caveau
par
fon extremité . Ce baf
fin étoit éloigné du mur de
la cave , afin qu'il fût environné
d'une plus grande
quantité de terre femblable
82 MERCURE
à celle qui étoit au deffus ,
& qu'elle ne pût pas fe lecher
par la proximité du
mur. Je mis dans le baffin
ou cuvette de plomb , à l'endroit
de l'ouverture qui répondoit
au tuyau , plufieurs
cailloux de differentes groffeurs
, afin que cette ouverture
ne pût pas fe boucher
quand la terre auroit été
remiſe pardeffus à la hauteur
du terrein , c'eſt à dire
de huit pieds de hauteur.
Ce terrein eft d'une nature
moyenne entre le fable &
la terre franche , en forte
GALANT.
83
que l'eau le peut penetrer
affez facilement , & la fuperficie
exterieure eſt de niveau.
Je penfois que fi les eaux
de pluie & de neige fonduë
penetrent la terre juſqu'à
ce qu'elles rencontrent un
cufou une terre argilleuſe ,
qui ne la laiffe point paffer ,
comme difent ceux qui fuivent
la premiere opinion
de l'origine des fontaines ,
il devoit arriver la même
chofe à la cuvette de plomb
que j'avois enterrée , & qu'
enfin je devois avoir une
84 MERCURE
eſpece de fource d'eau , qui
devoit couler par le tuyau
qui répondoit dans le caveau.
Mais comme je n'étois
pas perſuadé que cela pût
arriver , je mis encore dans
le même temps une autre
machine en experience à
huit pouces feulement de
profondeur en terre. C'étoit
une cuvette qui avoit
foixante quatre pouces en
fuperficie , & des rebords
de huit pouces de hauteur.
J'avois choifi un lieu où le
foleil ni le vent ne donGALANT.
85
noient point , & j'avois eu
grand foin d'ôter toutes les
herbes qui croiffoient fur
la terre au deffus de cette
cuvette, afin que toute l'eau
qui tomberoit fur la terre
pût paffer fans empêchement
jufqu'au fond de la
cuvette , où il y avoit un
petit trou & un tuyau qui
portoit dans un vaiffeau
toute l'eau qui pouvoit penetrer
la terre. Cette cuvette
n'étoit pas expoſée à
l'air : mais elle étoit enterrée
dans une trés - grande
quaiffe remplie par les cô86
MERCURE
tez & par deffous de la même
terre qui étoit au dedans
, afin que la terre de
la cuvette ne pût pas fe défecher
par l'air.
Je remarquai premierement
dans certe petite cuvette
, que depuis le 12. Juin
juſqu'au 19. Février fuivant
l'eau n'avoit point coulé par
le tuyau au deffous de la
-cuvette , & qu'elle y coula
feulement alors , à cauſe
d'une grande quantité de
neige qui étoit fur la terre
& qui fe fondoit. Depuis ce
temps - là la terre de certe
GALANT. 87
cuvette étoit toûjours fort.
humide : mais l'eau ne couloit
point que quelques
-heures aprés qu'il avoit plû,
& elle ceffoit de couler
quand ce qui étoit tombé
étoit épuilé ; car il en reftoit
toûjours dans la terre
une certaine quantité , qui
ne palloit point à moins
qu'il n'y en cût de nouvelle
au deffus de la terre.
<
Un an aprés je refis la
même experience dans la
petite cuvette : mais je la
mis à feize pouces avant
dans terre , qui étoit une
88 MERCURE
锣
fois plus qu'elle n'étoit d'abord.
Il n'y avoit point
d'herbes fur la terre , & elle
étoit encore à l'abri du foleil
& du vent. Il arriva à
peu prés la même chose que
dans la precedente , excepté
feulement que lors
qu'il fe paffoit un temps
confiderable fans pleuvoir ,
la terre fe défechoit unpeu,
& une mediocre pluie qui
furvenoit enfuite , n'étoit
pas capable de l'humecter
fuffifamment avec ce qui
y reftoit pour la faire couler.
Enfin
GALANT. 89
il
:
Enfin je planta quel
ques herbes fur la terre au
deffus de la cuvette mais
quand les plantes furent un
peu fortes , non feulement
ne couloit point d'eau àprés
la pluie ; mais toute
celle qui tomboit n'étoit
pas fuffifante toute feule
pour les nourrir , & elles fe
fanoient & fechoient , à
moins qu'on ne les arrosât
de temps en temps.
Il me vint alors en penfée
de meſurer la diffipation
ou évaporation de l'eau au
travers des feuilles des plan-
Mars 1714.
H
90 MERCURE
tes , quand elles font expo- .
fées au foleil & au vent. Le
30. Juin , à cinq heures du
matin , je mis dans une
phiole de verre , dont l'ouverture
étoit petite , une livre
d'eau pefée fort exactement
avec la phiole , & je
cueillis deux feuilles de figuier
de mediocre grandeur
, lefquelles pefoient
enfemble 5. gros 48. grains,
& j'en fis tremper le bout
des queues dans l'eau de la
phiole. Ces feuilles étoient
trés fraîches & fermes
quand je les cueillis . EnGALANT.
St
fuite j'expofai la phiole &
les feuilles au ſoleil , qui
étoit clair & chaud , & en
un lieu où il faifoit un peu
de vent , & je bouchai exactement
avec du papier le
refte du col de la phiole ,
qui n'étoit pas occupé par
les queues des feuilles , afin
que l'eau de la phiole ne
pût pas s'évaporer par cette
ouverture .
A onze heures du matin
je pefai le tout enſemble ,
& je trouvai qu'il y avoit
une diminution de poids de
deux gros , que l'air & le
Hij
92 MERCURE
foleil avoient tiré d'eau de
cette feuille , laquelle ne
peut être reparée quand la
feuille eft attachée à l'arbre
, que par l'humidité de
la terre qui paffe par les racines.
Je fis auffi pluſieurs autres
experiences fur des
plantes , & je trouvai toûjours
une trés - grande difſipation
d'humidité ; & aprés
avoir mefuré la fuperficie
des feuilles , & avoir confideré
ce qui en couvre ordinairement
la terre , j'ai jugé
que l'eau de la pluie
GALANT .
93
fur. tout en été , quoy qu'
elle foit alors trés- abondante
, n'eft pas capable de
les entretenir fans un fecours
tiré d'ailleurs . Il eſt
vrai que l'air de la nuit fournit
aux grands arbres , &
même aux plantes , une
grande quantité d'humidité
qu'on voit preſque toûjours
fur les feuilles vers le
lever du foleil , laquelle paffant
juſques dans les racines
, peut entretenir ces
plantes une partie du jour :
mais cette humidité toute
ſeule ne pourroit pas ſuf.
94
MERCURE
fire pour leur nourriture ,
fi elles n'en tiroient de la
terre même & des pluies
qui y entrent , comme je
l'ai remarqué dans mes experiences
que je viens de
rapporter.
Toutes ces experiences
m'ont fait connoître que
l'eau des pluies qui tombent
fur la terre , où il où il y a toûjours
quelques herbes &
des arbres , ne peut pas la
penetrer jufqu'à deux pieds,
à moins qu'elle n'ait été ramaffée
dans des lieux fablonneux
& pierreux , qui
*
.
GALANT .
95
A
la laiffent paffer facilement:
mais ce ne peut être que
des cas particuliers , dont
on ne peut tirer de confequence
generale. On en
peut voir un exemple au
rocher de la fainte Baume
en Provence , où la pluie qui
tombe fur ce rocher , qui
eft tout fendu & crevaffé ,
& où il n'y a point d'herbes
, penetre dans la grotte
en trés- peu d'heures à foi
xante- fept toiles au deffous
de la fuperficie du rocher ,
& y forme une trés - belle
cîterne, qui feroit enfin une
a
96 MERCURE
fontaine quand la cîterne
feroit remplie ; & lors qu'il
fe rencontre fur de femblables
rochers & dans
ces fonds confiderables de
grandes quantitez de neiges
qui fe fondent en été
à la feule chaleur du foleil ,
on remarque de grands
écoulemens de l'eau de
fontaine pendant quelques
heures d'un même jour , &
même à pluſieurs repriſes ,
fi le foleil ne donne fur ces
neiges qu'à quelques heures
differentes de la jour
née , le refte du temps ces
neiges
GALANT. 97
neiges étant à l'ombre des
pointes des rochers , & ne
pouvant
pas fe fondre facilement.
C'eft fans doute la
raiion de ce qu'on a rapporté
, qu'il y avoit des fontaines
au milieu des terres
qui avoient un flux & reflux
comme la mer.
Ces experiences m'ont
perfuadé que je ne devois
point attendre que les eaux
de la pluie & des neiges
paffaffent au travers des
huit pieds de terre qui étoient
au deffus de la cuvette
de plomb que j'avois
Mars
1714.
I
98 MERCURE
enterrée fur une terraffe ;
auffi il n'eft pas coulé une
feule goutte d'eau par le
tuyau depuis quinze années.
On voit donc par là qu'il
ne peut y avoir que tréspeu
de fontaines qui tirent
leur origine des pluies &
des neiges , & il faut neceffairement
avoir recours
d'autres cauſes pour expli.
quer comment il fe peut
rencontrer des fources trésabondantes
dans des lieux
élevez , & à très- peu de pro.
fondeur dans terre , com
HEQUE
ME
LA
THÈQUE
DE
OPON
;
GALANT.
me eft celle de Rungis res
de Paris , qu'on ne peut
tribuer à ces grottes ou
alembics foûterrains , qui
fervent à faire diftiler l'eau
des vapeurs condenfées
car il n'y a point de rochers
dans les
environs
, comme
je l'ai reconnu par plufieurs
puits que j'y ai fait faire ,
& le terrain eft ſeulement
un peu élevé , où l'on a fait
quelques puits , dont l'eau
eft fort proche de la furface
de la terre , & plus éle
vée que l'endroit où l'on a
ramaffé les eaux. Cette four.
I ij.
100 MERCURE
ce fournit cinquante pouces
d'eau environ , qui coule
toûjours & qui fouffre peu
de changement , & tout
l'efpace de terre d'où elle
peut venir n'elt pas
affez
grand pour fournir l'eau
de cette fource en ramaffant
celle de la pluye, quand
il ne s'en diffiperoit point ;
& de plus il eft toûjours cultivé
& couvert d'herbes &
de blé . Il y a quelques vallons
affez proche de ce lieu,
où il faut creuſer fort bas
pour trouver l'eau.
On a crû pouvoir expli
GALANT. ΙΘΙ
quer ces fortes de fources
par des tuyaux & des canaux
naturels , qui conduifent
l'eau de quelque
petite
riviere élevée , & qui
paffant par des lieux hauts
& bas , & même au deſſous
de quelques rivieres qui les
traverſent , font fi bien foudez
& bouchez
, qu'ils ne
laiffent point échaper cette
cau en chemin , pour la
conduire jufqu'au lieu où
elle doit fortir hors de terre.
Mais quand il pourroit
fe rencontrer de ces lieux
foûterrains
, je fuis perfuadé
1 iij
102 MERCURE
qu'ils auroient ſeulement
une pente neceffaire pour
laiffer couler l'eau entre les
terres fur un fond de tufou
d'argille : mais pour s'imaginer
des tuyaux naturels
hauts & bas , c'est tout ce
que peut faire l'art dans l'étenduë
d'un petit jardin ;
encore y a t-il fouvent à refaire
à ces conduites .
Il me femble qu'on peut
faire encore une objection
confiderable à cette hypothefe.
Car fi ces grandes
fources élevées tirent leur
origine de quelques rivicGALANT.
103
rés , ces mêmes rivieres doivent
auffi tirer leurs eaux
d'autres fources encore plus
élevées; car celles des pluies
& des neiges fondues dans
les lieux dont le fond feroit
ferme , ne peuvent former
que quelques torrens qui
ne durent que peu de tems,
& qui ne peuvent pas fournir
à l'écoulement
continuel
de ces rivieres. Les
grands ramas d'eau , comme
des étangs qui font à la
tête des petites rivieres , ne
prouvent rien pour l'origi .
ne des rivieres ; car nous
I iiij
104 MERCURE
avons fait plufieurs experiences
, qui nous font connoître
qu'il fe diffipe beaucoup
plus d'eau de celle
qui cft exposée à l'air dans
un vaiffeau fort large , qu'il
n'y en peut tomber du ciel.
Il ne refte donc qu'un
feul moyen pour expliquer
comment ces fources abondantes
peuvent fe former
dans terre , encore s'y rencontre
- t- il quelques difficultez.
Il faut s'imaginer
qu'au travers de la terre il
paffe une grande quantité
de vapeurs , qui s'élevent
GALANT.
105
des eaux qui y font ordinairement
a la hauteur des
rivieres les plus proches ,
ou de la mer ; que ces vapeurs
paffent d'autant plus
facilement , qu'elles rencontrent
un terrein plus facile
à être penetré , comme
on le remarque en hyver à
l'ouverture de quelques caves
fort profondes . Les particules
de ces vapeurs peuvent
fe joindre enfemble ,
le froid de la fuperou
par
ficie
de la terre
, quand
elles
commencent
à s'en
approcher
, ou
quand
elles
106 MERCURE
rencontrent un terrein qui
eſt déja rempli d'eau à laquelle
elles fe joignent , ou
enfin fi elles trouvent quelque
matiere qui foit propre
à les fixer , comme nous
voyons que les fels étant expolez
à l'air retiennent les
particules d'eau qui y voltigent
C'eft alors que cette
eau qui s'augmente toû
jours , en rencontrant un
fond affez folide pour la
foûtenir , coule entre les
terres fur ce fond , jufqu'à
ce qu'elle s'échape ſur la
fuperficie de la terre où ce
GALANT. 107
fond fe termine, ou retombe
dans quelque lieu plus bas
en terre , s'il y a quelques
ouvertures à la ggllaaiiſſee ou au
tuf qui la foûtient. C'eſt
tout ce que je trouve de
plus vraisemblable dans ce
cas , encore faut il que
vapeurs ayent des conduits
particuliers pour paffer , par
ces
leſquels l'eau qu'elles forment
ne puiffe pas s'échaper.
J'ai voulu voir par experience
ce qu'on pouvoit
efperer de la maniere
de
condenfer les vapeurs de
108 MERCURE
l'eau lors qu'elles s'attacheroient
dans la terre contre
des pierres qui feroient
remplies de quelques iels ;
car c'étoit une pentée nouvelle
que j'avois eue pour
expliquer de quelle maniere
les eaux des vapeurs
qui font en terre pourroient
le ramaffer.
Je mis dans un des caveaux
du fond de la carriere
de l'Obfervatoire un
vaſe de verre , & j'attachai
fur le bord du vaſe un morceau
de linge que j'avois
trempé dans un peu d'eau ,
GALANT . 109
où j'avois fait diffoudre du
fel de tartre. Je choifis ce
fel , parce que je crus qu'il
étoit plus propre à fixer les
vapeurs que tout autre. Le
lieu paroît fort humide ,.
fur - tout en été. Quelque
temps aprés je trouvai au
fond du vafe une quantité
affez confiderable de liqueur
, qui n'étoit que l'eau
de la vapeur de l'air , laquelle
s'étoit attachée contre
le linge , & en ayant
été rempli , le furplus , qui
augmentoit toûjours , avoit
coulé au long des côtez du
110 MERCURE
vafe. J'aurois pouffé cette
experience plus loin , pour
voir fi fa liqueur auroit
continué de couler , & fi le
fel qui étoit dans le linge
auroit été entierement em.
porté par l'eau qui en couloit
, quoy qu'il puiffe arri
ver que des pierres qui auroient
des fels propres 3
fixer les vapeurs , auroient
pû conſerver toûjours leur
fel , & même s'en charger
de nouveau : mais on entra
dans le caveau en mon
abſence , on rompit le vaſe,
& mon experience fut interrompuë.
GALANT.
Je ne parle point de
quelques fontaines particulieres
& extraordinaires ,
qui fe trouvent , à ce qu'on
dit , fur le bord de la mer
& fur des rochers élevez ,
lefquelles ont un flux & un
reflux femblable à celui de
la mer , & qui ne laiſſent
pas d'être des eaux fort
douces. J'ai expliqué mecaniquement
de quelle maniere
cela fe pourroit faire ,
en ſuppoſant des reſervoirs
foûterrains un peu élevez
au deffus du niveau de la
mer , & que la cavité où
112 MERCURE
ces refervoirs font placez
ait communication par le
moyen de quelques canaux
avec la mer. Car il doit arriver
que lofque la mer
monte , elle comprime l'air
qui eſt dans cette cavité ,
lequel preffè l'eau du reſervoir
, & l'oblige de s'écha
per , & même de s'élever
par quelques fentes ou conduits
de ces rochers jufques
fur la fuperficie de la terre ,
où elle forme une fontaine
qui doit diminuer peu à peu
la mer fe re- à meſure que
tire , & que l'air comprimé
qui
GALANT. 113
qui la forçoit de monter fe
rétablit dans fon premier
état. Mais pour peu qu'on
fçache de mecanique , &
qu'on entende bien les
effets des corps liquides ,
on ne manquera pas de
moyens pour expliquer non
feulement les merveilles
qu'on voit dans la nature
fur cette mariere , mais
encore tout ce qu'on pourroit
imaginer.
1
C'eft affez parler de l'origine
des fontaines ; il me
faut maintenant expliquer
quelques remarques parti-
Mars
1714.
K
114 MERCURE
culieres que j'ai faites à
cette occafion fur l'utilité
qu'on peut retirer de l'eau
des pluies. L'avantage le
plus confiderable de l'eau
de la pluie , c'eft de la ra
maſſer dans des refervoirs
foûterrains qu'on appelle
citernes , où quand elle a été
purifiée en paffant au travers
du fable de riviere , elle
fe conferve plufieurs années
fans le corrompre. Cette
eau eft ordinairement la
meilleure de toutes celles
dont on peut ufer , foit ppour
l'employer dans plufieurs
"GALANT.
ufages , comme pour le
blanchiffage & pour les
teintures, en ce qu'elle n'eft
point mêlée d'aucun fel de
la terre , comme font preſque
toutes les eaux de fontaines,
& même celles qu'on
cftime les meilleures. Ces
cîternes font d'une trésgrande
utilité dans les lieux
où l'on n'a point d'eau de
fource , ou bien lorfque
toutes les eaux de puits font
mauvaiſes. Ce n'eſt pas ici
le lieu de parler de la conftruction
des cîternes , ni
du choix des materiaux
Kij
116 MERCURE
qu'on y doit employer ;
puis qu'il ne s'agit que d'avoir
un lieu qui tienne bien
l'eau , & que les pierres &
le mortier dont elles font
jointes , ne puiffent donner
aucune mauvaiſe qualité à
l'eau , qui y fejourne pendant
un temps confiderable.
Ceux qui ont des cîternes
, & qui font curieux
d'avoir de bonne eau , obfervent
foigneufement de
ne laiffer point entrer l'eau
des neiges fonduës dans la
cîterne , ni celles des pluies
GALANT.
117
d'orage. Pour ce qui eft de
celle des neiges fonduës ,
je crois qu'on a quelque
raifon de les exclure des
cîternes , non pas à cauſe
des fels qu'on s'imagine qui
font enfermez , & mêlez
avec les particules de la
neige: mais feulement parce
que ces neiges demeurent
ordinairement
C
plufieurs
jours , & quelquefois des
mois entiers fur les toits
des maiſons , où elles fe
corrompent par la fiente
des oifeaux & des animaux ,
& bien plus par le long
118 MERCURE
féjour qu'elles font fur les
tuiles qui font toûjours fort
fales . C'est pour cette raiſon
que lors qu'il commence à
pleuvoir , je voudrois que
la premiere eau qui vient
du toit , & qui doit entrer
dans la cîterne , fût rejettée
comme mauvaiſe , n'ayant
fervi qu'à laver les toits ,
qui font couverts de la pouffiere
qui s'éleve de bouës
défechées dans les ruës &
dans les grands chemins ,
& qu'on ne reçût ſeulement
dans la cîterne que celle
qui vient enfuite.
GALANT . 19
Il y a une autre remarque
fort confiderable pour les
eaux qu'on doit rejetter des
cîternes , & que le ſeul hazard
m'a fait connoître. Il
y a quelque temps que je
fus curieux de ramaffer de
F'eau de pluie qui tomboit
à
l'Obfervatoire , par le
moyen de la cuvette dont
je me fers pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe
pendant l'année . Cette cu
vette eft de fer blanc bien
étamé , elle a quatre pieds
de fuperficie, & des rebords
de fix pouces de hauteur.
120 MERCURE
Il y a un trou & un petit
tuyau qui y eft foudé vers
l'un des angles par où l'eau
qui tombe dans la cuvette ,
qui eft un peu inclinée vers
cet angle , eft portée dans
un vaiffeau qui la reçoit ,
pour la meſurer enfuite , &
connoître par ce moyen la
quantité qui en eft tombée.
Je nettoyai & lavai la cuvette
& le vaiſſeau qui reçoit
l'eau , le plus proprement
qu'il me fut poffible ,
áu commencement d'une
pluie qui paroiffoit abondante,
& je ramaſſai enfuite
l'eau
GALANT. 121
l'eau dans des bouteilles de
verre bien nettes pour la
conferver. Mais comme je
voulus goûter de cette eau,
je fus furpris de ce qu'elle
avoit un fort mauvais goût,
& qu'elle fentoit la fumée :
ce qui me parut fort extraordinaire
; car j'en avois
fouvent goûté de celle qui
étoit ramaffée de la même
maniere , laquelle n'avoit
pas ce même goût. Je ne
voyois rien qui eût pû communiquer
cette odeur de
fumée à l'eau de pluie ; car
le lieu où je la ramaffe ef
Mars
1714
L
122 MERCURE
fort à découvert & élevé,
fort
& il n'y a point de fumée
qui n'en foit fort éloignée.
Mais enfin je confiderai
que cette eau de pluie étoit
tombée avec un vent du
nord ; ce qui n'eſt pas
ordinaire ; car il pleut rarement
de ce vent ; & comme
toute la ville eft au nord
de l'Obfervatoire, la fumée
des cheminées s'étoit mêlée
avec l'eau qui tomboit , &
qui paffoit enfuite pardeffus
le lieu où je la ramaffois ,
& qu'enfin c'étoit la vraye
caufe de la mauvaiſe odeur
GALANT.
123
de l'eau ; car on ſçait par
plufieurs
experiences que
l'eau prend trés facilement
l'odeur de la fumée En effet
je m'en affurai quelque
temps aprés car ayant
encore ramaffé de l'eau de
pluie qui tomboit avec un
vent de midi ou de fudoüeft
, je n'y remarquai rien
de femblable pour le goût ;
car il n'y a que de grandes
campagnes qui s'étendent
vers le midi de l'Obferva
toire.
30 Je conclus de là qu'on
doit aufli rejetter des cîter-
Lij
124
MERCURE
nes toutes les eaux de pluie
qui font apportées par des
vents fur des lieux infectez
de quelque mauvaiſe
odeur , comme des égoûts ,
des voiries , & même des
grandes villes à cauſe de la
fumée , comme je viens de
remarquer ; car les exhalaifons
& les mauvaiſes vapeurs
qui fe mêlent avec
l'eau qui entre dans la cîterne
, doivent corrompre
celle qui y eft entrée dans
un autre temps.
$ Enfin puifquel'on ne peut
pas douter par toutes les ex
GALANT .
-125
periences & par toutes les
épreuves qu'on a faites, que
l'eau de la pluie qui a été purifiée
dans du fable de riviere
, pour lui ôter le limon &
une odeur de terre qu'elle a
en tombant du ciel , ne foit
la meilleure & la plus faine
de toutes celles dont on
puiffe ſe ſervir , j'ai penſé de
quelle maniere on pourroit
pratiquer dans toutes les
maifons des cîternes qui
fourniroient affez d'eau
pour l'ufage de ceux qui y
demeurent.
Premierement il eft cer-
Liij
126 MERCURE
tain qu'une maiſon ordinaire
, qui auroit en fuperficie
quarantes toiſes , lef
quelles feroient couvertes
de toits , peut ramaſſfer chaque
année 2160. pieds cubiques
d'eau , en prenant
feulement dix huit pouces
pour la hauteur de ce qu'il
en tombe , qui eft la moindre
hauteur que j'aye obfervé
. Mais ces 2160. pieds
cubiques valent 75600. pintes
d'eau , à raifon de 35.
pintes par pied , qui eſt la
jufte mefure pour la pinte
de Paris, Si l'on diviſe donc
GALANT. 127
ce nombre de pintes par
les 365. jours de l'année
on trouvera 200. pintes par
jour. On voit par là que
quand il y auroit dans une
maiſon , comme celle que
je fuppofe , vingt - cinq perfonnes
, elles auroient huit
pintes d'eau chacune à dépenſer
, qui eſt plus d'un
feau de ceux d'ordinaire ,
& ce qui eft plus que fuffifant
pour tous les uſages de
la vie.
Il ne me reste plus qu'à
donner un avis fur le lieu
& fur la maniere de con-
Liiij
128 MERCURE
,
a
ftruire ces fortes de cîternes
dans les maiſons particulieres.
On voit dans plufieurs
villes de Flandres ,
vers les bords de la mer
où toutes les eaux des puits
font falées & ameres
cauſe que le terrain n'eft.
qu'un fable leger au travers
duquel l'eau de la mer ne
f purifie pas , que l'on fait
des cîternes dans chaque
maiſon pour ſon uſage particulier.
Mais ces cîternes
font enterrées , & ne font
que des caveaux où l'on
croit que l'eau le conferve
GALANT. 129
mieux qu'à l'air. Il eſt vrai
que l'eau , & fur- tout celle
de pluie , ne fe conferve pas
à l'air à caule du limon dont
elle eft remplie , & qu'elle
ne depofe pas entierement
en paffant par le fable , &
qu'elle fe corrompt , & qu'il
s'y engendre une espece de
mouffe verte qui la couvre
entierement. C'est pourquoy
je voudrois qu'on pratiquât
dans chaque mailon
un petit lieu dont le plancher
feroit élevé au deffus
du rez de chauffée de fix
pieds environ ; que ce lieu
130 MERCURE
n'eût tout au plus que la
quarantieme ou cinquantieme
partie de la fuperficie
de la maiſon , & qui feroit
dans nôtre exemple d'une
toife à peu prés. Ce lieu
pourroit être élevé de huit
à dix pieds , & bien vouté
avec des murs fort épais.
Ce feroit dans ce lieu où je
placerois un refervoir de
plomb , qui recevroit toute
l'eau de pluie aprés
qu'elle auroit paffé au travers
du fable. Il ne faudroit
à ce lieu qu'une tréspetite
porte bien épaiffe &
GALANT. 131
bien garnie de natte de
paille , pour empêcher que
la gelée ne pût penetrer
jufqu'à l'eau. Par ce moyen
on pourroit diſtribuer facilement
de trés bonne eau
dans les cuifines & les lavoirs.
Cette eau étant bien
enfermée ne fe corromproit
pas plus que fi elle étoit fous
terre, & ne geleroit jamais.
Son peu d'élevation au def
fus du rez de chauffée ferviroit
affez à la commodité
de fa diftribution dans tous
les lieux bas du logis.Ce reſervoir
pourroit être placé
132
MERCURE
dans un endroit où il n'incommoderoit
par fon humidité
, qu'autant que ceux
d'eau de fontaine qui font
dans plufieurs maiſons.
J'ai examiné depuis peu
les differentes eaux de pluie
que j'avois ramaffées autrefois
, & que j'avois confervées
dans des bouteilles de
verre. J'ai trouvé qu'il y en
avoit quelques - unes qui
étoient d'un mauvais goût,
& je ne fçaurois affurer fi
ce font celles qui avoient
d'abord une odeur de fumée
quand je les ai miſes
GALANT. 133
dans la bouteille ; les autres
étoient affez bonnes & agreables
, elles n'avoient
plus le goût de terre , qu'ont
toutes les eaux de pluie , &
c'étoit peut être parce qu'-
elles avoient dépolé un
certain limon , qu'on voit
ordinairement au fond des
vaſes où l'on a laiſſé pendant
quelque temps des
caux de pluie.
Jajoûterais encore une
remarque que j'ai faite fur
les eaux de fontaine qui font
fur le côteau de la butte de
Montmartre vers le fepten134
MERCURE
trion. Ces eaux font fort
claires & affez bonnes pour
boire. Cependant fi l'on
fait cuire de la viande &
des herbes à potage avec
cette eau , le bouillon eſt
d'une grande amertume ;
ce qu'on ne peut pas attribuer
à la nature des herbes
du lieu , puifque fi l'on
fe fert d'eau de pluie pour
faire le bouillon , il eſt trésbon
& n'a aucune amertume.
fur l'origine des fontaines
; avec quelques particu
laritez fur la conftruction
des cîternes.
Tout ce qui regarde les
caux , tant pour les neceffitez
de la vie , que pour l'ornement
des Palais & des
Jardins , a toûjours été regardé
comme une des principales
connoiffances qui
fuffent neceffaires aux hommes.
On s'eft appliqué avec
grand foin à rendre de trés-
Mars 1714.
G
74
MERCURE
petites rivieres capables de
porter de grands bateaux ,
& de joindre par ce moyen
des mers fort eloignées l'une
de l'autre. On a conduit
des fontaines trés - abondantes
par de longs détours
& fur des aqueducs trés- élevez,
jufques dans des lieux,
où la nature avoit refufé
d'en donner. On a enfin inventé
un grand nombre de
machines propres à élever
T'eau , & la porter juſqu'au
haut des montagnes
, pour
la diftribuer enfuite fous
mille figures differentes ,
GALANT.
75
avec des mouvemens furnaturels
, & en donner un
fpectacle digne d'admiration.
inistrot as
C'en étoit affez pour le
commun des hommes :
mais la curiofité de ceux
qui recherchent
les fecrets
de la nature, n'étoit pas encore
fatisfaite , il faloit connoître
l'origine de ces fources
d'eau fi abondantes quon
rencontre par toute la
terre , & même fur des rochers
fort élevez ; & c'eſt
ce qui a donné tant d'exercice
aux Philofophes an-
Gij
76 MERCURE
cie ns & modernes.
Nous voyons deux principales
opinions fur l'origine
des fontaines , qui font fondées
chacune fur des experiences
dont il femble qu'on
ne puiffe pas douter ; car il
eft évident que plufieurs
fontaines ont pour principe
l'eau de la pluie & la fonte
des neiges fur les montagnes
: mais comment ces
pluies & ces neiges , qui
font trés-rares fur, des rochers
efcarpez & fort élevez
, & dans des pays fort
chauds , pourront- elles y ›
GALANT.
77
fournir des fontaines trésabondantes
&
permanentes
qu'on y voit en plufieurs
endroits ?
C'eft la plus forte objection
que faffent ceux qui ne
font du
fentiment que
pas
les pluies font les fontaines
, & ils admettent feulement
des cavitez foûterraines
en forme d'alembic ,
où les vapeurs des eaux qui
coulent dans la terre à la
hauteur de la mer , s'élevent
par les fentes des rochers
&fe condenfent par le froid
de la fuperficie de la terre.
Giij
78 MERCURE
M. N ** qui a fuivi l'opinion
des premiers qui
prennent le parti de la pluie,
a fait un examen trés particulier
de l'eau de pluie &
de neige qui tombe fur l'étendue
de la terre, qui fournit
fes eaux à la riviere de
Seine ; & il trouve par fon
calcul qu'il y en a beaucoup
plus qu'il ne feroit necelfaire
pour entretenir la riviere
dans fon état moyen
pendant tout le cours d'une
année.
En examinant le Traité
de l'origine des Fontaines de
1
79
GALANT.
M. Plot Anglois , qui a été
imprimé en 1685. j'y fis plufieurs
remarques , & j'entrepris
de reconnoître par
moy- même ce que les eaux
de pluie & de neige pouvoient
fournir aux fontaines
& aux rivieres . Je commençai
d'abord à rechercher
quelle étoit la quantité
d'eau de pluie qui tomboit
fur la terre pendant toute
une anné , & j'en ai donné
depuis des memoires à l'Academie
à la fin de chaque
année ; ce qui fait connoître
que la hauteur de l'eau
Giiij .
80 MERCURE
qui tombe à l'Obſervatoire
Royal , où j'ai fait mes obſervations
, feroit dans une
année moyenne de dix- neuf
à vingt pouces , à peu prés
comme M. N** l'avoit fuppofé
dans fon examen .
Mais comme je doutois
que ce fût fur cette quantité
d'eau qu'on dût compter
pour l'origine des fontaines,
je fis les experiences
fuivantes pour m'en affurer.
Je choifis un endroit de
la terraffe baffe de l'Obfervatoire
, & fis mettre dans
T
GALANT . 81
terre , à huit pieds de profondeur,
un baffin de plomb
de quatre pieds de fuperficie.
Ce baffin avoit des
bords de fix pouces de hauteur
, & étoit un peu incliné
vers l'un de fes angles , où
j'avois fait fouder un tuyau
de plomb de douze pieds.
de longueur, qui ayant auffi
une pente affez conſiderable
, entroit dans un caveau
par
fon extremité . Ce baf
fin étoit éloigné du mur de
la cave , afin qu'il fût environné
d'une plus grande
quantité de terre femblable
82 MERCURE
à celle qui étoit au deffus ,
& qu'elle ne pût pas fe lecher
par la proximité du
mur. Je mis dans le baffin
ou cuvette de plomb , à l'endroit
de l'ouverture qui répondoit
au tuyau , plufieurs
cailloux de differentes groffeurs
, afin que cette ouverture
ne pût pas fe boucher
quand la terre auroit été
remiſe pardeffus à la hauteur
du terrein , c'eſt à dire
de huit pieds de hauteur.
Ce terrein eft d'une nature
moyenne entre le fable &
la terre franche , en forte
GALANT.
83
que l'eau le peut penetrer
affez facilement , & la fuperficie
exterieure eſt de niveau.
Je penfois que fi les eaux
de pluie & de neige fonduë
penetrent la terre juſqu'à
ce qu'elles rencontrent un
cufou une terre argilleuſe ,
qui ne la laiffe point paffer ,
comme difent ceux qui fuivent
la premiere opinion
de l'origine des fontaines ,
il devoit arriver la même
chofe à la cuvette de plomb
que j'avois enterrée , & qu'
enfin je devois avoir une
84 MERCURE
eſpece de fource d'eau , qui
devoit couler par le tuyau
qui répondoit dans le caveau.
Mais comme je n'étois
pas perſuadé que cela pût
arriver , je mis encore dans
le même temps une autre
machine en experience à
huit pouces feulement de
profondeur en terre. C'étoit
une cuvette qui avoit
foixante quatre pouces en
fuperficie , & des rebords
de huit pouces de hauteur.
J'avois choifi un lieu où le
foleil ni le vent ne donGALANT.
85
noient point , & j'avois eu
grand foin d'ôter toutes les
herbes qui croiffoient fur
la terre au deffus de cette
cuvette, afin que toute l'eau
qui tomberoit fur la terre
pût paffer fans empêchement
jufqu'au fond de la
cuvette , où il y avoit un
petit trou & un tuyau qui
portoit dans un vaiffeau
toute l'eau qui pouvoit penetrer
la terre. Cette cuvette
n'étoit pas expoſée à
l'air : mais elle étoit enterrée
dans une trés - grande
quaiffe remplie par les cô86
MERCURE
tez & par deffous de la même
terre qui étoit au dedans
, afin que la terre de
la cuvette ne pût pas fe défecher
par l'air.
Je remarquai premierement
dans certe petite cuvette
, que depuis le 12. Juin
juſqu'au 19. Février fuivant
l'eau n'avoit point coulé par
le tuyau au deffous de la
-cuvette , & qu'elle y coula
feulement alors , à cauſe
d'une grande quantité de
neige qui étoit fur la terre
& qui fe fondoit. Depuis ce
temps - là la terre de certe
GALANT. 87
cuvette étoit toûjours fort.
humide : mais l'eau ne couloit
point que quelques
-heures aprés qu'il avoit plû,
& elle ceffoit de couler
quand ce qui étoit tombé
étoit épuilé ; car il en reftoit
toûjours dans la terre
une certaine quantité , qui
ne palloit point à moins
qu'il n'y en cût de nouvelle
au deffus de la terre.
<
Un an aprés je refis la
même experience dans la
petite cuvette : mais je la
mis à feize pouces avant
dans terre , qui étoit une
88 MERCURE
锣
fois plus qu'elle n'étoit d'abord.
Il n'y avoit point
d'herbes fur la terre , & elle
étoit encore à l'abri du foleil
& du vent. Il arriva à
peu prés la même chose que
dans la precedente , excepté
feulement que lors
qu'il fe paffoit un temps
confiderable fans pleuvoir ,
la terre fe défechoit unpeu,
& une mediocre pluie qui
furvenoit enfuite , n'étoit
pas capable de l'humecter
fuffifamment avec ce qui
y reftoit pour la faire couler.
Enfin
GALANT. 89
il
:
Enfin je planta quel
ques herbes fur la terre au
deffus de la cuvette mais
quand les plantes furent un
peu fortes , non feulement
ne couloit point d'eau àprés
la pluie ; mais toute
celle qui tomboit n'étoit
pas fuffifante toute feule
pour les nourrir , & elles fe
fanoient & fechoient , à
moins qu'on ne les arrosât
de temps en temps.
Il me vint alors en penfée
de meſurer la diffipation
ou évaporation de l'eau au
travers des feuilles des plan-
Mars 1714.
H
90 MERCURE
tes , quand elles font expo- .
fées au foleil & au vent. Le
30. Juin , à cinq heures du
matin , je mis dans une
phiole de verre , dont l'ouverture
étoit petite , une livre
d'eau pefée fort exactement
avec la phiole , & je
cueillis deux feuilles de figuier
de mediocre grandeur
, lefquelles pefoient
enfemble 5. gros 48. grains,
& j'en fis tremper le bout
des queues dans l'eau de la
phiole. Ces feuilles étoient
trés fraîches & fermes
quand je les cueillis . EnGALANT.
St
fuite j'expofai la phiole &
les feuilles au ſoleil , qui
étoit clair & chaud , & en
un lieu où il faifoit un peu
de vent , & je bouchai exactement
avec du papier le
refte du col de la phiole ,
qui n'étoit pas occupé par
les queues des feuilles , afin
que l'eau de la phiole ne
pût pas s'évaporer par cette
ouverture .
A onze heures du matin
je pefai le tout enſemble ,
& je trouvai qu'il y avoit
une diminution de poids de
deux gros , que l'air & le
Hij
92 MERCURE
foleil avoient tiré d'eau de
cette feuille , laquelle ne
peut être reparée quand la
feuille eft attachée à l'arbre
, que par l'humidité de
la terre qui paffe par les racines.
Je fis auffi pluſieurs autres
experiences fur des
plantes , & je trouvai toûjours
une trés - grande difſipation
d'humidité ; & aprés
avoir mefuré la fuperficie
des feuilles , & avoir confideré
ce qui en couvre ordinairement
la terre , j'ai jugé
que l'eau de la pluie
GALANT .
93
fur. tout en été , quoy qu'
elle foit alors trés- abondante
, n'eft pas capable de
les entretenir fans un fecours
tiré d'ailleurs . Il eſt
vrai que l'air de la nuit fournit
aux grands arbres , &
même aux plantes , une
grande quantité d'humidité
qu'on voit preſque toûjours
fur les feuilles vers le
lever du foleil , laquelle paffant
juſques dans les racines
, peut entretenir ces
plantes une partie du jour :
mais cette humidité toute
ſeule ne pourroit pas ſuf.
94
MERCURE
fire pour leur nourriture ,
fi elles n'en tiroient de la
terre même & des pluies
qui y entrent , comme je
l'ai remarqué dans mes experiences
que je viens de
rapporter.
Toutes ces experiences
m'ont fait connoître que
l'eau des pluies qui tombent
fur la terre , où il où il y a toûjours
quelques herbes &
des arbres , ne peut pas la
penetrer jufqu'à deux pieds,
à moins qu'elle n'ait été ramaffée
dans des lieux fablonneux
& pierreux , qui
*
.
GALANT .
95
A
la laiffent paffer facilement:
mais ce ne peut être que
des cas particuliers , dont
on ne peut tirer de confequence
generale. On en
peut voir un exemple au
rocher de la fainte Baume
en Provence , où la pluie qui
tombe fur ce rocher , qui
eft tout fendu & crevaffé ,
& où il n'y a point d'herbes
, penetre dans la grotte
en trés- peu d'heures à foi
xante- fept toiles au deffous
de la fuperficie du rocher ,
& y forme une trés - belle
cîterne, qui feroit enfin une
a
96 MERCURE
fontaine quand la cîterne
feroit remplie ; & lors qu'il
fe rencontre fur de femblables
rochers & dans
ces fonds confiderables de
grandes quantitez de neiges
qui fe fondent en été
à la feule chaleur du foleil ,
on remarque de grands
écoulemens de l'eau de
fontaine pendant quelques
heures d'un même jour , &
même à pluſieurs repriſes ,
fi le foleil ne donne fur ces
neiges qu'à quelques heures
differentes de la jour
née , le refte du temps ces
neiges
GALANT. 97
neiges étant à l'ombre des
pointes des rochers , & ne
pouvant
pas fe fondre facilement.
C'eft fans doute la
raiion de ce qu'on a rapporté
, qu'il y avoit des fontaines
au milieu des terres
qui avoient un flux & reflux
comme la mer.
Ces experiences m'ont
perfuadé que je ne devois
point attendre que les eaux
de la pluie & des neiges
paffaffent au travers des
huit pieds de terre qui étoient
au deffus de la cuvette
de plomb que j'avois
Mars
1714.
I
98 MERCURE
enterrée fur une terraffe ;
auffi il n'eft pas coulé une
feule goutte d'eau par le
tuyau depuis quinze années.
On voit donc par là qu'il
ne peut y avoir que tréspeu
de fontaines qui tirent
leur origine des pluies &
des neiges , & il faut neceffairement
avoir recours
d'autres cauſes pour expli.
quer comment il fe peut
rencontrer des fources trésabondantes
dans des lieux
élevez , & à très- peu de pro.
fondeur dans terre , com
HEQUE
ME
LA
THÈQUE
DE
OPON
;
GALANT.
me eft celle de Rungis res
de Paris , qu'on ne peut
tribuer à ces grottes ou
alembics foûterrains , qui
fervent à faire diftiler l'eau
des vapeurs condenfées
car il n'y a point de rochers
dans les
environs
, comme
je l'ai reconnu par plufieurs
puits que j'y ai fait faire ,
& le terrain eft ſeulement
un peu élevé , où l'on a fait
quelques puits , dont l'eau
eft fort proche de la furface
de la terre , & plus éle
vée que l'endroit où l'on a
ramaffé les eaux. Cette four.
I ij.
100 MERCURE
ce fournit cinquante pouces
d'eau environ , qui coule
toûjours & qui fouffre peu
de changement , & tout
l'efpace de terre d'où elle
peut venir n'elt pas
affez
grand pour fournir l'eau
de cette fource en ramaffant
celle de la pluye, quand
il ne s'en diffiperoit point ;
& de plus il eft toûjours cultivé
& couvert d'herbes &
de blé . Il y a quelques vallons
affez proche de ce lieu,
où il faut creuſer fort bas
pour trouver l'eau.
On a crû pouvoir expli
GALANT. ΙΘΙ
quer ces fortes de fources
par des tuyaux & des canaux
naturels , qui conduifent
l'eau de quelque
petite
riviere élevée , & qui
paffant par des lieux hauts
& bas , & même au deſſous
de quelques rivieres qui les
traverſent , font fi bien foudez
& bouchez
, qu'ils ne
laiffent point échaper cette
cau en chemin , pour la
conduire jufqu'au lieu où
elle doit fortir hors de terre.
Mais quand il pourroit
fe rencontrer de ces lieux
foûterrains
, je fuis perfuadé
1 iij
102 MERCURE
qu'ils auroient ſeulement
une pente neceffaire pour
laiffer couler l'eau entre les
terres fur un fond de tufou
d'argille : mais pour s'imaginer
des tuyaux naturels
hauts & bas , c'est tout ce
que peut faire l'art dans l'étenduë
d'un petit jardin ;
encore y a t-il fouvent à refaire
à ces conduites .
Il me femble qu'on peut
faire encore une objection
confiderable à cette hypothefe.
Car fi ces grandes
fources élevées tirent leur
origine de quelques rivicGALANT.
103
rés , ces mêmes rivieres doivent
auffi tirer leurs eaux
d'autres fources encore plus
élevées; car celles des pluies
& des neiges fondues dans
les lieux dont le fond feroit
ferme , ne peuvent former
que quelques torrens qui
ne durent que peu de tems,
& qui ne peuvent pas fournir
à l'écoulement
continuel
de ces rivieres. Les
grands ramas d'eau , comme
des étangs qui font à la
tête des petites rivieres , ne
prouvent rien pour l'origi .
ne des rivieres ; car nous
I iiij
104 MERCURE
avons fait plufieurs experiences
, qui nous font connoître
qu'il fe diffipe beaucoup
plus d'eau de celle
qui cft exposée à l'air dans
un vaiffeau fort large , qu'il
n'y en peut tomber du ciel.
Il ne refte donc qu'un
feul moyen pour expliquer
comment ces fources abondantes
peuvent fe former
dans terre , encore s'y rencontre
- t- il quelques difficultez.
Il faut s'imaginer
qu'au travers de la terre il
paffe une grande quantité
de vapeurs , qui s'élevent
GALANT.
105
des eaux qui y font ordinairement
a la hauteur des
rivieres les plus proches ,
ou de la mer ; que ces vapeurs
paffent d'autant plus
facilement , qu'elles rencontrent
un terrein plus facile
à être penetré , comme
on le remarque en hyver à
l'ouverture de quelques caves
fort profondes . Les particules
de ces vapeurs peuvent
fe joindre enfemble ,
le froid de la fuperou
par
ficie
de la terre
, quand
elles
commencent
à s'en
approcher
, ou
quand
elles
106 MERCURE
rencontrent un terrein qui
eſt déja rempli d'eau à laquelle
elles fe joignent , ou
enfin fi elles trouvent quelque
matiere qui foit propre
à les fixer , comme nous
voyons que les fels étant expolez
à l'air retiennent les
particules d'eau qui y voltigent
C'eft alors que cette
eau qui s'augmente toû
jours , en rencontrant un
fond affez folide pour la
foûtenir , coule entre les
terres fur ce fond , jufqu'à
ce qu'elle s'échape ſur la
fuperficie de la terre où ce
GALANT. 107
fond fe termine, ou retombe
dans quelque lieu plus bas
en terre , s'il y a quelques
ouvertures à la ggllaaiiſſee ou au
tuf qui la foûtient. C'eſt
tout ce que je trouve de
plus vraisemblable dans ce
cas , encore faut il que
vapeurs ayent des conduits
particuliers pour paffer , par
ces
leſquels l'eau qu'elles forment
ne puiffe pas s'échaper.
J'ai voulu voir par experience
ce qu'on pouvoit
efperer de la maniere
de
condenfer les vapeurs de
108 MERCURE
l'eau lors qu'elles s'attacheroient
dans la terre contre
des pierres qui feroient
remplies de quelques iels ;
car c'étoit une pentée nouvelle
que j'avois eue pour
expliquer de quelle maniere
les eaux des vapeurs
qui font en terre pourroient
le ramaffer.
Je mis dans un des caveaux
du fond de la carriere
de l'Obfervatoire un
vaſe de verre , & j'attachai
fur le bord du vaſe un morceau
de linge que j'avois
trempé dans un peu d'eau ,
GALANT . 109
où j'avois fait diffoudre du
fel de tartre. Je choifis ce
fel , parce que je crus qu'il
étoit plus propre à fixer les
vapeurs que tout autre. Le
lieu paroît fort humide ,.
fur - tout en été. Quelque
temps aprés je trouvai au
fond du vafe une quantité
affez confiderable de liqueur
, qui n'étoit que l'eau
de la vapeur de l'air , laquelle
s'étoit attachée contre
le linge , & en ayant
été rempli , le furplus , qui
augmentoit toûjours , avoit
coulé au long des côtez du
110 MERCURE
vafe. J'aurois pouffé cette
experience plus loin , pour
voir fi fa liqueur auroit
continué de couler , & fi le
fel qui étoit dans le linge
auroit été entierement em.
porté par l'eau qui en couloit
, quoy qu'il puiffe arri
ver que des pierres qui auroient
des fels propres 3
fixer les vapeurs , auroient
pû conſerver toûjours leur
fel , & même s'en charger
de nouveau : mais on entra
dans le caveau en mon
abſence , on rompit le vaſe,
& mon experience fut interrompuë.
GALANT.
Je ne parle point de
quelques fontaines particulieres
& extraordinaires ,
qui fe trouvent , à ce qu'on
dit , fur le bord de la mer
& fur des rochers élevez ,
lefquelles ont un flux & un
reflux femblable à celui de
la mer , & qui ne laiſſent
pas d'être des eaux fort
douces. J'ai expliqué mecaniquement
de quelle maniere
cela fe pourroit faire ,
en ſuppoſant des reſervoirs
foûterrains un peu élevez
au deffus du niveau de la
mer , & que la cavité où
112 MERCURE
ces refervoirs font placez
ait communication par le
moyen de quelques canaux
avec la mer. Car il doit arriver
que lofque la mer
monte , elle comprime l'air
qui eſt dans cette cavité ,
lequel preffè l'eau du reſervoir
, & l'oblige de s'écha
per , & même de s'élever
par quelques fentes ou conduits
de ces rochers jufques
fur la fuperficie de la terre ,
où elle forme une fontaine
qui doit diminuer peu à peu
la mer fe re- à meſure que
tire , & que l'air comprimé
qui
GALANT. 113
qui la forçoit de monter fe
rétablit dans fon premier
état. Mais pour peu qu'on
fçache de mecanique , &
qu'on entende bien les
effets des corps liquides ,
on ne manquera pas de
moyens pour expliquer non
feulement les merveilles
qu'on voit dans la nature
fur cette mariere , mais
encore tout ce qu'on pourroit
imaginer.
1
C'eft affez parler de l'origine
des fontaines ; il me
faut maintenant expliquer
quelques remarques parti-
Mars
1714.
K
114 MERCURE
culieres que j'ai faites à
cette occafion fur l'utilité
qu'on peut retirer de l'eau
des pluies. L'avantage le
plus confiderable de l'eau
de la pluie , c'eft de la ra
maſſer dans des refervoirs
foûterrains qu'on appelle
citernes , où quand elle a été
purifiée en paffant au travers
du fable de riviere , elle
fe conferve plufieurs années
fans le corrompre. Cette
eau eft ordinairement la
meilleure de toutes celles
dont on peut ufer , foit ppour
l'employer dans plufieurs
"GALANT.
ufages , comme pour le
blanchiffage & pour les
teintures, en ce qu'elle n'eft
point mêlée d'aucun fel de
la terre , comme font preſque
toutes les eaux de fontaines,
& même celles qu'on
cftime les meilleures. Ces
cîternes font d'une trésgrande
utilité dans les lieux
où l'on n'a point d'eau de
fource , ou bien lorfque
toutes les eaux de puits font
mauvaiſes. Ce n'eſt pas ici
le lieu de parler de la conftruction
des cîternes , ni
du choix des materiaux
Kij
116 MERCURE
qu'on y doit employer ;
puis qu'il ne s'agit que d'avoir
un lieu qui tienne bien
l'eau , & que les pierres &
le mortier dont elles font
jointes , ne puiffent donner
aucune mauvaiſe qualité à
l'eau , qui y fejourne pendant
un temps confiderable.
Ceux qui ont des cîternes
, & qui font curieux
d'avoir de bonne eau , obfervent
foigneufement de
ne laiffer point entrer l'eau
des neiges fonduës dans la
cîterne , ni celles des pluies
GALANT.
117
d'orage. Pour ce qui eft de
celle des neiges fonduës ,
je crois qu'on a quelque
raifon de les exclure des
cîternes , non pas à cauſe
des fels qu'on s'imagine qui
font enfermez , & mêlez
avec les particules de la
neige: mais feulement parce
que ces neiges demeurent
ordinairement
C
plufieurs
jours , & quelquefois des
mois entiers fur les toits
des maiſons , où elles fe
corrompent par la fiente
des oifeaux & des animaux ,
& bien plus par le long
118 MERCURE
féjour qu'elles font fur les
tuiles qui font toûjours fort
fales . C'est pour cette raiſon
que lors qu'il commence à
pleuvoir , je voudrois que
la premiere eau qui vient
du toit , & qui doit entrer
dans la cîterne , fût rejettée
comme mauvaiſe , n'ayant
fervi qu'à laver les toits ,
qui font couverts de la pouffiere
qui s'éleve de bouës
défechées dans les ruës &
dans les grands chemins ,
& qu'on ne reçût ſeulement
dans la cîterne que celle
qui vient enfuite.
GALANT . 19
Il y a une autre remarque
fort confiderable pour les
eaux qu'on doit rejetter des
cîternes , & que le ſeul hazard
m'a fait connoître. Il
y a quelque temps que je
fus curieux de ramaffer de
F'eau de pluie qui tomboit
à
l'Obfervatoire , par le
moyen de la cuvette dont
je me fers pour meſurer la
quantité d'eau qui tombe
pendant l'année . Cette cu
vette eft de fer blanc bien
étamé , elle a quatre pieds
de fuperficie, & des rebords
de fix pouces de hauteur.
120 MERCURE
Il y a un trou & un petit
tuyau qui y eft foudé vers
l'un des angles par où l'eau
qui tombe dans la cuvette ,
qui eft un peu inclinée vers
cet angle , eft portée dans
un vaiffeau qui la reçoit ,
pour la meſurer enfuite , &
connoître par ce moyen la
quantité qui en eft tombée.
Je nettoyai & lavai la cuvette
& le vaiſſeau qui reçoit
l'eau , le plus proprement
qu'il me fut poffible ,
áu commencement d'une
pluie qui paroiffoit abondante,
& je ramaſſai enfuite
l'eau
GALANT. 121
l'eau dans des bouteilles de
verre bien nettes pour la
conferver. Mais comme je
voulus goûter de cette eau,
je fus furpris de ce qu'elle
avoit un fort mauvais goût,
& qu'elle fentoit la fumée :
ce qui me parut fort extraordinaire
; car j'en avois
fouvent goûté de celle qui
étoit ramaffée de la même
maniere , laquelle n'avoit
pas ce même goût. Je ne
voyois rien qui eût pû communiquer
cette odeur de
fumée à l'eau de pluie ; car
le lieu où je la ramaffe ef
Mars
1714
L
122 MERCURE
fort à découvert & élevé,
fort
& il n'y a point de fumée
qui n'en foit fort éloignée.
Mais enfin je confiderai
que cette eau de pluie étoit
tombée avec un vent du
nord ; ce qui n'eſt pas
ordinaire ; car il pleut rarement
de ce vent ; & comme
toute la ville eft au nord
de l'Obfervatoire, la fumée
des cheminées s'étoit mêlée
avec l'eau qui tomboit , &
qui paffoit enfuite pardeffus
le lieu où je la ramaffois ,
& qu'enfin c'étoit la vraye
caufe de la mauvaiſe odeur
GALANT.
123
de l'eau ; car on ſçait par
plufieurs
experiences que
l'eau prend trés facilement
l'odeur de la fumée En effet
je m'en affurai quelque
temps aprés car ayant
encore ramaffé de l'eau de
pluie qui tomboit avec un
vent de midi ou de fudoüeft
, je n'y remarquai rien
de femblable pour le goût ;
car il n'y a que de grandes
campagnes qui s'étendent
vers le midi de l'Obferva
toire.
30 Je conclus de là qu'on
doit aufli rejetter des cîter-
Lij
124
MERCURE
nes toutes les eaux de pluie
qui font apportées par des
vents fur des lieux infectez
de quelque mauvaiſe
odeur , comme des égoûts ,
des voiries , & même des
grandes villes à cauſe de la
fumée , comme je viens de
remarquer ; car les exhalaifons
& les mauvaiſes vapeurs
qui fe mêlent avec
l'eau qui entre dans la cîterne
, doivent corrompre
celle qui y eft entrée dans
un autre temps.
$ Enfin puifquel'on ne peut
pas douter par toutes les ex
GALANT .
-125
periences & par toutes les
épreuves qu'on a faites, que
l'eau de la pluie qui a été purifiée
dans du fable de riviere
, pour lui ôter le limon &
une odeur de terre qu'elle a
en tombant du ciel , ne foit
la meilleure & la plus faine
de toutes celles dont on
puiffe ſe ſervir , j'ai penſé de
quelle maniere on pourroit
pratiquer dans toutes les
maifons des cîternes qui
fourniroient affez d'eau
pour l'ufage de ceux qui y
demeurent.
Premierement il eft cer-
Liij
126 MERCURE
tain qu'une maiſon ordinaire
, qui auroit en fuperficie
quarantes toiſes , lef
quelles feroient couvertes
de toits , peut ramaſſfer chaque
année 2160. pieds cubiques
d'eau , en prenant
feulement dix huit pouces
pour la hauteur de ce qu'il
en tombe , qui eft la moindre
hauteur que j'aye obfervé
. Mais ces 2160. pieds
cubiques valent 75600. pintes
d'eau , à raifon de 35.
pintes par pied , qui eſt la
jufte mefure pour la pinte
de Paris, Si l'on diviſe donc
GALANT. 127
ce nombre de pintes par
les 365. jours de l'année
on trouvera 200. pintes par
jour. On voit par là que
quand il y auroit dans une
maiſon , comme celle que
je fuppofe , vingt - cinq perfonnes
, elles auroient huit
pintes d'eau chacune à dépenſer
, qui eſt plus d'un
feau de ceux d'ordinaire ,
& ce qui eft plus que fuffifant
pour tous les uſages de
la vie.
Il ne me reste plus qu'à
donner un avis fur le lieu
& fur la maniere de con-
Liiij
128 MERCURE
,
a
ftruire ces fortes de cîternes
dans les maiſons particulieres.
On voit dans plufieurs
villes de Flandres ,
vers les bords de la mer
où toutes les eaux des puits
font falées & ameres
cauſe que le terrain n'eft.
qu'un fable leger au travers
duquel l'eau de la mer ne
f purifie pas , que l'on fait
des cîternes dans chaque
maiſon pour ſon uſage particulier.
Mais ces cîternes
font enterrées , & ne font
que des caveaux où l'on
croit que l'eau le conferve
GALANT. 129
mieux qu'à l'air. Il eſt vrai
que l'eau , & fur- tout celle
de pluie , ne fe conferve pas
à l'air à caule du limon dont
elle eft remplie , & qu'elle
ne depofe pas entierement
en paffant par le fable , &
qu'elle fe corrompt , & qu'il
s'y engendre une espece de
mouffe verte qui la couvre
entierement. C'est pourquoy
je voudrois qu'on pratiquât
dans chaque mailon
un petit lieu dont le plancher
feroit élevé au deffus
du rez de chauffée de fix
pieds environ ; que ce lieu
130 MERCURE
n'eût tout au plus que la
quarantieme ou cinquantieme
partie de la fuperficie
de la maiſon , & qui feroit
dans nôtre exemple d'une
toife à peu prés. Ce lieu
pourroit être élevé de huit
à dix pieds , & bien vouté
avec des murs fort épais.
Ce feroit dans ce lieu où je
placerois un refervoir de
plomb , qui recevroit toute
l'eau de pluie aprés
qu'elle auroit paffé au travers
du fable. Il ne faudroit
à ce lieu qu'une tréspetite
porte bien épaiffe &
GALANT. 131
bien garnie de natte de
paille , pour empêcher que
la gelée ne pût penetrer
jufqu'à l'eau. Par ce moyen
on pourroit diſtribuer facilement
de trés bonne eau
dans les cuifines & les lavoirs.
Cette eau étant bien
enfermée ne fe corromproit
pas plus que fi elle étoit fous
terre, & ne geleroit jamais.
Son peu d'élevation au def
fus du rez de chauffée ferviroit
affez à la commodité
de fa diftribution dans tous
les lieux bas du logis.Ce reſervoir
pourroit être placé
132
MERCURE
dans un endroit où il n'incommoderoit
par fon humidité
, qu'autant que ceux
d'eau de fontaine qui font
dans plufieurs maiſons.
J'ai examiné depuis peu
les differentes eaux de pluie
que j'avois ramaffées autrefois
, & que j'avois confervées
dans des bouteilles de
verre. J'ai trouvé qu'il y en
avoit quelques - unes qui
étoient d'un mauvais goût,
& je ne fçaurois affurer fi
ce font celles qui avoient
d'abord une odeur de fumée
quand je les ai miſes
GALANT. 133
dans la bouteille ; les autres
étoient affez bonnes & agreables
, elles n'avoient
plus le goût de terre , qu'ont
toutes les eaux de pluie , &
c'étoit peut être parce qu'-
elles avoient dépolé un
certain limon , qu'on voit
ordinairement au fond des
vaſes où l'on a laiſſé pendant
quelque temps des
caux de pluie.
Jajoûterais encore une
remarque que j'ai faite fur
les eaux de fontaine qui font
fur le côteau de la butte de
Montmartre vers le fepten134
MERCURE
trion. Ces eaux font fort
claires & affez bonnes pour
boire. Cependant fi l'on
fait cuire de la viande &
des herbes à potage avec
cette eau , le bouillon eſt
d'une grande amertume ;
ce qu'on ne peut pas attribuer
à la nature des herbes
du lieu , puifque fi l'on
fe fert d'eau de pluie pour
faire le bouillon , il eſt trésbon
& n'a aucune amertume.
Fermer
Résumé : Remarques sur l'eau de la pluie, & sur l'origine des fontaines ; avec quelques particularitez sur la construction des cîternes.
Le texte explore l'importance historique de la gestion de l'eau, tant pour les besoins quotidiens que pour l'ornementation des palais et jardins. Les hommes ont toujours cherché à rendre les rivières navigables et à construire des aqueducs pour transporter l'eau sur de longues distances. Ils ont également inventé des machines pour élever et distribuer l'eau de manière spectaculaire. Deux principales théories expliquent l'origine des fontaines. La première attribue les fontaines à l'eau de pluie et à la fonte des neiges, tandis que la seconde propose des cavités souterraines où les vapeurs des eaux se condensent. M. N** a calculé que l'eau de pluie et de neige fournit suffisamment d'eau pour entretenir les rivières comme la Seine. L'auteur a mené des expériences pour vérifier ces théories. Il a enterré des cuvettes de plomb à différentes profondeurs pour observer la pénétration de l'eau de pluie. Les résultats ont montré que l'eau ne pénètre pas profondément dans la terre, sauf dans des terrains sableux et pierreux. Les expériences ont également révélé que les plantes absorbent une grande quantité d'humidité, ce qui limite la pénétration de l'eau dans le sol. L'auteur conclut que peu de fontaines tirent leur origine des pluies et des neiges. Le texte traite également de l'origine des sources et de l'utilisation de l'eau de pluie. Il propose une explication des sources par des tuyaux et canaux naturels conduisant l'eau de rivières élevées, mais cette hypothèse est contestée. L'auteur suggère que les sources proviennent de vapeurs s'élevant des eaux des rivières ou de la mer, se condensant et s'écoulant à travers des terrains perméables. Il relate une expérience où il a recueilli de l'eau de vapeur dans un vase pour démontrer la formation des sources. L'auteur aborde l'utilité des citernes pour collecter et conserver l'eau de pluie, soulignant que cette eau est souvent de meilleure qualité que celle des fontaines ou des puits. Il recommande de ne pas collecter l'eau des neiges fondues ou des pluies d'orage, ainsi que celle apportée par des vents passant au-dessus de lieux infectés par des mauvaises odeurs. Il calcule la quantité d'eau de pluie que peut collecter une maison ordinaire et conclut que cela suffit amplement pour les besoins quotidiens des habitants. Enfin, le texte mentionne la construction de citernes dans les maisons particulières, notamment dans les villes de Flandres où les eaux des puits sont salées et amères en raison de la proximité de la mer. L'auteur propose un réservoir élevé au-dessus du rez-de-chaussée, couvert et bien isolé pour éviter la contamination et le gel. Ce réservoir recueillerait l'eau de pluie filtrée à travers un sable léger, permettant une distribution facile dans les cuisines et lavoirs sans risque de corruption ou de gel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2967
p. 135-144
Mort de la Reine d'Espagne.
Début :
Marie-Loüise-Gabrielle de Savoye, épouse de Philippe V. du [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Philippe V, Maison de Savoie, Roi de Chypre, Duc de Savoie, Royaume, Prince Amédée, Venise, Sicile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Reine d'Espagne.
Mort de la Reine d'Efpagne.
Marie- Loüife. Gabrielle
de Savoye , épouſe de Philippe
V. du nom, Roy d'Ef
pagne , mourut le quatorze
Fevrier 1714. Cette grande
& vertueufe Princeffe étoit
fille de Victor - Amé , fe
cond du nom , Roy de Si
cile & de Chypre , Duc de
Savoye , d'Aouft, Chablais,
&c. & d'Anne d'Orleans
Ducheffe de Valois. Elle
étoit née le 17. Septembre
136 MERCURE
1688. & fut mariée à Turin
par Procureur le onze
Septembre 1701. Elle laiffe
de fon mariage trois enfans
: Louis - Philippe d'Eſpagne,
Prince des Afturies ,
né le 25.
Philippe Infant d'Elpagne ,
né le 7. Juin 1712. Don Ferdinand
infant d'Eſpagne ,
né à Madrid le 23 Septembre
1713.
Août 1707. Don
La Maiſon de Savoye eft
trés-ancienne & trés - illuf
tre. Elle defcend de Berthold
ou Berold Marquis
d'Italie , premier Comte
dc
GALANT . 137
de Savoye & de Maurien
ne , qui étoit un Prince
Allemand , qui vint s'établir
à la Cour de Rodolphe
Roy de Bourgogne & de
Provence . Il fut fait Lieutenant
general de fon
Royaume , & les fervices
qu'il lui rendit furent recompenfez
par Rodolphe
de la Savoye & de la Maurienne
l'an 1000. Il mourut
Fan 1023. & Humbert ,
furnommé aux blanches.
mains , fon fils , lui fucceda .
De lui eft defcendu en ligne
directe , pendant le
Mars
1714.
M
138 MERCURE
cours de vingt - deux de
grez de generations , lc
Roy de Sicile , Duc de Savoye
, Victor - Amedée fecond
du nom , qui fe rencontre
le trente- troiſieme
Comte de Savoye depuis
Berthold , & le quinzieme
Duc depuis Amée huitić .
me , par
en fa faveur l'Empereur
Sigifmond
du Comté
de Savoye
en Duché
le dix - neuf
Fevrier
1416. Louis Duc de
Savoye
fon fils ayant époufé
en 1433. Anne de Ĉhypre
, fille de Janus Roy de
l'érection que fit
GALANT. 139
de pre-
Chypre , & de Charlotte de
Bourbon , leur a donné
droit fur ce Royaume
, &
en ont porté le titre de Rois
dans la fuite , & en ont pris
les armes au premier quartier
de leur éuffon ; ce qui
ne leur a fervi que
tention , par la raison que
Louis de Savoye , fon fecond
fils , frere d'Amedée
neuvieme , époufa Charlotte
, fille unique de Jean
fecond du nom , Roy de
Chypre , prit le titre comme
fon époufe de Roy de
Chypre
, qui lui apparte
Mij
140 MERCURE
para
noit : mais il lui fut difputé
par Jacques de Chypre fon
frere naturel , qui s'emdu
Royaume avec l'aide
du Soudan d'Egypte , &
de Marc Cornaro Gentilhomme
Venitien , qui lui
fit épouser fa fille , qui fur
adoptée par la Seigneurie
de Venife , qui lui conftitua
une grande dot. Jacques
étant mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara pour
fon heritiere , en cas qu'elle
furvêquît au fruit qu'elle
portoit dans fes entrailles.
GALANT . 141
Elle accoucha d'un fils , qui
mourut deux ans aprés , &
par cette mort elle demeura
Reine de Chypre , protegée
de la Republique de
Venife, à laquelle elle abandonna
le
gouvernement
lui fit don de la couronne ,
& fe retira à Venife , où elle
paffa le refte de fes jours .
Tout ceci fe paffa au prejudice
de la Reine Charlotte
, qui fut contrainte de
fe retirer à Rome , où elle
mourut. Pendant la vie
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans les Etats , elle
142 MERCURE
fit don de fa couronne , en
prefence du Pape & des
Cardinaux , à Amedée IX.
du nom , fon beau - frere, & à
fes fucceffeurs Ducs de Savoye
; ce qui leur donna le
droit
inconteftable qu'ils
ont fur ce Royaume, & leur
fit avoir de grands differens
avec les Venitiens , qui furent
terminez par Selim ,
Empereur des Turcs , qui
s'empara de ce Royaume
en 1571.
Les Ducs de Savoye ont
pris le titre de Rois de Chypre
depuis ce temps , & auGALANT.
143
jourd'hui Sa Majesté Sicilienne
a un autre droit fur la
Sicile, en ce qu'il deſcend de
Catherine- Michelle d'Autriche
, fille du Roy d'Efpagne
Philippe II , qui épouſa
Charles Emmanuel Duc de
Savoye & Roy de Chypre ,
bifayeule de Sa Majeſté , &
foeur de Philippe III. Roy
d'Espagne , laquelle étoit,
grande-tante du Roy Charles
II . mort fans enfans , &
dont la fucceffion a troublé
toute l'Europe : mais prefque
toutes les conteſtations
touchát cette fucceffion ont
144 MERCURE
été reglées par le traité d'Utrecht
, & M. le Duc de Savoye
a eu pour les pretentions
le Royaume de Sicile ,
dont il a été facré & couronné
Roy à Palerme le 24.
Decembre
1713.
द Cette Maifon de Savoye
a eu de grands hommes
dans toutes les conditions
& s'eft divifée en quantité
de branches , d'une def
quelles defcend le Prince
Eugene de Savoye, qui a eu
beaucoup de part à toutes
les affaires du temps.
Marie- Loüife. Gabrielle
de Savoye , épouſe de Philippe
V. du nom, Roy d'Ef
pagne , mourut le quatorze
Fevrier 1714. Cette grande
& vertueufe Princeffe étoit
fille de Victor - Amé , fe
cond du nom , Roy de Si
cile & de Chypre , Duc de
Savoye , d'Aouft, Chablais,
&c. & d'Anne d'Orleans
Ducheffe de Valois. Elle
étoit née le 17. Septembre
136 MERCURE
1688. & fut mariée à Turin
par Procureur le onze
Septembre 1701. Elle laiffe
de fon mariage trois enfans
: Louis - Philippe d'Eſpagne,
Prince des Afturies ,
né le 25.
Philippe Infant d'Elpagne ,
né le 7. Juin 1712. Don Ferdinand
infant d'Eſpagne ,
né à Madrid le 23 Septembre
1713.
Août 1707. Don
La Maiſon de Savoye eft
trés-ancienne & trés - illuf
tre. Elle defcend de Berthold
ou Berold Marquis
d'Italie , premier Comte
dc
GALANT . 137
de Savoye & de Maurien
ne , qui étoit un Prince
Allemand , qui vint s'établir
à la Cour de Rodolphe
Roy de Bourgogne & de
Provence . Il fut fait Lieutenant
general de fon
Royaume , & les fervices
qu'il lui rendit furent recompenfez
par Rodolphe
de la Savoye & de la Maurienne
l'an 1000. Il mourut
Fan 1023. & Humbert ,
furnommé aux blanches.
mains , fon fils , lui fucceda .
De lui eft defcendu en ligne
directe , pendant le
Mars
1714.
M
138 MERCURE
cours de vingt - deux de
grez de generations , lc
Roy de Sicile , Duc de Savoye
, Victor - Amedée fecond
du nom , qui fe rencontre
le trente- troiſieme
Comte de Savoye depuis
Berthold , & le quinzieme
Duc depuis Amée huitić .
me , par
en fa faveur l'Empereur
Sigifmond
du Comté
de Savoye
en Duché
le dix - neuf
Fevrier
1416. Louis Duc de
Savoye
fon fils ayant époufé
en 1433. Anne de Ĉhypre
, fille de Janus Roy de
l'érection que fit
GALANT. 139
de pre-
Chypre , & de Charlotte de
Bourbon , leur a donné
droit fur ce Royaume
, &
en ont porté le titre de Rois
dans la fuite , & en ont pris
les armes au premier quartier
de leur éuffon ; ce qui
ne leur a fervi que
tention , par la raison que
Louis de Savoye , fon fecond
fils , frere d'Amedée
neuvieme , époufa Charlotte
, fille unique de Jean
fecond du nom , Roy de
Chypre , prit le titre comme
fon époufe de Roy de
Chypre
, qui lui apparte
Mij
140 MERCURE
para
noit : mais il lui fut difputé
par Jacques de Chypre fon
frere naturel , qui s'emdu
Royaume avec l'aide
du Soudan d'Egypte , &
de Marc Cornaro Gentilhomme
Venitien , qui lui
fit épouser fa fille , qui fur
adoptée par la Seigneurie
de Venife , qui lui conftitua
une grande dot. Jacques
étant mort à trente- trois
ans , laiffa fa femme enceinte
, & la declara pour
fon heritiere , en cas qu'elle
furvêquît au fruit qu'elle
portoit dans fes entrailles.
GALANT . 141
Elle accoucha d'un fils , qui
mourut deux ans aprés , &
par cette mort elle demeura
Reine de Chypre , protegée
de la Republique de
Venife, à laquelle elle abandonna
le
gouvernement
lui fit don de la couronne ,
& fe retira à Venife , où elle
paffa le refte de fes jours .
Tout ceci fe paffa au prejudice
de la Reine Charlotte
, qui fut contrainte de
fe retirer à Rome , où elle
mourut. Pendant la vie
voyant qu'elle ne pouvoit
rentrer dans les Etats , elle
142 MERCURE
fit don de fa couronne , en
prefence du Pape & des
Cardinaux , à Amedée IX.
du nom , fon beau - frere, & à
fes fucceffeurs Ducs de Savoye
; ce qui leur donna le
droit
inconteftable qu'ils
ont fur ce Royaume, & leur
fit avoir de grands differens
avec les Venitiens , qui furent
terminez par Selim ,
Empereur des Turcs , qui
s'empara de ce Royaume
en 1571.
Les Ducs de Savoye ont
pris le titre de Rois de Chypre
depuis ce temps , & auGALANT.
143
jourd'hui Sa Majesté Sicilienne
a un autre droit fur la
Sicile, en ce qu'il deſcend de
Catherine- Michelle d'Autriche
, fille du Roy d'Efpagne
Philippe II , qui épouſa
Charles Emmanuel Duc de
Savoye & Roy de Chypre ,
bifayeule de Sa Majeſté , &
foeur de Philippe III. Roy
d'Espagne , laquelle étoit,
grande-tante du Roy Charles
II . mort fans enfans , &
dont la fucceffion a troublé
toute l'Europe : mais prefque
toutes les conteſtations
touchát cette fucceffion ont
144 MERCURE
été reglées par le traité d'Utrecht
, & M. le Duc de Savoye
a eu pour les pretentions
le Royaume de Sicile ,
dont il a été facré & couronné
Roy à Palerme le 24.
Decembre
1713.
द Cette Maifon de Savoye
a eu de grands hommes
dans toutes les conditions
& s'eft divifée en quantité
de branches , d'une def
quelles defcend le Prince
Eugene de Savoye, qui a eu
beaucoup de part à toutes
les affaires du temps.
Fermer
Résumé : Mort de la Reine d'Espagne.
Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, épouse de Philippe V d'Espagne, est décédée le 14 février 1714. Née le 17 septembre 1688, elle était la fille de Victor-Amédée II, duc de Savoie, et d'Anne d'Orléans. Elle s'est mariée par procuration à Turin le 11 septembre 1701 et a eu trois enfants : Louis-Philippe d'Espagne, né le 25 août 1707, Philippe d'Espagne, né le 7 juin 1712, et Ferdinand d'Espagne, né le 23 septembre 1713. La Maison de Savoie est une famille ancienne et illustre, descendant de Berthold, premier comte de Savoie et de Maurienne. Berthold s'est établi à la cour de Rodolphe, roi de Bourgogne et de Provence, et a été récompensé par Rodolphe en obtenant la Savoie et la Maurienne en l'an 1000. Victor-Amédée II, duc de Savoie, est le trente-troisième comte de Savoie et le quinzième duc depuis Amédée VIII. La Maison de Savoie possède également des droits sur le royaume de Chypre, acquis par le mariage de Louis de Savoie avec Anne de Chypre. Ces droits ont été confirmés par Catherine-Michelle d'Autriche, fille de Philippe II d'Espagne, et reconnus par le traité d'Utrecht. Victor-Amédée II a été couronné roi de Sicile à Palerme le 24 décembre 1713. La Maison de Savoie a produit de grands hommes dans diverses conditions et s'est divisée en plusieurs branches, dont descend le prince Eugène de Savoie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2968
p. 145-151
ESTAMPES.
Début :
Voicy la plus nombreuse suite de modes Etrangeres, & en [...]
Mots clefs :
Estampes, Tableaux, Turcs, Femmes, Filles, Monsieur de Ferriol, Suite, Officiers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES.
ESTAMPES.
V
Oicy la plus nombreu
fe fuite de modes Etran
geres , & en même temps la
plus finguliere qui ait encore
paru .
2
Elle eft compofée de cent
Planches differentes qui ont
chacunes treize pouces & demi
de hauteur , fur environ
neuf pouces de largeur.
Chaque Planche contient,
une , deux , trois ou quatre Fi-
N
Mars
1714.
146 MERCURE
gures , qui font toutes accom.
pagnées de fonds & de chofes
convenables à leurs habits &
à leurs dignitez ...
Cette fuite ne comprend
pas feulement le Grand Seigneur
, la Sultane Reine , les
principaux Officiers du Serail
en habit de ceremonie; mais
auffi le Moufti & tous les
gens de Loy , le Grand Vifir
& les Officiers de guerre de
Terre , le Capitant Pacha &
les Officiers de Marinebit
Aprés ceux-cy viennent les
differentes conditions des
Tures , des femmes & filles
K
GALANT , 147
Turques , des Marchands ,
Aprés quoy font les Juifs,
& Juives & autres fujets Tributaires
ou voifins des Turcs
en Europe , comme font les
Patriarches & autres Grecs ;
des femmes & filles Grecques,
les Hongrois & Hongroifes ,
Bulgares, Valaques , Albanois,
Tartares de Crimée , & entreautres
des filles de plufieurs
Ifles de l'Archipel , dont les
habits extraordinaires font un
fingulier plaifir à voir.
Differents Habitans d'Afie
viennent enfuite Arabes Armeniens
, Perfans & Indiens ,
Nij
148 MERCURE
& enfin des Afriquains & Afriquaines.
Chaque Eftampe de cette
grande fuite eft imprimée ſur
une demie feuille du plus beau
Papier du Nom de Jefus , à
la referve de la derniere Eftampe
qui eft imprimée fur une
Feuille entiere ; elle reprefente
la ceremonic d'un Mariage
Turc.
Monfieur de Ferriol , Ambaffadeur
Extraordinaire de
Sa Majesté à Conftantinople
par une curiofité toute louable
fit peindre d'ap és nature
& à grands frais ces differents
GALANT 149
habillemens en 1707. &
1708. par le fieur Vanmour
habile Peintre Flamand qui
les peignit avec tout le foin
& la fidelité imaginable ; &
aprés que ces Tableaux furent
achevez , Monfieur de Ferriol
les fic expofer à la cenfure pu
blique avant fon départ de
Conftantinople.
C'eft fur ces Tableaux O
riginaux que les Estampes qui
compofent ce Recücil ont été
gravées par les foins de Monfieur
le Hay , qui y a employe
d'excellens Graveurs. L'on
trouvera ce Recücil chez luy ,
Niij
119 MERCURE
4
ruë de Grenelle , Fauxbourg
S. Germain , proche la rue de
la Chaife , & chez Monfieur
du Change, Graveur du Roy,
ruë S. Jacques ; l'on y trouve,
ra auffi la même fuite enluminée
d'aprés les Tableaux
Originaux ; ce qui fera non
feulement connoiftre la forme
, mais encore la veritable
couleur de toutes les differentes
& riches étoffes , dont ces
habillemens font faits ; & l'on
mettra tous les foins poffibles
pour enluminer ces Eftampes
avec intelligence , afin de
leurs donner la verité & le
in
GALANT. 151
merite des Tableaux.
Cette fuite d'Eftampes
pourra fervir à orner des Cabinets
, des Galleries & des
Maifons de Campagne : on
efpere que les Sçavans , les
Curieux & le Gens de gouft
en feront affez de cas , pour
leur donner place dans leurs
porte feuilles ou dans leurs
Bibliotheques.
V
Oicy la plus nombreu
fe fuite de modes Etran
geres , & en même temps la
plus finguliere qui ait encore
paru .
2
Elle eft compofée de cent
Planches differentes qui ont
chacunes treize pouces & demi
de hauteur , fur environ
neuf pouces de largeur.
Chaque Planche contient,
une , deux , trois ou quatre Fi-
N
Mars
1714.
146 MERCURE
gures , qui font toutes accom.
pagnées de fonds & de chofes
convenables à leurs habits &
à leurs dignitez ...
Cette fuite ne comprend
pas feulement le Grand Seigneur
, la Sultane Reine , les
principaux Officiers du Serail
en habit de ceremonie; mais
auffi le Moufti & tous les
gens de Loy , le Grand Vifir
& les Officiers de guerre de
Terre , le Capitant Pacha &
les Officiers de Marinebit
Aprés ceux-cy viennent les
differentes conditions des
Tures , des femmes & filles
K
GALANT , 147
Turques , des Marchands ,
Aprés quoy font les Juifs,
& Juives & autres fujets Tributaires
ou voifins des Turcs
en Europe , comme font les
Patriarches & autres Grecs ;
des femmes & filles Grecques,
les Hongrois & Hongroifes ,
Bulgares, Valaques , Albanois,
Tartares de Crimée , & entreautres
des filles de plufieurs
Ifles de l'Archipel , dont les
habits extraordinaires font un
fingulier plaifir à voir.
Differents Habitans d'Afie
viennent enfuite Arabes Armeniens
, Perfans & Indiens ,
Nij
148 MERCURE
& enfin des Afriquains & Afriquaines.
Chaque Eftampe de cette
grande fuite eft imprimée ſur
une demie feuille du plus beau
Papier du Nom de Jefus , à
la referve de la derniere Eftampe
qui eft imprimée fur une
Feuille entiere ; elle reprefente
la ceremonic d'un Mariage
Turc.
Monfieur de Ferriol , Ambaffadeur
Extraordinaire de
Sa Majesté à Conftantinople
par une curiofité toute louable
fit peindre d'ap és nature
& à grands frais ces differents
GALANT 149
habillemens en 1707. &
1708. par le fieur Vanmour
habile Peintre Flamand qui
les peignit avec tout le foin
& la fidelité imaginable ; &
aprés que ces Tableaux furent
achevez , Monfieur de Ferriol
les fic expofer à la cenfure pu
blique avant fon départ de
Conftantinople.
C'eft fur ces Tableaux O
riginaux que les Estampes qui
compofent ce Recücil ont été
gravées par les foins de Monfieur
le Hay , qui y a employe
d'excellens Graveurs. L'on
trouvera ce Recücil chez luy ,
Niij
119 MERCURE
4
ruë de Grenelle , Fauxbourg
S. Germain , proche la rue de
la Chaife , & chez Monfieur
du Change, Graveur du Roy,
ruë S. Jacques ; l'on y trouve,
ra auffi la même fuite enluminée
d'aprés les Tableaux
Originaux ; ce qui fera non
feulement connoiftre la forme
, mais encore la veritable
couleur de toutes les differentes
& riches étoffes , dont ces
habillemens font faits ; & l'on
mettra tous les foins poffibles
pour enluminer ces Eftampes
avec intelligence , afin de
leurs donner la verité & le
in
GALANT. 151
merite des Tableaux.
Cette fuite d'Eftampes
pourra fervir à orner des Cabinets
, des Galleries & des
Maifons de Campagne : on
efpere que les Sçavans , les
Curieux & le Gens de gouft
en feront affez de cas , pour
leur donner place dans leurs
porte feuilles ou dans leurs
Bibliotheques.
Fermer
Résumé : ESTAMPES.
Le texte décrit une collection d'estampes intitulée 'Estampes', publiée en mars 1714. Cette collection se distingue par sa diversité et son caractère unique, comprenant cent planches de treize pouces et demi de hauteur sur environ neuf pouces de largeur. Chaque planche présente une à quatre figures, accompagnées de fonds et d'objets adaptés à leurs habits et dignités. La collection ne se limite pas aux figures du Grand Seigneur, de la Sultane Reine et des principaux officiers du Sérail, mais inclut également des personnages variés tels que le Moufti, des gens de loi, le Grand Vizir, des officiers de guerre et de marine, ainsi que des Turcs, des femmes et filles turques, des marchands, des Juifs, des Grecs, des Hongrois, des Bulgares, des Valaques, des Albanais, des Tartares de Crimée, des habitants de l'Archipel, des Arabes, des Arméniens, des Persans, des Indiens, des Africains et des Africaines. Les estampes sont basées sur des tableaux peints sur nature par le peintre flamand Vanmour, à la demande de Monsieur de Ferriol, ambassadeur à Constantinople en 1707 et 1708. Elles ont été gravées par Monsieur le Hay et ses graveurs. La collection est disponible chez Monsieur le Hay et chez Monsieur du Change, graveur du Roi. Une version enluminée permet de connaître les couleurs des étoffes utilisées dans les habits. Destinée à orner des cabinets, des galeries et des maisons de campagne, cette collection s'adresse aux savants, aux curieux et aux gens de goût, qui peuvent l'inclure dans leurs portefeuilles ou bibliothèques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2969
p. 151-168
NOUVELLES.
Début :
Les Lettres de Hambourg du premier Mars portent que la [...]
Mots clefs :
Hambourg, Madrid, Troupes, Guerre, Place, Roi du Danemark, Marquis de Valdecañas, Général, Duc de Popoli, Prince, Pièces de canon, Roi de Prusse, Portugal, Hollande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES.
NOUVELLES.
Les Lettres de Hambourg
du premier Mars portent que
la maladie contagieufe dimi-
N iiij
*; * MERCURE
"
nuoit fort, & qu'on efpere.
que le Commerce fera bientoft
entierement rétabli avec
les Etats voisins ; que les Danois
rafoient les Lignes
& les autres ouvrages qu'il
avoient faits pour le blocus
de Tonningen. Que le Colonel
Wolf, qui commandoit
dans cette Place , eftoit allé à
Stokholm pour rendre compte
au jeune Duc de Holſtein-
Gottorp , de tout ce qui s'y
étoit paffé & de l'extrême neneceflité
qui l'a obligé de la
rendre par Capitulation au
Roy de Dannemark. La GarGALANT
133
nifon qui en eft fortie a efté
conduite à Eutin. Les malades
font reftez dans la Place
juſqu'à leur entiere guerifon ,
avec un Commiffaire pour en
prendre foin , & les Troupes
Danoifes qui en formoient le
blocus fe font mifes en matche
pour aller aux quartiers
d'hyver qui leur ont efté affi
gnez . Deux bataillons Danois
font entrez en garnifon
dans Tonningen , où l'on
conduit à prefent des provifions
en abondance . Les Of
ficiers Danois travaillent avec
empreſſement à faire leurs re114
MERCURE
crues , & à fe pourvoir de
chevaux de remonte. Ils ont
ordre de fe tenir preſts à marcher
au premier commandement
, & on établit de grands
Magafins à Segoberg ; ce qui
donne lieu de croire que le
Roy de Dannemark a deſſein
de faire le fiege de Wilmat.
Celles de Berlin portent que
le Roy de Pruffe ayant appris
la reddition de Tonningen ,
avoit tenu un grand Confeil ;
qu'il faifoit continuer fes
levées : qu'il avoit fait le Baron
de Loben Lieutenant General ,
fon grand Chambellan , & le
GALANT $ s $
fieur de Cameck , fon grand
Treforier ; que le fieur Lintelo
, envoyé des Etats Generaux
des Provinces unies , luy
avoit prefenté un Memoire
touchant quelques Places que
les Troupes avoient occupées
dans les Pays - Bas.
Les Lettres de Conftantinople
du 16. Janvier portent
que l'Ambaffadeur de France
avoit cu Audiance du grand
Vifir le 6. qu'il avoit complimenté
fur fon arrivéc &
fur fon élevation à la dignité
de premier Miniftre de l'Empire
Othoman : que l'Ambaf
56 MERCURE
fadeur de la Grande Bretagne
avoit cu Audiance fur le même
fujet le 8. le Baile de Venife
le 13. & l'Ambaffadeur
.
de Hollande le 15. Que les
Envoyez du Sultan & du Kan
des Tartares qui étoient allez
en Pologne , n'eftoient
pas
encore revenus. Que les
Commiffaires deftinez pour
regler les Limites de l'Ukraine
& les dépendances
d'Azak
avec les Commiffaires
Polonois
& Mofcovites
, eftoient
partis depuis quelques jours
pour le rendre fur la Frontiere.
Qu'on continuoit
à
GALANT , 117
D'autres
faire de grands preparatifs de
guerre par Mer & Terre
par
fans qu'on fçû à quoy ils
eftoient deftinez.
Lettres du 20. confirment que
les troubles d'Afe cftoient ap
paifez par la défaite des rebelles
. Que le Bacha d'Alepayant
affemblé fes Troupes & celles
des environs , avoit attaqué
leur armée , en avoit taillé en
pieces la plus grande partic , &
avoit fait empaler cent quarante
des principaux auteurs
de la revolte & rétabli le calme
en ces Pays là.
Les avis de Madrid portent que
iss MERCURE
a
fitoft que le Roy cut appris
que la Reine étoit expirée , il
feretira avec le Prince & les
deux Infants au Palais du Duc
de Medina- Celi . Sa Majesté
a refolu de ne point retourner
au Palais , on a fait quelques
changemens à celuy de Medina
Celi pour le rendre plus
commode. Elle a laiffé pour
quinze jours le foin du Gouvernement
au Cardinal Def-
Giudice , comme il l'avoit reglé
avant le decés de la Reine .
La Princeffe des Urfins a efté
déclarée Gouvernante
du
Prince & des deux Infants.
GALANT. 139
Le Prince Pio , Marquis de
Caftel -Rodrigo qui depuis
quelques jours eft arrivé de Si .
cile , a efté fait Capitaine Ge
neral & Gouverneur de Madrid
& de fon Territoire avec
douze mille écus d'appointement
, il aura fous luy quatre
cens hommes , pour veiller à
la fureté & à la tranquilité de la
Ville , avec quatre Officiers de
Juftice qui lui feront fubordonnez
, & qui jugeront envingt-
quatre heures les caufes
des malfaiteurs
Les Lettres du Camp devant
Barcelonne portent qu'on
160 MERCURE
continuoitde de barquer vers
l'embouchure du l'Obregat
les Troupes & les provifions
, & que le Marquis de
Valdecannas y avoit auffi mit
sy
pied à terre , & qu'il devoit
commander en chef dans les
Vigueries de Tarragone , de
Monblanc & de Tortofe , que
200. rebelles s'étant fortifiez
à Saint Paul fur la cofte , entre
Mataro & Blancs , le
Duc de Popoli y envoya un
détachement avec quatre
picces de canon fous 1 cmmandement
de Don- Gabriel
Cano, Maréchal de Camp. II
fic
GALANT. 161.
fit battre la Place le 12. & le
13. Février ; & la bréché é
tant faite , les Affiegez furent
obligez de fe rendre à difcre
tion , offrant pour fauver leur
vie de faire rendre tous les
Officiers qui fe trouvoient prifonniers
à Cardone . On leur
avoit envoyé de Barcelone
une Galiote chargée d'un
fecours de Troupes , de
munitions de guerre & de
vivres ; mais elle fut prife par
les Galeres du Roy. Le Comte
de Montemar avec fon détach
ment a battu les rebelles
en diver fes occafions enforte
Ma's 1714.
16 MERCURE
qu'ils commencent à le foumettre
à l'obeïffance de Sa
Majesté. On a envoyé au
Camp fous une bonne efcorte
trente mille Pistoles pour
payer les Troupes, avec ordre
de preffer les preparatifs du
Siege de Barcelone , auquel
le Duc de Popoli comman
dera .
Le Comte de Fiennes commandera
du cofté de Girone.
Le Marquis de Valdecannas
du cofté de Tarragonne, & le
Marquis de Thouy du coſté
de Lerida :de maniere que l'attaque
de la Place fe fera tranGALANT
163
quillement fans qu'elle puiffe
cftre fecourue ni par Terre ny
par Mer.
On mande de Cadix que
le 21. Février l'Amiral General
Don . Andres de Pez avoit
fait voile pour aller joindre
la Flote fur les Coftes de Ca
talogne , avec trois Vaiffeaux
de guerre dont un eſt monté
de loixante- dix pieces de canon
& un autre de cinquante ,
qu'on avoit fait embarquer
onze cent foldats choifis , &
une grande quantite d'orge &
d'avoine , pour la fubfiftance
de la Cavalerie de l'Armée :
Oij
164 MERCURE
qu'il étoit entré dans la
Baye un Vaiffeau François ,
un Anglois , un Suedois &
deux de Bifcaye , l'un defquels
avoit efté attaqué vers les
Berlingues fur les coftes de
Portugal par deux Corſaires
Turcs de quarante & de cinquante
pieces de canon : mais
que leur ayant montré un
Paffeport de France , & fait
paroistre un paffager François,
ils l'avoient laille paffer , &
luy avoient donné du biſcuit ,
pour lequel on leur rendit du
goudron.
On écrit de Londres que
GALANT. 169
le General Hill a reçû ordre
de partir inceffamment pour
retourner à Dunkerque done
il cft Commandant , afin de
mettre la Garnifon en état
d'abandonner cette
auffi toft que les Fortifications
auront efté entierement démolies
& de marcher vers
Place
Gand & Bruges , afin de renforcer
les Garnifons de ces
Villes que la Reine prétend
garder , jufqu'à ce que los
Hollandois foient convenus
par un Traité avec l'Empereur
de luy remettre les Pays - Bas
Espagnols. Le ficur Keith ,
166 MERCURE
fils du Chevalier . Guillaume
Keith a efté fait Intendanc
General de la Colonie de Ma
ryland , dont le fieur Hart a
efté fait Gouverneur. Ils ne
doivent partir pour aller prendre
poffeffion de ces charges
qu'aprés l'arrivée de l Evêque
de Londres pour nommer à
plufieurs Benefices vacants en
cePaïs là , qui dépendent de fon
Evêché. On charge un Vaiffeau
fur la Tamife , pour porter
cent cinquante tonneaux
de provifions à la Garnifon
de Gibraltar qui en manque.
Oa fait la recherche des Frans
GALANT . 167
çois refugiez qui ont des penfions
furl Irlande , & on les oblige
à donner un état de leurs
biens & de leurs familles . On
mande de Lisbone que le Roy
de Portugal avoit nommé le
jeune Comte Ribeyra fon
Ambaffadeur auprés du Roy
Tres-Chreftien , & que le
fieur de Laval , Envoyé de Sa
Majesté Britannique en Por
tugal s'étoit embarqué fur le
Vaiffeau de guerre le Ludlow-
Caſtle, & avoit fait voilele.12.
Janvier pour retourner à Lon
dres ; que le fieur Worley qui
lui doit fucceder en la même
蕊
168 MERCURE
qualité , cft retenu par les
vents contraires à la Rade de
l'Ifle de Wight.
Les Lettres de Hollande
portent qu'on eft fort inquiet
touchant les prétentions du
Roy de Pruffe , fur les Terres
de la fucceffion de la Maifon
d'Orange . Ce Prince voulant
occuper la Baronie de Herftal
au Pays de Liege ; fes
Troupes ont trouvez que cclles
des Hollandois s'étoient
poſtées dans l'Hoftel de Ville,
& elles fe font retranchées aux
avenues des principales, ruës.
Les Lettres de Hambourg
du premier Mars portent que
la maladie contagieufe dimi-
N iiij
*; * MERCURE
"
nuoit fort, & qu'on efpere.
que le Commerce fera bientoft
entierement rétabli avec
les Etats voisins ; que les Danois
rafoient les Lignes
& les autres ouvrages qu'il
avoient faits pour le blocus
de Tonningen. Que le Colonel
Wolf, qui commandoit
dans cette Place , eftoit allé à
Stokholm pour rendre compte
au jeune Duc de Holſtein-
Gottorp , de tout ce qui s'y
étoit paffé & de l'extrême neneceflité
qui l'a obligé de la
rendre par Capitulation au
Roy de Dannemark. La GarGALANT
133
nifon qui en eft fortie a efté
conduite à Eutin. Les malades
font reftez dans la Place
juſqu'à leur entiere guerifon ,
avec un Commiffaire pour en
prendre foin , & les Troupes
Danoifes qui en formoient le
blocus fe font mifes en matche
pour aller aux quartiers
d'hyver qui leur ont efté affi
gnez . Deux bataillons Danois
font entrez en garnifon
dans Tonningen , où l'on
conduit à prefent des provifions
en abondance . Les Of
ficiers Danois travaillent avec
empreſſement à faire leurs re114
MERCURE
crues , & à fe pourvoir de
chevaux de remonte. Ils ont
ordre de fe tenir preſts à marcher
au premier commandement
, & on établit de grands
Magafins à Segoberg ; ce qui
donne lieu de croire que le
Roy de Dannemark a deſſein
de faire le fiege de Wilmat.
Celles de Berlin portent que
le Roy de Pruffe ayant appris
la reddition de Tonningen ,
avoit tenu un grand Confeil ;
qu'il faifoit continuer fes
levées : qu'il avoit fait le Baron
de Loben Lieutenant General ,
fon grand Chambellan , & le
GALANT $ s $
fieur de Cameck , fon grand
Treforier ; que le fieur Lintelo
, envoyé des Etats Generaux
des Provinces unies , luy
avoit prefenté un Memoire
touchant quelques Places que
les Troupes avoient occupées
dans les Pays - Bas.
Les Lettres de Conftantinople
du 16. Janvier portent
que l'Ambaffadeur de France
avoit cu Audiance du grand
Vifir le 6. qu'il avoit complimenté
fur fon arrivéc &
fur fon élevation à la dignité
de premier Miniftre de l'Empire
Othoman : que l'Ambaf
56 MERCURE
fadeur de la Grande Bretagne
avoit cu Audiance fur le même
fujet le 8. le Baile de Venife
le 13. & l'Ambaffadeur
.
de Hollande le 15. Que les
Envoyez du Sultan & du Kan
des Tartares qui étoient allez
en Pologne , n'eftoient
pas
encore revenus. Que les
Commiffaires deftinez pour
regler les Limites de l'Ukraine
& les dépendances
d'Azak
avec les Commiffaires
Polonois
& Mofcovites
, eftoient
partis depuis quelques jours
pour le rendre fur la Frontiere.
Qu'on continuoit
à
GALANT , 117
D'autres
faire de grands preparatifs de
guerre par Mer & Terre
par
fans qu'on fçû à quoy ils
eftoient deftinez.
Lettres du 20. confirment que
les troubles d'Afe cftoient ap
paifez par la défaite des rebelles
. Que le Bacha d'Alepayant
affemblé fes Troupes & celles
des environs , avoit attaqué
leur armée , en avoit taillé en
pieces la plus grande partic , &
avoit fait empaler cent quarante
des principaux auteurs
de la revolte & rétabli le calme
en ces Pays là.
Les avis de Madrid portent que
iss MERCURE
a
fitoft que le Roy cut appris
que la Reine étoit expirée , il
feretira avec le Prince & les
deux Infants au Palais du Duc
de Medina- Celi . Sa Majesté
a refolu de ne point retourner
au Palais , on a fait quelques
changemens à celuy de Medina
Celi pour le rendre plus
commode. Elle a laiffé pour
quinze jours le foin du Gouvernement
au Cardinal Def-
Giudice , comme il l'avoit reglé
avant le decés de la Reine .
La Princeffe des Urfins a efté
déclarée Gouvernante
du
Prince & des deux Infants.
GALANT. 139
Le Prince Pio , Marquis de
Caftel -Rodrigo qui depuis
quelques jours eft arrivé de Si .
cile , a efté fait Capitaine Ge
neral & Gouverneur de Madrid
& de fon Territoire avec
douze mille écus d'appointement
, il aura fous luy quatre
cens hommes , pour veiller à
la fureté & à la tranquilité de la
Ville , avec quatre Officiers de
Juftice qui lui feront fubordonnez
, & qui jugeront envingt-
quatre heures les caufes
des malfaiteurs
Les Lettres du Camp devant
Barcelonne portent qu'on
160 MERCURE
continuoitde de barquer vers
l'embouchure du l'Obregat
les Troupes & les provifions
, & que le Marquis de
Valdecannas y avoit auffi mit
sy
pied à terre , & qu'il devoit
commander en chef dans les
Vigueries de Tarragone , de
Monblanc & de Tortofe , que
200. rebelles s'étant fortifiez
à Saint Paul fur la cofte , entre
Mataro & Blancs , le
Duc de Popoli y envoya un
détachement avec quatre
picces de canon fous 1 cmmandement
de Don- Gabriel
Cano, Maréchal de Camp. II
fic
GALANT. 161.
fit battre la Place le 12. & le
13. Février ; & la bréché é
tant faite , les Affiegez furent
obligez de fe rendre à difcre
tion , offrant pour fauver leur
vie de faire rendre tous les
Officiers qui fe trouvoient prifonniers
à Cardone . On leur
avoit envoyé de Barcelone
une Galiote chargée d'un
fecours de Troupes , de
munitions de guerre & de
vivres ; mais elle fut prife par
les Galeres du Roy. Le Comte
de Montemar avec fon détach
ment a battu les rebelles
en diver fes occafions enforte
Ma's 1714.
16 MERCURE
qu'ils commencent à le foumettre
à l'obeïffance de Sa
Majesté. On a envoyé au
Camp fous une bonne efcorte
trente mille Pistoles pour
payer les Troupes, avec ordre
de preffer les preparatifs du
Siege de Barcelone , auquel
le Duc de Popoli comman
dera .
Le Comte de Fiennes commandera
du cofté de Girone.
Le Marquis de Valdecannas
du cofté de Tarragonne, & le
Marquis de Thouy du coſté
de Lerida :de maniere que l'attaque
de la Place fe fera tranGALANT
163
quillement fans qu'elle puiffe
cftre fecourue ni par Terre ny
par Mer.
On mande de Cadix que
le 21. Février l'Amiral General
Don . Andres de Pez avoit
fait voile pour aller joindre
la Flote fur les Coftes de Ca
talogne , avec trois Vaiffeaux
de guerre dont un eſt monté
de loixante- dix pieces de canon
& un autre de cinquante ,
qu'on avoit fait embarquer
onze cent foldats choifis , &
une grande quantite d'orge &
d'avoine , pour la fubfiftance
de la Cavalerie de l'Armée :
Oij
164 MERCURE
qu'il étoit entré dans la
Baye un Vaiffeau François ,
un Anglois , un Suedois &
deux de Bifcaye , l'un defquels
avoit efté attaqué vers les
Berlingues fur les coftes de
Portugal par deux Corſaires
Turcs de quarante & de cinquante
pieces de canon : mais
que leur ayant montré un
Paffeport de France , & fait
paroistre un paffager François,
ils l'avoient laille paffer , &
luy avoient donné du biſcuit ,
pour lequel on leur rendit du
goudron.
On écrit de Londres que
GALANT. 169
le General Hill a reçû ordre
de partir inceffamment pour
retourner à Dunkerque done
il cft Commandant , afin de
mettre la Garnifon en état
d'abandonner cette
auffi toft que les Fortifications
auront efté entierement démolies
& de marcher vers
Place
Gand & Bruges , afin de renforcer
les Garnifons de ces
Villes que la Reine prétend
garder , jufqu'à ce que los
Hollandois foient convenus
par un Traité avec l'Empereur
de luy remettre les Pays - Bas
Espagnols. Le ficur Keith ,
166 MERCURE
fils du Chevalier . Guillaume
Keith a efté fait Intendanc
General de la Colonie de Ma
ryland , dont le fieur Hart a
efté fait Gouverneur. Ils ne
doivent partir pour aller prendre
poffeffion de ces charges
qu'aprés l'arrivée de l Evêque
de Londres pour nommer à
plufieurs Benefices vacants en
cePaïs là , qui dépendent de fon
Evêché. On charge un Vaiffeau
fur la Tamife , pour porter
cent cinquante tonneaux
de provifions à la Garnifon
de Gibraltar qui en manque.
Oa fait la recherche des Frans
GALANT . 167
çois refugiez qui ont des penfions
furl Irlande , & on les oblige
à donner un état de leurs
biens & de leurs familles . On
mande de Lisbone que le Roy
de Portugal avoit nommé le
jeune Comte Ribeyra fon
Ambaffadeur auprés du Roy
Tres-Chreftien , & que le
fieur de Laval , Envoyé de Sa
Majesté Britannique en Por
tugal s'étoit embarqué fur le
Vaiffeau de guerre le Ludlow-
Caſtle, & avoit fait voilele.12.
Janvier pour retourner à Lon
dres ; que le fieur Worley qui
lui doit fucceder en la même
蕊
168 MERCURE
qualité , cft retenu par les
vents contraires à la Rade de
l'Ifle de Wight.
Les Lettres de Hollande
portent qu'on eft fort inquiet
touchant les prétentions du
Roy de Pruffe , fur les Terres
de la fucceffion de la Maifon
d'Orange . Ce Prince voulant
occuper la Baronie de Herftal
au Pays de Liege ; fes
Troupes ont trouvez que cclles
des Hollandois s'étoient
poſtées dans l'Hoftel de Ville,
& elles fe font retranchées aux
avenues des principales, ruës.
Fermer
Résumé : NOUVELLES.
Le 1er mars, les nouvelles de Hambourg indiquent une diminution de la maladie contagieuse, permettant une reprise prochaine du commerce avec les États voisins. Les Danois ont levé le blocus de Tonningen, où les garnisons danoises ont pris possession de la place et des provisions sont acheminées. Les officiers danois se préparent à une possible attaque de Wilmat. À Berlin, le roi de Prusse, informé de la reddition de Tonningen, a tenu un conseil et poursuivi ses levées. Il a nommé le baron de Loben lieutenant général et le seigneur de Cameck grand trésorier. L'envoyé des Provinces-Unies a présenté un mémoire concernant des places occupées dans les Pays-Bas. À Constantinople, les ambassadeurs de France, de Grande-Bretagne, de Venise et de Hollande ont été reçus par le grand vizir. Des commissaires sont partis régler les limites de l'Ukraine et les dépendances d'Azov avec les commissaires polonais et moscovites. Des préparatifs de guerre sont en cours par mer et par terre. En Asie, les troubles ont été apaisés par la défaite des rebelles, avec le bacha d'Alep ayant rassemblé ses troupes pour attaquer les rebelles. À Madrid, le roi s'est retiré avec le prince et les deux infants au palais du duc de Medina-Celi après le décès de la reine. La princesse des Ursins a été nommée gouvernante du prince et des deux infants, et le prince Pio a été nommé capitaine général et gouverneur de Madrid. Les troupes et provisions continuent d'être acheminées vers l'embouchure de l'Obregat pour le siège de Barcelone. Les rebelles ont été battus et contraints de se rendre. À Cadix, l'amiral général Don Andrés de Pez a fait voile pour rejoindre la flotte sur les côtes de Catalogne avec des vaisseaux de guerre et des soldats. Un vaisseau français a été attaqué par des corsaires turcs mais a pu passer après avoir montré un passeport français. À Londres, le général Hill a reçu l'ordre de retourner à Dunkerque pour démolir les fortifications et renforcer les garnisons de Gand et Bruges. Le seigneur Keith a été nommé intendant général de la colonie de Maryland, et un vaisseau est chargé de porter des provisions à la garnison de Gibraltar. En Hollande, des inquiétudes sont exprimées concernant les prétentions du roi de Prusse sur les terres de la succession de la maison d'Orange. Les troupes prussiennes et hollandaises se sont affrontées à Liège.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2970
p. 169-171
LIVRE NOUVEAU.
Début :
Il paroist un Livre nouveau, qui a pour Titre, Epigrammes, [...]
Mots clefs :
Livre nouveau, Nation, Monsieur Le Brun
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRE NOUVEAU.
LIVRE NOUVEAU.
་
M
Il paroift un Livre nouveau ,
qui a pour Titre, Epigrammes,
Madrigaux & Chanfons , par·
Monfieur le Brun . L'Auteur
eft connu par plufieurs ouvrages
qu'il a donné au public.
Ce dernier dont il enrichicla
Republique des Lettres,
peur paffer pour Original en
noftre langue. Nous n'avons
point de Poëte François qui
ait donné un Volume auffi
rempli que celui- ci , ny qui
ait excellé dans ce gepre de
Mars
1714.
Р
170 } MERCURE
Poëfie , dont on a prefque
perdu le goût , ou du moins
l'uſage. Il feroic à ſouhaiter
que l'un & l'autre ſe rétablit.
Ces Poëfies font amufantes ,
agréables & inftructives . Leur
peu d'étendue & leur varieté
conviennent au genie de nôtre
Nation , & que les ouvrages
longs, quoique beaux , courent
rifquent d'ennuier. La Galanterie
& la Satire , qui font l'ame
de la Poëfic , & dont l'auteur
affaifonne la fienne , réveillent
& piquent l'efprit &
l'attention des lecteurs, On
doit fçavoir bon gré à MonGALANT.
170
Lieur le Brun de frayer un
chemin fi peu battu en ce Païs,
& de tâcher de remettre en
vogue un Poëme fi utile & fi
convenable à noftre Nation
& dont les plus beaux genies
& les plus grands hommes de
l'antiquité ont fait leurs delices.
On peut juger du refte
du Livre , par ces échantillons..
Ce Livre fe vend fur le
Quay des Auguftins , chez
Nicolas le Breton , à la Fortune.
་
M
Il paroift un Livre nouveau ,
qui a pour Titre, Epigrammes,
Madrigaux & Chanfons , par·
Monfieur le Brun . L'Auteur
eft connu par plufieurs ouvrages
qu'il a donné au public.
Ce dernier dont il enrichicla
Republique des Lettres,
peur paffer pour Original en
noftre langue. Nous n'avons
point de Poëte François qui
ait donné un Volume auffi
rempli que celui- ci , ny qui
ait excellé dans ce gepre de
Mars
1714.
Р
170 } MERCURE
Poëfie , dont on a prefque
perdu le goût , ou du moins
l'uſage. Il feroic à ſouhaiter
que l'un & l'autre ſe rétablit.
Ces Poëfies font amufantes ,
agréables & inftructives . Leur
peu d'étendue & leur varieté
conviennent au genie de nôtre
Nation , & que les ouvrages
longs, quoique beaux , courent
rifquent d'ennuier. La Galanterie
& la Satire , qui font l'ame
de la Poëfic , & dont l'auteur
affaifonne la fienne , réveillent
& piquent l'efprit &
l'attention des lecteurs, On
doit fçavoir bon gré à MonGALANT.
170
Lieur le Brun de frayer un
chemin fi peu battu en ce Païs,
& de tâcher de remettre en
vogue un Poëme fi utile & fi
convenable à noftre Nation
& dont les plus beaux genies
& les plus grands hommes de
l'antiquité ont fait leurs delices.
On peut juger du refte
du Livre , par ces échantillons..
Ce Livre fe vend fur le
Quay des Auguftins , chez
Nicolas le Breton , à la Fortune.
Fermer
Résumé : LIVRE NOUVEAU.
Le texte annonce la publication du livre 'Epigrammes, Madrigaux & Chanfons' par Monsieur le Brun, un auteur déjà connu pour plusieurs ouvrages. Cet ouvrage, publié en mars 1714, est le premier du genre en langue française. Il vise à rétablir la poésie, dont le goût et l'usage se sont presque perdus. Les poèmes sont décrits comme amusants, agréables et instructifs, convenant au génie de la nation française. Ils sont courts et variés, évitant ainsi l'ennui des œuvres longues. La galanterie et la satire présents dans ces poèmes stimulent l'esprit et l'attention des lecteurs. L'auteur est loué pour avoir exploré un genre poétique peu pratiqué en France et pour avoir tenté de le remettre en vogue. Le livre est disponible à la vente sur le Quay des Augustins, chez Nicolas le Breton, à la Fortune.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2971
p. 182-184
Articles de Paix, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur de Contade, Maréchal de Camp, Major General de [...]
Mots clefs :
Traité, Paix, Empereur, Guerre, Majesté, Empire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles de Paix, [titre d'après la table]
Le fieur de Contade , Maréchal
de Camp , Major General
de l'Infanterie , arriva
icy le 12. de ce mois , appor
tant au Roy le Traité de Paix
entre Sa Majefté & l'Empereur
, figné à Raftat le 6 .
par
le Maréchal de Villars, & par
le Prince Eugene de Savoye.
Les principales conditions de
ce Traité fontdu cofté de l'Allemagne
, le rétabliſſement du
Traité de Rifwick , & la reftitution
entiere des Electeurs
de Cologne & de Baviere
dans tous leurs Etats , rangs ,
prérogatives , regaux , biens ,
·
GALANT: 183
3
effers & dignitez , comme ils
en joüiffoient avant la guerre.
Du cofté des Païs Bas , les
chofes demeurent : par toute
la frontiere du Royaume ,
dans le même état , qui a cfté
reglé par le Traité d'Utrecht.
Et à l'égard de l'Italie , toutes
chofes y demeurant dans l'état
où elles font , l'Empereur
promet de rendre juſtice à
ceux qui ont efté privez de
leurs Etats & biens , pendant
le cours de la guerre ,. fans
qu'il foit permis de part ny
d'autre d'y reprendre les armes
ou d'y exercer aucune
184 MERCURE
hoftilité , fous quelque prétexte
que ce foit. Il y aura
un lieu d'affemblée en Suiffe ,
où les Plenipotentiaires de Sa
Majefté fe rendront avec ceux
de l'Empereur & de l'Empire ,
pour regler & pour mettre en
forme le Traité avec l'Empire.
Les conferences doivent commencer
le Avril ou le 1'
1.5.
May au plus tard , & fe terminer
dans le cours de deux
mois ou de trois mois au
plus.
de Camp , Major General
de l'Infanterie , arriva
icy le 12. de ce mois , appor
tant au Roy le Traité de Paix
entre Sa Majefté & l'Empereur
, figné à Raftat le 6 .
par
le Maréchal de Villars, & par
le Prince Eugene de Savoye.
Les principales conditions de
ce Traité fontdu cofté de l'Allemagne
, le rétabliſſement du
Traité de Rifwick , & la reftitution
entiere des Electeurs
de Cologne & de Baviere
dans tous leurs Etats , rangs ,
prérogatives , regaux , biens ,
·
GALANT: 183
3
effers & dignitez , comme ils
en joüiffoient avant la guerre.
Du cofté des Païs Bas , les
chofes demeurent : par toute
la frontiere du Royaume ,
dans le même état , qui a cfté
reglé par le Traité d'Utrecht.
Et à l'égard de l'Italie , toutes
chofes y demeurant dans l'état
où elles font , l'Empereur
promet de rendre juſtice à
ceux qui ont efté privez de
leurs Etats & biens , pendant
le cours de la guerre ,. fans
qu'il foit permis de part ny
d'autre d'y reprendre les armes
ou d'y exercer aucune
184 MERCURE
hoftilité , fous quelque prétexte
que ce foit. Il y aura
un lieu d'affemblée en Suiffe ,
où les Plenipotentiaires de Sa
Majefté fe rendront avec ceux
de l'Empereur & de l'Empire ,
pour regler & pour mettre en
forme le Traité avec l'Empire.
Les conferences doivent commencer
le Avril ou le 1'
1.5.
May au plus tard , & fe terminer
dans le cours de deux
mois ou de trois mois au
plus.
Fermer
Résumé : Articles de Paix, [titre d'après la table]
Le maréchal de Contade, Maréchal de Camp et Major Général de l'Infanterie, a apporté au roi le Traité de Paix entre Sa Majesté et l'Empereur, signé à Rastatt le 6 du mois par le maréchal de Villars et le prince Eugène de Savoie. Les principales conditions du traité incluent le rétablissement du Traité de Ryswick en Allemagne, avec la restitution complète des Électeurs de Cologne et de Bavière dans leurs États, rangs, prérogatives, biens, offices et dignités antérieurs à la guerre. En Pays-Bas, les dispositions du Traité d'Utrecht restent en vigueur. En Italie, la situation reste inchangée, avec la promesse de l'Empereur de rendre justice aux personnes privées de leurs États et biens pendant la guerre, sans reprise des hostilités. Un lieu d'assemblée en Suisse est prévu pour les Plénipotentiaires du roi et ceux de l'Empereur et de l'Empire afin de régler et formaliser le traité. Les conférences doivent commencer au plus tard le 1er mai et se terminer dans un délai de deux à trois mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2972
p. 185-192
RELATION de Catalogne. A Ripouilh le 22. Mars.
Début :
Depuis le secours & le ravitaillement de Bergue, les rebelles [...]
Mots clefs :
Rebelles, Troupes, Cahier, États généraux, Artois, Catalogne, Cardonne, Roi, Bracamonte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de Catalogne. A Ripouilh le 22. Mars.
RELATION
de Catalogne.
A Ripouilh le 22. Mars.
DEpuis
le fecours
& le
ravitaillement de Bergue
, les rebelles qui s'étoient
raffemblez au Pont de Miralle
, s'eftant difperfez dans
le Luzanes & aux environs de
Cardonne , je marchay d'icy
à Alot avec les Troupes pour
les renvoyer
dans leurs quartiers
, & m'en retourner à
Mars 1714
.
186 MERCURE
Gironne , laiffant feulement
quelques fufiliers des Mon--
tagnes à porté de cette Ville
obferver ce qui fe paſſepour
roit de ce cofté.cy & m'en
rendre compte ; mais à peine
les Troupes furent- elles retournez
dans leurs quartiers
que j'appris que 4000. rebelles
partant des environs de
Cardonne eftoient venus icy
pour faire foulever cette
Montagne & attaquer noftre
pofte de Campredon , & aller
enfuite en Cerdaigne par le
Val de Rives & de Toffa ,
qui eft le feul paffage par on
GALANT . 187
on y peut entrer prefentement
à caufe des neiges qu'il
ya dans cette Montagne ; il
m'a paru même qu'ils avoient
deffein de s'établir ici ; ils avoient
tout difpofé pour cela
, ainfi il n'y avoit pas de
temps à perdre à raffembler
les Troupes & à marcher à
eux , ce que j'ay fait . Le 20. je.
me mis en marche & ne put
venir en un jour à caufe des
mauvais chemins & neiges
qu'il tomboit ; le Col de
Canes par où je devois paffer
en eftoit rempli . Le 20. je
continuay ma route ; mais
Qij
188 MERCURE
j'appris par les Confuls de
cette Ville que les rebelles en
eftoient fortis & avoient pris
le chemin de S. Guiry , j'avois
prié Monfieur de Bracamonte
de marcher de fon
cofté par la Gravelofa & S.
Guiry pour tacher de les mertre
entre nous - deux ou de
les couper dans leur retraite ;
mais les rebelles le croyant
foible marcherent
en partant
d'icy pour l'aller attaquer, Mr
de Bracamonte eftant averty
-les chargea fi à propos , qu'il
mit leur avant- garde en déroute;
il y en cut plus de cent
GALANT. 189
pi: fur la place ; il a fait des priafonniers
, & que cette Troupe
s'étoit retirée en grand defordre
vers la Guardia où ils fe ,
raffemblerent toute la nuit.
Ils ont marché depuis vers
S. Roy dans le Luzanes , &
de-là ils doivent aller à Centeillas,
dans la Plaine de Vich,
à ce qu'ils difent.
J'apprends par des Lettres
de S. Filiou , Quiyols & Blanes
du 18. que l'on y voyoit paffer
l'Elcadre de Mr du Caffe ,
avec un vent trés favorable.
On le prepare ferieuſement au
Siege de Barcelonne ; mais on
190 MERCURE
affure que la tranchée ne fera
ouverte au pluſtoſt que le
15. du mois prochain.
Le Roy répondit au difcours
que l'Evêque d'Arras fic
le 19. du mois à Sa Majefté,
en lui prefentant le Cayer
des Etats d'Artois , en ces
termes :
MESSIEURS ,
J'examineray voftre Cayer
& l'état de mes affaires ;
jay cu de la peine des maux
que vous avez fouffert penGALANT.
191
dant cette guerre ; mais je
n'ay pas efté le maistre de les
empefcher. Je me ſouviens de
vous avoir promis d'y avoir
égard quand l'état de mes
affaires me le permettroit , &
je fuis fort fafché qu'il ne
m'ait point encore permis de
vous foulager autant que je
l'ay fouhaité à prefent. La
Paix eft faite , mais les chofe
rétabliffent pas tout
d'un coup : Cependant aprés
avoir examiné voftre Cayer
je verray ce que je pourray
faire pour vous , & vous don
neray des marques de mon
fes ne
192 MERCURE
eftime & de mon affection.
Je vous prie, Meffieurs , d'en
affurer mes peuples d'Artois.
de Catalogne.
A Ripouilh le 22. Mars.
DEpuis
le fecours
& le
ravitaillement de Bergue
, les rebelles qui s'étoient
raffemblez au Pont de Miralle
, s'eftant difperfez dans
le Luzanes & aux environs de
Cardonne , je marchay d'icy
à Alot avec les Troupes pour
les renvoyer
dans leurs quartiers
, & m'en retourner à
Mars 1714
.
186 MERCURE
Gironne , laiffant feulement
quelques fufiliers des Mon--
tagnes à porté de cette Ville
obferver ce qui fe paſſepour
roit de ce cofté.cy & m'en
rendre compte ; mais à peine
les Troupes furent- elles retournez
dans leurs quartiers
que j'appris que 4000. rebelles
partant des environs de
Cardonne eftoient venus icy
pour faire foulever cette
Montagne & attaquer noftre
pofte de Campredon , & aller
enfuite en Cerdaigne par le
Val de Rives & de Toffa ,
qui eft le feul paffage par on
GALANT . 187
on y peut entrer prefentement
à caufe des neiges qu'il
ya dans cette Montagne ; il
m'a paru même qu'ils avoient
deffein de s'établir ici ; ils avoient
tout difpofé pour cela
, ainfi il n'y avoit pas de
temps à perdre à raffembler
les Troupes & à marcher à
eux , ce que j'ay fait . Le 20. je.
me mis en marche & ne put
venir en un jour à caufe des
mauvais chemins & neiges
qu'il tomboit ; le Col de
Canes par où je devois paffer
en eftoit rempli . Le 20. je
continuay ma route ; mais
Qij
188 MERCURE
j'appris par les Confuls de
cette Ville que les rebelles en
eftoient fortis & avoient pris
le chemin de S. Guiry , j'avois
prié Monfieur de Bracamonte
de marcher de fon
cofté par la Gravelofa & S.
Guiry pour tacher de les mertre
entre nous - deux ou de
les couper dans leur retraite ;
mais les rebelles le croyant
foible marcherent
en partant
d'icy pour l'aller attaquer, Mr
de Bracamonte eftant averty
-les chargea fi à propos , qu'il
mit leur avant- garde en déroute;
il y en cut plus de cent
GALANT. 189
pi: fur la place ; il a fait des priafonniers
, & que cette Troupe
s'étoit retirée en grand defordre
vers la Guardia où ils fe ,
raffemblerent toute la nuit.
Ils ont marché depuis vers
S. Roy dans le Luzanes , &
de-là ils doivent aller à Centeillas,
dans la Plaine de Vich,
à ce qu'ils difent.
J'apprends par des Lettres
de S. Filiou , Quiyols & Blanes
du 18. que l'on y voyoit paffer
l'Elcadre de Mr du Caffe ,
avec un vent trés favorable.
On le prepare ferieuſement au
Siege de Barcelonne ; mais on
190 MERCURE
affure que la tranchée ne fera
ouverte au pluſtoſt que le
15. du mois prochain.
Le Roy répondit au difcours
que l'Evêque d'Arras fic
le 19. du mois à Sa Majefté,
en lui prefentant le Cayer
des Etats d'Artois , en ces
termes :
MESSIEURS ,
J'examineray voftre Cayer
& l'état de mes affaires ;
jay cu de la peine des maux
que vous avez fouffert penGALANT.
191
dant cette guerre ; mais je
n'ay pas efté le maistre de les
empefcher. Je me ſouviens de
vous avoir promis d'y avoir
égard quand l'état de mes
affaires me le permettroit , &
je fuis fort fafché qu'il ne
m'ait point encore permis de
vous foulager autant que je
l'ay fouhaité à prefent. La
Paix eft faite , mais les chofe
rétabliffent pas tout
d'un coup : Cependant aprés
avoir examiné voftre Cayer
je verray ce que je pourray
faire pour vous , & vous don
neray des marques de mon
fes ne
192 MERCURE
eftime & de mon affection.
Je vous prie, Meffieurs , d'en
affurer mes peuples d'Artois.
Fermer
Résumé : RELATION de Catalogne. A Ripouilh le 22. Mars.
En mars 1714, des opérations militaires eurent lieu en Catalogne. Après avoir dispersé des rebelles près du Pont de Miralle, les troupes se dirigèrent vers Alot puis retournèrent à Gironne. Environ 4 000 rebelles des environs de Cardonne menacèrent de soulever la montagne et d'attaquer le poste de Campredon. Les troupes se rassemblèrent pour les affronter. Le 20 mars, malgré les mauvais chemins et les neiges, elles avancèrent. Les rebelles, croyant les forces de Monsieur de Bracamonte faibles, les attaquèrent mais furent repoussés avec des pertes significatives. Ils se retirèrent ensuite vers S. Roy dans le Luzanes, en direction de Centeillas. Parallèlement, des préparatifs pour le siège de Barcelone étaient en cours, avec une tranchée prévue pour être ouverte le 15 du mois suivant. Le roi répondit à l'évêque d'Arras concernant les souffrances des habitants d'Artois pendant la guerre, promettant d'examiner leur situation et de les soulager dès que possible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2973
p. 193-219
HISTORIETTE.
Début :
Il y auroit plus d'Amans heureux que l'on en voit, [...]
Mots clefs :
Amants, Marquis, Conseiller, Comte, Jeune héritière, Soeur, Parente, Coeur, Pouvoir, Amant, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTORIETTE.
HISTORIETTE,
IL y auroit plus d'Amans
heureux que l'on n'en voit
fi on laiffoit l'amour mail
tre de fes entrepriſes , mais
s'il peut toucher les coeurs
quand il luy plaiſt , il n'a
pas toûjours le pouvoir de
les unir. Des obftacles invincibles
renverfent fouvent
fes plus grands deffeins
, & ce qui eft le plus
chagrinant , c'eft qu'il fe
Mars
1714.
R
194 MERCURE
rencontre des occafions où
il fe nuit par luy même.
Un jeune Homme de qualité
, qui ayant un Marquifat
eftoit Marquis à bon titre,
devint amoureux d'une
des plus aimables Perfonnes
de la Ville où il demeuroit.
Elle eftoit d'une Famille
de Robe , & un Frere
unique qu'elle avoit
eftoit Confeiller au Parlement
de fa Province
mais il s'attendoit bien à
monter avec l'âge dans des
Charges plus confidéra-
Eles. Ce Frere eftoit alors
GALANT. 195
fur le point de revenir d'un
voyage d'Italie , & quoy
que fon retour fuft fort
proche , le Marquis nelaiffa
pas de faire affez de progrés
dans le coeur de cette
Belle , avant qu'il fuft revenu.
Elle eftoit vive naturel.
lement,, pleine de foins &
de zele pour ce qu'elle aimoit
, & fi fenfible à l'amitié
qu'on luy témoignoit
,
qu'il y avoit fujet d'efperer
que les empreffemens
de
l'amour ne luy feroient pas
indifférens
. Elle trouva le
Marquis affez aimable
Rij
196 MERCURE
>
pour le perfuader qu'elle
en pourroit eftre aimée , &
elle eftoit trop fincere pour
douter long- temps de la
fincerité des autres fur
tout quand ils eftoient agréables
. Enfin de la ma.
niere dont le Confeiller
vit les chofes difpofées à
fon retour
il jugea bien
qu'il ne feroit plus chargé
de fa Soeur , qu'autant que
des Articles de mariage à
regler le demanderoient
car elle ne dépendoit que
de luy. Le Marquis fit tous.
les pas neceffaires , & les
GALANT
* . 197
Amans alloient eftre heureux
, s'il n'y euft point eu
d'autre amour que le leur
dans leur Famille . Le Marquis
avoit une Couſine germaine
, qui eftoit demeurée
feule Heritiere d'un
grand Ben , par la mort
de fon Pere & de fa Mere.
Elle eftoit tombée fous fa
Tutelle , parce qu'un autre
Tuteur qu'elle avoit eu
d'abord , cftoit mort depuis
fix mois. C'eftoit au jeune
Tuteur à difpofer de fa jeu
ne Pupille ; mais elle avoit
difpofé elle mefme de fon
FR iij
198 MERCURE
coeur , fans avis de Parens .
Un Gentilhomme fort fpirituel
, & qui avoit affez
de naiffance , pour pouvoir
prendre le titre de Comte ,
avoit entrepris de plaire à
la Belle , & luy avoit plû.
Il avoit fait diverfes Campagnes
avec beaucoup de
dépenfe , & affez de réputation
. Cela ébloüiffoit fort:
l'aimable Héritiere
avoit le coeur tres - bien placé
. Par malheur pour le
Marquis , le Confeiller la
vit trop fouvent , & fon
coeur en fut touché. Elle
qui
THEQUE
GALANT.
BIBLIO
avoit tout l'air d'une
LY
BAD
DE
LA
VILLE
de naiſſance , une certain e
fierté qui luy feyoit bien ,
moins de beauté que de
manieres agréables , & un
art particulier de fe faire
extrémement valoir , fans
avoir pourtant d'orgueil
qui choquaft . Peut - eftre
auroit - il choqué dans une
Perfonne, qui cuft eu moins
de naiffance , moins de jeuneffe
, & moins de Bien .
Elle ne regardoit guére les
Hommes qu'avec une efpece
de dédain . Le Comre
eftoit le plus excepté ; en-
R iiij
200 MERCURE
core le traitoit elle quelquefois
comme les autres
, quand elle en avoit
envie . Tout cela charma
le Confeiller, Ileftoit affez
riche pour ne devoir pas
eftre foupçonné d'aimer la
jeune Heritiere pour fon
Bien. Cependant il ne laif
fa peut eft e pas d'avoir
quelques veues de ce coftélà.
Ce qui luy parut d'un
fort bon augure pour fa
paffion , ce fut l'amour du
Marquis & de fa Soeur. 11
trouvoit mefme quelque
chofe d'agréable à s'imaGALANT
. 201
giner la double alliance de
leurs Maifons , & l'échange
qu'elles ferojent entreelles
de ces deux jeunes
Perfonnes . Il découvrit fon
deffein au Marquis , & luy
exagera fort le plaifir qu'il
fe feroit de devenir fon
Coufin-germain , en mef
me temps qu'il deviendroit
fon Beau -frere . Le Marquis
ne reçût point cette
propofition avec autant de
joye qu'il euft dû naturellement
la recevoir . Il luy
parut auffi - toft , fans qu'il
fçuft trop pourquoy , que
202 MERCURE
4
c'eftoit une difficulté furvenue
à fes affaires il
euft beaucoup mieux aimé
qu'on n'euft parlé que d'une
alliance. Cependant
quand il y eut fait refléxion
, il ne trouva pas que
le mariage du Confeiller
avec la Parente , duft cftre
une chofe fi malaisée , &
it fe perfuada , ou il tâcha
de fe le perfuader que
quand mefme il ne fe feroit
pas , cela n'apportéroit
point d'obſtacle à fon
bonheur. Il alla donc propofer
le Confeiller à fa
.
GALANT. 103
Coufine , avec toute l'addreffe
dont fa paffion le
rendoit capable ; mais elle
luy fit connoiftre combien
elle eftoit peu difpofée à
fonger à ce Party . Il pric
encore trois ou quatre fois
le temps le plus favorable
qu'il put , pour traiter la
mefme matiere mais ce
fut toûjours inutilement .
Le Comte n'eftoit point
trop connu pour un Amant
de la Parente du Marquis ,
& moins encore pour un
Amant qu'elle aimaſt . Elle
avoit avec luy une manie-
>
204 MERCURE
re d'agir fi inégale , que
l'on eftoit bien embaraffé à
pouvoir juger de ce qui
eftoit entre eux . Ainfi le
Marquis ne fceut pas précifement
s'il devoit fe prendre
au Comte , de l'éloi
gnement que fa Coufine
montroit pour leConfeiller,
ou s'il ne devoit s'en pren
dre qu'au peu d'inclination
qu'elle faifoit voir en general
pour la Robe , ce qui
femblait eftre affez natu
rel à une jeune Perfonne ,
dont les yeux font plus fla
tez de l'équipage d'un Ca.
GALANT.
205
valier , que de celuy d'un
Magiftrat , & dont les oreilles
fe plaifent davantage au
récit d'une Campagne
qu'à celuy du jugement
d'un Procés. Le Marquis
fit entendre au Confeiller .
le plus honneftement qu'il
luy fur poffible , le mauvais
fuccés de fa négotiation. 11
ne luy en dit qu'un partie ,
pour l'accoûtumer douce
ment au déplaifir d'être refufé
, & il quita ce difcours
fort vifte , pour luy parler
de ce qui le regardoit
mais le Confeiller luy parut
206 MERCURE
fort refroidy fur le mariage
de fa Soeur , & le Marquis
jugea bien déflors qu'il auroit
de la peine à eftre le
Beau- frere du Confeiller ,
s'il ne devenoit auffi fon
Coufin. Il fit de nouveaux
efforts fur fa Parente , qui
luy parut toûjours moins
difpofée à faire ce qu'il
vouloit. Il loüa le Confeiller
& toute la Robe & dit
tout le mal qu'il put des
Gens d'Epée . Il alla meſme
jufqu'à tourner le Comte
en ridicule , & juſqu'à
le décrier , fans épargner
•
GALANT . 207
que fon nom ; mais tout
cela ne gagna rien fur cette
Parente . A la fin voyant
qu'il ne pouvoit luy donner
de gouft pour le Confeiller
, il crut devoir le dégoûter
d'elle . Il luy dit en confidence
qu'elle n'eftoit pas
d'une humeur aiſée , & qu'-
elle donneroit aſſez de peine
à un Mary ; que mefme
elle n'avoit pas autant de
Bien qu'on s'imaginoit ,
qu'il le fçavoit mieux qu'un
autre , puis qu'il eftoit fon`
Tuteur ; mais le Confeiller
ne fe rendit point à ces ar-
&
208 MERCURE
tifices . Il foupçonna que le
Marquis ne les employoit
que pour ſe diſpenſer de le
fervir de tout fon pouvoir ,
& dans l'humeur chagrine
où il fe trouva , il luy déclara
fort nettement que le
feul moyen d'obtenir la
Soeur , eftoit de le faire aimer
de fa Parente . Le Marquis
qui eftoit fort amoureux
, fut au défefpoir. Il
repréſenta au Confeiller ,
avec toute la force & toute
la vivacité imaginable
qu'il ne devoit pas eftre
puny des bizarreries de fa
Pupille
GALANT. 209
Pupille ; mais le Confeiller
fut inexorable
. Sa Soeur
commença
à fentir pour
la jeune Heritiere
, toute la
haine qu'elle euft pû avoir
pour une Rivale . Elle n'en
parloit jamais que comme
d'une Demoifelle de Campagne
, qu'une fierté ridicule
rendoit infuportable
par tout , & qui fe croyoit
d'une meilleure Maifon
qu'une autre , parce que
fes Parens n'avoient pas
coûtume de demeurer dans
les Villes . Le Comte eftoit
charmé de la réfiftance
Mars 1714.
"
S
110 MERCURE
qu'on faiſoit pour luy aux
volontez du Marquis ; mais
il fut au déſeſpoir , quand
le Marquis dit un jour à
fa Coufine , d'un ton ferme
& prefque abfolu , que
fi c'eftoit à caufe du Comte
'qu'elle refufoit le Confeiller
, elle devoit s'affeurer
qu'il s'oppoferoit toûjours
de tout fon pouvoir aux
prétentions de cet Amant.
Elle nia que le Comte fuft
fon Amant , & qu'elle l'euft
jamais regardé fur ce piedlà
. Le Comte qui vit fes
affaires en défordre , s'aviGALANT.
21I
fa d'un expédient affez extraordinaire
. Il confidera
qui s'il pouvoit rompre l'u
nion du Marquis & de l'aimable
Perfonne à qui il
eftoit fi fort attaché , le
Marquis ne s'obſtineroit
plus à vouloir donner fa
Parente au Conſeiller ;
mais comment mettre mal
enfemble deux Perfonnes
qui s'aimoient fi tendrement
1 eftoit entreprenant
ne défefperoit jamais
de rien , & fur tout
il comptoit beaucoup fur
l'inconftance des Femmes.
,
Sij
212 MERCURE
Ainfi de concert avec la
jeune Heritiere , il réfolut
de fe feindre Amant de la
Soeur du Confeiller , & de
la conduire à faire une infidélité
au Marquis . Il fe
rendit peu à peu & fans
marque d'affectation , plus
affidu à la voir. Comme il
n'eftoit pas Amant déclaré
de l'Heritiere , fa conduite
ne parut pas fi étrange.
Le Confeiller luy - mefme
qui le foupçonnoit d'eftre
fon Rival , eftoit bien - aiſe
de commencer à avoir lieu
d'en douter. L'Heritiere de
GALANT . 20:3
fon cofté , qui vouloit favorifer
les affiduitez du
Comte chez la Soeur du
Confeiller , recevoit le Confeiller
bien plus agréablement
, depuis que le Comte
alloit moins fouvent chez
elle . Ainfi il n'y ayoit que le
Marquis à qui le nouvel attachement
du Comte ne
plaifoit pas trop. Elle eftoit
née pour la tendreffe , mais
non pas pour la conftance.
Elle avoit un coeur qui recevoit
des impreffions affez
vivement mais encore plus
facilement . Enfin elle eftoit
214 MERCURE
faite comme la plupart des
Femmes ont accoûtumé de
l'eftre . Le Comte avoit de
l'aſcendant ſur le Marquis.ll
l'étoufoit , & l'empefchant
de paroiftre en fa préfence ,
il pouffoit la converſation
jufqu'à un ton de gayeté &
d'enjouëment , où le Marquis
ne pouvoit aller , &
avoit l'adreſſe de mettre
toujours fon Rival hors de
fon génie naturel . La diférence
qui eftoit entre - eux ,
frapoit trop les yeux de la
Belle pour nnee la pas déterminer
en faveur du Com-
3
GALANT .
215
te. D'abord elle luy applaudiffoit
bien plus qu'au
Marquis. Enfuite elle le
trouva beaucoup plus à dire
quand il n'eftoit pas chez
elle , que quand le Marquis
n'y eftoit pas. Enfin
foit par fes regards , foit par
fes manieres, elle luy donna
une préference fi viſible ,
que le Marquis , aprés plufieurs
plaintes qui furent
affez mal reçûës , ne pút
douter qu'il ne fuft trahy.
Le Confeiller qui fe crut
heureux , fur ce qu'il ne
trouvoit plus le Comte en
216
MERCURE
fon chemin , & qui s'apper- '
eevoit qu'il eftoit micux
dans l'efprit de l'Heritiere ,
s'imagina que
le
temps
eftoit favorable pour pref
fer le Marquis d'achever
ce qu'il avoit commencé ;
mais le Marquis luy répondit
léchement , que fa Soeur
avoit changé , qu'elle l'avoit
quitté pour un autre , qu'il
ne fongeoit plus à elle ; &
vous ne devez pas trouver
mauvais , pourfuivir - il , que
je vous redile ce que vous
m'avez dit fi fouvent , que
nous ne pouvons faire aucunc
GALANT. 217
>
cune alliance , fi nous n'en
faifons deux à la fois. Jamais
le Confeiller ne fut
plus furpris . Il querella fa
Soeur , & luy fit mille reproches
. Il éloigna tout- àfait
le Comte de chez luy
& de Comte en fut trescontent.
La Seur meſme
qui foupçonna quelque
trahison ; auroit fouhaité
de tout fon coeur fe raccommoder
avec le Marquis.
Le Confeiller y travailla
de tout fon pouvoir ;
mais le Marquis ne put digerer
l'injure qu'on luy
Mars
1714.
T
218
MERCURE
pas
;
avoit faite . Le Comte , qui
eftoit caufe de toute cette
révolution , ne fut pas plus
heureux que les autres . Son
deffein luy avoit paru plai
fant à imaginer , & à executer
mais il n'en avoit
bien préveu les fuites.
Le Marquis conceur pour
luy toute la haine que l'on
peut avoir pour un Rival.
il mit bon ordre à empef
cher qu'il ne put voir fouvent
la jeune Heritiere , &
il fouleva tellement toute
la Parenté contre luy >
qu'il n'auroit pas efté bien
GALANT .• 0219
receu à parler de Mariage .
Ainfi perfonne ne ſe maria ;
ce ne fut que divifion de
tous coftez. Peut - eftre
quand la belle Heritiere
fera en âge de difpofer
d'elle , elle fera choix du
Comte qui l'aime toujours
; mais dans le temps
qu'il faudra attendre , c'eſt
grande merveille , fi l'une
des deux paffions ne s'affoiblit.
Aprés tout pour
tant , elles pourront ne s'affoiblir
pas , car les deux
Amans ne fe voyent guére.
IL y auroit plus d'Amans
heureux que l'on n'en voit
fi on laiffoit l'amour mail
tre de fes entrepriſes , mais
s'il peut toucher les coeurs
quand il luy plaiſt , il n'a
pas toûjours le pouvoir de
les unir. Des obftacles invincibles
renverfent fouvent
fes plus grands deffeins
, & ce qui eft le plus
chagrinant , c'eft qu'il fe
Mars
1714.
R
194 MERCURE
rencontre des occafions où
il fe nuit par luy même.
Un jeune Homme de qualité
, qui ayant un Marquifat
eftoit Marquis à bon titre,
devint amoureux d'une
des plus aimables Perfonnes
de la Ville où il demeuroit.
Elle eftoit d'une Famille
de Robe , & un Frere
unique qu'elle avoit
eftoit Confeiller au Parlement
de fa Province
mais il s'attendoit bien à
monter avec l'âge dans des
Charges plus confidéra-
Eles. Ce Frere eftoit alors
GALANT. 195
fur le point de revenir d'un
voyage d'Italie , & quoy
que fon retour fuft fort
proche , le Marquis nelaiffa
pas de faire affez de progrés
dans le coeur de cette
Belle , avant qu'il fuft revenu.
Elle eftoit vive naturel.
lement,, pleine de foins &
de zele pour ce qu'elle aimoit
, & fi fenfible à l'amitié
qu'on luy témoignoit
,
qu'il y avoit fujet d'efperer
que les empreffemens
de
l'amour ne luy feroient pas
indifférens
. Elle trouva le
Marquis affez aimable
Rij
196 MERCURE
>
pour le perfuader qu'elle
en pourroit eftre aimée , &
elle eftoit trop fincere pour
douter long- temps de la
fincerité des autres fur
tout quand ils eftoient agréables
. Enfin de la ma.
niere dont le Confeiller
vit les chofes difpofées à
fon retour
il jugea bien
qu'il ne feroit plus chargé
de fa Soeur , qu'autant que
des Articles de mariage à
regler le demanderoient
car elle ne dépendoit que
de luy. Le Marquis fit tous.
les pas neceffaires , & les
GALANT
* . 197
Amans alloient eftre heureux
, s'il n'y euft point eu
d'autre amour que le leur
dans leur Famille . Le Marquis
avoit une Couſine germaine
, qui eftoit demeurée
feule Heritiere d'un
grand Ben , par la mort
de fon Pere & de fa Mere.
Elle eftoit tombée fous fa
Tutelle , parce qu'un autre
Tuteur qu'elle avoit eu
d'abord , cftoit mort depuis
fix mois. C'eftoit au jeune
Tuteur à difpofer de fa jeu
ne Pupille ; mais elle avoit
difpofé elle mefme de fon
FR iij
198 MERCURE
coeur , fans avis de Parens .
Un Gentilhomme fort fpirituel
, & qui avoit affez
de naiffance , pour pouvoir
prendre le titre de Comte ,
avoit entrepris de plaire à
la Belle , & luy avoit plû.
Il avoit fait diverfes Campagnes
avec beaucoup de
dépenfe , & affez de réputation
. Cela ébloüiffoit fort:
l'aimable Héritiere
avoit le coeur tres - bien placé
. Par malheur pour le
Marquis , le Confeiller la
vit trop fouvent , & fon
coeur en fut touché. Elle
qui
THEQUE
GALANT.
BIBLIO
avoit tout l'air d'une
LY
BAD
DE
LA
VILLE
de naiſſance , une certain e
fierté qui luy feyoit bien ,
moins de beauté que de
manieres agréables , & un
art particulier de fe faire
extrémement valoir , fans
avoir pourtant d'orgueil
qui choquaft . Peut - eftre
auroit - il choqué dans une
Perfonne, qui cuft eu moins
de naiffance , moins de jeuneffe
, & moins de Bien .
Elle ne regardoit guére les
Hommes qu'avec une efpece
de dédain . Le Comre
eftoit le plus excepté ; en-
R iiij
200 MERCURE
core le traitoit elle quelquefois
comme les autres
, quand elle en avoit
envie . Tout cela charma
le Confeiller, Ileftoit affez
riche pour ne devoir pas
eftre foupçonné d'aimer la
jeune Heritiere pour fon
Bien. Cependant il ne laif
fa peut eft e pas d'avoir
quelques veues de ce coftélà.
Ce qui luy parut d'un
fort bon augure pour fa
paffion , ce fut l'amour du
Marquis & de fa Soeur. 11
trouvoit mefme quelque
chofe d'agréable à s'imaGALANT
. 201
giner la double alliance de
leurs Maifons , & l'échange
qu'elles ferojent entreelles
de ces deux jeunes
Perfonnes . Il découvrit fon
deffein au Marquis , & luy
exagera fort le plaifir qu'il
fe feroit de devenir fon
Coufin-germain , en mef
me temps qu'il deviendroit
fon Beau -frere . Le Marquis
ne reçût point cette
propofition avec autant de
joye qu'il euft dû naturellement
la recevoir . Il luy
parut auffi - toft , fans qu'il
fçuft trop pourquoy , que
202 MERCURE
4
c'eftoit une difficulté furvenue
à fes affaires il
euft beaucoup mieux aimé
qu'on n'euft parlé que d'une
alliance. Cependant
quand il y eut fait refléxion
, il ne trouva pas que
le mariage du Confeiller
avec la Parente , duft cftre
une chofe fi malaisée , &
it fe perfuada , ou il tâcha
de fe le perfuader que
quand mefme il ne fe feroit
pas , cela n'apportéroit
point d'obſtacle à fon
bonheur. Il alla donc propofer
le Confeiller à fa
.
GALANT. 103
Coufine , avec toute l'addreffe
dont fa paffion le
rendoit capable ; mais elle
luy fit connoiftre combien
elle eftoit peu difpofée à
fonger à ce Party . Il pric
encore trois ou quatre fois
le temps le plus favorable
qu'il put , pour traiter la
mefme matiere mais ce
fut toûjours inutilement .
Le Comte n'eftoit point
trop connu pour un Amant
de la Parente du Marquis ,
& moins encore pour un
Amant qu'elle aimaſt . Elle
avoit avec luy une manie-
>
204 MERCURE
re d'agir fi inégale , que
l'on eftoit bien embaraffé à
pouvoir juger de ce qui
eftoit entre eux . Ainfi le
Marquis ne fceut pas précifement
s'il devoit fe prendre
au Comte , de l'éloi
gnement que fa Coufine
montroit pour leConfeiller,
ou s'il ne devoit s'en pren
dre qu'au peu d'inclination
qu'elle faifoit voir en general
pour la Robe , ce qui
femblait eftre affez natu
rel à une jeune Perfonne ,
dont les yeux font plus fla
tez de l'équipage d'un Ca.
GALANT.
205
valier , que de celuy d'un
Magiftrat , & dont les oreilles
fe plaifent davantage au
récit d'une Campagne
qu'à celuy du jugement
d'un Procés. Le Marquis
fit entendre au Confeiller .
le plus honneftement qu'il
luy fur poffible , le mauvais
fuccés de fa négotiation. 11
ne luy en dit qu'un partie ,
pour l'accoûtumer douce
ment au déplaifir d'être refufé
, & il quita ce difcours
fort vifte , pour luy parler
de ce qui le regardoit
mais le Confeiller luy parut
206 MERCURE
fort refroidy fur le mariage
de fa Soeur , & le Marquis
jugea bien déflors qu'il auroit
de la peine à eftre le
Beau- frere du Confeiller ,
s'il ne devenoit auffi fon
Coufin. Il fit de nouveaux
efforts fur fa Parente , qui
luy parut toûjours moins
difpofée à faire ce qu'il
vouloit. Il loüa le Confeiller
& toute la Robe & dit
tout le mal qu'il put des
Gens d'Epée . Il alla meſme
jufqu'à tourner le Comte
en ridicule , & juſqu'à
le décrier , fans épargner
•
GALANT . 207
que fon nom ; mais tout
cela ne gagna rien fur cette
Parente . A la fin voyant
qu'il ne pouvoit luy donner
de gouft pour le Confeiller
, il crut devoir le dégoûter
d'elle . Il luy dit en confidence
qu'elle n'eftoit pas
d'une humeur aiſée , & qu'-
elle donneroit aſſez de peine
à un Mary ; que mefme
elle n'avoit pas autant de
Bien qu'on s'imaginoit ,
qu'il le fçavoit mieux qu'un
autre , puis qu'il eftoit fon`
Tuteur ; mais le Confeiller
ne fe rendit point à ces ar-
&
208 MERCURE
tifices . Il foupçonna que le
Marquis ne les employoit
que pour ſe diſpenſer de le
fervir de tout fon pouvoir ,
& dans l'humeur chagrine
où il fe trouva , il luy déclara
fort nettement que le
feul moyen d'obtenir la
Soeur , eftoit de le faire aimer
de fa Parente . Le Marquis
qui eftoit fort amoureux
, fut au défefpoir. Il
repréſenta au Confeiller ,
avec toute la force & toute
la vivacité imaginable
qu'il ne devoit pas eftre
puny des bizarreries de fa
Pupille
GALANT. 209
Pupille ; mais le Confeiller
fut inexorable
. Sa Soeur
commença
à fentir pour
la jeune Heritiere
, toute la
haine qu'elle euft pû avoir
pour une Rivale . Elle n'en
parloit jamais que comme
d'une Demoifelle de Campagne
, qu'une fierté ridicule
rendoit infuportable
par tout , & qui fe croyoit
d'une meilleure Maifon
qu'une autre , parce que
fes Parens n'avoient pas
coûtume de demeurer dans
les Villes . Le Comte eftoit
charmé de la réfiftance
Mars 1714.
"
S
110 MERCURE
qu'on faiſoit pour luy aux
volontez du Marquis ; mais
il fut au déſeſpoir , quand
le Marquis dit un jour à
fa Coufine , d'un ton ferme
& prefque abfolu , que
fi c'eftoit à caufe du Comte
'qu'elle refufoit le Confeiller
, elle devoit s'affeurer
qu'il s'oppoferoit toûjours
de tout fon pouvoir aux
prétentions de cet Amant.
Elle nia que le Comte fuft
fon Amant , & qu'elle l'euft
jamais regardé fur ce piedlà
. Le Comte qui vit fes
affaires en défordre , s'aviGALANT.
21I
fa d'un expédient affez extraordinaire
. Il confidera
qui s'il pouvoit rompre l'u
nion du Marquis & de l'aimable
Perfonne à qui il
eftoit fi fort attaché , le
Marquis ne s'obſtineroit
plus à vouloir donner fa
Parente au Conſeiller ;
mais comment mettre mal
enfemble deux Perfonnes
qui s'aimoient fi tendrement
1 eftoit entreprenant
ne défefperoit jamais
de rien , & fur tout
il comptoit beaucoup fur
l'inconftance des Femmes.
,
Sij
212 MERCURE
Ainfi de concert avec la
jeune Heritiere , il réfolut
de fe feindre Amant de la
Soeur du Confeiller , & de
la conduire à faire une infidélité
au Marquis . Il fe
rendit peu à peu & fans
marque d'affectation , plus
affidu à la voir. Comme il
n'eftoit pas Amant déclaré
de l'Heritiere , fa conduite
ne parut pas fi étrange.
Le Confeiller luy - mefme
qui le foupçonnoit d'eftre
fon Rival , eftoit bien - aiſe
de commencer à avoir lieu
d'en douter. L'Heritiere de
GALANT . 20:3
fon cofté , qui vouloit favorifer
les affiduitez du
Comte chez la Soeur du
Confeiller , recevoit le Confeiller
bien plus agréablement
, depuis que le Comte
alloit moins fouvent chez
elle . Ainfi il n'y ayoit que le
Marquis à qui le nouvel attachement
du Comte ne
plaifoit pas trop. Elle eftoit
née pour la tendreffe , mais
non pas pour la conftance.
Elle avoit un coeur qui recevoit
des impreffions affez
vivement mais encore plus
facilement . Enfin elle eftoit
214 MERCURE
faite comme la plupart des
Femmes ont accoûtumé de
l'eftre . Le Comte avoit de
l'aſcendant ſur le Marquis.ll
l'étoufoit , & l'empefchant
de paroiftre en fa préfence ,
il pouffoit la converſation
jufqu'à un ton de gayeté &
d'enjouëment , où le Marquis
ne pouvoit aller , &
avoit l'adreſſe de mettre
toujours fon Rival hors de
fon génie naturel . La diférence
qui eftoit entre - eux ,
frapoit trop les yeux de la
Belle pour nnee la pas déterminer
en faveur du Com-
3
GALANT .
215
te. D'abord elle luy applaudiffoit
bien plus qu'au
Marquis. Enfuite elle le
trouva beaucoup plus à dire
quand il n'eftoit pas chez
elle , que quand le Marquis
n'y eftoit pas. Enfin
foit par fes regards , foit par
fes manieres, elle luy donna
une préference fi viſible ,
que le Marquis , aprés plufieurs
plaintes qui furent
affez mal reçûës , ne pút
douter qu'il ne fuft trahy.
Le Confeiller qui fe crut
heureux , fur ce qu'il ne
trouvoit plus le Comte en
216
MERCURE
fon chemin , & qui s'apper- '
eevoit qu'il eftoit micux
dans l'efprit de l'Heritiere ,
s'imagina que
le
temps
eftoit favorable pour pref
fer le Marquis d'achever
ce qu'il avoit commencé ;
mais le Marquis luy répondit
léchement , que fa Soeur
avoit changé , qu'elle l'avoit
quitté pour un autre , qu'il
ne fongeoit plus à elle ; &
vous ne devez pas trouver
mauvais , pourfuivir - il , que
je vous redile ce que vous
m'avez dit fi fouvent , que
nous ne pouvons faire aucunc
GALANT. 217
>
cune alliance , fi nous n'en
faifons deux à la fois. Jamais
le Confeiller ne fut
plus furpris . Il querella fa
Soeur , & luy fit mille reproches
. Il éloigna tout- àfait
le Comte de chez luy
& de Comte en fut trescontent.
La Seur meſme
qui foupçonna quelque
trahison ; auroit fouhaité
de tout fon coeur fe raccommoder
avec le Marquis.
Le Confeiller y travailla
de tout fon pouvoir ;
mais le Marquis ne put digerer
l'injure qu'on luy
Mars
1714.
T
218
MERCURE
pas
;
avoit faite . Le Comte , qui
eftoit caufe de toute cette
révolution , ne fut pas plus
heureux que les autres . Son
deffein luy avoit paru plai
fant à imaginer , & à executer
mais il n'en avoit
bien préveu les fuites.
Le Marquis conceur pour
luy toute la haine que l'on
peut avoir pour un Rival.
il mit bon ordre à empef
cher qu'il ne put voir fouvent
la jeune Heritiere , &
il fouleva tellement toute
la Parenté contre luy >
qu'il n'auroit pas efté bien
GALANT .• 0219
receu à parler de Mariage .
Ainfi perfonne ne ſe maria ;
ce ne fut que divifion de
tous coftez. Peut - eftre
quand la belle Heritiere
fera en âge de difpofer
d'elle , elle fera choix du
Comte qui l'aime toujours
; mais dans le temps
qu'il faudra attendre , c'eſt
grande merveille , fi l'une
des deux paffions ne s'affoiblit.
Aprés tout pour
tant , elles pourront ne s'affoiblir
pas , car les deux
Amans ne fe voyent guére.
Fermer
Résumé : HISTORIETTE.
Au début du XVIIIe siècle, une histoire d'amour complexe se déroule entre plusieurs personnages de la noblesse et de la robe. Un jeune marquis s'éprend d'une femme issue d'une famille de robe, dont le frère unique est conseiller au Parlement. Bien que le marquis fasse des progrès dans le cœur de cette femme, des obstacles surgissent. Le conseiller, de retour d'Italie, approuve l'union de sa sœur avec le marquis. Cependant, il est lui-même amoureux de la cousine germaine du marquis, une jeune héritière sous la tutelle de ce dernier. Cette héritière est éprise d'un comte spirituel et réputé. Le conseiller espère une double alliance et propose au marquis d'épouser l'héritière, mais celle-ci refuse. Pour faciliter son propre mariage, le comte tente de semer la discorde entre le marquis et sa bien-aimée en se faisant passer pour son amant. Cette manœuvre échoue, et les relations entre les familles se dégradent. Finalement, personne ne se marie, et les passions restent vives, bien que les amants ne se voient plus fréquemment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2974
p. 220-239
RELATION d'Espagne.
Début :
On a parlé cy dessus du jour de la mort de la Reine [...]
Mots clefs :
Reine d'Espagne, Corps de la reine, Roi, Marquise de Crèvecoeur, Gardes du corps, Mules, Gentilshommes, Cercueil, Maison du roi, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION d'Espagne.
RELATION
d'Espagne.
ON a parlé cy deffus dị
jour de la mort de la Reine
qui arriva le 14. Février
fur les huit heures trois
quarts du matin ; une demie
heure avant elle avoit
encore reçu le Viatique
avec une parfaite connoif
fance. C'eftoit pour la troifiéme
fois depuis un mois
qu'elle avoit eu recours à
ce divin remede , le lendemain
on ouvrit & on emGALANT
. 221
Meffeibauma
le corps de cette
Princeffe , c'estoit à Madame
la Princeffe comme
Cameira Major , de ne le
point abbandonner juſqu'à
ce qu'il fut depofé au Panteon
de l'Efcurial ; mais
les foins que la charge de
Gouvernante de
gneurs les Princes exigent
de S. A. ne lui permirent
pas de les quitter ; Madame
la Marquiſe de Crevecoeur
fut nommée pour
tenir fa place en cette funefte
occafion Les Dames
du Palais aidées des
Tiij
222 MERCURE
Camariftes habillerent le
Corps d'un des plus beaux
habits de fa Majefté. On
difpofa une Eftrade dans
le Sallon neuf appellé de
l'Hymenée , elle eftoit haute
d'un pied & demi , & en
pente comme les amphithéatres
des Salles deftinées
aux Spectacles publics : on
y dreffa un Lit à colonnes
dont les plantes & le ciel
eftoient de groffe broderie
d'or des plus magnifiques
un riche Dais furmontoit
le lit : on mit fur
ce lit le Corps de la Reine :
GALANT 223
>
elle eftoit coëffée en che-
Veux telle qu'elle cftoït
aux jours folennels. Elle
paroiffoit comme endormie
, on la reconnoilloit :
fes traits on'ftoient point
changes Elle avoit des
gands blancs à fes mains
avec lefquels elle tenoit une
Croix de Caravaca. L'EC
trade & tout le Sallon eftoient
couverts des plus
beaux tapis de pieds qu'on
puiffe voir ; Il eftoit tendu
d'une belle rapiflerie à l'an-
:
tique , qu'on nomme de
Gorillas à la tefte droite
Tij
224 MERCURE
du lit , un Exempt des
Gardes du Corps eftoit en
pied vêtu de noir , fon bâton
à la main : il avoit auprés
de luy deux des Gardes
qu'on appelle , los Monteros
de Espinoffa. Vers le
milieu du lit du mefme
cofté Madame la Marquife
de Crevecoeur en grand
deüil , un voile transparant
fur les yeux , eftoit affife
fur un Carreau . Madame
de Robeck eftoit du cofté
gauche avec un pareil nom
bre de ces Gardes .. Ces
Dames avoient chacune au
GALANT . 225
prés d'elles une des Veuves
du Palais qu'on appelle
Damas de honor , au pied du
lit fur la droite , un de ces
Monteros, dont on vient de
Parler eftoit debout comme
les autres , & tenoit
une Couronne fermée , de
vermeil doré ; & un de fes
camarades eftoit fur la
gauche tenant un Sceptre
qui paroiffoit de mefme
métail brillant de pierres
précieuſes , en forme d'une
boule de cristal . Le Manteau
Royal pendoit au milieu
des pieds. du lit.. Au
226 MERCURE
*
bas de l'eftrade , il y avoit
un Autel Ifolé à la Romaine
garni d'un grand Crueifix
& de fix grands Chan
deliers d'argent : à droite il
y avoit trois autres Autels
garnis de même & autant à
gauche. Du cofté de l'Evangile
du premier Autel eftoit
le pliant du Conneftable
, & le Banc des Grands
de la meſme maniere qu'on
le voit à la Chapelle, & de
l'autre cofté étoit le banc
des Chapelains d'honneur ,
à l'autre bout du Sallon il y
avoit un petit Cancel defti
GALANT . 227
né pour les Chantres & la
mufique. Tout ce Sallon
ainſi diſpoſé étoit éclairé
par 16. chandeliers de pied
fort elevés & tous d'argent ,
placés fur l'eftrade , & autour
du lit , garnis chacun
d'un flambeau de cire jaune.
Les chandeliers des 7.autels
garnis de gros cierges de la
même circ; de forte que tout
le Sallon eftoit éclairé par
58. lumieres. Le Dimanche.
13 . Février aprés midy
le Corps de la Reine qui
eftoit expofé fur un lit de
parade depuis trois fois 24,
228 MERCURE
heures , fut mis dans un
cercueil de plomb avec
l'habit magnifique de tiffu
à fonds d'or à fleurs naturelles
, dont il eftoit vêtu :
H fut pour cela configné
par Madame la Marquifede
Crevecoeur qui faifoit
les fonctions de Cameiramajor
au Duc d'Escalone
Grand Maiffre de la Maifon
du Roy fuivant l'étiquete
, en preſence du Patriarche
triarche des Indes , des Pre-
Latschofis pour les fonctions
ecclefiaftiques de l'enter
rement , afliſté des Grands ,
GALANT. 229
des Gentils hommes de la
Chambre des Majordomes
du Roy, & des Dames de la
Reine,& comme le Corps de
fa Majefté ne rempliffoit
pas tout le cercueil on y
mit des oreillers pour l'empefcher
de vaciller. LeCercueil
de plomb fut mis dans
un autre de bois , & l'un
& l'autre de ces Cercuëils
avoit une ouverture vis-àvis
de la tefte comme une
petite feneftre fermant à
clef. Le cercueil de bois
eftoit couvert & garni partout
d'un tiffu couleur de
230 MERCURE
chair à fond d'argent. Le
Corps fut ainfi deſcendu de
l'Appartement où il eftoit
par l'Escalier qui aboutit
au Zaguan , C'eſt à- dire au
Parvis qui eft au bas d'un
des petits Escaliers du Palais
. Là il fut mis par les
Majordomes & par les Gentils.
hommes de la Maifon
du Roy fur une litiere portée
deux Mules capapar
raçonnées d'une riche etoffe
pareille à celle dont le
cercueil de bois étoit garni,
& alors la marche commença
de la maniere qui
fuit.
GALANT. 231
Les Arguacils de la
Cour au nombre de douzé
marchoient à la tefte ; enfuite
on vit paroître douze
Religieux Carmes chauffés,
12. Auguftins.
12. Francifcains.
12. Dominicains.
Tous ces Religieux eftoient
à Cheval , ayant chacun
un Flambeau à la main ,
2 . Alcades de Cour.
12. Gentils-hommes de
la Maiſon Royale.
Les Officiers de l'Ecurie
du
Roy.
12. Gentilshommes de
la bouche.
22 MERCURE
La Croix de la Chapelle
Royale portée par un Preftre
en furplis qui étoit à
cheval.
Un Fourrier de la Chapelle.
Un Aide de l'Oratoire.
12. Chapelains du Roy.
Les Majordomes.
Les Grands d'Eſpagne
au nombres de quinze ou
feize.
Quatre Trompettes des
Gardes du Corps fonnans
avec des fourdines ..
La Litiere avec le Corps.
Madame la Marquiſe de
Crevecoeur
GALANT . 233.
a
Crevecoeur faifant les fonctions
de Cameira major eltoit
dans un Caroffe à fix
Mules , mais le Caroffe ni
les Mules n'eftoient point
drappés.
12. Pages avec des flambeaux
.
12. Monteros de Efpinoffa.
Le Prélat en Caroffe à
fix Mules qui n'eftoit point
drapé.
Le Grand Maistre de la
Maiſon du Roy auffi dans
un Caroffe à fix mules non
drapé.
Mars
1714.
ལ
a
234 MERCURE
Les Gentils hommes de
la Chambre.
Une Litiere de reſpect
ou pluftoft de rechange.
Un Lieutenant des Gardes
du Corps fuivi de 60 .
de ces Gardes qui fermoient
la marche .
On remarqua que les
Grands & les autres Seigneurs
eftoient fimpleni
ment vêtus de noir en cravate
& fans manteau
houffes traînantes , & qu'ils
eftoient precedés chacun
de deux de leurs laquais à
pied & avec des flambeaux
GALANT. 235
pour les éclairer à l'exception
du Doc d'Efcalone
Grand Maiftre de la Maifon
du Roy , qui eftoit en
capuche de grand dueil avec un
manteau à longue queuë.
Ce cortege marcha toute
la nuit. Il arriva le lundyfur
les fept heures du matin 19 .
Fevrier au portique de FELcurial.
Le Corps de la Reine
fur mis fur une table . Madame
de Crevecoeur donna
les clefs des Cercueils
au Grand Maiftre de la
Maiſon du Roy. Ce Seigheur
tine toujours dans
Vij
236 MERCURE
cette pompe la premiere
place , & c'eft proprement
lui qui mena le deüil. Il en
ouvrit la premiere petite
fenêtre & fit voir le visage
de fa Maiftreffe au Prieur
& à la Communauté des
Jeromiſtes de ce magnifique
Convent.
Ils s'étoient avancés proceffionnellement
jufqu'à ce
Portique pour recevoir le
Corps . Enfuite les clefs furent
remifes à Madame de
Crevecoeur , & fept Grands
porterent le Corps de la
Reine jufqu'au pied du
GALANT. 237
Mauſolée qui avoit été elevé
au milieu de l'Eglife de
l'Efcurial. Les Moines let
placerent au haut de ce
Maufolée , la Couronne &
le Sceptre furent mis fur
des couffins a cofté du
Corps de fa Majeſté , & le
Mauſolée fut entourré de
tous ceux qui efſtoient dy
cortége felon leur rang.
Madame de Crevecoeur.
eftoit affiſe ſur un Carreau
à la tefte du Maufolée accompagnée
de deux Dames
d'honneur de la Rei
ne.
238 MERCURE
Alors l'Office commen
ça par les Vigiles des
Morts , enfuite le Prélat
dit la Meffe , affifté feu
lement d'un Diacre & d'un
Soudiacre. Aprés la Meſſe
on fit les encencemens . Le
Corps fut defcendu du
Maufolée . Les clefs des
deux cercueils furent remifes
par Madame de Cre
vecoeur au Grand Maistre .
La premiere feneftre fut
ouverte , & le corps fut reconnu
une feconde fois
par les Moines & defcendu
par eux & par les Grands
GALANT. 239
1
au petit , Pantheon ou les
Corps des Rois & Reines
d'Espagne qui ont eu des
enfans , demeurent des
douze & quinze ans , pour
eftre defféchés & mis enfuite
dans les Urnes du
grand Pantheon qui leur
font deftinées. Ceux du
Roy Charles H. & de la
Reine Marianne n'y ont
été mis qu'à la fin de 1713 ,
d'Espagne.
ON a parlé cy deffus dị
jour de la mort de la Reine
qui arriva le 14. Février
fur les huit heures trois
quarts du matin ; une demie
heure avant elle avoit
encore reçu le Viatique
avec une parfaite connoif
fance. C'eftoit pour la troifiéme
fois depuis un mois
qu'elle avoit eu recours à
ce divin remede , le lendemain
on ouvrit & on emGALANT
. 221
Meffeibauma
le corps de cette
Princeffe , c'estoit à Madame
la Princeffe comme
Cameira Major , de ne le
point abbandonner juſqu'à
ce qu'il fut depofé au Panteon
de l'Efcurial ; mais
les foins que la charge de
Gouvernante de
gneurs les Princes exigent
de S. A. ne lui permirent
pas de les quitter ; Madame
la Marquiſe de Crevecoeur
fut nommée pour
tenir fa place en cette funefte
occafion Les Dames
du Palais aidées des
Tiij
222 MERCURE
Camariftes habillerent le
Corps d'un des plus beaux
habits de fa Majefté. On
difpofa une Eftrade dans
le Sallon neuf appellé de
l'Hymenée , elle eftoit haute
d'un pied & demi , & en
pente comme les amphithéatres
des Salles deftinées
aux Spectacles publics : on
y dreffa un Lit à colonnes
dont les plantes & le ciel
eftoient de groffe broderie
d'or des plus magnifiques
un riche Dais furmontoit
le lit : on mit fur
ce lit le Corps de la Reine :
GALANT 223
>
elle eftoit coëffée en che-
Veux telle qu'elle cftoït
aux jours folennels. Elle
paroiffoit comme endormie
, on la reconnoilloit :
fes traits on'ftoient point
changes Elle avoit des
gands blancs à fes mains
avec lefquels elle tenoit une
Croix de Caravaca. L'EC
trade & tout le Sallon eftoient
couverts des plus
beaux tapis de pieds qu'on
puiffe voir ; Il eftoit tendu
d'une belle rapiflerie à l'an-
:
tique , qu'on nomme de
Gorillas à la tefte droite
Tij
224 MERCURE
du lit , un Exempt des
Gardes du Corps eftoit en
pied vêtu de noir , fon bâton
à la main : il avoit auprés
de luy deux des Gardes
qu'on appelle , los Monteros
de Espinoffa. Vers le
milieu du lit du mefme
cofté Madame la Marquife
de Crevecoeur en grand
deüil , un voile transparant
fur les yeux , eftoit affife
fur un Carreau . Madame
de Robeck eftoit du cofté
gauche avec un pareil nom
bre de ces Gardes .. Ces
Dames avoient chacune au
GALANT . 225
prés d'elles une des Veuves
du Palais qu'on appelle
Damas de honor , au pied du
lit fur la droite , un de ces
Monteros, dont on vient de
Parler eftoit debout comme
les autres , & tenoit
une Couronne fermée , de
vermeil doré ; & un de fes
camarades eftoit fur la
gauche tenant un Sceptre
qui paroiffoit de mefme
métail brillant de pierres
précieuſes , en forme d'une
boule de cristal . Le Manteau
Royal pendoit au milieu
des pieds. du lit.. Au
226 MERCURE
*
bas de l'eftrade , il y avoit
un Autel Ifolé à la Romaine
garni d'un grand Crueifix
& de fix grands Chan
deliers d'argent : à droite il
y avoit trois autres Autels
garnis de même & autant à
gauche. Du cofté de l'Evangile
du premier Autel eftoit
le pliant du Conneftable
, & le Banc des Grands
de la meſme maniere qu'on
le voit à la Chapelle, & de
l'autre cofté étoit le banc
des Chapelains d'honneur ,
à l'autre bout du Sallon il y
avoit un petit Cancel defti
GALANT . 227
né pour les Chantres & la
mufique. Tout ce Sallon
ainſi diſpoſé étoit éclairé
par 16. chandeliers de pied
fort elevés & tous d'argent ,
placés fur l'eftrade , & autour
du lit , garnis chacun
d'un flambeau de cire jaune.
Les chandeliers des 7.autels
garnis de gros cierges de la
même circ; de forte que tout
le Sallon eftoit éclairé par
58. lumieres. Le Dimanche.
13 . Février aprés midy
le Corps de la Reine qui
eftoit expofé fur un lit de
parade depuis trois fois 24,
228 MERCURE
heures , fut mis dans un
cercueil de plomb avec
l'habit magnifique de tiffu
à fonds d'or à fleurs naturelles
, dont il eftoit vêtu :
H fut pour cela configné
par Madame la Marquifede
Crevecoeur qui faifoit
les fonctions de Cameiramajor
au Duc d'Escalone
Grand Maiffre de la Maifon
du Roy fuivant l'étiquete
, en preſence du Patriarche
triarche des Indes , des Pre-
Latschofis pour les fonctions
ecclefiaftiques de l'enter
rement , afliſté des Grands ,
GALANT. 229
des Gentils hommes de la
Chambre des Majordomes
du Roy, & des Dames de la
Reine,& comme le Corps de
fa Majefté ne rempliffoit
pas tout le cercueil on y
mit des oreillers pour l'empefcher
de vaciller. LeCercueil
de plomb fut mis dans
un autre de bois , & l'un
& l'autre de ces Cercuëils
avoit une ouverture vis-àvis
de la tefte comme une
petite feneftre fermant à
clef. Le cercueil de bois
eftoit couvert & garni partout
d'un tiffu couleur de
230 MERCURE
chair à fond d'argent. Le
Corps fut ainfi deſcendu de
l'Appartement où il eftoit
par l'Escalier qui aboutit
au Zaguan , C'eſt à- dire au
Parvis qui eft au bas d'un
des petits Escaliers du Palais
. Là il fut mis par les
Majordomes & par les Gentils.
hommes de la Maifon
du Roy fur une litiere portée
deux Mules capapar
raçonnées d'une riche etoffe
pareille à celle dont le
cercueil de bois étoit garni,
& alors la marche commença
de la maniere qui
fuit.
GALANT. 231
Les Arguacils de la
Cour au nombre de douzé
marchoient à la tefte ; enfuite
on vit paroître douze
Religieux Carmes chauffés,
12. Auguftins.
12. Francifcains.
12. Dominicains.
Tous ces Religieux eftoient
à Cheval , ayant chacun
un Flambeau à la main ,
2 . Alcades de Cour.
12. Gentils-hommes de
la Maiſon Royale.
Les Officiers de l'Ecurie
du
Roy.
12. Gentilshommes de
la bouche.
22 MERCURE
La Croix de la Chapelle
Royale portée par un Preftre
en furplis qui étoit à
cheval.
Un Fourrier de la Chapelle.
Un Aide de l'Oratoire.
12. Chapelains du Roy.
Les Majordomes.
Les Grands d'Eſpagne
au nombres de quinze ou
feize.
Quatre Trompettes des
Gardes du Corps fonnans
avec des fourdines ..
La Litiere avec le Corps.
Madame la Marquiſe de
Crevecoeur
GALANT . 233.
a
Crevecoeur faifant les fonctions
de Cameira major eltoit
dans un Caroffe à fix
Mules , mais le Caroffe ni
les Mules n'eftoient point
drappés.
12. Pages avec des flambeaux
.
12. Monteros de Efpinoffa.
Le Prélat en Caroffe à
fix Mules qui n'eftoit point
drapé.
Le Grand Maistre de la
Maiſon du Roy auffi dans
un Caroffe à fix mules non
drapé.
Mars
1714.
ལ
a
234 MERCURE
Les Gentils hommes de
la Chambre.
Une Litiere de reſpect
ou pluftoft de rechange.
Un Lieutenant des Gardes
du Corps fuivi de 60 .
de ces Gardes qui fermoient
la marche .
On remarqua que les
Grands & les autres Seigneurs
eftoient fimpleni
ment vêtus de noir en cravate
& fans manteau
houffes traînantes , & qu'ils
eftoient precedés chacun
de deux de leurs laquais à
pied & avec des flambeaux
GALANT. 235
pour les éclairer à l'exception
du Doc d'Efcalone
Grand Maiftre de la Maifon
du Roy , qui eftoit en
capuche de grand dueil avec un
manteau à longue queuë.
Ce cortege marcha toute
la nuit. Il arriva le lundyfur
les fept heures du matin 19 .
Fevrier au portique de FELcurial.
Le Corps de la Reine
fur mis fur une table . Madame
de Crevecoeur donna
les clefs des Cercueils
au Grand Maiftre de la
Maiſon du Roy. Ce Seigheur
tine toujours dans
Vij
236 MERCURE
cette pompe la premiere
place , & c'eft proprement
lui qui mena le deüil. Il en
ouvrit la premiere petite
fenêtre & fit voir le visage
de fa Maiftreffe au Prieur
& à la Communauté des
Jeromiſtes de ce magnifique
Convent.
Ils s'étoient avancés proceffionnellement
jufqu'à ce
Portique pour recevoir le
Corps . Enfuite les clefs furent
remifes à Madame de
Crevecoeur , & fept Grands
porterent le Corps de la
Reine jufqu'au pied du
GALANT. 237
Mauſolée qui avoit été elevé
au milieu de l'Eglife de
l'Efcurial. Les Moines let
placerent au haut de ce
Maufolée , la Couronne &
le Sceptre furent mis fur
des couffins a cofté du
Corps de fa Majeſté , & le
Mauſolée fut entourré de
tous ceux qui efſtoient dy
cortége felon leur rang.
Madame de Crevecoeur.
eftoit affiſe ſur un Carreau
à la tefte du Maufolée accompagnée
de deux Dames
d'honneur de la Rei
ne.
238 MERCURE
Alors l'Office commen
ça par les Vigiles des
Morts , enfuite le Prélat
dit la Meffe , affifté feu
lement d'un Diacre & d'un
Soudiacre. Aprés la Meſſe
on fit les encencemens . Le
Corps fut defcendu du
Maufolée . Les clefs des
deux cercueils furent remifes
par Madame de Cre
vecoeur au Grand Maistre .
La premiere feneftre fut
ouverte , & le corps fut reconnu
une feconde fois
par les Moines & defcendu
par eux & par les Grands
GALANT. 239
1
au petit , Pantheon ou les
Corps des Rois & Reines
d'Espagne qui ont eu des
enfans , demeurent des
douze & quinze ans , pour
eftre defféchés & mis enfuite
dans les Urnes du
grand Pantheon qui leur
font deftinées. Ceux du
Roy Charles H. & de la
Reine Marianne n'y ont
été mis qu'à la fin de 1713 ,
Fermer
Résumé : RELATION d'Espagne.
La Reine d'Espagne est décédée le 14 février à huit heures et demie du matin. Elle avait reçu le Viatique une demi-heure avant son décès, ce qui était la troisième fois en un mois. Le lendemain, son corps fut préparé pour les funérailles. Madame la Princesse, en tant que Cameira Major, aurait dû veiller sur le corps jusqu'à son dépôt au Panthéon de l'Escurial, mais ses responsabilités de gouvernante l'en empêchèrent. Madame la Marquise de Crevecoeur fut nommée pour la remplacer. Le corps de la Reine fut habillé d'un de ses plus beaux habits et exposé dans le Salon neuf de l'Hymenée, sur un lit richement décoré. Elle était coiffée en cheveux, comme aux jours solennels, et tenait une Croix de Caravaca. L'estrade et le salon étaient couverts de beaux tapis et tendus de rapisserie antique. Des gardes et des dames du palais, accompagnées de veuves du palais appelées Damas de honor, veillaient autour du lit. Le 13 février, après-midi, le corps de la Reine, exposé depuis trois jours, fut placé dans un cercueil de plomb, puis dans un cercueil de bois, tous deux ornés de tissu. Le cercueil fut descendu et placé sur une litière portée par deux mules, et le cortège funéraire commença. Ce cortège, composé de divers dignitaires, religieux, et gardes, marcha toute la nuit et arriva le 19 février au portique de l'Escurial. Le corps fut ensuite placé dans un mausolée au milieu de l'église de l'Escurial, où une messe fut célébrée. Après la messe, le corps fut descendu dans le petit Panthéon pour y rester douze à quinze ans avant d'être placé dans les urnes du grand Panthéon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2975
p. 277-284
ARTICLE des Nouvelles.
Début :
On escrit de Livourne du 20. Fevrier qu'il y estoit [...]
Mots clefs :
Livourne, Roi Stanislas, Bruxelles, Tempêtes, Orages, La Haye, Constantinople
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE des Nouvelles.
ARTICLE
des Nouvelles.
ON efcrit de Livourne
du zo . Fevrier qu'il y eftoit
arrivé le 19. un baſtiment
Anglois venant de
Palerme , qui à rapporté
278 MERCURE
que le Roy de Sicile en
eftoit parti pour aller à
Meffine où on avoit fait de
grands préparatifs pour le
recevoir
publier une amniſtie generale
pour tous les criminels,
qui fe trouvoient dans les
prifons du Royaume meſme
pour crimes d'Eſtat
& que dans la Calabre il
y avoit eu des orages terribles
de vents de pluyes de
greles & de tonnerre , dont
plufieurs perfonnes ont eſté
efcrafées.
qu'il avoit fait
Les Orages n'ont pas
GALANT. 279-
efté moins fréquents dans
nos Mers , & un Corſaire
de Tunis avec deux Jayques
Turcs en ont eſté
fubmergés dans le Canal
de Malte , avec tous les
Equipages.
A Bruxelles le 10. Mars .
La Marche des Troupes
de Pruffe vers Dieft , inquiette
beaucoup
noftre
Regence , dans
l'apprehenfion
qu'elles ne s'emarent
de ce pofte , elles
ont auffi entrées dans les
280 MERCURE
Eftats de Limbourg , les
vents impetueux , qui ont
regnés pendant quelques
jours , ont caufés de grands
dommages dans le Brabant
, & beaucoup de nauf
la
frage fur mer , on apprend
mefme d'Oftende , que
toute la baffe - Ville en a
efté fubmergée , & que
cofte à eſté vûë couverte
de cadavres & de débris de
Vaiffeaux .
Les tempeftes ont efté
auffi tres - fréquentes dans
le Nord , & ont faits périr
dans la mer Baltique plufieurs
GALANT. 281
fieurs baftimens , entre autre
un Danois qui revenoit
des Indes richement chargé
, & dont il ne s'eft fauvé
que deux Matelots .
On efcrit de la Haye du
11. Mars , que les Plenipotentiaires
d'Efpagne ef
toient retournés à Utrecht
avec le Comte de Strasfort
pour mettre la derniere .
main au Traitté de Paix .
avec le Roy de Portugal
& les Eftats Generaux.
ces
On
affure
que
Plenipotentiaires
ont reçû
ordre
de s'en
revenir
fi
A a
Mars
1714.
282
MERCURE
dans ce mois les Hollan
dois ne font point leur
paix.
Ce 17. Mars 1714. Mr.
des Alleures Ambaffadeur
du Roy à Conftantinople
efcrit du premier du mois
paffé , que les Turcs nonobftant
l'accomodement
qu'ils avoient faits avec les
Mofcovites , continuoient à
lever des troupes , & à faire
faire de gros magazins de
vivres & munitions de guerre,
que les troupes, qui marchoient
en Afie avoient
efté contremandées fur
GALANT. 283
l'avis qu'on a eu que les
troubles y eftoient appailes
par la deffaite entière des
mutins , qu'il ſe faifoit dans
l'Archipel un gros armement
naval , lequel devoit
eftre preft pour le mois de
May , qu'il feroit compoſé
de 32 Sultanes de 20. Galleaffes
& d'autant de Gallères
, lequel armement
feroit commandé par le
Capitan Bacha , & qu'il y
avoit apparence que le Roi
de Suede s'embarqueroit
au Printemps à Theffalonique
pour retourner par
A a 11
284 MERCURE
mer dans fes Eftats avec
le Roy Stanillas.
des Nouvelles.
ON efcrit de Livourne
du zo . Fevrier qu'il y eftoit
arrivé le 19. un baſtiment
Anglois venant de
Palerme , qui à rapporté
278 MERCURE
que le Roy de Sicile en
eftoit parti pour aller à
Meffine où on avoit fait de
grands préparatifs pour le
recevoir
publier une amniſtie generale
pour tous les criminels,
qui fe trouvoient dans les
prifons du Royaume meſme
pour crimes d'Eſtat
& que dans la Calabre il
y avoit eu des orages terribles
de vents de pluyes de
greles & de tonnerre , dont
plufieurs perfonnes ont eſté
efcrafées.
qu'il avoit fait
Les Orages n'ont pas
GALANT. 279-
efté moins fréquents dans
nos Mers , & un Corſaire
de Tunis avec deux Jayques
Turcs en ont eſté
fubmergés dans le Canal
de Malte , avec tous les
Equipages.
A Bruxelles le 10. Mars .
La Marche des Troupes
de Pruffe vers Dieft , inquiette
beaucoup
noftre
Regence , dans
l'apprehenfion
qu'elles ne s'emarent
de ce pofte , elles
ont auffi entrées dans les
280 MERCURE
Eftats de Limbourg , les
vents impetueux , qui ont
regnés pendant quelques
jours , ont caufés de grands
dommages dans le Brabant
, & beaucoup de nauf
la
frage fur mer , on apprend
mefme d'Oftende , que
toute la baffe - Ville en a
efté fubmergée , & que
cofte à eſté vûë couverte
de cadavres & de débris de
Vaiffeaux .
Les tempeftes ont efté
auffi tres - fréquentes dans
le Nord , & ont faits périr
dans la mer Baltique plufieurs
GALANT. 281
fieurs baftimens , entre autre
un Danois qui revenoit
des Indes richement chargé
, & dont il ne s'eft fauvé
que deux Matelots .
On efcrit de la Haye du
11. Mars , que les Plenipotentiaires
d'Efpagne ef
toient retournés à Utrecht
avec le Comte de Strasfort
pour mettre la derniere .
main au Traitté de Paix .
avec le Roy de Portugal
& les Eftats Generaux.
ces
On
affure
que
Plenipotentiaires
ont reçû
ordre
de s'en
revenir
fi
A a
Mars
1714.
282
MERCURE
dans ce mois les Hollan
dois ne font point leur
paix.
Ce 17. Mars 1714. Mr.
des Alleures Ambaffadeur
du Roy à Conftantinople
efcrit du premier du mois
paffé , que les Turcs nonobftant
l'accomodement
qu'ils avoient faits avec les
Mofcovites , continuoient à
lever des troupes , & à faire
faire de gros magazins de
vivres & munitions de guerre,
que les troupes, qui marchoient
en Afie avoient
efté contremandées fur
GALANT. 283
l'avis qu'on a eu que les
troubles y eftoient appailes
par la deffaite entière des
mutins , qu'il ſe faifoit dans
l'Archipel un gros armement
naval , lequel devoit
eftre preft pour le mois de
May , qu'il feroit compoſé
de 32 Sultanes de 20. Galleaffes
& d'autant de Gallères
, lequel armement
feroit commandé par le
Capitan Bacha , & qu'il y
avoit apparence que le Roi
de Suede s'embarqueroit
au Printemps à Theffalonique
pour retourner par
A a 11
284 MERCURE
mer dans fes Eftats avec
le Roy Stanillas.
Fermer
Résumé : ARTICLE des Nouvelles.
En février et mars 1714, plusieurs événements marquants ont été rapportés. À Livourne, un navire anglais a signalé que le roi de Sicile s'était rendu à Messine, où des préparatifs importants avaient été faits pour son accueil. Une amnistie générale a été proclamée pour les criminels, y compris ceux incarcérés pour crimes d'État. En Calabre, des orages violents ont causé plusieurs victimes, et des tempêtes ont submergé un corsaire de Tunis et deux navires turcs dans le canal de Malte. À Bruxelles, l'avancée des troupes prussiennes vers Diest inquiète la régence, qui craint une occupation de cette position stratégique. Des vents impétueux ont causé des dommages importants au Brabant, submergeant une partie de la ville d'Ostende. Dans la mer Baltique, plusieurs navires ont péri, dont un bateau danois revenant des Indes. À La Haye, les plénipotentiaires espagnols sont retournés à Utrecht avec le comte de Strasfort pour finaliser un traité de paix avec le roi du Portugal et les États généraux. Cependant, il est assuré que les Hollandais ne signeront pas la paix ce mois-ci. À Constantinople, l'ambassadeur du roi rapporte que les Turcs continuent de lever des troupes et de stocker des vivres et des munitions malgré un accord avec les Moscovites. Des troubles en Asie ont été apaisés par la défaite des mutins, et un important armement naval est en préparation dans l'Archipel, commandé par le Capitan Bacha. Le roi de Suède pourrait s'embarquer au printemps pour retourner dans ses États via la mer, accompagné du roi Stanillas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2976
p. 284
TABLE.
Début :
Trait d'Histoire Arabe. 3 Article des Enigmes, 16. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE
16 .
en
TRait d'Hiftoire Arabe. 3
Article des
Enigmes ,
A Mademoiſelle
de ***
lui donnant une copie de l'art
d'aimer faitefur la fienne ,
que l'on a gardé par Mon-
THEQUE
LYON
Four Michel ,
Amour poëte ,
25.
32-
Harangue de la Reine d'An-
BIBLIO
TABLE
.
gleterre àfon Parlement
, 45.
Morts , 35.
Extrait d'une Lettre de Gironne
,.
68.
Remarque
fur l'eau de la pluye,
& fur l'origine
des Fontaines
; avec quelques parti ›
cularitez fur la conftruction
des Citernes , 73
Mort de la Reine d'Eſpag. 135.
Estampes,
145
Nouvelles , ISI.
Livre nouveau ,
169
Le
mary
malade 172.
Enigme ,
179.
Articles de Paix , 182.
Relation de Catalogne , 185.
TABLE.
•Hiftoriette ,
Relation d'Espagne ,
193.
220 .
Les Roches de Salisbury , 240 .
Article des Nouvelles , 277.
FIN.
16 .
en
TRait d'Hiftoire Arabe. 3
Article des
Enigmes ,
A Mademoiſelle
de ***
lui donnant une copie de l'art
d'aimer faitefur la fienne ,
que l'on a gardé par Mon-
THEQUE
LYON
Four Michel ,
Amour poëte ,
25.
32-
Harangue de la Reine d'An-
BIBLIO
TABLE
.
gleterre àfon Parlement
, 45.
Morts , 35.
Extrait d'une Lettre de Gironne
,.
68.
Remarque
fur l'eau de la pluye,
& fur l'origine
des Fontaines
; avec quelques parti ›
cularitez fur la conftruction
des Citernes , 73
Mort de la Reine d'Eſpag. 135.
Estampes,
145
Nouvelles , ISI.
Livre nouveau ,
169
Le
mary
malade 172.
Enigme ,
179.
Articles de Paix , 182.
Relation de Catalogne , 185.
TABLE.
•Hiftoriette ,
Relation d'Espagne ,
193.
220 .
Les Roches de Salisbury , 240 .
Article des Nouvelles , 277.
FIN.
Fermer
Résumé : TABLE.
La table des matières d'un ouvrage historique inclut des articles sur l'histoire arabe, des énigmes, une harangue de la reine d'Angleterre, des remarques sur l'eau de pluie et les citernes, la mort de la reine d'Espagne, des estampes, des nouvelles, des articles de paix, des relations de Catalogne et d'Espagne, et les roches de Salisbury.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2977
p. 3-79
AVANTURE nouvelle.
Début :
Un jeune Comte, d'une des meilleures Maisons du Royaume, [...]
Mots clefs :
Comte, Marquise , Conseiller, Amant, Coeur, Mari, Passion, Amour, Reproches, Monde, Liberté, Parti, Italien, Maîtresse, Caractère, Charmes, Mérite, Prétexte, Heureux, Colère, Jeu, Espérer, Nouvelles, Lettre, Campagne, Faveur, Commerce, Fidélité, Femmes, Raison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE nouvelle.
AVANTUR
nouvelle.
U
LYON
N jeune Comte ,
d'une des meilleures
Maifons
du Royaume , s'étant
nouvellement établi das
Avril 1714. A ij
4 MERCURE
un quartier où le jeu &
la galanterie regnoient
également , fut obligé
d'y prendre parti comme
les autres ; & parce
que fon coeur avoit des
engagemens ailleurs , il
fe declara pour le jeu ,
comme pour fa paffion
dominante mais le peu
d'empreffement qu'il y
avoit , faifoit affez voir
qu'il fe contraignoit , &
l'on jugea que c'étoir un
homme qui ne s'attaGALANT
.
S
choit à rien , & qui dans
la neceffité de choiſir
avoit encore mieux aimé
cet amuſement, que
de dire à quelque belle
ce qu'il ne fentoit pas .
Un jour une troupe de
jeunes Dames qui ne
joüoient point , l'entreprit
fur fon humeur indifferente.
Il s'en défendit
le mieux qu'il put ,
alleguant fon peu de
merite , & le peu d'ef
perance qu'il auroit d'ê-
A iij
6 MERCURE
tre heureux en amour :
mais on lui dit que
quand il fe connoîtroit
affez mal pour avoir une
fi méchante opinion de
lui - même , cette raiſon
feroit foible contre la
vûë d'une belle perfonne
; & là - deffus on le
menaça des charmes d'u
ne jeune Marquife , qui
demeuroit dans le voifinage
, & qu'on attendoit.
Il ne manqua pas de leur
repartir qu'elles-mêmes
GALANT.
7.
ne fe connoiffoient point
affez , & que s'il pouvoit
échaper au peril où il
fe trouvoit alors , il ne
devoit plus rien craindre
pour fon coeur . Pour
réponse à fa galanterie ,
elles lui montrerent la
Dame dont il étoit queftion
, qui entroit dans
ce moment . Nous parlions
de vous , Madame ,
lui dirent - elles en l'appercevant
. Voici un indifferent
que nous vous
A iiij
8 MERCURE
donnons à convertir :
Vous y êtes engagée
d'honneur ; car il femble
yous défier auffi - bien
que nous. La Dame &
le jeune Comte ſe reconnurent
, pour s'être
vûs quelquefois à la campagne
chez une de leurs
amies . Elle étoit fort convaincuë
qu'il ne meritoit
rien moins que le
reproche qu'on luy faifoit
, & il n'étoit que
trop ſenſible à ſon gré :
GALANT. 9
mais elle avoit les raifons
pour feindre de croire
ce qu'on lui difoit.
C'étoit une occafion de
commerce avec un homme
, fur lequel depuis
long - temps elle avoit
fait des deffeins qu'elle
n'avoit pû executer . Elle
lui trouvoit de l'efprit
& de l'enjouement , &
elle avoit hazardé des
complaisāces pour beaucoup
de gens qui afſurément
ne le valoient
to MERCURE
pas : mais fon plus grand
merite étoit l'opinion
qu'elle avoit qu'il fût aimé
d'une jeune Demoifelle
qu'elle haïffoit , &
dont elle vouloit fe vanger.
Elle prit donc fans
balancer le parti qu'on
lui offroit ; & aprés lui
avoit dit qu'il faloit qu'-
on ne le crût pas bien
endurci , puis qu'on s'adreffoit
à elle pour le
toucher , elle entreprit
de faire un infidele , fous
GALANT . 11
pretexte de convertir un
indifferent. Le Comte
aimoit paffionsément la
Demoiſelle dont on le
croyoit aimé, & il tenoit
à elle par des
engagemens
fi puiffans
, qu'il
ne craignoit
pas que rien
l'en pût détacher
. Sur
tout il fe croyoit
fort en
fûreté contre les charmes
de la Marquife. Il
la connoiffoit pour une
de ces coquettes de profeffion
qui veulent , à
12 MERCURE
quelque prix que ce ſoit ,
engager tout le monde ,
& qui ne trouvent rien
de plus honteux que de
manquer une conquête .
Il fçavoit encore quedepuis
peu elle avoit un
amant , dont la nouveauté
faifoit le plus grand
merite , & pour qui elle
avoit rompu avec un
autre qu'elle aimoit depuis
long - temps , & à
qui elle avoit des obligations
effentielles . Ces
と
GALANT .
13
connoiffances lui fmbloient
un remede affuré
contre les tentations
les plus preffantes. La
Dame l'avoit affez veu
pour connoître quel étoit
fon éloignement
pour des femmes
de fon
caractere
: mais cela ne
fit que flater fa vanité.
Elle trouva plus de gloire
à triompher
d'un
coeur qui devoit être fi
bien défendu. Elle lui
fit d'abord
des reproches
14 MERCURE
de ne l'eftre pas venu
voir depuis qu'il étoit
dans le quartier , & l'engagea
à reparer fa faute
dés le lendemain . Il
alla chez elle , & s'y fit
introduire par un Confeiller
de fes amis , avec
qui il logcoit , & qui
avoit des liaiſons étroites
avec le mari de la
Marquife, Les honneftetez
qu'elle lui fit l'obligerent
enfuite d'y aller
plufieurs fois fans inGALANT.
15
troducteur ; & à chaque
yifite la Dame mit en
ufage tout ce qu'elle
crut de plus propre à .
l'engager. Elle trouva
d'abord toute la refiftance
qu'elle avoit attendue.
Ses foins , loin .
de faire effet , ne lui attirerent
pas feulement
une parole qui tendît à
une declaration : mais
elle ne defefpera point
pour cela du pouvoir de
fes charmes ; ils l'avoient
16 MERCURE
fervie trop fidelement en
d'autres occafions
, pour
ne lui donner pas lieu
de fe flater d'un pareil
fuccés en celle - ci ; elle
crut mefme remarquer
bientôt qu'elle ne s'étoit
pas trompée. Les vifites
du Comte furent
plus frequentes : elle lui
trouvoit un enjouëment
que l'on n'a point quand
on n'a aucun deffein de
plaire.Mille railleries divertissantes
qu'il faifoit
fur
+
GALANT . 17
für fon nouvel amant ;
le chagrin qu'il témoignoit
quand il ne pouvoit
eftre feul avec elle ;
Fattention qu'il preftoit.
aux moindres chofes
qu'il luy voyoit faire :
tout cela lui parut d'un
augure merveilleux , &
il eft certain que fi elle
n'avoit pas encore le
coeur de ce pretendu indifferent
, elle occupoit.
du moins fon efprit . Ih
alloit plus rarement chez
Avril 1714. B :
18 MERCURE
la Demoiſelle qu'il aimoit
, & quand il étoit
avec elle, il n'avoit point
d'autre foin , que de faire
tomber le difcours fur
la Marquife . Il aimoit
mieux railler d'elle que
de n'en rien dire . Enfin
foit qu'il fût feul , ou
en compagnie , fon idée
ne l'abandonnoit jamais
. Quel dommage ,
difoit - il quelquefois
que le Ciel ait répandu
tant de graces dans une
,
GALANT . 19
coquette ? Faut - il que la
voyant fi aimable , on
ait tant de raiſon de ne
point l'aimer ? Il ne pouvoit
lui pardonner tous
fes charmes ; & plus il
lui en trouvoit , plus il
croyoit la haïr. Il s'oublia
même un foir jufques
à lui reprocher fa
conduite , mais avec une
aigreur qu'elle n'auroit,
pas ofé efperer fitoft. A
quoy bon , lui dit- il ,
Madame , toutes ces oil-
Bij
20 MERCURE
lades & ces manieres étu
diées que chacun regarde
, & dont tant de gens
fe donnent le droit de
parler Ces foins de
chercher à plaire à tout
le monde , ne font pardonnables
qu'à celles à
qui ils tiennent lieu de
beauté . Croyez - moy ,
Madame , quittez des
affectations qui font indignes
de vous. C'étoit
où on l'attendoit . La
Dame étoit trop habile
GALANT. 2ม1
pour ne diftinguer past
les confeils de l'amitié
des reproches de la jaloufie
. Elle lui en marqua
de la reconnoiſſance
, & tâcha enfuite de
lui perfuader que ce qui
paroiffoit coquetterie ,
n'étoit en elle que la
crainte
d'un veritable
attachement ; que du
naturel dont elle fe connoiffoit
, elle ne pourroit
être heureufe dans.
un engagement , parce
22 MERCURE
qu'elle ne ſe verroit jamais
aimée , ni avec la
même fincerité , ni avec
la même delicateſſe dont
elle fouhaiteroit de l'être
, & dont elle fçavoit
bien qu'elle aimeroit .
Enfin elle lui fit an faux
portrait de fon coeur , qui
fut pour lui un veritable
poifon. Il ne pouvoit
croire tout à fait qu'elle
fût fincere : mais il ne
pouvoit s'empefcher de
le fouhaiter. Il cherGALANT.
23
choit des
apparences
ce qu'elle
lui difoit , &
il lui rappelloit
mille actions
qu'il lui avoit vû
faire , afin qu'elle les juſtifiât
; & en effet , fe fervant
du pouvoir qu'elle
commençoit à prendre
fur lui , elle y donna
des couleurs qui diffiperent
une partie de fes
foupçons mais qui
pourtant n'auroient pas
trompé un homme qui
cuft moins fouhaité de
24 MERCURE
l'eftre. Cependant, ajouta-
t- elle d'un air enjoüé ,
je ne veux pas tout à fait
difconvenir d'un défaut
qui peut me donner lieu
de vous avoir quelque
obligation . Vous fçavez
ce que j'ai entrepris pour
vous corriger de celui
qu'on vous reprochoit .
Le peu de fuccés que j'ai
eu ne vous diſpenſe pas
de reconnoître mes bonnes
intentions , & vous
me devez les mefmes
foins.
GALANT. 25
foins . Voyons fi vous ne
ferez pas plus heureux à
fixer une inconftante ,
que je l'ay été à toucher
un infenfible. Cette propofition
, quoique faite
en riant , le fit rentrer en
lui - mefme , & alarma
d'abord fa fidelité . Il vit
qu'elle n'avoit peut - eftre
que trop reüffi dans
fon entrepriſe , & il reconnut
le danger où il
étoit : mais fon penchant
commençant à lui ren-
Avril 1714.
C
26 MERCURE
dre ces reflexions facheuſes
, il tâcha bientôt
à s'en délivrer . Il
penfa avec plaifir que fa
crainte étoit indigne de
lui , & de la perfonne
qu'il aimoit depuis fi
long- temps . Sa delicateffe
alla meſme juſqu'à
fe la reprocher
comme
une infidelité
; & aprés
s'eftre dit à foy- meſme
,
que c'étoit déja eſtre inconftant
que de craindre
de changer , il embraſſa
GALANT . 27
avec joye le parti qu'on
lui offroit . Ce fut un
commerce fort agreable
de part & d'autre. Le
pretexte qu'ils prenoient
rendant leur empreffement
un jeu , ils goutoient
des plaifirs qui
n'étoient troublez d'aucuns
fcrupules. L'Italien
, qu'ils fçavoient tous
deux , étoit l'interprete :
de leurs tendres fentimens.
Ils ne fe voyoient
jamais qu'ils n'euffent à
Cij
28 MERCURE
fe donner un billet en
cette langue ; car pour
plus grande feureté, ils
étoient convenus qu'ils
ne s'enverroient jamais
leurs lettres . Sur - tout
elle lui avoit défendu dé
parler de leur commerce
au Confeiller avec qui
il logcoit , parce qu'il
étoit beaucoup plus des
amis de fon mari que des
fiens , & qu'autrefois ,
fur de moindres apparences,
il lui avoit donné
GALANT . 29
des foupçons d'elle fort
defavantageux . Elle lui
marqua même des heures
où il pouvoit le moins
craindre de les rencontrer
chez elle l'un ou
l'autre , & ils convinrent
de certains fignes d'intelligence
pour les temps
qu'ilsyferoient. Cemyf
tere étoit un nouveau
charme pour le jeune
Comte. La Marquife
prit enfuite des manieres
fiéloignées d'une co-
C
iij
30 MERCURE
quette , qu'elle acheva
bientoft
de le perdre
.
Jufques là elle avoit eu
un de ces caracteres enjoüez
, qui reviennent
quafi à tout le monde ,
mais qui deſeſperent un
amant ; & elle le quitta
pour en prendre un tout
oppofé , fans le lui faire
valoir comme un facri.
fice . Elle écarta fon nouvel
amant , qui étoit un
Cavalier fort bien fait .
Enfin loin d'aimer l'éGALANT.
31
clat , toute fon application
étoit d'empêcher
qu'on ne s'apperçût de
l'attachement que le
Comte avoit pour elle :
mais malgré tous fes
foins, il tomba unjour de
ſes poches une lettre que
fon mari ramaffa fans
qu'elle y prît garde . 11
n'en connut point le caractere
, & n'en entendit
pas le langage : mais ne
doutant pas que ce ne
fût de l'Italien , il courut
Ciiij
32 MERCURE
chez le Conſeiller , qu'il
fçavoit bien n'être pas
chez lui , feignant de lui
vouloir
communiquer
quelque affaire . C'étoit
afin d'avoir occafion de
parler au Comte , qu'il
ne foupçonnoit point
d'être l'auteur de la lettre
, parce qu'elle étoit
d'une autre main. Pour
prévenir les malheurs
qui arrivent quelquefois
des lettres perduës , le
Comte faifoit écrire touGALANT
. 33
tes celles qu'il donnoit à
la Marquise par une perfonne
dont le caractere
étoit inconnu . Il lui avoit
porté le jour precedent
le billet Italien
dont il s'agiffoit. Il étoit
écrit fur ce qu'elle avoit
engagé le Confeiller à
lui donner
à fouper ce
même jour- là ; & parce
qu'elle avoit fçû qu'il
devoit aller avec fon mari
à deux lieuës de Paris
l'apréfdînée , & qu'ils
34 MERCURE
n'en reviendroient que
fort tard , elle étoit convenue
avec ſon amant
qu'elle fe rendroit chez
lui avant leur retour. La
lettre du Comte étoit
pour l'en faire fouvenir ,
& comme un avantgoût
de la fatisfaction qu'ils
promettoient cette fe
foirée. Le mari n'ayant
point trouvé le Confeiller
, demanda le Comte .
Dés qu'il le vit , il tira
de fa poche d'un air emGALANT
.
35
preffé quantité de papiers
, & le pria de les
lui remettre quand il
féroit revenu. Parmi ces
papiers étoit celui qui
lui donnoit tant d'agitation
. En voici un , lui
dit- il en feignant de s'être
mépris , qui n'en eſt
pas. Je ne fçai ce que
c'eft , voyez fi vous l'entendrez
mieux que moy :
& l'ayant ouvert , il en
lut lui - mefme les premie-i
res lignes , de peur que
36 MERCURE
le Comte
jettant les
yeux fur la fuite , ne connût
la part que la Marquife
y pouvoit avoir ,
& que la crainte de lui
apprendre de fâcheufes
nouvelles , ne l'obligeât
à lui déguifer la verité.
Le Comte fut fort furpris
quand il reconnut
fa lettre. Untrouble foudain
s'empara de fon efprit
, & il eut befoin que
le mari fût occupé de fa
lecture , pour lui donner
(
GALANT. 37
le temps de fe remettre .
Aprés en avoir entendu
le commencement : Voila
, dit - il , contrefaifant
¡ l'étonné , ce que je chersche
depuis long - temps .
C'est le rôle d'une fille
qui ne fçait que l'Italien ,
- & qui parle à ſon amant
qui ne l'entend pas . Vous
a
aurez veu cela dans une
Comedie Françoiſe qui
a paru cet hyver. Mille
gens me l'ont demandé ,
& il faut que vous me
38.
MERCURE
faffiez le plaifir de me
le laiffer. J'y confens , lui
répondit le mari , pourveu
que vous le rendiez
à ma femme , car je croy
qu'il eft à elle. Quand le
jeune Comte crut avoir
porté affez loin la crédulité
du mari , il n'y
eut pas un mot dans ce
prétendu rôle Italien ,
dont il ne lui voulût faire
entendre l'explication
: mais le mari ayant
ce qu'il fouhaitoit , béGALANT.
39
nit le Ciel en lui - mefme
de s'être trompé fi
heureuſement , & s'en
alla où l'appelloient fes
affaires . Auffitôt qu'il
e fut forti , le Comte courut
à l'Eglife , où il étoit
fûr de trouver la Dame ,
qu'il avertit par un bilelet
, qu'il lui donna ſecretement
, de ce qui ve-
-noit de fe paffer , & de
1
l'artifice dont il s'étoit
fervi pour retirer fa let
tre. Elle ne fut pas fitôt
40 MERCURE
rentrée chez elle , qu'elle
.mit tous les domeſtiques
à la quête du papier , &
fon mari étant de retour,
elle lui demanda . Il lui
avoüa qu'il l'avoit trouvé
, & que le Comte en
ayant beſoin , il lui avoit
laiffé entre les mains .
Me voyez- vous des curiofitez
femblables pour
les lettres que vous recevez
, lui répondit- elle
d'un ton qui faifoit paroître
un peu de colere ?
Si
GALANT 41
Si c'étoit un billet tendre
, fi c'étoit un rendezvous
que l'on me donnât
, feroit - il , agréable.
que vous nous vinffiez
troubler ? Son mari lui
dic en l'embraffant , qu'il
fçavoit fort bien ce que
c'étoit ; & pour l'empêcher
de croire qu'il l'eût
foupçonnée , il l'affura
qu'il avoit cru ce papier
à lui lors qu'il l'avoit ramaffe.
La Dame ne borna
pas fon reffentiment
Avril 1714. D
42 MERCURE
à une raillerie de cette
nature . Elle fe rendit
chez le Comte de meilleure
heure qu'elle n'auroit
fait . La commodité
d'un jardin dans cette
maiſon étoit un
pretexte
pour y aller avant le
temps du foupé. La jaloufie
dans un mari eft
un défaut fi blâmable ,
quand elle n'eft pas bien
fondée , qu'elle fe fit un
devoir de juftifier ce que
le fien lui en avoit fait
J
GALANT. 43
paroître. Tout favorifoit
un fi beau deffein ;
toutes fortes de témoins
étoient éloignez , & le
Comte & la Marquiſe
pouvoient le parler en
liberté. Ce n'étoit plus
par des lettres & par des
fignes qu'ils exprimoient
leur tendreffe . Loin d'avoir
recours à une langue
étrangere , à peine
trouvoient - ils qu'ils
fçuffent affez bien le
François pour fe dire
Dij
44 MERCURE
tout ce qu'ils fentoient ;
& la défiance du mari
leur rendant tout légitime
, la Dame eut des
complaifances pour le
jeune Comte , qu'il n'auroit
pas ofé efperer. Le
mari & le Confeiller étant
arrivez fort tard ,
leur firent de grandes excufes
de les avoir fait fi
long - temps attendre.
On n'eut pas de peine à
les recevoir
, parce que
jamais on ne
s'étoit
4.
GALANT . 45
moins impatienté . Pendant
le foupé leurs yeux
firent leur devoir admirablement
; & la contrainte
où ils fe trouvoient
par la préſence
de deux témoins incommodes
, prêtoit à leurs
regards une éloquence
qui les confoloit de ne
pouvoir s'expliquer avec
plus de liberté. Le mari :
gea
ayant quelque chofe à
dire au Comte
, l'engaà
venir faire avec lui
46 MERCURE
un tour de jardin . Le
Comte en marqua par
un coup d'oeil fon déplaifir
à la Dame , & la.
Dame lui fit connoître
par un autre figne combien
l'entretien du Confeiller
alloit la faire fouffrir.
On fe fepara . Jamais
le Comte n'avoit
trouvé de fi doux momens
que ceux qu'il paffa
dans fon tête - à - tête
avec la Marquife . Il la
quitta fatisfait au derGALANT
. 47
nier point :mais dés qu'il
fut ſeul , il ne put s'abandonner
à lui mefme
fans reffentir les plus
cruelles agitations. Que
n'eut- il point à fe dire
fur l'état où il furprenoit
fon coeur ! Il n'en étoit
pas à connoître que fon
trop de confiance lui avoit
fait faire plus de
chemin qu'il ne lui étoit
permis : mais il s'étoit
imaginé jufques là qu'-
un amuſement avec une
48 MERCURE
coquete ne pouvoit bleffer
en rien la fidelité qu'il
devoit à fa maîtreffe
. Il
s'étoit toujours repofé
fur ce qu'une femme qui
ne pourroit lui donner
qu'un coeur partagé , ne
feroit jamais capable
d'inſpirer au fien un vrai
amour ; & alors il commença
à voir que ce qu'il
avoit traité d'amufement
, étoit devenu une
paffion dont il n'étoit
plus le maitre. Aprés ce
qui
GALANT 49
qui s'étoit paffé avec la
Marquife
, il fe fût flaté
inutilement de l'efperance
de n'en être point
aimé uniquement , & de
bonne foy: Peut - être
même que des doutes
là - deffus auroient été
d'un foible fecours . Il
fongeoit fans ceffe à tout
ce qu'il lupavoit trouvé
de paffion , à cet air vif
& touchant qu'elle don-*
noit à toutes les actions ;
& 'ces réflexions enfin
Avril 1714.
*
E
fo MERCURE
jointes au peu de fuccés
qu'il avoit eu dans l'attachement
qu'il avoit
pris pour la premiere
maîtreffe , mirent fa raifon
dans le parti de fon
coeur, & diffiperent tous
fes remords. Ainfi il s'abandonna
fans fcrupule
à ſon penchant , & ne
fongea plus qu'à fe ménager
mille nouvelles
douceurs avec la Marquife
; mais la jalouſic
les vinte troubler lors
GALANT. S1
qu'il s'y étoit le moins
attendu. Un jour il la
furprit feule avec l'amant
qu'il croyoit qu'el
le cût banni ; & le Cavalier
ne l'eut pas fitôt
quittée , qu'il lui en fic
des reproches , comme
d'un outrage qui ne pouvoit
être pardonné . Vous
n'avez pû long - temps
vous démentir , lui ditil
, Madame. Lorfque
vous m'avez crû affez
engagé , vous avez cellé
E ij
52 MERCURE
de vous faire violence .
J'avoue que j'applaudif
fois à ma paſſion , d'avoir
pû changer vôtre
naturel ; mais des femmes
comme
vous ne
changent jamais. J'avois
tort d'efperer un miracle
en ma faveur . Il la pria
enfuite de ne ſe plus contraindre
pour lui , & l'aſfura
qu'il la laifferoit en
liberté de recevoir toutes
les vifites qu'il lui
plairoit . La Dame fe
GALANT.
$3
connoiffoit trop bien en
dépit , pour rien apprehender
de celui - là . Elle
en tira de nouvelles affurances
de fon pouvoir
fur le jeune Comte ; &
affectant une colere qu'-
elle n'avoit pas , elle lui
fic comprendre qu'elle
ne daignoit pas ſe juſtifier
, quoy qu'elle eût de
bonnes raifons , qu'elle
lui cachoit pour le punir.
Elle lui fit même
promettre plus pofitive-
E iij
$4 MERCURE
ment qc'il n'avoit fait ,
de ne plus revenir chez
elle. Ce fut là où il put
s'appercevoir combien il
étoit peu maître de ſa
paffion . Dans un moment
il fe trouva le feul
criminel ; & plus affligé
de l'avoir irritée par les
reproches , que de la trahifon
qu'il penfoit lui
eftre faite , il fe jetta à
fes genoux , trop heureux
de pouvoir efperer
le pardon , qu'il croyoit
GALANT .
$$
auparavant qu'on lui devoit
demander
. Par quelles
foumiffions ne tâcha
t- il point de le meriter !
Bien loin de lui remetles
tre devant les yeux
marques de paffion qu'il
avoit reçues d'elle , &
qui fembloient lui donner
le droit de ſe plaindre
, il paroiffoit les avoir
oubliées , ou s'il s'en
refſouvenoit , ce n'étoit
que pour le trouver cent
fois plus coupable . Il
E mij
56 MERCURE
n'alleguoit que l'excés
de fon amour qui le faifoit
ceder à la jalousie ,
& quien de pareilles occafions
ne s'explique jamais
mieux que par la
colere. Quand elle crut
avoir pouffé fon triomphe
affez loin , elle lui
jetta un regard plein de
douceur , qui en un moment
rendit à fon ame
toute fa tranquilité . C'eft
affez me contraindre ,
lui dit- elle ; auffi bien ma
•
"
GALANT. SZ
joye & mon amour commencent
à me trahir.
Non , mon cher Comte
, ne craignez point
que je me plaigne de vôtre
colere. Je me plaindrois
bien plutôt fi vous
n'en aviez point eu . Vos
reproches il est vrai ,
>
bleffent ma fidelité : mais
je leur pardonne ce qu'ils
ont d'injurieux , en faveur
de ce qu'ils ont de
paffionné. Ces affurances
de vôtre tendreffe m'é58
MERCURE
toient fi cheres , qu'elles
ont arrefté jufqu'ici l'im
patience que j'avois de
me juftifier. Là - deffus
elle lui fit connoître
combien ſes ſoupçons étoient
indignes d'elle &
de lui ; que n'ayant point
défendu au Cavalier de
venir chez elle , elle n'avoit
pu refufer de le voir;
qu'un tel refus auroit été
une faveur pour lui ; que.
s'il le
fouhaitoit pourtant
, elle lui défendroit
V
GALANT. 59
fa maiſon pour jamais :
mais qu'il confiderât
combien il feroit peu
agreable pour elle , qu'-
un homme de cette forte
s'allât vanter dans le
monde qu'elle cuft rompu
avec lui , & laiſsât
croire qu'il y euft des
gens à qui il donnoit de
l'ombrage. L'amoureux
Comte étoit fi touché
des marques de tendreſſe
qu'on venoit de lui donner
, qu'il ſe feroit vo60
MERCURE
>
lontiers payé d'une plus
méchante raiſon . Il eut
honte de fes foupçons ,
& la pria lui- meſine de
ne point changer de conduite
. Il paffa ainfi quelques
jours à recevoir fans
ceffe de nouvelles affurances
qu'il étoit aimé ,
& il merita dans peu
qu'on lui accordât une
entrevue fecrete la nuit .
Le mari étoit à la campagne
pour quelque
temps ; & la Marquife ,
*
1
GALANT. 61
maîtreffe alors d'ellemeſme
, ne voulut pas
perdre une occafion fi
favorable de voir fon a
mant avec liberté . Le
jour que le Comte étoit
attendu chez elle fur les
neuf heures du foir , le
Confeiller foupant avec
lui , ( ce qu'il faifoit fort
fouvent ) voulut le mener
à une affemblée de
femmes du voisinage ,
qu'on regaloit d'un concert
de voix & d'inftru62
MERCURE
mens. Le Comte s'en
excufa , & ayant laiffé
fortir le Confeiller , qui
le preffa inutilement de
venir jouir de ce regal ,
il fe rendit chez la Dame
, qui les reçut avec
beaucoup de marques
d'amour
. Aprés quatre
heures d'une converfation
trés-tendre , il falut
fe féparer. Le Comte cut
fait à peine dix pas dans
la ruë , qu'il ſe vit ſuivi
d'un homme qui avoit le
GALANT. 63
vifage envelopé d'un
manteau . Il marcha toujours
; & s'il le regarda
comme un efpion , il eut
du moins le plaifir de
remarquer
qu'il étoit
trop grand pour être le
mari de la Marquife . En
rentrant chez lui , il trouva
encore le pretendu
cfpion , qu'il reconnut
enfin pour le Confeiller.
Les refus du jeune Comte
touchant le concert
de voix , lui avoit fait
64 MERCURE
croire qu'il avoit un rendez-
vous. Il le foupçonnoit
déja d'aimer la Marquife
, & fur ce foupçon
il etoit venu l'attendre à
quelques pas de fa porte
, & l'avoit vû fe couler
chez elle. Il y avoit
frapé auffitôt , & la fui-:
vante lui étoit venu dire
de la part de fa maîtreffe,
qu'un grand mal de tête
l'obligeoit à fe coucher ,
& qu'il lui étoit impoffible
de le recevoir. Par
cette
GALANT. 65
cette réponſe il avoit
compris tout le myftere.
Il fuivit le Comte dans
fa chambre , & lui ayam
declaré ce qu'il avoit fait
depuis qu'ils s'étoient
quittez : Vous avez pris ,
lui dit - il , de l'engagement
pour la Marquife ;
il faut qu'en fincere ami
je vous la faffe connoître.
J'ai commencé à l'aimer
avant que vous yinfficz
loger avec moy , &
quand elle a fçû nôtre
Avril 1714.
F
66 MERCURE
liaifon , elle m'a fait promettre
par tant de fermens
, que je vous ferois
un fecret de cet amour ,
que je n'ai ofé vous en
parler . Vous fçavez , me
difoit - elle , qu'il aime
une perfonne qui me hait
mortellement . Il ne manquera
jamais de lui apprendre
combien mon
coeur eft foible pour
vous. La diſcretion qu'-
on doit à un ami ne tient
guere contre la joye que
GALANT. 67
l'on a quand on croit
pouvoir divertir une
maîtreffe. La perfide
vouloit même que je lui
fuffe obligé de ce qu'elle
conſentoit à recevoir
vos vifites. Elle me recommandoit
fans ceffe
de n'aller jamais la voir
avec vous ; & quand
vous arriviez , elle affectoit
un air chagrin dont
je me plaignois quelquefois
à elle , & qu'apparemment
elle vous laif,
F ij
68 MERCURE
foit expliquer favorablement
pour vous . Mille
fignes & mille geſtes ,
qu'elle faifoit dans ces
temps - là , nous étoient
t
fans doute communs . Je
rappelle préfentement
une infinité de chofes
que je croyois alors indifferentes
, & je ne doute
point qu'elle ne fe foit
fait un merite auprés de
vous , de la partie qu'elle
fit il y a quelque temps
de fouper ici . Cependant
GALANT . 69
quand elle vous vit engagé
dans le jardin avec
fon mari , quels tendres
reproches ne me fit- elle
point d'être revenu ' fi
tard de la campagne , &
de l'avoir laiffée filongtemps
avec un homme
qu'elle n'aimoit pas !
Hier même encore qu'-
elle me préparoit avec
vous une trahiſon ſi noire
elle eut le front de
vous faire porteur d'une
lettre , par laquelle elle
70 MERCURE
me donnoit un rendezvous
pour ce matin ,
vous difant que c'étoit
un papier que fon mari
l'avoit chargée en partant
de me remettre. Le
Comte étoit fi troublé
de tout ce que le Confeiller
lui difoit , qu'il
n'eut pas la force de l'interrompre.
Dés qu'il fut
remis , il lui apprit comme
fon amour au commencement
n'étoit qu'
un jeu , & comme dés
GALANT. 71
S
lors la Marquife lui avoit
fait les mêmes loix
de difcretion qu'à lui.
Ils firent enfuite d'autres
éclairciffemens , qui
découvrirent au Comte
qu'il ne devoit qu'à la
coquetterie de la Dame
ce qu'il croyoit devoir à
fa paffion ; car c'étoit le
Confeiller qui avoit exigé
d'elle qu'elle ne vît
plus tant de monde , &
fur- tout qu'elle éloignât
fon troifiéme amant ; &
72 MERCURE
ils trouverent que quand
elle l'eut rappellé , elle
avoit allegué le même
pretexte
au Confeiller
qu'au Comte , pour continuer
de le voir. Il n'y
a gueres
d'amour
à l'épreuve
d'une telle perfidie
; auffi ne fe piquerent-
ils pas de conftance
pour une femme qui la
méritoit fi peu . Le Comte
honteux de la trahifon
qui'l avoit faite à fa premiere
maitreſſe , refolut
de
GALANT .
73
de n'avoir plus d'affiduitez
que pour elle feule ,
& le Confeiller fut bientôt
determiné fur les mefures
qu'il avoit à prendre
mais quelque promeffe
qu'ils fe fillent l'un
à l'autre de ne plus voir
la Marquife , ils ne purent
fe refufer le foulagement
de lui faire des reproches.
Dés qu'il leur
parut qu'ils la trouveroient
levée , ils fe tendirent
chez elle . Le
Avril
1714.
G
74 MERCURE
Comte lui dit d'abord ,
que le Confeiller étant
fon ami , l'avoit voulu
faire profiter du rendezvous
qu'elle lui avoit
donné , & qu'ainſi elle
ne devoit pas s'étonner
s'ils venoient enſemble .
Le Conſeiller prit aufſi.
tôt la parole , & n'oublia
rien de tout ce qu'il
crut capable de faire
honte à la Dame , & de
le vanger de fon infidelité.
Il lui remit devant
M
GALANT . 75
les yeux l'ardeur fincere
avec laquelle il l'avoit
aimée , les marques de
paffion qu'il avoit reçûës
d'elle , & les fermens
: qu'elle lui avoit tant de
I fois reiterez de n'aimer
jamais que lui . Elle l'écouta
fans l'interrompre
; & ayant pris fon
parti pendant qu'il parloit
: Il eft vrai , lui ré-
#pondit - elle d'un air
moins embaraffé que jamais
, je vous avois pro-
Gij
76 MERCURE
mis de n'aimer que vous :
mais vous avez attiré
Monfieur le Comte dans
ce quartier , vous l'avez
amené chez moy , & il
eft venu à m'aimer .D'ailleurs
, de quoy pouvezvous
vous plaindre ?
Tout ce qui a dépendu
de moy pour vous rendre
heureux , je l'ai fait.
Vous fçavez vous - même
quelles précautions
j'ai prifes pour vous cacher
l'un à l'autre vôtre
GALANT . 77
paffion . Si vous l'aviez
fçûë , vôtre amitié vous
auroit coûté des violences
ou des remords , que
ma bonté & ma prudence
vous ont épargnez .
N'eft- il pas vrai qu'avant
cette nuit , que vous aviez
épić Monfieur le
Comte , vous étiez tous
deux les amans du monde
les plus contens ? Suisje
coupable de vôtre indifcrétion
Pourquoy me
venir chercher le foir ?
Giij
78 MERCURE
Ne vous avois - je pas averti
par une lettre que
je donnai à Monfieur le
Comte , de ne venir que
ce matin ? Tout cela fut
dit d'une maniere fi lipeu
déconcerbre
, &
fi
tée
, que
ce
trait
leur
fit
connoître la Dame encore
mieux qu'ils n'avoient
fait . Ils admirerent
un caractere fi particulier
, & laifferent à
qui le voulut la liberté
d'en être la dupe . La
"
GALANT. 79
Marquife fe confola de
leur perte , en faiſant
croire au troifieme amant
nouvellement rappellé
, qu'elle les avoit
bannis pour lui ; & comme
elle ne pouvoit vivre
fans intrigue , elle en fit
· bientôt une nouvelle .
nouvelle.
U
LYON
N jeune Comte ,
d'une des meilleures
Maifons
du Royaume , s'étant
nouvellement établi das
Avril 1714. A ij
4 MERCURE
un quartier où le jeu &
la galanterie regnoient
également , fut obligé
d'y prendre parti comme
les autres ; & parce
que fon coeur avoit des
engagemens ailleurs , il
fe declara pour le jeu ,
comme pour fa paffion
dominante mais le peu
d'empreffement qu'il y
avoit , faifoit affez voir
qu'il fe contraignoit , &
l'on jugea que c'étoir un
homme qui ne s'attaGALANT
.
S
choit à rien , & qui dans
la neceffité de choiſir
avoit encore mieux aimé
cet amuſement, que
de dire à quelque belle
ce qu'il ne fentoit pas .
Un jour une troupe de
jeunes Dames qui ne
joüoient point , l'entreprit
fur fon humeur indifferente.
Il s'en défendit
le mieux qu'il put ,
alleguant fon peu de
merite , & le peu d'ef
perance qu'il auroit d'ê-
A iij
6 MERCURE
tre heureux en amour :
mais on lui dit que
quand il fe connoîtroit
affez mal pour avoir une
fi méchante opinion de
lui - même , cette raiſon
feroit foible contre la
vûë d'une belle perfonne
; & là - deffus on le
menaça des charmes d'u
ne jeune Marquife , qui
demeuroit dans le voifinage
, & qu'on attendoit.
Il ne manqua pas de leur
repartir qu'elles-mêmes
GALANT.
7.
ne fe connoiffoient point
affez , & que s'il pouvoit
échaper au peril où il
fe trouvoit alors , il ne
devoit plus rien craindre
pour fon coeur . Pour
réponse à fa galanterie ,
elles lui montrerent la
Dame dont il étoit queftion
, qui entroit dans
ce moment . Nous parlions
de vous , Madame ,
lui dirent - elles en l'appercevant
. Voici un indifferent
que nous vous
A iiij
8 MERCURE
donnons à convertir :
Vous y êtes engagée
d'honneur ; car il femble
yous défier auffi - bien
que nous. La Dame &
le jeune Comte ſe reconnurent
, pour s'être
vûs quelquefois à la campagne
chez une de leurs
amies . Elle étoit fort convaincuë
qu'il ne meritoit
rien moins que le
reproche qu'on luy faifoit
, & il n'étoit que
trop ſenſible à ſon gré :
GALANT. 9
mais elle avoit les raifons
pour feindre de croire
ce qu'on lui difoit.
C'étoit une occafion de
commerce avec un homme
, fur lequel depuis
long - temps elle avoit
fait des deffeins qu'elle
n'avoit pû executer . Elle
lui trouvoit de l'efprit
& de l'enjouement , &
elle avoit hazardé des
complaisāces pour beaucoup
de gens qui afſurément
ne le valoient
to MERCURE
pas : mais fon plus grand
merite étoit l'opinion
qu'elle avoit qu'il fût aimé
d'une jeune Demoifelle
qu'elle haïffoit , &
dont elle vouloit fe vanger.
Elle prit donc fans
balancer le parti qu'on
lui offroit ; & aprés lui
avoit dit qu'il faloit qu'-
on ne le crût pas bien
endurci , puis qu'on s'adreffoit
à elle pour le
toucher , elle entreprit
de faire un infidele , fous
GALANT . 11
pretexte de convertir un
indifferent. Le Comte
aimoit paffionsément la
Demoiſelle dont on le
croyoit aimé, & il tenoit
à elle par des
engagemens
fi puiffans
, qu'il
ne craignoit
pas que rien
l'en pût détacher
. Sur
tout il fe croyoit
fort en
fûreté contre les charmes
de la Marquife. Il
la connoiffoit pour une
de ces coquettes de profeffion
qui veulent , à
12 MERCURE
quelque prix que ce ſoit ,
engager tout le monde ,
& qui ne trouvent rien
de plus honteux que de
manquer une conquête .
Il fçavoit encore quedepuis
peu elle avoit un
amant , dont la nouveauté
faifoit le plus grand
merite , & pour qui elle
avoit rompu avec un
autre qu'elle aimoit depuis
long - temps , & à
qui elle avoit des obligations
effentielles . Ces
と
GALANT .
13
connoiffances lui fmbloient
un remede affuré
contre les tentations
les plus preffantes. La
Dame l'avoit affez veu
pour connoître quel étoit
fon éloignement
pour des femmes
de fon
caractere
: mais cela ne
fit que flater fa vanité.
Elle trouva plus de gloire
à triompher
d'un
coeur qui devoit être fi
bien défendu. Elle lui
fit d'abord
des reproches
14 MERCURE
de ne l'eftre pas venu
voir depuis qu'il étoit
dans le quartier , & l'engagea
à reparer fa faute
dés le lendemain . Il
alla chez elle , & s'y fit
introduire par un Confeiller
de fes amis , avec
qui il logcoit , & qui
avoit des liaiſons étroites
avec le mari de la
Marquife, Les honneftetez
qu'elle lui fit l'obligerent
enfuite d'y aller
plufieurs fois fans inGALANT.
15
troducteur ; & à chaque
yifite la Dame mit en
ufage tout ce qu'elle
crut de plus propre à .
l'engager. Elle trouva
d'abord toute la refiftance
qu'elle avoit attendue.
Ses foins , loin .
de faire effet , ne lui attirerent
pas feulement
une parole qui tendît à
une declaration : mais
elle ne defefpera point
pour cela du pouvoir de
fes charmes ; ils l'avoient
16 MERCURE
fervie trop fidelement en
d'autres occafions
, pour
ne lui donner pas lieu
de fe flater d'un pareil
fuccés en celle - ci ; elle
crut mefme remarquer
bientôt qu'elle ne s'étoit
pas trompée. Les vifites
du Comte furent
plus frequentes : elle lui
trouvoit un enjouëment
que l'on n'a point quand
on n'a aucun deffein de
plaire.Mille railleries divertissantes
qu'il faifoit
fur
+
GALANT . 17
für fon nouvel amant ;
le chagrin qu'il témoignoit
quand il ne pouvoit
eftre feul avec elle ;
Fattention qu'il preftoit.
aux moindres chofes
qu'il luy voyoit faire :
tout cela lui parut d'un
augure merveilleux , &
il eft certain que fi elle
n'avoit pas encore le
coeur de ce pretendu indifferent
, elle occupoit.
du moins fon efprit . Ih
alloit plus rarement chez
Avril 1714. B :
18 MERCURE
la Demoiſelle qu'il aimoit
, & quand il étoit
avec elle, il n'avoit point
d'autre foin , que de faire
tomber le difcours fur
la Marquife . Il aimoit
mieux railler d'elle que
de n'en rien dire . Enfin
foit qu'il fût feul , ou
en compagnie , fon idée
ne l'abandonnoit jamais
. Quel dommage ,
difoit - il quelquefois
que le Ciel ait répandu
tant de graces dans une
,
GALANT . 19
coquette ? Faut - il que la
voyant fi aimable , on
ait tant de raiſon de ne
point l'aimer ? Il ne pouvoit
lui pardonner tous
fes charmes ; & plus il
lui en trouvoit , plus il
croyoit la haïr. Il s'oublia
même un foir jufques
à lui reprocher fa
conduite , mais avec une
aigreur qu'elle n'auroit,
pas ofé efperer fitoft. A
quoy bon , lui dit- il ,
Madame , toutes ces oil-
Bij
20 MERCURE
lades & ces manieres étu
diées que chacun regarde
, & dont tant de gens
fe donnent le droit de
parler Ces foins de
chercher à plaire à tout
le monde , ne font pardonnables
qu'à celles à
qui ils tiennent lieu de
beauté . Croyez - moy ,
Madame , quittez des
affectations qui font indignes
de vous. C'étoit
où on l'attendoit . La
Dame étoit trop habile
GALANT. 2ม1
pour ne diftinguer past
les confeils de l'amitié
des reproches de la jaloufie
. Elle lui en marqua
de la reconnoiſſance
, & tâcha enfuite de
lui perfuader que ce qui
paroiffoit coquetterie ,
n'étoit en elle que la
crainte
d'un veritable
attachement ; que du
naturel dont elle fe connoiffoit
, elle ne pourroit
être heureufe dans.
un engagement , parce
22 MERCURE
qu'elle ne ſe verroit jamais
aimée , ni avec la
même fincerité , ni avec
la même delicateſſe dont
elle fouhaiteroit de l'être
, & dont elle fçavoit
bien qu'elle aimeroit .
Enfin elle lui fit an faux
portrait de fon coeur , qui
fut pour lui un veritable
poifon. Il ne pouvoit
croire tout à fait qu'elle
fût fincere : mais il ne
pouvoit s'empefcher de
le fouhaiter. Il cherGALANT.
23
choit des
apparences
ce qu'elle
lui difoit , &
il lui rappelloit
mille actions
qu'il lui avoit vû
faire , afin qu'elle les juſtifiât
; & en effet , fe fervant
du pouvoir qu'elle
commençoit à prendre
fur lui , elle y donna
des couleurs qui diffiperent
une partie de fes
foupçons mais qui
pourtant n'auroient pas
trompé un homme qui
cuft moins fouhaité de
24 MERCURE
l'eftre. Cependant, ajouta-
t- elle d'un air enjoüé ,
je ne veux pas tout à fait
difconvenir d'un défaut
qui peut me donner lieu
de vous avoir quelque
obligation . Vous fçavez
ce que j'ai entrepris pour
vous corriger de celui
qu'on vous reprochoit .
Le peu de fuccés que j'ai
eu ne vous diſpenſe pas
de reconnoître mes bonnes
intentions , & vous
me devez les mefmes
foins.
GALANT. 25
foins . Voyons fi vous ne
ferez pas plus heureux à
fixer une inconftante ,
que je l'ay été à toucher
un infenfible. Cette propofition
, quoique faite
en riant , le fit rentrer en
lui - mefme , & alarma
d'abord fa fidelité . Il vit
qu'elle n'avoit peut - eftre
que trop reüffi dans
fon entrepriſe , & il reconnut
le danger où il
étoit : mais fon penchant
commençant à lui ren-
Avril 1714.
C
26 MERCURE
dre ces reflexions facheuſes
, il tâcha bientôt
à s'en délivrer . Il
penfa avec plaifir que fa
crainte étoit indigne de
lui , & de la perfonne
qu'il aimoit depuis fi
long- temps . Sa delicateffe
alla meſme juſqu'à
fe la reprocher
comme
une infidelité
; & aprés
s'eftre dit à foy- meſme
,
que c'étoit déja eſtre inconftant
que de craindre
de changer , il embraſſa
GALANT . 27
avec joye le parti qu'on
lui offroit . Ce fut un
commerce fort agreable
de part & d'autre. Le
pretexte qu'ils prenoient
rendant leur empreffement
un jeu , ils goutoient
des plaifirs qui
n'étoient troublez d'aucuns
fcrupules. L'Italien
, qu'ils fçavoient tous
deux , étoit l'interprete :
de leurs tendres fentimens.
Ils ne fe voyoient
jamais qu'ils n'euffent à
Cij
28 MERCURE
fe donner un billet en
cette langue ; car pour
plus grande feureté, ils
étoient convenus qu'ils
ne s'enverroient jamais
leurs lettres . Sur - tout
elle lui avoit défendu dé
parler de leur commerce
au Confeiller avec qui
il logcoit , parce qu'il
étoit beaucoup plus des
amis de fon mari que des
fiens , & qu'autrefois ,
fur de moindres apparences,
il lui avoit donné
GALANT . 29
des foupçons d'elle fort
defavantageux . Elle lui
marqua même des heures
où il pouvoit le moins
craindre de les rencontrer
chez elle l'un ou
l'autre , & ils convinrent
de certains fignes d'intelligence
pour les temps
qu'ilsyferoient. Cemyf
tere étoit un nouveau
charme pour le jeune
Comte. La Marquife
prit enfuite des manieres
fiéloignées d'une co-
C
iij
30 MERCURE
quette , qu'elle acheva
bientoft
de le perdre
.
Jufques là elle avoit eu
un de ces caracteres enjoüez
, qui reviennent
quafi à tout le monde ,
mais qui deſeſperent un
amant ; & elle le quitta
pour en prendre un tout
oppofé , fans le lui faire
valoir comme un facri.
fice . Elle écarta fon nouvel
amant , qui étoit un
Cavalier fort bien fait .
Enfin loin d'aimer l'éGALANT.
31
clat , toute fon application
étoit d'empêcher
qu'on ne s'apperçût de
l'attachement que le
Comte avoit pour elle :
mais malgré tous fes
foins, il tomba unjour de
ſes poches une lettre que
fon mari ramaffa fans
qu'elle y prît garde . 11
n'en connut point le caractere
, & n'en entendit
pas le langage : mais ne
doutant pas que ce ne
fût de l'Italien , il courut
Ciiij
32 MERCURE
chez le Conſeiller , qu'il
fçavoit bien n'être pas
chez lui , feignant de lui
vouloir
communiquer
quelque affaire . C'étoit
afin d'avoir occafion de
parler au Comte , qu'il
ne foupçonnoit point
d'être l'auteur de la lettre
, parce qu'elle étoit
d'une autre main. Pour
prévenir les malheurs
qui arrivent quelquefois
des lettres perduës , le
Comte faifoit écrire touGALANT
. 33
tes celles qu'il donnoit à
la Marquise par une perfonne
dont le caractere
étoit inconnu . Il lui avoit
porté le jour precedent
le billet Italien
dont il s'agiffoit. Il étoit
écrit fur ce qu'elle avoit
engagé le Confeiller à
lui donner
à fouper ce
même jour- là ; & parce
qu'elle avoit fçû qu'il
devoit aller avec fon mari
à deux lieuës de Paris
l'apréfdînée , & qu'ils
34 MERCURE
n'en reviendroient que
fort tard , elle étoit convenue
avec ſon amant
qu'elle fe rendroit chez
lui avant leur retour. La
lettre du Comte étoit
pour l'en faire fouvenir ,
& comme un avantgoût
de la fatisfaction qu'ils
promettoient cette fe
foirée. Le mari n'ayant
point trouvé le Confeiller
, demanda le Comte .
Dés qu'il le vit , il tira
de fa poche d'un air emGALANT
.
35
preffé quantité de papiers
, & le pria de les
lui remettre quand il
féroit revenu. Parmi ces
papiers étoit celui qui
lui donnoit tant d'agitation
. En voici un , lui
dit- il en feignant de s'être
mépris , qui n'en eſt
pas. Je ne fçai ce que
c'eft , voyez fi vous l'entendrez
mieux que moy :
& l'ayant ouvert , il en
lut lui - mefme les premie-i
res lignes , de peur que
36 MERCURE
le Comte
jettant les
yeux fur la fuite , ne connût
la part que la Marquife
y pouvoit avoir ,
& que la crainte de lui
apprendre de fâcheufes
nouvelles , ne l'obligeât
à lui déguifer la verité.
Le Comte fut fort furpris
quand il reconnut
fa lettre. Untrouble foudain
s'empara de fon efprit
, & il eut befoin que
le mari fût occupé de fa
lecture , pour lui donner
(
GALANT. 37
le temps de fe remettre .
Aprés en avoir entendu
le commencement : Voila
, dit - il , contrefaifant
¡ l'étonné , ce que je chersche
depuis long - temps .
C'est le rôle d'une fille
qui ne fçait que l'Italien ,
- & qui parle à ſon amant
qui ne l'entend pas . Vous
a
aurez veu cela dans une
Comedie Françoiſe qui
a paru cet hyver. Mille
gens me l'ont demandé ,
& il faut que vous me
38.
MERCURE
faffiez le plaifir de me
le laiffer. J'y confens , lui
répondit le mari , pourveu
que vous le rendiez
à ma femme , car je croy
qu'il eft à elle. Quand le
jeune Comte crut avoir
porté affez loin la crédulité
du mari , il n'y
eut pas un mot dans ce
prétendu rôle Italien ,
dont il ne lui voulût faire
entendre l'explication
: mais le mari ayant
ce qu'il fouhaitoit , béGALANT.
39
nit le Ciel en lui - mefme
de s'être trompé fi
heureuſement , & s'en
alla où l'appelloient fes
affaires . Auffitôt qu'il
e fut forti , le Comte courut
à l'Eglife , où il étoit
fûr de trouver la Dame ,
qu'il avertit par un bilelet
, qu'il lui donna ſecretement
, de ce qui ve-
-noit de fe paffer , & de
1
l'artifice dont il s'étoit
fervi pour retirer fa let
tre. Elle ne fut pas fitôt
40 MERCURE
rentrée chez elle , qu'elle
.mit tous les domeſtiques
à la quête du papier , &
fon mari étant de retour,
elle lui demanda . Il lui
avoüa qu'il l'avoit trouvé
, & que le Comte en
ayant beſoin , il lui avoit
laiffé entre les mains .
Me voyez- vous des curiofitez
femblables pour
les lettres que vous recevez
, lui répondit- elle
d'un ton qui faifoit paroître
un peu de colere ?
Si
GALANT 41
Si c'étoit un billet tendre
, fi c'étoit un rendezvous
que l'on me donnât
, feroit - il , agréable.
que vous nous vinffiez
troubler ? Son mari lui
dic en l'embraffant , qu'il
fçavoit fort bien ce que
c'étoit ; & pour l'empêcher
de croire qu'il l'eût
foupçonnée , il l'affura
qu'il avoit cru ce papier
à lui lors qu'il l'avoit ramaffe.
La Dame ne borna
pas fon reffentiment
Avril 1714. D
42 MERCURE
à une raillerie de cette
nature . Elle fe rendit
chez le Comte de meilleure
heure qu'elle n'auroit
fait . La commodité
d'un jardin dans cette
maiſon étoit un
pretexte
pour y aller avant le
temps du foupé. La jaloufie
dans un mari eft
un défaut fi blâmable ,
quand elle n'eft pas bien
fondée , qu'elle fe fit un
devoir de juftifier ce que
le fien lui en avoit fait
J
GALANT. 43
paroître. Tout favorifoit
un fi beau deffein ;
toutes fortes de témoins
étoient éloignez , & le
Comte & la Marquiſe
pouvoient le parler en
liberté. Ce n'étoit plus
par des lettres & par des
fignes qu'ils exprimoient
leur tendreffe . Loin d'avoir
recours à une langue
étrangere , à peine
trouvoient - ils qu'ils
fçuffent affez bien le
François pour fe dire
Dij
44 MERCURE
tout ce qu'ils fentoient ;
& la défiance du mari
leur rendant tout légitime
, la Dame eut des
complaifances pour le
jeune Comte , qu'il n'auroit
pas ofé efperer. Le
mari & le Confeiller étant
arrivez fort tard ,
leur firent de grandes excufes
de les avoir fait fi
long - temps attendre.
On n'eut pas de peine à
les recevoir
, parce que
jamais on ne
s'étoit
4.
GALANT . 45
moins impatienté . Pendant
le foupé leurs yeux
firent leur devoir admirablement
; & la contrainte
où ils fe trouvoient
par la préſence
de deux témoins incommodes
, prêtoit à leurs
regards une éloquence
qui les confoloit de ne
pouvoir s'expliquer avec
plus de liberté. Le mari :
gea
ayant quelque chofe à
dire au Comte
, l'engaà
venir faire avec lui
46 MERCURE
un tour de jardin . Le
Comte en marqua par
un coup d'oeil fon déplaifir
à la Dame , & la.
Dame lui fit connoître
par un autre figne combien
l'entretien du Confeiller
alloit la faire fouffrir.
On fe fepara . Jamais
le Comte n'avoit
trouvé de fi doux momens
que ceux qu'il paffa
dans fon tête - à - tête
avec la Marquife . Il la
quitta fatisfait au derGALANT
. 47
nier point :mais dés qu'il
fut ſeul , il ne put s'abandonner
à lui mefme
fans reffentir les plus
cruelles agitations. Que
n'eut- il point à fe dire
fur l'état où il furprenoit
fon coeur ! Il n'en étoit
pas à connoître que fon
trop de confiance lui avoit
fait faire plus de
chemin qu'il ne lui étoit
permis : mais il s'étoit
imaginé jufques là qu'-
un amuſement avec une
48 MERCURE
coquete ne pouvoit bleffer
en rien la fidelité qu'il
devoit à fa maîtreffe
. Il
s'étoit toujours repofé
fur ce qu'une femme qui
ne pourroit lui donner
qu'un coeur partagé , ne
feroit jamais capable
d'inſpirer au fien un vrai
amour ; & alors il commença
à voir que ce qu'il
avoit traité d'amufement
, étoit devenu une
paffion dont il n'étoit
plus le maitre. Aprés ce
qui
GALANT 49
qui s'étoit paffé avec la
Marquife
, il fe fût flaté
inutilement de l'efperance
de n'en être point
aimé uniquement , & de
bonne foy: Peut - être
même que des doutes
là - deffus auroient été
d'un foible fecours . Il
fongeoit fans ceffe à tout
ce qu'il lupavoit trouvé
de paffion , à cet air vif
& touchant qu'elle don-*
noit à toutes les actions ;
& 'ces réflexions enfin
Avril 1714.
*
E
fo MERCURE
jointes au peu de fuccés
qu'il avoit eu dans l'attachement
qu'il avoit
pris pour la premiere
maîtreffe , mirent fa raifon
dans le parti de fon
coeur, & diffiperent tous
fes remords. Ainfi il s'abandonna
fans fcrupule
à ſon penchant , & ne
fongea plus qu'à fe ménager
mille nouvelles
douceurs avec la Marquife
; mais la jalouſic
les vinte troubler lors
GALANT. S1
qu'il s'y étoit le moins
attendu. Un jour il la
furprit feule avec l'amant
qu'il croyoit qu'el
le cût banni ; & le Cavalier
ne l'eut pas fitôt
quittée , qu'il lui en fic
des reproches , comme
d'un outrage qui ne pouvoit
être pardonné . Vous
n'avez pû long - temps
vous démentir , lui ditil
, Madame. Lorfque
vous m'avez crû affez
engagé , vous avez cellé
E ij
52 MERCURE
de vous faire violence .
J'avoue que j'applaudif
fois à ma paſſion , d'avoir
pû changer vôtre
naturel ; mais des femmes
comme
vous ne
changent jamais. J'avois
tort d'efperer un miracle
en ma faveur . Il la pria
enfuite de ne ſe plus contraindre
pour lui , & l'aſfura
qu'il la laifferoit en
liberté de recevoir toutes
les vifites qu'il lui
plairoit . La Dame fe
GALANT.
$3
connoiffoit trop bien en
dépit , pour rien apprehender
de celui - là . Elle
en tira de nouvelles affurances
de fon pouvoir
fur le jeune Comte ; &
affectant une colere qu'-
elle n'avoit pas , elle lui
fic comprendre qu'elle
ne daignoit pas ſe juſtifier
, quoy qu'elle eût de
bonnes raifons , qu'elle
lui cachoit pour le punir.
Elle lui fit même
promettre plus pofitive-
E iij
$4 MERCURE
ment qc'il n'avoit fait ,
de ne plus revenir chez
elle. Ce fut là où il put
s'appercevoir combien il
étoit peu maître de ſa
paffion . Dans un moment
il fe trouva le feul
criminel ; & plus affligé
de l'avoir irritée par les
reproches , que de la trahifon
qu'il penfoit lui
eftre faite , il fe jetta à
fes genoux , trop heureux
de pouvoir efperer
le pardon , qu'il croyoit
GALANT .
$$
auparavant qu'on lui devoit
demander
. Par quelles
foumiffions ne tâcha
t- il point de le meriter !
Bien loin de lui remetles
tre devant les yeux
marques de paffion qu'il
avoit reçues d'elle , &
qui fembloient lui donner
le droit de ſe plaindre
, il paroiffoit les avoir
oubliées , ou s'il s'en
refſouvenoit , ce n'étoit
que pour le trouver cent
fois plus coupable . Il
E mij
56 MERCURE
n'alleguoit que l'excés
de fon amour qui le faifoit
ceder à la jalousie ,
& quien de pareilles occafions
ne s'explique jamais
mieux que par la
colere. Quand elle crut
avoir pouffé fon triomphe
affez loin , elle lui
jetta un regard plein de
douceur , qui en un moment
rendit à fon ame
toute fa tranquilité . C'eft
affez me contraindre ,
lui dit- elle ; auffi bien ma
•
"
GALANT. SZ
joye & mon amour commencent
à me trahir.
Non , mon cher Comte
, ne craignez point
que je me plaigne de vôtre
colere. Je me plaindrois
bien plutôt fi vous
n'en aviez point eu . Vos
reproches il est vrai ,
>
bleffent ma fidelité : mais
je leur pardonne ce qu'ils
ont d'injurieux , en faveur
de ce qu'ils ont de
paffionné. Ces affurances
de vôtre tendreffe m'é58
MERCURE
toient fi cheres , qu'elles
ont arrefté jufqu'ici l'im
patience que j'avois de
me juftifier. Là - deffus
elle lui fit connoître
combien ſes ſoupçons étoient
indignes d'elle &
de lui ; que n'ayant point
défendu au Cavalier de
venir chez elle , elle n'avoit
pu refufer de le voir;
qu'un tel refus auroit été
une faveur pour lui ; que.
s'il le
fouhaitoit pourtant
, elle lui défendroit
V
GALANT. 59
fa maiſon pour jamais :
mais qu'il confiderât
combien il feroit peu
agreable pour elle , qu'-
un homme de cette forte
s'allât vanter dans le
monde qu'elle cuft rompu
avec lui , & laiſsât
croire qu'il y euft des
gens à qui il donnoit de
l'ombrage. L'amoureux
Comte étoit fi touché
des marques de tendreſſe
qu'on venoit de lui donner
, qu'il ſe feroit vo60
MERCURE
>
lontiers payé d'une plus
méchante raiſon . Il eut
honte de fes foupçons ,
& la pria lui- meſine de
ne point changer de conduite
. Il paffa ainfi quelques
jours à recevoir fans
ceffe de nouvelles affurances
qu'il étoit aimé ,
& il merita dans peu
qu'on lui accordât une
entrevue fecrete la nuit .
Le mari étoit à la campagne
pour quelque
temps ; & la Marquife ,
*
1
GALANT. 61
maîtreffe alors d'ellemeſme
, ne voulut pas
perdre une occafion fi
favorable de voir fon a
mant avec liberté . Le
jour que le Comte étoit
attendu chez elle fur les
neuf heures du foir , le
Confeiller foupant avec
lui , ( ce qu'il faifoit fort
fouvent ) voulut le mener
à une affemblée de
femmes du voisinage ,
qu'on regaloit d'un concert
de voix & d'inftru62
MERCURE
mens. Le Comte s'en
excufa , & ayant laiffé
fortir le Confeiller , qui
le preffa inutilement de
venir jouir de ce regal ,
il fe rendit chez la Dame
, qui les reçut avec
beaucoup de marques
d'amour
. Aprés quatre
heures d'une converfation
trés-tendre , il falut
fe féparer. Le Comte cut
fait à peine dix pas dans
la ruë , qu'il ſe vit ſuivi
d'un homme qui avoit le
GALANT. 63
vifage envelopé d'un
manteau . Il marcha toujours
; & s'il le regarda
comme un efpion , il eut
du moins le plaifir de
remarquer
qu'il étoit
trop grand pour être le
mari de la Marquife . En
rentrant chez lui , il trouva
encore le pretendu
cfpion , qu'il reconnut
enfin pour le Confeiller.
Les refus du jeune Comte
touchant le concert
de voix , lui avoit fait
64 MERCURE
croire qu'il avoit un rendez-
vous. Il le foupçonnoit
déja d'aimer la Marquife
, & fur ce foupçon
il etoit venu l'attendre à
quelques pas de fa porte
, & l'avoit vû fe couler
chez elle. Il y avoit
frapé auffitôt , & la fui-:
vante lui étoit venu dire
de la part de fa maîtreffe,
qu'un grand mal de tête
l'obligeoit à fe coucher ,
& qu'il lui étoit impoffible
de le recevoir. Par
cette
GALANT. 65
cette réponſe il avoit
compris tout le myftere.
Il fuivit le Comte dans
fa chambre , & lui ayam
declaré ce qu'il avoit fait
depuis qu'ils s'étoient
quittez : Vous avez pris ,
lui dit - il , de l'engagement
pour la Marquife ;
il faut qu'en fincere ami
je vous la faffe connoître.
J'ai commencé à l'aimer
avant que vous yinfficz
loger avec moy , &
quand elle a fçû nôtre
Avril 1714.
F
66 MERCURE
liaifon , elle m'a fait promettre
par tant de fermens
, que je vous ferois
un fecret de cet amour ,
que je n'ai ofé vous en
parler . Vous fçavez , me
difoit - elle , qu'il aime
une perfonne qui me hait
mortellement . Il ne manquera
jamais de lui apprendre
combien mon
coeur eft foible pour
vous. La diſcretion qu'-
on doit à un ami ne tient
guere contre la joye que
GALANT. 67
l'on a quand on croit
pouvoir divertir une
maîtreffe. La perfide
vouloit même que je lui
fuffe obligé de ce qu'elle
conſentoit à recevoir
vos vifites. Elle me recommandoit
fans ceffe
de n'aller jamais la voir
avec vous ; & quand
vous arriviez , elle affectoit
un air chagrin dont
je me plaignois quelquefois
à elle , & qu'apparemment
elle vous laif,
F ij
68 MERCURE
foit expliquer favorablement
pour vous . Mille
fignes & mille geſtes ,
qu'elle faifoit dans ces
temps - là , nous étoient
t
fans doute communs . Je
rappelle préfentement
une infinité de chofes
que je croyois alors indifferentes
, & je ne doute
point qu'elle ne fe foit
fait un merite auprés de
vous , de la partie qu'elle
fit il y a quelque temps
de fouper ici . Cependant
GALANT . 69
quand elle vous vit engagé
dans le jardin avec
fon mari , quels tendres
reproches ne me fit- elle
point d'être revenu ' fi
tard de la campagne , &
de l'avoir laiffée filongtemps
avec un homme
qu'elle n'aimoit pas !
Hier même encore qu'-
elle me préparoit avec
vous une trahiſon ſi noire
elle eut le front de
vous faire porteur d'une
lettre , par laquelle elle
70 MERCURE
me donnoit un rendezvous
pour ce matin ,
vous difant que c'étoit
un papier que fon mari
l'avoit chargée en partant
de me remettre. Le
Comte étoit fi troublé
de tout ce que le Confeiller
lui difoit , qu'il
n'eut pas la force de l'interrompre.
Dés qu'il fut
remis , il lui apprit comme
fon amour au commencement
n'étoit qu'
un jeu , & comme dés
GALANT. 71
S
lors la Marquife lui avoit
fait les mêmes loix
de difcretion qu'à lui.
Ils firent enfuite d'autres
éclairciffemens , qui
découvrirent au Comte
qu'il ne devoit qu'à la
coquetterie de la Dame
ce qu'il croyoit devoir à
fa paffion ; car c'étoit le
Confeiller qui avoit exigé
d'elle qu'elle ne vît
plus tant de monde , &
fur- tout qu'elle éloignât
fon troifiéme amant ; &
72 MERCURE
ils trouverent que quand
elle l'eut rappellé , elle
avoit allegué le même
pretexte
au Confeiller
qu'au Comte , pour continuer
de le voir. Il n'y
a gueres
d'amour
à l'épreuve
d'une telle perfidie
; auffi ne fe piquerent-
ils pas de conftance
pour une femme qui la
méritoit fi peu . Le Comte
honteux de la trahifon
qui'l avoit faite à fa premiere
maitreſſe , refolut
de
GALANT .
73
de n'avoir plus d'affiduitez
que pour elle feule ,
& le Confeiller fut bientôt
determiné fur les mefures
qu'il avoit à prendre
mais quelque promeffe
qu'ils fe fillent l'un
à l'autre de ne plus voir
la Marquife , ils ne purent
fe refufer le foulagement
de lui faire des reproches.
Dés qu'il leur
parut qu'ils la trouveroient
levée , ils fe tendirent
chez elle . Le
Avril
1714.
G
74 MERCURE
Comte lui dit d'abord ,
que le Confeiller étant
fon ami , l'avoit voulu
faire profiter du rendezvous
qu'elle lui avoit
donné , & qu'ainſi elle
ne devoit pas s'étonner
s'ils venoient enſemble .
Le Conſeiller prit aufſi.
tôt la parole , & n'oublia
rien de tout ce qu'il
crut capable de faire
honte à la Dame , & de
le vanger de fon infidelité.
Il lui remit devant
M
GALANT . 75
les yeux l'ardeur fincere
avec laquelle il l'avoit
aimée , les marques de
paffion qu'il avoit reçûës
d'elle , & les fermens
: qu'elle lui avoit tant de
I fois reiterez de n'aimer
jamais que lui . Elle l'écouta
fans l'interrompre
; & ayant pris fon
parti pendant qu'il parloit
: Il eft vrai , lui ré-
#pondit - elle d'un air
moins embaraffé que jamais
, je vous avois pro-
Gij
76 MERCURE
mis de n'aimer que vous :
mais vous avez attiré
Monfieur le Comte dans
ce quartier , vous l'avez
amené chez moy , & il
eft venu à m'aimer .D'ailleurs
, de quoy pouvezvous
vous plaindre ?
Tout ce qui a dépendu
de moy pour vous rendre
heureux , je l'ai fait.
Vous fçavez vous - même
quelles précautions
j'ai prifes pour vous cacher
l'un à l'autre vôtre
GALANT . 77
paffion . Si vous l'aviez
fçûë , vôtre amitié vous
auroit coûté des violences
ou des remords , que
ma bonté & ma prudence
vous ont épargnez .
N'eft- il pas vrai qu'avant
cette nuit , que vous aviez
épić Monfieur le
Comte , vous étiez tous
deux les amans du monde
les plus contens ? Suisje
coupable de vôtre indifcrétion
Pourquoy me
venir chercher le foir ?
Giij
78 MERCURE
Ne vous avois - je pas averti
par une lettre que
je donnai à Monfieur le
Comte , de ne venir que
ce matin ? Tout cela fut
dit d'une maniere fi lipeu
déconcerbre
, &
fi
tée
, que
ce
trait
leur
fit
connoître la Dame encore
mieux qu'ils n'avoient
fait . Ils admirerent
un caractere fi particulier
, & laifferent à
qui le voulut la liberté
d'en être la dupe . La
"
GALANT. 79
Marquife fe confola de
leur perte , en faiſant
croire au troifieme amant
nouvellement rappellé
, qu'elle les avoit
bannis pour lui ; & comme
elle ne pouvoit vivre
fans intrigue , elle en fit
· bientôt une nouvelle .
Fermer
Résumé : AVANTURE nouvelle.
En avril 1714, un jeune comte, issu d'une famille prestigieuse du Royaume, s'installe dans un quartier de Lyon où le jeu et la galanterie dominent. Bien qu'il préfère le jeu, il n'y joue pas avec passion. Un groupe de jeunes dames tente de l'intéresser à l'amour, mais il se défend en invoquant son manque de mérite et d'espoir en amour. Elles lui parlent alors d'une jeune marquise voisine qu'elles attendent. Un jour, les jeunes dames montrent au comte la marquise en question, qui entre dans la pièce. Le comte et la marquise se reconnaissent, ayant déjà été présentés à la campagne chez une amie commune. La marquise, convaincue que le comte ne mérite pas les reproches qu'on lui fait, décide de profiter de cette occasion pour engager une relation avec lui. Elle voit en lui un homme d'esprit et d'enjouement, et elle est motivée par le désir de se venger d'une jeune demoiselle qu'elle hait et dont elle croit que le comte est amoureux. Le comte, quant à lui, est passionnément amoureux de cette demoiselle et ne craint pas de se laisser séduire par la marquise, qu'il connaît pour une coquette professionnelle. Cependant, la marquise, flattée par le défi, entreprend de le séduire. Elle l'invite chez elle et utilise divers stratagèmes pour le charmer. Le comte, malgré ses résistances initiales, finit par se laisser séduire par les attentions de la marquise. La marquise utilise des billets en italien pour communiquer avec le comte, évitant ainsi les soupçons. Elle prend des précautions pour éviter que leur relation ne soit découverte, notamment en fixant des heures où ils peuvent se voir sans risque. Le comte, de son côté, fait écrire ses lettres par une personne dont l'écriture est inconnue pour éviter les malentendus. Un jour, le mari de la marquise trouve une lettre italienne dans les poches de sa femme. Ne comprenant pas l'italien, il la montre au comte, feignant de ne pas savoir de quoi il s'agit. Le comte, pris de court, doit improviser une explication. La lettre est en réalité un message du comte à la marquise, lui rappelant un rendez-vous qu'ils doivent avoir. Le mari, sans se douter de la vérité, remet la lettre au comte, qui doit alors trouver une manière de se sortir de cette situation délicate. Le mari, un conseiller, découvre la liaison en suivant le comte jusqu'à la maison de la marquise. Il confronte le comte et révèle qu'il aime également la marquise depuis longtemps. Le comte est troublé mais apprend que la marquise avait imposé la discrétion à tous deux. Ils décident de clarifier leurs sentiments et leurs actions passées. La marquise avait été contrainte par le conseiller de se séparer de son troisième amant, mais elle avait continué à le voir en utilisant le même prétexte auprès du conseiller et du comte. Lorsque le comte et le conseiller découvrirent cette perfidie, ils décidèrent de ne plus avoir confiance en elle. Le comte, honteux de sa trahison envers sa première maîtresse, résolut de n'avoir plus d'attache que pour elle. Le conseiller prit également des mesures, mais malgré leurs promesses de ne plus voir la marquise, ils ne purent s'empêcher de lui faire des reproches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2978
p. 79-95
DONS DU ROY.
Début :
Le 31. Mars le Roy nomma à l'Archevêché de Vienne [...]
Mots clefs :
Diocèse, Vence, Vienne, Abbaye, Évêché, Ordre de Saint Benoît, Chanoines, Archidiacre, Romains, Grenoble
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DU ROY.
Le 31. Mars le Roy nom
ma à l'Archevêché de Vien
ne M. Berton de Crillon ,
Evêque de Vence.
Giiij
80 MERCURE
Vienne , Capitale du bas
Dauphiné , eft fituée au
bord du Rhône , à cinq
lieuës de Lion , & treize de
Grenoble.
L'hiſtoire nous apprend
qu'elle eft fi ancienne , que
les Romains l'ont habitée
cinq cens ans avant la venuë
de Jeius . Chrift . Auffi
y voit- on encore en divers
endroits quelques reftes
d'amphiteatres
, de murailles
, de grands Palais , & autres
antiquitez. Du temps
des Empereurs Romains il
y avoit une Univerſité fort
GALANT. 81
•
eft
celebre La Cathedrale , dediée
à faint Maurice
confiderable par fa largeur
& par fa hauteur. On voit
devant l'autel un tombeau
fous lequel eft le coeur du
Dauphin François , fils aîné
de François Premier Roy
de France . Il n'y a dans
cette Egliſe ni tapiſſeries , ni
tableaux , en quoy les Chanoines
imitent ceux de faint
Jean de Lion . Les murailles.
du Cloître de cette Eglife
font bâties de pierre de marbre,
de morceaux de colonnes
, & de quelques figures .
82 MERCURE
Le Chapitre eft compofé
d'un Doyen , d'un Archidiacre
, d'un Procureur ,
d'un Sacriftain , d'un Ouvrier
, & de vingt Chanoines.
Le Dioceſe renferme
une partie du Dauphiné, du
Lionnois , du Forez & du
Vivarez , & comprend trois
cent trente- cinq Paroiffes.
L'Archevêque, qui fe pretend
Primat des Primats , a
pour fuffragans les Evêques
de Grenoble , de Die , de
Viviers & de Geneve . On
ne doute point que les Allobroges
n'ayent été les
GALANT. 83
Vienne ; ce qui la fait
peller Vienna Allobrogum .
Depuis que les Romains ſe
furent rendus maîtres du
fondateurs de la ville de
ap-
Dauphiné , ils la furnommerent
Senatoria, pour marque
de la grandeur & de la
fouveraineté
de leur Senat .
Tiberius Gracchus paffant
en Gaule, y fit faire un pont
l'an 576. de Rome , & les
deux bouts de ce pont furent
fortifiez de deux châteaux
pour la défenſe du
paffage. Cefar y fit faire
des greniers & des maga84
MERCURE
fins pour les proviſions de
guerre , & dit lui - même
dans le feptieme livre de
fes Commentaires , qu'y étant
allé en diligence , il y
rencontra une cavalerie
toute fraîche , qu'il y avoit
envoyée plufieurs jours auparavant.
Augufte la fit Colonie du
Droit Italique , & ce fut en
ce temps- là qu'on y relegua
Pilate & Archelaüs, fils
d'Herodote .Tibere lui donna
les privileges de la Cité
Romaine , & Gallus l'honora
de grandes faveurs.
GALANT .
83
Vitellius y étant au Tribunal
de Juſtice , un coq vola
fur fes épaules , & enfuite
fur fa tête ; ce qui fut pris
pour un pronoftic qu'un
Gaulois le feroit tomber
dans quelque difgrace. La
chofe arriva comme elle lui
avoit été prédite , puifque
le premier qui le défit fut
un Antoine natif de Toulouſe
; cui Tolofa nato , dit
Suetone .
Conftantin érigea Vienne
en Metropole de la Gaule
Narbonnoife , & aprés
Honorius elle fut la Capi86
MERCURE
tale du Royaume des Bourguignons.
Saint Creſcent ,
diſciple de faint Paul , a été
le premier Evêque. Le Pape
Gregoire II . l'érigea en Archevêché
fous Auftrobert.
Le Pape Clement V. y aſfembla
un Concile univerfel
en 1311.
M. du Mont , dans le
premier tome de ſes voyages
, dit ce qui fuit de la
ville de Vienne. L'Eglife de
faint Severe eft bâtie dans un
endroit où l'on adoroit les
Dieux , fous un grand arbre
qui fervoit de Temple . Saint
GALANT. 87
.
Severe le fit couper & déra
ciner , comme le témoignent ces
mots écritsfur une colonne :
Arborem Deos Severus evertit
Centum Deorum.
Pilate , Gouverneur de
Jerufalem , fous lequel Nô .
tre Seigneur fut condamné
à la mort , fut envoyé de
puis à Vienne , où l'on voit
encore le Pretoire où il
rendoit la justice . On montre
auffi une tour quarrée
où l'on veut qu'il ait été
detenu priſonnier l'eſpace
88 MERCURE
de fept ans , & qu'il y foit
mort. Cependant Euſebe
affure que peu aprés l'injufte
jugement qu'il rendit
contre le Sauveur du monde
, l'Empereur
Tibere lui
ôta fon Gouvernement , &
l'envoya en exilà Lion , qui
étoit le lieu de fa naiſſance
afin que le vif chagrin de
fe voir expofé au mépris de
fes parens & de fes compatriotes
, lui rendît la vie
plus infupportable. Auffi
dit on qu'il fut tellement
touché des infultes qu'il recevoit
de ſes ennemis , fans
en
GALANT . 89
en pouvoir tirer aucune
vengeance , qu'il ſe tua de
La propre main. Il main . Il y en a
toutefois qui tiennent qu'il
fit penitence & mourut
Chrétien , Dieu s'étant fervi
de fa femme pour le convertir.
Ce qu'il y a de certain
, c'eft que ce pays- là ne
lui étoit pas étranger , &
qu'il en avoit été tiré vers
l'an 15 de notre falut , pour
être Gouverneur de Jeru-
I falem.
A l'Evêché de Vence
l'Abbé de Brochenu, grand
Avril 1714.
H
་
90 MERCURE
Vicaire de Grenoble.
Vence , ville de Provence
, eft fituée à trois lieuës
de Gratz Son Evêché eft
fuffragant de l'Archevêché
d'Ambrun, & la Cathedrale
eſt conſacrée à la Vierge.
Il y a dans fon Chapitre un
Prevôt , un Archidiacre ,
un Sacriftain , un Theologal
, & cinq Chanoines . Le
Dioceſe de Vence eft feparé
du Comté de Nice par
le Var, du Dioceſe de Gratz
par la petite riviere du
Loup . On n'y compte que
vingt-trois Paroiffes , dont
GALANT. GI
il y en a trois dans le Comté
de Nice. Le Domaine temporel
eft partagé entre l'E.
vêque & le Baron de Vence
; & comme l'étendue de
ce Dioceſe eft trés petite ,
le Siege en avoit été uni
avec celui de Gratz : mais
on l'en a feparé depuis.Saint
Euſebe eft le plus ancien de
fes Evêques , faint Lambert
& faint Veran ont été au
nombre de fes fucceffeurs.
Vence fut autrefois fort.
confiderable
; elle appartenoit
aux Nerufiens. Les
Romains voulant confer-
Hij
92 MERCURE
*
ver un paffage dans les Alpes
, la firent fortifier , &
long - temps aprés Augufte
la comprit dans la Viennoife
quatrième
, qu'on appelloit
autrement la Province
des Alpes maritimes .
A l'Evêché de faint Paul
Trois Châteaux l'Abbé du
Chaffaud , grand Vicaire
d'Aix .
Saint Paul Trois Châ
reaux , ville du Valentinois
dans le Dauphiné , eft fituée
à une lieue du Rhône & du
Saint Efprit. Son Evêché eft
GALANT.
93
:
fuffragant de l'Archevêché
d'Arles faint Sulpice en a
été le premier Evêque . L'Eglife
Cathedrale eft confacrée
à l'Affomption de la
Vierge , & le Chapitre eft
compofé d'un Prevôt , d'un
Archidiacre , d'un Sacrif
tain , d'un Theologal , &
de fix Chanoines . Il
y a
trente - trois Paroiffes & une
Abbaye dans ce Dioceſe .
Les anciens ont nommé la
ville Lenomagus , ou Neomagas.
Auguſte en fit une Colonie
Romaine , & voulut
qu'on l'apellât Augufta Tri-,
caftinorum .
94
MERCURE
Le Roy donna auffi l'Ab .
baye de fainte Colombe de
Sens , Ordre de faint Benoît
, à M. l'Abbé de Choifeul
, Aumonier du Roy.
L'Abbaye de Nerlac, Ordre
de Cîteaux , Dioceſe de
Bourges , à l'Abbé d'Orillac
.
La Coadjutorerie de
l'Abbaye de Hafnon , Ordre
de faint Benoît , Diocefe
d'Arras , à Dom N.
Pouillaude.
GALANT.
95
L'Abbaye de Felixpré ,
Ordre de faint Benoît, Dioceſe
de Liege , à la Dame
Daubrebis.
Et la Coadjutorerie de
l'Abbaye d'Origny , Ordre
de faint Benoît , Dioceſe de
Laon , à la Dame N. de Rohan.
Le 31. Mars le Roy nom
ma à l'Archevêché de Vien
ne M. Berton de Crillon ,
Evêque de Vence.
Giiij
80 MERCURE
Vienne , Capitale du bas
Dauphiné , eft fituée au
bord du Rhône , à cinq
lieuës de Lion , & treize de
Grenoble.
L'hiſtoire nous apprend
qu'elle eft fi ancienne , que
les Romains l'ont habitée
cinq cens ans avant la venuë
de Jeius . Chrift . Auffi
y voit- on encore en divers
endroits quelques reftes
d'amphiteatres
, de murailles
, de grands Palais , & autres
antiquitez. Du temps
des Empereurs Romains il
y avoit une Univerſité fort
GALANT. 81
•
eft
celebre La Cathedrale , dediée
à faint Maurice
confiderable par fa largeur
& par fa hauteur. On voit
devant l'autel un tombeau
fous lequel eft le coeur du
Dauphin François , fils aîné
de François Premier Roy
de France . Il n'y a dans
cette Egliſe ni tapiſſeries , ni
tableaux , en quoy les Chanoines
imitent ceux de faint
Jean de Lion . Les murailles.
du Cloître de cette Eglife
font bâties de pierre de marbre,
de morceaux de colonnes
, & de quelques figures .
82 MERCURE
Le Chapitre eft compofé
d'un Doyen , d'un Archidiacre
, d'un Procureur ,
d'un Sacriftain , d'un Ouvrier
, & de vingt Chanoines.
Le Dioceſe renferme
une partie du Dauphiné, du
Lionnois , du Forez & du
Vivarez , & comprend trois
cent trente- cinq Paroiffes.
L'Archevêque, qui fe pretend
Primat des Primats , a
pour fuffragans les Evêques
de Grenoble , de Die , de
Viviers & de Geneve . On
ne doute point que les Allobroges
n'ayent été les
GALANT. 83
Vienne ; ce qui la fait
peller Vienna Allobrogum .
Depuis que les Romains ſe
furent rendus maîtres du
fondateurs de la ville de
ap-
Dauphiné , ils la furnommerent
Senatoria, pour marque
de la grandeur & de la
fouveraineté
de leur Senat .
Tiberius Gracchus paffant
en Gaule, y fit faire un pont
l'an 576. de Rome , & les
deux bouts de ce pont furent
fortifiez de deux châteaux
pour la défenſe du
paffage. Cefar y fit faire
des greniers & des maga84
MERCURE
fins pour les proviſions de
guerre , & dit lui - même
dans le feptieme livre de
fes Commentaires , qu'y étant
allé en diligence , il y
rencontra une cavalerie
toute fraîche , qu'il y avoit
envoyée plufieurs jours auparavant.
Augufte la fit Colonie du
Droit Italique , & ce fut en
ce temps- là qu'on y relegua
Pilate & Archelaüs, fils
d'Herodote .Tibere lui donna
les privileges de la Cité
Romaine , & Gallus l'honora
de grandes faveurs.
GALANT .
83
Vitellius y étant au Tribunal
de Juſtice , un coq vola
fur fes épaules , & enfuite
fur fa tête ; ce qui fut pris
pour un pronoftic qu'un
Gaulois le feroit tomber
dans quelque difgrace. La
chofe arriva comme elle lui
avoit été prédite , puifque
le premier qui le défit fut
un Antoine natif de Toulouſe
; cui Tolofa nato , dit
Suetone .
Conftantin érigea Vienne
en Metropole de la Gaule
Narbonnoife , & aprés
Honorius elle fut la Capi86
MERCURE
tale du Royaume des Bourguignons.
Saint Creſcent ,
diſciple de faint Paul , a été
le premier Evêque. Le Pape
Gregoire II . l'érigea en Archevêché
fous Auftrobert.
Le Pape Clement V. y aſfembla
un Concile univerfel
en 1311.
M. du Mont , dans le
premier tome de ſes voyages
, dit ce qui fuit de la
ville de Vienne. L'Eglife de
faint Severe eft bâtie dans un
endroit où l'on adoroit les
Dieux , fous un grand arbre
qui fervoit de Temple . Saint
GALANT. 87
.
Severe le fit couper & déra
ciner , comme le témoignent ces
mots écritsfur une colonne :
Arborem Deos Severus evertit
Centum Deorum.
Pilate , Gouverneur de
Jerufalem , fous lequel Nô .
tre Seigneur fut condamné
à la mort , fut envoyé de
puis à Vienne , où l'on voit
encore le Pretoire où il
rendoit la justice . On montre
auffi une tour quarrée
où l'on veut qu'il ait été
detenu priſonnier l'eſpace
88 MERCURE
de fept ans , & qu'il y foit
mort. Cependant Euſebe
affure que peu aprés l'injufte
jugement qu'il rendit
contre le Sauveur du monde
, l'Empereur
Tibere lui
ôta fon Gouvernement , &
l'envoya en exilà Lion , qui
étoit le lieu de fa naiſſance
afin que le vif chagrin de
fe voir expofé au mépris de
fes parens & de fes compatriotes
, lui rendît la vie
plus infupportable. Auffi
dit on qu'il fut tellement
touché des infultes qu'il recevoit
de ſes ennemis , fans
en
GALANT . 89
en pouvoir tirer aucune
vengeance , qu'il ſe tua de
La propre main. Il main . Il y en a
toutefois qui tiennent qu'il
fit penitence & mourut
Chrétien , Dieu s'étant fervi
de fa femme pour le convertir.
Ce qu'il y a de certain
, c'eft que ce pays- là ne
lui étoit pas étranger , &
qu'il en avoit été tiré vers
l'an 15 de notre falut , pour
être Gouverneur de Jeru-
I falem.
A l'Evêché de Vence
l'Abbé de Brochenu, grand
Avril 1714.
H
་
90 MERCURE
Vicaire de Grenoble.
Vence , ville de Provence
, eft fituée à trois lieuës
de Gratz Son Evêché eft
fuffragant de l'Archevêché
d'Ambrun, & la Cathedrale
eſt conſacrée à la Vierge.
Il y a dans fon Chapitre un
Prevôt , un Archidiacre ,
un Sacriftain , un Theologal
, & cinq Chanoines . Le
Dioceſe de Vence eft feparé
du Comté de Nice par
le Var, du Dioceſe de Gratz
par la petite riviere du
Loup . On n'y compte que
vingt-trois Paroiffes , dont
GALANT. GI
il y en a trois dans le Comté
de Nice. Le Domaine temporel
eft partagé entre l'E.
vêque & le Baron de Vence
; & comme l'étendue de
ce Dioceſe eft trés petite ,
le Siege en avoit été uni
avec celui de Gratz : mais
on l'en a feparé depuis.Saint
Euſebe eft le plus ancien de
fes Evêques , faint Lambert
& faint Veran ont été au
nombre de fes fucceffeurs.
Vence fut autrefois fort.
confiderable
; elle appartenoit
aux Nerufiens. Les
Romains voulant confer-
Hij
92 MERCURE
*
ver un paffage dans les Alpes
, la firent fortifier , &
long - temps aprés Augufte
la comprit dans la Viennoife
quatrième
, qu'on appelloit
autrement la Province
des Alpes maritimes .
A l'Evêché de faint Paul
Trois Châteaux l'Abbé du
Chaffaud , grand Vicaire
d'Aix .
Saint Paul Trois Châ
reaux , ville du Valentinois
dans le Dauphiné , eft fituée
à une lieue du Rhône & du
Saint Efprit. Son Evêché eft
GALANT.
93
:
fuffragant de l'Archevêché
d'Arles faint Sulpice en a
été le premier Evêque . L'Eglife
Cathedrale eft confacrée
à l'Affomption de la
Vierge , & le Chapitre eft
compofé d'un Prevôt , d'un
Archidiacre , d'un Sacrif
tain , d'un Theologal , &
de fix Chanoines . Il
y a
trente - trois Paroiffes & une
Abbaye dans ce Dioceſe .
Les anciens ont nommé la
ville Lenomagus , ou Neomagas.
Auguſte en fit une Colonie
Romaine , & voulut
qu'on l'apellât Augufta Tri-,
caftinorum .
94
MERCURE
Le Roy donna auffi l'Ab .
baye de fainte Colombe de
Sens , Ordre de faint Benoît
, à M. l'Abbé de Choifeul
, Aumonier du Roy.
L'Abbaye de Nerlac, Ordre
de Cîteaux , Dioceſe de
Bourges , à l'Abbé d'Orillac
.
La Coadjutorerie de
l'Abbaye de Hafnon , Ordre
de faint Benoît , Diocefe
d'Arras , à Dom N.
Pouillaude.
GALANT.
95
L'Abbaye de Felixpré ,
Ordre de faint Benoît, Dioceſe
de Liege , à la Dame
Daubrebis.
Et la Coadjutorerie de
l'Abbaye d'Origny , Ordre
de faint Benoît , Dioceſe de
Laon , à la Dame N. de Rohan.
Fermer
Résumé : DONS DU ROY.
Le 31 mars, le roi nomma M. Berton de Crillon, évêque de Vence, à l'Archevêché de Vienne. Vienne, capitale du Bas-Dauphiné, est située au bord du Rhône, à cinq lieues de Lyon et treize de Grenoble. Fondée avant l'arrivée de Jésus-Christ, elle fut habitée par les Romains pendant cinq cents ans. On y trouve encore des vestiges d'amphithéâtres, de murailles et de palais antiques. Sous les Empereurs Romains, Vienne possédait une université renommée. La cathédrale Saint-Maurice, dédiée à saint Maurice, est notable pour sa largeur et sa hauteur. Elle abrite le cœur du Dauphin François, fils aîné de François Ier. Le chapitre de la cathédrale est composé d'un doyen, d'un archidiacre, d'un procureur, d'un sacrificateur, d'un ouvrier et de vingt chanoines. Le diocèse de Vienne inclut des parties du Dauphiné, du Lyonnais, du Forez et du Vivarais, et comprend trois cent trente-cinq paroisses. L'archevêque de Vienne se prétend Primat des Primats et a pour suffragants les évêques de Grenoble, de Die, de Viviers et de Genève. Les Allobroges sont considérés comme les fondateurs de Vienne, qui fut surnommée 'Vienna Allobrogum' par les Romains. Tibère Gracchus y fit construire un pont en 576 de Rome. César y établit des greniers pour les provisions de guerre. Auguste en fit une colonie du droit italique, et Tibère lui accorda les privilèges de la cité romaine. Constantin érigea Vienne en métropole de la Gaule Narbonnaise, et après Honorius, elle devint la capitale du royaume des Bourguignons. Saint Crescent, disciple de saint Paul, fut le premier évêque de Vienne. Le pape Grégoire II érigea Vienne en archevêché sous Austrobald. Le pape Clément V y convoqua un concile universel en 1311. La ville de Vence, située à trois lieues de Grasse, est sous la juridiction de l'archevêché d'Ambrun. Son diocèse est séparé du comté de Nice par le Var et de celui de Grasse par la rivière du Loup, et compte vingt-trois paroisses. Saint Eusèbe fut l'un des premiers évêques de Vence. Saint Paul Trois Châteaux, ville du Valentinois dans le Dauphiné, est située à une lieue du Rhône et du Saint-Esprit. Son diocèse, suffragant de l'archevêché d'Arles, compte trente-trois paroisses et une abbaye. Les rois ont également fait des dons à diverses abbayes, notamment l'abbaye de Sainte-Colombe de Sens à l'abbé de Choiseul, l'abbaye de Nercat à l'abbé d'Orillac, et la coadjutorerie de l'abbaye de Hasnon à Dom Pouillaude.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2979
p. 102-129
LIVRE NOUVEAU. Memoires de la Vie du Comte de Grammont, qui contient particulierement l'Histoire amoureuse de la Cour d'Angleterre, sous le regne de Charles II. Imprimez à Cologne.
Début :
Ce Livre doit faire plaisir à ceux qui aiment les [...]
Mots clefs :
Lettre, Nuit, Mari, Jardin, Porte, Nuit, Campagne, Jaloux, Femme, Angleterre, Chesterfield
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRE NOUVEAU. Memoires de la Vie du Comte de Grammont, qui contient particulierement l'Histoire amoureuse de la Cour d'Angleterre, sous le regne de Charles II. Imprimez à Cologne.
LIVRE NOUVEAU.
Memoires de la Vie du Comte
de Grammont , qui contient
particulierement l'Hiftoire
amoureufe de la Cour d'Angleterre
, fous le regne
Charles II. Imprimez à Code
logne.
Ce Livre doit faire
plaifir à ceux qui aiment
les portraits vifs & naturels
, le ftile noble &
GALANT. 103
leger. Pour en donner
une idée , on a mis ici
une des avantures qu'il
contient.
Pour être au fait de
cette avanture détachée ,
il faut fçavoir que Madame
Chesterfield ayant
été foupçonnée mal à
propos d'une galanterie ,
& fon mari jaloux en
ayant fait confidence au
galant Hamilton qui en
• étoit
amoureux cet amant
, auffi jaloux
que
I iiij
104 MERCURE
le mari , lui confeilla
d'emmener fa femme à
la campagne
. C'eſt de
cette campagne
que Madame
de Chesterfield
écrit
à l'amoureux
& jaloux
Hamilton
la lettre
qui fuit.
Vous ferez auffifurpris de
cette lettre , que je la fus de
Fair impitoyable dont vous
vites mon départ. Je veux
croire que vous vous êtes imaginé
des raisons quijuftifioient
dans votre esprit un procedé
GALANT.
jos
fi peu concevable. Si vous êtes
encore dans la dureté de ces
fentimens , ce fera vous faire
plaifir , que de vous apprendre
ce que je fouffre dans la
plus affreufe des prifons . Tout
ce qu'une campagne a de plus
trifte dans cette faifon s'offre
par- tout à ma vûë. Affiegée
d'impenetrables bouës , dune
fenêtre je vois des rochers ,
de l'autre des precipices : mais
de quelque côté que je tourne
mes regards dans la maiſon ,
jy rencontre ceux d'un jaloux,
moins fupportables encore que
tes triftes objets qui m'envipar
106 MERCURE
ronnent . J'ajoûterois aux malbeurs
de ma vie celui de pa-.
roître criminelle
aux yeux
d'un
homme , qui devroit m'avoir
juftifiée contre les apparences
convaincantes, fi par une innocence
averée j'étois en droit
de me plaindre , ou de faire
des reproches. Mais comment
fe juftifier de fi loin ? & comment
fe flater que la defcription
d'un fejour épouvantable
ne vous empêchera pas de m'écouter
? Mais êtes- vous digne
que je le fouhaite ? Ciel !
que je vous haïrois , ſi je ne
vous aimois à la fureur. VeGALANT
107
nez donc me voir une feulė
fois , pour entendre ma juftification
; je fuis perfuadée
que fi vous me trouvez coupable
aprés cette vifite , ce ne
fera pas envers vous . Nôtre
Argus part demain pour un
procés , qui le retiendra huit
jours à Cheſter. Fe
le gagnera : mais je ſçai bien
qu'il ne tiendra qu'à vous
qu'il en perde un , qui lui tient
pour le moins autant au coeur
que celui qu'il va folliciter.
ne fçai s'il
Il y avoit dans cette lettre
de quoy faire donner
108 MERCURE
tête baiffée dans une avan
ture plus temeraire que
celle qu'on lui propoſoit ,
quoy qu'elle fût affez gaillarde.
Il ne voyoit pas trop
bien comment elle feroit
pour ſe juſtifier ; mais elle
l'affaroit qu'il feroit content
du voyage , & c'étoit
tout ce qu'il demandoit
pour lors.
Il avoit une parente au
prés de Madame de Chef.
terfield. Cette parente ,
qui l'avoit bien voulu fuivre
dans fon exil , étoit entrée
quelque peu dans leur
GALANT. 109
confidence. Ce fut par elle
qu'il reçut cette lettre, avec
toutes les inftructions neceffaires
fur fon départ &
fur fon arrivée. Dans ces
fortes d'expeditions le fet
cret eft neceffaire,du moins
1 avant que d'avoir mis l'avanture
à fin. Il prit la pof
te , & partit de nuit , animé
d'efperances fi tendres & fi
flateufes , qu'en moins de
rien , en comparaiſon du
temps & des chemins , il
eut fait cinquante mortelles
lieuës. A la derniere pof
te il renvoya difcretement
110 MERCURE
fon poftillon . Il n'étoit pas
encore jour ; & de peur des
rochers & des precipices ,
dont elle avoit fait mention
, il marchoit avec affez
de prudence pour un
homme amoureux.
Il evita done heureufement
tous les mauvais pas
& , fuivant fes inftructions ,
il mit pied à terre à certaine
petite cabane , qui joignoit
les murs du parc . Le lieu
n'étoit pas magnifique :
mais comme il avoit befoin
de repos, il y trouva ce qu'il
faloit pour cela. Il ne fe
GALANT. In
foucioit point de voir le
jour , & fe foucioit encore
moins d'en être vû ; c'eft
pourquoy s'etant renfermé
dans cette retraite obfcure,
il y dormit d'un profond
fommeil jufqu'à la moitié
du jour. Comme il ſentoit
une grande faim à fon ré
veil , il mangea fort & ferme
; & comme c'étoit
l'homme de la Cour le plus
e propre , & que la femme
d'Angleterre la plus propre
l'attendoit , il paffa le refte
de la journée à fe décraffer
, & à fe faire toutes les
112 MERCURE
preparations que le temps
& le lieu permettoient, fans
daigner ni mettre la tête un
moment dehors , ni faire
la moindre queftion à fes
hôtes. Enfin les ordres qu'il
attendoit avec
impatience
arriverent à l'entrée de la
nuit , par une espece de grifon
, qui lui fervant de guide
, aprés avoir erré pendant
une demi- heure dans
les boues d'un parc d'une
vafte étendue , le fit enfin
entrer dans un jardin , où
donnoit la porte d'une falle
baffe. Il fut pofté vis à vis
de
GALANT. 113
de cette porte , par laquelle
on devoir bientôt l'intro
duire dans des lieux plus:
agreables. Son guide lui
donna le bon foir la nuit .
fe ferma , mais la porte ne
s'ouvrit point.
1. On étoit à la fin de l'hy
ver ; cependant il fembloit
qu'on ne fûr qu'au commencement
du froid . Ilé.
toit croté juſques aux ge…]
noux , & fentoit que pour
peu qu'il prît encore l'air !
dans ce jardin, la gelée met
troit toute cette crore à fech
Ce commencement d'une
Avril
1714
- K
114
MERCURE
nuit fort âpre & fort obſcu
re eût été rude pour un au
tre: mais ce n'étoit rien pour
un homme qui fe flatoit
d'en paffer fi delicieufe
ment la fin. Il ne laiſſa pas
de s'étonner de tant de precautions
dans l'abfence du
mari . Son imagination
, que
mille tendres idées réchauf
foient , le foûtiac quelque
temps contre les cruautez
de l'impatience , & contre
les rigueurs du froid : mais
il la fentit peu à peu refroi
dir ; & deux heures , qui lui
parurent deux ficcles s'é
GALANT. 115
tant paffées fans qu'on lui
donnât le moindre figne de
vie ni de la porte , ni des fenêtres,
il ſe mit à faire quelques
raifonnemens en luimême
fur l'état prefent de
fes afaires , & fur le parti qu'il
yavoit à prendre dans cette
conjoncture. Si nousfrapions
à cette maudite porte, difoit il ;
I carencore eft-il plus honorable,
file malheur m'en veut, de perir
dans la maifon, que de mourir
de froid dans le jardin. Il
eft vrai, reprenoit,il , que ce
parti peut expofer une perfonne
, que quelque accident im
Kij
116 MERCURE
prévû met peut-être à l'heure
qu'il eft encore plus au defefpoir
que moy. Cette penſée
le munit de tout ce qu'il
pouvoit avoir de patience
& de fermeté contre les ennemis
qui le combattoient
.
Il fe mit à fe promener
à
grands pas , refolu d'attendre
le plus long temps qu'il
feroit poffible fans en mourir
la fin d'une avanture
qui commençoit
fi triſte
ment Tout cela fut inutile,
& , quelques mouvemens
qu'il fe donnât , envelopé
d'un gros manteau , l'enGALANT.
117
gourdiffement commençoit
à le faifir de tous cô.
tez, & le froid dominoit en
depit de tout ce que les empreffemens
de l'amour ont
de plus vif. Le jour n'étoit
pas loin ; & dans l'état où
la nuit l'avoit mís , jugeant
que ce feroit deformais inutilement
que cette porte enforcelée
s'ouvriroit , il re
gagna du mieux qu'il put
l'endroit d'où il étoit parti .
pour cette merveilleufe ex
pedition.
Il falut tous les fagots de
la petite maiſon pour le déc
118 MERCURE
geler. Plus il fongeoit à fon
avanture , plus les circonf
tances lui en paroiffoient ,
bizarres &
incomprehenſi-
,
bles. Mais loin de s'en prendre
à la charmante Chefterfield
, il avoit mille differentes
inquietudes pour elle.
Tantôt il s'amaginoit,
que fon mari pouvoit être
inopinément revenu ; tantôt
que quelque mal fubit
l'avoit faifie , enfin que quelque
obftacle s'étoit mal
heureulement mis à la traverfe
pour s'opposer à fon
bonheur ,juftement au fort
GALANT. 119
des bonnes
intentions qu'
on avoit pour lui. Mais
difoit- il , pourquoy m'avoir,
oublié dans ce maudit jardin ?
Quoy ! ne pas trouver un petit
moment pour mefaire au moins
quelque figne , puis qu'on ne
pouvoit ni me parler , ni me
recevoir ? Il ne fçavoir à laquelle
de ces conjectures
s'en tenir , ni que répondre
aux queftions qu'il s'étoit
faites mais comme il fe
flata que tout iroit mieux la
nuit fuivante , aprés avoir
fait vau de ne plus remertre
le pied dans ce malen
120 MERCURE
contreux jardin , il ordonna
qu'on l'avertît d'abord qu'-
on demanderoit
à lui parler
, fe coucha dans le plus
méchant lit du monde , &
ne laiffa pas de s'endormir
comme il eût fait dans le
meilleur. Il avoit compté
de n'être réveillé que par
quelque lettre , ou quelque
meffage de Madame de
Chesterfield : mais il n'avoit
pas dormi deux heures ,
qu'il le fut par un grand
bruit de cors & de chiens!
La chaumiere , qui lui fer
voit de retraite , touchoir ,
comGALANT.
121
me nous avons dit , les murailles
du parc. Il appella
fon hôte , pour fçavoir un
peu que diable c'étoit que
cette chaffe , qui fembloit
être au milieu de fa chambre
, tant le bruit augmentoit
en approchant. On lui
dit que c'étoit Monseigneur
qui couroit le lievre dans fon
parc. QuelMonfeigneur , ditil
tout étonné ? Monfeigneur
le Comte de Chesterfield , répondit
le payfan. Il fut fi
frapé de cette nouvelle ,
que dans fa premiere ſurprife
il mit la tête fous les
Avril 1714.
L
122 MERCURE
couvertures , croyant déja
le voir entrer avec tous fes
chiens. Mais dés qu'il fut
un peu revenu de fon étonnement
, il fe mit à maudire
les caprices de la fortune
, ne doutant pas que
le retour inopiné d'un ja
loux importun n'eût caufé
toutes les tribulations de la
nuit precedente.
Il n'y eut plus moyen de
fe rendormir aprés une telle
alarme. Il ſe leva , pour repaſſer
dans ſon eſprit tous .
les ftratagêmes qu'on a
coûtume d'employer pour
GALANT.
123
tromper , ou pour éloigner
un vilain mari , qui s'avifoit
de negliger fon procés pour
obfeder fa femme. Il achevoit
de s'habiller , & com- .
mençoit à queftionner ſon
hôte , lorfque le même grifon
qui l'avoit conduit au
jardin , lui rendit une lettre
, & difparut fans attendre
la réponſe . Cette lettre
étoit de fa parente , & voici
ce qu'elle contenoit .
Je fuis au defefpoir d'avoir
innocemment contribué à vous
attirer dans un licu où l'on ne
Lij
124 MERCURE
eût part :
vous fait venir que pour fe
・moquer de vous. Je m'étois opposée
au projet de ce voyage ,
quoique je fuffe perfuadée que
fa tendreffe feule y
mais elle vient de m'en defabufer.
Elle triomphe dans le
tour qu'elle vous a joué. Non
feulement fon mari n'a bougé
d'ici , mais il y refte par com-·
plaifance. Il la traite le mieux
du monde , c'est dans leur
raccommodement qu'elle afçû
que vous lui aviez confeillé de
la mener à la
t
campagne
. Elle
en a conçu tant de depit
d'averfion pour vous , que
de
GALANT. 125
la maniere dont elle m'en vient
de parler , fes reffentimens ne ..
font pas encorefatisfaits . Confolez-
vous de la haine d'une
creature dont le coeur ne meritoit
pas votre tendreffe . Partez
un plus longfejour ici ne
feroit que vous attirer quelque
nouvelle difgrace. Je n'y ref
terai pas long - temps . Je la
connois , Dieu merci. Je ne me
repens pas de la compaffion que
j'en ai d'abord enë : mais je
fuis dégoûtée d'un commerce
qui ne convient gueres à mon
humeur.
Liij
126 MERCURE
L'étonnement , la honte ,
le depit , & la fureur s'emparerent
de fon coeur áprés
cette lecture . Les menaces
enfuite , les invectives , &
les defirs de vengeance exciterent
tour à tour fon aigreur
& fes reſſentimens :
mais aprés y avoir bien
penſé , tout cela fe reduifit
à prendre doucement fon
petit cheval de pofte , pour
remporter à Londres un
bon rhume pardeffus les defirs
& les tendres empreffemens
qu'il en avoit ap
portez. Il s'éloigna de ces
GALANT . 127
5
perfides lieux avec un peu
plus de vîteffe qu'il n'y étoit
arrivé , quoy qu'il n'eût pas
à beaucoup prés la tête remplie
d'auffi agreables penfées.
Cependant quand il
fe crut hors de portée de
rencontrerMilord Chefterfield
& fa chaffe , il voulut
un peu fe retourner , pour
avoir au moins le plaifir de
voir la priſon où cette méchante
bête étoit renfermée
mais il fut bien furpris
de voir une trés belle
maiſon , fituée ſur le bord
d'une riviere , au milieu d'u-
:
Liiij
128 MERCURE
ne campagne la plus agreable
& la plus riante qu'on
pût voir. Au diable le precipice
, ou le rocher qu'il y
vit ; ils n'étoient que dans
la lettre de la perfide . Nouveau
fujet de reffentiment
& de confufion pour un
homme qui s'étoit crû fçavant
dans les rufes , auffi
bien que dans les foibleffes
du beau fexe , & qui ſe
voyoit la dupe d'une coquette
, qui fe raccommodoit
avec un époux pour
vanger d'un amant.
Il regagna la bonne ville,
fe
GALANT. 129
ل
prêt à foûtenir contre tous ,
qu'il faut être de bon nafe
fier à la ten- turel
pour
dreffe d'une femme qui
nous a déja trompez : mais
qu'il faut être fou pour courir
aprés.
Memoires de la Vie du Comte
de Grammont , qui contient
particulierement l'Hiftoire
amoureufe de la Cour d'Angleterre
, fous le regne
Charles II. Imprimez à Code
logne.
Ce Livre doit faire
plaifir à ceux qui aiment
les portraits vifs & naturels
, le ftile noble &
GALANT. 103
leger. Pour en donner
une idée , on a mis ici
une des avantures qu'il
contient.
Pour être au fait de
cette avanture détachée ,
il faut fçavoir que Madame
Chesterfield ayant
été foupçonnée mal à
propos d'une galanterie ,
& fon mari jaloux en
ayant fait confidence au
galant Hamilton qui en
• étoit
amoureux cet amant
, auffi jaloux
que
I iiij
104 MERCURE
le mari , lui confeilla
d'emmener fa femme à
la campagne
. C'eſt de
cette campagne
que Madame
de Chesterfield
écrit
à l'amoureux
& jaloux
Hamilton
la lettre
qui fuit.
Vous ferez auffifurpris de
cette lettre , que je la fus de
Fair impitoyable dont vous
vites mon départ. Je veux
croire que vous vous êtes imaginé
des raisons quijuftifioient
dans votre esprit un procedé
GALANT.
jos
fi peu concevable. Si vous êtes
encore dans la dureté de ces
fentimens , ce fera vous faire
plaifir , que de vous apprendre
ce que je fouffre dans la
plus affreufe des prifons . Tout
ce qu'une campagne a de plus
trifte dans cette faifon s'offre
par- tout à ma vûë. Affiegée
d'impenetrables bouës , dune
fenêtre je vois des rochers ,
de l'autre des precipices : mais
de quelque côté que je tourne
mes regards dans la maiſon ,
jy rencontre ceux d'un jaloux,
moins fupportables encore que
tes triftes objets qui m'envipar
106 MERCURE
ronnent . J'ajoûterois aux malbeurs
de ma vie celui de pa-.
roître criminelle
aux yeux
d'un
homme , qui devroit m'avoir
juftifiée contre les apparences
convaincantes, fi par une innocence
averée j'étois en droit
de me plaindre , ou de faire
des reproches. Mais comment
fe juftifier de fi loin ? & comment
fe flater que la defcription
d'un fejour épouvantable
ne vous empêchera pas de m'écouter
? Mais êtes- vous digne
que je le fouhaite ? Ciel !
que je vous haïrois , ſi je ne
vous aimois à la fureur. VeGALANT
107
nez donc me voir une feulė
fois , pour entendre ma juftification
; je fuis perfuadée
que fi vous me trouvez coupable
aprés cette vifite , ce ne
fera pas envers vous . Nôtre
Argus part demain pour un
procés , qui le retiendra huit
jours à Cheſter. Fe
le gagnera : mais je ſçai bien
qu'il ne tiendra qu'à vous
qu'il en perde un , qui lui tient
pour le moins autant au coeur
que celui qu'il va folliciter.
ne fçai s'il
Il y avoit dans cette lettre
de quoy faire donner
108 MERCURE
tête baiffée dans une avan
ture plus temeraire que
celle qu'on lui propoſoit ,
quoy qu'elle fût affez gaillarde.
Il ne voyoit pas trop
bien comment elle feroit
pour ſe juſtifier ; mais elle
l'affaroit qu'il feroit content
du voyage , & c'étoit
tout ce qu'il demandoit
pour lors.
Il avoit une parente au
prés de Madame de Chef.
terfield. Cette parente ,
qui l'avoit bien voulu fuivre
dans fon exil , étoit entrée
quelque peu dans leur
GALANT. 109
confidence. Ce fut par elle
qu'il reçut cette lettre, avec
toutes les inftructions neceffaires
fur fon départ &
fur fon arrivée. Dans ces
fortes d'expeditions le fet
cret eft neceffaire,du moins
1 avant que d'avoir mis l'avanture
à fin. Il prit la pof
te , & partit de nuit , animé
d'efperances fi tendres & fi
flateufes , qu'en moins de
rien , en comparaiſon du
temps & des chemins , il
eut fait cinquante mortelles
lieuës. A la derniere pof
te il renvoya difcretement
110 MERCURE
fon poftillon . Il n'étoit pas
encore jour ; & de peur des
rochers & des precipices ,
dont elle avoit fait mention
, il marchoit avec affez
de prudence pour un
homme amoureux.
Il evita done heureufement
tous les mauvais pas
& , fuivant fes inftructions ,
il mit pied à terre à certaine
petite cabane , qui joignoit
les murs du parc . Le lieu
n'étoit pas magnifique :
mais comme il avoit befoin
de repos, il y trouva ce qu'il
faloit pour cela. Il ne fe
GALANT. In
foucioit point de voir le
jour , & fe foucioit encore
moins d'en être vû ; c'eft
pourquoy s'etant renfermé
dans cette retraite obfcure,
il y dormit d'un profond
fommeil jufqu'à la moitié
du jour. Comme il ſentoit
une grande faim à fon ré
veil , il mangea fort & ferme
; & comme c'étoit
l'homme de la Cour le plus
e propre , & que la femme
d'Angleterre la plus propre
l'attendoit , il paffa le refte
de la journée à fe décraffer
, & à fe faire toutes les
112 MERCURE
preparations que le temps
& le lieu permettoient, fans
daigner ni mettre la tête un
moment dehors , ni faire
la moindre queftion à fes
hôtes. Enfin les ordres qu'il
attendoit avec
impatience
arriverent à l'entrée de la
nuit , par une espece de grifon
, qui lui fervant de guide
, aprés avoir erré pendant
une demi- heure dans
les boues d'un parc d'une
vafte étendue , le fit enfin
entrer dans un jardin , où
donnoit la porte d'une falle
baffe. Il fut pofté vis à vis
de
GALANT. 113
de cette porte , par laquelle
on devoir bientôt l'intro
duire dans des lieux plus:
agreables. Son guide lui
donna le bon foir la nuit .
fe ferma , mais la porte ne
s'ouvrit point.
1. On étoit à la fin de l'hy
ver ; cependant il fembloit
qu'on ne fûr qu'au commencement
du froid . Ilé.
toit croté juſques aux ge…]
noux , & fentoit que pour
peu qu'il prît encore l'air !
dans ce jardin, la gelée met
troit toute cette crore à fech
Ce commencement d'une
Avril
1714
- K
114
MERCURE
nuit fort âpre & fort obſcu
re eût été rude pour un au
tre: mais ce n'étoit rien pour
un homme qui fe flatoit
d'en paffer fi delicieufe
ment la fin. Il ne laiſſa pas
de s'étonner de tant de precautions
dans l'abfence du
mari . Son imagination
, que
mille tendres idées réchauf
foient , le foûtiac quelque
temps contre les cruautez
de l'impatience , & contre
les rigueurs du froid : mais
il la fentit peu à peu refroi
dir ; & deux heures , qui lui
parurent deux ficcles s'é
GALANT. 115
tant paffées fans qu'on lui
donnât le moindre figne de
vie ni de la porte , ni des fenêtres,
il ſe mit à faire quelques
raifonnemens en luimême
fur l'état prefent de
fes afaires , & fur le parti qu'il
yavoit à prendre dans cette
conjoncture. Si nousfrapions
à cette maudite porte, difoit il ;
I carencore eft-il plus honorable,
file malheur m'en veut, de perir
dans la maifon, que de mourir
de froid dans le jardin. Il
eft vrai, reprenoit,il , que ce
parti peut expofer une perfonne
, que quelque accident im
Kij
116 MERCURE
prévû met peut-être à l'heure
qu'il eft encore plus au defefpoir
que moy. Cette penſée
le munit de tout ce qu'il
pouvoit avoir de patience
& de fermeté contre les ennemis
qui le combattoient
.
Il fe mit à fe promener
à
grands pas , refolu d'attendre
le plus long temps qu'il
feroit poffible fans en mourir
la fin d'une avanture
qui commençoit
fi triſte
ment Tout cela fut inutile,
& , quelques mouvemens
qu'il fe donnât , envelopé
d'un gros manteau , l'enGALANT.
117
gourdiffement commençoit
à le faifir de tous cô.
tez, & le froid dominoit en
depit de tout ce que les empreffemens
de l'amour ont
de plus vif. Le jour n'étoit
pas loin ; & dans l'état où
la nuit l'avoit mís , jugeant
que ce feroit deformais inutilement
que cette porte enforcelée
s'ouvriroit , il re
gagna du mieux qu'il put
l'endroit d'où il étoit parti .
pour cette merveilleufe ex
pedition.
Il falut tous les fagots de
la petite maiſon pour le déc
118 MERCURE
geler. Plus il fongeoit à fon
avanture , plus les circonf
tances lui en paroiffoient ,
bizarres &
incomprehenſi-
,
bles. Mais loin de s'en prendre
à la charmante Chefterfield
, il avoit mille differentes
inquietudes pour elle.
Tantôt il s'amaginoit,
que fon mari pouvoit être
inopinément revenu ; tantôt
que quelque mal fubit
l'avoit faifie , enfin que quelque
obftacle s'étoit mal
heureulement mis à la traverfe
pour s'opposer à fon
bonheur ,juftement au fort
GALANT. 119
des bonnes
intentions qu'
on avoit pour lui. Mais
difoit- il , pourquoy m'avoir,
oublié dans ce maudit jardin ?
Quoy ! ne pas trouver un petit
moment pour mefaire au moins
quelque figne , puis qu'on ne
pouvoit ni me parler , ni me
recevoir ? Il ne fçavoir à laquelle
de ces conjectures
s'en tenir , ni que répondre
aux queftions qu'il s'étoit
faites mais comme il fe
flata que tout iroit mieux la
nuit fuivante , aprés avoir
fait vau de ne plus remertre
le pied dans ce malen
120 MERCURE
contreux jardin , il ordonna
qu'on l'avertît d'abord qu'-
on demanderoit
à lui parler
, fe coucha dans le plus
méchant lit du monde , &
ne laiffa pas de s'endormir
comme il eût fait dans le
meilleur. Il avoit compté
de n'être réveillé que par
quelque lettre , ou quelque
meffage de Madame de
Chesterfield : mais il n'avoit
pas dormi deux heures ,
qu'il le fut par un grand
bruit de cors & de chiens!
La chaumiere , qui lui fer
voit de retraite , touchoir ,
comGALANT.
121
me nous avons dit , les murailles
du parc. Il appella
fon hôte , pour fçavoir un
peu que diable c'étoit que
cette chaffe , qui fembloit
être au milieu de fa chambre
, tant le bruit augmentoit
en approchant. On lui
dit que c'étoit Monseigneur
qui couroit le lievre dans fon
parc. QuelMonfeigneur , ditil
tout étonné ? Monfeigneur
le Comte de Chesterfield , répondit
le payfan. Il fut fi
frapé de cette nouvelle ,
que dans fa premiere ſurprife
il mit la tête fous les
Avril 1714.
L
122 MERCURE
couvertures , croyant déja
le voir entrer avec tous fes
chiens. Mais dés qu'il fut
un peu revenu de fon étonnement
, il fe mit à maudire
les caprices de la fortune
, ne doutant pas que
le retour inopiné d'un ja
loux importun n'eût caufé
toutes les tribulations de la
nuit precedente.
Il n'y eut plus moyen de
fe rendormir aprés une telle
alarme. Il ſe leva , pour repaſſer
dans ſon eſprit tous .
les ftratagêmes qu'on a
coûtume d'employer pour
GALANT.
123
tromper , ou pour éloigner
un vilain mari , qui s'avifoit
de negliger fon procés pour
obfeder fa femme. Il achevoit
de s'habiller , & com- .
mençoit à queftionner ſon
hôte , lorfque le même grifon
qui l'avoit conduit au
jardin , lui rendit une lettre
, & difparut fans attendre
la réponſe . Cette lettre
étoit de fa parente , & voici
ce qu'elle contenoit .
Je fuis au defefpoir d'avoir
innocemment contribué à vous
attirer dans un licu où l'on ne
Lij
124 MERCURE
eût part :
vous fait venir que pour fe
・moquer de vous. Je m'étois opposée
au projet de ce voyage ,
quoique je fuffe perfuadée que
fa tendreffe feule y
mais elle vient de m'en defabufer.
Elle triomphe dans le
tour qu'elle vous a joué. Non
feulement fon mari n'a bougé
d'ici , mais il y refte par com-·
plaifance. Il la traite le mieux
du monde , c'est dans leur
raccommodement qu'elle afçû
que vous lui aviez confeillé de
la mener à la
t
campagne
. Elle
en a conçu tant de depit
d'averfion pour vous , que
de
GALANT. 125
la maniere dont elle m'en vient
de parler , fes reffentimens ne ..
font pas encorefatisfaits . Confolez-
vous de la haine d'une
creature dont le coeur ne meritoit
pas votre tendreffe . Partez
un plus longfejour ici ne
feroit que vous attirer quelque
nouvelle difgrace. Je n'y ref
terai pas long - temps . Je la
connois , Dieu merci. Je ne me
repens pas de la compaffion que
j'en ai d'abord enë : mais je
fuis dégoûtée d'un commerce
qui ne convient gueres à mon
humeur.
Liij
126 MERCURE
L'étonnement , la honte ,
le depit , & la fureur s'emparerent
de fon coeur áprés
cette lecture . Les menaces
enfuite , les invectives , &
les defirs de vengeance exciterent
tour à tour fon aigreur
& fes reſſentimens :
mais aprés y avoir bien
penſé , tout cela fe reduifit
à prendre doucement fon
petit cheval de pofte , pour
remporter à Londres un
bon rhume pardeffus les defirs
& les tendres empreffemens
qu'il en avoit ap
portez. Il s'éloigna de ces
GALANT . 127
5
perfides lieux avec un peu
plus de vîteffe qu'il n'y étoit
arrivé , quoy qu'il n'eût pas
à beaucoup prés la tête remplie
d'auffi agreables penfées.
Cependant quand il
fe crut hors de portée de
rencontrerMilord Chefterfield
& fa chaffe , il voulut
un peu fe retourner , pour
avoir au moins le plaifir de
voir la priſon où cette méchante
bête étoit renfermée
mais il fut bien furpris
de voir une trés belle
maiſon , fituée ſur le bord
d'une riviere , au milieu d'u-
:
Liiij
128 MERCURE
ne campagne la plus agreable
& la plus riante qu'on
pût voir. Au diable le precipice
, ou le rocher qu'il y
vit ; ils n'étoient que dans
la lettre de la perfide . Nouveau
fujet de reffentiment
& de confufion pour un
homme qui s'étoit crû fçavant
dans les rufes , auffi
bien que dans les foibleffes
du beau fexe , & qui ſe
voyoit la dupe d'une coquette
, qui fe raccommodoit
avec un époux pour
vanger d'un amant.
Il regagna la bonne ville,
fe
GALANT. 129
ل
prêt à foûtenir contre tous ,
qu'il faut être de bon nafe
fier à la ten- turel
pour
dreffe d'une femme qui
nous a déja trompez : mais
qu'il faut être fou pour courir
aprés.
Fermer
Résumé : LIVRE NOUVEAU. Memoires de la Vie du Comte de Grammont, qui contient particulierement l'Histoire amoureuse de la Cour d'Angleterre, sous le regne de Charles II. Imprimez à Cologne.
Le texte extrait des 'Mémoires de la Vie du Comte de Grammont' relate une aventure amoureuse à la cour d'Angleterre sous le règne de Charles II. L'histoire se concentre sur Madame de Chesterfield, injustement soupçonnée d'infidélité par son mari jaloux. Ce dernier, influencé par Hamilton, un amant jaloux de Madame de Chesterfield, lui conseille de l'emmener à la campagne pour la surveiller. Madame de Chesterfield écrit à Hamilton une lettre désespérée, se décrivant prisonnière dans un lieu affreux, entouré de boues, de rochers et de précipices, et surveillée par son mari jaloux. Elle exprime son amour pour Hamilton et le supplie de venir la voir pour qu'elle puisse se justifier. Hamilton, malgré ses doutes, décide de se rendre à la campagne, guidé par une parente de Madame de Chesterfield. À son arrivée, Hamilton attend toute la nuit dans un jardin glacial, sans que la porte de la maison s'ouvre. Le matin, il retourne à sa retraite, perplexe et engourdi par le froid. Il est réveillé par la chasse du Comte de Chesterfield, ce qui le plonge dans la confusion. Il reçoit ensuite une lettre de sa parente, révélant que Madame de Chesterfield s'est moquée de lui et s'est réconciliée avec son mari. Hamilton, furieux et humilié, retourne à Londres. Il découvre alors que la maison de Madame de Chesterfield est en réalité belle et agréable, contrairement à la description de la lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2980
p. 145-194
REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
Début :
Les Astronomes qui ont pris grand soin de regler leurs [...]
Mots clefs :
Pendule, Mouvement de la terre, Air, Vibrations, Eau, Terre, Ligne, Corps, Longueur du pendule, Cayenne, Poids, Pendule simple, Seconde, Gorée, Horloge, Axe, Particules, Cycloïde, Pôles, Expérience
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
REMARQUES
Sur les inégalitez du Mouvement
des Horloges à Pendule.
L
Es
Aftronomes qui ont
pris grandfoinde regler
leurs Pendules à ſecon-
1 des , fur le Mouvement des
Aftres , y ont remarqué des
inégalitez , qu'ils n'ont pû réduire
à aucune regle certaine.
J'ay fait quelques remarques
fur ces inégalitez dans le Me.
moire que j'ay lû à l'Acadé-
N Avril
1714.
146 MERCURE
mie , & entr'autres fur celles
par
qui peuvent
venir d'une petite
lame de reffort , que j'avois
miſe à la place de la foye
pour foutenir
le Pendule ; car
j'avois cru que cette lame ,
n'étant pas ſujette aux alterations
qui arrivent
à la foye ,
la féchereffe
& par l'humidité
de l'air , les vibrations
du Pendule
pourroient
eftre
beaucoup
plus égales : Mais
enfin je fus obligé d'ofter la
lame & d'y mettre la foye , à
caufe que j'y remarquois
des
inégalitez
bien plus grandes
qu'auparavant
; & j'ay trouvé
GALANT. 147
depuis que l'Horloge alloit
affez juftement pour ne pas
s'écarter quelques fois du
moyen mouvement d'une
feule feconde dans l'efpace de
quatre jours , où le Pendule
fait 345600. vibrations . Mais
j'ay auffi remarqué quelques
fois , que d'un jour à l'autre
il y avoit des changemens af
fez confiderables pour embarraffer
un Obfervateur exact ,
& pour donner de l'exercice à
un Philofophe qui en voudroit
rechercher la caufe , la.
quelle ne peut
fique.
cftre que Phy-
Nij
148 MERCURE
Les differens états de l'air
femblent eftre les feules caufes
des changemens que nous
remarquons au Mouvement
des Pendules ; car il eſt chaud
ou froid , fec ou humide , leger
ou pefant , rare ou groffier
ou épais ; toutes ces differentes
qualitez fe mêlant enfemble
en differens degrez ,
peuvent caufer de grandes alterations
au Mouvement des
Horloges. Mais pour reconnoiftre
quelque chofe de ce
qui doit arriver , il faut confiderer
féparément ces états
differens .
GALANT 149
7 des
On fuppofe premierement ,
que fi la Cycloïde eft bien
faite fuivant les regles que Mr
Huggens en a données , tout
ce qui peut accelerer ou ralentir
le Mouvement des rouës ,
ne doit apporter aucun changement
à l'Horloge , puifqu'il
n'en pourroit arriver
vibrations plus longues , ou
plus courtes , lefquelles ne
laifferoient pas d'eftre fochrones
ou d'égale durée . Ainfi
le froid pouvant figer en quelque
façon le peu d'huile qui
eft attaché aux pivots des
rouës , fera
que
que leur Mouve-
Niij
So MERCURE
ment fera plus difficile que
dans un temps chaud ou
l'huile fera plus liquide , &
par confequent les vibrations
deviendront plus
courtes ;
elles ne
laifferont pas d'eftre
d'égale durée à celles qui font
plus longues , cftant rectifiées
par la figure de la Cycloïde.
L'humidité qui
s'attachera
aux touës , & aux pivots pourra
caufer à peu prés le même
effet fans qu'il arrive d'inégalité
au Mouvement
.
Mais quoique la Cycloïde
foit la figure neceffaire pour
faire que les vibrations
lonGALANT.
151
gues ou courtes , foient Ifochrones
, il falloit confiderer ,
qu'elle ne pouvoit avoir lieu
que lorsque la fufpenfion n'auroit
aucune groffeur ou épaiffeur,
ce qui eft impoffible dans
l'execution
; c'est pourquoy
,
puifqu'on fe fert d'un fil de
e
foye tortillé , qui eft affezgros
pour foutenir la lentille du
pendillon ou Pendule qui eft
pefante , & qu'on ne doit
rien négliger , de ce qui peur
contribuer à la jufteffe de ce
Mouvement ; il ne faut pas
que la figure foit une Cycloïde
, mais une ligne paralelle à
Niiij
152 MERCURE
la Cycloïde laquelle en foit
éloignée vers la partie concave
de la moitié de
l'épaiffeur du
fil , afin que l'axe où le milieu
de ce fil décrive exactement
la Cycloïde , comme je l'ay expliqué
dans mon Traité des
Epicycloïdes qui doivent fervir
au Mouvement des Machines.
On peut auffi
remarquer
que les petits filets de foye qui
compofent le fil , font fecs &
roides , & qu'ils peuvent par
confequent fouffrir tous enfembles
des alterations confi-
1
derables , & à
peu prés femblables
à celles de la lame de
GALANT . 153
reffort , qui eft plus roide dans
des temps froids , lecs & plus
molle dans des temps chauds ;
mais c'eſt un accident qu'on
ne peut éviter , quand on fe
fert d'une fufpenfion flexible
pour le Pendule ; c'eft pour
quoi on pourroit éprouver
celle que j'ay propofée dans
differens Memoires.
Si l'on confidere les diffe
& rens états de l'air par rapport
au Pendule , & non pas par
rapport au rouage de l'Horloge,
on y remarquera tant de
differens accidens , qu'à peine
pourroit- on croire que l'Hor
7.
154 MERCURE
loge pût aller également une
heure en terre , pendant laquelle
le Pendule fait 3600 .
vibrations ou battemens.
On fçait que la chaleur du
Soleil en Eté eft affezforte pour
échauffer une barre de fer de
fix pieds de longueur , & la
rendre plus longue qu'elle n'étoit
en Hiver , ayant efté expofée
à la gelée, de deux tiers
de ligne , comme je l'ay reconnu
par une experience tresexacte
que j'en ay faite autrefois.
C'est pourquoi ces deux
états differens de l'air fur la
longueur, de la verge du PenGALANT
. 155
-1
dule , qui doit eftre de trois
pieds huit lignes un deuxième
pour battre les fecondes , la
pourroit changer d'un tiers de
ligne , ce qui cauferoit une
difference tres- confiderable
dans la durée des vibrations
du Pendule , puifqu'elle pourroir
aller jufqu'à 32. par jour,
Mais comme ce cas ne pourroit
arriver que lorfque l'Horloge
feroit expofée à l'air , &
au Soleil dans ces deux faifons,
ce qui n'eft pas ordinairement,
on n'y remarque pas de fi
grands changemens . Il arrive
quelque fois d'affez grandes
156 MERCURE
differences de chaleur d'un jour
à l'autre , & de la nuit au jour
pour faire allonger ou racourcir
la verge du Pendule , qui
pourra ralentir ou accelerer
le Mouvement de l'Horloge,
de quelques fecondes , comme
nous le remarquons auffi quel
que fois , ce qui peut venir par
cette feule caufe. C'est pourquoi
dans l'ufage qu'on fait
des Horloges à Pendule pour
les obfervations celeftes , où il
eft neceffaire de connoiftre
l'heure dans la derniere juf
teffe , il faut les placer dans un
lieu où elles foient le plus à la
GALANT. 157
l'abri qu'il eft poffible , de
toutes les injures de l'air.
L'humidité , la féchereffe ,
la denfité , la rareté de l'air peuvent
auffi caufer des alterations
confiderables
auMouve-
3 ment du Pendule. Car lorfque
l'air fera humide , c'est- à- dire
lorſqu'il ſera rempli de quantité
de petites particules d'eau
qui y demeurent
fufpendues ,
ou lorsqu'il eft denfe ou épais,
le Pendule , aura plus de peine
à le fendre , & il femble que
fes vibrations doivent cftre
alors de bien plus longue durée
que lorsqu'il eft fec ou ra 31
158 MERCURE
re. Car nous fçavons par experience
qu'une plume treslegere
tombe dans un tuyau
dont on a pompé l'air,prefque
auffi vite qu'une pierre fait
dans l'air. Mais comme on ne
doit point juger de ce qui
doit arriver dans ces fortes de
rencontres fans en faire l'experience
lorsqu'il eft poffible
de la faire , j'ay cru que fi l'air
humide ou épais peut rendre
les vibrations de plus longue
durée qu'un air fec & rare ,
on devoit appercevoir une
tres grande difference entre le
Mouvement du Pendule dans
GALANT . 159
l'air & dans l'eau . Pour connoistre
ce qui en eftoit , j'ay
fait un Pendule à demi fecondes
avec une bale de plomb
de deux onces de
pefanteur ,
laquelle eftoit fufpenduë à un
fil delié , & je l'ay mis en.
mouvement dans l'eau . J'ay
remarqué dabord que les
grandes vibrations fe racourciffoient
, & que le mouvement
s'arreftoit infenfiblement
aprés une minute & un
peu plus. Mais comme je me
perfuadois que ces vibrations
dans l'eau devoient eftre au
moins d'une feconde chacune ,
160 MERCURE
lefquelles n'eftoient que d'une
demi feconde dans l'air , j'ay
efté fort furpris de voir
qu'elles me paroiffent prefqu'-
auffi promptes ou d'égale durée
à celles qui ſe faifoient
dans l'air. Pour les mefurer
exactement j'ay fair compter
les vibrations du Pendule de
l'Horloge à feconde , pendant
une minute , & à même
temps je comptois les vibrations
du Pendule à demi feconde
, dans l'eau d'un grand
vaiffeau plat , où la balc
eftoit enfoncée d'un demi
pouce environ , & j'ay trouvé
1
aptés
GALANT . 161
1
aprés avoir repeté plufieurs
fois la même experience , que
le Pendule dans l'eau ne faifoit
que 112. vibrations au lieu
des 120. qu'il auroit faites
dans l'air pour une minute.
J'ay fait auffi la même experience
avec un Pendule
fimple à fecondes , dont la bale
qui eftoit de plomb , peſoit
cinq onces , & j'ay trouvé
comme dans l'autre que les
grandes vibrations duroient
fort peu de tems , & que
Pendule s'arreftoit prefque entierement
aprés deux minutes ;
mais il ne faifoit dans l'eau
Avril 1714
.
le
162 MERGURE
que
que 114 vibrations pendant
le Pendule de l'Horloge
en faifoit i 20. dans l'air pour
deux minutes. Ainfi le retardement
que l'eau caufe aux
vibrations du Pendule eft de
trois par minute ; j'aurois fouhaité
de faire les obfervations
de ces differences de vibrations
dans l'eau & dans l'air
pendant
20. ou 30, pour connoiftre
plus exactement leur
difference , & voir quel rap
port il y avoit dans le retardement
des vibrations dans
l'eau , fur ces Pendules de difference
longueur ; mais je n'ay
GALANT . 163
pû aller plus loin.
Puifqu'un Pendule à fccondes
perd dans l'eau trois
par minute , il perdroit en un
jour 4320.
Mais fi nous
fuppofons que cette diminution
du mouvement des Pendules
, vient de la denfité du
milieu ; & fi l'air eft denſe , ou
épais par le poids dont il eft
chargé , fans avoir égard au
plus ou au moins de particules
d'eau qui y font mêlées , il
s'enfuivra
que fi la pefanteur
de l'air change feulement d'un
28 , comme on le remarque
affez fouvent dans le Baro-
O ij
164 MERCURE
-
metre, la vingt- huitième partie
de 4320. de retardement du
Pendale dans l'eau pour un
jour , laquelle eft 154. fera
la diminution ou bien le retardement
de l'Horloge dans
l'efpace d'un jour par rapport
à deux differents états de l'air ;
mais on n'a jamais remarqué
dans les Horloges à Pendule ,
une auffi grande difference
que celle- là; on ne peut donc
pass dire , que les differens
poids dont l'air peut eftre
chargé , puiffent caufer ſes differentes
denfitez ne font pas
fur le mouvement d'un PenGALANT
. 165
dule le même cffet que la
denfité de l'eau , ce qui peut
venir de la differente configuration
des parties de ces deux
corps , dont celles de l'air ,
quoique fort ferrées & preffées
, pourront cftre facilement
féparées , & au contraire
celles de l'eau le peuvent être
tres-difficilement , eftant adherentes
les unes aux autres.
On pourroit encore ajouter
que les dernieres vibrations
dans l'eau eftant plus courtes
que les premieres , elles vont
plus vite.
Ce feroit pour cette raiſon
166 MERCURE
que l'air , quoiqu'il fut rempli
de particules d'eau n'apporte
roit que peu ou point de retardement
au mouvement du
Pendule , en ce que toutes ces
particules n'ayant point de
liaifon les unes aux autres ;
mais eftant toutes féparées
par les particules de l'air, pourroient
eftre tres- facilement
deplacées entre les particules
de l'air , où elles font flotan-
>tes .
Maisfices particules d'eau ne
caufent point de retardement
au mouvement du Pendule
pár la difficulté à cftre déplas
GALANT . 167
cées ; elles peuvent y caufer
un changement affez confiderable
par un autre moyen. Si
l'air de fec qu'il devient humide,
il eft certain qu'une tresgrande
quantité de ces particules
d'eau doivent s'attacher
à la fuperficie de la verge , &
à celle du poids du Pendule ,
& même elles peuvent penetrer
un peu cette verge & ce
poids ; & par confequent elles
feront comme un enduit fur
la vergez& fur ia lentille du
poids , qui aura fon centre
Jd'ofcillation different de celui
du compofé de la verge &
168 MERGURE
du poids : c'eft pourquoi le
centre d'ofcillation étant alors
different de ce qu'il eftoit au
paravant
, la durée des vibrations
ne fera pas la même
qu'elle eftoit. Ce n'est pas
qu'on ne puiffe remedier en
quelque façon à cet accident ,
en fe fervant pour Pendule
d'un Cylindre dont la baffe
eftoit petite, ce qui foit homogene
dans toute fa longueur ,
lequel cftant fufpendu par
l'extrémité
de fon axe , auroit
à tres peu prés un même point
pour centre d'ofcillation de fa
fuperficie & de fon corps , &
par
GALANT. 169
par confequent quelque changement
qu'il arrivât à cette ſuperficie
pourvû qu'il fut égal
dans toutes fes parties , le
mouvement du Pendule n'en
feroit point alteré fenfiblement
. Ce feroit la même
chofe , fi au lieu d'un Cylindre
on fe fervoit d'un paralele
lipipede , pourvû qu'il
fut auffi fufpendu par l'extre
mité de fon axe.
Enfin fi la Cycloïde eftoit
mal faite , elle pourroit caufer
de nouvelles irrregularitez au
mouvement du Pendule , fuivant
que ces vibrations fe-
Avril 1714. P
170 MERCURE
roient plus longues ou plus
courtes dont il s'en formeroit
plufieurs autres par leur combinaiſon
, avec les premieres.
Pour ce qui regarde les differentes
longueurs du Pendule
dans differens climats , il
me femble qu'on y peut faire
quelques remarques ; car Mr
Picard avoit obfervé à Vranibourg
, & à Bayonne , où j'étois
avec lui , que la longueur du
Pendule fimple à ſeconde , étoit
exactement la même qu'à
Paris. On fit une grande attention
à cette obfervation de
Bayonne , à cauſe qu'on fçaGALANT.
171
voit ce que Mr Richer en avoit
rapporté de Cayenne. Vrani .
bourg & Bayonne font éloignez
l'un de l'autre en latitude
de plus de douze degrez,
& entre Bayonne & Cayenne ,
la difference de latitude eft
de 38. car Cayenne eſt à peuprés
à 5. de latitude de Borcale
, ce qui donne ſeulement
une difference à peu - prés triple
de la premiere , pour laquelle
on trouve cinq quarts
de ligne de diminution de la
longueur du Pendule . On
doit donc conclure de là que
cette difference de longueur
Pij
172 MERCURE
ne devient fort fenfible qu'en
s'approchant de la ligne.
Mais quelques années aprés
Mrs Varin , des Hayes & de
Glos, ayant été envoyez vers la
ligne , pour y faire quelques
obfervations Aftronomiques
,
trouverent que dans l'Ile de
Gorée , qui eft à 14. de latitude
de Borcale , la longueur
du Pendule fimple à feconde
devoit cftre plus courte qu'en
France de 2. lignes . Les obfervations
faites à Cayenne &
à Gorée , ne laiffent aucun lieu
de douter qu'elles ne foient
tres- certaines & tres - exactes
GALANT. 173
to
par toutes les circonstances
qui y font rapportées . Cependant
fi l'on avoit voulu
conclure cette difference de
longueur du Pendule pour
Gorée par celle de Cayenne ,
on auroit dit que celle de
Gorée devoit eſtre ſeulement
plus courte qu'à Paris de trois
quarts de ligne environ , &
l'obfervation la donne de 2.
lignes entieres. Au contraire ,
fi de celle de Gorée on avoit
conclu celle de Cayenne, on
l'auroit pofée de 3. lignes environ
, & elle n'a efté trouvée
que de cinq quarts de lignes .
Piij
174 MERCURE
Les grandes differences ne
peuvent s'accorder en aucune
façon avec les hypotefes que
Mr Mariette a faites dans fon
Traité du mouvement des Eaux ,
& Mr Huygens dans ſon Traité
de la Lumiere , & il faut en
chercher d'autres pour expliquer
pourquoi la longueur du
Pendule eft la même dans les
latitudes de 55. un quart & de
43. un tiers , & qu'à 14. deux
tiers elle eft de deux lignes plus
courte , & à 5. de cinq quarts
de ligne feulement . Mais ne
pourroit-on point foupçonner
que cette differente lonGALANT.
175
1
1
gueur
du Pendule n'eft point
réelle , mais feulement apparente,
& qu'elle ne vient que de
la mefure dont on s'eft fervi .
Car il est tres - vray que les
métaux , & generalement tous
les corpss s'étendent conſidera
ble ment à la chaleur , & fe
refferent au froid . Mr Picard
dit que fur un pied de longueur
il a obfervé un allongement
d'un quart de ligne ; & par
confequent fur la longueur du
Pendule ce feroit trois quarts
de ligne , au lieu que je n'ay
trouvé qu'un tiers de ligne.
Cette difference pourroit ve-
Piiij
176 MERCURE
nir des manieres differentes
dont les obfervations ont efté
faites ; car Mr Picard ayant
expofé les corps à la gelée , les
mettoient enfuite auprés du
feu ; & pour moy je les ay
feulement expofez au Soleil.
l'Eté fuivant . On pourroit
donc dire que vers la ligne ,
& entre les Tropiques où les
chaleurs font fort grandes , les
métaux s'étendent & s'allon.
gent tres- confiderablement
au- delà de ce qu'ils font dans
ccs Pays - ci , & peut - eſtre encore
par une cauſe particuliere
des vapeurs des exhalaiſons
GALANT 177
1
qui les penetrent , comme on
fçait qu'elles font tres - penetrantes
en ces Pays - là ; & enfin
plus dans un temps que
dans un autre , & plus dans un
lieu que dans un autre . C'eſt
pourquoy ces caufes d'extenfion
qui ne font pas
confiderables
dans ces Pays - ci , peu-
ES vent estre tres- differentes à
Gorée & à Cayenne , & dans
des temps differens , car on eft
I perfuadé que vers les Tropiques
les chaleurs font bien
plus fortes que vers la ligne.
Et fi la verge de fer de trois
pieds mefurée à Paris au temps
178 MERCURE
du départ de Mr Richer , s'eft
allongée à Cayenne de cinq
quarts de lignes , il doit avoir
trouvé la longueur du Pendule
fimple à feconde mefurée
avec cette verge plus courte
qu'à Paris de cinq quarts de
ligne , quoi qu'effectivement
elle ait efté la même dans ces
deux lieux .
De même , fi à Gorée la mefure
s'eft allongée de deux
lignes plus qu'elle n'eftoit à
Paris , la longueur du Pendule
fimple à feconde y aura paru
plus courte qu'à Paris de
deux lignes. C'eft ce qui me
paroift de plus vray - fèmblaGALANT
. 179
ble fur ce Phenomene. Si cela
eftoit ainsi , la meſure univerfelle
du Pendule demeureroit
toûjours la même , &
par toute la terre , & il fau
droit regler les mesures particulieres
fur cette meſure , en
prenant la longueur du Pendule
fimple pour trois pieds
ou pour une demie toife.
Examen de la Démonftration
que Meffieurs Mariotte ,
Huygens donnent des differentes
longueurs du Pendule
fimple à feconde , en differens
endroits de la Terre.
Il ne s'agit ici que de démontrer
fi les corps tombent
180 MERCURE
proplus
lentement fous l'Equinoxial
que par tout aillicurs ; &
s'ils tombent plus vîte à
portion qu'on s'approche plus
des Poles. C'est ce qu'il prétend
faire dans fon Traité
du mouvement des eaux , en
fuppofant le mouvement de
la Terre autour de fon Axe.
Il dit que le mouvement de
la Terre donne à l'air une im .
preffion qui le fait tendre à
s'écarter de fon Axe avec une
viteffe proportionnée à celle
de fon mouvement ; & que ce
mouvement eſtant plus grand
vers l'Equinoxial , que vers
GALANT, 181
les Poles , l'effort qu'il fait
vers l'Equinoxial eft plus
grand que celui qu'il fait vers
fes Poles ; & c'eſt de ce different
effort qu'il conclut que
les corps qui font dans l'air
font repouffez & écartez de
t la terre avec plus de force
proche de l'Equinoxial , pour
d les empêcher de tomber , que
lorfqu'ils font proche des 10
03
Poles.
Ceraifonnement n'eft fonfur
la ſuppoſition que
coll dé
que
uet l'air qui environne la terre, en
ran eft repouffé par fon mouve
ment autour de fon Axe ;
YCD
182 MERCURE
peut- cftre ayant efté perſuadé
de cet effet par une experience
commune , qui eft , que fi l'on
fait mouvoir dans l'air un
corps irregulier , l'air frappé
par fes inégalitez , tend à s'écarter
du corps par des lignes
perpendiculaires au mouvement
du corps : Mais il me
femble qu'il ne peut pas arriver
la même chofe au Globe
de la Terre , enfuppofant fon
mouvement journalier autour
de fon Axe .
Car premierement il y a
trop peu de terres , & leurs inégalitez
font trop petites par
GALANT. 183
•
rapport aux furfaces unies des
eaux pour écarter fenfiblement
l'air de la terre, & par
confequent
le mouvement
feul de la furface de la terre
feroit que tous les corps de
cette furface choqueroient
l'air avec une viteffe auffi ·
་
grande qu'eft celle de ces
corps , laquelle on pourroit
V
prendre pour un vent tresviolent
d'Orient en Occident ,
qui n'auroit pourtant aucune
determination à s'écarter de la
furface de la terre , & les cau-
! fes particulieres des vents ne
pourroient pas avoir aſſez de
•pa
184 MERCURE
force pour lui refilter. Si l'on
apperçoit entre les Tropiques
quelque mouvement d'Orient
en Occident , il y a auffi affez
fouvent de grands calmes , &
l'on pourroit donner d'autres
raifons Phyfiques de cemouvement
, que celuy de la
terre ; & de plus quel rapport
y a- t- il entre la viteffe de ce
vent & celle de la ſurface de
la terre qui fait en un jour
9000 licuës .
Il faut donc demeurer d'accord
que l'Atmoſphere qui
environne la terre de tous côtez
, ne fait que comme un
même
GALANT 185
SC
et
même corps avec elle ; &
dans la fuppofition du mouvement
de la terre autour de
fon Axe l'Atmoſphere eft em
portée comme la furface.
D'où il fuit qu'une pierre qui
tombe dans cette Atmoſphere
ne pourroit recevoir aucune
impreffion du mouvement de
la terre , comme il arriveroit
à une bale de plomb qu'on
laifferoit tomber dans un vaif.
feau plein d'eau , pendant que
le yaiffeau feroit emporté d'un
mouvement Horizontal fort
prompt ; car on ne fait aucun
doute que cette bale ne
Avril 1714. е
186 MERCURE
tombe dans le fond du vaiffeau
au même endroit où elle
tomberoit fi le vaiſſeau eftoit
en repos, puifqu'effectivement
l'eau qui eft contenuë dans le
vaiffeau y eftoit en repos par
rapport à la maffe d'eau , &
aux parois du vaiffeau pendant
qu'il eft en mouvement
Et s'il eftoit poffible que
l'air fut écarté de la furface
de la terre par le mouvement
de la terre , foit par une tangente
qui s'écarteroit de l'Orient
vers l'Occident , ſoit par
un rayon du centre vers la
circonference, il arrivera toûGALANT
187
B
ea
jours que le poids du Pendule
qui defcend & qui remonte
dans la même vibration
, qui va d'un coſté
dans une vibration , & de
l'autre dans la fuivante fera
autant accelerer en remontant
que retardé en defcendant , &
autant accelerer d'un cofté
que regardé de l'autre , d'où
il fuit qu'il ne doit arriver par
cette caufe aucun changement
à la durée des vibrations du
Pendule.
Mais enfin quand on accorderoit
à Mr Mariotre tout
'ce qu'il prétend conclure de
Qij
188 MERCURE
fon Hypothefe , il s'enfuivroit
toûjours que pour les degrez ,
qui feroient plus proches des
Poles , l'augmentation de viteffe
du mouvement du Pendule
feroit beaucoup plus
grande que pour les degrez
qui feroient vers l'Equateur ,
puifque cette augmentation
feroit dans la raifon de la diminution
du mouvement de
la matiere , qui feroit celle des
limes du complement des degrez
de latitude , lefquels diminuënt
bien plus vite en s'aprochant
des Poles que vers
l'Equateur , ce qui eft contre
GALANT . 189
it
d
l'obfervation faite à Vranibourg
& à Bayonne & encore
contre l'irregularité qui s'eft
trouvée entre Cayenne &
Gorée.
Mr Huygens , dans fon
Traité de la lumiere , dit , qu'on
ne peut douter que ce ne foit
une marque que les corps defcendent
plus lentement vers
l'Equinoxial qu'en France.
C'est ce que Mr Mariotte
avoit fuppofé, & pour la dé
VO
DE
monftration , il ajoûte , qu'il
connut auffi- tôt qu'on luy eut
communiqué ce nouveau
Phenomene , que la caufe en
190 MERCURE
pouvoit cftre rapportée au
mouvement de la terre , qui
eftant plus grand en chaque
Pays , felon qu'il approche
plus de la ligne Equinoxiale ,
doit produire un effet plus
grand à rejetter les corps du
centre , & leur ofter par là une
certaine partie de leur pefanteur.
Il eſt facile à voir par
fes propres paroles que je
viens de rapporter , qu'il fe
fert de la même Hypothefe
que Mr Mariotte , & il détermine
enfuite la quantité de la
diminution de cet effort par
fon Theoreme troifiéme de vi
GALANT . 191
che
Set
centrifuga. C'est pourquoi
toutes les raifons que j'ay
rapportées contre l'explication
de ce Phenomene par Mr
Mariotte,ferviroient aufficontre
celle ci , qui ne conclud
que la même choſe du même
principe . D'où enfin je dis
at qu'il doit y avoir quelqu'autre
caufe de cet effet , laquelle ne
dépend point du mouvement
de la terre.
Pour ce qui regarde l'obfervation
il femble d'abord
del qu'elle eft tres facile à faire ,
puifqu'on peut compter les
vibrations du Pendule fimple
•pal
192 MERCURE
pendant uue heure , où il demeure
toûjours en mouvement
aprés qu'il y a çſté mis
d'abord , & que fi le Pendule
devoit eftre plus court de 2 .
lignes , celui qui feroit de 2 .
lignes plus long , feroit en
une heure environ 8. vibrations
de moins que l'autre ,
ce qui eft une trop grande
difference
pour s'y tromper
.
Ce fera la même chofe dans
les autres longueurs
à propor
tion.
Cependant il faut remarquer
que fi l'on fe fert d'un
fil dépite pour foûtenir le
poids
GALANT. 193
ALL
poids , quelque delié que ce
fil puiffe eftre , il est toûjours
plat , & il arrive que les dernieres
vibrations deviennent
ordinairement tournantes de
droites qu'elles eftoient d'abord
comme je l'ay éprouvé,
à caufe que ce fil fendant l'air
obliquement dans ſon mouvement
, écarte le Pendule
'd'un colté en allant , & de
l'autre en revenant , ce qui lui
donne peu à peu une détermi
nation à tourner. Jay aufli ob.
fervé que ces dernieres vibrations
tournantes quidevroient
eftre plus courtes que les
Avril
1714.
R
1
194 MERCURE
premieres , à caufe qu'elles ont
moins d'étendue , font de plus
longue durée que les droites
,
ce qui peut impofer dans l'ob.
fervation.
Sur les inégalitez du Mouvement
des Horloges à Pendule.
L
Es
Aftronomes qui ont
pris grandfoinde regler
leurs Pendules à ſecon-
1 des , fur le Mouvement des
Aftres , y ont remarqué des
inégalitez , qu'ils n'ont pû réduire
à aucune regle certaine.
J'ay fait quelques remarques
fur ces inégalitez dans le Me.
moire que j'ay lû à l'Acadé-
N Avril
1714.
146 MERCURE
mie , & entr'autres fur celles
par
qui peuvent
venir d'une petite
lame de reffort , que j'avois
miſe à la place de la foye
pour foutenir
le Pendule ; car
j'avois cru que cette lame ,
n'étant pas ſujette aux alterations
qui arrivent
à la foye ,
la féchereffe
& par l'humidité
de l'air , les vibrations
du Pendule
pourroient
eftre
beaucoup
plus égales : Mais
enfin je fus obligé d'ofter la
lame & d'y mettre la foye , à
caufe que j'y remarquois
des
inégalitez
bien plus grandes
qu'auparavant
; & j'ay trouvé
GALANT. 147
depuis que l'Horloge alloit
affez juftement pour ne pas
s'écarter quelques fois du
moyen mouvement d'une
feule feconde dans l'efpace de
quatre jours , où le Pendule
fait 345600. vibrations . Mais
j'ay auffi remarqué quelques
fois , que d'un jour à l'autre
il y avoit des changemens af
fez confiderables pour embarraffer
un Obfervateur exact ,
& pour donner de l'exercice à
un Philofophe qui en voudroit
rechercher la caufe , la.
quelle ne peut
fique.
cftre que Phy-
Nij
148 MERCURE
Les differens états de l'air
femblent eftre les feules caufes
des changemens que nous
remarquons au Mouvement
des Pendules ; car il eſt chaud
ou froid , fec ou humide , leger
ou pefant , rare ou groffier
ou épais ; toutes ces differentes
qualitez fe mêlant enfemble
en differens degrez ,
peuvent caufer de grandes alterations
au Mouvement des
Horloges. Mais pour reconnoiftre
quelque chofe de ce
qui doit arriver , il faut confiderer
féparément ces états
differens .
GALANT 149
7 des
On fuppofe premierement ,
que fi la Cycloïde eft bien
faite fuivant les regles que Mr
Huggens en a données , tout
ce qui peut accelerer ou ralentir
le Mouvement des rouës ,
ne doit apporter aucun changement
à l'Horloge , puifqu'il
n'en pourroit arriver
vibrations plus longues , ou
plus courtes , lefquelles ne
laifferoient pas d'eftre fochrones
ou d'égale durée . Ainfi
le froid pouvant figer en quelque
façon le peu d'huile qui
eft attaché aux pivots des
rouës , fera
que
que leur Mouve-
Niij
So MERCURE
ment fera plus difficile que
dans un temps chaud ou
l'huile fera plus liquide , &
par confequent les vibrations
deviendront plus
courtes ;
elles ne
laifferont pas d'eftre
d'égale durée à celles qui font
plus longues , cftant rectifiées
par la figure de la Cycloïde.
L'humidité qui
s'attachera
aux touës , & aux pivots pourra
caufer à peu prés le même
effet fans qu'il arrive d'inégalité
au Mouvement
.
Mais quoique la Cycloïde
foit la figure neceffaire pour
faire que les vibrations
lonGALANT.
151
gues ou courtes , foient Ifochrones
, il falloit confiderer ,
qu'elle ne pouvoit avoir lieu
que lorsque la fufpenfion n'auroit
aucune groffeur ou épaiffeur,
ce qui eft impoffible dans
l'execution
; c'est pourquoy
,
puifqu'on fe fert d'un fil de
e
foye tortillé , qui eft affezgros
pour foutenir la lentille du
pendillon ou Pendule qui eft
pefante , & qu'on ne doit
rien négliger , de ce qui peur
contribuer à la jufteffe de ce
Mouvement ; il ne faut pas
que la figure foit une Cycloïde
, mais une ligne paralelle à
Niiij
152 MERCURE
la Cycloïde laquelle en foit
éloignée vers la partie concave
de la moitié de
l'épaiffeur du
fil , afin que l'axe où le milieu
de ce fil décrive exactement
la Cycloïde , comme je l'ay expliqué
dans mon Traité des
Epicycloïdes qui doivent fervir
au Mouvement des Machines.
On peut auffi
remarquer
que les petits filets de foye qui
compofent le fil , font fecs &
roides , & qu'ils peuvent par
confequent fouffrir tous enfembles
des alterations confi-
1
derables , & à
peu prés femblables
à celles de la lame de
GALANT . 153
reffort , qui eft plus roide dans
des temps froids , lecs & plus
molle dans des temps chauds ;
mais c'eſt un accident qu'on
ne peut éviter , quand on fe
fert d'une fufpenfion flexible
pour le Pendule ; c'eft pour
quoi on pourroit éprouver
celle que j'ay propofée dans
differens Memoires.
Si l'on confidere les diffe
& rens états de l'air par rapport
au Pendule , & non pas par
rapport au rouage de l'Horloge,
on y remarquera tant de
differens accidens , qu'à peine
pourroit- on croire que l'Hor
7.
154 MERCURE
loge pût aller également une
heure en terre , pendant laquelle
le Pendule fait 3600 .
vibrations ou battemens.
On fçait que la chaleur du
Soleil en Eté eft affezforte pour
échauffer une barre de fer de
fix pieds de longueur , & la
rendre plus longue qu'elle n'étoit
en Hiver , ayant efté expofée
à la gelée, de deux tiers
de ligne , comme je l'ay reconnu
par une experience tresexacte
que j'en ay faite autrefois.
C'est pourquoi ces deux
états differens de l'air fur la
longueur, de la verge du PenGALANT
. 155
-1
dule , qui doit eftre de trois
pieds huit lignes un deuxième
pour battre les fecondes , la
pourroit changer d'un tiers de
ligne , ce qui cauferoit une
difference tres- confiderable
dans la durée des vibrations
du Pendule , puifqu'elle pourroir
aller jufqu'à 32. par jour,
Mais comme ce cas ne pourroit
arriver que lorfque l'Horloge
feroit expofée à l'air , &
au Soleil dans ces deux faifons,
ce qui n'eft pas ordinairement,
on n'y remarque pas de fi
grands changemens . Il arrive
quelque fois d'affez grandes
156 MERCURE
differences de chaleur d'un jour
à l'autre , & de la nuit au jour
pour faire allonger ou racourcir
la verge du Pendule , qui
pourra ralentir ou accelerer
le Mouvement de l'Horloge,
de quelques fecondes , comme
nous le remarquons auffi quel
que fois , ce qui peut venir par
cette feule caufe. C'est pourquoi
dans l'ufage qu'on fait
des Horloges à Pendule pour
les obfervations celeftes , où il
eft neceffaire de connoiftre
l'heure dans la derniere juf
teffe , il faut les placer dans un
lieu où elles foient le plus à la
GALANT. 157
l'abri qu'il eft poffible , de
toutes les injures de l'air.
L'humidité , la féchereffe ,
la denfité , la rareté de l'air peuvent
auffi caufer des alterations
confiderables
auMouve-
3 ment du Pendule. Car lorfque
l'air fera humide , c'est- à- dire
lorſqu'il ſera rempli de quantité
de petites particules d'eau
qui y demeurent
fufpendues ,
ou lorsqu'il eft denfe ou épais,
le Pendule , aura plus de peine
à le fendre , & il femble que
fes vibrations doivent cftre
alors de bien plus longue durée
que lorsqu'il eft fec ou ra 31
158 MERCURE
re. Car nous fçavons par experience
qu'une plume treslegere
tombe dans un tuyau
dont on a pompé l'air,prefque
auffi vite qu'une pierre fait
dans l'air. Mais comme on ne
doit point juger de ce qui
doit arriver dans ces fortes de
rencontres fans en faire l'experience
lorsqu'il eft poffible
de la faire , j'ay cru que fi l'air
humide ou épais peut rendre
les vibrations de plus longue
durée qu'un air fec & rare ,
on devoit appercevoir une
tres grande difference entre le
Mouvement du Pendule dans
GALANT . 159
l'air & dans l'eau . Pour connoistre
ce qui en eftoit , j'ay
fait un Pendule à demi fecondes
avec une bale de plomb
de deux onces de
pefanteur ,
laquelle eftoit fufpenduë à un
fil delié , & je l'ay mis en.
mouvement dans l'eau . J'ay
remarqué dabord que les
grandes vibrations fe racourciffoient
, & que le mouvement
s'arreftoit infenfiblement
aprés une minute & un
peu plus. Mais comme je me
perfuadois que ces vibrations
dans l'eau devoient eftre au
moins d'une feconde chacune ,
160 MERCURE
lefquelles n'eftoient que d'une
demi feconde dans l'air , j'ay
efté fort furpris de voir
qu'elles me paroiffent prefqu'-
auffi promptes ou d'égale durée
à celles qui ſe faifoient
dans l'air. Pour les mefurer
exactement j'ay fair compter
les vibrations du Pendule de
l'Horloge à feconde , pendant
une minute , & à même
temps je comptois les vibrations
du Pendule à demi feconde
, dans l'eau d'un grand
vaiffeau plat , où la balc
eftoit enfoncée d'un demi
pouce environ , & j'ay trouvé
1
aptés
GALANT . 161
1
aprés avoir repeté plufieurs
fois la même experience , que
le Pendule dans l'eau ne faifoit
que 112. vibrations au lieu
des 120. qu'il auroit faites
dans l'air pour une minute.
J'ay fait auffi la même experience
avec un Pendule
fimple à fecondes , dont la bale
qui eftoit de plomb , peſoit
cinq onces , & j'ay trouvé
comme dans l'autre que les
grandes vibrations duroient
fort peu de tems , & que
Pendule s'arreftoit prefque entierement
aprés deux minutes ;
mais il ne faifoit dans l'eau
Avril 1714
.
le
162 MERGURE
que
que 114 vibrations pendant
le Pendule de l'Horloge
en faifoit i 20. dans l'air pour
deux minutes. Ainfi le retardement
que l'eau caufe aux
vibrations du Pendule eft de
trois par minute ; j'aurois fouhaité
de faire les obfervations
de ces differences de vibrations
dans l'eau & dans l'air
pendant
20. ou 30, pour connoiftre
plus exactement leur
difference , & voir quel rap
port il y avoit dans le retardement
des vibrations dans
l'eau , fur ces Pendules de difference
longueur ; mais je n'ay
GALANT . 163
pû aller plus loin.
Puifqu'un Pendule à fccondes
perd dans l'eau trois
par minute , il perdroit en un
jour 4320.
Mais fi nous
fuppofons que cette diminution
du mouvement des Pendules
, vient de la denfité du
milieu ; & fi l'air eft denſe , ou
épais par le poids dont il eft
chargé , fans avoir égard au
plus ou au moins de particules
d'eau qui y font mêlées , il
s'enfuivra
que fi la pefanteur
de l'air change feulement d'un
28 , comme on le remarque
affez fouvent dans le Baro-
O ij
164 MERCURE
-
metre, la vingt- huitième partie
de 4320. de retardement du
Pendale dans l'eau pour un
jour , laquelle eft 154. fera
la diminution ou bien le retardement
de l'Horloge dans
l'efpace d'un jour par rapport
à deux differents états de l'air ;
mais on n'a jamais remarqué
dans les Horloges à Pendule ,
une auffi grande difference
que celle- là; on ne peut donc
pass dire , que les differens
poids dont l'air peut eftre
chargé , puiffent caufer ſes differentes
denfitez ne font pas
fur le mouvement d'un PenGALANT
. 165
dule le même cffet que la
denfité de l'eau , ce qui peut
venir de la differente configuration
des parties de ces deux
corps , dont celles de l'air ,
quoique fort ferrées & preffées
, pourront cftre facilement
féparées , & au contraire
celles de l'eau le peuvent être
tres-difficilement , eftant adherentes
les unes aux autres.
On pourroit encore ajouter
que les dernieres vibrations
dans l'eau eftant plus courtes
que les premieres , elles vont
plus vite.
Ce feroit pour cette raiſon
166 MERCURE
que l'air , quoiqu'il fut rempli
de particules d'eau n'apporte
roit que peu ou point de retardement
au mouvement du
Pendule , en ce que toutes ces
particules n'ayant point de
liaifon les unes aux autres ;
mais eftant toutes féparées
par les particules de l'air, pourroient
eftre tres- facilement
deplacées entre les particules
de l'air , où elles font flotan-
>tes .
Maisfices particules d'eau ne
caufent point de retardement
au mouvement du Pendule
pár la difficulté à cftre déplas
GALANT . 167
cées ; elles peuvent y caufer
un changement affez confiderable
par un autre moyen. Si
l'air de fec qu'il devient humide,
il eft certain qu'une tresgrande
quantité de ces particules
d'eau doivent s'attacher
à la fuperficie de la verge , &
à celle du poids du Pendule ,
& même elles peuvent penetrer
un peu cette verge & ce
poids ; & par confequent elles
feront comme un enduit fur
la vergez& fur ia lentille du
poids , qui aura fon centre
Jd'ofcillation different de celui
du compofé de la verge &
168 MERGURE
du poids : c'eft pourquoi le
centre d'ofcillation étant alors
different de ce qu'il eftoit au
paravant
, la durée des vibrations
ne fera pas la même
qu'elle eftoit. Ce n'est pas
qu'on ne puiffe remedier en
quelque façon à cet accident ,
en fe fervant pour Pendule
d'un Cylindre dont la baffe
eftoit petite, ce qui foit homogene
dans toute fa longueur ,
lequel cftant fufpendu par
l'extrémité
de fon axe , auroit
à tres peu prés un même point
pour centre d'ofcillation de fa
fuperficie & de fon corps , &
par
GALANT. 169
par confequent quelque changement
qu'il arrivât à cette ſuperficie
pourvû qu'il fut égal
dans toutes fes parties , le
mouvement du Pendule n'en
feroit point alteré fenfiblement
. Ce feroit la même
chofe , fi au lieu d'un Cylindre
on fe fervoit d'un paralele
lipipede , pourvû qu'il
fut auffi fufpendu par l'extre
mité de fon axe.
Enfin fi la Cycloïde eftoit
mal faite , elle pourroit caufer
de nouvelles irrregularitez au
mouvement du Pendule , fuivant
que ces vibrations fe-
Avril 1714. P
170 MERCURE
roient plus longues ou plus
courtes dont il s'en formeroit
plufieurs autres par leur combinaiſon
, avec les premieres.
Pour ce qui regarde les differentes
longueurs du Pendule
dans differens climats , il
me femble qu'on y peut faire
quelques remarques ; car Mr
Picard avoit obfervé à Vranibourg
, & à Bayonne , où j'étois
avec lui , que la longueur du
Pendule fimple à ſeconde , étoit
exactement la même qu'à
Paris. On fit une grande attention
à cette obfervation de
Bayonne , à cauſe qu'on fçaGALANT.
171
voit ce que Mr Richer en avoit
rapporté de Cayenne. Vrani .
bourg & Bayonne font éloignez
l'un de l'autre en latitude
de plus de douze degrez,
& entre Bayonne & Cayenne ,
la difference de latitude eft
de 38. car Cayenne eſt à peuprés
à 5. de latitude de Borcale
, ce qui donne ſeulement
une difference à peu - prés triple
de la premiere , pour laquelle
on trouve cinq quarts
de ligne de diminution de la
longueur du Pendule . On
doit donc conclure de là que
cette difference de longueur
Pij
172 MERCURE
ne devient fort fenfible qu'en
s'approchant de la ligne.
Mais quelques années aprés
Mrs Varin , des Hayes & de
Glos, ayant été envoyez vers la
ligne , pour y faire quelques
obfervations Aftronomiques
,
trouverent que dans l'Ile de
Gorée , qui eft à 14. de latitude
de Borcale , la longueur
du Pendule fimple à feconde
devoit cftre plus courte qu'en
France de 2. lignes . Les obfervations
faites à Cayenne &
à Gorée , ne laiffent aucun lieu
de douter qu'elles ne foient
tres- certaines & tres - exactes
GALANT. 173
to
par toutes les circonstances
qui y font rapportées . Cependant
fi l'on avoit voulu
conclure cette difference de
longueur du Pendule pour
Gorée par celle de Cayenne ,
on auroit dit que celle de
Gorée devoit eſtre ſeulement
plus courte qu'à Paris de trois
quarts de ligne environ , &
l'obfervation la donne de 2.
lignes entieres. Au contraire ,
fi de celle de Gorée on avoit
conclu celle de Cayenne, on
l'auroit pofée de 3. lignes environ
, & elle n'a efté trouvée
que de cinq quarts de lignes .
Piij
174 MERCURE
Les grandes differences ne
peuvent s'accorder en aucune
façon avec les hypotefes que
Mr Mariette a faites dans fon
Traité du mouvement des Eaux ,
& Mr Huygens dans ſon Traité
de la Lumiere , & il faut en
chercher d'autres pour expliquer
pourquoi la longueur du
Pendule eft la même dans les
latitudes de 55. un quart & de
43. un tiers , & qu'à 14. deux
tiers elle eft de deux lignes plus
courte , & à 5. de cinq quarts
de ligne feulement . Mais ne
pourroit-on point foupçonner
que cette differente lonGALANT.
175
1
1
gueur
du Pendule n'eft point
réelle , mais feulement apparente,
& qu'elle ne vient que de
la mefure dont on s'eft fervi .
Car il est tres - vray que les
métaux , & generalement tous
les corpss s'étendent conſidera
ble ment à la chaleur , & fe
refferent au froid . Mr Picard
dit que fur un pied de longueur
il a obfervé un allongement
d'un quart de ligne ; & par
confequent fur la longueur du
Pendule ce feroit trois quarts
de ligne , au lieu que je n'ay
trouvé qu'un tiers de ligne.
Cette difference pourroit ve-
Piiij
176 MERCURE
nir des manieres differentes
dont les obfervations ont efté
faites ; car Mr Picard ayant
expofé les corps à la gelée , les
mettoient enfuite auprés du
feu ; & pour moy je les ay
feulement expofez au Soleil.
l'Eté fuivant . On pourroit
donc dire que vers la ligne ,
& entre les Tropiques où les
chaleurs font fort grandes , les
métaux s'étendent & s'allon.
gent tres- confiderablement
au- delà de ce qu'ils font dans
ccs Pays - ci , & peut - eſtre encore
par une cauſe particuliere
des vapeurs des exhalaiſons
GALANT 177
1
qui les penetrent , comme on
fçait qu'elles font tres - penetrantes
en ces Pays - là ; & enfin
plus dans un temps que
dans un autre , & plus dans un
lieu que dans un autre . C'eſt
pourquoy ces caufes d'extenfion
qui ne font pas
confiderables
dans ces Pays - ci , peu-
ES vent estre tres- differentes à
Gorée & à Cayenne , & dans
des temps differens , car on eft
I perfuadé que vers les Tropiques
les chaleurs font bien
plus fortes que vers la ligne.
Et fi la verge de fer de trois
pieds mefurée à Paris au temps
178 MERCURE
du départ de Mr Richer , s'eft
allongée à Cayenne de cinq
quarts de lignes , il doit avoir
trouvé la longueur du Pendule
fimple à feconde mefurée
avec cette verge plus courte
qu'à Paris de cinq quarts de
ligne , quoi qu'effectivement
elle ait efté la même dans ces
deux lieux .
De même , fi à Gorée la mefure
s'eft allongée de deux
lignes plus qu'elle n'eftoit à
Paris , la longueur du Pendule
fimple à feconde y aura paru
plus courte qu'à Paris de
deux lignes. C'eft ce qui me
paroift de plus vray - fèmblaGALANT
. 179
ble fur ce Phenomene. Si cela
eftoit ainsi , la meſure univerfelle
du Pendule demeureroit
toûjours la même , &
par toute la terre , & il fau
droit regler les mesures particulieres
fur cette meſure , en
prenant la longueur du Pendule
fimple pour trois pieds
ou pour une demie toife.
Examen de la Démonftration
que Meffieurs Mariotte ,
Huygens donnent des differentes
longueurs du Pendule
fimple à feconde , en differens
endroits de la Terre.
Il ne s'agit ici que de démontrer
fi les corps tombent
180 MERCURE
proplus
lentement fous l'Equinoxial
que par tout aillicurs ; &
s'ils tombent plus vîte à
portion qu'on s'approche plus
des Poles. C'est ce qu'il prétend
faire dans fon Traité
du mouvement des eaux , en
fuppofant le mouvement de
la Terre autour de fon Axe.
Il dit que le mouvement de
la Terre donne à l'air une im .
preffion qui le fait tendre à
s'écarter de fon Axe avec une
viteffe proportionnée à celle
de fon mouvement ; & que ce
mouvement eſtant plus grand
vers l'Equinoxial , que vers
GALANT, 181
les Poles , l'effort qu'il fait
vers l'Equinoxial eft plus
grand que celui qu'il fait vers
fes Poles ; & c'eſt de ce different
effort qu'il conclut que
les corps qui font dans l'air
font repouffez & écartez de
t la terre avec plus de force
proche de l'Equinoxial , pour
d les empêcher de tomber , que
lorfqu'ils font proche des 10
03
Poles.
Ceraifonnement n'eft fonfur
la ſuppoſition que
coll dé
que
uet l'air qui environne la terre, en
ran eft repouffé par fon mouve
ment autour de fon Axe ;
YCD
182 MERCURE
peut- cftre ayant efté perſuadé
de cet effet par une experience
commune , qui eft , que fi l'on
fait mouvoir dans l'air un
corps irregulier , l'air frappé
par fes inégalitez , tend à s'écarter
du corps par des lignes
perpendiculaires au mouvement
du corps : Mais il me
femble qu'il ne peut pas arriver
la même chofe au Globe
de la Terre , enfuppofant fon
mouvement journalier autour
de fon Axe .
Car premierement il y a
trop peu de terres , & leurs inégalitez
font trop petites par
GALANT. 183
•
rapport aux furfaces unies des
eaux pour écarter fenfiblement
l'air de la terre, & par
confequent
le mouvement
feul de la furface de la terre
feroit que tous les corps de
cette furface choqueroient
l'air avec une viteffe auffi ·
་
grande qu'eft celle de ces
corps , laquelle on pourroit
V
prendre pour un vent tresviolent
d'Orient en Occident ,
qui n'auroit pourtant aucune
determination à s'écarter de la
furface de la terre , & les cau-
! fes particulieres des vents ne
pourroient pas avoir aſſez de
•pa
184 MERCURE
force pour lui refilter. Si l'on
apperçoit entre les Tropiques
quelque mouvement d'Orient
en Occident , il y a auffi affez
fouvent de grands calmes , &
l'on pourroit donner d'autres
raifons Phyfiques de cemouvement
, que celuy de la
terre ; & de plus quel rapport
y a- t- il entre la viteffe de ce
vent & celle de la ſurface de
la terre qui fait en un jour
9000 licuës .
Il faut donc demeurer d'accord
que l'Atmoſphere qui
environne la terre de tous côtez
, ne fait que comme un
même
GALANT 185
SC
et
même corps avec elle ; &
dans la fuppofition du mouvement
de la terre autour de
fon Axe l'Atmoſphere eft em
portée comme la furface.
D'où il fuit qu'une pierre qui
tombe dans cette Atmoſphere
ne pourroit recevoir aucune
impreffion du mouvement de
la terre , comme il arriveroit
à une bale de plomb qu'on
laifferoit tomber dans un vaif.
feau plein d'eau , pendant que
le yaiffeau feroit emporté d'un
mouvement Horizontal fort
prompt ; car on ne fait aucun
doute que cette bale ne
Avril 1714. е
186 MERCURE
tombe dans le fond du vaiffeau
au même endroit où elle
tomberoit fi le vaiſſeau eftoit
en repos, puifqu'effectivement
l'eau qui eft contenuë dans le
vaiffeau y eftoit en repos par
rapport à la maffe d'eau , &
aux parois du vaiffeau pendant
qu'il eft en mouvement
Et s'il eftoit poffible que
l'air fut écarté de la furface
de la terre par le mouvement
de la terre , foit par une tangente
qui s'écarteroit de l'Orient
vers l'Occident , ſoit par
un rayon du centre vers la
circonference, il arrivera toûGALANT
187
B
ea
jours que le poids du Pendule
qui defcend & qui remonte
dans la même vibration
, qui va d'un coſté
dans une vibration , & de
l'autre dans la fuivante fera
autant accelerer en remontant
que retardé en defcendant , &
autant accelerer d'un cofté
que regardé de l'autre , d'où
il fuit qu'il ne doit arriver par
cette caufe aucun changement
à la durée des vibrations du
Pendule.
Mais enfin quand on accorderoit
à Mr Mariotre tout
'ce qu'il prétend conclure de
Qij
188 MERCURE
fon Hypothefe , il s'enfuivroit
toûjours que pour les degrez ,
qui feroient plus proches des
Poles , l'augmentation de viteffe
du mouvement du Pendule
feroit beaucoup plus
grande que pour les degrez
qui feroient vers l'Equateur ,
puifque cette augmentation
feroit dans la raifon de la diminution
du mouvement de
la matiere , qui feroit celle des
limes du complement des degrez
de latitude , lefquels diminuënt
bien plus vite en s'aprochant
des Poles que vers
l'Equateur , ce qui eft contre
GALANT . 189
it
d
l'obfervation faite à Vranibourg
& à Bayonne & encore
contre l'irregularité qui s'eft
trouvée entre Cayenne &
Gorée.
Mr Huygens , dans fon
Traité de la lumiere , dit , qu'on
ne peut douter que ce ne foit
une marque que les corps defcendent
plus lentement vers
l'Equinoxial qu'en France.
C'est ce que Mr Mariotte
avoit fuppofé, & pour la dé
VO
DE
monftration , il ajoûte , qu'il
connut auffi- tôt qu'on luy eut
communiqué ce nouveau
Phenomene , que la caufe en
190 MERCURE
pouvoit cftre rapportée au
mouvement de la terre , qui
eftant plus grand en chaque
Pays , felon qu'il approche
plus de la ligne Equinoxiale ,
doit produire un effet plus
grand à rejetter les corps du
centre , & leur ofter par là une
certaine partie de leur pefanteur.
Il eſt facile à voir par
fes propres paroles que je
viens de rapporter , qu'il fe
fert de la même Hypothefe
que Mr Mariotte , & il détermine
enfuite la quantité de la
diminution de cet effort par
fon Theoreme troifiéme de vi
GALANT . 191
che
Set
centrifuga. C'est pourquoi
toutes les raifons que j'ay
rapportées contre l'explication
de ce Phenomene par Mr
Mariotte,ferviroient aufficontre
celle ci , qui ne conclud
que la même choſe du même
principe . D'où enfin je dis
at qu'il doit y avoir quelqu'autre
caufe de cet effet , laquelle ne
dépend point du mouvement
de la terre.
Pour ce qui regarde l'obfervation
il femble d'abord
del qu'elle eft tres facile à faire ,
puifqu'on peut compter les
vibrations du Pendule fimple
•pal
192 MERCURE
pendant uue heure , où il demeure
toûjours en mouvement
aprés qu'il y a çſté mis
d'abord , & que fi le Pendule
devoit eftre plus court de 2 .
lignes , celui qui feroit de 2 .
lignes plus long , feroit en
une heure environ 8. vibrations
de moins que l'autre ,
ce qui eft une trop grande
difference
pour s'y tromper
.
Ce fera la même chofe dans
les autres longueurs
à propor
tion.
Cependant il faut remarquer
que fi l'on fe fert d'un
fil dépite pour foûtenir le
poids
GALANT. 193
ALL
poids , quelque delié que ce
fil puiffe eftre , il est toûjours
plat , & il arrive que les dernieres
vibrations deviennent
ordinairement tournantes de
droites qu'elles eftoient d'abord
comme je l'ay éprouvé,
à caufe que ce fil fendant l'air
obliquement dans ſon mouvement
, écarte le Pendule
'd'un colté en allant , & de
l'autre en revenant , ce qui lui
donne peu à peu une détermi
nation à tourner. Jay aufli ob.
fervé que ces dernieres vibrations
tournantes quidevroient
eftre plus courtes que les
Avril
1714.
R
1
194 MERCURE
premieres , à caufe qu'elles ont
moins d'étendue , font de plus
longue durée que les droites
,
ce qui peut impofer dans l'ob.
fervation.
Fermer
Résumé : REMARQUES sur les inégalitez du Mouvement des Horloges à Pendule.
Le texte aborde les inégalités observées dans le mouvement des horloges à pendule par les astronomes. Ces inégalités, impossibles à réduire à une règle certaine, ont été notées lors de la régulation des pendules sur le mouvement des astres. L'auteur a présenté des remarques sur ces inégalités dans un mémoire lu à l'Académie en avril 1714. Il a expérimenté avec une lame de ressort pour remplacer la fibre du pendule, mais a constaté des inégalités plus grandes et a dû réintroduire la fibre. L'horloge a ensuite montré une grande précision, ne s'écartant que rarement du mouvement moyen d'une seconde sur quatre jours. Les variations de l'air, telles que la chaleur, le froid, l'humidité et la densité, semblent être les principales causes des changements dans le mouvement des pendules. L'auteur suppose que si la cycloïde est bien réalisée, elle devrait corriger les accélérations ou ralentissements du mouvement des roues. Cependant, la fibre utilisée pour suspendre le pendule présente des variations en fonction des conditions climatiques, affectant ainsi la régularité des vibrations. L'auteur a également mené des expériences pour mesurer les vibrations du pendule dans l'eau et dans l'air, notant des différences significatives. Il a conclu que les particules d'eau dans l'air peuvent s'attacher à la verge et au poids du pendule, modifiant ainsi le centre d'oscillation et la durée des vibrations. Pour remédier à ces problèmes, il suggère d'utiliser un cylindre ou un parallélépipède homogène suspendu par son axe. Enfin, une cycloïde mal réalisée peut également introduire des irrégularités dans le mouvement du pendule. Le texte traite également des observations et des débats scientifiques concernant la longueur du pendule à secondes dans différentes latitudes. Monsieur Picard a observé que la longueur du pendule à Vranibourg et à Bayonne était identique à celle de Paris. Cette observation est notable en raison des rapports de Monsieur Richer sur les différences observées à Cayenne. Vranibourg et Bayonne sont séparés par plus de douze degrés de latitude, tandis que la différence entre Bayonne et Cayenne est de 38 degrés. Les observations à Cayenne et à Gorée montrent des variations dans la longueur du pendule, avec des différences de cinq quarts de ligne à Cayenne et de deux lignes à Gorée. Les différences de longueur du pendule ne sont pas expliquées par les hypothèses de Monsieur Mariotte et de Monsieur Huygens. Les variations pourraient être dues à des erreurs de mesure, car les métaux s'étendent à la chaleur et se contractent au froid. Monsieur Picard et l'auteur du texte ont observé des allongements différents en exposant les métaux à des conditions variées. Les observations à Gorée et à Cayenne soulèvent des questions sur la précision des mesures. L'auteur suggère que les variations de longueur du pendule pourraient être apparentes plutôt que réelles, en raison des différences de température et des conditions locales. Il propose que la mesure universelle du pendule reste constante et que les mesures locales soient ajustées en conséquence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2981
p. 194-202
Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Début :
Aprés avoir chassé les rebelles de Repoüilh, & avoir établi [...]
Mots clefs :
Rebelles, Troupes, Plaine de Vic, Bracamonte, Quartiers, Barcelone, Pays, Montagnes, Gérone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Extrait d'une Lettre de Gironne
le 16 Avril.
Aprés avoir chaffé les rebelles
de Repoülh , & avoir
établi des quartiers depuis Ollot
& Campredon julqu'à
cette ville là , pour contenir.
cette Montagne & conferver
la communication avec la
Cerdagne , & avoir un corps
GALANT 195
à portée de foûtenir la Plaine
de Vich , voyant que les rebelles
s'eftoient difperfez
dans tout le Luzanez pour
fubfifter , & eftoient dans les
endroits les plus difficiles à
aborder. Je marchay à Ollot
pour renvoyer les troupes
dans leurs quartiers
; mais
j'appris en y arrivant que les
rebelles s'eftoient raffemblez
à Conga , c'est le chemin de
Vich à Barcelone
, & qu'ils y
eftoient en grand nombre ;
Mr de Bracamonte
me mande
qu'ils eftoient même def-
¿cendus dans la Plaine , &
W
Rij
196 MERCURE
avoient brûlé plufieurs maifons
dépendantes de Centeillas
, qui eft un endroit tresfilele
, qu'il marchoit à eux
avec toutes les troupes , &
qu'il me prioit d'envoyer un
gros détachement pour contenir
cette Place pendant fon
abfence. J'y allay moy même ,
je marchay à la Roda , c'eft
l'endroit où eft le Pont fur le
Ter qu'on doit paffer pour en-
'trer dans la Plaine de Vich afin
de pouvoir mieux impoler
aux rebelles. A peine y fus je
aivé que j'appris que les rebelles
s'eltoient retirez fur les
GALANT 197
c't
Tur
urd
ha
pos
fus
les to
urle
Con
hautes Montagnes & dans
des endroits impraticables ,Mr
de Bracamonte ne les y pou
vant attaquer revint à Vich ,
avec les troupes , le lendemain
de mon arrivée , & me propo
fa de chaſtier avec luy Afbu
cas & le Village de Montfeny,
d'où cette canaille tiroit la
fubfiftance , & que c'eftoit le
moyen de les faire fortir d'où
ils eftoient ; au furplus il me
dit qu'il avoit ordre de faire
un exemple de tous ces endroits
- là , ayant taillé en
pieces les deux bataillons
Wallons que l'on envoyoit
Riij.
+98 MERCURE
à fon fervice , & qu'il ne le
pouvoit pas faire dans un Pays
auffi difficile fi je ne me mettois
en état de le favorifer dans
faretraite , commeje voisque ce
feroit toûjours à recommencer
, auffi- toft que les troupes
s'éloignerent de Vich , &
que les rebelles dans le Montfeny
m'inquietoient pour nos
poftes & nos quartiers dans la
Plaine & de la Marine , je ne
balançay pas d'aller à Velladrace
pour favorifer Mr de
Bracamonte , & dans le temps
qu'il marchoit à Aſbuſcas dans
un Pays difficile , j'avançay du
THEQUE
DELA
yad
n
na
des
GALANTY
mienpour aller jufqu
lieuë de- là , & fis occuper
hauteurs de Montagnes par
nos fufiliers des Montagnes.
Tous les rebelles qui comproient
ce Pays imprenable ,
s'enfuirent à la vue de nos
Troupes avec tous les Payfans
qui avoient pris les armes, en
forte que M' de Bracamonte
y arriva tres facilement , ce
Village & plufieurs autres furent
pillez & bruflez . Je vous
puis affurer que Sa Majeſté
Catholique a efté bien vangée
de la perfidie de ces peuples ,
l'on y trouva beaucoup de
R iiij
200 MERCURE
provifions de toutes fortes ;
& je fuis perfuadé que cette
execution a fort dérangé leurs
projets , ils le font jettez depuis
ce temps là du coſté de
la Marine , & comme ils n'étoient
qu'à trois quarts de
lieuë d'Oftalrick & au haut de
nos poftes les plus avancez , je
manday à Mr de Valoufe ,
d'affembler quelques Troupes
de celles qui font de ce coſtélà
afin de s'opposer à leurs
deffeins ; mais leurs féjours ne
leurs a fervi qu'à éxiger des
fubfiftances en vivres & en
argent de plufieurs Villages
GALANT . 201
UT
er
où ils s'eftoient mis , ils font
prefentement répandus de
Tous coftez pour vivre plus fa
cilement , & j'apprens que
400. s'eftoient retirez à Saint
Barthelemy Delgrace , c'est le
chemin de le Luzanez à la
Plaine de Vich , & demanderent
des Sommetans de tous
coftez pour engager une fe
conde fois les Payfans à prendre
les armes pour les faire
paffer vers la Montagne de
Saint Jerome.
Il y a quelques jours que
le mauvais chemin ayant obligé
les Vaiffeaux qui font
202 MERCURE
devant Barcelone de s'en éloigner
, les Barcelonois profiterent
de ce moment pour en
faire fortir so.
Barques & -2 .
Vaiffeaux chargez de familles
qui fe retirent à
Mayorque.
J'appris hier que Mr le
Duc de Popoly faifoit bombarder
Barcelone , & qu'il y
avoit déja beaucoup de maifons
ruuinées , & même le
meilleur quartier.
le 16 Avril.
Aprés avoir chaffé les rebelles
de Repoülh , & avoir
établi des quartiers depuis Ollot
& Campredon julqu'à
cette ville là , pour contenir.
cette Montagne & conferver
la communication avec la
Cerdagne , & avoir un corps
GALANT 195
à portée de foûtenir la Plaine
de Vich , voyant que les rebelles
s'eftoient difperfez
dans tout le Luzanez pour
fubfifter , & eftoient dans les
endroits les plus difficiles à
aborder. Je marchay à Ollot
pour renvoyer les troupes
dans leurs quartiers
; mais
j'appris en y arrivant que les
rebelles s'eftoient raffemblez
à Conga , c'est le chemin de
Vich à Barcelone
, & qu'ils y
eftoient en grand nombre ;
Mr de Bracamonte
me mande
qu'ils eftoient même def-
¿cendus dans la Plaine , &
W
Rij
196 MERCURE
avoient brûlé plufieurs maifons
dépendantes de Centeillas
, qui eft un endroit tresfilele
, qu'il marchoit à eux
avec toutes les troupes , &
qu'il me prioit d'envoyer un
gros détachement pour contenir
cette Place pendant fon
abfence. J'y allay moy même ,
je marchay à la Roda , c'eft
l'endroit où eft le Pont fur le
Ter qu'on doit paffer pour en-
'trer dans la Plaine de Vich afin
de pouvoir mieux impoler
aux rebelles. A peine y fus je
aivé que j'appris que les rebelles
s'eltoient retirez fur les
GALANT 197
c't
Tur
urd
ha
pos
fus
les to
urle
Con
hautes Montagnes & dans
des endroits impraticables ,Mr
de Bracamonte ne les y pou
vant attaquer revint à Vich ,
avec les troupes , le lendemain
de mon arrivée , & me propo
fa de chaſtier avec luy Afbu
cas & le Village de Montfeny,
d'où cette canaille tiroit la
fubfiftance , & que c'eftoit le
moyen de les faire fortir d'où
ils eftoient ; au furplus il me
dit qu'il avoit ordre de faire
un exemple de tous ces endroits
- là , ayant taillé en
pieces les deux bataillons
Wallons que l'on envoyoit
Riij.
+98 MERCURE
à fon fervice , & qu'il ne le
pouvoit pas faire dans un Pays
auffi difficile fi je ne me mettois
en état de le favorifer dans
faretraite , commeje voisque ce
feroit toûjours à recommencer
, auffi- toft que les troupes
s'éloignerent de Vich , &
que les rebelles dans le Montfeny
m'inquietoient pour nos
poftes & nos quartiers dans la
Plaine & de la Marine , je ne
balançay pas d'aller à Velladrace
pour favorifer Mr de
Bracamonte , & dans le temps
qu'il marchoit à Aſbuſcas dans
un Pays difficile , j'avançay du
THEQUE
DELA
yad
n
na
des
GALANTY
mienpour aller jufqu
lieuë de- là , & fis occuper
hauteurs de Montagnes par
nos fufiliers des Montagnes.
Tous les rebelles qui comproient
ce Pays imprenable ,
s'enfuirent à la vue de nos
Troupes avec tous les Payfans
qui avoient pris les armes, en
forte que M' de Bracamonte
y arriva tres facilement , ce
Village & plufieurs autres furent
pillez & bruflez . Je vous
puis affurer que Sa Majeſté
Catholique a efté bien vangée
de la perfidie de ces peuples ,
l'on y trouva beaucoup de
R iiij
200 MERCURE
provifions de toutes fortes ;
& je fuis perfuadé que cette
execution a fort dérangé leurs
projets , ils le font jettez depuis
ce temps là du coſté de
la Marine , & comme ils n'étoient
qu'à trois quarts de
lieuë d'Oftalrick & au haut de
nos poftes les plus avancez , je
manday à Mr de Valoufe ,
d'affembler quelques Troupes
de celles qui font de ce coſtélà
afin de s'opposer à leurs
deffeins ; mais leurs féjours ne
leurs a fervi qu'à éxiger des
fubfiftances en vivres & en
argent de plufieurs Villages
GALANT . 201
UT
er
où ils s'eftoient mis , ils font
prefentement répandus de
Tous coftez pour vivre plus fa
cilement , & j'apprens que
400. s'eftoient retirez à Saint
Barthelemy Delgrace , c'est le
chemin de le Luzanez à la
Plaine de Vich , & demanderent
des Sommetans de tous
coftez pour engager une fe
conde fois les Payfans à prendre
les armes pour les faire
paffer vers la Montagne de
Saint Jerome.
Il y a quelques jours que
le mauvais chemin ayant obligé
les Vaiffeaux qui font
202 MERCURE
devant Barcelone de s'en éloigner
, les Barcelonois profiterent
de ce moment pour en
faire fortir so.
Barques & -2 .
Vaiffeaux chargez de familles
qui fe retirent à
Mayorque.
J'appris hier que Mr le
Duc de Popoly faifoit bombarder
Barcelone , & qu'il y
avoit déja beaucoup de maifons
ruuinées , & même le
meilleur quartier.
Fermer
Résumé : Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Le texte est un extrait d'une lettre datée du 16 avril, relatant les opérations militaires contre des rebelles dans la région de Gironne. Les forces royales ont d'abord repoussé les rebelles à Repoülh et établi des quartiers entre Ollot, Campredon et Gironne. Leur objectif est de sécuriser la communication avec la Cerdagne et de protéger la plaine de Vich. Les rebelles, initialement dispersés dans le Luzanez, se regroupent à Conga, sur la route de Vich à Barcelone, et incendient des maisons à Centeillas. Les troupes, dirigées par Mr de Bracamonte, se dirigent vers les rebelles, mais ceux-ci se retirent dans des montagnes inaccessibles. Mr de Bracamonte propose de punir les villages d'Asbuscas et Montfeny pour couper les approvisionnements des rebelles. Les forces royales avancent et occupent des hauteurs stratégiques, forçant les rebelles à fuir. Plusieurs villages sont pillés et brûlés, perturbant les projets des rebelles. Ces derniers se déplacent ensuite vers la marine et exigent des subsistances dans divers villages. Les Barcelonois profitent d'une opportunité pour faire sortir des barques et des vaisseaux chargés de familles se retirant à Majorque. Enfin, il est rapporté que le Duc de Popoly bombarde Barcelone, causant des destructions significatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2982
p. 204-211
LES ECHECQS.
Début :
Le bois est le pere des Echecqs, où il y a trente-deux [...]
Mots clefs :
Pièces, Reine, Roi, Échecs, Jeu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES ECHECQS.
LES
ECHECOS.
Le bois eft le
pere des
Echecqs , où il y a trentedeux
pieces ; ils font tournez
ſouvent en un mêine
jour, ils font ordinairement
fort polis , ce qui fait
leur beauté.
GALANT. 205
Les deux Chefs differens
font les deux Rois qui femblent
commander deux Ar
mées , felon les Anciens ,
qui vouloient préparer l'efprit
des jeunes gens aux
noms d'armée , leur livrée
eft de deux couleurs, blanc
& noir , pour les diftinguer.
I
Ils font les Images de
l’Inimitié mortelle qu'il y
a entre les Armées ; cependant
, le Jeu étant fini
( ou la guerre ) on les met
206 MERCURE
coucher en une même
boete ou maifon ( Image
d'Amis ) d'où l'on ne les
tire que pour jouer.
Le Roy ne fait jamais
qu'un pas à la fois ou
qu'une marque fur l'Echiquier
, fi ce n'eſt qu'il roc ;
c'eſt- à - dire qu'ayant reçû
un Echecq , ou par la
crainte de le recevoir , il
change de place & ſe met
à celle d'une Tour , & la
Tour fe met à la fienne.
Dans ce changement de
GALANT. 207
14-
e
d
place avec la Tour il évite
l'Echecq , qui eft un coup
fouvent de partie . Il craint
la prifon parce que lorf
qu'il ne peut marcher fans
s'expofer à un Echecq , il
eft dit en priſon.
Ily a dans chaque Armée
une Reine qui a la marche
de toutes les pieces
( excepté celle du Cavalier)
& en cela elle imite les Amazones
qui alloient courageufement
en guerre .
Le courageux Soldat eft
208 MERCURE
un de ces Prons qui venant
jufqu'au dernier rang de
l'Echicquier de l'ennemi ,
a droit de demander la
piece la plus haute qui
manque dans fon jeu , noir
ou blanc , & s'il manque
de la Reine i l'a demande
, ainfi de Pion ( qui eft
mafculin , ou Soldar ) il
devient Reine , & change
de
fexe,
le combat
parce que le Roy en reçoit
l'échec émat , il faut le fuppofer
ainfi.
Où
GALANT. 209
q
70%
que
20
ef
Ο
Où cette Reine prend
tant de pieces qu'elle gågne
la partie.
Pour rendre aux Auteurs
des Pieces la juftice
qui leur eft due , & mettre
le Public au fait , je ſouhai
terois que ceux qui me
donnent leurs Vers , ne me
laiffaffent point ignorer
leur noms ; mais fouvent
les reçois par des voyes
indirectes ; de - là mon
ignorance.
je
Avril 1714. S
210 MERCURE
On a eu deux Epitalames
de Mr le Prefident Henault
, ami des Mufes comme
il eft , elles ne pouvoient
luy refufer des complimens
fur fon Mariage.
La premiere Piece qui
commence par ces Vers ,
Par un beau jour de la
nouvelle Année ,
eft de Mr de Caux.
La deuxième , dont
voicy le premier Vers,
GALANT. 211
T
er
ot
*
L'autre jour c'eftoit fifte
aux rives du Permeffe ,
eft de Mr le Roy ,
ECHECOS.
Le bois eft le
pere des
Echecqs , où il y a trentedeux
pieces ; ils font tournez
ſouvent en un mêine
jour, ils font ordinairement
fort polis , ce qui fait
leur beauté.
GALANT. 205
Les deux Chefs differens
font les deux Rois qui femblent
commander deux Ar
mées , felon les Anciens ,
qui vouloient préparer l'efprit
des jeunes gens aux
noms d'armée , leur livrée
eft de deux couleurs, blanc
& noir , pour les diftinguer.
I
Ils font les Images de
l’Inimitié mortelle qu'il y
a entre les Armées ; cependant
, le Jeu étant fini
( ou la guerre ) on les met
206 MERCURE
coucher en une même
boete ou maifon ( Image
d'Amis ) d'où l'on ne les
tire que pour jouer.
Le Roy ne fait jamais
qu'un pas à la fois ou
qu'une marque fur l'Echiquier
, fi ce n'eſt qu'il roc ;
c'eſt- à - dire qu'ayant reçû
un Echecq , ou par la
crainte de le recevoir , il
change de place & ſe met
à celle d'une Tour , & la
Tour fe met à la fienne.
Dans ce changement de
GALANT. 207
14-
e
d
place avec la Tour il évite
l'Echecq , qui eft un coup
fouvent de partie . Il craint
la prifon parce que lorf
qu'il ne peut marcher fans
s'expofer à un Echecq , il
eft dit en priſon.
Ily a dans chaque Armée
une Reine qui a la marche
de toutes les pieces
( excepté celle du Cavalier)
& en cela elle imite les Amazones
qui alloient courageufement
en guerre .
Le courageux Soldat eft
208 MERCURE
un de ces Prons qui venant
jufqu'au dernier rang de
l'Echicquier de l'ennemi ,
a droit de demander la
piece la plus haute qui
manque dans fon jeu , noir
ou blanc , & s'il manque
de la Reine i l'a demande
, ainfi de Pion ( qui eft
mafculin , ou Soldar ) il
devient Reine , & change
de
fexe,
le combat
parce que le Roy en reçoit
l'échec émat , il faut le fuppofer
ainfi.
Où
GALANT. 209
q
70%
que
20
ef
Ο
Où cette Reine prend
tant de pieces qu'elle gågne
la partie.
Pour rendre aux Auteurs
des Pieces la juftice
qui leur eft due , & mettre
le Public au fait , je ſouhai
terois que ceux qui me
donnent leurs Vers , ne me
laiffaffent point ignorer
leur noms ; mais fouvent
les reçois par des voyes
indirectes ; de - là mon
ignorance.
je
Avril 1714. S
210 MERCURE
On a eu deux Epitalames
de Mr le Prefident Henault
, ami des Mufes comme
il eft , elles ne pouvoient
luy refufer des complimens
fur fon Mariage.
La premiere Piece qui
commence par ces Vers ,
Par un beau jour de la
nouvelle Année ,
eft de Mr de Caux.
La deuxième , dont
voicy le premier Vers,
GALANT. 211
T
er
ot
*
L'autre jour c'eftoit fifte
aux rives du Permeffe ,
eft de Mr le Roy ,
Fermer
Résumé : LES ECHECQS.
Le texte décrit les échecs, un jeu originaire du bois, composé de 32 pièces. Les deux rois, distingués par des couleurs différentes (blanc et noir), dirigent deux armées opposées. À la fin de la partie, les pièces sont rangées ensemble, symbolisant la réconciliation. Le roi se déplace d'une case à la fois, sauf lors du roque, où il échange de place avec une tour pour éviter un échec. La reine peut se déplacer comme n'importe quelle autre pièce, sauf le cavalier. Un pion, en atteignant la dernière rangée, peut être promu à une pièce manquante, souvent la reine. Le texte mentionne également des épithalames de Monsieur le Président Henault et des auteurs de pièces anonymes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2983
p. 211-[2]16
MORTS.
Début :
Messire Gilles-Michel de Marescot, Chevalier Seigneur de Thoiry, &c. [...]
Mots clefs :
Jeanne de Saveuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Meffire Gilles - Michel de
Marefcot , Chevalier Seigneur
de Thoiry , & c. Chevalier de
l'Ordre de S. Louis & de S.
Lazare de Jerufalem , Colonel
& Maréchal des Logis
General de la Cavalerie de
France , mourut le 8. Mars
en fa 67° année , laiffant une
fiile unique
.
Sij
212 MERCURE
#
Meffire Nicolas de Paris ,
Seigneur de Branfcourt de
Machau , Pafquy , &c. Confeiller
au Parlement , mourut
le 13. Mars,
Dame Jeanne de Guenegaud
, veuve de Meffire Louis
Bazin , Chevalier Seigneur de
Bezons , Confeiller d'Etat ordinaire
, mourut le 24. Mars
1714.
Dame Anne de Lameth ,
veuve de Meffire Jean de Senicourt
, Chevalier Marquis
de Seffeval , âgée de 82. ans,
mourut le 24. Avril 1714.
Elle eftoit fille de N. de La
GALANT. 213
Mi
Οι
ak
cá
A
4
2
meth , Chevalier Seigneur de
Beaurepaire, Gouverneur de la
Baftille , & Favori de Louis
XIII. & de Dame N. Defchapelles
. Elle laiffe pour fon unique
heritiere Dame N. de
Seffeval , épouſe du Comte de
Lameth, d'une des meilleures
-Maifons de Picardie .
>
Charlotte Amelie de Heffe-
Caffel , qui avoit épousé le
25. Juin 1667. Chriftian ,
cinquiéme Roy de Dannemarck
, mort le 4. Septembre
1699. mourut à Coppenhale
27. Mars 1714 en la
64 année , dont eſt flu Fre
gue
214 MERCURE
deric , quatrieme Roy de
Dannemarck , aujourd'huy
regnant .
e
Antoine Ulric de Brunfwick
, Duc de Wolfembutel ,
Chef de la branche aînée de
cette ancienne Maifon , né le
4. Octobre 163 3. mourut le
27. Mars 1714. en fa 81 ° année
, aprés avoir reçûles Sacremens
de l'Eglife Catholique ,
dont il faifoit profeffion depuis
quelques années . Le
Prince Augufte Guillaume ,
fon fils aine luy fuccede.
Dame Jeanne de Saveuſe ,
veuve de Meflire Henry RoGALANT.
215
J
bert de la Marck , Comte de
la Marck & de Braine , Prince
de Jametz , Baron de Serignan
, de Pontarcytac , Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , Colonel du Regiment
de Picardie , tué au
combat de Confarbrick , prés
Treves le 11. Aouſt. 1675 .
âgé de 30. ans , mourut le 12 .
Avril 1714. laiffant
pour
fille
unique Loüife Magdelaine de
la Marck , veuve de Jacques
Henry , Duc de Duras , fils
aîné du Maréchal de Duras.
Meffire Jean François Chamillard
, Evefque de Senlis ,
316 MERCURE
Premier Aumolnier de Ma
dame la Dauphine , mourut à
Paris le 16. Avril 1714. âgé de
57. d'où fon Corps a efté
porté à Senlis.
Metlire Nicolas - Louis de
Bailleul, Marquis de Chasteaugontier
, Prefident à Mortier ,
mourut le 17. Avril âgé de
63. ans .
Meffire Bernard de Beon ,
du Milfez de Luxembourg ,
Marquis de Boutteville , cydevant
Enfant d'honneur du
Roy , mourut fans alliance le
17. Avril 1714.
Meffire Gilles - Michel de
Marefcot , Chevalier Seigneur
de Thoiry , & c. Chevalier de
l'Ordre de S. Louis & de S.
Lazare de Jerufalem , Colonel
& Maréchal des Logis
General de la Cavalerie de
France , mourut le 8. Mars
en fa 67° année , laiffant une
fiile unique
.
Sij
212 MERCURE
#
Meffire Nicolas de Paris ,
Seigneur de Branfcourt de
Machau , Pafquy , &c. Confeiller
au Parlement , mourut
le 13. Mars,
Dame Jeanne de Guenegaud
, veuve de Meffire Louis
Bazin , Chevalier Seigneur de
Bezons , Confeiller d'Etat ordinaire
, mourut le 24. Mars
1714.
Dame Anne de Lameth ,
veuve de Meffire Jean de Senicourt
, Chevalier Marquis
de Seffeval , âgée de 82. ans,
mourut le 24. Avril 1714.
Elle eftoit fille de N. de La
GALANT. 213
Mi
Οι
ak
cá
A
4
2
meth , Chevalier Seigneur de
Beaurepaire, Gouverneur de la
Baftille , & Favori de Louis
XIII. & de Dame N. Defchapelles
. Elle laiffe pour fon unique
heritiere Dame N. de
Seffeval , épouſe du Comte de
Lameth, d'une des meilleures
-Maifons de Picardie .
>
Charlotte Amelie de Heffe-
Caffel , qui avoit épousé le
25. Juin 1667. Chriftian ,
cinquiéme Roy de Dannemarck
, mort le 4. Septembre
1699. mourut à Coppenhale
27. Mars 1714 en la
64 année , dont eſt flu Fre
gue
214 MERCURE
deric , quatrieme Roy de
Dannemarck , aujourd'huy
regnant .
e
Antoine Ulric de Brunfwick
, Duc de Wolfembutel ,
Chef de la branche aînée de
cette ancienne Maifon , né le
4. Octobre 163 3. mourut le
27. Mars 1714. en fa 81 ° année
, aprés avoir reçûles Sacremens
de l'Eglife Catholique ,
dont il faifoit profeffion depuis
quelques années . Le
Prince Augufte Guillaume ,
fon fils aine luy fuccede.
Dame Jeanne de Saveuſe ,
veuve de Meflire Henry RoGALANT.
215
J
bert de la Marck , Comte de
la Marck & de Braine , Prince
de Jametz , Baron de Serignan
, de Pontarcytac , Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , Colonel du Regiment
de Picardie , tué au
combat de Confarbrick , prés
Treves le 11. Aouſt. 1675 .
âgé de 30. ans , mourut le 12 .
Avril 1714. laiffant
pour
fille
unique Loüife Magdelaine de
la Marck , veuve de Jacques
Henry , Duc de Duras , fils
aîné du Maréchal de Duras.
Meffire Jean François Chamillard
, Evefque de Senlis ,
316 MERCURE
Premier Aumolnier de Ma
dame la Dauphine , mourut à
Paris le 16. Avril 1714. âgé de
57. d'où fon Corps a efté
porté à Senlis.
Metlire Nicolas - Louis de
Bailleul, Marquis de Chasteaugontier
, Prefident à Mortier ,
mourut le 17. Avril âgé de
63. ans .
Meffire Bernard de Beon ,
du Milfez de Luxembourg ,
Marquis de Boutteville , cydevant
Enfant d'honneur du
Roy , mourut fans alliance le
17. Avril 1714.
Fermer
Résumé : MORTS.
Le texte énumère des décès survenus en 1714 et en 1699. Meffire Gilles-Michel de Marefcot, Chevalier Seigneur de Thoiry, Chevalier de l'Ordre de S. Louis et de S. Lazare de Jérusalem, Colonel et Maréchal des Logis Général de la Cavalerie de France, est décédé le 8 mars à 67 ans, laissant une fille unique. Meffire Nicolas de Paris, Seigneur de Branfcourt de Machau, Pafquy, et Conseiller au Parlement, est mort le 13 mars. Dame Jeanne de Guenegaud, veuve de Meffire Louis Bazin, Chevalier Seigneur de Bezons et Conseiller d'État ordinaire, est décédée le 24 mars. Dame Anne de Lameth, veuve de Meffire Jean de Senicourt, Chevalier Marquis de Seffeval, âgée de 82 ans, est morte le 24 avril, laissant pour unique héritière Dame N. de Seffeval, épouse du Comte de Lameth. Charlotte Amelie de Heffe-Cassel, épouse de Christian, cinquième Roi de Dannemarck, est décédée à Coppenhale le 27 mars à 64 ans. Antoine Ulric de Brunswick, Duc de Wolfembutel, est mort le 27 mars à 81 ans, après avoir reçu les sacrements de l'Église Catholique. Le Prince Auguste Guillaume, son fils aîné, lui a succédé. Dame Jeanne de Saveuse, veuve de Meffire Henry de la Marck, Comte de la Marck et de Braine, est décédée le 12 avril, laissant pour fille unique Loüise Magdelaine de la Marck, veuve de Jacques Henry, Duc de Duras. Meffire Jean François Chamillard, Évêque de Senlis et Premier Aumônier de Madame la Dauphine, est mort à Paris le 16 avril à 57 ans. Meffire Nicolas-Louis de Bailleul, Marquis de Chasteaugontier et Président à Mortier, est décédé le 17 avril à 63 ans. Meffire Bernard de Beon, du Milfez de Luxembourg, Marquis de Boutteville et ancien Enfant d'honneur du Roy, est mort sans alliance le 17 avril.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2984
p. 227-247
EXTRAIT du Traité de Paix conclud entre le Roy & l'Empereur, le 6. Mars dernier.
Début :
I. Il y aura une Paix Chrestienne universelle & une [...]
Mots clefs :
Roi, Empereur, Traité, Guerre, Empire, Droits, Électeur, Dépendances, Généraux, Ratifications
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Traité de Paix conclud entre le Roy & l'Empereur, le 6. Mars dernier.
EXTRAIT du Traité de
Paix conclud entre le Roy
& l'Empereur , le 6. Mars
dernier.
I.
IL y aura une Paix Chreftienne
univerfelle & une
amitié perpetuelle & fincere
entre fa, Majefté Imperiale
& le Roy Tres-
Chreftien .
228 MERCURE
II.
Il y aura un perpetuel
oubli & Amniftie de ce qui
s'eft fait dans cette
guerre .
III.
fi
Les Traitez de Weftphalie
, de Nimegue & de Rifwick
, feront executez
ce n'eft en ce qu'il y fera
expreffément derogé.
IV.
Le Roy rendra à l'Empereur
le vieux Brifach &
toutes fes dependances fituées
à la droite du Rhin ,
celles qui font à gauche demeurant
au Roy avec le
Fort du Mortier
.
GALANT. 2292
V.
Le Roy rendra auffi Fribourg
en l'eftat où il eft ,
avec tous les Forts , toutes
les archives & autres efcritures.
VI. MAT
རཱང ༔
>
Le Fort de Kell fera
pareillement rendu ; & le
Fort de la Pile & autres
jufqu'au Fort Louis , feront
rafez , fans qu'ils puiffent
eftre reftablis , & la navigation
du Rhin demeurera
11 libre , fans qu'on y puiffe :
d exiger de nouveaux droits,
230 MERCURE
VII.
Brifach , Fribourg &
Kell , feront rendus de
bonne foy , avec l'artillerie
qui y eftoit.
VIII .
Le Roy fera rafer les
fortifications faite vis à vis
d'Huningue & dans l'iſle ,
& demolir le Pont conftruit
en cet endroit , de mefme
du Pont qui conduit du
Fort Louis , au Fort de Se
lingen , qui ſera auffi raſé ,
& que le Fort Loüis demeurera
au Roy Tres-
Chreftien
.
GALANT . 231
IX .
Le Roy fera auffi rafer
les fortifications de Birſch
& de Hombourg , qui ne
pourront eftre reftablies.
X.
Tous les lieux cy- deffus
nommez , feront rendus
trente jours aprés le Traité
à faire entre l'Empereur ,
l'Empire & le Roy Tres-
Chreftien,
XI.
Les places qui doivent
eftre demolies , le feront au
plus tard , deux mois aprés
Ï'eſchange des ratifications.
"
{
132 MERCURE
XII.
Le Roy promet d'executer
le Traité de Rifwick , & de
rendre tout ce quia efté pris
ou confifqué fur quelque
Prince ou Eftat .
XIII .
Reciproquement
l'Empereur
confent que le Roy
jouiffe de Landau & de ſes
dependances
, comme il en
jouiſſoit avant la guerre ,
fe faifant fort d'obtenir le
confentement
& l'approbation
de l'Empire.
XIV .
Le Roy reconnoiſtra
la
dignité
GALANT. 233
I
dignité Electorale dans la
Maifon de Brunswich Ha
nover.
XV.i
L'Electeur de Cologne
& l'Electeur de Baviere fe
ront reftablis dans tous
leurs Eftats ,
dignitez
rangs , prerogatives
, &
droits , comme ils en jouif
foient avant la guerre. On
leur rendra de bonne foy
tous leurs meubles , pierre-
I ries & autres effets , com-
DJ
me , auffi l'artillerie & les
munitions fpecifiées dans
les Inventaires. L'Electeur
་
Avril
1714.
V
$
234 MERCURE
de Cologne fera reftabli
dáns fon Archevefché de
Cologne, dans fes Evefchez
d'Hildesheim , de Ratifbo
ne , de Liege & dans fa Prevofté
de Berchtholfgaden
,
& il n'y aura dans Bonne
en temps de Paix , que les
Gardes de l'Electeur , mais
en temps de guerre l'Empereur
y pourra mettre les
troupes neceffaires. Ces
deux Princes feront tenus
de demander & de prendre
de l'Empereur le renouvellement
de l'inveftiture
de leurs Electorats , Princi
A
GALANT 235
5
1
I
pautez , Fiefs , Titres &
Droits , ainfi que les autres
Electeurs & Princes de
l'Empire.
XVI.
Les Officiers domefti
ques & vaffaux qui ont
fuivi l'un ou l'autre parti ,
jouiront de l'Amniftie , &
feront reftablis dans leurs
biens , charges & dignitez .
XVII .
Cette reftitution fe fera
un mois aprés l'efchange
des ratifications du Traité.
XVIII .
Si la Maiſon de Baviere
Vij
236 MERCURE
aprés fon reftabliſſement
total , trouve qu'il luy convienne
de faire quelques
changements de fes Eftats
contre d'autres , le Roy ne
s'y oppofera pas .
XIX .
Sa Majefté Tres - Chref
tienne ayant remis aux Eftats
Generaux pour la Maifon
d'Auftriche les Païs
Bas Espagnols tels que le
Roy Charles II. les poffedoit
, confent que l'Empereur
en prenne poffeffion ;
fauf les conventions que Sa
Majeſté Imperiale fera avec
GALANT . 237
les Eftars Generaux pour
leur barriere ; & le Roy de
Pruffe retiendra tout ce
qu'il poffede actuellement
du haut quartier de Gueldres
.
XX.
Le Roy ayant cedé aux
Eftats Generaux pour la
Maiſon d'Auftriche Menin
& fa Verge , Tournay & le
Tournailis Sa Majesté
confent qu'ils les rendent
à l'Empereur , quand ils
en feront convenus ,
5 aprés que les ratifications
du Traité à faire entre
&
238 MERCURE
l'Empereur , l'Empire & la
France auront efte efchangées
; & Saint Amand avec
fes dependances , & Mortagne
fans dependances , demeureront
au Roy.
XXI.
Sa Majefté Tres- Chref
tienne confirme la ceffion
qu'elle a faite aux Etats
Generaux , en faveur de la
Maiſon d'Auftriche , de
Furnes , de Furnambacht
de la Kenoque , de Loo ,
de Dixmude , d'lpres , de
Rouffelar , de Poperingue ,
de Warneton , de Comi-
3.
GALANT. 239
nes & de Warwick .
XXII.
La navigation de la Lys
depuis l'embouchure de la
Deule en remontant , fera
libre , & on n'y eftablira ny
peages ny impoſts.
XXXIII.
1 Il y aura un oubli & amniftie
perpetuelle & reciproque
de tout ce qui a
efté fait pendant cette
= guerre par les fujets des
Pays-Bas.
XXIV .
Ils pourront de part &
d'autre librement nego
240 MERCURE
cier,vendre & aliener , mef
me à des eftrangers , fans
autre permiffion que ce
Traité.
XXV.
Les mefmes fujets jouiront
de tout leurs biens , benefices
, charges & droits
comme avant la guerre
XXVI .
A l'egard des rentes affectées
fur quelque Province ,
on payera de coſté & d'autre
fa quote part , felon ce
que chacun poffede .
3167 XXVII. nog alt
Dans les pays cedez par
le
GALANT. 241
Roy , tout fera maintenu
en l'eftat où il eftoit , à l'égard
de la Religion Catholique
, des Magiftrats qui ne
pourront eftre que Catholiques
, du Clergé , des Monafteres
, Communautez &
autres..
XXVIII .
Ils feront maintenus dans
leurs Privileges , Droits &
Couftumes .
XXIX .
Les Beneficiers jouiront
des Benefices qui leur ont
efté conferez pendant la
guerre par l'un des deux
partis. X
242 MERCURE
XXX.
Comme cette Paix ne
doit eftre interrompuë fous
aucun prétexte , le Roy
promet de laiffer jouir tranquillement
l'Empereur de
tous les Eftats qu'il poffede
actuellement en Italie
l'Empereur promettant de
fon cofté de ne point troubler
la neutralité de l'Italie,
fuivant le Traité conclu à
Utrecht le 14. Mars 1713.
XXXI.
Comme auffi de rendre
bonne & promte juftice fur
leurs prétentions aux Ducs
GALANT 243
de Guaftalle & de la Mirandole
, & au Prince de Caftiglione.
XXXII.
Les autres prétentions
propofées de part & d'autre
ont efté remiſes au Traité
à faire entre l'Empereur,
l'Empire & le Roy Tres-
Chreftien. >
XXXIII
Auquel Traité , l'Empe
reur promet que les Elec
teurs , Princes & Eftats de
l'Empire envoyeront des
pleins pouvoirs ou une Deputation
avec des pleins
X ij
244 MERCURE
pouvoirs , & qu'ils confentiront
à tous les points dont
on eft convenu dans le
fent Traité.
XXXIV .
pre-
Les conferences fe tiendront
dans une des trois
Villes qui feront nommées
en Suiffe , où elles commenceront
le 15. Avril ou
le 1. May au plus tard , &
feront terminées dans deux
où trois mois au plus tard.
XXXV.
Toutes hoftilitez ceffe
ront à la fignature de ce
Traité ; toutes contribu
GALANT. 245
tions à l'efchange des ratifications
, & tous prifonniers
d'Eftat & de guerre
feront renvoyez ſans rançon
.
XXXVI.
Le commerce
fera libre
comme avant la guerre.
XXXVII
.
Ce Traité fera ratifié
dans un mois .
Les trois Articles ſeparez
contiennent que l'Empereur
ayant pris des Titres
que le Roy ne pouvoit
admettre , on eft convenu
que les qualitez priſes ou
·X iij⋅
246 MERCURE
obmiſes de part & d'autre
ne donneront aucun droit,
ny ne cauſeront aucun prejudice
aux parties contractantes,
* V II. H
Que la
conjoncture prefente
n'ayant pas laiffé le
temps d'obferver les formalitez
requiſes à l'égard
de l'Empire , & le Traité
ayant efté redigé en Langue
Françoiſe contre la
couſtume obfervée ordinairement
dans les Traitez
faits entre l'Empereur
l'Empire & la France , cela
ne pourra eſtre allegué
GALANT . 247
pour exemple , ou tirer à
confequence.
III.
Que l'Empereur ayant
nommé Schaffoufe , Bade
& Frawenfeld en Suiffe ,
le Marefchal de Villars
n'ayant pû recevoir la nomination
que Sa Majesté
Tres - Chreftienne à faite
de l'une des trois , il l'envoyera
par un courier au
Prince Eugene . Fait au Palais
de Raftadt le 6. Mars
1714. Signé , EUGENE de
Savoye , le Mareſchal Duc
DE VILLARS , ratifié par
le Roy le 23. Mars 1714 .
Paix conclud entre le Roy
& l'Empereur , le 6. Mars
dernier.
I.
IL y aura une Paix Chreftienne
univerfelle & une
amitié perpetuelle & fincere
entre fa, Majefté Imperiale
& le Roy Tres-
Chreftien .
228 MERCURE
II.
Il y aura un perpetuel
oubli & Amniftie de ce qui
s'eft fait dans cette
guerre .
III.
fi
Les Traitez de Weftphalie
, de Nimegue & de Rifwick
, feront executez
ce n'eft en ce qu'il y fera
expreffément derogé.
IV.
Le Roy rendra à l'Empereur
le vieux Brifach &
toutes fes dependances fituées
à la droite du Rhin ,
celles qui font à gauche demeurant
au Roy avec le
Fort du Mortier
.
GALANT. 2292
V.
Le Roy rendra auffi Fribourg
en l'eftat où il eft ,
avec tous les Forts , toutes
les archives & autres efcritures.
VI. MAT
རཱང ༔
>
Le Fort de Kell fera
pareillement rendu ; & le
Fort de la Pile & autres
jufqu'au Fort Louis , feront
rafez , fans qu'ils puiffent
eftre reftablis , & la navigation
du Rhin demeurera
11 libre , fans qu'on y puiffe :
d exiger de nouveaux droits,
230 MERCURE
VII.
Brifach , Fribourg &
Kell , feront rendus de
bonne foy , avec l'artillerie
qui y eftoit.
VIII .
Le Roy fera rafer les
fortifications faite vis à vis
d'Huningue & dans l'iſle ,
& demolir le Pont conftruit
en cet endroit , de mefme
du Pont qui conduit du
Fort Louis , au Fort de Se
lingen , qui ſera auffi raſé ,
& que le Fort Loüis demeurera
au Roy Tres-
Chreftien
.
GALANT . 231
IX .
Le Roy fera auffi rafer
les fortifications de Birſch
& de Hombourg , qui ne
pourront eftre reftablies.
X.
Tous les lieux cy- deffus
nommez , feront rendus
trente jours aprés le Traité
à faire entre l'Empereur ,
l'Empire & le Roy Tres-
Chreftien,
XI.
Les places qui doivent
eftre demolies , le feront au
plus tard , deux mois aprés
Ï'eſchange des ratifications.
"
{
132 MERCURE
XII.
Le Roy promet d'executer
le Traité de Rifwick , & de
rendre tout ce quia efté pris
ou confifqué fur quelque
Prince ou Eftat .
XIII .
Reciproquement
l'Empereur
confent que le Roy
jouiffe de Landau & de ſes
dependances
, comme il en
jouiſſoit avant la guerre ,
fe faifant fort d'obtenir le
confentement
& l'approbation
de l'Empire.
XIV .
Le Roy reconnoiſtra
la
dignité
GALANT. 233
I
dignité Electorale dans la
Maifon de Brunswich Ha
nover.
XV.i
L'Electeur de Cologne
& l'Electeur de Baviere fe
ront reftablis dans tous
leurs Eftats ,
dignitez
rangs , prerogatives
, &
droits , comme ils en jouif
foient avant la guerre. On
leur rendra de bonne foy
tous leurs meubles , pierre-
I ries & autres effets , com-
DJ
me , auffi l'artillerie & les
munitions fpecifiées dans
les Inventaires. L'Electeur
་
Avril
1714.
V
$
234 MERCURE
de Cologne fera reftabli
dáns fon Archevefché de
Cologne, dans fes Evefchez
d'Hildesheim , de Ratifbo
ne , de Liege & dans fa Prevofté
de Berchtholfgaden
,
& il n'y aura dans Bonne
en temps de Paix , que les
Gardes de l'Electeur , mais
en temps de guerre l'Empereur
y pourra mettre les
troupes neceffaires. Ces
deux Princes feront tenus
de demander & de prendre
de l'Empereur le renouvellement
de l'inveftiture
de leurs Electorats , Princi
A
GALANT 235
5
1
I
pautez , Fiefs , Titres &
Droits , ainfi que les autres
Electeurs & Princes de
l'Empire.
XVI.
Les Officiers domefti
ques & vaffaux qui ont
fuivi l'un ou l'autre parti ,
jouiront de l'Amniftie , &
feront reftablis dans leurs
biens , charges & dignitez .
XVII .
Cette reftitution fe fera
un mois aprés l'efchange
des ratifications du Traité.
XVIII .
Si la Maiſon de Baviere
Vij
236 MERCURE
aprés fon reftabliſſement
total , trouve qu'il luy convienne
de faire quelques
changements de fes Eftats
contre d'autres , le Roy ne
s'y oppofera pas .
XIX .
Sa Majefté Tres - Chref
tienne ayant remis aux Eftats
Generaux pour la Maifon
d'Auftriche les Païs
Bas Espagnols tels que le
Roy Charles II. les poffedoit
, confent que l'Empereur
en prenne poffeffion ;
fauf les conventions que Sa
Majeſté Imperiale fera avec
GALANT . 237
les Eftars Generaux pour
leur barriere ; & le Roy de
Pruffe retiendra tout ce
qu'il poffede actuellement
du haut quartier de Gueldres
.
XX.
Le Roy ayant cedé aux
Eftats Generaux pour la
Maiſon d'Auftriche Menin
& fa Verge , Tournay & le
Tournailis Sa Majesté
confent qu'ils les rendent
à l'Empereur , quand ils
en feront convenus ,
5 aprés que les ratifications
du Traité à faire entre
&
238 MERCURE
l'Empereur , l'Empire & la
France auront efte efchangées
; & Saint Amand avec
fes dependances , & Mortagne
fans dependances , demeureront
au Roy.
XXI.
Sa Majefté Tres- Chref
tienne confirme la ceffion
qu'elle a faite aux Etats
Generaux , en faveur de la
Maiſon d'Auftriche , de
Furnes , de Furnambacht
de la Kenoque , de Loo ,
de Dixmude , d'lpres , de
Rouffelar , de Poperingue ,
de Warneton , de Comi-
3.
GALANT. 239
nes & de Warwick .
XXII.
La navigation de la Lys
depuis l'embouchure de la
Deule en remontant , fera
libre , & on n'y eftablira ny
peages ny impoſts.
XXXIII.
1 Il y aura un oubli & amniftie
perpetuelle & reciproque
de tout ce qui a
efté fait pendant cette
= guerre par les fujets des
Pays-Bas.
XXIV .
Ils pourront de part &
d'autre librement nego
240 MERCURE
cier,vendre & aliener , mef
me à des eftrangers , fans
autre permiffion que ce
Traité.
XXV.
Les mefmes fujets jouiront
de tout leurs biens , benefices
, charges & droits
comme avant la guerre
XXVI .
A l'egard des rentes affectées
fur quelque Province ,
on payera de coſté & d'autre
fa quote part , felon ce
que chacun poffede .
3167 XXVII. nog alt
Dans les pays cedez par
le
GALANT. 241
Roy , tout fera maintenu
en l'eftat où il eftoit , à l'égard
de la Religion Catholique
, des Magiftrats qui ne
pourront eftre que Catholiques
, du Clergé , des Monafteres
, Communautez &
autres..
XXVIII .
Ils feront maintenus dans
leurs Privileges , Droits &
Couftumes .
XXIX .
Les Beneficiers jouiront
des Benefices qui leur ont
efté conferez pendant la
guerre par l'un des deux
partis. X
242 MERCURE
XXX.
Comme cette Paix ne
doit eftre interrompuë fous
aucun prétexte , le Roy
promet de laiffer jouir tranquillement
l'Empereur de
tous les Eftats qu'il poffede
actuellement en Italie
l'Empereur promettant de
fon cofté de ne point troubler
la neutralité de l'Italie,
fuivant le Traité conclu à
Utrecht le 14. Mars 1713.
XXXI.
Comme auffi de rendre
bonne & promte juftice fur
leurs prétentions aux Ducs
GALANT 243
de Guaftalle & de la Mirandole
, & au Prince de Caftiglione.
XXXII.
Les autres prétentions
propofées de part & d'autre
ont efté remiſes au Traité
à faire entre l'Empereur,
l'Empire & le Roy Tres-
Chreftien. >
XXXIII
Auquel Traité , l'Empe
reur promet que les Elec
teurs , Princes & Eftats de
l'Empire envoyeront des
pleins pouvoirs ou une Deputation
avec des pleins
X ij
244 MERCURE
pouvoirs , & qu'ils confentiront
à tous les points dont
on eft convenu dans le
fent Traité.
XXXIV .
pre-
Les conferences fe tiendront
dans une des trois
Villes qui feront nommées
en Suiffe , où elles commenceront
le 15. Avril ou
le 1. May au plus tard , &
feront terminées dans deux
où trois mois au plus tard.
XXXV.
Toutes hoftilitez ceffe
ront à la fignature de ce
Traité ; toutes contribu
GALANT. 245
tions à l'efchange des ratifications
, & tous prifonniers
d'Eftat & de guerre
feront renvoyez ſans rançon
.
XXXVI.
Le commerce
fera libre
comme avant la guerre.
XXXVII
.
Ce Traité fera ratifié
dans un mois .
Les trois Articles ſeparez
contiennent que l'Empereur
ayant pris des Titres
que le Roy ne pouvoit
admettre , on eft convenu
que les qualitez priſes ou
·X iij⋅
246 MERCURE
obmiſes de part & d'autre
ne donneront aucun droit,
ny ne cauſeront aucun prejudice
aux parties contractantes,
* V II. H
Que la
conjoncture prefente
n'ayant pas laiffé le
temps d'obferver les formalitez
requiſes à l'égard
de l'Empire , & le Traité
ayant efté redigé en Langue
Françoiſe contre la
couſtume obfervée ordinairement
dans les Traitez
faits entre l'Empereur
l'Empire & la France , cela
ne pourra eſtre allegué
GALANT . 247
pour exemple , ou tirer à
confequence.
III.
Que l'Empereur ayant
nommé Schaffoufe , Bade
& Frawenfeld en Suiffe ,
le Marefchal de Villars
n'ayant pû recevoir la nomination
que Sa Majesté
Tres - Chreftienne à faite
de l'une des trois , il l'envoyera
par un courier au
Prince Eugene . Fait au Palais
de Raftadt le 6. Mars
1714. Signé , EUGENE de
Savoye , le Mareſchal Duc
DE VILLARS , ratifié par
le Roy le 23. Mars 1714 .
Fermer
Résumé : EXTRAIT du Traité de Paix conclud entre le Roy & l'Empereur, le 6. Mars dernier.
Le traité de paix signé le 6 mars entre le roi et l'empereur établit une paix chrétienne universelle et une amitié perpétuelle entre leurs majestés. Il prévoit l'oubli et l'amnistie des actions commises durant la guerre. Les traités de Westphalie, Nimègue et Ryswick seront respectés, sauf dérogation expresse. Le roi rendra à l'empereur Brisach et ses dépendances situées à droite du Rhin, ainsi que Fribourg et le fort de Kehl, avec leur artillerie. La navigation du Rhin restera libre, sans nouveaux droits. Le roi rasera les fortifications vis-à-vis d'Huningue et démolira certains ponts et forts. Tous les lieux nommés seront rendus trente jours après le traité, et les places à démolir le seront deux mois après l'échange des ratifications. Le roi promet d'exécuter le traité de Ryswick et de rendre tout ce qui a été pris ou confisqué. L'empereur consent à ce que le roi jouisse de Landau et de ses dépendances. Le roi reconnaîtra la dignité électorale dans la maison de Brunswick-Hanover et restaurera les électeurs de Cologne et de Bavière dans leurs États, dignités, rangs, prérogatives et droits. Les officiers domestiques et vassaux qui ont suivi l'un ou l'autre parti jouiront de l'amnistie et seront rétablis dans leurs biens, charges et dignités. La navigation de la Lys sera libre, sans péages ni imposts. Les sujets des Pays-Bas bénéficieront d'un oubli et d'une amnistie perpétuelle et réciproque. Les rentes affectées à une province seront payées proportionnellement. Dans les pays cédés par le roi, la religion catholique, les magistrats, le clergé, les monastères et les communautés seront maintenus. Les privilèges, droits et coutumes seront également maintenus. Les bénéficiers jouiront des bénéfices qui leur ont été conférés pendant la guerre. La paix ne sera pas interrompue, et chaque partie laissera l'autre jouir tranquillement de ses États. Les conférences pour finaliser le traité se tiendront en Suisse et seront terminées dans les deux ou trois mois suivant leur début. Toutes hostilités cesseront à la signature du traité, et les prisonniers seront renvoyés sans rançon. Le commerce sera libre comme avant la guerre. Le traité sera ratifié dans un mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2985
p. 248-266
L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
Début :
Le premier qui parla fut Mr le Chevalier de Louville [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Gomme-laque, Geoffroy, Écarlate, Teinture, Petits corps, Cire, Animaux, Cochenille, Insectes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
L'Academie Royalle des Sciences
fit à l'ordinaire l'ouverture
de fes exercices aprés
Pafques , par une Affemblée
publique qui ſe tinſt
le Mercredy 11. Avril.
LE premier qui parla
fut Mr le Chevalier de
Louville affocié pour l'ALtronomie.
Il donna des
obfervations fur le point
précis de l'Equinoxe du
Printemps de cette année ,
aprés avoir fait voir auparavant
la neceffité & l'utiGALANT.
249
lité de cette obfervation .
Mr de la Hirre le Pere
propofa une machine tres
fimple pour elever l'eau ,
fans beaucoup de dépenfe,
ayant pour mobile l'eau
d'un ruiffeau ou la fimple
deſcharge d'un refervoir
.
Monfieur Geoffroy le
jeune l'un des affociez Botaniftes
lut enfuite une Dif
fertation fur la gomme
lacque dont on fe fert dans
le Levant pour teindre en
écarlate , & fur les autres
matieres qui fourniſſent
250 MERCURE
cette teinture.
Il montra que la gomme
lacque eftoit mal nommée ;
puifqu'il eft certain que ce
n'eft point du tout une
gomme , & qu'elle ne coule
point des branches
de
l'arbre autour
desquelles
on la trouve , ce qui la fait
nommer lacque en baton .
C'est ce qui avoit déja
efté obfervé fur les lieux
par quelques
uns & entr'autres
par le Pere Tachard.
On avoit auffi remarqué
que cette ma icre
eftoit depofée par des InGALANT
. 291
B
fectes , qui au rapport du
meſme Pere font des
fourmis volantes .
Mais ce qu'on n'avoit
point encore découvert &
qui eft dit aux recherches
de Monfieur Geoffroy ;
c'eft que cette matiere qui
a fi long tems paffé pour
une gomme , est une veritable
Ruche femblable à
celles que travaillent les
Abeilles & quelques autres
infectes.
En effet cette lacque telle
qu'elle fe trouve autour
des petits batons qui la
252 MERCURE
fouftiennent , eft partagée
en petites cellules oblon
gues & a plufieurs pans
comme celles de nos ruches
dont les cloisons font
tres delicates & qui aboutiffent
toutes à plufieurs petits
trous dont la lacque
paroift criblée par deffus .
Ces Loges font occupés
par des petits corps
oblongs , ridez , terminez
d'un cofté par une pointe,`
& de l'autre par deux ou
trois , qui eftant' mis dans
l'eau s'y renflent comme
fait la cochenille & la teiGALANT
. 253
2
gnent d'une auffi belle
couleur.
Ces petits corps font ;
felon Mr Geoffroy , des
depouilles d'infectes nez
ou à naiftre , & qui par
confequent ne peuvent eftre
que les veftiges des
effains à quoy ces ruches
font destinées ; comme
nous voyons celles de nos
mouches à miel fervir au
mefme ufage.
Que ces petits corps
I foient des parties animales,
on n'en fçauroit douter en
eles bruflant à part ; car ils
254 MERCURE
repandent une odeur fetide
pareille à celle qui fort
des parties des animaux
qu'on bruſle , au lieu que
la lacque toute feule jette
en brûlant cette agreable
odeur qu'on connoiſt dans
la cire d'Eſpagne dont elle
fait la bafe.Y
Il faut bien
diftinguer
felon Mr Geoffroy ces petits
Animaux , quels qu'ils
foient , qui occupent
chacun
leur alveole , d'avec
d'autres vers qui s'infinuent
dans la lacque , y
rongent
les cellules & ce qu'elles
GALANT . 255
5
contiennent , & y depofent
leurs oeufs . Ceux - là
font eſtrangers à la lacque
comme les vers qui fe mettent
aux ruches de nos
mouches à miel , & l'y détruifenr.
Il s'enfuit donc que la
lacquefeparée de ces petits
corps eft une veritable cire .
C'eft ce que Mr Geoffroy
a fort bien prouvé par la
comparaifon qu'il en fait
avec une lacque de la mefme
nature , mais peu con
nuë , qui vient de l'Ile de
Madagaſcar. Celle - cy eft
256 MERCURE
toute femblable à de la
cire & on la prendroit
pour
l'ouvrage
de quelques
mouches à miel , fi l'on ne
la reconnoiffoit
pour de la
lacque à fes alveoles & aux
petits corps qu'elles renferment.
L'Analyfe chimique que
Mr Geoffroy a auffi employée
pour découvrir entierement
la nature de la
lacque prouve encore que
c'eft une cire ; car on en
tire les mefmes principes
qu'on tire ordinairement
de la cire , fçavoir un esprit
acide
GALANT. 257
acide & un beurre . Mais
à caufe des parties animales
qui y font renfermées
elles doit fournir quelque
eſprit volatil.
>
Pour s'en affurer Mr
Geoffroy a fait deux diſtillations
, l'une de la lacque
en baton avec les petits
animaux qu'elle contient
& l'autre de la lacque en
graine qui eft ainſi nommée
parce qu'elle a eſté
reduite en petits grains
fervir aux teintures , #pour
1 & qu'elle eft abfolument
depouillée des petits ani-
Avril 1714.
Y
258 MERCURE
maux qu'elle renfermoir
auparavant dans fes alveoles.
Car comme l'a fort bien
obfervé Mr Geoffroy , ce
font eux qui donnent cette
belle couleur écarlate que
fournit la lacque , en forte
qu'elle n'a de teinture qu'à
proportion qu'elle en reçoit
de ces petits corps.
Auffi celle qui s'en trouve
peu fournie n'a qu'une couleur
citrine affez pafle.
Mr Geoffroy en comparant
les diftillations des
deux lacques a trouvé que
1
GALANT . 259
l'efprit acide qu'on tire de
la lacque en baſtons eſt
meflé avec un efprit vola
til que les feules parties
animales peuvent fournir.
Ce qu'il a reconnu au precipité
blanc qui refulte de
fon mellange avec la ſolution
du fublimé corrofif ;
au lieu que l'efprit acide
tiré de la lacque en graine
ne fait point le mefme effet ;
parce qu'elle ne contient
aucune de ces parties añi
males.
Les autres obſervations
de Mr Geoffroy eftoient
Y ij
260 MERCURE
fur le Kermes autrement
dit graine d'écarlate qui eſt
une excroiffance qui naift
fur les feuilles de l'Ilex acculeata
efpeee de chefne verd,
par la picquure d'une forte
de moucherons qui y dépoſent
fes oeufs.
Il en donne une defcription
fort exacte . Des deux
fubftances qu'il y a remarquées
l'une rouge & l'autre
blanche , celle cy paroilt
un amas d'une infinité de
petits cornets d'où font
fortis les petits moucherons
qui y eftoient renfermcz.
GALANT. 261
Il parla enfuite de plufieurs
autres vermiffeaux
qui ont fervi à la teinture
d'écarlate , jufqu'à ce qu'on
ait découvert la cochenille
dans l'Amerique.
La defcription qu'il donna
de ce dernier infecte
prefque le feul en ufage
pour les teintures de pourpre
& d'écarlate , fut auffi
curieufe qu'elle eftoit exac
te. On avoit preſque toufjours
douté fi la cochenille
eftoit une infecte ou une
graine , & quoy qu'on fuſt
plus porté à croire que c'eſt
262 MERCURE
un petit animal femblable
à une punaife qu'on efleve
en Amerique fur une plante
qu'on appelle opuntium .
en François raquette ou figuier
d'Inde , l'autre opinion
avoit eu auffi fes partifans
. Mais la queſtion eft
abfolument dccidée par
Mr Geoffroy , qui ayant fait
renfler de la cochenille
dans de l'eau , y a découvert
les parties d'infecte &
principalement
les partes ,
trois de chaque cofté avec
leurs articulations bien for
mées.
GALANT . 263
Il fit encore une remarquefur
cet infecte , qui eft
que ceux qui naiffent ailleurs
que fur les feuilles de
figuier d'Inde , ne fourniffent
pas une fi belle teinture
rouge , quoy qu'on ne remarque
rien dans ces feuilles
qui doive la communiquer
à fes infectes. Mais il
obferva en meſme tems
que le fruit qui naiſt de
cette plante eft d'un rouge
dont la teinture eft fi
forte qu'elle colore meſme
l'urine de ceux quien mangent.
D'où Mr Geoffroy
264 MERCURE
conjecture que l'alteration
du fuc de la plante qui donne
au fruit cette belle couleur
, peut- eftre ſemblable
dans le corps de ces petits
infectes & mefme encore.
plus parfaite puifqu'ils font
propres à la teinture d'écarlate
, au lieu que les figues
d'Inde y font inutiles.
La
derniere
remarque
que
la
de Mr Geoffroy fut
belle teinture de pourpre
ou d'écarlate fi précieuſe
chez les Anciens fi eftimée
par tout , eft tousjours provenuë
des parties animales
&
GALANT. 265
ཟ་
ل
(
& jamais des matieres purement
vegetales.
Mr l'Abbé Bignon en
refumant ſes obfervations
le loua fort de fon exactitu
de & de fon application ,
& luy dit que c'étoit dommage
qu'il n'y euft point
fur les lieux où la lacque
croiffoit , d'auffi habiles
obfervateurs pour voir travailler
les animaux qui la
font , ou qu'il n'y euft point
icy ces mefmes animaux ,
pour les voir travailler ,
& y faire les mefmes obfervations
qu'on a faites
Avril 1714. Ꮓ
266 MERCURE
fur nos ruches à miel.
Enfin Mr de Lifle lut un
Memoire ayant pour titre ,
Juftification des mefures
des Anciens en matiere de
Geographie.
fit à l'ordinaire l'ouverture
de fes exercices aprés
Pafques , par une Affemblée
publique qui ſe tinſt
le Mercredy 11. Avril.
LE premier qui parla
fut Mr le Chevalier de
Louville affocié pour l'ALtronomie.
Il donna des
obfervations fur le point
précis de l'Equinoxe du
Printemps de cette année ,
aprés avoir fait voir auparavant
la neceffité & l'utiGALANT.
249
lité de cette obfervation .
Mr de la Hirre le Pere
propofa une machine tres
fimple pour elever l'eau ,
fans beaucoup de dépenfe,
ayant pour mobile l'eau
d'un ruiffeau ou la fimple
deſcharge d'un refervoir
.
Monfieur Geoffroy le
jeune l'un des affociez Botaniftes
lut enfuite une Dif
fertation fur la gomme
lacque dont on fe fert dans
le Levant pour teindre en
écarlate , & fur les autres
matieres qui fourniſſent
250 MERCURE
cette teinture.
Il montra que la gomme
lacque eftoit mal nommée ;
puifqu'il eft certain que ce
n'eft point du tout une
gomme , & qu'elle ne coule
point des branches
de
l'arbre autour
desquelles
on la trouve , ce qui la fait
nommer lacque en baton .
C'est ce qui avoit déja
efté obfervé fur les lieux
par quelques
uns & entr'autres
par le Pere Tachard.
On avoit auffi remarqué
que cette ma icre
eftoit depofée par des InGALANT
. 291
B
fectes , qui au rapport du
meſme Pere font des
fourmis volantes .
Mais ce qu'on n'avoit
point encore découvert &
qui eft dit aux recherches
de Monfieur Geoffroy ;
c'eft que cette matiere qui
a fi long tems paffé pour
une gomme , est une veritable
Ruche femblable à
celles que travaillent les
Abeilles & quelques autres
infectes.
En effet cette lacque telle
qu'elle fe trouve autour
des petits batons qui la
252 MERCURE
fouftiennent , eft partagée
en petites cellules oblon
gues & a plufieurs pans
comme celles de nos ruches
dont les cloisons font
tres delicates & qui aboutiffent
toutes à plufieurs petits
trous dont la lacque
paroift criblée par deffus .
Ces Loges font occupés
par des petits corps
oblongs , ridez , terminez
d'un cofté par une pointe,`
& de l'autre par deux ou
trois , qui eftant' mis dans
l'eau s'y renflent comme
fait la cochenille & la teiGALANT
. 253
2
gnent d'une auffi belle
couleur.
Ces petits corps font ;
felon Mr Geoffroy , des
depouilles d'infectes nez
ou à naiftre , & qui par
confequent ne peuvent eftre
que les veftiges des
effains à quoy ces ruches
font destinées ; comme
nous voyons celles de nos
mouches à miel fervir au
mefme ufage.
Que ces petits corps
I foient des parties animales,
on n'en fçauroit douter en
eles bruflant à part ; car ils
254 MERCURE
repandent une odeur fetide
pareille à celle qui fort
des parties des animaux
qu'on bruſle , au lieu que
la lacque toute feule jette
en brûlant cette agreable
odeur qu'on connoiſt dans
la cire d'Eſpagne dont elle
fait la bafe.Y
Il faut bien
diftinguer
felon Mr Geoffroy ces petits
Animaux , quels qu'ils
foient , qui occupent
chacun
leur alveole , d'avec
d'autres vers qui s'infinuent
dans la lacque , y
rongent
les cellules & ce qu'elles
GALANT . 255
5
contiennent , & y depofent
leurs oeufs . Ceux - là
font eſtrangers à la lacque
comme les vers qui fe mettent
aux ruches de nos
mouches à miel , & l'y détruifenr.
Il s'enfuit donc que la
lacquefeparée de ces petits
corps eft une veritable cire .
C'eft ce que Mr Geoffroy
a fort bien prouvé par la
comparaifon qu'il en fait
avec une lacque de la mefme
nature , mais peu con
nuë , qui vient de l'Ile de
Madagaſcar. Celle - cy eft
256 MERCURE
toute femblable à de la
cire & on la prendroit
pour
l'ouvrage
de quelques
mouches à miel , fi l'on ne
la reconnoiffoit
pour de la
lacque à fes alveoles & aux
petits corps qu'elles renferment.
L'Analyfe chimique que
Mr Geoffroy a auffi employée
pour découvrir entierement
la nature de la
lacque prouve encore que
c'eft une cire ; car on en
tire les mefmes principes
qu'on tire ordinairement
de la cire , fçavoir un esprit
acide
GALANT. 257
acide & un beurre . Mais
à caufe des parties animales
qui y font renfermées
elles doit fournir quelque
eſprit volatil.
>
Pour s'en affurer Mr
Geoffroy a fait deux diſtillations
, l'une de la lacque
en baton avec les petits
animaux qu'elle contient
& l'autre de la lacque en
graine qui eft ainſi nommée
parce qu'elle a eſté
reduite en petits grains
fervir aux teintures , #pour
1 & qu'elle eft abfolument
depouillée des petits ani-
Avril 1714.
Y
258 MERCURE
maux qu'elle renfermoir
auparavant dans fes alveoles.
Car comme l'a fort bien
obfervé Mr Geoffroy , ce
font eux qui donnent cette
belle couleur écarlate que
fournit la lacque , en forte
qu'elle n'a de teinture qu'à
proportion qu'elle en reçoit
de ces petits corps.
Auffi celle qui s'en trouve
peu fournie n'a qu'une couleur
citrine affez pafle.
Mr Geoffroy en comparant
les diftillations des
deux lacques a trouvé que
1
GALANT . 259
l'efprit acide qu'on tire de
la lacque en baſtons eſt
meflé avec un efprit vola
til que les feules parties
animales peuvent fournir.
Ce qu'il a reconnu au precipité
blanc qui refulte de
fon mellange avec la ſolution
du fublimé corrofif ;
au lieu que l'efprit acide
tiré de la lacque en graine
ne fait point le mefme effet ;
parce qu'elle ne contient
aucune de ces parties añi
males.
Les autres obſervations
de Mr Geoffroy eftoient
Y ij
260 MERCURE
fur le Kermes autrement
dit graine d'écarlate qui eſt
une excroiffance qui naift
fur les feuilles de l'Ilex acculeata
efpeee de chefne verd,
par la picquure d'une forte
de moucherons qui y dépoſent
fes oeufs.
Il en donne une defcription
fort exacte . Des deux
fubftances qu'il y a remarquées
l'une rouge & l'autre
blanche , celle cy paroilt
un amas d'une infinité de
petits cornets d'où font
fortis les petits moucherons
qui y eftoient renfermcz.
GALANT. 261
Il parla enfuite de plufieurs
autres vermiffeaux
qui ont fervi à la teinture
d'écarlate , jufqu'à ce qu'on
ait découvert la cochenille
dans l'Amerique.
La defcription qu'il donna
de ce dernier infecte
prefque le feul en ufage
pour les teintures de pourpre
& d'écarlate , fut auffi
curieufe qu'elle eftoit exac
te. On avoit preſque toufjours
douté fi la cochenille
eftoit une infecte ou une
graine , & quoy qu'on fuſt
plus porté à croire que c'eſt
262 MERCURE
un petit animal femblable
à une punaife qu'on efleve
en Amerique fur une plante
qu'on appelle opuntium .
en François raquette ou figuier
d'Inde , l'autre opinion
avoit eu auffi fes partifans
. Mais la queſtion eft
abfolument dccidée par
Mr Geoffroy , qui ayant fait
renfler de la cochenille
dans de l'eau , y a découvert
les parties d'infecte &
principalement
les partes ,
trois de chaque cofté avec
leurs articulations bien for
mées.
GALANT . 263
Il fit encore une remarquefur
cet infecte , qui eft
que ceux qui naiffent ailleurs
que fur les feuilles de
figuier d'Inde , ne fourniffent
pas une fi belle teinture
rouge , quoy qu'on ne remarque
rien dans ces feuilles
qui doive la communiquer
à fes infectes. Mais il
obferva en meſme tems
que le fruit qui naiſt de
cette plante eft d'un rouge
dont la teinture eft fi
forte qu'elle colore meſme
l'urine de ceux quien mangent.
D'où Mr Geoffroy
264 MERCURE
conjecture que l'alteration
du fuc de la plante qui donne
au fruit cette belle couleur
, peut- eftre ſemblable
dans le corps de ces petits
infectes & mefme encore.
plus parfaite puifqu'ils font
propres à la teinture d'écarlate
, au lieu que les figues
d'Inde y font inutiles.
La
derniere
remarque
que
la
de Mr Geoffroy fut
belle teinture de pourpre
ou d'écarlate fi précieuſe
chez les Anciens fi eftimée
par tout , eft tousjours provenuë
des parties animales
&
GALANT. 265
ཟ་
ل
(
& jamais des matieres purement
vegetales.
Mr l'Abbé Bignon en
refumant ſes obfervations
le loua fort de fon exactitu
de & de fon application ,
& luy dit que c'étoit dommage
qu'il n'y euft point
fur les lieux où la lacque
croiffoit , d'auffi habiles
obfervateurs pour voir travailler
les animaux qui la
font , ou qu'il n'y euft point
icy ces mefmes animaux ,
pour les voir travailler ,
& y faire les mefmes obfervations
qu'on a faites
Avril 1714. Ꮓ
266 MERCURE
fur nos ruches à miel.
Enfin Mr de Lifle lut un
Memoire ayant pour titre ,
Juftification des mefures
des Anciens en matiere de
Geographie.
Fermer
Résumé : L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
Le 11 avril, l'Académie Royale des Sciences a inauguré ses exercices par une assemblée publique. Plusieurs membres ont présenté des observations et des inventions. Le Chevalier de Louville a discuté du point précis de l'équinoxe du printemps, en soulignant son importance. Monsieur de la Hirre père a proposé une machine économique pour élever l'eau, utilisant l'eau d'un ruisseau ou la décharge d'un réservoir. Monsieur Geoffroy le jeune, botaniste, a abordé la gomme laque utilisée dans le Levant pour teindre en écarlate. Il a démontré que la gomme laque est mal nommée, car elle n'est pas une gomme mais une véritable ruche produite par des insectes, similaires à celles des abeilles. Cette matière est déposée par des fourmis volantes et se présente sous forme de petites cellules oblongues contenant des dépouilles d'insectes. Geoffroy a également distingué ces insectes de vers étrangers qui endommagent la laque. Il a prouvé que la laque, séparée de ces corps, est une véritable cire, confirmée par une analyse chimique. Geoffroy a comparé cette laque à une autre de Madagascar, également similaire à de la cire. Il a également étudié le kermès, une excroissance sur les feuilles de l'Ilex, et a décrit la cochenille, utilisée pour les teintures de pourpre et d'écarlate, confirmant qu'il s'agit d'un insecte. L'Abbé Bignon a félicité Geoffroy pour son exactitude et son application, regrettant l'absence d'observateurs sur place pour étudier les insectes producteurs de laque. Enfin, Monsieur de Lisle a lu un mémoire justifiant les mesures des Anciens en géographie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2986
p. 272-279
ARTICLE des Nouvelles.
Début :
Les Lettres de Cadix portent qu'il estoit sorti du Port [...]
Mots clefs :
Barcelone, Cadix, Général, Lettres, Guerre, Bâtiment, Convoi, Bayonne, Kamieniec
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE des Nouvelles.
ARTICLE
des
Nouvelles.
LEs
Lettres de
Cadix
portent
qu'il
eftoit
forti du Port
deux
Fregates
Françoiſes
de 40.
Canons
chacune
, qui
y ont
chargé
des
munitions
de
guerre
pour
employer
.
au
fiege
de
Barcelone
, &
qu'un
Baftiment
arrivé
des
Illes de
Terceres
avoit
rapporté
qu'au
commencement
de
Mars
les
vents
avoient
fait
perir
plufieurs
Vaiffeaux
.
GALANT. 273
Celles de
Perpignan portent
que les Barcelonnois
avoient de nouveau envoyé
un paquet au Duc de Popoly
pour fa Majefté Catholique
, offrant d'ouvrir les
Portes à certaines
conditions
que l'on ne pouvoir
accorder. Ce General leur
ayant fait dire qu'il n'y
avoit pas de capitulation à
eſperer , &
que s'ils attenfuft
doient que la tranchée
ouverte ils n'auroient pas
de quartier. Ces mefmes
Lettres ajouftent que la
plaine eftoit tranquille , &.
274 MERCURE
qu'il eftoit arrivé dans le
Rouffillon 20. bataillons
François qui attendoient
un vent favorable pour
paffer dans les montagnes
.
Onefcrit du Camp devant
Barcelone du 6. Avril , que
la nuit du 27. au 28. Mars
un convoy venant de Majorque
parut devant Barcelone
, où un feul Bafti .
ment entra , & le reſte prit
la fuite à toutes voiles.
On leur donna la chaffe ;
& le fieur du Caffe pric
trois Tartanes chargés de
bled & de bois dont il y a
GALANT. 275
une grande difette dans la
ville , les Barcelonois eftant
obligés d'abattre des maifons
& de rompre des barques
qu'ils ont dans le Port
pour cuire leur pain & leurs
autres vivres. On a appris
par des Lettres de Celhou
re que le Chevalier Voifin
en eftoit parti avec une
Barque armée , eſcortant
un Convoy d'onze Tartanes
chargées de provifions;
dont il en a laiffé deux à
Rofes pour les troupes du
Lampourdan , & il conduit
les neuf autres à Pala276
MERCURE
mos , & de là au camp
devant devant Barcelone .
On mande de Kamil'on
niec du 7. Mars que
craignoit plus que jamais
que les Turcs ne vouluffent
rompre avec la Pologne ;
Je Kan des Tartares s'eft.
déclaré en faveur des Cofaques
qui fe veulent eſtablir
en Ulkranie il paroift
vouloir appuyer leurs prétentions
, puifqu'il a escrit
au Sieur Kalinousку Kaltelan
de Kaminiec une Lettre
pleine de menaces & qu'il
la finit
par dire
dire
que l'on
GALANT. 277
麝
verroit bien toft qui feroit
maiftre de l'Ulkranie. Cette
crainte de la guerre des
Turcs eft d'autant plus
fenfible , que le mécontentement
general de la Nobleffe
, caufé par le grand
nombre des troupes Saxonnes
qui font dans leur
Royaume , & par les contributions
exceffives qu'elles
exigent , s'eft tourné en
méfiance contre le Roy ,
le Prince de Wifniowcky
le General Smigieſl kу &
& le Sieur Krifipin s'ef
toient rendus fur la fron278
MERCURE
tierre pour profiter de l'amniftie
qu'on leur avoit accordée
, mais l'apparence
d'une rupture avec la Porte
leur a fait prendre la route
de la Silefie où ils fe
font mis fous la protection
de l'Empereur ; le Palatin
de Kiovie devoit cependant
arriver inceffamment
à Kaminiec , & le Palatin
de Podolie l'y attendoit .
L'on mande de Bayonne
du 14. qu'il y a preſentement
dans la riviere plus
de 60. voilestant Anglois,
Hollandois
que Portugais
.
GALANT. 279
Ces derniers font chargés
de fucre & de tabac , un
baftiment arrivé hier de
Cadix a rencontré au Cap
de Finiſtere une Flotte
Angloiſe de 30. voiles , tant
de guerre que marchands ,
doublant le Cap . Que la
Reine d'Espagne douairiere
a été tres mal d'une
fluxion de poitrine , mais
ayant efté faignée trois fois,
elle a efté foulagée .
des
Nouvelles.
LEs
Lettres de
Cadix
portent
qu'il
eftoit
forti du Port
deux
Fregates
Françoiſes
de 40.
Canons
chacune
, qui
y ont
chargé
des
munitions
de
guerre
pour
employer
.
au
fiege
de
Barcelone
, &
qu'un
Baftiment
arrivé
des
Illes de
Terceres
avoit
rapporté
qu'au
commencement
de
Mars
les
vents
avoient
fait
perir
plufieurs
Vaiffeaux
.
GALANT. 273
Celles de
Perpignan portent
que les Barcelonnois
avoient de nouveau envoyé
un paquet au Duc de Popoly
pour fa Majefté Catholique
, offrant d'ouvrir les
Portes à certaines
conditions
que l'on ne pouvoir
accorder. Ce General leur
ayant fait dire qu'il n'y
avoit pas de capitulation à
eſperer , &
que s'ils attenfuft
doient que la tranchée
ouverte ils n'auroient pas
de quartier. Ces mefmes
Lettres ajouftent que la
plaine eftoit tranquille , &.
274 MERCURE
qu'il eftoit arrivé dans le
Rouffillon 20. bataillons
François qui attendoient
un vent favorable pour
paffer dans les montagnes
.
Onefcrit du Camp devant
Barcelone du 6. Avril , que
la nuit du 27. au 28. Mars
un convoy venant de Majorque
parut devant Barcelone
, où un feul Bafti .
ment entra , & le reſte prit
la fuite à toutes voiles.
On leur donna la chaffe ;
& le fieur du Caffe pric
trois Tartanes chargés de
bled & de bois dont il y a
GALANT. 275
une grande difette dans la
ville , les Barcelonois eftant
obligés d'abattre des maifons
& de rompre des barques
qu'ils ont dans le Port
pour cuire leur pain & leurs
autres vivres. On a appris
par des Lettres de Celhou
re que le Chevalier Voifin
en eftoit parti avec une
Barque armée , eſcortant
un Convoy d'onze Tartanes
chargées de provifions;
dont il en a laiffé deux à
Rofes pour les troupes du
Lampourdan , & il conduit
les neuf autres à Pala276
MERCURE
mos , & de là au camp
devant devant Barcelone .
On mande de Kamil'on
niec du 7. Mars que
craignoit plus que jamais
que les Turcs ne vouluffent
rompre avec la Pologne ;
Je Kan des Tartares s'eft.
déclaré en faveur des Cofaques
qui fe veulent eſtablir
en Ulkranie il paroift
vouloir appuyer leurs prétentions
, puifqu'il a escrit
au Sieur Kalinousку Kaltelan
de Kaminiec une Lettre
pleine de menaces & qu'il
la finit
par dire
dire
que l'on
GALANT. 277
麝
verroit bien toft qui feroit
maiftre de l'Ulkranie. Cette
crainte de la guerre des
Turcs eft d'autant plus
fenfible , que le mécontentement
general de la Nobleffe
, caufé par le grand
nombre des troupes Saxonnes
qui font dans leur
Royaume , & par les contributions
exceffives qu'elles
exigent , s'eft tourné en
méfiance contre le Roy ,
le Prince de Wifniowcky
le General Smigieſl kу &
& le Sieur Krifipin s'ef
toient rendus fur la fron278
MERCURE
tierre pour profiter de l'amniftie
qu'on leur avoit accordée
, mais l'apparence
d'une rupture avec la Porte
leur a fait prendre la route
de la Silefie où ils fe
font mis fous la protection
de l'Empereur ; le Palatin
de Kiovie devoit cependant
arriver inceffamment
à Kaminiec , & le Palatin
de Podolie l'y attendoit .
L'on mande de Bayonne
du 14. qu'il y a preſentement
dans la riviere plus
de 60. voilestant Anglois,
Hollandois
que Portugais
.
GALANT. 279
Ces derniers font chargés
de fucre & de tabac , un
baftiment arrivé hier de
Cadix a rencontré au Cap
de Finiſtere une Flotte
Angloiſe de 30. voiles , tant
de guerre que marchands ,
doublant le Cap . Que la
Reine d'Espagne douairiere
a été tres mal d'une
fluxion de poitrine , mais
ayant efté faignée trois fois,
elle a efté foulagée .
Fermer
Résumé : ARTICLE des Nouvelles.
Les lettres de Cadix signalent la présence de deux frégates françaises de 40 canons chargées de munitions pour le siège de Barcelone. Un navire des Îles Terceiras a rapporté la perte de plusieurs vaisseaux en mars à cause des vents. À Perpignan, les Barcelonais ont proposé au Duc de Popoly d'ouvrir les portes de la ville sous certaines conditions, refusées par le général, qui a menacé de réprimer toute résistance. La plaine du Roussillon est calme, avec 20 bataillons français prêts à passer dans les montagnes. Un convoi de Majorque a tenté de rejoindre Barcelone, mais seul un bâtiment a réussi. Les Barcelonais manquent de blé et de bois, les forçant à abattre des maisons et à utiliser des barques pour cuire leur pain. Le Chevalier Voisin a escorté onze tartanes chargées de provisions, en laissant deux à Roses et en conduisant les autres à Palamos puis au camp devant Barcelone. À Kamionka, des tensions sont signalées entre les Turcs et la Pologne, avec le soutien des Tartares aux Cosaques en Ukraine. La noblesse polonaise, mécontente des troupes saxonnes et des contributions excessives, cherche protection auprès de l'Empereur. À Bayonne, plus de 60 voiles anglaises, hollandaises et portugaises sont présentes, chargées de sucre et de tabac. Une flotte anglaise de 30 voiles a été rencontrée au Cap Finisterre. La reine douairière d'Espagne a été gravement malade mais s'est rétablie après avoir été saignée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2987
p. 279-281
Nouvelles de Paris.
Début :
Le 22. on chanta le Te Deum, dans l'Eglise Metropolitaine, [...]
Mots clefs :
Église métropolitaine, Père de Mornay
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Paris.
Nouvelles de Paris.
Le 22. on chanta le Te
Deum , dans l'Eglife Metro280
MERCURE
politaine , en action de graces
de la Paix entre le Roy
& l'Empereur , & le Cardinal
de Noailles Archevefque
de Paris officia. Le
Confeil , le Parlement , la
Chambre des Comptes , la
Cour des Aydes , l'Univerfité
& le Corps de Ville y
affifterent , & le foir il y
eut un grand feu d'artifice
devant l'Hoſtel de Ville &
des feux dans toutes les
ruës.
Le 22. le Pere de Mornay
Capucin , fut facré Evefque
d'Eumenie , & Coadjuteur
de
GALANT 281
de Quebec , en l'Eglife des
Capucins rue S. Honoré ,
par le Cardinal de Rohan ,
Evefque de Strasbourg ,
Grand Aumofnier de Fran- .
ce , aſſiſté des Evefques de
Viviers & de Lavaur .
Le 22. on chanta le Te
Deum , dans l'Eglife Metro280
MERCURE
politaine , en action de graces
de la Paix entre le Roy
& l'Empereur , & le Cardinal
de Noailles Archevefque
de Paris officia. Le
Confeil , le Parlement , la
Chambre des Comptes , la
Cour des Aydes , l'Univerfité
& le Corps de Ville y
affifterent , & le foir il y
eut un grand feu d'artifice
devant l'Hoſtel de Ville &
des feux dans toutes les
ruës.
Le 22. le Pere de Mornay
Capucin , fut facré Evefque
d'Eumenie , & Coadjuteur
de
GALANT 281
de Quebec , en l'Eglife des
Capucins rue S. Honoré ,
par le Cardinal de Rohan ,
Evefque de Strasbourg ,
Grand Aumofnier de Fran- .
ce , aſſiſté des Evefques de
Viviers & de Lavaur .
Fermer
Résumé : Nouvelles de Paris.
Le 22, des actions de grâce célébrèrent la paix entre le roi de France et l'empereur à Paris. Le cardinal de Noailles officia à l'église métropolitaine. Le Conseil, le Parlement et d'autres institutions assistèrent. Un feu d'artifice fut tiré devant l'Hôtel de Ville. Le père de Mornay fut sacré évêque d'Éuménie et coadjuteur de Québec par le cardinal de Rohan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2988
p. 281-282
MORTS.
Début :
Mre Nicolas Loüis de Bailleul, Président à Mortier au Parlement, [...]
Mots clefs :
Nicolas-Louis de Bailleul, Charles de France, Duc de Berry
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Mre Nicolas Loüis de
Bailleul , Préfident à Mortier
au Parlement , mourut
le 17. Avril , âgé de ſoixante-
trois ans.
Dame Charlotte Trudaine
, efpoufe du fieur
Voifin , Miniftre & Secre
Avril 1714 .
A a
282 EMRCURE
taire d'Estat , mourut le 20
de ce mois.
4.
Monſeigneur Charles de
France , Duc de Berry
mourut à Marly à la pointe
du jour le de ce mois
au quatrième jour de fa
maladie , dans fa ving- huitiéme
année , eftant né le
31. Aouſt 1686. ayant receu
tous les Sacrements de l'Eglife
avec des fentiments
de pieté exemplaire : & il
eft univerfellement
regretté.
Mre Nicolas Loüis de
Bailleul , Préfident à Mortier
au Parlement , mourut
le 17. Avril , âgé de ſoixante-
trois ans.
Dame Charlotte Trudaine
, efpoufe du fieur
Voifin , Miniftre & Secre
Avril 1714 .
A a
282 EMRCURE
taire d'Estat , mourut le 20
de ce mois.
4.
Monſeigneur Charles de
France , Duc de Berry
mourut à Marly à la pointe
du jour le de ce mois
au quatrième jour de fa
maladie , dans fa ving- huitiéme
année , eftant né le
31. Aouſt 1686. ayant receu
tous les Sacrements de l'Eglife
avec des fentiments
de pieté exemplaire : & il
eft univerfellement
regretté.
Fermer
Résumé : MORTS.
En avril 1714, trois personnalités sont décédées. Le 17 avril, M. Nicolas Louis de Bailleul, président au Parlement de Mortier, est mort à 63 ans. Le 20 avril, Dame Charlotte Trudaine, épouse du ministre Voisin, est également décédée. Le Duc de Berry, né en 1686, est mort à 28 ans à Marly après une maladie de quatre jours. Il a reçu les sacrements avec piété et a été universellement regretté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2989
s. p.
TABLE
Début :
Avanture, page. 3. Dons du Roy, 79 Les delices de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE
TABLE
Avanture ,
Dons du Roy ,
page. 3 .
79
96
Les delices de la vie Champef
tre , Ode ,
Livre Nouveau , memoires de
vie du Comte de Grammont
qui contient particulie
rement l'hiftoire amoureuse
de la Cour d'Angleterre
,
fous le regne de Charles II.
Enigme
102
127
.
A a ij
TABLE.
La Fontaine de Jouvence , 135
Remarques fur les inegalités
du mouvement des Horlo-
145
ges à Pendule.
Parodie de l'Enigme dont le
mot eft les Echeps . 203
Morts ,
211
Extrait d'une Lettre de Girone
,
194
La France, au Roy fur la Paix
faite au mois de Mars
1714.
217
Priere de la France à Dieu
pour le Roy
225
Extrait du Traité de Paix
conclud entre le Roy &
l'Empereur , le 6. Mars
TABLE
dernier , 227
L'ouverture de l'Academie
Royale des Sciences , 248
Narcice Fable ,
266
Article des Nouvelles
272
Morts , 281
FIN.
Avanture ,
Dons du Roy ,
page. 3 .
79
96
Les delices de la vie Champef
tre , Ode ,
Livre Nouveau , memoires de
vie du Comte de Grammont
qui contient particulie
rement l'hiftoire amoureuse
de la Cour d'Angleterre
,
fous le regne de Charles II.
Enigme
102
127
.
A a ij
TABLE.
La Fontaine de Jouvence , 135
Remarques fur les inegalités
du mouvement des Horlo-
145
ges à Pendule.
Parodie de l'Enigme dont le
mot eft les Echeps . 203
Morts ,
211
Extrait d'une Lettre de Girone
,
194
La France, au Roy fur la Paix
faite au mois de Mars
1714.
217
Priere de la France à Dieu
pour le Roy
225
Extrait du Traité de Paix
conclud entre le Roy &
l'Empereur , le 6. Mars
TABLE
dernier , 227
L'ouverture de l'Academie
Royale des Sciences , 248
Narcice Fable ,
266
Article des Nouvelles
272
Morts , 281
FIN.
Fermer
Résumé : TABLE
Le document est une table des matières d'un ouvrage contenant des œuvres littéraires, des poèmes et des documents historiques. Les textes incluent 'Les delices de la vie Champef tre' et des mémoires de la cour d'Angleterre sous Charles II. Il comprend aussi des lettres, des traités, des prières et des remarques sur divers sujets. La table se termine par des mentions de décès et l'ouverture de l'Académie Royale des Sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2990
p. 3-11
NOUVEAU MERCURE
Début :
Je ne prétens pas m'ériger en autheur pour m' [...]
Mots clefs :
Auteur, Public, Préface
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU MERCURE
NOUVEAU
MERCURE
E ne prétens pas
m'érigeren autheur
pour m'eſtre rendu
garant de l'exactitude&
de l'arrangement des
faits , qui doivent(rem
plir le Mercure Galant
jeconnois trop les diffi-
A ij
4 MERCURE
1
cultez qui ſe trouvent à
ſouſtenir le titre de bon
autheur , d'ailleurs comme
j'ay tousjours efté
plus voyageur qu'écrivain
, je promets de bonnes
relations & pour
ainfi- dire , l'Hiftoire préfente
, tant galante que
,
politique de toutes les
Cours de l'Europe ,&
meſme des autres parties
du monde où je me fuis
fait des correfpondances .
Je me flatte que mon
GALANT.
attachement. , & mon
attention , me mettront
à l'abri des reproches
qu'on a pû faire à mon
Aſſocié Taveu qu'il a
fait luy meſme de ſa né
gligence m'authoriſe à
l'en accufer ; & quand
n'y luy n'y moy n'en au
rions parlé , ſa réputation
eft affez bien establie
pourmettre à l'abry fon
efpri t& fon gouft. La
décadence du Mercure
n'a fait tort qu'au Mer-
A iij
• MERCURE
cure teul , parce qu'il
s'est moins débité. Le
Mercure n'eſt plus bon ,
a dit le Public , mais fi
l'Autheur y travailloit ,
il le rendroit meilleur.
A mon égard , fi je
puis parvenir à faire dire
dans quelque mois , ces
Mercures cyvalent mieux
que les précedents; je promets
qu'on dira dans la
fuite ces derniers-cy font
encore meilleurs que les
autres ; en un mot , jo
GALANC. 7
vais fonger uniquement
à contenter , ceux qui ſe
contentent quelquefois ;
car ceux qui ne font jamais
contents me permettront
de ne point
travailler à leur intention.
asi
Si les Sçavans d'aujour
d'huy & ceux qui ont
fecouru juſqu'à préſent
les Journaux & les Mercures
, veulent redoubler
leurs ſecours , je redoubleray
mon attention à
Aiiij
8 MERCURE
ne point défigurer les
bonnes piecespar des fautes
d'impreffion & de copiſte
, je recevray les mediocres
quand la place
ſera vuide , maisdeuffayje
donner la moitié du
Mercure en blanc , je ne
metray rien de mauvais ,
Voilà ma Preface.
J'oubliois pourtant à
parler un peu de moy ,
cet oubly n'est pas ordi
naire , je diray ſeulement
que je fuis plus connu à
GALANT. 9
Madrid , à Rome , dans
le Nord , & dans les Indes
qu'à Paris , & tant
mieux pour le Public ;
au reſte j'ay de l'étude ,
de l'experience , de la
jeuneſſe , de la liberté &
du loiſir, j'aime beaucoup
le public , j'aime un peu
ma reputation , je fuis
docile aux conſeils de
mes amis , & meſine de
ceux qui ne le font pas ,
Voila mon Portrait.
Je ne change rien à
10 MERCURE
l'ordre ordinaire du Mercure
, qui doit n'en point
avoir d'autre à mon avis ,
qu'une varieté ſans ſuite ,
mais pourtant liée en
quelque façon par des
eſpeces de préludes negligez
ſur chaques matieres
,comme ſont à peu
prés dans un Opera les
ritournelles , qui vous
mettent au ton des pieces
qu'on va entendre.
Commençons par une
Hiftoriette , ou plutoſt
GALANT. Ir
relation , car les faits &
les perſonnes ſont connus
, c'eſt à- dire autant
que le permet le ſcrupule
que j'auray tousjours ,
de ne jamais compromettre
ceux dont je parle.
ray dans le Mercure.
MERCURE
E ne prétens pas
m'érigeren autheur
pour m'eſtre rendu
garant de l'exactitude&
de l'arrangement des
faits , qui doivent(rem
plir le Mercure Galant
jeconnois trop les diffi-
A ij
4 MERCURE
1
cultez qui ſe trouvent à
ſouſtenir le titre de bon
autheur , d'ailleurs comme
j'ay tousjours efté
plus voyageur qu'écrivain
, je promets de bonnes
relations & pour
ainfi- dire , l'Hiftoire préfente
, tant galante que
,
politique de toutes les
Cours de l'Europe ,&
meſme des autres parties
du monde où je me fuis
fait des correfpondances .
Je me flatte que mon
GALANT.
attachement. , & mon
attention , me mettront
à l'abri des reproches
qu'on a pû faire à mon
Aſſocié Taveu qu'il a
fait luy meſme de ſa né
gligence m'authoriſe à
l'en accufer ; & quand
n'y luy n'y moy n'en au
rions parlé , ſa réputation
eft affez bien establie
pourmettre à l'abry fon
efpri t& fon gouft. La
décadence du Mercure
n'a fait tort qu'au Mer-
A iij
• MERCURE
cure teul , parce qu'il
s'est moins débité. Le
Mercure n'eſt plus bon ,
a dit le Public , mais fi
l'Autheur y travailloit ,
il le rendroit meilleur.
A mon égard , fi je
puis parvenir à faire dire
dans quelque mois , ces
Mercures cyvalent mieux
que les précedents; je promets
qu'on dira dans la
fuite ces derniers-cy font
encore meilleurs que les
autres ; en un mot , jo
GALANC. 7
vais fonger uniquement
à contenter , ceux qui ſe
contentent quelquefois ;
car ceux qui ne font jamais
contents me permettront
de ne point
travailler à leur intention.
asi
Si les Sçavans d'aujour
d'huy & ceux qui ont
fecouru juſqu'à préſent
les Journaux & les Mercures
, veulent redoubler
leurs ſecours , je redoubleray
mon attention à
Aiiij
8 MERCURE
ne point défigurer les
bonnes piecespar des fautes
d'impreffion & de copiſte
, je recevray les mediocres
quand la place
ſera vuide , maisdeuffayje
donner la moitié du
Mercure en blanc , je ne
metray rien de mauvais ,
Voilà ma Preface.
J'oubliois pourtant à
parler un peu de moy ,
cet oubly n'est pas ordi
naire , je diray ſeulement
que je fuis plus connu à
GALANT. 9
Madrid , à Rome , dans
le Nord , & dans les Indes
qu'à Paris , & tant
mieux pour le Public ;
au reſte j'ay de l'étude ,
de l'experience , de la
jeuneſſe , de la liberté &
du loiſir, j'aime beaucoup
le public , j'aime un peu
ma reputation , je fuis
docile aux conſeils de
mes amis , & meſine de
ceux qui ne le font pas ,
Voila mon Portrait.
Je ne change rien à
10 MERCURE
l'ordre ordinaire du Mercure
, qui doit n'en point
avoir d'autre à mon avis ,
qu'une varieté ſans ſuite ,
mais pourtant liée en
quelque façon par des
eſpeces de préludes negligez
ſur chaques matieres
,comme ſont à peu
prés dans un Opera les
ritournelles , qui vous
mettent au ton des pieces
qu'on va entendre.
Commençons par une
Hiftoriette , ou plutoſt
GALANT. Ir
relation , car les faits &
les perſonnes ſont connus
, c'eſt à- dire autant
que le permet le ſcrupule
que j'auray tousjours ,
de ne jamais compromettre
ceux dont je parle.
ray dans le Mercure.
Fermer
Résumé : NOUVEAU MERCURE
Le 'Mercure Galant' est un périodique présenté par un auteur se décrivant comme un voyageur. Il promet de relater des événements galants et politiques des cours d'Europe et d'autres régions grâce à ses correspondances. Reconnaissant les difficultés rencontrées par son prédécesseur, il s'engage à améliorer la qualité du 'Mercure'. L'auteur vise à satisfaire les lecteurs modérés tout en ignorant les critiques incessantes. Il appelle les savants à contribuer pour éviter les erreurs d'impression et de copiste, et s'engage à publier uniquement des contenus de qualité. Connu à Madrid, Rome, dans le Nord et aux Indes plus qu'à Paris, il possède étude, expérience, jeunesse, liberté et loisir. Il apprécie le public et sa réputation, et est ouvert aux conseils de ses amis. La structure du 'Mercure' restera variée mais cohérente, avec des préludes sur chaque matière, similaires aux ritournelles dans une opéra. Le texte commence par une historiette ou relation de faits et personnes connus, tout en respectant la discrétion nécessaire pour ne jamais compromettre ceux dont il parle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2991
p. 12-128
HISTOIRE nouvelle.
Début :
La peste qui exerce souvent de furieux ravages dans les [...]
Mots clefs :
Amour, Monde, Veuve, Coeur, Dames, Dame, Cavalier, Chambre, Mort, Gentilhomme, Charmes, Affaires, Esprit, Comte, Rome, Pologne, Femmes, Roi, Ambassadeur, Tendresse, Hymen, Valet de chambre, Paris, Comte, Cavalier français, Aventures, Connaissances, Duc, Fête, Veuve, Yeux, Beauté, Maison, Récit, Amis, Compagnie, Voyage, Mariage, Province, Étrangers, Peste, Curiosité, Honneur, Bosquet, Hommes, Varsovie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE nouvelle.
HISTOIRE
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
nouvelle .
LA peſte qui exerce
ſouvent de furieux ravages
dans lesPaïsduNord,
avoit déja détruit prés
d'un tiers de la belle Ville
de Varſovie , ceux de ſes
habitans qui avoient
quelque azile dans les
campagnes , l'abandonnoient
tous les jours ;
pluſieurs alloient à cent
GALANT. 13
lieuës&plus loin encore,
chercher à ſe preſerver
des perils de la conta
gion , lorſque la Palatine
de ... arriva à Dantzic
avec pluſieurs Dames de
confideration qui n'avoient
pas voulu quitter
Varſovie ſans elle.
Le Marquis de Canop
qui eſt un des plus dignes
& des plus honneftes
homes qu'on puiſſe voir,
& qui jouoit un tresgrand
rôle en Pologne ,
14 MERCURE
eſtoit alors à Dantzic ,
où il receut la Palatine
avec tous les honneurs &
toutes les feftes qu'on
puiſſe faire àune des plus
charmantes & des plus
grandes Princeſſes du
monde.drov mes
Des intereſts d'amour,
autant que la crainte de
la maladie , avoient dé
terminé pluſieurs Sei
gneurs Polonois à ſuivre
la Palatine & les Dames
qui l'accompagnoient :
GALANT.
ces Illuſtres captifs qui
n'avoient point abandon-
-néle Char de leur Maitreffe
pendant leur route ,
regarderent leur retraite
à Dantzic , comme l'azile
dumõde le plus favorable
à leurs foupirs. Mais parmi
tant de jeunes beautez
qui briguoient peuteſtre
encore plus d'hommages
qu'elles n'en recevoient
, rien n'eftoit plus
admirable , que le droit ,
qu'uneDame autant ref-
وت
16 MERCURE
pectable par la majeſté
de ſes traits , que par le
nombre de ſes années ,
ſembloit avoir ſur les
cooeurs de tous ceux qui
l'approchoient.
Il n'eſt pas eſtonnant
qu'à un certain âge , on
plaiſe à quelqu'un , mais
quelque beau retour
qu'on puiſſe avoir , il eſt
rare que dans un âge
avancé, on plaiſe à tout
le monde.
La Dame dont je parle,
&
GALANT. 17
&qui avoit cet avantage,
ſe nommoit alors Madame
Belzeſca , elle avoit
eü déja trois maris , &
au moins mille Amants,
elle s'eſtoit tousjours conduite
avec tant de difcretion
& d'innocence , que
les plus hardis & les plus
emportés de ſes adorateurs
n'avoient jamais ofé
donner la moindre atteinte
à ſa réputation : enfin à
quinze ans elle avoit ſou
ſe faire reſpecter comme
May1714. B
18 MERCURE
à ſoixante , & à foixante
paffées ſe faire aimer &
fervir comme à quinze.
Une femme de fa Province,
de fon âge , & qui
depuis fon premier mariage
l'a ſervie juſqu'à
préſent , m'a conté dix
fois fon hiſtoire , comme
je vais la raconter.
Voicy à peu prés ce
que jay retenu de fes
avantures.
Madame Belzeſca eft
originaire d'un Villagede
:
GALANT 12
!
Tourainne , fon Pere qui
eſtoit frere du Lieutenant
Generald'une des premieres
Villes de cette Province
, y poffedoit des biens
affez confiderables . Elle
reſta ſeule de 9. enfants
qu'eut ſa Mere , qui ne
l'aima jamais. Satendreſſe
pour un fils qu'elle avoit,
lorſqu'elle vint au monde;
en fit à ſon égard une
maraſtre ſi cruelle , que
l'oin d'accorder la moindre
indulgence aux ſentih
Bij
20 MERCURE
>
ments de la nature , quelques
efforts que fit fon
mary pour la rendre plus
humaine , elle ne voulut
jamais confentir à la voir.
Cette averſion s'eſtoit
fortifiée dans ſon coeur
ſur la prédiction d'un Berger
qui luy dit un jour ,
deſeſperé des mauvais
traittements dont elle
l'accabloit , qu'elle portoit
en fon fein un enfant
qui le vangeroitdesmaux
qu'elle luy faifoit. Cette
GALANT. 21
malheureuſe Prophetie
s'imprima ſi avant dans
ſon ame , que l'exceffive
haine qu'elle conceut
pour le fruit de cette couche
, fut l'unique cauſe
de la maladie dont elle
mourut. L'enfant qui en
vint , fut nommé Georgette
Pelagie le ſecond
jour de ſa naiſſance , &le
troifiéme emmenée dans
le fond d'un Village , où
la fecrette pieté de fon
Pere , &la charité de ſa
22. MERCURE
tendre nourrice l'elevérent
juſqu'à la mort de fa
mere , qui , eutà peine les
yeux fermés, qu'on ramena
ſa fille dans les lieux
où elle avoit receu le jour.
Pelagie avoit alors prés
de douze ans , &déja elle
eſtoit l'objet de la tendrefſe
de tous les habitans ,
&de tous les voiſins du
Hameau dont les foins
avoient contribué à la
mettre à couvert des rigueurs
d'une mere inhu
4
GALANT. 23
|
€
maine. Ses charmes naiffans,
avec mille graces naturelles
, ſa taille & fes
traits qui commençoient
à ſe former , promettoient
tant de merveilles aux
yeux de ceux qui la vor
yoient, que tous les lieux
d'alentour s'entretenoient
déja du bruit de ſa beauté.
Un eſprit tranquille ,
un temperament toûjours
égal , une grande attention
ſur ſes diſcours , &&&
une douceur parfaite
1
24 MERCURE
avoient preſque réparé
en elle le déffaut de l'éducation
, lorſque ſon Pere
réſolut de la conduire à
Tours.Quoyque l'air d'une
Ville de Province , &
celuy de la campagne ſe
reffemblent affés , elle ne
laiſſa pas de trouver là
d'honneſtes gens qui regarderent
les ſoins de l'inſtruire
comme les plus
raiſonnables foins du
monde. Mais il eſtoit
temps que le Dieu qui
fait
GALANT. 25
fait aimer commençaſt a
ſe meſler de ſes affaires ,
& que fon jeune coeur
apprit à ſe ſauver des pieges
& des perils de l'amour.
La tendreſſe que
ſes charmes inſpiroient
échauffoit tous les coeurs,
à meſure que l'art poliffoit
ſon eſprit , & fon
eſprit regloit ſes ſentimens
à meſure que la
flatterie eſſayoit de corrompre
ſes moeurs. Mais
c'eſt en vain que nous
May 1714.
,
C
26 MERCURE
prétendons nous arranger
fur les deſſeins de noſtre
vie , toutes nos précautions
ſont inutiles contre
les arreſts du deſtin .
Le Ciel refervoit de
trop beaux jours à l'heureuſe
Pelagie ſous les
loix de l'amour , pour
lui faire apprehender davantage
les écuëils de fon
empire. Cependant ce fut
une des plus amoureuſes
& des plus funeftes avantures
du monde qui déGALANT.
27
termina ſon coeur à la
tendreſſe.
Un jour ſe promenant
avec une de ſes amies ſur le
bord de la Loire , au pied
de la celebre Abbaye de
Marmoutier,elle apperceut
au milieu de l'eau un petit
batteaudécouvert , dans lequel
étoient deux femmes ,
un Abbé ,& le marinier qui
les conduiſoità Tours : mais
ſoit que ce bateau ne valuſt
rien ou que quelque malheureuſe
pierre en euſt écarté
les planches , en un moment
tout ce miferable é-
Cij
28. MERCURE
quipage fut enseveli ſous
les eaux. De l'autre coſté
de la riviere deux cavaliers
bien montez ſe jetterent à
l'inſtant à la nage pour ſecourir
ces infortunez ; mais
leur diligence ne leur ſervit
au peril de leur vie , qu'au
falut d'une de ces deux femmes
, que le moins troublé
de ces cavaliers avoit heureuſement
attrapée par les
cheveux , & qu'il conduifit
aux pieds de la tendre Pelagie
, qui fut fi effrayée de
cet affreux ſpectacle , qu'elle
eutpreſque autant beſoin
GALANT. 29
!
de ſecours , que celle qui
venoit d'eſtre ſauvée de cet
évident naufrage , où l'autre
femme & l'Abbé s'eftoient
desja noyez .
:
Le cavalier qui avoit eſté
le moins utile au falut de la
perſonne que ſon ami venoit
d'arracher des bras
de la mort , eſtoir cependant
l'amant aimé de la Dame
délivrée ; mais ſon amour
, fon trouble & fon
deſeſpoir avoient telle.
ment boulversé ſon imagination
, que bien loin de ſe
courir les autres , il ne s'en
C iij
30 MERCURE
fallut preſque rien qu'il ne
perift luy meſme: enfin fon
cheval impetueux le remit
malgré luy au bord d'où il
s'eſtoit précipité ; auffi- toft
il courut à toute bride, iltraverſa
la ville , & pafla les
ponts pour ſe rendre fur le
rivage , où ſa maiſtreſſe recevoit
toute forte de nouveaux
foulagements de Pelagie
, de ſa compagne , &
de ſon ami.
L'intrepidité du liberateur,
ſa prudence , ſes ſoins
& fa bonne mine pafferent
fur le champ pour des mer
GALANT. 31
veilles aux yeux de Pelagie,
De l'admiration d'une certaine
eſpece , il n'y a ordinairement
, ſans qu'on s'en
apperçoive , qu'un pas à
faire à l'amour , & l'amour
nous mene ſi loin naturellement
qu'il arrache bientoſt
tous les conſentements
de noſtre volonté. En vain
l'on ſe flatte d'avoir le tems
de reflechir , en vain l'on
veut eſſayer de ſoumettre
le coeur à la raiſon , l'eſprit
dans ces occafions eft tousjours
ſeduit par le coeur , on
regarde d'abord l'objet avec
C iiij
32 MERCURE
complaiſance.les préjugez
viennent auſſi toſt nous é
tourdir , & nous n'eſperons
ſouvent nous mieux deffendre
, que lorſque noſtre inclination
nous determine à
luytout ceder.
La tendre Pelagie eſtonnée
de ce qu'elle vient de
voir , n'ouvre ſes yeux embaraffés
, que pour jetter
des regards languiſſans
vers la petite maiſon , où
quelques Payſans aidés de
nos deux Cavaliers emportent
la Dame qui vient d'eftre
delivrée de la fureur
GALANT. 33
des flots. Elle n'enviſage
plus l'horreur du peril
qu'elle lui a vû courir ,
comme un ſpectacle ſi digne
de compaſſion , peu
s'en faut meſme qu'elle
n'envie ſon infortune.
Quoique ſes inquietudes
épouvantent ſon coeur , fes
intereſts ſe multiplient , à
meſure que cette troupe
s'éloigne d'elle . Elle croit
desja avoir démeflé que
ſon Cavalier ne ſoupire
point pour la Dame , ni la
Dame pour lui ; neanmoins
ſon eſprit s'en fait
34 MERCURE
une Rivale , elle aprehende
qu'un ſi grand ſervice
n'ait quelqu'autre motif
que la pure generofité , ou
pluſtoſt elle tremble qu'un
amour extreſme ne ſoit la
récompenſe d'un fi grand
ſervice. Cependant elle retourne
à la Ville , elle ſe
met au lit , où elle ſe tour.
mente , s'examine & s'afflige
, à force de raiſonner
fur certe avanture , dont
chacun parle à ſa mode
elle la raconte auffi tous
و
ceux qui veulent l'entendre
, mais elle s'embaraſſe
GALANT.
35
,
د tellement dans ſon récit
qu'il n'y a que l'indulgence
qu'on a pour ſon innocence
& ſa jeuneſſe , qui déguiſe
les circonſtances
qu'elle veut qu'on ignore.
Le Chevalier de Verſan
de ſon coſté ( C'eſt le
nom du Cavalier en qui
elle s'intereſſe , ) le Chevalier
de Verſan dis-je ,
n'eſt pas plus tranquille. La
belle Pelagie eſt tousjours
preſente à ſes yeux , enchanté
de ſes attraits , il va,
court , & revient , par tout
ſa bouche ne s'ouvre , que
36 MERCURE
,
,
pour vanter les appas de
Pelagie. Le bruit que cet
Amant impetueux fait de
fon amour frappe auflitoſt
ſes oreilles , elle s'applaudit
de ſa conqueſte
elle reçoit ſes viſites , écoute
ſes ſoupirs , répond à ſes
propoſitions , enfin elle
conſent , avec ſon Pere ,
que le flambeau de l'hymen
éclaire le triomphe de
fon Amant. Cette nouvelle
allarme , & deſeſpere
en vain tous ſes Rivaux. Il
eſt heureux déja. La fortune
elle-mefme pour le com
bler de graces vient atta
cher de nouveaux préſens
aux faveurs de l'amour. La
mort de ſon frere le fait
heritier de vingt mille livres
de rente. Le Chevalier
devient Marquis : nouvel
& précieux ornement
aux douceurs d'un tendre
mariage. Mais tout s'uſe
dans la vie , l'homme ſe
demaſque , la tendreſſe reciproque
s'épuiſe imper
ceptiblement , on languit ,
on ſe quitte , peut - eſtre
meſme on ſe hait , heureux
encore ſi l'on ne fouf
38 MERCURE
fre pas infiniment des caprices
de la déſunion Mais
Prices d la mort & l'amour ſe rangent
du parti de Madame
la Marquiſe de ... que ,
pour raiſon difcrette , je
nommerai Pelagie , juſqu'à
ce qu'elle foit Madame
Belzeſca.
Ainfi l'heureuſe Pelagie
aprés avoir goufté pendant
cinq ans toutes les douceurs
de l'hymen , ne ceſſe d'aimer
fon mary ( inconſtant
huit jours avant elle )
que fix ſemaines avant ſa
mort.
GALANT. 39
Un fils unique , ſeul &
cher gage de leur union ,la
rend àvingt ansheritiere &
dépofitaire des biensdu défunt.
Elle arrange exacte
ment toutes ſes affaires, elle
abandonne tranquillement
la province , & fe rend à
Paris avec fon fils .
De quel pays , Madame ,
luy dit- on,dés qu'on la voit,
nous apportez-vous tant de
beauté? dans quelle obſcure
contrée avez - vous eu le
courage d'enſevelir ju qu'a
preſent tant de charmes ?
que vous eſtes injuſte d'a
40 MERCURE
voir ſi long - temps honoré
de voſtre preſence des lieux
preſque inconnus , vous qui
eſtes encore trop belle pour
Paris . Cependant c'eſt le
ſeul endroit du monde qui
puiſſe prétendre à la gloire
de vous regarder comme la
Reine de ſes citoyennes.
Les ſpectacles , les aſſemblées,
les promenades , tout
retentit enfin des merveillesdela
belle veuve.
Le Roy Caſimir eſtoit
alors en France , pluſieurs
grands ſeigneurs avoient
ſuivi ce Prince juſqu'à la
porte
GALANT. 41
porte de ſa retraite.
Il n'y avoit point d'eſtranger
à Paris qui ne fuſt curieux
d'apprendre noſtre
langue qui commençoit à
ſe répandre dans toutes les
cours de l'Europe , & il n'y
enavoit aucun qui ne ſceuſt
parfaitement que la connoiſſance
& le commerce
des Dames font l'art, le merite
, & le profit de cette
eftude.
Un charmant voiſinage
eſt ſouvent le premier prétexte
des liaiſons que l'on
forme.
May 1714. D
MERCURE
Pelagie avoit ſa maiſon
dans le fauxbourg S. Germain
: ce quartier eſt l'azile
le plus ordinaire de tous les
eſtrangers , que leurs affaires
ou leur curioſité attirent
à Paris .
,
La Veuve dont il eſt
queſtion eſtoit fi belle
que ſa Maiſon eſtoit tous
les jours remplie des plus
honneſtes gens de la Ville ,
& environnée de ceux qui
n'avoient chez elle ni
,
droit , ni prétexte de viſite.
Enfin on croyoit en la
voyant , que , Maiſtreſſe
GALANT. 43
!
abſoluë des mouvements
de ſon ame , elle regnoit
ſouverainement ſur l'amour
comme l'amour
qu'elle donnoit regnoit fur
tous les coeurs ; mais on ſe
trompoit , & peut- eſtre ſe
trompoit- elle elle - meſme.
Pelagie eſtoit une trop
belle conqueſte , pour n'eftre
pas bien toſt encore la
victime de l'amour.
La magnificence du plus
grand Roy du monde raviſſoit
alors les yeux des
mortels , par l'éclat & la
pompe des ſpectacles &
Dij
44 MERCURE
,
des feftes , dont rien n'avoit
jamais égalé la richefſe
& la majefté ; l'on accouroit
de toutes parts ,
pour eſtre témoins de l'excellence
de ſes plaifirs , &
chaque jour ſes peuples
eſtoient obligez d'admirer
dans le délafſſement de ſes
travaux , les merveilles de
fa grandeur.
Le dernier jour enfin
des trois deſtinés pour cette
fuperbe feſte de Verfailles,
dont la poſterité parlera
comme d'une feſte inimitable
, ce jour où l'Amour
GALANT. 45
vuida tant de fois fon Carquois
, ce jour où l'Amour
ſe plut à joüer tant de
tours malins à mille beautés
que la fplendeur de ce
Spectacle avoit attiré dans
ces lieux , fut enfin le jour
qui avança le dénoüement
du fecond du ſecond hymen de Pelagie.
Un des ſeigneurs que le
Roy Caſimir avoit amenéz
avec luy , avoit malheureuſement
veu cette belle veuve
, un mois avant de ſedéterminer
à imiter le zele &
la pieté de ſon maiſtre , elle
46 MERCURE
avoit paru à ſes yeux ornée
de tant d'agrements , ou
plutoſt ſi parfaite , que la
veuë de ſes charmes luy fit
d'abord faire le voeu de n'en
plusfaire que pour elle; mais
c'eſt un conte de prétendre
qu'il ſuffiſe d'aimer pour ef
tre aimé ; rien n'eſt plus
faux que cette maxime , &
je ſouſtiens qu'on eſt ſouvent
traité fort mal en amour
, à moins qu'une heureuſe
influence n'eſtabliſſe
des diſpoſitions reciproques.
C'eſt en vain que l'amouGALANT.
47
reux Polonois brufle pour
Pelagie , ſon eſtoille n'eft
point dans ſes interefts , elle
regarde cette flame auffi
indifféremment , qu'un feu
que d'autres auroient allumé
, & quoy qu'elle voye
tous les jours ce nouvel
eſclave l'étourdir du récit
de ſa tendreſſe , ſon coeur
ſe fait ſi peu d'honneur de
cette conquefte , qu'il femble
qu'elle ignore qu'il y
ait des Polonois au monde
.
Mais l'eſprit de l'homme
prend quelquefois des ſen48
MERCURE
timents ſi audacieux quand
il aime , que la violence
de ſa paſſion & le defefpoir
de n'eſtre point écouté
, le portent ſouvent juſqu'à
l'inſolence. D'autresfois
nos titres& noſtre rang
nous aveuglent , & nous
nous perfuadons qu'on eſt
obligé de faire , du moins
en faveur de noſtre nom
ce que nous ne meritons
,
pas qu'on faſſe pour l'amour
de nous.
Le Polonois jure , tempeſte
, & s'impatiente contre
les rigueurs de ſa Maîtreffe,
GALANT .
49
treſſe , à qui ce procedé
paroiſt ſi nouveau , qu'elle
le fait tranquillement remercier
de ſes viſites . La
rage auffi toſt s'empare de
ſon coeur , il n'eſt point de
réſolution violente qui ne
lui paroiſſe légitime , l'inſenſible
Pelagie eft injufte
de n'eſtre pas tendre pour
lui , ſa dureté la rend indigne
de ſon amour , mais
fon amour irrité doit au
moins la punir de ſa rigueur
, & quoy qu'il en
couſte à l'honneur , l'éxécution
des plus criminels
May 1714. E
10 MERCURE
projets n'est qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de ſe
vanger d'une ingratte qui
ne peut nous aimer.
Ce malheureux Amant
ſcut que ſon inhumaine
devoit se trouver à la feſte
de Verſailles, avec une Dame
de ſes amies , & un de
ſes Rivaux , dont le mérite
luy avoit d'abord fait apprehender
la concurrence ,
mais qu'il croyoit trop foible
alors pour pouvoir déconcerter
ſes deſſeins . Il
prit ainſi ſes meſures avec
des gens que ſes promeſſes
GALANT.
SI
&ſes préſents engagérent
dans ſes intereſts , & il ré.
ſolut , aſſeuré de leur courage
& de leur prudence ,
d'enlever Pelagie , pendant
que le déſordre & la confuſionde
la find'une ſi grande
feſte , lui en fourniroient
encore les moyens..
Le Carroffe & les relais
qui devoient ſervir à cet
enlevement , eſtoient déja
ſi bien diſpoſés , qu'il ne
manquoit plus que le moment
heureux de s'empa
rer de l'objet de toute cette
entrepriſe ; lorſque Pelagie
1
E ij
52
MERCURE
laſſe & accablée du ſommeilque
lui avoient dérobé
ces brillantes nuits , entra ,
avec ſon amie , dans un
fombre boſquet , où la fraîcheur
& le hazard avoient
inſenſiblement conduit ſes
pasi elle y furà peine aſſiſe,
qu'elle s'y endormit
Laiffons la pour un inftant,
dans le fein du repos
dont on va bien toſt l'arracher.
- L'occaſion est trop belle
pour n'en pas profiter ; mais
le Polonois a beſoin de tout
fon monde , pour en fortir
GALANT.
53
a ſon honneur , & il commence
à trouver tant de
difficultez , à exécuter un ſi
grand deſſein dans le Palais
d'un ſi grand Roy , qu'il
s'imagine , aveuglé de ſon
déſeſpoir & de ſon amour ,
qu'il n'y a qu'une diligence
infinie , qui puiffe réparer
le déffaut de ſes précautions.
Il court pour raffem
bler ſes confidents ; mais la
vûë de ſon Rival qui ſe préſente
à ſes yeux , fait à l'inſtant
avorter tous ſes pro
jets. Où courez- vous, Monſieur
, luy dit- il , que vous
E iij
54 MERCURE
,
importe , répond l'autre ?
rendez graces , répond le
Cavalier François au refpect
que je dois aux lieux
cù nous ſommes fans
cette conſidération je
vous aurois déja puni , &
de voſtre audace , & de
l'inſolence de vos deſſeins.
Il te fied bien de m'inſulter
icy luy dit le Polonois ; je
te le pardonne : mais ſuy
moy ? & je ne tarderay pas
à t'apprendre à me reſpecter
moi- meſme , autant que
les lieux dont tu parles . Je
conſens , luy répondit le
4
GALANT .
SS
François , à te ſuivre où tu
voudras ; mais j'ay mainte
nant quelques affaires qui
font encore plus preſſées
que les tiennes: tu peux cependant
diſpoſer du rendez
vous , où je ne le feray pas
long-temps attendre.
Le bruit de ces deux
hommes éveille pluſieurs
perſonnes qui dormoient
ſur le gazon ; on s'aſſemble
autour d'eux , ils ſe taiſent
&enfin ils ſe ſéparent,
Ainfi le Polonois ſe retire
avec ſa courte honte ,
pendant que le François
E iii
56 MERCURE
cherche de tous cotez , les
Dames qu'il a perduës :
mais cette querelle s'eſtoit
paſſée ſi prés d'elles , que le
mouvement qu'elle cauſa ,
les reveilla , comme ceux
qui en avoient entendu la
fin ; elles fortirent de leur
boſquet qu'elles trouverent
desja environné de
gens qui compoſoient &
débitoient à leur mode les
circonstances decette avanture
, ſur l'idée que pouvoit
leur en avoir donné le peu
de mots qu'ils venoient
d'entendre , lorſqu'enfin il
GALANT.
$7
les retrouva. Je prie les
Lecteurs de me diſpenſer
de le nommer , ſon nom ,
ſes armes & ſes enfans ſont
encore ſi connus en France,
que , quoy que je n'aye que
ſon éloge à faire , je ne ſçay
pas ſi les fiens approuveroient
qu'on le nommaſt.
Deux heures avant que
le Cavalier François rencontrât
le Polonois , Mon.
fieur le Duc de ... avoit
heureuſement trouvé une
lettre à fos pieds : le hazard
pluſtoſt que la curiofité
la luy avoit fait ramaf
58 MERCURE
fer , un moment avant qu'il
s'apperceut des foins extreſmes
que prenoient trois
hommes pour la chercher :
la curioſité luy fit alors un
motifd'intereſt de cet effet
du hazard ; il s'éloigna des
gens dont il avoit remarqué
l'inquiétude , il ſe tira de la
foule , & dans un lieu plus
fombre & plus écarté , il
lut enfin cette lettre , qui
eſtoit , autant que je peux
m'en ſouvenir , conceuë ,
à peu prés , en ces termes.
Quelquesjustes mesures que
nous ayons priſes , quoy que mon
GALANT. رو
Carroffe & vos Cavaliers ne
foient qu'àcent pas d'icy , il n'y
aura pas d'apparence de réuffir
fi vous attendez que le retour
du jour nous ofte les moyens de
profiter du défordre de la nuit :
quelque claire que ſoit celle-cy ,
elle n'a qu'une lumiére empruntée
dont le ſoleil que j'apprenhende
plus que la mort
bien toſt diſſipper la clarté; ainfi
hatez vous de meſuivre , &ne
me perdez pas de veuë : je vais
déſoler Pelagie par ma préfen--
ce: dés qu'elle me verra , je ne
doutepas qu'elle ne cherche à me
fuir; mais je m'y prendray de
, va
60 MERCURE
façon ,que tous les pas qu'ells
fera , la conduiront dans nostre
embuscade.
La lecture de ce billet
eſtonna fort Mr le Duc ...
quiheureuſement connoiffoit
aſſez la belle veuve pour
s'intereffer parfaitement
dans tout ce qui la regardoit
; d'ailleurs le cavalier
françois qui eſtoit l'amant
declaré de la Dame , eſtoit
ſon amy particulier : ainſi il
priatout ce qu'il putraſſembler
de gens de ſa connoifſance
de l'aider à chercher
Pelagie avant qu'elle peuſt
GALANT. 61
eftre expoſée à courir les
moindres riſques d'une pareille
avanture. Il n'y avoit
pas de tempsà perdre , auſſi
n'en perd - il pas ; il fut par
tout où il creut la pouvoir
trouver , enfin aprés bien
des pas inutiles , il rencontra
ſon ami , qui ne venoit
de quitter ces deux Dames
que pour aller leur chercher
quelques rafraichif
ſements . Il est bien maintenant
queſtion de rafraif
chiſſements pour vos Dames
, luy dit le Duc , en luy
donnant la lettre qu'il ve
62 MERCURE
noit de lire , tenez , liſez, &
dites - moy ſi vous connoifſez
cette écriture , & à quoy
l'on peut à preſent vous eftre
utile. Monfieur le Duc ,
reprit le cavalier,je connois
le caractere du Comte Piof
Ki, c'eſt aſſeurement luy qui
aécrit ce billet ; mais il n'eſt
pas encore maiſtre de Pelagie
, que j'ay laiſſée avec
Madame Dormont à vingt
pas d'icy , entre les mains
d'un officier du Roy, qui eſt
mon amy , & qui , à leur
confideration , autant qu'à
la mienne , les a obligeamGALANT
. 63
ment placées dans un endroit
où elles ſont fort à leur
aife ; ainſi je ne crains rien
de ce coſté- là ; mais je voudrois
bien voir le Comte , &
l'équipage qu'il deſtine à
cet enlevement. Ne faites
point de folie icy , mon
amy , luy dit le Duc , aſſeurez
- vous ſeulement de quelques
perſonnes de voſtre
connoiſſance ſur qui vous
puiffiez compter : je vous
offre ces Meſſieurs que vous
voyez avec moy , raſſem.
blez- les autour de vos Dames
, & mettez - les ſage
64 MERCURE
ment à couvert des inſultes
de cet extravagant : fi je
n'avois pas quelques affaires
confiderables ailleurs ,
je ne vous quitterois que
certain du fuccez de vos
précautions.
Vi
LeDuc ſe retira alors vers
un boſquet où d'autres intereſts
l'appelloient,& laifſa
ainſi le cavalier françois
avec ſes amis ,à qui il montra
l'endroit où il avoit remis
ſa maiſtreſſe entre les
mains de l'officier qui s'eftoit
chargé du ſoin de la
placer commodément ; cependant
GALANT. 65
pendant il fut de ſon coſté
à la découverte de ſon ri.
val , qu'aprés bien des détours
, il rencontra enfin à
quatre pas du boſquet dont
jay parlé , &dont il ſe ſepara
comme je l'ay dit . Neanmoins
quelque ſatisfaction
qu'il ſentit du plaifir de retrouver
ſes Dames , il leur
demanda , aprés leur avoir
conté l'hiſtoire de ce qu'il
venoit de luy arriver , par
quel haſard elles ſe trouvoient
ſi loin du lieu où il
les avoit laiſſées. Apeine ,
luy dit Pelagie , nous vous
May 1714. F
66 MERCURE
avons perdu de veuë , que le
Comte Pioski eſt venu s'affeoir
à coſté de moy , aux
dépens d'un jeune homme
timide , que ſon air brufque
& fon étalage magnifique
ont engagé à luy ceder
la place qu'il occupoit.
Ses diſcours m'ont d'abord
fi cruellement ennuyée,que
mortellement fatiguée de
les entendre ,j'ay priéMadame
de me donner le bras,
pour m'aider à me tirer des
mains de cet imprudent ; le
monde , la foulle , & les
détours m'ont derobé la
GALANT. 67
connoiſſance des pas & des
efforts que fans doute il a
faits pour nous ſuivre , &
accablée de ſommeil &
d'ennuy, je me ſuis heureuſement
ſauvée dans ce bofquet
, ſans m'aviſer ſeulement
de fonger qu'il euſt
pû nous y voir entrer ; mais
quelque peril que j'aye couru
, je ſuis bien aiſe que fon
inſolence n'ait pas plus éclaté
contre vous , que fes
deſſeins contre moy , & je
vous demande en grace de
prévenir ſagement , & par
les voyesde ladouceur,tou-
tes les ſuites facheuſes que
ſon deſeſpoir & voſtre demeſlé
pourroient avoir. Il
n'y a plus maintenant rien
à craindre , il fait grand
jour , le chemin de Verſailles
à Paris eſt plein de monde
, & vous avez icy un
grand nombre de vos amis ,
ainſi nous pouvons retourner
à la ville fans danger.
Le cavalier promit à la
belle Pelagie de luy tenir
tout ce qu'elle voulut exiger
de ſes promeſſes , & fes
conditions acceptées , illamena
juſqu'à fon carroffe,
GALANT
69
où il prit ſa place , pendant
que quatre de ſes amis ſe
diſpoſerent à le ſuivre dans
le leur.
1
Il n'eut pas plutoſt remis
les Dames chez elles , &
quitté ſes amis , qu'en entrant
chez luy , un gentila
homme luy fie preſent du
billet que voicy.
Les plus heureux Amants
ceſſeroient de l'estre autant qu'ils
ſe l'imaginent , s'ils ne rencon
troient jamais d'obstacle à leur
bonheur je m'intereſſe affez au
voſtre , pour vousyfaire trouver
des difficultez qui ne vous
70
MERCURE
establiront une felicitéparfaite,
qu'aux prix de tout lefangde
Pioski. Le Gentilhomme que
je vous envoye vous expliquera
le reſte de mes intentions.
naypas
Affoyez-vous donc, Monſieur
, luy dit froidement le
cavalier françois ,& prenez
la peine de m'apprendre les
intentions de Monfieur le
Comte Pioski . Je n'ay
beſoin de ſiege , Monfieur ,
luy répondit ſur le meſme
ton , le gentilhomme Polonois
, & je n'ay que deux
mots à vous dire. Vous eſtes
l'heureux rival de Monfieur
GALANT.
le Comte qui n'eſt pas encore
accouſtumé à de telles
préferences , il eſt ſi jaloux
qu'il veut vous tuer , & que
je le veux auſſi , il vous attend
maintenant derriere
l'Obſervatoire ; ainſi prenez
, s'il vous plaiſt , un ſecond
comme moy , qui ait
aſſez de vigueur pour m'amuſer
, pendant que vous
aurez l'honneur de vous és
ggoorrggeerreennſſeemmbbllee.
Je ne ſçay ſi le françois ſe
ſouvint, ou ne ſe ſouvint pas
alors de tout ce qu'il avoit
promis à ſa maiſtreſſe , mais
72 MERCURE
voicy à bon compte lecas
qu'il en fit.
Il appella ſon valet de
chambre , qui estoit un
grand garçon de bonne vo
lonté , il luy demanda s'il
vouloit eſtre de la partie ,
ce qu'il accepta en riant,
Aufſi - toft il dit au gentilhomme,
Monfieur leComte
eſt genereux , vous eſtes
brave, voicy voſtre homme,
& je ſuis le ſien Mais Monfieur
eft- il noble , reprit le
gentilhomme. Le valet de
chambre , Eſpagnol de nation,
piqué de cette demande
GALANT .
73
de, luy répondit fierement
ſur le champ , & en ſon langage
, avec une ſaillie romaneſque
, Quienes tu hombre
? voto a San Juan. Viejo
Chriftiano estoy , hombre blanco
,y noble como el Rey Ce que
ſon maiſtre naiſtre expliqua au Polonois
en ces termes . Il
vous demande qui vous eftes
vous mesme , & il vous
jure qu'il eſt vieux Chreftien
,homme blanc , & noble
comme le Roy. Soit ,
reprit le gentilhomme,marchons.
Ces trois braves furent
ainſi grand train au
May 1714. G
74 MERCURE
rendez vous , où ils trouverent
le Comte qui commençoit
à s'ennuyer. Aprés
le falut accouſtumé , ils mirent
tous quatre l'épée àla
main. Pioski fit en vain des
merveilles , il avoit desja
perdu beaucoup de fang ,
lang,
lorſqu'heureuſement ſon épée
ſe caſſa; le gentilhomme
fut le plus maltraité,l'Ef
pagnol ſe battit comme un
lion ,& le combat finit.
Cependant le Comte
Pioski, qui , à ces violences
prés , eftoit entout un
homme fort raiſonnable ,
GALANT. 75
eut tant de regret des extravagances
que cette derniere
paffion venoit de luy
faire faire , que la pieté étouffant
dans ſon coeur tous
les interêts du monde , il
fut s'enfermer pour le reſte
de ſa vie dans la retraitte
la plus fameuſe qui ſoit en
France , & la plus connuë
par l'auſterité de ſes maximes.
Le Cavalier françois
foupira encore quelques
temps , & enfin il devint
l'heureux & digne Epoux
d'une des plus charmantes
femmes du monde.
Gij
76 MERCURE
4
Les mariages font une fi
grande époque dans les
hiſtoires , que c'eſt ordinairement
l'endroit par où
tous les Romans finiſſent ;
mais il n'en eſt pas de meſme
icy , & il ſemble juftement
qu'ils ne ſervent à
Madame Belzeſca que de
degrés à la fortune , où ſon
bonheur & ſes vertus l'ont
amenée . Tout ce qui luy
arrive dans un engagement
qui établit communément
, ou qui doit du
moins establir pour les autres
femmes , une ſigrande
GALANT. 77
tranquilité , qu'on diroit
que l'hymen n'eſt propre ,
qu'à faire oublier juſqu'à
leur nom , eſt au contraire
pour celle cy , la baze de
ſes avantures. L'eſtalage de
ſes charmes , & le bruit de
ſabeauté ne ſont point enſevelis
dans les embraffemens
d'un eſpoux : heureuſe
maiſtreſſe d'un mary
tendre & complaiſant , &
moins eſpouſe qu'amante
infiniment aimée , comme
ſi tous les incidens du monde
ne ſe raſſembloient que
pour contribuer à luy faire
Gij
78 MERCURE
des jours heureux , innocement
& naturellement
attachée à ſes devoirs , l'amour
enchainé , à ſa fuite
ne prend pour ferrer tous
les noeuds qui l'uniſſent à
ſon eſpoux , que les formes
les plus aimables , & les
douceurs du mariage ne ſe
maſquent point pour elle
ſous les traits d'un mary.
Enfin elle joüit pendant
neuf ou dix ans , au milieu
du monde , & de ſes adorateurs
, du repos le plus
doux que l'amour ait jamais
accordé aux plus heureux
GALAN 79
Amants ; mais la mort jalouſe
de ſa fecilité luy ra
vit impitoyablement le plus
cher objet de ſa tendreſſe:
que de cris ! que de ge.
miſſements ! que de larmes
! cependant tant de
mains ſe préſentent pour
efluyer ſes pleurs , que , le
temps ,la raiſon , & la néceſſité,
aprés avoir multiplié
ſes reflexions
nent enfin au ſecours de ſa
,
viendouleur
; mais il ne luy reſte
d'un eſpoux fi regretté ,
qu'une aimable fille , que la
mort la menace encore de
(
G iiij
80 MERCURE
luy ravir , ſur le tombeaude
fon pere. Que de nouvel.
les allarmes ! que de mortelles
frayeurs ? elle tombe
dans un eſtat de langueur
qui fait preſque deſeſperer
de ſa vie. Il n'eſt point de
ſaints qu'on n'invoque ,
point de voeux qu'on ne faf
ſe, elle en fait elle-meſme
pour fon enfant , & promet
enfin de porter un tableau
magnifique à Noftre-
Dame de Lorette ſi ſa
fille en réchappe. A l'inftant,
ſoit qu'un ſuccés favo
rable recompenfat ſon zele
GALANT. 81
&fa piete , ou qu'il fur
temps que les remedes operaſſent
à la fin plus effica
cement qu'ils n'avoient fait
encore , ſa maladie diminua
preſque à veuë d'oeil ,
en tros jours l'enfant fut
hors de danger , & au bout
de neufentierement guery.
Elle reſtaencore , en attendant
le retour du printemps
, prés de fix mois à
Paris , pendant lesquels elle
s'arrangea pour l'execution
de ſon voeu. Ce temps expiré
, accompagnée de ſon
fils & de ſa fille , d'une Da82
1 MERCURE
me de ſes amis , de deux
femmes de chambre , de
deux Cavaliers , & de quatre
valets , elle prit la route de
Lyon , d'où aprés avoir
paffé Grenoble , le mont
du l'An, Briançon , le mont
Geneve & Suze , elle ſe rendit
à Turin , où elle ſéjourna
trois ſemaines avec ſa
compagnie qui ſe déffit
comme elle de tout ſon équipage,
dans cette Ville,
pour s'embarquer ſur le Po.
Elle vit en paſſant les Villes
de Cazal du Montferrat
,
d'Alexandrie , le Texin qui
GALANT. 83
1
,
paſſe à Pavie , Plaiſance ,
+ Cremone , Ferrare , & enfin
elle entra de nuit à Venife
avec la marée. Elle
deſcendit à une Auberge
moitié Allemande , &moitié
Françoiſe , & dont
l'enſeigne d'un coſté , ſur
le grand Canal , reprefente
les armes de France , &
de l'autre , fur la Place de
ES. Marc , les armes de l'Empire.
Elle reçut le lende
main à ſa toilette , comme
cela ſe pratique ordinairement
à Veniſe , avec tous
les Estrangers confidera
,
S
१
84 MERCURE
,
bles , des compliments en
proſe & en vers imprimez
à ſa loüange , fon amie
& les Cavaliers de ſa compagnie
en eurent auſſi leur
part. Ces galanteries couftent
communément , & au
moins quelques Ducats à
ceux à qui on les fait. Le
ſecond jour elle fut avec
tout fon monde ſaluer Mr
l'Ambaſſadeur qui fut
d'autant plus charmé du
plaifir de voir une ſi aimable
femme , que , quoy que
Venife ſoit une Ville , où
lesbeautez ne ſont pas car
,
GALANT. 85
Π
S
res , il n'y en avoit pas encore
vû une , faite comme
- celle dont il recevoit la viſite.
La bonne chere , les,
Spectacles , les promena-
✓ des ſur la mer& ſur la coſte,
avec le Jeu, furent les plaifirs
dont il la regala , pen-
↓ dant les quinzejours qu'elle
y reſta. Il luy fitvoir dans ſa
Gondole , la pompeuſeCeremonie
du Bucentaure qui
ſe celebre tous les ans dans
cette Ville le jour de l'Afcenfion
, avec toute la magnificence
imaginable.
Je nedoute pas que bien
3
86 MERCURE
des gens neſcachent à peu
prés ce que c'eſt que cette
feſte; mais j'auray occafion
dans une autre hiſtoire d'en
faire une deſcription meſlée
de circonstances ſi agreables
que la varieté des évenemensque
je raconteray,
pourra intereſſer mes lecteurs
au recit d'une ceremonie
dont il ignore peuteſtre
les détails.
Enfin noſtre belle veuve
prit congé de Mr l'Ambaffadeur
, & le lendemain elle
s'embarqua ſur un petit baſtiment
, qui en trois jours
GALANT. 87
لا
}}
la rendit à Lorette , où elle
accomplit avec beaucoup
de zele & de religion , le
voeu qu'elle avoit fait à Pa-
1ris. Après avoir pieuſement
fatisfait à ce devoir indifpenſable
, dégouſtée des perils
, & ennuyée des fatigues
de la mer , elle refolut
de traverſer toute l'Italie
par terre , avant de retourner
en France .
!
Il n'y avoit pas fi loin de
Lorette à Rome pour n'y
pas faire untour,& je croy
a que pour tous les voyageurs,
cinquante lieuës plus ou
88 MERCURE
moins , ne ſont qu'une bagatelle
, lorſqu'il s'agit de
voir cette capitale du mõde.
- Il faiſoit alors ſi chaud ,
qu'il eſtoit fort difficile de
faire beaucoup de chemin
par jour ; mais lorſqu'on eſt
en bonne compagnie , &
de belle humeur , rien n'ennuye
moins que les ſéjours
charmants qu'ontrouve en
Italie.
Je ne prétens pas en faire
icy un brillant tableau,pour
enchanter mes lecteurs de
la beauté de ce climat ; tant
de voyageurs en ont parlé ;
Miffon
GALANT. 89
1
Miſſon l'a ſi bien épluché,
&cette terre eſt ſi fertile
en avantures , que les hiftoires
galantes que j'en raconteray
dorenavant ſuffiront
pour inſtruire d'une
maniere peut- eftre plus agreable
que celle dont ſe
ſont ſervis les écrivains qui
en ont fait d'amples relations
, ceux qui ſe conten
teront du Mercure pour
connoiſtre aſſez particuliement
les moeurs & le plan
de ce pays . Ainſi je renonceray
pour aujourd'huy au
détail des lieux que noftre
May 1714.
H
90 MERCURE
belle veuve vit , avant d'entrer
à Rome , parce que non
ſeulement il ne luy arriva
rien fur cette route qui puifſe
rendre intereſſants les cir
conſtances de ce voyage ,
mais encore parce que je ne
veux pas faire le geographe
malà propos . Le Capitole ,
le Vatican , le Chaſteau S.
Ange , le Colizée , la Place
dEſpagne, la Place Navonne
, l'Eglife S. Pierre , le
Pantheon , les Vignes , &
enfin tous les monuments
des Anciens , & les magnifiques
ouvrages des Moder
GALANT. 91
nes,dont cette ville eſt enrichie,
n'étalérent à ſes yeux
que ce que les voyageurs
lesplus indifferents peuvent
avoirveu comme elle ; mais
lorſque jetraitteray, comme
je l'ay dit,des incidens amufants
& raifonnables que
j'ay , pour y promener mes
lecteurs , j'eſpere que leur
curioſité ſatisfaite alors , les
dédommagera fuffifamment
de la remiſe & des
frais de leur voyage...
La conduite que tint à
Rome cette charmante veuve
, fut tres eſloignée de cel- :
Hij
92 MERCURE
le que nos Dames françoi
ſes y tiennent , lorſqu'avec
des graces moindres que les
fiennes , elles ſe promettent
d'y faire valoir juſqu'à leur
plus indifferent coup d'oeil.
Celle cy parcourut les Egliſes
,les Palais , les Places
& les Vignes en femme qui
ne veut plus d'avantures ;
mais elle comptoit fans for
hoſte, & l'amourn'avoit pas
figné le traité de l'arrangement
qu'elle s'eſtoit fait.
Ungentilhomme Italien
dela ſuite de l'Ambaſſadeur
de l'Empereur , qui avoir
GALANT. 93
veu par hafard une fois à la
Vigne Farneze , le viſage
admirable de noftre belle
veuve , fur ſi ſurpris de l'é
elat de tant de charmes ,
qu'il reſtacomme immobi
le , uniquement occupé dư
foin de la regarder. Elle
s'apperceut auffi- toft de fon
eſtonnement ; mais dans
Finſtant ſon voile qu'elle
laiſſa tomber, luy déroba la
veuë de cet objet de fon admiration.
L'Italien , loin de
fe rebuter de cet inconvenient
, réſolut de l'exami
ner juſqu'à ce qu'il ſceuſt ſa
94 MERCURE
ruë , fa demeure , ſon pays ,
fes deſſeins , & fon nom.
Dés qu'il ſe fut ſuffiſamment
inſtruit de tout ce
qu'il voulut apprendre ;
aprés avoir paffé& repaffé
cent fois devant ſa maiſon ,
ſans qu'on payaſt ſes ſoins
de la moindre courtoiſie,&
pleinement convaincu qu'il
n'y avoit auprés de cette
belle veuve , nulle bonne
fortune à eſperer pour luy ,
il conclut qu'il pouvoit regaler
Monfieur l'Ambaſſadeur
du merite de ſa découverte.
A
GALANT.951
En effet un jour que l'Ambaſſadeur
de Pologne difnoit
chez ſon maiſtre , voyant
vers la fin du repas,que
la compagnie entroit en
belle humeur , & que la
- converſation rouloit de
bonne grace ſur le chapitre
- des femmes ; Meſſieurs , dit-
- il , quelques ſentimens
qu'elles vous ayent fait
prendre pour elles , je ſuis
ſeur , que ſans vous embar-
-raſſer de vouloir connoiſtre
leurs coeurs plutoſt que
leurs perſonnes,vous renonceriez
à toutes les précau
96 MERCURE
tions du monde , ſi vous
aviez vû , une ſeule fois ,
une Dame que je n'ay vûë
qu'un inſtant. Je me promenois
, ily a quinze jours
àla Vigne Farneze , elle s'y
promenoit auſſi ; mais je
vous avoue que je fus ſaiſi
d'étonnement,en la voyant,
& que je luy trouvay cant
de charmes , un ſi grand
air ,& un ſi beau viſage
que je jurerois volontiers ,
quoy que cette Ville fourmille
en beautés , qu'il n'y
a rienà Rome qui ſoit beau
comme elle. Ces Miniſtres
1
Eſtrangers
GALANT. 97
5
Eſtrangers s'échaufférent
ſur le recit du Gentilhomme
Italien , celuy de Pologne
ſur tout , ſentitun mou.
vement de curioſité fi
prompt , qu'il luy demanda
d'un air empreſſé , s'il n'a
voit pas eſté tenté de ſur
vre une ſibelle femme ,&
s'il ne sçavoit pas où elle
demeuroit. Ouy, Monfieur,
luy répondit- il , je ſçay ſon
nom , ſa demeure & les
motifs de ſon voyage à
Rome, mais je n'en ſuis
pas plus avancé pour cela ,
&je croy au contraire que
May 1714.
I
98 MERCURE
mes empreſſements l'ont
tellement inquiétée, qu'elle
ne paroiſt plus aux Eglifes ,
ny aux promenades , de
puis qu'elle s'eſt apperçuë
du ſoin que je prenois d'éxaminer
ſes démarches .
Voila une fiere beauté , dit
l'Ambafladeur de l'Empereur
, & addreſſant la parole
en riant à celuy de Pologne
, Monfieur , continuast-
il , n'ayons pas le démentide
cette découverte ,
& connoiffons à quelque
prix que ce ſoit , cette belle THEQUE DEL
BIBLI
< YON
EVILL
1893*
J'y confens reTHEQUE
DA
5,
20
LY
GALANTE
18
E
VILL
prit l'autre , férieuſent
& je ſuis fort trompé fi
dans peu de jours , je ne
vous en dis des nouvelles.
Ils auroient volontiers
bû desja à la ſanté de l'inconnue
, ſi , une Eminence
qu'on venoit d'annoncer ,
ne les avoit pas arrachez de
la table , où le vin & l'amour
commençoient
à les 0
mettre en train de dire de
de
belles choses .
e Le Gentilhomme qui
ue avoit ſi à propos mis la belle
Veuve ſur le tapis , fut au
devant du Cardinal , que
I ij
100 MERCURE
fon Maiſtre fut recevoir
juſqu'au pprreemmiieerr degré de
fon Eſcalier , & en meſme
tems il reconduifit l'Ambas
ſadeur de Pologne juſqu'à
fon Carrofle. Ce Miniſtrele
questionnaſi bien , chemin
faiſant , qu'il retourna chez
luy , parfaitement inftruit
de tout ce qu'il vouloit ſcavor.
Des qu'il fut à fon
Appartement , il appella un
Valet de chambre , à qui il
avoit ſouvent fait de pareilles
confidences & aprés
luy avoir avoüé qu'il eſtoit
desja , fur un ſimple recit ,
GALANT. 101
1
:
1
éperduëment amoureux
d'un objet qu'il n'avoit jamais
vû , il luy demanda
s'il croyoit pouvoir l'aider
de ſes conſeils de fon zele
& de ſa difcretion , dans
Tembarras où il ſe trouvoit.
Je feray , luy dit le Valet
de chambre tout ce
qu'il vous plaira ; mma.is puifque
vous me permettez de
vous donner des confeils ,
je vous avoüeray franche-
FL
د
ment , que je pennſiee que
le
portrait que vous me faites,
de la conduitte ſage & retirée
que tient la perſonne
Inj 1
102 MERCURE
dont vous me parlez , eft
fouvent le voile dont Te
fervent les plus grandes
avanturieres , pour attrapper
de meilleures dupes. Ta
pénétration eſt inutile icy ,
luy répondit l'Ambaffadeur
: tu ſçais desja ſon nom
& ſa maiſon , informe toy
ſeulement fi ce qu'on m'en
adit eft véritable ; nous
verrons aprés cela le parti
que nous aurons à prendre .
Le Confident ſe met en
campagne , il louë une
chambre dans le voiſinage
de la belle Veuveil fait
>
GALANT. 103
1
1
0
e
it
connoiſſance avec un de ſes
domeſtiques , qui le met
en liaiſon avec la femme
de chambre de la Dame
qu'il veut connoiſtre : enfin
il la voit , & il apprend
qu'elle va tous les jours à
la meſſe , entre ſept & huit
heures du matin , à l'Eglife
de ſainte Cecile. Il avertit
auffi toſt ſon Maiſtre de
tout ce qui ſe paſſe ; ce Miniſtre
ne manque point de
ſe rendre ſans ſuite à cette
Eglife , & de ſe placer auprés
de cette beauté qui n'a
garde de ſe meffier à pareil
I iiij
104 MERCURE
le heure , ni de fes char
mes , ni des ſoins , ni de la
dévotion du perſonnage
quiles adore. לכ
Cependant l'allarme fonne
,& le Valet de chambre
apprend avec bien de la
douleur , que la Damedont
ſon Maiſtre eſt épris , commence
à s'ennuyer à Rome,
&qu'enfin incertaine ſi elle
retournera en France par
Genes,où ſi elle repaſſerales
Alpes, elle veutabſolument
eſtre hors de l'Italie , avant
le retour de la mauvaiſe
faifon. A l'inſtant l'AmbafGALANT.
1ος
t
!
es
16
10
le
f
1
Tadeur informé , & defefperé
de cette nouvelles ſe
détermine à luy eſcrire en
tremblant , la lettre que
voicy.
N'eſtes vous venue àRome,
Madame , que pour y violer
le droit des gens ; fi les franchiſes
les Privileges des
Ambaffadeurs font icy de vostre
Domaine , pourquoy vous dé-
Domaine
goustez - vous du plaisir d'en
joüir plus long-temps ? Fapprends
que vous avez réfolu de
partir dans buit jours. Ab! fi
rienne peut rompre ou differer
ce funeste voyage, rende-z moy
106 MERCURE
donc ma liberté que vos yeux
m'ont ravie , & au milieu de
la Capitale du monde. Ne me
laiſſez pas , en me fuyant,la
malheureuſe victime de l'amour
que vous m'avez donné. Permettez
moy bien pluſtoſt de vous
offrir en ces lieux tout ce qui
dépend de moy , & en reeevant
ma premiere visite , recevez en
mesme temps , si vous avez
quclques sentiments d'humanité,
la fortune , le coeur , & la
main de
BELZESKI.
Le Valet de Chambre
fut chargé du ſoin de luy
rendre cette lettre à elle
meſme au nom de ſon Maître
, d'examiner tous les
mouvemens de fon viſage ,
&de lui demander un mot
de réponſe.
La Dame fut aſſez
émeuë à la vûë de ce billet ,
cependant elle ſe remit aifément
de ce petit embarras
, & aprés avoir regardé
d'un air qui n'avoit rien
de déſobligeant , le porteur
de la lettre , qu'elle
avoit vûë vingt fois ſans reflexion
, elle luy dit , ce
108 MERCURE
?
tour eſt ſans doute de voſtre
façon Monfieur mais
Monfieur l'Ambaſſadeur
qui vous envoye , ne vous
en ſera guere plus obligé,
quoyque vous ne l'ayez pas
mal ſervi. Attendez icy un
moment, je vais paſſer dans
mon Cabinet , & vous en
voyer la réponſe que vous
me demandez pour luy :
Auſſi-toſt elle le quitta pour
aller efcrire ces mors. S
Fe ne sçay dequoy je ſuis
coupable à vos yeux, Monfieur,
mais je sçay bien que je ne re
ponds que par bienfeance à l'hon-
>
BAGALAN 109
0
neur que vous me faites ,
aux avantages que vous me proposez
: & je prévoy que la
viſite que vous me rendrez , si
vous voulez , vous fera auffi
peu utile qu'à moy , puisque
rien ne peut changer la réfolution
que j'ay priſe de repaffer
inceſſamment en France.
Le Polonnois éperduëment
amoureux ( car il y
avoit de la fatalité pour elle,
à eſtre aimée des gens de ce
pays ) le Polonnois , dis- je ,
donna à tous les termes de
ce billet , qu'il expliqua en
ſa faveur, un tourde confo110
MERCURE
lation que la Dame n'avoit
peut- eſtre pas eu l'intention
d'y mettre; d'ailleurs il eſtoit
parfaitementbien fait , tres
grand ſeigneur , fort riche ,
&magnifique entout. Les
hommes ſe connoiſſent , il
n'y a pas tantde mal à cela.
Celui- cy ſçavoit aſſez ſe
rendrejustice , mais heureuſement
il ne s'en faifoit pas
trop à croire , quoy qu'il
ſentit tous ſes avantages.....
Vers les * vingt& une ou
vingt- deux heures , il ſe ren-
**C'eſt en eſté à peu prés vers les fix heures
du ſoir,ſelon noftre façon de compter.
GALANT. III
コ
el
dit au logis de la belle veuve
, qu'il trouva dans undeshabillé
charmant & modeſte
, mille fois plusaimable
qu'elle ne luy avoit jamais
paru .
Que vous eſtes , Madame ,
luy dit- il , transporté du
plafir de la voir , au deſſus
des hommages que je vous
rends ; mais en verité je vais
eſtre le plus malheureux des
hommes , fi vous ne vous
rendez pas vous meſme aux
offres que je vous fais Nous
nenous connonfons n'y l'un
ny l'autre , Monfieur , luy
70%
112 MERCURE
11
répondit - elle , & vous me
propoſez d'abord des chofes
dont nous ne pourrions
peut eſtre que nous repentir
tousdeux, mais entrons , s'il
vousplaît,dansun plus grád
détail,& commençons par
examiner , i la majeſté de
voſtre caractere s'accorde
bien avec les ſaillies de cette
paffion ; d'ailleurs n'eſt il
pas ordinaire , & vrayſemblable
qu'un feu ſi prompt
às'allumer, n'en eſt que plus
prompt à s'éteindre. Enfin
ſupposé que je voulutſe encorem'engager
ſous les loix
de :
GALANT. 113
1
1
del'hymen, ſur quel fondement,
àmoins queje nem'a.
veuglaſſe de l'eſpoir de vos
promeſſes, pourrois- je compter
que vous me tiendrez
dans un certain tems ce que
vous me propoſez aujourd'huy
. Ah ! Madame , reprit
ilavecchaleur, donnez
aujourd huy voſtre confentement
à mon amour , &
demain je vous donne la
main. Par quelles loix voulez
vous authoriſer des maximes
de connoiſſance &
d'habitude , ſur des ſujers où
le coeur doit décider tout
114 MERCURE
,
ſeul ; n'y a t'il point dans le
monde des mouvements de
ſympathie pour vous , comme
pour nous , & quelle
bonne raiſon peut vous dif
penſerde faire pour nous
enun jour,la moitié du chemin
que vos charmes nous
font faire en un inſtant. Je
ſuis perfuadé que vous avez
trop d'eſprit, pour regarder
mal à propos ces chimeriques
précautions , comme
des principes de vertu , &
vous eſtes trop belle pour
douter un moment de la
conſtante ardeur des feux
GALANT 115
mt
&
רש
la
גנ
que vous allumez. Cependant
ſi vos ſcrupules s'effrayent
de la vivacité de ma
propoſition,je vous demande
du moins quinze jours
de grace , avant de vous
prier de vous déterminer en
ma faveur ; & j'eſpere ( fi
vos yeux n'ont point de peine
à s'accouſtumer à me
voir pendant le temps que
j'exige de voſtre complaiſance
) que les ſentiments
de voſtre coeur ne tarderont
pas à répondre aux tendres
& fidelles intentions du
mien. Ne me preſſez pas da
Kij
116 MERCURE
vantage à preſent , Monfieur
, luy dit elle,& laiſſez
à mes reflexions la liberté
d'examiner les circonſtancesde
voſtre propofition.
Cette réponſe finit une
conteftation qui alloit inſenſiblement
devenir tres.
intereſſante pour l'un &
pour l'autre.
Monfieur l'Ambaſſadeur
ſe leva , & prit congé de la
belle veuve aprés avoir receu
d'elle la permiffion de
retourner la voir , lorſqu'il
le jugeroit à propos.
Ce miniſtre rentra chez
GALANT 117
-
luy , ravi d'avoir mis ſes affaires
en ſibon train , & le
lendemain au matin il écrivit
ce billet à cette Dame ,
dont il avoit abſolument refolu
la conqueſte.
Le temps que je vous ay don-
- né depuis hier , Madame , ne
fuffit-il pas pour vous tirer de
toutes vos incertitudes , s'il ne
ſuffit pas , je vais estre auffi indulgent
que vous estes aimable,
je veux bien pour vous efpargner
la peine de m'eſcrire vos
Sentiments , vous accorder, jufqu'à
ce soir , que j'iray appren
dre de vostre propre bouche , le
1
118 MERCURE
réſultat de vos reflexions.
Elles eſtoient desja faites
ces réflexions favorables à
T'heureux Polonois , & pendant
toute la nuit, cette belleveuve
n'avoit pû ſe refufer
la fatisfaction de convenir
en elle-meſme , qu'elle
meritoit bien le rang d'Ambaſſadrice.
Aufſfi luy fut-il
encore offert le meſme jour
avec des tranſports fi touchants&
fi vifs,qu'enfin elle
ne fit qu'une foible deffenſe
, avant de conſentir à la
propoſition de Mr l'Ambaffadeur.
En un mot toutes
GALANT. 119
!
les conventions faites & accordées
, entre elle & fon
amant,ſon voyage de France
fut rompu , & fon mariage
conclu , & celebré ſecretement
enquinze jours.
Legrandtheatredu monde
va maintenant eſtre le
champ où va paroiſtre dans
toute fon eſtenduë , l'excellence
du merite & du bon
efprit deMadame Belzeſca.
Elle reste encore preſque
inconnuë juſqu'à la declararion
de ſon hymen , qui
n'eſt pas plutoſt rendu public
, qu'elle ſe montre auſſi
120 MERCURE
4
éclairée dans les delicates
affaires de fon mary , que
fielle avoit toute la vie
eſte Ambaſſadrice,лэ тод
Les Miniſtres Eſtrangers,
les Prélats , les Eminences
tout rend hommage à fes
lumiéres. De concert aveo
fon Epoux , ſa pénerrap
tion abbrege , addoucit &
leve toutes les difficultez
de ſa commiffion : enfin
elle l'aide à ſortir de Rome
(ſous le bon plaifir de fon
Maſtre ) fatisfait & glorieux
du ſuccés de fonAm
baffade.altera teemal
هللا
GALANT. 121
Elle fut obligée pour le
bien de ſes affaires de repaſſer
en France avec ſon
mary : elle n'y ſéjourna que
trois ou quatre mois , de là
elle alla à Amſterdam , &
à la Haye , où elle s'embarqua
pour ſe rendre à Dant-
ZIK d'où elle fut à Varſovie
où elle jouit pendant
vingt-cinq ans , avec tous
les agréments imaginables,
de lagrande fortune , & de
la tendreſſe de ſon Epoux ,
qui fut enfin malheureufement
bleſſe à la Chaffe
d'un coup dont il mourut
May 1714.
L
127
MERCURE 122
quatreJours
Tavoir
apres la
Э
receu d'une façon toute
extraordinaire .
Rien n'eſt plus noble &
plus magnifique , que la
220
20
manière dont les Grands
Seigneurs vont à la Chaſſe
en Pologne. Ils menent ordinairement
avec eux , un
fi grand nombre deDomeftiques
, de Chevaux , & de
Chiens, que leur Equipage
reſſemble pluſtoſt à un gros
détachement de troupes reglées
, qu'à une compagnie
de gens aſſemblez , pour le
plaisir de faire la guerre à
GALANT. 123
+
20
وا
LEKCI }
des animaux. Cette précaution
me paroilt fort
raisonnable , & je trouve
qu'ils font parfaitement
bien de proportionner le
nombredes combatrants au
3
21091
nombre & à la fureur des
monſtres qu'ils attaquent.
Un jour enfin, Monfieur
Belzeſki , dans une de fes
redoutables Chaffes, fe laifſa
emporter par ſon cheval ,
à la pourſuite d'un des plus
fiers Sangliers qu'on cuſt
encore vû dans la Foreſt où
il chaſſoit alors. Le cheval
anime paſſa ſur le corps de
124 MERCURE
261
ce terrible animal , & s'abbatit
en meſme temps , à
quatre pas de luy. Monfieur
Belzeſki ſe dégagea, auflitoſt
adroitement des efriers
, avant que le Monf
tre l'attaquaft ; mais ils eftoient
trop prés l'un de Laura
tre & le Sanglier desia
bleffé trop furieux , pour ne
pas ſe meſurer
44
encore con-b
tre l'ennemi qui l'attendoit :
ainſi plein de rage , il voulut
ſe llaanncceerr fur luy , mais
dans le moment ſon ennemi
intrepide & prudent lui
abbattit la teſte d'un coup
GALANT.
1:5
ſi juſte , & fi vigoureux, que
fon fabre paffa entre le col
& le tronc de an
11
avec tant de viteſſe , que le
mouvement Violent avec
lequel il retira fon bras
entraîna fon 21911
corps , de ma
niere qu'un des pieds luy
manquant , il tomba à la
renverſe ; mais fi malheu
reuſement, qu'il alla ſe fen.
dre la tefte fur une pierfe
qui ſe trouva derriere luy.
Dans ce fatal inſtanttous
les autres Chaſſeurs arrivérent
, & emporterent en
pleurant , le Corps de leur
THAJAD
126 MERCURE
infortune maiſtre , qui vécu
encore quatre jours
qu'il employa à donner à
Madame Belzeſca les dernieres
& les plus fortes
preuves de ſon amour , if
la fiitt ſon heritiere univerſelle
, & enfin il mourut
adoré de ſa femme , & infiniment
regretté de tout
le monde.
il
Il y a plus de fix ans que
Madame Belzeſca pleure
ſa perte , malgré tous les
foins que les plus grands
Seigneurs , les Princes , &
mefme les Roys , ont pris
GALANT. 127
pour la conſoler. Enfin elle
eft depuis long-temps l'amie
inſéparable de Mada
infeparable
me la Palatine de ... elle a
maintenant foixante ans
paflez , & je puis affeurer
qu'elle est encore plus aimée
; & plus reſpectée ,
qu'elle ne le fut peut eftre
jamais , dans le plus grand
efclat de fa jeuneffe. On
parle meſme de la remarier
aun homme d'une fi grande
distinction
, que , ce
bruit , quelque fuite qu'il
ait eft toutccee qu'on en peut
dire de plus avantageux ,
Lin
128 MERCURE
pour faire un parfait éloge
de ſon mérite , & de fes
vertusaises
Fermer
Résumé : HISTOIRE nouvelle.
La peste à Varsovie pousse de nombreux habitants, dont la Palatine et Madame Belzesca, à se réfugier à Dantzic. Madame Belzesca, de son vrai nom Georgette Pelagie, originaire de Touraine, est célèbre pour sa beauté et ses aventures amoureuses. Elle épouse un cavalier après qu'il l'a sauvée lors d'un naufrage, mais leur mariage se détériore avec le temps. Devenue veuve, Pelagie s'installe à Paris avec son fils et attire de nombreux admirateurs. En 1714, un seigneur polonais tente de l'enlever, mais un cavalier français découvre le complot et la protège. Le texte raconte plusieurs épisodes. Dans le premier, Pelagie est protégée par un cavalier français contre le comte Pioski. Après diverses péripéties, elle est ramenée en sécurité à Paris. Le comte défie le cavalier en duel et est vaincu. Le cavalier finit par épouser une autre femme charmante. Un autre récit suit Madame Belzesca, dont les mariages marquent des étapes vers sa fortune et son bonheur. Après la mort de son mari, elle prie pour sa fille malade et voyage à travers l'Italie. À Rome, une belle veuve évite les aventures amoureuses et insiste sur une relation amicale. Madame Belzesca converse avec un ambassadeur polonais qui souhaite l'épouser promptement. Elle accepte après un délai de réflexion et ils se marient secrètement. Madame Belzesca aide son mari dans ses affaires diplomatiques. En 1714, Monsieur Belzeski meurt après une attaque de sanglier et la nomme son héritière universelle. Madame Belzesca pleure sa perte pendant plus de six ans et devient l'amie inséparable de Madame la Palatine. À soixante ans, elle reste respectée et aimée, et on envisage de la remarier. Le texte mentionne également la grandeur des chasses en Pologne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2992
p. 128-144
MORTS.
Début :
Messire Jean Jacques de Surbechk Lieutenant General [...]
Mots clefs :
Morts, Roi, Fille, Fils, Marquis, Parlement, Lieutenant, Armées, Comte, Veuve, Conseiller, Comte, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT SO
Meffire Jean Jacques de
Surbechk Lieutenant Ge.
neral des armées du Roy ,
Colonel d'un Regiment
Suiffe , & Chevalier de
l'Ordre Militaire de Saint
Loüis , mourut le 4. May.
Il eſtoit Suiffe & s'eſtoit attaché
au ſervice de la France
dés ſa jeuneſſe , il avoit
Epousé Marie Magdelaine
Chapelier , Soeur de feu
GALANTA 129
Claude Chapelier mort
Doyen de l'Eglife Colle
giale de S. Germain l'Au
xerrois , & fille de Henry
Chapelier Avocat General
de la Cour des Aydes , &
de Catherine Brice , il en
a laiffé pour fille Magde
laine Anne de Surbechk
marice le Fevrier 1708.
avec Charles Comte de Berenger
Colonel du Regi
ment de Bugey tué au fiége
de S. Venant le 24. Sep
tembre 1711. fils de Mr le
Comte de Guast Berenger
Lieutenant General des ar
mées du Roy.
:
130 MERCURE
Dame,Marguerite Pic
ques Veuve de , Mellire
François le Maye Confeil
ler au grandConfeil, mourut
fans enfans le 10. May,
elle efloit filled Olivier Picques
Ecuyer Secretaire, du
Roy ,& fon mary effoit
frere de Mrle Maye Confeiller
au Parlement , & fils
de François le Maye Con
ſeiller de la Cour des Aydes
, mort l'an 1677. d'u
ne Famille originaire de
Tours,
Meffire Jean Joſeph de
Montulé Conſeiller au ParGALANT.
In
lement , & Doyen de la
premiere des Requeſtes au
Palais , mourut le 10. May,
il eſtoit fils de François de
Montulé, Maire de la Ville
deNantes& Auditeur en la
Chambre des Comptes de
Bretagne,& de Marc Regnier
, & avoit pour frere
Antoine deMontulé Abbé,
mort depuis pluſieurs an
nées , & pour ſoeur Marie
Anne de Montulé mariée
Lan 1662. avec Gilles de
Boiſbaudry Seigneur de
Langan , il fut receu Con
ſeiller au Parlement de Pay
132 MERCURE
ris le 26. Juin 1671. & eſpous
fa en premiere nopce le
26. Juin 1672. Magdelaine
Charlot fille de Claude
Charlot Seigneur de Prince
Secretaire du Roy ,
d'Anne Aymeret de Ga
zeau , elle mourut fans enfans
, au mois de Juin 1674.
&il fe remaria avec Agnes
Bouvard fille de Michel
&1
06
Bouvard Seigneur de Fourqueux
Conſeiller au Parle
ment , & de Catherine
Leſné , & Soeur de Mrde
Fourqueux, Procureur Ge29b
neral de la Chambre desm
Jiey acului siдла эка
DOG GALANT5
-le.
Je
re
Comptes de ce dernier
mariage il a laiſſé pour en
fans , Auguſte Joſephide
Montulé, qui a embraſſé le
parti de l'Eglife & eft
Doyen de l'Egliſe de Beau- b
vais , & Jean Baptifte de
Montulé , reçû Conſeiller
au Parlement le 17.Mars,
3
Meſſire Estienne de laGal
ſte Mareſchal des camps &
armées du Roy , cy - devant
Lieutenant & Ayde Major
des Gardes de ſa Majesté ,
mourut le 13. May b
Dame Anne Pithou veu134
MERCURE
ve de Meffire Loüis Charles
de la Rochefoucault , Marquis
deMontendre, mourut
le 14. May. Elle estoit fille
de Pierre Pithou Conſeiller
au Parlement , & de Chreftienne
Loizel ,& mere de
Mr le Marquis de MontendreCapitaine
des Suiſſes de
feuMonſeigneur le Ducde
Berry , & de Mr le Comte
de Jarnac , voyez pour la famille
des Pithoux la genealogiequi
en eſt dreſſée dans
le Nobiliaire de Champagne
, dreſſé par ordre de Mr
de Caumartin Intendant à
GALANT.
135
-
Chaalons en 1667. pour la
genealogie de la maiſon de
laRochefoucault , l'hiſtoire
des grands Officiers de la
Couronnendalsport
Dame MargueriteMorin
Oveuve de MeſſireJean Comte
d'Eſtrées ,premier Baron
du Boulonois, Chevalier des
Ordres du Roy , Mareſchal
& Vice- Amiral de France ,
Viceroy de l'Amerique ,
Gouverneur des Ville &
Chaſteau de Nantes , &
Lieutenant general pour ſa
Majesté au Comté de Nantois,
mourutle,16. May âgée
)
٢٤٢ THAJAD
136TMERCUREM
defoixante quinze ans. Elle
eſtoit fille de Jacques Morin
Secretaire du Roy,& mai
ftre d'hostel ordinaire de fa
Majoſté,&d'Anne Yvelin ,
elle cut pour enfans Victor-
MarieComte d'Eſtrées ,
le 30.1 Novembre 1660 à
preſent Mareſchal deFrance,
Jean Abbé d'Eltrées ,
cy-devant Ambaſſadeur
Portugal, puis en Eſpagne ,
Prélat Commandeur Prélat
en
de
l'Ordre du S. Elprit , recey
le Janvier 1705 Marie-
Anne Catherine d'Eſtrées ,
mariée le 28. Novembre 1661
GALANT. 137
i à Michel François leTel
lier , Marquis de Courten
vaux , Colonel des Cent
Suiffes de la garde du Corps
du Roy; Marie Anne d'EC
trées,Religieuse à l'Aſſomption
, & Eliſabeth Roſalie
d'Eſtrées Demoiselle de
Tourpes. Voyez pour la genealogie
de la maiſon d'Eftées
l'hiſtoire des grands
Officiers de la Courone au
chapitre des Mareſchaux
de France & des grands
Maiſtres de l'artillerie.T
Meffire Jean-François de
Blanche fort , Chevalier
May 1714, 1.83 M
S MERCURE
I
Baron d'Afnois , Saligny ,
S.Germaindes Bois , &c.
Gouverneur pour le Roy de
la province & pays de Gex ,
mourut le 16. May.
! Il eſtoit fils de Roger de
Blanchefort , Baron d'Af
nois , Lieutenant Colonel
duRegiment deNavarre,&
Maref hal des camps & armées
du Roy , petit fils de
François de Blanchefort ,
Barond'Aſnois auffi Maref
chal de camp & armées du
Roy , & arriere petit fils
d'Adrien de Blanchefort
Baron d'Afnois, gentilhom,
GALANT
139
me de la chambre de Monſieur
le Duc d'Alençon ,
Gouverneur des villes de
Nevers & de faint Jean de
Lofne, meſtre de camp d'un
Regiment , & député de la
Nobleffe de Nivernois aux
Eftats generaux de Paris ,
en 1614. & de Henriette
de Salazar Dame d'Aſnois.
Pierre de Blanchefort , Baron
d'Aſnois ſon tris ayeul ,
de l'Ordre du Roy , gentilhomme
ordinaire de fa
chambre , & député de la
Nobleſſe de Nivernois &
Donziois aux Eftats gene-
Mij
140 MERCURE
de
raux de Blas l'an 1577.e
toit perit fils d'Antoine
Blanchefort ſeigneur de
Beauregard en Roliergue ,
que quelques curieux pré.
tendent eſtre frere puilné
de Jean de Blanchefort feigneur
de S. Clement ,& S.
Janurin,duquel defcendent
les Ducs de Leſdiguieres &
de Crequin Monfieur de
Blanchefort qui vient de
mourir avoit épousé le 27.
Janvier 1702. Gabrielle-
Charlotte Bruſlart , fille de
Roger de Bruflart Mar
quis de Sillery & de Puis
GALANTM 14
Geux, Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant gene
ral de fes armées, Confeill
ler d'Estatordinaire d'épée,
& Ambaſſadeur extraordinaire
en Suiffe, & deClaus
de Godet Dame de Renne
ville , dont il laiſſe un fils
unique tak toopub ans
Dame Susanne Guyonne
deCoëtlogon , veuve de
meffire Philippe - GuyMarl
quis de Coëtlogon , mous
rut le 22.May. 1σινο
abDame Eleonore du Gué,
veuve de meſſire Jean du
Noucy,ſeigneur del'Epine,
142 MERCURE
&c. Maistre des Comptes ,
mourut le 23 May âgée
de 95. ans. Elle estoit fille
de Gaspard duGué ſeigneur
de Bagnol , Treforier de
France à Lyon , tante de
Dreux Loüis du Gué , mort
Conſeiller d'Estat ordinai
re , pere de Mr du Gué de
Bagnol,receuConſeiller au
Parlement en 1703. & de
Madame la Comreffe de
Tillier. La famille de Mr
du Gué eft originaire de
Moulins en Bourbonnois,
& a donné pluſieurs Maif
tres des Requeſtes & Con
GALANT.
143
feillers au Parlement , un
Préfident des Comptes &
pluſieurs Maiſtres desCompres
à Paris витали
Mre Henry de Chaban
nes Marquis de Curton
ComtedeRochefort, mou
rut le 15. May. Il avoit ef
pouſé en premieres nopces
en 1680. Françoiſe deMontezun
de Baiſemeau ; & en
ſecondes en 1709. Catherine
Gasparde d'Eſcorailles
de Rouffil , Veuve de Sebastien
de Rofmadec Marquis
de Molac , & foeur de
feüe Madame la Duchefſe
144 MERCURE
de Fontanges. Il ne laiſſe
point d'enfans de ce dernier
mariage , mais du premier
il laiſſe entr'autres enfans
Mr le Marquisde Curton
marié en 1706. avec N.
Glueu, Veuve de Jacques
de Vaſſan Seigneur de la
Tournelle , Avocat Generalde
laChambre des Com .
ptes , & Françoiſe Gabriël
de Chabannes mariée le 2.
Juiller 1696. avec Jean Paul
de Rochechouard Marquis
de Faudras , aprés la mort
elle ſe fit Religieuſe aux
Benedictines de Montargis ,
ler . Otobre. 1701 .
Meffire Jean Jacques de
Surbechk Lieutenant Ge.
neral des armées du Roy ,
Colonel d'un Regiment
Suiffe , & Chevalier de
l'Ordre Militaire de Saint
Loüis , mourut le 4. May.
Il eſtoit Suiffe & s'eſtoit attaché
au ſervice de la France
dés ſa jeuneſſe , il avoit
Epousé Marie Magdelaine
Chapelier , Soeur de feu
GALANTA 129
Claude Chapelier mort
Doyen de l'Eglife Colle
giale de S. Germain l'Au
xerrois , & fille de Henry
Chapelier Avocat General
de la Cour des Aydes , &
de Catherine Brice , il en
a laiffé pour fille Magde
laine Anne de Surbechk
marice le Fevrier 1708.
avec Charles Comte de Berenger
Colonel du Regi
ment de Bugey tué au fiége
de S. Venant le 24. Sep
tembre 1711. fils de Mr le
Comte de Guast Berenger
Lieutenant General des ar
mées du Roy.
:
130 MERCURE
Dame,Marguerite Pic
ques Veuve de , Mellire
François le Maye Confeil
ler au grandConfeil, mourut
fans enfans le 10. May,
elle efloit filled Olivier Picques
Ecuyer Secretaire, du
Roy ,& fon mary effoit
frere de Mrle Maye Confeiller
au Parlement , & fils
de François le Maye Con
ſeiller de la Cour des Aydes
, mort l'an 1677. d'u
ne Famille originaire de
Tours,
Meffire Jean Joſeph de
Montulé Conſeiller au ParGALANT.
In
lement , & Doyen de la
premiere des Requeſtes au
Palais , mourut le 10. May,
il eſtoit fils de François de
Montulé, Maire de la Ville
deNantes& Auditeur en la
Chambre des Comptes de
Bretagne,& de Marc Regnier
, & avoit pour frere
Antoine deMontulé Abbé,
mort depuis pluſieurs an
nées , & pour ſoeur Marie
Anne de Montulé mariée
Lan 1662. avec Gilles de
Boiſbaudry Seigneur de
Langan , il fut receu Con
ſeiller au Parlement de Pay
132 MERCURE
ris le 26. Juin 1671. & eſpous
fa en premiere nopce le
26. Juin 1672. Magdelaine
Charlot fille de Claude
Charlot Seigneur de Prince
Secretaire du Roy ,
d'Anne Aymeret de Ga
zeau , elle mourut fans enfans
, au mois de Juin 1674.
&il fe remaria avec Agnes
Bouvard fille de Michel
&1
06
Bouvard Seigneur de Fourqueux
Conſeiller au Parle
ment , & de Catherine
Leſné , & Soeur de Mrde
Fourqueux, Procureur Ge29b
neral de la Chambre desm
Jiey acului siдла эка
DOG GALANT5
-le.
Je
re
Comptes de ce dernier
mariage il a laiſſé pour en
fans , Auguſte Joſephide
Montulé, qui a embraſſé le
parti de l'Eglife & eft
Doyen de l'Egliſe de Beau- b
vais , & Jean Baptifte de
Montulé , reçû Conſeiller
au Parlement le 17.Mars,
3
Meſſire Estienne de laGal
ſte Mareſchal des camps &
armées du Roy , cy - devant
Lieutenant & Ayde Major
des Gardes de ſa Majesté ,
mourut le 13. May b
Dame Anne Pithou veu134
MERCURE
ve de Meffire Loüis Charles
de la Rochefoucault , Marquis
deMontendre, mourut
le 14. May. Elle estoit fille
de Pierre Pithou Conſeiller
au Parlement , & de Chreftienne
Loizel ,& mere de
Mr le Marquis de MontendreCapitaine
des Suiſſes de
feuMonſeigneur le Ducde
Berry , & de Mr le Comte
de Jarnac , voyez pour la famille
des Pithoux la genealogiequi
en eſt dreſſée dans
le Nobiliaire de Champagne
, dreſſé par ordre de Mr
de Caumartin Intendant à
GALANT.
135
-
Chaalons en 1667. pour la
genealogie de la maiſon de
laRochefoucault , l'hiſtoire
des grands Officiers de la
Couronnendalsport
Dame MargueriteMorin
Oveuve de MeſſireJean Comte
d'Eſtrées ,premier Baron
du Boulonois, Chevalier des
Ordres du Roy , Mareſchal
& Vice- Amiral de France ,
Viceroy de l'Amerique ,
Gouverneur des Ville &
Chaſteau de Nantes , &
Lieutenant general pour ſa
Majesté au Comté de Nantois,
mourutle,16. May âgée
)
٢٤٢ THAJAD
136TMERCUREM
defoixante quinze ans. Elle
eſtoit fille de Jacques Morin
Secretaire du Roy,& mai
ftre d'hostel ordinaire de fa
Majoſté,&d'Anne Yvelin ,
elle cut pour enfans Victor-
MarieComte d'Eſtrées ,
le 30.1 Novembre 1660 à
preſent Mareſchal deFrance,
Jean Abbé d'Eltrées ,
cy-devant Ambaſſadeur
Portugal, puis en Eſpagne ,
Prélat Commandeur Prélat
en
de
l'Ordre du S. Elprit , recey
le Janvier 1705 Marie-
Anne Catherine d'Eſtrées ,
mariée le 28. Novembre 1661
GALANT. 137
i à Michel François leTel
lier , Marquis de Courten
vaux , Colonel des Cent
Suiffes de la garde du Corps
du Roy; Marie Anne d'EC
trées,Religieuse à l'Aſſomption
, & Eliſabeth Roſalie
d'Eſtrées Demoiselle de
Tourpes. Voyez pour la genealogie
de la maiſon d'Eftées
l'hiſtoire des grands
Officiers de la Courone au
chapitre des Mareſchaux
de France & des grands
Maiſtres de l'artillerie.T
Meffire Jean-François de
Blanche fort , Chevalier
May 1714, 1.83 M
S MERCURE
I
Baron d'Afnois , Saligny ,
S.Germaindes Bois , &c.
Gouverneur pour le Roy de
la province & pays de Gex ,
mourut le 16. May.
! Il eſtoit fils de Roger de
Blanchefort , Baron d'Af
nois , Lieutenant Colonel
duRegiment deNavarre,&
Maref hal des camps & armées
du Roy , petit fils de
François de Blanchefort ,
Barond'Aſnois auffi Maref
chal de camp & armées du
Roy , & arriere petit fils
d'Adrien de Blanchefort
Baron d'Afnois, gentilhom,
GALANT
139
me de la chambre de Monſieur
le Duc d'Alençon ,
Gouverneur des villes de
Nevers & de faint Jean de
Lofne, meſtre de camp d'un
Regiment , & député de la
Nobleffe de Nivernois aux
Eftats generaux de Paris ,
en 1614. & de Henriette
de Salazar Dame d'Aſnois.
Pierre de Blanchefort , Baron
d'Aſnois ſon tris ayeul ,
de l'Ordre du Roy , gentilhomme
ordinaire de fa
chambre , & député de la
Nobleſſe de Nivernois &
Donziois aux Eftats gene-
Mij
140 MERCURE
de
raux de Blas l'an 1577.e
toit perit fils d'Antoine
Blanchefort ſeigneur de
Beauregard en Roliergue ,
que quelques curieux pré.
tendent eſtre frere puilné
de Jean de Blanchefort feigneur
de S. Clement ,& S.
Janurin,duquel defcendent
les Ducs de Leſdiguieres &
de Crequin Monfieur de
Blanchefort qui vient de
mourir avoit épousé le 27.
Janvier 1702. Gabrielle-
Charlotte Bruſlart , fille de
Roger de Bruflart Mar
quis de Sillery & de Puis
GALANTM 14
Geux, Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant gene
ral de fes armées, Confeill
ler d'Estatordinaire d'épée,
& Ambaſſadeur extraordinaire
en Suiffe, & deClaus
de Godet Dame de Renne
ville , dont il laiſſe un fils
unique tak toopub ans
Dame Susanne Guyonne
deCoëtlogon , veuve de
meffire Philippe - GuyMarl
quis de Coëtlogon , mous
rut le 22.May. 1σινο
abDame Eleonore du Gué,
veuve de meſſire Jean du
Noucy,ſeigneur del'Epine,
142 MERCURE
&c. Maistre des Comptes ,
mourut le 23 May âgée
de 95. ans. Elle estoit fille
de Gaspard duGué ſeigneur
de Bagnol , Treforier de
France à Lyon , tante de
Dreux Loüis du Gué , mort
Conſeiller d'Estat ordinai
re , pere de Mr du Gué de
Bagnol,receuConſeiller au
Parlement en 1703. & de
Madame la Comreffe de
Tillier. La famille de Mr
du Gué eft originaire de
Moulins en Bourbonnois,
& a donné pluſieurs Maif
tres des Requeſtes & Con
GALANT.
143
feillers au Parlement , un
Préfident des Comptes &
pluſieurs Maiſtres desCompres
à Paris витали
Mre Henry de Chaban
nes Marquis de Curton
ComtedeRochefort, mou
rut le 15. May. Il avoit ef
pouſé en premieres nopces
en 1680. Françoiſe deMontezun
de Baiſemeau ; & en
ſecondes en 1709. Catherine
Gasparde d'Eſcorailles
de Rouffil , Veuve de Sebastien
de Rofmadec Marquis
de Molac , & foeur de
feüe Madame la Duchefſe
144 MERCURE
de Fontanges. Il ne laiſſe
point d'enfans de ce dernier
mariage , mais du premier
il laiſſe entr'autres enfans
Mr le Marquisde Curton
marié en 1706. avec N.
Glueu, Veuve de Jacques
de Vaſſan Seigneur de la
Tournelle , Avocat Generalde
laChambre des Com .
ptes , & Françoiſe Gabriël
de Chabannes mariée le 2.
Juiller 1696. avec Jean Paul
de Rochechouard Marquis
de Faudras , aprés la mort
elle ſe fit Religieuſe aux
Benedictines de Montargis ,
ler . Otobre. 1701 .
Fermer
Résumé : MORTS.
Le texte relate plusieurs décès et biographies de personnalités françaises du début du XVIIIe siècle. Jean Jacques de Surbechk, lieutenant général des armées du Roy, colonel d'un régiment suisse et chevalier de l'Ordre Militaire de Saint-Louis, est décédé le 4 mai. Né en Suisse, il a servi la France dès sa jeunesse et a épousé Marie Magdelaine Chapelier. Leur fille, Magdeleine Anne de Surbechk, est mariée à Charles Comte de Berenger, colonel du régiment de Bugey, tué au siège de Saint-Venant le 24 septembre 1711. Dame Marguerite Piques, veuve de Meffire François le Maye, conseiller au grand conseil, est décédée sans enfants le 10 mai. Elle était fille d'Olivier Piques, écuyer secrétaire du Roy, et son mari était frère de Mr le Maye, conseiller au Parlement. Jean Joseph de Montulé, conseiller au Parlement et doyen de la première des Requestes au Palais, est décédé le 10 mai. Fils de François de Montulé, maire de Nantes et auditeur à la Chambre des Comptes de Bretagne, il a laissé pour enfants Auguste Joseph de Montulé, doyen de l'Église de Beauvais, et Jean Baptiste de Montulé, conseiller au Parlement. Estienne de la Galste, maréchal des camps et armées du Roy, ancien lieutenant et aide-major des Gardes de sa Majesté, est décédé le 13 mai. Dame Anne Pithou, veuve de Meffire Loüis Charles de la Rochefoucault, marquis de Montendre, est décédée le 14 mai. Elle était fille de Pierre Pithou, conseiller au Parlement, et mère de Mr le marquis de Montendre et de Mr le comte de Jarnac. Dame Marguerite Morin, veuve de Meffire Jean Comte d'Estrées, premier baron du Boulonois, chevalier des Ordres du Roy, maréchal et vice-amiral de France, est décédée le 16 mai à l'âge de soixante-quinze ans. Elle a laissé pour enfants Victor-Marie Comte d'Estrées, maréchal de France, Jean Abbé d'Estrées, prélat commandeur de l'Ordre du Saint-Esprit, Marie-Anne Catherine d'Estrées, mariée à Michel François le Tellier, marquis de Courtenvaux, et Élisabeth Rosalie d'Estrées, demoiselle de Tourpes. Jean-François de Blanchefort, chevalier, baron d'Asnois, Saligny, Saint-Germain-des-Bois, gouverneur de la province et pays de Gex, est décédé le 16 mai. Fils de Roger de Blanchefort, baron d'Asnois, et petit-fils de François de Blanchefort, baron d'Asnois, il a épousé Gabrielle-Charlotte Bruslart, laissant un fils unique âgé de six ans. Dame Susanne Guyonne de Coëtlogon, veuve de Meffire Philippe marquis de Coëtlogon, est décédée le 22 mai. Dame Eleonore du Gué, veuve de Meffire Jean du Noucy, seigneur de l'Épine, maître des Comptes, est décédée le 23 mai à l'âge de 95 ans. Elle était fille de Gaspard du Gué, trésorier de France à Lyon, et tante de Dreux Louis du Gué, conseiller d'État ordinaire. Henry de Chabannes, marquis de Curton, comte de Rochefort, est décédé le 15 mai. Il a épousé en premières noces Françoise de Montezun de Baissemeau et en secondes noces Catherine Gasparde d'Escorailles de Rouffil, veuve de Sébastien de Rosmadec, marquis de Molac. Il a laissé plusieurs enfants de son premier mariage, dont le marquis de Curton et Françoise Gabrielle de Chabannes, mariée à Jean Paul de Rochechouard, marquis de Faudras.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2993
p. 145-148
« Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Début :
Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...]
Mots clefs :
Mois de mai, Marier, Préface, Variété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Puiſque chaque Mercure
portele nomdu mois par où
il commence , je crois que ce
ſera une varieté , d'inſtruire
ceux qui ne veulent pas foüilleterdegrands
Dictionnaires ,
de l'Etimologie , du figne &
des proprietez , du mois dont
il ſe datte. Par exemple. May
eſt le cinquiéme mois de l'année,
àcompter depuis Janvier,
c'eſt le mois où le Soleil entre
dans le figne des Gemeaux,
& où les plantes Acuriffent.
* Le mois de May a toûjours
eſté eſtimé propre à faire l'Amour
, à ſe marier. Je reponds
May 1714.N
146 MERCURE
de ma chasteté dans tous les
mois de l'année. Mais dans le
mois de May, je n'en réponds
point. M. De. S. Les ſuperſtitieux
font grand cas de la roſée
de May Bien des gens
font ſcrupule de ſe marier au
mois de May , comme un
mois malheureux. Cette fuperftition
eſt venuë des Romains
qui célébroient la Fête
des Eſprits malins au mois de
May. Papias derive ce mot de
Madius , qu'on a dit dans la
baſſe Latinité , Eo quod terra
Madeat. Il y a plus d'apparence
qu'il vient de Majus.
GALANT. 147
Ce difcours fur tous les
mois me ſervira de Préface
aux nouvelles qui naiſtront
avec les jours qui les compofent.
On aura cependant la
bonté de faire attention qu'il
n'y a que trois ſemaines que
jeme fuis chargé du Mercure,
& que , quelques correfpondances
que j'aye dans les Pays
Etrangers , les bagatelles dont
mes amis m'entretiennent , ne
font pas encore dignes d'entretenir
le Public , que je prie
abſolument de me diſpenſer
de luy repeter ce qu'il aura
lû dans les Gazettes , à l'ex-
: Nij
148 MERCURE
:
ception des choſes qui doivent
eſtre indiſpenſablement
dans ce Livre. Ainſi en attendant
que mon arrangement
ſoit fait , je vais donner un
Extrait de cinq Lettres que
j'ay requës uniquement pour
moy.
portele nomdu mois par où
il commence , je crois que ce
ſera une varieté , d'inſtruire
ceux qui ne veulent pas foüilleterdegrands
Dictionnaires ,
de l'Etimologie , du figne &
des proprietez , du mois dont
il ſe datte. Par exemple. May
eſt le cinquiéme mois de l'année,
àcompter depuis Janvier,
c'eſt le mois où le Soleil entre
dans le figne des Gemeaux,
& où les plantes Acuriffent.
* Le mois de May a toûjours
eſté eſtimé propre à faire l'Amour
, à ſe marier. Je reponds
May 1714.N
146 MERCURE
de ma chasteté dans tous les
mois de l'année. Mais dans le
mois de May, je n'en réponds
point. M. De. S. Les ſuperſtitieux
font grand cas de la roſée
de May Bien des gens
font ſcrupule de ſe marier au
mois de May , comme un
mois malheureux. Cette fuperftition
eſt venuë des Romains
qui célébroient la Fête
des Eſprits malins au mois de
May. Papias derive ce mot de
Madius , qu'on a dit dans la
baſſe Latinité , Eo quod terra
Madeat. Il y a plus d'apparence
qu'il vient de Majus.
GALANT. 147
Ce difcours fur tous les
mois me ſervira de Préface
aux nouvelles qui naiſtront
avec les jours qui les compofent.
On aura cependant la
bonté de faire attention qu'il
n'y a que trois ſemaines que
jeme fuis chargé du Mercure,
& que , quelques correfpondances
que j'aye dans les Pays
Etrangers , les bagatelles dont
mes amis m'entretiennent , ne
font pas encore dignes d'entretenir
le Public , que je prie
abſolument de me diſpenſer
de luy repeter ce qu'il aura
lû dans les Gazettes , à l'ex-
: Nij
148 MERCURE
:
ception des choſes qui doivent
eſtre indiſpenſablement
dans ce Livre. Ainſi en attendant
que mon arrangement
ſoit fait , je vais donner un
Extrait de cinq Lettres que
j'ay requës uniquement pour
moy.
Fermer
Résumé : « Puisque chaque Mercure porte le nom du mois par où [...] »
Le texte évoque les particularités du mois de mai, cinquième mois de l'année, durant lequel le Soleil entre dans le signe des Gémeaux et où les plantes poussent. Mai est traditionnellement associé à l'amour et aux mariages, bien que certaines superstitions le considèrent comme malheureux. Cette croyance provient des Romains qui célébraient la fête des esprits malins en mai. L'étymologie du mot 'mai' est discutée, avec des propositions comme 'Madius' ou 'Majus'. Le texte sert de préface aux nouvelles publiées dans le Mercure, un journal. L'auteur, récemment nommé à la direction du Mercure, attend des correspondances dignes d'intérêt pour le public. En attendant, il présente un extrait de cinq lettres reçues pour son usage personnel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2994
p. 148-150
De Madrid le 6. May.
Début :
La personne qui écrit les Nouvelles Espagnoles que je vous [...]
Mots clefs :
Madrid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Madrid le 6. May.
DeMadrid le 6. May.
La perſonne qui écrit les
Nouvelles Eſpagnoles que je
vous ay toûjours envoyé
affez regulierement a eſté indiſpoſée
; mais cela ne l'empêchera
pas de continuer à
vous écrire,
GALANT. 149
La Cour ira au Pardo le
15.• de ce mois.
Le Pardo est une Maison du
Roy d'Espagne , à trois lieuës de
Madrid, fur le chemin de l'Efcurial.
On célébrera icy pendant
ce tems- là les Obſeques
de la Reine : on orne magnifiquement
pour cela l'Eglife
del Incarnation. On me man.
dedu Campdevant Barcelone
qu'on ne croit pas qu'on y
ouvre la tranchée devant la
fin de ce mois. On n'a point
encorede nouvelle de l'arrivéc
de Mr le Preſident Orry à
cette armée , on ſçait ſeule-
Ninj
150 MERCURE
ment qu'il partit de Valence
le 24. Avril qu'il prit le chemin
de Viñaros , & qu'il s'y
embarqua ; c'eſt tout ce que
je ſçay, & que depuis dix
jours nous avons icy un tems
froid & vilain , qui ne ſent
point du tout le mois deMay.
Don Thomas me mande de
Liſbonne que la Flote du Brefil
, compoſée de trente-deux
Vaiſſeaux, & de deux autres
deſtinez pour Goa , mit à la
voile le 12. dAvril
La perſonne qui écrit les
Nouvelles Eſpagnoles que je
vous ay toûjours envoyé
affez regulierement a eſté indiſpoſée
; mais cela ne l'empêchera
pas de continuer à
vous écrire,
GALANT. 149
La Cour ira au Pardo le
15.• de ce mois.
Le Pardo est une Maison du
Roy d'Espagne , à trois lieuës de
Madrid, fur le chemin de l'Efcurial.
On célébrera icy pendant
ce tems- là les Obſeques
de la Reine : on orne magnifiquement
pour cela l'Eglife
del Incarnation. On me man.
dedu Campdevant Barcelone
qu'on ne croit pas qu'on y
ouvre la tranchée devant la
fin de ce mois. On n'a point
encorede nouvelle de l'arrivéc
de Mr le Preſident Orry à
cette armée , on ſçait ſeule-
Ninj
150 MERCURE
ment qu'il partit de Valence
le 24. Avril qu'il prit le chemin
de Viñaros , & qu'il s'y
embarqua ; c'eſt tout ce que
je ſçay, & que depuis dix
jours nous avons icy un tems
froid & vilain , qui ne ſent
point du tout le mois deMay.
Don Thomas me mande de
Liſbonne que la Flote du Brefil
, compoſée de trente-deux
Vaiſſeaux, & de deux autres
deſtinez pour Goa , mit à la
voile le 12. dAvril
Fermer
Résumé : De Madrid le 6. May.
Le 6 mai, une lettre de Madrid informe que la personne habituellement chargée d'envoyer les Nouvelles Espagnoles a été indisposée mais continuera à écrire. La Cour se rendra au Pardo le 15 mai, une résidence royale située à trois lieues de Madrid sur le chemin de l'Escurial. Pendant cette période, les obsèques de la Reine seront célébrées, et l'église de l'Incarnation sera magnifiquement ornée. Sur le front, l'ouverture des tranchées devant Barcelone est peu probable avant la fin du mois. Aucune nouvelle n'a été reçue concernant l'arrivée de Monsieur le Président Orry à l'armée, bien qu'il soit parti de Valence le 24 avril et se soit embarqué à Viñaros. À Madrid, le temps est froid et mauvais depuis dix jours, contrairement à la saison de mai. De Lisbonne, Don Thomas rapporte que la flotte du Brésil, composée de trente-deux vaisseaux et de deux autres destinés à Goa, a pris la mer le 12 avril.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2995
p. 150-152
De Vienne le 6. May.
Début :
Le 24. le 25. & le 27. du mois dernier on célébra dans [...]
Mots clefs :
Vienne, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 6. May.
De Vienne le 6. May.
Le 24. le 25. & le 27. du
mois dernier on célébra dans
GALANT. 151
l'Eglise des Auguſtins avec
toute la pompe imaginable,
les Obfeques du Duc Antoine
Ulric de Wolfembutel : on avoit
dreflé dans cette Eglife
un Mauſolée de foixante pieds
de hauteur , éclairé d'un nombre
infini de cierges & de
Aambeaux , & orné de tous
les coſtez de Statuës , d'Infcriptions&
d'Emblêmes. A
Le Prince François , frere
du Duc de Lorraine & de l'E .
lecteur de Treves arriva icy
le 24 il alla deſcendre au Palais
où il eſt logé.
Les Comtes de Seileru &
N iiij
152 MERCURE
deGoes, Plenipotentiaires de
l'Empereur doivent partır inceſſament
pour Bade en Suifſe
, où pluſieurs Miniſtres
font déja; cependant on dit
icy que rien ne les preſſe , s'il
eſt vray, comme on l'aſſure,
que cette aſſemblée ne s'ouvrira
qu'au premier Juin pro
chain.
On parle fort d'un voyage
de l'Empereur à Preſbourg ,
pouryterminer les affaires de
Hongrie...
Le 24. le 25. & le 27. du
mois dernier on célébra dans
GALANT. 151
l'Eglise des Auguſtins avec
toute la pompe imaginable,
les Obfeques du Duc Antoine
Ulric de Wolfembutel : on avoit
dreflé dans cette Eglife
un Mauſolée de foixante pieds
de hauteur , éclairé d'un nombre
infini de cierges & de
Aambeaux , & orné de tous
les coſtez de Statuës , d'Infcriptions&
d'Emblêmes. A
Le Prince François , frere
du Duc de Lorraine & de l'E .
lecteur de Treves arriva icy
le 24 il alla deſcendre au Palais
où il eſt logé.
Les Comtes de Seileru &
N iiij
152 MERCURE
deGoes, Plenipotentiaires de
l'Empereur doivent partır inceſſament
pour Bade en Suifſe
, où pluſieurs Miniſtres
font déja; cependant on dit
icy que rien ne les preſſe , s'il
eſt vray, comme on l'aſſure,
que cette aſſemblée ne s'ouvrira
qu'au premier Juin pro
chain.
On parle fort d'un voyage
de l'Empereur à Preſbourg ,
pouryterminer les affaires de
Hongrie...
Fermer
Résumé : De Vienne le 6. May.
Les obsèques du Duc Antoine Ulric de Wolfenbüttel ont été célébrées les 24, 25 et 27 avril à Vienne. Un mausolée de soixante pieds, éclairé et orné, a été érigé. Le Prince François est arrivé le 24 avril. Les plénipotentiaires de l'Empereur partiront bientôt pour Bade. L'assemblée s'ouvrira le 1er juin. L'Empereur pourrait se rendre à Presbourg pour les affaires de Hongrie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2996
p. 152-153
De Rome le 29. Avril.
Début :
Le 21. de ce mois le Cardinal de la Tremoüille eut une [...]
Mots clefs :
Cardinal, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome le 29. Avril.
De Rome le 29. Avril...
Le 21. de ce mois le Cardinal
de la Tremoüille eut une
GALANT. 153
longue audiance du Pape &
une viſite du Marquis Lucini ,
Confeiller Aulique de l'Empereur.
Le 11. Don Carlo Albani
épouſa à la Stellata du Duché
de Ferrare, DonaTerefa, fille
du Comte Boroméc.
Le Cardinal Rufo fit la cérémonie
de ce Mariage , qui
fut fuivi d'un repas magnifique
à les dépens,&d'un baffin
de vermeil doré plein de toutes
fortes de galanteries , dont
la Piramide eſtoit parée d'une
belleCroix de diamants qu'il
donna à la Mariée.
Le 21. de ce mois le Cardinal
de la Tremoüille eut une
GALANT. 153
longue audiance du Pape &
une viſite du Marquis Lucini ,
Confeiller Aulique de l'Empereur.
Le 11. Don Carlo Albani
épouſa à la Stellata du Duché
de Ferrare, DonaTerefa, fille
du Comte Boroméc.
Le Cardinal Rufo fit la cérémonie
de ce Mariage , qui
fut fuivi d'un repas magnifique
à les dépens,&d'un baffin
de vermeil doré plein de toutes
fortes de galanteries , dont
la Piramide eſtoit parée d'une
belleCroix de diamants qu'il
donna à la Mariée.
Fermer
Résumé : De Rome le 29. Avril.
Le 29 avril à Rome, plusieurs événements ont marqué le mois. Le 21 avril, le Cardinal de la Tremoüille a rencontré le Pape et le Marquis Lucini. Le 11 avril, Don Carlo Albani a épousé Dona Teresa Boroméc à Ferrare. Le Cardinal Rufo a célébré le mariage, suivi d'un repas somptueux. Un bassin en vermeil doré, orné d'une croix de diamants, a été offert à la mariée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2997
p. 154-155
De Londres le 7. May.
Début :
Dés que le Baron de Schutz, Envoyé de l'Electeur de Hanover [...]
Mots clefs :
Londres, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 7. May.
De Londres le 7. May.
Dés quele Baron de Schutz ,
Envoyé de l'Electeur de Hanover
, eut reçû l'ordre de
neplus paroiſtre à la Cour , &
qu'il fut parti , la Reine fit dire
à Mr Creyenberg , Reſident
de Hanover , qu'il luy eſtoit
fort agréable , & qu'il pour
roit venir à la Cour quand il
voudroit.c
Mro de Saint Jean , frere du
Vicomte de Bullingbrock ,
Secretaire d'Etat a été nommé
Envoyé extraordinaire auprés
GALANT ISS
du Roy de Sicile.
Le 3. les Communes réfolurent
de s'unir avec les Seigneurs
, & de preſenter conjointement
une adreſſe à la
Reine , pour la remercier de
la Paix qu'elle a conclu avec
l'Eſpagne.
Dés quele Baron de Schutz ,
Envoyé de l'Electeur de Hanover
, eut reçû l'ordre de
neplus paroiſtre à la Cour , &
qu'il fut parti , la Reine fit dire
à Mr Creyenberg , Reſident
de Hanover , qu'il luy eſtoit
fort agréable , & qu'il pour
roit venir à la Cour quand il
voudroit.c
Mro de Saint Jean , frere du
Vicomte de Bullingbrock ,
Secretaire d'Etat a été nommé
Envoyé extraordinaire auprés
GALANT ISS
du Roy de Sicile.
Le 3. les Communes réfolurent
de s'unir avec les Seigneurs
, & de preſenter conjointement
une adreſſe à la
Reine , pour la remercier de
la Paix qu'elle a conclu avec
l'Eſpagne.
Fermer
Résumé : De Londres le 7. May.
Le 7 mai, le Baron de Schutz, envoyé de l'Électeur de Hanovre, quitta Londres sur ordre. La Reine invita Monsieur Creyenberg, résident de Hanovre, à la cour. Monsieur de Saint Jean fut nommé Envoyé extraordinaire auprès du Roi de Sicile. Le 3 mai, les Communes et les Seigneurs remercièrent la Reine pour la paix avec l'Espagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2998
p. 155-158
De Hambourg le 9. May.
Début :
Je suis fort allarmé des Lettres que je reçois de Dantzik [...]
Mots clefs :
Roi, Troupes, Pologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg le 9. May.
De Hambourg le 9. May.
i Je ſuis fort allarmé des
Lettres que je reçois deDantzık
. On me mande qu'on a
publié à Varſovie des deffenſes
tres vigoureuſes de laiſſer
deſcendre du coſté de cette
156 MERCURE
Ville aucune Barque chargée
de grains , fans un paſſeport
du Roy ou du General Janus,
parce que la recolte de l'année
derniere a eſté ſi mauvaiſe,
&celle de cette année eſt
gaſtée par les inondations &
Ics pluyes continuelles , qu'on
apprehende une famine effective.
P
Les Troupes Saxones qui
eſtoient dans le territoire de
Dantzak en font enfin parties
aprés avoir exigé des contributions
pour leur ſubſiſtance,
elles ont paffé, la Viſtule &
continué leur route vers la
Podlaquie.
GALANT. 157
On a appris d'un Officier
Tartare qui avoit des Lettres
du Kan pour le Roy de Pologne
& pour le grand General
, que le Roy de Suede étoit
encore à Demir Toca , & que
le Palatin de Kiovie eſtoit
allé trouver le Kan à Kilia
pour prendre congé de luy ,
& retourner auſſi- toſt en
Pologne.
Les Troupes Danoiſes qui
gardoient les paſſages du côté
de Holſtein ne font pas
encore parties des environs de
cette Ville.
Le Duc de Hanover a fait
158 MERCURE
declarer par une Ordonnance
publique qu'il prétendoit
que les paſſages de ſon Pays
fuffent fermez , juſqu'aprés
les grandes chaleurs , & que
les Voyageurs n'entraſſent
dans ſes Etats , qu'aprés au
moins cinq jours de quaranraine.
i Je ſuis fort allarmé des
Lettres que je reçois deDantzık
. On me mande qu'on a
publié à Varſovie des deffenſes
tres vigoureuſes de laiſſer
deſcendre du coſté de cette
156 MERCURE
Ville aucune Barque chargée
de grains , fans un paſſeport
du Roy ou du General Janus,
parce que la recolte de l'année
derniere a eſté ſi mauvaiſe,
&celle de cette année eſt
gaſtée par les inondations &
Ics pluyes continuelles , qu'on
apprehende une famine effective.
P
Les Troupes Saxones qui
eſtoient dans le territoire de
Dantzak en font enfin parties
aprés avoir exigé des contributions
pour leur ſubſiſtance,
elles ont paffé, la Viſtule &
continué leur route vers la
Podlaquie.
GALANT. 157
On a appris d'un Officier
Tartare qui avoit des Lettres
du Kan pour le Roy de Pologne
& pour le grand General
, que le Roy de Suede étoit
encore à Demir Toca , & que
le Palatin de Kiovie eſtoit
allé trouver le Kan à Kilia
pour prendre congé de luy ,
& retourner auſſi- toſt en
Pologne.
Les Troupes Danoiſes qui
gardoient les paſſages du côté
de Holſtein ne font pas
encore parties des environs de
cette Ville.
Le Duc de Hanover a fait
158 MERCURE
declarer par une Ordonnance
publique qu'il prétendoit
que les paſſages de ſon Pays
fuffent fermez , juſqu'aprés
les grandes chaleurs , & que
les Voyageurs n'entraſſent
dans ſes Etats , qu'aprés au
moins cinq jours de quaranraine.
Fermer
Résumé : De Hambourg le 9. May.
Le 9 mai, un texte de Hambourg exprime une vive inquiétude concernant la situation à Dantzig. À Varsovie, des défenses interdisent le transport de grains sans passeport royal ou du général Janus en raison de mauvaises récoltes et de dégâts causés par des inondations et des pluies continues, menaçant une famine. Les troupes saxonnes, après avoir exigé des contributions, ont traversé la Vistule et se dirigent vers la Podlachie. Un officier tartare a rapporté que le roi de Suède se trouvait à Demir Toca et que le palatin de Kiev avait rencontré le Kan à Kilia avant de retourner en Pologne. Les troupes danoises surveillent toujours les passages du côté du Holstein. De plus, le duc de Hanovre a ordonné la fermeture des passages de son pays jusqu'après les grandes chaleurs et imposé une quarantaine de cinq jours pour les voyageurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2999
p. 158-161
De Paris le 23. May.
Début :
Le 10. de ce mois Mr le Nonce du Pape & Mr le Bailly [...]
Mots clefs :
Eau bénite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris le 23. May.
DeParis le 23. May.
رارمت
Le to. de ce mois Mr le
Nonce du Pape & Mrle Bailly
de la Vieville , Ambaſſadeur
de Malte furent avec toutes
les cérémonies uſitées , pour
GALANT. 159
i
Acs perfonnes de leur caractere,
jetter de l'eau - benite fur
le Corps de Monſeigneur le
Due de Berry , & ils furent
reconduits comme on les avoit
reçûs .
Le 11. le Parlement , le
Premier Prefident à la teſte ,
laChambre des Comptes , la
Cour des Aides , la Cour des
Monnoyes & l'Univerſité allerent
jetter de l'eau -benite.
Le 12. leGrandConfeil y
alla , ainſi que pluſieurs Communautez.
Le 16. le Corps de feu
Monſeigneur le Duc de Ber160
MERCURE
e
ry aprés avoir reçû tous les
triſtes honneurs dans le Palais
des Thuilleries , où il avoit été
expofé , fut transferé à S.
Denis , ſur un Char funebre
avec toute la pompe convenable.
La Gazette a parlé ſi amplement
de cette mort , que
je n'en ſçaurois parler davantage.
F. Theodore de Refuge ,
Bailly& grand Croix de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ,
Commandeur de Laon , mourut
le 4.
J'entreray davantage dans
Ic
GALANT. 161
le détail des familles , lorſque
j'auraydes connoiffances , ou
des Livres , mais je n'ay à
preſent ny l'un ny l'autre.
Je ne ſçais pas bien ſi c'eſt
icy la placed'une piece d'Erudition
, cependant on a cu la
bonté de m'en apporter une ,
que je donne , lans en connoiſtre
ny le merite ny l'Auteur.
Je laiſſe aux Sçavans le
ſoin d'en juger.
رارمت
Le to. de ce mois Mr le
Nonce du Pape & Mrle Bailly
de la Vieville , Ambaſſadeur
de Malte furent avec toutes
les cérémonies uſitées , pour
GALANT. 159
i
Acs perfonnes de leur caractere,
jetter de l'eau - benite fur
le Corps de Monſeigneur le
Due de Berry , & ils furent
reconduits comme on les avoit
reçûs .
Le 11. le Parlement , le
Premier Prefident à la teſte ,
laChambre des Comptes , la
Cour des Aides , la Cour des
Monnoyes & l'Univerſité allerent
jetter de l'eau -benite.
Le 12. leGrandConfeil y
alla , ainſi que pluſieurs Communautez.
Le 16. le Corps de feu
Monſeigneur le Duc de Ber160
MERCURE
e
ry aprés avoir reçû tous les
triſtes honneurs dans le Palais
des Thuilleries , où il avoit été
expofé , fut transferé à S.
Denis , ſur un Char funebre
avec toute la pompe convenable.
La Gazette a parlé ſi amplement
de cette mort , que
je n'en ſçaurois parler davantage.
F. Theodore de Refuge ,
Bailly& grand Croix de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem ,
Commandeur de Laon , mourut
le 4.
J'entreray davantage dans
Ic
GALANT. 161
le détail des familles , lorſque
j'auraydes connoiffances , ou
des Livres , mais je n'ay à
preſent ny l'un ny l'autre.
Je ne ſçais pas bien ſi c'eſt
icy la placed'une piece d'Erudition
, cependant on a cu la
bonté de m'en apporter une ,
que je donne , lans en connoiſtre
ny le merite ny l'Auteur.
Je laiſſe aux Sçavans le
ſoin d'en juger.
Fermer
Résumé : De Paris le 23. May.
Le 23 mai à Paris, plusieurs personnalités ont rendu hommage au duc de Berry. Les 11 et 12 mai, diverses institutions, dont le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides, la Cour des Monnoyes et l'Université, ainsi que le Grand Conseil et plusieurs communautés, ont jeté de l'eau bénite sur le corps du duc. Le 20 mai, le nonce du Pape et l'ambassadeur de Malte ont également accompli cette cérémonie. Le 16 mai, le corps du duc a été transféré à Saint-Denis sur un char funèbre après avoir reçu tous les honneurs au Palais des Tuileries. La Gazette a largement couvert cet événement. Par ailleurs, F. Theodore de Refuge, Bailly et grand Croix de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Commandeur de Laon, est décédé le 4 mai. L'auteur prévoit de fournir plus de détails sur les familles lorsqu'il disposera des connaissances ou des livres nécessaires. Il présente également une pièce d'érudition dont il ignore l'auteur et la valeur, laissant aux savants le soin d'en juger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3000
p. 162-173
DES ECUMES Printanieres par P***
Début :
On voit naistre au Printems certaines écumes blanches qui s'attachent [...]
Mots clefs :
Écumes, Plantes, Sauterelles, Printemps, Naturalistes, Membrane, Écumes printanières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES ECUMES Printanieres par P***
DES ECUMES
Printanieres par P ***
On voit naiſtreau Printems
certaines écumes blanches qui
s'attachent indifferemment à
toutes fortes de plantes. On
peut les appeller Printanieres ,
parce qu'elles paroiffent au
Printems , pluſtoſt ou plus
tard , felon que la ſaiſon eſt
plus ou moins avancée.
Pluſieurs Naturaliſtes ont
parlé de ces écumes ſans en
avoir connu la cauſe. Ceux
qui ont recours à la Phyſique
GALANT. 163
generale croyent que ce ſont
des vapeurs qui s'élevent de
quelques terres par la chaleur
du Printems , & vont s'attacher
aux plantes qu'elles rencontrent.
Ils apportent pour
raiſon qu'on voit quelquefois
un petit eſpacede terre dont
les plantes font parſemées de
ces écumes , &qu'enfuite on
feroit dix licues ſans en trouvec
d'autres ; ce qui fait voir
qu'il n'y a que certaines terres
propres à former ces écumes.
Ifidore de Seraille croit que ces
* écumes font des crachats, de
Coucou. Cette penſée peut
O ij
164 MERCURE
lui eſtre venuë de ce qu'elles
reſſemblent à de petits cra
chats , ou de ce qu'elles naifſent
lorſque le Coucou commence
à paroiſtre , & de ce
qu'elles diſparoiſſent environ
letems qu'il ſe retire,ou enfin
de ce qu'en volant d'un lieu
dans un autre , il fait quelque
fois un ralement avec la gorgecomme
s'il vouloit cracher.
Quelques-uns penſent que
c'eſt le ſuc des plantes qui s'extravaſe
; & Moufet dit que
c'eſt une rofée écumeule.
Swarmerdam eſt de tous les
Naturaliſtes celui qui a le
GALANT. 165
mieux connu ces écumes. H
prétend que ce font des ſauterelles
qui les font avec la
bouche. Il a cu raiſon de
dire que ce font ces petits animaux
qui les font , mais ce
n'eſt pas la bouche : ainſi il
n'en a parlé que par conjecture-
Je pourrois rapporter plufieurs
aurres penſées que l'on
a cuës fur ces écumes : mais
comme elles ſont toutes fauffes
, je ne m'y arrêteray pas
davantage. Voici comme la
choſe fepaffc.
On voit pendant l'Eté cer166
MERCURE
taines fauterelles que les Naturaliſtes
ont appellées ſauterelles
puces , à cauſe qu'elles
font fort petites , & qu'elles
fautent comme des puces.
Leurs pieds de derriere n'excedent
pas la hauteur de leur
dos, comme font ceux des aurres
ſauterelles : Ils font toûjours
pliez ſous le ventre com.
me ceux des puces , ce qui
fait qu'elles ſautent fort vite
ſans perdre de tems , parce
qu'il n'y en a point entre leurs
fauts.
J'ay déja fait remarquer
dans Ic Journal des Sçavans ,
GALANT. 167
que ces petites fauterelles ont
un aiguillon roide & fort pointu
, avec lequel elles tirent le
fuc des plantes.
Cette petite remarque eft
curicuſe , parce qu'il n'y a que
ces eſpeces de ſauterelles qui
ayent un aiguillon. Toutes
les autres qui nous ſont connuës
ont une bouche , des
levres & des dents , avec lefquelles
elles mangent les her.
bes , & même la vigne.
Vos locusta.
nemeas ledatis vites :funt enim
Lenere.
168 MERCURE
1
Nos fauterelles puces font
des oeufs d'où il fort au Printems
d'autres petites ſauterelles
, qui font envelopées pendant
quelque tems d'une fine
membrane. Cette membrane
eſt un fourreau qui a des yeux,
des pieds , des aîles & d'autres
organes , qui font les étuits
de ſemblables parties du petit
animal qu'elles renferment.
• Quand il fort de ſon oeuf,
il paroiſt comme un petit ver
blanchaſtre , qui n'eſt pas plus
-gros que la pointe d'une aiguille
, quelques jours aprés
il devient couleur de verd de
1
pré
GALANT. 169
pré , que le fuc des plantes
dont il ſe nourrit , pourroit
bien lui communiquer. Alors
il reſſemble preſque à un
petit crapaut , ou à unegrenoüille
verte qui monte ſur
les arbres , & qu'on appelle
pour cette raifon Rana arborea
; c'eſt à- dire grenoüille
d'arbre. Quoique cet infecte
ſoit envelopé d'une membrane
, il ne laiſſe pas de marcher
fort vîte & hardiment ; mais
il ne faute & ne võle point
qu'il n'ait quitté ſa pellicule.
Auſſi tott qu'il eſt ſorti de
ſon oeuf, il monte ſur une
May 1714. P
170 MERCURE
plante qu'il touche avec ſon
anus pour yattacher unegou.
telette de liqueur blanche &
toute pleine d'air . Il en met
une ſeconde auprés de la premiere,
puis une troiſieme ; &
il continuë de la forte juſqu'à
ce qu'il foit tout envelopé
d'une groſſe écume , dont il
ne fort point qu'il ne ſoit devenu
un animal parfait , c'eſtà-
dire , qu'il ne ſoit delivré de
la membrane qui l'environne.
21 Pour jetter cette écume, il
fait une eſpece diare de la
moitié de fon corps , dont le
ventre devient la convexité;
GALANT. 171
il recommence à l'inſtant un
autre arc oppofé au premier ,
c'eſt à dire que ſon ventre devient
concave de convexe qu'il
étoit. A chaque fois qu'il
fait cette doublecompreffion,
il fort une petite écume de
fon anus , à laquelle il donne
de l'étenduë en la pouſſant de
coſté & d'autre avec ſes
pieds.
J'ay mis ſur une jeune
Mente pluſieurs de ces petites
fauterelles , les feüilles ſur lef.
quelles elles firent leurs écumes
ne grandirent point , &
celles qui leur eſtoient oppo-
Pij
172 MERCURE
ſées devinrent de leur grandeur
naturelle. Cela fait voir
que ces inſectes vivent du ſuc
des plantes tandis qu'ils font
dans leurs écumes.
Quand la jeune ſauterelle
eſt parvenue à une certaine
grandeur , elle quitte ſon envelope
qu'elle laiſſe dans l'écume,
& elle ſaute dans la
Campagne.
Cette écume la garanti des
ardeurs du Soleil qui la pourroient
défecher. Elle la preſerve
encoredes araignées qui
la ſuçeroient , comme je l'ay
vû arriver quelquefois.
:
1
GALANT. 173
On dit à la Campagne que
ces écumes font un preſage
debeau tems : mais c'eſt qu'elles
n'y paroiffent que quand
le tems eſt beau, le mauvais
tems les détruit.
Printanieres par P ***
On voit naiſtreau Printems
certaines écumes blanches qui
s'attachent indifferemment à
toutes fortes de plantes. On
peut les appeller Printanieres ,
parce qu'elles paroiffent au
Printems , pluſtoſt ou plus
tard , felon que la ſaiſon eſt
plus ou moins avancée.
Pluſieurs Naturaliſtes ont
parlé de ces écumes ſans en
avoir connu la cauſe. Ceux
qui ont recours à la Phyſique
GALANT. 163
generale croyent que ce ſont
des vapeurs qui s'élevent de
quelques terres par la chaleur
du Printems , & vont s'attacher
aux plantes qu'elles rencontrent.
Ils apportent pour
raiſon qu'on voit quelquefois
un petit eſpacede terre dont
les plantes font parſemées de
ces écumes , &qu'enfuite on
feroit dix licues ſans en trouvec
d'autres ; ce qui fait voir
qu'il n'y a que certaines terres
propres à former ces écumes.
Ifidore de Seraille croit que ces
* écumes font des crachats, de
Coucou. Cette penſée peut
O ij
164 MERCURE
lui eſtre venuë de ce qu'elles
reſſemblent à de petits cra
chats , ou de ce qu'elles naifſent
lorſque le Coucou commence
à paroiſtre , & de ce
qu'elles diſparoiſſent environ
letems qu'il ſe retire,ou enfin
de ce qu'en volant d'un lieu
dans un autre , il fait quelque
fois un ralement avec la gorgecomme
s'il vouloit cracher.
Quelques-uns penſent que
c'eſt le ſuc des plantes qui s'extravaſe
; & Moufet dit que
c'eſt une rofée écumeule.
Swarmerdam eſt de tous les
Naturaliſtes celui qui a le
GALANT. 165
mieux connu ces écumes. H
prétend que ce font des ſauterelles
qui les font avec la
bouche. Il a cu raiſon de
dire que ce font ces petits animaux
qui les font , mais ce
n'eſt pas la bouche : ainſi il
n'en a parlé que par conjecture-
Je pourrois rapporter plufieurs
aurres penſées que l'on
a cuës fur ces écumes : mais
comme elles ſont toutes fauffes
, je ne m'y arrêteray pas
davantage. Voici comme la
choſe fepaffc.
On voit pendant l'Eté cer166
MERCURE
taines fauterelles que les Naturaliſtes
ont appellées ſauterelles
puces , à cauſe qu'elles
font fort petites , & qu'elles
fautent comme des puces.
Leurs pieds de derriere n'excedent
pas la hauteur de leur
dos, comme font ceux des aurres
ſauterelles : Ils font toûjours
pliez ſous le ventre com.
me ceux des puces , ce qui
fait qu'elles ſautent fort vite
ſans perdre de tems , parce
qu'il n'y en a point entre leurs
fauts.
J'ay déja fait remarquer
dans Ic Journal des Sçavans ,
GALANT. 167
que ces petites fauterelles ont
un aiguillon roide & fort pointu
, avec lequel elles tirent le
fuc des plantes.
Cette petite remarque eft
curicuſe , parce qu'il n'y a que
ces eſpeces de ſauterelles qui
ayent un aiguillon. Toutes
les autres qui nous ſont connuës
ont une bouche , des
levres & des dents , avec lefquelles
elles mangent les her.
bes , & même la vigne.
Vos locusta.
nemeas ledatis vites :funt enim
Lenere.
168 MERCURE
1
Nos fauterelles puces font
des oeufs d'où il fort au Printems
d'autres petites ſauterelles
, qui font envelopées pendant
quelque tems d'une fine
membrane. Cette membrane
eſt un fourreau qui a des yeux,
des pieds , des aîles & d'autres
organes , qui font les étuits
de ſemblables parties du petit
animal qu'elles renferment.
• Quand il fort de ſon oeuf,
il paroiſt comme un petit ver
blanchaſtre , qui n'eſt pas plus
-gros que la pointe d'une aiguille
, quelques jours aprés
il devient couleur de verd de
1
pré
GALANT. 169
pré , que le fuc des plantes
dont il ſe nourrit , pourroit
bien lui communiquer. Alors
il reſſemble preſque à un
petit crapaut , ou à unegrenoüille
verte qui monte ſur
les arbres , & qu'on appelle
pour cette raifon Rana arborea
; c'eſt à- dire grenoüille
d'arbre. Quoique cet infecte
ſoit envelopé d'une membrane
, il ne laiſſe pas de marcher
fort vîte & hardiment ; mais
il ne faute & ne võle point
qu'il n'ait quitté ſa pellicule.
Auſſi tott qu'il eſt ſorti de
ſon oeuf, il monte ſur une
May 1714. P
170 MERCURE
plante qu'il touche avec ſon
anus pour yattacher unegou.
telette de liqueur blanche &
toute pleine d'air . Il en met
une ſeconde auprés de la premiere,
puis une troiſieme ; &
il continuë de la forte juſqu'à
ce qu'il foit tout envelopé
d'une groſſe écume , dont il
ne fort point qu'il ne ſoit devenu
un animal parfait , c'eſtà-
dire , qu'il ne ſoit delivré de
la membrane qui l'environne.
21 Pour jetter cette écume, il
fait une eſpece diare de la
moitié de fon corps , dont le
ventre devient la convexité;
GALANT. 171
il recommence à l'inſtant un
autre arc oppofé au premier ,
c'eſt à dire que ſon ventre devient
concave de convexe qu'il
étoit. A chaque fois qu'il
fait cette doublecompreffion,
il fort une petite écume de
fon anus , à laquelle il donne
de l'étenduë en la pouſſant de
coſté & d'autre avec ſes
pieds.
J'ay mis ſur une jeune
Mente pluſieurs de ces petites
fauterelles , les feüilles ſur lef.
quelles elles firent leurs écumes
ne grandirent point , &
celles qui leur eſtoient oppo-
Pij
172 MERCURE
ſées devinrent de leur grandeur
naturelle. Cela fait voir
que ces inſectes vivent du ſuc
des plantes tandis qu'ils font
dans leurs écumes.
Quand la jeune ſauterelle
eſt parvenue à une certaine
grandeur , elle quitte ſon envelope
qu'elle laiſſe dans l'écume,
& elle ſaute dans la
Campagne.
Cette écume la garanti des
ardeurs du Soleil qui la pourroient
défecher. Elle la preſerve
encoredes araignées qui
la ſuçeroient , comme je l'ay
vû arriver quelquefois.
:
1
GALANT. 173
On dit à la Campagne que
ces écumes font un preſage
debeau tems : mais c'eſt qu'elles
n'y paroiffent que quand
le tems eſt beau, le mauvais
tems les détruit.
Fermer
Résumé : DES ECUMES Printanieres par P***
Les écumes printanières sont des substances blanches observées sur les plantes au printemps. Diverses théories ont été avancées pour expliquer leur origine. Certains naturalistes attribuaient ces écumes à des vapeurs terrestres ou aux crachats de coucous. D'autres les associaient au suc des plantes ou à une rosée particulière. Jan Swammerdam a correctement identifié que ces écumes sont produites par de petites sauterelles, nommées 'sauterelles puces'. Ces insectes fabriquent cette écume pour se protéger et se nourrir du suc des plantes. Leur cycle de vie commence par la ponte d'œufs qui éclosent en petits vers blancs. En se nourrissant des plantes, ces vers deviennent verts et sécrètent une écume protectrice autour d'eux. Cette écume est formée par des compressions de leur corps et les protège contre le soleil et les prédateurs tels que les araignées. Les paysans interprètent la présence de ces écumes comme un signe de beau temps, car elles disparaissent en cas de mauvais temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer