Résultats : 21245 texte(s)
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Liste
16301
p. 187-188
De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
Début :
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier, le Colonel Lambart est arrivé [...]
Mots clefs :
Minorque, Colonel, Gibraltar, Régiments, Fort Saint-Philippe, Prise de possession, Fortifications, Garnison, Vaisseaux de guerre, Officier
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texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
De LONDRES, le 8 Juillet 1763-
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier ,
le Colonel Lambart eft arrivé de Gibraltar en
cette Ifle , avec trois Régimens Anglois , qui ont
débarqué fous fes ordres , & ont pris poffeffion
du Fort- Saint- Philippe & du reste de l'ifle , don't
les Fortifications fe font trouvées en bon état,
188 MERCURE DE FRANCE.
La Garniſon françoife s'eft embarquée le 4 do
mois dernier fur trois Vaiffeaux de Guerre qui
ont dû mettre inceffamment à la voile . Ce jourlà
il ne reftoit à Minorque d'autres François
qu'un Officier d'Artillerie , chargé de remettre
les Magafins & les Provifions , & quelques foldats
malades pour le traitement defquels on a
laiffé les perſonnes & les médicamens néceſſaires .
On écrit de Minorque que le 31 Mai dernier ,
le Colonel Lambart eft arrivé de Gibraltar en
cette Ifle , avec trois Régimens Anglois , qui ont
débarqué fous fes ordres , & ont pris poffeffion
du Fort- Saint- Philippe & du reste de l'ifle , don't
les Fortifications fe font trouvées en bon état,
188 MERCURE DE FRANCE.
La Garniſon françoife s'eft embarquée le 4 do
mois dernier fur trois Vaiffeaux de Guerre qui
ont dû mettre inceffamment à la voile . Ce jourlà
il ne reftoit à Minorque d'autres François
qu'un Officier d'Artillerie , chargé de remettre
les Magafins & les Provifions , & quelques foldats
malades pour le traitement defquels on a
laiffé les perſonnes & les médicamens néceſſaires .
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Résumé : De LONDRES, le 8 Juillet 1763.
Le 8 juillet 1763, des nouvelles de Minorque rapportent que le 31 mai, le Colonel Lambart est arrivé de Gibraltar avec trois régiments anglais. Ces troupes ont pris possession du Fort Saint-Philippe et de l'île, dont les fortifications étaient en bon état. La garnison française a quitté l'île le 4 mai. Quelques Français sont restés, dont un officier d'artillerie et des soldats malades.
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16302
p. 188
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Fort-William dans le Bengale, le 17 Février 1763.
Début :
Il y a eu aux environs de Calcutta un tremblement de terre qui a duré [...]
Mots clefs :
Tremblement de terre, Dégâts, Calcutta, Écroulement, Édifices, Montée des eaux
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite du Fort-William dans le Bengale, le 17 Février 1763.
EXTRAIT d'une Lettre écrite du Fort- William
dans le Bengale , le 17 Février 1763.
» Il y a eu aux environs de Calcutta un trem-
» blement de terre qui a duré quatre minutes ,
» & n'a heureuſement occafionné que très-peu
» de dommage ; mais on a reffenti à Chitta-
»yona , Place dépendante de celle-ci , douze
» fecouffes qui ont fait écrouler tous les édifices
de cette Ville bâtis en brique. La terre s'eft
ouverte près de la Factorie ; il en eft forti
so un torrent d'eau mêlé de vafe & il refte
» actuellement en cet endroit un abîme de trois
à quatre pieds de largeur . A Burdavan , autre
» Place du diftrict de Calcutta , il s'eſt élevé au
>> milieu d'une Riviére confidérable un Banc de
» Sable qui a fait prendre un autre cours aux
Eaux de cette Riviere dont l'ancien lit eſt
» actuellement auffi fec qu'aucun autre endroit
» du pays.
dans le Bengale , le 17 Février 1763.
» Il y a eu aux environs de Calcutta un trem-
» blement de terre qui a duré quatre minutes ,
» & n'a heureuſement occafionné que très-peu
» de dommage ; mais on a reffenti à Chitta-
»yona , Place dépendante de celle-ci , douze
» fecouffes qui ont fait écrouler tous les édifices
de cette Ville bâtis en brique. La terre s'eft
ouverte près de la Factorie ; il en eft forti
so un torrent d'eau mêlé de vafe & il refte
» actuellement en cet endroit un abîme de trois
à quatre pieds de largeur . A Burdavan , autre
» Place du diftrict de Calcutta , il s'eſt élevé au
>> milieu d'une Riviére confidérable un Banc de
» Sable qui a fait prendre un autre cours aux
Eaux de cette Riviere dont l'ancien lit eſt
» actuellement auffi fec qu'aucun autre endroit
» du pays.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite du Fort-William dans le Bengale, le 17 Février 1763.
Le 17 février 1763, un tremblement de terre a duré quatre minutes près de Calcutta, causant peu de dommages. À Chittagong, douze secousses ont détruit les bâtiments en brique et ouvert la terre près de la factorie. À Burdavan, un banc de sable a modifié le cours d'une rivière, asséchant son ancien lit.
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16303
p. 188-190
D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Début :
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier a apporté hier des nouvelles [...]
Mots clefs :
Navire, Colonie, Troupes, Secours, Rivière, Attaque, Indigènes, Rebelles, Maltraitance, Liberté, Négociation, Paix, Plantations
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texteReconnaissance textuelle : D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier
a apporté hier des nouvelles de la Colonie des
Berbices plus sûres & plus circonftanciées que celles
qu'on a reçues jufqu'à préfent. Elles contienment
les détails fuivans :
Les cinq cens hommes de troupes détachées de
A O UST. 1763. 189
Surinam pour aller au fecours des Berbices y arriverent
le 28 Avril , & trouverent à bord d'un
Brigantin à l'embouchure de la rivière le Gouverneur
de cette Colonie qui , comme on l'a déjà
dit , avoit été forcé d'abandonner le Fort après y
avoir mis le feu , & de fuir avec environ vingttrois
Colons , tant hommes que femmes , échap
pés feuls à la fureur des Negres qui avoient impitoyablement
maffacré les autres au nombre
de foixante- dix à quatre- vingt.
Immédiatement après l'arrivée de ce renfort ,
on prit la réſolution de rentrer dans les Plantations
les plus voifines de l'embouchure de la riviè
re , & le Brigantin , accompagné de deux autres
Bâtimens , s'avança jufqu'à celle que l'on nomme
le Dageraad ; les troupes y defcendirent en préfence
des Negres qui leur crierent de fe préparer
à les bien recevoir le lendemain matin , parce
qu'ils ne manqueroient point de les aller trouver.
Ils y vinrent en effet ; l'attaque fut très - vive , &
dura depuis fept heures jufqu'à une heure aprèsmidi
: alors les Negres abandonnerent le combat
& laifferent fur la place quelques-uns de leurs
gens tués ou bleffés : du côté des Hollandois , il
n'y eut de tué que le Directeur de Dageraad.
་
Le jour fuivant , un jeune Gentilhomme des
Berbices , que les Négres avoient cruellement
maltraité à coups de fouet , fut envoyé au Gouvernement
par le Chef des Rebelles avec une
lettre par laquelle celui-ci témoignoit qu'il étoit
très-mortifié que fes gens en fullent venus aux
voies de fait avec les Blancs ; qu'ils avoient agi
fans fon ordre & contre les intentions qu'au
refte ils feroient charmés de vivre dorénavant
en paix & amitié avec le Gouverneur ; qu'ils
ne demandoient autre choſe que leur liberté &
190 MERCURE DE FRANCE .
la moitié de la Colonie pour s'y établir & y vivre
tranquillement avec leurs femmes & leurs enfans
; pour gage de la fincérité de les intentions ,
ce Chef des Rebelles envoyoit en préſent au Gouverneur
de belles boucles d'or que fes gens avoient
prifes dans le pillage de quelques Plantations .
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
de Surinam eft réſolu de fe maintenir dans
les poftes qu'il a occupés à fon arrivée ; mais qu'il
n'entreprendra rien contre les Rebelles avant qu'il
n'ait reçu les fecours qu'il attend d'Europe. Jufqu'à
ce moment on effayera la négociation pour
faire rentrer les Négres dans leur devoir , & l'on
fe flatte que l'offre d'une amniſtie détachera de leur
parti un grand nombre d'Elclaves que l'exemple
& legrand nombre ont entraînés dans la Rebellion.
On ne craint plus aujourd'hui pour les Plantations
de Timerary , parce que les Anglois y ont
envoyé des fecours fuffifans. Comme les trois
quarts des Plantations de la Barbade leur appartiennent
, il n'eft pas étonnant que le Gouverneur
de cet établiffement l'ait défendu avec tant de zèle
& d'activité.
Un Navire parti de Surinam le 9 Mai dernier
a apporté hier des nouvelles de la Colonie des
Berbices plus sûres & plus circonftanciées que celles
qu'on a reçues jufqu'à préfent. Elles contienment
les détails fuivans :
Les cinq cens hommes de troupes détachées de
A O UST. 1763. 189
Surinam pour aller au fecours des Berbices y arriverent
le 28 Avril , & trouverent à bord d'un
Brigantin à l'embouchure de la rivière le Gouverneur
de cette Colonie qui , comme on l'a déjà
dit , avoit été forcé d'abandonner le Fort après y
avoir mis le feu , & de fuir avec environ vingttrois
Colons , tant hommes que femmes , échap
pés feuls à la fureur des Negres qui avoient impitoyablement
maffacré les autres au nombre
de foixante- dix à quatre- vingt.
Immédiatement après l'arrivée de ce renfort ,
on prit la réſolution de rentrer dans les Plantations
les plus voifines de l'embouchure de la riviè
re , & le Brigantin , accompagné de deux autres
Bâtimens , s'avança jufqu'à celle que l'on nomme
le Dageraad ; les troupes y defcendirent en préfence
des Negres qui leur crierent de fe préparer
à les bien recevoir le lendemain matin , parce
qu'ils ne manqueroient point de les aller trouver.
Ils y vinrent en effet ; l'attaque fut très - vive , &
dura depuis fept heures jufqu'à une heure aprèsmidi
: alors les Negres abandonnerent le combat
& laifferent fur la place quelques-uns de leurs
gens tués ou bleffés : du côté des Hollandois , il
n'y eut de tué que le Directeur de Dageraad.
་
Le jour fuivant , un jeune Gentilhomme des
Berbices , que les Négres avoient cruellement
maltraité à coups de fouet , fut envoyé au Gouvernement
par le Chef des Rebelles avec une
lettre par laquelle celui-ci témoignoit qu'il étoit
très-mortifié que fes gens en fullent venus aux
voies de fait avec les Blancs ; qu'ils avoient agi
fans fon ordre & contre les intentions qu'au
refte ils feroient charmés de vivre dorénavant
en paix & amitié avec le Gouverneur ; qu'ils
ne demandoient autre choſe que leur liberté &
190 MERCURE DE FRANCE .
la moitié de la Colonie pour s'y établir & y vivre
tranquillement avec leurs femmes & leurs enfans
; pour gage de la fincérité de les intentions ,
ce Chef des Rebelles envoyoit en préſent au Gouverneur
de belles boucles d'or que fes gens avoient
prifes dans le pillage de quelques Plantations .
Les mêmes nouvelles portent que le détachement
de Surinam eft réſolu de fe maintenir dans
les poftes qu'il a occupés à fon arrivée ; mais qu'il
n'entreprendra rien contre les Rebelles avant qu'il
n'ait reçu les fecours qu'il attend d'Europe. Jufqu'à
ce moment on effayera la négociation pour
faire rentrer les Négres dans leur devoir , & l'on
fe flatte que l'offre d'une amniſtie détachera de leur
parti un grand nombre d'Elclaves que l'exemple
& legrand nombre ont entraînés dans la Rebellion.
On ne craint plus aujourd'hui pour les Plantations
de Timerary , parce que les Anglois y ont
envoyé des fecours fuffifans. Comme les trois
quarts des Plantations de la Barbade leur appartiennent
, il n'eft pas étonnant que le Gouverneur
de cet établiffement l'ait défendu avec tant de zèle
& d'activité.
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Résumé : D'AMSTERDAM, le 8 Juillet 1763.
Le 8 juillet 1763, des nouvelles de la colonie des Berbices ont été rapportées par un navire parti de Surinam le 9 mai précédent. Cinq cents hommes de troupes, envoyés de Surinam, sont arrivés le 28 avril et ont trouvé le gouverneur à bord d'un brigantin à l'embouchure de la rivière. Le gouverneur avait dû abandonner le fort après y avoir mis le feu et fuir avec environ vingt-trois colons, seuls survivants du massacre perpétré par les esclaves révoltés, qui ont tué entre soixante-dix et quatre-vingts personnes. À l'arrivée des renforts, il a été décidé de reprendre les plantations voisines de l'embouchure de la rivière. Les troupes ont été attaquées par les esclaves révoltés le lendemain matin. Le combat a duré de sept heures à une heure de l'après-midi, laissant plusieurs morts et blessés parmi les esclaves, et un directeur de plantation tué du côté des Hollandais. Le jour suivant, un jeune gentilhomme des Berbices, maltraité par les esclaves, a été envoyé au gouverneur avec une lettre du chef des rebelles. Ce dernier exprimait son regret pour les violences commises et souhaitait vivre en paix avec les Blancs. Il demandait la liberté et la moitié de la colonie pour s'y établir avec leurs familles. En gage de bonne foi, le chef des rebelles a envoyé des boucles d'or prises lors du pillage des plantations. Les troupes de Surinam ont décidé de maintenir leurs positions jusqu'à l'arrivée de renforts d'Europe. En attendant, des négociations sont en cours pour faire rentrer les esclaves dans leur devoir, avec l'espoir que l'offre d'une amnistie dissuadera certains de rester dans la rébellion. Les plantations de Timerary ne sont plus menacées grâce aux renforts envoyés par les Anglais, qui possèdent trois quarts des plantations de la Barbade.
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16304
p. 190-193
De VERSAILLES, le 2 Juillet 1763.
Début :
Le Roi ayant nommé Chevalier des Ordres Royaux, Militaires & Hospitaliers [...]
Mots clefs :
Roi, Chevalier, Ordres, Nominations, Comte, Colonel, Duc, Obédience, Comtesse, Famille royale, Revue de la garde, Contrat de mariage, Envoyés, Nouvelles parutions, Inventions, Académie royale des sciences, Compiègne
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 2 Juillet 1763.
De VERSAILLES , le 2 Juillet 1763.
LBE Roi ayant nommé Chevalier des Ordres
Royaux, Militaires & Hofpitaliers de Notre- Dame
de Mont-Carmel & de S , Lazare de Jerufalem , le '
Chevalier Maflo de la Ferriere, Maréchal de Camp,
AOUST. 1763 . Igr
& Sous- Gouverneur Monfeigneur le Duc de Berry
& de Monfeigneur le Comte Provence ; le nouveau
Chevalier , ainsi que le Comte de Montault, Colonel
d'Infanterie & Gentilhomme de la Manche de
Monfeigneur le Duc de Berry, le fieur de Ruis-
Embito , Intendant de la Marine , à Rochefort , &
le fieur Durand, ci- devant Miniftre de Sa Majesté
près du Roi & de la République de Pologne , qui
avoient été nommés Chevaliers defdits Ordres par
Sa Majeſté au mois de Janvier dernier , ont été re
çus le premier de ce mois , dans l'appartement &
en préfence de Monfeigneur le Duc de Berry ,
Grand-Maître defdits Ördres. Après avoir fait
leurs profeffions & l'émiffion de leurs voeux entre
les mains du Comte de S. Florentin , Gérent &
Adminiftrateur Général de ces Ordres pendant la
minorité de Monfeigneur le Duc de Berry : ils ont
été admis à baifer la main du Prince Grand Maitre,
en figne d'obédience. Les Chevaliers , Commandeurs
, Grands Officiers & nombre d'autres
Chevaliers & Commandeurs Laïcs & Eccléfiaftiques
defdits Ordres , ont affifté à cette cérémonie.
Le 23 du mois dernier , la Comteffe de Noailles
, Grande d'Efpagne de la premiere Claire &
Grand' Croix de Malte , fut préfentée par la Duceffe
de Villars à Leurs Majeftés & à la Eamille
Royale , en qualité de Dame d'Honneur de la
Reine , en furvivance de la Ducheffe de Luynes ; le
lendemain , elle prêta ferment en cette qualité entre
les mains de la Reine.
La Comteffe de Gontaut , fut auffi préſentée le
29 à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , par la
Maréchale de Biron .
Le 30 , le Roi accompagné de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de Madame Adélaide, de Meldames Vica
192 MERCURE DE FRANCE,
toire , Sophie & Louife , de Monfeigneur le Duc
de Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence,
de Monſeigneur le Comte d'Artois & de Madame,
fe rendit à la Plaine de Marly , où Sa Majefté paffa
en revue les quatre Compagnies des Gardes-du-
Corps celles des Gendarmes , des Chevaux légers,
des Moufquetaires & celle des Grenadiers
à Cheval de fa Garde. Le Roi fuivi de Monfeigneur
le Dauphin , du Duc de Chartres , du
Prince de Condé, du Prince de Lamballe, pafla dans
les rangs de ces Troupes , qui défilerent enfuite
devant Leurs Majeftés & la Famille Royale. La
Comteffe de la Marche , & un grand nombre de
Seigneurs affifterent à cette revue.
>
Le 3 de ce mois , Leurs Majeftés , ainfi que la
Famille Royale, ont figné le contrat de Mariage
du Marquis de Graffe & de Demoiſelle de Carcado.
Le même jour , le Duc de Richemont a été préfenté
au Roi.
Le même jour , la Comteſſe de Meflé a été préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale, par
la Marquife de Saint- Chamand ; la Comteffe de-
Guines par la Princeſſe de Guiſtel . La Ducheffe de
la Trémoille par la Princeffe de Talmond;
Dom Delrue, nouvellement élu Général de la
Congrégation de S. Maur , pour la troifiéme fois ,
dans le Chapitre Général tenu à Marmoutiers , a
été préfenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale.
Le 29 neuf du mois dernier , l'Abbé Lambert
Penfionnaire du Roi , eut l'honneur de préſenter
à Sa Majesté une nouvelle tra duction de divers
morceaux choifis des Euvres Morales de Plutarque;
& le lendemain , le fieur le Rouge , Ingénieur
Géographe du Roi, préfenta à Sa Majeltě la
prefpective de la nouvelle Place,
Le
AOUST. 1763. 193
Le 30 , les fieurs
Camus
& Berthoud
, qui
avoient
été envoyés
à Londres
par ordre
du Roi
'pour
l'examen
de l'Horloge
Marine
du fieur
Har
rifon
, eurent
l'honneur
d'être
préſentés
à Sa Majellé
par le Comte
de Saint-
Florentin
.
Le même jour , l'Académie Royale des Sciences
eut l'honneur de préfenter au Roi le volu
me de fon Hiftoire & de les Mémoires pour
l'année 1761 & fes defcriptions des différens
Arts qu'elle a publiées jufqu'à ce jour.
Le Roi , Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine font partis hier pour Compiegne.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monfeigneur
le Comte de Provence y étoient arrivés la veille.
La Reine , Madame Adélaïde, Meldames Victoire,
Sophie & Louife , s'y rendront aujourd'hui,
LBE Roi ayant nommé Chevalier des Ordres
Royaux, Militaires & Hofpitaliers de Notre- Dame
de Mont-Carmel & de S , Lazare de Jerufalem , le '
Chevalier Maflo de la Ferriere, Maréchal de Camp,
AOUST. 1763 . Igr
& Sous- Gouverneur Monfeigneur le Duc de Berry
& de Monfeigneur le Comte Provence ; le nouveau
Chevalier , ainsi que le Comte de Montault, Colonel
d'Infanterie & Gentilhomme de la Manche de
Monfeigneur le Duc de Berry, le fieur de Ruis-
Embito , Intendant de la Marine , à Rochefort , &
le fieur Durand, ci- devant Miniftre de Sa Majesté
près du Roi & de la République de Pologne , qui
avoient été nommés Chevaliers defdits Ordres par
Sa Majeſté au mois de Janvier dernier , ont été re
çus le premier de ce mois , dans l'appartement &
en préfence de Monfeigneur le Duc de Berry ,
Grand-Maître defdits Ördres. Après avoir fait
leurs profeffions & l'émiffion de leurs voeux entre
les mains du Comte de S. Florentin , Gérent &
Adminiftrateur Général de ces Ordres pendant la
minorité de Monfeigneur le Duc de Berry : ils ont
été admis à baifer la main du Prince Grand Maitre,
en figne d'obédience. Les Chevaliers , Commandeurs
, Grands Officiers & nombre d'autres
Chevaliers & Commandeurs Laïcs & Eccléfiaftiques
defdits Ordres , ont affifté à cette cérémonie.
Le 23 du mois dernier , la Comteffe de Noailles
, Grande d'Efpagne de la premiere Claire &
Grand' Croix de Malte , fut préfentée par la Duceffe
de Villars à Leurs Majeftés & à la Eamille
Royale , en qualité de Dame d'Honneur de la
Reine , en furvivance de la Ducheffe de Luynes ; le
lendemain , elle prêta ferment en cette qualité entre
les mains de la Reine.
La Comteffe de Gontaut , fut auffi préſentée le
29 à Leurs Majeftés & à la Famille Royale , par la
Maréchale de Biron .
Le 30 , le Roi accompagné de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de Madame Adélaide, de Meldames Vica
192 MERCURE DE FRANCE,
toire , Sophie & Louife , de Monfeigneur le Duc
de Berry , de Monfeigneur le Comte de Provence,
de Monſeigneur le Comte d'Artois & de Madame,
fe rendit à la Plaine de Marly , où Sa Majefté paffa
en revue les quatre Compagnies des Gardes-du-
Corps celles des Gendarmes , des Chevaux légers,
des Moufquetaires & celle des Grenadiers
à Cheval de fa Garde. Le Roi fuivi de Monfeigneur
le Dauphin , du Duc de Chartres , du
Prince de Condé, du Prince de Lamballe, pafla dans
les rangs de ces Troupes , qui défilerent enfuite
devant Leurs Majeftés & la Famille Royale. La
Comteffe de la Marche , & un grand nombre de
Seigneurs affifterent à cette revue.
>
Le 3 de ce mois , Leurs Majeftés , ainfi que la
Famille Royale, ont figné le contrat de Mariage
du Marquis de Graffe & de Demoiſelle de Carcado.
Le même jour , le Duc de Richemont a été préfenté
au Roi.
Le même jour , la Comteſſe de Meflé a été préfentée
à Leurs Majeftés & à la Famille Royale, par
la Marquife de Saint- Chamand ; la Comteffe de-
Guines par la Princeſſe de Guiſtel . La Ducheffe de
la Trémoille par la Princeffe de Talmond;
Dom Delrue, nouvellement élu Général de la
Congrégation de S. Maur , pour la troifiéme fois ,
dans le Chapitre Général tenu à Marmoutiers , a
été préfenté à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale.
Le 29 neuf du mois dernier , l'Abbé Lambert
Penfionnaire du Roi , eut l'honneur de préſenter
à Sa Majesté une nouvelle tra duction de divers
morceaux choifis des Euvres Morales de Plutarque;
& le lendemain , le fieur le Rouge , Ingénieur
Géographe du Roi, préfenta à Sa Majeltě la
prefpective de la nouvelle Place,
Le
AOUST. 1763. 193
Le 30 , les fieurs
Camus
& Berthoud
, qui
avoient
été envoyés
à Londres
par ordre
du Roi
'pour
l'examen
de l'Horloge
Marine
du fieur
Har
rifon
, eurent
l'honneur
d'être
préſentés
à Sa Majellé
par le Comte
de Saint-
Florentin
.
Le même jour , l'Académie Royale des Sciences
eut l'honneur de préfenter au Roi le volu
me de fon Hiftoire & de les Mémoires pour
l'année 1761 & fes defcriptions des différens
Arts qu'elle a publiées jufqu'à ce jour.
Le Roi , Monfeigneur le Dauphin & Madame
la Dauphine font partis hier pour Compiegne.
Monfeigneur le Duc de Berry & Monfeigneur
le Comte de Provence y étoient arrivés la veille.
La Reine , Madame Adélaïde, Meldames Victoire,
Sophie & Louife , s'y rendront aujourd'hui,
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Résumé : De VERSAILLES, le 2 Juillet 1763.
En juillet 1763, le roi de France a procédé à plusieurs nominations prestigieuses au sein des Ordres Royaux, Militaires et Hospitaliers de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. Le Chevalier Maillot de la Ferrière a été nommé Maréchal de Camp et Sous-Gouverneur des princes Duc de Berry et Comte de Provence. D'autres nominations incluent le Comte de Montault, Colonel d'Infanterie, le sieur de Ruis-Embito, Intendant de la Marine à Rochefort, et le sieur Durand, ancien ministre auprès du Roi et de la République de Pologne. Le 1er août 1763, ces nouveaux Chevaliers ont été reçus dans l'appartement du Duc de Berry, Grand-Maître des Ordres, après avoir fait leurs professions et émis leurs vœux. Plusieurs Chevaliers, Commandeurs, Grands Officiers et autres dignitaires ont assisté à cette cérémonie. En juin 1763, plusieurs présentations ont eu lieu à la cour. La Comtesse de Noailles a été présentée comme Dame d'Honneur de la Reine, remplaçant la Duchesse de Luynes. La Comtesse de Gontaut a également été présentée. Le 30 juin, le roi, accompagné de la famille royale, a passé en revue les troupes à la Plaine de Marly. Le 3 juillet, le contrat de mariage du Marquis de Graffe et de Mademoiselle de Carcado a été signé. Plusieurs présentations de dignitaires et de personnalités ont également eu lieu ce jour-là, notamment celles de la Comtesse de Melflé, de la Comtesse de Guines, de la Duchesse de la Trémoille, et du Dom Delrue, nouvellement élu Général de la Congrégation de Saint-Maur. Le 29 juin, l'Abbé Lambert a présenté au roi une nouvelle traduction des Œuvres Morales de Plutarque. Le 30 juin, les sieurs Camus et Berthoud, envoyés à Londres pour examiner l'horloge marine de M. Harrison, ont été présentés au roi. L'Académie Royale des Sciences a également présenté au roi le volume de son Histoire et des Mémoires pour l'année 1761. Le roi, le Dauphin et la Dauphine se sont rendus à Compiègne, où le Duc de Berry et le Comte de Provence étaient déjà arrivés. La Reine et les princesses Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise devaient les rejoindre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16305
p. 193-194
De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
Début :
Le Sieur Tiepolo, Ambassadeur de Venise, eut le 10 de ce mois, [...]
Mots clefs :
Ambassadeurs, République de Venise, Audience, Département des affaires étrangères, Ministres, Famille royale, Contrat de mariage, Comtesse, Marquis, Serment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
De COMPIEGNE , le 20 Juillet 1763 .
"
Le Sieur Tiepolo , Amballadeur de Venife ,
' eut le ro de ce mois une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il préfenta le Chevalier
de Morofini & le Sieur de Quirini , cidevant
Ambaffadeur de cette République à la
Cour de Londres , qui prirent congé de Sa
Majefté. Ces Ambaffadeurs furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le Sieur de la Live ,.
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le Baron de Breteuil , qui revient de Ruffie ,
a eu l'honneur d'être préfenté le 14 , par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département des Affaires étrangères . Sa Majefté
l'a nommé fon Ambaſſadeur en Suede.
Le 17 , Leurs Majeftés & la Famille Royale
fgnerent le Contrat de Mariage du Comte de
Canizy , Exempt des Gardes du Corps , & de
Demoiselle de Vally.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
La Comteffe de Butturin fut préfentée le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Ducheffe de Praflin .
Le 19 , le Marquis de la Rochejaquelin , Capitaine
de Dragons reforme , prêta ferment en
tre les mains de Sa Majefté , pour la Lieute
nance de Roi du Poitou .
"
Le Sieur Tiepolo , Amballadeur de Venife ,
' eut le ro de ce mois une audience particu
liere du Roi , dans laquelle il préfenta le Chevalier
de Morofini & le Sieur de Quirini , cidevant
Ambaffadeur de cette République à la
Cour de Londres , qui prirent congé de Sa
Majefté. Ces Ambaffadeurs furent conduits à
cette audience , ainfi qu'à celles de la Reine &
de la Famille Royale , par le Sieur de la Live ,.
Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le Baron de Breteuil , qui revient de Ruffie ,
a eu l'honneur d'être préfenté le 14 , par le
Duc de Praflin , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département des Affaires étrangères . Sa Majefté
l'a nommé fon Ambaſſadeur en Suede.
Le 17 , Leurs Majeftés & la Famille Royale
fgnerent le Contrat de Mariage du Comte de
Canizy , Exempt des Gardes du Corps , & de
Demoiselle de Vally.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
La Comteffe de Butturin fut préfentée le même
jour à Leurs Majeftés & à la Famille Royale ,
par la Ducheffe de Praflin .
Le 19 , le Marquis de la Rochejaquelin , Capitaine
de Dragons reforme , prêta ferment en
tre les mains de Sa Majefté , pour la Lieute
nance de Roi du Poitou .
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Résumé : De COMPIEGNE, le 20 Juillet 1763.
Le 20 juillet 1763, à Compiègne, le Sieur Tiepolo, ambassadeur de Venise, a obtenu une audience avec le Roi. Il a présenté le Chevalier de Morofini et le Sieur de Quirini, ancien ambassadeur de Venise à Londres, qui ont pris congé de Sa Majesté. Ils ont été accompagnés par le Sieur de la Live, Introducteur des Ambassadeurs, lors des audiences avec la Reine et la Famille Royale. Le Baron de Breteuil, de retour de Russie, a été présenté le 14 juillet par le Duc de Praslin, Ministre et Secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Le Roi l'a nommé ambassadeur en Suède. Le 17 juillet, Leurs Majestés et la Famille Royale ont signé le contrat de mariage entre le Comte de Canizy, Exempt des Gardes du Corps, et Mademoiselle de Vally. La Comtesse de Butturin a été présentée le même jour à Leurs Majestés et à la Famille Royale par la Duchesse de Praslin. Le 19 juillet, le Marquis de la Rochejaquelin, Capitaine de Dragons réformé, a prêté serment entre les mains du Roi pour la Lieutenance de Roi du Poitou.
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16306
p. 194
De COMMERCI, le 13 Juillet 176[3].
Début :
Le Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, & la Princesse [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Duc de Lorraine, Baptême, Maréchal de camp, Nomination, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : De COMMERCI, le 13 Juillet 176[3].
De COMMERCI , le 13 Juillet 1762.
Le Roi de Pologne Duc de Lorraine & de
Bar , & la Princelle Chriftine de Saxe , ont tenu
fur les fonts de Baptême , Demoiselle de Cler .
mont - Tonnerre , fille de François- Jofeph Marquis
de Clermont-Tonnerre fils du Maréchal de
ce nom , Maréchal de Camp & premier Gentilhomme
du Roi de Pologne ; & de Marie - Anne
de Lentilhac . Elle a été nommée Staniflas Chrif
tine. Toute la Cour a affifté à cette Cérémonie
qui s'eft faire avec beaucoup de pompe.
Le Roi de Pologne Duc de Lorraine & de
Bar , & la Princelle Chriftine de Saxe , ont tenu
fur les fonts de Baptême , Demoiselle de Cler .
mont - Tonnerre , fille de François- Jofeph Marquis
de Clermont-Tonnerre fils du Maréchal de
ce nom , Maréchal de Camp & premier Gentilhomme
du Roi de Pologne ; & de Marie - Anne
de Lentilhac . Elle a été nommée Staniflas Chrif
tine. Toute la Cour a affifté à cette Cérémonie
qui s'eft faire avec beaucoup de pompe.
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16307
p. 194-195
De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
Début :
Le 22 de ce mois, la publication de la Paix se fit ici en François [...]
Mots clefs :
Paix, Cérémonies, Réjouissances, Illuminations, distribution, Troupes, Habitants, Magistrats, Marquis, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
De STRASBOURG , le 29 Juin 1763.
Le 22 de ce mois , la publication de la Paix
fe fit ici en François & en Allemand , avec les
Cérémonies accoutumées , dans toutes les Places ,
ainfi que dans les différens quartiers de la Ville :
les réjouiffances furent remifes au Dimanche
fuivant 26. Ce jour - là on chanta dans la Cathédrale
le Te Deum auquel affiftérent le Marquis
de Vibray , Commandant en l'abfence du
Maréchal de Contades , & tous les Ordres du
Clergé & de la Magiftrature. Le foir , on illumina
la facade de l'Hôtel- de-Ville , fur la Place duquel
il y eut deux Fontaines de Vin & une diftribution
de pain & de viandes au Peuple Parmi les illuminations
des différens Hôtels de la Ville , celle de la
Fiéche de la Cathédrale fixa particulierement- les
AO UST. 1763. 195
regards du Public , par l'effet admirable que profoit
le nombre prodigieux de la mpions dont elle
toit ornée . Pour prévenir toute elpèce de trouble
& de tumulte , le Marquis de Vibrai ordonna
que les Troupes fullent fous les a rmes
pendant toute la journée ; il fit doubler , pendant
la nuit , les poftes & les patrouilles , & défendit
expreflément aux troupes de fe miler avec
les autres Habitans. On porta même l'efprit
d'ordre jufqu'à féparer les différens Corps de
métiers au moyen de vingt-deux Tributs ou Salles
très-vaftes , qui leur fervirent de lieux d'allemblée
, & dès la veille , chacun d'eux avoit été
prévenu de la place qui lui étoit aflignée . On dif
tribua , par ordre des Magiftrats & avec la permiflion
du Marquis de Vibray , des vivres & une
bouteille de vin à chaque Soldat , Cavalier &
Dragon , qui prirent leurs divertillemens à
part dans les différens Quartiers où ils avoient
été diftribués. La Ville fit remettre aux Curés
& aux Miniftres des deux Religions une fomme
de fix mille livres pour les Pauvres .
Le lendemain , le Marquis de Vibray fit don
ner au Peuple la Comédie & le Bal gratis ; & le
furlendemain , le feur de Lucé , Intendant de
cette Province , fit tirer un très beau feu d'artifice
, & diftribuer au Peuple quatre tonneaux de
vin. Pendant ces trois jours de réjouillances , le
Commendant , l'Intendant & les Magtrats de la
Ville fe donnerent réciproquement de fplendides
repas auxquels furent invitées plufieurs perfonnes
de diftinction .
Le 22 de ce mois , la publication de la Paix
fe fit ici en François & en Allemand , avec les
Cérémonies accoutumées , dans toutes les Places ,
ainfi que dans les différens quartiers de la Ville :
les réjouiffances furent remifes au Dimanche
fuivant 26. Ce jour - là on chanta dans la Cathédrale
le Te Deum auquel affiftérent le Marquis
de Vibray , Commandant en l'abfence du
Maréchal de Contades , & tous les Ordres du
Clergé & de la Magiftrature. Le foir , on illumina
la facade de l'Hôtel- de-Ville , fur la Place duquel
il y eut deux Fontaines de Vin & une diftribution
de pain & de viandes au Peuple Parmi les illuminations
des différens Hôtels de la Ville , celle de la
Fiéche de la Cathédrale fixa particulierement- les
AO UST. 1763. 195
regards du Public , par l'effet admirable que profoit
le nombre prodigieux de la mpions dont elle
toit ornée . Pour prévenir toute elpèce de trouble
& de tumulte , le Marquis de Vibrai ordonna
que les Troupes fullent fous les a rmes
pendant toute la journée ; il fit doubler , pendant
la nuit , les poftes & les patrouilles , & défendit
expreflément aux troupes de fe miler avec
les autres Habitans. On porta même l'efprit
d'ordre jufqu'à féparer les différens Corps de
métiers au moyen de vingt-deux Tributs ou Salles
très-vaftes , qui leur fervirent de lieux d'allemblée
, & dès la veille , chacun d'eux avoit été
prévenu de la place qui lui étoit aflignée . On dif
tribua , par ordre des Magiftrats & avec la permiflion
du Marquis de Vibray , des vivres & une
bouteille de vin à chaque Soldat , Cavalier &
Dragon , qui prirent leurs divertillemens à
part dans les différens Quartiers où ils avoient
été diftribués. La Ville fit remettre aux Curés
& aux Miniftres des deux Religions une fomme
de fix mille livres pour les Pauvres .
Le lendemain , le Marquis de Vibray fit don
ner au Peuple la Comédie & le Bal gratis ; & le
furlendemain , le feur de Lucé , Intendant de
cette Province , fit tirer un très beau feu d'artifice
, & diftribuer au Peuple quatre tonneaux de
vin. Pendant ces trois jours de réjouillances , le
Commendant , l'Intendant & les Magtrats de la
Ville fe donnerent réciproquement de fplendides
repas auxquels furent invitées plufieurs perfonnes
de diftinction .
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Résumé : De STRASBOURG, le 29 Juin 1763.
Le 22 juin 1763, la paix fut proclamée à Strasbourg en français et en allemand, accompagnée de cérémonies publiques. Les réjouissances débutèrent le 26 juin avec un Te Deum à la cathédrale en présence du Marquis de Vibray, du clergé et de la magistrature. La façade de l'Hôtel-de-Ville fut illuminée, et des fontaines de vin ainsi que des distributions de pain et de viandes furent offertes au peuple. Les illuminations des hôtels de la ville, notamment celle de la cathédrale, attirèrent l'attention. Pour maintenir l'ordre, le Marquis de Vibray ordonna aux troupes de rester sous les armes et interdit aux soldats de se mêler aux habitants. Des vivres et du vin furent distribués aux militaires. La ville remit six mille livres aux curés et ministres des deux religions pour les pauvres. Le lendemain, le Marquis de Vibray offrit une comédie et un bal gratuits. Le surlendemain, le seigneur de Lucé organisa un feu d'artifice et distribua du vin. Pendant ces trois jours, les autorités s'invitèrent mutuellement à des repas somptueux avec des personnes de distinction.
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16308
p. 195-196
De PARIS, le 22 Juillet 1763.
Début :
La Faculté de Médecine, assemblée le 28 du mois dernier au sujet [...]
Mots clefs :
Faculté de médecine, Inoculation, Commissaires, Paix, Réjouissances publiques, Nominations, Loterie de l'école royale militaire, Tirage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 22 Juillet 1763.
De PARIS , le 22 Juillet 1763 .
La Faculté de Médecine , alfemblée le 28 du
mois dernier au fujet de l'inoculation , a nommé
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
douze Commiffaires choifis parmi les Docteurs
préfens dans l'aflemblée . Ces Commiſſaires font
Jes fieurs Aftruc , de Lépine , Baron , Bouvart , de
Cochu , de Verdalham , Lorry , Maloet, Geoffroy,
Thierry , Macquart & Petit.
Le 6 de ce mois , les Six Corps des Marchands
de cette Ville ont fait chanter dans l'Eglife des
Prêtres de l'Oratoire , un Te Deum en Mufique ,
en action de graces de l'heureux événement de la
Paix. Le Lieutenant Général de Police , l'Avocat
du Roi & le Procureur du Roi du Châtelet , ont
affifté à cette Cérémonie. Les Six Corps avoient
déja donné des preuves de leur zéle & de leur
aitachement pour la perfonne du Roi ; ilsavoient
contribué aux réjouiffances publiques pour l'iqauguration
de la Statue de Sa Majefté & de la
Publication de la Paix , en faiſant illuminer à
leurs frais , les deux colonnades de la nouvelle
Place.
Le Roi vient de nommer Infpecteur des Hôpitaux
des Trois Evêchés & de la Lorraine , le fieur
Ninnin , ci- devant Médecin - Confultant de fes
armées en Allemagne , & premier Médecin de
celle d'Espagne.
Le trentiéme tirage de la Loterie de l'Hôtel-
.de Ville , s'eft fait le 25 du mois dernier , en la
manière accoutumée . Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numero 55311 , celui de vinge
mille livres au numero 52562 , & les deux de dix
mille livres aux numeros §4§14 & 48603 .
Le s de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numeros fortis de la roue de
fortune , font , 4 , 4 , 26 , 55 , 22. Le prochain
tirage fe fera les Août.
La Faculté de Médecine , alfemblée le 28 du
mois dernier au fujet de l'inoculation , a nommé
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
douze Commiffaires choifis parmi les Docteurs
préfens dans l'aflemblée . Ces Commiſſaires font
Jes fieurs Aftruc , de Lépine , Baron , Bouvart , de
Cochu , de Verdalham , Lorry , Maloet, Geoffroy,
Thierry , Macquart & Petit.
Le 6 de ce mois , les Six Corps des Marchands
de cette Ville ont fait chanter dans l'Eglife des
Prêtres de l'Oratoire , un Te Deum en Mufique ,
en action de graces de l'heureux événement de la
Paix. Le Lieutenant Général de Police , l'Avocat
du Roi & le Procureur du Roi du Châtelet , ont
affifté à cette Cérémonie. Les Six Corps avoient
déja donné des preuves de leur zéle & de leur
aitachement pour la perfonne du Roi ; ilsavoient
contribué aux réjouiffances publiques pour l'iqauguration
de la Statue de Sa Majefté & de la
Publication de la Paix , en faiſant illuminer à
leurs frais , les deux colonnades de la nouvelle
Place.
Le Roi vient de nommer Infpecteur des Hôpitaux
des Trois Evêchés & de la Lorraine , le fieur
Ninnin , ci- devant Médecin - Confultant de fes
armées en Allemagne , & premier Médecin de
celle d'Espagne.
Le trentiéme tirage de la Loterie de l'Hôtel-
.de Ville , s'eft fait le 25 du mois dernier , en la
manière accoutumée . Le lot de cinquante mille
livres eft échu au numero 55311 , celui de vinge
mille livres au numero 52562 , & les deux de dix
mille livres aux numeros §4§14 & 48603 .
Le s de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire. Les numeros fortis de la roue de
fortune , font , 4 , 4 , 26 , 55 , 22. Le prochain
tirage fe fera les Août.
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Résumé : De PARIS, le 22 Juillet 1763.
En juillet 1763, la Faculté de Médecine de Paris a désigné douze commissaires, dont les docteurs Astruc, de Lépine et Baron, pour examiner l'inoculation. Le 6 juillet, les Six Corps des Marchands de Paris ont célébré un Te Deum à l'église des Prêtres de l'Oratoire pour remercier la paix récemment établie, en présence du Lieutenant Général de Police, de l'Avocat du Roi et du Procureur du Roi du Châtelet. Les Six Corps avaient déjà manifesté leur soutien au roi lors de l'inauguration de la statue royale et de la publication de la paix. Le roi a nommé M. Ninnin, ancien médecin consultant des armées en Allemagne et premier médecin de l'armée d'Espagne, inspecteur des hôpitaux des Trois Evêchés et de la Lorraine. Le trentième tirage de la loterie de l'Hôtel-de-Ville a eu lieu le 25 juin, attribuant des lots à plusieurs numéros. Le 8 juillet, la loterie de l'École Royale Militaire a été tirée, avec les numéros forts 4, 4, 26, 55 et 22. Le prochain tirage est prévu pour août.
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16309
p. 197
MARIAGES.
Début :
Charles-Claude François Marquis du Tillet, Colonel du Régiment Royal Infanterie [...]
Mots clefs :
Colonel de régiment, Bénédiction nuptiale, Comte, Mariage, Lieutenant, Demoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Charles-Claude François Marquis da Tillet ,
Colonel du Régiment Royal Infanterie , a épou
fé le 21 Juin , Demoifellle de Sebbeval . La Béné
diction Nuptiale leur a été donnée dans la Paroille
deSaint Laurent , par l'Abbé du Tiller , Vicaire
Général de l'Evêché de Châlons en Champagne.
-
·
Le mariage du Marquis de Pardieu avec De
moifelle de Saint Fulgent , a été célébré le 27
du même mois dans l'Eglife Paroiffiale de Saint-
Roch. L'Abbé de Flamarens , Vicaire Général du
Diocèle de Chartres , leur a donné la Bénédiction
Nuptiale.
La Célébration du Mariage de Louis Antoine-
Armand de Gramont , Comte de Guiche , fils
du Duc de Gramont > avec Philippine Louife-
Catherine de Noailles , fille du Duc d'Ayen
s'eft faite auffi le 27 , dans la Chapelle de l'Hôtel
de Noailles.
Le 12 de Juillet 1763 , ont été mariés en l'Eglife
Paroiliale de S. Roch à Paris , François ,
Marquis de Graffe , des anciens Princes & Seigneurs
d'Antibes fur la côte de Provence , Seigneur
de Limirmont en Picardie & autres lieux , Capitaine
au Régiment des Gardes -Françoiſes &c .
Et Dlle Marie-Anne - Françoife - Louiſe le Senef
chal de Carcado , fille de feu Louis - Alexandre-
Xavier le Senefchal , Marquis de Carcado , Seigneur
de Saint Cavadel , du Gué- de- l'Ifle , & autres
Terres aux Diocéfes de Vannes & de Quimper
en Bretagne , Lieutenant Général ès armées
du Roi , autrefois Colonel du Régiment de Breffe,
& Commandant pour Sa Majesté dans la Baffe-
Alface , & de Dame Marie - Anne - Claude de
Montmorency , aujourd'hui fa veuve.
Charles-Claude François Marquis da Tillet ,
Colonel du Régiment Royal Infanterie , a épou
fé le 21 Juin , Demoifellle de Sebbeval . La Béné
diction Nuptiale leur a été donnée dans la Paroille
deSaint Laurent , par l'Abbé du Tiller , Vicaire
Général de l'Evêché de Châlons en Champagne.
-
·
Le mariage du Marquis de Pardieu avec De
moifelle de Saint Fulgent , a été célébré le 27
du même mois dans l'Eglife Paroiffiale de Saint-
Roch. L'Abbé de Flamarens , Vicaire Général du
Diocèle de Chartres , leur a donné la Bénédiction
Nuptiale.
La Célébration du Mariage de Louis Antoine-
Armand de Gramont , Comte de Guiche , fils
du Duc de Gramont > avec Philippine Louife-
Catherine de Noailles , fille du Duc d'Ayen
s'eft faite auffi le 27 , dans la Chapelle de l'Hôtel
de Noailles.
Le 12 de Juillet 1763 , ont été mariés en l'Eglife
Paroiliale de S. Roch à Paris , François ,
Marquis de Graffe , des anciens Princes & Seigneurs
d'Antibes fur la côte de Provence , Seigneur
de Limirmont en Picardie & autres lieux , Capitaine
au Régiment des Gardes -Françoiſes &c .
Et Dlle Marie-Anne - Françoife - Louiſe le Senef
chal de Carcado , fille de feu Louis - Alexandre-
Xavier le Senefchal , Marquis de Carcado , Seigneur
de Saint Cavadel , du Gué- de- l'Ifle , & autres
Terres aux Diocéfes de Vannes & de Quimper
en Bretagne , Lieutenant Général ès armées
du Roi , autrefois Colonel du Régiment de Breffe,
& Commandant pour Sa Majesté dans la Baffe-
Alface , & de Dame Marie - Anne - Claude de
Montmorency , aujourd'hui fa veuve.
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Résumé : MARIAGES.
Au XVIIIe siècle, plusieurs mariages aristocratiques ont eu lieu en France. Le 21 juin, Charles-Claude François, Marquis da Tillet, colonel du Régiment Royal Infanterie, a épousé Mademoiselle de Sebbeval. La bénédiction a été donnée par l'Abbé du Tiller dans la paroisse de Saint-Laurent. Le 27 juin, le Marquis de Pardieu a épousé Mademoiselle de Saint Fulgent à Saint-Roch, avec la bénédiction de l'Abbé de Flamarens. Le même jour, Louis Antoine-Armand de Gramont, Comte de Guiche, a épousé Philippine Louise-Catherine de Noailles dans la chapelle de l'Hôtel de Noailles. Le 12 juillet 1763, François Marquis de Graffe, capitaine au Régiment des Gardes-Françoises, a épousé Mademoiselle Marie-Anne Françoise Louise le Seneschal de Carcado à Saint-Roch. Cette dernière était la fille de Louis Alexandre-Xavier le Seneschal, Marquis de Carcado, et de Dame Marie-Anne Claude de Montmorency.
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16310
p. 198-206
MORTS.
Début :
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante de l'Académie Françoise, [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Académicien, Veuve, Comte, Décès, Duc, Marquis, Fille, Mariage, Maison de Maulde, Baron, Chambellan, Seigneurs, Maison du Plessis-Chastillon, Lieutenant général, Vicomte, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
"
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , Penſionnaire & ancien
Secrétaire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres de l'Académie de Crotone
Cenfeur Royal , Garde de la Salle des Antiques
du Louvre , & l'un des Secrétaires ordinaires
du Duc d'Orléans , eſt mort au Château
de Loches , le 22 Juin , dans la quarante &
uniéme année de fon âge.
François - Eléonor Comte d'Andlau , Lieutenant-
Général des armées du Roi , & l'un des Directeurs
du Corps de la Nobleffe de la Baffe Alface
, eft mort en cette Ville le 24 Juin , âgé de
cinquante- deux ans.
Marie-Magdeleine de Saint-Remy , veuve de
Guy-Antoine de Saint-Simon , Marquis de Courtomer
, Capitaine des Gardes- du- Corps de feue
Son Alteffe Royale Madame la Ducheffe de Berry,
& fille de Jean- Jacques Marquis de Saint - Remy ,
& de Marie - Therefe de Montgommery , eft
morte le 26 du même mois dans fon Château de
la Motte-Fouquet , en Baffe - Normandie , dans la
foixante-deuxième année de fon âge.
Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil
de Montalet , veuve en premières noces de Joachim
-Jacques de la Chétardie , Maréchal de
Camp, Commandant au Vieux Briffac , Gouver
neur de Landrecy ; & en fecondes nôces de Ferdinand-
Augufte Solars , Comte de Monafterol ,
L'eutenant Général des troupes de l'Electeur de
Baviere , fon Miniftre & fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de France , eft morte dernierement
en cette Ville .
AOUST. 1763. 199
1
Louife -Marie de Saint - Quintin de Bler , épouſe
de Célar- Pierre Thibault de la Brouffe , Marquis
de Verteillac de Saint- Martin , Baron dela Tour-
Blanche , Gouverneur , Grand- Sénéchal & Lieutenant
de Roi de la Province de Périgord , Chevalier
de Saint Louis , & Capitaine Lieutenant de la
Gendarmerie , mourut le & Juillet. Elle étoit fille"
d'Alexandre de Saint-Quintin , Comte de Bler
Maréchal de Camp , mort à Berg-Op-Zoom , ou
il commandoit pour Sa Majesté.
Marie- Louife Magdeleine de Beauveau , veuve
de Pierre-Louis Comte d'Ailly,, Marquis de Senecey
, eft morte en cette Ville le 11 du même mois.
Marie de Cuminal , veuve du fieur Malfal- ,
gueyrar , eft morte le 23 Juin à Bergerac en Perigord
, dans la cent uniéme année de fon âge.
རྩྭ་ ༣༩ ས་ ཤ
Emmanuel- Maurice de Lorraine Duc d'Elbeuf
en Normandie, Pair de France, Chevalier de
l'Ordre de Saint Etienne de Tofcane , ancien Général
de la Cavalerie dans le Royaume de Naples .
pour le fervice des Empereurs Jofeph & Charles
VI. eft mort en cette Ville le 17 Juillet , dans la
quatre-vingt- fixième année de fon âge.
Urfule de Pollel , veuve d'Abraham du Quefne-
Mofnier , Chef d'Efcadre des Armées Navales de
Sa Majefté , Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis , & ci- devant Comman
dant le Département de la Marine au Port de
Toulon , eft morre en cette dernière Ville le 6
Juillet , dans la quatre-vingt- quatorziéme année
de fon âge.
Louis- François Comte de Maulde , Marquis de
la Buiffiere , Prince d'Hofdan au pays de Liége ,
eft mort en fon Château de la Builliere en Artois ,
le 31 Mars dernier .
Le filence de l'Auteur du Calendrier des Princes
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
& de la Nobleffe de France , fur la Maiſon de
Maulde , en Hainault , qui fans confulter le
tome 2. de fon Dictionnaire général pag. 490 ,
s'eft contenté de dire dans les Calendriers de
1762 & 1763 , qu'il n'en reftoit qu'une fille mariée
au Vicomte d'Ifque , pourroit faire croire
que cette ancienne Maiſon eft éteinte. Il eft vrai
que Gabriel de Maulde , troifiéme du nom , Seigneur
de Neuville, Marquis de Colemberg , Maréchal
de Camp , Lieutenant-Général au Département
du Boulonnois , le dernier de la Branche
cadette , léparée dès l'an 1430 , mort dans le dixfeptiéme
fiécle , ne laiffa qu'une fille mariée au
Vicomte d'Ifque , à condition de prendre fon
nom & les armes. Mais la Branche aînée ( Voyez
le tome 2. du Dict . ) a toujours ſubfifté en ligné
directe , & le Comte de Maulde dont on vient
d'annoncer la mort , étoit le Chef de cette Branche.
Il eſt le premier de fon nom qui ait fervi en
France , & a hérité de tous les biens de Léon de
Maulde, mort fans enfans en 1740 , de Jeanne
d'Auxi fon épouſe.
De fon mariage ( Célébration , 11 Juillet
1735:) avec Félicité de Conflans , il a laiffé quatre
enfans fçavoir :
Leon , Eugene , Louis , Comte de Maulde , né
le 25 Août 1739 , Colonel aux Grenadiers de
France.
Emmanuel- Gabriel Vicomte de Maulde , né le
24 Septembre 1740 , Colonel,
Adelaide , née en Janvier 1742 ,
mariée en
Mai 1760 à Henri Comte de Lur , Marquis de
Saluces , Brigadier & Colonel de Cavalerie.
Marie-Anne-Charlotte , née le premier No-
-vembre 1748 .
"
AOUST. 1763.
201
Le nom de Maulde eft un des plus anciens qui
fe trouvent infcrits dans les archives des fondations
les plus gothiques de la Province de Hainault
: où on les voit bienfaiteurs des Abbayes de
S. Hubert , de S. Martin , de S. Guilain &c . La
Terre de Maulde eft partagée par Lefcaurà deux
lieux d'Ath , dont la partie au-delà de Lescaut appartenoit
dès l'an 1000 , & appartient encore aujourd'hui
aux Seigneurs de Ligne qui le font qualifiés
Barons de Maulde , jufqu'en l'an 1400. L'autre
partie dont relevoient quinze Fiefs nobles
appartenoit aufli en la même année 1000 ,
Watiez de Maulde , marié 1 ° .à Agnès de Saveuze;
2.à Amante d'Enghien ; ce qui rend probable
que ces deux Maiſons ſont la même origine. La
reflemblance des armes de l'une & de l'autre ,
femble confirmer cette opinion * : celles des premiers
ne différent de celles des derniers que par
trois Croix en fautoirs fur la bande de fable , &
que les Papes accordoient comme marque d'honneur
aux croisés.
•
Quoiqu'il en foit , en 1180 une Auduine de
Ligne , foeur de Watier & de Fraftre de Ligne ,
fut mariée à Mathieu de Maulde , ( Voyez les ann .
du Comté de Hainault , pag . 213 ) . Les autres
alliances de la Mailon de Maulde , font , fuivant
Carpantier, avec les Maifons de Haluin , Henin-
Lietard, Barbançon , Cléves , Montmorency , Berghes
, Mailly &c. Elle a donné des Chanoinelles.
aux Nobles Chapitres d'Andennes de Mons , & de
Nivelle , un Wautier , Seigneur de Maulde , fuivit
en 1201 au voyage de la Terre - Sainte , Bau-
* L'anciem dictum Flamand , Maulde crie Ligne ,
fe trouve aux Archives de Bruxelles .
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
douin , Comte de Hainault. Robert de Maulde fug
Gouverneur de Guiſe en 1250 ; & Mathieu , Gouverneur
de Sensen 1252 .
La Terre de la Buiffiere en Artois , eft paffée
dans la Maiſon de Maulde par le mariage de
George de Maulde en 1597 avec Joffinne de Courteville
, fille & héritiere de Jacques , Seigneur de
la Buiffiere , & de Catherine de Barbançon. Jacques
étoit Chambellan , Capitaine des Gardes , &
Ambaſſadeur de Sa Majefté Catholique Philippe I.
Gouverneur de fon Fils Charles-Quint , & Chevalier
de la Toifon d'Or , dont defcendoit le Comte
de Maulde , Marquis de la Buiffiere , qui a pour .
Mere une Ghistelles , & pour Ayeule une Montmorency.
9
La Terre de Maulde en deça de Lefcaut , a été
vendue par Guillemette de Maulde à Antoine
de Carondelet . Elle fut mariée 1ª . à Jean de Bar
bançon , 2 ° . à Hefter de Cleves.
Les Archives de S. Guilain & de S. Martin, difent
que cette Guillemette de Maulde , héritière
de la Branche aînée , emporta de fa Maiſon cent
mille florins de rente , fomme immenfe pour ce
temps-là.
Voyez l'hift. du Cambrefis , tome 2 , page 997
& fuivantes , & les Annales du Hainault.
Meffire Hector du Pleffis - Chaftillon , des Seigneurs
de Saint - Hilaire- la - Gravelle , Page de la
Reine en 1728 , après fon frère aîné qui l'avoit
été en Septembre 1725 , puis Cornette au Régiment
de la Reine Cavalerie ; enfuite Lieutenant
au même Regiment ; Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis & Penfionnaire de Sa
Majefté , dont il quitta le fervice , tout - à- fait
hors de combat , mourut à Châteaudun le 23
Décembre 1762 , fort regretté. Il s'étoit trouvé
en Allemagne , avec le même Régiment , au
ADUST. 1763. 2༠3
7
Siége de Philisbourg en 1734, &c , & en Boheme
, au Siége de Prague pris d'aflaut en
1741 , où les François d'Affiégeans devinrent
Affiégés & d'où ils firent la nuit du 16 , au 17
Décembre 1742 , fous le Maréchal de Belle-Ifle ,
cette tant belle retraite à jamais honorable pour
le nom François il laiffe un unique neveu âgé
d'environ douze ans & dernier des Seigneurs de
Saint -Hilaire-la - Gravelle , l'une des Branches
cadettes , avec celle de Beaujeu , fubfiftantes &
forties des Seigneurs Châtelains. du Mée , établis
dans la petite Province de Dunois , depuis trois
cens ans paffés , de la Maifon du Pleffis- Chaftillon
, l'une de la Province du Maine , des plus
Illuftres par fes Alliances & fon Ancienneté , &
qui porte d'argent à trois quintes feuilles de
Gueules. Il fortait au feptiéme degré de Jean IV.
du nom du Pleffis - Chatillon & de Catherine
d'Avaugour fa feconde femme iffue des anciens
Comtes & Ducs de Bretagne , lequel avoit eu
pour premiere femme Marie de Vaux- de- Cuon ,
d'où defcend au neuviéme degré Marie - Félici é du
Pleffis - Chatillon , feule & unique héritiere de fa
Branche qui eft l'aînée , de ce nom Marquifo C ›
du Pleffis - Chaſtillon au Maine , de Nonant en
Normandie , de Saint - Gelais en Poitou & c. Comteſſe
de Château - Meliand , en Berry , & c . Epoule ,
1º de François-Antoine de Chabannes Pionzac ,
dit le Comte de Chabannes , Marquis de la
Palice , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Verdun & du Verdunois
, ci-devant Lieutenant Colonel des Gardes
Françoifes d'où il avoit été Major , Commandant
pour le Roi, en 1745 , ou 1747 , dans le Pays
d'Aunis , la Rochelle , le Poitou , &c. Mort à
I
vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Paris le 23 Décembre 1743 , âgé de foixantehuit
ans.
>
•
2º. En Février 1760 , de Charles - Bernard- :
Martial de Narbonne - Pelet dit le Baron de
Narbonne , Maifon des plus Illuftres & des plus .
Anciennes du Royaume de France , d'où defcendoit
, par femme , le Duc de Lara , Maifon
des plus grandes d'Efpagne , frère puifné de
François Raymond - Jof- ph- Hermenigilde- Amalric-
Pelet , dit le Vicomte de Narbonne , né le 21
Octobre 1715 & marié le 12 Janvier 1734 , à
Marie Diane Antoinette de Roffet de Fleury-
Perignan née le 6 Avril 1721 , & morte au
Château de Fontanés près Sommieres , le 27
Juillet 1754 foeur du Duc de Fleuri , de l'Evêque
de Chartres , de l'Archevêque de Tours & de
la Marquife de Caftries , & petite Niéce du Car
dinal de Fleury , Miniſtre ordinaire d'Etat.
· ·
La Baronne de Narbonne avoit pour frère unique
Louis-Henri Félife du Pleffis - Chaftillon,Comte
de Château Méliand & c. Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevaux - légers d'Orléans , mort
le 25 Août 1754 , âgé de 28 ans , fans poftérité de
Marie- Magdeleine- Louiſe de Barberie de S. Con- -
teft qu'il avoit épousée le 6 Tuillet 1753 fille de
François-Dominique de Barberie , Marquis de S.
Contest, Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le
Département des affaires étrangeres , Commandeur
Prevôt & Maître des cérémonies des Ordres
du Roi en Mars 1754 & ci- devant Ambaffadeur
de Sa Majesté auprés des Etats-Généraux des Provinces-
unies, mort à Versailles le 24 Juillet 1734
âgé de 54 ans & de Jeanne-Monique- Philippe Def
vieux ; & avoit pour tante Jeanne-Marie du Pleffis- i
Chaſtillon morte à Paris le 18 Avril 1763 , Veuve
de Philippe- Charles d'Eftampes , dit le Comte
>
AOUST . 1763. 205
Etampes qu'elle avoit époufé en Juin 1709 , Marquis
de la Ferté- Imbault , Sallebris &c. Chevalier
de Malte dans fa jeuneffe , Colonel du Régiment
de Chartres Infanterie , Brigadier des Armées du
Roi le Février 1719 , Capitaine des Gardes- du-
Corps de feu Son Alteffe Royale , Monfeigneur le
Duc d'Orléans , Régent du Royaume , d'une Maifon
dont eft forti un Cardinal , plufieurs Evêques ,
entre autres , un Evêque de Chartres , puis Archevêque
Duc de Rheims , un Grand Prieur de France
de l'Ordre de Malte , un Maréchal de France , plufieurs
Chevaliers des Ordres , un grand Maréchal
des Logis de la Maiſon du Roi , &c. De ce Mariage
il ne refte que Sophie d'Eftampes née en Septembre
1730 ; qui a époufé Bernard de Comte-
Nonant, Marquis de Pierrecourt , & c , d'une trèsbonne
& ancienne Nobleffe de Normandie & des
mieux alliée , & a pour oncle Henry , & Anne
Hilarion du Pleffis-Chaſtillon , l'un Comte de Rugles;
& l'autre Chevalier Profès de l'Ordre de S.
Jean de Jérufalem , au Grand Prieuré de France ,
Commandeur de la Ville- Dieu ,
Il est mort à Paris le 10 Juin 1763 , Dame ,
Madame Louiſe Marie de Saint- Quintin de Bler ,
âgée de vingt- cinq ans ,fille de feu Meffire Alexandre
de Saint-Quintin, Chevalier Seigneur, Comte
de Blet , Baron des Broffe & de Villeneuve ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majefté , mort à Berg - op-zoom , où il commandoit
pour Sa Majesté & de Dame , Madame
Marie Peirene fes Père & Mère , Epoufe de
Meffire Cefart, Pierre Thibault de la Brouffe ,
Chevalier Seigneur , Marquis de Verteillac de
Saint -Martin , Biron de la Tour Blanche , Gouverneur
, grand Sénéchal & Lieutenant de Roi
266 MERCURE DE FRANCE.
de la Provnice de Perigord ; Chevalier de l'Ordre
Royale Militaire de Saint Louis ; Capitaine-
Lieutenant de la Gendarmerie ; elle a laille ,
deux enfans une fille & un garçon.
·
Pierre François - Marie Guignolet de Montalembert
, Confeiller honoraire au Parlement de
Bretagne , eft mort à Paris le 3 Juillet 1763 ,
âgé de foixante fept ans. Il étoit iffu de la Maifon
de Montalembert , originaire de la Province de
Poitou fur les confins de l'Angoumois . Sa bran
che en étoit féparée depuis Guillaume de Montalembert
, qui s'établit en Bretagne dans la partie
du Comté Nantois frontiere de Poito ; après
avoir épousé l'an 1467 Françoile de Goulaine ,
fille unique & héritiere de Jean de Goulaine
Chevalier , d'une des plus anciennes Maifons de
Bretagne. Moreri rapporte la généalogie à l'occafion
d'André de Montalembert , Seigneur d'Elé
& de Panvillier , Chevalier de l'Ordre du Roi
premier Gentilhomme de la Chambre des Rois
François I. Henri II . Lieutenant- Général , Commandant
fes Armées en Ecofle , qu'un mérite dif
tingué a placé au rang des hommes illuftres de
la France . Voyez fur l'ancienneté de fa Maifon ,.
Moreri , Brantome , Mezerai , le Père Daniel
Dubouchet , Annales d'Aquitaine &C.
"
Jean-Pierre de Bougainville, l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , Penſionnaire & ancien
Secrétaire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles Lettres de l'Académie de Crotone
Cenfeur Royal , Garde de la Salle des Antiques
du Louvre , & l'un des Secrétaires ordinaires
du Duc d'Orléans , eſt mort au Château
de Loches , le 22 Juin , dans la quarante &
uniéme année de fon âge.
François - Eléonor Comte d'Andlau , Lieutenant-
Général des armées du Roi , & l'un des Directeurs
du Corps de la Nobleffe de la Baffe Alface
, eft mort en cette Ville le 24 Juin , âgé de
cinquante- deux ans.
Marie-Magdeleine de Saint-Remy , veuve de
Guy-Antoine de Saint-Simon , Marquis de Courtomer
, Capitaine des Gardes- du- Corps de feue
Son Alteffe Royale Madame la Ducheffe de Berry,
& fille de Jean- Jacques Marquis de Saint - Remy ,
& de Marie - Therefe de Montgommery , eft
morte le 26 du même mois dans fon Château de
la Motte-Fouquet , en Baffe - Normandie , dans la
foixante-deuxième année de fon âge.
Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil
de Montalet , veuve en premières noces de Joachim
-Jacques de la Chétardie , Maréchal de
Camp, Commandant au Vieux Briffac , Gouver
neur de Landrecy ; & en fecondes nôces de Ferdinand-
Augufte Solars , Comte de Monafterol ,
L'eutenant Général des troupes de l'Electeur de
Baviere , fon Miniftre & fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de France , eft morte dernierement
en cette Ville .
AOUST. 1763. 199
1
Louife -Marie de Saint - Quintin de Bler , épouſe
de Célar- Pierre Thibault de la Brouffe , Marquis
de Verteillac de Saint- Martin , Baron dela Tour-
Blanche , Gouverneur , Grand- Sénéchal & Lieutenant
de Roi de la Province de Périgord , Chevalier
de Saint Louis , & Capitaine Lieutenant de la
Gendarmerie , mourut le & Juillet. Elle étoit fille"
d'Alexandre de Saint-Quintin , Comte de Bler
Maréchal de Camp , mort à Berg-Op-Zoom , ou
il commandoit pour Sa Majesté.
Marie- Louife Magdeleine de Beauveau , veuve
de Pierre-Louis Comte d'Ailly,, Marquis de Senecey
, eft morte en cette Ville le 11 du même mois.
Marie de Cuminal , veuve du fieur Malfal- ,
gueyrar , eft morte le 23 Juin à Bergerac en Perigord
, dans la cent uniéme année de fon âge.
རྩྭ་ ༣༩ ས་ ཤ
Emmanuel- Maurice de Lorraine Duc d'Elbeuf
en Normandie, Pair de France, Chevalier de
l'Ordre de Saint Etienne de Tofcane , ancien Général
de la Cavalerie dans le Royaume de Naples .
pour le fervice des Empereurs Jofeph & Charles
VI. eft mort en cette Ville le 17 Juillet , dans la
quatre-vingt- fixième année de fon âge.
Urfule de Pollel , veuve d'Abraham du Quefne-
Mofnier , Chef d'Efcadre des Armées Navales de
Sa Majefté , Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de Saint Louis , & ci- devant Comman
dant le Département de la Marine au Port de
Toulon , eft morre en cette dernière Ville le 6
Juillet , dans la quatre-vingt- quatorziéme année
de fon âge.
Louis- François Comte de Maulde , Marquis de
la Buiffiere , Prince d'Hofdan au pays de Liége ,
eft mort en fon Château de la Builliere en Artois ,
le 31 Mars dernier .
Le filence de l'Auteur du Calendrier des Princes
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
& de la Nobleffe de France , fur la Maiſon de
Maulde , en Hainault , qui fans confulter le
tome 2. de fon Dictionnaire général pag. 490 ,
s'eft contenté de dire dans les Calendriers de
1762 & 1763 , qu'il n'en reftoit qu'une fille mariée
au Vicomte d'Ifque , pourroit faire croire
que cette ancienne Maiſon eft éteinte. Il eft vrai
que Gabriel de Maulde , troifiéme du nom , Seigneur
de Neuville, Marquis de Colemberg , Maréchal
de Camp , Lieutenant-Général au Département
du Boulonnois , le dernier de la Branche
cadette , léparée dès l'an 1430 , mort dans le dixfeptiéme
fiécle , ne laiffa qu'une fille mariée au
Vicomte d'Ifque , à condition de prendre fon
nom & les armes. Mais la Branche aînée ( Voyez
le tome 2. du Dict . ) a toujours ſubfifté en ligné
directe , & le Comte de Maulde dont on vient
d'annoncer la mort , étoit le Chef de cette Branche.
Il eſt le premier de fon nom qui ait fervi en
France , & a hérité de tous les biens de Léon de
Maulde, mort fans enfans en 1740 , de Jeanne
d'Auxi fon épouſe.
De fon mariage ( Célébration , 11 Juillet
1735:) avec Félicité de Conflans , il a laiffé quatre
enfans fçavoir :
Leon , Eugene , Louis , Comte de Maulde , né
le 25 Août 1739 , Colonel aux Grenadiers de
France.
Emmanuel- Gabriel Vicomte de Maulde , né le
24 Septembre 1740 , Colonel,
Adelaide , née en Janvier 1742 ,
mariée en
Mai 1760 à Henri Comte de Lur , Marquis de
Saluces , Brigadier & Colonel de Cavalerie.
Marie-Anne-Charlotte , née le premier No-
-vembre 1748 .
"
AOUST. 1763.
201
Le nom de Maulde eft un des plus anciens qui
fe trouvent infcrits dans les archives des fondations
les plus gothiques de la Province de Hainault
: où on les voit bienfaiteurs des Abbayes de
S. Hubert , de S. Martin , de S. Guilain &c . La
Terre de Maulde eft partagée par Lefcaurà deux
lieux d'Ath , dont la partie au-delà de Lescaut appartenoit
dès l'an 1000 , & appartient encore aujourd'hui
aux Seigneurs de Ligne qui le font qualifiés
Barons de Maulde , jufqu'en l'an 1400. L'autre
partie dont relevoient quinze Fiefs nobles
appartenoit aufli en la même année 1000 ,
Watiez de Maulde , marié 1 ° .à Agnès de Saveuze;
2.à Amante d'Enghien ; ce qui rend probable
que ces deux Maiſons ſont la même origine. La
reflemblance des armes de l'une & de l'autre ,
femble confirmer cette opinion * : celles des premiers
ne différent de celles des derniers que par
trois Croix en fautoirs fur la bande de fable , &
que les Papes accordoient comme marque d'honneur
aux croisés.
•
Quoiqu'il en foit , en 1180 une Auduine de
Ligne , foeur de Watier & de Fraftre de Ligne ,
fut mariée à Mathieu de Maulde , ( Voyez les ann .
du Comté de Hainault , pag . 213 ) . Les autres
alliances de la Mailon de Maulde , font , fuivant
Carpantier, avec les Maifons de Haluin , Henin-
Lietard, Barbançon , Cléves , Montmorency , Berghes
, Mailly &c. Elle a donné des Chanoinelles.
aux Nobles Chapitres d'Andennes de Mons , & de
Nivelle , un Wautier , Seigneur de Maulde , fuivit
en 1201 au voyage de la Terre - Sainte , Bau-
* L'anciem dictum Flamand , Maulde crie Ligne ,
fe trouve aux Archives de Bruxelles .
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
douin , Comte de Hainault. Robert de Maulde fug
Gouverneur de Guiſe en 1250 ; & Mathieu , Gouverneur
de Sensen 1252 .
La Terre de la Buiffiere en Artois , eft paffée
dans la Maiſon de Maulde par le mariage de
George de Maulde en 1597 avec Joffinne de Courteville
, fille & héritiere de Jacques , Seigneur de
la Buiffiere , & de Catherine de Barbançon. Jacques
étoit Chambellan , Capitaine des Gardes , &
Ambaſſadeur de Sa Majefté Catholique Philippe I.
Gouverneur de fon Fils Charles-Quint , & Chevalier
de la Toifon d'Or , dont defcendoit le Comte
de Maulde , Marquis de la Buiffiere , qui a pour .
Mere une Ghistelles , & pour Ayeule une Montmorency.
9
La Terre de Maulde en deça de Lefcaut , a été
vendue par Guillemette de Maulde à Antoine
de Carondelet . Elle fut mariée 1ª . à Jean de Bar
bançon , 2 ° . à Hefter de Cleves.
Les Archives de S. Guilain & de S. Martin, difent
que cette Guillemette de Maulde , héritière
de la Branche aînée , emporta de fa Maiſon cent
mille florins de rente , fomme immenfe pour ce
temps-là.
Voyez l'hift. du Cambrefis , tome 2 , page 997
& fuivantes , & les Annales du Hainault.
Meffire Hector du Pleffis - Chaftillon , des Seigneurs
de Saint - Hilaire- la - Gravelle , Page de la
Reine en 1728 , après fon frère aîné qui l'avoit
été en Septembre 1725 , puis Cornette au Régiment
de la Reine Cavalerie ; enfuite Lieutenant
au même Regiment ; Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de S. Louis & Penfionnaire de Sa
Majefté , dont il quitta le fervice , tout - à- fait
hors de combat , mourut à Châteaudun le 23
Décembre 1762 , fort regretté. Il s'étoit trouvé
en Allemagne , avec le même Régiment , au
ADUST. 1763. 2༠3
7
Siége de Philisbourg en 1734, &c , & en Boheme
, au Siége de Prague pris d'aflaut en
1741 , où les François d'Affiégeans devinrent
Affiégés & d'où ils firent la nuit du 16 , au 17
Décembre 1742 , fous le Maréchal de Belle-Ifle ,
cette tant belle retraite à jamais honorable pour
le nom François il laiffe un unique neveu âgé
d'environ douze ans & dernier des Seigneurs de
Saint -Hilaire-la - Gravelle , l'une des Branches
cadettes , avec celle de Beaujeu , fubfiftantes &
forties des Seigneurs Châtelains. du Mée , établis
dans la petite Province de Dunois , depuis trois
cens ans paffés , de la Maifon du Pleffis- Chaftillon
, l'une de la Province du Maine , des plus
Illuftres par fes Alliances & fon Ancienneté , &
qui porte d'argent à trois quintes feuilles de
Gueules. Il fortait au feptiéme degré de Jean IV.
du nom du Pleffis - Chatillon & de Catherine
d'Avaugour fa feconde femme iffue des anciens
Comtes & Ducs de Bretagne , lequel avoit eu
pour premiere femme Marie de Vaux- de- Cuon ,
d'où defcend au neuviéme degré Marie - Félici é du
Pleffis - Chatillon , feule & unique héritiere de fa
Branche qui eft l'aînée , de ce nom Marquifo C ›
du Pleffis - Chaſtillon au Maine , de Nonant en
Normandie , de Saint - Gelais en Poitou & c. Comteſſe
de Château - Meliand , en Berry , & c . Epoule ,
1º de François-Antoine de Chabannes Pionzac ,
dit le Comte de Chabannes , Marquis de la
Palice , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Verdun & du Verdunois
, ci-devant Lieutenant Colonel des Gardes
Françoifes d'où il avoit été Major , Commandant
pour le Roi, en 1745 , ou 1747 , dans le Pays
d'Aunis , la Rochelle , le Poitou , &c. Mort à
I
vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Paris le 23 Décembre 1743 , âgé de foixantehuit
ans.
>
•
2º. En Février 1760 , de Charles - Bernard- :
Martial de Narbonne - Pelet dit le Baron de
Narbonne , Maifon des plus Illuftres & des plus .
Anciennes du Royaume de France , d'où defcendoit
, par femme , le Duc de Lara , Maifon
des plus grandes d'Efpagne , frère puifné de
François Raymond - Jof- ph- Hermenigilde- Amalric-
Pelet , dit le Vicomte de Narbonne , né le 21
Octobre 1715 & marié le 12 Janvier 1734 , à
Marie Diane Antoinette de Roffet de Fleury-
Perignan née le 6 Avril 1721 , & morte au
Château de Fontanés près Sommieres , le 27
Juillet 1754 foeur du Duc de Fleuri , de l'Evêque
de Chartres , de l'Archevêque de Tours & de
la Marquife de Caftries , & petite Niéce du Car
dinal de Fleury , Miniſtre ordinaire d'Etat.
· ·
La Baronne de Narbonne avoit pour frère unique
Louis-Henri Félife du Pleffis - Chaftillon,Comte
de Château Méliand & c. Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevaux - légers d'Orléans , mort
le 25 Août 1754 , âgé de 28 ans , fans poftérité de
Marie- Magdeleine- Louiſe de Barberie de S. Con- -
teft qu'il avoit épousée le 6 Tuillet 1753 fille de
François-Dominique de Barberie , Marquis de S.
Contest, Miniftre & Secrétaire d'Etat , ayant le
Département des affaires étrangeres , Commandeur
Prevôt & Maître des cérémonies des Ordres
du Roi en Mars 1754 & ci- devant Ambaffadeur
de Sa Majesté auprés des Etats-Généraux des Provinces-
unies, mort à Versailles le 24 Juillet 1734
âgé de 54 ans & de Jeanne-Monique- Philippe Def
vieux ; & avoit pour tante Jeanne-Marie du Pleffis- i
Chaſtillon morte à Paris le 18 Avril 1763 , Veuve
de Philippe- Charles d'Eftampes , dit le Comte
>
AOUST . 1763. 205
Etampes qu'elle avoit époufé en Juin 1709 , Marquis
de la Ferté- Imbault , Sallebris &c. Chevalier
de Malte dans fa jeuneffe , Colonel du Régiment
de Chartres Infanterie , Brigadier des Armées du
Roi le Février 1719 , Capitaine des Gardes- du-
Corps de feu Son Alteffe Royale , Monfeigneur le
Duc d'Orléans , Régent du Royaume , d'une Maifon
dont eft forti un Cardinal , plufieurs Evêques ,
entre autres , un Evêque de Chartres , puis Archevêque
Duc de Rheims , un Grand Prieur de France
de l'Ordre de Malte , un Maréchal de France , plufieurs
Chevaliers des Ordres , un grand Maréchal
des Logis de la Maiſon du Roi , &c. De ce Mariage
il ne refte que Sophie d'Eftampes née en Septembre
1730 ; qui a époufé Bernard de Comte-
Nonant, Marquis de Pierrecourt , & c , d'une trèsbonne
& ancienne Nobleffe de Normandie & des
mieux alliée , & a pour oncle Henry , & Anne
Hilarion du Pleffis-Chaſtillon , l'un Comte de Rugles;
& l'autre Chevalier Profès de l'Ordre de S.
Jean de Jérufalem , au Grand Prieuré de France ,
Commandeur de la Ville- Dieu ,
Il est mort à Paris le 10 Juin 1763 , Dame ,
Madame Louiſe Marie de Saint- Quintin de Bler ,
âgée de vingt- cinq ans ,fille de feu Meffire Alexandre
de Saint-Quintin, Chevalier Seigneur, Comte
de Blet , Baron des Broffe & de Villeneuve ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , Maréchal des Camps & Armées de Sa
Majefté , mort à Berg - op-zoom , où il commandoit
pour Sa Majesté & de Dame , Madame
Marie Peirene fes Père & Mère , Epoufe de
Meffire Cefart, Pierre Thibault de la Brouffe ,
Chevalier Seigneur , Marquis de Verteillac de
Saint -Martin , Biron de la Tour Blanche , Gouverneur
, grand Sénéchal & Lieutenant de Roi
266 MERCURE DE FRANCE.
de la Provnice de Perigord ; Chevalier de l'Ordre
Royale Militaire de Saint Louis ; Capitaine-
Lieutenant de la Gendarmerie ; elle a laille ,
deux enfans une fille & un garçon.
·
Pierre François - Marie Guignolet de Montalembert
, Confeiller honoraire au Parlement de
Bretagne , eft mort à Paris le 3 Juillet 1763 ,
âgé de foixante fept ans. Il étoit iffu de la Maifon
de Montalembert , originaire de la Province de
Poitou fur les confins de l'Angoumois . Sa bran
che en étoit féparée depuis Guillaume de Montalembert
, qui s'établit en Bretagne dans la partie
du Comté Nantois frontiere de Poito ; après
avoir épousé l'an 1467 Françoile de Goulaine ,
fille unique & héritiere de Jean de Goulaine
Chevalier , d'une des plus anciennes Maifons de
Bretagne. Moreri rapporte la généalogie à l'occafion
d'André de Montalembert , Seigneur d'Elé
& de Panvillier , Chevalier de l'Ordre du Roi
premier Gentilhomme de la Chambre des Rois
François I. Henri II . Lieutenant- Général , Commandant
fes Armées en Ecofle , qu'un mérite dif
tingué a placé au rang des hommes illuftres de
la France . Voyez fur l'ancienneté de fa Maifon ,.
Moreri , Brantome , Mezerai , le Père Daniel
Dubouchet , Annales d'Aquitaine &C.
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Résumé : MORTS.
Le document présente une liste de décès survenus en 1763, accompagnée de détails biographiques sur les défunts. Jean-Pierre de Bougainville, membre de l'Académie Française et ancien secrétaire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, est décédé au château de Loches le 22 juin à l'âge de 41 ans. François-Éléonor Comte d'Andlau, lieutenant-général des armées du Roi et directeur du Corps de la Noblesse de la Basse Alsace, est mort à Strasbourg le 24 juin à 52 ans. Marie-Magdeleine de Saint-Remy, veuve de Guy-Antoine de Saint-Simon, Marquis de Courtomer, est décédée le 26 juin à 62 ans dans son château de la Motte-Fouquet en Basse-Normandie. Claire-Marie Colette de Berard de Ville Breuil de Montalet, veuve de Joachim-Jacques de la Chétardie et de Ferdinand-Auguste Solars, Comte de Monasterol, est morte récemment à Paris. Louise-Marie de Saint-Quintin de Bler, épouse de César-Pierre Thibault de la Brosse, Marquis de Verteillac, est décédée le 6 juillet. Marie-Louise Magdeleine de Beauveau, veuve de Pierre-Louis Comte d'Ailly, Marquis de Senecey, est morte à Paris le 11 juillet. Marie de Cuminal, veuve de Malfagueyrar, est décédée à Bergerac en Périgord le 23 juin à 101 ans. Emmanuel-Maurice de Lorraine, Duc d'Elbeuf, Pair de France et ancien général de cavalerie, est mort à Paris le 17 juillet à 86 ans. Ursule de Pollet, veuve d'Abraham du Quesne-Mosnier, Commandeur de l'Ordre de Saint-Louis, est décédée à Toulon le 6 juillet à 84 ans. Louis-François Comte de Maulde, Marquis de la Buissière, est mort dans son château de la Buissière en Artois le 31 mars. Le document mentionne également des détails sur la famille de Maulde, soulignant la continuité de la branche aînée malgré les décès. Le texte fournit également des informations sur la famille Montalembert et Pierre François-Marie Guignolet de Montalembert. Ce dernier, conseiller honoraire au Parlement de Bretagne, est décédé à Paris le 3 juillet 1763 à l'âge de soixante-sept ans. Il était issu de la maison de Montalembert, originaire du Poitou, près de l'Angoumois. Sa branche familiale s'était établie en Bretagne après que Guillaume de Montalembert épousa en 1467 Françoise de Goulaine, unique héritière de Jean de Goulaine, chevalier et membre d'une des plus anciennes maisons de Bretagne. Le texte mentionne également André de Montalembert, seigneur d'Elé et de Panvillier, chevalier de l'Ordre du Roi et premier gentilhomme de la Chambre des rois François Ier et Henri II. Il fut lieutenant-général et commandant des armées en Écosse, reconnu pour son mérite distingué parmi les hommes illustres de France. Plusieurs sources, dont Moreri, Brantôme, Mézeray, le Père Daniel, Dubouchet et les Annales d'Aquitaine, sont citées pour attester de l'ancienneté et de la renommée de cette maison.
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16311
p. 207-210
LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Début :
Monsieur, Une personne de ma connoissance que je ne puis vous nommer [...]
Mots clefs :
Éducation, Livres, Paroisse, Bienfaisance, Dons, Écoliers, Titre, Prix, Récompenses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
LETTRE intéreſſante pour les bons
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
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Résumé : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Une lettre décrit une initiative philanthropique dans une campagne éloignée. Une personne anonyme, ayant reçu une éducation modeste, souhaite encourager les élèves méritants en leur offrant des prix. Elle décide de financer quatre prix annuels pour l'école de son village. Ces prix sont destinés aux élèves les plus performants dans chaque catégorie. La donatrice assure le financement de cette initiative jusqu'à sa mort et même au-delà. Cette initiative a déjà été imitée par d'autres personnes pieuses et respectables. Les prix visent à encourager des qualités telles que le respect, l'honnêteté et la douceur. Les livres offerts incluent des œuvres comme 'Télémaque', des abréviés de la Bible et des manuels éducatifs. Les prix sont attribués en présence de la communauté lors d'une cérémonie religieuse, et les parents sont encouragés à soutenir leurs enfants dans cette démarche. Les livres peuvent être obtenus chez un libraire nommé Ma Herillant, situé rue Saint Jacques.
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16312
p. 210
AVIS.
Début :
Par Privilége du Roi, le Public est averti que le seul dépôt [...]
Mots clefs :
Privilège, Onguent, Production, Lieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
A VI S.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
Pár Privilége du Roi , le Public eft averti que lë
feul dépôt du véritable onguent du fieur Canet
Officier de la Reine , qui étoit ci - devant rue Montmartre,
eft actuellement chez le feur Butté, à l'Hôtel
de la Rochefoucault , rue de Seine, Fauxbourg,
S. Germain , à Paris.
Qn en débite auffi dans la Maiſon du feu freur
Canet, rue Balle près la petite Place a Verfailles, &
dans les principales Villes & Ports du Royaume.
DE LA ROCHE.
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16313
p. 210-211
MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
Début :
Roussel, Privilégié du Roi, Entrepreneur de cette Manufacture, y fabrique [...]
Mots clefs :
Manufacture royale, Fayance, Services de table, Batterie de cuisine, Cuivre, Argent, Motifs japonais, Fleurs, Émail, Vases
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres , &.
Fayances , qui refiftent au plus grandfeu.
ROUSSEL, Privilégié du Roi , Entrepreneur de
cette Manufacture , y fabrique une Fayance qui eft
à l'épreuve du feu , concernant généralement tous
les Services de Table , & Batterie de Cuiſine , enforte
que l'on trouve chez lui tout ce qui le fait en
Cuivre & en Argent le tout dans des formes nou
velles & de très bon goût.
Il fabrique aufi de la Fayance fine blanche ;:
peinte , japonnée , en Fleurs naturelles comme à
Strasbourg.
AOUST. 1763. 211
left le feul qui poffède le fecret d'un Enrail
imitant le Bronze , & même infiniment plus brillant
, duquel il fait des Figures & Groupes pour
les Defferts , ainfi que de plus grandes , & Vales
pour les Jardins , Pots- Pourris , & autres piéces
curieufes. Le tout à très -juſte prix.
Son Magafin eft ouvert rue de Bâfroid , Fauxbourg
S. Antoine , à Paris.
Fayances , qui refiftent au plus grandfeu.
ROUSSEL, Privilégié du Roi , Entrepreneur de
cette Manufacture , y fabrique une Fayance qui eft
à l'épreuve du feu , concernant généralement tous
les Services de Table , & Batterie de Cuiſine , enforte
que l'on trouve chez lui tout ce qui le fait en
Cuivre & en Argent le tout dans des formes nou
velles & de très bon goût.
Il fabrique aufi de la Fayance fine blanche ;:
peinte , japonnée , en Fleurs naturelles comme à
Strasbourg.
AOUST. 1763. 211
left le feul qui poffède le fecret d'un Enrail
imitant le Bronze , & même infiniment plus brillant
, duquel il fait des Figures & Groupes pour
les Defferts , ainfi que de plus grandes , & Vales
pour les Jardins , Pots- Pourris , & autres piéces
curieufes. Le tout à très -juſte prix.
Son Magafin eft ouvert rue de Bâfroid , Fauxbourg
S. Antoine , à Paris.
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Résumé : MANUFACTURE Royale de nouvelles Terres & Fayances, qui résistent au plus grand feu.
La Manufacture Royale de nouvelles Terres, dirigée par Roussel, fabrique des faïences résistantes au feu pour divers usages. Elle produit également des articles en cuivre et en argent. Roussel détient le secret d'un émail imitant le bronze, utilisé pour des figures et des pièces de jardin. Les produits sont vendus à des prix justes au magasin situé rue de Bâfroid, Faubourg Saint-Antoine, à Paris.
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16314
p. 211-212
EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
Début :
Les effets salutaires de cette Eau n'ont besoin que de l'exposé le plus simple [...]
Mots clefs :
Remède, Maladies des yeux, Fatigue occulaire, Paralysie, Soins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
EAU DE RÉTINE , propre pour les Maladies
des Yeux.
LES effers falutaires de cette Eau n'ont befoin
que de l'expofé le plus fimple , pour en accrédi
ter l'ufage. Dans tous les cas où il s'agit de remédier
a la foiblefle des yeux , elle a les fuccès
les plus heureux ; fa vertu fpiritueuſe & balſamique
eft appropriée à la nature des parties nerveufes
& tendineules , dont cet organe eft com-'
pofé ; elle les fortifie , leur donne du reffort & de
l'énergie lorfque l'oeil eft naturellement foible ,
ou qu'il eft fatigué par l'excès de la lecture , par
les veilles , par les travaux à la lumiere.
L'Eau de Rétine éteint auffi les rougeurs & les
phlogofes auxquelles les yeux font fi fujets : l'uſage
en eft fûr dans tous ces cas ; la feule attention
qu'il faille avoir eft de la tempérer avec trois
parties d'eau de Riviere lorfqu'il y a inflammation.
La vertu pénétrante de cette Eau procure une
circulation plus facile dans les vailleaux lymphatiques
de la cornée ; elle prévient les obftructions
opaques , les nébulofités , & les taies :
enfin , elle est très -propre à empêcher la paralyfie
& la goutte fereine de fe fixer . Volci comment
on doit fe fervir de cette Eau .
Il faut , plufieurs fois dans la journée , baffiner
légérement les fourcils & les paupières fupérieures
avec une petite éponge très - fine & très- nette , im212
MERCURE DE FRANCE.
bibée de cette eau pure : elle agira encore avec plus
d'éfficacité , fi l'on s'en frotte les mains , & qu'on'
les approche des yeux pour donner lieu à fa vapeur
de les pénétrer. Enfin en l'affoiblillant , comme if
a été dit , avec trois parties ou même une plus
grande quantité d'eau de riviere fuivant les cas ,
on peut imbiber des comprelles qu'on mettra far
les yeux pendant la nuit .
La Bouteille coûte 1 liv. 16 f. I
Cette Eau fe vend chez le fieur FAC10T7 , rue S.
Denis , la porte cochere vis - à-vis de la rue du petit
Lion.
des Yeux.
LES effers falutaires de cette Eau n'ont befoin
que de l'expofé le plus fimple , pour en accrédi
ter l'ufage. Dans tous les cas où il s'agit de remédier
a la foiblefle des yeux , elle a les fuccès
les plus heureux ; fa vertu fpiritueuſe & balſamique
eft appropriée à la nature des parties nerveufes
& tendineules , dont cet organe eft com-'
pofé ; elle les fortifie , leur donne du reffort & de
l'énergie lorfque l'oeil eft naturellement foible ,
ou qu'il eft fatigué par l'excès de la lecture , par
les veilles , par les travaux à la lumiere.
L'Eau de Rétine éteint auffi les rougeurs & les
phlogofes auxquelles les yeux font fi fujets : l'uſage
en eft fûr dans tous ces cas ; la feule attention
qu'il faille avoir eft de la tempérer avec trois
parties d'eau de Riviere lorfqu'il y a inflammation.
La vertu pénétrante de cette Eau procure une
circulation plus facile dans les vailleaux lymphatiques
de la cornée ; elle prévient les obftructions
opaques , les nébulofités , & les taies :
enfin , elle est très -propre à empêcher la paralyfie
& la goutte fereine de fe fixer . Volci comment
on doit fe fervir de cette Eau .
Il faut , plufieurs fois dans la journée , baffiner
légérement les fourcils & les paupières fupérieures
avec une petite éponge très - fine & très- nette , im212
MERCURE DE FRANCE.
bibée de cette eau pure : elle agira encore avec plus
d'éfficacité , fi l'on s'en frotte les mains , & qu'on'
les approche des yeux pour donner lieu à fa vapeur
de les pénétrer. Enfin en l'affoiblillant , comme if
a été dit , avec trois parties ou même une plus
grande quantité d'eau de riviere fuivant les cas ,
on peut imbiber des comprelles qu'on mettra far
les yeux pendant la nuit .
La Bouteille coûte 1 liv. 16 f. I
Cette Eau fe vend chez le fieur FAC10T7 , rue S.
Denis , la porte cochere vis - à-vis de la rue du petit
Lion.
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Résumé : EAU DE RÉTINE, propre pour les Maladies des Yeux.
Le texte décrit l'Eau de Rétine, un remède pour les maladies des yeux. Ses effets bénéfiques sont rapides et visibles. Elle renforce les yeux faibles ou fatigués par la lecture, les veilles ou les travaux à la lumière. Elle apaise également les rougeurs et les inflammations oculaires. Pour les inflammations, il est conseillé de la diluer avec trois parties d'eau de rivière. L'Eau de Rétine améliore la circulation dans les vaisseaux lymphatiques de la cornée, prévient les opacités et les taies, et évite la paralysie et la goutte séreuse. L'application se fait en badigeonnant les sourcils et les paupières supérieures avec une éponge imbibée d'Eau de Rétine. Pour une efficacité accrue, on peut se frotter les mains avec le produit et approcher les yeux de la vapeur. En cas d'inflammation, l'Eau de Rétine peut être diluée davantage et utilisée pour des compresses nocturnes. La bouteille coûte 1 livre 16 sous et est disponible chez le fournisseur FAC10T7, rue Saint-Denis, près de la rue du Petit Lion.
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16315
p. 213
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois d'Août 1763, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lu, par ordre de Monſeigneur le Chancelier , 'AI
le Mercure du mois d'Août 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 1 Juillet 1763 .
GUIROY.
J'ai lu, par ordre de Monſeigneur le Chancelier , 'AI
le Mercure du mois d'Août 1763 , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 1 Juillet 1763 .
GUIROY.
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16316
p. 212-213
ANTI-SCORBUTIQUE, ou Propriété pour tous les maux de la bouche.
Début :
Peu de personnes sont exemptes de maux qui viennent sur la langue, [...]
Mots clefs :
Maux de dents, Langue, Gencives, Guérison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANTI-SCORBUTIQUE, ou Propriété pour tous les maux de la bouche.
ANTI-SCORBUTIQUE , ou Propriété pour tous
les maux de la bouche.
Pau de perfonnes font exemptes des maux qui
viennent fur la langue , aux gencives , au palais
Les perfonnes de cabinet par un travail ap
pliqué y font fujets , les gens de mer beaucoup
d'autres par une difpofition particulière ; les enfans
mêmes à qui les dents croiffent n'en font
pas exempts.
Un paquet feul fuffit pour une guériſon ſubite .
En vendant le paquet on joint un imprimé
qui indique la manière aifée de fe fervir de cette
propriété.
On ne peut envoyer dans la Province pour un
feul paquet
, mais fix mis dans une même enveloppe
, qui peuvent toujours le garder dans un
cas de befoin , pour foi ou pour d'autres .
Les perfonnes de Province peuvent écrire directement
au fieur Genti , en affranchiffant les
ports de lettres , en obfervant auffi d'envoyer trois -
livres pour chaque fixain de paquets , foit par la
Pofte , droit payé , ou par les caroffes publics ; ou
par telle autre occafion qu'on voudroit faifir ou
indiquer.
AOUST. 1763. 213
Ce remède fe vend chez lefieur Genti ,Marchand,
au gros Chapelet , fur le Pont Marie , à côté du
Potier d'Eraim , à Paris.
les maux de la bouche.
Pau de perfonnes font exemptes des maux qui
viennent fur la langue , aux gencives , au palais
Les perfonnes de cabinet par un travail ap
pliqué y font fujets , les gens de mer beaucoup
d'autres par une difpofition particulière ; les enfans
mêmes à qui les dents croiffent n'en font
pas exempts.
Un paquet feul fuffit pour une guériſon ſubite .
En vendant le paquet on joint un imprimé
qui indique la manière aifée de fe fervir de cette
propriété.
On ne peut envoyer dans la Province pour un
feul paquet
, mais fix mis dans une même enveloppe
, qui peuvent toujours le garder dans un
cas de befoin , pour foi ou pour d'autres .
Les perfonnes de Province peuvent écrire directement
au fieur Genti , en affranchiffant les
ports de lettres , en obfervant auffi d'envoyer trois -
livres pour chaque fixain de paquets , foit par la
Pofte , droit payé , ou par les caroffes publics ; ou
par telle autre occafion qu'on voudroit faifir ou
indiquer.
AOUST. 1763. 213
Ce remède fe vend chez lefieur Genti ,Marchand,
au gros Chapelet , fur le Pont Marie , à côté du
Potier d'Eraim , à Paris.
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Résumé : ANTI-SCORBUTIQUE, ou Propriété pour tous les maux de la bouche.
Le texte décrit un remède anti-scorbutique destiné à traiter divers maux de la bouche, affectant la langue, les gencives et le palais. Ce problème touche une large gamme de personnes, y compris celles travaillant de manière sédentaire, les marins, les enfants en période de dentition, et d'autres individus ayant une disposition particulière. Un seul paquet de ce remède est suffisant pour une guérison rapide. Chaque paquet est accompagné d'un imprimé expliquant son utilisation. Il n'est pas possible d'envoyer un seul paquet en province, mais plusieurs peuvent être envoyés ensemble dans une même enveloppe. Les habitants de la province peuvent commander directement auprès du sieur Genti, en couvrant les frais d'expédition et en envoyant trois livres pour chaque sixain de paquets. Les commandes peuvent être envoyées par la poste, par les voitures publiques, ou par tout autre moyen de leur choix. Le remède est disponible chez le sieur Genti, marchand, situé au Gros Chapelet sur le Pont Marie, à côté du Potier d'Érain, à Paris.
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16317
p. 213-215
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Sur la Statue Equestre du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
SURIB
ARTICLE PREMIER.
UR la Statue Equeftre Du Roi.
VERS à Mlle B.
ÉPITRE à MHe D. S. P.
Pag.5
IQ
RÉPONSE à une Dlle qui demandoit à l'Auteur
quelle étoit la différence de l'amour
au mariage.
II
15
TROISIEME caractère du vrai Philofophe . ibid.
LES Amis du Siécle , Fable .
FRAGMENT d'une Lettre pour fervir de juſtification
à un ami outrage.
PORTRAIT de Madame de P **.
VERS à Madame D ***
LBS Tombeaux , Ode.
La Financier , Fable.
L'ÉTONNEMENT Iéciproque, Nouvelle Orien
tale.
19
2
22
23
ibid.
31
ibide
214 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. De là Place.
VERS fur la convalefcence de M. D. V.
DIALOGUE entre Sémiramis & Jeanne d'Arques
. 52
POUR M. le Prince de Solre. 66
ENIGMES. 67 &68
69 & 70
72
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES .
REPONSE de M. de Saintfoix à M. L. C. D.
L. V.
****
•
LETTRE à M. De la Place , fur la mort de
M. de Boullioud.
REMARQUES fur le véritable fens de deux
Vers de Martial.
74
76
78
THEATRE de M. FAVAKT , ou Recueil des
Comédies , Parodies & Opéra-Comiques. 84
FAMILLES des Plantes , par M. ADANSON .
ANNONCES de Livres.
III
115 & fuiv..
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES .
ACADEMIES .
PRIX proposé par l'Académie Royale des
Sciences & Belles- Lettres de PRUSSE ,
pour l'année 1763.
ELOGE hiftorique de M. LE PERE.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie ,
M***, Chirurgien de Province..
121
126
139
AO UST. 1763. 215
ARTS AGRÉABLES.
A MM. les Conciliateurs,
147
MUSIQUE. 149
GRAVURE. 150
ART. V. SPECTACLES.
ACADÉMIE Royale de Mufique.
ISI
COMÉDIE Françoiſe . ibid.
COMÉDIE Italienne.
153
ART. VI. Monument public.
SUPPLEMENT aux Piéces Fugitives.
CÉRÉMONIES & Fêtes publiques .
354
166
175
NOUVELLES Politiques.
183
MARIAGES.
MORTS.
LETTRE intéreffante pour les bons Citoyens. 206
Avis.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
SURIB
ARTICLE PREMIER.
UR la Statue Equeftre Du Roi.
VERS à Mlle B.
ÉPITRE à MHe D. S. P.
Pag.5
IQ
RÉPONSE à une Dlle qui demandoit à l'Auteur
quelle étoit la différence de l'amour
au mariage.
II
15
TROISIEME caractère du vrai Philofophe . ibid.
LES Amis du Siécle , Fable .
FRAGMENT d'une Lettre pour fervir de juſtification
à un ami outrage.
PORTRAIT de Madame de P **.
VERS à Madame D ***
LBS Tombeaux , Ode.
La Financier , Fable.
L'ÉTONNEMENT Iéciproque, Nouvelle Orien
tale.
19
2
22
23
ibid.
31
ibide
214 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE à M. De là Place.
VERS fur la convalefcence de M. D. V.
DIALOGUE entre Sémiramis & Jeanne d'Arques
. 52
POUR M. le Prince de Solre. 66
ENIGMES. 67 &68
69 & 70
72
LOGOGRYPHES.
CHANSON.
ART. II. NOUVELLES LITTÉRAIRES .
REPONSE de M. de Saintfoix à M. L. C. D.
L. V.
****
•
LETTRE à M. De la Place , fur la mort de
M. de Boullioud.
REMARQUES fur le véritable fens de deux
Vers de Martial.
74
76
78
THEATRE de M. FAVAKT , ou Recueil des
Comédies , Parodies & Opéra-Comiques. 84
FAMILLES des Plantes , par M. ADANSON .
ANNONCES de Livres.
III
115 & fuiv..
ARTICLE III . SCIENCES ET BELLES LETTRES .
ACADEMIES .
PRIX proposé par l'Académie Royale des
Sciences & Belles- Lettres de PRUSSE ,
pour l'année 1763.
ELOGE hiftorique de M. LE PERE.
ART. IV. BEAUX - ARTS.
ARTS UTILES.
CHIRURGIE.
LETTRE d'un Étudiant en Chirurgie ,
M***, Chirurgien de Province..
121
126
139
AO UST. 1763. 215
ARTS AGRÉABLES.
A MM. les Conciliateurs,
147
MUSIQUE. 149
GRAVURE. 150
ART. V. SPECTACLES.
ACADÉMIE Royale de Mufique.
ISI
COMÉDIE Françoiſe . ibid.
COMÉDIE Italienne.
153
ART. VI. Monument public.
SUPPLEMENT aux Piéces Fugitives.
CÉRÉMONIES & Fêtes publiques .
354
166
175
NOUVELLES Politiques.
183
MARIAGES.
MORTS.
LETTRE intéreffante pour les bons Citoyens. 206
Avis.
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles d'une publication, organisée en six sections. La première, 'Pièces fugitives en vers et en prose', regroupe divers poèmes, épîtres, fables, lettres et autres écrits littéraires, incluant des œuvres telles que 'Sur la Statue Équestre du Roi' et 'Les Amis du Siècle'. La deuxième section, 'Nouvelles littéraires', contient des lettres et des remarques sur des sujets littéraires, ainsi qu'une réponse de M. de Saintfoix. La troisième section, 'Sciences et Belles Lettres', mentionne des prix académiques, des éloges historiques et des annonces de livres. La quatrième section, 'Beaux-Arts', aborde les arts utiles comme la chirurgie, et les arts agréables comme la musique et la gravure. La cinquième section, 'Spectacles', liste les activités de l'Académie Royale de Musique et les représentations de comédies françaises et italiennes. Enfin, la sixième section, 'Monument public', inclut des suppléments, des cérémonies publiques, des nouvelles politiques et des avis divers.
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16318
p. 215
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY
rue & vis- à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis- à-vis la Comédie Françoiſe.
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16319
p. 3-4
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Greffier, Commis, Libraires des provinces ou des pays étrangers, Format, Poste, Volume, Table
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
>
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30 fols
parvolum. c'est -à- dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye
ment enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an
noncer, d'en marquer le
prix
.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préfent quatre - vingt - feize volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du
foixante-douziéme.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch à côté du
Sellier du Roi.
>
C'eft à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie littéraire
, à M. DE LA PLACE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize volumes
, à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les recevront
francs de port.
Celles qui auront des occafions pour
le faire venir , ou qui prendront les frais
du port fur leur compte , ne payeront
comme à Paris , qu'à raison de 30 fols
parvolum. c'est -à- dire 24 livres d'avance,
en s'abonnant pour feize volumes.
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays étrangers , qui voudront faire venir
le Mercure , écriront à l'adreſſe cideffus.
On fupplie les perfonnes des provinces
d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye
ment enfoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affranchis
, refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an
noncer, d'en marquer le
prix
.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure. Le format , le nombre
de volumes & les conditions font
les mêmes pour une année. Il y en a jufqu'à
préfent quatre - vingt - feize volumes.
Une Table générale , rangée par
ordre des Matières , fe trouve à la fin du
foixante-douziéme.
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16320
p. 5-8
ÉPITRE. A M. le Comte MAURICE de BRUHL, Gentilhomme de la Chambre du ROI de POLOGNE, & Lieutenant-Colonel des Carabiniers de Saxe, &c.
Début :
QUOI ! cher Comte, si jeune encore, [...]
Mots clefs :
Art, Talents, Amitié, Grandeur, Peuples, Vertu, Guerrier, Prophète
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE. A M. le Comte MAURICE de BRUHL, Gentilhomme de la Chambre du ROI de POLOGNE, & Lieutenant-Colonel des Carabiniers de Saxe, &c.
ÉPITRE
A M. le Comte MAURICE de BRUHL,
Gentilhomme de la Chambre du Ror
de POLOGNE , & Lieutenant - Colonel
des Carabiniers de Saxe , &c.
Q UOI ! cher Comte , fi jeune encore ,
Vous fentez le prix des talens.
Dieux ! qu'une fi riante aurore
Promet aux Arts de jours brillans
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
A votre aſpect chacun s'étonne
De voir chez vous en même temps
Les fruits aimables de l'Automne
Mêlés aux rofes du Printemps.
Votre amitié devient le gage
Et du génie & du fçavoir ,
Et fouvent même elle encourage
Le noble defir d'en avoir.
Le goût des Arts eft le préfage
Et le vrai fceau de la grandeur :
Un nom célébre avec fplendeur
De qui les aime eft le partage.
L'éclatant régne des Céfars
Aux grands hommes dut tout fon luftre.
Mécène protégea les Arts ,
Et Mécène devint illuftre.
Vous qui joignez un goût fi fûr
Au Sentiment , à la fineſſe
Et la Raifon d'un âge mûr
Aux agrémens de la Jeuneffe
Allez , volez , prenez l'éffor ,
Suivez le feu qui vous enflamme ;
Montrez au Monde le tréfor
Que vous renfermez dans votre âme.
Mûri par le flambeau des Cieux ,
Ainfi ce grain caché ſous terre ,
Tout-à-coup croiffant fous nos yeux ,
De la prifon quile refferre ,
S'éléve en chêne faſtueux ,
SEPTEMBRE. 1763.
7
Et bravant enfin le tonnèrre ,
De les rameaux majestueux
Semble ombrager tout l'hémiſphère . '
Soyez l'ornement de la Cour.
On réuffit quand on fçait plaire.
Affis au rang de votre père ,
Vous brillerez à votre tour ;
Des Peuples vous ferez l'amour ,
Et des Arts le 'Dieu tutélaire .
La Vertu qu'un haut rang éclaire ,
Eclate alors dans tout fon jour.
Je verrai l'Europe étonnée ,
Bientôt fur vous fixer les yeux ;
Oui , votre belle deſtinée
Doit égaler tous vos ayeux.
Dans les combats faites revivre
Ce grand Guerrier , ce fier Saxon
Dont vous portez déja le nom ,
Et de qui vous brûlez de fuivre
En tout l'exemple & la leçon .
Mais ce courage qu'on admire ,
Dont rien ne put borner le cours
Se vit dompter par les Amours ,
Et vous riez de leur empire .
Lorfque la Déeffe aux cent voix
Publiera partout votre hiſtoire
Quand la
>
trompette de la Gloire
Retentira de vos exploits ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce Sage * dont l'heureuſe adreſſe
Par le plaifir forme les coeurs ,
Qui va pour vous femant des fleurs
Sur le chemin de la Sageſſe ,
Et qui comme moi prévenu
Par votre âme noble & modeſte ;
En vous aimant eft devenu
Votre Mentor & votre Orefte ;
Ce Philofophe généreux ,
Qui par un long apprentiffage ,
Comme un Pilote habile & ſage ,
Sur cet Océan dangereux
Sçait vous conduire fans naufrage ,
En vous voyant partout fameux ,
Dira partout , c'eſt mon ouvrage.
Allez , vos fuccès font certains ,
Votre gloire fera parfaite ;
Rempliffez vos brillans deftins :
Mais aimez toujours le Prophéte.
* M. dela Frenaye , Colonel au Service de
S. M. le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
connu par fon mérite diſtingué & par les brillanses
éducations qu'il a faites.
Par M. BLIN,
A M. le Comte MAURICE de BRUHL,
Gentilhomme de la Chambre du Ror
de POLOGNE , & Lieutenant - Colonel
des Carabiniers de Saxe , &c.
Q UOI ! cher Comte , fi jeune encore ,
Vous fentez le prix des talens.
Dieux ! qu'une fi riante aurore
Promet aux Arts de jours brillans
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
A votre aſpect chacun s'étonne
De voir chez vous en même temps
Les fruits aimables de l'Automne
Mêlés aux rofes du Printemps.
Votre amitié devient le gage
Et du génie & du fçavoir ,
Et fouvent même elle encourage
Le noble defir d'en avoir.
Le goût des Arts eft le préfage
Et le vrai fceau de la grandeur :
Un nom célébre avec fplendeur
De qui les aime eft le partage.
L'éclatant régne des Céfars
Aux grands hommes dut tout fon luftre.
Mécène protégea les Arts ,
Et Mécène devint illuftre.
Vous qui joignez un goût fi fûr
Au Sentiment , à la fineſſe
Et la Raifon d'un âge mûr
Aux agrémens de la Jeuneffe
Allez , volez , prenez l'éffor ,
Suivez le feu qui vous enflamme ;
Montrez au Monde le tréfor
Que vous renfermez dans votre âme.
Mûri par le flambeau des Cieux ,
Ainfi ce grain caché ſous terre ,
Tout-à-coup croiffant fous nos yeux ,
De la prifon quile refferre ,
S'éléve en chêne faſtueux ,
SEPTEMBRE. 1763.
7
Et bravant enfin le tonnèrre ,
De les rameaux majestueux
Semble ombrager tout l'hémiſphère . '
Soyez l'ornement de la Cour.
On réuffit quand on fçait plaire.
Affis au rang de votre père ,
Vous brillerez à votre tour ;
Des Peuples vous ferez l'amour ,
Et des Arts le 'Dieu tutélaire .
La Vertu qu'un haut rang éclaire ,
Eclate alors dans tout fon jour.
Je verrai l'Europe étonnée ,
Bientôt fur vous fixer les yeux ;
Oui , votre belle deſtinée
Doit égaler tous vos ayeux.
Dans les combats faites revivre
Ce grand Guerrier , ce fier Saxon
Dont vous portez déja le nom ,
Et de qui vous brûlez de fuivre
En tout l'exemple & la leçon .
Mais ce courage qu'on admire ,
Dont rien ne put borner le cours
Se vit dompter par les Amours ,
Et vous riez de leur empire .
Lorfque la Déeffe aux cent voix
Publiera partout votre hiſtoire
Quand la
>
trompette de la Gloire
Retentira de vos exploits ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce Sage * dont l'heureuſe adreſſe
Par le plaifir forme les coeurs ,
Qui va pour vous femant des fleurs
Sur le chemin de la Sageſſe ,
Et qui comme moi prévenu
Par votre âme noble & modeſte ;
En vous aimant eft devenu
Votre Mentor & votre Orefte ;
Ce Philofophe généreux ,
Qui par un long apprentiffage ,
Comme un Pilote habile & ſage ,
Sur cet Océan dangereux
Sçait vous conduire fans naufrage ,
En vous voyant partout fameux ,
Dira partout , c'eſt mon ouvrage.
Allez , vos fuccès font certains ,
Votre gloire fera parfaite ;
Rempliffez vos brillans deftins :
Mais aimez toujours le Prophéte.
* M. dela Frenaye , Colonel au Service de
S. M. le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
connu par fon mérite diſtingué & par les brillanses
éducations qu'il a faites.
Par M. BLIN,
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16321
p. 9
VERS présentés à Madame la Comtesse d'ELM .... à bord de la Galère la Ste Catherine, où elle venoit de racheter un Esclave, de faire des libéralités à plusieurs, & ne vouloit recevoir les remercîmens d'aucuns.
Début :
Toi, qui sans te borner à de stériles pleurs, [...]
Mots clefs :
Âme sensible, Malheurs, Bienfaisance, Reconnaissance, Liberté, Cœur, Humanité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS présentés à Madame la Comtesse d'ELM .... à bord de la Galère la Ste Catherine, où elle venoit de racheter un Esclave, de faire des libéralités à plusieurs, & ne vouloit recevoir les remercîmens d'aucuns.
VERS préſentés à Madame la Comteſſe
d'ELM ....à bord de la Galère la Ste
Catherine , où elle venoit de racheter
un Efclave , de faire des libéralités à
plufieurs , & ne vouloit recevoir les remercîmens
d'aucuns.
Toi , qui fans te borner à de ſtériles pleurs ,
Daignes fur nous cependant en répandre ;
Toi , dont l'âme fenfible & rendre
Voudroit de tous abréger les malheurs!
Pourquoi l'efprit de bienfailance
Qui te porte à brifer des fers appefantis ,
Veut-il fe refufer à la reconnoiffance
Qui de tels foins eft le plus digne prix ?
Ah , qui fait de fes biens un auffi noble ufage
Qui rend à fes pareils la douce liberté,
Ce coeur >
ce tendre coeur doit aimer notre hommage
,
C'eft celui de l'humanité.
Par un NÉGRE , âgé de 23 ans , efclave depuis
s, & qui n'apprend le François que depuis deux
d'ELM ....à bord de la Galère la Ste
Catherine , où elle venoit de racheter
un Efclave , de faire des libéralités à
plufieurs , & ne vouloit recevoir les remercîmens
d'aucuns.
Toi , qui fans te borner à de ſtériles pleurs ,
Daignes fur nous cependant en répandre ;
Toi , dont l'âme fenfible & rendre
Voudroit de tous abréger les malheurs!
Pourquoi l'efprit de bienfailance
Qui te porte à brifer des fers appefantis ,
Veut-il fe refufer à la reconnoiffance
Qui de tels foins eft le plus digne prix ?
Ah , qui fait de fes biens un auffi noble ufage
Qui rend à fes pareils la douce liberté,
Ce coeur >
ce tendre coeur doit aimer notre hommage
,
C'eft celui de l'humanité.
Par un NÉGRE , âgé de 23 ans , efclave depuis
s, & qui n'apprend le François que depuis deux
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16322
p. 10
COUPLETS SUR L'AIR : Jusques dans la moindre chose. A Mlle D * L **.
Début :
Au temps fatal qui nous presse [...]
Mots clefs :
Plaisir, Temps, Temps fatal, Tendresse, Plaisir, Scrupule, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS SUR L'AIR : Jusques dans la moindre chose. A Mlle D * L **.
COUPLETS
SUR L'AIR : Jufques dans la moindre chofe.
A Mlle D * L **
A.u temps fatal qui nous preſſe
Enlevons quelques débris ,
A la table , à la tendreſſe
Sçachons bien mettre le prix :
Le temps vole , il nous entraînes
Pour braver les cruautés ,
Que le plaifir feul enchaîne
Des momens qui font comptés.
Ce plaifir qui m'intéreſſe
Dans un inftant va finir
Et mon âme qu'il careffe
Ne fçauroit le retenir
Jouiffons avec fcrupule ;
Pour qui penſe & ſçait jouir ,
Chaque coup de la pendule
"Eft le fignal du plaifir.
Par la Mufe D'IT ON.
SUR L'AIR : Jufques dans la moindre chofe.
A Mlle D * L **
A.u temps fatal qui nous preſſe
Enlevons quelques débris ,
A la table , à la tendreſſe
Sçachons bien mettre le prix :
Le temps vole , il nous entraînes
Pour braver les cruautés ,
Que le plaifir feul enchaîne
Des momens qui font comptés.
Ce plaifir qui m'intéreſſe
Dans un inftant va finir
Et mon âme qu'il careffe
Ne fçauroit le retenir
Jouiffons avec fcrupule ;
Pour qui penſe & ſçait jouir ,
Chaque coup de la pendule
"Eft le fignal du plaifir.
Par la Mufe D'IT ON.
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16323
p. 11
AVERTISSEMENT sur le Morceau suivant.
Début :
LE Poëme dont on va lire les premières Stances, a été imprimé à Rome, [...]
Mots clefs :
Poème, Stances, Roi, Traduction, Éloquence, Négociation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT sur le Morceau suivant.
AVERTISSEMENT
LE
fur le Morceau fuivant .
E Poëme dont on va lire les premières
Stances , a été imprimé à Rome,
en 1747. L'Edition in -folio eft trèsbelle
, & plufieurs Journaux ont parlé
de l'Ouvrage avec éloge. L'Auteur ( il
Signore Abbate Flamminio Scarfelli )
Profeffeur d'Eloquence dans l'Univerfité
de Boulogne, fit demander au Roi par le
Pape Benoît XIV. ( Lambertini ) la
permiffion de le lui dédier , & elle lui
fut accordée , après qu'on eut préfenté
à S. M. ces premières Stances , avec
leur Traduction . Peut-être n'eft elle
pas
affez littérale ; mais on ne fe propofoit
que de donner au Roi quelque idée du
Poëme .
Cette petite négociation paffa par les
mains de feu M. le Cardinal de Tencin
& ce fut lui qui préfenta cette Traduc
tion à Sa Majefté .
LE
fur le Morceau fuivant .
E Poëme dont on va lire les premières
Stances , a été imprimé à Rome,
en 1747. L'Edition in -folio eft trèsbelle
, & plufieurs Journaux ont parlé
de l'Ouvrage avec éloge. L'Auteur ( il
Signore Abbate Flamminio Scarfelli )
Profeffeur d'Eloquence dans l'Univerfité
de Boulogne, fit demander au Roi par le
Pape Benoît XIV. ( Lambertini ) la
permiffion de le lui dédier , & elle lui
fut accordée , après qu'on eut préfenté
à S. M. ces premières Stances , avec
leur Traduction . Peut-être n'eft elle
pas
affez littérale ; mais on ne fe propofoit
que de donner au Roi quelque idée du
Poëme .
Cette petite négociation paffa par les
mains de feu M. le Cardinal de Tencin
& ce fut lui qui préfenta cette Traduc
tion à Sa Majefté .
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16324
p. 12-19
LE TÉLÉMAQUE, POÉME.
Début :
CHANT PREMIER. I. JE chante les glorieuses avantures du fils [...]
Mots clefs :
Divin, Gloire, Aventures, Conseils, Génie, Ouvrage, Hardiesse, Dames, Renommée, Hardiesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TÉLÉMAQUE, POÉME.
LE TÉLÉMAQUE , POÉME.
CHANT PREMIER.
1.
JE chante les glorieufes avantures du
fils d'Ulyffe . On verra dans mon Poëme
comme il erra longtemps fur la tèrre
& fur la mer ; comme il paffa le noir
Achéron pour aller chercher fon père
aux Enfers. Je raconterai les plaifirs &
les peines de fes jeunes amours , fes
guerres fameufes & fes éclatantes victoires
qui porterent la réputation de fa
fageffe & de fa valeur jufques dans les
climats les plus éloignés .
I I.
Je ferai connoître les fages confeils
& les tendres foins de Minerve qui defcendit
des Cieux pour accompagner
Télémaque fous la figure de Mentor. Je
dirai comme elle fut fon guide au milieu
des périls où l'expofoit la jeuneffe,
fon foutien dans les grandes chofes qu'il
entreprit ; & comme elle forma fon efprit
& fon coeur au grand art de régner.
III.
Sublime & beau génie * qui le premier
entras dans la carrière où j'ofe
marcher fur tes traces , & qui , fi j'en
* M. de Fenelon , Archevêque de Cambrai .
SEPTEMBRE. 1763. 13
IL TELEMACO.
CANTO PRIMO.
I.
CANTO l'alte vicende , ei lunghi errori
Del Figluolo d'Uliffe in terra , e in mare ,
Comefin d'Acheronte i trifti umori
Ardi , cercando il Genitor , varcare .
Dirò gli sdegni , e i giovanili amori ,
Le illuftri guerre , e le felici , e rare
Vittorie , ond' ei per ogni eſtranio lide
Portò di fenno , e di valore il grido.
II.
Eil bel configlio , e la pietoſa cura
De la fagace dea farò paleſe ,
Che di Mentore preſa la figura
Al fianco di Telemaco difcefe ;
Etra i perigli de l'età immatura
Gli fù guida , e foftegno à l'ardue impreſſe,
El' docil cuore, & il fecondo ingegno
Ne la grand arte ammaeſtrò del Regno,
III.
Spirto altero e gentil , che l'orme prime
Segnafti in terra del cammin che'i' prendo ,
Ed or fovra del Ciel doggi fublime ,
14 MERCURE DE FRANCE.
re- crois mon espérance & tes vertus
poſes maintenant au plus haut des cieux;
pendant que je mets en vers ton Ouvrage
, & que par là je te prouve & à ta
Nation mon admiration & mon amour,
pardonne ma hardieffe , accorde- moi ta
faveur , & obtiens- moi celle des autres .
IV.
Tu es mon guide , mon appui , & la
Mufe que j'invoque . Le travail eft immenfe;
mes forces font foibles , & mes
talens ne répondent pas à mon zéle.
Seconde donc mes voeux , conduis- moi ,
fortifie-moi. Que ton feu divin m'éclaire
& m'enflamme. Ta gloire y eft inréreffée
auffi bien que la mienne.
V.
Si quelqu'un me blâme de ne travailler
que d'après autrui , qu'il penfe
qu'on loue le fculpteur , foit qu'il imite
, foit qu'il invente . Mais comme ce
n'eft pas l'amour feul de la gloire qui
m'anime , la crainte du blâme ne m'arrêtera
pas non plus. Et au refte qui eft
le maître de ma volonté ? Ne fuis- je pas
né libre ? Je ferai affez content , fi j'ai
le bonheur de plaire au GRAND
LOUIS.
V I.
J'aime l'Italie , fes belles Dames , fes
SEPTEMBRE. 1763. IS
Se ben mia fpeme è tua virtude intendo .
Mentr'io ritraggo i tuoi diſegni in rime ,
Eà te qual pollo , e à la tua Gente rendo
Studio ed amor , ah tu l'ardir perdona !
L'altru m'impetra , e ' l tuo favor mi dona.
IV.
Tu'l duca mio , tu la fedel mia ſcorta ,
Tu la mia Mula , che pregando invoco.
Lunga fatica , & pazientia corta ,
Molta la voglia , ed il potere è poco,
Deh ſeconda i miei voti , e mi conforta
A l'uopo , ereggi e col divin tuo fuoco
L'intelletto riſchiara , infiamma il core
Siccome in opra di comune onore.
V.
Che s ' altri mi dileggia , o mi riprende
Perche lavor non mio ricompor tenti ,
Penti che lode a lo fcultor fi rende ,
Ofe le forme imiti o fe le inventi..
Ne amor i gloria , ne timor m'offende
Di biafmo altrui . Checerco altri argomenti ?
Chi può ful voler mio ? Libero nacqui.
Epiacqui affai fe al GRAN LUIGI piacqui.
$
Amo l'Italia , e ftimo i dotti amici
Le ornate done , i Cavalieri egregis
16 MERCURE DE FRANCE.
aimables Cavaliers , & les hommes de
mérite que j'y ai pour amis. Mais le
plus grand prix de mes foibles vers leur
viendra de l'augufte Nom de LOUIS .
Heureux habitans des bords de la Seine,
à qui il eft permis de voir de près
un , Roi dont la Renommée remplit l'Univers
!
VIL
Sage & invincible Monarque , mes
yeux ne peuvent foutenir l'éclat de ta
grandeur & de ta gloire. Tous ceux qui
admirent ton courage dans la guerre &
ta fageffe dans la Paix , diront que Pallas
t'a donné la valeur & la prudence
du fils d'Ulyſſe.
VIII.
Ils diront que tu as recueilli le fruit
de ce Livre divin ; que les femences de
toutes les vertus qui y font répandues ,
ont germé dans ton fein ; que fi un
deftin cruel & prématuré enleva ton
augufte père & couvrit la France de
deuil , toutes fes fublimes qualités ont
paffé en toi avec fon fang & fes droits,
& que tu réunis tout ce que fon illuftre
Précepteur voulut mettre dans fon âme
tout ce qui peut faire un Roi puiffant
& heureux,
SEPTEMBRE.
17
1763. 1763.
Mà vien dal facro nome agl' infelici
Carmi , il tefor più grato , ond'io mifregi
Ed oh di fenna Abitator felici !
Che fia mirar da preſſo i fommi pregi
Se in ogni parte lo fplendor ne giunge ,
Che l'ampia terra o l'ampio mar diſgiunge !
VIN
Certo il mio faguardo infermo il huro raggio
Softener non poria di tua grandezza ;
Che non fu mai , Monarca invitto e faggio ,
Debil pupilla à tanto lume avvezza .
Mà chi la fapienza & il coraggio
Ammira in pace , & ne la guerra apprezza ,
Dirà che Palla à te diede il configlio ,
E'l militar valor d'Uliſſe il Figlio.
VIII.
Eche de l'aureo feme , onde il divino
Libro fù fparfo , in te s'accoglie il frutto 3
Efe tolle immaturo , e fier deftino
L'auguſto Padre , e pofe Francia in lutto ,
La fua virtu col fangue e col domino
In te difcefe , e in te fi compien tutto
Quell' eccelfo penfier , che à far poſſente
E Lieto un Ré , volle il Maeſtro in mente.
18 MERCURE DE FRANCE.
IX.
Tels font les motifs , GRAND Ror
qui m'ont infpiré la hardieffe de te préfenter
mes vers , & qui me font eſpérer
qu'ils ne feront pas indignes de trouver
grace devant tes yeux. Je fçais d'ailleurs
que les Mufes Italiennes ne font pas
un objet défagréable pour les Efprits
François . L'Ouvrage immortel d'après
lequel je travaille , m'attirera peut - être
tes regards. Si la ftatue que j'ofe t'offrir
eft nouvelle , le marbre eft antique.
SEPTEMBRE. 1763. 19
IX .
Qaefta è la fpeme , che nel tuo cofpetto
Move i miei verfi , e d'apparir ſa degni,
Ed il faper , che non ingrate obietto
Son l'Italiche Mufe ai Franchi ingeg i .
Forfe in mercè dell' immortal foggetto
Verrà che di tua grazia anco le degni.
Antico è il marmo e novo il fimolacro , >
SIGNOR , che al Real trono offro e confacro.
* L'Auteur de cette traduction en a vu une manufcrite
en vers latins, des premiers livres du Télémaque
François , qui com mençoit ainfi .
Telemaci errores varios , variofque labores
Etfidam errantis comitem cantare Minervam.
Aggredior.
Ce début eft d'une heureufe fimplicité.
CHANT PREMIER.
1.
JE chante les glorieufes avantures du
fils d'Ulyffe . On verra dans mon Poëme
comme il erra longtemps fur la tèrre
& fur la mer ; comme il paffa le noir
Achéron pour aller chercher fon père
aux Enfers. Je raconterai les plaifirs &
les peines de fes jeunes amours , fes
guerres fameufes & fes éclatantes victoires
qui porterent la réputation de fa
fageffe & de fa valeur jufques dans les
climats les plus éloignés .
I I.
Je ferai connoître les fages confeils
& les tendres foins de Minerve qui defcendit
des Cieux pour accompagner
Télémaque fous la figure de Mentor. Je
dirai comme elle fut fon guide au milieu
des périls où l'expofoit la jeuneffe,
fon foutien dans les grandes chofes qu'il
entreprit ; & comme elle forma fon efprit
& fon coeur au grand art de régner.
III.
Sublime & beau génie * qui le premier
entras dans la carrière où j'ofe
marcher fur tes traces , & qui , fi j'en
* M. de Fenelon , Archevêque de Cambrai .
SEPTEMBRE. 1763. 13
IL TELEMACO.
CANTO PRIMO.
I.
CANTO l'alte vicende , ei lunghi errori
Del Figluolo d'Uliffe in terra , e in mare ,
Comefin d'Acheronte i trifti umori
Ardi , cercando il Genitor , varcare .
Dirò gli sdegni , e i giovanili amori ,
Le illuftri guerre , e le felici , e rare
Vittorie , ond' ei per ogni eſtranio lide
Portò di fenno , e di valore il grido.
II.
Eil bel configlio , e la pietoſa cura
De la fagace dea farò paleſe ,
Che di Mentore preſa la figura
Al fianco di Telemaco difcefe ;
Etra i perigli de l'età immatura
Gli fù guida , e foftegno à l'ardue impreſſe,
El' docil cuore, & il fecondo ingegno
Ne la grand arte ammaeſtrò del Regno,
III.
Spirto altero e gentil , che l'orme prime
Segnafti in terra del cammin che'i' prendo ,
Ed or fovra del Ciel doggi fublime ,
14 MERCURE DE FRANCE.
re- crois mon espérance & tes vertus
poſes maintenant au plus haut des cieux;
pendant que je mets en vers ton Ouvrage
, & que par là je te prouve & à ta
Nation mon admiration & mon amour,
pardonne ma hardieffe , accorde- moi ta
faveur , & obtiens- moi celle des autres .
IV.
Tu es mon guide , mon appui , & la
Mufe que j'invoque . Le travail eft immenfe;
mes forces font foibles , & mes
talens ne répondent pas à mon zéle.
Seconde donc mes voeux , conduis- moi ,
fortifie-moi. Que ton feu divin m'éclaire
& m'enflamme. Ta gloire y eft inréreffée
auffi bien que la mienne.
V.
Si quelqu'un me blâme de ne travailler
que d'après autrui , qu'il penfe
qu'on loue le fculpteur , foit qu'il imite
, foit qu'il invente . Mais comme ce
n'eft pas l'amour feul de la gloire qui
m'anime , la crainte du blâme ne m'arrêtera
pas non plus. Et au refte qui eft
le maître de ma volonté ? Ne fuis- je pas
né libre ? Je ferai affez content , fi j'ai
le bonheur de plaire au GRAND
LOUIS.
V I.
J'aime l'Italie , fes belles Dames , fes
SEPTEMBRE. 1763. IS
Se ben mia fpeme è tua virtude intendo .
Mentr'io ritraggo i tuoi diſegni in rime ,
Eà te qual pollo , e à la tua Gente rendo
Studio ed amor , ah tu l'ardir perdona !
L'altru m'impetra , e ' l tuo favor mi dona.
IV.
Tu'l duca mio , tu la fedel mia ſcorta ,
Tu la mia Mula , che pregando invoco.
Lunga fatica , & pazientia corta ,
Molta la voglia , ed il potere è poco,
Deh ſeconda i miei voti , e mi conforta
A l'uopo , ereggi e col divin tuo fuoco
L'intelletto riſchiara , infiamma il core
Siccome in opra di comune onore.
V.
Che s ' altri mi dileggia , o mi riprende
Perche lavor non mio ricompor tenti ,
Penti che lode a lo fcultor fi rende ,
Ofe le forme imiti o fe le inventi..
Ne amor i gloria , ne timor m'offende
Di biafmo altrui . Checerco altri argomenti ?
Chi può ful voler mio ? Libero nacqui.
Epiacqui affai fe al GRAN LUIGI piacqui.
$
Amo l'Italia , e ftimo i dotti amici
Le ornate done , i Cavalieri egregis
16 MERCURE DE FRANCE.
aimables Cavaliers , & les hommes de
mérite que j'y ai pour amis. Mais le
plus grand prix de mes foibles vers leur
viendra de l'augufte Nom de LOUIS .
Heureux habitans des bords de la Seine,
à qui il eft permis de voir de près
un , Roi dont la Renommée remplit l'Univers
!
VIL
Sage & invincible Monarque , mes
yeux ne peuvent foutenir l'éclat de ta
grandeur & de ta gloire. Tous ceux qui
admirent ton courage dans la guerre &
ta fageffe dans la Paix , diront que Pallas
t'a donné la valeur & la prudence
du fils d'Ulyſſe.
VIII.
Ils diront que tu as recueilli le fruit
de ce Livre divin ; que les femences de
toutes les vertus qui y font répandues ,
ont germé dans ton fein ; que fi un
deftin cruel & prématuré enleva ton
augufte père & couvrit la France de
deuil , toutes fes fublimes qualités ont
paffé en toi avec fon fang & fes droits,
& que tu réunis tout ce que fon illuftre
Précepteur voulut mettre dans fon âme
tout ce qui peut faire un Roi puiffant
& heureux,
SEPTEMBRE.
17
1763. 1763.
Mà vien dal facro nome agl' infelici
Carmi , il tefor più grato , ond'io mifregi
Ed oh di fenna Abitator felici !
Che fia mirar da preſſo i fommi pregi
Se in ogni parte lo fplendor ne giunge ,
Che l'ampia terra o l'ampio mar diſgiunge !
VIN
Certo il mio faguardo infermo il huro raggio
Softener non poria di tua grandezza ;
Che non fu mai , Monarca invitto e faggio ,
Debil pupilla à tanto lume avvezza .
Mà chi la fapienza & il coraggio
Ammira in pace , & ne la guerra apprezza ,
Dirà che Palla à te diede il configlio ,
E'l militar valor d'Uliſſe il Figlio.
VIII.
Eche de l'aureo feme , onde il divino
Libro fù fparfo , in te s'accoglie il frutto 3
Efe tolle immaturo , e fier deftino
L'auguſto Padre , e pofe Francia in lutto ,
La fua virtu col fangue e col domino
In te difcefe , e in te fi compien tutto
Quell' eccelfo penfier , che à far poſſente
E Lieto un Ré , volle il Maeſtro in mente.
18 MERCURE DE FRANCE.
IX.
Tels font les motifs , GRAND Ror
qui m'ont infpiré la hardieffe de te préfenter
mes vers , & qui me font eſpérer
qu'ils ne feront pas indignes de trouver
grace devant tes yeux. Je fçais d'ailleurs
que les Mufes Italiennes ne font pas
un objet défagréable pour les Efprits
François . L'Ouvrage immortel d'après
lequel je travaille , m'attirera peut - être
tes regards. Si la ftatue que j'ofe t'offrir
eft nouvelle , le marbre eft antique.
SEPTEMBRE. 1763. 19
IX .
Qaefta è la fpeme , che nel tuo cofpetto
Move i miei verfi , e d'apparir ſa degni,
Ed il faper , che non ingrate obietto
Son l'Italiche Mufe ai Franchi ingeg i .
Forfe in mercè dell' immortal foggetto
Verrà che di tua grazia anco le degni.
Antico è il marmo e novo il fimolacro , >
SIGNOR , che al Real trono offro e confacro.
* L'Auteur de cette traduction en a vu une manufcrite
en vers latins, des premiers livres du Télémaque
François , qui com mençoit ainfi .
Telemaci errores varios , variofque labores
Etfidam errantis comitem cantare Minervam.
Aggredior.
Ce début eft d'une heureufe fimplicité.
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16325
p. 20-21
LE COUP D'ŒIL. AIR : C'est l'ouvrage d'un moment.
Début :
A QUINZE ans l'innocence même, [...]
Mots clefs :
Coup d'œil, Plaisir, Amant, Verre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE COUP D'ŒIL. AIR : C'est l'ouvrage d'un moment.
LE COUP D'OEIL.
AIR : C'est l'ouvrage d'un momený.
A QUINZE ans l'innocence même ,
Chloé , s'énonce en héfiant.
Mais , qu'elle s'exprime aisément
En regardant l'objet qu'elle aime !
D'un coup d'oeil on eſt amant.
Ce barbon , qui dans fa foibleffe
N'eft plus propre aux tendres amours
En voyant les beautés du cours ,
Dit encor d'un air de jeuneffe
Le coup d'oeil m'en plaît toujours
Que d'amis font à la beface
Pas un falut, pas un foutien.
Le Minifre en ne diſant rien
Le regarde t-il ? on l'embraffe.
Qu'un coup d'oeil nous fait de bien !
Si Lubin , chéri de fa femme ,
Jouit du plaifir le plus doux ,
Timante , eft fouvent en courrouz
S'il voit la fienne aimer Pirame.
Quelcoup d'oeilpour un époux !
do
SEPTEMBRE. 1763. 20
Si Doris , après fa toilette
Paroît charmante aux yeux de tous ;
Petite robe fans bijoux ,
Peau blanche & que nature a faite ,
Le coup d'oeil eft bien plus doux !
Le plaifir fait bientôt retraite
Si l'on bannit le chant , le vin.
Chacun a -t-il le verre en main ?
Chacun dit - il fa chanfonnette ?
Le coup d'oeil en eft divin .
Quand Céphife remplit un verre'
C'eft un furcroît d'enchantement.
On eft buveur , on eft amant ,
On eft plus aux Cieux que fur Terre s
Quel coup d'oeil eft plus brillant !
Cinq ou fix bons amis à table,
Cinq ou fix mets faits par Comus ,
Cinq ou fix flacons de ce jus
Font un enſemble délectable.
Quel coup d'oeil eft au- deffus !
Par M. FUZILLIER à Amiens
AIR : C'est l'ouvrage d'un momený.
A QUINZE ans l'innocence même ,
Chloé , s'énonce en héfiant.
Mais , qu'elle s'exprime aisément
En regardant l'objet qu'elle aime !
D'un coup d'oeil on eſt amant.
Ce barbon , qui dans fa foibleffe
N'eft plus propre aux tendres amours
En voyant les beautés du cours ,
Dit encor d'un air de jeuneffe
Le coup d'oeil m'en plaît toujours
Que d'amis font à la beface
Pas un falut, pas un foutien.
Le Minifre en ne diſant rien
Le regarde t-il ? on l'embraffe.
Qu'un coup d'oeil nous fait de bien !
Si Lubin , chéri de fa femme ,
Jouit du plaifir le plus doux ,
Timante , eft fouvent en courrouz
S'il voit la fienne aimer Pirame.
Quelcoup d'oeilpour un époux !
do
SEPTEMBRE. 1763. 20
Si Doris , après fa toilette
Paroît charmante aux yeux de tous ;
Petite robe fans bijoux ,
Peau blanche & que nature a faite ,
Le coup d'oeil eft bien plus doux !
Le plaifir fait bientôt retraite
Si l'on bannit le chant , le vin.
Chacun a -t-il le verre en main ?
Chacun dit - il fa chanfonnette ?
Le coup d'oeil en eft divin .
Quand Céphife remplit un verre'
C'eft un furcroît d'enchantement.
On eft buveur , on eft amant ,
On eft plus aux Cieux que fur Terre s
Quel coup d'oeil eft plus brillant !
Cinq ou fix bons amis à table,
Cinq ou fix mets faits par Comus ,
Cinq ou fix flacons de ce jus
Font un enſemble délectable.
Quel coup d'oeil eft au- deffus !
Par M. FUZILLIER à Amiens
Fermer
16326
p. 22-23
EPITRE A M. DAVESNE, par M. GUICHARD.
Début :
DE ta saine philosophie [...]
Mots clefs :
Heureux, Fortune, Plaisir, Philosophie, Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DAVESNE, par M. GUICHARD.
E PITRE
A M. DAVESNE , par M.
GUICHARD.
Da ta faine philofophie
J'aime à favourer les douceurs :
Sans chagrin , fans milantropie
Des Mortels abufés excufant les erreurs ,
Sans jargon, fans orgueil, & furtout fans fyſtéme ,
Heureux , mais heureux par toi- même ,
Tes jours font ceux d'un Sage : Ami , viens m'éclairer
:
Achéve d'embellir un réduit folitaire ,
Que déja l'aimable Glycère ,
En t'attendant ſe plaît à décorer.
De l'amour délicat , de l'amitié fincère ,
Viens voir l'afyle fortuné :
Viens voir certain berceau propre à plus d'un myſflère
,
Que le plaifir lui- même a façonné.
Là ; plein de la feule Nature ,
Nous oublîrons tous ces fots opulens ;
Qui fous le trifte poids d'une épaiffe dorure
Ne fçavent être qu'infolens
De notre petite fortune
SEPTEMBRE. 1763. 23
L'emploi bien dirigé nous vaudra leurs trésors ;
Peu curieux des vains dehors ,
Lorfque nous marcherons , d'une foule importune,
Ardente à nous offrir des voeux intérellés ,
Cher Davefne , nos pas ne feront point preffés,
Et c'est beaucoup . Sur les yeux pleins de charmes
De l'objet à qui comme moi ,
Sûrement tu rendras les armes ,
Quand le fommeil prolongera ſa loi
Dans un bosquet , à fa louange ,
Moi , tendre fans foupir , toi , galant fans fadeur ,
Rejettant du fçavoir cette manie étrange ,
Nous ferons quelques vers moins d'efprit que de
coeur.
Viens avec un Ami , viens avec une Belle ,
Noyer dans les doux flots d'un agréable vin
Et les foucis du jour , & ceux du lendemain.
La volupté le montre , & fuit à tire d'aîle ;
Attachons- nous à la faifir :
Ne nous attriftons point du vol de l'infidelle ,
Le temps eft affez long pour qui fçait en jouir ;
Si nous réfléchiffons , que ce foit au plaifir .
De la mort fous des fleurs cachons la faulx cruelle ;
Vivons fans la nommer ; mourons fans la fentir.
A M. DAVESNE , par M.
GUICHARD.
Da ta faine philofophie
J'aime à favourer les douceurs :
Sans chagrin , fans milantropie
Des Mortels abufés excufant les erreurs ,
Sans jargon, fans orgueil, & furtout fans fyſtéme ,
Heureux , mais heureux par toi- même ,
Tes jours font ceux d'un Sage : Ami , viens m'éclairer
:
Achéve d'embellir un réduit folitaire ,
Que déja l'aimable Glycère ,
En t'attendant ſe plaît à décorer.
De l'amour délicat , de l'amitié fincère ,
Viens voir l'afyle fortuné :
Viens voir certain berceau propre à plus d'un myſflère
,
Que le plaifir lui- même a façonné.
Là ; plein de la feule Nature ,
Nous oublîrons tous ces fots opulens ;
Qui fous le trifte poids d'une épaiffe dorure
Ne fçavent être qu'infolens
De notre petite fortune
SEPTEMBRE. 1763. 23
L'emploi bien dirigé nous vaudra leurs trésors ;
Peu curieux des vains dehors ,
Lorfque nous marcherons , d'une foule importune,
Ardente à nous offrir des voeux intérellés ,
Cher Davefne , nos pas ne feront point preffés,
Et c'est beaucoup . Sur les yeux pleins de charmes
De l'objet à qui comme moi ,
Sûrement tu rendras les armes ,
Quand le fommeil prolongera ſa loi
Dans un bosquet , à fa louange ,
Moi , tendre fans foupir , toi , galant fans fadeur ,
Rejettant du fçavoir cette manie étrange ,
Nous ferons quelques vers moins d'efprit que de
coeur.
Viens avec un Ami , viens avec une Belle ,
Noyer dans les doux flots d'un agréable vin
Et les foucis du jour , & ceux du lendemain.
La volupté le montre , & fuit à tire d'aîle ;
Attachons- nous à la faifir :
Ne nous attriftons point du vol de l'infidelle ,
Le temps eft affez long pour qui fçait en jouir ;
Si nous réfléchiffons , que ce foit au plaifir .
De la mort fous des fleurs cachons la faulx cruelle ;
Vivons fans la nommer ; mourons fans la fentir.
Fermer
16327
p. 24-32
LETTRE à Madame de.......
Début :
MADAME, Ma plume sera-t-elle assez délicate pour rendre [...]
Mots clefs :
Grâces, Honneur, Lumières, Effet, Sentiment, Mœurs , Erreurs, Cœurs, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame de.......
LETTRE à Madame de.......
MADAME,
Ma plume fera- t - elle affez délicate
pour rendre dans leur beauté cet affemblage
heureux de qualités brillantes dont
la nature & l'éducation vous ont embellie
? Quel coloris , quelle touche légère
pourroient peindre autant de graces
dans leur perfection ? Si j'ai jamais
defiré le naturel & la force d'expreffion
de notre premier bel- efprit, l'honneur
éternel du fiécle le plus éclairé , ce
n'eft point pour mériter l'admiration
d'un Peuple ingénieux : vous célébrer
dignement , Madame , feroit ma gloire
la plus flatteufe.
Mais que d'épines accompagneroient
une rofe auffi belle ! Que d'envieux
que
d'ennemis s'étudieroient à ternir fon
éclat , à lui enlever fa fraîcheur !
Ce Public , Madame, qui aujourd'hui
dans l'illufion enchantereffe dont je l'aurois
ébloui m'éléveroit des autels , &
les briferoit demain par un effet de l'amour-
propre ; qui fe refufant à toute
fupériorité
SEPTEMBRE . 1763. 25
›
fupériorité , fe prête à toute calomnie
fe réunit avec moi pour vous louer.Je
n'ai point fes caprices à redouter : fi
la variété des talens , & ce charme inexprimable
que vous leur ajoutez par un
goût inconnu jufques à préfent, répandoient
un nuage dans les efprits , il feroit
bientôt diffipé par votre modeftie ; féduc
tion qu'il n'eft donné qu'à vous de fçavoir
annoblir & de rendre fi touchante !
Une jeune Dame dont l'efprit appliqué
dès l'enfance à des Sciences utiles
, s'eft fait une habitude de penfer
fans dédaigner les talens aimables qui
font les délices de la Société ; également
intéreffante par fes lumières , & par l'art
féducteur de la voix & des inftrumens
eft une Divinité bienfaifante qui en écartant
le fouvenir de nos maux , livre tous
les momens qu'elle nous donne à la
joie la plus douce. C'eft là l'effet infaillible
du vrai beau qui , en forçant notre
eſtime , en place naturellement l'éloge
fur des lévres qui, perfides par
belair
, ne fourioient qu'à la fauffeté & aux
ridicules du jour. La préfence de la
vertu , Madame , eft la minute où les
tons à la mode s'éclipfent & fe changent
en elle-même pour n'être embellis
que de fes attraits.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Nos petites Maîtreſſes vives , maniérées
& fertiles en platitudes que l'on
honore depuis longtemps du nom de
bons mots , & de grâces du jour , ne
vous trouvant ni la fcience des mines ,
ni les petiteffes déifiées , s'écrieront fans
doute , Ah ! peut - on lui reffembler ?
Croyez - moi , Madame , il n'en eft aucune
chez qui la voix du fentiment fe
faifant entendre dans le filence des paffions
, ne vous peignît adorable à leurs
yeux , & ne les fît tomber à vos pieds.
Dans ces momens le triomphe de l'honneur
& de la vertu , tout clinquant
étranger paroît dans fa laideur. Préfentez
-vous , on rougira ; on ne fe croira
au mieux qu'en fe parant de votre maintien
, qu'en fe faifant honneur des qualités
de votre âme. C'eft là l'empire
qu'obtiennent toujours , Madame , les
connoiffances éclairées , la pudeur & la
décence fur les erreurs & la frivolité,
Elles font cette illufion puiffante qui en
réveillant la fenfibilité de nos coeurs
épuisés par une continuité d'émotions
les ramène au naturel & leur fait éprou
ver des plaifirs délicieux , fruits ineftimables
de la Sageffe & de la Raifon ,
Il n'eft que l'intérêt perfonnel qui
puiffe divinifer les égaremens des feinSEPTEMBRE.
1763. 27
mes galantes , & l'inutilité de nos jolis
hommes. Lui feul fçait fe plier à tous
les airs de convention , & leur prêter
un éclat dont il eft glorieux de briller.
Ce font des fleurs que font naître le
defir ; leur beauté nous enchante pendant
qu'il dure ; elle n'existe plus lorſqu'il
eft fatisfait.
Dans un fiécle où l'aménité des
moeurs eft d'une délicateffe fi particulière
qu'une fantaifie fait naître des vapeurs
, & mène à l'évanouiffement , il
faut bien de l'habileté pour en perpétuer
la décence , & la faire reffortir au
fein même du délire . C'eft un rafinement
qu'il n'appartient qu'aux ufages
de pouvoir juftifier.
Le Ton du jour eft une vafte plaine
émaillée de mille fleurs, fur laquelle l'oeil
s'égare avec complaifance. Perſpective
délicieufe pour la molleffe , elle la fixe
par la variété de fes couleurs & la féduit
par fon parfum. Chaque pas qu'elle
y fait eft un plaifir , & ce plaifir eft
bientôt une ivreffe qui en enchaînant
tous fes fens , les affoupit pour toujours
dans les bras du préjugé . Une Coquette
à vingt ans eft une prude à quarante &
une dévote hypocrite à foixante . C'eſt
l'ordinaire effet de l'habitude , de la ſté-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
rilité du fentiment & de l'art de dérai
fonner. On ne ſe fait plus aux jours où
la féduction nous abandonne , à un genre
de vie qui demande des lumières &
des paffions fortes dont on ne jouit que
dans fon printemps.
L'eftime des hommes eft une offenſe
dont on fait peu de cas à l'âge du bonheur
; on y échange volontiers les égards
contre les tranfports ; le refpect y eft
toujours déplacé , & la témérité toujours
excufée. C'eft l'effet d'une éducation
négligée , d'où réſultent néceffairement
un goût pour la flatterie , une oifiveté dangereufe
, un efprit ouvert à toutes les
erreurs , & un coeur vuide qui s'offre
aux premières impreffions. Eft- il étonnant
après cela qu'une jeune perfonne
que l'on a entêtée jufques à quinze ans
de fes charmes extérieurs , qui ne conçoit
d'autre avantage que celui de plaire
& d'intéreffer , ne foit rapidement emportée
vers le tourbillon des ridicules
& des égaremens ?
Une mère qui s'idolâtre & dont la
diffipation a affoibli les principes de religion
& des bonnes moeurs , confie fes
enfans à des flatteurs appointés , vils efclaves.
du tempérament de leurs Elé-
-ves. Sa criminelle indifférence paffe dans
SEPTEMBRE . 1763 . 19
les coeurs de ces Pédagogues . S'occuperoient-
ils à corriger une jeuneffe indocile
, à modérer fes tranfports impétueux
, à éclairer fon efprit , à former
fon coeur, lorsqu'une mère frivole & coupable
ne s'attache qu'aux grâces du
maintien , & ne fait aucun cas des moeurs
& des lumières qu'elle regarde comme
des niaiferies très-déplacées , pour parvenir
à la confidération ? Où trouver cette
probité défintéreffée , attentive à fe foulever
contre les opinions , & les préjugés
en crédit , & à fe refuſer noblement à la
petiteffe des vues des parens qui n'ont
pas le foupçon du bon fens quand on
veut l'obliger à fe dégrader ? Cela eft en
vérité auffi rare , que le peu de foin qu'on
prend à faire de bons choix eft aujourd'hui
commun .
C'eſt un vice du temps qui ne permettant
point à la Raifon de ſe faire entendre
, foutient des erreurs que l'ignorance.
& la vanité ont rendu précieufes .
Une jeune Beauté n'a plus befoin que
de fçavoir figurer : L'étude , le fçavoir ,
travers infoutenables , la feroient fiffler
dans un monde poli qui parle merveilleufement
fur des riens , mais que l'on
excéderoit à périr , en ne fe prêtant
point à fa manière de voir. Ce n'eft
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
point qu'il ne fe croie en droit de juger
& de fe connoître à tout ; vous l'offenferiez
d'en douter ; mais vous vous exprimeriez
mieux , vous l'humiliriez , &
cela feroit , on ne peut pas moins amufant.
La ſcience de la toilette , des airs de
dignité , l'arrangement des mots , d'un
coup d'oeil , d'un gefte font devenus effentiels
pour être dans le meilleur air
& mériter une réputation brillante.
On voudroit fe perfuader que le Public
doit refpecter les écarts des gens
de qualité ; qu'il ne lui convient point
de rapprocher la diftance qui les fépare
, & de cenfurer févérement tout
ce qui bleffe fes moeurs & fon zèle facré
pour les loix de la nature. C'eft une prétention
ridicule . La Naiffance exige, fans
doute,des égards , mais la perfonne qu'elle
couvre de fon voile appartient à la fociété
, lui doit un compte exact de fes
vertus & de fes vices . L'efprit humain
ne fe fait point à ces diſtinctions, filles du
hazard , & de l'opinion . Il voit , il examine
il compare & décide hardiment
que l'on n'eft bien aux premiers gradins
du vaſte théâtre du monde , que par fon
mérite, les lumières & fon utilité au bonSEPTEMBRE
. 1763. 31
heur général. Tout être titré , qui n'eſt
rien par lui-même , eft un poids dont la
terré eft furchargée : c'eft un pavôt
qu'une distraction laiffe croître au milieu
des fleurs les plus rares , mais qui
découvert par un oeil attentif, eft bientôt
faifi par une main indignée pour être fur
le champ foulée aux pieds.
La fpirituelle & refpectable mère ,
MADAME , à laquelle vous devez le
jour , connoiffant parfaitement la vérité
de ces principes ,a compris qu'en ne vous
laiffant que fon nom , elle ne vous donnoit
qu'une enveloppe brillante ; & fon
coeur dans fa tendreffe pour vous a defiré
de vous embellir d'une réalité perfonnelle.
Que j'aime à me tranfporter à ces premiers
momens de votre éducation , où
une mère éclairée vous faifant paffer fucceffivement
de l'utile à l'agréable , vous
trouvoit chaque jour une grace nouvelle,
& s'enorgueilliffoit de vos fuccès !
Quel plaifir pour elle de développer les
difpofitions heureufes que vous teniez
de la nature , & de vous voir acquérir
avec une rapidité inconçevable les connoiffances
de la Morale , de l'Hiftoire
ce fentiment délicat , cette jufteffe de
l'efprit qui entrevoit d'un coup d'oeil , &
Biv Biv
•
32
MERCURE DE FRANCE.
porte fur tous les objets un jugement
Toujours vrai !
Vous ne vous mépreniez pas , Madame
, à l'âge de douze ans , à la valeur
de ces mots que le bel ufage a confacré ,
& dont le coloris eft fi étudié , & l'expreffion
fi éloignée de la vérité. Vous
aviez cette pénétration fine qui analyſe
& fçait apprécier ? ... Eh ! que n'êtesvous
point à feize ? ... Quels efprits ne
fixeriez-vous point par les charmes de
votre converfation ? Quels coeurs ne feroient
pas émus , emportés par la mélodie
de votre voix , & par les fons harmonieux
de ces inftrumens , qui s'animant
fous vos doigts , font paffer dans
nos âmes le fentiment , les tranſports ,
& le délire de toutes les paffions ?
Je ne fçais , Madame , fi dans les momens
d'enthouſiaſme , la fineffe de votre
phyfionomie , & les graces qui fourient
dans vos yeux n'aident point à votre
triomphe. On vous voit , on vous entend
; tous les fens fixés à la fois font
dans une ivreffe qui ne permet point à
l'efprit de réfléchir , & à la Raiſon de
décider.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Paris 11 Août 1963 .
MADAME,
Ma plume fera- t - elle affez délicate
pour rendre dans leur beauté cet affemblage
heureux de qualités brillantes dont
la nature & l'éducation vous ont embellie
? Quel coloris , quelle touche légère
pourroient peindre autant de graces
dans leur perfection ? Si j'ai jamais
defiré le naturel & la force d'expreffion
de notre premier bel- efprit, l'honneur
éternel du fiécle le plus éclairé , ce
n'eft point pour mériter l'admiration
d'un Peuple ingénieux : vous célébrer
dignement , Madame , feroit ma gloire
la plus flatteufe.
Mais que d'épines accompagneroient
une rofe auffi belle ! Que d'envieux
que
d'ennemis s'étudieroient à ternir fon
éclat , à lui enlever fa fraîcheur !
Ce Public , Madame, qui aujourd'hui
dans l'illufion enchantereffe dont je l'aurois
ébloui m'éléveroit des autels , &
les briferoit demain par un effet de l'amour-
propre ; qui fe refufant à toute
fupériorité
SEPTEMBRE . 1763. 25
›
fupériorité , fe prête à toute calomnie
fe réunit avec moi pour vous louer.Je
n'ai point fes caprices à redouter : fi
la variété des talens , & ce charme inexprimable
que vous leur ajoutez par un
goût inconnu jufques à préfent, répandoient
un nuage dans les efprits , il feroit
bientôt diffipé par votre modeftie ; féduc
tion qu'il n'eft donné qu'à vous de fçavoir
annoblir & de rendre fi touchante !
Une jeune Dame dont l'efprit appliqué
dès l'enfance à des Sciences utiles
, s'eft fait une habitude de penfer
fans dédaigner les talens aimables qui
font les délices de la Société ; également
intéreffante par fes lumières , & par l'art
féducteur de la voix & des inftrumens
eft une Divinité bienfaifante qui en écartant
le fouvenir de nos maux , livre tous
les momens qu'elle nous donne à la
joie la plus douce. C'eft là l'effet infaillible
du vrai beau qui , en forçant notre
eſtime , en place naturellement l'éloge
fur des lévres qui, perfides par
belair
, ne fourioient qu'à la fauffeté & aux
ridicules du jour. La préfence de la
vertu , Madame , eft la minute où les
tons à la mode s'éclipfent & fe changent
en elle-même pour n'être embellis
que de fes attraits.
B
26 MERCURE DE FRANCE.
Nos petites Maîtreſſes vives , maniérées
& fertiles en platitudes que l'on
honore depuis longtemps du nom de
bons mots , & de grâces du jour , ne
vous trouvant ni la fcience des mines ,
ni les petiteffes déifiées , s'écrieront fans
doute , Ah ! peut - on lui reffembler ?
Croyez - moi , Madame , il n'en eft aucune
chez qui la voix du fentiment fe
faifant entendre dans le filence des paffions
, ne vous peignît adorable à leurs
yeux , & ne les fît tomber à vos pieds.
Dans ces momens le triomphe de l'honneur
& de la vertu , tout clinquant
étranger paroît dans fa laideur. Préfentez
-vous , on rougira ; on ne fe croira
au mieux qu'en fe parant de votre maintien
, qu'en fe faifant honneur des qualités
de votre âme. C'eft là l'empire
qu'obtiennent toujours , Madame , les
connoiffances éclairées , la pudeur & la
décence fur les erreurs & la frivolité,
Elles font cette illufion puiffante qui en
réveillant la fenfibilité de nos coeurs
épuisés par une continuité d'émotions
les ramène au naturel & leur fait éprou
ver des plaifirs délicieux , fruits ineftimables
de la Sageffe & de la Raifon ,
Il n'eft que l'intérêt perfonnel qui
puiffe divinifer les égaremens des feinSEPTEMBRE.
1763. 27
mes galantes , & l'inutilité de nos jolis
hommes. Lui feul fçait fe plier à tous
les airs de convention , & leur prêter
un éclat dont il eft glorieux de briller.
Ce font des fleurs que font naître le
defir ; leur beauté nous enchante pendant
qu'il dure ; elle n'existe plus lorſqu'il
eft fatisfait.
Dans un fiécle où l'aménité des
moeurs eft d'une délicateffe fi particulière
qu'une fantaifie fait naître des vapeurs
, & mène à l'évanouiffement , il
faut bien de l'habileté pour en perpétuer
la décence , & la faire reffortir au
fein même du délire . C'eft un rafinement
qu'il n'appartient qu'aux ufages
de pouvoir juftifier.
Le Ton du jour eft une vafte plaine
émaillée de mille fleurs, fur laquelle l'oeil
s'égare avec complaifance. Perſpective
délicieufe pour la molleffe , elle la fixe
par la variété de fes couleurs & la féduit
par fon parfum. Chaque pas qu'elle
y fait eft un plaifir , & ce plaifir eft
bientôt une ivreffe qui en enchaînant
tous fes fens , les affoupit pour toujours
dans les bras du préjugé . Une Coquette
à vingt ans eft une prude à quarante &
une dévote hypocrite à foixante . C'eſt
l'ordinaire effet de l'habitude , de la ſté-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
rilité du fentiment & de l'art de dérai
fonner. On ne ſe fait plus aux jours où
la féduction nous abandonne , à un genre
de vie qui demande des lumières &
des paffions fortes dont on ne jouit que
dans fon printemps.
L'eftime des hommes eft une offenſe
dont on fait peu de cas à l'âge du bonheur
; on y échange volontiers les égards
contre les tranfports ; le refpect y eft
toujours déplacé , & la témérité toujours
excufée. C'eft l'effet d'une éducation
négligée , d'où réſultent néceffairement
un goût pour la flatterie , une oifiveté dangereufe
, un efprit ouvert à toutes les
erreurs , & un coeur vuide qui s'offre
aux premières impreffions. Eft- il étonnant
après cela qu'une jeune perfonne
que l'on a entêtée jufques à quinze ans
de fes charmes extérieurs , qui ne conçoit
d'autre avantage que celui de plaire
& d'intéreffer , ne foit rapidement emportée
vers le tourbillon des ridicules
& des égaremens ?
Une mère qui s'idolâtre & dont la
diffipation a affoibli les principes de religion
& des bonnes moeurs , confie fes
enfans à des flatteurs appointés , vils efclaves.
du tempérament de leurs Elé-
-ves. Sa criminelle indifférence paffe dans
SEPTEMBRE . 1763 . 19
les coeurs de ces Pédagogues . S'occuperoient-
ils à corriger une jeuneffe indocile
, à modérer fes tranfports impétueux
, à éclairer fon efprit , à former
fon coeur, lorsqu'une mère frivole & coupable
ne s'attache qu'aux grâces du
maintien , & ne fait aucun cas des moeurs
& des lumières qu'elle regarde comme
des niaiferies très-déplacées , pour parvenir
à la confidération ? Où trouver cette
probité défintéreffée , attentive à fe foulever
contre les opinions , & les préjugés
en crédit , & à fe refuſer noblement à la
petiteffe des vues des parens qui n'ont
pas le foupçon du bon fens quand on
veut l'obliger à fe dégrader ? Cela eft en
vérité auffi rare , que le peu de foin qu'on
prend à faire de bons choix eft aujourd'hui
commun .
C'eſt un vice du temps qui ne permettant
point à la Raifon de ſe faire entendre
, foutient des erreurs que l'ignorance.
& la vanité ont rendu précieufes .
Une jeune Beauté n'a plus befoin que
de fçavoir figurer : L'étude , le fçavoir ,
travers infoutenables , la feroient fiffler
dans un monde poli qui parle merveilleufement
fur des riens , mais que l'on
excéderoit à périr , en ne fe prêtant
point à fa manière de voir. Ce n'eft
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
point qu'il ne fe croie en droit de juger
& de fe connoître à tout ; vous l'offenferiez
d'en douter ; mais vous vous exprimeriez
mieux , vous l'humiliriez , &
cela feroit , on ne peut pas moins amufant.
La ſcience de la toilette , des airs de
dignité , l'arrangement des mots , d'un
coup d'oeil , d'un gefte font devenus effentiels
pour être dans le meilleur air
& mériter une réputation brillante.
On voudroit fe perfuader que le Public
doit refpecter les écarts des gens
de qualité ; qu'il ne lui convient point
de rapprocher la diftance qui les fépare
, & de cenfurer févérement tout
ce qui bleffe fes moeurs & fon zèle facré
pour les loix de la nature. C'eft une prétention
ridicule . La Naiffance exige, fans
doute,des égards , mais la perfonne qu'elle
couvre de fon voile appartient à la fociété
, lui doit un compte exact de fes
vertus & de fes vices . L'efprit humain
ne fe fait point à ces diſtinctions, filles du
hazard , & de l'opinion . Il voit , il examine
il compare & décide hardiment
que l'on n'eft bien aux premiers gradins
du vaſte théâtre du monde , que par fon
mérite, les lumières & fon utilité au bonSEPTEMBRE
. 1763. 31
heur général. Tout être titré , qui n'eſt
rien par lui-même , eft un poids dont la
terré eft furchargée : c'eft un pavôt
qu'une distraction laiffe croître au milieu
des fleurs les plus rares , mais qui
découvert par un oeil attentif, eft bientôt
faifi par une main indignée pour être fur
le champ foulée aux pieds.
La fpirituelle & refpectable mère ,
MADAME , à laquelle vous devez le
jour , connoiffant parfaitement la vérité
de ces principes ,a compris qu'en ne vous
laiffant que fon nom , elle ne vous donnoit
qu'une enveloppe brillante ; & fon
coeur dans fa tendreffe pour vous a defiré
de vous embellir d'une réalité perfonnelle.
Que j'aime à me tranfporter à ces premiers
momens de votre éducation , où
une mère éclairée vous faifant paffer fucceffivement
de l'utile à l'agréable , vous
trouvoit chaque jour une grace nouvelle,
& s'enorgueilliffoit de vos fuccès !
Quel plaifir pour elle de développer les
difpofitions heureufes que vous teniez
de la nature , & de vous voir acquérir
avec une rapidité inconçevable les connoiffances
de la Morale , de l'Hiftoire
ce fentiment délicat , cette jufteffe de
l'efprit qui entrevoit d'un coup d'oeil , &
Biv Biv
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MERCURE DE FRANCE.
porte fur tous les objets un jugement
Toujours vrai !
Vous ne vous mépreniez pas , Madame
, à l'âge de douze ans , à la valeur
de ces mots que le bel ufage a confacré ,
& dont le coloris eft fi étudié , & l'expreffion
fi éloignée de la vérité. Vous
aviez cette pénétration fine qui analyſe
& fçait apprécier ? ... Eh ! que n'êtesvous
point à feize ? ... Quels efprits ne
fixeriez-vous point par les charmes de
votre converfation ? Quels coeurs ne feroient
pas émus , emportés par la mélodie
de votre voix , & par les fons harmonieux
de ces inftrumens , qui s'animant
fous vos doigts , font paffer dans
nos âmes le fentiment , les tranſports ,
& le délire de toutes les paffions ?
Je ne fçais , Madame , fi dans les momens
d'enthouſiaſme , la fineffe de votre
phyfionomie , & les graces qui fourient
dans vos yeux n'aident point à votre
triomphe. On vous voit , on vous entend
; tous les fens fixés à la fois font
dans une ivreffe qui ne permet point à
l'efprit de réfléchir , & à la Raiſon de
décider.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Paris 11 Août 1963 .
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16328
p. 33
A UNE SEULE PERSONNE.
Début :
DE ma timidité tu vois ici l'ouvrage : [...]
Mots clefs :
Timidité, Hommage, Dieux, Aveu, Ardeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A UNE SEULE PERSONNE.
A UNE SEULE PERSONN E.
D. ma timidité tu vois ici l'ouvrage :
Pour mieux t'ouvrir mon coeur j'ai choifi ce détour.
Ce n'eft point Apollon qui déte mon hommage
....
Je n'ai plus d'autres Dieux que toi - même & l'A
mour.
Je t'aime.....cet aveu pourroit-il te furprendre ?...
Celle de t'étonner de te voir mon vainqueur ;
D'un fijufte penchant on fçait peu fe défendre :
Tout ce qu'onjuge aimable , a des droits fur un
coeur.
Quand je ne crois qu'aimer , je fens que je t'adore
D'un li doux fentiment que je chéris l'erreur !
Mon âme à l'augmenter s'efforceroit encore ,
S'il étoit un degré de plus pour fon ardeur.
Par M. le Comte de C *** Capitaine de Dragons
au Régiment de C ***
D. ma timidité tu vois ici l'ouvrage :
Pour mieux t'ouvrir mon coeur j'ai choifi ce détour.
Ce n'eft point Apollon qui déte mon hommage
....
Je n'ai plus d'autres Dieux que toi - même & l'A
mour.
Je t'aime.....cet aveu pourroit-il te furprendre ?...
Celle de t'étonner de te voir mon vainqueur ;
D'un fijufte penchant on fçait peu fe défendre :
Tout ce qu'onjuge aimable , a des droits fur un
coeur.
Quand je ne crois qu'aimer , je fens que je t'adore
D'un li doux fentiment que je chéris l'erreur !
Mon âme à l'augmenter s'efforceroit encore ,
S'il étoit un degré de plus pour fon ardeur.
Par M. le Comte de C *** Capitaine de Dragons
au Régiment de C ***
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16329
p. 34-35
CONTE MORAL.
Début :
ANNETTEE un jour s'en alloit à grands pas [...]
Mots clefs :
Char, Dame, Berger, Amour, Cour, Être suprême, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTE MORAL.
CONTE MORAL.
ANNNNEETTTTEE un jour s'en alloit à grands pas
Vendre au marché la marchandiſe ;
Son petit coeur battoit , & defiroit tout bas
D'être auprès du Berger dont fon âme eft éprile,
Et qui brûle pour les appas.
L'ardeur de le revoir lui fourniffoit des aîles ;.
Mais la force manquoit.
Amour ! Auteur de deux flâmes fi belles ,
N'entendois- tu pas fon fouhait ?
Annette , éperdue , harallée ,
Maudiffant fon deftin ,
Et jufqu'au fon i du coeur bleffée ,
Ne peut pourfuivre fon chemin ! ...
Paſſe alors un lefte équipage
Où plus brillante que le jour ,
Une Dame de haut parage
Alloit étaler à la Cour
Son fafte ; & des paffans attiroit tout l'hommage.
Qn'on eft heureux de pouvoir à fon-gré ,
Sans embarras comme fans peine ,
Dans un beau cabinet doré ,
S'écrie Annette en per tant prefque haleine ,
Etre ainfi par tout voituré ! ...
Annette , en parlant de la forte ,
SEPTEMBRE. 1763. 35
Suivoit le char de tous les yeux ;
Lorfque d'un choc la fecouffe trop forte,
Préfage un deftin malheureux .
Le Char verfe & fe rompt ; une fraieur fubite
Animant les chevaux , ils déchirent leurs mords ,
S'élancent , & d'un pas que la peur précipite ,
Traînent la Dame à travers mille morts.
Annette alors , rentrant en elle- même ,
Et béniffant l'Etre Suprême ,
}
Difoit , oublie , ô Ciel ! ce dont je t'ai prić :
Mieux vaut encore aller à pied ,
Qu'avec apparence fi belle ,
Rifquer la mort la plus cruelle.
Par M. de Vis... le fils.
ANNNNEETTTTEE un jour s'en alloit à grands pas
Vendre au marché la marchandiſe ;
Son petit coeur battoit , & defiroit tout bas
D'être auprès du Berger dont fon âme eft éprile,
Et qui brûle pour les appas.
L'ardeur de le revoir lui fourniffoit des aîles ;.
Mais la force manquoit.
Amour ! Auteur de deux flâmes fi belles ,
N'entendois- tu pas fon fouhait ?
Annette , éperdue , harallée ,
Maudiffant fon deftin ,
Et jufqu'au fon i du coeur bleffée ,
Ne peut pourfuivre fon chemin ! ...
Paſſe alors un lefte équipage
Où plus brillante que le jour ,
Une Dame de haut parage
Alloit étaler à la Cour
Son fafte ; & des paffans attiroit tout l'hommage.
Qn'on eft heureux de pouvoir à fon-gré ,
Sans embarras comme fans peine ,
Dans un beau cabinet doré ,
S'écrie Annette en per tant prefque haleine ,
Etre ainfi par tout voituré ! ...
Annette , en parlant de la forte ,
SEPTEMBRE. 1763. 35
Suivoit le char de tous les yeux ;
Lorfque d'un choc la fecouffe trop forte,
Préfage un deftin malheureux .
Le Char verfe & fe rompt ; une fraieur fubite
Animant les chevaux , ils déchirent leurs mords ,
S'élancent , & d'un pas que la peur précipite ,
Traînent la Dame à travers mille morts.
Annette alors , rentrant en elle- même ,
Et béniffant l'Etre Suprême ,
}
Difoit , oublie , ô Ciel ! ce dont je t'ai prić :
Mieux vaut encore aller à pied ,
Qu'avec apparence fi belle ,
Rifquer la mort la plus cruelle.
Par M. de Vis... le fils.
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16330
p. 35-39
EPITRE A Madame la Marquise D. ...
Début :
O VOUS, que l'amour idolâtre, [...]
Mots clefs :
Amour, Tendre, Longtemps, Volupté, Muse, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Madame la Marquise D. ...
EPITRE
D.... A Madame la Marquife D.
O
1
VOUS , que l'amour idolâtre ,
Et qui l'outragez chaque jour !
Voyez ma` Mufe tour- à- tour ,
Tendre , indifférente & folâtre ,
Ne plus refpirer que l'amour.
Des erreurs d'un efprit volage
L'enchanteinent eſt diſſipé
Et des jeux du papillonage Mu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur longtemps préoccupé ,
Ne fe fait plus un badinage
De tromper ni d'être trompé.
Ce changement eft votre ouvrage::
Eglé , vous fixez mes defirs ;
Et je chéris mon elclavage :
Ce n'eft qu'au midi de mon âge
Que vont commencer mes plaifirs.
Facile , inconftante & coquette ,
Lifette m'amufa longtemps ;
Et ma main des fleurs du printemps
A longtemps couronné Lifette.
Léger comme on l'eſt a vingt ans ,
On m'a vu groffir près des belles
La lifte des amis fidels,
Et des infidèles amans :
L'amour m'avoit donné les aîles ;
Et vous avez les trai : s charmans.
Eglé , vous êtes embellie
Des trésors de chaque pays
Vous devez à la Georgie
Ces petits globes arrondis ,
Ces bras d'ivoire.cque jadis
La voluptueule Idalie
Pour ceux de Vénus auroit priss
Vos yeux brillans font d'Italie ,
Et vos grâces font de Paris...
Vous valez bien , lans flatterie,
SEPTEMBRE. 1763. 37
Les Beautés dont la Circaffie
Remplit les Sérails faftueux ,
Où les defpotes de l'Afie
Coulent des jours voluptueux
Sur de beaux tapis de Turquie.
A vos pieds le plus fier Soudin
Comme Augufle à ceux de Livie ,
Mettront fon Sceptre & fon Turban ;
Et je fçais bien que Roxelane
N'auroit jamais été Sultane ,
Si j'avois été Soliman.
En vérité je crois qu'Alcide ,
Jadis auroit filé pour vous ,;
E que la Grèce , à vos genoux ,
Eut vû tomber e Dieu de Gnide.
Ce Dieu fur les bords de Lignon ,
Abandonnant Flore & Thémire
Vint fur les rives du Litton ,
Près de vous fixer fon empire.
Avec douceur , à votre nom
On le voit quelquefois fourire :
Mais il fe plaint avec railon ,
Que vous êtes un peu cruelle.
Ignorez- vous que ce fripon
Gouverne: tout à ſa façon ,
Rois & Bergers trône & ruelle?
Il a des droits fur chaque Belle:
Vous avez les traits de Ninon ;
38 MERCURE DE FRANGE .
Et vous devez aimer comme elle.
Ah ! fijamais le Die ' vainqueur
A quelque amant tendre & fidèle
Donnoit des droits fur votre coeur ,
Vous le verriez , plein de délire ,
Près de vous toujours ſoupirer ,
Exiſter pour vous adorer ,
Et vous chercher pour vous le dire.
Eglé , lorsqu'on a vos appas ,
On doit immoler , à votre âge ,
Le ftérile honneur d'être lage
Au plaifir de ne l'être pas.
Croyez que la volupté pure
Offre des plaifirs délicats :
Aimable enfant de la Nature
Elle vous appelle en fes bras .
De fleurs nouvellement écloſes ,
Elle ornera votre beau ſein :
Eglé , c'eſt pour vous que fa main
A préparé des lits de roſes ,
Et des guirlandes de jaſmin.
Son haleine répand fans ceffe
Les plus dour parfums dans les airs:
La molleffe de fes concerts
Aux tranfports d'une tendre ivreffe ,
Semble inviter tout l'univers.
Qu'un pâle élève d'Uranie ,
Sur les aîles de fon génie
>
SEPTEMBRE . 1763. 39
S'élance , & meſure les cieux
De fon compas audacieux :
Moi , j'aime à raffembler le groupe
Des ris , des amours & des jeux :
La Volupté m'offre la coupe ;
Elle eft pour moi celle des Dieux.
Je veux encor , quand la vieilleſſe
Aura blanchi mes noirs cheveux ,
Chanter l'amour & la pareſſe ;
Et vous offrir encor des voeux.
Par M. LEGIER.
D.... A Madame la Marquife D.
O
1
VOUS , que l'amour idolâtre ,
Et qui l'outragez chaque jour !
Voyez ma` Mufe tour- à- tour ,
Tendre , indifférente & folâtre ,
Ne plus refpirer que l'amour.
Des erreurs d'un efprit volage
L'enchanteinent eſt diſſipé
Et des jeux du papillonage Mu
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Mon coeur longtemps préoccupé ,
Ne fe fait plus un badinage
De tromper ni d'être trompé.
Ce changement eft votre ouvrage::
Eglé , vous fixez mes defirs ;
Et je chéris mon elclavage :
Ce n'eft qu'au midi de mon âge
Que vont commencer mes plaifirs.
Facile , inconftante & coquette ,
Lifette m'amufa longtemps ;
Et ma main des fleurs du printemps
A longtemps couronné Lifette.
Léger comme on l'eſt a vingt ans ,
On m'a vu groffir près des belles
La lifte des amis fidels,
Et des infidèles amans :
L'amour m'avoit donné les aîles ;
Et vous avez les trai : s charmans.
Eglé , vous êtes embellie
Des trésors de chaque pays
Vous devez à la Georgie
Ces petits globes arrondis ,
Ces bras d'ivoire.cque jadis
La voluptueule Idalie
Pour ceux de Vénus auroit priss
Vos yeux brillans font d'Italie ,
Et vos grâces font de Paris...
Vous valez bien , lans flatterie,
SEPTEMBRE. 1763. 37
Les Beautés dont la Circaffie
Remplit les Sérails faftueux ,
Où les defpotes de l'Afie
Coulent des jours voluptueux
Sur de beaux tapis de Turquie.
A vos pieds le plus fier Soudin
Comme Augufle à ceux de Livie ,
Mettront fon Sceptre & fon Turban ;
Et je fçais bien que Roxelane
N'auroit jamais été Sultane ,
Si j'avois été Soliman.
En vérité je crois qu'Alcide ,
Jadis auroit filé pour vous ,;
E que la Grèce , à vos genoux ,
Eut vû tomber e Dieu de Gnide.
Ce Dieu fur les bords de Lignon ,
Abandonnant Flore & Thémire
Vint fur les rives du Litton ,
Près de vous fixer fon empire.
Avec douceur , à votre nom
On le voit quelquefois fourire :
Mais il fe plaint avec railon ,
Que vous êtes un peu cruelle.
Ignorez- vous que ce fripon
Gouverne: tout à ſa façon ,
Rois & Bergers trône & ruelle?
Il a des droits fur chaque Belle:
Vous avez les traits de Ninon ;
38 MERCURE DE FRANGE .
Et vous devez aimer comme elle.
Ah ! fijamais le Die ' vainqueur
A quelque amant tendre & fidèle
Donnoit des droits fur votre coeur ,
Vous le verriez , plein de délire ,
Près de vous toujours ſoupirer ,
Exiſter pour vous adorer ,
Et vous chercher pour vous le dire.
Eglé , lorsqu'on a vos appas ,
On doit immoler , à votre âge ,
Le ftérile honneur d'être lage
Au plaifir de ne l'être pas.
Croyez que la volupté pure
Offre des plaifirs délicats :
Aimable enfant de la Nature
Elle vous appelle en fes bras .
De fleurs nouvellement écloſes ,
Elle ornera votre beau ſein :
Eglé , c'eſt pour vous que fa main
A préparé des lits de roſes ,
Et des guirlandes de jaſmin.
Son haleine répand fans ceffe
Les plus dour parfums dans les airs:
La molleffe de fes concerts
Aux tranfports d'une tendre ivreffe ,
Semble inviter tout l'univers.
Qu'un pâle élève d'Uranie ,
Sur les aîles de fon génie
>
SEPTEMBRE . 1763. 39
S'élance , & meſure les cieux
De fon compas audacieux :
Moi , j'aime à raffembler le groupe
Des ris , des amours & des jeux :
La Volupté m'offre la coupe ;
Elle eft pour moi celle des Dieux.
Je veux encor , quand la vieilleſſe
Aura blanchi mes noirs cheveux ,
Chanter l'amour & la pareſſe ;
Et vous offrir encor des voeux.
Par M. LEGIER.
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16331
p. 39-50
LES TROIS AMIES ET LES TROIS FRERES, CONTE MORAL.
Début :
LUCIE, Aglaé & Zulmis s'aimoient dès leur plus tendre enfance ; leurs parens [...]
Mots clefs :
Amies, Confrères, Jour, Amant, Confidences, Nature, Envie de plaire, Jalousie
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texteReconnaissance textuelle : LES TROIS AMIES ET LES TROIS FRERES, CONTE MORAL.
LES TROIS AMIES
ET LES TROIS FRERES ,
CONTE MORAL.
LUCIE , Aglaé & Zulmis s'aimoient
dès leur plus tendre enfance ; leurs pa-
*ens étoient voifins & amis tout enfem→
ble ; elles avoient reçu la même éducation
dans le même Couvent. Depuis
qu'elles en étoient forties elles n'avoient
pas paffé un jour fans fe voir & fe renouveller
les affurances de l'attachement
le plus tendre. A mefure qu'elles
avançoient en âge , la Raifon perfectionnoit
l'ouvrage de l'instinct & reffer
40 MERCURE DE FRANCE.
V
roit les liens de la fympathie qui les
uniffoient. Des careffes touchantes , des
jeux innocens , des confidences mutuelles
ne permettoient pas à l'ennui de
troubler la férénité de leurs beaux jours.
Tous leurs momens étoient remplis.
Tantôt elles s'occupoient à former des
pas avoués par les Grâces , tantôt elles
exerçoient leur voix , en corrigeoient
les défauts & en faifoient valoir les agrémens.
Ignorant l'envie , elles pouffoient
le défintéreffement jufqu'à fe parer de
tout ce qui pouvoit relever l'éclat de
leur beauté mutuelle . Toutes les trois
entroient dans leur quinziéme année ; &
leur amitié fembloit devoir durer toujours
, lorfque Damis , Arifte & Timur
s'offrirent àleurs yeux.
s'éte Ils étoient frères. Leurs parens
toient appliqués à développer le germe
du fentiment que la Nature avoit placé
dans leurs coeurs , & jufqu'à ce jour
rien n'avoit pu altérer l'affection qui y
étoit née . Dans cet âge où il fuffit de
voir un objet aimable pour aimer , Damis
fe déclara pour Lucie , Arifte pour
Aglaé , & Timur pour Zulmis Ils furent
écoutés , l'amour fe plut à les combler
de fes faveurs pour les rendre pius
fenfibles aux tourmens que ce Dieu
cruel leur préparoit.
SEPTEMBRE. 1763 . 41
L'envie de plaire ne tarda pas à nuire
à l'amitié . On ne confulta plus fon
amie fur le choix d'un ruban ou fur
la façon de placer une aigrette . On ne
donna plus de confeils qui ne fuffent
dictés par la malignité. Zulmis eft brune
, Aglaé l'engage à mettre des mouches.
Lucie , eft blonde , Aglaé & Zulmis
le réuniffent pour l'affurer que le
blanc lui fied à ravir. Elles ne goûtent
plus ce charme paifible que procurent
la confiance & la vertu . Elles ne fe
voyent plus avec ce vif intérêt qui les
enflammoit d'une falutaire émulation.
Leurs oreilles ouvertes aux propos féducteurs
d'un amant ne font plus flattées
de oes difcours ingénus qui ont
fait l'amufement de leur enfance. Elles
diffimulent fans motifs , elles fe craignent
fans raifons. Si Damis laiffe tomber
un coup d'oeil fur Aglaé , Lucie en
pâlit , Arifte en murmure. Cette paffion
baffe & honteuse , que nous décorons
du titre de délicateffe & qui prend fon
origine dans nos idées plutôt que dans
nos fens , la Jaloufie a rompu tous les
noeuds qu'avoit tiffus l'Amitié .
Damis, en qualité d'aîné, devoit prendre
le premier un établiffement . Il ne
négligeoit rien pour faire déclarer Lucie .
42 MERCURE DE FRANCE .
en fa faveur , & fe ménageoit auprès
de fes parens de puiffantes recommandations
pour obtenir d'eux fa main ,
auffitôt qu'elle lui auroit donné fon
coeur. Cependant cette jeune perfonne
ne fe hâtoit pas de prononcer ces mots
qu'un père jaloux de fon autorité interdit
jufqu'au jour du Contrat. Je vous
aime eft une terrible expreffion en effet
! Une fille qui n'en connoît pas encore
toute la fignification ne peut s'empêcher
d'en rougir en s'en fervant. Heu
reux amans , avez-vous pû l'entendre
pour la première fois fans mourir de
plaifir ?
Damis ne l'avoit pas entendue : il
s'imagina qu'Aglaé emploiroit volon
tiers le crédit qu'il lui fuppofoit fur
l'efprit de fon amie , pour l'engager à
lui faire cet aveu fouhaité . Il lui fit vifite
dans ce deffein . Sa mere étoit avec
elle ; Damis n'eut pas de peines à les
gagner l'une & l'autre.Elles lui promirent
tout ce qu'il en exigea. C'étoit l'heure
de l'Opéra elles devoient s'y rendre :
Damis ne put pas fe difpenfer d'offrir
fa main ; elle fut acceptée ; & quoiqu'il
ne fe fouciât pas beaucoup du fpectacle
ce jour-là , il fut obligé d'y aller & d'y
refter par bienséance ..
SEPTEMBRE . 1763. 43
*
Le premier objet qui les frappa en
entrant dans la falle , ce fut Arifte au parterre
. Il n'y refta guères dès qu'il les
eut apperçues. Aglaé lui avoit paru interdite
, & fon frere embarraffé . L'air
dont il les avoit falués en étoit la caufe
; mais il ne croyoit pas avoir manifefté
fi clairement l'agitation de fon
âme & les mouvemvns tumultueux qui
s'y étoient élevés tout-à- coup . Son premier
deffein avoit été d'aller trouver
fa maîtreffe . Son mauvais génie l'arrêta
à la porte de fa loge , & fans s'avouer
à lui- même fes foupçons injurieux , il
fe mit à écouter comme s'il eût eu à
s'éclaircit de quelques complots . Des
termes paffionnés qu'il entendit , & la
chaleur avec laquelle Damis entretenoit.
Aglaé ne lui permirent pas de douter
que fon frere ne fùt devenu fon rival ;
& il ne lui vint pas même dans l'efprit
qu'il lui parloit de l'amour qu'il
reffentoit pour fon amie.
Damis ne s'en tint pas aux affurances
réitérées qu'il avoit reçues d'Aglaé &
de fa mere . Les objets que nous voyons
à travers l'ardeur de nos defirs nous
paroiffent environnés d'obstacles & de
difficultés . Il nous femble que nous n'en
approcherons jamais nous craignons
44 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne nous échappent lorfque nous
en fommes le plus près : Notre imagination
troublée apperçoit des torrens
formidables à franchir , tandis que nous
n'avons que des petits ruiffeaux à paffer.
Damis , toujours inquiet & tremblant
, eut recours à Zulmis & à fon
père , qui avoit un grand crédit fur celui
de Lucie. Il fe rendit chez lui dans
l'inftant que ce père fe préparoit à partir
pour la campagne avec fa fille. C'étoit
un de ces hommes d'un facile accès
, qui ont , comme on dit vulgairement
, le coeur fur les lèvres. Il trouva
Damis , à fon gré , lui propofa de devenir
fon ami à condition de l'accompagner
& de refter avec lui pendant le
peu de jours qu'il devoit paffer hors, de
Paris. J'aurai le tems de vous con-
» noître , lui dit-il , & cela m'eft nécef-
» faire pour me mettre à même de tra
» vailler avec plus de zèle à vos intérêts,
» Cette offre étoit fi preffante &
fi avantageufe que Damis ne balança
pas à l'accepter.
"
Ils montérent en carroffe & prirent
leur route par le Boulevard. Timur s'y
promenoit alors tout occupé de fa chère
Zulmis : il fut étonné & piqué de l'appercevoir
avec Damis dans le fonds de
SEPTEMBRE. 1763. 45
-
par
la voiture. Il courut fur le champ à
l'hôtel du père de Zulmis , où un portier
bavard acheva d'aigrir fa douleur
des propos qui lui donnerent matiére à
foupçonner que fon frère étoit fecrétement
fon rival. Timur étoit malheureuſement
né jaloux. Le crime de fon
frère & l'infidélité de Zulmis fe trouverent
dès cet inftant réalisés dans fon
coeur.
Ce même portier dont l'imbécile bavardage
fut bien payé, fe chargea de faire remettre
à Zulmis une lettre que Timur
écrivit fur le champ . Juftement offenſée
de l'aigreur du ftyle & des reproches
qu'elle ne méritoit pas , elle prit de tous
les partis le plus cruel pour un amant ;
celui du filence.Les doutes de Timur font
alors changés en certitude ; une haine
violente fuccéde chez lui à l'amour le
plus tendre. Ce changement étoit trop
prompt pour être véritable : tout autre
que lui s'en feroit méfié. Un coeur qui
n'aime plus n'eft pas fufceptible de haine;
il ne connoît que l'indifférence ou le
mépris. Cependant abufé par un fentiment
momentané & trompeur , il fe
perfuada qu'il pourroit oublier Zulmis;
il fit plus , il fe crut capable d'en aimer
une autre. Lucie avoit des attraits ; elle
46 MERCURE DE FRANCE .
)
étoit la dupe d'un amant volage ; fa fituation
telle qu'il fe la figuroit , reffembloit
parfaitement à la fienne. Il étoi
à préfumer que rapprochés par le malheur
, ils fentiroient tous deux le befoin
de s'aimer. Ce fut donc à Lucie qu'il
adreffa fes voeux , & il ne tint qu'à elle
en les couronnant, de fe priver & Timur
auffi ,des douceurs qu'ils avoient eſpérées
dans un autre établiffement. Cet amant
ne fût pas affligé des refus conftans qu'il
éffuya 11 reconnut le véritable état de
fon coeur. Les fureurs de la jaloufie s'agitérent
plus violemment que jamais ; il
brûloit de la foif de la vengeance ; & dans
l'excès de fon emportement il méditoit
les plus fanglans projets contre la vie
d'un frère qu'il auroit rachetée autrefois
par le facrifice de la fienne .
Arifte n'étoit pas dans une fituation
plus tranquille. Quoiqu'il n'eût d'autres
preuves de l'infidélité de fa maîtreffe que
ce qu'il avoit entendu à la Comédie , fon
coeur en étoit mortellement bleffé . Le caractere
d'Arifte reffembloit beaucoup à
celui de Timur: ils n'avoient pour ainfi
dire , que la même façon de voir & de
fentir; dans une circonftance femblable.il
fe comporta comme lui . Guidé par le dépit
, il fut quelques jours fans voir Aglaé,
SEPTEMBRE . 1763 . 47
en revanche il voyoit affidûment Lucie
& mettoit en ufage , tout ce qui pouvoit
lui faire oublier Damis , qu'il lui repréfentoit
fous des couleurs odieufes.Enfinaprès
avoir joué auprès d'elle un rôle qui les ennuyoit
beaucoup l'un & l'autre , il reparut
chez Aglaée ; mais la fierté de cette
jeune perfonne foutenue par fon innocence
, lui fit rejetter les marques de fon
amour & de fon repentir , & l'obligea
de lui défendre fa préfence. Cet ordre
loin de la juftifier , la rendit plus coupable
aux yeux de fon amant ; le malheu
reux Arifte , fentit renaître toute fa fureur
, & ne defira plus que l'inftant où
fon frère pouvoit en reffentir les effets.
Damis , loin de prévoir tout ce qui fe
paffoit à Paris pendant fon abfence , travailloit
à fon bonheur fans négliger celui
de fes frères. Il ne fe laffoit pas d'en dire
du bien au père de Zulmis , & méritoit
toute leur reconnoiffance , tandis qu'ils
n'étoient occupés que du deffein de lui
ôter la vie. Le jour même de fon arrivée
il reçut trois lettres . La premiere étoit
de Lucie , en voici le contenu.
Je vous avois crûl aſſez honnête- homme ,
Monfieur , pour ne pas employer le langage
des proteftations & des fermens pour
mepeindre un amour que vous ne reffenti48
MERCURE DE FRANCE.
tes jamais. Soyez heureux , fi vous pou
vez l'être , auprès de la nouvelle conquête
que vous avezfaite fur unfrère. Cet exploit
eft digne de vous. Le fort de votre
famille eft de chercher à me tromper. Ariſte
& Timur n'ont rien négligé pour vous
chaffer de mon coeur , comme fi on avoit befoin
d'un fecours , étranger pour oublier.
les traîtres & les parjures. Adieu
Monfieur , ne me revoyez plus , car je ne
pourroisfuporterfans horreur la vue d'un
homme tel que vous.
Il eft aifé de juger de l'effet que fit
cette Lettre fur l'efprit de Damis. La lecture
des deux autres redoubla fa ſurpriſe
& fa douleur. L'une étoit d'Arifte , il y
trouva ces mots,
Je ne vivois que pour Aglaé. Aglaé
étoit le feul bien que jeuffe au monde.
On me l'enlève par la plus noire des perfidies.
Nepenfes pas,lâche raviffeur , trouver
l'impunité dans les droits du fang;
tu les reclamerois en vain ! indique- moi
pour ce foir le lieu & l'heure où je pourrois
te rencontrer. Songe à défendre ta vie : la
fortune fe laffe quelquefois de protéger
les fcélérats.
Timur étoit l'Auteur de la troifiéme
letres: elle étoit conçue en ces termes.
Monfrère , ilfaut nous couperla gorge;
Yous
SEPTEMBRE. 1763 . 49
du
vous êtes maître du choix des armes ,
lieu & de l'heure , pourvu que ce foit dans
la journée.
Vous m'avezravi ma maîtreſſe ; il ne
yous reste plus qu'à me priver du jour.
Damis , dans les réponfes qu'il fit à
ces deux dernières Lettres , marqua à fes
frères le même lieu & la même heure
pour le rendez -vous qu'ils demandoient.
Vous m'accufez , leur dit- il , dès qu'il
les eut appperçus , de vous avoir enlevé
le coeur de vos maîtreffes ; il m'eft plus
aifé de me juftifier fur cet article que
vous fur les tentatives que vous avez
faites pour me rendre odieux à Lucie
& pour vous en faire aimer. Jamais on
ne s'eft trouvé dans une fituation auffi
étrange que la mienne. Pendant que je
m'occupe de leur bonheur mes frères
me trahiffent. Arifte m'impute le même
crime que Timur. Dans l'efpace de huit
jours j'aurai quitté une maîtreffe que j'idolâtre
, j'aurai féduit tour-à- tour Aglaé
& Zulmis ; je me ſerai fait un jeu cruel
de tromper trois perfonnes à la fois.
Mais accordez-vous vous- mêmes , ingrats
que vous êtes. Quel a pû être mon
but ? Suis-je charmé de ces trois perfonnes
? Puis- je eſpérer de les rendre fenfibles
& de conferver leur tendreffe ?
C
So MERCURE DE FRANCE.
Hélas ! je ne brûle que pour Lucie. Sans
vous elle répondroit à mon amour. Eftil
poffible que la jaloufie vous ait aveuglé
jufqu'au point de méconnoître les
loix facrées de la Nature & les régles de
la Raifon ! Que ne doit- on pas redouter
d'une paffion qui porte au crime des
coeurs tels que les nôtres ?
Damis, en parlant ainfi , tenoit Arifte &
Timur étroitement embraffés. Ils commençoient
à connoître toute l'étendue
de leurs torts. Leurs larmes couloient en
abondance. Damis en fut touché. Ils
furent tous trois chez Lucie , & n'eurent
pas de peine à la convaincre de la conftance
de fon Amant. Sa famille prévenue
en faveur de Damis , ne le laiffa pas
danguir dans l'attente de l'hyménée. Les
trois frères & les trois amies s'unirent par
des noeuds indiffolubles. Ils vivent heureux
, & ne penfent qu'en frémiffant ,
qu'ils ont été à la veille , par leur imprudente
jaloufie , d'être féparés & malheu
reux à jamais.
Par M. de C *** à Lyon.
ET LES TROIS FRERES ,
CONTE MORAL.
LUCIE , Aglaé & Zulmis s'aimoient
dès leur plus tendre enfance ; leurs pa-
*ens étoient voifins & amis tout enfem→
ble ; elles avoient reçu la même éducation
dans le même Couvent. Depuis
qu'elles en étoient forties elles n'avoient
pas paffé un jour fans fe voir & fe renouveller
les affurances de l'attachement
le plus tendre. A mefure qu'elles
avançoient en âge , la Raifon perfectionnoit
l'ouvrage de l'instinct & reffer
40 MERCURE DE FRANCE.
V
roit les liens de la fympathie qui les
uniffoient. Des careffes touchantes , des
jeux innocens , des confidences mutuelles
ne permettoient pas à l'ennui de
troubler la férénité de leurs beaux jours.
Tous leurs momens étoient remplis.
Tantôt elles s'occupoient à former des
pas avoués par les Grâces , tantôt elles
exerçoient leur voix , en corrigeoient
les défauts & en faifoient valoir les agrémens.
Ignorant l'envie , elles pouffoient
le défintéreffement jufqu'à fe parer de
tout ce qui pouvoit relever l'éclat de
leur beauté mutuelle . Toutes les trois
entroient dans leur quinziéme année ; &
leur amitié fembloit devoir durer toujours
, lorfque Damis , Arifte & Timur
s'offrirent àleurs yeux.
s'éte Ils étoient frères. Leurs parens
toient appliqués à développer le germe
du fentiment que la Nature avoit placé
dans leurs coeurs , & jufqu'à ce jour
rien n'avoit pu altérer l'affection qui y
étoit née . Dans cet âge où il fuffit de
voir un objet aimable pour aimer , Damis
fe déclara pour Lucie , Arifte pour
Aglaé , & Timur pour Zulmis Ils furent
écoutés , l'amour fe plut à les combler
de fes faveurs pour les rendre pius
fenfibles aux tourmens que ce Dieu
cruel leur préparoit.
SEPTEMBRE. 1763 . 41
L'envie de plaire ne tarda pas à nuire
à l'amitié . On ne confulta plus fon
amie fur le choix d'un ruban ou fur
la façon de placer une aigrette . On ne
donna plus de confeils qui ne fuffent
dictés par la malignité. Zulmis eft brune
, Aglaé l'engage à mettre des mouches.
Lucie , eft blonde , Aglaé & Zulmis
le réuniffent pour l'affurer que le
blanc lui fied à ravir. Elles ne goûtent
plus ce charme paifible que procurent
la confiance & la vertu . Elles ne fe
voyent plus avec ce vif intérêt qui les
enflammoit d'une falutaire émulation.
Leurs oreilles ouvertes aux propos féducteurs
d'un amant ne font plus flattées
de oes difcours ingénus qui ont
fait l'amufement de leur enfance. Elles
diffimulent fans motifs , elles fe craignent
fans raifons. Si Damis laiffe tomber
un coup d'oeil fur Aglaé , Lucie en
pâlit , Arifte en murmure. Cette paffion
baffe & honteuse , que nous décorons
du titre de délicateffe & qui prend fon
origine dans nos idées plutôt que dans
nos fens , la Jaloufie a rompu tous les
noeuds qu'avoit tiffus l'Amitié .
Damis, en qualité d'aîné, devoit prendre
le premier un établiffement . Il ne
négligeoit rien pour faire déclarer Lucie .
42 MERCURE DE FRANCE .
en fa faveur , & fe ménageoit auprès
de fes parens de puiffantes recommandations
pour obtenir d'eux fa main ,
auffitôt qu'elle lui auroit donné fon
coeur. Cependant cette jeune perfonne
ne fe hâtoit pas de prononcer ces mots
qu'un père jaloux de fon autorité interdit
jufqu'au jour du Contrat. Je vous
aime eft une terrible expreffion en effet
! Une fille qui n'en connoît pas encore
toute la fignification ne peut s'empêcher
d'en rougir en s'en fervant. Heu
reux amans , avez-vous pû l'entendre
pour la première fois fans mourir de
plaifir ?
Damis ne l'avoit pas entendue : il
s'imagina qu'Aglaé emploiroit volon
tiers le crédit qu'il lui fuppofoit fur
l'efprit de fon amie , pour l'engager à
lui faire cet aveu fouhaité . Il lui fit vifite
dans ce deffein . Sa mere étoit avec
elle ; Damis n'eut pas de peines à les
gagner l'une & l'autre.Elles lui promirent
tout ce qu'il en exigea. C'étoit l'heure
de l'Opéra elles devoient s'y rendre :
Damis ne put pas fe difpenfer d'offrir
fa main ; elle fut acceptée ; & quoiqu'il
ne fe fouciât pas beaucoup du fpectacle
ce jour-là , il fut obligé d'y aller & d'y
refter par bienséance ..
SEPTEMBRE . 1763. 43
*
Le premier objet qui les frappa en
entrant dans la falle , ce fut Arifte au parterre
. Il n'y refta guères dès qu'il les
eut apperçues. Aglaé lui avoit paru interdite
, & fon frere embarraffé . L'air
dont il les avoit falués en étoit la caufe
; mais il ne croyoit pas avoir manifefté
fi clairement l'agitation de fon
âme & les mouvemvns tumultueux qui
s'y étoient élevés tout-à- coup . Son premier
deffein avoit été d'aller trouver
fa maîtreffe . Son mauvais génie l'arrêta
à la porte de fa loge , & fans s'avouer
à lui- même fes foupçons injurieux , il
fe mit à écouter comme s'il eût eu à
s'éclaircit de quelques complots . Des
termes paffionnés qu'il entendit , & la
chaleur avec laquelle Damis entretenoit.
Aglaé ne lui permirent pas de douter
que fon frere ne fùt devenu fon rival ;
& il ne lui vint pas même dans l'efprit
qu'il lui parloit de l'amour qu'il
reffentoit pour fon amie.
Damis ne s'en tint pas aux affurances
réitérées qu'il avoit reçues d'Aglaé &
de fa mere . Les objets que nous voyons
à travers l'ardeur de nos defirs nous
paroiffent environnés d'obstacles & de
difficultés . Il nous femble que nous n'en
approcherons jamais nous craignons
44 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils ne nous échappent lorfque nous
en fommes le plus près : Notre imagination
troublée apperçoit des torrens
formidables à franchir , tandis que nous
n'avons que des petits ruiffeaux à paffer.
Damis , toujours inquiet & tremblant
, eut recours à Zulmis & à fon
père , qui avoit un grand crédit fur celui
de Lucie. Il fe rendit chez lui dans
l'inftant que ce père fe préparoit à partir
pour la campagne avec fa fille. C'étoit
un de ces hommes d'un facile accès
, qui ont , comme on dit vulgairement
, le coeur fur les lèvres. Il trouva
Damis , à fon gré , lui propofa de devenir
fon ami à condition de l'accompagner
& de refter avec lui pendant le
peu de jours qu'il devoit paffer hors, de
Paris. J'aurai le tems de vous con-
» noître , lui dit-il , & cela m'eft nécef-
» faire pour me mettre à même de tra
» vailler avec plus de zèle à vos intérêts,
» Cette offre étoit fi preffante &
fi avantageufe que Damis ne balança
pas à l'accepter.
"
Ils montérent en carroffe & prirent
leur route par le Boulevard. Timur s'y
promenoit alors tout occupé de fa chère
Zulmis : il fut étonné & piqué de l'appercevoir
avec Damis dans le fonds de
SEPTEMBRE. 1763. 45
-
par
la voiture. Il courut fur le champ à
l'hôtel du père de Zulmis , où un portier
bavard acheva d'aigrir fa douleur
des propos qui lui donnerent matiére à
foupçonner que fon frère étoit fecrétement
fon rival. Timur étoit malheureuſement
né jaloux. Le crime de fon
frère & l'infidélité de Zulmis fe trouverent
dès cet inftant réalisés dans fon
coeur.
Ce même portier dont l'imbécile bavardage
fut bien payé, fe chargea de faire remettre
à Zulmis une lettre que Timur
écrivit fur le champ . Juftement offenſée
de l'aigreur du ftyle & des reproches
qu'elle ne méritoit pas , elle prit de tous
les partis le plus cruel pour un amant ;
celui du filence.Les doutes de Timur font
alors changés en certitude ; une haine
violente fuccéde chez lui à l'amour le
plus tendre. Ce changement étoit trop
prompt pour être véritable : tout autre
que lui s'en feroit méfié. Un coeur qui
n'aime plus n'eft pas fufceptible de haine;
il ne connoît que l'indifférence ou le
mépris. Cependant abufé par un fentiment
momentané & trompeur , il fe
perfuada qu'il pourroit oublier Zulmis;
il fit plus , il fe crut capable d'en aimer
une autre. Lucie avoit des attraits ; elle
46 MERCURE DE FRANCE .
)
étoit la dupe d'un amant volage ; fa fituation
telle qu'il fe la figuroit , reffembloit
parfaitement à la fienne. Il étoi
à préfumer que rapprochés par le malheur
, ils fentiroient tous deux le befoin
de s'aimer. Ce fut donc à Lucie qu'il
adreffa fes voeux , & il ne tint qu'à elle
en les couronnant, de fe priver & Timur
auffi ,des douceurs qu'ils avoient eſpérées
dans un autre établiffement. Cet amant
ne fût pas affligé des refus conftans qu'il
éffuya 11 reconnut le véritable état de
fon coeur. Les fureurs de la jaloufie s'agitérent
plus violemment que jamais ; il
brûloit de la foif de la vengeance ; & dans
l'excès de fon emportement il méditoit
les plus fanglans projets contre la vie
d'un frère qu'il auroit rachetée autrefois
par le facrifice de la fienne .
Arifte n'étoit pas dans une fituation
plus tranquille. Quoiqu'il n'eût d'autres
preuves de l'infidélité de fa maîtreffe que
ce qu'il avoit entendu à la Comédie , fon
coeur en étoit mortellement bleffé . Le caractere
d'Arifte reffembloit beaucoup à
celui de Timur: ils n'avoient pour ainfi
dire , que la même façon de voir & de
fentir; dans une circonftance femblable.il
fe comporta comme lui . Guidé par le dépit
, il fut quelques jours fans voir Aglaé,
SEPTEMBRE . 1763 . 47
en revanche il voyoit affidûment Lucie
& mettoit en ufage , tout ce qui pouvoit
lui faire oublier Damis , qu'il lui repréfentoit
fous des couleurs odieufes.Enfinaprès
avoir joué auprès d'elle un rôle qui les ennuyoit
beaucoup l'un & l'autre , il reparut
chez Aglaée ; mais la fierté de cette
jeune perfonne foutenue par fon innocence
, lui fit rejetter les marques de fon
amour & de fon repentir , & l'obligea
de lui défendre fa préfence. Cet ordre
loin de la juftifier , la rendit plus coupable
aux yeux de fon amant ; le malheu
reux Arifte , fentit renaître toute fa fureur
, & ne defira plus que l'inftant où
fon frère pouvoit en reffentir les effets.
Damis , loin de prévoir tout ce qui fe
paffoit à Paris pendant fon abfence , travailloit
à fon bonheur fans négliger celui
de fes frères. Il ne fe laffoit pas d'en dire
du bien au père de Zulmis , & méritoit
toute leur reconnoiffance , tandis qu'ils
n'étoient occupés que du deffein de lui
ôter la vie. Le jour même de fon arrivée
il reçut trois lettres . La premiere étoit
de Lucie , en voici le contenu.
Je vous avois crûl aſſez honnête- homme ,
Monfieur , pour ne pas employer le langage
des proteftations & des fermens pour
mepeindre un amour que vous ne reffenti48
MERCURE DE FRANCE.
tes jamais. Soyez heureux , fi vous pou
vez l'être , auprès de la nouvelle conquête
que vous avezfaite fur unfrère. Cet exploit
eft digne de vous. Le fort de votre
famille eft de chercher à me tromper. Ariſte
& Timur n'ont rien négligé pour vous
chaffer de mon coeur , comme fi on avoit befoin
d'un fecours , étranger pour oublier.
les traîtres & les parjures. Adieu
Monfieur , ne me revoyez plus , car je ne
pourroisfuporterfans horreur la vue d'un
homme tel que vous.
Il eft aifé de juger de l'effet que fit
cette Lettre fur l'efprit de Damis. La lecture
des deux autres redoubla fa ſurpriſe
& fa douleur. L'une étoit d'Arifte , il y
trouva ces mots,
Je ne vivois que pour Aglaé. Aglaé
étoit le feul bien que jeuffe au monde.
On me l'enlève par la plus noire des perfidies.
Nepenfes pas,lâche raviffeur , trouver
l'impunité dans les droits du fang;
tu les reclamerois en vain ! indique- moi
pour ce foir le lieu & l'heure où je pourrois
te rencontrer. Songe à défendre ta vie : la
fortune fe laffe quelquefois de protéger
les fcélérats.
Timur étoit l'Auteur de la troifiéme
letres: elle étoit conçue en ces termes.
Monfrère , ilfaut nous couperla gorge;
Yous
SEPTEMBRE. 1763 . 49
du
vous êtes maître du choix des armes ,
lieu & de l'heure , pourvu que ce foit dans
la journée.
Vous m'avezravi ma maîtreſſe ; il ne
yous reste plus qu'à me priver du jour.
Damis , dans les réponfes qu'il fit à
ces deux dernières Lettres , marqua à fes
frères le même lieu & la même heure
pour le rendez -vous qu'ils demandoient.
Vous m'accufez , leur dit- il , dès qu'il
les eut appperçus , de vous avoir enlevé
le coeur de vos maîtreffes ; il m'eft plus
aifé de me juftifier fur cet article que
vous fur les tentatives que vous avez
faites pour me rendre odieux à Lucie
& pour vous en faire aimer. Jamais on
ne s'eft trouvé dans une fituation auffi
étrange que la mienne. Pendant que je
m'occupe de leur bonheur mes frères
me trahiffent. Arifte m'impute le même
crime que Timur. Dans l'efpace de huit
jours j'aurai quitté une maîtreffe que j'idolâtre
, j'aurai féduit tour-à- tour Aglaé
& Zulmis ; je me ſerai fait un jeu cruel
de tromper trois perfonnes à la fois.
Mais accordez-vous vous- mêmes , ingrats
que vous êtes. Quel a pû être mon
but ? Suis-je charmé de ces trois perfonnes
? Puis- je eſpérer de les rendre fenfibles
& de conferver leur tendreffe ?
C
So MERCURE DE FRANCE.
Hélas ! je ne brûle que pour Lucie. Sans
vous elle répondroit à mon amour. Eftil
poffible que la jaloufie vous ait aveuglé
jufqu'au point de méconnoître les
loix facrées de la Nature & les régles de
la Raifon ! Que ne doit- on pas redouter
d'une paffion qui porte au crime des
coeurs tels que les nôtres ?
Damis, en parlant ainfi , tenoit Arifte &
Timur étroitement embraffés. Ils commençoient
à connoître toute l'étendue
de leurs torts. Leurs larmes couloient en
abondance. Damis en fut touché. Ils
furent tous trois chez Lucie , & n'eurent
pas de peine à la convaincre de la conftance
de fon Amant. Sa famille prévenue
en faveur de Damis , ne le laiffa pas
danguir dans l'attente de l'hyménée. Les
trois frères & les trois amies s'unirent par
des noeuds indiffolubles. Ils vivent heureux
, & ne penfent qu'en frémiffant ,
qu'ils ont été à la veille , par leur imprudente
jaloufie , d'être féparés & malheu
reux à jamais.
Par M. de C *** à Lyon.
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16332
p. 51
AU ROI.
Début :
Pour ton inscription, Louis, on s'évertue ; [...]
Mots clefs :
Roi, Esprit, Statue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROI.
Au Ror.
Pour ton inſcription , Louis , on s'évertue ;
Qu'eft-il befoin d'efprit ? Notre coeur t'a nommé :
Qu'on mette en lettres d'or, au bas de ta Statue :
LOUIS LE BIEN - AIMÉ.
Par M. SAURIN , de l'Académie Françoife
Pour ton inſcription , Louis , on s'évertue ;
Qu'eft-il befoin d'efprit ? Notre coeur t'a nommé :
Qu'on mette en lettres d'or, au bas de ta Statue :
LOUIS LE BIEN - AIMÉ.
Par M. SAURIN , de l'Académie Françoife
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16333
p. 51-52
LE BOUTON DE ROSE, ET LA TULIPE. FABLE.
Début :
APRÉS mainte métamorphose [...]
Mots clefs :
Bouton, Tulipe, Rose, Amour, Gloire, Fleur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BOUTON DE ROSE, ET LA TULIPE. FABLE.
LE BOUTON DE ROSE ,
ET LA TULIPE.
FABLE.
APRES mainte
métamorphoſe
Le deftin , en bouton de roſe ,
Pour contenter Vénus , un jour changea Pfyché.
Voilà, tout l'Olympe autour d'elle.´*)\
Celui de la Troupe immortelle ,
Vers lequel elle auroit penché ,
Devoit cueillir la fleur nouvelle.
Déja chaque Dieu s'eft niché
Dans la fleur qu'il croit la plus belle.
Il ne reste autour du bouton
Qu'une Tulipe jaune & noire ,
Séche fans agrément . Perfonne n'en weut donc,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Dit l'Amour ? tant mieux pour ma gloire.
Le petit Dieu s'y cache, & la rofe à l'inſtant
Sourit , ouvre fon fein , fatigue & fe démêne ;
Pfyché reconnoît ſon amant.
Ses traitslui font rendus: au penchant qui l'entraine
Les Dieux abandonnent fon coeur.
Qui peut le contefter? quelque forme qu'il prenne,
L'Amour fera toujours vainqueur.
NANNON.
ET LA TULIPE.
FABLE.
APRES mainte
métamorphoſe
Le deftin , en bouton de roſe ,
Pour contenter Vénus , un jour changea Pfyché.
Voilà, tout l'Olympe autour d'elle.´*)\
Celui de la Troupe immortelle ,
Vers lequel elle auroit penché ,
Devoit cueillir la fleur nouvelle.
Déja chaque Dieu s'eft niché
Dans la fleur qu'il croit la plus belle.
Il ne reste autour du bouton
Qu'une Tulipe jaune & noire ,
Séche fans agrément . Perfonne n'en weut donc,
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Dit l'Amour ? tant mieux pour ma gloire.
Le petit Dieu s'y cache, & la rofe à l'inſtant
Sourit , ouvre fon fein , fatigue & fe démêne ;
Pfyché reconnoît ſon amant.
Ses traitslui font rendus: au penchant qui l'entraine
Les Dieux abandonnent fon coeur.
Qui peut le contefter? quelque forme qu'il prenne,
L'Amour fera toujours vainqueur.
NANNON.
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16334
p. 52
ÉPIGRAMMES. A PHILIS.
Début :
NE demandez pas davantage, [...]
Mots clefs :
Fou, Sage, Aimer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMMES. A PHILIS.
ÉPIGRA M ME S.
A PHIL I S.
Na demandez pas davantage , B
Si de fou que j'étois , je fuis devenu fage:
Aimer fans être aimé , c'eft être fou , dit.on.
Vous êtes la feule que j'aime ;
Hé , qui peut donc mieux que vous-même ,
Sçavoir fi je fuis lage ou non ?
Par M. *** de Dijon.
A PHIL I S.
Na demandez pas davantage , B
Si de fou que j'étois , je fuis devenu fage:
Aimer fans être aimé , c'eft être fou , dit.on.
Vous êtes la feule que j'aime ;
Hé , qui peut donc mieux que vous-même ,
Sçavoir fi je fuis lage ou non ?
Par M. *** de Dijon.
Fermer
16335
p. 52
A LA MESME.
Début :
QUAND l'amour à vous voir m'engage, [...]
Mots clefs :
Amour, Temps, Pas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LA MESME.
ALA MESME.
QUAND l'amour à vous voir m'engage ,
Je perds & mon temps , & mes pas ;
Mais je perds encor davantage ,
Philis , quand je ne vous vois pas,
Par le même;
QUAND l'amour à vous voir m'engage ,
Je perds & mon temps , & mes pas ;
Mais je perds encor davantage ,
Philis , quand je ne vous vois pas,
Par le même;
Fermer
16336
p. 53
SUR UNE CRUELLE.
Début :
THÉMIRE n'a pour moi que de l'indifférence. [...]
Mots clefs :
Indifférence, Amour, Différence, Feu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR UNE CRUELLE.
SUR UNE CRUELLE.
THEMIRE n'a pour moi que de l'indifférence .
Amour ! de nos deux coeurs tu vois la différence ;
J'aime trop , elle aime trop peu .
Mais hélas ! quelle eſt ma diſgrace !
Mon feu ne peut fondre ſa glace ,
Ni fa glace éteindre mon feu.
Par le même.
THEMIRE n'a pour moi que de l'indifférence .
Amour ! de nos deux coeurs tu vois la différence ;
J'aime trop , elle aime trop peu .
Mais hélas ! quelle eſt ma diſgrace !
Mon feu ne peut fondre ſa glace ,
Ni fa glace éteindre mon feu.
Par le même.
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16337
p. 53
ÉPITAPHE D'UN PÉDANT.
Début :
CI gît, qui parloit autrefois [...]
Mots clefs :
Langue, Pédant, Sot
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITAPHE D'UN PÉDANT.
EPITAPHE D'UN PÉDANT.
Cr git , qui parloit autrefois
I
La langue de la vieille Rome ,
En Grec , en Hébreu fçavant homme ,
Mais un grand Sot en bon françois.
Par le même.
Cr git , qui parloit autrefois
I
La langue de la vieille Rome ,
En Grec , en Hébreu fçavant homme ,
Mais un grand Sot en bon françois.
Par le même.
Fermer
16338
p. 53
VERS de M. D*** sur la mort de sa Sœur.
Début :
EPRISE contre moi d'un injuste courroux, [...]
Mots clefs :
Mort, Sœur , Douceur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS de M. D*** sur la mort de sa Sœur.
VERS de M. D *** fur la mort de
EPRISEC
Ja Soeur.
PRISE contre moi d'un injufte courroux ,
Ma foeur donne fes biens à Monfieur fon Epoux ,
Le bon Dicu veuille avoir fon âme !
Je fouffre tout avec douceur :
C'étoit une méchante focur ;
Mais c'étoit une bonne femme .
EPRISEC
Ja Soeur.
PRISE contre moi d'un injufte courroux ,
Ma foeur donne fes biens à Monfieur fon Epoux ,
Le bon Dicu veuille avoir fon âme !
Je fouffre tout avec douceur :
C'étoit une méchante focur ;
Mais c'étoit une bonne femme .
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16339
p. 54-57
PLAISANTERIES Angloises, extraites d'une Brochure Angloise, intitulée CONTE DES COMÉDIENS.
Début :
LA veuve d'un mari, qu'elle avoit coutume d'appeller le vieux Simon, avoit [...]
Mots clefs :
Femme, Veuve, Cheval, Plaisanteries
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAISANTERIES Angloises, extraites d'une Brochure Angloise, intitulée CONTE DES COMÉDIENS.
PLAISANTERIES Angloifes , extraites
d'une Brochure Angloife , intitulée
CONTE DES COMÉDIENS.
LA
A veuve d'un mari , qu'elle avoit
coutume d'appeller le vieux Simon , avoit
fait fculpter en bois fa ftatue qu'elle mettoit
chaque nuit dans fon lit à côté d'elle .
Un de fes voifins paffionnément amoureux
de cette femme , obtint par argent
de la femme- de-chambre , d'occuper
une nuit la place de la ftatue . Le lendemain
matin , cette fille , en entrant chez
fa maîtreffe , lui demanda , fuivant l'ufage,
ce qu'elle fouhaitoit pour fon dîner ?
Un bon potage (lui dit la veuve) un gros
dindon , un gigot & du fruit. Éh , Madame
! replique la Suivante , il faut donc
acheter du bois pour préparerun fi grand
dîner ? Allez , lui dit la veuve : s'il vous
en manque , brûlez le vieux Simon.
Milord B ***. avoit époufé de fuite
trois de fes fervantes. Une femme qui
demandoit l'aumône, en le voyant paffer,
lui fit une profonde révérence . Que
Dieu garde votre grandeur & prolongefa
vie! (s'écrie-t- elle) j'aurai fans doute
SEPTEMBRE. 1763. 55
mon tour l'honneur d'être Miladi B***
*
Un Miniftre qui conduifoit un voleur
à Tyburnes , lui demandoit s'il n'étoit :
pas bien repentant du vol qui le condui-.
foit au gibet? Oui , dit le pendart; & bien
plus encore de ce que le vol n'ait
pas été
affez confidérable pour me mettre en état
de corrompre mes Juges.
Un voyageur du Comté de Kent ,
qu'un orage avoit tranfi de froid , arrive
dans une hôtellerie de campagne , & la
trouve fi remplie de monde qu'il ne peut
approcher de la cheminée. Que l'onporte
vite à mon cheval , une cloyère d'huitres
( dit-il à l'Hôte. ) A votre cheval ! s'écrie
celui-ci : croyez- vous qu'il veuille en manger
? ... Faites ce que j'ordonne , repliqua
le Gentilhomme. A ces mots tous les
affiftans volent à l'écurie , & notre voyafe
chauffe. Mr. dit l'hôte , en reve
geur
nant ; je l'aurois gagé fur ma tête : le
cheval n'en veut pas ... en ce cas , reprend
le voyageur , il faut donc que je
les mange moi-même.
Je confens à tous vos defirs , difoit:
une jeune perfonne à fon Amant , pour-
** C'eſt la Grève de Londres.
Civ
MERCURE DE FRANCE.
vu que vous me donniez ce que vous
n'avez pas , ce que jamais vous ne pouvez
avoir , & ce que vous pouvez cependant
me donner. Que lui demandoitelle
? .... Un époux.
Pluficurs amis étoient à la taverne , &
ne cherchoient qu'à rire, lorfqu'un homme
de leur connoiffance nommé Samfon
paffa fous leur fenêtre. Oh ! s'écria
l'un d'entre eux , nous pouvons maintenant
braver les Connétables & les Huiffiers
: avec Samfon nous craignons peu
de pareils Philiftins. Sans doute , répondit
Samfon , pourvu que l'un de vous me
prête fa machoire .
Deux amis qui depuis longtemps ne
s'étoient vus , fe rencontrèrent par hazard
. Comment te portes - tu ? dit l'un .
Pas trop bien , dit l'autre ; & je me fuis
marié depuis que je ne t'ai vu ... bonne
nouvelle ! ... pas tout - à - fait , car j'ai
époufé une méchante femme ... Tant
pis ! ... pas trop tant pis , car fa dot étoit
de deux mille guinées ... Eh bien , cela
confole ... pas abfolument , car j'ai employé
cette fomme en moutons , qui font
tous morts de la clavelée ... cela eft en
vérité bien fâcheux ! Pas fi fàcheux , car la
vente de leurs peaux m'a rapporté auSEPTEMBRE
. 1763. 57
... En ce cas ,
delà du prix des moutons.
vous voilà donc indemnifé ?... Pas tout-àfait
, car ma maifon où j'avois déposé
mon argent , vient d'être confumée par
les flammes ... Oh ! voilà un grand malheur
... Pas fi grand non plus , car ma
femme & la maifon ont brûlé ensemble.
d'une Brochure Angloife , intitulée
CONTE DES COMÉDIENS.
LA
A veuve d'un mari , qu'elle avoit
coutume d'appeller le vieux Simon , avoit
fait fculpter en bois fa ftatue qu'elle mettoit
chaque nuit dans fon lit à côté d'elle .
Un de fes voifins paffionnément amoureux
de cette femme , obtint par argent
de la femme- de-chambre , d'occuper
une nuit la place de la ftatue . Le lendemain
matin , cette fille , en entrant chez
fa maîtreffe , lui demanda , fuivant l'ufage,
ce qu'elle fouhaitoit pour fon dîner ?
Un bon potage (lui dit la veuve) un gros
dindon , un gigot & du fruit. Éh , Madame
! replique la Suivante , il faut donc
acheter du bois pour préparerun fi grand
dîner ? Allez , lui dit la veuve : s'il vous
en manque , brûlez le vieux Simon.
Milord B ***. avoit époufé de fuite
trois de fes fervantes. Une femme qui
demandoit l'aumône, en le voyant paffer,
lui fit une profonde révérence . Que
Dieu garde votre grandeur & prolongefa
vie! (s'écrie-t- elle) j'aurai fans doute
SEPTEMBRE. 1763. 55
mon tour l'honneur d'être Miladi B***
*
Un Miniftre qui conduifoit un voleur
à Tyburnes , lui demandoit s'il n'étoit :
pas bien repentant du vol qui le condui-.
foit au gibet? Oui , dit le pendart; & bien
plus encore de ce que le vol n'ait
pas été
affez confidérable pour me mettre en état
de corrompre mes Juges.
Un voyageur du Comté de Kent ,
qu'un orage avoit tranfi de froid , arrive
dans une hôtellerie de campagne , & la
trouve fi remplie de monde qu'il ne peut
approcher de la cheminée. Que l'onporte
vite à mon cheval , une cloyère d'huitres
( dit-il à l'Hôte. ) A votre cheval ! s'écrie
celui-ci : croyez- vous qu'il veuille en manger
? ... Faites ce que j'ordonne , repliqua
le Gentilhomme. A ces mots tous les
affiftans volent à l'écurie , & notre voyafe
chauffe. Mr. dit l'hôte , en reve
geur
nant ; je l'aurois gagé fur ma tête : le
cheval n'en veut pas ... en ce cas , reprend
le voyageur , il faut donc que je
les mange moi-même.
Je confens à tous vos defirs , difoit:
une jeune perfonne à fon Amant , pour-
** C'eſt la Grève de Londres.
Civ
MERCURE DE FRANCE.
vu que vous me donniez ce que vous
n'avez pas , ce que jamais vous ne pouvez
avoir , & ce que vous pouvez cependant
me donner. Que lui demandoitelle
? .... Un époux.
Pluficurs amis étoient à la taverne , &
ne cherchoient qu'à rire, lorfqu'un homme
de leur connoiffance nommé Samfon
paffa fous leur fenêtre. Oh ! s'écria
l'un d'entre eux , nous pouvons maintenant
braver les Connétables & les Huiffiers
: avec Samfon nous craignons peu
de pareils Philiftins. Sans doute , répondit
Samfon , pourvu que l'un de vous me
prête fa machoire .
Deux amis qui depuis longtemps ne
s'étoient vus , fe rencontrèrent par hazard
. Comment te portes - tu ? dit l'un .
Pas trop bien , dit l'autre ; & je me fuis
marié depuis que je ne t'ai vu ... bonne
nouvelle ! ... pas tout - à - fait , car j'ai
époufé une méchante femme ... Tant
pis ! ... pas trop tant pis , car fa dot étoit
de deux mille guinées ... Eh bien , cela
confole ... pas abfolument , car j'ai employé
cette fomme en moutons , qui font
tous morts de la clavelée ... cela eft en
vérité bien fâcheux ! Pas fi fàcheux , car la
vente de leurs peaux m'a rapporté auSEPTEMBRE
. 1763. 57
... En ce cas ,
delà du prix des moutons.
vous voilà donc indemnifé ?... Pas tout-àfait
, car ma maifon où j'avois déposé
mon argent , vient d'être confumée par
les flammes ... Oh ! voilà un grand malheur
... Pas fi grand non plus , car ma
femme & la maifon ont brûlé ensemble.
Fermer
16340
p. 57
SUR le PORTRAIT de Madame de C***.
Début :
QUAND on regarde ce portrait ; [...]
Mots clefs :
Portrait, Attraits, Peintre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR le PORTRAIT de Madame de C***.
SUR le PORTRAIT de Madame de
QUAND
C *****.
UAND on regarde ce portrait ;
Frappé de tant d'attraits , on eft tenté de croire
Que le Peintre inventif en a toute la gloire ,
Et que le monde entier n'a rien de fi parfait .
Mais des que P'on vous voit Silvie ,
On rabat du prodige , & l'on juge en effet
Que tout l'art s'eft réduit à faire une copie.
QUAND
C *****.
UAND on regarde ce portrait ;
Frappé de tant d'attraits , on eft tenté de croire
Que le Peintre inventif en a toute la gloire ,
Et que le monde entier n'a rien de fi parfait .
Mais des que P'on vous voit Silvie ,
On rabat du prodige , & l'on juge en effet
Que tout l'art s'eft réduit à faire une copie.
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16341
p. 57-58
LE LOUP ET LA BREBIS, FABLE.
Début :
PAR des Chiens un Loup déchiré, [...]
Mots clefs :
Loup, Vivre, Brebis, Imposteur, Malfeiteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE LOUP ET LA BREBIS, FABLE.
LE LOUP ET LA BREBIS ,
FABLE.
PAR des Chiens un Loup déchiré ,
Au coin d'un bois languiffoit attéré ;
De vivre encor pourtant ii avoit grande envie ,
De coeur l'Animal étoit fain.
alle une Brebis : Bon ! Ah ! mia tant douce amie ,
Cy
58 MERCURE DEFRANCE .
Je meurs & de foif & de faim
De foiffurtout un peu d'eau , je vous prie.
Vous n'avez pas à faire un long chemin
Le fleuve eſt ici près , vous le fçavez : Eh ! vîte ,
Portez -moi dequoi boire , & puis facilement
Je trouverai dequoi manger.... Oh ! ſûrement,
Un Loup le peut nourrir de moi , quoique petite,
Repart la Brebiette en fuyant l'Impoſteur.
Il est trop dangereux d'aider un Malfaiteur .
Par M. GUICHARD.
FABLE.
PAR des Chiens un Loup déchiré ,
Au coin d'un bois languiffoit attéré ;
De vivre encor pourtant ii avoit grande envie ,
De coeur l'Animal étoit fain.
alle une Brebis : Bon ! Ah ! mia tant douce amie ,
Cy
58 MERCURE DEFRANCE .
Je meurs & de foif & de faim
De foiffurtout un peu d'eau , je vous prie.
Vous n'avez pas à faire un long chemin
Le fleuve eſt ici près , vous le fçavez : Eh ! vîte ,
Portez -moi dequoi boire , & puis facilement
Je trouverai dequoi manger.... Oh ! ſûrement,
Un Loup le peut nourrir de moi , quoique petite,
Repart la Brebiette en fuyant l'Impoſteur.
Il est trop dangereux d'aider un Malfaiteur .
Par M. GUICHARD.
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16342
p. 58-61
CONTRE L'INFIDÉLITÉ.
Début :
SI ton cœur n'aime point encore, [...]
Mots clefs :
Cœur, Amour, Infidélité, Sourire, Conquête, Muse, Libertinage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONTRE L'INFIDÉLITÉ.
CONTRE L'INFIDÉLITÉ.
S₁I ton coeur n'aime point encore ,
Il eft à la veille d'aimer :
S'il aime , l'objet qu'il adore
De plus en plus doit l'enflammer.
Thémire n'a fait que te plaire :
Tu n'as cédé qu'à fes attraits ;
Sa victoire n'eft point entière ;
Ses triomphes font imparfaits.
Il faut de nouvelles armes
par
Qu'elle augmente encor tes ardeurs ;
L'Amour attire par les charmes :
11 enchaîne par les faveurs.
Après ce qu'elle vient de faire ,
SEPTEMBRE . 1763. 59
Qu'une Amanté déja fi chère
A de nouveaux droits fur ton coeur !
Elle a toujours les mêmes graces , `
Toujours ce fourire enchanteur ;
Les jeux toujours fuivent les traces :
De plus , elle a fait ton bonheur .
Viens lui rendre un nouvel hommage :
Dans un plus amoureux langage
Viens faire parler ta langueur.
Que vois-je ? tu fuis , infidelle :
Thémire à tes yeux n'eſt plus belle :
Ta flamme eft changée en froideur 25
A les pieds l'amour te rappelle:
En vain to méprifes fes cris.
9 :
Que dis-je ? un autre objet t'arrêtez
D'Ifmène ton coeur eft épris :
Tu la touches , tu l'attendris :
}
A fe rendre Ifmène s'apprête ;
Bientôt tous tes voeux font remplis , A
Mais cette nouvelle conquête , gin I
11
Afon tour perd auffi fon prix.VIET
Life paroît , & la remplace II
Life confent à tes defirs :
Pour elle alors , plus de foupirs ;
De ton coeur un autre la chaffe.
Ainfi de Beautés en Beautés ,
Tu promenes
ton inconſtance :
Toujours tes infidélités
2011
T
02
i mu a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Sont le prix de leur confiance.
Mais qu'entens-je ? O comble d'horreur I
C'eft peu que ton coeur foit coupable ;
Ta bouche , au crime de ton coeur ,
En ajoute un plus déteſtable.
Au lieu de couvrir leur erreur
De la nuit d'un profond filence ,
Tu te fais un indigne honneur
Vil féducteur de l'innocence ,
De leur avoir ravi le leur.
>
Ingrat ! en quittant res maîtreffes ,
Ne trahis point la volupté ;
Et refpecte au moins des foiblefes
Qui firent ta félicité.
Du tendre amour entends les plaintes:"}
Voi fur les flâmes prèſqu'éteintes
Tomber un délug e de pleurs...
Mais quoi? tu ris de les douleurs ,
A chaque inftant ton coeur volage
Lui prépare un nouvel outrage::: J. I
Tu braves fon autorité..
Il n'eft point, ta Divinité ;
Ton Dieu , c'eſt le libertinage.
Séxe charmant dont en ces vers
Ma Muſe pourſuit la vengeance
Contre le crime & l'infolence
1
D'un ingrat qui brifant vos fers,"
Au mépris des noeuds les plus chers
SEPTEMBRE . 1763.
Ofe encore ajouter l'offenſe ;
Jafqu'ici dans l'indifférence
J'ai vu s'écouler tous nres jours 3
Enfin chaque choſe a ſon cours ,
Et je fens que pour moi s'avance
L'inftant marqué par les Amours.
Qui que tu fois , objet aimable ,
Qui dois me ranger fous leurs loix ,
A mes yeux charmés une fois
Tu feras toujours adorable ;
Et lorfqu'enfin l'Amour vainqueur '
Défarmant pour moi ra rigueur ,
A mes voeux te rendra docile,
Bien loin que ta bonté facile , '
Eteigtrema conftante ardeus,
Tu verras ton amant fidéle
Brûler d'une flamme nouvelle ,
A chaque nouvelle faveur.
Tu feras la feule maîtreſſet: MANU A и
´Tù deiferas juſqu'au tombeaupjor 25q nov
Sans que pour un objet snowvenligsЯ
L'amour témoin de ma promenerjudu
Dans mon coeur d'une autre tendrelle
Allume jamais le flambeau .
Parle Nouveau Venu au Parnaffe .
S₁I ton coeur n'aime point encore ,
Il eft à la veille d'aimer :
S'il aime , l'objet qu'il adore
De plus en plus doit l'enflammer.
Thémire n'a fait que te plaire :
Tu n'as cédé qu'à fes attraits ;
Sa victoire n'eft point entière ;
Ses triomphes font imparfaits.
Il faut de nouvelles armes
par
Qu'elle augmente encor tes ardeurs ;
L'Amour attire par les charmes :
11 enchaîne par les faveurs.
Après ce qu'elle vient de faire ,
SEPTEMBRE . 1763. 59
Qu'une Amanté déja fi chère
A de nouveaux droits fur ton coeur !
Elle a toujours les mêmes graces , `
Toujours ce fourire enchanteur ;
Les jeux toujours fuivent les traces :
De plus , elle a fait ton bonheur .
Viens lui rendre un nouvel hommage :
Dans un plus amoureux langage
Viens faire parler ta langueur.
Que vois-je ? tu fuis , infidelle :
Thémire à tes yeux n'eſt plus belle :
Ta flamme eft changée en froideur 25
A les pieds l'amour te rappelle:
En vain to méprifes fes cris.
9 :
Que dis-je ? un autre objet t'arrêtez
D'Ifmène ton coeur eft épris :
Tu la touches , tu l'attendris :
}
A fe rendre Ifmène s'apprête ;
Bientôt tous tes voeux font remplis , A
Mais cette nouvelle conquête , gin I
11
Afon tour perd auffi fon prix.VIET
Life paroît , & la remplace II
Life confent à tes defirs :
Pour elle alors , plus de foupirs ;
De ton coeur un autre la chaffe.
Ainfi de Beautés en Beautés ,
Tu promenes
ton inconſtance :
Toujours tes infidélités
2011
T
02
i mu a
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
Sont le prix de leur confiance.
Mais qu'entens-je ? O comble d'horreur I
C'eft peu que ton coeur foit coupable ;
Ta bouche , au crime de ton coeur ,
En ajoute un plus déteſtable.
Au lieu de couvrir leur erreur
De la nuit d'un profond filence ,
Tu te fais un indigne honneur
Vil féducteur de l'innocence ,
De leur avoir ravi le leur.
>
Ingrat ! en quittant res maîtreffes ,
Ne trahis point la volupté ;
Et refpecte au moins des foiblefes
Qui firent ta félicité.
Du tendre amour entends les plaintes:"}
Voi fur les flâmes prèſqu'éteintes
Tomber un délug e de pleurs...
Mais quoi? tu ris de les douleurs ,
A chaque inftant ton coeur volage
Lui prépare un nouvel outrage::: J. I
Tu braves fon autorité..
Il n'eft point, ta Divinité ;
Ton Dieu , c'eſt le libertinage.
Séxe charmant dont en ces vers
Ma Muſe pourſuit la vengeance
Contre le crime & l'infolence
1
D'un ingrat qui brifant vos fers,"
Au mépris des noeuds les plus chers
SEPTEMBRE . 1763.
Ofe encore ajouter l'offenſe ;
Jafqu'ici dans l'indifférence
J'ai vu s'écouler tous nres jours 3
Enfin chaque choſe a ſon cours ,
Et je fens que pour moi s'avance
L'inftant marqué par les Amours.
Qui que tu fois , objet aimable ,
Qui dois me ranger fous leurs loix ,
A mes yeux charmés une fois
Tu feras toujours adorable ;
Et lorfqu'enfin l'Amour vainqueur '
Défarmant pour moi ra rigueur ,
A mes voeux te rendra docile,
Bien loin que ta bonté facile , '
Eteigtrema conftante ardeus,
Tu verras ton amant fidéle
Brûler d'une flamme nouvelle ,
A chaque nouvelle faveur.
Tu feras la feule maîtreſſet: MANU A и
´Tù deiferas juſqu'au tombeaupjor 25q nov
Sans que pour un objet snowvenligsЯ
L'amour témoin de ma promenerjudu
Dans mon coeur d'une autre tendrelle
Allume jamais le flambeau .
Parle Nouveau Venu au Parnaffe .
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16343
p. 62
« LE mot de la première Énigme du Mercure d'Août est le Bâillement. Celui [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du Mercure d'Août est le Bâillement. Celui [...]
Mots clefs :
Bâillement, Cœur, Lecteur, Lecture, Mercure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du Mercure d'Août est le Bâillement. Celui [...] »
LE
E mot de la première Enigme du
Mercure d'Août eft le Baillement. Celui
de la feconde eft Coeur. Celui du premier
Logogryphe eft Lecteur , dont
l'Anagramme eft Lecture. La décompofition
du mot eft tu , ut , cure , cur
rue , et , tuer , lute , cruel, ruel, Luc ,
cul. Celui du fecond Logogryphe eft
Mercure , où l'on trouve mur rue mère
, ere , ruer , meur , erre meure Ré ,
Cure Créme
mer , crême.
› cure , rue ,
E mot de la première Enigme du
Mercure d'Août eft le Baillement. Celui
de la feconde eft Coeur. Celui du premier
Logogryphe eft Lecteur , dont
l'Anagramme eft Lecture. La décompofition
du mot eft tu , ut , cure , cur
rue , et , tuer , lute , cruel, ruel, Luc ,
cul. Celui du fecond Logogryphe eft
Mercure , où l'on trouve mur rue mère
, ere , ruer , meur , erre meure Ré ,
Cure Créme
mer , crême.
› cure , rue ,
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16344
p. 62
ENIGME.
Début :
Un Astre des plus éclatans, [...]
Mots clefs :
Fer à cheval
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME
13
J
I
UN Aftre des plus éclatans , 19. T
Non
pas toujours , mais en de certains temps ,
Repréſente affez ma figure ;
Je fuis de matière très- dure
Etl'on me fait avec grand bruit.
Je conferve ce que je couvre ;
Et mon utilité dont chacun eſt inftruit,
ત્
Par- tout me donne entrée , & même dans le
#
Louvre
13
J
I
UN Aftre des plus éclatans , 19. T
Non
pas toujours , mais en de certains temps ,
Repréſente affez ma figure ;
Je fuis de matière très- dure
Etl'on me fait avec grand bruit.
Je conferve ce que je couvre ;
Et mon utilité dont chacun eſt inftruit,
ત્
Par- tout me donne entrée , & même dans le
#
Louvre
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16345
p. 63
AUTRE.
Début :
Je n'ai pour toute parure, [...]
Mots clefs :
Pain de sucre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Je n'ai pour toute parure ,
Qu'un habit ou gris , ou bleus
Et je change de figure ;
Quand je paffe par le feu.
On me donne mille coups ,
Et puis après on me fèrre;
Lorſque je fuis en pouffière ,
Je m'échappe par des trous.
On m'ajuste , l'on m'apprête ;
Je fuis de fort bon aloi.
Pour faire une grande fête ,
Il faut recourir à moi.
LOGO GRYPH E.
J
Je n'ai pour toute parure ,
Qu'un habit ou gris , ou bleus
Et je change de figure ;
Quand je paffe par le feu.
On me donne mille coups ,
Et puis après on me fèrre;
Lorſque je fuis en pouffière ,
Je m'échappe par des trous.
On m'ajuste , l'on m'apprête ;
Je fuis de fort bon aloi.
Pour faire une grande fête ,
Il faut recourir à moi.
LOGO GRYPH E.
J
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16346
p. 63-64
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis de nature femelle ; [...]
Mots clefs :
Lampe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
J
E fuis de nature femelle ;
Mon empire eft plus grand aux lieux où les frimats
Font contre les humains une guerre éternelle;
Les vents me caufent le trépas.
Divife mes cinq pieds , Lecteur , tu trouveras
D'abord cette éffence immortelle ,
I
64 MERCURE DE FRANCE.
Dont l'être parmi nous cauſe tant de débats ;
Un inftrument de mort dès longtemps en ufage
Chez une fière Nation ;
Ce qu'un jour de dévotion
Un pefant Marguillier , bourfoufflant fon vilage,
Porte avec grande attention ;
Une figure du Blaſon ;
Un terme bien aimé des Faiſeurs de tapage,
Si cependant , malgré ces éclairciffemens ,
Lecteur , pour me trouver tu fens quelques tour
mens ;
J'ajoute pour t'aider , rivale de la Lune,
Nous brillons dans le même temps ;
Souvent failamière importune
Nuit à mes rayons languiffans s
Mais quandje fuis multipliće ,
Ma rivale eft humiliée ,
J'efface fon éclat au moins quelques inftans.`
Cher Lecteur , je te fers peut être
Adieu , Phoebus s'enfuit , & je m'en vais paroître.
J
E fuis de nature femelle ;
Mon empire eft plus grand aux lieux où les frimats
Font contre les humains une guerre éternelle;
Les vents me caufent le trépas.
Divife mes cinq pieds , Lecteur , tu trouveras
D'abord cette éffence immortelle ,
I
64 MERCURE DE FRANCE.
Dont l'être parmi nous cauſe tant de débats ;
Un inftrument de mort dès longtemps en ufage
Chez une fière Nation ;
Ce qu'un jour de dévotion
Un pefant Marguillier , bourfoufflant fon vilage,
Porte avec grande attention ;
Une figure du Blaſon ;
Un terme bien aimé des Faiſeurs de tapage,
Si cependant , malgré ces éclairciffemens ,
Lecteur , pour me trouver tu fens quelques tour
mens ;
J'ajoute pour t'aider , rivale de la Lune,
Nous brillons dans le même temps ;
Souvent failamière importune
Nuit à mes rayons languiffans s
Mais quandje fuis multipliće ,
Ma rivale eft humiliée ,
J'efface fon éclat au moins quelques inftans.`
Cher Lecteur , je te fers peut être
Adieu , Phoebus s'enfuit , & je m'en vais paroître.
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16347
p. 64-66
AUTRE.
Début :
Mon ton, Lecteur, dépend de l'humeur de mon père. [...]
Mots clefs :
Préface
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
MON to
ON ton , Lecteur , dépend de l'humeur de
mon père.
Eft-il présomptuear ? tu me vois vaîne & fière ,
Avec grand étalage annoncer les talens.
Eft - il bumible of timide ? Afors humble moi.
même ,
SEPTEMBRE. 1763 . 63
J'implore en fa faveur tes regards indulgens.
Mais que fais-je ? Trop clair eft déja le Dilêmes
Paffons rapidement à la combinaiſon.
Sept membres , de mon corps forment la liaison
Veux-tu les défunir en prendre d'abord quatre
Tu verras un enclos vaſte , ſeigneurial ,
Agréable au Chaffeur , funeſte à l'animaî. :
Quatre autres vont t'offrir fur ce fanglant théatre,
Le plus léger d'entre eux , atteint du coup fatal :
Quatre encore, & tu vois (mais en langue latine )
Le nom d'une autre bête à la dent affaffine..
Combine encore , il fort de mon immenſe ſein
Un mot géographique & connu du Marin ; -
Un bien qui méconnoît le travail des charrues⚫
Uniquement fécond par le bienfait des nues :
Un métal fans éclat , néceſſaire tréſor
Moins brillant , mais , je crois , plus utile que l'or
Un antique inftrument & de chaffe & de guerre ,
Un nouvel inventé pour réduire en pouffière
Les feuilles d'une plante abondante en efprits ;
Ce bois , fource fertile & des vins & des ris :
Un poiffon fort commun , aliment du carême ,
Et plus rare , ce fruit , rond , confi & tout verd
Dont aux plus fins repas ce poiſſon eſt couvert ;
Une conjonction qu'un Tribunal fuprême
Voulut jadis profcrire , & qui toujours nous fert ;
L'endroit où, malgré nous , vont fe peindre d'euxmêmes
66 MERCURE DE FRANCE.
Les divers mouvemens qui troublent notre coeur .
Ce qu'on porte aux convois en figne de douleur ;
Un terme à double fens, qu'à deux arts on deſtine,
Appliquable a la fcène , & propre à la cuifine ,
Le nom latin d'un figne , annuelle maiſon
Que le foleil vifite en la froide faifon s
Des Moines aujourd'hui le prénom ordinaire 3
il eft tems de fe taire.
Deux notes de Mufique .....
Par M. L**** Abonné au Mercure
ALimoges , le 9 Août 1763 .
MON to
ON ton , Lecteur , dépend de l'humeur de
mon père.
Eft-il présomptuear ? tu me vois vaîne & fière ,
Avec grand étalage annoncer les talens.
Eft - il bumible of timide ? Afors humble moi.
même ,
SEPTEMBRE. 1763 . 63
J'implore en fa faveur tes regards indulgens.
Mais que fais-je ? Trop clair eft déja le Dilêmes
Paffons rapidement à la combinaiſon.
Sept membres , de mon corps forment la liaison
Veux-tu les défunir en prendre d'abord quatre
Tu verras un enclos vaſte , ſeigneurial ,
Agréable au Chaffeur , funeſte à l'animaî. :
Quatre autres vont t'offrir fur ce fanglant théatre,
Le plus léger d'entre eux , atteint du coup fatal :
Quatre encore, & tu vois (mais en langue latine )
Le nom d'une autre bête à la dent affaffine..
Combine encore , il fort de mon immenſe ſein
Un mot géographique & connu du Marin ; -
Un bien qui méconnoît le travail des charrues⚫
Uniquement fécond par le bienfait des nues :
Un métal fans éclat , néceſſaire tréſor
Moins brillant , mais , je crois , plus utile que l'or
Un antique inftrument & de chaffe & de guerre ,
Un nouvel inventé pour réduire en pouffière
Les feuilles d'une plante abondante en efprits ;
Ce bois , fource fertile & des vins & des ris :
Un poiffon fort commun , aliment du carême ,
Et plus rare , ce fruit , rond , confi & tout verd
Dont aux plus fins repas ce poiſſon eſt couvert ;
Une conjonction qu'un Tribunal fuprême
Voulut jadis profcrire , & qui toujours nous fert ;
L'endroit où, malgré nous , vont fe peindre d'euxmêmes
66 MERCURE DE FRANCE.
Les divers mouvemens qui troublent notre coeur .
Ce qu'on porte aux convois en figne de douleur ;
Un terme à double fens, qu'à deux arts on deſtine,
Appliquable a la fcène , & propre à la cuifine ,
Le nom latin d'un figne , annuelle maiſon
Que le foleil vifite en la froide faifon s
Des Moines aujourd'hui le prénom ordinaire 3
il eft tems de fe taire.
Deux notes de Mufique .....
Par M. L**** Abonné au Mercure
ALimoges , le 9 Août 1763 .
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16348
p. 66-68
ROMANCE.
Début :
DÉFIEZ-VOUS sans cesse, [...]
Mots clefs :
Amour, Bergère, Romance, Malheur, Raison, Tendre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ROMANCE.
ROMANCE.
DiPIZ-VOUS fans ceffe ,
Bergères , de l'Amour ;
Ce Dieu flatte, careffe ,
Et bleffe tour-à-tour.
D'une jeune Bergère
Ecoutez le malheur ,
Si c'en eft un de plaire
Et de donner fon coeur.
Les fleurs & la verdure
Renaiffoient dans nos champs }
L'onde par fon murmure
Annonçoit le Printemps ;
Romance .
ᎠᎦ
Deffie's
vous sans cesse
cesse Bergère de l'a.-
= mour, Ce Dieu flatte
ca - resse Et blesse
W
tour a
tour: D'une jeune ber -ge-1
W
Ecoutes le malheur , Si c'en est un de
plaire Et de donner son oeoeur.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
SEPTEMBRE. 1763 .
Philomèle fredonne.
L'âme dans ſes beaux jours
Aux langueurs s'abandonne ,
C'eſt le temps des amours.
La fenfible Climène ,
La fleur de ce hameau ,'
Un matin dans la plaine
Conduifoit fon troupeau,
Elle y trouva Clitandre ,
Rougit & foupira ;
Elle avoit le coeur tendre à
Clitandre en profita.
L'Amour dès leur enfance
Avoit uni leurs coeurs ,
Tous deux de la conſtance
Ils goûtoient les douceurs .
Ainfi tendre & fidèle ,
Le Berger amoureux
Demandoit à fa Belle ,
Qu'elle comblât fes voeux.
Ufons de la jeuneſſe ,
Livrons-nous au plaifir ,
Le temps coule fans ceffe ,
Il éteint le defir ,
La vieilleffe pefante ,
Yers nous vient à pas lents:
68 MERCURE DE FRANCE.
Croyez- moi , chère Amante ,
Les plaifirs n'ont qu'un temps.
La Bergère interdite
Ecoute ces chanſons .
A répandre elle héfie ,
Et cède à ces doux fons,
Son âme fatisfaite ,
S'ouvre au feu du defir.
La Raifon eft muette
A la voix du plaiſir.
La Bergère timide
Defire , & n'ofe pass
L'Amour qui la déci
Termine fes combats .
Pour finir fon euvrage ,
Il faifit un rofeau ,
Puis au fond d'un bocag●
Il chaffe fon troupeau.
Climène en fuit la traee ,
Et dit à fon Amant ,
Ne me fais point de grace !
Un regard la dément .
Le trop rofé Clitandre
S'en rapporte à fes yeux.
L'Amour qui fçait entendre
Mérite d'être heureux.
DiPIZ-VOUS fans ceffe ,
Bergères , de l'Amour ;
Ce Dieu flatte, careffe ,
Et bleffe tour-à-tour.
D'une jeune Bergère
Ecoutez le malheur ,
Si c'en eft un de plaire
Et de donner fon coeur.
Les fleurs & la verdure
Renaiffoient dans nos champs }
L'onde par fon murmure
Annonçoit le Printemps ;
Romance .
ᎠᎦ
Deffie's
vous sans cesse
cesse Bergère de l'a.-
= mour, Ce Dieu flatte
ca - resse Et blesse
W
tour a
tour: D'une jeune ber -ge-1
W
Ecoutes le malheur , Si c'en est un de
plaire Et de donner son oeoeur.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
SEPTEMBRE. 1763 .
Philomèle fredonne.
L'âme dans ſes beaux jours
Aux langueurs s'abandonne ,
C'eſt le temps des amours.
La fenfible Climène ,
La fleur de ce hameau ,'
Un matin dans la plaine
Conduifoit fon troupeau,
Elle y trouva Clitandre ,
Rougit & foupira ;
Elle avoit le coeur tendre à
Clitandre en profita.
L'Amour dès leur enfance
Avoit uni leurs coeurs ,
Tous deux de la conſtance
Ils goûtoient les douceurs .
Ainfi tendre & fidèle ,
Le Berger amoureux
Demandoit à fa Belle ,
Qu'elle comblât fes voeux.
Ufons de la jeuneſſe ,
Livrons-nous au plaifir ,
Le temps coule fans ceffe ,
Il éteint le defir ,
La vieilleffe pefante ,
Yers nous vient à pas lents:
68 MERCURE DE FRANCE.
Croyez- moi , chère Amante ,
Les plaifirs n'ont qu'un temps.
La Bergère interdite
Ecoute ces chanſons .
A répandre elle héfie ,
Et cède à ces doux fons,
Son âme fatisfaite ,
S'ouvre au feu du defir.
La Raifon eft muette
A la voix du plaiſir.
La Bergère timide
Defire , & n'ofe pass
L'Amour qui la déci
Termine fes combats .
Pour finir fon euvrage ,
Il faifit un rofeau ,
Puis au fond d'un bocag●
Il chaffe fon troupeau.
Climène en fuit la traee ,
Et dit à fon Amant ,
Ne me fais point de grace !
Un regard la dément .
Le trop rofé Clitandre
S'en rapporte à fes yeux.
L'Amour qui fçait entendre
Mérite d'être heureux.
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16349
p. 69-81
LETTRE sur L'ANDRIENNE de TÉRENCE, adressée à M. L. D. Associé de l'Académie de LA ROCHELLE.
Début :
EST-IL bien vrai, Monsieur, comme le prétend M. Marmontel dans la seconde [...]
Mots clefs :
Scène, Comique, Poème, Genre, Autorité, Caractère, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur L'ANDRIENNE de TÉRENCE, adressée à M. L. D. Associé de l'Académie de LA ROCHELLE.
LETTRE fur L'ANDRIENNE de
TÉRENCE , adreffée à M. L. D.
Affocié de l'Académie de LA ROCHELLE,
ESTST-IL bien vrai , Monfieur , comme
le prétend M. Marmontel dans la feconde
partie de fa Poëtique , » qu'il faut n'avoir
jamais lû les Anciens , pour attribuer
» à notre fiécle l'origine du Comique at
» tendriffant , & qu'il eft furprenant que
» cette erreur ait pu fubfifter un inſtant
» chez une Nation accoutumée à voir
» jouer l'Adrienne de Terence , où l'on
» pleure , dès le premier Acte , & c.
Je fçais que quelques Auteurs , dont
je refpecte l'autorité , ont cru voir égaÍement
chez les Anciens le germe du Comique
Larmoyant ; mais comme je me
flatte d'avoir combattu folidement ce fyf
tême dans un écrit qui vient d'être im170
MERCURE DE FRANCE .
7
primé (a) , je ne retournerai point fur
mes traces , & je me bornerai à difcuter
ici l'affertion qui regarde particulièrement
l'Andrienne.
Avant que d'entrer en matière , il eſt à
propos de remarquer qu'il réfulte néceffairement
des expreffions de M.Marmontel
, que cette Comédie fait pleurer nonfeulementdès
lepremier Acte, mais encore
dans tous les A&tes fuivans. Ce n'eft
point ici une chicane de mots. C'eſt
donner fimplement aux paroles de l'Auteur
, le fens qu'elles préfentent naturellement.
Tout le monde a lû Térence & connoît
l'Andrienne ; ainfi tout le monde
eft en état de juger , fi ce Poëme peut
véritablement avoir été la fource où l'on
a puifé le Comique plaintif , tel qu'il
existe depuis trente ans parmi nous. Il
feroit donc inutile d'en faire une exacte
analyfe ; il fuffira d'en parcourir quelques .
endroits qui fembleroient peut- être au
premier coup -d'oeil pouvoir favorifer le
fentiment de M. Marmontel.
D'abord je dois dire que l'expreffion
(a) Dans le troifiéme recueil de l'Académie de
la Rochelle , chez Légier , Imprimeur de l'Académaie,
& qui fe trouve à Paris chez Mérigot , pere.
SEPTEMBRE. 1763. 71
de genre attendriffant , eft trop générale ,
qu'elle ne défigne point fuffi amment
la maniere l'armoyante dont la Chauffée
eft linventeur , & que je n'ai jamais prétendu
attaquer que cette manière- là
dont en effet je ne trouve aucun veftige
dans la Comédie du Poëte latin.
J
Dès fix Scènes qui compofent le premier
Acte , il y en a quatre qui fe paffent
entre Simon , père de Pamphile , Sofie
affranchi de Simon , & Davus , valet de
Pamphile. Or , certainement ces trois
Perfonnages , foit par leur caractère , ſoit
par leurs difcours , ne font ni plaintifs ni
attendriffans . La cinquiéme Scène eft
entre Arquilis & Myfis , l'une fervante
& l'autre garde , ou plutôt confidente de
Glycérion , Héroïne invifible de la Piéce.
Voici un échantillon des propos de
Myfis.
» Mon Dieu ! Arquilis , il y a mille ans
» que je vous entends ; vous voulez que
» j'amène Lesbie ; cependant , il eft cer-
» tain qu'elle eft fujette à boire , qu'elle
» eft imprudente , & quelle n'eft pas ce , &
» qu'il faut , pour qu'on puiffe lui con-
, fier fûrement une femme à fa premiere
groffeffe; je l'aménerai pourtant . Voyez
» un peu l'importunité de cette vieille :
72 MERCURE DE FRANCE.
» & tout cela parce qu'elles ont accoutu
» mé de boire enſemble , &c. (b)
Ce n'eft pas affùrément dans les Scènes
de cette eſpéce qu'on trouvera de l'analogie
entre les caracteres des perfonnages
de l'Andrienne & ceux du nouveau
Comique ; mais parcourons la Scène
fixiéme , nous y découvrirons fans doute
la véritable origine du Comique qui
fait pleurer , puifque c'étoit fi je l'ofe
dire , l'Egide dont fe couvroit la Chauffée
, pour parer les traits de fes critiques.
La moitié de cette Scène eft remplie
des plaintes de Pamphile , contre fon
père , qui veut le marier malgré lui à la
fille de Chrémès , fon ancien ami : il demande
enfuite à Myfis , ce que fait fa
Maîtreffe. Myfis répond , ce qu'elle fait?
elle eſt en travail , laborat è dolore. Je
conviens fans peine que Pamphile raconte
ici d'une maniere très - touchante
, les dernieres paroles que lui a dites en
mourant Chryfis , ami de Clycérion , &
que ce Tableau eft véritablement trèspathétique.
Mais pour quel ordre de
Spectateurs ?
Quand on voudroit fuppofer qu'il
; ( b) Traduction de Madame Dacier.
étoit
SEPTEMBRE. 1763.
73
étoit dans les moeurs Grecques , de s'intéreffer
aux avantures des filles protégées
par les Prêtreffes de Vénus , chez
lefquelles la jeuneffe d'Athènes alloit
fouper & payoit fon écot ; ( c ) dans les
nôtres , quel intérêt peut - on prendre
au fort d'une courtisane que fa confidente
, qui mériteroit un autre nom ,
nous repréfente à la fuite de fes galanteries
, dans les douleurs actuelles de l'enfantement
? Que Pamphile follement
amoureux faffe paroître dans cette occafion
le plus vif attendriffement ; qu'il
foit furieux de douleur ; tous ces mouvemens
font dans la nature ; mais que des
fpectateurs tranquilles & indifférens
foient affez vivement pénétrés pour verfer
des pleurs , cela n'eft point dans l'ordre
des chofes , & je ne connoîs que les
Auditeurs , dans la claffe de Pamphile ,
qui puiffent en pareille circonftance , répandre
véritablement des larmes.
Le deuxième A&te ne fournit aucune
fituation qui tende au plus léger attendriffement.
Il fuffit de le lire , pour s'en
convaincre ; d'ailleurs , il faut des femmes
pour attendrir ; deux beaux yeux en
pleurs ont de puiffans charmes ; c'eſt-là
(c ) Acte 1. Scène L
D
74 MERCURE DE FRANCE.
le vrai mobile du larmoyant deMélanide ,
mais l'Andrienne n'en a point,
On trouve dans la première Scène du
troifiéme Acte , une pofition à la Grecque
, qui feroit parmi nous d'une indécence
infoutenable Glycérion toujours
en travail , s'écrie derriere le Théâtre ,
Junon , Déeffe Tutélaire des accouchemens
, fecourez-moi , je vous prie ! Juno
Lucina , fer opem , ferva me , obfecro,
Croyez-vous , Monfieur , que le parterre
de Rome ait été beaucoup plus attendri
par cette lamentable invocation , que
nous le fûmes nous-mêmes en 1733, lorfqu'une
très-jolie Actrice de la Foire S.
Laurent, preffée par de pareilles douleurs,
fut forcée d'abandonner la Scène pour
implorer Lucine à fon tour ? Je puis vous
affurer , qu'au lieu d'y voir répandre des
larmes , on entendit parmi ceux des Spectateurs
qui étoient inftruits du fecret de
Péclipfe , (d) des éclats d'un rire immodéré
, qui ne marquoient pas affurément
de fenfibilité douloureufe pour la
velle Glycérion.
nous
La deuxième Scène du quatriéme Afte
offre encore Pamphile , jurant par les
.I
(d) Elle repréfentoit les perfonnages de la Lune
dans l'Opéra de Boiſfy intitulé , la nuit d'Etés
SEPTEMBRE. 1763. 75
-Dieux , de ne jamais abandonner fa maitreffe
& proteftant que la mort feule
pourra la lui ravir. Mais cette fituation
d'un jeune homme amoureux à la rage ,
fût -elle cent fois répétée , ne peut donner
, ni au corps entier du Poëme , ni
aux Scènes particulières , ce caractère
vraiment pitoyable qui attendrit jufqu'aux
larmes. A l'égard des Scènes , le
fait eft prouvé; nous en avons au Théâtre
François , & particulièrement à l'Opéra
d'un coloris encore plus tendre , qui
n'ont jamais fait pleurer perfonne ; &
quant au corps du Poëme , ce ne font
pas deux ou trois morceaux ifolés , graves
ou enjoués , Comiques ou plaintifs qui
peuvent déterminer fon efpéce diftinctive
; c'eft la nature des Sujets qui y font
traités ; c'eft le ton des principaux perfonnages
& fur-tout l'enfemble des fituations
& des fentimens qui y dominent
, qui font feuls capables par leur
réunion de lui imprimer fon véritable
caractère .
Si quelques Scènes ifolées pouvoient
fixer le genre d'une Comédie ; l'Andrienne,
à ce prix , pourroit être mife au nombre
des Pièces les plus rifibles . En effet
nous n'avons peut- être pas de meilleur
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Comique de fituation , que deux endroits
de ce même A&te que je vais vous
rappeller. Dans le premier qui forme la
quatriéme Scène , Davus paroît , portant
un enfant dans fes bras , & dit à
Myfis de le prendre & de le mettre
elle-même devant la porte de Pamphile.
Après une légère réfiftance , Myfis obéit ,
refte feule , & Davus difparoît. Dans
l'inftant même arrive le vieux Chrémès.
Sa furpriſe & fon dépit font extrêmes ,
de trouver un enfant expofé à la porte
de fon gendre futur. Il interroge Myfis ,
pour fçavoir fi c'eft elle qui a mis là cet
enfant. Myfis , toute interdite , ne fçait
que répondre & cherche des yeux Ďavus
qu'elle ne retrouve point. Cependant
il revient comme par hazard , & affecte
de méconnoître Myfis , qu'il traite en
avanturiere ; ce qui donne lieu à une difpute
entreux , remplie de traits vraiment
comiques. Je ne fçais point réſiſter à
l'envie de vous en tranfcrire ici , une
partie.
MYSIS , appercevant DAVUS.
Pourquoi , je te prie , m'as-tu laiffée
içi toute feule ?
DAVUS.
Ho , ho ! quelle hiftoire eft- ce donc,
SEPTEMBRE. 1763
77
que ceci ? Dis-moi un peu , Myfis
dou eft cet enfant , & qui l'a apporté ici ?
MY SIS.
Es -tu en ton bon fens de me faire
cette demande
DAVUS.
A qui la pourrois- je donc faire , puif
que je ne vois ici que toi ?
MY SIS..
Tu es fou , n'eft-ce pas toi même qui
las mis là ?
DAVUS.
Si tu me dis un feul mot que pour répondre
à ce que je te demanderai .....
prends- y garde .
MYSIS
Tu me menaces ?
DAVUS.
D'où eft donc cet enfant ? (bas) , dis◄
le fans myſtère.
MY SI'S.
De chez vous.
DAVUS:
Ha , ha , ha ! mais faut-il s'étonner
qu'une femme foit impudente ? Nous
jugez-vous fi propres à être vos dupes ? ..
en un mot , hate - toi vite de m'ôter cet
enfant de cette porte . ( Bas ) , demeure.
MYSIS.
Que les Dieux t'abîment pour la
fraieur que tu me fais ! Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
DAVUS.
Eft - ce à toi que je parte , ou non ?
MYSIS.
Que veux- tu ?
DAVUS.
Quoi tu me demandes ? Dis -moi de
qui eft l'enfant que tu as mis là ? Parle ?
MYSIS.
Eft- ce que tu ne le fçais pas ?
1
DAVUS.
Mon Dieu ! laiffé là ce que je fçai ,
& me dis ce que je te demande & c. &c.
Le furplus de la Scène eft dans le
même goût. L'arrivée d'un certain Criton
de l'ifle d'Andros , vraie machine de
dénouement , termine cet Acte.
En vain chercheroit- on dans le cinquiéme
quelqu'indice du ton pitoyable
ou même fimplement attendriffant ; on
n'y trouvera ni événement ni caractères
qui ayent la moindre tendance au genre
larmoyant. L'homme d'Andros y reparoît
dans la Scène cinquiéme & léve par
fes récits , tous les obftacles qui s'oppofoient
au mariage de Glycérion , qui
eft enfin reconnue Athénienne & fille
de Chrémès. C'eſt ainfi que fe dénoue çe
Poëme célébre , où l'on voit fans doute
des peintures admirables qui appartiennent
à tous les âges , à tous les
SEPTEMBRE. 1763 . 79
fiécles & a toutes les nations , mais où
il me paroît impoffible d'entrevoir des
objets capables d'arracher des larmes
hi dès le premier Acte , ni même dans
aucun de ceux dont ce Poëme eft compofé.
Je devrois peut- être ici oppofer autorité
à autorité , & citer les Auteurs
qui ont nié formellement que les Anciens
ayent pû fournir des modéles au
larmoyant comique ; mais je me contenterai
de rapporter le fentiment de
M. l'Abbé de la Porte , dans fes obfervations
fur la Littérature moderne ( e ) ;
il eft fi perfuadé que Thalie n'a jamais
fait verfer de larmes dans Rome ou
dans Athénes , & il croit cette vérité fi
évidente , qu'on peut , dit-il , le difpenfer
d'en rapporter des preuves.
Enfin je demande qu'on relife Teren
ce ; j'ofe affurer que le Lecteur qui feroit
né avec l'âme la moins fenfible
n'hésitera pas un moment à fe décider
fur la nature des fentimens de joie ou
de trifteffe qu'il devra éprouver, à moins
qu'il ne reffemble à ce Financier ftupide
, qui demandoit , dans une fête
s'il avoit du plaifir ?
( e ) Tom. I. art. 4. 1750.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
Quant à moi je déclare que le nou
vel examen que j'ai fait de l'Andrienne
m'a de plus en plus confirmé dans ma
première idée , & que mon aveuglement
eft tel
Quejefuis en danger de n'enjamais guérir.
·
Loin d'y trouver le germe du genre
plaintif & attendriffant , j'y ai vû au
contraire un affez grand nombre de
Scènes du genre le plus bouffon . La
pofition de la fage- femme qui s'enivre;
les cris indécens d'une fille qui accouche
, prèfque publiquement , & l'expofition
rifible d'un enfant nouvellement
né & c. tous ces objets paroîtront toujours
& à tout le monde , infiniment
plus propres à remplir le fond d'un
Opéra-Comique , qu'à être traités fur
un théâtre où la décence doit préfider.
Si je n'avois fait attention qu'à l'Auteur
de la nouvelle Poëtique , &aux applaudiffemens
qu'il a fi fouvent mérités
fans doute que la plume me feroit tombée
des mains ; mais la vérité m'eft
chère ; & comme les ouvrages de M.
Marmontel prouvent , en mille endroits,
qu'il l'aime auffi , j'ofe me flatter qu'il
ne trouvera pas mauvais que jaye lutté
contre fes fentimens dans cette lettre ,
SEPTEMBRE. 1763. 81
"
après avoir eu le courage de combattre
dans ma differtation ceux de Meffieurs
de Fontenelle & de Voltaire..
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ala Rochelle , lê 15 Juin 1763 .
TÉRENCE , adreffée à M. L. D.
Affocié de l'Académie de LA ROCHELLE,
ESTST-IL bien vrai , Monfieur , comme
le prétend M. Marmontel dans la feconde
partie de fa Poëtique , » qu'il faut n'avoir
jamais lû les Anciens , pour attribuer
» à notre fiécle l'origine du Comique at
» tendriffant , & qu'il eft furprenant que
» cette erreur ait pu fubfifter un inſtant
» chez une Nation accoutumée à voir
» jouer l'Adrienne de Terence , où l'on
» pleure , dès le premier Acte , & c.
Je fçais que quelques Auteurs , dont
je refpecte l'autorité , ont cru voir égaÍement
chez les Anciens le germe du Comique
Larmoyant ; mais comme je me
flatte d'avoir combattu folidement ce fyf
tême dans un écrit qui vient d'être im170
MERCURE DE FRANCE .
7
primé (a) , je ne retournerai point fur
mes traces , & je me bornerai à difcuter
ici l'affertion qui regarde particulièrement
l'Andrienne.
Avant que d'entrer en matière , il eſt à
propos de remarquer qu'il réfulte néceffairement
des expreffions de M.Marmontel
, que cette Comédie fait pleurer nonfeulementdès
lepremier Acte, mais encore
dans tous les A&tes fuivans. Ce n'eft
point ici une chicane de mots. C'eſt
donner fimplement aux paroles de l'Auteur
, le fens qu'elles préfentent naturellement.
Tout le monde a lû Térence & connoît
l'Andrienne ; ainfi tout le monde
eft en état de juger , fi ce Poëme peut
véritablement avoir été la fource où l'on
a puifé le Comique plaintif , tel qu'il
existe depuis trente ans parmi nous. Il
feroit donc inutile d'en faire une exacte
analyfe ; il fuffira d'en parcourir quelques .
endroits qui fembleroient peut- être au
premier coup -d'oeil pouvoir favorifer le
fentiment de M. Marmontel.
D'abord je dois dire que l'expreffion
(a) Dans le troifiéme recueil de l'Académie de
la Rochelle , chez Légier , Imprimeur de l'Académaie,
& qui fe trouve à Paris chez Mérigot , pere.
SEPTEMBRE. 1763. 71
de genre attendriffant , eft trop générale ,
qu'elle ne défigne point fuffi amment
la maniere l'armoyante dont la Chauffée
eft linventeur , & que je n'ai jamais prétendu
attaquer que cette manière- là
dont en effet je ne trouve aucun veftige
dans la Comédie du Poëte latin.
J
Dès fix Scènes qui compofent le premier
Acte , il y en a quatre qui fe paffent
entre Simon , père de Pamphile , Sofie
affranchi de Simon , & Davus , valet de
Pamphile. Or , certainement ces trois
Perfonnages , foit par leur caractère , ſoit
par leurs difcours , ne font ni plaintifs ni
attendriffans . La cinquiéme Scène eft
entre Arquilis & Myfis , l'une fervante
& l'autre garde , ou plutôt confidente de
Glycérion , Héroïne invifible de la Piéce.
Voici un échantillon des propos de
Myfis.
» Mon Dieu ! Arquilis , il y a mille ans
» que je vous entends ; vous voulez que
» j'amène Lesbie ; cependant , il eft cer-
» tain qu'elle eft fujette à boire , qu'elle
» eft imprudente , & quelle n'eft pas ce , &
» qu'il faut , pour qu'on puiffe lui con-
, fier fûrement une femme à fa premiere
groffeffe; je l'aménerai pourtant . Voyez
» un peu l'importunité de cette vieille :
72 MERCURE DE FRANCE.
» & tout cela parce qu'elles ont accoutu
» mé de boire enſemble , &c. (b)
Ce n'eft pas affùrément dans les Scènes
de cette eſpéce qu'on trouvera de l'analogie
entre les caracteres des perfonnages
de l'Andrienne & ceux du nouveau
Comique ; mais parcourons la Scène
fixiéme , nous y découvrirons fans doute
la véritable origine du Comique qui
fait pleurer , puifque c'étoit fi je l'ofe
dire , l'Egide dont fe couvroit la Chauffée
, pour parer les traits de fes critiques.
La moitié de cette Scène eft remplie
des plaintes de Pamphile , contre fon
père , qui veut le marier malgré lui à la
fille de Chrémès , fon ancien ami : il demande
enfuite à Myfis , ce que fait fa
Maîtreffe. Myfis répond , ce qu'elle fait?
elle eſt en travail , laborat è dolore. Je
conviens fans peine que Pamphile raconte
ici d'une maniere très - touchante
, les dernieres paroles que lui a dites en
mourant Chryfis , ami de Clycérion , &
que ce Tableau eft véritablement trèspathétique.
Mais pour quel ordre de
Spectateurs ?
Quand on voudroit fuppofer qu'il
; ( b) Traduction de Madame Dacier.
étoit
SEPTEMBRE. 1763.
73
étoit dans les moeurs Grecques , de s'intéreffer
aux avantures des filles protégées
par les Prêtreffes de Vénus , chez
lefquelles la jeuneffe d'Athènes alloit
fouper & payoit fon écot ; ( c ) dans les
nôtres , quel intérêt peut - on prendre
au fort d'une courtisane que fa confidente
, qui mériteroit un autre nom ,
nous repréfente à la fuite de fes galanteries
, dans les douleurs actuelles de l'enfantement
? Que Pamphile follement
amoureux faffe paroître dans cette occafion
le plus vif attendriffement ; qu'il
foit furieux de douleur ; tous ces mouvemens
font dans la nature ; mais que des
fpectateurs tranquilles & indifférens
foient affez vivement pénétrés pour verfer
des pleurs , cela n'eft point dans l'ordre
des chofes , & je ne connoîs que les
Auditeurs , dans la claffe de Pamphile ,
qui puiffent en pareille circonftance , répandre
véritablement des larmes.
Le deuxième A&te ne fournit aucune
fituation qui tende au plus léger attendriffement.
Il fuffit de le lire , pour s'en
convaincre ; d'ailleurs , il faut des femmes
pour attendrir ; deux beaux yeux en
pleurs ont de puiffans charmes ; c'eſt-là
(c ) Acte 1. Scène L
D
74 MERCURE DE FRANCE.
le vrai mobile du larmoyant deMélanide ,
mais l'Andrienne n'en a point,
On trouve dans la première Scène du
troifiéme Acte , une pofition à la Grecque
, qui feroit parmi nous d'une indécence
infoutenable Glycérion toujours
en travail , s'écrie derriere le Théâtre ,
Junon , Déeffe Tutélaire des accouchemens
, fecourez-moi , je vous prie ! Juno
Lucina , fer opem , ferva me , obfecro,
Croyez-vous , Monfieur , que le parterre
de Rome ait été beaucoup plus attendri
par cette lamentable invocation , que
nous le fûmes nous-mêmes en 1733, lorfqu'une
très-jolie Actrice de la Foire S.
Laurent, preffée par de pareilles douleurs,
fut forcée d'abandonner la Scène pour
implorer Lucine à fon tour ? Je puis vous
affurer , qu'au lieu d'y voir répandre des
larmes , on entendit parmi ceux des Spectateurs
qui étoient inftruits du fecret de
Péclipfe , (d) des éclats d'un rire immodéré
, qui ne marquoient pas affurément
de fenfibilité douloureufe pour la
velle Glycérion.
nous
La deuxième Scène du quatriéme Afte
offre encore Pamphile , jurant par les
.I
(d) Elle repréfentoit les perfonnages de la Lune
dans l'Opéra de Boiſfy intitulé , la nuit d'Etés
SEPTEMBRE. 1763. 75
-Dieux , de ne jamais abandonner fa maitreffe
& proteftant que la mort feule
pourra la lui ravir. Mais cette fituation
d'un jeune homme amoureux à la rage ,
fût -elle cent fois répétée , ne peut donner
, ni au corps entier du Poëme , ni
aux Scènes particulières , ce caractère
vraiment pitoyable qui attendrit jufqu'aux
larmes. A l'égard des Scènes , le
fait eft prouvé; nous en avons au Théâtre
François , & particulièrement à l'Opéra
d'un coloris encore plus tendre , qui
n'ont jamais fait pleurer perfonne ; &
quant au corps du Poëme , ce ne font
pas deux ou trois morceaux ifolés , graves
ou enjoués , Comiques ou plaintifs qui
peuvent déterminer fon efpéce diftinctive
; c'eft la nature des Sujets qui y font
traités ; c'eft le ton des principaux perfonnages
& fur-tout l'enfemble des fituations
& des fentimens qui y dominent
, qui font feuls capables par leur
réunion de lui imprimer fon véritable
caractère .
Si quelques Scènes ifolées pouvoient
fixer le genre d'une Comédie ; l'Andrienne,
à ce prix , pourroit être mife au nombre
des Pièces les plus rifibles . En effet
nous n'avons peut- être pas de meilleur
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Comique de fituation , que deux endroits
de ce même A&te que je vais vous
rappeller. Dans le premier qui forme la
quatriéme Scène , Davus paroît , portant
un enfant dans fes bras , & dit à
Myfis de le prendre & de le mettre
elle-même devant la porte de Pamphile.
Après une légère réfiftance , Myfis obéit ,
refte feule , & Davus difparoît. Dans
l'inftant même arrive le vieux Chrémès.
Sa furpriſe & fon dépit font extrêmes ,
de trouver un enfant expofé à la porte
de fon gendre futur. Il interroge Myfis ,
pour fçavoir fi c'eft elle qui a mis là cet
enfant. Myfis , toute interdite , ne fçait
que répondre & cherche des yeux Ďavus
qu'elle ne retrouve point. Cependant
il revient comme par hazard , & affecte
de méconnoître Myfis , qu'il traite en
avanturiere ; ce qui donne lieu à une difpute
entreux , remplie de traits vraiment
comiques. Je ne fçais point réſiſter à
l'envie de vous en tranfcrire ici , une
partie.
MYSIS , appercevant DAVUS.
Pourquoi , je te prie , m'as-tu laiffée
içi toute feule ?
DAVUS.
Ho , ho ! quelle hiftoire eft- ce donc,
SEPTEMBRE. 1763
77
que ceci ? Dis-moi un peu , Myfis
dou eft cet enfant , & qui l'a apporté ici ?
MY SIS.
Es -tu en ton bon fens de me faire
cette demande
DAVUS.
A qui la pourrois- je donc faire , puif
que je ne vois ici que toi ?
MY SIS..
Tu es fou , n'eft-ce pas toi même qui
las mis là ?
DAVUS.
Si tu me dis un feul mot que pour répondre
à ce que je te demanderai .....
prends- y garde .
MYSIS
Tu me menaces ?
DAVUS.
D'où eft donc cet enfant ? (bas) , dis◄
le fans myſtère.
MY SI'S.
De chez vous.
DAVUS:
Ha , ha , ha ! mais faut-il s'étonner
qu'une femme foit impudente ? Nous
jugez-vous fi propres à être vos dupes ? ..
en un mot , hate - toi vite de m'ôter cet
enfant de cette porte . ( Bas ) , demeure.
MYSIS.
Que les Dieux t'abîment pour la
fraieur que tu me fais ! Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
DAVUS.
Eft - ce à toi que je parte , ou non ?
MYSIS.
Que veux- tu ?
DAVUS.
Quoi tu me demandes ? Dis -moi de
qui eft l'enfant que tu as mis là ? Parle ?
MYSIS.
Eft- ce que tu ne le fçais pas ?
1
DAVUS.
Mon Dieu ! laiffé là ce que je fçai ,
& me dis ce que je te demande & c. &c.
Le furplus de la Scène eft dans le
même goût. L'arrivée d'un certain Criton
de l'ifle d'Andros , vraie machine de
dénouement , termine cet Acte.
En vain chercheroit- on dans le cinquiéme
quelqu'indice du ton pitoyable
ou même fimplement attendriffant ; on
n'y trouvera ni événement ni caractères
qui ayent la moindre tendance au genre
larmoyant. L'homme d'Andros y reparoît
dans la Scène cinquiéme & léve par
fes récits , tous les obftacles qui s'oppofoient
au mariage de Glycérion , qui
eft enfin reconnue Athénienne & fille
de Chrémès. C'eſt ainfi que fe dénoue çe
Poëme célébre , où l'on voit fans doute
des peintures admirables qui appartiennent
à tous les âges , à tous les
SEPTEMBRE. 1763 . 79
fiécles & a toutes les nations , mais où
il me paroît impoffible d'entrevoir des
objets capables d'arracher des larmes
hi dès le premier Acte , ni même dans
aucun de ceux dont ce Poëme eft compofé.
Je devrois peut- être ici oppofer autorité
à autorité , & citer les Auteurs
qui ont nié formellement que les Anciens
ayent pû fournir des modéles au
larmoyant comique ; mais je me contenterai
de rapporter le fentiment de
M. l'Abbé de la Porte , dans fes obfervations
fur la Littérature moderne ( e ) ;
il eft fi perfuadé que Thalie n'a jamais
fait verfer de larmes dans Rome ou
dans Athénes , & il croit cette vérité fi
évidente , qu'on peut , dit-il , le difpenfer
d'en rapporter des preuves.
Enfin je demande qu'on relife Teren
ce ; j'ofe affurer que le Lecteur qui feroit
né avec l'âme la moins fenfible
n'hésitera pas un moment à fe décider
fur la nature des fentimens de joie ou
de trifteffe qu'il devra éprouver, à moins
qu'il ne reffemble à ce Financier ftupide
, qui demandoit , dans une fête
s'il avoit du plaifir ?
( e ) Tom. I. art. 4. 1750.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
Quant à moi je déclare que le nou
vel examen que j'ai fait de l'Andrienne
m'a de plus en plus confirmé dans ma
première idée , & que mon aveuglement
eft tel
Quejefuis en danger de n'enjamais guérir.
·
Loin d'y trouver le germe du genre
plaintif & attendriffant , j'y ai vû au
contraire un affez grand nombre de
Scènes du genre le plus bouffon . La
pofition de la fage- femme qui s'enivre;
les cris indécens d'une fille qui accouche
, prèfque publiquement , & l'expofition
rifible d'un enfant nouvellement
né & c. tous ces objets paroîtront toujours
& à tout le monde , infiniment
plus propres à remplir le fond d'un
Opéra-Comique , qu'à être traités fur
un théâtre où la décence doit préfider.
Si je n'avois fait attention qu'à l'Auteur
de la nouvelle Poëtique , &aux applaudiffemens
qu'il a fi fouvent mérités
fans doute que la plume me feroit tombée
des mains ; mais la vérité m'eft
chère ; & comme les ouvrages de M.
Marmontel prouvent , en mille endroits,
qu'il l'aime auffi , j'ofe me flatter qu'il
ne trouvera pas mauvais que jaye lutté
contre fes fentimens dans cette lettre ,
SEPTEMBRE. 1763. 81
"
après avoir eu le courage de combattre
dans ma differtation ceux de Meffieurs
de Fontenelle & de Voltaire..
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ala Rochelle , lê 15 Juin 1763 .
Fermer
16350
p. 81-82
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
JE viens de lire, Monsieur, dans votre Mercure du mois de Juillet 1763, [...]
Mots clefs :
Maître des requêtes, Hôtel du roi, Réponse, Mention, Copies authentiques
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure..
E viens de lire , Monfieur , dans vo--
tre Mercute du mois de Juillet 1763 ,
premier Volume , page 130 , que Fran
çois Lalouette avoit été Maître des Re--
quêtes de l'Hôtel du Roi , fuivant unt
Mémoire que M. de Velley a lù le 23 :
Février de cette année à la Séance pu--
blique de la Société Littéraire de Ch--
lons fur Marne .
Comme je travaille depuis longtems »
à l'hiftoire des Maîtres des Requêtes :
depuis le régne de S. Louis jufques à
préfent , que je vais faire imprimer in--
ceffament en 8 Vol. in-4° , je ne trouve ?
point depuis ce tems qu'il foit fait men--
tion de François Lalouette , en qualité :
de Maître des Requêtes ordinaires du
Roi. Si vous pouviez , Monfieur , enga--
D y
82 MERCURE DE FRANCE .
ger M. de Velley ( que je n'ai point
l'honneur de connoître ) de vous faire
fçavoir où il a trouvé que ledit François
Lalouette a été Maître des Requêtes , je
vous ferai obligé de vouloir bien me
faire part de fa réponſe , dont je ferois
mention dans mon Hiftoire , s'il nous
rapportoit copies authentiques des titres
ou des Auteurs qui font mention de ce
Maître des Requêtes. Je fuis , &c .
DE NOINVILLE , Abonné au Mercure , Maitre
des Requêtes , & Préfident Honoraire
au Grand- Confeil.
A Paris , ce 22 Juillet 1763.
E viens de lire , Monfieur , dans vo--
tre Mercute du mois de Juillet 1763 ,
premier Volume , page 130 , que Fran
çois Lalouette avoit été Maître des Re--
quêtes de l'Hôtel du Roi , fuivant unt
Mémoire que M. de Velley a lù le 23 :
Février de cette année à la Séance pu--
blique de la Société Littéraire de Ch--
lons fur Marne .
Comme je travaille depuis longtems »
à l'hiftoire des Maîtres des Requêtes :
depuis le régne de S. Louis jufques à
préfent , que je vais faire imprimer in--
ceffament en 8 Vol. in-4° , je ne trouve ?
point depuis ce tems qu'il foit fait men--
tion de François Lalouette , en qualité :
de Maître des Requêtes ordinaires du
Roi. Si vous pouviez , Monfieur , enga--
D y
82 MERCURE DE FRANCE .
ger M. de Velley ( que je n'ai point
l'honneur de connoître ) de vous faire
fçavoir où il a trouvé que ledit François
Lalouette a été Maître des Requêtes , je
vous ferai obligé de vouloir bien me
faire part de fa réponſe , dont je ferois
mention dans mon Hiftoire , s'il nous
rapportoit copies authentiques des titres
ou des Auteurs qui font mention de ce
Maître des Requêtes. Je fuis , &c .
DE NOINVILLE , Abonné au Mercure , Maitre
des Requêtes , & Préfident Honoraire
au Grand- Confeil.
A Paris , ce 22 Juillet 1763.
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