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p. [5]-10
SUR LA PARESSE.
Début :
HEUREUX Loisir, douce Indolence, [...]
Mots clefs :
Plaisir, Âge, Guide, Liberté, Ambition, Paresse
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA PARESSE.
SUR LA PARESSE.
f
HEUREUX Loifir , douce Indolence ,
Dans la paix & dans le filence
Que j'aime à goûter tes appas !
Que j'aime à dormir dans tes bras
Sans m'appercevoir que je penfe ,
Ne fongeant qu'à mon éxiſtence ,
N'y fongeant même prèſque pas !
ravaux & foins de difparoître
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Dès que tu t'approches de nous
Ne rien fçavoir , c'eſt te connoître.
Arts pénibles , éloignez-vous :
Ce n'eft qu'en vous ignorant tous ,
Que j'apprendrai bien celui d'être,
Inftruis- moi dans cet art fi doux ,
Dieu du repos , fois mon ſeul maître g
Qui n'en a point d'autre que toi
Se fait une aimable habitude
De jouir doucement de ſoi.
A l'abri de l'inquiétude ,
La fuir eft toute ſon étude ,'
Et te goûter tout ſon emploi.
Viens être mon guide & mon Roi
Je veux me jetter dans ta chaîne,
Loin qu'on en redoute la gêne ,
On aime à tomber fous ſon poids
La liberté qui fuit les loix
Se plaît à plier ſous la tienne.
Mais , ô ma chere Qiliveté !
Tandis qu'en ton fein je fommeille
Quelle voix frappe mon oreille ,
Et trouble ma tranquillité ?
Baillant , à demi je m'éveille :
J'entr'ouvre un oeil déconcerté.
Quel objet tout-à-coup l'étonne ?
Que vois-je ? où fuis-je tranſporté ?
J'apperçois fur un même trône
Et portant femblable couronne
AVRIL 1763.
Une double Divinité
Qu'un peuple de Fous environne ,
Et qu'encenſe la Vanité.
D'un air inquiet , agité ;
S'avance une foule importune :
L'ambition & la fortune
Sont l'une & l'autre Déité.
Leurs mains font pleines de largeffes ;
Et fi j'en crois à leurs promeſſes ,
Crédit , puiſſance , dignité ,
Titres , honneurs , emplois , richeffes ,
Au gré de mon avidité
Viendront me prouver leurs tendreffes ,
Pourvû que laiffant tes careffes ,
Je me range de leur sôté.....
Vaines & trompeuſes idoles !
Par vos féduifantes paroles
Croyez-vous que je fois tenté ?
Gardez pour vous vos dons frivoles ,
Mon coeur n'en peut être flatté.
La gloire la plus éclatante
Ne vaut point la douceur charmante
De cette oifive obfcurité
Où végére ma nonchalance :
Riches , fiers de votre opulence ,
Je le fuis de ma pauvreté.
De cette fuperbe affluence
L'avantage eft trop acheté ;
Nul de vous dans fon abondance
7
A iy
MERCURE DE FRANCE .
Ne peut dire avec vérité ,
Comme moi dans mon indigence ?
Mon bonheur ne m'a rien coûté.
Que me veut cette Mufé affable bukk
Qui m'attireau facré vallon
Sa main de la spart Apollon
Me préfente un laurier durable
Mais un travail infatigable
De ce laurier fera le prix :
Il ne doit être le
partage
Que de celui dont les écrits
Dignes de paffer d'âge en âge
Avec un affidu courage
Seront polis , & repolis ?...
Retourne , 'Mufe enchantereſſe ;
Et n'interromps plus mon repos :
Remporte tes brillans rameaux
J'aime cent fois mieux ma pareffe.
Si quelquefois avec tes foeurs!
Errant fur les bords du Permeffe ,
Je veux moiſſonner quelques fleurs ,
Ce n'eſt point au prix des douceurs
Qu'on goûte au fein de la moleffe :
Pour elles volontiers je laiffe
Mules , Phabus & leurs faveurs."
Bien fou quiconque fe confume
En écrivant pour éffacer ;
Je veux que les vers fous ma plume
Viennent d'eux-mêmes fe placer :
?
I
AVRIL. 1763.
Ainfi que l'eau de l'hypochrene
De la fource dont elle fort"
Jaillit fans obftacle & fans peine ,
D'une heureuſe & facile veine
Je veux qu'ils coulent fans effort.
Je ne veux point , ô Renommée !
• Te facrifier mon loiſir
Et changer contre ta fumée
Et mon bonheur & mon plaifir.
Que dis -je ? le Plaifir lui-même
Des ris , des jeux environné ,
Ceint d'un tranſparent diadême jin A
Et de guirlandes couronné ,
S'offre à mes yyeux fart un nuage
Dans les vague des airs traîné . ) and
Ce jeune Dieu paroît orné des ho'l
De tous les attraits du bel âge :
Il eſt léger , il eft volage ;
Son oeil eft vif , fon front , ferein ;) .
Le caprice & le badinage
T
Le tiennent tous deux par la main, g
Les fleurs qui tombent de fon "fein
Jonchent les lieux de fon paffage :
Des amours le brillant effain
Devant lui vole à tire d'aîle ,
Et lui prépare le chemin.
Il vient à moi ; fa voix m'appelle :
A fa voix , je marche , je cours.
Adieu , charmante létargie ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Où tantôt mon âme affoupie
Eûr voulu fommeiller toujours,
Pour me féparer de tes charmes ,
La fortune & l'ambition
N'ont point eu d'affez fortes armes :
L'éclat d'un immortel renom
N'a pu me vaincre & me féduire :
J'ai préféré ton doux empire
Aux vains honneurs de l'Hélicon.
Le plaifir feul a l'avantage
De m'arracher à tes appas ;
Mais s'il m'entraîne ſur ſes
pas ,
Ce n'eft que pour un court voyage
Dont tu me verras revenir
Plus épris de mon éſclavage
Sur tes genoux me rendormir.
Se livrer trop à l'allégreſſe ,
Ce n'eft point en ſçavoir jouir.
Qui veut agir avec fageffe ,
Donne fa vie à la pareſſe ,
Et quelques momens au plaifir.
Par le nouveau venu au Parnaffe.
f
HEUREUX Loifir , douce Indolence ,
Dans la paix & dans le filence
Que j'aime à goûter tes appas !
Que j'aime à dormir dans tes bras
Sans m'appercevoir que je penfe ,
Ne fongeant qu'à mon éxiſtence ,
N'y fongeant même prèſque pas !
ravaux & foins de difparoître
I. Vol. A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Dès que tu t'approches de nous
Ne rien fçavoir , c'eſt te connoître.
Arts pénibles , éloignez-vous :
Ce n'eft qu'en vous ignorant tous ,
Que j'apprendrai bien celui d'être,
Inftruis- moi dans cet art fi doux ,
Dieu du repos , fois mon ſeul maître g
Qui n'en a point d'autre que toi
Se fait une aimable habitude
De jouir doucement de ſoi.
A l'abri de l'inquiétude ,
La fuir eft toute ſon étude ,'
Et te goûter tout ſon emploi.
Viens être mon guide & mon Roi
Je veux me jetter dans ta chaîne,
Loin qu'on en redoute la gêne ,
On aime à tomber fous ſon poids
La liberté qui fuit les loix
Se plaît à plier ſous la tienne.
Mais , ô ma chere Qiliveté !
Tandis qu'en ton fein je fommeille
Quelle voix frappe mon oreille ,
Et trouble ma tranquillité ?
Baillant , à demi je m'éveille :
J'entr'ouvre un oeil déconcerté.
Quel objet tout-à-coup l'étonne ?
Que vois-je ? où fuis-je tranſporté ?
J'apperçois fur un même trône
Et portant femblable couronne
AVRIL 1763.
Une double Divinité
Qu'un peuple de Fous environne ,
Et qu'encenſe la Vanité.
D'un air inquiet , agité ;
S'avance une foule importune :
L'ambition & la fortune
Sont l'une & l'autre Déité.
Leurs mains font pleines de largeffes ;
Et fi j'en crois à leurs promeſſes ,
Crédit , puiſſance , dignité ,
Titres , honneurs , emplois , richeffes ,
Au gré de mon avidité
Viendront me prouver leurs tendreffes ,
Pourvû que laiffant tes careffes ,
Je me range de leur sôté.....
Vaines & trompeuſes idoles !
Par vos féduifantes paroles
Croyez-vous que je fois tenté ?
Gardez pour vous vos dons frivoles ,
Mon coeur n'en peut être flatté.
La gloire la plus éclatante
Ne vaut point la douceur charmante
De cette oifive obfcurité
Où végére ma nonchalance :
Riches , fiers de votre opulence ,
Je le fuis de ma pauvreté.
De cette fuperbe affluence
L'avantage eft trop acheté ;
Nul de vous dans fon abondance
7
A iy
MERCURE DE FRANCE .
Ne peut dire avec vérité ,
Comme moi dans mon indigence ?
Mon bonheur ne m'a rien coûté.
Que me veut cette Mufé affable bukk
Qui m'attireau facré vallon
Sa main de la spart Apollon
Me préfente un laurier durable
Mais un travail infatigable
De ce laurier fera le prix :
Il ne doit être le
partage
Que de celui dont les écrits
Dignes de paffer d'âge en âge
Avec un affidu courage
Seront polis , & repolis ?...
Retourne , 'Mufe enchantereſſe ;
Et n'interromps plus mon repos :
Remporte tes brillans rameaux
J'aime cent fois mieux ma pareffe.
Si quelquefois avec tes foeurs!
Errant fur les bords du Permeffe ,
Je veux moiſſonner quelques fleurs ,
Ce n'eſt point au prix des douceurs
Qu'on goûte au fein de la moleffe :
Pour elles volontiers je laiffe
Mules , Phabus & leurs faveurs."
Bien fou quiconque fe confume
En écrivant pour éffacer ;
Je veux que les vers fous ma plume
Viennent d'eux-mêmes fe placer :
?
I
AVRIL. 1763.
Ainfi que l'eau de l'hypochrene
De la fource dont elle fort"
Jaillit fans obftacle & fans peine ,
D'une heureuſe & facile veine
Je veux qu'ils coulent fans effort.
Je ne veux point , ô Renommée !
• Te facrifier mon loiſir
Et changer contre ta fumée
Et mon bonheur & mon plaifir.
Que dis -je ? le Plaifir lui-même
Des ris , des jeux environné ,
Ceint d'un tranſparent diadême jin A
Et de guirlandes couronné ,
S'offre à mes yyeux fart un nuage
Dans les vague des airs traîné . ) and
Ce jeune Dieu paroît orné des ho'l
De tous les attraits du bel âge :
Il eſt léger , il eft volage ;
Son oeil eft vif , fon front , ferein ;) .
Le caprice & le badinage
T
Le tiennent tous deux par la main, g
Les fleurs qui tombent de fon "fein
Jonchent les lieux de fon paffage :
Des amours le brillant effain
Devant lui vole à tire d'aîle ,
Et lui prépare le chemin.
Il vient à moi ; fa voix m'appelle :
A fa voix , je marche , je cours.
Adieu , charmante létargie ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Où tantôt mon âme affoupie
Eûr voulu fommeiller toujours,
Pour me féparer de tes charmes ,
La fortune & l'ambition
N'ont point eu d'affez fortes armes :
L'éclat d'un immortel renom
N'a pu me vaincre & me féduire :
J'ai préféré ton doux empire
Aux vains honneurs de l'Hélicon.
Le plaifir feul a l'avantage
De m'arracher à tes appas ;
Mais s'il m'entraîne ſur ſes
pas ,
Ce n'eft que pour un court voyage
Dont tu me verras revenir
Plus épris de mon éſclavage
Sur tes genoux me rendormir.
Se livrer trop à l'allégreſſe ,
Ce n'eft point en ſçavoir jouir.
Qui veut agir avec fageffe ,
Donne fa vie à la pareſſe ,
Et quelques momens au plaifir.
Par le nouveau venu au Parnaffe.
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Résumé : SUR LA PARESSE.
Le poème 'Sur la paresse', publié en avril 1763 dans le Mercure de France, exalte la paresse et l'indolence comme sources de paix et de tranquillité. L'auteur exprime son désir de repos et de ne penser à rien, trouvant dans la paresse une douce habitude protectrice contre l'inquiétude. Il rejette les arts pénibles et les activités exigeantes, préférant l'ignorance et le repos. Cependant, sa tranquillité est perturbée par l'apparition de l'ambition et de la fortune, représentées comme des divinités entourées de fous et encensées par la vanité. Ces figures tentent de le séduire avec des promesses de crédit, de puissance et de richesses, mais il les rejette, préférant la douceur de son obscurité et de sa nonchalance. Une muse lui offre un laurier durable, symbole de gloire littéraire, mais il refuse, trouvant le prix trop élevé. Il aspire à écrire sans effort, comme l'eau jaillissant d'une source. Il rejette également la renommée et le plaisir, bien que ce dernier parvienne à l'arracher temporairement à sa paresse. L'auteur conclut que se livrer trop à l'allégresse n'est pas savoir jouir de la vie, et qu'il vaut mieux donner sa vie à la paresse et quelques moments au plaisir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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