PLAISANTERIES Angloifes , extraites
d'une Brochure Angloife , intitulée
CONTE DES COMÉDIENS.
LA
A veuve d'un mari , qu'elle avoit
coutume d'appeller le vieux Simon , avoit
fait fculpter en bois fa ftatue qu'elle mettoit
chaque nuit dans fon lit à côté d'elle .
Un de fes voifins paffionnément amoureux
de cette femme , obtint par argent
de la femme- de-chambre , d'occuper
une nuit la place de la ftatue . Le lendemain
matin , cette fille , en entrant chez
fa maîtreffe , lui demanda , fuivant l'ufage,
ce qu'elle fouhaitoit pour fon dîner ?
Un bon potage (lui dit la veuve) un gros
dindon , un gigot & du fruit. Éh , Madame
! replique la Suivante , il faut donc
acheter du bois pour préparerun fi grand
dîner ? Allez , lui dit la veuve : s'il vous
en manque , brûlez le vieux Simon.
Milord B ***. avoit époufé de fuite
trois de fes fervantes. Une femme qui
demandoit l'aumône, en le voyant paffer,
lui fit une profonde révérence . Que
Dieu garde votre grandeur & prolongefa
vie! (s'écrie-t- elle) j'aurai fans doute
SEPTEMBRE. 1763. 55
mon tour l'honneur d'être Miladi B***
*
Un Miniftre qui conduifoit un voleur
à Tyburnes , lui demandoit s'il n'étoit :
pas bien repentant du vol qui le condui-.
foit au gibet? Oui , dit le pendart; & bien
plus encore de ce que le vol n'ait
pas été
affez confidérable pour me mettre en état
de corrompre mes Juges.
Un voyageur du Comté de Kent ,
qu'un orage avoit tranfi de froid , arrive
dans une hôtellerie de campagne , & la
trouve fi remplie de monde qu'il ne peut
approcher de la cheminée. Que l'onporte
vite à mon cheval , une cloyère d'huitres
( dit-il à l'Hôte. ) A votre cheval ! s'écrie
celui-ci : croyez- vous qu'il veuille en manger
? ... Faites ce que j'ordonne , repliqua
le Gentilhomme. A ces mots tous les
affiftans volent à l'écurie , & notre voyafe
chauffe. Mr. dit l'hôte , en reve
geur
nant ; je l'aurois gagé fur ma tête : le
cheval n'en veut pas ... en ce cas , reprend
le voyageur , il faut donc que je
les mange moi-même.
Je confens à tous vos defirs , difoit:
une jeune perfonne à fon Amant , pour-
** C'eſt la Grève de Londres.
Civ
MERCURE DE FRANCE.
vu que vous me donniez ce que vous
n'avez pas , ce que jamais vous ne pouvez
avoir , & ce que vous pouvez cependant
me donner. Que lui demandoitelle
? .... Un époux.
Pluficurs amis étoient à la taverne , &
ne cherchoient qu'à rire, lorfqu'un homme
de leur connoiffance nommé Samfon
paffa fous leur fenêtre. Oh ! s'écria
l'un d'entre eux , nous pouvons maintenant
braver les Connétables & les Huiffiers
: avec Samfon nous craignons peu
de pareils Philiftins. Sans doute , répondit
Samfon , pourvu que l'un de vous me
prête fa machoire .
Deux amis qui depuis longtemps ne
s'étoient vus , fe rencontrèrent par hazard
. Comment te portes - tu ? dit l'un .
Pas trop bien , dit l'autre ; & je me fuis
marié depuis que je ne t'ai vu ... bonne
nouvelle ! ... pas tout - à - fait , car j'ai
époufé une méchante femme ... Tant
pis ! ... pas trop tant pis , car fa dot étoit
de deux mille guinées ... Eh bien , cela
confole ... pas abfolument , car j'ai employé
cette fomme en moutons , qui font
tous morts de la clavelée ... cela eft en
vérité bien fâcheux ! Pas fi fàcheux , car la
vente de leurs peaux m'a rapporté auSEPTEMBRE
. 1763. 57
... En ce cas ,
delà du prix des moutons.
vous voilà donc indemnifé ?... Pas tout-àfait
, car ma maifon où j'avois déposé
mon argent , vient d'être confumée par
les flammes ... Oh ! voilà un grand malheur
... Pas fi grand non plus , car ma
femme & la maifon ont brûlé ensemble.