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Liste
451
p. 52-63
De Moscow le 1. Janvier 1717
Début :
Je n'ai pas esté peu surpris, en arrivant ici, de trouver [...]
Mots clefs :
Moscou, Peuples, Moeurs, Russes, Prince, Tsar, Capitale, Quartier, Incivil, Ignorance, Ivrognerie, Défauts, Beauté, Enterrement, Cérémonies, Religion grecque, Seigneurs, Noblesse, Conseillers, Grand Duc, Revenus
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texteReconnaissance textuelle : De Moscow le 1. Janvier 1717
De Mofcovv le 1. Fanvier 17 17
E n'ai pas efté peu furpris , en arrivant
ici , de trouver des Peuples,
des Moëurs & un Gouvernement plus
exactement policéque je ne me l'étois
imaginé. Ces Ruffes que les Auteurs
traitent de Barbares ; font aujourd'hui
des hommes comme les autres .
Il eft vrai que ce changement n'eft dû
qu'au foin & à l'application que le
Czar Pierre Alexieuvvitz , qui regne
à prefent, avec tant de gloire , a
pris de les civilifer.
On ne peut plus douter que ce
Prince continuant à faire fleurir les
Sciences & les Arts ; permettant à fes
fujets de voyager , & aux Etrangers
de negocier librement dans fes Etats ,
les Mofcovites dans peu, ne le difputent
à tous les autres Peuples de l'Europe
, dans quelque genre de difcipline
que ce puiffe eftre , foit litteraire
, foit militaire .
MERCURE. 53
De laVille de Mojcovv.
Ette grande Ville eft la Capita-
Cle deRuffie , elle tire fon nom
de la Riviere de .Moskow ; fon circuit
eft d'environ trois lieuës d'Allemagne.
On y compte à préfent 60-
mille maitons ; la plufpart à la verité
n'ayant qu'un étage . Commeon a vu
les inconveniens qui arrivent à caufe
des incendies frequentes, caufées par
la conftruction des maifons qui n'étoient
que de bois ; par ordre de S
M. on n'en bâtit aujourd'hui que de
briques , pour remedier à ces acci
dens ,
Les rues font belles & fort larges ;
mais fi falles,quand la pluye a detrempé
tant foit peu la terre , qu'il feroic
impoffible de s'en tirer fans des rondins
joints enfemble , qui forment
une espece de Pont , à peu prés de la
façon de celui du Rhin prés de Straf
bourg.
La Ville eft divifée en quatre quartiers
ou enceintes ; elle a quelque raport
à cet égard avec Amferdam..
LE NOUVEAU
Le premier eft nommé Kitaigorod, la
Ville du Milieu . Le Palais de l'Empereur
qui eft dans cette partie , autrement
Cremel , en occupe prefque la
moitié ; il eft fortifié de trois fortes
murailles & d'un bon folé , garnid'artilleries
. L'on voit au milieu de
la Cour du Chafteau, plufieurs Clochers
, il y en a un entre - autres , remarquable
par fa cloche , quell'Empereur
Boris Gudenou fit fondre du poids .
de 336 quintaux ; elle ne peut eftre
ébranlée,à peine 24 hommes fuffifent
pour la fonner avec le batan . On a
bâti dans ce circuit un fort beau Palais
de pierre à l'Italienne. La Place
qui eft devant le Château , eft le premier
marché de la Ville ; il eft rempli
de boutiques , comme toutes les ruës
qui y aboutiffent ; mais chaque métier
a la fienne & fon quartier ; il y a
encore une autre Place que l'on appelle
le marché aux Pouilleux ; parce
que les Habitans s'y faiſant faire
le poil , elle en eft tellement couverte,
qu'il femble qu'on marche fur
des matelats .
Le fecond quartier a la muraille
MERCURE.
$5
particuliere ; il eft remarquable par
fon Arfenal & le lieu , où l'on fond le
canon & les cloches .
Le troifieme eft celui du marché
au bois ; on y vend des mailons que
l'on trouve toutes montées & dref
fées ; on les tranfporte & on les place
où l'on veut avec peu de peine & dedépense.
Le quatrième quartier eft celui que
EmpereurBafili.Ivanovitz fit bâtir,,
il le deftina pour le logement des
foldats étrangers.
Des moeursdes Mofcovites.
L n'y avoit rien de plus groffier &
de plus incivil, que l'étoient ces ,
Peuples, avant l'avene rent du Czar,
qui les a tirez de l'obſcurité où ils
eftoient . Le peu de relation qu'ils
avoient avec les autres Eftats de l'Europe
; jointe à leur ignorance , les
entretenoit dans des moeurs toutà-
fait fauvages ; a préfent ils fe conforment
en tout aax manieres euro-
.
péenes , excepté le bas Peuple ,
comme par tout ailleurs , on y trouve
le la politelle .
5.6
LE
NOUVEAU
Les Mofcovites en general ne
manquent pas d'efprit , ilsfont rufez,
contre-difants, réglants la raiſon fur
leur pouvoir : leur induftrie & la fubtilitéde
leur efprit paroiffent princi
palement dans leur trafic , ne le cedant
à aucune Nation , quand il s'agit
de leur intereft. Leur vice favori ,
eft l'ivrognerie ; elle ett fi commune
que toutes fortes de perfonnes , fans
exception , tombent dans ce défaut
les Ecclefiaftiques comme les autres .
Les gens de baffe condition furtout
, ne fe contentent pas de dépenfer
au cabaret juſqu'au dernier
copee de leur bourfe , ils y engagent
ordinairement leur habit . J'en ai vû
un, entr'autres qui en fortit fans chemife
; lui ayant demandé ce qu'il en
avoit fait , & s'il avoit efté volé ..
Wate promener, me dit- il , c'est
le Cabaretier& fon vin qui m'ont
mis dans cet eftat ; mais à propos,
puifque la chemife y eft demeurée ,
j'y veux auffi laiffer mon calçon,
il le fit comme il le dit.
A l'égard des femmes , elles font
MERCURE.
communément belles ; leur taille
n'eft ni trop grande , ni trop petite
mais fort bien proportionnée , ayant
avec cela un embonpoint charmant ;
il n'y a pas long-tems que le fard les
defiguroit par la maniere groffiere
dont elles l'appliquoient ; mais elles
s'en fervent à prefent avec autant
d'art, que nos femmes de Théatre; elles
fe donnent par là , un vermillon
qui manque à leur trop grande
blancheur.
"
Autréfois on fe marioit fans fe voir,
mais cette coûtume s'abolit peu à
peu ; caril arrivoit fouvent que tel
qui croyoit avoir épousé une aimable
moitié , en trouvoit une laide &
contrefaite.
On meurt ici , comme autre part, les
enterremens s'y font avec beaucoup
de ceremonie ; je m'abftiendrai cependant
de vous en donner aucun détail
; je me contenterai de vous envoyer
la copie du billet qui doit fervir
de palleport pour le voyage de
F'autre monde ; il eft conçu en ces
-termes
LE NOUVEAU
No
YOUSfouffignez, Patriarche
Lou MMetropolitain & Prestre
de cette ville de N ... reconnoif
fons & certifions par ces Prefentes,
.que N .. Porteur de nos Lettres ,
atoujours vêcuparmi nous en bon
Chrétien , faisant profeffion de la
Religion Grecque , & bien qu'il
ait quelquefois peché , il s'en eft
confeffé , il a reçu enfuite l'abſolution
& la Communion en remif.
fion de fes pechez , il a reveré
Dieu , les Saints , il a fait fes
prieres , & jeune jeuné aux heures &
jours ordonnez par l'Eglife , &
s'eftgouverné fibien avec moyqui
fuisfon Confeffeur , que je n'ay
pointfujet de me plaindre de luy,
ni de luy refufer l'abfolution de
fespechez; en témoignage de quoy
nous luy avons fait certifier leprefent
certificat , afin que S. Pierre
MERCURE
19
le voyant , luy ouvre la porte à d
joye immortelle.
Dés qu'on luy a donné ce Paffeport,
on ferme la biere , on le met
dans la fofle , le vifage tourné vers
l'Orient.
Les principaux Seigneurs de Molcovie
ont un grand nombre d'Efclaves
; ils en difpofoient avant le grand
Duc qui regne a prefent , comme
de leur meuble ; un pere même pou
voit vendre fon fils & l'aliener a fon
profit ; mais ce Pouvoir Defpotique
a efte aboli .
On y diftingue trois fortes de Nobleffe
, le Titre de Comte n'y eftant
que nouvellement introduit, ) la premiere
appartient aux Princes & aux.
Gent shommes ; les Princes font les
plus riches Seigneurs du Pays , que
Je Czar employe dans les plus hautes
Charges , aux premiers Gouvernemens
de cet Empire : Ils font auffi ordinairement
Boyars , où Confeillers
d'Etat. Le fecond degré de Noblelle
eft celui des Seigneurs , le troifiéme
des Gentilshommes, qui poffe.
60 LE NOUVEAU
dent des Fiefs par la grace & la liberalité
du Czar , pour recompenfe de
leurs fervices .Ces Terres tombent
auffi avec le Titre fur leurs fils ; ils
eſtoient obligez autre fois , d'envoyer
à la Guerre un certain nombre de Valets
; mais à preſent ſa Majefté Czarienne
ayant difcipliné fes Armées à
la maniere de l'Europe , il choifit
parmi cette Nobieffe , des Officiers,
pour les Troupes . LeCzar les honore
encore de divers Employs , comme de
Gouvernemens de Provinces , il les
fait Chambellans , Gardes du Corps;
outre ceux- ci , il y a encore les Banquiers
& Marchands renommez ; qui
tiennent rang de Nobles ; il y en a toujours
de ces derniers, deux ou trois
dans le Confeil d'Etat , on les appelle
Goften
Le Grand Duc a une autorité fi
étendue , qu'il n'eft point . fujet ats
Loix ; tous les Sujets luy obeiflent
avec une foumiffion fi grande & fi
profonde , que bien loin de s'oppofer
à la volonté , ils la regardent aucontraire
comme facrée & inviolable;
il crée les Magiftrats , les dépofe , les
chaffe
MERCURE. 61
chafle & les punit avec un pouvoir
abfolu ; il a feul , le droit de declarér
la Guerre à ſes Voiſins & de faire la
paix avec eux ; & quoiqu'il entreprenne
, il eft cependant Souverain
Arbitre de fes volontez : il a erigé
-depuis quelques années une Cour
que l'on appelle le Senat de l'Empire,
qui juge toutes les affaires d'Etat en
dernier reffort , pendant fon abſence
Dans les differens Confeils , la Jufice
s'y exerce à peu prés comme
dans les autres Etats de l'Europe.
Avant Michael Fedorovvitz , les
'Peuples ne reconnoiffoient prefque
point d'autres Loix , que celles qui
regardoient les attentats contre les
Czars ; mais en 1647. cet Empereur ,
de l'avis d'une Affemblée des principaux
Seigneurs de Mofcovie , fit rediger
par écrit des Loix que l'on fit
imprimer en un vol . in folio , appellé
le Droit Univerfel , qui fert aujour
d'hui de regle & de modele aux
Boyars ; S. M. Czarienne regnante a
desfein d'y en introduire de nouvelles
, elle avoit nommé feu M , de
Leibnitz fi connu dans tous les
F
gen
62 LE NOUVEAU
res de litterature pour fon Legiflateur
.
A l'égard du revenu que ce Prince
retire de fes Etats ; il eft certainement
trés confiderable , quelquesuns
le font monter à vingt millions;
la feule Ville d' Archangel fournit ou
rapporte plus de 600000 écus ,
Le commerce qu'il fait faire par
fes Facteurs , en divers Etats de l'Europe
; le profit qu'il tire des fourures;
les droits fur les heritages & fur les
maifons , outre la taxe du dixième
denier fur tous fes fujets, en tems de
guerre , montent trés- haut , auffi
peut- il lever dans une neceffité , des
Armées de 2 ou 300 mille hommes
fournies de tout ce qui eft neceffaire.
On fait eftat que Sa Majefté Czarienne
a actuellement 100 mille hommes
d'Infanterie , & 50 mille de Cavalerie
, qu'il peut augmenter & diminuer
felon les befoins de l'Etat .
La Religion Grecque eft la domipante
dans toute la Mofcovie ; on
peut dire qu'il n'y en a prefque point
d'autres , on y a toleré cependant les
Reformez & les Lutheriens ; le PaMERCURE.
63
triarche de Mofcovv eſt à la tefte de
tout le Clergé indépendant aujourd'hui
du Patriarche de Conftantinople,
qui avoit accoûtumé de le confir
mer ;les Czars fe font attribuez ce
droit ; voilà M. tout ce que j'ai pû
remarquer de plus memorable , de ..
puis environ fix mois que je fuis refident
ici. Je dois inceffamment me
rendre à Peterbourg , je vous promets
une relation fidele des établiffe-.
mens nouveaux que le Grand Duc
a fondé, & fonde tous les jours dans
cette Ville.
E n'ai pas efté peu furpris , en arrivant
ici , de trouver des Peuples,
des Moëurs & un Gouvernement plus
exactement policéque je ne me l'étois
imaginé. Ces Ruffes que les Auteurs
traitent de Barbares ; font aujourd'hui
des hommes comme les autres .
Il eft vrai que ce changement n'eft dû
qu'au foin & à l'application que le
Czar Pierre Alexieuvvitz , qui regne
à prefent, avec tant de gloire , a
pris de les civilifer.
On ne peut plus douter que ce
Prince continuant à faire fleurir les
Sciences & les Arts ; permettant à fes
fujets de voyager , & aux Etrangers
de negocier librement dans fes Etats ,
les Mofcovites dans peu, ne le difputent
à tous les autres Peuples de l'Europe
, dans quelque genre de difcipline
que ce puiffe eftre , foit litteraire
, foit militaire .
MERCURE. 53
De laVille de Mojcovv.
Ette grande Ville eft la Capita-
Cle deRuffie , elle tire fon nom
de la Riviere de .Moskow ; fon circuit
eft d'environ trois lieuës d'Allemagne.
On y compte à préfent 60-
mille maitons ; la plufpart à la verité
n'ayant qu'un étage . Commeon a vu
les inconveniens qui arrivent à caufe
des incendies frequentes, caufées par
la conftruction des maifons qui n'étoient
que de bois ; par ordre de S
M. on n'en bâtit aujourd'hui que de
briques , pour remedier à ces acci
dens ,
Les rues font belles & fort larges ;
mais fi falles,quand la pluye a detrempé
tant foit peu la terre , qu'il feroic
impoffible de s'en tirer fans des rondins
joints enfemble , qui forment
une espece de Pont , à peu prés de la
façon de celui du Rhin prés de Straf
bourg.
La Ville eft divifée en quatre quartiers
ou enceintes ; elle a quelque raport
à cet égard avec Amferdam..
LE NOUVEAU
Le premier eft nommé Kitaigorod, la
Ville du Milieu . Le Palais de l'Empereur
qui eft dans cette partie , autrement
Cremel , en occupe prefque la
moitié ; il eft fortifié de trois fortes
murailles & d'un bon folé , garnid'artilleries
. L'on voit au milieu de
la Cour du Chafteau, plufieurs Clochers
, il y en a un entre - autres , remarquable
par fa cloche , quell'Empereur
Boris Gudenou fit fondre du poids .
de 336 quintaux ; elle ne peut eftre
ébranlée,à peine 24 hommes fuffifent
pour la fonner avec le batan . On a
bâti dans ce circuit un fort beau Palais
de pierre à l'Italienne. La Place
qui eft devant le Château , eft le premier
marché de la Ville ; il eft rempli
de boutiques , comme toutes les ruës
qui y aboutiffent ; mais chaque métier
a la fienne & fon quartier ; il y a
encore une autre Place que l'on appelle
le marché aux Pouilleux ; parce
que les Habitans s'y faiſant faire
le poil , elle en eft tellement couverte,
qu'il femble qu'on marche fur
des matelats .
Le fecond quartier a la muraille
MERCURE.
$5
particuliere ; il eft remarquable par
fon Arfenal & le lieu , où l'on fond le
canon & les cloches .
Le troifieme eft celui du marché
au bois ; on y vend des mailons que
l'on trouve toutes montées & dref
fées ; on les tranfporte & on les place
où l'on veut avec peu de peine & dedépense.
Le quatrième quartier eft celui que
EmpereurBafili.Ivanovitz fit bâtir,,
il le deftina pour le logement des
foldats étrangers.
Des moeursdes Mofcovites.
L n'y avoit rien de plus groffier &
de plus incivil, que l'étoient ces ,
Peuples, avant l'avene rent du Czar,
qui les a tirez de l'obſcurité où ils
eftoient . Le peu de relation qu'ils
avoient avec les autres Eftats de l'Europe
; jointe à leur ignorance , les
entretenoit dans des moeurs toutà-
fait fauvages ; a préfent ils fe conforment
en tout aax manieres euro-
.
péenes , excepté le bas Peuple ,
comme par tout ailleurs , on y trouve
le la politelle .
5.6
LE
NOUVEAU
Les Mofcovites en general ne
manquent pas d'efprit , ilsfont rufez,
contre-difants, réglants la raiſon fur
leur pouvoir : leur induftrie & la fubtilitéde
leur efprit paroiffent princi
palement dans leur trafic , ne le cedant
à aucune Nation , quand il s'agit
de leur intereft. Leur vice favori ,
eft l'ivrognerie ; elle ett fi commune
que toutes fortes de perfonnes , fans
exception , tombent dans ce défaut
les Ecclefiaftiques comme les autres .
Les gens de baffe condition furtout
, ne fe contentent pas de dépenfer
au cabaret juſqu'au dernier
copee de leur bourfe , ils y engagent
ordinairement leur habit . J'en ai vû
un, entr'autres qui en fortit fans chemife
; lui ayant demandé ce qu'il en
avoit fait , & s'il avoit efté volé ..
Wate promener, me dit- il , c'est
le Cabaretier& fon vin qui m'ont
mis dans cet eftat ; mais à propos,
puifque la chemife y eft demeurée ,
j'y veux auffi laiffer mon calçon,
il le fit comme il le dit.
A l'égard des femmes , elles font
MERCURE.
communément belles ; leur taille
n'eft ni trop grande , ni trop petite
mais fort bien proportionnée , ayant
avec cela un embonpoint charmant ;
il n'y a pas long-tems que le fard les
defiguroit par la maniere groffiere
dont elles l'appliquoient ; mais elles
s'en fervent à prefent avec autant
d'art, que nos femmes de Théatre; elles
fe donnent par là , un vermillon
qui manque à leur trop grande
blancheur.
"
Autréfois on fe marioit fans fe voir,
mais cette coûtume s'abolit peu à
peu ; caril arrivoit fouvent que tel
qui croyoit avoir épousé une aimable
moitié , en trouvoit une laide &
contrefaite.
On meurt ici , comme autre part, les
enterremens s'y font avec beaucoup
de ceremonie ; je m'abftiendrai cependant
de vous en donner aucun détail
; je me contenterai de vous envoyer
la copie du billet qui doit fervir
de palleport pour le voyage de
F'autre monde ; il eft conçu en ces
-termes
LE NOUVEAU
No
YOUSfouffignez, Patriarche
Lou MMetropolitain & Prestre
de cette ville de N ... reconnoif
fons & certifions par ces Prefentes,
.que N .. Porteur de nos Lettres ,
atoujours vêcuparmi nous en bon
Chrétien , faisant profeffion de la
Religion Grecque , & bien qu'il
ait quelquefois peché , il s'en eft
confeffé , il a reçu enfuite l'abſolution
& la Communion en remif.
fion de fes pechez , il a reveré
Dieu , les Saints , il a fait fes
prieres , & jeune jeuné aux heures &
jours ordonnez par l'Eglife , &
s'eftgouverné fibien avec moyqui
fuisfon Confeffeur , que je n'ay
pointfujet de me plaindre de luy,
ni de luy refufer l'abfolution de
fespechez; en témoignage de quoy
nous luy avons fait certifier leprefent
certificat , afin que S. Pierre
MERCURE
19
le voyant , luy ouvre la porte à d
joye immortelle.
Dés qu'on luy a donné ce Paffeport,
on ferme la biere , on le met
dans la fofle , le vifage tourné vers
l'Orient.
Les principaux Seigneurs de Molcovie
ont un grand nombre d'Efclaves
; ils en difpofoient avant le grand
Duc qui regne a prefent , comme
de leur meuble ; un pere même pou
voit vendre fon fils & l'aliener a fon
profit ; mais ce Pouvoir Defpotique
a efte aboli .
On y diftingue trois fortes de Nobleffe
, le Titre de Comte n'y eftant
que nouvellement introduit, ) la premiere
appartient aux Princes & aux.
Gent shommes ; les Princes font les
plus riches Seigneurs du Pays , que
Je Czar employe dans les plus hautes
Charges , aux premiers Gouvernemens
de cet Empire : Ils font auffi ordinairement
Boyars , où Confeillers
d'Etat. Le fecond degré de Noblelle
eft celui des Seigneurs , le troifiéme
des Gentilshommes, qui poffe.
60 LE NOUVEAU
dent des Fiefs par la grace & la liberalité
du Czar , pour recompenfe de
leurs fervices .Ces Terres tombent
auffi avec le Titre fur leurs fils ; ils
eſtoient obligez autre fois , d'envoyer
à la Guerre un certain nombre de Valets
; mais à preſent ſa Majefté Czarienne
ayant difcipliné fes Armées à
la maniere de l'Europe , il choifit
parmi cette Nobieffe , des Officiers,
pour les Troupes . LeCzar les honore
encore de divers Employs , comme de
Gouvernemens de Provinces , il les
fait Chambellans , Gardes du Corps;
outre ceux- ci , il y a encore les Banquiers
& Marchands renommez ; qui
tiennent rang de Nobles ; il y en a toujours
de ces derniers, deux ou trois
dans le Confeil d'Etat , on les appelle
Goften
Le Grand Duc a une autorité fi
étendue , qu'il n'eft point . fujet ats
Loix ; tous les Sujets luy obeiflent
avec une foumiffion fi grande & fi
profonde , que bien loin de s'oppofer
à la volonté , ils la regardent aucontraire
comme facrée & inviolable;
il crée les Magiftrats , les dépofe , les
chaffe
MERCURE. 61
chafle & les punit avec un pouvoir
abfolu ; il a feul , le droit de declarér
la Guerre à ſes Voiſins & de faire la
paix avec eux ; & quoiqu'il entreprenne
, il eft cependant Souverain
Arbitre de fes volontez : il a erigé
-depuis quelques années une Cour
que l'on appelle le Senat de l'Empire,
qui juge toutes les affaires d'Etat en
dernier reffort , pendant fon abſence
Dans les differens Confeils , la Jufice
s'y exerce à peu prés comme
dans les autres Etats de l'Europe.
Avant Michael Fedorovvitz , les
'Peuples ne reconnoiffoient prefque
point d'autres Loix , que celles qui
regardoient les attentats contre les
Czars ; mais en 1647. cet Empereur ,
de l'avis d'une Affemblée des principaux
Seigneurs de Mofcovie , fit rediger
par écrit des Loix que l'on fit
imprimer en un vol . in folio , appellé
le Droit Univerfel , qui fert aujour
d'hui de regle & de modele aux
Boyars ; S. M. Czarienne regnante a
desfein d'y en introduire de nouvelles
, elle avoit nommé feu M , de
Leibnitz fi connu dans tous les
F
gen
62 LE NOUVEAU
res de litterature pour fon Legiflateur
.
A l'égard du revenu que ce Prince
retire de fes Etats ; il eft certainement
trés confiderable , quelquesuns
le font monter à vingt millions;
la feule Ville d' Archangel fournit ou
rapporte plus de 600000 écus ,
Le commerce qu'il fait faire par
fes Facteurs , en divers Etats de l'Europe
; le profit qu'il tire des fourures;
les droits fur les heritages & fur les
maifons , outre la taxe du dixième
denier fur tous fes fujets, en tems de
guerre , montent trés- haut , auffi
peut- il lever dans une neceffité , des
Armées de 2 ou 300 mille hommes
fournies de tout ce qui eft neceffaire.
On fait eftat que Sa Majefté Czarienne
a actuellement 100 mille hommes
d'Infanterie , & 50 mille de Cavalerie
, qu'il peut augmenter & diminuer
felon les befoins de l'Etat .
La Religion Grecque eft la domipante
dans toute la Mofcovie ; on
peut dire qu'il n'y en a prefque point
d'autres , on y a toleré cependant les
Reformez & les Lutheriens ; le PaMERCURE.
63
triarche de Mofcovv eſt à la tefte de
tout le Clergé indépendant aujourd'hui
du Patriarche de Conftantinople,
qui avoit accoûtumé de le confir
mer ;les Czars fe font attribuez ce
droit ; voilà M. tout ce que j'ai pû
remarquer de plus memorable , de ..
puis environ fix mois que je fuis refident
ici. Je dois inceffamment me
rendre à Peterbourg , je vous promets
une relation fidele des établiffe-.
mens nouveaux que le Grand Duc
a fondé, & fonde tous les jours dans
cette Ville.
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Résumé : De Moscow le 1. Janvier 1717
La lettre du 17 janvier 1717 décrit Moscou, capitale de Russie, située sur la rivière Moskova, avec environ 60 000 maisons réparties en quatre quartiers. Un quartier abrite le palais impérial et un autre les soldats étrangers. Les Moscovites, autrefois rustres, ont adopté des manières européennes grâce aux réformes du tsar Pierre Alexeïevitch. Ils sont décrits comme rusés et industrieux, mais l'ivresse est un problème courant. Les femmes sont belles et utilisent du maquillage, et les mariages se font après que les futurs époux se sont vus, contrairement aux anciennes coutumes. La société moscovite est marquée par des pratiques religieuses strictes et des enterrements cérémonieux. Les seigneurs possèdent des esclaves, bien que cette pratique ait été abolie sous le règne actuel. La noblesse se divise en princes, seigneurs et gentilshommes, qui détiennent des fiefs et occupent des postes administratifs et militaires. Le Grand Duc exerce une autorité absolue, assisté par un Sénat pour juger les affaires d'État en son absence. Les lois, initialement centrées sur les attentats contre les czars, ont été codifiées en 1647 dans le Droit Universel. Les revenus du Grand Duc proviennent du commerce, des fourrures et des taxes. L'armée russe compte 100 000 hommes d'infanterie et 50 000 de cavalerie. La religion dominante est la religion grecque, avec tolérance pour les réformés et les luthériens. Le patriarche de Moscou dirige le clergé indépendamment de celui de Constantinople. L'auteur mentionne également qu'il fournira des informations sur les nouveaux établissements de Saint-Pétersbourg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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452
p. 73-142
« Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Début :
Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...]
Mots clefs :
Tsar, Pierre Ier de Russie, Prince, Mer, Armée, Moscou, Amiral, Marine, Général, Ville, Fils, Mort, Saint-Petersbourg, Duc, Tête, Eau, Patriarche, Pays, États, Troupes, Main, Flotte, Princesse, Armes, Suédois, Russie, Cour, Étrangers, Seigneurs, Rang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Cette Victoire fut suivie
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
de la prise d'Elbing en
Livonie, qui fut emportée
d'assaut par le General
Major Nostix, le 8. Fé-
vrier, aprés 12 jours de
Siège. Riga fut investi &
toute la Livonie presque
soûmise.
Le 16 de Février de la
même année, S M. Cz.
se fit donner satisfaction
publique a Moscou par
lAmbassadeur de la Rei-
G
1719.
171I.
Relation
74
ne Anne, pour une insul-
te faite à M. de Matueof
son Ambassadeur Ex
traordinaire à Londres, qui
avoit éte arrêté dans son
carosse par les Ministres
de la Justice, pour quel-
que somme d'argent dont
il étoit redevable a des
Marchands.
La Victoire de Pultavva
ayant intrigué la Porte Ot-
tomane, celle-ci fit armer
puissamment, & appro-
cher ses Troupes des fron-
tieres de l'Vbraine; S. M.
Cz. s'étant mise en état de
s'opposer aux Turcs, &
ayant pris le chemin de
Historique.
cette Province à la tête de
son Armée, elle passa le
Denister, & ayant joint
celle des Ottomans prés
de laszi, les deux Armées
en vinrent aux mains le 19
Juillet. Les Musulmans
fondirent d'abord l'épée à
la main pour forcer les
Chevaux de Frize; mais
ils furent trés-bien reçûs
& vivement repoussez;
l'Armée Moscovite, aprés
s'être un peu rafraîchie,
marcha toute la nuit en
ordre de bataille, se tenant
toûjours près de l'eau ; le
jour ſuivant, la Cavale-
rie Turque l'ayant enco-
G ij
171I.
Relation
76
re attaquée dans sa Mar-
che, la ſerra de ſi prés
qu'elle se vit obli-
gee de remettre ses che-
vaux de Frize & de se
deffendre, comme la veil-
le. L'Infanterie Turque
eût le tems d'arriver, & a-
lors les deux Armées fu-
rent engagées avec beau-
coup de furie, jusqu'à ce
que la nuit les eut separé,
comme auparavant. Le 21.
le Grand Vizir voulut
charger de nouveaus mais
voyant son Armée dimi-
nuée de 1o a 12 mille hom-
mes outre les bleſſez; cela
l'engagea a faire deman-
Historique.
77
der au General Czreme-
thof, s'il avoit plein pou-
voir de traiter de la Paix.
Aprés un pour parler d'e-
viron un demi-jour, el-
le fut concluë en pleine
Campagne, & les Otages é
changez de part & d'autre.
Par ce Traité qu'on nom-
ma de Falczin, le Czar ren-
dit la Ville d'Azoph, aprés
en avoir démoli les fortifi-
cations, & celles de Tagan-
robe, Forteresse conside-
rable que ce Prince avoit
batie sur le Palus Meoride,
où il avoit fait des Maga-
sins pour sa Flote avec un
nouveau Port.
G iij
17711.
Relation
78
Il est certain que le sa-
lut de toutes les Troupes
Moscovites ne fut dû qu'à
la fermeté inébranlable
& à la sage conduite de S.
M. Cz. qui scût se déga-
ger du plus mauvais pas,
ou jamais Armée ſe fut
trouvee, & qui, cepen-
dant dans toutes les diffe-
rentes attaques, n'avoit
perdu que sept mille hom
mes.
S. M. Cz. aprés.cet ac
cord, se rendit a Torrau,
ou on celebra le mariage
du Prince son fils, avec
la Princesse Charlotte Chri-
ine Sophie, fille du Duc
Historique.
79
Louis Rodolphe de Brun-
svvick Volfembultel.
Une incendie causa de
grands ravages à Moscou,
dans le quartier de Negli-
na, & y réduisit en cen-
dres plus de 2000 mai-
sons. Deux Magasins à
poudre ayant encore pris
feu, y causerent la mort
de deux mille personnes,
& sans les ordres de S.
M. qui étoit à Moscou,
il étoit à craindre que la
perte n'eut été encore
plus grande.
Ce Prince s'étant rendu
de Moscou a Peterbourg &
a Elbing, en partit quel-
1712.
80
Relation
ques jours aprés pour s'a-
boucher avec le Roy Au-
guste, & convenir ensem-
ble de soûmettre la Pome-
ranie, où ils firentpasser des
Troupes à ce dessein, for-
merent le Siège de Stral-
sund, pendant que le Roi
de Dannemarck investit
Vveimar.
Le General S eenbocé aïant
passé de Suéde en Pomé-
ranie, pour arrêter les
progrés des Ennemis de
son Maître qui etoit toû-
jours à Bender, continua
à soûtenir la réputation
qu'il avoit déja acquise en
Scanie, & même a l'aug
Historique.
81
menter. Car, apres avoir
battu l'Armée de Danne-
march, & brûlé Aliena, il
paſſa de là dans le Holstein.
Il y fut malheureusement
enferme par les forces du
Czar & de ses Alliez, &
contraint de se rendre pri-
sonnier de guerre avec ses
Troupes : Rien de plus
capable de nous faire voir
l'inconstance & l'instabi-
lité des Empires du Mon-
de. Avant la Journée de
Pultavva, la Suéde ſe fai-
soit craindre & respecter
de toute l'Europe, les sui-
tes en furent si funestes,
que cet Etat devint la
1713.
Relation
82
proye de tous ſes voisins.
S. M. Cz. ayant réduit
avec ses Alliez, le General
Steenbock, à ceder à la ne-
cessité, & à subir le sort des
Armes, fit repasser sestrou-
pes dans la Pomeranie
pour en faire la conquête;
le General Major Aren-
velt s'étant posté & retran-
ché avec les Suédois dans
les endroits les plus avan-
tageux, pour s'opposer
aux Armes victorieuses
du Czar, ses precautions
n'empêcherent pas qu'il
ne fut forcé le 8 Octobre
dans ses retranchemens
ce qui facilita & fraya le
Historique.
83
chemin à S. M. Cz. de soû-
mettre cette riche Provin-
ce.
Le Cz. mettant à pro-
fit les. découvertes avan-
tageuses qu'il avoit fai-
tes dans les Etats des Prin-
ces de l'Europe, établit
cette année des Postes re-
glées, pour aller une fois,
toutes les semaines, de
Moscou dans les princi-
pales Villes de Livonie,
d'où elles pûssent se ré-
pandre dans la Pologne &
dans les autres parties de
l'Europe.
Ce Prince ayant acheté
des Anglois & des Hol-
1174.
1714
Relation
84
landois, 15 Vaisseaux, pour
renforcer sa Flote desti-
née contre la Suéde, com-
mandée par le Comte
Apraxin Amiral de la Mos-
covie, celui-ci rencontra
dans le Golfe de Finlande;
une petite Escadre Sué-
doise, l'attaqua le 9 Août;
& comme il étoit fort su-
perieur; le Commandant.
Suédois, aprés trois heu-
res de combat, fut pris
avec les autres Bâtimens.
Au retour de cette expe-
dition, on fit à Peters-
bourg, le 20 Septembre,
une Entrée triomphante
à S. M. Cz. qui n'avoit
combattu
Historique.
8.
combattu, qu'en qualité
de Contr-Amiral de Mos-
covie; son Chancelier lui
confera ensuite le tître de
Vice-Amiral de Russie,
voulant ainsi monter par
degrez au plus haut em-
ploy de la Marine Mos-
covite, qui est celle d'A-
miralissime de la Grande
Russie.
S. M. Cz. fidéle à ses
engagemens avec son Al-
lié le Roy Auguſte, fit
marcher l'Armée Russien-
ne vers la haute Pologne,
dans le dessein de met-
tre à la raiſon la Noblesse
Polonoiſe, qui s'étoit con-
H
1715.
Relation
86
federee pour obliger leur
Roy a faire sortir les trou-
pes Saxones de la Polo-
gne. Elle donna une satis
faction convenable au Ge-
neral Szeremetosaccuſe in-
justement par le Colonel
Rossenovv, qui fut con-
damné aux Galères per-
petuelles.
Le Czar établit cette an-
née à Petersbourg une A
cademie de Marine, de
laquelle il prétend tirer
des avantages considera
bles, qui pourront bien-
tôt le mettre en état de
se passer du secours de
toutes les autres Puissan-
87
Historique.
ces de l'Europe, & d'ar-
tirer dans ses Etats la plus
grande partie du com-
merce de la Mer Baltique,
qui étoit partagé entre les
autres Nations.
Le 23 Octobre, l'Epou-
se du Prince Hereditaire
de Moscovie, fille du Duc
de Volfembultel & sœur
de l'Impératrice Regnan-
te, étant accouchee d'un
fils dans la Ville de Pe-
tersbourg, mourut le pre-
mier Novembre. Le nou-
veau né fut nommé Pier-
re par S. M. Cz.
Le 5 Novembre, l'E-
pouſe du Czar accoucha
Hij
1715.
1716.
88
Relation
aufsi d'un fils dans la
même Ville.
Le Duc de Mekelem-
bourg Svverin épouſa à
Dantzick la Princesse de
Moscovie, nièce de S. M.
Cz. laquelle avoit donné
sa main en premieres No-
ces, au feu Duc de Cour-
lande Frederick Guillau-
me, qui mourut le 31 Jan-
vier 1711.
La Ville de Vvismar en
clavée dans le Duché de
Mecklembourg, apparte-
nant aux Suédois, fut o-
bligée de se rendre aux
Confederez du Nord, a-
prés une année de Blocus,
8o
Historique.
& Cujambourg, la seule pla-
ce qui restoit aux Suédois
dans la Finlande, eût le
même sort, étant tombée
au pouvoir des Moscovi-
tes.
Le Czar, en qualité de
Grand Amiral de la Flo-
te confederée, pour faire
une descente dans le Pays
de Schonen, ayant mis a
la voile le 16 Aoust, fut
forcé par divers inconve-
nients & sur tout par la
tempête, de rentrer dans
le Port de Copenhague, ou
on remit à terre la Cava-
lerie & plusieurs Regi-
ments qui passerent en re-
Hiij
Relation
90
vûë devant le Roy de
Dan marck.
Quoique, durant le cours
de cetteguerre, leCz. passât
la plus grande partie du
tems à l'Armée, il n'étoit
pas moins occupé à refor-
mer les abus qui regnoient
parmi ses Sujets & dans
ses Etats, où il ne man-
quoit pas de se rendre,
presque tous les hyvers.
Le Patriarche de Mos-
coù, etant mort peu de
tems apres que le Czar
fut de retour de ses voya-
ges; il deffendit qu-
on en élut un nouveau, se
déclarant lui-même Chef
Historique.
91
& Gouverneur de son E-
glise. Les Moscovites pré-
tendoient que l'autorité &
la Jurisdiction de leur Pa-
triache étoit la même,
que celle du Patriarche de
l'Eglise Grecque, qui ré-
sidoit autrefois a Constan-
tinople. Il étoit regardé
du Peuple, avec une pro-
fonde veneration, & par-
ticipoit en quesque ma-
niere a la Souveraineté
de l'Empire. Le Diman-
che des Rameaux, le Czar
même étoit obligé d'assis-
ter a une procession so-
lennelle, & de tenir, pen-
dant la marche, la bride
Relation
92
du cheval du Patriarche.
Voici l'ordre qui s'obser-
voit dans cette Procession.
Premierement, on cou-
vroit un Cheval d'un drap
de toile blanche, qui pen-
doit jusqu'a terre; on al-
longeoit ses oreilles avec
cette toile, conime celles
d'un ane. Le Patriarche é-
toit assis de côté, com-
me une femme, ayant sur
ses genoux un livre, sur
lequel il tenoit de sa main
gauche, un Crucifix d'or,
& de la main droite, une
Croix, avec laquelle il
donnoit la benediction au
Peuple. Un Noble ou
Historique.
9
Boyar tenoit le -Cheval
par la tétiere de peur d'ac-
cident & le Czar, par les
rennes, allant à pied avec
une Palme en main. Les
Nobles & les Gentilshom-
mes marchoient imme-
diatement, avec environ
500 Prêtres revêtus de
leurs habits differens; ils
étoient suivis d'une mul-
titude innombrable de Peu-
ples. La Procession avan-
çoit dans cet ordre au son
de toutes les Cloches, jus-
ques à ce qu'elle se fut
rendue a l'Eglise; de là le-
Czar accompagne
des
Boyars, des Métropoli-
Relarion
94
tains & d'autres Evêques,
alloit ordinairement di-
ner chez le Patriarche.
La nouvelle authorité
que le Czar venoit de s'at-
tribuer, ne manqua pas
de causer de grands me-
contentemens parmi les
Principaux du Clergé; il
y eut entre autres, un E-
veque qui se déclara hau-
tement contre cettè inno-
vation; sur quoi S. M. or-
donna qu'il fut dégradé;
mais ne s'etant trouve au-
cun Prelat qui voulut exe-
cuter ses volontez, le Czar
irrité de leur refus, fit,
de son Chef, un nouvel
Historique.
95
Evêque, qu'il établit Mé-
tropolitain ou Archevê-
que de Razan, & qui, sui-
vant la volonte du Czar,
ota la Mître à cet autre E
veque. Il chargea ce nou-
veau Métropolitain, com-
me le plus sçavant & le
plus capable du Clergé
de l'administration des af-
faires Ecclesiastiques.
Avant le Regne de cet
Empereur, il etoit rare
de trouver parmi les Chefs
du Clerge, quelqu'un qui
entendit d'autres langues,
que celle du Pays. Ils pre-
noient grand soin de dé
truire tout ce qui pouvoit
Relation
56
contribuer a faire fle u ri
les Sciences. De peur qu'
on ne découvrit leur igno-
rance, ils insinuoient aux
anciens Czars, que l'étu-
de des Langues serviroit à
introduire les Coutumes
des Etrangers, & a causer
des changemens qui pour-
roient avoir des suites dan-
gereuses, tant pour l'E-
glise, que pour l'Etat. On
y observoit la meme maxi-
me qu'en Tarquie, où l'on
ne souffre, ni Livres de
Sciences, ni Imprimeries.
Il n'étoit pas même per-
mis à un Etranger d'aller
dans leurs Eglises, quand
on
Historique.
97
on accordoit cette permis-
sion, le Temple etoit en-
suite purifié avec de l'eau
benîte, & l'on y brûloit
de l'encens. Leur supersti-
tion étoit si ridicule, qu'-
un jour le Singe d'un Am-
bassadeur d'Angleterre
s'étant échapé, & étant
entré dans une Chapelle,
où il renversa des Images
de Saints, on s'en plai-
gnit à l'Ambassadeur,
comme si cet Animal a-
voit été détaché à dessein
de des-honorer leur culte.
On fit aux Saints des priè-
res convenables; on rebe
nit le Temple. PoutleSin-
Relation
9
ge, il fut par un ordre par-
ticulier du Patriarche, tras-
né publiquement par les
Ruës, comme un Crimi-
nel, & ensuite mis à mort.
L'avanture suivante n'est
pas moins riſible. Un Chi-
rurgien François avoit un
Squelette pendu dans sa
chambre, prés de la fené-
tre, qui le remuoit au
moindre vent. Jouant un
jour du Luth, le charme
de cette mélodie, attira
quelques Strelitzes, qui
passoient par là. Comme
ils regardo ient attentive-
ment à travers les fentes
de la porte; ils apperçû-
Historique.
99
rent que le Squelette
se
mouvoit. Ce Prodige les
epouventa si fort, qu'ils
coururent sur le champ en
faire leur rapport, soute-
nans qu'ils avoient vû les
os d'un Mort, danser au
son de l'instrument du
Chirurgien. La chose é
tant confirmée par d'au-
tres ; le Chirurgien fut
condamné à mort, com-
me Sorcier, & il auroit
sans doute eté executé sans
la faveur du Beyar, son
Patron. Il fut cependant
obligé d'abandonner le
Pays. Pour le Squelette,
il fut porté par les Ruës,
1ij
100
Relation
comme le Suiße, & brû-
lé en place publique.
Il n'en eſt pas de même
aujourd hui. Ce grand
Prince qui gouverne si sa-
gement ses Peuples, a ſçû
les détromper de toutes
ces vieilles erreurs, & pour
convaincre ses Sujets, que
les Coûtumes de Mosco-
vie ont été effectivement
changées en mieux avec
le tems, il s'y eſt pris d'u-
ne manière tout-a-fait en-
jouée.
L'an 1701. un de ses
Boufons étant sur le point
de se marier avec une fort
jolie fille; il ordonna que
Historique.
101
tous les Seigneurs & Gen-
tils-Hommes, qui étoient
en faveur aupres de lui,
fussent invitez aux Nôces:
Que tous les Conviés,
Homnes & Femmes, se
pourvoiroient chacun
d'un habit, tel que ceux
qu'on portoit en Mosco-
vie, 100 ans auparavant,
& que dans toutes la Cé-
remonie, on suivroit à la
lettre ce qui se prati quoit
en ce tems-la. Les Bo ars
avoient sur la tête des bo-
nets, pour le moins d'un
pied plus haut que ceux
qu'on portoit en dernier
lieu. Il seroit difficile de
Ii.
Relation
102
dunner une description de
leurs habits, tant ils étoient
ridicules. Ils motoient des
Chevaux dont les harnois
étoient composez d'une
maniere toute extraordi-
naire. Le Czar étoit par-
mi ces Boyars, habillé de
meme qu'eux. Il y avoit
outre cela, un vieux Boyar
qui devoit representer le
Czar pendant ce jour-la
dans un habit burlesque.
A l'égard des femmes,
les manches de leurs che
mises qui etoient plissées,
comme une fraise, de-
puis les epaules jusqu'au
poignet, avoient pour le
103
Historique.
moins 12 aulnes de long.
On les fit monter dans des
especes de Machines où
elles n'avoient pas même
la commodité de s'asseoir.
En cet état, elles se mi-
rent en marche vers
la maison du défunt Ge-
neral le Fort, qui avoit
été bâtie aux depens du
Czar.
Il y avoit dans une
trés-grande Salle, diver-
ses Tables pour les Con-
viez, selon leur rang: &
une, entre-autres, placée
au haut bout, sur un Trô-
ne élevé d'environ trois
pieds, où étoient assis ceux
104
Relation
qui représentoient le Czar
& le Patriarch; verslesquels
chacun des Conviez, é-
tant appellé par son nom,
venoit à pas comptés, bais-
sant de tems en tems la
tête jusqu'a terre, a me-
sure qu'il avançoit, pour
baiser les mains du Czar;
ensuite celles du Patriar-
che, de qui il recevoit un
petit trait de Brand vin;
aprés quoi, il se retiroit
environ a 20 pieds de di-
stance, faisant toûjours
des reverences. Les vian-
des & la manière de les
servir, étoient tout-à-fait
désagreables, la liqueur
105
Historique.
qu'on leur presentoit, ne
l'etoit pas moins, & quel-
ques lamentations que
l'on put faire, soit en riant
soit en suppliant, il n'y
avoit pas moyen d'obte-
nir une goûte de vin; par
ce qu'on disoit que leurs
Ancetres n'en ayant pas
bu, ils ne devoient pas
non plus en boire. La Dan-
se & la Musique furent
sur le même ton. Enfin,
quoiqu'au cœur de l'hy-
ver, on avoit dressé un lit
fur quarante Gerbes de
Bled pour les Mariez,
dans le Cabinet du Jar
din, ou il n'y avoit ni
a Mort
en 1696.
b. Le II
Novemb.
1710.
106
Relation
feu ni poële, conformé
ment a l'ancienne super-
stition, c'est ainsi que le
Czar ſe ſert du Plaiſant
pour rectifier les mœurs
de ses Sujets.
On va juger presente-
ment, par la maniere dont
furent celebrées les No-
ces de la Princesse Anne,
fille duCzar a lean avec le
Prince de bCourlande, com-
bien les mœurs de cette
Cour sont presentement
changees.
On avoit ordonné qua-
tre Grands & quatre Sous-
Marêchaux de la Cour, a-
vec 12 Capitaines des Gar-
Historique.
107
des, & autant de Marine,
pour regler la Céremonie
& servir la Table du Duc.
Tous les Seigneurs se ren-
dirent à 10 heures du ma-
tin, au logement du Se-
renissime Epoux, où ils
trouverent la table servie
de toutes sortes de vian-
des froides, de liqueurs
vin sec, & vin de Hon-
grie; les Dames s'étoient
assemblées chez l'Impera-
trice Mere de l'Epouse.
Vers le midy, toute
cette illustre Compagnie
entra, chacun selon son
Rang, dans les Barges
lachs & Chaloupes, au nom-
Relation
108
bre de plus dezoo, magni-
fiquement ornées. Les Ra-
meurs des Fiancez étoient
habillez de velours cra-
moisi, avec des galonsd'or,
& les autres à proportion.
Etant arrivez prés du Pa-
lais du Prince Mezikof,
le Duc fut reçû par cePrin-
ce & par le Comte Golof-
kin, & la Princesse, par
le grand Amiral Apra-
xim, & le Vice Amiral
Cruyr. On les conduisit
dans la Chapelle, sous un
Dais magnifique. La Célé-
bration du Mariage se fit
par un Prêtre Grec, en
Langue Latine, avec les
cere.
Historique.
109
Cérémonies ordinaires, en
se donnant reciproque-
ment les bagues; la Prin-
cesse avoit sur la tête une
Couronne garnie de Dia-
mans, & pendant la céré-
monie, on lui mit encore
une double Couronne Du-
cale.
Le Service Divin étant
fini, les Mariez furent
conduits dans la Salle du
Festin, où il y avoit dix
Tables de 50 couverts
chacune. Un Bataillon
des Gardes, & un de Ma-
rine étoient rangez de-
vant le Palais, avec une
trés - belle Musique
Relation
1I0
les Trompettes & Tim-
bales se faisants entendre
tour à tour ; outre les
Salves de 40 pièces de ca-
nons à chaque Santé. Sur
le soir on tira deux ma
gnifiques Feux d'Artifice,
l'un, par les Officiers des
Gardes, & l'autre, par
ceux de la Marine. Il y
eût quantité d'illumi-
nations dans toutes les
Maisons. On continua ces
réjouissances pendant plu-
sieurs jours, & le 25 No-
vembre S. M. Cz. traita
splendidement tous les
Ministres Etrangers, dans
le Palais du Prince Men-
zikof.
Historique.
1II
Le même jour,
on a-
voit marié deux Nains,
pour lesquels on a-
voit dressé une table au
centre des Conviez qui
eurent le plaisir de voir
les dances de ces Mains,
& de 60 autres déja ma-
riez. Le Duc de Courlande
partit quelques jours aprés
avec la Princesse son E-
pouse, pour se rendre dans
ses Etats.
Le Czar, pour inspi-
rer quelques Principes de
vertus & d'humanité dans
l'esprit du Peuple, a
employé depuis 8. ou 9.
ans, diverses personnes,
K iij
Relation
112.
pour traduire quelques
excellens Livres de Reli-
gion & de Morale, avec
quelques autres qui re-
gardent la Guerre, les
Arts & les Sciences d'usa-
ge. Pour cet effet, il a é-
rigé à Moscou des Impri-
meries, où ces Livres ont
été imprimez, & de là en-
voyés de tous côtez dans
ses Etats, malgré l'opposi-
tion du Clerge: il a encore
établi quelques Ecoles,
ayant ordonné que tout
homme, qui a un Fond de
la valeur de 500 Rubles de
revenu, & qui ne fera pas
apprendre a son fils a lire
113
Historique.
ni à écrire ; ce fils n'heri-
tera point du bien de son
Pere, mais qu'il sera dé-
volu au plus proche heri-
tier de la famille. Al'é-
gard des Ecclesiastiques,
il a commandé qu'à l'a-
qui
venir tous ceux
a cet
se destineroient
Etat, seroient obligez
d'apprendre la Langue
Latine, sans quoi la fonc-
tion de Prêtre leur seroit
interdite.
Comme il n'y avoit ja-
mais eû d'Ecole jusqu'à
lors en Moscovie, pour l'A-
ritmetique & autres Scien-
ces semblables, il en fon-
Relation
14
da une, dans laquelle un
grand nombre de jeunes
gens, qui marquoient a-
voir le plus de genie pour
les Mathematiques, ve-
noient s'instruire. D'habi-
les Maîtres qu'il avoit pris
a son service, dans le tems
qu'il étoit en Angleterre,
etoient proposez pour leur
enseigner les Parties les
plus utiles, comme la Na-
vigation, l'Astronomie.
Quand on les trouvoit as-
sez formez, on les en-
voyoit en Angleterre, en
Hollande & en Italie, pour
se rendre capables à leur
retour, de servir sur la
Historique.
115
Flote du Czar en qualité
d'Officiers.
Mais, afin d'avoir un
plus grand nombre de Su-
jets, propres au service, il
ordonna qu'on fit une li-
ste de tous les Seigneurs &
Gentils-Hommes de ses
Etats, dans laquelle on
specifieroit la quantité des
Garçons, & la nature de
leurs biens. De ces jeunes
gens, il en envoya un cer-
tain nombre dans les Pays
Etrangers, ordonna a
l'autre partie, de se ren-
dre à l'Armée, ou sur la
Flote, & d'y servir à leurs
dépens, jusques a ce qu'-
Relation
116
ils ſe fussent distinguez
par leur conduite, & ren-
dus dignes de quelques
emplois, dont ils rece-
vroient la paye. La régle
qu'on devoit fuivre en
cela, étoit que le Fils, de
quelque grand Seigneur
que ce fut, apres avoir
fervi quelque tems en
qualité de Volontaire, ne
seroit d'abord qu'Enscigne,
pour s'avancer par degrez
selonqu'il se cond uiroit,
& que dans les Repas pu-
blics & autres Cérémo-
nies, on n'auroit aucune
déference pour lui, qu'-
autant qu'il lui en seroit
Historique.
117
dû par l'employ, auquel
il seroit actuellement par-
venu.
Afin que ce Reglement
fut observé, il leur en
donna lui-même l'exéple,
& voulut success ement
se faire Tambour, Enseigne,
&c. avant que de monter
au rang de Capitaine de
ses propres Gardes.
A l'égard de la Marine,
il se fit déclarer Archite-
cte de Vaisseau par ce pré-
tendu Czar dont on a
parlé précedemment, &
cela, en présence de tou-
te sa Cour. Son Boufon le
harangua dans cette occa-
118
Relation
sion sur sa capacité, & sur
les diverses connoissances
qu'il avoit acquises dans
ſes voyages. Le prétendu
Czar l'assure de sa faveur,
en lui faisant esperer qu'il
pouvoit s'attendre à n'en
pas demeurer la.
Il fut plus de 8 ans, a-
vant que d'atteindre au
dégré de Colonel, & il
n'y arriva qu'à l'oc-
casion d'un avantage,
qu'il remporta dans une
action contre les Suédois
en Pologne.
Lorsque le 1. de Mars
1710. il entra en Triom-
phe dans Moscou, apres
Historique.
119
la fameuse Victoire de
Pultavva, il ſe fit décla-
rer Lieutenant-General.
Deux ans auparavant, il
avoit pris le titre de Con-
tre-Amiral de ſa Flote;
depuis il a paſsé à celui
de Vice-Amiral, & de
Grand Amiral avec tou-
tes les Cérémonies ordi-
naires.
Il avoit soin de ſe faire
payer ses appointemens
suivant la Charge dont il
s'étoit revêtû & en don-
noit des reçûs.
Lorsqu'il lançoit un Vais-
seau qu'il avoit lui-même
aidé a construire, le faux
Relation
120
Czar & les Seigneurs de
sa Cour lui faisoient des
Présens, soit de quelque
Vaisselle d'or, ou d'argent
monnoyé , ou même de
quelque piéce de drap
pour lui faire un habit
neuf, celui qu'il avoit ce
jour-là portant d'ordinai-
re les marques du travail
manuel auquel il s'étoit
exercé avec les Charpen-
tiers & autres Ouvriers.
Le reſte de la journée étoit
employé en joye. Dans
ces rencontres le Boufon
faisoit fort l'empressé
quelquefois il louoit le
Czar, quelquefois il lui
reprochoit
Historique.
121
reprochoit qu'on le favo-
risoit trop, qu'on l'avan-
çoit trop, mais en même
tems il ne manquoit ja-
mais de donner quelques
atteintes à la conduite des
anciens Czars, à la mau-
vaise discipline qui re-
gnoit dans leur Armee
aussi-bien qu'à la Bigote
rie des vieux Boyars.
C'est par ces Céremo-
nies enjouées, que le Czar
faisoit sentir aux Grands
Seigneurs, que malgré
leur naissance, Eux & leurs
enfans ne pouvoient es-
perer de s'avancer que par
degrez. D'ailleurs, cePrin-
Relation
122
ce s'applique avec un soin
extraordinaire à examiner
le mérite particulier de
tous ceux qui ont de l'em-
ploi dans ſon Armée. Par
ces attentions il a rempli
ſes Troupes de bons Offi-
ciers, ses propres Sujets,
la plûpart Gentils-Hom-
mes du premier rang; car
auparavant, ils etoient
presque tous Etrangers.
Ceux qui servent en qua-
lité de simples Cavaliers,
sont en partie ou des fils
de Gentils-Hommes du
dernier rang, ou des
Enfans d'Ecclesiastiques.
Car, le Czar ayant remar-
Historique.
123
qué, que le Pays étoit
surchargé de ces derniers
qui devenoient inutils, il
ordonna qu'on en prit
un certain nombre pour
les envoyer à l'Armée; de
sorte que par ce choix il y
a trés-peu de Paysans ou
d'Esclaves qui soient dans
la Cavalerie.
Pour l'Infanterie, elle
peut devenir ia meilleure
du Monde, premierement,
parce que le commun du
Peuple est accoûtumé de
passer dès l'enfance, im-
mediatement du grand
chaud au grand froid,
par l'habitude où il est,
E ij
Relation
124
tant homme que femme,
d'aller une fois chaque
ſemaine, dans les bains
publics pour suer, d'en
sortir tout nud, & d'al-
ler ſe plonger dans la Ri-
viere, même au plus fort
de l'Hyver; ou si elle est
gelée, de se verser deux
ou trois seaux d'eau sur la
tete. Desorte que, lors-
qu'ils voyagent en pleine
Campagne, dans les lieux
où il n'ya point de maisos,
ils se contentent d'allu-
mer du feu pendant la
nuit, & de se coucher au-
tour; ce qui leur suffit
pour dormir tranquille-
Historique.
125
ment, sans être jamais su-
jets à aucune des incom-
moditez que le froid cau-
se dans des Climats bien
plus temperez que le leur.
Secondement, ils se pas-
sent de peu : Que l'on
donne à un Moscovite du
Sucarie qui est du pain de
segle tout frais coupé, en
petits morceaux quarrez,
séchez ensuite au four,
pourvû qu'il ait de l'eau
avec cela, il marchera 15
jours de suite, sur tout,
si de tems en tems il peut
avoir une goûte d'eau de
vie, il s'estimera fort
heureux. Enfin les Russes
Liij
Relation
126
ne paroissent point appre-
hender la mort: On en
voit tous les jours des
exemples en ceux qu'on
conduit au supplice, &
qui y vont sans témoi-
gner la moindre altera-
tion. En effet, on a recon-
nu par experience, que
ceux qui sont accoûtumez
au feu & menez comme
il faut, sont aussi fermes
& se battent aussi-bien
qu'aucune autre Nation,
sur tout, lorsqu'ils ont de
bons Officiers à leur tête,
tels que ceux qui les com-
mandent aujourd'hui.
Le Czar a fait une autre
127
Historique.
chose, qui a beaucoup
contribue aux progrez de
ses Armes; avant lui,
les Moscovites n'avoient
point de train reglé d'Ar-
tillerie, ni d'Officiers
destinez pour la servir;
mais ce Prince, deux ans
aprés qu'il fut revenu de
ses voyages, forma un Re-
giment particulier, desti-
pour
né uniquement
cet Emploi & compo-
se d'Officiers, Cano-
niers, Bombardiers, de
la même maniere qu'il se
pratique parmi les autres
Peuples.
L'Ecole de Mathema-
128
Relation
tique qu'il a à Moscou,
est comme une pepiniere,
d'où il tire des gens pro-
pres pour l'Artillerie, ou
pour la Marine. Peter-
bourg est presentement
rempli de Charpentiers de
Navire, de Cordiers, de
Faiseurs de Voile, & de
Forgerons, & c. c'est-là à
quoi principalemene, ce
Monarque s'est appliqué.
Aussi, peut-on dire qu'il
n'ignore rien de tout ce
qui regarde la profession
des Armes, depuis l'em-
ploi de Tambour, jus-
qu'à celui de General;
outre qu'il est Ingé-
129
Historique.
nieur, Canonier, Artifi-
cier, Architecte de Vais-
seau, Tourneur, Fondeur
de Canon, &c. il travail-
le de ſes propres mains a
tous ces differens métiers.
Rien ne se fait, dont il
ne veuille avoir lui-même
l'inspection. Il trouve dans
ses Etats du soulfre, du
Salpêtre; aussi s'y fait-il
à présent une assez gran-
de quantité de poudre,
non-seulement pour four-
nir a tous les besoins de
ses Armées, mais encore
pour en vendre aux autres
Nations. On a découvert
dans la Province de Casan,
130
Relation
quelques Mines de Cui-
vre, & en plusieurs au-
tres endroits, de mi-
nes de Fer, particulie-
rement près de Veronixe
de Moscou & vers le Lac
d'Onega. Il s'y fabrique
une tres grande quantité
d'ouvragesde Fer, & toutes
sortes d'armes. Les produ-
ctions du Pays dont on
negocie, principalement
au dehors, sont du Cuir de
Russie, des Cordes, des
Fourures de Lin, des
Peaux de Veau Marin, de
l'Huile de Baleine, du
Goudron, du Caviar, du
Suif, du Miel, de la Cire,
Historique.
131
du Talc, des Mats, du
Bois de Charpente, des
Planches, du Sapin, & des
fourures de toute espece.
Il y a presentement des
Manufactures de differen-
tes façons, soit de Draps,
de Toiles, de Tapisseries,
&c. On y voit de grands
Vignoblesqui ont étéplan-
tez, & cultivez par des
Ouvriers Hongrois & Al-
lemands que leCz. a engagé
à venir dans son Pays, de
puis environ 8 ou 9 ans;
de sorte qu'une partie des
Vins & des Eaux de Vie
qui s'y consomment au-
jourd'hui, proviennent du
Relation
2
crû de ces nouveaux Plans
qui ne le cédent pas en
bonté à ceux de Hongrie.
Le General Roone en 1715.
ayant fait un essai de ces
vins à Léopold en Polo-
gne, il fut jugé meilleur
que celui de Hongrie,
quoique l'un & l'autre de
la même année.
Mais de toutes les en-
treprises qui découvrent
le plus, un grand homme
d'Etat dans ce puissant
Monarque, il faut conve-
nir que la nouvelle Ville
de Petersbourg à laquelle
il a donné son nom, en est
une des plus importantes,
Elle
Historique.
133
Au 60
Elle est ſituee dans une
dégréde
Isle à l'embouchure de la latitude
Septent.
Neva, qui coulant du Lac
dans la
Lodiga, tombe dans la
Finlan-
de.
Mer Baltique.
Ce Prince voulant la
rendre très puissante par
le Commerce, n'y a épar
gné ni soins, ni dépenses:
Dans cette vûë, outre un
grand nombre de Mosco-
vites qui sont venus s'y é-
tablir, il y a attiré par ses
liberalitez, une infinité
d'Etrangers qui devien-
nent tous les jours ſes Su-
jets. Les Ruës sont tirées au
cordeau, tra versées de cca-
naux & ornées de Quais.
M
Relation
134
Les Maisons magnifiques,
faites de pierre & de bri-
que, toutes fortes d'Arts
& de Métiers comme a Pa-
ris, un trés-beau Port
dont l'entrée est deffen-
duë par une Citadelle fon-
dée en pleine Mer, la fe-
ront bien-tôt comparer à
Venise & à Amsterdam.
Avant le Regne de ce
Prince, les Souverains de
Rusie ne s'étoient attachez
a etendre le Commer-
ce de leurs Etats, què du
côté de la Mer Noire, de
la Mer Caspiene; & vers
la Chine, ce n'etoit me-
me que pour le faciliter
Hist orique.
135
davantage, que S. M. Cz.
avoit établi une puissante
Marine à Veronecz, où elle
avoit fait construire un
trés grand nombre de Bar-
ques, Vaisseaux & autres
Bâtimens, qui entrants
dans le Don ou Tanais, une
partie pouvoit descendre
jusqu'a Azof, à l'embou-
chure des Palus Meotides,
& de là dans la Mer Noi-
re. L'autre partie avoit la
facilité, par le moyen d'un
Canal pratiqué vis-à-vis
le Coude du Don avec ce-
lui du Volga, de le tra-
gagner ce
verser pour
dernier grand Fleuve qui
Mij
136
Relation
se jette dans la Mer Cas-
piene. Par là ce Monarque
s'est ouvert d'un côté un
Commerce libre dans le
Royaume de Perse, & de
l'autre dans tout le Le-
vant. La jonction du Ta-
nais au Volga sert pareil-
lement au transport des
Marchandises de Turquie
& de Perse, dans l'intérieur
de la grande Russie; le
Volga qui est navigable
jusqu'à Yeroslaule, en re
montant de l'Orient a
l'Occident, le sera bien-tôt
jusques à Petersbourg, par
les jonctions des Rivières
de Svvir & Shacksna avec
Historique.
137
ce même Fleuve.
Ce Prince ayant en-
du
fuite porté ſes vues
coté des Regions du Nord,
surtout depuis qu'il s'est
vù Maître de Nerva, Re-
vel, & Riga en Livonie, n'a
pas eù d'autre attention,
qu'à établir une puissante
Marine sur la Mer Balti-
que; c'est ce qui fait
qu'il donne tous les jours
ses soins à perfectionner
les ouvrages de la nou-
velle Ville de Peters-
bourg, pour en faire un
Port plus commode &
plus Marchand que ce-
lui d'Arcangel sur la Mer
Miij
Relation
138
Blanche: Il a donc fait tra-
vailler avec succez depuis
quelque tems, a communi-
quer ces deux Places, en
rendant navigable jusqu'à
Cargapol, la Riviere d'O-
nega dont les eaux, par
le moyen des Ecluses, se
jetteront dans la petite
Riviere de Pudoa, qui
tombant dans le Lac d'O-
nega, recevra les Bâtimens
venants d'Arcangel & de
Bela More, ou Mer Blan-
che; lesquels se débou-
chans dans la Rivière de
Svvir, seront conduis sur
le Lac de Ladoga, & de
là à Petersbourg.
Historique.
139
Par l'execution de ces
Projets, la Marine duCzar
doit devenir dans peu, une
des plus florissantes du
monde, ſes Navires pou-
vans porter aux autres Na
tions, non-seulement les
marchandises de la grande
Russie, mais encore celles
qu'ils tirent de la Chine, de
la Perse, & du Levant par
sa communication des
quatre Mers dont on vient
de parler.
Comme Petersbourg est
la
Ville favorite du
il en a rendu
Czar
l'abord aussi facile par
eau que par terre ; ce
Relation
140
Prince, pour remedier à
l'inconvenient dont se
plaignoientles Voyageurs,
de ne point trouver sur le
chemin d'Hostelleries, a
ordonné qu'on en bâtit sur
les routes de Veronixe, de
Kiovv, de Smolenski, & de
Petersbourg
Il a de plus fait planter
de beaux Poteaux, de mille
en mille, sur lesquels est
marqué la distance d'un
lieu à l'autre, pour la com-
modité des Passans. Il fait
travailler maintenant à
pratiquer un chemin en
droite ligne à travers les
Bois, les Lacs & les Ri-
Historique.
141
vieres, depuis Moscou jus-
qu'à Petersbourg, ce qui
en accourcira la cinquie-
me partie.
Je pourrois m'étendre
d'avantage sur une infini-
te d'autres Changemens
que ce Prince a opere avec
tant d'habileté, depuisqu-
il regne, la matière est aſ-
furément des plus abon-
dantes; mais le peu que
jen ai dit, doit suffire
pour pouvoir juger des
grandes qualitez de ce
puissant Monarque. Je fi-
nirai cet Abrege par quel-
la
ques remarques sur
Moscovie, que j'ai crû
142
Relation
necessaires pour en donner
une idée plusnette.
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Résumé : « Cette Victoire fut suivie de la prise d'Elbing en [...] »
Après la victoire de Pultava en 1719, plusieurs événements militaires significatifs se produisirent. La ville d'Elbing en Livonie fut conquise après un siège de 12 jours, et Riga fut investie, permettant ainsi la soumission de la majeure partie de la Livonie. Le roi de Danemark obtint réparation à Moscou pour une insulte faite à son ambassadeur à Londres. La victoire de Pultava incita la Porte ottomane à mobiliser ses troupes près des frontières de l'Ukraine. Le tsar affronta les Ottomans près de Iassy le 19 juillet et une trêve fut demandée deux jours plus tard. Un traité de paix fut signé à Falczin, où le tsar rendit les villes d'Azov et de Taganrog aux Ottomans. Le tsar célébra ensuite le mariage de son fils avec la princesse Charlotte Christine Sophie de Brunswick-Wolfenbüttel à Torrau. Un incendie à Moscou détruisit plus de 2000 maisons et tua environ 2000 personnes. Le tsar se déplaça ensuite à Pétersbourg et à Elbing avant de soumettre la Poméranie avec le roi Auguste. Stralsund fut assiégée et le général Steenbock fut capturé. Le tsar établit des postes réguliers entre Moscou et les principales villes de Livonie et renforça sa flotte en achetant des vaisseaux anglais. En 1715, une entrée triomphale fut organisée à Saint-Pétersbourg en l'honneur du tsar Pierre Ier, qui reçut le titre de vice-amiral. Le tsar envoya l'armée russe en Haute-Pologne pour soumettre la noblesse polonaise et établit une Académie de Marine à Saint-Pétersbourg. Les épouses du prince héritier et du tsar accouchèrent chacune d'un fils. Le duc de Mecklembourg-Schwerin épousa la princesse de Moscovie et la ville de Wismar se rendit aux confédérés du Nord. La place de Cuyambourg tomba aux mains des Moscovites. Pierre Ier de Russie, après la victoire de Poltava en 1710, entra triomphalement à Moscou et se fit déclarer lieutenant-général. Il avait précédemment obtenu les titres de contre-amiral, vice-amiral, puis grand amiral. Il utilisa des cérémonies pour rappeler que l'avancement se faisait par mérite. Il remplaça progressivement les officiers étrangers par des nobles russes et recruta des fils de nobles ou d'ecclésiastiques pour la cavalerie. L'infanterie russe était robuste et capable de subsister avec peu de ressources, montrant un grand sang-froid face à la mort. Il reforma l'artillerie en créant un régiment dédié et forma des officiers. Il établit une école de mathématiques à Moscou pour former des experts en artillerie.
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453
p. 146-150
Remarques sur quelques Points de la Religion des Moscovites.
Début :
Ils sont dans l'opinion qu'il n'y a qu'eux de veritables [...]
Mots clefs :
Prêtre, Religion, Communion, Moscovites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques sur quelques Points de la Religion des Moscovites.
Remarques sur quelques Points
de la Religion des
Moscovites.
Ils sont dans l'opinion qu'il
n'y a qu'eux de veritables
Chrêtiens, puisqu'ils
Historique.
147
sont les seuls, disent-ils,
qui ayent éte baptisez, tous
les autres n'ayant été qu'
arrosez: Auſsi le Pretre
plonge-t il trois fois l'en-
fant nud dans l'eau, pro-
nonçant les Paroles ordi-
naires du Sacrement, je
te baptise, &c.
Pourles perfonnes agées
qui embrassent la Religion
Grecque ou Moscovite,
elles reçoivent le bapté
me dans une Riviere où
on les plonge par dessus la
tête, quelque froid qu'il
fasse, de forte que bien
ſouvent on est contraint
de casser la glace pour
Nij
Relarion
1
cette Cérémonie. Les Pro-
totopes ou ſimples Prè-
tres sont obligez de ſe ma-
rier, mais ils ne peuvent
passer a de secondes No-
ces, sans renoncer à laPre-
trise.
Les Perfonnes en âge de
raison, apres s'etre confes-
fées au milieu de l'Eglise,
Communient ordinaire-
ment la veille de Pâques,
ſous les deux Especes; le
Prêtre mélant de l'eau a-
vec le vin : Le pain doit
avoir été paitri & cuit
par la veuve d'un Pretre.
On le consacre le jour de
la Communion, ou le Jeu-
Historique.
149
dy avant Pâques; l'un,
pour les Communians qui
se presentent, & l'autre,
pour les Malades. Les plus
devots dorment apres la
Communion, afin de ne
point pêcher ce jour là;
car, pourles autres Fêtes, ils
ne croiroient pas les avoir
bien solennisées, s'ils ne
s'en yvroient; ce n'est pas
meme une grande honte
aux femmes, non plus qu-
auxPopas d'être vus yvres
au milieu des ruës; &
lorsque des femmes de
Qualité ont fait un repas
ensemble, celle qui la
donné, envoye le lende
Nii
Relation
150
main le principal de ſes
Domestiques a ses Amies
du soir, pour s'informer
comment elles ont passe
la nuit, leur réponse or-
dinaire, c'est de la remer-
cier de sa bonne chere, qui
les avoit rendu ſi gayes,
quelles ne sçavent pas
comment elles ont pu re-
trouver leur logis ; tant
elles avoient bû.
de la Religion des
Moscovites.
Ils sont dans l'opinion qu'il
n'y a qu'eux de veritables
Chrêtiens, puisqu'ils
Historique.
147
sont les seuls, disent-ils,
qui ayent éte baptisez, tous
les autres n'ayant été qu'
arrosez: Auſsi le Pretre
plonge-t il trois fois l'en-
fant nud dans l'eau, pro-
nonçant les Paroles ordi-
naires du Sacrement, je
te baptise, &c.
Pourles perfonnes agées
qui embrassent la Religion
Grecque ou Moscovite,
elles reçoivent le bapté
me dans une Riviere où
on les plonge par dessus la
tête, quelque froid qu'il
fasse, de forte que bien
ſouvent on est contraint
de casser la glace pour
Nij
Relarion
1
cette Cérémonie. Les Pro-
totopes ou ſimples Prè-
tres sont obligez de ſe ma-
rier, mais ils ne peuvent
passer a de secondes No-
ces, sans renoncer à laPre-
trise.
Les Perfonnes en âge de
raison, apres s'etre confes-
fées au milieu de l'Eglise,
Communient ordinaire-
ment la veille de Pâques,
ſous les deux Especes; le
Prêtre mélant de l'eau a-
vec le vin : Le pain doit
avoir été paitri & cuit
par la veuve d'un Pretre.
On le consacre le jour de
la Communion, ou le Jeu-
Historique.
149
dy avant Pâques; l'un,
pour les Communians qui
se presentent, & l'autre,
pour les Malades. Les plus
devots dorment apres la
Communion, afin de ne
point pêcher ce jour là;
car, pourles autres Fêtes, ils
ne croiroient pas les avoir
bien solennisées, s'ils ne
s'en yvroient; ce n'est pas
meme une grande honte
aux femmes, non plus qu-
auxPopas d'être vus yvres
au milieu des ruës; &
lorsque des femmes de
Qualité ont fait un repas
ensemble, celle qui la
donné, envoye le lende
Nii
Relation
150
main le principal de ſes
Domestiques a ses Amies
du soir, pour s'informer
comment elles ont passe
la nuit, leur réponse or-
dinaire, c'est de la remer-
cier de sa bonne chere, qui
les avoit rendu ſi gayes,
quelles ne sçavent pas
comment elles ont pu re-
trouver leur logis ; tant
elles avoient bû.
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Résumé : Remarques sur quelques Points de la Religion des Moscovites.
Le texte décrit diverses pratiques religieuses des Moscovites, qui se considèrent comme les seuls vrais chrétiens en raison de leur baptême par immersion totale, contrairement aux autres chrétiens. Ce baptême des adultes se déroule dans une rivière, même en hiver, nécessitant parfois de briser la glace. Les prêtres doivent être mariés mais ne peuvent pas se remarier sans quitter leur fonction. La communion, prise sous les deux espèces (pain et vin mélangé à de l'eau), est généralement administrée la veille de Pâques. Le pain utilisé doit être préparé par la veuve d'un prêtre et est consacré le jour même ou la veille. Les plus dévots dorment après la communion pour éviter de pécher. Lors des fêtes, il est courant de s'enivrer, y compris pour les femmes de qualité, sans que cela soit perçu comme honteux. Après un repas entre femmes de qualité, une domestique vérifie comment elles ont passé la nuit, et elles répondent souvent qu'elles étaient trop ivres pour retrouver leur chemin.
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454
p. 150-159
Des Enterremens.
Début :
Les Enterremens se font avec beaucoup de cérémonie, [...]
Mots clefs :
Enterrements, Archevêque, Métropolitain, Ecclésiastique, Défunt, Moscovites, Justice, Nativité
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texteReconnaissance textuelle : Des Enterremens.
Des Enterremens.
Les Enterremens se font
avec beaucoup de cérémonie,
comme toutes les
autres actions publiques.
Aussi tost que le Malade
eſt décédé, on envoye
Historique.
151
chercher les Parens & les
Amis du deffunt, qui se
rangent autour du Corps,
s'excitans à pleurer, afin
d'en donner l'exemple aux
femmes; ils demandent
au Mort, pourquoi il s'est
laiſſé mourir: Si ses affai-
res n'étoient pas en bon é-
tat, s'il manquoit de man-
ger & de boire, si sa fem-
me n'étoit pas assez belle
& assez jeune, si elle lui
a manqué de fidelité, &c.
On l'enterre enfin, aprés
bien des Cérémonies; on
retourne ensuite au logis
du deffunt ou on noye
l'affliction dans l'hydro-
152
Relation
mel & dans l'eau-de-vie.
Quoique les Moscovites
ne paroissent pas croire au
Pur gatoire, ils reconnois-
sent cependant deux lieux
où les ames se retirent;
les unes, dans un séjour
plaisant, & les autres, dans
un ténébreux; les premie-
res ont la conversation
des Anges, les autres, cel-
le des Diables.
Il n'y a point de Peuples
qui aiet plus de veneratio
pour leur Souverain, que
les Moſcovites; ils appre-
nent même à leurs Enfans
a parler du Czar, comme
de Dieu même, non -seu-
Historique.
153
lement dans leurs festins,
mais encore dans leurs
discours ordinaires.
Ils lui obéissent avec une
si grande déference, que
bien loin de s'opposer
à ſa volonté, ils disent au
contraire, que la Justice
& la parole de leur Prin-
ce est sacrée & inviolable.
Si le tems me l'avoit per-
mis, j'aurois pù donner la
Genealogie des Czars avec
un Abbrege de leur vie; j'au-
rois parlé des familles les plus
illustres de Moscovie, des
differens ordres, tant de la
Noblesse, de l'Eglise, de la
Iustice, que des Officiers de
Relation
154
la Cour, jajouterai seulement
aux Remarques historiques
précédentes, les Observations
suivantes.
La Religion Grecque est
la dominante dans toure la
Moscovie, & on peut dire,
qu'il n'y en a presque poim
d'autres.
Etat de l'Ordre du Gou-
venement Ecclesiastique.
Le Patriarche de Mos-
cou.
Le Métropolitain de
Novogrod.
Le Métropolitain de
Rostoff.
Le Métropolitain
de
Casan & Svviat.
Historique.
155
de
Le Métropolitain
Sarſek & Podons.
Ces Metropolitains soni,
comme les Primats en Fran-
ce. Aprés les Primars, sui-
vent les Archevêques, ensui-
te les Eveques & les Archi-
mandrites.
L'Archevêque, de Wo-
logda & Welike.
L'Archevêque de Resau
& Marou.
L'Archeveque de Suf-
dal & Taraſk.
L'Archevêque de Tuer
& Casan.
L'Archevêque de Sibe-
rie & Tobolsk.
L'Archevêque d'Af-
156
Relation
trackan & Terki.
L'Archevêque de Psousk
& Sbotbh.
L'Archevêque d'Ar-
changel.
L'Archevêque de Kiovy
L'Archevêque de Smo-
lensko.
Il y a de plus, outre les
Métropolitains & Arche-
vêques.
L'Evêque de Columna.
L'Eveque de Wiatka.
Il y a encore plus de 50
Archimandrites, qui sont
comme on voit en France,
les Abbez & Prieurs. Plu.
sieurs Prevosts, qu'on appel-
le Proto-Papas, & un trés-
grand
Historique.
157
grand nombre de Papas
Dans la seule Ville de Mos-
cou, on en compte plus de
4000.
Le Patriarche de Moscou,
pour le Reglement des affai-
res Ecclesiastiques, avoit
autrefois trois Pricas ou
Chancelleries; la premiere
est Roserad, qui est, comme
l'Archive Ecclesiastique; la
seconde, nommee Sudny, qui
est la Iustice Ecclesiastique;
la troisième, Kazennoy,
ou on régle les affaires. Les
Moscovites sont fort Reli-
gieux, sur tout à l'égard
des Images pour lesquelles ils
ont une grande vénération
158
Relation
Ils en ontdans leurs maisons,
& dans les coins de leurs
Chambres, ou de leurs Salles,
ornées d'or, d'argent, ou
de perles; selon les moyens
que chacun peur avoir. Ils
celebrent quantité de Fetes,
dont voici les principales.
La Nativite de la Vier-
ge le 8. de Septembre.
L'Exaltation de la Croix
le 14 de Septembre.
L'Oblation de la Sainte
Vierge, le 21 de Novem-
bre.
La Nativité du Sauveur,
le 15 de Decembre.
L'Epiphanie, ou laF ête
des Rois, le 6 de Janvier.
159
Historique.
La Chandeleur, le 21
Février.
L'Annonciation de la
Vierge, le 25 de Mars.
Pâques Fleurie, ou le
Dimanche des Rameaux.
Lejour de Pâques, ou
la Resurrection de J. C.
La Pentecôte ou l'Envoi
du Saint Esprit sur les A-
pôtres.
La manifestation de J.
C. sur la Montagne, le 6.
Aoust.
L'Ascension de la Mere
du Sauveur le 13 Aoust.
Les Enterremens se font
avec beaucoup de cérémonie,
comme toutes les
autres actions publiques.
Aussi tost que le Malade
eſt décédé, on envoye
Historique.
151
chercher les Parens & les
Amis du deffunt, qui se
rangent autour du Corps,
s'excitans à pleurer, afin
d'en donner l'exemple aux
femmes; ils demandent
au Mort, pourquoi il s'est
laiſſé mourir: Si ses affai-
res n'étoient pas en bon é-
tat, s'il manquoit de man-
ger & de boire, si sa fem-
me n'étoit pas assez belle
& assez jeune, si elle lui
a manqué de fidelité, &c.
On l'enterre enfin, aprés
bien des Cérémonies; on
retourne ensuite au logis
du deffunt ou on noye
l'affliction dans l'hydro-
152
Relation
mel & dans l'eau-de-vie.
Quoique les Moscovites
ne paroissent pas croire au
Pur gatoire, ils reconnois-
sent cependant deux lieux
où les ames se retirent;
les unes, dans un séjour
plaisant, & les autres, dans
un ténébreux; les premie-
res ont la conversation
des Anges, les autres, cel-
le des Diables.
Il n'y a point de Peuples
qui aiet plus de veneratio
pour leur Souverain, que
les Moſcovites; ils appre-
nent même à leurs Enfans
a parler du Czar, comme
de Dieu même, non -seu-
Historique.
153
lement dans leurs festins,
mais encore dans leurs
discours ordinaires.
Ils lui obéissent avec une
si grande déference, que
bien loin de s'opposer
à ſa volonté, ils disent au
contraire, que la Justice
& la parole de leur Prin-
ce est sacrée & inviolable.
Si le tems me l'avoit per-
mis, j'aurois pù donner la
Genealogie des Czars avec
un Abbrege de leur vie; j'au-
rois parlé des familles les plus
illustres de Moscovie, des
differens ordres, tant de la
Noblesse, de l'Eglise, de la
Iustice, que des Officiers de
Relation
154
la Cour, jajouterai seulement
aux Remarques historiques
précédentes, les Observations
suivantes.
La Religion Grecque est
la dominante dans toure la
Moscovie, & on peut dire,
qu'il n'y en a presque poim
d'autres.
Etat de l'Ordre du Gou-
venement Ecclesiastique.
Le Patriarche de Mos-
cou.
Le Métropolitain de
Novogrod.
Le Métropolitain de
Rostoff.
Le Métropolitain
de
Casan & Svviat.
Historique.
155
de
Le Métropolitain
Sarſek & Podons.
Ces Metropolitains soni,
comme les Primats en Fran-
ce. Aprés les Primars, sui-
vent les Archevêques, ensui-
te les Eveques & les Archi-
mandrites.
L'Archevêque, de Wo-
logda & Welike.
L'Archevêque de Resau
& Marou.
L'Archeveque de Suf-
dal & Taraſk.
L'Archevêque de Tuer
& Casan.
L'Archevêque de Sibe-
rie & Tobolsk.
L'Archevêque d'Af-
156
Relation
trackan & Terki.
L'Archevêque de Psousk
& Sbotbh.
L'Archevêque d'Ar-
changel.
L'Archevêque de Kiovy
L'Archevêque de Smo-
lensko.
Il y a de plus, outre les
Métropolitains & Arche-
vêques.
L'Evêque de Columna.
L'Eveque de Wiatka.
Il y a encore plus de 50
Archimandrites, qui sont
comme on voit en France,
les Abbez & Prieurs. Plu.
sieurs Prevosts, qu'on appel-
le Proto-Papas, & un trés-
grand
Historique.
157
grand nombre de Papas
Dans la seule Ville de Mos-
cou, on en compte plus de
4000.
Le Patriarche de Moscou,
pour le Reglement des affai-
res Ecclesiastiques, avoit
autrefois trois Pricas ou
Chancelleries; la premiere
est Roserad, qui est, comme
l'Archive Ecclesiastique; la
seconde, nommee Sudny, qui
est la Iustice Ecclesiastique;
la troisième, Kazennoy,
ou on régle les affaires. Les
Moscovites sont fort Reli-
gieux, sur tout à l'égard
des Images pour lesquelles ils
ont une grande vénération
158
Relation
Ils en ontdans leurs maisons,
& dans les coins de leurs
Chambres, ou de leurs Salles,
ornées d'or, d'argent, ou
de perles; selon les moyens
que chacun peur avoir. Ils
celebrent quantité de Fetes,
dont voici les principales.
La Nativite de la Vier-
ge le 8. de Septembre.
L'Exaltation de la Croix
le 14 de Septembre.
L'Oblation de la Sainte
Vierge, le 21 de Novem-
bre.
La Nativité du Sauveur,
le 15 de Decembre.
L'Epiphanie, ou laF ête
des Rois, le 6 de Janvier.
159
Historique.
La Chandeleur, le 21
Février.
L'Annonciation de la
Vierge, le 25 de Mars.
Pâques Fleurie, ou le
Dimanche des Rameaux.
Lejour de Pâques, ou
la Resurrection de J. C.
La Pentecôte ou l'Envoi
du Saint Esprit sur les A-
pôtres.
La manifestation de J.
C. sur la Montagne, le 6.
Aoust.
L'Ascension de la Mere
du Sauveur le 13 Aoust.
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Résumé : Des Enterremens.
Le texte traite des rites funéraires et des croyances religieuses des Moscovites. Après un décès, les proches entourent le corps et expriment leur chagrin en posant symboliquement des questions au défunt sur ses affaires, sa subsistance et la fidélité de son épouse. L'enterrement suit diverses cérémonies, après quoi les proches retournent au domicile du défunt pour noyer leur affliction dans l'hydromel et l'eau-de-vie. Les Moscovites croient que les âmes se dirigent soit vers un séjour plaisant avec les anges, soit vers un lieu ténébreux avec les démons. Les Moscovites vouent une profonde vénération à leur souverain, le Czar, qu'ils considèrent presque comme une divinité. Ils lui obéissent avec une grande déférence, respectant sa justice et sa parole comme sacrées et inviolables. La religion dominante en Moscovie est la religion grecque. L'organisation ecclésiastique est dirigée par le Patriarche de Moscou, assisté par plusieurs métropolitains et archevêques. Le Patriarche supervise les affaires ecclésiastiques via trois chancelleries : Roserad (archive), Sudny (justice) et Kazennoy (administration). Les Moscovites sont très religieux et particulièrement dévots envers les icônes, qu'ils ornent précieusement dans leurs maisons. Ils célèbrent plusieurs fêtes religieuses, notamment la Nativité de la Vierge, l'Exaltation de la Croix, la Nativité du Sauveur, l'Épiphanie, la Chandeleur, l'Annonciation, Pâques, la Pentecôte, la manifestation de Jésus-Christ sur la montagne, et l'Ascension de la Mère du Sauveur.
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455
p. 176-210
ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
Début :
LE 20 d'Avril un Officier du Czar se rendit à Dunkerque, [...]
Mots clefs :
Entrée, France, Roi, Tsar, Prince, Duc, Pierre Ier de Russie, Maréchal, Gardes, Carosse, Chambre, Officiers, Seigneurs moscovites, Chambre, René de Froulay de Tessé, Matin, Porte, Portière, Régent, Corps, Monarque, Suisses, Visite, Boris Ivanovitch Kourakine, François de Neufville de Villeroy, Marche, Carrosses, Duchesse, Dunkerque, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
ENTRÉE
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
DE S. M. CZARIENNE,
en France.
LE 20 d'Avril un Officier du
Czar se rendit à Dunkerque,
pour regler avec Mr du Libois Gen-
tilhomme ordinaire, la maniere
dont ce Prince seroit reçù. Il fut
convenu qu'il entreroit dans tou-
tes les Villes au bruit d'une triple
décharge de Canon, qu'il seroit
complimenté par les Magistrats,
qu'il auroit à sa Porte une Garde
Historique.
37
d'environ 30 hommes sans Dra-
peaux ni Tambours, & qu'on lui
donneroit une escorte de 15 Cava-
liers.
Le z1 M. du Libois étant allé
au devant de S. M. Cz. qu'elle
trouva à Zudcot, Terre de France,
& sur le chemin de Nieuport à
Dunkerque, la complimenta au
noin du Roy & de Monseigneur
le Duc Regent. Le 22 le Czar arri-
va à Dunkerque où il fut reçû, com-
me il l'avoit demandé, avec tous
les honneurs dûs aux Têtes cou-
ronnées. Ce Prince, pendant un
sejour de trois jours, visira exacte-
ment tous les anciens Quvrages dé-
molis, & les nouveaux Trayaux de
Mardick qu'il observa avec grand
soin; on fit jouer les Ecluses, dont
l'Art l'étonna fort.
Le 24. il desira voir la revue
des Troupes de la Garnison, elles
firent differents exercices, soit pour
l'attaque, soit pour la deffense d'u-
ne Place, &c.
Le 25. il partit de Dunkerque &
178
Relation
vint coucher à Calais où M. de
Mailly Marquis de Neelle qui y a-
voit eté envoye, le complimenta
de la part du Roy. Ce Seigneur fut
accueilli par S. M. Cz. avec toute
les marques de distinction dûes à sa
naissance, il a eû l'honneur de l'ac-
compagner depuis Calais jusqu'à
Paris, & de manger plusieurs fois
avec elle. Le Czar ſéjourna a Ca-
lais juſqu'au 4 de May, il y fit ses
Pâques & s'occupa à examiner, se-
lon sa coûtume, les Fortifications,
le Port, la Marine, &c. Le même
jour il vint coucher à Boulogne, le
5. à Abbeville, où il alla voir les
belles Manufactures de Draps fins, le
6. à Breteuil, & le 7. à Beaumont,
n'ayant pas voulu s'arreſter à A-
miens, ni à Beauvais, quoique tout
fut dispose pour l'y recevoir selon
son rang. M. l'Evèque de Beauvais
avoit même fait une dépense ex
traordinaire, dans l'attente que ce
Prince dineroit au Palais Episcopal;
mais, comme on lui representa
que s'il passoit outre , il féroit trés-
Historique.
179
mauvaise chere, il répondit, je suis
un Soldat, & pourvu que je trouve
du Pain & de la Biere, je suis con-
tent,
M. le Maréchal de Tessé qui l'at-
tendoit à Beaumont, depuis deux
jours, avec six carosses à 6 Chevaux,
(toute sa livrée magnifiquement ha-
billée) complimenta le Czar au nom
du Roy, & l'engagea à recevoir le
diner qu'on lui avoit preparé. Il y
fur traité splendidement & servi
par les Officiers de S. M. Mr. de
Livry Premier Maistre d'Hostel,
M. de Verton Maistre d'Hostel or-
dinaire, & M. de Cresmes Con-
trôleur de la Maiſon du Roy, s'y
étoient rendus, suivis de plusieurs
Officiers de la Bouche, pour or-
donner du repas.
Le Czar étant parti de Beaumont
sur les 5 heures du soir, monta avec
les Seigneurs Moscovites qui l'ac-
compagnent, dans les Carosses de
M. le Maréchal de Tessé; il étoit
escorté par un détachement de 15
Gardes du Corps.
180
Relation
Sur la nouvelle de ſon arrivée
dans cette Capitale, tout le che-
min, depuis S. Denis, étoit bordé
d'une double file de carosses avec
une affluence prodigieuse de mon-
de, dans l'esperance qu'ils auroient
le plaifir de voir ce Monarque ;
mais la nuit eſtant ſurvenue, il n'y
resta que les plus curieux.
Ce Prince arriva à Paris entre 9
& dix heures du soir, le Roy étant
déja couché Il fut furpris de voir
les ruës S Denis & S. Honoré tou-
tes illuminées, avec un Peuple in-
fini qui occupoit les fenêtres & les
passages, il descendit au vieux
Louvre, & il fut conduit dans l'ap
partement de la feue Reine Mere,
qui lui étoit prepare, il le parcou-
rut pendant une demie-heure, en
admirant la magnificence des meu-
bles de la Couronne & le nombre
prodigieux de Bougies, tant des
Lustres, que des Girandoles, qui
refléchissans dans les Glaces, lui
causerent une espece d'éblouisse-
ment. Etant entre dans la Salle où
Historique.
181
il trouva deux Tables de 60 cou-
verts chacune, en gras & en maigre,
il les considera & demanda un mor-
ceau de pain & des raves, goûta à
5 ou 6 sortes de vins, but deux.
gobelets de biere, qu'il aime beau-
coup; & jettant les yeux sur la foule
de Seigneurs & autres personnes
dont tous les Appartemens étoient
remplis, il pria M. le Maréchal de
Teſſé de le faire conduire à l'Hostel
de Lesdiguieres, proche l'Arsenal,
qui avoit été auſsi meublé pour lui.
M. le Maréchal ayant fait tout
son possible pour l'obliger à se met-
tre à Table, & lui ayant en même
tems representé que le Roy s'étoit
flatté qu'il resteroit au moins, trois
jours au Louvre, il le refuſa cons-
tamment, & pria qu'on lui laissa
la liberté : Comme on vit qu'il per-
ſeveroit à vouloir s'en aller à l'Ho-
tel de Lesdiguieres, on lui exposa
qu'il y avoit trop loin, que S. M.
ne pourroit pas faire ce chemin à
pied, & qu'elle ne trouveroit per-
sonne à cet Hôtel; qu'importe, re-
Relation
182
pliqua-t-elle, je ne m'embarasse pas
du chemin, & j'y veux aller. On lui
demanda la permission de faire ve-
nir un Carosse, car tous ceux de M.
de Tessé s'en étoient retournez, on
lui en fournit un de remise, dans
lequel il monta avec ce Seigneur; il
voulut faire éteindre les flambeaux
pour n'estre pas reconnu; en arri-
yant à l'Hôtel, on n'y trouva qu'
une seule personne qui tenoit un
Hambeau, il s'en saisit, & aiant
consideré le lit qui lui sembla trop
superbe, il entra dans une Garde-
Robe, à côté de ſa chambre où il y
en avoit un, destiné pour son Valet
de Chambre; il dit pour lors à M.
le Maréchal de Tessé, en voilà as-
Jez pour me coucher, je préfere les
petits endroits aux grands.
Pendant ces mouvemens, on
transporta promptement la plus
grande partie du souper à l'Hostel
de Lesdiguieres, non, sans un grand
embaras ; l'on y envoya 68 paires
de Draps pour sa suire.
Le lendemain 8 il ſe leva entre
4.
183
Historique.
4. & 5 hèures du matin, à son er-
dinaire, & se promena plus d'une
heure en Robe de Chambre dans
le Jardin. Un détachement de 50
Gardes Françoises & Suisses, com-
mandé par un Lieutenant, fut pose
pour faire la Garde à la Porte.
Les Seigneurs de Marque alle-
rent le matin rendre visite à S. M.
Cz. qui les reçût avec toute la dis-
tinction & le discernement d'un
Prince fort éclairé, se faisant ex-
pliquer par M. le Marêchal de Tes-
ſé les Emplois & les rangs de cha-
cun d'eux. On a remarqué qu'il
donnoit une préference particulie-
re à tous les Officiers de réputa-
tion, dont il n'ignoroit ni le nom,
ni les belles actions, il le fit assez
connoistre, lorsque M. le Maréchal
de Villars se présenta, en lui
disant, M. Le bruit de vos Ex-
ploits s'étend si loin par les servi-
ces signalez que vous avez rendu à
vostre Patrie, que quand le feu Roy
vous auroit accordé encore plus de
graces, on l'en loueroit davantage.
184
Relation
Comme ce Prince ne parle pas fran-
çois, la conversation se fit de part
& d'autre en Allemand.
Sur les 10 heures & demie du ma-
tin, MEr le Duc Regent alla, avec
un nombreux cortege, à l'Hostel
de Lesdiguières, ou 4 Seigneurs
Moscovites vinrent à ſa portiere, le
recevoir de la part du Czar, ses
Gardes n'étans point entrez dans
la Cour. SON ALTESSE ROYALE
trouva Sa Majeſté Czariene ſur
la porte de son Anti-Chambre qui-
la conduisit dans sa Chambre où
il y avoit deux fauteuils preparez.
Le Czar prit celui de la droite &
pria Monsieur le Duc d'Orleans de
prendre l'autre qui étoit à deux pas
de lui; ils s'entretinrent un de-
mi quart d'heure assis, le Czar s'ex-
pliquant par le Prince Kurakin qui
lui servoit d'Interprete. Il fit enfin
dire à Monseigneur le Duc Regent,
qu'il y avoit trop de monde, qu'il
falloit entrer dans son Cabinet; alors
s'étant levé, il passa-le premier,
S. A. R. le suivit, ils s'enfermerent
Historique.
185
avec le seul Prince Kurakin, & là
ce Monarque l'embrassa plusieurs
fois, & lui dit qu'aussi-tôt qu'il ût
appris qu'il étoit Regent, il avoit
formé la resolution de venir en
France. Monsieur le Duc d'Or
leans l'affura au nom du Roy,
qu'il étoit le Maître dans le Royau-
me, qu'il n'avoit qu'à ordonner,
qu'on se feroit un plaisir d'executer
ses volontez. La Conférence dura
une demie heure; on les vit sortir
ensuite, & l'on remarqua que le
Czar régla si bien ses démarches,
qu'il surprit la gauche, & donna la
droite à Merle Duc d'Orleans. S.
A. R. ſe voyant à la droite, s'éloi-
gna un peu pour prendre la gauche,
mais le Czar ne le ſouffrit pas, &
la reconduisit juſqu'au-dela de la
Porte de son Anti-Chambre; les
4. Seigneurs qui l'avoient introduit,
l'accompagnerent jusqu'à son ca-
rosse.
Le 10 au matin, le Roy fit aver-
tir le Czar qu'il iroit à cinq heures
du soir le visiter. Sur les 4. heu-
ij
186
Relation
res, le Roi partit du Palais des Tui-
leries dans un carosse à 8 chevaux,
il occupoit le fond, ayant M. le
Maréchal de Villeroy à côté de
lui, M. le Duc d'Albret comme
Grand Chambellan avoit la droite
du de vant du carosse, Mr de Mor-
temart comme Premier Gentilhom-
me de la Chambre, d'année, avoit
la gauche, M. le Duc de Charoſt
étoit à la portiere droite, comme
Capitaine de quartier des Gardes
du Corps, M. le Marquis de Lou-
vois ſe voyoit à la portiere gauche
comme Capitaine des Cent-Suisses
de la Garde.
Devant le carosse du Roy mar-
choit un autre carosse à 6 chevaux,
dans lequel étoient les Sous-Gou-
verneurs du Roy & les 4 Gentils-
Hommes de la Manche. Un troisié-
me caroſſe précedoit celui-là avec
les Ecuyers & autres Officiers du
Roy, deux Gardes du Corps à la
tente avec tous les Pages de la petite
Ecurie. Le carosse de S. M. étoit
entouré d'Officiers des Gardes du
Historique.
18
Corps à cheval, & 50 Gardes aiant
l'épee nue, formoient la marche,
precedés des Timballes, des Trom-
petres & des Hauts Bois de la
Chambre: Quantité des Premiers
Officiers de la Couronne avoient
pris les devans pour attendre le Roi
à l'Hostel de Lesdiguieres, & d'au-
tres suivoient dans leurs carosses.
La Marche en cet état, S. M.
arriva à l'Hôtel de Lesdiguières.
Le Czar vint recevoir le Roy à
la portiere de ſon carosse, lui don-
na la main pour descendre, & après
s'eſtre inclinez l'un & l'autre pro-
fondément & assez long-tems pour
ſe ſaluer, le Cz. embraſſa le Roy
tendrement, lui reprit la main &
ne la quitta pas jusqu'à ce qu'il
l'eut mis dans son fauteuil, les
Gentilshommes de la Manche aiant
voulu, selon le devoir de leur
Charge, s'approcher du Roy pour
lui aider à monter l'escalier, le
Czar leur fit signe, & leur dit
Messieurs, j'aurai bien soin du Roy
je le conduirai sans l'abando
laissez moi faire.
i)
188
Relation
Le Prince Kurakin étoit à côté
du Czar, pour expliquer tous les
sentimens de ce Prince, & M. le
Maréchal de Villeroy à côté du
Roy, pour interprétet toutes les pen-
ſées de son Maistre. Lorsque le Roy
fut assis dans un fauteuil à la droi-
te, & le Czar dans un autre à la
gauche, on entra en conversation,
elle se passa avec tant de tendresse
de part & d'autre, qu'on eût pei-
ne à retenir des larmes, tant les
Complimens & les Termes de S.
M. Cz. étoient affectueux & pé-
nétrans: Le Roy lui dit, que son
Oncle, le Duc d'Orleans, lui avoit ex-
pliqué de sa part, la joye qu'il ressen-
toit de posseder un si grand Prince
dans ses Etats, qu'il lui repetoit
qu'il en étoit le Maistre, qu'on ne
manqueroit en rien pour lui faire
connoistre l'estime qu'il avoit pour sa
personne, & pour lui procurer tou-
tes les satisfactions qu'il pourroit
sonhaiter, & qui dépendroient de
sa Couronne.
Pendant cet entretien, le Czar
Historique.
189
regarda toûjours le Roy, avec
une admiration mêlée d'un conten-
tement extraordinaire qui parois-
soit sur son visage, n'ayant d'atten-
tion que pour ce jeune Monarque
& ne jettant presque pas la vûë
sur aucun de ses Officiers, ausquels
il donna pourtant de fois à autre
des marques de sa consideration.
Aprés un quart d'heure d'entre-
vûë, le Czar prit la main du Roi,
à qui il laissa toûjours da droite,
le remena à ſon carosse, charmé
de la bonne grace & de la conte-
nance de S. M. il l'embrassa une
seconde fois & lui aida à monter;
ayant fait ensuite quelques pas en
arriere pour donner le tems à M.
le Maréchal de Villeroy & aux au-
tres grands Officiers d'entrer dans
le carosse, il les salua tous en pas-
sant avec une politesse qui les ren-
voya rous contens, & s'étant ra-
proché de la portiere, il prit con-
gé du Roy.
Le même jour, le Czar étant sor-
ti à 5 heures du matin dans un ca-
190
Relation
rosse à deux chevaux seulement,
en ayant fait dételer 4, dit qu'il
ne prétendoit pas marcher en
Pompe, il ne ſe fit accompagner
que de deux Gardes, & de l'Exempt
qui le suivirent àche val, recomman-
dant aux 6 autres Gardes qu'ils pou-
voient se reposer, parce qu'il n etoit
pas juste qu'il fatiguât tant de mon-
de : Il alla à l'Arsenal, à la Place
Royal dont il fit le tour; ensuite à
la Place des Victoires qu'il dessina
& y lût les Inscriptions, & de là à
la Place de Louis le Grand, dont
il admira la Statuë Equestre. Il
s'arrêta chez le Charpentier du
Roi, vit travailler ses Ouvriers
& travailla avec eux, s'informant
du nom & de l'usage des outils dif-
ferens; il descenait aussi chez le
Menuisier du Roy où il fit ses ob-
servations. Ce Monarque avoit
prié le jour précédent M. le Duc
d'Antin de lui fournir une descrip-
tion de tout ce qu'il y avoit de plus
curieux à Paris: Deux heures aprés
ce Seigneur lui apporta un Cahier.
Historique.
191
proprement relié, qui contenoit
toutes les Raretez de cette grande
Ville, il le reçût sans l'examiner,
s'entretenant pour lors avec plu-
sieurs Seigneurs de sa suite, mais
l'ayant ouvert; il fut agréablement
ſurpris de le voir traduit en Lan-
gue Esclavone, & s'écria qu'il n'y
avoit qu'un François capable de
certe politesse, il l'en remercia fort.
Le 1I. le Czar fit demander au
Roy, son heure la plus commode
pour se donner l'honneur de lui
rendre visite, elle fut reglée à 5
heures du soir.
S. M. Cz. dans un carosse du Roi,
étant seule dans le fond, le Prince
de Kurakin à une portiere, & M. le
Matéchal de Tessé à l'autre, le
Comte Dolhorouki Lieutenant Ge-
neral de ses Troupes, & le Baron
Schaffirovv Vice-Chancelier sur le
de vant, partit à 4 heures du soir de
son Hôtel. Elle étoit escortée par
les 8 Gardes du Corps & l'Exempt,
avec 4 carosses de la livrée de M.
le Maréchal de Tesfé, où étoit
192
Relation
la suite du Prince. Les embaras dans
les Ruës furent si grands pendant
la marche, que ce Prince ne pût
arriver que sur les 5 heures trois
quarts aux Tuileries. Il trouva à
son passage les Gardes Françoises &
Suisses sous les Armes, les Tam-
bours battans aux Champs, les
Gardes de la Porte à leur Poste or-
dinaire. Le Roi qui l'attendoit dans
l'Appartement has de M. le Duc du
Maine, s'avança jusqu'à la portiere
du carosse, d'ou le Czar sortit
promptement pour saluer le Roy
qu'il embrassa, le Roi lui donna la
droite: Comme il y avoit un monde
infini à regarder cette Cérémonie,
le Czat prit de ses deux mains celle
du Roy, le conduisant avec beau-
coup d'attention, en faisant signe
qu'on s'écartât, dans l'apprehen-
sion qu'on ne pressât le jeune Roi.
Il monta l'escalier bordé par les
Cent-Suisses du Roi, traversa la Sal-
le des Gardes du Corps qui étoient
en haye & entra dans la Chambre
du Roi, tous les Appartements
Historique.
193
étants remplis de Seigneurs & de
Dames.
Les deux Rois passerent un mo-
ment aprés dans le Grand Cabinet
du Conseil de Regence, d'où on a-
voit eû soin d'ôter la grande Ta-
ble, afin qu'il y eût plus d'espace.
Il y avo't deux fauteuils, le Czar
s'étant placé à la droite; il adreſsa
ce petit discours au Roy. Cxar
mon frere, il y a long-têms que je
souhaitois voir un Roy de France
dans la gloire de sa Majesté, J'ai au-
jourd hui la satisfaction de voir un
jeune Roy qui promet tout ce que ses
Ancêtres ont fait de grand; je sçais
plusieurslangues, je voudrois les avoir
toutes oubliées, & ne sçavoir que la
Françoise, pour entretenir vostre Ma-
jesté.
Aprés ce Compliment, il se leva
& le Roy lui donnant toûjours la
droite, le reconduisit jusqu'à la
portiere du carosse. Le Czar l'a-
iant de nouveau embrassé, pria
instamment le Roy de se reti-
ter, mais S. M. le voulut voir
Relation
194
monter, & resta jusqu'à ce que S.
M. Cz. fut en marche.
Le même jour 1i. le Prevôt des
Marchands & les Echevins en habit
de Cérémonie saluerent le Czar, &
lui porterent les présents ordinaires
de la Ville conduits par M. le
Marquis de Dreux, Grand Maistre
des Cérémonies.
Le 12. M le Duc d'Antin alla
le prendre à 5 heures du matin,
pour le mener promener aux Go-
belins & au Jardin du Roy, ce
Prince demeura assez long-temps
à voir travailler à revers, aux bel-
les Tapisseries qui se font dans cette
Manufacture Royale, il admira
l'adresse & l'habileté des Ouvriers.
L'aprés midy, il monta à l'Observa-
toire , où il ne reſta que fort peu,
ayant promis d'y revenit pour tour
examiner. Le lendemain il fut con-
duit à la Manufacture des Glaces.
Le 14. le Czar ſe rendit au Pa-
lais Royal, accompagné de M. le
Maréchal de Tessé, des Princes
& Seigneurs Moscovites. Son Al-
tesse
Historique.
19)
teſse Royale entourée des princi-
paux Officiers de sa Maison, vint
le recevoir à. la ſortie du carosse,
le conduisit dans son Appartement,
où il lui fit voir sa Galerie & ses
Tableaux; ensuite son A. R. me-
na S. M. Cz. par son petit Ap-
partement, chez Madame, où la
visite ſe paſſa debout. Cetre Prin-
cesse lui presenta MEr le Duc de
Chartres & Mademoiselle de Mont-
pensier. La conversation dura plus
d'un quart d'heure en Allemand.
Madame expliquant à Mer le Duc
Regent, ce que le Czar lui disoit.
Aprés avoir pris quelques
rafraichissemens, il vit l'Ope-
ra d'Hypermnestre, de la loge
du Palais Royal. S. A. R. Msr le
Duc de Chartres, le Vice-Chance-
lier, deux autres Seigneurs de sa
Cour, & M. le Maréchal de Tessé
étoient au premier rang, le Prince
Kurakin étoit placé derriere le Cz.
M. le Marquis de Simianes, & M.
le Marquis d'Estampes derriere
Mer le Duc d'Orleans.
R
196
Relation
S. M. Cz. fut frapée, lorsqu'on
le va la Toile, de la magnificence du
spectacle, des Changemens de dé-
corations, & de la danse deMlle Pre-
vôt. Elle se rafraichit de quelques
verres de Biere qu'elle ne voulut pas
recevoir de la main de ce Prince
qui les lui présentoit. Elle quitta
au quatrième Acte Lorsqu'Elle en
sortit; Elle fut reconduite parMsr le
Duc Regent jusqu'à l'endroit où il
étoit venu la recevoir.
Le même jour au matin, Mr le
Duc d'Antin accompagna le Czar
à l'Académie Royale de Peinture
& de Sculpture, où Mr Coepel,
Peintre célébre, ût l'honneur de
lui expliquer tous les Sujets diffe-
rents qui méritent quelques obser-
vations; il vit encore avec plus de
satisfaction dans la grande Ga-
lerie du Louvre les Plans en relief,
des Places fortifiées du Royaume,
il se promena ensuite dans le Jardin
des Tuileries.
Le 16. le Cz. se rendit aux Invalides
à l'heure du diner, Mr le Maréchal
Historique.
197
de Villars l'ayant conduit dans le
Réfectoire, il y trouva tous les
Soldats qui se mettoient à table;
il gouta de leur soupe, aprés quoy
il demanda un Gobelet dans lequel
il se fit verser de leur vin & but
à leur santé, il salua en particulier
tous les Officiers, & leur fit l'hon-
neur de les nommer ses Camarades,
après quoy on lui fit voir tous les
Bâtimens & ce qu'il y a de plus
curieux dans ce magnifique Hôtel,
entre'autres, le Dom e qui lui pa-
rut superbe, tant par son éle vation,
que par ses belles Peintures. Mais,
il a été encore plus charmé de l'In-
stitution de cette Maison, qui il-
luſtre ſi fort le Regne & la Mé-
moire de Louis XIV.
Le 17. S. M. Cz. alla diner au
Chaſteau de Meudon où elle viſita
tous les appartemens, se promena
à cheval dans le Parc; la Situation
de cette Maison Royale, & sa Vûe
lui firent encore plus de plaisir que
tout le reſte, il en revint à 6 heu-
res du soir.
Relation
198
Le 18. trois Seigneurs Moscovites
parurent devant le Roy qui donnoit
Audiance aux Ministres Etrangers.
Ils avoient le Cordon Bleu, dont
deux le portent de droit à gauche,
comme le Czar qui est le Grand
Maître de l'Ordre de S. André, qui
fut institué par ce Monarque en
1698. pour recompenser le mérite
de ses Officiers, dans la Guerre
contre ses Ennemis: On lit ces
mots sur la Croix en Esclavon,
TZAAR PET-SAMO IPOVVE ESE
ROS. En françois, Czar Pierre Mo-
narque de toute la Russie. A l'é-
gard du troisième Seigneur, il le
por oit de gauche à droite qui est
l'Ordre de l'Aigle Blanc de Polo-
gne.
Le 19. ce Prince alla aprés midi
pour la seconde fois à l'Observatoi-
re, M. de Maraldy lui fit voir tout
ce qui sert à operer les observations
Astroromiques : Le Czar donna
dans cette occasion des preuves de
ses lumieres & de ses connoissan-
ces acquises dans cette Science:.
199
Historique.
Le 21. le Czar vint au Palais
Royal du Luxembourg à 6 heures
du soir, rendre visite à Madame
Duchesse de Berry; il trouva en
arrivant les Cent-Suisses rangez en
haye, le long de l'escalier, la hale-
barde à la main, les Gardes du
Corps dans la Salle, le Mousquet
sur l'épaule : M. le Marquis de la
Rochefoucault Capitaine des Gar-
des de cette Princesse, alla le pren-
dre au bas de l'Escalier. M. le Mar-
quis de Coëtenfao Chevalier
d'Honneur, & Me. la Marquise de
Pons Dame d'Atour, le reçûrent
à la porte du Cabinet, Madame
Duchesse de Berry, accompagnée
de tous les Officiers & Dames de
sa Maison, qui est des plus biillan-
tes, se presenta à la porte de sa
chambre, pour recevoir S.M. Cza-
rienne qui lui fit, deux profondes
reverences, l'embrassa & la salua
d'un côté seulement, lui fit un com-
pliment trés-poli, qui fut expliqué
par l'Interpréte, auquel Madame
Duchesse de Berry répondit gra-
Riij
200
Relation
cieusement; on passa ensuite dans la
Chambre, & de là dans le Cabi-
net où l'on avoit préparé deux fau-
teuils: le Czar s'aſsit à la droite &
Madame à la gauche : Le Czar
étoit accompagné du Prince Kura-
kin, de tous ses Officiers, & de
M. le Maréchal de Tessé; la con-
versation dura une demie-heure,
aprés laquelle le Czar demanda à
Madame, la permission d'aller voir
les Appartemens, elle l'y accompa-
gna: S. M. s'arrêta long-temps
dans la Chambre des Muses & ad-
mira le David qui est du Guide,
surtout elle fut frapée de la Venusde
Vandek qui demande des Armes à
Vul cain pourEnée: Elle fut présd'un
quart d'heure à la contempler, ce
qui marque son grand goût pour la
Peinture: Elle ne fut pas moins sur-
prise en ent rant dans la Galerie, d'y
voir toute l'Histoire de Marie de
Medicis & d'Henry IV. peinte par
Rubens: Le Tableau qui represente
l'accouchement de la Reyne, où
l'on voit la douleur & la joye pein-
Historique.
201
tes ſur le même viſage, le toucha
beaucoup. Le Cz. vit les autres Ap-
partemens, & s'apercevant que Ma-
dame étoit fatiguée, il voulut la
reconduire dans sa Chambre, & lui
demanda la permission d'aller se
promener dans le Jardin, & qu'il re-
viendroit prendre congé d'elle:
Madame lui répliqua qu'elle des-
cendroit plûtôt que de permettre
qu'il remontât: il prit congé de Ma-
dame, l'embrassa & la falua com-
me il avoit fait en entrant: aprés a-
voir admiré l'Architecture de ce Pa-
lais, il fit plusieurs tours dans les jar-
dins, d'ou il ne sortoit qu'à 7 heures.
Ce jour là, Madame Duchesse de
Berry portoit un habit violet parse-
mé de fleurs d'argent, sa coëffure
étoit toute couverte de plerreries.
Le 22. il alla ſe promener a u pe-
tit Bercy chez M. Pajot d'Osambré
pour y voir le be au Cabinet de Cu-
riosités en toutes especes, qu'il y a
rassemblées. Ce Prince y resta en-
viron trois heures à tout examiner,
ne pouvant presque pas en sortir; il
202
Relarion
promit à M. Pajot de le revenir
voir. C'est ainsi que ce Grand Prin-
ce employe si utilement son tems à
observer tout ce qui peut flater sa
curiosité, tant au dedans qu'au de-
hors de Paris, dans les endroits pu-
blics, comme chez les particuliers.
Il a visité nos plus habiles Faiseurs
d'Instruments de Mathematiques,
tels que les sieurs Chapoteau, Byon
& Buterfield, il a été trois ou
quatre fois chès ce dernier, pour voir
les Experiences & les effets surpre-
nants de ſes belles pierres d'Ai-
mans. S. M. s'est entretenue avec
lui en Hollandois sans Interpréte;
elle a manié & examiné tout par
elle-même chés les uns & chés les
autres, ausquels elle a commandé
quelques Instruments, étant parfai-
tement au fait de tout ce qui re-
garde les Mecaniques.
S. M. Czarienne qui n'avoit pû
aller diner les jours précedens à
S. Cloud, à cause de quelque le-
gere indisposition, s'y rendit le 23
avec M. le Maiéchal de Tessé &
203
Historique.
les Principaux Seigneurs de sa
Cour, ou tout étoit préparé pour
l'y recevoir. Mer le Du e Regent se
trouva à la descente du carosse &
le conduisit dans les Appartemens.
Aprés le dîner, le Czar souhaita
voir les Jardins, & jouer les Eaux,
il parcourut tout le Parc, partie en
calèche & partie à cheval, toûjours
accompagné de S. A. R. qui le re-
conduisit à l'endroit où elle étoit
venuë le recevoir; leCzar revenant
par le Bois de Boulogne eût la cu-
riosité d'entrer dans le Château de
Madrid, que M. d'Armenonville
embellit tous les jours En passant
dans la Plaine des Sablons, il s'y
arreſta pour voir faire l'exercice
aux Gardes Françoises & Suisses;
ce qui fut cause qu'il ne vint que
fort tard rendre visite à Madame
la Duchesse d'Orleans qui le re-
cût à l'entrée de son Antichambre,
& lui presenta Mademoiselle.
Le 24, le Czar vit le Roy in-
cognito à d heures & deinie du ma-
tin. Il paſsa par l'Appartement de
204
Relation
Mr le Maréchal de Villeroy. Le
Roy averti de ſon arrivée, alla le
joindre dans le petit Cabinet
du Billard. Le Czar l'ayant ap-
perçû, alla au devant avec em-
pressement, & l'embrassa avec ten-
dresse deux ou trois fois. La con-
versation étant tombée sur la Carte?
de Moscovie, Mrle Maréchal de
Villeroy ſe la fit apporter, & dit au
Czar, que le Roy seroit bien aise
d'apprendre, par lui-même, si elle
étoit éxacte. Le jeune Roy ayant
en miême tems jetté les yeux dessus,
s'entretint de la situation des Pro-
vinces, de la diversité des Rivieres
& du nombre des principales Villes
de ce grand Etat qu'il suivoit mé-
thodiquement. Ravi d'entendre le
Roi& surprisde la clartède ses idées,
le Cz. prit ſon crayon & lui mon-
tra la jonction qu'il avoit entrepri-
ſe du Volga au Tanais, pour avoir
* Cette Carte a été dressée par
M. de Liste sur les Memoires de
Sa Majesté Czarienne,
Historique.
105
la communication de la Mer Cas-
piene, avec la Mer noire. Il fit,
voir ensuite, que pour aller s'op-
poſer au Roy de, Suede à Pultauva.
Il avoit fait faire à son Armée une
marche de 400 lieuës; mais beau-
coup plus aisément qu'en France,
par la quantité de Riviéres dont
son Royaume est arrosé; ce qui fa-
cilite l'accélération de la marche
des Troupes & de l'attirail. Après
une demie heure d'entrevûë, il
passa dans une Chambre de Mr le
Maréchal de Villeroy, où on lui
déploya sur une Table, les Pierre-
reries de la Couronne; de la beau-
té & du prix desquelles, il jugea
en Connoisseur.
Au fortir de chez le Roy, il par-
tit avec toute sa suite, pour Ver-
sailles, qu'on avoit préparé & meu-
blé avec la derniere magnificence,
& dans toute la propreté & la ga-
lanterie qui ait jamais paru sous le
feu Roy. Il eft inutile de dire, que
S. M. Cz. fut enchantée de toutes
les Merveilles de l'Art, qui embé-
Relation
206
lissent si fort cette Maison Royale.
Les Jardins nouvellement sablés,
les Eaux, les Bosquets, les Statuës
& le grand Canal, furent pour ce
Prince, le plus étonnant spectacle
qui puisse s'imaginer. On avoit û
la précaution d'envoyer un déta-
chement des Gardes Françoises &
Suisses, pour garder les avenuës
du Parc, & empêcher que per-
sonne n'y entrât. Plusieurs Offi-
ciers de la Bouche avoient pris les
dévants, afin de lui préparer à man-
ger. Vingt Bateliers des mieux faits,
habillés en Matelots, étoient de-
ſtinés pour conduire ce Monarque
dans les Gondoles sur le Canal, à
Trianon, avec toutes les personnes
de sa suite. Pendant son Séjour à
Verſailles, il a été voir la Machine
& le Château de Marly, dont
les Jardins sont toujours très- pro-
prement entretenus. Il a beaucoup
dessiné, & fait des Remarques sur
tout ce qu'il a vû. Il en revint le
vingt-sept de grand matin, à Paris,
jour de la Fête de Dieu, pour voir
les
207
Historique.
les Processions. Il entendit dans
une des Voutes du Chœur de
Nôtre-Dame, la Grand-Messe,
célébrée par Mr le Cardinal Ar-
chevêque. Il alla le même jour
aux Enfans-Trouvés.
Le 28, ce Ptince toujours ac-
compagné de Mr le Maréchal de
Teſſe, ſe transporta à la Monoye,
où il vit fabriquer différentes Es-
péces d'Or & d'argent. Il y frapa
lui -même trois Ecus.
Le 30 de May, Mt le Duc
d'Antin, engagea ce Prince à al-
ler diner à Petit-Bourg, d'où il
a dû se rendre à Fontainebleau,
tout étant disposé pour l'y rece voir,
& pour lui donner successivement
le plaisir de la Chasse du. Loup
du Cerf & du Sanglier : Différens
Equipages de Chasse aussi superbes,
que nombreux, ont pris les devants
& se tiennent prêts au premier or-
dre. MEr le Comte de Toulouse
accompagnera ce Prince pendant
le tems qu'il restera à cette Mai-
son Royale, & dirigera la Chasse.
208
Relation
Les Seigneurs Moscovites de la
fuite de ce Monarque sont Mr le
Prince Kurakin, Ambassadeur en
Angleterre, en Hollande, & Plé-
nipotentiaire au Congré de Brunsy-
vick. M. de Schaffirof Vice-Chan-
celier & Conseilier Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc
de Pologne, Directeur des Postes
cy-devant Ambassadeur en Tur-
quie. Mr Jagousinki, General
Ajudant & Chambellan. Mr de
Makadoff, Secretaire de Cabiner.
Mr Moursin Lieutenant des Gardes,
Mr Sava Rogouzintki Conseiller
de la Cour. Le Duc Dolgourouki
Lieutenant General, & Lieurenant
Colonel des Gardes, Chevalier
de l'Ordre de Saint André. Mr
Boutourlinki Lieutenant General,
M. Tolstai Conseiller Privé, Che-
valier de l'Ordre de l'Aigle blanc.
M. Nareskin general Ajudant &
Chambellan. M. Darkin Conseil-
lier Medecin. Je passe sous silence
plusieurs Gentils-Hommes Russes
qui ont suivi ce Prince.
Historique.
209
Je terminerai le Journal du mois
de May par le Portrait suivant de
S. M.
Le Czar âgé de 45. ans, est
grand, d'une stature d'environ
cinque pieds & demi, bien pris dans
ſa Taille, n'étant ni maigre, mi
gras, brun de visage, des yeux
trés vifs, le nez & la bouche en-
semble, bien rele vée de deux petites
moustaches noires, avec une phi-
sionomie élevée & en même tems
affable.
Ses Habits à la Françoise sont des
plus simples, le Sourtout qu'il porte
ordinairement est brun, avec un
petit bordé d'or; sa Perruque de
cheveux presque noirs, est en façon
de celle d'un Abbé. Il dîne entre 10
& 11. heures; soupe légerement,
se couche de bonneheure, & se
leve de grand matin. Il a û de sa
premiere femme Ottokosa Fede-
rovyna, le 18. Février 1690.
Alexis Petovviz Prince Czarien,
Hereditaire de la Grange Russie;
lequel avoit épousé Charlotte-Chri-
21o Relation Historique.
stine Sophie de Vvolfembutel, de la-
quelle il lui est né un Prince &
une Princeſſe. Sa Majeſté Cza-
rienne a actuellement de la Czarine
sa seconde femme, un fils & deux
filles vivantes. Sa Liviée est verte,
qui est une des couleurs primitives.
On continuëra dans les Mercures
suivans de donner le détail de ce
qui concerne ce Prince.
FIN.
Fermer
Résumé : ENTRÉE DE S. M. CZARIENNE, en France.
Du 20 avril au 21 mai, le tsar de Russie effectua une visite officielle en France. Il débarqua à Dunkerque, où il inspecta les ouvrages de défense, les troupes et les fortifications. Après avoir traversé plusieurs villes, il arriva à Paris le 7 mai. À Paris, il fut impressionné par les illuminations et la foule. Il rencontra le duc d'Orléans et manifesta de la courtoisie envers le jeune roi de France. Le tsar visita divers lieux parisiens, tels que l'Arsenal, la Place Royale et la Place des Victoires, montrant un intérêt marqué pour les arts et les techniques françaises. Il reçut les hommages des autorités parisiennes et visita des manufactures comme celle des Gobelins. Du 19 au 21 mai, il effectua plusieurs visites officielles, incluant le Palais Royal, les Invalides et l'observatoire astronomique. Il admira les œuvres d'art et les curiosités parisiennes, notamment celles de Rubens. Le tsar visita également le cabinet de curiosités de M. Pajot d'Osambré, des artisans, Saint-Cloud et Versailles. Il rencontra le roi Louis XV incognito pour discuter de stratégies militaires et visita la Monnaie. Accompagné du maréchal de Tessé, il participa à des chasses à Fontainebleau. Le tsar, âgé de 45 ans, portait des habits simples et avait une routine régulière. Il était accompagné de plusieurs seigneurs moscovites, dont des ambassadeurs et généraux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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456
p. 108-111
De Rome, le 4 May.
Début :
L'Ecrivain Syrien de la Biblioteque du Vatican, Envoyé par le Pape [...]
Mots clefs :
Pape, Livres, Histoire des martyrs, Théologie, Dispute, Histoire, Égypte, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome, le 4 May.
De Rome , le 4 May.
L'Ecrivain
Syrien de la Biblioteque
du › Envoyé par
le Pape en Egipte & en Syrie, en eft
revenu avec 150 Msc choifis.
Ent'autres , on voit le pretieux
Livre d'Eufebe de Céfarée , tant
défiré , & recherché de toute l'Antiquité
, c'est- à- dire , fon Martyrologe
, ou l'Hiftoire des Martyrs . Il
eft en Syriaque , & d'une Antiquité
d'environ 1000 ans . On a eu
S. Ephrem fur tout le Vieux Teftament.
Deux Peres Anecdotes ,
S. Jacques Evêque de Sarug : Ses
Homélies font un Tome in-fol.
Syriaq . & S. Jacques de Nifibi ;
bien des Collections de Canons .
Parmi les Msc . Arabes , il y en
a de fort bens en fait d'Hiftoire ,
de Géographie , de Théologie Arabe
, de Médecine , de Morale , de
Mathématique . Le Livre d'Eufebe
fera le premier à paroître au jour :
Enfuite, les autres viendront peutêtre
[
"
DE MAY. 109
être , fur les rangs. Le Pape veut
renvoyer le même homme dans
deux ans d'ici , en Méfopotamamie
, où il y a apparence qu'ii
fera une meilleure & plus riche
récolte. On va donc bien - tôt imprimer
Eufebe , & un Ouvrage .
Anecdote d'Avicenne , qui eſt une
courte explication de ce qu'il a
écrit ailleurs plus au long. Je fouhaite
furtout qu'on imprime les
Livres Hiftoriques, comme une ancienneChronique
d'Egypte, une autre
d'Alep & de Damas , une Hiftoire
des Sarrazins , les Lettres
des Sévériens & leur Hiftoire ' ,
la Difpute d'un Neftorien ,
un Ortodoxe & c . J'ay appris aujourd'hui
la datte du Livre d'Eufebe.
Il est écrit , ou achevé l'année
de l'Ere d'Antioche 521. ( 475 de
J. C. ) au mois de Nifan , feria 4 .
Je ne me fouviens pas du quantiéme
du mois. Le Pape alla le Mardi
gras , avec bien des Cardinaux à
la Vaticane , voir ces Livres , qu'on
avoit placé fur une grande Table.
May 1717.
K
avec
110 LE MERCURE
y
avoit au milieu , un Crocodile
mort , un Cédre du Mont-Liban
, une Noix d'Egypte , une des
Pierres d'une Montagne près de
Damas , lefquelles ont toutes , un
poiffon empreint , de couleur noire
& en relief : Le Sirien en a apporté
quatre.
Don Alexandro Albani a û la
mortification de fignifier à Dona
Maria Bernardina fa mere , de fortir
de Rome , par ordre du S. Pere ,
qui l'a releguée à Caftel , jufqu'à
nouvelle ordre ; cette difgrace eft
attribuée à quelques Mémoriaux
qu'on jetta dans le caroffe de Sa
Sainteté , par lefquels on fe plaint
de cette Dame , entre autres chofes
, d'avoir pris fans payer , à un
Cabaretier de Rome , quelques
Jambons & autres bagatelles de
cette nature , quoique le S. Pere
fonbeau-frere, lui donne vingt - cinq
Ecus par mois .
Dimanche 2 , le Pape fit la Cérémonie
de l'Incoronation d'une
Madona Miraculenta , à San Pietro
1
DE MAY. III
་
in Montorio , en faveur des Francifcains
, qui ne font pas fort aifés.
L'Ecrivain
Syrien de la Biblioteque
du › Envoyé par
le Pape en Egipte & en Syrie, en eft
revenu avec 150 Msc choifis.
Ent'autres , on voit le pretieux
Livre d'Eufebe de Céfarée , tant
défiré , & recherché de toute l'Antiquité
, c'est- à- dire , fon Martyrologe
, ou l'Hiftoire des Martyrs . Il
eft en Syriaque , & d'une Antiquité
d'environ 1000 ans . On a eu
S. Ephrem fur tout le Vieux Teftament.
Deux Peres Anecdotes ,
S. Jacques Evêque de Sarug : Ses
Homélies font un Tome in-fol.
Syriaq . & S. Jacques de Nifibi ;
bien des Collections de Canons .
Parmi les Msc . Arabes , il y en
a de fort bens en fait d'Hiftoire ,
de Géographie , de Théologie Arabe
, de Médecine , de Morale , de
Mathématique . Le Livre d'Eufebe
fera le premier à paroître au jour :
Enfuite, les autres viendront peutêtre
[
"
DE MAY. 109
être , fur les rangs. Le Pape veut
renvoyer le même homme dans
deux ans d'ici , en Méfopotamamie
, où il y a apparence qu'ii
fera une meilleure & plus riche
récolte. On va donc bien - tôt imprimer
Eufebe , & un Ouvrage .
Anecdote d'Avicenne , qui eſt une
courte explication de ce qu'il a
écrit ailleurs plus au long. Je fouhaite
furtout qu'on imprime les
Livres Hiftoriques, comme une ancienneChronique
d'Egypte, une autre
d'Alep & de Damas , une Hiftoire
des Sarrazins , les Lettres
des Sévériens & leur Hiftoire ' ,
la Difpute d'un Neftorien ,
un Ortodoxe & c . J'ay appris aujourd'hui
la datte du Livre d'Eufebe.
Il est écrit , ou achevé l'année
de l'Ere d'Antioche 521. ( 475 de
J. C. ) au mois de Nifan , feria 4 .
Je ne me fouviens pas du quantiéme
du mois. Le Pape alla le Mardi
gras , avec bien des Cardinaux à
la Vaticane , voir ces Livres , qu'on
avoit placé fur une grande Table.
May 1717.
K
avec
110 LE MERCURE
y
avoit au milieu , un Crocodile
mort , un Cédre du Mont-Liban
, une Noix d'Egypte , une des
Pierres d'une Montagne près de
Damas , lefquelles ont toutes , un
poiffon empreint , de couleur noire
& en relief : Le Sirien en a apporté
quatre.
Don Alexandro Albani a û la
mortification de fignifier à Dona
Maria Bernardina fa mere , de fortir
de Rome , par ordre du S. Pere ,
qui l'a releguée à Caftel , jufqu'à
nouvelle ordre ; cette difgrace eft
attribuée à quelques Mémoriaux
qu'on jetta dans le caroffe de Sa
Sainteté , par lefquels on fe plaint
de cette Dame , entre autres chofes
, d'avoir pris fans payer , à un
Cabaretier de Rome , quelques
Jambons & autres bagatelles de
cette nature , quoique le S. Pere
fonbeau-frere, lui donne vingt - cinq
Ecus par mois .
Dimanche 2 , le Pape fit la Cérémonie
de l'Incoronation d'une
Madona Miraculenta , à San Pietro
1
DE MAY. III
་
in Montorio , en faveur des Francifcains
, qui ne font pas fort aifés.
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Résumé : De Rome, le 4 May.
Le 4 mai 1717, un écrivain syrien de la bibliothèque du Pape a rapporté environ 150 manuscrits précieux d'Égypte et de Syrie. Parmi eux figurent des œuvres d'Eusèbe de Césarée, un martyrologe syriaque du XIe siècle, des écrits de Saint Éphrem sur l'Ancien Testament, des homélies de Saint Jacques de Sarug, et des collections de canons de Saint Jacques de Nisibe. Les manuscrits arabes traitent de l'histoire, la géographie, la théologie, la médecine, la morale et les mathématiques. Le livre d'Eusèbe sera le premier à être publié. Le Pape prévoit d'envoyer l'émissaire en Mésopotamie dans deux ans pour obtenir davantage de manuscrits. La lettre mentionne aussi divers objets apportés, comme un crocodile mort, un cèdre du Mont-Liban, une noix d'Égypte et des pierres avec des empreintes. Elle relate également la disgrâce de Dona Maria Bernardina, mère de Don Alessandro Albani, exilée à Castel Gandolfo pour des dettes impayées. Enfin, le Pape a célébré l'incoronation d'une Madone miraculeuse à San Pietro in Montorio en faveur des Franciscains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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457
p. 121-123
A L ... le 10 Juillet 1717.
Début :
Il faut que je vous communique, M. une Nouvelle qui, je crois, [...]
Mots clefs :
Réparations, Église, Chanoines, Sculpteur, Archevêque, Purgatoire, Flammes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L ... le 10 Juillet 1717.
A L ... le 10. Juillet 1717.
Il faut queje vous communique,M.
une Nouvellequi , je crois , mérite
d'avoir part dans vôtre Mercure.
Meffieurs les Chanoines de Saint ..
ont fait réparer dans leur Eglise une
Chapelle , dediée aux Ames détenues
dansles Flames du Purgatoire ,
Juillet 1717. L
121 LE MERCURE
le Sculpteur qui en a fait la repré
Sentation en bas relief , a placé directement
au milieu de ſes Figures
l'Effigie du Pere Prieur du Couvent
des .... tellement ressemblant ,
qu'iln'y a ûpersonne qui s'y ſoit mépris:
Le Pere s'y étant reconnu luimême
, en a étéportersesplaintes à
Messieurs les Chanoines , qui ont
fait venir le Sculpteur , pour l'obliger
à délivrer le Pere , des Flames
du Purgatoire ; mais s'en étant excufé,
sous prétexte qu'il ne poн-
voitpas toucher àſon Ouvrage,ſans
legâter,le R. P. peu content de
cette défaite , crut qu'il y alloit de
Son honneur de s'en plaindre à M.
l'Archevêque. Le Sculpteur interrogépar
Monseigneur , fi cette Ref-
Semblance étoit un effet du hazard ,
ou deſa volonté , répond que le hazard
n'y avoit aucune part. Sur cela
le R. P. demandejustice à Sa Grandeur,
&prétend en avoir une Reparation
digne de l'Offense : M. l'Archevêque
ne voulant point condamner
l'Accusé , Sans entendre ſes
1
123
-
DE JUILLET.
raiſons , lui ordonne de ſe défendre ,
ce qu'il fit en ces termes,
Monseigneurl, eCarême passé, le
..... Pere.... préchant à Saint ..
dit , que ceux qui retiendroient le
Biendd''aautrui,seroient déterusdans
les Flames du Purgatoire , jusqu'à
ce qu'ils úſſent payéleurs dettes : II
ya, Monseigneur , plus de deux
ans , qu'il me doit 300. livres , dont
je ne puis rien tirer c'est ce qui
m'a détermine à l'y mettre &
à l'y laiſſer ; à moins que Votre
Grandeurn'en ordonne autrement :
L'Archevêque trouvant la réponſe
du Sculpteur fondée sur l'équité ,
condamna le Moine , honteux &
confus, à rester en Purgatoirejusqu'à
ce qu'il ût acquité entierementfon
Créancier. Je suis ,
Monfieur ,
Votre affectionné Serviteur,
Le Chevalier de Lorme.
Il faut queje vous communique,M.
une Nouvellequi , je crois , mérite
d'avoir part dans vôtre Mercure.
Meffieurs les Chanoines de Saint ..
ont fait réparer dans leur Eglise une
Chapelle , dediée aux Ames détenues
dansles Flames du Purgatoire ,
Juillet 1717. L
121 LE MERCURE
le Sculpteur qui en a fait la repré
Sentation en bas relief , a placé directement
au milieu de ſes Figures
l'Effigie du Pere Prieur du Couvent
des .... tellement ressemblant ,
qu'iln'y a ûpersonne qui s'y ſoit mépris:
Le Pere s'y étant reconnu luimême
, en a étéportersesplaintes à
Messieurs les Chanoines , qui ont
fait venir le Sculpteur , pour l'obliger
à délivrer le Pere , des Flames
du Purgatoire ; mais s'en étant excufé,
sous prétexte qu'il ne poн-
voitpas toucher àſon Ouvrage,ſans
legâter,le R. P. peu content de
cette défaite , crut qu'il y alloit de
Son honneur de s'en plaindre à M.
l'Archevêque. Le Sculpteur interrogépar
Monseigneur , fi cette Ref-
Semblance étoit un effet du hazard ,
ou deſa volonté , répond que le hazard
n'y avoit aucune part. Sur cela
le R. P. demandejustice à Sa Grandeur,
&prétend en avoir une Reparation
digne de l'Offense : M. l'Archevêque
ne voulant point condamner
l'Accusé , Sans entendre ſes
1
123
-
DE JUILLET.
raiſons , lui ordonne de ſe défendre ,
ce qu'il fit en ces termes,
Monseigneurl, eCarême passé, le
..... Pere.... préchant à Saint ..
dit , que ceux qui retiendroient le
Biendd''aautrui,seroient déterusdans
les Flames du Purgatoire , jusqu'à
ce qu'ils úſſent payéleurs dettes : II
ya, Monseigneur , plus de deux
ans , qu'il me doit 300. livres , dont
je ne puis rien tirer c'est ce qui
m'a détermine à l'y mettre &
à l'y laiſſer ; à moins que Votre
Grandeurn'en ordonne autrement :
L'Archevêque trouvant la réponſe
du Sculpteur fondée sur l'équité ,
condamna le Moine , honteux &
confus, à rester en Purgatoirejusqu'à
ce qu'il ût acquité entierementfon
Créancier. Je suis ,
Monfieur ,
Votre affectionné Serviteur,
Le Chevalier de Lorme.
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Résumé : A L ... le 10 Juillet 1717.
Le 10 juillet 1717, une lettre mentionne que les chanoines de Saint.. à A... ont restauré une chapelle dédiée aux âmes du purgatoire. Le sculpteur a inclus l'effigie du père prieur du couvent des... dans un bas-relief, suscitant la plainte de ce dernier auprès des chanoines. Ces derniers ont alors convoqué le sculpteur pour retirer l'effigie, mais celui-ci a refusé, arguant que cela détériorerait son œuvre. Le père prieur a donc porté plainte auprès de l'archevêque. Interrogé, le sculpteur a révélé que la ressemblance était intentionnelle, motivée par une dette impayée de 300 livres depuis plus de deux ans. L'archevêque a jugé cette explication valide et a condamné le moine à rester représenté dans le purgatoire jusqu'au paiement complet de sa dette. La lettre est signée par le Chevalier de Lorme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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458
p. 5-45
Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
Début :
Le Pape Innoncent (X) qui étoit un grand Homme, avoit û une [...]
Mots clefs :
Pape, Innocent X, Cardinaux, Couronne, Princesse, Nonce extraordinaire, Ambassadeur, Déclaration, Conclave, Reconnaissance, Négociation, Vérité, Théâtre, Ennemis, Maximes, Pontificat, Escadron, Abbé, Espagne, Marquis, Duchesse, Morale, Créatures, Conscience, Nomination, Alexandre VII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
E Pape Innocent ( X) qui
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
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D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
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D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
Fermer
Résumé : Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
Le pape Innocent X était reconnu pour ses sages décisions concernant la nomination des cardinaux, bien qu'il ait parfois cédé aux influences de la signora Olimpia, qui le poussait à favoriser son neveu. À sa mort, plusieurs cardinaux indépendants, comme Lomelin, Ottobon et Imperiali, formèrent 'l'Escadron Volant' pour préserver l'autonomie du Sacré Collège face aux pressions politiques. Cette faction s'opposait à celle menée par le cardinal Jean-Charles de Médicis. Lors des funérailles d'Innocent X, l'Escadron Volant s'allia avec le cardinal Barberini pour appuyer la candidature du cardinal Chigi, considéré comme le plus méritant. Le conclave dura 80 jours, avec des votes quotidiens en faveur de Sachetti, soutenu par la faction française. La réputation de piété de Barberini et la stratégie de la faction française renforcèrent la popularité de Sachetti. Les auteurs du texte préféraient Chigi, connu pour son intégrité et son opposition à la signora Olimpia. Chigi, ancien inquisiteur à Malte et nonce à Munster, était respecté pour ses qualités morales et son refus de flatter la signora Olimpia. Cependant, les Espagnols redoutaient son caractère inflexible, tandis que Barberini espérait encore voir Sachetti élu. Les partisans du narrateur tentèrent de rallier les factions espagnoles et françaises autour de Chigi, exploitant les rivalités internes et les faiblesses des autres candidats. Le conclave fut marqué par des tensions entre les factions française et espagnole. La faction française, dirigée par M. de Lionne, était affaiblie par des rivalités internes. Les manœuvres visaient à empêcher Barberini de s'opposer à l'élection de Chigi. Après environ 30 jours et de nombreux votes infructueux, Chigi fut élu pape à l'unanimité, sauf quelques voix dissidentes. Chigi, connu pour sa piété et son amitié avec les Jésuites, reçut l'adoration du Sacré Collège avec modestie. Le cardinal de Retz joua un rôle central dans ces événements, annonçant l'élection à Chigi et influençant les alliances stratégiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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459
p. 147-149
A Rome, le 11 Novembre 1717.
Début :
Le Pape tint Consistoire le 11 de l'autre mois. Tous les Cardinaux [...]
Mots clefs :
Pape, Consistoire, Cardinaux, Prince électoral, Empereur, Décès, Hommage, Chapelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome, le 11 Novembre 1717.
A Rome , le 11 Novembre 1717 .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
Le Pape tint Confiftoire le 11 de l'autre
mois. Tous les Cardinaux , même
les abfens , avoient efté fommés de s'y
rendre. S. S. leur fit part de l'abiuration
du Prince Electoral de Saxe, faite
en 1712 à Bologne , entre les mains
du Cardinal Cafoni Legat pour lors..
dans cette Ville. C'eft le Prince mê
Nij
148 C LE MERCURE
me quia fupplié le S. P. par une Let.
tre du 28 Septembre de la rendre publique
: On ne doute pas que l'Empereur
ne prenne la défenfe du nouveau
Converti , contre toute Puiffance qui
voudroit lui nuire , ou l'attaquer fous ce
pretexte de changement de Religión.
Milord Peterborough eft toûjours
prifonnier au Fort Urbin, où il fe réjoüit
& fe divertit de fon mieux. On voudroit
bien l'élargir mais il s'y oppofe :
Come ce Seigneur fe croit trés offenfé, il
veut avoir une fatisfaction à l'avenant.
Le 25 du paffé, mourut le Cardinal
Grimaldi Gennois , né le 6 Décembre
1545. Le S. P. médite un voyage à
Urbin lieu de fa naiffance , où il verra
le Prétendant à qui il doit vifite : Il y
paroîtra avec tout l'éclat de la Papauté.
Il a épargné à ce deffein les frais de
trois Villegiatures ; & c'eft pour cela
à ce qu'on affûre ,qu'il ne va point cette
année, à Caftel- Gandolphe : Chemin faifant
, il vifitera Nôtre- Dame de Lorette ,
à qui il deftine pour hommage , les
Queues de cheval nouvellement conquifes
fur les Turcs. Il est arrivé de
France un Courier extraordiniare ; il
eftoit porteur d'un Edit fameux, qui fait
DE NOVEMBRE.. 149
défenfe deparler de la Conftitution.
Quelque inftance qu'ait pû faire M.
le Cardinal de la Tremoille auprés du
Pape , il n'a pû obtenir l'Indult pour
Befançon ; quoique M. l'Abbé de Mornay
défigné pour cet Archevêché , foit
agréable à cette Cour.
Nous fommes dans l'attente , d'un
Confiftoire, pour voir fi M. de ... fera
fait enfin Cardinal : Le Pape s'y eft engagé
de parole trop pofitivement , en
difant de ce Prélat , vederà che fono
galant-huomo,
Le 4 de Novembre , le Pape tint Chapelle
dans l'Eglife de S.
Milanois , dont S. M. I.
Charles des
porte
le nom .
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Résumé : A Rome, le 11 Novembre 1717.
Le 11 novembre 1717, le Pape convoqua un consistoire à Rome pour annoncer l'abjuration du Prince Électeur de Saxe, intervenue en 1712 à Bologne devant le Cardinal Corsini. Cette abjuration fut rendue publique à la demande du prince, formulée dans une lettre du 28 septembre. L'Empereur est attendu pour protéger le nouveau converti. Milord Peterborough est toujours prisonnier au Fort Urbin. Le Cardinal Grimaldi de Gênes est décédé le 25 octobre précédent, né le 6 décembre 1545. Le Pape prévoit de se rendre à Urbino, sa ville natale, pour visiter le prétendant, sans passer par Castel-Gandolfo. Il visitera également Notre-Dame de Lorette et offrira des trophées turcs. Un édit français interdit de parler de la Constitution. Malgré les efforts du Cardinal de la Tremoille, l'indult pour Besançon n'a pas été accordé. Un consistoire est prévu pour discuter de la nomination d'un nouveau cardinal. Le 4 novembre, le Pape célébra une chapelle à l'église Saint-Milanais, dédiée à l'Empereur Charles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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460
p. 209-213
DONS DU ROY.
Début :
Le 6 Novembre 1717, le Roi donna l'Abaye de S. Riquier, Ordre de [...]
Mots clefs :
Roi, Diocèses, Abbayes, Ordre, Nominations, Dons
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texteReconnaissance textuelle : DONS DU ROY.
DONS DU ROY.
E6 Novembre 1717 , le Roi donna
Benoift, Diocefe d'Amiens, vacante par
la mort de M. l'Abbé Molé de Cham
S
210 LE MERCURE
plaftreux, à Mre Charl . Franç. de Chaf
teauneuf de Rochebonne , Evêque &
Comte de Noyon , Pair de France.
L'Ab . de la Valaffe , Ord. de S. Benoît.
Dioc. de Rouen, vacante depuis la mort
de M. d'Argouges , Ev. de Vannes , au
Prince Frederic de la Tour,fils de M. le
Comte d'Auvergne.
L'Ab . de S.Maixant, Ord. de S. B.D ..
de Poitiers , vacante par la mort de M.
Yforé d'Hervault, Arch . de Tours , à Mre
N. Grimaldi de Monaco , fils de M. le
Prince de Monaco.
L'Ab . de S. Joüin de Marne , O. de S.
B.D. de Poitiers, vacante par la mort de
M. l'Ab. Servien , à M. N ... Bazin de
Bezons , fils de M. le Maréchal de ce
nom.
L'Ab. de Fontfroide , O.de Cifteaux ,
D. de Narbonne , vacante par la mort
du Prince de Marcillac , à M. N. de
Coffé de Briffac , frere du Duc.
L'Ab de S. Romain de Blaye, O.de S.
Aug. D. de Bordeaux , vacante par la
mort de M. l'Ab . de Gourdon de Genoüillac
de Vaillac , à M. N. de la Rochefoucault
de Roye de Roucy , fils de
M. le Comte de Roye .
L'Ab . de Belleville , O. de S. Aug. D.
DE NOVEMBRE. 211
1
del.yon, vac.par la mort de M.l'Abbé le
Prêtre de Vauban , à M. Terray , frere:
du premier Medecin de Madame.
L'Ab. de S.Vincent, O.de S. Aug.D.de
Senlis , vac: par la mort de M. l'Ab.d'Eftaing
,à M.N.de Chauméjan de Fourille .
L'Ab . de Calers , O.de Cifteaux ,D.de
Rieux, vac. par la mort de.... à M. N. de
Lenta de Grandmont , neveu de M.
l'Evefque de S. Papoul.
L'Ab. d'Eaunes ,O. de C. D.deTolofe ,
vac. par la mort de .... à M. N.Foucault.
L'Ab. de S. Aubin des Bois , O. C. D.
de S. Brieux , vac. par la mort de l'Ab..
Catuelan , à M. N. de Bethune./
L'Ab.dePerray- neuf, O.de C.D. d'Angers,
vac.par la mort de M.l'Ab. Servien
à M. N. de S. Andiol.
L.Ab. des Alleurs , O. de S. B. D. de
Poitiers , vac. par la mort de l'Ab. de
Brancas , à M. N de Fiennes.
L'Ab. de Quincay , O. de S. B. D. de:
Poitiers , vac. par la mort de l'Abbé le
Boiftel , à M. N. Bertet , Aum. de Mde..
L'Ab.de Lanvaux , O.de C.D. de Van--
nes vac. par la mort de l'Ab.devolvire-
Ruffec , à M. N.Gomer de Lufancy
Chanoine de l'Eglife de Paris.
L'Ab de S. Gilbert dit auffi Neuffons
212
LE MERCURE
•
O. des Prém. D. Clermont , vac . par la
mort de M.l'Ab. Archon , àM.N.deTilli.
L'Ab . N.Dame la Nouvelle de Gourdon,
O.de C. D. de Cahors , vac . par la
mort de M. l'Ab. Camy d'Aimar , à M.
N. de Henault .
L'Ab. de Châtres les- Coignac , O. de
S. Aug. D. de Saintes , vac. par la mort
de l'Ab. du Pont , à M. N. de Polaftron .
L'Ab. de Châtres, O. de S. Aug. D. de
Perigueux , vac. par la ... à M. N. de
Segonzac .
L'Ab. de Grobos , O. de C. D. d'an--
goulefme , vac. par la mort de M. l'Ab.
duQuefnet, Aum.de Mgr leDuc de Berri ,
à M. N. de Joüillac , Chapelain du Roy.
L'Ab. de S. Pierre de Melun , O. de-
S. B. D. de Sens, vac . par la mort de M.
l'Ab . de Paris , à M. N. de Brancas ,
Aumônier du Roy.
L'ab. du Maz t'azil , O.de S. B. D.de
Rieux , vac. par la mort de M. l'Ab. de
Leftrade , à M. de Monteil.
L'Ab. de Homblieres , O. S. B. D. de
Noyon , vac. par la mort de M. l'ab .
Auberi , à M. d'Halencourt de Dromefnil
, Evêque d'Autun .
L'Ab.duTreport, O. S. B. D. deRoüen,
vac par la mort de M. de Beauveau, Ev .
de Nantes , à M. de la Chaftre. ,
DE NOVEMBRE. 213
L'Ab. de S. Sauveur de Blaye , Diocefe
de Bordeaux , a efté donnée à Mre
Jean -Baptifte du Moutier Clerc du
Diocefe de Bayeux , & Prieur d'Huriel .
Cet Abbé êroit ci - devant Inſtituteur de
Mgr le Duc Il fut enfuite chargé feul
des Etudes de S. A. S. Mile de Charollois,
& eut encore l'honneur de partager
celle de S. A. S. Mgr le Comte ; aprés
quoy, il eut l'honneur d'eftre propofé par
ces Princes, pour eftre Inftituteur de feu
Mgr le Duc de Bretagne & du Roy
Louis X V..
E6 Novembre 1717 , le Roi donna
Benoift, Diocefe d'Amiens, vacante par
la mort de M. l'Abbé Molé de Cham
S
210 LE MERCURE
plaftreux, à Mre Charl . Franç. de Chaf
teauneuf de Rochebonne , Evêque &
Comte de Noyon , Pair de France.
L'Ab . de la Valaffe , Ord. de S. Benoît.
Dioc. de Rouen, vacante depuis la mort
de M. d'Argouges , Ev. de Vannes , au
Prince Frederic de la Tour,fils de M. le
Comte d'Auvergne.
L'Ab . de S.Maixant, Ord. de S. B.D ..
de Poitiers , vacante par la mort de M.
Yforé d'Hervault, Arch . de Tours , à Mre
N. Grimaldi de Monaco , fils de M. le
Prince de Monaco.
L'Ab . de S. Joüin de Marne , O. de S.
B.D. de Poitiers, vacante par la mort de
M. l'Ab. Servien , à M. N ... Bazin de
Bezons , fils de M. le Maréchal de ce
nom.
L'Ab. de Fontfroide , O.de Cifteaux ,
D. de Narbonne , vacante par la mort
du Prince de Marcillac , à M. N. de
Coffé de Briffac , frere du Duc.
L'Ab de S. Romain de Blaye, O.de S.
Aug. D. de Bordeaux , vacante par la
mort de M. l'Ab . de Gourdon de Genoüillac
de Vaillac , à M. N. de la Rochefoucault
de Roye de Roucy , fils de
M. le Comte de Roye .
L'Ab . de Belleville , O. de S. Aug. D.
DE NOVEMBRE. 211
1
del.yon, vac.par la mort de M.l'Abbé le
Prêtre de Vauban , à M. Terray , frere:
du premier Medecin de Madame.
L'Ab. de S.Vincent, O.de S. Aug.D.de
Senlis , vac: par la mort de M. l'Ab.d'Eftaing
,à M.N.de Chauméjan de Fourille .
L'Ab . de Calers , O.de Cifteaux ,D.de
Rieux, vac. par la mort de.... à M. N. de
Lenta de Grandmont , neveu de M.
l'Evefque de S. Papoul.
L'Ab. d'Eaunes ,O. de C. D.deTolofe ,
vac. par la mort de .... à M. N.Foucault.
L'Ab. de S. Aubin des Bois , O. C. D.
de S. Brieux , vac. par la mort de l'Ab..
Catuelan , à M. N. de Bethune./
L'Ab.dePerray- neuf, O.de C.D. d'Angers,
vac.par la mort de M.l'Ab. Servien
à M. N. de S. Andiol.
L.Ab. des Alleurs , O. de S. B. D. de
Poitiers , vac. par la mort de l'Ab. de
Brancas , à M. N de Fiennes.
L'Ab. de Quincay , O. de S. B. D. de:
Poitiers , vac. par la mort de l'Abbé le
Boiftel , à M. N. Bertet , Aum. de Mde..
L'Ab.de Lanvaux , O.de C.D. de Van--
nes vac. par la mort de l'Ab.devolvire-
Ruffec , à M. N.Gomer de Lufancy
Chanoine de l'Eglife de Paris.
L'Ab de S. Gilbert dit auffi Neuffons
212
LE MERCURE
•
O. des Prém. D. Clermont , vac . par la
mort de M.l'Ab. Archon , àM.N.deTilli.
L'Ab . N.Dame la Nouvelle de Gourdon,
O.de C. D. de Cahors , vac . par la
mort de M. l'Ab. Camy d'Aimar , à M.
N. de Henault .
L'Ab. de Châtres les- Coignac , O. de
S. Aug. D. de Saintes , vac. par la mort
de l'Ab. du Pont , à M. N. de Polaftron .
L'Ab. de Châtres, O. de S. Aug. D. de
Perigueux , vac. par la ... à M. N. de
Segonzac .
L'Ab. de Grobos , O. de C. D. d'an--
goulefme , vac. par la mort de M. l'Ab.
duQuefnet, Aum.de Mgr leDuc de Berri ,
à M. N. de Joüillac , Chapelain du Roy.
L'Ab. de S. Pierre de Melun , O. de-
S. B. D. de Sens, vac . par la mort de M.
l'Ab . de Paris , à M. N. de Brancas ,
Aumônier du Roy.
L'ab. du Maz t'azil , O.de S. B. D.de
Rieux , vac. par la mort de M. l'Ab. de
Leftrade , à M. de Monteil.
L'Ab. de Homblieres , O. S. B. D. de
Noyon , vac. par la mort de M. l'ab .
Auberi , à M. d'Halencourt de Dromefnil
, Evêque d'Autun .
L'Ab.duTreport, O. S. B. D. deRoüen,
vac par la mort de M. de Beauveau, Ev .
de Nantes , à M. de la Chaftre. ,
DE NOVEMBRE. 213
L'Ab. de S. Sauveur de Blaye , Diocefe
de Bordeaux , a efté donnée à Mre
Jean -Baptifte du Moutier Clerc du
Diocefe de Bayeux , & Prieur d'Huriel .
Cet Abbé êroit ci - devant Inſtituteur de
Mgr le Duc Il fut enfuite chargé feul
des Etudes de S. A. S. Mile de Charollois,
& eut encore l'honneur de partager
celle de S. A. S. Mgr le Comte ; aprés
quoy, il eut l'honneur d'eftre propofé par
ces Princes, pour eftre Inftituteur de feu
Mgr le Duc de Bretagne & du Roy
Louis X V..
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Résumé : DONS DU ROY.
Le 6 novembre 1717, plusieurs nominations furent effectuées pour des abbayes vacantes suite à des décès. Charles-François de Castérauneuf de Rochebonne devint évêque et comte de Noyon, Pair de France. Frédéric de La Tour, fils du comte d'Auvergne, reçut l'abbaye de La Valasse dans le diocèse de Rouen. Nicolas Grimaldi de Monaco, fils du prince de Monaco, obtint l'abbaye de Maixent dans le diocèse de Poitiers. Nicolas Bazin de Bezons, fils du maréchal de ce nom, fut nommé à l'abbaye de Jouy-en-Marne. Nicolas de Coffré de Brissac, frère du duc, reçut l'abbaye de Fontfroide dans le diocèse de Narbonne. Louis de La Rochefoucauld de Roye de Roucy, fils du comte de Roye, obtint l'abbaye de Saint-Romain de Blaye. Terray, frère du premier médecin de Madame, fut nommé à l'abbaye de Belleville. Guillaume de Chauméjan de Fourille reçut l'abbaye de Saint-Vincent dans le diocèse de Senlis. Jean de Lenta de Grandmont, neveu de l'évêque de Saint-Papoul, obtint l'abbaye de Calers. Foucault fut nommé à l'abbaye d'Eaunes. Louis de Béthune reçut l'abbaye de Saint-Aubin-des-Bois. André de Saint-Andiol fut nommé à l'abbaye de Perray-Neuf. Fiennes obtint l'abbaye des Alleurs. Bertet, aumônier de Madame, reçut l'abbaye de Quincay. Gomer de Lufancy, chanoine de l'église de Paris, fut nommé à l'abbaye de Lanvaux. Tilly reçut l'abbaye de Saint-Gilbert de Neufons. Henri de Henault obtint l'abbaye Notre-Dame de Gourdon. Polastron fut nommé à l'abbaye de Châtres-les-Cogna.
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462
p. 152-153
ENIGME.
Début :
Une fois on m'a vû du soleil éclairé : [...]
Mots clefs :
Passage de la mer Rouge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ne fois 'on m'a vû du ſoleil éclairé :
Alors contraire aux uns , aux autres favorable,
On mit ordre , dit- on , qu'unfait fi memorable
Fút tranfmis à jamais à la poſterité.
Voyagez ici-bas fur la terre & fur l'onde ,
Vos Joins pour me trouver, font des foinsfuperflus
F'étois dans ce tems - là ce que je ne fuis plus ,
Et fuis ce que j'étois dès l'enfance du monde.
Ne fois 'on m'a vû du ſoleil éclairé :
Alors contraire aux uns , aux autres favorable,
On mit ordre , dit- on , qu'unfait fi memorable
Fút tranfmis à jamais à la poſterité.
Voyagez ici-bas fur la terre & fur l'onde ,
Vos Joins pour me trouver, font des foinsfuperflus
F'étois dans ce tems - là ce que je ne fuis plus ,
Et fuis ce que j'étois dès l'enfance du monde.
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463
p. 131
« NOUS prions ceux qui ont composé quelques Pieces pour la convalescence du Roy, qui ont donné [...] »
Début :
NOUS prions ceux qui ont composé quelques Pieces pour la convalescence du Roy, qui ont donné [...]
Mots clefs :
Convalescence, Roi, Relation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUS prions ceux qui ont composé quelques Pieces pour la convalescence du Roy, qui ont donné [...] »
NOVS prions ceux qui ont composé quelques
Fieces pour la convalescence du Roy , qui ont donné
quelquesfêtes , ou fait chanter des Te Deum ,foit
à Paris , ou dans dans les Frovinces , de nous
envoier inceffamment leur memoires , s'ils veulent
qu'on en parle dans la Relation que nous allons .
donner de cet heureux événement.
Fieces pour la convalescence du Roy , qui ont donné
quelquesfêtes , ou fait chanter des Te Deum ,foit
à Paris , ou dans dans les Frovinces , de nous
envoier inceffamment leur memoires , s'ils veulent
qu'on en parle dans la Relation que nous allons .
donner de cet heureux événement.
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464
p. 174-208
JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
Début :
On a cru devoir assembler dans un seul article tout ce qui concerne [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XV, Duc, Feu, Te Deum, Musique, Feu d'artifice, Chambre, Ville, Chanter, François de Neufville de Villeroy, Soir, Fête, Église, Fleur, Majesté, Palais, Santé, Messe, Zèle, Août, Joie, Duc d'Orléans, Paris, Cour, Louvre, Fusées, Peuple, Rétablissement, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
JOURNAL
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
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Résumé : JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
Le roi tomba malade le 31 juillet après avoir ressenti un frisson et une forte fièvre pendant la messe. Plusieurs médecins, dont M. Dodart et M. Bachelier, le soignèrent. Après deux opérations chirurgicales, son état s'améliora progressivement. Le 4 août, il reçut des félicitations pour son rétablissement. Le duc d'Orléans et les princes de la maison de Bourbon montrèrent une grande dévotion en restant à ses côtés. Pendant sa maladie, l'Église et le peuple prièrent pour sa santé. Le cardinal de Noailles ordonna des prières de quarante heures à Notre-Dame, et le Parlement découvrit la châsse de Sainte Geneviève. Le 6 août, un Te Deum fut chanté à Paris en présence de nombreux dignitaires. Les célébrations pour le rétablissement du roi commencèrent par un Te Deum à la Sainte-Chapelle, suivies de réjouissances publiques et privées. Des spectacles, comme un feu d'artifice aux Tuileries et des combats nautiques sur la Seine, furent organisés. Les poissonnières de la Halle offrirent un esturgeon au roi. Après le Te Deum à Notre-Dame, diverses églises et corporations organisèrent des actions de grâce. Toutes les classes sociales célébrèrent la convalescence du roi, avec des illuminations et des contributions financières. Du 17 au 22 octobre, des cérémonies et festivités célébrèrent la convalescence du roi. Le 17 octobre, le roi fut reçu par le Chapitre et le Cardinal de Noailles, assista à une messe à Notre-Dame, et fut acclamé jusqu'au Louvre. Le 18 octobre, diverses institutions comme le Parlement et la Chambre des Comptes lui rendirent hommage. Le 19 octobre, Danchet récita une idylle, et les Pages de la grande écurie organisèrent un Te Deum et un feu d'artifice. Le 20 octobre, un Te Deum fut chanté à l'église des Augustins, suivi d'un concert et d'hommages à Jean-Baptiste Lully. Le roi chassa l'après-midi et fut salué par les régiments des Gardes Françaises et Suisses. Le 22 octobre, le roi assista à une messe à Sainte-Geneviève et fut acclamé à son retour au Louvre. Les villes et villages de la banlieue célébrèrent également cet événement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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465
p. 39-44
LA RELIGION. Sur le parfait Rétablissement de la Santé du ROY.
Début :
Assis prés d'un ruisseau qui bordé de cyprès [...]
Mots clefs :
Roi, Seul, Religion, Jours, Rois, Père, Amour, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA RELIGION. Sur le parfait Rétablissement de la Santé du ROY.
LA RELIGION.
Sur le parfait Rétabliſſement de la Santé
du ROY.
A
Sfis prés d'un ruiffeau qui bordé de cyprès
Joignoit un bruit lugubre à mes triſtes regrets
;
Je pleurois nos malheurs, & ne trouvois de charmes
Qu'au plaifir que l'on goufte à répandre des
larmes.
O Ciel ! juſques à quand nos jours infortunez
A de plus triftes jours feront- ils enchaînez ?
Helas ! fi jeune encor , un Roy quite revere ,
A-t-il pû meriter les coups de ta colere ?
Precieux rejetton du Sang de tant de Rois
N'a- t- il donc vû le jour , que pour perdre à la
fois
Et fa Mere , & fon Roy , fon Ayeul & fon Pere ,
Et lui-même en mourant nous combler de mifere!
Orphelin fur fon trêne il fe voit condamné
A perir au moment que tu l'as couronné.
Ses Charmes , fa Douceur , fes Vertus , fon En
fance ,
Sont- ils donc devenus des objets de vengeance ?
Helas que bien en vain comptant fur tes bontez
Nous
40 LE MERCURE
Nous fondions noftre efpoir fur fes profperitezt
Son Air , fa Majeſté , tout en lui nous rappelle
Le Roy qui fi long - temps fut des Rois le modelle
Mais triſte ſouvenir ! plus il en a les traits ,
Plus fa perte à nos coeurs va caufer de regrets .
Ah ! pluftoft de nos jours reçois le facrifice ;
S'il ne peut qu'à ce prix défarmer ta Juſtice ,
Trop heureux de mourir , nous nous offrons à toi,
Frappe fur les Sujets, & fauve au moins le Roy.
A ces mots la trifteffe augmentant fes atteintes,
Mes pleurs en difoient plus que ma voix par fes
plaintes ;
Quand la Religion paroiffant dans les airs
A mes triftes regards fait briller mille éclairs.
J'admirois ce ſpectacle , & mon ame charmée
D'un celefte tranfport fe fentoit animée ;
Alors d'un air ferein tournant fur moi les yeux ,
Allez , dit elle , allez rendre graces aux Cieux ;
Du Roy que j'ay formé dès la plus rendre enfance
J'ay confacré les jours au bonheur de la France.
A peine de fa vie il commença le cours ,
Que de la Pieté j'implorai le fecours ;
Elle vint fous les traits d'une illuftre Mortelle , a
lui chaque inftant renouvella fon zéle ;
Occupée à fa garde elle fent tour à tour ,
Et pour
Et la crainte , & l'efpoir , & la joye , & l'amour ;
La mere pourfon fils a bien moins de tendreffe ;
a Madame de Ventadour,
Et
DE SEPTEMBRE.
41
Et comme elle à fes jours ma gloire m'intereffe ,
Auz horreurs du trépas je l'enleve aujourd'hui ,
Et fouftiens tout l'Etat chancelant avec lui .
Sur ce Soleil naiffant jay fouffert ce nuage ,
Et de voſtre bonheur j'en tire le prefage.
Il a vu par vos pleurs jufqu'où va voftre amour,.
Il fçait jufqu'où pour vous doit aller fon retour.
Mais après le danger,quand la crainte eft bannie,,
Tous femblent avec lui reprendre une autre vie
Et par leur allegreffe il apprend encor mieux ,
Comme ils vivent pour lui, qu'il doit regner pour
eux.
Peuples , vous n'aurez plus au Ciel de voeux à
faire ,
Il vous rend en LOUIS moins un Maistre qu'un
Pere.
Le Docte & faint Prelat qui l'inftruit de mes
droits , a
Dont j'anime le coeur , & j'emprunte la voix ,
Et qui formant le Prince acheve mon Ouvrage ,
D'un heureux avenir peut feul eftre le gages,
Sur lui , fur fes confeils on doit s'en affurers
Le Prince fur fes pas ne fçauroit s'égarer.
Desja du plus faint Roy retraçant les exemples,
Il n'afpire après lui qu'à l'honneur de mes Temples
,
Et portant fur le Trône & fon Nom & fa Foi ,,
M. l'Evêque de Frejus,
D II .
LE MERCURE
Il fonde comme lui fa grandeur fur ma Loi ..
Avec la même ardeur je fçaurai le défendre ,,
Et l'orner de l'éclat qu'il a foin de me rendre.
Rappellez-vous ce jour , où proche du trépass
Son Bifayeul mourant le prit entre fes bras ,.
Et le coeur embrafé d'une celefte flamme ,
Lui tranfmit fon efprit en rendant fa grande.ames:
Regnez, dit- il , mon Fils , égalez - vos- Ayeux ,
Et foyez , s'il fe peut ,, plus Saint & plus Grandi
qu'eux ::
Que la Religion fait tousjours voſtre guide ;
Si la paix avec elle à vos confeils préfide ,
Mes voeux font accomplis ; je laiffe à mes Sujets-
Un Roy qui des bons Rois aura . feul tous les
traits.
Il dit , & de fes bras l'Enfant que je retire ,
M'eft offert par ce Roy qui dans les miens expires .
Alors pour cet Enfant redoublant mon ardeur,
Jeregle fon efprit , je lui forme le coeur ;
Pour feconder mes foins un Conducteur fidelle , 4:
Fait veiller l'Equité , la Prudence , le Zele ,
Et toutes les Vertus que fon Pere autrefois
Confultoit pour former le plus Grand de nos Rois
Sous les yeux de ce Guide il marche en affue
rance ,,
In Vice loin de lui fait place à l'Innocence ,,
AbbydeVilleroys.
Dans
DE SEPTEMBRE.. 43 .
Dans fa noble carriere il apprend à dompter
Ce que peut craindre un Roy , ce qui peut l'arrefter.
Desja des feducteurs il perce l'artifice ,
Et des lâches flateurs démafque l'injuftice:
L'indomptable fierté qui des Rois eft l'écueil ,
Auprés de fa douceur vient brifer fon orgueil.
Le triomphe des coeurs feul a pour lui des char*
mes ,
Et la feule bonté lui met en mains fes armes .
S'il permet à fa Cour les plaifirs & les jeux ,
Le feul Amour du Peuple y paroifavec eux :
Quoy qu'il faffe, il ne met l'honneur du Diadême
Qu'en l'art d'aimer fon Peuple & d'eftre aimé de -
même.
Mais de fon Regne heureux fi des voiſins ja--
loux ,
Par une injufte guerre irritoient fon courroux ;
Je vois à fes côtez un Prince de fa Race ,
Des Heros fes Ayeux le mener fur la trace ,
Et d'un Roy pacifique en faire un Conquerant.
Le nom feul deBourbon lui promet ce haut Rang
Cependant le Heros qui lui fervant de Pere, b
De fon pouvoir fuprême eft feul dépofitaire ,
Qui fait naiftre la paix du milieu des combats ,
Et calme l'Univers en calmant fes Eftats ::
M. le Duc.
b.M. le Regent ›
Dij Philippe
44.
LE MERCURE
Philippe de fon Roy fera mettre la gloire
A donner aux vaincus la Paix par la Victoire ,.
Et montrer à fon Peuple en lui fon Bifayeul ,
Qui feul contre l'Europe en fçut triompher feul s
Et malgré les lauriers qui couvrirent fa tefte ,
Fit du bonheur public fa plus belle conquefte .
Ainfi fur ces Confeils LOUIS reglant fes droits
Fera de fes bontez la regle de fes Loix.;.
Il n'aura de plaifir qu'en celui que j'infpire :
De fixer le féjour des Arts en fon Empire ,
De reformer les moeurs , confondre les abus ,
Et faire forhengdu regne des Vertus..
Pomceltrois fois heureux , qui né pour eftre:
Mailtre ,
Par l'amour des Sujets a commencé de l'eftre :.
Qui toûjours équitable ,, amateur de la paix ,
Regnera fur les cours conquis par fes bienfaits ::
Implacable ennemi de l'erreur & du vice ,
De la Religion fouftiendra l'édifice ,
Et dans tous fes projets fera feul le portrait
D'un Chreftien , d'un Heros , d'un Monarque:
parfait.
C'eft moy de mon amour qui lui donne ce gage ,.
C'est la Religion qui lui fait ce préfage,
Elle dit , puis fend l'air , s'élève vers les cieux,
Et reftant dans mon coeur , elle échappe à mes
yeux.
- 1
Bar le Pere de BLAINVILLE , Jefuite..
Sur le parfait Rétabliſſement de la Santé
du ROY.
A
Sfis prés d'un ruiffeau qui bordé de cyprès
Joignoit un bruit lugubre à mes triſtes regrets
;
Je pleurois nos malheurs, & ne trouvois de charmes
Qu'au plaifir que l'on goufte à répandre des
larmes.
O Ciel ! juſques à quand nos jours infortunez
A de plus triftes jours feront- ils enchaînez ?
Helas ! fi jeune encor , un Roy quite revere ,
A-t-il pû meriter les coups de ta colere ?
Precieux rejetton du Sang de tant de Rois
N'a- t- il donc vû le jour , que pour perdre à la
fois
Et fa Mere , & fon Roy , fon Ayeul & fon Pere ,
Et lui-même en mourant nous combler de mifere!
Orphelin fur fon trêne il fe voit condamné
A perir au moment que tu l'as couronné.
Ses Charmes , fa Douceur , fes Vertus , fon En
fance ,
Sont- ils donc devenus des objets de vengeance ?
Helas que bien en vain comptant fur tes bontez
Nous
40 LE MERCURE
Nous fondions noftre efpoir fur fes profperitezt
Son Air , fa Majeſté , tout en lui nous rappelle
Le Roy qui fi long - temps fut des Rois le modelle
Mais triſte ſouvenir ! plus il en a les traits ,
Plus fa perte à nos coeurs va caufer de regrets .
Ah ! pluftoft de nos jours reçois le facrifice ;
S'il ne peut qu'à ce prix défarmer ta Juſtice ,
Trop heureux de mourir , nous nous offrons à toi,
Frappe fur les Sujets, & fauve au moins le Roy.
A ces mots la trifteffe augmentant fes atteintes,
Mes pleurs en difoient plus que ma voix par fes
plaintes ;
Quand la Religion paroiffant dans les airs
A mes triftes regards fait briller mille éclairs.
J'admirois ce ſpectacle , & mon ame charmée
D'un celefte tranfport fe fentoit animée ;
Alors d'un air ferein tournant fur moi les yeux ,
Allez , dit elle , allez rendre graces aux Cieux ;
Du Roy que j'ay formé dès la plus rendre enfance
J'ay confacré les jours au bonheur de la France.
A peine de fa vie il commença le cours ,
Que de la Pieté j'implorai le fecours ;
Elle vint fous les traits d'une illuftre Mortelle , a
lui chaque inftant renouvella fon zéle ;
Occupée à fa garde elle fent tour à tour ,
Et pour
Et la crainte , & l'efpoir , & la joye , & l'amour ;
La mere pourfon fils a bien moins de tendreffe ;
a Madame de Ventadour,
Et
DE SEPTEMBRE.
41
Et comme elle à fes jours ma gloire m'intereffe ,
Auz horreurs du trépas je l'enleve aujourd'hui ,
Et fouftiens tout l'Etat chancelant avec lui .
Sur ce Soleil naiffant jay fouffert ce nuage ,
Et de voſtre bonheur j'en tire le prefage.
Il a vu par vos pleurs jufqu'où va voftre amour,.
Il fçait jufqu'où pour vous doit aller fon retour.
Mais après le danger,quand la crainte eft bannie,,
Tous femblent avec lui reprendre une autre vie
Et par leur allegreffe il apprend encor mieux ,
Comme ils vivent pour lui, qu'il doit regner pour
eux.
Peuples , vous n'aurez plus au Ciel de voeux à
faire ,
Il vous rend en LOUIS moins un Maistre qu'un
Pere.
Le Docte & faint Prelat qui l'inftruit de mes
droits , a
Dont j'anime le coeur , & j'emprunte la voix ,
Et qui formant le Prince acheve mon Ouvrage ,
D'un heureux avenir peut feul eftre le gages,
Sur lui , fur fes confeils on doit s'en affurers
Le Prince fur fes pas ne fçauroit s'égarer.
Desja du plus faint Roy retraçant les exemples,
Il n'afpire après lui qu'à l'honneur de mes Temples
,
Et portant fur le Trône & fon Nom & fa Foi ,,
M. l'Evêque de Frejus,
D II .
LE MERCURE
Il fonde comme lui fa grandeur fur ma Loi ..
Avec la même ardeur je fçaurai le défendre ,,
Et l'orner de l'éclat qu'il a foin de me rendre.
Rappellez-vous ce jour , où proche du trépass
Son Bifayeul mourant le prit entre fes bras ,.
Et le coeur embrafé d'une celefte flamme ,
Lui tranfmit fon efprit en rendant fa grande.ames:
Regnez, dit- il , mon Fils , égalez - vos- Ayeux ,
Et foyez , s'il fe peut ,, plus Saint & plus Grandi
qu'eux ::
Que la Religion fait tousjours voſtre guide ;
Si la paix avec elle à vos confeils préfide ,
Mes voeux font accomplis ; je laiffe à mes Sujets-
Un Roy qui des bons Rois aura . feul tous les
traits.
Il dit , & de fes bras l'Enfant que je retire ,
M'eft offert par ce Roy qui dans les miens expires .
Alors pour cet Enfant redoublant mon ardeur,
Jeregle fon efprit , je lui forme le coeur ;
Pour feconder mes foins un Conducteur fidelle , 4:
Fait veiller l'Equité , la Prudence , le Zele ,
Et toutes les Vertus que fon Pere autrefois
Confultoit pour former le plus Grand de nos Rois
Sous les yeux de ce Guide il marche en affue
rance ,,
In Vice loin de lui fait place à l'Innocence ,,
AbbydeVilleroys.
Dans
DE SEPTEMBRE.. 43 .
Dans fa noble carriere il apprend à dompter
Ce que peut craindre un Roy , ce qui peut l'arrefter.
Desja des feducteurs il perce l'artifice ,
Et des lâches flateurs démafque l'injuftice:
L'indomptable fierté qui des Rois eft l'écueil ,
Auprés de fa douceur vient brifer fon orgueil.
Le triomphe des coeurs feul a pour lui des char*
mes ,
Et la feule bonté lui met en mains fes armes .
S'il permet à fa Cour les plaifirs & les jeux ,
Le feul Amour du Peuple y paroifavec eux :
Quoy qu'il faffe, il ne met l'honneur du Diadême
Qu'en l'art d'aimer fon Peuple & d'eftre aimé de -
même.
Mais de fon Regne heureux fi des voiſins ja--
loux ,
Par une injufte guerre irritoient fon courroux ;
Je vois à fes côtez un Prince de fa Race ,
Des Heros fes Ayeux le mener fur la trace ,
Et d'un Roy pacifique en faire un Conquerant.
Le nom feul deBourbon lui promet ce haut Rang
Cependant le Heros qui lui fervant de Pere, b
De fon pouvoir fuprême eft feul dépofitaire ,
Qui fait naiftre la paix du milieu des combats ,
Et calme l'Univers en calmant fes Eftats ::
M. le Duc.
b.M. le Regent ›
Dij Philippe
44.
LE MERCURE
Philippe de fon Roy fera mettre la gloire
A donner aux vaincus la Paix par la Victoire ,.
Et montrer à fon Peuple en lui fon Bifayeul ,
Qui feul contre l'Europe en fçut triompher feul s
Et malgré les lauriers qui couvrirent fa tefte ,
Fit du bonheur public fa plus belle conquefte .
Ainfi fur ces Confeils LOUIS reglant fes droits
Fera de fes bontez la regle de fes Loix.;.
Il n'aura de plaifir qu'en celui que j'infpire :
De fixer le féjour des Arts en fon Empire ,
De reformer les moeurs , confondre les abus ,
Et faire forhengdu regne des Vertus..
Pomceltrois fois heureux , qui né pour eftre:
Mailtre ,
Par l'amour des Sujets a commencé de l'eftre :.
Qui toûjours équitable ,, amateur de la paix ,
Regnera fur les cours conquis par fes bienfaits ::
Implacable ennemi de l'erreur & du vice ,
De la Religion fouftiendra l'édifice ,
Et dans tous fes projets fera feul le portrait
D'un Chreftien , d'un Heros , d'un Monarque:
parfait.
C'eft moy de mon amour qui lui donne ce gage ,.
C'est la Religion qui lui fait ce préfage,
Elle dit , puis fend l'air , s'élève vers les cieux,
Et reftant dans mon coeur , elle échappe à mes
yeux.
- 1
Bar le Pere de BLAINVILLE , Jefuite..
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466
p. 48-51
REGI Ob restitutam valetudinem. ODE.
Début :
L'ode Latine qu'on va lire, est la premiere Piece qu'on ait présentée au Roy, sur le / Sunt votis sua praemia, [...]
Mots clefs :
Gallia, Dolor, Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REGI Ob restitutam valetudinem. ODE.
L'ode Latine qu'on va lire eft la premiere
Piece qu'on ait présentée au Roy , fur le
rétablissement de la Santé.
REGI
Ob reftitutam valetudinem .
O D'E
Sunt votis fua
præmia ,
Nec femper Populus Numen inutili
Supplex follicitat prece.
Vivit R EX ; abeant præteriti metus ,
Hos quamquam pietas benè
Excufat : nimis ah ! vel fpatio brevi ,
Suprema
DE SEPTEMBRE.
Suprema horruimus mala ,
Febris cùm immodicis carperet ignibus
Regis Membra tenelluli ,
Et fpes vifa tuas vertere , Gallia.
Non fic fulmen ab æthere
Lapfum præcipiti , quos femel occupar ,
Percellit neque tam ftupent ,
Si quos forbet hians fub pedibus folum
Ut nos attonuit , novi
Circumquàque ftrepens fama periculi.
Quod fi Te abftulerat femel ,
O PRINCEPS , & idem funus erat Tuis
Condendi & tumulo fimul.
Quæ tum cura fuit ? qui dolor omnium !
Quis non fe bonus obtulit ,
Ut pro Te indomitam vim lueret mali ;
Ipsâ in morte vicarius ?
Ardens follicitis excipere auribus
Morbi & principia & modos ;
Si fortè inciderat trifte aliquod bonumvc
Omen , difpicere inquies :
Vidiffes variâ pro febre , civis ut
Vultus indueret novos ,
Lætus forte fuâ , cùm benè erat Tibi
Moftus , fi audierat malum,
At vivis nihil eft quod metuat fuper ,
Te falvo , tua Gallia :
Et , credo , placidis nos oculis Deus
E Refpexit
కం
LE MERCURE
Refpexit miferans , citò
Dum mortis rabidos contudit impetus ,
-
Febrifque horribiles minas ,
Ne tantus fubitò mos premeret dolor ,
Quanto non fuimus pares .
Hinc feftis refonant compita plaufibus ,
Sacris Templaque Canticis :
Hinc Natalitio par propè claruit
Primus qui incolumem dies
Te vidit , LODOIX ; ipfaque tum fuo
Vicit lumine nox diem.
Quod nafcenti igitur Gallia voverat ,
Nunc optat valido Tibi ;
Hinc & ducere amat quæ Tibi tempora
Regnanti Deus annuet ,
Fortunata utinam longaque tempora.
Quæ laudum feges , aſpice :
Nam feu Te ſtimulis gloria bellicis
Punxit , rumpere idoneum
Æratas acies , vertere & oppida ;
Seu Te pax melior capit ,
Pax illa ingenuis quæ comes artibus
Regemque & Populos beat ;
Num factis pateat latior area , aut
Quâ Te BOR BONIDEM magis
Oftentes ? Valeas Tu modò ; cætera
Virtus expediet , boni
Quam cultus , patriis in penetralibus
Hauftam
DE SEPTEMBRE
Hauftam , fortiùs excitant.
Tuque ô fancte SINEX , cui benè Francici
Pignus creditur Imperi ,
Curas accumula , fi potes ; & diù
Serves innocuum caput ,
Quo languente vides omnia ut horreant ,
Quo fano pariter vigent ,
Quo, quid plura ? Salus publica vertitur
LUDOVICus MARIN ;
Humanitatis Profeſſor ,
in Collegio Sorbona- Pleffao.
Piece qu'on ait présentée au Roy , fur le
rétablissement de la Santé.
REGI
Ob reftitutam valetudinem .
O D'E
Sunt votis fua
præmia ,
Nec femper Populus Numen inutili
Supplex follicitat prece.
Vivit R EX ; abeant præteriti metus ,
Hos quamquam pietas benè
Excufat : nimis ah ! vel fpatio brevi ,
Suprema
DE SEPTEMBRE.
Suprema horruimus mala ,
Febris cùm immodicis carperet ignibus
Regis Membra tenelluli ,
Et fpes vifa tuas vertere , Gallia.
Non fic fulmen ab æthere
Lapfum præcipiti , quos femel occupar ,
Percellit neque tam ftupent ,
Si quos forbet hians fub pedibus folum
Ut nos attonuit , novi
Circumquàque ftrepens fama periculi.
Quod fi Te abftulerat femel ,
O PRINCEPS , & idem funus erat Tuis
Condendi & tumulo fimul.
Quæ tum cura fuit ? qui dolor omnium !
Quis non fe bonus obtulit ,
Ut pro Te indomitam vim lueret mali ;
Ipsâ in morte vicarius ?
Ardens follicitis excipere auribus
Morbi & principia & modos ;
Si fortè inciderat trifte aliquod bonumvc
Omen , difpicere inquies :
Vidiffes variâ pro febre , civis ut
Vultus indueret novos ,
Lætus forte fuâ , cùm benè erat Tibi
Moftus , fi audierat malum,
At vivis nihil eft quod metuat fuper ,
Te falvo , tua Gallia :
Et , credo , placidis nos oculis Deus
E Refpexit
కం
LE MERCURE
Refpexit miferans , citò
Dum mortis rabidos contudit impetus ,
-
Febrifque horribiles minas ,
Ne tantus fubitò mos premeret dolor ,
Quanto non fuimus pares .
Hinc feftis refonant compita plaufibus ,
Sacris Templaque Canticis :
Hinc Natalitio par propè claruit
Primus qui incolumem dies
Te vidit , LODOIX ; ipfaque tum fuo
Vicit lumine nox diem.
Quod nafcenti igitur Gallia voverat ,
Nunc optat valido Tibi ;
Hinc & ducere amat quæ Tibi tempora
Regnanti Deus annuet ,
Fortunata utinam longaque tempora.
Quæ laudum feges , aſpice :
Nam feu Te ſtimulis gloria bellicis
Punxit , rumpere idoneum
Æratas acies , vertere & oppida ;
Seu Te pax melior capit ,
Pax illa ingenuis quæ comes artibus
Regemque & Populos beat ;
Num factis pateat latior area , aut
Quâ Te BOR BONIDEM magis
Oftentes ? Valeas Tu modò ; cætera
Virtus expediet , boni
Quam cultus , patriis in penetralibus
Hauftam
DE SEPTEMBRE
Hauftam , fortiùs excitant.
Tuque ô fancte SINEX , cui benè Francici
Pignus creditur Imperi ,
Curas accumula , fi potes ; & diù
Serves innocuum caput ,
Quo languente vides omnia ut horreant ,
Quo fano pariter vigent ,
Quo, quid plura ? Salus publica vertitur
LUDOVICus MARIN ;
Humanitatis Profeſſor ,
in Collegio Sorbona- Pleffao.
Fermer
467
p. 51
REGI, OB RECUPERAT AM VALETUDINEM.
Début :
SOL oriens, fausto recreas qui lumine mundum, [...]
Mots clefs :
Soleil, Salut
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REGI, OB RECUPERAT AM VALETUDINEM.
REGI ,
OB RECUPERATAM VALETUDINEM.
SOLoriens ,faufto recreas qui lumine mundum
,
Ah ! utinam curfus fit mora longa tui ?
Dum tu penè cadis ; fubitis immerſa tenebris ,
Credidit antiquum terra redire cahos.
Nunquam lætitiæ major , te fofpite ; nunquam
Extincto , major caufa doloris erit.
Dii , victi lacrymis , quem non fervaftis in uno!
Afferta eft falvo publica Rege falus.
1
N. BAUDIN .
OB RECUPERATAM VALETUDINEM.
SOLoriens ,faufto recreas qui lumine mundum
,
Ah ! utinam curfus fit mora longa tui ?
Dum tu penè cadis ; fubitis immerſa tenebris ,
Credidit antiquum terra redire cahos.
Nunquam lætitiæ major , te fofpite ; nunquam
Extincto , major caufa doloris erit.
Dii , victi lacrymis , quem non fervaftis in uno!
Afferta eft falvo publica Rege falus.
1
N. BAUDIN .
Fermer
468
p. 159-165
De Rome, le 2 Août.
Début :
LE Samedi 26 Juillet, l'Archevêque de Trani batisa dans Sainte Marie de la [...]
Mots clefs :
Cardinal, Archevêque, Église, Pape, Sa Sainteté, Évêque, Fête, Palais, Cardinal de Rohan, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome, le 2 Août.
De Rome , le 2 Août.
E Samedi 26 Juiller, l'Archevêque de
Trani batila dans Sainte Marie de la
Minerve une fille de la Marquiſe Gionanna
Gomez Doria , qui fut tenuë fur les Fonts
par le Cardinal Spinola , & fut nominée
Anna Maria Franceſca Lucretia Simforefar
Le Dimanche fuivant , le Cardinal Tanara
Doyen du Sacré College , fit dans l'Eglife
de S. Ignace la ceremonie du Sacre de l'Evêque
de Bifignanon fon Auditeur. Il fut
affifté dans cette fainte fonction par l'Archevêque
di Damafco Secretaire des Evêques
& des Reguliers , & par l'Evêque
de Boiano Vicegerent. Le même jour
l'Evêque de Fano fut facré dans l'Eglife.
de S. André della Valle par le Cardinal
Buon Compagnoni Archevêque de Bou
logne affifté de M. Criftofaro Batelli ,
Archevêque d'Amafie , & de M. Tomaſſo
Cervini Archevêque de Nicomedie. Le
Lundi au foir le Cardinal de Rohan donna
dans fon Palais une Fête à une Affemblée
>
choifie
бо LE MERCURE
choifie de Cardinaux & autres Perfonnes
de grande diſtinction. Le fouper fut magnifique
, & precedé d'une Muſique exquite.
Ony chanta une Cantare compofée exprès
pour le fujet. Le Mardi matin le Cardinal
d'Altan eut fa premiere audiance du Pape
en qualité d'Ambaffadeur de Sa Majesté
Imperiale. Cinq Prelats l'accompagnerent
dans fon Caroffe,l'Archevêque di Damasco,
l'Archevêque de Lariffa , l'Archevêque de
Trani , l'Evêque de Lipari , & l'Evêque
de Sarfina. Dans la même matinée M. Mario
Bolognetti nouveau Clerc de Chambre,
prêta ferment pour cette Charge entre les
mains du Cardinal Albano Camerlingue
de la Sainte Eglife. Le trois Août , jour
de S. Ignace , la Maifon Profeffe de la
Compagnie de Jefus , qui poffede le corps
de fon Fondateur , celebra pompeufement
la folemnité de la Fête , qui avoit été
commencée la veille par les premieres Vêpres
& par les fanfares des Trompettes
& le bruit des Timbales. Plufieurs Cardinaux
vinrent dire la Meffe dans cette
Eglife , le Pape s'y rendit lui -même ; le
Cardinal Corradini & le Cardinal Olivieri
Secretaire des Brefs étoient dans le Caroffe
de Sa Sainteté , & le Connestable Colone
à cheval l'accompagnoit fuivi de plus de
quarante Cavaliers. Sa Sainteté fut reçue
à la Porte de l'Eglife par vingt-lept Car-
8 dinaux
DE SEPTEMBRE. 161 .
dinaux & par le R. Pere Tamburrini General
des Jefuites , qui eut l'honneur d'entretenir
fort long temps le Pape. Après la
Grande - Meffe le R. Pere Vincenfo Caravita
Napolitain , & Religieux de la Compagnie
de Jefus , prononça le Panegirique de S.
Ignace , avec l'applaudiffement de fon illuftre
auditoire. Le Cardinal Conti s'eſt
rendu le même jour à S. Pierre pour prendre
poffeflion de fa Charge de Grand Penitencier
, il y fut reçu par quatre Chanoines
& quatre Beneficiers , qui après la :
Priere faite , le conduifirent au Tombeau
des Saints Apôtres , où il étoit attendu
par tous les Officiers de fon Tribunal
qu'il occupa pour la premiere fois.
-
Le Pape alla le fix au Monaftere des
Religieufes de S. Sixte de l'Ordre de Saint
Dominique , où vingt - trois Cardinaux le
reçûrent , les Religieufes lui báiferent les
pieds , & lui prefenterent un Portrait de
Saint Pie , exécuté par une fille illuftrë
dans la miniature ; ce tableau étoit orné
d'une très belle bordure dans le goût des
Indes. La R, M. Suor Maria Ifabella Rufpoli
, petite niéce de Sa Sainteté , & fillè
du Prince de Cerveteri Rafpoli , eft Religieufe
dans ce Couvent. Le Pape accorda :
auffi la " permiffion de lui baifer les pieds
à la Ducheffe d'Acquasparta fa fceur , à la
Ducheffe de Sforce , à la Princeffe Rufpolf,
0 .
162 LE MERCURE
à la Princeffe Barberini la mere , à la Do
cheffe de Gravina Urfini , à la Comteffe
Borromei la mere , à la Princeffe de Fiano,
auffi-bien qu'à D.Vittoria Sfoffa, fille duDuc
de ce nom , & à D. Vittoria Rufpoli , qui
eft élevée par les Religieufes de S. Sixte .
5
Le 10 Août , le Conneftable Colone
donna une très - belle ferenade à la Pilora,
fur l'un des deux ponts qui joignent fon
Palais à fes Jardins . Il fe trouva dans le
bel appartement voilin du concert une af
femblée des plus qualifiées & des plus
brillantes , qui fut regalée de rafraichiffemens
& de confitures. La fête fe termina
par un beau feu d'artifice mais elle fur
interrompue par un trifte accident. Deux
Eftafiers d'un Cardinal invité s'étant que
rellés firent du bruit , qui attira fur un
balcon une partie de l'affemblée . Le balcon
trop chargé fondit auffi - tôt , & écrafa un
Domeftique du Cardinal Prisli , qui dormoit
auprès. Le Marquis Gabrielli fe rome
pit un bras & une jambe , le Baron Mantona
Ecuyer du Cardinal Priuli , s'eft frapé
fi rudement la poitrine dans fa chûte, qu'il
en eft mort deux jours après. Don Aleffandre
Colone Carboniano n'a point été
bleffé , étant tombé fur les deux autres.
L'Abbé Copelli & l'Abbé Caneftra ont été
quelques jours en danger de la vie . M.
Cinftiniani , Receveur de Malthe , a prefente
DE SEPTEMBRE 163
fenté le 19 Août une Croix de cet Ordre
à Don Camille Cibo Patriarche de Conftantinople
, & Auditeur General de la
Chambre Apoftolique. Cette Croix eft
garnie de diamans , & a été envoyée par
le Grand Maître , qui en a envoyé une pareille
à Don Carlo Conti ; on croit qu'il
ne la portera que quand quelque Commanderie
fera vacante. Le Grand Duc de
Tofcane a envoyé à Don Mario Antonio
Conti neveu de Sa Sainteté , la Croix de
l'Ordre de S. Eftienne. Le malheur arrivé
à la fête donnée par le Connêtable Colone
a fait prendre les précautions les plus fûreş
dans celle donnée le 14 par le Cardinal
Ottoboni. Son Palais fur magnifiquement
illuminé ; un choeur nombreux d'excellentes
voix & d'habiles Simphonistes executa
une Cantate de la compofition de ce
Cardinal . Cette Cantate étoit intitulée
Rome joyeuse pour l'Exaltation de fon trés-
Saint Pasteur Prince & Citoyen. Ces Vers
exprimoient les fentimens de cet illuftre
Poëte & ceux de tous les Sujets de Sa
Sainteté. Le Concert fut fuivi d'un feu
d'artifice ; la décoration du feu reprefen
toit le Temple de Minerve, & les quatre
parties du Monde qui venoient y prefen
ter leurs offrandes. Le Duc de Bracciano
a obtenu enfin la difpenfe qu'il follicitoir
& il va époufer la Princeffe Borghese ,
O ij
*
foeur
164.
MERCURE LE
foeur de fa premiere femme.
Le 19 , le Cardinal de Rohan reçut la
nouvelle de la maladie du Roy Très - Chrétien
, fes allarmes ne furent pas longues ,
un fecond Courier lui aprit le 22 l'heu
reufe convalefcence de Sa Majesté . Il
annonça cette nouvelle au Pape dans une
audience particuliere qu'il en obtint le 23 .
Le 25 , jour de la Fête de S. Louis Roy de.
France , fut celebré dans l'Eglife de la
Nation Françoiſe avec une plus grande.
folemnité qu'à l'ordinaire. Trente - neuf.
Cardinaux invités par le Cardinal de
Rohan formerent une augufte affemblée ,
qui reçut Sa Sainteté dans cette Eglife ,
où Elle vint prendre part à la joye de lá
Nation , & mêler fes Prieres aux Prieres
publiques cette Ceremonie fut fuperbe ,
01 les Domestiques duCardinal de Rohan
étoient vêtus d'habits neufs , & on compra
dans fon cortege dix de fes caroffes magniquement
dorés. Le Pape fit éclater une
entre ffe particuliere pour Sa Majesté
Très -Chrétienne dans les deux audiences
qu'il accorda ce même jour au Cardinal
de Rohan. Le foir , prefque toutes les
rues de Rome furent illuminées ; tous
les François fignalerent leur zéle & leut
joye par les démonftrations les plus vives,
& furent fecondés par le Cardinal Aquaviva
, & les Miniftres de Sardaigne , de
0.15
Baviere .
DE SEPTEMBRE.. 165
Baviere , de Lorraine , de Parme , & autres
Miniftres Etrangers , qui diftinguerent
leurs Palais par des illuminations .
E Samedi 26 Juiller, l'Archevêque de
Trani batila dans Sainte Marie de la
Minerve une fille de la Marquiſe Gionanna
Gomez Doria , qui fut tenuë fur les Fonts
par le Cardinal Spinola , & fut nominée
Anna Maria Franceſca Lucretia Simforefar
Le Dimanche fuivant , le Cardinal Tanara
Doyen du Sacré College , fit dans l'Eglife
de S. Ignace la ceremonie du Sacre de l'Evêque
de Bifignanon fon Auditeur. Il fut
affifté dans cette fainte fonction par l'Archevêque
di Damafco Secretaire des Evêques
& des Reguliers , & par l'Evêque
de Boiano Vicegerent. Le même jour
l'Evêque de Fano fut facré dans l'Eglife.
de S. André della Valle par le Cardinal
Buon Compagnoni Archevêque de Bou
logne affifté de M. Criftofaro Batelli ,
Archevêque d'Amafie , & de M. Tomaſſo
Cervini Archevêque de Nicomedie. Le
Lundi au foir le Cardinal de Rohan donna
dans fon Palais une Fête à une Affemblée
>
choifie
бо LE MERCURE
choifie de Cardinaux & autres Perfonnes
de grande diſtinction. Le fouper fut magnifique
, & precedé d'une Muſique exquite.
Ony chanta une Cantare compofée exprès
pour le fujet. Le Mardi matin le Cardinal
d'Altan eut fa premiere audiance du Pape
en qualité d'Ambaffadeur de Sa Majesté
Imperiale. Cinq Prelats l'accompagnerent
dans fon Caroffe,l'Archevêque di Damasco,
l'Archevêque de Lariffa , l'Archevêque de
Trani , l'Evêque de Lipari , & l'Evêque
de Sarfina. Dans la même matinée M. Mario
Bolognetti nouveau Clerc de Chambre,
prêta ferment pour cette Charge entre les
mains du Cardinal Albano Camerlingue
de la Sainte Eglife. Le trois Août , jour
de S. Ignace , la Maifon Profeffe de la
Compagnie de Jefus , qui poffede le corps
de fon Fondateur , celebra pompeufement
la folemnité de la Fête , qui avoit été
commencée la veille par les premieres Vêpres
& par les fanfares des Trompettes
& le bruit des Timbales. Plufieurs Cardinaux
vinrent dire la Meffe dans cette
Eglife , le Pape s'y rendit lui -même ; le
Cardinal Corradini & le Cardinal Olivieri
Secretaire des Brefs étoient dans le Caroffe
de Sa Sainteté , & le Connestable Colone
à cheval l'accompagnoit fuivi de plus de
quarante Cavaliers. Sa Sainteté fut reçue
à la Porte de l'Eglife par vingt-lept Car-
8 dinaux
DE SEPTEMBRE. 161 .
dinaux & par le R. Pere Tamburrini General
des Jefuites , qui eut l'honneur d'entretenir
fort long temps le Pape. Après la
Grande - Meffe le R. Pere Vincenfo Caravita
Napolitain , & Religieux de la Compagnie
de Jefus , prononça le Panegirique de S.
Ignace , avec l'applaudiffement de fon illuftre
auditoire. Le Cardinal Conti s'eſt
rendu le même jour à S. Pierre pour prendre
poffeflion de fa Charge de Grand Penitencier
, il y fut reçu par quatre Chanoines
& quatre Beneficiers , qui après la :
Priere faite , le conduifirent au Tombeau
des Saints Apôtres , où il étoit attendu
par tous les Officiers de fon Tribunal
qu'il occupa pour la premiere fois.
-
Le Pape alla le fix au Monaftere des
Religieufes de S. Sixte de l'Ordre de Saint
Dominique , où vingt - trois Cardinaux le
reçûrent , les Religieufes lui báiferent les
pieds , & lui prefenterent un Portrait de
Saint Pie , exécuté par une fille illuftrë
dans la miniature ; ce tableau étoit orné
d'une très belle bordure dans le goût des
Indes. La R, M. Suor Maria Ifabella Rufpoli
, petite niéce de Sa Sainteté , & fillè
du Prince de Cerveteri Rafpoli , eft Religieufe
dans ce Couvent. Le Pape accorda :
auffi la " permiffion de lui baifer les pieds
à la Ducheffe d'Acquasparta fa fceur , à la
Ducheffe de Sforce , à la Princeffe Rufpolf,
0 .
162 LE MERCURE
à la Princeffe Barberini la mere , à la Do
cheffe de Gravina Urfini , à la Comteffe
Borromei la mere , à la Princeffe de Fiano,
auffi-bien qu'à D.Vittoria Sfoffa, fille duDuc
de ce nom , & à D. Vittoria Rufpoli , qui
eft élevée par les Religieufes de S. Sixte .
5
Le 10 Août , le Conneftable Colone
donna une très - belle ferenade à la Pilora,
fur l'un des deux ponts qui joignent fon
Palais à fes Jardins . Il fe trouva dans le
bel appartement voilin du concert une af
femblée des plus qualifiées & des plus
brillantes , qui fut regalée de rafraichiffemens
& de confitures. La fête fe termina
par un beau feu d'artifice mais elle fur
interrompue par un trifte accident. Deux
Eftafiers d'un Cardinal invité s'étant que
rellés firent du bruit , qui attira fur un
balcon une partie de l'affemblée . Le balcon
trop chargé fondit auffi - tôt , & écrafa un
Domeftique du Cardinal Prisli , qui dormoit
auprès. Le Marquis Gabrielli fe rome
pit un bras & une jambe , le Baron Mantona
Ecuyer du Cardinal Priuli , s'eft frapé
fi rudement la poitrine dans fa chûte, qu'il
en eft mort deux jours après. Don Aleffandre
Colone Carboniano n'a point été
bleffé , étant tombé fur les deux autres.
L'Abbé Copelli & l'Abbé Caneftra ont été
quelques jours en danger de la vie . M.
Cinftiniani , Receveur de Malthe , a prefente
DE SEPTEMBRE 163
fenté le 19 Août une Croix de cet Ordre
à Don Camille Cibo Patriarche de Conftantinople
, & Auditeur General de la
Chambre Apoftolique. Cette Croix eft
garnie de diamans , & a été envoyée par
le Grand Maître , qui en a envoyé une pareille
à Don Carlo Conti ; on croit qu'il
ne la portera que quand quelque Commanderie
fera vacante. Le Grand Duc de
Tofcane a envoyé à Don Mario Antonio
Conti neveu de Sa Sainteté , la Croix de
l'Ordre de S. Eftienne. Le malheur arrivé
à la fête donnée par le Connêtable Colone
a fait prendre les précautions les plus fûreş
dans celle donnée le 14 par le Cardinal
Ottoboni. Son Palais fur magnifiquement
illuminé ; un choeur nombreux d'excellentes
voix & d'habiles Simphonistes executa
une Cantate de la compofition de ce
Cardinal . Cette Cantate étoit intitulée
Rome joyeuse pour l'Exaltation de fon trés-
Saint Pasteur Prince & Citoyen. Ces Vers
exprimoient les fentimens de cet illuftre
Poëte & ceux de tous les Sujets de Sa
Sainteté. Le Concert fut fuivi d'un feu
d'artifice ; la décoration du feu reprefen
toit le Temple de Minerve, & les quatre
parties du Monde qui venoient y prefen
ter leurs offrandes. Le Duc de Bracciano
a obtenu enfin la difpenfe qu'il follicitoir
& il va époufer la Princeffe Borghese ,
O ij
*
foeur
164.
MERCURE LE
foeur de fa premiere femme.
Le 19 , le Cardinal de Rohan reçut la
nouvelle de la maladie du Roy Très - Chrétien
, fes allarmes ne furent pas longues ,
un fecond Courier lui aprit le 22 l'heu
reufe convalefcence de Sa Majesté . Il
annonça cette nouvelle au Pape dans une
audience particuliere qu'il en obtint le 23 .
Le 25 , jour de la Fête de S. Louis Roy de.
France , fut celebré dans l'Eglife de la
Nation Françoiſe avec une plus grande.
folemnité qu'à l'ordinaire. Trente - neuf.
Cardinaux invités par le Cardinal de
Rohan formerent une augufte affemblée ,
qui reçut Sa Sainteté dans cette Eglife ,
où Elle vint prendre part à la joye de lá
Nation , & mêler fes Prieres aux Prieres
publiques cette Ceremonie fut fuperbe ,
01 les Domestiques duCardinal de Rohan
étoient vêtus d'habits neufs , & on compra
dans fon cortege dix de fes caroffes magniquement
dorés. Le Pape fit éclater une
entre ffe particuliere pour Sa Majesté
Très -Chrétienne dans les deux audiences
qu'il accorda ce même jour au Cardinal
de Rohan. Le foir , prefque toutes les
rues de Rome furent illuminées ; tous
les François fignalerent leur zéle & leut
joye par les démonftrations les plus vives,
& furent fecondés par le Cardinal Aquaviva
, & les Miniftres de Sardaigne , de
0.15
Baviere .
DE SEPTEMBRE.. 165
Baviere , de Lorraine , de Parme , & autres
Miniftres Etrangers , qui diftinguerent
leurs Palais par des illuminations .
Fermer
469
p. 183-189
A Compiegne ce 5 Septembre.
Début :
Pour satisfaire, Monsieur, l'envie que vous avés de sçavoir les rejoüissances [...]
Mots clefs :
Te Deum, Roi, Ville, Hôtel de ville, Gouverneurs-attournés, Feu, Tambours, Trompettes, Violons, Hautbois, Chevaliers de l'Arquebuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Compiegne ce 5 Septembre.
A Compiegne ces Septembre.
Ourfatisfaire , Monfieur , l'envie que
vous avés de fçavoir les rejoüiffances
faites pour le rétabliffement de la fanté du
Roy dans notre Ville,je vous diray qu'elles
n'ont
184 LE MERCURE
.
n'ont pas commencé fitôt qu'on l'auroit
fouhaité , à caufe de l'utage où l'on eft
d'attendre les ordres du Gouverneur de la
Province & de l'Evêque , pour pouvoir
affembler le Clergé. Dès que M. le Gouverneur
eut envoyé les fiens , on écrivit à
M. l'Evêque de Soiffons : cependant le
II d'Aouft M. de Chambodon Avocat
en Parlement , & Subdelegué de M. l'Intendant
, invita à fouper chés lui toute fa
famille , & une partie des Officiers de la
Garnifon ; il fit faire devant fa porte un
grand feu , illumina fa maiſon , diftribua
du vin à fes voifins , & donna un grand
Bal qui dura toute la nuit. Le Samedy
16 on reçut réponſe de M. l'Evêque de
Soiffons , & auffi - tôt Mrs les Gouver
neurs Attournés ayant choifi pour la folemnité
le Lundi 18 , le firent annoncer dans
toute la Ville par les Tambours , Trompettes
; Violons & Hautbois , ordonnerent
de tenir ce jour là les Boutiques fermées
, de faire des feux , d'illuminer les
maifons , & d'obéir aux Capitaines des
Quartiers qui avoient ordre de mettre la
Bourgeoifie fous les armes. Le Dimanche .
fur les cinq heures du foir Mrs les Gouverneurs
Attournés fitent faire une feconde
publication comme le jour precedent.
Sur les fix heures ils allerent à la defcente
J
des Coches d'eau des Rivieres d'Oife &
d'Aifne ,
DE SEPTEMBRE. 185
3
2
d'Aifne , qui après s'être réunies à une
demie lieue de cette Ville , en viennent
battre les murs , ils firent boire à la fanté
du Roy tous ceux qui fe trouvèrent dans
ces Voitures , pendant que les Tambours,
Trompettes , Violons & Hautbois , qui
étoient le long de la Riviere , joüoient
des fanfares. Sur les huit heures toutes
les cloches de la Ville , la cloche de Triomphe
de l'Hôtel de Ville , & trois décharges
du canon des remparts annoncerent le
Te Deum pour le lendemain . Ce même
jour plufieurs perfonnes illuminerent leuc.
maiſon , ſouperent à leur porte ,
& firent
boire les paffans à la fanté du Roy. Le
Lundy à la pointe du jour le canon recommença
, & l'on n'entendit plus que le
bruit des Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , chaque Compagnie
Bourgeoife fe mit fous les armes à lá
porte de fon Capitaine. Les Chevaliers de
l'Arquebufe , de l'Arbalêtre & de l'Arc
s'affemblerent à leurs jeux , & toutes enfuite
fe vinrent , ranger en bataille fur la
grande Place , vis - à- vis l'Hôtel de Ville ,
qui étoit orné de riches tapis & du portrait
du Roy , placé entre quatre Deviles
compofées pour la fête.
Dans la première , pour faire voir la terreur
qu'avoit jettée dans les efprits la maladie
de Sa Majefté , on avoit peint un
foleil
186 LE MERCURE
foleil éclipfé & une terre dans les tenebres ,
avec cette Legende , Deliquium tellus patifur
tecum.
La feconde , pour montrer la joye qu'a•
voit caufée fa guerifon , reprefentoit un
foleil qui fe dégage des te ebres qui l'obfcurciffent
, avec cette Infcription , Que
tibi , lux redit orbi.
La troiſième , pour exprimer la promp
titude de fa guerifon reprefentoit un fleuve
qui après s'être precipité fous terre , en
fort peu après plus tranquille & plus pur
autour étoient ces mots , Pulcrior exurgit..
La quatrième , pour marquer que rien
ne devoit moins allarmer les Peuples que
la delicateffe de fon temperament , étoit
un jeune chefne qui croît & fe fortifie
le foufle des vents qui l'agitent , avec
ces mots , Sic robora crefcunt.
par
Sous le portrait du Roy étoit cette In,
fcription :
Reftitutam Regi fanitatem ,,
Affertam Gallia [alutem.
Gratulatur
Civitas Compendienfis.
Sur les quatre heures , temps marqué
pour
le Te Deum , les Compagnies Bourgeoiles
ayant formé une double haye de
puis la porte de l'Hôtel de Ville jufqu'au
Portail
DE SEPTEMBRE.
187:
1
Portail de Saint Corneille, la marche commença
par les Compagnies des Chevaliers.
de l'Arc & de l'Arbalètre , après eux marchoient
les Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , les Valets de Ville ent
Cafaques , les Gardes de M. le Comte d'Evreux
, Gouverneur de la Province ; ceux
du Duc d'Humieres , Gouverneur de la
Ville & du Château ; M. de Gaya Com--
mandant de la Place ; Mrs de Ville , en
habits de ceremonie , & les Chevaliers de
l'Arquebufe. Les trois Compagnies , dont
deux commençoient la marche , la troifiéme
la terminoit , étoient vêtuës d'habitsuniformes
& magnifiques. Au retour du
Te Deum Mrs les Gouverneurs Attournés -
donnerent un grand repas aux trois Com--
pagnies & aux Officiers des Quartiers..
M. Conftant, l'un des Gouverneurs Attournés
, jetta en differentes fois de l'argent au
peuple. Sur les huit heures toutes les Com
pagnies s'étant rendues à leur pofte autour
du feu , vis- à- vis de l'Hôtel de Ville , Mrs
les Gouverneurs Attournés , précedés de
M. de Gaya , allumerent le feu au fon de :
toutes les cloches de la Ville , au bruite
des décharges de la moufqueterie & du
canon . Dans ce moment toute la façade
de l'Hôtel de Ville , toute remplie de pors
à feu parut enflammée jufqu'au haut du
Beffroy, Ce jour là la fête finit par un
Qij grand
288
MERCURE LE
grand Bal , qui dura toute la nuit dans
la grande Salle de l'Hôtel de Ville.
Les Bourgeois engagés par l'exemple des
Mrs de Ville , & encore plus par le zele &
l'affection refpectueule qu'ils ont pour le
Roy, non feulement ne manquerent en rien
aux ordres qui leur étoient donnés , mais
encore y ajouterent beaucoup. Les femines
même voulurent montrer leur zele , on en
vit plufieurs habillées en Amazones , le mê
ler parmi les Compagnies Bourgeoifes , &
faire retentir toute la Ville des coups de
moufquet qu'elles tiroient continuellement.
Le foir auffi-tôt que le feu de la Ville fut
allumé , on ne vit dans toutes les ruës que
tables dreffées , on n'entendit plus que le
bruit des moufquets & celui des canons.
Le lendemain les Chevaliers de l'Arquebule
, qui avoient fait tout préparer pour
leur Te Deum dans l'Eglife Paroitiale de
Saint Jacques , où eft leuri Chapelle , fe
rendirent dans cette Eglife fur les onze.
heures du matin , précedés des Tambours ,
Trompettes , Violons & Hautbois , & entendirent
une grande Meffe , qui fut accom
pagnée de décharges de moufqueterie , &
fuivie de l'Exaudiat. Le foir fur les cinq
heures ils fe rendirent dans la même Eglife
& dans le même ordre , avec le Corps de
Ville & le Commandant à leur tête ; on
chanta le Te Deum en musique , au bruit
dc
DE SEPTEMBRE. 189-
#
de l'artillerie & de la moniqueterie . Ce
jour là les divertiffemens recommencerent,
on dreffa des tables , & les maifons furent
illuminées comme la veille . Il faut dire à la
louange des Gouverneurs Attournés , qu'ils
montrerent l'exemple par leurs liberalitez
. Mrs de Beauval , le Caron, Levesque,
& Conftant , l'on emporté fur les autres
par leurs illuminations . Les Chevaliers de
l'Arc firent chanter leur Te Deum dans
l'Abbaye de Saint Corneille ; les Jefuites ,.
les Minimes , les Capucins , & les Dames
Chanoineffes de Saint Nicolas , celebreient
la même fête avec le même zele. M. le
Parquet , Curé de la Paroiffe de Saint Jac-'
ques , fe diftingua par une grande folemnité
; il fit chanter dans fon Eglife , Matines
, grande Meffe , Vêpres , Salut , &
pendant le Salut le Te Deum en Mufique..
Les Pelerins de Saint Jacques , les Officiers
du Bailliage , le Doyen de la Collegiale de
Saint Maurice ; enfin tous les Corps de la
Ville s'acquitterent avec empreffement de
ce devoir.
Ourfatisfaire , Monfieur , l'envie que
vous avés de fçavoir les rejoüiffances
faites pour le rétabliffement de la fanté du
Roy dans notre Ville,je vous diray qu'elles
n'ont
184 LE MERCURE
.
n'ont pas commencé fitôt qu'on l'auroit
fouhaité , à caufe de l'utage où l'on eft
d'attendre les ordres du Gouverneur de la
Province & de l'Evêque , pour pouvoir
affembler le Clergé. Dès que M. le Gouverneur
eut envoyé les fiens , on écrivit à
M. l'Evêque de Soiffons : cependant le
II d'Aouft M. de Chambodon Avocat
en Parlement , & Subdelegué de M. l'Intendant
, invita à fouper chés lui toute fa
famille , & une partie des Officiers de la
Garnifon ; il fit faire devant fa porte un
grand feu , illumina fa maiſon , diftribua
du vin à fes voifins , & donna un grand
Bal qui dura toute la nuit. Le Samedy
16 on reçut réponſe de M. l'Evêque de
Soiffons , & auffi - tôt Mrs les Gouver
neurs Attournés ayant choifi pour la folemnité
le Lundi 18 , le firent annoncer dans
toute la Ville par les Tambours , Trompettes
; Violons & Hautbois , ordonnerent
de tenir ce jour là les Boutiques fermées
, de faire des feux , d'illuminer les
maifons , & d'obéir aux Capitaines des
Quartiers qui avoient ordre de mettre la
Bourgeoifie fous les armes. Le Dimanche .
fur les cinq heures du foir Mrs les Gouverneurs
Attournés fitent faire une feconde
publication comme le jour precedent.
Sur les fix heures ils allerent à la defcente
J
des Coches d'eau des Rivieres d'Oife &
d'Aifne ,
DE SEPTEMBRE. 185
3
2
d'Aifne , qui après s'être réunies à une
demie lieue de cette Ville , en viennent
battre les murs , ils firent boire à la fanté
du Roy tous ceux qui fe trouvèrent dans
ces Voitures , pendant que les Tambours,
Trompettes , Violons & Hautbois , qui
étoient le long de la Riviere , joüoient
des fanfares. Sur les huit heures toutes
les cloches de la Ville , la cloche de Triomphe
de l'Hôtel de Ville , & trois décharges
du canon des remparts annoncerent le
Te Deum pour le lendemain . Ce même
jour plufieurs perfonnes illuminerent leuc.
maiſon , ſouperent à leur porte ,
& firent
boire les paffans à la fanté du Roy. Le
Lundy à la pointe du jour le canon recommença
, & l'on n'entendit plus que le
bruit des Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , chaque Compagnie
Bourgeoife fe mit fous les armes à lá
porte de fon Capitaine. Les Chevaliers de
l'Arquebufe , de l'Arbalêtre & de l'Arc
s'affemblerent à leurs jeux , & toutes enfuite
fe vinrent , ranger en bataille fur la
grande Place , vis - à- vis l'Hôtel de Ville ,
qui étoit orné de riches tapis & du portrait
du Roy , placé entre quatre Deviles
compofées pour la fête.
Dans la première , pour faire voir la terreur
qu'avoit jettée dans les efprits la maladie
de Sa Majefté , on avoit peint un
foleil
186 LE MERCURE
foleil éclipfé & une terre dans les tenebres ,
avec cette Legende , Deliquium tellus patifur
tecum.
La feconde , pour montrer la joye qu'a•
voit caufée fa guerifon , reprefentoit un
foleil qui fe dégage des te ebres qui l'obfcurciffent
, avec cette Infcription , Que
tibi , lux redit orbi.
La troiſième , pour exprimer la promp
titude de fa guerifon reprefentoit un fleuve
qui après s'être precipité fous terre , en
fort peu après plus tranquille & plus pur
autour étoient ces mots , Pulcrior exurgit..
La quatrième , pour marquer que rien
ne devoit moins allarmer les Peuples que
la delicateffe de fon temperament , étoit
un jeune chefne qui croît & fe fortifie
le foufle des vents qui l'agitent , avec
ces mots , Sic robora crefcunt.
par
Sous le portrait du Roy étoit cette In,
fcription :
Reftitutam Regi fanitatem ,,
Affertam Gallia [alutem.
Gratulatur
Civitas Compendienfis.
Sur les quatre heures , temps marqué
pour
le Te Deum , les Compagnies Bourgeoiles
ayant formé une double haye de
puis la porte de l'Hôtel de Ville jufqu'au
Portail
DE SEPTEMBRE.
187:
1
Portail de Saint Corneille, la marche commença
par les Compagnies des Chevaliers.
de l'Arc & de l'Arbalètre , après eux marchoient
les Tambours , Trompettes , Violons
& Hautbois , les Valets de Ville ent
Cafaques , les Gardes de M. le Comte d'Evreux
, Gouverneur de la Province ; ceux
du Duc d'Humieres , Gouverneur de la
Ville & du Château ; M. de Gaya Com--
mandant de la Place ; Mrs de Ville , en
habits de ceremonie , & les Chevaliers de
l'Arquebufe. Les trois Compagnies , dont
deux commençoient la marche , la troifiéme
la terminoit , étoient vêtuës d'habitsuniformes
& magnifiques. Au retour du
Te Deum Mrs les Gouverneurs Attournés -
donnerent un grand repas aux trois Com--
pagnies & aux Officiers des Quartiers..
M. Conftant, l'un des Gouverneurs Attournés
, jetta en differentes fois de l'argent au
peuple. Sur les huit heures toutes les Com
pagnies s'étant rendues à leur pofte autour
du feu , vis- à- vis de l'Hôtel de Ville , Mrs
les Gouverneurs Attournés , précedés de
M. de Gaya , allumerent le feu au fon de :
toutes les cloches de la Ville , au bruite
des décharges de la moufqueterie & du
canon . Dans ce moment toute la façade
de l'Hôtel de Ville , toute remplie de pors
à feu parut enflammée jufqu'au haut du
Beffroy, Ce jour là la fête finit par un
Qij grand
288
MERCURE LE
grand Bal , qui dura toute la nuit dans
la grande Salle de l'Hôtel de Ville.
Les Bourgeois engagés par l'exemple des
Mrs de Ville , & encore plus par le zele &
l'affection refpectueule qu'ils ont pour le
Roy, non feulement ne manquerent en rien
aux ordres qui leur étoient donnés , mais
encore y ajouterent beaucoup. Les femines
même voulurent montrer leur zele , on en
vit plufieurs habillées en Amazones , le mê
ler parmi les Compagnies Bourgeoifes , &
faire retentir toute la Ville des coups de
moufquet qu'elles tiroient continuellement.
Le foir auffi-tôt que le feu de la Ville fut
allumé , on ne vit dans toutes les ruës que
tables dreffées , on n'entendit plus que le
bruit des moufquets & celui des canons.
Le lendemain les Chevaliers de l'Arquebule
, qui avoient fait tout préparer pour
leur Te Deum dans l'Eglife Paroitiale de
Saint Jacques , où eft leuri Chapelle , fe
rendirent dans cette Eglife fur les onze.
heures du matin , précedés des Tambours ,
Trompettes , Violons & Hautbois , & entendirent
une grande Meffe , qui fut accom
pagnée de décharges de moufqueterie , &
fuivie de l'Exaudiat. Le foir fur les cinq
heures ils fe rendirent dans la même Eglife
& dans le même ordre , avec le Corps de
Ville & le Commandant à leur tête ; on
chanta le Te Deum en musique , au bruit
dc
DE SEPTEMBRE. 189-
#
de l'artillerie & de la moniqueterie . Ce
jour là les divertiffemens recommencerent,
on dreffa des tables , & les maifons furent
illuminées comme la veille . Il faut dire à la
louange des Gouverneurs Attournés , qu'ils
montrerent l'exemple par leurs liberalitez
. Mrs de Beauval , le Caron, Levesque,
& Conftant , l'on emporté fur les autres
par leurs illuminations . Les Chevaliers de
l'Arc firent chanter leur Te Deum dans
l'Abbaye de Saint Corneille ; les Jefuites ,.
les Minimes , les Capucins , & les Dames
Chanoineffes de Saint Nicolas , celebreient
la même fête avec le même zele. M. le
Parquet , Curé de la Paroiffe de Saint Jac-'
ques , fe diftingua par une grande folemnité
; il fit chanter dans fon Eglife , Matines
, grande Meffe , Vêpres , Salut , &
pendant le Salut le Te Deum en Mufique..
Les Pelerins de Saint Jacques , les Officiers
du Bailliage , le Doyen de la Collegiale de
Saint Maurice ; enfin tous les Corps de la
Ville s'acquitterent avec empreffement de
ce devoir.
Fermer
470
p. 189-194
De Châlons, ce 6 Septembre.
Début :
M. l'Abbé le Maître de Paradis, Abbé de l'Abbaye de Toussaint dans l'Isle [...]
Mots clefs :
Feu, Roi, Abbé, Ville, Santé, Te Deum, Abbaye, Église, Jardin, Palais abbatial, Chevaliers de l'Arquebuse, Chevaliers de Reims
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Châlons, ce 6 Septembre.
De Châlons , ce G Septembre.
ael
. l'Abbé le Maître de Paradis , Abbé
de l'Abbaye de Touffaint dans l'ifle
de Châlons en Champagne , Chanoine
de la Cathedrale de la même Ville , & Vicaire
170 LE MERCURE
caire General du Diocéfe , voulant donner
des marques publiques de la joye qu'il a
reffentie du Rétabliffement de la Santé du
Roy, fir chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Eglife de fon Abbaye , le 24 Août
dernier , veille de la Fête de S. Louis , à.
fept heures du foir.
İl invita à cette ceremonie les Officiers du
Confeil de la Ville , qui y affifterent en
Corps, precedés & fuivis de leurs Archers;
M. l'Abbé le Maître y officia , & aprés que
les Prieres furent finies , & qu'il ent quitté
les habits de l'Eglife , il vint en long manreau
fe mettre à la tête du Confeil de
Ville , dont il eft Prefident en la qualité
d'Abbé de Touffaint , qui le rend auffi
Seigneur de la Ville , il alla avec ces Melfieurs
allumer un feu de joye qu'il avoit
fait élever dans la Place devant le Portail
de l'Eglife , les Bourgeois fes Vaffaux .
étant fous les armes.
Il entra enfuite avec Meffieurs du Con--
feil de Ville dans fon Palais Abbatial , où
il leur donna un fouper compoté de deux
grandes tables qui furent fervies avec toute
P'abondance , la delicateffe & la propreté
les plus recherchées.
Tout le contour exterieur de l'Eglife de
l'Abbaye étoit illuminé par une grande:
quantité de pots à feu.
Les façades du Palais Abbatial & tous .
les.
DE SEPTEMBRE. 10%
les murs de clôture , qui font d'une vaite
étendue , étoient pareillement illuminées.
Pendant le Te Deum & le Repas on fit.
dans les Jardins de l'Abbaye plufieurs falves
de canon & de boëtes , & il y en eut
une particuliere annoncée par les tambours .
lorfque M. l'Abbé le Maître porta la Santé
1 du Roy , qui fut buë , chacun étant debout
& découvert , avec de grandes acclama→
tions de Vive le Roy.
A l'iffue du fouper fur les onze heures
du foir , M. l'Abbé pour rendre la fête
complette , fit tirer au fond du jardin un
Feu d'artifice fur un theatre preparé à cet
effet.
Ce theatre de quatre toifes en quarré
étoit élevé au niveau des murs du jardin,
faifant face au Palais Abbatial d'un côté,.
& des autres côtés aux Ports & aux diffe
rens Quais qui regnent le long de la Ri-.
viere de Marne , dont les eaux paffent au
bas des murs de l'Abbaye.
On avoit conftruit fur ce theatre une
bâtiment de deux toifes en quarré , qui
formoit quatre grands portiques , ornés de
peintures des chiffres du Roy & d'em
blêmes..
Sur ces portiques regnoit une gallerie ,,
qui étoit bordée de petites gerbes & de :
lances à feu. ;, on voyoit aux quatre en--
cognures
192 LE MERCURE
Cognures huit Statues qui embrasfoient de
groffes gerbes de feu.
Au deffus paroiffoit une Piramide à huit
faces de quinze pieds de haut , pofée fur
fon piédeltal , garnie d'une infinité de lampions
, & terminée par un Soleil de feu ,
& le piédeftal garni de quatre grandes
roues de feu aux quatre faces.
·
Tout ce Feu d'artifice fut tiré avec beaucoup
d'ordre & d'adreffe , & produifit un
fpectacle très brillant ; aprés quoi M,
l'Abbé le Maître fit tirer dans un coin du
jardin une prodigieufe quantité de fufées ,
qui amuferent le Peuple une partie de la
nuit.
Les Dames de la Ville , qui étoient en
grand nombre dans les appartemens , & les
jardins de l'Abbaye , firent ufage des beaux
fruits & des rafraichiffemens que M. l'Ab
bé leur fit prefenter .
Les Chevaliers de l'Arquebuſe de Châlons
s'étant affemblez le 9 d'Août refolu
rent de faire chanter le Te Deum , & priérent
les Chevaliers de Reims , qui étoient
arrivez à Châlons pour un défi , de vouloir
bien les accompagner dans cette Ceremonie.
Le Dimanche fur les quatre heures
après midy , les deux Compagnies fe mirent
en marche , Meffieurs les Chevaliers
de Reims à la tête , & fe rendirent aux
RR. PP. Auguftins . Le Te Deum y fur
chanté
DE SEPTEMBRE. 193
chanté en Mufique au bruit des tambours
& d'une décharge continuelle d'artillerie.
Enfuite les deux Compagnies retournerent
à l'Hôtel des Arquebufiers de Châlons ,
où on voyoit fur la Porte un Tableau ,
reprefentant le Génie Tutelaire de la
France , qui d'une main couvre le Roy
d'un bouclier , pendant que de l'autre il
menace & repouffe la Parque Atropos ,
tenant fes cifeaux à la main. Le Dieu ELculape
, ou le Génie de la Santé prend le
jeune Prince entre les bras , & femble le
tirer hors du lit , auprès duquel Minerve
veille à fa confervation ; la France eft aux
pieds de ce lit , & par fon attitude exprime
fa joye , & les Actions de Graces qu'elle
rend à Dieu pour le Rétabliſſement de la
Santé de fon Roy. Ce Tableau étoit entouré
de lampions & de pots à feu , ainfi que
toutes les autres Portes & murailles du
jardin. Là fe fit ungrand repas , ou Mrs. les
Chevaliers de Reims avoient été invités ,
avec le Grand-Bailly de Châlons , & unebonne
partie de la Nobleffe. Ce Repas fur
precedé d'une décharge d'artillerie , & d'un
Feu d'artifice . L'on y but à la Santé dư
Roy au bruit des violons , des tambours
& des acclamations de Vive le Roy.
Dès que le Rétabliſſement de la Santé
du Roy fut fçû dans les Provinces , Madame
de Gaillarbois Marcouville , Prieure
R dat
194 LE MERCURE
du Prieuré Royal de l'Hôpital S. Jacques
du Petit- Andely en Normandie , fit prier
M. le Lieutenant General de cette Ville ,
avec toutes les Dames les plus diftinguées ,
de fe trouver au Te Deum qu'elle fit chanter
dans fa Maifon , qui fut fuivi d'un trèsgrand
feu devant la Porte du Couvent ,
& de quelques tonneaux de Vin pour le
Peuple.
ael
. l'Abbé le Maître de Paradis , Abbé
de l'Abbaye de Touffaint dans l'ifle
de Châlons en Champagne , Chanoine
de la Cathedrale de la même Ville , & Vicaire
170 LE MERCURE
caire General du Diocéfe , voulant donner
des marques publiques de la joye qu'il a
reffentie du Rétabliffement de la Santé du
Roy, fir chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Eglife de fon Abbaye , le 24 Août
dernier , veille de la Fête de S. Louis , à.
fept heures du foir.
İl invita à cette ceremonie les Officiers du
Confeil de la Ville , qui y affifterent en
Corps, precedés & fuivis de leurs Archers;
M. l'Abbé le Maître y officia , & aprés que
les Prieres furent finies , & qu'il ent quitté
les habits de l'Eglife , il vint en long manreau
fe mettre à la tête du Confeil de
Ville , dont il eft Prefident en la qualité
d'Abbé de Touffaint , qui le rend auffi
Seigneur de la Ville , il alla avec ces Melfieurs
allumer un feu de joye qu'il avoit
fait élever dans la Place devant le Portail
de l'Eglife , les Bourgeois fes Vaffaux .
étant fous les armes.
Il entra enfuite avec Meffieurs du Con--
feil de Ville dans fon Palais Abbatial , où
il leur donna un fouper compoté de deux
grandes tables qui furent fervies avec toute
P'abondance , la delicateffe & la propreté
les plus recherchées.
Tout le contour exterieur de l'Eglife de
l'Abbaye étoit illuminé par une grande:
quantité de pots à feu.
Les façades du Palais Abbatial & tous .
les.
DE SEPTEMBRE. 10%
les murs de clôture , qui font d'une vaite
étendue , étoient pareillement illuminées.
Pendant le Te Deum & le Repas on fit.
dans les Jardins de l'Abbaye plufieurs falves
de canon & de boëtes , & il y en eut
une particuliere annoncée par les tambours .
lorfque M. l'Abbé le Maître porta la Santé
1 du Roy , qui fut buë , chacun étant debout
& découvert , avec de grandes acclama→
tions de Vive le Roy.
A l'iffue du fouper fur les onze heures
du foir , M. l'Abbé pour rendre la fête
complette , fit tirer au fond du jardin un
Feu d'artifice fur un theatre preparé à cet
effet.
Ce theatre de quatre toifes en quarré
étoit élevé au niveau des murs du jardin,
faifant face au Palais Abbatial d'un côté,.
& des autres côtés aux Ports & aux diffe
rens Quais qui regnent le long de la Ri-.
viere de Marne , dont les eaux paffent au
bas des murs de l'Abbaye.
On avoit conftruit fur ce theatre une
bâtiment de deux toifes en quarré , qui
formoit quatre grands portiques , ornés de
peintures des chiffres du Roy & d'em
blêmes..
Sur ces portiques regnoit une gallerie ,,
qui étoit bordée de petites gerbes & de :
lances à feu. ;, on voyoit aux quatre en--
cognures
192 LE MERCURE
Cognures huit Statues qui embrasfoient de
groffes gerbes de feu.
Au deffus paroiffoit une Piramide à huit
faces de quinze pieds de haut , pofée fur
fon piédeltal , garnie d'une infinité de lampions
, & terminée par un Soleil de feu ,
& le piédeftal garni de quatre grandes
roues de feu aux quatre faces.
·
Tout ce Feu d'artifice fut tiré avec beaucoup
d'ordre & d'adreffe , & produifit un
fpectacle très brillant ; aprés quoi M,
l'Abbé le Maître fit tirer dans un coin du
jardin une prodigieufe quantité de fufées ,
qui amuferent le Peuple une partie de la
nuit.
Les Dames de la Ville , qui étoient en
grand nombre dans les appartemens , & les
jardins de l'Abbaye , firent ufage des beaux
fruits & des rafraichiffemens que M. l'Ab
bé leur fit prefenter .
Les Chevaliers de l'Arquebuſe de Châlons
s'étant affemblez le 9 d'Août refolu
rent de faire chanter le Te Deum , & priérent
les Chevaliers de Reims , qui étoient
arrivez à Châlons pour un défi , de vouloir
bien les accompagner dans cette Ceremonie.
Le Dimanche fur les quatre heures
après midy , les deux Compagnies fe mirent
en marche , Meffieurs les Chevaliers
de Reims à la tête , & fe rendirent aux
RR. PP. Auguftins . Le Te Deum y fur
chanté
DE SEPTEMBRE. 193
chanté en Mufique au bruit des tambours
& d'une décharge continuelle d'artillerie.
Enfuite les deux Compagnies retournerent
à l'Hôtel des Arquebufiers de Châlons ,
où on voyoit fur la Porte un Tableau ,
reprefentant le Génie Tutelaire de la
France , qui d'une main couvre le Roy
d'un bouclier , pendant que de l'autre il
menace & repouffe la Parque Atropos ,
tenant fes cifeaux à la main. Le Dieu ELculape
, ou le Génie de la Santé prend le
jeune Prince entre les bras , & femble le
tirer hors du lit , auprès duquel Minerve
veille à fa confervation ; la France eft aux
pieds de ce lit , & par fon attitude exprime
fa joye , & les Actions de Graces qu'elle
rend à Dieu pour le Rétabliſſement de la
Santé de fon Roy. Ce Tableau étoit entouré
de lampions & de pots à feu , ainfi que
toutes les autres Portes & murailles du
jardin. Là fe fit ungrand repas , ou Mrs. les
Chevaliers de Reims avoient été invités ,
avec le Grand-Bailly de Châlons , & unebonne
partie de la Nobleffe. Ce Repas fur
precedé d'une décharge d'artillerie , & d'un
Feu d'artifice . L'on y but à la Santé dư
Roy au bruit des violons , des tambours
& des acclamations de Vive le Roy.
Dès que le Rétabliſſement de la Santé
du Roy fut fçû dans les Provinces , Madame
de Gaillarbois Marcouville , Prieure
R dat
194 LE MERCURE
du Prieuré Royal de l'Hôpital S. Jacques
du Petit- Andely en Normandie , fit prier
M. le Lieutenant General de cette Ville ,
avec toutes les Dames les plus diftinguées ,
de fe trouver au Te Deum qu'elle fit chanter
dans fa Maifon , qui fut fuivi d'un trèsgrand
feu devant la Porte du Couvent ,
& de quelques tonneaux de Vin pour le
Peuple.
Fermer
471
p. 196-197
A Saint-Omer, ce 7. Septembre.
Début :
LE 21 du mois passé, on fit de grandes réjouïssances dans la Ville de Saint-Omer [...]
Mots clefs :
Ville, Cathédrale, Te Deum, Repas, Jean-Baptiste Lully
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Saint-Omer, ce 7. Septembre.
A Saint-Omer ,ce 7. septembre,
Er du mois paffé , on fit de grandes
réjouïffances dans la Ville de Saint-
Omer en Artois , au fujet de la convalefcence
de Sa Majeſté, L'on chanta dans
PEglife Cathedrale le Te Deum de Lully ,
qui futexcellemment executé ; cette Eglife
étoit très-bien illuminée , la decoration
magnifique , les Devifes , les Emblé
mes & les Cronographes étoient des plus
heureux , & avoient été imaginez par M.
PAbbé Charlet , Licentié de la Faculté de
Paris, & Chanoine de la Cathedrale . Après
le Te Deum , auquel affifterent tous les
Corps de la Ville , le Magiftrat fit tirer
fur la grande Place un fort beau Feu d'aɛrifice
, qui fut fuivi d'un grand repas ,
pendant
DE SEPTEMBRE. 197
pendant lequel on fit trois falves de boetes
& de l'artillerie de la Ville , du Château
& des remparts. On n'oublia point à ce
repas de boire à la Santé de Sa Majesté ;
les Habitans de la Ville marquerent leur
joye par des illuminations aux fenêtres ;
des feftins dans les rues , & des danfes qui
durerent jufqu'au jour le Cloître de
Mrs. du Chapitre fut auffi trés bien illus
miné ; on trouva l'illumination de cette
partie de la Ville des plus brillantes &
des mieux entendues , celle fur- tout du
Doyenné merita l'attention du Public .
Er du mois paffé , on fit de grandes
réjouïffances dans la Ville de Saint-
Omer en Artois , au fujet de la convalefcence
de Sa Majeſté, L'on chanta dans
PEglife Cathedrale le Te Deum de Lully ,
qui futexcellemment executé ; cette Eglife
étoit très-bien illuminée , la decoration
magnifique , les Devifes , les Emblé
mes & les Cronographes étoient des plus
heureux , & avoient été imaginez par M.
PAbbé Charlet , Licentié de la Faculté de
Paris, & Chanoine de la Cathedrale . Après
le Te Deum , auquel affifterent tous les
Corps de la Ville , le Magiftrat fit tirer
fur la grande Place un fort beau Feu d'aɛrifice
, qui fut fuivi d'un grand repas ,
pendant
DE SEPTEMBRE. 197
pendant lequel on fit trois falves de boetes
& de l'artillerie de la Ville , du Château
& des remparts. On n'oublia point à ce
repas de boire à la Santé de Sa Majesté ;
les Habitans de la Ville marquerent leur
joye par des illuminations aux fenêtres ;
des feftins dans les rues , & des danfes qui
durerent jufqu'au jour le Cloître de
Mrs. du Chapitre fut auffi trés bien illus
miné ; on trouva l'illumination de cette
partie de la Ville des plus brillantes &
des mieux entendues , celle fur- tout du
Doyenné merita l'attention du Public .
Fermer
472
p. 197-201
A Lyon, le 7 Septembre.
Début :
ON s'est trompé lorsqu'on a mis dans le precedent Mercure que l'Academie [...]
Mots clefs :
Académie, Académiciens, Archevêque, Assemblée, Maréchal de Villeroy, Te Deum, Intendante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Lyon, le 7 Septembre.
A Lyon le 7 Septembre.
N s'eft trompé lorſqu'on a mis dans
le precedent Mercure que l'Acade
mie des beaux Arts de Lyon , qui eft ſous
la protection de M. le Maréchal Duc de
Villeroy , & dont il eft le Chef, a donné
une Fête à Madame Poullettier , Intendante
de cette Ville. C'eft la feconde Academie
qui l'a donnée , laquelle a été établie depuis
peu d'années fous la protection , &
les foins de Madame l'Intendante , &
plufieurs années après l'établiffement de "
la premiere , qui commença en 1713 .
M. le Maréchal de Villeroy , Gouverneur
de cette Province , étant venu à Lyon en
1714, honora non feulement cette premiere
Riij Academie
par
198
LE MERCURE
Academie de fa prefence & de fa protection
, mais encore il voulut que fon
nom parut dans la Lifte des Academiciens .
Il fouhaita auffi que l'on fit des Reglemens
pour rendre cet établiffement plus
folide , qu'il eut la bonté de figner. Cette
Affemblée a lenom d'Academie des beaux
Arts , qu'elle a merité par plufieurs Piéces
de Poëfie & de Mutique qui s'y font
faites , quoique fes exercices les plus frequens
ayent pour objet la Mufique , qui
y eft exercée d'une maniere également
noble & agreable. Cette premiere Academie
eft compofée de perfonnes choilies de
P'un & l'autre fexe , parmi lesquelles il y a
plufieurs Mrs. & Dames de la Cour des
Monnoyes , qui forment un magnifique
concert chaque femaine , dans lequel l'on
n'admet pour Auditeurs que quelques
Etrangers en petit nombre , & la compagnie
d'une feule perfonne de la Ville
avec chaque Damne de l'Academie. M.
l'Archevêque a honoré l'Affemblée dès
qu'il a été Archevêque de Lyon des mêmes
faveurs que M. le Maréchal fon
pere lui avoit faites . Cette Academie
n'a pû retenir fa joye fur la convalefcence
du Roy. Elle en a voulu donner des marques
par un Te Deum qu'elle a chanté à
huis clos aux Carmelites , dont le Montere
eft fondé par la Maifon de Villeroy , &
où
DE SEPTEMBRE. 199
où Madame de Villeroy , fille de M. le Maréchal
, eft Superieure. L'Academie s'y rendit
en Corps le matin duDimanche 17 Août,
ce fut avec un empreffement fimgulier , &
chacun fe fit un devoir de n'y pas manquer.
Le Concert fut compofé de quatrevingt
- dix perfonnes , outre les Academiciens
honoraires , parmi lefquels étoient
M. le Premier Prefident de la Cour des
Monnoyes , & M. le Prevôt des Marchands
, comme Membres de l'Academie.
La Melle tut celebrée par M. l'Abbé
de la Croix Obéancier de Saint Juft ,
P'un des Academiciens on chanta un
tres - beau Motet de la compofition de
M. l'Archevêque , après quoi le Te Deum
compoté par Monticur Bernier , fut
chanté dans tout fon luftre , & fans prévention
avec une execution digne de fa
beauté. Le Te Deum fut precedé &
fuivi des falves ordinaires de la Ville
& de celles de la moufqueterie de plufieurs
Quartiers de la Bourgeoifie, qui s'y étoient
rendus fous les armes , dont les Capitaines
font Academiciens . Au fortir M. l'Archevêque
retint toute l'Affemblée pour la regaler
d'un fuperbe ambigu , qu'il avoit fait
preparer d'une maniere digne de fa Grandeur
& de fa generofité. Le foir , les
Academiciens s'affemblerent dans leurs
Salles pour celebrer la Santé du Roy par
R iiij
un
200 LE MERCURE
un magnifique fouper , pendant lequel on
entendit un bruit d'artillerie & de moufquetterie
des mêmes Quartiers , qui s'étoient
trouvés le matin devant les Carmelites
, & qui fe rendirent le foir fur le
Quay devant l'Academie , pour empêcher
la confufion du Peuple , qui y étoit
accouru . Ce bruit fut accompagné de
plufieurs acclamations de Vive le Roy , formées
par les Academiciens , & par le
Peuple qui y répondit avec une joye finguliere.
M. l'Archevêque honora de fa prefence
l'Affemblée fur la fin du Repas , pour
partager avec l'Academie la joie qu'elle reffentoit.
La façade de la Maifon de l'Academie
étoit illuminée d'une façon trèsbrillante
, & tout le Quay de S. Clair l'étoit
auffi par nombre de pots à feu. Le
fouper fut fuivi d'un Feu d'artifice , après
lequel M. l'Archevêque s'étant retiré , on
commença un très- beau bal , qui ne finit
qu'au jour , où quantité de perfonnes diftinguées
de la Ville fe rendirent , & où
les rafraichiffemens furent fervis à profufion
à toute l'Affemblée,
Le Dimanche fuivant , la feconde Academie
, qui eft la même qui avoit donné
fur la Riviere la brillante Fête à Madame
Poulettier Intendante , chanta à fon tour
dans la Chapelle des Dames Religieufes
de
DE SEPTEMBRE. 201
de Blie , le Te Deum , à portes ouvertes ,
fuivant la coutume.
N s'eft trompé lorſqu'on a mis dans
le precedent Mercure que l'Acade
mie des beaux Arts de Lyon , qui eft ſous
la protection de M. le Maréchal Duc de
Villeroy , & dont il eft le Chef, a donné
une Fête à Madame Poullettier , Intendante
de cette Ville. C'eft la feconde Academie
qui l'a donnée , laquelle a été établie depuis
peu d'années fous la protection , &
les foins de Madame l'Intendante , &
plufieurs années après l'établiffement de "
la premiere , qui commença en 1713 .
M. le Maréchal de Villeroy , Gouverneur
de cette Province , étant venu à Lyon en
1714, honora non feulement cette premiere
Riij Academie
par
198
LE MERCURE
Academie de fa prefence & de fa protection
, mais encore il voulut que fon
nom parut dans la Lifte des Academiciens .
Il fouhaita auffi que l'on fit des Reglemens
pour rendre cet établiffement plus
folide , qu'il eut la bonté de figner. Cette
Affemblée a lenom d'Academie des beaux
Arts , qu'elle a merité par plufieurs Piéces
de Poëfie & de Mutique qui s'y font
faites , quoique fes exercices les plus frequens
ayent pour objet la Mufique , qui
y eft exercée d'une maniere également
noble & agreable. Cette premiere Academie
eft compofée de perfonnes choilies de
P'un & l'autre fexe , parmi lesquelles il y a
plufieurs Mrs. & Dames de la Cour des
Monnoyes , qui forment un magnifique
concert chaque femaine , dans lequel l'on
n'admet pour Auditeurs que quelques
Etrangers en petit nombre , & la compagnie
d'une feule perfonne de la Ville
avec chaque Damne de l'Academie. M.
l'Archevêque a honoré l'Affemblée dès
qu'il a été Archevêque de Lyon des mêmes
faveurs que M. le Maréchal fon
pere lui avoit faites . Cette Academie
n'a pû retenir fa joye fur la convalefcence
du Roy. Elle en a voulu donner des marques
par un Te Deum qu'elle a chanté à
huis clos aux Carmelites , dont le Montere
eft fondé par la Maifon de Villeroy , &
où
DE SEPTEMBRE. 199
où Madame de Villeroy , fille de M. le Maréchal
, eft Superieure. L'Academie s'y rendit
en Corps le matin duDimanche 17 Août,
ce fut avec un empreffement fimgulier , &
chacun fe fit un devoir de n'y pas manquer.
Le Concert fut compofé de quatrevingt
- dix perfonnes , outre les Academiciens
honoraires , parmi lefquels étoient
M. le Premier Prefident de la Cour des
Monnoyes , & M. le Prevôt des Marchands
, comme Membres de l'Academie.
La Melle tut celebrée par M. l'Abbé
de la Croix Obéancier de Saint Juft ,
P'un des Academiciens on chanta un
tres - beau Motet de la compofition de
M. l'Archevêque , après quoi le Te Deum
compoté par Monticur Bernier , fut
chanté dans tout fon luftre , & fans prévention
avec une execution digne de fa
beauté. Le Te Deum fut precedé &
fuivi des falves ordinaires de la Ville
& de celles de la moufqueterie de plufieurs
Quartiers de la Bourgeoifie, qui s'y étoient
rendus fous les armes , dont les Capitaines
font Academiciens . Au fortir M. l'Archevêque
retint toute l'Affemblée pour la regaler
d'un fuperbe ambigu , qu'il avoit fait
preparer d'une maniere digne de fa Grandeur
& de fa generofité. Le foir , les
Academiciens s'affemblerent dans leurs
Salles pour celebrer la Santé du Roy par
R iiij
un
200 LE MERCURE
un magnifique fouper , pendant lequel on
entendit un bruit d'artillerie & de moufquetterie
des mêmes Quartiers , qui s'étoient
trouvés le matin devant les Carmelites
, & qui fe rendirent le foir fur le
Quay devant l'Academie , pour empêcher
la confufion du Peuple , qui y étoit
accouru . Ce bruit fut accompagné de
plufieurs acclamations de Vive le Roy , formées
par les Academiciens , & par le
Peuple qui y répondit avec une joye finguliere.
M. l'Archevêque honora de fa prefence
l'Affemblée fur la fin du Repas , pour
partager avec l'Academie la joie qu'elle reffentoit.
La façade de la Maifon de l'Academie
étoit illuminée d'une façon trèsbrillante
, & tout le Quay de S. Clair l'étoit
auffi par nombre de pots à feu. Le
fouper fut fuivi d'un Feu d'artifice , après
lequel M. l'Archevêque s'étant retiré , on
commença un très- beau bal , qui ne finit
qu'au jour , où quantité de perfonnes diftinguées
de la Ville fe rendirent , & où
les rafraichiffemens furent fervis à profufion
à toute l'Affemblée,
Le Dimanche fuivant , la feconde Academie
, qui eft la même qui avoit donné
fur la Riviere la brillante Fête à Madame
Poulettier Intendante , chanta à fon tour
dans la Chapelle des Dames Religieufes
de
DE SEPTEMBRE. 201
de Blie , le Te Deum , à portes ouvertes ,
fuivant la coutume.
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473
p. 201-202
A Orleans le 7 Septembre.
Début :
A present que je croy Mercure un peu delassé d'un travail qui lui a fait [...]
Mots clefs :
Roi, Ville, Coquillards, Fête, Rivière, Joie, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Orleans le 7 Septembre.
A Orleans le 7 Septembre .
Prefent que je croy Mercure un
peu delaffé d'un travail qui lui a fait
& fera toujours plaifir , lors qu'il s'agira
de parler de notre Roy ; je le prie d'annoncer
à toute la terre que la Ville d'Orleans
a été des premieres à fignaler fon
zele , & même qu'elle a furpaffé les autres
Villes par les voeux finceres , ardents ,
tendres & refpectueux qu'elle a pouffés
au Ciel pour la confervation de la fanté
de fon Maître. Les feux & les illuminations
n'ont pas manqué , & pour échantillon
j'auray l'honneur de vous dire ce
qu'a fait un quartier fous la protection de
Saint Jacques , dont pour cette raiſon les
Habitans font nommez Coquillards . Le
17 Août ils annoncerent leur fête au Public,
par un carillon de cloches magnifique
, & firent chanter un Te Deum par
les meilleurs Muficiens de la Ville , qui
fut executé dans leur Chapelle avec tout
le fuccès & l'aplaudiffement poffible . M.
leur Paſteur & fon nombreux Clergé y
affifterent avec grande devotion. Quand
on eut remercié Dieu de bon coeur , il
fallut aller boire & fe réjouir auffi de bon
coeur :
202 LE MERCURE
coeur : Vous connoiffez , Seigneur Mercure
, l'Orleanois là deffus , & de peur
d'être fatigué par l'affluence du peuple &
par la chaleur , Meffieurs les Coquillards,
gens agiffans avec prudence , gagnerent
la Riviere. Quelle joye pour eux , quand
ils aborderent un grand bâtiment couvert,
illuminé par un grand nombre de lampions
& de bougies , au milieu defquelles
paroiffoit le portrait du Roy. La Mufique
entonna une feconde fois unDominefalvum
fac Regem, & les affiftans celebrerent enfuite
cette fête par plufieurs razades , accompagnées
des cris de Vive le Roy , qui turent
redoublez pendant le repas , où le
peuple accourut en plufieurs batteaux , &
où le vin ne lui fut pas épargné. Enfin
la fête finit par deux feux d'artifice , l'un
fur le fable de la Riviere , & l'autre fur
la Riviere même. Jugez , Monfieur Mercure
, fi pour des Coquillards on peut
mieux témoigner fa joye pour une fanté
auffi précieufe que celle de leur Maître‣
Toute la Ville en a fait de même.
Prefent que je croy Mercure un
peu delaffé d'un travail qui lui a fait
& fera toujours plaifir , lors qu'il s'agira
de parler de notre Roy ; je le prie d'annoncer
à toute la terre que la Ville d'Orleans
a été des premieres à fignaler fon
zele , & même qu'elle a furpaffé les autres
Villes par les voeux finceres , ardents ,
tendres & refpectueux qu'elle a pouffés
au Ciel pour la confervation de la fanté
de fon Maître. Les feux & les illuminations
n'ont pas manqué , & pour échantillon
j'auray l'honneur de vous dire ce
qu'a fait un quartier fous la protection de
Saint Jacques , dont pour cette raiſon les
Habitans font nommez Coquillards . Le
17 Août ils annoncerent leur fête au Public,
par un carillon de cloches magnifique
, & firent chanter un Te Deum par
les meilleurs Muficiens de la Ville , qui
fut executé dans leur Chapelle avec tout
le fuccès & l'aplaudiffement poffible . M.
leur Paſteur & fon nombreux Clergé y
affifterent avec grande devotion. Quand
on eut remercié Dieu de bon coeur , il
fallut aller boire & fe réjouir auffi de bon
coeur :
202 LE MERCURE
coeur : Vous connoiffez , Seigneur Mercure
, l'Orleanois là deffus , & de peur
d'être fatigué par l'affluence du peuple &
par la chaleur , Meffieurs les Coquillards,
gens agiffans avec prudence , gagnerent
la Riviere. Quelle joye pour eux , quand
ils aborderent un grand bâtiment couvert,
illuminé par un grand nombre de lampions
& de bougies , au milieu defquelles
paroiffoit le portrait du Roy. La Mufique
entonna une feconde fois unDominefalvum
fac Regem, & les affiftans celebrerent enfuite
cette fête par plufieurs razades , accompagnées
des cris de Vive le Roy , qui turent
redoublez pendant le repas , où le
peuple accourut en plufieurs batteaux , &
où le vin ne lui fut pas épargné. Enfin
la fête finit par deux feux d'artifice , l'un
fur le fable de la Riviere , & l'autre fur
la Riviere même. Jugez , Monfieur Mercure
, fi pour des Coquillards on peut
mieux témoigner fa joye pour une fanté
auffi précieufe que celle de leur Maître‣
Toute la Ville en a fait de même.
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474
p. 202-206
A Bordeaux ce 8 Septembre.
Début :
Les Jesuites du College de Bourdeaux, pour témoigner de la part singuliere qu'ils [...]
Mots clefs :
Corps de logis, Cour, Ville, Lumières, Roi, Nuit, Illumination, Étages, Feu d'artifice, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Bordeaux ce 8 Septembre.
A Bordeaux ce 8 Septembre.
LEs
Jo
Es Jefuites du College de Bourdeaux ,
pour témoigner la part finguliere qu'ils
prenoient au rétabliffement de la fanté
du Roy , donnerent la nuit du 31 dư
mois
DE SEPTEMBRE. 203
X
mois d'Aouft un fpectacle des mieux entendus
, & dont la noble & agréable ſimplicité
charma tous les fpectateurs , qui
avouerent n'avoir jamais vu un coup
d'oeil fi beau & fi frappant.
Ce fut l'illumination de la cour de
leurs Claffes elle donne fur la plus belle
& la plus large ruë de la Ville ; l'entrée
en eft magnifique , les corniches & frontons
du frontispice , élevé de quatre étages
, furent illuminez , comme pour inviter
le monde à entrer dans la cour : elle
eft des plus longues & des plus larges ,
entourée de trois corps de logis , où il y
a plus de cinquante fenêtres à niveau les
unes des autres, à differens étages ; elles
furent toutes garnies de lumieres , & la
plupart à deux rangs élevez l'un -fur l'autre
; tous les toits en étoient auffi bordez,
& le comble du corps de logis du fond
de la cour , fur lequel on avoit mis un
autre rang de lumieres , conduifoit infenfiblement
l'ail à un autre corps de logis
qui le domine...
Sur le bord du toit de ce dernier corps de
logis , & fur le comble , étoient pofez a
égale diftance 6o pots enflâmez , qui jettoient
auloin une clarté ébloüiffante ; ainfi
voyoit d'abord en entrant , comme un am→
phiteatre de neuf rangs de lumieres , què
paroiffoienɛ
204 LE MERCURE
paroiffoient être preſque à égales diſtances
les unes des autres.
L'illumination des deux Corps de Logis
des côtez de la cour , étoient comme ter
minez par l'illumination de deux pavillons
à fix étages , qui font aux extremitez du
dernier corps de logis ; les bords de ces
pavillons , les quatre diagonales ou arrêtiers
, étoient éclairez jufqu'aux deux
éguilles , du milieu defquelles fortoit de
chaque côté une grande flamme furmontée
par des fanaux qu'on avoit attachés au
haut des quatre girouettes , qui pouvoient
être vûs de plus de dix lieuës.
Sur le toit de ce grand Corps de logis ,
étoit attaché au milieu un grand cartou
che couronné, & tout refplendiffant de
lumiere , avec ces mots , Vive le Roy , en
fi gros caractere qu'on pouvoit les lire de
toute la Ville ; les mêmes mots étoient
écrits en moindres caracteres dans une infinité
d'autres endroits , & on les lifoit
ailément du bas de la cour.
De derriere le grand Cartouche , au
bruit des Trompettes , de la moufqueterie
, & de plufieurs petits canons de bronze,
on jetta pendant une heute & demie une
multitude de fufées de toutes efpeces , qui
s'éleverent d'une hauteur prodigieufe , &
amuferent agreablement une multitude in
finic
DE SEPTEMBRE.
205
finie de peuple , & de gens de qualité ,
que le fpectacle avoit attirés.
Au milieu du Corps de logis du fond de
la cour eft un dôme de charpente appliqué
à la muraille , il êtoit environné de lumieres
, & autour étoient artiſtement rangés
plufieurs rouës , lances à feu, carrelets , &c,
Sur les onze heures on alluma le feu d'artifice
, qui eut tout l'effet qu'on pouvoit
fouhaitter : la nuit fut très tranquille , &
Pillumination qui avoit commencé à huit
heures & demie , dura en grande partie
jufqu'à une heure après minuit.
La Ville de Bordeaux a , je croi, ſurpaffé
toutes les autres Provinces par les fêtes
trois & quatre fois réiterées ; le Parlement
fit dreffer dans la grande Salle un Autel ,
où le chanta le Te Deum de la Mufique du
Sieur Abeille , le concours y fut prodigieux
; toutes les Chambres y affifterent en
robes rouges , chacun fit enfuite des illuminations
; ce fut le prélude de toutes celles
qui ont fuivi avec autant de magnificence
que de joye pour le fujet qui les a caufées ;
chaque Corps des autres Cours ont fuivi
cet exemple , comme la Cour des Aydes ,
la Monnoye , les Treforiers , l'Amirauté ,
& fur- tout l'Univerfité qui fit tirer fon feu
d'artifice fur le clocher des Carmes , fituez
fur les foffez de la Maifon de Ville , avec
un
206 LE MERCURE
un aplaudiffement univerfel qui dura toute
la nuit par un feu continuel d'artillerie ,
futées , & au fon des Trompettes qui jouërent
tout le tems , aux cris redoublez des
Vive le Roy. M. d'Albeffar Lieutenant General
au Senechal de Guyenne , & Recteur
de ladite Univerfité , fit le matin chanter
le Te Deum , affifté de tous les Docteurs
& Profeffeurs , revêtus des marques de leur
Doctorat, à l'iffuë de la Meffe ; fon merite
fingulier demanderoit des éloges que tout
le monde lui donne , à la tête de fon illuftre
Corps ; il fait chaque jour paroître
des lumieres dans ces decifions, qui ne font
dûës qu'à lui ; fon zele pour Sa Majesté
s'eft manifefté particulierement dans trois
jours de fêtes qu'il a données.
Le Parlement redoubla fes réjoüiffances
lors du Te Deum chanté dans la Cathedrale,
où il alla en robes rouges , fuivi de toutes
les Cours ; il fe fit le foir des feux par toute
la Ville , avec des illuminations , & à toutes
les Places des feux d'artifice , décharges
d'artillerie & fontaines de vin. Les
Vaiffeaux furent illuminez auffi , & firent
des décharges de leur artillerie .
LEs
Jo
Es Jefuites du College de Bourdeaux ,
pour témoigner la part finguliere qu'ils
prenoient au rétabliffement de la fanté
du Roy , donnerent la nuit du 31 dư
mois
DE SEPTEMBRE. 203
X
mois d'Aouft un fpectacle des mieux entendus
, & dont la noble & agréable ſimplicité
charma tous les fpectateurs , qui
avouerent n'avoir jamais vu un coup
d'oeil fi beau & fi frappant.
Ce fut l'illumination de la cour de
leurs Claffes elle donne fur la plus belle
& la plus large ruë de la Ville ; l'entrée
en eft magnifique , les corniches & frontons
du frontispice , élevé de quatre étages
, furent illuminez , comme pour inviter
le monde à entrer dans la cour : elle
eft des plus longues & des plus larges ,
entourée de trois corps de logis , où il y
a plus de cinquante fenêtres à niveau les
unes des autres, à differens étages ; elles
furent toutes garnies de lumieres , & la
plupart à deux rangs élevez l'un -fur l'autre
; tous les toits en étoient auffi bordez,
& le comble du corps de logis du fond
de la cour , fur lequel on avoit mis un
autre rang de lumieres , conduifoit infenfiblement
l'ail à un autre corps de logis
qui le domine...
Sur le bord du toit de ce dernier corps de
logis , & fur le comble , étoient pofez a
égale diftance 6o pots enflâmez , qui jettoient
auloin une clarté ébloüiffante ; ainfi
voyoit d'abord en entrant , comme un am→
phiteatre de neuf rangs de lumieres , què
paroiffoienɛ
204 LE MERCURE
paroiffoient être preſque à égales diſtances
les unes des autres.
L'illumination des deux Corps de Logis
des côtez de la cour , étoient comme ter
minez par l'illumination de deux pavillons
à fix étages , qui font aux extremitez du
dernier corps de logis ; les bords de ces
pavillons , les quatre diagonales ou arrêtiers
, étoient éclairez jufqu'aux deux
éguilles , du milieu defquelles fortoit de
chaque côté une grande flamme furmontée
par des fanaux qu'on avoit attachés au
haut des quatre girouettes , qui pouvoient
être vûs de plus de dix lieuës.
Sur le toit de ce grand Corps de logis ,
étoit attaché au milieu un grand cartou
che couronné, & tout refplendiffant de
lumiere , avec ces mots , Vive le Roy , en
fi gros caractere qu'on pouvoit les lire de
toute la Ville ; les mêmes mots étoient
écrits en moindres caracteres dans une infinité
d'autres endroits , & on les lifoit
ailément du bas de la cour.
De derriere le grand Cartouche , au
bruit des Trompettes , de la moufqueterie
, & de plufieurs petits canons de bronze,
on jetta pendant une heute & demie une
multitude de fufées de toutes efpeces , qui
s'éleverent d'une hauteur prodigieufe , &
amuferent agreablement une multitude in
finic
DE SEPTEMBRE.
205
finie de peuple , & de gens de qualité ,
que le fpectacle avoit attirés.
Au milieu du Corps de logis du fond de
la cour eft un dôme de charpente appliqué
à la muraille , il êtoit environné de lumieres
, & autour étoient artiſtement rangés
plufieurs rouës , lances à feu, carrelets , &c,
Sur les onze heures on alluma le feu d'artifice
, qui eut tout l'effet qu'on pouvoit
fouhaitter : la nuit fut très tranquille , &
Pillumination qui avoit commencé à huit
heures & demie , dura en grande partie
jufqu'à une heure après minuit.
La Ville de Bordeaux a , je croi, ſurpaffé
toutes les autres Provinces par les fêtes
trois & quatre fois réiterées ; le Parlement
fit dreffer dans la grande Salle un Autel ,
où le chanta le Te Deum de la Mufique du
Sieur Abeille , le concours y fut prodigieux
; toutes les Chambres y affifterent en
robes rouges , chacun fit enfuite des illuminations
; ce fut le prélude de toutes celles
qui ont fuivi avec autant de magnificence
que de joye pour le fujet qui les a caufées ;
chaque Corps des autres Cours ont fuivi
cet exemple , comme la Cour des Aydes ,
la Monnoye , les Treforiers , l'Amirauté ,
& fur- tout l'Univerfité qui fit tirer fon feu
d'artifice fur le clocher des Carmes , fituez
fur les foffez de la Maifon de Ville , avec
un
206 LE MERCURE
un aplaudiffement univerfel qui dura toute
la nuit par un feu continuel d'artillerie ,
futées , & au fon des Trompettes qui jouërent
tout le tems , aux cris redoublez des
Vive le Roy. M. d'Albeffar Lieutenant General
au Senechal de Guyenne , & Recteur
de ladite Univerfité , fit le matin chanter
le Te Deum , affifté de tous les Docteurs
& Profeffeurs , revêtus des marques de leur
Doctorat, à l'iffuë de la Meffe ; fon merite
fingulier demanderoit des éloges que tout
le monde lui donne , à la tête de fon illuftre
Corps ; il fait chaque jour paroître
des lumieres dans ces decifions, qui ne font
dûës qu'à lui ; fon zele pour Sa Majesté
s'eft manifefté particulierement dans trois
jours de fêtes qu'il a données.
Le Parlement redoubla fes réjoüiffances
lors du Te Deum chanté dans la Cathedrale,
où il alla en robes rouges , fuivi de toutes
les Cours ; il fe fit le foir des feux par toute
la Ville , avec des illuminations , & à toutes
les Places des feux d'artifice , décharges
d'artillerie & fontaines de vin. Les
Vaiffeaux furent illuminez auffi , & firent
des décharges de leur artillerie .
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475
p. 207-209
A Montpelier le 8 Septembre.
Début :
Vous serez bien aise, MONSIEUR, de sçavoir ce qui s'est passé dans la Province [...]
Mots clefs :
Ville, Bureau des finances, Roi, Te Deum, Province, Cérémonie, Cathédrale, Terrasse, Illumination, Dames, Compagnies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Montpelier le 8 Septembre.
A Montpelier le 8 Septembre.
Ous ferez bien aife , MONSIEUR , de
fçavoir ce qui s'eft paffé dans la Province
du Languedoc , & fur tout dans la
Ville de Montpellier , où tout à retenti de
joye & d'acclamations fur le rétabliſſement
de la fanté du Roy.
Meffieurs les Treforiers de France de
la Generalité de Montpellier, & Intendant
des Gabelles du Languedoc , le 16 du
mois , fête de Saint Roch , firent dire une
Meffe dans leur Chapelle ; ils s'y rendirent
avec leurs robes de ceremonie , la Meffe
finie il fut chanté un Te Deum magnifique ,
par la Mufique de la Cathedrale , qu'on
peut dire une des meilleures dé France ,
étant compofée des meilleures voix de la
Mufique des Etats de la Province ; la
cour du Bureau , qui eft affez vafte , avoit
peine à contenir les fpectateurs. On avoit
donné des ordres pour placer les perfonnes
de diftinction .
M. de Reverffat , Prefident du Bureau
des Finances , qui loge dans la Maiſon du
Roy , voulut donner des marques en particulier
de fon z le pour le retour de la ſanté
de S. M. Il fit faite un feu & une illumina.
tion fur une grande Terraffe qui regne
fur l'Efplanade , de laquelle on d.couvre
la
208 LE MERCURE
la Mer à perte de vûë. Cette illumination
â
qui fut la feule ce jour - là , parut à l'entrée
de la nuit la plus calme & la plus obſcure
du monde , dans le temps que prefque
toute la Ville étoit à la promenade Yinterieur
du Bureau étoit éclairé de même.
Enfin on fit renaître le jour au milieu des
tenebres ; les Hautbois & les Trompettes
faifoient entendre des fanfares réiterées
fur cette Terraffe , où la plupart des Dames
du voisinage fe rendirent avec les
Officiers , pour y danfer. Cette illumination
& le bruit des inftruments attira la
jeuneffe ; le Bal dura bien avant dans la
nuit, & fut varié par toutes fortes de danſes
du païs , fans defordre ni confufion ; on
donna des rafraîchiffements y , &c.
M. l'Evêque de Montpellier voulant
donner en fon particulier des marques de
fon attachement & de fon zele pour la
fanté du Roy , pria les Compagnies de
vouloir affifter le Dimanche dix-feptiéme
à un Te Deum qu'on chanta dans la Cathedrale
: Toutes les Compagnies s'y rendirent
en robe de ceremonie ; il y eut le
foir des feux & des illuminations par toute
la Ville ; la Terraffe & le Bureau des Finances
ne fut pas moins éclairé que la premiere
fois.
M. le Duc de Roquelaure , Commandant
en chef dans la Province , reçut la
Lettre
DE SEPTEMBRE. ་ 209
Lettre du Roy pour le re Deum , dans
le temps qu'il étoit dans le Gevaudan avec
M. l'Intendant où il donne fes ordres avec
des attentions extraordinaires pour empê
cher les progrès du mal contagieux ; à fon
retour on chanta le 3 1 d'Aouſt un Te Deum
dans la Cathedrale , où toutes les Compagnies
affifterent en ceremonie ; le foir on
fit des feux & des illuminations par toute
la Ville ; M. le Duc de Roquelaure fie
illuminer fon Hôtel d'une maniere fuperbe;
il donna au public un feu d'artifice très
beau , & qui réuffit parfaitement. Prefque
toutes les Dames de la Ville furent priées
à ce fpectacle , auffi bien qu'à un magnifique
fouper , où il y eur nombre de tables
fervies également , pour les Dames &
pour les gens de diftinction qui s'y trouverent
en grand nombre. Le Bureau des
Finances fit ce jour- là une troifiéme illumination.
Ous ferez bien aife , MONSIEUR , de
fçavoir ce qui s'eft paffé dans la Province
du Languedoc , & fur tout dans la
Ville de Montpellier , où tout à retenti de
joye & d'acclamations fur le rétabliſſement
de la fanté du Roy.
Meffieurs les Treforiers de France de
la Generalité de Montpellier, & Intendant
des Gabelles du Languedoc , le 16 du
mois , fête de Saint Roch , firent dire une
Meffe dans leur Chapelle ; ils s'y rendirent
avec leurs robes de ceremonie , la Meffe
finie il fut chanté un Te Deum magnifique ,
par la Mufique de la Cathedrale , qu'on
peut dire une des meilleures dé France ,
étant compofée des meilleures voix de la
Mufique des Etats de la Province ; la
cour du Bureau , qui eft affez vafte , avoit
peine à contenir les fpectateurs. On avoit
donné des ordres pour placer les perfonnes
de diftinction .
M. de Reverffat , Prefident du Bureau
des Finances , qui loge dans la Maiſon du
Roy , voulut donner des marques en particulier
de fon z le pour le retour de la ſanté
de S. M. Il fit faite un feu & une illumina.
tion fur une grande Terraffe qui regne
fur l'Efplanade , de laquelle on d.couvre
la
208 LE MERCURE
la Mer à perte de vûë. Cette illumination
â
qui fut la feule ce jour - là , parut à l'entrée
de la nuit la plus calme & la plus obſcure
du monde , dans le temps que prefque
toute la Ville étoit à la promenade Yinterieur
du Bureau étoit éclairé de même.
Enfin on fit renaître le jour au milieu des
tenebres ; les Hautbois & les Trompettes
faifoient entendre des fanfares réiterées
fur cette Terraffe , où la plupart des Dames
du voisinage fe rendirent avec les
Officiers , pour y danfer. Cette illumination
& le bruit des inftruments attira la
jeuneffe ; le Bal dura bien avant dans la
nuit, & fut varié par toutes fortes de danſes
du païs , fans defordre ni confufion ; on
donna des rafraîchiffements y , &c.
M. l'Evêque de Montpellier voulant
donner en fon particulier des marques de
fon attachement & de fon zele pour la
fanté du Roy , pria les Compagnies de
vouloir affifter le Dimanche dix-feptiéme
à un Te Deum qu'on chanta dans la Cathedrale
: Toutes les Compagnies s'y rendirent
en robe de ceremonie ; il y eut le
foir des feux & des illuminations par toute
la Ville ; la Terraffe & le Bureau des Finances
ne fut pas moins éclairé que la premiere
fois.
M. le Duc de Roquelaure , Commandant
en chef dans la Province , reçut la
Lettre
DE SEPTEMBRE. ་ 209
Lettre du Roy pour le re Deum , dans
le temps qu'il étoit dans le Gevaudan avec
M. l'Intendant où il donne fes ordres avec
des attentions extraordinaires pour empê
cher les progrès du mal contagieux ; à fon
retour on chanta le 3 1 d'Aouſt un Te Deum
dans la Cathedrale , où toutes les Compagnies
affifterent en ceremonie ; le foir on
fit des feux & des illuminations par toute
la Ville ; M. le Duc de Roquelaure fie
illuminer fon Hôtel d'une maniere fuperbe;
il donna au public un feu d'artifice très
beau , & qui réuffit parfaitement. Prefque
toutes les Dames de la Ville furent priées
à ce fpectacle , auffi bien qu'à un magnifique
fouper , où il y eur nombre de tables
fervies également , pour les Dames &
pour les gens de diftinction qui s'y trouverent
en grand nombre. Le Bureau des
Finances fit ce jour- là une troifiéme illumination.
Fermer
476
p. 209-210
« Le corps de la Marine de Brest fit chanter le 24 d'Aoust dans la Chapelle du Roy [...] »
Début :
Le corps de la Marine de Brest fit chanter le 24 d'Aoust dans la Chapelle du Roy [...]
Mots clefs :
Marine, Te Deum, Brest
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le corps de la Marine de Brest fit chanter le 24 d'Aoust dans la Chapelle du Roy [...] »
Le corps de la Marine de Breft fit chanter
le 14 d'Aouft dans la Chapelle du Roy
un Te Deum pour le rétabliffement de la
fanté de S. M. Après le Te Deum les Compagnies
de la Marine de ce Port frrent
trois décharges de moufqueterie , qui fu
rént fuivies de celles des boettes & de
tous les canons du Port & de la Rade.
Il y eut le foir une magnifique illumination
à l'Intendance , un grand louper >
$ &
210
LE MERCURE
& un Bal qui dura jufqu'au jour. Le len
demain jour de la fête du Roy , les Offi
ciers de Marine , qui font de l'Ordre de
Saint Louis , firent chanter le Te Deum
fuivant la coutume , & fe rendirent enfuite
chez le Commandant de la Marine ,
qui leur donna un grand repas.
le 14 d'Aouft dans la Chapelle du Roy
un Te Deum pour le rétabliffement de la
fanté de S. M. Après le Te Deum les Compagnies
de la Marine de ce Port frrent
trois décharges de moufqueterie , qui fu
rént fuivies de celles des boettes & de
tous les canons du Port & de la Rade.
Il y eut le foir une magnifique illumination
à l'Intendance , un grand louper >
$ &
210
LE MERCURE
& un Bal qui dura jufqu'au jour. Le len
demain jour de la fête du Roy , les Offi
ciers de Marine , qui font de l'Ordre de
Saint Louis , firent chanter le Te Deum
fuivant la coutume , & fe rendirent enfuite
chez le Commandant de la Marine ,
qui leur donna un grand repas.
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477
p. 210-211
« Le 12 Aoust, les Chevaliers Voyageurs & Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de [...] »
Début :
Le 12 Aoust, les Chevaliers Voyageurs & Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de [...]
Mots clefs :
Confrérie, Sieur du Val, Te Deum, Paris, Roi, Contribution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 12 Aoust, les Chevaliers Voyageurs & Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de [...] »
Le 12 Aouft , les Chevaliers Voyageurs &
Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de
Jerufalem , firent chanter dans leur Chapelle de
I'Eglife des RR . PP. Cordeliers du grand Cou
vent de Paris , une Meffe folemnelle , qui fut
celebrée par M. l'Evêque de Perigueux ; il entonna
enfuite l'Exaudiat & le Te Deum pour
l'heureux Rétabliffement de la Santé du Roy.
Le lendemain le fieur du Val Adminiftrateur
le fieur Etienne Sindic , les fieurs de la Val &
du Plain , Anciens ; les fleurs de Raye , Petit
Vifiteurs ; Jarry , Guillain , Bernard & Laurent,
Deputez , furent prefentez à Sa Majesté par M. le
Maréchal de Villeroy. Le fieur Louis Polycarpe
Jarry, Marchand Epicier Juré Contrôleur de la
Marchandife de Foin porta la parole au Roy
au nom de fes Confreres , & lui demanda fa
protection, pour la Confrerie , à l'imitation des
Roi fes predeceffeurs : Sa Majefté la lui promit
, & Elle agréa la Palme qui lui fut prefentée
par le fieur du Val
Dans
DE SEPTEMBRE 21I
Dans le tems que tout Paris retentifoit de la
Mufique des Te Deum & du bruit des boëtes
& des fulées tirées par toutes les Paroiffes &
Communautés de la Ville , M. le Curé de S. Benoift
s'eft diftingué par une dépenfe finguliere .
Il dit à tous fes Paroiffiens qu'il falloit pour
fignaler leur zéle au fujet de la Convalescence
de Sa Majefté faire une contribution un peu
forte. Chacun ne fe fit pas exhorter long tems ,
la recolte fut ample. Quand M le Curé de S.
Benoist eut ramaffe toutes les fommes qu'on lui
apporta pour affembler un grand Choeur de Mu
fique , & pour fournir aux frais d'un brillant artifice
, il partagea d'abord cet argent entre tous
les Pauvres de fa Paroiffe . Nouvelle forte de
fête dont l'idée n'eſt point pillée .
Palmiers de la Confrerie du Saint Sepulcre de
Jerufalem , firent chanter dans leur Chapelle de
I'Eglife des RR . PP. Cordeliers du grand Cou
vent de Paris , une Meffe folemnelle , qui fut
celebrée par M. l'Evêque de Perigueux ; il entonna
enfuite l'Exaudiat & le Te Deum pour
l'heureux Rétabliffement de la Santé du Roy.
Le lendemain le fieur du Val Adminiftrateur
le fieur Etienne Sindic , les fieurs de la Val &
du Plain , Anciens ; les fleurs de Raye , Petit
Vifiteurs ; Jarry , Guillain , Bernard & Laurent,
Deputez , furent prefentez à Sa Majesté par M. le
Maréchal de Villeroy. Le fieur Louis Polycarpe
Jarry, Marchand Epicier Juré Contrôleur de la
Marchandife de Foin porta la parole au Roy
au nom de fes Confreres , & lui demanda fa
protection, pour la Confrerie , à l'imitation des
Roi fes predeceffeurs : Sa Majefté la lui promit
, & Elle agréa la Palme qui lui fut prefentée
par le fieur du Val
Dans
DE SEPTEMBRE 21I
Dans le tems que tout Paris retentifoit de la
Mufique des Te Deum & du bruit des boëtes
& des fulées tirées par toutes les Paroiffes &
Communautés de la Ville , M. le Curé de S. Benoift
s'eft diftingué par une dépenfe finguliere .
Il dit à tous fes Paroiffiens qu'il falloit pour
fignaler leur zéle au fujet de la Convalescence
de Sa Majefté faire une contribution un peu
forte. Chacun ne fe fit pas exhorter long tems ,
la recolte fut ample. Quand M le Curé de S.
Benoist eut ramaffe toutes les fommes qu'on lui
apporta pour affembler un grand Choeur de Mu
fique , & pour fournir aux frais d'un brillant artifice
, il partagea d'abord cet argent entre tous
les Pauvres de fa Paroiffe . Nouvelle forte de
fête dont l'idée n'eſt point pillée .
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478
p. 214-219
« Le 30 Aoust le Roy entendit dans sa Chapelle des Tuilleries la Messe de Requiem qui fut chantée [...] »
Début :
Le 30 Aoust le Roy entendit dans sa Chapelle des Tuilleries la Messe de Requiem qui fut chantée [...]
Mots clefs :
Roi, Abbaye, Lyon, Fête, Chapelle, Abbé, Cardinal Dubois, Ambassadeur, Hôtel, Porte ottomane, Tremblement de terre, Marseille, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 30 Aoust le Roy entendit dans sa Chapelle des Tuilleries la Messe de Requiem qui fut chantée [...] »
Le 30 Aouft le Roy entendit dans fa Chapell●
des Tuilleries la Meffe de Requiem qui fut chantée
par la Mufique , pour l'Anniverfaire du Roy
Louis XIV . '
. Le premier de Septembre on celebra aufli dans
l'Abbaye Royale de S. Denis un Service pour le
repos de l'ame du même Roy : l'Evêque de Perigueux
y officia ; le Comte de Toulouse & plufieurs
perfonnes de confideration y affiftérent ;
les Religieux Communiérent fous les deux Efpeces
.
" Mehemet Effendi grand Tréforier de l'Empire
Ottoman & Ambasadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur à la Cour de France , arriva à
Lyon le 20 u mois dernier , après avoir reçu
dans toutes les Villes qu'il a trouvées fur la routa
DE SEPTEMBRE . 213
te , les honneurs dûs à fon caractere & à fon
merite perfonnel . Voici la Relation de ce qui
s'eft paffé à Lyon pendant le féjour de ce Miniftre
, telle qu'on nous l'a envoyée de la Province.
Si Mehemet Effendy Ambafladeur de la Porte
Ottomane a eu lieu de fe louer des manieres gracieufes
& polies qu'il a trouvées à Paris , il n'a
pas eu moins lieu d'eftre content de la reception
qu'on lui a faite à Lyon , des honneurs qu'on lui
a rendus , & des plaifirs qu'on a tâché de lui
procurer. Le jour qu'il fit fon entrée dans cette
Ville , toute la jeuneffe fuperbement montée &
vêtue magnifiquement fut au devant de fon Excellence
, à une lieuë de la Ville , formant un
cortege auffi nombreux que galant. Depuis la
porte où il entra jufques à l'Hoftel qui lui avoit
efté deftine , les rues étoient bordées des deux
côtez par des Bourgeois fous les armes ; on en
avoit raffemblé l'élite , & foit par leur air , foit
par la magnificence de leurs habis , ils ne firent
point perdre à l'Ambaffadeur Turc l'idée avan
sageufe qu'il a conçue des Troupes Françoifes.
Le même jour M. le Prevolt des Marchands &
les Echevins furent le complimenter , & lui
portérent leurs préfens ; il les reçut avec tout
Faccueillimaginable , & ces Mrs fe retirerent très
fatisfaits de fa politefle . Le lendemain M. l'Ar
chevêque de Lyon le fut vifiter ; il fit çonnoiftre
à ce Prélat l'eftime & la confideration qu'il avoit
fon illuftree Pere , & fut enfuite fouper chez
le Prélat qui lui donna un repas magnifique où
toutes les Dames & les principaux de la Ville
avoienc efté invitez Après le fouper l'on fit paffer
Ambaffadeur fur une terraffe qi -donge fur
la riviere , où.fes yeux furent également furpris
de voir tous les deux Quays illuminés , & fes
oreilles d'entendre un Concert aufli doux que ,
mélodieux qui étoit dans le même Temple d'A
pour
pollon
216 LE MERCURE
pollon qui avoit fervi à la fête de Madame l'Ins
tendante. Plufieurs feux d'artifices qui parurent
tout d'un coup fur la riviere ; deux cens petits
batteaux tout illuminés qui voguoient fur ce
paisible canal , ne fervirent pas peu à rendre la
fête complette. Après avoir fatisfait également
& fes yeux & fes oreilles , il fe retira dans le carolle
de Monfieur l'Archevêque , & arriva dans
fon Hoftel qui étoit vis à vis celui de la Villes
il fut agréablement furpris de voir toute la façade
de cet Hoftel galamment illuminée ; un feu d'artifice
au milieu de cette Place finit la fête qui
Jui avoit été deftinée . Le lendemain il fut voir
tout ce qui eft digne d'eftre vû dans cette grande
Ville ; ilfut à la Biblioteque des Jefuites dont il
paru content , auffi bien que des Manufactures
de draps d'or & d'argent que Mrs de la Ville lui
firent voir ; il fut le foir à un Bal que la Ville lui
donna dans la Salle de la Comédie , felon le modele
de celui de l'Opera de Paris ; le plaifir qu'il
parut y prendre fit que l'on lui en donna un fe
cond ; tous les rafraichiliemens de la faifon y
étoient diftribués en abondance ; les Dames
étoient magnifiquement mafquées , & fou Excellence
a été très fatisfaite & de leur beauté & de
leur agrément . La veille de fon départ , l'Ambaſfadeur
fut dîner chez M. l'Intendant , & on lui
donna l'après - midy fur l'eau une fête galante 3
Madame Poulletier le mena dans un Concert qui
a été formé par fes foins , & où elle eft la principale
Académicienne ; on y chanta l'Acte Turc de
l'Europe galante que fon fils avoit demandé , il
fut très fatisfait & de la fymphonie & des belles
voix qui le compofcnt ; enfin il eft parti ne pon
want fe laffer de fe louer des attentions poties des
Lyonno's.
La Ville de Tauris en Perſe a été abimée pa
un tremblement de terre. On compte qu'il a péri
dans
DE SEPTEMBRE. 217
dans ce funefte accident plus de deux cens cinquante
mille perfonnes. Cela eft arrivé le neuf
Avril entre neuf à dix heures du matin .
. M. d'Aligre doit prefider à 1 Chambre des
Vacations . La Declaration de R ›y qui l'établit
a été enregistrée au Parlement le 30. Aouft.
Le huit Septembre , jour de la Nativité de la
Sainte Vierge , le Roy entendit dans la Chapelle
du Louvre la Meffe chantée par fa Mufique ,
& l'après-midy affifta à Vêpres dans la même
Chapelle.
L'Archevêque de Narbonne a prêté ferment de
fidelité entre les mains du Roy , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans le 24 Août.
Le 11 Septembre il arriva un accident funefte
chez M. Crozat le cadet , rue de Richelieu . Le
premier & le fecond étage d'une galerie de fa
maifon s'écroulerent tout d'un coup , avec la
moitié d'un pavillon qui joignoit cute galerie,
Les ruines écraférent deux Couvreurs , & blefferent
dangereufement quatre Maffons. On dit
que M. Crozat a donne 10 o liv de penſion à
chaque Veuve des Ouvriers qui ont été tués dans
cette chûte , & des fommes aux bleffés .
qui la
>
des
par
L'Abbé Paffarini Camerier d'honneur du Pape,
arriva le 12 Septembre à Paris avec la Barette
de M. le Cardinal Dubois >
reçut
mains du Roy le Dimanche 21 el e fut pre
fentée à Sa Majesté vers la fin de la Mefle
ce Camerier dans un grand baffin d'or . Sa Majefté
la prit & la m't fur la tête du Cardinal ,
vêtu de violet , en Rocher & Camail , & qui étoit
placé du côté de l'Evangile , près du Prie Dieu)
du Roy. L'Abbé Paffa in avoit remis d'abord
entre les mains du Cardinal le Bref de Sa Sainteté.
Dès que le Roy fortit de la Chapelle le
Cardinal Dubois alla dans la Sacriftie prendre
les habits de fa nouvelle Dignité , & enfuite re
T mercier
218 MERCURE LE
mercier le Roy dans fon Cabinet . M. Remond
Introducteur des Ambaſſadeurs , Pavo t été piendre
au Palais Royal dans les Carolles de Sa Majefté
, & M. des Granges Maître des Ceremonies,
L'avoit reçu a la Porte de la Chapelle . Le 25 ,
Son Eminence eur à S. Cloud audience de Madame.
Il y fut conduit dans les Caroffes de
Madame par M. de Marpré , Introducteur des
Ambaffadeurs auprès de Monfieur le Duc d'Orleans.
On écrit de Marfellle que la fanté alloit toujours
de mieux en mieux , & que perfonne n'y
étoit tombé malade depuis plufieurs mois , que
ceux qui inconfiderément & par une cupidité
outrée ont amaffé des hardes peftiferées . On
apprend auffi que Toulon étoit tout à fait bien ,
de même que la Ville d'Aix , & qu'à Atles il
n'y mouroit prefque plus perfonne .
Les mêmes Lettres difent qu'on fe préparoit
fort à Marseille pour faire des réjouillances au
fujet de la convalefcence du Roy. L'Abbaye de
Saint Victor , dont M. de Matignon , aucien
Evêque de Condom eft Abbé , fit chanter un
Te Deum folemnel par fa Mufi que le 7 du prefent
mois , où ce zélé & pieux Abbé officia pontificalement
; il y cu: le foir une fort belle illumination
& des feux de joye aux portes de
l'Abbaye .
Nous avons reçu par la même voye la traduction
de la Lettre que le Grand Maitre de
Malte écrit à M. le Commandeur de Langeron,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , Chef
d'Ffcadre des Galeres , Commandant à Marieille.
L'original de la Lettre eft en Latin .
VE
Au Venerable Bailly de Langeron .
Enerable très cher & bien amé Religieux ,
la maniere genereufe avec laquelle vous
vo us
DE SEPTEMBRE. 219
vous êtes expolé au milieu de tous les périls à
l'occasion du mal contagieux qui a affligè la
Ville de Marſeille , & le bon ordre que vous y
avez fait obferver , après que la Cour vous en
a confié le commandement , a merité l'applaudiflement
de tout le monde , & nous en notre
particulier nous en avons un fingulier plaifir ,
comme nous vous l'avons témoigné par nos precedentes
, comme auifi lors qu'elle vous a con
feré l'Abbaye de Bolbone ; étant une marque du
merite que vous vous etes acquis ; nous ne nous
fommes pas arrêtés -là , nous avons voulu donner
un témoignage public de notre fatisfaction ,
en voyant renouveller en votre perfonne ce zele
de nos glorieux anteceffeus , & afin qu'en vûë
de la reconnoiffance que nous en avons , vos
Collegues nos très chers Religieux ayent le
bonheur de vous imiter , en fecondant l'exemple
que vous leur avez donné ; nous avons
fupplié de notre pur mouvement avec toute
1'ardeur poffible notre Saint Pere le Pape , d'accorder
à nos très humbles remontrances un Bref
de grande Croix en votre faveur , Sa Sainteté a
écouté benignement nos inftances , & l'ayant
reçu nous l'avons tout auffi tôt mis en execution ,
comme vous verrés par l'extrait cy joint , vous
donnant pouvoir de porter publiquement cette
marque de diftinction , afin que tout le monde
foit informé que nous avons voulu à votre infçu
faire éclater votre merite ; joüiffez tranquillement
de cette dignité qui vous eft fi bien acquiſe,
tandis que nous prierons le Seigneur qu'il vous
conferre , & qu'il tienne votre venerable perfonne
en fa fante & digne garde . A Malte le
10 Aouft 1721. Signé , ZONDADARI .
des Tuilleries la Meffe de Requiem qui fut chantée
par la Mufique , pour l'Anniverfaire du Roy
Louis XIV . '
. Le premier de Septembre on celebra aufli dans
l'Abbaye Royale de S. Denis un Service pour le
repos de l'ame du même Roy : l'Evêque de Perigueux
y officia ; le Comte de Toulouse & plufieurs
perfonnes de confideration y affiftérent ;
les Religieux Communiérent fous les deux Efpeces
.
" Mehemet Effendi grand Tréforier de l'Empire
Ottoman & Ambasadeur Extraordinaire du
Grand Seigneur à la Cour de France , arriva à
Lyon le 20 u mois dernier , après avoir reçu
dans toutes les Villes qu'il a trouvées fur la routa
DE SEPTEMBRE . 213
te , les honneurs dûs à fon caractere & à fon
merite perfonnel . Voici la Relation de ce qui
s'eft paffé à Lyon pendant le féjour de ce Miniftre
, telle qu'on nous l'a envoyée de la Province.
Si Mehemet Effendy Ambafladeur de la Porte
Ottomane a eu lieu de fe louer des manieres gracieufes
& polies qu'il a trouvées à Paris , il n'a
pas eu moins lieu d'eftre content de la reception
qu'on lui a faite à Lyon , des honneurs qu'on lui
a rendus , & des plaifirs qu'on a tâché de lui
procurer. Le jour qu'il fit fon entrée dans cette
Ville , toute la jeuneffe fuperbement montée &
vêtue magnifiquement fut au devant de fon Excellence
, à une lieuë de la Ville , formant un
cortege auffi nombreux que galant. Depuis la
porte où il entra jufques à l'Hoftel qui lui avoit
efté deftine , les rues étoient bordées des deux
côtez par des Bourgeois fous les armes ; on en
avoit raffemblé l'élite , & foit par leur air , foit
par la magnificence de leurs habis , ils ne firent
point perdre à l'Ambaffadeur Turc l'idée avan
sageufe qu'il a conçue des Troupes Françoifes.
Le même jour M. le Prevolt des Marchands &
les Echevins furent le complimenter , & lui
portérent leurs préfens ; il les reçut avec tout
Faccueillimaginable , & ces Mrs fe retirerent très
fatisfaits de fa politefle . Le lendemain M. l'Ar
chevêque de Lyon le fut vifiter ; il fit çonnoiftre
à ce Prélat l'eftime & la confideration qu'il avoit
fon illuftree Pere , & fut enfuite fouper chez
le Prélat qui lui donna un repas magnifique où
toutes les Dames & les principaux de la Ville
avoienc efté invitez Après le fouper l'on fit paffer
Ambaffadeur fur une terraffe qi -donge fur
la riviere , où.fes yeux furent également furpris
de voir tous les deux Quays illuminés , & fes
oreilles d'entendre un Concert aufli doux que ,
mélodieux qui étoit dans le même Temple d'A
pour
pollon
216 LE MERCURE
pollon qui avoit fervi à la fête de Madame l'Ins
tendante. Plufieurs feux d'artifices qui parurent
tout d'un coup fur la riviere ; deux cens petits
batteaux tout illuminés qui voguoient fur ce
paisible canal , ne fervirent pas peu à rendre la
fête complette. Après avoir fatisfait également
& fes yeux & fes oreilles , il fe retira dans le carolle
de Monfieur l'Archevêque , & arriva dans
fon Hoftel qui étoit vis à vis celui de la Villes
il fut agréablement furpris de voir toute la façade
de cet Hoftel galamment illuminée ; un feu d'artifice
au milieu de cette Place finit la fête qui
Jui avoit été deftinée . Le lendemain il fut voir
tout ce qui eft digne d'eftre vû dans cette grande
Ville ; ilfut à la Biblioteque des Jefuites dont il
paru content , auffi bien que des Manufactures
de draps d'or & d'argent que Mrs de la Ville lui
firent voir ; il fut le foir à un Bal que la Ville lui
donna dans la Salle de la Comédie , felon le modele
de celui de l'Opera de Paris ; le plaifir qu'il
parut y prendre fit que l'on lui en donna un fe
cond ; tous les rafraichiliemens de la faifon y
étoient diftribués en abondance ; les Dames
étoient magnifiquement mafquées , & fou Excellence
a été très fatisfaite & de leur beauté & de
leur agrément . La veille de fon départ , l'Ambaſfadeur
fut dîner chez M. l'Intendant , & on lui
donna l'après - midy fur l'eau une fête galante 3
Madame Poulletier le mena dans un Concert qui
a été formé par fes foins , & où elle eft la principale
Académicienne ; on y chanta l'Acte Turc de
l'Europe galante que fon fils avoit demandé , il
fut très fatisfait & de la fymphonie & des belles
voix qui le compofcnt ; enfin il eft parti ne pon
want fe laffer de fe louer des attentions poties des
Lyonno's.
La Ville de Tauris en Perſe a été abimée pa
un tremblement de terre. On compte qu'il a péri
dans
DE SEPTEMBRE. 217
dans ce funefte accident plus de deux cens cinquante
mille perfonnes. Cela eft arrivé le neuf
Avril entre neuf à dix heures du matin .
. M. d'Aligre doit prefider à 1 Chambre des
Vacations . La Declaration de R ›y qui l'établit
a été enregistrée au Parlement le 30. Aouft.
Le huit Septembre , jour de la Nativité de la
Sainte Vierge , le Roy entendit dans la Chapelle
du Louvre la Meffe chantée par fa Mufique ,
& l'après-midy affifta à Vêpres dans la même
Chapelle.
L'Archevêque de Narbonne a prêté ferment de
fidelité entre les mains du Roy , en prefence de
Monfieur le Duc d'Orleans le 24 Août.
Le 11 Septembre il arriva un accident funefte
chez M. Crozat le cadet , rue de Richelieu . Le
premier & le fecond étage d'une galerie de fa
maifon s'écroulerent tout d'un coup , avec la
moitié d'un pavillon qui joignoit cute galerie,
Les ruines écraférent deux Couvreurs , & blefferent
dangereufement quatre Maffons. On dit
que M. Crozat a donne 10 o liv de penſion à
chaque Veuve des Ouvriers qui ont été tués dans
cette chûte , & des fommes aux bleffés .
qui la
>
des
par
L'Abbé Paffarini Camerier d'honneur du Pape,
arriva le 12 Septembre à Paris avec la Barette
de M. le Cardinal Dubois >
reçut
mains du Roy le Dimanche 21 el e fut pre
fentée à Sa Majesté vers la fin de la Mefle
ce Camerier dans un grand baffin d'or . Sa Majefté
la prit & la m't fur la tête du Cardinal ,
vêtu de violet , en Rocher & Camail , & qui étoit
placé du côté de l'Evangile , près du Prie Dieu)
du Roy. L'Abbé Paffa in avoit remis d'abord
entre les mains du Cardinal le Bref de Sa Sainteté.
Dès que le Roy fortit de la Chapelle le
Cardinal Dubois alla dans la Sacriftie prendre
les habits de fa nouvelle Dignité , & enfuite re
T mercier
218 MERCURE LE
mercier le Roy dans fon Cabinet . M. Remond
Introducteur des Ambaſſadeurs , Pavo t été piendre
au Palais Royal dans les Carolles de Sa Majefté
, & M. des Granges Maître des Ceremonies,
L'avoit reçu a la Porte de la Chapelle . Le 25 ,
Son Eminence eur à S. Cloud audience de Madame.
Il y fut conduit dans les Caroffes de
Madame par M. de Marpré , Introducteur des
Ambaffadeurs auprès de Monfieur le Duc d'Orleans.
On écrit de Marfellle que la fanté alloit toujours
de mieux en mieux , & que perfonne n'y
étoit tombé malade depuis plufieurs mois , que
ceux qui inconfiderément & par une cupidité
outrée ont amaffé des hardes peftiferées . On
apprend auffi que Toulon étoit tout à fait bien ,
de même que la Ville d'Aix , & qu'à Atles il
n'y mouroit prefque plus perfonne .
Les mêmes Lettres difent qu'on fe préparoit
fort à Marseille pour faire des réjouillances au
fujet de la convalefcence du Roy. L'Abbaye de
Saint Victor , dont M. de Matignon , aucien
Evêque de Condom eft Abbé , fit chanter un
Te Deum folemnel par fa Mufi que le 7 du prefent
mois , où ce zélé & pieux Abbé officia pontificalement
; il y cu: le foir une fort belle illumination
& des feux de joye aux portes de
l'Abbaye .
Nous avons reçu par la même voye la traduction
de la Lettre que le Grand Maitre de
Malte écrit à M. le Commandeur de Langeron,
Maréchal de Camp des Armées du Roy , Chef
d'Ffcadre des Galeres , Commandant à Marieille.
L'original de la Lettre eft en Latin .
VE
Au Venerable Bailly de Langeron .
Enerable très cher & bien amé Religieux ,
la maniere genereufe avec laquelle vous
vo us
DE SEPTEMBRE. 219
vous êtes expolé au milieu de tous les périls à
l'occasion du mal contagieux qui a affligè la
Ville de Marſeille , & le bon ordre que vous y
avez fait obferver , après que la Cour vous en
a confié le commandement , a merité l'applaudiflement
de tout le monde , & nous en notre
particulier nous en avons un fingulier plaifir ,
comme nous vous l'avons témoigné par nos precedentes
, comme auifi lors qu'elle vous a con
feré l'Abbaye de Bolbone ; étant une marque du
merite que vous vous etes acquis ; nous ne nous
fommes pas arrêtés -là , nous avons voulu donner
un témoignage public de notre fatisfaction ,
en voyant renouveller en votre perfonne ce zele
de nos glorieux anteceffeus , & afin qu'en vûë
de la reconnoiffance que nous en avons , vos
Collegues nos très chers Religieux ayent le
bonheur de vous imiter , en fecondant l'exemple
que vous leur avez donné ; nous avons
fupplié de notre pur mouvement avec toute
1'ardeur poffible notre Saint Pere le Pape , d'accorder
à nos très humbles remontrances un Bref
de grande Croix en votre faveur , Sa Sainteté a
écouté benignement nos inftances , & l'ayant
reçu nous l'avons tout auffi tôt mis en execution ,
comme vous verrés par l'extrait cy joint , vous
donnant pouvoir de porter publiquement cette
marque de diftinction , afin que tout le monde
foit informé que nous avons voulu à votre infçu
faire éclater votre merite ; joüiffez tranquillement
de cette dignité qui vous eft fi bien acquiſe,
tandis que nous prierons le Seigneur qu'il vous
conferre , & qu'il tienne votre venerable perfonne
en fa fante & digne garde . A Malte le
10 Aouft 1721. Signé , ZONDADARI .
Fermer
479
p. 219-221
« On peut placer ici la générosité d'un Conseiller au Parlement d'Aix, nommé Henry de [...] »
Début :
On peut placer ici la générosité d'un Conseiller au Parlement d'Aix, nommé Henry de [...]
Mots clefs :
Roi, Parlement d'Aix, Parlement, Contagion, Infante, Marie-Anne-Victoire d'Espagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On peut placer ici la générosité d'un Conseiller au Parlement d'Aix, nommé Henry de [...] »
On peut placer ici la generofité d'an Confeiller
au Parlement d'Aix , nommé Henry de
Tij Thomas ,
220 LE MERCURE
Thomas , Chevalier Marquis de Villeneuve , &
defcendu des anciens Rois d'Arragon : ce charitable
Magiftrat a donné aux Pauvres de fa
Ville plus de quarante mille francs . Il les recevoit
chés lui , les exhortoit à la patience , &
les raffuroit par fon exemple contre la crainte
de la contagion . Enfin il ne fe contentoit pas
de répandre fes biens , il prodiguoit encore fa
vie , en s'expofant aux périls d'une communication
peftife ée .
On mande de Rome que M. le Cardinal de
Bfly en partira le premier Octobre , qu'il fe
ren ira a Turin , où la Cour de Savoye l'a fait
inviter de fe repofer quelques jours , pour de
là paffer en France avec une eſcorte qui le
conduira jufqu'à Ly n.
Le Roy a donné les premieres entrées au
Prince de Tonay Charente , fils aîné de M. le
Duc de Mortemart , premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy.
On a enregistré au Parlement des Lettres Patentes
données par le Roy pour la démolition
du petit Châtelet , & l'emplacement eft donné
à l'Hôtel - Dieu On parle de démolir aufli les
deux pavillons du College Mazarin .
M. l'Abbé de Saint Albin a été ordonné Prêt
tre à Verfailles le 20 Septembre , en vertu
d'une difpenfe accordée par le Pape . M. l'Evêque
de Viviers a fait cette Ordination.
Le mariage du Roy avec Marie - Anne Victoire
Infante d'Espagne , eft conclu . Cette Princeffe
eft âgée de trois ans & demy ; on doit l'amener
à la Cour de France au mois de Mars prochain,
pour y eftre élevée aux manieres Françoifes.
Madame la Ducheffe de Vantadour , qui a été
nommée fa Gouvernante , l'ira recevoir fur la
frontiere.
M. le Duc de Saint Simon , Pair de France ,
a été
DE SEPTEMBRE: 221
a été nommé pour aller auprès de Sa Majelté
Catholique , en qualité d'Ambaffadeur extraor
dinaire , demander cette Infante au nom du Roy.
La Lettre que le Roy d'Efpagne a écrite au
Roy fur cette alliance , ne peut que finir heureufement
ce Journal.
au Parlement d'Aix , nommé Henry de
Tij Thomas ,
220 LE MERCURE
Thomas , Chevalier Marquis de Villeneuve , &
defcendu des anciens Rois d'Arragon : ce charitable
Magiftrat a donné aux Pauvres de fa
Ville plus de quarante mille francs . Il les recevoit
chés lui , les exhortoit à la patience , &
les raffuroit par fon exemple contre la crainte
de la contagion . Enfin il ne fe contentoit pas
de répandre fes biens , il prodiguoit encore fa
vie , en s'expofant aux périls d'une communication
peftife ée .
On mande de Rome que M. le Cardinal de
Bfly en partira le premier Octobre , qu'il fe
ren ira a Turin , où la Cour de Savoye l'a fait
inviter de fe repofer quelques jours , pour de
là paffer en France avec une eſcorte qui le
conduira jufqu'à Ly n.
Le Roy a donné les premieres entrées au
Prince de Tonay Charente , fils aîné de M. le
Duc de Mortemart , premier Gentilhomme de
la Chambre du Roy.
On a enregistré au Parlement des Lettres Patentes
données par le Roy pour la démolition
du petit Châtelet , & l'emplacement eft donné
à l'Hôtel - Dieu On parle de démolir aufli les
deux pavillons du College Mazarin .
M. l'Abbé de Saint Albin a été ordonné Prêt
tre à Verfailles le 20 Septembre , en vertu
d'une difpenfe accordée par le Pape . M. l'Evêque
de Viviers a fait cette Ordination.
Le mariage du Roy avec Marie - Anne Victoire
Infante d'Espagne , eft conclu . Cette Princeffe
eft âgée de trois ans & demy ; on doit l'amener
à la Cour de France au mois de Mars prochain,
pour y eftre élevée aux manieres Françoifes.
Madame la Ducheffe de Vantadour , qui a été
nommée fa Gouvernante , l'ira recevoir fur la
frontiere.
M. le Duc de Saint Simon , Pair de France ,
a été
DE SEPTEMBRE: 221
a été nommé pour aller auprès de Sa Majelté
Catholique , en qualité d'Ambaffadeur extraor
dinaire , demander cette Infante au nom du Roy.
La Lettre que le Roy d'Efpagne a écrite au
Roy fur cette alliance , ne peut que finir heureufement
ce Journal.
Fermer
480
p. 10-16
Lettre écrite de Toulou[s]e, le 14 Septembre.
Début :
JE puis vous assurer, Monsieur, que si les Peuples n'ont jamais eu tant de sujet [...]
Mots clefs :
Roi, Te Deum, Compagnie, Joie, Chapelle, Illumination, Parlement, Chanter, Église, Acclamations, Fenêtres, Bougies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite de Toulou[s]e, le 14 Septembre.
Lettre écrite de Toulou e , le 14 Septembre.
J
E puis vous affurer , Monfieur , que fi
les Peuples n'ont jamais eu tant de fujer
de faire des réjouiffances , jamais auffi ils
n'en ont fait en plus grand nombre, ni avec
tant d'acclamations. Il y a près d'un mois
que la joye des Touloufains fournit
tous les jours des fpectacles auffi agréables
que variés. Je n'ay pas deffein de les
faire tous paffer fous vos yeux ; ceux même
dont je parlerai perdront beaucoup , car
je ne fuis propre ni à leur prérer les charmes
d'une vive deſcription ,ni d'humeur à prendre
dans mon imagination de quoi les embellir.
Après avoir reçu l'heureufe nouvelle
qui a réjoui toutes les Nations , le Parlement
s'affembla & fit chanter le Te Deum
dans la Salle du Palais . La Maifon de Ville
imita le même jour l'exemple du Parle
ment, qui le tranfinit , fi j'ofe ainfi parler ,
à tous les autres Corps . Les Magiftrats ,
les Capitouls & quantité de Particuliers
éclairerent à l'entrée de la nuit les portes
& les fenêtres de leurs maifons avec des
falors , des lanternes de papier & des bougies
, en forte que prefque toute la Ville fe
trouva illuminée.
Le 20 d'Août on chanta le Te Deum à
>
l'Eglife
D'OCTOBRE.
I
Eglife Metropolitaine de S. Etienne , à
laquelle on fit le foir des illuminations qui
durerent plufieurs nuits .
Le 21 , le Corps des Marchands fit chanter
un Te Deum ; la Bourfe fut magnifiquement
illuminée. Le Prevôt des Marchands
mit le feu au bucher au bruit des
tambours & des fanfarres , ce qui fut fuivi
de plufieurs décharges de moufqueterie
& de quantité de fufées volantes.
La Royale Compagnie des Penitens
Bleus à Touloufe , eft compofée des perfonnes
les plus qualifiées de la Ville & de
la Province. M. Cortade , Docteur ès
Droits , Avocat au Parlement , Syndic de la
Compagnie, fit ce Difcours à l'Affemblée ,
convoquée extraordinairement le 18 Aouft .
MESSIEURS ,
La joye commune , que je vois répandue fur
chacun de nous , annonce le fujet qui nous affemble
, & exprime mieux ce qu'elle m'empêche
prefque de dire. Si c'eftun foulagement de par.
ler des malheurs qu'on a évitez , je puis vous.
rappeller les jours plus longs que des années , où
à la premiere nouvelle de la maladie du Roy
tout le Royaume fut faifi & accablé d'une fi vive
douleur . Dans cet abbatement general ; nos
coeurs ont crié vers le Ciel , leur voix a été
écoute ; le Roy eft gueri. Reconnoillons que
D'eu a voulu nous apprendre par les grands
Princes qu'il nous a ôrez , à cherir de plus en
plus le une Prince qu'il nous laiffe . Aimons
donc
12 LE MERCURE
donc encore davantage , s'il eft poffible , un Roy ,
que tout nous affure devoir être le digne fuc
ceffeur de tant d'Auguftes Princes , dont le nom
eft bien mieux gravé dans nos coeurs , que dans
nos Regiſtres. En lui fe trouvent toutes les
vertus & les grandes qualitez qui , avec l'amour
des Sujets , attirent l'eftime & l'admiration de
PUnivers. Puiffe cet aimable Prince , faire longtems
notre bonheur ,& être les delices du monde !
Puiffe-t'il vivre , outre fes années , celles qui ont
manqué à fon Pere & à fon Ayeul , nez pour le
bonheur des hommes , & trop tôt enlevez à la
France. Je laiffe , Meffieurs , à des perfonnes
plus dignes de louer un fi grand Roy , à faire
fon éloge , où mon amour m'avoit indifcretement
engagé. Je ne dois vous parler que des
témoignages de joye que nous devons mêler
dans les chants d'allegreffe dont toute la
France retentit , & c.
A peine le Sindic eut fini fon Difcours
que fur les propofitions , il fut deliberé
unanimement & par acclamation , qu'un
Te Deum folemnel feroit chanté dans la
Chapelle Rayale le Vendredi 22 Août .
Qu'il y auroit enfuite Feu de joye & illumination
; que chaque Officier & Confrere
de la Compagnie donneroit en fon particulier
dans fa maifon des marques de fon
attachement à la Perfonne du Roy. Que
les Compagnies Superieures feroient invi-
1
* Louis XIII fit l'honneur à la Compagnie de s'infcrire
fur fes Regiftres le 23 Novembre 1621. Louis XIV .
le 19 O&obre 1659. M. le Duc de Bourgogne le 16 Fevrier
170 , & M. le Duc de Berri le 1 Fevrier de la
même année.
tées
D'OCTOBRE .
tées d'affifter au Te Deum ; que le quatriéme
jour du mois d'Août jour heureux
auquel le Roy s'eft trouvé guéri , feroit
ajouté au nombre des jours folemnels
de la Compagnie ; & qu'à perpetuité il
feroit chanté un Te Deum tous les ans dans
la Chapelle Royale, Nos defcendaņs ne
peuvent apprendre par trop de monumens,
quel a toujours été l'amour de leurs Peres
pour leur Prince. Il est beau d'ailleurs que
nous les engagions à partager encore après
plufieurs fiècles , la joye que nous reffentons
aujourd'hui , & à rendre à Dieu d'immortelles
Actions de graces pour l'éclatant
témoignage que nous venons de recevoir
de la bonté.
Mrs. Niquet & Aimar , Confeillers au <
Parlement , Maîtres de Chapelle , & M. le
Şindic , furent chargez du foin & de l'ordre
de la Fête , où tout s'eft paffé fort heureufement,
M. Lanes fit chanter par plus de cent
voix ou inftrumens un beau Te Deum de
fa compofition . M. Boyer , Chanoine
Theologal de l'Eglife de Toulouze , Confeiller
-Clerc au Parlement , & Prieur
nommé de la Compagnie , officia . On entendit
pendant & après le Te Deum diverſes
décharges de moufqueterie du Guet à pied ,
& dans les intervales un bruit de trompettes
, de timbales & de hautbois.
L'Illumination
14
LE MERCURE
L'illumination , des deux côtez de la
grande rue des Penitens Bleus dans toute
fa longueur , commença à huit heures du
foir. Elle étoit compofée de plus de 20000
lampions , bougies ou flambeaux de cire
blanche , & des falors qui formoient les
Armes du Roy & celles de la Royale Chapelle
, qui font un Lion d'or en champ
d'azur , avec ces mots autour : Sana me
Domine.
La couverture de la Chapelle , les fenêtres
& les murs étoient chargez de lampions
qui formoient diverfes figures. La
grande Porte , fur laquelle on avoit mis le
Portrait du Roy , étoit magnifiquement
ornée , & entourée de flambeaux de cire
blanche.
-
Les Chanoines Reguliers de S. Antoine,
affociez à la Royale Compagnie , qui ont
leur Maifon dans cette grande rue , avec
une très belle façade l'illuminerent
magnifiquement , ainfi que M. d'Arexis ,
Officier de la Compagnie , qui eft fur la
même ligne.
>
Vers les 9 heures , Mrs. le Sindic & le
Maître de Chapelle , allumerent le Feu qui
avoit été preparé , ayant chacun un flambeau
orné de fleurs de lys d'or fur un fond
bleu. La moufqueterie fe fit entendre , &
plus encore les acclamations réiterées de
Vive le Roy. Ils entrerent enfuite dans la
Salle
-D'OCTOBRE.
"IS
Salle de l'Opera , qui eſt vis à - vis , où il y
eut un magnifique fouper à quatre fervices.
Plufieurs tables furent fervies en même
tems. Le Sindic commença le repas par la
fanté du Roy, que tous les convives burent
debout & découverts . Cette Santé fut celebrée
par trois décharges des Soldats du
Guet , par un nombre infini de fulées , &
par les fanfarres .
Après le repas toute la Compagnie fe
rendit chez M. Niquet , & enfuite chez
M. Cortade , precedée des trompettes &
des hautbois , où l'on trouva encore des
Feux de joye , des illuminations , & des
rafraîchiffemens en très - grande abondance .
Le 23. Août il y eut Te Deum & illumination
à l'Eglife Abbatiale de S. Sernin
, & le lendemain l'Univerfité donna
les mêmes marques de joye .
;
Le 25 , jour de la Fête de Sa Majeſté
les Jefuites firent chanter le Te Deum à
leur Maiſon Profeffe , où il y eut le foir
illumination , ainfi qu'à leur Noviciat ,
à leur Seminaire & à plufieurs Maiſons
Religieufes qui font fous leur direction ;
Mais la principale fe fit à leur College,
Le toit des bâtimens des trois cours étoit
bordé de falots , auffi près qu'ils le pouvoient
être. Les fenêtres étoient garnies
de lanternes de papier & de plufieurs
rangs de bougies. Les portes étoient auffi
ornées
16 LE MERCURE
1
>
ornées de quantité de lampions , dont la
difference difpofition étoit fort agreable.
Rien n'étoit plus beau que de voir les
trois cours dont les bâtimens font
uniformes , fi bien illuminées. Au haut
de la tour qui domine fur tous les lieux
les plus élevez du voifinage , on voyoit
une belle Piramide de lumieres , & c'eft
de cet endroit que partoient les fufées
volantes qu'on tiroit fans ceffe.
Les jeunes Penfionnaires firent /merveille
; Les uns faifoient retentir la maiſon
de frequentes acclamations de Vive le Roy ;
les autres danfoient en rond des Chanfons
, compofées à la louange de Sa Majefté
, & le tefte avec de petits ferpenteaux
caufoient un defordre fort réjouiffant dans
la marche trop unie du Peuple , qui traverfoit
en foule les trois cours. Au furplus
, on admiroit deux grands Tableaux
artiftement découpez & placez entre un
grand nombre de lumieres & l'oeil des
fpectateurs qui prefentoient chacun un
Diftique Latin , écrit en caracteres brillans ,
& entouré d'ornemens que la lumiere
en paffant à travers des papiers de differentes
couleurs , diverfifioit très - agreablement.
>
Je finirai cet article par une petite Piéce,
34.
dont un de ces Penfionnaires eft l'Auteur.-
J
E puis vous affurer , Monfieur , que fi
les Peuples n'ont jamais eu tant de fujer
de faire des réjouiffances , jamais auffi ils
n'en ont fait en plus grand nombre, ni avec
tant d'acclamations. Il y a près d'un mois
que la joye des Touloufains fournit
tous les jours des fpectacles auffi agréables
que variés. Je n'ay pas deffein de les
faire tous paffer fous vos yeux ; ceux même
dont je parlerai perdront beaucoup , car
je ne fuis propre ni à leur prérer les charmes
d'une vive deſcription ,ni d'humeur à prendre
dans mon imagination de quoi les embellir.
Après avoir reçu l'heureufe nouvelle
qui a réjoui toutes les Nations , le Parlement
s'affembla & fit chanter le Te Deum
dans la Salle du Palais . La Maifon de Ville
imita le même jour l'exemple du Parle
ment, qui le tranfinit , fi j'ofe ainfi parler ,
à tous les autres Corps . Les Magiftrats ,
les Capitouls & quantité de Particuliers
éclairerent à l'entrée de la nuit les portes
& les fenêtres de leurs maifons avec des
falors , des lanternes de papier & des bougies
, en forte que prefque toute la Ville fe
trouva illuminée.
Le 20 d'Août on chanta le Te Deum à
>
l'Eglife
D'OCTOBRE.
I
Eglife Metropolitaine de S. Etienne , à
laquelle on fit le foir des illuminations qui
durerent plufieurs nuits .
Le 21 , le Corps des Marchands fit chanter
un Te Deum ; la Bourfe fut magnifiquement
illuminée. Le Prevôt des Marchands
mit le feu au bucher au bruit des
tambours & des fanfarres , ce qui fut fuivi
de plufieurs décharges de moufqueterie
& de quantité de fufées volantes.
La Royale Compagnie des Penitens
Bleus à Touloufe , eft compofée des perfonnes
les plus qualifiées de la Ville & de
la Province. M. Cortade , Docteur ès
Droits , Avocat au Parlement , Syndic de la
Compagnie, fit ce Difcours à l'Affemblée ,
convoquée extraordinairement le 18 Aouft .
MESSIEURS ,
La joye commune , que je vois répandue fur
chacun de nous , annonce le fujet qui nous affemble
, & exprime mieux ce qu'elle m'empêche
prefque de dire. Si c'eftun foulagement de par.
ler des malheurs qu'on a évitez , je puis vous.
rappeller les jours plus longs que des années , où
à la premiere nouvelle de la maladie du Roy
tout le Royaume fut faifi & accablé d'une fi vive
douleur . Dans cet abbatement general ; nos
coeurs ont crié vers le Ciel , leur voix a été
écoute ; le Roy eft gueri. Reconnoillons que
D'eu a voulu nous apprendre par les grands
Princes qu'il nous a ôrez , à cherir de plus en
plus le une Prince qu'il nous laiffe . Aimons
donc
12 LE MERCURE
donc encore davantage , s'il eft poffible , un Roy ,
que tout nous affure devoir être le digne fuc
ceffeur de tant d'Auguftes Princes , dont le nom
eft bien mieux gravé dans nos coeurs , que dans
nos Regiſtres. En lui fe trouvent toutes les
vertus & les grandes qualitez qui , avec l'amour
des Sujets , attirent l'eftime & l'admiration de
PUnivers. Puiffe cet aimable Prince , faire longtems
notre bonheur ,& être les delices du monde !
Puiffe-t'il vivre , outre fes années , celles qui ont
manqué à fon Pere & à fon Ayeul , nez pour le
bonheur des hommes , & trop tôt enlevez à la
France. Je laiffe , Meffieurs , à des perfonnes
plus dignes de louer un fi grand Roy , à faire
fon éloge , où mon amour m'avoit indifcretement
engagé. Je ne dois vous parler que des
témoignages de joye que nous devons mêler
dans les chants d'allegreffe dont toute la
France retentit , & c.
A peine le Sindic eut fini fon Difcours
que fur les propofitions , il fut deliberé
unanimement & par acclamation , qu'un
Te Deum folemnel feroit chanté dans la
Chapelle Rayale le Vendredi 22 Août .
Qu'il y auroit enfuite Feu de joye & illumination
; que chaque Officier & Confrere
de la Compagnie donneroit en fon particulier
dans fa maifon des marques de fon
attachement à la Perfonne du Roy. Que
les Compagnies Superieures feroient invi-
1
* Louis XIII fit l'honneur à la Compagnie de s'infcrire
fur fes Regiftres le 23 Novembre 1621. Louis XIV .
le 19 O&obre 1659. M. le Duc de Bourgogne le 16 Fevrier
170 , & M. le Duc de Berri le 1 Fevrier de la
même année.
tées
D'OCTOBRE .
tées d'affifter au Te Deum ; que le quatriéme
jour du mois d'Août jour heureux
auquel le Roy s'eft trouvé guéri , feroit
ajouté au nombre des jours folemnels
de la Compagnie ; & qu'à perpetuité il
feroit chanté un Te Deum tous les ans dans
la Chapelle Royale, Nos defcendaņs ne
peuvent apprendre par trop de monumens,
quel a toujours été l'amour de leurs Peres
pour leur Prince. Il est beau d'ailleurs que
nous les engagions à partager encore après
plufieurs fiècles , la joye que nous reffentons
aujourd'hui , & à rendre à Dieu d'immortelles
Actions de graces pour l'éclatant
témoignage que nous venons de recevoir
de la bonté.
Mrs. Niquet & Aimar , Confeillers au <
Parlement , Maîtres de Chapelle , & M. le
Şindic , furent chargez du foin & de l'ordre
de la Fête , où tout s'eft paffé fort heureufement,
M. Lanes fit chanter par plus de cent
voix ou inftrumens un beau Te Deum de
fa compofition . M. Boyer , Chanoine
Theologal de l'Eglife de Toulouze , Confeiller
-Clerc au Parlement , & Prieur
nommé de la Compagnie , officia . On entendit
pendant & après le Te Deum diverſes
décharges de moufqueterie du Guet à pied ,
& dans les intervales un bruit de trompettes
, de timbales & de hautbois.
L'Illumination
14
LE MERCURE
L'illumination , des deux côtez de la
grande rue des Penitens Bleus dans toute
fa longueur , commença à huit heures du
foir. Elle étoit compofée de plus de 20000
lampions , bougies ou flambeaux de cire
blanche , & des falors qui formoient les
Armes du Roy & celles de la Royale Chapelle
, qui font un Lion d'or en champ
d'azur , avec ces mots autour : Sana me
Domine.
La couverture de la Chapelle , les fenêtres
& les murs étoient chargez de lampions
qui formoient diverfes figures. La
grande Porte , fur laquelle on avoit mis le
Portrait du Roy , étoit magnifiquement
ornée , & entourée de flambeaux de cire
blanche.
-
Les Chanoines Reguliers de S. Antoine,
affociez à la Royale Compagnie , qui ont
leur Maifon dans cette grande rue , avec
une très belle façade l'illuminerent
magnifiquement , ainfi que M. d'Arexis ,
Officier de la Compagnie , qui eft fur la
même ligne.
>
Vers les 9 heures , Mrs. le Sindic & le
Maître de Chapelle , allumerent le Feu qui
avoit été preparé , ayant chacun un flambeau
orné de fleurs de lys d'or fur un fond
bleu. La moufqueterie fe fit entendre , &
plus encore les acclamations réiterées de
Vive le Roy. Ils entrerent enfuite dans la
Salle
-D'OCTOBRE.
"IS
Salle de l'Opera , qui eſt vis à - vis , où il y
eut un magnifique fouper à quatre fervices.
Plufieurs tables furent fervies en même
tems. Le Sindic commença le repas par la
fanté du Roy, que tous les convives burent
debout & découverts . Cette Santé fut celebrée
par trois décharges des Soldats du
Guet , par un nombre infini de fulées , &
par les fanfarres .
Après le repas toute la Compagnie fe
rendit chez M. Niquet , & enfuite chez
M. Cortade , precedée des trompettes &
des hautbois , où l'on trouva encore des
Feux de joye , des illuminations , & des
rafraîchiffemens en très - grande abondance .
Le 23. Août il y eut Te Deum & illumination
à l'Eglife Abbatiale de S. Sernin
, & le lendemain l'Univerfité donna
les mêmes marques de joye .
;
Le 25 , jour de la Fête de Sa Majeſté
les Jefuites firent chanter le Te Deum à
leur Maiſon Profeffe , où il y eut le foir
illumination , ainfi qu'à leur Noviciat ,
à leur Seminaire & à plufieurs Maiſons
Religieufes qui font fous leur direction ;
Mais la principale fe fit à leur College,
Le toit des bâtimens des trois cours étoit
bordé de falots , auffi près qu'ils le pouvoient
être. Les fenêtres étoient garnies
de lanternes de papier & de plufieurs
rangs de bougies. Les portes étoient auffi
ornées
16 LE MERCURE
1
>
ornées de quantité de lampions , dont la
difference difpofition étoit fort agreable.
Rien n'étoit plus beau que de voir les
trois cours dont les bâtimens font
uniformes , fi bien illuminées. Au haut
de la tour qui domine fur tous les lieux
les plus élevez du voifinage , on voyoit
une belle Piramide de lumieres , & c'eft
de cet endroit que partoient les fufées
volantes qu'on tiroit fans ceffe.
Les jeunes Penfionnaires firent /merveille
; Les uns faifoient retentir la maiſon
de frequentes acclamations de Vive le Roy ;
les autres danfoient en rond des Chanfons
, compofées à la louange de Sa Majefté
, & le tefte avec de petits ferpenteaux
caufoient un defordre fort réjouiffant dans
la marche trop unie du Peuple , qui traverfoit
en foule les trois cours. Au furplus
, on admiroit deux grands Tableaux
artiftement découpez & placez entre un
grand nombre de lumieres & l'oeil des
fpectateurs qui prefentoient chacun un
Diftique Latin , écrit en caracteres brillans ,
& entouré d'ornemens que la lumiere
en paffant à travers des papiers de differentes
couleurs , diverfifioit très - agreablement.
>
Je finirai cet article par une petite Piéce,
34.
dont un de ces Penfionnaires eft l'Auteur.-
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481
p. 17-19
Les Pensionnaires du College des PP. Jesuites de Toulouse, aux Pensionnaires du College des PP. Jesuites de Paris. EPITRE.
Début :
Vous êtes des Seigneurs au prix de nous ; mais quoy ? [...]
Mots clefs :
Louis, Frères, Jour, Jours, Coeurs, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Pensionnaires du College des PP. Jesuites de Toulouse, aux Pensionnaires du College des PP. Jesuites de Paris. EPITRE.
Les Penfionnaires du College des PP. Jeſuites
de Toulouſe , aux Penſionnaires du
College des Pr. Jefuites de Paris .
V
EPITRE.
Ous êtes des Seigneurs au prix de nous j
mais quay ?
Vivant tous fous de mêmes Peres ,
Nous nous pouvons nommer freres, je croy.
Ça done , Freres , bon jour , bon-jour nos très..
chers freres,
A la Cour aujourd'huy fervés- nous d'Emiffaires ,
Et mandés- nous des nouvelles du Roy.
Les filles du Stix fur fa vie
Ont eu , dit- on , de criminels deffeins.
Le fort d'un fi bon Prince eft- il entre leurs mains
Inftruifés nous- en , je vous prie ,
Quoy ? faut- il pour LOUIS redouter leur furie,
Lui compte - t'on des jours comme aux autres Hu
mains !
Puiffent les Dieux aux dépens de nos tétes
Conferver aux François des jours fi precieux !
Ils viennent d'écarter d'effroyables tempêtes.
De ce bienfait nos coeurs s'acquittent envers eux;
Et cependant l'éclat de nos petites fêtes
Ranime ici les Ris , les Flaifirs & les Jeux.
B Du
1
18 MERCURE LE
Du Ciel vous devés voir les voûtes embrafées
Quand vous tournés les yeux vers ce féjour.
L'air eft par tout en feu ; nos brillantes fufées ,
Au milieu de la nuit nous font trouver le jour
Et de les avoir compofées ,
Chacun de nous s'applaudit tour à tour.
VIVE LOUIS ! nos murs , nos feux , femblent
le dire;
Avec nous mille fois les échos l'ont redit.
VIVE LOUIS ! ces mots ne ſe peuvent bien lire,,
Qu'en nos coeurs où l'Amour de nouveau les
écrit ,
Tandis que fur nos fronts le plaifir femble écrire
Que LOUIS vit.
Par les fuperbes Jeux qui fe font chés vous autres,,
De tout Paris les yeux font réjouïs ,
Et les nôtres , dit on , en feroient éblouis .
Nous le croyons : vos Jux l'emportent fur les
nôtres ;
Mais je croy que nos coeurs l'emportent fur les
vôtres
Par l'amour qu'ils ont pour LOUIS .
A peine il eft guéri , qu'il nous le fait apprendre
Cette bonté ne fe peut bien comprendre
Encore en ce moment nous nous en furprenons.
Mais ce qui doit plus nous furprendre
Vous êtes peu furpris , & fans tant de façons
Vous
D'OCTOBRE. 19
Vous renvoyés au Roy , quoy ? des Chanfons
!
En fon deshabillé votre petite Muſe
Court au lever du Roy ; librement elle en uſe ,
Elle folâtre fans façon,
4 Porte lyre, prend cornemuſe ,
Et des gens du Village affecte le jargon.
La nôtre a plus de refpect pour le Prince,
Elle eût pris pour le voir tous fes plus beaux
atours ;
Et n'auroit point ufé d'un langage fi mince ,
A celebrer LOUIS s'inftruifant tous les jours,
Helas ! elle fe plaint qu'on ne peut en Province ,
Pour le louer, trouver d'affez beaux tours.
Vous êtes franchement de petits temeraires ;
Ma foi , LOUIS vous gâte , il eft trop bon ma
foi....
Nous parlons , dirés vous , par envie , oh ! mes
freres ;
Vous le croyés ; hé bien , comme vous je le croi,
Soiés contens : en Cour fervés nous d'Emiſſaires,
Et mandés nous des nouvelles du Roi.
de Toulouſe , aux Penſionnaires du
College des Pr. Jefuites de Paris .
V
EPITRE.
Ous êtes des Seigneurs au prix de nous j
mais quay ?
Vivant tous fous de mêmes Peres ,
Nous nous pouvons nommer freres, je croy.
Ça done , Freres , bon jour , bon-jour nos très..
chers freres,
A la Cour aujourd'huy fervés- nous d'Emiffaires ,
Et mandés- nous des nouvelles du Roy.
Les filles du Stix fur fa vie
Ont eu , dit- on , de criminels deffeins.
Le fort d'un fi bon Prince eft- il entre leurs mains
Inftruifés nous- en , je vous prie ,
Quoy ? faut- il pour LOUIS redouter leur furie,
Lui compte - t'on des jours comme aux autres Hu
mains !
Puiffent les Dieux aux dépens de nos tétes
Conferver aux François des jours fi precieux !
Ils viennent d'écarter d'effroyables tempêtes.
De ce bienfait nos coeurs s'acquittent envers eux;
Et cependant l'éclat de nos petites fêtes
Ranime ici les Ris , les Flaifirs & les Jeux.
B Du
1
18 MERCURE LE
Du Ciel vous devés voir les voûtes embrafées
Quand vous tournés les yeux vers ce féjour.
L'air eft par tout en feu ; nos brillantes fufées ,
Au milieu de la nuit nous font trouver le jour
Et de les avoir compofées ,
Chacun de nous s'applaudit tour à tour.
VIVE LOUIS ! nos murs , nos feux , femblent
le dire;
Avec nous mille fois les échos l'ont redit.
VIVE LOUIS ! ces mots ne ſe peuvent bien lire,,
Qu'en nos coeurs où l'Amour de nouveau les
écrit ,
Tandis que fur nos fronts le plaifir femble écrire
Que LOUIS vit.
Par les fuperbes Jeux qui fe font chés vous autres,,
De tout Paris les yeux font réjouïs ,
Et les nôtres , dit on , en feroient éblouis .
Nous le croyons : vos Jux l'emportent fur les
nôtres ;
Mais je croy que nos coeurs l'emportent fur les
vôtres
Par l'amour qu'ils ont pour LOUIS .
A peine il eft guéri , qu'il nous le fait apprendre
Cette bonté ne fe peut bien comprendre
Encore en ce moment nous nous en furprenons.
Mais ce qui doit plus nous furprendre
Vous êtes peu furpris , & fans tant de façons
Vous
D'OCTOBRE. 19
Vous renvoyés au Roy , quoy ? des Chanfons
!
En fon deshabillé votre petite Muſe
Court au lever du Roy ; librement elle en uſe ,
Elle folâtre fans façon,
4 Porte lyre, prend cornemuſe ,
Et des gens du Village affecte le jargon.
La nôtre a plus de refpect pour le Prince,
Elle eût pris pour le voir tous fes plus beaux
atours ;
Et n'auroit point ufé d'un langage fi mince ,
A celebrer LOUIS s'inftruifant tous les jours,
Helas ! elle fe plaint qu'on ne peut en Province ,
Pour le louer, trouver d'affez beaux tours.
Vous êtes franchement de petits temeraires ;
Ma foi , LOUIS vous gâte , il eft trop bon ma
foi....
Nous parlons , dirés vous , par envie , oh ! mes
freres ;
Vous le croyés ; hé bien , comme vous je le croi,
Soiés contens : en Cour fervés nous d'Emiſſaires,
Et mandés nous des nouvelles du Roi.
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482
p. 19-23
« Le même jour 25 Août, les Tresoriers de France, apres les Actions de graces renduës [...] »
Début :
Le même jour 25 Août, les Tresoriers de France, apres les Actions de graces renduës [...]
Mots clefs :
Te Deum, Place, Académie de musique, Joie, Roi, Ville, Peuple
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le même jour 25 Août, les Tresoriers de France, apres les Actions de graces renduës [...] »
Le même jour as Août , les Treforiers
de France , après les Actions de graces ren-
* Le Roi ayant fait fçavoir fa guériſon aux Penſion
naires , ils lui envoyerent pour le remercier une Chanfon
impromptue
Bij dues
10 LE MERCURES
dues au Tout-puiffant,illuminerent magnifiquement
la Place du Salin , où l'on tira
quantité de lances à feu , au bruit des tambours
, des trompettes & des décharges de
moufquererie.
Le 27 fut remarquable par les réjouïlfances
de la nouvelle Academie de Mufique
, formée fur le modele de celle de
Montpellier. Elle doit fa naiffance à quelques
jeunes gens , qui en ayant conçu
l'idée lorqu'ils mangeoient un Alloyau ,
s'affemblerent les jours fuivans autour d'un
pareil mets , pour en dreffer les Statuts. Ils
prirent le titre d'Academiciens de l'Aloyaus.
de crainte fans doute qu'on ne le leur
donnât. Cette Academie eft à prefent com
pofée de tout ce qu'il y a de gens de merite
& de confideration dans la Ville . Ceux
qui y font reçûs donnent cent livres par
an ; moyennant quoi ils ont place pour
eux & pour deux de leurs amis , aux Con
certs qu'on donne deux fois la femaine.
Ces Meffieurs firent chanter le Te Deum
de Lully , d'une maniere à n'y rien defirer
; avec les plus excellentes voix & les
meilleurs Symphoniſtes de la Ville , les
perfonnes les plus diftinguées dans la Robe
& dans l'Epée qui s'appliquent à la Mufique
, y chanterent ou y jouérent des inftrumens.
La maifon de l'Affemblée , où
les Academiciens fouperent , fut ornée
en
D'OCTOBRE. 21
en dehors de quantité de Buftes & de Tableaux
, & parfaitement illuminée. Deux
fontaines de Vin coulerent toute la nuit.
Le 28 on chanta le Te Deum dans la
Metropole par ordre de la Cour. Le Parlement
, les Capitouls , l'Univerfité y affifterent.
Il y eut le foir dans la Ville illumination
generale , des feux de joye
dans toutes les rues , au tour defquels on
voyoit le Peuple danfer , & c.
Le 29 , les Notaires & l'Academie des
Jeux Floraux donnerent aufli des marques
de leur joye après la Meffe , le Te Deum ,
& c .
Le 30 & les jours fuivans , il y eut encore
d'autres fêtes & folemnitez . Le Peuple
affiftoit en foule à ces ceremonies , &
on peut affurer que la devotion y en attiroit
beaucoup plus que la curiofité. Je
fus fur-tour fort édifié d'une bonne vieille ,
auprès de qui je me trouvai à un de ces Te
Deum ; elle fe profternoit plufieurs fois la
face contre terre , en parcourant fon Chapelet
, & en difant avec ferveur fur chaque
grain Vive le Roy , Amen.
Les PP. de l'Oratoire ont pris part à la
joye publique de la maniere du monde la
plus Chrétienne. Adorant la main du
Très- Haut dans la confervation de S. M.
ils lui ont témoigné leur reconnoiffance
en la perfonne de fes ineinbres fouffrans
aufquels
22 LE MERCURE
aufquels ils diftribuérent une fomme d'ar
gent très-confiderable , eu égard au grand
nombre de befoins qu'elle foulagea.
Le 2 Septembre Mrs. de la Monnoye ſe
fignalerent en fomptuofitez , & le 4 le Te
Deum & Fillumination fut chez les Peni
tens Gris , qui découvrirent une partie
du toit de leur Chapelle pour le mieux
illuminer ; & felon le génie propre aux
Artifans ils drefferent fur la Porte un
grand échafaut , où l'on voyoit fur un dais
de papier doré , la reprefentation du Roy
tenant fon Lit de Juftice .
Le s5, la
Confrerie
des
Penitens
Noirs
,
prefque
entierement
compofée
de
riches
Marchands
, fit
des
réjouiffances
dignes
de
terminer
toutes
les
autres
.
Le
dehors
de
leur
magnifique
Chapelle
, fut
après
le
Te
Deum
très
- ingenieufement
illuminé
par
plufieurs
rangées
de
lanternes
, de
bougies
, de
falots
& de
flambeaux
de
cire
blanche
, qui
éclairoient
nombre
de
Devifes
, au
milieu
defquelles
le
Portrait
du
Roy
étoit
placé
fous
un
Dais
. Voici
deux
de
ces
Devifes
que
j'ai
retenues
. Un
Soleil
fortant
d'un
nuage
, &
pour
ame
ces
mots
,
Nunc
illuftrabit
omnia
. Le
Soleil
qui
fort
de
l'Eclipfe
, &
Terruit
orbem
. Les
maifons
autour
de
la
place
étoient
illuminées
;
on
avoit
élevé
des
Arcs
de
Triomphe
au
bout
des
quatre
rues
qui
y aboutiffent
,
*
22
qui
D'OCTOBRE. 23
qui faifoient face au Feu d'artifice conftruit
au milieu de la place en forme d'o .
belifque , & qui fut très - heureulement
executé. Je fuis , & c.
de France , après les Actions de graces ren-
* Le Roi ayant fait fçavoir fa guériſon aux Penſion
naires , ils lui envoyerent pour le remercier une Chanfon
impromptue
Bij dues
10 LE MERCURES
dues au Tout-puiffant,illuminerent magnifiquement
la Place du Salin , où l'on tira
quantité de lances à feu , au bruit des tambours
, des trompettes & des décharges de
moufquererie.
Le 27 fut remarquable par les réjouïlfances
de la nouvelle Academie de Mufique
, formée fur le modele de celle de
Montpellier. Elle doit fa naiffance à quelques
jeunes gens , qui en ayant conçu
l'idée lorqu'ils mangeoient un Alloyau ,
s'affemblerent les jours fuivans autour d'un
pareil mets , pour en dreffer les Statuts. Ils
prirent le titre d'Academiciens de l'Aloyaus.
de crainte fans doute qu'on ne le leur
donnât. Cette Academie eft à prefent com
pofée de tout ce qu'il y a de gens de merite
& de confideration dans la Ville . Ceux
qui y font reçûs donnent cent livres par
an ; moyennant quoi ils ont place pour
eux & pour deux de leurs amis , aux Con
certs qu'on donne deux fois la femaine.
Ces Meffieurs firent chanter le Te Deum
de Lully , d'une maniere à n'y rien defirer
; avec les plus excellentes voix & les
meilleurs Symphoniſtes de la Ville , les
perfonnes les plus diftinguées dans la Robe
& dans l'Epée qui s'appliquent à la Mufique
, y chanterent ou y jouérent des inftrumens.
La maifon de l'Affemblée , où
les Academiciens fouperent , fut ornée
en
D'OCTOBRE. 21
en dehors de quantité de Buftes & de Tableaux
, & parfaitement illuminée. Deux
fontaines de Vin coulerent toute la nuit.
Le 28 on chanta le Te Deum dans la
Metropole par ordre de la Cour. Le Parlement
, les Capitouls , l'Univerfité y affifterent.
Il y eut le foir dans la Ville illumination
generale , des feux de joye
dans toutes les rues , au tour defquels on
voyoit le Peuple danfer , & c.
Le 29 , les Notaires & l'Academie des
Jeux Floraux donnerent aufli des marques
de leur joye après la Meffe , le Te Deum ,
& c .
Le 30 & les jours fuivans , il y eut encore
d'autres fêtes & folemnitez . Le Peuple
affiftoit en foule à ces ceremonies , &
on peut affurer que la devotion y en attiroit
beaucoup plus que la curiofité. Je
fus fur-tour fort édifié d'une bonne vieille ,
auprès de qui je me trouvai à un de ces Te
Deum ; elle fe profternoit plufieurs fois la
face contre terre , en parcourant fon Chapelet
, & en difant avec ferveur fur chaque
grain Vive le Roy , Amen.
Les PP. de l'Oratoire ont pris part à la
joye publique de la maniere du monde la
plus Chrétienne. Adorant la main du
Très- Haut dans la confervation de S. M.
ils lui ont témoigné leur reconnoiffance
en la perfonne de fes ineinbres fouffrans
aufquels
22 LE MERCURE
aufquels ils diftribuérent une fomme d'ar
gent très-confiderable , eu égard au grand
nombre de befoins qu'elle foulagea.
Le 2 Septembre Mrs. de la Monnoye ſe
fignalerent en fomptuofitez , & le 4 le Te
Deum & Fillumination fut chez les Peni
tens Gris , qui découvrirent une partie
du toit de leur Chapelle pour le mieux
illuminer ; & felon le génie propre aux
Artifans ils drefferent fur la Porte un
grand échafaut , où l'on voyoit fur un dais
de papier doré , la reprefentation du Roy
tenant fon Lit de Juftice .
Le s5, la
Confrerie
des
Penitens
Noirs
,
prefque
entierement
compofée
de
riches
Marchands
, fit
des
réjouiffances
dignes
de
terminer
toutes
les
autres
.
Le
dehors
de
leur
magnifique
Chapelle
, fut
après
le
Te
Deum
très
- ingenieufement
illuminé
par
plufieurs
rangées
de
lanternes
, de
bougies
, de
falots
& de
flambeaux
de
cire
blanche
, qui
éclairoient
nombre
de
Devifes
, au
milieu
defquelles
le
Portrait
du
Roy
étoit
placé
fous
un
Dais
. Voici
deux
de
ces
Devifes
que
j'ai
retenues
. Un
Soleil
fortant
d'un
nuage
, &
pour
ame
ces
mots
,
Nunc
illuftrabit
omnia
. Le
Soleil
qui
fort
de
l'Eclipfe
, &
Terruit
orbem
. Les
maifons
autour
de
la
place
étoient
illuminées
;
on
avoit
élevé
des
Arcs
de
Triomphe
au
bout
des
quatre
rues
qui
y aboutiffent
,
*
22
qui
D'OCTOBRE. 23
qui faifoient face au Feu d'artifice conftruit
au milieu de la place en forme d'o .
belifque , & qui fut très - heureulement
executé. Je fuis , & c.
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483
p. 69-74
Sur le Rétablissement de la Santé du ROY, ODE.
Début :
France, quelle horrible tempête [...]
Mots clefs :
Roi, Louis, France, Mort, Jours, Archevêque de Lyon, Amour, Prélat, Ardeur, Tendresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sur le Rétablissement de la Santé du ROY, ODE.
Sur le Rétabliſſement
de la Santé
du ROY
,
ODE.
Rance , quelle horrible tempête
Vient d'obfcurcir ton oeil ferein !
Quel danger menace ta tête ,
Et porte l'horreur dans ton fein !
Ton Soleil nàiffant fe confume ,
La terre gémit , l'eau s'allume "
Je vois tes beaux Altres pâlir.
A quels maux le fort te deftine !)
Ou tu touches à ta ruine Y
Ou c'eft Louis qui va périr.
Ouy c'eft lui. Mort impitoyable ,
Voy fur qui tu portes tes mains !
Sur Louis le Ciel favorable
Fit rouler le fort des humains.
Que plutot ta rage ennemie
Tranche le fil de notre vie ,
S'il le faut , pour fauver les jours !
Vains fouhaits ! la Barbare avance
Leve fa faux , & de la France
S'apprête à ravir les Amours.
Daigne
70% LE
MERCURE
Daigne refpecter nos allarmes ,
O Mort fufpens le coup mortel !
Laiffe aller la voix de nos larmes
Jufqu'au Thrône de l'Eternel !
Peut être que par des offrandes , (a)
Que par d'importunes demandes
Nous fléchirons le Toutpuiffant.
Si la France eft affez coupable
Pour lui paroître méprifable ,
Son Roy du moins eft innocent.
Dieu de David dans ta colere.
As-tu rejetté loin de toy
Ce Joas , la tige derniere
Qui nous refte du plus grand Roy ?
Cher Rejetton , fleur précieuſe ,
Faut-il que la mort envieufe
T'enleve au point de ta beauté
Déja ta tête languiffante
Se courbe , & femble gemiffante ,
Taxer le Ciel de cruauté.
Sage Mentor , Heres illuftre , (b)
Qui gardes les jours précieux
D'un Roy , que depuis plus d'un luftre
Tu vois fe former fous tes yeux
a Prieres publiques ordonnées dans toutes les Eglifeš
par Monfeigneur l'Archevêque de Lyon , dès qu'il eur
appris la maladie du Roy..
Monfeigneur le Maréchal de Villeroy,
De
D'OCTOBRE
.
De quels traits peut la Renommée
Peindre ta teadreſſe allarmée ,
Tes foins , tes frayeurs , tou ennui
Si du Roy la mort eft prochaine
La tienne nous devient certaine ,
Tu ne la craignois que pour lui.
R'affure-toy , les Cieux propices
Exaucent ta voix & nos pleurs.
Nos cris , nos voeux , nos facrifices ,
Ont fçû détourner nos malheurs.
Tel qu'une fleur déracinée
Par l'ardeur du Soleil fanée
Dans l'onde reprend fa vigueur ;
Frappé d'une atteinte mortelle ,
Tei LOUIS dans ton fein fidelle ,
Revient bien -tôt de fa langueur..
O toy , que pour regir la France
La nature exprès a formé ;
A peine forti de l'enfance
Goûte le plaifir d'être aimé ::
Par fa joie , & par ſa triſteſſe
Ta France a marqué fa . tendreffe ,
Quel charme plus touchant pour toy?
Si fur le thrône de ta gloire
Tu n'en perds jamais la memoire ,
C'eft affez pour être un bon Roy.
Quie
72 LE MERCURE
Que pour toy notre ardeur fidelle
Fait de miracles en ce jour !
Malgré l'indigence cruelle ,
Tout eft poffible à notre amour :
Nos jours n'ont plus de nuit obfcure ,
Nos places font champs de verdure ,
Nos ruiffeaux font ruiffeaux de vins
Ce n'eft que parfums qu'on refpire ,
Nous dormons au fon de la lyre;
1
Et nos fêtes n'ont plus de fin .
Quels feux quels fillons de fumiere
Formant cent fpectacles divers ,
S'élevent d'une audace altiere
Dans l'immenfe vuide des airs ?
Quels brillants éclairs ! quel tonnerre ?
Eft- ce Mars qui vient fur la terre
Porter l'horreur & le trépas ?
Non . C'eſt l'amour qui pour un maître
Prodigue le bruyant falpêtre
Plus que Mars en mille combats.
Prince , tant de réjoiſſances
Furent l'effet d'un libre choix ,
Et plus prompt que nos déferences ,
Notre amour devança tes loix : (c )
Seul il nous guide & nous anime ,
o Oħ a chauré le Te Deum à Lyon , avant la Lettre de
achete .
TAL
D'OCTOBRE..
73
rend notre ardeur legitime ,
Sans craindre de s'en voir punir ;
Quand ta Loy du peuple adorée ,
Viendroit fur l'aile de Borée ,
L'amour fçauroit la prevenir.
Sur
l'univerfelle allegreffe ,
Prelat , tu voulus l'emporter , ( d)
En magnificence
, en tendreffe
Qui pourroit te le diſputer ?
Tes fêtes font multipliées ; (e)
Qu'elles foient au loin publiées ;
Les Ottomans en font furpris : (f)
Bien tôt ils inftruiront leur Maître
Du zele que tu fis paroître
En faveur du jeune LOUIS.
Quel autre fpectacle s'apprête ?
Ta joye a paſſé juſqu'aux champs ,
A Neuville nouvelle fête , (g ).
C'est la mufette que j'entends s
Sa vafte foreſt enflammée
Brille de mille feux femée ,
Les jours y font jaloux des nuits ;
Et l'écho de ce lieu tranquille
d Monfeigneur l'Archevêque de Lyon.
ella donné trois Fêtes magnifiques .
f L'Ambaffadeur Ture fut témoin de la feconde.
g Maifon de Campagne du Prélat .
G Inftruit
74
LE MERCURE
Inftruit autrefois par Camille , (b)
Repete le nom de LOUIS .
Fils de ce Héros magnanime
Qui forme un Maître à l'Univers ,
Reçois ce tribut legitime
Que mon zele t'offre en ces Vers :
Prelat , le fujet t'intereffe ,
Pour ton Roy , j'y peins ta tendreffe
Tes ris , tes genereux tranfports ;
Mais fi le defir de te plaire ,
Me fait paroître temeraire ,
Approuve du moins mes efforts.
Fais plus , & que notre Patric
Te doive l'établiſſement
De la naiffante Academie ( i )
Dont tu fais déja l'ornement ;
Par cette Epoque fortunée
Immortalife une journée
Si chere au fage Villeroy
2
Nous compterons notre naiffance
Du beau jour qui fauva la France
En confervant fon jeune Roy.
Gamille de Villeroy Archevêque de Lyon , Oncle
du Prélat d'aujourd'huy.
ill s'eft formé depuis quelques années en cètte Ville
une Affemblée de gens de Lettres , qui a l'honneur d'ayoir
Monfeigneur l'Archevêque à fa tête.
de la Santé
du ROY
,
ODE.
Rance , quelle horrible tempête
Vient d'obfcurcir ton oeil ferein !
Quel danger menace ta tête ,
Et porte l'horreur dans ton fein !
Ton Soleil nàiffant fe confume ,
La terre gémit , l'eau s'allume "
Je vois tes beaux Altres pâlir.
A quels maux le fort te deftine !)
Ou tu touches à ta ruine Y
Ou c'eft Louis qui va périr.
Ouy c'eft lui. Mort impitoyable ,
Voy fur qui tu portes tes mains !
Sur Louis le Ciel favorable
Fit rouler le fort des humains.
Que plutot ta rage ennemie
Tranche le fil de notre vie ,
S'il le faut , pour fauver les jours !
Vains fouhaits ! la Barbare avance
Leve fa faux , & de la France
S'apprête à ravir les Amours.
Daigne
70% LE
MERCURE
Daigne refpecter nos allarmes ,
O Mort fufpens le coup mortel !
Laiffe aller la voix de nos larmes
Jufqu'au Thrône de l'Eternel !
Peut être que par des offrandes , (a)
Que par d'importunes demandes
Nous fléchirons le Toutpuiffant.
Si la France eft affez coupable
Pour lui paroître méprifable ,
Son Roy du moins eft innocent.
Dieu de David dans ta colere.
As-tu rejetté loin de toy
Ce Joas , la tige derniere
Qui nous refte du plus grand Roy ?
Cher Rejetton , fleur précieuſe ,
Faut-il que la mort envieufe
T'enleve au point de ta beauté
Déja ta tête languiffante
Se courbe , & femble gemiffante ,
Taxer le Ciel de cruauté.
Sage Mentor , Heres illuftre , (b)
Qui gardes les jours précieux
D'un Roy , que depuis plus d'un luftre
Tu vois fe former fous tes yeux
a Prieres publiques ordonnées dans toutes les Eglifeš
par Monfeigneur l'Archevêque de Lyon , dès qu'il eur
appris la maladie du Roy..
Monfeigneur le Maréchal de Villeroy,
De
D'OCTOBRE
.
De quels traits peut la Renommée
Peindre ta teadreſſe allarmée ,
Tes foins , tes frayeurs , tou ennui
Si du Roy la mort eft prochaine
La tienne nous devient certaine ,
Tu ne la craignois que pour lui.
R'affure-toy , les Cieux propices
Exaucent ta voix & nos pleurs.
Nos cris , nos voeux , nos facrifices ,
Ont fçû détourner nos malheurs.
Tel qu'une fleur déracinée
Par l'ardeur du Soleil fanée
Dans l'onde reprend fa vigueur ;
Frappé d'une atteinte mortelle ,
Tei LOUIS dans ton fein fidelle ,
Revient bien -tôt de fa langueur..
O toy , que pour regir la France
La nature exprès a formé ;
A peine forti de l'enfance
Goûte le plaifir d'être aimé ::
Par fa joie , & par ſa triſteſſe
Ta France a marqué fa . tendreffe ,
Quel charme plus touchant pour toy?
Si fur le thrône de ta gloire
Tu n'en perds jamais la memoire ,
C'eft affez pour être un bon Roy.
Quie
72 LE MERCURE
Que pour toy notre ardeur fidelle
Fait de miracles en ce jour !
Malgré l'indigence cruelle ,
Tout eft poffible à notre amour :
Nos jours n'ont plus de nuit obfcure ,
Nos places font champs de verdure ,
Nos ruiffeaux font ruiffeaux de vins
Ce n'eft que parfums qu'on refpire ,
Nous dormons au fon de la lyre;
1
Et nos fêtes n'ont plus de fin .
Quels feux quels fillons de fumiere
Formant cent fpectacles divers ,
S'élevent d'une audace altiere
Dans l'immenfe vuide des airs ?
Quels brillants éclairs ! quel tonnerre ?
Eft- ce Mars qui vient fur la terre
Porter l'horreur & le trépas ?
Non . C'eſt l'amour qui pour un maître
Prodigue le bruyant falpêtre
Plus que Mars en mille combats.
Prince , tant de réjoiſſances
Furent l'effet d'un libre choix ,
Et plus prompt que nos déferences ,
Notre amour devança tes loix : (c )
Seul il nous guide & nous anime ,
o Oħ a chauré le Te Deum à Lyon , avant la Lettre de
achete .
TAL
D'OCTOBRE..
73
rend notre ardeur legitime ,
Sans craindre de s'en voir punir ;
Quand ta Loy du peuple adorée ,
Viendroit fur l'aile de Borée ,
L'amour fçauroit la prevenir.
Sur
l'univerfelle allegreffe ,
Prelat , tu voulus l'emporter , ( d)
En magnificence
, en tendreffe
Qui pourroit te le diſputer ?
Tes fêtes font multipliées ; (e)
Qu'elles foient au loin publiées ;
Les Ottomans en font furpris : (f)
Bien tôt ils inftruiront leur Maître
Du zele que tu fis paroître
En faveur du jeune LOUIS.
Quel autre fpectacle s'apprête ?
Ta joye a paſſé juſqu'aux champs ,
A Neuville nouvelle fête , (g ).
C'est la mufette que j'entends s
Sa vafte foreſt enflammée
Brille de mille feux femée ,
Les jours y font jaloux des nuits ;
Et l'écho de ce lieu tranquille
d Monfeigneur l'Archevêque de Lyon.
ella donné trois Fêtes magnifiques .
f L'Ambaffadeur Ture fut témoin de la feconde.
g Maifon de Campagne du Prélat .
G Inftruit
74
LE MERCURE
Inftruit autrefois par Camille , (b)
Repete le nom de LOUIS .
Fils de ce Héros magnanime
Qui forme un Maître à l'Univers ,
Reçois ce tribut legitime
Que mon zele t'offre en ces Vers :
Prelat , le fujet t'intereffe ,
Pour ton Roy , j'y peins ta tendreffe
Tes ris , tes genereux tranfports ;
Mais fi le defir de te plaire ,
Me fait paroître temeraire ,
Approuve du moins mes efforts.
Fais plus , & que notre Patric
Te doive l'établiſſement
De la naiffante Academie ( i )
Dont tu fais déja l'ornement ;
Par cette Epoque fortunée
Immortalife une journée
Si chere au fage Villeroy
2
Nous compterons notre naiffance
Du beau jour qui fauva la France
En confervant fon jeune Roy.
Gamille de Villeroy Archevêque de Lyon , Oncle
du Prélat d'aujourd'huy.
ill s'eft formé depuis quelques années en cètte Ville
une Affemblée de gens de Lettres , qui a l'honneur d'ayoir
Monfeigneur l'Archevêque à fa tête.
Fermer
484
p. 153-160
De Rome.
Début :
Les Religieux de la Trinité du Mont se sont distingués le jour de la celebration [...]
Mots clefs :
Cardinal, Évêque, Église, Pape, Écus romains, Cardinal da Cunha, Roi, Cardinaux, Chapelle, Juive
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Rome.
De Rome.
LES
Es Religieux de la Trinité du Mont fe
font diftingués le jour de la celebration
de la Convalescence du Roy Très - Chrétien
. par des illuminations brillantes & des cano- !
nades redoublées . Outre le Cardinal Aquaviva
& les Miniftres Étrangers cités dans le
precedent Mercure pour s'être fignalés
dans cette occafion , on doit compter encore
les Cardinaux Gualtieri , Biſſy , Ortoboni
, l'Evêque de Siſteron & Meldames
Orfini & Scarlatti. Le Commandeur &
Prince Giuftiniani chargé à Rome des affaires
de la Religion de Malte , a prefenté
au Pape l'Etendard du gros Vaiffeau de
Tunis pris par l'efcadre du Chevalier de
Langon à la vnë d'Oran , & un petit Ef
clave Négre âgé de feize ans , richement
paré ; on mettra l'Etendard dans la Baſi
lique de S. Jean de Latran , & le petit
Efclave dans le College de Propagandajide.
Le huit Septembre Un orage des plus vio
lens.
154⋅ LE MERCURE
lens caufa dans la Ville une fubite épouvante
le Tonnerre tomba plus d'une
fois , & marqua fa chûte par des morts
& des incendies. La pluye fut fi abondante
& fi precipitée qu'il s'en forma un torrent
impetueux , qui entraîná dans la Place
Navone toutes les danrées expofées en
vente ce jour-là. Une jeune Juive de dixfept
ans nommée l'Esperance , fille de Piacentino
, confideré dans fa Nation , a été
prife fur le foir par le Guer , fans qu'elle
ait pû dire ce qui avoit occafionné fa cap
ture , ni pourquoi elle fe declaroit pour
la Religion Chrétienne . Dans les réponſes
qu'elle faifoit à ceux qui la queftionnerent,
elle répondoit fimplement que c'étoit la
grace du Dieu . On la configna chés dest
Perſonnes vertueufes par ordre de M. le
Vice - Regent , & de- là on la mena à la
Maifon des Catecumenes , où après avoir
été inftruite des Mifteres & des Maximes
de l'Evangile , elle demanda le Batême. Le
Cardinal Nugno de Cugna ayant entendu
parler de cette converfion prefque miraculeuſe
, voulut être le Parrain de la jeune
Juïve , & fa generofité fe joignant à fa
pieté il voulut celebrer ce triomphe de la
Foy par la magnificence auffi-bien que par
la charité. Cette Chrétienne Ceremonie
fe paffa dans l'Eglife de S. Antoine de la
Nation Portugaile. Les ornemens les plus
riches
D'OCTOBRE.
155
riches y furent étalés . Le velours & le
damas gallonés d'or occuperent juſqu'à la ›
coupole de cet édifice. Francefco Charas ,
fameux Muficien du Pape , cut foin de
raffembler les meilleures voix & les plus
habiles Simphoniſtes de Rome , qui exe- ,
cuterent un Te Deum d'une excellente
compofition , après un Concert d'inftrumens
auffi parfait. Le Cardinal da Cunha
avant de fe rendre à l'Eglife , avoit reçû
dans fon Palais tous les Prélats invités au
cortége , & les avoit regalés. On alla
prendre la nouvelle Convertie à la Maiſon
des Catecumenes dans le premier caroffe
du Cardinal Paracciani pour la conduire.
à l'Eglife Portugaife ; elle y fut accompagnée
par la Comteffe Piccini , & fuivie
par un Peuple innombrable touché de cet.
édifiant fpectacle , qu'il applaudiffoit par
cette pieuſe acclamation , Viva la Fede di
Chrifto. La Garde Suiffe , commandée par
fes Officiers, ne pouvoit retenir la foule .
des Spectateurs. La jeune Juïve fut reçûe
à la Porte de l'Eglife au bruit de plus de
cent inftruméns par M. Baccari Evêque
de Boiano Vice- Regent de Rome , en mitre
blanche , & par M Gambarucci , & l'Abbé
Reale , premiers Maîtres des Ceremonies
de Sa Sainteté . Le Cardinal da Cunha
qui étoit arrivé avec une fuite pompeufe
de Prelats , rempliffans onze caroffes ma .
gnifiques ,
156
LE MERCURE
gnifiques , s'avança vers le Grand Autel ,
où il donna à la Catecumene le nom de
Marie , Anaftafie , Conftance da Cunha.
Après la Ceremonie du Batême , le Te Deum
fut chanté en actions de graces. L'Evêque :
de Boiano donna la Benediction au Peuple
, & le Maître des Ceremonies conduifit
la jeune Batifée , qui étoit vêtue de
damas blanc , aux pieds du Cardinal da
Cunha ce genereux Parrain lui fit prefenter
auffi - tôt par le fieur Francefco Franfa
fon Treforier , une bourfe blanche enrichie
d'or , où étoit renfermé un billet de
mille écus Romains , en lui difant , Voilà
votre Dot , foit que vous preniés un Mary
dans le monde , fait que vous époufiés Jeſus-
Chrift dans un Convent . Cette Ceremonie
fut illuftrée par la prefence du Cardinal
Pereira , de l'Ambaffadeur de Portugal ,
de M. Batelli , Archevêque d'Amafie ; de
M. Davanzaft , Archevêque de Trani ; de
M. Brafchi , Evêque de Safina ; de M.
Piametti , Evêque de drino ; de M. Te
defchi , Evêque de Lipari , Secretaire de
la Congregation des Rites ; de M. Colombono
Acoramboni , Evêque de Montalte 5
de M. Loyeri , Evêque d'Umbriatico ; de
M. Tanni , Evêque de Teramo ; de M.
Bichi , Protonotaire Apoftolique ; de M.
Vanicelli , de M. Francefco, Colonna , Ne- ›
groni , & M. Dandini , tous trois Votans
de
- D' OCTOBRE. 157
de la Signature ; de M. Altieri , Dɔyen
de la Chambre Apoftolique , & autres
Prelats & premiers Officiers de l'Eglife
Romaine , dont la Lifte feroit trop longue.
Le Cardinal da Cunha ne borna pas fes
beralités à fa Filleule , il fit preſent à
chacun des deux Maîtres des Ceremonies
de cent écus Romains , & d'une belle
Tabatiere au Maître de Chapelle pour
la Mufique , cent écus Romains ; pour
la Cire & les Ornemens , deux cens trentefix
écus Romains ; aux bas Officiers de
la Chapelle Portugaife & aux Pauvres ,
cent écus Romains.
;
.
Le R. P. Antonio Evangelifta , de la
Compagnie de Jefus , Profeffeur de Rétorique
dans le College Romain , recita le
Mercredi 14 Septembre , un Poëme à la
louange du Cardinal Conti , frere du Pape :
le ftile en fut extrémement aplaudi par
les Auditeurs. L'Affemblée étoit nombreuſe
, on y remarqua un grand nombre
de celebres Benedictins .
On apprend par des Lettres venues des
Indes Orientales du 21 Janvier dernier ,
que le fieur de Meffa Baiba , Legat Apoftolique
, étoit arrivé à Canton dans la
Chine , avec les Miffionaires qui l'accompagnent
; quatorze Vaiffeaux Européens
qui étoient dans ce Port l'y ont reçû au
bruit de toute leur artillerie , Ce Miniftre
de
158
LE MERCURE
de l'Evangile après avoir reſté vingt jours
à Canton en eft parti pour Peckin , Capitale
de la Chine , où il eft attendu . Le
30 d'Août le matin , M. le Cardinal de
Rohan eut une longue audiance du Pape ;
il s'étoit rendu à Montecavallo , avec un
cortege fuperbe. Cette Eminence eut
l'après midy du même jour une feconde
audiance de Sa Sainteté au Monaftere de
Sainte Catherine de Sienne , où le Saint
Pere s'étoit rendu pour vifiter fes parentes
Religieufes dans ce Couvent. M. le Cardinal
de Rohan au fujet de la Convalefcence
du Roy , a fait diſtribuer mille écus
à quarante pauvres filles. Le Cardinal
Alberoni doit loger inceffamment au Palais
qui appartient aux Religieufes Benedictines
du Champ de Mars. Le Cardinal
Conti , frere de Sa Sainteté , qui a été de
la Congregation des Benedictins du Mont
Caffin , & par confequent obligé , fuivant
les Loix de l'Eglife Romaine , de conferver
dans fes habits , quoique Cardinal , la
couleur de fon Ordre , a obtenu d'une
Congregation de Cardinaux confultée fur
ce fujet , la permiffion de mettre des boutons
& des boutonnieres rouges à fa Soutane
; permiffion qui a été autrefois accordée
à des Regullers élevés par les Papes
à la pourpre de l'Eglife . Le Cardinal
Alexandre Albani exerce les fonctions de
Camerlingue ,
D'OCTOBRE.
(159
Camerlingue , à la place du Cardinal Annibal
Albani fon frere , qui eft allé paffer
quelque mois dans fa Terre de Soriano ,
érigée depuis peu en Principauté . Le Pape
a donné à Dom Marc Antonio Conti fon
neveu l'inveftiture d'un Fief de l'Etat de
Ferrare , qui vaquoit par le decès du dernier
de la famille , qui en étoit proprietaire.
On travaille à reparer & même à
embellir la Villa Ludovicia de Freſcati ,
que le Pape deftine pour être fa Maifon
de Plaifance . Le Cardinal de Schomborn
a obtenu une difpenfe de Sa Sainteté pour
paffer de l'Ordre des Cardinaux Diacres
dans l'Ordre des Cardinaux Prêtres ; il
opra le Titre de Saint Pancrace , qui va
quoit par la démiffion du feu Cardinal
Panciatichi , quand il prit celui de S. Praffede
, & remit en même tems le titre de
S. Nicolas in Carcere . Le Cardinal Acquaviva
Miniftre de la Cour de Madrid , &
le Cardinal d'Altan Miniftre de l'Empereur
, firent leurs proteftations dans le
dernier Confiftoire , au fujet du Service
annuel que l'on a celebré jufqu'à l'année
derniere le jour de la Nativité de la Vierge
dans l'Eglife de Sainte Marie Majeure ,
pour le repos de l'ame des Rois & des
Reines d'Espagne , fuivant la fondation
de Philippes IV . Le Cardinal d'Altan foutient
que c'eft à lui à faire cette Cere,
monie
160 LE MERCURE
monie , & à tenir la Chapelle , attendu que
le revenu annuel pour cette fondation ſe
trouve afligné fur le Royaume de Sicile ,
actuellement poffedé par l'Empereur. Le
Cardinal Aquaviva répond qu'il a droit
de faire les honneurs de cette Chapelle
publique , la fondation qui occafionne la
conteſtation n'étant point faite par Philippe
IV, en qualité de Roy de Sicile ,
mais comme Roy d'Efpagne ; de plus
S. M. C. offre d'affigner un autre fonds
dans fes Etats pour les revenus de certe
Fondation.
LES
Es Religieux de la Trinité du Mont fe
font diftingués le jour de la celebration
de la Convalescence du Roy Très - Chrétien
. par des illuminations brillantes & des cano- !
nades redoublées . Outre le Cardinal Aquaviva
& les Miniftres Étrangers cités dans le
precedent Mercure pour s'être fignalés
dans cette occafion , on doit compter encore
les Cardinaux Gualtieri , Biſſy , Ortoboni
, l'Evêque de Siſteron & Meldames
Orfini & Scarlatti. Le Commandeur &
Prince Giuftiniani chargé à Rome des affaires
de la Religion de Malte , a prefenté
au Pape l'Etendard du gros Vaiffeau de
Tunis pris par l'efcadre du Chevalier de
Langon à la vnë d'Oran , & un petit Ef
clave Négre âgé de feize ans , richement
paré ; on mettra l'Etendard dans la Baſi
lique de S. Jean de Latran , & le petit
Efclave dans le College de Propagandajide.
Le huit Septembre Un orage des plus vio
lens.
154⋅ LE MERCURE
lens caufa dans la Ville une fubite épouvante
le Tonnerre tomba plus d'une
fois , & marqua fa chûte par des morts
& des incendies. La pluye fut fi abondante
& fi precipitée qu'il s'en forma un torrent
impetueux , qui entraîná dans la Place
Navone toutes les danrées expofées en
vente ce jour-là. Une jeune Juive de dixfept
ans nommée l'Esperance , fille de Piacentino
, confideré dans fa Nation , a été
prife fur le foir par le Guer , fans qu'elle
ait pû dire ce qui avoit occafionné fa cap
ture , ni pourquoi elle fe declaroit pour
la Religion Chrétienne . Dans les réponſes
qu'elle faifoit à ceux qui la queftionnerent,
elle répondoit fimplement que c'étoit la
grace du Dieu . On la configna chés dest
Perſonnes vertueufes par ordre de M. le
Vice - Regent , & de- là on la mena à la
Maifon des Catecumenes , où après avoir
été inftruite des Mifteres & des Maximes
de l'Evangile , elle demanda le Batême. Le
Cardinal Nugno de Cugna ayant entendu
parler de cette converfion prefque miraculeuſe
, voulut être le Parrain de la jeune
Juïve , & fa generofité fe joignant à fa
pieté il voulut celebrer ce triomphe de la
Foy par la magnificence auffi-bien que par
la charité. Cette Chrétienne Ceremonie
fe paffa dans l'Eglife de S. Antoine de la
Nation Portugaile. Les ornemens les plus
riches
D'OCTOBRE.
155
riches y furent étalés . Le velours & le
damas gallonés d'or occuperent juſqu'à la ›
coupole de cet édifice. Francefco Charas ,
fameux Muficien du Pape , cut foin de
raffembler les meilleures voix & les plus
habiles Simphoniſtes de Rome , qui exe- ,
cuterent un Te Deum d'une excellente
compofition , après un Concert d'inftrumens
auffi parfait. Le Cardinal da Cunha
avant de fe rendre à l'Eglife , avoit reçû
dans fon Palais tous les Prélats invités au
cortége , & les avoit regalés. On alla
prendre la nouvelle Convertie à la Maiſon
des Catecumenes dans le premier caroffe
du Cardinal Paracciani pour la conduire.
à l'Eglife Portugaife ; elle y fut accompagnée
par la Comteffe Piccini , & fuivie
par un Peuple innombrable touché de cet.
édifiant fpectacle , qu'il applaudiffoit par
cette pieuſe acclamation , Viva la Fede di
Chrifto. La Garde Suiffe , commandée par
fes Officiers, ne pouvoit retenir la foule .
des Spectateurs. La jeune Juïve fut reçûe
à la Porte de l'Eglife au bruit de plus de
cent inftruméns par M. Baccari Evêque
de Boiano Vice- Regent de Rome , en mitre
blanche , & par M Gambarucci , & l'Abbé
Reale , premiers Maîtres des Ceremonies
de Sa Sainteté . Le Cardinal da Cunha
qui étoit arrivé avec une fuite pompeufe
de Prelats , rempliffans onze caroffes ma .
gnifiques ,
156
LE MERCURE
gnifiques , s'avança vers le Grand Autel ,
où il donna à la Catecumene le nom de
Marie , Anaftafie , Conftance da Cunha.
Après la Ceremonie du Batême , le Te Deum
fut chanté en actions de graces. L'Evêque :
de Boiano donna la Benediction au Peuple
, & le Maître des Ceremonies conduifit
la jeune Batifée , qui étoit vêtue de
damas blanc , aux pieds du Cardinal da
Cunha ce genereux Parrain lui fit prefenter
auffi - tôt par le fieur Francefco Franfa
fon Treforier , une bourfe blanche enrichie
d'or , où étoit renfermé un billet de
mille écus Romains , en lui difant , Voilà
votre Dot , foit que vous preniés un Mary
dans le monde , fait que vous époufiés Jeſus-
Chrift dans un Convent . Cette Ceremonie
fut illuftrée par la prefence du Cardinal
Pereira , de l'Ambaffadeur de Portugal ,
de M. Batelli , Archevêque d'Amafie ; de
M. Davanzaft , Archevêque de Trani ; de
M. Brafchi , Evêque de Safina ; de M.
Piametti , Evêque de drino ; de M. Te
defchi , Evêque de Lipari , Secretaire de
la Congregation des Rites ; de M. Colombono
Acoramboni , Evêque de Montalte 5
de M. Loyeri , Evêque d'Umbriatico ; de
M. Tanni , Evêque de Teramo ; de M.
Bichi , Protonotaire Apoftolique ; de M.
Vanicelli , de M. Francefco, Colonna , Ne- ›
groni , & M. Dandini , tous trois Votans
de
- D' OCTOBRE. 157
de la Signature ; de M. Altieri , Dɔyen
de la Chambre Apoftolique , & autres
Prelats & premiers Officiers de l'Eglife
Romaine , dont la Lifte feroit trop longue.
Le Cardinal da Cunha ne borna pas fes
beralités à fa Filleule , il fit preſent à
chacun des deux Maîtres des Ceremonies
de cent écus Romains , & d'une belle
Tabatiere au Maître de Chapelle pour
la Mufique , cent écus Romains ; pour
la Cire & les Ornemens , deux cens trentefix
écus Romains ; aux bas Officiers de
la Chapelle Portugaife & aux Pauvres ,
cent écus Romains.
;
.
Le R. P. Antonio Evangelifta , de la
Compagnie de Jefus , Profeffeur de Rétorique
dans le College Romain , recita le
Mercredi 14 Septembre , un Poëme à la
louange du Cardinal Conti , frere du Pape :
le ftile en fut extrémement aplaudi par
les Auditeurs. L'Affemblée étoit nombreuſe
, on y remarqua un grand nombre
de celebres Benedictins .
On apprend par des Lettres venues des
Indes Orientales du 21 Janvier dernier ,
que le fieur de Meffa Baiba , Legat Apoftolique
, étoit arrivé à Canton dans la
Chine , avec les Miffionaires qui l'accompagnent
; quatorze Vaiffeaux Européens
qui étoient dans ce Port l'y ont reçû au
bruit de toute leur artillerie , Ce Miniftre
de
158
LE MERCURE
de l'Evangile après avoir reſté vingt jours
à Canton en eft parti pour Peckin , Capitale
de la Chine , où il eft attendu . Le
30 d'Août le matin , M. le Cardinal de
Rohan eut une longue audiance du Pape ;
il s'étoit rendu à Montecavallo , avec un
cortege fuperbe. Cette Eminence eut
l'après midy du même jour une feconde
audiance de Sa Sainteté au Monaftere de
Sainte Catherine de Sienne , où le Saint
Pere s'étoit rendu pour vifiter fes parentes
Religieufes dans ce Couvent. M. le Cardinal
de Rohan au fujet de la Convalefcence
du Roy , a fait diſtribuer mille écus
à quarante pauvres filles. Le Cardinal
Alberoni doit loger inceffamment au Palais
qui appartient aux Religieufes Benedictines
du Champ de Mars. Le Cardinal
Conti , frere de Sa Sainteté , qui a été de
la Congregation des Benedictins du Mont
Caffin , & par confequent obligé , fuivant
les Loix de l'Eglife Romaine , de conferver
dans fes habits , quoique Cardinal , la
couleur de fon Ordre , a obtenu d'une
Congregation de Cardinaux confultée fur
ce fujet , la permiffion de mettre des boutons
& des boutonnieres rouges à fa Soutane
; permiffion qui a été autrefois accordée
à des Regullers élevés par les Papes
à la pourpre de l'Eglife . Le Cardinal
Alexandre Albani exerce les fonctions de
Camerlingue ,
D'OCTOBRE.
(159
Camerlingue , à la place du Cardinal Annibal
Albani fon frere , qui eft allé paffer
quelque mois dans fa Terre de Soriano ,
érigée depuis peu en Principauté . Le Pape
a donné à Dom Marc Antonio Conti fon
neveu l'inveftiture d'un Fief de l'Etat de
Ferrare , qui vaquoit par le decès du dernier
de la famille , qui en étoit proprietaire.
On travaille à reparer & même à
embellir la Villa Ludovicia de Freſcati ,
que le Pape deftine pour être fa Maifon
de Plaifance . Le Cardinal de Schomborn
a obtenu une difpenfe de Sa Sainteté pour
paffer de l'Ordre des Cardinaux Diacres
dans l'Ordre des Cardinaux Prêtres ; il
opra le Titre de Saint Pancrace , qui va
quoit par la démiffion du feu Cardinal
Panciatichi , quand il prit celui de S. Praffede
, & remit en même tems le titre de
S. Nicolas in Carcere . Le Cardinal Acquaviva
Miniftre de la Cour de Madrid , &
le Cardinal d'Altan Miniftre de l'Empereur
, firent leurs proteftations dans le
dernier Confiftoire , au fujet du Service
annuel que l'on a celebré jufqu'à l'année
derniere le jour de la Nativité de la Vierge
dans l'Eglife de Sainte Marie Majeure ,
pour le repos de l'ame des Rois & des
Reines d'Espagne , fuivant la fondation
de Philippes IV . Le Cardinal d'Altan foutient
que c'eft à lui à faire cette Cere,
monie
160 LE MERCURE
monie , & à tenir la Chapelle , attendu que
le revenu annuel pour cette fondation ſe
trouve afligné fur le Royaume de Sicile ,
actuellement poffedé par l'Empereur. Le
Cardinal Aquaviva répond qu'il a droit
de faire les honneurs de cette Chapelle
publique , la fondation qui occafionne la
conteſtation n'étant point faite par Philippe
IV, en qualité de Roy de Sicile ,
mais comme Roy d'Efpagne ; de plus
S. M. C. offre d'affigner un autre fonds
dans fes Etats pour les revenus de certe
Fondation.
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485
p. 164-165
« On mande de Valognes du 14 Septembre, que le Samedy 30 Août les Ecoliers representerent [...] »
Début :
On mande de Valognes du 14 Septembre, que le Samedy 30 Août les Ecoliers representerent [...]
Mots clefs :
Musique, Feux, Communautés, Te Deum, Valognes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Valognes du 14 Septembre, que le Samedy 30 Août les Ecoliers representerent [...] »
On mande de Valogues du 14 Septembre
que le Samely 30 Août les Ecoliers reprefen- .
terent la Tragedie du Cid , entre mêlée de Batlets
, de Simphonie & de Mufique , qui fut fuivie
de
'D'OCTOBRE. 169
de la Comedie du Bourgeois Gentilhomme
très bien executée par les foins de M. l'Abbé
Boquet , dont tout le Prologue rouloit fur la
convalefcence de Sa Ma té.
Le lendemain qui étoit deftiné pour les feux
de joye, la fête fut annoncée dès la pointe du
jour par tous les Tambours.
A Pilue des Vêpres , où avoient affifté les
Corps du Bailliage & Vicomté , Mr. le Gou-
• verneur à leur tête , & toutes les Communautés
tant Seculieres que Regulieres , le Te Deum y
fut entonné par Mr. Delailly Archidiacre & Curé
de la Ville , & continué en Mufique avec fim-.
phonie , & au bruit des c'oches qui compofent
fans contredit la plus belle fonnerie de la
Province. L'Exaudiar fut auffi chanté. On fe
rendit enfuite à la place du Château , où étoit
préparé un grand bûcher , qui fut allumé par
le Gouverneur , & les Maire & Echevins ; toute
la Bourgeoise étant fous les armes . Sur les
neuf heures la Ville parut toute en feu , par la
quantité de lampions & chandelles qui furent
placés jufques fur les toicts L'on tira toute
la nuit des fufées volantes , boëttes , & autres
feux d'artifices . Toutes les Communautés ont
fuivi cet exemple ; l'Abbaye Royale de Protection
, dout Madame de Saint Pierre , four
de Mr. le Comte de Saint Pierre , premier
Ecuyer de Madame la Regente , eft Abelle, s'eſt
diftinguée par la Mufique, les illuminations , &c.
que le Samely 30 Août les Ecoliers reprefen- .
terent la Tragedie du Cid , entre mêlée de Batlets
, de Simphonie & de Mufique , qui fut fuivie
de
'D'OCTOBRE. 169
de la Comedie du Bourgeois Gentilhomme
très bien executée par les foins de M. l'Abbé
Boquet , dont tout le Prologue rouloit fur la
convalefcence de Sa Ma té.
Le lendemain qui étoit deftiné pour les feux
de joye, la fête fut annoncée dès la pointe du
jour par tous les Tambours.
A Pilue des Vêpres , où avoient affifté les
Corps du Bailliage & Vicomté , Mr. le Gou-
• verneur à leur tête , & toutes les Communautés
tant Seculieres que Regulieres , le Te Deum y
fut entonné par Mr. Delailly Archidiacre & Curé
de la Ville , & continué en Mufique avec fim-.
phonie , & au bruit des c'oches qui compofent
fans contredit la plus belle fonnerie de la
Province. L'Exaudiar fut auffi chanté. On fe
rendit enfuite à la place du Château , où étoit
préparé un grand bûcher , qui fut allumé par
le Gouverneur , & les Maire & Echevins ; toute
la Bourgeoise étant fous les armes . Sur les
neuf heures la Ville parut toute en feu , par la
quantité de lampions & chandelles qui furent
placés jufques fur les toicts L'on tira toute
la nuit des fufées volantes , boëttes , & autres
feux d'artifices . Toutes les Communautés ont
fuivi cet exemple ; l'Abbaye Royale de Protection
, dout Madame de Saint Pierre , four
de Mr. le Comte de Saint Pierre , premier
Ecuyer de Madame la Regente , eft Abelle, s'eſt
diftinguée par la Mufique, les illuminations , &c.
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486
p. 165-166
« Les Prieres & les réjoüissances ont été faites à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglise [...] »
Début :
Les Prieres & les réjoüissances ont été faites à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglise [...]
Mots clefs :
Étampes, Église, Bourgeois, Te Deum
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texteReconnaissance textuelle : « Les Prieres & les réjoüissances ont été faites à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglise [...] »
Les Prieres & les réjouiffances ont été faites
à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglife
Royale & Collegiale Notre - Dame.
Le lendemain 25 fête de Saint Louis , les
Bourgeois de la rue de la Juiverie fe font auli
figna'és en particulier à leur ordinaire ; car:
après avoir affifté au Te Deum chanté dans
l'Eglife
166 LE MERCURE
l'Eglife de Saint Bafile leur Paroiffe , & avor
mis des illuminations aux fenêtres ; ils ont fait
tirer un feu dreffé au milieu de la ruë , précedé
d'un petit Difcours prononcé par l'un d'eux ,
au fujet de la convalefcence du Roy , qui fut
fuivi des acclamations de Vive le Roy , & de
toutes les autres marques de joie que peuvent
donner de bons & fidelles Sujets.
à Estampes le Dimanche 24 Août en l'Eglife
Royale & Collegiale Notre - Dame.
Le lendemain 25 fête de Saint Louis , les
Bourgeois de la rue de la Juiverie fe font auli
figna'és en particulier à leur ordinaire ; car:
après avoir affifté au Te Deum chanté dans
l'Eglife
166 LE MERCURE
l'Eglife de Saint Bafile leur Paroiffe , & avor
mis des illuminations aux fenêtres ; ils ont fait
tirer un feu dreffé au milieu de la ruë , précedé
d'un petit Difcours prononcé par l'un d'eux ,
au fujet de la convalefcence du Roy , qui fut
fuivi des acclamations de Vive le Roy , & de
toutes les autres marques de joie que peuvent
donner de bons & fidelles Sujets.
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487
p. 166-167
« Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre Eglise Metropolitaine & Primatialle de Sens, [...] »
Début :
Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre Eglise Metropolitaine & Primatialle de Sens, [...]
Mots clefs :
Sens, Église métropolitaine, Officiers, Chanoines, Corps de ville, Chapitre, Te Deum, Feu de joie
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texteReconnaissance textuelle : « Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre Eglise Metropolitaine & Primatialle de Sens, [...] »
Le Dimanche 17 Août on celebra dans notre
Eglife Metropolitaine & Primatialle de Sens ,
une Meffe folemne le avec les plus magnifiques
ornemens : la Table d'Or enrichie de Pierreries
étoit expofée , ce qui n'a coutume de ſe faire
qu'aux deux Fêtes de S. Etienne notre Patron ;
Mrs. du Prefidial , le Corps de Ville , l'Election ,
les Officiers de notre garnifon & les autres Compagnies
y affifterent . Mrs. nos Chanoines étoient
revêtus de leurs Soutannes rouges, comme aux
Fêtes annuelles.
Après Vêpres le Te Deum fut chanté , auquel,
de même qu'à la Meffe , affifterent toutes les
Compagnies enfuite le Corps de Ville fit allamer
un Feu de joye dans la grande Place de
S. Etienne , la Bourgeoifie étoit fous les armes
rangée fous fes Enfeignes , les Officiers des
Quartiers à leur tête , il fe fit une décharge generale
, & on tira les canons de la Ville , qui
retentit d'acclamations jufqu'au Lundi matin.
Le Chapitre donna à fon tour des marques
de fon zéle. Sur les fix heures du foir on expofa
le S. Sacrement dans l'Eglife Metropolitaine
, & après la Benediction , Mrs. les Chanoines
fortirent proceffionnellement de l'Eglife ,
revêtus de leurs habits de Ceremonie ils fe
rendirent dans leur Cloître en chantant des
Pleaumes & des Antienues convenables les.
principales Dignitez & les plus anciens Cha-
Y
noines
D'OCTOBRE. 167
noines allumerent enfemble le feu qu'ils avoient
fait preparer , pendant lequel on fonna toutes
les cloches des deux Tours ; enfuite Mr Fenel ,
Doyen , donna un magnifique fouper au Chapitre.
Le reste da jour & pendant toute la nuit on
alluma des feux particuliers dans les Places pu
bliques , Carrefours & autres endroits convenables
, toutes les maifons étoient illuminées ;
plufieurs Bourgeois avoient fait dreffer des Tables
devant leurs portes , & les paffans étoient
invités à boire la fanté de Sa Majesté.
Le Sr Gibier de Serbois , Vicomte de Sens ,
s'eft diftingué plus que perfonne ; pendant deux
nuits entieres toure fa maiſon été illuminée ,
plufieurs fontaines de Vin couloient aux coins
de fa cour ; un grand nombre de fufées de toutes
façons , & qu'il avoit lui - même preparées , ont
fait admirer fon zéle & fa liberalité.
Eglife Metropolitaine & Primatialle de Sens ,
une Meffe folemne le avec les plus magnifiques
ornemens : la Table d'Or enrichie de Pierreries
étoit expofée , ce qui n'a coutume de ſe faire
qu'aux deux Fêtes de S. Etienne notre Patron ;
Mrs. du Prefidial , le Corps de Ville , l'Election ,
les Officiers de notre garnifon & les autres Compagnies
y affifterent . Mrs. nos Chanoines étoient
revêtus de leurs Soutannes rouges, comme aux
Fêtes annuelles.
Après Vêpres le Te Deum fut chanté , auquel,
de même qu'à la Meffe , affifterent toutes les
Compagnies enfuite le Corps de Ville fit allamer
un Feu de joye dans la grande Place de
S. Etienne , la Bourgeoifie étoit fous les armes
rangée fous fes Enfeignes , les Officiers des
Quartiers à leur tête , il fe fit une décharge generale
, & on tira les canons de la Ville , qui
retentit d'acclamations jufqu'au Lundi matin.
Le Chapitre donna à fon tour des marques
de fon zéle. Sur les fix heures du foir on expofa
le S. Sacrement dans l'Eglife Metropolitaine
, & après la Benediction , Mrs. les Chanoines
fortirent proceffionnellement de l'Eglife ,
revêtus de leurs habits de Ceremonie ils fe
rendirent dans leur Cloître en chantant des
Pleaumes & des Antienues convenables les.
principales Dignitez & les plus anciens Cha-
Y
noines
D'OCTOBRE. 167
noines allumerent enfemble le feu qu'ils avoient
fait preparer , pendant lequel on fonna toutes
les cloches des deux Tours ; enfuite Mr Fenel ,
Doyen , donna un magnifique fouper au Chapitre.
Le reste da jour & pendant toute la nuit on
alluma des feux particuliers dans les Places pu
bliques , Carrefours & autres endroits convenables
, toutes les maifons étoient illuminées ;
plufieurs Bourgeois avoient fait dreffer des Tables
devant leurs portes , & les paffans étoient
invités à boire la fanté de Sa Majesté.
Le Sr Gibier de Serbois , Vicomte de Sens ,
s'eft diftingué plus que perfonne ; pendant deux
nuits entieres toure fa maiſon été illuminée ,
plufieurs fontaines de Vin couloient aux coins
de fa cour ; un grand nombre de fufées de toutes
façons , & qu'il avoit lui - même preparées , ont
fait admirer fon zéle & fa liberalité.
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488
p. 167-168
« A Caudebec, le 19 Août 1721. Je vous ai promis, Monsieur, de vous mander la fête que [...] »
Début :
A Caudebec, le 19 Août 1721. Je vous ai promis, Monsieur, de vous mander la fête que [...]
Mots clefs :
Canon, M. de Francheville, Fête, Roi, Église, Bruit, Santé, Feu, Cidre, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A Caudebec, le 19 Août 1721. Je vous ai promis, Monsieur, de vous mander la fête que [...] »
A Caudebec , le 19 Août 1721. Je vous ai
promis , Monfieur , de vous mander la fête que
M. de Francheville , Gentilhomme fervant de
Sa Majefté , a donné pour le rétabliſſement de la
fanté du Roy tout y a été magnifique , bien
ordonné & bien executé. Le 17 dès que le feu
de joye de la Ville fut fait il fit tirer trois
coups de canon pour annoncer fa fête pour le
lendemain & commença par envoyer de la
vande aux Religieufes , aux Capucins , & à
l'Hôpital , avec du Cidre , & à chacun un fac
de bled , & aux pauvres Prifonniers de l'argent.
Le 18 à fix heures du matin il fit tirer le canon,
& à dix tous les principaux Mrs. & Dames de
la Ville fe rendirent chez lui pour aller à l'Eglife
, qui étoit tendue magnifiquement. La
grande Meffe fut chantée , & enfuite le Te Deum
au bruit du canon & de la moufqueterie. On
forcie
168 LE MERCURE
>
fortit de la cour de M. de Francheville dans
cet ordre ; la Compagnie des Archers du Prevôt
à cheval , l'épée à la main un Trompette a
lear têtes enfuite une Compagnie de Bourgeois
avec fix Tambours , fix Violons & deux Baffes ;
après M. & Madame de Francheville & tous les
conviés , & une infinité de Peuple qui crioit
Vive le Roy. On revint de la même maniere de
l'Eglife ; il y eut trois tables fervies à midy ;
& fur les fept heures on fut dans le même or
dre qu'à l'Eglife , allumer le feu fur le Quay ,
où il y avoit un tonneau de Cidre pour le
Peuple. Cette Ceremonie fe fit au bruit de plufeurs
décharges de canon & de moufqueterie.
On rentra enfuite dans la maifon , qui étoit il
luminée de routes parts , où le bal commença ;
il fut interrompu à dix heures pour fervi les
tables, On but cent fois la fanté du Roy , toujours
au bruit du canon . La fête dura jufqu'à
fix heures du matin ; j'oubliois de vous dire que
M, de Francheville donna so fols par tête à tours
les Fuzeliers , qu'il y eut le foir une table pour
les Archers du Prevôt , &c.
promis , Monfieur , de vous mander la fête que
M. de Francheville , Gentilhomme fervant de
Sa Majefté , a donné pour le rétabliſſement de la
fanté du Roy tout y a été magnifique , bien
ordonné & bien executé. Le 17 dès que le feu
de joye de la Ville fut fait il fit tirer trois
coups de canon pour annoncer fa fête pour le
lendemain & commença par envoyer de la
vande aux Religieufes , aux Capucins , & à
l'Hôpital , avec du Cidre , & à chacun un fac
de bled , & aux pauvres Prifonniers de l'argent.
Le 18 à fix heures du matin il fit tirer le canon,
& à dix tous les principaux Mrs. & Dames de
la Ville fe rendirent chez lui pour aller à l'Eglife
, qui étoit tendue magnifiquement. La
grande Meffe fut chantée , & enfuite le Te Deum
au bruit du canon & de la moufqueterie. On
forcie
168 LE MERCURE
>
fortit de la cour de M. de Francheville dans
cet ordre ; la Compagnie des Archers du Prevôt
à cheval , l'épée à la main un Trompette a
lear têtes enfuite une Compagnie de Bourgeois
avec fix Tambours , fix Violons & deux Baffes ;
après M. & Madame de Francheville & tous les
conviés , & une infinité de Peuple qui crioit
Vive le Roy. On revint de la même maniere de
l'Eglife ; il y eut trois tables fervies à midy ;
& fur les fept heures on fut dans le même or
dre qu'à l'Eglife , allumer le feu fur le Quay ,
où il y avoit un tonneau de Cidre pour le
Peuple. Cette Ceremonie fe fit au bruit de plufeurs
décharges de canon & de moufqueterie.
On rentra enfuite dans la maifon , qui étoit il
luminée de routes parts , où le bal commença ;
il fut interrompu à dix heures pour fervi les
tables, On but cent fois la fanté du Roy , toujours
au bruit du canon . La fête dura jufqu'à
fix heures du matin ; j'oubliois de vous dire que
M, de Francheville donna so fols par tête à tours
les Fuzeliers , qu'il y eut le foir une table pour
les Archers du Prevôt , &c.
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489
p. 169-170
Lettre écrite de Vendôme par M. Rigault ancien Lieutenant General, & Echevin de la Ville, à M. le Duc de...
Début :
Nous avons reçû, Monseigneur, avec autant de joye que de soumission les ordres qu'il [...]
Mots clefs :
Hôtel de ville, Général, Officiers, Roi, Joie, Te Deum, Milice, Cloches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite de Vendôme par M. Rigault ancien Lieutenant General, & Echevin de la Ville, à M. le Duc de...
Lettre écrite de Vendôme par M. Rigault ancien
Lieutenant General , & Echevin de la Ville
à M. le Duc de . •
Ous avons reçû , Monfeigneur , avec autant
joye que
vous a plû nous adreffer au ſujet de la conyalefcence
du Roy.
La Lettre de S. M. & la vôtre furent d'abord
notifices , & le feu general annoncé au fon des
trompettes & des tambours ... Le jour de S. Louis,
auquel devoit éclater notre joye , la Milice
Bourgeoise rangée fous quatre Drapeaux vint
fur les deux heures nous prendre à l'Hôtel de
de Ville ; de - là nous nous rendîmes en ordre
à l'Eglife Collegiale Royale de S. Georges , où
le Te Deum fut chanté par la Mufique au bruit
de toutes les cloches de la Ville , & de plufieurs
décharges de moufqueterie faites par la Milice
Bourgeoife , & quatre Compagnies du Regiment
du Colonel General Cavalerie. Le Clergé , les
Religieux Mandians , les Officiers du Bailliage ,
& Prevôté Royale , ceux des Elections & du
Grenier à Sel convoqués fuivant l'uſage , y affifterent
en ceremonie... Après le Te Deum on
P allum
170 LE MERCURE
alluma le grand bucher qui avoit été preparé...
Vis -à- vis on avoit placé deux tonneaux de Vin,
entourés de pampres & de lauriers , avec dés
Infcriptions convenables à la fête.. Après que
les Officiers , à l'exemple du Lieutenant General
& des Echevins , eurent bû la fanté du Roy,
& caffé leurs verres , tout retentit des acclamations
de Vive le Roy , repetées par les échos de
la montagne , & de tous les coeurs ouverts
à la joye on ne vit, plus dans les Places publiques
que feftins & que danfes... Sur le foir il y
eut un grand repas dans la Sale de l'Hôtel de
Ville , & jufques bien avant dans la nuit des ca
rillons de toutes les cloches , & par tout des il-
Juminations .
•
Depuis les differens Quartiers de la Ville ong
celebré la fanté du Roy par des feux d'artifice,
& des Te Deum chantés en Mufique , les Bour
geois étant toujours fous les armes , & commandés
par des Officiers richement vêtus . Chacun
d'eux a regalé fa Compagnie , & toutes ont
reçu des rafraîchiffemens dans l'Abbaye Cardinale...
Enfin les Officiers du Colonel General
& les Chanoines ont tiré des feux & fait des
illuminations pendant plufieurs jours : chacun
d'eux penfant terminer les fêtes publiques,. Heureux
, Monfeigneur , fi par- là nous pouvions témoigner
une partie de notre zéle pour la Perfonne
Sacrée du Roy , & meriter votre prorection
pour une Ville qui a l'honneur d'être
f'ancien Patrimoine , & la dépofitaire des cendres
de fes Ayeux , & qui par ces titres particuliers
, unis à ceux qui lui font communs avec
Les autres Villes du Royaume , fe croit mieux
fondée à efperer en fes bontés , & plus étroitement
obligée à faire des voeux pour fa confervation,
Lieutenant General , & Echevin de la Ville
à M. le Duc de . •
Ous avons reçû , Monfeigneur , avec autant
joye que
vous a plû nous adreffer au ſujet de la conyalefcence
du Roy.
La Lettre de S. M. & la vôtre furent d'abord
notifices , & le feu general annoncé au fon des
trompettes & des tambours ... Le jour de S. Louis,
auquel devoit éclater notre joye , la Milice
Bourgeoise rangée fous quatre Drapeaux vint
fur les deux heures nous prendre à l'Hôtel de
de Ville ; de - là nous nous rendîmes en ordre
à l'Eglife Collegiale Royale de S. Georges , où
le Te Deum fut chanté par la Mufique au bruit
de toutes les cloches de la Ville , & de plufieurs
décharges de moufqueterie faites par la Milice
Bourgeoife , & quatre Compagnies du Regiment
du Colonel General Cavalerie. Le Clergé , les
Religieux Mandians , les Officiers du Bailliage ,
& Prevôté Royale , ceux des Elections & du
Grenier à Sel convoqués fuivant l'uſage , y affifterent
en ceremonie... Après le Te Deum on
P allum
170 LE MERCURE
alluma le grand bucher qui avoit été preparé...
Vis -à- vis on avoit placé deux tonneaux de Vin,
entourés de pampres & de lauriers , avec dés
Infcriptions convenables à la fête.. Après que
les Officiers , à l'exemple du Lieutenant General
& des Echevins , eurent bû la fanté du Roy,
& caffé leurs verres , tout retentit des acclamations
de Vive le Roy , repetées par les échos de
la montagne , & de tous les coeurs ouverts
à la joye on ne vit, plus dans les Places publiques
que feftins & que danfes... Sur le foir il y
eut un grand repas dans la Sale de l'Hôtel de
Ville , & jufques bien avant dans la nuit des ca
rillons de toutes les cloches , & par tout des il-
Juminations .
•
Depuis les differens Quartiers de la Ville ong
celebré la fanté du Roy par des feux d'artifice,
& des Te Deum chantés en Mufique , les Bour
geois étant toujours fous les armes , & commandés
par des Officiers richement vêtus . Chacun
d'eux a regalé fa Compagnie , & toutes ont
reçu des rafraîchiffemens dans l'Abbaye Cardinale...
Enfin les Officiers du Colonel General
& les Chanoines ont tiré des feux & fait des
illuminations pendant plufieurs jours : chacun
d'eux penfant terminer les fêtes publiques,. Heureux
, Monfeigneur , fi par- là nous pouvions témoigner
une partie de notre zéle pour la Perfonne
Sacrée du Roy , & meriter votre prorection
pour une Ville qui a l'honneur d'être
f'ancien Patrimoine , & la dépofitaire des cendres
de fes Ayeux , & qui par ces titres particuliers
, unis à ceux qui lui font communs avec
Les autres Villes du Royaume , fe croit mieux
fondée à efperer en fes bontés , & plus étroitement
obligée à faire des voeux pour fa confervation,
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490
p. 173-180
« Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...] »
Début :
Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...]
Mots clefs :
Ville, Roi, Échevins, Hôtel de ville, Feu, Joie, Hôtel, M. le bailli de Langeron, Bruit, Boîtes, Marseille, Galères, Santé, Pyramides, Vive le roi, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les réjouissances faites à Marseille, meritent de terminer ces Relations. Rien ne / La nouvelle du rétablissement de la santé du Roy ne fut pas plutôt sçûe à Marseille, qu'elle [...] »
Les réjouiffances faites à Marseille , meritent
de terminer ces Relations. Rien ne
marque plus vivement l'amour des Peuples
pour leur Prince , que de trouver des fentimens
de joye auffi vifs dans une Ville
qui a été fi cruellement affligée on fe
gardera bien d'en affoiblir le tableau ; on
va le voir prefque tel qu'il nous a été envoyé
de Marfeille.
La nouvelle du rétabliffement de la fanté du
Roy ne fut pas plutôt fçûë à Marseille , qu'elle
y fit entierement oublier tous les maux & tous
les ravages que la contagion y a faits , & cette
Ville qui fembloit n'être plus confacrée qu'à
la trittelle & an deüil , parut dans un état de
joye fi extraordinaire , que l'on vit ce que peur
fur les cens d'uffi bons & fideles Sujets
l'amour refpectueux dont is brûlent pour la
Perfonne Augulte de Sa Majesté.
M. le Bailly de Langeron , Commandant
dans cette Ville , & à la fage & vigilante conduite
duquel ( fecondée du foin de Mrs, les
Ecnevins ) elle eft ridevable de fon falut , n'eut
pas befoin d'infpiser par fes ordres de l'ému
Iation à des Sujets fi bien difpoiés , & qu'i
faloit plutôt contenir qu'exciter 250
Mrs les Echevins firent avec empreffement
mille projets de fête & de réjouifiance ; Mis
du Corps des Galeres animés de la même ar
deur n'en fient pas moins , & chacun dans fon
département travailla pour faire éclater four
zele.
La Ville retentiffoit par tout des acclamas
tions & des Cris de Vive le Roy , les Eglifes
Pij
274 LE MERCURE
toure
qui par l'entiere ceflation du mal , y font ou
vertes depuis quelque temps , étoient remplies
d'une foule de peuple , qui y couroit de
part , pour rendre graces à Dieu , non de l'avoir
prefervé de la contagion , mais d'avoir établi
la fanté du Roy , comme leur étant infiniment:
plus chere & plus précieufe que la leur.
1
M. l'Evêque de Marfeille touché d'un empreffement,
fi conforme à fes fentimens , convint
avec M. le Bailly. de Langeron & avec
Mrs les Echevins de ne pas differer les réjouiffances
auffi long tems qu'il eût fallu pour mettre
à execution tous les préparatifs qu'on
avoit commencés , & on choifit le 15 du mois.
de Septembre pour faire chanter le Te Deum,
"T
Qui auroit dit qu'après une année entere
de calamités , on verroit dans cette Ville infortunée
un jour fi agréable ? chacun fembloit
chercher à fe dédommager de la trifteffe paflée ,.
Tur le bonheur prefent ; les fentimens de joyefe
répandoient par des tranfports d'autant plus.
grands , qu'ils avoient été plus long tems fufpendus
par une affreufe trifteffe.
M.. l'Evêque donna dans fon Palais à M. le
Bailly de Langeron , à Mrs les Echevins , & à
un grand nombre de perfonnes diftinguées , un
Tomptueux & magnifique dîner .
Sur les quatre heures tous les principaux.
Citoyens & Negociants s'étant rendus à l'Hôtel
de Ville pour accompagner Meffieurs les Echevins
, ces Magiftrats en fortirent en robes
rouges , précedés de leurs Gardes & gens de
Livrée , d'une nombreuſe bande de Violons &
Hautbois , & de quatre Compagnies de Soldats
qui marchoient en bon ordre , ayant tous à
leurs chapeaux des noeuds de rubans aux couleurs
de la Ville , conduits par les Capitainesde
Quartier , très richement vêtus. Ils étoient
1
précedéss
D'OCTOBRE 179
précédés par les Trompettes de la Ville à cheval ,
par un grand nombre de Tambours & Fiffres ,
& par plus de mille jeunes enfans. portants
des
Banderolles aux Armes du Roy , dont les cris
de Vive le Roy qu'ils redoubloient à tout moment
, joint au bruit des Fanfares & des Violons,
faifoient une harmonie cent fois plus belle &
plus réjouiffante que toutes celles qu'on ménage
par les regles de l'art.
Ils marcherent dans cet ordre vers l'Hôtel de
M. le Bailly de Langeron , qui ayant joint"
ces Magiftrats , fe mit à leur tête , précedé
de fes Gardes & de toute la Nobleffe qui
s'étoit renduë chés lui pour l'accompagner.
La marche continua dans le même ordre julqu'à
la Cathedrale , où ils arriverent au bruit des
boëtes & de la moufqueterie , à travers d'un
peuple infini qui bordoit par tout les paffages.
1
Le Te Deum y fut chanté folemnellement
par deux Choeurs de Mufique , M. l'Evêque y
officia pontificalement , & les actions de graces
rendues à Dieu , au bruit réiteré des boetes ,
ils fortirent pour fe rendre au Cours , où Mrs
les Echevins avoient fait élever un grand bucher,
& un feu d'artifice : la nuit qui commençoit
d'être clofe , ne fit qu'augmenter l'éclat de leur
marche , qui fut éclairée par trois cens flam
Beaux de cire blanche.
A leur approche du Cours une falve de 400
boëtes rangées le long de la Canebiere , fit
retentir les airs , & les accompagna jufqu'à la
place où le feu étoit préparé. L'étendue & la
beauté de cette Place , la fimetrie égale des maifons
, les illuminations qui regnoient à l'entour
fur toutes les façades , la multitude de peuples
de tout fexe & de tout âge , les cris d'alle
greffe qui étoieut pouffés parmi le bruit des
inftruments de guerre , faifoient un de ces mer-
Piiij . veilleux
176 LE MERCURE
veilleux effets qui enchantent , & qui font que
l'on eft tranfporté par des mouvements extraordinaires
.
A peine M. le Bailly de Langeron & Mrs
les Echevins eurent allumé le feu , que de fix
groffes colonnes d'artifice de quatorze pieds
de hauteur , qui étoient pofées autour pour
former des portiques , & dont les bafes & les
chapiteaux étoient d'or feint ; on vit partir fucceffivement
une fi prodigieufe quantité de gerbes
& de fufées , que l'air en parut tout à
Coup
embrafé, lefquelles tombant enfuite en pluye d'or,
en Cometes & en étoilles brillantes , remplifoient
tout ce vafte lieu de feux & deflammes , qui faifant
reculer Précipitamment la foule qui étoit à l'entour,
excitoient un agreable defor tre qui redoubla
la joye publique & les cris de Vive le Roy.
On conduifit dans le même ordre de marche
M. le Bailly de Langeron jufqu'à fon Hôtel ,
où en arrivant on entendit encore le bruit de
300 boëtes , & où l'on vit un appareil éclatant
qui annonçoit des magnificences qui ne de
voient terminer que bien tard cette grande
fête. Mrs les Echevins & toute la Nobleffe s'y
étant arrêtés , les Capitaines de Quartier avec
leur Compagnies , firent pendant ce temps tout
le tour de Ville , marchant en bon ordre , &c.
Dans ce même temps le Port de Marſeille
étoit tout en feu , & ce fpectacle plus brillant
& plus admirable que tout ce qu'on en peut ,
imaginer , y faifoit accourir tout le monde"
en foule tous les femparts , les tours de la
Ville , les deux Citadelles , le Fort de Notre-
Dame de la Garde , tout l'Arcenal , l'Hôtel de
Ville , l'Abbaye faint Victor , toutes les maifons
tant du côté de la Ville que de la Rive - neuve ;
enfin toutes les Galeres du Roy , illuminées "
d'une maniere extraordinaire , paroiffoient embrafées
D'OCTOBRE. 177
brafées par le moyen de plus d'un million de
bougies dont elles étoient couvertes.
1
Mais plus que tout , la façade de l'Hôtel de
Ville attiroit les yeux de tout le monde ; chacun
couroit fur la Place qui eft au devant ,
pour admirer de près tant d'éclatans & d'ingenieux
ouvrages , dont Mrs les Echevins l'avoient
faite orner ; plufieurs s'écartoient enfuite dans
le Port , dans des batteaux , pour admirer le
fpectacle brillant que cette façade prefentot
de loin à la vûë .
A cette façade fuperbe , qui eft d'une Architecture
d'ordre Compofite , & fur l'Attique que
porte le grand balcon de marbre blanc , étoient
élevées entre les colonnes de marbre rouge
jaſpé , trois piramides de feu de 28 pieds de hauteur
fur une bafe de 16 de largeur , qui s'apuyoie
fur la balustrade du balcon .
Celle du milieu étoit terminée par un groupe
de Genies qui portoient un écuffon magnifique
aux Armes du Roy , dont les trophées & fupports
éto ent rehauffez d'or . Sur le fronton de
ce, pompeux édifice , on voyoit un foleil brillant
, qui s'élevoit hos de la corniche.
Les deux autres piramides de feu étoient terminées
chacune par un tmpan chargé d'un
groupe de Genies portant des banderolles,
Du fommet du timpan s'élevoit une Renommée
qui avoit fur la tête une Couronne de lys &
de laurier , tenant d'une main deux palmes , &
de l'autre une trompette dont elle fembloit
fonner pour annoncer la joye & l'allegreffe de
Maríeille.
Dans les entrecolonnemens des portiques
étoient élevées les piramides de lampions &
falots, fous des feftons formés par des lampions ,
étoient de magnifiques Cartouches dans des
bordures de palmes & de laurier dorez , dans
l'un
978 LE MERCURE
F'un defquels étoit peinte en camayeu la pro
meffe que Dieu fit à Salomon dans le Livre
roifiéme des Rois , fur la durée de fon Regne.
Dans un autre étoit ce diſtique :
Quot feftos, Lodoice, tibi domus excitat ignes ,
Tot tibi corda ardent , tot tibi corda micant.
Et dans un troifiéme cet autre diſtique
où Marfeille qui fut honnorée autrefois du
titre de Soeur de Rome , eft entendue par
Altera Roma :
Ridet humus , rider Zephiris fpirantibus ather,
It tota in plaufus altera Roma novos.
A chaque bout du Balcon on avoit placé deux
lions en relief qui foutenoient les Armes de la
Ville , & de la gueule defquels couloient deuxfontaines
de vin..
Sur le fuperbe Ecuffon de marbre blanc aux
Armes du Roy , chef d'oeuvre du fameux Puget
de Marfeille , étoit expofé le portrait de Sa
Majefté , fous un fuperbe dais de velours cra
moifi , orné de franges d'or , éclairé de luftress
& d'une infinité de bougies.
1
Tout le monde étoit ainfi ravi , lorfque les
Citadelles , les Forts , & les Galeres ayant faic
leur décharges du canon , on vit s'élever de la
proue de chaque Galere une quantité prodigicufe
de gerbes & de fufées qui partirent tou
tes à la foist
L'Hôtel de M. le Bailly de Langeron étoit alors
illuminé d'une maniere finguliere , l'illuminations
du jardin qui eft fur le derriere , & qu'on découvroitdu
grand Portail de la Cour à travers les appartemens,
furprenoit d'abord les yeux. On voioit
au bout de ce jardin deux piramides de feu
de:
D'OCTOBRE. 179
de plus de trente pieds de hauteur , aux côtés
d'un grand portique terminé par un foleil brillant
, qui portoit dans un lointain où paroiffoit
fous des grands arbres une efpece de cafcade
de flammes tous les berceaux , terraffes , portiques
, arcades , compartiments de gazons ,
bordures de baffins , & tout ce qui figuroit dans
ce jardin , étoit marqué par des lampions.
Sous la Terraffe il y avoit de grands buffets
à divers gradins , garnis de toutes fortes de
vins & de liqueurs , dont les Officiers de ce
Commandant s'empreffoient de prefenter à tour
le monde. Les portes furent ouvertes pendant
toute la nuit on y fervit cinq tables d'une
delicateffe & d'une fumptuofité furprenante . La
fanté du Roy , qu'on eut l'honneur d'y boire,
fut accompagnée du bruit de 200 boètes & des
eris de Vive le Roy. Il y avoit Bal cependant
dans tous les appartemens- ; jamais on n'a vu
plus de joye & plus de magnificence. Cette
fuperbe fête ne fut terminée que le lendemain
à cinq heures du matin.
L'Hôtel de M. le Marquis de Pilles , Gou--
verneur Viguier de Marfeille , étoit auffi parfaitement
bien illuminé ; il y fit allumer au
devant un très beau feu , & jetter quantité de
fufées , deux. fontaines de vin exquis couloient
abondamment pour le peuple , il y eut un très
magnifique fouper , il fir diftribuer beaucoupd'argent
aux pauvres , & donna toutes les marques
poffibles de l'attachement & du zele qu'il
a toujours cu pour tout ce qui regarde Sat
Majefte.
M. de Vaucreffon Intendant des Galeres ,
regala ce même foir avec magnificence: les
principaux Officiers de cet illuftre Corps , dans
la maifon du Roy , qu'il avoit fait illuminer
d'une maniere admirable , aufli bien que tout
Arcenal
180 LE MERCURE
l'Arcenal. M. De Barras Commandant des Galeres
, avoit commencé le matin par un feſtin
qu'il donna dans fon Hôtel .
Chaque Citoyen dans fa maifon marquoit la
joye qu'il faifoit paroître au dehors. On voyoit
à l'éclat de celles de chacun de Mrs les Echevins
, par les grands feux qui brûloient devant ,
& aux aumônes qu'on y diftribua , l'ardeur de
ces zelés Magiftrats , qui ont fi genereufement
expofé leur vie pour la confervation de la Patrie
, & qui font toujours prêts de s'immoler
pour le fervice & pour la gloire du Roy.
Le Batiment des Infirmeries , dont l'aspect
a été fi long tempssaffreux , charmoit d'autant
plus tout le monde par l'illumination qui y
brilloit , & par le bruit des boêtes qu'on y
tiroit , que l'on jugeoit de là qu'il n'y reftoit
plus aucune idée du mal pafié , & que la fanté
y étant parfaite , rien ne détournoit les Officiers
de prendre part à la joye publique,
de terminer ces Relations. Rien ne
marque plus vivement l'amour des Peuples
pour leur Prince , que de trouver des fentimens
de joye auffi vifs dans une Ville
qui a été fi cruellement affligée on fe
gardera bien d'en affoiblir le tableau ; on
va le voir prefque tel qu'il nous a été envoyé
de Marfeille.
La nouvelle du rétabliffement de la fanté du
Roy ne fut pas plutôt fçûë à Marseille , qu'elle
y fit entierement oublier tous les maux & tous
les ravages que la contagion y a faits , & cette
Ville qui fembloit n'être plus confacrée qu'à
la trittelle & an deüil , parut dans un état de
joye fi extraordinaire , que l'on vit ce que peur
fur les cens d'uffi bons & fideles Sujets
l'amour refpectueux dont is brûlent pour la
Perfonne Augulte de Sa Majesté.
M. le Bailly de Langeron , Commandant
dans cette Ville , & à la fage & vigilante conduite
duquel ( fecondée du foin de Mrs, les
Ecnevins ) elle eft ridevable de fon falut , n'eut
pas befoin d'infpiser par fes ordres de l'ému
Iation à des Sujets fi bien difpoiés , & qu'i
faloit plutôt contenir qu'exciter 250
Mrs les Echevins firent avec empreffement
mille projets de fête & de réjouifiance ; Mis
du Corps des Galeres animés de la même ar
deur n'en fient pas moins , & chacun dans fon
département travailla pour faire éclater four
zele.
La Ville retentiffoit par tout des acclamas
tions & des Cris de Vive le Roy , les Eglifes
Pij
274 LE MERCURE
toure
qui par l'entiere ceflation du mal , y font ou
vertes depuis quelque temps , étoient remplies
d'une foule de peuple , qui y couroit de
part , pour rendre graces à Dieu , non de l'avoir
prefervé de la contagion , mais d'avoir établi
la fanté du Roy , comme leur étant infiniment:
plus chere & plus précieufe que la leur.
1
M. l'Evêque de Marfeille touché d'un empreffement,
fi conforme à fes fentimens , convint
avec M. le Bailly. de Langeron & avec
Mrs les Echevins de ne pas differer les réjouiffances
auffi long tems qu'il eût fallu pour mettre
à execution tous les préparatifs qu'on
avoit commencés , & on choifit le 15 du mois.
de Septembre pour faire chanter le Te Deum,
"T
Qui auroit dit qu'après une année entere
de calamités , on verroit dans cette Ville infortunée
un jour fi agréable ? chacun fembloit
chercher à fe dédommager de la trifteffe paflée ,.
Tur le bonheur prefent ; les fentimens de joyefe
répandoient par des tranfports d'autant plus.
grands , qu'ils avoient été plus long tems fufpendus
par une affreufe trifteffe.
M.. l'Evêque donna dans fon Palais à M. le
Bailly de Langeron , à Mrs les Echevins , & à
un grand nombre de perfonnes diftinguées , un
Tomptueux & magnifique dîner .
Sur les quatre heures tous les principaux.
Citoyens & Negociants s'étant rendus à l'Hôtel
de Ville pour accompagner Meffieurs les Echevins
, ces Magiftrats en fortirent en robes
rouges , précedés de leurs Gardes & gens de
Livrée , d'une nombreuſe bande de Violons &
Hautbois , & de quatre Compagnies de Soldats
qui marchoient en bon ordre , ayant tous à
leurs chapeaux des noeuds de rubans aux couleurs
de la Ville , conduits par les Capitainesde
Quartier , très richement vêtus. Ils étoient
1
précedéss
D'OCTOBRE 179
précédés par les Trompettes de la Ville à cheval ,
par un grand nombre de Tambours & Fiffres ,
& par plus de mille jeunes enfans. portants
des
Banderolles aux Armes du Roy , dont les cris
de Vive le Roy qu'ils redoubloient à tout moment
, joint au bruit des Fanfares & des Violons,
faifoient une harmonie cent fois plus belle &
plus réjouiffante que toutes celles qu'on ménage
par les regles de l'art.
Ils marcherent dans cet ordre vers l'Hôtel de
M. le Bailly de Langeron , qui ayant joint"
ces Magiftrats , fe mit à leur tête , précedé
de fes Gardes & de toute la Nobleffe qui
s'étoit renduë chés lui pour l'accompagner.
La marche continua dans le même ordre julqu'à
la Cathedrale , où ils arriverent au bruit des
boëtes & de la moufqueterie , à travers d'un
peuple infini qui bordoit par tout les paffages.
1
Le Te Deum y fut chanté folemnellement
par deux Choeurs de Mufique , M. l'Evêque y
officia pontificalement , & les actions de graces
rendues à Dieu , au bruit réiteré des boetes ,
ils fortirent pour fe rendre au Cours , où Mrs
les Echevins avoient fait élever un grand bucher,
& un feu d'artifice : la nuit qui commençoit
d'être clofe , ne fit qu'augmenter l'éclat de leur
marche , qui fut éclairée par trois cens flam
Beaux de cire blanche.
A leur approche du Cours une falve de 400
boëtes rangées le long de la Canebiere , fit
retentir les airs , & les accompagna jufqu'à la
place où le feu étoit préparé. L'étendue & la
beauté de cette Place , la fimetrie égale des maifons
, les illuminations qui regnoient à l'entour
fur toutes les façades , la multitude de peuples
de tout fexe & de tout âge , les cris d'alle
greffe qui étoieut pouffés parmi le bruit des
inftruments de guerre , faifoient un de ces mer-
Piiij . veilleux
176 LE MERCURE
veilleux effets qui enchantent , & qui font que
l'on eft tranfporté par des mouvements extraordinaires
.
A peine M. le Bailly de Langeron & Mrs
les Echevins eurent allumé le feu , que de fix
groffes colonnes d'artifice de quatorze pieds
de hauteur , qui étoient pofées autour pour
former des portiques , & dont les bafes & les
chapiteaux étoient d'or feint ; on vit partir fucceffivement
une fi prodigieufe quantité de gerbes
& de fufées , que l'air en parut tout à
Coup
embrafé, lefquelles tombant enfuite en pluye d'or,
en Cometes & en étoilles brillantes , remplifoient
tout ce vafte lieu de feux & deflammes , qui faifant
reculer Précipitamment la foule qui étoit à l'entour,
excitoient un agreable defor tre qui redoubla
la joye publique & les cris de Vive le Roy.
On conduifit dans le même ordre de marche
M. le Bailly de Langeron jufqu'à fon Hôtel ,
où en arrivant on entendit encore le bruit de
300 boëtes , & où l'on vit un appareil éclatant
qui annonçoit des magnificences qui ne de
voient terminer que bien tard cette grande
fête. Mrs les Echevins & toute la Nobleffe s'y
étant arrêtés , les Capitaines de Quartier avec
leur Compagnies , firent pendant ce temps tout
le tour de Ville , marchant en bon ordre , &c.
Dans ce même temps le Port de Marſeille
étoit tout en feu , & ce fpectacle plus brillant
& plus admirable que tout ce qu'on en peut ,
imaginer , y faifoit accourir tout le monde"
en foule tous les femparts , les tours de la
Ville , les deux Citadelles , le Fort de Notre-
Dame de la Garde , tout l'Arcenal , l'Hôtel de
Ville , l'Abbaye faint Victor , toutes les maifons
tant du côté de la Ville que de la Rive - neuve ;
enfin toutes les Galeres du Roy , illuminées "
d'une maniere extraordinaire , paroiffoient embrafées
D'OCTOBRE. 177
brafées par le moyen de plus d'un million de
bougies dont elles étoient couvertes.
1
Mais plus que tout , la façade de l'Hôtel de
Ville attiroit les yeux de tout le monde ; chacun
couroit fur la Place qui eft au devant ,
pour admirer de près tant d'éclatans & d'ingenieux
ouvrages , dont Mrs les Echevins l'avoient
faite orner ; plufieurs s'écartoient enfuite dans
le Port , dans des batteaux , pour admirer le
fpectacle brillant que cette façade prefentot
de loin à la vûë .
A cette façade fuperbe , qui eft d'une Architecture
d'ordre Compofite , & fur l'Attique que
porte le grand balcon de marbre blanc , étoient
élevées entre les colonnes de marbre rouge
jaſpé , trois piramides de feu de 28 pieds de hauteur
fur une bafe de 16 de largeur , qui s'apuyoie
fur la balustrade du balcon .
Celle du milieu étoit terminée par un groupe
de Genies qui portoient un écuffon magnifique
aux Armes du Roy , dont les trophées & fupports
éto ent rehauffez d'or . Sur le fronton de
ce, pompeux édifice , on voyoit un foleil brillant
, qui s'élevoit hos de la corniche.
Les deux autres piramides de feu étoient terminées
chacune par un tmpan chargé d'un
groupe de Genies portant des banderolles,
Du fommet du timpan s'élevoit une Renommée
qui avoit fur la tête une Couronne de lys &
de laurier , tenant d'une main deux palmes , &
de l'autre une trompette dont elle fembloit
fonner pour annoncer la joye & l'allegreffe de
Maríeille.
Dans les entrecolonnemens des portiques
étoient élevées les piramides de lampions &
falots, fous des feftons formés par des lampions ,
étoient de magnifiques Cartouches dans des
bordures de palmes & de laurier dorez , dans
l'un
978 LE MERCURE
F'un defquels étoit peinte en camayeu la pro
meffe que Dieu fit à Salomon dans le Livre
roifiéme des Rois , fur la durée de fon Regne.
Dans un autre étoit ce diſtique :
Quot feftos, Lodoice, tibi domus excitat ignes ,
Tot tibi corda ardent , tot tibi corda micant.
Et dans un troifiéme cet autre diſtique
où Marfeille qui fut honnorée autrefois du
titre de Soeur de Rome , eft entendue par
Altera Roma :
Ridet humus , rider Zephiris fpirantibus ather,
It tota in plaufus altera Roma novos.
A chaque bout du Balcon on avoit placé deux
lions en relief qui foutenoient les Armes de la
Ville , & de la gueule defquels couloient deuxfontaines
de vin..
Sur le fuperbe Ecuffon de marbre blanc aux
Armes du Roy , chef d'oeuvre du fameux Puget
de Marfeille , étoit expofé le portrait de Sa
Majefté , fous un fuperbe dais de velours cra
moifi , orné de franges d'or , éclairé de luftress
& d'une infinité de bougies.
1
Tout le monde étoit ainfi ravi , lorfque les
Citadelles , les Forts , & les Galeres ayant faic
leur décharges du canon , on vit s'élever de la
proue de chaque Galere une quantité prodigicufe
de gerbes & de fufées qui partirent tou
tes à la foist
L'Hôtel de M. le Bailly de Langeron étoit alors
illuminé d'une maniere finguliere , l'illuminations
du jardin qui eft fur le derriere , & qu'on découvroitdu
grand Portail de la Cour à travers les appartemens,
furprenoit d'abord les yeux. On voioit
au bout de ce jardin deux piramides de feu
de:
D'OCTOBRE. 179
de plus de trente pieds de hauteur , aux côtés
d'un grand portique terminé par un foleil brillant
, qui portoit dans un lointain où paroiffoit
fous des grands arbres une efpece de cafcade
de flammes tous les berceaux , terraffes , portiques
, arcades , compartiments de gazons ,
bordures de baffins , & tout ce qui figuroit dans
ce jardin , étoit marqué par des lampions.
Sous la Terraffe il y avoit de grands buffets
à divers gradins , garnis de toutes fortes de
vins & de liqueurs , dont les Officiers de ce
Commandant s'empreffoient de prefenter à tour
le monde. Les portes furent ouvertes pendant
toute la nuit on y fervit cinq tables d'une
delicateffe & d'une fumptuofité furprenante . La
fanté du Roy , qu'on eut l'honneur d'y boire,
fut accompagnée du bruit de 200 boètes & des
eris de Vive le Roy. Il y avoit Bal cependant
dans tous les appartemens- ; jamais on n'a vu
plus de joye & plus de magnificence. Cette
fuperbe fête ne fut terminée que le lendemain
à cinq heures du matin.
L'Hôtel de M. le Marquis de Pilles , Gou--
verneur Viguier de Marfeille , étoit auffi parfaitement
bien illuminé ; il y fit allumer au
devant un très beau feu , & jetter quantité de
fufées , deux. fontaines de vin exquis couloient
abondamment pour le peuple , il y eut un très
magnifique fouper , il fir diftribuer beaucoupd'argent
aux pauvres , & donna toutes les marques
poffibles de l'attachement & du zele qu'il
a toujours cu pour tout ce qui regarde Sat
Majefte.
M. de Vaucreffon Intendant des Galeres ,
regala ce même foir avec magnificence: les
principaux Officiers de cet illuftre Corps , dans
la maifon du Roy , qu'il avoit fait illuminer
d'une maniere admirable , aufli bien que tout
Arcenal
180 LE MERCURE
l'Arcenal. M. De Barras Commandant des Galeres
, avoit commencé le matin par un feſtin
qu'il donna dans fon Hôtel .
Chaque Citoyen dans fa maifon marquoit la
joye qu'il faifoit paroître au dehors. On voyoit
à l'éclat de celles de chacun de Mrs les Echevins
, par les grands feux qui brûloient devant ,
& aux aumônes qu'on y diftribua , l'ardeur de
ces zelés Magiftrats , qui ont fi genereufement
expofé leur vie pour la confervation de la Patrie
, & qui font toujours prêts de s'immoler
pour le fervice & pour la gloire du Roy.
Le Batiment des Infirmeries , dont l'aspect
a été fi long tempssaffreux , charmoit d'autant
plus tout le monde par l'illumination qui y
brilloit , & par le bruit des boêtes qu'on y
tiroit , que l'on jugeoit de là qu'il n'y reftoit
plus aucune idée du mal pafié , & que la fanté
y étant parfaite , rien ne détournoit les Officiers
de prendre part à la joye publique,
Fermer
491
p. 73
« MAGIE NATURELLE de J. B. Porta, par Meysonnier, vol. in 12. chez. Collombat [...] »
Début :
MAGIE NATURELLE de J. B. Porta, par Meysonnier, vol. in 12. chez. Collombat [...]
Mots clefs :
Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MAGIE NATURELLE de J. B. Porta, par Meysonnier, vol. in 12. chez. Collombat [...] »
MAGIE NATURELLE de J. B. Porta ,
par Meyfonnier , vol . in 12. chez.Collombat
, ruë faint Jacques.
La Maiſon reglée , & l'art de la bien
diriger , chez le même.
Meditation Chretienne & Metaphyſique
du P. Malebranche , vol . in 12. idem.
Remedes faciles & domeftiques , recueillis
par Madame Fouquet, derniere Edition,
aug. 2. vol. in 12. idem.
.LA Cantate fur le rétabliſſement de la
fanté du Roy , miſe en Mufique par M.
Clerambaut , paroît depuis quelques jours ;
on la vend chez l'Auteur , rue du Four ,
Fauxbourg faint Germain , & à la Regle
d'or , ruë faint Honnoré , chez Foucault .
Cette Mufique n'eft nullement inferieure
à celle des autres Cantates de cet illuftre
Auteur.
par Meyfonnier , vol . in 12. chez.Collombat
, ruë faint Jacques.
La Maiſon reglée , & l'art de la bien
diriger , chez le même.
Meditation Chretienne & Metaphyſique
du P. Malebranche , vol . in 12. idem.
Remedes faciles & domeftiques , recueillis
par Madame Fouquet, derniere Edition,
aug. 2. vol. in 12. idem.
.LA Cantate fur le rétabliſſement de la
fanté du Roy , miſe en Mufique par M.
Clerambaut , paroît depuis quelques jours ;
on la vend chez l'Auteur , rue du Four ,
Fauxbourg faint Germain , & à la Regle
d'or , ruë faint Honnoré , chez Foucault .
Cette Mufique n'eft nullement inferieure
à celle des autres Cantates de cet illuftre
Auteur.
Fermer
493
p. 18-26
Discours prononcé le 30 Janvier dernier.
Début :
Le P. de la Sante Jesuite, l'un des Professeurs de Rhetorique du College de [...]
Mots clefs :
Roi, Amour, Orateur, Gloire, Zèle, Louis, Rois, Discours, Héros, Princes, Affection, Ancêtres, Convalescence, Collège de Louis le Grand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcé le 30 Janvier dernier.
Difcours prononcé le 30 Fanvier dernier,
E P. de la Sante Jefuite , l'un des Pro-:
feffeurs de Rhetorique du College de
Louis le Grand , prononça un Difcours
Latin qui fut univerfellement applaudi.
Les Cardinaux de Biffy , du Bois , de Po
lignac , plufieurs Prelats , & autres perfonnes
de diftinction y affifterent . Le fujet
étoit l'amour que les François ont toujours
eu pour leurs Rois , &les prenves éclatan……
tes qu'ils en ont données l'année derniere .
L'Orateur l'a traité avec cette éloquence
qu'il fit paroître il y a deux ans , en celebrant
les trois Academies Royales établies
DE MARS 1722. 19
blies à Paris. L'Exorde étoit appuyé fur
les belles paroles du Teftament de François
premier , que le peuple de France eſt le
meilleur de tous les peuples , & merite
d'autant plus l'affection de fes Rois ,
qu'il leur eft plus inviolablement attaché.
L'Orateur avance que les tems n'ont fait
que donner de l'éclat à cette verité , & il
le prouve avec fuccès par la joye univerfelle
qui parut à la convalefcence du Roy.
I failit cet endroit avec avantage , & ilen
tire même la divifion , en faisant fentir
que l'amour des François pour leur Roy
n'ajamais été plus marqué & mieux fondé
que l'année derniere ; ainſi ſon ſujet réunit
heureufement la gloire de la Nation & la
gloire du Prince.
Puifque les Rois , dit l'Auteur , font
les plus vives images de Dieu fur la terre ,
ils meritent les hommages de notre coeur.
Cet amour est toujours le même dans fon
principe; mais il paroît different felon les
differens objets qu'on lui prefente. Il eſt
plein d'une inquietude agiffante , lor(que
la vie des Rois eft en danger ; & d'une
noble & genereufe émulation , quand il i
s'agit de leur gloire. Ces deux reflexions /
partagent la premiere partie du difcours ,:
& donnent carriere à l'imagination de
l'Auteur , qui peint d'une maniere également
vive & touchante , la trifte fituation
des
}
20 LE MERCURE :
des François , leur larmes , leurs voeux ,
& les divers moyens qu'inventa leur amour
pour foulager & fauver le Roy.
pour
Cet endroit prouve notre zele avec
éclat , mais il ne nous affure pas la victoire:
fur nos predeceffeurs. L'Orateur le comprend
, & plein de la bonté de fa cauſe ,
il fe jette dans les tems les plus reculez
de l'hiftoire de France ; il fe mesure aveci
nos ancêtres , il ne diffimule rien , il expoſe
les faits les plus éclatans de leur amour
le falut des Rois . Tantôt c'eft la
jeune Nobleffe qui paroît fur la Scene ,
& qui dans la bataille de Bouvines court.
au devant de Philippe Augufte , renversé
de fon cheval , & forme de fon corps un!
bouclier au Roy contre les traits qui pleuvoient
de toutes parts ; tantôt c'eſt une
troupe de François , qui à travers une
grefle de fleches va delivrer Saint Louis :
arrivant à Damiete , que fon intrepidité
avoit également expofé à la fureur des
flots & aux coups des Sarrafins : tantôt
c'est l'amour même qui devient induſtrieux
à Fornoue , & qui fe couvre d'habits ſemblables
à ceux de Charles VIII . pour rece- :
voir les coups que la conjuration des en- :
nemis preparoit à ce Prince.
3
L'Orateur convient que les traits font
éclatans , mais ils ne font pas les feuls qui
prouvent l'amour , il faut en juger par le .
fentiment
DE MARS 1722 . 21
fentiment , & non par les effets exterieurs :
nos ancêtres ont été jufqu'ici plus heureux
que nous , mais autant qu'ils l'emportent
par l'occafion , autant nous l'emportons
du côté de l'affection . Notre douleur étoit
d'autant plus vive , que la maladie du Roy
étoit un ennemi caché qui échapoit à notre
valeur. Pour y fuppléer , l'Orateur imagine
des ennemis terribles , des obſtacles pref
que invincibles à furmonter. Bien feur
d'une réponſe qui ne peut que lui être favorable
, il interroge fes auditeurs ; il en
appelle à leur zele dans une occafion où
le falut du Roy ſeroit à ce prix , & auffitôt
il entend fremir de toutes parts l'ardeur
& le courage.
Cette tranfition conduit fans effort l'ef
prit à la feconde reflexion qui regarde le
zele de la Nation Françoiſe pour la gloire
de fon Roy. Excité par l'avantage qu'il
vient de remporter fur nos ancêtres ; il
fe hâte de les appeller à un nouveau combat.
Avec la fincerité ordinaire , il celebre
la noble ardeur des premiers François
qui les a rendu prodigues de leurs biens ,
de leur liberté & de leur fang , pour étendre
la gloire de Clovis & de Charlemagne
par les conquêtes , ou pour rétablir celle
de Saint Louis & de François premier.
» Ce zele , dit-il , a fait des efpeces de mi-
» racles , & a transformé en heros des ames
1. Vol. B naturellement
22 LE MERCURE
» naturellement lâches & timides. Quel
و ر
"
» exemple ne nous en fournit pas l'illuftre
Jeanne d'Arcq , cette jeune perfonne qui
» lous l'habit d'une femme avoit le courage
d'un homme , la valeur d'un fol
dat , la prudence d'un General ; plus
» genereuſe qu'une Amazone , plus terri-
» ble qu'un Heros , elle prend une épée
» de la main dont elle rouloit le fufeau ,
le cafque pour coëffure , l'étendart au
» lieu de fa houlette , elle marche prefque
» feule contre les Anglois , leur arrache
» la victoire , rétablit Charles VII. fur le .
" thrône , & releve avec éclat fa gloire
» opprimée. Cet endroit a toute fa beauté
dans le tour latin , & doit effrayer l'Orateur
pour la caufe : auffi s'en apperçoit- il
bien- tôt . » Où m'emporte , dit - il, le ſpecta-
» cle d'une agreable image , les miracles
» d'amour & de zele ne fe tournent- ils
» aujourd'hui contre moy... Non, illuftres
» Auditeurs , leur comparaifon ne fait que
» donner de l'éclat à mon fujet , je le dis ,
pas
avec d'autant plus de confiance , que vo-
» tre amour pour la gloire du Roy n'a paru
» ni moins genereux ni moins prodigue
» dans le temps de fa convalefcence.
"
Ici l'Orateur fait une ingenieufe defcription
de la vive joie que reffentit la
France lors que le Ciel rendit le Roy à fes
voeux & à fes larmes , des differens fpecta
cles ,
DE MARS 1722. 23
cles , des liberalités , des feftins , du doux
fon des inftruments qui rendoit infenfible
à tout autre bruit , des feux d'artifices qui
fembloient multiplier les aftres & rendre
la nuit femblable au jour , de la noble
émulation qui regnoit parmi tous les Corps
du Royaume ; l'amour rendant hardi les
plus petits , jufqu'à difputer d'affection
avec les plus grands , & à porter julques
aux pieds du Thrône leur allegreffe , leur
felicitation & leurs pretens , l'amour prévenant
l'âge le plus tendre & le rendant
plus fenfible au bonheur & à la gloire de
la France , comme il parut à la magnifique
fête que donnerent les Penfionnaires du
College de Louis le Grand , & qui fit
preffentir ce qu'on doit un jour attendre
du zele de cette jeune Nobleffe pour la
gloire du Roy. Et afin de remporter une
victoire complette , l'Auteur ajoute que
fans vouloir donner atteinte au zele de nos
Ancêtres , on doit convenir qu'il pouvoit
être quelquefois foupçonné d'interêt , d'ef
poir , de retour , de vanité , felon la differente
fituation où fe trouvoient les affaires
du Roy & de l'Etat ; qu'il étoit même.
quelquefois forcé & ordonné par des Arrêts
fuperieurs , au lieu que celui ci étant.
libre & defintereffé , ne devoit fa naiffance
& les progrès qu'au feul amour des peuples
pour la gloire & la perfonne du Roy ,
Bij
&
24 LE MERCURE
& meritoit par confequent d'avoir l'avan
tage pardeffus tous les autres.
L'ordre amene naturellement la feconde
partie où l'Auteur juftifie parfaitement
l'ardeur & l'amour François pour l'excellence
du jeune Heros fur lequel il s'eſt
exercé , elle eft prife des qualités perfonnelles
& du merite de ceux qui les ont cultivées.
L'Orateur fait d'abord remarquer
que le Ciel pour confoler la France a
raffemblé dans le refte precieux de tant de
Heros les éminentes vertus qu'ils poffedoient
, & que dans fa maladie il a donné
des marques éclatantes de la pieté de fon
Pere , de la douleur de fon Ayeul , & de
la magnanimité de fon Bifayeul. Cet endroit
lui donne occafion de faire un portrait
achevé de ces trois grands Princes.
» Dans le premier , dit- il , on auroit trouvé
le modele des Rois , un Pere dans un
» Maître , un Protecteur dans un Prince ;
» mais , lors que nous le croyons meur
»pour le Thrône , Dieu l'a trouvé meur
» pour le Ciel ; nous l'avons invoqué ,
» lors que nous l'avons perdu , & nous ne
»nous fommes confolés que par l'efperance
» d'avoir pour protecteur dans le Ciel
» celui qui auroit été notre pere fur la terre.
La popularité du Roy comparée à celle de
fon Ayeul , a les rapports les plus juftes ,
& eft décrite avec beaucoup d'aménité ;
>
mais
DE MAR S 1722%
25
mais on ne fçauroit affés admirer la force
& l'intrepidité que le Roy puifa au lit
de Louis XIV. mourant , & qui ont rendu
le jeune Heros fuperieur à Alexandre frappé
du coup mortel . Les beautés de cet
endroit dépendent en partie du tour & du
génie de la Langue Latine , & ne peuvent
que perdre à la traduction .
L'Orateur commence à traiter l'éduca
tion du Roy par une espece de paradoxe
que fon éloquence rend neanmoins vrai
femblable ; il prétend que les Princes font
plus fufceptibles d'une belle éducation
lors qu'ils font déja Rois , que lors qu'ils
ne font encore que Princes Particuliers
parce que leur dignité rend les Maîtres
plus attentifs à corriger leurs defauts & à
fortifier leur vertus naiffantes ; mais la
docilité de Louis XV, & fon application
à fes devoirs particuliers parmi tant de
fujets de diftraction , ont fans doute fait
difparoître à fes yeux les folides objections
qu'on auroit pû former , & les exemples
éclatans de Louis XII , d'Henry IV , & de
plufieurs autres grands Princes qui ont
été élevés à la Royauté dans un âge avancé.
Après que l'Orateur a fait remarquer
dans le Roy la naiffance de toutes les
vertus dont l'éclat s'eft déja répandu audelà
de l'Europe , & a infpiré au Fils aîné
de l'Empereur Ottoman , le defir de venir
B iij
les
26 LE MERCURE
les voir & les admirer de près ; 11 fait
l'éloge des excellens Maîtres & des Princes
qui ont contribué à l'éducation du
Roy ; cet endroit eft touché avec beaucoup
de delicateffe . On faifit parfaitement
le caractere de tous ces grands hommes, &
parmi tant d'autres qualitez on voit pa
roître tour à tour la douceur & la modeftie
de M. l'ancien Evêque de Frejus ;
le zele & la fageffe de M. le Maréchal de
Villeroy ; la tendreffe & l'affection de
Madame la Ducheffe de Ventadour ; la
droiture d'efprit & la grandeur d'ame de
M. le Duc ; la fageffe profonde de Mgr.
le Regent , qui femblable à Philippe II,
Roy d'Espagne , gouverne l'Europe de fon
cbinet , & dont les deffeins n'éclatent que
par les tuccès. Le Difcours finit par des
vaux pour la profperité du koy , & par
des felicitations communes à la France &
à P'Efpagne , pour les prefens mutuels des
Princeffes que les deux Nations fe font
fats , & qui doivent avec d'autant plus
de fondement attendre leur bonheur de
P'union de quatre Bourbons , qu'un feul
eft capable de rendre à la fois plufieurs
peuples heureux . Nous nous fommes un
peu étendus fur ce fu et pour uppléer à
un difcours fi intereffant que la modeftié
de l'Auteur dérobé au Public.
E P. de la Sante Jefuite , l'un des Pro-:
feffeurs de Rhetorique du College de
Louis le Grand , prononça un Difcours
Latin qui fut univerfellement applaudi.
Les Cardinaux de Biffy , du Bois , de Po
lignac , plufieurs Prelats , & autres perfonnes
de diftinction y affifterent . Le fujet
étoit l'amour que les François ont toujours
eu pour leurs Rois , &les prenves éclatan……
tes qu'ils en ont données l'année derniere .
L'Orateur l'a traité avec cette éloquence
qu'il fit paroître il y a deux ans , en celebrant
les trois Academies Royales établies
DE MARS 1722. 19
blies à Paris. L'Exorde étoit appuyé fur
les belles paroles du Teftament de François
premier , que le peuple de France eſt le
meilleur de tous les peuples , & merite
d'autant plus l'affection de fes Rois ,
qu'il leur eft plus inviolablement attaché.
L'Orateur avance que les tems n'ont fait
que donner de l'éclat à cette verité , & il
le prouve avec fuccès par la joye univerfelle
qui parut à la convalefcence du Roy.
I failit cet endroit avec avantage , & ilen
tire même la divifion , en faisant fentir
que l'amour des François pour leur Roy
n'ajamais été plus marqué & mieux fondé
que l'année derniere ; ainſi ſon ſujet réunit
heureufement la gloire de la Nation & la
gloire du Prince.
Puifque les Rois , dit l'Auteur , font
les plus vives images de Dieu fur la terre ,
ils meritent les hommages de notre coeur.
Cet amour est toujours le même dans fon
principe; mais il paroît different felon les
differens objets qu'on lui prefente. Il eſt
plein d'une inquietude agiffante , lor(que
la vie des Rois eft en danger ; & d'une
noble & genereufe émulation , quand il i
s'agit de leur gloire. Ces deux reflexions /
partagent la premiere partie du difcours ,:
& donnent carriere à l'imagination de
l'Auteur , qui peint d'une maniere également
vive & touchante , la trifte fituation
des
}
20 LE MERCURE :
des François , leur larmes , leurs voeux ,
& les divers moyens qu'inventa leur amour
pour foulager & fauver le Roy.
pour
Cet endroit prouve notre zele avec
éclat , mais il ne nous affure pas la victoire:
fur nos predeceffeurs. L'Orateur le comprend
, & plein de la bonté de fa cauſe ,
il fe jette dans les tems les plus reculez
de l'hiftoire de France ; il fe mesure aveci
nos ancêtres , il ne diffimule rien , il expoſe
les faits les plus éclatans de leur amour
le falut des Rois . Tantôt c'eft la
jeune Nobleffe qui paroît fur la Scene ,
& qui dans la bataille de Bouvines court.
au devant de Philippe Augufte , renversé
de fon cheval , & forme de fon corps un!
bouclier au Roy contre les traits qui pleuvoient
de toutes parts ; tantôt c'eſt une
troupe de François , qui à travers une
grefle de fleches va delivrer Saint Louis :
arrivant à Damiete , que fon intrepidité
avoit également expofé à la fureur des
flots & aux coups des Sarrafins : tantôt
c'est l'amour même qui devient induſtrieux
à Fornoue , & qui fe couvre d'habits ſemblables
à ceux de Charles VIII . pour rece- :
voir les coups que la conjuration des en- :
nemis preparoit à ce Prince.
3
L'Orateur convient que les traits font
éclatans , mais ils ne font pas les feuls qui
prouvent l'amour , il faut en juger par le .
fentiment
DE MARS 1722 . 21
fentiment , & non par les effets exterieurs :
nos ancêtres ont été jufqu'ici plus heureux
que nous , mais autant qu'ils l'emportent
par l'occafion , autant nous l'emportons
du côté de l'affection . Notre douleur étoit
d'autant plus vive , que la maladie du Roy
étoit un ennemi caché qui échapoit à notre
valeur. Pour y fuppléer , l'Orateur imagine
des ennemis terribles , des obſtacles pref
que invincibles à furmonter. Bien feur
d'une réponſe qui ne peut que lui être favorable
, il interroge fes auditeurs ; il en
appelle à leur zele dans une occafion où
le falut du Roy ſeroit à ce prix , & auffitôt
il entend fremir de toutes parts l'ardeur
& le courage.
Cette tranfition conduit fans effort l'ef
prit à la feconde reflexion qui regarde le
zele de la Nation Françoiſe pour la gloire
de fon Roy. Excité par l'avantage qu'il
vient de remporter fur nos ancêtres ; il
fe hâte de les appeller à un nouveau combat.
Avec la fincerité ordinaire , il celebre
la noble ardeur des premiers François
qui les a rendu prodigues de leurs biens ,
de leur liberté & de leur fang , pour étendre
la gloire de Clovis & de Charlemagne
par les conquêtes , ou pour rétablir celle
de Saint Louis & de François premier.
» Ce zele , dit-il , a fait des efpeces de mi-
» racles , & a transformé en heros des ames
1. Vol. B naturellement
22 LE MERCURE
» naturellement lâches & timides. Quel
و ر
"
» exemple ne nous en fournit pas l'illuftre
Jeanne d'Arcq , cette jeune perfonne qui
» lous l'habit d'une femme avoit le courage
d'un homme , la valeur d'un fol
dat , la prudence d'un General ; plus
» genereuſe qu'une Amazone , plus terri-
» ble qu'un Heros , elle prend une épée
» de la main dont elle rouloit le fufeau ,
le cafque pour coëffure , l'étendart au
» lieu de fa houlette , elle marche prefque
» feule contre les Anglois , leur arrache
» la victoire , rétablit Charles VII. fur le .
" thrône , & releve avec éclat fa gloire
» opprimée. Cet endroit a toute fa beauté
dans le tour latin , & doit effrayer l'Orateur
pour la caufe : auffi s'en apperçoit- il
bien- tôt . » Où m'emporte , dit - il, le ſpecta-
» cle d'une agreable image , les miracles
» d'amour & de zele ne fe tournent- ils
» aujourd'hui contre moy... Non, illuftres
» Auditeurs , leur comparaifon ne fait que
» donner de l'éclat à mon fujet , je le dis ,
pas
avec d'autant plus de confiance , que vo-
» tre amour pour la gloire du Roy n'a paru
» ni moins genereux ni moins prodigue
» dans le temps de fa convalefcence.
"
Ici l'Orateur fait une ingenieufe defcription
de la vive joie que reffentit la
France lors que le Ciel rendit le Roy à fes
voeux & à fes larmes , des differens fpecta
cles ,
DE MARS 1722. 23
cles , des liberalités , des feftins , du doux
fon des inftruments qui rendoit infenfible
à tout autre bruit , des feux d'artifices qui
fembloient multiplier les aftres & rendre
la nuit femblable au jour , de la noble
émulation qui regnoit parmi tous les Corps
du Royaume ; l'amour rendant hardi les
plus petits , jufqu'à difputer d'affection
avec les plus grands , & à porter julques
aux pieds du Thrône leur allegreffe , leur
felicitation & leurs pretens , l'amour prévenant
l'âge le plus tendre & le rendant
plus fenfible au bonheur & à la gloire de
la France , comme il parut à la magnifique
fête que donnerent les Penfionnaires du
College de Louis le Grand , & qui fit
preffentir ce qu'on doit un jour attendre
du zele de cette jeune Nobleffe pour la
gloire du Roy. Et afin de remporter une
victoire complette , l'Auteur ajoute que
fans vouloir donner atteinte au zele de nos
Ancêtres , on doit convenir qu'il pouvoit
être quelquefois foupçonné d'interêt , d'ef
poir , de retour , de vanité , felon la differente
fituation où fe trouvoient les affaires
du Roy & de l'Etat ; qu'il étoit même.
quelquefois forcé & ordonné par des Arrêts
fuperieurs , au lieu que celui ci étant.
libre & defintereffé , ne devoit fa naiffance
& les progrès qu'au feul amour des peuples
pour la gloire & la perfonne du Roy ,
Bij
&
24 LE MERCURE
& meritoit par confequent d'avoir l'avan
tage pardeffus tous les autres.
L'ordre amene naturellement la feconde
partie où l'Auteur juftifie parfaitement
l'ardeur & l'amour François pour l'excellence
du jeune Heros fur lequel il s'eſt
exercé , elle eft prife des qualités perfonnelles
& du merite de ceux qui les ont cultivées.
L'Orateur fait d'abord remarquer
que le Ciel pour confoler la France a
raffemblé dans le refte precieux de tant de
Heros les éminentes vertus qu'ils poffedoient
, & que dans fa maladie il a donné
des marques éclatantes de la pieté de fon
Pere , de la douleur de fon Ayeul , & de
la magnanimité de fon Bifayeul. Cet endroit
lui donne occafion de faire un portrait
achevé de ces trois grands Princes.
» Dans le premier , dit- il , on auroit trouvé
le modele des Rois , un Pere dans un
» Maître , un Protecteur dans un Prince ;
» mais , lors que nous le croyons meur
»pour le Thrône , Dieu l'a trouvé meur
» pour le Ciel ; nous l'avons invoqué ,
» lors que nous l'avons perdu , & nous ne
»nous fommes confolés que par l'efperance
» d'avoir pour protecteur dans le Ciel
» celui qui auroit été notre pere fur la terre.
La popularité du Roy comparée à celle de
fon Ayeul , a les rapports les plus juftes ,
& eft décrite avec beaucoup d'aménité ;
>
mais
DE MAR S 1722%
25
mais on ne fçauroit affés admirer la force
& l'intrepidité que le Roy puifa au lit
de Louis XIV. mourant , & qui ont rendu
le jeune Heros fuperieur à Alexandre frappé
du coup mortel . Les beautés de cet
endroit dépendent en partie du tour & du
génie de la Langue Latine , & ne peuvent
que perdre à la traduction .
L'Orateur commence à traiter l'éduca
tion du Roy par une espece de paradoxe
que fon éloquence rend neanmoins vrai
femblable ; il prétend que les Princes font
plus fufceptibles d'une belle éducation
lors qu'ils font déja Rois , que lors qu'ils
ne font encore que Princes Particuliers
parce que leur dignité rend les Maîtres
plus attentifs à corriger leurs defauts & à
fortifier leur vertus naiffantes ; mais la
docilité de Louis XV, & fon application
à fes devoirs particuliers parmi tant de
fujets de diftraction , ont fans doute fait
difparoître à fes yeux les folides objections
qu'on auroit pû former , & les exemples
éclatans de Louis XII , d'Henry IV , & de
plufieurs autres grands Princes qui ont
été élevés à la Royauté dans un âge avancé.
Après que l'Orateur a fait remarquer
dans le Roy la naiffance de toutes les
vertus dont l'éclat s'eft déja répandu audelà
de l'Europe , & a infpiré au Fils aîné
de l'Empereur Ottoman , le defir de venir
B iij
les
26 LE MERCURE
les voir & les admirer de près ; 11 fait
l'éloge des excellens Maîtres & des Princes
qui ont contribué à l'éducation du
Roy ; cet endroit eft touché avec beaucoup
de delicateffe . On faifit parfaitement
le caractere de tous ces grands hommes, &
parmi tant d'autres qualitez on voit pa
roître tour à tour la douceur & la modeftie
de M. l'ancien Evêque de Frejus ;
le zele & la fageffe de M. le Maréchal de
Villeroy ; la tendreffe & l'affection de
Madame la Ducheffe de Ventadour ; la
droiture d'efprit & la grandeur d'ame de
M. le Duc ; la fageffe profonde de Mgr.
le Regent , qui femblable à Philippe II,
Roy d'Espagne , gouverne l'Europe de fon
cbinet , & dont les deffeins n'éclatent que
par les tuccès. Le Difcours finit par des
vaux pour la profperité du koy , & par
des felicitations communes à la France &
à P'Efpagne , pour les prefens mutuels des
Princeffes que les deux Nations fe font
fats , & qui doivent avec d'autant plus
de fondement attendre leur bonheur de
P'union de quatre Bourbons , qu'un feul
eft capable de rendre à la fois plufieurs
peuples heureux . Nous nous fommes un
peu étendus fur ce fu et pour uppléer à
un difcours fi intereffant que la modeftié
de l'Auteur dérobé au Public.
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494
p. 118-119
LA RELIGION, Ode.
Début :
Dans quels tenebreux precipices [...]
Mots clefs :
Vices
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texteReconnaissance textuelle : LA RELIGION, Ode.
LA RELIGION , Ode,
Dans quels tenebreux precipices
Les hommes font- ils engloutis
Helas!
D'AOUST 1722. 119
1
Helas ! les plus infames vices
Sont , ou confaerez , ou permis.
L'adultere , l'affreux inceſte ,
* L'homicide encore plus funeſte ,
Ont leurs Temples & leurs Autels .
De cette nuit ſi déplorable ,
Quelle lumiere ſecourable ,
Pourra retirer les mortels ? &c.
Dans quels tenebreux precipices
Les hommes font- ils engloutis
Helas!
D'AOUST 1722. 119
1
Helas ! les plus infames vices
Sont , ou confaerez , ou permis.
L'adultere , l'affreux inceſte ,
* L'homicide encore plus funeſte ,
Ont leurs Temples & leurs Autels .
De cette nuit ſi déplorable ,
Quelle lumiere ſecourable ,
Pourra retirer les mortels ? &c.
Fermer
495
p. 23-30
SUZANNE ACCUSÉE PAR LES VIE[I]LLARDS. Tableau de feu M. Coypel, Premier Peintre du Roy. POEME.
Début :
Quel spectacle étonnant se presente à mes yeux ! [...]
Mots clefs :
Suzanne, Yeux, Âme, Coeur, Tableau, Vieillards, Amour, Voix, Peuple, Main, Couleur, Voile, Outrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUZANNE ACCUSÉE PAR LES VIE[I]LLARDS. Tableau de feu M. Coypel, Premier Peintre du Roy. POEME.
SUZANNE ACCUSE'E
PAR LES VIELLARDS.
Tableau de feu M. Coypel , Premier
Peintre du Roy.
Q
POEME.
Uel ſpectacle étonnant ſepreſente àmes
yeux !
Suzanne & deux vieillards paroiſſent dans ces
lieux ,
Pouvons-nous de nos jours voir encore cette
hiſtoire ?
Ou pour en conſerver la tragique memoire ,
Dans ce Tableau trompeur par quel divia
pouvoir
Le peuple ſemble-t'il parler & ſe mouvoir ,
Tous ces objets diversn'occupent point de place,
La main dément les yeux , ce n'est qu'une
furface.
O! toi peintre ſçavant,ou celebre enchanteur
Qui fais vivre la toille& parler la couleur ,
Qui par l'art merveilleux , dont notre ame eſt
déçue ,
Peux rendre le paſſé preſent à nôtre vue ,
Et
24
LE MERCURE
Et qui pour en montrer les grands évenemens,
Levez le voile obſcur dont les couvre le temps ,
Coipel, qui par l'effet d'un muet dramatique
Peux faire entendre aux yeux un noble pathetique
,
Fais-moi part du beau feu qui guide ton pinceau
Pour donner à mes vers l'ame de ton tableau.
La ſageſſe toujours n'a pas ſa récompenſe ,
On accuſe ſouvent la plus pure innocence ,
L'eſprit fourbe & malin , les difcours ſeducteurs
En nous foibles mortels produiſent mille erreurs,
Suzanne raſſembloit mille vertus en elle ,
Et chacunla citoit des femmes le modelle ,
Un air vif & touchant , l'éclat de la beauté ,
N'en avoient point banni la rare chaſteté ,
Samodeſte pudeur arrêtoit la licence ,
Des feux dont ſes appas cauſoient la violence ;
Cependant deux vieillards follement amoureux
Oferent dans le bain lui parler de leurs feux ,
Et joignant à l'amour une forte menace ,
Ils crurent de ſon coeur enfin fondre la glace;
Mais la chaſte Suzanne à leur ardent tranſport
Prefera conſtamment la plus cruelle mort.
Quel est donc le deſtin d'une femme ſi ſage ?
C'eſt elle que l'on voit traitée avec outrage ,
C'eft
DE SEPTEMBRE 1722.
25
C'eſt elle dont on voit par un ſenſible affront
Lever infolemment le voile fur le front
,
, Objet infortuné de cent regards avides
Elle attend ſon arreſt de ces vieillards perfides .
Qui voulant ſe venger d'un trop juſte refus ,
Etouffent du remords les ſentimens confus ,
Le plus vindicatif à l'accuſer s'apprête ,
Et d'un air menaçant met la main ſur ſa tête ,
Vous qui m'avez remis la justice , & les loix
Peuple, ſoyez ,dit- il , attentif à ma voix .
Suzanne qui l'eur dit , Suzanne eſt infidelle.
Témoins infortunez nous dépoſons contre elle,
Au fond de ſon jardin dans un ſombre réduit ,
Pour venger ſon époux le Ciel nous a conduit ,
Un jeune homme en ſes bras , ſon ame déloyale
Ytrahiſſoit les droits de la foy conjugale!
Pour nous faifir de lui nous courons,mais envain,
Il ſçavoit mieux que nous les détours du jardin,
Il s'enfuit , & de loin ſon ardente jeune ſſe
Rioit du vain effort de la lente vieilleſſe ,
Elle ſeule a reſté , la loy preſcrit ſa mort ,
Nous l'amenons à vous , decidez de ſon ſort,
Je vous rends à regret un trop vrai témoignage,
Plût au Ciel que des yeux j'euffe perdu uſage ;
Mais helas ! ce ſecret n'eſt plus en mon pouvoir
B devant
26 LE MERCURE
Devant Dicu tous égards cedent au fier devoir ,
En proferant ces mots le tranſport qui l'agite
Le rend pâle & tremblant , il chancelle , il
heſite ,
Le trouble eſt ſur ſon front , & fon oeil enfoncé
Eſt preſque tout couvert d'un ſourcil heriffé ,
Sur ſon tein ſe répand un déluge de bile ,
Son fiel eſt tout entier ſur ſa face immobile ,
Son crime l'épouvante , on le voit en fremir ,
Et contre ſon remors tâcher de s'affermir.
L'autre vieillard ſanguin fent encore dans
ſon ame ,
Les reſtes mal éteints de ſa ſecrette flame.
Voyez comme Suzanne arrête en un moment ,
Les coups prémeditez de ſon reſſentiment ,
La vengeance & l'amour ſont peints ſur ſon
viſage ,
On doute qui des deux l'agitent davantage,
L'amour préſomtueux , ce fier tiran du coeur
Qui veut par tout regner paroît d'abord vains
queur ,
Mais la vengeance enfin ſe relevé plus forte ,
Et ſur ſon ennemi dans ce moment l'emporte ,
L'amour cede & confus de le voir outragé ,
Se joint à ſon effort , & veut être vengé.
Au recit des vieillards le peuple ſe partage;
Ec
DE SEPTEMBRE 1722. 27
Etdéja prévenu par ce faux témoignage ,
Chacun ſur ce ſujet parle diverſement ,
L'un fait voir le mépris , l'autre l'étonnement ,
Celui- là le dedain , celui - ci la triſteſſe ,
Dans fon fort malheureux cet autre s'intereſſe,
De ce côté la haine ,& la compaffion
De l'autre la colere & l'indignation ,
Une femme ajoûtant à l'oprobre l'outrage ,
A cette infortunée adreſſe ce langage:
Perfide , tu croyois pouvoir nous abufer ,
Et par un beau dehors toûjours nous impofer ,
Quela pure vertu ſur ſon viſage empreinte
Ycache adroitement l'artifice & la feinte
Ne tient- il qu'à couvrir d'un faux voile d'honneur
,
Les vices de l'eſprit , & les défauts du coeur ,
Hipocrite , & crois- tu que le beau nom de ſage
Ne ſe doit qu'au ſecret de ton libertinage ?
A ces mots le ſourcils'abaiſſant ſur ſes yeux ,
Elle l'infulte encor d'un regard dédaigneux ,
Ces mouvemens divers font un confus murmure
De haine , de douleur , de tendreſſe , d'injure
Mais les fons diſperſez s'uniſſent à la fois ,
On entend demander la mort à haute voix .
Bij
Celle
28 LE MERCURE
Celle que de Suzanne on reconnoît la mere ,
En partageant l'affront d'une fille ſi chere,
Reffent déja les coups qui doivent l'accabler
Y ſuccombe , & n'a pas la force de parler.
Dans le même moment Helcias auprès d'elle
Sent l'effet violent de l'amour paternelle ,
Et ne conſerve plus de raiſon , de vigueur
Que pour mieux reſſentir l'excès de fon mal
heur ,
Il voit de tous côtez l'horreur qui l'environne,
Etdans le deſeſpoir où ſon coeur s'abandonne ,
O Dieu , qui m'as , dit- il, fi long- temps conſervé
Pour le ſpectacle horrible ai-je été refervé ,
Pourquoi prolongeois- tu juſqu'à cette journée,
Demes jours languiſſans la trame infortunée ,
Eſt-ce ainſi qu'à l'abri de tes puiſſantes mains,
Tu promets de tenir les fideles humains ,
Tandis que l'injustice heureuſe & triomphante,
Tient ſous un joug affreux la vertu gemiſſante ,
Son geſte , ſa couleur , ſes ſanglots , ſes ſoupirs ,
Expriment vivement ſes mortels déplaiſirs ,
Il exerce ſur lui la rage qui l'anime ,
Et fa robe endevient la premiere victime ,
Il
DE SEPTEMBRE 2722 . 29
1
J
Il n'eſt point de milieu pour l'extrême douleur,
Ou c'eſt toute foibleſſe , ou c'eſt toute fureur.
Dans ce trouble Suzanne eſt ſeule ſans allar
mes ,
Et n'atache qu'au Ciel ſes yeux mouillez de
larmes ,
Vous qui futes toûjours mon aſſuré recours ,
Dit elle , Dieu puiſſant j'attends vôtre ſecours
Du plus caché des coeurs la ſecrette penſée
Par vos yeux penétrans eſt aisément percée ,
Vous voyez contre moi s'armer des impoſteurs ,
Je ne ſuis point coupable , & cependant je
meurs.
Tandis que ſon coeur ſeul acheve ſa priere ,
Et qu'elle livre à Dieu ſon ame toute entiere ,
Ses enfans qu'attendrit ſa gemiſſante voix ,
Pour embraffer leur mere accourent à la fois ,
Helas tendres enfans , un ſi doux témoignage,
Loinde la conſoler l'accable davantage,
Ah ! laiſſez la plutôt , profitez du bonheur
D'ignorer juſqu'on va l'excès de ſon malheur.
Tout prêt d'executer l'Arreſt de la justice ,
Le peuple impatient demande ſon ſuplice ,
Mais le Dieu d'Abraham l'appui des malheureur
Sçaura la délivrer de ce peril affreux ,
Biij Bien-tôt
30
LE MERCURE
Bien-tôt l'on entendra la voix de ſon prophete,
De ſes fecrets deſſeins le fidelle interprete ,
Confondre ces vieillards , & les faire expirer
Sous les coups qu'à Suzanne ils vouloient preparer.
Mais que dis je! où m'emporte un effort trop
rapide ,
Suivons fidellement les pas de nôtre guide ,
N'allons pas par les coups d'un indiſcret pinceau
Renfermer deux ſujets dans un même tableau.
Voilà ſçavant Coipel ce que nous repreſente ,
De ton muet tableau la peinture parlante ,
Chaque objet qu'on y voit eſt ſi bien imité
Qu'il diſpute le rang avec la verité.
Par des fons diftinguez la voix ſe fait entendre,
Ta docte main fait plus ,car elle oſe entres
prendre,
Par le deſfein corect , par la vive couleur
De découvrir à nud les ſentimens du coeur ,
Elle a pour ſuppléer au défaut du langage
La force d'attirer l'ame ſur le viſage .
PAR LES VIELLARDS.
Tableau de feu M. Coypel , Premier
Peintre du Roy.
Q
POEME.
Uel ſpectacle étonnant ſepreſente àmes
yeux !
Suzanne & deux vieillards paroiſſent dans ces
lieux ,
Pouvons-nous de nos jours voir encore cette
hiſtoire ?
Ou pour en conſerver la tragique memoire ,
Dans ce Tableau trompeur par quel divia
pouvoir
Le peuple ſemble-t'il parler & ſe mouvoir ,
Tous ces objets diversn'occupent point de place,
La main dément les yeux , ce n'est qu'une
furface.
O! toi peintre ſçavant,ou celebre enchanteur
Qui fais vivre la toille& parler la couleur ,
Qui par l'art merveilleux , dont notre ame eſt
déçue ,
Peux rendre le paſſé preſent à nôtre vue ,
Et
24
LE MERCURE
Et qui pour en montrer les grands évenemens,
Levez le voile obſcur dont les couvre le temps ,
Coipel, qui par l'effet d'un muet dramatique
Peux faire entendre aux yeux un noble pathetique
,
Fais-moi part du beau feu qui guide ton pinceau
Pour donner à mes vers l'ame de ton tableau.
La ſageſſe toujours n'a pas ſa récompenſe ,
On accuſe ſouvent la plus pure innocence ,
L'eſprit fourbe & malin , les difcours ſeducteurs
En nous foibles mortels produiſent mille erreurs,
Suzanne raſſembloit mille vertus en elle ,
Et chacunla citoit des femmes le modelle ,
Un air vif & touchant , l'éclat de la beauté ,
N'en avoient point banni la rare chaſteté ,
Samodeſte pudeur arrêtoit la licence ,
Des feux dont ſes appas cauſoient la violence ;
Cependant deux vieillards follement amoureux
Oferent dans le bain lui parler de leurs feux ,
Et joignant à l'amour une forte menace ,
Ils crurent de ſon coeur enfin fondre la glace;
Mais la chaſte Suzanne à leur ardent tranſport
Prefera conſtamment la plus cruelle mort.
Quel est donc le deſtin d'une femme ſi ſage ?
C'eſt elle que l'on voit traitée avec outrage ,
C'eft
DE SEPTEMBRE 1722.
25
C'eſt elle dont on voit par un ſenſible affront
Lever infolemment le voile fur le front
,
, Objet infortuné de cent regards avides
Elle attend ſon arreſt de ces vieillards perfides .
Qui voulant ſe venger d'un trop juſte refus ,
Etouffent du remords les ſentimens confus ,
Le plus vindicatif à l'accuſer s'apprête ,
Et d'un air menaçant met la main ſur ſa tête ,
Vous qui m'avez remis la justice , & les loix
Peuple, ſoyez ,dit- il , attentif à ma voix .
Suzanne qui l'eur dit , Suzanne eſt infidelle.
Témoins infortunez nous dépoſons contre elle,
Au fond de ſon jardin dans un ſombre réduit ,
Pour venger ſon époux le Ciel nous a conduit ,
Un jeune homme en ſes bras , ſon ame déloyale
Ytrahiſſoit les droits de la foy conjugale!
Pour nous faifir de lui nous courons,mais envain,
Il ſçavoit mieux que nous les détours du jardin,
Il s'enfuit , & de loin ſon ardente jeune ſſe
Rioit du vain effort de la lente vieilleſſe ,
Elle ſeule a reſté , la loy preſcrit ſa mort ,
Nous l'amenons à vous , decidez de ſon ſort,
Je vous rends à regret un trop vrai témoignage,
Plût au Ciel que des yeux j'euffe perdu uſage ;
Mais helas ! ce ſecret n'eſt plus en mon pouvoir
B devant
26 LE MERCURE
Devant Dicu tous égards cedent au fier devoir ,
En proferant ces mots le tranſport qui l'agite
Le rend pâle & tremblant , il chancelle , il
heſite ,
Le trouble eſt ſur ſon front , & fon oeil enfoncé
Eſt preſque tout couvert d'un ſourcil heriffé ,
Sur ſon tein ſe répand un déluge de bile ,
Son fiel eſt tout entier ſur ſa face immobile ,
Son crime l'épouvante , on le voit en fremir ,
Et contre ſon remors tâcher de s'affermir.
L'autre vieillard ſanguin fent encore dans
ſon ame ,
Les reſtes mal éteints de ſa ſecrette flame.
Voyez comme Suzanne arrête en un moment ,
Les coups prémeditez de ſon reſſentiment ,
La vengeance & l'amour ſont peints ſur ſon
viſage ,
On doute qui des deux l'agitent davantage,
L'amour préſomtueux , ce fier tiran du coeur
Qui veut par tout regner paroît d'abord vains
queur ,
Mais la vengeance enfin ſe relevé plus forte ,
Et ſur ſon ennemi dans ce moment l'emporte ,
L'amour cede & confus de le voir outragé ,
Se joint à ſon effort , & veut être vengé.
Au recit des vieillards le peuple ſe partage;
Ec
DE SEPTEMBRE 1722. 27
Etdéja prévenu par ce faux témoignage ,
Chacun ſur ce ſujet parle diverſement ,
L'un fait voir le mépris , l'autre l'étonnement ,
Celui- là le dedain , celui - ci la triſteſſe ,
Dans fon fort malheureux cet autre s'intereſſe,
De ce côté la haine ,& la compaffion
De l'autre la colere & l'indignation ,
Une femme ajoûtant à l'oprobre l'outrage ,
A cette infortunée adreſſe ce langage:
Perfide , tu croyois pouvoir nous abufer ,
Et par un beau dehors toûjours nous impofer ,
Quela pure vertu ſur ſon viſage empreinte
Ycache adroitement l'artifice & la feinte
Ne tient- il qu'à couvrir d'un faux voile d'honneur
,
Les vices de l'eſprit , & les défauts du coeur ,
Hipocrite , & crois- tu que le beau nom de ſage
Ne ſe doit qu'au ſecret de ton libertinage ?
A ces mots le ſourcils'abaiſſant ſur ſes yeux ,
Elle l'infulte encor d'un regard dédaigneux ,
Ces mouvemens divers font un confus murmure
De haine , de douleur , de tendreſſe , d'injure
Mais les fons diſperſez s'uniſſent à la fois ,
On entend demander la mort à haute voix .
Bij
Celle
28 LE MERCURE
Celle que de Suzanne on reconnoît la mere ,
En partageant l'affront d'une fille ſi chere,
Reffent déja les coups qui doivent l'accabler
Y ſuccombe , & n'a pas la force de parler.
Dans le même moment Helcias auprès d'elle
Sent l'effet violent de l'amour paternelle ,
Et ne conſerve plus de raiſon , de vigueur
Que pour mieux reſſentir l'excès de fon mal
heur ,
Il voit de tous côtez l'horreur qui l'environne,
Etdans le deſeſpoir où ſon coeur s'abandonne ,
O Dieu , qui m'as , dit- il, fi long- temps conſervé
Pour le ſpectacle horrible ai-je été refervé ,
Pourquoi prolongeois- tu juſqu'à cette journée,
Demes jours languiſſans la trame infortunée ,
Eſt-ce ainſi qu'à l'abri de tes puiſſantes mains,
Tu promets de tenir les fideles humains ,
Tandis que l'injustice heureuſe & triomphante,
Tient ſous un joug affreux la vertu gemiſſante ,
Son geſte , ſa couleur , ſes ſanglots , ſes ſoupirs ,
Expriment vivement ſes mortels déplaiſirs ,
Il exerce ſur lui la rage qui l'anime ,
Et fa robe endevient la premiere victime ,
Il
DE SEPTEMBRE 2722 . 29
1
J
Il n'eſt point de milieu pour l'extrême douleur,
Ou c'eſt toute foibleſſe , ou c'eſt toute fureur.
Dans ce trouble Suzanne eſt ſeule ſans allar
mes ,
Et n'atache qu'au Ciel ſes yeux mouillez de
larmes ,
Vous qui futes toûjours mon aſſuré recours ,
Dit elle , Dieu puiſſant j'attends vôtre ſecours
Du plus caché des coeurs la ſecrette penſée
Par vos yeux penétrans eſt aisément percée ,
Vous voyez contre moi s'armer des impoſteurs ,
Je ne ſuis point coupable , & cependant je
meurs.
Tandis que ſon coeur ſeul acheve ſa priere ,
Et qu'elle livre à Dieu ſon ame toute entiere ,
Ses enfans qu'attendrit ſa gemiſſante voix ,
Pour embraffer leur mere accourent à la fois ,
Helas tendres enfans , un ſi doux témoignage,
Loinde la conſoler l'accable davantage,
Ah ! laiſſez la plutôt , profitez du bonheur
D'ignorer juſqu'on va l'excès de ſon malheur.
Tout prêt d'executer l'Arreſt de la justice ,
Le peuple impatient demande ſon ſuplice ,
Mais le Dieu d'Abraham l'appui des malheureur
Sçaura la délivrer de ce peril affreux ,
Biij Bien-tôt
30
LE MERCURE
Bien-tôt l'on entendra la voix de ſon prophete,
De ſes fecrets deſſeins le fidelle interprete ,
Confondre ces vieillards , & les faire expirer
Sous les coups qu'à Suzanne ils vouloient preparer.
Mais que dis je! où m'emporte un effort trop
rapide ,
Suivons fidellement les pas de nôtre guide ,
N'allons pas par les coups d'un indiſcret pinceau
Renfermer deux ſujets dans un même tableau.
Voilà ſçavant Coipel ce que nous repreſente ,
De ton muet tableau la peinture parlante ,
Chaque objet qu'on y voit eſt ſi bien imité
Qu'il diſpute le rang avec la verité.
Par des fons diftinguez la voix ſe fait entendre,
Ta docte main fait plus ,car elle oſe entres
prendre,
Par le deſfein corect , par la vive couleur
De découvrir à nud les ſentimens du coeur ,
Elle a pour ſuppléer au défaut du langage
La force d'attirer l'ame ſur le viſage .
Fermer
496
p. 121-131
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence & de Poësie, presentées à l'Academie des Jeux Floraux pour les prix de l'année 1722.
Début :
L'abus de la Poësie, Poëme au Roi, qui a remporté le second prix. Par [...]
Mots clefs :
Prix, Héros, Jeux floraux, Clémence Isaure, Gloire, Amour, Poésie, Abus de la poésie, Vers, Minerve, Amour divin, Sciences et arts
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence & de Poësie, presentées à l'Academie des Jeux Floraux pour les prix de l'année 1722.
SUITE de l'extrait des Pieces d'Eloquence
& de Poësie , preſentées à
l'Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année 1722.
L'abus de la Poësie , Poëme au Roi ,
qui a remporté le ſecond prix. Par
l'Abbé de Pontbriand.
19
L'Auteur parie de la Poësie qui se trouve
dans les Livres Sacrez , & de l'effet
qu'elle produifoit für les hommes.
E
Lle leur inſpiroit un plaifir ſalutaire ,
Jamais fans les inftruire elle n'oſoit leur
plaire.
F Ses
122 LE MERCURE
Ses ſons harmonieux , ſes accens enchanteurs ,
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bientôt , helas ! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerer ſa ſageſle en folie.
En changeant de climat , elle changea de
moeurs ,
Et des incirconcis embraſſa les erreurs.
Homere pour donner du credit à ſes ſonges ,
La força d'embellir d'infipides menfonges ,
Avec Anacreon , elle but , el aima ,
De parricides traits Archiloque ( a ) l'arma .
Arépandre l'encens , par Pindare (b) formée ,
Elfe en vendit aux Grecs la flateuſe fumée.
O vous ! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard ſon viſage & ſon ſein
Et fon voile autrefois enlevé par Catule ,
Luy fût encore ravi par la main de Tibule.
Innocente pudeur , tes doigts n'ont point filé ,
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le leger ornement qui voltige autour d'elle ,
1
(a) Poëte Satyrique. Il fit des vers contreſon
beau- pere , qui s'en pendit de douleur.
(b) Pindare étoit fort intereſſé , il chantoit
aux Jeux olympiques les vainqueurs qui payoient
Ses flateries.
N'eft
DE SEPTEMBRE 1722. 123
N'eſt pour l'oeil indifcret qu'une amorce nou
velle,
Sans honte on oſe voir , ſans crainte elle ofe
offrir ,
Ce qu'un voile impuiſſant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que ſon art envenime ,
Mille fois l'innocence a ſervi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de ſes
charmes ;
Je n'y puis voir pour nous que des ſujets de
larmes ;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougirde ſes ſuccès.
O! vous qui la rendez complice de vos crimes ,
Quel fruit efperez -vous de vos coupables rimest
L'odieuſe beauté qui regne en vos écrits ,
Même en charmant nos coeurs , vous livre à
nos mépris.
MINERVE , Ode , à laquelle le prix
del'Eglogue a été adjugé. Par l'Abbe
de Prades .
Eureux , & Minerve ! ces Princes
H
Qui par toi reglent leurs defirs ,
Qui du bonheur de leurs Provinces ,
Fij Font
124
LE MERCURE
Font leur étude , & leur plaifir ,
En vain l'ambition ſoupire ,
La gloire d'étendre l'Empire ,
Cede au ſoin de le rendre heureux;
Là le Heros qu'on y contemple ,
Moins par les loix que par l'exemple ,
Forment des ſujets vertueux.
:
Mais qui pourroit te méconnoître ,
Sage Déeſſe des Guerriers ?
Tu formes mon Auguſte Maître ,
A cueillir d'immortels Lauriers .
Fais que les vertus heroïques ,
Des Rois ſages & pacifiques ,
Se réüniffent en lui ſeul ,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite ,
De ſon pere & de ſon ayeul .
L'AMOUR DIVIN , Ode , qui a
remporté le prix deſtiné au Diſcours ,
P
du même Auteur.
Uiffant Guide , fous taconduite,
S'avance un peuple fortuné , *
Les Ifraëlites. :
La
DE SEPTEMBRE 1722. 125
La mer le voit & prend la fuite ,
Le Jourdain recule , étonné.
Tantôt de mers couvrant la terre ,
Tantôt tirant l'eau de la pierre ,
Tu lui prêtes mille ſecours.
Arreſte , & demeure immobile ,
Soleil ; l'homme dit , & docile ,
Le Soleil arreſte ſon cours .
Mais quoi ! rappellez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits ,
L'aveugle voit , le ſourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empreſſent ,
Juifs & Gentils , tous reconnoiſſent
L'Empire de leur nouveau Roi.
C'eſt la verité triomphante ,
C'eſt la grace toute puiſſante ,
Amour qui leur donne la loi.
Où vole cette Pechereſſe ?
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Quel filence ! quelle triſteffe!
Fiij
Tout
126 LE MERCURE
Tout nous peint ſa vive douleur. '
Femmes , tes larmes t'ont lavéc
C'eſt ton amour qui t'a ſauvée ,
Ta gloire doit vivre à jamais.
Grand repentir ! grand facrifice !
De l'amour ſaint naît la justice ,
Mere & compagne de la paix , &c.
Premier Difcours fur ces paroles.
Rien n'affure davantage laſuperiorité d'une
nation ,que la culture des ſciences
des Arts.
L
Es armes n'ontjamais rien eu de plus
brillant que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs . Cependant oferai-je le dire ?
Ce ſuperbe vainqueur , élevé ſur ſon
char , chargé des dépoüilles de l'ennemi ,
& fuivi des Captifs enchaînez , me paroît
moins grand qu'un Tite-1 ive environné
d'admirateurs , qui venoient à Ro.
me des extrêmitez de la terre pour ne
voir dans la Capitale du monde, que fon
hiftorien.
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes eſt plus ébloüiffante ,
peut- être mêmeplus flateuſe que la gloire
des
DE SEPTEMBRE 1722. 127
des Lettres ; mais ſi celle-ci a moins d'é
clat , elle a fans doute plus de folidité ;
eſt plus legitime , plus indépendante, plus
rare , & plus durable.
Les Poëtes & les Orateurs ne doivent
leur réputation qu'à leur merite ; ils ne
P'ont pas acheté au prix du ſang des peuples.
Les Miniftres , les Generaux , le foldat
même a part aux lauriers du conquerant
, & ſouvent celui qui a l'honneur de
la victoire , n'eſt pas le plus digne de la
couronne. Ciceron né dans l'obscurité ,
perce le ſombre nuage qui l'enveloppe ,
ſe fait jour , & s'éleve rapidement au faîte
de la grandeur Romaine ; les Villes , les
Provinces , les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau , les Rois
même ſont ſes cliens . La memoire des
Heros perit bien-tôt , ſi les ſçavans ne la
confervent. Les ſçavans , dépoſitaires &
diſpenſateurs de l'immortalité , peuvent
immortaliſer leur nom , ſans le ſecours
du Heros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux , tous les fiecles ont eu des Guerriers
illuftres ; il n'y a eu que les Grecs ,
les Romains & les François ; il n'y a eu
que trois fiecles qui ayent donné des Poëtes
, & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans , & les Heros ſont des
Finj aftres
128 LE MERCURE
aſtres errans , qui après avoir brillé quelque
temps , & effrayé la terre , diſparoiflent
pour toûjours , & ne laiffent que le
ſouvenir d'un éclat paflager. Les ſcavans
font des aſtres qui éclairent le monde julques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle , nous harangue , nous inſtruit,
& nous charme ; Ciceron vit encore , &
L'ancienne Rome vit avec lui.
Dans l'éloge de Clemence Iſaure, prononcé
ſuivant l'uſage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm ,
Conſeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuſtre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deſſus des foibleſſes de
ſon ſexe , dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans ſon projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poësie , en un fiecle groffier
dans ſon goût & dans ſes moeurs ;
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les culriver. Clemence ſeule, projette
, ſuit , execute ; Richelieu aſſocie à
fon ouvrage des hommes éclairez , & capables
dele conduire. C'emence n'a point
de modele , & l' Academie Françoiſe eſt
formée ſur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence. LeDigne Academi
: cien
DE SEPTEMBRE 1722. 129
cien fait dire un peu après à Loüis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles- Lettres
, qu'ils avoient ſervi de modele à toutes
les Societez litteraires , & qu'ils of-
⚫ froient depuis quatre fiecles , des fleurs à
cüeillir aux éleves des Muſes .
1
Nous paſſons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en eft inftructive,
& très - capable de donner de l'émulation
. Oüy , Meſſieurs , pourſuit , M.
Delherm , les Poëtes peuvent comme
autrefois , aſpirer aux fleurs de Clemence,
par des vers conſacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attraic
des innocens plaiſirs ; mais il faut que
leurs vers naiſſent des ſons d'une Lyre
ſçavante , que leurs vers aſſujetis aux
loix d'une cadence auffi meſurée qu'harmonieuſe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe. Telle
eſt cette Poësie divine , que Polymnie
inſpire à ſes favoris , & à laquelle nous
destinons nos premieres couronnes .
Nous en avons encore pour vous , Poë
es , qui à la faveur d'une fiction inge .
nieuſe , chantez auſſi ſur la trompette
F heroïque
130
LE MERCURE
heroïque , la valeur & la ſageſſe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux ,
vous qui , élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureuſement imaginé , & fagement
ennobli , nous diſpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la ſageffe
, à l'aimer , à la ſuivre , genies fublimes
, venez ciieillir les fleurs que nous
vous refervons .
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
fes peines , ou par l'aveu fincere de ſes
plaiſirs : oüy , les divers mouvemens qui
le flatent, ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , ſans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente ſçait prêter à l'expreſſion des
ſentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Ainſi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , ſe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé ,&plus ſurde lui
plaire.
Les ſons du chalumeau ruftique , & de
la Muſette champêtre , ſont écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venit chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , ſi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
-
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours , & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le ſujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une ſuite
d'idées naturelles , juſtes & ſenſibles ; les
rendent avec préciſion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue &du ſtile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner , Meſſieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Loüis le
Grand ? Efperons que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , ſous le regne du digne fucceffeur
de Loüis le Grand ; ſon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toûjours frapé des traits dela
ſageſſe , il a montré que la connoiffance
&l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raiſon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneſſe.
& de Poësie , preſentées à
l'Academie des Jeux Floraux pour les
prix de l'année 1722.
L'abus de la Poësie , Poëme au Roi ,
qui a remporté le ſecond prix. Par
l'Abbé de Pontbriand.
19
L'Auteur parie de la Poësie qui se trouve
dans les Livres Sacrez , & de l'effet
qu'elle produifoit für les hommes.
E
Lle leur inſpiroit un plaifir ſalutaire ,
Jamais fans les inftruire elle n'oſoit leur
plaire.
F Ses
122 LE MERCURE
Ses ſons harmonieux , ſes accens enchanteurs ,
Ouvroient à la vertu le chemin de leurs coeurs.
Bientôt , helas ! bien-tôt la Grece & l'Italie
Virent dégenerer ſa ſageſle en folie.
En changeant de climat , elle changea de
moeurs ,
Et des incirconcis embraſſa les erreurs.
Homere pour donner du credit à ſes ſonges ,
La força d'embellir d'infipides menfonges ,
Avec Anacreon , elle but , el aima ,
De parricides traits Archiloque ( a ) l'arma .
Arépandre l'encens , par Pindare (b) formée ,
Elfe en vendit aux Grecs la flateuſe fumée.
O vous ! que Rome a vû renaître dans Lucain,
Vous couvrîtes de fard ſon viſage & ſon ſein
Et fon voile autrefois enlevé par Catule ,
Luy fût encore ravi par la main de Tibule.
Innocente pudeur , tes doigts n'ont point filé ,
La gaze dont en France elle a le corps voilé.
Le leger ornement qui voltige autour d'elle ,
1
(a) Poëte Satyrique. Il fit des vers contreſon
beau- pere , qui s'en pendit de douleur.
(b) Pindare étoit fort intereſſé , il chantoit
aux Jeux olympiques les vainqueurs qui payoient
Ses flateries.
N'eft
DE SEPTEMBRE 1722. 123
N'eſt pour l'oeil indifcret qu'une amorce nou
velle,
Sans honte on oſe voir , ſans crainte elle ofe
offrir ,
Ce qu'un voile impuiſſant affecte de couvrir.
Aux traits calomnieux que ſon art envenime ,
Mille fois l'innocence a ſervi de victime.
Qu'on ne nous vante plus le pouvoir de ſes
charmes ;
Je n'y puis voir pour nous que des ſujets de
larmes ;
Et coupable aujourd'hui des plus honteux excès,
Elle même elle doit rougirde ſes ſuccès.
O! vous qui la rendez complice de vos crimes ,
Quel fruit efperez -vous de vos coupables rimest
L'odieuſe beauté qui regne en vos écrits ,
Même en charmant nos coeurs , vous livre à
nos mépris.
MINERVE , Ode , à laquelle le prix
del'Eglogue a été adjugé. Par l'Abbe
de Prades .
Eureux , & Minerve ! ces Princes
H
Qui par toi reglent leurs defirs ,
Qui du bonheur de leurs Provinces ,
Fij Font
124
LE MERCURE
Font leur étude , & leur plaifir ,
En vain l'ambition ſoupire ,
La gloire d'étendre l'Empire ,
Cede au ſoin de le rendre heureux;
Là le Heros qu'on y contemple ,
Moins par les loix que par l'exemple ,
Forment des ſujets vertueux.
:
Mais qui pourroit te méconnoître ,
Sage Déeſſe des Guerriers ?
Tu formes mon Auguſte Maître ,
A cueillir d'immortels Lauriers .
Fais que les vertus heroïques ,
Des Rois ſages & pacifiques ,
Se réüniffent en lui ſeul ,
Et qu'envers lui le Ciel s'acquitte
De la gloire dûë au merite ,
De ſon pere & de ſon ayeul .
L'AMOUR DIVIN , Ode , qui a
remporté le prix deſtiné au Diſcours ,
P
du même Auteur.
Uiffant Guide , fous taconduite,
S'avance un peuple fortuné , *
Les Ifraëlites. :
La
DE SEPTEMBRE 1722. 125
La mer le voit & prend la fuite ,
Le Jourdain recule , étonné.
Tantôt de mers couvrant la terre ,
Tantôt tirant l'eau de la pierre ,
Tu lui prêtes mille ſecours.
Arreſte , & demeure immobile ,
Soleil ; l'homme dit , & docile ,
Le Soleil arreſte ſon cours .
Mais quoi ! rappellez à la vie ,
Les Morts racontent tes bienfaits ,
L'aveugle voit , le ſourd s'écrie
Qu'il entend parler les muets.
Déja les nations s'empreſſent ,
Juifs & Gentils , tous reconnoiſſent
L'Empire de leur nouveau Roi.
C'eſt la verité triomphante ,
C'eſt la grace toute puiſſante ,
Amour qui leur donne la loi.
Où vole cette Pechereſſe ?
Je la vois aux pieds du Sauveur.
Quel filence ! quelle triſteffe!
Fiij
Tout
126 LE MERCURE
Tout nous peint ſa vive douleur. '
Femmes , tes larmes t'ont lavéc
C'eſt ton amour qui t'a ſauvée ,
Ta gloire doit vivre à jamais.
Grand repentir ! grand facrifice !
De l'amour ſaint naît la justice ,
Mere & compagne de la paix , &c.
Premier Difcours fur ces paroles.
Rien n'affure davantage laſuperiorité d'une
nation ,que la culture des ſciences
des Arts.
L
Es armes n'ontjamais rien eu de plus
brillant que ces pompes triomphantes
, dont l'ancienne Rome honoroit les
vainqueurs . Cependant oferai-je le dire ?
Ce ſuperbe vainqueur , élevé ſur ſon
char , chargé des dépoüilles de l'ennemi ,
& fuivi des Captifs enchaînez , me paroît
moins grand qu'un Tite-1 ive environné
d'admirateurs , qui venoient à Ro.
me des extrêmitez de la terre pour ne
voir dans la Capitale du monde, que fon
hiftorien.
Accordons au préjugé vulgaire que la
gloire des armes eſt plus ébloüiffante ,
peut- être mêmeplus flateuſe que la gloire
des
DE SEPTEMBRE 1722. 127
des Lettres ; mais ſi celle-ci a moins d'é
clat , elle a fans doute plus de folidité ;
eſt plus legitime , plus indépendante, plus
rare , & plus durable.
Les Poëtes & les Orateurs ne doivent
leur réputation qu'à leur merite ; ils ne
P'ont pas acheté au prix du ſang des peuples.
Les Miniftres , les Generaux , le foldat
même a part aux lauriers du conquerant
, & ſouvent celui qui a l'honneur de
la victoire , n'eſt pas le plus digne de la
couronne. Ciceron né dans l'obscurité ,
perce le ſombre nuage qui l'enveloppe ,
ſe fait jour , & s'éleve rapidement au faîte
de la grandeur Romaine ; les Villes , les
Provinces , les Etats recherchent la protection
de cet homme nouveau , les Rois
même ſont ſes cliens . La memoire des
Heros perit bien-tôt , ſi les ſçavans ne la
confervent. Les ſçavans , dépoſitaires &
diſpenſateurs de l'immortalité , peuvent
immortaliſer leur nom , ſans le ſecours
du Heros.
Toutes les nations ont eu des Heros
fameux , tous les fiecles ont eu des Guerriers
illuftres ; il n'y a eu que les Grecs ,
les Romains & les François ; il n'y a eu
que trois fiecles qui ayent donné des Poëtes
, & des Orateurs dignes de l'immortalité.
Les conquerans , & les Heros ſont des
Finj aftres
128 LE MERCURE
aſtres errans , qui après avoir brillé quelque
temps , & effrayé la terre , diſparoiflent
pour toûjours , & ne laiffent que le
ſouvenir d'un éclat paflager. Les ſcavans
font des aſtres qui éclairent le monde julques
à la plus reculée antiquité. Ciceron
nous parle , nous harangue , nous inſtruit,
& nous charme ; Ciceron vit encore , &
L'ancienne Rome vit avec lui.
Dans l'éloge de Clemence Iſaure, prononcé
ſuivant l'uſage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm ,
Conſeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuſtre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deſſus des foibleſſes de
ſon ſexe , dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans ſon projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poësie , en un fiecle groffier
dans ſon goût & dans ſes moeurs ;
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les culriver. Clemence ſeule, projette
, ſuit , execute ; Richelieu aſſocie à
fon ouvrage des hommes éclairez , & capables
dele conduire. C'emence n'a point
de modele , & l' Academie Françoiſe eſt
formée ſur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence. LeDigne Academi
: cien
DE SEPTEMBRE 1722. 129
cien fait dire un peu après à Loüis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles- Lettres
, qu'ils avoient ſervi de modele à toutes
les Societez litteraires , & qu'ils of-
⚫ froient depuis quatre fiecles , des fleurs à
cüeillir aux éleves des Muſes .
1
Nous paſſons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en eft inftructive,
& très - capable de donner de l'émulation
. Oüy , Meſſieurs , pourſuit , M.
Delherm , les Poëtes peuvent comme
autrefois , aſpirer aux fleurs de Clemence,
par des vers conſacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attraic
des innocens plaiſirs ; mais il faut que
leurs vers naiſſent des ſons d'une Lyre
ſçavante , que leurs vers aſſujetis aux
loix d'une cadence auffi meſurée qu'harmonieuſe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe. Telle
eſt cette Poësie divine , que Polymnie
inſpire à ſes favoris , & à laquelle nous
destinons nos premieres couronnes .
Nous en avons encore pour vous , Poë
es , qui à la faveur d'une fiction inge .
nieuſe , chantez auſſi ſur la trompette
F heroïque
130
LE MERCURE
heroïque , la valeur & la ſageſſe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux ,
vous qui , élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureuſement imaginé , & fagement
ennobli , nous diſpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la ſageffe
, à l'aimer , à la ſuivre , genies fublimes
, venez ciieillir les fleurs que nous
vous refervons .
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
fes peines , ou par l'aveu fincere de ſes
plaiſirs : oüy , les divers mouvemens qui
le flatent, ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , ſans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente ſçait prêter à l'expreſſion des
ſentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Ainſi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , ſe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé ,&plus ſurde lui
plaire.
Les ſons du chalumeau ruftique , & de
la Muſette champêtre , ſont écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venit chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , ſi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
-
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours , & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le ſujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une ſuite
d'idées naturelles , juſtes & ſenſibles ; les
rendent avec préciſion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue &du ſtile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner , Meſſieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Loüis le
Grand ? Efperons que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , ſous le regne du digne fucceffeur
de Loüis le Grand ; ſon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toûjours frapé des traits dela
ſageſſe , il a montré que la connoiffance
&l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raiſon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneſſe.
Fermer
497
p. 84-85
PREMIERE ENIGME.
Début :
Né d'un pere adultere & pourtant legitime ; [...]
Mots clefs :
Miserere
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME
E' d'un pere adultere & pourtant legi
time ;
Fruit innocent d'un double crime”,
Fils à la fois d'un Berger & d'un Roy ,
Et conçu fous le fac & fous le Diadême ,
Mon pere en engendra grand nombre comme
moi ,
De fes enfans je fuis le cinquantiéme :
Tant d'enfans ne pouvoient être de même hu
meur ,
Mes
DE
DECEMBRE 1722
85
Mes freres la plupart ont un air d'allegreffe ,
Quelques-uns -même un air vainqueure
J'en ai fix comme moi vouez à la triſteſſe ,
Et toûjours plongez dans le deuil ,
On m'entend chaque jour gemir près du cer+
cueil :
Dans plus d'un Tribunal appailant la juſtice,
Je plaide bien , & pourtant fans éclat :
C'eft quand du criminel on m'a fait le fupplice
,
Que je deviens fon Avocat
E' d'un pere adultere & pourtant legi
time ;
Fruit innocent d'un double crime”,
Fils à la fois d'un Berger & d'un Roy ,
Et conçu fous le fac & fous le Diadême ,
Mon pere en engendra grand nombre comme
moi ,
De fes enfans je fuis le cinquantiéme :
Tant d'enfans ne pouvoient être de même hu
meur ,
Mes
DE
DECEMBRE 1722
85
Mes freres la plupart ont un air d'allegreffe ,
Quelques-uns -même un air vainqueure
J'en ai fix comme moi vouez à la triſteſſe ,
Et toûjours plongez dans le deuil ,
On m'entend chaque jour gemir près du cer+
cueil :
Dans plus d'un Tribunal appailant la juſtice,
Je plaide bien , & pourtant fans éclat :
C'eft quand du criminel on m'a fait le fupplice
,
Que je deviens fon Avocat
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498
p. 138-139
Italie.
Début :
Le 20. du mois passé le Pape tint un Consistoire, dans lequel S. S. proposa [...]
Mots clefs :
Abbé, Évêque, Cardinal, Pape, Consistoire, Évêché, Archevêché
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Italie.
Italie.
LE 2p. du mois pafle le Pape tint mt
Consistoire , dans lequel S. S. pro
posa l'Archevêché de Camhray pour l'Êvêque
de Laon ; le Cardinal Ottoboni ,
Protecteur des affaires de France, pro
posa l'Evêché d* Autun , pour l'Abbé de
Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire
de Besançon. il préconisa ensuite l'Evêque
de Nantes, Premier Aumônier de
feu Monsieur le Duc d'Orleans , pouf
l'Archevêché de Rouen j l'Evêque de
S. Papoul , pour .1'Eyêché de Mende ;
l'Abbé de Froulay , Comte de Lion , 8c
Aumônier du Roy , pour l'Evêché du;
Mans; l'Abbé Boucaud, pour l'Evêché
d'AIet i l'Abbé de Bussi.Rabutin , pour
celui de LuçonJ l'Evêque d'Alais , pour
l'Abbaye de Montebourg ; l'Abbé d'Harcourt
Beuvron, peur celle de Signi, 8c
l'Abbé d'Alegre , pour celle de Bourgueil.
A la fin du Consistoire , le Pape de
clara au Sacré College, qu'ayant fait
exami7
A N V I E R í7i4. 15,
examiner l'a'íFaire du Cardinal Alberoni,
. elle avoic donné un Bref pour fa déchar
ge. Le Cardinal Oli vieri rida lecture de
ce Bref, qui fut generalement approuve-
Le 16. de l'autre mois ie feu prit à
Milan, au Bureau de la Secretairerie de
la Guerre , lequel fut entierement con
sumé , ainsi que la íalle d'audience des
Ministres Etrangers , & quelques autres
appartenons du <Palais Ducal. Trois
hommes ont peri dans cet incendie r 8c
plusieursautres períonnesont étébleííées.
la Comtesse de Colloredo fut contrainte
de se sauver chez laPrincelIè Triv,ulce,
avec ses pierreries, & tout ce qu'elle
.avoit de plus précieux.
L'Ambassadeur de Venise , M. Pierre
.Capello fit íòn entrée publique à Rome
.1e 28. du mois passé , accompagné de plus
de cent carosses. Le Cardinal Ottoboni
;le conduisit à l'audience du Pape ayec
les ceremonies accoutumées.
Le jour de Noël le Pape fit la ceremo
nie ordinaire de benir l'Estoc & l'Epée
que les Pontifes ont coutume d'envoyer
au x Princes qui font la guerre contre les
infideles.
LE 2p. du mois pafle le Pape tint mt
Consistoire , dans lequel S. S. pro
posa l'Archevêché de Camhray pour l'Êvêque
de Laon ; le Cardinal Ottoboni ,
Protecteur des affaires de France, pro
posa l'Evêché d* Autun , pour l'Abbé de
Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire
de Besançon. il préconisa ensuite l'Evêque
de Nantes, Premier Aumônier de
feu Monsieur le Duc d'Orleans , pouf
l'Archevêché de Rouen j l'Evêque de
S. Papoul , pour .1'Eyêché de Mende ;
l'Abbé de Froulay , Comte de Lion , 8c
Aumônier du Roy , pour l'Evêché du;
Mans; l'Abbé Boucaud, pour l'Evêché
d'AIet i l'Abbé de Bussi.Rabutin , pour
celui de LuçonJ l'Evêque d'Alais , pour
l'Abbaye de Montebourg ; l'Abbé d'Harcourt
Beuvron, peur celle de Signi, 8c
l'Abbé d'Alegre , pour celle de Bourgueil.
A la fin du Consistoire , le Pape de
clara au Sacré College, qu'ayant fait
exami7
A N V I E R í7i4. 15,
examiner l'a'íFaire du Cardinal Alberoni,
. elle avoic donné un Bref pour fa déchar
ge. Le Cardinal Oli vieri rida lecture de
ce Bref, qui fut generalement approuve-
Le 16. de l'autre mois ie feu prit à
Milan, au Bureau de la Secretairerie de
la Guerre , lequel fut entierement con
sumé , ainsi que la íalle d'audience des
Ministres Etrangers , & quelques autres
appartenons du <Palais Ducal. Trois
hommes ont peri dans cet incendie r 8c
plusieursautres períonnesont étébleííées.
la Comtesse de Colloredo fut contrainte
de se sauver chez laPrincelIè Triv,ulce,
avec ses pierreries, & tout ce qu'elle
.avoit de plus précieux.
L'Ambassadeur de Venise , M. Pierre
.Capello fit íòn entrée publique à Rome
.1e 28. du mois passé , accompagné de plus
de cent carosses. Le Cardinal Ottoboni
;le conduisit à l'audience du Pape ayec
les ceremonies accoutumées.
Le jour de Noël le Pape fit la ceremo
nie ordinaire de benir l'Estoc & l'Epée
que les Pontifes ont coutume d'envoyer
au x Princes qui font la guerre contre les
infideles.
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Résumé : Italie.
En Italie, le 2 du mois, le Pape organisa un consistoire au cours duquel plusieurs nominations ecclésiastiques furent proposées. Le Cardinal Ottoboni suggéra l'Évêché d'Autun pour l'Abbé de Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire de Besançon. D'autres nominations inclurent l'Archevêché de Rouen pour l'Évêque de Nantes et l'Évêché de Mende pour l'Évêque de S. Papoul, ainsi que plusieurs autres postes en France. Le Pape annonça également qu'il avait examiné l'affaire du Cardinal Alberoni et émis un bref pour sa décharge, approuvé par le Cardinal Olivieri. Le 16 du mois suivant, un incendie à Milan détruisit le Bureau de la Secretairerie de la Guerre et d'autres parties du Palais Ducal, causant trois morts et plusieurs blessés. La Comtesse de Colloredo dut se réfugier chez la Princesse Trivulce. Le 28 du mois précédent, l'Ambassadeur de Venise, M. Pierre Capello, fit une entrée publique à Rome, accompagné de plus de cent carrosses et conduit à l'audience du Pape par le Cardinal Ottoboni. Le jour de Noël, le Pape bénit l'Estoc et l'Épée destinés aux Princes combattant les infidèles.
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499
p. 144-147
« Le 5. Janvier Monsieur le Duc d'Orleans alla voir Madame la Duchesse [...] »
Début :
Le 5. Janvier Monsieur le Duc d'Orleans alla voir Madame la Duchesse [...]
Mots clefs :
Duc, Cour, Voleurs, Assassiner, Arrêter, Abbaye royale des dames religieuses de Poissy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 5. Janvier Monsieur le Duc d'Orleans alla voir Madame la Duchesse [...] »
L E j. Janvier Monsieur le Duc d'Or*
leans alla voir Madame la Ducheííe
d'Orleans , (à mere , à la Aíagdelaine
de Trenel. Cette Princesse y restera jus*
qu'au lendemain de la ceremonie qui íè
fera à S. Denis pour les obíèques de feu
S. A. R.
M. Charron , Gentilhomme ordinaire
a fait preíènt à S. M. de plusieurs Arcs ,
Flèches & Carquois , venus de Tur
quie , avec lesquels le Roy s'ererc&íòuvent
avec les Princes & Seigneurs de fa
Cour , à tirer au blanc dans la grande
Gallerie du Château de Versailles, Sa
Majesté récompeníé de quelque bijoux
ceux qui mettent le plus près du noir.
La Cour a quitté le deiiil depuis le 10.
de ce mois.
Le 26. le Maréchal de Tessé partit de.
Paris pour se rendre à la Cour d'Espa
gne.
Le 27. M. Táson fat reçu Avçjcat
General du Parlement , par le President
d'Aligre*en l'absence du Premier Pre
sident
u
JANVIER 1714. 145
Le 1 2. de ce mois i'AbW Bause , Cha
noine d'Evreux, prit pofleslìon du Prieu
ré de S. Martin des Champs , au nom du
Prince Frederic de Bouillon.
On dit qu'on a arrêté près de Nanci,
en Lorraine, les voleurs qui asiaflinerenc
au mois de Septembre.dernier , près de
Calais , les quatre Gentilhommes Anglois
, dont nous avons parlé dans ce
temps.là. On ajoute que leur Chef étoit
«n Receveur de quelques droits dans la
Lorraine , & que l'un des Officiers de
Justice qui étoient entrez dans le Châ
teau où il s'étoit retiré , avoit été tué
d'un coup de fusil par la fille de ce sce
lerat, dont les complices s' étoient dé
fendus avec beaucoup d'opiniâtreté.
. On a arrêté au Fort.l'Evêque environ
vingt joueurs qui s'y étoient aslèmblez
pour joiier au Pharaon , dans la Chambre
de quelques prisonniers arrêtez pour le
jeu.
L'Abbaye Royale des Dames Religieux
ses de Poifly, de l'Ordre de S. Domini
que , est un des plus beaux monumensde
la pieté de nos Rois î Philippe le-
Bel la fondá en 1304. & la dotta pour six'
vingt filles Nobles , & ses succeíseurs
l'ont comblée de biens Se de privileges , .
l'Eglise en est des plus belles & des plus
magnifiques, Je tonnerte l'avoit presque
G y détrui
J46 MERCURE DE FRANCE.
détruite ily^J quelques années. Il çna
«oùté quatre cent mille livres au Roy
pour la rétablir parfaitement ; il n'y '
manquoit plus que les Cloches , la bene
diction s'en fit avec beaucoup de dignité
' le ij. du mois passé.; S. M. a bien voulu
donner ion nom à la premiere , avec
l' Infante.Reine r M. le Duc de Gesvres
& Mad= la Princesse de Soubiíè y fu
rent envoyez à leur place. M. le Comte
de Clermont , Prince du Sang y tint k
seconde le . même jour , avec Made là
Marquiíe de la Vrilliere , & la troisiè
me y fur tenue' par M. Je Duc d'Antin j.
& par Madf la Marquise de Neíle , nié*
ce de Mad de Mail ly , soeur du feu
Cardinal de ce nom ' qui en est la digne
Abbesse , Sí sous le gouvernement de la
quelle on voit refleurir le bon ordre Se
la paix dans ce fameux Monastere ; beau
coup de Princesses du Sang y ont prisautrefois
le voile ; & il y a encore à prelent
nombre de Demoiselles , qui s'y dis
tinguent par leur vertu, & par l'amour
de leur Etar. Mad: l' Abbesse qui ne man
que à rien, fit servir un grand repas, &
ne entrer dans son Couvent tous ceux
çui assisterent à cette ceremonie , quoi
que ía Cloîture soit si étroitement gardée
dans cette maison , qu'elle n'y donne pas
même l'entrée à ce qui lui est le píus^
prociae v
/A'N^TÉ^t 17x4. i47
proche, montrant en cela,. & par sa vie
reguliere , l'exemple d'un grand mépris,
& d'un parfait détachement du monde.
leans alla voir Madame la Ducheííe
d'Orleans , (à mere , à la Aíagdelaine
de Trenel. Cette Princesse y restera jus*
qu'au lendemain de la ceremonie qui íè
fera à S. Denis pour les obíèques de feu
S. A. R.
M. Charron , Gentilhomme ordinaire
a fait preíènt à S. M. de plusieurs Arcs ,
Flèches & Carquois , venus de Tur
quie , avec lesquels le Roy s'ererc&íòuvent
avec les Princes & Seigneurs de fa
Cour , à tirer au blanc dans la grande
Gallerie du Château de Versailles, Sa
Majesté récompeníé de quelque bijoux
ceux qui mettent le plus près du noir.
La Cour a quitté le deiiil depuis le 10.
de ce mois.
Le 26. le Maréchal de Tessé partit de.
Paris pour se rendre à la Cour d'Espa
gne.
Le 27. M. Táson fat reçu Avçjcat
General du Parlement , par le President
d'Aligre*en l'absence du Premier Pre
sident
u
JANVIER 1714. 145
Le 1 2. de ce mois i'AbW Bause , Cha
noine d'Evreux, prit pofleslìon du Prieu
ré de S. Martin des Champs , au nom du
Prince Frederic de Bouillon.
On dit qu'on a arrêté près de Nanci,
en Lorraine, les voleurs qui asiaflinerenc
au mois de Septembre.dernier , près de
Calais , les quatre Gentilhommes Anglois
, dont nous avons parlé dans ce
temps.là. On ajoute que leur Chef étoit
«n Receveur de quelques droits dans la
Lorraine , & que l'un des Officiers de
Justice qui étoient entrez dans le Châ
teau où il s'étoit retiré , avoit été tué
d'un coup de fusil par la fille de ce sce
lerat, dont les complices s' étoient dé
fendus avec beaucoup d'opiniâtreté.
. On a arrêté au Fort.l'Evêque environ
vingt joueurs qui s'y étoient aslèmblez
pour joiier au Pharaon , dans la Chambre
de quelques prisonniers arrêtez pour le
jeu.
L'Abbaye Royale des Dames Religieux
ses de Poifly, de l'Ordre de S. Domini
que , est un des plus beaux monumensde
la pieté de nos Rois î Philippe le-
Bel la fondá en 1304. & la dotta pour six'
vingt filles Nobles , & ses succeíseurs
l'ont comblée de biens Se de privileges , .
l'Eglise en est des plus belles & des plus
magnifiques, Je tonnerte l'avoit presque
G y détrui
J46 MERCURE DE FRANCE.
détruite ily^J quelques années. Il çna
«oùté quatre cent mille livres au Roy
pour la rétablir parfaitement ; il n'y '
manquoit plus que les Cloches , la bene
diction s'en fit avec beaucoup de dignité
' le ij. du mois passé.; S. M. a bien voulu
donner ion nom à la premiere , avec
l' Infante.Reine r M. le Duc de Gesvres
& Mad= la Princesse de Soubiíè y fu
rent envoyez à leur place. M. le Comte
de Clermont , Prince du Sang y tint k
seconde le . même jour , avec Made là
Marquiíe de la Vrilliere , & la troisiè
me y fur tenue' par M. Je Duc d'Antin j.
& par Madf la Marquise de Neíle , nié*
ce de Mad de Mail ly , soeur du feu
Cardinal de ce nom ' qui en est la digne
Abbesse , Sí sous le gouvernement de la
quelle on voit refleurir le bon ordre Se
la paix dans ce fameux Monastere ; beau
coup de Princesses du Sang y ont prisautrefois
le voile ; & il y a encore à prelent
nombre de Demoiselles , qui s'y dis
tinguent par leur vertu, & par l'amour
de leur Etar. Mad: l' Abbesse qui ne man
que à rien, fit servir un grand repas, &
ne entrer dans son Couvent tous ceux
çui assisterent à cette ceremonie , quoi
que ía Cloîture soit si étroitement gardée
dans cette maison , qu'elle n'y donne pas
même l'entrée à ce qui lui est le píus^
prociae v
/A'N^TÉ^t 17x4. i47
proche, montrant en cela,. & par sa vie
reguliere , l'exemple d'un grand mépris,
& d'un parfait détachement du monde.
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Résumé : « Le 5. Janvier Monsieur le Duc d'Orleans alla voir Madame la Duchesse [...] »
En janvier 1714, plusieurs événements marquants ont eu lieu à la cour de France. Le duc d'Orléans a visité la duchesse d'Orléans, mère de la duchesse de Berry, chez la duchesse de Tremoille. M. Charron a présenté au roi des arcs et flèches turcs pour des exercices de tir à Versailles, récompensant les meilleurs tireurs avec des bijoux. La cour a quitté Versailles le 10 janvier. Le maréchal de Tessé est parti pour l'Espagne le 26 janvier, et M. Tanson a été nommé avocat général du Parlement le 27 janvier. L'abbé Bause a pris possession du prieuré de Saint-Martin-des-Champs au nom du prince Frédéric de Bouillon le 12 janvier. En Lorraine, des voleurs, dont le chef était un receveur de droits, ont été arrêtés après avoir attaqué des gentilshommes anglais près de Calais. Environ vingt joueurs ont été arrêtés pour avoir joué au Pharaon au Fort-l'Évêque. L'abbaye royale des Dames Religieuses de Poissy, fondée en 1304, a été restaurée après un incendie. La bénédiction des cloches a eu lieu le 11 décembre, en présence du roi et de plusieurs personnalités. L'abbesse, sœur du cardinal de Noailles, a montré un détachement du monde.
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500
p. 2301-2303
ITALIE.
Début :
On assure à Rome que l'accommodement entre le Roi de Sardaigne [...]
Mots clefs :
Rome, Cardinal, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
Italie.
ONa(Tare à Rome que l'accommo
dement entre le Roi de Sardaigne
est enfin conclu, à condition que le Car
dinal Pipia sera les fonctions de Ministre
de ce Prince, pour être sur le pied des
autres Têtes Couronnées.
Le ,Cardinal de Schrottenbach a été
nommé par l'Empereur protecteur d'Al
lemagne
, à la place du Cardinal deSaxe
Zeitz. Le Cardinal del Giudice a refusé
la même qualité que le Roi d'Espagne
lui offroit avec une bonne pension
.)
vou
lant être neutre.
z-val,
M.
M. Presciat, Expéditionnaire de la
Cour de France à Rome , a été nommé
Consul de la Nation Françoise à Civita
Vecchia
, &dans les autres ports de l'E
tat Ecclesiastique
y à la placede feu M. de
la
Chauffe.
On apprend de Venise que le 25;
Aôull: le Comte deGergy donna un
grand festin
,
précedé d'un très-beau con
cert de voix& d'instrument, & suivi
d'un magnifique Bal, à l'occacion de h
Fêtede S. Louis, dont le Roi de France
sonMaître portée le nom.
Les Lettres de Naples portent que les
pluyes qui font tombées enabondancesur
la fin du mois dernier, ayant hmvé la
secolte
,& faitcesser plusieurs maladies
dangereuses que là trop grande secheresse
avoit causées, on doit en rendre à Dieu
de solemnelles allions de grâces par uni*
Te Deum, &c.
¡
Le Cardinal,Viceroi de Naples, ayant
ïeçu avis que le Duc de Montemileto,
neveu du Pape
, & Capitaine desdeux
Compagnies des Chevaux Legers de sa
Garde, se disposoit à partir pour Rome
,
il lui a fait défense de se mettre en route 1
sans le congé de l'Empereur. 1
Le 28. Aoust le Comte Leopold Ma
riede Dietrichstein, qui Ce prépare à
partir de Rome pour retourner à Vienne,
z.vol.
l' alla
~lia prendre congé du Pape qui lui fit
present d'une Caisse de Reliques; d'une
ourone de pierres précieuses, & d'une
Medaillé d'or pour
la ComtesseOrsini
le Roslemberg Dietrichstein, mere de
ce
jeune Seigneur , & parente de S. S.
J On écrit de Florence qu'il y eut le
premier de ce mois un grand desordre
lans l'Eglise de l'Hôpital de S. Gilles.
Un Anglois convalesçent s'étant caché
derriere l'Autel dans ledesseinde voler
pendant la nuit les vases sacrez, fut ap
perçu par quelques domestiques de
l'Hô
pital qui voulurent l'arrêter. Il se saisit
dela Croix qui étoit sur l'Autel, & en
blelîa plusieurs
; mais d'autres domesti
ques étant accourus au secours de leurs
camarades, se jetterent sur cet Etranger,
& le tuerent sur la place.
ONa(Tare à Rome que l'accommo
dement entre le Roi de Sardaigne
est enfin conclu, à condition que le Car
dinal Pipia sera les fonctions de Ministre
de ce Prince, pour être sur le pied des
autres Têtes Couronnées.
Le ,Cardinal de Schrottenbach a été
nommé par l'Empereur protecteur d'Al
lemagne
, à la place du Cardinal deSaxe
Zeitz. Le Cardinal del Giudice a refusé
la même qualité que le Roi d'Espagne
lui offroit avec une bonne pension
.)
vou
lant être neutre.
z-val,
M.
M. Presciat, Expéditionnaire de la
Cour de France à Rome , a été nommé
Consul de la Nation Françoise à Civita
Vecchia
, &dans les autres ports de l'E
tat Ecclesiastique
y à la placede feu M. de
la
Chauffe.
On apprend de Venise que le 25;
Aôull: le Comte deGergy donna un
grand festin
,
précedé d'un très-beau con
cert de voix& d'instrument, & suivi
d'un magnifique Bal, à l'occacion de h
Fêtede S. Louis, dont le Roi de France
sonMaître portée le nom.
Les Lettres de Naples portent que les
pluyes qui font tombées enabondancesur
la fin du mois dernier, ayant hmvé la
secolte
,& faitcesser plusieurs maladies
dangereuses que là trop grande secheresse
avoit causées, on doit en rendre à Dieu
de solemnelles allions de grâces par uni*
Te Deum, &c.
¡
Le Cardinal,Viceroi de Naples, ayant
ïeçu avis que le Duc de Montemileto,
neveu du Pape
, & Capitaine desdeux
Compagnies des Chevaux Legers de sa
Garde, se disposoit à partir pour Rome
,
il lui a fait défense de se mettre en route 1
sans le congé de l'Empereur. 1
Le 28. Aoust le Comte Leopold Ma
riede Dietrichstein, qui Ce prépare à
partir de Rome pour retourner à Vienne,
z.vol.
l' alla
~lia prendre congé du Pape qui lui fit
present d'une Caisse de Reliques; d'une
ourone de pierres précieuses, & d'une
Medaillé d'or pour
la ComtesseOrsini
le Roslemberg Dietrichstein, mere de
ce
jeune Seigneur , & parente de S. S.
J On écrit de Florence qu'il y eut le
premier de ce mois un grand desordre
lans l'Eglise de l'Hôpital de S. Gilles.
Un Anglois convalesçent s'étant caché
derriere l'Autel dans ledesseinde voler
pendant la nuit les vases sacrez, fut ap
perçu par quelques domestiques de
l'Hô
pital qui voulurent l'arrêter. Il se saisit
dela Croix qui étoit sur l'Autel, & en
blelîa plusieurs
; mais d'autres domesti
ques étant accourus au secours de leurs
camarades, se jetterent sur cet Etranger,
& le tuerent sur la place.
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