Résultats : 21765 texte(s)
Détail
Liste
17851
p. 18-19
Mort du Sieur le Camus de la Musique du Roy. [titre d'après la table]
Début :
La mort a pris aussi le Sieur le Camus, qui estoit [...]
Mots clefs :
Camus, Musique, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : Mort du Sieur le Camus de la Musique du Roy. [titre d'après la table]
La mort a pris auffi
le Sieur le Camus , qui eſtoit
de la Muſique du Roy. Il a
compoſé un nombre infiny
debeaux Airs,&s'ils estoient
mis enſemble , il yen auroit
dequoy former pluſieurs O- pera,dans le quels ont ne ver- roitpas toûjours la mêmechofe
le Sieur le Camus , qui eſtoit
de la Muſique du Roy. Il a
compoſé un nombre infiny
debeaux Airs,&s'ils estoient
mis enſemble , il yen auroit
dequoy former pluſieurs O- pera,dans le quels ont ne ver- roitpas toûjours la mêmechofe
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17852
p. 19-20
Mort de la belle Madame du Boüillon de Caën. [titre d'après la table]
Début :
La belle Madame du Boüillon de Caën, a suivy ces [...]
Mots clefs :
Madame du Bouillon, Belle
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texteReconnaissance textuelle : Mort de la belle Madame du Boüillon de Caën. [titre d'après la table]
Labelle Madamedu Boüil.'
lon de Caën, a ſuivy ces deux
14 LE MERCURE
Muficiens. Quand on a une fois acquis unNom qui nous couvredegloire ou de blâme,
le tempsen fait rarement per dre la memoire. Madame du
Boüillon avoit eſté belle , elle en avoit merité le nom , &
quand elle ſeroit morte àcent ans , & qu'elle auroit eſté la
plus laide perſonne de la ter re , on auroittoûjoursdit que labelle Madame du Boüillon
feroitmorte.
lon de Caën, a ſuivy ces deux
14 LE MERCURE
Muficiens. Quand on a une fois acquis unNom qui nous couvredegloire ou de blâme,
le tempsen fait rarement per dre la memoire. Madame du
Boüillon avoit eſté belle , elle en avoit merité le nom , &
quand elle ſeroit morte àcent ans , & qu'elle auroit eſté la
plus laide perſonne de la ter re , on auroittoûjoursdit que labelle Madame du Boüillon
feroitmorte.
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17853
p. 2801-2803
VERTUMNE ET POMONE, CANTATE.
Début :
Dans les charmans Vergers qu'embellit sa presence, [...]
Mots clefs :
Coeur, Amour
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texteReconnaissance textuelle : VERTUMNE ET POMONE, CANTATE.
VERTUMNE ET POMONE .
CANTATE.
Ans les charmans Vergers qu'embellit fa
D prefence ,
Pomone , peu fenfible au pouvoir de fes yeux ,
Affure par ces mots fa paifible innocence
Contre les Traits victorieux ,
Que l'Enfant de Cithere fance
Vous faites ma felicité ,
Bois épais , agréable ombrage ;
Sous votre aimable obfcurité ,
Je fais l'amoureux efclavage ,
Je fais gloire de ma fierté ,
A l'abri de votre feüillage.
Si nos coeurs vouloient réfifter ,
L'Amour n'auroit point de victoire
Nous lui cedons fans difputer ;
Notre foibleffe fait fa gloire.
Quelles féduifantes erreurs !
Accable de maux neceffaires ,
On peut ménager fes douleurs
On en cherche de volontaires,
Si nos coeurs , &c.
>
II.Vol. B vį Malgré
2802 MERCURE DE FRANCE
Malgré l'excès de fa rigueur ,
Vertumne , dès long- temps languiffant fous fa
chaine ,
Suit les traces de l'Inhumaine ,
#
Qu'il veut perfuader de fa fincere ardeur,
Et pour fléchir l'objet de fa tendreffe ,
Il emprunte foudain par un prompt changement ;
Le vifage de la Vieilleffe .
Vainement vous bravez le plus puissant des
Dieux ,
Dit-il en l'abordant , ceffex , jeune Pomone ,
De refufer des foins qu'exigent vos beaux yeux;
Au coeur que Vertumne vous donne .
N'oppofez plus de regards dédaigneux ;
La fincerité de fes feux ,
Mérite qu'àjamais votre ardeur les couronne.
Quand l'Amour nous fait languir ,
C'eft l'effet de ſa vengeance ;
Cédons lui fans réſiſtance ,
Ou redoutons de l'aigrir .
Loin la fiere indifference:
Un coeur en eft le martir ;
'Aimons , & loin de punir ,
Le petit Dieu récompenfe.
Quand l'Amour , &c
dl. Vol
DECEMBRE. 1730. 2803
Il parle un baiſer plein de flamme ,
Suit auffi -tôt fon diſcours enchanteur ,
L'Amour qui conſume ſon ame ,
A
Des levres de Pomone a coulé jufqu'au coeur ,
Il découvre ſes traits : la Belle qu'il enflamme ,
Pour le dédommager de fa longue rigueur ;
Entre fes bras tombe en langueur ;
Dans les doux tranſports qui la pâme ,
Le tendre Amant affure ſon bonheur
Elle eft forcée à chérir fon erreur.
Un coeur qui peut fe contraindre ,
Tôt ou tard fe fait aimer ;
Amans , fi vous fçavez feindre ;
Soyez certains de charmer..
Aimez-vous une Rebelle ?"
Confultez le tendre Amour ;
Il fe déguiſe auprès d'elle ,
Pour l'enchaîner à ſon tour
Un coeur , &c .
"
Le Chevalier de Montador
CANTATE.
Ans les charmans Vergers qu'embellit fa
D prefence ,
Pomone , peu fenfible au pouvoir de fes yeux ,
Affure par ces mots fa paifible innocence
Contre les Traits victorieux ,
Que l'Enfant de Cithere fance
Vous faites ma felicité ,
Bois épais , agréable ombrage ;
Sous votre aimable obfcurité ,
Je fais l'amoureux efclavage ,
Je fais gloire de ma fierté ,
A l'abri de votre feüillage.
Si nos coeurs vouloient réfifter ,
L'Amour n'auroit point de victoire
Nous lui cedons fans difputer ;
Notre foibleffe fait fa gloire.
Quelles féduifantes erreurs !
Accable de maux neceffaires ,
On peut ménager fes douleurs
On en cherche de volontaires,
Si nos coeurs , &c.
>
II.Vol. B vį Malgré
2802 MERCURE DE FRANCE
Malgré l'excès de fa rigueur ,
Vertumne , dès long- temps languiffant fous fa
chaine ,
Suit les traces de l'Inhumaine ,
#
Qu'il veut perfuader de fa fincere ardeur,
Et pour fléchir l'objet de fa tendreffe ,
Il emprunte foudain par un prompt changement ;
Le vifage de la Vieilleffe .
Vainement vous bravez le plus puissant des
Dieux ,
Dit-il en l'abordant , ceffex , jeune Pomone ,
De refufer des foins qu'exigent vos beaux yeux;
Au coeur que Vertumne vous donne .
N'oppofez plus de regards dédaigneux ;
La fincerité de fes feux ,
Mérite qu'àjamais votre ardeur les couronne.
Quand l'Amour nous fait languir ,
C'eft l'effet de ſa vengeance ;
Cédons lui fans réſiſtance ,
Ou redoutons de l'aigrir .
Loin la fiere indifference:
Un coeur en eft le martir ;
'Aimons , & loin de punir ,
Le petit Dieu récompenfe.
Quand l'Amour , &c
dl. Vol
DECEMBRE. 1730. 2803
Il parle un baiſer plein de flamme ,
Suit auffi -tôt fon diſcours enchanteur ,
L'Amour qui conſume ſon ame ,
A
Des levres de Pomone a coulé jufqu'au coeur ,
Il découvre ſes traits : la Belle qu'il enflamme ,
Pour le dédommager de fa longue rigueur ;
Entre fes bras tombe en langueur ;
Dans les doux tranſports qui la pâme ,
Le tendre Amant affure ſon bonheur
Elle eft forcée à chérir fon erreur.
Un coeur qui peut fe contraindre ,
Tôt ou tard fe fait aimer ;
Amans , fi vous fçavez feindre ;
Soyez certains de charmer..
Aimez-vous une Rebelle ?"
Confultez le tendre Amour ;
Il fe déguiſe auprès d'elle ,
Pour l'enchaîner à ſon tour
Un coeur , &c .
"
Le Chevalier de Montador
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Résumé : VERTUMNE ET POMONE, CANTATE.
Le texte décrit la cantate 'Vertumne et Pomone'. Pomone, déesse des fruits, exprime son bonheur et sa soumission à l'amour sous la protection des bois. Elle reconnaît la puissance de l'amour, auquel elle finit par céder malgré sa résistance initiale. Vertumne, dieu des saisons et des cultures, est amoureux de Pomone mais est repoussé par elle. Pour la convaincre, il se déguise en vieille femme et lui parle avec sincérité, l'exhortant à ne pas résister à l'amour. Il l'embrasse passionnément, révélant ainsi son véritable visage. Touché par ce geste, Pomone finit par succomber à l'amour de Vertumne. Le texte souligne que la résistance à l'amour est vaine et que feindre l'indifférence ne fait que renforcer la puissance de l'amour. Il conseille aux amants de consulter l'amour pour charmer une personne rebelle, car l'amour sait se déguiser pour conquérir les cœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17854
p. 1283-1288
LETTRE écrite de Montpellier, sur une inondation extraordinaire, arrivée dans le bas Languedoc, au mois d'Octobre dernier.
Début :
Je vous écris, Monsieur, encore tout consterné du triste évenement dont [...]
Mots clefs :
Inondation, Eau, Province du Languedoc, Montpellier, Rivières, Quantité, Cause
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Montpellier, sur une inondation extraordinaire, arrivée dans le bas Languedoc, au mois d'Octobre dernier.
LETTRE
écrite
de
Montpellier
,
Surune
inondation
extraordinaire
,
arrivée
dans
le
bas Languedoc
,
au
mois d'Octo
bre
dernier
.
E vous écris , Monfieur , encore tout
confterné du trifte évenement dont
vous me priez de vous marquer les prin-
cipales circonftances . La pluye commen-
ça de tomber ici, abondamment le pre-
mier jour du mois d'Octobre dernier ,
& continua jufqu'au 9. avec la même
force , & un débordement general de
toutes les Rivieres & des Ruiffeaux cir-
convoisins ; enforte que l'eau entroit par
les fenêtres & par les cheminées des mai-
fons les mieux fermées , ce qui caufa une
inondation generale. Le Faubourg de
Montpellier fut totalement entraîné , &
quantité de Tanneurs, qui y ont leurs Ma-
nufactures , y périrent. La petite Rivie-
' re qui traverfe ce Fauxbourg, fe débor-
da tellement , qu'elle entra bien avant
dans le Ville , & monta jufqu'au dernier
degré du Portail de l'Eglife des Reli-
gieufes de fainte Marie. Les Troupeaux
nombreux , qui paiffoient , felon la coû-
tume , dans la grande Prairie auprès
de la Ville , furent entraînez par le tor-
rent avec prefque tous les Bergers. Les
Efclufes du Canal de Lates en furent
renverfées , auffi bien que la Chauffée du
Pont Juvenal . Les Marchands de laine
de Montpellier ont fait en cet endroit
une perte de S. ou 600. mille livres , les
eaux ayant entraîné toutes les laines qui
étoient étenduës fur un grand Pré , voiſin
du Pont Juvenal. La maifon des Des
de Rouffel , quoique fituée fur la hauteur
de la Canourgue , promenade de Mont-
pellier , & rebâtie depuis peu , a èré abî
mée , l'eau ayant rempli les caves & en-
dommagé les fondemens ; fix' perfonnes:
furent
écrasées
&
ſubmergées
tout à
la
fois
fous
les
ruinés
.
Toutes les Campagnes voifines n'é-
toient qu'une Mer orageufe : on ne pou
voit aller qu'en bateau dans les rues des
Villes de Lunel & de Somieres , par le
débordement de la Riviere , dont tous les
Moulins ont été entraînez. L'eau caufa
le même ravage dans tous les Villages &
Hameaux d'alentour. Voici cependant un
fait , & tout enfemble un bonheur bien
fingulier, arrivé dans le Village de Claret.
Le Meûnier fe voyant tout-à- coup &
de toutes parts invefti par les ondes , pro-
pofa à fa femme de fe fauver à la nâge ;
il la fit étendre fur fon dos , lui recom-
mandant de le ferrer étroitement , & de
,n'avoir
point
de peur
:
il
prit
en
même-
temps
avec
les
dents
un
enfant
de
trois
mois
,
par
le
maillot
;
&
nonobftant ce
double
fardeau
,
il
eut
le
bonheur
d'arri
ver
fain
&
fauf à
un
rivage élevé
;
mais
la frayeur
&
le
froid ayant
faifi
la
fem-
elle
tomba
en
foibleffe
;
alors le
Meû
.
nier fe
remit dans
l'eau
&
alla
chercher
une
bouteille d'eau de
vie
qu'il
avoit
laif-
fée
dans
la
maiſon abandonnée
.
A
peine
eut
-il
pris la bouteille
,
que
la
maiſon
&
le moulin furent
abîmez
.
Il vint au fe-
cours de
fa
femme
,
qu'il fortifia
par le
moyen
de l'eau
de vie
.
Je vous affure
,
onfieur , que ce trait des plus hardis
& des plus genereux eft vrai dans toutes
fes circonftances , & qu'il fait encore icy
l'admiration de tout le monde.
Cette inondation a encore caufé de
grands ravages du côté d'Aigues-Mortes,
& fur tout au Salin de Pequés , l'un des
plus grands du Royaume , par la prodi-
gieufe quantité de fel qui y a été perdu ,
fans compter le terrain des Salines , pref-
que entierement engravé , ce qui fait un
tort immenfe , non-feulement aux Pro
prietaires , mais à toute la Province de
Languedoc, qui tiroit de- là le meilleur
Sel pour fon ufage.
L'impetuofité des torrens a été fi gran-
de , qu'elle a entierement renversé les
Ponts de la Verune , de faint Jean de
Vedas , de Ville- neuve , de Maguelone ,
de Pefenas , de Montagnac , d'Aniane, de
S. Guillain le Defert , & d'Agdes . Celui
de Lunel n'a pas été abbatu comme on
l'avoit d'abord dit.
Le Canal de communication des deux
Mers , par la Province de Languedoc ,
commence , comme l'on fçait , à la Ville
d'Agdes , dont le Port eft l'Entrepôt des
Marchandifes qu'on veut tranfporter
d'Agdes à Touloufe , & aux autres Vil-
les du hut Languedoc, & de la Guyenne
jufqu'à Bordeaux . Toutes les Marchan-
difes qui fe trouverent dans cet Entrepôt
furent emportées par ce déluge , qui prit
en quelque maniere fa naillance en ce
Port- là , où la Mer fembloit , pour ainfi
dire , tomber du Ciel en terre , les nuées
s'étant crevées à cette hauteur. Ces Mar-
chandiſes confiftant principalement , en
Vins , Bleds , Huiles , font eftimées en-
viron deux millions.
Les
autres Rivieres
qui ont
débordé
en-
même
-
temps
,
depuis
Beziers jufqu'à
Nif-
mes
,
ont
auffi
caufé
de
grands ravages
,
particulierement
celle
qu'on
nomme
leHe
.
ran
,
dont
toutes
les
Prairies voisines
ne fontplus
qu'une
Greve
ſterile
;
il
ne
reste
plus
fur
fes
bords
que
huit à
dix
arbres
d'une
infinité qu'il
y
en
avoit
,
&
qui
for-
moient
un
ſpectacle
champêtre
,
des plus
agréables ;
deforte
que
ces
bords font
à
prefent tout ruinez
&
d'une nudité
af-
freufe
.
On a obfervé que l'eau de la plûpart
de ces Rivieres débordées , eft montée
plus haut qu'elle n'a jamais fait , de 22.
Palmes Palme eft une mefure du pays ,
qui fait la cinquième partie de l'aune
de Paris. La Riviere du Lez en parti-
culier eft montée de douze pieds plus haut
qu'en l'année 1465. époque de la plus
grande inondation , dont les Archives de
la Province faffent mention
l
faudroit
un
volume
entier
pour
faire
un
détail
exact des degâts
horribles
que
celle
-
cy
a
caufé
.
Un
Voiturier qui
con-
duifoit
douze Mulets
chargez
d'Huile
,
en
fut
la
derniere
victime
,
fes
Muletsavec
leur
charge
périrent
auffi
.
On
croit
enfin
que
dix
ou
douze
millions
ré-
pareroient
à
peine
les
dommages
de
cetté
inondation
,
laquelle a
déraciné
une
gran
de
quantité
d'Oliviers
,
ce
qui
a
ruiné
beaucoup de
Particuliers
,
&
c
.
Je
fuis
,
Monfieur
,
&
c
écrite
de
Montpellier
,
Surune
inondation
extraordinaire
,
arrivée
dans
le
bas Languedoc
,
au
mois d'Octo
bre
dernier
.
E vous écris , Monfieur , encore tout
confterné du trifte évenement dont
vous me priez de vous marquer les prin-
cipales circonftances . La pluye commen-
ça de tomber ici, abondamment le pre-
mier jour du mois d'Octobre dernier ,
& continua jufqu'au 9. avec la même
force , & un débordement general de
toutes les Rivieres & des Ruiffeaux cir-
convoisins ; enforte que l'eau entroit par
les fenêtres & par les cheminées des mai-
fons les mieux fermées , ce qui caufa une
inondation generale. Le Faubourg de
Montpellier fut totalement entraîné , &
quantité de Tanneurs, qui y ont leurs Ma-
nufactures , y périrent. La petite Rivie-
' re qui traverfe ce Fauxbourg, fe débor-
da tellement , qu'elle entra bien avant
dans le Ville , & monta jufqu'au dernier
degré du Portail de l'Eglife des Reli-
gieufes de fainte Marie. Les Troupeaux
nombreux , qui paiffoient , felon la coû-
tume , dans la grande Prairie auprès
de la Ville , furent entraînez par le tor-
rent avec prefque tous les Bergers. Les
Efclufes du Canal de Lates en furent
renverfées , auffi bien que la Chauffée du
Pont Juvenal . Les Marchands de laine
de Montpellier ont fait en cet endroit
une perte de S. ou 600. mille livres , les
eaux ayant entraîné toutes les laines qui
étoient étenduës fur un grand Pré , voiſin
du Pont Juvenal. La maifon des Des
de Rouffel , quoique fituée fur la hauteur
de la Canourgue , promenade de Mont-
pellier , & rebâtie depuis peu , a èré abî
mée , l'eau ayant rempli les caves & en-
dommagé les fondemens ; fix' perfonnes:
furent
écrasées
&
ſubmergées
tout à
la
fois
fous
les
ruinés
.
Toutes les Campagnes voifines n'é-
toient qu'une Mer orageufe : on ne pou
voit aller qu'en bateau dans les rues des
Villes de Lunel & de Somieres , par le
débordement de la Riviere , dont tous les
Moulins ont été entraînez. L'eau caufa
le même ravage dans tous les Villages &
Hameaux d'alentour. Voici cependant un
fait , & tout enfemble un bonheur bien
fingulier, arrivé dans le Village de Claret.
Le Meûnier fe voyant tout-à- coup &
de toutes parts invefti par les ondes , pro-
pofa à fa femme de fe fauver à la nâge ;
il la fit étendre fur fon dos , lui recom-
mandant de le ferrer étroitement , & de
,n'avoir
point
de peur
:
il
prit
en
même-
temps
avec
les
dents
un
enfant
de
trois
mois
,
par
le
maillot
;
&
nonobftant ce
double
fardeau
,
il
eut
le
bonheur
d'arri
ver
fain
&
fauf à
un
rivage élevé
;
mais
la frayeur
&
le
froid ayant
faifi
la
fem-
elle
tomba
en
foibleffe
;
alors le
Meû
.
nier fe
remit dans
l'eau
&
alla
chercher
une
bouteille d'eau de
vie
qu'il
avoit
laif-
fée
dans
la
maiſon abandonnée
.
A
peine
eut
-il
pris la bouteille
,
que
la
maiſon
&
le moulin furent
abîmez
.
Il vint au fe-
cours de
fa
femme
,
qu'il fortifia
par le
moyen
de l'eau
de vie
.
Je vous affure
,
onfieur , que ce trait des plus hardis
& des plus genereux eft vrai dans toutes
fes circonftances , & qu'il fait encore icy
l'admiration de tout le monde.
Cette inondation a encore caufé de
grands ravages du côté d'Aigues-Mortes,
& fur tout au Salin de Pequés , l'un des
plus grands du Royaume , par la prodi-
gieufe quantité de fel qui y a été perdu ,
fans compter le terrain des Salines , pref-
que entierement engravé , ce qui fait un
tort immenfe , non-feulement aux Pro
prietaires , mais à toute la Province de
Languedoc, qui tiroit de- là le meilleur
Sel pour fon ufage.
L'impetuofité des torrens a été fi gran-
de , qu'elle a entierement renversé les
Ponts de la Verune , de faint Jean de
Vedas , de Ville- neuve , de Maguelone ,
de Pefenas , de Montagnac , d'Aniane, de
S. Guillain le Defert , & d'Agdes . Celui
de Lunel n'a pas été abbatu comme on
l'avoit d'abord dit.
Le Canal de communication des deux
Mers , par la Province de Languedoc ,
commence , comme l'on fçait , à la Ville
d'Agdes , dont le Port eft l'Entrepôt des
Marchandifes qu'on veut tranfporter
d'Agdes à Touloufe , & aux autres Vil-
les du hut Languedoc, & de la Guyenne
jufqu'à Bordeaux . Toutes les Marchan-
difes qui fe trouverent dans cet Entrepôt
furent emportées par ce déluge , qui prit
en quelque maniere fa naillance en ce
Port- là , où la Mer fembloit , pour ainfi
dire , tomber du Ciel en terre , les nuées
s'étant crevées à cette hauteur. Ces Mar-
chandiſes confiftant principalement , en
Vins , Bleds , Huiles , font eftimées en-
viron deux millions.
Les
autres Rivieres
qui ont
débordé
en-
même
-
temps
,
depuis
Beziers jufqu'à
Nif-
mes
,
ont
auffi
caufé
de
grands ravages
,
particulierement
celle
qu'on
nomme
leHe
.
ran
,
dont
toutes
les
Prairies voisines
ne fontplus
qu'une
Greve
ſterile
;
il
ne
reste
plus
fur
fes
bords
que
huit à
dix
arbres
d'une
infinité qu'il
y
en
avoit
,
&
qui
for-
moient
un
ſpectacle
champêtre
,
des plus
agréables ;
deforte
que
ces
bords font
à
prefent tout ruinez
&
d'une nudité
af-
freufe
.
On a obfervé que l'eau de la plûpart
de ces Rivieres débordées , eft montée
plus haut qu'elle n'a jamais fait , de 22.
Palmes Palme eft une mefure du pays ,
qui fait la cinquième partie de l'aune
de Paris. La Riviere du Lez en parti-
culier eft montée de douze pieds plus haut
qu'en l'année 1465. époque de la plus
grande inondation , dont les Archives de
la Province faffent mention
l
faudroit
un
volume
entier
pour
faire
un
détail
exact des degâts
horribles
que
celle
-
cy
a
caufé
.
Un
Voiturier qui
con-
duifoit
douze Mulets
chargez
d'Huile
,
en
fut
la
derniere
victime
,
fes
Muletsavec
leur
charge
périrent
auffi
.
On
croit
enfin
que
dix
ou
douze
millions
ré-
pareroient
à
peine
les
dommages
de
cetté
inondation
,
laquelle a
déraciné
une
gran
de
quantité
d'Oliviers
,
ce
qui
a
ruiné
beaucoup de
Particuliers
,
&
c
.
Je
fuis
,
Monfieur
,
&
c
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17855
p. 20-57
LA MALADIE DE L'AMOUR.
Début :
L'Amour ne faisant pas moins parler de luy que la Mort / Les Graces venoient de laisser l'Amour entre les bras du [...]
Mots clefs :
Amour, Grâces, Destin, Beautés, Jeunesse, Maladie, Remèdes, Bonheur, Vénus, Hyménée , Plaisirs, Mercure, Éloignement, Temps, Raison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA MALADIE DE L'AMOUR.
L'Amour ne faifant pas moins parler de luy que la Mort, adonnélieu depuis quelque temps à la Piece
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
ſuivante. Elle faitdu bruit,ellea ſes Partiſans,vousjugerez s'ils ont raiſon d'en dire du
bien.. LA MALADIE
DE L'AMOVR.
L
Es Graces venoient de
laiſſer l'Amour entre les
bras du Sommeil , &fe mocquoientde la ſtupiditéde ce Dieu, qui ayant l'avantage de poſſeder tousles joursles plus belles perſonnes du monde ,
ne leurdit iamais une parole ,
tant il a peurdedes-obligerle filence qui le loge dans ſon Palais , quandelles virent ar- river inopinément l'Amour.
lavoitfonBandeau àla main,
&laiſſoit voir autant de colere dansſesyeux, que d'aba- tementſur ſon viſage.
16 LE MERCURE
Non, dit- il,en entrant ie n'enreviendray pas,
lel'ay iuré,iabandone lemode,
Fuyons des lieux où l'iniuftice abonde,
C'est trop avoir comerce avecdes
Ingrats.
Pourprix de mes lõguesfatigues Alesſervirdas leurs intrigues,
Ozer tenir de moy mille infolens
propos?
Chercherfans ceſſe àmefaire in.
cartade,
Ien'enpuisplus,i'enſuis malade,
Promptement , un Lit de repos.
Les Graces qui n'ont iamais
plus de joye que quand elles font avec l'Amour , ne furent
point pareſſeuſes à le fatisfai- re. Elles luy dreſſerent un lit
de roſes , & le dépouillerent
GALANT.17 - de fon Carquois, dont il brifa les flêches devant elles. Il ſe
coucha en ſuite , & en ayant receu mille careſſes par lef- quelles elles tâcherent à le conſoler de ſon chagrin ;
Recouvrons le repos que trop
d'embarras m'oſte,
Cherchons,dit- il, cherchonsde la
tranquillité:
Si iesouffre c'est voſtre faute ,
Et mon malheur ne vient que de
voſtrefierté.
Partout ou vous mevoulezfuivre ,
Comme vous y menez &les Ris
&les leux,
Ie ne voy que des Gens affez con- tensdevivre
Lecœur embraséde mesfeux ;
Mais l'ordre du Destin qui vous
18 LE MERCURE fitimmortelles,
Vous faisant demeurer toûjours icunes &belles ,
CePrivilegegaste tout ,
Ilfait que vous n'aimez àvoir
quevosſemblables ;
Etquand iepense ailleurs vous rendreunpeu traitables,
Ien'ensçauroisveniràbout.
MilleAmantes ont beau chercher
defeurs remedes Aux maux que vous pourriez m'aideràdétourner,
Vousdédaignez les Vieilles &les
Laides
Chezqui ietâcheàvous mener;
Et cependantfans vous quepuis- iefeulpour elles ?
Ilm'enfaut tont les jours effuyer
:
cent querelles :
L'ay tortquandpardégoût on leur
manque defoy ,
GALANT. 19
!
lefuis traité d'injuste &d'aveugle&de traiſtre ,
Et tout cela , parce qu'avecque
moy 1 Auprésd'ellesiamaisvousnevou.
lezparoiſtre.
N
Lesgraces dirent mille choſes obligeantes à l'amour pourſe juſtifier auprés deluy,&rejer- terent leur manque de complaiſance ſur l'impoſſibilité qu'il y a de preſter quelque agrément à des Beautez déja furannées ; car pour les laides,
dirent- elles , vous ſçavez que nous ne les fuyons pas toutes.
Il yen a quelques-unes ſur le chapitre deſquelles vous avez aſſez àvousloüerde nos foins.
Nous demeurős d'accord que quand vous les allez engager
20 LE MERCURE
:
4
à reconnoître voſtre pouvoir,
nous ne vous accompagnons pas ſeules , & que vous faites en forte que la Jeuneſſe ſe trouve avec nous ; mais de
grace , ceſſez de nous rendre
reſponſables de vos chagrins;
les plus grands que vous ayez viennentdu coſté des Hommes , & ce ſont pourvous de
terribles eſprits à gouverner.
Il est vray,dit l' Amourqu'ils me cauſent despeines,
Qui m'accablent àtous momës,
Ienepuis nyferrer , ny relâcher
leurs chaînes,
Queie n'aye àsouffrir de leurs déréglemens.
:
Si trop de reſiſtance àleur flame
opposée Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée,
GALANT. 2[
Ieneſuis qu'unTyran dont- ilfaut s'affranchir ;
Etfi laBelle àqui ie les engage Se laiſſe unpeu trop toſt fléchir,
Iamais elle n'a dû meriter leur
hommage.
Ainsi d'unfaux déguisement
Couvranttoutes leurs injaſtices,
Lorsque iem'accommode à leur
temperament,
Ilsseplaignent infolemment Qu'ils sont contraints defuture
mescaprices.
Qu'ils soient fourbes , ſan foy ,
trompeurs , audacieux,
Bizares,inconstans, emportez,fu- -
rieux,
De leurs defauts c'est moyseul -qu'ils accuſent,
Moy qui cherchepartout la con- corde&la paix,
22 LE MERCURE
Etquicentfois ay cõblédebiensfarts Ces lâches, ces ingratsqui de mon nomabusent.
C'en est fait, ma reſolution eſt
priſe , ie romps pour toûjours avec eux; & puis que les pei- nes qu'ils ſe font eux- mêmes leur font oublier lesavantages qu'ils reçoivent de moy , ie m'en vengeray hautement, en ne retournant iamais ſur la
terre. Aces mots il demanda
qu'on le laiſſat repoſer pour ſe remettre des fatigues qu'il avoit euës avec les hommes; &
comme les maux des Dieux
s'en vont auſſi promptement
qu'ils viennent , & que leur gueriſon dépend toûjours de leur volonté, lesGraces ne ſe
GALANT. 23
1
mirent pas en peinedu reme- de qu'il falloir apparter à la maladie dontil s'eſtoit plaint,
&elles le laiſſerent dormir
juſqu'au lendemain , qu'elles nemanquerent pasdeſe trou- verà ſon réveil. Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
(car il luy eſt fort nouveau
d'en prendre) luyavoit mis ſur leteint une fraîcheur qui les
ébloüit. Il leur parut plus po- relé qu'il n'avoit accoûtumé
- del'eſtre,&elles le trouverent
ſi beau, qu'elles ne pouvoient ſe laſſer de luy en faire paroître leur admiration .
Ahquelbonheur, dit- il, de pouvoiràfon aiſe
Dormir ainſi tranquillement !
Ie puis d'un doux loisir profuer
pleinement ,
24 LE MERCURE
Sansqu'ilfoitsurprenant que le
:: repos me plause,
?
:
Vnlong trava Idemande un long
delaffement Que n'ay jepointfouffert , pen.
dant quesur laterre L'offrois en vain la Paix qui doit
Suivre l'Amour !
Toûjours dispute,toûjours guerre:
L'étois àtout calmeremployénuit
&iour ;
Maisqu'avons- nous , immortels
que noussommes,
Anous inquieter, comme le monde ira ?
Quant àmoydeformais , prenne Soinqui voudra
Des affaires du cœur des homes,
;
İyrenonce,fansmoyſoit aiméqui
pourra.
Cefont des importuns qu'on ne
peutSatisfaire,
Et
GALANT. 25 7
Et qui d'un sentiment toûjours contraire au mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas dignefeul de leurplaire ,
Veulent tout &ne veulent rien.
Trois jours s'écoulerent de
cette forte , pendant leſquels lesGraces tinrent fidelle compagnie à l'Amour. Comme ce n'est qu'un enfant, elles avoiét
le plaifir de le pouvoir baifer
ſans ſcrupule , & c'eſt entre- elles à qui l'auroit plus ſou- vent entre lesbras. Cependant Vénus qui avoit fait un voyage en terre , en eſtoit revenuë toute indignée , de ce qu'au lieudeshonneurs qu'elle avoit
accouſtumé d'y recevoir , elle avoit trouvé ſes Temples de
ferts.
Tome 2. B
26 LE MERCURE
Parcetteoyfivetéquepretendezvousfaire,
Dit-elleàsonfils triſtement ?
Magloire vous est-elle aujour.
d'huy lipeuchere,
Quevous puissiezvoirvôtre mere
Qu'àl'envytoutle mondeoutrageimpunément ?
Ladifcorde en ma placeen terre reverée,
Par voſtre éloignement joüit de meshonneurs :
Temevoyfans encens quand elle estadorée;
Etparses discoursfuborneurs,
Ellea tant fait partout quema
honteestjurée.
C'est trop , nesouffrez pasqu'elle mepousse àbout ,
Remettez les mortels dans leurs
premieres chatnes ;
S'il vous en coûtequelquespeines,
と
GALANT. 27
Par elles il est beau d'estre maistre
detout.
Venus eut beau faire des remontrances, l'Amour s'obſtina
àvouloireſtre malade, &pre- tendit que les hommes ne va- loient pas qu'il ſe privat pour euxdu repos quiluyeſtoit ne- ceffaire. Il s'en accommodoit
lemieux dumonde, &il n'avoit jamais rien trouvé de fi
doux que de paſſer les iours entiers, comme il fa foit , à fo lâtrer avec les Graces qui ne le
quitoient point. Mercure qui le cherchoit pour luy rendre comptede ce qui s'eſtoit paſſé fur la terre depuis ſon départ ,
le trouva qui ſe divertiſſoit avec elles &le voyant aſſis fur
les genoux del'une,tandis que l'autre luy tenoit les mains;
Bij
28 LE MERCURE
Ah vrayement,lay dit ilie vous
Lçayfort bongré Detout cejoly badınage ,
Detels amusemens conviennentà
voſtre âge ,
Maispourvous eſtre icy du mon- deretiré,
Vous avezfait un beau ménage.
Depuis qu'il vous a plû de vous
en éloigner,
Sçavez vous qu'iln'est rien qui n'ait changé de face ?
L'intereſtſeul en vôtre place
S'est acquis le droit de regner.
Il corrompt l'ame la plusſaine :
Ce n'est qu'emportement trouble, quefureur ,
, que
3
Chacun ne respire que haine ,
Les moins méchansfontfurpris de L'erreur
Quivers la difcorde les mene,
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'at
GALANT. 29
taque, onsenuit.
Vouloir eftre obligeant, c'estfui- vre unechimere
Quedans les cerveaux creuxle
mauvais goût produit.
Comme on n'a nal defir de plaire,
On est pour lebeausexe , infolent,
temerare,
Et la civilité que tout le monde
:
fuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien àfaire.
L'Avarice eſt le mal leplus commundetous ,
L'épargne est en credit , plus de Modes nouvelles ,
Plus d'ornemens, plus de bijoux.
On nevoit qu'envieux , dont les
efprit jaloux
Semblentſe nourrir de querelles.
Personne ne fait plus ny Vers , uy Billets doux,
Biij
30 LE MERCVRE Plus d'agreables bagatelles ;
Onne donne ny Bals , nygalants Rendez-vous,
Et tous les homes pourles belles Sont devenus devrais hiboux.
Que ie ſuis ravy de cedeſor- dre , dit l'Amour tout réjouy !
Voilaun renverſementquime charme. Les hommes vont
connoiſtre ce que ie vaux, par les malheurs où les plongera mon éloignement. Mais,dites- moy ie vous prie que fait l'A- mitié ? At'on conſervé quel que reſpect pourelle?Et l'Hy menée avec qui i'eſtois ſi ſou- vent broüillé , fait-il mieux ſes
affaires ſeul qu'il ne les faiſoit
avec moy ?
L'Amitié, dit Mercure, avoulu
S'ingerer
GALANT.31
DEL
Defaire en terre vêtre office ;
Elleentretient les nœuds qu'on luy donneàferrer,
Mais le moindre debat la fait
presque expirer,
Et contrel'intereſt, pourpeu qu'il l'affoibliffe,
YON
Satiedeurnesçauroitdurer.
Quantàl'Hymen,parvôtre ab- fence
C'eſtpis centfois quecen'estoit
Acause du dégoût de l'indif ference [alliance,
Avecquidetout temps elleafait
vouséclatoit;
Toûjours quelque divorce entre
Maispourveu qu'on s'armâtd'un peudepatience,
Apresavoirgrondé, rompul'in- telligence ,
Vous vous raccommodiez, & tout
: feremettoit.
Biiij
32 LE MERCURE Apreſent que la Politique Portefans vous les gens às'unir pourtoûjours,
Dés qu'ons'estengagél'onn'aplus de beaux jours ;
Chacun en mots dolens
malheurs'explique ,
de fon
Etles regretsfont laseule Musiique,
Quichez les marieza cours.
Vous en riez ? Voila bien dequoy
rive.
Prenez-le ſur un autre ton ;
Sivous neretournez exercervôtre
empire,
Lemondesevaperdre, chacun
ensoupire,
Comme on faisoit du temps de Phaëton.
N'importe , repartit l'Amour ,
c'eſt ce que ie demande , ie ne
GALANT. 33
ſçaurois trop punir des fantaſ- ques, qui me faiſant trop inju- ſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies, n'ont aucune reconnoifſance des plaiſirs que ie leur procure. Le reposm'a'a fait goû- ter icy desdouceurs que ie n'a- voisiamais éprouvées , & iene meſens pas en humeur d'y re- noncer. Mercure le laiſſa dans
ceſentiment, &quelque temps s'eſtant encor paffé ſans que Venus pût obtenir de luy qu'il changeât de reſolution , un iour qu'il étoit fort en trainde rire , il entendit du bruit qui P'obligea à tourner la tête pour ſçavoir qui le venoit troubler dans ſa Retraite. Lecroiriezvous , luy dirent les Graces ,
c'eſt la Raiſon, vôtre plus irre
Bv
34. LE MERCURE
conciliable ennemie , quide- mande à vous parler.
Voilade mes ingrats oùvalamé- diſance,
S'écria-t'il touten courroux ;
Parce qu'illeurplaîtd'êtrefous,
D'aimerlahonteuse licence ,
Quin'est propre qu'aux loupsgaroux,
Ils nesçauroientsouffrir, fanss'en:
faire une offence ,
Qu'avecque la Raiſon iefois d'intelligence Pour mieuxfairegoûtermescharmes les plus doux ;
C'est elle cependant qu'à mefui- vrei'invite,
Partout ou iaydeffein de merendrevainqueur,
L'empruntefes couleurspourpein..
dre lemerite
GALANT.
35 Quidoit toucher unnoble cœur.
C'est alors qu'à mes traits se li- vrant avecjoye Ce cœurs'en laiſſepenetrer ,
Ie lay dois trop pour neme pas
montrer,
LaRaiſon me demande , ilfaut
queie la voye,
Dépêchez, qu'on lafaſſe entrer.
Acesmotsil courut au devant
d'elle , & témoigna parl'ac- cüeil le plus obligeant l'eſtime particuliere qu'il en faiſoit. La Raiſon receut ſes careſſes avec
plaifir , & le regardant d'un œil plus ſatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en entrant :
Parcerestede bienveillance,
Luydit-elle , accordezàmes empreſſemens
36 LE MERCURE
Lebonheur de vostre presence,
Vous devez cette complaisance Al'appuy que ie donne àtous vos Sentimens.
Vousfçavezqueiamais ienevous fus contraire,
Que 'iay toûjours cherché l'union
avec vous,
Etqu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
On se trouve affez bien denous.
Etouffez un chagrin qui nepeut
quemenuire.
Nos communs interêts nous y doi-
: vent porter :
L'un & l'autre, partout où vous
m'ofez conduire ,
Nous avons quelque appuy toûjoursànousprester ,
Vous meservez àm'introduire,
Etievousſirs àvousfaire écouter.
Depuis que les mortels ne vouS.
GALANT. 37
ontpluspourguide,
Vous desgroffieretez l'ennemy déclaré,
Il n'est rienſi défiguré,
I'ay beau chercherà leur tenir
labride,
Iene trouve par tout qu'orgueil
démesuré,
Quefaste insupportable, ou bêtise
timide;
Si ie quite un brutal ie rencontre
unstupide,
Pointde cœurgenereux point d'efprit éclairé.
Vousſeul à tant de maux pouvez donnerremede ,
Parvous lafiertés'adoucit,.
Parvous àſepolir ,ſans emprun- terd'autreaide ,
Leplus farouche reüſſit .
Revenez- donc au monde , oùpar vostre presence
38 LE MERCURE
Vous remettrez foudain la concorde&lapaix ,
l'ySoûtiendraypartout laforcede
vos traits,
Et nous en bannirons l'audace &
l'inſolence,
Si nous ne nousquittons iamais.
La propoſition ne déplût pas à l'Amour ; mais comme il fut
quelquetemps fans répondre,
la perfuafion qui eſtoit de -
meurée à la porte, crût qu'il eſtoit temps qu'elle parlat ; &
l'Amour ne la vit pas plûtoſt s'avancer , que prevenant ce qu'elle pouvoit avoir à luydi- re ; Arreſtez , luy cria-t'il de loin , ce ſeroit faire tort à l'union qui a eſtédetout temps entre la Raifon&moy,quede
croire qu'elle ait beſoin de vo
GALANT. 39
ſtre ſecours pour me faire en- trer dans ſes ſentimens. Il eſt
de certains Amours évaporez qui ne s'en accommoderoient
pas ; mais pour moy qui ſuis ennemydudéreglemét ( quoy que s'en ſoient voulu imagi- ner les hommes ) ie n'ay point
demeilleure amie que la Raifon. Il eut à peine achevé ces mots , qu'il apperçeutlaGloi- re , qui eſtant accouſtumée à
eſtre receuë par tout àbras ouverts , crut qu'il feroit inutile
de faire demander ſi l'entrée
buy ſeroit permiſe. L'Amour prit plaifir à la voir marcher d'un pas auſſi majestueux que fa mine eſtoit altiere. Il la receutfort civilement ; & apres
qu'elle eut répondu à ſes pre- mieres honneſtetez.
40 LE MERCURE Paroùpeut on avoir merité, luy
ditelle,
Que vous vous obſtiniez dans ce honteux repos ?
Il n'a iamais esté d'absence fi
cruelle:
Finiſſez là, chacun àl'envy voas
rappelle,
Eti'ay beſoindevous pourfaire
desHeros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prixque l'étale,
Lavaleurſans Amourest aveugle,
brutale,
Etſemblemoins cueillir qu'arra- cherdes lauriers.
Dansle métier de Mars l'Amour
eft neceffaire,
Etc'est lefeul defir deplaire,
Qui fait lesplusfameux Guerriers.
4
GALANT. 41 L'Amour ſe trouva agreable- ment flaté de ce que la Gloire
luy dit,& il révoit à la réponſe qu'il luy devoit faire, quand il vitentrer tout à la fois,la Beauté , la Conſtance , la Galante
rie,& les Plaiſirs qui luy firent mille plaintes de ce que fon éloignement leur faiſoit ſouf- frir. La Beauté exagera com- bien il luy eſtoit honteux de
n'avoir aucun avantage ſur la laideur,&de n'être plus confiderée de perſonne , parce que
perſonne ne ſongeoit plus à
aimer. Mais ce qui commença d'ébranler l'Amour , ce fur ce
queluydirent les Plaiſirs , qui ſe voyoient malheureuſement exilez par le retranchement
des Feſtes galantes , & de tout
ce qui pouvoit contribuer au
42 LE MERCURE
divertiſſement des belles, tous
les jeunes gens eſtans tombez depuis ſon départdans une fa- le débauche , qui ne leur laif- ſoit trouverde lajoye quedans la ſeule brutalité. Ils parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien ſecondez par les autres qui avoient le même intereſt qu'eux de faire revenir l'A- mour en terre , que ſe laiſſant
toucheràleurs prieres ;
C'estfait , vous l'emportez,leur dit-il,iemerends,
Quoyqu'endouceurpourmoy cet- teretraite abonde,
Ilfaut aller revoir mes injustes.
tyrans,
Er tâcher de mettre ordre à tous
les differens Que mon éloignement a caufé
GALANT. 43 dans lemonde ;
Puisqu'on le veut ainsi,igretourneavecvouS ,
Mais à condition qu'un traitementplus doux Effacerade moy ce que l'on afait croire,
Etquepour empêcher mille brutalitez
QuijettentsurmonNomunetâ- chetrop noire,
Partout ouieſeray, la Raison &
laGloire
Iront toûjours à mes costez.
Le party fut accepté, &il plut tellement aux Graces,qu'elles
jugerent de ne plus abandon- ner l'Amour.
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Résumé : LA MALADIE DE L'AMOUR.
Le texte relate une conversation entre l'Amour et les Grâces, suivie par l'intervention de Vénus et Mercure. L'Amour, épuisé par les ingratitudes et les comportements injustes des hommes, décide de se retirer et de se reposer. Les Grâces, inquiètes, lui préparent un lit de roses et tentent de le consoler. L'Amour exprime son désir de tranquillité et critique les hommes pour leur inconstance et leur ingratitude, refusant de revenir sur terre et préférant rester avec les Grâces. Vénus, furieuse de voir ses temples profanés, tente de convaincre son fils de revenir, mais sans succès. Mercure informe l'Amour des changements sur terre, où l'intérêt et la discorde règnent. L'Amour se réjouit de ces malheurs, trouvant son repos doux et agréable. La Raison intervient alors et demande à l'Amour de revenir pour rétablir l'ordre et la justice. Parallèlement, une conversation critique l'absence de l'Amour, qui a laissé le monde dans le chaos. La Raison et la Gloire rappellent l'importance de l'Amour, soulignant que sans lui, les exploits héroïques sont vains et que la valeur sans amour est aveugle et brutale. La Beauté, la Constance, la Galanterie et les Plaisirs se plaignent également de leur souffrance due à l'absence de l'Amour, qui a conduit à une débauche brutale parmi les jeunes gens. Touché par ces plaintes, l'Amour accepte de revenir à condition que la Raison et la Gloire l'accompagnent pour éviter les brutalités et les mauvaises interprétations. Les Grâces approuvent cette décision, promettant de ne plus abandonner l'Amour.
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17856
p. 17-20
Description de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Brest est une Ville située sur le panchant d'une [...]
Mots clefs :
Brest, Description
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Ville. [titre d'après la table]
Breft est un Ville firuées
B
18 Voyage des Amb.
د
fur le panchant d'une
Colline du coſté du Port .
Un fort bon Chasteau élevé
fur un roc défend
l'entrée de ce Port , qui
eft dans un Golfe où la
Mer entre par quatre endroits
differens . On l'eftime
le meilleur de tousles
Ports de l'Europe. Les
Navires y font toujours à
flot , & c'eſt le Magazin
de l'Amirauté de France
pour tous ceux qui vont
fur l'Ocean . On ne doit
de Siam.
pas s'étonner aprés cela
fi je dis que les Ambaſſadeurs
furent ſalüez à Breft
de fix cens coups de Canons
. On ne peut rien ajoûter
à la galanteric & à
la magnificence que M
Decluſeaux, Intendant de
la Marine , fit paroiſtre
en cette occafion , pour
répondre aux intentionss
du Roy ; je croy pouvoir
dire, aux intentions de Sa
Majesté , puiſque l'appro..
bation qu'Elle a donnéeà
Bij
20 Voyage des Amb.
cette Reception د
a fait
connoiſtre qu'Elle en auroit
envoyé les ordres ,
s'il y euſt eu lieu de croire
qu'ils fuffent venus en fi
peu de temps.
B
18 Voyage des Amb.
د
fur le panchant d'une
Colline du coſté du Port .
Un fort bon Chasteau élevé
fur un roc défend
l'entrée de ce Port , qui
eft dans un Golfe où la
Mer entre par quatre endroits
differens . On l'eftime
le meilleur de tousles
Ports de l'Europe. Les
Navires y font toujours à
flot , & c'eſt le Magazin
de l'Amirauté de France
pour tous ceux qui vont
fur l'Ocean . On ne doit
de Siam.
pas s'étonner aprés cela
fi je dis que les Ambaſſadeurs
furent ſalüez à Breft
de fix cens coups de Canons
. On ne peut rien ajoûter
à la galanteric & à
la magnificence que M
Decluſeaux, Intendant de
la Marine , fit paroiſtre
en cette occafion , pour
répondre aux intentionss
du Roy ; je croy pouvoir
dire, aux intentions de Sa
Majesté , puiſque l'appro..
bation qu'Elle a donnéeà
Bij
20 Voyage des Amb.
cette Reception د
a fait
connoiſtre qu'Elle en auroit
envoyé les ordres ,
s'il y euſt eu lieu de croire
qu'ils fuffent venus en fi
peu de temps.
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Résumé : Description de la Ville. [titre d'après la table]
Le texte présente la ville de Brest, située sur le flanc d'une colline près d'un port protégé par un château fortifié sur un rocher. Ce port, situé dans un golfe où la mer pénètre par quatre points, est considéré comme le meilleur d'Europe, permettant aux navires de rester à flot en permanence. Il sert de magasin pour l'Amirauté de France pour les expéditions océaniques. Lors de la réception des ambassadeurs, soixante coups de canon ont été tirés. M. Decluseaux, Intendant de la Marine, a montré une grande galanterie et magnificence, conformément aux intentions du roi. La réception a reçu l'approbation royale, indiquant que des ordres similaires auraient été envoyés si les ambassadeurs étaient arrivés plus tôt.
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17857
p. 21-28
Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à la suite du Journal. Les Ambassadeurs ayant [...]
Mots clefs :
Charles Colbert de Croissy, Conversation, Croissy, Ambassadeurs, Ministre, Majesté, Ambassadeur, Abbé de Lionne, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Je viens à la fuire du Journal.
Les Ambaſſadeurs ayant
rendu viſite à Mede Croiſſy ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
dans ſon Hoſtel à Paris , ce
Miniſtre leur rendit cette
viſite le 24. Septembre , à
'Hoſtel des Ambaſladeurs
Extraordinaires , où ils font
A
togez . Si toſt qu'il fut entré
desAmb. de Siam . z
rs
er
dans la court , fix Mandarins
deſcendirent pour le receue
voir à la deſcente de ſon Caerroffe
, & les Ambaſſadeurs.
l'attendirent au haut du de-
& gré. Ils paſſerent enſuite dans.
bu la Chambre de parade , fous
le Dais de laquelle il y avoit
ur quatre Fauteüils préparez ;
ant ſçavoir un à la droite ,& les
Ty, trois autres vis à vis de ce
at, Fauteüil. M. de Croiſſy ſe
ce mit dans le premier , & les
ette Ambaſſadeurs ſe placerent
, dans les autres. Ce Miniftre
eus leur dit qu'il n'avoit pasen-
Con core eu le temps de s'acquiter de
La visite qui leur de voir qu'ik AAN
২
Biij
22
t
Suite duVoyage
mé
avoit rendu compte à Sa Majesté
de la Lettre que leRoyde Siam
luy avoit fait l'honneur de luy
écrire , & qu'il l'avoit trouvée
diſpoſee à entretenir l'alliance qui
eſtoit entre les deux Rois ,
me à la fortifier ; que SaMajeſté
avoit souvent ouy parler de
leur esprit , &qu'elle avoit reconnu
qu'ils en avoient beaucoup
parles choses qu'on luy avoit rapportées
cequi luy avoitfaitplaifir;
qu'au refte. Elle estoit tres-
Satisfaite de leur conduitte ,puis
qu'ils n'avoient fait aucune dé
marche depuis qu'ils estoient en
France, qui ne luy eust esté agréa
ble. L'Ambaſſadeur répondit
des Amb. de Siam.
23
favec la maniere honneſte &
am fpirituelle , qui luy a attiré
( Teſtime de tous ceux qui ont
cudes affaires avec luy , ou
qu occaſion de luy parler. Il remt
mercia M² deCroiſſy de ce
daje qu'il avoit dit au Roy , &
marqua une ſenſible joye de
t ce qu'on étoit content d'eux.
400 L dit , Que tout ce qu'il avoient
rap fait , n'estoit que pourse conformer
plat aux ordres du Royleur Maistre
trer qu'ils avoient táché deſuivre en
plus exactement qu'il leur
Jede avoit esté poſſible ; qu'il les avoirs
mt a fur tout chargez de se gouverner
de maniere, qu'il puiffent estre a
و ر
grew
pi tout le
Sindi gréables au Roy , qu'ils y met24
Suite du Voyage
toient toute leur application, qu'ils
voudroient avoir le bonheur de
plaire jusqu'au moindre François,
&qu'ils s'y attacheroient avec
tant de ſoin fi les Coutumes de
France leur estoient mieux connuës
, qu'ils se tiendroient feur
d'y réüffir. Mr de Croiſſy leur
dit enſuite , Que le plusgrand
plaisir que le Roy de Siam pust
faire à Sa Majesté , es la plus
grande marque d'amitié qu'ilpuſt
luy donner , c'estoit nonſeulement
de proteger les Miſſionaires François
qui estoient enſes Estats,mais
auſſi les siamois qui se feroient
Catholiques. L'Ambaſſadeur
répondit , Que leRoyfonMai-
Stre
des Amb. de Siam,
25
-d
stre avoit déja fait tout ce que le
da Roy Souhaitoit de luy là-deſſus ;
ith & il en prit à témoin M'l'Abbé
de Lionne , qui ſervoit
d'Interprete en cette Converſation.
Il ajoûta , Qu'il ne
fem doutoit point que l'amitié des deux
cut Rois eftant augmentée par toutes
and les preuves que ces deux Souvepu
rains s'estoient données d'uneforte
pla &fincere eftime , elle nefist augmenter
auffi la protection que le
met Roy fon Maistre donnoit aux
rah Mißionnaires & aux Catholimai
ques qui estoient dans ſes Estats.
with Cette Converfation , qui fue
Hew publique , attira des applaus
Mar diffemens de tous ceux qui
C
26 Snite du Voyage
l'entendirent , & chacun ſe
récria ſur le diſcours que fit
Mr de Croiſſy en faveurde la
Religion. Mais ce Miniſtre
ayant là - deffus l'efprit du
Roy , dont il ſeconde les intontions
en toutes chofes ,
eſtoit animé d'un zele trop
fincere & trop ardent pour
oublier rien de ce qu'on pouvoit
attendre de luy. Il finit
endiſant aux Ambaffadeurs,
Que ce jour- là eftant un jour de
divertißement pour eux, puis qu'il
devoient aller à l'Opera , il ne
vouloit pas pouffer plus loin la
Conversation , de crainte de reculer
leurs plaisirs. Ils l'accompades
Amb. de Siam.
27
gnerent juſqu'au bas du degré
avec tous les Mandarins
de leur fuire.
Les Ambaſſadeurs ayant
rendu viſite à Mede Croiſſy ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
dans ſon Hoſtel à Paris , ce
Miniſtre leur rendit cette
viſite le 24. Septembre , à
'Hoſtel des Ambaſladeurs
Extraordinaires , où ils font
A
togez . Si toſt qu'il fut entré
desAmb. de Siam . z
rs
er
dans la court , fix Mandarins
deſcendirent pour le receue
voir à la deſcente de ſon Caerroffe
, & les Ambaſſadeurs.
l'attendirent au haut du de-
& gré. Ils paſſerent enſuite dans.
bu la Chambre de parade , fous
le Dais de laquelle il y avoit
ur quatre Fauteüils préparez ;
ant ſçavoir un à la droite ,& les
Ty, trois autres vis à vis de ce
at, Fauteüil. M. de Croiſſy ſe
ce mit dans le premier , & les
ette Ambaſſadeurs ſe placerent
, dans les autres. Ce Miniftre
eus leur dit qu'il n'avoit pasen-
Con core eu le temps de s'acquiter de
La visite qui leur de voir qu'ik AAN
২
Biij
22
t
Suite duVoyage
mé
avoit rendu compte à Sa Majesté
de la Lettre que leRoyde Siam
luy avoit fait l'honneur de luy
écrire , & qu'il l'avoit trouvée
diſpoſee à entretenir l'alliance qui
eſtoit entre les deux Rois ,
me à la fortifier ; que SaMajeſté
avoit souvent ouy parler de
leur esprit , &qu'elle avoit reconnu
qu'ils en avoient beaucoup
parles choses qu'on luy avoit rapportées
cequi luy avoitfaitplaifir;
qu'au refte. Elle estoit tres-
Satisfaite de leur conduitte ,puis
qu'ils n'avoient fait aucune dé
marche depuis qu'ils estoient en
France, qui ne luy eust esté agréa
ble. L'Ambaſſadeur répondit
des Amb. de Siam.
23
favec la maniere honneſte &
am fpirituelle , qui luy a attiré
( Teſtime de tous ceux qui ont
cudes affaires avec luy , ou
qu occaſion de luy parler. Il remt
mercia M² deCroiſſy de ce
daje qu'il avoit dit au Roy , &
marqua une ſenſible joye de
t ce qu'on étoit content d'eux.
400 L dit , Que tout ce qu'il avoient
rap fait , n'estoit que pourse conformer
plat aux ordres du Royleur Maistre
trer qu'ils avoient táché deſuivre en
plus exactement qu'il leur
Jede avoit esté poſſible ; qu'il les avoirs
mt a fur tout chargez de se gouverner
de maniere, qu'il puiffent estre a
و ر
grew
pi tout le
Sindi gréables au Roy , qu'ils y met24
Suite du Voyage
toient toute leur application, qu'ils
voudroient avoir le bonheur de
plaire jusqu'au moindre François,
&qu'ils s'y attacheroient avec
tant de ſoin fi les Coutumes de
France leur estoient mieux connuës
, qu'ils se tiendroient feur
d'y réüffir. Mr de Croiſſy leur
dit enſuite , Que le plusgrand
plaisir que le Roy de Siam pust
faire à Sa Majesté , es la plus
grande marque d'amitié qu'ilpuſt
luy donner , c'estoit nonſeulement
de proteger les Miſſionaires François
qui estoient enſes Estats,mais
auſſi les siamois qui se feroient
Catholiques. L'Ambaſſadeur
répondit , Que leRoyfonMai-
Stre
des Amb. de Siam,
25
-d
stre avoit déja fait tout ce que le
da Roy Souhaitoit de luy là-deſſus ;
ith & il en prit à témoin M'l'Abbé
de Lionne , qui ſervoit
d'Interprete en cette Converſation.
Il ajoûta , Qu'il ne
fem doutoit point que l'amitié des deux
cut Rois eftant augmentée par toutes
and les preuves que ces deux Souvepu
rains s'estoient données d'uneforte
pla &fincere eftime , elle nefist augmenter
auffi la protection que le
met Roy fon Maistre donnoit aux
rah Mißionnaires & aux Catholimai
ques qui estoient dans ſes Estats.
with Cette Converfation , qui fue
Hew publique , attira des applaus
Mar diffemens de tous ceux qui
C
26 Snite du Voyage
l'entendirent , & chacun ſe
récria ſur le diſcours que fit
Mr de Croiſſy en faveurde la
Religion. Mais ce Miniſtre
ayant là - deffus l'efprit du
Roy , dont il ſeconde les intontions
en toutes chofes ,
eſtoit animé d'un zele trop
fincere & trop ardent pour
oublier rien de ce qu'on pouvoit
attendre de luy. Il finit
endiſant aux Ambaffadeurs,
Que ce jour- là eftant un jour de
divertißement pour eux, puis qu'il
devoient aller à l'Opera , il ne
vouloit pas pouffer plus loin la
Conversation , de crainte de reculer
leurs plaisirs. Ils l'accompades
Amb. de Siam.
27
gnerent juſqu'au bas du degré
avec tous les Mandarins
de leur fuire.
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Résumé : Visite renduë par M. Colbert de Croissy aux Ambassadeurs avec toute leur Conversation, [titre d'après la table]
Le texte décrit une visite diplomatique entre les ambassadeurs de Siam et M. de Croissy, Ministre et Secrétaire d'État, à Paris. Le 24 septembre, M. de Croissy se rendit à l'hôtel des ambassadeurs. À son arrivée, des mandarins descendirent pour l'accueillir, et les ambassadeurs l'attendirent en haut des marches. Ils se dirigèrent ensuite vers la chambre de parade, où quatre fauteuils étaient préparés. M. de Croissy s'assit dans le premier fauteuil, et les ambassadeurs se placèrent dans les autres. M. de Croissy expliqua qu'il n'avait pas encore eu le temps de rendre compte au roi de France de la lettre du roi de Siam, mais que Sa Majesté était disposée à entretenir et renforcer l'alliance entre les deux royaumes. Il exprima également sa satisfaction quant à la conduite des ambassadeurs depuis leur arrivée en France. L'ambassadeur de Siam répondit avec honneur et esprit, remerciant M. de Croissy et exprimant sa joie de voir que leur conduite était appréciée. Il souligna que leurs actions étaient conformes aux ordres du roi de Siam et qu'ils cherchaient à plaire au roi de France et à tous les Français. M. de Croissy mentionna que la plus grande marque d'amitié que le roi de Siam pouvait offrir au roi de France était de protéger les missionnaires français et les Siamois catholiques dans ses États. L'ambassadeur de Siam assura que le roi de Siam avait déjà pris des mesures en ce sens et que l'amitié entre les deux rois se renforcerait par la protection des missionnaires et des catholiques. La conversation, qui fut publique, reçut des applaudissements pour le discours de M. de Croissy en faveur de la religion. Ce dernier conclut en souhaitant aux ambassadeurs de profiter de leur journée de divertissement à l'opéra, mettant ainsi fin à la conversation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17858
p. 2804-2833
LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
Début :
MADAME, J'ay crû avoir remarqué dans mes deux Voyages de l'Isle-Adam, que VOTRE ALTESSE [...]
Mots clefs :
Ansacq, Sabbat, Relation, Prince de Conti, Princesse de Conti, Village, Esprit, Campagne, Vallons, Phénomène extraordinaire, Maison, Voix, Bruits, Merveilleux, Voix humaine, Bruit extraordinaire, Phénomènes, Laboureur, Témoins
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
LETTRE de M.Treüillot de Ptoncour,
Curé d'Anfacq , à Madame la Princeffe
de Conty , troifiéme Douairiere , &
Relation d'un Phénomene très extraordinaire
, &c.
MADAM ADAME ,
Fay cru avoir remarqué dans mes deux
Voyages de l'Ile-Adam , queVOTRE Altesse
SERENISSIME n'y venoit de tems en tems que
poury gouter les amusemens de la Campagne
; une Ménagerie , la Chaffe , la Pêche ,
les Promenades , les ouvrages de l'aiguille
ou de la Tapiffèrie , & fur tout d'agréables
lectures , font , ce me femble , tout ce qui peut
former l'aimable varieté de vos innocens plaifirs.
Que je ferois heureux , MADAME ,
fi je pouvois y contribuer en quelque³ maniere,
& augmenter cette varieté par la petite
Relation que je prens la liberté de vous
prefenter!
Tout y refpire l'air de la Campagne ; tout
ce qui y eft contenu s'eft paffé à la Campagnes
c'eft fur le témoignage de gens de la Campagne
que le fait dont il s'agit eft appuyé ;
II. Fol. c'eft
DECEMBRE . 1730. 2803
c'est enfin un Curé , mais le Curé de toutes
vos Campagnes , le plus fidele , le plus zelé ,
& le plus refpectueux , qui a l'honneur de
vous la communiquer.
Le fujet de cette Relation , toute effrayant
qu'il ait parn aux gens de la Campagne qui
difent, en avoir été témoins , devient naturellement
pour les efprits folides , & fur tout
pour celui de V. A. S. un vrai divertiffement
& une matiere agréable de recherches ,
de reflexions, fuppofe fa réalité.
Il s'agit d'un bruit extraordinaire dans
Fair, qui a toutes les apparences d'un Prodige
; prefque tous les habitans du lieu où
il s'eft fait, affurent , jurent & protestent l'avoir
bien entendu.
Ces Témoins , comme gens de la Campagne
, appellent cet évenement un Sabbat ; les
efpritsforts l'appelleront comme ils voudront,
pourront raifonner , ou plutôt badiner à
Leur aife.
> Aux
Pour moi , dans la Differtation que j'ay
mife à la fin , je lui donne le nom grec d'Akoulmate
, pour fignifier une chofe extraor
dinaire qui s'entend dans l'air , comme on
donne le nom grec de Phénomene
chofes qui paroiffent extraordinairement
dans
te même Element ; mais je me garde bien de
rien décider fur le fond ni fur les cauſes .
Quoiqu'il en soit , Efprits , Lutins , Sorciers
, Magiciens , Météores , Conflictions
II. Vol .
de
2806 MERCURE DE FRANCË
de vapeurs , Combats d'Elemens ; je laiffe
aux Curieux à choisir ou à trouver d'autres
caufes : ilme fuffit d'affurer V.A.S. que les
Témoins de ce prétendu Prodige , m'ont paru
de bonne foi , & que les ayant interroge
plufieurs fois , & leur ayant donné tout le
tems de fe contredire & d'oublier dans leurs
deux , trois & quatrième dépofitions , ce qu'ils
m'avoient dit dans la premiere , ils se font
néanmoins foutenus à merveilles , & n'ont
point varié dans la moindre circonftance.
C'en eft affez pour mon deffein , qui fe
termine uniquement au divertiffement de
V. A. S. elle a dans fa Cour & à la suite
de Monfeigneur le PRINCE DE CONTY,
des R R. Peres Jefuites , qui font ordinairement
des perfonnes trés-lettrées & trés- verfées
dans les fecrets de la Nature : fi vous voulez
, MADAME , leur communiquer cette
Relation , & qu'ils veuillent bien en dire
leur fentiment, je ferai charmé de profiter de
leurs lumieres, & je m'engagerai même à rendre
publique leur opinion , avec leur permiffion,
s'entend, je ne voudrois pour toute chofe
au monde , jamais rien faire qui pût leur
déplaire.
Au refte , V. A. S. doit prendre d'autant
plus de part à cet évenement , qu'il eft arrivé
dans une de fes Terres.
Si ce font des Efprits de l'Air, comme les
Perdrix & les autres Oifeaux qui habitent
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1730. 2807
le même Element dans l'étenduë du Territoire
d'Amfacq , appartiennent de droit à
V. A. S. fans doute que ces Efprits , pourvn
qu'ils foient familiers & bienfaifants , doivent
vous appartenir par la même raifon ;
en tout cas mon unique but n'eft , encore un
coup , MADAME , que de vous diver
tir, auffi-bien que Monfeigneur LE PRINCE
DE CONTY ; faffe le Ciel quej'y aye réuſſi
aujourd'huy , en attendant que je puiffe donner
des marques plus ferieufes de l'attachement
infini & du refpect profond avec lequel
je fuis de V. A. S. MADAME , & c.
RELATION d'un bruit extraordinaire
comme de voix humaines , entendu dans
l'Airpar plufieurs Particuliers de la Paroiffe
d'Anfacq , Diocéfe de Beauvais
la nuit du 27. au 28. Janvier 1730 .
E Samedi 28. Janvier de la prefente
Lannée , le bruit le répandit dans la
Paroiffe d'Anfacq , près Clermont en
Beauvoifis , que la nuit précédente plufieurs
Particuliers des deux fexes , avoient
entendu dans l'Air une multitude prodigieufe
comme de voix humaines de
differens tons , groffeurs & éclats , de tout
âge , de tout fexe , parlant & criant toutes
enfemble , fans néanmoins que ces Par-
IIV ol.
ticu1808
MERCURE DE FRANCE
ticuliers ayent pu rien diftinguer de ce
que les voix articuloient ; que parmi cette
confufion de voix , on en avoit reconnu
& diftingué un nombre infini qui pouffoit
des cris lugubres & lamentables , comme
de perfonnes affligées , d'autres des cris de
joye & des ris éclatans , comme de perfonnes
qui fe divertiffent ; quelques- uns
ajoûtent qu'ils ont clairement diftingué
parmi ces voix humaines , ſoit- diſant , les
fons de differens inftrumens.
Cette nouvelle vint bientôt jufqu'à
moi , & comme je n'ajoûte pas foi
aifément à ces fortes de bruits populai
res , & que je fuis affez pyrrhonien à l'égard
de tous les contes nocturnes qui fe
débitent fi fouvent dans l'apparition des
Efprits , des Sabbats & de tant d'autres
bagatelles de cette efpece , je me contentai
d'abord de rire de celle-cy & de la regarder
comme un effet ordinaire d'une
Imagination frappée & bleffée de la frayeur
qu'inſpirent ordinairement les tenebres
de la nuit , fur tout à des efprits groffiers
& ignorans , comme ceux de la plupart
gens de la Campagne , qui font nour
ris & élevés par leurs parens dans cette
perfuafion qu'il y a des Sorciers & des
Sabbats , & qui ajoûtent plus de foi aux
contes ridicules qui s'en débitent parmi
eux , qu'aux veritez effentielles de l'Evangile
& de la Religion.
des
DECEMBRE 1730. 2800
Je badinai ainfi jufqu'au lendemain Dimanche
29. dudit mois , me divertiffant
toujours à entendre raconter la chofe par
tous ceux & celles qui difoient l'avoir entenduë.
Entre ceux- là , deux de mes Paroiffiens,
des premiers du lieu , bons Laboureurs ,
gens d'honneur & de probité , beaucoup
plus éclairez & moins crédules que ne
le font ordinairement les gens de la Campagne
, me vinrent faire l'un après l'autre
leur Relation , comme ayant entendu
de près tout ce qui s'étoit paffé .
Ils m'affurerent qu'alors ils étoient dans
un bons fens parfait, qu'ils revenoient de
Senlis , environ à deux heures après minuit
, & qu'ils étoient fùrs d'avoir bien
entendu & fans être trop effrayez , tour
ce qui eft rapporté au commencement de
cette Relation .
Après les avoir bien interrogez & tour.
nez de toutes fortes de manieres , je tâchai
de leur perfuader qu'ils s'étoient trompez,
& que la crainte & la préoccupation leur
avoient fait prendre quelques cris d'Oifeaux
nocturnes pour des voix humaines;
mais leurs réponſes ont toujours été les
mêmes , fans fe les être communiquées
& je n'ai pû y découvrir ni malice , ni
tromperies , ni contradictions .
J'ai eu beau leur faire à chacun en
-II. Vol.
par2810
MERCURE DE FRANCE
particulier toutes les objections qui me
vinrent alors dans l'imagination , ils ont
toujours perfifté& perfiftent encore à affu
rer que lorfqu'en revenant de Senlis ils
s'entretenoient tranquilement d'une affai
re pour laquelle ils avoient été obligez d'aller
en cette Ville ; ils avoient tout à coup
entendu près d'eux un cri horrible d'une
voix lamentable , à laquelle répondit à
fix cens pas delà une voix femblable &
par un même cri , que ces deux cris furent
comme le prélude d'une confuſion
d'autres voix d'hommes , de femmes , de
vieillards , de jeunes gens , d'enfans, qu'ils
entendirent clairement dans l'efpace renfermé
entre les deux premieres voix ,
& que parmi cette confufion ils avoient
diftinctement reconnu les fons de dif
ferens inftrumens comme Violons
Baffes , Trompettes , Flutes , Tambours ,
&c.
Quoique tout cela n'ait pû me tirer
encore de mon pyrrhonifme , je n'ofe
néanmoins traiter de vifionnaires un fi
grand nombre de perfonnes raifonnables ,
entre lefquelles il s'en trouve fur tout
fept ou huit qu'on peut appeller gens
de mérite & de probité pour laCampagne
qui dépofent toutes unanimement la même
chofe , fans fe démentir ni fe contredire
en la moindre circonftance , quoi-,
II. Vol.
qu'elle
DECEMBRE. 1730. 2811
qu'elles ne fe foient ni parlé ni commu❤
niqué , étant logées dans differens quartiers
du Village éloignez l'un de l'autre
& la plupart defunies par des difcusions
d'interêt qui rompent en quelque maniere
entre elles le commerce ordinaire de la
focieté ; enforte que je ne vois nulle apparence
qu'il puiffe s'être formé entre
elles un complot pour me tromper ou
pour fe tromper elles- mêmes.
C'est ce qui m'a déterminé , à tout hazard
, à prendre la dépofition de chaque
Particulier qui dit avoir entendu les bruits
en queſtion , & d'en faire une efpece de
procès verbal , pour le communiquer à
des perfonnes plus éclairées que moi ,
moi , afin
que fuppofé le fait veritable , elles puiffent
exercer leurs efprits & leurs penetrations
à chercher les caufes naturelles
ou furnaturelles d'un évenement fi extraordinaire.
Quoique j'euffe pris d'abord cette réfo
lution , j'avois pourtant négligé de l'executer
, & le procès verbal que j'avois commencé
dès les premiers jours de Fevrier ,
étoit demeuré imparfait. Mais cette efpece
de prodige étant encore arrivé la nuit du
9. au 10. du mois de May , & plufieurs
perfonnes raisonnables en ayant été témoins
, je me fuis enfin déterminé tout à
fait à continuer avec foin cette efpece
d'enquête,
DE2812
MERCURE DE FRANCE
DEPOSITIONS.
Cejourd'hui 17. May 1730. a comparu
pardevant nous, Prêtre, Docteur en Théologie
, Curé d'Anfacq , le nommé Charles
Defcoulleurs , Laboureur , âgé d'environ
48. ans , lequel interrogé par nous ,
s'il étoit vrai qu'il eût entendu le bruit
extraordinaire qu'on difoit s'être fait dans
l'Air la nuit du 27. au 28. Janvier dernier
, & fommé de nous dire la verité
fans détours & fans déguiſemens.
>
A répondu , que cette nuit là , revenant
avec fon frere François Defcoulleurs , de la
Ville de Senlis , & ayant paffé par Mello ,
où ils auroient eu quelques affaires ; ils auroient
été obligez d'y refterjufques bien avant
dans la nuit, mais que voulant neanmoins
revenir coucher chez eux , ils feroient arrivez
environ à deux heures après minuit audeffus
des murs du Parc d'Anfacq , du côté
du Septentrion , & que prêts à defcendre la
Côte par un fentier qui cottoye ces murs , &
conduit au Village , s'entretenant de leurs
affaires , ils auroient été tout à coup interrompus
par une voix terrible , qui leur parut
éloignée d'eux environ de vingt pas ;
qu'une autre voix femblable à la premiere
auroit répondu fur le champ du fond d'une
gorge entre deux Montagnes , à l'autre exremité
du Village , & qu'immédiatement
II. Vol.
aprés
DECEMBRE. 1730. 281 }
leaprés
, une confufion d'autres voix comme
humaines , fe feroient fait entendre dans
Pefpace contenu entre les deux premieres
articulant certain jargon clapiſſant , que
dit Charles Defconlleurs dit n'avoir pû com
prendre , mais qu'il avoit clairement diftinqué
des voix de vieillards , de jeunes hommes
, defemmes ou de filles & d'enfans, &
parmi tout cela les fons de differens Inftru
mens.
Interrogé. Si ce bruit lui avoit paru éloigné
de lui & de fon frere ? A répondu
de quinze on vingt pas. Interrogé , fi ces
voix paroiffoient bien élevées dans l'Air ?
A répondu. A peu près à la hauteur de
vingt ou trente pieds , les unes plus , les autres
moins, & qu'il leur avoit femblé même
que quelques-unes n'étoient qu'à la hauteur
d'un homme ordinaire , & d'autres comme
fi elles fuffent forties de terre.
Interrogé. S'il n'auroit pas pris les cris
de quelques bandes d'Oyes fauvages , de
Canards , de Hyboux , de Renards , ou
les hurlemens de Loups , pour des voix
humaines ? A répondu. Qu'il étoit aufait
de tous ces fortes de cris , & qu'il n'étoit pas
homme ſi aisé à fe frapper , ni fi fufceptible
de crainte, pour prendre ainfi le change .
Interrogé. S'il n'y auroit pas eu un peu
de vin qui lui eut troublé la raiſon , auffibien
qu'à fon frere ? A répondu . Qu'ils
II. Vol étoient
1814 MERCURE DE FRANCE
étoient l'un & l'autre dans leur bon fens
& que bien loin d'avoir trop bû , ils étoient
au contraire dans un besoin preſſant de boire
& de manger, & qu'après le bruit ceffé , il
s'étoit rendu dans la maifon de fon frere , &
là buvant un coup , ils s'étoient entreteaus
de ce qui venoit de fe paffer , fortant de
tems-en-tems dans la cour pour écouter s'ils
'entendroient plus rien.
que
Interrogé. Si le bruit étoit fi grand qu'il
pût s'entendre de bien loin ? A répondu.
Qu'il étoit tel , que fon frere & lui avoient
eu peine à s'entendre l'un & l'autre en parlant
trés-haut.
Interrogé. Combien cela avoit duré ?
A répondu. Environ une demie heure.
Interrogé. Si lui & fon frere s'étoient
arrêtez & n'avoient pas voulu approcher
pour s'éclaircir davantage ? A répondu.
Que fon frere François avoit bien en le def
fein d'avancer & d'examiner dans l'endroit
ce que ce pouvoit être , mais que lui¸ Charles
, l'en avoit empêché.
Interrogé.Comment cela s'étoit terminé ?
Répondu. Que tout avoit fini par des éclats
de rire fenfibles , comme s'il y eût en trois
ou quatre cens perfonnes qui ſe miſſent à rire
de toute leur force.
Ces Articles lûs & relûs audit Charles
Defcoulleurs , a dit iceux contenir tous
verité , que ce n'étoit même qu'une par-
II. Vol. tic
DECEMBRE . 1730. 2815
tie de ce qu'il auroit entendu , qu'il ne
trouvoit point de termes affez forts pour
s'exprimer , qu'il juroit n'avoir rien mis
de fon invention , & que fi fa dépofition
étoit défectueufe , c'étoit plutôt pour n'avoir
pas tout dit , que pour avoir amplifié,
Et a figné à l'Original.
Ce 18. May 1730. a comparu , &c.
François Defcoulleurs , Laboureur d'Anfacq
, âgé de 38. ans, lequel interrogé s'il
auroit entendu le bruit furprenant de la
nuit du 27. au 28. Janvier dernier , a
répondu à chaque demande que nous lui
avons faites , les mêmes chofes , mot pour
mot , que Charles Defcoulleurs fon frere ;
enforte que lui ayant fait la lecture de
tous les articles contenus dans la dépofition
dudit Charles , a dit les reconnoître
pour veritables , n'ayant rien à y ajouter,
finon qu'à la fin de ce tumulte il s'étoit
fait deux bandes. féparées , fe répondant
l'une à l'autre par des cris & des éclats de
rire , que ledit François Defcoulleurs a
imitez devant nous , exprimant les ris des
vieillards par a, a , a , a , a ; tels que font
les ris des perfonnes décrépites à qui les
dents manquent ; les autres ris des jeunes
kommes , femmes & enfans , par ho ,
bo , bo
ho , bo ; hi , hi , hi , hi ; & cela d'une maniere
fi éclatante & avec une fi grande
confufion , que deux hommes auroient eu
...II Vol
•
1
1-
C peine
2816 MERCURE DE FRANCE
peine à le faire entendre dans une converfation
ordinaire ; lecture lui a été faite
de cette dépofition , a dit contenir verité ,
y a perfifté , & l'a fignée , auffi- bien que
celle de fon frere Charles , qu'il a voulu
figner avec la fienne.
Ce 23. May 1730. ont comparu Louis
Duchemin , Marchand Gantier , âgé de
30, ans , & Patrice Toüilly , Maître Maçon
, âgé de 58. ans , demeurant l'un &
L'autre à Anfacq , lefquels interrogez , ont
répondu : Que la nuit du 27. au 28. Fanvier
dernier , ils feraient partis enſemble environ
à deux heures aprés minuit , afin de
Se rendre au point du jour à Beauvais
diftant d'Anfacq de fix lieues ; qu'étant audeffus
de la Côte oppofée à celle où Charles
François Defconlleurs étoient à la même
heure revenant de Senlis , la Vallée d'Anfacq
entre les uns les autres , ils auroient
entendu le même bruit, & en même temps que
lefdits Defcoulleurs qu'eux Louis Duchemin
& Patrice Touilly , fe feroient arrêtez
d'abord pour écouter avec plus d'attention ,
que faifis de crainte , ils auroient déliberé
entre eux de retourner fur leurs pas ;
que comme il auroit fallu paffer dans l'endroit
où ces voixfe faifoient entendre , ils fe
feroient déterminez à s'en éloigner en continuant
leur voyage , toujours en tremblant :
qu'ils auroient entendu le même bruit pendant
mais
II, Vel
-une
DECEMBRE . 1730. 2817
une demie lieuë de chemin , mais foiblement
à mesure qu'ils s'éloignoient. Et ont figné
à
l'Original.
Le même jour a comparu pardevant
nous le fieur Claude Defcoulleurs , ancien
Garde de la Porte , & Penfionnaire de feu
M. le Duc d'Orleans , âgé de 56. ans , lequel
interrogé , a répondu : Que non -feulement
il avoit bien entendu ce bruit du mois de
Janvier , mais encore celui de la nuit du 9.
au 10. du prefent mois de May ; que lors
du premier il étoit bien éveillé & avoit oui
diftinctement tout ce qui s'étoit paffé : que
comme alors il faifoit froid, il ne s'étoit pas
levé pour cette raisons mais que comme la
porte de fa chambre eft vis-à-vis fon lit &
tournée à peu près du côté du Parc d'Anfacq
, il avoit auffi bien entendu que s'il eût
été dans fa cour & dans le lieu même ; que
le bruit étoit fi grand & fi extraordinaire,
que quoiqu'il fut bien enfermé , il n'avoit
pas laiffé d'être effrayé , & de reffentir dans
toutes les parties de fon corps un certain frémiffements
enforte que fes cheveux s'étoient
hériffez. Qu'à la feconde fois étant endormi,
le même bruit l'ayant éveillé en furſaut , il
feroit levé fur le champ ; mais que tandis
qu'il s'habilloit,la Troupe Aërienne avoit en
Le
temps
de s'éloigner; enforte que quand il
fut dans fa cour , il ne l'avoit plus entendrë
que de loin & foiblement , que cependant
11. Vol.
il
Cij
2818 MERCURE DE FRANCE
il en avoit oui affez defon lit & de fa chambre,
pourjuger & reconnoîtrefenfiblement que
ce fecond évenement étoit femblable en toutes
manieres au premier & de même nature.
Interrogé , s'il ne pourroit pas nous
donner une idée plus claire de cet évenement
par la comparaifon de quelque chofe
à peu près femblable , & tirée de
l'ordre ordinaire de la Nature & du Commerce
du Monde ? A répondu de cette.
maniere.
Il n'eft pas , Monfieur , dit-il , que vous
nayez vu plufieurs fois des Foires oufrancs
Marchez vous avez , fans doute, remarqué
que dans ces fortes de lieux deux ou trois
mille perfonnes forment une espece de cabos
ou de confufion de voix d'hommes , de femmes
, de vieillards , de jeunes gens & d'enfans
, où celui qui l'entend d'un peu loin ne
peut abfolument rien comprendre , quoique
chaque Particulier qui fait partie de la confufion
, articule clairement & fe faffe entendre
à ceux avec lesquels il traite de fes affaires
& de fon Commerce . Imaginez- vous donc
être à la porte des Hales à Paris unjour de
grand Marché , ou dans les Sales du Palais
avant l'Audience ; ou enfin à la Foire faint
Germain fur le foir , lorsqu'elle eft remplie
d'un monde infini , n'entend-on pas dans
tous ces lieux, & principalement dans le dernier
un charivari épouvantable , ( ce font fes
II Vol. mêmes
DECEMBRE. 1730. 28 19
›
mêmes termes ) dans lequel on ne comprend
rien en general, quoique chacun en particulier
parle clairement & ſe faſſe diſtinctement entendre?
ajoûtez à tout cela lesfons des Violons ,
des Baffes , Hautbois , Trompettes , Flutes
Tambours & de tous les autres Inftrumens
dont on joue dans les Loges des Spectacles
& qui fe mêlent à cette confufion de voix ,
vous aurez une idée jufte & naturelle des
bruits que j'ai entendus & dans lesquels j'ai
remarqué diftinctement des voix humaines en
nombre prodigieux , auffi - bien que les fons
de differens Inftrumens . Après la lecture
de fa dépofition , a dit , juré & protesté
contenir verité & a figné à l'Original .
ans ,
Le même jour a comparu Alexis Allou ,
. Clerc de la Paroiffe d'Anfacq , âgé de 34.
lequel interrogé &c . a répondu :
...que la même nuit étant couché & endormi,
Sa femme qui ne dormoit pas auroit été frappée
d'un grand bruit , comme d'un nombre
-prodigieux de perfonnes de tout fexe , de tout
age ; que faifie de frayeur , elle auroit éveillé
ledit Allou , fon mari , & qu'alors le même
bruit continuant & augmentant toujours ,
ils auroient crû l'un & l'autre que le feu étoit
à quelque maifon de la Paroiffe , & que les
cris provenoient des habitans accourus an
Secours que lui Allou dans cette perſuaſion
fe feroit levé avec précipitation ; mais qu'étant
prêt à fortir , & avant d'ouvrir fa
II. Vol. Cij porte
2820 MERCURE DE FRANCÉ
porte il auroit entendu paſſer devant fa
maifon une multitude innombrable de perfonnes
, les unes pouffant des cris amers
( ce font fes termes ) les autres des cris de
joye , & parmi tout cela les fons de differens
inftrumens que cette multitude lui avoit femblé
fuivre le long de la rue jufqu'à l'Eglife ,
mais qu'alors unfriſſon l'ayant faifi , il n'auroit
pas ofé écouter plus long- tems , & auroit
étéfe recoucher auffi tôt pour fe raffurer auffi
bien que fa femme qui trembloit de frayeur
dans fon lit. Et a figné à l'original.
Ce 24. May 1730. a comparu Nicolas
de la Place , Laboureur , âgé d'environ
45. ans , demeurant audit Anfacq , lequel
a déclaré : que la nuit du 27 au 28. Janvier
n'étant point encore endormi , il auroit tout
à
coup entendu un bruit extraordinaire , é
que croyant qu'il feroit arrivé quelque accident
dans la Paroiffe , il fe ferait levé nud
en chemife , & qu'après avoir ouvert la porte
de fa chambre , il auroit oùi comme un nombre
prodigieux de perfonnes , de tout âge &
de toutfexe , qui paffoient devant fa maison,
fife proche l'Eglife , & au milieu du Village
, formant un bruit confus , mais éclatant,
de voix comme humaines , mêlées de differens
inftrumens ; qu'alors la crainte & le
froid l'auroient obligé de refermer promtement
fa porte & de fe remettre au lit , d'où
il auroit encore entendu le même bruit & les
II. Vol.
mêmes.
DECEMBRE. 1730. 2821
mêmes voix , comme fi elles euffent monté
la ruë , & paffé devant la Maifon Pres
biterale. Et a figné à l'original.
Le même jour ont comparu Nicolas
Portier , Laboureur , âgé de 25. ans , &
Antoine Le Roi , garçon Marchand Gantier
, âgé d'environ 34. ans , lefquels ont
déposé que ladite nuit & à la même heure
ils auroient entendu paffer le long de la ruë,
dite d'Enbaut , qui conduit à Clermont , &
entre notre Maiſon Presbiterale & la leur,
comme une foule de monde , de tout âge , de
tout fexe , dont une partie pouffoit des cris
affreux , les autres parlant tous ensemble ,
& articulant certain jargon inintelligible s
que le bruit étoit fi grand & fi affreux que
leurs chiens qui étoient couchés dans la
Cour pour lagarde de la maiſon, en avoient
été tellement effrayés , que fans pouffer un
feul aboyement ils s'étoient jettes à la porte
de la chambre de ladite maifon , la mordant
& la rongeant comme pour la forcer , l'ouvrir
& fe mettre à couvert , fuivant l'instinct
naturel de ces animaux. Et ont figné à l'original.
Ce z. Juin 1730. ont comparu Jean
Defcoulleurs , âgé de 40. ans , Jacques
Daim , Etienne Baudart , Chriſtophe Denis
Deftrés , Jean Beugnet , Paul le Roi ,
Jean Caron & un grand nombre d'autres
perfonnes des deux fexes , lefquels ont
II. Vol. Cilj tous
2822 MERCURE DE FRANCÉ
་
tous déclaré d'avoir bien entendu nonfeulement
le bruit aërien du 27 au 28.
Janvier , mais encore celui du 9 au 10.
dé May dernier , fe rapportant tous dans
les mêmes circonftances ; enforte qué
leur ayant fait lecture de toutes les dépofitions
ci-deffus , ont dit icelles contenir
verité , & ont figné l'Original , ceux
qui fçavent écrire , n'ayant pas jugé à
propos de prendre les marques de plus
de vingt perfonnes qui dépofent toutes
les mêmes chofes , mais qui ont declaré
ne fçavoir figner.
Nous fouffigné , Prêtre , Docteur en
Theologie , Curé de S. Lucien d'Anfacq',
Diocèfe de Beauvais , certifions que toutes
les dépofitions ci-deſſus fontfidelles , & telles
qu'on nous les a fournies ; qu'elles font fignées
enforme dans l'Original , & que cette
copie lui eft conforme en toutes fes parties ,
que nous n'avons ajouté ni rien changé dans
Fun & dans l'autre que l'arrangement &
la diction , ayant fcrupuleufement Suivi toutes
les circonftances qui nous ont été données.
Fait à Anfacq , ce 26. Octobre 1730. figné
TREUILLOT DE PTONCOURT , Curé
d'Anfacq.
›
REFLEXIONS.
Avant que de rendre publique cette Relation
, j'ai crû devoir la communiquer à
11. Vol. quelques
DECEMBRE. 1730. 2823
quelques perfonnes éclairées & d'érudition
de mes amis particuliers , leurs ſuffrages
m'ont paru néceffaires pour la rendre
plus autentique , s'agiffant fur tout
d'un évenement qui tient trop du merveilleux
, pour ne pas devenir le fujet
des railleries & du mépris des efprits
forts.
Je fuis bien aife d'avertir ces Meffieurs
que j'ai été jufqu'ici de leur nombre &
leur confrere fidele en ce genre feulement;
mais quoique je ne fois pas encore bien
réfolu de faire faux- bon à leur confrairie
, je les fupplie néanmoins de me permettre
de demeurer neutre entre leur
parti & celui des crédules , jufqu'à ce
que des gens de poids pour la fcience &
pour la pénetration ayent décidé du fait.
dont il s'agit , & m'ayent tiré de la perplexité
où je refterai jufqu'à leur jugement,
Les efprits forts ne peuvent me refuſer
qu'injuftement cette fufpenfion ; je ne
fçai pas bien s'il ne feroit pas auffi injufte
& auffi ridicule de traiter de vifionaires
tant de gens de probité , quoique de
la Campagne , qui conviennent tous du
même fait , que de croire legérement tout
ce que le vulgaire ignorant débite fi fouvent
des fabbats & des autres fottifes de
ce genre.
II. Vol. Cy Quoi
2824 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , mes amis , bien loin
de me diffuader de donner au Public cette
relation , avec le procès verbal fait en
conféquence , m'ont prié , au contraire ,
non feulement de ne point héfiter à
le faire , mais d'y joindre encore une
deſcription Topographique du Village
d'Anfacq , afin de donner lieu à ceux
qui croirone pouvoir expliquer cet évenement
par des caufes naturelles d'exercer
toute leur Phyfique & leur Philofophie.
En effet , fi les Phénoménes extraor
dinaires qui ont paru dans l'air depuis
cinq ans ont tant exercé les beaux efprits
& ont fait la matiere de plufieurs affemblées
de Meffieurs de l'Académie des
Sciences , pourquoi un événement qui
tombe fous un autre fens , qui n'eft pas
moins réél , ni moins effentiel à l'homme
le fens de la vûë , ne meritera- t'if
que
pas autant l'attention & la curiofité des
mêmes Sçavans !
>
Tout le monde fçait que Phénoméne
eft un mot Grec, que l'on a francifé comme
beaucoup d'autres , parce qu'il ne fe
trouve point dans notre Langue de termes
d'une fignification affez énergique ,
pour exprimer feul & par lui -même les
objets qui paroiffent extraordinairement
dans l'air. Notre Langue ne nous fournit
II. Vol. pas
DECEMBRE. 1730. 2825
pas non plus d'expreffions pour défigner
fes bruits extraordinaires qui fe font , où
qui pourroient fe faire entendre. Mais.
comme ces derniers font bien moins communs
que les premiers , on ne s'eft point
encore avifé jufqu'ici de francifer un mot
Grec pour les exprimer.
; .
L'évenement dont il s'agit , ne pourroit
il donc pas m'autorifer à le faire moimême
? & de même qu'il a plû à nos
Anciens d'appeller , Phénoménes , les
objets extraordinaires qui paroiffent dans
l'air ne pourroit-on pas , par la même
raifon , défigner le bruit étonnant & prodigieux
qui vient de fe faire entendre par
ce mot , Akoufméne , ou pour parler plus
regulierement Grec en François , Akousmate
? Le premier fignifie une chofe qui
paroît extraordinairement ; le fecond fi
gnifiera une chofe qui fe fait entendre
extraordinairement
.
Ce principe établi , je prétens que fi les
Phénoménes font du reffort de la curio
fité des Sçavans , les Akoufmates , ne le
font pas moins , fuppofé leur réalité . Or,
on ne peut guere douter de celui - ci : trop
de gens
raifonnables en font le rapport ,
& s'accordent trop dans les mêmes circonftances
, pour n'y pas ajouter foi .
On me dira peut être ,qu'il y a une grande
difference pour l'autenticité entre les Phe-
II. Vol. Cavi no
2826 MERCURE DE FRANCE
noménes & mes prétendus Akoufmates :
que lorfque les premiers paroiffent , tous
les hommes qui ont le même horiſon naturel
& même rationel , peuvent les appercevoir;
au lieu que les feconds , fuppofé
leur réalité , ne peuvent être entendus
que de peu de perfonnes , & de celles feulement
qui en font à portée & qui demeurent
dans le même lieu où ces Akoufmates arrivent.
Que par confequent un Phénoméne
qui eft apperçu par tous les Sunorifontaux ,
emporte avec foi une autenticité bien
plus grande , qu'un Akoufmate qui ne peut
être entendu que par un petit nombre de
particuliers habitans d'un même lieu.
A cela je répons : que la Sphère d'activité
de la vûë étant bien plus étenduë
que celle de l'oüie , les Phénoménes & les
Akoufmates , ne requiérent pas le même
nombre de témoins pour les rendre autentiques
: que les premiers pouvant être apperçus
de tous les Sunorifontaux , il eſt
neceffaire que le plus grand nombre des
hommes qui habitent l'horifon fur lequel
un Phénoméne paroît , en rende témoignage
; au lieu que pour les feconds , il .
fuffit , ce me femble , qu'il ayent été entendus
par la plus grande & la plus faine
partie des habitans d'un même lieu , &
renfermés dans la Sphère d'activité de
l'oüie.
II. Vol.
Mais
DECEMBRE. 1730. 2827
le
Mais pour rendre le fait dont il s'agit
plus autentique encore , il fuffit de remarquer
que le fens de la vûë eft ordinairement
plus fujet à l'erreur & à l'illuſion ,
le fens de l'oüie . Il n'y a pour
que
prouver qu'à fe reffouvenir de toutes les
extravagances qui ſe débiterent à l'occafion
des derniers Phénoménes & fur tout
de celui du mois d'Octobre 1726.Combien
de gens cturent voir au milieu de l'efpece
de Dôme de feu qui parut alors , les uns
une Colombe ou S. Efprit , les autres un
Ange , un Autel , un Dragon , &c . toutes
chofes qui n'avoient de réalité que
dans leur imagination frappée , ou dans
leurs yeux fatigués & éblouis ?
Mais ici où il ne s'agit que du fens de
l'oiie , tant de gens raifonnables ont ils
pû fe tromper fi groffiérement , que de
s'imaginer entendre quelque chofe lorfqu'il
n'entendoient rien ? Un prétendu
bruit épouventable dans l'air qui n'auroit
confifté qu'en quelques hurlemens de
Loups fur la terre ? Une multitude infinie
de voix comme humaines mêlées de
differens fons d'inftrumens, qui n'auroient
été que des cris d'Oyes ou de Canards
Sauvages . Des perfonnes à dix pas du
lieu où fe paffoit ce charivari , des perfonnes
en voyages qui font arrêtées par
cet accident , & qui difent les avoir en-
II. Vol.
tendu
2828 MERCURE DE FRANCE
tendu finir par des éclats de rire de toute
efpece , tandis que d'autres pouffoient
des cris horribles ? Seroit-il poffible que
tant d'oreilles euffent été enchantées
pour ainfi dire , pour croire entendre ce
qu'elles n'entendoient pas ? C'eft ce que
je ne fçaurois jamais m'imaginer . Je ne
veux néanmoins m'attacher à aucun fentiment
, qu'autant qu'il fera celui de perfonnes
plus habiles que moi.
Defcription du Village.
ANacq cft fitué dans un Vallonformé par
deux Coteaux ou Montagnes , entre Clermont
en Bauvoifis au Nord - Eft , & le Bourg de
Mouy au Sud - Oueft. A peu près à la même diftance
de l'un & de l'autre; trois Gorges fort étroites
, l'une au Nord- Eft , celle du milieu au Nord,
& la troifiéme au Nord - Oueft , font comme les
racines du principal Vallon , forment une espéce
de patte d'Oye, & fe rapprochant, viennent le réünir
à un quart de lieuë d'Anfacq...
Sur la hauteur environ à fix cens pas communs
de la naiffance de ces Gorges ,, eft le commencement
de la Forêt de Haye , dite communément
la Forêt de la Neuville. La Seigneurie du
Pleffier Bilbault , de la Paroiffe d'Anfacq , eft fi
tuée proche la liziere de ladite Forêt , à 400. pas
ou environ de la naiffance de la Gorge du milieu
ou de celle du Nord..
Le Village commence du côté de Clermont
au Nord - Eft , par une rue affés longue , bâtie le
long de la côte Orientale , fur une douce pente,
& vient fe terminer à l'Eglife , dont le principal
II. Vol.
Portail
DECEMBRE . 1730. 2829'
Portail fait face du côté du Couchant , à une Pla
ce bordée de maiſons de part & d'autre , & terminée
par un petit ruiffeau , au delà duquel d'autres
maifons font face au Portail.
De l'Eglife , une autre rue conduit jufqu'aux
murs du Parc vers le Sud- Qüeft : & c'eft au bout
de cette rue , & en dedans du Parc , que les bruits
furprenans dont-il eft ici question , commencent
& le font entendre ordinairement. C'eft auffi audeffus
de l'extrémité de cette ruë , & vers les mêmes
murs , que Charles & François Defcoulleurs,
étoient placés , lorfqu'en revenant de Senlis , ils
furent obligés de s'arrêter , à caufe de ce bruit
étonnant.
>
On fe fouviendra encore de ce qui eft dit dans
la dépofition defdits Defcoulleurs , que deux cris
affreux furent comme le prélude de la confufion
qu'ils entendirent immédiatement après. Le premier
fe fit entendre du fond d'une des Gorges
qui fervent de racines au principal Vallon ,,
c'eft à dire , de la troifiéme qui eft vers le Nord-
Oueft , le fecond cris répondit au premier dans
le Parc , au bout de la rue même dont je viens
de parler , & à quinze ou viage pas de l'endroit
ou lefdits Defcoulleurs étoient. Le Vallon d'Anfacq
ainfi formé , comme je l'ai dit , par la jonc
tion des trois Gorges , continue à peu près de la
même largeur jufqu'au Parc & au Château , éloi
gné du Village environ de huit cent pas.
Le Parc qui peut contenir quatre cens arpens,.
eft un grand quarré long , dont la partie Orien
tale forme dans toute fa longueur du Nord au
Sad un Amphithéatre , ou deux grandes Terraffes
l'une far l'autre qui emportent environ la
moitié de fa largeur , & font ombragées par tout:
d'une petite fotaye de chênes , & en quelques ens
droits de buiffons épais & forts.
11. Vol.
Ꮮ e
2830 MERCURE DE FRANCE
Le Château d'un gout antique avec Tours &
Tourelles eft fitué à cent pas du pied de l'Amphithéatre
, entre deux Cours , dont celle d'entrée
& la principale , regarde le Couchant , l'autre
F'Orient , l'une & l'autre environnées de bâtimens
pour la commodité d'un Laboureur.
Prés du Château on trouve trois Jardins
entourés de Murs , lefquels coupant aflez bifarrement
l'endroit du Parc où ils font placés , forment
trois quarrés & differentes efpeces de chemins
couverts qui les féparent l'un de l'autre , &
conduifent à differentes portes , tant pour entrer
dans la principale Cour que pour ſortir du Parc ;
tout le refte confifte en pâturages , Aulnois ,
plans de faules & Arbres fruitiers.
>
De l'extrémité du Parc , du côté du Sud - Oueſt;
le Vallon continuë pendant une demie lieuë , &
va enfin fe rendre dans la grande Vallée de
Mouy. Il eft partagé dans toute fa longueur par
un petit Ruiffeau , formé par plufieurs fources
qui fortent du pied de la Montagne d'où naiffent
les trois Gorges. Ce Ruiffeau ombragé par
tout de bois aquatiques comme Saules , Peupliers
, Aulnes &c. vient paffer au- deffous des
Jardins de la rue de Clermont , bâtie , comme
je l'ai déja dit , fur la pente de la côte Orientale,
entre enfuite dans le Village par l'extrémité de
la Place qui fait face à l'Eglife , & continuant
fon cours vers le Sud - Oueft , il va fe rendre dans
le Parc ; delà toujours en ferpentant il va arrofer
le principal Jardin , d'où il tombe par une
efpece de petite Caſcade dans les foffez du Châ
teau qu'il parcourt fans les remplir , parceque
les digues en font rompues. Il fort enfuite des
foffez & de la grande Cour pour rentrer dans
l'autre partie du Parc , & cotoyant le pied de
PAmphithéatre il en reffort par le Sud- Ouest, &
II. Vol. va
DECEMBRE. 1730. 2831
a former à fix cens pas delà un petit étang
pour faire moudre un Moulin . En fortant du
Moulin , il fe recourbe un peu vers le Sud ou
Midi , & après une demie lieuë du refte de fon
cours il va fe rendre dans la grande Vallée , &
fe décharger dans la petite Riviere du Terrin ,
entre Mouy & Bury. Le Vallon d'Anfacq depuis
fes racines jufqu'à l'endroit où il fe rend
dans la grande Vallée peut avoir dans toute fa
longueur 3000. pas géometriques, ou une grande
lieuë de France.
༥༤ ་
Outre les trois Gorges dont j'ai parlé, il fe trouve
encore dans toute cette étendue pluſieurs cavées
ou chemins creux de part & d'autre qui
conduisent en differens endroits fur les deux coteaux
oppofés dont le Vallon eft formé.
Il faut obferver que dans toute la longueur da
Vallon il ne fe trouve point d'échos confiderables
qui fe renvoyant les fons les uns aux autres
puiffent fervir de fondement au fentiment de
ceux qui voudroient attribuer les bruits en queftion
à ces cauſes ordinaires & naturelles . C'eft
ce dont j'ai voulu moi - même faire l'experience
pendant une belle nuit & un tems calme , en fai
Tant marcher en même tems que moi plufieurs
perfonnes tant fur les côteaux que dans la Vallée,
& en les faifant crier de tems en tems. J'entêndis
bien les voix de plus de quinze perfonnes ,
hommes & petits garçons qui s'acquiterent parfaitement
de la commiffion que je leur avois donnée
, en criant quelquefois de toutes leurs forces ,
& en parlant de tems en tems , & tous enſemble
à voix haute ; mais cette experience ne produifit
rien qui pût m'éclaircir ; les principaux témoins
de notre prodige que j'avois avec moi , ne
convinrent jamais que ces voix en approchaffent,
& lui reffemblaffent en la moindre circonftance.
II Fol. Il
2832 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , me dirent -ils , que dans le Sabbat
que nous avons entendu , ( ce font leurs mêmes
termes ) il y avoit à peu près des voix ſemblables
mais en bien plus grand nombre , & qui formoient
une confufion horrible de cris lugubres ,
de cris de joye & de fons d'Inftrumens.Celles - cy,
continuoient- ils , font difperfées & à terre, aulieu
que les autres étoient toutes raffemblées , & la
plus grande partie dans l'Air ; nous entendons le
langage de ceux- cy , mais nous ne comprîmes
jamais rien dans le jargon des autres . Et d'ailleurs
quand ce que nous entendons actuellement approcheroit
en quelque forte de ce que nous avons
entendu;quelle apparence qu'un nombre fi prodigieux
de monde fe fût affemblé dans le Pare
d'Anfacq? Il auroit donc fallu pour cela que tous
les habitans , hommes , femmes , enfans & Menetriers
de tous les Villages à deux lieues à la
ronde , euffent formé ce complot ; & à quel ufa
ge : Les uns pour crier , chanter & rire ? Les autres
pour pleurer , fe plaindre & gémir ? Tel fue
le fruit de mon experience : une plus grande in→
certitude.
ADDITION
Le 31. Octobre dernier , veille de la Touffaint,
le même bruit fe fit entendre au- deffus du Parc
d'Anfacq , entre 9. & 10. heures du ſoir ; il fut fi
épouventable , que non- feulement une partie du
Village l'entendit , mais que des moutons parquez
auprés delà en furent fi effrayez , qu'ils forcerent
le Parc & fe répandirent par la Campagne , enforte
que le Berger fut obligé d'aller chercher
quelques Payfans des environs pour l'aider à raſfembler
fon Troupeau. La femme de ce même
Berger couchée avec lui dans fa Cabane , en fut
fépouventée qu'elle en eft tombée malade.
II. Vol. Comme
DECEMBRE. 1730. 283 3°
Comme j'avois ordonné qu'on m'avertit en
cas que ce même bruit fe fit entendre de nouveau,
on ne manqua pas de courir chez moi dans le
moment , mais ma maiſon étant un peu éloignée
du Parc d'Anfacq , quelque diligence que je puffe
faire pour me rendre fur le lieu , j'y arrivai trop
tard & ne puis rien entendre. J'ay chargé une
perfonne de veiller pendant tout l'hyver jufqu'à
minuit , afin de pouvoir être averti s'il arrivoit
que ce bruit fe fit encore entendre.
y
Ayant communiqué à plufieurs de mes amis ce
ce qui s'eft paffé dans ma Paroiffe ; un d'entre'
eux, homme de Lettres, & ayant une Charge dans
la Justice de Clermont en Beauvoifis , me dit qu'il
avoit quinze ans que paffant la nuit par le Village
d'Anfacq pour s'en retourner à Clermont
étant feul à cheval à quelque diftance dudit Vilge
, il entendit un bruit fi épouventable en l'Air
& fi prés de lui , qu'il en fut tranfi de frayeur . Il
fe jetta à bas de fon cheval & fe mit à genoux
en prieres jufques à ce que ce bruit fut paffé ,
aprés quoi il continua fon chemin. Arrivé chez
lui il eut honte de fa peur & n'oſa jamais ſe
vanter de ce qui lui étoit arrivé , de peur qu'on
ne le prêt pour un vifionaire , mais que puifque
cette avanture devenoit fi fréquente , il avoüoit
fans peine ce qu'il lui étoit arrivé.
Curé d'Anfacq , à Madame la Princeffe
de Conty , troifiéme Douairiere , &
Relation d'un Phénomene très extraordinaire
, &c.
MADAM ADAME ,
Fay cru avoir remarqué dans mes deux
Voyages de l'Ile-Adam , queVOTRE Altesse
SERENISSIME n'y venoit de tems en tems que
poury gouter les amusemens de la Campagne
; une Ménagerie , la Chaffe , la Pêche ,
les Promenades , les ouvrages de l'aiguille
ou de la Tapiffèrie , & fur tout d'agréables
lectures , font , ce me femble , tout ce qui peut
former l'aimable varieté de vos innocens plaifirs.
Que je ferois heureux , MADAME ,
fi je pouvois y contribuer en quelque³ maniere,
& augmenter cette varieté par la petite
Relation que je prens la liberté de vous
prefenter!
Tout y refpire l'air de la Campagne ; tout
ce qui y eft contenu s'eft paffé à la Campagnes
c'eft fur le témoignage de gens de la Campagne
que le fait dont il s'agit eft appuyé ;
II. Fol. c'eft
DECEMBRE . 1730. 2803
c'est enfin un Curé , mais le Curé de toutes
vos Campagnes , le plus fidele , le plus zelé ,
& le plus refpectueux , qui a l'honneur de
vous la communiquer.
Le fujet de cette Relation , toute effrayant
qu'il ait parn aux gens de la Campagne qui
difent, en avoir été témoins , devient naturellement
pour les efprits folides , & fur tout
pour celui de V. A. S. un vrai divertiffement
& une matiere agréable de recherches ,
de reflexions, fuppofe fa réalité.
Il s'agit d'un bruit extraordinaire dans
Fair, qui a toutes les apparences d'un Prodige
; prefque tous les habitans du lieu où
il s'eft fait, affurent , jurent & protestent l'avoir
bien entendu.
Ces Témoins , comme gens de la Campagne
, appellent cet évenement un Sabbat ; les
efpritsforts l'appelleront comme ils voudront,
pourront raifonner , ou plutôt badiner à
Leur aife.
> Aux
Pour moi , dans la Differtation que j'ay
mife à la fin , je lui donne le nom grec d'Akoulmate
, pour fignifier une chofe extraor
dinaire qui s'entend dans l'air , comme on
donne le nom grec de Phénomene
chofes qui paroiffent extraordinairement
dans
te même Element ; mais je me garde bien de
rien décider fur le fond ni fur les cauſes .
Quoiqu'il en soit , Efprits , Lutins , Sorciers
, Magiciens , Météores , Conflictions
II. Vol .
de
2806 MERCURE DE FRANCË
de vapeurs , Combats d'Elemens ; je laiffe
aux Curieux à choisir ou à trouver d'autres
caufes : ilme fuffit d'affurer V.A.S. que les
Témoins de ce prétendu Prodige , m'ont paru
de bonne foi , & que les ayant interroge
plufieurs fois , & leur ayant donné tout le
tems de fe contredire & d'oublier dans leurs
deux , trois & quatrième dépofitions , ce qu'ils
m'avoient dit dans la premiere , ils se font
néanmoins foutenus à merveilles , & n'ont
point varié dans la moindre circonftance.
C'en eft affez pour mon deffein , qui fe
termine uniquement au divertiffement de
V. A. S. elle a dans fa Cour & à la suite
de Monfeigneur le PRINCE DE CONTY,
des R R. Peres Jefuites , qui font ordinairement
des perfonnes trés-lettrées & trés- verfées
dans les fecrets de la Nature : fi vous voulez
, MADAME , leur communiquer cette
Relation , & qu'ils veuillent bien en dire
leur fentiment, je ferai charmé de profiter de
leurs lumieres, & je m'engagerai même à rendre
publique leur opinion , avec leur permiffion,
s'entend, je ne voudrois pour toute chofe
au monde , jamais rien faire qui pût leur
déplaire.
Au refte , V. A. S. doit prendre d'autant
plus de part à cet évenement , qu'il eft arrivé
dans une de fes Terres.
Si ce font des Efprits de l'Air, comme les
Perdrix & les autres Oifeaux qui habitent
II. Vol. Le
DECEMBRE. 1730. 2807
le même Element dans l'étenduë du Territoire
d'Amfacq , appartiennent de droit à
V. A. S. fans doute que ces Efprits , pourvn
qu'ils foient familiers & bienfaifants , doivent
vous appartenir par la même raifon ;
en tout cas mon unique but n'eft , encore un
coup , MADAME , que de vous diver
tir, auffi-bien que Monfeigneur LE PRINCE
DE CONTY ; faffe le Ciel quej'y aye réuſſi
aujourd'huy , en attendant que je puiffe donner
des marques plus ferieufes de l'attachement
infini & du refpect profond avec lequel
je fuis de V. A. S. MADAME , & c.
RELATION d'un bruit extraordinaire
comme de voix humaines , entendu dans
l'Airpar plufieurs Particuliers de la Paroiffe
d'Anfacq , Diocéfe de Beauvais
la nuit du 27. au 28. Janvier 1730 .
E Samedi 28. Janvier de la prefente
Lannée , le bruit le répandit dans la
Paroiffe d'Anfacq , près Clermont en
Beauvoifis , que la nuit précédente plufieurs
Particuliers des deux fexes , avoient
entendu dans l'Air une multitude prodigieufe
comme de voix humaines de
differens tons , groffeurs & éclats , de tout
âge , de tout fexe , parlant & criant toutes
enfemble , fans néanmoins que ces Par-
IIV ol.
ticu1808
MERCURE DE FRANCE
ticuliers ayent pu rien diftinguer de ce
que les voix articuloient ; que parmi cette
confufion de voix , on en avoit reconnu
& diftingué un nombre infini qui pouffoit
des cris lugubres & lamentables , comme
de perfonnes affligées , d'autres des cris de
joye & des ris éclatans , comme de perfonnes
qui fe divertiffent ; quelques- uns
ajoûtent qu'ils ont clairement diftingué
parmi ces voix humaines , ſoit- diſant , les
fons de differens inftrumens.
Cette nouvelle vint bientôt jufqu'à
moi , & comme je n'ajoûte pas foi
aifément à ces fortes de bruits populai
res , & que je fuis affez pyrrhonien à l'égard
de tous les contes nocturnes qui fe
débitent fi fouvent dans l'apparition des
Efprits , des Sabbats & de tant d'autres
bagatelles de cette efpece , je me contentai
d'abord de rire de celle-cy & de la regarder
comme un effet ordinaire d'une
Imagination frappée & bleffée de la frayeur
qu'inſpirent ordinairement les tenebres
de la nuit , fur tout à des efprits groffiers
& ignorans , comme ceux de la plupart
gens de la Campagne , qui font nour
ris & élevés par leurs parens dans cette
perfuafion qu'il y a des Sorciers & des
Sabbats , & qui ajoûtent plus de foi aux
contes ridicules qui s'en débitent parmi
eux , qu'aux veritez effentielles de l'Evangile
& de la Religion.
des
DECEMBRE 1730. 2800
Je badinai ainfi jufqu'au lendemain Dimanche
29. dudit mois , me divertiffant
toujours à entendre raconter la chofe par
tous ceux & celles qui difoient l'avoir entenduë.
Entre ceux- là , deux de mes Paroiffiens,
des premiers du lieu , bons Laboureurs ,
gens d'honneur & de probité , beaucoup
plus éclairez & moins crédules que ne
le font ordinairement les gens de la Campagne
, me vinrent faire l'un après l'autre
leur Relation , comme ayant entendu
de près tout ce qui s'étoit paffé .
Ils m'affurerent qu'alors ils étoient dans
un bons fens parfait, qu'ils revenoient de
Senlis , environ à deux heures après minuit
, & qu'ils étoient fùrs d'avoir bien
entendu & fans être trop effrayez , tour
ce qui eft rapporté au commencement de
cette Relation .
Après les avoir bien interrogez & tour.
nez de toutes fortes de manieres , je tâchai
de leur perfuader qu'ils s'étoient trompez,
& que la crainte & la préoccupation leur
avoient fait prendre quelques cris d'Oifeaux
nocturnes pour des voix humaines;
mais leurs réponſes ont toujours été les
mêmes , fans fe les être communiquées
& je n'ai pû y découvrir ni malice , ni
tromperies , ni contradictions .
J'ai eu beau leur faire à chacun en
-II. Vol.
par2810
MERCURE DE FRANCE
particulier toutes les objections qui me
vinrent alors dans l'imagination , ils ont
toujours perfifté& perfiftent encore à affu
rer que lorfqu'en revenant de Senlis ils
s'entretenoient tranquilement d'une affai
re pour laquelle ils avoient été obligez d'aller
en cette Ville ; ils avoient tout à coup
entendu près d'eux un cri horrible d'une
voix lamentable , à laquelle répondit à
fix cens pas delà une voix femblable &
par un même cri , que ces deux cris furent
comme le prélude d'une confuſion
d'autres voix d'hommes , de femmes , de
vieillards , de jeunes gens , d'enfans, qu'ils
entendirent clairement dans l'efpace renfermé
entre les deux premieres voix ,
& que parmi cette confufion ils avoient
diftinctement reconnu les fons de dif
ferens inftrumens comme Violons
Baffes , Trompettes , Flutes , Tambours ,
&c.
Quoique tout cela n'ait pû me tirer
encore de mon pyrrhonifme , je n'ofe
néanmoins traiter de vifionnaires un fi
grand nombre de perfonnes raifonnables ,
entre lefquelles il s'en trouve fur tout
fept ou huit qu'on peut appeller gens
de mérite & de probité pour laCampagne
qui dépofent toutes unanimement la même
chofe , fans fe démentir ni fe contredire
en la moindre circonftance , quoi-,
II. Vol.
qu'elle
DECEMBRE. 1730. 2811
qu'elles ne fe foient ni parlé ni commu❤
niqué , étant logées dans differens quartiers
du Village éloignez l'un de l'autre
& la plupart defunies par des difcusions
d'interêt qui rompent en quelque maniere
entre elles le commerce ordinaire de la
focieté ; enforte que je ne vois nulle apparence
qu'il puiffe s'être formé entre
elles un complot pour me tromper ou
pour fe tromper elles- mêmes.
C'est ce qui m'a déterminé , à tout hazard
, à prendre la dépofition de chaque
Particulier qui dit avoir entendu les bruits
en queſtion , & d'en faire une efpece de
procès verbal , pour le communiquer à
des perfonnes plus éclairées que moi ,
moi , afin
que fuppofé le fait veritable , elles puiffent
exercer leurs efprits & leurs penetrations
à chercher les caufes naturelles
ou furnaturelles d'un évenement fi extraordinaire.
Quoique j'euffe pris d'abord cette réfo
lution , j'avois pourtant négligé de l'executer
, & le procès verbal que j'avois commencé
dès les premiers jours de Fevrier ,
étoit demeuré imparfait. Mais cette efpece
de prodige étant encore arrivé la nuit du
9. au 10. du mois de May , & plufieurs
perfonnes raisonnables en ayant été témoins
, je me fuis enfin déterminé tout à
fait à continuer avec foin cette efpece
d'enquête,
DE2812
MERCURE DE FRANCE
DEPOSITIONS.
Cejourd'hui 17. May 1730. a comparu
pardevant nous, Prêtre, Docteur en Théologie
, Curé d'Anfacq , le nommé Charles
Defcoulleurs , Laboureur , âgé d'environ
48. ans , lequel interrogé par nous ,
s'il étoit vrai qu'il eût entendu le bruit
extraordinaire qu'on difoit s'être fait dans
l'Air la nuit du 27. au 28. Janvier dernier
, & fommé de nous dire la verité
fans détours & fans déguiſemens.
>
A répondu , que cette nuit là , revenant
avec fon frere François Defcoulleurs , de la
Ville de Senlis , & ayant paffé par Mello ,
où ils auroient eu quelques affaires ; ils auroient
été obligez d'y refterjufques bien avant
dans la nuit, mais que voulant neanmoins
revenir coucher chez eux , ils feroient arrivez
environ à deux heures après minuit audeffus
des murs du Parc d'Anfacq , du côté
du Septentrion , & que prêts à defcendre la
Côte par un fentier qui cottoye ces murs , &
conduit au Village , s'entretenant de leurs
affaires , ils auroient été tout à coup interrompus
par une voix terrible , qui leur parut
éloignée d'eux environ de vingt pas ;
qu'une autre voix femblable à la premiere
auroit répondu fur le champ du fond d'une
gorge entre deux Montagnes , à l'autre exremité
du Village , & qu'immédiatement
II. Vol.
aprés
DECEMBRE. 1730. 281 }
leaprés
, une confufion d'autres voix comme
humaines , fe feroient fait entendre dans
Pefpace contenu entre les deux premieres
articulant certain jargon clapiſſant , que
dit Charles Defconlleurs dit n'avoir pû com
prendre , mais qu'il avoit clairement diftinqué
des voix de vieillards , de jeunes hommes
, defemmes ou de filles & d'enfans, &
parmi tout cela les fons de differens Inftru
mens.
Interrogé. Si ce bruit lui avoit paru éloigné
de lui & de fon frere ? A répondu
de quinze on vingt pas. Interrogé , fi ces
voix paroiffoient bien élevées dans l'Air ?
A répondu. A peu près à la hauteur de
vingt ou trente pieds , les unes plus , les autres
moins, & qu'il leur avoit femblé même
que quelques-unes n'étoient qu'à la hauteur
d'un homme ordinaire , & d'autres comme
fi elles fuffent forties de terre.
Interrogé. S'il n'auroit pas pris les cris
de quelques bandes d'Oyes fauvages , de
Canards , de Hyboux , de Renards , ou
les hurlemens de Loups , pour des voix
humaines ? A répondu. Qu'il étoit aufait
de tous ces fortes de cris , & qu'il n'étoit pas
homme ſi aisé à fe frapper , ni fi fufceptible
de crainte, pour prendre ainfi le change .
Interrogé. S'il n'y auroit pas eu un peu
de vin qui lui eut troublé la raiſon , auffibien
qu'à fon frere ? A répondu . Qu'ils
II. Vol étoient
1814 MERCURE DE FRANCE
étoient l'un & l'autre dans leur bon fens
& que bien loin d'avoir trop bû , ils étoient
au contraire dans un besoin preſſant de boire
& de manger, & qu'après le bruit ceffé , il
s'étoit rendu dans la maifon de fon frere , &
là buvant un coup , ils s'étoient entreteaus
de ce qui venoit de fe paffer , fortant de
tems-en-tems dans la cour pour écouter s'ils
'entendroient plus rien.
que
Interrogé. Si le bruit étoit fi grand qu'il
pût s'entendre de bien loin ? A répondu.
Qu'il étoit tel , que fon frere & lui avoient
eu peine à s'entendre l'un & l'autre en parlant
trés-haut.
Interrogé. Combien cela avoit duré ?
A répondu. Environ une demie heure.
Interrogé. Si lui & fon frere s'étoient
arrêtez & n'avoient pas voulu approcher
pour s'éclaircir davantage ? A répondu.
Que fon frere François avoit bien en le def
fein d'avancer & d'examiner dans l'endroit
ce que ce pouvoit être , mais que lui¸ Charles
, l'en avoit empêché.
Interrogé.Comment cela s'étoit terminé ?
Répondu. Que tout avoit fini par des éclats
de rire fenfibles , comme s'il y eût en trois
ou quatre cens perfonnes qui ſe miſſent à rire
de toute leur force.
Ces Articles lûs & relûs audit Charles
Defcoulleurs , a dit iceux contenir tous
verité , que ce n'étoit même qu'une par-
II. Vol. tic
DECEMBRE . 1730. 2815
tie de ce qu'il auroit entendu , qu'il ne
trouvoit point de termes affez forts pour
s'exprimer , qu'il juroit n'avoir rien mis
de fon invention , & que fi fa dépofition
étoit défectueufe , c'étoit plutôt pour n'avoir
pas tout dit , que pour avoir amplifié,
Et a figné à l'Original.
Ce 18. May 1730. a comparu , &c.
François Defcoulleurs , Laboureur d'Anfacq
, âgé de 38. ans, lequel interrogé s'il
auroit entendu le bruit furprenant de la
nuit du 27. au 28. Janvier dernier , a
répondu à chaque demande que nous lui
avons faites , les mêmes chofes , mot pour
mot , que Charles Defcoulleurs fon frere ;
enforte que lui ayant fait la lecture de
tous les articles contenus dans la dépofition
dudit Charles , a dit les reconnoître
pour veritables , n'ayant rien à y ajouter,
finon qu'à la fin de ce tumulte il s'étoit
fait deux bandes. féparées , fe répondant
l'une à l'autre par des cris & des éclats de
rire , que ledit François Defcoulleurs a
imitez devant nous , exprimant les ris des
vieillards par a, a , a , a , a ; tels que font
les ris des perfonnes décrépites à qui les
dents manquent ; les autres ris des jeunes
kommes , femmes & enfans , par ho ,
bo , bo
ho , bo ; hi , hi , hi , hi ; & cela d'une maniere
fi éclatante & avec une fi grande
confufion , que deux hommes auroient eu
...II Vol
•
1
1-
C peine
2816 MERCURE DE FRANCE
peine à le faire entendre dans une converfation
ordinaire ; lecture lui a été faite
de cette dépofition , a dit contenir verité ,
y a perfifté , & l'a fignée , auffi- bien que
celle de fon frere Charles , qu'il a voulu
figner avec la fienne.
Ce 23. May 1730. ont comparu Louis
Duchemin , Marchand Gantier , âgé de
30, ans , & Patrice Toüilly , Maître Maçon
, âgé de 58. ans , demeurant l'un &
L'autre à Anfacq , lefquels interrogez , ont
répondu : Que la nuit du 27. au 28. Fanvier
dernier , ils feraient partis enſemble environ
à deux heures aprés minuit , afin de
Se rendre au point du jour à Beauvais
diftant d'Anfacq de fix lieues ; qu'étant audeffus
de la Côte oppofée à celle où Charles
François Defconlleurs étoient à la même
heure revenant de Senlis , la Vallée d'Anfacq
entre les uns les autres , ils auroient
entendu le même bruit, & en même temps que
lefdits Defcoulleurs qu'eux Louis Duchemin
& Patrice Touilly , fe feroient arrêtez
d'abord pour écouter avec plus d'attention ,
que faifis de crainte , ils auroient déliberé
entre eux de retourner fur leurs pas ;
que comme il auroit fallu paffer dans l'endroit
où ces voixfe faifoient entendre , ils fe
feroient déterminez à s'en éloigner en continuant
leur voyage , toujours en tremblant :
qu'ils auroient entendu le même bruit pendant
mais
II, Vel
-une
DECEMBRE . 1730. 2817
une demie lieuë de chemin , mais foiblement
à mesure qu'ils s'éloignoient. Et ont figné
à
l'Original.
Le même jour a comparu pardevant
nous le fieur Claude Defcoulleurs , ancien
Garde de la Porte , & Penfionnaire de feu
M. le Duc d'Orleans , âgé de 56. ans , lequel
interrogé , a répondu : Que non -feulement
il avoit bien entendu ce bruit du mois de
Janvier , mais encore celui de la nuit du 9.
au 10. du prefent mois de May ; que lors
du premier il étoit bien éveillé & avoit oui
diftinctement tout ce qui s'étoit paffé : que
comme alors il faifoit froid, il ne s'étoit pas
levé pour cette raisons mais que comme la
porte de fa chambre eft vis-à-vis fon lit &
tournée à peu près du côté du Parc d'Anfacq
, il avoit auffi bien entendu que s'il eût
été dans fa cour & dans le lieu même ; que
le bruit étoit fi grand & fi extraordinaire,
que quoiqu'il fut bien enfermé , il n'avoit
pas laiffé d'être effrayé , & de reffentir dans
toutes les parties de fon corps un certain frémiffements
enforte que fes cheveux s'étoient
hériffez. Qu'à la feconde fois étant endormi,
le même bruit l'ayant éveillé en furſaut , il
feroit levé fur le champ ; mais que tandis
qu'il s'habilloit,la Troupe Aërienne avoit en
Le
temps
de s'éloigner; enforte que quand il
fut dans fa cour , il ne l'avoit plus entendrë
que de loin & foiblement , que cependant
11. Vol.
il
Cij
2818 MERCURE DE FRANCE
il en avoit oui affez defon lit & de fa chambre,
pourjuger & reconnoîtrefenfiblement que
ce fecond évenement étoit femblable en toutes
manieres au premier & de même nature.
Interrogé , s'il ne pourroit pas nous
donner une idée plus claire de cet évenement
par la comparaifon de quelque chofe
à peu près femblable , & tirée de
l'ordre ordinaire de la Nature & du Commerce
du Monde ? A répondu de cette.
maniere.
Il n'eft pas , Monfieur , dit-il , que vous
nayez vu plufieurs fois des Foires oufrancs
Marchez vous avez , fans doute, remarqué
que dans ces fortes de lieux deux ou trois
mille perfonnes forment une espece de cabos
ou de confufion de voix d'hommes , de femmes
, de vieillards , de jeunes gens & d'enfans
, où celui qui l'entend d'un peu loin ne
peut abfolument rien comprendre , quoique
chaque Particulier qui fait partie de la confufion
, articule clairement & fe faffe entendre
à ceux avec lesquels il traite de fes affaires
& de fon Commerce . Imaginez- vous donc
être à la porte des Hales à Paris unjour de
grand Marché , ou dans les Sales du Palais
avant l'Audience ; ou enfin à la Foire faint
Germain fur le foir , lorsqu'elle eft remplie
d'un monde infini , n'entend-on pas dans
tous ces lieux, & principalement dans le dernier
un charivari épouvantable , ( ce font fes
II Vol. mêmes
DECEMBRE. 1730. 28 19
›
mêmes termes ) dans lequel on ne comprend
rien en general, quoique chacun en particulier
parle clairement & ſe faſſe diſtinctement entendre?
ajoûtez à tout cela lesfons des Violons ,
des Baffes , Hautbois , Trompettes , Flutes
Tambours & de tous les autres Inftrumens
dont on joue dans les Loges des Spectacles
& qui fe mêlent à cette confufion de voix ,
vous aurez une idée jufte & naturelle des
bruits que j'ai entendus & dans lesquels j'ai
remarqué diftinctement des voix humaines en
nombre prodigieux , auffi - bien que les fons
de differens Inftrumens . Après la lecture
de fa dépofition , a dit , juré & protesté
contenir verité & a figné à l'Original .
ans ,
Le même jour a comparu Alexis Allou ,
. Clerc de la Paroiffe d'Anfacq , âgé de 34.
lequel interrogé &c . a répondu :
...que la même nuit étant couché & endormi,
Sa femme qui ne dormoit pas auroit été frappée
d'un grand bruit , comme d'un nombre
-prodigieux de perfonnes de tout fexe , de tout
age ; que faifie de frayeur , elle auroit éveillé
ledit Allou , fon mari , & qu'alors le même
bruit continuant & augmentant toujours ,
ils auroient crû l'un & l'autre que le feu étoit
à quelque maifon de la Paroiffe , & que les
cris provenoient des habitans accourus an
Secours que lui Allou dans cette perſuaſion
fe feroit levé avec précipitation ; mais qu'étant
prêt à fortir , & avant d'ouvrir fa
II. Vol. Cij porte
2820 MERCURE DE FRANCÉ
porte il auroit entendu paſſer devant fa
maifon une multitude innombrable de perfonnes
, les unes pouffant des cris amers
( ce font fes termes ) les autres des cris de
joye , & parmi tout cela les fons de differens
inftrumens que cette multitude lui avoit femblé
fuivre le long de la rue jufqu'à l'Eglife ,
mais qu'alors unfriſſon l'ayant faifi , il n'auroit
pas ofé écouter plus long- tems , & auroit
étéfe recoucher auffi tôt pour fe raffurer auffi
bien que fa femme qui trembloit de frayeur
dans fon lit. Et a figné à l'original.
Ce 24. May 1730. a comparu Nicolas
de la Place , Laboureur , âgé d'environ
45. ans , demeurant audit Anfacq , lequel
a déclaré : que la nuit du 27 au 28. Janvier
n'étant point encore endormi , il auroit tout
à
coup entendu un bruit extraordinaire , é
que croyant qu'il feroit arrivé quelque accident
dans la Paroiffe , il fe ferait levé nud
en chemife , & qu'après avoir ouvert la porte
de fa chambre , il auroit oùi comme un nombre
prodigieux de perfonnes , de tout âge &
de toutfexe , qui paffoient devant fa maison,
fife proche l'Eglife , & au milieu du Village
, formant un bruit confus , mais éclatant,
de voix comme humaines , mêlées de differens
inftrumens ; qu'alors la crainte & le
froid l'auroient obligé de refermer promtement
fa porte & de fe remettre au lit , d'où
il auroit encore entendu le même bruit & les
II. Vol.
mêmes.
DECEMBRE. 1730. 2821
mêmes voix , comme fi elles euffent monté
la ruë , & paffé devant la Maifon Pres
biterale. Et a figné à l'original.
Le même jour ont comparu Nicolas
Portier , Laboureur , âgé de 25. ans , &
Antoine Le Roi , garçon Marchand Gantier
, âgé d'environ 34. ans , lefquels ont
déposé que ladite nuit & à la même heure
ils auroient entendu paffer le long de la ruë,
dite d'Enbaut , qui conduit à Clermont , &
entre notre Maiſon Presbiterale & la leur,
comme une foule de monde , de tout âge , de
tout fexe , dont une partie pouffoit des cris
affreux , les autres parlant tous ensemble ,
& articulant certain jargon inintelligible s
que le bruit étoit fi grand & fi affreux que
leurs chiens qui étoient couchés dans la
Cour pour lagarde de la maiſon, en avoient
été tellement effrayés , que fans pouffer un
feul aboyement ils s'étoient jettes à la porte
de la chambre de ladite maifon , la mordant
& la rongeant comme pour la forcer , l'ouvrir
& fe mettre à couvert , fuivant l'instinct
naturel de ces animaux. Et ont figné à l'original.
Ce z. Juin 1730. ont comparu Jean
Defcoulleurs , âgé de 40. ans , Jacques
Daim , Etienne Baudart , Chriſtophe Denis
Deftrés , Jean Beugnet , Paul le Roi ,
Jean Caron & un grand nombre d'autres
perfonnes des deux fexes , lefquels ont
II. Vol. Cilj tous
2822 MERCURE DE FRANCÉ
་
tous déclaré d'avoir bien entendu nonfeulement
le bruit aërien du 27 au 28.
Janvier , mais encore celui du 9 au 10.
dé May dernier , fe rapportant tous dans
les mêmes circonftances ; enforte qué
leur ayant fait lecture de toutes les dépofitions
ci-deffus , ont dit icelles contenir
verité , & ont figné l'Original , ceux
qui fçavent écrire , n'ayant pas jugé à
propos de prendre les marques de plus
de vingt perfonnes qui dépofent toutes
les mêmes chofes , mais qui ont declaré
ne fçavoir figner.
Nous fouffigné , Prêtre , Docteur en
Theologie , Curé de S. Lucien d'Anfacq',
Diocèfe de Beauvais , certifions que toutes
les dépofitions ci-deſſus fontfidelles , & telles
qu'on nous les a fournies ; qu'elles font fignées
enforme dans l'Original , & que cette
copie lui eft conforme en toutes fes parties ,
que nous n'avons ajouté ni rien changé dans
Fun & dans l'autre que l'arrangement &
la diction , ayant fcrupuleufement Suivi toutes
les circonftances qui nous ont été données.
Fait à Anfacq , ce 26. Octobre 1730. figné
TREUILLOT DE PTONCOURT , Curé
d'Anfacq.
›
REFLEXIONS.
Avant que de rendre publique cette Relation
, j'ai crû devoir la communiquer à
11. Vol. quelques
DECEMBRE. 1730. 2823
quelques perfonnes éclairées & d'érudition
de mes amis particuliers , leurs ſuffrages
m'ont paru néceffaires pour la rendre
plus autentique , s'agiffant fur tout
d'un évenement qui tient trop du merveilleux
, pour ne pas devenir le fujet
des railleries & du mépris des efprits
forts.
Je fuis bien aife d'avertir ces Meffieurs
que j'ai été jufqu'ici de leur nombre &
leur confrere fidele en ce genre feulement;
mais quoique je ne fois pas encore bien
réfolu de faire faux- bon à leur confrairie
, je les fupplie néanmoins de me permettre
de demeurer neutre entre leur
parti & celui des crédules , jufqu'à ce
que des gens de poids pour la fcience &
pour la pénetration ayent décidé du fait.
dont il s'agit , & m'ayent tiré de la perplexité
où je refterai jufqu'à leur jugement,
Les efprits forts ne peuvent me refuſer
qu'injuftement cette fufpenfion ; je ne
fçai pas bien s'il ne feroit pas auffi injufte
& auffi ridicule de traiter de vifionaires
tant de gens de probité , quoique de
la Campagne , qui conviennent tous du
même fait , que de croire legérement tout
ce que le vulgaire ignorant débite fi fouvent
des fabbats & des autres fottifes de
ce genre.
II. Vol. Cy Quoi
2824 MERCURE DE FRANCE
Quoiqu'il en foit , mes amis , bien loin
de me diffuader de donner au Public cette
relation , avec le procès verbal fait en
conféquence , m'ont prié , au contraire ,
non feulement de ne point héfiter à
le faire , mais d'y joindre encore une
deſcription Topographique du Village
d'Anfacq , afin de donner lieu à ceux
qui croirone pouvoir expliquer cet évenement
par des caufes naturelles d'exercer
toute leur Phyfique & leur Philofophie.
En effet , fi les Phénoménes extraor
dinaires qui ont paru dans l'air depuis
cinq ans ont tant exercé les beaux efprits
& ont fait la matiere de plufieurs affemblées
de Meffieurs de l'Académie des
Sciences , pourquoi un événement qui
tombe fous un autre fens , qui n'eft pas
moins réél , ni moins effentiel à l'homme
le fens de la vûë , ne meritera- t'if
que
pas autant l'attention & la curiofité des
mêmes Sçavans !
>
Tout le monde fçait que Phénoméne
eft un mot Grec, que l'on a francifé comme
beaucoup d'autres , parce qu'il ne fe
trouve point dans notre Langue de termes
d'une fignification affez énergique ,
pour exprimer feul & par lui -même les
objets qui paroiffent extraordinairement
dans l'air. Notre Langue ne nous fournit
II. Vol. pas
DECEMBRE. 1730. 2825
pas non plus d'expreffions pour défigner
fes bruits extraordinaires qui fe font , où
qui pourroient fe faire entendre. Mais.
comme ces derniers font bien moins communs
que les premiers , on ne s'eft point
encore avifé jufqu'ici de francifer un mot
Grec pour les exprimer.
; .
L'évenement dont il s'agit , ne pourroit
il donc pas m'autorifer à le faire moimême
? & de même qu'il a plû à nos
Anciens d'appeller , Phénoménes , les
objets extraordinaires qui paroiffent dans
l'air ne pourroit-on pas , par la même
raifon , défigner le bruit étonnant & prodigieux
qui vient de fe faire entendre par
ce mot , Akoufméne , ou pour parler plus
regulierement Grec en François , Akousmate
? Le premier fignifie une chofe qui
paroît extraordinairement ; le fecond fi
gnifiera une chofe qui fe fait entendre
extraordinairement
.
Ce principe établi , je prétens que fi les
Phénoménes font du reffort de la curio
fité des Sçavans , les Akoufmates , ne le
font pas moins , fuppofé leur réalité . Or,
on ne peut guere douter de celui - ci : trop
de gens
raifonnables en font le rapport ,
& s'accordent trop dans les mêmes circonftances
, pour n'y pas ajouter foi .
On me dira peut être ,qu'il y a une grande
difference pour l'autenticité entre les Phe-
II. Vol. Cavi no
2826 MERCURE DE FRANCE
noménes & mes prétendus Akoufmates :
que lorfque les premiers paroiffent , tous
les hommes qui ont le même horiſon naturel
& même rationel , peuvent les appercevoir;
au lieu que les feconds , fuppofé
leur réalité , ne peuvent être entendus
que de peu de perfonnes , & de celles feulement
qui en font à portée & qui demeurent
dans le même lieu où ces Akoufmates arrivent.
Que par confequent un Phénoméne
qui eft apperçu par tous les Sunorifontaux ,
emporte avec foi une autenticité bien
plus grande , qu'un Akoufmate qui ne peut
être entendu que par un petit nombre de
particuliers habitans d'un même lieu.
A cela je répons : que la Sphère d'activité
de la vûë étant bien plus étenduë
que celle de l'oüie , les Phénoménes & les
Akoufmates , ne requiérent pas le même
nombre de témoins pour les rendre autentiques
: que les premiers pouvant être apperçus
de tous les Sunorifontaux , il eſt
neceffaire que le plus grand nombre des
hommes qui habitent l'horifon fur lequel
un Phénoméne paroît , en rende témoignage
; au lieu que pour les feconds , il .
fuffit , ce me femble , qu'il ayent été entendus
par la plus grande & la plus faine
partie des habitans d'un même lieu , &
renfermés dans la Sphère d'activité de
l'oüie.
II. Vol.
Mais
DECEMBRE. 1730. 2827
le
Mais pour rendre le fait dont il s'agit
plus autentique encore , il fuffit de remarquer
que le fens de la vûë eft ordinairement
plus fujet à l'erreur & à l'illuſion ,
le fens de l'oüie . Il n'y a pour
que
prouver qu'à fe reffouvenir de toutes les
extravagances qui ſe débiterent à l'occafion
des derniers Phénoménes & fur tout
de celui du mois d'Octobre 1726.Combien
de gens cturent voir au milieu de l'efpece
de Dôme de feu qui parut alors , les uns
une Colombe ou S. Efprit , les autres un
Ange , un Autel , un Dragon , &c . toutes
chofes qui n'avoient de réalité que
dans leur imagination frappée , ou dans
leurs yeux fatigués & éblouis ?
Mais ici où il ne s'agit que du fens de
l'oiie , tant de gens raifonnables ont ils
pû fe tromper fi groffiérement , que de
s'imaginer entendre quelque chofe lorfqu'il
n'entendoient rien ? Un prétendu
bruit épouventable dans l'air qui n'auroit
confifté qu'en quelques hurlemens de
Loups fur la terre ? Une multitude infinie
de voix comme humaines mêlées de
differens fons d'inftrumens, qui n'auroient
été que des cris d'Oyes ou de Canards
Sauvages . Des perfonnes à dix pas du
lieu où fe paffoit ce charivari , des perfonnes
en voyages qui font arrêtées par
cet accident , & qui difent les avoir en-
II. Vol.
tendu
2828 MERCURE DE FRANCE
tendu finir par des éclats de rire de toute
efpece , tandis que d'autres pouffoient
des cris horribles ? Seroit-il poffible que
tant d'oreilles euffent été enchantées
pour ainfi dire , pour croire entendre ce
qu'elles n'entendoient pas ? C'eft ce que
je ne fçaurois jamais m'imaginer . Je ne
veux néanmoins m'attacher à aucun fentiment
, qu'autant qu'il fera celui de perfonnes
plus habiles que moi.
Defcription du Village.
ANacq cft fitué dans un Vallonformé par
deux Coteaux ou Montagnes , entre Clermont
en Bauvoifis au Nord - Eft , & le Bourg de
Mouy au Sud - Oueft. A peu près à la même diftance
de l'un & de l'autre; trois Gorges fort étroites
, l'une au Nord- Eft , celle du milieu au Nord,
& la troifiéme au Nord - Oueft , font comme les
racines du principal Vallon , forment une espéce
de patte d'Oye, & fe rapprochant, viennent le réünir
à un quart de lieuë d'Anfacq...
Sur la hauteur environ à fix cens pas communs
de la naiffance de ces Gorges ,, eft le commencement
de la Forêt de Haye , dite communément
la Forêt de la Neuville. La Seigneurie du
Pleffier Bilbault , de la Paroiffe d'Anfacq , eft fi
tuée proche la liziere de ladite Forêt , à 400. pas
ou environ de la naiffance de la Gorge du milieu
ou de celle du Nord..
Le Village commence du côté de Clermont
au Nord - Eft , par une rue affés longue , bâtie le
long de la côte Orientale , fur une douce pente,
& vient fe terminer à l'Eglife , dont le principal
II. Vol.
Portail
DECEMBRE . 1730. 2829'
Portail fait face du côté du Couchant , à une Pla
ce bordée de maiſons de part & d'autre , & terminée
par un petit ruiffeau , au delà duquel d'autres
maifons font face au Portail.
De l'Eglife , une autre rue conduit jufqu'aux
murs du Parc vers le Sud- Qüeft : & c'eft au bout
de cette rue , & en dedans du Parc , que les bruits
furprenans dont-il eft ici question , commencent
& le font entendre ordinairement. C'eft auffi audeffus
de l'extrémité de cette ruë , & vers les mêmes
murs , que Charles & François Defcoulleurs,
étoient placés , lorfqu'en revenant de Senlis , ils
furent obligés de s'arrêter , à caufe de ce bruit
étonnant.
>
On fe fouviendra encore de ce qui eft dit dans
la dépofition defdits Defcoulleurs , que deux cris
affreux furent comme le prélude de la confufion
qu'ils entendirent immédiatement après. Le premier
fe fit entendre du fond d'une des Gorges
qui fervent de racines au principal Vallon ,,
c'eft à dire , de la troifiéme qui eft vers le Nord-
Oueft , le fecond cris répondit au premier dans
le Parc , au bout de la rue même dont je viens
de parler , & à quinze ou viage pas de l'endroit
ou lefdits Defcoulleurs étoient. Le Vallon d'Anfacq
ainfi formé , comme je l'ai dit , par la jonc
tion des trois Gorges , continue à peu près de la
même largeur jufqu'au Parc & au Château , éloi
gné du Village environ de huit cent pas.
Le Parc qui peut contenir quatre cens arpens,.
eft un grand quarré long , dont la partie Orien
tale forme dans toute fa longueur du Nord au
Sad un Amphithéatre , ou deux grandes Terraffes
l'une far l'autre qui emportent environ la
moitié de fa largeur , & font ombragées par tout:
d'une petite fotaye de chênes , & en quelques ens
droits de buiffons épais & forts.
11. Vol.
Ꮮ e
2830 MERCURE DE FRANCE
Le Château d'un gout antique avec Tours &
Tourelles eft fitué à cent pas du pied de l'Amphithéatre
, entre deux Cours , dont celle d'entrée
& la principale , regarde le Couchant , l'autre
F'Orient , l'une & l'autre environnées de bâtimens
pour la commodité d'un Laboureur.
Prés du Château on trouve trois Jardins
entourés de Murs , lefquels coupant aflez bifarrement
l'endroit du Parc où ils font placés , forment
trois quarrés & differentes efpeces de chemins
couverts qui les féparent l'un de l'autre , &
conduifent à differentes portes , tant pour entrer
dans la principale Cour que pour ſortir du Parc ;
tout le refte confifte en pâturages , Aulnois ,
plans de faules & Arbres fruitiers.
>
De l'extrémité du Parc , du côté du Sud - Oueſt;
le Vallon continuë pendant une demie lieuë , &
va enfin fe rendre dans la grande Vallée de
Mouy. Il eft partagé dans toute fa longueur par
un petit Ruiffeau , formé par plufieurs fources
qui fortent du pied de la Montagne d'où naiffent
les trois Gorges. Ce Ruiffeau ombragé par
tout de bois aquatiques comme Saules , Peupliers
, Aulnes &c. vient paffer au- deffous des
Jardins de la rue de Clermont , bâtie , comme
je l'ai déja dit , fur la pente de la côte Orientale,
entre enfuite dans le Village par l'extrémité de
la Place qui fait face à l'Eglife , & continuant
fon cours vers le Sud - Oueft , il va fe rendre dans
le Parc ; delà toujours en ferpentant il va arrofer
le principal Jardin , d'où il tombe par une
efpece de petite Caſcade dans les foffez du Châ
teau qu'il parcourt fans les remplir , parceque
les digues en font rompues. Il fort enfuite des
foffez & de la grande Cour pour rentrer dans
l'autre partie du Parc , & cotoyant le pied de
PAmphithéatre il en reffort par le Sud- Ouest, &
II. Vol. va
DECEMBRE. 1730. 2831
a former à fix cens pas delà un petit étang
pour faire moudre un Moulin . En fortant du
Moulin , il fe recourbe un peu vers le Sud ou
Midi , & après une demie lieuë du refte de fon
cours il va fe rendre dans la grande Vallée , &
fe décharger dans la petite Riviere du Terrin ,
entre Mouy & Bury. Le Vallon d'Anfacq depuis
fes racines jufqu'à l'endroit où il fe rend
dans la grande Vallée peut avoir dans toute fa
longueur 3000. pas géometriques, ou une grande
lieuë de France.
༥༤ ་
Outre les trois Gorges dont j'ai parlé, il fe trouve
encore dans toute cette étendue pluſieurs cavées
ou chemins creux de part & d'autre qui
conduisent en differens endroits fur les deux coteaux
oppofés dont le Vallon eft formé.
Il faut obferver que dans toute la longueur da
Vallon il ne fe trouve point d'échos confiderables
qui fe renvoyant les fons les uns aux autres
puiffent fervir de fondement au fentiment de
ceux qui voudroient attribuer les bruits en queftion
à ces cauſes ordinaires & naturelles . C'eft
ce dont j'ai voulu moi - même faire l'experience
pendant une belle nuit & un tems calme , en fai
Tant marcher en même tems que moi plufieurs
perfonnes tant fur les côteaux que dans la Vallée,
& en les faifant crier de tems en tems. J'entêndis
bien les voix de plus de quinze perfonnes ,
hommes & petits garçons qui s'acquiterent parfaitement
de la commiffion que je leur avois donnée
, en criant quelquefois de toutes leurs forces ,
& en parlant de tems en tems , & tous enſemble
à voix haute ; mais cette experience ne produifit
rien qui pût m'éclaircir ; les principaux témoins
de notre prodige que j'avois avec moi , ne
convinrent jamais que ces voix en approchaffent,
& lui reffemblaffent en la moindre circonftance.
II Fol. Il
2832 MERCURE DE FRANCE
Il est vrai , me dirent -ils , que dans le Sabbat
que nous avons entendu , ( ce font leurs mêmes
termes ) il y avoit à peu près des voix ſemblables
mais en bien plus grand nombre , & qui formoient
une confufion horrible de cris lugubres ,
de cris de joye & de fons d'Inftrumens.Celles - cy,
continuoient- ils , font difperfées & à terre, aulieu
que les autres étoient toutes raffemblées , & la
plus grande partie dans l'Air ; nous entendons le
langage de ceux- cy , mais nous ne comprîmes
jamais rien dans le jargon des autres . Et d'ailleurs
quand ce que nous entendons actuellement approcheroit
en quelque forte de ce que nous avons
entendu;quelle apparence qu'un nombre fi prodigieux
de monde fe fût affemblé dans le Pare
d'Anfacq? Il auroit donc fallu pour cela que tous
les habitans , hommes , femmes , enfans & Menetriers
de tous les Villages à deux lieues à la
ronde , euffent formé ce complot ; & à quel ufa
ge : Les uns pour crier , chanter & rire ? Les autres
pour pleurer , fe plaindre & gémir ? Tel fue
le fruit de mon experience : une plus grande in→
certitude.
ADDITION
Le 31. Octobre dernier , veille de la Touffaint,
le même bruit fe fit entendre au- deffus du Parc
d'Anfacq , entre 9. & 10. heures du ſoir ; il fut fi
épouventable , que non- feulement une partie du
Village l'entendit , mais que des moutons parquez
auprés delà en furent fi effrayez , qu'ils forcerent
le Parc & fe répandirent par la Campagne , enforte
que le Berger fut obligé d'aller chercher
quelques Payfans des environs pour l'aider à raſfembler
fon Troupeau. La femme de ce même
Berger couchée avec lui dans fa Cabane , en fut
fépouventée qu'elle en eft tombée malade.
II. Vol. Comme
DECEMBRE. 1730. 283 3°
Comme j'avois ordonné qu'on m'avertit en
cas que ce même bruit fe fit entendre de nouveau,
on ne manqua pas de courir chez moi dans le
moment , mais ma maiſon étant un peu éloignée
du Parc d'Anfacq , quelque diligence que je puffe
faire pour me rendre fur le lieu , j'y arrivai trop
tard & ne puis rien entendre. J'ay chargé une
perfonne de veiller pendant tout l'hyver jufqu'à
minuit , afin de pouvoir être averti s'il arrivoit
que ce bruit fe fit encore entendre.
y
Ayant communiqué à plufieurs de mes amis ce
ce qui s'eft paffé dans ma Paroiffe ; un d'entre'
eux, homme de Lettres, & ayant une Charge dans
la Justice de Clermont en Beauvoifis , me dit qu'il
avoit quinze ans que paffant la nuit par le Village
d'Anfacq pour s'en retourner à Clermont
étant feul à cheval à quelque diftance dudit Vilge
, il entendit un bruit fi épouventable en l'Air
& fi prés de lui , qu'il en fut tranfi de frayeur . Il
fe jetta à bas de fon cheval & fe mit à genoux
en prieres jufques à ce que ce bruit fut paffé ,
aprés quoi il continua fon chemin. Arrivé chez
lui il eut honte de fa peur & n'oſa jamais ſe
vanter de ce qui lui étoit arrivé , de peur qu'on
ne le prêt pour un vifionaire , mais que puifque
cette avanture devenoit fi fréquente , il avoüoit
fans peine ce qu'il lui étoit arrivé.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Treüillot de Ptoncour, Curé d'Ansacq, à Madame la Princesse de Conty, troisiéme Doüairiere, & Relation d'un Phénomene très extraordinaire, &c.
En décembre 1730, le curé Treüillot de Ptoncour adresse une lettre à Madame la Princesse de Conty pour relater un phénomène extraordinaire survenu dans la paroisse d'Anfacq, près de Clermont-en-Beauvaisis. La nuit du 27 au 28 janvier 1730, plusieurs habitants ont entendu des voix humaines dans l'air, exprimant divers sentiments tels que la joie ou la tristesse. Le curé, initialement sceptique, a interrogé plusieurs témoins, dont deux laboureurs respectés, qui ont confirmé avoir entendu ces bruits. Les témoignages étaient cohérents et les témoins n'ont montré aucun signe de tromperie ou de contradiction. Le phénomène s'est répété la nuit du 9 au 10 mai 1730, incitant le curé à documenter les dépositions des témoins. Parmi les témoins, Charles Descouleurs et son frère François ont déclaré avoir entendu des éclats de rire provenant de centaines de personnes, imitant ceux des vieillards et des jeunes. Louis Duchemin et Patrice Touilly ont également entendu ces bruits en se rendant à Beauvais. Claude Descouleurs a mentionné avoir entendu des bruits similaires en janvier et en mai. Alexis Allou, Nicolas de la Place, Nicolas Portier et Antoine Le Roi ont tous décrit des bruits confus de voix humaines et d'instruments de musique. Le curé de Saint-Lucien d'Anfacq a certifié la fidélité des dépositions. Le texte discute également de la curiosité scientifique suscitée par les phénomènes aériens et propose d'étendre cette curiosité aux bruits extraordinaires, suggérant le terme 'Akoufmates' pour les désigner. L'auteur souligne que, bien que les phénomènes visuels soient plus facilement observables, les Akoufmates, bien que moins communs, méritent également l'attention des savants. Les témoignages sur ces bruits sont nombreux et concordants, rendant leur réalité difficile à nier. Le village d'Anfacq est situé dans un vallon formé par deux coteaux, entre Clermont et Mouy. Les bruits se manifestent principalement dans le parc et sont décrits comme une confusion de cris et de sons d'instruments. Une expérience personnelle visant à vérifier la présence d'échos naturels n'a pas abouti, renforçant ainsi le mystère des Akoufmates. Un incident récent rapporte que les bruits ont effrayé des moutons et une bergère, illustrant l'impact réel de ces phénomènes. L'auteur mentionne avoir entendu un bruit mystérieux près du Parc d'Anfacq et avoir chargé une personne de surveiller jusqu'à minuit durant l'hiver. Un ami, fonctionnaire à Clermont en Beauvoisis, révèle avoir entendu un bruit épouvantable quinze ans auparavant près du village d'Anfacq, alors qu'il passait à cheval. Terrifié, il tomba de son cheval et pria jusqu'à ce que le bruit cesse. Face à la fréquence croissante de tels événements, il avoue enfin ce qui lui est arrivé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17859
p. 13-34
Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs estoient encore à deux lieuës de cette grande [...]
Mots clefs :
Douai, Roi, Ville, Ambassadeurs, Pièces, Repaire, Monsieur de Pommereuil, Alliance, Dames, Fonderie, Jésuites, Spectacle, Entrée, Canon, Renommée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs eſtoient
encore à deux lieuës de cette
grande Ville , lors qu'ils en
rencontrerent la Cavalerie ,
qui avoit fait tout ce chemin
pour leur faire plus d'honneur.
Ils entrerent par la porte
Nôtre- Dame qui eſt deſtinée
pour les Entrées folemnelles
que les Rois & les Princes
Souverains font en cette
Ville-là. Les Gardes à cheval
t
14 IV. P.du Voyage
de Made Pommereuil qui en
eſt Gouverneur , precedoient
leurs Carroffes , & les ruës étoient
de chaque côté bordées
de l'Infanterie de la Garnifon
, & d'un fort grand Peuple.
Les feneftres eſtoient auſſi
emplies des perſonnes les
plus diftinguées . Auſſi - tôt
qu'ils furent deſcendus à
l'Hôtel qui leur avoit eſté
preparé pour leur logement ,
Mª de Pommereuil alla leur
rendre viſite avee l'Estat Major.
Il leur preſenta les Magiftrats
, & tous les Corps , &
r
M Becquet premierConfeil,
desAmb. de Siam. 15
ler , Penſionnaire de la Ville,
leur parla en ces termes .
MESSEIGNEVRS,
Les ordres qui nous ont esté don
nez de la part du Roy, pour rendre
à vos Excellences les honneurs qui
font dûs aux Ambaſſadeurs d'un des
plus grands Monarques de l'Asie,
ont esté prévenus par nos defirs.
Nos volontez estoient déja diſposées
à nous acquitter de ces devoirs
, & nous pouvons dire avec
verité que jamais nous n'avons
executé aucun commandement avec
tant de zéle , que nous obéiſſons à
celuy qui nous a esté fait de venir
vous faire les offres de nos tréshumbles
services. Le bonheur que
16 IV. P. du Voyage
nous recevons aujourd'huy, ne s'efacera
jamais de nostre memoire ,
& l'agreable rencontre de voir en
nos jours les Ambaſſadeurs d'un fi
grand Roy honorer cette ville de
leur prefence, nous apporte une joye
incroyable , fur tout lors que nous
faiſons reflexion que le sujet qui
les amene en ce pays, estpour confirmer
l'alliance & l'amitié contraétée
entre deux fi puiſſans Princes,
Loüisle Grand & le Roy de Siam.
Ceseroit en vain que nous taſcherions
de faire icy leur éloge, puisque
nous sçavons que la Renommée a
publié dans toute la terre leurs heroiques
exploits. Mais comme elle
avoit des choses toutes merveilleu-
Ses à dire de nostre invincible Mo
narque, nous craignons qu'elle n'ait
oublié de faire connoistre que leRoy,
1
des Amb de Siam. 17
aprés avoir porté par toutses armes
victorieuses , en de-çà & au de-là
du Rhin , dans les Alpes & les Pyrenées
, & s'estre rendu maistre des
Villes & Fortereſſes que l'on croyoit
imprenables, aprés avoir vaincu les
Saiſons, porté par tout la terreur, &
foudroyé les plus belliqueuses Nations
de l'Univers, s'est enfin vaincusoy
-mesme, au milieu defes triomphes,
rendant àses ennemis des Places
qu'ils ne pouvoient esperer de
prendre par laforce de leurs armes,
pour donner la Paix à toute l'Europe.
C'est en cela principalement
qu'on le reconnoist digne du nom
de Grand , que d'un commun confentement
tout le monde luy a donné.
Vous avez vû , Meſſeigneurs,
ce grand Monarque, vous avez vi
fité une partie deses Conquestes
18 IV. P. du Voyage
la Renommée n'a- t- elle pas estéfidelle
enfes rapports ? Ne pouvezvous
pas dire ce que diſoit la Reine
de Saba , après avoir efté viſiter
le Roy Salomon , Verus eft fermo
quem audivi in terra mea ? Ne
jugez-vous pas que toutes les Puiffances
du monde doivent rechercherfon
alliance ? Nous ne doutons
point que le Roy voſtre Maistre ne
taſche de perpetuer dansses fucceffeurs
celle qui vient d'eftre contractée
avec ce grand Prince. Cefont,
Meſſeigneurs, les souhaits que font
vos trés-humbles & trés-obéiſſans
Serviteurs, qui vous prient d'agréer
les Vins de la Ville qui vous font
presentez
L'Ambaffadeur répondit que
des Amb. de Siam. 19
tout ce qu'ils avoient vû de la
grandeur de la puiſſance du
Roy , leur avoit fait connoître
la verité de ce qu'ils en avoient
oüy dire ; que ſi ſes Conquêtes
leur caufoient de l'étonnement ,
la magnificence de Versailles ,
leur avoit paru extraordinaire ;
qu'ils n'avoient rien vû de plus
beau , & qu'ils remercioient
Mrs de Ville de tous les honneurs
qu'ils leur faisoient ainfi
que de leurs prefens.
L'Univerſité les harangua
en Latin , & leur fit connoî--
tre ce que c'eſt que ce Corps,
celebre. L'Ambaſſadeur don-
Bij
20 IV. P. du Voyage
na ce foir-là pour mot , tant
qu'il triomphera je me réjoüiray.
Il ſemble que M de Pommereuil
ne parleroit pas autrement
luy-meſme , puiſqu'il
aime fort la Muſique & les
Violons, avec leſquels il ſemble
ſe rejoüir tous les jours
de la grandeur de Sa Majefté.
Comme la Ville eſt fort grande
, ils eurent le ſoir tant de
Dames à les voir fouper, qu'il
n'y eut point de place pour
les Hommes . MF de Por
mereüil leur envoya des Violons,
avec beaucoup d'autres
Inſtrumens , & pluſieursMu
des Amb . de Siam. 21
ſiciens , parmy leſquels il y
en avoit qui ont eſté Pages
de la Muſique du Roy. L'entretien
des Dames & cette
Muſique leur ſervit de divertiſſement
pendant le Repas .
Le lendemain à ſept heures
du matin , ils trouverent les
trois Carroffes de Mr de
Pommereuil qui les
doient. Ils allerent avec luy
à la fonderie , où M² Keller
avoit preparé une fonte, elle
eſtoit de quatre pieces de 24.
& de deux de 16. livres. En
attendant que le metal fuft
tout à fait preſt à couler , on
atten22
IV. P. du Voyage
leur fit voir la maniere dont
fe font les moules , que M
Fleury Controlleur de l'Artil
lerie leur expliqua. L'Ambaffadeur
examina longtemps la
partie du moule qui ſert à faire
une groffe Maffelette, au bout
de la culafſſe de la piece , comme
on les fait àDoüay , & fe
fit expliquer tout ce qui la
expliquer
regarde. Enfuite M, Fleury
les mena au Moulin à ſcier
les pieces. C'eſt une machine
fort curieuſe , pour faire voir
la maniere dont l'on forme
les boutons des pieces dans
cesMaſſelettes , cequ'ils trou
des Amb. de Siam. 23
verent fort extraordinaire. Ils
dirent qu'ils avoient du Canon
chez eux , mais qu'il n'estoit ny
fi beau nyde mesme , & que la
matiere dont on le faisoit , étoit
neantmoins meilleure. Ils demanderent
enfuite comment
on faiſoit des figures ſur les
culaſſes comme des Lions , &
pour le leur faire entendre, on
les mena aux pieces où les
Repareurs travaillent , dont
ils furent fort fatisfaits. Ils
firent prendre les meſures ,&
les proportions de toutes les
pieces , & apres avoir veu les
Allefoirs , ils demanderent à
24 IV. P. du Voyage
د
voir un noyau , ſe faiſant
auſſi expliquer comment il ſe
portoit dans le moule , &puis
ils allerent voir couler les fix
pieces dont je viens de parler.
De la Fonderie on les
mena voir l'Arsenal , où il y
a quantité d'équipages d'Artillerie
dans les Magazins
couverts , qu'ils examinerent
fort , mais ſur tout un Pont
de cuivre qu'ils admirerent ,
&dont ils ſe firent expliquer
l'uſage; puis ils entrerent dans
les Cours , leſquelles font toutes
pleines de Canons , de
Mortiers , & de Pierriers de
toutes
des Amb. de Siam. 25
toutes les manieres , dont ils
firent prendre auſſi les proportions.
On peut dire qu'ils ont
vû à Doüay , generalement
tout ce que l'on peut voir
dans les Arcenaux. Il y avoit
trois cens Canons , Mortiers
& Pierriers , & une ſi
grande quantité de Bombes,
qu'ils ne pouvoient ( dirent
- ils ) affez admirer leMiniſtre
qui a ſoin de la Guerre ,
voyant dans tant de Places non
feulement dequoy les deffendre ſi
elles estoient attaquées , & des
munitions pourſoûtenir les plus
C
26 IV. P.du Voyage
longs Sieges, mais encore dequoy
fournir des Armées entieres , qui
voudroient aller affieger les plus
fortes Villes , on soumettre
des Provinces. Ils ajoûterent
, que ce qui les ſurprenoit,
estoit qu'il falloit que ce Ministre
donnaſt ſes foins à toutes
ces choses dans ſes momens perdus
, puiſqu'il en avoit beaucoup
d'autres àfaire qui n'estoient pas
moins importantes. Comme
ils appliquoient tout au Roy,
&avec juſte raiſon , ils firent
tomber le bon état de tout
ce qu'ils avoient remarqué ,
fur le grand difcernement de
des Amb. de Siam. 27
Sa Majeſté dans le choix de
fes Miniſtres .
De l'Arcenal on les mena
dans la Baterie de l'école des
Cadets d'Artillerie & des Canonniers
où l'on tira. Ils virent
emporter pluſieurs blancs
par les uns & par les autres ,
ce qui leur donna beaucoup
de plaifir. Ils admirerent l'adreſſe
& la promptitude que
tous ces Cadets firent voir
dans cet Exercice , ainſi qu'à
charger & à nettoyer le Canon.
Ils virent jetter pluſieurs
Bombes qui creverent fort à
propos , & vifiterent enfuite
Cij
28 IV. P. du Voyage
les dehors de la Place. L'a
présdînée ils allerent voir le
Fort de l'Eſcarpe , où M, du
Repaire qui en eſt Gouverneur
, les reçût au bruit du
Canon, avec les Officiers Majors
de la Place. La Garniſon
étoit ſous les Armes. Lorfqu'ils
eurent fait le tourde ce
Fort ,M, du Repaire les pria
d'entrer chez lui pour ſe chaufer
, à cauſe que le temps
eſtoit affez froid ce jour- là.
Ils y trouverent Madame &
Mademoiselle du Repaire ,
Madame la Baronne deQuincy
, & pluſieurs autres Fem
desAmb. de Siam, 29
mes de qualité. Aprés un
moment de converſation auprés
du Feu , on fervit une
Collation magnifique , & les
Dames ſe mirent à table avec
les Ambaſſadeurs . M² du Repaire
dit, qu'à cause du froid,
il falloit commencer par les Vins
de Liqueur. Son avis fut ſuivi,
& l'on en bût de pluſieurs
fortes. L'Ambaffadeur ayant
trouvé mademoiselle du Repaire
fort belle , luy dit que
fi elle vouloit aller à Siam , il
avoit un Fils qui pourroit estre
un jour grand Seigneur,&que
fi elle l'épouſoit , elle ne devoit
Ciij
30 IV. P. du Voyage
point craindre la pluralité des
Femmes , parce qu'elle estoit affez
belle pour empêcher que fon
Fils ne vouluſt en avoir d'autres
. Comme les Jefuites de
Doüay les attendoient , ils
fortirent peu de temps aprés,
& ne parlerent pendant tout
le chemin que de l'agreable
Collation qu'ils venoient
de faire . Eſtant arrivez chez
ces Peres , ils furent conduits
dans une grande falle , où il
y avoit quantité de Voix &
d'Inſtrumens . Voicy le Spectacle
qui leur fut donné.
desAmb. de Siam. 31
PREMIERE ENTRE'E .
Le Genie de la France tâ
choit d'attirer le Genie de Siam
à faire une Alliance avec Loüis
leGrand.
SECONDE ENTRE'E .
L.. Renommée & la Gloire
Denoient étaler les grands exploits
de ce Heros, dont ils faisoient connoiſtre
la pieté , &la valeur qui
luy ont justement acquis le nom
de Grand.
TROISIEME ENTREE
1
Le Genie de Siam charmé de
Eiiij
32 IV. P. du Voyage
ce recit , témoignoit la paſſion
qu'il avoit de ſe voir entre les
Alliés d'un Monarque ſi puiffant,
dont l'amitié devoit eſtre ſi
honorable , & fi utile àſa Nation
.
QUATRIEME ENTREE.
LesGenies de ces deux grands
Royaumes applaudiſſoient à cette
Alliance , & invitoient les Peuples
à donner des marques de leur
joye.
Aprés ce divertiſſement, on
conduiſit les Ambaſſadeurs
dans le Refectoire , où il y a
T
des Amb. de Siam.
33
voit une grande collation preparée
, mais celle de Mdu
Repaire estoit ſi recente , qu'il
leur fut impoffible de manger
autant qu'ils l'auroient voulu
pour repondre à l'empreſſement
que ces Peres avoienr de
les regaler. Les Ambaſſadeurs
leur dirent en s'en retournant,
qu'ils avoient connu par le divertiffement
qu'ils leur venoient de
donner ce qu'ils n'ignoroient pas
déja , sçavoir qu'ily avoit peu de
perſonnes quifuſſent auffi capables
qu'eux de bien élever la jeuneſſe.
Lorſqu'ils furent arrivez chez
cux, on leur vint demander
34 IV. P. du Voyage
l'ordre , & ils donnerent pour
Mot , aux amis je fournis du
bruit , aux ennemis la mort,parce
que Doüay ayant des fonderies
de Canon , cette Villelà
en fournit aux autres . Aprés
trois grands Repas qu'ils avoient
faits ce jour-là , la
complaiſance les obligea encore
à ſe mettre à table pour
fouper , afin de ne pas renvoyer
les Dames qui estoient
venuës pour les voir.
encore à deux lieuës de cette
grande Ville , lors qu'ils en
rencontrerent la Cavalerie ,
qui avoit fait tout ce chemin
pour leur faire plus d'honneur.
Ils entrerent par la porte
Nôtre- Dame qui eſt deſtinée
pour les Entrées folemnelles
que les Rois & les Princes
Souverains font en cette
Ville-là. Les Gardes à cheval
t
14 IV. P.du Voyage
de Made Pommereuil qui en
eſt Gouverneur , precedoient
leurs Carroffes , & les ruës étoient
de chaque côté bordées
de l'Infanterie de la Garnifon
, & d'un fort grand Peuple.
Les feneftres eſtoient auſſi
emplies des perſonnes les
plus diftinguées . Auſſi - tôt
qu'ils furent deſcendus à
l'Hôtel qui leur avoit eſté
preparé pour leur logement ,
Mª de Pommereuil alla leur
rendre viſite avee l'Estat Major.
Il leur preſenta les Magiftrats
, & tous les Corps , &
r
M Becquet premierConfeil,
desAmb. de Siam. 15
ler , Penſionnaire de la Ville,
leur parla en ces termes .
MESSEIGNEVRS,
Les ordres qui nous ont esté don
nez de la part du Roy, pour rendre
à vos Excellences les honneurs qui
font dûs aux Ambaſſadeurs d'un des
plus grands Monarques de l'Asie,
ont esté prévenus par nos defirs.
Nos volontez estoient déja diſposées
à nous acquitter de ces devoirs
, & nous pouvons dire avec
verité que jamais nous n'avons
executé aucun commandement avec
tant de zéle , que nous obéiſſons à
celuy qui nous a esté fait de venir
vous faire les offres de nos tréshumbles
services. Le bonheur que
16 IV. P. du Voyage
nous recevons aujourd'huy, ne s'efacera
jamais de nostre memoire ,
& l'agreable rencontre de voir en
nos jours les Ambaſſadeurs d'un fi
grand Roy honorer cette ville de
leur prefence, nous apporte une joye
incroyable , fur tout lors que nous
faiſons reflexion que le sujet qui
les amene en ce pays, estpour confirmer
l'alliance & l'amitié contraétée
entre deux fi puiſſans Princes,
Loüisle Grand & le Roy de Siam.
Ceseroit en vain que nous taſcherions
de faire icy leur éloge, puisque
nous sçavons que la Renommée a
publié dans toute la terre leurs heroiques
exploits. Mais comme elle
avoit des choses toutes merveilleu-
Ses à dire de nostre invincible Mo
narque, nous craignons qu'elle n'ait
oublié de faire connoistre que leRoy,
1
des Amb de Siam. 17
aprés avoir porté par toutses armes
victorieuses , en de-çà & au de-là
du Rhin , dans les Alpes & les Pyrenées
, & s'estre rendu maistre des
Villes & Fortereſſes que l'on croyoit
imprenables, aprés avoir vaincu les
Saiſons, porté par tout la terreur, &
foudroyé les plus belliqueuses Nations
de l'Univers, s'est enfin vaincusoy
-mesme, au milieu defes triomphes,
rendant àses ennemis des Places
qu'ils ne pouvoient esperer de
prendre par laforce de leurs armes,
pour donner la Paix à toute l'Europe.
C'est en cela principalement
qu'on le reconnoist digne du nom
de Grand , que d'un commun confentement
tout le monde luy a donné.
Vous avez vû , Meſſeigneurs,
ce grand Monarque, vous avez vi
fité une partie deses Conquestes
18 IV. P. du Voyage
la Renommée n'a- t- elle pas estéfidelle
enfes rapports ? Ne pouvezvous
pas dire ce que diſoit la Reine
de Saba , après avoir efté viſiter
le Roy Salomon , Verus eft fermo
quem audivi in terra mea ? Ne
jugez-vous pas que toutes les Puiffances
du monde doivent rechercherfon
alliance ? Nous ne doutons
point que le Roy voſtre Maistre ne
taſche de perpetuer dansses fucceffeurs
celle qui vient d'eftre contractée
avec ce grand Prince. Cefont,
Meſſeigneurs, les souhaits que font
vos trés-humbles & trés-obéiſſans
Serviteurs, qui vous prient d'agréer
les Vins de la Ville qui vous font
presentez
L'Ambaffadeur répondit que
des Amb. de Siam. 19
tout ce qu'ils avoient vû de la
grandeur de la puiſſance du
Roy , leur avoit fait connoître
la verité de ce qu'ils en avoient
oüy dire ; que ſi ſes Conquêtes
leur caufoient de l'étonnement ,
la magnificence de Versailles ,
leur avoit paru extraordinaire ;
qu'ils n'avoient rien vû de plus
beau , & qu'ils remercioient
Mrs de Ville de tous les honneurs
qu'ils leur faisoient ainfi
que de leurs prefens.
L'Univerſité les harangua
en Latin , & leur fit connoî--
tre ce que c'eſt que ce Corps,
celebre. L'Ambaſſadeur don-
Bij
20 IV. P. du Voyage
na ce foir-là pour mot , tant
qu'il triomphera je me réjoüiray.
Il ſemble que M de Pommereuil
ne parleroit pas autrement
luy-meſme , puiſqu'il
aime fort la Muſique & les
Violons, avec leſquels il ſemble
ſe rejoüir tous les jours
de la grandeur de Sa Majefté.
Comme la Ville eſt fort grande
, ils eurent le ſoir tant de
Dames à les voir fouper, qu'il
n'y eut point de place pour
les Hommes . MF de Por
mereüil leur envoya des Violons,
avec beaucoup d'autres
Inſtrumens , & pluſieursMu
des Amb . de Siam. 21
ſiciens , parmy leſquels il y
en avoit qui ont eſté Pages
de la Muſique du Roy. L'entretien
des Dames & cette
Muſique leur ſervit de divertiſſement
pendant le Repas .
Le lendemain à ſept heures
du matin , ils trouverent les
trois Carroffes de Mr de
Pommereuil qui les
doient. Ils allerent avec luy
à la fonderie , où M² Keller
avoit preparé une fonte, elle
eſtoit de quatre pieces de 24.
& de deux de 16. livres. En
attendant que le metal fuft
tout à fait preſt à couler , on
atten22
IV. P. du Voyage
leur fit voir la maniere dont
fe font les moules , que M
Fleury Controlleur de l'Artil
lerie leur expliqua. L'Ambaffadeur
examina longtemps la
partie du moule qui ſert à faire
une groffe Maffelette, au bout
de la culafſſe de la piece , comme
on les fait àDoüay , & fe
fit expliquer tout ce qui la
expliquer
regarde. Enfuite M, Fleury
les mena au Moulin à ſcier
les pieces. C'eſt une machine
fort curieuſe , pour faire voir
la maniere dont l'on forme
les boutons des pieces dans
cesMaſſelettes , cequ'ils trou
des Amb. de Siam. 23
verent fort extraordinaire. Ils
dirent qu'ils avoient du Canon
chez eux , mais qu'il n'estoit ny
fi beau nyde mesme , & que la
matiere dont on le faisoit , étoit
neantmoins meilleure. Ils demanderent
enfuite comment
on faiſoit des figures ſur les
culaſſes comme des Lions , &
pour le leur faire entendre, on
les mena aux pieces où les
Repareurs travaillent , dont
ils furent fort fatisfaits. Ils
firent prendre les meſures ,&
les proportions de toutes les
pieces , & apres avoir veu les
Allefoirs , ils demanderent à
24 IV. P. du Voyage
د
voir un noyau , ſe faiſant
auſſi expliquer comment il ſe
portoit dans le moule , &puis
ils allerent voir couler les fix
pieces dont je viens de parler.
De la Fonderie on les
mena voir l'Arsenal , où il y
a quantité d'équipages d'Artillerie
dans les Magazins
couverts , qu'ils examinerent
fort , mais ſur tout un Pont
de cuivre qu'ils admirerent ,
&dont ils ſe firent expliquer
l'uſage; puis ils entrerent dans
les Cours , leſquelles font toutes
pleines de Canons , de
Mortiers , & de Pierriers de
toutes
des Amb. de Siam. 25
toutes les manieres , dont ils
firent prendre auſſi les proportions.
On peut dire qu'ils ont
vû à Doüay , generalement
tout ce que l'on peut voir
dans les Arcenaux. Il y avoit
trois cens Canons , Mortiers
& Pierriers , & une ſi
grande quantité de Bombes,
qu'ils ne pouvoient ( dirent
- ils ) affez admirer leMiniſtre
qui a ſoin de la Guerre ,
voyant dans tant de Places non
feulement dequoy les deffendre ſi
elles estoient attaquées , & des
munitions pourſoûtenir les plus
C
26 IV. P.du Voyage
longs Sieges, mais encore dequoy
fournir des Armées entieres , qui
voudroient aller affieger les plus
fortes Villes , on soumettre
des Provinces. Ils ajoûterent
, que ce qui les ſurprenoit,
estoit qu'il falloit que ce Ministre
donnaſt ſes foins à toutes
ces choses dans ſes momens perdus
, puiſqu'il en avoit beaucoup
d'autres àfaire qui n'estoient pas
moins importantes. Comme
ils appliquoient tout au Roy,
&avec juſte raiſon , ils firent
tomber le bon état de tout
ce qu'ils avoient remarqué ,
fur le grand difcernement de
des Amb. de Siam. 27
Sa Majeſté dans le choix de
fes Miniſtres .
De l'Arcenal on les mena
dans la Baterie de l'école des
Cadets d'Artillerie & des Canonniers
où l'on tira. Ils virent
emporter pluſieurs blancs
par les uns & par les autres ,
ce qui leur donna beaucoup
de plaifir. Ils admirerent l'adreſſe
& la promptitude que
tous ces Cadets firent voir
dans cet Exercice , ainſi qu'à
charger & à nettoyer le Canon.
Ils virent jetter pluſieurs
Bombes qui creverent fort à
propos , & vifiterent enfuite
Cij
28 IV. P. du Voyage
les dehors de la Place. L'a
présdînée ils allerent voir le
Fort de l'Eſcarpe , où M, du
Repaire qui en eſt Gouverneur
, les reçût au bruit du
Canon, avec les Officiers Majors
de la Place. La Garniſon
étoit ſous les Armes. Lorfqu'ils
eurent fait le tourde ce
Fort ,M, du Repaire les pria
d'entrer chez lui pour ſe chaufer
, à cauſe que le temps
eſtoit affez froid ce jour- là.
Ils y trouverent Madame &
Mademoiselle du Repaire ,
Madame la Baronne deQuincy
, & pluſieurs autres Fem
desAmb. de Siam, 29
mes de qualité. Aprés un
moment de converſation auprés
du Feu , on fervit une
Collation magnifique , & les
Dames ſe mirent à table avec
les Ambaſſadeurs . M² du Repaire
dit, qu'à cause du froid,
il falloit commencer par les Vins
de Liqueur. Son avis fut ſuivi,
& l'on en bût de pluſieurs
fortes. L'Ambaffadeur ayant
trouvé mademoiselle du Repaire
fort belle , luy dit que
fi elle vouloit aller à Siam , il
avoit un Fils qui pourroit estre
un jour grand Seigneur,&que
fi elle l'épouſoit , elle ne devoit
Ciij
30 IV. P. du Voyage
point craindre la pluralité des
Femmes , parce qu'elle estoit affez
belle pour empêcher que fon
Fils ne vouluſt en avoir d'autres
. Comme les Jefuites de
Doüay les attendoient , ils
fortirent peu de temps aprés,
& ne parlerent pendant tout
le chemin que de l'agreable
Collation qu'ils venoient
de faire . Eſtant arrivez chez
ces Peres , ils furent conduits
dans une grande falle , où il
y avoit quantité de Voix &
d'Inſtrumens . Voicy le Spectacle
qui leur fut donné.
desAmb. de Siam. 31
PREMIERE ENTRE'E .
Le Genie de la France tâ
choit d'attirer le Genie de Siam
à faire une Alliance avec Loüis
leGrand.
SECONDE ENTRE'E .
L.. Renommée & la Gloire
Denoient étaler les grands exploits
de ce Heros, dont ils faisoient connoiſtre
la pieté , &la valeur qui
luy ont justement acquis le nom
de Grand.
TROISIEME ENTREE
1
Le Genie de Siam charmé de
Eiiij
32 IV. P. du Voyage
ce recit , témoignoit la paſſion
qu'il avoit de ſe voir entre les
Alliés d'un Monarque ſi puiffant,
dont l'amitié devoit eſtre ſi
honorable , & fi utile àſa Nation
.
QUATRIEME ENTREE.
LesGenies de ces deux grands
Royaumes applaudiſſoient à cette
Alliance , & invitoient les Peuples
à donner des marques de leur
joye.
Aprés ce divertiſſement, on
conduiſit les Ambaſſadeurs
dans le Refectoire , où il y a
T
des Amb. de Siam.
33
voit une grande collation preparée
, mais celle de Mdu
Repaire estoit ſi recente , qu'il
leur fut impoffible de manger
autant qu'ils l'auroient voulu
pour repondre à l'empreſſement
que ces Peres avoienr de
les regaler. Les Ambaſſadeurs
leur dirent en s'en retournant,
qu'ils avoient connu par le divertiffement
qu'ils leur venoient de
donner ce qu'ils n'ignoroient pas
déja , sçavoir qu'ily avoit peu de
perſonnes quifuſſent auffi capables
qu'eux de bien élever la jeuneſſe.
Lorſqu'ils furent arrivez chez
cux, on leur vint demander
34 IV. P. du Voyage
l'ordre , & ils donnerent pour
Mot , aux amis je fournis du
bruit , aux ennemis la mort,parce
que Doüay ayant des fonderies
de Canon , cette Villelà
en fournit aux autres . Aprés
trois grands Repas qu'ils avoient
faits ce jour-là , la
complaiſance les obligea encore
à ſe mettre à table pour
fouper , afin de ne pas renvoyer
les Dames qui estoient
venuës pour les voir.
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Résumé : Entrée des Ambassadeurs dans la Ville de Doüay, les harangues qui leur ont esté faites, & ce qui s'est passé dans tous les lieux de la mesme Ville où ils ont esté, & particulierement aux Jesuites & à la Fonderie. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam, escortés par la cavalerie et les gardes à cheval de Monsieur de Pommereuil, firent une entrée solennelle dans une grande ville par la porte Notre-Dame. Les rues étaient bordées de soldats et de spectateurs, tandis que les fenêtres étaient occupées par des notables. À leur arrivée à l'hôtel préparé pour leur logement, Monsieur de Pommereuil leur rendit visite avec son état-major et présenta les magistrats et divers corps, dont Monsieur Becquet, premier pensionnaire de la ville. Monsieur Becquet souligna les ordres du roi pour rendre les honneurs dus aux ambassadeurs d'un grand monarque asiatique et exprima la joie de la ville de les recevoir. Il rappela également les exploits héroïques du roi de France, notamment sa capacité à vaincre ses ennemis et à apporter la paix en Europe. L'ambassadeur de Siam répondit en affirmant que la grandeur et la puissance du roi de France, ainsi que la magnificence de Versailles, avaient confirmé les récits entendus. L'université les harangua en latin, et l'ambassadeur offrit un mot en latin sur la musique. Le soir, ils furent divertis par des dames et des musiciens envoyés par Monsieur de Pommereuil. Le lendemain, ils visitèrent la fonderie et l'arsenal, admirant les canons, mortiers et autres équipements militaires. Ils assistèrent également à une démonstration de tir à la batterie de l'école des cadets d'artillerie. Après une collation chez Monsieur du Repaire, ils furent invités par les Jésuites à un spectacle célébrant l'alliance entre la France et le Siam. Les ambassadeurs exprimèrent leur satisfaction et leur admiration pour l'éducation dispensée par les Jésuites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17860
p. 35
« Je croy devoir mettre icy quelques Vers qui serviront comme [...] »
Début :
Je croy devoir mettre icy quelques Vers qui serviront comme [...]
Mots clefs :
Vers, Intermèdes
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texteReconnaissance textuelle : « Je croy devoir mettre icy quelques Vers qui serviront comme [...] »
Je croy devoir mettre icy
quelques Vers qui serviront
comme d'intermedes entres les
rejouissances qui ont esté faites
à Versailles & celles qui ont
esté faites à Paris.
quelques Vers qui serviront
comme d'intermedes entres les
rejouissances qui ont esté faites
à Versailles & celles qui ont
esté faites à Paris.
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17861
p. 35-36
« Toute la Cour étant attentive sur la naissance de l'Enfant [...] »
Début :
Toute la Cour étant attentive sur la naissance de l'Enfant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Toute la Cour étant attentive sur la naissance de l'Enfant [...] »
Toute la Cour étant attentive
sur la naissance de l'Enfant
que Madame la Duchesse de
Bourgogne devoit mettre au
monde, Mr l'Abbé le Houx
Poëte Latin, fit l'Epigramme
que voici.
Réjouissances.
1
Omnis in hos partus oculos habel
aula paratos.
Si mas, bella geret; faciet,
faemina, pacem.
sur la naissance de l'Enfant
que Madame la Duchesse de
Bourgogne devoit mettre au
monde, Mr l'Abbé le Houx
Poëte Latin, fit l'Epigramme
que voici.
Réjouissances.
1
Omnis in hos partus oculos habel
aula paratos.
Si mas, bella geret; faciet,
faemina, pacem.
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17862
p. 15-17
A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
Début :
Inébranlable Appuy de la parfaite Eglise, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Église, Erreur de Calvin, Travaux, Honneur, Victoire, Gloire, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
A LOVIS LE GRAND,
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
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Résumé : A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
Le texte est une ode à Louis XIV, surnommé 'Louis le Grand', célébrant son soutien à la religion catholique et sa lutte contre les protestants influencés par Jean Calvin. Le roi est décrit comme un défenseur inébranlable de l'Église et de la foi. Ses victoires contre les ennemis de la foi sont éternisées par Dieu. Sa plus grande gloire est d'être la terreur des ennemis de Dieu. L'auteur se nomme Fr. Derochervne, prêtre.
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17863
p. 20-29
Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Cependant Mr Decluseaux manquoit non seulement d'ordres, mais il [...]
Mots clefs :
Roi, Vaisseaux, Grandeur, Desclouzeaux, Réception, Brest, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Cependant
M'Decluſeaux manquoit
non feulement d'ordres ,
mais il n'avoit meſme l'exemple
d'aucune Ville
qui euſt reçu avant luy
ces Ambaſfadeurs , puis
qu'ils avoient abordé à
Breft , & qu'ils eftoient
encore dans les Vaiffeaux
de Siam. 21
où ils s'eftoient embarquez
pour venir en France
; mais il fe fonda fur
la grandeur d'ame du
Roy , qui ne furpaffe pas
moins en honnefteté& en
reconnoiffance tout ce
qu'il y a jamais eu de Souverains
, qu'il les furpaffe
en prudence & en valeur.
Ainfi il crut avec beaucoup
de raiſon , que c'eſtoit
répondre aux intentions
de ce grand Monarque,
que de faire rendre de
22 Voyage des Amb.
fort grands honneurs aux
Ambaſſadeurs d'un puiffant
Roy , qui avoit receu
ceux de Sa Majefté
d'une maniere toute extraordinaire
, & les avoit
diftinguez de tous les Ambaffadeurs
d'Europe &
d'Afie Cet Intendantauffi
galant que magnifique ,
impatient de faire éclater
fon zele en s'acquittant
de toutes les choses qu'il
croyoit devoir eftre agréables
à Sa Majesté ,
de Siam. 23
convia les Ambaſſadeurs
de venir incognito fouper
- dans la Ville ,& les traita
avec quantité de Perſonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe. Toute
-l'Aſſemblée fut ſurpriſe
de leur trouver des ma-
¡nieres fiaiſées ; leur efprit
parut dans tout ce qu'ils
dirent , & ils firent voir
beaucoup d'honneſteré ,
fans defcendre de la grandeur
que leur caractere
demandoit. Ils retourne
24 Voyage des Amb.
rent coucher dans leurs
Vaiffeaux , & firent leur
Entrée le lendemain , accompagnez
de foixante
ou quatre- vingt Chaloupes
,& au bruit d'un nombre
infimy de coups de Canon.
Enfin on leur fit tous
les honneurs qu'ils pouvoient
attendre . M de
Cintré , Lieutenant de
Roy , fit ceux de la Citadelle,
lors qu'ilsy allerent,
&on tira le Canon. M.
Decluſeaux les traitajul
qu'à
de Siam. 25
qu'à ce que l'on fuft venu
les recevoir de la part du
- Roy. Pendant ce temps-
: la ils fatisfirent leur curio-
- ſite ſur tout ce qui meri-
- toit d'eſtre vû dedans &
dehorslaVille. On los mena
dans les Magaſins ,
• dont ils furent extremement
furpris , & encore
plus de voir que bien qu'il
y euſt quarante gros Vaifſeaux
en Mer , fans ceux
1 qui estoient dans le Porr ,
ces Magaſins pouvoient
S
11
1 C
26 Voyage des Amb.
fournir dequoy en équiper
encore un plus grand
nombre. Ils vifiterent le
Port , & entrerent dans
trois Vaiſſeaux , qui pour
la grandeur , la ſculpture,
& la dorure , furpaſſent
tous ceux dont onajamais
entendu parler. Ces Vaifſeaux
font , le Soleil Royal,
la Couronne , & la Reyne.
Ils les vifiterent avec une
exactitude qu'on ne sçauroit
exprimer , ils en prirent
meſme les meſures ,
de Siam. 27
&écrivirent tout ce qui
regarde ces trois Vaiffeaux
. Ils en font de mefme
de tout ce qu'ils
voyent , & s'enferment
tous les foirs aprés le Sou
pé avec pluſieurs Secretaires.
Ils te relifent les
- uns aux autres tout ce
qu'ils ont remarqué , &
les uns pouvant fe fouvenir
d'une choſe que les
- autres peuvent avoir ou-
- bliée , ils font ainſi jour
pour jour , un Journal
Cij
28 Voyage des Amb.
exact de ce qu'ils ont vu.
Il fut mefme reſolu entre
eux avant leur départ de
Breft , qu'ils envoyeroient
à droit & à gauche fur le
chemin quelques Mandarins
, & un Interprete ,
pour examiner ce qui leur
paroiſtroit de plus curieux
,& pour demander
lors qu'ils verroient des
Chaſteaux , quels en étoient
les Seigneurs , &
tout ce qu'il y auroit à
fçavoir fur leur qualité &
de Siam. 29
leurs fervices On dit qu'ils
fe fontacquitez fi exactement
de cette commif
fion , que non ſeulement
ils ont fait une eſpece
d'Inventaire de tout ce
qu'ils ont vù , mais qu'ils
ont mefme compré jufques
aux Arbres des lieux
qu'ils ont viſitez .
M'Decluſeaux manquoit
non feulement d'ordres ,
mais il n'avoit meſme l'exemple
d'aucune Ville
qui euſt reçu avant luy
ces Ambaſfadeurs , puis
qu'ils avoient abordé à
Breft , & qu'ils eftoient
encore dans les Vaiffeaux
de Siam. 21
où ils s'eftoient embarquez
pour venir en France
; mais il fe fonda fur
la grandeur d'ame du
Roy , qui ne furpaffe pas
moins en honnefteté& en
reconnoiffance tout ce
qu'il y a jamais eu de Souverains
, qu'il les furpaffe
en prudence & en valeur.
Ainfi il crut avec beaucoup
de raiſon , que c'eſtoit
répondre aux intentions
de ce grand Monarque,
que de faire rendre de
22 Voyage des Amb.
fort grands honneurs aux
Ambaſſadeurs d'un puiffant
Roy , qui avoit receu
ceux de Sa Majefté
d'une maniere toute extraordinaire
, & les avoit
diftinguez de tous les Ambaffadeurs
d'Europe &
d'Afie Cet Intendantauffi
galant que magnifique ,
impatient de faire éclater
fon zele en s'acquittant
de toutes les choses qu'il
croyoit devoir eftre agréables
à Sa Majesté ,
de Siam. 23
convia les Ambaſſadeurs
de venir incognito fouper
- dans la Ville ,& les traita
avec quantité de Perſonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe. Toute
-l'Aſſemblée fut ſurpriſe
de leur trouver des ma-
¡nieres fiaiſées ; leur efprit
parut dans tout ce qu'ils
dirent , & ils firent voir
beaucoup d'honneſteré ,
fans defcendre de la grandeur
que leur caractere
demandoit. Ils retourne
24 Voyage des Amb.
rent coucher dans leurs
Vaiffeaux , & firent leur
Entrée le lendemain , accompagnez
de foixante
ou quatre- vingt Chaloupes
,& au bruit d'un nombre
infimy de coups de Canon.
Enfin on leur fit tous
les honneurs qu'ils pouvoient
attendre . M de
Cintré , Lieutenant de
Roy , fit ceux de la Citadelle,
lors qu'ilsy allerent,
&on tira le Canon. M.
Decluſeaux les traitajul
qu'à
de Siam. 25
qu'à ce que l'on fuft venu
les recevoir de la part du
- Roy. Pendant ce temps-
: la ils fatisfirent leur curio-
- ſite ſur tout ce qui meri-
- toit d'eſtre vû dedans &
dehorslaVille. On los mena
dans les Magaſins ,
• dont ils furent extremement
furpris , & encore
plus de voir que bien qu'il
y euſt quarante gros Vaifſeaux
en Mer , fans ceux
1 qui estoient dans le Porr ,
ces Magaſins pouvoient
S
11
1 C
26 Voyage des Amb.
fournir dequoy en équiper
encore un plus grand
nombre. Ils vifiterent le
Port , & entrerent dans
trois Vaiſſeaux , qui pour
la grandeur , la ſculpture,
& la dorure , furpaſſent
tous ceux dont onajamais
entendu parler. Ces Vaifſeaux
font , le Soleil Royal,
la Couronne , & la Reyne.
Ils les vifiterent avec une
exactitude qu'on ne sçauroit
exprimer , ils en prirent
meſme les meſures ,
de Siam. 27
&écrivirent tout ce qui
regarde ces trois Vaiffeaux
. Ils en font de mefme
de tout ce qu'ils
voyent , & s'enferment
tous les foirs aprés le Sou
pé avec pluſieurs Secretaires.
Ils te relifent les
- uns aux autres tout ce
qu'ils ont remarqué , &
les uns pouvant fe fouvenir
d'une choſe que les
- autres peuvent avoir ou-
- bliée , ils font ainſi jour
pour jour , un Journal
Cij
28 Voyage des Amb.
exact de ce qu'ils ont vu.
Il fut mefme reſolu entre
eux avant leur départ de
Breft , qu'ils envoyeroient
à droit & à gauche fur le
chemin quelques Mandarins
, & un Interprete ,
pour examiner ce qui leur
paroiſtroit de plus curieux
,& pour demander
lors qu'ils verroient des
Chaſteaux , quels en étoient
les Seigneurs , &
tout ce qu'il y auroit à
fçavoir fur leur qualité &
de Siam. 29
leurs fervices On dit qu'ils
fe fontacquitez fi exactement
de cette commif
fion , que non ſeulement
ils ont fait une eſpece
d'Inventaire de tout ce
qu'ils ont vù , mais qu'ils
ont mefme compré jufques
aux Arbres des lieux
qu'ils ont viſitez .
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Résumé : Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée des ambassadeurs de Siam en France et les préparatifs de leur accueil. M. D'Cluseaux, en l'absence d'ordres et d'exemples précédents, s'appuie sur la grandeur d'âme du roi de France pour déterminer les honneurs à leur accorder. Il organise une réception incognito où les ambassadeurs sont traités avec respect et curiosité. Le lendemain, ils font une entrée officielle à Brest, accompagnés de chaloupes et de salves de canon. Ils visitent divers lieux, notamment des magasins et des vaisseaux, et sont impressionnés par les ressources et la grandeur des navires français. Les ambassadeurs prennent des notes détaillées et rédigent un journal de leurs observations. Avant leur départ de Brest, ils avaient prévu d'envoyer des mandarins et un interprète pour explorer et documenter des lieux et des châteaux, recueillant des informations sur leurs propriétaires et leurs services.
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17864
p. 36
MADRIGAL.
Début :
Les Vers suivans sont du même Auteur. C'est un tendre bouton qui va bien-tôt eclorre, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
Les Vers suivans sont du même
Auteur.
MADRIGAL.
C'est un tendre bouton qui va
bien-tôt eclorre,
Une petite fleur promettant un grand
fruit;
Mais un fruit, enfant d'une
Aurore,
Qui meuri du Soleil, fera be aucoup
de bruit.
Auteur.
MADRIGAL.
C'est un tendre bouton qui va
bien-tôt eclorre,
Une petite fleur promettant un grand
fruit;
Mais un fruit, enfant d'une
Aurore,
Qui meuri du Soleil, fera be aucoup
de bruit.
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17865
p. 36-37
« Monseigneur le Duc de Bretagne étant venu au monde quelques / Vivit avus, viventque patres, viventque nepotes, [...] »
Début :
Monseigneur le Duc de Bretagne étant venu au monde quelques / Vivit avus, viventque patres, viventque nepotes, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Monseigneur le Duc de Bretagne étant venu au monde quelques / Vivit avus, viventque patres, viventque nepotes, [...] »
Monseigneur le Duc de Bretagne
étant venu au monde quelques
Réjouissances.
jours aprés, Madame
la Duchesse de Bourgogne étant
accouchée d'un Prince, Mr
l'Abbé le Houx fit les Vers sui-
vans sur la Famille Royale.
Vivit avus, viventque patres,
viventque nepotes,
Etnati natorum, & qui nascentur
ab ipsis,
Innumerabilis heroum stirps undi-
que fusa
Liliadum, ut domus haec toto domi-
netur in orbe,
Et populos omnes tranquilla pace
serenent.
étant venu au monde quelques
Réjouissances.
jours aprés, Madame
la Duchesse de Bourgogne étant
accouchée d'un Prince, Mr
l'Abbé le Houx fit les Vers sui-
vans sur la Famille Royale.
Vivit avus, viventque patres,
viventque nepotes,
Etnati natorum, & qui nascentur
ab ipsis,
Innumerabilis heroum stirps undi-
que fusa
Liliadum, ut domus haec toto domi-
netur in orbe,
Et populos omnes tranquilla pace
serenent.
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17866
p. 37-38
AU ROY, Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bretagne.
Début :
Les Vers suivans sont de Mr Simart. / TU reçois aujourd'huy le nom de Bisayeul, [...]
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY, Sur la naissance de Monseigneur le Duc de Bretagne.
Les Vers suivans sont de Mr
Simart.
Réiovissances.
38
AU ROY,
Sur la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne.
TU reçois aujourd'huy le nom de
Bisayeul,
L'Histoire de nos Rois n'en marque
pas un seul
Aqui le Ciel ait fait cette faven
extrème
D'un si rare bonheur je ne suis pa-
surpris
Grand Roy de ta vertu suprème;
C'est la tecompense & le prix.
Simart.
Réiovissances.
38
AU ROY,
Sur la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne.
TU reçois aujourd'huy le nom de
Bisayeul,
L'Histoire de nos Rois n'en marque
pas un seul
Aqui le Ciel ait fait cette faven
extrème
D'un si rare bonheur je ne suis pa-
surpris
Grand Roy de ta vertu suprème;
C'est la tecompense & le prix.
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17867
p. 17-18
Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Début :
Arbitre souverain de la Paix, de la Guerre, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Lois, Ardeur , Destin, Calvin, Hydre
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texteReconnaissance textuelle : Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Sur la Révecation de l'Edit
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
de Nantes.
ASONNET AV ROY. Rbitre souverain de la Paix,
de la Guerre,
Tout fléchit fous tes Loix,tun'as
plus d'Ennemis
; A tarare valeur quoyque tout
foit permis,
L'ardeuf de conquerir dans ton:
coeur se resserre.
La Trêve pour long-temps, su£
pend ton Cimeterre,
Tu n'as plus de Voisins qui ne
soient tes Amis,
L'Algerien dompté, le fierGenoissoùmis,
Ne te laissent plus rien à vaincre
sur la terre.
r,\4J
Mais le Ciel qui t'a fait le plus
grand de nos Rois,
Destine ta valeur à de nouveaux
Exploits;
Alcide Tres - Chrestien
,
après
tant de Conquestes,
Il en destine uneautre à l'effortde
ton bras.
Luy seul doit étouffer ce Monstre
à tant de testes,
Cette Hydre que Calvin fit naître
en tes Etats.
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Résumé : Sur la Révocation de l'Edit de Nantes. SONNET AU ROY.
Le poème célèbre la révocation de l'Édit de Nantes par un roi puissant et pacificateur. Ce souverain a soumis ses ennemis, établi une paix durable et transformé des adversaires en alliés. Il est comparé à Hercule et doit vaincre le protestantisme, décrit comme un monstre introduit par Calvin. La mission royale est de supprimer cette menace.
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17868
p. 38-40
A LESPAGNE, Sur le même sujet.
Début :
NE crains plus Espagne fidelle [...]
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texteReconnaissance textuelle : A LESPAGNE, Sur le même sujet.
A LESPAGNE,
Sur le même sujet.
NE crains plus Espagne fidelle
De changer de destin & de per
dre ton Roy
Réjouissances.
39
Ne ctains plus que la France au
Trone le rappelle
Et qu'il t'abandonne pour elle;
Le Ciel s'est declare pour toy,
Nos veux sont exaucex, Adelaide
est mere
Et la naissance d'un Heros
De la Seine & du Tage assure le
repos
Et confond la vaine chimere,
Qui sous les mèmes Loix (dans sa
douleur amere)
Te menaçoit un jour de voir unir
leurs flots.
Acouvert aujourd huy d'une crain-
te inutile.
Que peus-tu souhaiter noble & fiere
Castille
Réjouissances.
40
Tout concourt à remplir ton attente
Stes vœux
Déjapar plus d'une Conqueste
PHILIrPE en Portugal à couronne
sa teste
Des Lauriers que son bras mois-
sonne sous tes yeux.
Dans un auguste Infant qui fera
tes delices
Tu verras bien-tost les premices
D'une heureuse fecondité:
si pour quelque temps l'Amour
Et
cede à la gloire,
C'est que du sein de la Victoire
Doit naistre ta felicité.
Sur le même sujet.
NE crains plus Espagne fidelle
De changer de destin & de per
dre ton Roy
Réjouissances.
39
Ne ctains plus que la France au
Trone le rappelle
Et qu'il t'abandonne pour elle;
Le Ciel s'est declare pour toy,
Nos veux sont exaucex, Adelaide
est mere
Et la naissance d'un Heros
De la Seine & du Tage assure le
repos
Et confond la vaine chimere,
Qui sous les mèmes Loix (dans sa
douleur amere)
Te menaçoit un jour de voir unir
leurs flots.
Acouvert aujourd huy d'une crain-
te inutile.
Que peus-tu souhaiter noble & fiere
Castille
Réjouissances.
40
Tout concourt à remplir ton attente
Stes vœux
Déjapar plus d'une Conqueste
PHILIrPE en Portugal à couronne
sa teste
Des Lauriers que son bras mois-
sonne sous tes yeux.
Dans un auguste Infant qui fera
tes delices
Tu verras bien-tost les premices
D'une heureuse fecondité:
si pour quelque temps l'Amour
Et
cede à la gloire,
C'est que du sein de la Victoire
Doit naistre ta felicité.
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17869
p. 38
VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS, sur le danger de la maladie dont il est convalescent, par M. AYGOU, de l'Académie des Belles-Lettres de Caën.
Début :
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS, sur le danger de la maladie dont il est convalescent, par M. AYGOU, de l'Académie des Belles-Lettres de Caën.
VERS à M. l'ÉVÉQUE D'ORLÉANS,
sur le danger de la maladie dont il
est convalescent, par M. AYGOU,
de l'Académie des Belles-Lettres de
Caën.
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau
Pour couper de vos jours la trame fortunée ,
L'Orléanois frémit ... Il crut voir au tombeau --
L'Auteur de fon bien-être & de fa deſtinée !!
Minerve a diffipé ces critiques inftans :
Elle a faifi la main de la Parque cruelle...
ככ Que vas-tu faire . lui dit-elle ?
» Attends que de Neftor il ait paffé les ans.
Il eſt plus : il en eft l'exemples
1
»Reſpecte ce Prélat que la France contemple.....
>> Talens :
1
►Arrête... c'eſt Jarente….. 11 eft de mes enfans...
Apprends qu'il eft l'appui des Vertus , desa.:
sur le danger de la maladie dont il
est convalescent, par M. AYGOU,
de l'Académie des Belles-Lettres de
Caën.
QUAND la fiére Atropos eut ouvert son ciseau
Pour couper de vos jours la trame fortunée ,
L'Orléanois frémit ... Il crut voir au tombeau --
L'Auteur de fon bien-être & de fa deſtinée !!
Minerve a diffipé ces critiques inftans :
Elle a faifi la main de la Parque cruelle...
ככ Que vas-tu faire . lui dit-elle ?
» Attends que de Neftor il ait paffé les ans.
Il eſt plus : il en eft l'exemples
1
»Reſpecte ce Prélat que la France contemple.....
>> Talens :
1
►Arrête... c'eſt Jarente….. 11 eft de mes enfans...
Apprends qu'il eft l'appui des Vertus , desa.:
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17870
p. 19-20
AU ROY. SONNET.
Début :
De l'Europe lignée accepter le Cartel. [...]
Mots clefs :
Honneur, Autel, Conquérant, Bonheur, Louis le Grand
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY. SONNET.
AU ROY.
SONNET.
- DE l'Europe lignée accepter
le Cartel
La vaincre,la calmer, faire trembler
lti More,
Estrecraint & chery plus loin que
le Bospbore.
Et par tout acquerir un honneur
immortel.
Fier dans le Çhamp de Mars,
humble au pied de l'Autel;
Détruire des Erreurs que le Ciel
-
hait abhorre..
Estre juste
,
prudent, plus iatre~
pide encore.
Si vaillant que jamais Conquerantnefut
ICI.
Triompher par bonheur bien
moins que par sàgessè..
Sçavoir juger de tour avec delicatesse
Avoir le coeur encoreau dessus de
son Rang.
Faire plus en un jour qu'en trente
on n'en peut dire.
Eust
- on d'Apollon mesme & la
voix & la Lyre.
C'est ce que l'Univers voit dans
LOUIS le Grand.
MadtmtiftSe De VILLANDON.
SONNET.
- DE l'Europe lignée accepter
le Cartel
La vaincre,la calmer, faire trembler
lti More,
Estrecraint & chery plus loin que
le Bospbore.
Et par tout acquerir un honneur
immortel.
Fier dans le Çhamp de Mars,
humble au pied de l'Autel;
Détruire des Erreurs que le Ciel
-
hait abhorre..
Estre juste
,
prudent, plus iatre~
pide encore.
Si vaillant que jamais Conquerantnefut
ICI.
Triompher par bonheur bien
moins que par sàgessè..
Sçavoir juger de tour avec delicatesse
Avoir le coeur encoreau dessus de
son Rang.
Faire plus en un jour qu'en trente
on n'en peut dire.
Eust
- on d'Apollon mesme & la
voix & la Lyre.
C'est ce que l'Univers voit dans
LOUIS le Grand.
MadtmtiftSe De VILLANDON.
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Résumé : AU ROY. SONNET.
Le sonnet célèbre Louis XIV pour ses victoires et sa pacification de l'Europe, allant jusqu'au Bosphore. Il loue sa justice, prudence, piété, vaillance et sagesse. Le roi triomphe par la force et la sagesse, avec des jugements délicats et un cœur noble. Il accomplit en un jour ce que d'autres réalisent en trente ans, possédant les talents d'Apollon. L'univers reconnaît ses qualités en Louis le Grand.
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17871
p. 39
DIANE ET ENDYMION.
Début :
AU tendre amour Diane enfin soumise, [...]
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texteReconnaissance textuelle : DIANE ET ENDYMION.
DIANE ET ENDYMION.
AU tendre amour Diane enfin soumise,
Pour obtenir & pour fixer les vœux
Du jeune amant dont fon âme eſt épriſe ,
L'entretenoit de fon rang glorieux
Dans les enfers , dans les bois , dans les cieux.
De tant d'honneurs qu'elle alléguoit ſans ceſſe,
Endymion moins féduit que gêné ,
Gardoit toujours un filence obftiné.
Ce trifte accueil éclaira fa tendreſſe :
Elle oublia fon immortalité.
Un air riant , une aimable ſoupleſſe
Vint adoucir fa fuperbe beauté ;
Et le Berger vaincu par cette adreffe ,
Tömbe à ſes pieds , s'écriant , tranſporté :
Quel changement ! quelle félicité !
Grace à l'Amour , vous n'êtes plus Déeffe......
Ah ! je répons de ma fidélité.
Par feu M. le Marquis de ROCHEMORE.
AU tendre amour Diane enfin soumise,
Pour obtenir & pour fixer les vœux
Du jeune amant dont fon âme eſt épriſe ,
L'entretenoit de fon rang glorieux
Dans les enfers , dans les bois , dans les cieux.
De tant d'honneurs qu'elle alléguoit ſans ceſſe,
Endymion moins féduit que gêné ,
Gardoit toujours un filence obftiné.
Ce trifte accueil éclaira fa tendreſſe :
Elle oublia fon immortalité.
Un air riant , une aimable ſoupleſſe
Vint adoucir fa fuperbe beauté ;
Et le Berger vaincu par cette adreffe ,
Tömbe à ſes pieds , s'écriant , tranſporté :
Quel changement ! quelle félicité !
Grace à l'Amour , vous n'êtes plus Déeffe......
Ah ! je répons de ma fidélité.
Par feu M. le Marquis de ROCHEMORE.
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17872
p. 39-40
MADRIGAL.
Début :
LORSQUE l'Amour méprisoit mes soupirs, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
LORSQUE l'Amour méprisoit mes soupirs,
Tendre & foumis je chantois fa puiffance ;
Le Dieu plus doux enfin me récompenſe
Et rien ne parle encor de mes plaifirs
40 MERCURE DE FRANCE.
Pardonne , Amour ! dans l'ombre du filence ;
Si j'ai caché les biens que tu me fais :
C'eſt au myſtère , à la longue conſtance
Qu'on doit un coeur digne de tes bienfaits.
Le mien brûle percé de mille traits ,
A fes tranfports peur à peine fuffire.
Je jure, Amour , de ne changer jamais.
Que ne te puis-je affurer de Thémire !
Par le même.
LORSQUE l'Amour méprisoit mes soupirs,
Tendre & foumis je chantois fa puiffance ;
Le Dieu plus doux enfin me récompenſe
Et rien ne parle encor de mes plaifirs
40 MERCURE DE FRANCE.
Pardonne , Amour ! dans l'ombre du filence ;
Si j'ai caché les biens que tu me fais :
C'eſt au myſtère , à la longue conſtance
Qu'on doit un coeur digne de tes bienfaits.
Le mien brûle percé de mille traits ,
A fes tranfports peur à peine fuffire.
Je jure, Amour , de ne changer jamais.
Que ne te puis-je affurer de Thémire !
Par le même.
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17874
p. 40-42
SUR LA NAISSANCE de Monseigneur le Duc de Bretagne. MADRIGAL.
Début :
Mr de Percy, neveu de Mr Dupré, Envoyé Extraordinaire de / Auguste Rejetton du plus beau sang du monde, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUR LA NAISSANCE de Monseigneur le Duc de Bretagne. MADRIGAL.
Mr de Percy, neveu de Mr
Dupré, Envoyé Extraordinaire
de France & d'Espagne à la
Cour de Toscane, a fait l'ou-
vrage ſuivant,
Réjouissances.
41
SUR LA NAISSANCE
de Monseigneur le Duc
de Bretagne.
MADRIGAL.
Auguste Rejetton du plus beau
sang du monde,
Vous, qu'un jour on verra sur la
terre & sur l'onde
Briller, & faire honneur au Tront
des François,
Fous, qui rendez LOUIS le plus
heureux des Rois,
Et qui lui faites voir ce que jamais
en France
Nul Roy n'a vu de son vivant,
Vivez, croissez ai mable Enfant,
Et pour combler nostre esperance,
Imitez ce grand Roy dans sesfaits
glorieux;
Juillet 1704. II.P.D
Réjouissances.
42.
Puissiez vous dans vingt ans at-
corder à ses vœux
Le fruit d'un doux himen, &
l'heureuse naissance
D'un Prince, tel que vous, digne
de ses ayeux.
L'empressement que l'Auteur
a eu de faire voir des premiers
des fruits de sa veine sur la nais-
sance d'un Prince souhaitté de
toute la France, est cause qu'il
ne s'est pas apperçû qu'il y a une
fausse rime dans son Madrigal,
mais ce temps de rejouissances.
estant un temps de graces, j'ay
crû lui devoir pardonner cette
fausse rime en fayeur de son
zele.
Dupré, Envoyé Extraordinaire
de France & d'Espagne à la
Cour de Toscane, a fait l'ou-
vrage ſuivant,
Réjouissances.
41
SUR LA NAISSANCE
de Monseigneur le Duc
de Bretagne.
MADRIGAL.
Auguste Rejetton du plus beau
sang du monde,
Vous, qu'un jour on verra sur la
terre & sur l'onde
Briller, & faire honneur au Tront
des François,
Fous, qui rendez LOUIS le plus
heureux des Rois,
Et qui lui faites voir ce que jamais
en France
Nul Roy n'a vu de son vivant,
Vivez, croissez ai mable Enfant,
Et pour combler nostre esperance,
Imitez ce grand Roy dans sesfaits
glorieux;
Juillet 1704. II.P.D
Réjouissances.
42.
Puissiez vous dans vingt ans at-
corder à ses vœux
Le fruit d'un doux himen, &
l'heureuse naissance
D'un Prince, tel que vous, digne
de ses ayeux.
L'empressement que l'Auteur
a eu de faire voir des premiers
des fruits de sa veine sur la nais-
sance d'un Prince souhaitté de
toute la France, est cause qu'il
ne s'est pas apperçû qu'il y a une
fausse rime dans son Madrigal,
mais ce temps de rejouissances.
estant un temps de graces, j'ay
crû lui devoir pardonner cette
fausse rime en fayeur de son
zele.
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17875
p. 28-31
Opera & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Lully ayant esté les voir le matin de cette [...]
Mots clefs :
Opéra, Lully, Académie de musique, Représentation, Machines, Spectacle
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texteReconnaissance textuelle : Opera & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Me de Lully ayant effe
les voir le marin de certe
meſime journée , ils le prierent
de dîner avec eux, fi toſt
of qu'ils curent appris l'eſtime
dont le Roy Thonore , àcau
ſe de la beauté de ſon Genie
pour tout ce qui regarde la
Muſique. Ils fe rendirent à
l'Opera , & Mrde Lully les
receur à la porte de l'Acade-
#mie. Commeon reprefentoit
celuy d'Acis & de Galatée ,
dans lequel il n'y a point de
Machines , on leur ditpen-
1
Cij
28 SuiteduVoyage
adant
la repreſentation , Que
ces fortes de Spectacles estoient ordinairement
plus grands que celuy
qu'ils voyoient , parce que celuy-
là avoit eſté fait pour repreſenter
dans un lieu où il n'y avoit
point de Sale , & on leur expliqua
meſme la Feſte pour laquelle
ce Divertiſſement
voit eſté fait. Le premier
Ambaſſadeur dit , Quele Spe-
Etacle dont il eſtoit témoin , &ce
qu'on luy diſoit des autres Opera,
luy faisoit concevoir de grandes
chofes de ce qu'il ne voyoit pas,
s'il estoit vray pourtant que l'on
puſt rien faire de plus beau en ce
geureand. Il marqua pendant
ز
des Amb. de Siam. 29
٥٢٠
cecede
la repreſentation qu'il en
comprenoit le Sujet , & dit
tt des choſes fort galantes ladeſſus.
Ce qu'il dit à Madeto
moiſelle Rochoir , qui l'alla
mot voir aprés l'Opera à l'Hoſtel
oldes Ambaſſadeurs , fait bien
la connoiſtre qu'il l'avoit coma
pris. Il la fit affeoir , & luy
niet dit. Qu'ils ne pouvoientfaire trop
pt d'honneur à la Fille du Dieu de la
Mer , & qu'ils avoient beſoin
74, d'elle ,afin qu'elle calmaſt les flots
da à leur retour , & leurfistfaire une
Dah Navigation beureuſe.
les voir le marin de certe
meſime journée , ils le prierent
de dîner avec eux, fi toſt
of qu'ils curent appris l'eſtime
dont le Roy Thonore , àcau
ſe de la beauté de ſon Genie
pour tout ce qui regarde la
Muſique. Ils fe rendirent à
l'Opera , & Mrde Lully les
receur à la porte de l'Acade-
#mie. Commeon reprefentoit
celuy d'Acis & de Galatée ,
dans lequel il n'y a point de
Machines , on leur ditpen-
1
Cij
28 SuiteduVoyage
adant
la repreſentation , Que
ces fortes de Spectacles estoient ordinairement
plus grands que celuy
qu'ils voyoient , parce que celuy-
là avoit eſté fait pour repreſenter
dans un lieu où il n'y avoit
point de Sale , & on leur expliqua
meſme la Feſte pour laquelle
ce Divertiſſement
voit eſté fait. Le premier
Ambaſſadeur dit , Quele Spe-
Etacle dont il eſtoit témoin , &ce
qu'on luy diſoit des autres Opera,
luy faisoit concevoir de grandes
chofes de ce qu'il ne voyoit pas,
s'il estoit vray pourtant que l'on
puſt rien faire de plus beau en ce
geureand. Il marqua pendant
ز
des Amb. de Siam. 29
٥٢٠
cecede
la repreſentation qu'il en
comprenoit le Sujet , & dit
tt des choſes fort galantes ladeſſus.
Ce qu'il dit à Madeto
moiſelle Rochoir , qui l'alla
mot voir aprés l'Opera à l'Hoſtel
oldes Ambaſſadeurs , fait bien
la connoiſtre qu'il l'avoit coma
pris. Il la fit affeoir , & luy
niet dit. Qu'ils ne pouvoientfaire trop
pt d'honneur à la Fille du Dieu de la
Mer , & qu'ils avoient beſoin
74, d'elle ,afin qu'elle calmaſt les flots
da à leur retour , & leurfistfaire une
Dah Navigation beureuſe.
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Résumé : Opera & ce qu'ils en ont dit, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont été invités à dîner et à assister à une représentation de l'œuvre 'Acis et Galatée' de Jean-Baptiste Lully à l'Opéra, en raison de l'estime que le roi Louis XIV portait à Lully. Lors de la représentation, ils découvrirent que ce spectacle était plus modeste que d'autres opéras, car il avait été conçu pour un lieu sans salle. Un des ambassadeurs exprima son admiration pour le spectacle et son intérêt pour d'autres opéras, imaginant leur grandeur. Il montra également qu'il comprenait le sujet de la représentation et fit des compliments élégants à ce sujet. Après l'Opéra, l'ambassadeur rencontra Mademoiselle Rochoir à leur hôtel et lui fit des compliments, la comparant à la fille du dieu de la mer et exprimant le besoin de sa protection pour leur retour en bateau.
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17876
p. 1-4
PRELUDE. [titre d'après la table]
Début :
Vous devez estre persuadée, Madame, que puis que je vous [...]
Mots clefs :
Matière, Ambassadeurs, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : PRELUDE. [titre d'après la table]
Ous devez eſtre perfuadée
, Madame ,
que puis que je vous
écris juſques à trois fois ſur
la meſme matiere , je ſuis
A
2 III. P. duVoyage
pleinement convaincu, que
non ſeulement mes Lettres
vous ont eſté agreables , mais
qu'elles ont eu auſſi l'avantage
de plaire à ceux qui les ont
leuës aprés vous. Il eſt vray
qu'elles ſeroient imparfaites,
&qu'elles ne paſſeroient que
pour des Fragmens , ſi je n'a
chevois pas le Journal dont
vous avez vû les deux premie.
res Parties . Je vais continüer
par les choſes qui me reſtent
à vous dire deVerſailles,aprés
quoy je vous marqueray ce
que les Ambaſſadeurs ont
fait à Paris juſques au jour
des Amb. de Siam. 3
qu'ils en font partis pour aller
en Flandre vifiter lesConqueſtes
de Sa Majesté , & je
finiray par une Relation de
tout ce Voyage Ainſi vous
voyez quettout fera nouveau
dans ma Lettre,& que la matiere
qui regarde les deux
precedentes n'y ſera point
rebatuë .
Tout ce que je vous ay
dit dans ma derniere que les
Ambaſſadeurs avoient veu à
Verſailles, leur avoit marqué
la grandeur du Roy d'une
manière qui les avoit extrémement
étonnez , quoy qu'il
A ij
4 III.P.du Voyage
paruſt qu'ils ſe fuſſent attendus
à voir tout ce qu'on ſe
peut imaginer de ſurprenant.
, Madame ,
que puis que je vous
écris juſques à trois fois ſur
la meſme matiere , je ſuis
A
2 III. P. duVoyage
pleinement convaincu, que
non ſeulement mes Lettres
vous ont eſté agreables , mais
qu'elles ont eu auſſi l'avantage
de plaire à ceux qui les ont
leuës aprés vous. Il eſt vray
qu'elles ſeroient imparfaites,
&qu'elles ne paſſeroient que
pour des Fragmens , ſi je n'a
chevois pas le Journal dont
vous avez vû les deux premie.
res Parties . Je vais continüer
par les choſes qui me reſtent
à vous dire deVerſailles,aprés
quoy je vous marqueray ce
que les Ambaſſadeurs ont
fait à Paris juſques au jour
des Amb. de Siam. 3
qu'ils en font partis pour aller
en Flandre vifiter lesConqueſtes
de Sa Majesté , & je
finiray par une Relation de
tout ce Voyage Ainſi vous
voyez quettout fera nouveau
dans ma Lettre,& que la matiere
qui regarde les deux
precedentes n'y ſera point
rebatuë .
Tout ce que je vous ay
dit dans ma derniere que les
Ambaſſadeurs avoient veu à
Verſailles, leur avoit marqué
la grandeur du Roy d'une
manière qui les avoit extrémement
étonnez , quoy qu'il
A ij
4 III.P.du Voyage
paruſt qu'ils ſe fuſſent attendus
à voir tout ce qu'on ſe
peut imaginer de ſurprenant.
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Résumé : PRELUDE. [titre d'après la table]
L'auteur écrit à une destinataire de haut rang pour confirmer la réception et l'appréciation de ses lettres précédentes. Il souligne que ses lettres seraient incomplètes sans le journal qu'elle a déjà consulté. Il prévoit de continuer en décrivant les événements à Versailles, les activités des ambassadeurs à Paris jusqu'au jour des ambassadeurs de Siam, leur départ pour la Flandre, et une relation complète de tout le voyage. L'auteur assure que sa lettre contiendra des informations nouvelles et ne répétera pas les matières des lettres précédentes. Il rappelle également que les ambassadeurs ont été extrêmement étonnés par la grandeur du roi lors de leur visite à Versailles, bien qu'ils se soient attendus à voir des choses surprenantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17877
p. 40
AUTRE MADRIGAL.
Début :
OUI, j'adore Thémire, & ma fatale ardeur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE MADRIGAL.
AUTRE MADRIGAL.
OUI, j'adore Thémire, & ma fatale ardeur
S'accroît à chaque inftant ; rien ne peut la détruire.
Pour brifer mes liens , pour finir mon martyre ,
Je n'ai que la Raiſen ; & l'ingrate Thémire
A pour elle l'Amour , fes charmes & mon cœur.
Par le même.
OUI, j'adore Thémire, & ma fatale ardeur
S'accroît à chaque inftant ; rien ne peut la détruire.
Pour brifer mes liens , pour finir mon martyre ,
Je n'ai que la Raiſen ; & l'ingrate Thémire
A pour elle l'Amour , fes charmes & mon cœur.
Par le même.
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17879
p. 21-39
ENTRETIEN FAMILIER De l'Heresie & de Calvin en l'autre Monde.
Début :
Vous me semblez tout triste, d'où vient celà ? [...]
Mots clefs :
Hérésie, Triste, Calvin, Humeur, Démons, Joie, Catholiques romains, Dévots, Compassion, Doctrine, Sensualité, Hypocrites, Raison, Rébellion, Sagesse, Temples, Prétendus réformés
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texteReconnaissance textuelle : ENTRETIEN FAMILIER De l'Heresie & de Calvin en l'autre Monde.
ENTRETIEN FAMILIER
De l'Heresie & de Calvin;
en l'autre Monde.
vL'HERESIE. * Ous me (emblez tout
triste, doit vient celà?Il
est vray que vous riaie^ jamais
eslé bien guay quand vous efiie^
au Monde, mais marquer du
mécontentement en un lieu qui
vous a tant d'obligation, & que
,'VOIU avez peuplé d'un si grand
nombre d'Ames, c'est dequoy je
métonne.
CALVIN.
CV/1 vous qui estes cause de
la mauvaise humeur où jefuis.
L'HERESIE.
Les Demons nos Confreres
m'ont receuë bien autrement que
vous , car je ne suis pas si-toP
entrée dans ce lieu de tenebres,
qu'ils sont venus au devant de
moy avec une contenance qui
marquoit de la joye. Les uns ont
donné des éloges à mes travaux
& à mes artifices ; les autres
m'ont fait mille amitiez
, &
tous en général m'ont remerciée
d'avoir}<duit des Provinces &
des Filles fous leur puissance.
J'avois besoin de cetaccueil ; car
en payantleFleuve dans la
Barque de Caron, je me trouvay
je nesçayparquel bavard auprès
de deux CatholiquesRomains
quipajjoient avec moy L'un étoit
Homme de Guerre & l'autreé..
toit Devot ; le premier se mit à
mveéiiveriffortement contre
moy qu'il ne restoit plus qu'à me
jetter d<ws l'eau; le second se
mit à soûpirer @¡ à pleurersur
mon aveuglement
}
disoit-il.
Jamais insulte ne m'a estésisisensible
que la compassion de ce Devot.
ilme tardoit que je ne vous
vijje au plûtost pour me consoler
avec vous, & néanmoinsvous
avez de la peine à me voir,
moyquifuis vostreFille; moy qui
en renversantlesImages des
Prelats& des jJpojlres, ay étably
les vostres en les rendant
venerables parmy nos Peuples;
moy qui vous ay rendu plus celebre
parmy les faux Prophetes,
que celuy qui brûla le Temple
(1Ephese ne l'a jamais esté parmy
les Fous; moy qui ay détaché
tant d'Enfans de lEghfe
Romaine, pour estre les Disciples,
sinon de vostre Doctrine
, au
moins de la Sensualité.
CALVIN,
CALVIN.
Pourquoy aez-'Vau¡ quitté
lepostequevousaviez en France
f
L'HERESIE.
Etvous,pourquoy ave^vous
quittéceluy que vous oevie% à
Genéve ?
CALVIN.
J'estois né Mortfl., il falloit
mourir, mais si le Docteur
meurt, la Doctrinene devoitpas
mourir. Les Çaluiwfitssont mortels,
mais le Calvinismedevoit
estre immortel. Nous voyonstous
les jours que les Traîtres meurent,
mais que laTrahison ne meurtpas.
Ne deviezvouspas joüir du mesme
privilege ? Je vous avois
donné toutce qu'ilfalloitpource
sujet. La Sensualitéqui ne meurt
jamais pendant que les Sensuels
meurent, je vous l'avoislaissée.
L'Hyprochiste qui nes'enva jamais
pendant que les Hypocrites s'en
vont,je vous l'avois dmnée)&
neanmoins vous voilàaussi-bien
que nousparmy les x^lorts, Pourquoy
avez-vous laijje faire ceux
qui vous ont faitmourir.
L'HERESIE.
Il est vray que vous m'aviez
4fez bien armée contre les Prêtres
& les LIloinee pour me
rendre immorte lle ; mais le mal
est que votif ne M"avle,-,e pas armée
contre !es Raisons des
Roys.
CALVIN.
JefçavoisbienquelèsRaifcns
des Roys estoient pu,gantes,mak
je vous avoù la la Rebeikon
comme une prxnéere'fource contre
les disgraces qui vous pourvoient
arriver.
L'HERESIE.
LaRebellion ne m'a pas manqué,
ny mayà rUe, mais le temps n'en
ejlplus.
CALVIN.
BJLeequ'zl riy a plus de Selerats
ny de BroüillonsauMonde?
L'HERESIE.
Ilyena, senauois qui ne
manquoient ny de bonne volonté
ny de violence
,
mais leur rnaL
heur le mien aesté,qu'ilssont
venusenuntempsoù laSagessearmée
d'une SouverainePuissance,
leur a osté tous les moyens de remüer.
CALVIN.
Si la Sagesse est de fason11
que n'aviez-vous recours à la
Politique que jevous ay enfeivnee>
qui eflde vousaccommoder
à tous les temps, ($r de faire la
Crave avec les Serieux, la Triste
avec les Penitens,la Severe avec
les Devots,la Prudente autries
Sages, & de conserver cependant
voHre esprit (t,) vos droits?
L'HERESIE.
Vous m'avez donnétoutes ces
Maximes, il est ray,&je les
ay gardées autant que le temps
l'a permis, mais vous ne mave^
pas donné la plus nessaire de
toutes,quiestoit de ne meseparer
point 3ny de Temples d'avec les
Catholiques Romains ,parce que
le Libertinage n'estjamais plus
autorisé que quand il est dans un
lieu Saint, ny de lasocietéde ceux
qui s'appellent Orthodoxes
, parce
que le Serpent n'est jamais plus
en assurance que quand il dort
dans les plys de la Robe de ceux
qu'ilveutpicquer, nyde la Compagnie
de ceux qui se disent les
Dijciples du Fils de Dieu
, parce
que tsiypoerifie ne pousse jamais
mieux ses desseins que sous
les apparences de la Sainteté; au
contraire vous a'vez voulu qu'il
y ?u.fl une guerre ouverte déclarée
entre eux moy. Il efi
arrivé de la que je n'aypufaire
mes attaques si sourdement que
lauris bien voulu
, que l'on
s'efi toûjours deffiéde mesdesseins
it)de ma Politique.
CALVIN.
J'avoispourveuàcela
, envous
enseignant la maniere decacher
la Sensualitésous les apparences
d'une Viereformée
,
afin que si
quelqu'unvenoit à se deffier de
vostrePolitique, il ne se seffiast
pas d'une Doctrine qui estsicommode
à la choix0* auxsens; car
comme tout le monde a du pançhant
au Vice
, on ne se dcjjie pas siaisément d'une Religion qui déclame
en public contre le relâchement
des moeurs,tqui permet
à ses Disciples de se répandre en
secret dans les plaisirs.
L'HERESIE.
VotU ne ¡¡avez pasceque
c'estquede vivre sous un Prince
éclairé, qui ne veut pas tromper
qui nesçauroit estre trompé.
Iladécouvert mes Secrets
lesvostres.Il a veu cette dissimulation
que je csachoissous de belles
'plro!es)1 a veu certe Trahison ma
fidelle Compagne,que je couvroïs
sous mille mille protestations
de ma fidelité là dessus il a
pris te dessein de m'exterminer.
C'est assez dire,car entresesdesseins
leur execution
,
il n) a
pas une grandedistance.
d>
CALVIN.
Comment s'y est-il pris>
L'HERESIE.
Je n'ay jamais mieux éprouvé
ce que peutunegrande Sagef~
se avec un Pouvoir absolu.
m'a premièrementdénuée de tous
mes ornemens, &privée detous
mes privilèges. Secondement il
m'aostétoutes les ressourcesqueje
pouvois avoir tant du cossé de la
France que du costé des Etrangers.
J*ay paru alors si miserableetJsi
confuse
, que je me suis
retirée dans mes Temples pour
laisserpasser l'Orage
, poury
gemir en secret en un temps ou
mes gemissemens en public passoient
pour criminels. Durant la
nuitj'y entendois des Hiboux,
dont les chants estoient pour moy
d'un mauvais présage; & ce qui
me confirma le plus àms mon
présentiment est qu'ily en eut un
qui s'alla percher sur la Chaize
du Predicant, où ilredoublason
chant d'une façon plus lugubre
qu'auparavant.Ladessusvojlre
Ombre s'apparorjjoitàmoy? mais
trisse& languissainte, qui mefaisoit
entendre que j'estoismenacée
de quelque grand malheur. rA.
mon réveil j'entendois quelquesuns
de mes Minijl/es quisedisoient4
l'oreille, chaque chose
à son temps,voicy le regne
de la verité
,
rendons-nous.
Je les arrestois néanmoins par des
Pensions&des honneurs qu'ils ne
trouvoientpas autrepart; mais ce
quim'effraya le plusjejl que j'en-
,
tendis finefois dans mes Temples
enplein jourla voix des Demons
qui en estoient les Protecteurs qui
disoient, sortons d'icy. J'avois
alors vostre Portrait auprès de
moy ,je le regardois pour me fortifier,
mais il mesembloitque la
sevérité qui vous est naturelle se
changeoit en indignation, &votre
gravité en une tristessein*
consolable. le njts bien quetour
cela ne me prédisoitriendebon;
je n'yfus pas trompée, carpeu de
temps après j'entendis à la Porte
demonTernple un Decret Royal
qui en commandoit la Démolition.
lamais le pauvre Pescheur
de Lucain n'eut si grand peur
quand il entendit la main de Cesar
quifrappoit à la porte de sa
Cabane, que j'en eus pour lors.
CALVIN.
Et que faisoiten ce temps-là
la Rebellion
,
elle qui ne m'a jamais
manqué dans les bonnes occasions
?
L'HERESIE.
Ne la condamnez pointde
lâcheté;jevous aydéja ditqu'elle
estoit preste à bien faire; mais
quauroit-ellepu contreceluyqui
se joüede la puissancedes autres
Roys ? Tant que mes artifices ont
ejlé en état de tromper ils ont
trompe. Tantquemaviolencea
estéenestat d'éclater elle n'y a pas
manqué, mais le tempsestvenu
ou lafinesse ne peut pas plus
contre la Sagejje, que le Mensonge
contre la Vérité.
CALVIN.
Mais que jere^-vows icy où
il n'y a plus personne à trompert
Quefera vostre Sensualité où il
n'y a personne qui puisse estre
flatté par leplaisirdes Sens ? Que
fera 'vojlre'Violence où il n'y a
pointd'Innocensaopprimer?Que
fera vostrePolitique où il n'y a
personne qui puisse efïrt gagné
par les apparences du bien?
L'HERESIE.
J'yferay ce que voasyfaites,
ma dissimulationyfera ce que les
Dissimulezyfont, mes pajftons
yferont ce que les Gens passionnezyfont.
CALVIN.
Mais si l'Hypocrite y passe
mal son temps ,
l'Hypocrisie ne
l'y passera pas mieux.
L'HERESIE.
Ce que le temps a si bienjoint
ensemble
,
l'Eterniténe leseparera
pas.
De l'Heresie & de Calvin;
en l'autre Monde.
vL'HERESIE. * Ous me (emblez tout
triste, doit vient celà?Il
est vray que vous riaie^ jamais
eslé bien guay quand vous efiie^
au Monde, mais marquer du
mécontentement en un lieu qui
vous a tant d'obligation, & que
,'VOIU avez peuplé d'un si grand
nombre d'Ames, c'est dequoy je
métonne.
CALVIN.
CV/1 vous qui estes cause de
la mauvaise humeur où jefuis.
L'HERESIE.
Les Demons nos Confreres
m'ont receuë bien autrement que
vous , car je ne suis pas si-toP
entrée dans ce lieu de tenebres,
qu'ils sont venus au devant de
moy avec une contenance qui
marquoit de la joye. Les uns ont
donné des éloges à mes travaux
& à mes artifices ; les autres
m'ont fait mille amitiez
, &
tous en général m'ont remerciée
d'avoir}<duit des Provinces &
des Filles fous leur puissance.
J'avois besoin de cetaccueil ; car
en payantleFleuve dans la
Barque de Caron, je me trouvay
je nesçayparquel bavard auprès
de deux CatholiquesRomains
quipajjoient avec moy L'un étoit
Homme de Guerre & l'autreé..
toit Devot ; le premier se mit à
mveéiiveriffortement contre
moy qu'il ne restoit plus qu'à me
jetter d<ws l'eau; le second se
mit à soûpirer @¡ à pleurersur
mon aveuglement
}
disoit-il.
Jamais insulte ne m'a estésisisensible
que la compassion de ce Devot.
ilme tardoit que je ne vous
vijje au plûtost pour me consoler
avec vous, & néanmoinsvous
avez de la peine à me voir,
moyquifuis vostreFille; moy qui
en renversantlesImages des
Prelats& des jJpojlres, ay étably
les vostres en les rendant
venerables parmy nos Peuples;
moy qui vous ay rendu plus celebre
parmy les faux Prophetes,
que celuy qui brûla le Temple
(1Ephese ne l'a jamais esté parmy
les Fous; moy qui ay détaché
tant d'Enfans de lEghfe
Romaine, pour estre les Disciples,
sinon de vostre Doctrine
, au
moins de la Sensualité.
CALVIN,
CALVIN.
Pourquoy aez-'Vau¡ quitté
lepostequevousaviez en France
f
L'HERESIE.
Etvous,pourquoy ave^vous
quittéceluy que vous oevie% à
Genéve ?
CALVIN.
J'estois né Mortfl., il falloit
mourir, mais si le Docteur
meurt, la Doctrinene devoitpas
mourir. Les Çaluiwfitssont mortels,
mais le Calvinismedevoit
estre immortel. Nous voyonstous
les jours que les Traîtres meurent,
mais que laTrahison ne meurtpas.
Ne deviezvouspas joüir du mesme
privilege ? Je vous avois
donné toutce qu'ilfalloitpource
sujet. La Sensualitéqui ne meurt
jamais pendant que les Sensuels
meurent, je vous l'avoislaissée.
L'Hyprochiste qui nes'enva jamais
pendant que les Hypocrites s'en
vont,je vous l'avois dmnée)&
neanmoins vous voilàaussi-bien
que nousparmy les x^lorts, Pourquoy
avez-vous laijje faire ceux
qui vous ont faitmourir.
L'HERESIE.
Il est vray que vous m'aviez
4fez bien armée contre les Prêtres
& les LIloinee pour me
rendre immorte lle ; mais le mal
est que votif ne M"avle,-,e pas armée
contre !es Raisons des
Roys.
CALVIN.
JefçavoisbienquelèsRaifcns
des Roys estoient pu,gantes,mak
je vous avoù la la Rebeikon
comme une prxnéere'fource contre
les disgraces qui vous pourvoient
arriver.
L'HERESIE.
LaRebellion ne m'a pas manqué,
ny mayà rUe, mais le temps n'en
ejlplus.
CALVIN.
BJLeequ'zl riy a plus de Selerats
ny de BroüillonsauMonde?
L'HERESIE.
Ilyena, senauois qui ne
manquoient ny de bonne volonté
ny de violence
,
mais leur rnaL
heur le mien aesté,qu'ilssont
venusenuntempsoù laSagessearmée
d'une SouverainePuissance,
leur a osté tous les moyens de remüer.
CALVIN.
Si la Sagesse est de fason11
que n'aviez-vous recours à la
Politique que jevous ay enfeivnee>
qui eflde vousaccommoder
à tous les temps, ($r de faire la
Crave avec les Serieux, la Triste
avec les Penitens,la Severe avec
les Devots,la Prudente autries
Sages, & de conserver cependant
voHre esprit (t,) vos droits?
L'HERESIE.
Vous m'avez donnétoutes ces
Maximes, il est ray,&je les
ay gardées autant que le temps
l'a permis, mais vous ne mave^
pas donné la plus nessaire de
toutes,quiestoit de ne meseparer
point 3ny de Temples d'avec les
Catholiques Romains ,parce que
le Libertinage n'estjamais plus
autorisé que quand il est dans un
lieu Saint, ny de lasocietéde ceux
qui s'appellent Orthodoxes
, parce
que le Serpent n'est jamais plus
en assurance que quand il dort
dans les plys de la Robe de ceux
qu'ilveutpicquer, nyde la Compagnie
de ceux qui se disent les
Dijciples du Fils de Dieu
, parce
que tsiypoerifie ne pousse jamais
mieux ses desseins que sous
les apparences de la Sainteté; au
contraire vous a'vez voulu qu'il
y ?u.fl une guerre ouverte déclarée
entre eux moy. Il efi
arrivé de la que je n'aypufaire
mes attaques si sourdement que
lauris bien voulu
, que l'on
s'efi toûjours deffiéde mesdesseins
it)de ma Politique.
CALVIN.
J'avoispourveuàcela
, envous
enseignant la maniere decacher
la Sensualitésous les apparences
d'une Viereformée
,
afin que si
quelqu'unvenoit à se deffier de
vostrePolitique, il ne se seffiast
pas d'une Doctrine qui estsicommode
à la choix0* auxsens; car
comme tout le monde a du pançhant
au Vice
, on ne se dcjjie pas siaisément d'une Religion qui déclame
en public contre le relâchement
des moeurs,tqui permet
à ses Disciples de se répandre en
secret dans les plaisirs.
L'HERESIE.
VotU ne ¡¡avez pasceque
c'estquede vivre sous un Prince
éclairé, qui ne veut pas tromper
qui nesçauroit estre trompé.
Iladécouvert mes Secrets
lesvostres.Il a veu cette dissimulation
que je csachoissous de belles
'plro!es)1 a veu certe Trahison ma
fidelle Compagne,que je couvroïs
sous mille mille protestations
de ma fidelité là dessus il a
pris te dessein de m'exterminer.
C'est assez dire,car entresesdesseins
leur execution
,
il n) a
pas une grandedistance.
d>
CALVIN.
Comment s'y est-il pris>
L'HERESIE.
Je n'ay jamais mieux éprouvé
ce que peutunegrande Sagef~
se avec un Pouvoir absolu.
m'a premièrementdénuée de tous
mes ornemens, &privée detous
mes privilèges. Secondement il
m'aostétoutes les ressourcesqueje
pouvois avoir tant du cossé de la
France que du costé des Etrangers.
J*ay paru alors si miserableetJsi
confuse
, que je me suis
retirée dans mes Temples pour
laisserpasser l'Orage
, poury
gemir en secret en un temps ou
mes gemissemens en public passoient
pour criminels. Durant la
nuitj'y entendois des Hiboux,
dont les chants estoient pour moy
d'un mauvais présage; & ce qui
me confirma le plus àms mon
présentiment est qu'ily en eut un
qui s'alla percher sur la Chaize
du Predicant, où ilredoublason
chant d'une façon plus lugubre
qu'auparavant.Ladessusvojlre
Ombre s'apparorjjoitàmoy? mais
trisse& languissainte, qui mefaisoit
entendre que j'estoismenacée
de quelque grand malheur. rA.
mon réveil j'entendois quelquesuns
de mes Minijl/es quisedisoient4
l'oreille, chaque chose
à son temps,voicy le regne
de la verité
,
rendons-nous.
Je les arrestois néanmoins par des
Pensions&des honneurs qu'ils ne
trouvoientpas autrepart; mais ce
quim'effraya le plusjejl que j'en-
,
tendis finefois dans mes Temples
enplein jourla voix des Demons
qui en estoient les Protecteurs qui
disoient, sortons d'icy. J'avois
alors vostre Portrait auprès de
moy ,je le regardois pour me fortifier,
mais il mesembloitque la
sevérité qui vous est naturelle se
changeoit en indignation, &votre
gravité en une tristessein*
consolable. le njts bien quetour
cela ne me prédisoitriendebon;
je n'yfus pas trompée, carpeu de
temps après j'entendis à la Porte
demonTernple un Decret Royal
qui en commandoit la Démolition.
lamais le pauvre Pescheur
de Lucain n'eut si grand peur
quand il entendit la main de Cesar
quifrappoit à la porte de sa
Cabane, que j'en eus pour lors.
CALVIN.
Et que faisoiten ce temps-là
la Rebellion
,
elle qui ne m'a jamais
manqué dans les bonnes occasions
?
L'HERESIE.
Ne la condamnez pointde
lâcheté;jevous aydéja ditqu'elle
estoit preste à bien faire; mais
quauroit-ellepu contreceluyqui
se joüede la puissancedes autres
Roys ? Tant que mes artifices ont
ejlé en état de tromper ils ont
trompe. Tantquemaviolencea
estéenestat d'éclater elle n'y a pas
manqué, mais le tempsestvenu
ou lafinesse ne peut pas plus
contre la Sagejje, que le Mensonge
contre la Vérité.
CALVIN.
Mais que jere^-vows icy où
il n'y a plus personne à trompert
Quefera vostre Sensualité où il
n'y a personne qui puisse estre
flatté par leplaisirdes Sens ? Que
fera 'vojlre'Violence où il n'y a
pointd'Innocensaopprimer?Que
fera vostrePolitique où il n'y a
personne qui puisse efïrt gagné
par les apparences du bien?
L'HERESIE.
J'yferay ce que voasyfaites,
ma dissimulationyfera ce que les
Dissimulezyfont, mes pajftons
yferont ce que les Gens passionnezyfont.
CALVIN.
Mais si l'Hypocrite y passe
mal son temps ,
l'Hypocrisie ne
l'y passera pas mieux.
L'HERESIE.
Ce que le temps a si bienjoint
ensemble
,
l'Eterniténe leseparera
pas.
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Résumé : ENTRETIEN FAMILIER De l'Heresie & de Calvin en l'autre Monde.
Dans un dialogue imaginaire entre l'Hérésie et Calvin dans l'au-delà, l'Hérésie exprime son insatisfaction malgré son accueil favorable par les démons. Elle reproche à Calvin de ne pas lui avoir conseillé de s'allier avec les catholiques romains et les orthodoxes pour mieux diffuser ses idées. Calvin répond qu'il lui a enseigné à masquer sa sensualité sous des apparences réformées afin d'éviter la méfiance. L'Hérésie raconte ensuite comment un prince éclairé a découvert ses secrets et décidé de l'exterminer, la privant de ses ornements et ressources. Elle se retire dans ses temples, où elle entend des présages funestes avant qu'un décret royal n'ordonne leur démolition. Calvin demande alors ce que fait la rébellion face à cette situation. L'Hérésie admet que la finesse et la violence sont impuissantes contre la sagesse et la vérité. Calvin interroge l'Hérésie sur ses intentions dans cet au-delà où il n'y a plus personne à tromper ou à opprimer. L'Hérésie affirme qu'elle adaptera ses stratégies aux nouvelles circonstances, comme les autres. Le texte explore la dissimulation et l'hypocrisie, soulignant que les actions humaines, marquées par la dissimulation, persistent dans l'éternité. Calvin note que l'hypocrisie ne procure pas plus de satisfaction que l'hypocrite lui-même, tandis que l'Hérésie déclare que ce que le temps unit ne peut être séparé par l'éternité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17880
p. 41
VERS à M. le Marquis d'ENTRAGUES, Brigadier des Armées du Roi & Enseigne des Gendarmes de sa Garde, nommé par S. M. à la Survivance de Grand Fauconnier de France.
Début :
Naissance, esprit, talens, & cet art plus flatteur, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à M. le Marquis d'ENTRAGUES, Brigadier des Armées du Roi & Enseigne des Gendarmes de sa Garde, nommé par S. M. à la Survivance de Grand Fauconnier de France.
VERS à M. le Marquis d'ENTRAGUES,
Brigadier des Armées du Roi & Enseigne
des Gendarmes de sa Garde,
nommé par S. M. à la Survivance de
Grand Fauconnier de France.
Naissance, esprit, talens, & cet art plus flatteur,
L'art de plaire , heureux avantage
Que tu fçais réunir aux qualités du cœur ,
Sont de tes jeunes ans l'éclatant appanage.
Favori de la Gloire , ainfi qué de l'Amour ,
On t'aime également à la Ville , à la Cour.
D'ENTRAGUES , ta brillante aurore ,
Des bienfaits de ton Roi , va s'embellir encore.
Louis à ton amour donne un nouveau lien :
Son choix fait ſon éloge autant qu'il fait le tien.
Par M. DELPORTE DESFONTAINES,
Gendarme de la Garde du Roi.
Brigadier des Armées du Roi & Enseigne
des Gendarmes de sa Garde,
nommé par S. M. à la Survivance de
Grand Fauconnier de France.
Naissance, esprit, talens, & cet art plus flatteur,
L'art de plaire , heureux avantage
Que tu fçais réunir aux qualités du cœur ,
Sont de tes jeunes ans l'éclatant appanage.
Favori de la Gloire , ainfi qué de l'Amour ,
On t'aime également à la Ville , à la Cour.
D'ENTRAGUES , ta brillante aurore ,
Des bienfaits de ton Roi , va s'embellir encore.
Louis à ton amour donne un nouveau lien :
Son choix fait ſon éloge autant qu'il fait le tien.
Par M. DELPORTE DESFONTAINES,
Gendarme de la Garde du Roi.
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17881
p. 41-42
ETRENNES à Madame la Marquise de Pr....
Début :
Vous fûtes Reine des Amours ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : ETRENNES à Madame la Marquise de Pr....
ETRENNES à Madame la Marquise
de Pr....
Vous fûtes Reine des Amours ;
Par l'efprit aujourd'hui vous fçavez nous féduire.
Sur les cœurs vous régnez toujours ,
Vous n'avez que changé d'empire.
42 MERCURE DE FRANCE.
Le temps détruit les plus beaux monumens ;
A vos jours chacun s'intéreſſe.
Ciel daigne conferver long-temps
Des jours filés par la fageile
Honorés par lés féntimens.
Par M. de C***.
de Pr....
Vous fûtes Reine des Amours ;
Par l'efprit aujourd'hui vous fçavez nous féduire.
Sur les cœurs vous régnez toujours ,
Vous n'avez que changé d'empire.
42 MERCURE DE FRANCE.
Le temps détruit les plus beaux monumens ;
A vos jours chacun s'intéreſſe.
Ciel daigne conferver long-temps
Des jours filés par la fageile
Honorés par lés féntimens.
Par M. de C***.
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17883
p. 43
« Les trois pieces suivantes sont de Mr de Brill. / Nascere parve puer, dubios firmabis Iberos ; [...] »
Début :
Les trois pieces suivantes sont de Mr de Brill. / Nascere parve puer, dubios firmabis Iberos ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Les trois pieces suivantes sont de Mr de Brill. / Nascere parve puer, dubios firmabis Iberos ; [...] »
Les trois pieces suivantes sont
de Mr de Brill.
/ Nascere parve puer, dubios firmabis
Iberos ;
Altera spes regni, pacis &
omen ades.
de Mr de Brill.
/ Nascere parve puer, dubios firmabis
Iberos ;
Altera spes regni, pacis &
omen ades.
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17884
p. 43
MADRIGAL.
Début :
Le Ciel par ta naissance a rempli nos souhaits, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
Le Ciel par ta naissance a rempli
nos souhaits,
Tu combles par ton nom de gloire lae
Bretagne;
Tu vas estre, Grand Duc, la seu-
reté d' Espagne,
Le soutien de la France, & le
næud de la Paix,
Le Ciel par ta naissance a rempli
nos souhaits,
Tu combles par ton nom de gloire lae
Bretagne;
Tu vas estre, Grand Duc, la seu-
reté d' Espagne,
Le soutien de la France, & le
næud de la Paix,
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17885
p. 42-44
RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES. Par Madame D***.
Début :
LES Hommes sont souvent assez vains pour se dire favorisés des Femmes, & [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES. Par Madame D***.
RÉFLÉXIONS SUS LES HOMMES.
Par Madame D***.
LES Hommes sont souvent assez vains
pour se dire favorisés des Femmes, &
ils font quelquefois affez fincères pour
convenir qu'ils n'en font point aimés
& qu'ils ignorent le vrai moyen de leur
plaire.
Il en est beaucoup , il eft vrai ,
qui doivent leurs bonnes fortunes à leur
générofité , au caprice , à la foibleffe , &
prèfque jamais aux fentimens que le vrai
mérite doit infpirer. Mais , que leur im-
porte après tout d'être aimés , quand ils
n'aiment pas eux-mêmes ? Ils ne s'atta-
chent en effet prèſque tous qu'à l'extérieur
d'une Femme; ils font fipeu de cas du ref-
te , ils font fi perfuadés de la foibleffe de
nos lumières, qu'ils ne daignent pas feule--
ment nous tromper avec art. Ils louent :
9
JANVIER 1764.
43€
la jeuneffe de celle qui n'en a plus les
agrémens ; ils vantent la beauté de qui
n'y peut prétendre ; pour plaire à celles.
qui les écoutent , ils déchirent les abſen-
tes ; mais quand ces dernières paroiffent ,
le mafque tombe, le beau parleur oublie
fon rôle, & rend à celle qu'il vient de mal-
traiter les éloges qu'elle mérite. Je fçai que
la louange plait ; que c'eft par elle qu'on
gagne prefquetous les cœurs : mais qu'il
faut d'art pour bien louer ! Ce n'eft qu'en
penfant ce qu'on dit , qu'on parvient à le
perfuader. Si l'amour-propre nous aveu-
gle , la raifon nous éclaire , & nous fça---
vons apprécier en fecret ce que nous va-
lons. Qu'une Femme ofe tenter de fortir
du cercle étroit où fon éducation femble:
la renfermer , on lui prodigue les éloges ;
on l'élève non-feulement au-deffus de
fon féxe , mais encore au -deffus des
plus illuftres Ecrivains. Que cette même
Femme , enhardie par des éloges fi flat--
teurs , uſe en conféquence du privilége
accordé à tout être penfant ; à peine
daigne - t - on l'écouter. On eft fi con-
vaincu de la fauffété de fes argumens ,
que la feule politeffe femble engager à y
répondre. Eh , Meffieurs ! foyez plus juf
ou connoiffez mieux vos intérêts,
Eft-ce en humiliant les femmes que vous
44 MERCURE DE FRANCE.
prétendez les gagner ? Vantez moins
leurs charmes ; accordez-leur du moins
le fens commun vous leur plairez , je
crois , plus fùrement.
Par Madame D***.
LES Hommes sont souvent assez vains
pour se dire favorisés des Femmes, &
ils font quelquefois affez fincères pour
convenir qu'ils n'en font point aimés
& qu'ils ignorent le vrai moyen de leur
plaire.
Il en est beaucoup , il eft vrai ,
qui doivent leurs bonnes fortunes à leur
générofité , au caprice , à la foibleffe , &
prèfque jamais aux fentimens que le vrai
mérite doit infpirer. Mais , que leur im-
porte après tout d'être aimés , quand ils
n'aiment pas eux-mêmes ? Ils ne s'atta-
chent en effet prèſque tous qu'à l'extérieur
d'une Femme; ils font fipeu de cas du ref-
te , ils font fi perfuadés de la foibleffe de
nos lumières, qu'ils ne daignent pas feule--
ment nous tromper avec art. Ils louent :
9
JANVIER 1764.
43€
la jeuneffe de celle qui n'en a plus les
agrémens ; ils vantent la beauté de qui
n'y peut prétendre ; pour plaire à celles.
qui les écoutent , ils déchirent les abſen-
tes ; mais quand ces dernières paroiffent ,
le mafque tombe, le beau parleur oublie
fon rôle, & rend à celle qu'il vient de mal-
traiter les éloges qu'elle mérite. Je fçai que
la louange plait ; que c'eft par elle qu'on
gagne prefquetous les cœurs : mais qu'il
faut d'art pour bien louer ! Ce n'eft qu'en
penfant ce qu'on dit , qu'on parvient à le
perfuader. Si l'amour-propre nous aveu-
gle , la raifon nous éclaire , & nous fça---
vons apprécier en fecret ce que nous va-
lons. Qu'une Femme ofe tenter de fortir
du cercle étroit où fon éducation femble:
la renfermer , on lui prodigue les éloges ;
on l'élève non-feulement au-deffus de
fon féxe , mais encore au -deffus des
plus illuftres Ecrivains. Que cette même
Femme , enhardie par des éloges fi flat--
teurs , uſe en conféquence du privilége
accordé à tout être penfant ; à peine
daigne - t - on l'écouter. On eft fi con-
vaincu de la fauffété de fes argumens ,
que la feule politeffe femble engager à y
répondre. Eh , Meffieurs ! foyez plus juf
ou connoiffez mieux vos intérêts,
Eft-ce en humiliant les femmes que vous
44 MERCURE DE FRANCE.
prétendez les gagner ? Vantez moins
leurs charmes ; accordez-leur du moins
le fens commun vous leur plairez , je
crois , plus fùrement.
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17886
p. 4-6
Mr de Seignelay fait voir aux Ambassadeurs les Pierreries du Roy, & ce qu'ils en disent. [titre d'après la table]
Début :
Cependant leur étonnement redoubla lors que Mr de Seignelay [...]
Mots clefs :
Pierreries, Roi, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Perles, Indes
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texteReconnaissance textuelle : Mr de Seignelay fait voir aux Ambassadeurs les Pierreries du Roy, & ce qu'ils en disent. [titre d'après la table]
Cependant leur étonnement
redoubla lors que M' de Seignelay
leur montra les Pierreries
de Sa Majefté- Ils dirent
à l'égard des Perles,Qu'il
yen avoit d'auſſi belles aux Indes,
mais ils ajoûterent qu'ils avoient
veu ce qu'ily avoit de plus belles
Pierrerie en la Chine, auJapon,
preſque dans toutes les Indes ,
qu'excepté celles du Mogol,
qu'ils n'avoientpas venës,& qui
n'estoient peut- estre pas fibelles ,
ils n'en avoient point veu de la
des Amb. de Siam. s
grandeur , de l'épaisseur , de la
netteté , & de la perfection de
celles du Roy, ny enfi grandnom
bre ; mais que comme les Pierreries
ſontune des principales parties
de la magnificence d'un grand Roy ,
elles ne pouvoient manquer à un
Prince que le Cielavoit prisplaifir
à combler de toutes fortes de
grandeurs. Outre les Pierreries
que Mª de Seignelay leur
montra , il y en avoit un fort
grand nombre ſur l'habit que
le Roy avoit mis ce jour- là,
entre leſquelles eſtoient foixante
& dix gros Diamans
hors de prix. Il ſeroit difficile
A iij
6 III. P. du Voyage
de pouvoir marquer pour
combien de millions il y en
a dans la Maiſon Royale.
Monseigneur le Dauphin &
Madame la Dauphine , qui
en avoient déja beaucoup ,
ont eu celles de la feuëReine,
&Monfieur, qui eſt lePrince
du monde le plus magnifique
en Pierreries , & qui s'y connoiſt
parfaitement, a herité
de toutes celles de la feuë
Reine Mere , le Roy ne s'ef
tant refervé queles Perles.
redoubla lors que M' de Seignelay
leur montra les Pierreries
de Sa Majefté- Ils dirent
à l'égard des Perles,Qu'il
yen avoit d'auſſi belles aux Indes,
mais ils ajoûterent qu'ils avoient
veu ce qu'ily avoit de plus belles
Pierrerie en la Chine, auJapon,
preſque dans toutes les Indes ,
qu'excepté celles du Mogol,
qu'ils n'avoientpas venës,& qui
n'estoient peut- estre pas fibelles ,
ils n'en avoient point veu de la
des Amb. de Siam. s
grandeur , de l'épaisseur , de la
netteté , & de la perfection de
celles du Roy, ny enfi grandnom
bre ; mais que comme les Pierreries
ſontune des principales parties
de la magnificence d'un grand Roy ,
elles ne pouvoient manquer à un
Prince que le Cielavoit prisplaifir
à combler de toutes fortes de
grandeurs. Outre les Pierreries
que Mª de Seignelay leur
montra , il y en avoit un fort
grand nombre ſur l'habit que
le Roy avoit mis ce jour- là,
entre leſquelles eſtoient foixante
& dix gros Diamans
hors de prix. Il ſeroit difficile
A iij
6 III. P. du Voyage
de pouvoir marquer pour
combien de millions il y en
a dans la Maiſon Royale.
Monseigneur le Dauphin &
Madame la Dauphine , qui
en avoient déja beaucoup ,
ont eu celles de la feuëReine,
&Monfieur, qui eſt lePrince
du monde le plus magnifique
en Pierreries , & qui s'y connoiſt
parfaitement, a herité
de toutes celles de la feuë
Reine Mere , le Roy ne s'ef
tant refervé queles Perles.
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Résumé : Mr de Seignelay fait voir aux Ambassadeurs les Pierreries du Roy, & ce qu'ils en disent. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont exprimé leur admiration pour les pierreries du roi de France. Ils ont reconnu la beauté des perles, comparables à celles des Indes, mais ont souligné la supériorité des joyaux français en termes de grandeur, épaisseur, netteté et perfection. Les pierreries du roi étaient nombreuses et faisaient partie de sa magnificence royale. Outre celles présentées par M. de Seignelay, le roi portait soixante-dix gros diamants précieux sur son habit. La valeur des pierreries dans la Maison Royale était immense et difficile à estimer. Le Dauphin, la Dauphine et Monsieur possédaient également de nombreuses pierreries, tandis que le roi s'était réservé les perles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17888
p. 31-70
Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le lendemain à l'Observatoire, & ils furent [...]
Mots clefs :
Observatoire, Description, Voir, Pieds, Machine, Tour, Verre, Lunettes, Hauteur, Ambassadeur, Bâtiment, Air, Machines, Soleil, Cassini, Paris, Ciel, Longueur, Tuyaux, Lune
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texteReconnaissance textuelle : Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Ils allerent le lendemain à
a l'Obfervatoire , & ils furent
ant receus à la grande Porte qui
C iij
30 Suite du Voyage
Mr
donne ſur une Terraſſe élevées
de vingt pieds , par
deCaffini,de la Hire, Borilli ,
Thevenot, Couplet , & Cufet
, qui ſont tous de l'Academie
Royale des Sciences .
Le Bâtiment ayant d'abord
frapé la veuë des Ambaſſadeurs
, ils s'attacherent à le
confiderer. Je croy que vous
ne ferez pas fâchéed'aprendre
beaucoup de choſes curieuſes
qui le regardent.
L'Obfervatoire que leRoy
a fait conſtruire , & qu'on appelle
par cette raiſon Obfervatoire
Royal , eſt ſitué à
un des bouts de Paris au lieu
des Amb. de Siam.
31
le plus élevé de la Ville &
M vers le Midy , afin que la
veuë des Aftres, & principale-
Oment des Planettes qui touates
font leur cour en cet endroit
du Ciel , me foit point
ON empechée par les vapeurs de
fla Riviere & par les fumées
qui s'élevent des Maiſons à
ous l'autre coſté.
en La figure de l'Edifice eſt
cr un quarré d'environ quinze
toiſes à chaque face , ayant
Rof deux Tours octogones aux
ap coins de la face du Midy de
fer ſept toiſes de diamettre , &
et une autre Tour quarée & un
Liet peu moins grande au milieu
C iiij
32 Suite du Voyage
de la face du Nord où eſt
l'entrée. Ces trois Tours font
de mefme hauteur que le
reſte du Baſtiment. Celle qui
eſt à l'Orient eſt ouverte depuis
le ſecond étage , & ces
deux faces oppofées & qui
regardent le Midy & le Septentrion
, font fenduës afin
de donner iſſuë à des Lunettes
de plus de cinquante
pieds pour pouvoir obferver
le paſſage des Planettes dans
le Cercle Meridien , & du
coſté du Nord le paſſage des
Etoiles fixes au meſme Meridien
audeſſus & audeſſous
du Pôle pour en conclure fon
des Amb. de Siam.
33
eft élevation fur noſtre Horizon .
ont La Tour quarrée qui eft dans
e la face Septentrionale du
qui Baſtiment eſt couverte en
de Plate- forme avec des cail
ces loux de pierres à feu , de mêqui
me que le Corps du Bafti-
Sep ment & la Tour Occidentaale.
La Plate - forme de cette
net Tour Septentrionale eft ou
antt verte au milieu , afin qu'éryer
tant dans la Chambre à cou-
Lans vert du vent , on puiffe obdu
ſerver les Aftres.
des Le Baſtiment qui ſans le
Mo bas comprend deux étages
Cous voûtez de pierres de taille
fon fur des murs de neuf pieds
Cv
34 Suite du Voyage
d'épaiſſeur , à ſoixante & fix
pieds de haut , en comprenant
l'appuy de la Plate-forme.
Le bas , ou demy érage
de tout leBaſtiment, eft adofſé
du coſté du Midy à une
terraſſe élevée de plus de
vingt pieds par deſſus la
Campagne;de forte que du
premier étage on entre comme
de plein pied ſur cette
terraſſe où eſt un mats qui
porte une Lunette de foixanté
& dix pieds de longueur ,
& une Tour de Charpente
qui a 130. pieds de hauteur.
Je vous en apprendray l'employ
dans la ſuite de cette
Lettre.
:
des Amb. de Siam.
35
X
e.
Tout ce qui paroiſt hors
des rez de chauffée du Baſtiment
, a dix toiſes & demie
de hauteur , & encore plus de
profondeur en terre à caunt
fe des Carrieres fur leſquelde
les il eſt baſty , & au fond
deſquelles on deſcend par un
de degré de pierre de taille
tourné en viz & fufpendu en
l'air par le milieu où il eſt
vuide , de 14. toiſes de profondeur.
Ce degré répond
taumilieu du Baftiment , &
pour cet effet on a fait des
uf ouvertures rondes d'environ
trois pieds de diametre , tant
à la voûte du plancher du
n
tre
36 Suite du Voyage
rez de chauffée qu'aux voûtes
des deux étages , comme auffi
à la Plate-forme. Les centres
de ces quatres ouvertures
font à plomb fur le centre
du vuide du degré à viz . Ainſi
tout cela ne fait que comme
un puits de vingt- quatre
toiſes & demie de profondeur.
Ce Puits de 147. pieds de
profondeur a ſes uſages ,
comme de ſervir à faire des
épreuves pour ſçavoir ſi pendant
le jour eſtant au fond
de ce Puits on verroit les E.
toiles au Zenit. Ilſert encore à
obſerver les degrez de l'accedes
Amb. de Siam.
37
תנ
atu
leration , de la cheute & defcente
des Corps en l'air & les
vibrations des Pendules au
deſſous de 147. pieds de longueur
, ſans craindre que le
mouvement de l'air y apporte
aucunes alterations. Il a
auſſi ſervy pour les Obfervations
des Barometres de plus
de 80. pieds de longueur ,
stant avec les Mercures ſeuls
qu'avec l'eau ſeule. Il a endcore
ſervy à experimenter
dans des tuyaux de fer blanc
ode mefme longueur , comsf
bien il faloit de hauteur d'eau
* pour éclater les tuyaux , d'où
aca l'on a tiré des connoiffances
bel
38 Suite du Voyage
dans ces
de la force que doivent avoir
les tuyaux par lefquels on
veut conduire les eaux qu'on
prend d'une hauteur , pour
Les élever àune ſemblable.
On a pratiqué
Carrieres des Chambres pour
connoiſtre ſi les grains &
les fruits s'y pourroient conſerver;
on a defcouvert differentes
qualitez de l'air enfermé
& fous-terrain & de
l'air découvert & libre ; ony a
fait cent experiences tant avecleThermometre
qu'avec
les Hydrometres , pour reconnoiftre
les differens ef
fets qui proviennent des dif-
7
des Amb. de Siam.
39
00
or ferens degrez de l'humide ,
duſec, du chaud & du froid,
or tant pendantl'hiver que penof
dant l'eſté , dont la Medecine
tirera un jour de grands a-
Co vantages.
OU De l'Appartement du rez
5 de chauffée on monte dans le
Cor premier & fecond étage ,&
dimeſme ſur la Plate forme de
en tout le Baſtiment par un Efcalier
auffi grand qu'il eſt
beau & hardy. Il eſt garny
d'une riche Balustrade de fer,
Lyd &paroiſt pendre en l'air, énya
re tant vuide par le milieu.
ef Comme les faces de ce ſuperdit
be Baftinent regardent dire40
Suite du Voyage
ctement les quatre parties du
Ciel,& que les feneftres du
ſecond étage ont chacune
huivo pieds de largeur , &
vingt- fix pieds de hauteur
d'appuy , elles permettent
aux Aftronomes de découvrir
tous les endroits duCiel ,
&de faire à couvert toutes
les Obervations qui n'ont
pas beſoin de plus grandes
Lunettes que de 15. ou 20.
pieds , & donnent lieu d'avoir
des Inſtrumens fixes &
inébranlables , eſtant ſcellées
dans les murs ; car pour les
Obſervationsqui demandent
de plus grandes Lunetes , elles
desAmb. de Siam.
41
du les ſe font ſur la Terrafle .
d Enfin ce Baſtiment eſt un
Magazin de tous les Inſtru-
,
e
mens neceſſaires aux Aſtrotell
nomes aux Geomettres ,
te aux Geographes , & à la
Cot Navigation. On y trouve
Ciel toutes les machines qui
uto concernent les Arts , avec
'on les machines de Guerre des
and Anciens , de forte qu'en peu
* de temps on y voit & on y
de apprend tout ce qui eft ner
esd ceffaire aux Ingenieurs ,& à
elle ceux qui dans les academies
tenſeignoient l'Art de fortiden
fier , & celuy de naviger.
, Monfieur Perrault qui a fait le
16 D
42 Suite du Voyage
Deſſein de la Façade du Louvre
, a été l'Architecte de
ceBaſtiment ,& ce qu'il fçait
de Medecine & de Mathematiques
, luy a donné licu
d'obſerver des choſes dans
da construction de cet Edifice
, que tous les autres architectes
ne ſont pas obligez
de ſeavoir. 5.
Aprés que les ambaffadeurs
curent conſideré ce
Baſtiment , dont la ſeule vûë
en dehors ne fait pas connoiſtre
toutes les choſes auf
quelles il eſt utile , ils entrerent
dans la premiere Sale, &
paſſerent dela dans la Tour
des Amb. de Siam.
43
he
마 Orientale , où ils virent didvers
Inftrumens pour obſerver
les Aftres , & admirerent
les prodigieux effets d'un
lia grand Miroir ardent de cinq
pieds de diametre , qui fur
Ed expofé au Soleil. Le feu prit
A à une barre de bois de pluige
fleurs pouces d'épaiffeur auffitoſt
qu'elle luy fut preſenaitée
, &le plomb fondit dans
l'inftant meſme qu'il fut exvu
poſée àfon foyer.
COP
A
Ils virent enſuite un Plaad
niſphere de M. de Caffini ,
qui coprend toutes les Etoiet
les viſibles fur l'Horiſon de e,
Tot Paris , & fert à trouver prom-
Dij
44 Suite du Voyage
ptement à chaque inſtant
leurs ſituations dans le Ciel.
Ils en comprirent aiſément
l'ufage , & prierent Monfieur
de Caffini de leur en faire
conſtruire de ſemblables pour
l'Horiſon de Siam. Ils firent
des Experiences ſur unBarometre
, & fur un Thermometre
, & conceurent les cauſes
Phyſiques de leurs mouvemens
, ſur lesquels ils s'entretinrent
long - temps , & ils
firent meſme quelques abjections
auſquelles ondrépondit.
On leur fit voir dans
cette même Tour des Lunettes
de differentes londesAmb.
de Siam.
45
am gueurs , & l'Ambaſſadeur s'é-
Cit tonna de la netteté d'une
en Lunette de vingt- cinq pieds,
ict avec laquelle il confidera
Fain les objets les plus éloignez, &
bot raifonna fur la difficulté d'en
ren avoir d'une extrême lon
aro gueur, comme de 200. pieds ,
oms qui étant braquées contre les
aufe Aftres , peuvent nonobſtant
uye la peſanteur de leurs tuyaux ,
garder leur rectitude , qui eft
abfolument neceffaire aux
ob Lunettes , & qui a toujours
te fait le chagrin des Aftronodan
mes ; mais M² Comiers ayant
Le experimenté qu'on peut fe
lor paffer de tuyaux , en publia
Diij
46 Suite du Voyage ...
l'invention en 1665. dans ſon
Livre de la nouvelle Science
de la nature & des préſages
des Cometes. Il a depuis en
1683.& 1684.inſeré ceTraité
de Lunettes dans les Tomes
des Mercures Extraordinaires.
Comme ils eſtoient fur
cette matiere , Mª Caffini leur
fit voir par experience que
l'on peut ſe ſervir de Lunettes
fans tuyaux , can ayant
placé àune feneſtreun Verre
objectif de 90.pieds de foyer,
au deçà duquel foyer il mit
un Verre oculaire , ils eurent
le plaiſir de regarder differeus
objets fortéloignez
des Amb. e
47 de Siam.
on C'eſt par dette maniere de
ne Lunettes ſans tuyau , que Mr
age Caffini à découvert depuis
5 peu deux nouveaux Satellites
cat de Saturne , qu'il a appellez
MO SIDERA LODOÏCE A.
na Ils entrerent dans ſon Appartement
, où ils virent une
let machine de cuivre compoqu
ſée des Cercles de la Sphere
and qui porte un verre objectif
yas de 140. pieds de longueur de
Vets foyer Solaire , & qui par le
by mouvement d'une Montre
mi ou Horloge à reffort , fait le
red mouvemet diurne de l'Aſtre,
Life lors que l'Aftre n'eſt élevé
gna fur l'Horison que de deux on
48 Suite du Voyage .
trois degrez. On met cette
machine à la hauteur de fix
àſept pieds , de telle maniere
que la furface du verre seſt
paralelle au diſque de l'Aftre
, & on s'en recule en ligne
droite de la longueur de
140. pieds où l'on place le
verre oculaire , en forte que
les quatre centres , ſçavoir
celuy de l'Aſtre , celuy de
la ſurface du verre objectif,
celuy du verre oculaire,& celuy
de l'ouverture de la prunelle
de l'oeil , foient en une
même ligne droite;& lorſque
Paſtre est beaucoup élevé
fur l'Horison , cette machine
des Amb. de Siam. 49
et ne eſt à proportion élevée en
el l'air par le moyen d'une cormit
de vers les Angles ou coins
de la Tour de bois de 150.
|| pieds de hauteur , qui eſt au
en devant de la face meridionaur
le de l'Obſervatoire ; mais il
ace faut- par un long uſage
red aprendre à ſuivre l'Aſtre aavec
le verre oculaire , en forayt
te que l'oeil décrive un cerject
cle preſque de 141. pieds de
& rayons , dont le verre eſt le
a pro centre.
en u Ils y virent encore un
arlos grand Anneau Aſtronomique
éles qui ſert à trouver par le Somachi
leil l'heure & la minute , auf-
#fibien que la déclinaiſon de
50 Snite du Voyage
l'Aiman pour l'uſage de la
Navigation. Ils firent experience
d'un Niveau Lunette
, qui ſe met promptement
en, équilibre. Ils confidererent
la figure de la Lune faite avec
une grande exactitude & les
concavitez , & éminences
que l'on voit dans ſa ſurface.
Ils entrerent enſuite dans
la Tour Occidentale , où Mr
deCaffini a fait faire unegráde
Carte Geographique, fondée
principalement ſur les
Obſervations des Eclipſes
de Lune , & des Satellites
de Jupiter , aprés avoir donné
la methode de les calcu
des Amb. de Siam .
51
ler. Cette Carte eft gravée
pt & pcinte ſur le pavé fait de
me pierres plates dans un Cera
cle gradué de 28. pieds de
ere diametre , noſtre Pôle ter
ak reſtre Septentrional eſtant
au centre dudu cercle de forte
end que c'eſt une projection fur
face la furface de l'Hemisphere
dr Septentrional, ſuppoſant l'oeil
ulau Pole celeſte du Nord, & bié
es que cette projection ne puiffe
to donner que la partie Septenur
trionale de la terre depuis l'EClip
quateur , on y a neanmoins aellt
jouté la deſcription & la figu-
-da re des terres & des mers qui
cals font meſme au delà du Tro-
1
E ij
52 Suite du Voyage
pique d'hyver , afin de voir
enſemble , & tout d'un coup,
toutes les parties de la terre
que nous connoiſſons habitables.
C'eſt pourquoy le
premier Ambaſſadeur , bien
qu'il n'ait aucune connoiffance
de nos lettres ou cara-
Eteres , reconnut d'abord le
Royaume de Siam , & les
Royaumes circonvoiſins. Il
diftingua l'amerique, & plufieurs
autres Parties du Mondequ'il
borna. Il fit la defcription
de leur voyage juſques
à Paris , dont il marqua la
route ſans hefiter , & fans ſe
méprendre , & fit voir qu'ils
des Amb. de Siam, 53
of avoient paffé au delà des
Azores quand les Pilotes ſe
crurent eſtre fort prés de la
br France. Il faut remarquer
+ que la Carte de l'Obſervaroi-
Die re ne met pas plus de diſtanof
ce entre Siam , & les Azores
ath que les autres Cartes en metdl
tent entre Siam , & les coſtes
de France , les Obferva-
5. tionsayant obligé M. de Cafpe
fini à diminuer toutes les diffor
ferences des longitudes dans
fort les continents , & à laiſſer à
que la Mer Paſſifique une étennal
duë beaucoup plus grande.
ns Ainfi le Royaume de Siam
qui ſe trouve trois cens lieuës
E iij
54 Suite du Voyage
moins éloigné de France que
toutes les anciennes Cartes &
les Globes de Hollande ne le
marquent. Cette correction
faite à la Geographie & à
l'Hydrographie a eſté confirmée
par les Obſervations que
l'on a faites depuis ,& particulierement
par celles des deux
Eclipſes de Lune de 1683 .
& 1685.faites à Paris& à Siam .
Les Péres deFontenay & Tachard
Jefuites , ont fait la derniere
en prefence du Roy de
Siam , & c'eſt ce qui a donné
lieu à ce Prince d'avoir un
Obſervatoire dans ſa Ville
Capitale , & de demander
des Amb. de Siam .
55
douze Jefuites pour vaquer
aux Obſervations. Cela pourera
leur donner occaſion de
id faire paroiſtre leur grand zele
pour la Foy.
Les Ambaſſadeurs monqu
terent enſuite fur la Plateforin
me dont je vous ay déja parlé
, & regarderent la Ville de
Paris tant à la veuë fimple
at qu'avec des Lunettes. Le
Premier Ambaſſadeur ayant
de demandé où étoit le Chafteau
de Berny afin de s'orien-
Hot ter , il reconnut Vincennes ,
Montmartre & Sceaux où il
avoit eſté , & quelques ennds
droits des plus remarquaru
E iiij
16 Suite du Voyage..
bles des environs de Paris,
qu'on luy avoit fait voir lors
qu'il eſtoit dans les lieux que
je viens de vous nommer. Cela
ſurprit tous ceux qui le remarquerent
, & luy attira
beaucoup de loüanges. Ils
deſcendirent aprés dans la
grande Salle qui eſt faite
pour la deſcription de la
Meridienne , & pour y marquer
le cours du Soleil. Ils
loüerent Monfieur de Caffini
à diverſes repriſes , & le Premier
Ambaſſadeur dit pluſieurs
fois , qu'il voudroit bien
qu'ily eust un monsieur de Caffini
à Siam. Apres avoir vu toudes
Amb. de Siam.
57
re
$ tes les choſes que je vous ay
marquées, ils entrerent dans
la Salle des Machines , où ils
en virent d'abord une qui
* donne les Eclipſes de Lune,
&de Soleil , dans tous les
| temps propoſez , leur juſte
grandeur , la partie du mon-
Fat de où elles ſe voyent , & l'Ael
pogée , & Perigée de la Lune
qui ſe voit dans chaque Lu-
| naiſon , d'une maniere aiſée
& en tournant ſeulement une
manivelle.L'Ambaſſadeur deph
manda à M. Couplet qui luy
faifoit voir cette Machine ,
Pre
l'Eclipse du 21. deMayde cettol
te année, qu'il trouva entour-
Ev
58 Suite du Voyage
د
nant luy-même la manivelle
& en cótinuant de la tourner,
il.faifoit remarquer ſi l'Eclipſe
que la Machine montroit
eſtoit ou de Soleil ou de Lune.
Il vit enſuite une Machine
pour les Planetes ſuivant
le Syſteme de Copernic
elle peut eſtre nommée Ephemeride
parlante pour
trouver l'état du Cielen quelque
temps qu'on le propoſe ,
ſçavoir paflé , preſent , & avenir
, la longitude , & la latitude
de chaque Planete , &
par confequent ſon vray
lieu dans le Ciel tel jour
qu'on voudra , en tournant
des Amb. de Siam.
59
, fimplement une manivelle
* ainſi que dans la Machine
I precedente. On y voit la vi-
10 teffe , & la lenteur de chaque
Planete , ſon excentricichte
, & lors qu'elle nous paroiſt
var ſtationnaire , ou retrogarde.
ic Cette Machine eft conſtruiel
te de telle maniere que nepo
ceſſairement elle fait tanqut
toſt la viteſſe , & tantoſt la
bok lenteur de chaque Planette
ſuivant qu'elle s'aproche ou
al s'éloigne du Soleil dans fon
e, Apogée & fon Perigée.
vr L'Ambaſſadeur fut longjot
temps à confiderer de comna
bien Saturne alloit plus len60
Suite du Voyage
tement que les autres Planetes.
Mr Couplet luy dit qu'il
estoit prés de trente ans àfairefon
cours , & que Mercure qu'il marquoit
allerſi viſte, n'étoit qu'environ
80. jours àfaire lefien.
Ces deux Machines ont eſté
faites par Me Thuret , Horlogeur
du Roy; dont la reputation
eſt repanduë dans
toutes le parties du monde
à cauſe de la bonté de ſes
Pendules .
L'Ambaſſadeur fit auſſi
mouvoir luy meſine dans la
Salle dont je vous viens de
parler une Machine qui fert
à ſcier pluſieurs pierres à la
desAmb. de Siam. 6г
ер
fois , & montra les actions
du moteur à ceux qui l'ac-
La cu- compagnoient.
# rioſité le porta juſqu'à démonter
une autre Machine
pour en voir l'interieur,& cofnoiſtre
par là ſi les pieces efſencielles
avoient du rapport
en a ce qu'il s'en eſtoit imaginé.
Il confidera toutes les diffe-
One rentes Machines ſervant aux
ef Mécaniques, que Me Perrault
a fait conſtruire , & deffiannées
dans ſon Traité de Vians
truve.
as On luy fit voir uneMachine
Pneufmatique avec laquelle
on fait des experiences du
62 Suite du Voyage
vuide. Il prit plaifir àconfiderer
deux autres Machines ,
l'une à faire des étofes, & l'autre
avec laquelle on dévide
cent bobines de ſoïe à la fois.
Il en fit aufli mouvoir une autre
propre à netoyer les Ports
de mer , ainſi que pluſieurs
autres & particulierement
celle qui eſt la Catapulte des
anciens , tirée auſſi de Vitruve
par Monfieur Perrault , & il
remarqua enfin les principaux
mouvemens de toutes
les Machines qui estoient
dans cette Salle , & qui luy
furent montrées , & expliquées
par Me Couplet , qu'il
des Amb. de Siam.
63
remercia avec beaucoup
$ d'honnêteté de toute la peine
qu'il s'étoit donnée.
10
2
Il vit avant que de fortir
e de cette Salle deux Trompettes
parlantes de differente figure
, qui étoient poſées ſur
its une fenêtre. Il pria que par le
e moyen de l'une de ces Tromed
pettes on fiſt arrêter un homrur
me qui paffoit à un demi-
& quart de lieuë de là ou enviinc
ron.On dit à cet homme qu'il
our ne paſſaſt point outre & il
Dit s'arrêta en regardant de tous
¡ coſtez d'où venoit la voix
xp qu'il avoit entenduë.
qui
Lors qu'ils furent defcen64
Suite du Voyage
dus fur la terraffe , ils regarderent
divers objets par une
Lunette de trente - quatre
pieds , & virent dans l'image
du Soleil fur le papier une
tache de cet Aftre qui paroiſſoit
depuis quelques jours.
L'Ambaſſadeur apres l'avoir
examinée dit en ſouriant , &
en faiſant alluſion aux mouches
dont ſe ſervent les femmes
, Que les Dames de France
avoient raiſon de mettre des taches
noires fur le roiſage , qu'il
n'en estoit plus surpris , & que
comme la beauté de la pluspart
d'elles approchoit déja de celle du
Soleil , il voyoit bien qu'elles vouloient
desAmb. de Siam.
υς
10
OU
loient luy reſſembler en tout , &
qu'elles aimoient tellement cet Aftre
qu'elles se faisoient un ornement
deſes taches mesmes. Iltê-
■ moigna enſuite à Me de Caffini
la fatisfaction qu'il avoit
euë de voir tout ce qu'il avoit
pris la peine de luy expliquer,
& luy dit qu'il reviendroit
un autre jour pour voir quelque
fet choſe au Ciel & pour conferer avec
luy ſur quelques pensées , que
des les entretiens qu'ils venoient d'avoir
luy avoient fait naiſtre. Je
ne vous raporte rien icy dont
je n'aye eſté temoin ; tout ce
que je vous cite de l'Ambaffadeur
, je l'ay entendu moyno
Loit
F
66 Suite du Voyage
mefme. Il auroit monté à
l'appartement de Monfieur de
la Hire , s'il n'euſt point été
preffé de fortir pour ſe rendre
où il eſtoit attendu , & il
y auroit vu des chofes dignes
de ſa curioſité , & capables
d'exercer ſon eſprit.Monfieur
Borelly , de l'Academie
des Sciences , s'étoit auſſi preparé
àluy en faire voir quantité
qui luy auroient donné
beaucoup de plaifir , mais les
mêmes raiſons l'empeſcherent
de s'arrêter plus longtemps.
a l'Obfervatoire , & ils furent
ant receus à la grande Porte qui
C iij
30 Suite du Voyage
Mr
donne ſur une Terraſſe élevées
de vingt pieds , par
deCaffini,de la Hire, Borilli ,
Thevenot, Couplet , & Cufet
, qui ſont tous de l'Academie
Royale des Sciences .
Le Bâtiment ayant d'abord
frapé la veuë des Ambaſſadeurs
, ils s'attacherent à le
confiderer. Je croy que vous
ne ferez pas fâchéed'aprendre
beaucoup de choſes curieuſes
qui le regardent.
L'Obfervatoire que leRoy
a fait conſtruire , & qu'on appelle
par cette raiſon Obfervatoire
Royal , eſt ſitué à
un des bouts de Paris au lieu
des Amb. de Siam.
31
le plus élevé de la Ville &
M vers le Midy , afin que la
veuë des Aftres, & principale-
Oment des Planettes qui touates
font leur cour en cet endroit
du Ciel , me foit point
ON empechée par les vapeurs de
fla Riviere & par les fumées
qui s'élevent des Maiſons à
ous l'autre coſté.
en La figure de l'Edifice eſt
cr un quarré d'environ quinze
toiſes à chaque face , ayant
Rof deux Tours octogones aux
ap coins de la face du Midy de
fer ſept toiſes de diamettre , &
et une autre Tour quarée & un
Liet peu moins grande au milieu
C iiij
32 Suite du Voyage
de la face du Nord où eſt
l'entrée. Ces trois Tours font
de mefme hauteur que le
reſte du Baſtiment. Celle qui
eſt à l'Orient eſt ouverte depuis
le ſecond étage , & ces
deux faces oppofées & qui
regardent le Midy & le Septentrion
, font fenduës afin
de donner iſſuë à des Lunettes
de plus de cinquante
pieds pour pouvoir obferver
le paſſage des Planettes dans
le Cercle Meridien , & du
coſté du Nord le paſſage des
Etoiles fixes au meſme Meridien
audeſſus & audeſſous
du Pôle pour en conclure fon
des Amb. de Siam.
33
eft élevation fur noſtre Horizon .
ont La Tour quarrée qui eft dans
e la face Septentrionale du
qui Baſtiment eſt couverte en
de Plate- forme avec des cail
ces loux de pierres à feu , de mêqui
me que le Corps du Bafti-
Sep ment & la Tour Occidentaale.
La Plate - forme de cette
net Tour Septentrionale eft ou
antt verte au milieu , afin qu'éryer
tant dans la Chambre à cou-
Lans vert du vent , on puiffe obdu
ſerver les Aftres.
des Le Baſtiment qui ſans le
Mo bas comprend deux étages
Cous voûtez de pierres de taille
fon fur des murs de neuf pieds
Cv
34 Suite du Voyage
d'épaiſſeur , à ſoixante & fix
pieds de haut , en comprenant
l'appuy de la Plate-forme.
Le bas , ou demy érage
de tout leBaſtiment, eft adofſé
du coſté du Midy à une
terraſſe élevée de plus de
vingt pieds par deſſus la
Campagne;de forte que du
premier étage on entre comme
de plein pied ſur cette
terraſſe où eſt un mats qui
porte une Lunette de foixanté
& dix pieds de longueur ,
& une Tour de Charpente
qui a 130. pieds de hauteur.
Je vous en apprendray l'employ
dans la ſuite de cette
Lettre.
:
des Amb. de Siam.
35
X
e.
Tout ce qui paroiſt hors
des rez de chauffée du Baſtiment
, a dix toiſes & demie
de hauteur , & encore plus de
profondeur en terre à caunt
fe des Carrieres fur leſquelde
les il eſt baſty , & au fond
deſquelles on deſcend par un
de degré de pierre de taille
tourné en viz & fufpendu en
l'air par le milieu où il eſt
vuide , de 14. toiſes de profondeur.
Ce degré répond
taumilieu du Baftiment , &
pour cet effet on a fait des
uf ouvertures rondes d'environ
trois pieds de diametre , tant
à la voûte du plancher du
n
tre
36 Suite du Voyage
rez de chauffée qu'aux voûtes
des deux étages , comme auffi
à la Plate-forme. Les centres
de ces quatres ouvertures
font à plomb fur le centre
du vuide du degré à viz . Ainſi
tout cela ne fait que comme
un puits de vingt- quatre
toiſes & demie de profondeur.
Ce Puits de 147. pieds de
profondeur a ſes uſages ,
comme de ſervir à faire des
épreuves pour ſçavoir ſi pendant
le jour eſtant au fond
de ce Puits on verroit les E.
toiles au Zenit. Ilſert encore à
obſerver les degrez de l'accedes
Amb. de Siam.
37
תנ
atu
leration , de la cheute & defcente
des Corps en l'air & les
vibrations des Pendules au
deſſous de 147. pieds de longueur
, ſans craindre que le
mouvement de l'air y apporte
aucunes alterations. Il a
auſſi ſervy pour les Obfervations
des Barometres de plus
de 80. pieds de longueur ,
stant avec les Mercures ſeuls
qu'avec l'eau ſeule. Il a endcore
ſervy à experimenter
dans des tuyaux de fer blanc
ode mefme longueur , comsf
bien il faloit de hauteur d'eau
* pour éclater les tuyaux , d'où
aca l'on a tiré des connoiffances
bel
38 Suite du Voyage
dans ces
de la force que doivent avoir
les tuyaux par lefquels on
veut conduire les eaux qu'on
prend d'une hauteur , pour
Les élever àune ſemblable.
On a pratiqué
Carrieres des Chambres pour
connoiſtre ſi les grains &
les fruits s'y pourroient conſerver;
on a defcouvert differentes
qualitez de l'air enfermé
& fous-terrain & de
l'air découvert & libre ; ony a
fait cent experiences tant avecleThermometre
qu'avec
les Hydrometres , pour reconnoiftre
les differens ef
fets qui proviennent des dif-
7
des Amb. de Siam.
39
00
or ferens degrez de l'humide ,
duſec, du chaud & du froid,
or tant pendantl'hiver que penof
dant l'eſté , dont la Medecine
tirera un jour de grands a-
Co vantages.
OU De l'Appartement du rez
5 de chauffée on monte dans le
Cor premier & fecond étage ,&
dimeſme ſur la Plate forme de
en tout le Baſtiment par un Efcalier
auffi grand qu'il eſt
beau & hardy. Il eſt garny
d'une riche Balustrade de fer,
Lyd &paroiſt pendre en l'air, énya
re tant vuide par le milieu.
ef Comme les faces de ce ſuperdit
be Baftinent regardent dire40
Suite du Voyage
ctement les quatre parties du
Ciel,& que les feneftres du
ſecond étage ont chacune
huivo pieds de largeur , &
vingt- fix pieds de hauteur
d'appuy , elles permettent
aux Aftronomes de découvrir
tous les endroits duCiel ,
&de faire à couvert toutes
les Obervations qui n'ont
pas beſoin de plus grandes
Lunettes que de 15. ou 20.
pieds , & donnent lieu d'avoir
des Inſtrumens fixes &
inébranlables , eſtant ſcellées
dans les murs ; car pour les
Obſervationsqui demandent
de plus grandes Lunetes , elles
desAmb. de Siam.
41
du les ſe font ſur la Terrafle .
d Enfin ce Baſtiment eſt un
Magazin de tous les Inſtru-
,
e
mens neceſſaires aux Aſtrotell
nomes aux Geomettres ,
te aux Geographes , & à la
Cot Navigation. On y trouve
Ciel toutes les machines qui
uto concernent les Arts , avec
'on les machines de Guerre des
and Anciens , de forte qu'en peu
* de temps on y voit & on y
de apprend tout ce qui eft ner
esd ceffaire aux Ingenieurs ,& à
elle ceux qui dans les academies
tenſeignoient l'Art de fortiden
fier , & celuy de naviger.
, Monfieur Perrault qui a fait le
16 D
42 Suite du Voyage
Deſſein de la Façade du Louvre
, a été l'Architecte de
ceBaſtiment ,& ce qu'il fçait
de Medecine & de Mathematiques
, luy a donné licu
d'obſerver des choſes dans
da construction de cet Edifice
, que tous les autres architectes
ne ſont pas obligez
de ſeavoir. 5.
Aprés que les ambaffadeurs
curent conſideré ce
Baſtiment , dont la ſeule vûë
en dehors ne fait pas connoiſtre
toutes les choſes auf
quelles il eſt utile , ils entrerent
dans la premiere Sale, &
paſſerent dela dans la Tour
des Amb. de Siam.
43
he
마 Orientale , où ils virent didvers
Inftrumens pour obſerver
les Aftres , & admirerent
les prodigieux effets d'un
lia grand Miroir ardent de cinq
pieds de diametre , qui fur
Ed expofé au Soleil. Le feu prit
A à une barre de bois de pluige
fleurs pouces d'épaiffeur auffitoſt
qu'elle luy fut preſenaitée
, &le plomb fondit dans
l'inftant meſme qu'il fut exvu
poſée àfon foyer.
COP
A
Ils virent enſuite un Plaad
niſphere de M. de Caffini ,
qui coprend toutes les Etoiet
les viſibles fur l'Horiſon de e,
Tot Paris , & fert à trouver prom-
Dij
44 Suite du Voyage
ptement à chaque inſtant
leurs ſituations dans le Ciel.
Ils en comprirent aiſément
l'ufage , & prierent Monfieur
de Caffini de leur en faire
conſtruire de ſemblables pour
l'Horiſon de Siam. Ils firent
des Experiences ſur unBarometre
, & fur un Thermometre
, & conceurent les cauſes
Phyſiques de leurs mouvemens
, ſur lesquels ils s'entretinrent
long - temps , & ils
firent meſme quelques abjections
auſquelles ondrépondit.
On leur fit voir dans
cette même Tour des Lunettes
de differentes londesAmb.
de Siam.
45
am gueurs , & l'Ambaſſadeur s'é-
Cit tonna de la netteté d'une
en Lunette de vingt- cinq pieds,
ict avec laquelle il confidera
Fain les objets les plus éloignez, &
bot raifonna fur la difficulté d'en
ren avoir d'une extrême lon
aro gueur, comme de 200. pieds ,
oms qui étant braquées contre les
aufe Aftres , peuvent nonobſtant
uye la peſanteur de leurs tuyaux ,
garder leur rectitude , qui eft
abfolument neceffaire aux
ob Lunettes , & qui a toujours
te fait le chagrin des Aftronodan
mes ; mais M² Comiers ayant
Le experimenté qu'on peut fe
lor paffer de tuyaux , en publia
Diij
46 Suite du Voyage ...
l'invention en 1665. dans ſon
Livre de la nouvelle Science
de la nature & des préſages
des Cometes. Il a depuis en
1683.& 1684.inſeré ceTraité
de Lunettes dans les Tomes
des Mercures Extraordinaires.
Comme ils eſtoient fur
cette matiere , Mª Caffini leur
fit voir par experience que
l'on peut ſe ſervir de Lunettes
fans tuyaux , can ayant
placé àune feneſtreun Verre
objectif de 90.pieds de foyer,
au deçà duquel foyer il mit
un Verre oculaire , ils eurent
le plaiſir de regarder differeus
objets fortéloignez
des Amb. e
47 de Siam.
on C'eſt par dette maniere de
ne Lunettes ſans tuyau , que Mr
age Caffini à découvert depuis
5 peu deux nouveaux Satellites
cat de Saturne , qu'il a appellez
MO SIDERA LODOÏCE A.
na Ils entrerent dans ſon Appartement
, où ils virent une
let machine de cuivre compoqu
ſée des Cercles de la Sphere
and qui porte un verre objectif
yas de 140. pieds de longueur de
Vets foyer Solaire , & qui par le
by mouvement d'une Montre
mi ou Horloge à reffort , fait le
red mouvemet diurne de l'Aſtre,
Life lors que l'Aftre n'eſt élevé
gna fur l'Horison que de deux on
48 Suite du Voyage .
trois degrez. On met cette
machine à la hauteur de fix
àſept pieds , de telle maniere
que la furface du verre seſt
paralelle au diſque de l'Aftre
, & on s'en recule en ligne
droite de la longueur de
140. pieds où l'on place le
verre oculaire , en forte que
les quatre centres , ſçavoir
celuy de l'Aſtre , celuy de
la ſurface du verre objectif,
celuy du verre oculaire,& celuy
de l'ouverture de la prunelle
de l'oeil , foient en une
même ligne droite;& lorſque
Paſtre est beaucoup élevé
fur l'Horison , cette machine
des Amb. de Siam. 49
et ne eſt à proportion élevée en
el l'air par le moyen d'une cormit
de vers les Angles ou coins
de la Tour de bois de 150.
|| pieds de hauteur , qui eſt au
en devant de la face meridionaur
le de l'Obſervatoire ; mais il
ace faut- par un long uſage
red aprendre à ſuivre l'Aſtre aavec
le verre oculaire , en forayt
te que l'oeil décrive un cerject
cle preſque de 141. pieds de
& rayons , dont le verre eſt le
a pro centre.
en u Ils y virent encore un
arlos grand Anneau Aſtronomique
éles qui ſert à trouver par le Somachi
leil l'heure & la minute , auf-
#fibien que la déclinaiſon de
50 Snite du Voyage
l'Aiman pour l'uſage de la
Navigation. Ils firent experience
d'un Niveau Lunette
, qui ſe met promptement
en, équilibre. Ils confidererent
la figure de la Lune faite avec
une grande exactitude & les
concavitez , & éminences
que l'on voit dans ſa ſurface.
Ils entrerent enſuite dans
la Tour Occidentale , où Mr
deCaffini a fait faire unegráde
Carte Geographique, fondée
principalement ſur les
Obſervations des Eclipſes
de Lune , & des Satellites
de Jupiter , aprés avoir donné
la methode de les calcu
des Amb. de Siam .
51
ler. Cette Carte eft gravée
pt & pcinte ſur le pavé fait de
me pierres plates dans un Cera
cle gradué de 28. pieds de
ere diametre , noſtre Pôle ter
ak reſtre Septentrional eſtant
au centre dudu cercle de forte
end que c'eſt une projection fur
face la furface de l'Hemisphere
dr Septentrional, ſuppoſant l'oeil
ulau Pole celeſte du Nord, & bié
es que cette projection ne puiffe
to donner que la partie Septenur
trionale de la terre depuis l'EClip
quateur , on y a neanmoins aellt
jouté la deſcription & la figu-
-da re des terres & des mers qui
cals font meſme au delà du Tro-
1
E ij
52 Suite du Voyage
pique d'hyver , afin de voir
enſemble , & tout d'un coup,
toutes les parties de la terre
que nous connoiſſons habitables.
C'eſt pourquoy le
premier Ambaſſadeur , bien
qu'il n'ait aucune connoiffance
de nos lettres ou cara-
Eteres , reconnut d'abord le
Royaume de Siam , & les
Royaumes circonvoiſins. Il
diftingua l'amerique, & plufieurs
autres Parties du Mondequ'il
borna. Il fit la defcription
de leur voyage juſques
à Paris , dont il marqua la
route ſans hefiter , & fans ſe
méprendre , & fit voir qu'ils
des Amb. de Siam, 53
of avoient paffé au delà des
Azores quand les Pilotes ſe
crurent eſtre fort prés de la
br France. Il faut remarquer
+ que la Carte de l'Obſervaroi-
Die re ne met pas plus de diſtanof
ce entre Siam , & les Azores
ath que les autres Cartes en metdl
tent entre Siam , & les coſtes
de France , les Obferva-
5. tionsayant obligé M. de Cafpe
fini à diminuer toutes les diffor
ferences des longitudes dans
fort les continents , & à laiſſer à
que la Mer Paſſifique une étennal
duë beaucoup plus grande.
ns Ainfi le Royaume de Siam
qui ſe trouve trois cens lieuës
E iij
54 Suite du Voyage
moins éloigné de France que
toutes les anciennes Cartes &
les Globes de Hollande ne le
marquent. Cette correction
faite à la Geographie & à
l'Hydrographie a eſté confirmée
par les Obſervations que
l'on a faites depuis ,& particulierement
par celles des deux
Eclipſes de Lune de 1683 .
& 1685.faites à Paris& à Siam .
Les Péres deFontenay & Tachard
Jefuites , ont fait la derniere
en prefence du Roy de
Siam , & c'eſt ce qui a donné
lieu à ce Prince d'avoir un
Obſervatoire dans ſa Ville
Capitale , & de demander
des Amb. de Siam .
55
douze Jefuites pour vaquer
aux Obſervations. Cela pourera
leur donner occaſion de
id faire paroiſtre leur grand zele
pour la Foy.
Les Ambaſſadeurs monqu
terent enſuite fur la Plateforin
me dont je vous ay déja parlé
, & regarderent la Ville de
Paris tant à la veuë fimple
at qu'avec des Lunettes. Le
Premier Ambaſſadeur ayant
de demandé où étoit le Chafteau
de Berny afin de s'orien-
Hot ter , il reconnut Vincennes ,
Montmartre & Sceaux où il
avoit eſté , & quelques ennds
droits des plus remarquaru
E iiij
16 Suite du Voyage..
bles des environs de Paris,
qu'on luy avoit fait voir lors
qu'il eſtoit dans les lieux que
je viens de vous nommer. Cela
ſurprit tous ceux qui le remarquerent
, & luy attira
beaucoup de loüanges. Ils
deſcendirent aprés dans la
grande Salle qui eſt faite
pour la deſcription de la
Meridienne , & pour y marquer
le cours du Soleil. Ils
loüerent Monfieur de Caffini
à diverſes repriſes , & le Premier
Ambaſſadeur dit pluſieurs
fois , qu'il voudroit bien
qu'ily eust un monsieur de Caffini
à Siam. Apres avoir vu toudes
Amb. de Siam.
57
re
$ tes les choſes que je vous ay
marquées, ils entrerent dans
la Salle des Machines , où ils
en virent d'abord une qui
* donne les Eclipſes de Lune,
&de Soleil , dans tous les
| temps propoſez , leur juſte
grandeur , la partie du mon-
Fat de où elles ſe voyent , & l'Ael
pogée , & Perigée de la Lune
qui ſe voit dans chaque Lu-
| naiſon , d'une maniere aiſée
& en tournant ſeulement une
manivelle.L'Ambaſſadeur deph
manda à M. Couplet qui luy
faifoit voir cette Machine ,
Pre
l'Eclipse du 21. deMayde cettol
te année, qu'il trouva entour-
Ev
58 Suite du Voyage
د
nant luy-même la manivelle
& en cótinuant de la tourner,
il.faifoit remarquer ſi l'Eclipſe
que la Machine montroit
eſtoit ou de Soleil ou de Lune.
Il vit enſuite une Machine
pour les Planetes ſuivant
le Syſteme de Copernic
elle peut eſtre nommée Ephemeride
parlante pour
trouver l'état du Cielen quelque
temps qu'on le propoſe ,
ſçavoir paflé , preſent , & avenir
, la longitude , & la latitude
de chaque Planete , &
par confequent ſon vray
lieu dans le Ciel tel jour
qu'on voudra , en tournant
des Amb. de Siam.
59
, fimplement une manivelle
* ainſi que dans la Machine
I precedente. On y voit la vi-
10 teffe , & la lenteur de chaque
Planete , ſon excentricichte
, & lors qu'elle nous paroiſt
var ſtationnaire , ou retrogarde.
ic Cette Machine eft conſtruiel
te de telle maniere que nepo
ceſſairement elle fait tanqut
toſt la viteſſe , & tantoſt la
bok lenteur de chaque Planette
ſuivant qu'elle s'aproche ou
al s'éloigne du Soleil dans fon
e, Apogée & fon Perigée.
vr L'Ambaſſadeur fut longjot
temps à confiderer de comna
bien Saturne alloit plus len60
Suite du Voyage
tement que les autres Planetes.
Mr Couplet luy dit qu'il
estoit prés de trente ans àfairefon
cours , & que Mercure qu'il marquoit
allerſi viſte, n'étoit qu'environ
80. jours àfaire lefien.
Ces deux Machines ont eſté
faites par Me Thuret , Horlogeur
du Roy; dont la reputation
eſt repanduë dans
toutes le parties du monde
à cauſe de la bonté de ſes
Pendules .
L'Ambaſſadeur fit auſſi
mouvoir luy meſine dans la
Salle dont je vous viens de
parler une Machine qui fert
à ſcier pluſieurs pierres à la
desAmb. de Siam. 6г
ер
fois , & montra les actions
du moteur à ceux qui l'ac-
La cu- compagnoient.
# rioſité le porta juſqu'à démonter
une autre Machine
pour en voir l'interieur,& cofnoiſtre
par là ſi les pieces efſencielles
avoient du rapport
en a ce qu'il s'en eſtoit imaginé.
Il confidera toutes les diffe-
One rentes Machines ſervant aux
ef Mécaniques, que Me Perrault
a fait conſtruire , & deffiannées
dans ſon Traité de Vians
truve.
as On luy fit voir uneMachine
Pneufmatique avec laquelle
on fait des experiences du
62 Suite du Voyage
vuide. Il prit plaifir àconfiderer
deux autres Machines ,
l'une à faire des étofes, & l'autre
avec laquelle on dévide
cent bobines de ſoïe à la fois.
Il en fit aufli mouvoir une autre
propre à netoyer les Ports
de mer , ainſi que pluſieurs
autres & particulierement
celle qui eſt la Catapulte des
anciens , tirée auſſi de Vitruve
par Monfieur Perrault , & il
remarqua enfin les principaux
mouvemens de toutes
les Machines qui estoient
dans cette Salle , & qui luy
furent montrées , & expliquées
par Me Couplet , qu'il
des Amb. de Siam.
63
remercia avec beaucoup
$ d'honnêteté de toute la peine
qu'il s'étoit donnée.
10
2
Il vit avant que de fortir
e de cette Salle deux Trompettes
parlantes de differente figure
, qui étoient poſées ſur
its une fenêtre. Il pria que par le
e moyen de l'une de ces Tromed
pettes on fiſt arrêter un homrur
me qui paffoit à un demi-
& quart de lieuë de là ou enviinc
ron.On dit à cet homme qu'il
our ne paſſaſt point outre & il
Dit s'arrêta en regardant de tous
¡ coſtez d'où venoit la voix
xp qu'il avoit entenduë.
qui
Lors qu'ils furent defcen64
Suite du Voyage
dus fur la terraffe , ils regarderent
divers objets par une
Lunette de trente - quatre
pieds , & virent dans l'image
du Soleil fur le papier une
tache de cet Aftre qui paroiſſoit
depuis quelques jours.
L'Ambaſſadeur apres l'avoir
examinée dit en ſouriant , &
en faiſant alluſion aux mouches
dont ſe ſervent les femmes
, Que les Dames de France
avoient raiſon de mettre des taches
noires fur le roiſage , qu'il
n'en estoit plus surpris , & que
comme la beauté de la pluspart
d'elles approchoit déja de celle du
Soleil , il voyoit bien qu'elles vouloient
desAmb. de Siam.
υς
10
OU
loient luy reſſembler en tout , &
qu'elles aimoient tellement cet Aftre
qu'elles se faisoient un ornement
deſes taches mesmes. Iltê-
■ moigna enſuite à Me de Caffini
la fatisfaction qu'il avoit
euë de voir tout ce qu'il avoit
pris la peine de luy expliquer,
& luy dit qu'il reviendroit
un autre jour pour voir quelque
fet choſe au Ciel & pour conferer avec
luy ſur quelques pensées , que
des les entretiens qu'ils venoient d'avoir
luy avoient fait naiſtre. Je
ne vous raporte rien icy dont
je n'aye eſté temoin ; tout ce
que je vous cite de l'Ambaffadeur
, je l'ay entendu moyno
Loit
F
66 Suite du Voyage
mefme. Il auroit monté à
l'appartement de Monfieur de
la Hire , s'il n'euſt point été
preffé de fortir pour ſe rendre
où il eſtoit attendu , & il
y auroit vu des chofes dignes
de ſa curioſité , & capables
d'exercer ſon eſprit.Monfieur
Borelly , de l'Academie
des Sciences , s'étoit auſſi preparé
àluy en faire voir quantité
qui luy auroient donné
beaucoup de plaifir , mais les
mêmes raiſons l'empeſcherent
de s'arrêter plus longtemps.
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Résumé : Description de l'Observatoire, & de tout ce qu'il contient de curieux, & de Machines, avec les choses remarquables dites par les Ambassadeurs, [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité l'Observatoire Royal de Paris, situé à l'extrémité sud de la ville. Cet observatoire, conçu pour offrir une vue dégagée des astres, évite les vapeurs de la Seine et les fumées des maisons. Le bâtiment est de forme carrée avec trois tours : deux octogonales aux coins sud et une carrée au nord. Ces tours abritent des lunettes astronomiques pour observer les planètes et les étoiles. La tour nord est équipée d'une plateforme pour les observations et d'une terrasse élevée pour les instruments. L'Observatoire comprend deux étages voûtés et un puits profond de 147 pieds, utilisé pour diverses expériences scientifiques, comme observer les étoiles au zénith ou tester la résistance des tuyaux. Les ambassadeurs ont admiré les instruments et les expériences, notamment un miroir ardent et un planisphère. Ils ont également vu des lunettes de différentes longueurs et ont appris l'utilisation des lunettes sans tuyaux pour découvrir de nouveaux satellites de Saturne. L'Observatoire abrite également une machine astronomique et un anneau astronomique pour déterminer l'heure et la déclinaison magnétique. Une grande carte géographique, basée sur les observations des éclipses et des satellites de Jupiter, est gravée sur le pavé. Les ambassadeurs ont reconnu leur royaume et d'autres parties du monde sur cette carte. L'architecte de l'Observatoire, Monsieur Perrault, a intégré des connaissances en médecine et en mathématiques dans la construction. Les observations astronomiques et les corrections apportées à la géographie et à l'hydrographie par M. de Cassini ont réduit la distance entre le Siam et les Azores, ainsi qu'entre le Siam et les côtes de France, confirmées par les éclipses de lune de 1683 et 1685. Les pères jésuites De Fontenay et Tachard ont joué un rôle clé dans ces observations, ce qui a conduit le roi de Siam à établir un observatoire et à demander des jésuites pour les observations. Les ambassadeurs ont également visité Paris et ont été impressionnés par les machines et les observations astronomiques. Ils ont vu des machines montrant les éclipses et les mouvements des planètes, construites par Me Thuret. Les ambassadeurs ont également examiné diverses machines mécaniques et pneumatiques, et ont été impressionnés par les trompetes parlantes capables de communiquer à distance. L'ambassadeur a exprimé sa satisfaction et a promis de revenir pour discuter davantage. Il a également fait des remarques sur les taches solaires, comparant les taches sur le visage des femmes à celles du Soleil.
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17889
p. 44
PRIERE POUR MONSEIGNEUR LE DUC DE BRETAGNE.
Début :
Toy qui fais fleurir en Espagne Un Rejetton des Lys François ! [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIERE POUR MONSEIGNEUR LE DUC DE BRETAGNE.
PRIERE
POUR MONSEIGNEUR
LE DUC DE BRETAGNE.
Toy qui fais fleurir en Espagne
Un Rejetton des Lys François !
Toy qui fis succeder les Bourbons
aux Valois,
Et qui viens de donner un Ducà
la Bretagne,
Grand-Dieu! fais que ce Prince en
tout suive tes Loix.
Qu'en tout ton esprit P'accompa-
gne?
Qu'il regne ! & des vertus faisant
le noble choix,
u'il soit, comme LOUIS,
plus parfait des Rois,
POUR MONSEIGNEUR
LE DUC DE BRETAGNE.
Toy qui fais fleurir en Espagne
Un Rejetton des Lys François !
Toy qui fis succeder les Bourbons
aux Valois,
Et qui viens de donner un Ducà
la Bretagne,
Grand-Dieu! fais que ce Prince en
tout suive tes Loix.
Qu'en tout ton esprit P'accompa-
gne?
Qu'il regne ! & des vertus faisant
le noble choix,
u'il soit, comme LOUIS,
plus parfait des Rois,
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17890
p. 29-39
Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Ces Ambassadeurs estoient accompagnez de huit Mandarins, & de vingt [...]
Mots clefs :
Roi, Storf, Ambassadeurs, Compliment, France, Honneurs, Ordres, Maître
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texteReconnaissance textuelle : Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Ccs Ambaffadeurs eftoient
accompagnez de
huit Mandarins , & de
vingt Domeftiques , quatre
autres Mandarins , &
Cij
30 Voyage des Amb.
pluſieurs Perfonnes de la
fuite des Ambaffadeurs
n'ayant pû arriver affeztoſt
à Bord, pour s'embarquer
lors que M'le Chevalier
deChaumont partit
de Siam.Enfin aprés qu'ils
eurent attendu pendant
treize jours , M² Storf,
Gentilhomme ordinaite
de la Maiſon du Roy,arriva
de la part de Sa Majeſté
pour leur faire compliment,
les accompagner
tant qu'ils feroient en
de Siam. 31
France ,&leur fairerendre
dans tous les lieux où
ils pafferoient les honneurs
dus aux Ambaſſa-
.deurs d'un puiſſant Roy.
Sa Majesté voulant qu'ils
euffent à ſe loüer de la
Reception qui leur feroit
faite dans toutes les Villes
où ils pafferoient , à cauſe
- des honneurs extraordi
naires qu'on a rendus à
Siam à M'le Chevalier de
Chaumont , avoit choiſi
M Storf dont Elle con
Cij
32 Voyage des Amb.
noiſt l'intelligence en de
ſemblables emplois , par
la fatisfaction qu'Elle en a
receuë , ainſi que les Ambaffadeurs
, auprés defquels
il a déja eſté employé.
La difficulté des
chemins , principalement
dans une partie de la
Bretagne , où l'on ſe
fert beaucoup de Lirieres,
avoir efté cauſe qu'il n'avoit
point mené d'équipa
ges ,
mais il avoit des ordres
adreſſezaux Gouver
de Siam. 33
neurs & aux Intendans ,
qui devoient fournir toutes
les Voitures neceffaires.
Ainfiil n'eftoit accompagnéque
de ſes Domeftiques
, & de M² de Sily
- qui estoit chargé du traitement
, & qui remplit
parfaitement bien les fon-
Ctions de cette nature .M
Storf eftant arrivé , dit
- aux Ambaſſadeurs dans le
- Compliment qu'il leur fit,
- Que le Royfon Maistre avoit
refolu d'abord de l'en34
Voyage des Amb.
voyer avec un gros équipage;
mais qu'ayant confideré
que non ſeulement ilſeroit
fort fatigué en arrivant
à cause de l'éloignement
des lieux , mais auſſi
que les équipages du Pays
feroient plus commodes jusques
aux endroits où l'on
en envoyeroit d'autres , Sa
Majestéavoit refolu qu'on
s'enforviroit , puiſque c'étoit
un moyen certain de
les voir plûtoſt. Le premier
Ambaſſadeur répon
de Siam.
35
dit , Que le defir qu'ils avoient
de voir le Roy estoit
fi grand , qu'il leur avoit
rendules ventsfavorables ,
& que s'il estoit perfuade
qu'en faisant le Voya
ge à pied , il puſt voir Sa
Majesté un seul quartd'heure
plûtoft , il l'entreprendroit
avec plaisir. M²
Storf luy fit compliment
enfuite , fur le choix que
le Roy de Siam avoit fait
de fa Perſonne pour l'envoyer
en France , & l'Am36
Voyage des Amb.
baffadeur luy répondit,
Que s'il avoit eſté queſtion
d'une Ambaffade àla Chine
ou au Mogol , pour quelque
Negociation importante
, le Roy ſon Maistre
auroit fait choix de quelque
Sujet plus capable d'y réûffir,
mais que ne s'agiſſant
quede reſpects,Sa Majesté
Siamoiſe avoit crû ne pou
voir choisir uneperſonne qui
répondist mieux àfon Zele
& à ſes intentions ; qu'il
n'avoit point d'autres in
de Siam.
37
ſtructions àſuivre que les
ordres que luy apporteroient
ceux qui le viendroient
trouver de la part du Roy ,
Es que comme apparemment
c'estoit M' Storf qui
les apportoit , il estoit prest
de faire tout ce qu'il luy dir
roit. esqu' ainſiil estoitſeur
deſe bien acquiter de fon
Ambaſſade , puis qu'il ne
feroit que ce qui luy seroit
prescrit , & que s'il manquoit
en quelque chose , la
faute viendroit de ceux qui
38 Voyage des Amb.
luy donneroient les ordres ,
&non pas de luy Dans un
autre temps il dit à M
Storf, aprésluy avoir parlé
du plaifir que le Roy de
Siam s'eftoit fait de paffer
par deffus toutes les coûtumes
& les formalitez
ordinaires , pour recevoir
l'Ambaſſadeur de France
avec plus d'éclat , Que le
Roy Son Maistre avoit
cherchéavectant d'ardeur,
à faire des honneurs extraordinaires
àM' le Che
de Siam.
39
valier de Chaumont , que
que ſi un homme d'esprit
comme luy , qui auroit ſté
à Siam , luy avoit donné
de nouveaux moyens pour
- faire encore plus , il l'auroit
. comblé de biens , quoy qu'il
Sceuſt qu'il n'en avoit pas
besoin .
accompagnez de
huit Mandarins , & de
vingt Domeftiques , quatre
autres Mandarins , &
Cij
30 Voyage des Amb.
pluſieurs Perfonnes de la
fuite des Ambaffadeurs
n'ayant pû arriver affeztoſt
à Bord, pour s'embarquer
lors que M'le Chevalier
deChaumont partit
de Siam.Enfin aprés qu'ils
eurent attendu pendant
treize jours , M² Storf,
Gentilhomme ordinaite
de la Maiſon du Roy,arriva
de la part de Sa Majeſté
pour leur faire compliment,
les accompagner
tant qu'ils feroient en
de Siam. 31
France ,&leur fairerendre
dans tous les lieux où
ils pafferoient les honneurs
dus aux Ambaſſa-
.deurs d'un puiſſant Roy.
Sa Majesté voulant qu'ils
euffent à ſe loüer de la
Reception qui leur feroit
faite dans toutes les Villes
où ils pafferoient , à cauſe
- des honneurs extraordi
naires qu'on a rendus à
Siam à M'le Chevalier de
Chaumont , avoit choiſi
M Storf dont Elle con
Cij
32 Voyage des Amb.
noiſt l'intelligence en de
ſemblables emplois , par
la fatisfaction qu'Elle en a
receuë , ainſi que les Ambaffadeurs
, auprés defquels
il a déja eſté employé.
La difficulté des
chemins , principalement
dans une partie de la
Bretagne , où l'on ſe
fert beaucoup de Lirieres,
avoir efté cauſe qu'il n'avoit
point mené d'équipa
ges ,
mais il avoit des ordres
adreſſezaux Gouver
de Siam. 33
neurs & aux Intendans ,
qui devoient fournir toutes
les Voitures neceffaires.
Ainfiil n'eftoit accompagnéque
de ſes Domeftiques
, & de M² de Sily
- qui estoit chargé du traitement
, & qui remplit
parfaitement bien les fon-
Ctions de cette nature .M
Storf eftant arrivé , dit
- aux Ambaſſadeurs dans le
- Compliment qu'il leur fit,
- Que le Royfon Maistre avoit
refolu d'abord de l'en34
Voyage des Amb.
voyer avec un gros équipage;
mais qu'ayant confideré
que non ſeulement ilſeroit
fort fatigué en arrivant
à cause de l'éloignement
des lieux , mais auſſi
que les équipages du Pays
feroient plus commodes jusques
aux endroits où l'on
en envoyeroit d'autres , Sa
Majestéavoit refolu qu'on
s'enforviroit , puiſque c'étoit
un moyen certain de
les voir plûtoſt. Le premier
Ambaſſadeur répon
de Siam.
35
dit , Que le defir qu'ils avoient
de voir le Roy estoit
fi grand , qu'il leur avoit
rendules ventsfavorables ,
& que s'il estoit perfuade
qu'en faisant le Voya
ge à pied , il puſt voir Sa
Majesté un seul quartd'heure
plûtoft , il l'entreprendroit
avec plaisir. M²
Storf luy fit compliment
enfuite , fur le choix que
le Roy de Siam avoit fait
de fa Perſonne pour l'envoyer
en France , & l'Am36
Voyage des Amb.
baffadeur luy répondit,
Que s'il avoit eſté queſtion
d'une Ambaffade àla Chine
ou au Mogol , pour quelque
Negociation importante
, le Roy ſon Maistre
auroit fait choix de quelque
Sujet plus capable d'y réûffir,
mais que ne s'agiſſant
quede reſpects,Sa Majesté
Siamoiſe avoit crû ne pou
voir choisir uneperſonne qui
répondist mieux àfon Zele
& à ſes intentions ; qu'il
n'avoit point d'autres in
de Siam.
37
ſtructions àſuivre que les
ordres que luy apporteroient
ceux qui le viendroient
trouver de la part du Roy ,
Es que comme apparemment
c'estoit M' Storf qui
les apportoit , il estoit prest
de faire tout ce qu'il luy dir
roit. esqu' ainſiil estoitſeur
deſe bien acquiter de fon
Ambaſſade , puis qu'il ne
feroit que ce qui luy seroit
prescrit , & que s'il manquoit
en quelque chose , la
faute viendroit de ceux qui
38 Voyage des Amb.
luy donneroient les ordres ,
&non pas de luy Dans un
autre temps il dit à M
Storf, aprésluy avoir parlé
du plaifir que le Roy de
Siam s'eftoit fait de paffer
par deffus toutes les coûtumes
& les formalitez
ordinaires , pour recevoir
l'Ambaſſadeur de France
avec plus d'éclat , Que le
Roy Son Maistre avoit
cherchéavectant d'ardeur,
à faire des honneurs extraordinaires
àM' le Che
de Siam.
39
valier de Chaumont , que
que ſi un homme d'esprit
comme luy , qui auroit ſté
à Siam , luy avoit donné
de nouveaux moyens pour
- faire encore plus , il l'auroit
. comblé de biens , quoy qu'il
Sceuſt qu'il n'en avoit pas
besoin .
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Résumé : Arrivée de M. Storf pour les recevoir de la part du Roy avec les complimens faits de part & d'autre, & plusieurs choses remarquables dites par les Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit le voyage des ambassadeurs de Siam en France. Ils étaient accompagnés de huit mandarins et vingt domestiques et devaient initialement embarquer avec le Chevalier de Chaumont. Cependant, certains membres de la délégation n'ont pas pu arriver à temps. Treize jours plus tard, Monsieur Storf, gentilhomme ordinaire de la Maison du Roi, a été envoyé par Sa Majesté pour les accompagner et leur rendre les honneurs dus à des ambassadeurs d'un puissant roi. Les difficultés des chemins, notamment en Bretagne, ont empêché l'utilisation d'équipages. Des ordres ont été donnés aux gouverneurs et intendants pour fournir les voitures nécessaires. Monsieur Storf a expliqué que le Roi de France avait choisi de ne pas envoyer un gros équipage pour éviter la fatigue des ambassadeurs et utiliser des moyens de transport locaux plus commodes. Les ambassadeurs ont exprimé leur désir de voir le Roi de France le plus tôt possible. Monsieur Storf a complimenté le choix du Roi de Siam de l'envoyer en France, et les ambassadeurs ont assuré qu'ils suivraient les ordres du Roi de France. Ils ont également mentionné les efforts du Roi de Siam pour offrir des honneurs extraordinaires au Chevalier de Chaumont.
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17891
p. 44-45
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Priviléges des DAMES DE BEAUVAIS.
Début :
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de connoître Madame le Begue Dupont, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Priviléges des DAMES DE BEAUVAIS.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
sur les Priviléges des DAMES DE
BEAUVAIS.
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de
connoître Madame le Begue Dupont,
dont on trouve une Lettre à l'article des
Cérémonies publiques , dans votre Mer-
cure du mois de Décembre 1763 ; je
voudrois cependant fervir d'écho à la
voix publique , & faire part à l'ingénieux
Auteur de cette pièce , de l'effet qu'elle
a produit dans le monde . On a été char-
mé d'apprendre que les Dames de Beau-
vais étoient rentrées dans leurs Privilé-
ges , & qu'elles alloient jouir de nou-
veau d'une prérogative auffi glorieuſe
que juftement méritée. Cet événement
doit faire époque dans le fiécle de la
-Philofophie & de la Politeffe ; il ne fçau-
roit être trop répété : nos faſtes litté
raires doivent l'immortalifer. Si, j'étois
JANVIER. 1764.
45
Poëte , je voudrois faire des vers en
l'honneur des Dames de Beauvais , & de
leur éloquente Panégyrifte. Mais , com-
me le Ciel ne m'a pas départi ce talent ,
je prie Madame le Begue de vouloir bien
fe contenter de cette foible marque de
ma reconnoiffance & de ma fatisfaction.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec
toute la confidération dûe aux talens qui
vous diftinguent dans la République lit-
téraire , &c.
DE DUPUIS,
Gentilhomme de Périgord.
P.S. Vous m'obligerez fenfiblement ,
Monfieur , fi vous voulez bien faire im-
primer ma Lettre dans le fecond volume
du Mercure de Janvier 1764 , à l'article
des Pièces fugitives. L'ufage que vous
en ferez me déterminera à vous envoyer
plufieurs morceaux fur laLittérature &
les Sciences.
sur les Priviléges des DAMES DE
BEAUVAIS.
JE N'AI pas l'honneur, Monsieur, de
connoître Madame le Begue Dupont,
dont on trouve une Lettre à l'article des
Cérémonies publiques , dans votre Mer-
cure du mois de Décembre 1763 ; je
voudrois cependant fervir d'écho à la
voix publique , & faire part à l'ingénieux
Auteur de cette pièce , de l'effet qu'elle
a produit dans le monde . On a été char-
mé d'apprendre que les Dames de Beau-
vais étoient rentrées dans leurs Privilé-
ges , & qu'elles alloient jouir de nou-
veau d'une prérogative auffi glorieuſe
que juftement méritée. Cet événement
doit faire époque dans le fiécle de la
-Philofophie & de la Politeffe ; il ne fçau-
roit être trop répété : nos faſtes litté
raires doivent l'immortalifer. Si, j'étois
JANVIER. 1764.
45
Poëte , je voudrois faire des vers en
l'honneur des Dames de Beauvais , & de
leur éloquente Panégyrifte. Mais , com-
me le Ciel ne m'a pas départi ce talent ,
je prie Madame le Begue de vouloir bien
fe contenter de cette foible marque de
ma reconnoiffance & de ma fatisfaction.
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec
toute la confidération dûe aux talens qui
vous diftinguent dans la République lit-
téraire , &c.
DE DUPUIS,
Gentilhomme de Périgord.
P.S. Vous m'obligerez fenfiblement ,
Monfieur , fi vous voulez bien faire im-
primer ma Lettre dans le fecond volume
du Mercure de Janvier 1764 , à l'article
des Pièces fugitives. L'ufage que vous
en ferez me déterminera à vous envoyer
plufieurs morceaux fur laLittérature &
les Sciences.
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17893
p. 6-11
Description du grand Commun du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Il y a tant de choses surprenantes à voir à Versailles, [...]
Mots clefs :
Grand commun, Roi, Étage, Étages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du grand Commun du Roy. [titre d'après la table]
Il y a tant de choſes furprenantes
à voiràVersailles,
qu'on ne mena point les
des Amb. de Siam. 7
Ambaſſadeurs dans le grand
Commun ,mais ce Bâtiment
eſt ſi vaſte , ſi élevé , & fe
fait remarquer de tant d'endroits,
qu'ils ne laiſſerent pas
de le voir en paſſant , & fans
y entrer,& ce qui leur en parut
leur fit dire , Qu'il y avoit
un fort grand nombre de puiſſans
Souverains dont les Palais estoient
beaucoup moins vaſtes , &moins
apparens. On l'appelle grand
Commun, parce que bien qu'il
enferme un grand nombre
d'Offices & de Cuiſines pour
les Officiers qui ont bouche
à Cour , ce que l'on appelle
A iiij
8 III.P.du Voyage
le petit Commun n'y eſt point
compris , non plus que la
Bouche du Roy , laquelle n'eſt
jamais hors du lieu où loge
Sa Majefté. Le grand Commun
eſt derriere l'aifle en
entrant à gauche de l'avantcourt
, & vis- à- vis la grande
aifle. C'eſt un grand corps de
Baſtiment iſolé , & quarré
long par fon plan d'environ
quarante-huit toiſes de long
fur cinquante toiſes de large,
quirenferme une court prefque
quarrée. L'étage au rezde
chauffée eſt voûté, & renferme
les Cuiſines, Dépenſes
1
des Amb. de Siam. 9
!
& Offices, & au deſſus le premier
étage ſe communique
par un Balcon de pierre en
faillie au pourtour de la court.
Ce Balcon eft fermé par une
Balustrade de fer. Il y a def
ſus un grand étage quarré,
en forte que ce Baftiment a
trois étages couronnez de
ſon Entablement dans le
comble qui eſt brifé. Il y a
trois étages en Galetas. Tout
ce Baſtiment eſt double d'u
ne toiſe d'épaiſſeur dans toute
ſon étenduë , & renferme
plus de fix cens pieces fermant
à clef , en y compre10
III . P. du Voyage
nant les Entre foles . La décoration
eft deBoffages & de
Tables de brique , & les milieux
de chaque face , tant
dedans que dehors, font marquez
parun avant- corps couronné
d'un fronton avec les
Armes du Roy. Au deſſous
de chaque fronton font des
bas-reliefs qui reprefentent
les quatre Saiſons de l'année,
fous quatre Divinitez qui
tiennent des fruits & des
fleurs que produifent les Saifons.
On doit demeurer d'accord
que tout ce qui marque
des Amb.de Siam. 11
la grandeur du Roy à Verfailles
, doit eſtre d'une gran
de magnificence , puiſqu'on
ne met pas le grand Commun
au rang des chofes
qu'on faitvoir aux Etrangers ,
quoy que les Ambaſſadeurs ,
comme je viens de vous le
marquer , l'ayent trouvé
plus beau que les Palais de
beaucoup de Souverains.
à voiràVersailles,
qu'on ne mena point les
des Amb. de Siam. 7
Ambaſſadeurs dans le grand
Commun ,mais ce Bâtiment
eſt ſi vaſte , ſi élevé , & fe
fait remarquer de tant d'endroits,
qu'ils ne laiſſerent pas
de le voir en paſſant , & fans
y entrer,& ce qui leur en parut
leur fit dire , Qu'il y avoit
un fort grand nombre de puiſſans
Souverains dont les Palais estoient
beaucoup moins vaſtes , &moins
apparens. On l'appelle grand
Commun, parce que bien qu'il
enferme un grand nombre
d'Offices & de Cuiſines pour
les Officiers qui ont bouche
à Cour , ce que l'on appelle
A iiij
8 III.P.du Voyage
le petit Commun n'y eſt point
compris , non plus que la
Bouche du Roy , laquelle n'eſt
jamais hors du lieu où loge
Sa Majefté. Le grand Commun
eſt derriere l'aifle en
entrant à gauche de l'avantcourt
, & vis- à- vis la grande
aifle. C'eſt un grand corps de
Baſtiment iſolé , & quarré
long par fon plan d'environ
quarante-huit toiſes de long
fur cinquante toiſes de large,
quirenferme une court prefque
quarrée. L'étage au rezde
chauffée eſt voûté, & renferme
les Cuiſines, Dépenſes
1
des Amb. de Siam. 9
!
& Offices, & au deſſus le premier
étage ſe communique
par un Balcon de pierre en
faillie au pourtour de la court.
Ce Balcon eft fermé par une
Balustrade de fer. Il y a def
ſus un grand étage quarré,
en forte que ce Baftiment a
trois étages couronnez de
ſon Entablement dans le
comble qui eſt brifé. Il y a
trois étages en Galetas. Tout
ce Baſtiment eſt double d'u
ne toiſe d'épaiſſeur dans toute
ſon étenduë , & renferme
plus de fix cens pieces fermant
à clef , en y compre10
III . P. du Voyage
nant les Entre foles . La décoration
eft deBoffages & de
Tables de brique , & les milieux
de chaque face , tant
dedans que dehors, font marquez
parun avant- corps couronné
d'un fronton avec les
Armes du Roy. Au deſſous
de chaque fronton font des
bas-reliefs qui reprefentent
les quatre Saiſons de l'année,
fous quatre Divinitez qui
tiennent des fruits & des
fleurs que produifent les Saifons.
On doit demeurer d'accord
que tout ce qui marque
des Amb.de Siam. 11
la grandeur du Roy à Verfailles
, doit eſtre d'une gran
de magnificence , puiſqu'on
ne met pas le grand Commun
au rang des chofes
qu'on faitvoir aux Etrangers ,
quoy que les Ambaſſadeurs ,
comme je viens de vous le
marquer , l'ayent trouvé
plus beau que les Palais de
beaucoup de Souverains.
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Résumé : Description du grand Commun du Roy. [titre d'après la table]
Lors de leur visite à Versailles, les ambassadeurs de Siam ont été impressionnés par le grand Commun, bien qu'il ne leur ait pas été spécifiquement montré. Ils ont noté que ce bâtiment, isolé et carré, mesurait environ quarante-huit toises de long sur cinquante toises de large et abritait une cour presque carrée. Il comportait trois étages principaux et trois étages en galetas, totalisant plus de six cents pièces fermées à clé. La décoration comprenait des boiseries, des tables de brique, des avant-corps avec des frontons et des armes royales, ainsi que des bas-reliefs représentant les quatre saisons sous des divinités tenant des fruits et des fleurs. Malgré son importance, le grand Commun n'est pas habituellement présenté aux étrangers. Cependant, les ambassadeurs de Siam l'ont trouvé plus beau que les palais de nombreux souverains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17894
p. 45-116
« Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...] »
Début :
Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il est temps de vous parler de ce qui se passa à Paris, où la [...] »
Il est temps de vous parler de
ce qui se passa à Paris, où la
fausse nouvelle de l'accouche-
ment de Madame la Duchesse
de Bourgogne fut répanduë,
comme elle l'avoit esté à Ver-
ſailles, & l'on y ajoûta d'autant
plus de foy, que plusieurs Per-
sonnes de la plus haute distin-
ction avoient fait partir des
Couriers, qui étoient prêts à
monter à cheval aux moindres
signaux qu'on leur donneroit.
Le premier feu qui fut allumé,
parut sur le Quay des Galleries
du Louvre, vis-à vis le der-
riere de la Monnoye des Médail-
les, dont Mr de Launay est Di-
recteur. Il estoit si bien prépa-
ré à donner des marques de son
zéle, & si attentif à tout ce qui
Réjouissances.
46
se passeroit, que dans l'instant
qu'il eût appris la grande nou-
velle que chacun attendoit avec
une impatience, accompagnée
de la plus vive ardeur, on en-
tendit des décharges des canons
qu'il avoit fait placer au devant
du Cabinet des Médailles & de
son appartement, qui annon-
cérent les premiers, cette im-
portante nouvelle. Ces déchar-
ges furent aussi- tôt accompa-
gnées de feux, & d'une distribu-
tion de vin à tous les passans;
ce qui arrêta une grande quan-
tité de personnes de tout sexe,
qui témoignerent par leurs
dances, & par des cris conti-
nuels de vive le Roy, la joye que
leur causoit la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
de
ce
te
le
d
Réjouissances.
4
gne. Mr de Launay régala au ſsi
de plusieurs sortes de liqueurs
ceux qui entrérent dans l'Hô-
tel de la Monnoye des Médail-
les; de maniere que la multitu-
de du peuble qui s'assembla
pour boire & pour dancer, les
grands & longs cris de vive le
Roy, l'éclat du feu qu'il fit allu-
mer, & les décharges du canon
qu'il fit tirer, reveillerent les
habitans du Quay des Théatins
& tous ceux du Fauxboug Saint
Germa in, qui n'avoient encore
appris que confusément & sans
aucune certitude, la nouvelle
de la naissance du Prince, que
le Ciel avoit accordé aux vœux
du Roy. Tous ceux qui reve-
noient des Thuilleries, où cet-
te naissance n'estoit pas confir-
Réjouissances.
48
mée, commencérent à la croire
veritable, en voyant tant de
réjouissances, & allérent porter
cette nouvelle dans tous les
quartiers de la Ville. Elle fut
annoncée en même-temps dans
toute l'étenduë des lieux d'où
l'on peut voir la Maison, vul-
gairement appellée la Samari-
taine, que Mr le Febvre, Gou-
verneur de la Pompe de la Mai-
son Royale de la Samaritaine
fit illuminer de la maniere sui-
vante: Il fit placer des lumieres
sur toutes les feuestres & sur tous
les balcons, il fit faire un grand
feu devant sa porte, il fit caril-
lonner toutes les cloches de la
Samaritaine & fit sonner le toc-
sin. Il est aisé de juger que ceux
qui passerent sur le Pont-neuf
Réjouissances.
49
& qui furent témoins de ces ré-
jouissances, contribuérent aussi
à l'épanchement de la grande
nouvelle, que l'on venoit d'ap-
prendre dans presque tous les
quartiers de Paris. Pendant que
toutes ces choses se passoient
du côté de la Riviere, je dois
vous dire en fidéle Histotien,
que Mr de Rouvieres, Apoti-
carre du Roy & des Camps &
Armées de S. M. & connu par
trois dispensations publiques de
la Theriaque, qu'il a faite so-
lemnellement ayant eu le bon-
heur d'apprendre le premier du
quartier de la Porte S. Honoré,
la naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, fit allumer
dans le même instant un grand
feu, & illuminer toute la façade
fuillet 1704. 11. P.
Réjouissances.
grande
ſa maiſon, avec une
quantité de bougies; & distri-
buer du vin à tous les passans,
afin que cette nouvelle se répan-
dît dans tout son quartier, où
elle n'avoit pas encore eſté pu-
bliée. Il donna un grand repas
à plusieurs de ses amis, & l'on
ne cessa qu'à minuit de boire
la santé du Roy devant sa por-
te, où la foule des buyeurs fut
tres grande. Ces trois Mes qui
ont celebré les premiers à Paris
la naiſsance du nouveau Prin-
ce, continuërent pendant einque
jours de suite à donner des mar-
ques de leur zele. Celles des
deux premiers furent differen-
tes. Mr de Launay remplit le
second jour de bougies, toute
la galerie des Medailles du Re
Réjouissances.
51
ce qui produisit un tre-bel ef-
fet, à cause de la reflexion de
ces lumieres qui se faisoit dans
les glaces, dont il y a un grand
nombre dans cette galerie; ce
qui la faisoit paroître toute bril-
lante de lumieres, ou plûtôt tou-
te en feu; elle donna beaucoup
de plaisir tant à ceux qui pas-
soient sur le Quay des Theatins,
qu'à ceux qui passoient le long
de la ruë qui finit à celle de
S. Honoré, d'où l'on voyoit aussi
certe illumination, parce que
cette gallerie est si heureuse-
ment située, qu'elle est vuë du
Fauxbourg S. Germain & de la
ruë S. Honoré.
Mr le Febvre fit le lendemain
Jeudi, les mêmes illuminations
qu'il avoit faites le jour prece-
Ei
Réjouissances.
52
dent; mais il rencherit de beau-
coup le 27. sur tout ce qu'il avoit
déja fait; il fit illuminer tout le
pourtour des plate-formes, & il
fit remplir de lumieres les deux
consoles qui sont à côté du Ca-
dran; il fit pareillement illu-
miner tout le balcon qui con-
tient les cloches du carillon & la
piramide qui est au-dessus, ainsi
que les deux balcons des Cham-
bres qui accompagnent le bassin
qui jette de l'eau. Le lendemain
pour diversifier l'illumination,
il fit éclairer les fenestres, les
balcons & tout le retour de la
terrasse. Le Dimanche il fit il-
luminer comme il avoit fait le
Vendredy; & pendant tous ces
cinq jours; le carillon & le toc
ſin de la Samaritaine ne ceſſe
Réjouissances.
rent point de se faire entendre.
Le Jeudy 26. Messieurs du Se-
minaire de S. Magloire firent de
grandes illuminations qui con-
tinuerent le 27. toute la face de
leur Maison qui estoit illuminée
& qui répondà celle de Meudon
faisoit un effet merveilleux.
Dès le jour de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, Mr de Breteuil, Conseiller
d'Etat ordinaire, fit illuminer
sa Maison, fit faire des feux de-
vant la porte de son Hôtel &
couler une fontaine de vin, ce
qui a esté continuè pendant plu-
sieurs jours au bruit des violons,
& des haut bois & de plusieurs
aurres instrumens, qui n'ont pas
moins attiré le peuple, que le
vin qu'il a fait distribuer ; ce-
E iij
Réjouissances.
54
Peuple s'estant fait un extrême
plaisir de chanter & de dançer
au bruit de tant d'instrumens.
Je ne finirois point si je vou-
lois parler de ceux qui ont fait
des illuminations, des feux &
des distributions de vin pendant
les deux jours qui ont precedé
le Te Deum, quoy qu'ordinaire-
ment ces sortes de réjouissances
ne commencent que le jour que
l'on rend graces à Dieu pour
quelque grand & heureux éve-
nement, on peut dire cepen-
dant, que personne n'a attendu
à Paris les jours destinez pour
marquer son zele, puisque les
rejouissances ont commencé dès
le moment qu'on a crû avoir su-
jet d'en faire, & que tout Paris
a esté illuminé pendant près de
Réjouissances.
huit jours de suite. J'entends
que la feste a esté generale pen-
dant tout ce temps-là, & je ne
pretends pas parler des festes
particulieres qu'ont faites pen-
dant plus d'un mois les Corps de
Metiers, les jours que leurs
Communautez ont rendu graces
à Dieu par les Te Deum, qu'elles
ont fait chanter.
Il est temps de vous parler
avec plus d'ordre de tout ce qui
seſt fait à Paris, mais je n'ay pû
m'empêcher de vous dire d'a-
bord un mot d'une partie de
ceux qui ont fait éclater leur
joye & leur zele dès l'instant
qu'ils ont appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, sans avoir eû le temps de
ſe preparer à aucune feſte; je
56
Réjouissances.
suis persuadé que j'en ay oublie
un grand nombre, & qu'il me
ſera impossible de n'en pas
oublier encore beau coup dans
le détail que je vais vous faire.
Au moment de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne, le Roy envoya Mr des
Granges à Paris, pour faire sça-
voir cette nouvelle à Monsieur
le Gouverneur, & à Messieurs
les Prevôt des Marchands &
Echevins. Lemême jour 25. de
Juin, Mr le Prevôt des Mar-
chands, ayant appris en son Hô-
tel, que Madame la Duchesse de
Bourgogne étoit accouchée d'un
Prince, se rendit à l'Hôtel de
Ville, d'où il envoya avertir
Mrs les Echevins, Procureur du
Roy, Greffier, & Receveur de
1a
afi
ce
br
en
v.
Réjouissances.
la Ville, de ſe rendre audit lieu,
afin qu'il reglât avec eux, tout
ce qui devoit se faire pour cele-
brer cette heureuſe naissance,
en attendant la Lettre de cachet
qui en devoit confirmer la nou-
velle.
Sur les 7. heures du soir du
même jour, Mr des Granges,
Maître des Ceremonies, leur
apporta, en qualité de Courier
du Roy, la Lettre de cachet,
par laquelle & par Mr des Gran-
ges, Messieurs de Ville appri-
rent le bonheur extraordinaire
& sans exemple qui venoit d'ar-
river à la France. Il leur dit
aussi qu'il croyoit que l'on chan-
teroit le Te Deum, le Vendredy
suivant.
Mr des Granges ayant esté
Réjouissances.
18
reconduit, Mr le Prevôt des
Marchands fit venir à l'Hôtel
de Ville, Mr Hebert, pour luy
demander le dessein d'un feu
d'Artifice, à neuf pilliers. Il
est à remarquer qu'on ne met
neuf pilliers qu'aux feux qui se
font pour des évenemens qui re.
gardent la Maison Royale. Les
ordres furent en même temps
donnez à tous les Ouvriers qui
travailloient pour la Ville, non
seulement pour l'execution de ce
feu, mais aussi pour tout ce qui
regardoit la feste qui se feroit à
l'Hôtel de Ville, le jour que ce feu
seroit tiré. On fit en même tems
sonner la cloche de l'Hôtel de
Ville, & on donna ordre à l'Hor-
logeur d'employer un nombre
d'hommes suffisant pour la faire
10
tit
fu
de
le
fi
8
n
n
Réjouissances.
Ionner jour & nuit, sans discon-
tinuation, jusqu'à ce que le feu
fut tiré. Le premier Echevin fut
deputé pour aller chez Monsieur
le Premier President, afin qu'on
fit sonner la cloche du Palais,
& que les Boutiques fussent fer-
mées pendant trois jours. Le
Greffier fit signer une Ordon-
nance pour enjoindre aux Bour-
geois & Habitans de la Ville &
Fauxbourgs de Paris, de faire
des feux de joye & des illumi-
nations pendant trois nuits.
Les boëtes & le canon furent
tirez dés le soir même, & Mes-
sieurs de Ville firent un grand
feu de fagots devant l'Hôtel de
Ville, ou l'on fit distribuer au
Peuple du vin en grande quan-
cité, & un grand nombre de petits
Réjovissances.
60
pains; on en fit aussi distribuer
aux portes de Messieurs de Vil-
le, & dans tous les Marchez &
Places publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville.
Le lendemain Jeudy 26 du
même mois, le boëtes & canons
de la Ville & de la Bastille fu-
rent tirez sur les quatre heures
du matin, & les Boutiques fu-
rent fermées pendant ce jour,
& le pain & le vin distribuez en
tres-grande quantité devant la
porte de l'Hôtel de Ville, &
celles de Messieurs les Prevost
des Marchands, Echevins, Pro-
cureur du Roy, Greffier, Re-
ceveur, Conseillers, Quarti-
niers, & dans toutes les Places
publiques & a.
Le foir du même jour, Mes-
sie
le
fi
le
Réjovissances.
61
sieurs les Prevôt des Marchands,
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
lers & Quartiniers de la Ville,
firent dresser des tables devant
leurs portes. On y ſervit au Peu.
ple toute sorte de viandes, avec
du pain & du vin en abondan-
ce, aux acclamations & cris de
vive le Roy, Monseigneur, & Mes-
seigneur les Ducs de Bourgogne &
de Bretagne. Ces exemples fu-
rent ſuivis & imitez par tous les
Bourgeois, qui firent des feux
devant leurs portes & des illu-
minations à toutes leurs funê-
tres. Le même soir sur les 9 heu-
res, on fit un grand feu de fa-
gots & des illuminations à tou-
tes les croiſées de l'Hôtel de Vil-
le, & de l'horloge. Les boëtes, &
le canon furent tirez.
Réjouissances.
62
Le Vendredy 27. Mr des
Granges porta dès le le ma-
tin à Monsieur l'Archevêque
de Paris la Lettre de cachet,
dont je vous envoye une copie.
Mon Consin, la nouvelle &
singuliere Benediction qu'il a plud
Dieu de répandre sur mon Regne,
par la naissance du Prince que ma
petite Fille la Duchesse de Bour-
gogne vient de donner à la France,
est une des marques des plus visibles
que j'aye encore receuë de sa pro-
tection. Ty suis d'autant plus sensi-
ble qu'elle est sans exemple dans
aucun des Rois mes predecesseurs,
& qu'elle perpetuë le bonheur de
mes Estats par cette longue suitte
& succession de Rois qu'elle leur
assure. C'est dans les sentimens de la
juste reconnoissance que j'en ay, que
e
d
la
t.
Réjouissances.
63
je crois ne pouvoir assez tost en ren-
dre à Dieu les actions de graces qui
luy son dues : Et jevous ecris cette
Lettre pour vousd requemon inten-
tion est que vous fassiez chanter le
Te Deum en l'Eglise Metropoli-
taine de ma bonne Ville de Paris,
au jour & à l'heure que le Grand
Maître, ou le Maitre des Cere-
monies vous dira de ma part. Je
luy ordonne d'y convier mes Cours,
& ceux qui ont accoutumè d'y assister.
Sur ce, Je prie Dieu qu'il vous ait,
mon Cousin, en sa sainte & digne
garde. Ecrit à Versailles le 25. Juin
1704. Signé LOUIS; Et plus
bas, PHELYPEAUX.
Et au dos estoit écrit: Amon
Cousin le Cardinal de Noailles,
Archevèque de Paris, Duc & Pair
de France, Commandeur de mes
Ordres.
Réjouissances.
64
Mr des Granges porta ausli
des Lettres de cachet au Par-
lement, à la Chambre des
Comptes, à la Cour des Aydes,
& à la Ville, afin qu'on se ren-
dît à Nôtre-Dame pour le Te
Deum, qui devoit estre chanté
l'aprés-dînée du même jour.
Le même jour à 4. heures du
matin, les boëtes & le canon
avoient esté tirez. Sur les neuf
heures du matin, Messieurs de
Ville estant assemblez au Bu-
reau, Mr des Granges y appor-
ta la Lettre de cachet, dans
laquelle il estoit marqué que le
Te Deum, seroit chanté à trois
heures de relevée. Tous les
corps dont je viens de vous par-
ler se rendirent à Nôtre-Dame,
ou Monsieur le Chancelier se
trouva
r
10
r
A
Réjouissances.
65
trouva à la teſte du Conseil.
Sur les deux heures, le Co-
lonel des Archers de Ville se
rendit à la teſte de ſes trois cens
Archers en Armes, à l'Hostel
de Ville , au bruit de leurs
Tambours
Trompettes &
Hautbois. Lorsqu'ils y furent
arrivez on poſta des Gardes à
toutes les portes, & dans tous les
appartemens de cet Hostel. Sur
les trois heures Mr le Prevost
des Marchands & Mrs. les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier & Receveurs en Ro-
bes de velours, & Mrs les Con-
seillers & Quartiniers de la
Ville, en Robes de soye, ac-
compagnez du Colonel & des
Archers de Ville, Tambours,
Trompettes & Hautbois, al-
Juillet 1704. II. P. F
Réjouissances.
66
lerent à cheval à Nostre-
Dame, où ils prirent leur place
ordinaire.
Plosieurs Archevêques &
Evêques qui se trouvoient alors
à Paris pour les affaires de leurs
Dioceses, sy rendirent aussi.
Ceux qui assisterent à ce Te
Deum sont les Archevêques de
Narbonne, de Rouen, de Tou-
louse, de Bourges & d'Aix, &
les Evêques de Condom, d'O-
range, de Soissons & quelques
autres. Monsieur le Cardinal
de Noailles officia à cette Ce-
remonie. Le Te Deum qui étoit
de la composition de Mr de La-
louette Maistre de Musique de
Nostre-Dame, fut chanté &
fort applaudi. La Symphonie
fut trouvée tres belle, & les
Réjouissances.
67
Symphonistes étoient en grand
nombre. Les 24 Violons du
Roy jouerent à ce Te Deum,
pendant lequel on tira les Boë-
tes & le Canon de la Ville,
ainsi que celui de la Bastille.
Le même jour sur les huit
heures du soir toutes les Ta-
bles de l'Hôtel de Ville furent
magnifiquement servies; celle
de Mr le Prevost des Mar-
chands dans la grande Salle des
Colonels & celles de Mrs les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
ler & Quartiniers dans les dif-
ferens appartemens qu'ils ont
à l'Hôtel de Ville ; ces appar-
temens estoient tendus de Ta-
pisseries aussi belles que riches,
& on y avoit distribué plus de
Flj
Réjouissances.
68
cinquante Lustres. On bût par
tout à la santé du Roy, de Mon-
seigneur & de Messeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Bre-
tagne au bruit des Tambours,
Trompettes, Hautbois & des
vingt- quatre Violons. Les
Compagnies de Messieurs de
Ville, au nombre de plus de
mille personnes ayant soupé, &
ce qui devoit composer l'illu-
mination de toutes les croisées
& de rous les autres endroits
de l'Hôtel de Ville ayant esté
allumé, & les Boëtes & le Ca-
non ayant tiré; elles ſe place-
rent pour voir le Feu d'artifice.
On avoit écrit au haut de la
decoration de ce Feu.
Réjouissances.
60
VOTUM URBIS.
Pour exprimer les sentimens
de cette joye & les vœux que
la Ville fait pour la felicité du
Prince, l'on s'étoit servi des
quatre Vers suivans, tirez de
Martial, ausquels l'on n'avoit
changé que le premier, pour
appliquer à Monseigneur le
DUC DE BRETAGNE,
ceux que ce Poëte avoit fait
pour l'Empereur Domitien.
NASCERE BORBONIO SPE-
RATA ESANGUINE FRO
LES,
VERA DEUM SOBOLESS
NASCERE MAGNE PUER)
CUI PATER AETERNAS ROSE
Réjouissances.
SAECULA TRADAT HABE-
NAS.
UIQUE REGAS ORBEM
CUM SENIORE SENEX.
Digne Sang des Bourbons, nostre
chere esperance.
Sous le plus grand des Rois viens
affermir la France
Et marchant sur les pas de ses no-
bles ayeux
Viens apprendre à loisit à gouver.
ner comme eux
Au milieu de chacune des
quatre Façades de la Decora-
tion il y avoit un Cartouche:
deux de ces Cartouches con-
tenoient chacun un Emblême,
&& les deux autres chacun une
Devise.
Réjouissances,
71
Celle qui regardoit l'Hôtel
de Ville representoit l'Eternité
qui presentoit au Roy, Monsei-
gneur le Dauphin, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE qu'Elle tenoit
entre ses bras, avec cès mots
du Pseaume 113.
FILII EORUMUSQUE IN SAE-
CULUM SEDEBUNT SUPER
SEDEM TUAM.
Tes arrieres neveux regneront après
toy.
Dans la Façade opposée l'on
avoit representé les quatre par-
ties du monde, offrant au Roy
leurs hommages, & aux Prin-
Réjovissances.
72
ces qui environnent son Trône,
avec ces mots du Pseaume 43.
CONSTITUES EOS PRINCI-
PES SUPER OMNEM TER-
RAM.
Tu feras en tous lieux respecter
leur Empire.
Dans la Façade qui regardoit
la riviere lon avoit peint pour
Devise des rejettons d'Olivier,
qui s'élevent autour de la tige
dont ils sont sortis: c'est la com-
paraison qui est marquée dans
le Pseaume 127. pour signifier
cette heureuse fecondité dont
Dicu recompense ceux qui le
craignent. L'on ne pouvoit en
chosir une plus digne pour ex-
premier
d
n
Réjouissances.
71
primer le rare bonheur dont
Dieu a recompensé les vertus
de Louis le Grand, en lui don-
nant un arriere Petit-fils, dans
le plus haut point de sa gloire.
L'on répondroit mal à ses sen-
timens, si l'on ne reconnoissoit
pas avec lui l'Auteur d'une fe-
licité si extraordinaire: c'est
pourquoi l'on avoit choisi pour
ame de cette Devise l'applica-
tion que David en fait à l'en-
droit même d'où elle eſt tirée.
SIC BENEDICETUR HOMO
QUI TIMET DOMINUM.
Le Ciel benit ainsi ceux qui sui-
vent ses Loix.
Enfin, l'on avoit tâché de
Juillet 1704. II. P.
G
Réjouissances.
72
faire voir par une autre De-
vise, que l'on avoit peinte au
milieu de la Façade opposée,
quielles sont les esperances que
la France doit concevoir du
Prince que le Ciel vient de lui
donner. L'on a tiré cette De-
vise de la même source que la
precedente: c'est la comparai-
son que David fait du Juste,
avec un arbre planté le long
du courant des eaux; la nour-
riture qu'il y prend est un pré-
sage certain des fruits qu'il
portera dans son temps. La
France ne sçauroit pareille-
ment se tromper, en se pro-
mettant de voir en la Personne
de Monseigneur LE DuC DE
BRETAGNE, un Prince di-
gue de ses illustres Ayculs
Réjouissances.
7
c'est ce que signifie un jeune
arbre planté sur le bord d'un
ruisseau, avec ces paroles du
premier Pseaume.
FRUCTUM DABIT IN TEM.
PORE suO.
Il produit en son temps des fruits
dignes de lui.
L'on a coûtume dans les Fe.
tes que l'on fait pour la Nais-
sance des Princes, d'exposer les
Tableaux de leurs Ancêtres, &
de leurs plus proches parens.
Pour ne pas s'eloigner de cet
usage, l'on avoit peint dans
l'une des Façades les Portraits
d'Henry IV. & de Louis XIII.
Dans la seconde, celui du Roy
Gij
Réjouissances.
74
& de Monfeigneur. Dans la
troisième celui de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & de
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE. Dans la qua-
triéme celui du Roy d'Espagne
& de Monseigneur le Duc de
Berry.
A peine ce Feu eut- il cessé
de tirer que le Bal fut ouvert
en plusieurs endroits & dans
tous les appartemens de l'Hô-
tel de Ville, où beaucoup de
personnes de la plus haute dis-
tinction se trouverent & dan-
cerent ; ce qui dura jusqu'à
trois ou quatre heures du ma-
tin, que les vingt-quatre Vio-
lons du Roy, les Tambours,
Trompettes & Hautbois cesse-
rent de jouer. Le tout ſe paſsa
Réjouissances.
avec la tranquillité que l'on
devoit attendre des bons or-
dres que Messieurs les Prevost
des Marchands & Echevins
avoient donnez. Le même soir
toutes les maisons de la Ville
& des Fauxbourgs furent illu-
minées; & des feux de joye fu-
rent faits devant toutes les
portes; il y eut même des ta-
bles dressées en plusieurs en-
droits pour les passans, à qui
l'on fit boire la santé du Roy
& des Princes; de manière que
toutes les ruës retentirent des
acclamations publiques.
Le Samedy au soir, Messieurs
de Ville donnerent au public
le plaisir de faire jouer les 24.
Violons du Roy dans les Thuil,
leries.
Giij
6
Réjouissances.
Et le lendemain Dimanche,
ils firent la même chose dans la
Place Royale, où il y eut des
feux de joye & des illumina-
tions à toutes les croisées des
Hoſtels.
On ne peut s'empêcher de
parler icy du zele ardent & de
l'attention de Mr le Prevost
des Marchands pour se signa-
ler des premiers, puisqu'à peine
eut-il entendu parler de l'ac-
couchement de Madame la Du-
chesse de Bourgogne, dont on
pouvoit encore douter, qu'il
se rendit à l'Hostel de Ville,
où par ses ordres l'Assemblée
ſe trouva aussi toſt complette.
Il est à remarquer que les ré-
jouissances qu'il fit faire dés le
même jour, furent aussi gran-
des que si l'on avoit eù un jour
Réjouissances.
entier pour s'y préparer; &
qu'à peine la nouvelle en étoit-
elle répanduë dans Paris, que
l'on distribuoit déja du pain &
du vin à l'Hostel de Ville, aux
portes des Messieurs de Ville, &
dans tous les Marchez & Pla-
ces publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville. Cette gran-
de distribution faite pendant
plusieurs jours est bien digne
d'estre remarquée, & une pa-
reille profusion ne peut estre
faite que dans une Ville com-
me Paris, & par un Prevost des
Marchands & un Conseil de
Ville bien zclez. On ne peut
aussi penser sans étonnement
que la Ville donna, le soir du
feu, à souper à plus de mille
personnes. Il faut pour le bien
G iiij
8
Rejouissance.
concevoir, se representer que
l'Hoſtel de Ville est fort spa-
cieux & que tous ceux qui y
sont reçûs pour voir le feu, y
sont regalez, ainsi que ceux
qui sont sur des échafauts que
Messieurs de Ville font faire,
à qui l'on distribue avec abon-
dance tous les mets qui peu-
vent estre portez dans ces en-
droits là. On voit aussi par les
14 Violons envoyez aux Thuil-
leries & à la Place Royale par
Mr le Prevost des Marchands &
par Messieurs de Ville, qu'ils
ont esté aussi galans que magni-
fiques , & qu'ils n'ont rien ou-
blié pour entretenir le peuple
dans la joye qu'il témoignoit
avec tant de vivacité.
Jamais Paris n'a eſté plus
Réjouissance.
7
brillant de lumieres qu'il le fut
le soir que l'on chanta le Te
Deum, & plusieurs Volumes
pourroient à peine suffire pour
donner le détail des ingenieu-
ses illuminations qui furent
faites à tous les Hostels de Pa-
ris, & chez toures les person-
nes distinguées Toute la façade
du Palais Royal fut remplie de
flambeaux pendant trois soi-
rées, & les Trompettes & les
Timbales ne cesserent point de
jouer. Il est impossible de rien
voir de plus brillant que parut
pendant trois jours tout le
Quay des Théatins Les Hôtels
de Bouillon, de Crequy, de
Portsmouth & les autres qui
sont sur le même Quay, furent
illuminez de lumieres vives, &
80
Réjouissances.
toute l'Architecture fut dessi-
née avec des lamprons, ce qui
faisoit un tres-bel effet, & l'on
y distinguoit les Balustrades &
les Balcons, quoiqu'ils fussent
tout en feu. La même choſe pa-
rut dans l'Isle, & sur tout à la
belle maison de Mr le President
Lambert qui est à la pointe, ce
qui faisoit d'autant plus d'effet
que toutes ces lumieres reflé-
chissoient dans l'eau, ou toute
l'Isle paroissoit en feu. Je ne
dis rien de l'illumination de la
Place Royale, on peut juger de
quelle beauté elle étoit à cause
de l'uniformité des maisons. Il
en parut le même soir une tres-
belle chez Mr Lhuillier à la
Place de Louis le Grand, qui
ne fut qu'un prélude de la gran-
Rejouissances.
81
de Feste qu'il preparoit.
Le même jour 27. les Au-
gustins du Grand Convent se
distinguerent par des feux &
des illuminations qui durerent
pendant cinq jours, & par le
vin que le Prieur fit distribuer
au Peuple en abondance ; le
Dimanche suivant 29. ils chan-
terent un Te Deum au son de
leurs cloches & au bruit d'une
triple décharge de plusieurs
Boëtes. Ils firent le soir tirer
beaucoup d'artifice, aprés de
pareilles décharges de Boëtes;
les Fenestres de leurs Cham-
bres & la face de leur Bâiiment
étoient éclairées par un fort
grand nombre de bougies. Ils
se sentirent d'autant plus ani-
moz à faire ces réjouissances,
82
Réjouissances.
que leur Maison est de fonda-
tion Royale, leur ayant esté
donnée en 1293. par le Roy
Philippes le Bel, & qu'outre
les Assemblées du Clergé qui
se tiennent ordinairement chez
eux, ube grande partie des
plus-belles & des plus nobles
Ceremoniess y fait encore: que
le Roy Henry III. y créa en
1578. & fixa à perpetuité l'Or-
dre des Chevaliers du S. Esprit
qu'Henry IV. marqua leur E-
glise en 1594. pour le lieu de la
Procession de toutes les Cours,
Paroisses & Communautez Re-
ligieuses de la Ville: & qu'en-
fin le Roy honora cette même
Maison de sa presence en 1662.
& y fit la seule promotion des
Chevaliers de l'Ordre qu'il ait
Réjowissances.
83
fait jusqu' à present à Paris. Ce
qui fait que ces Peres ont esté
ravis de donner des marques
publiques de leur reconnois-
sance & de leur attachement
pour la Personne de Sa Majeſté
& de toute la famille Royale.
Je devois, suivant l'ordre que
j'ay observé dans cette relation,
vous marquer plutôt que laMai-
son de Mr de la Croix, Maître
des Comptes, & Maître d'Hô-
tel de Madame la Duchesse de
Bourgogne fut toute illuminée
dés le ſoir même de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne; que cette illumination
continua pendant trois jours,
& que tous les soirs le vin ne fut
pas épargné à tous ceux qui se
presenterent pour boire la san-
Rejouissances.
84
té de Monseigneur le Duc de
Bretagne.
Les Jesuites qui sont toûjours
prêts à donner des marques de
leur zele, lorsqu'il s'agit de la
gloire & du bonheur de la Fran-
ce, firent le 26. le 27. & le 28.
de grandes réjouissances dans
leur College de Louis le Grand.
Toutes les quatre faces de leur
cour furent illuminées; on tira
beaucoup de fusées volantes,
& d'autres artifices au bruit des
timballes, des haut bois & des
L'illumination
Trompettes.
dura, chaque jour, depuis huit
heures jusqu à minuit. Les hom-
mes & les femmes eurent la li-
berté d'entrer dans leur cour,
dont les portes qui donnent
dans l'interieur de leur Maison,
Réjouissances.
86
estoient fermées Ces réjouis-
sances, quoi que grandes, ne
suffisoient pas pour remplir l'ar-
deur de leur zele, qui leur fit
prendre le dessein de donner
une feste plus grande & plus
reguliere, que vous trouvercz
dans la suite de cette relation.
Quoi que Monsieur le Due
d'Albe se fût distingué à Ver-
sailles, ainsi que je l'ay déja
marqué, les illuminations n'en
furent pas moins grandes à son
Hôtel a Paris, & comme cet
Hôtel ne suffit pas pour tous
ceux qui composent son Dome-
stique, & qu'il a loué plusieurs
Maisons aux environs de son
Hôtel; toutes ces Maisons fu-
rent parcillement éc lairées, &
tout s'y paſsa avec la profusion
Rejouissances.
86
& la magnificence ordinaire à
cet Ambassadeur.
Monsieur le Marquis Dos-
Rius donna aussi des marques
de sa joye & de sa magnificence
ordinaire, quoi qu'il ne fasse
plus les fonctions d'Ambassa-
deur d'Espagne, dans lesquelles
il a brillé avec tant d'éclat & de
conduite.
Les PP. Barnabites ont esté
des premiers à faire paroître
leur joye. Ils firent des feux
pendant trois jours devant le
nouveau Portail de leur Eglise.
Ily avoit des illuminations à
toutes les fenestres, ils firent
tirer, le dernier jour, un grand
nombre de fusées volantes qui
fut accompagné de beaucoup
d'autres artifices. Ce spectacle
Réjouissances.
8
attira tout le Peuple des envi-
rons qui bût à la santé du Roy
& de toure la Maison Royale.
Les PP. Fueillans du Mona-
ſtere Royal, de la ruë S. Ho-
noré, aprés avoir fait des feux
ordinaires dans leur cour les-
foirs du 26 27. & 18. de Juin,
ainsi que l'ou en faisoit dans
toute la Ville ; voulant rendre
graces à Dicu de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne, & joindre leurs
Prieres à la joye du Peuple,
choisirent pour cet effet le Di-
manche 19. du même mois.
Ils annoncerent leur feste, le
matin, par une décharge d'ar
tillerie, & aprés midi, par le son
de leurs cloches qui carillon-
nerent jusqu'à minuit, l'Eglise
Juillet 1704. II. P.
H
Rejouissances.
88
estoit ornée de belles Tapisse-
rie, & l'Autel richement paré.
Ces Religieux se rendirent à
l'issuë de Vêpres, en Procession
dans la Nef de leur Eglise, où
leur Pere General revestu, avec
ses Officiers, des magnifiques
Ornemens qui leur ont été don-
nez par le Roy, entonna le Te
Deum, qui fut chanté solemnel-
lement avec les Prieres ordinai-
res, pour Sa Majesté, & pour
la Famille Royale. Cette Cere.
monie fut precedée & suivie par
des décharges d'artillerie.
Le soir sur les 7. heures, les
trompettes & les timbales pla-
cées sur un balcon dans le
Chœur de ces Peres, se firent
entendre; les haut bois qui
estoient sur un autre balcon,
Réjouissances.
89
continuërent: on battit ensuite
les tambours avec lesquels les
trompettes & haut bois se firent
entendre alternativementi ce
qui dura fort long-temps, du-
rant lequel il y avoit en un en-
droit de la cour, une fontaine
qui jetta du vin pendant deux
heures, & dans un autre endroit
auprés, on distribua du pain
à rous venants.
Il y avoit au milieu de la
cour, un échafaut, élevé de
deux pieds & demi de terre,
d'environ douze pieds en carré,
sur lequel on avoit dressé un
grand bucher de 15 pieds de
haut. Sur les 9. heures du soir,
les Religieux vinrent en Pro-
cession, chantans l'Exaudiat au
tour du bucher : la leur Gene-
Hij
Réjouissances.
90
ral revestu, ainsi que ses Offi-
ciers, des mêmes Ornemens qui
avoient servi au Te Deum, chan-
ta les Oraisons pour le Roy,
benit l'encens & le bucher &
y mit le feu, le bruit de l'artil-
lerie preceda, & suivit encore
cette Ceremonie.
Lorsque le grand feu fut un
peu éteint, on vit paroître sur
le second & troisième ordre
d'architecture du Portail de l'E-
glise, qui est un des plus beaux
deParis, unetres grande & tres-
belle illumination; il y en avoit
une autre des deux costez de la
Porte de la ruë, & le haut du
clocher parût comme un grand
globe de feu.
Ily eut encore deux déchar-
ges d'artillerie: & quantité de
fuſées volantes.
Réjouissances.
91
Le concours du Peuple y fut
prodigieux, & l'air retentissoit
a tous momens des cris de vive
le Roy, la fontaine de vin ayant
cessé de couler un peu trop-tôt,
les Religieux y supleérent par
une distribution de plusieurs
brocs de vin, ce qui dura jus-
qu'à minuit.
Les Chanoines Reguliers de
l'Abbaye de Sainte Geneviéve
choisirent pour rendre graces à
Dieu de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
avec plus de solemnité, le 29.
Juin, jour de la feste des Saints
Apôtres S. Pierre & S. Paul,
premiers Patrons de leur Egli-
se. Ils chanterent le Te Deum
fur les quatre heures aprés mi-
di, le plus solemnellement qu'il
Réjouissances.
92
leur fut possible. L'Abbé de
Sainte Geneviéve y Officia Pon-
tificalement; on carillonna sur
toutes les cloches devant &
aprés la Ceremonie, jusque fort
avant dans la nuit: comme ils
avoient résolu de faire ce jour-
là une aumône extraordinaire,
pour attirer, par cette bonne
œuvre, les benedictions du
Ciel sur la Eamille Royale, &
que les Pauvres des environs en
avoient esté avertis, il s'en pre-
senta un tres grand nombre,
ausquels on distribua, jusqu'au
soir, une assez grosse somme d'ar-
gent. Sur les neuf heures, ils
firent allumer un grand feu dans
le Parvis de leur Eglise, & en
même temps leur clocher parut
tout en feu, comme il est le plus
Réjouissances.
93
haut de Paris; l'illumination qui
dura toute la nuit, fut apper-
çuë de toute la Ville, & de plus
de quatre lieuës aux environs.
Les Augustins Déchaussez,
estant d'autant plus sensibles à
ce qui regarde la Maison Royale,
qu'ils ont l'honneur d'avoir le
Roy Louis XIII. pour leur
Fondateursont crû devoir don-
ner d'une maniere distinguée
des marques éclatantes de la
part qu'ils prenoient à la joye
publique. Ils choisirent pour
cela le 29. Juin, Feste de Saint
Pierre, & ce jour-là fut en-
tierement consacré à cette so-
lemnité. Aprés avoir rendu
graces à Dicu, le matin par une
Messe solemnelle accompagnée
de tout le majeſtueux apparcil
Rejowissances.
94
que permettent les Ceremonies
Romaines; le ſoir à l'issuë du
Salut, ils chanterent le Te
Deum, au son des cloches & des
tambours, qui fut suivi d'une
salve de cinquante boëtes. Leur
Autel estoit éclairé de plus de
deux cens Cierges rangez sans
aucune confusion & qui fai-
soient un tres brillant effet. A
peine la nuit eut elle commen-
cée que la façade de leur cour
ſe trouva illuminée d'une si
prodigieuse quantité de bou-
gies & lamprons qu'elle parût
toute feu; elles estoient pla-
cées dans un ordre si singulier
que cette illumination fut ad-
mirée de tous les spectateurs.
Il y avoit dans cette cour un
grand feu de bois fort élevé, au
tour
Réjouissances.
tour duquel ces Religieux, au
nombre de cent, se rendirent
processionnellement; ils l'allu-
merent en chantant l'Exaudiat,
au bruit des tambours, au caril-
lon des cloches, & aux acclama-
tions d'un nombre presque infi-
ni de peuple dont leur cour &
leur carefour estoient remplis,
pendant que les cinquante boë-
tesrangées dans leur jardin an-
noncerent de nouveau la joye
de ces Peres aux quartiers les
plus éloignez. Les quatre fa-
ces de bâtiment qui compo-
sent le quarré de leur Convent
se trouverent en même-temps,
entierement éclairées par plu-
sieurs lumieres mises a toutes
leurs fenestres. Ils tirerent du-
rant plus d'une heute, un nom-
Juillet 1704. II. P.
1
Réjovissances.
86
bre conderable de fusées volan-
tes, dont plusicurs furent trous
vées d'une grosseur & d'unebeau-
ré toute extraordinaire, elles
furent entremelées de quantité
d'autres artifices. La feste se
passa sans confusion; l'illumi-
nation attira un nombre in-
croyable de Personnes de tous
états qui ne se retirerent qu'à
tuinuit, pour laisser ces Reli-
gieux en liberté d'aller chanter
leurs Matines.
Le même jour 29. on chanta
dans l'Eglise de Saint Louis de
l'Iſle, un Salut, où le S. Sacre-
ment fut exposé; le Te Deum,
y fut chanté en action de graces
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, & l'Exau-
diat, pour la conservation du
Réjouissances.
7
Roy, & la prosperité des Armes
de S. M. l'Eglise estoit magni-
fiquement ornée & toute bril-
lante de lumieres; la Ceremo-
nie ſe termina par un beau feu,
& tout le clocher fut illuminé,
& cette illumination dura tou-
te la nuit.
Les Prisonniers du petit Châ-
telet trouverent le moyen, mal-
grèla mauvaise situation de leurs
affaires, de faire éclater leur
joye, en faisant faire un feu sur
leur Plateforme, qui est fort
clevée, de manière que ce feu
fut vu de plusieurs endroits de
Paris, & de la Campagne.
Les Chartreux avoient chan-
té le même jour un Te Deum,
avant leur Grande Messe, ils
firent le soir un tres beau feu,
141
Réjouissances.
98
la portion fut doublée ce jour-
là aux Religieux, & ils eurent
permission d'aller par extraor-
dinaire dans leur Spatiement,
qui est un lieu ou ils vont ordi-
nairement promener à certains
jours de la Semaine.
Mr Gualtieri, Nonce ordi-
naire de S. S. cut à peine ap-
pris la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, qu'il
donna des ordres pour faire
travailler aux choses necessai-
res pour illluminer son Hôtel,
dont la façade est tres longue,
elle fut remplie d'un grand
nombre de chassis, sur lesquels
on attacha un tres grande quan-
tité de lamprons. Toutes les fe-
nestres furent garnies de flam-
beaux de cire blanche; il y avoit
un grand cercle garni de lam-
99
Réjouisances.
prons, au dessus de chaque croi-
fée, & les deux cordons de la fa-
çade en estoient tout remplis
d'un bout à l'autre, aussi bien
que les fenestres du plus haut
étage de l'Hôtel. Il y avoit
un Soleil au dessus de la croisêe
du milieu, qui estant composé
de lumieres plus vives & plus
pressées, l'emportoit par sa clar-
té éblouissante sur toutes les au-
tres lumieres de la façade: ce
qui faisoit un effet merveilleux;
la Porte cochere estoit aussi en-
tourée de chassis, tout couverts
de lumieres. Cette illumination
parut pendant trois jours, &
l'on y remarqua chaque jour
quelque choſe de nouveau Elle
commença chaque jour par une
décharge de quantité de boë-
Iiij
100 Réjovissances.
tes, qui estoit suivie de quart
d'heure en quart d'heure, de
deux autres décharges, aprés
quoi on entendoit des hautbois,
des trompettes, des timballes &
des tambours: tous ces instru-
mens se faisant entendre alter-
nativement. Il y avoitde grands
feux le long de la façade de
l'Hôtel, & l'on avoit attaché aux
quatre coins de la ruë deux cor-
des, sur lesquelles on tiroit un
grand nombre de fusées, outre
celles qu'on tiroit continuelle-
ment à la main. Il y avoit un feu
d'artifice vis-à visdu milieu de
la façade de ce brillant Hô-
tel; cet artifice ne parut que le
second jour, & il fut augmenté
& diversifié le troisième. Le
tout parut magnifique & de bon
Réjouissances.
IOI
goût ; cependant on n'en fut
point surpris & l'on n'attendoit
pas moins de ce Nonce; puisque
depuis qu'il est en France, il a
brillé dans toutes les occasions
où il a eu lieu de paroître & de
se distinguer, aussi s'est il faic
beaucoup considerer & aimer de
tous ceux qui le connomssent.
Les Bourgeois de la ruë
S Jacques ont esté des premiers
& des plus empressez a donner
des marques de leur joye; ce
qu'ils ont fait pendant trois
jours, avec autant de vivacité
que d'éclat. Toute leur ruë
estoit illuminée par des lustres,
& des girandoles remplies de
bougies, & par quantité d'au-
tres lumieres: ils avoient fait
chargée de
elever une figur
111
102
Réjouissances.
quantité de bouteilles de vins
& de liqueurs, qui par le moyen
de quelques ressorts en distri-
bua à tous les passans. Ce qui
fut accompagné de symphonie,
de violons, de hautbois & bas-
sons. Ils avoient fait faire beau-
coup d'inscriptions & de devi-
ses, dont la principale repre-
sentoit un grand Soleil avec ces
mots,
SUB HOC NOVA PLURIMA
SOLE.
On voit sous ce Soleil mille cho-
ses nouvelles.
Ils chanterent plusieurs chan-
sons à la gloire du Roy, dont
ils avoient fait faire les paroles
& les airs. Mr Leonard, Librai-
re, se distingua dans cette occa-
sion par une tres belle illumi-
nation.
Réjouissances.
103
Le College d'Harcourt à esté
un des premiers de l'Université
qui ait fait paroitre sa joye dans
cette occasion, Mr le Marquis
de Chamillart, Pensionnaire
dans ce College, y fit venir 60.
boëtes, avec plusieurs barils de
poudre.
Le Lundy 30. Juin, l'illumi-
nation qui se devoit faire le
soir, fut annoncée par une dé-
charge de ces boêtes ; elle fut
réiterée sur le midy: & à cinque
heures le Te Deum, fut chante
à la teste d'un nombreux Cler-
gé, où plusieurs Personnes de
qualité, Pensionnaires dans ce
College, porterent le Surplis.
On fit une troisiéme décharge,
pendant le Te Deum, & Mi le
Proviseur de ce College ayent
Réjouissances.
104
mis le feu à un bucher, dressé
au milieu de la cour; toutes les
fenestres parurent illuminées
en même temps; ce qui fit un
tres beau spectacle; & sur tout
l'appartement de Mr le Mar-
quis de Chamillart attira aussi-
tôt les yeux de toute l'Assem-
blée: Il estoit orné de quatre
grands Tableaux, remplis de
devises faites expres pour le
Roy, pour Monseigneur, pour
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & pour Monseigneur
le Duc de Bretagne. Dans le
premier estoit representé un
Soleil avec les Armes de Fran-
ce, entourées de ces mots,
VEL SOLO LUMINE
TERRET.
Réjouissances.
105
Dans le deuxième, les Armes
de Monseigneur, avec une Eroi-
le au dessous d'un Soleil, & ces
paroles,
SOLIS IGNIBUS ARDET.
Les Armes de Bourgogne
estoient peintes dans le troisié-
me, & on y avoit representé un
fusil qui tuë le gibier aupara-
vant que la flame paroisse.
ANTE FERIT QUAM FLAM-
MA MICET.
Ce qui convient parfaite-
ment bien à ce Prince, puis-
qu'à peine a t'il paru devant
Brizac que cette Ville s'est
renduë.
106 Réjouissances.
Et dans le quatrième, les
Armes de Bretagne paroissoient
avec un Aiglon naissant, qui vo-
loit aprés un Aigle qui regar-
doit le Soleil, autour desquels
on lisoit,
JAM VOTIS SEQUITUR
PATREM , &c.
Il y avoit trois échafauts
dans la cour du College ; les
Pensionnaires estoient sur celuy
du milieu, afin de n'estre point
mêlez avec la foule du peuple,
qui court ordinairement à ces
sortes de spectacles. Les écha-
fauts qui estoient des deux cô-
tez estoient remplis de Haut-
bois, de Violons, de Timballes
& de Trompettes.
les Professeurs de ce
Mr
Réjouissances.
107
grand College firent paroître
leur esprit & leur zele, ayant
fait quantité de devises & d'in-
ſcriptions à l'honneur du nou-
veau Prince, que les lumieres
faisoient briller de tous côtez;
celle qui suit reçût beaucoup
d'applaudissement, elle est de
Mr des Authieux, Regent de
la troisième Classe.
PARVULUS ENIM NATUS
EST NOBIS.
PATER FUTURI SECULI,
PRINCEPS PACIS.
C'est un Prince du Paix que le
Ciel nous envoye,
pur Sang de LOUIS le
Le
grand;
On
le verra comme luy con-
querant,
Rejouissances.
108
Il fait déja du Peuple & l'amour
& la joye.
L'attention des spectateurs
fut reveillée par quantité d'ar-
tifices qu'on tira du clocher du
College, dont les Pensionnai-
res l'avoient fait remplir. Cet
Artifice divertit beaucoup; la
feſte ſe termina par une déchar-
ge de boëtes, aprés quoy l'as-
semblée ſe ſepara à plus de deux
heures aprés minuit.
Je ne puis vous parler icy
qu'en gros de quantité de Fê-
tes qui ont duré plusieurs jours
& qui ont commencé dés le
jour même de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne; quoique ces Fêtes n'ayent
esté faites que par des particu-
Rejouissances.
109
liers & dans des lieux plus res-
serrez, que ceux où sontlogez les
personnes d'une grande distin-
ction; ces Fêtes quoique faites
dans des lieux moins étendus,
ont eu tout le brillant, toute la
galanterie, & l'on pourroit mê-
me a joûter, une partie de la ma-
gnificence en petit qui ont
paru chez de plus grands Sei-
gneurs. L'effusion du cour &
le zele paroiſſoient ſur le viſa-
ge de ces dignes Sujets, chez
qui tous ceux qui vouloient
boire à la ſanté du Roy & de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne étoient bien reçûs. Mr d'I-
vry, Mr Hatenville & Mr de
Gillon sont du nombre de ceux
dont les réjouissances ont duré
pendant plusieurs jours, & ont
Réjouissances.
110
eſté des plus vives & des plus
remarquées entre ces particu-
liers. Mr Silvestre, qui a eu
l'honneur de montrer à dessi-
ner à Monseigneur le Duc de
Bourgogne, n a pas moins mar-
qué sa joye, en faisant faire des
feux & distribuer du vin pen-
dant huit jours, à commencer
du jour de la naissance qu nou-
veau Prince. Les Bourgeois du
Cul-de-sac de l'Opera firent
dresser dans leur Cul-de-sac un
Treillage en forme de Portique
sur lequel ils firent attacher
beaucoup de Lamprons, d'où
l'on vit sortir quelques fusées
volantes; quoique cette Fête
fût considerable pour les Bour-
geois qui l'ont fait faire, elle
ne l'étoit pas pour Mr de Fran-
Réjouissances.
III
cine, à qui quelques gens ont
malicieusement voulu l'attri-
buer; ſi elle avoit esté de lui,
il auroit donnè l'Opera gratis
le jour même, ainsi qu'à toû-
jours fait Mr de Lully dans les
grands évenemens, & de même
que les Comediens ont fait,
aussi- tôt qu'ils ont appris la
naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, ce qu'ils ont
accompagné de grandes illu-
minations, & destout ce que
l'on pouvoit attendre d'eux; au
lieu que dans la Feste du Cul-
de-sac de l'Opera, attribuée à
Mr de Francine, il n'y avoit
rien de ce que l'on devoit at-
tendre de lui, & l'on est per-
suadé qu'un homme qui aime
autant la belle depense & qui
Juillet 1704. 11. P.
K
Réjouissances.
112
se distingue par-la, n'auroit
rien épargné pour ce qui re-
garde la gloire du Roy & de
l'Etat. Il est à croire qu'il a
pris du temps pour se prepa-
rer à quelque chose de grand,
& qu'il veut estre des derniers à
douner des marques de sa joye,
afin que l'idée de sa magnificen-
ce ne soit point effacée dans.
le public par les grandes Fêtes
qui auroient pû suivre la sienne.
J'ay crû lui devoir rendre cette
juſtice, afin de détruire les
bruits que les mal intentionnez-
pour lui ont fait courir, en
disant qu'un homme qui a tiré
de si grandes sommes de l'Ope-
ra par le privilege qu'il a plû
au Roy de lui accorder, n'a
marqué sa reconnoissance que
Réjouissances.
113
par une bagatelle beaucoup au
dessous des Festes qui ont esté
faites par de simples Mar
chands.
Je devois vous patler plûtost
des réjouissances qui ont esté
faites par Mr Fieschi, Nonce
Extraordinaire, il fit mettre six
gros flambeaux de cire blanche
a chaque fenestre de son Hostel,
il donna un magnifique repas,
qui fut accompagne d'un grand
Concert & d'une belle Sym-
phonie. On alluma six feuxen
même temps devant cet Hostel,
& ce Nonce ayant donné par
llà les mêmes marques de joye
qu'il fit éclater à l'exaltation
du Saint Pere qui occupe au-
jourd hui si dignement la Chai-
re de Saint Pierre, ila fait con-
Rejouissances.
1I4.
noistre qu'il regarde le Roy
comme le Fils ainé de l'Eglise
& le premier Monarque du
monde.
Mr le Marquis de Dangeau
a donné également des mar-
ques de sa joye à Versailles &
à Paris. Il fit non seulement
éclairer dedans & dehors l'Hô-
tel qu'il a à la Place Royale,
mais il fit aussi illuminer la fi-
gure Equestre qui est au mi-
lieu de la même Place: il don-
na un somptueux repas, pen-
dant lequel les 24 Violons se
firent entendre ; il fit tirer de
l'artifice pendant toute la soi-
rée, & comme le bruit de cette
Feste avoit attiré beaucoup de
monde, & que la Place Royale
étoit remplie de Carosses, Mr
Réjouissances.
115
le Marquis de Dangeau envoya
des liqueurs & des rafraichisse-
ment à tous ceux qui étoient
dans ces Carosses, & qui rou-
loient dans la Place
Mr de Courcelles, Gentil-
homme servant de Madame la
Duchesse de Bourgogne, qui
loge dans l'Isle Nostre Dame,
se distingua aussi beaucoup; il
fit tirer un feu d'artifice sur
l'eau, au bruit de plusieurs in-
strumens guerriers & d'une
Symphonie plus douce, qui se
firent entendre tour à tour. La
situation du lieu rendit cette
Feſte des plus agreables, où les
lumieres & le vin ne manque-
rent point.
Pendant que les uns buvoient
à la ſanté de la famille Royale,
les autres faisoient des Prieres
116
Réjouissances.
au Ciel pour cette auguste fa-
mille: La Confrerie de Nostre-
Dame de bonne delivrance fit
chanter un Te Deum dans l'E-
glise de S Estienne des Grecs
avec beaucoup de magnifi-
ccence, X une grande Musique.
Les Barnabites dont je vous
ay déja parlé, & qui avoient
des premiers fait éclater leur
Hoye, en firent aussi chanter un
avec beaucoup de solemnité.
ce qui se passa à Paris, où la
fausse nouvelle de l'accouche-
ment de Madame la Duchesse
de Bourgogne fut répanduë,
comme elle l'avoit esté à Ver-
ſailles, & l'on y ajoûta d'autant
plus de foy, que plusieurs Per-
sonnes de la plus haute distin-
ction avoient fait partir des
Couriers, qui étoient prêts à
monter à cheval aux moindres
signaux qu'on leur donneroit.
Le premier feu qui fut allumé,
parut sur le Quay des Galleries
du Louvre, vis-à vis le der-
riere de la Monnoye des Médail-
les, dont Mr de Launay est Di-
recteur. Il estoit si bien prépa-
ré à donner des marques de son
zéle, & si attentif à tout ce qui
Réjouissances.
46
se passeroit, que dans l'instant
qu'il eût appris la grande nou-
velle que chacun attendoit avec
une impatience, accompagnée
de la plus vive ardeur, on en-
tendit des décharges des canons
qu'il avoit fait placer au devant
du Cabinet des Médailles & de
son appartement, qui annon-
cérent les premiers, cette im-
portante nouvelle. Ces déchar-
ges furent aussi- tôt accompa-
gnées de feux, & d'une distribu-
tion de vin à tous les passans;
ce qui arrêta une grande quan-
tité de personnes de tout sexe,
qui témoignerent par leurs
dances, & par des cris conti-
nuels de vive le Roy, la joye que
leur causoit la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
de
ce
te
le
d
Réjouissances.
4
gne. Mr de Launay régala au ſsi
de plusieurs sortes de liqueurs
ceux qui entrérent dans l'Hô-
tel de la Monnoye des Médail-
les; de maniere que la multitu-
de du peuble qui s'assembla
pour boire & pour dancer, les
grands & longs cris de vive le
Roy, l'éclat du feu qu'il fit allu-
mer, & les décharges du canon
qu'il fit tirer, reveillerent les
habitans du Quay des Théatins
& tous ceux du Fauxboug Saint
Germa in, qui n'avoient encore
appris que confusément & sans
aucune certitude, la nouvelle
de la naissance du Prince, que
le Ciel avoit accordé aux vœux
du Roy. Tous ceux qui reve-
noient des Thuilleries, où cet-
te naissance n'estoit pas confir-
Réjouissances.
48
mée, commencérent à la croire
veritable, en voyant tant de
réjouissances, & allérent porter
cette nouvelle dans tous les
quartiers de la Ville. Elle fut
annoncée en même-temps dans
toute l'étenduë des lieux d'où
l'on peut voir la Maison, vul-
gairement appellée la Samari-
taine, que Mr le Febvre, Gou-
verneur de la Pompe de la Mai-
son Royale de la Samaritaine
fit illuminer de la maniere sui-
vante: Il fit placer des lumieres
sur toutes les feuestres & sur tous
les balcons, il fit faire un grand
feu devant sa porte, il fit caril-
lonner toutes les cloches de la
Samaritaine & fit sonner le toc-
sin. Il est aisé de juger que ceux
qui passerent sur le Pont-neuf
Réjouissances.
49
& qui furent témoins de ces ré-
jouissances, contribuérent aussi
à l'épanchement de la grande
nouvelle, que l'on venoit d'ap-
prendre dans presque tous les
quartiers de Paris. Pendant que
toutes ces choses se passoient
du côté de la Riviere, je dois
vous dire en fidéle Histotien,
que Mr de Rouvieres, Apoti-
carre du Roy & des Camps &
Armées de S. M. & connu par
trois dispensations publiques de
la Theriaque, qu'il a faite so-
lemnellement ayant eu le bon-
heur d'apprendre le premier du
quartier de la Porte S. Honoré,
la naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, fit allumer
dans le même instant un grand
feu, & illuminer toute la façade
fuillet 1704. 11. P.
Réjouissances.
grande
ſa maiſon, avec une
quantité de bougies; & distri-
buer du vin à tous les passans,
afin que cette nouvelle se répan-
dît dans tout son quartier, où
elle n'avoit pas encore eſté pu-
bliée. Il donna un grand repas
à plusieurs de ses amis, & l'on
ne cessa qu'à minuit de boire
la santé du Roy devant sa por-
te, où la foule des buyeurs fut
tres grande. Ces trois Mes qui
ont celebré les premiers à Paris
la naiſsance du nouveau Prin-
ce, continuërent pendant einque
jours de suite à donner des mar-
ques de leur zele. Celles des
deux premiers furent differen-
tes. Mr de Launay remplit le
second jour de bougies, toute
la galerie des Medailles du Re
Réjouissances.
51
ce qui produisit un tre-bel ef-
fet, à cause de la reflexion de
ces lumieres qui se faisoit dans
les glaces, dont il y a un grand
nombre dans cette galerie; ce
qui la faisoit paroître toute bril-
lante de lumieres, ou plûtôt tou-
te en feu; elle donna beaucoup
de plaisir tant à ceux qui pas-
soient sur le Quay des Theatins,
qu'à ceux qui passoient le long
de la ruë qui finit à celle de
S. Honoré, d'où l'on voyoit aussi
certe illumination, parce que
cette gallerie est si heureuse-
ment située, qu'elle est vuë du
Fauxbourg S. Germain & de la
ruë S. Honoré.
Mr le Febvre fit le lendemain
Jeudi, les mêmes illuminations
qu'il avoit faites le jour prece-
Ei
Réjouissances.
52
dent; mais il rencherit de beau-
coup le 27. sur tout ce qu'il avoit
déja fait; il fit illuminer tout le
pourtour des plate-formes, & il
fit remplir de lumieres les deux
consoles qui sont à côté du Ca-
dran; il fit pareillement illu-
miner tout le balcon qui con-
tient les cloches du carillon & la
piramide qui est au-dessus, ainsi
que les deux balcons des Cham-
bres qui accompagnent le bassin
qui jette de l'eau. Le lendemain
pour diversifier l'illumination,
il fit éclairer les fenestres, les
balcons & tout le retour de la
terrasse. Le Dimanche il fit il-
luminer comme il avoit fait le
Vendredy; & pendant tous ces
cinq jours; le carillon & le toc
ſin de la Samaritaine ne ceſſe
Réjouissances.
rent point de se faire entendre.
Le Jeudy 26. Messieurs du Se-
minaire de S. Magloire firent de
grandes illuminations qui con-
tinuerent le 27. toute la face de
leur Maison qui estoit illuminée
& qui répondà celle de Meudon
faisoit un effet merveilleux.
Dès le jour de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, Mr de Breteuil, Conseiller
d'Etat ordinaire, fit illuminer
sa Maison, fit faire des feux de-
vant la porte de son Hôtel &
couler une fontaine de vin, ce
qui a esté continuè pendant plu-
sieurs jours au bruit des violons,
& des haut bois & de plusieurs
aurres instrumens, qui n'ont pas
moins attiré le peuple, que le
vin qu'il a fait distribuer ; ce-
E iij
Réjouissances.
54
Peuple s'estant fait un extrême
plaisir de chanter & de dançer
au bruit de tant d'instrumens.
Je ne finirois point si je vou-
lois parler de ceux qui ont fait
des illuminations, des feux &
des distributions de vin pendant
les deux jours qui ont precedé
le Te Deum, quoy qu'ordinaire-
ment ces sortes de réjouissances
ne commencent que le jour que
l'on rend graces à Dieu pour
quelque grand & heureux éve-
nement, on peut dire cepen-
dant, que personne n'a attendu
à Paris les jours destinez pour
marquer son zele, puisque les
rejouissances ont commencé dès
le moment qu'on a crû avoir su-
jet d'en faire, & que tout Paris
a esté illuminé pendant près de
Réjouissances.
huit jours de suite. J'entends
que la feste a esté generale pen-
dant tout ce temps-là, & je ne
pretends pas parler des festes
particulieres qu'ont faites pen-
dant plus d'un mois les Corps de
Metiers, les jours que leurs
Communautez ont rendu graces
à Dieu par les Te Deum, qu'elles
ont fait chanter.
Il est temps de vous parler
avec plus d'ordre de tout ce qui
seſt fait à Paris, mais je n'ay pû
m'empêcher de vous dire d'a-
bord un mot d'une partie de
ceux qui ont fait éclater leur
joye & leur zele dès l'instant
qu'ils ont appris la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne, sans avoir eû le temps de
ſe preparer à aucune feſte; je
56
Réjouissances.
suis persuadé que j'en ay oublie
un grand nombre, & qu'il me
ſera impossible de n'en pas
oublier encore beau coup dans
le détail que je vais vous faire.
Au moment de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne, le Roy envoya Mr des
Granges à Paris, pour faire sça-
voir cette nouvelle à Monsieur
le Gouverneur, & à Messieurs
les Prevôt des Marchands &
Echevins. Lemême jour 25. de
Juin, Mr le Prevôt des Mar-
chands, ayant appris en son Hô-
tel, que Madame la Duchesse de
Bourgogne étoit accouchée d'un
Prince, se rendit à l'Hôtel de
Ville, d'où il envoya avertir
Mrs les Echevins, Procureur du
Roy, Greffier, & Receveur de
1a
afi
ce
br
en
v.
Réjouissances.
la Ville, de ſe rendre audit lieu,
afin qu'il reglât avec eux, tout
ce qui devoit se faire pour cele-
brer cette heureuſe naissance,
en attendant la Lettre de cachet
qui en devoit confirmer la nou-
velle.
Sur les 7. heures du soir du
même jour, Mr des Granges,
Maître des Ceremonies, leur
apporta, en qualité de Courier
du Roy, la Lettre de cachet,
par laquelle & par Mr des Gran-
ges, Messieurs de Ville appri-
rent le bonheur extraordinaire
& sans exemple qui venoit d'ar-
river à la France. Il leur dit
aussi qu'il croyoit que l'on chan-
teroit le Te Deum, le Vendredy
suivant.
Mr des Granges ayant esté
Réjouissances.
18
reconduit, Mr le Prevôt des
Marchands fit venir à l'Hôtel
de Ville, Mr Hebert, pour luy
demander le dessein d'un feu
d'Artifice, à neuf pilliers. Il
est à remarquer qu'on ne met
neuf pilliers qu'aux feux qui se
font pour des évenemens qui re.
gardent la Maison Royale. Les
ordres furent en même temps
donnez à tous les Ouvriers qui
travailloient pour la Ville, non
seulement pour l'execution de ce
feu, mais aussi pour tout ce qui
regardoit la feste qui se feroit à
l'Hôtel de Ville, le jour que ce feu
seroit tiré. On fit en même tems
sonner la cloche de l'Hôtel de
Ville, & on donna ordre à l'Hor-
logeur d'employer un nombre
d'hommes suffisant pour la faire
10
tit
fu
de
le
fi
8
n
n
Réjouissances.
Ionner jour & nuit, sans discon-
tinuation, jusqu'à ce que le feu
fut tiré. Le premier Echevin fut
deputé pour aller chez Monsieur
le Premier President, afin qu'on
fit sonner la cloche du Palais,
& que les Boutiques fussent fer-
mées pendant trois jours. Le
Greffier fit signer une Ordon-
nance pour enjoindre aux Bour-
geois & Habitans de la Ville &
Fauxbourgs de Paris, de faire
des feux de joye & des illumi-
nations pendant trois nuits.
Les boëtes & le canon furent
tirez dés le soir même, & Mes-
sieurs de Ville firent un grand
feu de fagots devant l'Hôtel de
Ville, ou l'on fit distribuer au
Peuple du vin en grande quan-
cité, & un grand nombre de petits
Réjovissances.
60
pains; on en fit aussi distribuer
aux portes de Messieurs de Vil-
le, & dans tous les Marchez &
Places publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville.
Le lendemain Jeudy 26 du
même mois, le boëtes & canons
de la Ville & de la Bastille fu-
rent tirez sur les quatre heures
du matin, & les Boutiques fu-
rent fermées pendant ce jour,
& le pain & le vin distribuez en
tres-grande quantité devant la
porte de l'Hôtel de Ville, &
celles de Messieurs les Prevost
des Marchands, Echevins, Pro-
cureur du Roy, Greffier, Re-
ceveur, Conseillers, Quarti-
niers, & dans toutes les Places
publiques & a.
Le foir du même jour, Mes-
sie
le
fi
le
Réjovissances.
61
sieurs les Prevôt des Marchands,
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
lers & Quartiniers de la Ville,
firent dresser des tables devant
leurs portes. On y ſervit au Peu.
ple toute sorte de viandes, avec
du pain & du vin en abondan-
ce, aux acclamations & cris de
vive le Roy, Monseigneur, & Mes-
seigneur les Ducs de Bourgogne &
de Bretagne. Ces exemples fu-
rent ſuivis & imitez par tous les
Bourgeois, qui firent des feux
devant leurs portes & des illu-
minations à toutes leurs funê-
tres. Le même soir sur les 9 heu-
res, on fit un grand feu de fa-
gots & des illuminations à tou-
tes les croiſées de l'Hôtel de Vil-
le, & de l'horloge. Les boëtes, &
le canon furent tirez.
Réjouissances.
62
Le Vendredy 27. Mr des
Granges porta dès le le ma-
tin à Monsieur l'Archevêque
de Paris la Lettre de cachet,
dont je vous envoye une copie.
Mon Consin, la nouvelle &
singuliere Benediction qu'il a plud
Dieu de répandre sur mon Regne,
par la naissance du Prince que ma
petite Fille la Duchesse de Bour-
gogne vient de donner à la France,
est une des marques des plus visibles
que j'aye encore receuë de sa pro-
tection. Ty suis d'autant plus sensi-
ble qu'elle est sans exemple dans
aucun des Rois mes predecesseurs,
& qu'elle perpetuë le bonheur de
mes Estats par cette longue suitte
& succession de Rois qu'elle leur
assure. C'est dans les sentimens de la
juste reconnoissance que j'en ay, que
e
d
la
t.
Réjouissances.
63
je crois ne pouvoir assez tost en ren-
dre à Dieu les actions de graces qui
luy son dues : Et jevous ecris cette
Lettre pour vousd requemon inten-
tion est que vous fassiez chanter le
Te Deum en l'Eglise Metropoli-
taine de ma bonne Ville de Paris,
au jour & à l'heure que le Grand
Maître, ou le Maitre des Cere-
monies vous dira de ma part. Je
luy ordonne d'y convier mes Cours,
& ceux qui ont accoutumè d'y assister.
Sur ce, Je prie Dieu qu'il vous ait,
mon Cousin, en sa sainte & digne
garde. Ecrit à Versailles le 25. Juin
1704. Signé LOUIS; Et plus
bas, PHELYPEAUX.
Et au dos estoit écrit: Amon
Cousin le Cardinal de Noailles,
Archevèque de Paris, Duc & Pair
de France, Commandeur de mes
Ordres.
Réjouissances.
64
Mr des Granges porta ausli
des Lettres de cachet au Par-
lement, à la Chambre des
Comptes, à la Cour des Aydes,
& à la Ville, afin qu'on se ren-
dît à Nôtre-Dame pour le Te
Deum, qui devoit estre chanté
l'aprés-dînée du même jour.
Le même jour à 4. heures du
matin, les boëtes & le canon
avoient esté tirez. Sur les neuf
heures du matin, Messieurs de
Ville estant assemblez au Bu-
reau, Mr des Granges y appor-
ta la Lettre de cachet, dans
laquelle il estoit marqué que le
Te Deum, seroit chanté à trois
heures de relevée. Tous les
corps dont je viens de vous par-
ler se rendirent à Nôtre-Dame,
ou Monsieur le Chancelier se
trouva
r
10
r
A
Réjouissances.
65
trouva à la teſte du Conseil.
Sur les deux heures, le Co-
lonel des Archers de Ville se
rendit à la teſte de ſes trois cens
Archers en Armes, à l'Hostel
de Ville , au bruit de leurs
Tambours
Trompettes &
Hautbois. Lorsqu'ils y furent
arrivez on poſta des Gardes à
toutes les portes, & dans tous les
appartemens de cet Hostel. Sur
les trois heures Mr le Prevost
des Marchands & Mrs. les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier & Receveurs en Ro-
bes de velours, & Mrs les Con-
seillers & Quartiniers de la
Ville, en Robes de soye, ac-
compagnez du Colonel & des
Archers de Ville, Tambours,
Trompettes & Hautbois, al-
Juillet 1704. II. P. F
Réjouissances.
66
lerent à cheval à Nostre-
Dame, où ils prirent leur place
ordinaire.
Plosieurs Archevêques &
Evêques qui se trouvoient alors
à Paris pour les affaires de leurs
Dioceses, sy rendirent aussi.
Ceux qui assisterent à ce Te
Deum sont les Archevêques de
Narbonne, de Rouen, de Tou-
louse, de Bourges & d'Aix, &
les Evêques de Condom, d'O-
range, de Soissons & quelques
autres. Monsieur le Cardinal
de Noailles officia à cette Ce-
remonie. Le Te Deum qui étoit
de la composition de Mr de La-
louette Maistre de Musique de
Nostre-Dame, fut chanté &
fort applaudi. La Symphonie
fut trouvée tres belle, & les
Réjouissances.
67
Symphonistes étoient en grand
nombre. Les 24 Violons du
Roy jouerent à ce Te Deum,
pendant lequel on tira les Boë-
tes & le Canon de la Ville,
ainsi que celui de la Bastille.
Le même jour sur les huit
heures du soir toutes les Ta-
bles de l'Hôtel de Ville furent
magnifiquement servies; celle
de Mr le Prevost des Mar-
chands dans la grande Salle des
Colonels & celles de Mrs les
Echevins, Procureur du Roy,
Greffier, Receveur, Conseil-
ler & Quartiniers dans les dif-
ferens appartemens qu'ils ont
à l'Hôtel de Ville ; ces appar-
temens estoient tendus de Ta-
pisseries aussi belles que riches,
& on y avoit distribué plus de
Flj
Réjouissances.
68
cinquante Lustres. On bût par
tout à la santé du Roy, de Mon-
seigneur & de Messeigneurs les
Ducs de Bourgogne & de Bre-
tagne au bruit des Tambours,
Trompettes, Hautbois & des
vingt- quatre Violons. Les
Compagnies de Messieurs de
Ville, au nombre de plus de
mille personnes ayant soupé, &
ce qui devoit composer l'illu-
mination de toutes les croisées
& de rous les autres endroits
de l'Hôtel de Ville ayant esté
allumé, & les Boëtes & le Ca-
non ayant tiré; elles ſe place-
rent pour voir le Feu d'artifice.
On avoit écrit au haut de la
decoration de ce Feu.
Réjouissances.
60
VOTUM URBIS.
Pour exprimer les sentimens
de cette joye & les vœux que
la Ville fait pour la felicité du
Prince, l'on s'étoit servi des
quatre Vers suivans, tirez de
Martial, ausquels l'on n'avoit
changé que le premier, pour
appliquer à Monseigneur le
DUC DE BRETAGNE,
ceux que ce Poëte avoit fait
pour l'Empereur Domitien.
NASCERE BORBONIO SPE-
RATA ESANGUINE FRO
LES,
VERA DEUM SOBOLESS
NASCERE MAGNE PUER)
CUI PATER AETERNAS ROSE
Réjouissances.
SAECULA TRADAT HABE-
NAS.
UIQUE REGAS ORBEM
CUM SENIORE SENEX.
Digne Sang des Bourbons, nostre
chere esperance.
Sous le plus grand des Rois viens
affermir la France
Et marchant sur les pas de ses no-
bles ayeux
Viens apprendre à loisit à gouver.
ner comme eux
Au milieu de chacune des
quatre Façades de la Decora-
tion il y avoit un Cartouche:
deux de ces Cartouches con-
tenoient chacun un Emblême,
&& les deux autres chacun une
Devise.
Réjouissances,
71
Celle qui regardoit l'Hôtel
de Ville representoit l'Eternité
qui presentoit au Roy, Monsei-
gneur le Dauphin, Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne &
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE qu'Elle tenoit
entre ses bras, avec cès mots
du Pseaume 113.
FILII EORUMUSQUE IN SAE-
CULUM SEDEBUNT SUPER
SEDEM TUAM.
Tes arrieres neveux regneront après
toy.
Dans la Façade opposée l'on
avoit representé les quatre par-
ties du monde, offrant au Roy
leurs hommages, & aux Prin-
Réjovissances.
72
ces qui environnent son Trône,
avec ces mots du Pseaume 43.
CONSTITUES EOS PRINCI-
PES SUPER OMNEM TER-
RAM.
Tu feras en tous lieux respecter
leur Empire.
Dans la Façade qui regardoit
la riviere lon avoit peint pour
Devise des rejettons d'Olivier,
qui s'élevent autour de la tige
dont ils sont sortis: c'est la com-
paraison qui est marquée dans
le Pseaume 127. pour signifier
cette heureuse fecondité dont
Dicu recompense ceux qui le
craignent. L'on ne pouvoit en
chosir une plus digne pour ex-
premier
d
n
Réjouissances.
71
primer le rare bonheur dont
Dieu a recompensé les vertus
de Louis le Grand, en lui don-
nant un arriere Petit-fils, dans
le plus haut point de sa gloire.
L'on répondroit mal à ses sen-
timens, si l'on ne reconnoissoit
pas avec lui l'Auteur d'une fe-
licité si extraordinaire: c'est
pourquoi l'on avoit choisi pour
ame de cette Devise l'applica-
tion que David en fait à l'en-
droit même d'où elle eſt tirée.
SIC BENEDICETUR HOMO
QUI TIMET DOMINUM.
Le Ciel benit ainsi ceux qui sui-
vent ses Loix.
Enfin, l'on avoit tâché de
Juillet 1704. II. P.
G
Réjouissances.
72
faire voir par une autre De-
vise, que l'on avoit peinte au
milieu de la Façade opposée,
quielles sont les esperances que
la France doit concevoir du
Prince que le Ciel vient de lui
donner. L'on a tiré cette De-
vise de la même source que la
precedente: c'est la comparai-
son que David fait du Juste,
avec un arbre planté le long
du courant des eaux; la nour-
riture qu'il y prend est un pré-
sage certain des fruits qu'il
portera dans son temps. La
France ne sçauroit pareille-
ment se tromper, en se pro-
mettant de voir en la Personne
de Monseigneur LE DuC DE
BRETAGNE, un Prince di-
gue de ses illustres Ayculs
Réjouissances.
7
c'est ce que signifie un jeune
arbre planté sur le bord d'un
ruisseau, avec ces paroles du
premier Pseaume.
FRUCTUM DABIT IN TEM.
PORE suO.
Il produit en son temps des fruits
dignes de lui.
L'on a coûtume dans les Fe.
tes que l'on fait pour la Nais-
sance des Princes, d'exposer les
Tableaux de leurs Ancêtres, &
de leurs plus proches parens.
Pour ne pas s'eloigner de cet
usage, l'on avoit peint dans
l'une des Façades les Portraits
d'Henry IV. & de Louis XIII.
Dans la seconde, celui du Roy
Gij
Réjouissances.
74
& de Monfeigneur. Dans la
troisième celui de Monseigneur
le Duc de Bourgogne & de
Monseigneur LE DUC DE
BRETAGNE. Dans la qua-
triéme celui du Roy d'Espagne
& de Monseigneur le Duc de
Berry.
A peine ce Feu eut- il cessé
de tirer que le Bal fut ouvert
en plusieurs endroits & dans
tous les appartemens de l'Hô-
tel de Ville, où beaucoup de
personnes de la plus haute dis-
tinction se trouverent & dan-
cerent ; ce qui dura jusqu'à
trois ou quatre heures du ma-
tin, que les vingt-quatre Vio-
lons du Roy, les Tambours,
Trompettes & Hautbois cesse-
rent de jouer. Le tout ſe paſsa
Réjouissances.
avec la tranquillité que l'on
devoit attendre des bons or-
dres que Messieurs les Prevost
des Marchands & Echevins
avoient donnez. Le même soir
toutes les maisons de la Ville
& des Fauxbourgs furent illu-
minées; & des feux de joye fu-
rent faits devant toutes les
portes; il y eut même des ta-
bles dressées en plusieurs en-
droits pour les passans, à qui
l'on fit boire la santé du Roy
& des Princes; de manière que
toutes les ruës retentirent des
acclamations publiques.
Le Samedy au soir, Messieurs
de Ville donnerent au public
le plaisir de faire jouer les 24.
Violons du Roy dans les Thuil,
leries.
Giij
6
Réjouissances.
Et le lendemain Dimanche,
ils firent la même chose dans la
Place Royale, où il y eut des
feux de joye & des illumina-
tions à toutes les croisées des
Hoſtels.
On ne peut s'empêcher de
parler icy du zele ardent & de
l'attention de Mr le Prevost
des Marchands pour se signa-
ler des premiers, puisqu'à peine
eut-il entendu parler de l'ac-
couchement de Madame la Du-
chesse de Bourgogne, dont on
pouvoit encore douter, qu'il
se rendit à l'Hostel de Ville,
où par ses ordres l'Assemblée
ſe trouva aussi toſt complette.
Il est à remarquer que les ré-
jouissances qu'il fit faire dés le
même jour, furent aussi gran-
des que si l'on avoit eù un jour
Réjouissances.
entier pour s'y préparer; &
qu'à peine la nouvelle en étoit-
elle répanduë dans Paris, que
l'on distribuoit déja du pain &
du vin à l'Hostel de Ville, aux
portes des Messieurs de Ville, &
dans tous les Marchez & Pla-
ces publiques, ainsi qu'aux
Portes de la Ville. Cette gran-
de distribution faite pendant
plusieurs jours est bien digne
d'estre remarquée, & une pa-
reille profusion ne peut estre
faite que dans une Ville com-
me Paris, & par un Prevost des
Marchands & un Conseil de
Ville bien zclez. On ne peut
aussi penser sans étonnement
que la Ville donna, le soir du
feu, à souper à plus de mille
personnes. Il faut pour le bien
G iiij
8
Rejouissance.
concevoir, se representer que
l'Hoſtel de Ville est fort spa-
cieux & que tous ceux qui y
sont reçûs pour voir le feu, y
sont regalez, ainsi que ceux
qui sont sur des échafauts que
Messieurs de Ville font faire,
à qui l'on distribue avec abon-
dance tous les mets qui peu-
vent estre portez dans ces en-
droits là. On voit aussi par les
14 Violons envoyez aux Thuil-
leries & à la Place Royale par
Mr le Prevost des Marchands &
par Messieurs de Ville, qu'ils
ont esté aussi galans que magni-
fiques , & qu'ils n'ont rien ou-
blié pour entretenir le peuple
dans la joye qu'il témoignoit
avec tant de vivacité.
Jamais Paris n'a eſté plus
Réjouissance.
7
brillant de lumieres qu'il le fut
le soir que l'on chanta le Te
Deum, & plusieurs Volumes
pourroient à peine suffire pour
donner le détail des ingenieu-
ses illuminations qui furent
faites à tous les Hostels de Pa-
ris, & chez toures les person-
nes distinguées Toute la façade
du Palais Royal fut remplie de
flambeaux pendant trois soi-
rées, & les Trompettes & les
Timbales ne cesserent point de
jouer. Il est impossible de rien
voir de plus brillant que parut
pendant trois jours tout le
Quay des Théatins Les Hôtels
de Bouillon, de Crequy, de
Portsmouth & les autres qui
sont sur le même Quay, furent
illuminez de lumieres vives, &
80
Réjouissances.
toute l'Architecture fut dessi-
née avec des lamprons, ce qui
faisoit un tres-bel effet, & l'on
y distinguoit les Balustrades &
les Balcons, quoiqu'ils fussent
tout en feu. La même choſe pa-
rut dans l'Isle, & sur tout à la
belle maison de Mr le President
Lambert qui est à la pointe, ce
qui faisoit d'autant plus d'effet
que toutes ces lumieres reflé-
chissoient dans l'eau, ou toute
l'Isle paroissoit en feu. Je ne
dis rien de l'illumination de la
Place Royale, on peut juger de
quelle beauté elle étoit à cause
de l'uniformité des maisons. Il
en parut le même soir une tres-
belle chez Mr Lhuillier à la
Place de Louis le Grand, qui
ne fut qu'un prélude de la gran-
Rejouissances.
81
de Feste qu'il preparoit.
Le même jour 27. les Au-
gustins du Grand Convent se
distinguerent par des feux &
des illuminations qui durerent
pendant cinq jours, & par le
vin que le Prieur fit distribuer
au Peuple en abondance ; le
Dimanche suivant 29. ils chan-
terent un Te Deum au son de
leurs cloches & au bruit d'une
triple décharge de plusieurs
Boëtes. Ils firent le soir tirer
beaucoup d'artifice, aprés de
pareilles décharges de Boëtes;
les Fenestres de leurs Cham-
bres & la face de leur Bâiiment
étoient éclairées par un fort
grand nombre de bougies. Ils
se sentirent d'autant plus ani-
moz à faire ces réjouissances,
82
Réjouissances.
que leur Maison est de fonda-
tion Royale, leur ayant esté
donnée en 1293. par le Roy
Philippes le Bel, & qu'outre
les Assemblées du Clergé qui
se tiennent ordinairement chez
eux, ube grande partie des
plus-belles & des plus nobles
Ceremoniess y fait encore: que
le Roy Henry III. y créa en
1578. & fixa à perpetuité l'Or-
dre des Chevaliers du S. Esprit
qu'Henry IV. marqua leur E-
glise en 1594. pour le lieu de la
Procession de toutes les Cours,
Paroisses & Communautez Re-
ligieuses de la Ville: & qu'en-
fin le Roy honora cette même
Maison de sa presence en 1662.
& y fit la seule promotion des
Chevaliers de l'Ordre qu'il ait
Réjowissances.
83
fait jusqu' à present à Paris. Ce
qui fait que ces Peres ont esté
ravis de donner des marques
publiques de leur reconnois-
sance & de leur attachement
pour la Personne de Sa Majeſté
& de toute la famille Royale.
Je devois, suivant l'ordre que
j'ay observé dans cette relation,
vous marquer plutôt que laMai-
son de Mr de la Croix, Maître
des Comptes, & Maître d'Hô-
tel de Madame la Duchesse de
Bourgogne fut toute illuminée
dés le ſoir même de la naissance
de Monseigneur le Duc de Bre
tagne; que cette illumination
continua pendant trois jours,
& que tous les soirs le vin ne fut
pas épargné à tous ceux qui se
presenterent pour boire la san-
Rejouissances.
84
té de Monseigneur le Duc de
Bretagne.
Les Jesuites qui sont toûjours
prêts à donner des marques de
leur zele, lorsqu'il s'agit de la
gloire & du bonheur de la Fran-
ce, firent le 26. le 27. & le 28.
de grandes réjouissances dans
leur College de Louis le Grand.
Toutes les quatre faces de leur
cour furent illuminées; on tira
beaucoup de fusées volantes,
& d'autres artifices au bruit des
timballes, des haut bois & des
L'illumination
Trompettes.
dura, chaque jour, depuis huit
heures jusqu à minuit. Les hom-
mes & les femmes eurent la li-
berté d'entrer dans leur cour,
dont les portes qui donnent
dans l'interieur de leur Maison,
Réjouissances.
86
estoient fermées Ces réjouis-
sances, quoi que grandes, ne
suffisoient pas pour remplir l'ar-
deur de leur zele, qui leur fit
prendre le dessein de donner
une feste plus grande & plus
reguliere, que vous trouvercz
dans la suite de cette relation.
Quoi que Monsieur le Due
d'Albe se fût distingué à Ver-
sailles, ainsi que je l'ay déja
marqué, les illuminations n'en
furent pas moins grandes à son
Hôtel a Paris, & comme cet
Hôtel ne suffit pas pour tous
ceux qui composent son Dome-
stique, & qu'il a loué plusieurs
Maisons aux environs de son
Hôtel; toutes ces Maisons fu-
rent parcillement éc lairées, &
tout s'y paſsa avec la profusion
Rejouissances.
86
& la magnificence ordinaire à
cet Ambassadeur.
Monsieur le Marquis Dos-
Rius donna aussi des marques
de sa joye & de sa magnificence
ordinaire, quoi qu'il ne fasse
plus les fonctions d'Ambassa-
deur d'Espagne, dans lesquelles
il a brillé avec tant d'éclat & de
conduite.
Les PP. Barnabites ont esté
des premiers à faire paroître
leur joye. Ils firent des feux
pendant trois jours devant le
nouveau Portail de leur Eglise.
Ily avoit des illuminations à
toutes les fenestres, ils firent
tirer, le dernier jour, un grand
nombre de fusées volantes qui
fut accompagné de beaucoup
d'autres artifices. Ce spectacle
Réjouissances.
8
attira tout le Peuple des envi-
rons qui bût à la santé du Roy
& de toure la Maison Royale.
Les PP. Fueillans du Mona-
ſtere Royal, de la ruë S. Ho-
noré, aprés avoir fait des feux
ordinaires dans leur cour les-
foirs du 26 27. & 18. de Juin,
ainsi que l'ou en faisoit dans
toute la Ville ; voulant rendre
graces à Dicu de l'heureuse nais-
sance de Monseigneur le Duc
de Bretagne, & joindre leurs
Prieres à la joye du Peuple,
choisirent pour cet effet le Di-
manche 19. du même mois.
Ils annoncerent leur feste, le
matin, par une décharge d'ar
tillerie, & aprés midi, par le son
de leurs cloches qui carillon-
nerent jusqu'à minuit, l'Eglise
Juillet 1704. II. P.
H
Rejouissances.
88
estoit ornée de belles Tapisse-
rie, & l'Autel richement paré.
Ces Religieux se rendirent à
l'issuë de Vêpres, en Procession
dans la Nef de leur Eglise, où
leur Pere General revestu, avec
ses Officiers, des magnifiques
Ornemens qui leur ont été don-
nez par le Roy, entonna le Te
Deum, qui fut chanté solemnel-
lement avec les Prieres ordinai-
res, pour Sa Majesté, & pour
la Famille Royale. Cette Cere.
monie fut precedée & suivie par
des décharges d'artillerie.
Le soir sur les 7. heures, les
trompettes & les timbales pla-
cées sur un balcon dans le
Chœur de ces Peres, se firent
entendre; les haut bois qui
estoient sur un autre balcon,
Réjouissances.
89
continuërent: on battit ensuite
les tambours avec lesquels les
trompettes & haut bois se firent
entendre alternativementi ce
qui dura fort long-temps, du-
rant lequel il y avoit en un en-
droit de la cour, une fontaine
qui jetta du vin pendant deux
heures, & dans un autre endroit
auprés, on distribua du pain
à rous venants.
Il y avoit au milieu de la
cour, un échafaut, élevé de
deux pieds & demi de terre,
d'environ douze pieds en carré,
sur lequel on avoit dressé un
grand bucher de 15 pieds de
haut. Sur les 9. heures du soir,
les Religieux vinrent en Pro-
cession, chantans l'Exaudiat au
tour du bucher : la leur Gene-
Hij
Réjouissances.
90
ral revestu, ainsi que ses Offi-
ciers, des mêmes Ornemens qui
avoient servi au Te Deum, chan-
ta les Oraisons pour le Roy,
benit l'encens & le bucher &
y mit le feu, le bruit de l'artil-
lerie preceda, & suivit encore
cette Ceremonie.
Lorsque le grand feu fut un
peu éteint, on vit paroître sur
le second & troisième ordre
d'architecture du Portail de l'E-
glise, qui est un des plus beaux
deParis, unetres grande & tres-
belle illumination; il y en avoit
une autre des deux costez de la
Porte de la ruë, & le haut du
clocher parût comme un grand
globe de feu.
Ily eut encore deux déchar-
ges d'artillerie: & quantité de
fuſées volantes.
Réjouissances.
91
Le concours du Peuple y fut
prodigieux, & l'air retentissoit
a tous momens des cris de vive
le Roy, la fontaine de vin ayant
cessé de couler un peu trop-tôt,
les Religieux y supleérent par
une distribution de plusieurs
brocs de vin, ce qui dura jus-
qu'à minuit.
Les Chanoines Reguliers de
l'Abbaye de Sainte Geneviéve
choisirent pour rendre graces à
Dieu de la naissance de Mon-
seigneur le Duc de Bretagne,
avec plus de solemnité, le 29.
Juin, jour de la feste des Saints
Apôtres S. Pierre & S. Paul,
premiers Patrons de leur Egli-
se. Ils chanterent le Te Deum
fur les quatre heures aprés mi-
di, le plus solemnellement qu'il
Réjouissances.
92
leur fut possible. L'Abbé de
Sainte Geneviéve y Officia Pon-
tificalement; on carillonna sur
toutes les cloches devant &
aprés la Ceremonie, jusque fort
avant dans la nuit: comme ils
avoient résolu de faire ce jour-
là une aumône extraordinaire,
pour attirer, par cette bonne
œuvre, les benedictions du
Ciel sur la Eamille Royale, &
que les Pauvres des environs en
avoient esté avertis, il s'en pre-
senta un tres grand nombre,
ausquels on distribua, jusqu'au
soir, une assez grosse somme d'ar-
gent. Sur les neuf heures, ils
firent allumer un grand feu dans
le Parvis de leur Eglise, & en
même temps leur clocher parut
tout en feu, comme il est le plus
Réjouissances.
93
haut de Paris; l'illumination qui
dura toute la nuit, fut apper-
çuë de toute la Ville, & de plus
de quatre lieuës aux environs.
Les Augustins Déchaussez,
estant d'autant plus sensibles à
ce qui regarde la Maison Royale,
qu'ils ont l'honneur d'avoir le
Roy Louis XIII. pour leur
Fondateursont crû devoir don-
ner d'une maniere distinguée
des marques éclatantes de la
part qu'ils prenoient à la joye
publique. Ils choisirent pour
cela le 29. Juin, Feste de Saint
Pierre, & ce jour-là fut en-
tierement consacré à cette so-
lemnité. Aprés avoir rendu
graces à Dicu, le matin par une
Messe solemnelle accompagnée
de tout le majeſtueux apparcil
Rejowissances.
94
que permettent les Ceremonies
Romaines; le ſoir à l'issuë du
Salut, ils chanterent le Te
Deum, au son des cloches & des
tambours, qui fut suivi d'une
salve de cinquante boëtes. Leur
Autel estoit éclairé de plus de
deux cens Cierges rangez sans
aucune confusion & qui fai-
soient un tres brillant effet. A
peine la nuit eut elle commen-
cée que la façade de leur cour
ſe trouva illuminée d'une si
prodigieuse quantité de bou-
gies & lamprons qu'elle parût
toute feu; elles estoient pla-
cées dans un ordre si singulier
que cette illumination fut ad-
mirée de tous les spectateurs.
Il y avoit dans cette cour un
grand feu de bois fort élevé, au
tour
Réjouissances.
tour duquel ces Religieux, au
nombre de cent, se rendirent
processionnellement; ils l'allu-
merent en chantant l'Exaudiat,
au bruit des tambours, au caril-
lon des cloches, & aux acclama-
tions d'un nombre presque infi-
ni de peuple dont leur cour &
leur carefour estoient remplis,
pendant que les cinquante boë-
tesrangées dans leur jardin an-
noncerent de nouveau la joye
de ces Peres aux quartiers les
plus éloignez. Les quatre fa-
ces de bâtiment qui compo-
sent le quarré de leur Convent
se trouverent en même-temps,
entierement éclairées par plu-
sieurs lumieres mises a toutes
leurs fenestres. Ils tirerent du-
rant plus d'une heute, un nom-
Juillet 1704. II. P.
1
Réjovissances.
86
bre conderable de fusées volan-
tes, dont plusicurs furent trous
vées d'une grosseur & d'unebeau-
ré toute extraordinaire, elles
furent entremelées de quantité
d'autres artifices. La feste se
passa sans confusion; l'illumi-
nation attira un nombre in-
croyable de Personnes de tous
états qui ne se retirerent qu'à
tuinuit, pour laisser ces Reli-
gieux en liberté d'aller chanter
leurs Matines.
Le même jour 29. on chanta
dans l'Eglise de Saint Louis de
l'Iſle, un Salut, où le S. Sacre-
ment fut exposé; le Te Deum,
y fut chanté en action de graces
de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bretagne, & l'Exau-
diat, pour la conservation du
Réjouissances.
7
Roy, & la prosperité des Armes
de S. M. l'Eglise estoit magni-
fiquement ornée & toute bril-
lante de lumieres; la Ceremo-
nie ſe termina par un beau feu,
& tout le clocher fut illuminé,
& cette illumination dura tou-
te la nuit.
Les Prisonniers du petit Châ-
telet trouverent le moyen, mal-
grèla mauvaise situation de leurs
affaires, de faire éclater leur
joye, en faisant faire un feu sur
leur Plateforme, qui est fort
clevée, de manière que ce feu
fut vu de plusieurs endroits de
Paris, & de la Campagne.
Les Chartreux avoient chan-
té le même jour un Te Deum,
avant leur Grande Messe, ils
firent le soir un tres beau feu,
141
Réjouissances.
98
la portion fut doublée ce jour-
là aux Religieux, & ils eurent
permission d'aller par extraor-
dinaire dans leur Spatiement,
qui est un lieu ou ils vont ordi-
nairement promener à certains
jours de la Semaine.
Mr Gualtieri, Nonce ordi-
naire de S. S. cut à peine ap-
pris la Naissance de Monsei-
gneur le Duc de Bretagne, qu'il
donna des ordres pour faire
travailler aux choses necessai-
res pour illluminer son Hôtel,
dont la façade est tres longue,
elle fut remplie d'un grand
nombre de chassis, sur lesquels
on attacha un tres grande quan-
tité de lamprons. Toutes les fe-
nestres furent garnies de flam-
beaux de cire blanche; il y avoit
un grand cercle garni de lam-
99
Réjouisances.
prons, au dessus de chaque croi-
fée, & les deux cordons de la fa-
çade en estoient tout remplis
d'un bout à l'autre, aussi bien
que les fenestres du plus haut
étage de l'Hôtel. Il y avoit
un Soleil au dessus de la croisêe
du milieu, qui estant composé
de lumieres plus vives & plus
pressées, l'emportoit par sa clar-
té éblouissante sur toutes les au-
tres lumieres de la façade: ce
qui faisoit un effet merveilleux;
la Porte cochere estoit aussi en-
tourée de chassis, tout couverts
de lumieres. Cette illumination
parut pendant trois jours, &
l'on y remarqua chaque jour
quelque choſe de nouveau Elle
commença chaque jour par une
décharge de quantité de boë-
Iiij
100 Réjovissances.
tes, qui estoit suivie de quart
d'heure en quart d'heure, de
deux autres décharges, aprés
quoi on entendoit des hautbois,
des trompettes, des timballes &
des tambours: tous ces instru-
mens se faisant entendre alter-
nativement. Il y avoitde grands
feux le long de la façade de
l'Hôtel, & l'on avoit attaché aux
quatre coins de la ruë deux cor-
des, sur lesquelles on tiroit un
grand nombre de fusées, outre
celles qu'on tiroit continuelle-
ment à la main. Il y avoit un feu
d'artifice vis-à visdu milieu de
la façade de ce brillant Hô-
tel; cet artifice ne parut que le
second jour, & il fut augmenté
& diversifié le troisième. Le
tout parut magnifique & de bon
Réjouissances.
IOI
goût ; cependant on n'en fut
point surpris & l'on n'attendoit
pas moins de ce Nonce; puisque
depuis qu'il est en France, il a
brillé dans toutes les occasions
où il a eu lieu de paroître & de
se distinguer, aussi s'est il faic
beaucoup considerer & aimer de
tous ceux qui le connomssent.
Les Bourgeois de la ruë
S Jacques ont esté des premiers
& des plus empressez a donner
des marques de leur joye; ce
qu'ils ont fait pendant trois
jours, avec autant de vivacité
que d'éclat. Toute leur ruë
estoit illuminée par des lustres,
& des girandoles remplies de
bougies, & par quantité d'au-
tres lumieres: ils avoient fait
chargée de
elever une figur
111
102
Réjouissances.
quantité de bouteilles de vins
& de liqueurs, qui par le moyen
de quelques ressorts en distri-
bua à tous les passans. Ce qui
fut accompagné de symphonie,
de violons, de hautbois & bas-
sons. Ils avoient fait faire beau-
coup d'inscriptions & de devi-
ses, dont la principale repre-
sentoit un grand Soleil avec ces
mots,
SUB HOC NOVA PLURIMA
SOLE.
On voit sous ce Soleil mille cho-
ses nouvelles.
Ils chanterent plusieurs chan-
sons à la gloire du Roy, dont
ils avoient fait faire les paroles
& les airs. Mr Leonard, Librai-
re, se distingua dans cette occa-
sion par une tres belle illumi-
nation.
Réjouissances.
103
Le College d'Harcourt à esté
un des premiers de l'Université
qui ait fait paroitre sa joye dans
cette occasion, Mr le Marquis
de Chamillart, Pensionnaire
dans ce College, y fit venir 60.
boëtes, avec plusieurs barils de
poudre.
Le Lundy 30. Juin, l'illumi-
nation qui se devoit faire le
soir, fut annoncée par une dé-
charge de ces boêtes ; elle fut
réiterée sur le midy: & à cinque
heures le Te Deum, fut chante
à la teste d'un nombreux Cler-
gé, où plusieurs Personnes de
qualité, Pensionnaires dans ce
College, porterent le Surplis.
On fit une troisiéme décharge,
pendant le Te Deum, & Mi le
Proviseur de ce College ayent
Réjouissances.
104
mis le feu à un bucher, dressé
au milieu de la cour; toutes les
fenestres parurent illuminées
en même temps; ce qui fit un
tres beau spectacle; & sur tout
l'appartement de Mr le Mar-
quis de Chamillart attira aussi-
tôt les yeux de toute l'Assem-
blée: Il estoit orné de quatre
grands Tableaux, remplis de
devises faites expres pour le
Roy, pour Monseigneur, pour
Monseigneur le Duc de Bour-
gogne, & pour Monseigneur
le Duc de Bretagne. Dans le
premier estoit representé un
Soleil avec les Armes de Fran-
ce, entourées de ces mots,
VEL SOLO LUMINE
TERRET.
Réjouissances.
105
Dans le deuxième, les Armes
de Monseigneur, avec une Eroi-
le au dessous d'un Soleil, & ces
paroles,
SOLIS IGNIBUS ARDET.
Les Armes de Bourgogne
estoient peintes dans le troisié-
me, & on y avoit representé un
fusil qui tuë le gibier aupara-
vant que la flame paroisse.
ANTE FERIT QUAM FLAM-
MA MICET.
Ce qui convient parfaite-
ment bien à ce Prince, puis-
qu'à peine a t'il paru devant
Brizac que cette Ville s'est
renduë.
106 Réjouissances.
Et dans le quatrième, les
Armes de Bretagne paroissoient
avec un Aiglon naissant, qui vo-
loit aprés un Aigle qui regar-
doit le Soleil, autour desquels
on lisoit,
JAM VOTIS SEQUITUR
PATREM , &c.
Il y avoit trois échafauts
dans la cour du College ; les
Pensionnaires estoient sur celuy
du milieu, afin de n'estre point
mêlez avec la foule du peuple,
qui court ordinairement à ces
sortes de spectacles. Les écha-
fauts qui estoient des deux cô-
tez estoient remplis de Haut-
bois, de Violons, de Timballes
& de Trompettes.
les Professeurs de ce
Mr
Réjouissances.
107
grand College firent paroître
leur esprit & leur zele, ayant
fait quantité de devises & d'in-
ſcriptions à l'honneur du nou-
veau Prince, que les lumieres
faisoient briller de tous côtez;
celle qui suit reçût beaucoup
d'applaudissement, elle est de
Mr des Authieux, Regent de
la troisième Classe.
PARVULUS ENIM NATUS
EST NOBIS.
PATER FUTURI SECULI,
PRINCEPS PACIS.
C'est un Prince du Paix que le
Ciel nous envoye,
pur Sang de LOUIS le
Le
grand;
On
le verra comme luy con-
querant,
Rejouissances.
108
Il fait déja du Peuple & l'amour
& la joye.
L'attention des spectateurs
fut reveillée par quantité d'ar-
tifices qu'on tira du clocher du
College, dont les Pensionnai-
res l'avoient fait remplir. Cet
Artifice divertit beaucoup; la
feſte ſe termina par une déchar-
ge de boëtes, aprés quoy l'as-
semblée ſe ſepara à plus de deux
heures aprés minuit.
Je ne puis vous parler icy
qu'en gros de quantité de Fê-
tes qui ont duré plusieurs jours
& qui ont commencé dés le
jour même de la naissance de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne; quoique ces Fêtes n'ayent
esté faites que par des particu-
Rejouissances.
109
liers & dans des lieux plus res-
serrez, que ceux où sontlogez les
personnes d'une grande distin-
ction; ces Fêtes quoique faites
dans des lieux moins étendus,
ont eu tout le brillant, toute la
galanterie, & l'on pourroit mê-
me a joûter, une partie de la ma-
gnificence en petit qui ont
paru chez de plus grands Sei-
gneurs. L'effusion du cour &
le zele paroiſſoient ſur le viſa-
ge de ces dignes Sujets, chez
qui tous ceux qui vouloient
boire à la ſanté du Roy & de
Monseigneur le Duc de Breta-
gne étoient bien reçûs. Mr d'I-
vry, Mr Hatenville & Mr de
Gillon sont du nombre de ceux
dont les réjouissances ont duré
pendant plusieurs jours, & ont
Réjouissances.
110
eſté des plus vives & des plus
remarquées entre ces particu-
liers. Mr Silvestre, qui a eu
l'honneur de montrer à dessi-
ner à Monseigneur le Duc de
Bourgogne, n a pas moins mar-
qué sa joye, en faisant faire des
feux & distribuer du vin pen-
dant huit jours, à commencer
du jour de la naissance qu nou-
veau Prince. Les Bourgeois du
Cul-de-sac de l'Opera firent
dresser dans leur Cul-de-sac un
Treillage en forme de Portique
sur lequel ils firent attacher
beaucoup de Lamprons, d'où
l'on vit sortir quelques fusées
volantes; quoique cette Fête
fût considerable pour les Bour-
geois qui l'ont fait faire, elle
ne l'étoit pas pour Mr de Fran-
Réjouissances.
III
cine, à qui quelques gens ont
malicieusement voulu l'attri-
buer; ſi elle avoit esté de lui,
il auroit donnè l'Opera gratis
le jour même, ainsi qu'à toû-
jours fait Mr de Lully dans les
grands évenemens, & de même
que les Comediens ont fait,
aussi- tôt qu'ils ont appris la
naissance de Monseigneur le
Duc de Bretagne, ce qu'ils ont
accompagné de grandes illu-
minations, & destout ce que
l'on pouvoit attendre d'eux; au
lieu que dans la Feste du Cul-
de-sac de l'Opera, attribuée à
Mr de Francine, il n'y avoit
rien de ce que l'on devoit at-
tendre de lui, & l'on est per-
suadé qu'un homme qui aime
autant la belle depense & qui
Juillet 1704. 11. P.
K
Réjouissances.
112
se distingue par-la, n'auroit
rien épargné pour ce qui re-
garde la gloire du Roy & de
l'Etat. Il est à croire qu'il a
pris du temps pour se prepa-
rer à quelque chose de grand,
& qu'il veut estre des derniers à
douner des marques de sa joye,
afin que l'idée de sa magnificen-
ce ne soit point effacée dans.
le public par les grandes Fêtes
qui auroient pû suivre la sienne.
J'ay crû lui devoir rendre cette
juſtice, afin de détruire les
bruits que les mal intentionnez-
pour lui ont fait courir, en
disant qu'un homme qui a tiré
de si grandes sommes de l'Ope-
ra par le privilege qu'il a plû
au Roy de lui accorder, n'a
marqué sa reconnoissance que
Réjouissances.
113
par une bagatelle beaucoup au
dessous des Festes qui ont esté
faites par de simples Mar
chands.
Je devois vous patler plûtost
des réjouissances qui ont esté
faites par Mr Fieschi, Nonce
Extraordinaire, il fit mettre six
gros flambeaux de cire blanche
a chaque fenestre de son Hostel,
il donna un magnifique repas,
qui fut accompagne d'un grand
Concert & d'une belle Sym-
phonie. On alluma six feuxen
même temps devant cet Hostel,
& ce Nonce ayant donné par
llà les mêmes marques de joye
qu'il fit éclater à l'exaltation
du Saint Pere qui occupe au-
jourd hui si dignement la Chai-
re de Saint Pierre, ila fait con-
Rejouissances.
1I4.
noistre qu'il regarde le Roy
comme le Fils ainé de l'Eglise
& le premier Monarque du
monde.
Mr le Marquis de Dangeau
a donné également des mar-
ques de sa joye à Versailles &
à Paris. Il fit non seulement
éclairer dedans & dehors l'Hô-
tel qu'il a à la Place Royale,
mais il fit aussi illuminer la fi-
gure Equestre qui est au mi-
lieu de la même Place: il don-
na un somptueux repas, pen-
dant lequel les 24 Violons se
firent entendre ; il fit tirer de
l'artifice pendant toute la soi-
rée, & comme le bruit de cette
Feste avoit attiré beaucoup de
monde, & que la Place Royale
étoit remplie de Carosses, Mr
Réjouissances.
115
le Marquis de Dangeau envoya
des liqueurs & des rafraichisse-
ment à tous ceux qui étoient
dans ces Carosses, & qui rou-
loient dans la Place
Mr de Courcelles, Gentil-
homme servant de Madame la
Duchesse de Bourgogne, qui
loge dans l'Isle Nostre Dame,
se distingua aussi beaucoup; il
fit tirer un feu d'artifice sur
l'eau, au bruit de plusieurs in-
strumens guerriers & d'une
Symphonie plus douce, qui se
firent entendre tour à tour. La
situation du lieu rendit cette
Feſte des plus agreables, où les
lumieres & le vin ne manque-
rent point.
Pendant que les uns buvoient
à la ſanté de la famille Royale,
les autres faisoient des Prieres
116
Réjouissances.
au Ciel pour cette auguste fa-
mille: La Confrerie de Nostre-
Dame de bonne delivrance fit
chanter un Te Deum dans l'E-
glise de S Estienne des Grecs
avec beaucoup de magnifi-
ccence, X une grande Musique.
Les Barnabites dont je vous
ay déja parlé, & qui avoient
des premiers fait éclater leur
Hoye, en firent aussi chanter un
avec beaucoup de solemnité.
Fermer
17896
p. 46-49
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
Début :
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des choses encore à t'écrire sur toutes les espèces [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUATRIÉME LETTRE d'une jeune Etrangère sur les MODES & USAGES DE FRANCE.
QUATRIÉME LETTRE d'une jeune
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
Etrangère sur les MODES & USAGES
DE FRANCE.
J'AUROIS eu, ma chère Miss, bien des
choses encore à t'écrire sur toutes les espèces
de coëffures desFrançoifes,fi je m'é-
tois engagée à des détails exacts .Ce feul ar-
ticle fourniroit à des volumes confidéra-
bles
je fuis furpriſe même , attendu la
mode des Ouvrages philofophiques en
France , que l'on n'en ait pas fait déja
une forte de Deſcription Encyclopédi-
que, ou tout au moins un gros Alma-
nach , auffi inftructif que bien d'autres ;
car je conçois bien que la fréquence des
variations exigeroit des éditions fouvent
renouvellées , avec changemens & aug-
mentations. Je t'ai promis de te faire
voir les Dames Françoiſe en deshabillé.
Imagine- toi le fpectacle le plus galant ,
& en même temps le plus modefte : car
elles ne font peut- être jamais plus com-
plettement vêtues que dans plufieurs de
ces Deshabillés. Remarque avec moi,
en cette occafion comme en d'autres ,
l'efprit conféquent & jufte qui gouverne
JANVIER. 1764.
47
cette agréable partie de la Nation. Je
n'entends point par Deshabillé , ces pre-
miers vêtemens très- courts que l'on paffe
négligemment dans les bras , immédiate-
ment en fortant du lit. Ils font charmans
néanmoins , fur- tout dans les premiers
inftans où les vapeurs fugitives du fom-
meil ne laiffent pas encore la force de
nouer tous les rubans qui en font les at-
taches ; ou bien les font nouer filaches ,
qu'ils feroient à la merci de toutes les
furprifes. Quelques inftans après ils de-
viennent des vêtemens qui joignent &
-marquent affez jufte la taille.
Ils font
& garnis , ainfi que les jupons ,
blancs , & garnis , ainfi
d'une quantité prodigieufe de dentelles ,
de blondes , ou de très-belles mouffeli-
nes fort pliffées. Comme le temps où fer-
vent ces demi-vêtemens n'eft confacié
qu'aux foins les plus myftérieux de la
toilette de propreté , ou à la plus intime
familarité , je ne compte le Deshabillé
que de ce qu'on appelle la Robe à peigner,
c'eft-à-dire , celle que l'on prend pour
paffer à la toilette d'apparat. Ces robes
font d'étoffes fimples en foye ou en toile
de Perfe , mais agréables ordinairement
-par la variété des couleurs , que le goût
prefcrit de choifir douces & tranquilles ;
quelquefois même un peu fombres. On
48 MERCURE DE FRANCE.
a fes raifons pour cela. C'eſt le moment
où la nature eft abandonnée à elle-mê-
me , où les charmes d'un beau tein font
livrés à leurs propres forces : ils n'au-
roient pas toujours celle de difputer avec
avantage contre des couleurs trop écla-
tantes. C'eſt pardeffus cette robe que les
Dames prennent , quelquefois affez long-
temps avant la toilette même , un furve-
tement de la mouffeline ou du linon le
plus fin , que l'on appelle Peignoir : or-
nement mille fois plus galant & plus
riche , que l'ufage défigné par fon nom
paroîtroit l'indiquer. Ils font ordinaire-
ment bordés par- tout d'une dentelle ,
plus ou moins large , plus ou moins pré-
cieufe , fuivant l'état de dignité ou de
luxe , & fuivant l'éclat des toilettes. Les
manches fort amples de ces peignoirs ,
ont été abrégées depuis quelque- temps
dans leur longueur,pour ne venir que juf
ques aux coudes. Ingénieufe prévoyance
de ce féxe charmant fur les plus petites
reffources du beau deffein de plaire ! Les
manches de ces peignoirs, ainfi raccour-
cies , accompagnent avec grâces un beau
bras nud qui travaille à la chevelure ,
fans le gêner , ni fans le dérober aux de-
firs des fpectateurs. Si tu voyois , ma
chère Mifs , quelques-unes de ces jolies
Françoiſes ,
JANVIER. 1764.
49
Françoiſes , ainfi vêtues de lin , vis-à-vis
de leurs toilettes chargées de mille bi-
joux dont la richeffe & la galanterie ,
réunies dans une adroite confufion , of
frent un spectacle étincelant ; fi tu les
voyois , dis-je , avec toutes leurs petités
grâces , qu'on ne peut décrire ni imiter
avec ces grâces artificielles en toute autre
qu'une Françoife , mais la nature même
en elles ; tu les prendrois alors pour les
Prêtreffes de l'Amour , facrifiant fur l'au-
tel de la Galanterie ; ou pour quelques
Enchantereffes , d'un ordre fupérieur &
céleste , qui préparent ou qui opérent les
charmes de la volupté,
N. B. C'eft avec regret que les bornes de
notre Journal nous obligent à remettre la
fuite de cette Lettre au volume prochain.
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17897
p. 49-50
« LE mot de la première Énigme du premier volume du Mercure de Janvier [...] »
Début :
LE mot de la première Énigme du premier volume du Mercure de Janvier [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la première Énigme du premier volume du Mercure de Janvier [...] »
LE mot de la première Énigme du
premier volume du Mercure de Janvier
eft le Diable. Celui de la feconde eft
la fauffe Monnoie. Celui de la troifiéme
eft l'an ou l'année. Celui du premier
Logogryphe eft Hiver , où l'on trouve
ver ; & en ôtant l'v , refte hier. Celui du
fecond Logogryphe eft Chandelle , où
II.Vol.
C
+
J
50 MERCURE DE FRANCE.
l'on trouve l'Abbaye de Chelle , halle 3
lande.
premier volume du Mercure de Janvier
eft le Diable. Celui de la feconde eft
la fauffe Monnoie. Celui de la troifiéme
eft l'an ou l'année. Celui du premier
Logogryphe eft Hiver , où l'on trouve
ver ; & en ôtant l'v , refte hier. Celui du
fecond Logogryphe eft Chandelle , où
II.Vol.
C
+
J
50 MERCURE DE FRANCE.
l'on trouve l'Abbaye de Chelle , halle 3
lande.
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17898
p. 11-18
Description du Chenil. [titre d'après la table]
Début :
On les mena au Chenil qui sert de Logement au [...]
Mots clefs :
Chenil, Grand veneur, Cour, Cours, Corps de logis, Jardin, Cour octogone, Bâtiment, Balustrade, Chiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Chenil. [titre d'après la table]
Veneur.
Ce Baſtiment eſt diffiçile
à décrire parce que tour
yeſt extraordinaire , & qu'au
lieu d'avoir ſa principale por
12 III. P. du Voyage
te en face du Baftiment , on
y entre par les coſtez . Ainſi
je dois prendre pour vous le
décrire une maniere toute
opoſée à celle qu'on a coûtume
de ſuivre dans ces fortes
de Deſcriptions. Il eſt ſitué
devant le Manege , derriere
la grande Ecurie. Cependant
il n'y a point d'entrée
de ce coſtélà, mais au devant
du principal Corps de Logis ,
on voit un Jardin fermé d'une
Balustrade , & qui occupant
toute la face du Baſtiment ,
retourne des deux coſtez fur
les aifles où il s'étend. Ce
L des Amb.de Siam. 13
Corps de Logis eſt d'environ
30. toifes de longueur ,
fur huit d'épaiſſeur. Il eſt
compoſé d'un étage au rez
de Chauffée , & d'un autre
au deſſus en Attique ſans
comble apparent, mais cou
ronnéd'une Balustrade avec
des Vaſes. Comme cette face
de derriere regarde le Château
de Versailles , & que ce
Baſtiment eſt ſitué entre
deux allées d'arbres , on n'a
qu'à ſuivre des deux coſtez
le mur du Jardin , le long de
ces Arbres , dont chaque
rang eſt dans une avenue
14 III. P. du Voyage
differente de Versailles , &
l'on trouve deux Portes qui
donnent dans deux petites
Courts , par leſquelles on entre
dans la grande. Elle eſt
octogone , & a huit pans ,
ſçavoir quatre grands , &
quatre petits ; des quatre
grands l'un eſt occupé par le
grand Corps de Logis dont
je viens de vous parler , &
celuy qui luy eſt opoſé par
une grille , du milieu de laquelle
on entre dans une
court dont je parleray dans
la fuite. Le long des deux autres
grands pans font deux
des Amb. de Siam. 15
moyennes courts dont je
vous ay déja parlé , & par
leſquelles on paſſe pour entrer
dans cette court octogone
, dont les quatre petits
pans ſont percez de quatre
portes ceintrées en ance de
panier , par deux deſquelles
on entre dans le Jardin , &
par les deux autres dans deux
autres courts qui ſe communiquent
à deux autres par
deſſus deux aiſles de Bafti
ment qui les ſeparent , & qui
regnent le long de la court ,
dans laquelle je vous ay dit
qu'on entroit par le pande
16 III.P. duVoyage
la court octogone , qui eſt
vis à vis la façade du Baſti.
ment . Cette court a une fortie
pour les Chiens , & cette
ſortie qui eſt en face du
Corps de Logis auroit pû
ſervir de principale entrée ,
s'il y avoit un chemin de ce
coſté là. Ces cinq courts qui
font les dernieres , & qui ſeroient
les premieres , fi la
grande entrée avoit eſté par
là , ont pluſieurs de leurs
coſtez remplis de Baſtimens
qui renferment les Logemens
des Officiers de la Venerie
, les Ecuries pour les
des Amb. de Siam 17
Coureurs , & les Chenils
pour les differentes Meutes
de Chiens du Roy. Rien n'eſt
plus extraordinaire ny mieux
entendu que tout ce qui regarde
cet Hoſtel , dont l'en .
clos, outre tous les Bâtimens,
contient huit courts & un
Jardin , & ce qu'il y a d'a
greable , c'eſt que tout ſe
voit du milieu de la court
octogone, & qu'eſtant percée
dans ſes huit pans , on n'a
qu'à choiſir l'endroit où l'on
veut aller , pour s'y trouver
bien-toft. Le genie d'un Architecte
paroiſt beaucoup en
B
18 III. P. duVoyage
ces fortes de chofes , & qui
conque les peut inventer fait
voir qu'il a un grand gouft
d'Architecture .
Ce Baſtiment eſt diffiçile
à décrire parce que tour
yeſt extraordinaire , & qu'au
lieu d'avoir ſa principale por
12 III. P. du Voyage
te en face du Baftiment , on
y entre par les coſtez . Ainſi
je dois prendre pour vous le
décrire une maniere toute
opoſée à celle qu'on a coûtume
de ſuivre dans ces fortes
de Deſcriptions. Il eſt ſitué
devant le Manege , derriere
la grande Ecurie. Cependant
il n'y a point d'entrée
de ce coſtélà, mais au devant
du principal Corps de Logis ,
on voit un Jardin fermé d'une
Balustrade , & qui occupant
toute la face du Baſtiment ,
retourne des deux coſtez fur
les aifles où il s'étend. Ce
L des Amb.de Siam. 13
Corps de Logis eſt d'environ
30. toifes de longueur ,
fur huit d'épaiſſeur. Il eſt
compoſé d'un étage au rez
de Chauffée , & d'un autre
au deſſus en Attique ſans
comble apparent, mais cou
ronnéd'une Balustrade avec
des Vaſes. Comme cette face
de derriere regarde le Château
de Versailles , & que ce
Baſtiment eſt ſitué entre
deux allées d'arbres , on n'a
qu'à ſuivre des deux coſtez
le mur du Jardin , le long de
ces Arbres , dont chaque
rang eſt dans une avenue
14 III. P. du Voyage
differente de Versailles , &
l'on trouve deux Portes qui
donnent dans deux petites
Courts , par leſquelles on entre
dans la grande. Elle eſt
octogone , & a huit pans ,
ſçavoir quatre grands , &
quatre petits ; des quatre
grands l'un eſt occupé par le
grand Corps de Logis dont
je viens de vous parler , &
celuy qui luy eſt opoſé par
une grille , du milieu de laquelle
on entre dans une
court dont je parleray dans
la fuite. Le long des deux autres
grands pans font deux
des Amb. de Siam. 15
moyennes courts dont je
vous ay déja parlé , & par
leſquelles on paſſe pour entrer
dans cette court octogone
, dont les quatre petits
pans ſont percez de quatre
portes ceintrées en ance de
panier , par deux deſquelles
on entre dans le Jardin , &
par les deux autres dans deux
autres courts qui ſe communiquent
à deux autres par
deſſus deux aiſles de Bafti
ment qui les ſeparent , & qui
regnent le long de la court ,
dans laquelle je vous ay dit
qu'on entroit par le pande
16 III.P. duVoyage
la court octogone , qui eſt
vis à vis la façade du Baſti.
ment . Cette court a une fortie
pour les Chiens , & cette
ſortie qui eſt en face du
Corps de Logis auroit pû
ſervir de principale entrée ,
s'il y avoit un chemin de ce
coſté là. Ces cinq courts qui
font les dernieres , & qui ſeroient
les premieres , fi la
grande entrée avoit eſté par
là , ont pluſieurs de leurs
coſtez remplis de Baſtimens
qui renferment les Logemens
des Officiers de la Venerie
, les Ecuries pour les
des Amb. de Siam 17
Coureurs , & les Chenils
pour les differentes Meutes
de Chiens du Roy. Rien n'eſt
plus extraordinaire ny mieux
entendu que tout ce qui regarde
cet Hoſtel , dont l'en .
clos, outre tous les Bâtimens,
contient huit courts & un
Jardin , & ce qu'il y a d'a
greable , c'eſt que tout ſe
voit du milieu de la court
octogone, & qu'eſtant percée
dans ſes huit pans , on n'a
qu'à choiſir l'endroit où l'on
veut aller , pour s'y trouver
bien-toft. Le genie d'un Architecte
paroiſt beaucoup en
B
18 III. P. duVoyage
ces fortes de chofes , & qui
conque les peut inventer fait
voir qu'il a un grand gouft
d'Architecture .
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Résumé : Description du Chenil. [titre d'après la table]
Le bâtiment du Veneur à Versailles se situe entre le Manège et la grande écurie. L'accès se fait par les côtés plutôt que par la façade principale. Le bâtiment principal mesure environ 30 toises de long et 8 de large, avec un rez-de-chaussée et un étage en attique couronné d'une balustrade ornée de vases. Le jardin, fermé par une balustrade, s'étend sur toute la face du bâtiment et les ailes. L'entrée principale se fait par deux petites cours menant à une cour octogonale à huit pans. Quatre grands pans sont occupés par le bâtiment principal, une grille et deux moyennes cours d'accès. Les quatre petits pans comportent des portes menant au jardin et à d'autres cours. Ces cours abritent des bâtiments pour les logements des officiers de la vénerie, des écuries pour les coureurs et des chenils pour les meutes du roi. L'ensemble comprend huit cours et un jardin, tous visibles depuis le centre de la cour octogonale. L'organisation et la fonctionnalité des espaces témoignent du génie architectural du site.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17899
p. 50
ENIGME.
Début :
POURROIS-JE sans gémir te déclarer mon sort ? [...]
Mots clefs :
Dame des échecs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
POURROIS- JE fans gémir te déclarer mon fort ?
A peine mon époux a -t-il vu la lumière ,
Que de fiers ennemis confpirèrent fa mort,
Dans un piége imprévu cette troupe guerrière,
L'engage par degrés ; & je lui fers d'appui ,
En m'expofant aux coups qu'on prépare pour lui
Il s'échappe en fuyant , & je fuis prisonnière .
Il alloit fuccomber , privé de mon fecours ;
Mais un puiffant génie a protégé les jours.
Les vainqueurs infolens , ivres de leur victoire ,
Avoient cru l'accabler fous leurs vaſtes projets ;
Lorfqu'en changeant de féxe, un feul de fes Sujets
Brifa mes fers & lui rendit fa gloire.
Mais les vainqueurs en vain fe preffent fous mes
pas :
Tous ces honneurs ne font rien que fumée.
Après avoir vaincu dans cent & cent combats ,
Un enfant quelquefois diffipe les foldats ,
Me foule aux pieds & détruit mon armée .
Par M. D. R *** .
POURROIS- JE fans gémir te déclarer mon fort ?
A peine mon époux a -t-il vu la lumière ,
Que de fiers ennemis confpirèrent fa mort,
Dans un piége imprévu cette troupe guerrière,
L'engage par degrés ; & je lui fers d'appui ,
En m'expofant aux coups qu'on prépare pour lui
Il s'échappe en fuyant , & je fuis prisonnière .
Il alloit fuccomber , privé de mon fecours ;
Mais un puiffant génie a protégé les jours.
Les vainqueurs infolens , ivres de leur victoire ,
Avoient cru l'accabler fous leurs vaſtes projets ;
Lorfqu'en changeant de féxe, un feul de fes Sujets
Brifa mes fers & lui rendit fa gloire.
Mais les vainqueurs en vain fe preffent fous mes
pas :
Tous ces honneurs ne font rien que fumée.
Après avoir vaincu dans cent & cent combats ,
Un enfant quelquefois diffipe les foldats ,
Me foule aux pieds & détruit mon armée .
Par M. D. R *** .
Fermer
17900
p. 53
ÉNIGME.
Début :
Quand une main m'exerce, une autre me repousse. [...]
Mots clefs :
Houppe à poudrer