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17951
p. 49-53
Leur arrivée à Nantes. La maniere dont ils sont reçeus, avec une descript[i]on de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le mesme jour coucher à Nantes. Le 16. [...]
Mots clefs :
Ville, Nantes, Dames, Description
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texteReconnaissance textuelle : Leur arrivée à Nantes. La maniere dont ils sont reçeus, avec une descript[i]on de la Ville. [titre d'après la table]
Ils allerent
le meſme jour coucher à
Nantes.
Le 16. ils ſéjournerent
dans la meſme Ville .Nantes
eſt ſur la Loire & fur
l'Ardre avec titre de
د
1 Comté , & un Eveſché
Suffragant de Tours. Il y
a Generalité , Chambre
1 des Comptes , & Univer-
8 E
30 Voyagedes Amb.
fité. Sa fituation eft fi bien
choifie , que pour le commerce
, & pour tout le
Pays qui l'environne , on
ne peut la ſouhaiter plus
commode. Le Flux de la
Mer y fait monter les
groffes Barques , & les
Vaiſſeaux de mediocre
grandeur. Les plus gros
s'arreſtent à quatre lieuës
au deſſous . La maniere
dont on les reçeur à Nantes
, &le foin que prirent
de leur divertiſſement
de Siam.
tous ceux qui purent y
contribuer , auroit pû les
engager à y paffer plus
d'un jour , fans l'impatience
qu'ils avoient de
voir le Roy . M² de Molac
, Lieutenant General,
& Gouverneur de la Ville
, ſe diftingua en cette
occafion ; il fit monter à
cheval toute la Nobleſſe
qui ſe mit en haye pour
les recevoir. Il y avoit outre
cela beaucoup de Carroſſes
qui en estoient rem
E ij
52 Voyage des Amb.
plis , ainſi que des principales
Dames de la Ville ,
& des perſonnes les plus
confiderables des environs
. Ils furent reçûs au
bruit du Canon ; le Maire
les harangua , & leur offrit
les Prefens de la Ville.
On leur donna des Gardes
, & tous les Corps Seculiers
& Reguliers les
complimenterent . M² de
Molacleur preſta ſes Caroffes
, & M² le Premier
Prefident leur donna auf
de Siam. 53
fi les fiens , & leur offrit
tout ce qui dépendoit de
luy. Ils allerent à la Prairie
, où ſe fait le Cours , &
ils y trouverent un fort
grand nombre de Dames ..
On les mena aux Capucins
, d'où l'on voit tous les
Faux-bourgs qu'ils prirent
pour autant de Villes.
le meſme jour coucher à
Nantes.
Le 16. ils ſéjournerent
dans la meſme Ville .Nantes
eſt ſur la Loire & fur
l'Ardre avec titre de
د
1 Comté , & un Eveſché
Suffragant de Tours. Il y
a Generalité , Chambre
1 des Comptes , & Univer-
8 E
30 Voyagedes Amb.
fité. Sa fituation eft fi bien
choifie , que pour le commerce
, & pour tout le
Pays qui l'environne , on
ne peut la ſouhaiter plus
commode. Le Flux de la
Mer y fait monter les
groffes Barques , & les
Vaiſſeaux de mediocre
grandeur. Les plus gros
s'arreſtent à quatre lieuës
au deſſous . La maniere
dont on les reçeur à Nantes
, &le foin que prirent
de leur divertiſſement
de Siam.
tous ceux qui purent y
contribuer , auroit pû les
engager à y paffer plus
d'un jour , fans l'impatience
qu'ils avoient de
voir le Roy . M² de Molac
, Lieutenant General,
& Gouverneur de la Ville
, ſe diftingua en cette
occafion ; il fit monter à
cheval toute la Nobleſſe
qui ſe mit en haye pour
les recevoir. Il y avoit outre
cela beaucoup de Carroſſes
qui en estoient rem
E ij
52 Voyage des Amb.
plis , ainſi que des principales
Dames de la Ville ,
& des perſonnes les plus
confiderables des environs
. Ils furent reçûs au
bruit du Canon ; le Maire
les harangua , & leur offrit
les Prefens de la Ville.
On leur donna des Gardes
, & tous les Corps Seculiers
& Reguliers les
complimenterent . M² de
Molacleur preſta ſes Caroffes
, & M² le Premier
Prefident leur donna auf
de Siam. 53
fi les fiens , & leur offrit
tout ce qui dépendoit de
luy. Ils allerent à la Prairie
, où ſe fait le Cours , &
ils y trouverent un fort
grand nombre de Dames ..
On les mena aux Capucins
, d'où l'on voit tous les
Faux-bourgs qu'ils prirent
pour autant de Villes.
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Résumé : Leur arrivée à Nantes. La maniere dont ils sont reçeus, avec une descript[i]on de la Ville. [titre d'après la table]
Le texte décrit le séjour des ambassadeurs de Siam à Nantes. Le 16, ils passèrent la journée dans cette ville située sur la Loire et l'Erdre, qui est un comté et un évêché suffragant de Tours. Nantes possède une généralité, une chambre des comptes et une université, et sa position est stratégique pour le commerce régional. La Loire permet aux barques et vaisseaux de moyenne taille de remonter jusqu'à Nantes, tandis que les plus gros s'arrêtent à quatre lieues en aval. Les ambassadeurs furent accueillis avec une grande hospitalité. La noblesse locale, dirigée par M. de Molac, lieutenant général et gouverneur de la ville, se mit en selle pour les recevoir. De nombreux carrosses, remplis de dames et de personnes influentes, étaient présents. Ils furent reçus au son du canon, et le maire les harangua, leur offrant les présents de la ville. Des gardes leur furent attribuées, et divers corps séculiers et réguliers les complimentèrent. M. de Molac et M. le Premier Président leur offrirent des cadeaux et tout leur soutien. Les ambassadeurs visitèrent la prairie où se tient le cours public, rencontrant un grand nombre de dames, et furent conduits chez les Capucins, d'où ils purent observer les faubourgs de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17952
p. 2835-2839
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
Début :
Je sortis hier d'une fonction oratoire que je craignois un peu, comme ne [...]
Mots clefs :
Tribunal , Jugement, Meurtre, Verglas, Brouillard, Froid
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
EXTRA IT d'une Lettre écrite de
Laufanne , le premier Decembre 1739 .
par M. le Confeiller Seigneux , à M. de
Veze , au fujet d'une forme finguliere de
Jugement criminel , & fur un Phénoméne
arrivé dans le même Pais au mois d'Oc
tobre dernier,
J
E fortis hier d'une fonction oratoire .
que je craignois un peu , comme ne
m'étant pas trop familieres. Nous avons
dans cette ville une forme de Jugement
criminel , quand il s'agit d'un meurtre ,
qui fe fait avec beaucoup de folemnité au
milieu de la Place publique , on y forme
par des barrieres une Salle ou Parc , en
quarré long , à la tête de laquelle font
trois Tribunaux élevez de quelques pieds
chacun. A droite & à gauche font placez
quatre vingt-dix - neuf Juges ; au devant
eft la Secretairerie ; il y a auffi un Magif-
II. Vol.
trat
2836 MERCURE DE FRANCE
trat debout, nommé Gros Saultier , tenant
un bâton d'argent , le Herault de la Ville
& beaucoup d'Huiffiers. Les trois Magiftrats
qui occupent les Tribunaux ont chacun
un Sceptre à la main. Au milieu du
Parquet font les habits fanglans de l'homme
mort , expofé fur une planche & formant
triftement une figure de corps giffant.
Aux quatre coins de la Salle font des
barrieres qui s'ouvrent & fe ferment pardes
Huiffiers qui en font les Gardes , c'eſt
là cque fe tiennent trois Affifes , deux dans
un même jour , & la troifiéme quinze
jours après . Les proclamations étant faites ,
fr l'accufé paroît , il entre armé dans le
Parc ! fi c'eft un Gentilhomme , il l'eſt de
toutes pieces , fuivi de fes parens & amis
qui restent à la porte du Parc.
L'Accufé étant entré feul , on le défarme;
il plaide ou fait plaider fa cauſe. Un
Avocat nommé par le Confeil plaide
pour le Lieutenant Criminel. fi après les
Plaidoyers & le jugement rendu , l'Accufé
eft abfous, on le revêt de fes armes , & il
fe retire fuivi d'un nombreux cortege ;
s'il eft condamné on le conduit droit au
fupplice , à moins qu'il n'ait recours à la
clémence des Juges qui peuvent lui accorder
fa grace.
On appelle cette Cour , Cour impériale ,
II. Vol, parce
DECEMBRE. 1730. 2837:
parce que la forme & le droit nous en
viennent des Empereurs, Elle s'affemble
affez rarement , parce qu'elle n'exerce
cette jurifdiction folemnelle que dans les
cas d'homicide , commis feulement dans
la ville de Lauzane.
C'est là où j'ai été appellé , & où
j'ai fait deux fonctions , d'abord un Difcours
à l'ouverture du Tribunal , &
quinze jours après un long plaidoyer ,dans
lequel après avoir expofé les raifons préfomptives
de l'Accufe qui étoit abfent , &
la difpofition des loix , j'ai enfin conclu
felon les circonstances du fait , les regles
de la Juftice , & le devoir de mon miniftere
, cette fonction répond affez à celle
d'Avocat General dans les Parlemens de
France.
Cette formalité , au refte , eft très -ancienne
; car quoi qu'on puiffe en rappor
ter l'établiffement au tems de la race Carlovingienne
, je crois qu'on peut en remonter
la premiere origine à ces Campi
Maji , Madii on Martii , dont parle du
Gange , qu'on appella enfuite , Mallum
Placitum generale , Conventus generalis
dans lefquels fe rendoient les jugemens
militaires ufitez chez les anciens Francs .
Voici une autre nouvelle d'une espece
bein differente : Nous avons vû dans les
hauteurs des environs , un Phénoméne
II. Vol
2838 MERCURE DE FRANCE
très- fingulier. La nuit du 14. au 15. Octobre
dernier , il fe fit par un brouillard
épais une gelée fi forte , que tous les arbres
, feuilles & fruits fe couvrirent d'un
verglas épais. Enforte que dans un Chàteau
de ma connoiffance , à quatre lieuës
d'ici , on fervit aufruit des poires , pommes
,prunes & pêches qui étoient abfolument
enchaffées dans une maniere de boëte
de criſtal d'environ un pouce d'épaiffeur.
C'étoit chez Madame ... foeur du
Vicomte de Bardonenches. Un leger cordeau
de fil tendu dans le Jardin y devint
au rapport de cette Dame , prefque de
l'épaiffeur du bras , parce qu'à mesure
que le brouillard diftilloit , une bife
des plus piquantes faifoit congeler ce
cordon.
*
Le 15. tout demeura abfolument glacé,
ce qui eutfait un très beau fpectacle fans
le froid extrême & la perte de la recolte.
Le 15 & le 16. quantité d'arbres furchargés
de ce poids de glace , fe rompirent
en éclats.
Au reste , pendant deux nuits , on entendit
un bruit affreux dans les bois , &
on vit enfuite la terre par tout couverte.
de leurs débris. Il y a telle petite Com,
munauté qui a perdu plus de mille écus .
par cet accident , ce fut un dégar des
plus triftes. On m'écrit que du côté d'Or-
RII. Vol. .be
DECEMBRE . 1730. 2839
be , Ville très - ancienne, le bruit que l'on
entendoit dans la Campagne reffembloit
à celui d'une bataille des plus acharnées .
Je n'ai pas encore eu le tems de m'infor
mer exactement de toutes les autres circonftances
& particularités ; mais je le
ferai , & cela en vaut , je crois , la peine .
L'Hiftoire nous apprend mille chofes
moins curieufes.
Laufanne , le premier Decembre 1739 .
par M. le Confeiller Seigneux , à M. de
Veze , au fujet d'une forme finguliere de
Jugement criminel , & fur un Phénoméne
arrivé dans le même Pais au mois d'Oc
tobre dernier,
J
E fortis hier d'une fonction oratoire .
que je craignois un peu , comme ne
m'étant pas trop familieres. Nous avons
dans cette ville une forme de Jugement
criminel , quand il s'agit d'un meurtre ,
qui fe fait avec beaucoup de folemnité au
milieu de la Place publique , on y forme
par des barrieres une Salle ou Parc , en
quarré long , à la tête de laquelle font
trois Tribunaux élevez de quelques pieds
chacun. A droite & à gauche font placez
quatre vingt-dix - neuf Juges ; au devant
eft la Secretairerie ; il y a auffi un Magif-
II. Vol.
trat
2836 MERCURE DE FRANCE
trat debout, nommé Gros Saultier , tenant
un bâton d'argent , le Herault de la Ville
& beaucoup d'Huiffiers. Les trois Magiftrats
qui occupent les Tribunaux ont chacun
un Sceptre à la main. Au milieu du
Parquet font les habits fanglans de l'homme
mort , expofé fur une planche & formant
triftement une figure de corps giffant.
Aux quatre coins de la Salle font des
barrieres qui s'ouvrent & fe ferment pardes
Huiffiers qui en font les Gardes , c'eſt
là cque fe tiennent trois Affifes , deux dans
un même jour , & la troifiéme quinze
jours après . Les proclamations étant faites ,
fr l'accufé paroît , il entre armé dans le
Parc ! fi c'eft un Gentilhomme , il l'eſt de
toutes pieces , fuivi de fes parens & amis
qui restent à la porte du Parc.
L'Accufé étant entré feul , on le défarme;
il plaide ou fait plaider fa cauſe. Un
Avocat nommé par le Confeil plaide
pour le Lieutenant Criminel. fi après les
Plaidoyers & le jugement rendu , l'Accufé
eft abfous, on le revêt de fes armes , & il
fe retire fuivi d'un nombreux cortege ;
s'il eft condamné on le conduit droit au
fupplice , à moins qu'il n'ait recours à la
clémence des Juges qui peuvent lui accorder
fa grace.
On appelle cette Cour , Cour impériale ,
II. Vol, parce
DECEMBRE. 1730. 2837:
parce que la forme & le droit nous en
viennent des Empereurs, Elle s'affemble
affez rarement , parce qu'elle n'exerce
cette jurifdiction folemnelle que dans les
cas d'homicide , commis feulement dans
la ville de Lauzane.
C'est là où j'ai été appellé , & où
j'ai fait deux fonctions , d'abord un Difcours
à l'ouverture du Tribunal , &
quinze jours après un long plaidoyer ,dans
lequel après avoir expofé les raifons préfomptives
de l'Accufe qui étoit abfent , &
la difpofition des loix , j'ai enfin conclu
felon les circonstances du fait , les regles
de la Juftice , & le devoir de mon miniftere
, cette fonction répond affez à celle
d'Avocat General dans les Parlemens de
France.
Cette formalité , au refte , eft très -ancienne
; car quoi qu'on puiffe en rappor
ter l'établiffement au tems de la race Carlovingienne
, je crois qu'on peut en remonter
la premiere origine à ces Campi
Maji , Madii on Martii , dont parle du
Gange , qu'on appella enfuite , Mallum
Placitum generale , Conventus generalis
dans lefquels fe rendoient les jugemens
militaires ufitez chez les anciens Francs .
Voici une autre nouvelle d'une espece
bein differente : Nous avons vû dans les
hauteurs des environs , un Phénoméne
II. Vol
2838 MERCURE DE FRANCE
très- fingulier. La nuit du 14. au 15. Octobre
dernier , il fe fit par un brouillard
épais une gelée fi forte , que tous les arbres
, feuilles & fruits fe couvrirent d'un
verglas épais. Enforte que dans un Chàteau
de ma connoiffance , à quatre lieuës
d'ici , on fervit aufruit des poires , pommes
,prunes & pêches qui étoient abfolument
enchaffées dans une maniere de boëte
de criſtal d'environ un pouce d'épaiffeur.
C'étoit chez Madame ... foeur du
Vicomte de Bardonenches. Un leger cordeau
de fil tendu dans le Jardin y devint
au rapport de cette Dame , prefque de
l'épaiffeur du bras , parce qu'à mesure
que le brouillard diftilloit , une bife
des plus piquantes faifoit congeler ce
cordon.
*
Le 15. tout demeura abfolument glacé,
ce qui eutfait un très beau fpectacle fans
le froid extrême & la perte de la recolte.
Le 15 & le 16. quantité d'arbres furchargés
de ce poids de glace , fe rompirent
en éclats.
Au reste , pendant deux nuits , on entendit
un bruit affreux dans les bois , &
on vit enfuite la terre par tout couverte.
de leurs débris. Il y a telle petite Com,
munauté qui a perdu plus de mille écus .
par cet accident , ce fut un dégar des
plus triftes. On m'écrit que du côté d'Or-
RII. Vol. .be
DECEMBRE . 1730. 2839
be , Ville très - ancienne, le bruit que l'on
entendoit dans la Campagne reffembloit
à celui d'une bataille des plus acharnées .
Je n'ai pas encore eu le tems de m'infor
mer exactement de toutes les autres circonftances
& particularités ; mais je le
ferai , & cela en vaut , je crois , la peine .
L'Hiftoire nous apprend mille chofes
moins curieufes.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Lausanne, le premier Decembre 1730. par M. le Conseiller Seigneux, à M. de Veze, au sujet d'une forme singuliere de Jugement criminel, & sur un Phénoméne arrivé dans le même Païs au mois d'Octobre dernier.
Dans une lettre datée du 1er décembre 1739, M. le Conseiller Seigneux décrit à M. de Veze une procédure judiciaire singulière à Lauzanne pour les jugements de meurtres. Cette procédure se déroule publiquement avec une grande solennité sur une place aménagée en salle par des barrières. Elle implique trois tribunaux élevés, quatre-vingt-dix-neuf juges et divers officiers. L'accusé, s'il est gentilhomme, entre armé et est accompagné de ses parents et amis. Après les plaidoyers, l'accusé est soit absous et quitte les lieux armé, soit condamné et conduit au supplice, sauf s'il obtient la grâce des juges. Cette cour, appelée Cour impériale, exerce sa juridiction solennelle uniquement en cas d'homicide dans la ville de Lauzanne. La lettre mentionne également un phénomène naturel survenu en octobre 1739 : une gelée intense a recouvert les arbres et les fruits d'un verglas épais, causant des dégâts considérables. Ce phénomène a transformé des fruits en objets semblables à des boîtes de cristal et a endommagé de nombreux arbres. Le bruit produit par les arbres se brisant ressemblait à celui d'une bataille. La lettre se termine par une promesse d'enquêter davantage sur cet événement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17952
17953
p. 66
ENIGMOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur charmant, brave, mais trop volage, [...]
Mots clefs :
Constantinopolitanensibus
17956
p. 46-48
QUATRAINS.
Début :
CHantons tous l'heureuse Paix, [...]
Mots clefs :
Paix, Calvin, Erreur, Bonheur, Louis, Épée, Prudence, Ennemis, Huguenots, Temples
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texteReconnaissance textuelle : QUATRAINS.
Hantons tous l'heureuse
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
Paix,
Lavis a par sa puissance
Banny Calvin pour jamais
Hors de l'Empire de France.
Quel bonheur de voir l'erreur
De toutes parts dissipée,
Sans que ce Grand Empereur
En doive rien à l'Epée!
Sans crainte d'aucun malheur
Il fait bien voir sa science
A retenir sa valeur
Pour faire agir sa prudence.
Cent Peuples sont tous rendus.
Quelle plus belle Victoire!
Que peut-il faire de plus
Pour le comble de sa gloire?
Malheureux les ennemis
De ce Pririr-crçdourible!
Heureux les Peuples soîmis
A son Empireéquitable!
Huguenots, consolez. vous,
Si l'on vous fait violence,
Vn jour vous la prendrez tous
Pour un effet de clemence.
Pour faire ce changement
Quelques maux que l'on vous
faite,
Bien cost chez vous cetourment
Aurale nom d'une grâce.
Vostre ameen quittant sa foy
Sera ferme pour la nostre,
Encur plus à cette Loy
Qu'elle n'estoit à la vostre.
Entre nous plus de froideur,
Nostre Egliseest vostre Temple,
Nous y verrons vostre ardeur
Qui nous servira d'exemple.
Benissons cet heureux jour,
Nos coeurs seront tous sinceres.
La haine cede à l'Amour,
Et déja nous sommes Freres.
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Résumé : QUATRAINS.
Le texte célèbre la paix et la victoire de l'Empire de France, qui a éliminé Calvin et dissipé l'erreur religieuse. Il met en avant la sagesse et la prudence de l'empereur, notant que cent peuples se sont soumis volontairement sans recours à la force. Les ennemis de l'empereur sont décrits comme malheureux, tandis que les peuples sous son empire équitable sont heureux. Le texte s'adresse aux huguenots, leur promettant la fin des violences et une future conversion au catholicisme. Il appelle à l'unité et à l'amour fraternel, affirmant que la haine laisse place à l'amour et que tous sont désormais frères. L'Église est vue comme un temple commun où l'ardeur des huguenots servira d'exemple.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17957
p. 56-58
« Je ne sçay, Madame, ce que vous penserez de cette [...] »
Début :
Je ne sçay, Madame, ce que vous penserez de cette [...]
Mots clefs :
Galanterie, Juger, Matière, Morale
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texteReconnaissance textuelle : « Je ne sçay, Madame, ce que vous penserez de cette [...] »
Je ne ſçay, Madame,ce que vous penſerez de cette galan-
44 LE MERCURE
terie, mais ie ſuis perfuadé que vous n'en jugerez pas à la ma- niere des eſprits foibles , que le ſeul nom de l'Amour effraye, &qui ne ſe contentent pas de traiter d'inutile tout ce qui le regarde; mais qui veulent trouverdu crime dans ces bagatelles ingenieuſes dont il fournit la matiere, &qu'on lit preſque toûjours avec plaifir- Cen'eſt pas que ię ne ſcache qu'il y en a quelques - unes dont la Morale n'eſt pas à ſui- vre : mais ſi on vouloit profiter de celle-cy , &n'aimer iamais qu'on n'eût ſoin de prendre l'appuy de la Raiſon,&de con ſerverles interêts de la Gloire,
quelque condamnable que pa- roiſſel'Amour auxfcrupuleux,
ie doute fort que ce fuſt une
GALANT.
45 paſſion indigne d'une belle Ame, & qu'on dût ſe faire une vertu de rejetter ce que la ſo- cieté civile en peut recevoir d'avantages. Mais ie n'entreprens point d'en ſoûtenir icyle party
44 LE MERCURE
terie, mais ie ſuis perfuadé que vous n'en jugerez pas à la ma- niere des eſprits foibles , que le ſeul nom de l'Amour effraye, &qui ne ſe contentent pas de traiter d'inutile tout ce qui le regarde; mais qui veulent trouverdu crime dans ces bagatelles ingenieuſes dont il fournit la matiere, &qu'on lit preſque toûjours avec plaifir- Cen'eſt pas que ię ne ſcache qu'il y en a quelques - unes dont la Morale n'eſt pas à ſui- vre : mais ſi on vouloit profiter de celle-cy , &n'aimer iamais qu'on n'eût ſoin de prendre l'appuy de la Raiſon,&de con ſerverles interêts de la Gloire,
quelque condamnable que pa- roiſſel'Amour auxfcrupuleux,
ie doute fort que ce fuſt une
GALANT.
45 paſſion indigne d'une belle Ame, & qu'on dût ſe faire une vertu de rejetter ce que la ſo- cieté civile en peut recevoir d'avantages. Mais ie n'entreprens point d'en ſoûtenir icyle party
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Résumé : « Je ne sçay, Madame, ce que vous penserez de cette [...] »
L'auteur d'une lettre discute de la galanterie et de l'amour avec une dame. Il distingue les esprits faibles, qui craignent l'amour, des âmes nobles capables de l'apprécier avec raison et gloire. Il reconnaît des galanteries immorales mais voit des avantages pour la société civile dans l'amour, sans chercher à défendre cette position.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17958
p. 59-110
« Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Début :
Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Siam, Éléphants, Constantin Phaulkon, Mandarins, Audience, Manière, Royaume, Pères, Palais, Évêque, Chine, Pagode, Éléphant, Argent, Ballons, Lettre, Maison, Hommes, Présent, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Cette Harangue fur interpretée
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
par Monfieur Conftans ,
aprés cela je disa SA MAJESTE'
que le Roy mon Maître
m'avoit donné Monfieur l'Abbé
de Choiſy pour m'accompagner
& les douze Gentilshom
60 RELATION
mes queje luy préſentay , je pris
la Lettredes mains de Monfieur
l'Abbé de Choify & je la portay
dans le deſſein de ne la préſenter
que comme je venois de me déterminer
de le faire,Mo Conſtans
qui m'accompagnoit rempant
fur ſes genoux & fur fes mains
me cria & me fit figne de
hauſſer le bras de même que le
Roy , je fis ſemblant de n'entendre
point ce qu'on me difoit
&me tins ferme , le Roy alors
fe mettant à rire , ſe leva & fe
baiffa pour prendre la Lettre
dans le Vafe & ſe pencha de
maniere que l'on luy vit tout
le corps, dés qu'il l'eut priſe , je
fis la révérence & je me retiray
fur mon fiege. Le Roy me demanda
des nouvelles de ſa Majeſté
ainſi que de toute la maifon
Royale & fi le Roy avoit
fait quelque conquête depuis
DU VOYAGE DE SIAM . 61
peu , je luy dis qu'il avoit fait
celle du Luxembourg , place
preſque imprenable & des plus
importantes qu'euffent les Efpagnols
, qui fermoit les frontiéres
de France & ouvroit celles
de ceux qui de ce côté-là pourroient
devenir ſes ennemis , &
qu'aprés il avoit de nouveau
accordé la paix à toute l'Europe
érant à la tête de ſes Armées.
Le Roi me dit qu'il étoit bienaiſe
de toutes les grandes victoires
que SA MAJESTE' avoit
remportées ſur ſes ennemis &de
la paix dont elle joüiſſoit, il ajoû .
ta qu'il avoit envoyé vers elle
des Ambaſſadeurs qui étoient
partis de Bantan dans le Soleil
d'Orient , qu'il chercheroit tous
les moïens pour donner ſatisfaction
au Roy ſur tout ce que je
luy propoſois ; Monfieur l'Evef
que de Metellopolis étoit pré
62 RELATION
ſent qui interpreta pluſieurs choſes
que le Roy me demanda. Ce
Monarque avoit une Couronne
enrichie des diamans attachée
fur un bonnet qui s'élevon au
deffus preſque ſemblableá ceux
de nos dragons , la veſte étoit
d'une érufe tresbelle à fonds
& flats d'or garnie au col &
aux poigners de diamans , en
forte qu'ils formoient une eſpoce
de collier & de braflelers . Ce
Prince avoit beaucoup de diamans
aux doits , te ne puis dire
qu'elle étoit alors fa chauſſure ,
ne l'ayant vu dans cette audiance
là que juſqu'à la moitié
du corps. Ily avoit quatre- vingt
Mandarins dans la Salle , où
j'étois , tous profternez contre
terre , qui ne fortirent jamais
de cette poſture durant tout ce
temps-ia.
Le Roy eſt âgé d'environ cin,
DU VOYAGE DE SIAM . 63
quante cinq ans , bien fait, mais
quelque peu bazané comme le
font ceux de ce païs- là , ayant
de viſage affez guay , fes incli
nations font toutes Royales il
eft courageux , grand politique
gouvernant par luy-même , magnifique
, liberal , aimant les
beaux Arts , en un mot un Monarque
qui a ſçû par la force de
fon genie s'affrarchir de diverſes
coûtumes qu'il a trouvées
en uſage en ſon Royaume pour
emprunter des païs étrangers ,
for tout de ceux d'Europe , се
qu'il a cru plus digne de contribuer
à la Gloire & à la felicité
de fon Regne..
Ces Mandarins dont je viens
de parler n'avoient ny bas , ny
fouliers & étoient habillez comme
ceux dont j'ay parlé cy de.
-vant avec un bonnet fans cou.
ronne de la mesme forme de
64 RELATION
celuy du Roy & chacun avoit
une boëte où ils mettent leur
Betel Arrek , chau & tabac . Par
ces boëtes on diftingue leurs
qualités , & leur Rang les uns
étantdifférentes des autres,aprés
que le Roy m'eut parlé pendant
environ une heure , il ferma fa
fenêtre & je me retiray . Le lieu
de l'audiance étoit élevé d'environ
douze à quinze marches, le
dedans étoit peint de grandes
fleurs d'or depuis le bas juſqu'au
haut, le plafond étoit de boſſages
dorés , le plancher couvert
de tapis tres-beaux; Au fondde
cette falle il y avoit deux efcaliers
des deux côtés qui conduifoientdans
une chambre où étoit
le Roy & au milieu de ces deux
eſcaliers étoit une fenêtre brifée
devant laquelle il y avoit trois
grands paraſoles par étages depuis
le bas de la ſalle juſqu'au
haut,
:
DU VOYAGE DE SIAM. 69
L
haur, ils étoient de toile d'or
& le bâton couvert d'une feulle
d'or , l'un étoit au milieu de
la fenêtre , & les deux autres
aux deux côtés , c'eſt par cette
fenêtre que l'on voyoit le trône
du Roy & par où il me donna
audiance ; Monfieur Conftans
me mena enſuite voir le reſte du
Palais , où je vis l'éléphant blanc
àqui on donne à boire & à manger
dans de l'or , j'en vis auſſi
pluſieurs autres tres beaux, après
quoy je retournay à l'hôtel où
je devois loger dans la même
pompe que j'étois venu , cette
maiſon étoit aflés propre & tout
mon monde y étot bien logé ,
j'appris que Monfieur Conftans
avoit ordonné de la part du Roy
à tous les Mandarins des nations
étrangeres qui habitent dans fon
Royaume de ſe rendre à cet
hôtel qu'il avoit fait préparer
F
66 RELATION
pour l'Ambaſſadeur de France
& qu'y étant aſſemblez il leur
avoit dit que le Roy ſouhaittoit
qu'ils viflent la distinction qu'il
faifoit entre l'Ambaſſadeur de
France & les Ambaſladeurs qui
venoient de la part des Rois de
leurs nations . Cette distinction
étant deuë au Roy de France ,
Monarque tout- puiſſant & qui
ſçavoit reconnoître les civilitez
quel on luy faiſoit, que ces Mandarins
avoient été tout étonnés ,
&luy avoient répondu qu'ils n'a.
voient jamais vû d'Ambaſſadeur
de France & qu'ils étoient perſuadez
que la distinction que le
Roy faiſoit en ſa faveur étoit
deuë à un Prince auffi grand' ,
auſſi puiſſant & auffi victorieux
que l'eſt le Roy de France, puifqu'il
y avoir long temps que fes
grandes victoires étoient connuës
par tout le monde ce qui
DU VOYAGE DE SIAM. 67
faifoit qu'ils n'étoient pas furpris
que le Roy faiſoit de la diftinction
entre cét Ambaſſadeur
& ceux des Roys ſes voiſins ; Ce
fut dans ce même temps que
Monfieur Conftans leur ordonna
de la part du Royde me venir
ſalüer commeje l'ay déja dir.
Le mêmejour ſurle foir Monfieur
Conftans me vint encore
voir & ce fut lors que nous eû .
mes enſemble une plus longue
conversation. Il y avoit dans
mon Hôtel nombre de Mandarins
& de Siamois pour le garder
&pour nous faire fournir les
choſes dont nous pouvions avoir
beſoin le Roy nous défraïant de
toutes choſes.
Le dix neuviéme il vint nom.
be de Mandarins me ſaluer &
Manficar Corſtans m'envoya
des préfens de fruits & de confitures
du païs.
Fij
68 RELATION
Le même jour Monfieur l'Evêque
de Metellopolis fut appel.
lé chez le Roy pour expliquer
la Lettre de ſa Majesté.
Le vingt-deuxième le Roy
m'envoya pluſieurs pièces de
brocard , des robbes de chambre
du Japon & une garniture
de boutons d'or & aux Gentilshommes
qui m'accompagnoient
quelques étofes or & argent des
Indes ; la coûtume du Royaume
étant que l'on y fait des préſens
en arrivant pour qu'on s'habille
à leurs modes , mais pour
moy je n'en fis point faire d'habits:
Et il n'y eut que les Gentilshommes
de ma ſuite qui en
uferent de cette façon :Sur le foir
étant accompagné de Monfieur
l'Evêque j'allay rendre vifre à
Monfieur Conſtans .
Le vingt quatriéme le Roy
me fit dire par luy qu'il me donDU
VOYAGE DE SIAM. 69
neroit audiance le lendemain au
matin.
Le ving-cinquiéme je me rendis
au Palais avec toute ma
fuite & Monfieur l'Evêque , le
Roy me donna audiance particulière,
où il ſe dit bien des cho .
ſes , dont j'ay rendu compte à ſa
Majeſté. Je dînay dans le jardin
du Palais fous de grands arbres
& on me fervit quantitéde
viandes & de fruits à differens
fervices, le couvert que l'on fervoit
pour moy étoit dans de l'or
& ce que l'on fervoit pour les
Gentilshommes qui m'accompagnoient
& autres perſonnes qui
mangeoient avec moy étoit dans
de l'argent, les plus grands Mandarins
du Roy , comme les
Grands Threſoriers , les Capitaines
de ſes Gardes & autres
nous ſervoient ; ce repas dura
plus de trois ou quatre heures , il
70 RELATION
y avoit dans le jardin un étang
dans lequel il y avoit nombre de
poiffons fort curieux , entr'autres
un qui répreſentoit le viſage
d'un homme.
Le vingt neuviéme j'allay rendre
viſite au Barcalon premier
Miniſtre du Roy de Siam qui me
parut homme d'eſprit, Monfieur
Evêque m'y accompagna &
interpreta ce que jeluy dis.
Le trentiéme j'allay au Palais
pour voir la Pagode, ouTemple
domeftique du Roy de Siam , il
fe faifoit alors dans la Cour du
Palais un combat ou pour mieux
dire une maniére de combar de
l'Eléphant , car les Elephans
étoient attachez par les deux
jambes de derriére fur chacun
deſquels deux hommes étoient
montez qui tenoient en leurs
mains un croc avec quoy ils les
gouvernoient comme on fait les
:
DU VOYAGE DE SIAM. I
chevaux avec la bride , ils leur
en donnoient pluſieurs coups
pour les animer , les éléphans
fe fuffent bien battus s'ils en euffent
eu la liberté, ils ſe donnoient
feulement quelques coups de
dents &de leurs trompes, le Roy
y étoit préſent , mais je ne le vis
point, nous paſſames de cette
Cour dans pluſieurs autres &enfuite
nous allâmes dans la Pagode
, le portail en paroît être
fort antique& tres-bien travaillé
, le bâtiment affez beau & fait
en forme de nos Egliſes en Europe
; Nous y vîmes plufieurs
ſtatues de cuivre doré qui ſembloient
offrir des Sacrifices à
une grande idole toute d'or d'environ
quarante pieds de haut, au
côté de cette groſſe Idole , il y
en avoit pluſieurs autres petites
dont quelqu'unes d'or avoient
des lampes allumées depuis le
72 RELATION
haut juſqu'en bas : Au fond de
cette Pagode il y a une tresgrande
Idole ſur un Mauſolée
d'un tres-grand prix , j'allay enfuite
dans une autre Pagode tenant
à cette premiere& je paffay
fous une voûte en forme de clof.
tre où il y avoit des idoles de
châque côté toutes dorées de
deux pieds en deux pieds , qui
avoient devantelles chacune une
petite lampe que les Talapoins ,
qui font les Prêtres des Stamois,
allument tous les foirs: Dans cette
Pagode étoit le Mauſolée de
la Reine morte depuis quatre
cu cinq ans, il eſt affez magnifique
, & derriere ce Mauſolée
étoit celuy d'un Roy de Siam
repréſenté par une grande Statuë
couchée ſur le cote & habillée
comme les Roys le font
aux jours de ceremonie , cette
ſtatuë pouvoit bien avoir vingt
cing
DU VOYAGE DE SIAM. 73
cinq pieds de long , elle étoitde
cuivre doré , j'allay encore dans
d'autres endroits ou il y avoit
nombre de ces ſtatues d'or &
d'argent. Pluſieurs avoient de
tres-beaux diamans & des rubis
aux doigtssje n'ay jamais vu tant
d'idoles& tant d'or : le toutn'é .
toit beau que parce qu'il y avoit
beaucoup de richeffes.
J'allay voir enſuite les Eléphans,
ily en a grand nombre & d'une
grofeur prodigieuſe , je vis une
piéce de canon de fonte fonduë
à Siam de dixhuit pieds de long,
de quatorze pouces de diamétre
àl'embouchure & d'environ trois
cent livres de balles, il y a nombre
de canons de fonte dans le
Royaume qu'ils fondent euxmêmes.
Le trente-uniême on fit la réjouiſſance
de l'avenement à la
couronne du Roy de Portugal
G ১৯
74
RELATION
où il fut tiré nombre de coups
de canons & feux,d'artifice par
les vaiſſeaux étrangers.
Le lendemain premier Novembre
Monheur Conftans me
convia à un grand feſtin quirſe
faiſoit pour la réjouiſſance de cet
avenemet,je m'y trouvay,tous les
Européans de la Villey étoient,
&on tira toute lajournée du canon
fans diſcontinuer , aprés le
repas il y eût Comedie, les Chinois
commencerent les poſtures
, il y avoit des Siamois , mais
jen'entendois point ce qu'ils difoient,
leurs poſtures me paroiffoient
ridicules & n'approchent
point de celles de nos baladins
en Europe , à la reſerve de deux
hommes, qui montoient au haut
de deux perches fort élevées qui
avoient au bout une petite pomme,
& fe mettantdebout ſur le
haut ils faisoient pluſieurs poſtuies
ſurprenantes ; Enfuite on
DU VOYAGE DE F
SIAM . S
joüa les Marionettes Chinoiſes,
amaistout cela n'approche point
de celles d Europe.
2
LeDimanche quatriéme Monfieur
Conftans me dit que le Roy
devoit fortir pour aller à une Pagode
ou il a accoûtumé d'aller
tous les ans , &me pria de l'aller
voir paffer m'ayant fait préparer
une Salle fur l'eau , j'y allay
avec luy& toute ma ſuite, aprés
y avoir reſté un peu de temps, il
parut un grand balon bien doré
• dans lequel étoit un Mandarin
qui venoit voir fi tout étoit en
ordre, à peine fut-il pallé que je
vist pluſieurs ballons où étoient
les Mandarins du premier rang
qui étoient tous habillez dedrap
rouge, ils ont contume en ces
joursd'affemblée d'érre tous ha
billez d'une même couleur , &
c'eſt to Ready qui la nomme , ils
-avoient des bonnets blancs eh
76 RELATION
pointe fort élevez & les Oyas
avoient au bas de leurs bonnets
un bord d'or , à l'égard des culottes
c'étoit une maniére d'é .
charpe comme j'ay dit. Aprés
eux venoient ceux du ſecond
ordre . , les Gardes-du- Corps,
pluſieurs Soldats ,& puis leRoy
dans un balon accompagné de
deux autres qui étoient tres.
beaux , les rameurs des trois
ballons étoient habillez comme
les Soldats à la reſerve, qu'ils
avoient une eſpece de cuiraſſe
& un caſque en tête que l'on
diſoit être d'or , leur pagais ou
rames étoient toutes dorées, ainſi
que tous les balons , ce qui
faifoit un tres bel effet, il y avoit
cent quatre-vingt cinq rameurs
fur chacun de ces ballons &
fur ceux des Mandarins environ
cent , & cent vint ſur chacun
, il y avoit des Gardes-du-
Corps qui ſuivoient& pluſieurs
DU VOYAGE DE SIAM. 77
autres Mandarins qui faisoient
l'arrière - Garde , le Roy étoit
habillé tres - richement avec
quelques pierreries , je le ſalüay
en paſſant & il me falia auffi
il y avoit à ce Cortege cent quarante
tres-beaux balons & cela
paroiffoit beaucoup ſur la riviére
allant tous en bon ordre Aprés
diné j'allay dans mon balon voir
le reſte de la ceremonie , fur le
foir le Roy changea de balon&
promit un prix à celuy des balons
qui à force de rames arri
veroit le premier au Palais , il
fe mit de la partie, il devança de
beaucoup les autres & ainſi ſes
rameurs emporterent le prix , je
ne ſçay point de combien il étoit,
les autres ballons repafferent ſans
ordre tres - vite , toute la riviere
étoit couverte de balons des par
ticuliers qui étoient venus pour
voir le Roy, cejour là étantdef
Gij
78 RELAD 1 וסיא
tiné pour ſe montrer à fon peu
ple & je croy qu'il y avoitplus
de cent milles ames pourle voir.
Le ſoir il y eut un feu d'artifice
en réjouiffance du Couronnement
du Roy d'Angleterre, if
étoit afſez bien inventé , les vaifſeaux
étrangers tirerent grand
nombre de coupsdecanon.
Le cinquiéme on continüa cet.
te fête & on tira du canon toute
la journée , Monfieur Conf.
tans me donna à dîner où tous
les Europeans étoient , où je fus
tres.bien regalé.
Lehuitiéme le Roy partit pour
Louvo qui eſt une maiſon de
plaiſance , ou il demeure huit ou
neuf mois de l'année à vinge
lieuës de Siam .
Le quinzićme je partis pour
m'y rendre , je couchay en che
min dans une maiſon qui avoit
été bâtie pour moi, elle étoit de
la même manière que celle ou
-
DU VOYAGE DE SIAM. 79
j'avois été logé , depuis mon débarquement
juſquesà laVille de
Siam , elle étoit proche d'une
maiſon ou le Roy va coucher
quand il va à Louvo , j'y reſtay
le ſeiziéme, & le dix-sept je partis
pour m'y rendre , j'y arrivay
le même jour fur les huit heures
du foir , je trouvay cette maiſon
du Roy affez bien bâtie à laMoreſque
,& on peut dire tres-bien
pour le païs , en y entrant l'on
paſſe par un jardin où il y a
pluſieurs jets d'eaux , de ce jardin
on montoit cinq ou fix marches&
l'on entroit dans un Salon
fort élevé ou l'on prenoitle
frais , j'y trouvay une belle Chapelle
& un logement pour tous
ceux qui m'accompagnoient.
Le Lundy dix-neuvième le
Roy me donna audiance parti
culière , aprés dîné j'allay me
promener fur des Elephans dont
Giiij :
80 RELATION
la marche eſt fort rude & fort
incommode , j'aimerois mieux
faire dix lieuës à cheval qu'une
fur un de ces animaux.
Le vingt- troiſiéme Monfieur
Conſtans me dit que le Roy vouloit
me donner le divertiſſement
d'un combat d'Elephans & qu'il
me prioit d'y mener les Capitaines
qui m'avoient amené pour le
leur faire voir , qui étoient Meffieurs
deVaudricourt&deJoyeuſe
, nous y allâmes ſur des Elephans
&le combat ſe donna de
la même maniere que j'en ay recité
un cy- devant .
يف
Le Roy fit venir les deux Capitaines
& leur dit, qu'il étoit
bien aiſe qu'ils fuffent les premiers
Capitaines du Roy de
France qui fuffent venus dans
fon Royaume & qu'il ſouhaittoit
qu'ils s'en retournaſſent auf.
fi heureuſement qu'ils étoient
venus. Il leur donna à chacun
',
DU VOYAGE DE SIAM. 8ι
un Sabre dont la poignée & la
garde étoient d'or & le foureau
preſque tout couvert auſſi d'or,
une chaîne de Philagrame d'or
fort bien travaillée & fort grofſe
comme pour ſervir de baudrier
, une veſte d'une étofe d'or
garnie de gros boutons d'or ;
comme Monfieur de Vaudricourt
étoit le premier Capitaine,
ſon préſent étoit plus beau&
plus riche ; le Roy leur dit de
ſe donner de garde de leurs ennemis
en chemin , ils répondirent
que SA MAJESTE' leur donnoit
des Armes pour ſe défendre
& qu'ils s'acquitteroient biende
leur devoir ; Ces Capitaines luy
parlerent ſans deſcendre de deffus
leurs Elephans,je vis bien que
fous prétexte d'un combat d'Elephans
, il vouloit faire ce préfent
aux Capitaines devantbeaucoup
d'Europeans qui étoient
1.
82 RELATION
préſens, afin de donner unemar
que publique de la distinction
particulière qu'il vouloit faire
de la nation Françoiſe , & j'apris
enméme temps que le Roy avoit
ce jour- là donné audiance aux
Chefs de la Compagnie Angloiſe
dans ſon Palais , ils font obligez
de fe conformer à la maniére
du païs , c'eſt-à-dire proſternez
contre terre & fans ſou.
liers. Aprés le Roy s'en retourna
& j'allay voir un Elephant qui
avoit été amené par les femelles
qui ſont inſtruites à aller dans les
bois avec un homme ou deux à
leur conduite, juſqu'à vingt cinq
ou trente lieuës , chercher des
Elephans ſauvages & quandelles
en ont trouvé elles font en
forte de les amener juſques proche
de laVille dans un lieu deſti.
né pour les recevoir , c'eſt une
grande place creuſée en terre &
DU VOYAGE DE SIAM. 83
revétuë d'une muraille de brique
qui la reléve , fort élevée , il y
a une ſeconde enceinte de gros
pieux d'environ quinze pieds de
haut entre leſquels il peut facilement
paſſer un homme & une
double porte de mêmes pieux &
de meſme hauteur qui ſe ferme
par le moyen d'une couliſſe de
telle maniére que, quand un Elephant
eſt dedans , il n'en peur
fortit , les Elephans femelles entrentlespremieres,
les autres ſauvages
les ſuivent & on ferme la
couliffe.
Cemêmejour Monfieur Conftans
fit préſent aux deux Capitainesde
pluſieurs porcelaines &
ouvrages du Japon d'argent &
autres curiofites .
Le Samedy vingt-quatrième je
montay à cheval pour aller voir
prendre les Elephans ſauvages.
Le Roy étant arrivé au bout しい
84 RELATION
de cette place qui étoit ceinte
de pieux & de muraille, il y en.
troit un homme qui alloit avec
un bâton attaquer l'Elephant
ſauvage, qui dans le même temps
quittoit les femelles & le pourfuivoit
; l'homme continua ce
manege & amuſa cét Elephant
fauvage , juſqu'à ce que les fe.
melles qui étoient avec luy fortiffent
de la place par la porte
qui fut auſſi tôt fermée par la
couliffe & l'Elephant fe voyant
feul renfermé il ſe mit en furie,
l'homme l'alla encore attaquer
& au lieu de s'enfuïr du côté
qu'il avoit aceoûtumé, il s'enfuit
par la porte & paſſa à travers
des pieux, l'Elephantle ſuivit &
quand il fut entre les deux por
tes on l'enferma , comme il étoit
échauffé on luy jetta quantité
d'eau fur le corps pour le rafrai
chir, onluyamena pluſieurs-Ele
DU VOYAGE DE SIAM. 85
phans proche de lui , qui lui faifoient
des careſſes avec leurs
trompes comme pour le conſoler
, on lui attacha les deux jambes
de derriere ,& on lui ouvrit
la porte , il marcha cinq ou fix
pas , il trouva quatre éléphans
en guerre , l'un en tête pour le
tenir en reſpect , deux autres
qu'on lui attacha à ſes côtés , &
un derriere qui le poufſoit avec
ſa tête , ils le menerent de cette
maniere ſous un toît , où il y
avoit un gros poteau planté
où l'on l'attacha , & on luiJaifſa
deux éléphans á ſes côtés
pour l'apprivoiſer , & les autres
s'en allerent. Lorſque les éléphans
fauvages ont reſté quinze
jours de cette maniere, ils reconnoiffent
ceux qui leur donnent
àmanger & à boire , & les fuivent
, aprés ils deviennent en
peu de temps auſſi privés que
ماک REDATNON LA
desautres . Le Roi a grand nombre
de ces femelles qui ne font
autre choſe que d'aller chercher
des éléphans.194
Le Lundi vingt- cing , j'allai
voir un combat de Tygre cont
tre trois Eléphans , mais le Ty
gre ne fut pas le plus fort , il
reçût un coup de dent qui lui
emporta la moitié de la machoire
, quoi que le Tygre fic
fort bien ſon devoir. 11
Le Mardi vingt- fixieme j'eus
audiance particuliere pour la
quatrième fois , & le Roi me
témoigna l'eſtime qu'il faifoit
de la Nation Françoiſe , aprés
pluſieurs autres diſcours dont
j'ai rendu pareillement comte an
Roi . Le foir j'alai voir une Féte
que les Siamois font au commencement
de leur année qui
confiſte en une grande illumination.
Elle ſe faitdans le Palais
DU VOYAGE DE SIAM. 89
dans une grande Cour , à l'entour
de laquelle il y a pluſieurs
cabinets pleins de petites lampes
, & au devant de des cabinets
, il y a de grandes perches
plantées en terre , où pendent
tout du longdes lanternesdecor.
ne peinte , cette fête dure huit
jours.
Le Dimanche deuxième De
cembre , Monfieur Conftans
m'envoya des preſens , il en fit
auſſi à Monfieur l'Abbé de
Choifi,& aux Gentils-Hommes
qui m'accompagnoient , ces preſens
étoientdes porcelaines , des
braſlelets , des cabinets de la
Chine , des robes de chambre
& des ouvrages du Japon faits
d'argent, des pierres de bezoart
des cornes de Rhinoceros,& au
tres curiofitez de ce païs- là .
Le dixiéme j'allai voir la grandechaſſe
des éléphans qui ſe fait
88 RELATION
en la forme ſuivante : Le Roi
envoïe grand nombre de femel.
les en compagnie, & quand elles
ont été pluſieurs jours dans les
bois , & qu'il eſt averti qu'on a
trouvé des éléphans , il envoye
trente ou quarante mil hommes
qui font une tres-grande enceinte
dans l'endroit où ſont les éléphans
, ils ſe poſtent de quatre
en quatre , de vingt à vingt- cinq
pieds de diſtance les uns des autres
, & à chaque campement
on faitun feu élevé de trois pieds
de terre ou environ , il ſe fait
une autre enceinte d'éléphans de
guerre , diſtans les uns des autres
d'environ cent& cent cinquante
pas , & dans les endroits par où
les élephans pourroient fortir
plus aiſement , les elephans de
guerre font plus frequens ; en
pluſieurs lieux il y a du canon
que l'on tire quand les elephans
DU VOIAGE DE SIAM. 89
fauvages veulent forcer le paſſa .
ge , car ils craignent fort le feu ,
tous les jours on diminuë cette
enceinte , &à la fin elle est trespetite
, & les feux ne ſont pasa
plus de cinq ou fix pas les uns des
autres ; comme ces elephans entendent
du bruit autour d'eux ,
ils n'oſent pas s'enfuir , quoi que
pourtant il ne laiſſe pas de s'en
fauver quelqu'un ; car on m'a
dit qu'il y avoit quelques jours
qu'il s'en eſtoit fauve dix , quand
on les veut prendre on les fait
entrer dans une place entourèe
de pieux , où il y a quelques arbres
, entre leſquels un homme
peut facilement paſſer , il y a une
autre enceinte d'elephans de
guerre & de ſoldats ,dans laquetle
ily entredes hommes montez
fur des elephans , fort adroits à
jetter des cordes aux jambes de
derriere des elephans , qui lors
H
وم
RELIAITTON 2 UG
qu'ils font attachez de cette ma
niere, font mis entre deux elda
phans privez , outre lesquels il
y en a un autre qui les pouffe par
derriere ; de forte qu'il eſt obligé
de marcher , & quand il veut
faire le mechant , les autres lui
donnent des coups de trompeion
les mena ſous des toits ,& on les
attacha de la même maniere que
le precedent; j'en vis prendre dix
&on me dit qu'il y en avoit cent
quarante dans l'enceinte, le Roi
y eſtoit preſent , il donnoit ſes
ordres pour tout ce qui eſtoit
neceſſaire. En ce lieu-là j'eus
l'honneur d'avoir un long entretien
avec luy , & il me pria de lui
laiſſer à ſon ſervice Monfieur de
Fourbin , Lieutenant de mon
Navire, je le lui accordai,& je le
lui preſentai , dans le même tems
que le Roi lui eut parlé , il lui
fic un preſent d'un labre , dont
DU VOYAGE DE SIAM . 91
la poignée & la garde estoient
d'or ,& le foureau garni d'or ,
d'unjuſt'aucorps de brocard d'or
d'Europe , garni de boutons d'or.
Alors le Roime fit auſſi preſent
d'une foucoupe & d'une coupe
couverte d'or , il me fit ſervir la
collation dans le bois , où iby
avoit nombre de confitures , de
fruits&des vins .
Le lendemain onziéme je retournai
à cette chaſſe ſur des
elephans , le Roi y eſtoit, il vinc
deuxMandarins me chercher de
fa part pour lui aller parler , il
me dit pluſieurs chofes , & il me
demanda le ſieur de la Mare Ingenieur
que j'avois à ma ſuite ,
pour faire fortifier ſes places , je
Jui dis que je ne doutois pas que
le Roi mon Maiſtre n'approuvật
fort queje le lui laiſſaſſe, puifque
les intereſts de ſa Majesté lui
eſtoient tres - chers,& que c'eſtoir
Hij
92
RELATION
۱
un habile homme dont ſa Majeſté
ſeroit fatisfaite : j'ordonnay
au ſieur de la Mare de reſter
pour rendre ſervice au Roi qui
lui parla & lui donna une veſte
d'une eſtofed'or. Le Roi me dit
qu'il vouloit envoyer un petit
elephant à Monſeigneur le Duc
de Bourgogne qu'il me montra ,
& apres avoir fait un peu de reflexion
, il me dit que s'il n'en
donnoit qu'à Monſegneur le
Duc de Bourgogne , il apprehendoit
que Monseigneur le Duc
d'Anjou n'en fût jaloux , c'eſt
pourquoi il vouloit en envoyer
deux ;& comme je faifois état
de partir le lendemain pour me
rendre à bord, je lui preſentai les
Gentils-Homnes qui estoient
avec moi , pour prendre congé
de ſa majeſté , ils le ſaluerent, &
leRoi leur fouhaitta un heureux
volage , Monfieur l'Evêque
DU VOYAGE DE SIAM .
93
voulut lui préſenter Meſſieurs
Abbé de Lionne & le Vacher
Miſſionaires pour prendre con
gé de lui , qui s'en venoient avec
moi , mais il dir à Monfieur l'E.
véque qu'à l'égard de ces deux
perſonnes ,ils étoient de fa mai
fon , qu'il les regardoit comme
fes enfans , &qu'ils prendroient
congéde lui dans ſon Château ,
aprés le Roi ſe retira , & je le
conduiſis juſqu'au bout du bois ,
prenant le chemin de Louvo ;
parce que le Roi avoit une maifon
dans le bois ou il demeure
durant qu'il s'occupe à cette
chaffe d'Eléphans.
K Le Mercredi douzieme , le
Roi me donna audiance de congé
, Monfieur l'Evêque y étoit ,
il me dit qu'il étoit tres content
&tres fatisfait de moi , & de
toute ma negociation , il me
4
94 MARELATION :
donnaungrand vaſe d'or qu'ils
appellent Boffette : C'eſt une
des marques des plus honorables
de ce Roiaume la. Et c'eſt
comme fi le Roi en France donnoit
le Cordon bleu , il me die
qu'il n'en faiſoit point les ceremonies
, parce qu'il y auroit
peutétre eu quelque choſe qui
ne m'auroit pas été agréable , à
cauſe des genuflexions que les
plus Grands du Royaume font
obligés de faire en pareil rencontre
, il n'y a d'Etrangers en
ſa Cour , que le Neveu du Roi
de Camboye , qui ait eu une
ſemblable marque d'honneur,
qui ſignifie que l'on eſt Oyas ,
dignité qui elt en ce pais là com.
me Duc en France ; il y à plu.
fieurs fortes d'Oyas que l'on
diftingue par leurs Boffettes . Ce
Monarque eut la bonté de me
dire des choſes ſi obligeantes en
DU VOYAGE DE SIAM. 95
pafticuber que je n'oferois les
raconfer? dans tout mon
voiagejlen ai reçû des honneurs
fi grands que j'aurois peine d'étre
crû ,s'ils n'étoient unique
ment dûs au caractere , dont ſa
Majesté avoit daigné m'honorer
,j'ai reçû auffi mille bons
traitemens de ſes Miniſtres &
du reſte de ſa Cour. Meſſieurs
l'Abbé de Lionne & le Vacher
prirent en méme temps congé
du Roi , qui aprés leur avoir
ſouhaité un bon voiage , leur
donna à chacun un Crucifix d'or
de Tambacq avec le pied d'are
gent. Au ſortir de l'Audiance ,
Monfieur Conſtans me mena
dans une Salle entourée de jets
d'eaux qui étoit dans l'enceinte
du Palais , ouje trouvayun tres
grand repas ſervi à la mode du
Royaume de Siam , le Roi eut
labonté de m'envoier deux ou
96 RELATION
trois plats de ſa table , car il
dinoit en même tems,ſur les cinq
heures je me mis dans une
chaiſe dorée portée par dix
hommes & les Gentilshommes
qui m'accompagnoient étoient
à Cheval , nous entrâmes dans
nos Balons , il y avoit nombre
de Mandarins qui m'accompagnoient
auſſi , les rues étoient
bordées de Soldats , d'Eléphans,
& de Cavaliers Moreſques. Elles
étoient de la méme maniére , le
matin quand je fus à l'Audiance,
tous les Mandarins qui m'avoient
accompagné juſques à
mon Balon ſe mirent dans les
leurs ,& vinrent avec moi , il y
avoit environ cent Balons &
j'arrivai le lendemain treiziéme
à Siam ſur les trois heures du
matın La Lettre du Roi de
Siam , & fes Ambaſſadeurs
pour France étoient avec moi
dans
DU VOYAGE DE SIAM . 97
dans un trés beau Balon accompagnés
de pluſieurs autres , le
Roi me fit preſent de Porcelaines
pour fix à ſept cent Pistoles,
deux paires de Paravants de la
Chine , quatre Tapis de table en
broderie d'or & d'argent de la
Chine , d'un Crucifix dont le
corps eft d'or, la Croix de Tambacq
, qui eſt un metal plus eſtimé
que l'or dans ces pays là , &
le pied d'argent avec pluſieurs
autres curiofités des Indes ; &
comme la coutume de ces païs
eſt de donner à ceux qui portent
les préſens , j'ai donné aux Conducteurs
des Balons du Roi qui
m'avoient fervi d'environ huit à
neuf cent Piſtoles . A l'égard de
Monfieur Conftans , je pris la
liberté de lui donner un Meuble
que j'avois porté de France , &
aMadame ſa Femme une Chaize
à Porteurs trés belle qui me
I
98 RELATION
coûtoit en France deux cens
eſcus , avec un Miroir garni d'or
&de Pierreries d'environ foixante
piſtoles , le Roi a auſſi fait pour
environ ſeptou huit cens piſtoles
de préſens à Monfieur l'Abbé
de Ghoiſi en Cabinets de la
Chine , Ouvrages d'argent du
Japon, pluſieurs Porcelaines trés
belles & autres curioſités des
Indes.
Le quatorze ſur les cinq heu
res du foir , je partis de Siam
accompagné de Monfieur Conſtans
,de pluſieurs Mandarins &
nombre de Balons , & j'arrivai
à Bancoc le lendemain de grand
matin;les Fortereſſes qui étoient
par les chemins , & celles de
Bancoc me falüérent de toute
leur artillerie : je reſtai un jour
à Bancoc , parceque le Roi
m'avoit dit dans une Audiance
que comme j'étois homme de
DU VOYAGE DE SIAM. 99
guerre , il me prioit d'en voir
les fortifications , & de dire ce
qu'il y avoit à faire pour les bien
fortifier , & d'y marquer una
place pour y bâtir une Eglife ;
j'en fis un petit devis que je donai
à Monfieur Conftans.
Le ſeiziéme au matin j'en partis
accompagné des Mandarins,
les Fortereſſes me falüérent , &
fur les quatre heures j'arrivai à
la barre de Siam dans les Chaloupes
des deux Navires du Roi
où je m'étois mis, j'arivaia bord
fur les ſept heures.
Le dix- ſeptiéme , la Fregate
du Roi de Siam dans laquelle
étoient ſes Ambaſſadeurs & fa
Lettre pour le Roi de France
vint moüiller proche de mon
navire ; j'envoyai ma Chaloupe
qui amena deux des Ambaſfadeurs
, & aprés je renvoïai encore
la même Chaloupe qui
I ij
100 RELATION
apporta l'autre Ambaſſadeur &
la Lettre du Roi , qui étoit ſous
un Dais où Piramide toure dorée
& fort élevée , la Lettre
étoit écrite ſur une feüille d'or
roulée & miſe dans une boëte
d'or , on ſalia cette Lettre de
pluſieurs coups de Canon , &
elle demeura ſur la Dunette de
mon Navire avec des Paraſols
pardeſſus juſqu'au jour de nótre
depart. Quand les Mandarins
paffoient proche d'elle , ils
la ſaluoient à leurs maniéres ,
leur coûtume étant de faire de
grands honneurs aux Lettres de
leur Roi . Le lendemain ce Navire
partit remontant la rivière,
& dans le même temps parut
un autre Navire du Roi de Siam
qui vint moűiller proche de nous
dans lequel étoit Monfieur
Conſtans ; il vint à mon Bord ,
le lendemain dix-neuviéme où
/
DU VOYAGE DE SIAM. 101
il dina , & l'aprés- diſnée il s'en
retourna à terre dans ma Chaloupe
, je le fis ſalüer de vingtun
coups de Canon , nous nous
ſéparames avec peine , car nous
avions déja lié une tres étroite
amitié & une extrême confiance
, c'eſt un homme qui a extiêmement
de l'eſprit & du merite ,
& je puis dire qu'on ne peut
pas avoir de plus grands égards
que ceux qu'il a eus pour moi
j'étois étőné de n'entendre point
de nouvelles de Monfieur le Vachet
Miffionaire du chef de la
Compagnie Françoiſe , & de
mon Secretaire qui devoient venir
à bord aäant apris qu'ils
étoient partis de la riviére
de Siam dés le ſeizième avec
ſept des Gentilshommes qui
devoient accompagner les Ambatfadeurs
du Roi de Siam &
pluſieurs de leurs Domestiques :
I iij
101 RELATION
cela me fit croire qu'ils étoient
perdus & me fit prendre la reſolutiondepartir
, car le vent êtoit
fort favorable ; mais Monfieur
Conftans me pria d'attendre encore
un jourpendant qu'il alloit
envoyer ſur la Côte pour apprendre
de leurs nouvelles.
Le lendemain vintiéme , une
partie de ces gens là revint à
bord , quatre des Gentilshommes
des Ambaſſadeurs du Roi
de Siam & la pluſpart de leurs
Domestiques n'ayant voulu
s'embarquer dans un Bateau
qu'ils avoient pris par les chemins
, parce qu'il étoit un peu
bas de bord , ils me dirent que
le meſme jour ſciziéme
étoient venus proche du bord
fur les onze heures de nuit &
que croïant moüiller l'Ancre
ils n'avoient pas aſſez de Cable
dans leur Bateau , ce qu'ils ap.
د
ils
DU VOYAGE DE SIAM. 103
perçurent en voiant le Bateau
s'éloigner du Vaiſſeau, lors & il
s'eleva un vent fort grand qui
fit groſſir la Mer & les courans
devinrent contraires , ce qui fit
qu'ils allerent à plus de quarante
lieuës au large avec grand riſque
*de ſe perdre , ils dırent qu'ils
avoient laiſſe les autres à plus de
vingt cinq lieuës échoüés ſur
un banc de Vaſe , d'ou il n'y
avoit pas apparence qu'ils pufſent
venirà bord fitôt , c'eſt ce
qui me fit prendre la reſolution
de partir dés le lendemain au
matin.Je crois en cet endroit
devoir faire mention des Peres
Jéſuites qui s'éroient embarqués
avec nous à Breft & que nous
laiſfames à Siam , c'étoient les
Peres Fontenay , Tachart , Gerbillon
, le Comte, Bouvet & un
autre , auſſi habiles que bons
Religieux , & que le Roi avoir
1
Liiij
104 RELATION :
choiſis pour envoyer à la Chine
y faire des Obſervations de Mathématique,
je crois leur devoir
la juſtice d'en parler & de dire
que lors que nous fumes arrivés
au Cap de bonne eſpérance , le
Gouverneur Holandois leur fit
beaucoup d'amitié & leur donna
une Maiſon dans le Jardin dela
Compagnie fort propre pour y
faire des Obſervations , où ils
porterent tous leurs Inſtrumens
deMathematique ; mais comme
je'ne reſtay que fix ou ſept jours
dans ce lieu là , ils n'eurent pas
le temps d'en faire un grand
nombre , ces bons Péres m'ont
étéd'un grand ſecours dansmon
voyage juſqu'à Siam , par leur
piété , leurs bons exemples , &
l'agreement de leurs converſations
,j'avois la confolation que
preſque tous les jours on diſoit
cinq ou fix Meſſes dans le VaifDN
VOYAGE DE SIAM. 105
pour
feau , & j'avois fait faire une
Chambre exprés aux Pères
ydire la Meſſe; Toutes les Fêtes
& les Dimanches nous avions
prédication ou fimple exhortation
, le Pere Tachart l'un d'eux,
faifoit trois fois la ſemaine le Catechiſme
à tout l'équipage , &
ce même Pere a fait beaucoup
de fruit dans tout le vaiſſeau ,
Cars'entretenant familiérement
avec tous les Matelots & les
Soldats , il n'y en a pas eu un ,
qui n'ait fait ſouvent ſes dévotions
, il accommodoit tous les
démêlés qui y farvenoient , il
y avoit deux Matelots hugue.
nots , qui par ſes ſoins ont abjuré
l'héréſie entre les mains du
Pere Fontenai qui étoit leur Superieur.
Ces Peres alloient à
Siam dans le deſſein de s'em .
barquer ſur des Vaiſſeaux Portugais
que l'on y trouve ordinairement
de Macao & qui retour
106 RELATION
nent à la Chine : Ces Peres y
trouverent Monfieur Conftans
Miniſtre du Roi de Siam qui aime
fort les Jeſuïtes , & qui les
protege , il les a fait loger à Louvodans
une maiſon du Roi , &
les deffraye de toutes choſes.
Dans une Audiance que le Roi
me donna , je luy dis que j'avois
amené avec moi fix Peres Jeſuïtes
qui s'en alloient à la Chine
faire des obſervations de Ma
thématique , & qu'ils avoient
été choiſis par le Roi mon Maitre
comme les plus capables en
cette ſcience. Il me dit qu'il les
verroit , & qu'il étoit bien aiſe
qu'ils ſe fuſſent accommodés
avec Monfieur l'Evêque , il m'a
parlé plus d'une fois fur cette
matiére. Monfieur Conſtans les
lui préſenta quatre ou cinqjours
aprés , & par bonheur pour eux
il y eût ce jour- là une éclypſe
de Lune , le Roi leur dit de faiDU
VOYAGE DE SIAM. 107
re porter leurs inftrumens de
de Mathématique dans une maifon
où il alloit coucher á une
lieuë de Louvo , où il eſt ordinairement
, quand il prend le
plaifir de la chaſſe : les Peres ne
manquerent pas de s'y rendre , &
ſe poſterent avec leurs lunettes
dans une Gallerie où le Roi vint
fur les trois heures du matin ,
qui étoit le tems de l'Eclypſe.
Ils lui firent voir dans cette lunette
tous les effets de l'Eclypſe,
ce qui fut fort agréable au Roi ,
il fit bien des honnêtetés aux
Peres , & leur dit qu'il ſçavoit
bien que Monfieur Conftans étoit
de leurs amis , auſſi bien que
du Pere de la Chaize. Il leur
donna un grand Crucifix d'or &
deTambacq , & leur dit de l'envoyer
de ſa part au Pere de la
Chaize , il en donna un autre
plus petit au Pere Tachart , en
leur diſant qu'il les reverroit une
108 RELATION
Monfieur
autrefois . Sept ou huit jours devant
mon départ
Conftans propoſa aux Peres ,
que s'ils vouloient reſter deux à
Siam , le Roy en ſeroit bien aiſe ,
ils répondirent qu'ils ne le pouvoient
pas , parce qu'ils avoient
ordre du Roi de France de ſe
rendre inceſſamment à la Chine:
Il leur dit que cela étant , il falloit
qu'ils écriviſſent au Pere
General d'en envoyer douze au
plûtôt dans le Roiaume de Siam ,
& que le Roi lui avoit dit qu'il
leur feroit bâtir des Obſervatoires
, des Maiſons , & Eglifes ,
le Pere Fontenai m'apprit cette
propofition , je lui dis qu'il ne
pouvoit mieux faire que d'accepter
ce parti , puiſque par
la ſuite ce ſeroit un grand
bien pour la converfion du
Royaume , il me dit que fur
mon approbation il avoit
envie de renvoyer le Pere
د
DU VOYAGE DE SIAM. 109
Tachart en France pour ce ſujet
, ce que j'approuvay. Le Pere
Tachart êtant homme d'un
grand eſprit , & qui feroit indubitablement
reüffir cette affaire,
les lettres ne pouvant lever pluſieurs
obſtacles que l'on pourroit
y mettre , ce qui a fait que
je le ramene. Ce Pere m'a été
encore d'un grand ſecours , ainſi
qu'aux Gentils-hommes qui
m'ont accompagné , auſquels
il a appris avec un tres-grand
foin les Matematiques durant
nôtre retour. Je ne diray rien
des grandes qualitez de Monſieur
l'Evêque de Metellopolis
non plus que des progrez de
Meſſieurs des Miffions étrangeres
dans l'Orient , puis que fuivant
leur coûtume , ils ne manqueront
pas de donner au public
une relation axacte , touchant
ce qui concerne la Reli-
K
10 RELATION
gion dans ce Pays là : J'aurois
cü une extreme joye d'y rencon
trer Monfieur l'Evêque d'Heliopolis
; leRoy de Siam me dit un
jour , qu'il feroit mort de joye
s'il avoit veu dans fon Royaume
un Ambaſſadeur de France
arriver : mais Dieu n'a pas permis
que nous euſſions l'un &
l'autre cette confolation , &
nous avons appris qu'il avoit
terminé dans la Chine ſes longs
travaux par une mort tres ſainte.
Mais avant de faire le recit
juſques à notre arrivée à Brest ,
je crois à propos de raconter ce
que (dans le peu de tems que
j'ay reſté dans le Royaume de
Siam ) j'ay pû remarquer touchant
les moeurs , le Gouvernement
, le Commerce & la Religion.
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Résumé : « Cette Harangue fut interpretée par Monsieur Constans, aprés cela je [...] »
Le texte relate un voyage au Siam (actuelle Thaïlande) et les interactions avec le roi de Siam et les dignitaires locaux. Un ambassadeur français est reçu en audience par le roi de Siam, qui accepte une lettre du roi de France après un moment de tension. Le roi de Siam, âgé de cinquante-cinq ans, est décrit comme un monarque courageux, politique, magnifique et libéral. Il est vêtu richement, portant une couronne de diamants et des vêtements ornés d'or et de pierres précieuses. L'audience se déroule dans une salle richement décorée, avec des mandarins prosternés. L'ambassadeur visite ensuite le palais, y voyant des éléphants et des objets précieux, et reçoit des présents conformément à la coutume locale. Le roi de Siam s'intéresse aux nouvelles de la cour de France et aux récentes conquêtes, notamment celle du Luxembourg. Il exprime sa satisfaction des victoires françaises et de la paix en Europe. L'ambassadeur assiste à divers événements, y compris des combats d'éléphants, des visites de pagodes et des réjouissances pour l'avènement du roi de Portugal. Il participe également à un festin organisé par Monsieur Conftans, où des spectacles de théâtre et de marionnettes sont présentés. Le roi de Siam visite une pagode, accompagné d'une procession en barques décorées. Le texte décrit également une cérémonie où le roi du Siam, accompagné de 140 bateaux dorés, chacun avec 185 rameurs, change de bateau et offre un prix au bateau arrivant premier au palais. La rivière est remplie de bateaux de particuliers venus voir le roi. Le soir, un feu d'artifice célèbre le couronnement du roi d'Angleterre, suivi de tirs de canon toute la journée. Le roi se rend ensuite à Louvo, une maison de plaisance, où le narrateur assiste à un combat d'éléphants. Le roi offre des sabres et des chaînes en or aux capitaines français Vaudricourt et Joyeuse en signe de distinction. Le narrateur reçoit un vase d'or appelé Boffette, une marque d'honneur équivalente au Cordon bleu en France. Il reçoit également des porcelaines, des paravents, des tapis, et un crucifix en or et en tambacq. Le roi du Siam demande au narrateur de visiter les fortifications et de proposer des améliorations. Le narrateur rencontre des jésuites, dont les pères Fontenay, Tachart, et Gerbillon, qui sont chargés de faire des observations mathématiques en Chine. Le roi, impressionné par leurs compétences, leur offre des présents et propose de construire des observatoires et des églises. Le texte mentionne également les difficultés rencontrées par certains compagnons du narrateur lors de leur retour en bateau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17960
p. 66-69
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui dans le Mercure de ce mois m'a fait [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui
dans le Mercure de ce mois m'a fait
Phonneur de me demander dés éclair-
ciffemens fur le Sujet du Prix de Poëfie
propofé par l'Académie de Rouen , pa-
roit n'avoir pas de connoiffance des
anciens programmes qui ont été en-
voyés aux Ouvrages périodiques en
1760 , 1761 & 1762 , puifque ces pro-
grammes fatisfont à la plupart des quef-
tions fur lefquelles il defire de con-
noître les intentions de l'Académie.
Comme elle n'a jamais entendu y faire
aucun changement , elle me charge ,
Monfieur , de vous prier de fa part de
JANVIER 1764.
Tes inférer de nouveau dans l'un de vos
premiers volumes , tant pour cet Au-
teur que pour tous ceux qui voudront
concourir au même Prix. Voici celui de
1760.
L'Académie a propofé pour Sujet du
Prix de Poëfie fondé par M. le Maré-
chal Duc de Luxembourg , Gouverneur
de Normandie & fon protecteur, la dé-
livrance de Salerne par 40 Chevaliers
Normands & la fondation du Royau-
me de Sicile qui fut la fuite de cette ex.
pédition.
Elle laiffe aux Auteurs liberté entière
fur le choix du genre du Poëme , fur
fon étendue , & fur la meſure des vers..
Elle exige feulement qu'il foit propor
tionné au Sujet , & qu'il célébre digné-
ment l'un des plus finguliers événemens
de notre histoire.
En 1761 ..
L'Académie n'a point reçu de Poëme
qui ait rempli fes vues ; elle propofe
de nouveau le même Sujet & aux mêmes
conditions.
.. Elle exhorte les Auteurs à le traiter-
moins en Hiftoriens qu'en Poëtes . Elle:
-ne demande pas une hiftoire fuivié d'é--
vénemens qui occ pent près d'un fié-
cle. Cette exactitude chronologique ré--
聊
•
68 MERCURE DE FRANCE.
pand un froid mortel fur un Poëme. II
s'agit de choisir celle des deux époques
qu'on croira la plus intéreffante & de
F'embellir par quelque fiction ingénieufe
qui donnera les moyens d'y enchâffer
les événemens qui l'auront ou précédée
ou fuivie. Ce font les feuls avis que
l'Académie croye devoir donner aux
Auteurs , perfuadée qu'il faut laiſſer au
génie une entière liberté , & qu'il eft
peu de faits hiftoriques dont le mer-
veilleux & la fingularité prêtent davan-
tage à la Poëfie.
En 1762.'
On a réïtéré le même Programme &
doublé le Prix.
En 1763.
On a encore remis le Prix , & dans
le Programme inféré dans le Mercure
de Septembre on n'a parlé que de la
délivrance de Salerne , parce qu'on a
fuppofé le Sujet affez connu du Public
pour ne le pas répéter tout au long.
Vous voyez , Monfieur , que PAca-
démie a été bien éloignée de donner
l'exclufion à un Poëme épique régulier,
fi elle étoit affez heureufe pour que fa
perfévérance fît éclore un Ouvrage di-
gne de ce nom. Elle a encore moins
gêné les Auteurs fur le choix du Sujet
JANVIER, 1764.
69 1
principal; elle a feulement exigé que cer
lui des deux événemens qui ne feroit
pas choifi, entrât dans le Poëme comme
Epifode. A l'égard des moyens de lier
cette Epiſode , la difficulté de la diffé-
rence des Chevaliers n'eft pas infur-
montable. L'Académie a même déja
vu des Poëmes qui employent pour y
parvenir des expédiens ingénieux & que
le filence de l'Hiftoire autorife. C'eft
aux Poëtes à fçavoir jufqu'à quel point
ils peuvent altérer la vérité historique.
Qu'une fiction noble & ingénieuſe ré-
pande la chaleur & la vie dans un Su-
jet déja fi difpofé à recevoir le mer
veilleux ; l'Académie bien loin de re-
clamer pour une froide exactitude , ap-
plaudira comme le Public aux fituations
& aux images que le génie créateur
du Poëte aura fçu enchâffer dans fon
Ouvrage.
J'ai l'honneur d'être & c.
MAILLET DU BOULLAY, Maître des Comptes
& Secrétaire de l'Académie de Rouen pour
les Belles-Lettres, derrière l'Archevêché.
A Rouen, le 29 Décembre 1763.
L'AUTEUR anonyme, Monsieur, qui
dans le Mercure de ce mois m'a fait
Phonneur de me demander dés éclair-
ciffemens fur le Sujet du Prix de Poëfie
propofé par l'Académie de Rouen , pa-
roit n'avoir pas de connoiffance des
anciens programmes qui ont été en-
voyés aux Ouvrages périodiques en
1760 , 1761 & 1762 , puifque ces pro-
grammes fatisfont à la plupart des quef-
tions fur lefquelles il defire de con-
noître les intentions de l'Académie.
Comme elle n'a jamais entendu y faire
aucun changement , elle me charge ,
Monfieur , de vous prier de fa part de
JANVIER 1764.
Tes inférer de nouveau dans l'un de vos
premiers volumes , tant pour cet Au-
teur que pour tous ceux qui voudront
concourir au même Prix. Voici celui de
1760.
L'Académie a propofé pour Sujet du
Prix de Poëfie fondé par M. le Maré-
chal Duc de Luxembourg , Gouverneur
de Normandie & fon protecteur, la dé-
livrance de Salerne par 40 Chevaliers
Normands & la fondation du Royau-
me de Sicile qui fut la fuite de cette ex.
pédition.
Elle laiffe aux Auteurs liberté entière
fur le choix du genre du Poëme , fur
fon étendue , & fur la meſure des vers..
Elle exige feulement qu'il foit propor
tionné au Sujet , & qu'il célébre digné-
ment l'un des plus finguliers événemens
de notre histoire.
En 1761 ..
L'Académie n'a point reçu de Poëme
qui ait rempli fes vues ; elle propofe
de nouveau le même Sujet & aux mêmes
conditions.
.. Elle exhorte les Auteurs à le traiter-
moins en Hiftoriens qu'en Poëtes . Elle:
-ne demande pas une hiftoire fuivié d'é--
vénemens qui occ pent près d'un fié-
cle. Cette exactitude chronologique ré--
聊
•
68 MERCURE DE FRANCE.
pand un froid mortel fur un Poëme. II
s'agit de choisir celle des deux époques
qu'on croira la plus intéreffante & de
F'embellir par quelque fiction ingénieufe
qui donnera les moyens d'y enchâffer
les événemens qui l'auront ou précédée
ou fuivie. Ce font les feuls avis que
l'Académie croye devoir donner aux
Auteurs , perfuadée qu'il faut laiſſer au
génie une entière liberté , & qu'il eft
peu de faits hiftoriques dont le mer-
veilleux & la fingularité prêtent davan-
tage à la Poëfie.
En 1762.'
On a réïtéré le même Programme &
doublé le Prix.
En 1763.
On a encore remis le Prix , & dans
le Programme inféré dans le Mercure
de Septembre on n'a parlé que de la
délivrance de Salerne , parce qu'on a
fuppofé le Sujet affez connu du Public
pour ne le pas répéter tout au long.
Vous voyez , Monfieur , que PAca-
démie a été bien éloignée de donner
l'exclufion à un Poëme épique régulier,
fi elle étoit affez heureufe pour que fa
perfévérance fît éclore un Ouvrage di-
gne de ce nom. Elle a encore moins
gêné les Auteurs fur le choix du Sujet
JANVIER, 1764.
69 1
principal; elle a feulement exigé que cer
lui des deux événemens qui ne feroit
pas choifi, entrât dans le Poëme comme
Epifode. A l'égard des moyens de lier
cette Epiſode , la difficulté de la diffé-
rence des Chevaliers n'eft pas infur-
montable. L'Académie a même déja
vu des Poëmes qui employent pour y
parvenir des expédiens ingénieux & que
le filence de l'Hiftoire autorife. C'eft
aux Poëtes à fçavoir jufqu'à quel point
ils peuvent altérer la vérité historique.
Qu'une fiction noble & ingénieuſe ré-
pande la chaleur & la vie dans un Su-
jet déja fi difpofé à recevoir le mer
veilleux ; l'Académie bien loin de re-
clamer pour une froide exactitude , ap-
plaudira comme le Public aux fituations
& aux images que le génie créateur
du Poëte aura fçu enchâffer dans fon
Ouvrage.
J'ai l'honneur d'être & c.
MAILLET DU BOULLAY, Maître des Comptes
& Secrétaire de l'Académie de Rouen pour
les Belles-Lettres, derrière l'Archevêché.
A Rouen, le 29 Décembre 1763.
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17961
p. 2839
RONDEAU.
Début :
Sans consequence, osez tout, me dit-on, [...]
Mots clefs :
Belle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
RONDE A U.
Sans confequence , ofez tout , me dit-on ,
Quand par hafard approchant d'un Tendron ,
Je lui dérobe une faveur legere ;
A mes defirs perfonne n'eft contraire .
Veux -je un baiſer ? jamais on ne dit non ;
Bien loin delà ; la Belle fans façon ,
Quand je m'approche , avance le menton ,
Comme une foeur qu'embrafferoit fon frere ,
Sans confequence.
Doit-on traiter autrement un garçon
De quatorze ans ? Mais vous , belle Manon ,
Y penfez-vous , de faire la févere ?
On y pourroit foupçonner du miftere ,
Vous ne pouvez le prendre fur ce ton ;
Sans confequence.
De Bologne , Americain
Sans confequence , ofez tout , me dit-on ,
Quand par hafard approchant d'un Tendron ,
Je lui dérobe une faveur legere ;
A mes defirs perfonne n'eft contraire .
Veux -je un baiſer ? jamais on ne dit non ;
Bien loin delà ; la Belle fans façon ,
Quand je m'approche , avance le menton ,
Comme une foeur qu'embrafferoit fon frere ,
Sans confequence.
Doit-on traiter autrement un garçon
De quatorze ans ? Mais vous , belle Manon ,
Y penfez-vous , de faire la févere ?
On y pourroit foupçonner du miftere ,
Vous ne pouvez le prendre fur ce ton ;
Sans confequence.
De Bologne , Americain
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Résumé : RONDEAU.
Le narrateur décrit ses interactions avec Manon, une jeune fille qui ne résiste pas à ses avances, comme voler un baiser. Il observe qu'elle avance son menton sans conséquence. Il se questionne sur son attitude et les possibles suspicions qu'elle pourrait susciter. Le texte mentionne 'De Bologne, Américain'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17963
p. 53-54
Ils couchent à Ancenis. [titre d'après la table]
Début :
Ils passerent encore une partie de la journée du 17. [...]
Mots clefs :
Ancenis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils couchent à Ancenis. [titre d'après la table]
Ils pafferent encore une
partie de lajournée du 17..
à Nantes , d'où comblez
de fatisfaction , ils partirent
pour aller coucher à
E. iij
54 Voyage des Amb.
Ancenis. Ils s'y baignerent
dans la Riviere, ce qui leur
fit un tres-grand plaifir ,
parce qu'ils ſe baignent
fouvent en leur Pays , &
ils ſe lavent meſme icy
tous les jours aprés le Repas.
partie de lajournée du 17..
à Nantes , d'où comblez
de fatisfaction , ils partirent
pour aller coucher à
E. iij
54 Voyage des Amb.
Ancenis. Ils s'y baignerent
dans la Riviere, ce qui leur
fit un tres-grand plaifir ,
parce qu'ils ſe baignent
fouvent en leur Pays , &
ils ſe lavent meſme icy
tous les jours aprés le Repas.
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17964
p. 58-59
« Je passe à ce que j'ay à vous dire des glorieux [...] »
Début :
Je passe à ce que j'ay à vous dire des glorieux [...]
Mots clefs :
Nouvelle, Informer, Satisfaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je passe à ce que j'ay à vous dire des glorieux [...] »
Je paſſe à ce que i'ay à
vous dire des glorieux triomphes du Roy , & ie commence
parla priſe de la Cayenne, qui
a depuis peu reconnu le pou- voir de ſes armes victorieuſes.
Je vous ay fait part de cette Nouvelle des le mois paffé ;
mais vous n'avez pas eſteſatisfaite de moy là- deſſus ; Vous voulez, dites vous, apprendre les noms de tous les braves qui ſe ſont ſignalez en cette occafió parmyleſquelsvous croyez en trouver de voſtre connoiffance. Je m'en fuisinforméavec
46 LE MERCURE ſoin pour vous fatisfaire , &ie me ſuis condamné moy-même, de n'avoir pas fait connoî tre la valeur de ceux dont les
actions éclatantes ſont le plus ſouvent ignorées , parce qu'é- tantfaitesdans des Païs éloignez, elles n'ont pourtémoins quedesyeux ennemis.
vous dire des glorieux triomphes du Roy , & ie commence
parla priſe de la Cayenne, qui
a depuis peu reconnu le pou- voir de ſes armes victorieuſes.
Je vous ay fait part de cette Nouvelle des le mois paffé ;
mais vous n'avez pas eſteſatisfaite de moy là- deſſus ; Vous voulez, dites vous, apprendre les noms de tous les braves qui ſe ſont ſignalez en cette occafió parmyleſquelsvous croyez en trouver de voſtre connoiffance. Je m'en fuisinforméavec
46 LE MERCURE ſoin pour vous fatisfaire , &ie me ſuis condamné moy-même, de n'avoir pas fait connoî tre la valeur de ceux dont les
actions éclatantes ſont le plus ſouvent ignorées , parce qu'é- tantfaitesdans des Païs éloignez, elles n'ont pourtémoins quedesyeux ennemis.
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Résumé : « Je passe à ce que j'ay à vous dire des glorieux [...] »
Le texte décrit la prise de la Cayenne par le roi. L'auteur avait déjà informé le destinataire de cette victoire, mais ce dernier souhaitait connaître les noms des braves ayant participé à cette victoire. L'auteur regrette que les actions héroïques accomplies dans des pays éloignés soient souvent ignorées.
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17965
p. 69-70
LOGOGRYPHE.
Début :
Lecteur, en me cherchant tu trouveras d'abord [...]
Mots clefs :
Démocrite
17966
p. 54
Ils disnent à Ingrande. [titre d'après la table]
Début :
Le 18. ils dinerent à Ingrande où ils se baignerent [...]
Mots clefs :
Ingrandes, Baigner
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Ingrande. [titre d'après la table]
Le 18. ils dinerent à
Ingrande où ils ſe baignerent
encore. Ils pafferent
mefme la Riviere en Bateau
, pour ſe baigner en
repos de l'autre coſté .
Ingrande où ils ſe baignerent
encore. Ils pafferent
mefme la Riviere en Bateau
, pour ſe baigner en
repos de l'autre coſté .
Fermer
17969
p. 59-73
Particularitez touchant la prise de la Cayenne, avec les noms de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Début :
Voicy les Noms de tant de braves Gens qui n'ont [...]
Mots clefs :
Prise, Cayenne, Troupes, Corps, Capitaine, Garnison, Fort, Comte d'Estrées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant la prise de la Cayenne, avec les noms de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Voicy
les noms de tant de braves
gens qui n'ont pas ſeulement lafatigue des Sieges à eſſuyer,
mais encor toutes les incommoditezde la Mer,&la fureur
deselemens. A
Toutes les Troupes eftant débarquées , furent ſeparées
endeuxCorps.
Premier Corps. Roki
CAPITA
Monfieur le Comte deBlenac : Il aeſté bleſſé d'un éclat
GALANT. 47 deGrenade àla cuiſſe. Il commandoit ſous Monfieur le Comte d'Eſtrées , & il a paru infatigable dans le combat.
LIEUTENANS.
M. deMontmoron.
M. le Chevalier d'Arvaux :
Il a commandé un détachement de cinquante hommes ,
& s'eſt acquis beaucoup de gloire.
M. deMonbant : Il a eſté bleſſéd'un coup de pique àla teſte.
M. d'Haire.
M. deCourcelles l'Indien.
ENSEIGNES.
M.de Saint Privaſt : Il a été
bleſſé au coude.
M. de Malaſſis.
M. de Chavegeon : Ila eu
un coupdeMouſquet au bras.
48 LE MERCURE
VOLONTAIRES.
M. Cotendon.
M. Defcloches.
M. d'Armanville : lafait la
fo ction d'Ayde Major , & a
donné des preuves d'un grand
courage.
t
AUTRES OFFICIERS.
M. Ferolles.
M.des Granges : Il a eſté
bleflé d'un coup de pique au col,qui ne l'empeſcha point de
combattre.
M.Barol.
M. Stenay,
M. le Chevalier de Balce.
M. Salbret de Marfilly.
M. Durefort.
Second Corps.
CAPITAINES.
M. Faucher.
M. de Grand Fontaine : Il
a
GALANT. 49
afait des fonctions ſurprenan- tes ; & quoy qu'il fuſt aſſez blefſé pour ſe retirer du combat, il a toûjours donnéſes ordres , & pouffé ſon attaque
avec une vigueur extraordinaire.
LIEUTENANS.
M. de Champigny.
M. de Meſlinierres: Il.commandoit une attaque avec M.
le Chevalier de Lezy : Ils ont pris leGouverneur prifonnier,
& quelques Officiers.
M. Poier.
M. Stinas.
M.Perić,
ENSEIGNES.
M. Sangers.
M. le Comte d'Aulnay.
M. Merande-Villiers .
M. Coignande Malmaiſon.
Tome 2. C
So LE MERCURE M. Serpin.
M du Tertre.
AUTRES OFFICIERS
M. Naudin.
M. Rigoteau : Il a eſté tué.
M.Maiſon Blanche.
M. Leſcoure.
M. Villiers.
M. Guermont..
M. Desjumaux.
M. Brefme.
M. Morienne.
M. Lavaux.
1
M.Belle-Croix : Il a donné
des marques d'une intrepidi- té qu'onne peutaſſez admirer.
M.d'Arbouville Majord'Ef
cadre: Il s'eſt acquis beaucoup
de gloire en cette occafion, &
a fait tout ce qu'on pouvoit attendre d'un grand courage.
M. deMartignac.
}
GALANT. SI
DE
M. le Chevalier Pariſot.
M.le ChevalierdeLezy: Jay
marqué dans un autre endroit les grandes actiós qu'il a faites.
M. Canchy.
M. Piner.
M. le Clerc.
M. L'honnoré.
M. de l'iſle.
M. de la Bouſſiere : Il commandoit une Barque longue qui devoit ſoûtenir les Chaloupes,& retourner enſuite en
garde à la tête desgrandsVaif- ſeaux, &apres le combat il eſt
entrédans la riviere d'Aproüague , avec M. Bourdet commandantleVaiſſeau nomméla
Fée,poury ruinerle commencementde la Colonie que les Hollandois y ont établie.
M. Panetier : Il a receu deux
Cij
52 LE MERCURE coups de mouſquet dans la machoire dés le commencementdel'attaque,où il eſt toûjours demeuré pour encoura- ger ſes ſoldatsM. Machaut. On ne peut
mieux s'acquiterdeſondevoir
qu'il a fait à la teſte de trois
Chaloupes qu'il commandoit.
M. Patoulet : Il eſtoit Commiſſaire General. Il n'a point abandonné M. le Comte d'Eſtrées , &il n'y a eu aucun en- droit perilleux où il ne ſe ſoit expoſé.
M.laGuerre: Il a eſte blefſé d'un coup de Pique à la cuiffe.
M. du Vignan : Il a été blef- fé àlamain.
M. Regon : Ila eſté tué.
M. Bourder. Il s'eſt rendu
GALANT. 53 maiſtre d'une Galliote de cent
tonneaux qui estoit chargée
deproviſions.
M. Gabaret , Capitaine de Vaiſſeau. Ilcommandoit cinq
gros Vaiffeaux pour foûtenir l'effort de l'Eſcadre Hollandoiſe.
Tous ceux qui n'ontpoint eſté bleſſez n'ont pas fait pa- roiſtre moins de valeur que
les autres ; mais ils ont eſté
plusheureux.
, eftoit
Lagarniſon du Fort que ces braves attaquerent
compoſée de trois cens hom- mes , ſoûtenus de quelques
autres troupes moins reglées qui avoient beaucoup contri- bué auxfortifications de la Pla.
ce. Les travaux eſtoient bien
environnez de paliſſades ; il y
Ciij
54 LE MERCURE
avoit des Cavaliers , & vingtfix pieces de canon en divers
endroits des retranchemens
qui pouvoient battre nos gens
defront&de flanc.
M. le Comted'Eſtrées ayant ſeparé ſes troupes en deux corps , ainſi que ie vous l'ay marqué , & donné ſes ordres
aux Vaiſſeaux, pour obliger les ennemis à faire diverſion de
leurs troupes , marcha la nuit
par des defilez. Cette marche
fut fort penible le terrain étoit fablonneux, la chaleurdu iour
avoit alteré & fatigué nos foldats, &ils ne trouverent point d'eau ; mais ils ne laſſerent
pas , quoy qu'abatus de la ſoif
&du travail , de faire des
choſes extraordinaires. Monheur le Comte d'Eſtrées avoit
GALANT. 55 ordonné fept attaques , & el- les furent pouffées avec tant
de vigueur , que tous les tra- vaux furent emportez , ce
grand nombre d'attaques ayat également réüſſy , ce qui n'eſt,
preſque iamais arrivé. LeFort,
fut pris de cette maniere , &
le Gouverneur demeura prifonnier de guerre, avec toute la garnison. On ne peut aſſez donner de loüanges à Mon- fieur le Comte d'Eſtrées , il a
faitvoir nonſeulement beaucoup de prudence & de conduite dans les ordres qu'il a
donnez , mais encorbeaucoup devaleurdans l'execution d'une entrepriſe qu'il avoit fi heu- reuſement meditée , &dont il
eſt venu à bout en ſi peu de temps,avec une vigueurquine
*
C iiij
56 LE MERCURE peut trouver d'exemple que parmy les Français.
les noms de tant de braves
gens qui n'ont pas ſeulement lafatigue des Sieges à eſſuyer,
mais encor toutes les incommoditezde la Mer,&la fureur
deselemens. A
Toutes les Troupes eftant débarquées , furent ſeparées
endeuxCorps.
Premier Corps. Roki
CAPITA
Monfieur le Comte deBlenac : Il aeſté bleſſé d'un éclat
GALANT. 47 deGrenade àla cuiſſe. Il commandoit ſous Monfieur le Comte d'Eſtrées , & il a paru infatigable dans le combat.
LIEUTENANS.
M. deMontmoron.
M. le Chevalier d'Arvaux :
Il a commandé un détachement de cinquante hommes ,
& s'eſt acquis beaucoup de gloire.
M. deMonbant : Il a eſté bleſſéd'un coup de pique àla teſte.
M. d'Haire.
M. deCourcelles l'Indien.
ENSEIGNES.
M.de Saint Privaſt : Il a été
bleſſé au coude.
M. de Malaſſis.
M. de Chavegeon : Ila eu
un coupdeMouſquet au bras.
48 LE MERCURE
VOLONTAIRES.
M. Cotendon.
M. Defcloches.
M. d'Armanville : lafait la
fo ction d'Ayde Major , & a
donné des preuves d'un grand
courage.
t
AUTRES OFFICIERS.
M. Ferolles.
M.des Granges : Il a eſté
bleflé d'un coup de pique au col,qui ne l'empeſcha point de
combattre.
M.Barol.
M. Stenay,
M. le Chevalier de Balce.
M. Salbret de Marfilly.
M. Durefort.
Second Corps.
CAPITAINES.
M. Faucher.
M. de Grand Fontaine : Il
a
GALANT. 49
afait des fonctions ſurprenan- tes ; & quoy qu'il fuſt aſſez blefſé pour ſe retirer du combat, il a toûjours donnéſes ordres , & pouffé ſon attaque
avec une vigueur extraordinaire.
LIEUTENANS.
M. de Champigny.
M. de Meſlinierres: Il.commandoit une attaque avec M.
le Chevalier de Lezy : Ils ont pris leGouverneur prifonnier,
& quelques Officiers.
M. Poier.
M. Stinas.
M.Perić,
ENSEIGNES.
M. Sangers.
M. le Comte d'Aulnay.
M. Merande-Villiers .
M. Coignande Malmaiſon.
Tome 2. C
So LE MERCURE M. Serpin.
M du Tertre.
AUTRES OFFICIERS
M. Naudin.
M. Rigoteau : Il a eſté tué.
M.Maiſon Blanche.
M. Leſcoure.
M. Villiers.
M. Guermont..
M. Desjumaux.
M. Brefme.
M. Morienne.
M. Lavaux.
1
M.Belle-Croix : Il a donné
des marques d'une intrepidi- té qu'onne peutaſſez admirer.
M.d'Arbouville Majord'Ef
cadre: Il s'eſt acquis beaucoup
de gloire en cette occafion, &
a fait tout ce qu'on pouvoit attendre d'un grand courage.
M. deMartignac.
}
GALANT. SI
DE
M. le Chevalier Pariſot.
M.le ChevalierdeLezy: Jay
marqué dans un autre endroit les grandes actiós qu'il a faites.
M. Canchy.
M. Piner.
M. le Clerc.
M. L'honnoré.
M. de l'iſle.
M. de la Bouſſiere : Il commandoit une Barque longue qui devoit ſoûtenir les Chaloupes,& retourner enſuite en
garde à la tête desgrandsVaif- ſeaux, &apres le combat il eſt
entrédans la riviere d'Aproüague , avec M. Bourdet commandantleVaiſſeau nomméla
Fée,poury ruinerle commencementde la Colonie que les Hollandois y ont établie.
M. Panetier : Il a receu deux
Cij
52 LE MERCURE coups de mouſquet dans la machoire dés le commencementdel'attaque,où il eſt toûjours demeuré pour encoura- ger ſes ſoldatsM. Machaut. On ne peut
mieux s'acquiterdeſondevoir
qu'il a fait à la teſte de trois
Chaloupes qu'il commandoit.
M. Patoulet : Il eſtoit Commiſſaire General. Il n'a point abandonné M. le Comte d'Eſtrées , &il n'y a eu aucun en- droit perilleux où il ne ſe ſoit expoſé.
M.laGuerre: Il a eſte blefſé d'un coup de Pique à la cuiffe.
M. du Vignan : Il a été blef- fé àlamain.
M. Regon : Ila eſté tué.
M. Bourder. Il s'eſt rendu
GALANT. 53 maiſtre d'une Galliote de cent
tonneaux qui estoit chargée
deproviſions.
M. Gabaret , Capitaine de Vaiſſeau. Ilcommandoit cinq
gros Vaiffeaux pour foûtenir l'effort de l'Eſcadre Hollandoiſe.
Tous ceux qui n'ontpoint eſté bleſſez n'ont pas fait pa- roiſtre moins de valeur que
les autres ; mais ils ont eſté
plusheureux.
, eftoit
Lagarniſon du Fort que ces braves attaquerent
compoſée de trois cens hom- mes , ſoûtenus de quelques
autres troupes moins reglées qui avoient beaucoup contri- bué auxfortifications de la Pla.
ce. Les travaux eſtoient bien
environnez de paliſſades ; il y
Ciij
54 LE MERCURE
avoit des Cavaliers , & vingtfix pieces de canon en divers
endroits des retranchemens
qui pouvoient battre nos gens
defront&de flanc.
M. le Comted'Eſtrées ayant ſeparé ſes troupes en deux corps , ainſi que ie vous l'ay marqué , & donné ſes ordres
aux Vaiſſeaux, pour obliger les ennemis à faire diverſion de
leurs troupes , marcha la nuit
par des defilez. Cette marche
fut fort penible le terrain étoit fablonneux, la chaleurdu iour
avoit alteré & fatigué nos foldats, &ils ne trouverent point d'eau ; mais ils ne laſſerent
pas , quoy qu'abatus de la ſoif
&du travail , de faire des
choſes extraordinaires. Monheur le Comte d'Eſtrées avoit
GALANT. 55 ordonné fept attaques , & el- les furent pouffées avec tant
de vigueur , que tous les tra- vaux furent emportez , ce
grand nombre d'attaques ayat également réüſſy , ce qui n'eſt,
preſque iamais arrivé. LeFort,
fut pris de cette maniere , &
le Gouverneur demeura prifonnier de guerre, avec toute la garnison. On ne peut aſſez donner de loüanges à Mon- fieur le Comte d'Eſtrées , il a
faitvoir nonſeulement beaucoup de prudence & de conduite dans les ordres qu'il a
donnez , mais encorbeaucoup devaleurdans l'execution d'une entrepriſe qu'il avoit fi heu- reuſement meditée , &dont il
eſt venu à bout en ſi peu de temps,avec une vigueurquine
*
C iiij
56 LE MERCURE peut trouver d'exemple que parmy les Français.
Fermer
Résumé : Particularitez touchant la prise de la Cayenne, avec les noms de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Le texte décrit une expédition militaire dirigée par le Comte d'Estrées, impliquant deux corps de troupes. Les soldats ont dû affronter non seulement la fatigue des sièges, mais aussi les difficultés liées à la mer et aux éléments naturels. Le premier corps était sous le commandement du Comte de Blénac, qui a été blessé à la cuisse. Plusieurs officiers, comme le Chevalier d'Arvaux et M. de Monbant, ont également été blessés ou ont démontré un grand courage. Le second corps, dirigé par M. de Grand Fontaine, a également subi des pertes, notamment la mort de M. Rigoteau au combat. Les troupes ont dû faire face à une garnison composée de trois cents hommes et de troupes auxiliaires, soutenues par des fortifications et des pièces d'artillerie. Malgré les conditions difficiles, les attaques ont réussi à neutraliser les défenses et à capturer le fort, faisant prisonnier le gouverneur et sa garnison. Le Comte d'Estrées a été félicité pour sa prudence, sa conduite et sa valeur dans l'exécution de cette entreprise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17970
p. 2840-2870
Lettre sur la petite Vérole, dont les Religieuses & les Demoiselles de S. Cyr ont été affligées, [titre d'après la table]
Début :
Il est aisé de voir par votre Lettre, MADAME, qu'on ne nous a point épargnées dans le Public [...]
Mots clefs :
Saignement, Nez, Fièvre, Éruption, Petite vérole, Maladie, Malades, Maux, Ventre, Saignée, Convulsions, Modération, Secours, Accablement, Lavement, Boutons, Inquiétude, Religieuse, Coeur, Etouffement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur la petite Vérole, dont les Religieuses & les Demoiselles de S. Cyr ont été affligées, [titre d'après la table]
NOUS croyons faire plaifir au Public ,
de lui communiquer une Lettre qui nous
eft tombée entre les mains ; elle eft d'une
Religienfe de S. Cyr , qui rend compte à
une de fes amies , de la conduite qu'on a
tenue dans la petite Vérole , dont cette
Maifon a été affligée cette année. Nous
aurions fouhaité pouvoir la donner en
entier; mais comme il n'étoit pas poffible
de la renfermer dans un feul volume
nous nous fommes déterminez à retrancher
de cent trente articles qu'elle contenoit
ceux qui étoient les moins interreffans.
1
L eft aifé de voir par votre Lettre, MADAME ,
qu'on ne nous a point épargnées dans le Public
fur la conduite que nous avons tenue dans la
petite Verole , dont notre Maiſon vient d'être
accablée . On nous blafme fur tour de n'avoir pas
féparé du reste de la Maifon celles qui en ont été
attaquées. Des perfonnes refpectables , dites -vous,
nous accufent de témerité & d'imprudence . Le
reproche auroit fans doute été plus loin , fi l'on
avoit fçû le traitement, avant que d'être informé
du fuccès. Je vais vous rendre compte de ce qui
s'eft paffé chez nous dans cette occafion ; ce fera
un expofé fimple de notre conduite. Vous y
verrez la maniere dont on a penfé fur la crainte
de gagner la petite Vérole , les moyens dont on
s'eft fervi pour la détruire;les obſervations qu'on
a faites , l'ordre qu'on a gardé dans les Infirmeries,
l'état des malades & les remedes qu'on a em-
LI, Vol. ployez
DECEMBRE. 1730. 2841
ployez. L'efperance de nous juftifier du moins
auprès de vous , me fait entreprendre ce détail.
Les preuves que j'ai de votre amitié pour notre
Mailon & de votre indulgence pour moi , achevent
de m'y déterminer ; je ne vous écrirai que
des faits ils fuffiront pour les perfonnes équitables
& fenfées .
Au commencement de cette année nous eûmes
à S. Cyr quelques Fiévres malignes . Vers les
premiers jours de Février , il parut tout à coup
quatorze petites Véroles. L'effroi fe rendit auffitôt
dans la Maiſon. Madame la Superieure confulta
le Medecin , fur le parti qu'il y avoit à
prendre , en prefence des Infirmieres & de plufieurs
autres Religieufes. Le temps feul , nous
dit-il , ou la conftitution particuliere de l'air
difpofe infenfiblement les liqueurs à produire la
petite Vérole , bien- tôt l'experience vous convaincra
que cette caufe agit également fur toutes
les perfonnes qui habitent le même lieu ; que la
fréquentation des malades n'y a aucune part , &
qu'il est bien plus fage de ne point féparer les
malades , & de ne mettre aucune difference dans
leur fervice. Il ajouta pour celles qui étoient
chargées du foin des Infirmeries , que l'ancienne
méthode de donner des cordiaux & de procurer
une chaleur exceffive aux malades , étoit meurtriere
, que l'Emétique & la Saignée étoient prefles
feuls fecours fur lefquels il y eut à compter
, & que dans les cas preffans , il faudroit y
recourir , pour ainfi dire , fans nombre & fans
mefure.
que
Un pareil difcours , de tou autre , nous auroit
paru fort étrange ; mais comme il nous eft atta
ché depuis plufieurs années , & qu'il a notre confiance
, fa maniere de penfer fut notre regle. On
laila les malades enfemble , & tout le monde
II. Vol com- Dij
4
2842 MERCURE DE FRANCE
cominença à fe raffurer . Dix- huit ou vingt jours
s'écoulerent & la convalefcence de nos malades
s'avançoit , lorfqu'il nous furvint en moins de
trois jours près de cinquante petites Véroles.
L'inquiétude vint , mais nous trouvâmes dans
cet évenement même de quoi la diffiper. 1. Prefque
aucune des dernieres malades , n'avoit eu de
communication avec les précédentes . 2. Nos Infirmieres
auffi - bien que Madame la Superieure ,
qui partageoit leurs travaux , étoient préfervées
au milieu des malades , quoique la pluſpart n'euffent
point en la petite Vérole.Ces deux faits diffiperent
nos préventions , & l'expérience du paffé
nous rendit cette vérité plus fenfible.
L'ancien ufage de la Maiſon étoit de ſéparer
les malades au moindre foupçon de petite Vérole
; malgré cette précaution,nos Journaux font
foy , qu'il n'y avoit pas moins de malades , &
nous fçavons par le témoignage des anciennes ,
que celles qui avoient le plus d'attention à fuír le
danger , étoient ordinairement plutôt attaquées
que les autres,
Mais fi la chofe étoit alors égale pour le nombre
, lorfque la communication étoit févérement
interdite , il n'en étoit plus de même pour les inconveniens.
La féparation jettoit dans les malades
qu'on tranfportoit un effroy inévitable , qui
en augmentoit infiniment le danger. C'étoit au
commencement de l'éruption qu'on les changeoit
de lieu ; moment précieux pour agir &
qu'on ne retrouve quelquefois plus dans le cours
de la maladie ; ( on fçait à quel point la crainte
ralentit le mouvement du coeur , & qu'elle donne
occafion à l'air d'agir fur les liqueurs avec plus
de force ) d'ailleurs , au milieu de la confternation
, le fecours manque , peu de perfonnes ont
affez de courage pour folliciter les malades , &
LL. Vol.
nc
DECEMBRE. 1730. 2843
ne le font qu'en tremblant. La Maiſon regrette
encore les funeftes fuites & la féparation à laquelle
on étoit autrefois affervi.
Affranchies de bonne heure des préjugez ordinaires
, nous fûmes en état d'examiner les differens
momens qui fe paffoient dans nos petites
Véroles , & de les comparer aux veritez que
nous avions déja apperçues. Notre Medecin nous
les dévelopoit d'une maniere fi fimple, que nous
étions à portée de les entendre. Elles ont tant de
rapport entr'elles qu'elles forment une démonftration
pour les perfonnes qui aiment à voir
clair.
;
Pendant trois mois que la petite Vérole a regné
à S.Cyr , nous n'avons pas eu une feule maladie
d'une autre nature les fantés délicates
étoient plus fermes , quelques perfonnes qui
avoient eu déja la petite Vérole , font venues à
l'Infirmerie avec des maux de Coeur , des douleurs
de reins , une pefanteur de Tête & la Fiévre
vive ; tous ces accidens ont ordinairement
diminué du 3 au 4, & le refte de la maladie a été
fi conforme à la petite Vérole, que quoi qu'il n'y
ait point eu d'éruption , nous n'avons pas douté
que ce ne fut une vraye Fiévre de petite Vérole.
On ne pouvoit les diftinguer au commencement
que parce que la malade avoit eu déja la petite
Vérole ; car il eft prefque fans exemple que quelqu'une
dans la maiſon l'ait euë veritablement
deux fois .
Toutes nos malades en general ont rendu une
Bile extremement verte dans les petites Véroles
dans les Fiévres du même caractere , dans les
convalefcences , dans les perfonnes qui ont été
purgées par précaution ou après des chutes ; nous
avons toujours remarqué le même caractere
d'humeur. Dès que le temps changeoit, nous re-
11. Vol.
Diij mar2844
MERCURE DE FRANCÈ
marquions du changement dans nos petites Véroles
, & lorfque le vent tournoit bruſquement
au Nord ,
ordinairement les accidens reparoiffoient
ou devenoient plus preffans.
De plus de vingt perfonnes qui ont rempli les
diverfes fonctions de l'Infirmerie , dont plus de
la moitié n'avoient pas eu la petite Vérole , une
feule en a été attaquée , encore par un effet viſible
de la frayeur ; car ce fut à la fuite d'un Difcours,
fur la crainte de gagner cette maladie , dont elle
fut fi vivement faifie, qu'elle tomba ſur le champ
dans des
friffonnemens qui ne cefferent que par
l'éruption.
Raffemblons ces faits & convenons du vrai,
Puifqu'il n'y a eu aucun autre genre de maladie
à S. Cyr pendant plus de trois mois que la
petite Vérole y a régné ; puifque toutes les
fonnes de la Maiſon qui ont été purgées dans
perquelque
circonftance que ce fut , ont rendu une
bile
extrémement verte; puifque les
changemens
de temps, en ont régulierement produit dans nos
malades ,, que d'ailleurs les perfonnes écartées des
malades , en ont été par proportion moins ga-
Tanties que celles qui en approchoient, & ces faits
conftament obfervez dans une
Communauté de
près de quatre cent perfonnes ; où l'on a compté
130 malades ; il faut
neceffairement reconnoître
une caufe generale dans l'air ,
de cette maladie , & avouer que la
fréquentation , pour feul principe
des malades n'y a aucune part.
Les differentes époques de petite Vérole qu'a
eues notre Maiſon , font voir qu'elle attaque plus
de perfonnes àproportion qu'il s'eft écoulé plus de
temps fans qu'elle y ait paru. En 1715. nous en
eûmes près de cent ; il n'y avoit alors pas plus de
quatre ans que nous en étions exemtes. Depuis il
n'en a pas paru à S. Cyr , & la Maiſon s'eſt preſ-
11. Vel.
que
DECEMBRE 1730. 2845
que entierement renouvellée; ainfi il n'eft pas furprenant
qu'en dernier lieu , le nombre de nos
malades ait été plus confidérable .
Nous remarquâmes dès les premiers temps que
celles qui n'avoient pas été faignées & purgées
dans le commencement de leur maladie , avoient
une fupuration & une convalefcence plus difficiles.
Dans la fuite on a d'abord employé ces fetours
, pour peu que la Fiévre fut forte , & on
prenoit foin de faire les faignées fort grandes
pour ne pas effrayer le nombre ; très- fouvent des
petites Véroles qui s'annonçoient par les accidens
les plus effrayans , prenoient un caractere heureux
après trois ou quatre faignées du pied , brufquement
faites , & d'amples évacuations , procurées
par l'Emétique .
Je viens à l'état de nos malades , je ne m'arreterai
point fur les accidens ordinaires , ni fur la
figure des boutons à laquelle notre Médecin ne
faifoit aucune attention à moins qu'ils n'euffent
difparu. Vous verrez par les partis qu'il a pris
dans les cas particuliers , que le feul dégré de la
Fiévre , comparé avec l'état du cerveau , a toujours
déterminé fa conduite. Pour éviter la confufion
& n'être point obligée de citer l'âge de
chaque Demoiselle , je fuivrai l'ordre des Claffes.
Comme il fera neceffaire de parler de leur temperamment
, j'ai cru devoir me difpenfer de vous
marquer leurs noms. Les Demoifelles Noires font
dans leur vingtiéme année ; les Bleues ont depuis
dix-fept jufqu'à vingt ans ; les Jaunes depuis quatorze
jufqu'à dix fept ; les Vertes , depuis onze
jufqu'à quatorze , les Rouges , depuis fept jufqu'à
onze.
Demoiselles NOIRES . 19. Infirme , quoique replette
, & fe plaignant d'une douleur habituelle
au côté droit , eut une Fiévre affez forte , des
II. Vol. D iiij maux
2846 MERCURE DE FRANCE
maux de reins & une pefanteur de tête . Elle fut
faignée du pied le 1 & le 2 jour , & le 3 abondamment
purgée avec l'Emétique. Immédiatement
après la petite Vérole parut en petite quantité.
Dans la fupuration , un mal de gorge
étouffement confiderable donnerent de l'inquiétude.
Une troifiéme faignée du pied la diffipa.
& un
2º. D'une forte conftitution , eût la Fiévre
très-vive,un grand accablement, la poitrine ferrée
& un mal de tête des plus violens. En quatre jours
elle fut faignée huit fois du pied. Le cinquiéme
on donna l'Emétique en lavage , qu'on continua
plufieurs jours. Les accidens diminuerent par ces
évacuations ; mais la convalefcence avoit de la
peine à fe montrer. Vers le 20. à la fuite d'un
mouvement de Fiévre plus fort & d'une augmentation
de mal de tête , la petite Vérole fe declara.
Comme elle ne parut pas confidérable par la
quantité,& que les accidens fe calmerent , on ne
fit rien jufqu'au temps de la fupuration , qu'on
fut obligé de purger la malade,& de foûtenir l'évacuation
à caufe d'une bouffifure confidérable
& que la tête redevenoit pefante.
30. Tres-infirme depuis long-temps, & épuisée
par beaucoup de maladies , eut la Fiévre & une
pefanteur de tête confidérable. On la faigna du
pied le 1 & le 2 jour. Le 3 il furvint un dévoiement
fereux ; on purgea la malade avec deux
grains de Tartre émétique , qu'on réitera le lenlemain.
L'éruption fe fit , & le refte de la maladie
fe paffa fans accidens , quoique la petite Vérole
fut fort abondante & prefentât un mauvais
aspect.
4°. D'une bonne fanté , tomba dans un accablement
profond , la Fiévre étoit forte & la tête
prife ; on lui tira d'abord fix paletes de fang du
pied. La faignée fut réiterée le ſoir , dans la nuit
II. Vel. &
DECEMBRE. 1730. 2847
& le lendemain , le troifiéme jour il furvint une
perte abondante ; la petite Vérole fortit en médiocre
quantité , la Fiévre & les accidens furent
plus moderés , le 2 , le 3 & le 4 de l'éruption.
Les , la perte ceffa, le tranfport devint plus violent
& fut accompagné de convulfions . În tenta
quatre grains de Tartre émétique en lavage ,
qu'on réitera fans fuccez. La Fievre ayant redoublé
du 5 au 6 , on réitera la faignée du pied ; il falut
encore y revenir le lendemain une fixiéme &
feptiéme fois, enfuite les boiffons émétiſées qu'on
fut obligé de changer jufqu'à en confommer
plus de trente grains en 24 heures , & d'y joindre
les Ptifannes laxatives. Il fallut continuer les
évacuations jufqu'au 18 de l'éruption , à cauſe de
la pefanteur de tête qui fe renouvellois ; des Symcopes
dans le temps des convulfions firent recourir
au Lilium deux fois . Il eft à remarquer que
fur la fin , lorfque le tranfport ceffoit , la vue
reftoit éteinte, & que la malade fe plaignoit d'une
péfanteur , & d'un froid infuportable à la tête
enfin tous les accidens difparurent & la malade
revint en convalefcence.
;
5º. D'un temperamment robufte , fa maladie
commença par une Fiévre forte , avec des redoublemens
fréquens , des maux de reins & une
grande pefanteur de tête ; on la faigna du pied.
La nuit il y eu du tranſport ; on réitera la faignée
la même nuit , & le lendemain ; le 3 il y eut
du relâche dans la Fiévre ; on jetta fix grains de
Tartre émétique fur la boiffon ; l'évacuation fut
ample , la petite Vérole fortit confluante, les accidens
& la Fiévre diminuerent, la liberté du ventre
fut foûtenue par une boiffon émétiſée. Du 4
aus de l'éruption , la Fiévre devint plus forte ,
la gorge & la tête enflerent fi prodigieufement ,
qu'il fallut faire deux faignées dupied ; on char-
>
II. Vol: D Y gea
2848 MERCURE DE FRANCE
gea enfuite davantage les boiffons émétifées, l'é
vacuation diffipa les accidens. La nuit du 10 au
1 la tête devint plus pefante & la gorge plus
ferrée. On revint aux évacuations , qu'on continua
jufqu'à la convaleſcence.
6º. Délicate , fentit d'abord du mal aux reins
& à la tête, avec peu de Fiévre , on la faigna du
pied. La nuit fuivante la fiévre devint forte , le
poux paru embarraffé ; on réitera la faignée du
pied deux fois , la fiévre & le mal de tête ayant
diminué , le 3 on la purgea avec l'émétique
abondamment ; à l'entrée du 4 la petite Vérole
fortit confluante , la fiévre diminua confiderablement.
Du 3 au 4 de l'éruption , la gorge fut
tres douloureufe , la tête enfla exceffivement , il
furvint une forte hémoragie , la tête étoit embaraffée
, on revint à la faignée du pied , qu'ilfailut
réiterer jufqu'à la fixième fois , alors l'hémoragie
ceffa , & les autres accidens diminuerent ; on
chargea les boiffons d'émétique , & on les continua
jufqu'au 14 de l'éruption , que tous les
accidens difparurent.
I
7. D'une affez bonne fanté , eut des maux de
reins & de tête , & la fiévre affez forte ; on la
faigna du pied le 1 & le a jour , le 3 elle fut purgée
avec l'émétique en lavage . La petite Vérole
fortit le 4, en médiocre quantité , la fiévre & les
accidens tomberent dans la fupuration, la tête devint
fort lourde , la fiévre étoit forte , on réitera
la faignée du pied jufqu'à la quatrième fois , on
y joignit les boiffons émétifées , & tous les accidens
cefferent.
Demoiselles BLEUES. 8. Languiffantes. de pâles
couleurs depuis long - temps , avoit effuie une
diffen rie extrême , pour laquelle on l'avoit faignée
8 fois, dont elle étoit à peine rétablie, tomba
dans un profond accablement , avec des élan
11. Vola cemen
DECEMBRE. 1730. 2849
cemens à la tête & une fiévre fi vive , qu'il fallut la
faigner 3 fois du pied le mêmejour. Le lendemain.
le poux s'étant un peu relâché, on tenta un lavage
de Tartre émétique; les élancemens de tête qui augmentoient,
obligerent de l'interrompre. A la fin
du 3 la petiteVérole fortit confluante,la fiévre& les .
accidens diminuerent fort peu. Le 3 de l'éruption
la petite Vérole n'avoit prefque point fait de progrès
, on revint à la faignée du pied , les boiffons
émétifées pafferent. La petite Vérole fit du progrès
& il y cut plus de modération dans les accidens
jufques au 6. La nuit fuivante la fiévre devint
plus forte , les élancemens à la tête furent
extrêmes , on la refaigna 2 fois du pied & les
boiffons émétifées furent continuées plufieurs
jours de fuite. La convalefcence ne fe montra que
yers le 17. Il y eut plufieurs Sincopes dans le
cours de la maladie qui firent recourir au Lilium.
9. Sujette à de fréquents éréfipelles à la tête
fentit tout à coup un violent mal de tête,il parut
une difpofition éréfipélateufe au vifage. La fiévre
devint quarte , la malade fut faignée du pied les
a premiers jours ; le 3 il y eut du relâche , on
lui donna 4 grains de Tartre émétique en lavage,
l'évacuation fut abondante & produifit un calme
de trois jours ; la fiévre fe ralluma, le mal de tête
& les élancemens furent extrêmes ; on revint à la
faignée du pied 2 fois le même jour . Le lendemain
la petite Vérole fe déclara en médiocre
quantité , avec une difpofition éréfipélateuſe ; la
fiévre & les accidens perfifterent. Comme il n'y
avoit point de diminution le 3. de l'éruption , on
la faigna , on jetta quelques grains de Tartre
émétique fur les boiffons ; malgré ce fecours ,
aídé des lavemens , les élancemens à la tête & la
fiévre augmenterent à un point , qu'il fallut la
11. Vol. D vj refai
2850 MERCURE DE FRANCE
refaigner dans le temps de la fupuration une fixiéme
& feptiéme fois du pied , & entretenir les
boiffons émétifées jufqu'au is de l'éruption que
l'état de la malade fut affuré.
10. D'un temperament robufte , avec de l'embonpoint
, eut une fiévre forte , de grands maux
de reins & la tête extrêmement pefante ; on la
faigna 2 fois du pied le 1 jour ; dès le fecond la
petite Vérole parut confluante ; la fiévre & les
autres accidens ne diminuerent prefque point;les
boutons ne faifoient aucun progrès . On réitera
la faignée du pied le 1 & le 2 jour de l'éruptions
il y eut quelque relâche. Les boiffons furent égui
fées par le Tartre émétique , mais une perte
abondante qui furvint , obligea de le fufpendre.
Le même état continua jufqu'au temps de la fapuration
que la fiévre devint plus vive , avec
des feux à la tête & un gouflement prodigieux .
On réitera deux fois la faignée du pied; on chargea
les boiffons de Tartre émétique , quoique la
perte continua. Les premieres évacuations firent
ceffer la perte & modererent les autres accidens ;
il fallut infifter fur la liberté du ventre pour
combattre la pefanteur de tête , juſqu'au 16 de
l'éruption que la convalefcence parut.
11. Peu forte , tomba dans un grand affou
piffement ; la fiévre & l'accablement étoient confiderables.
Les deux premiers jours elle fut faignée
du pied 3 fois. Le 3 , il y eut quelque degré
de moderation dans la fievre ; on tenta l'émetique
en lavage ; mais comme les accidens
augmentoient , il fallut l'interrompre & revenir
à la faignée du pied . La petite Verole fortit le
4 , la fievre fut plus moderée. Le 4 de l'éruption
on tenta de nouveau les boiffons émétifées ; la
fievre devint plus forte ; on les fufpendit ; on fit
une cinquiéme faignée du pied à l'entrée de la
II. Vola ſup
DECEMBRE. 1730. 2851
.
fupuration ; alors les boiffons émétifées pafferent
; on les continua juſqu'à la fin de la maladie,
parce que la tête redevenoit pefante dès que le
ventre ceffoit d'aller.
12. D'une bonne fanté , fut prise d'une fievre
qui augmentoit par redoublement , accompagnée
de maux de reins & d'une violente douleur de
tête. Les 2 premiers jours on la faigna 3 fois du
pied. Le 3 & le 4 on effaya le Tartre émetique
en lavage , fans prefque aucun fruit ; les , la petite
Verole fortit très- abondante , & en mêmetemps
il furvint une pcrte ; la fievre ſe ſoutint .
Le z de l'éruption , la tête fut priſe ; on revint à
la faignée du pied . Les accidens ayant augmenté
à l'entrée de la fuppuration , on fir une cinquiéme
faignée du pied , & on jetta, malgré la perte,
quelques grains de Tartre émetique fur la boiffon.
Ôn continua les évacuations , jufqu'à ce que tous
les accidens euffent entierement diſparu.
2
13. D'un bon temperament , eut une fievre &
un mal de reins , des élancemens à la tête violens
qui obligerent de la faigner 3 fois du pied les 2
premiers jours. Le 3 on chargea la boiffon de
Tartre émetique ; la petite Verole fortit pendant
l'évacuation & fut affez abondante , mais la
fievre perfifta . Le 3 de l'éruption elle devint plus
forte , la tête s'embaraffa , on recourut à la faignée
du pied, & on la réitera pour la cinquième
fois dans la fupuration , parce que l'embaras de
la tête fubfiftoit , & qu'il y avoit une tenfion generale.
Les boiffons émetifées pafferent avec le
fecours des lavemens enfuite , & il fallut foutenir
les évacuations jufqu'au 14. de l'éruption .
14. D'une forte fanté , eut une fievre & un
mal de tête fort vifs ; les 2 premiers jours , elle
fut faignée 3 fois du pied ; le 3 purgée avec l'émetique
, immédiatement après la petite Vérole
II. Vol
fortit
2852 MERCURE DE FRANCE
fortit abondamment; il reftoit encore de la fieyre.
Le 3 de l'éruption , la tête devint fort pefante ;
on revint à la faignée du pied & on éguifa les
boiffons de Tartre émetique , jufqu'à la conva¬
lefcence , pour empêcher que la tête ne s'embaraffât.
Le 4,
་
15.Bien conftituée, eut d'abord une fievre tres- violente
avec des élancemens à la tête & un faigne.
ment de nez confiderable. On la faigna 3 fois du
pied la même nuit . Il parut le lendemain quelque
modération dans la fievre & dans les accidens.On
tenta l'émetique en lavage , qu'on continua le 3 .
la petite Verole fortit en médiocre quan→
tité,mais elle fut accompagnée d'une oppreffion &
d'un fond d'affoupiffement ; la fievre étoit affez
forte ; on revint à la faignée & à l'émetique.L'abondance
des évacuations procura de la modération
dans les accidens jufqu'au 5. La nuit du 5 au
6 , les boutons rentrerent , & à leur place parut
un Eréfipelle univerfel. La fievre & l'affoupiffement
devinrent plus forts ; la tête ſe prit , le poux
étoit embaraffé , ou réitera la faignée du pied 2
fois à peu de diftance ; quelques heures après on
revint à l'émetique en lavage , on foutint les évacuations
par des Prifannes laxatives. Dans le tems
des évacuations il furvint une Syncope fi forte ,
qu'on fut obligé de recourir au Lilium .La petite
Verole reprit fon cours , les accidens fe modererent
, on continua les évacuations juſqu'au 14 de
P'éruption que tous les accidens furent calmez.
16. Délicate , eut une fievre affez forte , un faignement
de nez , & la tête extrêmement lourde .
Le 1 jour elle fut faignée 2 fois du pied ; la petite
Verole fortit le 2 abondante, entremêlée de marques
pourprées. Le 3 , on employa les boiffons
émetifées , l'évacuation modera les accidens. La
fievre fe foutenoit , elle augmenta vivement du s
IL, Vol.
au •
9
DECEMBRE. 1730. 2853
au 6 de l'éruption ; la tête fe prit , on réitera la
faignée du pied la nuit & le lendemain pour la
cinquième fois. Enfuite on continua les boiffons
émetifées , qu'il fallut foutenir jufqu'au 14.
17. Très-forte , tomba dans un accablement
profond , la tête prife , des convulfions & des
fyncopes ; la fievre étoit forte , le poux embaraffé
.Ces accidens augmenterent à tel point qu'on
fut obligé de faigner la malade du pied , f fois
en moins de 30 heures ; enfuite l'émétique en lavage
, qu'il fallut aider par les lavemens & des
ptifannes laxatives; on infifta fur l'émétique for
tement ; à la fin le ventre ſe déboucha , l'évacuation
fut foutenuë , & la nuit du 3 au 4 la petite
Verole fortit abondamment , les accidens fe calmerent
, & la maladie finit fans autre fecours
qu'une boiſſon émetifée , aux aproches de la fupuration
, parce que la tête redevenoir pefante.
Damoifelles JAUNES. 18. D'une bonne fanté..
Sa fievre marqua d'abord entiere ; au troifiéme
accès elle devint continuë ; la douleur de tête étant
devenue forte , on la faigna du pied ; il fallut réiterer
la nuit & le lendemain. On purgea la ma→
lade avec l'émetique , l'évacuation fut abondante
, & fuivie d'un relâchement prefque entier.
Trois jours fe pafferent dans le même calme. La
petite Verole parut le quatriéme en médiocre
quantité & fans accidens , le 4 de l'éruption les
boutons difparurent, la fievre fe railuma , la tête
fut prife avec de violents étouffemens ; on revint
à la faignée du pied , qu'on repeta 3 fois à peu de
diftance. Toute l'habitude du corps étoit devenue:
érefipelateufe. Le 6 , la malade fouffroit exceffivement
, il fallut faire une e faignée du pied..
Quelques heures après on chargea la boiffon de
Tartre émetique , la tenfion érefipelateufe dimi
nua ; les boutons reprirent corps , on foutint les
Io. Vola
éva
2854 MERCURE DE FRANCE
évacuations jufqu'au 17 de l'éruption pour def
fendre la tête qui fe reprenoit de tems en tems.
19. La poitrine délicate , parut fort afſoupie
avec une fievre ardente ; on la faigna 2 fois du
pied le même jour ; dès le foir il parut quelquesboutons
, fans que les accidens euffent diminués ;
la peau devint pourprée ; on revint à la faignée
du pied le 2 , & le 3 la petite Verole ne faifoit
aucun progrès , & les accidens avoient fort peu
relâché. Les de l'éruption, la fievre augmenta, on
fit une se faignée ; il furvint un vomiffement
que l'on foutint par une boiffon émetifée. Les
accidens fe calmerent , on continua la même
boiffon le refte de la maladie.
20. D'une grande délicateffe , fut prise d'un
mal de tête & d'une fievre fi forte , qu'on fut obligé
de la faigner cinq fois du pied les deux premiers
jours. Le 3. il y eut de la modération
on mit trois grains de tartre fur la boiſſon. A
la fuite de l'évacuation , la petite Verole fortit
& tous les accidens tomberent .
21. D'une forte fanté , eut la fievre , des maux
de coeur & une pefanteur de tête confiderable.
Le premier jour on la faigna deux fois du pied.
Dès le fecond la petite Verole fortit très- abondante.
La pefanteur de tête continuoit : on chargea
les boiffons de tartre émetique qu'il fallut
continuer toute la maladie , & les foutenir par
des ptifanes laxatives ; car dès que le ventre ceffoit
de couler , la pefanteur de tête augmentoit.
L'état de la malade ne fut certain que vers le 14.
de l'éruption .
22. D'un temperament délicat , avoit une fievre
vive & des redoublemens fréquens. La tête étoit
menacée ; on la faigna du pied quatre fois les
deux premiers jours. Le la 3 on purgea avec
l'émetique en lavage ; l'éruption fe fit. L'embardda
Vol
ras
DECEMBRE. 1730. 2855
ras de la tête continuoit encore le 3. de l'éruption
; on fit une cinquiéme faignée du pied ; l'émetique
en lavage fut repeté chaque jour juſqu'
la fin de la maladie .
que
23. Foible , fe plaignoit d'un grand mal de
tête , quoique la fievre ne fut pas forte. Une faignée
du pied calma cette douleur pendant deux
jours. Le 3. elle eut un tranfport & un étouffement
violent fans la fievre fut beaucoup augmentée
; on fit une feconde & une troifiéme faignée
du pied , & enfuite l'émetique en lavage.
La petite Verole fe déclara à la fin de l'évacuation
; mais fon progrès fut lent , la tête demeura
embaraffée , on réitera chaque jour l'émetique
en lavage. Le 6. de l'éruption le poux parut embaraffé
, le tranfport étoit plus violent , & la tête
avoit prodigieufement enflé ; on fit une cinquié
me faignée du pied qui produifit un relâchement)
fenfible. On infifta fur les évacuations , & tous
les accidens fe calmerent.
24. Bien conftituée , eut des élancemens à la
tête , & une fievre vive qui augmentoit à differentes
heures . Les deux premiers jours elle fut
faignée du pied trois fois. Le 3. il furvint un af
foupiffement , un tranfport & des étouffemens
fréquents ; on fut obligé de réiterer la faignée'
du pied deux fois ; il falut y revenir le lendemain
pour la fixième fois , enfuite l'émetique en lavage
; comme elle avoit de la peine à pouffer , on
eut recours aux ptifannes laxatives. Après deux
jours d'évacution la petite Verole fortit , & tous
les accidens tomberent.
25. D'une fanté foible , eut la fievre & mal à
la tête pendant près de huit jours fans fe plaindre
; alors la fievre & le mal de tête ayant augmenté
, elle fut faignée trois fois du pied en deux
jours , & purgée enfuite avec l'émétique en la-
II. Vol. vage!
2856 MERCURE DE FRANCE
vage. Le furlendemain la petite Verole fe déclara
; commè les accidens réfiftoient encore , on
continua les boiffons émetifées jufqu'à la fin de
la maladie .
26. D'une bonne conftitution ,fut prise d'un vo .
miffement & d'un accablement confiderable . La
fievre étoit forte , & marquoit par redoublemens .
Elle fut faignée trois fois du pied les deux premiers
jours ; le 3 purgée avec l'émetique en
lavage , la petite Verole fortit abondamment , les
accidens fe modererent. A l'entrée de la fuppuration
, la malade tomba dans une fincope qui
fut fuivie de mouvemens convulfifs & d'une
falivation abondante. Comme la fievre n'avait
pas augmenté à proportion des accidens , on fe
contenta de revenir au tartre émetique dont il
fallut aider l'effet par les ptifanes laxatives. Dès
que les évacuations diminuoient , il furvenoit des
étouffemens , ce qui obligea de les continuer juf
qu'au quatorze de l'éruption.
1. A
27. D'une bonne fanté , eut une fievre forte ,
accompagnée d'un point fixe dans les reins ,
d'un faignement de nez & d'une douleur de tête
infuportabie. On la faigna quatre fois du pied los
deux premiers jours.. Le 3. il y eut de la modération
, le 4. elle fut purgée avec l'émetique en
lavage ; la petite Verole fortit confluante , les
accidens diminuerent confiderablement ; on favorifa
la liberté du ventre par quelques grains
de tartre émetique fur la boiffon jufqu'à la fin
de la maladie , qui fe termina fans aucun autre
accident.
"
28. Sujette aux maux d'eftomach eut les mêmes
douleurs. Comme elles augmentoient , qu'il
y avoit de la fievre , accompagnée de mal de tête ,
on la faigna du pied le 3 , fes & le 6. Le 7. elle
tomba dans la tranfport , le poux étoit concen-
II. Vol. tré ;
DECEMBRE. 1730. 2857
éré ; on lui donna un lavage de tartre émetique ,
l'évacuation ne fut pas abondante , la fievre devint
plus forte , & l'embarras de la tête continuoit
. On fit deux faignées du pied à peu de diftance
, & on revint à l'émetique qui paffa plus
heureufement. La petite Verole fortit , & ne fut
fuivie d'aucun accident .
: on
D'une forte ſanté , tomba dans un abbatement
extrême , quoique la fievre ne fut pas forte :
la faigna du pied. Le 2. la fievre augmenta , la
faignée fut réiterée. La nuit fuivante la malade
cut de fortes convulfions & une fincope qui fut
portée à l'excès . Il fallut recourir au Lilium
& le repéter au delà des dofes ordinaires : le
poux revint : on fit une troifiéme faignée du pied,
& immédiatement après on donna l'émetique
l'évacuation fut abondante. La petite Verole fortit
en grande quantité , & les accidens commencerent
à fe calmer. On continua les boiffons émetifées
jufqu'à la fin de la maladie , à cauſe que
la tête n'étoit pas dans fon caractere ordinaire.
30. Infirme , eut une fievre vive , accompagnée
d'élancemens à la tête , le poux étoit embaraffé :
on fit trois faignées du pied les deux premiers
jours. La nuit du 2 au 3. la tête fut menacée ,
on revint à la faignée du pied , qui produifit un
relâchement dans la fievre ; l'émetique en lavage
fut employé le lendemain. Après l'évacuation
la petite Verole fortit en médiocre quantité , les
accidens diminuerent ; mais comme il reftoit un
fond de fievre , & que la tête laiffoit quelque inquiétude
on continua les boiffons émetifées
jufqu'à la fin de la maladie.
>
31. Sujette à une toux habituelle , & crachant
quelquefois du fang , fut prife d'une fievre trèsvive
fuivie de fréquents redoublemens. Les
deux premiers jours on fit trois faignées du
II. Vel. pied..
2858 MERCURE DE FRANCË
pied. Le 3. la tête fe prit : on réïtera la faignée
du pied qui produifit quelque modération dans
la fievre. La nuit du 4. la malade tomba dans
un affoupiffement profond ; le poux étoit emba
raffé , on tenta l'émetique inutilement , il fallut
revenir à une cinquiéme faignée du pied . Quelques
heures après la malade eut de fortes convulfions
, accompagnées de fréquentes fyncopes ,
on revint à l'émetique qu'on cut bien de la peins
à faire avaler. Comme il n'agiffoit point , on
força la dofe , le vomiffement débaraffa la tête.
Cependant fur le foir les convulfions redoublerent
, le hoquet fut fréquent & les extrémités
devinrent froides. On infifta fur l'émerique qui
à la fin produifit une abondante évacuation , les
accidens fe calmerent , la petite Verole fortit
très abondante , & finit fans donner d'autre inquiétude.
32. D'une fanté languiffante , cut une fievre
qui varioit à toute heure , accompagnée d'un
grand mal de tête ; elle fut faignée du pied , &
purgée le lendemain avec l'émetique en lavage.
Le foir la malade entra dans un calme parfait ;
les . la fiévre fe ralluma & fut accompagnée
d'un rire continuel & forcé ; on la faigna deux
fois du pied le même jour. Le lendemain la petite
Verole fortit affez abondante , cependant la
fievre & l'embarras de la tête continuerent. Le
3. de l'éruption , la malade tomba dans un aſſoupiffement
profond ; le poux étoit envelopé , on
fit une quatriéme faignée du pied , & enfuite
l'émetique en lavage qu'on réitera le lendemain ,
alors le poux fe dévelopa ; la petite Verole fit du
progrès ; la tête demeura pourtant embaraffée
on continua les boiflons émetifées jufques dans
le fort de la fupuration . Comme la tête étoit un
peu plus libre , & que la fievre avoit augmenté ,
II. Vol. 01 .
DECEMBRE. 1730. 2859
on en fufpendit l'uſage . 24. heures après la petite
Verole rentra: le tranfport accompagné de convulfrons
fut violent, la gorge prodigieufement enflée :
on revint à la faignée du pied , & immédiatement
après l'émerique , l'évacuation fut abondante ; la
petite Verole reprit cours , les accidens fe calmerent
; mais on ne difcontinua plus l'ufage de
la boiffon émetifée , aidée par les lavemens juſqu'au
16. de l'éruption qui termina la maladie.
Demoiselles VERTES . 33. D'une mauvaiſe
fanté , tomba dans un grand accablement , la
févre étoit vive ; elle fut faignée trois fois du
pied le même jour , la petite Verole fortit abondamment.
Il reftoit un fond de fievre à la malade
qui ayant mal à la gorge depuis long- tems
ne put rien avaler le 2 & le 3. de l'éruption . Le
4. on réitera la faignée , & les boiffons émetifées
pafferent enfuite , il falut les continuer le refte
de la maladie à caufe que la gorge & la tête
étoient menacées .
34 D'une fanté foible , cut des maux de reins ,
de violens élancemens à la tête & une fievre quartes
on la faigna deux fois du pied à une heure
de diſtance , on réitera la faignée le lendemain.
Le 3. il y eut du mieux , on employa le tartre
émetique en lavage , la perite Verole fortit trés
abondante , il y eut une remiffion prefque entiere
. A l'entrée de la fupuration la tête devint
fort pefante , la malade y fentoit de grands feux,
la fievre n'étant point forte , on fe contenta
d'employer les boiffons émetifées pendant la fupuration.
35. D'un temperament foible , eut d'abord peu
de fievre. Le 3. la fievre s'alluma avec un violent
tranfport , on la faigna trois fois du pied à
peu de distance , la fievre fe modera , on mit
trois grains de tartre émetique fur la boiffon.
14. Vol.
Après
2860 MERCURE DE FRANCE
Après l'évacuation la petite Verole fortit confluante
, la tête refta embaraffée , & la fievre ,
quoique moderée , perfiftoit ; on réitera la faignée
du pied le 3. de l'éruption , & on reprit
l'ufage des boiffons émetifées , qu'on continua
jufqu'au 14. de l'éruption que la tête fut totalement
debarraffée.
36. D'une forte fanté , eut de grands maux de
reins , un faignement de nez , la fievre étoit vive,
& fuivie de redoublemens . Les deux premiers
jours on la faigna du pied trois fois , à l'entrée
du 4. on reitera la faignée , la petite Verole ne
fit que fe montrer pendant deux jours , & dif-
La malade tomba dans un accablement
parut.
& un affoupiffement profond , le poux étoit petit ;
on jetta quatre grains de tartre émetique fur la
boiffon , l'évacuation fut abondante. La petite
Verole fit des progrès , & les accidens tomberent,
la fupuration fut longue , mais elle n'exigea aucun
fecours.
37. Délicate , avoit de la fievre depuis plufieurs
jours , & mal à la tête ; elle fut faignée & purgée.
Il y eut du mieux pendant huit jours , enfuite
elle tomba dans une fincope forte , la tête.
fe prit , la fievre étoit vive ; on la faigna deux
fois du pied à une heure de diftance. Quelque
tems après il y eut du relâche dans la fievre , on
mit quatre grains de tartre dans la boiffon , on
infifta fur le même remede . Le lendemain l'évacuation
fut forte , les accidens diminuerent , la
petite Verole fortit abondament , on continua
les évacuations juſqu'à la fin de la maladie.
38. D'une délicateffe extrême , eut un grand
accablement , la tête embarraffée , & une fievre
vive qui augmentoit par redoublemens ; le premier
jour on lui fit 2. faignées du pied ; le 2. on
réitera ; le 3. il y avoit quelque relâche , on
11. Vol "
mit
DECEMBRE. 1730. 2.86-1
mit deux grains de Tartre émetique fur la boiffon
, la petite Verole fortit confluante , la fievre &
l'embarras de tête diminuerent confiderablement,
il reftoit encore une grande pefanteur qui détermina
à continuer la boiffon émetiſée pendant le
refte de la maladie , qui par ce moyen finit heureufement.
39. D'un bon tempérament , eut un grand accablement
, un point fixe dans les reins ; la fievre
étoit forte & le poux embarraffé , des redoublemens
fréquents , le tranfport s'y joignit ; le premier
jour on lafaigna deux fois du pied , on réi
tira la faignée la nuit , le lendemain la fievre étoit
relâchée , on mit 4. grains de Tartre émetique
fur la boiffon ; la petite Verole fortit confluante,
du 3 au 4 les accidens tomberent prefque entierement;
le 4 de l'éruption la petite Verole rentra,
la tête fe prit , il y avoit de l'embarras dans le
poux & des étouffemens frequens ; on fit une 4° .
& se. faignée du pied , & enfuite l'émetique en
lavage fur lequel on infifta ; l'évacuation fur
abondante , la petite Verole reprit corps , les ac
cidens diminuerent , on continua la boiffon émetifée
jufqu'au 14. de l'éruption qu'on foutenoit
les lavemens : dès le ventre ceffoit d'aller
l'embarras de la tête & les étouffemens reparoif
foient .
par
que
40. Damoifelles ROUGES. Fort replette ,
tomba dans un grand affoupiffement , la fievre
étoit forte , la refpiration gênée ; elle fut faignée
3. fois du pied les 2. premiers jours ; le 3. on mit
3. grains de Tartre émetique fur la boiffon ;
L'embarras de la tête ceffa , la petite Verole
fortit en grande quantité , les accidens fe calmerent
, la fuppuration fut très- laborieufe ; mais
comme la fievre n'étoit pas forte , on fe contenta
de tenir le ventre libre par les boiffons émetiſées,
AI. Volo
2862 MERCURE DE FRANCE
& les lavemens jufqu'à la fin de la maladie.
41. D'une forte fanté, eut la fievre vive , accompagnée
de tranfport ; on la faigna 2. fois du
pied le même jour ; le lendemain le relâchement
de la fievre donna lieu à Pémetique ; l'évacuation
fut abondante & fuivie de l'éruption , l'embarras
de la tête & un mouvement de fievre continuoits
on infifta fur la boiffon émetifée pendant toute
la maladie , parce que la tête fe broüilloit dès que
le ventre n'alloit plus.
1
42. Delicate , fut près de 8. jours languiffante,
eut enfuite un éclat de tranfport & un rire forcé
qui ne difcontinuoit pas ; la fievre n'étoit pas vive;
elle fut faignée 3. fois du pied les 2. premiers jours
& purgée le 3. avec l'émerique ; une éruption
abondante fuivit de près l'évacuation ; les accidens
diminuerent , mais il reftoit une pente à l'affoupiffement
& la tête n'étoit pas entierement libre
, ce qui détermina à continuer les boiffons
émetifées pendant la maladie.
43. Valetudinaire , eut la fievre par redoublemens
; la tête étoit prife , elle fut faignée 2. fois
du pied le premier jour ; le fecond , à la faveur
d'une rémiffion fenfible dans le poux , on tenta
l'émetique qu'il fallut interrompre & revenir à la
faignée le foir ; le 3. la tête étoit toujours priſe ,
mais le poux étoit petit ; après quelques grains
de Tartre émetique fur la boiffon qui n'agiffoient
pas , on donna le vin d'Eſpagne émetique ; l'évacuation
fut foutenuë le lendemain , le 5. P'éruption
fut très -abondante , les accidens fe calmerent
; on aida la liberté du ventre dans le cours
de la maladie , parce que la tête avoit une difpotion
à s'embarafler.
44. D'une bonne fanté , eut une forte fievre ,
accompagnée d'un faignement de néz. On fit 3 .
Laignées du pied le premier jour ; la petite Ve
11. Vol
role
DECEMBRE. 1730. 2863
role fortit le lendemain ; comme les accidens s'étoient
moderez , on ne fit rien juſqu'au 3. de l'éruption
que la fievre augmenta ; la tête ſe prit ,
on revint à la faignée du pied , & enfuite à l'émetique
en lavage ; les évacuations débarafferent la
tête , on les a continuées jufqu'à la fin de la fupuration.
45. D'une fanté médiocre , fut prife d'un grand
accablement ; la fievre étoit forte , on la faigna
2 fois du pied le premier jour ; un peu de relâche
le lendemain détermina à donner un lavage de
Tartre émetique; l'évacuation fut fuivie d'un calme
de 4. jours ; la fievre fe ralluma , le tranſport
& de fortes convulfions s'y joignirent , le poux
étoit embaraffé ; on refit deux faignées du pied à
peu de diftance , & immediatement après l'émetique
en lavage ; on foutint l'évacuation ; la petite
Verole fortit le lendemain , accompagnée de
marques pourprées ; les accidens ſe modererent ,
on a foutenu foigneuſement la liberté du ventre
jufqu'à la fin de la maladie.
45. Robufte , eut une groffe fievre , accompa
gnée d'un faignement de nez & de violens élancemens
à la tête ; on la faigna du pied & la petite
Verole parut le même jour confluante. Les accidens
ne diminuerent point ; les boutons ne faifoient
aucun progrès ; la faignée du pied fut réïterée
le 2. & le 3. La nuit du 3. au 4. de l'éruption
il furvint un redoublement vif ; on refaigna
la Malade , elle fut vuidée le lendemain avec l'E
netique en lavage. L'évacuation qui fut abondante
modera les accidens jufqu'au 7. que la
fievre devint plus forte ; la tête fe prit & enfla
prodigieufement. On réïtera la faignée du pied
& l'ufage des boiffons émetifées qui furent continuées
jufqu'à la fin de la maladie.
47. Bien conftituée , fut lauguiffante plufieurs
11. Vol.
jours E
2864 MERCURE DE FRANCE
jours , la petite Verole fortit en petite quantité
fans accident ni mouvement de fievre. Le 4. de
P'éruption elle tomba dans un affoupiffement ;
la tête fut prife , il furvint un faignement de nez ;
on fit deux faignées du pied à peu de diftance , &
Pufage d'une boiffon emetifée qu'on continuą
plufieurs jours , débaraffa la tête.
48. Infirme & fujette à des coliques d'eftomach
, eut le même accident , accompagné d'une
fievre très-vive & d'une grande pefanteur de tête;
elle fut faignée quatre fois du pied les deux premiers
jours , le trois il y eut de la moderation ;
on jetta 4. grains de Tartre émetique fur la boif
fon , qui pafferene heureufement , & à la fin de
Pévacuation la petite Verole fortit ; il a fallu
foutenir la liberté du ventre le reſte de la maladie,
pour combattre la pefanteur de tête.
49. D'une médiocre fanté , eut une grande pefanteur
de tête , un faignement de nez , la fievre
étoit vive , les 2. premiers jours elle fut faignée
4. fois du pied ; le 3. la petite Verole fortit , le
4. l'éruption ne faifoit nul progrès ; on éguifa les
boiffons de quelques grains de Tartre émetique ,
il fallut en augmenter la doſe dans les tems de la
fupuration.
so, Dune délicateffe extrême , la fievre & les
accidens ne furent pas confiderables ; on ne fit
rien , la petite Verole fortit en médiocre quantité.
A l'entrée de la fupuration là fievre devint vive ,
la tête fè prit ; on fit deux faignées du pied à peu
de diftance , & les boiffons émetifées enfuite
qu'on continua jufqu'au 12. de l'éruption .
SI. DAMES RELIGIEUSES. Agée de
8, ans , d'un tempérament affez fort , quoique
fujette à des maux d'eftomach , cut une fievre des
plus vives , un grand accablement , des maux de
teins , un fond d'affoupiffement & des friffonne-
11. Vols
mens
DECEMBRE. 1730. 2865
3.
mens continuels ; on lui fit quatre fortes faignées
du pied les deux premiers jours ; comme il y eur
de la modération dans la fievre , le elle fut purgée
avec quatre grains de Tartre émetique en layage
, qui produifirent peu d'effet . On y revint le
lendemain , l'évacuation fut plus heureuſe , la petite
Verole fe déclara confluante & fut accompagnée
d'un fond de fievre & d'affoupiffement ; on
continua les boiffons émetifées qu'on aidoit par
les lavemens foir & matin. Malgré ces fecours le
. de l'éruption le ventre ne coula plus , l'affoupiffement
devint profond ; la fievte n'ayant pas
augmenté à proportion des autres accidens , on
fe contenta de doubler la doſe de l'émetique ; le
ventre ne s'ouvrant pas , on infifta fur le même
remede , aidé par les Ptifannes laxatives ; enfin on
eut recours au vin d'Efpagne émerique qui fut
fuivi d'une évacuation abondante . La Malade
avoit pris dans les 24 heures la valeur de plus de
30 grains de Tartre émetique ; la petite Verole
repouffa , la tête fut déchargée ; on continua les
boiffons émetifées jufqu'à la fin de la maladie :
l'état de la Malade n'a été certain que vers le 15
de l'éruption.
52. Agée de 56 ans , d'un temperament trèsdélicat
, fujette à cracher du fang , & les jambes
fouvent enflées , eut une fievre affez vive , accompagnée
de maux de reins & d'une grande
douleur de tête , on la faigna deux fois du pied
les deux premiers jours ; le 3. il y eut un dévoiement
; on mit deux grains de Tartre fur la boiffon
, qu'on réitera le lendemain. La petite Verole
fortit à la fin du 4. en médiocre quantité, tous les
accidens fe modererent. Le 5. de l'éruption , la
pefanteur de tête & le dévoiement recommencerent
, on mit encore deux. grains de Tartre fur
la boiffon , on les repeta le lendemain & la maladie
finit heureuſement. Eij 53
2866 MERCURE DE FRANCE
53. Agée de 24. ans , d'un tempérament fort
vif , dans une difpofition à une fievre étique , eut
des élancemens à la tête , des maux de reins , des
fux dans la poitrine ; la fievre étoit forte , elle
fut faignée trois fois du pied les 2 premiers jours,
il y eut peu de moderation le 3. Le 4. elle étoit
plus fenfible ; on mit deux grains de Tartre fur
la boiffon ; la petite Verole fortit en affez grande
quantité. Le 3. de l'éruption la fievre & les élancemens
à la tête augmenterent ; on revint à la faignée
du pied qui calma les accidens ; le refte de
la maladie elle n'eut befoin que d'une Eau de
Pavot pour calmer les tiraillemens de poitrine
qui fe réveilloient de tems en tems , plutôt comme
une fuite de fa difpofition habituelle , que de
la maladie preſente.
>
54. Agée de 23. ans , fortoit d'une fluxion de
poitrine , pour laquelle on avoit été obligé de la
faigner plufieurs fois ; la convalefcence n'étoit
pas entièrement confirmée , lorfqu'elle fut prife -
d'une fievre vive , accompagnée d'élancemens à
la tête , & en même- tems d'une perte confiderable.
On fit 2. faignées du pied le premier jour
le 3. on réitera ; de la moderation dans la
fievre & dans la perte firent paffer à un lavage
de Tartre émetique ; l'évacuation fut ample , elle
diminua tous les accidens , fit ceffer la perte . La
petite Verole fortit abondante ; le 5. l'éruption ,
la pefanteur de tête revint , on mit quelques
grains de Tartre fur la boiffon, qui ne produifirent
prefque aucun effet ; la pefanteur de tête fut plus
forte & la fievre augmenta , on fit une quatrième
faignée du pied & enfuite les boiffons émetifées
pafferent heureufement , on en continua l'ufage
jufqu'à la fin de la maladie.
55. Agée de 35. ans , d'un bon temperament
& fort replete,cut de violens maux de reins,la tête
14 Vol
CxDECEMBRE
. 1730. 2867
extrémement pefante & la fievre forte ; on fit 4.
grandes faignées du pied les deux premiers jours ;
le 4. il fallut réiterer quelque moderation
donna lieu à l'émetique en lavage ; après l'évacuation
la petite Verole fortit confluante ; il reftoit
encore de la pefanteur à la tête ; on inſiſta
fur les boiffons émetifées qu'il fallut aider plus
d'une fois par des Ptifannes laxatives & les lavemens
jufqu'au 14. de l'éruption .
Voilà,Madame,un Extrait bien fidele du Journal
de nos Malades ; j'y ai trouvé qu'en 3. mois nous
avons fait près de 500. faignées du pied , &
donné environ 2000. grains de Tartre émetique ;
à la verité je comprens toujours dans nos petites
Veroles , les fievres du même tems , parce qu'excepté
les boutons , c'étoit le même caractere , &
qu'on y a employé les mêmes fecours ; j'en citerai
feulement une des plus fortes pour exemple.
>
Mle *** âgée de 18. ans , avoit de l'embonpoint
& des couleurs vives , toutefois fujette aux
maux de tête ; elle tomba dans un grand accablement
la fievre étoit forte & la pefanteur de tête extrême
, elle avoit des maux de reins,des envies de
vomir & un fond d'oppreffion ; on la faigna 5 .
fois du pied les deux premiers jours ; le 3, un peu
de modération fit tenter l'émetique en "lavage
mais inutilement ; la fievre augmenta , on réïtera
la faignée le foir ; le 4. il y eut du mieux ; on
revint à l'émetique , on y joignit le fecours des
lavemens ; on continua le 5. le 6. & le 7. la pefanteur
de tête diminuoit à mefure des évacuations
. Du 8. au 9. la fievre devint plus forte , la
tête fe prit totalement ; on apperçut quelques
mouvemens convulfifs ; il fe répandit un engourdiffement
abfolu fur tout le côté droit ; on fit
2. faignées du pied à peu de diſtance; la fievre ſe
modera , & on revint à l'émetique en lavage ; les
II. Vol.
éva- E iij
2868 MERCURE DE FRANCE
évacuations foutenues pendant plufieurs jours
diffiperent enfin les accidens , & là convalefcence
commença vers le 20 .
Notre Medecin avoit extrémement fimplifié
notre travail , la boiffon étoit l'eau naturelle ; on
la faifoit tiédir lorfque les malades étoient dans
la moiteur ; la nourriture , un bouillon fort fimple
que l'on fuprimoit les premiers jours , & méme
dans le cours de la maladie , lorfque les accidens
étoient violens. On changeoit les Malades
de linge & de lit dans tous les tems de la maladie,
lorfqu'elles en avoient befoin. Il n'y avoit ni plus
de couvertures , ni plus de feu dans les Infirme
ries que pendant les autres maladies . Les lavemens
étoient d'un ufage journalier. Quelque narcotique
, du Lilium dans les fyncopes fortes , nul
remede exterieur pour préferver les Malades de
l'impreffion que cette maladie laiffe ordinairement,
perfuadez qu'ils font inutiles, & que c'eft du caractere
du fang que dépend cette impreffion,du refte
la faignée & l'émetique. On adopte fans peine
une pratique aufli fimple, fur tout lorfqu'elle eft
fuivie d'un fuccès auffi heureux . Il paroiffoit difficile
à croire à ceux qui n'en ont pas été témoins.
De plus de 125. Demoifelles, il n'en eft pas inort
une feule , & de 7. Religieufes & une Soeur , nous
n'en avons perdu qu'une , plus encore par fes
grandes infirmitez & fon âge avancé , que par la
maladie courante qui ne put pas fortir
J'avoue qu'il y a des années où la petite Verole
n'eft pas meurtriere, & qu'elle feroit peu de ravage
, quand même on n'y donneroit aucun fecours;
mais celle-cy étoit bien differente , l'excès où l'on
a été obligé de porter la faignée du pied & les autres
évacuations dans la plupart des Malades , ne
prouve que trop fa violence. Dans le Village de S.
Cyr,où cette maladie étoit en même tems répan-
II. Vol
duë ,
DECEMBRE . 1730. 2869
2
due , & fans autre fecours que celui qu'admet le
préjugé, on a perdu un grand nombre de Malades;
or fi la petite Verole a fait beaucoup de defordre
dans un Village où la jeuneffe jouit d'une forte
fanté , parce qu'elle vit dans une liberté entiere
quel ravage n'auroit-elle pas fait avec de fi foibles
fecours dans une Maifon où un grand nombre
de Demoifelles raffemblées dès leur enfance , vi
vent dans une grande régularité & dans une con
tention d'efprit perpetuelle à remplir leur devoir,
on parconfequent les meilleures fantez ne font pas
fans nuage, & parmi lesquelles il y en a beaucoup
d'infirmes ?
Mais s'il a fallu porter les évacuations auffi
loin dans des perfonnes qui menent une vie fimple
, que ne faudrait - il point faire dans celles
dont le fang nourri d'excès & de Liqueurs fpiritueufes
eft toujours prêt à s'enflammer ?
Ce n'eft pas pour faire valoir nos foins que
fais ici ces Reflexions , c'eft uniquement pour
détruire la prévention où prefque tout le monde
eft de croire que l'émetique & la faignée font
d'un ufage dangereux , fur tout lorfque la petite
Verole eft fortie. Je vous avoue que je fuis indi
gnée contre moi- même d'avoir penfé de la forte
autrefois , revenue de mon erreur , je ne laiffe
paffer aucune occafion d'écrire ou de parler des
prodiges que la faignée & l'émetique ont operez
chez nous dans cette maladie. Je fuis bien affurée
que vous ne trouverez pas l'expreffion trop forte,
fi vous vous faites une idée qui approche de la
réalité fur les horreurs où nous nous fommes
trouvées. Il y a eu des nuits où nous avions 5. à
6.Malades à tel point d'extrémité, qu'on n'auroit
ofé répondre de la vie d'aucune pour quelques
heures. Il nous eft arrivé plus d'une fois d'abandonner
une Malade avec la veine ouverte dans
II. Vol. Ejuj l'eau
2870 MERCURE DE FRANCE
l'eau pour courir à une autre qui tomboit dans
an accident plus brufque. Nous ne manquions
pas alors de propofer à notre Medecin d'employer
une quantité de remedes vantez pour cette malaladie
, comme la Poudre de la Comteffe , le Befoard
, la Poudre de Vipere , le Sang de Bouquetin
, &c. mais il nous répondoit froidement que
´ces cas là étoient trop férieux pour s'en tenir à
des amufemens. Les Vefiçatoires furent rejettez ,
même en nous difant leur effet étoit d'entreque
tenir & de fondre le fang , deux écueils les plus
redoutables dans cette maladie.
Je crois n'avoir pas befoin de vous dire que ce
récit eft d'une grande exactitude , je fuis perfuadée
que vous n'aurez aucun doute fur cela ; mais comme
vous pouriez le faire lire à d'autres perfonnes ,
& que je fuis bien aife que le parti de la verité ait
de la force , j'ai prié Mefdames de Garnier , de
Vaudancour , de Montchevreuil , d'examiner s'il
ne me feroit point échappé d'alterer ou de groffir
quelque circonftance , & d'y mettre leurs fignatures
, fi elles le trouvoient dans une exacte verité.
Leur témoignage doit faire foi , puifque les deux
premieres ont foutenu le fort du travail en qualité
d'Infirmieres principales , & que la troifiéme partageoit
avec moi les foins de l'Apoticairerie . J'ai
l'honneur d'être , &c. Signé , Soeurs de Garnier.
De Vaudancour. De Montchevreüil. De Texier.
AS. Cyr , ce 30. Août 1730.
de lui communiquer une Lettre qui nous
eft tombée entre les mains ; elle eft d'une
Religienfe de S. Cyr , qui rend compte à
une de fes amies , de la conduite qu'on a
tenue dans la petite Vérole , dont cette
Maifon a été affligée cette année. Nous
aurions fouhaité pouvoir la donner en
entier; mais comme il n'étoit pas poffible
de la renfermer dans un feul volume
nous nous fommes déterminez à retrancher
de cent trente articles qu'elle contenoit
ceux qui étoient les moins interreffans.
1
L eft aifé de voir par votre Lettre, MADAME ,
qu'on ne nous a point épargnées dans le Public
fur la conduite que nous avons tenue dans la
petite Verole , dont notre Maiſon vient d'être
accablée . On nous blafme fur tour de n'avoir pas
féparé du reste de la Maifon celles qui en ont été
attaquées. Des perfonnes refpectables , dites -vous,
nous accufent de témerité & d'imprudence . Le
reproche auroit fans doute été plus loin , fi l'on
avoit fçû le traitement, avant que d'être informé
du fuccès. Je vais vous rendre compte de ce qui
s'eft paffé chez nous dans cette occafion ; ce fera
un expofé fimple de notre conduite. Vous y
verrez la maniere dont on a penfé fur la crainte
de gagner la petite Vérole , les moyens dont on
s'eft fervi pour la détruire;les obſervations qu'on
a faites , l'ordre qu'on a gardé dans les Infirmeries,
l'état des malades & les remedes qu'on a em-
LI, Vol. ployez
DECEMBRE. 1730. 2841
ployez. L'efperance de nous juftifier du moins
auprès de vous , me fait entreprendre ce détail.
Les preuves que j'ai de votre amitié pour notre
Mailon & de votre indulgence pour moi , achevent
de m'y déterminer ; je ne vous écrirai que
des faits ils fuffiront pour les perfonnes équitables
& fenfées .
Au commencement de cette année nous eûmes
à S. Cyr quelques Fiévres malignes . Vers les
premiers jours de Février , il parut tout à coup
quatorze petites Véroles. L'effroi fe rendit auffitôt
dans la Maiſon. Madame la Superieure confulta
le Medecin , fur le parti qu'il y avoit à
prendre , en prefence des Infirmieres & de plufieurs
autres Religieufes. Le temps feul , nous
dit-il , ou la conftitution particuliere de l'air
difpofe infenfiblement les liqueurs à produire la
petite Vérole , bien- tôt l'experience vous convaincra
que cette caufe agit également fur toutes
les perfonnes qui habitent le même lieu ; que la
fréquentation des malades n'y a aucune part , &
qu'il est bien plus fage de ne point féparer les
malades , & de ne mettre aucune difference dans
leur fervice. Il ajouta pour celles qui étoient
chargées du foin des Infirmeries , que l'ancienne
méthode de donner des cordiaux & de procurer
une chaleur exceffive aux malades , étoit meurtriere
, que l'Emétique & la Saignée étoient prefles
feuls fecours fur lefquels il y eut à compter
, & que dans les cas preffans , il faudroit y
recourir , pour ainfi dire , fans nombre & fans
mefure.
que
Un pareil difcours , de tou autre , nous auroit
paru fort étrange ; mais comme il nous eft atta
ché depuis plufieurs années , & qu'il a notre confiance
, fa maniere de penfer fut notre regle. On
laila les malades enfemble , & tout le monde
II. Vol com- Dij
4
2842 MERCURE DE FRANCE
cominença à fe raffurer . Dix- huit ou vingt jours
s'écoulerent & la convalefcence de nos malades
s'avançoit , lorfqu'il nous furvint en moins de
trois jours près de cinquante petites Véroles.
L'inquiétude vint , mais nous trouvâmes dans
cet évenement même de quoi la diffiper. 1. Prefque
aucune des dernieres malades , n'avoit eu de
communication avec les précédentes . 2. Nos Infirmieres
auffi - bien que Madame la Superieure ,
qui partageoit leurs travaux , étoient préfervées
au milieu des malades , quoique la pluſpart n'euffent
point en la petite Vérole.Ces deux faits diffiperent
nos préventions , & l'expérience du paffé
nous rendit cette vérité plus fenfible.
L'ancien ufage de la Maiſon étoit de ſéparer
les malades au moindre foupçon de petite Vérole
; malgré cette précaution,nos Journaux font
foy , qu'il n'y avoit pas moins de malades , &
nous fçavons par le témoignage des anciennes ,
que celles qui avoient le plus d'attention à fuír le
danger , étoient ordinairement plutôt attaquées
que les autres,
Mais fi la chofe étoit alors égale pour le nombre
, lorfque la communication étoit févérement
interdite , il n'en étoit plus de même pour les inconveniens.
La féparation jettoit dans les malades
qu'on tranfportoit un effroy inévitable , qui
en augmentoit infiniment le danger. C'étoit au
commencement de l'éruption qu'on les changeoit
de lieu ; moment précieux pour agir &
qu'on ne retrouve quelquefois plus dans le cours
de la maladie ; ( on fçait à quel point la crainte
ralentit le mouvement du coeur , & qu'elle donne
occafion à l'air d'agir fur les liqueurs avec plus
de force ) d'ailleurs , au milieu de la confternation
, le fecours manque , peu de perfonnes ont
affez de courage pour folliciter les malades , &
LL. Vol.
nc
DECEMBRE. 1730. 2843
ne le font qu'en tremblant. La Maiſon regrette
encore les funeftes fuites & la féparation à laquelle
on étoit autrefois affervi.
Affranchies de bonne heure des préjugez ordinaires
, nous fûmes en état d'examiner les differens
momens qui fe paffoient dans nos petites
Véroles , & de les comparer aux veritez que
nous avions déja apperçues. Notre Medecin nous
les dévelopoit d'une maniere fi fimple, que nous
étions à portée de les entendre. Elles ont tant de
rapport entr'elles qu'elles forment une démonftration
pour les perfonnes qui aiment à voir
clair.
;
Pendant trois mois que la petite Vérole a regné
à S.Cyr , nous n'avons pas eu une feule maladie
d'une autre nature les fantés délicates
étoient plus fermes , quelques perfonnes qui
avoient eu déja la petite Vérole , font venues à
l'Infirmerie avec des maux de Coeur , des douleurs
de reins , une pefanteur de Tête & la Fiévre
vive ; tous ces accidens ont ordinairement
diminué du 3 au 4, & le refte de la maladie a été
fi conforme à la petite Vérole, que quoi qu'il n'y
ait point eu d'éruption , nous n'avons pas douté
que ce ne fut une vraye Fiévre de petite Vérole.
On ne pouvoit les diftinguer au commencement
que parce que la malade avoit eu déja la petite
Vérole ; car il eft prefque fans exemple que quelqu'une
dans la maiſon l'ait euë veritablement
deux fois .
Toutes nos malades en general ont rendu une
Bile extremement verte dans les petites Véroles
dans les Fiévres du même caractere , dans les
convalefcences , dans les perfonnes qui ont été
purgées par précaution ou après des chutes ; nous
avons toujours remarqué le même caractere
d'humeur. Dès que le temps changeoit, nous re-
11. Vol.
Diij mar2844
MERCURE DE FRANCÈ
marquions du changement dans nos petites Véroles
, & lorfque le vent tournoit bruſquement
au Nord ,
ordinairement les accidens reparoiffoient
ou devenoient plus preffans.
De plus de vingt perfonnes qui ont rempli les
diverfes fonctions de l'Infirmerie , dont plus de
la moitié n'avoient pas eu la petite Vérole , une
feule en a été attaquée , encore par un effet viſible
de la frayeur ; car ce fut à la fuite d'un Difcours,
fur la crainte de gagner cette maladie , dont elle
fut fi vivement faifie, qu'elle tomba ſur le champ
dans des
friffonnemens qui ne cefferent que par
l'éruption.
Raffemblons ces faits & convenons du vrai,
Puifqu'il n'y a eu aucun autre genre de maladie
à S. Cyr pendant plus de trois mois que la
petite Vérole y a régné ; puifque toutes les
fonnes de la Maiſon qui ont été purgées dans
perquelque
circonftance que ce fut , ont rendu une
bile
extrémement verte; puifque les
changemens
de temps, en ont régulierement produit dans nos
malades ,, que d'ailleurs les perfonnes écartées des
malades , en ont été par proportion moins ga-
Tanties que celles qui en approchoient, & ces faits
conftament obfervez dans une
Communauté de
près de quatre cent perfonnes ; où l'on a compté
130 malades ; il faut
neceffairement reconnoître
une caufe generale dans l'air ,
de cette maladie , & avouer que la
fréquentation , pour feul principe
des malades n'y a aucune part.
Les differentes époques de petite Vérole qu'a
eues notre Maiſon , font voir qu'elle attaque plus
de perfonnes àproportion qu'il s'eft écoulé plus de
temps fans qu'elle y ait paru. En 1715. nous en
eûmes près de cent ; il n'y avoit alors pas plus de
quatre ans que nous en étions exemtes. Depuis il
n'en a pas paru à S. Cyr , & la Maiſon s'eſt preſ-
11. Vel.
que
DECEMBRE 1730. 2845
que entierement renouvellée; ainfi il n'eft pas furprenant
qu'en dernier lieu , le nombre de nos
malades ait été plus confidérable .
Nous remarquâmes dès les premiers temps que
celles qui n'avoient pas été faignées & purgées
dans le commencement de leur maladie , avoient
une fupuration & une convalefcence plus difficiles.
Dans la fuite on a d'abord employé ces fetours
, pour peu que la Fiévre fut forte , & on
prenoit foin de faire les faignées fort grandes
pour ne pas effrayer le nombre ; très- fouvent des
petites Véroles qui s'annonçoient par les accidens
les plus effrayans , prenoient un caractere heureux
après trois ou quatre faignées du pied , brufquement
faites , & d'amples évacuations , procurées
par l'Emétique .
Je viens à l'état de nos malades , je ne m'arreterai
point fur les accidens ordinaires , ni fur la
figure des boutons à laquelle notre Médecin ne
faifoit aucune attention à moins qu'ils n'euffent
difparu. Vous verrez par les partis qu'il a pris
dans les cas particuliers , que le feul dégré de la
Fiévre , comparé avec l'état du cerveau , a toujours
déterminé fa conduite. Pour éviter la confufion
& n'être point obligée de citer l'âge de
chaque Demoiselle , je fuivrai l'ordre des Claffes.
Comme il fera neceffaire de parler de leur temperamment
, j'ai cru devoir me difpenfer de vous
marquer leurs noms. Les Demoifelles Noires font
dans leur vingtiéme année ; les Bleues ont depuis
dix-fept jufqu'à vingt ans ; les Jaunes depuis quatorze
jufqu'à dix fept ; les Vertes , depuis onze
jufqu'à quatorze , les Rouges , depuis fept jufqu'à
onze.
Demoiselles NOIRES . 19. Infirme , quoique replette
, & fe plaignant d'une douleur habituelle
au côté droit , eut une Fiévre affez forte , des
II. Vol. D iiij maux
2846 MERCURE DE FRANCE
maux de reins & une pefanteur de tête . Elle fut
faignée du pied le 1 & le 2 jour , & le 3 abondamment
purgée avec l'Emétique. Immédiatement
après la petite Vérole parut en petite quantité.
Dans la fupuration , un mal de gorge
étouffement confiderable donnerent de l'inquiétude.
Une troifiéme faignée du pied la diffipa.
& un
2º. D'une forte conftitution , eût la Fiévre
très-vive,un grand accablement, la poitrine ferrée
& un mal de tête des plus violens. En quatre jours
elle fut faignée huit fois du pied. Le cinquiéme
on donna l'Emétique en lavage , qu'on continua
plufieurs jours. Les accidens diminuerent par ces
évacuations ; mais la convalefcence avoit de la
peine à fe montrer. Vers le 20. à la fuite d'un
mouvement de Fiévre plus fort & d'une augmentation
de mal de tête , la petite Vérole fe declara.
Comme elle ne parut pas confidérable par la
quantité,& que les accidens fe calmerent , on ne
fit rien jufqu'au temps de la fupuration , qu'on
fut obligé de purger la malade,& de foûtenir l'évacuation
à caufe d'une bouffifure confidérable
& que la tête redevenoit pefante.
30. Tres-infirme depuis long-temps, & épuisée
par beaucoup de maladies , eut la Fiévre & une
pefanteur de tête confidérable. On la faigna du
pied le 1 & le 2 jour. Le 3 il furvint un dévoiement
fereux ; on purgea la malade avec deux
grains de Tartre émétique , qu'on réitera le lenlemain.
L'éruption fe fit , & le refte de la maladie
fe paffa fans accidens , quoique la petite Vérole
fut fort abondante & prefentât un mauvais
aspect.
4°. D'une bonne fanté , tomba dans un accablement
profond , la Fiévre étoit forte & la tête
prife ; on lui tira d'abord fix paletes de fang du
pied. La faignée fut réiterée le ſoir , dans la nuit
II. Vel. &
DECEMBRE. 1730. 2847
& le lendemain , le troifiéme jour il furvint une
perte abondante ; la petite Vérole fortit en médiocre
quantité , la Fiévre & les accidens furent
plus moderés , le 2 , le 3 & le 4 de l'éruption.
Les , la perte ceffa, le tranfport devint plus violent
& fut accompagné de convulfions . În tenta
quatre grains de Tartre émétique en lavage ,
qu'on réitera fans fuccez. La Fievre ayant redoublé
du 5 au 6 , on réitera la faignée du pied ; il falut
encore y revenir le lendemain une fixiéme &
feptiéme fois, enfuite les boiffons émétiſées qu'on
fut obligé de changer jufqu'à en confommer
plus de trente grains en 24 heures , & d'y joindre
les Ptifannes laxatives. Il fallut continuer les
évacuations jufqu'au 18 de l'éruption , à cauſe de
la pefanteur de tête qui fe renouvellois ; des Symcopes
dans le temps des convulfions firent recourir
au Lilium deux fois . Il eft à remarquer que
fur la fin , lorfque le tranfport ceffoit , la vue
reftoit éteinte, & que la malade fe plaignoit d'une
péfanteur , & d'un froid infuportable à la tête
enfin tous les accidens difparurent & la malade
revint en convalefcence.
;
5º. D'un temperamment robufte , fa maladie
commença par une Fiévre forte , avec des redoublemens
fréquens , des maux de reins & une
grande pefanteur de tête ; on la faigna du pied.
La nuit il y eu du tranſport ; on réitera la faignée
la même nuit , & le lendemain ; le 3 il y eut
du relâche dans la Fiévre ; on jetta fix grains de
Tartre émétique fur la boiffon ; l'évacuation fut
ample , la petite Vérole fortit confluante, les accidens
& la Fiévre diminuerent, la liberté du ventre
fut foûtenue par une boiffon émétiſée. Du 4
aus de l'éruption , la Fiévre devint plus forte ,
la gorge & la tête enflerent fi prodigieufement ,
qu'il fallut faire deux faignées dupied ; on char-
>
II. Vol: D Y gea
2848 MERCURE DE FRANCE
gea enfuite davantage les boiffons émétifées, l'é
vacuation diffipa les accidens. La nuit du 10 au
1 la tête devint plus pefante & la gorge plus
ferrée. On revint aux évacuations , qu'on continua
jufqu'à la convaleſcence.
6º. Délicate , fentit d'abord du mal aux reins
& à la tête, avec peu de Fiévre , on la faigna du
pied. La nuit fuivante la fiévre devint forte , le
poux paru embarraffé ; on réitera la faignée du
pied deux fois , la fiévre & le mal de tête ayant
diminué , le 3 on la purgea avec l'émétique
abondamment ; à l'entrée du 4 la petite Vérole
fortit confluante , la fiévre diminua confiderablement.
Du 3 au 4 de l'éruption , la gorge fut
tres douloureufe , la tête enfla exceffivement , il
furvint une forte hémoragie , la tête étoit embaraffée
, on revint à la faignée du pied , qu'ilfailut
réiterer jufqu'à la fixième fois , alors l'hémoragie
ceffa , & les autres accidens diminuerent ; on
chargea les boiffons d'émétique , & on les continua
jufqu'au 14 de l'éruption , que tous les
accidens difparurent.
I
7. D'une affez bonne fanté , eut des maux de
reins & de tête , & la fiévre affez forte ; on la
faigna du pied le 1 & le a jour , le 3 elle fut purgée
avec l'émétique en lavage . La petite Vérole
fortit le 4, en médiocre quantité , la fiévre & les
accidens tomberent dans la fupuration, la tête devint
fort lourde , la fiévre étoit forte , on réitera
la faignée du pied jufqu'à la quatrième fois , on
y joignit les boiffons émétifées , & tous les accidens
cefferent.
Demoiselles BLEUES. 8. Languiffantes. de pâles
couleurs depuis long - temps , avoit effuie une
diffen rie extrême , pour laquelle on l'avoit faignée
8 fois, dont elle étoit à peine rétablie, tomba
dans un profond accablement , avec des élan
11. Vola cemen
DECEMBRE. 1730. 2849
cemens à la tête & une fiévre fi vive , qu'il fallut la
faigner 3 fois du pied le mêmejour. Le lendemain.
le poux s'étant un peu relâché, on tenta un lavage
de Tartre émétique; les élancemens de tête qui augmentoient,
obligerent de l'interrompre. A la fin
du 3 la petiteVérole fortit confluante,la fiévre& les .
accidens diminuerent fort peu. Le 3 de l'éruption
la petite Vérole n'avoit prefque point fait de progrès
, on revint à la faignée du pied , les boiffons
émétifées pafferent. La petite Vérole fit du progrès
& il y cut plus de modération dans les accidens
jufques au 6. La nuit fuivante la fiévre devint
plus forte , les élancemens à la tête furent
extrêmes , on la refaigna 2 fois du pied & les
boiffons émétifées furent continuées plufieurs
jours de fuite. La convalefcence ne fe montra que
yers le 17. Il y eut plufieurs Sincopes dans le
cours de la maladie qui firent recourir au Lilium.
9. Sujette à de fréquents éréfipelles à la tête
fentit tout à coup un violent mal de tête,il parut
une difpofition éréfipélateufe au vifage. La fiévre
devint quarte , la malade fut faignée du pied les
a premiers jours ; le 3 il y eut du relâche , on
lui donna 4 grains de Tartre émétique en lavage,
l'évacuation fut abondante & produifit un calme
de trois jours ; la fiévre fe ralluma, le mal de tête
& les élancemens furent extrêmes ; on revint à la
faignée du pied 2 fois le même jour . Le lendemain
la petite Vérole fe déclara en médiocre
quantité , avec une difpofition éréfipélateuſe ; la
fiévre & les accidens perfifterent. Comme il n'y
avoit point de diminution le 3. de l'éruption , on
la faigna , on jetta quelques grains de Tartre
émétique fur les boiffons ; malgré ce fecours ,
aídé des lavemens , les élancemens à la tête & la
fiévre augmenterent à un point , qu'il fallut la
11. Vol. D vj refai
2850 MERCURE DE FRANCE
refaigner dans le temps de la fupuration une fixiéme
& feptiéme fois du pied , & entretenir les
boiffons émétifées jufqu'au is de l'éruption que
l'état de la malade fut affuré.
10. D'un temperament robufte , avec de l'embonpoint
, eut une fiévre forte , de grands maux
de reins & la tête extrêmement pefante ; on la
faigna 2 fois du pied le 1 jour ; dès le fecond la
petite Vérole parut confluante ; la fiévre & les
autres accidens ne diminuerent prefque point;les
boutons ne faifoient aucun progrès . On réitera
la faignée du pied le 1 & le 2 jour de l'éruptions
il y eut quelque relâche. Les boiffons furent égui
fées par le Tartre émétique , mais une perte
abondante qui furvint , obligea de le fufpendre.
Le même état continua jufqu'au temps de la fapuration
que la fiévre devint plus vive , avec
des feux à la tête & un gouflement prodigieux .
On réitera deux fois la faignée du pied; on chargea
les boiffons de Tartre émétique , quoique la
perte continua. Les premieres évacuations firent
ceffer la perte & modererent les autres accidens ;
il fallut infifter fur la liberté du ventre pour
combattre la pefanteur de tête , juſqu'au 16 de
l'éruption que la convalefcence parut.
11. Peu forte , tomba dans un grand affou
piffement ; la fiévre & l'accablement étoient confiderables.
Les deux premiers jours elle fut faignée
du pied 3 fois. Le 3 , il y eut quelque degré
de moderation dans la fievre ; on tenta l'émetique
en lavage ; mais comme les accidens
augmentoient , il fallut l'interrompre & revenir
à la faignée du pied . La petite Verole fortit le
4 , la fievre fut plus moderée. Le 4 de l'éruption
on tenta de nouveau les boiffons émétifées ; la
fievre devint plus forte ; on les fufpendit ; on fit
une cinquiéme faignée du pied à l'entrée de la
II. Vola ſup
DECEMBRE. 1730. 2851
.
fupuration ; alors les boiffons émétifées pafferent
; on les continua juſqu'à la fin de la maladie,
parce que la tête redevenoit pefante dès que le
ventre ceffoit d'aller.
12. D'une bonne fanté , fut prise d'une fievre
qui augmentoit par redoublement , accompagnée
de maux de reins & d'une violente douleur de
tête. Les 2 premiers jours on la faigna 3 fois du
pied. Le 3 & le 4 on effaya le Tartre émetique
en lavage , fans prefque aucun fruit ; les , la petite
Verole fortit très- abondante , & en mêmetemps
il furvint une pcrte ; la fievre ſe ſoutint .
Le z de l'éruption , la tête fut priſe ; on revint à
la faignée du pied . Les accidens ayant augmenté
à l'entrée de la fuppuration , on fir une cinquiéme
faignée du pied , & on jetta, malgré la perte,
quelques grains de Tartre émetique fur la boiffon.
Ôn continua les évacuations , jufqu'à ce que tous
les accidens euffent entierement diſparu.
2
13. D'un bon temperament , eut une fievre &
un mal de reins , des élancemens à la tête violens
qui obligerent de la faigner 3 fois du pied les 2
premiers jours. Le 3 on chargea la boiffon de
Tartre émetique ; la petite Verole fortit pendant
l'évacuation & fut affez abondante , mais la
fievre perfifta . Le 3 de l'éruption elle devint plus
forte , la tête s'embaraffa , on recourut à la faignée
du pied, & on la réitera pour la cinquième
fois dans la fupuration , parce que l'embaras de
la tête fubfiftoit , & qu'il y avoit une tenfion generale.
Les boiffons émetifées pafferent avec le
fecours des lavemens enfuite , & il fallut foutenir
les évacuations jufqu'au 14. de l'éruption .
14. D'une forte fanté , eut une fievre & un
mal de tête fort vifs ; les 2 premiers jours , elle
fut faignée 3 fois du pied ; le 3 purgée avec l'émetique
, immédiatement après la petite Vérole
II. Vol
fortit
2852 MERCURE DE FRANCE
fortit abondamment; il reftoit encore de la fieyre.
Le 3 de l'éruption , la tête devint fort pefante ;
on revint à la faignée du pied & on éguifa les
boiffons de Tartre émetique , jufqu'à la conva¬
lefcence , pour empêcher que la tête ne s'embaraffât.
Le 4,
་
15.Bien conftituée, eut d'abord une fievre tres- violente
avec des élancemens à la tête & un faigne.
ment de nez confiderable. On la faigna 3 fois du
pied la même nuit . Il parut le lendemain quelque
modération dans la fievre & dans les accidens.On
tenta l'émetique en lavage , qu'on continua le 3 .
la petite Verole fortit en médiocre quan→
tité,mais elle fut accompagnée d'une oppreffion &
d'un fond d'affoupiffement ; la fievre étoit affez
forte ; on revint à la faignée & à l'émetique.L'abondance
des évacuations procura de la modération
dans les accidens jufqu'au 5. La nuit du 5 au
6 , les boutons rentrerent , & à leur place parut
un Eréfipelle univerfel. La fievre & l'affoupiffement
devinrent plus forts ; la tête ſe prit , le poux
étoit embaraffé , ou réitera la faignée du pied 2
fois à peu de diftance ; quelques heures après on
revint à l'émetique en lavage , on foutint les évacuations
par des Prifannes laxatives. Dans le tems
des évacuations il furvint une Syncope fi forte ,
qu'on fut obligé de recourir au Lilium .La petite
Verole reprit fon cours , les accidens fe modererent
, on continua les évacuations juſqu'au 14 de
P'éruption que tous les accidens furent calmez.
16. Délicate , eut une fievre affez forte , un faignement
de nez , & la tête extrêmement lourde .
Le 1 jour elle fut faignée 2 fois du pied ; la petite
Verole fortit le 2 abondante, entremêlée de marques
pourprées. Le 3 , on employa les boiffons
émetifées , l'évacuation modera les accidens. La
fievre fe foutenoit , elle augmenta vivement du s
IL, Vol.
au •
9
DECEMBRE. 1730. 2853
au 6 de l'éruption ; la tête fe prit , on réitera la
faignée du pied la nuit & le lendemain pour la
cinquième fois. Enfuite on continua les boiffons
émetifées , qu'il fallut foutenir jufqu'au 14.
17. Très-forte , tomba dans un accablement
profond , la tête prife , des convulfions & des
fyncopes ; la fievre étoit forte , le poux embaraffé
.Ces accidens augmenterent à tel point qu'on
fut obligé de faigner la malade du pied , f fois
en moins de 30 heures ; enfuite l'émétique en lavage
, qu'il fallut aider par les lavemens & des
ptifannes laxatives; on infifta fur l'émétique for
tement ; à la fin le ventre ſe déboucha , l'évacuation
fut foutenuë , & la nuit du 3 au 4 la petite
Verole fortit abondamment , les accidens fe calmerent
, & la maladie finit fans autre fecours
qu'une boiſſon émetifée , aux aproches de la fupuration
, parce que la tête redevenoir pefante.
Damoifelles JAUNES. 18. D'une bonne fanté..
Sa fievre marqua d'abord entiere ; au troifiéme
accès elle devint continuë ; la douleur de tête étant
devenue forte , on la faigna du pied ; il fallut réiterer
la nuit & le lendemain. On purgea la ma→
lade avec l'émetique , l'évacuation fut abondante
, & fuivie d'un relâchement prefque entier.
Trois jours fe pafferent dans le même calme. La
petite Verole parut le quatriéme en médiocre
quantité & fans accidens , le 4 de l'éruption les
boutons difparurent, la fievre fe railuma , la tête
fut prife avec de violents étouffemens ; on revint
à la faignée du pied , qu'on repeta 3 fois à peu de
diftance. Toute l'habitude du corps étoit devenue:
érefipelateufe. Le 6 , la malade fouffroit exceffivement
, il fallut faire une e faignée du pied..
Quelques heures après on chargea la boiffon de
Tartre émetique , la tenfion érefipelateufe dimi
nua ; les boutons reprirent corps , on foutint les
Io. Vola
éva
2854 MERCURE DE FRANCE
évacuations jufqu'au 17 de l'éruption pour def
fendre la tête qui fe reprenoit de tems en tems.
19. La poitrine délicate , parut fort afſoupie
avec une fievre ardente ; on la faigna 2 fois du
pied le même jour ; dès le foir il parut quelquesboutons
, fans que les accidens euffent diminués ;
la peau devint pourprée ; on revint à la faignée
du pied le 2 , & le 3 la petite Verole ne faifoit
aucun progrès , & les accidens avoient fort peu
relâché. Les de l'éruption, la fievre augmenta, on
fit une se faignée ; il furvint un vomiffement
que l'on foutint par une boiffon émetifée. Les
accidens fe calmerent , on continua la même
boiffon le refte de la maladie.
20. D'une grande délicateffe , fut prise d'un
mal de tête & d'une fievre fi forte , qu'on fut obligé
de la faigner cinq fois du pied les deux premiers
jours. Le 3. il y eut de la modération
on mit trois grains de tartre fur la boiſſon. A
la fuite de l'évacuation , la petite Verole fortit
& tous les accidens tomberent .
21. D'une forte fanté , eut la fievre , des maux
de coeur & une pefanteur de tête confiderable.
Le premier jour on la faigna deux fois du pied.
Dès le fecond la petite Verole fortit très- abondante.
La pefanteur de tête continuoit : on chargea
les boiffons de tartre émetique qu'il fallut
continuer toute la maladie , & les foutenir par
des ptifanes laxatives ; car dès que le ventre ceffoit
de couler , la pefanteur de tête augmentoit.
L'état de la malade ne fut certain que vers le 14.
de l'éruption .
22. D'un temperament délicat , avoit une fievre
vive & des redoublemens fréquens. La tête étoit
menacée ; on la faigna du pied quatre fois les
deux premiers jours. Le la 3 on purgea avec
l'émetique en lavage ; l'éruption fe fit. L'embardda
Vol
ras
DECEMBRE. 1730. 2855
ras de la tête continuoit encore le 3. de l'éruption
; on fit une cinquiéme faignée du pied ; l'émetique
en lavage fut repeté chaque jour juſqu'
la fin de la maladie .
que
23. Foible , fe plaignoit d'un grand mal de
tête , quoique la fievre ne fut pas forte. Une faignée
du pied calma cette douleur pendant deux
jours. Le 3. elle eut un tranfport & un étouffement
violent fans la fievre fut beaucoup augmentée
; on fit une feconde & une troifiéme faignée
du pied , & enfuite l'émetique en lavage.
La petite Verole fe déclara à la fin de l'évacuation
; mais fon progrès fut lent , la tête demeura
embaraffée , on réitera chaque jour l'émetique
en lavage. Le 6. de l'éruption le poux parut embaraffé
, le tranfport étoit plus violent , & la tête
avoit prodigieufement enflé ; on fit une cinquié
me faignée du pied qui produifit un relâchement)
fenfible. On infifta fur les évacuations , & tous
les accidens fe calmerent.
24. Bien conftituée , eut des élancemens à la
tête , & une fievre vive qui augmentoit à differentes
heures . Les deux premiers jours elle fut
faignée du pied trois fois. Le 3. il furvint un af
foupiffement , un tranfport & des étouffemens
fréquents ; on fut obligé de réiterer la faignée'
du pied deux fois ; il falut y revenir le lendemain
pour la fixième fois , enfuite l'émetique en lavage
; comme elle avoit de la peine à pouffer , on
eut recours aux ptifannes laxatives. Après deux
jours d'évacution la petite Verole fortit , & tous
les accidens tomberent.
25. D'une fanté foible , eut la fievre & mal à
la tête pendant près de huit jours fans fe plaindre
; alors la fievre & le mal de tête ayant augmenté
, elle fut faignée trois fois du pied en deux
jours , & purgée enfuite avec l'émétique en la-
II. Vol. vage!
2856 MERCURE DE FRANCE
vage. Le furlendemain la petite Verole fe déclara
; commè les accidens réfiftoient encore , on
continua les boiffons émetifées jufqu'à la fin de
la maladie .
26. D'une bonne conftitution ,fut prise d'un vo .
miffement & d'un accablement confiderable . La
fievre étoit forte , & marquoit par redoublemens .
Elle fut faignée trois fois du pied les deux premiers
jours ; le 3 purgée avec l'émetique en
lavage , la petite Verole fortit abondamment , les
accidens fe modererent. A l'entrée de la fuppuration
, la malade tomba dans une fincope qui
fut fuivie de mouvemens convulfifs & d'une
falivation abondante. Comme la fievre n'avait
pas augmenté à proportion des accidens , on fe
contenta de revenir au tartre émetique dont il
fallut aider l'effet par les ptifanes laxatives. Dès
que les évacuations diminuoient , il furvenoit des
étouffemens , ce qui obligea de les continuer juf
qu'au quatorze de l'éruption.
1. A
27. D'une bonne fanté , eut une fievre forte ,
accompagnée d'un point fixe dans les reins ,
d'un faignement de nez & d'une douleur de tête
infuportabie. On la faigna quatre fois du pied los
deux premiers jours.. Le 3. il y eut de la modération
, le 4. elle fut purgée avec l'émetique en
lavage ; la petite Verole fortit confluante , les
accidens diminuerent confiderablement ; on favorifa
la liberté du ventre par quelques grains
de tartre émetique fur la boiffon jufqu'à la fin
de la maladie , qui fe termina fans aucun autre
accident.
"
28. Sujette aux maux d'eftomach eut les mêmes
douleurs. Comme elles augmentoient , qu'il
y avoit de la fievre , accompagnée de mal de tête ,
on la faigna du pied le 3 , fes & le 6. Le 7. elle
tomba dans la tranfport , le poux étoit concen-
II. Vol. tré ;
DECEMBRE. 1730. 2857
éré ; on lui donna un lavage de tartre émetique ,
l'évacuation ne fut pas abondante , la fievre devint
plus forte , & l'embarras de la tête continuoit
. On fit deux faignées du pied à peu de diftance
, & on revint à l'émetique qui paffa plus
heureufement. La petite Verole fortit , & ne fut
fuivie d'aucun accident .
: on
D'une forte ſanté , tomba dans un abbatement
extrême , quoique la fievre ne fut pas forte :
la faigna du pied. Le 2. la fievre augmenta , la
faignée fut réiterée. La nuit fuivante la malade
cut de fortes convulfions & une fincope qui fut
portée à l'excès . Il fallut recourir au Lilium
& le repéter au delà des dofes ordinaires : le
poux revint : on fit une troifiéme faignée du pied,
& immédiatement après on donna l'émetique
l'évacuation fut abondante. La petite Verole fortit
en grande quantité , & les accidens commencerent
à fe calmer. On continua les boiffons émetifées
jufqu'à la fin de la maladie , à cauſe que
la tête n'étoit pas dans fon caractere ordinaire.
30. Infirme , eut une fievre vive , accompagnée
d'élancemens à la tête , le poux étoit embaraffé :
on fit trois faignées du pied les deux premiers
jours. La nuit du 2 au 3. la tête fut menacée ,
on revint à la faignée du pied , qui produifit un
relâchement dans la fievre ; l'émetique en lavage
fut employé le lendemain. Après l'évacuation
la petite Verole fortit en médiocre quantité , les
accidens diminuerent ; mais comme il reftoit un
fond de fievre , & que la tête laiffoit quelque inquiétude
on continua les boiffons émetifées
jufqu'à la fin de la maladie.
>
31. Sujette à une toux habituelle , & crachant
quelquefois du fang , fut prife d'une fievre trèsvive
fuivie de fréquents redoublemens. Les
deux premiers jours on fit trois faignées du
II. Vel. pied..
2858 MERCURE DE FRANCË
pied. Le 3. la tête fe prit : on réïtera la faignée
du pied qui produifit quelque modération dans
la fievre. La nuit du 4. la malade tomba dans
un affoupiffement profond ; le poux étoit emba
raffé , on tenta l'émetique inutilement , il fallut
revenir à une cinquiéme faignée du pied . Quelques
heures après la malade eut de fortes convulfions
, accompagnées de fréquentes fyncopes ,
on revint à l'émetique qu'on cut bien de la peins
à faire avaler. Comme il n'agiffoit point , on
força la dofe , le vomiffement débaraffa la tête.
Cependant fur le foir les convulfions redoublerent
, le hoquet fut fréquent & les extrémités
devinrent froides. On infifta fur l'émerique qui
à la fin produifit une abondante évacuation , les
accidens fe calmerent , la petite Verole fortit
très abondante , & finit fans donner d'autre inquiétude.
32. D'une fanté languiffante , cut une fievre
qui varioit à toute heure , accompagnée d'un
grand mal de tête ; elle fut faignée du pied , &
purgée le lendemain avec l'émetique en lavage.
Le foir la malade entra dans un calme parfait ;
les . la fiévre fe ralluma & fut accompagnée
d'un rire continuel & forcé ; on la faigna deux
fois du pied le même jour. Le lendemain la petite
Verole fortit affez abondante , cependant la
fievre & l'embarras de la tête continuerent. Le
3. de l'éruption , la malade tomba dans un aſſoupiffement
profond ; le poux étoit envelopé , on
fit une quatriéme faignée du pied , & enfuite
l'émetique en lavage qu'on réitera le lendemain ,
alors le poux fe dévelopa ; la petite Verole fit du
progrès ; la tête demeura pourtant embaraffée
on continua les boiflons émetifées jufques dans
le fort de la fupuration . Comme la tête étoit un
peu plus libre , & que la fievre avoit augmenté ,
II. Vol. 01 .
DECEMBRE. 1730. 2859
on en fufpendit l'uſage . 24. heures après la petite
Verole rentra: le tranfport accompagné de convulfrons
fut violent, la gorge prodigieufement enflée :
on revint à la faignée du pied , & immédiatement
après l'émerique , l'évacuation fut abondante ; la
petite Verole reprit cours , les accidens fe calmerent
; mais on ne difcontinua plus l'ufage de
la boiffon émetifée , aidée par les lavemens juſqu'au
16. de l'éruption qui termina la maladie.
Demoiselles VERTES . 33. D'une mauvaiſe
fanté , tomba dans un grand accablement , la
févre étoit vive ; elle fut faignée trois fois du
pied le même jour , la petite Verole fortit abondamment.
Il reftoit un fond de fievre à la malade
qui ayant mal à la gorge depuis long- tems
ne put rien avaler le 2 & le 3. de l'éruption . Le
4. on réitera la faignée , & les boiffons émetifées
pafferent enfuite , il falut les continuer le refte
de la maladie à caufe que la gorge & la tête
étoient menacées .
34 D'une fanté foible , cut des maux de reins ,
de violens élancemens à la tête & une fievre quartes
on la faigna deux fois du pied à une heure
de diſtance , on réitera la faignée le lendemain.
Le 3. il y eut du mieux , on employa le tartre
émetique en lavage , la perite Verole fortit trés
abondante , il y eut une remiffion prefque entiere
. A l'entrée de la fupuration la tête devint
fort pefante , la malade y fentoit de grands feux,
la fievre n'étant point forte , on fe contenta
d'employer les boiffons émetifées pendant la fupuration.
35. D'un temperament foible , eut d'abord peu
de fievre. Le 3. la fievre s'alluma avec un violent
tranfport , on la faigna trois fois du pied à
peu de distance , la fievre fe modera , on mit
trois grains de tartre émetique fur la boiffon.
14. Vol.
Après
2860 MERCURE DE FRANCE
Après l'évacuation la petite Verole fortit confluante
, la tête refta embaraffée , & la fievre ,
quoique moderée , perfiftoit ; on réitera la faignée
du pied le 3. de l'éruption , & on reprit
l'ufage des boiffons émetifées , qu'on continua
jufqu'au 14. de l'éruption que la tête fut totalement
debarraffée.
36. D'une forte fanté , eut de grands maux de
reins , un faignement de nez , la fievre étoit vive,
& fuivie de redoublemens . Les deux premiers
jours on la faigna du pied trois fois , à l'entrée
du 4. on reitera la faignée , la petite Verole ne
fit que fe montrer pendant deux jours , & dif-
La malade tomba dans un accablement
parut.
& un affoupiffement profond , le poux étoit petit ;
on jetta quatre grains de tartre émetique fur la
boiffon , l'évacuation fut abondante. La petite
Verole fit des progrès , & les accidens tomberent,
la fupuration fut longue , mais elle n'exigea aucun
fecours.
37. Délicate , avoit de la fievre depuis plufieurs
jours , & mal à la tête ; elle fut faignée & purgée.
Il y eut du mieux pendant huit jours , enfuite
elle tomba dans une fincope forte , la tête.
fe prit , la fievre étoit vive ; on la faigna deux
fois du pied à une heure de diftance. Quelque
tems après il y eut du relâche dans la fievre , on
mit quatre grains de tartre dans la boiffon , on
infifta fur le même remede . Le lendemain l'évacuation
fut forte , les accidens diminuerent , la
petite Verole fortit abondament , on continua
les évacuations juſqu'à la fin de la maladie.
38. D'une délicateffe extrême , eut un grand
accablement , la tête embarraffée , & une fievre
vive qui augmentoit par redoublemens ; le premier
jour on lui fit 2. faignées du pied ; le 2. on
réitera ; le 3. il y avoit quelque relâche , on
11. Vol "
mit
DECEMBRE. 1730. 2.86-1
mit deux grains de Tartre émetique fur la boiffon
, la petite Verole fortit confluante , la fievre &
l'embarras de tête diminuerent confiderablement,
il reftoit encore une grande pefanteur qui détermina
à continuer la boiffon émetiſée pendant le
refte de la maladie , qui par ce moyen finit heureufement.
39. D'un bon tempérament , eut un grand accablement
, un point fixe dans les reins ; la fievre
étoit forte & le poux embarraffé , des redoublemens
fréquents , le tranfport s'y joignit ; le premier
jour on lafaigna deux fois du pied , on réi
tira la faignée la nuit , le lendemain la fievre étoit
relâchée , on mit 4. grains de Tartre émetique
fur la boiffon ; la petite Verole fortit confluante,
du 3 au 4 les accidens tomberent prefque entierement;
le 4 de l'éruption la petite Verole rentra,
la tête fe prit , il y avoit de l'embarras dans le
poux & des étouffemens frequens ; on fit une 4° .
& se. faignée du pied , & enfuite l'émetique en
lavage fur lequel on infifta ; l'évacuation fur
abondante , la petite Verole reprit corps , les ac
cidens diminuerent , on continua la boiffon émetifée
jufqu'au 14. de l'éruption qu'on foutenoit
les lavemens : dès le ventre ceffoit d'aller
l'embarras de la tête & les étouffemens reparoif
foient .
par
que
40. Damoifelles ROUGES. Fort replette ,
tomba dans un grand affoupiffement , la fievre
étoit forte , la refpiration gênée ; elle fut faignée
3. fois du pied les 2. premiers jours ; le 3. on mit
3. grains de Tartre émetique fur la boiffon ;
L'embarras de la tête ceffa , la petite Verole
fortit en grande quantité , les accidens fe calmerent
, la fuppuration fut très- laborieufe ; mais
comme la fievre n'étoit pas forte , on fe contenta
de tenir le ventre libre par les boiffons émetiſées,
AI. Volo
2862 MERCURE DE FRANCE
& les lavemens jufqu'à la fin de la maladie.
41. D'une forte fanté, eut la fievre vive , accompagnée
de tranfport ; on la faigna 2. fois du
pied le même jour ; le lendemain le relâchement
de la fievre donna lieu à Pémetique ; l'évacuation
fut abondante & fuivie de l'éruption , l'embarras
de la tête & un mouvement de fievre continuoits
on infifta fur la boiffon émetifée pendant toute
la maladie , parce que la tête fe broüilloit dès que
le ventre n'alloit plus.
1
42. Delicate , fut près de 8. jours languiffante,
eut enfuite un éclat de tranfport & un rire forcé
qui ne difcontinuoit pas ; la fievre n'étoit pas vive;
elle fut faignée 3. fois du pied les 2. premiers jours
& purgée le 3. avec l'émerique ; une éruption
abondante fuivit de près l'évacuation ; les accidens
diminuerent , mais il reftoit une pente à l'affoupiffement
& la tête n'étoit pas entierement libre
, ce qui détermina à continuer les boiffons
émetifées pendant la maladie.
43. Valetudinaire , eut la fievre par redoublemens
; la tête étoit prife , elle fut faignée 2. fois
du pied le premier jour ; le fecond , à la faveur
d'une rémiffion fenfible dans le poux , on tenta
l'émetique qu'il fallut interrompre & revenir à la
faignée le foir ; le 3. la tête étoit toujours priſe ,
mais le poux étoit petit ; après quelques grains
de Tartre émetique fur la boiffon qui n'agiffoient
pas , on donna le vin d'Eſpagne émetique ; l'évacuation
fut foutenuë le lendemain , le 5. P'éruption
fut très -abondante , les accidens fe calmerent
; on aida la liberté du ventre dans le cours
de la maladie , parce que la tête avoit une difpotion
à s'embarafler.
44. D'une bonne fanté , eut une forte fievre ,
accompagnée d'un faignement de néz. On fit 3 .
Laignées du pied le premier jour ; la petite Ve
11. Vol
role
DECEMBRE. 1730. 2863
role fortit le lendemain ; comme les accidens s'étoient
moderez , on ne fit rien juſqu'au 3. de l'éruption
que la fievre augmenta ; la tête ſe prit ,
on revint à la faignée du pied , & enfuite à l'émetique
en lavage ; les évacuations débarafferent la
tête , on les a continuées jufqu'à la fin de la fupuration.
45. D'une fanté médiocre , fut prife d'un grand
accablement ; la fievre étoit forte , on la faigna
2 fois du pied le premier jour ; un peu de relâche
le lendemain détermina à donner un lavage de
Tartre émetique; l'évacuation fut fuivie d'un calme
de 4. jours ; la fievre fe ralluma , le tranſport
& de fortes convulfions s'y joignirent , le poux
étoit embaraffé ; on refit deux faignées du pied à
peu de diftance , & immediatement après l'émetique
en lavage ; on foutint l'évacuation ; la petite
Verole fortit le lendemain , accompagnée de
marques pourprées ; les accidens ſe modererent ,
on a foutenu foigneuſement la liberté du ventre
jufqu'à la fin de la maladie.
45. Robufte , eut une groffe fievre , accompa
gnée d'un faignement de nez & de violens élancemens
à la tête ; on la faigna du pied & la petite
Verole parut le même jour confluante. Les accidens
ne diminuerent point ; les boutons ne faifoient
aucun progrès ; la faignée du pied fut réïterée
le 2. & le 3. La nuit du 3. au 4. de l'éruption
il furvint un redoublement vif ; on refaigna
la Malade , elle fut vuidée le lendemain avec l'E
netique en lavage. L'évacuation qui fut abondante
modera les accidens jufqu'au 7. que la
fievre devint plus forte ; la tête fe prit & enfla
prodigieufement. On réïtera la faignée du pied
& l'ufage des boiffons émetifées qui furent continuées
jufqu'à la fin de la maladie.
47. Bien conftituée , fut lauguiffante plufieurs
11. Vol.
jours E
2864 MERCURE DE FRANCE
jours , la petite Verole fortit en petite quantité
fans accident ni mouvement de fievre. Le 4. de
P'éruption elle tomba dans un affoupiffement ;
la tête fut prife , il furvint un faignement de nez ;
on fit deux faignées du pied à peu de diftance , &
Pufage d'une boiffon emetifée qu'on continuą
plufieurs jours , débaraffa la tête.
48. Infirme & fujette à des coliques d'eftomach
, eut le même accident , accompagné d'une
fievre très-vive & d'une grande pefanteur de tête;
elle fut faignée quatre fois du pied les deux premiers
jours , le trois il y eut de la moderation ;
on jetta 4. grains de Tartre émetique fur la boif
fon , qui pafferene heureufement , & à la fin de
Pévacuation la petite Verole fortit ; il a fallu
foutenir la liberté du ventre le reſte de la maladie,
pour combattre la pefanteur de tête.
49. D'une médiocre fanté , eut une grande pefanteur
de tête , un faignement de nez , la fievre
étoit vive , les 2. premiers jours elle fut faignée
4. fois du pied ; le 3. la petite Verole fortit , le
4. l'éruption ne faifoit nul progrès ; on éguifa les
boiffons de quelques grains de Tartre émetique ,
il fallut en augmenter la doſe dans les tems de la
fupuration.
so, Dune délicateffe extrême , la fievre & les
accidens ne furent pas confiderables ; on ne fit
rien , la petite Verole fortit en médiocre quantité.
A l'entrée de la fupuration là fievre devint vive ,
la tête fè prit ; on fit deux faignées du pied à peu
de diftance , & les boiffons émetifées enfuite
qu'on continua jufqu'au 12. de l'éruption .
SI. DAMES RELIGIEUSES. Agée de
8, ans , d'un tempérament affez fort , quoique
fujette à des maux d'eftomach , cut une fievre des
plus vives , un grand accablement , des maux de
teins , un fond d'affoupiffement & des friffonne-
11. Vols
mens
DECEMBRE. 1730. 2865
3.
mens continuels ; on lui fit quatre fortes faignées
du pied les deux premiers jours ; comme il y eur
de la modération dans la fievre , le elle fut purgée
avec quatre grains de Tartre émetique en layage
, qui produifirent peu d'effet . On y revint le
lendemain , l'évacuation fut plus heureuſe , la petite
Verole fe déclara confluante & fut accompagnée
d'un fond de fievre & d'affoupiffement ; on
continua les boiffons émetifées qu'on aidoit par
les lavemens foir & matin. Malgré ces fecours le
. de l'éruption le ventre ne coula plus , l'affoupiffement
devint profond ; la fievte n'ayant pas
augmenté à proportion des autres accidens , on
fe contenta de doubler la doſe de l'émetique ; le
ventre ne s'ouvrant pas , on infifta fur le même
remede , aidé par les Ptifannes laxatives ; enfin on
eut recours au vin d'Efpagne émerique qui fut
fuivi d'une évacuation abondante . La Malade
avoit pris dans les 24 heures la valeur de plus de
30 grains de Tartre émetique ; la petite Verole
repouffa , la tête fut déchargée ; on continua les
boiffons émetifées jufqu'à la fin de la maladie :
l'état de la Malade n'a été certain que vers le 15
de l'éruption.
52. Agée de 56 ans , d'un temperament trèsdélicat
, fujette à cracher du fang , & les jambes
fouvent enflées , eut une fievre affez vive , accompagnée
de maux de reins & d'une grande
douleur de tête , on la faigna deux fois du pied
les deux premiers jours ; le 3. il y eut un dévoiement
; on mit deux grains de Tartre fur la boiffon
, qu'on réitera le lendemain. La petite Verole
fortit à la fin du 4. en médiocre quantité, tous les
accidens fe modererent. Le 5. de l'éruption , la
pefanteur de tête & le dévoiement recommencerent
, on mit encore deux. grains de Tartre fur
la boiffon , on les repeta le lendemain & la maladie
finit heureuſement. Eij 53
2866 MERCURE DE FRANCE
53. Agée de 24. ans , d'un tempérament fort
vif , dans une difpofition à une fievre étique , eut
des élancemens à la tête , des maux de reins , des
fux dans la poitrine ; la fievre étoit forte , elle
fut faignée trois fois du pied les 2 premiers jours,
il y eut peu de moderation le 3. Le 4. elle étoit
plus fenfible ; on mit deux grains de Tartre fur
la boiffon ; la petite Verole fortit en affez grande
quantité. Le 3. de l'éruption la fievre & les élancemens
à la tête augmenterent ; on revint à la faignée
du pied qui calma les accidens ; le refte de
la maladie elle n'eut befoin que d'une Eau de
Pavot pour calmer les tiraillemens de poitrine
qui fe réveilloient de tems en tems , plutôt comme
une fuite de fa difpofition habituelle , que de
la maladie preſente.
>
54. Agée de 23. ans , fortoit d'une fluxion de
poitrine , pour laquelle on avoit été obligé de la
faigner plufieurs fois ; la convalefcence n'étoit
pas entièrement confirmée , lorfqu'elle fut prife -
d'une fievre vive , accompagnée d'élancemens à
la tête , & en même- tems d'une perte confiderable.
On fit 2. faignées du pied le premier jour
le 3. on réitera ; de la moderation dans la
fievre & dans la perte firent paffer à un lavage
de Tartre émetique ; l'évacuation fut ample , elle
diminua tous les accidens , fit ceffer la perte . La
petite Verole fortit abondante ; le 5. l'éruption ,
la pefanteur de tête revint , on mit quelques
grains de Tartre fur la boiffon, qui ne produifirent
prefque aucun effet ; la pefanteur de tête fut plus
forte & la fievre augmenta , on fit une quatrième
faignée du pied & enfuite les boiffons émetifées
pafferent heureufement , on en continua l'ufage
jufqu'à la fin de la maladie.
55. Agée de 35. ans , d'un bon temperament
& fort replete,cut de violens maux de reins,la tête
14 Vol
CxDECEMBRE
. 1730. 2867
extrémement pefante & la fievre forte ; on fit 4.
grandes faignées du pied les deux premiers jours ;
le 4. il fallut réiterer quelque moderation
donna lieu à l'émetique en lavage ; après l'évacuation
la petite Verole fortit confluante ; il reftoit
encore de la pefanteur à la tête ; on inſiſta
fur les boiffons émetifées qu'il fallut aider plus
d'une fois par des Ptifannes laxatives & les lavemens
jufqu'au 14. de l'éruption .
Voilà,Madame,un Extrait bien fidele du Journal
de nos Malades ; j'y ai trouvé qu'en 3. mois nous
avons fait près de 500. faignées du pied , &
donné environ 2000. grains de Tartre émetique ;
à la verité je comprens toujours dans nos petites
Veroles , les fievres du même tems , parce qu'excepté
les boutons , c'étoit le même caractere , &
qu'on y a employé les mêmes fecours ; j'en citerai
feulement une des plus fortes pour exemple.
>
Mle *** âgée de 18. ans , avoit de l'embonpoint
& des couleurs vives , toutefois fujette aux
maux de tête ; elle tomba dans un grand accablement
la fievre étoit forte & la pefanteur de tête extrême
, elle avoit des maux de reins,des envies de
vomir & un fond d'oppreffion ; on la faigna 5 .
fois du pied les deux premiers jours ; le 3, un peu
de modération fit tenter l'émetique en "lavage
mais inutilement ; la fievre augmenta , on réïtera
la faignée le foir ; le 4. il y eut du mieux ; on
revint à l'émetique , on y joignit le fecours des
lavemens ; on continua le 5. le 6. & le 7. la pefanteur
de tête diminuoit à mefure des évacuations
. Du 8. au 9. la fievre devint plus forte , la
tête fe prit totalement ; on apperçut quelques
mouvemens convulfifs ; il fe répandit un engourdiffement
abfolu fur tout le côté droit ; on fit
2. faignées du pied à peu de diſtance; la fievre ſe
modera , & on revint à l'émetique en lavage ; les
II. Vol.
éva- E iij
2868 MERCURE DE FRANCE
évacuations foutenues pendant plufieurs jours
diffiperent enfin les accidens , & là convalefcence
commença vers le 20 .
Notre Medecin avoit extrémement fimplifié
notre travail , la boiffon étoit l'eau naturelle ; on
la faifoit tiédir lorfque les malades étoient dans
la moiteur ; la nourriture , un bouillon fort fimple
que l'on fuprimoit les premiers jours , & méme
dans le cours de la maladie , lorfque les accidens
étoient violens. On changeoit les Malades
de linge & de lit dans tous les tems de la maladie,
lorfqu'elles en avoient befoin. Il n'y avoit ni plus
de couvertures , ni plus de feu dans les Infirme
ries que pendant les autres maladies . Les lavemens
étoient d'un ufage journalier. Quelque narcotique
, du Lilium dans les fyncopes fortes , nul
remede exterieur pour préferver les Malades de
l'impreffion que cette maladie laiffe ordinairement,
perfuadez qu'ils font inutiles, & que c'eft du caractere
du fang que dépend cette impreffion,du refte
la faignée & l'émetique. On adopte fans peine
une pratique aufli fimple, fur tout lorfqu'elle eft
fuivie d'un fuccès auffi heureux . Il paroiffoit difficile
à croire à ceux qui n'en ont pas été témoins.
De plus de 125. Demoifelles, il n'en eft pas inort
une feule , & de 7. Religieufes & une Soeur , nous
n'en avons perdu qu'une , plus encore par fes
grandes infirmitez & fon âge avancé , que par la
maladie courante qui ne put pas fortir
J'avoue qu'il y a des années où la petite Verole
n'eft pas meurtriere, & qu'elle feroit peu de ravage
, quand même on n'y donneroit aucun fecours;
mais celle-cy étoit bien differente , l'excès où l'on
a été obligé de porter la faignée du pied & les autres
évacuations dans la plupart des Malades , ne
prouve que trop fa violence. Dans le Village de S.
Cyr,où cette maladie étoit en même tems répan-
II. Vol
duë ,
DECEMBRE . 1730. 2869
2
due , & fans autre fecours que celui qu'admet le
préjugé, on a perdu un grand nombre de Malades;
or fi la petite Verole a fait beaucoup de defordre
dans un Village où la jeuneffe jouit d'une forte
fanté , parce qu'elle vit dans une liberté entiere
quel ravage n'auroit-elle pas fait avec de fi foibles
fecours dans une Maifon où un grand nombre
de Demoifelles raffemblées dès leur enfance , vi
vent dans une grande régularité & dans une con
tention d'efprit perpetuelle à remplir leur devoir,
on parconfequent les meilleures fantez ne font pas
fans nuage, & parmi lesquelles il y en a beaucoup
d'infirmes ?
Mais s'il a fallu porter les évacuations auffi
loin dans des perfonnes qui menent une vie fimple
, que ne faudrait - il point faire dans celles
dont le fang nourri d'excès & de Liqueurs fpiritueufes
eft toujours prêt à s'enflammer ?
Ce n'eft pas pour faire valoir nos foins que
fais ici ces Reflexions , c'eft uniquement pour
détruire la prévention où prefque tout le monde
eft de croire que l'émetique & la faignée font
d'un ufage dangereux , fur tout lorfque la petite
Verole eft fortie. Je vous avoue que je fuis indi
gnée contre moi- même d'avoir penfé de la forte
autrefois , revenue de mon erreur , je ne laiffe
paffer aucune occafion d'écrire ou de parler des
prodiges que la faignée & l'émetique ont operez
chez nous dans cette maladie. Je fuis bien affurée
que vous ne trouverez pas l'expreffion trop forte,
fi vous vous faites une idée qui approche de la
réalité fur les horreurs où nous nous fommes
trouvées. Il y a eu des nuits où nous avions 5. à
6.Malades à tel point d'extrémité, qu'on n'auroit
ofé répondre de la vie d'aucune pour quelques
heures. Il nous eft arrivé plus d'une fois d'abandonner
une Malade avec la veine ouverte dans
II. Vol. Ejuj l'eau
2870 MERCURE DE FRANCE
l'eau pour courir à une autre qui tomboit dans
an accident plus brufque. Nous ne manquions
pas alors de propofer à notre Medecin d'employer
une quantité de remedes vantez pour cette malaladie
, comme la Poudre de la Comteffe , le Befoard
, la Poudre de Vipere , le Sang de Bouquetin
, &c. mais il nous répondoit froidement que
´ces cas là étoient trop férieux pour s'en tenir à
des amufemens. Les Vefiçatoires furent rejettez ,
même en nous difant leur effet étoit d'entreque
tenir & de fondre le fang , deux écueils les plus
redoutables dans cette maladie.
Je crois n'avoir pas befoin de vous dire que ce
récit eft d'une grande exactitude , je fuis perfuadée
que vous n'aurez aucun doute fur cela ; mais comme
vous pouriez le faire lire à d'autres perfonnes ,
& que je fuis bien aife que le parti de la verité ait
de la force , j'ai prié Mefdames de Garnier , de
Vaudancour , de Montchevreuil , d'examiner s'il
ne me feroit point échappé d'alterer ou de groffir
quelque circonftance , & d'y mettre leurs fignatures
, fi elles le trouvoient dans une exacte verité.
Leur témoignage doit faire foi , puifque les deux
premieres ont foutenu le fort du travail en qualité
d'Infirmieres principales , & que la troifiéme partageoit
avec moi les foins de l'Apoticairerie . J'ai
l'honneur d'être , &c. Signé , Soeurs de Garnier.
De Vaudancour. De Montchevreüil. De Texier.
AS. Cyr , ce 30. Août 1730.
Fermer
Résumé : Lettre sur la petite Vérole, dont les Religieuses & les Demoiselles de S. Cyr ont été affligées, [titre d'après la table]
En 1730, une religieuse de la Maison de Saint-Cyr écrit à une amie pour expliquer la gestion de l'épidémie de petite vérole qui a frappé la communauté. Elle répond aux critiques publiques concernant la décision de ne pas séparer les malades du reste de la Maison. Le médecin a recommandé de ne pas isoler les malades et de privilégier l'émétique et la saignée comme traitements. La lettre détaille les observations faites pendant l'épidémie, notamment l'absence de contagion par fréquentation des malades et l'influence des conditions atmosphériques sur la maladie. La religieuse mentionne également les différentes classes de malades et les traitements spécifiques administrés. Les symptômes courants incluent la fièvre, des maux de tête, des vomissements et des douleurs diverses. Les traitements principaux consistent en des saignées, des purgations avec du tartre émétique, et l'administration de boissons émétiques. Les patientes sont classées en fonction de leur constitution : délicates, en bonne santé, robustes ou infirmes. Les traitements visent à réduire la fièvre, calmer les maux de tête et les convulsions, et favoriser l'évacuation par des purgations et des saignées. Les soins incluent également des changements de linge, des lavements, et une alimentation simple. Les résultats sont globalement positifs, avec une seule religieuse décédée en raison de ses grandes infirmités et de son âge avancé. L'auteur réfute l'idée que l'émétique et la saignée soient dangereux, surtout lorsque la maladie est fortifiée. Elle témoigne des effets bénéfiques de ces traitements, ayant elle-même changé d'avis après avoir observé leurs résultats positifs. Les vésicatoires étaient rejetés en raison de leurs effets potentiellement dangereux sur le sang. Les sœurs Garnier, Vaudancour, et Montchevreuil, ayant joué des rôles clés en tant qu'infirmières et apothicaires, attestent de la vérité du récit. Le document est signé par les sœurs et daté du 30 août 1730.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17973
p. 55-56
Maniere dont ils sont reçeus à Angers. [titre d'après la table]
Début :
Ce jour là ils coucherent à Angers. Le Maire de [...]
Mots clefs :
Angers, Réception
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Maniere dont ils sont reçeus à Angers. [titre d'après la table]
Ce
jour la ils coucherent à
de Siam. 55
Angers . Le Maire de la
Ville qui avoit eu ordre
de leur faire trouver pluſieurs
chofes neceffaires
pour leur Voyage , leur
envoya auffi des Carroffes
; il fit tirer le Canon
à leur arrivée , les harangua
, & leur prefenta
du vin , & des confitures
feches, qui font les
Prefens ordinaires de la
Ville ; ils receurent auffi
les Complimens des
Communautez . Mª d'Er-
Enj
56 Voyage des Amb.
nepont qui commande
l'Infanterie qui eft dans la
Ville , leur envoya des
Gardes , & quoy qu'il fuft
indiſpoſé , il ſe fit porter
le foir chez eux pour les
faluer . Ils furent fi fatisfaits
de fes honneſtetez ,
qu'ils le prierent de fouper
avec eux & retinrent
auſſi plufieurs Officiers
qui l'avoient accompagné.
jour la ils coucherent à
de Siam. 55
Angers . Le Maire de la
Ville qui avoit eu ordre
de leur faire trouver pluſieurs
chofes neceffaires
pour leur Voyage , leur
envoya auffi des Carroffes
; il fit tirer le Canon
à leur arrivée , les harangua
, & leur prefenta
du vin , & des confitures
feches, qui font les
Prefens ordinaires de la
Ville ; ils receurent auffi
les Complimens des
Communautez . Mª d'Er-
Enj
56 Voyage des Amb.
nepont qui commande
l'Infanterie qui eft dans la
Ville , leur envoya des
Gardes , & quoy qu'il fuft
indiſpoſé , il ſe fit porter
le foir chez eux pour les
faluer . Ils furent fi fatisfaits
de fes honneſtetez ,
qu'ils le prierent de fouper
avec eux & retinrent
auſſi plufieurs Officiers
qui l'avoient accompagné.
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Résumé : Maniere dont ils sont reçeus à Angers. [titre d'après la table]
Le 55e jour, les voyageurs s'arrêtèrent à Angers. Le maire leur fournit des provisions, des carrosses et fit tirer le canon. Ils reçurent des présents et des compliments des communautés. Monsieur d'Ernepont, commandant l'infanterie, leur envoya des gardes et les salua malgré son indisposition. Les voyageurs l'invitèrent à souper avec plusieurs officiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17974
p. 75-78
Autre, par M. Millot, [titre d'après la table]
Début :
Discours prononcé dans l'assemblée publique de la socié[t]é littéraire de Châlons-sur-Marne [...]
Mots clefs :
Société littéraire de Châlons-sur-Marne, Amour, Bonheur, Société, Discours, Claude-François-Xavier Millot, Jean-Jacques Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre, par M. Millot, [titre d'après la table]
Difcours prononcé dans l'affemblée pu
blique de la fociété littéraire de Châ
lons -fur-Marne le mercredi 13 Avril
1768 , avec deux articles , l'un fur l'amour
de foi , l'autre fur le bonheur
par M. L. Millot , anmonier du feu
Roi de Pologne , de la fociété littéraire
de Châlons- fur-Marne , & c. A Bar-le-
Duc , de l'imprimerie de Fr. L. Chrif
tophe; & fe trouve à Paris chez Delalain
, libraire , rue Saint- Jacques ; & à
Nancy chez Henry , libraire , près de la
porte royale , in- 4° . 32 pag.
M. L. Millot ayant été reçu le 11 Avril
1768 par MM. de la fociété littéraire de
Châlons - fur -Marne au nombre de leurs
affociés externes , vint prendre féance le
13 du même mois dans leur aſſemblée
publique , & prononça ce difcours pour
les remercier ; il entre dans le détail des
devoirs des académiciens ; elle leur im
Dij
76 MERCURE
DE
FRANCE
.
pofe fur tout celui de ne rien écrire qui
ne foit digne de paffer à la poftérité , Nous
ne doutons pas que chaque académicien
en particulier ne fente l'étendue de ce
devoir , & ne fe croie en état de le remplir;
l'exemple de la plûpart de leurs prédéceffeurs
ne les décourage point ; ils fe
flattent qu'ils feront plus heureux , & nous
le fouhaitons . A la fuite de ce difcours
M. Millot lut deux articles de morale traités
par les principes de la métaphyfique :
l'un fur l'amour de foi & l'autre fur le
bonheur . Dans le premier il cherche
quelle eft cette puiffance invincible qui
nous porte
à nous aimer. I examine
l'homme dès l'inftant de fa naiffance ; fes
premiers fentimens font les befoins des
chofes néceffaires à fa confervation ; fes
befoins augmentant avec les années , il
trouve du plaifir à les fatisfaire . C'eft ce
qui l'attache à l'exiſtence ; il eft jaloux de
la conferver , de - là les foins qu'il prend
pour le garantir du mal , la crainte qu'il
témoigne à leur approche. Ces mouvemens
de l'ame dans l'homme s'appellent
inſtinct dans les animaux , & devroit s'ap
peller amour d'eux-mêmes ; il eft inutile
de fuppofer en eux un principe inconnu .
M. Millot diftingue enfuite l'amour de
OCTOBRE. 1768. 77
foi de l'amour- propre , ce qu'il vient de
dire fuffifoit ; après cette définition il eft
difficile de les confondre.
Dans l'article du bonheur , il commence
par examiner fi l'homme peut en
jouir dans l'état de fociété . Cette queftion
, qui n'en eft plus une , n'eft remiſe
fur la fcène que pour combattre M. Rouffeau
de Genève , auquel on a répondu fi
fouvent & fi longuement ; on ne manque
pas de prouver encore pour la millieme
fois peut-être contre lui , que les fciences
n'ont pas des effets auffi pernicieux
que ceux qu'il leur attribue ; on en vient
enfuite au bonheur , on dit qu'il n'eft ni
dans les richeffes ni dans les honneurs ,
ni dans les plaifirs , ce qui n'eft pas neuf.
On termine cet article par ce morceau
qui a de la chaleur , & qui eft bien fair .
« Ceffe donc de te plaindre de ta condi-
» tion , homme injufte ; elle n'eft malheureufe
que par ta lâcheté. Toi feul es
l'auteur de tes infortunes ; leur princi-
» pe eft dans les égaremens de ton ima-
» gination ; dans ton luxe , ta vie molle
» & l'oubli de tes devoirs . Les maux t'ac-
» cablent , non parce que tu es homme ,
mais parce que tu n'as jamais eu le cou
33
Diij
28. MERCURE DE FRANCE.
1
}
rage de le devenir. Romps tes liens
» arrache - toi à tes préjugés ; ouvre les
» yeux aux lumieres de la raifon ; connois
» la jufte valeur des chofes , non par le
" prix que leur donne l'opinion , mais par
» leur relation à tes befoins réels. Aux
» atteintes des peines qui t'environnent,
"
oppofe , comme un bouclier , la patien
» ce ; déploye les forces de ton ame , ar-
» me-toi de fermeté. Vois tes reffources
» contre l'emportement & la tyrannie de
» tes paffions propres ; apprends à triompher
d'elles par elles- mêmes ; qu'aucune
ne te domine quelque honnête qu'el
» le foit ; tiens l'équilibre entr'elles , fois
» leur maître ; ufe des plaifirs fans en
abufet ; ton bonheur eft à ce prix , &
» ne pense pas que l'entrepriſe foit aus
» deffus de tes forces. »
blique de la fociété littéraire de Châ
lons -fur-Marne le mercredi 13 Avril
1768 , avec deux articles , l'un fur l'amour
de foi , l'autre fur le bonheur
par M. L. Millot , anmonier du feu
Roi de Pologne , de la fociété littéraire
de Châlons- fur-Marne , & c. A Bar-le-
Duc , de l'imprimerie de Fr. L. Chrif
tophe; & fe trouve à Paris chez Delalain
, libraire , rue Saint- Jacques ; & à
Nancy chez Henry , libraire , près de la
porte royale , in- 4° . 32 pag.
M. L. Millot ayant été reçu le 11 Avril
1768 par MM. de la fociété littéraire de
Châlons - fur -Marne au nombre de leurs
affociés externes , vint prendre féance le
13 du même mois dans leur aſſemblée
publique , & prononça ce difcours pour
les remercier ; il entre dans le détail des
devoirs des académiciens ; elle leur im
Dij
76 MERCURE
DE
FRANCE
.
pofe fur tout celui de ne rien écrire qui
ne foit digne de paffer à la poftérité , Nous
ne doutons pas que chaque académicien
en particulier ne fente l'étendue de ce
devoir , & ne fe croie en état de le remplir;
l'exemple de la plûpart de leurs prédéceffeurs
ne les décourage point ; ils fe
flattent qu'ils feront plus heureux , & nous
le fouhaitons . A la fuite de ce difcours
M. Millot lut deux articles de morale traités
par les principes de la métaphyfique :
l'un fur l'amour de foi & l'autre fur le
bonheur . Dans le premier il cherche
quelle eft cette puiffance invincible qui
nous porte
à nous aimer. I examine
l'homme dès l'inftant de fa naiffance ; fes
premiers fentimens font les befoins des
chofes néceffaires à fa confervation ; fes
befoins augmentant avec les années , il
trouve du plaifir à les fatisfaire . C'eft ce
qui l'attache à l'exiſtence ; il eft jaloux de
la conferver , de - là les foins qu'il prend
pour le garantir du mal , la crainte qu'il
témoigne à leur approche. Ces mouvemens
de l'ame dans l'homme s'appellent
inſtinct dans les animaux , & devroit s'ap
peller amour d'eux-mêmes ; il eft inutile
de fuppofer en eux un principe inconnu .
M. Millot diftingue enfuite l'amour de
OCTOBRE. 1768. 77
foi de l'amour- propre , ce qu'il vient de
dire fuffifoit ; après cette définition il eft
difficile de les confondre.
Dans l'article du bonheur , il commence
par examiner fi l'homme peut en
jouir dans l'état de fociété . Cette queftion
, qui n'en eft plus une , n'eft remiſe
fur la fcène que pour combattre M. Rouffeau
de Genève , auquel on a répondu fi
fouvent & fi longuement ; on ne manque
pas de prouver encore pour la millieme
fois peut-être contre lui , que les fciences
n'ont pas des effets auffi pernicieux
que ceux qu'il leur attribue ; on en vient
enfuite au bonheur , on dit qu'il n'eft ni
dans les richeffes ni dans les honneurs ,
ni dans les plaifirs , ce qui n'eft pas neuf.
On termine cet article par ce morceau
qui a de la chaleur , & qui eft bien fair .
« Ceffe donc de te plaindre de ta condi-
» tion , homme injufte ; elle n'eft malheureufe
que par ta lâcheté. Toi feul es
l'auteur de tes infortunes ; leur princi-
» pe eft dans les égaremens de ton ima-
» gination ; dans ton luxe , ta vie molle
» & l'oubli de tes devoirs . Les maux t'ac-
» cablent , non parce que tu es homme ,
mais parce que tu n'as jamais eu le cou
33
Diij
28. MERCURE DE FRANCE.
1
}
rage de le devenir. Romps tes liens
» arrache - toi à tes préjugés ; ouvre les
» yeux aux lumieres de la raifon ; connois
» la jufte valeur des chofes , non par le
" prix que leur donne l'opinion , mais par
» leur relation à tes befoins réels. Aux
» atteintes des peines qui t'environnent,
"
oppofe , comme un bouclier , la patien
» ce ; déploye les forces de ton ame , ar-
» me-toi de fermeté. Vois tes reffources
» contre l'emportement & la tyrannie de
» tes paffions propres ; apprends à triompher
d'elles par elles- mêmes ; qu'aucune
ne te domine quelque honnête qu'el
» le foit ; tiens l'équilibre entr'elles , fois
» leur maître ; ufe des plaifirs fans en
abufet ; ton bonheur eft à ce prix , &
» ne pense pas que l'entrepriſe foit aus
» deffus de tes forces. »
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Résumé : Autre, par M. Millot, [titre d'après la table]
Le 13 avril 1768, M. L. Millot, nouvellement nommé associé externe de la société littéraire de Châlons-sur-Marne, prononça un discours lors d'une assemblée publique pour exprimer sa reconnaissance. Il mit en avant les responsabilités des académiciens, insistant sur la nécessité de produire des écrits dignes de la postérité. À la suite de ce discours, M. Millot présenta deux articles de morale : l'un traitait de l'amour de soi, et l'autre du bonheur. Dans le premier article, M. Millot analysa la force irrésistible qui pousse les individus à s'aimer, en examinant les besoins humains dès la naissance et leur évolution au fil du temps. Il distingua l'amour de soi de l'amour-propre, soulignant ainsi les nuances entre ces deux concepts. Dans le second article, il aborda la question du bonheur dans la société, contestant les idées de Jean-Jacques Rousseau sur les effets néfastes des sciences. Il conclut que le véritable bonheur ne se trouve ni dans les richesses, ni dans les honneurs, ni dans les plaisirs, mais plutôt dans la maîtrise de soi et la raison.
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17976
p. 56-58
Description d'Angers. [titre d'après la table]
Début :
Ils se loüerent extremement de cette Ville ; aussi est-elle [...]
Mots clefs :
Angers, Ville noire, Mayenne, Description, Anjou
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texteReconnaissance textuelle : Description d'Angers. [titre d'après la table]
de cette Ville;
auſſi eſt - elle fort confi-
,
de Siam. 57
derable. C'eſt la Capitale
d'Anjou. Elle a Prefidial
, Bailliage , Univerfité
, avec un Eveſché
Suffragant de Tours . Elle
eſt ſur la Riviere de
Mayenne qui reçoit la
Sarte & la Loire . Elle
eft grande, belle, & bien
peuplée , & a une Campagne
fertille en bons
Vins . Ses Maiſons font
couvertes d'Ardoife , ce
qui l'a fait appeller Ville
noire. Elle eſt ancien
58 Voyage des Amb.
ne Ony voit le refte d'un
Amphiteatre , & divers
autres Ouvrages des Romains.
La Mayenne ſepare
la Ville en deux parties ,
dont la plus grande s'étend
fur le panchant d'une
agreable Colline , au
haut de laquelle on voit
l'Eglife S. Maurice , &
le Chaſteau d'Angers ; &
c'eſt ce qu'on appelle la
Cité.
auſſi eſt - elle fort confi-
,
de Siam. 57
derable. C'eſt la Capitale
d'Anjou. Elle a Prefidial
, Bailliage , Univerfité
, avec un Eveſché
Suffragant de Tours . Elle
eſt ſur la Riviere de
Mayenne qui reçoit la
Sarte & la Loire . Elle
eft grande, belle, & bien
peuplée , & a une Campagne
fertille en bons
Vins . Ses Maiſons font
couvertes d'Ardoife , ce
qui l'a fait appeller Ville
noire. Elle eſt ancien
58 Voyage des Amb.
ne Ony voit le refte d'un
Amphiteatre , & divers
autres Ouvrages des Romains.
La Mayenne ſepare
la Ville en deux parties ,
dont la plus grande s'étend
fur le panchant d'une
agreable Colline , au
haut de laquelle on voit
l'Eglife S. Maurice , &
le Chaſteau d'Angers ; &
c'eſt ce qu'on appelle la
Cité.
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Résumé : Description d'Angers. [titre d'après la table]
Angers, capitale de l'Anjou, est une ville fortifiée avec un Préfidial, un Bailliage, une Université et un Évêché. Elle est située sur la rivière Mayenne, à la confluence de la Sarthe et de la Loire. Angers est grande, belle et bien peuplée, entourée d'une campagne fertile produisant de bons vins. Ses maisons sont couvertes d'ardoise, lui valant le surnom de 'Ville noire'. La ville possède des vestiges romains et est divisée en deux parties par la Mayenne.
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17977
p. 32-36
Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Mots clefs :
Chevaux, Ambassadeurs, Poil, Jacques-Louis de Beringhen, Roi, Rang, Perle, Rubans, Tête, Chevaux de carrosse, Petite écurie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs ont eſté
voir ces Ecuries. Ils entrerent
dans la Petite par la grille, &
furent receus à la porte de
l'Ecurie par Male Marquis de
Beringhen, Premier Ecuyer
du Roy, receu en ſurvivance.
Il eſtoit ſuivy de M. de Ca
des Amb. de Siam.
3.3
banac , & de deux autres Efcuyers
, du Gouverneur des
Pages , avec la plus grande
partie de cette Nobleffe , le
reſte eſtant au rendez-vous
de Chaſſe de Monſeigneur
Il y avoit auſſi beaucoup de
Valets- de- pied , & un nombre
preſque infiny de perſonnes
de Livrée , quoyqu'il
en fuſt demeuré plufieurs
dans tous les rangs .
Aprés que les Ambaſſadeurs
& M de Beringhen ſe furent
ſaluez , & que les complimens
de civilité eurent eſté
faits , on entra dans le dou
34 III. P. du Voyage
ble rang, où l'on fit voir d'abord
aux Ambaſſadeurs cinq
Attelages à dix Chcvaux, entre
leſquels ils remarquerent,
Ceux d'Eſpagne , de poil
noir.
Les Brandebourgs , de poil
bay, qui viennent de la Pruffe
Ducale,&dont M l'Electeur
de Brandebourg fit prefent
au Roy il y a environ cinq
ans .
Les gris de perle , qui font
de trés-nobles Chevaux, fortis
du haras du Comte d'Oldembourg.
Les Tygres , qui viennent
des Amb de Siam. 35
du coſté de Pologne.
Les feüilles-mortes, qui font
d'un poil trés - rare & tresbeaux
, & qui viennent du
meſme pays que les gris de
perle.
Les Ambaſſadeurs n'admirerent
pas ſeulement la fierté
de tous ces Chevaux , mais
encore la beauté & la diver
ſité de leur poil. Ils pafferent
de là au rang des Montures
de Monſeigneur , où ils virent
un fort grand nombre
de trés-beaux Chevaux, tant
de France , que d'Angleterre.
Ils eftoient tous en bridons
36 III . P. du Voyage
blancs, avec des rubans couleur
de feu à la teſte , ainſi
que les Chevaux de carroſſe,
qu'ils avoient déja vûs , &
dont les queuës eſtoient pareillement
garnies de rubans.
Ceux qu'ils virent aprés cela
en avoient auſſi , j'entens les
Chevaux de carroſſe, les autres
n'en ayant qu'à la teſte.
voir ces Ecuries. Ils entrerent
dans la Petite par la grille, &
furent receus à la porte de
l'Ecurie par Male Marquis de
Beringhen, Premier Ecuyer
du Roy, receu en ſurvivance.
Il eſtoit ſuivy de M. de Ca
des Amb. de Siam.
3.3
banac , & de deux autres Efcuyers
, du Gouverneur des
Pages , avec la plus grande
partie de cette Nobleffe , le
reſte eſtant au rendez-vous
de Chaſſe de Monſeigneur
Il y avoit auſſi beaucoup de
Valets- de- pied , & un nombre
preſque infiny de perſonnes
de Livrée , quoyqu'il
en fuſt demeuré plufieurs
dans tous les rangs .
Aprés que les Ambaſſadeurs
& M de Beringhen ſe furent
ſaluez , & que les complimens
de civilité eurent eſté
faits , on entra dans le dou
34 III. P. du Voyage
ble rang, où l'on fit voir d'abord
aux Ambaſſadeurs cinq
Attelages à dix Chcvaux, entre
leſquels ils remarquerent,
Ceux d'Eſpagne , de poil
noir.
Les Brandebourgs , de poil
bay, qui viennent de la Pruffe
Ducale,&dont M l'Electeur
de Brandebourg fit prefent
au Roy il y a environ cinq
ans .
Les gris de perle , qui font
de trés-nobles Chevaux, fortis
du haras du Comte d'Oldembourg.
Les Tygres , qui viennent
des Amb de Siam. 35
du coſté de Pologne.
Les feüilles-mortes, qui font
d'un poil trés - rare & tresbeaux
, & qui viennent du
meſme pays que les gris de
perle.
Les Ambaſſadeurs n'admirerent
pas ſeulement la fierté
de tous ces Chevaux , mais
encore la beauté & la diver
ſité de leur poil. Ils pafferent
de là au rang des Montures
de Monſeigneur , où ils virent
un fort grand nombre
de trés-beaux Chevaux, tant
de France , que d'Angleterre.
Ils eftoient tous en bridons
36 III . P. du Voyage
blancs, avec des rubans couleur
de feu à la teſte , ainſi
que les Chevaux de carroſſe,
qu'ils avoient déja vûs , &
dont les queuës eſtoient pareillement
garnies de rubans.
Ceux qu'ils virent aprés cela
en avoient auſſi , j'entens les
Chevaux de carroſſe, les autres
n'en ayant qu'à la teſte.
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Résumé : Les Ambassadeurs receus à la Petite Ecurie par Mr le Marquis de Beringhen, avec le nombre & le Pays de tous les Chevaux qu'ils y ont veu. [titre d'après la table]
Les Ambassadeurs de Siam visitèrent les écuries royales, accueillis par le Marquis de Beringhen, Premier Écuyer du Roi, et d'autres Écuyers ainsi que la noblesse. La visite fut marquée par la présence de nombreux valets et personnes en livrée. Après les salutations, les Ambassadeurs admirèrent cinq attelages de dix chevaux chacun, incluant des chevaux d'Espagne, des Brandebourgs de Prusse, des gris de perle du Comte d'Oldembourg, des Tygres de Pologne et des feuilles-mortes du même Comte. Ils notèrent la fierté, la beauté et la diversité des chevaux. Ensuite, ils furent conduits au rang des montures de Monseigneur, où ils virent des chevaux français et anglais ornés de bridons blancs et de rubans rouges, ainsi que des chevaux de carrosse garnis de rubans aux queues.
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17978
p. 70-78
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
Début :
MONSIEUR, PERSONNE ne rend plus de justice que moi à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
LETTRE sur un Auteur du 17e siècle,
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
écrite par M. DE MASSAC, Receveur
G[é]néral des Fermes du Roi,
Abonné au Mercure, & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Limoges, à M. le Chevalier de
VIVENS, de la même Société, de
celle de Metz, & de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
MONSIEUR,
PERSONNE ne rend plus de justice
que moi à M. le Franc de Pompignan.
Tous les efforts que les Beaux-Efprits de ..
ce fiécle ont fait depuis quelque temps
pour indifpofer le Public contre lui , ne
m'ont point fait changer de façon de
penfer fur cet Auteur eftimable, dont
j'admire comme vous , & les talens , &
les vertus. Je viens de relire fes Ouvrages
avec un nouveau plaifir : cette lecture
m'a rappellé ce que vous me fires l'hon A
neur de m'écrire le 11 Février 1762.
» M. de Pompignan , me marquiez-
JANVIER. 1764.
de Pompignan ,
7 *
» vous , ne dit rien de bien flatteur ( a )
» pour Coftabadie . Sur huit Livres d'Epi-
» grammes latines de cet Auteur , il ne
> reconnoît pour bons que, quatre vers
» que Santeuila pillés. Il paroît étonnant
» que tout le refte foit abfolument mau-
» vais : j'ai quelques doutes fur ce juge-
» ment rigoureux , & j'en appelle avaus
Qui mieux que vous, Monfieur , feroit
en état de réformer , s'il y a lieu , le ju
gement prononcé par M. le Franc , fur le
mérite littéraire du Poëte dont il s'agitè
J'imagine que vous n'avez pas fes Ŏu-
vrages : vous fçavez que j'en fuis poffef-
feur ; ce ne peut être que cette raifon qui
vous engage à me demander ce que j'en
penfe moi-même. Le voici.ve
Je conviens , avec M. de Pompignan ,
que notre Auteur n'avoit pas l'efprit
épigrammatique à un certain point , &
que fes Epigrammes , qui font en génér
ral d'une latinité médiocre , ne font pref
que toutes que des defcriptions des cha
fes , ou des éloges des perfonnes dont il
parle. Mais il faut convenir auffi qu'il y
en a plus de trois ou quatre qui méritoient
de fixer l'attention de notre Critique. Son
( a ) Voyez les Oeuvres diverfes de M.le Frang
282021
3
edit. Paris , 1733. tom .
酱
2:p
2
72 MERCURE DE FRANCE .
jugement me paroît
contradictoire
d'un côté, il reconnoît pour bonnes au
moins trois ou quatre Epigrammes ; de
l'autre côté , il déclare qu'il alloit fer-
mer fon Coftabadius , fans quatre vers
qu'il affure être les feuls bons que cet
Auteur ait fais. Cette derniere affer-
tion fe trouve encore placée après l'a-
veu formel de M. de Pompignan , que
notre Poëte a bien caractériſé la per-
fonne & les Ecrits de M. Garifolles;
qu'il a honoré par fes vers plufieurs au-
tres Montalbanois & qu'on doit être
flatté de l'Epigramme qu'il a compo-
fée à l'honneur de Montauban.
S'il eft vrai qu'il n'y ait que quatre
bons vers dans tout Coftabadie , il fera
également vrai que M. Gariffoles , plu-
fieurs autres Montalbanois & Montau-
ban lui-même ont été honorés par de
mauvais vers, S'il font trouvés bons par
des Montalbanois , parce qu'ils font
faits à leur honneur , comment tous
es hommes en général doivent-ils trou-
yer,par un intérêt commun ,la deuxiéme
Epigramme du Liv.
I. Sur la chute
d'Adam , qui finit ainfi ;
Si locus humano pateat , fine crimine , voto,
Adam , utinam furdus , muta vel Eva fores ,
dont
JANVIER. 1764.
73
dont M. de Pompignan n'a pas jugé à
propos de parler. Celle - ci , euffé - je
l'honneur d'être de Montauban
,
me
paroîtra toujours fupérieure à celles qui
flattent les Montalbanois ; mais vous
& moi , Monfieur , & tous nos com-
patriotes , ne devons-nous pas être pour
le moins auffi flattés de la trente &
uniéme Epigramme du Livre VII. fur
la deftruction de Tonneins , qui eft ter-
minée par ces mots.
• ·
• Mihi patria noftra dediſti
Vitam unam , luctus funera mille dabit.
Coftabadie nous apprend par cette
Epigramme , que Tonneins étoit le lieu
de fa naiffance , qu'il avoit vu cette
Ville avant qu'elle fût détruite ; d'où
l'on peut juger qu'il étoit né vers le
commencement du dix-feptiéme fiécle ,
puifque ce ne fut qu'en 1621 que les
Villes de Tonneins & de Clairac fu-
détruites de fond en comble & réduites
en cendres par ordre de LOUIS XIII .
Sans m'arrêter aux Epigrammes 50
& 58 du Livre V , à la 22° du Livre
VIII , &c , que je crois au-deffus de
celles dont parle M. de P ...... je me
fais un plaifir de tranfcrire en entier
IL Vol.
.: D
74 MERCURE DE FRANCE.
la 36° du Livre VII fur la Garonne. H
n'eft pas douteux , comme vous le dites,
& comme le croit M. de P .... qu'elle
n'ait fourni à Santeuil la plus belle
image de fa belle infcription pour la
Pompe de Notre Dame de Paris :
Sequana cum primum reginæ allabitur urbi
Tardat præcipites ambitiofus aquas ;
Captus amore loci , curfum oblivifcitur , anceps
Quò fluat, & dulces nectit in urbe moras.
Voyons à préfent comment s'expri-
me notre Poëte Gafcon. Quoique fon
idée fur la Garonne ne foit pas auffi
pompeufement rendue que celle de
Santeuil fur la Seine ,
il n'en a pas
moins le mérite de l'invention .
Monte Pyrenæo , & celfis natalibus undans ,
Fæcundo erumpit fonte , garumma levis.
Nafcitur iratus , primâque obmurmurat undâ ;
Huic inimica quies , jamque ruina placet.
Præter greffus abit media impedimenta Tholofe,
Terra & agenna tuos confpuit altus ogros.
Inde falutat aquis & amica voce thonenfum ,
Pronus in oceanum fudat abire fuum .
Burdigalæ fed tantus amor , cum littora tangit
Vivifca
ambiguâ currit & hæret aquâ.
* L'Auteur auroit dû dire Vibifca au lieu de
Vivifca , il y a un V pour un B
tot Buturiges.
>
felon la
mauvaite habitude des Gafcons. Vibifci ou plu-
JANVIER. 1764.
Penituit liquifle urbem fimilisque do lenti
In muros refluis ecce recurrit aquis.
75
» La Garonne fort des Monts Pyren-
» nées : dès fa fource elle eſt abondante ,
» rapide , courroucée ; elle fait entendra
» le bruit de ſes eaux ; le repos lui dé-
» plaît , il faut qu'elle caufe du ravage .
» Franchiffant les digues que Toulouſe
» lui oppoſe , elle traverſe cette ville &
»
groffiffant dans fon cours , Agen , elle
» arrofe tes campagnes. De là après avoir
falué Tonneins du doux bruit de fes
» flots , elle s'efforce d'aller fe précipi-
» te dans l'Océan ; mais à peine tou-
» che-t-elle les rivages du pays Bordelois,
»
qu'éprife d'amour pour Bordeaux , elle
» fe ralentit , n'a qu'un cours incertain ;
» & comme fi elle étoit affligée d'avoir
» quitté cette ville , elle revient fur elle-
» même & reflue jufques fur fes murs.
Au refte il plaît à M. de P
... •
d'appeller notre Auteur Coftabadius, en
ajoutant que ce nom eft fort obfcur,
mais en us & par conféquent en régle ,
dit-il , pour un Verfificateur latin.
Le véritable nom françois de notre
Poëte étoit Coftabadie. Il éxiftoit en-
core une demoiſelle de cette Famille
il n'y a pas long-temps , & elle s'ap-
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
pelloit Coftabadie , comme fes ancê
tres. Je ne ne vois pas que ce nom
foit plus obfcur que tout autre. Quand
fa terminaifon eût été en us , cela au-
roit-il pû faire croire
à celui qui le
portoit , qu'il devoit verfifier en la-
tin. Nous voyons à la vérité que les
noms de plufieurs grands Poëtes finif
fent en us , mais n'avons nous pas auf-
fi les Martial , les Juvenal ? & c , & c.
Je pense donc , avec tout le refpect
que je dois à M. de P .... qu'il au-
roit pû fe difpenfer , quand bien même
Coftabadie fe fût appellé Coftabadius ,
de profiter de cette circonftance pour
jetter une espéce de ridicule fur un
Auteur plus digne , à certains égards ,
d'être connu , que plufieurs autres dont
nous voyons les ouvrages célébrés dans
nos Annales Litteraires.
Vibifci étoient des Peuples de l'an-
cienne Aquitaine , qui occupoient le
pays qu'on nomme aujourd'hui Bor ,
delois. Ainfi littora vibifca , fignifie
à la rigueur , les bords de la Garonne
depuis Langon ou S. Macaire , jufqu'à
l'embouchure de ce fleuve dans l'Océan .
Les Bituriges vibifci, étoient ainfi nom-
més pour les diftinguer des Bituriges
JANVIER. 1764.
77 .
cubi , qui font aujourd'hui les Peuples
du Berri.
Je finirai cette lettre , Monfieur
en vous annoncant que la Société d'A-
griculture du Limoufin , qui fe félicite
tous les jours de vous compter au
nombre de fes Affociés , vient enfin
d'acquérir un degré de ftabilité q i
lui étoit abfolument néceffaire . C'eſt aux
foins de M. Turgot notre Intendant, fans
ceffe utilement occupé des moindres dé-
tails de l'adminiftration qui lui eft con-
fiée , que nos Bureaux
font rede-
vables de la jouiffance d'un revenu
annuel pour fubvenir aux frais indifpen-
fables qu'ils font obligés de faire. Cer
événement a ranimé le zéle de la plû
part de nos Confrères. Ils ont com-
mencé l'emploi de leurs fonds par
l'acquifition des inftrumens néceffaires
pour faire des expériences météorologi-
ques , fuivant les inftructions dont vous
avez bien voulu nous faire part. II
faut efpérer que notre exemple fera
fuivi par les autres Sociétés Royales ,
qui ne doivent pas attendre , avec moins
d'empreffement que nous-mêmes , de
voir paroître la cinquième partie de
* Celui de Brive à 300 liv. par an.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vos obfervations d'Agriculture ,
page 108.
an
noncée dans le Mercure de France , du
mois d'Octobre dernier , premier vol.
à Brive la Gaillarde, le 15 Décembre 1763.
Fermer
17978
LETTRE sur un Auteur du 17 e siècle, écrite par M. DE MASSAC, Receveur G[é]néral des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à M. le Chevalier de VIVENS, de la même Société, de celle de Metz, & de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Bordeaux.
17980
p. 77-78
ENIGME.
Début :
J'altere la délicatesse [...]
Mots clefs :
Barbe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
J''AALLTTEERREE la délicateſſe
Du lieu dont je ſuis l'ornement ;
Je viens toujours tout doucement ,
Et l'on me chaſſe avec viteſſe :
On ſeroit bien fâché de ne me point avoir.
Souvent on me defire avec impatience :
Mais dans le lieu de ma naiſſance
On ne sçauroit ſe réſoudre à me voir.
Si j'embellis le brun , j'enlaidis fort la blonde.
L'on m'aime , & l'on me hait :
On me fait , lorſqu'on me défait.
Les gens de piété profonde
Pour me garder ſortent du monde.
Tout le reſte du genre humain
Me fait un traitement ſévere :
Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
Mais malgré tout ce qu'on peut faire ,
On me chaffe aujourd'hui ,& je reviens demain.
J''AALLTTEERREE la délicateſſe
Du lieu dont je ſuis l'ornement ;
Je viens toujours tout doucement ,
Et l'on me chaſſe avec viteſſe :
On ſeroit bien fâché de ne me point avoir.
Souvent on me defire avec impatience :
Mais dans le lieu de ma naiſſance
On ne sçauroit ſe réſoudre à me voir.
Si j'embellis le brun , j'enlaidis fort la blonde.
L'on m'aime , & l'on me hait :
On me fait , lorſqu'on me défait.
Les gens de piété profonde
Pour me garder ſortent du monde.
Tout le reſte du genre humain
Me fait un traitement ſévere :
Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
Mais malgré tout ce qu'on peut faire ,
On me chaffe aujourd'hui ,& je reviens demain.
Fermer
17981
p. 73-74
LOGOGRYPHE.
Début :
Tout Général me place au rang de ses vertus : [...]
Mots clefs :
Castramétation
17982
p. 73-74
LOGOGRYPHE.
Début :
Mes cinq pieds pris de suite & sans les desunir, [...]
Mots clefs :
Babel
17983
p. 78-79
LOGOGRYPHE.
Début :
Je porte en treize pieds le métail précieux, [...]
Mots clefs :
Subordination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPH Ε.
JE
porte en treize pieds le métail précieux ,
Dont l'avare repaît , & fon coeur & ſes yeux ;
Le caſque d'un Viſir ; cette liqueur vermeille ,
Que le Dieu des côteaux fait couler de la treille ;
Cequi fait l'ornement&leprix d'un chapeau ;
Le bruit que le Berger fait rendre à ſon pipeau ;
L'Amant de Talaïre; un terme de phyſique ;
Un mets dont ſe nourrit le peuple Aſiatiques
Ce qui fait d'ordinaire un acte d'un repas ;
Un ſage qui de l'or ne faiſoit aucun cas ;
Cequi charme un ſoldat au fort de la défaite ;
L'objet , l'unique objet des defirs d'un athlete ;
Un meuble néceſſaire au pieux voyageur ,
Dont Rome ou Compoſtelle admirent la ferveur :
UneDivinité dans Memphis adorée ;
Ce Prince infortuné ſi cher à Cythérée :
Une injure groſſiere , un boyau plein de ſang :
Tout homme bourſoufié des honneurs de fon
rang:
Cemot que ſur un ton fidoux pour une Actrice ,
Au théâtre prodigue un parterre propice ;
Un oiſeau ſur le Nil redoutable aux ferpens ;
Une fille en amour fidelle à ſes dépens :
JANVIER. 1757. 79
T
Cette charmante ſoeur dont l'humeur trop volage
Dans les murs de Sichem fit porter le ravage:
Lamere des épics , la force d'un château ,
La montagne où Pâris conduiſoit ſon troupeau;
Ce qui chez la Maubois fit entrer la fortune:
Une Nymphe qui dut ſon bonheur à Neptune ;
Lamouche de Junon , les Pages de l'Amour ;
Ce qui fait qu'un vieillard à Vulcain fait ſa cour;
Ce que , même au Couvent , nos jeunes Demoifelles
Rangent avec tant d'art , pour paroître plus belles.
Pour tout dire , en un mot ,je ſuis ce que l'Auteur
Sera toujours en droit d'exiger de ſa ſoeur.
ParMademoiselle DE SAURET , l'aînée» ,
Penſionnaire chez les Dames de la Foi.
ASainte-Foi , en Agenois.
JE
porte en treize pieds le métail précieux ,
Dont l'avare repaît , & fon coeur & ſes yeux ;
Le caſque d'un Viſir ; cette liqueur vermeille ,
Que le Dieu des côteaux fait couler de la treille ;
Cequi fait l'ornement&leprix d'un chapeau ;
Le bruit que le Berger fait rendre à ſon pipeau ;
L'Amant de Talaïre; un terme de phyſique ;
Un mets dont ſe nourrit le peuple Aſiatiques
Ce qui fait d'ordinaire un acte d'un repas ;
Un ſage qui de l'or ne faiſoit aucun cas ;
Cequi charme un ſoldat au fort de la défaite ;
L'objet , l'unique objet des defirs d'un athlete ;
Un meuble néceſſaire au pieux voyageur ,
Dont Rome ou Compoſtelle admirent la ferveur :
UneDivinité dans Memphis adorée ;
Ce Prince infortuné ſi cher à Cythérée :
Une injure groſſiere , un boyau plein de ſang :
Tout homme bourſoufié des honneurs de fon
rang:
Cemot que ſur un ton fidoux pour une Actrice ,
Au théâtre prodigue un parterre propice ;
Un oiſeau ſur le Nil redoutable aux ferpens ;
Une fille en amour fidelle à ſes dépens :
JANVIER. 1757. 79
T
Cette charmante ſoeur dont l'humeur trop volage
Dans les murs de Sichem fit porter le ravage:
Lamere des épics , la force d'un château ,
La montagne où Pâris conduiſoit ſon troupeau;
Ce qui chez la Maubois fit entrer la fortune:
Une Nymphe qui dut ſon bonheur à Neptune ;
Lamouche de Junon , les Pages de l'Amour ;
Ce qui fait qu'un vieillard à Vulcain fait ſa cour;
Ce que , même au Couvent , nos jeunes Demoifelles
Rangent avec tant d'art , pour paroître plus belles.
Pour tout dire , en un mot ,je ſuis ce que l'Auteur
Sera toujours en droit d'exiger de ſa ſoeur.
ParMademoiselle DE SAURET , l'aînée» ,
Penſionnaire chez les Dames de la Foi.
ASainte-Foi , en Agenois.
Fermer
17984
p. 58
Ils disnent à Aurosiez. [titre d'après la table]
Début :
Le 19. les Ambassadeurs disnerent à Aurosiez, & coucherent à [...]
Mots clefs :
Les Rosiers, Saumur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Aurosiez. [titre d'après la table]
Le 19. les Ambaſſadeurs
difnerent à Aurofiez , &
de Siam. 59
coucherent à Saumur .
difnerent à Aurofiez , &
de Siam. 59
coucherent à Saumur .
Fermer
17985
p. 74
LOGOGRYPHUS.
Début :
Si quid dat pars prima mei, pars altera rodit. [...]
Mots clefs :
Domus
17987
p. 59
Reception qu'on leur fait à Saumur. [titre d'après la table]
Début :
C'est une Ville en Anjou qui est sur la Loire, & a [...]
Mots clefs :
Saumur, Réception
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception qu'on leur fait à Saumur. [titre d'après la table]
C'eſt une Ville en Anjou
qui eſt ſur la Loire , & a
-un fort beau Chasteau .
1 Elle receut les Ambaſſadeurs
avec les meſmes
honneurs qu'on leur avoit
faits dans les autres
Villes , qui s'eftoient le
plus fait diftinguer . On
3 leur donna des Gardes ,
& le Lieutenant , & le
Major , s'emprefferent
fort à faire éclater leur
zcle.
qui eſt ſur la Loire , & a
-un fort beau Chasteau .
1 Elle receut les Ambaſſadeurs
avec les meſmes
honneurs qu'on leur avoit
faits dans les autres
Villes , qui s'eftoient le
plus fait diftinguer . On
3 leur donna des Gardes ,
& le Lieutenant , & le
Major , s'emprefferent
fort à faire éclater leur
zcle.
Fermer
17988
p. 60
Ils disnent à la Chapelle-Blanche, & couchent à Langeys. [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs disnerent le 20. à la Chapelle blanche, & [...]
Mots clefs :
La Chapelle-Blanche, Langey
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à la Chapelle-Blanche, & couchent à Langeys. [titre d'après la table]
Voyage des Amb.
Les Ambaſſadeurs difnerent
le 20. à la Chapelle
blanche , & coucherent.
à Langeys , où les Bourgeois
ſe mirent ſous les
Armes , & firent garde.
Les Ambaſſadeurs difnerent
le 20. à la Chapelle
blanche , & coucherent.
à Langeys , où les Bourgeois
ſe mirent ſous les
Armes , & firent garde.
Fermer
17989
p. 60-63
Ils sont reçeus à Tours par l'ordre de M. de Nointel, Intendant. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Début :
Le 21. ils disnerent à Tours. Vous sçavez que c'est [...]
Mots clefs :
Tours, Ville, Présidial, Intendant, Réception, Louis Béchameil de Nointel, Description
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ils sont reçeus à Tours par l'ordre de M. de Nointel, Intendant. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Le 21. ils difnerent à
Tours. Vous ſçavez que
c'eſt la Capitale de la Province
de Touraine,& qu'il
y a un Siege Archiepifcopal.
Cette Ville qui eſt
grande , belle , & ancienne
, eſt ſituée entre les Rivieres
de Cher , & de Loide
Siam. 61
re ; elle est marchande , &
fur tout pour les Etofes
de ſoye qui s'y fabriquent.
Tout le monde ſçait en
e quelle reputation l'abondance
des beaux Fruits l'a
a mife. Il y a Prefidial , Geeneralité
, & l'on y bat
3. Monnoye. M'deNointel,
Intendant , y donna des
D. ordres ſi extraordinaires
↑ pour leur reception , qu'il
eſt impoſſible de porter
iles choſes plus loin qu'on
fit en cette Ville là. Les
1
62 Voyage des Amb.
Ambaſſadeurs y furent reçûs
au bruit du Canon.
Le Prevoft& les Archers
allerent à chevalau devant
d'eux avec leurs hoc
quetons. Ils furent haranguez
par M de Ville
dont ils receurent les Prefens
. Ms du Prefidial &
les Tréſoriers de France,
vinrent auffi les complimenter
. Enfin la reception
quileur a efté faire à
Tours les a fifort contentez,
qu'ils en ontſouvent
de Siam. 63
parlédepuis ce tempslà,&
ils donnent encore tous
les jours mille louanges à
M'l'Intendant .
Tours. Vous ſçavez que
c'eſt la Capitale de la Province
de Touraine,& qu'il
y a un Siege Archiepifcopal.
Cette Ville qui eſt
grande , belle , & ancienne
, eſt ſituée entre les Rivieres
de Cher , & de Loide
Siam. 61
re ; elle est marchande , &
fur tout pour les Etofes
de ſoye qui s'y fabriquent.
Tout le monde ſçait en
e quelle reputation l'abondance
des beaux Fruits l'a
a mife. Il y a Prefidial , Geeneralité
, & l'on y bat
3. Monnoye. M'deNointel,
Intendant , y donna des
D. ordres ſi extraordinaires
↑ pour leur reception , qu'il
eſt impoſſible de porter
iles choſes plus loin qu'on
fit en cette Ville là. Les
1
62 Voyage des Amb.
Ambaſſadeurs y furent reçûs
au bruit du Canon.
Le Prevoft& les Archers
allerent à chevalau devant
d'eux avec leurs hoc
quetons. Ils furent haranguez
par M de Ville
dont ils receurent les Prefens
. Ms du Prefidial &
les Tréſoriers de France,
vinrent auffi les complimenter
. Enfin la reception
quileur a efté faire à
Tours les a fifort contentez,
qu'ils en ontſouvent
de Siam. 63
parlédepuis ce tempslà,&
ils donnent encore tous
les jours mille louanges à
M'l'Intendant .
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Résumé : Ils sont reçeus à Tours par l'ordre de M. de Nointel, Intendant. Description de la Ville. [titre d'après la table]
Le 21, les ambassadeurs arrivèrent à Tours, capitale de la province de Touraine, qui possède un siège archiépiscopal. Tours est une ville grande, belle et ancienne, située entre les rivières de Cher et de Loire. Elle est renommée pour son commerce, notamment les étoffes de soie, et pour l'abondance de ses fruits. La ville abrite un présidial, une généralité et une monnaie locale. L'intendant, M. de Nointel, organisa une réception exceptionnelle pour les ambassadeurs, marquée par un accueil solennel avec salves de canon, escorte par le prévôt et les archers à cheval, et discours de M. de Ville. Le président du présidial et les trésoriers de France vinrent également les complimenter. Cette réception laissa une impression positive, et les ambassadeurs louèrent particulièrement l'intendant.
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17990
p. 36-42
Description de la Scellerie de Monseigneur le Dauphin, & tout ce qu'elle contient. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent ensuite à la Sellerie de Monseigneur, dans laquelle [...]
Mots clefs :
Chevaux, Sellerie du dauphin, Selles, Poteaux, Monture
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Scellerie de Monseigneur le Dauphin, & tout ce qu'elle contient. [titre d'après la table]
Ils allerent enſuite à la Sellerie
de Monſeigneur , dans
laquelle ſont cinq grandes
Armoires à deux batans .
Dans celle du milieu , &
qu'on trouve en face , font
toutes les Lances , les Dards,
des Amb. de Siam. 37
toutes les Brides d'argent &
de vermeil doré , & tout ce
qu'il y a de plus riche dans
ces fortes de harnois .
Celles qui font à droite&
à gauche de cette Armoire,
font remplies de Houſſes, de
Croupes & de Chaperons de
Piſtolets, trés-riches . Au haut
des meſmes Armoires font
encore quantité de Selles enrichies
de toutes fortes de
broderies.
Dans la quatriéme Armoire
, & qui eſt à droite , font
toutes les Selles à l'Angloiſe,
avec leurs petites Houſſes ;
38 III. P. du Voyage
elles font auffi propres que
riches).
Dans la cinquiéme,&qu'on
trouve à gauche, font toutes
les Houffes en fouliers . Elles
font d'une trés - grande richeſſe
, & fervent pour les
Cavalcades & promenades
avec les Dames .
Dans le pourtour du reſte
de la Sellerie , font des poteaux
triangulaires , ſur lefquels
les Selles des Chevaux
de Monſeigneur font toujours
en êtar , & fur le bout
de chaque poteau eſt le nom
du Cheval , auquel doit fervir
la Selle .
des Amb. de Siam, 39
Au deſſous de ces poteaux
régne encore un cordon d'autres
poteaux ronds, en forme
de cordon , ſur leſquels on
met les Brides dans le même
ordre,&come elles ne ſuffifent
pas pour les remplir, on voit
fur ceux qui reſtent quantité
de Harnois neufs qu'on tient
tout prefts , pour le beſoin
que lesChevaux de monture
de Monſeigneur en peuvent
avoir. Il y a encore une autre
Sellerie pour les Chevaux
de fuite.
- Les Ambaſſadeurs admirerent
trois choſes dans ces
40 III P. duVoyage
Selleries, ſur leſquelles ils s'expliquerent
, ſçavoir le grand
nombre de ces Equipages de
Chevaux, leur richeffe, & le
bon ordre dans lequel ils font
tenus .
Ils furent enſuite conduits
dans le rang des Attelages ,
qu'ils n'avoient pas encor vû.
Ce rang eſtoit tout remply de
trés-beauxChevaux. Leurgradeur
& leur épaiffeur les furprirent
tellementqu'ils en mefurerent
quelques-uns, &particulierement
de ceux de l'Attelage
qui ne fert qu'aux Entrées
des Ambaſſadeurs , avec
des Amb . de Siam. 41
un Carroſſe trés-riche , qui
n'eſt deſtiné qu'à ce ſeul uſage.
Le dedans eft d'un velours
cramoiſi , brodé d'or , d'un
trés-beau travail. Le dehors
eſt peint & doré dans tous
les endroits qui peuventfouffrir
la peinture & la dorure.
L'attelage de ce Carroſſe eſt
de douze Chevaux.
Les autres qu'ils meſurerent,
& qu'ils trouverent trésbeaux
& trés-grands , furent
les Chevaux du Corps , qui
font gris & pommelez .
Ils paſſerent de là dans d'autres
rangs, puis ils s'arrêterent
D
42 III. P. du Voyage
à confiderer le Dôme dont je
vous ay déja parlé , & ils le
trouverent auſſi hardy que
beau .
:
Aprés qu'ils eurent paffé
dans tous les rangs d'attelages
, on les mena dans ceux
des montures de Sa Majesté,
où tous les Chevaux estoient
auſſi en bridons & en rubans.
de pareille longueur que
celuy deMonſeigneur,& tient
48 places : la plupart de ces
Chevaux de monture ſont de
France & d'Angleterre.
de Monſeigneur , dans
laquelle ſont cinq grandes
Armoires à deux batans .
Dans celle du milieu , &
qu'on trouve en face , font
toutes les Lances , les Dards,
des Amb. de Siam. 37
toutes les Brides d'argent &
de vermeil doré , & tout ce
qu'il y a de plus riche dans
ces fortes de harnois .
Celles qui font à droite&
à gauche de cette Armoire,
font remplies de Houſſes, de
Croupes & de Chaperons de
Piſtolets, trés-riches . Au haut
des meſmes Armoires font
encore quantité de Selles enrichies
de toutes fortes de
broderies.
Dans la quatriéme Armoire
, & qui eſt à droite , font
toutes les Selles à l'Angloiſe,
avec leurs petites Houſſes ;
38 III. P. du Voyage
elles font auffi propres que
riches).
Dans la cinquiéme,&qu'on
trouve à gauche, font toutes
les Houffes en fouliers . Elles
font d'une trés - grande richeſſe
, & fervent pour les
Cavalcades & promenades
avec les Dames .
Dans le pourtour du reſte
de la Sellerie , font des poteaux
triangulaires , ſur lefquels
les Selles des Chevaux
de Monſeigneur font toujours
en êtar , & fur le bout
de chaque poteau eſt le nom
du Cheval , auquel doit fervir
la Selle .
des Amb. de Siam, 39
Au deſſous de ces poteaux
régne encore un cordon d'autres
poteaux ronds, en forme
de cordon , ſur leſquels on
met les Brides dans le même
ordre,&come elles ne ſuffifent
pas pour les remplir, on voit
fur ceux qui reſtent quantité
de Harnois neufs qu'on tient
tout prefts , pour le beſoin
que lesChevaux de monture
de Monſeigneur en peuvent
avoir. Il y a encore une autre
Sellerie pour les Chevaux
de fuite.
- Les Ambaſſadeurs admirerent
trois choſes dans ces
40 III P. duVoyage
Selleries, ſur leſquelles ils s'expliquerent
, ſçavoir le grand
nombre de ces Equipages de
Chevaux, leur richeffe, & le
bon ordre dans lequel ils font
tenus .
Ils furent enſuite conduits
dans le rang des Attelages ,
qu'ils n'avoient pas encor vû.
Ce rang eſtoit tout remply de
trés-beauxChevaux. Leurgradeur
& leur épaiffeur les furprirent
tellementqu'ils en mefurerent
quelques-uns, &particulierement
de ceux de l'Attelage
qui ne fert qu'aux Entrées
des Ambaſſadeurs , avec
des Amb . de Siam. 41
un Carroſſe trés-riche , qui
n'eſt deſtiné qu'à ce ſeul uſage.
Le dedans eft d'un velours
cramoiſi , brodé d'or , d'un
trés-beau travail. Le dehors
eſt peint & doré dans tous
les endroits qui peuventfouffrir
la peinture & la dorure.
L'attelage de ce Carroſſe eſt
de douze Chevaux.
Les autres qu'ils meſurerent,
& qu'ils trouverent trésbeaux
& trés-grands , furent
les Chevaux du Corps , qui
font gris & pommelez .
Ils paſſerent de là dans d'autres
rangs, puis ils s'arrêterent
D
42 III. P. du Voyage
à confiderer le Dôme dont je
vous ay déja parlé , & ils le
trouverent auſſi hardy que
beau .
:
Aprés qu'ils eurent paffé
dans tous les rangs d'attelages
, on les mena dans ceux
des montures de Sa Majesté,
où tous les Chevaux estoient
auſſi en bridons & en rubans.
de pareille longueur que
celuy deMonſeigneur,& tient
48 places : la plupart de ces
Chevaux de monture ſont de
France & d'Angleterre.
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Résumé : Description de la Scellerie de Monseigneur le Dauphin, & tout ce qu'elle contient. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs visitèrent la sellerie de Monseigneur, qui comprend cinq grandes armoires. La première armoire centrale contient des lances, des dards, des brides précieuses et d'autres objets des ambassadeurs de Siam. Les armoires adjacentes abritent des housses, des croupes et des chaperons de pistolets ornés. Les armoires supérieures renferment des selles brodées. La quatrième armoire contient des selles à l'anglaise avec leurs housses, et la cinquième des houppes en soie pour les cavalcades. Autour de la sellerie, des poteaux triangulaires supportent les selles des chevaux de Monseigneur, tandis que des poteaux ronds accueillent les brides et des harnais neufs. Une autre sellerie est dédiée aux chevaux de fuite. Les ambassadeurs admirèrent la richesse et l'ordre des équipements. Ils furent ensuite conduits aux attelages, impressionnés par les chevaux de l'attelage des ambassadeurs, attelés à un carrosse richement décoré. Ils admirèrent aussi les chevaux du corps, gris et pommelés, et le dôme, jugé hardi et beau. Enfin, ils virent les montures de Sa Majesté, toutes en bridons et rubans.
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17991
p. 63-64
Ils arrivent à Amboise. Description de la Ville. Maniere dont elle les reçoit. [titre d'après la table]
Début :
Ils coucherent le mesme jour à Amboise. C'est une Ville [...]
Mots clefs :
Ville, Amboise, Description, Réception
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texteReconnaissance textuelle : Ils arrivent à Amboise. Description de la Ville. Maniere dont elle les reçoit. [titre d'après la table]
Ils coucherent
le mefme jour à Amboife
. C'eſt une Ville de
☐ Touraine auffi fur la Loire
, avec un Chaſteau
Royal que Charles VIII.
fit baſtir pour honorer
d le lieu de fa Naiſſance.
Cette Ville eft ancienne.
L'Ordre des Chevaliers de
Saint Michel y a eſté inſtitué.
On fit les meſmes
64 Voyage des Amb.
choſes pour la reception
des Ambaſſadeurs , qu'on
avoit fait dans les autres
Villes qui s'eſtoient diftinguées
; & comme il n'y a
point de Troupes , les
Bourgeois firent gardeautour
du Logis qui leur avoit
eſté preparé.
le mefme jour à Amboife
. C'eſt une Ville de
☐ Touraine auffi fur la Loire
, avec un Chaſteau
Royal que Charles VIII.
fit baſtir pour honorer
d le lieu de fa Naiſſance.
Cette Ville eft ancienne.
L'Ordre des Chevaliers de
Saint Michel y a eſté inſtitué.
On fit les meſmes
64 Voyage des Amb.
choſes pour la reception
des Ambaſſadeurs , qu'on
avoit fait dans les autres
Villes qui s'eſtoient diftinguées
; & comme il n'y a
point de Troupes , les
Bourgeois firent gardeautour
du Logis qui leur avoit
eſté preparé.
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Résumé : Ils arrivent à Amboise. Description de la Ville. Maniere dont elle les reçoit. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs sont arrivés à Amboise, ville de Touraine sur la Loire, célèbre pour son château royal construit par Charles VIII. Amboise abrite l'Ordre des Chevaliers de Saint Michel. Les cérémonies de réception furent similaires à celles des autres villes distinguées. En l'absence de troupes, les bourgeois assurèrent la garde autour du logement des ambassadeurs.
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17992
p. 64
Ils couchent, & sejournent à Blois [titre d'après la table]
Début :
Le 22. ils coucherent à Blois, & y sejournerent le [...]
Mots clefs :
Blois
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texteReconnaissance textuelle : Ils couchent, & sejournent à Blois [titre d'après la table]
Le 22. ils coucherent à
Blois , & y fejournerent
le jour ſuivant. On leur
apporta les Prefens accoutumez
.
Blois , & y fejournerent
le jour ſuivant. On leur
apporta les Prefens accoutumez
.
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17993
p. 64-66
Description de Blois. [titre d'après la table]
Début :
Blois est sur la Loire. C'est la Capitale du [...]
Mots clefs :
Blois, Loire, Comté, Description, Ville des rois, Rois
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texteReconnaissance textuelle : Description de Blois. [titre d'après la table]
Blois eft fur
la Loire . C'eſt la Capitale
de Siam..
1
du Pays Blaiſois. Elle a
titre de Comté , un Prefidial
,& une Chambre des
Comptes . On la met ordinairement
dans la Beauce
, parce qu'elle eſt du
Diocese de Chartres , &
que ſon Comté s'étend.
au delà de la Riviere de
Loire , vers la Sologne
d'un coſté , & juſques.au
Chasteaudun de l'autre...
LaVille eſt ancienne; elle
eft agreable , & bien fi
C
U
tuée. L'air y eft born, & al
66 Voyage des Amb.
la campagne fi fertile,que
c'eſt avec raiſon qu'on la
nomme la Ville des Rois ,
non feulement parce
qu'on y élevoit autrefois
les Enfans de France,mais
parce que pluſieurs de
nos Rois ont témoigné
s'y plaire beaucoup.
la Loire . C'eſt la Capitale
de Siam..
1
du Pays Blaiſois. Elle a
titre de Comté , un Prefidial
,& une Chambre des
Comptes . On la met ordinairement
dans la Beauce
, parce qu'elle eſt du
Diocese de Chartres , &
que ſon Comté s'étend.
au delà de la Riviere de
Loire , vers la Sologne
d'un coſté , & juſques.au
Chasteaudun de l'autre...
LaVille eſt ancienne; elle
eft agreable , & bien fi
C
U
tuée. L'air y eft born, & al
66 Voyage des Amb.
la campagne fi fertile,que
c'eſt avec raiſon qu'on la
nomme la Ville des Rois ,
non feulement parce
qu'on y élevoit autrefois
les Enfans de France,mais
parce que pluſieurs de
nos Rois ont témoigné
s'y plaire beaucoup.
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Résumé : Description de Blois. [titre d'après la table]
Blois, capitale du Pays Blaisois, est située sur la Loire. Elle possède le titre de Comté, un Préfidial et une Chambre des Comptes. Ville ancienne et fortifiée, elle est surnommée 'Ville des Rois' en raison de son passé royal et de sa fertilité. Plusieurs rois y ont montré leur attachement.
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17994
p. 78-90
ÉLOGE de MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, Duc de SULLY, Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1764 ; avec approbation & permission, in-8 o .
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texteReconnaissance textuelle : ÉLOGE de MAXIMILIEN DE BÉTHUNE, Duc de SULLY, Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1764 ; avec approbation & permission, in-8 o .
ÉLOGE de MAXIMILIEN DE
BÉTHUNE, Duc de SULLY,
Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI
IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris,
chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques,
au Temple du Goût, 1764 ;
avec approbation & permission, in-8o.
ENSÉ ES naturelles , diction pure ,
PENSÉES
termes choifis & juftes , fentimens no-
bles , vertueux , pathétiques & touchans,
traits ingénieux fans affectation , rien
qui fente la déclamation , le faux bel-
efprit , le clinquant ; un ton toujours fa-
ge , toujours décent ; une éloquence
en un mot , qui réunit l'élégance & la
précifion à ce goût , à cette politeffe que
donne l'ufage du monde : voilà ce que
le Public , dont nous ne fommes ici que
les interprêtes , a le plus loué dans l'Ou-
vrage de Mlle Mazarelli.
JANVIER. 1764.
79
Sans s'aftreindre à cette marche régu-
lière & fymétrique qui partage , divife &
fubdivife la plupart des Ecrits de ce gen-
re , l'Auteur fuit fon Héros ( qu'on ne
perd jamais de vue ) dans les principales
circonftances de fa vie ; & c'eft d'après
la fimplicité de ce plan , que nous - mê-
mes , fans nous affujettir à aucun ordre ,
nous allons extraire quelques morceaux
qui caractérisent le Duc de Sully , & l'é-
loquence de fon Panégyrifte .
Après un Exorde plein de douceur ,
de fimplicité & de nobleffe fur les carac-
tères de la véritable grandeur , fuit un
tableau de la fituation de la France lorf-
que Sully parut à la Cour de Navarre.
" La France toujours guerrière ne fut
» pas toujours vertueufe. Une politique
» impie alluma dans fon fein les feux de
» la haine & de la vengeance. Ce n'é-
» toient plus ces François fi fidèles à leurs
» Rois , fi généreux aux champs de la
» victoire , fi recommandables par la
» franchiſe & la fimplicité des mœurs.
» Victimes d'un Fanatifme aveugle &
» barbare , ils ne refpiroient que le
» meurtre , les ravages , les profcrip-
tions ; & cet Empire touchoit à fes
» derniers momens , fi , pour lui donner
» une nouvelle fplendeur , le Ciel n'eût
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» confervé Henri IV , qui , joignant à
» fes qualités héroïques l'heureux talent
» de connoître les hommes , choifit pour
» ami , pour Miniftre , Maximilien de Bé-
» thune , Duc de Sully.
» Agé de douze ans , Sully fut con-
» duit par fon père à la Cour de Na-
varre. Je ne puis vous enrichir , dit
» Béthune à fon fils ; mais vous avez des
» vertus , elles vous placeront au - deffus
» de lafortune. Préparez-vous àSuppor-
» ter les malheurs , lesfatigues. Attachez-
» vous au Maître que je vais vous don
» ner , & méritez l'eftime des gens d'hon-
» neur. C'eft ainfi que ce père éclairé
» voit & peint en grand les principes
» d'une fage conduite. A peine forti de
» l'enfance , Sully les entend & les fuit.
» Béthune laiffoit au vulgaire cette févé-
» rité qui ne fert qu'à rendre fufpects ,
» & celui qui l'employe , & celui qui
» l'éprouve. On peut croire que
l'un a
» dans fon propre cœur des raifons pour
» craindre le vice , & que l'autre laiffe
> entrevoir des difpofitions à s'y livrer.
» Une âme forte ne fuccombe jamais ;
» & tel penfe être féduit qui n'eft que
» foible. Sully avoit atteint l'âge des paf-
» fions & des erreurs. Il accompagne le
» Prince de Navarre à la Cour de Cathe
JANVIER. 1764.
81
rine de Médicis. Cette Cour volup-
» tueufe lui préfente des attraits flat-
» teurs , mais dangereux ; la fortune des
» moyens infaillibles , mais criminels :
» il ne peut être ébranlé ni corrompu ;
» l'honneur feul eft écouté. Plein de l'an-
» tique vertu de fes ayeux , Sully mar-
» che fous les enfeignes de Henri. Aimer
» ce Prince , vivre & mourir à fon fer-
» vice fut le premier ferment de fon
» cœur; fa vie entière en fut l'accompliſ
دو
.ferment
Nous rapporterons quelques-unes des
actions qui ont fignalé ce zèle de Sully
pour Henri IV , & dont Mlle Mazarelli
fait un détail fi brillant dans un récit plein
d'intérêt & de chaleur. » Henri com-
» mande en perfonne à Cahors ; avec
quinze cens hommes il furprend la
» Ville , défendue par une nombreufe,
» garnifon ; ce fuccès même dévient un
» danger ; il irrite , il enflamme , il arme
» jufqu'aux habitans , qui des toits de
» leurs maifons lancent une mort cer-
"
taine ; celui qui foutient le choc des
» armes eft écrafé fous les débris des
» édifices ; un monceau de ruines couvre
» Sully; on l'en retire ; foible , refpi-
rant à peine , il demande , il apprend
"" où eftfon roi. Un fi tendre intérêt r-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
nime toutes fes forces ; il vole où
» Henri , prefque feul , eft entouré d'un
» peuple furieux qui fe renouvelle fans
» ceffe. Tout eft attaqué , tout réſiſte ;
"
plus on gagne de terrein , plus on s'in-
terdit la retraite ; il faut vaincre ou pé-
» rir. Henri brave les efforts des enne-
mis , les repouffe , les terraffe ,, les
» anéantit ; & Sully , que fon armure,
» brifée livre à tous les coups , Sully.
» meurtri , déchiré , fanglant , combat
» pendant cinq jours & cinq nuits , fans
»jamais abandonner fon Maître.
C'eft avec la même rapidité & la mê-
me précifion, que Mile Mazarelli rappelle
tous les autres exploits de Sully. A l'ac-
tivité du Guerrier il fçut allier la pruden-
ce du Négociateur.
Tout autre au-
» roit vu fes deffeins déconcertés à la
» Cour de Henri III : Cour artificieuſe
» & bifarre , où régnoient le menfonge ,
» la fuperftition & la galanterie ; où les
» conjectures les plus oppofées trou-
» voient à s'appuyer fur d'égales vrai-
» femblances. Sourd aux infinuations ,
» indifférent aux careffes , infenfible
» aux menaces ; tranquille au milieu
» des orages , fidèle à l'aftre qui règle fa
» courſe , il fçait éviter les écueils , veil-
ler aux intérêts du Roi de Navarre ,
१
- JANVIER. 1764.
83
» remplir l'objet important & fecret
» dont il eft chargé.
Nous croyons remarquer dans le ftyle
de Mlle Mazarelli , des nuances qui dif-
férencient les diverfes qualités de fon
Héros. Elle peint le Guerrier avec cette
activité , cette chaleur qui caractériſe
l'Homme de Guerre. Il y a moins de
feu , moins de rapidité dans le portrait
du Négociateur ; le ftyle en eft plus me--
furé , pour ainfi dire , plus réfléchi. Le
caractère du Miniftre., de l'Homme d'E-
tat demandoit plus de variété ; auffi y a---
t-on employé toutes les nuances propres
à exprimer les différentes fonctions du:
Ministère. Comme cette partie du Dif-
cours de Mlle Mazarelli eft la plus éten-
due , nous nous bornerons à quelques
citations prifes au hafard » Avec une
» pénétration vive , un efprit jufte , va
» zèle ardent , Sully conçut , il traça ,
" il exécuta les plans des opérations les
» plus difficiles. Que l'ignorance accufe
» la fatalité ; un Miniftre fage fçait en--
» chaîner les fuccès
22
2271Sully veut que la Nobleffe ne doive
» fa. fplendeur qu'au mérite , & qu'elle
» ne puiffe être confondue avec Phom--
» me vil , à qui les richeſſes attirent unë.
fauffe confidération. Illuftres defcen
D vj
84 ME RCURE DE FRANCE.
» dans des anciens Nobles de la France ,
» quelle gloire peut vous procurer votre
» luxe ? Vous n'atteindrez jamais à la
» magnificence de ces enfans de la for-
» tune , qui chaque jour réparent les dé-
»
penfes qu'ils font , par les injuftices
qu'ils commettent. Ce n'eft pas dans
» des palais fuperbes que vous trou ve-
» rez de vrais titrés ; fi vous avez des
» mœurs , il ne vous faut qu'un champ
» & desarmes. Comptez fur vos actions ,
"
» fi vous aimez la vertu pour elle-même ;
» comptez fur votre Roi , fi vous defi-
» rez des honneurs. La Majefté doit ré-
» pandre fon éclat fur ceux qui font fa
دو
grandeur & fa force. Un fleuve , en
» traverfant les terres ,leur donne l'abon-
» dance & la fertilité ; mais ce font elles
» qui le foutiennent , & lui forment ce
» lit qui le porte jufques aux mers.
» Sully eft un témoignage éclatant ,
» que la récompenfe ne manque point
» aux travaux : la fortune , fans ceffe re-
» pouffée par l'austérité du Miniftre , fut
» contrainte , pour parvenir jufqu'à lui ,
» de prendre le nom de la reconnoiffance
"
» dans les mains du Monarque..
"
رو
» Courtifans , qui trompez vos Maî-
tres , craignez d'étendre juſques fur vos
" defcendans l'opprobre dont vous vous
JANVIER. 1764.
84
» couvrez ; & fi jamais vous élevez vos
» defirs fur le Ministère , apprenez de
» Sully qu'il n'eſt d'autre bonheur que
" celui d'en procurer aux hommes que
» l'on gouverne. Ebloui par l'honneur
» d'être le premier dans l'Etat , on ou-
» blie fouvent d'en être le foutien ; on
» oublie que le pouvoir de difpofer des
» richeffes du peuple , n'eft que celui de
» les faire fervir à fa profpérité. Les temps
» de la guerre veulent fans doute des
» reffources extraordinaires ; mais l'in-
» capacité ou l'infidélité les rendent fi
» funeftes , qu'on ne peut jouir des dou-
» ceurs de la paix lorſqu'elle eft rendue
» au monde. Les malheurs s'accumu-
» lent, la confiance fe perd , & le Mi-
» niftre tombe dans un mépris dont
» toute la faveur du Maître ne peut le re-
» lever. Sully fcait faire marcher les fe-
» cours avec les beſoins ; mais il fçait les
» faire ceffer enfemble. Son pouvoir
» & l'amitié de Henri ne l'aveuglèrent
» point fur la néceffité d'être eftimé de
» fes concitoyens. Il fuyoit les plaifirs
" que la foibleffe nomme délaffement ,
" & cette inaction criminelle ,
fi révol-
» tante pour le malheureux qui voit pro-
» longer fes peines . Pefant les intérêts
» facrés qui lui étoient confiés , il vouloir
86 MERCURE DE FRANCE .
» égaler chaque jour le bonheur de fa Na-
>> tion à la gloire de fon Maître; & fes fuc-
» cès annonçoient auRoifes travaux. Un
"
» Prince peut aifément connoître fi fon
" Peuple eft heureux ; qu'il examine cette
»foule qui s'empreffe auour de lui.
99
Si
» l'on abufe de fon autorité , il ne verra
» qu'une froide curiofité; point de ces
» tranfports , de ces cris d'allégreffe
» qu'infpire le bonheur & la préfence
» de celui qui le donne qu'il life fur les
"
» vifages ; l'injuftice de fes Miniftres y
» fera gravée par la fombre trifteffe.
L'Auteur parcourt toutes les parties du
Ministère de Sully , & peint avec au-
tant de variété que de jufteffe , la con-
duite de ce grand Homme , dans l'é-
xercice de toutes fes Charges. C'eft
dans l'Ouvrage même qu'il faut lire
le morceau touchant & pathétique de la
mort de Henri IV : il eft trop long pour
être cité en entier ; & nous l'affoibli-
rions , fi nous ne le rapportions que par
extrait. D'ailleurs les bornes de l'analyſe
nous forcent de finir ; & nous ne nous
arrêterons plus qu'à la peinture touchante
de la retraite de Sully. » La Cour n'é-
» toit plus à fes yeux qu'un théâtre dé-
"
coré pour le vulgaire , où fouvent l'on
ne voit que des Sujets fans talens , fans
"
JANVIER 1764
87.
vertus , ufurpant , à l'abri dela faveur ,
» les honneurs dûs au mérite. Les Cour
tifans , ce peuple défœuvré , ofent por
» ter.fur lui les regards d'une maligne
» curiofité ; fes vêtemens leur paroiffent
antiques; fa modefte contenance eft pri
fe pour la foible timidité . Sully n'eft
» point décoré de ces Ordres que la po-
litique inventa , dont l'orgueil abuſe ,
» & que la faveur donne ; il portoit un
» figne plus touchant pour les âmes ver-
» tueufes
une chaîne d'or fufpendoit
»fur fa poitrine une médaille où les traits
» de Henri IV étoient gravés. Cette
» image précieufe , qui femble accuſer
» la baffeffe des.Courtifans , ne leur en
» impofe pas encore ; ils ont la raillerie
» fur les lévres , quand la honte devroit
couvrir leur front. Mais Sully leur fait
» fentir enfin tout le mépris qu'ils lui inf-
pirent. Sire , dit - il au jeune. Louis
» XIII , lorfque votre Père de glorieufe
» mémoire m'appelloit auprès de fa Per-
fonne , ilfaifoit retirer fes Bouffons.
» Sully s'éloigne ; il emporte avec lui
»l'eftime & les regrets de la France. Un
Miniftre que tout un Peuple pleure , eft
» au-deffus de toutes les injuftices de la
» Cour ; on l'honore , on le reſpecte ;
» fes ennemis les plus cruels n'ofent fe
88 MERCURE DE FRANCE:
» vanter de leur triomphe , & cachent
leurs fuccès honteux , quand Sully pu-
» blie fa difgrace ... L'éloignement de
» Sully remit la France prèfque au mê-
" me état où il l'avoit trouvée. Ainfi
» l'âme échappée des liens du corps , le
livre aux loix de la diffolution.
» Au milieu d'une Famille qui le rés
» vère , Sully entouré de Nobles , de
» Vaffaux qui l'aiment & le refpe&tent ,
meut & régit tout par les mêmes prin-
» cipes qui l'ont rendu le plus grand des
» Miniftres & le premier des Sages. On
» s'empreffe auprès de lui ; on s'inftruit
» à l'entendre ; on fe plaît à l'admirer.
» Sa magnificence fans fafte , fa géné-
rofité fans oftentation , une dignité
» fans hauteur, une bonté fans cette fauf-
» fe familiarité qui infulte ceux qu'elle
accueille , la fimplicité , la décence de
» fes mœurs , la fermeté , la majeſté mê-
» me de fa conduite : tout le diftingue ,
tout le peint.
» Sa vie régulière annonce la gravité
» de fon caractère , & ce goût qu'il eut
" toujours pour l'ordre. Comme fon
" âme a befoin de faire des heureux ,
fon efprit a befoin de travail : ces deux
» mobiles régloient tout fon temps. Il
avoit confervé l'habitude de fè lever
JANVIER. 1764.
84
avec le jour ; une partie de fa matinée
» étoit employée à prendre connoiffance
» de tout ce qui concernoit les Charges
» dont on n'avoit point ofé le dépouiller;
» l'autre à rédiger ces Mémoires écono-
miques , qui font heureusement par-
» venus jufqu'à nous , & qui dès-lors
" rendoient Sully plus utile à l'Etat , que
» ne l'étoient tous ceux qui l'avoient
» remplacé dans le Ministère. En raf
» femblant tous fes papiers , il relifoit
les précieufes Lettres de Henri ; fou-
» vent il s'arrêtoit à contempler le por-
» trait de ce Héros , il le preffoit de les
" lévres , il le baignoit de fes pleurs , fe
» rappellant les malheurs de ce Prince &
» fes vertus , comparant fa bonté avec
» fa mort cruelle . Chaque inftant enfon-
» ce dans fon cœur le trait dont il eſt
» déchiré , & qui feul l'empêche de jouir
» de la tranquilité de fa retraite. En vain
دو
» il s'occupe du bonheur de fes Vaffaux ;
»> il eft digne époux , fidèle ami , tendre
» père , fes larmes coulent fans ceffe :
trente années qu'il furvécut à fon
Maître chéri , ne purent en tarir la
» fource ; & fes derniers foupirs eurent
» encore toute l'amertume des regrets.
Ainfi finit cet Ouvrage intéreffant ,
qu'on ne peut lire fans fe fentir attendri.
go MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là principalement ce qui diftingue
le Difcours de Mlle Mazarelli de tous
ceux avec lesquels elle a concouru . Elle
a peint dans Sully l'ami de Henri IV ;
& , fous ce point de vue , que perfonne
n'a faifi comme elle , elle infpire à tous
les François de l'amour pour fon Héros.
BÉTHUNE, Duc de SULLY,
Sur-Inten[d]ant des Finances sous HENRI
IV ; par Mlle Mazarelli ; à Paris,
chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques,
au Temple du Goût, 1764 ;
avec approbation & permission, in-8o.
ENSÉ ES naturelles , diction pure ,
PENSÉES
termes choifis & juftes , fentimens no-
bles , vertueux , pathétiques & touchans,
traits ingénieux fans affectation , rien
qui fente la déclamation , le faux bel-
efprit , le clinquant ; un ton toujours fa-
ge , toujours décent ; une éloquence
en un mot , qui réunit l'élégance & la
précifion à ce goût , à cette politeffe que
donne l'ufage du monde : voilà ce que
le Public , dont nous ne fommes ici que
les interprêtes , a le plus loué dans l'Ou-
vrage de Mlle Mazarelli.
JANVIER. 1764.
79
Sans s'aftreindre à cette marche régu-
lière & fymétrique qui partage , divife &
fubdivife la plupart des Ecrits de ce gen-
re , l'Auteur fuit fon Héros ( qu'on ne
perd jamais de vue ) dans les principales
circonftances de fa vie ; & c'eft d'après
la fimplicité de ce plan , que nous - mê-
mes , fans nous affujettir à aucun ordre ,
nous allons extraire quelques morceaux
qui caractérisent le Duc de Sully , & l'é-
loquence de fon Panégyrifte .
Après un Exorde plein de douceur ,
de fimplicité & de nobleffe fur les carac-
tères de la véritable grandeur , fuit un
tableau de la fituation de la France lorf-
que Sully parut à la Cour de Navarre.
" La France toujours guerrière ne fut
» pas toujours vertueufe. Une politique
» impie alluma dans fon fein les feux de
» la haine & de la vengeance. Ce n'é-
» toient plus ces François fi fidèles à leurs
» Rois , fi généreux aux champs de la
» victoire , fi recommandables par la
» franchiſe & la fimplicité des mœurs.
» Victimes d'un Fanatifme aveugle &
» barbare , ils ne refpiroient que le
» meurtre , les ravages , les profcrip-
tions ; & cet Empire touchoit à fes
» derniers momens , fi , pour lui donner
» une nouvelle fplendeur , le Ciel n'eût
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» confervé Henri IV , qui , joignant à
» fes qualités héroïques l'heureux talent
» de connoître les hommes , choifit pour
» ami , pour Miniftre , Maximilien de Bé-
» thune , Duc de Sully.
» Agé de douze ans , Sully fut con-
» duit par fon père à la Cour de Na-
varre. Je ne puis vous enrichir , dit
» Béthune à fon fils ; mais vous avez des
» vertus , elles vous placeront au - deffus
» de lafortune. Préparez-vous àSuppor-
» ter les malheurs , lesfatigues. Attachez-
» vous au Maître que je vais vous don
» ner , & méritez l'eftime des gens d'hon-
» neur. C'eft ainfi que ce père éclairé
» voit & peint en grand les principes
» d'une fage conduite. A peine forti de
» l'enfance , Sully les entend & les fuit.
» Béthune laiffoit au vulgaire cette févé-
» rité qui ne fert qu'à rendre fufpects ,
» & celui qui l'employe , & celui qui
» l'éprouve. On peut croire que
l'un a
» dans fon propre cœur des raifons pour
» craindre le vice , & que l'autre laiffe
> entrevoir des difpofitions à s'y livrer.
» Une âme forte ne fuccombe jamais ;
» & tel penfe être féduit qui n'eft que
» foible. Sully avoit atteint l'âge des paf-
» fions & des erreurs. Il accompagne le
» Prince de Navarre à la Cour de Cathe
JANVIER. 1764.
81
rine de Médicis. Cette Cour volup-
» tueufe lui préfente des attraits flat-
» teurs , mais dangereux ; la fortune des
» moyens infaillibles , mais criminels :
» il ne peut être ébranlé ni corrompu ;
» l'honneur feul eft écouté. Plein de l'an-
» tique vertu de fes ayeux , Sully mar-
» che fous les enfeignes de Henri. Aimer
» ce Prince , vivre & mourir à fon fer-
» vice fut le premier ferment de fon
» cœur; fa vie entière en fut l'accompliſ
دو
.ferment
Nous rapporterons quelques-unes des
actions qui ont fignalé ce zèle de Sully
pour Henri IV , & dont Mlle Mazarelli
fait un détail fi brillant dans un récit plein
d'intérêt & de chaleur. » Henri com-
» mande en perfonne à Cahors ; avec
quinze cens hommes il furprend la
» Ville , défendue par une nombreufe,
» garnifon ; ce fuccès même dévient un
» danger ; il irrite , il enflamme , il arme
» jufqu'aux habitans , qui des toits de
» leurs maifons lancent une mort cer-
"
taine ; celui qui foutient le choc des
» armes eft écrafé fous les débris des
» édifices ; un monceau de ruines couvre
» Sully; on l'en retire ; foible , refpi-
rant à peine , il demande , il apprend
"" où eftfon roi. Un fi tendre intérêt r-
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
nime toutes fes forces ; il vole où
» Henri , prefque feul , eft entouré d'un
» peuple furieux qui fe renouvelle fans
» ceffe. Tout eft attaqué , tout réſiſte ;
"
plus on gagne de terrein , plus on s'in-
terdit la retraite ; il faut vaincre ou pé-
» rir. Henri brave les efforts des enne-
mis , les repouffe , les terraffe ,, les
» anéantit ; & Sully , que fon armure,
» brifée livre à tous les coups , Sully.
» meurtri , déchiré , fanglant , combat
» pendant cinq jours & cinq nuits , fans
»jamais abandonner fon Maître.
C'eft avec la même rapidité & la mê-
me précifion, que Mile Mazarelli rappelle
tous les autres exploits de Sully. A l'ac-
tivité du Guerrier il fçut allier la pruden-
ce du Négociateur.
Tout autre au-
» roit vu fes deffeins déconcertés à la
» Cour de Henri III : Cour artificieuſe
» & bifarre , où régnoient le menfonge ,
» la fuperftition & la galanterie ; où les
» conjectures les plus oppofées trou-
» voient à s'appuyer fur d'égales vrai-
» femblances. Sourd aux infinuations ,
» indifférent aux careffes , infenfible
» aux menaces ; tranquille au milieu
» des orages , fidèle à l'aftre qui règle fa
» courſe , il fçait éviter les écueils , veil-
ler aux intérêts du Roi de Navarre ,
१
- JANVIER. 1764.
83
» remplir l'objet important & fecret
» dont il eft chargé.
Nous croyons remarquer dans le ftyle
de Mlle Mazarelli , des nuances qui dif-
férencient les diverfes qualités de fon
Héros. Elle peint le Guerrier avec cette
activité , cette chaleur qui caractériſe
l'Homme de Guerre. Il y a moins de
feu , moins de rapidité dans le portrait
du Négociateur ; le ftyle en eft plus me--
furé , pour ainfi dire , plus réfléchi. Le
caractère du Miniftre., de l'Homme d'E-
tat demandoit plus de variété ; auffi y a---
t-on employé toutes les nuances propres
à exprimer les différentes fonctions du:
Ministère. Comme cette partie du Dif-
cours de Mlle Mazarelli eft la plus éten-
due , nous nous bornerons à quelques
citations prifes au hafard » Avec une
» pénétration vive , un efprit jufte , va
» zèle ardent , Sully conçut , il traça ,
" il exécuta les plans des opérations les
» plus difficiles. Que l'ignorance accufe
» la fatalité ; un Miniftre fage fçait en--
» chaîner les fuccès
22
2271Sully veut que la Nobleffe ne doive
» fa. fplendeur qu'au mérite , & qu'elle
» ne puiffe être confondue avec Phom--
» me vil , à qui les richeſſes attirent unë.
fauffe confidération. Illuftres defcen
D vj
84 ME RCURE DE FRANCE.
» dans des anciens Nobles de la France ,
» quelle gloire peut vous procurer votre
» luxe ? Vous n'atteindrez jamais à la
» magnificence de ces enfans de la for-
» tune , qui chaque jour réparent les dé-
»
penfes qu'ils font , par les injuftices
qu'ils commettent. Ce n'eft pas dans
» des palais fuperbes que vous trou ve-
» rez de vrais titrés ; fi vous avez des
» mœurs , il ne vous faut qu'un champ
» & desarmes. Comptez fur vos actions ,
"
» fi vous aimez la vertu pour elle-même ;
» comptez fur votre Roi , fi vous defi-
» rez des honneurs. La Majefté doit ré-
» pandre fon éclat fur ceux qui font fa
دو
grandeur & fa force. Un fleuve , en
» traverfant les terres ,leur donne l'abon-
» dance & la fertilité ; mais ce font elles
» qui le foutiennent , & lui forment ce
» lit qui le porte jufques aux mers.
» Sully eft un témoignage éclatant ,
» que la récompenfe ne manque point
» aux travaux : la fortune , fans ceffe re-
» pouffée par l'austérité du Miniftre , fut
» contrainte , pour parvenir jufqu'à lui ,
» de prendre le nom de la reconnoiffance
"
» dans les mains du Monarque..
"
رو
» Courtifans , qui trompez vos Maî-
tres , craignez d'étendre juſques fur vos
" defcendans l'opprobre dont vous vous
JANVIER. 1764.
84
» couvrez ; & fi jamais vous élevez vos
» defirs fur le Ministère , apprenez de
» Sully qu'il n'eſt d'autre bonheur que
" celui d'en procurer aux hommes que
» l'on gouverne. Ebloui par l'honneur
» d'être le premier dans l'Etat , on ou-
» blie fouvent d'en être le foutien ; on
» oublie que le pouvoir de difpofer des
» richeffes du peuple , n'eft que celui de
» les faire fervir à fa profpérité. Les temps
» de la guerre veulent fans doute des
» reffources extraordinaires ; mais l'in-
» capacité ou l'infidélité les rendent fi
» funeftes , qu'on ne peut jouir des dou-
» ceurs de la paix lorſqu'elle eft rendue
» au monde. Les malheurs s'accumu-
» lent, la confiance fe perd , & le Mi-
» niftre tombe dans un mépris dont
» toute la faveur du Maître ne peut le re-
» lever. Sully fcait faire marcher les fe-
» cours avec les beſoins ; mais il fçait les
» faire ceffer enfemble. Son pouvoir
» & l'amitié de Henri ne l'aveuglèrent
» point fur la néceffité d'être eftimé de
» fes concitoyens. Il fuyoit les plaifirs
" que la foibleffe nomme délaffement ,
" & cette inaction criminelle ,
fi révol-
» tante pour le malheureux qui voit pro-
» longer fes peines . Pefant les intérêts
» facrés qui lui étoient confiés , il vouloir
86 MERCURE DE FRANCE .
» égaler chaque jour le bonheur de fa Na-
>> tion à la gloire de fon Maître; & fes fuc-
» cès annonçoient auRoifes travaux. Un
"
» Prince peut aifément connoître fi fon
" Peuple eft heureux ; qu'il examine cette
»foule qui s'empreffe auour de lui.
99
Si
» l'on abufe de fon autorité , il ne verra
» qu'une froide curiofité; point de ces
» tranfports , de ces cris d'allégreffe
» qu'infpire le bonheur & la préfence
» de celui qui le donne qu'il life fur les
"
» vifages ; l'injuftice de fes Miniftres y
» fera gravée par la fombre trifteffe.
L'Auteur parcourt toutes les parties du
Ministère de Sully , & peint avec au-
tant de variété que de jufteffe , la con-
duite de ce grand Homme , dans l'é-
xercice de toutes fes Charges. C'eft
dans l'Ouvrage même qu'il faut lire
le morceau touchant & pathétique de la
mort de Henri IV : il eft trop long pour
être cité en entier ; & nous l'affoibli-
rions , fi nous ne le rapportions que par
extrait. D'ailleurs les bornes de l'analyſe
nous forcent de finir ; & nous ne nous
arrêterons plus qu'à la peinture touchante
de la retraite de Sully. » La Cour n'é-
» toit plus à fes yeux qu'un théâtre dé-
"
coré pour le vulgaire , où fouvent l'on
ne voit que des Sujets fans talens , fans
"
JANVIER 1764
87.
vertus , ufurpant , à l'abri dela faveur ,
» les honneurs dûs au mérite. Les Cour
tifans , ce peuple défœuvré , ofent por
» ter.fur lui les regards d'une maligne
» curiofité ; fes vêtemens leur paroiffent
antiques; fa modefte contenance eft pri
fe pour la foible timidité . Sully n'eft
» point décoré de ces Ordres que la po-
litique inventa , dont l'orgueil abuſe ,
» & que la faveur donne ; il portoit un
» figne plus touchant pour les âmes ver-
» tueufes
une chaîne d'or fufpendoit
»fur fa poitrine une médaille où les traits
» de Henri IV étoient gravés. Cette
» image précieufe , qui femble accuſer
» la baffeffe des.Courtifans , ne leur en
» impofe pas encore ; ils ont la raillerie
» fur les lévres , quand la honte devroit
couvrir leur front. Mais Sully leur fait
» fentir enfin tout le mépris qu'ils lui inf-
pirent. Sire , dit - il au jeune. Louis
» XIII , lorfque votre Père de glorieufe
» mémoire m'appelloit auprès de fa Per-
fonne , ilfaifoit retirer fes Bouffons.
» Sully s'éloigne ; il emporte avec lui
»l'eftime & les regrets de la France. Un
Miniftre que tout un Peuple pleure , eft
» au-deffus de toutes les injuftices de la
» Cour ; on l'honore , on le reſpecte ;
» fes ennemis les plus cruels n'ofent fe
88 MERCURE DE FRANCE:
» vanter de leur triomphe , & cachent
leurs fuccès honteux , quand Sully pu-
» blie fa difgrace ... L'éloignement de
» Sully remit la France prèfque au mê-
" me état où il l'avoit trouvée. Ainfi
» l'âme échappée des liens du corps , le
livre aux loix de la diffolution.
» Au milieu d'une Famille qui le rés
» vère , Sully entouré de Nobles , de
» Vaffaux qui l'aiment & le refpe&tent ,
meut & régit tout par les mêmes prin-
» cipes qui l'ont rendu le plus grand des
» Miniftres & le premier des Sages. On
» s'empreffe auprès de lui ; on s'inftruit
» à l'entendre ; on fe plaît à l'admirer.
» Sa magnificence fans fafte , fa géné-
rofité fans oftentation , une dignité
» fans hauteur, une bonté fans cette fauf-
» fe familiarité qui infulte ceux qu'elle
accueille , la fimplicité , la décence de
» fes mœurs , la fermeté , la majeſté mê-
» me de fa conduite : tout le diftingue ,
tout le peint.
» Sa vie régulière annonce la gravité
» de fon caractère , & ce goût qu'il eut
" toujours pour l'ordre. Comme fon
" âme a befoin de faire des heureux ,
fon efprit a befoin de travail : ces deux
» mobiles régloient tout fon temps. Il
avoit confervé l'habitude de fè lever
JANVIER. 1764.
84
avec le jour ; une partie de fa matinée
» étoit employée à prendre connoiffance
» de tout ce qui concernoit les Charges
» dont on n'avoit point ofé le dépouiller;
» l'autre à rédiger ces Mémoires écono-
miques , qui font heureusement par-
» venus jufqu'à nous , & qui dès-lors
" rendoient Sully plus utile à l'Etat , que
» ne l'étoient tous ceux qui l'avoient
» remplacé dans le Ministère. En raf
» femblant tous fes papiers , il relifoit
les précieufes Lettres de Henri ; fou-
» vent il s'arrêtoit à contempler le por-
» trait de ce Héros , il le preffoit de les
" lévres , il le baignoit de fes pleurs , fe
» rappellant les malheurs de ce Prince &
» fes vertus , comparant fa bonté avec
» fa mort cruelle . Chaque inftant enfon-
» ce dans fon cœur le trait dont il eſt
» déchiré , & qui feul l'empêche de jouir
» de la tranquilité de fa retraite. En vain
دو
» il s'occupe du bonheur de fes Vaffaux ;
»> il eft digne époux , fidèle ami , tendre
» père , fes larmes coulent fans ceffe :
trente années qu'il furvécut à fon
Maître chéri , ne purent en tarir la
» fource ; & fes derniers foupirs eurent
» encore toute l'amertume des regrets.
Ainfi finit cet Ouvrage intéreffant ,
qu'on ne peut lire fans fe fentir attendri.
go MERCURE DE FRANCE.
C'eft-là principalement ce qui diftingue
le Difcours de Mlle Mazarelli de tous
ceux avec lesquels elle a concouru . Elle
a peint dans Sully l'ami de Henri IV ;
& , fous ce point de vue , que perfonne
n'a faifi comme elle , elle infpire à tous
les François de l'amour pour fon Héros.
Fermer
17995
p. 58-78
Peronne. [titre d'après la table]
Début :
Ils partirent le lendemain 15. avec tous les honneurs que [...]
Mots clefs :
Péronne, Ville, Ambassadeurs, Ordre, Major, Marquis, Hôtel, Lieutenant, Roi, Porte, Honneur, Drapeaux, Aubé, Hoquincour, Régiment, Milice, Logis, Prince, Hôtel de ville
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Peronne. [titre d'après la table]
Ils partirent le lendemain
is. avec tous les honneurs que
je vous ay ſouvent repetez,
&prirent le chemin de Peronne
. Ils dînerent à Fain.
Peronne eſt une Place trésforte
, & paffe pour une des
Clefs de la France. Elle eft
en Picardie ſur la riviere de
Somme. Outre les Ouvrages
qui la deffendent, ce qui contribuë
à la rendre forte , ce
font les Marais qui l'environnent.
Les Eſpagnols ont
tâché ſouvent de la furprendre
, & ils n'ont pû en venir
des Amb. de Siam. 59
à bout. On attendoit les
Ambaſſadeurs dans cetteVille-
là avec beaucoup d'impatience
, & quoy qu'il n'y
ait point de Garnison , tout
y avoit l'air guerrier. Les
Habitans ne peuvent oublier
les Exercices Militaires,
auſquels ils ont toûjours paru
fi habiles , quoy que les
Conqueſtes de Sa Majefté les
ayent mis à couverr des alarmes
, dont ils n'ont jamais
eſté épouvantez , ayant herité
de la valeur , & de l'intrepidité
de leurs peres. Trente
&un drapeaux avoient eſté
bo IV. P. du Voyage
mis dés le matin aux feneſtres
de l'Hôtel de Ville pour annoncer
au Peuple la venuë
des Ambafſadeurs , l'on avoit
donné ordre de tenir toutes
les Boutiques fermées; enfin
tout avoit eſté diſpoſé pour
une reception auffi galante
que guerriere par les ſoins de
M de Ville , & par le zele
de M Aubé Major. C'eſt
Gentilhomme qui s'aquite
fi bien de tout ce qui regarde
cette dignité , qu'il a déja
eſté choiſy pluſieurs fois
pour la remplir , tanr Mrs de
Ville ont de plaifir à le voir
un
des Amb. de Siam. 61
leur teſte. Auſſi peut- on
dire qu'un homme de ce caractere
ſe diftingue toûjours
dans tout ce qu'il fait. Me le
Marquis d'Hoquincourt ,
Gouverneur de Peronne
voit expliqué à M's de Ville
les intentions du Roy ,
c'eſt ce qui les rendoit ſi ze-
د
a-
&
du
lez. Ce Marquis eftant accompagné
deM de la Brouë
Lieutenant de Roy
Commandant du Château ,
de l'Estat Major de la Place ,
& de beaucoup de Nobleſſe
de ſon Gouvernement , ſe
rendit à la porte de la Ville ,
62 IV. P du Voyage
ainſi que Mrs les Majeur &
Eſchevins , où ils attendirent
les Ambaſſadeurs. Lors
qu'ils furent arrivez au Pontlevis
de la Ville , M² le Marquis
d'Hoquincour leur preſenta
ſes Clefs par trois fois ,
& M Aubé leur preſenta
auſſi les ſiennes que Sa Majeſté
veut bien confier au
Majeur de la Ville. Ce Privilege
luy eft glorieux , & merire
d'eſtre remarqué. Les Ambaſſadeurs
entrerent enſuitte
au bruit du Canon & du Carillon
des Cloches , & pafferent
au travers de ſeize Comdes
Amb. de Siam. 63
&
pagnies du Regiment de la
Milice qui formoient deux
hayes juſques à l'Hôtel qui
leur avoit eſté preparé. Les
Officiers de ce Regiment
les ſaluerent de la pique ,
les Enſeignes avec leurs
Drapeaux. La Garde de leur
Logis eſtoit de cinquante
Mouſquetaires détachez,commandez
par le plus ancien
Capitaine , un Lieutenant ,
& l'Enſeigne Colonelle avec
le Drapeau de la Pucelle. On
avoit mis au deſſus de la porte
de ce meſme Logis , les
Armes du Roy de Siam , en64
IV. P. duVoyage
vironnées de Lauriers , & de
fleurs. Peu de temps apres
que les Ambaſſadeurs furent
arrivez, M le Marquis d'Hoquincourt
, toûjurs accompagné
de meſme qu'il l'avoit
eſté à la porte de la Ville ,
vint les ſaluer. Mts de Ville
s'étant auſſi rendus au meſme
lieu , M Aubé Majeur qui
eſtoit à leur teſte , leur fit
compliment au nom de ce
Corps , & s'expliqua en ces
termes.
MESSEIGNEVRS,
LesMagistratsde Peronne viendes
Amb. de Siam: 65
nent paroiſtre devantvous, ilsfoubaiteroient
de pouvoir affez bien
répondre aux volontez du Roy leur
Maistre , pour vous recevoir avec
toute la magnificence que vous meritez.
Dieu qui tient les coeurs des
Koisdansses mains, afait un miracle
d'avoir uny deux grands Rois
d'uneétroite amitié, malgré le grand
éloignement de leurs Etats , & les
vaſtes mers qui lesfeparent. Ilfemble
qu'il vienne d'en faire encore
un nouveau , en faveur de noftre
chere Ville de Peronne, puiſque nous
voyons vos Excellences dans ses
murs ; & cette ville toute remplie
qu'elle est de la gloire que nosPe
res luy ont acquiſe dans les fiecles
paſſez, avoit encore beſoin de cette
beureuſe journée pour celle de leurs
fucceffeurs, qui affeurent vos Excel-
F
66 IV. P. du Voyage
lences par la bouche de leurs Magiftrats
, du profond respect qu'ils
ont pour vous, & des voeux qu'ils
feront afin que cette union dure
éternellement.
L'Interprete demanda à
Mr Aubé s'il avoit une copie
de fon difcours. Il luy
répondit que oüy , parcequ'il
ſçavoit que les Ambaſſadeurs
en avoient demandé dans
pluſieurs Villes où ils avoient
paffé ; & l'Interprete l'ayant
receuë des mains de ce premier
Magiftrat, la lût, &l'expliqua
enfuite aux Ambaſſadeurs.
Le premier Ambaſſades
Amb. de Siam. 67
deur répondit , Qu'ils estoient
bien obligez à M les Magiftrats
de Peronne , de l'honneur
qu'ils leur rendoient; Qu'ils s'en
Jouviendroient quand ilsſeroient
de retour dans les Etats du Roy
leur Maistre : Que l'Alliance
qui venoit d'eſtre contractée entre
les deuxRois, dureroit autant
que le Soleil &la Lune ; Qu'ils
Je recommandoient à leurs prieres
, & qu'ils croyoient qu'ily
auroit un jour beaucoup de
Chreftiens dans le Royaume de
Siam , & que les François deviendroient
Siamois, & les Siamois
François. Le Chapitre &
Fij
68 IV. P. du Voyage
leBailliage vinrent enfuite les
complimenter. Le Bailliage
avoit àſa teſte M. Vaillant,
Lieutenant general,& leChapitre
M l'Abbé le Veftier,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Navarre , & Doyen
du Chapitre de Peronne. Il
eſtoit accompagné de plus
de trente Chanoines, &du
Clergé de ſes quatre Paroifſes.
Voicy de quelle maniere
il parla.
MONSEIGNEVR,
Si tous les peuplesſont dans l'admiration
des rares qualitezde l'andesAmb.
de Siam. 69
guste Monarque dont voſtre Excellence
representefi dignement la per-
Sonne ; s'ils ne peuvent affez élever
la ſageſſe qui regle toutes les
actions, &particulierement le zele
qui luy a fait rechercher l'amitié de
noftre invincible Monarque , avec
quelles marques d'estime &de vineration
ne devons-nous pas recevoir
les Ambaſſadeurs d'un Prince
fi accomply? Quelle joye ne devonsnous
pas faire paroiſtre du bonheur
que nous avons de poffeder les Ministres
d'un Prince si recommandable
&fi cher à toute l'Eglife, dont
il veut bien eftre le protecteurdans
les Royaumes les plus éloignez ?Illustres
Ambaßadeurs , que le Ciel
beniffe les démarches que vousfaites
pour la gloire d'un si grand &
d'un fi aimable Prince : Que la
70 IV. P. du Voyage
bienveillance dont vous voulezbien
honorer les Ministres du Trés -haut,
vous foit à jamais une femence
d'immortalité : Enfin , que vostre
prudence, voſtre ſageffe &toutes les
béroïques qualitez qui vous font
estimer & cherir de LOVIS LE
GRAND & de tous ses peuples,
foient un jour couronnées desſplendeurs
de la Sageffe Eternelle, de fes
trésors infinis , & de ses richeſſes
inépuisables. Ce font, Monseigneur,
les voeux & les plus ardans defirs
de toute cette Compagnie , & en
particulier de celuy qui a l'honneur
de parler icy pour elle.
Pendant que les Ambaffadeurs
eftoient occupés à
écouter ces harangues , & à
des Amb de Siam. 71
yfaire des réponſes auſſi ſpirituelles
qu'obligeantes , le
Major , & l'aide Major du
Regiment de Milice , firen .
faire un mouvement aux
Troupes qui vinrent en bon
ordre dans la Place , où ils les
mirent en Bataille , devant
l'Hôtel des Ambaſſadeurs . Le
Lieutenant Colonel eſtoit à
la teſte à cauſe de l'indiſpoſition
du Colonel , une partie
des Capitaines faiſoit un
front; les Lieutenans eſtoient
dans les diviſions ,& la queuë
eſtoit fermée par le reſte des
Capitaines , ils avoient tous
72 IV P. duVoyage
des plumes blanches. L'ordre
ayant eſté donné enſuite pour
lesvins de preſent, ils furent
portés dans des Cannes par
douze Huiffiers de Ville , qui
avoient à leur teſte les Avocats
& Procureurs du Roy de
l'Hôtel de Ville precedez du
Major , & de l'aide Major de
la Milice avec les trente Drapeaux
des Arts , & Métiers
qui estoient portez par leurs
Enſeignes , au fon d'un fort
grand nombre de Tambours,
le Mareſchal des Logis étoit
à la queuë . Ils entrerent en
cet ordre chés les Ambaſſadeurs,
des Amb de Siam. 73
deurs , auſquels l'Avocat de
la Ville fit compliment , &
preſenta les Vins. L'Ambaffadeur
répondit qu'ils estoient
obligés à Mas de Peronne de
leurhonneſteté, qu'ils voudroient
trouver occafion de les fervir, &
qu'ils n'avoientpas attendu moins
d'honneur qu'ils en recevoient
Sur le recit qu'on leur avoit fait
de Peronne , qu'ils n'oubliroient
jamais. Ces Meſſieurs s'étant
enfuite retirés dans le même
ordre à l'Hôtel de Ville , les
Arquebuſes à croc du Befroy
tirerent , ce qui fit fortir les
Ambaſſadeurs qui furent fur-
G
74 IV. P. du Voyage
pris de voir le Bataillon, dont
ils furent ſaluez de nouveau
de la pique ; aprés quoy les
Arqucbuſes à croc recommencerent
à tirer pour ſatisfaire
leur curiofité. Ils rentrerent
enfuite chez eux , où
Mele Marquis d'Hoquincour
alla leur demander l'ordre
. L'Ambaſſadeur donna
pour mot la Pucelle , & dit
que ce mot estoit affez beau &
affezglorieux à la Ville , pour
n'en pas donner un autre. On
fçait que la Ville de Peronne
n'a jamais efté priſe , quoyqu'elle
ait eſté attaquée en
des Amb. de Siam. 75
1536. par une puiſſanteArmée
que commandoit le Comte
Henry de Naſſau, ſous Charles-
Quint ; les Habitans de
Peronne la repouſſerent vigoureuſement
, après avoir
eſſuyé pluſieurs aſſauts. Les
cloches carillonnerent pendant
tout le ſoir, & toutes les
feneftres de la Ville ſe trouverent
illuminées , & les ruës
remplies de feux par les ordres
& par les loins de M
Aubé. L'Apartement desAmbaſſadeurs
eſtant ſur le derriere
de l'Hoſtel où ils ef
toient logez , M Torf les
r
Dij
76 IV. P. du Voyage
avertit de l'état brillant où
eſtoit la Ville. Ils voulurent
la voir , & fortirent juſque
dans la Place ; ce qui leur fit
dire qu'ils voyoient par là qu'on
n'oublioit rien pour faire honneur
au Roy leurMaistre. Comme
ils ne ſejournerent point
à Peronne, la foule ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, que la curioſité d'une
grande partie des Dames ne
pût eſtre ſatisfaire. L'Ambaffadeur
ayant demandé le
Plan de laVille à M. le Marquis
d'Hoquincour, il le luy
fit donner parM.Tifon, Ing
r
des Amb. de Siam. ララン
genieur de Sa Majesté , de la
refidence de Peronne , avec
lequel il l'examina. Le lendemain
le Bataillon s'eſtant
remis en deux hayes, comme
le jour precedent, dés fix heures
du matin , les Ambaffadeurs
partirent à ſept au travers
de cette double haye.
M le Gouverneur , M le
Lieutenant de Roy , & M's
de Ville les attendoient à la
Porte de la Ville , où ils leur
firent de nouveaux complimens
; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez ,
fortirent au carillon des clo-
Giij
178 IV.P. du Voyage
ches & au bruit du canon,&
allerent dîner à Feſnes , d'où
ils prirent la route de Saint-
Quentin.
is. avec tous les honneurs que
je vous ay ſouvent repetez,
&prirent le chemin de Peronne
. Ils dînerent à Fain.
Peronne eſt une Place trésforte
, & paffe pour une des
Clefs de la France. Elle eft
en Picardie ſur la riviere de
Somme. Outre les Ouvrages
qui la deffendent, ce qui contribuë
à la rendre forte , ce
font les Marais qui l'environnent.
Les Eſpagnols ont
tâché ſouvent de la furprendre
, & ils n'ont pû en venir
des Amb. de Siam. 59
à bout. On attendoit les
Ambaſſadeurs dans cetteVille-
là avec beaucoup d'impatience
, & quoy qu'il n'y
ait point de Garnison , tout
y avoit l'air guerrier. Les
Habitans ne peuvent oublier
les Exercices Militaires,
auſquels ils ont toûjours paru
fi habiles , quoy que les
Conqueſtes de Sa Majefté les
ayent mis à couverr des alarmes
, dont ils n'ont jamais
eſté épouvantez , ayant herité
de la valeur , & de l'intrepidité
de leurs peres. Trente
&un drapeaux avoient eſté
bo IV. P. du Voyage
mis dés le matin aux feneſtres
de l'Hôtel de Ville pour annoncer
au Peuple la venuë
des Ambafſadeurs , l'on avoit
donné ordre de tenir toutes
les Boutiques fermées; enfin
tout avoit eſté diſpoſé pour
une reception auffi galante
que guerriere par les ſoins de
M de Ville , & par le zele
de M Aubé Major. C'eſt
Gentilhomme qui s'aquite
fi bien de tout ce qui regarde
cette dignité , qu'il a déja
eſté choiſy pluſieurs fois
pour la remplir , tanr Mrs de
Ville ont de plaifir à le voir
un
des Amb. de Siam. 61
leur teſte. Auſſi peut- on
dire qu'un homme de ce caractere
ſe diftingue toûjours
dans tout ce qu'il fait. Me le
Marquis d'Hoquincourt ,
Gouverneur de Peronne
voit expliqué à M's de Ville
les intentions du Roy ,
c'eſt ce qui les rendoit ſi ze-
د
a-
&
du
lez. Ce Marquis eftant accompagné
deM de la Brouë
Lieutenant de Roy
Commandant du Château ,
de l'Estat Major de la Place ,
& de beaucoup de Nobleſſe
de ſon Gouvernement , ſe
rendit à la porte de la Ville ,
62 IV. P du Voyage
ainſi que Mrs les Majeur &
Eſchevins , où ils attendirent
les Ambaſſadeurs. Lors
qu'ils furent arrivez au Pontlevis
de la Ville , M² le Marquis
d'Hoquincour leur preſenta
ſes Clefs par trois fois ,
& M Aubé leur preſenta
auſſi les ſiennes que Sa Majeſté
veut bien confier au
Majeur de la Ville. Ce Privilege
luy eft glorieux , & merire
d'eſtre remarqué. Les Ambaſſadeurs
entrerent enſuitte
au bruit du Canon & du Carillon
des Cloches , & pafferent
au travers de ſeize Comdes
Amb. de Siam. 63
&
pagnies du Regiment de la
Milice qui formoient deux
hayes juſques à l'Hôtel qui
leur avoit eſté preparé. Les
Officiers de ce Regiment
les ſaluerent de la pique ,
les Enſeignes avec leurs
Drapeaux. La Garde de leur
Logis eſtoit de cinquante
Mouſquetaires détachez,commandez
par le plus ancien
Capitaine , un Lieutenant ,
& l'Enſeigne Colonelle avec
le Drapeau de la Pucelle. On
avoit mis au deſſus de la porte
de ce meſme Logis , les
Armes du Roy de Siam , en64
IV. P. duVoyage
vironnées de Lauriers , & de
fleurs. Peu de temps apres
que les Ambaſſadeurs furent
arrivez, M le Marquis d'Hoquincourt
, toûjurs accompagné
de meſme qu'il l'avoit
eſté à la porte de la Ville ,
vint les ſaluer. Mts de Ville
s'étant auſſi rendus au meſme
lieu , M Aubé Majeur qui
eſtoit à leur teſte , leur fit
compliment au nom de ce
Corps , & s'expliqua en ces
termes.
MESSEIGNEVRS,
LesMagistratsde Peronne viendes
Amb. de Siam: 65
nent paroiſtre devantvous, ilsfoubaiteroient
de pouvoir affez bien
répondre aux volontez du Roy leur
Maistre , pour vous recevoir avec
toute la magnificence que vous meritez.
Dieu qui tient les coeurs des
Koisdansses mains, afait un miracle
d'avoir uny deux grands Rois
d'uneétroite amitié, malgré le grand
éloignement de leurs Etats , & les
vaſtes mers qui lesfeparent. Ilfemble
qu'il vienne d'en faire encore
un nouveau , en faveur de noftre
chere Ville de Peronne, puiſque nous
voyons vos Excellences dans ses
murs ; & cette ville toute remplie
qu'elle est de la gloire que nosPe
res luy ont acquiſe dans les fiecles
paſſez, avoit encore beſoin de cette
beureuſe journée pour celle de leurs
fucceffeurs, qui affeurent vos Excel-
F
66 IV. P. du Voyage
lences par la bouche de leurs Magiftrats
, du profond respect qu'ils
ont pour vous, & des voeux qu'ils
feront afin que cette union dure
éternellement.
L'Interprete demanda à
Mr Aubé s'il avoit une copie
de fon difcours. Il luy
répondit que oüy , parcequ'il
ſçavoit que les Ambaſſadeurs
en avoient demandé dans
pluſieurs Villes où ils avoient
paffé ; & l'Interprete l'ayant
receuë des mains de ce premier
Magiftrat, la lût, &l'expliqua
enfuite aux Ambaſſadeurs.
Le premier Ambaſſades
Amb. de Siam. 67
deur répondit , Qu'ils estoient
bien obligez à M les Magiftrats
de Peronne , de l'honneur
qu'ils leur rendoient; Qu'ils s'en
Jouviendroient quand ilsſeroient
de retour dans les Etats du Roy
leur Maistre : Que l'Alliance
qui venoit d'eſtre contractée entre
les deuxRois, dureroit autant
que le Soleil &la Lune ; Qu'ils
Je recommandoient à leurs prieres
, & qu'ils croyoient qu'ily
auroit un jour beaucoup de
Chreftiens dans le Royaume de
Siam , & que les François deviendroient
Siamois, & les Siamois
François. Le Chapitre &
Fij
68 IV. P. du Voyage
leBailliage vinrent enfuite les
complimenter. Le Bailliage
avoit àſa teſte M. Vaillant,
Lieutenant general,& leChapitre
M l'Abbé le Veftier,
Docteur de la Maiſon & Societé
de Navarre , & Doyen
du Chapitre de Peronne. Il
eſtoit accompagné de plus
de trente Chanoines, &du
Clergé de ſes quatre Paroifſes.
Voicy de quelle maniere
il parla.
MONSEIGNEVR,
Si tous les peuplesſont dans l'admiration
des rares qualitezde l'andesAmb.
de Siam. 69
guste Monarque dont voſtre Excellence
representefi dignement la per-
Sonne ; s'ils ne peuvent affez élever
la ſageſſe qui regle toutes les
actions, &particulierement le zele
qui luy a fait rechercher l'amitié de
noftre invincible Monarque , avec
quelles marques d'estime &de vineration
ne devons-nous pas recevoir
les Ambaſſadeurs d'un Prince
fi accomply? Quelle joye ne devonsnous
pas faire paroiſtre du bonheur
que nous avons de poffeder les Ministres
d'un Prince si recommandable
&fi cher à toute l'Eglife, dont
il veut bien eftre le protecteurdans
les Royaumes les plus éloignez ?Illustres
Ambaßadeurs , que le Ciel
beniffe les démarches que vousfaites
pour la gloire d'un si grand &
d'un fi aimable Prince : Que la
70 IV. P. du Voyage
bienveillance dont vous voulezbien
honorer les Ministres du Trés -haut,
vous foit à jamais une femence
d'immortalité : Enfin , que vostre
prudence, voſtre ſageffe &toutes les
béroïques qualitez qui vous font
estimer & cherir de LOVIS LE
GRAND & de tous ses peuples,
foient un jour couronnées desſplendeurs
de la Sageffe Eternelle, de fes
trésors infinis , & de ses richeſſes
inépuisables. Ce font, Monseigneur,
les voeux & les plus ardans defirs
de toute cette Compagnie , & en
particulier de celuy qui a l'honneur
de parler icy pour elle.
Pendant que les Ambaffadeurs
eftoient occupés à
écouter ces harangues , & à
des Amb de Siam. 71
yfaire des réponſes auſſi ſpirituelles
qu'obligeantes , le
Major , & l'aide Major du
Regiment de Milice , firen .
faire un mouvement aux
Troupes qui vinrent en bon
ordre dans la Place , où ils les
mirent en Bataille , devant
l'Hôtel des Ambaſſadeurs . Le
Lieutenant Colonel eſtoit à
la teſte à cauſe de l'indiſpoſition
du Colonel , une partie
des Capitaines faiſoit un
front; les Lieutenans eſtoient
dans les diviſions ,& la queuë
eſtoit fermée par le reſte des
Capitaines , ils avoient tous
72 IV P. duVoyage
des plumes blanches. L'ordre
ayant eſté donné enſuite pour
lesvins de preſent, ils furent
portés dans des Cannes par
douze Huiffiers de Ville , qui
avoient à leur teſte les Avocats
& Procureurs du Roy de
l'Hôtel de Ville precedez du
Major , & de l'aide Major de
la Milice avec les trente Drapeaux
des Arts , & Métiers
qui estoient portez par leurs
Enſeignes , au fon d'un fort
grand nombre de Tambours,
le Mareſchal des Logis étoit
à la queuë . Ils entrerent en
cet ordre chés les Ambaſſadeurs,
des Amb de Siam. 73
deurs , auſquels l'Avocat de
la Ville fit compliment , &
preſenta les Vins. L'Ambaffadeur
répondit qu'ils estoient
obligés à Mas de Peronne de
leurhonneſteté, qu'ils voudroient
trouver occafion de les fervir, &
qu'ils n'avoientpas attendu moins
d'honneur qu'ils en recevoient
Sur le recit qu'on leur avoit fait
de Peronne , qu'ils n'oubliroient
jamais. Ces Meſſieurs s'étant
enfuite retirés dans le même
ordre à l'Hôtel de Ville , les
Arquebuſes à croc du Befroy
tirerent , ce qui fit fortir les
Ambaſſadeurs qui furent fur-
G
74 IV. P. du Voyage
pris de voir le Bataillon, dont
ils furent ſaluez de nouveau
de la pique ; aprés quoy les
Arqucbuſes à croc recommencerent
à tirer pour ſatisfaire
leur curiofité. Ils rentrerent
enfuite chez eux , où
Mele Marquis d'Hoquincour
alla leur demander l'ordre
. L'Ambaſſadeur donna
pour mot la Pucelle , & dit
que ce mot estoit affez beau &
affezglorieux à la Ville , pour
n'en pas donner un autre. On
fçait que la Ville de Peronne
n'a jamais efté priſe , quoyqu'elle
ait eſté attaquée en
des Amb. de Siam. 75
1536. par une puiſſanteArmée
que commandoit le Comte
Henry de Naſſau, ſous Charles-
Quint ; les Habitans de
Peronne la repouſſerent vigoureuſement
, après avoir
eſſuyé pluſieurs aſſauts. Les
cloches carillonnerent pendant
tout le ſoir, & toutes les
feneftres de la Ville ſe trouverent
illuminées , & les ruës
remplies de feux par les ordres
& par les loins de M
Aubé. L'Apartement desAmbaſſadeurs
eſtant ſur le derriere
de l'Hoſtel où ils ef
toient logez , M Torf les
r
Dij
76 IV. P. du Voyage
avertit de l'état brillant où
eſtoit la Ville. Ils voulurent
la voir , & fortirent juſque
dans la Place ; ce qui leur fit
dire qu'ils voyoient par là qu'on
n'oublioit rien pour faire honneur
au Roy leurMaistre. Comme
ils ne ſejournerent point
à Peronne, la foule ſe trouva
ſi grande pour les voir fouper
, que la curioſité d'une
grande partie des Dames ne
pût eſtre ſatisfaire. L'Ambaffadeur
ayant demandé le
Plan de laVille à M. le Marquis
d'Hoquincour, il le luy
fit donner parM.Tifon, Ing
r
des Amb. de Siam. ララン
genieur de Sa Majesté , de la
refidence de Peronne , avec
lequel il l'examina. Le lendemain
le Bataillon s'eſtant
remis en deux hayes, comme
le jour precedent, dés fix heures
du matin , les Ambaffadeurs
partirent à ſept au travers
de cette double haye.
M le Gouverneur , M le
Lieutenant de Roy , & M's
de Ville les attendoient à la
Porte de la Ville , où ils leur
firent de nouveaux complimens
; & les Ambaſſadeurs
aprés les avoir remerciez ,
fortirent au carillon des clo-
Giij
178 IV.P. du Voyage
ches & au bruit du canon,&
allerent dîner à Feſnes , d'où
ils prirent la route de Saint-
Quentin.
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Résumé : Peronne. [titre d'après la table]
Le texte relate l'arrivée des ambassadeurs de Siam à Peronne, une ville fortifiée en Picardie située sur la rivière de Somme. Entourée de marais, Peronne a résisté à plusieurs tentatives de prise par les Espagnols. Les habitants, familiers des exercices militaires, étaient impatients d'accueillir les ambassadeurs. Pour l'occasion, trente-et-un drapeaux étaient exposés à l'Hôtel de Ville et les boutiques étaient fermées. Les ambassadeurs ont été reçus par le marquis d'Hoquincourt, gouverneur de Peronne, et le maire Aubé, qui leur ont remis les clés de la ville. Ils ont été escortés par seize compagnies de la milice et logés dans un hôtel spécialement préparé, avec une garde de cinquante mousquetaires. Le marquis d'Hoquincourt et les magistrats de Peronne ont prononcé des discours de bienvenue, soulignant l'amitié entre les rois de France et de Siam. Les ambassadeurs ont répondu en exprimant leur gratitude et en espérant une alliance durable. Le chapitre et le bailliage ont également adressé leurs compliments. Pendant leur séjour, des mouvements militaires ont été effectués et des vins ont été offerts aux ambassadeurs. La ville était illuminée, permettant aux ambassadeurs d'admirer les festivités. Le lendemain, ils ont quitté Peronne sous les honneurs militaires et se sont dirigés vers Saint-Quentin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17996
p. 66-69
Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Début :
Les Ambassadeurs disnerent à Chambor le 24. C'est une [...]
Mots clefs :
Chambord, Ambassadeurs, Cocher, Description, Château de Chambord, Saint-Laurent-des-Eaux, Storf, Chute
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texteReconnaissance textuelle : Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Les Ambaſſadeurs dif
nerent à Chambor le 24 .
C'eſt une Maiſon Royale
dans le Blaifois, à trois ou
quarre lieuës de Blois , du
cofté d'Orleans. Le Roy
de Siam:
67
François I. fit commencer
ce Chaſteau un peu
avant fa mort , & Henry
II . fon Fils , le fit ache--
ver. Il eſt au milieu d'un
grand Parc , fur le bord
de la petite Riviere de
Couffon , qui l'environne
preſque tout. Le corps du:
Chaiteau eft compofé de
quatre grands Pavillons ,,
& au milieu est un Efca
lier admirable , fait en co
quille , avec deux mon
tées au dedans l'une da.
Fij
68 Voyage des Amb.
1
l'autre , où pluſieurs perſonnes
peuvent monter
fans ſe voir, bien qu'elles
puiſſent parler enſemble.
Il y a une belle Faifanderie
, & une Canardiere -
que les Ambaſſadeurs virent
avec plaifir , & qu'ils
eurent ſoin de remarquer.
Le Baftiment leur parut
auffi fort beau , & ils en
demanderent le Plan . Ils
coucherent ce foir - là à
S. Laurent des Eaux . J'oubliois
à vous dire que leur
de Siam. 69
Cocher les ayant verſez
dans un endroit de la route,
M.Storfvoulut le traiter
comme il l'avoit merité
par ſon peu d'adreſſe;
mais le premier Ambaffadeur
le pria de n'en rien
faire , & luy dit , Que ce
Cocher ſouffroit aßez du
malheur qui luy estoit arrivé,
&qu'ilſuffisoit pour
luy pardonner , que perſonne
n'eust esté bleſſé , & qu' -
ils ne ſentiffent aucun mal
de cette cheute.
nerent à Chambor le 24 .
C'eſt une Maiſon Royale
dans le Blaifois, à trois ou
quarre lieuës de Blois , du
cofté d'Orleans. Le Roy
de Siam:
67
François I. fit commencer
ce Chaſteau un peu
avant fa mort , & Henry
II . fon Fils , le fit ache--
ver. Il eſt au milieu d'un
grand Parc , fur le bord
de la petite Riviere de
Couffon , qui l'environne
preſque tout. Le corps du:
Chaiteau eft compofé de
quatre grands Pavillons ,,
& au milieu est un Efca
lier admirable , fait en co
quille , avec deux mon
tées au dedans l'une da.
Fij
68 Voyage des Amb.
1
l'autre , où pluſieurs perſonnes
peuvent monter
fans ſe voir, bien qu'elles
puiſſent parler enſemble.
Il y a une belle Faifanderie
, & une Canardiere -
que les Ambaſſadeurs virent
avec plaifir , & qu'ils
eurent ſoin de remarquer.
Le Baftiment leur parut
auffi fort beau , & ils en
demanderent le Plan . Ils
coucherent ce foir - là à
S. Laurent des Eaux . J'oubliois
à vous dire que leur
de Siam. 69
Cocher les ayant verſez
dans un endroit de la route,
M.Storfvoulut le traiter
comme il l'avoit merité
par ſon peu d'adreſſe;
mais le premier Ambaffadeur
le pria de n'en rien
faire , & luy dit , Que ce
Cocher ſouffroit aßez du
malheur qui luy estoit arrivé,
&qu'ilſuffisoit pour
luy pardonner , que perſonne
n'eust esté bleſſé , & qu' -
ils ne ſentiffent aucun mal
de cette cheute.
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Résumé : Ils disnent à Chambor. Description de Chambor [titre d'après la table]
Le 24, les ambassadeurs du roi de Siam visitèrent Chambord, une Maison Royale située dans le Blaisois, à environ trois ou quatre lieues de Blois, du côté d'Orléans. Le château, commencé par François Ier peu avant sa mort et achevé par Henri II, se trouve au milieu d'un grand parc, près de la rivière de Couffon. Le bâtiment se compose de quatre grands pavillons et d'un escalier en coquille permettant à plusieurs personnes de monter sans se voir tout en pouvant parler ensemble. Les ambassadeurs admirèrent la faïencerie et la canardière, trouvant le château très beau et demandèrent le plan du bâtiment. Ils passèrent la nuit à Saint-Laurent-des-Eaux. Lors du voyage, un accident de voiture eut lieu, mais le premier ambassadeur intervint pour éviter que le cocher ne soit puni, estimant que le malheur subi était suffisant et que personne n'avait été blessé.
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17997
p. 42-46
Description de la Scellerie du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent aprés dans la Sellerie du Roy ; elle est grande [...]
Mots clefs :
Sellerie du roi, Housses, Montures, Armoires, Broderie, Équipages, Chevaux
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texteReconnaissance textuelle : Description de la Scellerie du Roy. [titre d'après la table]
Ils allerent aprés dans la
Sellerie duRoy ; elle eſtgran
des Amb. de Siam. 43.
de& fort belle,& toute lambriffée
de Menuiferie. Il y a
quantité d'Armoires trésgrandes
qui en occupent toute
une face. Dans celle du
milieu font les Houſſes en
Souliers, qui font trés-belles,
trés-magnifiques , & en tresgrand
nombre. Il y en a
une fort remarquable, & routà-
fait finguliere. Le fonds eft
d'un velours violet , enrichy
d'un travail d'Acier , plus
beau & plus délicat que la
plus belle & plus fine broderie.
Dans les autres Armoires
Dij
44 III. P. du Voyage
font les Houſſes en bottines ,
avec les fourreaux & les cuftodes
de Pistolets extrêmement
riches, & dont le nombre
est fort grand.
Dans une autre font les
Houſſes en broderie, qui fervent
aux Dames lors qu'elles
montent àCheval.
-. La derniere eſt remplie de
Houſſes , de Croupes & d'Equipages
à la Perſane. Le
refte du contour de la Sellerie
eſt garny de Porte-felles
triangulaires, fur leſquels font
les Selles des montures , avec
le nom desChevaux auſquels
des Amb. de Siam . 45
elles ſervent. Les Rateliers
font au deſſous & tout tournez
; ils font remplis d'une
grande quantité de Brides
garnies d'argent& d'or moulu,
qui ſervent aux montures,
fans compter un fort grand
nombre d'autres Brides toûjours
en état de ſervir. Ily a
encore deux autres Selleries,
dont je ne parle point. On y
met tous les Equipages du
reſte des Chevaux qui font
à la petite Ecurie. LesAmbaffadeurs
virent auſſi les montures
de tous les Officiers à
qui leRoy en fournit; lesChe
46 III. P. duVoyage
vaux Perfans, & les Chevaux
découplez, dont on fit méme
fortir quelques-uns ainſi qu'ils
le ſouhaiterent, afin qu'ils les
puſſent mieux voir .
Sellerie duRoy ; elle eſtgran
des Amb. de Siam. 43.
de& fort belle,& toute lambriffée
de Menuiferie. Il y a
quantité d'Armoires trésgrandes
qui en occupent toute
une face. Dans celle du
milieu font les Houſſes en
Souliers, qui font trés-belles,
trés-magnifiques , & en tresgrand
nombre. Il y en a
une fort remarquable, & routà-
fait finguliere. Le fonds eft
d'un velours violet , enrichy
d'un travail d'Acier , plus
beau & plus délicat que la
plus belle & plus fine broderie.
Dans les autres Armoires
Dij
44 III. P. du Voyage
font les Houſſes en bottines ,
avec les fourreaux & les cuftodes
de Pistolets extrêmement
riches, & dont le nombre
est fort grand.
Dans une autre font les
Houſſes en broderie, qui fervent
aux Dames lors qu'elles
montent àCheval.
-. La derniere eſt remplie de
Houſſes , de Croupes & d'Equipages
à la Perſane. Le
refte du contour de la Sellerie
eſt garny de Porte-felles
triangulaires, fur leſquels font
les Selles des montures , avec
le nom desChevaux auſquels
des Amb. de Siam . 45
elles ſervent. Les Rateliers
font au deſſous & tout tournez
; ils font remplis d'une
grande quantité de Brides
garnies d'argent& d'or moulu,
qui ſervent aux montures,
fans compter un fort grand
nombre d'autres Brides toûjours
en état de ſervir. Ily a
encore deux autres Selleries,
dont je ne parle point. On y
met tous les Equipages du
reſte des Chevaux qui font
à la petite Ecurie. LesAmbaffadeurs
virent auſſi les montures
de tous les Officiers à
qui leRoy en fournit; lesChe
46 III. P. duVoyage
vaux Perfans, & les Chevaux
découplez, dont on fit méme
fortir quelques-uns ainſi qu'ils
le ſouhaiterent, afin qu'ils les
puſſent mieux voir .
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Résumé : Description de la Scellerie du Roy. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam ont visité la sellerie du roi, un espace grand et somptueux entièrement lambrissé. Cette sellerie contient plusieurs armoires immenses. La première armoire abrite des housses pour souliers, dont une en velours violet orné de travail d'acier délicat. Les autres armoires contiennent des housses pour bottines, des fourreaux et des étuis à pistolets richement décorés, ainsi que des housses en broderie pour dames montant à cheval. La dernière armoire est remplie de housses, de croupes et d'équipements à la persane. La sellerie est également garnie de porte-felles triangulaires supportant des selles accompagnées des noms des chevaux. En dessous, des rateliers contiennent des brides en argent et or moulu, ainsi que d'autres brides prêtes à l'emploi. Le texte mentionne deux autres selleries où sont entreposés les équipements des autres chevaux de la petite écurie. Les ambassadeurs ont également vu les montures des officiers fournis par le roi, ainsi que des chevaux persans et des chevaux découverts, certains ayant été sortis à leur demande pour une meilleure observation.
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17998
p. 70-77
Ce qu'ils ont veu & dit le jour qu'ils ont esté aux Chartreux. [titre d'après la table]
Début :
Ils allerent le mesme jour au Convent des Chartreux, & [...]
Mots clefs :
Couvent des chartreux, Couvert, Couvent, Religieux, Humilité, Cloître, Pères, Cour, Porte, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont veu & dit le jour qu'ils ont esté aux Chartreux. [titre d'après la table]
Ils allerent le même jour
au Convent des Chartreux
des Amb. de Siam.
67
10
-bi
& defcendirent de Carofle
dans la court devant la porte
de l'Eglife. On leur dit qu'on
ne venoit point le recevoir , parce
que ces Religieux ayant entierement
renoncé au monde ,&fai-
Sant profeſſion de la plus exacte
humilité , ils n'alloient au devant
de personne. Ils entrerent dans
l'Egliſe où il ne ſe trouva que
celuy qui leur en ouvrit la
porte qui eſtoit fermée parce
qu'il eſtoit déja tard. M
Torf s'étant mis d'abord à
genoux , ils ſuivirent ſon exemple
, & ne ſe releverent
jo
qu'aprés luy. Ils admirerent
enfuite toute la menuiferie ,
Fij
68 Suite du Voyage
qui eſt des plus belles que
l'on voye dans le Royaume.Ils
firent le tour du Choeur pour
en conſiderer les Tableaux.Ils
ont eſté faits par les plus excellens
Peintres que nous
ayons aujourd'huy. Mr Coepel
eſt du nombre. Ils remarquerent
une figure de Bronze
qui eft fur un tombeau devant
le grand Autel , & demanderent
le nom de celuy
qu'elle repreſentoit. On leur
dit que c'eſtoit un Chancelier
de France qui avoit fait
du bien à ce Convent. Hs
paſſerent de- là dans la Sacriitie
,& enſuite dans une gran
des Amb. de Siam . 69
de Salle où il y a des Tableaux
anciens & modernes ,
qu'ils trouverent tres -beaux ,
aprés quoy ils furent conduits
dans le Cloiſtre où toute
la vie de S. Bruno eſt peinte
par Feu Male Sueur. C'eſt
un grand ouvrage & fort
eſtimé de tous les connoiffeurs.
Il eſt couvert par des
volets ſur leſquels font peints
divers Païſages. On les ouvrit
tous pour leur mieux faire
voir la vie de ce Saint , qui
eſt Fondateur de l'Ordre. Aprés
avoir été quelque temps
dans le Cloiſtre où ils trouverent
le P. Vicaire qui les ac-
Füj
70 Suite du Voyage
cópagna avec quelques Religieux
dás tous les autres lieux
où ils allerent , ils entrerent
dans le Refectoire où le couvert
eſtoit mis , parce qu'ils
faifoient ce ſoir la collation
en commun . Ils remarquerent
qu'il y avoit un godet
de terre à chaque couvert
& on leur dit que l'humilité
dont ces Peres faisoient
profeſſion ne leur permettoit pas
de boire dans autre chose. Ils vi-
Grerent enfuite une des Cel
lules , & regarderent le lit ,
la Bibliotheque , & le jardin.
Ils vinrent aprés cela voir une
pompe qui eſt au milieu
,
des Amb. de siam.
71
de la court du grand Cloiſtre,
& qui éleve l'eau & la diftribuë
dans les Cellules. Le pre-
- mier Ambafſfadeur examina
tout ce qui dépend de cette
- machine, & fa curiofité le fit
paffer par des endroits d'un
accés aſſez difficile. Comme
il eſtoit déja tard , il n'eut
pas le temps de voir le reſte
de ce Convent & d'aller
dans le grand Jardin. Il fortit
par un lieu couvert , affez
long , bâty en maniere de
Cloître , & qui donne dans la
court. Il ne s'aperçeut point
que les Peres qui l'avoient
accompagné , ne l'avoient
72 Suite du Voyage
)
pas ſuivy dans ce lieu ; on
luy dit lors qu'il fut au bout
que leur Regle ne leur permettoit
pas de reconduire perſonne. Cela
l'obligea de retourner ſur ſes
pas juſqu'au bout du lieu
qu'il avoitdéja traverſé, pour
remercier ces Peres de leur
honneſteté. Les trois Ambaffadeurs
, & les Mandarins
de leur fuite furent fort édifiez
de l'humilité & de l'aufterité
de ceux de cét Ordre.
Plus les Regles des Religieux
qu'ils voïent font aufteres
, plus ils les eſtiment.
au Convent des Chartreux
des Amb. de Siam.
67
10
-bi
& defcendirent de Carofle
dans la court devant la porte
de l'Eglife. On leur dit qu'on
ne venoit point le recevoir , parce
que ces Religieux ayant entierement
renoncé au monde ,&fai-
Sant profeſſion de la plus exacte
humilité , ils n'alloient au devant
de personne. Ils entrerent dans
l'Egliſe où il ne ſe trouva que
celuy qui leur en ouvrit la
porte qui eſtoit fermée parce
qu'il eſtoit déja tard. M
Torf s'étant mis d'abord à
genoux , ils ſuivirent ſon exemple
, & ne ſe releverent
jo
qu'aprés luy. Ils admirerent
enfuite toute la menuiferie ,
Fij
68 Suite du Voyage
qui eſt des plus belles que
l'on voye dans le Royaume.Ils
firent le tour du Choeur pour
en conſiderer les Tableaux.Ils
ont eſté faits par les plus excellens
Peintres que nous
ayons aujourd'huy. Mr Coepel
eſt du nombre. Ils remarquerent
une figure de Bronze
qui eft fur un tombeau devant
le grand Autel , & demanderent
le nom de celuy
qu'elle repreſentoit. On leur
dit que c'eſtoit un Chancelier
de France qui avoit fait
du bien à ce Convent. Hs
paſſerent de- là dans la Sacriitie
,& enſuite dans une gran
des Amb. de Siam . 69
de Salle où il y a des Tableaux
anciens & modernes ,
qu'ils trouverent tres -beaux ,
aprés quoy ils furent conduits
dans le Cloiſtre où toute
la vie de S. Bruno eſt peinte
par Feu Male Sueur. C'eſt
un grand ouvrage & fort
eſtimé de tous les connoiffeurs.
Il eſt couvert par des
volets ſur leſquels font peints
divers Païſages. On les ouvrit
tous pour leur mieux faire
voir la vie de ce Saint , qui
eſt Fondateur de l'Ordre. Aprés
avoir été quelque temps
dans le Cloiſtre où ils trouverent
le P. Vicaire qui les ac-
Füj
70 Suite du Voyage
cópagna avec quelques Religieux
dás tous les autres lieux
où ils allerent , ils entrerent
dans le Refectoire où le couvert
eſtoit mis , parce qu'ils
faifoient ce ſoir la collation
en commun . Ils remarquerent
qu'il y avoit un godet
de terre à chaque couvert
& on leur dit que l'humilité
dont ces Peres faisoient
profeſſion ne leur permettoit pas
de boire dans autre chose. Ils vi-
Grerent enfuite une des Cel
lules , & regarderent le lit ,
la Bibliotheque , & le jardin.
Ils vinrent aprés cela voir une
pompe qui eſt au milieu
,
des Amb. de siam.
71
de la court du grand Cloiſtre,
& qui éleve l'eau & la diftribuë
dans les Cellules. Le pre-
- mier Ambafſfadeur examina
tout ce qui dépend de cette
- machine, & fa curiofité le fit
paffer par des endroits d'un
accés aſſez difficile. Comme
il eſtoit déja tard , il n'eut
pas le temps de voir le reſte
de ce Convent & d'aller
dans le grand Jardin. Il fortit
par un lieu couvert , affez
long , bâty en maniere de
Cloître , & qui donne dans la
court. Il ne s'aperçeut point
que les Peres qui l'avoient
accompagné , ne l'avoient
72 Suite du Voyage
)
pas ſuivy dans ce lieu ; on
luy dit lors qu'il fut au bout
que leur Regle ne leur permettoit
pas de reconduire perſonne. Cela
l'obligea de retourner ſur ſes
pas juſqu'au bout du lieu
qu'il avoitdéja traverſé, pour
remercier ces Peres de leur
honneſteté. Les trois Ambaffadeurs
, & les Mandarins
de leur fuite furent fort édifiez
de l'humilité & de l'aufterité
de ceux de cét Ordre.
Plus les Regles des Religieux
qu'ils voïent font aufteres
, plus ils les eſtiment.
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Résumé : Ce qu'ils ont veu & dit le jour qu'ils ont esté aux Chartreux. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs de Siam visitèrent le couvent des Chartreux. Ils furent informés que les religieux ne les accueillaient pas en raison de leur vœu d'humilité. Ils admirèrent l'église, sa menuiserie et ses tableaux, notamment ceux de Mr Coepel. Ils remarquèrent une figure de bronze sur un tombeau, représentant un chancelier de France ayant aidé le couvent. Ils visitèrent la sacristie, une grande salle avec des tableaux anciens et modernes, et le cloître, où la vie de Saint Bruno est peinte par Feu Male Sueur. Accompagnés par le Père Vicaire et quelques religieux, ils observèrent dans le réfectoire que chaque couvert avait un godet de terre, symbole de l'humilité des religieux. Ils visitèrent également une cellule, la bibliothèque, le jardin et une pompe dans la cour du grand cloître. L'ambassadeur examina la pompe avec curiosité. En raison de l'heure tardive, ils ne purent voir le reste du couvent ni le grand jardin. Les religieux ne les reconduisirent pas, conformément à leur règle. Les ambassadeurs furent impressionnés par l'humilité et l'austérité des religieux.
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17999
p. 73-74
« Apres vous avoir parlé d'une Guerre, vous voudriez bien, Madame, [...] »
Début :
Apres vous avoir parlé d'une Guerre, vous voudriez bien, Madame, [...]
Mots clefs :
Phèdre, Imprimer
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texteReconnaissance textuelle : « Apres vous avoir parlé d'une Guerre, vous voudriez bien, Madame, [...] »
Apres vous avoir parlé d'u- ne guerre,vous voudriez bien, Madame, que ie vous parlaſſe d'uneautre , puis que vous me demandez ce qui ſe dit icy desdeuxPhedresdepuis qu'el- les font imprimées. Je vous les ay envoyées l'une & l'au- tre , vous les avez leuës , & ie n'ay rien à vous répondre pour fatisfaire à voſtre curiofire fur cetarticle , finon qu'il n'y aaucune perſonne d'eſprit qui n'en penſe ce que ie ſuis fort aſſuré que vousenpenſez.
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18000
p. 74-81
Discours sur la Preface de la Phedre du Sieur Pradon. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur Racine est toûjours Monsieur Racine, & ses Vers sont [...]
Mots clefs :
Phèdre, Racine, Pradon, Hôtel de Bourgogone, Théâtre
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Preface de la Phedre du Sieur Pradon. [titre d'après la table]
Monfieur Racine eſt toûjours Monfieur Racine , &ſes Vers font trop beaux pour ne pas donnerà la lecture le meſme plaifir qu'ils donnent à les en- GALANT. 57 tendre reciterauTheatre.Pour Monfieur Pradon , il avouë qu'ayant eſté obligé de faire ſa Piece en trois mois , il n'a pas eu le temps d'en polir les Vers avec tout le ſoin qu'il y auroit apporté ſans cela. C'eſt une negligence forcée, qu'ap- paremmentil n'aura pas dans le premier Ouvrage qu'il fera paroiſtre ; mais il n'eſt pas af- LuréquecetOuvrage,quelque achevé qu'il nous le donne , ait un ſuccésauſſi avantageux quel'a eu ſon Hippolyte. Ily a des occurrences , qui felon qu'elles font plus ou moins favorables ,augmententoudiminuent les prixdes choses; &ie tiens que le ſecret de faire reüſſir celles de cette nature , c'eſt d'é faire parlerbeaucoup; Cv 38 LE MERCURE quand meſme on n'en feroit dire que du mal. Le bruit qui s'en répand excite une curio- fité qui attire de grandes af- femblées ; & comme le peuple ſe perfuade que les Pieces qui font ſuiviesdoiventeſtre bonnes , nous en avons veu quel- quefois de tres- heureuſes qui n'ont pas eu l'approbation des connoiffeurs. Ce que je vous dis, Madame,eſt une choſe ge- nerale , & mon deſſein n'eft pas de parler de celle de Monfieur Pradon. Quant à ſa Pre- face , dont vous voulez abſolument que ie vous réde com- pte , ie connois beaucoup de gens à qui elle plaît : il y enja mêmequi la trouvent brillace juſqu'à ébloüir, malgré tout ce qu'oppoſent certainsCritiques. GALANT. 59 difficiles à fatisfaire , qui ne- ſcauroient fouffrir qu'il s'ex cuſe ſur ce qu'Euripide n'a point fait le proceza Seneque, ny Seneque à Garnier , pour avoir traité la même matiere , àcauſe, diſent- ils, que ces Poëtes ont vécu dans des fiecles fort éloignez les uns des aur tres, & qu'il eſt inouy que per- fonne foit encor revenu de l'autre monde pourſe plaindre des injustices qu'onluya faites apres ſa mort; mais quandils auroiét vécu enſemble,quand ils auroient fait repreſenter. deuxHippolytes en un même. iour,cesCritiquestrop fcrupu leux ne prenent pas garde que Garnier & Seneque nedevant pas le fuccésde leurs premiers Ouvrages àceuxdot- ilsſeblent 60 LE MERCURE avoir doublé le ſujet , ont pû faire tout ce qu'il leur a plû, fans donner lieu qu'on les ac- cuſaſt de manquer de recon- noiſſance; & d'ailleurs comme on fait toûjours honneur à ceuxdont on met les Ouvrages enune autreLangue, ſi Eu- ripide avoit eu la liberté de fortir d'où il eſt pour venir trouver Seneque, il ne l'auroit fait que pour le remercierd'a- voir donné en Latin ce qu'il avoit composé en Grec;& fur cet exemple,j'ay entendudire àdes AmisdeMonfieur Racine, qu'il ſe feroit tenu tres re- devable à Monfieur Pradon , s'il avoit fait joüen en Italien, l'Hippolyte qui nous a eſté donnéen noſtre Langue par l'Hoſtel de Bourgogne; mais GALANT. 61 enfin , Monfieur Pradon a eu fes raiſons que ie veux croire fort bonnes , & ie le trouve loüable d'avoir reconnude fi bonne - foy dans ſa Preface, qu'il n'a point traité ce Sujet parun effet du hazard , comme tout le monde ſçait qu'il arriva des deux Berenices ; mais par un pur effet de ſon choix. Onavoit dit le contraire avant que la Piece paruſt, &il a crû que ce déguiſement démentoit la fincerité dont il fait profeſſion .
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Résumé : Discours sur la Preface de la Phedre du Sieur Pradon. [titre d'après la table]
Le texte compare la réception des œuvres de Jean Racine et de Nicolas Pradon. Racine est apprécié pour la qualité de ses vers, tant à la lecture qu'au théâtre. Pradon, en revanche, admet n'avoir pas pu peaufiner ses vers en raison du délai court pour écrire sa pièce. Il espère améliorer ce point dans ses futures œuvres. Le succès d'une pièce peut également dépendre du bruit qu'elle fait, même si les critiques sont négatives, car cela attire le public. La préface de Pradon est bien accueillie, malgré les réserves de certains experts. Ces derniers estiment que Pradon n'aurait pas dû comparer son travail à celui d'Euripide, Sénèque ou Garnier, car ils vivaient à des époques différentes. Pradon a choisi de traiter le même sujet que Racine par choix personnel, contrairement aux rumeurs précédentes. Il a exprimé cette sincérité dans sa préface.
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