ODE
En Strophes libres و
Sur la Maladie & la Convalescence du Roi,
Par M. des Forges Maillard .
Lorsque l'Aftre du jour , dontl'ardente lumiere
Fait le bonheur du monde & l'ornement des Cieux
Au plus brillant de ſa carriere ,
Vient à s'éclipſer à nosyeux ,
Tout languit ici bas , & la Nature entiere
Apprend aux Mortels par ſon deüil ,
Que fans l'éclat de cebel oeil
L'Univers reviendroit à ſa maſſe premiere.
'Ainfi , Prince, à nos voeux déſirable à jamais,
Qui comptes, nontes jours, comme Titus put faire
Mais tes momens par tes bienfaits ;
Quand d'un coup de ſa faux la Parque ſanguinaire
S'apprêtoit à trancher de ces précieux jours
L'utile , l'éclatant, le trop rapide cours ,
Sur le front de la France une pâleur ſoudaine
Exprima ſon ſaiſiſſement ,
Et dans ce morne accablement ,
Chacun offroit pour toi ſa tête à l'inhumaine ,
Et n'avoit dans le coeur qu'un même ſentiment,
NOVEMBRE. SE 1744.
Mais ſi ſa cruauté conſommant nos allarmes ,
Réſiſtant à nos cris , t'eût rangé ſous ſa loi ,
Sur ſes Poles le Monde eût fenti notre effroi ;
Et même l'ennemi pénétré de tes charmes ,
Témoin de ta valeur , ſachant que malgré toi .
L'Injustice , l'Audace & la mauvaiſe foi ,
Aforce d'attentats aiguiſerent tes armes ,
Moüillant les fiennes de ſes pleurs ,
En eût mêlé les flots au torrentde nos larmes
Comme s'il cût gémi de ſes propres malheurs.
L'Olympe eſt dévoilé; bel Aſtre de nos vies,
Au gré de nos tendres envies
Tu reparois ſur l'horifon ,
Etnos juſtes douleurs ſe ſont évanoüies ,.
Al'aſpect de ta guériſon .
Mais arrête , Louis ; où t'emporte la gloire ?
N'expoſe plus ton fang aux fureurs des hazards ;
Ton courage a fixé le vol de la Victoire ,
Qui devance tes Etendarts,
Je la vois,&quels yeux la pourroient méconnoître
'Aſon armure, où l'or ſeme & forme des Lys !
Le fond blanc de l'étoffe , aux regards ébloüis
Peint la noble candeur de notre Auguſte Maître ,
Et déſormais elle ne veut paroître
Que couverte de ces habits.
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52 MERCURE DE FRANCE.
D'un ciſeau délicat les traits inimitables
Sur le luiſant acier de ſon Cafque divin ,
Repréſenterent Nice , Ypre , Furne , Menin ,
Et des Ufurpateurstant d'appuis formidables",
Cuiſant , le dos tourné, leurs rages implacables ,
Forcés de repaſſer le Rhin ,
Et plus honteux dans leur retraite ,
Que s'ils avoient ſubi par un juſte deſtin
Sur le champ de bataille une entiere défaite ,
Punis desnoirs complots de leur orgueil mutin.
Le bruit de tes Tambours', le ſon de tes Tymbales,
Où brillent tes marques Royales ,
Sont le ſignal flateur qui la mene au combat ;
Monarque craint , chéri , Pere , Héros , Soldat ,
Ton grand coeur s'eſt aſſés diftingué dans la guerre;
Laiſſe repoſer ton Tonnerre ,
Et vien te rétablir au fein de ton Etat.
Tu verras en chemin tes Provinces tranquilles ,
Et malgré les Volcans par Bellonne allumés ,
L'abondance , l'honneur, & l'ordre dans tes Villes.
Montre toi dans Paris à tes Peuples charmés ;
Regarde avec tranſport dans les Airs enflâmés
NOVEMBRE. 1744. 53
Les Serpenteaux errans , & les Gerbes que lance *
De ſoi- même rival l'amour ingénieux ,
Aller juſqu'au Trône des Dieux ,
Leur témoigner notre reconnoiſſance.
Conty , ton cher Conty , Héros prématuré ,
Dont au fort des périls le coeur eſt aſſuré
Sur fa mâle prudence au-deſſus de ſon âge ;
L'intrépide Clermont que même ardeur engage ,
Pentiévre , ambitieux de marcher ſur leurs pas ,
Aimé de tes Bretons , Gouverneur des Climats ,
Où le Ciel me fit don de l'air que je reſpire ,
Sçauront bien en ta place animer tes Soldats ,
Sur la trace du feu que ton Sang leur inſpire.
Laiſſe à tes Généraux , à ces braves Guerriers
Le ſoind'achever tes conquêtes ,
Et leur ayant coupé des moiſſons de Lauriers ,
Cede-leur le plaifir d'en couronner leurs têtes.
* Ondonne cette Piéce , telle qu'elle a étéfai te ; on
ne prévoyoit pas la défenſe des Feux d'artifice ; mais
les magnifiques Illuminations répandoient une fi grande
clartédans l'Air , qu'on peut dire que la pensée, la
même pour lefond , ne differe que dans les termes .