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1
p. 126-138
Nouvelles Pandore, ou des Femmes illustres du Siecle de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Début :
Vous avez lû sans doute, Madame, les Satires & les [...]
Mots clefs :
Femmes, Femmes savantes, Précieuses, Discours, Mérite, Recueil, Femmes illustres, Pandore, Académies, Académie des Ricovrati de Padoue, Égalité
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Pandore, ou des Femmes illustres du Siecle de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Vous avez lû fans doute ,
Madame , les Satires & les
Pieces differentes qui ont efte
faites depuis quelques années
contre le Mariage & contre
บ
GALANT. 127
1
les Femmes , non feulement
Contre lesFemmes en general,
mais encore contre les Dames
Sçavantes en particulier. Cela
n'empêche pas que l'on ne fe
marie toujours , & que les
beaux efprits de voſtre Sexe
ne travaillent pour la gloire',
& à fe rendre recommandables
par leur fçavoir autant
que par leur fageffe. Elles
peuvent le vanter d'avoir remporte
des Prix d'Eloquence &
de Poëfie dans toutes les Academies
du Royaume , témoins
J'illuftre Mademoifelle de Stu
dery , Deshoullieres & Bernard,
Lilij
128 MERCURE
dans l'Academie Françoife.
Cette derniere a gagné auffi
toutes les Fleurs de l'Acade
mie Royale des Joux Floraux
de Touloufe, & Mademoiſelle
Lheritier a fouvent efté cou
ronnée par M's les Lanterniftes
de la même Ville . Je ne
vous parle point des Ouvra
ges admirables de Madame
Le Fevre Dacier , des Poëfies
charmantes de Mademoiſelle
Cheron , ny des agréables Productions,
d'efprit de Madame
le Camus , de Mademoiſelle
de la Force, ny d'un grand nom .
bre d'autres , que M ' de Vertron
GALANT 129
a pris foin de loüer d'une ma
niere delicate & nouvelle ,
dans un Recueil qui paroift
depuis quelque temps fous le
titre de Nouvelle Pandore , ou
des Femmes illuftres du Siecle de
Louis le Grand. lly fait les Eloges
des Mortes & des Vivantés
, & pour prouver la préfe
rence de voftre Sexe au noftre ,
iby foutient le Pour & le Contre
, ce qui a donné matiere à
plufieurs Orateurs & Poëtes
d'exercer leur genie fur les dis
vers partis qu'il a embraf
fez dans fes fix Difcours Academiques.
130 MERCURE
Le premier , Du merite des
Dames , eft appuyé fur les té
moignages des Ecritures Sain
tes , où l'on voit le Pas gyri
que des Femmes illuftres de
l'Ancien & du Nouveau Te.
ftament.
b
Le fecond traite du Merite
des Hommes , où raffemblant
les perfections des Heros de
l'Antiquité , il trouve moyen
de faire l'Eloge du Roy
Le troifiéme Difcours , qui
eft de l'Egalité des Sexes , eft
une curieuſe recherche de la
Fable & de l'Hiftoire ancien
ne , tant facrée que profane,
GALANT.
qui fait voir que comme l'efprit
n'a point de Sexe , il n'y
a nulle difference entre les
Ames & les Genies des Hom
mes & des Femmes
Le quatriéme Difcours eft
contre l'Egalité des Sexés , & en
faveur des Hommes . C'eftune
efpece de Critique honnefte
contre les defauts de quelques
Femmes , qui ont fait du bruit
dans l'Antiquité. Il touche
pourtant finement ceux des
noftres , c'eft à dire des Coqueres
d'éclat , & des Plai
deufes de profeffion , fans
oublier les Précieufes ridicu132
MERCURE
les , ny les fauffes Sçavantes .
Le cinquiéme Difcours con
tre les Hommes , eft une peintu
re fidelle & en racourci des
defauts des grands Hommes
de l'Antiquité, & de quelques
Empereurs Romains , de certains
Heros , & des Dieux
Payens.
Le fixiéme , qui eft de la
preéminence du beau Sexe , eſt
une retractation par laquelle
il montre que tout ce qu'il a
dit contre les Femmes, n'a efté.
que pour mieux établir leurs
avantages fur les Hommes . b
En parlanr des Heroïnes de
GALANT 133
l'Antiquité , il parle comme il
faut, & comme il doit ,de celles
de noftre Siecle ; & il fait voir
qu'il ya des Heroïnes de plus
d'une maniere. Celle dont il
s'eft fervi pour convaincre les
Hommes du merite des Femmes
, en eft une preuve indus
bitable, puis qu'il fait voir leur
efprit par leurs Ouvrages
rempliffant , ou pour mieux
dire , ornant ( c'eft ainfi qu'il
s'en explique luy même dans
fa Préface ) les deux Volumes
de la Nouvelle Pandore , de ce
qu'elles ont fait de plus beau.
Parmy ces oeuvres mélées il à
134 MERCURE
choifi celles qui regardoient
la ø
gloire du Roy. On trouve
dans le même recueil le juge
ment qu'il fait des Ouvrages
que ces Dames Sçavantes lay
ont fait l'honneur de luy
adreffer ce qui peut paffer
pour des Eloges en racourci ,
la matiere en eftant inépuifa .
ble. Il nous promet encore
quelque chofe de nouveau en
faveur des Dames , qui luy ont
donné avec juftice le furnom
de Protecteur du bean Sexe.C'eft
auffi en cette qualité qu'il a
proclamé , & dans les Academies
du Royaume , & dans
GALANT. 135
t celles d'Italie , le merite de
celles qui fe font fait diftin .
guer par leur fage conduire ,
par leurs vertus éclarantes , &
par leurs excellens Ouvrages.
Enfin , fur fon témoignage ,
Meffieurs de la docte Academie
des Ricovrati de Padouë,
fes Confreres , le 10, de Février
dernier , receurent les Dames
illuftres , dont voicy la Lifte
qu'il m'a envoyée.
Madame la Prefidente de
Bretonvilliers .
Madamele Camus de Melfon.
co
Mademoiselle.de la Force.
136 MERCURE
Madame la Comteffe de d
Barneville Daulnoy.
Mademoiſelle des Houlie
res.
Mademoiſelle Cheron .
Mademoiſelle Bernard .
Mademoiſelle Lheritier.
Il doit ces jours- cy , en
qualité de Député , leur porter
les Lettres Patentes d'Academiciennes
, prefent qu'il ac
compagnera
fans doute , de.
Complimens
Italiens & François
.
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame le Fevre Dacier , &
Madame de Saliez , Viguiere
GALANT.
137
d'Albi , ont efté receues dans
la même Academie de Rico .
i vrati il y a déja quelques anpées
.
Je ne vous dis rien dayan
tage de la nouvelle Pandore , où
la modeftie de M de Vertron
luy fait dire qu'il y a la moindre
part, & que ce qu'il y a de
= meilleur , eft des Dames qui
ont enrichi ce Recueil par
leurs Ouvrages . Ce Livre compofé
de deux Tomes , en attendant
le troifiéme , qui fera
་
de Pieces galantes , fe vend
chez la Veuve Claude Mazuel,
Septembre 1699.
M
18 MERCURE
fur le Pont Saint Michel ,
Levrette.
Madame , les Satires & les
Pieces differentes qui ont efte
faites depuis quelques années
contre le Mariage & contre
บ
GALANT. 127
1
les Femmes , non feulement
Contre lesFemmes en general,
mais encore contre les Dames
Sçavantes en particulier. Cela
n'empêche pas que l'on ne fe
marie toujours , & que les
beaux efprits de voſtre Sexe
ne travaillent pour la gloire',
& à fe rendre recommandables
par leur fçavoir autant
que par leur fageffe. Elles
peuvent le vanter d'avoir remporte
des Prix d'Eloquence &
de Poëfie dans toutes les Academies
du Royaume , témoins
J'illuftre Mademoifelle de Stu
dery , Deshoullieres & Bernard,
Lilij
128 MERCURE
dans l'Academie Françoife.
Cette derniere a gagné auffi
toutes les Fleurs de l'Acade
mie Royale des Joux Floraux
de Touloufe, & Mademoiſelle
Lheritier a fouvent efté cou
ronnée par M's les Lanterniftes
de la même Ville . Je ne
vous parle point des Ouvra
ges admirables de Madame
Le Fevre Dacier , des Poëfies
charmantes de Mademoiſelle
Cheron , ny des agréables Productions,
d'efprit de Madame
le Camus , de Mademoiſelle
de la Force, ny d'un grand nom .
bre d'autres , que M ' de Vertron
GALANT 129
a pris foin de loüer d'une ma
niere delicate & nouvelle ,
dans un Recueil qui paroift
depuis quelque temps fous le
titre de Nouvelle Pandore , ou
des Femmes illuftres du Siecle de
Louis le Grand. lly fait les Eloges
des Mortes & des Vivantés
, & pour prouver la préfe
rence de voftre Sexe au noftre ,
iby foutient le Pour & le Contre
, ce qui a donné matiere à
plufieurs Orateurs & Poëtes
d'exercer leur genie fur les dis
vers partis qu'il a embraf
fez dans fes fix Difcours Academiques.
130 MERCURE
Le premier , Du merite des
Dames , eft appuyé fur les té
moignages des Ecritures Sain
tes , où l'on voit le Pas gyri
que des Femmes illuftres de
l'Ancien & du Nouveau Te.
ftament.
b
Le fecond traite du Merite
des Hommes , où raffemblant
les perfections des Heros de
l'Antiquité , il trouve moyen
de faire l'Eloge du Roy
Le troifiéme Difcours , qui
eft de l'Egalité des Sexes , eft
une curieuſe recherche de la
Fable & de l'Hiftoire ancien
ne , tant facrée que profane,
GALANT.
qui fait voir que comme l'efprit
n'a point de Sexe , il n'y
a nulle difference entre les
Ames & les Genies des Hom
mes & des Femmes
Le quatriéme Difcours eft
contre l'Egalité des Sexés , & en
faveur des Hommes . C'eftune
efpece de Critique honnefte
contre les defauts de quelques
Femmes , qui ont fait du bruit
dans l'Antiquité. Il touche
pourtant finement ceux des
noftres , c'eft à dire des Coqueres
d'éclat , & des Plai
deufes de profeffion , fans
oublier les Précieufes ridicu132
MERCURE
les , ny les fauffes Sçavantes .
Le cinquiéme Difcours con
tre les Hommes , eft une peintu
re fidelle & en racourci des
defauts des grands Hommes
de l'Antiquité, & de quelques
Empereurs Romains , de certains
Heros , & des Dieux
Payens.
Le fixiéme , qui eft de la
preéminence du beau Sexe , eſt
une retractation par laquelle
il montre que tout ce qu'il a
dit contre les Femmes, n'a efté.
que pour mieux établir leurs
avantages fur les Hommes . b
En parlanr des Heroïnes de
GALANT 133
l'Antiquité , il parle comme il
faut, & comme il doit ,de celles
de noftre Siecle ; & il fait voir
qu'il ya des Heroïnes de plus
d'une maniere. Celle dont il
s'eft fervi pour convaincre les
Hommes du merite des Femmes
, en eft une preuve indus
bitable, puis qu'il fait voir leur
efprit par leurs Ouvrages
rempliffant , ou pour mieux
dire , ornant ( c'eft ainfi qu'il
s'en explique luy même dans
fa Préface ) les deux Volumes
de la Nouvelle Pandore , de ce
qu'elles ont fait de plus beau.
Parmy ces oeuvres mélées il à
134 MERCURE
choifi celles qui regardoient
la ø
gloire du Roy. On trouve
dans le même recueil le juge
ment qu'il fait des Ouvrages
que ces Dames Sçavantes lay
ont fait l'honneur de luy
adreffer ce qui peut paffer
pour des Eloges en racourci ,
la matiere en eftant inépuifa .
ble. Il nous promet encore
quelque chofe de nouveau en
faveur des Dames , qui luy ont
donné avec juftice le furnom
de Protecteur du bean Sexe.C'eft
auffi en cette qualité qu'il a
proclamé , & dans les Academies
du Royaume , & dans
GALANT. 135
t celles d'Italie , le merite de
celles qui fe font fait diftin .
guer par leur fage conduire ,
par leurs vertus éclarantes , &
par leurs excellens Ouvrages.
Enfin , fur fon témoignage ,
Meffieurs de la docte Academie
des Ricovrati de Padouë,
fes Confreres , le 10, de Février
dernier , receurent les Dames
illuftres , dont voicy la Lifte
qu'il m'a envoyée.
Madame la Prefidente de
Bretonvilliers .
Madamele Camus de Melfon.
co
Mademoiselle.de la Force.
136 MERCURE
Madame la Comteffe de d
Barneville Daulnoy.
Mademoiſelle des Houlie
res.
Mademoiſelle Cheron .
Mademoiſelle Bernard .
Mademoiſelle Lheritier.
Il doit ces jours- cy , en
qualité de Député , leur porter
les Lettres Patentes d'Academiciennes
, prefent qu'il ac
compagnera
fans doute , de.
Complimens
Italiens & François
.
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame le Fevre Dacier , &
Madame de Saliez , Viguiere
GALANT.
137
d'Albi , ont efté receues dans
la même Academie de Rico .
i vrati il y a déja quelques anpées
.
Je ne vous dis rien dayan
tage de la nouvelle Pandore , où
la modeftie de M de Vertron
luy fait dire qu'il y a la moindre
part, & que ce qu'il y a de
= meilleur , eft des Dames qui
ont enrichi ce Recueil par
leurs Ouvrages . Ce Livre compofé
de deux Tomes , en attendant
le troifiéme , qui fera
་
de Pieces galantes , fe vend
chez la Veuve Claude Mazuel,
Septembre 1699.
M
18 MERCURE
fur le Pont Saint Michel ,
Levrette.
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2
p. 323-328
Lettre de Chrysost. Mathanasins à M le Febvre de Fontenay, Aut. du Merc. Gal.
Début :
Il me reste encore une Lettre à vous communiquer, Messieurs, / La liaison où vous estes à Paris avec beaucoup de gens de [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Anciens et Modernes, Antoine Houdard de la Motte, Mémoires, Femmes savantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Chrysost. Mathanasins à M le Febvre de Fontenay, Aut. du Merc. Gal.
Il me reſte encore une Lettre à
vous communiquer , Meſſieurs ,
&je vous tiendray quitte de la
peine que vous aurez priſe à lire
le plus joli Livre que je vous aye
donné. C'eſt une Epitre du fameux
Mathanasius.
Lettre de Chryfoft. MathanasiusàMle
Febure deFontenay, Aut. du Merc.Gal.
La liaifon où vous eſtes à
Paris avec beaucoup de gens de
Lettres , M. m'engage à vous
entretenir du bruit que fait ici
le procés de Madame Dacier
contre M. de la Mottes toute
l'Europe ſçavante s'y intereſſe ,
&nous avons desja receu des
Memoires d'Ecoffe & dIrlande
qui ne promettent rien de bon à
M. de la Motte ; nos Sçavans ne
324 MERCURE
ſont pas ici du même avis , &paroiffent
mal prevenus contre
Madame Dacier , laquelle en
imitant les Chinois, n'ad'encens
que pour les deffunts. Ils conviennent
tous que l'inventiondu
Poëme Epique eſt dûë aux Anciens
,mais non fa perfection ,&
la comparaiſon qu'ils font des
Anciens & des Modernes , les
premiers comparez à des tournebroches
& les derniers à des
horloges , paroiſt juſte & trescenfée
; mais avant que d'en faire
l'application il eſt neceffaire de
fuppofer que les tournebroches
font inventez par un Ancien ,
dont les ſucceſſeurs imitant ,
mais perfectionnant la Mecanique,
font enfin parvenus à nous
faire de bonnes horloges & de
tres bonnes montres , qui fontà
GALANT. 325
1
peu prés de la même eſpece&
figure que les tournebroches :
Madame Dacier tousjours com.
plaiſante pour le bon Homere ,
& accoutumée à des comparaifons
extraordinairement naïves
dont il uſe quelquefois , ne man
quera pas de trouver dans celleci
des beautez qui ne cedent en
rien à ce qu'a dit ſon Poëte , en
vantant le courage d'un Heros
qu'il a comparé àun âne devorant
desépis&des chardons;on avoüe
qu'un âne affamé ſe contente
quandil en trouve l'occaſion;mais
leparalelle d'un ſi ſale animal eûtc
ce me ſemble , beaucoup mieux
convenuà Aiax avec la belle Cafſandre,
dans le Templede Miner..
ve , qu'à un Heros combattant
&donnant l'exemple & de l'émulation
à ſon parti : nos avis ,
326 MERCURE
mon cher de Fontenay, en con
fequence de la plauſible comparaiſon
des tournebroches avec
des montres , ſeroient que le
Seigneur Mercure , & Meffieurs
les Journaux invitaſſent les Doctes&
les Femmes Sçavantes , à
adreſſer des Memoires avec
leurs opinions , à M. de la Motte
,& à Madame Dacier , & que
leſdits Memoires fuſſent enfuite
envoïez fans alteration à deux
Académies choiſies par les parties
.Toulouſe & Bordeaux en ont
d'illuftres , & l'honneur d'avoir
decidé un faitde cette importan
ce intereſſeroit Mrs les Gafcons
qui ne manquent jamais à ſoûte-
⚫nir vivement leurs cauſes : & en
cas que les deux Académies ne
convinſſent pas , on en nommeoit
de concert une troifiéme
GALANT. 327
pour fur-arbitre: l'Italie en fournit pluſieurs
dont les ſujets furpaſſent en vivacité
, & promptes déciſions Mrs les
Gaſcons En ſuivant ce conſeil on met.
troit fin à une querelle qui va ſuſciter
des jaloufies & des rancunes entre les
Pariſans de Mr de la Motte , & ceux de
Madame Dacier ,laquelle néanmoins ,
& il faut le dire à ſa loüange , a eu la
prudence , avant que de rendre ſon
Factum publicd'yfaire mettre deux cartons
; les rieurs prétendent y avoir perdu,
& ils affurent que la bonne Dame a
voulu épargner des invectives à ſon adverſaire
: nous n'avons point eſté ſurpris
ici , comme les Partiſans de Mr de la
Motte le font à Paris, de plus de quatre
cent noms ou épichetes que Madame
Dacier luydonne dans ſon Factum , intitulé,
des Cauſes de la Corruption du
Goût ,Mr de la Motte eſt bon pour luy
répondre , en la traitant néanmoins ref.
pectueusement , & avec tous les égards
qu'un galant- homme doit à fon beau
fexe,& on conſeille à Mr de la Motte
328 MERCURE
de faire pluſtoſt mettre pluſieurs car
tons dans ſa replique , que d'y ſouffrir
rien qui puiſſe eſtre caracteriſé des
noms de jalousie , de haine , & de
vangeance que le bons ſens déteſte.
Certaines louanges ſeront mieux reçûës
&plus convenables à la délicateſſe du
public attentif & jaloux du reſpect
qu'on luy doit. Les connoiffeurs commenteront
& interpreteront toûjours
de pareilles loüanges , fuivant l'intention
de l'Auteur ; ne manquez pas je
vous prie,avant que de proceder contre
Madame Dacier,de luy faire une civili
tedema part, &de ſçavoir ſa derniere
reſolution ;j'attends avec impatience la
réponſe qu'elle vous fera ; & je ſuis,
Monfieur , parfaitement voſtre treshumble
& tres - obéïſſant Serviteur ,
Mathanafius. A Amſterdam , ce.23.
Mars 1715.
vous communiquer , Meſſieurs ,
&je vous tiendray quitte de la
peine que vous aurez priſe à lire
le plus joli Livre que je vous aye
donné. C'eſt une Epitre du fameux
Mathanasius.
Lettre de Chryfoft. MathanasiusàMle
Febure deFontenay, Aut. du Merc.Gal.
La liaifon où vous eſtes à
Paris avec beaucoup de gens de
Lettres , M. m'engage à vous
entretenir du bruit que fait ici
le procés de Madame Dacier
contre M. de la Mottes toute
l'Europe ſçavante s'y intereſſe ,
&nous avons desja receu des
Memoires d'Ecoffe & dIrlande
qui ne promettent rien de bon à
M. de la Motte ; nos Sçavans ne
324 MERCURE
ſont pas ici du même avis , &paroiffent
mal prevenus contre
Madame Dacier , laquelle en
imitant les Chinois, n'ad'encens
que pour les deffunts. Ils conviennent
tous que l'inventiondu
Poëme Epique eſt dûë aux Anciens
,mais non fa perfection ,&
la comparaiſon qu'ils font des
Anciens & des Modernes , les
premiers comparez à des tournebroches
& les derniers à des
horloges , paroiſt juſte & trescenfée
; mais avant que d'en faire
l'application il eſt neceffaire de
fuppofer que les tournebroches
font inventez par un Ancien ,
dont les ſucceſſeurs imitant ,
mais perfectionnant la Mecanique,
font enfin parvenus à nous
faire de bonnes horloges & de
tres bonnes montres , qui fontà
GALANT. 325
1
peu prés de la même eſpece&
figure que les tournebroches :
Madame Dacier tousjours com.
plaiſante pour le bon Homere ,
& accoutumée à des comparaifons
extraordinairement naïves
dont il uſe quelquefois , ne man
quera pas de trouver dans celleci
des beautez qui ne cedent en
rien à ce qu'a dit ſon Poëte , en
vantant le courage d'un Heros
qu'il a comparé àun âne devorant
desépis&des chardons;on avoüe
qu'un âne affamé ſe contente
quandil en trouve l'occaſion;mais
leparalelle d'un ſi ſale animal eûtc
ce me ſemble , beaucoup mieux
convenuà Aiax avec la belle Cafſandre,
dans le Templede Miner..
ve , qu'à un Heros combattant
&donnant l'exemple & de l'émulation
à ſon parti : nos avis ,
326 MERCURE
mon cher de Fontenay, en con
fequence de la plauſible comparaiſon
des tournebroches avec
des montres , ſeroient que le
Seigneur Mercure , & Meffieurs
les Journaux invitaſſent les Doctes&
les Femmes Sçavantes , à
adreſſer des Memoires avec
leurs opinions , à M. de la Motte
,& à Madame Dacier , & que
leſdits Memoires fuſſent enfuite
envoïez fans alteration à deux
Académies choiſies par les parties
.Toulouſe & Bordeaux en ont
d'illuftres , & l'honneur d'avoir
decidé un faitde cette importan
ce intereſſeroit Mrs les Gafcons
qui ne manquent jamais à ſoûte-
⚫nir vivement leurs cauſes : & en
cas que les deux Académies ne
convinſſent pas , on en nommeoit
de concert une troifiéme
GALANT. 327
pour fur-arbitre: l'Italie en fournit pluſieurs
dont les ſujets furpaſſent en vivacité
, & promptes déciſions Mrs les
Gaſcons En ſuivant ce conſeil on met.
troit fin à une querelle qui va ſuſciter
des jaloufies & des rancunes entre les
Pariſans de Mr de la Motte , & ceux de
Madame Dacier ,laquelle néanmoins ,
& il faut le dire à ſa loüange , a eu la
prudence , avant que de rendre ſon
Factum publicd'yfaire mettre deux cartons
; les rieurs prétendent y avoir perdu,
& ils affurent que la bonne Dame a
voulu épargner des invectives à ſon adverſaire
: nous n'avons point eſté ſurpris
ici , comme les Partiſans de Mr de la
Motte le font à Paris, de plus de quatre
cent noms ou épichetes que Madame
Dacier luydonne dans ſon Factum , intitulé,
des Cauſes de la Corruption du
Goût ,Mr de la Motte eſt bon pour luy
répondre , en la traitant néanmoins ref.
pectueusement , & avec tous les égards
qu'un galant- homme doit à fon beau
fexe,& on conſeille à Mr de la Motte
328 MERCURE
de faire pluſtoſt mettre pluſieurs car
tons dans ſa replique , que d'y ſouffrir
rien qui puiſſe eſtre caracteriſé des
noms de jalousie , de haine , & de
vangeance que le bons ſens déteſte.
Certaines louanges ſeront mieux reçûës
&plus convenables à la délicateſſe du
public attentif & jaloux du reſpect
qu'on luy doit. Les connoiffeurs commenteront
& interpreteront toûjours
de pareilles loüanges , fuivant l'intention
de l'Auteur ; ne manquez pas je
vous prie,avant que de proceder contre
Madame Dacier,de luy faire une civili
tedema part, &de ſçavoir ſa derniere
reſolution ;j'attends avec impatience la
réponſe qu'elle vous fera ; & je ſuis,
Monfieur , parfaitement voſtre treshumble
& tres - obéïſſant Serviteur ,
Mathanafius. A Amſterdam , ce.23.
Mars 1715.
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Résumé : Lettre de Chrysost. Mathanasins à M le Febvre de Fontenay, Aut. du Merc. Gal.
Dans sa lettre à M. Febure de Fontenay, Mathanasius aborde un procès littéraire impliquant Madame Dacier et M. de la Motte. Cette controverse, suscitée par une épître de Mathanasius, a captivé l'attention de l'Europe savante, avec des mémoires défavorables à M. de la Motte provenant d'Écosse et d'Irlande. Les savants locaux sont partagés, certains étant prévenus contre Madame Dacier. Mathanasius introduit une comparaison entre les Anciens et les Modernes, les premiers étant assimilés à des tournebroches et les seconds à des horloges, une analogie que Madame Dacier, réputée pour ses comparaisons audacieuses, pourrait apprécier. Pour résoudre ce différend, Mathanasius propose que le Mercure et les journaux invitent des érudits et des femmes savantes à soumettre des mémoires. Il suggère également que des académies comme celles de Toulouse et de Bordeaux puissent juger l'affaire. Il conseille à M. de la Motte de répondre respectueusement à Madame Dacier, en évitant toute invective, et de lui adresser une demande civile avant de poursuivre. La lettre se termine par l'expression de l'impatience de Mathanasius d'obtenir la réponse de Madame Dacier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 2659-2662
« On apprend d'Allemagne qu'on a imprimé à Altena un Traité sur les Femmes [...] »
Début :
On apprend d'Allemagne qu'on a imprimé à Altena un Traité sur les Femmes [...]
Mots clefs :
Maison de Goyon-Matignon, Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Traité, Parlement de Bretagne, Femmes savantes, Rames, Géométrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend d'Allemagne qu'on a imprimé à Altena un Traité sur les Femmes [...] »
On apprend d'Allemagne qu'on a imprimé
à Altena un Traité sur les Femmes
Sçavantes de Danemarck , intitulé : Gyna-
I. Vol. Cruar
2650 MERCURE DE FRANCE
ceum Dania Litteratum.Par M.AlbertThi
ra , Ministre ; qui a déja donnée l'idée d
l'Histoire Littéraire de Dannemark , et qui
ajoutera pour Supplément divers Ou
vrages.
"On mande de Londres , que le sieur le
Camus doit faire à Wolwich , en présen
ce des Commissaires de l'Amirauté , l'Es
sai de deux Rames , par le moyen des
quelles il prétend qu'un Vaisseau de figne
, même du premier rang , pourra re
virer de bord, et faire trois quarts de lieuë
par heure , dans un calme.
de
M. le Gendre de S. Aubin , Auteur du
Traité de l'Opinion ,en lisant ce qui a été
relevé dans le Mercure du mois dernier ',
au sujet de la Maison de Goyon - Mati
gnon , a remarqué deux Equivoques dans
la Critique qui a été faite du passage
ce Traité , où il est dit , tom. 4. part. 2.
page 16. que Mrs de Goyon , Aînez de la
Maison de Matignon , sont encore aujourd'hui
dans le Parlement de Bretagne.
Il ne s'agit pas en cet endroit d'une Afnesse
entre cousins germains ou issus de
germains, et personne n'ignore que l'Aîné
et le Chef de la Maison de Goyon - Masignon
, est aujourd'hui M. le Prince
1. Vo!. M
DECEMBRE . 1733. 2665
Monaco. Ce passage ne signifie pas non
plus qu'il y ait aucun homme de robbe en
Bretagne du nom de Goyon - Matignon . La
question se réduit à sçavoir , si la Maison
de Goyon , d'une ancienne noblesse, qui
est dans le Parlement de Bretagne , a la
même tige que la Maison de Goyon- Matignon
, originaire de la même Province;
et en ce cas , si la branche de Goyon , qui
est restée en Bretagne , est l'Aînée de la
Maison de Goyon - Matignon , établie
depuis long- temps en Normandie. L'Auteur
du Traité de l'Opinion s'en rappor
te, sur ces questions de fait , aux Parties
intéressées.
L'Académie Royale des Inscriptions
ét Belles Lettres , s'assembla le Vendredy
II de ce mois , pour remplir les deux
places d'Honoraires, vacantes par la mort
de M. l'Evêque de Blois , et de M. l'Evêque
de Langres : Elle nomma pour ces
deux Places M. l'Abbé de Rottelin , et
M. le Comte d'Argenson. Le choix de
l'Académie ayant été agréé par le Roy ,
ces Messieurs prirent sceance le Vendre
dy , 18 Decembre .
·
Le Sieur Clausier , demeurant ruë Ga
lande , chez la veuve Frouart , Chande-
I. Vola F liere,
2662 MERCURE DE FRANCE
licre , donne des leçons pour la Géométrie
ancienne et moderne , pour les principales
Langues de l'Europe , et pour enseigner
l'Allemand avec plus de facilité et plus
de perfection. Outre les Méthodes ordinaires,
il se sert des Racines de cette Lan,
gue et d'un Recueil de Germanismes , par
ordre Alphabétique , qu'il a composé.
L'Académie Royale de l'Histoire , à
Lisbonne, élut , sur la fin du mois dernier
pour remplir les deux Places qui y vas
quoient , D Joseph de Cavalho et Mello,
et D. Manuel Moreira de Souza ; et elle
a nommé Académiciens surnumeraires
Don François de Pina de Mello , et le
Docteur Don Joachin Pereira da Silva
Leal,
à Altena un Traité sur les Femmes
Sçavantes de Danemarck , intitulé : Gyna-
I. Vol. Cruar
2650 MERCURE DE FRANCE
ceum Dania Litteratum.Par M.AlbertThi
ra , Ministre ; qui a déja donnée l'idée d
l'Histoire Littéraire de Dannemark , et qui
ajoutera pour Supplément divers Ou
vrages.
"On mande de Londres , que le sieur le
Camus doit faire à Wolwich , en présen
ce des Commissaires de l'Amirauté , l'Es
sai de deux Rames , par le moyen des
quelles il prétend qu'un Vaisseau de figne
, même du premier rang , pourra re
virer de bord, et faire trois quarts de lieuë
par heure , dans un calme.
de
M. le Gendre de S. Aubin , Auteur du
Traité de l'Opinion ,en lisant ce qui a été
relevé dans le Mercure du mois dernier ',
au sujet de la Maison de Goyon - Mati
gnon , a remarqué deux Equivoques dans
la Critique qui a été faite du passage
ce Traité , où il est dit , tom. 4. part. 2.
page 16. que Mrs de Goyon , Aînez de la
Maison de Matignon , sont encore aujourd'hui
dans le Parlement de Bretagne.
Il ne s'agit pas en cet endroit d'une Afnesse
entre cousins germains ou issus de
germains, et personne n'ignore que l'Aîné
et le Chef de la Maison de Goyon - Masignon
, est aujourd'hui M. le Prince
1. Vo!. M
DECEMBRE . 1733. 2665
Monaco. Ce passage ne signifie pas non
plus qu'il y ait aucun homme de robbe en
Bretagne du nom de Goyon - Matignon . La
question se réduit à sçavoir , si la Maison
de Goyon , d'une ancienne noblesse, qui
est dans le Parlement de Bretagne , a la
même tige que la Maison de Goyon- Matignon
, originaire de la même Province;
et en ce cas , si la branche de Goyon , qui
est restée en Bretagne , est l'Aînée de la
Maison de Goyon - Matignon , établie
depuis long- temps en Normandie. L'Auteur
du Traité de l'Opinion s'en rappor
te, sur ces questions de fait , aux Parties
intéressées.
L'Académie Royale des Inscriptions
ét Belles Lettres , s'assembla le Vendredy
II de ce mois , pour remplir les deux
places d'Honoraires, vacantes par la mort
de M. l'Evêque de Blois , et de M. l'Evêque
de Langres : Elle nomma pour ces
deux Places M. l'Abbé de Rottelin , et
M. le Comte d'Argenson. Le choix de
l'Académie ayant été agréé par le Roy ,
ces Messieurs prirent sceance le Vendre
dy , 18 Decembre .
·
Le Sieur Clausier , demeurant ruë Ga
lande , chez la veuve Frouart , Chande-
I. Vola F liere,
2662 MERCURE DE FRANCE
licre , donne des leçons pour la Géométrie
ancienne et moderne , pour les principales
Langues de l'Europe , et pour enseigner
l'Allemand avec plus de facilité et plus
de perfection. Outre les Méthodes ordinaires,
il se sert des Racines de cette Lan,
gue et d'un Recueil de Germanismes , par
ordre Alphabétique , qu'il a composé.
L'Académie Royale de l'Histoire , à
Lisbonne, élut , sur la fin du mois dernier
pour remplir les deux Places qui y vas
quoient , D Joseph de Cavalho et Mello,
et D. Manuel Moreira de Souza ; et elle
a nommé Académiciens surnumeraires
Don François de Pina de Mello , et le
Docteur Don Joachin Pereira da Silva
Leal,
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Résumé : « On apprend d'Allemagne qu'on a imprimé à Altena un Traité sur les Femmes [...] »
En décembre 1733, le Mercure de France rapporte divers événements et publications. En Allemagne, M. Albert Thira, ministre, a imprimé à Altena un traité sur les femmes savantes du Danemark, intitulé 'Gynaecium Dania Litteratum'. À Londres, le sieur Camus doit tester deux rames innovantes à Woolwich, permettant à un vaisseau de premier rang de virer de bord et de naviguer à trois quarts de lieue par heure en calme, en présence des commissaires de l'Amirauté. En France, M. le Gendre de S. Aubin, auteur du Traité de l'Opinion, a clarifié deux équivoques concernant la Maison de Goyon-Matignon, en précisant que la question porte sur la filiation et l'ancienneté des branches de cette maison. L'Académie Royale des Inscriptions et Belles Lettres a nommé M. l'Abbé de Rottelin et M. le Comte d'Argenson pour remplacer les évêques de Blois et de Langres, décédés. Le sieur Clausier propose des leçons de géométrie, de langues européennes et d'allemand à Paris. Enfin, l'Académie Royale de l'Histoire à Lisbonne a élu D. Joseph de Cavalho et Mello, et D. Manuel Moreira de Souza, et nommé Don François de Pina de Mello et le Docteur Don Joachin Pereira da Silva comme académiciens surnuméraires.
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