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10901
p. 197
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de
l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y
exécuta futLauda Jerufalem , Motetà grandchœur
deM. de Lalande. Le grand Motetde la fin du
Concert fut Confitemini , de M. l'Abbé GAULET ,
ci-devant Maître de Muſique dela Cathédralede
Paris. M. le GROS , nouvelle Haute-contre, dont
nous avons parlé dans l'Article de l'Opéra , &
dontlesſuccès y ſont ſi brillans, chantaunpetit
Motet de feu M.LEFEBVRE (Afferte Domino. ) Un
autre Public en apparence, une autre ſcène , s'il
eſt permis de ledire ,imprimèrent à ce Débutanť
une nouvelle frayeur dans les commencemens ,
&l'agrément de ſa voix en fut, ſinon altéré , au
moins ſenſiblement affoibli. Il ſe remit , & fit un
très-grand plaisir àtous lesAuditeurs , qui le té-
moignèrent par les applaudiſſemens. Dans ce
même Concert , M. MAYER Exécuta une Sonate
de ſa compoſition ſur la Harpe , & M. GAVINIÉS
un Concerto ſur le Violon. Mile HARDI chanta
un Air Italien.
IL y a eu Concert le Lundi 26 Mars, Fête de
l'ANNONCIATION. Le premier Motet qu'on y
exécuta futLauda Jerufalem , Motetà grandchœur
deM. de Lalande. Le grand Motetde la fin du
Concert fut Confitemini , de M. l'Abbé GAULET ,
ci-devant Maître de Muſique dela Cathédralede
Paris. M. le GROS , nouvelle Haute-contre, dont
nous avons parlé dans l'Article de l'Opéra , &
dontlesſuccès y ſont ſi brillans, chantaunpetit
Motet de feu M.LEFEBVRE (Afferte Domino. ) Un
autre Public en apparence, une autre ſcène , s'il
eſt permis de ledire ,imprimèrent à ce Débutanť
une nouvelle frayeur dans les commencemens ,
&l'agrément de ſa voix en fut, ſinon altéré , au
moins ſenſiblement affoibli. Il ſe remit , & fit un
très-grand plaisir àtous lesAuditeurs , qui le té-
moignèrent par les applaudiſſemens. Dans ce
même Concert , M. MAYER Exécuta une Sonate
de ſa compoſition ſur la Harpe , & M. GAVINIÉS
un Concerto ſur le Violon. Mile HARDI chanta
un Air Italien.
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Résumé : CONCERT SPIRITUEL.
Le 26 mars, lors de la fête de l'Annonciation, un concert spirituel a eu lieu. Il a commencé avec 'Lauda Jerusalem' de Lalande et s'est terminé avec 'Confitemini' de l'abbé Gaullet. M. le Gros a interprété 'Afferte Domino' de Lefebvre, M. Mayer a joué une sonate à la harpe et M. Gaviniès un concerto au violon. Mlle Hardi a chanté un air italien.
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10902
p. 198-199
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
Début :
Nous avons annoncé dans le précédent Mercure, une des Piéces de ce [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles.
THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
Nous avons annoncé dans le précédent
Mercure, une des Piéces de ce
Théâtre intitulée la Veuve , Comédie en
un Acte & en Profe. Elle doit faire la
première Piéce du Recueil. Le Roffi-
gnol , Comédie en un Acte en Profe &
Vaudeville fait la ſeconde. Elles ſe trou-
vent l'une & l'autre chez Duchesne,rue
S. Jacques. La muſique ou le chant des
Vaudevilles du Rofſignol , eſt imprimée
dans la même Brochure in- 12.
Ces deux Piéces , que nos Lecteurs
nous ſçauront gré de leur avoir indi-
quées , n'ont été composées que pour
être jouées dans des maiſons particuliè-
res. Nous ſommes perfuadés qu'après la
lecture de ces Piéces , on jugera que
l'avis impriméde l'Auteur, quiles précé-
de,eſtplusun effetde ſa modeſtie qu'une
précaution de ſon amour-propre. Nous
nedonnerons d'analyſe en formed'aucu-
ne de ces deux Piéces pour ne pas ef-
fleurer le plaifir que nous croyons qu'en
AVRIL . 1764.
199
doit produire la lecture. Nous nous bor-
nerons à en ex-poſer ſommairement le
Sujet, en yajoutant quelques réfléxions ,
qui ſouvent font utiles au progrès & à la
connoiſſance de l'Art , quand elles font
ſuggérées par les Ouvrages d'Auteurs
tels que celui de ces Comédies.
Les mêmes raiſons que nous avons
alléguées plus haut , nous mettent dans
la néceffitéde ſuſpendre ce travail juf-
qu'au deuxiéme volume de ce mois.
Nous en faiſons de très-fincères excuſes
& à l'Auteur & à nos Lecteurs.
THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
Nous avons annoncé dans le précédent
Mercure, une des Piéces de ce
Théâtre intitulée la Veuve , Comédie en
un Acte & en Profe. Elle doit faire la
première Piéce du Recueil. Le Roffi-
gnol , Comédie en un Acte en Profe &
Vaudeville fait la ſeconde. Elles ſe trou-
vent l'une & l'autre chez Duchesne,rue
S. Jacques. La muſique ou le chant des
Vaudevilles du Rofſignol , eſt imprimée
dans la même Brochure in- 12.
Ces deux Piéces , que nos Lecteurs
nous ſçauront gré de leur avoir indi-
quées , n'ont été composées que pour
être jouées dans des maiſons particuliè-
res. Nous ſommes perfuadés qu'après la
lecture de ces Piéces , on jugera que
l'avis impriméde l'Auteur, quiles précé-
de,eſtplusun effetde ſa modeſtie qu'une
précaution de ſon amour-propre. Nous
nedonnerons d'analyſe en formed'aucu-
ne de ces deux Piéces pour ne pas ef-
fleurer le plaifir que nous croyons qu'en
AVRIL . 1764.
199
doit produire la lecture. Nous nous bor-
nerons à en ex-poſer ſommairement le
Sujet, en yajoutant quelques réfléxions ,
qui ſouvent font utiles au progrès & à la
connoiſſance de l'Art , quand elles font
ſuggérées par les Ouvrages d'Auteurs
tels que celui de ces Comédies.
Les mêmes raiſons que nous avons
alléguées plus haut , nous mettent dans
la néceffitéde ſuſpendre ce travail juf-
qu'au deuxiéme volume de ce mois.
Nous en faiſons de très-fincères excuſes
& à l'Auteur & à nos Lecteurs.
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. THÉATRE de Société de M. COLLÉ.
Le texte annonce la publication de deux comédies du 'Théâtre de Société' de M. Collé : 'La Veuve' et 'Le Rossignol'. Ces pièces, en un acte et en prose, sont disponibles chez Duchesne, rue Saint-Jacques. 'Le Rossignol' inclut également des vaudevilles dont la musique est imprimée dans la brochure. Destinées à être jouées dans des maisons particulières, ces œuvres reflètent la modestie de leur auteur tout en étant présentées comme appréciables par les lecteurs. Le rédacteur évite d'analyser les pièces pour préserver le plaisir de la découverte. La publication est suspendue jusqu'au deuxième volume du mois, avec des excuses présentées à l'auteur et aux lecteurs.
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10903
p. 199-200
« Le 31 du mois dernier, la Marquis de Louvois fut présentée à Leurs [...] »
Début :
Le 31 du mois dernier, la Marquis de Louvois fut présentée à Leurs [...]
Mots clefs :
Marquise , Cardinal, Famille royale, Duc, Ambassadeur, Machine, Invention , Ouvrage, Horloger, Montres
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texteReconnaissance textuelle : « Le 31 du mois dernier, la Marquis de Louvois fut présentée à Leurs [...] »
L E 31 du mois dernier , la Marquiſe de Louvois
fut préſentée à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale par la Marquiſe de Montmirel.
Le Cardinal de Bernis eſt arrivé ici le 9 de ce
mois & a eu l'honneur de faire , le même jour ,
ſa révérence à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale : il eſt reparti le lendemain pour retourner
à la même Campagne où il étoit.
Le Duc de Barwick , Grand d'Eſpagne , fut
préſenté le 10 au Roi par l'Ambaſſadeur de Naples.
Le 2 , le ſieur de Coteneuve a eu l'honneur de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
,
préſenter au Roi une machine de ſon invention,
au moyen de laquelle la même perſonne peut
écrire trois copies à la fois du même ouvrage.
L'Auteur lui donne le nomde Polygraphe , ou Copiste
habile. Il y a quelques mois qu'on annonça
dans les papiers publics une machine de ce genre
préſentée à l'Impératrice Reine & inventée :
par le Comte de Neuperg. Le ſieur de Coteneuve
avoit achevé la ſienne & l'avoit miſe en uſage
devant le Marquis de Marigny le 21 Octobre dernier.
Il la préſenta à l'Académie Royale des
Sciences le 23 Novembre ſuivant. Les Commiſ
faires nommés pour l'examiner en ont fait un
rapport avantageux , & ont jugé cette machine
très- ingénieuſe & digne de l'approbation de l'Asadémie.
Parmi ſes différens avantages , elle a
celui d'être facile à tranſporter.
Le fieur Coupſon fils , Horloger à Paris , a eu
l'honneur de préſenter au Roi , le 10 de ce mois ,
une montre nouvelle de ſon invention. Elle est
compoſée de cinq roues comme les montres ordinaires
; mais l'Auteur a ſubſtitué au barillet , au
grand reffort , à la chaîne & à la fuſée , un ſimple
reffort qui opère le même effet que ces différentes
piéces , ſans en avoir les inconvéniens. On la met
en mouvement ſans clef pour vingt-quatre heures
, en preſſant feulement ſur un pouſſoir ſemblable
à celui d'une montre à répétition.
fut préſentée à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale par la Marquiſe de Montmirel.
Le Cardinal de Bernis eſt arrivé ici le 9 de ce
mois & a eu l'honneur de faire , le même jour ,
ſa révérence à Leurs Majeſtés & à la Famille
Royale : il eſt reparti le lendemain pour retourner
à la même Campagne où il étoit.
Le Duc de Barwick , Grand d'Eſpagne , fut
préſenté le 10 au Roi par l'Ambaſſadeur de Naples.
Le 2 , le ſieur de Coteneuve a eu l'honneur de
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
,
préſenter au Roi une machine de ſon invention,
au moyen de laquelle la même perſonne peut
écrire trois copies à la fois du même ouvrage.
L'Auteur lui donne le nomde Polygraphe , ou Copiste
habile. Il y a quelques mois qu'on annonça
dans les papiers publics une machine de ce genre
préſentée à l'Impératrice Reine & inventée :
par le Comte de Neuperg. Le ſieur de Coteneuve
avoit achevé la ſienne & l'avoit miſe en uſage
devant le Marquis de Marigny le 21 Octobre dernier.
Il la préſenta à l'Académie Royale des
Sciences le 23 Novembre ſuivant. Les Commiſ
faires nommés pour l'examiner en ont fait un
rapport avantageux , & ont jugé cette machine
très- ingénieuſe & digne de l'approbation de l'Asadémie.
Parmi ſes différens avantages , elle a
celui d'être facile à tranſporter.
Le fieur Coupſon fils , Horloger à Paris , a eu
l'honneur de préſenter au Roi , le 10 de ce mois ,
une montre nouvelle de ſon invention. Elle est
compoſée de cinq roues comme les montres ordinaires
; mais l'Auteur a ſubſtitué au barillet , au
grand reffort , à la chaîne & à la fuſée , un ſimple
reffort qui opère le même effet que ces différentes
piéces , ſans en avoir les inconvéniens. On la met
en mouvement ſans clef pour vingt-quatre heures
, en preſſant feulement ſur un pouſſoir ſemblable
à celui d'une montre à répétition.
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Résumé : « Le 31 du mois dernier, la Marquis de Louvois fut présentée à Leurs [...] »
Le 31 du mois dernier, la Marquise de Louvois fut présentée à Leurs Majestés et à la Famille Royale par la Marquise de Montmirel. Le Cardinal de Bernis arriva le 9 du mois, rendit hommage à Leurs Majestés et à la Famille Royale, puis repartit le lendemain pour sa campagne. Le Duc de Barwick, Grand d'Espagne, fut présenté au Roi le 10 par l'Ambassadeur de Naples. Le 2, le sieur de Coteneuve présenta au Roi une machine appelée Polygraphe, capable d'écrire trois copies simultanément. Cette invention avait déjà été approuvée par le Marquis de Marigny et l'Académie Royale des Sciences. Le 10 du mois, le sieur Coupson fils, horloger à Paris, présenta au Roi une montre innovante fonctionnant avec un simple ressort, sans clef, pour une durée de vingt-quatre heures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10904
p. 200-205
De PARIS, le 23 Janvier 1764.
Début :
Le 29 du mois dernier, les Princes & les Pairs sont venus pour prendre leurs [...]
Mots clefs :
Princes, Pairs, Assemblée, Parlement, Duc d'Orléans, Arrêt, Cour, Remontrances, Commissaires, Missions, Canada, Procès, Observatoire, Mouvement des astres, Comète, Loterie de l'école royale militaire, Tirage, Numéros
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 23 Janvier 1764.
De PARIS , le 23 Janvier 1764 .
Le 29 du mois dernier , les Princes & les Pairs
font venus pour prendre leurs places à l'Aſſemblée
des Chambres du Parlement. Le Duc d'Orléans
a propoſé de mettre en délibération ce qu'il conviendroit
de faire , relativement aux droits & prérogatives
de la Pairie , ſur la validité du Décret
AVRIL. 1764 . 201
de priſe de corps décerné par le Parlement de
Toulouſe contre le Duc de Fitz James.
On a rendu un Arrêt portant que les Princes
& les Pairs ſeroient convoqués pour le lendemain
à huit heures du matin , & que le Premier Préſident
ſe retireroit pardevers le Roi pour lui rendre
compte de cet Arrêt & ſçavoir de Sa Majesté
ſi ſa volonté étoit de venir en ſon Parlement & fi
le jour lui convenoit.
Le lendemain 30 , le Premier Préſident ayant
rendu compte de ſa miſſion & ayant dit que le
Roi ne viendroit point en ſon Parlement , la délibération
a été repriſe au ſujet de la propoſition
faite par le Duc d'Orléans, & il a été rendu l'Arrêt
quifuit.
>>> LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de
>> France & de Navarre : au premier Huiſſier de
>>> notre Cour de Parlement , ou autre notre Huif-
>> ſier ou Sergent ſur ce requis : ſçavoir faiſons;
>> que vû par notredite Cour , toutes les Cham-
>> bres aſſemblées, le récit fait par le Duc d'Or
>> léans le 29 Décembre de la préſente année
>> 1763 , les Extraits des Regiſtres des Délibéra-
>> tions du Parlement de Toulouſe des 13 , 15 &
>> 16 Septembre audit an , le Procès-Verbal fait
>>> audit Parlement de Toulouſe le 14 Décembre
>>> audit an , le Décret contre le Duc de Firz- Ja-
>> mes , Pair de France , décerné audit Parlement
>> de Toulouſe par Arrêt du 17 Décembre audit
>> an , le Procès-Verbal fait par Antoine Gailhard
>> & Bernard Garlene , Huiſſiers au Parlement de
>>T>oulouſe , du 19 deſdits mois & an leſdites
>> Pieces communiquées à notre Procureur Géné
>>> ral en exécution de l'Arrêt de notredite Cour
>> dudit jour 29 Décembre : autre Arrêt de no-
>> credite Cour dudit jour 29 Décembre qui or-
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> donne que les Princes & Pairs ſeront convoqués
>> pour le lendemain 30 dudit mois de Décem-
>>bre, huit heures du matin , & que le Premier
→→ Préſident nous ſera député , à l'effet de nous
>> inſtruire de ladite convocation & de ſçavoir s'il
>> eſt de notre volonté de venir à notre Parlement,
>>>& fi le jour nous convient:Concluſions de notre
>> Procureur Général : oui le rapport de MM.
>> Joſeph-Marie Terray & Leonard de Sahuguet,
>> Conſeillers : tout conſidéré.
» NOTREDITE COUR , toutes les Chambres
> aſſemblées , ſuffiſamment garnies de Pairs , en
>> vertu de la convocation ordonnée par l'Arrêt
>> du jour d'hier , toujours exiſtante , & eſſentiel-
•• lement & uniquement notre Cour des Pairs , a
dit& déclaré que , par l'Arrêt du Parlement de
>> Toulouſe du 17 Décembre de la préſente an-
» née 1763 , il a été incompétemment décrété con-
>> tre le Duc de Fitz - James , Pair de France , &
>> en cette qualité juſticiable de notre Cour des
>> Pairs ſeulement ; en conféquence déclare ledit
>> Décret , & tout ce qui s'en eſt enſuivi ou pourroit
s'en ſuivre , nul : fait défenſes à tous Huiffiers
ou Porteurs dudit Décret ou de toutes au-
> tres contraintes,d'en faire ſuite ſous telles peines
>> qu'il appartiendra . SI MANDONS mettre le pré-
>> ſent Arrêt à exécution ſuivant la forme&teneur ,
>> de ce faire te donnons pouvoir. Donné en notredite
Cour de Parlement , toutes les Cham-
>>bres aſſemblées , le trente Décembre , l'an de
>> grace mil ſept cent ſoixante- trois , & de notre
Régne le quarante-neuvième. Collationné ,
REGNAULT.
30 Signé , MAUPASSANT.
Le 31 , il a été arrêté qu'il ſeroit fait au Roi de
AVRIL . 1764 . 203
r
très-humbles & très-reſpectueuſes remontrances
fur les faits contenus dans les Procès-Verbaux que
le Parlement de Toulouſe a envoyés au Greffier
du Parlement de Paris , & qui avoient été dépoſés
au Greffe du Parlement ; & que pour fixer les objets
de ces remontrances , il feroit nommé des
Commiſſaires , leſquels ſe ſont aſſemblés le 4 de
cemois.
Les Commiſſaires ayant fini leur travail en ont
rendu compte le 16 aux Chambres aſſemblées. Les
objets ont été fixés & les Gens du Roi ont été chargés
de demander à Sa Majefté le lieu , le jour &
T'heure où il lui plairoit de recevoir leſdites remontrances
.
Le 18 , les Gens du Roi , rendant compte de
leur miſſion aux Chambres aſſemblées , ont dit
que Sa Majeſté recevroit les remontrances de ſon
Parlement , & que ſon intention étoit qu'elles lui
fuſſent préſentées Jeudi à fix heures du ſoir à Verfailles
par le Premier Préſident & deux Préſidens
du Parlement ; en conféquence , leſdites remontrances
ont été lues & fignées.
Le Procès qui s'inſtruiſoit depuis long-temps con
tre les Particuliers accuſés de malverſations dans
le Canada , a été jugé le 10 Décembre dernier : le
jugement eſt imprimé & paroît actuellement dans
lePublic. Il paroît auſſi un Arrêt duConſeil d'Etat
du Roi, daté du 31 du mois dernier , par lequel
Sa Majeſté évoque à ſon Conſeil toutes les conteſtations
, nées ou à naître , relatives à ce jugement
définitif & les renvoye pardevant les
Commiſſaires nommés par les Arrêts du Conſeil
du 15 Octobre 1758 , & du 29 Novembre 1761 ,
pour la liquidation des dettes de la Marine & des
Colonies , contractées en Canada.
,
La Princeſſe de Guémenée accoucha , le 18 de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , d'un fils qui portera le nom de Duc
de Monbazon .
Leſieur Meſſier , Aſtronome , attaché au dépôt
des Plans de la Marine , a découvert de l'Obfervatoire
de la Marine à l'Hôtel de Clugny , le 3
de ce mois ſur les huit heures da ſoir , une nouvelle
Comete : c'eſt la ſeptiéme que cet Aſtronome
découvre depuis fix ans. Le Ciel étoit très ferein ;
elle paroiſſoit alors près de l'Etoile Theta , de la
conſtellation du Dragon . A 9. heures 24 minutes
33 ſecondes du ſoir , elle avoit d'aſcenſion droite
236 degrés 29 minutes 16 ſecondes , & 58 degrés
52 minutes 58 ſecondes de déclinaiſons boréale :
le lendemain à fix heures 48 minutes ss ſecondes
du matin , ſon aſcenſion droite étoit de 241 degrés
56 minutes une ſeconde , & ſa déclinaiſon de s
degrés 2 minutes 54 ſecondes. On voit par ces
obſervations que cette Cométe a parcourus degrés
26 minutes 45 ſecondes d'aſcenſion droite
dans l'eſpacede 9 heures 24 minutes 22 ſecondes ,
&qu'elle s'eſt avancée vers le Pole de 29 minutes
56 ſecondes. Cette Cométe eſt conſidérable ; on
l'apperçoit à la vue ſimple , & elle égale en grandeur
les Etoiles de la troiſiéme claſſe ; le noyau
eſt environné d'une nébuloſité de 13 à 14 minutes
dediametre, & elle a une queue de deux degrés &
demi de longueur: elle ne ſe couche point & reſte
viſible toute la nuit on peut l'obſerver le ſoir au
Méridien ſous le Pole. Son mouvement eſt direct,
allant ſuivant l'ordre des ſignes .
Le fieur Montaigne , de la Société Royale d'Agriculture
de la Ville de Limoges , y a apperçu
cette Cométe le même jour que le ſieur Meſſier l'a
découverte à Paris. Le ſieur Montaigne l'a obſervée
le 4 , les & le 6 ſuivant ; il a trouvé que ſa lumiere
avoit un peu augmenté depuis la premiere
obſervation , & qu'elle devoit avoir un mouve
AVRIL. 1764. 205
ment d'environ huit degrés en vingt-quatre heures
ſur un arc de grand cercle. Le 7 , il a encore
obſervé la même Cométe às heures 45 minutes
du ſoir. Suivant cette derniere obſervation , la
Cométe avoit 285 degrés d'aſcenſion droite & 54
degrés 30 minutes de déclinaiſon boréale ; doù il
réíulte , d'après les obſervations antérieures , que
dans l'intervalle de 3 jours 1 sheures,elle a avancé de
4.5 degrés en aſcenſion droite , & que ſa déclinaiſon
boréale n'a diminué que de4 degrés.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros ſortis de la roue de fortune,
font 84 87,82,86 , 23. Le prochain tirage
ſe fera le 6 Février.
Le 29 du mois dernier , les Princes & les Pairs
font venus pour prendre leurs places à l'Aſſemblée
des Chambres du Parlement. Le Duc d'Orléans
a propoſé de mettre en délibération ce qu'il conviendroit
de faire , relativement aux droits & prérogatives
de la Pairie , ſur la validité du Décret
AVRIL. 1764 . 201
de priſe de corps décerné par le Parlement de
Toulouſe contre le Duc de Fitz James.
On a rendu un Arrêt portant que les Princes
& les Pairs ſeroient convoqués pour le lendemain
à huit heures du matin , & que le Premier Préſident
ſe retireroit pardevers le Roi pour lui rendre
compte de cet Arrêt & ſçavoir de Sa Majesté
ſi ſa volonté étoit de venir en ſon Parlement & fi
le jour lui convenoit.
Le lendemain 30 , le Premier Préſident ayant
rendu compte de ſa miſſion & ayant dit que le
Roi ne viendroit point en ſon Parlement , la délibération
a été repriſe au ſujet de la propoſition
faite par le Duc d'Orléans, & il a été rendu l'Arrêt
quifuit.
>>> LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de
>> France & de Navarre : au premier Huiſſier de
>>> notre Cour de Parlement , ou autre notre Huif-
>> ſier ou Sergent ſur ce requis : ſçavoir faiſons;
>> que vû par notredite Cour , toutes les Cham-
>> bres aſſemblées, le récit fait par le Duc d'Or
>> léans le 29 Décembre de la préſente année
>> 1763 , les Extraits des Regiſtres des Délibéra-
>> tions du Parlement de Toulouſe des 13 , 15 &
>> 16 Septembre audit an , le Procès-Verbal fait
>>> audit Parlement de Toulouſe le 14 Décembre
>>> audit an , le Décret contre le Duc de Firz- Ja-
>> mes , Pair de France , décerné audit Parlement
>> de Toulouſe par Arrêt du 17 Décembre audit
>> an , le Procès-Verbal fait par Antoine Gailhard
>> & Bernard Garlene , Huiſſiers au Parlement de
>>T>oulouſe , du 19 deſdits mois & an leſdites
>> Pieces communiquées à notre Procureur Géné
>>> ral en exécution de l'Arrêt de notredite Cour
>> dudit jour 29 Décembre : autre Arrêt de no-
>> credite Cour dudit jour 29 Décembre qui or-
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> donne que les Princes & Pairs ſeront convoqués
>> pour le lendemain 30 dudit mois de Décem-
>>bre, huit heures du matin , & que le Premier
→→ Préſident nous ſera député , à l'effet de nous
>> inſtruire de ladite convocation & de ſçavoir s'il
>> eſt de notre volonté de venir à notre Parlement,
>>>& fi le jour nous convient:Concluſions de notre
>> Procureur Général : oui le rapport de MM.
>> Joſeph-Marie Terray & Leonard de Sahuguet,
>> Conſeillers : tout conſidéré.
» NOTREDITE COUR , toutes les Chambres
> aſſemblées , ſuffiſamment garnies de Pairs , en
>> vertu de la convocation ordonnée par l'Arrêt
>> du jour d'hier , toujours exiſtante , & eſſentiel-
•• lement & uniquement notre Cour des Pairs , a
dit& déclaré que , par l'Arrêt du Parlement de
>> Toulouſe du 17 Décembre de la préſente an-
» née 1763 , il a été incompétemment décrété con-
>> tre le Duc de Fitz - James , Pair de France , &
>> en cette qualité juſticiable de notre Cour des
>> Pairs ſeulement ; en conféquence déclare ledit
>> Décret , & tout ce qui s'en eſt enſuivi ou pourroit
s'en ſuivre , nul : fait défenſes à tous Huiffiers
ou Porteurs dudit Décret ou de toutes au-
> tres contraintes,d'en faire ſuite ſous telles peines
>> qu'il appartiendra . SI MANDONS mettre le pré-
>> ſent Arrêt à exécution ſuivant la forme&teneur ,
>> de ce faire te donnons pouvoir. Donné en notredite
Cour de Parlement , toutes les Cham-
>>bres aſſemblées , le trente Décembre , l'an de
>> grace mil ſept cent ſoixante- trois , & de notre
Régne le quarante-neuvième. Collationné ,
REGNAULT.
30 Signé , MAUPASSANT.
Le 31 , il a été arrêté qu'il ſeroit fait au Roi de
AVRIL . 1764 . 203
r
très-humbles & très-reſpectueuſes remontrances
fur les faits contenus dans les Procès-Verbaux que
le Parlement de Toulouſe a envoyés au Greffier
du Parlement de Paris , & qui avoient été dépoſés
au Greffe du Parlement ; & que pour fixer les objets
de ces remontrances , il feroit nommé des
Commiſſaires , leſquels ſe ſont aſſemblés le 4 de
cemois.
Les Commiſſaires ayant fini leur travail en ont
rendu compte le 16 aux Chambres aſſemblées. Les
objets ont été fixés & les Gens du Roi ont été chargés
de demander à Sa Majefté le lieu , le jour &
T'heure où il lui plairoit de recevoir leſdites remontrances
.
Le 18 , les Gens du Roi , rendant compte de
leur miſſion aux Chambres aſſemblées , ont dit
que Sa Majeſté recevroit les remontrances de ſon
Parlement , & que ſon intention étoit qu'elles lui
fuſſent préſentées Jeudi à fix heures du ſoir à Verfailles
par le Premier Préſident & deux Préſidens
du Parlement ; en conféquence , leſdites remontrances
ont été lues & fignées.
Le Procès qui s'inſtruiſoit depuis long-temps con
tre les Particuliers accuſés de malverſations dans
le Canada , a été jugé le 10 Décembre dernier : le
jugement eſt imprimé & paroît actuellement dans
lePublic. Il paroît auſſi un Arrêt duConſeil d'Etat
du Roi, daté du 31 du mois dernier , par lequel
Sa Majeſté évoque à ſon Conſeil toutes les conteſtations
, nées ou à naître , relatives à ce jugement
définitif & les renvoye pardevant les
Commiſſaires nommés par les Arrêts du Conſeil
du 15 Octobre 1758 , & du 29 Novembre 1761 ,
pour la liquidation des dettes de la Marine & des
Colonies , contractées en Canada.
,
La Princeſſe de Guémenée accoucha , le 18 de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , d'un fils qui portera le nom de Duc
de Monbazon .
Leſieur Meſſier , Aſtronome , attaché au dépôt
des Plans de la Marine , a découvert de l'Obfervatoire
de la Marine à l'Hôtel de Clugny , le 3
de ce mois ſur les huit heures da ſoir , une nouvelle
Comete : c'eſt la ſeptiéme que cet Aſtronome
découvre depuis fix ans. Le Ciel étoit très ferein ;
elle paroiſſoit alors près de l'Etoile Theta , de la
conſtellation du Dragon . A 9. heures 24 minutes
33 ſecondes du ſoir , elle avoit d'aſcenſion droite
236 degrés 29 minutes 16 ſecondes , & 58 degrés
52 minutes 58 ſecondes de déclinaiſons boréale :
le lendemain à fix heures 48 minutes ss ſecondes
du matin , ſon aſcenſion droite étoit de 241 degrés
56 minutes une ſeconde , & ſa déclinaiſon de s
degrés 2 minutes 54 ſecondes. On voit par ces
obſervations que cette Cométe a parcourus degrés
26 minutes 45 ſecondes d'aſcenſion droite
dans l'eſpacede 9 heures 24 minutes 22 ſecondes ,
&qu'elle s'eſt avancée vers le Pole de 29 minutes
56 ſecondes. Cette Cométe eſt conſidérable ; on
l'apperçoit à la vue ſimple , & elle égale en grandeur
les Etoiles de la troiſiéme claſſe ; le noyau
eſt environné d'une nébuloſité de 13 à 14 minutes
dediametre, & elle a une queue de deux degrés &
demi de longueur: elle ne ſe couche point & reſte
viſible toute la nuit on peut l'obſerver le ſoir au
Méridien ſous le Pole. Son mouvement eſt direct,
allant ſuivant l'ordre des ſignes .
Le fieur Montaigne , de la Société Royale d'Agriculture
de la Ville de Limoges , y a apperçu
cette Cométe le même jour que le ſieur Meſſier l'a
découverte à Paris. Le ſieur Montaigne l'a obſervée
le 4 , les & le 6 ſuivant ; il a trouvé que ſa lumiere
avoit un peu augmenté depuis la premiere
obſervation , & qu'elle devoit avoir un mouve
AVRIL. 1764. 205
ment d'environ huit degrés en vingt-quatre heures
ſur un arc de grand cercle. Le 7 , il a encore
obſervé la même Cométe às heures 45 minutes
du ſoir. Suivant cette derniere obſervation , la
Cométe avoit 285 degrés d'aſcenſion droite & 54
degrés 30 minutes de déclinaiſon boréale ; doù il
réíulte , d'après les obſervations antérieures , que
dans l'intervalle de 3 jours 1 sheures,elle a avancé de
4.5 degrés en aſcenſion droite , & que ſa déclinaiſon
boréale n'a diminué que de4 degrés.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros ſortis de la roue de fortune,
font 84 87,82,86 , 23. Le prochain tirage
ſe fera le 6 Février.
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Résumé : De PARIS, le 23 Janvier 1764.
Le 23 janvier 1764, le Parlement de Paris a délibéré sur les droits et prérogatives de la Pairie concernant un décret du Parlement de Toulouse. Le 29 décembre 1763, les Princes et Pairs avaient été convoqués pour discuter de la validité d'un décret de prise de corps contre le Duc de Fitz James. Le Premier Président avait été envoyé au Roi pour connaître sa volonté de se rendre au Parlement, mais le Roi avait refusé. La délibération a repris le lendemain, aboutissant à un arrêt. L'arrêt du Parlement de Paris a déclaré que le décret du Parlement de Toulouse était incompétent, car le Duc de Fitz James, en tant que Pair de France, était justiciable uniquement de la Cour des Pairs. Tout ce qui avait été fait ou pourrait être fait en vertu de ce décret a été déclaré nul. Des remontrances ont été préparées pour le Roi concernant les faits contenus dans les procès-verbaux du Parlement de Toulouse. Par ailleurs, un procès concernant des malversations au Canada a été jugé le 10 décembre 1763, et un arrêt du Conseil d'État du Roi a évoqué toutes les contestations relatives à ce jugement. La Princesse de Guémenée a accouché d'un fils le 18 janvier. L'astronome Messier a découvert une nouvelle comète le 3 janvier, observée également par le sieur Montaigne à Limoges. Enfin, la loterie de l'École Royale Militaire a été tirée, avec les numéros 84, 87, 82, 86 et 23.
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10905
p. 205
MARIAGE.
Début :
Henri-Bernard, Marquis d'Espagne, premier Baron né des États de la Vicomté [...]
Mots clefs :
Marquis d'Espagne, Baron, Demoiselle, Bénédiction nuptiale, Évêque
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
MARIAGE.
Henri-Bernard , Marquis d'Eſpagne , premier
Baron né des Etats de la Vicomté de Nébouzand,
a épousé à Saint Lizier, le 27 Décembre dernier,
Dlle Claire-Charlotte de Cabalby. La Bénédiction
Nuptialé leur a été donnée par l'Evêque de Conferans.
Henri-Bernard , Marquis d'Eſpagne , premier
Baron né des Etats de la Vicomté de Nébouzand,
a épousé à Saint Lizier, le 27 Décembre dernier,
Dlle Claire-Charlotte de Cabalby. La Bénédiction
Nuptialé leur a été donnée par l'Evêque de Conferans.
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10906
p. 205-206
MORTS.
Début :
Messire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville, Chevalier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Seigneur, Chevalier, Marquis, Colonel d'infanterie, Veuve, Décès, Dame
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Meſſire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , & ancien Exempt des Gardes du Corps de
Sa Majefté , mort à Vernon en Normandie , le
25 Novembre 1763 , âgé d'environ ſoixante &
douze ans.
Bernard , Marquis de Verdelin , ancien Colonel
d'Infanterie , eſt mort à Paris le 27 Décembre
dernier dans la ſoixante-dix-ſeptiéme année de
fon âge
Antoinette-Henriette de Meſmes, veuve d'Hec
zor- Louis deGelas de Voiſins , Marquis d'Ambres,
206 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Lautrec , Brigadier des Armées du
Roi & Lieutenant Général pour Sa Majesté en la
Province de Guyenne , eſt morte à Paris le 2 Janvier
, âgée de ſoixante- quatre ans.
Marie-Guyonne de Theobon- Rochefort , Marquiſe
de Pons , Dame d'Atour de feue Madame la
Ducheſſe de Berry , & depuis Dame d'Honneur
de feue Madame la Ducheſſe d'Orléans , épouſe
du Marquis de Pons , premier Maître de la Garderobe
de feu Monſeigneur le Duc de Berry , eſt
morte à Paris , le 6 , dans la quatre-vingt-troifiéme
année de fon âge.
Suivant les Regiſtres publics des Egliſes Paroiffiales
de cette Capitale , il y a eu, pendant le
cours de l'année derniere , 20171 Morts , 4479
Mariages , 17456 Baptêmes , & le nombre des
Enfans Trouvés ſe monte à 52530
Meſſire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint
Louis , & ancien Exempt des Gardes du Corps de
Sa Majefté , mort à Vernon en Normandie , le
25 Novembre 1763 , âgé d'environ ſoixante &
douze ans.
Bernard , Marquis de Verdelin , ancien Colonel
d'Infanterie , eſt mort à Paris le 27 Décembre
dernier dans la ſoixante-dix-ſeptiéme année de
fon âge
Antoinette-Henriette de Meſmes, veuve d'Hec
zor- Louis deGelas de Voiſins , Marquis d'Ambres,
206 MERCURE DE FRANCE.
Vicomte de Lautrec , Brigadier des Armées du
Roi & Lieutenant Général pour Sa Majesté en la
Province de Guyenne , eſt morte à Paris le 2 Janvier
, âgée de ſoixante- quatre ans.
Marie-Guyonne de Theobon- Rochefort , Marquiſe
de Pons , Dame d'Atour de feue Madame la
Ducheſſe de Berry , & depuis Dame d'Honneur
de feue Madame la Ducheſſe d'Orléans , épouſe
du Marquis de Pons , premier Maître de la Garderobe
de feu Monſeigneur le Duc de Berry , eſt
morte à Paris , le 6 , dans la quatre-vingt-troifiéme
année de fon âge.
Suivant les Regiſtres publics des Egliſes Paroiffiales
de cette Capitale , il y a eu, pendant le
cours de l'année derniere , 20171 Morts , 4479
Mariages , 17456 Baptêmes , & le nombre des
Enfans Trouvés ſe monte à 52530
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Résumé : MORTS.
Le texte relate les décès de plusieurs personnalités notables et présente des statistiques démographiques pour l'année précédente. Messire Louis-Chardon, Seigneur de Parteville, Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint Louis et ancien Exempt des Gardes du Corps du Roi, est décédé à Vernon en Normandie le 25 novembre 1763 à l'âge d'environ soixante-douze ans. Bernard, Marquis de Verdelin, ancien Colonel d'Infanterie, est mort à Paris le 27 décembre à l'âge de soixante-dix-sept ans. Antoinette-Henriette de Mesmes, veuve d'Hector-Louis de Gelas de Voisins, Marquis d'Ambres, Vicomte de Lautrec, Brigadier des Armées du Roi et Lieutenant Général en Guyenne, est décédée à Paris le 2 janvier à l'âge de soixante-quatre ans. Marie-Guyonne de Theobon-Rochefort, Marquise de Pons, Dame d'Atour de la défunte Duchesse de Berry et Dame d'Honneur de la défunte Duchesse d'Orléans, épouse du Marquis de Pons, premier Maître de la Garderobe du défunt Duc de Berry, est morte à Paris le 6 janvier à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Les registres publics des églises paroissiales de Paris indiquent 20 171 décès, 4 479 mariages, 17 456 baptêmes et 52 530 enfants trouvés au cours de l'année précédente.
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10907
p. 206
De PETERSBOURG, le 10 Janvier 1764.
Début :
Le sieur de Saint Sauveur, Consul Général de France & cidevant Commissaire [...]
Mots clefs :
Consul général, Commissaire, Secrétaire, Impératrice, Trône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PETERSBOURG, le 10 Janvier 1764.
De PETERSBOURG , le 10 Janvier 1764.
La ſieur de Saint Sauveur , Conſul Général de
France & cidevant Commiſſaire de la même Couronne
à Amſterdam , eſt mort ici le 8 de ce mois .
Le ſieur Wolkoff , ci-devant Secrétaire des
Commandemens du feu Empereur Pierre III , a
été rappellé d'Orembourg , où il avoit été exilé
lors de l'avénement de l'Impératrice au Trône.
On croit qu'il ſera employé de nouveau dans les
affaires étrangères .
La ſieur de Saint Sauveur , Conſul Général de
France & cidevant Commiſſaire de la même Couronne
à Amſterdam , eſt mort ici le 8 de ce mois .
Le ſieur Wolkoff , ci-devant Secrétaire des
Commandemens du feu Empereur Pierre III , a
été rappellé d'Orembourg , où il avoit été exilé
lors de l'avénement de l'Impératrice au Trône.
On croit qu'il ſera employé de nouveau dans les
affaires étrangères .
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10908
p. 207-208
De WARSOVIE, le 18 Janvier 1764.
Début :
Le Primat & les Sénateurs ayant consenti à donner à l'Impératrice [...]
Mots clefs :
Primat, Sénateur, Impératrice de Russie, Note, Roi de Pologne, Décès, Ministres, Ambassadeur, République
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De WARSOVIE, le 18 Janvier 1764.
De WARSOVIE , le 18 Janvier 1764.
Le Primat & les Sénateurs ayant conſentià
donner à l'Impératrice de Ruſſie le titre Impérial
dont ils ne s'étoient point encore ſervis , & craignant
de compromettre les droits de la République
ſur la Ruſſie Polonoife , ont remis à ce ſujet
auComte de Keyſerling la Note ſuivante : .
>> A l'occaſion de la notification qu'on va faire
>> à Sa Majesté l'Impératrice de Ruſſie du décès,
>> du Roi de Pologne , le Primat , les Sénateurs
» & les Miniſtres de la République de Pologne
> ont fait connoître à l'Ambaſſadeur Extraordi-
>> naire& Plénipotentiaire de Ruffre , qu'en con-
>>>ſéquence des égards très-diftingués qu'ils ont
*pour une Puiſſance auſſi reſpectable que celle
>>> de Ruffie , ils étoient fort éloignés de lui con
>>teſter le titre d'Impériale qui convient ſi bien à
>>> l'étendue & aux forces de ſes vaſtes Etats ;
>> mais que , comme dans l'application on y
>> joint ces mots : de toutes les Ruffies , le Primat,
>>>les Sénateurs & les Miniſtres de la République
>>>ne pouvoient s'empêcher de repréſenter que
>>>l'Ordre Equeſtre & la Nation en général pour-
>> roient concevoir quelque inquiétude ſur la généralité
de cette dénomination de toutes les
>>> Ruffies , ayant à craindre que la Cour Impé-
>> riale de Ruſſie n'en tirât peut-être un jour des
>> conféquences ſur la poſſeſſion des Provinces
>> connues ſous la même dénomination & ap-
>> partenantes à la République tant en Pologne
** qu'en Lithuanie.
Sur cette Note, l'Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire de Ruſſie a déclaré que le titre
de Majesté Impériale de toutes les Ruffies étant
donné a l'Impératrice ſa très-gracieuſe Souverai
1
208 MERCURE DE FRANCE.
ne par toutes les autres Puiſſances , il ne ſeroit
pas convenable de vouloir rien changer à cet
égard , mais qu'il aſſuroit la ſéréniſſime République
de la manière la plus poſitive que Sa
Majesté l'Impératrice étoit ſi éloignée de ſe prévaloir
jamais de ce titre de toutes les Ruffies
pour former des prétentions quelconques ſur la
Ruſſie Polonoiſe , qu'elle eſt au contraire fermement
réſolue d'obſerver religieuſement le Traité
de Paix de 1686 au point qu'en cas de démembrement
, elle aſſiſteroit la République de toutes
ſes forces pour la maintenir dans l'état actuel de
fes poffeffions.
Le Primat & les Sénateurs ayant conſentià
donner à l'Impératrice de Ruſſie le titre Impérial
dont ils ne s'étoient point encore ſervis , & craignant
de compromettre les droits de la République
ſur la Ruſſie Polonoife , ont remis à ce ſujet
auComte de Keyſerling la Note ſuivante : .
>> A l'occaſion de la notification qu'on va faire
>> à Sa Majesté l'Impératrice de Ruſſie du décès,
>> du Roi de Pologne , le Primat , les Sénateurs
» & les Miniſtres de la République de Pologne
> ont fait connoître à l'Ambaſſadeur Extraordi-
>> naire& Plénipotentiaire de Ruffre , qu'en con-
>>>ſéquence des égards très-diftingués qu'ils ont
*pour une Puiſſance auſſi reſpectable que celle
>>> de Ruffie , ils étoient fort éloignés de lui con
>>teſter le titre d'Impériale qui convient ſi bien à
>>> l'étendue & aux forces de ſes vaſtes Etats ;
>> mais que , comme dans l'application on y
>> joint ces mots : de toutes les Ruffies , le Primat,
>>>les Sénateurs & les Miniſtres de la République
>>>ne pouvoient s'empêcher de repréſenter que
>>>l'Ordre Equeſtre & la Nation en général pour-
>> roient concevoir quelque inquiétude ſur la généralité
de cette dénomination de toutes les
>>> Ruffies , ayant à craindre que la Cour Impé-
>> riale de Ruſſie n'en tirât peut-être un jour des
>> conféquences ſur la poſſeſſion des Provinces
>> connues ſous la même dénomination & ap-
>> partenantes à la République tant en Pologne
** qu'en Lithuanie.
Sur cette Note, l'Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire de Ruſſie a déclaré que le titre
de Majesté Impériale de toutes les Ruffies étant
donné a l'Impératrice ſa très-gracieuſe Souverai
1
208 MERCURE DE FRANCE.
ne par toutes les autres Puiſſances , il ne ſeroit
pas convenable de vouloir rien changer à cet
égard , mais qu'il aſſuroit la ſéréniſſime République
de la manière la plus poſitive que Sa
Majesté l'Impératrice étoit ſi éloignée de ſe prévaloir
jamais de ce titre de toutes les Ruffies
pour former des prétentions quelconques ſur la
Ruſſie Polonoiſe , qu'elle eſt au contraire fermement
réſolue d'obſerver religieuſement le Traité
de Paix de 1686 au point qu'en cas de démembrement
, elle aſſiſteroit la République de toutes
ſes forces pour la maintenir dans l'état actuel de
fes poffeffions.
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Résumé : De WARSOVIE, le 18 Janvier 1764.
Le 18 janvier 1764, à Varsovie, le Primat et les Sénateurs de la République de Pologne ont accordé à l'Impératrice de Russie le titre impérial, tout en exprimant des réserves sur l'utilisation des mots 'de toutes les Russies'. Ils ont transmis ces préoccupations au Comte de Keyserling, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de Russie. Les Polonais craignaient que ce titre ne compromette les droits de la République sur la Russie Polonoise, redoutant des conséquences sur la possession des provinces polonaises et lituaniennes. En réponse, l'Ambassadeur russe a affirmé que le titre était reconnu par toutes les autres Puissances et ne pouvait être modifié. Il a assuré la République de Pologne que l'Impératrice n'utiliserait pas ce titre pour formuler des prétentions sur la Russie Polonoise. Il a également garanti que la Russie respecterait le Traité de Paix de 1686 et assisterait la République pour maintenir ses possessions en cas de démembrement.
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10909
p. 208
De VIENNE, le 11 Janvier 1764.
Début :
Ces jours derniers, le Comte du Châtelet-Lomont, Ambassadeur de France [...]
Mots clefs :
Comte, Ambassadeur de France, Ordre du Saint-Esprit, Peste, Tremblements de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De VIENNE, le 11 Janvier 1764.
De VIENNE , le 11 Janvier 1764 .
Ces jours derniers , le Comte du Châtelet-Lomont
, Ambaſladeur de France à cette Cour , reçut
par un Courier les marques de l'Ordre du
Saint- Eſprit dont le Roi ſon Maître l'a décoré.
Dua Février:
On a été informé ici que la peſte s'eſt mani
feſtée en Boſnie , en Dalmatie & dans un des
fauxbourgs de Spalatro , Capitale de la Dalmatie
Vénitienne ſur le Golfe de Veniſe. On apprend
auſſi qu'il le pade peu de ſemaines où l'on n'éprouve
encore dans la Ville de Comore de nouvelles
fecouſſes de tremblement de terre .
Ces jours derniers , le Comte du Châtelet-Lomont
, Ambaſladeur de France à cette Cour , reçut
par un Courier les marques de l'Ordre du
Saint- Eſprit dont le Roi ſon Maître l'a décoré.
Dua Février:
On a été informé ici que la peſte s'eſt mani
feſtée en Boſnie , en Dalmatie & dans un des
fauxbourgs de Spalatro , Capitale de la Dalmatie
Vénitienne ſur le Golfe de Veniſe. On apprend
auſſi qu'il le pade peu de ſemaines où l'on n'éprouve
encore dans la Ville de Comore de nouvelles
fecouſſes de tremblement de terre .
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Résumé : De VIENNE, le 11 Janvier 1764.
Le 11 janvier 1764, le Comte du Châtelet-Lomont a reçu l'Ordre du Saint-Esprit à Vienne. Le 2 février, la peste a été signalée en Bosnie, en Dalmatie et à Spalatro. La ville de Comore a subi des secousses sismiques fréquentes.
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10910
p. 208-209
De RATISBONNE, le 19 Janvier 1764.
Début :
Le Prince Clément de Saxe, après avoir appris que la Cour de Rome [...]
Mots clefs :
Prince Clément de Saxe, Cour de Rome, Élection, Évêché, Chapitre, Bulle pontificale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De RATISBONNE, le 19 Janvier 1764.
De RATISBONNE , le 19 Janvier 1764 .
Le Prince Clément de Saxe , après avoir appris
que la Cour de Rome avoit confirmé l'élection
du Comte d'Outremont à l'Evêché de Liége , a
écrit à notre Chapitre une Lettre par laquelle
Son Altefle Royale déclare qu'elle accepte l'élection
qui a été faite de ſa perſonne pour l'Evê'
AVRIL. 1764. 209
ehéde cette Ville . On ne doute as que cePrince
ne vienne en prendre pofeſſion dès qu'il aura
reçu de Rome la Bulle de confirmation.
Le Prince Clément de Saxe , après avoir appris
que la Cour de Rome avoit confirmé l'élection
du Comte d'Outremont à l'Evêché de Liége , a
écrit à notre Chapitre une Lettre par laquelle
Son Altefle Royale déclare qu'elle accepte l'élection
qui a été faite de ſa perſonne pour l'Evê'
AVRIL. 1764. 209
ehéde cette Ville . On ne doute as que cePrince
ne vienne en prendre pofeſſion dès qu'il aura
reçu de Rome la Bulle de confirmation.
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10911
p. 209
De MADRID, le 24 Janvier 1764.
Début :
On a appris de Lisbonne que le Chevalier de Saint-Priest, Ministre [...]
Mots clefs :
Chevalier, Ministre plénipotentiaire, Audience du roi, Famille royale, Portugal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De MADRID, le 24 Janvier 1764.
De MADRID, le 24 Janvier 1764.
On a appris de Liſbonne que le Chevalier de
Saint-Prieſt , Miniſtre Plénipotentiaire du Roi
Très- Chrétien , avoit eu , le 17 de ce mois , fes
premières audiences du Roi , de la Reine &de la
Famille Royale de Portugal.
On a appris de Liſbonne que le Chevalier de
Saint-Prieſt , Miniſtre Plénipotentiaire du Roi
Très- Chrétien , avoit eu , le 17 de ce mois , fes
premières audiences du Roi , de la Reine &de la
Famille Royale de Portugal.
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10912
p. 209
De ROME, le 18 Janvier 1764.
Début :
Le Prélat Odni, nommé à l'Archevêché de Ravenne, doit se rendre [...]
Mots clefs :
Archevêché, Nominations, Cardinal, Nonce, Décès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De ROME, le 18 Janvier 1764.
De ROME , le 18 Janvier 1764.
Le Prélat Odni , nommé à l'Archevêché de
Ravenne, doit ſe rendre à Francfort en qualité de
Nonce Extraordinaire à la Diéte.
Le Cardinal Furietti eſt mort en cette Capitale
le 14 , âgé de ſoixante-dix-neuf ans. Cette
mort fait vaquer dans le facré Collége un onziéme
Chapeau , en comptant celui qui eſt réſervé
à la nomination du Roi de Portugal.
Le Prélat Odni , nommé à l'Archevêché de
Ravenne, doit ſe rendre à Francfort en qualité de
Nonce Extraordinaire à la Diéte.
Le Cardinal Furietti eſt mort en cette Capitale
le 14 , âgé de ſoixante-dix-neuf ans. Cette
mort fait vaquer dans le facré Collége un onziéme
Chapeau , en comptant celui qui eſt réſervé
à la nomination du Roi de Portugal.
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10913
p. 209
De TURIN, le 18 Janvier 1764.
Début :
Hier, à cinq heures du soir, Madame la Duchesse de Savoye [...]
Mots clefs :
Duchesse, Accouchement, Princesse, Baptême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De TURIN, le 18 Janvier 1764.
De TURIN , le 18 Janvier 1764.
Hier , à cinq heures du ſoir , Madame la Ducheſſe
de Savoye accoucha très - heureuſement
d'une Princeſſe qui fut tenue ce jour là-même
fur les fonts de Baptême par le Roi & Madame
Louiſe ſa Fille , & fut nommée Marie- Charlotte
Antoinette-Adélaïde.
Hier , à cinq heures du ſoir , Madame la Ducheſſe
de Savoye accoucha très - heureuſement
d'une Princeſſe qui fut tenue ce jour là-même
fur les fonts de Baptême par le Roi & Madame
Louiſe ſa Fille , & fut nommée Marie- Charlotte
Antoinette-Adélaïde.
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10914
p. 209
De LONDRES, le 31 Janvier 1764.
Début :
Le Prince Héréditaire de Brunswick arrivé ici le 13, a épousé le 16, [...]
Mots clefs :
Prince Héréditaire de Brunswick, Princesse, Mariage, Archevêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LONDRES, le 31 Janvier 1764.
De LONDRES , le 31 Janvier 1764.
,
Le Prince Héréditaire de Brunswick, arrivé ici
le 13 , a épousé le 16 la Princefle Auguſte :
leur mariage a été célébré par l'Archevêque de
Cantorbery. Le 25 , le Prince eſt parti avec la
Princeffe fon épouſe pour repaſſer en Allemagne.
,
Le Prince Héréditaire de Brunswick, arrivé ici
le 13 , a épousé le 16 la Princefle Auguſte :
leur mariage a été célébré par l'Archevêque de
Cantorbery. Le 25 , le Prince eſt parti avec la
Princeffe fon épouſe pour repaſſer en Allemagne.
Fermer
10915
p. *210-210
De La HAYE, le 10 Février 1764.
Début :
Le 4 de ce mois, la Princesse de Nassau-Weilbourg est accouchée d'une [...]
Mots clefs :
Princesse, Accouchement, Baptême, Duchesse, Nomination, Landgrave
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De La HAYE, le 10 Février 1764.
De LA HAYE , le 10 Février 1764 .
,
Le 4 de ce mois , la Princeſſe de Naſſau-Weilbourg
eſt accouchée d'une Princeſſe qui a été te
nue ſur les fonts de Baptême , le 9 , par le Prince&
la Princeſſe Héréditaire de Brunswick , la
Princeffe Marie née Princeſſe d'Angleterre ,
épouſe du Landgrave de Heſſe-Caffel , le Margrave
régnant de Bade-Dourlach , la Ducheffe
Douairiere de Deux- Ponts & la Princeſſe Hend
riette de Naſſau - Saarbruck : elle a été nommée
Auguſte-Marie- Caroline.
,
Le 4 de ce mois , la Princeſſe de Naſſau-Weilbourg
eſt accouchée d'une Princeſſe qui a été te
nue ſur les fonts de Baptême , le 9 , par le Prince&
la Princeſſe Héréditaire de Brunswick , la
Princeffe Marie née Princeſſe d'Angleterre ,
épouſe du Landgrave de Heſſe-Caffel , le Margrave
régnant de Bade-Dourlach , la Ducheffe
Douairiere de Deux- Ponts & la Princeſſe Hend
riette de Naſſau - Saarbruck : elle a été nommée
Auguſte-Marie- Caroline.
Fermer
10916
p. 210-214
De VERSAILLES, le 15 Février 1764.
Début :
Le Roi a nommé pour son Ministre Plénipotentiaire auprès de [...]
Mots clefs :
Ministre plénipotentiaire, Comte, Consul, Famille royale, Fête de la Purification de la Sainte Vierge, Duc, Cérémonie, Audience, Noblesse, Anniversaire, Lettres de créance, Parlement, Contrat de mariage, Carte céleste, Comète, École royale militaire, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : De VERSAILLES, le 15 Février 1764.
De VERSAILLES , le is Février 1964 ..
LE Roi a nommé pour ſon Miniſtre Plénipo
tentiaire auprès de l'Etecteur de Cologne ,le Comte
de Drouville.
Sa Majeſté a nommé Conſul à Raguſe le
fieur Prevôt , à qui Elle avoit accordé le Confulat
de Morée ; celui-ci ſera donné au ſieur le
Maire, & le Vice-Confulat de Roffette en Egypte
au fieur Couſineri.
Le r. de ce mois , le ſieur Camyer , Recteur
de l'Univerſité , & Profeſſeur de Philoſophie au
Collége de Lizieux , a eu l'honneur de préſenter
ſuivant l'uſage , les Cierges de la Chande
leur à Leurs Majestés & à la Famille Royale ; le
même jour , le Père Touſtain de Fronteboſe ,
Vicaire-Général de l'Ordre de Notre-Dame de
AVRIL. 1764. 211
laMercy , accompagné de trois Religieux de ſa
Maiſon , eut auſſi l'honneur de préſenter un cierge
à la Reine pour ſatisfaire à une des conditions.
impoſées à cet Ordre lorſque Marie de Médicis
en permit l'établiſſement à Paris .
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste Vierge ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Eſprit s'étant afſemblés dans le
Cabinet du Roi vers les onze heures du matin ,
Sa Majesté ſe rendit à la Chapelle , étant précédée
de Mgr le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Prince
de Conti , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , du Duc de Penthiévre , du Prince de Lamballe
, & des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Sa Majeſté ,devant laquelle les
deux Huiſſiers de la Chambre portoient leurs
maſſes, étoit en Manteau , ayant le Collier de
l'Ordre pardeſſus , ainſi que de la Toiſon d'Or.
Loriqu'on eut chants 'Hymne Veni Creator ,le
Roi monta ſur ſon Trône , & reçut Chevaliers le
Comte de Saulx-Tavanne , Lieutenant-Général
de S. M. Chevalier d'Honneur de la Reine ,& le
Chevalierde Muy , Lieutenant-Général & Menin
de Mgr le Dauphin. Après la Grand'Meſſe qui
fut célébrée par l'Evêque Duc de Langres , Prélat
Commandeur , le Roi fut reconduit à fon appartement
en la manière accoutumée.
Les , Sa Majesté donna audience aux Députés
des Etats deBretagne , compoſés du Comte de
Kergueſec , pour la Nobleſſe,du ſieur de Montigay
, Maire de Fougeres , pour le Tiers-Etat ,&
du Comte de la Bourdonnaye , Procureur-Géné
ral-Syndic de la Province. Le Comte de Kergueſec
porta la parole en l'abſence de l'Evêque
de Rennes , Député du Clergé , qui ſe trouvoit
212 MERCURE DE FRANCE.
indiſpoſé. Ces Députés eurent enſuite audience
de la Reine & de la Famille Royale : ils furent
préſentés à Leurs Majestés par le Duc de Pen
thiévre , Gouverneur de la Province , & par le
Comte de Saint- Florentin , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies , & par le ſieur
Desgranges , Maître des Cérémonies.
Le 8 , le Marquis de Marigny a prêté ſerment
entre les mains du Roi , pour la Lieutenance-
Générale de l'Orléanois.
Le Comte de Noailles , Gouverneur de Verfailles
, accompagné des Officiers du Bailliage de
cette Ville , s'eſt rendu le is à l'Egliſe de Notre
Dame, Paroiſſe du Chateau , & y a affifté
au Te Deum qu'on y a chanté à l'occaſion de
'Anniverſaire de la Naiſſance du Roi ; il a allumé
enfuite le feu qui avoit été préparé vis-à-vis
du Portail de l'Eglife. La Garde des Invalides ,
qui s'y étoit rendue , a fait pluſieurs décharges de
Mouſqueterie.
Le 14 leGénéral Fontenai. Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Electeur de Saxe , eut une audience
particulière du Roi , à qui il remit en cette qua
lité ſes lettres de créance. Le même jour , le
Comte de Bielinski , Envoyé Extraordinaire de la
République de Pologne , eut une audience publique
de Sa Majesté , à qui il fit part , au nom de
la République de la mort du Roi Auguſte III .
Le Géneral Fontenai & le Comte de Bielinski
furent conduits à cette audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le ſieur
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 13 , le Parlement de Grenoble fut préſenté
au koi par le Duc de Choiſeul , Miniſtre &
Secrétaire d'État ayant le Département de la Pro-
2
AVRIL. 1764. 213
vincedu Dauphiné , & conduit par le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , &
par le ſieur Desgranges,Maître des Cérémonies.
Le 12 , le Duc de Bourbon a été préſenté à
Leurs Majeſtés & à la Famille Royale , par le
Prince de Condé ſon père.
Les , la Comteile de Rouault fut préſentée à
Leurs Majestés & à la Famille Royale par la
Comteſſe du Rumain .
Le 26 du mois dernier , Leurs Majestés & la
Famille Royale ſignérent le Contrat de mariage
du Comte de Gralle , Capitaine de Vaiſſeau du
Roi , avec la Demoiſelle fille du ſieur Accaron ,
Commiſſaire de la Marine & premier Commis
des Colonies : & le 12 de ce mois , celui du Comte
de Barral avec Demoiſelle de la Motte.
Le ſieur Meſſier , Aftronome attaché au Dépôt
des Plans de la Marine de France , eut l'honneur
de préſenter au Roi , le 29 du mois dernier ,
une grande Carte céleſte ſur laquelle il avoit
tracé la route de la Cométe qui paroît préſentement
, d'après les obſervations qu'il a faitesdans
l'Obſervatoire de la Marine à Paris . Cette Cométe
a beaucoup perdu de ſa lumière depuis le
moment qu'on l'a découverte , elle ne paroît
plus que de la grandeur d'une étoile de la fixićmeclaſſe;
fon mouvement eſt auſſi très -rallenti,
le 29 Janvier , as heures si minutes du ſoir ;
elle avoit d'aſcenſion droite 328 degrés 16 minutes
37 ſecondes , & 17 degrés 43 minutes s
ſecondes de déclinaiſon boréale ; le lendemain à
fix heures 2 minutes 52 ſecondes du foir , fon
aſcenſion droite étoit de 328 degrés 30 minutes
22 ſecondes,& la déclinaiſon boréale de 16 degrés
57 minutes 21 ſecondes. Elle n'aura paſſé par ſon
périhélie que vers le iz de ce mois.
Le 8 de ce mois , l'Abbé de Burle de Curban
214 MERCURE DE FRANCE.
eut l'honneur de préſenter à Leurs Majeſtés,
àMgr le Dauphin & à Madame Adélaïde la dernière
partie de l'Ouvrage du feu ſieur de Réal ,
contenant l'examen des principaux Ouvrages
compoſés ſur les Matières de Gouvernement , &
dédiée à Madame Adélaïde.
Le 2 , le ſieur Targe fils , Profeſſeur de Mathématiques
à l'Ecole Royale Militaire , a eu l'honneur
de préſenter à Mgr le Duc de Berri & à
Mgr le Comtede Provence les Volumes XVI &
XVII . de l'Hiſtoire d'Angleterre de Smollet ,
traduits par leſieur Targe ſon père , Correſpondant
de l'Académie Royale de Marine , & cidevant
Profeſſeur à l'Ecole Royale Militaire.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
LE Roi a nommé pour ſon Miniſtre Plénipo
tentiaire auprès de l'Etecteur de Cologne ,le Comte
de Drouville.
Sa Majeſté a nommé Conſul à Raguſe le
fieur Prevôt , à qui Elle avoit accordé le Confulat
de Morée ; celui-ci ſera donné au ſieur le
Maire, & le Vice-Confulat de Roffette en Egypte
au fieur Couſineri.
Le r. de ce mois , le ſieur Camyer , Recteur
de l'Univerſité , & Profeſſeur de Philoſophie au
Collége de Lizieux , a eu l'honneur de préſenter
ſuivant l'uſage , les Cierges de la Chande
leur à Leurs Majestés & à la Famille Royale ; le
même jour , le Père Touſtain de Fronteboſe ,
Vicaire-Général de l'Ordre de Notre-Dame de
AVRIL. 1764. 211
laMercy , accompagné de trois Religieux de ſa
Maiſon , eut auſſi l'honneur de préſenter un cierge
à la Reine pour ſatisfaire à une des conditions.
impoſées à cet Ordre lorſque Marie de Médicis
en permit l'établiſſement à Paris .
Le 2 , Fête de la Purification de la Ste Vierge ,
les Chevaliers , Commandeurs & Officiers de
l'Ordre du Saint-Eſprit s'étant afſemblés dans le
Cabinet du Roi vers les onze heures du matin ,
Sa Majesté ſe rendit à la Chapelle , étant précédée
de Mgr le Dauphin , du Duc d'Orléans , du
Duc de Chartres , du Prince de Condé , du Prince
de Conti , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , du Duc de Penthiévre , du Prince de Lamballe
, & des Chevaliers , Commandeurs & Offciers
de l'Ordre. Sa Majeſté ,devant laquelle les
deux Huiſſiers de la Chambre portoient leurs
maſſes, étoit en Manteau , ayant le Collier de
l'Ordre pardeſſus , ainſi que de la Toiſon d'Or.
Loriqu'on eut chants 'Hymne Veni Creator ,le
Roi monta ſur ſon Trône , & reçut Chevaliers le
Comte de Saulx-Tavanne , Lieutenant-Général
de S. M. Chevalier d'Honneur de la Reine ,& le
Chevalierde Muy , Lieutenant-Général & Menin
de Mgr le Dauphin. Après la Grand'Meſſe qui
fut célébrée par l'Evêque Duc de Langres , Prélat
Commandeur , le Roi fut reconduit à fon appartement
en la manière accoutumée.
Les , Sa Majesté donna audience aux Députés
des Etats deBretagne , compoſés du Comte de
Kergueſec , pour la Nobleſſe,du ſieur de Montigay
, Maire de Fougeres , pour le Tiers-Etat ,&
du Comte de la Bourdonnaye , Procureur-Géné
ral-Syndic de la Province. Le Comte de Kergueſec
porta la parole en l'abſence de l'Evêque
de Rennes , Député du Clergé , qui ſe trouvoit
212 MERCURE DE FRANCE.
indiſpoſé. Ces Députés eurent enſuite audience
de la Reine & de la Famille Royale : ils furent
préſentés à Leurs Majestés par le Duc de Pen
thiévre , Gouverneur de la Province , & par le
Comte de Saint- Florentin , Miniſtre & Secrétaire
d'Etat , & conduits par le Marquis de Dreux ,
Grand-Maître des Cérémonies , & par le ſieur
Desgranges , Maître des Cérémonies.
Le 8 , le Marquis de Marigny a prêté ſerment
entre les mains du Roi , pour la Lieutenance-
Générale de l'Orléanois.
Le Comte de Noailles , Gouverneur de Verfailles
, accompagné des Officiers du Bailliage de
cette Ville , s'eſt rendu le is à l'Egliſe de Notre
Dame, Paroiſſe du Chateau , & y a affifté
au Te Deum qu'on y a chanté à l'occaſion de
'Anniverſaire de la Naiſſance du Roi ; il a allumé
enfuite le feu qui avoit été préparé vis-à-vis
du Portail de l'Eglife. La Garde des Invalides ,
qui s'y étoit rendue , a fait pluſieurs décharges de
Mouſqueterie.
Le 14 leGénéral Fontenai. Miniſtre Plénipotentiaire
de l'Electeur de Saxe , eut une audience
particulière du Roi , à qui il remit en cette qua
lité ſes lettres de créance. Le même jour , le
Comte de Bielinski , Envoyé Extraordinaire de la
République de Pologne , eut une audience publique
de Sa Majesté , à qui il fit part , au nom de
la République de la mort du Roi Auguſte III .
Le Géneral Fontenai & le Comte de Bielinski
furent conduits à cette audience , ainſi qu'à celles
de la Reine & de la Famille Royale , par le ſieur
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le 13 , le Parlement de Grenoble fut préſenté
au koi par le Duc de Choiſeul , Miniſtre &
Secrétaire d'État ayant le Département de la Pro-
2
AVRIL. 1764. 213
vincedu Dauphiné , & conduit par le Marquis
de Dreux , Grand-Maître des Cérémonies , &
par le ſieur Desgranges,Maître des Cérémonies.
Le 12 , le Duc de Bourbon a été préſenté à
Leurs Majeſtés & à la Famille Royale , par le
Prince de Condé ſon père.
Les , la Comteile de Rouault fut préſentée à
Leurs Majestés & à la Famille Royale par la
Comteſſe du Rumain .
Le 26 du mois dernier , Leurs Majestés & la
Famille Royale ſignérent le Contrat de mariage
du Comte de Gralle , Capitaine de Vaiſſeau du
Roi , avec la Demoiſelle fille du ſieur Accaron ,
Commiſſaire de la Marine & premier Commis
des Colonies : & le 12 de ce mois , celui du Comte
de Barral avec Demoiſelle de la Motte.
Le ſieur Meſſier , Aftronome attaché au Dépôt
des Plans de la Marine de France , eut l'honneur
de préſenter au Roi , le 29 du mois dernier ,
une grande Carte céleſte ſur laquelle il avoit
tracé la route de la Cométe qui paroît préſentement
, d'après les obſervations qu'il a faitesdans
l'Obſervatoire de la Marine à Paris . Cette Cométe
a beaucoup perdu de ſa lumière depuis le
moment qu'on l'a découverte , elle ne paroît
plus que de la grandeur d'une étoile de la fixićmeclaſſe;
fon mouvement eſt auſſi très -rallenti,
le 29 Janvier , as heures si minutes du ſoir ;
elle avoit d'aſcenſion droite 328 degrés 16 minutes
37 ſecondes , & 17 degrés 43 minutes s
ſecondes de déclinaiſon boréale ; le lendemain à
fix heures 2 minutes 52 ſecondes du foir , fon
aſcenſion droite étoit de 328 degrés 30 minutes
22 ſecondes,& la déclinaiſon boréale de 16 degrés
57 minutes 21 ſecondes. Elle n'aura paſſé par ſon
périhélie que vers le iz de ce mois.
Le 8 de ce mois , l'Abbé de Burle de Curban
214 MERCURE DE FRANCE.
eut l'honneur de préſenter à Leurs Majeſtés,
àMgr le Dauphin & à Madame Adélaïde la dernière
partie de l'Ouvrage du feu ſieur de Réal ,
contenant l'examen des principaux Ouvrages
compoſés ſur les Matières de Gouvernement , &
dédiée à Madame Adélaïde.
Le 2 , le ſieur Targe fils , Profeſſeur de Mathématiques
à l'Ecole Royale Militaire , a eu l'honneur
de préſenter à Mgr le Duc de Berri & à
Mgr le Comtede Provence les Volumes XVI &
XVII . de l'Hiſtoire d'Angleterre de Smollet ,
traduits par leſieur Targe ſon père , Correſpondant
de l'Académie Royale de Marine , & cidevant
Profeſſeur à l'Ecole Royale Militaire.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : De VERSAILLES, le 15 Février 1764.
En février 1964, le Roi a nommé plusieurs personnalités à des postes diplomatiques et consulaires. Le Comte de Drouville a été désigné Ministre Plénipotentiaire auprès de l'Électeur de Cologne. Le sieur Prevôt a été nommé Consul à Raguse, remplaçant ainsi le sieur le Maire au Consulat de Morée. Le sieur Cousineri a été nommé au Vice-Consulat de Roffette en Égypte. Le 1er février, le sieur Camyer, Recteur de l'Université et Professeur de Philosophie au Collège de Lisieux, a présenté les cierges de la Chandeleur à Leurs Majestés et à la Famille Royale. Le même jour, le Père Toustain de Frontebose, Vicaire-Général de l'Ordre de Notre-Dame de la Mercy, a présenté un cierge à la Reine. Le 2 avril, lors de la Fête de la Purification de la Sainte Vierge, les Chevaliers, Commandeurs et Officiers de l'Ordre du Saint-Esprit se sont rassemblés dans le Cabinet du Roi. Sa Majesté, accompagnée de plusieurs princes et dignitaires, a assisté à la messe célébrée par l'Évêque Duc de Langres. Après la messe, le Roi a reçu les Députés des États de Bretagne, composés du Comte de Kerguesec pour la Noblesse, du sieur de Montigay pour le Tiers-État, et du Comte de la Bourdonnaye pour le Clergé. Le 8 avril, le Marquis de Marigny a prêté serment pour la Lieutenance-Générale de l'Orléanois. Le Comte de Noailles, Gouverneur de Versailles, a assisté au Te Deum à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du Roi. Le 14 avril, le Général Fontenai, Ministre Plénipotentiaire de l'Électeur de Saxe, et le Comte de Bielinski, Envoyé Extraordinaire de la République de Pologne, ont eu des audiences avec le Roi. Le 13 avril, le Parlement de Grenoble a été présenté au Roi par le Duc de Choiseul. Le Duc de Bourbon et la Comtesse de Rouault ont été présentés à Leurs Majestés et à la Famille Royale. Le 26 mars, Leurs Majestés ont signé le contrat de mariage du Comte de Gralle avec la Demoiselle fille du sieur Accaron. Le 12 avril, le contrat de mariage du Comte de Barral avec Demoiselle de la Motte a été signé. Le sieur Messier, Astronome attaché au Dépôt des Plans de la Marine, a présenté au Roi une carte céleste traçant la route d'une comète. Le 8 avril, l'Abbé de Burle de Curban a présenté un ouvrage sur les matières de gouvernement à Leurs Majestés et à Madame Adélaïde. Le sieur Targe fils, Professeur de Mathématiques à l'École Royale Militaire, a présenté des volumes de l'Histoire d'Angleterre de Smollet à Mgr le Duc de Berry et à Mgr le Comte de Provence.
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10917
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le Mercure du premier [...]
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texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATIO Ν.
J'A'AII lu, par ordre deMonſeigneur le Vice-Chan
celier , le Mercure du premier volume d'Avril
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en em
pêcher l'impreſſion. A Paris , ce 31 Mars 1764 .
GUIROY.
J'A'AII lu, par ordre deMonſeigneur le Vice-Chan
celier , le Mercure du premier volume d'Avril
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puiſſe en em
pêcher l'impreſſion. A Paris , ce 31 Mars 1764 .
GUIROY.
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10918
p. 214-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Suite de l'Histoire raisonnée [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES .
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER .
SUITE de l'Histoire raiſonnée des Plaidoyers
de Cicéron . Pages
VERS à S. A. S. Mgr l'ELECTEUR PALATIN
, ſur l'Académie des Sciences que ce
Prince vient d'inſtituer à Manheim .
10
AVRIL. 1764. 215
Le Jardinier & l'Oranger , Fable . 12
A l'Auteur du Mercure , Epitaphe de M. du
Viviée , C. du C. de V. 14
EPITRE a M. Ch . de Mo *** .
IS
LETTRE à M. De la Place , Auteur du Mercure ,
fur Abraham Duquesne. 17
A M. de Voltaire , menacé de perdre la vue. 22
ENVOI d'un Gâteau des Rois , à M. deMontaudouin.
23
RÉPONSE a M. le Chevalier de Juilly- Thomaffin
. 24
PORTRAIT de Madame de * * * par Mlle *** . 25
VERS de M. Saurin , de l'Académie Françoiſe
, à M. le Duc de Nivernois.
- VERS à Mile D.
ÉPIGRAMMES imitées de Martial.
CÉCILE , ou l'Amour Gaulois.
CHANSON à M *** ſur ſon mariage.
LETTRE de M. Dallet.
RÉPONSE de M. le Vicomte de Saint-Germain
Matinel
LES Tourterelles & les Enfans , Fable imitée
du Pogge.
28
29
ibid.
3
41
43
44
46
47
ibid,
49
19 & 60
61 & 62
63
In effigiem Viri clariffimi DD. DE LA
PEYRONNIE.
ROMANCE.
Oda anacreontique à M. M. ſur la piquure
d'un Coufin .
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES,
CHANSON.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Lettre à M. De la Place , Auteur du
* Mercure de France , ſur Charles- Antoine
Fabrot . 64
216 MERCURE DE FRANCE.
La Population & la Beauté , Odes.
HISTOIRE de Méhémet II , Empereur Ottoman
, par M. Belin de Monterzi.
SUITE de l'Extrait de l'École de Littérature.
ANNONCES de Livres.
8
73
84
91 & ſuiv.
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ACADÉMIES .
LETTRE de M. de Belleifle à M. de Velye,&c. 114
RÉPONSE à la Lettre précedente , par M.
Fradet.
EXTRAIT des Regiſtres de l'AcadémieRoyale
des SCIENCES ,
PRIX propoſé par la Société Royale d'Agriculture
de PARIS.
SUPET du Prix de l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles- Lettres de DIJON .
ÉCOLE Royale Vétérinaire.
DIOPTRIQUE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
GEOGRAPHIE.
CHIRURGIE.
119
123
125
129
131
136
148
ART. IV . BEAUX - ARTS .
ARTS UTLIES.
SI
HÔPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron . 154
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
ART. V. SPECTACLES.
165
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 167
SPECTACLES de Paris.Opéra.
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
173
175
296
197
198
199
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
ARTICLE PREMIER .
SUITE de l'Histoire raiſonnée des Plaidoyers
de Cicéron . Pages
VERS à S. A. S. Mgr l'ELECTEUR PALATIN
, ſur l'Académie des Sciences que ce
Prince vient d'inſtituer à Manheim .
10
AVRIL. 1764. 215
Le Jardinier & l'Oranger , Fable . 12
A l'Auteur du Mercure , Epitaphe de M. du
Viviée , C. du C. de V. 14
EPITRE a M. Ch . de Mo *** .
IS
LETTRE à M. De la Place , Auteur du Mercure ,
fur Abraham Duquesne. 17
A M. de Voltaire , menacé de perdre la vue. 22
ENVOI d'un Gâteau des Rois , à M. deMontaudouin.
23
RÉPONSE a M. le Chevalier de Juilly- Thomaffin
. 24
PORTRAIT de Madame de * * * par Mlle *** . 25
VERS de M. Saurin , de l'Académie Françoiſe
, à M. le Duc de Nivernois.
- VERS à Mile D.
ÉPIGRAMMES imitées de Martial.
CÉCILE , ou l'Amour Gaulois.
CHANSON à M *** ſur ſon mariage.
LETTRE de M. Dallet.
RÉPONSE de M. le Vicomte de Saint-Germain
Matinel
LES Tourterelles & les Enfans , Fable imitée
du Pogge.
28
29
ibid.
3
41
43
44
46
47
ibid,
49
19 & 60
61 & 62
63
In effigiem Viri clariffimi DD. DE LA
PEYRONNIE.
ROMANCE.
Oda anacreontique à M. M. ſur la piquure
d'un Coufin .
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
ÉNIGMES .
LOGOGRYPHES,
CHANSON.
ART. II . NOUVELLES LITTÉRAIRES .
Lettre à M. De la Place , Auteur du
* Mercure de France , ſur Charles- Antoine
Fabrot . 64
216 MERCURE DE FRANCE.
La Population & la Beauté , Odes.
HISTOIRE de Méhémet II , Empereur Ottoman
, par M. Belin de Monterzi.
SUITE de l'Extrait de l'École de Littérature.
ANNONCES de Livres.
8
73
84
91 & ſuiv.
ART. III . SCIENCES ET BELLES-LETTRES .
ACADÉMIES .
LETTRE de M. de Belleifle à M. de Velye,&c. 114
RÉPONSE à la Lettre précedente , par M.
Fradet.
EXTRAIT des Regiſtres de l'AcadémieRoyale
des SCIENCES ,
PRIX propoſé par la Société Royale d'Agriculture
de PARIS.
SUPET du Prix de l'Académie des Sciences ,
Arts & Belles- Lettres de DIJON .
ÉCOLE Royale Vétérinaire.
DIOPTRIQUE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
GEOGRAPHIE.
CHIRURGIE.
119
123
125
129
131
136
148
ART. IV . BEAUX - ARTS .
ARTS UTLIES.
SI
HÔPITAL de M. le Maréchal Duc de Biron . 154
ARTS AGRÉABLES.
MUSIQUE.
ART. V. SPECTACLES.
165
SUITE des Spectacles de la Cour à Verſailles. 167
SPECTACLES de Paris.Opéra.
COMÉDIE Françoiſe.
COMÉDIE Italienne.
173
175
296
197
198
199
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles et des pièces fugitives en vers et en prose. Il inclut la suite de l'Histoire raisonnée des Plaidoyers de Cicéron, divers poèmes, épîtres, lettres et fables. Parmi les œuvres notables, on trouve des vers dédiés à Son Altesse Sérénissime Monseigneur l'Électeur Palatin, une fable intitulée 'Le Jardinier & l'Oranger', et plusieurs épigrammes imitées de Martial. Le texte mentionne également des lettres adressées à des personnalités telles que M. de Voltaire et M. de la Place, ainsi que des réponses à des correspondants. Les articles sont organisés en plusieurs sections : nouvelles littéraires, sciences et belles-lettres, beaux-arts, et spectacles. Les nouvelles littéraires comprennent une lettre sur Charles-Antoine Fabrot et une histoire de Méhémet II. Les sciences et belles-lettres couvrent des sujets variés comme les académies, la dioptrique, et la chirurgie. Les beaux-arts incluent des sections sur les arts utiles et agréables, avec une mention de l'hôpital du Maréchal Duc de Biron. Enfin, les spectacles traitent des représentations à la cour de Versailles et à Paris, incluant l'opéra, la comédie française et italienne.
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10919
p. 216
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBASTIEN JORRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
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10920
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
-
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
· au Greffe Civil du Parlement , Commis -
· au recouvrement du Mercure, rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
- Sellier du Roi.
-
C'eſt à lui que l'on prie d'adreſſer,
· francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DÉ LA PLAcE, Auteur
du Mercure.
-
Le prix de chaque volume eſt de 36
ſols , mais l'on ne payera d'avance, en
s'abonnant, que 24 livres pourſeize vo
lumes , à raiſon de 3o ſols piéce.
Les perſonnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la poſte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant, & elles les re
cevront francs de port.
pour ſeize volumes.
A ij
-
-
Celles qui auront d'autres voiesque
la Poſte pour le faire venir, & qui pren
dront les frais du port ſur leur comp
te , ne payeront comme à Paris, qu'à
raiſon de 3o ſols par volume , c'eſt-à-
dire, 24 liv. d'avance , en s'abonnant
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci
deſſus.
-
ment en ſoit fait d'avance au Bureau.
chis, reſteront au rebut.
noncer, d'en marquer le prix.
-
On ſupplie les perſonnes des provin
ces d'envoyer par la poſte , en payant
le droit, leurs ordres, afin que le paye
Les paquets qui ne ſeront pas affran
On prie les perſonnes qui envoyent
des Livres, Eſtampes & Muſique à an
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLAcE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format, le nom
bre de volumes & les conditions ſont
les mêmes pour une année. Il y en a juſ
· qu'à préſent cent ſix vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
-
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
· au Greffe Civil du Parlement , Commis -
· au recouvrement du Mercure, rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
- Sellier du Roi.
-
C'eſt à lui que l'on prie d'adreſſer,
· francs de port , les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DÉ LA PLAcE, Auteur
du Mercure.
-
Le prix de chaque volume eſt de 36
ſols , mais l'on ne payera d'avance, en
s'abonnant, que 24 livres pourſeize vo
lumes , à raiſon de 3o ſols piéce.
Les perſonnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la poſte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant, & elles les re
cevront francs de port.
pour ſeize volumes.
A ij
-
-
Celles qui auront d'autres voiesque
la Poſte pour le faire venir, & qui pren
dront les frais du port ſur leur comp
te , ne payeront comme à Paris, qu'à
raiſon de 3o ſols par volume , c'eſt-à-
dire, 24 liv. d'avance , en s'abonnant
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci
deſſus.
-
ment en ſoit fait d'avance au Bureau.
chis, reſteront au rebut.
noncer, d'en marquer le prix.
-
On ſupplie les perſonnes des provin
ces d'envoyer par la poſte , en payant
le droit, leurs ordres, afin que le paye
Les paquets qui ne ſeront pas affran
On prie les perſonnes qui envoyent
des Livres, Eſtampes & Muſique à an
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLAcE , ſe trouve auſſi au
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Le document présente les détails concernant l'abonnement et la distribution du Mercure, une publication périodique. Le Bureau du Mercure se trouve chez M. Lutton, avocat et greffier, au Greffe Civil du Parlement, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les abonnés doivent envoyer leurs paquets et lettres à cette adresse, avec les frais de port payés. Le prix d'un volume est de 36 sols, tandis qu'un abonnement pour seize volumes coûte 24 livres à l'avance. Pour les provinciaux recevant le Mercure par la poste, le coût est de 32 livres pour seize volumes. Ceux utilisant d'autres moyens de transport paient 24 livres pour seize volumes. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent contacter le bureau pour recevoir le Mercure. Les paquets non affranchis seront refusés. Par ailleurs, le 'Nouveau Choix de Pièces tirées des Mercures & autres Journaux' par M. De La Place est disponible au même bureau, avec les mêmes conditions de format et de prix pour une année, totalisant actuellement cent six volumes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10921
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
Début :
LE gouvernement de Rome, moitié Aristocratique & moitié Démocratique, [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON.
DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
LE gouvernement de Rome, moitié
Aristocratique & moitié Démocratique,
produiſoit néceſſairement des cabales &
des diviſions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diſtingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol.
A iij
.
6
MERCURE DE FRANCE.
les ſeuls qui aſpiraſſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture, l'Edilité , enfin le Conſulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le ſort des têtes les plus illuſ
tres. La liberté dont il jouiſſoit en don
nant ſes ſuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à ſon gré.Les Candidats (a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveiilance.
..
.
Une loi ſage & prudente avoit dé
fendu expreſſément les largeſſes pécu
niaires, afin de prévenir toute eſpéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges, en étoit ex
clu ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
· avoient l'âme aſſez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne ba
lanceroient pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occaſion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection,
-
A VR I L. 1764.
7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accuſation intentée contre L. Mu
r(272(Z,
·
L'année du Conſulat de Cicéron étant
prête d'expirer, il fit tenir ſuivant l'u-
ſage les Comices Conſulaires , c'eſt-à-
dire l'Aſſemblée du Peuple pour l'élec
tion des Conſuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
· Junius Silanus, & ſur Lucius Licinius
Murena. .
Ce dernier avoit un dangereux com
pétiteur dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par ſa
naiſſance illuſtre , & par ſes profon
des connoiſſances dans la Juriſpruden
ce. Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut-être étoit inférieur
au ſien, il prit le parti de l'accuſer d'a-
voir acheté les voix qui lui avoient été
favorables. .
Le Conſul déſigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accuſation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'a-
voit pas ſeulement à redouter Sulpi
tius : il avoit encore à craindre le cré
dit immenſe d'un grand homme que ſon
adverſaire avoit ſçu attacher à ſes in
térêts & qui parut avec lui en qualité
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenſeur , auſſi connu par
ſon infléxible attachement à la vertu,
que par ſes ſentimens vraîment patrio
tiques & républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenſius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron, ſi elles n'étoient pas perdues
pour nous; la ſeconde par Marcus Craſ
ſus , qui prouva par pluſieurs ſuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeſſe. la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingé
nieuſe & la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Juriſ
conſultes , parce que Sulpitius faiſoit
profeſſion d'être ſçavant dans les Loix &
· dans la Morale Stoïcienne, parce que Ca
ton paſſoit pour un des plus zélés Phi
loſophes de cette Secte, qui commen
çoit d'ailleurs à tomber dans le diſ-
crédit. Malgré toute ſon indifférence
philoſophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des ſarcaſmes dont l'acca
bloit le Prince des Orateurs. Pour s'en
A V R I L. 1764.
9
venger il dit un bon mot (b) que Plu
turque a pris ſoin de nous conſerver....
· Il faut avouer, s'écria-t-il en ſortant
de l'audience, il faut avouer que le pre
mier homme de l'Etat eſt auſſi le pre
mier Plaiſant de la République !
Un Membre de l'Académie Fran--
çoiſe, auſſi reſpectable par ſon carac
tère & par ſes mœurs, que recomman
dable par ſa ſcience & ſon érudition,
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préſent à la République des Lettres, en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Com
mentaire ſur ce diſcours, celui que com
poſa pour s'exercer il y a environ 2oo
ans, un illuſtre Sçavant, Aonius Palea
rius, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de mo
dernes ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Mu
rena. On le trouve à la page 517. du
V* Tome de la belle édition in-4°. des
(Euvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quàm ridiculum Conſulem ha
bemus !
A v
1o MERCURE BE FRANCE.
| DIscovRs de CrcÉRov contre L,
CATILINA , vulgairement dits les ,
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même, il y a tout au
moins une grande imprudence à déni- .
- grer , ſur le rapport d'autrui, un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux ſur l'Hiſtoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe .
convaincre , de l'intrépidité. & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conſul.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiſſent pas ce Mor- .
ceau précieux des Annales de la Répu
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion .
commune eſt contre moi , mais qu'ils ,
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera ven
ée. -
| Salluſte, cet Ecrivain hardi & ſenten- .
tieux, fait la peinture la plus frappante
& la plus vraie des mœurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina La
Jeuneſſe, perdue , de débauches & de
dettes , emprunto:c à groſſes uſures pour
· avoir dequoi fournit, à ſes plaiſirs , &
$ : a - t : les intérêts multipliés l'em--
-
A V R I L. 1764.
I I
portoient ſur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apo
théoſe , faiſoient partie du culte pu
blic; les déſordres les plus infâmes de
venoient des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les ca
cher ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable , la révolution devenoit
comme néceſſaire ; & ſans la vigilance
du Conſul toujours actif& toujours pré
voyant, l'Empire étoit à celui qui ſau
roit le premier s'en ſaiſir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
& de gloire; ou, pour parler plus juſte,
il voulut profiter des circonſtances pour
y parvenir. Il faut avouer auſſi que per
ſonne n'étoit plus propre à jouer le rôle .
d'un conſpirateur. .
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ».
formoient ſon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il
n'eût défiguré
miſérablement l'image. Lié avec tout .
ce que Rome avoit de plus ſcélérats , il
paroiſſoit en même temps l'admira--
teur le plus zélé des Citoyens les plu#
vertueux.
Sa maiſon étoit remplie de
•.
A vi
º
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompa
gnés de tout ce qui peut ſervir d'ai
guillon au
travail & à l'induſtrie
:
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
· des vices les plus raffinés, & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppoſées , &
tant de ces qualités & de ces paſſions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poſſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens,
& d'entretenir en même temps une liai
ſon étroite avec les plus mauvais ; per
ſonne ne marqua plus de goût pour les
bons principes, & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche, & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le †. & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
· faire des amis & à ſe les attacher ſolide
ment, ſi tant eſt que l'amitié puiſſe ha
biter dans des cœurs d'où la vertu eſt
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poſſédoit, ſon argent, ſon crédit,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
•coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
A V R I L. 1764.
13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets, & ſe formoit, dans toutes
les occaſions ſur ſes prétentions & ſur
ſes deſirs.Avec les gens triſtes, l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
† gais, il paroiſſoit fait pour la gaîté
pour l'enjouement :
il étoit grave
avec les vieillards, vif & léger avec les
jeunes gens, audacieux avec les eſprits
hardis, libre & ſans retenue avec les dé
bauchés. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
ens ſans principes & ſans mœurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République, à qui l'apparence de ſes
vertus faiſoit illuſion.
I. Fondé ſur toutes ces reſſources,
Catilina commença bientôt à cabaler
ſourdement, & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Por
cius Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
· qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater, & la Répu
blique touchoit au moment de ſa perte,
quand une bravade indiſcrette de deux
Conſpirateurs découvrit en partie le ſe
cret. Deux intimes amis de Catilina ſe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
ſon lit. Cette menace, qui n'eut aucun
effet, allarma pourtant aſſez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce De
cret fameux (c), qui chargeoit ſpéciale
ment les Conſuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie, ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration, par ſon amant
Curius qui y étoit engagé, alla le révéler
au Conſul, qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Aſſemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres, d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence | fou
droyante.
, II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendit à peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le ſuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration, convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Conſcripts, qui tardoient trop à s'aſſem
(c, Videant Coſſ ne quid detrimenti reſp, c piat .
·
A V R I L. 1764.
1 5 .
bler, le Conſul monta ſur la Tribune ..
aux Harangites, & apprit au Peuple l'é-
vaſion de Catilina, après lui avoir rendu .
compte des circonſtances de la Conjura
tion, que bien des gens ignoroient en
core. C'eſt la Seconde Catilinaire. .
-
III. On avoit trouvé moyen d'inté
reſſer en faveur de la Conſpiration naif- .
ſante, la Nation des Allobroges, dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome,
pour y ſolliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte- .
nir. Quand le calme d'une lente & ſage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction, effrayés des riſ
ues qu'ils couroient, & du péril auquel
étoit expoſé l'Empire, ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecréte
ment avis au Conſul. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on ſaiſit
des amas d'armes qu'ils faiſoient par ſon
ordre ; on les conduiſit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans ſa Troiſième Catilinaire.
Diſcours admirable qui ſervira toujours .
de modèle aux Orateurs curieux de nar
rer avec grâce, & de raiſonner ſolide- .
IIle Ilt.
-
IV. Les Conjurés étoient toujours en .
· priſon, & le Sénat n'avoit pas encore -
Y 6 MERCURE DE FRANCE.
prononcé ſur leur ſort. D. Silanus ou
vrit l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cœſar, le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie,
inclinoit à la douceur, & vouloit qu'on
leur laiſſât la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur, en fai
ſant entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conſul, ſi précieux à la République.
Cicéron , à ſon tour , montra les ſenti
mens les plus héroïques; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie,-
& qu'il falloit embraſſer le parti de la ri
ueur, puiſqu'il étoit le plus ſûr pour
'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi una
nimement, c'eſt faire en deux mots l'élo
ge de cette Quatrième & dernière Ca
tilinaire.
DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
LE gouvernement de Rome, moitié
Aristocratique & moitié Démocratique,
produiſoit néceſſairement des cabales &
des diviſions parmi les Citoyens. Les
Perſonnages diſtingués des premières
Maiſons de la République n'étoient pas
II. Vol.
A iij
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6
MERCURE DE FRANCE.
les ſeuls qui aſpiraſſent à l'honneur de
devenir les Chefs de l'Etat : la même
ambition animoit chacun des Patriciens;
la Préture, l'Edilité , enfin le Conſulat
devenoient tour-à-tour l'objet de leurs
voeux.
Le Peuple de ſon côté tenoit dans
ſes mains le ſort des têtes les plus illuſ
tres. La liberté dont il jouiſſoit en don
nant ſes ſuffrages lui permettoit d'en
diſpoſer à ſon gré.Les Candidats (a) le
ſçavoient bien : auſſi n'épargnoient-ils
rien pour gagner ſa bienveiilance.
..
.
Une loi ſage & prudente avoit dé
fendu expreſſément les largeſſes pécu
niaires, afin de prévenir toute eſpéce de
corruption. Quiconque étoit convaincu
de s'être ſervi de ce moyen honteux
pour parvenir aux charges, en étoit ex
clu ſans autre forme de procès. On
penſoit apparemment alors que ceux qui
· avoient l'âme aſſez baſſe pour acheter
le droit de rendre la Juſtice , ne ba
lanceroient pas à la vendre , quand ils
trouveroient l'occaſion de le faire avec
( a ) Tel étoit le nom qu'on donnoit aux
concurrens qui ſe préſentoient pour remplir les
charges publiques , parce qu'ils ſe revêtiſſoient
alors d'une robe blanche ( en Latin candida) qu'ils
ne quittoient qu'après l'élection,
-
A VR I L. 1764.
7
impunité. C'eſt cette loi qui donna lieu
à l'accuſation intentée contre L. Mu
r(272(Z,
·
L'année du Conſulat de Cicéron étant
prête d'expirer, il fit tenir ſuivant l'u-
ſage les Comices Conſulaires , c'eſt-à-
dire l'Aſſemblée du Peuple pour l'élec
tion des Conſuls de l'année ſuivante.
Les ſuffrages tomberent ſur Decius
· Junius Silanus, & ſur Lucius Licinius
Murena. .
Ce dernier avoit un dangereux com
pétiteur dans la perſonne de Servius
Sulpitius que chacun ſçait avoir été
également recommandable & par ſa
naiſſance illuſtre , & par ſes profon
des connoiſſances dans la Juriſpruden
ce. Outré de ſe voir préférer un rival
dont le mérite peut-être étoit inférieur
au ſien, il prit le parti de l'accuſer d'a-
voir acheté les voix qui lui avoient été
favorables. .
Le Conſul déſigné, Murena, fut véri
tablement mortifié de cette accuſation
dictée par l'eſprit de vengeance. Il n'a-
voit pas ſeulement à redouter Sulpi
tius : il avoit encore à craindre le cré
dit immenſe d'un grand homme que ſon
adverſaire avoit ſçu attacher à ſes in
térêts & qui parut avec lui en qualité
A iv
8
MERCURE DE FRANCE.
d'accuſateur. C'étoit le fameux Caton ,
ce farouche Cenſeur , auſſi connu par
ſon infléxible attachement à la vertu,
que par ſes ſentimens vraîment patrio
tiques & républicains.
La cauſe de Murena fut plaidée deux
fois avant que Ciceron parlât pour lui ; la
première fois par Quintus Hortenſius ,
cet Orateur célébre dont les productions
brillantes balanceroient peut-être celles
de Ciceron, ſi elles n'étoient pas perdues
pour nous; la ſeconde par Marcus Craſ
ſus , qui prouva par pluſieurs ſuccès la
ſupériorité de ſes talens.
Le Plaidoyer de Ciceron réunit à la
fois la légéreté & l'élégance. C'eſt un
mêlange parfait de la politeſſe. la plus
aiſée & de la plaiſanterie la plus ingé
nieuſe & la plus délicate. Il y raille
avec adreſſe le pédantiſme des Juriſ
conſultes , parce que Sulpitius faiſoit
profeſſion d'être ſçavant dans les Loix &
· dans la Morale Stoïcienne, parce que Ca
ton paſſoit pour un des plus zélés Phi
loſophes de cette Secte, qui commen
çoit d'ailleurs à tomber dans le diſ-
crédit. Malgré toute ſon indifférence
philoſophique , le Stoïcien fut piqué
juſqu'au vif des ſarcaſmes dont l'acca
bloit le Prince des Orateurs. Pour s'en
A V R I L. 1764.
9
venger il dit un bon mot (b) que Plu
turque a pris ſoin de nous conſerver....
· Il faut avouer, s'écria-t-il en ſortant
de l'audience, il faut avouer que le pre
mier homme de l'Etat eſt auſſi le pre
mier Plaiſant de la République !
Un Membre de l'Académie Fran--
çoiſe, auſſi reſpectable par ſon carac
tère & par ſes mœurs, que recomman
dable par ſa ſcience & ſon érudition,
M. l'Abbé d'Olivet , a fait un beau
préſent à la République des Lettres, en
faiſant imprimer à la ſuite de ſon Com
mentaire ſur ce diſcours, celui que com
poſa pour s'exercer il y a environ 2oo
ans, un illuſtre Sçavant, Aonius Palea
rius, qu'une mort cruelle a rendu célébre
autant que ſes Ouvrages. Peu de mo
dernes ont réuſſi comme lui à imiter
le ſtyle & la diction de Cicéron qu'il
avoit pris pour modéle. Ce diſcours
excellent à lire , eſt l'accuſation de Mu
rena. On le trouve à la page 517. du
V* Tome de la belle édition in-4°. des
(Euvres de Cicéron.
( b ) Dii boni ! quàm ridiculum Conſulem ha
bemus !
A v
1o MERCURE BE FRANCE.
| DIscovRs de CrcÉRov contre L,
CATILINA , vulgairement dits les ,
QUATRE CATILINAIRES.
Quand j'entends les gens à préjugés
taxer Cicéron de poltronnerie , je me
dis auſſitôt à moi-même, il y a tout au
moins une grande imprudence à déni- .
- grer , ſur le rapport d'autrui, un homme
de mérite qu'on ne connoît pas. Il ne
faut que jetter les yeux ſur l'Hiſtoire
de la Conjuration de Catilina pour ſe .
convaincre , de l'intrépidité. & de la
grandeur d'âme de ce fameux Conſul.
Ce que j'avance paroîtra un paradoxe .
à ceux qui ne connoiſſent pas ce Mor- .
ceau précieux des Annales de la Répu
blique Romaine. Je ſçai que l'opinion .
commune eſt contre moi , mais qu'ils ,
liſent ; la mémoire de Cicéron ſera ven
ée. -
| Salluſte, cet Ecrivain hardi & ſenten- .
tieux, fait la peinture la plus frappante
& la plus vraie des mœurs qui regnoient
à Rome , dans le temps de Catilina La
Jeuneſſe, perdue , de débauches & de
dettes , emprunto:c à groſſes uſures pour
· avoir dequoi fournit, à ſes plaiſirs , &
$ : a - t : les intérêts multipliés l'em--
-
A V R I L. 1764.
I I
portoient ſur le principal : les vices les
plus honteux, déifiés par la corruption
de ceux qui leur procuroient l'apo
théoſe , faiſoient partie du culte pu
blic; les déſordres les plus infâmes de
venoient des cérémonies de Religion
pour ceux qui avoient l'adreſſe de les ca
cher ſous le voile du myſtère. L'Etat de
la République étoit trop violent pour
être durable , la révolution devenoit
comme néceſſaire ; & ſans la vigilance
du Conſul toujours actif& toujours pré
voyant, l'Empire étoit à celui qui ſau
roit le premier s'en ſaiſir.
Lucius Catilina crut être appellé par
la deſtinée à ce haut point de fortune
& de gloire; ou, pour parler plus juſte,
il voulut profiter des circonſtances pour
y parvenir. Il faut avouer auſſi que per
ſonne n'étoit plus propre à jouer le rôle .
d'un conſpirateur. .
Nombre de qualités qui portoient
l'apparence des plus grandes vertus ».
formoient ſon caractère ; mais il n'en
avoit aucune dont il
n'eût défiguré
miſérablement l'image. Lié avec tout .
ce que Rome avoit de plus ſcélérats , il
paroiſſoit en même temps l'admira--
teur le plus zélé des Citoyens les plu#
vertueux.
Sa maiſon étoit remplie de
•.
A vi
º
12 MERCURE DE FRANCE.
tous les objets qui ſervent à flatter la
débauche ; mais ils y étoient accompa
gnés de tout ce qui peut ſervir d'ai
guillon au
travail & à l'induſtrie
:
c'étoit à la fois une ſcène perpétuelle
· des vices les plus raffinés, & une école
d'éxercices militaires. Jamais homme
ne réunit tant de parties oppoſées , &
tant de ces qualités & de ces paſſions
qui ſemblent mutuellement s'exclure ;
perſonne ne poſſéda jamais mieux l'art de
ſe rendre agréable aux bons Citoyens,
& d'entretenir en même temps une liai
ſon étroite avec les plus mauvais ; per
ſonne ne marqua plus de goût pour les
bons principes, & n'en ſuivit jamais de
plus déteſtables; nul homme ne fut plus
outré dans la débauche, & plus capable
de perſévérance dans le travail ; n'eut
plus d'avidité pour le †. & plus de
profuſion dans la dépenſe : perſonne
enfin n'eut jamais tant de facilité à ſe
· faire des amis & à ſe les attacher ſolide
ment, ſi tant eſt que l'amitié puiſſe ha
biter dans des cœurs d'où la vertu eſt
bannie. Il partageoit avec eux tout ce
qu'il poſſédoit, ſon argent, ſon crédit,
ſes maîtreſſes ; rien en un mot ne lui
•coûtoit pour obliger ceux qu'il pouvoit
s'attacher par de pareils ſervices. Son
A V R I L. 1764.
13
caractère prenoit toujours la teinture de
ſes projets, & ſe formoit, dans toutes
les occaſions ſur ſes prétentions & ſur
ſes deſirs.Avec les gens triſtes, l'air
chagrin lui devenoit naturel : avec les
† gais, il paroiſſoit fait pour la gaîté
pour l'enjouement :
il étoit grave
avec les vieillards, vif & léger avec les
jeunes gens, audacieux avec les eſprits
hardis, libre & ſans retenue avec les dé
bauchés. Cette mobilité & cette variété
continuelle avoit non-ſeulement attiré
auprès de lui tout ce qu'il y avoit de
ens ſans principes & ſans mœurs en
Italie & dans les Provinces de l'Empire,
mais lui avoit procuré un grand nombre
d'amis parmi les plus honnêtes gens de
la République, à qui l'apparence de ſes
vertus faiſoit illuſion.
I. Fondé ſur toutes ces reſſources,
Catilina commença bientôt à cabaler
ſourdement, & à tenir des aſſemblées
ſecrettes. Un Citoyen nommé L. Por
cius Lecca prêta ſa maiſon aux Conjurés,
· qui s'y raſſembloient toutes les nuits. Le
projet étoit prêt à éclater, & la Répu
blique touchoit au moment de ſa perte,
quand une bravade indiſcrette de deux
Conſpirateurs découvrit en partie le ſe
cret. Deux intimes amis de Catilina ſe
14 MERCURE DE FRANCE.
vantèrent qu'ils tueroient Ciceron dans
ſon lit. Cette menace, qui n'eut aucun
effet, allarma pourtant aſſez le Sénat
pour qu'il rendît ſolemnellement ce De
cret fameux (c), qui chargeoit ſpéciale
ment les Conſuls de veiller aux intéréts
de l'Empire. Quelques jours après la
Courtiſanne Fulvie, ayant ſçu le projet
entier de la Conjuration, par ſon amant
Curius qui y étoit engagé, alla le révéler
au Conſul, qui ſe prépara à en faire le
rapport le lendemain à l'Aſſemblée du
Sénat. Catilina eut l'impudence de s'y
trouver ; & c'eſt ce qui donna lieu à
Cicéron indigné de prononcer la Première
Catilinaire : Monument précieux aux
yeux des gens de Lettres, d'une vigueur
héroïque , & d'une éloquence | fou
droyante.
, II. Catilina fut étourdi de ce coup
qu'il n'avoit pas prévu,& attendit à peine
la nuit pour ſe dérober à l'indignation
publique. Un petit nombre de Conjurés
le ſuivit dans ſa retraite. Cicéron inſtruit
dès le lendemain de la fuite précipitée du
Chef de la Conjuration, convoqua le
Sénat afin d'aviſer aux meſures qu'il y
avoit à prendre. En attendant les Pères
Conſcripts, qui tardoient trop à s'aſſem
(c, Videant Coſſ ne quid detrimenti reſp, c piat .
·
A V R I L. 1764.
1 5 .
bler, le Conſul monta ſur la Tribune ..
aux Harangites, & apprit au Peuple l'é-
vaſion de Catilina, après lui avoir rendu .
compte des circonſtances de la Conjura
tion, que bien des gens ignoroient en
core. C'eſt la Seconde Catilinaire. .
-
III. On avoit trouvé moyen d'inté
reſſer en faveur de la Conſpiration naif- .
ſante, la Nation des Allobroges, dont
les Ambaſſadeurs étoient alors à Rome,
pour y ſolliciter quelques priviléges
qu'ils avoient beaucoup de peine à obte- .
nir. Quand le calme d'une lente & ſage
réflexion eut ſuccédé aux mouvemens .
rapides de la ſéduction, effrayés des riſ
ues qu'ils couroient, & du péril auquel
étoit expoſé l'Empire, ces Ambaſſadeurs
ſe déterminèrent à en donner ſecréte
ment avis au Conſul. On intercepta les
lettres des Agens de Catilina ; on ſaiſit
des amas d'armes qu'ils faiſoient par ſon
ordre ; on les conduiſit eux-mêmes en
priſon. Cicéron rend compte au Peuple
de tout ceci dans ſa Troiſième Catilinaire.
Diſcours admirable qui ſervira toujours .
de modèle aux Orateurs curieux de nar
rer avec grâce, & de raiſonner ſolide- .
IIle Ilt.
-
IV. Les Conjurés étoient toujours en .
· priſon, & le Sénat n'avoit pas encore -
Y 6 MERCURE DE FRANCE.
prononcé ſur leur ſort. D. Silanus ou
vrit l'avis rigoureux de les condamner
tous à la mort : C. Cœſar, le même qui
donna dans la ſuite des fers à ſa Patrie,
inclinoit à la douceur, & vouloit qu'on
leur laiſſât la vie. Il alla même juſqu'à
intéreſſer Cicéron en leur faveur, en fai
ſant entendre qu'une ſévérité odieuſe
pourroit mettre en danger les jours d'un
Conſul, ſi précieux à la République.
Cicéron , à ſon tour , montra les ſenti
mens les plus héroïques; proteſta qu'il
avoit fait à ſa Patrie le ſacrifice de ſa vie,-
& qu'il falloit embraſſer le parti de la ri
ueur, puiſqu'il étoit le plus ſûr pour
'Etat. Dire que ſon avis fut ſuivi una
nimement, c'eſt faire en deux mots l'élo
ge de cette Quatrième & dernière Ca
tilinaire.
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Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE DE LUCIUS MURÉNA.
Le texte relate la défense de Lucius Muréna par Cicéron lors des élections consulaires à Rome. Lucius Licinius Muréna et Decius Junius Silanus furent élus consuls, mais Muréna fut accusé d'achat de voix par Servius Sulpicius, soutenu par Caton. Cicéron, après Hortensius et Crassus, défendit Muréna avec éloquence et ironie, moquant les juristes et les stoïciens. Caton répliqua par une réplique spirituelle. Le texte aborde également les discours de Cicéron contre Lucius Catilina. Salluste décrit la jeunesse romaine corrompue, marquée par les dettes et les excès. Catilina, endetté et débauché, conspirait pour s'emparer du pouvoir. Sa maison servait de lieu de débauche et d'entraînement militaire. La conjuration fut découverte grâce à Fulvie, amante de Curius, un conspirateur. Cicéron, en tant que consul, dénonça la conjuration dans la première Catilinaire, forçant Catilina à fuir Rome. Les ambassadeurs des Allobroges informèrent Cicéron des périls de la conjuration, permettant la saisie d'armes et d'agents de Catilina. Dans la Troisième Catilinaire, Cicéron informa le peuple de ces actions. Les conjurés furent arrêtés et le Sénat hésita sur leur sort. Décimus Silanus prônait leur exécution, tandis que Jules César plaidait pour la clémence. Dans la Quatrième Catilinaire, Cicéron insista sur la nécessité de la rigueur pour assurer la sécurité de l'État.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10922
p. 16-17
VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE.
Début :
DE l'Homère François respectons les vieux ans. [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE.
VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE.
DE l'Homère François respectons les vieux ans.
Auſſi fier, auſſi grand, au bout de ſa carrière,
Il fait entendre encor ces ſublimes accens
Qui tant de fois charmoient l'Europe entière :
Fils des Arts , ainſi qu'eux, il triomphe-du temps. Dévoré de chagrins, environné d'allarmes,
*
A V R I L.
1764:
De la publique joie, un Critique attriſté
17
Vainement , dans mes yeux , voudroit tarir mes
larmes ;
Par un charme plus fort mon cœur eſt emporté.
Mes larmes ſont pour lui des larmes criminelles:
Mes yeux pour le confondre, en verſent de nou
-
velles.
Cn admire, en tout temps , l'aſtre brillant des
Cieux ;
-
On le bénit à ſon Aurore ;
Au midi de fon cours, il marche égal aux Dieux ;
A ſon coucher, il nous étonne encore,
Et ſon dernier rayon nous fait baiſſer les yeux.
Mérope, Mère & Reine, ou m'afflige, ou m'en
flâme ;
D'Oroſnane irrité j'embraſſe les fureurs ;
Gengiskan agrandit mon âme ;
Mahomet la remplit de profondes terreurs :
Pour Olimpie encore il me reſte des pleurs.
L. P. T. T.
DE l'Homère François respectons les vieux ans.
Auſſi fier, auſſi grand, au bout de ſa carrière,
Il fait entendre encor ces ſublimes accens
Qui tant de fois charmoient l'Europe entière :
Fils des Arts , ainſi qu'eux, il triomphe-du temps. Dévoré de chagrins, environné d'allarmes,
*
A V R I L.
1764:
De la publique joie, un Critique attriſté
17
Vainement , dans mes yeux , voudroit tarir mes
larmes ;
Par un charme plus fort mon cœur eſt emporté.
Mes larmes ſont pour lui des larmes criminelles:
Mes yeux pour le confondre, en verſent de nou
-
velles.
Cn admire, en tout temps , l'aſtre brillant des
Cieux ;
-
On le bénit à ſon Aurore ;
Au midi de fon cours, il marche égal aux Dieux ;
A ſon coucher, il nous étonne encore,
Et ſon dernier rayon nous fait baiſſer les yeux.
Mérope, Mère & Reine, ou m'afflige, ou m'en
flâme ;
D'Oroſnane irrité j'embraſſe les fureurs ;
Gengiskan agrandit mon âme ;
Mahomet la remplit de profondes terreurs :
Pour Olimpie encore il me reſte des pleurs.
L. P. T. T.
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Résumé : VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE.
Le poème 'VERS sur la Tragédie d'OLIMPIE' est dédié à Voltaire, surnommé l'Homère Français. Le poète exprime son admiration pour Voltaire, soulignant sa grandeur et sa longévité comparables aux arts classiques. Malgré les critiques et les chagrins, le poète est profondément ému par l'œuvre de Voltaire. Il compare Voltaire à un astre brillant qui continue d'émerveiller à chaque étape de sa carrière. La tragédie 'Olimpie' évoque divers personnages comme Mérope, Orosmane, Gengiskhan et Mahomet, suscitant des sentiments variés tels que l'admiration, la peur et la tristesse.
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10923
p. 17-18
MADRIGAL, A Madame de ***.
Début :
PENDANT ce jugement si fameux au Permesse, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL, A Madame de ***.
MADRIGAL,
A Madame de ***.
PENDANT ce jugement si fameux au Permesse,
Ou Pâris adjugea la Pomme à la Beauté,
S'il eût encor trouvé deux prix de même eſpéce »
18 MERCURE DE FRANCE.
Pour l'eſprit & pour la ſageſſe,
Son embarras auroit bien augmenté.
ſ
Mais ce Berger, dans le ſiécle où nous ſommes,
Voyant la jeune Iris n'auroit point héſité.
Je gagerois qu'elle eût eu les trois Pommes.
Par M. V....
A Madame de ***.
PENDANT ce jugement si fameux au Permesse,
Ou Pâris adjugea la Pomme à la Beauté,
S'il eût encor trouvé deux prix de même eſpéce »
18 MERCURE DE FRANCE.
Pour l'eſprit & pour la ſageſſe,
Son embarras auroit bien augmenté.
ſ
Mais ce Berger, dans le ſiécle où nous ſommes,
Voyant la jeune Iris n'auroit point héſité.
Je gagerois qu'elle eût eu les trois Pommes.
Par M. V....
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10924
p. 18
VERS à Madame de S.
Début :
DES ris, des grâces entouré, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Madame de S.
VERS à Madame de S.
DES ris, des grâces entouré,
Si l'amour vole à ta toilette ,
Des fleurs qui couronnent ta tête,:
S'il aime à voir ton ſein paré.
Si ſans ceſſe ſa main divine , ,
Sur toi, ma brillante couſine ,
Verſe mille dons précieux,
C'eſt que ce petit orgueilleux, ,
Jaloux de conſerver l'empire :
Qu'il a ſur tout ce qui reſpire,
,
Compte bien plus ſur tes beaux yeux,
Que ſur les fiéches qu'il nous tire.
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de Cavalerie.
DES ris, des grâces entouré,
Si l'amour vole à ta toilette ,
Des fleurs qui couronnent ta tête,:
S'il aime à voir ton ſein paré.
Si ſans ceſſe ſa main divine , ,
Sur toi, ma brillante couſine ,
Verſe mille dons précieux,
C'eſt que ce petit orgueilleux, ,
Jaloux de conſerver l'empire :
Qu'il a ſur tout ce qui reſpire,
,
Compte bien plus ſur tes beaux yeux,
Que ſur les fiéches qu'il nous tire.
Par M. FRANÇOIS, ancien Officier de Cavalerie.
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10925
p. 19
IMPROMPTU. A LISETTE, en lui présentant une violette.
Début :
JEUNE & brillante Lisette, [...]
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texteReconnaissance textuelle : IMPROMPTU. A LISETTE, en lui présentant une violette.
IMPROMPTU. A LISETTE, en lui présentant une
violette.
JEUNE & brillante Lisette,
L'humble & douce violette
Si la main qui te la donne
Avoit d'auſſi juſtes droits,
verroit la Beauté quej'aime
Que j'oſe te préſenter.
.
De bon cœur daigne accepter
Sur la plus belle couronne
L'Univers à l'inſtant même
Au-deſſus des plus grands Rois. .
Par le même.
violette.
JEUNE & brillante Lisette,
L'humble & douce violette
Si la main qui te la donne
Avoit d'auſſi juſtes droits,
verroit la Beauté quej'aime
Que j'oſe te préſenter.
.
De bon cœur daigne accepter
Sur la plus belle couronne
L'Univers à l'inſtant même
Au-deſſus des plus grands Rois. .
Par le même.
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10926
p. 19
A Mlle DE... qui pressoit instamment l'Auteur de lui faire son portrait.
Début :
IL faut donc vous peindre en deux mots ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle DE... qui pressoit instamment l'Auteur de lui faire son portrait.
A Mlle DE... qui pressoit instamment
l'Auteur de lui faire son portrait.
IL faut donc vous peindre en deux mots ;
Ainſi que votre cœur ardemment le ſouhaite ?
Vous êtes à la fois médiſante & coquette.
Corrigez-vous de ces défauts,
Et je vous garantis une fille parfaite.
Par le même.
l'Auteur de lui faire son portrait.
IL faut donc vous peindre en deux mots ;
Ainſi que votre cœur ardemment le ſouhaite ?
Vous êtes à la fois médiſante & coquette.
Corrigez-vous de ces défauts,
Et je vous garantis une fille parfaite.
Par le même.
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10927
p. 20-23
LE ROSIER, ALLÉGORIE. A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies fugitives.
Début :
SUR le Parnasse un Rosier fleurissoit, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE ROSIER, ALLÉGORIE. A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies fugitives.
LE ROSIER,
ALLÉGORIE.
A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies
fugitives.
SUR le Parnasse un Rosier fleurissoit,
Roſier chéri de la troupe immortelle !
Apollon tous les jours lui-même l'arroſoit ;
& Clio, ſa garde fidelle,
Avec grand ſoin le cultivoit.
Chaque matin ſous ſon feuillage
Voltaire a) avec Bemis ( b ) célébroit P.
Près d'eux Saint Lambert, (c) de l'amour.
Traçoit une naïve image.
A quelques pas dans un boccage
Piron, ( d) ſans éclat emprunté ,
Sur le fond d'un beau payſage,
, Peignoit un riant hermitage ,
Où l'Amour ſourioit à la tranquilité.
(a Madrigal à la Marquiſe de P"*, dºſſi
nant une tête.
-
(b) Réponſe à la queſtion propoſee par la même.
Qu'eſt-ce qu'Amour ?
.
(c) Pigmalion & le triomphe d'Aléxandre.
(d) L'Epître à Mlle Cheré,
.
| --
,
A V R I L. 1764:
Hernard ( e ) de ſa tendre Bergère ,
Venoit y Partager les tranſports amoureux ;
Et ſa main folâtre & légère
Deſſinoit juſqu'à la fougère »
Qui ſervoit de Trône à ſes feux.
A ſes côtés Dorat (f) de l'aimable Sophie
Exaltoit les traits raviſſans;
De la fineſſe de Thalie,
Des ſons heureux de Polymnie,
Il offroit les accords touchans.
Panard (g) de ſon tendre martyrs
Entretenoit les boſquets d'alentour .
A Favart ( h) il prêtoit ſa lyre ;
Et plein d'un amoureux délire :)
Tous deux ſoupiroient tour-à-tour
Les feux du Dieu qui les inſpire.
Greſſet venoit ſuivi des Grâces ;
Vert vert repoſoit ſur ſa main ;
Les jeux voltigeoient ſur ſes traces;
Et les ris d'un air enfantin 2
Lui préſentoient les paperaſſes ( i)
(e) L'Epitre à Claudine.
(f) L'Epitre à Mlle Arnoult de l'Opéra.
' ( # ) Le Ruiſſeau, laylle charmante de M. P*.
(4) Madrigal ingénieux tiré de la Comédie des
Sultanes. Dans l'Univers, &c.
vivant de M. G.
2.I
--
(i) On a lu avec plaiſir la deſcription du Lutrin
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont il compoſoit ſon Lutrin.
Ainſi dans les Champs d'Honte (k)
Jadis le tendre Anacréon,
Dans des vers remplis de ſaillie,
Faiſoit badiner la folie
Sur les genoux de la Raiſon.
Les fleurs du Roſier du Parnaſſe
Sont vos vers, Poëtes fameux.
| Il y manquoit un choix heureux ;
** Vint, le fit avec grace,
Dont l'eſprit jamais ne ſe laſſe ,
.
Et ſon bouquet mis ſous nos yeux,
Offre un mêlange ingénieux,
Et que le cœur goûte encor mieux.
· Clio vit le larcin, & d'un regard ſévère,
· Prétendoit le réprimander,
Mais bien-tôt l'Amour la fit taire.
Ce Dieu la charge de garder .
Toutes les Roſes de Cythère ;
Elle n'a garde de gronder ! , • •
.
.
Apollon à ſa ſœur le lendemain s'empreſſe
De montrer ſon Roſier chéri:
Mais quel objet pour ſa tendreſſe ! ... ;
Plus de Roſes, l'arbre eſt flétri.
-
-
-
,
•e
Il appelle Clio , » venez, venez, traîtreſſe,
» Où ſont mes fleurs Hélas, dit-elle ſans détouf,
( k ) Anaeréon étoit de Théos, Ville dlonie.
,
*
"
-
.
-
A V R IL. 1764.
» J'ai laiſſé tout prendre à l'amour,
» Je n'attendois pas la ſageſſe. Par M. COSTARD, Fils.
ALLÉGORIE.
A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies
fugitives.
SUR le Parnasse un Rosier fleurissoit,
Roſier chéri de la troupe immortelle !
Apollon tous les jours lui-même l'arroſoit ;
& Clio, ſa garde fidelle,
Avec grand ſoin le cultivoit.
Chaque matin ſous ſon feuillage
Voltaire a) avec Bemis ( b ) célébroit P.
Près d'eux Saint Lambert, (c) de l'amour.
Traçoit une naïve image.
A quelques pas dans un boccage
Piron, ( d) ſans éclat emprunté ,
Sur le fond d'un beau payſage,
, Peignoit un riant hermitage ,
Où l'Amour ſourioit à la tranquilité.
(a Madrigal à la Marquiſe de P"*, dºſſi
nant une tête.
-
(b) Réponſe à la queſtion propoſee par la même.
Qu'eſt-ce qu'Amour ?
.
(c) Pigmalion & le triomphe d'Aléxandre.
(d) L'Epître à Mlle Cheré,
.
| --
,
A V R I L. 1764:
Hernard ( e ) de ſa tendre Bergère ,
Venoit y Partager les tranſports amoureux ;
Et ſa main folâtre & légère
Deſſinoit juſqu'à la fougère »
Qui ſervoit de Trône à ſes feux.
A ſes côtés Dorat (f) de l'aimable Sophie
Exaltoit les traits raviſſans;
De la fineſſe de Thalie,
Des ſons heureux de Polymnie,
Il offroit les accords touchans.
Panard (g) de ſon tendre martyrs
Entretenoit les boſquets d'alentour .
A Favart ( h) il prêtoit ſa lyre ;
Et plein d'un amoureux délire :)
Tous deux ſoupiroient tour-à-tour
Les feux du Dieu qui les inſpire.
Greſſet venoit ſuivi des Grâces ;
Vert vert repoſoit ſur ſa main ;
Les jeux voltigeoient ſur ſes traces;
Et les ris d'un air enfantin 2
Lui préſentoient les paperaſſes ( i)
(e) L'Epitre à Claudine.
(f) L'Epitre à Mlle Arnoult de l'Opéra.
' ( # ) Le Ruiſſeau, laylle charmante de M. P*.
(4) Madrigal ingénieux tiré de la Comédie des
Sultanes. Dans l'Univers, &c.
vivant de M. G.
2.I
--
(i) On a lu avec plaiſir la deſcription du Lutrin
22 MERCURE DE FRANCE.
Dont il compoſoit ſon Lutrin.
Ainſi dans les Champs d'Honte (k)
Jadis le tendre Anacréon,
Dans des vers remplis de ſaillie,
Faiſoit badiner la folie
Sur les genoux de la Raiſon.
Les fleurs du Roſier du Parnaſſe
Sont vos vers, Poëtes fameux.
| Il y manquoit un choix heureux ;
** Vint, le fit avec grace,
Dont l'eſprit jamais ne ſe laſſe ,
.
Et ſon bouquet mis ſous nos yeux,
Offre un mêlange ingénieux,
Et que le cœur goûte encor mieux.
· Clio vit le larcin, & d'un regard ſévère,
· Prétendoit le réprimander,
Mais bien-tôt l'Amour la fit taire.
Ce Dieu la charge de garder .
Toutes les Roſes de Cythère ;
Elle n'a garde de gronder ! , • •
.
.
Apollon à ſa ſœur le lendemain s'empreſſe
De montrer ſon Roſier chéri:
Mais quel objet pour ſa tendreſſe ! ... ;
Plus de Roſes, l'arbre eſt flétri.
-
-
-
,
•e
Il appelle Clio , » venez, venez, traîtreſſe,
» Où ſont mes fleurs Hélas, dit-elle ſans détouf,
( k ) Anaeréon étoit de Théos, Ville dlonie.
,
*
"
-
.
-
A V R IL. 1764.
» J'ai laiſſé tout prendre à l'amour,
» Je n'attendois pas la ſageſſe. Par M. COSTARD, Fils.
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Résumé : LE ROSIER, ALLÉGORIE. A M.**, Auteur de l'Elite des Poësies fugitives.
Le poème allégorique 'Le Rosier' est dédié à un auteur anonyme de l''Elite des Poësies fugitives'. Il met en scène un rosier sur le Parnasse, symbole de la poésie, chéri par les muses et arrosé par Apollon. Autour de ce rosier, plusieurs poètes célèbres célèbrent l'amour et la beauté, notamment Voltaire, Saint-Lambert, Piron, Bernard, Dorat, Panard, Favart et Gresset, chacun associé à une œuvre spécifique. Le rosier symbolise les vers de ces poètes. Un auteur, désigné par **, a réalisé une sélection gracieuse et ingénieuse de ces poèmes. Clio, muse de l'histoire, observe mais est réduite au silence par l'Amour. Un matin, Apollon découvre son rosier dévasté. Clio avoue avoir laissé l'Amour prendre toutes les roses, laissant Apollon consterné par cette perte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10928
p. 23
VERS à une Belle incrédule, par M. Y***, de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
Début :
VOUS niez la Divinité, [...]
Mots clefs :
Divinité, Beauté, Être suprême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à une Belle incrédule, par M. Y***, de l'Académie Royale des Belles-Lettres de CAEN.
VERs à une Belle incrédule , par M.
Y***, de l'Académie Royale des
Belles-Lettres de CAEN.
Vov s niez la Divinité ,
Iris, quelle folie extrême,
Quand malgré vous votre beauté
Vous annonce un Etre ſuprême.
Y***, de l'Académie Royale des
Belles-Lettres de CAEN.
Vov s niez la Divinité ,
Iris, quelle folie extrême,
Quand malgré vous votre beauté
Vous annonce un Etre ſuprême.
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10929
p. 23-32
LE BAL DE L'OPERA, ANECDOTE Qu'on prendra pour un Conte.
Début :
EN vérité, Madame, vous êtes d'une gaucherie qui ne ressemble à rien ! vous [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE BAL DE L'OPERA, ANECDOTE Qu'on prendra pour un Conte.
LE BAL DE L'OPERA,
ANECDOTE
Qu'on prendra pour un Conte.
EN vérité, Madame, vous êtes d'une
gaucherie qui ne ressemble à rien ! vous
affichez la gravité juſque dans le centre
des plaiſirs I c'eſt une erreur : je dis plus,
Madame, je dis plus, c'eſt exactement
un crime contre l'uſage. Le plaiſir eſt
une roſe : il eſt des Peuples aſſez mauſ
ſades pour ne la chérir qu'autant qu'elle
-
- *
-
24 MERCURE DE FRANCE.
eſt hériſſée d'épines. Nous autres nous
n'aimons point une conquête difficile.
Nous voulons aimer, le dire, & triom
pher : Un plaifir ceſſe de l'être lorſqu'il
eſt acheté. Survient-il une vapeur, un
caprice, un rien : eh bien l'on ſe quit
te, on ne s'aime plus , mais l'on s'eſti
me encore ; voilà tout. Avouez , Ma
dame , que les François ſçavent ma
nier merveilleuſement bien l'amour !
C'étoit à-peu-près en ces termes, que
le Marquis d'Arimon tachoit de calmer
les ſcrupules d'une très-jolie femme que
le reflux du Bal de l'Opera avoit amenée
à ſes côtés.
A
Beau Maſque , lui dit la Dame in
connue, qui l'avoit reconnu au premier
inſtant, vous êtes d'une folie outrée: vos
propos ſont légers, ſemillans; mais ils ne
ſont pas toujours dictés par le reſpect. -
Le refpeét ! ah bon, Dieu le reſpect ! —
je vous devine ! oui ſur mon honneur,
je tiens la clef de l'énigme ! je juge à ce
ſeul mot, que vous êtes mariée, vous
vous déconcertez ? — allons, avouez-le
moi de bonne grace.-Eh,mais, Mon
ſieur, quand il ſe1oit vrai, faudroit - il
en rougir ? -- Non , Madame,'je ne
porte pas la ſévérité ſi loin ; ce n'eſt
pas d'être mariée qu'il faut rougir
C'eſt
A V R I L. 1764.
25
c'eſt d'en faire un myſtère. A dire vrai,
eſt il une choſe de convenance mieux
imaginée que le mariage ? Tant qu'on
eſt fille , on eſt aſſervie à mille petits pré
jugés," il faut motiver tous ſes pas, diſ
cuter ehacune de ſes démarches, ſe maſ
quer enfin juſqu'à l'âme Sitôt qu'on eſt
femme, la ſcène change : le préjugé s'é-
vanouit, la liberté reſte. A l'abri d'un
nom qu'on échange contre le ſien , il
eſt permis d'avoir des manières, de ſe
livrer au tumulte du monde, quelque
fois même d'être extravagante ; & ſou
vent l'eſtime qu'on accorde au mari, eſt
en raiſon des folies de la femme.-Vous
parlez à merveille : on diroit que vous
tenez la clef de nos cœurs : mais , pour
connoître ſi bien le mariage, il faut en
avoir fait une épreuve.— Oh ! l'épreuve
eſt toute faite, Madame.-Comment ?-
Oui , Madame : mon Père étoit attaqué
de la Poſtéromanie ;
il crut qu'il étoit
temps d'aſſurer l'éternité de ſon nom.
Un beau matin il me mena chez un de
ſes vieux amis : ce vieil ami avoit une
fille très-jeune, qui ſortoit pour la pre
* Tous ces propos & ceux qui ſuivent ſont des
propos de bal, par leſquels il faut bien ſe garder de
juger de la morale de l'Auteur.
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE,
mière fois du Couvent. La viſite achevée,
il me demanda ſi cette Agnès me pouroit
convenir?Je lui répondis qu'àl'innocence
près , elle me convenoit au mieux. La ſe
conde viſite, je m'approchai un peu plus
près d'elle. Elle étoit tremblante. Pour la
raſſurer, je lui débitai toute entière une
page des Délices du Sentiment, que j'avois
appriſe par cœur. Elle commença à mi
nauder, à baiſſer les yeux. Je ſaiſis une
main paſſablement bien tournée; on ſe
fâcha, on cria au téméraire; je criai à l'in
diſcrette; & le tout ſe termina par me la
laiſſer baiſer. Le lendemain je l'épouſai ;
le lendemain je la menai en grande pom
pe en loge à l'Opéra, où je jouai le dou
cereux;& le lendemain je l'oubliai. Il y a!,
tjeicrois, plus de trois mois que nous
| ſommes enſemble. Jugez , Madame ,
A,: s'il ſeroit décent à un honnête homme
—de conſerver après des ſiècles, le ſouve
- nir de ſa femme- Eh bien ! admirez ce
que c'eſt que le rapport : j'aurois parié
que vous étiez le Marquis d'Arimon :
mais je m'apperçois que je me ſuis trom
pée bien lourdement. C'eſt un de ces
hommes aſſez peu délicats pour aimer
leur femme; mais pour l'aimer juſqu'à
la jalouſie ! On ſe dit à l'oreille le tour
· qu'il vient de lui jouer. Il a fait coucher
AV R I L. 1764.
27
ſa femme devant lui, de peur qu'elle ne
vint au Bal de l'Opéra. —- Que penſez
vous de ce tour ? ajouta-t-elle.—Ce que
j'en penſe, reprit le Marquis, en affectant
un air de plaiſanterie; ce que j'en penſe ?
C'eſt que le tour eſt abominable. - Le
connoiſſez-vous cet imbécile ? Moi , Ma
dame ! vous me faites une injure gratuite,
répliqua-t-il, en tâchant de dérober ſon
troubles ſon nom n'eſt pas même par
venu juſqu'à moi. C'eſt ſans doute un de
ces Provinciaux qui font confiſter bon
· nement leur honneur dans la vertu de
leurs femmes. C'eſt à coup ſûr un Cam
pagnard qui n'a pas la moindre notion
de ſon Paris. Mais, Madame, il ſeroit un
tour délicieux à lui jouer. Pourquoi ſa
femme ne profite-t-elle pas de ſon abſen
ce? Il ſeroit aſſez plaiſant que le Marquis
apprît à ſes dépens à connoître mieux
une autre fois , les loix de l'uſage. –
Mais, oui, ce ſeroit un tour aſſez piai
ſant... Comment, aſſez plaiſant ? Le ter
me eſt admirable : dites plutôt, Mada
me, dites un tour impayable !
Ce fut par beaucoup d'autres propos
ſemblables,que le Marquis tâcha de per
ſuader à l'inconnuë, qu'il n'étoit rien
moins que le Marquis d'Arimon : mais
elle l'avoit reconnu à des indices trop
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
certains, & elle demeura intimement
convaincue que c'étoit lui. Elle crut mê
me avoir des raiſons ſolides pour pouſſer
l'aventure juſques à la fin.
Eh bien, beau Maſque ! reprit-elle,
après pluſieurs tours de Bal, qu'eſt donc
devenue votre gaîté ? Je penſe que vous
vous aviſez de réfléchir- Il eſt vrai,Ma
dame, & très-ſérieuſement- Sérieuſe
ment?Ah! voilà qui eſt impardonnable
Point du tout, Madame. Eh ! qui donne
un plus vaſte champ aux réfléxions, que
les ſcrupules des femmes ? Ma foi rien
n'eſt plus propre à faire tomber dans la
mélancoiie. Heureuſement j'apperçois
le Chevalier D ***. C'eſt celui-là qui
ſçait ſon Paris par cœur. C'eſt un garçon
judicieux, qui paſſe une moitié de ſa vie
à tromper les femmes, & l'autre à duper
les pauvres maris. Au demeurant, c'eſt
un parfaitement honnête homme, un
garçon d'honneur. Eh ! Chevalier, lui
dit-il en l'abordant, on a beſoin ici de
ta préſence. Voici un Maſque charmant
dont il faut m'aider à vaincre les ſcrupu
les. Je ne m'en ſerois jamais douté, re
prit le Chevalier, avec un grand ſang
froid (car ſon cœur lui avoit fait recon
noître le Maſque dans la minute ). Cette
taille nous promet beaucoup de charmes.
A V R I L. 1764.
•
29
En vérité, je trouve quelquefois les fem
mes d'une ſingularité qui me paſſe! Elles
croyent avec ſimplicité à mille petites
vertus , qui n'ont jamais eu d'éxiſtence
que dans les cerveaux creux de quelques
Maris. Eh, Meſdames ! daignez de gra
ce vous rapprocher de la nature. Eſt-il
rien de ſi naturel que d'être belle ? Eſt
il encore rien de ſi naturel que d'en
convaincre tout le monde ? Croyez que
je vous parle vrai, Madame ; je vous
reſpecte trop pour employer des raiſons
bien ſolides & bien ennuyeuſes pour
vous perſuader. C'eſt par un moyen plus
honnête & plus ſenſible,que je veux vous
convaincre.
Par éxemple , jettez un
coup-d'œil ſur les loges. Voyez-vous ce
maſque roſe & argent ? ſes yeux landent
des éclairs; un regard n'attend pas l'autré,
ils
ſe ſuccèdent avec la rapidité des
éclairs. Eh bien, elle touche à peine au
deuxième mois de ſon mariage : & ce
pendant vous fçavez ſon hiſtoire. A ſes
côtés eſt un Maſque brun : elle eſt célé
bre par ſon aventure avec Dorilas.Vous
connoiſſez ſans doute cet événement. Si
je le connois, reprit avec enthouſiaſme
le Marquis. Je fais plus, car je l'envie.
Voilà de ces aventures qu'on payeroit
au poids de l'or. Une ſeule ſuffit pour
.
B iij
3o MERCURE DE FRANCE.
nous mettre au niveau des Courtiſans les
plus courus & les mieux fêtés. Sçavez
vous, Chevalier, que cela rendilluſtre ?
Mais apprenez - nous quelle eſt cette
Belle aux yeux bleux ſi doux, ſi languiſ
ſans ? Eh quoi t s'écria le Chevalier,
vous méconnoiſſez Fidelia, à la ſolitude
ui règne autour d'elle ? C'eſt elle qui a
épouſé un Cavalier de la figure la plus
aimable , qu'elle abhorre, pour idolâ
trer un homme à faire peur, & qui ſem
ble s'entendre avec le mari, pour réſiſ
ter à toutes ſes avances. Voyez comme
elle eſt iſolée: à peine s'échappe-t-il de ſon
côté quelques regards qui vont mourir à
ſes pieds. La mélancolie a pris dans ſes
yeux la place de la gaîté. Auſſi de quoi
s'aviſe-t-elle, de traiter ſérieuſement l'a-
mour. C'eſt un enfant charmant, mais
folâtre ; il faut ſe plier à tous ſes caprices:
Malheur à celles qui lui voudroient faire
parler le langage de la raiſon; la gravité
l'effarouche :
l'analyſer.
il faut le ſentir, & non
-
En finiſſant ces mots , le Chevalier
ſerra la main de la Dame avec un tranſ
port qui lui parut plus énergique que
tous ces éxemples. Alors un gros de
Maſques vint ſéparer d'eux le Marquis,
· plus attentif à conſidérer la Belle aux
A V R I L. 1764.
3I
yeux bleus, dont on lui faiſoit I'hiſtoire,
qu'à éxaminer ce qui ſe paſſoit autour de
lui. Madame ! s'écria tout-à- coup le
Chevalier, voici une loge vacante ; vous
devez être fatiguée; profitons-en ſi vous
voulez m'en croire. L'inconnue s'y laiſſa
conduire ; & continuoit de prêter une
oreille attentive aux leçons du Chevalier;
lorſque le Marquis d'Arimon, qui les
avoit ſuivis de l'œil , en ouvrit bruſque
ment la porte, & trouva ſon ami qui
baiſoit avec ardeur une main que l'on
n'avoit pas l'air de lui trop diſputer.
Il faut avouer, s'écria en riant d'Ari
mon, que tu es d'une préciſion ſingu
lière dans tes entrepriſes, & que ton
, étoilete ſert ici bien merveilleuſement! Il
eſt vrai, reprit le Chevalier, déſeſpéré
du contre-temps; l'aſcendant de mon
étoile eſt bien pour quelque choſe dans
cette affaire-ci : Mais c'eſt pourtant à
toi, c'eſt aux premiers conſeils que tu as
donnés à Madame , que je dois le bon
heur que tu t'aviſes ſi mal-à-propos de
venir troubler.
A ces mots, il prit une envie de rire
ſi démeſurée à la Dame , dont le Cheva
lier continuoit de baiſer la main, que le
tiſſu léger qui retenoit ſon maſque ſe
rompit, & laiſſa voir au Marquis un
B iV
32 MERCURE DE FRANCE.
viſage qui ne lui étoit que trop connu :
c'eſt-à-dire, celui de ſa femme, qu'il
croyoit alors dans les bras du ſommeil.
Le Marquis reſta pétrifié, la Dame con
fondue, le Chevalier ſeul conſerva ſon
enjouement. Eh bien, Marquis ! dit-il,
en lui frappant ſur l'épaule, que penſes- .
tu de cette aventure ?– Que je ſuis une
grande dupe - & que tu ne ſeras pas la
dernière.
ANECDOTE
Qu'on prendra pour un Conte.
EN vérité, Madame, vous êtes d'une
gaucherie qui ne ressemble à rien ! vous
affichez la gravité juſque dans le centre
des plaiſirs I c'eſt une erreur : je dis plus,
Madame, je dis plus, c'eſt exactement
un crime contre l'uſage. Le plaiſir eſt
une roſe : il eſt des Peuples aſſez mauſ
ſades pour ne la chérir qu'autant qu'elle
-
- *
-
24 MERCURE DE FRANCE.
eſt hériſſée d'épines. Nous autres nous
n'aimons point une conquête difficile.
Nous voulons aimer, le dire, & triom
pher : Un plaifir ceſſe de l'être lorſqu'il
eſt acheté. Survient-il une vapeur, un
caprice, un rien : eh bien l'on ſe quit
te, on ne s'aime plus , mais l'on s'eſti
me encore ; voilà tout. Avouez , Ma
dame , que les François ſçavent ma
nier merveilleuſement bien l'amour !
C'étoit à-peu-près en ces termes, que
le Marquis d'Arimon tachoit de calmer
les ſcrupules d'une très-jolie femme que
le reflux du Bal de l'Opera avoit amenée
à ſes côtés.
A
Beau Maſque , lui dit la Dame in
connue, qui l'avoit reconnu au premier
inſtant, vous êtes d'une folie outrée: vos
propos ſont légers, ſemillans; mais ils ne
ſont pas toujours dictés par le reſpect. -
Le refpeét ! ah bon, Dieu le reſpect ! —
je vous devine ! oui ſur mon honneur,
je tiens la clef de l'énigme ! je juge à ce
ſeul mot, que vous êtes mariée, vous
vous déconcertez ? — allons, avouez-le
moi de bonne grace.-Eh,mais, Mon
ſieur, quand il ſe1oit vrai, faudroit - il
en rougir ? -- Non , Madame,'je ne
porte pas la ſévérité ſi loin ; ce n'eſt
pas d'être mariée qu'il faut rougir
C'eſt
A V R I L. 1764.
25
c'eſt d'en faire un myſtère. A dire vrai,
eſt il une choſe de convenance mieux
imaginée que le mariage ? Tant qu'on
eſt fille , on eſt aſſervie à mille petits pré
jugés," il faut motiver tous ſes pas, diſ
cuter ehacune de ſes démarches, ſe maſ
quer enfin juſqu'à l'âme Sitôt qu'on eſt
femme, la ſcène change : le préjugé s'é-
vanouit, la liberté reſte. A l'abri d'un
nom qu'on échange contre le ſien , il
eſt permis d'avoir des manières, de ſe
livrer au tumulte du monde, quelque
fois même d'être extravagante ; & ſou
vent l'eſtime qu'on accorde au mari, eſt
en raiſon des folies de la femme.-Vous
parlez à merveille : on diroit que vous
tenez la clef de nos cœurs : mais , pour
connoître ſi bien le mariage, il faut en
avoir fait une épreuve.— Oh ! l'épreuve
eſt toute faite, Madame.-Comment ?-
Oui , Madame : mon Père étoit attaqué
de la Poſtéromanie ;
il crut qu'il étoit
temps d'aſſurer l'éternité de ſon nom.
Un beau matin il me mena chez un de
ſes vieux amis : ce vieil ami avoit une
fille très-jeune, qui ſortoit pour la pre
* Tous ces propos & ceux qui ſuivent ſont des
propos de bal, par leſquels il faut bien ſe garder de
juger de la morale de l'Auteur.
II. Vol.
B
26 MERCURE DE FRANCE,
mière fois du Couvent. La viſite achevée,
il me demanda ſi cette Agnès me pouroit
convenir?Je lui répondis qu'àl'innocence
près , elle me convenoit au mieux. La ſe
conde viſite, je m'approchai un peu plus
près d'elle. Elle étoit tremblante. Pour la
raſſurer, je lui débitai toute entière une
page des Délices du Sentiment, que j'avois
appriſe par cœur. Elle commença à mi
nauder, à baiſſer les yeux. Je ſaiſis une
main paſſablement bien tournée; on ſe
fâcha, on cria au téméraire; je criai à l'in
diſcrette; & le tout ſe termina par me la
laiſſer baiſer. Le lendemain je l'épouſai ;
le lendemain je la menai en grande pom
pe en loge à l'Opéra, où je jouai le dou
cereux;& le lendemain je l'oubliai. Il y a!,
tjeicrois, plus de trois mois que nous
| ſommes enſemble. Jugez , Madame ,
A,: s'il ſeroit décent à un honnête homme
—de conſerver après des ſiècles, le ſouve
- nir de ſa femme- Eh bien ! admirez ce
que c'eſt que le rapport : j'aurois parié
que vous étiez le Marquis d'Arimon :
mais je m'apperçois que je me ſuis trom
pée bien lourdement. C'eſt un de ces
hommes aſſez peu délicats pour aimer
leur femme; mais pour l'aimer juſqu'à
la jalouſie ! On ſe dit à l'oreille le tour
· qu'il vient de lui jouer. Il a fait coucher
AV R I L. 1764.
27
ſa femme devant lui, de peur qu'elle ne
vint au Bal de l'Opéra. —- Que penſez
vous de ce tour ? ajouta-t-elle.—Ce que
j'en penſe, reprit le Marquis, en affectant
un air de plaiſanterie; ce que j'en penſe ?
C'eſt que le tour eſt abominable. - Le
connoiſſez-vous cet imbécile ? Moi , Ma
dame ! vous me faites une injure gratuite,
répliqua-t-il, en tâchant de dérober ſon
troubles ſon nom n'eſt pas même par
venu juſqu'à moi. C'eſt ſans doute un de
ces Provinciaux qui font confiſter bon
· nement leur honneur dans la vertu de
leurs femmes. C'eſt à coup ſûr un Cam
pagnard qui n'a pas la moindre notion
de ſon Paris. Mais, Madame, il ſeroit un
tour délicieux à lui jouer. Pourquoi ſa
femme ne profite-t-elle pas de ſon abſen
ce? Il ſeroit aſſez plaiſant que le Marquis
apprît à ſes dépens à connoître mieux
une autre fois , les loix de l'uſage. –
Mais, oui, ce ſeroit un tour aſſez piai
ſant... Comment, aſſez plaiſant ? Le ter
me eſt admirable : dites plutôt, Mada
me, dites un tour impayable !
Ce fut par beaucoup d'autres propos
ſemblables,que le Marquis tâcha de per
ſuader à l'inconnuë, qu'il n'étoit rien
moins que le Marquis d'Arimon : mais
elle l'avoit reconnu à des indices trop
B ij
28 MERCURE DE FRANCE.
certains, & elle demeura intimement
convaincue que c'étoit lui. Elle crut mê
me avoir des raiſons ſolides pour pouſſer
l'aventure juſques à la fin.
Eh bien, beau Maſque ! reprit-elle,
après pluſieurs tours de Bal, qu'eſt donc
devenue votre gaîté ? Je penſe que vous
vous aviſez de réfléchir- Il eſt vrai,Ma
dame, & très-ſérieuſement- Sérieuſe
ment?Ah! voilà qui eſt impardonnable
Point du tout, Madame. Eh ! qui donne
un plus vaſte champ aux réfléxions, que
les ſcrupules des femmes ? Ma foi rien
n'eſt plus propre à faire tomber dans la
mélancoiie. Heureuſement j'apperçois
le Chevalier D ***. C'eſt celui-là qui
ſçait ſon Paris par cœur. C'eſt un garçon
judicieux, qui paſſe une moitié de ſa vie
à tromper les femmes, & l'autre à duper
les pauvres maris. Au demeurant, c'eſt
un parfaitement honnête homme, un
garçon d'honneur. Eh ! Chevalier, lui
dit-il en l'abordant, on a beſoin ici de
ta préſence. Voici un Maſque charmant
dont il faut m'aider à vaincre les ſcrupu
les. Je ne m'en ſerois jamais douté, re
prit le Chevalier, avec un grand ſang
froid (car ſon cœur lui avoit fait recon
noître le Maſque dans la minute ). Cette
taille nous promet beaucoup de charmes.
A V R I L. 1764.
•
29
En vérité, je trouve quelquefois les fem
mes d'une ſingularité qui me paſſe! Elles
croyent avec ſimplicité à mille petites
vertus , qui n'ont jamais eu d'éxiſtence
que dans les cerveaux creux de quelques
Maris. Eh, Meſdames ! daignez de gra
ce vous rapprocher de la nature. Eſt-il
rien de ſi naturel que d'être belle ? Eſt
il encore rien de ſi naturel que d'en
convaincre tout le monde ? Croyez que
je vous parle vrai, Madame ; je vous
reſpecte trop pour employer des raiſons
bien ſolides & bien ennuyeuſes pour
vous perſuader. C'eſt par un moyen plus
honnête & plus ſenſible,que je veux vous
convaincre.
Par éxemple , jettez un
coup-d'œil ſur les loges. Voyez-vous ce
maſque roſe & argent ? ſes yeux landent
des éclairs; un regard n'attend pas l'autré,
ils
ſe ſuccèdent avec la rapidité des
éclairs. Eh bien, elle touche à peine au
deuxième mois de ſon mariage : & ce
pendant vous fçavez ſon hiſtoire. A ſes
côtés eſt un Maſque brun : elle eſt célé
bre par ſon aventure avec Dorilas.Vous
connoiſſez ſans doute cet événement. Si
je le connois, reprit avec enthouſiaſme
le Marquis. Je fais plus, car je l'envie.
Voilà de ces aventures qu'on payeroit
au poids de l'or. Une ſeule ſuffit pour
.
B iij
3o MERCURE DE FRANCE.
nous mettre au niveau des Courtiſans les
plus courus & les mieux fêtés. Sçavez
vous, Chevalier, que cela rendilluſtre ?
Mais apprenez - nous quelle eſt cette
Belle aux yeux bleux ſi doux, ſi languiſ
ſans ? Eh quoi t s'écria le Chevalier,
vous méconnoiſſez Fidelia, à la ſolitude
ui règne autour d'elle ? C'eſt elle qui a
épouſé un Cavalier de la figure la plus
aimable , qu'elle abhorre, pour idolâ
trer un homme à faire peur, & qui ſem
ble s'entendre avec le mari, pour réſiſ
ter à toutes ſes avances. Voyez comme
elle eſt iſolée: à peine s'échappe-t-il de ſon
côté quelques regards qui vont mourir à
ſes pieds. La mélancolie a pris dans ſes
yeux la place de la gaîté. Auſſi de quoi
s'aviſe-t-elle, de traiter ſérieuſement l'a-
mour. C'eſt un enfant charmant, mais
folâtre ; il faut ſe plier à tous ſes caprices:
Malheur à celles qui lui voudroient faire
parler le langage de la raiſon; la gravité
l'effarouche :
l'analyſer.
il faut le ſentir, & non
-
En finiſſant ces mots , le Chevalier
ſerra la main de la Dame avec un tranſ
port qui lui parut plus énergique que
tous ces éxemples. Alors un gros de
Maſques vint ſéparer d'eux le Marquis,
· plus attentif à conſidérer la Belle aux
A V R I L. 1764.
3I
yeux bleus, dont on lui faiſoit I'hiſtoire,
qu'à éxaminer ce qui ſe paſſoit autour de
lui. Madame ! s'écria tout-à- coup le
Chevalier, voici une loge vacante ; vous
devez être fatiguée; profitons-en ſi vous
voulez m'en croire. L'inconnue s'y laiſſa
conduire ; & continuoit de prêter une
oreille attentive aux leçons du Chevalier;
lorſque le Marquis d'Arimon, qui les
avoit ſuivis de l'œil , en ouvrit bruſque
ment la porte, & trouva ſon ami qui
baiſoit avec ardeur une main que l'on
n'avoit pas l'air de lui trop diſputer.
Il faut avouer, s'écria en riant d'Ari
mon, que tu es d'une préciſion ſingu
lière dans tes entrepriſes, & que ton
, étoilete ſert ici bien merveilleuſement! Il
eſt vrai, reprit le Chevalier, déſeſpéré
du contre-temps; l'aſcendant de mon
étoile eſt bien pour quelque choſe dans
cette affaire-ci : Mais c'eſt pourtant à
toi, c'eſt aux premiers conſeils que tu as
donnés à Madame , que je dois le bon
heur que tu t'aviſes ſi mal-à-propos de
venir troubler.
A ces mots, il prit une envie de rire
ſi démeſurée à la Dame , dont le Cheva
lier continuoit de baiſer la main, que le
tiſſu léger qui retenoit ſon maſque ſe
rompit, & laiſſa voir au Marquis un
B iV
32 MERCURE DE FRANCE.
viſage qui ne lui étoit que trop connu :
c'eſt-à-dire, celui de ſa femme, qu'il
croyoit alors dans les bras du ſommeil.
Le Marquis reſta pétrifié, la Dame con
fondue, le Chevalier ſeul conſerva ſon
enjouement. Eh bien, Marquis ! dit-il,
en lui frappant ſur l'épaule, que penſes- .
tu de cette aventure ?– Que je ſuis une
grande dupe - & que tu ne ſeras pas la
dernière.
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Résumé : LE BAL DE L'OPERA, ANECDOTE Qu'on prendra pour un Conte.
Dans 'Le Bal de l'Opéra', une anecdote se déroule lors d'un bal à l'Opéra où le Marquis d'Arimon tente de séduire une dame en discutant de la légèreté des plaisirs et de l'amour. Il affirme que les Français privilégient les conquêtes faciles et éphémères. La dame, bien qu'elle reconnaisse le Marquis, feint de ne pas le connaître et aborde le sujet du mariage. Le Marquis révèle avoir épousé une jeune femme par obligation familiale, mais l'avoir rapidement oubliée. La dame mentionne un mari jaloux qui empêche sa femme de sortir, ce à quoi le Marquis réagit avec mépris, suggérant qu'elle pourrait profiter de l'absence de son mari pour aller au bal. La conversation se termine sur une note légère, le Marquis affirmant que les réflexions des femmes peuvent mener à la mélancolie. Par ailleurs, un narrateur observe des interactions sociales dans un théâtre. Le Chevalier D*** aide le narrateur à séduire une femme masquée nommée Fidelia, mariée à un homme qu'elle n'aime pas mais idolâtre un autre. Le Chevalier conseille de traiter l'amour avec légèreté. Plus tard, le Marquis d'Arimon surprend le Chevalier en train d'embrasser la main de la dame dans une loge. Le masque de la dame se déchire, révélant qu'il s'agit de la femme du Marquis. Ce dernier reste stupéfait, tandis que le Chevalier conserve son calme et son humour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10930
p. 32
VERS à une jeune Demoiselle, en lui renvoyant les Etrennes maritimes.
Début :
FLORE, reprenez vos étrènnes ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à une jeune Demoiselle, en lui renvoyant les Etrennes maritimes.
VERS à une jeune Demoiselle, en lui
renvoyant les Etrennes maritimes.
FLORE, reprenez vos étrènnes ;
Pour n'être point marin j'ai de bonnes raiſons.
En voyant vos appas, en écoutant vos ſons,
J'ai trop appris à craindre les Syrènes.
Par l'Auteur de l'Epître à Ménalie.
renvoyant les Etrennes maritimes.
FLORE, reprenez vos étrènnes ;
Pour n'être point marin j'ai de bonnes raiſons.
En voyant vos appas, en écoutant vos ſons,
J'ai trop appris à craindre les Syrènes.
Par l'Auteur de l'Epître à Ménalie.
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10931
p. 32-33
AUTRES. A deux jeunes Dlles qui s'appelloient réciproquement mari & femme.
Début :
COUPLE charmant, jeunes beautés, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRES. A deux jeunes Dlles qui s'appelloient réciproquement mari & femme.
AUTRES.
A deux jeunes Dlles qui s'appelloient
réciproquement mari & femme.
COUPLE charmant, jeunes beautés,
Vous uſurpez nos droits & non nos qualités.
A V R I L. 1764:
En vous liant des nœuds du mariage,
C'eſt nous ôter un avantage
33
Qu'on ne peut remplacer par le ſeul ſentiment.
Rompez, rompez un vain engagement,
Des droits d'amour hymen ſçait trop l'uſage ;
Et vous feriez enſemble un trop mauvais ménage
Pour n'en vouloir pas faire un bon ſéparément..
Par le même.
A deux jeunes Dlles qui s'appelloient
réciproquement mari & femme.
COUPLE charmant, jeunes beautés,
Vous uſurpez nos droits & non nos qualités.
A V R I L. 1764:
En vous liant des nœuds du mariage,
C'eſt nous ôter un avantage
33
Qu'on ne peut remplacer par le ſeul ſentiment.
Rompez, rompez un vain engagement,
Des droits d'amour hymen ſçait trop l'uſage ;
Et vous feriez enſemble un trop mauvais ménage
Pour n'en vouloir pas faire un bon ſéparément..
Par le même.
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10932
p. 33-35
PROVERBES. AIR : Nous sommes Précepteurs d'amour.
Début :
DAMIS, vos pas sont superflus, [...]
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texteReconnaissance textuelle : PROVERBES. AIR : Nous sommes Précepteurs d'amour.
PROVERBES. AIR : Nous sommes Précepteurs d'amour. DAMIS, vos pas sont superflus,
Si vous cherchez quelque reſſource : Des politesses, rien de plus :
On eſt ami juſqu'à la bouſe.
Ma femme eſt ſage, Dieu merci :
Je ſuis le maître, elle eſt maîtreſſe. Mille écus par an, sans souci :
Contentement paſſe richeſſe.
Une fillette quelquefois,
Pour un amant ſe détermine ;
Trompée, elle ſe mord les doigts.
Voit-on des Roſes ſans épines ?
B v
.
3+
MERCURE DE FRANCE..
Iris dit qu'élle a deux amans,
L'aveu paroît aſſez étrange ;
Bouffis de votre patrimoine,
'
C'eſt les vouloir rendre inconſtans.
Moutons comptés le Loup les mange-.
Vous, ſans naiſſance & ſans talens,.
Vous vous parez bien vainement ;
Car l'habit ne fait pas le moine.
Cléon dans ſes entêtemens,
Avec aigreur perſiſte encore.
n eſt écrit qu'on perdſon tems,.
A laver la tête d'un more.
Cloris d'un amant craint la voix,
Et tous les jours Cloris l'accueille.
Onne doitpoint allerau bois ,
Quand on appréhende la feuille. .
L'eſprit ſans la réfléxion,
Souvent fait faire des bévues.
Peaux de Renard & de Lion ,-
Doivent enſemble être couſues.
Vous vantez inutilement
Et mon eſprit, & ma droiture,
#in contre fin aſſurément,
M'eſ pas bon pourfaire doublures
-
A V R I L. 1764 .
Liqueurs, vin vieux & vin nouveau ,
Font qu'aujourd'hui Damon trépaſſe,
Enfin, tant va la cruche a l'eau,
Qu'à la fontaine elleſe caſſe.
On dit qu'Orgon n'eſt pas content
Du préſent que lui faît Alcide.
Cheval donné veut cependant
Qu'on ne regarde pas la bride.
Mondor diſoit j'ai du crédit,
J'aurai la place la plus haute ;
Timon l'obtient, & chacun dit :
Mondor comptoit, mais ſans ſon hâte..
Eraſte trop ambitieux,
Se voit réduit à la beſace,
Phaëton fut-il juſqu'aux cieux ?
Non, mal étreint qui trop embraſſes
D'un ſot orgueil Lubin pourvu :
De ſes voiages vous aſſomme :
Il a tout fait, il a tout vu.
A beau mentir qui vient de Rome.-
|
#
)
35
Par M. FUZILLIER, à Amiens.
Si vous cherchez quelque reſſource : Des politesses, rien de plus :
On eſt ami juſqu'à la bouſe.
Ma femme eſt ſage, Dieu merci :
Je ſuis le maître, elle eſt maîtreſſe. Mille écus par an, sans souci :
Contentement paſſe richeſſe.
Une fillette quelquefois,
Pour un amant ſe détermine ;
Trompée, elle ſe mord les doigts.
Voit-on des Roſes ſans épines ?
B v
.
3+
MERCURE DE FRANCE..
Iris dit qu'élle a deux amans,
L'aveu paroît aſſez étrange ;
Bouffis de votre patrimoine,
'
C'eſt les vouloir rendre inconſtans.
Moutons comptés le Loup les mange-.
Vous, ſans naiſſance & ſans talens,.
Vous vous parez bien vainement ;
Car l'habit ne fait pas le moine.
Cléon dans ſes entêtemens,
Avec aigreur perſiſte encore.
n eſt écrit qu'on perdſon tems,.
A laver la tête d'un more.
Cloris d'un amant craint la voix,
Et tous les jours Cloris l'accueille.
Onne doitpoint allerau bois ,
Quand on appréhende la feuille. .
L'eſprit ſans la réfléxion,
Souvent fait faire des bévues.
Peaux de Renard & de Lion ,-
Doivent enſemble être couſues.
Vous vantez inutilement
Et mon eſprit, & ma droiture,
#in contre fin aſſurément,
M'eſ pas bon pourfaire doublures
-
A V R I L. 1764 .
Liqueurs, vin vieux & vin nouveau ,
Font qu'aujourd'hui Damon trépaſſe,
Enfin, tant va la cruche a l'eau,
Qu'à la fontaine elleſe caſſe.
On dit qu'Orgon n'eſt pas content
Du préſent que lui faît Alcide.
Cheval donné veut cependant
Qu'on ne regarde pas la bride.
Mondor diſoit j'ai du crédit,
J'aurai la place la plus haute ;
Timon l'obtient, & chacun dit :
Mondor comptoit, mais ſans ſon hâte..
Eraſte trop ambitieux,
Se voit réduit à la beſace,
Phaëton fut-il juſqu'aux cieux ?
Non, mal étreint qui trop embraſſes
D'un ſot orgueil Lubin pourvu :
De ſes voiages vous aſſomme :
Il a tout fait, il a tout vu.
A beau mentir qui vient de Rome.-
|
#
)
35
Par M. FUZILLIER, à Amiens.
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Résumé : PROVERBES. AIR : Nous sommes Précepteurs d'amour.
Le texte expose divers proverbes et réflexions morales sur les relations humaines et les apparences. Il met en garde contre les politesses superficielles qui dissimulent souvent des intentions malveillantes et les dangers des tromperies amoureuses. La vanité et l'ambition excessive sont également critiquées, illustrées par des proverbes comme 'l'habit ne fait pas le moine' et 'tant va la cruche à l'eau qu'à la fontaine elle se casse'. Ces thèmes sont illustrés par des personnages tels que Cléon, Cloris, Mondor, Eraste et Lubin. Le texte se termine par une réflexion sur l'orgueil et les conséquences néfastes de l'excès d'ambition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10933
p. 36
A Madame D... sous le nom de Constance.
Début :
O Poëtes fameux, dont les pénibles vei[ll]es [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Madame D... sous le nom de Constance.
A Madame D... sous le nom de
Constance.
O Poëtes fameux, dont les pénibles vei[ll]es
Nous ont produit de ſi beaux vers !
O vous ! qu'admire l'Univers,
Dont vous nous peignez les merveilles :
De vos nobles travaux quel peut être le fruit ?
Quelque fumée , un peu de bruit ;
Voilà cette immortelle gloire
Qu'on nomme hautement les faveurs d'Apollon.
Pour être inſcrits auTemple de Mémoire,
Que vous avez gémi dans le ſacré vallon ! ...
De votre ſort au mien, quelle eſt là différence !
Jugez, Meſſieurs les Beaux-Eſprits :
Vous ne vivez qu'en eſpérance,
Tandis que mes foibles écrits
Sont couronnés d'un baiſer de Conſtance.
Constance.
O Poëtes fameux, dont les pénibles vei[ll]es
Nous ont produit de ſi beaux vers !
O vous ! qu'admire l'Univers,
Dont vous nous peignez les merveilles :
De vos nobles travaux quel peut être le fruit ?
Quelque fumée , un peu de bruit ;
Voilà cette immortelle gloire
Qu'on nomme hautement les faveurs d'Apollon.
Pour être inſcrits auTemple de Mémoire,
Que vous avez gémi dans le ſacré vallon ! ...
De votre ſort au mien, quelle eſt là différence !
Jugez, Meſſieurs les Beaux-Eſprits :
Vous ne vivez qu'en eſpérance,
Tandis que mes foibles écrits
Sont couronnés d'un baiſer de Conſtance.
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Résumé : A Madame D... sous le nom de Constance.
Le poème s'adresse aux poètes célèbres, admirés mondialement, et questionne la véritable récompense de leurs œuvres, souvent éphémère. Le poète contraste son sort avec le leur, soulignant que ses écrits modestes reçoivent une reconnaissance immédiate et personnelle, symbolisée par un baiser de Constance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10934
p. 36-37
A Madame ****.
Début :
CÉLIMENE à mon coeur à remis son destin ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Madame ****.
A Madame ****.
CÉLIMENE à mon coeur à remis son destin ;
Mon cœur à ſa tendreſſe à remis ſa fortune :
Nos deſtinées ainſi jamais n'en feront qu'une,
En vain le monde dit, toute choſe a ſa fin :
A V R I L. 1764:
37
Nous ſçavons trop, pour croire à cette erreur
commune,
Que quand l'amour à l'eſtime s'eſt joint,
Et le bonheur & l'amour n'en ont point.
CÉLIMENE à mon coeur à remis son destin ;
Mon cœur à ſa tendreſſe à remis ſa fortune :
Nos deſtinées ainſi jamais n'en feront qu'une,
En vain le monde dit, toute choſe a ſa fin :
A V R I L. 1764:
37
Nous ſçavons trop, pour croire à cette erreur
commune,
Que quand l'amour à l'eſtime s'eſt joint,
Et le bonheur & l'amour n'en ont point.
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10935
p. 37-41
PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
Début :
LE surnom de Fainéans, donné aux derniers Princes de la première Race de [...]
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texteReconnaissance textuelle : PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
PARADOXE Littéraire sur les Rois de
France appellés FAINÉANS.
LE surnom de Fainéans, donné aux
derniers Princes de la première Race de
nos Rois ſans beaucoup de fondement, a
trompé juſqu'ici tous ceux qui, croyant
trouver dans les Hiſtoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité, ont penſé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'eſſaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plûpart d'un accuſation ſi
déshonorante ;-& j'eſpère d'autant plus
y réuſſir, que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiſtoire, en les ap
puyant ſur des faits reconnus pour in
conteſtables.
-
-
Quand on cherche ſincèrement la vé
rité, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainſi commen
çons par prendre une idée claire & pré
ciſe des fonctions attachées à la place de
38 MERCURE DE FRANCE.
ces Sujets fameux qui faiſoient, dit-on,.
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiſſoient aucun. Les Maires
du Palais, dans leur origine , dit un il
luſtre Sçavant, repréſentoient celui qui
eſt aujourd'hui en Eſpagne le Grand
Maître ou Majordome ; & c'eſt-là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui ſe trouvent nommés dans
l'Hiſtoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiſſance s'accrut , il eſt vrai, après
la mort de ce Prince ; & cet emploi, qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps, devint par la ſuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient .
d'abord que dans le Palais de 4os Rois :
ils ſçurent ſe rendre néceſſaires ; ils de
, vinrent bientôt premiers Miniſtres, & on
ne tarda pas à leur confier le comman
dement des Armées.Ce fut alors qu'ayant "
la force en main, le titre de Maire dut
Palais leur parut n'exprimer que foible
ment l'étendue de leur puiſſance; ils pri
rent celui de Ducs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambi
tion fut toujours la même chez les hom
mes : adroite ou hardie, prudente ou
diſſimulée, rarement eſt-elle délicate ſur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à ſes fins. Ce qu'il y a de
AV R I L. 1764.
g9:
ſingulier, & que d'autres ont ſûrement
remarqué avant moi , c'eſt que les fem
mes, ces mobiles ordinaires de toutes
les grandes révolutions, n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois ſont compris ſous
- l'odieuſe dénomination de Fainéans..
éxaminons ſi tous les ſept ont mérité vé
ritablement de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête.. En liſant
ſon Hiſtoire , on voit un Prince brave &
courageux, qui ſouffre avec impatience
la protection que Pepin, ſon Maire du
Palais, accordoit aux Rebelles, & qui
lève une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit ſuc
comber celui qui avoit le bon droit de
ſon côté ; Thierri fut défait, & ſa mort
ſuivit de près ſa diſgrace. Il eſt vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un ſimple particulier, & ce fut ſûre
ment un trait de la politique de Pepin ,
qui avoit de bonnes raiſons ſans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événe
1l6ºInt.
-
Clovis III , fils de Thierri, ſuccède à
ſon père. Mais que pouvoit-il faire dans
le court eſpace d'un règne dè cinq années
contre un Sujet auſſi puiſſant & auſſi ac
crédité que Pepin ?
4o MERCURE DE FRANCE.
Childebert II, frère de Clovis, monte
ſur le Trône après lui. Si l'on peut être
† homme ſans être Conquérant, le
urnom de Juſte que lui donnent les Hif
toriens, dépoſe en ſa faveur.
Je ne diſſimulerai point que ſon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide, ſes Peuples ſe révoltè
ſang après ſa mort.
-
rent contre lui ; & il eut ſi peu de puiſ--
fance , qu'on ne reſpecta pas même ſon
connu pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
-
Daniel, fils de Childeric II, fut re- .
Fainéans, ce Prince illuſtre qui, ſecon
dé de Rainfroy, ſon Maire du Palais,
repouſſa à diverſes repriſes les efforts de
Charles Martel, & ne céda enfin qu'a-
près avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, ſon ſucceſſeur, placé ſur
le Trône par la main du Maire du Pa
lais , le laiſſa agir d'abord par reconnoiſ
ſance. Si dans la ſuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'inſulte ſan
glante qu'il reçut lors du Traité d'Aqui
taine , conclu avec Herald, fils du fa
meux Duc Eudes, il eſt à croire que les
moyens lui manquèrent, ou que s'il les
eut, la mort l'empêcha d'en faire uſage.
L'interrègne qui fuivit la mort de
A V R E L. 1764.
41
Thierri, en augmentant les reſſources
de Charles Martel, mit Childeric III
dans l'impuiſſance de lui réſiſter; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus, parce qu'il fut malheu
reux : tout ce qu'on en peut dire, c'eſt
qu'il ne lui fut pas poſſible de les mettre
all Jour.
France appellés FAINÉANS.
LE surnom de Fainéans, donné aux
derniers Princes de la première Race de
nos Rois ſans beaucoup de fondement, a
trompé juſqu'ici tous ceux qui, croyant
trouver dans les Hiſtoriens des premiers
temps de notre Monarchie les interprêtes
fidèles de la vérité, ont penſé d'après leur
témoignage qu'ils méritoient tous ce titre
odieux. J'eſſaye aujourd'hui de laver la
mémoire de la plûpart d'un accuſation ſi
déshonorante ;-& j'eſpère d'autant plus
y réuſſir, que je tirerai mes preuves
du fonds même de l'Hiſtoire, en les ap
puyant ſur des faits reconnus pour in
conteſtables.
-
-
Quand on cherche ſincèrement la vé
rité, il faut écarter tous les nuages qui
pourroient l'obſcurcir : ainſi commen
çons par prendre une idée claire & pré
ciſe des fonctions attachées à la place de
38 MERCURE DE FRANCE.
ces Sujets fameux qui faiſoient, dit-on,.
trembler leurs Maîtres , ou plutôt qui
n'en reconnoiſſoient aucun. Les Maires
du Palais, dans leur origine , dit un il
luſtre Sçavant, repréſentoient celui qui
eſt aujourd'hui en Eſpagne le Grand
Maître ou Majordome ; & c'eſt-là l'idée
qu'on doit avoir de tous les Maires du
Palais qui ſe trouvent nommés dans
l'Hiſtoire avant la mort de Dagobert I.
Leur puiſſance s'accrut , il eſt vrai, après
la mort de ce Prince ; & cet emploi, qui
n'étoit donné d'abord que pour un
temps, devint par la ſuite héréditaire
dans les familles. Ils ne commandoient .
d'abord que dans le Palais de 4os Rois :
ils ſçurent ſe rendre néceſſaires ; ils de
, vinrent bientôt premiers Miniſtres, & on
ne tarda pas à leur confier le comman
dement des Armées.Ce fut alors qu'ayant "
la force en main, le titre de Maire dut
Palais leur parut n'exprimer que foible
ment l'étendue de leur puiſſance; ils pri
rent celui de Ducs des François. Tous ces
changemens nous prouvent que l'ambi
tion fut toujours la même chez les hom
mes : adroite ou hardie, prudente ou
diſſimulée, rarement eſt-elle délicate ſur
le choix des moyens qu'elle employe
pour parvenir à ſes fins. Ce qu'il y a de
AV R I L. 1764.
g9:
ſingulier, & que d'autres ont ſûrement
remarqué avant moi , c'eſt que les fem
mes, ces mobiles ordinaires de toutes
les grandes révolutions, n'eurent aucune
part à celle-ci.
Sept de nos Rois ſont compris ſous
- l'odieuſe dénomination de Fainéans..
éxaminons ſi tous les ſept ont mérité vé
ritablement de porter ce titre.
Thierri III. eſt à leur tête.. En liſant
ſon Hiſtoire , on voit un Prince brave &
courageux, qui ſouffre avec impatience
la protection que Pepin, ſon Maire du
Palais, accordoit aux Rebelles, & qui
lève une armée pour l'en punir. Ce ne
fut pas la première fois qu'on vit ſuc
comber celui qui avoit le bon droit de
ſon côté ; Thierri fut défait, & ſa mort
ſuivit de près ſa diſgrace. Il eſt vrai
qu'elle ne fit pas plus d'éclat que celle
d'un ſimple particulier, & ce fut ſûre
ment un trait de la politique de Pepin ,
qui avoit de bonnes raiſons ſans doute
pour étouffer le bruit d'un pareil événe
1l6ºInt.
-
Clovis III , fils de Thierri, ſuccède à
ſon père. Mais que pouvoit-il faire dans
le court eſpace d'un règne dè cinq années
contre un Sujet auſſi puiſſant & auſſi ac
crédité que Pepin ?
4o MERCURE DE FRANCE.
Childebert II, frère de Clovis, monte
ſur le Trône après lui. Si l'on peut être
† homme ſans être Conquérant, le
urnom de Juſte que lui donnent les Hif
toriens, dépoſe en ſa faveur.
Je ne diſſimulerai point que ſon fils
Dagobert III eut peu d'autorité. Prince
foible & timide, ſes Peuples ſe révoltè
ſang après ſa mort.
-
rent contre lui ; & il eut ſi peu de puiſ--
fance , qu'on ne reſpecta pas même ſon
connu pour Roi,& fut nommé Chilpéric.
Le mettra-t-on au nombre des Rois
-
Daniel, fils de Childeric II, fut re- .
Fainéans, ce Prince illuſtre qui, ſecon
dé de Rainfroy, ſon Maire du Palais,
repouſſa à diverſes repriſes les efforts de
Charles Martel, & ne céda enfin qu'a-
près avoir long-temps combattu ?
Thierri IV, ſon ſucceſſeur, placé ſur
le Trône par la main du Maire du Pa
lais , le laiſſa agir d'abord par reconnoiſ
ſance. Si dans la ſuite nous ne voyons pas
qu'il ait tiré vengeance de l'inſulte ſan
glante qu'il reçut lors du Traité d'Aqui
taine , conclu avec Herald, fils du fa
meux Duc Eudes, il eſt à croire que les
moyens lui manquèrent, ou que s'il les
eut, la mort l'empêcha d'en faire uſage.
L'interrègne qui fuivit la mort de
A V R E L. 1764.
41
Thierri, en augmentant les reſſources
de Charles Martel, mit Childeric III
dans l'impuiſſance de lui réſiſter; & il
ne faut pas conclure que ce Prince n'eut
aucunes vertus, parce qu'il fut malheu
reux : tout ce qu'on en peut dire, c'eſt
qu'il ne lui fut pas poſſible de les mettre
all Jour.
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Résumé : PARADOXE Littéraire sur les Rois de France appellés FAINÉANS.
Le texte traite du surnom 'Fainéants' attribué aux derniers rois de la première race des rois de France, un qualificatif que l'auteur juge injustifié. Il cherche à réhabiliter la mémoire de ces souverains en s'appuyant sur des faits historiques. L'auteur commence par expliquer l'évolution des fonctions des Maires du Palais, qui sont passés de simples administrateurs à des personnages puissants et influents, occupant parfois les rôles de premiers ministres et de commandants des armées. Cette évolution illustre l'ambition constante des hommes, indépendamment des moyens utilisés. Le texte examine ensuite sept rois souvent qualifiés de 'Fainéants' : Thierry III, Clovis III, Childebert III, Dagobert III, Daniel, Thierry IV et Childeric III. Thierry III est décrit comme un prince brave et courageux, bien qu'il ait été vaincu par son Maire du Palais, Pepin. Clovis III, trop jeune et ayant régné seulement cinq ans, n'a pas pu s'opposer à Pepin. Childebert III est loué pour sa justice. Dagobert III est présenté comme faible et timide, tandis que Daniel est célébré pour ses exploits militaires. Thierry IV, bien qu'initialement soumis à son Maire du Palais, n'a pas pu se venger en raison de circonstances défavorables. Enfin, Childeric III, malgré son échec, n'est pas dépourvu de vertus. L'auteur conclut que ces rois ne méritaient pas tous le titre de 'Fainéants'.
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10936
p. 41-43
EPITRE A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
Début :
ENFANT chéri de la Nature, [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
EPITRE
A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
ENFANT chéri de la Nature,
Né pour le bonheur des humains,
C'eſt à toi ſeul , ſage Epicure,
Que je dois mes heureux deſtins !
Tes dogmes gravés dans mon âme
Réglent mes tranquilles deſirs ;
Tout m'amuſe, rien ne m'enflâme ,
Et mes travaux ſont mes plaiſirs.
Dieu ſéduiſant de l'harmonie,
Prête-moi tes pinceaux flatteurs ;
L'agréable Philoſophie
Dont je fais la régle des mœurs.
42 MERCURE DE FRANCE.
Nos cris annoncent les douleurs,
Ét nos yeux ont verſé des pleurs .
Avant d'avoir vu la lumière.
On nous ravit la liberté
Avant d'en connoître l'uſage.
Qu'un triſte enfant emmaillotté
Repréſente bien l'eſclavage !
Si jamais le Dieu de l'Amour
De l'hymen me rend tributaire ,
Mes enfans en voyant le jour,
Viendront dans les bras de leur père ::
Leurs mains pourront en liberté
Careſſer le ſein de leur mère
Qui s'ouvre à leur avidité.
Quelle odieuſe indifférence
Soumit les jours de notre enfance
A des Pédans durs ou flatteurs
Pourquoi des leçons étrangères ? .
Nous faut-il d'autres Précepteurs
Que les exemples de nos pères,
Et d'autres tableaux que nos mœurs?:
Quelle inconcevable manie
A porté les foibles humains
A paſſer dix ans de leur vie
Avec les Grecs & les Latins ?
Ah ! plutôt qu'au printemps de l'âge,,
Des Muſes le doux badinage,
En amuſant notre loiſir,
Nous enſeigne l'art de jouir..
*
A V R I L. 1764.
Qu'une ſolitude agréable ,
Nous délivre de ces inſtans,
Oû las des femmes, de la table,
On fuit tous les amuſemens :
Nous y ferons loin des Sçavans
Des Livres un commerce aimable,
Et de l'Etude un paſſe-temps.
Les Arts, enfans de la Nature,
Viendroient en troubler le repos;
L. ... .. de la Peinture
Conduiroit les rians pinceaux ;
Les Eléves de Polymnie
Régleroient les ſons de la voix,.
Et l'air ſous leurs agiles doigts
En feroient briller l'harmonie. .
Tels ont été les ſentimens
Du Philoſophe de la Gréce,
Ce doux ami de la foibleſſe
Nous guidant ſelon nos penchans,,
Nous conduiroit à la vieilleſſe
Par des chemins toujours rians.
Par M. de L. R. du M....
A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
ENFANT chéri de la Nature,
Né pour le bonheur des humains,
C'eſt à toi ſeul , ſage Epicure,
Que je dois mes heureux deſtins !
Tes dogmes gravés dans mon âme
Réglent mes tranquilles deſirs ;
Tout m'amuſe, rien ne m'enflâme ,
Et mes travaux ſont mes plaiſirs.
Dieu ſéduiſant de l'harmonie,
Prête-moi tes pinceaux flatteurs ;
L'agréable Philoſophie
Dont je fais la régle des mœurs.
42 MERCURE DE FRANCE.
Nos cris annoncent les douleurs,
Ét nos yeux ont verſé des pleurs .
Avant d'avoir vu la lumière.
On nous ravit la liberté
Avant d'en connoître l'uſage.
Qu'un triſte enfant emmaillotté
Repréſente bien l'eſclavage !
Si jamais le Dieu de l'Amour
De l'hymen me rend tributaire ,
Mes enfans en voyant le jour,
Viendront dans les bras de leur père ::
Leurs mains pourront en liberté
Careſſer le ſein de leur mère
Qui s'ouvre à leur avidité.
Quelle odieuſe indifférence
Soumit les jours de notre enfance
A des Pédans durs ou flatteurs
Pourquoi des leçons étrangères ? .
Nous faut-il d'autres Précepteurs
Que les exemples de nos pères,
Et d'autres tableaux que nos mœurs?:
Quelle inconcevable manie
A porté les foibles humains
A paſſer dix ans de leur vie
Avec les Grecs & les Latins ?
Ah ! plutôt qu'au printemps de l'âge,,
Des Muſes le doux badinage,
En amuſant notre loiſir,
Nous enſeigne l'art de jouir..
*
A V R I L. 1764.
Qu'une ſolitude agréable ,
Nous délivre de ces inſtans,
Oû las des femmes, de la table,
On fuit tous les amuſemens :
Nous y ferons loin des Sçavans
Des Livres un commerce aimable,
Et de l'Etude un paſſe-temps.
Les Arts, enfans de la Nature,
Viendroient en troubler le repos;
L. ... .. de la Peinture
Conduiroit les rians pinceaux ;
Les Eléves de Polymnie
Régleroient les ſons de la voix,.
Et l'air ſous leurs agiles doigts
En feroient briller l'harmonie. .
Tels ont été les ſentimens
Du Philoſophe de la Gréce,
Ce doux ami de la foibleſſe
Nous guidant ſelon nos penchans,,
Nous conduiroit à la vieilleſſe
Par des chemins toujours rians.
Par M. de L. R. du M....
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Résumé : EPITRE A M. le Comte de M.... Capitaine de Cavalerie.
L'épître est adressée au Comte de M..., capitaine de cavalerie, et exprime la reconnaissance de l'auteur envers Épicure, dont les doctrines ont orienté ses désirs et actions. L'auteur affirme que tout l'amuse sans l'enflammer et que ses travaux sont ses plaisirs. Il souhaite obtenir les faveurs du dieu de l'harmonie pour suivre une philosophie agréable régulant ses mœurs. Le texte traite ensuite de la condition humaine, notant que les douleurs et les pleurs précèdent souvent la liberté. Il critique l'éducation traditionnelle, avec ses précepteurs étrangers et ses leçons inutiles, préférant les exemples des pères et les mœurs locales. L'auteur regrette le temps passé à étudier les Grecs et les Latins, suggérant que les Muses devraient enseigner l'art de jouir de la vie dès le jeune âge. L'épître se termine par une vision idyllique de solitude agréable, dédiée aux lectures et à l'étude comme passe-temps, loin des savants et des arts perturbateurs. Les sentiments évoqués rappellent ceux d'Épicure, guidant vers une vieillesse sereine.
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10937
p. 44-46
TRADUCT'ION libre d'un Extrait de l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort de BION, son Maître.
Début :
BOCAGES de Sicile, & vous Ondes plaintives, [...]
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCT'ION libre d'un Extrait de l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort de BION, son Maître.
TRADUCT'ION libre d'un Extrait de
l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort
de BION, son Maître.
BOCAGES de Sicile, & vous Ondes plaintives,
Uniſſez vos regrets à mes lugubres chants ;
| Fleuves délicieux qui coulez ſur ces rives,
Mêlez votre murmure à mes accords touchans !
Epanouiſſez-vous ſur vos tiges mourantes,
Fleurs, & néxhalez plus vos ſuaves odeurs ;
Roſe, cache à mes yeux tes couleurs éclatantes,
Dérobe tes beautés, partage mes douleurs !
Bion meurt . .. il n'eſt plus ! vous ſombres Hya
cynthes,
-
Parlez, & montrez-nous dans vos couleurs éte ntes
Montrez-nous triſtement le ſujet de nos pleurs.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
-
Uniſſons nos ſanglots, vos douleurs ſont les miennes.
Vous, Roſſignols plaintifs ſous ces ombrages frais,
Aux Ondes d'Aréthuſ apprenez nos regrets :
Bion meurt ! ... avec lui le Dieu de l'harmonie,
· En ſoupirant encor ſuit ces triſtes climats ;
Les yeux baignés de pleurs la tendre Polymnie,
Nous quitte pour jamais, & marche ſur ſes pas.
Soupirex avec moi, Muſes Siciliennes 2
ºniſſons nos ſanglots,vos douleurs ſont les miennes,
A V R I L. 1764:
45
Cygnes, mélodieux , dans vos triſtes chanſons,
Déplorez nos malheurs ſur les bords du Méandre ;
Pleurez ce beau berger; chantez d'une voix tendre
Comme il chantoit jadis dans ces riants vallons.
Couché nonchalamment ſous un épais feuillage,
Ses ſons harmonieux s'élevoient dans les airs :
Mais hélas deſcendu ſur le ſombre rivage,
Il médite à préſent de lugubres concerts.
Vous qui dans nos forêts imitez ſes àccens,
Vclez ſur ce Cyprès, oiſeaux de ce bocage ;
A ſes mânes divins rendez encore hommage ;
Honorez ſon tombeau par des accords touchans,
Vous qui vivez de pleurs, Colombes gémiſſantes,
Venez, venez pleurer dans ce ſombre réduit ;
Et quand le jour fuira vers les Mers inconſtantes,
Apprenez nos douleurs aux ombres de la nuit.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
Uniſſons nos ſanglots, vos douleursſont les miennes.
Qui pourra déſormais enfler tes chalumeaux,
Trop aimable berger ! hélas depuis ta perte,
Les plaiſirs ont quitté cette rive déſerte,
Nos chants n'éveillent plus les flolâtres échos.
Une ſombre langueur s'eſt ici répandue ;
Le Dieu Pan ſe retire au fond de nos forêts ;
Je tiens languiſſamment ma flute ſuſpendue ;
Ce rivage n'emtend que mes triſtes regrèts !
46 MERCURE DE FRANCE.
voyez dans nos vergers une naiſſante Roſe,
· Etaler à vos yeux ſa ſuperbe couleur ;
Par les pleurs du matin à peine eſt-elle écloſe,
Que le midi la voit tomber dans la langueur.
Mais lorſque le printems ſur ſon aîle riante,
Raméne dans nos bois Flore avec le plaiſir,
On voit briller encor ſa beauté renaiſſante,
Et ſon ſein ſe r'ouvrir aux baiſers du zéphir.
Hélas il n'en eſt pas ainſi de notre vie !
A peine goutons-nous la douceur des beaux jours »
Que par les coups du ſort elle nous eſt ravie.
La mort vient , nous tombens, hélas ! & pour tou
jours.
Par M. Br.... d'Angers.
l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort
de BION, son Maître.
BOCAGES de Sicile, & vous Ondes plaintives,
Uniſſez vos regrets à mes lugubres chants ;
| Fleuves délicieux qui coulez ſur ces rives,
Mêlez votre murmure à mes accords touchans !
Epanouiſſez-vous ſur vos tiges mourantes,
Fleurs, & néxhalez plus vos ſuaves odeurs ;
Roſe, cache à mes yeux tes couleurs éclatantes,
Dérobe tes beautés, partage mes douleurs !
Bion meurt . .. il n'eſt plus ! vous ſombres Hya
cynthes,
-
Parlez, & montrez-nous dans vos couleurs éte ntes
Montrez-nous triſtement le ſujet de nos pleurs.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
-
Uniſſons nos ſanglots, vos douleurs ſont les miennes.
Vous, Roſſignols plaintifs ſous ces ombrages frais,
Aux Ondes d'Aréthuſ apprenez nos regrets :
Bion meurt ! ... avec lui le Dieu de l'harmonie,
· En ſoupirant encor ſuit ces triſtes climats ;
Les yeux baignés de pleurs la tendre Polymnie,
Nous quitte pour jamais, & marche ſur ſes pas.
Soupirex avec moi, Muſes Siciliennes 2
ºniſſons nos ſanglots,vos douleurs ſont les miennes,
A V R I L. 1764:
45
Cygnes, mélodieux , dans vos triſtes chanſons,
Déplorez nos malheurs ſur les bords du Méandre ;
Pleurez ce beau berger; chantez d'une voix tendre
Comme il chantoit jadis dans ces riants vallons.
Couché nonchalamment ſous un épais feuillage,
Ses ſons harmonieux s'élevoient dans les airs :
Mais hélas deſcendu ſur le ſombre rivage,
Il médite à préſent de lugubres concerts.
Vous qui dans nos forêts imitez ſes àccens,
Vclez ſur ce Cyprès, oiſeaux de ce bocage ;
A ſes mânes divins rendez encore hommage ;
Honorez ſon tombeau par des accords touchans,
Vous qui vivez de pleurs, Colombes gémiſſantes,
Venez, venez pleurer dans ce ſombre réduit ;
Et quand le jour fuira vers les Mers inconſtantes,
Apprenez nos douleurs aux ombres de la nuit.
Soupirez avec moi, Muſes Siciliennes ;
Uniſſons nos ſanglots, vos douleursſont les miennes.
Qui pourra déſormais enfler tes chalumeaux,
Trop aimable berger ! hélas depuis ta perte,
Les plaiſirs ont quitté cette rive déſerte,
Nos chants n'éveillent plus les flolâtres échos.
Une ſombre langueur s'eſt ici répandue ;
Le Dieu Pan ſe retire au fond de nos forêts ;
Je tiens languiſſamment ma flute ſuſpendue ;
Ce rivage n'emtend que mes triſtes regrèts !
46 MERCURE DE FRANCE.
voyez dans nos vergers une naiſſante Roſe,
· Etaler à vos yeux ſa ſuperbe couleur ;
Par les pleurs du matin à peine eſt-elle écloſe,
Que le midi la voit tomber dans la langueur.
Mais lorſque le printems ſur ſon aîle riante,
Raméne dans nos bois Flore avec le plaiſir,
On voit briller encor ſa beauté renaiſſante,
Et ſon ſein ſe r'ouvrir aux baiſers du zéphir.
Hélas il n'en eſt pas ainſi de notre vie !
A peine goutons-nous la douceur des beaux jours »
Que par les coups du ſort elle nous eſt ravie.
La mort vient , nous tombens, hélas ! & pour tou
jours.
Par M. Br.... d'Angers.
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Résumé : TRADUCT'ION libre d'un Extrait de l'Idylle de MOSCHUS, sur la mort de BION, son Maître.
Le texte est une traduction libre d'un extrait de l'Idylle de Moschus, où le poète pleure la mort de Bion, son maître. Il appelle les éléments naturels de Sicile, comme les bocages, les fleuves et les fleurs, ainsi que les Muses siciliennes, les rossignols et les cygnes, à partager sa douleur. La disparition de Bion est comparée à celle de Polymnie, muse de la poésie lyrique. Le poète déplore la fin des plaisirs et des chants harmonieux, remplacés par une sombre langueur. Il compare la brièveté de la vie humaine à celle d'une rose qui fleurit et meurt rapidement. Le texte se conclut par une réflexion sur la fugacité de la vie et l'inévitable venue de la mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10938
p. 46-47
A une jeune Dame qui venoit de jouer sur un Théâtre particulier le rôle de la SERVANTE MAITRESSE, dans la Piéce du même nom.
Début :
DE Pandolphe chacun partage la foiblesse. [...]
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texteReconnaissance textuelle : A une jeune Dame qui venoit de jouer sur un Théâtre particulier le rôle de la SERVANTE MAITRESSE, dans la Piéce du même nom.
A une jeune Dame qui venoit de jouer
sur un Théâtre particulier le rôle de
la SERVANTE MAITRESSE, dans
la Piéce du même nom.
DE Pandolphe chacun partage la foiblesse.
Qui ne ſeroit ému de tes divins accens ?
Que tu mérites bien le titre de Maitreſſe !
C'eſt toi qu'on doit ſervir : tes yeux ſont ſi puiſ
ſans !
Où brilleront ces yeux, regnera la tendreſſe.
A V R I L. 1764.
47
*Tu charmes tour-à-tour l'eſprit, le cœur, les
' ſens,
,Pour te peindre, il faudroit raſſembler ſur tes
tfa CGS
Le Goût, le Sentiment, la Fineſſe & les Grâces.
Par M. GUICHARD.
sur un Théâtre particulier le rôle de
la SERVANTE MAITRESSE, dans
la Piéce du même nom.
DE Pandolphe chacun partage la foiblesse.
Qui ne ſeroit ému de tes divins accens ?
Que tu mérites bien le titre de Maitreſſe !
C'eſt toi qu'on doit ſervir : tes yeux ſont ſi puiſ
ſans !
Où brilleront ces yeux, regnera la tendreſſe.
A V R I L. 1764.
47
*Tu charmes tour-à-tour l'eſprit, le cœur, les
' ſens,
,Pour te peindre, il faudroit raſſembler ſur tes
tfa CGS
Le Goût, le Sentiment, la Fineſſe & les Grâces.
Par M. GUICHARD.
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Résumé : A une jeune Dame qui venoit de jouer sur un Théâtre particulier le rôle de la SERVANTE MAITRESSE, dans la Piéce du même nom.
Le poème d'avril 1764, signé M. Guichard, loue une jeune actrice interprétant la Servante Maîtresse. L'auteur admire ses talents, ses yeux puissants et sa capacité à charmer l'esprit, le cœur et les sens. Elle est qualifiée de 'Maîtresse', méritant ce titre par ses multiples qualités.
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10939
p. 47-52
SUITE des Lettres à SOPHIE.
Début :
LETTRE III. A une heure & demie de la nuit. [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres à SOPHIE.
SUITE des Lettres à SOPHIE.
LETTRE
III.
A une heure & demie de la nuit.
JE vous écris de mon lit. Je laiſſe cou
rir ma plume : mon cœur dicte ce qu'elle
trace. Aimable Sophie , je ne puis vous
exprimer mes peines. Pourquoi m'accu
ſer d'être volage? Ah! ſi l'on me reproche
de la légèreté, c'eſt que juſqu'à préſent
je n'avois guères connu l'amour. Je ne
, vous avois pas vue : je prenois mes goûts
pour des paſſions. C'eſt peut être un mal
heur pour moi de vous connoître. Que
je vous aime ! Ce n'eſt point le preſtige
des ſens qui me ſéduit; c'eſt l'aſſemblage
de tous les ſentimens honnêtes qui m'at
· tache à vous pour jamais. Au nom de
tout ce qui vous eſt cher , ne quittez ja
mais votre amant. Il ſouffre, il eſt mal
48 MERCURE DE FRANCE.
heureux , il eſt délicat & ſenſible. Ses
larmes coulent. .. .. Ma bonne Amîe ,
que vous me connoiſſez peu, ſi vous
doutez de mes ſentimens !
L E T T R E I V.
A minuit.
#
Escone une Lettre, de mon lit. Je
veux vous écrire tous les ſoirs, & vous
rendre compte de tous mes ſentimens ,
de toutes les affections de mon âme.
Hélas ! ne vous devrai je jamais un inſ
tant de joie ? Le plaiſir de m'occuper de
vous ſera-t il donc toujours mêlé de re
| grets & de peines ? Que faites-vous, ma
chère Maîtreſſe, tandis que l'ennui me
conſume ? Songez-vous que vous avez
un Amant qui ne reſpire que pour vous ?
qui ne voit & n'entend que vous ?
Nous eûmes hier un ſpectacle intéreſ
ſant. Toute la ville entouroit une An
gloiſe qui, ſans contredit, eſt une rare
Beauté. Rien de plus régulier que ſon
viſage ; rien de plus fin que ſes traits.
Elle a des cheveux noirs qui relèvent la
blancheur de la plus belle peau, des
yeux charmans, une bouche parfaite.
Tout le monde en étoit enchanté, &
II} O l
A V R I L. 1764.
49
moi je diſois tout bas ; ma chère Sophie
eſt plus aimable encore. Cette An
loiſe eſt belle , ma Maîtreſſe eſt raviſ
§ : ſes regards expriment bien mieux
le ſentiment. Quand pourrai-je y lire
encore mon bonheur ? Je précipitois
l'Etrangère du trône qu'on élevoit à ſes
charmes, & j'y plaçois avec tranſport
l'Idôle de mon cœur. Daigne, du haut
de ce trône, écouter les vœux d'un in
fortuné qui t'adorera toujours ! daigne
lui ſourire , & le plus grand Roi du mon
de enviera mon ſort. Mon aimable , ma
chère Sophie, vous êtes tout pour moi :
ſans vous, je ne veux plus de la vie, Que
ferois-je de ce préſent funeſte ? La mort
vaut mieux qu'un
éternel déſeſpoir.
On m'a fait trembler. Dorval, m'a-t-on
dit , s'eſt informé de votre fortune; il a
ſongé à vous. Je crains peu cette âme
vile ; mais verrois je un rival plus heu
reux me fermer votre cœur, ce cœur
qui ſeul peut m'attacher à la vie, de qui
dépend la dcuceur de mes jours ? O ma
chère Sophie ! je ſuis tranquille , je ſçais
compter ſur vous.Je vous embraſſe mille
fois, & je vais tâcher de m'endormir.
Puiſſe un ſonge flatteur charmer un inſ
tant mes peines. Hélas ! je ne puis donc
jouir que d'un bonheur imaginaire ? La
II. Vol.
5o MERCURE DE FRANCE.
plus douce illuſion ne vaudra jamais la
réalité.
L E T T R E V.
E ne vous écrivis point hier au ſoir. La
mélancolie ſombre qui fatiguoit mon
âme eût paſſé dans ma Lettre, & ne
vous auroit pas amuſée. Je ſuis un peu
mieux, & ma plume ſe trouve ſous ma
main. Elle s'y trouve ſouvent. Si je ne
m'en ſuis pas ſervi hier au ſoir, combien
de fois mes ardens ſoupirs, mes tendres
diſcours alloient chercher ma Sophie !
Que vous êtes aimable ! lui diſois-je tout
ému. Quelle grâce ! quelle douceur !
que vous êtes ingrate, ſi vous ne m'ai
mez pas ! Que la chaîne qui m'attache à
vous eſt forte & charmante ! Ah ! ſou
· venez-vous de ce jour où je vous remis
une Lettre en vous quittant. Vous la re
fuſiez, cruelle ! Vous avez vu mon trou
ble, mon accablement. Mais pourrai-je
vous exprimer le délire & l'agitation de
mon âme, quand je pris cette main dans
la mienne ? Dieu , quel moment ! Je
ſentis qu'elle ſe laiſſoit ouvrir pour rece
A V R I L. 1764.
-
51
*voir cet heureux billet. ... Je tremblois
de joie , ma bonne amie ; je ne pouvois
parler.... Ah ! ſi j'étois parti ſans vous
laiſſer ce gage de mon amour, ſi vous
l'aviez abſolument refuſé; ſi vous aviez
eu cet excès de rigueur, oui, la mort
m'eût ſemblé moins affreuſe ; je l'euſſe
préférée ſans héſiter au tourment, à
l'horreur de vous déplaire. O mon aima
ble Maîtreſſe l quel eſt donc cet amour
que vous m'avez inſpiré ? Il me conſume
tout entier. Mon cœur y pourra-t-il ſuf
re ? Hé! comment ne pas m'abandon
ner au penchant qui m'entraîne ? Vous
êtes belle ſans doute ; mais le charme
qui m'attire & me ſubjugue eſt dans vo
tre âme. C'eſt elle qui ſe peint dans vos
traits, dans vos yeux ; c'eſt elle qui don
· ne de la vie à vos grâces.Vous me faites
ſentir que l'attrait de la beauté tient à la
vertu. Il en eſt comme du génie; il s'al
tère & s'éteint à meſure que l âme ſe
corrompt. De même, une femme ſans
mœurs peut ſéduire; mais je doute fort
qu'elle puiſſe toucher & fixer long-temps
les adorateurs de ſa figure. On croit
bientôt démêler, dans ſa phyſionomie,la
baſſeſſe des ſentimens de ſon cœur. Ce
n'eſt plus le même objet; il ſemble que
ſa beauté diſparoiſſe à meſure que ſon
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
âme ſe dégrade. Pour vous, ma chère &
reſpectable Amie, j'aurai toujours de
nouvelles raiſons de vous aimer davan
tage. Je vous trouverai toujours plus
charmante ; ou, ſi l'amitié ſuccède enfin
à l'amour, elle lui reſſemblera ſi bien,
que la différence ne ſera guères ſenſible.
Douce & tendre Sophie ! unique Amie
de mon cœur ! nous trouverons toujours
dans la candeur & l'honnêteté qui nous
animent, les délices du ſentiment; & le
ſouvenir de nos premiers feux répandra
juſques ſur nos vieux jours le charme de
notre heureuſe jeuneſſe.
LETTRE
III.
A une heure & demie de la nuit.
JE vous écris de mon lit. Je laiſſe cou
rir ma plume : mon cœur dicte ce qu'elle
trace. Aimable Sophie , je ne puis vous
exprimer mes peines. Pourquoi m'accu
ſer d'être volage? Ah! ſi l'on me reproche
de la légèreté, c'eſt que juſqu'à préſent
je n'avois guères connu l'amour. Je ne
, vous avois pas vue : je prenois mes goûts
pour des paſſions. C'eſt peut être un mal
heur pour moi de vous connoître. Que
je vous aime ! Ce n'eſt point le preſtige
des ſens qui me ſéduit; c'eſt l'aſſemblage
de tous les ſentimens honnêtes qui m'at
· tache à vous pour jamais. Au nom de
tout ce qui vous eſt cher , ne quittez ja
mais votre amant. Il ſouffre, il eſt mal
48 MERCURE DE FRANCE.
heureux , il eſt délicat & ſenſible. Ses
larmes coulent. .. .. Ma bonne Amîe ,
que vous me connoiſſez peu, ſi vous
doutez de mes ſentimens !
L E T T R E I V.
A minuit.
#
Escone une Lettre, de mon lit. Je
veux vous écrire tous les ſoirs, & vous
rendre compte de tous mes ſentimens ,
de toutes les affections de mon âme.
Hélas ! ne vous devrai je jamais un inſ
tant de joie ? Le plaiſir de m'occuper de
vous ſera-t il donc toujours mêlé de re
| grets & de peines ? Que faites-vous, ma
chère Maîtreſſe, tandis que l'ennui me
conſume ? Songez-vous que vous avez
un Amant qui ne reſpire que pour vous ?
qui ne voit & n'entend que vous ?
Nous eûmes hier un ſpectacle intéreſ
ſant. Toute la ville entouroit une An
gloiſe qui, ſans contredit, eſt une rare
Beauté. Rien de plus régulier que ſon
viſage ; rien de plus fin que ſes traits.
Elle a des cheveux noirs qui relèvent la
blancheur de la plus belle peau, des
yeux charmans, une bouche parfaite.
Tout le monde en étoit enchanté, &
II} O l
A V R I L. 1764.
49
moi je diſois tout bas ; ma chère Sophie
eſt plus aimable encore. Cette An
loiſe eſt belle , ma Maîtreſſe eſt raviſ
§ : ſes regards expriment bien mieux
le ſentiment. Quand pourrai-je y lire
encore mon bonheur ? Je précipitois
l'Etrangère du trône qu'on élevoit à ſes
charmes, & j'y plaçois avec tranſport
l'Idôle de mon cœur. Daigne, du haut
de ce trône, écouter les vœux d'un in
fortuné qui t'adorera toujours ! daigne
lui ſourire , & le plus grand Roi du mon
de enviera mon ſort. Mon aimable , ma
chère Sophie, vous êtes tout pour moi :
ſans vous, je ne veux plus de la vie, Que
ferois-je de ce préſent funeſte ? La mort
vaut mieux qu'un
éternel déſeſpoir.
On m'a fait trembler. Dorval, m'a-t-on
dit , s'eſt informé de votre fortune; il a
ſongé à vous. Je crains peu cette âme
vile ; mais verrois je un rival plus heu
reux me fermer votre cœur, ce cœur
qui ſeul peut m'attacher à la vie, de qui
dépend la dcuceur de mes jours ? O ma
chère Sophie ! je ſuis tranquille , je ſçais
compter ſur vous.Je vous embraſſe mille
fois, & je vais tâcher de m'endormir.
Puiſſe un ſonge flatteur charmer un inſ
tant mes peines. Hélas ! je ne puis donc
jouir que d'un bonheur imaginaire ? La
II. Vol.
5o MERCURE DE FRANCE.
plus douce illuſion ne vaudra jamais la
réalité.
L E T T R E V.
E ne vous écrivis point hier au ſoir. La
mélancolie ſombre qui fatiguoit mon
âme eût paſſé dans ma Lettre, & ne
vous auroit pas amuſée. Je ſuis un peu
mieux, & ma plume ſe trouve ſous ma
main. Elle s'y trouve ſouvent. Si je ne
m'en ſuis pas ſervi hier au ſoir, combien
de fois mes ardens ſoupirs, mes tendres
diſcours alloient chercher ma Sophie !
Que vous êtes aimable ! lui diſois-je tout
ému. Quelle grâce ! quelle douceur !
que vous êtes ingrate, ſi vous ne m'ai
mez pas ! Que la chaîne qui m'attache à
vous eſt forte & charmante ! Ah ! ſou
· venez-vous de ce jour où je vous remis
une Lettre en vous quittant. Vous la re
fuſiez, cruelle ! Vous avez vu mon trou
ble, mon accablement. Mais pourrai-je
vous exprimer le délire & l'agitation de
mon âme, quand je pris cette main dans
la mienne ? Dieu , quel moment ! Je
ſentis qu'elle ſe laiſſoit ouvrir pour rece
A V R I L. 1764.
-
51
*voir cet heureux billet. ... Je tremblois
de joie , ma bonne amie ; je ne pouvois
parler.... Ah ! ſi j'étois parti ſans vous
laiſſer ce gage de mon amour, ſi vous
l'aviez abſolument refuſé; ſi vous aviez
eu cet excès de rigueur, oui, la mort
m'eût ſemblé moins affreuſe ; je l'euſſe
préférée ſans héſiter au tourment, à
l'horreur de vous déplaire. O mon aima
ble Maîtreſſe l quel eſt donc cet amour
que vous m'avez inſpiré ? Il me conſume
tout entier. Mon cœur y pourra-t-il ſuf
re ? Hé! comment ne pas m'abandon
ner au penchant qui m'entraîne ? Vous
êtes belle ſans doute ; mais le charme
qui m'attire & me ſubjugue eſt dans vo
tre âme. C'eſt elle qui ſe peint dans vos
traits, dans vos yeux ; c'eſt elle qui don
· ne de la vie à vos grâces.Vous me faites
ſentir que l'attrait de la beauté tient à la
vertu. Il en eſt comme du génie; il s'al
tère & s'éteint à meſure que l âme ſe
corrompt. De même, une femme ſans
mœurs peut ſéduire; mais je doute fort
qu'elle puiſſe toucher & fixer long-temps
les adorateurs de ſa figure. On croit
bientôt démêler, dans ſa phyſionomie,la
baſſeſſe des ſentimens de ſon cœur. Ce
n'eſt plus le même objet; il ſemble que
ſa beauté diſparoiſſe à meſure que ſon
C ij
52 MERCURE DE FRANCE.
âme ſe dégrade. Pour vous, ma chère &
reſpectable Amie, j'aurai toujours de
nouvelles raiſons de vous aimer davan
tage. Je vous trouverai toujours plus
charmante ; ou, ſi l'amitié ſuccède enfin
à l'amour, elle lui reſſemblera ſi bien,
que la différence ne ſera guères ſenſible.
Douce & tendre Sophie ! unique Amie
de mon cœur ! nous trouverons toujours
dans la candeur & l'honnêteté qui nous
animent, les délices du ſentiment; & le
ſouvenir de nos premiers feux répandra
juſques ſur nos vieux jours le charme de
notre heureuſe jeuneſſe.
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Résumé : SUITE des Lettres à SOPHIE.
Les lettres adressées à Sophie révèlent des sentiments amoureux profonds et douloureux. L'auteur, alité et tourmenté par l'amour, exprime ses peines et nie toute légèreté. Il affirme que sa rencontre avec Sophie lui a fait découvrir la véritable nature de l'amour. Il supplie Sophie de ne jamais le quitter, soulignant sa sensibilité et sa souffrance. Dans une autre lettre, il décrit une Anglaise admirée pour sa beauté, mais compare favorablement Sophie à cette dernière, la trouvant plus aimable et expressive. Il craint la concurrence d'un rival nommé Dorval, mais reste confiant en l'amour de Sophie. L'auteur évoque un moment émouvant où il a remis une lettre à Sophie. Il admire non seulement la beauté de Sophie, mais aussi sa vertu et son âme, affirmant que la véritable beauté réside dans la moralité. Il espère que leur amour perdurera, se transformant éventuellement en amitié, tout en restant tendre et candide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10940
p. 52
« LE mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure d'Avril est [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure d'Avril est [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure d'Avril est [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
premier volume du Mercure d'Avril est
la Cheminée. Celui de la ſeconde eſt le
fuſeau. Celui de la troiſiéme eſt, faſcia,
bandeau royal, bandage de Chirurgien,
ſublatâ litterâ remanet aſcia, une hache.
Celui du premier Logogryphe eſt le Lo
gogryphe lui méme, dans lequel on trou
Ve Loi , Roi , lyre, gloire, loire , hor
loge , loge, gril & orge. Celui du ſe
cond eſt Cordon. On y trouve cor, or,
roc, don , on, nord, rond,
premier volume du Mercure d'Avril est
la Cheminée. Celui de la ſeconde eſt le
fuſeau. Celui de la troiſiéme eſt, faſcia,
bandeau royal, bandage de Chirurgien,
ſublatâ litterâ remanet aſcia, une hache.
Celui du premier Logogryphe eſt le Lo
gogryphe lui méme, dans lequel on trou
Ve Loi , Roi , lyre, gloire, loire , hor
loge , loge, gril & orge. Celui du ſe
cond eſt Cordon. On y trouve cor, or,
roc, don , on, nord, rond,
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10941
p. 53
ENIGME.
Début :
JAMAIS par moi lieux bas ne furent habités ; [...]
Mots clefs :
Coq d'un clocher
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
E N I G M E.
\
Jauxis par moi lieux bas ne furent habités ; .
Mon corps eſt agiſſant ſans vie; v,
Et l'on me voit tourner les yeux de tous côtés,
Quoique de regarder je n'aye aucune envie.
\
Jauxis par moi lieux bas ne furent habités ; .
Mon corps eſt agiſſant ſans vie; v,
Et l'on me voit tourner les yeux de tous côtés,
Quoique de regarder je n'aye aucune envie.
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10942
p. 53
AUTRE.
Début :
DANS les forêts j'ai pris naissance, [...]
Mots clefs :
Bâton de maréchal de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R JE.
D A N s les forêts j'ai pris naiſſance,
Et rien n'eſt égal à mon ſort,
Puiſque ce n'eſt qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiſſance.
- Je reviens des champs dans les villes ,
J'acquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me poſſéde, on peut avec raiſon
Croire à l'Etat être des plus utiles,
A la Cour chacun me deſire ;
Je ſuis ſi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
- Quelque marque de ſon Empire ;
Mon régne eſt celui de la guerre ;
Et bien qu'eſclave des humains,
Quand je tombe en de bonnes mains,
Je fais trembler toute la Terre.
D A N s les forêts j'ai pris naiſſance,
Et rien n'eſt égal à mon ſort,
Puiſque ce n'eſt qu'après ma mort
Qu'on me voit en grande puiſſance.
- Je reviens des champs dans les villes ,
J'acquiers de la beauté de maiſon en maiſon ;
Et quand on me poſſéde, on peut avec raiſon
Croire à l'Etat être des plus utiles,
A la Cour chacun me deſire ;
Je ſuis ſi bien auprès du Roi ,
Qu'il veut que je porte avec moi
- Quelque marque de ſon Empire ;
Mon régne eſt celui de la guerre ;
Et bien qu'eſclave des humains,
Quand je tombe en de bonnes mains,
Je fais trembler toute la Terre.
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10943
p. 54-55
LOGOGRYPHE.
Début :
MON tout, ami Lecteur, est un objet immonde : [...]
Mots clefs :
Fange
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
L O G O G R Y P H E.
M oN tout, ami Lecteur,eſt un objet immonde :
Rien de plus dégoûtant,rien de plus vil au monde-.
Mais diviſe mon être, & décompoſe-moi ;
Sous des traits différens je me préſente à toi.
D'abord j'ai de l'eſprit, ſi tu m'ôtes la tête ;
Qu'on m'ôte auſſi le ventre , & je ſuis une bête.
Coupe de plus ma queue, ô changement ſubit !
Je ceſſe d'être bête, & je n'ai plus d'eſprit.
Cependant, qui l'eût cru ? quel étrange myſtère !
D'une foule d'enfans je me vois le vrai père.
Mais ſi tu rends mon chef,je perds tous mes enfans,.
Je le deviens moi-même, & j'acquiers pour paº
16ºnS
Un Chaſſeur téméraire , un Animal timide
Que Calchas autrefois immola dans l'Aulide.
Laiſſe à côté mon chef, prends maintenant mon
corps :
Arraches-en le coeur ; & malgré tes e orts
\ Succombant à ton tour , d'une main ennemie ,
Te briſe auſſi ton corps, je t'arrache la vie.
Mais enfin de mon être ainſi martyriſé,
De mes membres épars, de mon corps diviſé
Prends mon coeur & ma queue , ajoutes-y ma,
tête,
A V R I L. 1764. 55
A l'abri, dans mon ſein, tu braves la tempête,
Tu traverſes les mers, tu vogues ſur les eaux,
· En dépit de l'orage, & du courroux des flots.
Be....... p. d, c. d. 1»-
M oN tout, ami Lecteur,eſt un objet immonde :
Rien de plus dégoûtant,rien de plus vil au monde-.
Mais diviſe mon être, & décompoſe-moi ;
Sous des traits différens je me préſente à toi.
D'abord j'ai de l'eſprit, ſi tu m'ôtes la tête ;
Qu'on m'ôte auſſi le ventre , & je ſuis une bête.
Coupe de plus ma queue, ô changement ſubit !
Je ceſſe d'être bête, & je n'ai plus d'eſprit.
Cependant, qui l'eût cru ? quel étrange myſtère !
D'une foule d'enfans je me vois le vrai père.
Mais ſi tu rends mon chef,je perds tous mes enfans,.
Je le deviens moi-même, & j'acquiers pour paº
16ºnS
Un Chaſſeur téméraire , un Animal timide
Que Calchas autrefois immola dans l'Aulide.
Laiſſe à côté mon chef, prends maintenant mon
corps :
Arraches-en le coeur ; & malgré tes e orts
\ Succombant à ton tour , d'une main ennemie ,
Te briſe auſſi ton corps, je t'arrache la vie.
Mais enfin de mon être ainſi martyriſé,
De mes membres épars, de mon corps diviſé
Prends mon coeur & ma queue , ajoutes-y ma,
tête,
A V R I L. 1764. 55
A l'abri, dans mon ſein, tu braves la tempête,
Tu traverſes les mers, tu vogues ſur les eaux,
· En dépit de l'orage, & du courroux des flots.
Be....... p. d, c. d. 1»-
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10944
p. 55
AUTRE.
Début :
DANS un seul mot trouvez Mein, Rhin, [...]
Mots clefs :
Pyrrhonisme
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E.
DAss un ſeul mot trouvez Mein, Rhin,.
Rome , miroir , Roi , ris & miſe,
Renom , ſirop, Rhone & Serin ,
Iphis, Héros, Memphis & Piſe.
Par M. LAvs de BoIssF'.
DAss un ſeul mot trouvez Mein, Rhin,.
Rome , miroir , Roi , ris & miſe,
Renom , ſirop, Rhone & Serin ,
Iphis, Héros, Memphis & Piſe.
Par M. LAvs de BoIssF'.
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10945
p. 55-56
CHANSON Imitée de la 40 e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
Début :
IL étoit fête à Cythère ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON Imitée de la 40 e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
CHANSON
Imitée de la 40e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
IL étoit fête à Cythère ;
Cupidon cueilloit des fleurs.
Bientôt ſous ſa main légère,
Un bouquet fait pour ſa mère
Brille de mille couleurs.
C iy
56 MERCURE DE FRANCE.
*
-
Le ſein vermeil d'une roſe
Vient de s'ouvrir à l'inſtant :
A peine il la voit écloſe,
Que ſoudain il ſe propoſe
D'en embellir ſon préſent.
Déjà de la fleur vermeille
Il touche un bouton naiſſant ;
Une impitoyable Abeille
Sous ſes petits doigts s'éveille,
Et le pique en s'envolant.
Fleur perfide ! ... cruels charmes,
Dit l'Amour, verſant des pleurs. ..
Cypris vient à ſes allarmes.
Les yeux de l'Amour en larmes
Sont autant de traits vainqueurs.
Je partage ton injure,
Lui répondit-elle ; mais .. ;
Dois-je plaindre une piquure,
Quand tu ris de la bleſſure
D'un cœur percé de tes traits ?
Imitée de la 40e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
IL étoit fête à Cythère ;
Cupidon cueilloit des fleurs.
Bientôt ſous ſa main légère,
Un bouquet fait pour ſa mère
Brille de mille couleurs.
C iy
56 MERCURE DE FRANCE.
*
-
Le ſein vermeil d'une roſe
Vient de s'ouvrir à l'inſtant :
A peine il la voit écloſe,
Que ſoudain il ſe propoſe
D'en embellir ſon préſent.
Déjà de la fleur vermeille
Il touche un bouton naiſſant ;
Une impitoyable Abeille
Sous ſes petits doigts s'éveille,
Et le pique en s'envolant.
Fleur perfide ! ... cruels charmes,
Dit l'Amour, verſant des pleurs. ..
Cypris vient à ſes allarmes.
Les yeux de l'Amour en larmes
Sont autant de traits vainqueurs.
Je partage ton injure,
Lui répondit-elle ; mais .. ;
Dois-je plaindre une piquure,
Quand tu ris de la bleſſure
D'un cœur percé de tes traits ?
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Résumé : CHANSON Imitée de la 40 e Ode d'Anacréon. AIR : De la Romance de Daphné.
La chanson, inspirée d'Anacréon, montre Cupidon cueillant des fleurs sur l'île de Cythère pour Vénus. Il ajoute une rose à son bouquet mais est piqué par une abeille. Blessé, il accuse la fleur. Vénus lui rappelle que ses flèches blessent aussi les cœurs, soulignant une justice poétique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10946
p. 57-69
LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
Début :
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce qu'étoit en Normandie, la Loi de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce
qu'étoit en Normandie, la Loi de la
Bataille, par laquelle préſque toutes les
affaires contentieuſes étoient terminées,
ſous les Regnes de Rollon, & de ſes deſ
ſendans, juſqu'à l'an 12o4, que Philippe
Auguſte réunit ce Duché à la Couronne
de France , & les différentes modifica
tions de cette Loi juſqu'à l'an 1577,
qu'elle fut abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir ſur ce ſujet.
Le Prince Rollon, étant devenu Duc
· de Normandie, par la ceſſion que Char
les le Simple lui en fit au 1o° Siécle, en
q 12., donna à ſes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de ſes
Etats. Ces Loix étoient ſimples; elles ſe
réduiſoient préſque toutes, a faire éxa
miner par
quatre cº# l'objet
38 MERCURE DE FRANCE.
des conteſtations ; & ſur leur rapport
l'Aſſiſe prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni diſpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers, après s'être tranſ
portés ſur les lieux, pour examiner la
plainte, ne la pouvoient éclaircir, faute
de preuves ou de témoins ; ſi la querelle
ne paſſoit pas dix ſols , celui à qui cette
ſomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas. Si la demande paſſoit dix
ſols , ou qu'il fût queſtion d'uſurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puſſent, par l'enquête, connoître la vé
rité, celui qui étoit accuſé étoit obligé
ou d'acquieſcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affiſe. Ces
ſortes de batailles , qui n'étoient pas
pour cauſès criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme; le vaincu per--
doit ſon procès , payoit l'amende *,
&e. Mais il n'en étoit pas de même des
accuſations criminelles , dont on ne
-
pouvoit faire une preuve ſuffiſante : le
plaintif& l'accuſé étoient tenus de com--
battre en champ clos, juſqu'à ce qu'il
s'enſuivît la mort d'une des deux par
ties; & le vainqueur emportoit gain
" De là le Proverbe , les Battus payent l'a--
Raide.-
(
-
º,
" .
-
-
-
A V R I L. 1764:
59
de cauſe ; car ſi l'un des deux ſe rendoit
à ſon adverſaire , il étoit réputé cou
pable, & la Juſtice prononçoit ſon arrêt
de mort. Cet uſage étoit ſi conforme au
goût & aux mœurs de ces temps-là,qu'il
s'étendoit juſques ſur le Clergé & ſur
les femmes mêmes : avec cette diftinc
tion cependant, que ſi un Clerc non ma
rié vouloit combattre, l'Egliſe n'étoit
· pas tenue de le ſouffiir , mais que ſi un
Clerc marié portant l'habit parti , de
mandoit le combat, l'Egliſe ne pouvoit
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que l'eût été
un Laïc. Lorſqu'une femme étoit accu
ſée en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à ſon honneur ; ſi aucun Che
valier ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa cauſe, elle avoit la liberté
de ſe purger par l'igniſſe, c'eſt-à-dire
d'étendre ſes mains ſur un plateau de
fer rouge, monté ſur un trépied , ſous
lequel on entretenoit un feu ardent. Si
lorſqu'après les y avoir poſées, elle les
retiroit ſans aucun ſigne extérieur de
brûlure ,
elle étoit déclarée innocen
te : l'empreinte du feu entraînoit au
contraire après elle la condamnation de
l'accuſée.
Les hommes pouvoient auſſi , lorſ- .
-
C vj,
\
éo MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux, deman
der à ſubir l'épreuve de l'eau. On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve.
S'ils ſurna
geoient, leur innocence étoit reconnue;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit pluſieurs !
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail ſeroit trop long. On
peut recourir ſur ce ſujet au Traité des
Superſtitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille. Le plaintif citoit aux Aſſiſes
celui qu'il accuſoit de lui avoir uſurpé
ſon héritage, volé ſon argent, ou tué
ſon parent. Lorſque l'accuſé nioit le
fait, & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience, comme ſon gantelet , ſa
ceinture , ou ſon écu , & donnoit cau
tion de ſoutenir la bataille. L'accuſé ac
ceptoit le défi
jettoit pareillement un
gage, & donnoit auſſi caution pour la
bataille. La Juſtice
faiſoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accuſa- .
tion & de la défenſe, par ſept perſonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
A V R I L. 1764.
·
6 i
injures à quelqu'un, avoient été con
damnés à ſe dédire en pleine Audien
ce, ou à l'Egliſe dans un jour ſolem
nel , en ſe prenant par le bout du nez,
& en diſant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient ſervir de recor
deurs : ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la riſée publique ,
car la canaille ne manquoit pas de les
: reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorſque le ſujet de la bataille étoit
conſtaté, les Champions étoient mis dans
la priſon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes, à leurs dépends, s'ils
· en demandoient : les perſonnes de qua
lité qui ne vouloient pas ſe rendre en
priſon, étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréſenter ,
· morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
, en vive priſon. Pendant que cette vive
priſon duroit, il n'étoit permis à per
ſonne d'inſulter les Champions, ſous les
peines les plus grièves. Le jour de la Ba
taille arrivé, ſi c'étoit entre deux Nobles,
, ils étoient tenus de s'offrir a la juftice
· armés en guerre , auſſi-tôt que midi
étoit paſſé. Si c'étoit des roturiers, ils
devoient comparoître a la même heure,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE.
côtes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus, armés de draps , de cuir , de
laine , ou d'eſtoupes , n'ayant à leurs
bâtons, à leurs armures des jambes, &
à leurs écus , que du feuſt, ou du cuir ,.
& ne devant ſe ſervir pour combattre,
que de l'écu, & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeſſus les
oreilles, & pouvoient être oings, s'ils
le jugeoient à propos. Dans toutes les Ba
tailles, les armes devoient être égales; &
pour plus grande régularité, s'il man
quoit un œil ou un bras à l'un des
Champions , ſon adverſaire combattoit
un œuil fermé ou un bras attaché. Le
jour de la Bataille arrivé, les Champions
ſe rendoient à la Juriſdiction ; les Juges
recordoient de nouveau en leur préſence,.
les paroles ſur leſquelles la Bataille
avoit été gagée ; puis on les menoit au
Champ. Cétoit un terrain quarré proche
la ville, entouré de paliſſades. Les Juges
· s'y rendoient auſſi ; & lorſqu'ils étoient
arrivés, pourvu que l'heure de midi
fût paſſée , un Huiſſier crioit à haute
voix, aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
cri ſe répétoit trois fois dans une heure..
Au dernier appel , les Champions.
ſe préſentoient à la barrière pour en --
-
A V R I L. 1764.
63
trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable, les Maré
chaux*, ou à leur défaut un Chevalier
commis par la Juſtice, pour garder les
lices & barrières, leur demandoit leur
nom , le ſujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour com
battre.. A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe, la barrière leur étoit
ouverte. Deux Chevaliers des plus re
nommés conduiſoient d'abord l' Acteur
dans ſa tente, qui étoit dreſſée au côté
droit ; deux autres conduiſoient le dé
fenſeur, dans une autre tente dreſſée au
côté gauche. Les deux Champions y
reſtoient quelque temps pour ſe recueil
lir & prier Dieu. Pendant ce temps, la
Juſtice faiſoit crier le Baon du Prince
aux quatre coins du champ : » Qu'aucun :
» ne fût ſi hardi, ſous peine de la vie,
» d'aider ou nuire aux Champions, dè,
» fait, de paroles , ni de ſignes ,
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
* Ce n'étoit que lorſqu'il y avoit des batailles .
entre des gens de qualité, que le Connétable &
les § y aſſiſtoient. Chaque Provincer
avoit ſes Maréchaux : ils n'ont été conſervés
que pour celle de France ; mais anciennementº
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou., &c.
64 MERCURE DE FRANCE.
» affis autour du champ clos, ne mette
» la main aux lices , ne ſe meuve, ne
» touſſe , ni crache. Ce Baon publié , &
les Champions ayant prié Dieu ſuffiſa
ment , ils ſortoient de leurs tentes, ſe
mettoient à genoux au milieu du champ,
ſe prenoient par les mains, juroient de
nouveau les paroles de la bataille; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Eſprit ? S'ils n'euſſent pas fait
cette profeſſion de foi , on ne les au
| roit pas laiſſé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commenta
teur ) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en eſt aujourd'hui. Les Cham
pions juroient en outre de n'employer
aucun ſortilége pour remporter
la
victoire. Tout ce cérémonial rempli ,
ils rentroient encore un inſtant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prin
ce; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers ſe re
tiroient aux quatre côtés de l'intérieur
du champ, & y reſtoient ſeuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille, & pour écouter ſi dans le com
bat l'un ſe rendoit, à l'autre ; puis on
*.
-
A V R I L. 1764.
6;
crioit aux Champicns de faire leur de
voir. Auſſitôt ils ſortoient de leurs ten
tes & combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accuſé pouvoit ſe défendre juſqu'à
l'heure que les Etoiles devoient pa
reître au Ciel , l'Ačleur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu proit
» ver par ſon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorſ
qu'un des Champions ſe rendoit à ſon
adverſaire , les quatre Chevaliers com
mis à juger de la bataille alloient en
inſtruire la Juſtice; & le vaincu ſubiſ
ſoit la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat, ſon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémora
ble de ceci, dans la Province de Nor
mandie.
Jean, Seigneur de Carrouge, & Jac
ques Legris , Seigneur d'Echaufour 2
étoient liés d'une étroite amitié. Carrou
ge épouſa une jeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant ſon abſence, un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée, entra
la nuit dans ſa chambre, & lui ravit ſon
honneur. L'auteur d'une action ſi inique
avoit pris toutes les précautions imagi
nables pour n'être pasreconnu. L'épouſè
66 MERCURE DE FRANCE. .
de Carrouge crut avoir diſtingué Legris.
Carrôuge ne fut pas plutôt de retour,
que ſa femme fondant en pleurs lui ra
conta ſon malheur, & accuſa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penſer
que ſon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais ſa femme lui fit tant de
ſermens, qu'il ſe laiſſa perſuader. Il aſ
ſembla donc les perſonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui conſeil
lèrent de porter ſa plainte au Comte d'A-
lençon, Seigneur des deux Fiefs. Les
Parties furent citées.
Legris proteſta
u'il étoit innocent , & prouva qu'il
toit chez le Comte au jour & au mo
ment même que la Dame diſoit avoir été
violée. C'étoit prouver l'alibi. La fem
me de Carrouge ne pouvoit adminiſtrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit† elle avoit eu un ſonge,
ont ſon imagination avoit été bleſſée ;
& conſeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put ſe réſoudre à la
terminer ainſi , parce qu'elle avoit trop.
éclatée ; il la porta au Parlement de Pa
ris, où elle fut débattue pendant plus
de dix-huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris, ordonna par un Arrêt de l'an
1386, que les deux Gentilhommes vui
• <
-
-
A V R I L. 1764.
-
67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur empor
teroit gain de cauſe; que le vaincu ſe
roit pendu au gibet; & que ſi Carrouge
ſuccomboit, ſa femme ſeroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute ſa Cour furent
ſpectateurs de ce Duel. Les Champions
commencèrent le Combat à cheval; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
l'un ſur l'autre, ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible. Carrouge reçut d'a-
bord dans la cuiſſe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de ſon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre ſes forces , &
chargea ſon ennemi avec tant de furie,
qu'il le renverſa, & lui paſſa ſon épée au
travers du corps. Tout le monde applau
dit; Legris fut livré au Bourreau, traîné
par les rues, & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut ſe proſterner aux pieds du
Roi, qui le releva, lui fit délivrer 1ooo l..
& le retint au ſervice de ſa Chambre,
avec 2oo liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au ſupplice, avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris .
avoit été accuſé. La femme de Carrouge
ſe livra tellement à ſes remords que, ſon
mari étant mort peu de temps après , .
alle ſe retira dans un Monaſtère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paſſer le reſte de ſes jours dans une
auſtère pénitence.
-
Tels§ les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
ſentir dans tous les temps. Lorſque
Philippe Auguſte réunit la Normandie à
la Couronne, il tint un Conſeil à Liſle
bonne dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués, pour ſtatuer ſur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Nor
mandie. Quand il fut queſtion de la Ba
taille, on décida qu'elle ſeroit abolie ;
parce que les forts, qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appar
tenoit légitimement; ou les faiſoient paſ
ſer pour coupables lorſqu'ils étoient in
nocens. Les choſes reſtèrent ainſi juſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271,
quiconſidérant que depuisl'aboliſſement
de la Bataille, il ſe commettoit des cri
mes dont on ne pouvoit faire la preuve,
& dont on ne craignoit plus la punition
par le ſort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme aupara
vant, dans les cas criminels ſeulement.
Mais l'Egliſe s'éleva par la ſuite contre
des uſages ſi contraires à la Religion ; &
finalement, à la réformation de la Cou
tume de Normandie, ordonnée par Let
l
-
A V R I L. 1764.
ég
tres du Roi Henri III, données à Blois
le 22 Mars 1577, le gage de Bataille, &
·outes les épreuves du feu & de l'eau fu
rent entiérement abolies,
J'ai l'honneur d'être , &c.
*-
C****, Abonné au Mercure.
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce
qu'étoit en Normandie, la Loi de la
Bataille, par laquelle préſque toutes les
affaires contentieuſes étoient terminées,
ſous les Regnes de Rollon, & de ſes deſ
ſendans, juſqu'à l'an 12o4, que Philippe
Auguſte réunit ce Duché à la Couronne
de France , & les différentes modifica
tions de cette Loi juſqu'à l'an 1577,
qu'elle fut abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir ſur ce ſujet.
Le Prince Rollon, étant devenu Duc
· de Normandie, par la ceſſion que Char
les le Simple lui en fit au 1o° Siécle, en
q 12., donna à ſes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de ſes
Etats. Ces Loix étoient ſimples; elles ſe
réduiſoient préſque toutes, a faire éxa
miner par
quatre cº# l'objet
38 MERCURE DE FRANCE.
des conteſtations ; & ſur leur rapport
l'Aſſiſe prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni diſpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers, après s'être tranſ
portés ſur les lieux, pour examiner la
plainte, ne la pouvoient éclaircir, faute
de preuves ou de témoins ; ſi la querelle
ne paſſoit pas dix ſols , celui à qui cette
ſomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas. Si la demande paſſoit dix
ſols , ou qu'il fût queſtion d'uſurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puſſent, par l'enquête, connoître la vé
rité, celui qui étoit accuſé étoit obligé
ou d'acquieſcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affiſe. Ces
ſortes de batailles , qui n'étoient pas
pour cauſès criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme; le vaincu per--
doit ſon procès , payoit l'amende *,
&e. Mais il n'en étoit pas de même des
accuſations criminelles , dont on ne
-
pouvoit faire une preuve ſuffiſante : le
plaintif& l'accuſé étoient tenus de com--
battre en champ clos, juſqu'à ce qu'il
s'enſuivît la mort d'une des deux par
ties; & le vainqueur emportoit gain
" De là le Proverbe , les Battus payent l'a--
Raide.-
(
-
º,
" .
-
-
-
A V R I L. 1764:
59
de cauſe ; car ſi l'un des deux ſe rendoit
à ſon adverſaire , il étoit réputé cou
pable, & la Juſtice prononçoit ſon arrêt
de mort. Cet uſage étoit ſi conforme au
goût & aux mœurs de ces temps-là,qu'il
s'étendoit juſques ſur le Clergé & ſur
les femmes mêmes : avec cette diftinc
tion cependant, que ſi un Clerc non ma
rié vouloit combattre, l'Egliſe n'étoit
· pas tenue de le ſouffiir , mais que ſi un
Clerc marié portant l'habit parti , de
mandoit le combat, l'Egliſe ne pouvoit
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que l'eût été
un Laïc. Lorſqu'une femme étoit accu
ſée en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à ſon honneur ; ſi aucun Che
valier ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa cauſe, elle avoit la liberté
de ſe purger par l'igniſſe, c'eſt-à-dire
d'étendre ſes mains ſur un plateau de
fer rouge, monté ſur un trépied , ſous
lequel on entretenoit un feu ardent. Si
lorſqu'après les y avoir poſées, elle les
retiroit ſans aucun ſigne extérieur de
brûlure ,
elle étoit déclarée innocen
te : l'empreinte du feu entraînoit au
contraire après elle la condamnation de
l'accuſée.
Les hommes pouvoient auſſi , lorſ- .
-
C vj,
\
éo MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux, deman
der à ſubir l'épreuve de l'eau. On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve.
S'ils ſurna
geoient, leur innocence étoit reconnue;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit pluſieurs !
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail ſeroit trop long. On
peut recourir ſur ce ſujet au Traité des
Superſtitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille. Le plaintif citoit aux Aſſiſes
celui qu'il accuſoit de lui avoir uſurpé
ſon héritage, volé ſon argent, ou tué
ſon parent. Lorſque l'accuſé nioit le
fait, & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience, comme ſon gantelet , ſa
ceinture , ou ſon écu , & donnoit cau
tion de ſoutenir la bataille. L'accuſé ac
ceptoit le défi
jettoit pareillement un
gage, & donnoit auſſi caution pour la
bataille. La Juſtice
faiſoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accuſa- .
tion & de la défenſe, par ſept perſonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
A V R I L. 1764.
·
6 i
injures à quelqu'un, avoient été con
damnés à ſe dédire en pleine Audien
ce, ou à l'Egliſe dans un jour ſolem
nel , en ſe prenant par le bout du nez,
& en diſant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient ſervir de recor
deurs : ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la riſée publique ,
car la canaille ne manquoit pas de les
: reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorſque le ſujet de la bataille étoit
conſtaté, les Champions étoient mis dans
la priſon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes, à leurs dépends, s'ils
· en demandoient : les perſonnes de qua
lité qui ne vouloient pas ſe rendre en
priſon, étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréſenter ,
· morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
, en vive priſon. Pendant que cette vive
priſon duroit, il n'étoit permis à per
ſonne d'inſulter les Champions, ſous les
peines les plus grièves. Le jour de la Ba
taille arrivé, ſi c'étoit entre deux Nobles,
, ils étoient tenus de s'offrir a la juftice
· armés en guerre , auſſi-tôt que midi
étoit paſſé. Si c'étoit des roturiers, ils
devoient comparoître a la même heure,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE.
côtes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus, armés de draps , de cuir , de
laine , ou d'eſtoupes , n'ayant à leurs
bâtons, à leurs armures des jambes, &
à leurs écus , que du feuſt, ou du cuir ,.
& ne devant ſe ſervir pour combattre,
que de l'écu, & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeſſus les
oreilles, & pouvoient être oings, s'ils
le jugeoient à propos. Dans toutes les Ba
tailles, les armes devoient être égales; &
pour plus grande régularité, s'il man
quoit un œil ou un bras à l'un des
Champions , ſon adverſaire combattoit
un œuil fermé ou un bras attaché. Le
jour de la Bataille arrivé, les Champions
ſe rendoient à la Juriſdiction ; les Juges
recordoient de nouveau en leur préſence,.
les paroles ſur leſquelles la Bataille
avoit été gagée ; puis on les menoit au
Champ. Cétoit un terrain quarré proche
la ville, entouré de paliſſades. Les Juges
· s'y rendoient auſſi ; & lorſqu'ils étoient
arrivés, pourvu que l'heure de midi
fût paſſée , un Huiſſier crioit à haute
voix, aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
cri ſe répétoit trois fois dans une heure..
Au dernier appel , les Champions.
ſe préſentoient à la barrière pour en --
-
A V R I L. 1764.
63
trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable, les Maré
chaux*, ou à leur défaut un Chevalier
commis par la Juſtice, pour garder les
lices & barrières, leur demandoit leur
nom , le ſujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour com
battre.. A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe, la barrière leur étoit
ouverte. Deux Chevaliers des plus re
nommés conduiſoient d'abord l' Acteur
dans ſa tente, qui étoit dreſſée au côté
droit ; deux autres conduiſoient le dé
fenſeur, dans une autre tente dreſſée au
côté gauche. Les deux Champions y
reſtoient quelque temps pour ſe recueil
lir & prier Dieu. Pendant ce temps, la
Juſtice faiſoit crier le Baon du Prince
aux quatre coins du champ : » Qu'aucun :
» ne fût ſi hardi, ſous peine de la vie,
» d'aider ou nuire aux Champions, dè,
» fait, de paroles , ni de ſignes ,
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
* Ce n'étoit que lorſqu'il y avoit des batailles .
entre des gens de qualité, que le Connétable &
les § y aſſiſtoient. Chaque Provincer
avoit ſes Maréchaux : ils n'ont été conſervés
que pour celle de France ; mais anciennementº
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou., &c.
64 MERCURE DE FRANCE.
» affis autour du champ clos, ne mette
» la main aux lices , ne ſe meuve, ne
» touſſe , ni crache. Ce Baon publié , &
les Champions ayant prié Dieu ſuffiſa
ment , ils ſortoient de leurs tentes, ſe
mettoient à genoux au milieu du champ,
ſe prenoient par les mains, juroient de
nouveau les paroles de la bataille; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Eſprit ? S'ils n'euſſent pas fait
cette profeſſion de foi , on ne les au
| roit pas laiſſé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commenta
teur ) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en eſt aujourd'hui. Les Cham
pions juroient en outre de n'employer
aucun ſortilége pour remporter
la
victoire. Tout ce cérémonial rempli ,
ils rentroient encore un inſtant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prin
ce; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers ſe re
tiroient aux quatre côtés de l'intérieur
du champ, & y reſtoient ſeuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille, & pour écouter ſi dans le com
bat l'un ſe rendoit, à l'autre ; puis on
*.
-
A V R I L. 1764.
6;
crioit aux Champicns de faire leur de
voir. Auſſitôt ils ſortoient de leurs ten
tes & combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accuſé pouvoit ſe défendre juſqu'à
l'heure que les Etoiles devoient pa
reître au Ciel , l'Ačleur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu proit
» ver par ſon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorſ
qu'un des Champions ſe rendoit à ſon
adverſaire , les quatre Chevaliers com
mis à juger de la bataille alloient en
inſtruire la Juſtice; & le vaincu ſubiſ
ſoit la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat, ſon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémora
ble de ceci, dans la Province de Nor
mandie.
Jean, Seigneur de Carrouge, & Jac
ques Legris , Seigneur d'Echaufour 2
étoient liés d'une étroite amitié. Carrou
ge épouſa une jeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant ſon abſence, un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée, entra
la nuit dans ſa chambre, & lui ravit ſon
honneur. L'auteur d'une action ſi inique
avoit pris toutes les précautions imagi
nables pour n'être pasreconnu. L'épouſè
66 MERCURE DE FRANCE. .
de Carrouge crut avoir diſtingué Legris.
Carrôuge ne fut pas plutôt de retour,
que ſa femme fondant en pleurs lui ra
conta ſon malheur, & accuſa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penſer
que ſon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais ſa femme lui fit tant de
ſermens, qu'il ſe laiſſa perſuader. Il aſ
ſembla donc les perſonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui conſeil
lèrent de porter ſa plainte au Comte d'A-
lençon, Seigneur des deux Fiefs. Les
Parties furent citées.
Legris proteſta
u'il étoit innocent , & prouva qu'il
toit chez le Comte au jour & au mo
ment même que la Dame diſoit avoir été
violée. C'étoit prouver l'alibi. La fem
me de Carrouge ne pouvoit adminiſtrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit† elle avoit eu un ſonge,
ont ſon imagination avoit été bleſſée ;
& conſeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put ſe réſoudre à la
terminer ainſi , parce qu'elle avoit trop.
éclatée ; il la porta au Parlement de Pa
ris, où elle fut débattue pendant plus
de dix-huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris, ordonna par un Arrêt de l'an
1386, que les deux Gentilhommes vui
• <
-
-
A V R I L. 1764.
-
67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur empor
teroit gain de cauſe; que le vaincu ſe
roit pendu au gibet; & que ſi Carrouge
ſuccomboit, ſa femme ſeroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute ſa Cour furent
ſpectateurs de ce Duel. Les Champions
commencèrent le Combat à cheval; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
l'un ſur l'autre, ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible. Carrouge reçut d'a-
bord dans la cuiſſe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de ſon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre ſes forces , &
chargea ſon ennemi avec tant de furie,
qu'il le renverſa, & lui paſſa ſon épée au
travers du corps. Tout le monde applau
dit; Legris fut livré au Bourreau, traîné
par les rues, & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut ſe proſterner aux pieds du
Roi, qui le releva, lui fit délivrer 1ooo l..
& le retint au ſervice de ſa Chambre,
avec 2oo liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au ſupplice, avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris .
avoit été accuſé. La femme de Carrouge
ſe livra tellement à ſes remords que, ſon
mari étant mort peu de temps après , .
alle ſe retira dans un Monaſtère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paſſer le reſte de ſes jours dans une
auſtère pénitence.
-
Tels§ les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
ſentir dans tous les temps. Lorſque
Philippe Auguſte réunit la Normandie à
la Couronne, il tint un Conſeil à Liſle
bonne dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués, pour ſtatuer ſur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Nor
mandie. Quand il fut queſtion de la Ba
taille, on décida qu'elle ſeroit abolie ;
parce que les forts, qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appar
tenoit légitimement; ou les faiſoient paſ
ſer pour coupables lorſqu'ils étoient in
nocens. Les choſes reſtèrent ainſi juſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271,
quiconſidérant que depuisl'aboliſſement
de la Bataille, il ſe commettoit des cri
mes dont on ne pouvoit faire la preuve,
& dont on ne craignoit plus la punition
par le ſort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme aupara
vant, dans les cas criminels ſeulement.
Mais l'Egliſe s'éleva par la ſuite contre
des uſages ſi contraires à la Religion ; &
finalement, à la réformation de la Cou
tume de Normandie, ordonnée par Let
l
-
A V R I L. 1764.
ég
tres du Roi Henri III, données à Blois
le 22 Mars 1577, le gage de Bataille, &
·outes les épreuves du feu & de l'eau fu
rent entiérement abolies,
J'ai l'honneur d'être , &c.
*-
C****, Abonné au Mercure.
Fermer
Résumé : LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
La lettre traite de la loi de la bataille en Normandie, en vigueur jusqu'en 1204, date à laquelle Philippe Auguste intégra le duché à la couronne de France. Cette loi, établie par Rollon au Xe siècle, permettait de résoudre les conflits par un jugement divin. En l'absence de preuves, les parties pouvaient recourir à un duel judiciaire. Pour les litiges civils, le perdant devait payer une amende, tandis que pour les crimes, le combat se poursuivait jusqu'à la mort. Les clercs mariés et les femmes pouvaient également participer, avec des procédures spécifiques comme l'épreuve du fer chaud ou de l'eau. Les duels étaient soigneusement préparés. Les nobles combattaient avec des armes, tandis que les roturiers utilisaient des armes plus simples. Les champions portaient des protections légères et utilisaient des bâtons et des écus en bois ou en cuir. Les armes étaient choisies de manière égale pour garantir l'équité. Le jour du duel, les champions se rendaient à la juridiction où les juges rappelaient les raisons du combat. Ils étaient conduits sur un terrain carré entouré de palissades. Après plusieurs appels, ils entraient dans le champ, armés et prêts à combattre. Si l'accusé résistait jusqu'à la tombée de la nuit, l'accusateur était déclaré vaincu. En cas de reddition ou de mort, le perdant subissait la peine prévue pour le crime. Un exemple notable est le duel entre Jean de Carrouges et Jacques Legris, accusé de viol par la femme de Carrouges. En 1386, le Parlement de Paris ordonna un duel pour trancher la dispute. Legris fut vaincu et exécuté, tandis que Carrouges fut récompensé par le roi. Plus tard, un brigand avoua être coupable du crime dont Legris avait été accusé. Philippe Auguste abolit la loi de la bataille en raison de ses abus, mais Philippe le Hardi la rétablit en 1271. L'Église s'opposa ensuite à ces pratiques, conduisant à leur abolition définitive sous Henri III en 1577.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10947
p. 69-84
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
Début :
CET Ouvrage, en entier, donne une histoire générale de la Botanique. [...]
Mots clefs :
Plantes, Méthode, Ouvrage, Botanique, Science, Botanistes, Auteurs, Connaissances, Genres, Familles, Anciens, Trouver, Présenter, Résultats, Détail, Système
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texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
FAMILLES des Plantes, par M.
ADANSON, de l'Académie des
Sciences, de la Société Royale de
Londres, Censeur Royal. A Paris,
chez Vincent, Imprimeur-Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVEVCE,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8o.
CET Ouvrage, en entier, donne
une histoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la ſeconde eſt toute
pratique. Il y régne généralement beau
coup de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire, que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
· Dans la première Partie M. Adanſon ,
7o MERCURE DE FRANCE.
expoſe l'état ancien & actuel de la Bota
nique ; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariſtote, Téophraſte Dioſco
rides & Pline, ne ſont qu'apparens,ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la pertée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art , que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées, faute d'entendre aſſez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deſtitué de preuves » quoiqueThéophraſ
» te & Dioſcorides, dit-il , qui s'eſt at
» taché particulierement aux plantes, &
» qui s'eſt fait le plus grand nom ſur
» cette matière, n'ayent parlé que d'en
» viron 3 à 6ooo plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
» difficile & quelquefois impoſſible de
» les reconnoître; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages, des traits de lumière & des
» connoiſſances ſi profondes,dont quel
» ques-unes même paroiſſent ignorées
» aujourd'hui, & pourroient être appel
» lées des découvertes renouvellées des
a » Grecs, qu'on ne peut s'empêcher de
- º » convenir que malgré le mépris que
A V R I L. 1764.
71
» quelques Botaniſtes modernes affec
» tant de répandre ſur eux, ces grands
» hommes, quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
» regardoient que comme des diction
» naires trop ſuperficiels,avoient comme
» nous des connoiſſances de détail dont
» les temps ne nous ont conſervé que
» les réſultats généraux. Il eſt certain,au
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous reſte des ouvrages d'Ariſtote,
» de Théophraſte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiſſons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eſt plus
» probable, que leurs réſultats généraux
» dépendoient de ces connoiſſances de
» détail dont ces divins Auteurs laiſ
» ſoient échaper par intervalles de lé
» gères traces. Ce ſont de ces faits dont
» ne peut guères douter, tout hom
» me qui a étudié aſſez à fond les Scien
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
22 opinion,que pance qu'ils n'avoient pas
» été auſſi loin que nous, nous devrions .
» peut - être plutôt penſer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
•72 MERCURE DE FRANCE.
» fait ſentir l'inſuſſiſance des méthodes
» dont nous nous contentons.
.
M. Adanſon fait voir auſſi que ſou
vent tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveau
té, n'eſt pas toujours le meilleur, & à
cet égard, il rend juſtice à la mémoire
de Tournefort, en laiſſant encore au
jourd'hui à cet illuſtre François la pre
mière place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu
» des, n'a pas toujours été en raiſon
» de leur bonté ; l'eſprit national y a
» ſouvemt plus de part que le deſir de
» trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
» méthode de Rai a été ſuivie par des
» Anglois célébres, Sloane , Pétiver,
» Martin , & en partie par Dillen; le
» ſyſtême de Rivin a été embraſſé par
» les Allemands les plus diſtingués en
» Botanique, Cretien , Knal, Ruppias,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort, c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier, Ma
» chant, Dodart, Niſſote, MM. de Juſ
» ſieu, & Vaillant qui le ſuivirent, elle
» fut
A V R I L. 1764:
73
» fut adoptée par les Etrangers qui te
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva, M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne, en Angle
» terre & en Saxe par pluſieurs Sça
» vans diſtingués ; & ce qui ajoute en
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité ſem
» ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per
» dre de ſon éclat, & que M. de Juſſieu
» dont les vaſtes connoiſſances en Bo
» tanique ne laiſſent pas ſentir à la
» France la perte du grand Tournefort,
» en a toujours conſervé les ſages prin
» cipes que nous nous faiſons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» ſatisfaction , que ces principes ſe ré
» pandent juſqu'en Eſpagne, comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju
» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
» traduire en ſa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inſtruction de ſes
» diſciples ; de ſorte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
» les pius ſçavantes de l'Europe. ... . .
» L'exécution d'une pareille méthode ,
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'eſfort d'un génie vaſte &
» créateur; & il ne s'eſt encore trouvé
» perſonne qui ait refuſé ces deux
» grandes qualités à l'illuſtre Tourne
» fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
» titres le nom de père des Botaniſtes...
» Et ce qui doit nous inſpirer plus
» d'eſtime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un ſiécle, elle
» ait conſervé une ſupériorité ſinguliè
» re ſur toutes celles qui ont paru de
» puis, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 7o ans après lui : d'où il eſt aiſé
» de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiſſé derrière lui les
» Botaniſtes de ſon temps.
Après avoir expoſé les progrès, &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon, &éta
bli une balance entre les diverſes mé
thodes ; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici, ſoit
pour en faciliter l'étude, ſoit dans le deſ
ſein de trouver la méthode naturelle, ne
pouvoient remplir cet objet, ni condui
A V R IL. 4764.
75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eſt ſuſceptible, parce que leurs
principes ne portoient que ſur la conſi
dération d'un petit nombre de parties de
Plantes; M. Adanſon démontre par un
nombre ſuffiſant de faits, de preuves &
d'expériences, qu'une méthode ou ſyſ
tême naturel en Botanique, ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle, s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un, ne
peut conſiſter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : conſidération tout-à-fait neu
ve, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
· C'eſt ſur cette diſtribution que M,
Adanſon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de ſon Ouvrage,
dont nous donnerons ci-après une idée.
» Tout arrangement méthodique,
» dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt-il pas l'arrangement de la Na
» ture , c'eſt-à-dire, la méthode natu
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» ſera pas moins vrai, qu'elles ne peu
» vent être ſyſtêmatiques, puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi
» ſion , que les vuides ou interruptions
w que la Nature nous montre dans la ſé
D ij
|
76 MERCURE DE FRANCE.
, rie des Plantes, rapprochées par tous
» les rapports de
reſſemblance ; &
» que, ſi elles ne ſont pas ces claſſes
» naturelles que l'on cherche, elles en
» ont bien l'air, & y reſſemblent fort.
» Au reſte, je ne leur donnerai pas ce
» faſtueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé ſon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naº
turelle & ſur la Phyſique, dont il parle à
la page 2oo , & qui prouve la liaiſon &
la clef de toutes les Sciences naturelles,
il n'eſt pas douteux, à en juger par l'éº
xécution de celui-ci, qu'on ne ſçauroit
deſirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auſſi utile.
.
-
| Les principaux avantages de ces Fa
milles ſont de procurer à la Botanique
1°. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerſalité;3°. la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eſt ſuſ
ceptible; 5°. enfin des vues d'utilité plus
générales ſur les qualités des Plantes pour
ies teintures, & ſur leurs vertus médici
nales. Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention, qu'on avoit ſoupçonné
avec aſſez de fondement, que toutes les
plantes rangées dans une même Famille
-
A V R I L. 1764.
77
ſur la ſimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieu
res, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité, & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis, & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine, que d'a-
voir ſçu rapporter les genres à leurs Fa
milles Naturelles. Avec cette connoiſ
ſance, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de ſuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers; & , par la même raiſon,
on peut trouver en Amérique, en Afri
que & en Aſie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentes Plantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays.
Que de reſſources ne trouve-t-on pas
dans la Nature, lorſqu'elle eſt étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt juſ
ques dans les plus petites parties : les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas,
& ſur-tout dans les ſoixante-cinq Syſtê
mes ſimples qu'il a exécutés entre les an
nées 1741 & 1755, non-ſeulement pour
remplacer les cinquante-fix Syſtêmesan
ciens,trop compliqués & trop difficiles,
mais encore pour ſuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits ſur pluſieurs
parties des Plantes, & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous per
mettent pas de nous étendre ſur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux,que
M. Adanſon traite, & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. Telles ſont les recher
ches pour s'aſſurer s'il éxiſte dans la Na
ture des claſſes, des genres & des eſpè
ces , dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider, en en cher
chant l'explication , les preuves & la ſo
lution dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvra
ge, pour concilier les débats continuels
des Botaniſtes, & pour conſtater enfin
quelles ſont les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbi
traires , pour les diſtinguer les unes des
A V R I L. 1764:
79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des choſes tout-à-fait neuves ccs
obſervations ſur la températu e des Plan
tes ; la manière dont il conſidère la vé
gétation ; ce qui donne lieu à une théo
rie qui pourra être très-utile à l'Agricul
ture ; ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats, & non
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
uoiqu'il y ait beaucoup de détails
, profonds ſur la Science, cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout hériſſé d'é-
- pines & de difficultés. Il y a des mor
· ceaux capables de piquer la curioſité,
amuſer même en infiruiſant, ſur-tout
' dans la partie où M. Adanſon expoſe les
- réſultats des découvertes les plus moder
nes. On eſt quelquefois bien-aiſe de ſça
voir tout ce qui a été obſervé de plus
· ſingulier, & qui ſemble même tenir du
merveilleux , ſur la prodigieuſe fécon
dité des Plantes, ſur la monſtrueuſe groſ
ſeur de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de dia
- mètre, ſur ces Palmiers & ces Lianes
- de trois cens pieds de hauteur, qui entre
laſſent tous les arbres d'une forêt, &
ſur tant d'autres faits auſſi ſinguliers,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
ID iy
8o MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Iſles Canaries, au
Senégal & aux Iſles Açores, lui a pro
curé un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères, qui
etoient en général peu connues, & dont
le nombre ſurpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes, & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de ſorte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ, malgré la ſuppreſ
ſion d'un grand nombre que l'inexacti
tude des obſervations avoit fait mal-à-
propos partager en pluſieurs.
*
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Adanſon dans ſes détails ſur la meil
leure manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée ſur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la con
noiſſance eſt la plus néceſſaire aux Bota
niſtes. Chacun ſent l'utilité de tous ces
morceaux, pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de Bota
A V R I L. 1764.
8 I
nique : nous ne finirions pas ſi nous en
treprenions de faire ſimplement l'énumé
ration des articles les plus eſſentiels trai
tés par M. Adanſon, ſur cette Science ,
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle, par la multiplicité
des objets. On peut en donner une lé
gère idée, en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpè
ces ou variétés, décrites ou figurées tant
bien que mal, & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers, & par l'immenſe étendue
des pays qui n'ont pas encore été déſi
chés par des Botaniſtes ſuffiſamment
inſtruits que nos richeſſes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occaſion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité gé
nérale pour les Sciences Naturelles, &
peut-être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans au
cun détail ſur l'exécution de la ſeconde
partie de cet Ouvrage, à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ;
il y
trouvera à la tête de chaque Famille, &
à chaque genre de Plantes, toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&mo
dernes, raſſemblées dans autant d'arti
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
cles & de colonnes qu'il y a de partiès
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenſe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur, qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode ſingulière, &
dans l'eſpace de quelques lignes, tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
ſorte que, d'un ſeul coup-d'œil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille, enfin ſaiſir leur enſemble , ſans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs, où
elles ſont comme noyées. Cette manière
auſſi neuve qu'utile de préſenter en abré
gé le tableau des connoiſſances actuelles
ſur une Science vaſte & très-compli
quée, facilite ſingulièrement la compa
raiſon de ces divers objets. Elle en faci
lite pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , ſans connoître toutes
les Plantes, ſçavoir néanmoins toute la
Botanique :
il ſuffira pour cela de con
noître deux ou trois genres les plus dif
férens de chaque Famille. Enfin, M.
Adanſon conclut avec raiſon que la Bo
tanique, ainſi traitée, n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait, & par conſéquent ſuſ
» A
A V R I L. 1764.
83
· ceptible de combinaiſons & de problê
· mes. Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre, pour éxercer les Etudians en Bo
- tanique, pour fortifier les plus avancés ,
· & pour nourrir & entretenir les plus pro
· fonds Botaniſtes dans les connoiſſances
qu'ils ont acquiſes.
La vérité eſt ſimple, & ſa recherche
a conduit M. Adanſon à préférer l'ordre,
la préciſion de la méthode & la netteté
· du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
· conviennent nullement à un Livre de
· Science traité auſſi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
ſiens mêmes , pour procurer à la Botani
que toute la perfection dont cette Scien
· ce eſt ſuſceptible, Il n'eſt pas douteux
· que ſi tous les Auteurs ſe faiſoient une
•
loi de préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux, on verroit éclorre beaucoup moins
· de volumes, & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété, & un luſtre de plus pour le
' ſiécle.
-
-
D vj
-
Il paroît en général que M. Adanſon a
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique, théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage,qu'on ne pour
roit le dire ſans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a ſuppri
mé ce qu'il y a de plus comnu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exacti
tude & de méthode par ſes prédéceſſeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conſtruction, pour ne pas trop groſſir
ſon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eſt néceſſaire. *Cet Extrait, que nous avons trouvé bien fait nous a été communiqué.
ADANSON, de l'Académie des
Sciences, de la Société Royale de
Londres, Censeur Royal. A Paris,
chez Vincent, Imprimeur-Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVEVCE,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8o.
CET Ouvrage, en entier, donne
une histoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la ſeconde eſt toute
pratique. Il y régne généralement beau
coup de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire, que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
· Dans la première Partie M. Adanſon ,
7o MERCURE DE FRANCE.
expoſe l'état ancien & actuel de la Bota
nique ; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariſtote, Téophraſte Dioſco
rides & Pline, ne ſont qu'apparens,ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la pertée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art , que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées, faute d'entendre aſſez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deſtitué de preuves » quoiqueThéophraſ
» te & Dioſcorides, dit-il , qui s'eſt at
» taché particulierement aux plantes, &
» qui s'eſt fait le plus grand nom ſur
» cette matière, n'ayent parlé que d'en
» viron 3 à 6ooo plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
» difficile & quelquefois impoſſible de
» les reconnoître; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages, des traits de lumière & des
» connoiſſances ſi profondes,dont quel
» ques-unes même paroiſſent ignorées
» aujourd'hui, & pourroient être appel
» lées des découvertes renouvellées des
a » Grecs, qu'on ne peut s'empêcher de
- º » convenir que malgré le mépris que
A V R I L. 1764.
71
» quelques Botaniſtes modernes affec
» tant de répandre ſur eux, ces grands
» hommes, quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
» regardoient que comme des diction
» naires trop ſuperficiels,avoient comme
» nous des connoiſſances de détail dont
» les temps ne nous ont conſervé que
» les réſultats généraux. Il eſt certain,au
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous reſte des ouvrages d'Ariſtote,
» de Théophraſte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiſſons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eſt plus
» probable, que leurs réſultats généraux
» dépendoient de ces connoiſſances de
» détail dont ces divins Auteurs laiſ
» ſoient échaper par intervalles de lé
» gères traces. Ce ſont de ces faits dont
» ne peut guères douter, tout hom
» me qui a étudié aſſez à fond les Scien
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
22 opinion,que pance qu'ils n'avoient pas
» été auſſi loin que nous, nous devrions .
» peut - être plutôt penſer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
•72 MERCURE DE FRANCE.
» fait ſentir l'inſuſſiſance des méthodes
» dont nous nous contentons.
.
M. Adanſon fait voir auſſi que ſou
vent tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveau
té, n'eſt pas toujours le meilleur, & à
cet égard, il rend juſtice à la mémoire
de Tournefort, en laiſſant encore au
jourd'hui à cet illuſtre François la pre
mière place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu
» des, n'a pas toujours été en raiſon
» de leur bonté ; l'eſprit national y a
» ſouvemt plus de part que le deſir de
» trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
» méthode de Rai a été ſuivie par des
» Anglois célébres, Sloane , Pétiver,
» Martin , & en partie par Dillen; le
» ſyſtême de Rivin a été embraſſé par
» les Allemands les plus diſtingués en
» Botanique, Cretien , Knal, Ruppias,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort, c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier, Ma
» chant, Dodart, Niſſote, MM. de Juſ
» ſieu, & Vaillant qui le ſuivirent, elle
» fut
A V R I L. 1764:
73
» fut adoptée par les Etrangers qui te
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva, M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne, en Angle
» terre & en Saxe par pluſieurs Sça
» vans diſtingués ; & ce qui ajoute en
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité ſem
» ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per
» dre de ſon éclat, & que M. de Juſſieu
» dont les vaſtes connoiſſances en Bo
» tanique ne laiſſent pas ſentir à la
» France la perte du grand Tournefort,
» en a toujours conſervé les ſages prin
» cipes que nous nous faiſons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» ſatisfaction , que ces principes ſe ré
» pandent juſqu'en Eſpagne, comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju
» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
» traduire en ſa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inſtruction de ſes
» diſciples ; de ſorte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
» les pius ſçavantes de l'Europe. ... . .
» L'exécution d'une pareille méthode ,
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'eſfort d'un génie vaſte &
» créateur; & il ne s'eſt encore trouvé
» perſonne qui ait refuſé ces deux
» grandes qualités à l'illuſtre Tourne
» fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
» titres le nom de père des Botaniſtes...
» Et ce qui doit nous inſpirer plus
» d'eſtime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un ſiécle, elle
» ait conſervé une ſupériorité ſinguliè
» re ſur toutes celles qui ont paru de
» puis, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 7o ans après lui : d'où il eſt aiſé
» de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiſſé derrière lui les
» Botaniſtes de ſon temps.
Après avoir expoſé les progrès, &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon, &éta
bli une balance entre les diverſes mé
thodes ; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici, ſoit
pour en faciliter l'étude, ſoit dans le deſ
ſein de trouver la méthode naturelle, ne
pouvoient remplir cet objet, ni condui
A V R IL. 4764.
75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eſt ſuſceptible, parce que leurs
principes ne portoient que ſur la conſi
dération d'un petit nombre de parties de
Plantes; M. Adanſon démontre par un
nombre ſuffiſant de faits, de preuves &
d'expériences, qu'une méthode ou ſyſ
tême naturel en Botanique, ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle, s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un, ne
peut conſiſter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : conſidération tout-à-fait neu
ve, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
· C'eſt ſur cette diſtribution que M,
Adanſon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de ſon Ouvrage,
dont nous donnerons ci-après une idée.
» Tout arrangement méthodique,
» dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt-il pas l'arrangement de la Na
» ture , c'eſt-à-dire, la méthode natu
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» ſera pas moins vrai, qu'elles ne peu
» vent être ſyſtêmatiques, puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi
» ſion , que les vuides ou interruptions
w que la Nature nous montre dans la ſé
D ij
|
76 MERCURE DE FRANCE.
, rie des Plantes, rapprochées par tous
» les rapports de
reſſemblance ; &
» que, ſi elles ne ſont pas ces claſſes
» naturelles que l'on cherche, elles en
» ont bien l'air, & y reſſemblent fort.
» Au reſte, je ne leur donnerai pas ce
» faſtueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé ſon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naº
turelle & ſur la Phyſique, dont il parle à
la page 2oo , & qui prouve la liaiſon &
la clef de toutes les Sciences naturelles,
il n'eſt pas douteux, à en juger par l'éº
xécution de celui-ci, qu'on ne ſçauroit
deſirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auſſi utile.
.
-
| Les principaux avantages de ces Fa
milles ſont de procurer à la Botanique
1°. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerſalité;3°. la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eſt ſuſ
ceptible; 5°. enfin des vues d'utilité plus
générales ſur les qualités des Plantes pour
ies teintures, & ſur leurs vertus médici
nales. Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention, qu'on avoit ſoupçonné
avec aſſez de fondement, que toutes les
plantes rangées dans une même Famille
-
A V R I L. 1764.
77
ſur la ſimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieu
res, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité, & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis, & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine, que d'a-
voir ſçu rapporter les genres à leurs Fa
milles Naturelles. Avec cette connoiſ
ſance, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de ſuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers; & , par la même raiſon,
on peut trouver en Amérique, en Afri
que & en Aſie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentes Plantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays.
Que de reſſources ne trouve-t-on pas
dans la Nature, lorſqu'elle eſt étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt juſ
ques dans les plus petites parties : les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas,
& ſur-tout dans les ſoixante-cinq Syſtê
mes ſimples qu'il a exécutés entre les an
nées 1741 & 1755, non-ſeulement pour
remplacer les cinquante-fix Syſtêmesan
ciens,trop compliqués & trop difficiles,
mais encore pour ſuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits ſur pluſieurs
parties des Plantes, & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous per
mettent pas de nous étendre ſur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux,que
M. Adanſon traite, & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. Telles ſont les recher
ches pour s'aſſurer s'il éxiſte dans la Na
ture des claſſes, des genres & des eſpè
ces , dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider, en en cher
chant l'explication , les preuves & la ſo
lution dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvra
ge, pour concilier les débats continuels
des Botaniſtes, & pour conſtater enfin
quelles ſont les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbi
traires , pour les diſtinguer les unes des
A V R I L. 1764:
79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des choſes tout-à-fait neuves ccs
obſervations ſur la températu e des Plan
tes ; la manière dont il conſidère la vé
gétation ; ce qui donne lieu à une théo
rie qui pourra être très-utile à l'Agricul
ture ; ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats, & non
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
uoiqu'il y ait beaucoup de détails
, profonds ſur la Science, cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout hériſſé d'é-
- pines & de difficultés. Il y a des mor
· ceaux capables de piquer la curioſité,
amuſer même en infiruiſant, ſur-tout
' dans la partie où M. Adanſon expoſe les
- réſultats des découvertes les plus moder
nes. On eſt quelquefois bien-aiſe de ſça
voir tout ce qui a été obſervé de plus
· ſingulier, & qui ſemble même tenir du
merveilleux , ſur la prodigieuſe fécon
dité des Plantes, ſur la monſtrueuſe groſ
ſeur de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de dia
- mètre, ſur ces Palmiers & ces Lianes
- de trois cens pieds de hauteur, qui entre
laſſent tous les arbres d'une forêt, &
ſur tant d'autres faits auſſi ſinguliers,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
ID iy
8o MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Iſles Canaries, au
Senégal & aux Iſles Açores, lui a pro
curé un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères, qui
etoient en général peu connues, & dont
le nombre ſurpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes, & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de ſorte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ, malgré la ſuppreſ
ſion d'un grand nombre que l'inexacti
tude des obſervations avoit fait mal-à-
propos partager en pluſieurs.
*
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Adanſon dans ſes détails ſur la meil
leure manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée ſur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la con
noiſſance eſt la plus néceſſaire aux Bota
niſtes. Chacun ſent l'utilité de tous ces
morceaux, pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de Bota
A V R I L. 1764.
8 I
nique : nous ne finirions pas ſi nous en
treprenions de faire ſimplement l'énumé
ration des articles les plus eſſentiels trai
tés par M. Adanſon, ſur cette Science ,
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle, par la multiplicité
des objets. On peut en donner une lé
gère idée, en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpè
ces ou variétés, décrites ou figurées tant
bien que mal, & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers, & par l'immenſe étendue
des pays qui n'ont pas encore été déſi
chés par des Botaniſtes ſuffiſamment
inſtruits que nos richeſſes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occaſion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité gé
nérale pour les Sciences Naturelles, &
peut-être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans au
cun détail ſur l'exécution de la ſeconde
partie de cet Ouvrage, à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ;
il y
trouvera à la tête de chaque Famille, &
à chaque genre de Plantes, toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&mo
dernes, raſſemblées dans autant d'arti
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
cles & de colonnes qu'il y a de partiès
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenſe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur, qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode ſingulière, &
dans l'eſpace de quelques lignes, tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
ſorte que, d'un ſeul coup-d'œil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille, enfin ſaiſir leur enſemble , ſans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs, où
elles ſont comme noyées. Cette manière
auſſi neuve qu'utile de préſenter en abré
gé le tableau des connoiſſances actuelles
ſur une Science vaſte & très-compli
quée, facilite ſingulièrement la compa
raiſon de ces divers objets. Elle en faci
lite pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , ſans connoître toutes
les Plantes, ſçavoir néanmoins toute la
Botanique :
il ſuffira pour cela de con
noître deux ou trois genres les plus dif
férens de chaque Famille. Enfin, M.
Adanſon conclut avec raiſon que la Bo
tanique, ainſi traitée, n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait, & par conſéquent ſuſ
» A
A V R I L. 1764.
83
· ceptible de combinaiſons & de problê
· mes. Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre, pour éxercer les Etudians en Bo
- tanique, pour fortifier les plus avancés ,
· & pour nourrir & entretenir les plus pro
· fonds Botaniſtes dans les connoiſſances
qu'ils ont acquiſes.
La vérité eſt ſimple, & ſa recherche
a conduit M. Adanſon à préférer l'ordre,
la préciſion de la méthode & la netteté
· du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
· conviennent nullement à un Livre de
· Science traité auſſi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
ſiens mêmes , pour procurer à la Botani
que toute la perfection dont cette Scien
· ce eſt ſuſceptible, Il n'eſt pas douteux
· que ſi tous les Auteurs ſe faiſoient une
•
loi de préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux, on verroit éclorre beaucoup moins
· de volumes, & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété, & un luſtre de plus pour le
' ſiécle.
-
-
D vj
-
Il paroît en général que M. Adanſon a
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique, théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage,qu'on ne pour
roit le dire ſans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a ſuppri
mé ce qu'il y a de plus comnu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exacti
tude & de méthode par ſes prédéceſſeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conſtruction, pour ne pas trop groſſir
ſon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eſt néceſſaire. *Cet Extrait, que nous avons trouvé bien fait nous a été communiqué.
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Résumé : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
En 1763, Michel Adanson publie 'Familles des Plantes', une œuvre majeure en botanique divisée en deux parties : théorique et pratique. Dans cet ouvrage, Adanson compare les travaux des botanistes anciens, tels qu'Aristote et Théophraste, avec ceux des modernes, défendant les premiers pour leurs descriptions précises. Il critique les systèmes modernes, soulignant que leur popularité ne garantit pas leur supériorité. Adanson rend hommage à Tournefort, dont la méthode est encore respectée et utilisée, notamment en Espagne grâce à la traduction de Quer. Reconnu comme le 'père des Botanistes', Adanson critique les méthodes botaniques existantes, basées sur des parties limitées des plantes, et propose une nouvelle approche intégrant tous les caractères des plantes. Il classe les genres en cinquante-huit familles, offrant une méthode naturelle et systématique. Son ouvrage explore également les qualités des plantes pour les teintures et leurs vertus médicinales, permettant de trouver des substituts locaux à des plantes importées. Adanson illustre sa méthodologie rigoureuse par ses soixante-cinq systèmes réalisés entre 1741 et 1755. Publié en avril 1764, son travail inclut des observations sur la température des plantes et leur végétation, utiles à l'agriculture. Ses voyages aux Îles Canaries, au Sénégal et aux Îles Açores enrichissent la connaissance des plantes étrangères, ajoutant près de cinq cents genres aux onze cents existants. Il propose des réformes orthographiques et des tables sur les vertus des plantes et les synonymes anciens, visant à structurer la botanique de manière rationnelle et accessible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10948
p. 84-94
ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
Début :
NOUS avons déja donné plusieurs extraits de ce livre excellent, & que tous [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de
nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez
Babuty, Quai des Augustins, Brocas &
Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
NOUS avons déja donné plusieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
A V R I L 1764.
85
les gens de Lettres eſtiment comme une
production infiniment ſupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces Ouvrages Claſſiques, qui font loi
dans la Littérature, & doivent ſe trou
ver dans toutes les Bibliothêques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eſt aucune claſſe d'Ecrivains,à laquelle
il ne ſoit abſolument néceſſaire. L'A-
vocat y trouvera des préceptes pour
Péloquence du Barreau; le Prédicateur,
des régles pour les Diſcours Chrétiens,
les Panégyriques , les Oraiſons funé
bres ; le Magiſtrat, I'art de faire le rap
port d'un procès ; le Poète, l'Orateur,
l'Hiſtorien , en un mot, l'homme de
' lettres , pour compoſer des Ouvrages
dans tous les genres, l'homme du mon
de pour en juger avec ſureté, ſe ſer
viront utilement & agréablement de ce
recueil, à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous al
lons , ſelon la méthode que nous avons
ſuivie juſqu'à préſent, préſenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette ex
cellente compilation ; c'eſt le com
mencement de l'Article qui traite de
l'Eloquence, les bornes de notre Jour
nal ne nous permettant pas de la rap
porter en entier.
36 MERCURE DE FRANCE.
.
» L'Eloquence , fille du Génie & de
» la Liberté , eſt née dans les Répu
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
» d'abord aux grands objets du Gou
» vernement le talent de la parole ; &
» comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & re
» muer le peuple , ils appellerent l'E-
» loquence l'art de perſuader, c'eſt
» à-dire de prouver & d'émouvoir tout
|
» enſemble.
» Nos Ecrivains modernes, pour la
» plûpart copiſtes ſuperſtitieux & ſerviles
» de l'antiquité, ont adopté cette défini
» tion , ſans faire attention que les An
» ciens qui nous l'ont laiſſée, y bor
» noient l'Eloquence à fà partie la plus
» noble & la plus étendue , & que par
, » conſéquent la définition étoit incom
.
» plette. En effet , combien de traits
» vraiment éloquens qui n'ont pour but
» que d'émouvoir , & nullement de
» convaincre ? Penſer autrement , ce
» ſeroit reſſembler à ce Mathématicien
» ſévère, qui après avoir lû la Scène
» admirable du délire de Phédre , de
» mandoit froidement ,
» cela prouve ?
qu'eſt-ce que
» La définition que nous avons don
» née de l'Eloquence renferme l'idée la
A V R I L. 1764.
87
» plus générale qu'on puiſſe en avoir.
» C'eſt, avons-nous dit, le talent de
» faire paſſer avec rapidité & d'imprimer
» avec force dans l'âme des autrès, le
» ſentiment profond dont on eſt pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen
» ce même du ſilence , langage énergi
» que & quelquefois ſublime des gran
» des paſſions; à l'Eloquence du geſte ,
» qu'on peut appeller l'Eloquence du
» Peuple, par le pouvoir qu'elle a pour
» ſubjuger la multitude, toujours plus
» frappée de ce qu'elle voit, que de ce
» qu'elle entend ; enfin à cette Elo
» quence adroite & tranquille , qui ſe
» borne à convaincre ſans émouvoir ,
» & qui ne cherche point à arracher
» le conſentement , mais à l'obtenir.
» Cette derniere Eloquence n'eſt peut
» être pas la moins puiſſante ; on eſt
» moins en garde contre l'inſinuation
» que contre
la
force. Néanmoins
» comme le talent d'émouvoir eſt
le
» caractère principal de l'Eloquence ,
» c'eſt auſſi ſous ce point de vue que
| » nous allons principalement la con
» ſidérer.
» Le propre de l'Eloquence eſt non
» ſeulement de remuer , mais d'élever
» l'âme ; c'eſt l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
» ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
» des larmes ; le pathétique & le ſu
» blime ſe tiennent ; en ſe ſentant at
» tendri , on ſe trouve en même temps
» plus grand , parce qu'on ſe trouve
» meilleur; la triſteſſe délicieuſe & dou
» ce, que produiſent en nous un diſ
» cours , un tableau touchant, nous
» donne bonne opinion de nous
» mêmes par le témoignage qu'elle nous
» rend de la ſenſibilité de notre âme ;
» ce témoignage eſt une des principa
» les ſources du plaiſir qu'on goûte ea
» aimant, & en général de celui que
» les ſentimens tendres & profonds nous
» font éprouver.
» Nous appellons l'Eloquence un ta
» lent, & non pas un Art , comme
» l'ont appellé la plûpart des Rhéteurs ;
» car tout art s'acquiert par l'étude &
» par l'exercice, & l'Eloquence eſt un
» don de la Nature. Les régles ne font
» deſtinées qu'à être le frein du génie
» qui s'égare , & non le flambeau du
» génie qui prend l'eſſor ; leur unique
» uſage eſt d'empêcher que les traits
» vraiment éloquens ne ſoient défigu
» rés par d'autres ouvrages de la né
» gligence & du mauvais goût. Ce ne
» ſont point les régles qui ont inſpiré à
A V R I L. 1764.
89
» Shakeſpeare le monologue admirable
» d'Hamlet ; mais elles nous auroient
» épargné la ſcéne barbare & dégou
» ante des foſſoyeurs.
» On rend avec netteté ce que I'on
» conçoit bien ; de même on annonce
» avec chaleur ce que l'on ſent avec
» enthouſiaſme, & les mots viennent
» auſſi aiſément pour exprimer une
» émotion vive, qu'une idée claire. Le
» ſentiment s'affoibliroit, s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le ſoin
» froid & étudié qu'il ſe donneroit pour
» le rendre ; & tout le fruit de ſes ef
» forts ſeroit de perſuader à ſes Audi
» teurs, qu'il ne reſſentoit pas ce qu'il
» vouloit leur inſpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
» de l'Egliſe aux Chrétiens ; ſentez
» vivement , & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs.
» Qu'on interroge les Ecrivains de gé
» nie ſur les plus beaux endroits de
» leurs ouvrages , ils avoueront prèſ
» que toujours, que ces endroits ſont
» ceux qui leur ont coûté le moins ,
» parce qu'ils ont été comme inſpirés
» en les
produiſant. Débarraſſée de
» toute contrainte, & bravant quelque
» fois les régles mêmes , la Nature
6o MERCURE DE FRANCE.
» produit alors les plus grands mira
» cles ; on éprouve alors la vérité de ce
» paſſage de Quintilien; c'eſt l'âme ſeule
» qut nous rend éloquens ; & les igno
» rans même , quand une violente paſſionz
» les agite, ne cherchent point ce qu'ils
» ont à dire. Tel étoit l'enthouſiaſme
» qui animoit autrefois le Payſan du Da
» nube, & qui le fit admirer dans le
· » Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé
» nat de Rome. C'eſt ce même enthou
» ſiaſme, prompt à ſe communiquer à
» l'Auditeur, qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , ſi on peut
» ſe ſervir de cette expreſſion, & l'Elo
» quence écrite. L'Eloquence dans les
» Livres eſt à-peu-près comme la Muſi
» que ſur le papier, muette, nulle & ſans
» vie; elle y perd du moins ſa plus gran
» de force , & eHle a beſoin de l'action
» pour ſe déployer. Nous ne pouvons
» lire ſans être attendri les Péroraiſons
» touchantes de Cicéron pour Flaccus,
» pour Forteius, pour Sextius, pour
» Plancius & pour Silla, les plus admi
» rables modèles d'Eloquence que l'an
» tiquité nous ait laiſſé dans le genre pa
» thétique.Qu'on imagine l'effet qu'elles
» devoient produire dans la bouche de
» ce grand homme; qu'on ſe repréſente
-
, A V R I L. 1764.
9 L
» Cicéron au milieu du Barreau, animant
» par ſes pleurs le diſcours le plus tou
» chant, tenant le fils de Flaccus (a)
» entre ſes bras, le préſentant aux Juges,
» & implorant pour lui l'humanité & les
» loix; ſera-t-on ſurpris de ce qu'il nous
» apprend lui-même, qu'il fut interrom
» pu par les gémiſſemens & les ſanglots
» de l'Auditoire ? Sera-t-on ſurpris que
» ce tableau ait ſéduit & entraîné les
» Juges ? Sera-t-on ſurpris enfin que l'E-
» loquence de Cicéron lui ait ſervi tant
» de fois à ſauver des cliens coupables ?
» Auſſi l'Aréopage, qui ne vouloit qu'ê-
» tre juſte, avoit interdit ſévérement
» l'Eloquence aux Avocats. On y vpu
» loit, comme dans nos Tribunaux,
» plus de raiſons que de pathétique ; &
» les Juges d'Athènes, ainſi que les nô
» tres, euſſent fait perdre à Cicéron la
» plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
» à Rome.
» Non-ſeulement il faut ſentir pour
» être éloquent, mais il ne faut pas ſentir
» à demi, comme il ne faut pas conce
» voir à demi pour s'énoncer avec clarté.
» Pleurez, ſi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraiſon pour Flaccus, C'eſt
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon, qui ne
fut pas prononcée, la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
» pleurs, dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
» ce précepte, tremblez & frémiſſez, ſi
» vous voulez me faire trembler & fré
» mir. Il faut avouer cependant que ſi
» l'agitation qui anime l'Orateur au mo
» ment de la production , doit toujours
» être très-vive, il n'eſt pas néceſſaire
» qu'elle ſoit ſemblable par fa nature à
» celle qu'il ſe propoſe d'exciter Notre
» âme a deux reſſorts par leſquels on la
» met en mouvement, le ſentiment &
» l'imagination.Le premier de ces deux
» reſſorts a ſans doute le plus de force ; .
» mais l'imagination peut quelquefois en
» jouer le rôle & en tenir la place. C'eſt
» par-là qu'un Orateur, ſans être réelle
» ment affligé, fera verſer des pleurs à
» ſon Auditoire, & en répandra lui-mê
» me ; c'eſt par-là qu'un Comédien, en
» ſe mettant à la place du perſonnage
» qu'il repréfente, agite & trouble les
» Spectateurs, au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reſſentis; c'eſt enfin par-là que .
» des hommes nés avec une imagination
» ſenſible, peuvent inſpirer dans leurs
» écrits, l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne ſupplée jamais
» au ſentiment, par l'impreſſion qu'elle
A V R I L. 1764.
93
» fait ſur nous-mêmes; mais elle peut y
» ſuppléer, par l'impulſion qu'elle donne
» aux autres. L'effet du ſentiment en
» nous eſt plus concentré ; celui de l'i-
» magination eſt plus fait pour ſe répan
» dre au-dehors : l'action de celle-ci eſt
» plus violente & plus courte; celle du
» ſentiment eſt plus forte & plus conſ
39 taI1t5.
-
» Ainſi l'émotion qui doit animer l'O-
» rateur, doit réparer par ſa véhémence
» ce qu'elle pourra ne pas avoir en du
» rée; elle ne reſſemblera pas à cette
» agitation ſuperficielle que l'Eloquence
» excite dans les âmes froides. Impreſſion
» puremenr méchanique, produite par
» l'éxemple ou par le ton qu'on a donné
» à là multitude. Plus l'Auditeur aura de
» génie, plus auſſi ſon impreſſion reſ
» ſemblera à celle de l'Orateur, plus il
» ſera capable d'imiter ce qu'il admire.
· » Si l'effet de l'Eloquence eſt de faire
» paſſer dans l'âme des autres le mouve
» ment qui nous anime, il s'enſuit que
» plus le diſcours ſera ſimple dans un
» grand Sujet, plus il ſera éloquent,
» parce qu'il repréſentera le ſentiment
» avec plus de vérité. Je ne ſçai par
» quelle raiſon tant d'Ecrivains moder
» nes nous parlent de l'Eloquence des
94 MERCURE DE FRANCE.
» choſes , comme s'il y avoit une Elo
» quence des mots. L'Eloquence, on ne
» ſçauroit trop le redire, n'eſt jamais
» que dans le Sujet, & le caractère
» du Sujet , ou plutôt du ſentiment qu'il
» produit, paſſe de lui-même au diſcours.
» L'Eloquence ne conſiſte donc point ,
» comme quelques Anciens l'ont dit, &
» comme tant d'autres l'ont répété, à
» dire les grandes choſes d'un ſtyle ſu
» blime , mais d'un ſtyle ſimple
C'eſt
» affoiblir une grande idée, que de
» chercher à la relèver par la pompe des
» paroles, &c. &c.
Nous regrettons de ne pouvoir pas
copier le reſte de cet article, également
digne, & du nom de M. d'Alembert, &
de la place qu'il occupe dans cette Col
lection des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs : on y verroit toutes les rè
gles de l'Eloquence préſentées avec au
tant de clarté que de préciſion. Le même
Académicien a auſii ſourni l'Article du
Style ; nous oſons dire qu'aucun Ecri
, vain avant lui, n'avoit ſi bien traité cette
matière.
nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez
Babuty, Quai des Augustins, Brocas &
Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
NOUS avons déja donné plusieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
A V R I L 1764.
85
les gens de Lettres eſtiment comme une
production infiniment ſupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces Ouvrages Claſſiques, qui font loi
dans la Littérature, & doivent ſe trou
ver dans toutes les Bibliothêques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eſt aucune claſſe d'Ecrivains,à laquelle
il ne ſoit abſolument néceſſaire. L'A-
vocat y trouvera des préceptes pour
Péloquence du Barreau; le Prédicateur,
des régles pour les Diſcours Chrétiens,
les Panégyriques , les Oraiſons funé
bres ; le Magiſtrat, I'art de faire le rap
port d'un procès ; le Poète, l'Orateur,
l'Hiſtorien , en un mot, l'homme de
' lettres , pour compoſer des Ouvrages
dans tous les genres, l'homme du mon
de pour en juger avec ſureté, ſe ſer
viront utilement & agréablement de ce
recueil, à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous al
lons , ſelon la méthode que nous avons
ſuivie juſqu'à préſent, préſenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette ex
cellente compilation ; c'eſt le com
mencement de l'Article qui traite de
l'Eloquence, les bornes de notre Jour
nal ne nous permettant pas de la rap
porter en entier.
36 MERCURE DE FRANCE.
.
» L'Eloquence , fille du Génie & de
» la Liberté , eſt née dans les Répu
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
» d'abord aux grands objets du Gou
» vernement le talent de la parole ; &
» comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & re
» muer le peuple , ils appellerent l'E-
» loquence l'art de perſuader, c'eſt
» à-dire de prouver & d'émouvoir tout
|
» enſemble.
» Nos Ecrivains modernes, pour la
» plûpart copiſtes ſuperſtitieux & ſerviles
» de l'antiquité, ont adopté cette défini
» tion , ſans faire attention que les An
» ciens qui nous l'ont laiſſée, y bor
» noient l'Eloquence à fà partie la plus
» noble & la plus étendue , & que par
, » conſéquent la définition étoit incom
.
» plette. En effet , combien de traits
» vraiment éloquens qui n'ont pour but
» que d'émouvoir , & nullement de
» convaincre ? Penſer autrement , ce
» ſeroit reſſembler à ce Mathématicien
» ſévère, qui après avoir lû la Scène
» admirable du délire de Phédre , de
» mandoit froidement ,
» cela prouve ?
qu'eſt-ce que
» La définition que nous avons don
» née de l'Eloquence renferme l'idée la
A V R I L. 1764.
87
» plus générale qu'on puiſſe en avoir.
» C'eſt, avons-nous dit, le talent de
» faire paſſer avec rapidité & d'imprimer
» avec force dans l'âme des autrès, le
» ſentiment profond dont on eſt pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen
» ce même du ſilence , langage énergi
» que & quelquefois ſublime des gran
» des paſſions; à l'Eloquence du geſte ,
» qu'on peut appeller l'Eloquence du
» Peuple, par le pouvoir qu'elle a pour
» ſubjuger la multitude, toujours plus
» frappée de ce qu'elle voit, que de ce
» qu'elle entend ; enfin à cette Elo
» quence adroite & tranquille , qui ſe
» borne à convaincre ſans émouvoir ,
» & qui ne cherche point à arracher
» le conſentement , mais à l'obtenir.
» Cette derniere Eloquence n'eſt peut
» être pas la moins puiſſante ; on eſt
» moins en garde contre l'inſinuation
» que contre
la
force. Néanmoins
» comme le talent d'émouvoir eſt
le
» caractère principal de l'Eloquence ,
» c'eſt auſſi ſous ce point de vue que
| » nous allons principalement la con
» ſidérer.
» Le propre de l'Eloquence eſt non
» ſeulement de remuer , mais d'élever
» l'âme ; c'eſt l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
» ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
» des larmes ; le pathétique & le ſu
» blime ſe tiennent ; en ſe ſentant at
» tendri , on ſe trouve en même temps
» plus grand , parce qu'on ſe trouve
» meilleur; la triſteſſe délicieuſe & dou
» ce, que produiſent en nous un diſ
» cours , un tableau touchant, nous
» donne bonne opinion de nous
» mêmes par le témoignage qu'elle nous
» rend de la ſenſibilité de notre âme ;
» ce témoignage eſt une des principa
» les ſources du plaiſir qu'on goûte ea
» aimant, & en général de celui que
» les ſentimens tendres & profonds nous
» font éprouver.
» Nous appellons l'Eloquence un ta
» lent, & non pas un Art , comme
» l'ont appellé la plûpart des Rhéteurs ;
» car tout art s'acquiert par l'étude &
» par l'exercice, & l'Eloquence eſt un
» don de la Nature. Les régles ne font
» deſtinées qu'à être le frein du génie
» qui s'égare , & non le flambeau du
» génie qui prend l'eſſor ; leur unique
» uſage eſt d'empêcher que les traits
» vraiment éloquens ne ſoient défigu
» rés par d'autres ouvrages de la né
» gligence & du mauvais goût. Ce ne
» ſont point les régles qui ont inſpiré à
A V R I L. 1764.
89
» Shakeſpeare le monologue admirable
» d'Hamlet ; mais elles nous auroient
» épargné la ſcéne barbare & dégou
» ante des foſſoyeurs.
» On rend avec netteté ce que I'on
» conçoit bien ; de même on annonce
» avec chaleur ce que l'on ſent avec
» enthouſiaſme, & les mots viennent
» auſſi aiſément pour exprimer une
» émotion vive, qu'une idée claire. Le
» ſentiment s'affoibliroit, s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le ſoin
» froid & étudié qu'il ſe donneroit pour
» le rendre ; & tout le fruit de ſes ef
» forts ſeroit de perſuader à ſes Audi
» teurs, qu'il ne reſſentoit pas ce qu'il
» vouloit leur inſpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
» de l'Egliſe aux Chrétiens ; ſentez
» vivement , & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs.
» Qu'on interroge les Ecrivains de gé
» nie ſur les plus beaux endroits de
» leurs ouvrages , ils avoueront prèſ
» que toujours, que ces endroits ſont
» ceux qui leur ont coûté le moins ,
» parce qu'ils ont été comme inſpirés
» en les
produiſant. Débarraſſée de
» toute contrainte, & bravant quelque
» fois les régles mêmes , la Nature
6o MERCURE DE FRANCE.
» produit alors les plus grands mira
» cles ; on éprouve alors la vérité de ce
» paſſage de Quintilien; c'eſt l'âme ſeule
» qut nous rend éloquens ; & les igno
» rans même , quand une violente paſſionz
» les agite, ne cherchent point ce qu'ils
» ont à dire. Tel étoit l'enthouſiaſme
» qui animoit autrefois le Payſan du Da
» nube, & qui le fit admirer dans le
· » Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé
» nat de Rome. C'eſt ce même enthou
» ſiaſme, prompt à ſe communiquer à
» l'Auditeur, qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , ſi on peut
» ſe ſervir de cette expreſſion, & l'Elo
» quence écrite. L'Eloquence dans les
» Livres eſt à-peu-près comme la Muſi
» que ſur le papier, muette, nulle & ſans
» vie; elle y perd du moins ſa plus gran
» de force , & eHle a beſoin de l'action
» pour ſe déployer. Nous ne pouvons
» lire ſans être attendri les Péroraiſons
» touchantes de Cicéron pour Flaccus,
» pour Forteius, pour Sextius, pour
» Plancius & pour Silla, les plus admi
» rables modèles d'Eloquence que l'an
» tiquité nous ait laiſſé dans le genre pa
» thétique.Qu'on imagine l'effet qu'elles
» devoient produire dans la bouche de
» ce grand homme; qu'on ſe repréſente
-
, A V R I L. 1764.
9 L
» Cicéron au milieu du Barreau, animant
» par ſes pleurs le diſcours le plus tou
» chant, tenant le fils de Flaccus (a)
» entre ſes bras, le préſentant aux Juges,
» & implorant pour lui l'humanité & les
» loix; ſera-t-on ſurpris de ce qu'il nous
» apprend lui-même, qu'il fut interrom
» pu par les gémiſſemens & les ſanglots
» de l'Auditoire ? Sera-t-on ſurpris que
» ce tableau ait ſéduit & entraîné les
» Juges ? Sera-t-on ſurpris enfin que l'E-
» loquence de Cicéron lui ait ſervi tant
» de fois à ſauver des cliens coupables ?
» Auſſi l'Aréopage, qui ne vouloit qu'ê-
» tre juſte, avoit interdit ſévérement
» l'Eloquence aux Avocats. On y vpu
» loit, comme dans nos Tribunaux,
» plus de raiſons que de pathétique ; &
» les Juges d'Athènes, ainſi que les nô
» tres, euſſent fait perdre à Cicéron la
» plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
» à Rome.
» Non-ſeulement il faut ſentir pour
» être éloquent, mais il ne faut pas ſentir
» à demi, comme il ne faut pas conce
» voir à demi pour s'énoncer avec clarté.
» Pleurez, ſi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraiſon pour Flaccus, C'eſt
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon, qui ne
fut pas prononcée, la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
» pleurs, dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
» ce précepte, tremblez & frémiſſez, ſi
» vous voulez me faire trembler & fré
» mir. Il faut avouer cependant que ſi
» l'agitation qui anime l'Orateur au mo
» ment de la production , doit toujours
» être très-vive, il n'eſt pas néceſſaire
» qu'elle ſoit ſemblable par fa nature à
» celle qu'il ſe propoſe d'exciter Notre
» âme a deux reſſorts par leſquels on la
» met en mouvement, le ſentiment &
» l'imagination.Le premier de ces deux
» reſſorts a ſans doute le plus de force ; .
» mais l'imagination peut quelquefois en
» jouer le rôle & en tenir la place. C'eſt
» par-là qu'un Orateur, ſans être réelle
» ment affligé, fera verſer des pleurs à
» ſon Auditoire, & en répandra lui-mê
» me ; c'eſt par-là qu'un Comédien, en
» ſe mettant à la place du perſonnage
» qu'il repréfente, agite & trouble les
» Spectateurs, au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reſſentis; c'eſt enfin par-là que .
» des hommes nés avec une imagination
» ſenſible, peuvent inſpirer dans leurs
» écrits, l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne ſupplée jamais
» au ſentiment, par l'impreſſion qu'elle
A V R I L. 1764.
93
» fait ſur nous-mêmes; mais elle peut y
» ſuppléer, par l'impulſion qu'elle donne
» aux autres. L'effet du ſentiment en
» nous eſt plus concentré ; celui de l'i-
» magination eſt plus fait pour ſe répan
» dre au-dehors : l'action de celle-ci eſt
» plus violente & plus courte; celle du
» ſentiment eſt plus forte & plus conſ
39 taI1t5.
-
» Ainſi l'émotion qui doit animer l'O-
» rateur, doit réparer par ſa véhémence
» ce qu'elle pourra ne pas avoir en du
» rée; elle ne reſſemblera pas à cette
» agitation ſuperficielle que l'Eloquence
» excite dans les âmes froides. Impreſſion
» puremenr méchanique, produite par
» l'éxemple ou par le ton qu'on a donné
» à là multitude. Plus l'Auditeur aura de
» génie, plus auſſi ſon impreſſion reſ
» ſemblera à celle de l'Orateur, plus il
» ſera capable d'imiter ce qu'il admire.
· » Si l'effet de l'Eloquence eſt de faire
» paſſer dans l'âme des autres le mouve
» ment qui nous anime, il s'enſuit que
» plus le diſcours ſera ſimple dans un
» grand Sujet, plus il ſera éloquent,
» parce qu'il repréſentera le ſentiment
» avec plus de vérité. Je ne ſçai par
» quelle raiſon tant d'Ecrivains moder
» nes nous parlent de l'Eloquence des
94 MERCURE DE FRANCE.
» choſes , comme s'il y avoit une Elo
» quence des mots. L'Eloquence, on ne
» ſçauroit trop le redire, n'eſt jamais
» que dans le Sujet, & le caractère
» du Sujet , ou plutôt du ſentiment qu'il
» produit, paſſe de lui-même au diſcours.
» L'Eloquence ne conſiſte donc point ,
» comme quelques Anciens l'ont dit, &
» comme tant d'autres l'ont répété, à
» dire les grandes choſes d'un ſtyle ſu
» blime , mais d'un ſtyle ſimple
C'eſt
» affoiblir une grande idée, que de
» chercher à la relèver par la pompe des
» paroles, &c. &c.
Nous regrettons de ne pouvoir pas
copier le reſte de cet article, également
digne, & du nom de M. d'Alembert, &
de la place qu'il occupe dans cette Col
lection des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs : on y verroit toutes les rè
gles de l'Eloquence préſentées avec au
tant de clarté que de préciſion. Le même
Académicien a auſii ſourni l'Article du
Style ; nous oſons dire qu'aucun Ecri
, vain avant lui, n'avoit ſi bien traité cette
matière.
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Résumé : ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
L'ouvrage 'École de Littérature', publié en avril 1764, est salué comme une œuvre littéraire exceptionnelle et déjà considérée comme classique. Il est essentiel pour diverses professions littéraires telles que les avocats, prédicateurs, magistrats, poètes, orateurs, historiens et hommes de lettres. Il propose des préceptes et des règles pour différents genres d'écriture et est apprécié par de nombreux écrivains célèbres. Le texte explore l'éloquence, définie comme l'art de persuader en convainquant et en émouvant. Les auteurs modernes sont critiqués pour leur imitation excessive des anciens, qui limitaient l'éloquence à la conviction et à l'émotion. Une nouvelle définition est proposée : l'éloquence est le talent de transmettre rapidement et fortement des sentiments profonds à autrui. Cette définition inclut divers types d'éloquence, y compris celle du silence, du geste et celle qui convainc sans émouvoir. L'éloquence est perçue comme un don naturel plutôt qu'un art acquis par l'étude. Les règles servent à guider le génie et à éviter les erreurs, mais ne peuvent pas créer l'éloquence. Les émotions vives et les idées claires sont mieux exprimées spontanément, car un effort excessif peut affaiblir l'impact de l'orateur. Les grands écrivains confirment que leurs meilleurs passages sont souvent ceux qui leur ont demandé le moins d'effort, car ils étaient inspirés. Le texte souligne que les œuvres les plus remarquables sont souvent celles qui ont été créées avec une inspiration spontanée et naturelle, sans contraintes. La Nature, lorsqu'elle est libre, produit des merveilles, illustrant la vérité selon laquelle l'âme est la source de l'éloquence. Les passions violentes peuvent rendre même les ignorants éloquents. L'éloquence parlée est plus puissante que l'éloquence écrite, car elle nécessite l'action pour se déployer pleinement. Cicéron est cité comme modèle d'éloquence pathétique, capable de toucher profondément l'audience et les juges grâce à son émotion et son action. Pour être éloquent, il faut ressentir intensément et exprimer clairement ses émotions. Horace conseille de pleurer pour tirer des pleurs, et l'orateur doit utiliser son imagination pour émouvoir son audience, même s'il ne ressent pas personnellement les émotions qu'il décrit. L'éloquence véritable réside dans le sujet et le sentiment qu'il inspire, plutôt que dans la pompe des mots. Un discours simple sur un grand sujet est plus éloquent car il représente le sentiment avec plus de vérité. L'éloquence ne consiste pas à utiliser un style sublime, mais un style simple pour exprimer les grandes idées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10949
p. 95-105
ÉLÉMENS de Fortification, contenant la construction raisonnée de tous les Ouvrages de la Fortification, les systêmes des plus célébres Ingénieurs ; la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME ÉDITION, augmentée de l'Explication détaillée de la Fortification de M. de COEHORN, de la construction des Redoutes, Forts de Campagne, &c. & d'un Plan des différentes instructions propres à une École Militaire. Par M. Le BLOND, Maître de Mathématique des Enfans de France, &c. Vol. in-8 o d'environ 400 pages. A Paris, chez Jombert, rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ; avec approbation & privilége du Roi.
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LES précédentes Editions de cet Ouvrage en ont fait connoître le mérite [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉLÉMENS de Fortification, contenant la construction raisonnée de tous les Ouvrages de la Fortification, les systêmes des plus célébres Ingénieurs ; la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME ÉDITION, augmentée de l'Explication détaillée de la Fortification de M. de COEHORN, de la construction des Redoutes, Forts de Campagne, &c. & d'un Plan des différentes instructions propres à une École Militaire. Par M. Le BLOND, Maître de Mathématique des Enfans de France, &c. Vol. in-8 o d'environ 400 pages. A Paris, chez Jombert, rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ; avec approbation & privilége du Roi.
ÉLÉMENS de Fortification, contenant
la construction raisonnée de tous les
Ouvrages de la Fortification, les systêmes
des plus célébres Ingénieurs ;
la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME
ÉDITION, augmentée
de l'Explication détaillée de la Fortification
de M. de COEHORN,
de la construction des Redoutes, Forts
de Campagne, &c. & d'un Plan des
différentes instructions propres à une
École Militaire. Par M. Le BLOND,
Maître de Mathématique des Enfans
de France, &c. Vol. in-8o d'environ
400 pages. A Paris, chez Jombert,
rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi.
LES précédentes Editions de cet Ouvrage
en ont fait connoître le mérite
depuis longtemps ; c'eſt pourquoi nous
donnerons ſeulement une légère idée
de ce que celle-ci contient de nouveau.
Nous remarquerons d'abord qu'à la
96 MERCURE DE FRANCE.
place de l'Epitre dédicatoire de la der
nière édition , l'Auteur a ſubſtitué un
récis des premières inſtructions ſcienti
fiques de feu Mgr le DUC DE BoUR
CoGNE. On y trouve le développement
des idées du jeune Prince, & différens
traits d'intelligence & de génie très-pro
pres à caractériſer la nature du juge
ment avancé de cet auguſte Enfanr,
dont il étoit très-à-propos de conſer
ver la mémoire.
Nous rapporterons quelques traits de
cette Préface, que nos Lecteurs ſeront
peut-être bien-aiſes de ſçavoir. M. le
Duc de Bourgogne décrivoit un cercle ;
& le point du compas qui étoit au cen
rre ayant gliſſé ſur le papier ſans y laiſ
ſer la marque de ſon impreſſion , il la
mit ſucceſiivement ſur deux points de
l'arc déjà tracé ; puis de ces points pris
pour centre , il d§ deux arcs dont
le point d'interſection étoit au centre du
cercle commencé ; attendu , diſoit-il ,
que je n'ai point changé l'ouverture de
mon compas , & que le point où les arcs
ſe coupent , eſt également éloigné de la
circonférence. Il n'y avoit alors guères
qu'un mois qu'on avoit commencé de
travailler, ou plutôt ſuivant ſon expreſ
ſion, de jouer avec lui.
A V R I L. 1764.
g7
Les figures de Géométrie lui étant
devenues familières, il eut envie d'en
tracer lui-même. Il commença donc à
ſe ſervir du compas avec la grâce &
l'aiſance qui lui étoient particulières.
Ayant décrit un cercle, il voulut en ti
rer le diametre ; mais comme la ligne
qu'il avoit décrite ne paſſoit pas par le
centre, il dit auſſitôt : Ah, je voulois
tirer un diamètre, & j'ai tiré une corde ;
car ma ligne ne paſſe pas par le centre.
Le jeune Prince deſiroit ſurtout de
faire des choſes qui ne lui avoient point
été montrées. Il dit, n'ayant point en
core cinq ans accomplis, qu'il feroit
un quarré exactement , ſans ſe ſervir
du compas. Comme il vit qu'on doutoit
qu'il pût y parvenir, il prit la régle, &
il tira une ligne de toute ſa longueur.
Il poſa enſuite ſucceſſivement aux deux
extrémités de cette ligne , le petit côté
de la régle , de manière qu'elle lui
ſervoit d'équerre. Il acheva ainſi ſa fi
gure , laquelle , diſoit-il , eſt ſûrement
un quarré , car les côtés ſont égaux &
les angles droits.
-
M. le Duc de Bourgogne avoit re
marqué dans un plan en relief d'un
front de Fortification , 'que le chemin
' ſur le glacis pour entrer dans la Place ,
II. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
étoit en ligne courbe : il en demanda
la raiſon : on lui dit qu'il la trouveroit
lui-même, s'il vouloit y penſer. Il le fit
un inſtant, & dit enſuite † croyoit
que ce chemin étoit ainſi conſtruit,
afin qu'il ne fût pas enfilé du canon des
aſſiégeans ; ou, pour rapporter ſes pro
pres paroles ; ne ſeroit - ce pas que ,
comme le canon va en ligne droite, on y
ſeroit expoſé partout , quand l'ennemi
attaque la Place ?
Dans une de ſes promenades de l'a-
près-midi, il avoit remarqué que ſon
ombre étoit plus longue à la fin qu'au
commencement. Comme il en deman
doit la raiſon, on poſa une régle ver
ticalement ſur une table. On prit en
ſuite une lumière, laquelle étant hauſ
ſée ou baiſſée, accourciſſoit ou allon
geoit l'ombre de la régle, & on lui dit
que c'étoit là la réponſe à ſa queſtion.
J'entends , dit-il; c'eſt que quand mon
ombre eſt plus courte, le Soleil eſt plus .
élevé; & qu'il eſt plus bas quand elle eſt
plus grande.
-
Un jour qu'il étoit queſtion d'Anni
bal , on lui dit que ce grand Capitaine
joignoit ſouvent la peau du renard à
celle du lion. Ne comprenant pas d'a-
bord cette expreſſion, on ne fit que lui
-
A V R I L. 1764.
99
dire de faire attention aux attributs de
ces animaux ; & il répondit auſſitôt ,
qu'apparemment cela vouloit dire qu'An
nibal joignoit la ruſe au courage ou à
la force.
Après la
"
\
Préface du Livre, M. le
Blond, ſuit un Plan des inſtructions pro
pres à une Ecole Militaire. Ce Plan
avoit été d'abord rédigé pour un Ré
giment ; il fut inſéré dans le Mercure
du mois d'Août 1754. Il paroît ici avec
quelques changemens & pluſieurs addi
tions. M. le Blond y fait ſentir la dif
férence qu'il doit y avoir entre les inſ
tructions d'une Ecole Militaire, & cel- .
les d'une Ecole de pure Géométrie.Ildé
ſigne les différentes connoiſſances Ma
thématiques qui ſervent de baſe à l'art
de la guerre, & il indique les principaux
ouvrages dont l'étude peut, en quelque
façon, ſuppléer aux inſtructions des
Maîtres particuliers, tant pour les Ma
thématiques, que pour tout ce qui con
cerne le Génie , l'Artillerie & même la
Tactique, qu'on doit regarder comme
la principale partie de la ſcience de l'Of
ficier.
-
C'eſt particuliérement par des leçons
ſur cette importante partie, qu'une Eco
le établie pour des Militaires, doit dif
E ij
1OO MERCURE DE FRANCE.
férer des autres Ecoles deſtinées à for
mer des Géométres. LesAnciens avoient
des Maîtres pour enſeigner la Tactique,
au lieu qu'aujourd'hui il n'en eſt point
queſtion dans les lieux où l'on éléve
les jeunes gens pour les former dans
l'art de la guerre.Après un peu de Géo
métrie & une légère idée de la Fortifi
cation , tout ce qu'on y apprend de
l'Art Militaire ſe réduit prèſque uni
quement à l'exercice ou au manîmene
des armes, comme ſi cet objet renfer- .
. moit toute la ſcience de l'Officier,quoi
qu'il n'en ſoit que la plus petite partie.
Comme la guerre a ſes régles & ſes
principes, & qu'on peut en apprendre
la théorie par l'étude , M. le Blond
prétend que rien ne ſeroit plus utile que
d'avoir des Maîtres qui puſſent ſervir
de guides dans cette carrière, comme
, on en a pour la Géométrie & le Gé
· nie. Ces guides, ſelon lui , ne peuvent
être que des Géométres Tacticiens ,
comme l'étoient les Maîtres des An
ciens. C'eſt pourquoi il penſe qu'il ſe
roit à propos dans l'établiſſement d'une
Ecole pour former les Officiers dans
l'art de la guerre , d'engager le Pro
feſſeur de Mathématique à s'occuper
aſſez ſérieuſement de la Science Mi
A V R I L. 1764.
IO I
litaire, pour ſe mettre en état d'enſei
gner la Tactique. Un homme intelli
gent, fort au fait des différentes parties
du Génie & de l'Artillerie, comme le
doit être un Profeſſeur de Mathématique
d'une Ecole Militaire , peut avec le
temps devenir un bon Maître de I'acti
que. Il n'eſt queſtion pour cela, que d'é-
tudier avec choix & diſcernement les
meilleurs Ecrivains Militaires'pour en
former un corps de régles & de prin
cipes qu'on puiſſe enſuite enſeigner
avec l'ordre & la méthode que l'on ſuit
dans la Géométrie & les Fortifications.
Ce Plan peut être utile non ſeule
ment à ceux qui voudront s'inſtruire
des différentes parties de la Science Mi
litaire, mais encore aux perſonnes char
gées de l'inſtruction de la jeuneNobleſſe.
Comme dans cet état on ne s'applique
guères à la Géométrie qu'autant qu'on
la croit néceſſaire au métier de la guer
re, il ſera aiſé de juger ſi les Maîtres
ne perdent point de vue cet objet ;
c'eſt-à-dire s'ils en occupent leurs Eco
liers par préférence aux ſpéculations qui
pourroient leur être plus familières ou
· plus conformes à leur goût particulier.
Le défaut d'attention à cet égard eſt
peut-être la principale º# du peu de
11j
IO2 MERCURE DE FRANCE.
fruit que la plûpart des jeunes Militaires
retirent du temps qu'ils donnênt à l'é-
tude des Mathématiques.
M. le Blond termine ce Plan par l'é-
numération des Ouvrages où les princi
es de l'Art Militaire ſont établis avec
e plus de clarté & de méthode. Il in
dique l'ordre dans lequel ils doivent
être ſucceſſivent étudiés, afin qu'ils ſe
prêtent un mutuel ſecours, ou que les
premiers ſervent à faciliter l'intelligen
ce de ceux qui les ſuivent.
-
A l'égard des additions qui appartien
nent à la Fortification, une des princi
† eſt la deſcription très-détaillée de
a Fortification de M. de Coëhorn, avec
pluſieurs obſervations ſur ſes avantages
& ſes inconvéniens. On blâme les lar
ges chemins couverts de cet Ingénieur,
parce que les branches n'ont point de
traverſes qui les garantiſſent de l'effet
des batteries à ricochet. M. le Blond
ayant penſé qu'on ignoroit peut - être
cette manière de tirer le canon lorſque
M. de Coëhorn fit connoître ſa manière
de fortifier , a eté confirmé dans cette
idée par la première édition du Livre
de cet Auteur , laquelle eſt de 1685 ,
temps où il n'étoit point encore queſ
tion du ricochet. En effet il paroît conſ
A V R I L.
1764.
Io3
tant par les Lettres de M. le Maréchal
de Vauban écrites à M. de Louvois im
médiatement après le ſiége de Philiſ
bourg en 1688, que ce fut à ce ſiége
qu'il en fit les premiers éſſais, dont le
ſuccès l'engagea d'en établir & d'en
perfectionner l'uſage.
Une autre addition aſſez étendue ,
c'eſt une eſpéce de Traité des Ouvra
es de la Fontification paſſagère, c'eſt
-dire des Redoutes & des différens
Forts propres à mettre des poſtes en
état de défenſe , aſſurer des commu
nications, couvrir des ponts , &c , par
tie fort importante à tous les Militaires,
laquelle étant jointe à ce que l'Auteur
enſeigne ſur les lignes dans la ſeconde
Edition de ſon Traité de l'attaque des
Places , renferme l'eſſentiel de tout ce
qu'il a de plus utile ſur cet objet.
On trouvera pluſieurs autres addi
tions moins conſidérables, répandues
dans le corps de l'Ouvrage. L'Auteur
y donne un plus grand détail ſur les
contremines, que dans les précédentes
éditions ;
il fait voir auſſi la manière
dont on ſe ſert des écluſes pour for
mer des inondations, &c. L'ouvrage eſt
· terminé par une table des matières qui
paroît faite avec beaucoup de ſoins ,
E iV
1o4 MERCURE E)E FRANCE.
& par un Dictionnaire des termes de
Fortification ,
plus complet que celui
des précédentes éditions. Les différen
tes additions que l'Auteur a faites à ce
Livre, l'ont mis dans la néceſſité d'aug
menter le nombre des Planches. Au
lieu de 19 qu'il y en avoit dans la der
nière, celle-ci en a 37, dont la plûpart
repréſentent en grand le développement
des principaux ouvrages de la Fortifi
cation. Elles ſont toutes gravées de
nouveau & bien exécutées.
Pour ſe rendre les régles & les prin
cipes de la Fortification familiers , M.
le Blond voudroit qu'on accoutumât
les Eléves à tracer ſur le terrain tous
les différens Ouvrages qu'on leur fait
conſtruire ſur le papier ; qu'on s'appli
quât auſſi à leur § mettre en état -
de défenſe les Bourgs, Villages & autres
Poſtes qu'on eſt ſouvent, à la guerre,
dans le cas de fortifier. Il ajoûte que des
expériences réïtérées & réfléchies de
cette eſpéce de pratique de la Fortifica
tion ne peuvent manquer d'augmenter
les lumières de ceux qui voudront bien
en faire l'eſſai, c'eſt dequoi il n'eſt guères
poſſible de douter. Mais il§ pour
cela être dirigé par des Maîtres auſſi
habiles & auſſi intelligens que ce cé
lébre Profeſſeur de Mathématique. L'eſ
A V R I L. 1764.
1o5
time générale qu'il s'eſt acquiſe en ce
genre, cauſe des regrets à tous ceux
qui n'ont point été à portée de prendre
de ſes leçons.
Ce Livre & les autres Ouvrages d,
M le Blond peuvent être† COIn »
me des Livres claſſiques d'une Eccle
Militaire. Tout y eſt expoſé avec clar
té, & l'on y trouve d'ailleurs ce qu'il y
a de plus eſſentiel & de plus utile dans
les différentes matières qui ont été l'ob
jet de ſes ſçavans travaux.
la construction raisonnée de tous les
Ouvrages de la Fortification, les systêmes
des plus célébres Ingénieurs ;
la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME
ÉDITION, augmentée
de l'Explication détaillée de la Fortification
de M. de COEHORN,
de la construction des Redoutes, Forts
de Campagne, &c. & d'un Plan des
différentes instructions propres à une
École Militaire. Par M. Le BLOND,
Maître de Mathématique des Enfans
de France, &c. Vol. in-8o d'environ
400 pages. A Paris, chez Jombert,
rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi.
LES précédentes Editions de cet Ouvrage
en ont fait connoître le mérite
depuis longtemps ; c'eſt pourquoi nous
donnerons ſeulement une légère idée
de ce que celle-ci contient de nouveau.
Nous remarquerons d'abord qu'à la
96 MERCURE DE FRANCE.
place de l'Epitre dédicatoire de la der
nière édition , l'Auteur a ſubſtitué un
récis des premières inſtructions ſcienti
fiques de feu Mgr le DUC DE BoUR
CoGNE. On y trouve le développement
des idées du jeune Prince, & différens
traits d'intelligence & de génie très-pro
pres à caractériſer la nature du juge
ment avancé de cet auguſte Enfanr,
dont il étoit très-à-propos de conſer
ver la mémoire.
Nous rapporterons quelques traits de
cette Préface, que nos Lecteurs ſeront
peut-être bien-aiſes de ſçavoir. M. le
Duc de Bourgogne décrivoit un cercle ;
& le point du compas qui étoit au cen
rre ayant gliſſé ſur le papier ſans y laiſ
ſer la marque de ſon impreſſion , il la
mit ſucceſiivement ſur deux points de
l'arc déjà tracé ; puis de ces points pris
pour centre , il d§ deux arcs dont
le point d'interſection étoit au centre du
cercle commencé ; attendu , diſoit-il ,
que je n'ai point changé l'ouverture de
mon compas , & que le point où les arcs
ſe coupent , eſt également éloigné de la
circonférence. Il n'y avoit alors guères
qu'un mois qu'on avoit commencé de
travailler, ou plutôt ſuivant ſon expreſ
ſion, de jouer avec lui.
A V R I L. 1764.
g7
Les figures de Géométrie lui étant
devenues familières, il eut envie d'en
tracer lui-même. Il commença donc à
ſe ſervir du compas avec la grâce &
l'aiſance qui lui étoient particulières.
Ayant décrit un cercle, il voulut en ti
rer le diametre ; mais comme la ligne
qu'il avoit décrite ne paſſoit pas par le
centre, il dit auſſitôt : Ah, je voulois
tirer un diamètre, & j'ai tiré une corde ;
car ma ligne ne paſſe pas par le centre.
Le jeune Prince deſiroit ſurtout de
faire des choſes qui ne lui avoient point
été montrées. Il dit, n'ayant point en
core cinq ans accomplis, qu'il feroit
un quarré exactement , ſans ſe ſervir
du compas. Comme il vit qu'on doutoit
qu'il pût y parvenir, il prit la régle, &
il tira une ligne de toute ſa longueur.
Il poſa enſuite ſucceſſivement aux deux
extrémités de cette ligne , le petit côté
de la régle , de manière qu'elle lui
ſervoit d'équerre. Il acheva ainſi ſa fi
gure , laquelle , diſoit-il , eſt ſûrement
un quarré , car les côtés ſont égaux &
les angles droits.
-
M. le Duc de Bourgogne avoit re
marqué dans un plan en relief d'un
front de Fortification , 'que le chemin
' ſur le glacis pour entrer dans la Place ,
II. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
étoit en ligne courbe : il en demanda
la raiſon : on lui dit qu'il la trouveroit
lui-même, s'il vouloit y penſer. Il le fit
un inſtant, & dit enſuite † croyoit
que ce chemin étoit ainſi conſtruit,
afin qu'il ne fût pas enfilé du canon des
aſſiégeans ; ou, pour rapporter ſes pro
pres paroles ; ne ſeroit - ce pas que ,
comme le canon va en ligne droite, on y
ſeroit expoſé partout , quand l'ennemi
attaque la Place ?
Dans une de ſes promenades de l'a-
près-midi, il avoit remarqué que ſon
ombre étoit plus longue à la fin qu'au
commencement. Comme il en deman
doit la raiſon, on poſa une régle ver
ticalement ſur une table. On prit en
ſuite une lumière, laquelle étant hauſ
ſée ou baiſſée, accourciſſoit ou allon
geoit l'ombre de la régle, & on lui dit
que c'étoit là la réponſe à ſa queſtion.
J'entends , dit-il; c'eſt que quand mon
ombre eſt plus courte, le Soleil eſt plus .
élevé; & qu'il eſt plus bas quand elle eſt
plus grande.
-
Un jour qu'il étoit queſtion d'Anni
bal , on lui dit que ce grand Capitaine
joignoit ſouvent la peau du renard à
celle du lion. Ne comprenant pas d'a-
bord cette expreſſion, on ne fit que lui
-
A V R I L. 1764.
99
dire de faire attention aux attributs de
ces animaux ; & il répondit auſſitôt ,
qu'apparemment cela vouloit dire qu'An
nibal joignoit la ruſe au courage ou à
la force.
Après la
"
\
Préface du Livre, M. le
Blond, ſuit un Plan des inſtructions pro
pres à une Ecole Militaire. Ce Plan
avoit été d'abord rédigé pour un Ré
giment ; il fut inſéré dans le Mercure
du mois d'Août 1754. Il paroît ici avec
quelques changemens & pluſieurs addi
tions. M. le Blond y fait ſentir la dif
férence qu'il doit y avoir entre les inſ
tructions d'une Ecole Militaire, & cel- .
les d'une Ecole de pure Géométrie.Ildé
ſigne les différentes connoiſſances Ma
thématiques qui ſervent de baſe à l'art
de la guerre, & il indique les principaux
ouvrages dont l'étude peut, en quelque
façon, ſuppléer aux inſtructions des
Maîtres particuliers, tant pour les Ma
thématiques, que pour tout ce qui con
cerne le Génie , l'Artillerie & même la
Tactique, qu'on doit regarder comme
la principale partie de la ſcience de l'Of
ficier.
-
C'eſt particuliérement par des leçons
ſur cette importante partie, qu'une Eco
le établie pour des Militaires, doit dif
E ij
1OO MERCURE DE FRANCE.
férer des autres Ecoles deſtinées à for
mer des Géométres. LesAnciens avoient
des Maîtres pour enſeigner la Tactique,
au lieu qu'aujourd'hui il n'en eſt point
queſtion dans les lieux où l'on éléve
les jeunes gens pour les former dans
l'art de la guerre.Après un peu de Géo
métrie & une légère idée de la Fortifi
cation , tout ce qu'on y apprend de
l'Art Militaire ſe réduit prèſque uni
quement à l'exercice ou au manîmene
des armes, comme ſi cet objet renfer- .
. moit toute la ſcience de l'Officier,quoi
qu'il n'en ſoit que la plus petite partie.
Comme la guerre a ſes régles & ſes
principes, & qu'on peut en apprendre
la théorie par l'étude , M. le Blond
prétend que rien ne ſeroit plus utile que
d'avoir des Maîtres qui puſſent ſervir
de guides dans cette carrière, comme
, on en a pour la Géométrie & le Gé
· nie. Ces guides, ſelon lui , ne peuvent
être que des Géométres Tacticiens ,
comme l'étoient les Maîtres des An
ciens. C'eſt pourquoi il penſe qu'il ſe
roit à propos dans l'établiſſement d'une
Ecole pour former les Officiers dans
l'art de la guerre , d'engager le Pro
feſſeur de Mathématique à s'occuper
aſſez ſérieuſement de la Science Mi
A V R I L. 1764.
IO I
litaire, pour ſe mettre en état d'enſei
gner la Tactique. Un homme intelli
gent, fort au fait des différentes parties
du Génie & de l'Artillerie, comme le
doit être un Profeſſeur de Mathématique
d'une Ecole Militaire , peut avec le
temps devenir un bon Maître de I'acti
que. Il n'eſt queſtion pour cela, que d'é-
tudier avec choix & diſcernement les
meilleurs Ecrivains Militaires'pour en
former un corps de régles & de prin
cipes qu'on puiſſe enſuite enſeigner
avec l'ordre & la méthode que l'on ſuit
dans la Géométrie & les Fortifications.
Ce Plan peut être utile non ſeule
ment à ceux qui voudront s'inſtruire
des différentes parties de la Science Mi
litaire, mais encore aux perſonnes char
gées de l'inſtruction de la jeuneNobleſſe.
Comme dans cet état on ne s'applique
guères à la Géométrie qu'autant qu'on
la croit néceſſaire au métier de la guer
re, il ſera aiſé de juger ſi les Maîtres
ne perdent point de vue cet objet ;
c'eſt-à-dire s'ils en occupent leurs Eco
liers par préférence aux ſpéculations qui
pourroient leur être plus familières ou
· plus conformes à leur goût particulier.
Le défaut d'attention à cet égard eſt
peut-être la principale º# du peu de
11j
IO2 MERCURE DE FRANCE.
fruit que la plûpart des jeunes Militaires
retirent du temps qu'ils donnênt à l'é-
tude des Mathématiques.
M. le Blond termine ce Plan par l'é-
numération des Ouvrages où les princi
es de l'Art Militaire ſont établis avec
e plus de clarté & de méthode. Il in
dique l'ordre dans lequel ils doivent
être ſucceſſivent étudiés, afin qu'ils ſe
prêtent un mutuel ſecours, ou que les
premiers ſervent à faciliter l'intelligen
ce de ceux qui les ſuivent.
-
A l'égard des additions qui appartien
nent à la Fortification, une des princi
† eſt la deſcription très-détaillée de
a Fortification de M. de Coëhorn, avec
pluſieurs obſervations ſur ſes avantages
& ſes inconvéniens. On blâme les lar
ges chemins couverts de cet Ingénieur,
parce que les branches n'ont point de
traverſes qui les garantiſſent de l'effet
des batteries à ricochet. M. le Blond
ayant penſé qu'on ignoroit peut - être
cette manière de tirer le canon lorſque
M. de Coëhorn fit connoître ſa manière
de fortifier , a eté confirmé dans cette
idée par la première édition du Livre
de cet Auteur , laquelle eſt de 1685 ,
temps où il n'étoit point encore queſ
tion du ricochet. En effet il paroît conſ
A V R I L.
1764.
Io3
tant par les Lettres de M. le Maréchal
de Vauban écrites à M. de Louvois im
médiatement après le ſiége de Philiſ
bourg en 1688, que ce fut à ce ſiége
qu'il en fit les premiers éſſais, dont le
ſuccès l'engagea d'en établir & d'en
perfectionner l'uſage.
Une autre addition aſſez étendue ,
c'eſt une eſpéce de Traité des Ouvra
es de la Fontification paſſagère, c'eſt
-dire des Redoutes & des différens
Forts propres à mettre des poſtes en
état de défenſe , aſſurer des commu
nications, couvrir des ponts , &c , par
tie fort importante à tous les Militaires,
laquelle étant jointe à ce que l'Auteur
enſeigne ſur les lignes dans la ſeconde
Edition de ſon Traité de l'attaque des
Places , renferme l'eſſentiel de tout ce
qu'il a de plus utile ſur cet objet.
On trouvera pluſieurs autres addi
tions moins conſidérables, répandues
dans le corps de l'Ouvrage. L'Auteur
y donne un plus grand détail ſur les
contremines, que dans les précédentes
éditions ;
il fait voir auſſi la manière
dont on ſe ſert des écluſes pour for
mer des inondations, &c. L'ouvrage eſt
· terminé par une table des matières qui
paroît faite avec beaucoup de ſoins ,
E iV
1o4 MERCURE E)E FRANCE.
& par un Dictionnaire des termes de
Fortification ,
plus complet que celui
des précédentes éditions. Les différen
tes additions que l'Auteur a faites à ce
Livre, l'ont mis dans la néceſſité d'aug
menter le nombre des Planches. Au
lieu de 19 qu'il y en avoit dans la der
nière, celle-ci en a 37, dont la plûpart
repréſentent en grand le développement
des principaux ouvrages de la Fortifi
cation. Elles ſont toutes gravées de
nouveau & bien exécutées.
Pour ſe rendre les régles & les prin
cipes de la Fortification familiers , M.
le Blond voudroit qu'on accoutumât
les Eléves à tracer ſur le terrain tous
les différens Ouvrages qu'on leur fait
conſtruire ſur le papier ; qu'on s'appli
quât auſſi à leur § mettre en état -
de défenſe les Bourgs, Villages & autres
Poſtes qu'on eſt ſouvent, à la guerre,
dans le cas de fortifier. Il ajoûte que des
expériences réïtérées & réfléchies de
cette eſpéce de pratique de la Fortifica
tion ne peuvent manquer d'augmenter
les lumières de ceux qui voudront bien
en faire l'eſſai, c'eſt dequoi il n'eſt guères
poſſible de douter. Mais il§ pour
cela être dirigé par des Maîtres auſſi
habiles & auſſi intelligens que ce cé
lébre Profeſſeur de Mathématique. L'eſ
A V R I L. 1764.
1o5
time générale qu'il s'eſt acquiſe en ce
genre, cauſe des regrets à tous ceux
qui n'ont point été à portée de prendre
de ſes leçons.
Ce Livre & les autres Ouvrages d,
M le Blond peuvent être† COIn »
me des Livres claſſiques d'une Eccle
Militaire. Tout y eſt expoſé avec clar
té, & l'on y trouve d'ailleurs ce qu'il y
a de plus eſſentiel & de plus utile dans
les différentes matières qui ont été l'ob
jet de ſes ſçavans travaux.
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Résumé : ÉLÉMENS de Fortification, contenant la construction raisonnée de tous les Ouvrages de la Fortification, les systêmes des plus célébres Ingénieurs ; la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME ÉDITION, augmentée de l'Explication détaillée de la Fortification de M. de COEHORN, de la construction des Redoutes, Forts de Campagne, &c. & d'un Plan des différentes instructions propres à une École Militaire. Par M. Le BLOND, Maître de Mathématique des Enfans de France, &c. Vol. in-8 o d'environ 400 pages. A Paris, chez Jombert, rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ; avec approbation & privilége du Roi.
Le texte présente la cinquième édition de 'ÉLÉMENS de Fortification' par M. Le Blond, publiée en 1764 à Paris. Cet ouvrage traite de la fortification selon les principes de M. de Coehorn, ainsi que de la construction de redoutes et de forts de campagne. Il propose un plan d'instructions destiné à une école militaire. Contrairement à la précédente édition, cette version remplace l'épître dédicatoire par un récit des premières instructions scientifiques du duc de Bourgogne, mettant en lumière ses compétences précoces en géométrie et en fortification. Le livre inclut également un plan des instructions militaires, modifié et enrichi depuis sa première publication dans le Mercure en août 1754. M. Le Blond critique la formation actuelle des jeunes officiers, qui privilégie l'exercice et le maniement des armes au détriment des aspects théoriques et stratégiques. Il préconise la création d'une école militaire où des professeurs de mathématiques, formés à la science militaire, enseigneraient la tactique. Il suggère d'étudier les meilleurs écrivains militaires pour établir un corpus de règles et de principes à enseigner méthodiquement. Le texte souligne également les insuffisances de l'enseignement des mathématiques aux jeunes nobles, les maîtres ne se concentrant pas suffisamment sur les applications militaires. M. Le Blond recommande d'utiliser des ouvrages spécifiques pour structurer l'apprentissage de l'art militaire et insiste sur l'importance de la pratique sur le terrain pour familiariser les élèves avec les règles de la fortification. Le texte conclut en soulignant les compétences de M. Le Blond en matière de fortification et son influence sur les jeunes officiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10949
ÉLÉMENS de Fortification, contenant la construction raisonnée de tous les Ouvrages de la Fortification, les systêmes des plus célébres Ingénieurs ; la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME ÉDITION, augmentée de l'Explication détaillée de la Fortification de M. de COEHORN, de la construction des Redoutes, Forts de Campagne, &c. & d'un Plan des différentes instructions propres à une École Militaire. Par M. Le BLOND, Maître de Mathématique des Enfans de France, &c. Vol. in-8 o d'environ 400 pages. A Paris, chez Jombert, rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ; avec approbation & privilége du Roi.
10950
p. 105-110
L'INOCULATION de la Petite-Vérole renvoyée à Londres, par M. ***, Docteur en Médecine, &c. A la Haye, 1764.
Début :
C'EST une seconde Edition, mais considérablement augmentée, d'un petit [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'INOCULATION de la Petite-Vérole renvoyée à Londres, par M. ***, Docteur en Médecine, &c. A la Haye, 1764.
L'INOCULATION de la Petite-Vérole
renvoyée à Londres, par M. ***,
Docteur en Médecine, &c. A la Haye,
1764.
C'EST une seconde Edition, mais
considérablement augmentée, d'un petit
Ouvrage ſigné CANDIDE, que nous
avons annoncé dans le temps. Ce qui
n'étoit, pour ainſi dire, qu'ébauché dans
le premier, eſt rendu dans celui-ci avec
plus de clarté, plus d'étendue, & appuyé
de détails qui paroiffent donner plus de
poids au ſentiment de l'Auteur. C'eſt
certainement le plus courageux, auſſi
E v
-
1o6 MERCURE DE FRANCE.
bien que le plus redoutable adverſaire
qui ſoit entré en lice pour combattIe
l'Inoculation. L'Anonyme n'eſt pas pour
lui un bouclier dont il ſe couvre, pourſe
mettre à l'abri des traits de ceux qu'il
attaque ; il ſe fait aſſez connoître ſans ſe
nommer. Loin de paroître les craindre,
il les provoque lui-même au combat par
de nouveaux défis. Aux calculs qui pa
roiſſent décider d'une manière ſi triom
phante en faveur de l'Inoculation, il en
oppoſe de nouveaux qui rendent la choſe
problématique , & y font appercevoir
des dangers pour la Société,qui méritent
toute l'attention du Gouvernement. '
On ne peut nier que pluſieurs des ob
jections que cet habile Médecin fait aux
partiſans de l'Inoculation,ne ſoient aſſez
bien fondées. Le Lecteur en peut juger
par celle-ci. » La Petite Vérole eſt une
» peſte. Pour l'éteindre faut-il la multi
» plier ? Faut-il la tranſmettre à ceux qui
» ne l'auroient jamais ? Faut-il faire un
» choix de ceux qui ſe portent bien, &
» prendre, pout ainſi dire, la crême de
» l'humanité, pour honorer, pour accré
» diter l'Inoculation , & laiſſer le rebut à
» la Petite - Vérole naturelle, pour la
» rendre plus odieuſe ?
» On vante les ſuccès de l'Inoculation.
A V R I L. 1764.
1o7
» Qu'ont-ils donc de ſi merveilleux ?, Il
» meurt peu de perſonnes entre les mains
» des Inoculateurs. Mais devroit-il en
» mourir, lorſqu'au choix des Sujets, à
» la force du tempérament , on joint
» de longues épreuves, & des prépara
» tions de toute eſpèce ? Eh, Meſſieurs !
» voulez-vous me donner une haute idée
» de l'Inoculation ? Voulez-vous donner
» des preuves éclatantes de la ſenſibilité
» de votre âme, de votre attachement
» à la Patrie, de votre amour défintéreſſé
» pour vos Concitoyens ? Jettez des yeux
» de compaſſion ſur ces malheureuſes
» victimes de l'indigence, qui languiſſent
» dans le ſein de la douleur, & qui en
» proie à diverſes infirmités, ne pour
» roient ſoutenir les attaques imprévues
» d'une Petite-Vérole naturelle. Hono
» rez-les de l'Inoculation ; eſſayez , en
» les préparant, de purifier leur ſang ,
» & de leur donner avec ſuccès une ma
» ladie dont ils ne pourroient être ſur -
» pris, ſans y trouver le terme fatal de
» leur vie & de leurs malheurs. Vous
» pourrez alors relever les avantages de
» l'Inoculation. Vous aurez beau jeu
» pour fermer la bouche aux Incrédule s,
» &c.
\
Si l'argument n'eſt pas ſans réplique ,
E vj
1o8 MERCURE DE FRANCE.
du moins il ſeroit à ſouhaiter que parmi
ceux à qui l'Auteur le propoſe, il ſe
trouvât quelqu'un qui eût aſſez de cha
rité pour entreprendre de le réfuter , &
aſſez de bonheur pour y réuſſir.
L'Ouvrage eſt compoſé de huit queſ
tions qui ſont comme autant de Chapi
tres. A la huitième queſtion. Y a-t-il
des moyens pour diminuer & méme étein
dre la Petite-Vérole ? M. *** répond :
» Oui, ſans doute, il y en a. Et quels
» ſont-ils ? Ceux que l'on employe pour .
» arrêter le cours des autres maladies con
» tagieuſes. » C'eſt dans ce chapitre ſur
tout, que l'Auteur parle également, & en
Médecin , & en Ami des Hommes. Les
moyens qu'il propoſe pour arrêter les ra
vages de la Petite-Vérole , ne peuvent
qu'être tres-avantageux à la Société.
» Et que fait-on à la Cour, quand quel
» qu'un en eſt ſurpris ? Il y a des ordres
» précis d'en éloigner ſur le champ le
» Malade, avec défenſes aux Parens ,
» Amis , Médecins, Chirurgiens & au
» tres qui l'approchent, d'y paroître ſans
» avoir fait la quarantaine. » En conſé
quence, l'Auteur voudroit qu'on em
ployât de ſemblables précautions dans
toutes les Villes du Royaume, & que,
par de ſages réglemens, on captivât en
quelque ſorte la Petite-Vérole, en s'op
A V R I L. 1764.
rog
oſant à ſa communication. Ainfi , au
lieu d'établir des Hôpitaux dans les faux
bourgs de Paris, pour inoculer le Peuple
& les Etrangers qui n'ont point de do
micile, il propoſe au contraire d'établir
ces mêmes Hôpitaux pour y mettre ceux
qui ſeront attaqués de la Petite-Vérole
naturelle, & qu'on leur y faſſe faire qua
rantaine , comme pour la Peſte.
Conſéquemment à ſon titre, l'Auteur
conclut que le parti le meilleur & le
plus ſage eſt de renvoyer l'inoculation à
Londres pour qu'elle y faſſe ſes preuves.
» Si cependant, ajoute-t-il, la Cour
» Souveraine, maîtreſſe de ſes déciſions,
» tolère l'Inoculation de la Petite-Vérole
» en faveur de ceux qui ont toutes les
» commodités néceſſaires pour qu'elle
» ne ſe communique à perſonne; elle
» eſt très-humblement ſuppliée pour le
» bien public, dont elle eſt l'âme, d'or
» donner qu'aucune Inoculation ne pou
» ra être faite qu'à trois lieues de la Ca
» pitale, & des autres Villes du Royau
» me; avec défenſes aux Inoculés, d'y
» rentrer ſans avoir fait quarantaine ,
» comme pour la Peſte, la Petite-Vérole
» en étant une eſpèce. »
Dans une diſpute de cette importance,
qui touche de fi près à la Population, &
I IO MERCURE BE FRANCE.
| par conſéquent au bien public, dont
tous les Ordres du Royaume ſont au
jourd'hui ſi fort occupés, autant ſe
rions-nous blâmables d'oſer prendre au
cun parti, autant le ſerions - nous de
n'être pas extrêmement attentifs à faire
connoître tout ce qui paroîtra pour &
contre; puiſque la déciſion d'un objet
ſi important ne peut réſulter que de la
diſcuſſion de ces différens avis. Defen
dat quod quiſque ſentit. Sunt enim judi
- cia libera : nos inſtitutum tenebimus,
nullisque unius diſciplinœ legibus ad
fcripti, quid ſit in quaque re maxime
probabile ſemper requiremus.
renvoyée à Londres, par M. ***,
Docteur en Médecine, &c. A la Haye,
1764.
C'EST une seconde Edition, mais
considérablement augmentée, d'un petit
Ouvrage ſigné CANDIDE, que nous
avons annoncé dans le temps. Ce qui
n'étoit, pour ainſi dire, qu'ébauché dans
le premier, eſt rendu dans celui-ci avec
plus de clarté, plus d'étendue, & appuyé
de détails qui paroiffent donner plus de
poids au ſentiment de l'Auteur. C'eſt
certainement le plus courageux, auſſi
E v
-
1o6 MERCURE DE FRANCE.
bien que le plus redoutable adverſaire
qui ſoit entré en lice pour combattIe
l'Inoculation. L'Anonyme n'eſt pas pour
lui un bouclier dont il ſe couvre, pourſe
mettre à l'abri des traits de ceux qu'il
attaque ; il ſe fait aſſez connoître ſans ſe
nommer. Loin de paroître les craindre,
il les provoque lui-même au combat par
de nouveaux défis. Aux calculs qui pa
roiſſent décider d'une manière ſi triom
phante en faveur de l'Inoculation, il en
oppoſe de nouveaux qui rendent la choſe
problématique , & y font appercevoir
des dangers pour la Société,qui méritent
toute l'attention du Gouvernement. '
On ne peut nier que pluſieurs des ob
jections que cet habile Médecin fait aux
partiſans de l'Inoculation,ne ſoient aſſez
bien fondées. Le Lecteur en peut juger
par celle-ci. » La Petite Vérole eſt une
» peſte. Pour l'éteindre faut-il la multi
» plier ? Faut-il la tranſmettre à ceux qui
» ne l'auroient jamais ? Faut-il faire un
» choix de ceux qui ſe portent bien, &
» prendre, pout ainſi dire, la crême de
» l'humanité, pour honorer, pour accré
» diter l'Inoculation , & laiſſer le rebut à
» la Petite - Vérole naturelle, pour la
» rendre plus odieuſe ?
» On vante les ſuccès de l'Inoculation.
A V R I L. 1764.
1o7
» Qu'ont-ils donc de ſi merveilleux ?, Il
» meurt peu de perſonnes entre les mains
» des Inoculateurs. Mais devroit-il en
» mourir, lorſqu'au choix des Sujets, à
» la force du tempérament , on joint
» de longues épreuves, & des prépara
» tions de toute eſpèce ? Eh, Meſſieurs !
» voulez-vous me donner une haute idée
» de l'Inoculation ? Voulez-vous donner
» des preuves éclatantes de la ſenſibilité
» de votre âme, de votre attachement
» à la Patrie, de votre amour défintéreſſé
» pour vos Concitoyens ? Jettez des yeux
» de compaſſion ſur ces malheureuſes
» victimes de l'indigence, qui languiſſent
» dans le ſein de la douleur, & qui en
» proie à diverſes infirmités, ne pour
» roient ſoutenir les attaques imprévues
» d'une Petite-Vérole naturelle. Hono
» rez-les de l'Inoculation ; eſſayez , en
» les préparant, de purifier leur ſang ,
» & de leur donner avec ſuccès une ma
» ladie dont ils ne pourroient être ſur -
» pris, ſans y trouver le terme fatal de
» leur vie & de leurs malheurs. Vous
» pourrez alors relever les avantages de
» l'Inoculation. Vous aurez beau jeu
» pour fermer la bouche aux Incrédule s,
» &c.
\
Si l'argument n'eſt pas ſans réplique ,
E vj
1o8 MERCURE DE FRANCE.
du moins il ſeroit à ſouhaiter que parmi
ceux à qui l'Auteur le propoſe, il ſe
trouvât quelqu'un qui eût aſſez de cha
rité pour entreprendre de le réfuter , &
aſſez de bonheur pour y réuſſir.
L'Ouvrage eſt compoſé de huit queſ
tions qui ſont comme autant de Chapi
tres. A la huitième queſtion. Y a-t-il
des moyens pour diminuer & méme étein
dre la Petite-Vérole ? M. *** répond :
» Oui, ſans doute, il y en a. Et quels
» ſont-ils ? Ceux que l'on employe pour .
» arrêter le cours des autres maladies con
» tagieuſes. » C'eſt dans ce chapitre ſur
tout, que l'Auteur parle également, & en
Médecin , & en Ami des Hommes. Les
moyens qu'il propoſe pour arrêter les ra
vages de la Petite-Vérole , ne peuvent
qu'être tres-avantageux à la Société.
» Et que fait-on à la Cour, quand quel
» qu'un en eſt ſurpris ? Il y a des ordres
» précis d'en éloigner ſur le champ le
» Malade, avec défenſes aux Parens ,
» Amis , Médecins, Chirurgiens & au
» tres qui l'approchent, d'y paroître ſans
» avoir fait la quarantaine. » En conſé
quence, l'Auteur voudroit qu'on em
ployât de ſemblables précautions dans
toutes les Villes du Royaume, & que,
par de ſages réglemens, on captivât en
quelque ſorte la Petite-Vérole, en s'op
A V R I L. 1764.
rog
oſant à ſa communication. Ainfi , au
lieu d'établir des Hôpitaux dans les faux
bourgs de Paris, pour inoculer le Peuple
& les Etrangers qui n'ont point de do
micile, il propoſe au contraire d'établir
ces mêmes Hôpitaux pour y mettre ceux
qui ſeront attaqués de la Petite-Vérole
naturelle, & qu'on leur y faſſe faire qua
rantaine , comme pour la Peſte.
Conſéquemment à ſon titre, l'Auteur
conclut que le parti le meilleur & le
plus ſage eſt de renvoyer l'inoculation à
Londres pour qu'elle y faſſe ſes preuves.
» Si cependant, ajoute-t-il, la Cour
» Souveraine, maîtreſſe de ſes déciſions,
» tolère l'Inoculation de la Petite-Vérole
» en faveur de ceux qui ont toutes les
» commodités néceſſaires pour qu'elle
» ne ſe communique à perſonne; elle
» eſt très-humblement ſuppliée pour le
» bien public, dont elle eſt l'âme, d'or
» donner qu'aucune Inoculation ne pou
» ra être faite qu'à trois lieues de la Ca
» pitale, & des autres Villes du Royau
» me; avec défenſes aux Inoculés, d'y
» rentrer ſans avoir fait quarantaine ,
» comme pour la Peſte, la Petite-Vérole
» en étant une eſpèce. »
Dans une diſpute de cette importance,
qui touche de fi près à la Population, &
I IO MERCURE BE FRANCE.
| par conſéquent au bien public, dont
tous les Ordres du Royaume ſont au
jourd'hui ſi fort occupés, autant ſe
rions-nous blâmables d'oſer prendre au
cun parti, autant le ſerions - nous de
n'être pas extrêmement attentifs à faire
connoître tout ce qui paroîtra pour &
contre; puiſque la déciſion d'un objet
ſi important ne peut réſulter que de la
diſcuſſion de ces différens avis. Defen
dat quod quiſque ſentit. Sunt enim judi
- cia libera : nos inſtitutum tenebimus,
nullisque unius diſciplinœ legibus ad
fcripti, quid ſit in quaque re maxime
probabile ſemper requiremus.
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Résumé : L'INOCULATION de la Petite-Vérole renvoyée à Londres, par M. ***, Docteur en Médecine, &c. A la Haye, 1764.
En 1764, une seconde édition augmentée d'un ouvrage anonyme intitulé 'CANDIDE' sur l'inoculation de la variole a été publiée. L'auteur, un médecin, critique sévèrement cette pratique, la jugeant dangereuse et problématique pour la société. Il compare la variole à une peste et redoute que l'inoculation ne propage la maladie à des personnes non encore infectées. Il remet en question les succès rapportés de l'inoculation, attribuant les faibles taux de mortalité à une sélection rigoureuse des sujets et à des préparations minutieuses. L'ouvrage est structuré en huit questions, chacune formant un chapitre. Dans le dernier chapitre, l'auteur recommande des mesures similaires à celles prises pour la peste, comme la quarantaine, pour contenir la variole naturelle. Il propose de renvoyer l'inoculation à Londres pour y faire ses preuves et, si elle est tolérée, de l'autoriser uniquement à trois lieues des villes, avec des mesures de quarantaine strictes. Le texte insiste sur la nécessité d'une discussion approfondie sur cette question cruciale pour le bien public. L'auteur met en avant l'importance de la discussion pour parvenir à une conclusion significative, affirmant que chaque individu doit exprimer son opinion librement. Il déclare qu'il suivra cette approche institutionnelle, sans se soumettre aux règles d'une seule discipline, afin de rechercher ce qui est le plus probable dans chaque situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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