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11101
p. 202-205
DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Début :
Sa Majesté Catholique ayant fixé au 24 le jour de cette fête, [...]
Mots clefs :
Mariage, Ambassadeur, Dieu, Amour, Madrid, Marquis, Ballet, Table, Fête, Palais, Temple
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
DEscRIPTIoN de la Fête donnée à Madrid par
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
le Marquis d'OssvN , Ambaſſadeur du RoI
auprès de Sa Majeſté Catholique, à l'occaſion
du Mariage de l'Infante Marie-Louiſe avec
l'Archiduc LEoPoED.
Sa Majeſté Catholique ayant fixé au 24 lejour de
cette fête, les Grands & Grandes d'Eſpagne , les
Ambaſſadeurs & les Miniſtres Etrangers, ainſi que
phuſieurs autres perſonnes de la première diſ
tinction, qui y avoient été invitées, ſe rendirent
. vers les ſix heures du ſoir à l'Hôtel de l'Ambaſſa
deur : la façade de la maiſon étoit illuminée , un
grand nombre de flambeaux éclairoit la rue à
droite & à gauche & conduiſoit, d'un côté, à
e
- J U I N. 1764. 2o3
une maiſon qui étoit deſtinée à recevoir les Pages
des Dames & où l'on devoit,ſelon l'uſage du Pays,
leur diſtribuer des confitures & des rafraîchiſſe
mens, & de l'autre, à de grandes Salles préparées
pour les gens de livrée. La † fut reçue
Par l'Ambaſſadeur & par la Ducheſſe de Medina
Sidonia qui s'étoit chargée de faire les honneurs
de la fête; les Dames & les Cavaliers furent con
duits dans les appartemens qui leur étoient deſ--
tinés , &, quoique ſéparés les uns des autres, ſelon
le cérémonial Eſpagnol , les Cavaliers avoient la
liberté de voir les Dames & de cauſer avec elles ,
la ſéparation n'étant formée que par des canapés
que perſonne n'avoit l'indiſcrétion de franchir.
Tous ces appartemens étoient magnifiquement
meublés & bien éclairés. A huit heures, le refreſco
( le rafraîchiſſement ) fut ſervi par ſoixante-dix
Pages richement habillés; après ce ſervice, qui ſe
fit avec autant d'ordre que de magnificence & pro
fuſion, on préſenta à toute la compagnie le Livre
de la Comédie qu'on alloit exécuter. Alors quatre
portes, qui juſqu'à ce moment avoient été maſ
quées & qui donnoient ſur le jardin, préſenterent .
aux yeux des ſpectateurs au lieu de ce jardin une
magnifique Salle de Spectacle : les bancs des Da--
mes étoient diſpoſés autour de la Salle ſur trois
rangs en forme d'Amphithéâtre, & ceux des Ca
valiers étoient placés dans le Parterre. La Piéce
commença par un Prologue relatif à l'objet de
la fête. Le Théâtre repréſentoit le Veſtibule du
Palais des Dieux, Apollon & Mars paroiſſent ſur
la ſcène & forment le projet de changer la face
de l'Europe en uniſſant enſemble l'Eſpagne, l'Al
lemagne, l'Italie & la France, Vénus & Minerve
decendent dans un char & leur annoncent la réu--
mion de l'Hymen & de l'Amour : en ce moment.
L vj.
2o4 MERCURE DE FRANCE.
la porte du Palais des Dieux s'ouvre & laiſſe voir
dans l'intérieur ſur un piédeſtal les portraits de
l'Archiduc & de l'Infante dans un médaillon ſou
tenu par des Amours.Vénus fait l'éloge du Princes
Minerve fait l'eloge de la Princeſſe, dans lequel
ſe trouve naturellement amené celui de ſon au
guſte Père & de la Reine-Mere. Apollon & Mars
applaudiſſent au choix des Dieux qui ont prévenu
le leur & ordonnent aux Plaiſirs d'aller annoncer
cet Hymen à la Terre. Enfin, Apollon invite les
Muſes à célébrer le jour où les Dieux ſe ſont ainſi
réunis pour le bonheur du monde. Ce Prologue,
terminé par un Ballet qui répondoit à la grandeur
du Sujet, fut ſuivi d'un Intermé de intitulé : la
Valleé du Plaiſir, où l'on voyoit la peinture de
l'Amour vertueux & tranquille; des Bergers & des
Bergères y faiſoient des voeux pour le bonheur
des auguſtes époux qui étoient l'objet de leurs
fêtes : l'interméde finit par un Ballet Paſtoral,
après lequel on repréſenta le Futeur Amoureux,
Cpéra-Comique, traduit du François en Eſpagnol.
A cette Comédie ſuccéda un autre Interméde que
les Eſpagnols appellent Fin de la fieſta : il fut
terminé par un Ballet de Hongrois & de Citoyen
nes de Madrid , connues ſous le nom de Majas :
la décoration repréſentoit exactement la façade
illuminée de l'Hôtel de l'Ambaſſadeur. Le Specta
de dura environ trois heures. On en ſortit après
minuit & l'on monta à l'appartement d'enhaut
uniquement deſtiné pour le ſouper qui fut ſervi
à une table de cent vingt-quatre couverts, placée
dans une Salle qui formoit un jardin orné de
berceaux fleuris entre leſquels étoient peints,
d'eſpace en eſpace des thermes en marbre blanc
& des ſtatues de grandeur naturelle : à l'un des
bouts de la Salle § repréſenté le coucher du
t
J U I N. 1764. 2o5
Soleil , & à l'autre le lever de la Lune. Sur cette
table étoit auſſi figuré en ſucre le Temple de
l'Hymen au milieu d'un parterre d'orangers,en
trecoupé de fontaines & terminé par des pavillons
de la plus belle Architecture. De cette grande
Salle on paſſoit dans une autre richement meu
blée où étoit le dais du Roi de France & dans
laquelle on avoit placé une table de quatre vingt
dix couverts : elle étoit ornée des portraits de la
Famille Royale, entre chacun deſquels étoit une
guirlande courante de gaze d'or , d'argent & de
fleurs. Comme le nombre des convives étoit de
près de ſept cens perſonnes, parmi leſquelles on
comptoit environ cent cinquante Dames , on
dreſſa ſur le champ pluſieurs tables dans les piéces
d'en-bas : il y avoit auſſi ſur le Théâtre dèux
tables de ſoixante couverts chacune, pour les
Comédiens & les Muſiciens. Après le ſervice, on
en dreſſa d'autres pour ſoixante-dix Pages & pour
plus de cent Valets de Chambre. Le ſouper fini,
on deſendit à la Salle du Bal qui repréſentoit le
Temple de l'Hymen. Sur la face extérieure d'un
Autel placé dans le fond on voyoit le mariage de
Pſyché & de l'Amour, & à côté de l'Autel , ſur
les deux aîles de la Salle, quatre ſtatues de gran
deur naturelle, l'Hymen & l'Amour, le Plaiſir
& la Pudeur. Le Bal s'ouvrit vers les deux heures
du matin & dura juſqu'à neuf heures. On ſervit
alors une table de quatre-vingt couverts pour
les perſonnes qui étoient reſtées juſqu'à ce mo
ment. L'Ambaſſadeur & la Ducheſſe de Medina
Sidonia ne négligerent rien pour rendre cette
fête agréable ;ils furent ſecondés par le Comte
d'Egmont, le Marquis de Confians & le Marquis
de Crillon, qui ſe trouvoient alors à Madrid.
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Résumé : DESCRIPTION de la Fête donnée à Madrid par le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, à l'occasion du Mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Leopold.
Le 24 juin 1764, le Marquis d'Ossun, Ambassadeur du Roi auprès de Sa Majesté Catholique, organisa une fête somptueuse à Madrid pour célébrer le mariage de l'Infante Marie-Louise avec l'Archiduc Léopold. La fête se déroula à l'hôtel de l'Ambassadeur, dont la façade et la rue étaient illuminées par de nombreux flambeaux. Les invités, comprenant les Grands d'Espagne, les Ambassadeurs et les Ministres Étrangers, furent accueillis par l'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia. Les appartements étaient magnifiquement meublés et bien éclairés, permettant aux invités de se voir et de converser tout en respectant le cérémonial espagnol. À huit heures, un rafraîchissement fut servi par soixante-dix Pages richement habillés. Ensuite, une pièce de théâtre fut présentée, débutant par un prologue relatant l'union de l'Espagne, l'Allemagne, l'Italie et la France. La pièce fut suivie d'intermèdes et d'un opéra-comique traduit en espagnol, le spectacle durant environ trois heures. Après minuit, les invités montèrent à l'appartement supérieur pour le souper, servi à une table de cent vingt-quatre couverts dans une salle décorée de berceaux fleuris et de statues. Une autre salle, ornée des portraits de la Famille Royale, accueillit une table de quatre-vingt-dix couverts. Plusieurs tables supplémentaires furent dressées pour les convives, les comédiens, les musiciens, les Pages et les Valets de Chambre. Le bal, représentant le Temple de l'Hymen, débuta à deux heures du matin et se poursuivit jusqu'à neuf heures. Une table de quatre-vingt couverts fut ensuite servie pour les personnes restées jusqu'à ce moment. L'Ambassadeur et la Duchesse de Medina Sidonia, aidés par le Comte d'Egmont, le Marquis de Confians et le Marquis de Crillon, veillèrent à rendre la fête agréable.
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11102
p. 205-206
« Le premier du mois d'Avril, la Marquise de Grasse, épouse du Marquis [...] »
Début :
Le premier du mois d'Avril, la Marquise de Grasse, épouse du Marquis [...]
Mots clefs :
Marquise , Capitaine, Comtesse, Maréchal, Chevalier, Décès
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texteReconnaissance textuelle : « Le premier du mois d'Avril, la Marquise de Grasse, épouse du Marquis [...] »
LE premier du mois d'Avril, la Marquiſe de
2io6 MERCURE DE FRANCE.
Graſſe, épouſe du Marquis de Graſſe, Capitaine
au Régiment des Gardes-Françoiſes, fut préſen
rée au Roi & à la Famille Royale,par la Comteſſe
de Carcado ſa tante. - -
GABRIEL-Claude Charton Deſmauguins, an
cien Maréchal des Logis, des Gendarmes de la
Garde , avec Brévet de Meſtre de Camp , eſt
mort à Bourbon-l'Archambault , âgé de 83 ans.
Il avoit reçu ſes trois enfans Chevaliers de S.
Eouis , dont deux ſont Brigadiers dans les Gen
darmes de la Garde , & l'autre Capitaine de
Grenadiers dans le Régiment de Flandre.
La ſuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
2io6 MERCURE DE FRANCE.
Graſſe, épouſe du Marquis de Graſſe, Capitaine
au Régiment des Gardes-Françoiſes, fut préſen
rée au Roi & à la Famille Royale,par la Comteſſe
de Carcado ſa tante. - -
GABRIEL-Claude Charton Deſmauguins, an
cien Maréchal des Logis, des Gendarmes de la
Garde , avec Brévet de Meſtre de Camp , eſt
mort à Bourbon-l'Archambault , âgé de 83 ans.
Il avoit reçu ſes trois enfans Chevaliers de S.
Eouis , dont deux ſont Brigadiers dans les Gen
darmes de la Garde , & l'autre Capitaine de
Grenadiers dans le Régiment de Flandre.
La ſuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
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Résumé : « Le premier du mois d'Avril, la Marquise de Grasse, épouse du Marquis [...] »
Le 1er avril, la Marquise de Grasse a été présentée au Roi et à la Famille Royale par la Comtesse de Carcado. Gabriel-Claude Charton Desmauguins, ancien Maréchal des Logis des Gendarmes de la Garde, est décédé à 83 ans. Ses trois fils sont Chevaliers de Saint-Louis, dont deux sont Brigadiers et le troisième est Capitaine de Grenadiers. La suite des Nouvelles Politiques paraîtra dans le prochain Mercure de France.
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11103
p. 206-208
AVIS DIVERS.
Début :
Les personnes qui par état emploient du vinaigre distillé, bien [...]
Mots clefs :
Vinaigre, Distillateur, Fourneau, Nouveautés, Vinaigre romain, Soins dentaires, Blanchiment, Peau, Odeurs, Qualités
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS DIVERS.
A V I S D I V E R S;.
L e s perſonnes qui par état emploient duº
vinaigrediſtilſé, bien déflegmé ſoit pou faire
des ſels ou autres compoſitions, ſont averties par
le Sieur MAILLE, Vinaigrier diſtillateur, que par
la nouvelle conſtruction d'un fourneau qu'il a
†faire cette diſtilation dans des
vaiſſeaux de grais, le met à portée de vendre ce
vinaigre d'une qualité beaucoup ſuperieure ;l'Au
teur n'a pas ſeulément fixé ſon attention à per
fèctionner cette qualité de vinaigre , mais à
prévenir les dangers que peut occaſionner ce
lui qui ſe diſtille chez différens Particuliers dans
des vaiſſeaux de cuivre. Son vinaigre romain ,-
pour la conſervation de la bouche, ſe diſtribue
toujours avec le plus heureux ſuccès tant dans
les Cours Etrangeres qu'à celle de France. L'Au
teur donne avis que différens Particuliers flattés
4
J U I N. 1764. 2o7
par l'eſpoir du gain, ſe mêlent de le contrefaire &
trompent les perſonnes à qui ils le vendent : ce
que l'on peut éviter en s'adreſſant directement
à lui. Ce vinaigre blanchit les dents, empêche
qu'elles ne ſe carient & en arrête le progrès,.
les raffermit dans leurs alvéoles,prévient l'haleine
forte & rafraîchit les lévres. L'Auteur vend auſſi
différens vinaigres pour blanchir la peau, guérir
les dartres farineuſes , les boutons , noircir les
cheveux roux ou blancs ainſi que les ſourcils, ôter
les taches de rouſſeur & maſques de couches,
& le véritable vinaigre des quatre voleurs, pré
ſervatif de tout air contagieux, & généralement
toutes ſortes de vinaigres tant à l'uſage des bains
que de la table au nombre de deux cent ſortes..
L'on diſtribue toujours en ſon magazin à Séve
près Paris, le nouveau Caſſis blanc, pour aider
à la digeſtion des alimens , le nouveau ratafia»
des Sultannes , le Courier de Cythère & générale
ment toutes ſortes de liqueurs & eaux d'odeurs
tant Françoiſes qu'Etrangères. L'on s'adreſſera
pour les vinaigres au Sieur MAILLE, rue Saint :
André des Arcs, la troiſiéme Porte Cochere à
droite en entrant par le Pont Saint Michel entre :
la rue Mâcon , & la rue Haute - Feuille , de
l'autre côté , à Paris , & pour le Caſſis, ratafia°
& autres liqueurs & odeurs, en ſon magazin à
Séve près Paris, route de la Cour. Le prix des
moindres bouteilles pour les dents ou autres pro
priétés eſt de 3 liv. le Caſſis blanc 4 liv. la pinte,
le ratafia des Sultanes 6 liv. la pinte, & 8 liv. .
le Courier de Cythères Les perſonnes qui vou
dront emporter de ces ſortes de vinaigres aux
Iles, dont l'uſage eſt ſi nécéſſaire, peuvent le faire
ſans craindre que le temps ni l'éloignement du
Iranſport, puiſſent altérer leuts qualités.. Ledit
2oS MERCURE DE FRANCE.
Sieur MAILLE fait les envois au deſir des per
ſonnes en remettant l'argent par la Poſte franc
de port ainſi que les lettres & envoie en même
temps la manière de s'en ſervir, avec une Liſte
générale de ſes vinaigres & leurs prix.
L e s perſonnes qui par état emploient duº
vinaigrediſtilſé, bien déflegmé ſoit pou faire
des ſels ou autres compoſitions, ſont averties par
le Sieur MAILLE, Vinaigrier diſtillateur, que par
la nouvelle conſtruction d'un fourneau qu'il a
†faire cette diſtilation dans des
vaiſſeaux de grais, le met à portée de vendre ce
vinaigre d'une qualité beaucoup ſuperieure ;l'Au
teur n'a pas ſeulément fixé ſon attention à per
fèctionner cette qualité de vinaigre , mais à
prévenir les dangers que peut occaſionner ce
lui qui ſe diſtille chez différens Particuliers dans
des vaiſſeaux de cuivre. Son vinaigre romain ,-
pour la conſervation de la bouche, ſe diſtribue
toujours avec le plus heureux ſuccès tant dans
les Cours Etrangeres qu'à celle de France. L'Au
teur donne avis que différens Particuliers flattés
4
J U I N. 1764. 2o7
par l'eſpoir du gain, ſe mêlent de le contrefaire &
trompent les perſonnes à qui ils le vendent : ce
que l'on peut éviter en s'adreſſant directement
à lui. Ce vinaigre blanchit les dents, empêche
qu'elles ne ſe carient & en arrête le progrès,.
les raffermit dans leurs alvéoles,prévient l'haleine
forte & rafraîchit les lévres. L'Auteur vend auſſi
différens vinaigres pour blanchir la peau, guérir
les dartres farineuſes , les boutons , noircir les
cheveux roux ou blancs ainſi que les ſourcils, ôter
les taches de rouſſeur & maſques de couches,
& le véritable vinaigre des quatre voleurs, pré
ſervatif de tout air contagieux, & généralement
toutes ſortes de vinaigres tant à l'uſage des bains
que de la table au nombre de deux cent ſortes..
L'on diſtribue toujours en ſon magazin à Séve
près Paris, le nouveau Caſſis blanc, pour aider
à la digeſtion des alimens , le nouveau ratafia»
des Sultannes , le Courier de Cythère & générale
ment toutes ſortes de liqueurs & eaux d'odeurs
tant Françoiſes qu'Etrangères. L'on s'adreſſera
pour les vinaigres au Sieur MAILLE, rue Saint :
André des Arcs, la troiſiéme Porte Cochere à
droite en entrant par le Pont Saint Michel entre :
la rue Mâcon , & la rue Haute - Feuille , de
l'autre côté , à Paris , & pour le Caſſis, ratafia°
& autres liqueurs & odeurs, en ſon magazin à
Séve près Paris, route de la Cour. Le prix des
moindres bouteilles pour les dents ou autres pro
priétés eſt de 3 liv. le Caſſis blanc 4 liv. la pinte,
le ratafia des Sultanes 6 liv. la pinte, & 8 liv. .
le Courier de Cythères Les perſonnes qui vou
dront emporter de ces ſortes de vinaigres aux
Iles, dont l'uſage eſt ſi nécéſſaire, peuvent le faire
ſans craindre que le temps ni l'éloignement du
Iranſport, puiſſent altérer leuts qualités.. Ledit
2oS MERCURE DE FRANCE.
Sieur MAILLE fait les envois au deſir des per
ſonnes en remettant l'argent par la Poſte franc
de port ainſi que les lettres & envoie en même
temps la manière de s'en ſervir, avec une Liſte
générale de ſes vinaigres & leurs prix.
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Résumé : AVIS DIVERS.
Le Sieur MAILLE, vinaigrier distillateur, publie un avis le 4 juin 1764 annonçant une nouvelle méthode de distillation du vinaigre dans des vaisseaux de grais, améliorant ainsi la qualité du produit. Il met en garde contre les dangers de la distillation dans des vaisseaux de cuivre et contre les contrefaçons de son vinaigre romain, reconnu pour ses bienfaits sur la bouche et distribué dans diverses cours. MAILLE propose divers types de vinaigres, notamment pour blanchir les dents, prévenir les caries, raffermir les dents, prévenir l'haleine forte, et rafraîchir les lèvres. Il offre également des vinaigres pour blanchir la peau, guérir les dartres farineuses, les boutons, noircir les cheveux roux ou blancs, ôter les taches de rousseur et les masques de couches, ainsi que le vinaigre des quatre voleurs, préservatif contre les airs contagieux. Il propose plus de deux cents sortes de vinaigres pour divers usages, y compris les bains et la table. MAILLE distribue également des liqueurs et eaux d'odeurs, telles que le nouveau Cassis blanc, le ratafia des Sultannes, et le Courier de Cythère, disponibles dans son magasin à Sèvres près de Paris. Les prix varient, par exemple, les moindres bouteilles pour les dents coûtent 3 livres, le Cassis blanc 4 livres la pinte, le ratafia des Sultanes 6 livres la pinte, et le Courier de Cythères 8 livres. MAILLE assure l'envoi des produits par la poste, franc de port, et fournit des instructions d'utilisation ainsi qu'une liste des vinaigres et leurs prix.
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11104
p. 208-209
Reméde pour les maux de dents, &c.
Début :
Il y a à Paris, comme on l'a dit ci-devant, dans les Volumes de Septembre [...]
Mots clefs :
Remède, Dents, Douleurs, Symptômes, Topique, Guérison, Approbation, Gencives, Voyage
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texteReconnaissance textuelle : Reméde pour les maux de dents, &c.
Reméde pour les maux de dents, &c.
IL y a à Paris,comme on l'a dit ci-devant, dans
les Volumes de Septembre 1762 , en Mai 176 3,
un nouveau reméde , pour la conſervation des
dents, tant ſaines que gâtées, ſans qu'elles faſ
ſent jamais aucun mal ni douleur , & ſans qu'il
faille les faire arracher quelque gâtées qu'elles
foient.
C'eſt un Topique, de la compoſition du Sieur
David, demeurant à Paris, rue & a l'Hôtel Ste
Anne, Butte S. Roch, au troiſiéme. -
Ce Topique s'applique le ſoir en ſe couchant,
ſur l'artére temporal du côté de la douleur ; il ne
fait aucun dommage ni marque à la peau; il tom
be de lui - même, & on eſt guéri pour la vie
des maux de dents, des fluxions qui en provien
nent, des maux de tête, migraine , & rhume de
cerveau ſans qu'il entre rien dans la bouche ni
dans le corps. -
Ce reméde qui eſt approuvé par MM. les
Doyens de la Faculté de Médecine , acquiert
tous les jours des preuves ſans équivoque de ſon
efficacité ; il n'y en eut jamais de plus doux, puiſ
qu'il guérit en dormant.
Tout le monde ſçait, que les maux de dents
prennent dans tous les momens de la journée, &
que l'on ne peut pas toujours s'aller coucher, pour
que l'on puiſſe vaquer à ſes affaires en attendant
ce moment; le Sieur David , a de l'Eau ſpirie
J U I N. 1764. , 25g
rueuſe d'une nouvelle compoſition, qui eſt in -
coruptible , très-agréable au goût & à l'odorat,
qui fait paſſer, dans la minute, les douleurs de
dents les plus vives, guérit les gencives gonfiées,
fait tranſpirer les ſéroſités, raffermit les dents
qui branlent , empêche le commencement & la
continuation de la carie, prévient les humeurs
ſcorbutiques, guérit radicalement de cette ma
ladie, & généralement de tous les maux qui vien
ment dans la bouche.
· MM. les Marins ainſi que beaucoup de voya
geurs , tant par terre que par mer, en font
proviſion ainſi que des topiques, & ſont certains
de faire leurs voyages, ſans avoir jamais aucun
mal aux dents ni a la bouche, & ceux qui ſe
fervent de cette eau, fans être incommodé, ont
toujours les gencives & les dents ſaines ; il y a des
bouteilles à 24 ſols, à y livres, & à 6 livres, &
les topiques à 24 ſols chaque ; il donne un im
primé de la manière de ſe ſervir de tous les deux,
& il en fournit dans toutes les Provinces & hors du
Royaume.
IL y a à Paris,comme on l'a dit ci-devant, dans
les Volumes de Septembre 1762 , en Mai 176 3,
un nouveau reméde , pour la conſervation des
dents, tant ſaines que gâtées, ſans qu'elles faſ
ſent jamais aucun mal ni douleur , & ſans qu'il
faille les faire arracher quelque gâtées qu'elles
foient.
C'eſt un Topique, de la compoſition du Sieur
David, demeurant à Paris, rue & a l'Hôtel Ste
Anne, Butte S. Roch, au troiſiéme. -
Ce Topique s'applique le ſoir en ſe couchant,
ſur l'artére temporal du côté de la douleur ; il ne
fait aucun dommage ni marque à la peau; il tom
be de lui - même, & on eſt guéri pour la vie
des maux de dents, des fluxions qui en provien
nent, des maux de tête, migraine , & rhume de
cerveau ſans qu'il entre rien dans la bouche ni
dans le corps. -
Ce reméde qui eſt approuvé par MM. les
Doyens de la Faculté de Médecine , acquiert
tous les jours des preuves ſans équivoque de ſon
efficacité ; il n'y en eut jamais de plus doux, puiſ
qu'il guérit en dormant.
Tout le monde ſçait, que les maux de dents
prennent dans tous les momens de la journée, &
que l'on ne peut pas toujours s'aller coucher, pour
que l'on puiſſe vaquer à ſes affaires en attendant
ce moment; le Sieur David , a de l'Eau ſpirie
J U I N. 1764. , 25g
rueuſe d'une nouvelle compoſition, qui eſt in -
coruptible , très-agréable au goût & à l'odorat,
qui fait paſſer, dans la minute, les douleurs de
dents les plus vives, guérit les gencives gonfiées,
fait tranſpirer les ſéroſités, raffermit les dents
qui branlent , empêche le commencement & la
continuation de la carie, prévient les humeurs
ſcorbutiques, guérit radicalement de cette ma
ladie, & généralement de tous les maux qui vien
ment dans la bouche.
· MM. les Marins ainſi que beaucoup de voya
geurs , tant par terre que par mer, en font
proviſion ainſi que des topiques, & ſont certains
de faire leurs voyages, ſans avoir jamais aucun
mal aux dents ni a la bouche, & ceux qui ſe
fervent de cette eau, fans être incommodé, ont
toujours les gencives & les dents ſaines ; il y a des
bouteilles à 24 ſols, à y livres, & à 6 livres, &
les topiques à 24 ſols chaque ; il donne un im
primé de la manière de ſe ſervir de tous les deux,
& il en fournit dans toutes les Provinces & hors du
Royaume.
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Résumé : Reméde pour les maux de dents, &c.
Le texte décrit deux remèdes pour les maux de dents proposés par le Sieur David à Paris. Le premier est un topique appliqué le soir sur l'artère temporale du côté douloureux. Il guérit les maux de dents, les fluxions, les maux de tête, la migraine et le rhume de cerveau sans nécessiter d'ingestion. Approuvé par les Doyens de la Faculté de Médecine, ce remède est efficace et doux, agissant pendant le sommeil. Le second remède est une eau spirituelle incorruptible, agréable au goût et à l'odorat, qui soulage instantanément les douleurs dentaires, guérit les gencives gonflées, raffermit les dents qui branlent et prévient la carie. Les marins et voyageurs utilisent ce remède pour éviter les maux de dents pendant leurs voyages. Les produits sont disponibles en bouteilles et topiques à des prix variés, avec des instructions d'utilisation fournies par le Sieur David, qui livre dans toutes les provinces et hors du royaume.
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11105
p. 209-210
« Le Public est prévenu que les personnes qui composoient ci-devant avec les Sieurs [...] »
Début :
Le Public est prévenu que les personnes qui composoient ci-devant avec les Sieurs [...]
Mots clefs :
Société d'agence, Retrait, Directeur, Harmonie
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texteReconnaissance textuelle : « Le Public est prévenu que les personnes qui composoient ci-devant avec les Sieurs [...] »
LE Public eſt prévenu que les perſonnes qui
eompoſoient ci-devant avec les Sieurs MoRE &
BoNAvENTURE, la Société d' Agence, ſe ſont ſé
parées de ces derniers, le 3o du mois de Mars
1764 , & c.
Le ſieur DE NEUvE-EGLIsE qui étoit du nom
bre de ces perſonnes retirées de la Société d'Agence,
a l'honneur d'obſerver au Public à cette
orcaſion , qu'il n'a point été DIREcTEUR de la
dite Société ; c'eſt-a-dire , CoMMIs , mais bien
Aſſocié chargé de la Direction de cette entrepri
ſe , ainſi qu'il appert par l'Article 7 de la Déli
béation du 24 Octobre 1763 ; qu'il n'a jamais
2ro MERCURE DE FRANCE.
été cautionné par aucun de ſes Co-aſſociés , &
qu'il a abandonné ſon intérêt en ladite aſſocia
tion , vu le peu d'harmonie, d'intelligence , &c.
de ceux qui l'ont qualifié à la page 2 1 1 du Mer
eure de Mai 1764 , de leur DIREcTEUR & de
leur PRETE-NoM.
eompoſoient ci-devant avec les Sieurs MoRE &
BoNAvENTURE, la Société d' Agence, ſe ſont ſé
parées de ces derniers, le 3o du mois de Mars
1764 , & c.
Le ſieur DE NEUvE-EGLIsE qui étoit du nom
bre de ces perſonnes retirées de la Société d'Agence,
a l'honneur d'obſerver au Public à cette
orcaſion , qu'il n'a point été DIREcTEUR de la
dite Société ; c'eſt-a-dire , CoMMIs , mais bien
Aſſocié chargé de la Direction de cette entrepri
ſe , ainſi qu'il appert par l'Article 7 de la Déli
béation du 24 Octobre 1763 ; qu'il n'a jamais
2ro MERCURE DE FRANCE.
été cautionné par aucun de ſes Co-aſſociés , &
qu'il a abandonné ſon intérêt en ladite aſſocia
tion , vu le peu d'harmonie, d'intelligence , &c.
de ceux qui l'ont qualifié à la page 2 1 1 du Mer
eure de Mai 1764 , de leur DIREcTEUR & de
leur PRETE-NoM.
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Résumé : « Le Public est prévenu que les personnes qui composoient ci-devant avec les Sieurs [...] »
Le 30 mars 1764, les associés de la Société d'Agence se sont séparés des sieurs MORE et BONAVENTURE. Le sieur DE NEUVE-ÉGLISE a clarifié qu'il était associé chargé de la direction, non directeur. Il a quitté la société en raison du manque d'harmonie entre les membres. Le Mercure de mai 1764 l'a incorrectement qualifié de directeur et prête-nom.
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11106
p. 210-211
« Le Sieur Nicolas Guibaut, Organiste & Claveciniste à Bunéville en Lorraine, [...] »
Début :
Le Sieur Nicolas Guibaut, Organiste & Claveciniste à Bunéville en Lorraine, [...]
Mots clefs :
Organiste, Clavecin, Invention , Machine, Mécanique, Orgue, Mouvement, Utilité, Satisfaction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Nicolas Guibaut, Organiste & Claveciniste à Bunéville en Lorraine, [...] »
EE Sieur NIcoLAs GUIBAUT, Organiſte & Cla
veciniſte à Eunéville en Lorraine, a inventé une
Machine compoſée d'une Méchanique qui fait
mouvoir les Souffléts d'un Orgue, autant de temps
qne la ſituation, plus ou moins grande, de la
place qui ſe trouve à portée de l'Orgue peut per
mettre d'étendre ladite Machine.
Il peut en faire conſtruire une dont le mouve
ment donnera la liberté de toucher ſur un grand
Orgue pendant huit jours, pourvu qu'il ſe trouve
à portée dudit Orgue, une place aſſez étendue
pour le contenir. Fendant cet eſpace de temps,
on ne ſera pas obligé de remonter la Machine ;
l'Organiſte, avant de toucher, aura ſeulement
ſoin de tirer des Regiſtres, qui ſeront mis à l'Or
gue par augmentation, pour ne ſervir qu'à donner
le mouvement à ladite Machine, & de repouſſer
leſdits Regiſtres, quand il finira. Ce qu'il obſer--
vera chaque fois qu'il commencera & finira de
toucher. -
Cette Invention a ſon utilité, en ce que les
Soufflets ſe conſerveront plus long-temps, tant'par
le mouvement de cette Méchanique toujours égal,
que par celui d'un Souffleur qui les agite ordinai
rement avec plus ou moins de vîteſle : inégalité
qui préjudicie auxdits Soufflets , & fait tort à l'har
IIlOnie.
L'Auteur de cette Machine, encouragé par l'émulation
que donne STANISLAs LE BIENFAIsANr,
l
J U I N. 1764. - 2r 1
Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, Pro
teéteur des Arts & des Sciences, voulant mériter
quelques regards favorables de cet auguſte Prince,-
a cherché différens effets du Mouvement. Enfin un
petit Orgue de † pieds , qu'il a fait faire
& poſer chez lui il y a quelques années, lui a fait
naître l'idée de l'Hnvention dont il s'agir. Et par le
moyen de cette Méchanique, il peut toucher une
heure & démie, durée qui eſt proportionnée à la
petiteſſe de l'Orgue & de la place qui eſt à portée
pour contenir la Machine.
-
Il en a démontré l'effet, à la ſatisfaction de tous
les Connoiſſeurs.
Cette Invention eſt également utile pour mou
voir les Soufflets des Forges qui manquent d'eau.
veciniſte à Eunéville en Lorraine, a inventé une
Machine compoſée d'une Méchanique qui fait
mouvoir les Souffléts d'un Orgue, autant de temps
qne la ſituation, plus ou moins grande, de la
place qui ſe trouve à portée de l'Orgue peut per
mettre d'étendre ladite Machine.
Il peut en faire conſtruire une dont le mouve
ment donnera la liberté de toucher ſur un grand
Orgue pendant huit jours, pourvu qu'il ſe trouve
à portée dudit Orgue, une place aſſez étendue
pour le contenir. Fendant cet eſpace de temps,
on ne ſera pas obligé de remonter la Machine ;
l'Organiſte, avant de toucher, aura ſeulement
ſoin de tirer des Regiſtres, qui ſeront mis à l'Or
gue par augmentation, pour ne ſervir qu'à donner
le mouvement à ladite Machine, & de repouſſer
leſdits Regiſtres, quand il finira. Ce qu'il obſer--
vera chaque fois qu'il commencera & finira de
toucher. -
Cette Invention a ſon utilité, en ce que les
Soufflets ſe conſerveront plus long-temps, tant'par
le mouvement de cette Méchanique toujours égal,
que par celui d'un Souffleur qui les agite ordinai
rement avec plus ou moins de vîteſle : inégalité
qui préjudicie auxdits Soufflets , & fait tort à l'har
IIlOnie.
L'Auteur de cette Machine, encouragé par l'émulation
que donne STANISLAs LE BIENFAIsANr,
l
J U I N. 1764. - 2r 1
Roi de Pologne, Duc de Lorraine & de Bar, Pro
teéteur des Arts & des Sciences, voulant mériter
quelques regards favorables de cet auguſte Prince,-
a cherché différens effets du Mouvement. Enfin un
petit Orgue de † pieds , qu'il a fait faire
& poſer chez lui il y a quelques années, lui a fait
naître l'idée de l'Hnvention dont il s'agir. Et par le
moyen de cette Méchanique, il peut toucher une
heure & démie, durée qui eſt proportionnée à la
petiteſſe de l'Orgue & de la place qui eſt à portée
pour contenir la Machine.
-
Il en a démontré l'effet, à la ſatisfaction de tous
les Connoiſſeurs.
Cette Invention eſt également utile pour mou
voir les Soufflets des Forges qui manquent d'eau.
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Résumé : « Le Sieur Nicolas Guibaut, Organiste & Claveciniste à Bunéville en Lorraine, [...] »
Nicolas Guibaut, organiste et claveciniste à Eunéville en Lorraine, a inventé une machine mécanique permettant de faire fonctionner les soufflets d'un orgue de manière continue. Cette machine est adaptable en fonction de l'espace disponible autour de l'orgue. Guibaut affirme pouvoir construire une version capable de fonctionner pendant huit jours sans intervention, à condition que l'espace soit suffisant. Pendant cette période, l'organiste doit simplement tirer et repousser des registres spécifiques pour activer et désactiver la machine. Cette invention prolonge la durée de vie des soufflets grâce à un mouvement mécanique constant, améliorant ainsi la qualité du son produit par l'orgue. Encouragé par Stanislas Leszczyński, Roi de Pologne et Duc de Lorraine et de Bar, protecteur des arts et des sciences, Guibaut a développé cette idée après avoir installé un petit orgue chez lui. Il a démontré l'efficacité de sa machine à la satisfaction des experts. Cette invention est également applicable pour actionner les soufflets des forges manquant d'eau.
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11107
p. 211-212
« Mademoiselle Desmoulins, par Brévet & Privilége confirmé par deux Arrêts du Parlement [...] »
Début :
Mademoiselle Desmoulins, par Brévet & Privilége confirmé par deux Arrêts du Parlement [...]
Mots clefs :
Suc de réglisse, Pâte de guimauve, Secret, Arrêts, Privilèges, Succès, Propriétés, Usage, Fortifiant, Soins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mademoiselle Desmoulins, par Brévet & Privilége confirmé par deux Arrêts du Parlement [...] »
Mademoiſelle DesMoULINs, par Brévet & Pri
vilége confirmé par deux Arrêts du Parlement du
17 Mai & du 4 Septembre r747, depuis plus de ,
ſoixante ans, compoſe & diſtribue le véritable Suc
de Régliſſe & Pâte de Guimauve ſans ſucre ; Se
cret qu'elle ſeule tient par feue Mde ſa Mère, de
Mlle Guy, Angloiſe, fille unique décédée a Paris
en 1714, ayant ſurvêcu plus de vingt ans à M. ſ n
Père, qui avoit inventé ledit Secret, étant premier
Médecin de Charles II. Roi d'Angleterre. Cir
conſtance qui prouve évidemment que Mlle Cyra
no, demeurant rue S. Honoré, & qui contrefait
leſdits Suc & Pâte, en impoſe au Public, quand
elle dit être fille de feu M. Guy,après la mort du
quel Mlle ſa Fille eſt venue a Paris faire valoir ſon
Secret. Ladite Dlle Cyrano a tout-au-plus quaran
te ans. Pourquoi, dans les Arrêts que la Demoi
ſelle Desmoulins a obtenus contre elle, a-t-elle
changé ce nom de Guy en celui de Cyrano ? C'eſt
qu'étant mariée à Paris, il étoit facile de trou
-...2->>º
2 12 MERCURE DE FRANCE.
- i
# !
| | .
,
,
ver ſon acte de mariage qui prouve le contraire
· Malgré les détours dont a uſé la Demoiſelle Cyra
no, Mlle Desmoulins continue avec ſuccès d'en
débiter à Paris, a la Cour de France, & dans tou
tes les Cours de l'Europe, de l'aveu & approbation
de MM. les Prenmiers Médecins du Roi & de la Fa
culté de Paris , leſquels s'en ſervent eux-mêmes,
& l'ordonnent à leurs malades.
Pivpriitis & uſages dudit Sue & Pâte.
Il guérit le Rhûme, fortifie la Poitrine, dégage
la Parole enrouée, & arrête le Crachement de ang
Les Pulmoniques & Aſthmatiques,& les Perſonnes
ſujettes à la Pituite s'en trouvent fort ſoulagées. Il
eſt fort utile à ceux qui ont la Poitrine & la Gorge
ſéche. On peut en uſer en tout temps, le jour &
la nuit, devant & après le repas. On peut les
tranſporter par-tout, & les garder long-temps,
ſans qu'ils ſe gâtent jamais , ni qu'ils per
dent rien de leur qualité. Comme d'autres Per
ſonnes ſe font vantées d'avoir acheté ſon Se
cret, Mlle Desmoulins certifie ne l'avoir vendu
ni donné à perſonne. Sa Marchandiſe ne ſe
débite point ailleurs que chez elle, où l'on trou
vera les Arrêts du Parlement publiés & affichés en
1747, aux dépens de Mlle Cyrano, par leſquels il
lui eſt défendu d'ajouter le nom de Guy à ſon
nom propre. Le prix dudit Suc & Pâte eſt de huit
livres la livre. . -
Mademoiſelle DEsMoULINs demeure rue du
Cimetiere S. André-des-Arts, la première porte
quarrée à droite en ſortant du Cloître, chez Mlle
CHARME ToN , au ſecond.
vilége confirmé par deux Arrêts du Parlement du
17 Mai & du 4 Septembre r747, depuis plus de ,
ſoixante ans, compoſe & diſtribue le véritable Suc
de Régliſſe & Pâte de Guimauve ſans ſucre ; Se
cret qu'elle ſeule tient par feue Mde ſa Mère, de
Mlle Guy, Angloiſe, fille unique décédée a Paris
en 1714, ayant ſurvêcu plus de vingt ans à M. ſ n
Père, qui avoit inventé ledit Secret, étant premier
Médecin de Charles II. Roi d'Angleterre. Cir
conſtance qui prouve évidemment que Mlle Cyra
no, demeurant rue S. Honoré, & qui contrefait
leſdits Suc & Pâte, en impoſe au Public, quand
elle dit être fille de feu M. Guy,après la mort du
quel Mlle ſa Fille eſt venue a Paris faire valoir ſon
Secret. Ladite Dlle Cyrano a tout-au-plus quaran
te ans. Pourquoi, dans les Arrêts que la Demoi
ſelle Desmoulins a obtenus contre elle, a-t-elle
changé ce nom de Guy en celui de Cyrano ? C'eſt
qu'étant mariée à Paris, il étoit facile de trou
-...2->>º
2 12 MERCURE DE FRANCE.
- i
# !
| | .
,
,
ver ſon acte de mariage qui prouve le contraire
· Malgré les détours dont a uſé la Demoiſelle Cyra
no, Mlle Desmoulins continue avec ſuccès d'en
débiter à Paris, a la Cour de France, & dans tou
tes les Cours de l'Europe, de l'aveu & approbation
de MM. les Prenmiers Médecins du Roi & de la Fa
culté de Paris , leſquels s'en ſervent eux-mêmes,
& l'ordonnent à leurs malades.
Pivpriitis & uſages dudit Sue & Pâte.
Il guérit le Rhûme, fortifie la Poitrine, dégage
la Parole enrouée, & arrête le Crachement de ang
Les Pulmoniques & Aſthmatiques,& les Perſonnes
ſujettes à la Pituite s'en trouvent fort ſoulagées. Il
eſt fort utile à ceux qui ont la Poitrine & la Gorge
ſéche. On peut en uſer en tout temps, le jour &
la nuit, devant & après le repas. On peut les
tranſporter par-tout, & les garder long-temps,
ſans qu'ils ſe gâtent jamais , ni qu'ils per
dent rien de leur qualité. Comme d'autres Per
ſonnes ſe font vantées d'avoir acheté ſon Se
cret, Mlle Desmoulins certifie ne l'avoir vendu
ni donné à perſonne. Sa Marchandiſe ne ſe
débite point ailleurs que chez elle, où l'on trou
vera les Arrêts du Parlement publiés & affichés en
1747, aux dépens de Mlle Cyrano, par leſquels il
lui eſt défendu d'ajouter le nom de Guy à ſon
nom propre. Le prix dudit Suc & Pâte eſt de huit
livres la livre. . -
Mademoiſelle DEsMoULINs demeure rue du
Cimetiere S. André-des-Arts, la première porte
quarrée à droite en ſortant du Cloître, chez Mlle
CHARME ToN , au ſecond.
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Résumé : « Mademoiselle Desmoulins, par Brévet & Privilége confirmé par deux Arrêts du Parlement [...] »
Le document relate une controverse entre Mademoiselle Desmoulins et Mademoiselle Cyrano au sujet de la fabrication et de la distribution de suc de réglisse et de pâte de guimauve sans sucre. Mademoiselle Desmoulins affirme posséder un secret de fabrication transmis par sa mère, héritière de M. Guy, médecin de Charles II d'Angleterre. Elle est soutenue par des arrêts du Parlement de 1747, qui interdisent à Mademoiselle Cyrano d'utiliser le nom de Guy. Cette dernière est accusée de contrefaire les produits et de tromperie en se prétendant fille de M. Guy. Mademoiselle Desmoulins continue de vendre ses produits à Paris, à la cour de France et dans diverses cours européennes, avec l'approbation des premiers médecins du roi et de la Faculté de Paris. Ses produits sont recommandés pour soigner le rhume, fortifier la poitrine, dégager la parole enrouée et soulager les pulmoniques et les asthmatiques. Ils peuvent être utilisés à tout moment et se conservent bien. Mademoiselle Desmoulins vend ses produits au prix de huit livres la livre et réside rue du Cimetière Saint-André-des-Arts, chez Mademoiselle Charme Ton. Elle certifie n'avoir jamais vendu ni donné son secret à quiconque.
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11108
p. 213
« Le Sieur Paris, Opticien, qui demeroit ci-devant rue des Postes, proche l' [...] »
Début :
Le Sieur Paris, Opticien, qui demeroit ci-devant rue des Postes, proche l' [...]
Mots clefs :
Opticien, Télescopes, Microscopes, Lunettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur Paris, Opticien, qui demeroit ci-devant rue des Postes, proche l' [...] »
LE Sieur PAR 1 s, Opticien , qui demeuroit ci
devant rue des Poſtes , proche l'Eſtrapade , de
meure actuellement ſur la Place même de l'Eſtra
pade, dans une Maiſon à Porte-Cochere, at tenante
aux Portes Chartieres de Ste Génevieve, & ſur
laquelle eſt ſon Tableau ; il continue de faire,
de vendre & de débiter des Téleſcopes de toutes
grandeurs , Microſcopes, Lunettes d'approches
& de Spectacles , & généralement tout ce qui
concerne l'Optique, à Paris.
devant rue des Poſtes , proche l'Eſtrapade , de
meure actuellement ſur la Place même de l'Eſtra
pade, dans une Maiſon à Porte-Cochere, at tenante
aux Portes Chartieres de Ste Génevieve, & ſur
laquelle eſt ſon Tableau ; il continue de faire,
de vendre & de débiter des Téleſcopes de toutes
grandeurs , Microſcopes, Lunettes d'approches
& de Spectacles , & généralement tout ce qui
concerne l'Optique, à Paris.
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11109
p. 213
« Le Sieur La Riviere, connu par une Boule d'une composition qui a [...] »
Début :
Le Sieur La Riviere, connu par une Boule d'une composition qui a [...]
Mots clefs :
Cuirs, Boules, Rasoirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Sieur La Riviere, connu par une Boule d'une composition qui a [...] »
Le Sieur LA RIvIERRE, connu par une Boule
d'une compoſition qui a la propriété de maintenir
ſans fin , & ſans ſécher les Cuirs pour repaſſer des
Raſoirs, & avec laquelle l'on n'a jamais beſoin de
pierre à raſoir, continue de ſatisfaire le Public. Il
demeure rue du petit Carreau, chez le Marchand
de Vin, au coin de la rue de Bourbon, à Paris,
d'une compoſition qui a la propriété de maintenir
ſans fin , & ſans ſécher les Cuirs pour repaſſer des
Raſoirs, & avec laquelle l'on n'a jamais beſoin de
pierre à raſoir, continue de ſatisfaire le Public. Il
demeure rue du petit Carreau, chez le Marchand
de Vin, au coin de la rue de Bourbon, à Paris,
Fermer
11110
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le Mercure du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
A P P R O B A T I O N.
J'a, lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le Mercure du mois de Juin 1764, & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'im
preſſion. A Paris, ce 5e Mai 1764
G U I R O Y,
J'a, lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le Mercure du mois de Juin 1764, & je
n'y ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'im
preſſion. A Paris, ce 5e Mai 1764
G U I R O Y,
Fermer
11111
p. 214-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Suite de l'Histoire raisonnée [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABL E D E s ARTICLES.
· PIÉcEs FUGITIvEs EN VERs ET EN PRosse
A R r 1 c L E P R E M I E R.
Soir de l'Hiſtoire raiſonnée des Diſcours
raiſonnés de Cicéron. Page f
CDE IX. du troiſiéme Livre des Odes d'Ho
J'6lCº, I6
VERs à Mlle de G. .. . I9
VERs à Madame D. S, ibid.
L'AMoUR malheureux, Poéme. 20
VERs pour un Ami de l'Auteur, &c. 24
LEs deux Prix, Conte , tiré d'un Manuſcrit
Grcc. 2 ;
VERs de M. C***, ſur le Portrait de ſa
· femme. 5e
VERs à M. Legros , nouvelle Hautecontre
de l'Opéra. jI
LE départ d'Hylas , Idylle. j3
VERs ſur la diverſité des goûts, à Mde de
S, B. ſ ;
MADRIGAL à Mlle MM, &c. 54
-
J U I N. 1764. f15
MADRIGAL , à une Dame qui vient d'avoir
la Petite-Vérole. * ibid.
DIALoGUE des Morts. 57
STANcEs irrégulières à M. . , . 6 .
ÉNIGMEs. 65 & 66
LoGoGRYPHEs, 66 & 67
CHANsoN. 68
ART. II. NoUvELLEs LITTÉRAIREs.
LiTTRE à M. de la Place , Auteur du Mer
cure, ſur M. de Marivaux. 69
DIcTIoNNAIRE raiſonné univerſel, &c. Par
M. Valaiont de Bomare. - 8o
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure, ſur le Poëme d'Olivier. 85
ANNoNcEs de Livres. 93 & ſuiv,
ART. III. ScIENcEs HT BELLEs-LETTREs.
As T R o N o M I B.
SUITE du Mémoire de M. Trébuchet, ſur le
Paſſage de Vénus. - I @9,
M É D E c I N E. -
RÉPoNsE ſur le Ver Solitaire , &c. 124 •
A R T. IV. B = A v x -AR rs.
A R r s U T LI E s,
C H I R U R G I E.
R É F o N s * intéreſſante du Chirurgien de
Province, à M. Bordenave, Chirurgien
Profeſſeur à S. Coſme. I37
SÉANcE publique de l'Académie Royale de
-- CHIRURGIE. I 5 3
MANUFAcTUREs. # 57
LETTRE de M. Berniere , Contrôleur des
Ponts & Chauſſées, à M. Delatour, I 53
216 MERCURE DE FRANCE.
A R T s A G R É A B L E s,
J o U A I L L E R I E.
LETTRE à l'Auteur du Mercure. 16 ;
G R A v U R E.
AvIs pour la nouvelle édition des Fables de
la Fontaine, gravées en Taille-douce. 165
M U s I Q_U E. - 1 68
A R T. V. SP E c T A c L E s..
OPÉRA. # 169
CoMéDIE Françoiſe. 171
CoMÉDIE Italienne. - 19 ;
ART. VI. Nouvelles Politiques d'Avril. I9f
AvIs divers. 496
· PIÉcEs FUGITIvEs EN VERs ET EN PRosse
A R r 1 c L E P R E M I E R.
Soir de l'Hiſtoire raiſonnée des Diſcours
raiſonnés de Cicéron. Page f
CDE IX. du troiſiéme Livre des Odes d'Ho
J'6lCº, I6
VERs à Mlle de G. .. . I9
VERs à Madame D. S, ibid.
L'AMoUR malheureux, Poéme. 20
VERs pour un Ami de l'Auteur, &c. 24
LEs deux Prix, Conte , tiré d'un Manuſcrit
Grcc. 2 ;
VERs de M. C***, ſur le Portrait de ſa
· femme. 5e
VERs à M. Legros , nouvelle Hautecontre
de l'Opéra. jI
LE départ d'Hylas , Idylle. j3
VERs ſur la diverſité des goûts, à Mde de
S, B. ſ ;
MADRIGAL à Mlle MM, &c. 54
-
J U I N. 1764. f15
MADRIGAL , à une Dame qui vient d'avoir
la Petite-Vérole. * ibid.
DIALoGUE des Morts. 57
STANcEs irrégulières à M. . , . 6 .
ÉNIGMEs. 65 & 66
LoGoGRYPHEs, 66 & 67
CHANsoN. 68
ART. II. NoUvELLEs LITTÉRAIREs.
LiTTRE à M. de la Place , Auteur du Mer
cure, ſur M. de Marivaux. 69
DIcTIoNNAIRE raiſonné univerſel, &c. Par
M. Valaiont de Bomare. - 8o
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure, ſur le Poëme d'Olivier. 85
ANNoNcEs de Livres. 93 & ſuiv,
ART. III. ScIENcEs HT BELLEs-LETTREs.
As T R o N o M I B.
SUITE du Mémoire de M. Trébuchet, ſur le
Paſſage de Vénus. - I @9,
M É D E c I N E. -
RÉPoNsE ſur le Ver Solitaire , &c. 124 •
A R T. IV. B = A v x -AR rs.
A R r s U T LI E s,
C H I R U R G I E.
R É F o N s * intéreſſante du Chirurgien de
Province, à M. Bordenave, Chirurgien
Profeſſeur à S. Coſme. I37
SÉANcE publique de l'Académie Royale de
-- CHIRURGIE. I 5 3
MANUFAcTUREs. # 57
LETTRE de M. Berniere , Contrôleur des
Ponts & Chauſſées, à M. Delatour, I 53
216 MERCURE DE FRANCE.
A R T s A G R É A B L E s,
J o U A I L L E R I E.
LETTRE à l'Auteur du Mercure. 16 ;
G R A v U R E.
AvIs pour la nouvelle édition des Fables de
la Fontaine, gravées en Taille-douce. 165
M U s I Q_U E. - 1 68
A R T. V. SP E c T A c L E s..
OPÉRA. # 169
CoMéDIE Françoiſe. 171
CoMÉDIE Italienne. - 19 ;
ART. VI. Nouvelles Politiques d'Avril. I9f
AvIs divers. 496
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document est une table des matières d'une publication de juin 1764, structurée en six articles. L'article I regroupe des œuvres littéraires variées, incluant des discours de Cicéron, des odes d'Horace, des poèmes, des contes, des dialogues, des énigmes et des chansons. L'article II présente des nouvelles littéraires, telles que des lettres sur Marivaux et le poème d'Olivier, ainsi qu'une annonce de dictionnaire. L'article III traite des sciences et des belles-lettres, avec un mémoire sur le passage de Vénus et une réponse sur le ver solitaire. L'article IV aborde les arts utiles, incluant la chirurgie et les manufactures. L'article V est consacré aux spectacles, mentionnant l'opéra et la comédie. Enfin, l'article VI relate les nouvelles politiques d'avril et divers avis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11112
p. 216
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & visà-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & visà-vis la Comédie Françoise. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & visà-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBAsTIEN JoRRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
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11113
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Mots clefs :
Mercure, Bureau, Port, S'abonner
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure, rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
|
C'eſt à lui que l'on prie , d'adreſſer,
francs de port, les paquets &, lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DE LA PLAcE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eſt de 36
ſols , mais l'on ne payera d'avance, en
s'abonnant, que 24 livres pour ſeize vo
lumes , à raiſon de 3o ſols piéce.
.
Les perſonnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la poſte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant, & elles les re
cevront francs de port.
"
..
|
.
.. %
· Celles qui auront d'autres voies que
la Poſte pour le faire venir, & qui pren
dront les frais du port ſur leur comp
te , ne payeront comme à Paris, qu'à
raiſon de 3o ſols par volume , c'eſt-à
dire, 24 liv. d'avance , en s'abonnant
· pour ſeize volumes.
A ij
-
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci
deſſus.
chis, reſteront au rebut.
On ſupplie les perſonnes des provi
ces d'envoyer par la pofte , en payant
le droit, leurs ordres, afin que le paye
ment en ſoit fait d'avance au Bureau. -
Les paquets qui ne ſeront pas affran
On prie les perſonnes qui envoyens
des Livres , Eſtampes & Muſique à an
noncer, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures , & autres Journaux , par
M. DE LA PLA cE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Cette collection eſt
compoſée de cent huit,Volumes. On
en prépare une Table générale, par la
quelle, ce Recueil ſera terminé ; les
journaux ne fourniſſant plus un aſſez
grand nombre de Piéces pour le conti-
nuer.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure, rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
|
C'eſt à lui que l'on prie , d'adreſſer,
francs de port, les paquets &, lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DE LA PLAcE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eſt de 36
ſols , mais l'on ne payera d'avance, en
s'abonnant, que 24 livres pour ſeize vo
lumes , à raiſon de 3o ſols piéce.
.
Les perſonnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la poſte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant, & elles les re
cevront francs de port.
"
..
|
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.. %
· Celles qui auront d'autres voies que
la Poſte pour le faire venir, & qui pren
dront les frais du port ſur leur comp
te , ne payeront comme à Paris, qu'à
raiſon de 3o ſols par volume , c'eſt-à
dire, 24 liv. d'avance , en s'abonnant
· pour ſeize volumes.
A ij
-
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci
deſſus.
chis, reſteront au rebut.
On ſupplie les perſonnes des provi
ces d'envoyer par la pofte , en payant
le droit, leurs ordres, afin que le paye
ment en ſoit fait d'avance au Bureau. -
Les paquets qui ne ſeront pas affran
On prie les perſonnes qui envoyens
des Livres , Eſtampes & Muſique à an
noncer, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures , & autres Journaux , par
M. DE LA PLA cE , ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Cette collection eſt
compoſée de cent huit,Volumes. On
en prépare une Table générale, par la
quelle, ce Recueil ſera terminé ; les
journaux ne fourniſſant plus un aſſez
grand nombre de Piéces pour le conti-
nuer.
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11114
p. 5-22
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE du procès de C. VERRÉS, contenant celle de tous les Discours prononcés par CICÉRON, dans cette grande affaire.
Début :
ON est effrayé quand on lit le détail des véxations odieuses & des rapines [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. HISTOIRE du procès de C. VERRÉS, contenant celle de tous les Discours prononcés par CICÉRON, dans cette grande affaire.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
HISTOIRE du procès de C. VERRÉS,
contenant celle de tous les Discours
prononcés par CICÉRON, dans cette
grande affaire.
ON est effrayé quand on lit le détail
des
véxations odieuses & des rapines
· I. Vol.
·
º
* A iijº ººº
6
MERCURE DE FRANCE.
immenſes qui ſuſcitérent à Verrès
autant d'ennemis que la Sicile avoit
- d'habitans. A peine peut-on concevoir
comment l'avarice & la barbarie d'un
ſeul homme peuvent aller ſi loin.
Sous le premier Conſulat de Pom
pée & de Craſſus , Caius Verrès fut
revêtu de la Préture , & nommé au
· Gouvernement de Sicile.
Il étoit dif
ficile de faire un plus mauvais choix,
& peut-être avoit-il toutes les qualités
qui auroient dû le faire exclure à jamais
de cette place, Diſſipateur, indolent,
cruel , §é arce qu'il avoit trop
de férocité pour être voluptueux, tout
occupé de ſes plaiſirs, fort peu de ſes
affaires ; mettant une vaine grandeur
dans une prodigalité inſenſée, ne ſe re
fuſant rien ; tel étoit le caractère du
nouveau Gouverneur.
-
Son âme ſe développa pendant ſon
ſéjour en, Sicile.. Cette malheureuſe
Province fut le théâtre de ſes véxa
tions en tout genre & de ſes cruautés.
Il fut enfin appellé à Rome après un
ſéjour prolongé au - delà des bornes
preſcrites par les Loix., ce qui fut l'ef
fet des brigues & des cabales ſecretes
de ſes partiſans, à qui il faiſoit appa
remment paſſer une partie du butin
' J U I L L E T. 1764.
-
qu'il retiroit de ſes brigandages. Il em
porta avec lui la haine de prèſque (a )
tous les habitans indignés d'avoir été
pillés & ruinés par celui-là même qui
auroit dû les mettre à couvert de l'in
juſtice. Peu s'en fallut que des réjouiſ
ſances publiques ne ſerviſſent de ſigne
extérieur à la joie qui les animoit. Le
reſpect dû à la qualité de CIToYEN
RoMAIN que portoit Verrès fut ſeul
capable de les empêcher de la manifeſ
ter au dehors. Mais la contrainte dans
laquelle ils avoient langui pendant tout
le temps qu'il avoit été en place, ne
ſervit qu'à faire éclater avec plus de
violence leur haine & leur indignation
quand il eut quitté la Sicile. C'étoit à
qui éléveroit le plus haut la voix pour
l'accuſer. C'étoit à qui porteroit à Rome
les plaintes unanimes de la Nation.
Cicéron commençoit alors à jouir de
cette réputation brillante qui ne fit
qu'augmenter & s'accroître dans la
( a ) Toutes les Villes s'étoient réunies contre
le coupable, à la réſerve de Syracuſe & de Meſ
qu'il avoit traitées avec plus de ménagement,
parce qu'elles étoient les plus confidérables de
la Province. Il en avoit obtenu à la fin de ſon
Gouvernement d'amples témoignages qui étoient
à l'honneur de ſa conduite.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
ſuite. Les Siciliens connoiſſoient auſſi
toute l'étendue de ſon mérite Revêtu
de la Queſture peu de temps après avoir
prononcé ſon diſcours pour le Comé
dien Roſcius, il recut cet emploi moins
comme un Don que comme un Dé
pôt ; & ſuivant ce qu'il en dit lui
même, il regarda la Sicile (cette Pro
vince lui étoit échue par le ſort) comme
· un théatre où les regards du Public
alloient être fixés ſur lui. Cette idée qu'il
ne perdit jamais de vue, fut le prin
cipe de la conduite qu'il tint pendant
· tout le temps de ſon adminiſtration ,
conduite qui fut ſi adroite & ſi bien
ſoutenue qu'elle lui mérita l'eſtime &
l'admiration de toute la Province. (b)
( b ) L'hiſtoire de la vie de cicéron publiée en
Anglois par M. Middieton, & traduite en notre
Langue par l'Abbé Prévoſt, offre un trait remar
quable de ſon amour pour les Sciences, & du
deſir qu'il avoit de s'inſtruire. Le voici.Avant la
fin de ſa Queſture, Cicéron fit le tour de la Sicile
pour viſiter tout ce qui méritoit ſa curioſité, &
particuliérement la Ville de Syracuſe qui a tou
jours fait une figure diſtinguée dans l'hiſtoire de
• cette Iſle, La première demande qu'il fit aux Ma -
' giſtrats de cette Ville ayant été de lui faire voir
le tombeau d'Archiméde, dont le nom faiſoit
tant d'honneur à leur patrie, ſa ſurpriſe fut ex
trême de leur entendre dire qu'ils ne le connoiſ
-
-
i
·
'
5 U IL L E # # ...º '
Voilà ce qui engagea les Siciliens à
fe charger de l'accuſàtion dè Verrès
- lººs- -- : -- ºº -- : --
foient point , & qu'il n'y avoit rien dans leur ville
qui reſſeniblât à ce qu'il leur demandoit.Comme
il étoit convaincu de leur erreur par le témoi
# conſtant de tous les Ecrivains , & qu'il
e ſouvenoit même de l'Inſcription qui devoit
être ſur la tombe ,'accompa gnée - d'une ſphère
gravée avec un cilindre, il ne fé refroidit point
dans la réſolution de chércher ce monument. Ils
Je conduiſirent à l'une dés portes de la Ville, où
étoient un grand nombre de, vieux tpmbeaux,
entre leſquels il obſerva dans un liéu coüvert
de ronces & d'orties une petite colomne dont lé
| ſommet ſurpaſſoit fort peu les ronées, & ſur la
·ºlºmne la figure d'une ſphère & d'un cilinde† ſes guides que e'étoit ce qu'il
· cherchoit ; & donnant ordre ſur le champ que
††# trouya §†
| Ainſi, prend il ſoin d'ajouter dans un de ſes
· Ouvrages Philoſophiques, (Tüſè. Qu. V. Ch. III.)
: une des plus nobles Villes de la Gréce, autreſois
une des plus ſçavantes, auroit ignoré la ſépulture
: & le monument du plus illuſtre de ſes Citoyens , ſi
, elle n'avoit eu le# d'un habitant d'Arpinuin
- §Fi découvrir · Cicéron étoit né en effet dans
*ce Bourg , aujourd'hui Ville du Royaume de
- Naples. La maiſou de ſes pères , éloignée d'une
º
** . » , i .
"
,
!
·
'. º-*** " A v
·
•
††cieuſement pour s'y retirer † il avoit quel
qu'ouvfage d'importance à finir, appartient au
jourd'hui à une Communauté de Religieux Do
· ninicains. Quelle deſtinée :
·
·
, t
Vie de cicéron, I. V. Ed. de 1749.p. roy.
'
' l
/
"
.
1o MERCURE DE FRANCE.
préférablement à tout autre. Cicéron
ſollicité vivement, répondit favorable
ment aux inſtances qu'on lui faiſoit ,
& ſe prépara à ſoutenir cette action
d'une façon brillante. A peine eut-il fait
les premiers pas dans cette carrière,
qu'il ſe vit naître un rival. Un certain
Caecilius , Sicilien de naiſſance , qui
avoit été Secrétaire de Verrès , parut
ſur la Scène, & demanda d'être pré
féré à Cicéron dans la qualité d'accu
ſateur , ou du moins de la partager
avec lui. Il prétendoit avoir reçu des
outrages perſonnels de la part de l'ac
cuſé, & connoître mieux ſes crimes
parce qu'il avoit eu beſoin de lui pour
† commettre. L'artifice étoit trop groſ
fier & perſonne n'en fut la dupe. On
vit bien que c'étoit un partiſan ſecret
de Verrès qui n'agiſſoit que par ces
ordres, & qui ne vouloit l'accuſer que
»our donner enſuite plus de priſe à
§ victorieuſe d'Hortenſius que
ſes talens diſtingués avoient fait †
· nommer le Roi du Barreau , & qui
s'étoit chargé de défendre le Préteur
de Sicile.
-
Les prétentions de Cœciliuà for
moient une conteſtation qui devoit être
jugée préliminairement par une efpéce
J U IL L E T. 1764.
1# 1
de procédure toute particulière qui ſe
nommoit DIVINATIoN , parce que
l'Office des Juges étoit alors de deviner
en quelque ſorte , ſans le ſecours
d'aucun témoin, à quoi ils étoient obli
gés par la Juſtice. C'eſt-là ce qui força
Cicéron a prononcer le premier diſcours
de cette grande affaire, qui porte ce
titre vulgaire. .... In. Qu. à§
Divinatio.
-
Une raillerie forte & ingénieuſe dé
concerta ſon Antagoniſte. Il fit remar
quer que » le véritable accuſateur dans
» une cauſe de cette nature, ne pouvoit
» être celui qui s'offroit pour remplir ce
» rôle avec une eſpéce de joie & d'ar
» deur ; mais que c'étoit celui qui y
» étoit forcé par le ſentiment de ſon de
» voir, celui dont les parties deſiroient
» le ſecours & dont le coupable redou
» toit les attaques, enfin celui que l'an
» cienne coutume de la République
» déſignoit , & déclaroit propre à cette
39 entrepriſe. »y
On jugea en faveur de Cicéron, & on
lui accorda , ſuivant la Loi , cent dix
jours pour faire le voyage de Sicile,
recueillir les témoignages, & vérifier les"
mémoires & les accuſations; les uns
& les autres étoient en trop grand nom
A vj
-
12 MERCURE DE FRANCE.
- bre, pour que l'ouvrage fût peu con
: ſidérable.
t
-
-
En s'éloignant de Rome , Cicéron
• avoit tout à craindre des menées ſourdes
· de l'Accuſé. L'adminiſtration publique
: étoit alors extrêmement corrompue dans
: toutes ſes parties. Les Grands épuiſés
par leurs excès de luxe & de débauche
: ne recevoient leurs gouvernemens que
pour s'enrichir par la dépouille des Pro
· vinces étrangéres : les Peuples opprimés
· cherchoient en vain du ſecours à Rome :
perſonne n'oſoit entreprendre d'accuſer
: ou de pourſuivre un criminel Noble,
• parce que la déciſion du procès : dé
-pendoit d'une multitude de Juges de
' même rang , & pour la plûpart coupa
- bles des mêmes crimes.
:
-
Verrès ſçavoit mieux que perſonne
-tous les avantages qu'il pouvoit tirer
-de la conſtitution préſente du gouverne
ment; auſſi n'épargna-t-il rien pour re
froidir le reſſentiment du Peuple &
pour ſe faire des partiſans. Il n'y réuſſit
que trop : il fut appuyé des plus puiſ
ſantes maiſons de Rome , des Scipions,
des Métellus , &c, &c; ſes tréſors ſervi
· rent merveilleuſement alors à lui ac
quérir d'autres amis, auſſi utiles, quoi
que d'un ordre moins diſtingué.
|
JU IL L E T. 1764.
x3
Mais la promptitude du retour de
Cicéron fit échouer toutes ces meſures : il
ne mit que cinquante jours à parcourir
la Sicile , aidé de ſon couſin L. Cicé
ron , ( c) qui le ſoulagea d'une partie du
· travail.Il ne ſongea donc plus qu'à preſ
ſer la concluſion du Procès au Tribu
· nal de M. Glabrion , Préteur actuel ,
en fortifiant & en agravant les accuſa
tions, au lieu de faire éclater ſon élo
· quence.
Rien ne devenoit plus néceſſaire que
cette procédure extraordinaire ; car
Verrès auroit bien pû par des délais
adroitement ménagés faire remettre ſon
jugement à l'année ſuivante , dont les
Magiſtrats déſignés étoient, ou ſes pro
tecteurs ou ſes amis. Cicéron prononça
donc ſa première Verrine, proprement
dite , qui ne doit être regardée que
comme le prélude de toute la cauſe.
Elle eſt connue dans les claſſes ſous le
titre de Prœmium actionis primae in Ver
rcml. .
'
" (c) Ce Lucius Cicéron , couſin - germain de
notre Orateur, étoit fils d'une ſœur de ſa mère
Helvia , mariée à C. Aculeo , Chevalier Ro
main, d'un mérite diſtingué, & célébre par une
connoiſſance profonde & réfléchie du Droit Ci
· vil, eſpéce rare de richeſſe , dont fes enfans hé
ritérent ainſi que de ſes autres biens
«4 MERCURE DE FRANCE.
Le ſuccès de ce diſcours fut ſi grand
qu'il ſurpaſſa pour ainſi dire les eſpé
rances de Cieéron. La notoriété des
crimes qui ſe trouverent prouvés tout
d'un coup par les dépoſitions, con
fondit Hortenſius , juſqu'à lui ôter le
courage de prononcer un ſeul mot pour
la défenſe de ſon client, & Verrès per
dant l'eſpérance, prit le parti de préve
nir ſon jugement par un exil volontaire.
Ce détail nous conduit aſſez naturel
lement à croire que des ſept diſcours de
Cicéron concernant l'affaire de Verrés
qui ſont venus juſqu'à nous, il n'y a
que les deux premiers qui ayent été pro
noncés. Les cinq autres furent publiés
dans la ſuite. Ils n'avoient été préparés
ue pour le cas où l'Accuſé eût fait une
§ régulière. Mais Cicéron n'ayant
point encore exercé ſon eloquence en
qualité d'Accuſateur , dit un de ſes
Commentateurs, il a voulu laiſſer à la
poſtérité un monument de ſon habileté
dans ce genre , aufli bien qu'un modéle
d'une juſte & vive accuſation contre
un Magiſtrat redoutable & corrompu.
Il ne ſera pas hors de propos de (d)
( d) L'intérêt de la vérité & le reſpect dû au
Public mon Juge , m'obligent de déclarer que
j'ai trouvé de Huiſſans ſecours pour la confec
--* "
JUIL L ET. 1764.
15
prendre une idée ſuccinte des cinq-Diſ
cours qui ne furent pas prononcés.
Dans le détail immenſe des forfaits
de l'Accuſé , nous choiſirons dans cha
que genre les traits les plus piquans &
les plus dignes d être cités. L'hiſtoire a
rempli ſon objet le plus noble, quand
elle eſt parvenue à faire connoître les
hommes.
-
L'accuſation rouloit ſur quatre chefs.
I. La corruption de Verrès dans ſes
jugemens.
II Ses rapines & ſes extorſions en
· levant les taxes & les revenus publics.
III. Ses vols particuliers de ſtatues &
de vaiſſelle d'argent, ce qui étoit pro
prement ſon goût.
-
IV. Les punitions tyranniques & con
traires aux loix. Voici des exemples de
pluſieurs de ces griefs.
Sopater, Citoyen conſidérable de la
, Ville d'Halicie, avoit été accuſé devant
· le Préteur C. Sacerdos , qui avoit pré
cédé Verrès , d'un crime capital dont
il s'étoit purgé avec beaucoup d'éclat.
L'accuſation fut renouvellée devant le
nouveau Préteur. Sopater ſe préſenta à
ſon Tribunal avec confiance. Mais la
tion de ce morceau dans l'hiſtoire de la Vie de
Cicéron, déja citée.
16 MERCURE DE FRANCE.
'cauſe ayant été ajournée dès la premiè
Te audience , Timarchides Affranchi de
'Verrès & ſon principal Agent , vint
· trouver l'Accuſé & l'avertit én ami de
ne pas ſe fier trop à la bonté de ſa
cauſe & à ſa première victoire ; que
ſes adverſaires étoient dans la réſolu
· tion d'offrir de l'argent au Préteur, qui
aimeroit bien mieux en recevoir pour
· ſauver un Criminel que pour le perdre,
* & qui n'étoit pas porté d'ailleurs à caſ
ſer la Sentence de ſon Prédéceſſeur.
Sopater ſurpris de ce diſcours, lui pro
mit d'y faire attention , & déclara ſeu
lement qu'il n'étoit pas en état d'avan
· cer une groſſe ſomme. Ayant conſulté
l'affaire avec un de ſes amis, on lui con
ſeilla de céder aux circonſtances, puiſ
· qu'il y étoit forcé ; de ſorte que re--
voyant Timarchides à qui il fit valoir
· encore la diſette où il étoit d'argent, on
* compoſa pour la ſomme de mille piſto
les qui furent payées ſur le champ. Il
crut toutes ſes inquiétudes finies ; mais
après une autre audience, la cauſe fut
| encore ajournée , & Timarchides re
vint pour lui donner avis que ſes ad
verſaires
avoient offert une ſomme
· beaucoup plus groſſe que la ſienne, &
lui conſeiller, ſage comme il étoit, de
J U I L L E T. 1764.
17
bien conſidérer ce qu'il alloit faire. La
patience manquant à Sopater ,
il ne
laiſſa point à l'impudent Timarchides
le temps de finir ; il lui déclara nette
ment que de quelque manière que la
choſe pût tourner, il ne donneroit rien
de plus. Tous ſes amis approuvérent
ſa réponſe , dans la perſuaſion que Ver
rès même, quelles que fuſſent ſes in
tentions, n'auroit pas le pouvoir d'y
faire entrer tous les Juges de Syracuſe,
qui étoient les plus honnêtes gens de
la Ville, & qui avoient déja porté une
Sentence favorable à Sopater avec le
dernier Préteur. La troiſiéme audience
étant arrivée, Verrès donna ordre à Pe
tilius, Chevalier Romain, qui étoit aſ
·ſis en qualité d'un des Juges , d'aller
entendre une cauſe privée & appointée
pour le même jour. Petilius refuſa de
quitter l'audience , parce que ſes Aſ -
ſeſſeurs étoient retenus par le procès de
Sopater qu'on alloit juger. Mais le Pré
teur déclarant qu'ils pouvoient tous le
ſuivre, & qu'il ne prétendoit point les
retenir, ils ſortirent tous ſur le champ,
les uns pour juger la cauſe privée avec
Petilius , les autres pour ſervir leurs
amis dans d'autres cauſes. Minucius ,
Avocat de Sopater, voyant la Salle dé
18 MERCURE DE FRANCE.
ſerte ne douta point que l'affaire de ſon
Client ne fût remiſe à quelqu'autre jour,
& ſe diſpoſoit auſſi à ſortir, lorſque
Verrès l'arrêta , en lui ordonnant de
plaider la cauſe dont il étoit chargé. Eh
devant qui , répondit l'Avocat ? De
vant moi , lui dit Verrès , ſi vous me
croyez digne de juger un miſérable Si
cilien. Je ne conteſte point votre qualité
& votre rang, repliqua Minucius , mais
je ſouhaiterois voir ici vos Aſſeſſeurs
qui connoiſſent parfaitement la juſtice
de ma cauſe. Commencez , reprit Verrès,
car ils ne peuvent ſe trouver ici.Je ne
puis m'y trouver non plus, lui dit Mi
nucius, car Petilius m'a prié de le ſui
vre, & d'aſſiſter au jugement de l'autre
procès. En vain Verrès employa les me
naces pour l'arrêter, il ſortit avec tous
les amis de Sopater. Ce contretemps dé
concerta un peu le Préteur ; mais après
quelques mots que Timarchides lui dit
à l'oreille , il donna ordre à Sopater
d'expliquer lui-même ce qu'il avoit à
dire pour ſa défenſe. Ce malheureux
accuſé le conjura par tous les Dieux de
ne pas prononcer ſa Sentence avant
que les Juges fuſſent préſens ; mais
· Verrès appellant les témoins, & feignant
d'en écouter un ou deux , termina le
-
|
J U IL L E T. 1764.
19
procès en un moment, par une Sen- .
tence qui condamnoit Sopater.
Le Jeune Anthiocus, Roi de Syrie ,
ayant du côté de ſa mère quelques
prétentions ſur l'Egypte ,
paſſa envi
viron dans ce temps-là par la Sicile
en retournant dans ſes Etats , & s'ar
rêta à Syracuſe , où
Verrès qui lui
ſçavoit beaucoup d'argent ,
le reçut
avec toute ſorte de politeſſes, lui of
frit des rafraîchiſſemens , & le traita
magnifiquement dans les différens re
pas qu'il lui donna, Ce Monarque fut
ſenſible aux politeſſes du Préteur : il
l'invita à ſon tour, & prit plaiſir à
faire
briller à ſes yeux , entr'autres
meubles précieux, un grand Candela
bre à pluſieurs branches, tout couvert
de diamans, & d'une valeur ineſtima
ble. Les réparations commencées au
Capitole , par les ſoins de Catulus ,
n'étant point achevées, il n'avoit point
trouvé dans le Temple de place con
venable pour ce rare morceau , dont
il s'étoit propoſé de faire préſent à
Jupiter; il le rapportoit en Syrie, afin
d'attendre le temps où il pût paroître
avec éclat. Verrès affecta de ne pou
voir raſſaſier ſon admiration , & pria
le Roi de le laiſſer quelque temps en
2o MERCURE DE FRANCE.
tre ſes mains. Antiochus y conſentit :
quelques jours ſe paſſerent, ſans qu'on
entendît
parler du Candelabre. Le
Prince le fit redemander pluſieurs fois :
on le remettoit toujours : il fut enfin
forcé d'en parler lui-même au Préteur,
qui eut l'impudence de propoſer au Roi
de lui en faire préſent. On le refuſa :
Verrès s'emporta d'abord en menaces,&
les vovant ſans effet,il ordonna fierement
à Antiochus de ſortir ſur le champ de
ſa Province, en lui déclarant qu'il lui
connoiſſoit des liaiſons avec de certains
Pirates dont le deſſein étoit d'envahir la
Sicile. Le Prince vit alors , mais trop
tard, combien il avoit été indignement
trompé, & fut obligé de ſe ſoumettre à
des ordres auſſi injuſtes.
-
· · Les côtes de Sicile étoient infeſtée
!
par un grand nombre de Corſaires. Cha
cune des Villes maritimes fourniſſoit
tous les ans unVaiſſeau, avec le nombre
d'hommes & de proviſions néceſſaires,
Cet armement étoit deſtiné à leur donner
la chaſſe. Mais Verrès les diſpenſoit quel
quefois de cette contribution , moyen
nant de groſſes ſommes : les Matelots
· obtenoient auſſi la diſpenſe de leur ſer
vice , quand ils étoient en état de la
payer. On équipoit néanmoins une
J U I L L E T. 1764.
2, I
Flotte de ſept Vaiſſeaux , mais unique
ment par oſtentation , & le Préteur au
commencement du Printemps en faiſoit
la revue. » C'étoit un ſpectacle étrange,
» dit Cicéron, que de voir ce Magiſtrat
» qui avoit été longtemps comme en
» ſeveli dans les délices, reparoître aux
» yeux des Matelots, avec des mules,
» pour chauſſures, couvert d'une robe
» de pourpre qui lui tomboit juſqu'aux
» talons , & nonchalament appuyé ſur
» l'épaule d'une jeune fille , pour faire
» paſſer devant lui cette eſcadre formi
» dable, qui au lieu d'aller purger les .
» mers, bornoit ſa courſe après pluſieurs
» jours de navigation au Port de Pachy-\
rus. ( e ) » Quelques Pirates qui s'étoient
cachés dans un Port voiſin la ſurpri
rent tandis qu'elle étoit tranquillement'
à l'ancre. Après une légère réſiſtance,,
ils ſe rendirent maîtres des Vaiſſeaux
qu'ils brûlerent auſſitôt. La nouvelle s'en
répandit bientôt. Les Officiers d'é
clarerent que le mauvais état de la flote
( e ) Le Modéle des Critiques, Quintilien , cet
homme rare qui joignoit un goût exquis aux
connoiſſances les plus étendues , faiſoit un cas
ſingulier de cette deſcription, admirable en ef
fet dans l'Original Lâtin. Que je ſerois flatté, ſi
les Quintilien de nos jours en portoient un pa
reil jugement d'après ma Traduction !
!
!
;
22 MERCURE DE FRANCE.
leur avoit ôté le pouvoir de ſe defendre.
Verrès alors
n'écoutant plus que ſa
rage, ces malheureux payerent de leur
tête la honte dont le Préteur s'étoit
couvert , & dont ſon infâme avarice
avoit été la première cauſe.
Ce miſérable mena une vie languiſſante
dans ſon exil , où il reçut des ſecours
de Cicéron. Dans la proſcription de M.
Antoine, ayant refuſé de lui donner
ſa vaiſſelle & ſes belles Statues de Co
rinthe , ſon nom fut mis ſur la Liſte
fatale , & il perdit la vie au moment où
il s'y attendoit le moins.
La défenſe de Fonteius, celle de Caecina,
&c, &c , &c, au Mercure prochain.
Discours de CICÉRON.
HISTOIRE du procès de C. VERRÉS,
contenant celle de tous les Discours
prononcés par CICÉRON, dans cette
grande affaire.
ON est effrayé quand on lit le détail
des
véxations odieuses & des rapines
· I. Vol.
·
º
* A iijº ººº
6
MERCURE DE FRANCE.
immenſes qui ſuſcitérent à Verrès
autant d'ennemis que la Sicile avoit
- d'habitans. A peine peut-on concevoir
comment l'avarice & la barbarie d'un
ſeul homme peuvent aller ſi loin.
Sous le premier Conſulat de Pom
pée & de Craſſus , Caius Verrès fut
revêtu de la Préture , & nommé au
· Gouvernement de Sicile.
Il étoit dif
ficile de faire un plus mauvais choix,
& peut-être avoit-il toutes les qualités
qui auroient dû le faire exclure à jamais
de cette place, Diſſipateur, indolent,
cruel , §é arce qu'il avoit trop
de férocité pour être voluptueux, tout
occupé de ſes plaiſirs, fort peu de ſes
affaires ; mettant une vaine grandeur
dans une prodigalité inſenſée, ne ſe re
fuſant rien ; tel étoit le caractère du
nouveau Gouverneur.
-
Son âme ſe développa pendant ſon
ſéjour en, Sicile.. Cette malheureuſe
Province fut le théâtre de ſes véxa
tions en tout genre & de ſes cruautés.
Il fut enfin appellé à Rome après un
ſéjour prolongé au - delà des bornes
preſcrites par les Loix., ce qui fut l'ef
fet des brigues & des cabales ſecretes
de ſes partiſans, à qui il faiſoit appa
remment paſſer une partie du butin
' J U I L L E T. 1764.
-
qu'il retiroit de ſes brigandages. Il em
porta avec lui la haine de prèſque (a )
tous les habitans indignés d'avoir été
pillés & ruinés par celui-là même qui
auroit dû les mettre à couvert de l'in
juſtice. Peu s'en fallut que des réjouiſ
ſances publiques ne ſerviſſent de ſigne
extérieur à la joie qui les animoit. Le
reſpect dû à la qualité de CIToYEN
RoMAIN que portoit Verrès fut ſeul
capable de les empêcher de la manifeſ
ter au dehors. Mais la contrainte dans
laquelle ils avoient langui pendant tout
le temps qu'il avoit été en place, ne
ſervit qu'à faire éclater avec plus de
violence leur haine & leur indignation
quand il eut quitté la Sicile. C'étoit à
qui éléveroit le plus haut la voix pour
l'accuſer. C'étoit à qui porteroit à Rome
les plaintes unanimes de la Nation.
Cicéron commençoit alors à jouir de
cette réputation brillante qui ne fit
qu'augmenter & s'accroître dans la
( a ) Toutes les Villes s'étoient réunies contre
le coupable, à la réſerve de Syracuſe & de Meſ
qu'il avoit traitées avec plus de ménagement,
parce qu'elles étoient les plus confidérables de
la Province. Il en avoit obtenu à la fin de ſon
Gouvernement d'amples témoignages qui étoient
à l'honneur de ſa conduite.
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
ſuite. Les Siciliens connoiſſoient auſſi
toute l'étendue de ſon mérite Revêtu
de la Queſture peu de temps après avoir
prononcé ſon diſcours pour le Comé
dien Roſcius, il recut cet emploi moins
comme un Don que comme un Dé
pôt ; & ſuivant ce qu'il en dit lui
même, il regarda la Sicile (cette Pro
vince lui étoit échue par le ſort) comme
· un théatre où les regards du Public
alloient être fixés ſur lui. Cette idée qu'il
ne perdit jamais de vue, fut le prin
cipe de la conduite qu'il tint pendant
· tout le temps de ſon adminiſtration ,
conduite qui fut ſi adroite & ſi bien
ſoutenue qu'elle lui mérita l'eſtime &
l'admiration de toute la Province. (b)
( b ) L'hiſtoire de la vie de cicéron publiée en
Anglois par M. Middieton, & traduite en notre
Langue par l'Abbé Prévoſt, offre un trait remar
quable de ſon amour pour les Sciences, & du
deſir qu'il avoit de s'inſtruire. Le voici.Avant la
fin de ſa Queſture, Cicéron fit le tour de la Sicile
pour viſiter tout ce qui méritoit ſa curioſité, &
particuliérement la Ville de Syracuſe qui a tou
jours fait une figure diſtinguée dans l'hiſtoire de
• cette Iſle, La première demande qu'il fit aux Ma -
' giſtrats de cette Ville ayant été de lui faire voir
le tombeau d'Archiméde, dont le nom faiſoit
tant d'honneur à leur patrie, ſa ſurpriſe fut ex
trême de leur entendre dire qu'ils ne le connoiſ
-
-
i
·
'
5 U IL L E # # ...º '
Voilà ce qui engagea les Siciliens à
fe charger de l'accuſàtion dè Verrès
- lººs- -- : -- ºº -- : --
foient point , & qu'il n'y avoit rien dans leur ville
qui reſſeniblât à ce qu'il leur demandoit.Comme
il étoit convaincu de leur erreur par le témoi
# conſtant de tous les Ecrivains , & qu'il
e ſouvenoit même de l'Inſcription qui devoit
être ſur la tombe ,'accompa gnée - d'une ſphère
gravée avec un cilindre, il ne fé refroidit point
dans la réſolution de chércher ce monument. Ils
Je conduiſirent à l'une dés portes de la Ville, où
étoient un grand nombre de, vieux tpmbeaux,
entre leſquels il obſerva dans un liéu coüvert
de ronces & d'orties une petite colomne dont lé
| ſommet ſurpaſſoit fort peu les ronées, & ſur la
·ºlºmne la figure d'une ſphère & d'un cilinde† ſes guides que e'étoit ce qu'il
· cherchoit ; & donnant ordre ſur le champ que
††# trouya §†
| Ainſi, prend il ſoin d'ajouter dans un de ſes
· Ouvrages Philoſophiques, (Tüſè. Qu. V. Ch. III.)
: une des plus nobles Villes de la Gréce, autreſois
une des plus ſçavantes, auroit ignoré la ſépulture
: & le monument du plus illuſtre de ſes Citoyens , ſi
, elle n'avoit eu le# d'un habitant d'Arpinuin
- §Fi découvrir · Cicéron étoit né en effet dans
*ce Bourg , aujourd'hui Ville du Royaume de
- Naples. La maiſou de ſes pères , éloignée d'une
º
** . » , i .
"
,
!
·
'. º-*** " A v
·
•
††cieuſement pour s'y retirer † il avoit quel
qu'ouvfage d'importance à finir, appartient au
jourd'hui à une Communauté de Religieux Do
· ninicains. Quelle deſtinée :
·
·
, t
Vie de cicéron, I. V. Ed. de 1749.p. roy.
'
' l
/
"
.
1o MERCURE DE FRANCE.
préférablement à tout autre. Cicéron
ſollicité vivement, répondit favorable
ment aux inſtances qu'on lui faiſoit ,
& ſe prépara à ſoutenir cette action
d'une façon brillante. A peine eut-il fait
les premiers pas dans cette carrière,
qu'il ſe vit naître un rival. Un certain
Caecilius , Sicilien de naiſſance , qui
avoit été Secrétaire de Verrès , parut
ſur la Scène, & demanda d'être pré
féré à Cicéron dans la qualité d'accu
ſateur , ou du moins de la partager
avec lui. Il prétendoit avoir reçu des
outrages perſonnels de la part de l'ac
cuſé, & connoître mieux ſes crimes
parce qu'il avoit eu beſoin de lui pour
† commettre. L'artifice étoit trop groſ
fier & perſonne n'en fut la dupe. On
vit bien que c'étoit un partiſan ſecret
de Verrès qui n'agiſſoit que par ces
ordres, & qui ne vouloit l'accuſer que
»our donner enſuite plus de priſe à
§ victorieuſe d'Hortenſius que
ſes talens diſtingués avoient fait †
· nommer le Roi du Barreau , & qui
s'étoit chargé de défendre le Préteur
de Sicile.
-
Les prétentions de Cœciliuà for
moient une conteſtation qui devoit être
jugée préliminairement par une efpéce
J U IL L E T. 1764.
1# 1
de procédure toute particulière qui ſe
nommoit DIVINATIoN , parce que
l'Office des Juges étoit alors de deviner
en quelque ſorte , ſans le ſecours
d'aucun témoin, à quoi ils étoient obli
gés par la Juſtice. C'eſt-là ce qui força
Cicéron a prononcer le premier diſcours
de cette grande affaire, qui porte ce
titre vulgaire. .... In. Qu. à§
Divinatio.
-
Une raillerie forte & ingénieuſe dé
concerta ſon Antagoniſte. Il fit remar
quer que » le véritable accuſateur dans
» une cauſe de cette nature, ne pouvoit
» être celui qui s'offroit pour remplir ce
» rôle avec une eſpéce de joie & d'ar
» deur ; mais que c'étoit celui qui y
» étoit forcé par le ſentiment de ſon de
» voir, celui dont les parties deſiroient
» le ſecours & dont le coupable redou
» toit les attaques, enfin celui que l'an
» cienne coutume de la République
» déſignoit , & déclaroit propre à cette
39 entrepriſe. »y
On jugea en faveur de Cicéron, & on
lui accorda , ſuivant la Loi , cent dix
jours pour faire le voyage de Sicile,
recueillir les témoignages, & vérifier les"
mémoires & les accuſations; les uns
& les autres étoient en trop grand nom
A vj
-
12 MERCURE DE FRANCE.
- bre, pour que l'ouvrage fût peu con
: ſidérable.
t
-
-
En s'éloignant de Rome , Cicéron
• avoit tout à craindre des menées ſourdes
· de l'Accuſé. L'adminiſtration publique
: étoit alors extrêmement corrompue dans
: toutes ſes parties. Les Grands épuiſés
par leurs excès de luxe & de débauche
: ne recevoient leurs gouvernemens que
pour s'enrichir par la dépouille des Pro
· vinces étrangéres : les Peuples opprimés
· cherchoient en vain du ſecours à Rome :
perſonne n'oſoit entreprendre d'accuſer
: ou de pourſuivre un criminel Noble,
• parce que la déciſion du procès : dé
-pendoit d'une multitude de Juges de
' même rang , & pour la plûpart coupa
- bles des mêmes crimes.
:
-
Verrès ſçavoit mieux que perſonne
-tous les avantages qu'il pouvoit tirer
-de la conſtitution préſente du gouverne
ment; auſſi n'épargna-t-il rien pour re
froidir le reſſentiment du Peuple &
pour ſe faire des partiſans. Il n'y réuſſit
que trop : il fut appuyé des plus puiſ
ſantes maiſons de Rome , des Scipions,
des Métellus , &c, &c; ſes tréſors ſervi
· rent merveilleuſement alors à lui ac
quérir d'autres amis, auſſi utiles, quoi
que d'un ordre moins diſtingué.
|
JU IL L E T. 1764.
x3
Mais la promptitude du retour de
Cicéron fit échouer toutes ces meſures : il
ne mit que cinquante jours à parcourir
la Sicile , aidé de ſon couſin L. Cicé
ron , ( c) qui le ſoulagea d'une partie du
· travail.Il ne ſongea donc plus qu'à preſ
ſer la concluſion du Procès au Tribu
· nal de M. Glabrion , Préteur actuel ,
en fortifiant & en agravant les accuſa
tions, au lieu de faire éclater ſon élo
· quence.
Rien ne devenoit plus néceſſaire que
cette procédure extraordinaire ; car
Verrès auroit bien pû par des délais
adroitement ménagés faire remettre ſon
jugement à l'année ſuivante , dont les
Magiſtrats déſignés étoient, ou ſes pro
tecteurs ou ſes amis. Cicéron prononça
donc ſa première Verrine, proprement
dite , qui ne doit être regardée que
comme le prélude de toute la cauſe.
Elle eſt connue dans les claſſes ſous le
titre de Prœmium actionis primae in Ver
rcml. .
'
" (c) Ce Lucius Cicéron , couſin - germain de
notre Orateur, étoit fils d'une ſœur de ſa mère
Helvia , mariée à C. Aculeo , Chevalier Ro
main, d'un mérite diſtingué, & célébre par une
connoiſſance profonde & réfléchie du Droit Ci
· vil, eſpéce rare de richeſſe , dont fes enfans hé
ritérent ainſi que de ſes autres biens
«4 MERCURE DE FRANCE.
Le ſuccès de ce diſcours fut ſi grand
qu'il ſurpaſſa pour ainſi dire les eſpé
rances de Cieéron. La notoriété des
crimes qui ſe trouverent prouvés tout
d'un coup par les dépoſitions, con
fondit Hortenſius , juſqu'à lui ôter le
courage de prononcer un ſeul mot pour
la défenſe de ſon client, & Verrès per
dant l'eſpérance, prit le parti de préve
nir ſon jugement par un exil volontaire.
Ce détail nous conduit aſſez naturel
lement à croire que des ſept diſcours de
Cicéron concernant l'affaire de Verrés
qui ſont venus juſqu'à nous, il n'y a
que les deux premiers qui ayent été pro
noncés. Les cinq autres furent publiés
dans la ſuite. Ils n'avoient été préparés
ue pour le cas où l'Accuſé eût fait une
§ régulière. Mais Cicéron n'ayant
point encore exercé ſon eloquence en
qualité d'Accuſateur , dit un de ſes
Commentateurs, il a voulu laiſſer à la
poſtérité un monument de ſon habileté
dans ce genre , aufli bien qu'un modéle
d'une juſte & vive accuſation contre
un Magiſtrat redoutable & corrompu.
Il ne ſera pas hors de propos de (d)
( d) L'intérêt de la vérité & le reſpect dû au
Public mon Juge , m'obligent de déclarer que
j'ai trouvé de Huiſſans ſecours pour la confec
--* "
JUIL L ET. 1764.
15
prendre une idée ſuccinte des cinq-Diſ
cours qui ne furent pas prononcés.
Dans le détail immenſe des forfaits
de l'Accuſé , nous choiſirons dans cha
que genre les traits les plus piquans &
les plus dignes d être cités. L'hiſtoire a
rempli ſon objet le plus noble, quand
elle eſt parvenue à faire connoître les
hommes.
-
L'accuſation rouloit ſur quatre chefs.
I. La corruption de Verrès dans ſes
jugemens.
II Ses rapines & ſes extorſions en
· levant les taxes & les revenus publics.
III. Ses vols particuliers de ſtatues &
de vaiſſelle d'argent, ce qui étoit pro
prement ſon goût.
-
IV. Les punitions tyranniques & con
traires aux loix. Voici des exemples de
pluſieurs de ces griefs.
Sopater, Citoyen conſidérable de la
, Ville d'Halicie, avoit été accuſé devant
· le Préteur C. Sacerdos , qui avoit pré
cédé Verrès , d'un crime capital dont
il s'étoit purgé avec beaucoup d'éclat.
L'accuſation fut renouvellée devant le
nouveau Préteur. Sopater ſe préſenta à
ſon Tribunal avec confiance. Mais la
tion de ce morceau dans l'hiſtoire de la Vie de
Cicéron, déja citée.
16 MERCURE DE FRANCE.
'cauſe ayant été ajournée dès la premiè
Te audience , Timarchides Affranchi de
'Verrès & ſon principal Agent , vint
· trouver l'Accuſé & l'avertit én ami de
ne pas ſe fier trop à la bonté de ſa
cauſe & à ſa première victoire ; que
ſes adverſaires étoient dans la réſolu
· tion d'offrir de l'argent au Préteur, qui
aimeroit bien mieux en recevoir pour
· ſauver un Criminel que pour le perdre,
* & qui n'étoit pas porté d'ailleurs à caſ
ſer la Sentence de ſon Prédéceſſeur.
Sopater ſurpris de ce diſcours, lui pro
mit d'y faire attention , & déclara ſeu
lement qu'il n'étoit pas en état d'avan
· cer une groſſe ſomme. Ayant conſulté
l'affaire avec un de ſes amis, on lui con
ſeilla de céder aux circonſtances, puiſ
· qu'il y étoit forcé ; de ſorte que re--
voyant Timarchides à qui il fit valoir
· encore la diſette où il étoit d'argent, on
* compoſa pour la ſomme de mille piſto
les qui furent payées ſur le champ. Il
crut toutes ſes inquiétudes finies ; mais
après une autre audience, la cauſe fut
| encore ajournée , & Timarchides re
vint pour lui donner avis que ſes ad
verſaires
avoient offert une ſomme
· beaucoup plus groſſe que la ſienne, &
lui conſeiller, ſage comme il étoit, de
J U I L L E T. 1764.
17
bien conſidérer ce qu'il alloit faire. La
patience manquant à Sopater ,
il ne
laiſſa point à l'impudent Timarchides
le temps de finir ; il lui déclara nette
ment que de quelque manière que la
choſe pût tourner, il ne donneroit rien
de plus. Tous ſes amis approuvérent
ſa réponſe , dans la perſuaſion que Ver
rès même, quelles que fuſſent ſes in
tentions, n'auroit pas le pouvoir d'y
faire entrer tous les Juges de Syracuſe,
qui étoient les plus honnêtes gens de
la Ville, & qui avoient déja porté une
Sentence favorable à Sopater avec le
dernier Préteur. La troiſiéme audience
étant arrivée, Verrès donna ordre à Pe
tilius, Chevalier Romain, qui étoit aſ
·ſis en qualité d'un des Juges , d'aller
entendre une cauſe privée & appointée
pour le même jour. Petilius refuſa de
quitter l'audience , parce que ſes Aſ -
ſeſſeurs étoient retenus par le procès de
Sopater qu'on alloit juger. Mais le Pré
teur déclarant qu'ils pouvoient tous le
ſuivre, & qu'il ne prétendoit point les
retenir, ils ſortirent tous ſur le champ,
les uns pour juger la cauſe privée avec
Petilius , les autres pour ſervir leurs
amis dans d'autres cauſes. Minucius ,
Avocat de Sopater, voyant la Salle dé
18 MERCURE DE FRANCE.
ſerte ne douta point que l'affaire de ſon
Client ne fût remiſe à quelqu'autre jour,
& ſe diſpoſoit auſſi à ſortir, lorſque
Verrès l'arrêta , en lui ordonnant de
plaider la cauſe dont il étoit chargé. Eh
devant qui , répondit l'Avocat ? De
vant moi , lui dit Verrès , ſi vous me
croyez digne de juger un miſérable Si
cilien. Je ne conteſte point votre qualité
& votre rang, repliqua Minucius , mais
je ſouhaiterois voir ici vos Aſſeſſeurs
qui connoiſſent parfaitement la juſtice
de ma cauſe. Commencez , reprit Verrès,
car ils ne peuvent ſe trouver ici.Je ne
puis m'y trouver non plus, lui dit Mi
nucius, car Petilius m'a prié de le ſui
vre, & d'aſſiſter au jugement de l'autre
procès. En vain Verrès employa les me
naces pour l'arrêter, il ſortit avec tous
les amis de Sopater. Ce contretemps dé
concerta un peu le Préteur ; mais après
quelques mots que Timarchides lui dit
à l'oreille , il donna ordre à Sopater
d'expliquer lui-même ce qu'il avoit à
dire pour ſa défenſe. Ce malheureux
accuſé le conjura par tous les Dieux de
ne pas prononcer ſa Sentence avant
que les Juges fuſſent préſens ; mais
· Verrès appellant les témoins, & feignant
d'en écouter un ou deux , termina le
-
|
J U IL L E T. 1764.
19
procès en un moment, par une Sen- .
tence qui condamnoit Sopater.
Le Jeune Anthiocus, Roi de Syrie ,
ayant du côté de ſa mère quelques
prétentions ſur l'Egypte ,
paſſa envi
viron dans ce temps-là par la Sicile
en retournant dans ſes Etats , & s'ar
rêta à Syracuſe , où
Verrès qui lui
ſçavoit beaucoup d'argent ,
le reçut
avec toute ſorte de politeſſes, lui of
frit des rafraîchiſſemens , & le traita
magnifiquement dans les différens re
pas qu'il lui donna, Ce Monarque fut
ſenſible aux politeſſes du Préteur : il
l'invita à ſon tour, & prit plaiſir à
faire
briller à ſes yeux , entr'autres
meubles précieux, un grand Candela
bre à pluſieurs branches, tout couvert
de diamans, & d'une valeur ineſtima
ble. Les réparations commencées au
Capitole , par les ſoins de Catulus ,
n'étant point achevées, il n'avoit point
trouvé dans le Temple de place con
venable pour ce rare morceau , dont
il s'étoit propoſé de faire préſent à
Jupiter; il le rapportoit en Syrie, afin
d'attendre le temps où il pût paroître
avec éclat. Verrès affecta de ne pou
voir raſſaſier ſon admiration , & pria
le Roi de le laiſſer quelque temps en
2o MERCURE DE FRANCE.
tre ſes mains. Antiochus y conſentit :
quelques jours ſe paſſerent, ſans qu'on
entendît
parler du Candelabre. Le
Prince le fit redemander pluſieurs fois :
on le remettoit toujours : il fut enfin
forcé d'en parler lui-même au Préteur,
qui eut l'impudence de propoſer au Roi
de lui en faire préſent. On le refuſa :
Verrès s'emporta d'abord en menaces,&
les vovant ſans effet,il ordonna fierement
à Antiochus de ſortir ſur le champ de
ſa Province, en lui déclarant qu'il lui
connoiſſoit des liaiſons avec de certains
Pirates dont le deſſein étoit d'envahir la
Sicile. Le Prince vit alors , mais trop
tard, combien il avoit été indignement
trompé, & fut obligé de ſe ſoumettre à
des ordres auſſi injuſtes.
-
· · Les côtes de Sicile étoient infeſtée
!
par un grand nombre de Corſaires. Cha
cune des Villes maritimes fourniſſoit
tous les ans unVaiſſeau, avec le nombre
d'hommes & de proviſions néceſſaires,
Cet armement étoit deſtiné à leur donner
la chaſſe. Mais Verrès les diſpenſoit quel
quefois de cette contribution , moyen
nant de groſſes ſommes : les Matelots
· obtenoient auſſi la diſpenſe de leur ſer
vice , quand ils étoient en état de la
payer. On équipoit néanmoins une
J U I L L E T. 1764.
2, I
Flotte de ſept Vaiſſeaux , mais unique
ment par oſtentation , & le Préteur au
commencement du Printemps en faiſoit
la revue. » C'étoit un ſpectacle étrange,
» dit Cicéron, que de voir ce Magiſtrat
» qui avoit été longtemps comme en
» ſeveli dans les délices, reparoître aux
» yeux des Matelots, avec des mules,
» pour chauſſures, couvert d'une robe
» de pourpre qui lui tomboit juſqu'aux
» talons , & nonchalament appuyé ſur
» l'épaule d'une jeune fille , pour faire
» paſſer devant lui cette eſcadre formi
» dable, qui au lieu d'aller purger les .
» mers, bornoit ſa courſe après pluſieurs
» jours de navigation au Port de Pachy-\
rus. ( e ) » Quelques Pirates qui s'étoient
cachés dans un Port voiſin la ſurpri
rent tandis qu'elle étoit tranquillement'
à l'ancre. Après une légère réſiſtance,,
ils ſe rendirent maîtres des Vaiſſeaux
qu'ils brûlerent auſſitôt. La nouvelle s'en
répandit bientôt. Les Officiers d'é
clarerent que le mauvais état de la flote
( e ) Le Modéle des Critiques, Quintilien , cet
homme rare qui joignoit un goût exquis aux
connoiſſances les plus étendues , faiſoit un cas
ſingulier de cette deſcription, admirable en ef
fet dans l'Original Lâtin. Que je ſerois flatté, ſi
les Quintilien de nos jours en portoient un pa
reil jugement d'après ma Traduction !
!
!
;
22 MERCURE DE FRANCE.
leur avoit ôté le pouvoir de ſe defendre.
Verrès alors
n'écoutant plus que ſa
rage, ces malheureux payerent de leur
tête la honte dont le Préteur s'étoit
couvert , & dont ſon infâme avarice
avoit été la première cauſe.
Ce miſérable mena une vie languiſſante
dans ſon exil , où il reçut des ſecours
de Cicéron. Dans la proſcription de M.
Antoine, ayant refuſé de lui donner
ſa vaiſſelle & ſes belles Statues de Co
rinthe , ſon nom fut mis ſur la Liſte
fatale , & il perdit la vie au moment où
il s'y attendoit le moins.
La défenſe de Fonteius, celle de Caecina,
&c, &c , &c, au Mercure prochain.
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11115
p. 22-25
ODE au ROI DE POLOGNE, Duc de Lorraine & de Bar.
Début :
JE céde au charme qui m'attire, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE au ROI DE POLOGNE, Duc de Lorraine & de Bar.
ODE au ROI DE POLOGNE, Duc
de Lorraine & de Bar.
JE céde au charme qui m'attire,
Un Dieu s'empare de mes ſens !
Quel nouvel Apollon m'inſpire,
Et vient échauffer mes accens ?
Dans les Cieux mon eſprit s'élance,
De ma voix la forte cadence
Enfante de nobles accords :
Je t'appelle à moi, Polymnie !
,
"
J U I L L E T. 1764.
Viens, ſoufle à mon foible génie
Le feu de tes divins tranſports.
Sous ces grands & pompeux portiques
Quel eſt ce Sage couronné ?
Entouré de Dieux pacifiques
Et des beaux Arts environné.
L'humanité tient ſa couronne :
Minerve écarte de ſon Trône
Et les flatteurs & les méchans.
Qui peut à ces auguſtes marques
Du plus vertueux des Monarques
Méconnoître les traits touchans ?
C'eſt Staniſlas, c'eſt ce Roi même
Qu'immortaliſent ſes bienfaits ;
Que Clio place au rang ſuprême
Des Dieux que la Sageſſe a faits.
Tel qu'Apollon & que Neptune
Qui dans leur diſgrace commune
Vinrent éclairer les Mortels ;
Il nous apporte la ſageſſe,
Le goût, les mœurs, la politeſſe,
Et vient mériter nos Autels.
Sur les pas d'un vainqueur rapide
Signalé par de grands exploits,
On l'a vu, Guerrier intrépide,
Du Trône défendre les droits.
23
24 MERCURE DE FRANCE.
Bientôt ſur l'auſtère Sarmate
On alloit voir régner Socrate :
C'étoit l'eſpoir de l'Univers.
Mais quand la fortune l'accable,
Son courage eſt inébranlable,
Et s'affermit dans les revers.
Non par les fortunes diverſes
Un Héros n'eſt point abbatu ;
Et ſouvent du ſein des traverſes
On a vu naître la vertu.
Ainſi le Héros de Pergame
Vit accroître ſa grandeur d'âme
Du revers qu'il ſçut réparer.
Dans le cours d'un deſtin proſpère
Créſus n'eut qu'une âme vulgaire ;.
Le malheur le fit admirer.
Le nom d'un Conquérant s'illuſtre
Par des triomphes paſſagers :
Mais la vertu tire ſon luſtre
Et des travaux & des dangers.
Sur les aîles de la Victoire
Au Trône porté par la Gloire,
Un Sage y monte ſans fierté :
Mais ſon cœur exempt de baſſeſſe
Sçait y tenoncer ſans foibleſſe
Quand la Fortune l'a quitté.
-
Modéles
25
JU I L L ET. 1764.
Modèle des Rois les plus ſages,
Idole des peuples divers,
Jouis long-temps de nos hommages,
Et des tributs de l'Univers.
Puiſſe le Maître du tonnèrre
Conſerver long-temps à la Tèrre
Le préſent fait dans ſa bonté.
Trajan n'auroit pas dû paroître,
Ou les Dieux devoient à ſon être
Attacher l'immortalité.
Digne de l'encens le plus rare Les bons Rois sont des Dieux pour nous ;
Mais de ſes dons toujours avare
Le Ciel s'en montre encor jaloux.
Sa ſageſſe immenſe & profonde
Ne fait que les montrer au monde
Pour le bien de l'humanité :
Dans ſes malheurs ils la conſolent ,
Et bientôt leurs âmes s'envolent
Au ſein de la Divinité.
Par M. LEGIER.
de Lorraine & de Bar.
JE céde au charme qui m'attire,
Un Dieu s'empare de mes ſens !
Quel nouvel Apollon m'inſpire,
Et vient échauffer mes accens ?
Dans les Cieux mon eſprit s'élance,
De ma voix la forte cadence
Enfante de nobles accords :
Je t'appelle à moi, Polymnie !
,
"
J U I L L E T. 1764.
Viens, ſoufle à mon foible génie
Le feu de tes divins tranſports.
Sous ces grands & pompeux portiques
Quel eſt ce Sage couronné ?
Entouré de Dieux pacifiques
Et des beaux Arts environné.
L'humanité tient ſa couronne :
Minerve écarte de ſon Trône
Et les flatteurs & les méchans.
Qui peut à ces auguſtes marques
Du plus vertueux des Monarques
Méconnoître les traits touchans ?
C'eſt Staniſlas, c'eſt ce Roi même
Qu'immortaliſent ſes bienfaits ;
Que Clio place au rang ſuprême
Des Dieux que la Sageſſe a faits.
Tel qu'Apollon & que Neptune
Qui dans leur diſgrace commune
Vinrent éclairer les Mortels ;
Il nous apporte la ſageſſe,
Le goût, les mœurs, la politeſſe,
Et vient mériter nos Autels.
Sur les pas d'un vainqueur rapide
Signalé par de grands exploits,
On l'a vu, Guerrier intrépide,
Du Trône défendre les droits.
23
24 MERCURE DE FRANCE.
Bientôt ſur l'auſtère Sarmate
On alloit voir régner Socrate :
C'étoit l'eſpoir de l'Univers.
Mais quand la fortune l'accable,
Son courage eſt inébranlable,
Et s'affermit dans les revers.
Non par les fortunes diverſes
Un Héros n'eſt point abbatu ;
Et ſouvent du ſein des traverſes
On a vu naître la vertu.
Ainſi le Héros de Pergame
Vit accroître ſa grandeur d'âme
Du revers qu'il ſçut réparer.
Dans le cours d'un deſtin proſpère
Créſus n'eut qu'une âme vulgaire ;.
Le malheur le fit admirer.
Le nom d'un Conquérant s'illuſtre
Par des triomphes paſſagers :
Mais la vertu tire ſon luſtre
Et des travaux & des dangers.
Sur les aîles de la Victoire
Au Trône porté par la Gloire,
Un Sage y monte ſans fierté :
Mais ſon cœur exempt de baſſeſſe
Sçait y tenoncer ſans foibleſſe
Quand la Fortune l'a quitté.
-
Modéles
25
JU I L L ET. 1764.
Modèle des Rois les plus ſages,
Idole des peuples divers,
Jouis long-temps de nos hommages,
Et des tributs de l'Univers.
Puiſſe le Maître du tonnèrre
Conſerver long-temps à la Tèrre
Le préſent fait dans ſa bonté.
Trajan n'auroit pas dû paroître,
Ou les Dieux devoient à ſon être
Attacher l'immortalité.
Digne de l'encens le plus rare Les bons Rois sont des Dieux pour nous ;
Mais de ſes dons toujours avare
Le Ciel s'en montre encor jaloux.
Sa ſageſſe immenſe & profonde
Ne fait que les montrer au monde
Pour le bien de l'humanité :
Dans ſes malheurs ils la conſolent ,
Et bientôt leurs âmes s'envolent
Au ſein de la Divinité.
Par M. LEGIER.
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11116
p. 26-29
EPITRE A M. le Comte de **.
Début :
SEIGNEUR, vous voilà confiné [...]
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. le Comte de **.
EPITRE
A M. le Comte de **.
SEIGNEUR, vous voilà confiné Dans votre vieux Château gothique, Si grotesquement façonné ;
Vos nobles ayeux n'ont orné
Ni de groupe bien deſſiné :
Des Colombes & des Lions
· Montre leurs courage héroïque ;
Que de memoire très-antique .
Ni de vernis bien magnifique,
Mais la figure ſymbolique
Qu'on voit partout ſur les plafonds
Et retrace ces nœuds ſi doux
Quijoignoient vos chaſtes grand'-Mères
Au ſort heureux de leurs Epoux.
Moins polis, mais plus francs, nos Pères,
Sçavoient bien mieux aimer que nous.
Alors une tendreſſe égale
Couronnoit les époux heureux :
De deux lits, des cœurs amoureux
Ne connoiſſoient point d'intervalle,
Et ſur la couche nuptiale
L'Amour lançoit des traits de feux.
Chaque jour les voyoit renaître :
JU IL L E T. 1764.
De deſirs embrâſés tous deux,
Les Epoux donnoient alors l'être
A des enfans qui tenoieut d'eux ,
Un cœur mâle, un corps vigoureux.
L'Hymen n'a plus ni traits ni flammes ;
Et les Epoux ſont en ce temps
Dans les bras glacés de leurs femmes
Triſtes, froids, foibles, languiſſans ;
Et la foibleſſe de leurs âmes
Paſſe en celles de leurs enfans.
Qu'on voit de ces preux Chevaliers
Et combattre en braves Guerriers.
Dans ſon antique Baronie
Que fait aujourd'hui mon Héros ?
Il raſſemble tous ſes vaſſaux,
27
Non, ce n'eſt plus que dans nos drames,
Et dans quelques vieux romanciers,
Rompre des lances pour leurs Dames,
Les grands jours de cérémonie
S'enyvre avec eux, & s'ennuye.
Un autre jour parmi ſes bois
Aux cerfs il va donner la chaſſe ,
Et dans les champs une autre fois
C'eſt une Belle qu'il pourchaſſe.
6-
-
-
º
e
©
-
©
Arrêter par fois les regards ;
La foule éclatante des Arts
-
A droit encore à ſon hommage.
B ij
©
Mais ſi l'Amour peut de mon Sage
28 MERCURE DE FRANCE.
L'Amant de la jeune Daphné
Peut un inſtant ſuivre ſa trace :
Mais le Dieu brillant du Parnaſſe
A d'autres ſoins eſt deſtiné.
Tour-à-tour il faut qu'il manie !
Le Luth, la Lyre, le Clairon,
Et tous les Compas d'Uranie.
Je crois vous voir dans un donjon ,
A travers de longues lunettes,
Perçant en l'eſpace infini,
Dans la région des planettes,
Suivre Lalande & Caſſini ;
Dans vos profondes connoiſſances,
De Saturne & de Jupiter.
Obſerver les orbes immenſes,
Dont Newton guidé par Kepler,
A marqué les juſtes diſtances,
Bientôt prenant un vol plus doux,
Des vaſtes champs oû l'atmoſphère
Se dilate & preſſe ſur nous,
Ramené ſous notre hémiſphère,
D'un œil avide & curieux,
Vous allez chercher ces fociles
Que la terre ouverte à vos yeux
Renferme dans ces champs fertiles ;
Et Réaumur ingénieux,
-
Sur la nature des reptiles
Vous diſſertez on ne peut mieux,
Si j'étois poſſeſſeur des aîles
.
JUILLET. 1764.
Que Dédale eut l'art d'inventer,
Près de vous j'irois répéter
Des vers & des chanſons nouvelles
Que l'Amour vient de me dicter.
Par le même.
A M. le Comte de **.
SEIGNEUR, vous voilà confiné Dans votre vieux Château gothique, Si grotesquement façonné ;
Vos nobles ayeux n'ont orné
Ni de groupe bien deſſiné :
Des Colombes & des Lions
· Montre leurs courage héroïque ;
Que de memoire très-antique .
Ni de vernis bien magnifique,
Mais la figure ſymbolique
Qu'on voit partout ſur les plafonds
Et retrace ces nœuds ſi doux
Quijoignoient vos chaſtes grand'-Mères
Au ſort heureux de leurs Epoux.
Moins polis, mais plus francs, nos Pères,
Sçavoient bien mieux aimer que nous.
Alors une tendreſſe égale
Couronnoit les époux heureux :
De deux lits, des cœurs amoureux
Ne connoiſſoient point d'intervalle,
Et ſur la couche nuptiale
L'Amour lançoit des traits de feux.
Chaque jour les voyoit renaître :
JU IL L E T. 1764.
De deſirs embrâſés tous deux,
Les Epoux donnoient alors l'être
A des enfans qui tenoieut d'eux ,
Un cœur mâle, un corps vigoureux.
L'Hymen n'a plus ni traits ni flammes ;
Et les Epoux ſont en ce temps
Dans les bras glacés de leurs femmes
Triſtes, froids, foibles, languiſſans ;
Et la foibleſſe de leurs âmes
Paſſe en celles de leurs enfans.
Qu'on voit de ces preux Chevaliers
Et combattre en braves Guerriers.
Dans ſon antique Baronie
Que fait aujourd'hui mon Héros ?
Il raſſemble tous ſes vaſſaux,
27
Non, ce n'eſt plus que dans nos drames,
Et dans quelques vieux romanciers,
Rompre des lances pour leurs Dames,
Les grands jours de cérémonie
S'enyvre avec eux, & s'ennuye.
Un autre jour parmi ſes bois
Aux cerfs il va donner la chaſſe ,
Et dans les champs une autre fois
C'eſt une Belle qu'il pourchaſſe.
6-
-
-
º
e
©
-
©
Arrêter par fois les regards ;
La foule éclatante des Arts
-
A droit encore à ſon hommage.
B ij
©
Mais ſi l'Amour peut de mon Sage
28 MERCURE DE FRANCE.
L'Amant de la jeune Daphné
Peut un inſtant ſuivre ſa trace :
Mais le Dieu brillant du Parnaſſe
A d'autres ſoins eſt deſtiné.
Tour-à-tour il faut qu'il manie !
Le Luth, la Lyre, le Clairon,
Et tous les Compas d'Uranie.
Je crois vous voir dans un donjon ,
A travers de longues lunettes,
Perçant en l'eſpace infini,
Dans la région des planettes,
Suivre Lalande & Caſſini ;
Dans vos profondes connoiſſances,
De Saturne & de Jupiter.
Obſerver les orbes immenſes,
Dont Newton guidé par Kepler,
A marqué les juſtes diſtances,
Bientôt prenant un vol plus doux,
Des vaſtes champs oû l'atmoſphère
Se dilate & preſſe ſur nous,
Ramené ſous notre hémiſphère,
D'un œil avide & curieux,
Vous allez chercher ces fociles
Que la terre ouverte à vos yeux
Renferme dans ces champs fertiles ;
Et Réaumur ingénieux,
-
Sur la nature des reptiles
Vous diſſertez on ne peut mieux,
Si j'étois poſſeſſeur des aîles
.
JUILLET. 1764.
Que Dédale eut l'art d'inventer,
Près de vous j'irois répéter
Des vers & des chanſons nouvelles
Que l'Amour vient de me dicter.
Par le même.
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11117
p. 29-30
COUPLETS Sur une jeune Dame qui alloit paroître à la cour. AIR : Nous jouissons dans nos hameaux.
Début :
J'AI, dit l'Amour, j'ai résolu [...]
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS Sur une jeune Dame qui alloit paroître à la cour. AIR : Nous jouissons dans nos hameaux.
COUPLETS
Sur une jeune Dame qui alloit paroître à la cour. AIR : Nous jouissons dans nos hameaux.
J'AI, dit l'Amour, j'ai résolu
De former une Belle,
Dont le charme ſoit abſolu
Sur toute âme rebelle ;
Que tout œil ſe plaiſe à la voir,
Toute oreille à l'entendre ;
Pour un ſeul encor, mon pouvoir
Lui rendra le cœur tendre.
Les Grâces furent du projet,
Fait-on rien ſans les Grâces ?
Conſtamment de ce cher objet
Elles ſuivront les traces.
Les Arts illuſtrent la beauté,
Phébus en voulut être ;
B iij
-
-
3o MERCURE DE FRANCE.
Entre eux ainſi tout concerté,
|
C'eſt Zirphé qu'on vit naître.
Nul intérêt ne peut ſouiller
Un légitime hommage :
Cet Aſtre à la Cour va briller
Sans le moindre nuage.
Du pur tribut de mes chanſons -
Trop heureux s'il s'amuſe !
Je ſens qu'au feu de ſes rayons
S'animeroit ma Muſe.
Par M. GUICHARD.
Sur une jeune Dame qui alloit paroître à la cour. AIR : Nous jouissons dans nos hameaux.
J'AI, dit l'Amour, j'ai résolu
De former une Belle,
Dont le charme ſoit abſolu
Sur toute âme rebelle ;
Que tout œil ſe plaiſe à la voir,
Toute oreille à l'entendre ;
Pour un ſeul encor, mon pouvoir
Lui rendra le cœur tendre.
Les Grâces furent du projet,
Fait-on rien ſans les Grâces ?
Conſtamment de ce cher objet
Elles ſuivront les traces.
Les Arts illuſtrent la beauté,
Phébus en voulut être ;
B iij
-
-
3o MERCURE DE FRANCE.
Entre eux ainſi tout concerté,
|
C'eſt Zirphé qu'on vit naître.
Nul intérêt ne peut ſouiller
Un légitime hommage :
Cet Aſtre à la Cour va briller
Sans le moindre nuage.
Du pur tribut de mes chanſons -
Trop heureux s'il s'amuſe !
Je ſens qu'au feu de ſes rayons
S'animeroit ma Muſe.
Par M. GUICHARD.
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11118
p. 30-32
BOUQUET à M. P***, Ami de l'Auteur, en imitation de l'Ode d'HORACE. Donarent pateras grataque commodus Censorine meis aera sodalibus, &c. MONORIMES.
Début :
SI la fortune, ami, plus propice à mes voeux [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET à M. P***, Ami de l'Auteur, en imitation de l'Ode d'HORACE. Donarent pateras grataque commodus Censorine meis aera sodalibus, &c. MONORIMES.
BOUQUET à M. P***, Ami de
l'Auteur, en
imitation de l'Ode d'HORACE.
Donarent pateras grataque commodus
Censorine meis aera sodalibus, &c.
MONORIMES.
SI la fortune, ami, plus propice à mes voeux
Eût de ſes dons ſur moi répandu l'influence,
Maître de tout au ſein de l'abondance ,
Je ne m'occuperois qu'à faire des heureux :
Car de l'humanité conſultant bien l'eſlence,
Sans héſiter très-fermement je penſe
Que c'eſt là le plaiſir le plus parfait des Dieux ;
Et que de leurs deſſeins c'eſt remplir l'ordonnance,
J U I L L E T. 1764.
Que de les imiter en agiſſant comme eux.
Alors de bijoux d'importance
Des Artiſtes les plus fameux
:
Du Pactole ajouté les préſens précieux ,
Que de concert avec magnificence
cenſe,
-
| 31
J'aurois fait précéder un compliment pompeux ;
J'aurois aux dons de Flore , ornés par l'élégance,
Par l'art ſçavant des doigts induſtrieux
Auroient fait préparer le luxe & la dépenſe.
Mais cette idole, hélas ! que tout le monde en
Qui de tout renverſer fait ſes funeſtes jeux,
Qui du Vulgaire avide amuſant l'eſpérance,
Par un caprice aveugle & ſotte extravagance,
Rend le pied-plat brillant, & l'honnête-homme
affreux,
N'a ſur ma chétive exiſtence
Jamais voulu porter un regard amoureux.
Daignez donc, ſuppléant à mon inſuffiſance,
Agréer les ſouhaits nombreux
Que pour vous en ce jour mon cœur adreſſe aux
Cieux :
-
Santé, repos, gaîté, dans tout heureuſe chance,
Compagne vertueuſe , amis officieux,
Fortune au pardeſſus ; non pas cette opulence,
Mère du vice, objet mépriſable, odieux,
Qui mit jadis Créſus dans l'indigence,
Et du Roi le plus riche & le plus faſtueux,
B iv
-
32 MERCURE DE FRANCE.
Fit tout-à-coup par un retour fâcheux,
Des choſes d'ici-bas, en prouvant l'inconſtance,
L'Eſclave le plus pauvre & le plus malheureux,
Mais j'entends cette honnête aiſance
Modeſte en ſes deſirs, ſans ſoins ambitieux,
Et qui de ce qu'elle a, faiſant ſa ſuffiſance,
Ne connoît ni beſoins, ni chagrins ſoucieux.
Tels ſont les vœux que plein de bienveillance
Vous offre pour bouquet un ami généreux,
Qui de tous vos bons ſoins éprouvant l'aſſiſtance,
Vit de votre amitié ſur lui ſerrer les nœuds.
De ces vers-ci dictés par la reconnoiſſance,
Maître dans l'art des bons, Apollon ſcrupuleux
Pourroit bien critiquer le nombre & la cadence ;
Mais laiſſant des grands mots l'appareil or
gueilleux,
Unie en ſes diſcours, ſans faſte , ſans jactance,
, L'amitié ne prétend faire briller aux yeux
Que la candeur, ſous ſa ſimple apparence.
Quand le cœur parle, il eſt doux, onctueux :
N'eſt-ce pas là la meilleure éloquence ?
Par M. WAROQUIER de S. Yvan.
l'Auteur, en
imitation de l'Ode d'HORACE.
Donarent pateras grataque commodus
Censorine meis aera sodalibus, &c.
MONORIMES.
SI la fortune, ami, plus propice à mes voeux
Eût de ſes dons ſur moi répandu l'influence,
Maître de tout au ſein de l'abondance ,
Je ne m'occuperois qu'à faire des heureux :
Car de l'humanité conſultant bien l'eſlence,
Sans héſiter très-fermement je penſe
Que c'eſt là le plaiſir le plus parfait des Dieux ;
Et que de leurs deſſeins c'eſt remplir l'ordonnance,
J U I L L E T. 1764.
Que de les imiter en agiſſant comme eux.
Alors de bijoux d'importance
Des Artiſtes les plus fameux
:
Du Pactole ajouté les préſens précieux ,
Que de concert avec magnificence
cenſe,
-
| 31
J'aurois fait précéder un compliment pompeux ;
J'aurois aux dons de Flore , ornés par l'élégance,
Par l'art ſçavant des doigts induſtrieux
Auroient fait préparer le luxe & la dépenſe.
Mais cette idole, hélas ! que tout le monde en
Qui de tout renverſer fait ſes funeſtes jeux,
Qui du Vulgaire avide amuſant l'eſpérance,
Par un caprice aveugle & ſotte extravagance,
Rend le pied-plat brillant, & l'honnête-homme
affreux,
N'a ſur ma chétive exiſtence
Jamais voulu porter un regard amoureux.
Daignez donc, ſuppléant à mon inſuffiſance,
Agréer les ſouhaits nombreux
Que pour vous en ce jour mon cœur adreſſe aux
Cieux :
-
Santé, repos, gaîté, dans tout heureuſe chance,
Compagne vertueuſe , amis officieux,
Fortune au pardeſſus ; non pas cette opulence,
Mère du vice, objet mépriſable, odieux,
Qui mit jadis Créſus dans l'indigence,
Et du Roi le plus riche & le plus faſtueux,
B iv
-
32 MERCURE DE FRANCE.
Fit tout-à-coup par un retour fâcheux,
Des choſes d'ici-bas, en prouvant l'inconſtance,
L'Eſclave le plus pauvre & le plus malheureux,
Mais j'entends cette honnête aiſance
Modeſte en ſes deſirs, ſans ſoins ambitieux,
Et qui de ce qu'elle a, faiſant ſa ſuffiſance,
Ne connoît ni beſoins, ni chagrins ſoucieux.
Tels ſont les vœux que plein de bienveillance
Vous offre pour bouquet un ami généreux,
Qui de tous vos bons ſoins éprouvant l'aſſiſtance,
Vit de votre amitié ſur lui ſerrer les nœuds.
De ces vers-ci dictés par la reconnoiſſance,
Maître dans l'art des bons, Apollon ſcrupuleux
Pourroit bien critiquer le nombre & la cadence ;
Mais laiſſant des grands mots l'appareil or
gueilleux,
Unie en ſes diſcours, ſans faſte , ſans jactance,
, L'amitié ne prétend faire briller aux yeux
Que la candeur, ſous ſa ſimple apparence.
Quand le cœur parle, il eſt doux, onctueux :
N'eſt-ce pas là la meilleure éloquence ?
Par M. WAROQUIER de S. Yvan.
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11119
p. 33-36
LETTRE de M. le Comte de L. T.... à un Ami, sur la mort de M. le Marquis de BRÉHANT.
Début :
M. le Marquis de Bréhant n'est plus, mon cher ami ; il emporte au tombeau [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le Comte de L. T.... à un Ami, sur la mort de M. le Marquis de BRÉHANT.
LETTRE de M. le Comte de L. T....
à un Ami, sur la mort de M. le Marquis de BRÉHANT.
M. le Marquis de Bréhant n'est plus,
mon cher ami ; il emporte au tombeau
les regrets de la France entière , & je
doute que la Nature reproduiſe jamais un
plus loyal & un plus honnête homme que
fut cet illuſtre Breton pendant le cours de
ſa vie.
-
La plûpart de nos compatriotes ne
l'ont pas connu comme moi, ils lui ont
ſeulement rendu juſtice de loin. Sa mé
moire ſe conſervera long-temps ſur la
terre , & ſur - tout dans nos cœurs ; la
bonne réputation que lui ont mérité
ſes vertus civiles & militaires, ſera dans
la poſtérité une époque glorieuſe pour
notre Province de Bretagne , qui a plus
d'une fois vu naître dans ſon ſein de
ces âmes franches & courageuſes dont
la mode ſe paſſe un peu.
On crut qu'il déplairoit à la Cour,
quand il y montra la première fois des
qualités ſi éloignées de celles de la plû
part des courtiſans. On $voit les yeux
ſur le maître pour voir ce qu'il en pen
B v !
34 MERCURE DE FRANCE.
ſeroit ; mais comme il ſçait eſtimer tous
les gens de mérite, il ſçut gré à un
brave homme, d'oſer être ſincère parmi
tant de gens qui n'ont pas le courage de
l'être. Il fit reſpecter & chérir ſon au
torité dans le premier Régiment de
France, où il eut à rétablir l'ordre &
la diſcipline peut-être un peu négligée
par des Officiers d'ailleurs eſtimables ,
qui tous rentrerent à l'envi dans leur
devoir, en trouvant dans leur nouveau
Chef, un eſprit ferme, une juſtice ſé
vère , mais une amitié conſtante &
éclairée qui n'admit jamais dans ſa con
duite militaire ni partialité ni préférence.
Je l'ai vu à la Bataille d'Ettinguen ,
au milieu de la grêle des coups de fuſils
ſe retirer le dernier , ralliant encore les
débris de ſa troupe diſperſée par un
feu ſupérieur , ou pour mieux dire par
le feu d'une armée entière.
Il étoit à la tête de ſes Grenadiers,
dans le fameux bois d'Aſtinbek , où
ſous les ordres de M. Chevert , & d'après
· les ſages diſpoſitions de M. le Maréchal
d'Eſtrées, il décida la conquête de l'E
lectorat d'Hanovre. Tout le monde ſçait
u'à cette occaſion , il refuſa une pen
† de deux mille livres, en priant M. le
Maréchal de Beliſle , de tranſmettre cette
récompenſe aux Officiers de ſon Ré
-
Majeſté.
JUIL L E T. 1764.
| 35
giment qui n'avoient pas moins que
lui, diſoit-il, mérité les graces de Sa
ble & rare déſintéreſſement, lui accorda
dans la ſuite une inſpection d'Infan
terie , dont il a rempli les fonctions en
1I1C.
-
-
M. le Prince de Condé, qui deſirant dès
ſa jeuneſſe ajouter à la gloire de ſon
nom , celle de mériter l'amour & la
M. de Bréhant, des qualités recomman
dables à la guerre, & dignes d'être pro
poſées pour modéle à tous ceux qui ſe
-
' Le Roi qui ſentit le mérite de ce no
Généralintelligent & en honnête hom
Il avoit déjà la tendre amitié de S.A.S.
reconnoiſſance de l'Etat, diſtingua dans
dévouent au ſervice de la Patrie. J'ai
été témoin de la douleur qu'a eu mon
reſpectable ami, de ne s'être pas trouvé
aux glorieuſes journées de Groninguen
& du Joannes Berk , mais il en a partagé
avec tous les bons François la joie dans
fon cœur.
difice.
-
i
.
'
-
,
,
.
º
Il avoit dans l'eſprit cette fleur de
courtoiſie , & dans l'ame les vrais ſenti
mens de l'ancienne Chevalerie autre
fois fondée ſur l'honneur & dont la ré-,
volution des temps a fait écrouler l'é
-
· B vj
::;º I
36 MERCURE DE FRANCE.
Enfin, mon cher .... après avoir été
long-temps trompé par les Médecins, &
ſéduit par cet inſtinct qui nous attache
à la vie, je l'ai vû regarder ſans peur
l'approche de ſon dernier moment.
Sa famille , ſes amis , l'état , & la
ſociété où il ſe faiſoit aimer de tout le
monde , par la vérité & la gaîté de
ſon caractère, perdent en lui un homme
digne de vivre à jamais dans les faſtes &
dans le ſouvenir desFrançois.Adieu,ren
dez commune à nos bons concitoyens
cette Lettre de deuil & d'affliction dont
les caractères ſont prèſque effacés par
mes larmes.
' Je ſuis, mon cher ami, &c.
à un Ami, sur la mort de M. le Marquis de BRÉHANT.
M. le Marquis de Bréhant n'est plus,
mon cher ami ; il emporte au tombeau
les regrets de la France entière , & je
doute que la Nature reproduiſe jamais un
plus loyal & un plus honnête homme que
fut cet illuſtre Breton pendant le cours de
ſa vie.
-
La plûpart de nos compatriotes ne
l'ont pas connu comme moi, ils lui ont
ſeulement rendu juſtice de loin. Sa mé
moire ſe conſervera long-temps ſur la
terre , & ſur - tout dans nos cœurs ; la
bonne réputation que lui ont mérité
ſes vertus civiles & militaires, ſera dans
la poſtérité une époque glorieuſe pour
notre Province de Bretagne , qui a plus
d'une fois vu naître dans ſon ſein de
ces âmes franches & courageuſes dont
la mode ſe paſſe un peu.
On crut qu'il déplairoit à la Cour,
quand il y montra la première fois des
qualités ſi éloignées de celles de la plû
part des courtiſans. On $voit les yeux
ſur le maître pour voir ce qu'il en pen
B v !
34 MERCURE DE FRANCE.
ſeroit ; mais comme il ſçait eſtimer tous
les gens de mérite, il ſçut gré à un
brave homme, d'oſer être ſincère parmi
tant de gens qui n'ont pas le courage de
l'être. Il fit reſpecter & chérir ſon au
torité dans le premier Régiment de
France, où il eut à rétablir l'ordre &
la diſcipline peut-être un peu négligée
par des Officiers d'ailleurs eſtimables ,
qui tous rentrerent à l'envi dans leur
devoir, en trouvant dans leur nouveau
Chef, un eſprit ferme, une juſtice ſé
vère , mais une amitié conſtante &
éclairée qui n'admit jamais dans ſa con
duite militaire ni partialité ni préférence.
Je l'ai vu à la Bataille d'Ettinguen ,
au milieu de la grêle des coups de fuſils
ſe retirer le dernier , ralliant encore les
débris de ſa troupe diſperſée par un
feu ſupérieur , ou pour mieux dire par
le feu d'une armée entière.
Il étoit à la tête de ſes Grenadiers,
dans le fameux bois d'Aſtinbek , où
ſous les ordres de M. Chevert , & d'après
· les ſages diſpoſitions de M. le Maréchal
d'Eſtrées, il décida la conquête de l'E
lectorat d'Hanovre. Tout le monde ſçait
u'à cette occaſion , il refuſa une pen
† de deux mille livres, en priant M. le
Maréchal de Beliſle , de tranſmettre cette
récompenſe aux Officiers de ſon Ré
-
Majeſté.
JUIL L E T. 1764.
| 35
giment qui n'avoient pas moins que
lui, diſoit-il, mérité les graces de Sa
ble & rare déſintéreſſement, lui accorda
dans la ſuite une inſpection d'Infan
terie , dont il a rempli les fonctions en
1I1C.
-
-
M. le Prince de Condé, qui deſirant dès
ſa jeuneſſe ajouter à la gloire de ſon
nom , celle de mériter l'amour & la
M. de Bréhant, des qualités recomman
dables à la guerre, & dignes d'être pro
poſées pour modéle à tous ceux qui ſe
-
' Le Roi qui ſentit le mérite de ce no
Généralintelligent & en honnête hom
Il avoit déjà la tendre amitié de S.A.S.
reconnoiſſance de l'Etat, diſtingua dans
dévouent au ſervice de la Patrie. J'ai
été témoin de la douleur qu'a eu mon
reſpectable ami, de ne s'être pas trouvé
aux glorieuſes journées de Groninguen
& du Joannes Berk , mais il en a partagé
avec tous les bons François la joie dans
fon cœur.
difice.
-
i
.
'
-
,
,
.
º
Il avoit dans l'eſprit cette fleur de
courtoiſie , & dans l'ame les vrais ſenti
mens de l'ancienne Chevalerie autre
fois fondée ſur l'honneur & dont la ré-,
volution des temps a fait écrouler l'é
-
· B vj
::;º I
36 MERCURE DE FRANCE.
Enfin, mon cher .... après avoir été
long-temps trompé par les Médecins, &
ſéduit par cet inſtinct qui nous attache
à la vie, je l'ai vû regarder ſans peur
l'approche de ſon dernier moment.
Sa famille , ſes amis , l'état , & la
ſociété où il ſe faiſoit aimer de tout le
monde , par la vérité & la gaîté de
ſon caractère, perdent en lui un homme
digne de vivre à jamais dans les faſtes &
dans le ſouvenir desFrançois.Adieu,ren
dez commune à nos bons concitoyens
cette Lettre de deuil & d'affliction dont
les caractères ſont prèſque effacés par
mes larmes.
' Je ſuis, mon cher ami, &c.
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11120
p. 36-37
VERS sur la mort du Marquis de BRÉHANT, Maréchal de Camp, Inspecteur Général d'Infanterie.
Début :
O TOI dont la candeur égala le courage, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur la mort du Marquis de BRÉHANT, Maréchal de Camp, Inspecteur Général d'Infanterie.
VERS sur la mort du Marquis de
BRÉHANT, Maréchal de Camp, Inspecteur
Général d'Infanterie.
O TOI dont la candeur égala le courage,
Héros dont les vertus avoient devancé l'âge,
Dont la France comptoit & la tête & le bras,
Appui des malheureux, ami de tes ſoldats,
Bon père, heureux époux ( & ſi bien fait pour
l'être ! )
Pour tout dire, en un mot, bon ſujet d'un bon
maître,
J U I L L E T. 1764:
37
Bréhant, c'eſt toi qui meurs ! & dont le cœur
gémit,
-
Comme a gémi Villars..... de mourir dans
ton lit ....
Reçois, du haut des Cieux, ſi tu daignes m'en
tendre,
-
Et l'hommage, & les pleurs que je dois à ta cen
dre.
D. L. P....
BRÉHANT, Maréchal de Camp, Inspecteur
Général d'Infanterie.
O TOI dont la candeur égala le courage,
Héros dont les vertus avoient devancé l'âge,
Dont la France comptoit & la tête & le bras,
Appui des malheureux, ami de tes ſoldats,
Bon père, heureux époux ( & ſi bien fait pour
l'être ! )
Pour tout dire, en un mot, bon ſujet d'un bon
maître,
J U I L L E T. 1764:
37
Bréhant, c'eſt toi qui meurs ! & dont le cœur
gémit,
-
Comme a gémi Villars..... de mourir dans
ton lit ....
Reçois, du haut des Cieux, ſi tu daignes m'en
tendre,
-
Et l'hommage, & les pleurs que je dois à ta cen
dre.
D. L. P....
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11121
p. 37
LETTRE à Madame D.... sur la Traduction du quatriéme Acte du JUIF DE VENISE, Tragédie de SHAKESPÉARE.
Début :
VOUS éxigez, Madame, que les deux fameuses Scènes de cette Pièce [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame D.... sur la Traduction du quatriéme Acte du JUIF DE VENISE, Tragédie de SHAKESPÉARE.
LETTRE à Madame D.... sur la
Traduction du quatriéme Acte du
JUIF DE VENISE, Tragédie de
SHAKESPÉARE.
VOUS éxigez, Madame, que les
deux fameuses Scènes de cette Pièce
Angloiſe ſoient inſérées dans le Mer
cure. Elles vous ont, dites-vous, trop
amuſée pour craindre qu'elles ne pro
duiſent pas le même effet ſur le Pu
blic. J'en accepte l'augure, Madame ;
& quel que ſoit leur ſort , j'aurai du
moins la conſolation d'avoir rempli
des ordres que je me ferai toujours
loire de reſpecter.
D. L. P....
Traduction du quatriéme Acte du
JUIF DE VENISE, Tragédie de
SHAKESPÉARE.
VOUS éxigez, Madame, que les
deux fameuses Scènes de cette Pièce
Angloiſe ſoient inſérées dans le Mer
cure. Elles vous ont, dites-vous, trop
amuſée pour craindre qu'elles ne pro
duiſent pas le même effet ſur le Pu
blic. J'en accepte l'augure, Madame ;
& quel que ſoit leur ſort , j'aurai du
moins la conſolation d'avoir rempli
des ordres que je me ferai toujours
loire de reſpecter.
D. L. P....
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11122
p. 38-54
LE JUIF DE VENISE, EXTRAIT.
Début :
ANTONIO, riche Marchand Vénitien, a toute sa fortune sur différens [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE JUIF DE VENISE, EXTRAIT.
LE JUIF DE VENISE,
EXTRAIT.
ANTONIO, riche Marchand Vénitien,
a toute sa fortune sur différens
vaiſſeaux qui ſont en mer ; lorſqu'un
ancien ami , Baſſanio, vient lui deman
der trois mille ducats à emprunter. Il s'a
git d'un mariage conſidérable que Baſ
ſanio a en vue, & cette ſomme lui eſt
abſolument néceſſaire pour y parvenir.
Antonio n'a d'autre reſſource pour obli
ger ſon ami que de l'emprunter lui-même
d'un Juif, fameux uſurier , qu'il avoit
toujours déteſté juſqu'alors, & qui, ſous
une condition ſingulière, lui compte les
trois mille ducats. Il fait ſigner à Anto
nio un acte, par lequel ce dernier s'en
gage, au cas que la ſomme ne ſoit pas
acquittée dans deux mois, à ſe laiſſer
couper une livre de chair ſur tel endroit
de ſon corps qu'il plaira au Juif de choi
ſir. Baſſanio, muni de cet argent, ſe
met en équipage & part pour Belmont,
où demeure Portia, jeune & riche hé
ritière dont il eſt amoureux. Cette jeune
perſonne , par une clauſe biſarre du teſ
-
JUILLE T. 1764.
tament de ſon père , ne peut diſpoſer
d'elle-même : c'eſt le ſort qui doit lui
donner un époux. Quiconque prétend
à ſa main doit être introduit dans un
cabinet , où l'on voit trois caſſettes ;
l'une d'or, l'autre d'argent, la dernière
de plomb. Il peut ouvrir celle qu'il choi
ſira ; & ſi le portrait de Portia s'y trou
ve, elle eſt à lui avec toutes ſes richeſſes.
Mais il doit jurer auparavant, qu'il re
nonce pour jamais à tout autre mariage
fi la fortune ne le favoriſe pas dans cette
occaſion, & de garder un ſecret invio
lable ſur celle des trois caſſettes qu'il aura
ouverte. Un Prince Maure vient de
choiſir la caſſette d'or , dans laquelle il
n'a trouvé qu'un ſquelette; & un Prince
d'Arragon celle d'argent, où il n'a vu
qu'un marmouſet. Baſſanio, qui étoit
depuis long-tems cher à Portia, choiſit
celle de plomb, où il trouve le portrait
de ſon amante. Leur joie eſt extrême :
mais elle eſt bientôt troublée par une
| Lettre que reçoit Baſſanio : ſon malheu
reux ami Antonio , dont la mer a en
glouti toute la fortune , s'eſt trouvé
hors d'état d'acquitter , au jour de l'é
chéance, les trois mille ducats. Il eſt dans
les priſons de Veniſe, & le Juif Shylock
exige que la peine à laquelle Antonio
4o MERCURE DE FRANCE.
s'eſt ſoumis, ſoit exécutée à la rigueur.
Portia, qui partage le chagrin de ſon
mari, le fait partir avec tout l'or qu'elle
imagine néceſſaire pour calmer l'avide
cruauté du Juif. Mais ce dernier eſt
infléxible, & ne peut renoncer à une
vengeance après laquelle il aſpiroit de
puis long-tems.
-
Tels ſont les événemens qui rem
pliſſent les trois premiers Actes de cette
Pièce, auſſi intéreſſante que ſingulière.
ACTE IV. *
S C E N E P R E M 1 E R E.
Le Théâtre repréſente une Cour de Juſ
tice, où ſiége le Duc de Veniſe avec plu
ſieurs Sénateurs. Antonio y arrive char
gé de chaînes, accompagné de ſon ami
Baſſanio & autres.
LE DUC, à Antonio.
Je compâtis à votre ſituation : votre
adverſaire eſt implacable, & j'en vois
tout à craindre. Procédons cependant
au jugement de cette affaire.. .. Qu'on
* Cette Traduction eſt d'après la Piéce revue
& corrigée par George Grandville , Lord Lans
downe.
J U IL LE T. 1754.
41
faſſe entrer le Juif... (Shylock paroît.)
que l'on s'écarte & qu'il paroiſſe devant
IlOllS . . . . . Shylock ; le monde & moi de
même , croyons que ta malignité n'a
d'autre but que de pouſſer à bout cette
cruelle plaiſanterie, & l'on eſpére enfin
trouver en toi autant d'humanité que tu
as juſqu'à préſent montré de barbarie.
Conſidere, ſur-tout, combien cet hon
nête Négociant eſt à plaindre, les pertes
immenſes qu'il a faites, les malheurs
imprévus qui l'ont tout-à-coup accablé,
ſon état en un mot digne d'inſpirer la
pitié aux âmes les plus féroces. Après
cela parle, & ſonge que la Cour n'at
tend de toi, qu'une réponſe favorable.
S H Y L O C K.
J'ai fait part à votre grandeur de mes
prétentions, & j'ai juré par le Sabbath,
de ne jamais m'en déſiſter : ſi vous me
refuſez juſtice , puiſſe le blâme en re
tomber ſur vous & ſur les Loix de votre
République l On me demande en vain
pourquoi je préfére aujourd'hui à trois
mille ducats une livre de chair humai
ne ? C'eſt à quoi je n'ai qu'un ſeul mot
à répondre : telle eſt ma fantaiſie.
L E DU C.
Ah cruel l.....cette réponſe en eſt-elle
une ?
42 MERCURE DE FRANCE.
A N T o N 1 O , au Duc.
Seigneur, oubliez-vous que c'eſt un
Juif que vous voulez attendrir...Hélas !
vous humaniſeriez plutôt les animaux
les plus ſauvages...Ainſi, diſpenſez-vous
de grace de lui renouveller mes offres
& de vous abaiſſer plus long-tems juſ
ques à la prière. Prononcez mon Arrêt,
& que ce Vautour ait ſa proie.
B A S S A N I o.
Tiens , Shylock , au lieu de trois
mille ducats, en voilà ſix.
S H Y L O C K.
Quand même chaque Ducat des ſix
mille que tu m'offres en vaudroit ſix ,
je les refuſerois ... je m'en tiens à l'acte
que ton ami a ſigné.
L E D U C.
Quel pardon attends-tu de la Divini
té, toi qui te montres infléxible ?
S H Y L O C K,
Qu'en puis-je craindre, en ne recla- .
mant que mon droit ?....Suis-je plus cou
pable que vous ?... Avec quelle rigueur
ne traitez-vous pas vos eſclaves ; &
quelle eſt votre excuſe ? Ils ſont à vous,
vous les avez payés. De quel œil me
regarderiez-vous, ſi je vous demandois
leur liberté; de les donner pour époux .
à vos Filles; de les loger dans des Palais
J U I L L E T. 1764.
43,
auſſi ſomptueux que les vôtres ? Nos
eſclaves , me diriez-vous , font partie
de nos biens , & ſont faits pour ſubir
nos Loix .... C'eſt dicter ma réponſe.
Ce que j'éxige de cet homme me coûte,
• aſſez cher : c'eſt mon bien; je le reclame ;
je l'éxige.Si vous me refuſez,que la honte
encore un coupen retombe ſur vos Loix,
ſur la foibleſſe des décrets de votre Ré
publique ... Je demande juſtice ;parlez :
me la refuſez-vous ?
L E D U C.
C'eſt ſur quoi la Cour va délibérer....
-
(aux Sénateurs.) Voici une Lettre du .
fameux Juriſconſulte Bellario, qui nous
recommande un jeune & ſçavant Avo
cat , dont la
ſagacité pourra, dit-il ,
nous être de quelque ſecours..... Où eſt
il ?...Qu'on l'appelle.
-
B A s s A N I o , à Antonio.
Ne crains rien , cher ami , mon ſang
eſt le garant du tien.... (à Shylock.) A
quoi deſtines-tu ce couteau ?
S H Y L O C K.
A me payer de ma créance.
B A S S A N I O.
S H Y L o C K.
-
Eh quoi, rien ne peut t'attendrir ?
^
Rien de tout ce que tu peux imaginer.
44 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Impitoyable Juif! ton exiſtence feroit
prèſque accuſer l'Etre ſuprême. ..
S H Y L O C K.
-
Regarde ce contrat : vois le ſceau qui
le confirme ! .....Tant qu'il ſubſiſtera ,
ton éloquence & tes injures ſont per
dues. N'accuſes que toi ſeul d'avoir
conduit ton ami dans ce piége. C'eſt par
toi ſeul que ſon ſang va couler.....Qu'il
retombe ſur ta tête.
B A S S A N I o.
Ah barbare !
U N O F F I C I E R.
Que l'on ſe range...place à la Cour.
S C E N E
I I.
Ponrra * & Nériſſa , déguiſées ;
l'une en Avocat, l'autre en Clerc, avec
· un ſac & des papiers. Les Acteurs pré
cédens.
-
L E D U C , à Portia.
Avocat, prenez place.....Etes-vous in
formé de l'affaire qui occupe la Cour ?
* Cette jeune Epouſe, après le départ de Baſ -
ſanio, a pris le parti de le ſuivre & de tout haſar
der pour ſauver l'ami de ſon mari.
J U IL L E T. 1764.
P O R T I A.
Lequel eſt le Juif ?
l'autre.
L E D U C,
nu par Antonio ?
A N T O N I O.
Je ne puis le déſavouer.
P O R T I A.
.
45
Oui, Seigneur...Lequel eſt Antonio?
Antonio, Shylock... approchezl'un &
P o R T I A à Shylock.
-
Votre prétention eſt bien étrangel...
L'Acte eſt-il authentique ? Eſt-il recon
C'eſt donc au Juifà faire grace.
S H Y L O C K.
Grace !.....Pourquoi ?
P o R T 1 A.
Parce que la miſéricorde eſt par elle
même ſans bornes; ainſi que la roſée,
elle tombe des Cieux pour conſoler
ſans prédilection tous les mortels. Elle
eſt doublement chère : à celui qui l'exer
ce, à celui qui en eſt l'objet. C'eſt l'at
tribut le plus précieux de la puiſſance ;
il ſied aux plus grands Monarques ; il
les illuſtre plus que leur couronne même;
il en fait des Dieux ſur la terre , ſur-tout
quand il eſt joint à la juſtice .... Je ne
te dis ces grandes vérités, que pour te
faire mieux ſentir toute l'horreur de ta
·
46 MERCURE DE FRANCE.
demande : car ſi tu perſiſtes à t'en tenir à
la rigueur de la loi, elle prononce con
tre le malheureux Antonio.
S H Y L O C K.
· C'eſt élle ſeule que j'invoque.
P O R T I A.
-
Antonio ne peut-il acquitter ſa dette ?
-
B A S S A N I O.
J'offre de la payer , non pas deux,
mais trois & quatre fois. Que dis je ?
Que le Juif parle ; toute ma fortune ,
mon ſang même eſt à lui......S'il refuſe
mes offres : jugez, Seigneurs, de quelle
juſtice il eſt digne !
P O R T I A.
Nul pouvoir dans Veniſe n'a droit
d'éluder un Décret porté par la Répu
blique : un pareil exemple ſeroit trop
dangereux. Les Loix doivent être ſa
crées.
)
S H Y L O C K.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux....
C'eſt ſon âge : c'eſt ſa ſcience : c'eſt Sa
lomon lui-même !
P o R T I A.
Je voudrois pourtant voir votre Acte.
S H Y L O C K.
Le voici , reſpectable Docteur.
P o R T 1 A , ( après avoir lu.)
· Recevez, croyez-moi , le triple de
A
| J U IL L E T. 1764.
47
ce qui vous eſt dû , puiſqu'on vous
l'offre. .
' S H Y L O C K.
J'ai juré de n'en rien faire. Mon ſer
ment eſt ſacré . ... dût-on m'offrir
Veniſe même , je refuſerois de l'en
freindre,
· P o R T I A.
Sois généreux ; prens l'or qui t'eſt
offert ; & laiſſe-moi déchirer l'Acte.
S H Y L O C K.
-
Vous vous êtes montré bon Juge ;
les Loix vous ſont connues ;- vous avez
diſcuté l'affaire en conſéquence : c'eſt
au nom de la Juſtice même que je
vous ſomme de procéder au jugement.
Je jure ſur mon âme que toute l'élo
quence humaine n'obtiendra rien de
moi. Je demande mon dû ; le terme
eſt expiré : que le Conſeil prononce.
A N T O N I O.
Je me joins de grand cœur à ſa de
mande.
P O R T I A.
En ce cas, préparez-vous à vous ſou
. mettre à ſes deſirs.
, S H Y L O C K.
O Juge auſſi intégre que lumineux !
P O R T I A.
-
Etes - vous prêt , Antonio?....Qu'on
--
48 MERCURE DE FRANCE.
le dépouille juſqu'à la ceinture.
".
S H Y L O C K.
Fort bien ! ... c'eſt au plus près du
cœur, que je prétends prendre mon dû...
Telles ſont nos conventions.
P o R T 1 A, à Shylock.
venir la mort d'Antonio.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
P O R T I A.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
/
Où eſt votre Chirurgien ? .... Il en
faut un, pour arrêter le ſang 4 & pré
N'importe : la charité l'exige.
P o R T I A.
En ce cas, prens ta dette.
L E D U C.
Un moment..... Antonio , n'avez
vous rien à objecter contre la Sentence ?
A N T O N I O.
Seigneur, je me ſoumets à mon ſort...
Adieu, mon cher Baſſanio ! retiens tes
pleurs ; il m'eſt doux de ſouffrir pour
toi.... La fortune, du moins, ne permet
pas que je ſurvive à ma ruine , pour
traîner ma vieilleſſe dans les ennuis &
tous les autres maux attachés à la pau
vreté. .. Encore un coup , adieu l Ne
pleure pas ſur ton ami,qui n'a rempli que
*-
ſon
JUIL L E T. 1764.
49
ſon devoir en s'expoſant pour toi , &
qui ne peut en avoir de regret.... Satiſ
fais-toi maintenant, Shylock; ne laiſſe
rien à deſirer à ta vangeance ; montre
mon cœur à découvert à mon ami.... Il
eſt digne de lui ſans doute.
S H Y L O C K.
N'en doutes pas, Chrétien... Vous ſe
rez tous les deux contens. ..
B A s s A N I o, à Shylock.
Barbare, arrête ! ... Puiſque rien ne
peut attendrir ce Monſtre, je dois, je
veux & corps pour corps , payer pour
mon ami. .. Il ne te doit qu'une livre
de chair : prens la mienne en entier ;
coupe, déchire, elle eſt à toi : je me
ſoumets à tout, pourvu qu'Antonio vive
& ſoit libre... Es-tu content, Shylock ?
A N T O N I O.
Je ne le ſerois pas.
B A S S A N I O.
Cruel Antonio !
·
A N T o N I o.
Injuſte Baſſanio !
A
B A s s A N I o, à Shylock.
Malheureux ! de quoi peux tu rire ?
S H Y L o C K.
De votre ſimplicité mutuélle.. .. :
Oſez-vous bien penſer, Chrétiens, que
je ſois homme à prendre ainſi le chan
I, Vol.
.
5o MERCURE DE FRANcE.
ge ? Je te connois aſſez, Baſſanio , pour
tout attendre de ton déſeſpoir, ſi ton
ami périt pour toi. Ainſi je ſuis ſûr de
tous deux .. ... Procédons à l'exécution
du premier.
BA s S A N I o, l'épée à la main.
Approches, ſi tu l'oſes. ..
A N T o N I o.
Que fais-tu, mon ami?... Ah ! ſonge
que ta mort & la mienne, eſt le prix de
ton imprudence.
B A s s A N I o.
L E D U C.
-
La mort de l'un eſt celle de l'autre....
Qu'importe quel en ſoit le genre ?
Quel excès d'inſolence ! ... ici! dans le
Palais ? Qu'on le déſarme ...... Qu'on
l'arrête. '
-
P o R T I A , au Duc.
Daignez , Seigneur, le regarder en pi
tié. ... j'ai de quoi le ramener à la
raiſon.. .. ordonnez ſeulement que l'on
m'entende.
-
teur . • . .
:
, •
,
-
S H Y L O C K.
-
: P O R T I A.
-
-
-
•
-
' Silence , Silence ! Ecoutez le Doc
Shylock, en reliſant plus attentivement
, »
ton acte, je ne vois pas qu'Antonio t'y
accorde une ſeule goute de ſon ſang .,'
-
-
>
J U IL L E T. 1764..
51
il porte expreſſément une livre de chair,
& rien de plus. Cette chair eſt à toi : on
te l'accorde...Mais prens garde,Shylock !
Sileſangd'un Chrétien s'imprime ſeule
ment ſur tcn couteau , apprens que par
les Loix de la République, toutes tes
terres & tes biens ſont confiſqués au
profit de l'Etat.
S H Y L O C K, avec émotion.
Qu'entens-je t ....
-
B A s s A N I O , avec tranſport. "
Ciel ! Quel coup de lumière ! .... O
Juge en effet céleſte ! .... ( à Shylock, )
entens-tu ton arrêt ? .... ( au Duc )
Seigneur, pardonnez à l'amitié réduite
au déſeſpoir , ſi ....
L E D U C.
Sois tranquille ; nous admirons bien
plus ta vertu, que nous ne condam
nons ta faute .... Mais achevons.
P O R T I A.
.
Shylock , regarde ; lis toi-même. La
voici cette Loi dont tu implores l'exé
cution à la lettre. .. Elle t'eſt due, on
te l'accorde.
.
S H Y L O C K.
^
,
· Je m'en déſiſte , & me contente.des
offres qu'on m'a faites. .. Que le Chré
tien me paye le triple de la ſomme ſti
pulée , & qu'on briſe ſes fers.
C ij
'
,
-
52 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Voici l'argent.
P O R T I A.
Un moment , Seigneur : il faut que
le Juif ait juſtice entière.... Shylock,
en montrant Antonio.) voici ton ſeul
ébiteur : exerce à la rigueur les droits
qu'il t'a donnés ſur lui-même.
|
G R A T I A N O.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux.....
Eh bièn , perfide Juif! te ſens-tu tom
bé dans ton propre piége ? ...
S H Y L o C K.
Qu'on me donne la ſomme princi
pale, & qu'il n'en ſoit plus §
P O R T I A. ,
Tu l'as refuſée autentiquement de
vant la Cour , en te bornant aux ter
mes du Contrat. .. Contente-toi de ta
demande , puiſque tu l'as obtenue.
S H Y L O C K.
Ah, Ciel ! ... Eh bien que l'on me
laiſſe aller. .. & que le diable. ..
P O R T I A.
Non pas, Shylock. ... , Si la Juſtice
eſt quitte envers toi, tu ne l'es pas en
vers la Juſtice. Les Statuts de Veniſe
portent que ſi un Etranger eſt convain
cu d'avoir ſoit direétement , ſoit indi
vectement attenté à la vie d'un Citoyen ,
'
-
J U I L L E T. 1764.
53
la partie offenſée a un droit acquis ſur
la moitié de ſes biens, la République
ſur le reſte, & que le Duc ſeul peut fai
re grace de la vie au coupable. ... Fais
toi-même, l'application de cette Loi; &
juge ſi le Sénat & le Duc même, ſont
dans le cas de t'épargner.
L E D U C.
Shylock, pour te prouver la différen
ce de nos ſentimens avec les tiens , je
t'accorde la vie avant même que tu la
demandes. Mais que la moitié de ta
fortune ſoit pour Antonio , & l'autre,
pour la République.
S H Y L O C K.
Prenez auſſi ma vie. Qu'en ai je af
faire, ſi vous m'ôtez les moyens de la
ſoutenir ? Ma fortune eſt ma vie : vous
ne pouvez me ravir l'une ſans l'autre.
L E D U C.
-
Voyez, Antonio , quelle grace il a
droit d'attendre de vous.
A N T O N I O. .
Je ſuis très-ſatisfait , ſi votre Gran
deur y conſent, de partager avec lui ce
qui pourra me revenir de la moitié de
ſa fortune, pour en jouir uniquement
durant le peu de temps qui me reſte à
vivre, ſaufà en aſſurant leretouraprès ma
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
mort, à ſa fille unique, qui vient, ſans
qu'il le ſçache, d'épouſer Loerazo , &
qu'il déshériteroit ſans doute. .
-
-
,
L E D U C.
Que le Juif y conſente, ſans quoi je
révoque la grace que je lui ai faite, &
' l'abandonne à la rigueur des Loix.
P O E T I A.
-
Eh bien , Shylock, es-tu content ?
S H Y L O C K.
-
Qu'on me laiſſe ſortir.. .. Je ſuis ma
lade... Dreſſez vos Actes ; envoyez-les
chez moi.. .. je les ſignerai.
L E D U C, en levant le ſiége. .
Antonio , ma vie ſe joint à celle de
votre ami. .. Il eſt inutile, je penſe, de
vous recommander cet aimable & digne
Avocat.
·
-
N. B. Ce n'eſt qu'au cinquiéme Acte
& à ſon retour à Belmont, avec An
tonio, que Baſſanio découvre que c'eſt
Portia à qui il doit la vie de ſon ami.
On peut juger des tranſports de leur
joie , & de tout ce que produit un dé
' noûment de cette eſpéce.
EXTRAIT.
ANTONIO, riche Marchand Vénitien,
a toute sa fortune sur différens
vaiſſeaux qui ſont en mer ; lorſqu'un
ancien ami , Baſſanio, vient lui deman
der trois mille ducats à emprunter. Il s'a
git d'un mariage conſidérable que Baſ
ſanio a en vue, & cette ſomme lui eſt
abſolument néceſſaire pour y parvenir.
Antonio n'a d'autre reſſource pour obli
ger ſon ami que de l'emprunter lui-même
d'un Juif, fameux uſurier , qu'il avoit
toujours déteſté juſqu'alors, & qui, ſous
une condition ſingulière, lui compte les
trois mille ducats. Il fait ſigner à Anto
nio un acte, par lequel ce dernier s'en
gage, au cas que la ſomme ne ſoit pas
acquittée dans deux mois, à ſe laiſſer
couper une livre de chair ſur tel endroit
de ſon corps qu'il plaira au Juif de choi
ſir. Baſſanio, muni de cet argent, ſe
met en équipage & part pour Belmont,
où demeure Portia, jeune & riche hé
ritière dont il eſt amoureux. Cette jeune
perſonne , par une clauſe biſarre du teſ
-
JUILLE T. 1764.
tament de ſon père , ne peut diſpoſer
d'elle-même : c'eſt le ſort qui doit lui
donner un époux. Quiconque prétend
à ſa main doit être introduit dans un
cabinet , où l'on voit trois caſſettes ;
l'une d'or, l'autre d'argent, la dernière
de plomb. Il peut ouvrir celle qu'il choi
ſira ; & ſi le portrait de Portia s'y trou
ve, elle eſt à lui avec toutes ſes richeſſes.
Mais il doit jurer auparavant, qu'il re
nonce pour jamais à tout autre mariage
fi la fortune ne le favoriſe pas dans cette
occaſion, & de garder un ſecret invio
lable ſur celle des trois caſſettes qu'il aura
ouverte. Un Prince Maure vient de
choiſir la caſſette d'or , dans laquelle il
n'a trouvé qu'un ſquelette; & un Prince
d'Arragon celle d'argent, où il n'a vu
qu'un marmouſet. Baſſanio, qui étoit
depuis long-tems cher à Portia, choiſit
celle de plomb, où il trouve le portrait
de ſon amante. Leur joie eſt extrême :
mais elle eſt bientôt troublée par une
| Lettre que reçoit Baſſanio : ſon malheu
reux ami Antonio , dont la mer a en
glouti toute la fortune , s'eſt trouvé
hors d'état d'acquitter , au jour de l'é
chéance, les trois mille ducats. Il eſt dans
les priſons de Veniſe, & le Juif Shylock
exige que la peine à laquelle Antonio
4o MERCURE DE FRANCE.
s'eſt ſoumis, ſoit exécutée à la rigueur.
Portia, qui partage le chagrin de ſon
mari, le fait partir avec tout l'or qu'elle
imagine néceſſaire pour calmer l'avide
cruauté du Juif. Mais ce dernier eſt
infléxible, & ne peut renoncer à une
vengeance après laquelle il aſpiroit de
puis long-tems.
-
Tels ſont les événemens qui rem
pliſſent les trois premiers Actes de cette
Pièce, auſſi intéreſſante que ſingulière.
ACTE IV. *
S C E N E P R E M 1 E R E.
Le Théâtre repréſente une Cour de Juſ
tice, où ſiége le Duc de Veniſe avec plu
ſieurs Sénateurs. Antonio y arrive char
gé de chaînes, accompagné de ſon ami
Baſſanio & autres.
LE DUC, à Antonio.
Je compâtis à votre ſituation : votre
adverſaire eſt implacable, & j'en vois
tout à craindre. Procédons cependant
au jugement de cette affaire.. .. Qu'on
* Cette Traduction eſt d'après la Piéce revue
& corrigée par George Grandville , Lord Lans
downe.
J U IL LE T. 1754.
41
faſſe entrer le Juif... (Shylock paroît.)
que l'on s'écarte & qu'il paroiſſe devant
IlOllS . . . . . Shylock ; le monde & moi de
même , croyons que ta malignité n'a
d'autre but que de pouſſer à bout cette
cruelle plaiſanterie, & l'on eſpére enfin
trouver en toi autant d'humanité que tu
as juſqu'à préſent montré de barbarie.
Conſidere, ſur-tout, combien cet hon
nête Négociant eſt à plaindre, les pertes
immenſes qu'il a faites, les malheurs
imprévus qui l'ont tout-à-coup accablé,
ſon état en un mot digne d'inſpirer la
pitié aux âmes les plus féroces. Après
cela parle, & ſonge que la Cour n'at
tend de toi, qu'une réponſe favorable.
S H Y L O C K.
J'ai fait part à votre grandeur de mes
prétentions, & j'ai juré par le Sabbath,
de ne jamais m'en déſiſter : ſi vous me
refuſez juſtice , puiſſe le blâme en re
tomber ſur vous & ſur les Loix de votre
République l On me demande en vain
pourquoi je préfére aujourd'hui à trois
mille ducats une livre de chair humai
ne ? C'eſt à quoi je n'ai qu'un ſeul mot
à répondre : telle eſt ma fantaiſie.
L E DU C.
Ah cruel l.....cette réponſe en eſt-elle
une ?
42 MERCURE DE FRANCE.
A N T o N 1 O , au Duc.
Seigneur, oubliez-vous que c'eſt un
Juif que vous voulez attendrir...Hélas !
vous humaniſeriez plutôt les animaux
les plus ſauvages...Ainſi, diſpenſez-vous
de grace de lui renouveller mes offres
& de vous abaiſſer plus long-tems juſ
ques à la prière. Prononcez mon Arrêt,
& que ce Vautour ait ſa proie.
B A S S A N I o.
Tiens , Shylock , au lieu de trois
mille ducats, en voilà ſix.
S H Y L O C K.
Quand même chaque Ducat des ſix
mille que tu m'offres en vaudroit ſix ,
je les refuſerois ... je m'en tiens à l'acte
que ton ami a ſigné.
L E D U C.
Quel pardon attends-tu de la Divini
té, toi qui te montres infléxible ?
S H Y L O C K,
Qu'en puis-je craindre, en ne recla- .
mant que mon droit ?....Suis-je plus cou
pable que vous ?... Avec quelle rigueur
ne traitez-vous pas vos eſclaves ; &
quelle eſt votre excuſe ? Ils ſont à vous,
vous les avez payés. De quel œil me
regarderiez-vous, ſi je vous demandois
leur liberté; de les donner pour époux .
à vos Filles; de les loger dans des Palais
J U I L L E T. 1764.
43,
auſſi ſomptueux que les vôtres ? Nos
eſclaves , me diriez-vous , font partie
de nos biens , & ſont faits pour ſubir
nos Loix .... C'eſt dicter ma réponſe.
Ce que j'éxige de cet homme me coûte,
• aſſez cher : c'eſt mon bien; je le reclame ;
je l'éxige.Si vous me refuſez,que la honte
encore un coupen retombe ſur vos Loix,
ſur la foibleſſe des décrets de votre Ré
publique ... Je demande juſtice ;parlez :
me la refuſez-vous ?
L E D U C.
C'eſt ſur quoi la Cour va délibérer....
-
(aux Sénateurs.) Voici une Lettre du .
fameux Juriſconſulte Bellario, qui nous
recommande un jeune & ſçavant Avo
cat , dont la
ſagacité pourra, dit-il ,
nous être de quelque ſecours..... Où eſt
il ?...Qu'on l'appelle.
-
B A s s A N I o , à Antonio.
Ne crains rien , cher ami , mon ſang
eſt le garant du tien.... (à Shylock.) A
quoi deſtines-tu ce couteau ?
S H Y L O C K.
A me payer de ma créance.
B A S S A N I O.
S H Y L o C K.
-
Eh quoi, rien ne peut t'attendrir ?
^
Rien de tout ce que tu peux imaginer.
44 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Impitoyable Juif! ton exiſtence feroit
prèſque accuſer l'Etre ſuprême. ..
S H Y L O C K.
-
Regarde ce contrat : vois le ſceau qui
le confirme ! .....Tant qu'il ſubſiſtera ,
ton éloquence & tes injures ſont per
dues. N'accuſes que toi ſeul d'avoir
conduit ton ami dans ce piége. C'eſt par
toi ſeul que ſon ſang va couler.....Qu'il
retombe ſur ta tête.
B A S S A N I o.
Ah barbare !
U N O F F I C I E R.
Que l'on ſe range...place à la Cour.
S C E N E
I I.
Ponrra * & Nériſſa , déguiſées ;
l'une en Avocat, l'autre en Clerc, avec
· un ſac & des papiers. Les Acteurs pré
cédens.
-
L E D U C , à Portia.
Avocat, prenez place.....Etes-vous in
formé de l'affaire qui occupe la Cour ?
* Cette jeune Epouſe, après le départ de Baſ -
ſanio, a pris le parti de le ſuivre & de tout haſar
der pour ſauver l'ami de ſon mari.
J U IL L E T. 1764.
P O R T I A.
Lequel eſt le Juif ?
l'autre.
L E D U C,
nu par Antonio ?
A N T O N I O.
Je ne puis le déſavouer.
P O R T I A.
.
45
Oui, Seigneur...Lequel eſt Antonio?
Antonio, Shylock... approchezl'un &
P o R T I A à Shylock.
-
Votre prétention eſt bien étrangel...
L'Acte eſt-il authentique ? Eſt-il recon
C'eſt donc au Juifà faire grace.
S H Y L O C K.
Grace !.....Pourquoi ?
P o R T 1 A.
Parce que la miſéricorde eſt par elle
même ſans bornes; ainſi que la roſée,
elle tombe des Cieux pour conſoler
ſans prédilection tous les mortels. Elle
eſt doublement chère : à celui qui l'exer
ce, à celui qui en eſt l'objet. C'eſt l'at
tribut le plus précieux de la puiſſance ;
il ſied aux plus grands Monarques ; il
les illuſtre plus que leur couronne même;
il en fait des Dieux ſur la terre , ſur-tout
quand il eſt joint à la juſtice .... Je ne
te dis ces grandes vérités, que pour te
faire mieux ſentir toute l'horreur de ta
·
46 MERCURE DE FRANCE.
demande : car ſi tu perſiſtes à t'en tenir à
la rigueur de la loi, elle prononce con
tre le malheureux Antonio.
S H Y L O C K.
· C'eſt élle ſeule que j'invoque.
P O R T I A.
-
Antonio ne peut-il acquitter ſa dette ?
-
B A S S A N I O.
J'offre de la payer , non pas deux,
mais trois & quatre fois. Que dis je ?
Que le Juif parle ; toute ma fortune ,
mon ſang même eſt à lui......S'il refuſe
mes offres : jugez, Seigneurs, de quelle
juſtice il eſt digne !
P O R T I A.
Nul pouvoir dans Veniſe n'a droit
d'éluder un Décret porté par la Répu
blique : un pareil exemple ſeroit trop
dangereux. Les Loix doivent être ſa
crées.
)
S H Y L O C K.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux....
C'eſt ſon âge : c'eſt ſa ſcience : c'eſt Sa
lomon lui-même !
P o R T I A.
Je voudrois pourtant voir votre Acte.
S H Y L O C K.
Le voici , reſpectable Docteur.
P o R T 1 A , ( après avoir lu.)
· Recevez, croyez-moi , le triple de
A
| J U IL L E T. 1764.
47
ce qui vous eſt dû , puiſqu'on vous
l'offre. .
' S H Y L O C K.
J'ai juré de n'en rien faire. Mon ſer
ment eſt ſacré . ... dût-on m'offrir
Veniſe même , je refuſerois de l'en
freindre,
· P o R T I A.
Sois généreux ; prens l'or qui t'eſt
offert ; & laiſſe-moi déchirer l'Acte.
S H Y L O C K.
-
Vous vous êtes montré bon Juge ;
les Loix vous ſont connues ;- vous avez
diſcuté l'affaire en conſéquence : c'eſt
au nom de la Juſtice même que je
vous ſomme de procéder au jugement.
Je jure ſur mon âme que toute l'élo
quence humaine n'obtiendra rien de
moi. Je demande mon dû ; le terme
eſt expiré : que le Conſeil prononce.
A N T O N I O.
Je me joins de grand cœur à ſa de
mande.
P O R T I A.
En ce cas, préparez-vous à vous ſou
. mettre à ſes deſirs.
, S H Y L O C K.
O Juge auſſi intégre que lumineux !
P O R T I A.
-
Etes - vous prêt , Antonio?....Qu'on
--
48 MERCURE DE FRANCE.
le dépouille juſqu'à la ceinture.
".
S H Y L O C K.
Fort bien ! ... c'eſt au plus près du
cœur, que je prétends prendre mon dû...
Telles ſont nos conventions.
P o R T 1 A, à Shylock.
venir la mort d'Antonio.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
P O R T I A.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
/
Où eſt votre Chirurgien ? .... Il en
faut un, pour arrêter le ſang 4 & pré
N'importe : la charité l'exige.
P o R T I A.
En ce cas, prens ta dette.
L E D U C.
Un moment..... Antonio , n'avez
vous rien à objecter contre la Sentence ?
A N T O N I O.
Seigneur, je me ſoumets à mon ſort...
Adieu, mon cher Baſſanio ! retiens tes
pleurs ; il m'eſt doux de ſouffrir pour
toi.... La fortune, du moins, ne permet
pas que je ſurvive à ma ruine , pour
traîner ma vieilleſſe dans les ennuis &
tous les autres maux attachés à la pau
vreté. .. Encore un coup , adieu l Ne
pleure pas ſur ton ami,qui n'a rempli que
*-
ſon
JUIL L E T. 1764.
49
ſon devoir en s'expoſant pour toi , &
qui ne peut en avoir de regret.... Satiſ
fais-toi maintenant, Shylock; ne laiſſe
rien à deſirer à ta vangeance ; montre
mon cœur à découvert à mon ami.... Il
eſt digne de lui ſans doute.
S H Y L O C K.
N'en doutes pas, Chrétien... Vous ſe
rez tous les deux contens. ..
B A s s A N I o, à Shylock.
Barbare, arrête ! ... Puiſque rien ne
peut attendrir ce Monſtre, je dois, je
veux & corps pour corps , payer pour
mon ami. .. Il ne te doit qu'une livre
de chair : prens la mienne en entier ;
coupe, déchire, elle eſt à toi : je me
ſoumets à tout, pourvu qu'Antonio vive
& ſoit libre... Es-tu content, Shylock ?
A N T O N I O.
Je ne le ſerois pas.
B A S S A N I O.
Cruel Antonio !
·
A N T o N I o.
Injuſte Baſſanio !
A
B A s s A N I o, à Shylock.
Malheureux ! de quoi peux tu rire ?
S H Y L o C K.
De votre ſimplicité mutuélle.. .. :
Oſez-vous bien penſer, Chrétiens, que
je ſois homme à prendre ainſi le chan
I, Vol.
.
5o MERCURE DE FRANcE.
ge ? Je te connois aſſez, Baſſanio , pour
tout attendre de ton déſeſpoir, ſi ton
ami périt pour toi. Ainſi je ſuis ſûr de
tous deux .. ... Procédons à l'exécution
du premier.
BA s S A N I o, l'épée à la main.
Approches, ſi tu l'oſes. ..
A N T o N I o.
Que fais-tu, mon ami?... Ah ! ſonge
que ta mort & la mienne, eſt le prix de
ton imprudence.
B A s s A N I o.
L E D U C.
-
La mort de l'un eſt celle de l'autre....
Qu'importe quel en ſoit le genre ?
Quel excès d'inſolence ! ... ici! dans le
Palais ? Qu'on le déſarme ...... Qu'on
l'arrête. '
-
P o R T I A , au Duc.
Daignez , Seigneur, le regarder en pi
tié. ... j'ai de quoi le ramener à la
raiſon.. .. ordonnez ſeulement que l'on
m'entende.
-
teur . • . .
:
, •
,
-
S H Y L O C K.
-
: P O R T I A.
-
-
-
•
-
' Silence , Silence ! Ecoutez le Doc
Shylock, en reliſant plus attentivement
, »
ton acte, je ne vois pas qu'Antonio t'y
accorde une ſeule goute de ſon ſang .,'
-
-
>
J U IL L E T. 1764..
51
il porte expreſſément une livre de chair,
& rien de plus. Cette chair eſt à toi : on
te l'accorde...Mais prens garde,Shylock !
Sileſangd'un Chrétien s'imprime ſeule
ment ſur tcn couteau , apprens que par
les Loix de la République, toutes tes
terres & tes biens ſont confiſqués au
profit de l'Etat.
S H Y L O C K, avec émotion.
Qu'entens-je t ....
-
B A s s A N I O , avec tranſport. "
Ciel ! Quel coup de lumière ! .... O
Juge en effet céleſte ! .... ( à Shylock, )
entens-tu ton arrêt ? .... ( au Duc )
Seigneur, pardonnez à l'amitié réduite
au déſeſpoir , ſi ....
L E D U C.
Sois tranquille ; nous admirons bien
plus ta vertu, que nous ne condam
nons ta faute .... Mais achevons.
P O R T I A.
.
Shylock , regarde ; lis toi-même. La
voici cette Loi dont tu implores l'exé
cution à la lettre. .. Elle t'eſt due, on
te l'accorde.
.
S H Y L O C K.
^
,
· Je m'en déſiſte , & me contente.des
offres qu'on m'a faites. .. Que le Chré
tien me paye le triple de la ſomme ſti
pulée , & qu'on briſe ſes fers.
C ij
'
,
-
52 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Voici l'argent.
P O R T I A.
Un moment , Seigneur : il faut que
le Juif ait juſtice entière.... Shylock,
en montrant Antonio.) voici ton ſeul
ébiteur : exerce à la rigueur les droits
qu'il t'a donnés ſur lui-même.
|
G R A T I A N O.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux.....
Eh bièn , perfide Juif! te ſens-tu tom
bé dans ton propre piége ? ...
S H Y L o C K.
Qu'on me donne la ſomme princi
pale, & qu'il n'en ſoit plus §
P O R T I A. ,
Tu l'as refuſée autentiquement de
vant la Cour , en te bornant aux ter
mes du Contrat. .. Contente-toi de ta
demande , puiſque tu l'as obtenue.
S H Y L O C K.
Ah, Ciel ! ... Eh bien que l'on me
laiſſe aller. .. & que le diable. ..
P O R T I A.
Non pas, Shylock. ... , Si la Juſtice
eſt quitte envers toi, tu ne l'es pas en
vers la Juſtice. Les Statuts de Veniſe
portent que ſi un Etranger eſt convain
cu d'avoir ſoit direétement , ſoit indi
vectement attenté à la vie d'un Citoyen ,
'
-
J U I L L E T. 1764.
53
la partie offenſée a un droit acquis ſur
la moitié de ſes biens, la République
ſur le reſte, & que le Duc ſeul peut fai
re grace de la vie au coupable. ... Fais
toi-même, l'application de cette Loi; &
juge ſi le Sénat & le Duc même, ſont
dans le cas de t'épargner.
L E D U C.
Shylock, pour te prouver la différen
ce de nos ſentimens avec les tiens , je
t'accorde la vie avant même que tu la
demandes. Mais que la moitié de ta
fortune ſoit pour Antonio , & l'autre,
pour la République.
S H Y L O C K.
Prenez auſſi ma vie. Qu'en ai je af
faire, ſi vous m'ôtez les moyens de la
ſoutenir ? Ma fortune eſt ma vie : vous
ne pouvez me ravir l'une ſans l'autre.
L E D U C.
-
Voyez, Antonio , quelle grace il a
droit d'attendre de vous.
A N T O N I O. .
Je ſuis très-ſatisfait , ſi votre Gran
deur y conſent, de partager avec lui ce
qui pourra me revenir de la moitié de
ſa fortune, pour en jouir uniquement
durant le peu de temps qui me reſte à
vivre, ſaufà en aſſurant leretouraprès ma
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
mort, à ſa fille unique, qui vient, ſans
qu'il le ſçache, d'épouſer Loerazo , &
qu'il déshériteroit ſans doute. .
-
-
,
L E D U C.
Que le Juif y conſente, ſans quoi je
révoque la grace que je lui ai faite, &
' l'abandonne à la rigueur des Loix.
P O E T I A.
-
Eh bien , Shylock, es-tu content ?
S H Y L O C K.
-
Qu'on me laiſſe ſortir.. .. Je ſuis ma
lade... Dreſſez vos Actes ; envoyez-les
chez moi.. .. je les ſignerai.
L E D U C, en levant le ſiége. .
Antonio , ma vie ſe joint à celle de
votre ami. .. Il eſt inutile, je penſe, de
vous recommander cet aimable & digne
Avocat.
·
-
N. B. Ce n'eſt qu'au cinquiéme Acte
& à ſon retour à Belmont, avec An
tonio, que Baſſanio découvre que c'eſt
Portia à qui il doit la vie de ſon ami.
On peut juger des tranſports de leur
joie , & de tout ce que produit un dé
' noûment de cette eſpéce.
Fermer
11123
p. 55-57
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur le Ricciardetto, Poëme Italien.
Début :
ON nous promet depuis long-temps, Monsieur, une Traduction du Ricciardetto, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur le Ricciardetto, Poëme Italien.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure, sur le Ricciardetto,
Poëme Italien.
ON nous promet depuis long-temps,
Monsieur, une Traduction du Ricciardetto,
Poëme Italien moderne , dans le
goût de celui de l'Arioſfe, & qui en
quelque façon y ſert de ſuite. J'ignore
les raiſons qui ont empêché le Traduc
teur, ou le Libraire, de ſatisfaire l'impa
tience des Amateurs de ce genre d'Ou
vrage, & ſur-tout de ceux à qui la Lan
gue Italienne n'eſt pas aſſez familière
pour les mettre a portée de ſentir toutes
les beautés & les fineſſes d'un Poëme
dont-la réputation excite le deſir de le
connoître. Peut être craint-on que dans
ce ſiécle philoſophe, un Poëme de ce
genre ne ſoit trouvé plus ridicule qu'a
muſant. Mais le ſuccès d'Olivier de
vroit , ce ſemble , raſſurer contie cette
| crainte. Quelque peu diſpoſé qu'on ſoit
à rire, un Ouvrage intéreſſant ou agréa
ble trouvera toujours des Lecteurs. On
le critiquera ſans doute. Eh 1 que ne
critique-t-on point ? Mais ſi l'ouvrage
-
.
* -
,
| Civ '
56 MERCURE DE FRANCE.
amuſe, il plaira; & celui-ci me ſemble
fait pour amuſer , ne fût-ce qu'à titre
de ſingularité. Quiconque a lu l'Arioſte,
retrouvera avec plaiſir ces mêmes Pala
· dins, dont les aventures ont occupé plus
d'une fois ou ſa jeuneſſe ou ſes loiſirs.
On eſt jeune à tout âge, & quelque dé
goûté que je ſois même depuis long
temps du Romaneſque, j'ai éprouvé en
liſant Ricciardetto dans ſa langue ori
ginale, ſinon les mêmes ſenſations qu'a
voit produites en moi le Roland fu
rieux , du moins aſſez de plaiſir non
ſeulement pour deſirer que quelque plu
me habile entreprît de nous en donner
une traduction complette, mais pour
engager une perſonne de ma connoiſ
ſance à eſſayer d'en faire paſſer quelques
morceaux dans notre Langue. Vous ju
erez , Monſieur , par ce troiſiéme
hant, que j'ai l'honneur de vous en
voyer pour être inſéré dans le Mercure,
· au cas que vous l'en jugiez digne, ſi
· je me trompe en penſant que l'Ouvrage
entier pourroit ne pas déplaire ſous l'ha
billement François : car je crois devoir
vous prévenir que l'Auteur, ainſi que
vous, Monſieur, dans les Traductions
dont vous avez enrichi notre Littéra
· ture, n'a pas cru devoir ſcrupuleuſement
J'U IL L E T. 1764..
s'aſſervir à la lettre de ſon Auteur. Il
ſait que le génie des Langues tient au
caractère particulier des Nations; qu'une
expreſſion élégante chez les unes eſt ſou
vent platte & groſſière chez les autres ,
ſur-tout chez nous; & que pour rendre
ou le génie ou les agrémens de l'Au
teur qu'on traduit, iln'eſt d'autre moyen,
ſi l'on veut qu'il ſoit goûté en France ,
que de chercher des équivalens à ſes ex
preſſions , ou pour mieux dire, de le :
faire parler comme il auroit parlé lui
même s'il eût écrit ſon Ouvrage en
François.
J'ai l'honneur d'être , &c.
D****.
Auteur du Mercure, sur le Ricciardetto,
Poëme Italien.
ON nous promet depuis long-temps,
Monsieur, une Traduction du Ricciardetto,
Poëme Italien moderne , dans le
goût de celui de l'Arioſfe, & qui en
quelque façon y ſert de ſuite. J'ignore
les raiſons qui ont empêché le Traduc
teur, ou le Libraire, de ſatisfaire l'impa
tience des Amateurs de ce genre d'Ou
vrage, & ſur-tout de ceux à qui la Lan
gue Italienne n'eſt pas aſſez familière
pour les mettre a portée de ſentir toutes
les beautés & les fineſſes d'un Poëme
dont-la réputation excite le deſir de le
connoître. Peut être craint-on que dans
ce ſiécle philoſophe, un Poëme de ce
genre ne ſoit trouvé plus ridicule qu'a
muſant. Mais le ſuccès d'Olivier de
vroit , ce ſemble , raſſurer contie cette
| crainte. Quelque peu diſpoſé qu'on ſoit
à rire, un Ouvrage intéreſſant ou agréa
ble trouvera toujours des Lecteurs. On
le critiquera ſans doute. Eh 1 que ne
critique-t-on point ? Mais ſi l'ouvrage
-
.
* -
,
| Civ '
56 MERCURE DE FRANCE.
amuſe, il plaira; & celui-ci me ſemble
fait pour amuſer , ne fût-ce qu'à titre
de ſingularité. Quiconque a lu l'Arioſte,
retrouvera avec plaiſir ces mêmes Pala
· dins, dont les aventures ont occupé plus
d'une fois ou ſa jeuneſſe ou ſes loiſirs.
On eſt jeune à tout âge, & quelque dé
goûté que je ſois même depuis long
temps du Romaneſque, j'ai éprouvé en
liſant Ricciardetto dans ſa langue ori
ginale, ſinon les mêmes ſenſations qu'a
voit produites en moi le Roland fu
rieux , du moins aſſez de plaiſir non
ſeulement pour deſirer que quelque plu
me habile entreprît de nous en donner
une traduction complette, mais pour
engager une perſonne de ma connoiſ
ſance à eſſayer d'en faire paſſer quelques
morceaux dans notre Langue. Vous ju
erez , Monſieur , par ce troiſiéme
hant, que j'ai l'honneur de vous en
voyer pour être inſéré dans le Mercure,
· au cas que vous l'en jugiez digne, ſi
· je me trompe en penſant que l'Ouvrage
entier pourroit ne pas déplaire ſous l'ha
billement François : car je crois devoir
vous prévenir que l'Auteur, ainſi que
vous, Monſieur, dans les Traductions
dont vous avez enrichi notre Littéra
· ture, n'a pas cru devoir ſcrupuleuſement
J'U IL L E T. 1764..
s'aſſervir à la lettre de ſon Auteur. Il
ſait que le génie des Langues tient au
caractère particulier des Nations; qu'une
expreſſion élégante chez les unes eſt ſou
vent platte & groſſière chez les autres ,
ſur-tout chez nous; & que pour rendre
ou le génie ou les agrémens de l'Au
teur qu'on traduit, iln'eſt d'autre moyen,
ſi l'on veut qu'il ſoit goûté en France ,
que de chercher des équivalens à ſes ex
preſſions , ou pour mieux dire, de le :
faire parler comme il auroit parlé lui
même s'il eût écrit ſon Ouvrage en
François.
J'ai l'honneur d'être , &c.
D****.
Fermer
11124
p. 57-80
TROISIÉME CHANT.
Début :
RENAULD, après un si cruel massacre (des Harpies) se laissa tomber, n'en pouvant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TROISIÉME CHANT.
TROISIÉME CHANT.
RENAULD, après un si cruel massacre
(des Harpies) se laissa tomber, n'en pouvant
plus de laſſitude; & comment n'au
ploits? Cependant il ne fut pas long-temps
dans cette poſture indigne d'un héros, il
ſe releva; & conſidérant peut-être avec
un peu trop de vanité les ſanglantes mat•
"
C v
-
roit-il pas été fatigué , puiſque je le ſuis :
moi-même ſeulement à conter ſes ex
58 MERCURE DE FRANCE,
ques de ſa victoire : hélas! dit il, que me
ſert-il d'être échappé à la fureur de ces
terribles monſtres , ſi Vaillantin, mon
joli cheval , mon fidéle compagnon , qui
, faiſoit toute ma conſolation , eſt leur
malheureuſe victime ! Ce triſte ſouve
nir l'affligea; il raſſembla les membres
épars de ſon fameux courſier ; il fit en
ſuite une foſſe dans un agréable vallon,
où mille fleurs différentes faiſoient à
l'envi briller leur charmant émail , &
l'enferma dans ce tombeau, après avoir
arrangé ſon corps avec tant d'adreſſe
qu'il paroiſſoit entier : il le couvrit d'her
bes & de fleurs, & baiſa la terre à qui
il venoit de confier ce précieux dépôt.
Il vouloit même, pour éterniſer ſa mé
moire , prendre des armes noires , faire
le reſte de ſa vie ſes voyages à pied ,
& rendre raiſon à tout le monde du
ſujet qui l'engageoit à les porter; mais il
ne fit pas cette extravagance : il jugea
qu'il étoit plus ſage, & non moins du
rable de graver ſur une pierre une épi
taphe qu'il compoſa ſur le champ, en
verſant un torrent de larmes. La voici.
telle que la rappoite un voyageur Alle
· mand , qui certainement l'a fidélement
copiée, s'étant écarté pour cela de dix
lieues de la route qu'il devoit tenir :
JU IL L E T. 1764.
Ci gît le fameux Vaillantin,
- Très-fidèle Cheval d'Eſpagne ,
tain.
Il ſervit plus d'une campagne
Renauld qui pleure ſon deſtin.
Paſſant, verſe ici quelques pleurs ;
Jette-lui de l'herbe & des fleurs.
-
Fier au combat, méchant comme un lutin ,
Tant en France qu'en Allemagne
Et pour honorer ſa mémoire,
59
Doux dans la paix, marchant d'un pas cer
Il fut adroit & vif, courageux, plein de gloire.
Renauld grava cette Epitaphe avec
ſon épée, & teignit les lettres avec du
ſang d'harpies ; enſuite il s'éloigna de
ces triſtes objets, & pourſuivit douce
ment ſa route. Il marchoit ſans ſçavoir
trop où il alfoit, tant il étoit occupé
· de ſa douleur , lorſqu'il apperçut un
homme, qui les yeux tournés vers le
Ciel , ſembloit n'être
attentif qu'aux
prières, que ſams doute il diſoit. Re
nauld s'en approcha , & s'apperçut qu'il
étoit vêtu de gros drap brum. Son co
queluchon & ſa ceinture lui firent con
noître quelle eſpéce d'homme c'é: oir.
Pour lui, craignant quelques nouvelles
· harpies , il tenoit ſa viſière baiſſée, ſans
-
-
C vj ' :
6o MERCURE DE FRANCE.
même la lever en ſouhaitant le bon ſoir
à l'Hermite , qui lui répondit d'un ton
doucereux Ave Maria ; après quoi, par
· un trait d'humilité biſarre & mal pla
cée , ſe donna force coups de poings ,
en criant qu'il étoit un miſérable pé
cheur , qu'il avoit commis tel crime &
tel autre encore. Renauld, que cette
confeſſion impatientoit l'interrompit, &
lui dit : mon Père, n'y auroit - il pas
moyen de loger chez vous cette nuit ?
, Le Solitaire n'y conſentit qu'aprèsavoir
fini ſa confeſſion. Ils entrerent dans la
cellule, & Renaud lui conta en ſe déſar
mant, le combat qu'il avoit eu à ſoute
nir , & la victoire qu'il avoit remportée.
Mon fils , dit l'Hermite , il ſeroit à
propos de rendre graces de cette victoire
à celui qui vous l'a fait remporter.Auſſi
tôt, malgré la faim qui preſſoit Renaud,
il fallut qu'il répondît au Te Deum que
le Moine entonna d'une voix rauque.
Renaud dit ce qu'il en ſavoit : ils chan
terent à qui mieux mieux, & l'eſtropié
rent de façon qu'il n'étoit pas reconnoiſ
ſable. Le Chevalier , de ſa vie, n'avoit
appris le latin : il parloit à peine ſa lan
gue. L'Hermite, comme vous ſçaurez
quand vous le connoîtrez mieux, étoit
tout auſſi ignorant que lui ſur cette ma
J U ILLE T. 1754.
'6r :
ºtière ; mais l'intention étoit bonne. Leur
prière étant finie , Renaud, pour enta
mer la converſation , demanda à ſon
bôte qui il étoit. Il lui répondit : je ne .
puis en conſcience vous ſatisfaire ſur ce
point ; car j'ai fait vœu de ne dire à per
ſonne comment je me nomme. J'ai dé--
ja eu quelques petites querelles fur ce
ſujet; mais, graces à Dieu, je m'en ſuis
aſſez bien tiré, & je n'ai point encore
enfreint ma promeſſe. Renaud cepen
·dant tenoit les yeux fixés ſur lui. L'Her
mite, qui le regardoit auſſi, rougit : ils
reſterent un moment ſans parler; puis
tout-à-coup, faiſant un éclat de rire : &
depuis quand , s'écria le Seigneur de
Montauban , le Diable ſe fait-il Her
mite ? Ferragus* encapuchonné ! Ferra
gus, ce fier Sarrafin ! ..... de grace, ami,
dévoile-moi ce myſtère. Suis-je bien .
éveillé? N'eſt-ce point un ſonge ? Quoi !
je ſuis dans une cellule, & c'eſt-là ce
terrible fléau des François ? Ferragus
vêtu de burre ! & ceint d'une corde à
nceuds ! ... aſſurément je n'aurois jamais
deviné cette métamorphoſe. Ami Fer
ragus, ſi tu es toujours du même carac
* Ceux qui ſe rappelleront le caractère de ce
Chevalier Payen, ne ſeront pas moins étonnés
que Renauld de cette viſion,
·
•
62 MERCURE DE FRANCE.
tère, comme je n'en doute point, car
l'habit ne fait pas le Moine, qu'il en
coûtera bon aux jeunes payſannes qui
viendront cueillir des herbes autour d'i
ci , ou qui ſeulement y paſſeront par
haſard ! Il faudroit qu'elles fuſſent ar
mées de pied-en-cap, encore ne pour
roient-elles pas te réſiſter. Eh ! de gra
ce , ne fais pas tant le modeſte ; on
ſçait de tes nouvelles en France ; & de
puis le beau ſéjour que tu t'es aviſé
d'y faire , la difficulté de trouver des
filles qui te ſoient échappées, eſt une
preuve inconteſtable de ta ſageſſe & de
ta COI1t1Il6 Il Ce,
Les temps ſont bien changés ! dit Fer
ragus, d'un air contrit & humilié ; je
ſuis à préſent mort au monde ; je ne
penſe plus à des plaiſirs, qui entraînent
après eux des ſuites trop fâcheuſes ;je ſai
les tourmens qui attendent les gens char
nels & voluptueux, & je veux en me
ſéparant d'eux,penſer tout de bon à faire
ici mom ſalut. Je ſai tout cela , dit Re
nauld , & mon Confeſſeur autrefois
m'en a ſuffiſamment inſtruit ; mais to\i,
· qui te les a appriſes , & qui t'a engagé à
quitter ta ſecte ? Tu me demandes , ré
pondit Ferragus, un détail qui ne laiſſe
pas d'être long Qu'importe, reprit Re
-
cellule.
JUIL L ET. 1764.
63
mauld, commence ; je n'ai nulle affaire
† : cependant je penſe qu'il ſeroit
l propos de prendre des forces avant de
commencer cette Hiſtoire : j'en ai be
ſoin, & il en eſt bien temps.Je ne doute
pas de ton appétit, dit Ferragus, mais je
n'ai point ici de quoi le ſatisfaire ; la
regle que j'obſerve ne me permet d'avoir
ni vin ni proviſions , & un cuiſinier
ſeroit pour moi un meuble bien inutile,
, puiſque je jeûne continuellement pour
tâcher, s'il eſt poſſible, d'effacer par mes
auſtérités , les fautes énormes que j'ai
commiſes. Ce que je puis t'offrir, ce ſont
des figues & des raiſins:cette petite caſſet
te en eſt pleine. Soit, dit Renauld, je
m'en contenterai, cher Ferragus.Auſſi
tôt ils s'approcherent du coffre : Fer
ragus dit la priere accoutumée ; & Re
nauld, après avoir entierement vuidé la
caſſette, ſortit pour ſe déſaltérer à une
fontaine qui couloit à deux pas de la
· Il revint enſuite ; & s'étant mis a ſon
aiſe : allons Ferragus, dit-il, commence
ton hiſtoire ;je m'imagine qu'elle doit
être curieuſe. Auſſi-tôt fe bon Frère ſe
gratta le front pour rappeller ſes idées ,
§ la tête , & commença ſon récit
par louer Dieu, & le remercier du chan
- -
|
64 MERCURE DE FRANCE.
gement qu'il avoit fait en lui. C'eſt votre
ouvrage, s'écria-t-il, ſi je ſuis bon, après
avoir été le plus méchant de tous les
hommes 1 Après ce court exorde, il
vint au fait, & dit : Vous ſcaurez, vail
lant Renauld , que j'ai été amoureux
d'Angélique : oui, j'en ai été ſi violem
ment épris , que le feu d'une fournaiſe
ne communique pas au fer qu'on y
expoſe , une ardeur ſi vive que celle
dont cette gentille Princeſſe m'avoit en† mes pleurs , que mes
ſoupirs étoient mal employés l & mau
dit ſoit l'indigne amour qui fut la cauſe
de mes déſordres.... mais que faire , le
mal eſt paſſé , je ne puis que le réparer,
& vivre dans l'eſpérance de le faire ou
blier.
Vous devez vous ſouvenir que, pour
l'amour d'Angélique, je ſoutins les plus
fameuſes querelles, contre vous-même,
& contre mille autres guerriers. J'ai
tué à ſon ſujet tant d'honnêtes & bra
ves Chevaliers, que je ne finirois pas
ſi j'entreprenois de les nommer.Cepen
dant, de quoi me ſervoit ma valeur ? Ja
mais Angélique ne me regarda favora
blement; la cruelle ſe moqua de mes
feux, ſe joua de ma perſévérance, &
pour comble de diſgrace , elle partit
JU IL L ET. 1764:
.
65
avec Médor pour retourner dans ſa pa
- trie. Je ne pus ſoutenir ſon départ ; il
me prit un tel dégoût pour la vie, que
je réſolus de la terminer. Je pris le parti
de la ſuivre au Cathay , pour y gagner
ſon cœur par mes longs ſervices , par
mes exploits, ou bien pour mourir de
déſeſpoir à ſes pieds, & lui offrir le
ſacrifice de ma vie.Après avoir fait ce
beau plan , je cherchai ſur toutes les
côtes un Vaiſſeau. Il s'en trouva un dans
le Port de Valence, qui partoit pour al
ler directement au Cathay : il étoit
chargé d'un nombre infini de paſſagers
de tout ſéxe , & de marchandiſes de
toute eſpéce. Le Pilote me permit de
m'y embarquer , je fis prix avec lui, &
le lendemain les voiles furent déployés,
nous partîmes.
La mer fut tantôt calme, tantôt agi
tée.Je ne te dirai pas toutes les tempê
tes que nous eſſuyâmes , elles faiſoient
u d'impreſſion ſur mon eſprit. La
grêle , les éclairs , la foudre , les plus
grands dangers étoient pour moi des
ſujets de joie & de vraies fêtes , dans
le deſſein que j'avois pris de terminer
·ma malheureuſe vie ; & ſi quelquefois
elles m'affligeoient, ce n'étoit que parce
qu'elles pouvoient m'empêcher de voirs
*,
66 MERCURE DE FRANCE.
pour la dernière fois la charmante An
gélique, d'admirer ſes divins appas, &
de goûter le ſeul plaiſir qui pût encore
m'être ſenſible.
.
-
Te parlerois-je des monſtres qui ſe
promenent dans ces mers : ah ! vaillant
Renauld, qu'ils ſont différens de ceux
qui ſe trouvent dans nos climats f Les
armes que la nature leur a données ſont
bien plus terribles ; enfin les baleines ,
qui chez nous paſſent pour monſtrueu
ſes, ne ſont que du frétin en comparai
ſon de celles qu'on rencontre. Je vou
drois en vain t'en donner une juſte idée :
imagine-toi ſeulement que rien n'eſt ſi
fréquent que de prendre un poiſſon
pour une iſle, ſur les mers que j'ai par
COurues.
Je fus à peine débarqué, que je cou
rus vers Albraque. Cette ville renfer
moit alors la fleur de toute beauté ,
l'adorable Angélique ; Angélique qui
vit, pour l'amour d'elle, couler des fleu
ves de ſang que répandirent le nombre
infini de rivaux qui prétendoient la poſſé
der.Je trouvai Albraque remplie de triſ
teſſe & de deuil : le Prince Médor n'é
toit plus; la Cour étoit plongée dans
une affliction mortelle, & la #e An
gélique, dont je demandai des nouvel
-
9
--
J U IL L E T. 1764.
67
les , verſoit des larmes , arrachoit
de déſeſpoir ſes beaux cheveux , &
enfermée toute ſeule dans ſon appar
tement, fuyoit les fêtes, les danſes,
enfin toutes ſortes de divertiſſemens.
J'appris encore que ſon père, le vieux
Galaffron,cherchoit à la remarier; mais
qu'il
vouloit pour gendre quelque
Guerrier fameux, qui pût défendre ſes
Peuples des ennemis puiſſans qui l'en
vironnoient, & qui attendoient depuis
long-temps l'occaſion de lui jouer quel
que piéce ſanglante. Que pour cela il
avoit réſolu d'expédier un Courier au
Comte Rolland,pour lui offrir ſa fille.
Je priai celui qui m'inſtruiſoit ainſi,
d'aller dire de ma part à Galaffron qu'il
pouvoit épargner les frais d'une Am
baſſade; que Rolland,qui avoit encore
la cervelle en aſſez mauvais état &
la tête pleine de rats, couroit les champs
comme un véritable fol : mais qu'il
venoit d'arriver dans ſes Etats un Che
valier ſage & prudent , fameux par ſes
exploits , tirant parfaitement de l'arc,
& qui ſeul & déſarmé, ſeroit encore
aſſez fort pour défendre ſon Royaume
entier. L'homme à qui je parlois, ne
put s'empêcher de rire à ce diſcours.
Je vais faire ce que vous m'ordonnez »
|
53 MERCURE DE FRANCE.
dit-il , brave & modeſte Chevalier :
mais je ne ſuis pas garant que les ac
tions répondent 2llX paroles ; la vigne
qui a beaucoup de feuilles produit pour
l'ordinaire fort peu de raiſin; promet
tre eſt un , tenir eſt autre choſe.
Vous ſçavez, brave Renauld, que la
patience n'eſt pas ma principale vertu ;
je n'aime point la plaiſanterie. Je me mis
donc en colère de ce que cet homme ne
me croyoit pas.Je le pris à la gorge & le
ſerrai ſi malheureuſement pour lui, qu'il
périt entre mes mains. Cette action fut
remarquée; le peuple qui rempliſſoit la
place s'émut , s'atroupa & vint fondre
ſur moi. Je me mis auſſi-tot en défenſe, .
& me ſervant de ce malheureux qui étoit -
mort entre mes mains , je le pris par les
pieds, je le tournai autour de moi pour
me faire place, & le lançai enſuite avec
tant de force, que Galaffron, qui étoit ,
accouru à ſon balcon au bruit qu'il avoit
briſé en mille piéces,ſi,heureuſement, ce
malheureux, qui tournoit en l'air , ne
molles & charnues , incapables de don
Galaffron l'échappa belle :
quitte pour quelque contuſion.. Par la
r
entendu, penſa en être tué ; & il eût été .
l'eût rencontré avec certaines parties ,
ner un coup bien dangereux.
il en fut
"
JUILLET. 1764, .
69
barbe du Dieu Mahon ? S'écria-t-il,
- qui peut faire ainſi voler mes Sujets ?
Le Siroc , ou le Garbin ſoufflent-ils
plus fort qu'à l'ordinaire ? Ou bien, mon
Peuple eſt il devenu ſi léger qu'il ſe
laiſſe emporter par le moindre zéphir,
comme de la pouſſière : allez , dit-il, à
un de ſes Seigneurs qui ſe trouvoient
auprès de lui ,
allez - vous - en ſur la
place , & informez vous exactement
de toute cette avanture. Cependant il
fit venir un Chirurgien qni viſita ſes
meurtriſſures, & ſe mit en devoir de le
panſer. Celui que Galaffron avoit en
voyé n'étoit point encore arrivé ſur la
place, que j'avois tué avec ma terri
ble épée plus d'un millieu de cette vile
populace. Déja le cercle s'étoit élargi,
& cependant je ne frappois qu'en ba
dinant ; ils m'entouroient, mais d'un
peu loin , & ſans oſer m'approcher : ils
crioient, tue, tue ! encore trembloient
ils de peur que je n'avancaſſe ſur eux.
| Le Député, ſaiſi d'étonnement, me ſa
lua reſpectueuſement , m'ôta ſon cha
peau , & me dit enſuite : Invincible
Chevalier, pourquoi, de grace,.vous
abaiſſez-vous à combattre cette vile po
pulace ? Si elle vous a offenſé , elle eſt
incapable de vous donner quelque ſatis
7o MERCURE DE FRANCE.
ſaction ; morts ou vivans, ces lâches
ſont indignes de vous : venez donc au
Palais du Roi Galaffron; il vous recevra
avec grand plaiſir. La politeſſe n'eſt
point inconnue aux Guerriers, lui répon
dis-je. En même temps je remis mon
épée dans le fourreau. Cependant, un
Garde courut dire au Roi que j'étois en
chemin pour l'aller trouver. Auſſi-tôt
Galaffron vint au-devant de moi ; mais
ce né fut pas ſans maudire mille & mille
fois l'heure & le moment qui m'avoit
amené dans ſes Etats. Il ſe compoſa le
mieux qu'il put pour paroître gai & me
recevoir honorablement. Il m'embraſſa ,
me baiſa au front, me fit aſſeoir ſous le
dais ; & tout le monde, Barons, Com
tes & Marquis me parloient avec conſi
dération, & baiſſoient la tête en m'a
dreſſant la parole. On me combla de
louanges immodérées, & l'on me de
manda ſi j'étois François ou Sarraſin.
J'adore votre Dieu, leur dis-je, & m'en
fais gloire : c'eſt pour lui que je com
bats & que je fais uſage de ma valeur ,
de ma force & de cette épée.Je leur ra
contai alors que j'avois été quelque temps
à Paris, que j'y avois éprouvé la valeur
des plus célébres Paladins; que ni vous
ni votre fameux couſin n'avoient pû me
J U IL L E T. 1764.
7r
vaincre , non plus que Maugis avec
toute ſa ſorcellerie & ſes démons qu'il
porte avec lui , & à qui il commande à
la baguette. Je dis enfuite à Galaffron
la paſſion dont je brulois pour ſa fille
Angélique , & que j'étois venu au Ca
thay pour la voir encore & pour mou
rir enſuite. A ces mots , les.pleurs que
je ne pus m'empêcher de répandre, me
couvrirent les joues : le bon Vieillard
s'attendrit; il pleura de me voir pleurer,
& me dit en ſanglottant : Etranger, ne
vous affligez pas ainſi, tous les maux
ont leurs remédes ; la mort ſeule n'en a
point : conſolez-vous donc, vous épou
ſerez ma fille. Oui, je veux vous donner
avec ſa main mon Royaume entier pour
dot , & je le puis bien , puiſque Lu
cine , ma ſeconde fille, s'eſt déshonorée
en fuyant la maiſon paternelle.Renauld,
interrompit alors l'Hermite Ferragus
pour lui dire, elle n'eſt pas perdue cette
Lucine ; elle n'eſt pas non plus trop dés
honorée : elle a choiſi un époux digne
d'elle ; ils ſont fort bien aſſortis, & voi
ci ſon hiſtoire. Alors il raconta au bon
Père tout ce que vous ſavez auſſi-bien
que lui , & que je ne vous redirai pas ;
le récit en ſeroit trop ennuyeux , & je
veux finir au plus vîte celui de l'Her
72 MERCURE DE FRANCE.
mite , qui commence à le devenir.
Reprends ton hiſtoire , dit Renauld
après avoir fini la ſienne, car l'heure
s'avance & le flambeau eſt prêt à s'étein
dre. Allons, dit Ferragus, je ſuis à tes
ordres; mais que le flambeau ne t'in
quiette point :
ſi celui-là s'éteint, j'en
allumerai une autre ; la cire ne me coûte
rien : auſſi n'en ſuis-je point avare , j'ai
des abeilles qui travaillent à ma provi
ſion ; & pendant l'hyver, lorſque la ſai
ſon eſt rude & l'air froid & vilain, je
m'amuſe , après mes prieres , à faire des
flambeaux pour mon uſage. Tu me fe
rois devenir fou ! s'écria Renauld, en
ſe frappant la cuiſſe ;tu ne pouvois autre
fois reſter en place un inſtant; il falloit
toujours que tu fuſſes au cabaret , ou
pis encore : à préſent tu t'amuſes, dis
tu , à faire de la cire blanche & des
flambeaux pour ton uſage, après avoir
dit ton Breviaire ? Oh I ceci ne peut
pas durer : la barbe & les cheveux chan
ent de couleur, mais le tempérament
& le caractère ne changent jamais. La
grace eſt bien puiſſante , dit Ferragus !
c'eſt elle qui me ſoutient ; mais retour
nons à Galaffron qui me vouloit don
ner ſa fille. Cette propoſition, à laquelle
je ne m'attendois pas , me cauſa un
plaiſir
|
| J U I L L E T. 1764.
73
plaiſir ſi ſenſible , que je penſai mourir
de joie. Je tombai; l'on me crut mort :
mais en peu de temps je repris connoiſ
ſance , mes forces revinrent, & je me
levai. Cependant il avoit dépêché quel
qu'un à ſa fille pour la faire venir ſur le
champ : effectivement elle parut tout
à-coup.....ô merveille d'amour ! que l'air
devenoit plus ſerein & plus doux ! il
s'éclaircit peu-à-peu, au point que mon
âme ne put ſoutenir l'éclat qui l'éblouiſ
ſoit; je fermai les yeux, & lorſque je
les rouvris , je vis devant moi cette
Déeſſe charmante, l'objet de tous mes
deſirs.Je ne ſaurois t'exprimer comment
me parut alors cette Divinité.Je ne pou
vois m'imaginer, & je le crois encore à
peine, que ce fût une mortelle : un voile
noir la couvroit à demi ; elle reſſembloit
alors à une roſe vermeille qui, le matin,
ne ſe découvre pas toute entière ; à une
fleur qui , au lever de l'aurore, n'eſt
pas encore épanouie : ou plutôt, à l'aſtre
du jour qu'obſcurciſſent en partie quel
ques légers nuages. On voyoit ſa bou
che vermeille , ſon menton, ſa gorge
d'albâtre, une partie de ſon ſein déli
cat : le voile incommode ne pouvoit ca
cher ſes yeux : leur vif éclat le perçoit,
& cependant ils étoient un peu éteints
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
par la douleur dont ſon cœur étoit pé
nétré ; mais les étoiles ne ſont-elles pas
encore vives , ne brillent-elles pas en
core d'un feu pur, lors même qu'elles
diſtilent la roſée ?
Pourquoi chercher à te peindre des
attraits que tu connois auſſi-bien que
moi ? Je ne dois te parler que de ce qui
m'arriva. Eh bien donc ! je perdis, dans
l'admiration où j'etois, la voix , le mou
vement & les forces ; je parus méta
morphoſé comme cette Nymphe, qui,
ſur les rives du Pénée, fut changée en
arbre , & qui ſert de récompenſe &
de couronne aux Poëtes qui chantent le
mieux. Je voulus parler , mais je ne pus
former aucun ſon ; ma voix s'éteignit.
Angélique leva cependant ſon voile :
elle me regarda ; ma vue lui fit plaiſir :
ſon front parut pour un inſtant plus
ſerein & moins cruel. Mais ce ne fut
qu'un inſtant ; ce ciel divin s'obſcurcit
encore ; il s'y raſſembla plus de nuages
qu'il n'y en avoit auparavant : enſuite
telle qu'une fleur qui, frappée ſur ſa tige
du vent d'Afrique, d'une forte grêle ou
de quelqu'autre accident, ſe fanne &
périt à l'inſtant, de même Angélique
retraçant dans ſon eſprit tout ce qui lui
étoit arrivé en France, la folie du brave
|
J U IL L E T. 1764.
75
Rolland, la paſſion & le malheur du
charmant Médor, tombe & s'évanouit;
ſes lévres changent de couleur : l'on au
roit dit qu'elle venoit d'être frappée d'un
coup de lance.Je m'approche auſſi-tôt :
je la reçois dans mes bras ; je la prie,
mais en vain : je la conſole de mon
mieux. Cependant on appelle ſes fem
mes : on la met au lit. Le Médecin ar
rive, l'examine, lui tâte le poulx ; &
prenant un air triſte, une mine ſévère
& renfrognée : à quoi ſerviroient, dit-ile
ma ſcience & mes ſoins ? Angélique eſt
morte : vous voyez qu'elle ne voit ni
n'entend, qu'elle n'a plus de ſentiment.
A ce cruel arrêt, s'éleve un cri général ;
les larmes coulent de toutes parts ; les
ſanglots ,
les gémiſſemens
s'élévent
| juſqu'au Ciel. Imagine-toi, Renauld,
ce que je devins à cette ſcène tragique !
je voulus vingt fois me donner la mort ;
mais toujours l'on m'en empêcha : il
s'en fallut peu que je ne me précipitaſſe
d'une fenêtre, & c'étoit un vrai coup de
déſeſpoir, car elle avoit bien quatre ou
cinq cens pieds de haut ; mais Dieu qui
me réſervoit à cette vie ſainte, à cet
état de lumière, m'inſpira un meilleur
deſſein : ce fut de revenir dans ma Pa
trie, puiſque le deſtin " # ſi con
l]
76 MERCURE DE FRANCE.
traire.
Je reſtai pourtant un mois à
pleurer avec Galaffron ; enſuite voyant
arriver une ſaiſon douce & favorable ,
je pris un vaiſſeau que j'équippai à mes
· frais, pour n'avoir pas le déſagrément
d'aller avec toute ſorte de gens ; & après
un heureux voyage j'abordai ſain &
ſaufen Eſpagne.
-
-
| Renauld voyant que Ferragus avoir
fini ſon récit, jetta ſur lui un regardiro
nique & ſévère. A d'autres l dit-il, la
ſable eſt trop groſſière. Quoi !tu as don
·né là-dedans ? Ma foi , mon cher Fer
ragus,# s'eſt mocquée de toi.
J'en ſuis mortifiée; maisje te jure qu'elle
aura bien ri de ta bêtiſe, & je gage qu'à
préſent elle ſe porte à merveille, qu'elle
eſt auſſi belle qu'elle ait jamais été, &
qu'un autre Amant ſuccédant à Médor,
partage ſes faveurs. Ferragus, étonné ,
put à peine retenir ſa colère. Cela n'eſt
pas vrai, dit-il, & tu me ferois pour
peu de choſe ſortir des bornes que je
me ſuis preſcrites.... tu peux remercier
Dieu du vœu que j'ai fait de rendre le
bien pour le mal. Ah , ah, ah ! dit Re
nauld en éclatant de rire , tu as fait un
vœu ! Gh bien , je vais te mettre dans le
cas d'exercer ta patience. Que tu es de
venu facile & bon depuis que je ne t'ai
-
·
'
J U I L L ET. 1764.
77
connu ! c'eſt apparemment la mort de
cette pauvre Angélique?.... Ferragus , à
ces mots , devint rouge : ſon amour
propre ſouffroit ſi cruellement, qu'il ſut
prêt d'éclater. Mais, faiſant un eſfort
pour ſe contenir : non, s'écria-t-il , le
diable n'eſt point aſſez fort pour me
faire encore ſuccomber ; mais tu me
rendrois le ſervice d'un véritable ami,
mon cher Renauld, de ne point m'ex
poſer davantage à la tentation. Et que
m'importe que tu réſiſtes ou que tu ſuc
combes, dit Renauld : écoute, Ferra
gus, veux-tu ſçavoir le vrai de cette hiſ
toire ? la voici Angélique. a pour toi le
le même foible qu'elle a toujours eu ; je
veux dire qu'elle te hait, te déteſte ,
t'abhorre plus qu'un liévre le Levrier.
Mais comment ne t'en es-tu donc pas
apperçu ? Peux-tu croire de bonne foi
que ta barbe rouſſe , épaiſſe & ſale, ton
viſage olivâtre, baſanné, mal-propre ,
ton tein noir, ton corps ſec & décharné,
ſoient des attraits bien ſéduiſans pour le
beau ſéxe ? Aſſurément , l'aimable &
gentille Angélique , qui raſſemble en
elle toutes les grâces, a bien mal fait de
refuſer un parti ſi avantageux. Ah l le
joli petit mari !
-
Je te pardonne encore , dit tout hors
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
de lui, le dévot & impatient Ferragus.
Oui , je te pardonne encore ! ... en mê
me tems , il ſe mordoit les lévres , & ſe
donnoit avee ſa diſcipline, des coups qui
retentiſſoient & faiſoient un bruit af
freux.Juſqu'à demain , je te prie, lui
dit Renauld , ; mais que ce ſoit à mon
intention & avec un corde moins fine.Si
j'étois de toi, bienheureux Ferragus ,
je prendrois un gros nerf de bœuf Si je
pouvois, reprit le Saint Hermite, te cor
riger par mes humiliations, hélas , je me
trouverois bienheureux ! mais ta tête eſk
trop dure, & je veux bien t'avertir que
ma patience eſt à bout. Quoi, déja tu
te décourages, dit Renauld ! Ne ſais-tu
pas que les injures & les mépris ſouf
ferts avec patience & réſignation, ſont
très agréables au Ciel ? Il eſt vrai que ce
n'eſt pas où tu viſes, Moine hypocrite
& voluptueux ! le culte des Vierges t'in
téreſſe un peu plus.
, Ferragus ne peut réſiſtet plus long
temps. Cette mauvaiſe plaiſanterie fut le
ſignal du combat ; il fit tomber ſur le
viſage de Renauld, cinq ou ſix coups
de diſcipline, qu'il s'étoit deſtinés. Ce
lui-ci répondit à cette attaque par un
coup de poing ſi terrible, que Ferra
gus fit deux cens pirouettes, & vit autant
*.
J UIL L E T. 1764:
79,
d'étoiles qu'il en brilloit alors dans les
Cieux. Si je m'y mets, dit Renauld tout
en colère, garre ta barbe, Frère Ferra
gus ! Celui-ci ne répondit point ; mais
ſe récompenſa de ſon ſilence en faiſant
trotter ſa diſcipline dru & menu ſur les
épaules du vaillant & preux Chevalier.
Renauld, pour calmer cet orage, ſe
ſaiſit du ſaint cordon , & penſa étouffer
Ferragus, qui pour ſe débarraſſer, lui
donna un coup de ſandale dans le bas
ventre, qui fit quitter priſe à ſon enne
mi , & l'étendit ſur la place. Mais ce ne
fut que pour un inftant : il ſe releva
comme un lion furieux, & déja revenoit
au combat, lorſqu'au-travers des cris &
du tapage diabolique qu'ils faiſoient ,
ils entendirent frapper à la porte de la
Cellule. Ferragus ne s'en émut guères,
& tout en répondant Ave Maria, faiſoit
pleuvoir une grêle de coups de poing ſur
la tête du bon Renauld. Ceux qui étoient
â la porte s'impatienterent; ils crierent
qu'on eût à leur ouvrir : mais point de
nouvelles ; chacun ſe tient ferme à ſon
poſte, & combat de ſon mieux.Cepen
dant le bruit qui redouble, fait faire aux
combattans un moment de trêve. Ferra
gus en profite, & tout haletant de colère
& de chaud, regarde par le trou de la
D iV
8o MERCURE DE FRANCE.
ſerrure ; après quoi barricadant la porte
avec une forte barre : je n'ouvre point à
des gens armés , s'écria-t-il. On lui ré
pondit, que s'il n'ouvroit, la porte alloit
être enfoncée. mais Renauld, qui en
tendit cette menace , oubliant à l'inſtant
les injures qu'il avoit dites, & les coups
qu'il avoit reçus , accourut au ſecours
de ſon hôte, Ouvre , dit-il , à ces mé
chantes gens : nous les ferons bien-tôt
repentir de leur hardieſſe , & de leur té
mérité. L'Hermite ouvrit , & quatre
Guerriers, forts & vigoureux, entrerent
auſſi-tôt. Or vous, aimables Dames, ou
gentils Cavaliers, vous voudriez, je le
vois bien , ſçavoir qui ſonr ces Guer- .
riers, & qui les a conduits à l'Hermitage
du dévot Frère Ferragus ? Mais de grace,
accordez-moi un moment de repos, &
ne vous mettez point en colère ſi je ne
vous ſatisfais pas encore; vous en ſerez
inſtruits dans le Chant qui ſuit ; & ſi
mes vœux ſont écoutés, il pourra peut
être vous amuſer.
RENAULD, après un si cruel massacre
(des Harpies) se laissa tomber, n'en pouvant
plus de laſſitude; & comment n'au
ploits? Cependant il ne fut pas long-temps
dans cette poſture indigne d'un héros, il
ſe releva; & conſidérant peut-être avec
un peu trop de vanité les ſanglantes mat•
"
C v
-
roit-il pas été fatigué , puiſque je le ſuis :
moi-même ſeulement à conter ſes ex
58 MERCURE DE FRANCE,
ques de ſa victoire : hélas! dit il, que me
ſert-il d'être échappé à la fureur de ces
terribles monſtres , ſi Vaillantin, mon
joli cheval , mon fidéle compagnon , qui
, faiſoit toute ma conſolation , eſt leur
malheureuſe victime ! Ce triſte ſouve
nir l'affligea; il raſſembla les membres
épars de ſon fameux courſier ; il fit en
ſuite une foſſe dans un agréable vallon,
où mille fleurs différentes faiſoient à
l'envi briller leur charmant émail , &
l'enferma dans ce tombeau, après avoir
arrangé ſon corps avec tant d'adreſſe
qu'il paroiſſoit entier : il le couvrit d'her
bes & de fleurs, & baiſa la terre à qui
il venoit de confier ce précieux dépôt.
Il vouloit même, pour éterniſer ſa mé
moire , prendre des armes noires , faire
le reſte de ſa vie ſes voyages à pied ,
& rendre raiſon à tout le monde du
ſujet qui l'engageoit à les porter; mais il
ne fit pas cette extravagance : il jugea
qu'il étoit plus ſage, & non moins du
rable de graver ſur une pierre une épi
taphe qu'il compoſa ſur le champ, en
verſant un torrent de larmes. La voici.
telle que la rappoite un voyageur Alle
· mand , qui certainement l'a fidélement
copiée, s'étant écarté pour cela de dix
lieues de la route qu'il devoit tenir :
JU IL L E T. 1764.
Ci gît le fameux Vaillantin,
- Très-fidèle Cheval d'Eſpagne ,
tain.
Il ſervit plus d'une campagne
Renauld qui pleure ſon deſtin.
Paſſant, verſe ici quelques pleurs ;
Jette-lui de l'herbe & des fleurs.
-
Fier au combat, méchant comme un lutin ,
Tant en France qu'en Allemagne
Et pour honorer ſa mémoire,
59
Doux dans la paix, marchant d'un pas cer
Il fut adroit & vif, courageux, plein de gloire.
Renauld grava cette Epitaphe avec
ſon épée, & teignit les lettres avec du
ſang d'harpies ; enſuite il s'éloigna de
ces triſtes objets, & pourſuivit douce
ment ſa route. Il marchoit ſans ſçavoir
trop où il alfoit, tant il étoit occupé
· de ſa douleur , lorſqu'il apperçut un
homme, qui les yeux tournés vers le
Ciel , ſembloit n'être
attentif qu'aux
prières, que ſams doute il diſoit. Re
nauld s'en approcha , & s'apperçut qu'il
étoit vêtu de gros drap brum. Son co
queluchon & ſa ceinture lui firent con
noître quelle eſpéce d'homme c'é: oir.
Pour lui, craignant quelques nouvelles
· harpies , il tenoit ſa viſière baiſſée, ſans
-
-
C vj ' :
6o MERCURE DE FRANCE.
même la lever en ſouhaitant le bon ſoir
à l'Hermite , qui lui répondit d'un ton
doucereux Ave Maria ; après quoi, par
· un trait d'humilité biſarre & mal pla
cée , ſe donna force coups de poings ,
en criant qu'il étoit un miſérable pé
cheur , qu'il avoit commis tel crime &
tel autre encore. Renauld, que cette
confeſſion impatientoit l'interrompit, &
lui dit : mon Père, n'y auroit - il pas
moyen de loger chez vous cette nuit ?
, Le Solitaire n'y conſentit qu'aprèsavoir
fini ſa confeſſion. Ils entrerent dans la
cellule, & Renaud lui conta en ſe déſar
mant, le combat qu'il avoit eu à ſoute
nir , & la victoire qu'il avoit remportée.
Mon fils , dit l'Hermite , il ſeroit à
propos de rendre graces de cette victoire
à celui qui vous l'a fait remporter.Auſſi
tôt, malgré la faim qui preſſoit Renaud,
il fallut qu'il répondît au Te Deum que
le Moine entonna d'une voix rauque.
Renaud dit ce qu'il en ſavoit : ils chan
terent à qui mieux mieux, & l'eſtropié
rent de façon qu'il n'étoit pas reconnoiſ
ſable. Le Chevalier , de ſa vie, n'avoit
appris le latin : il parloit à peine ſa lan
gue. L'Hermite, comme vous ſçaurez
quand vous le connoîtrez mieux, étoit
tout auſſi ignorant que lui ſur cette ma
J U ILLE T. 1754.
'6r :
ºtière ; mais l'intention étoit bonne. Leur
prière étant finie , Renaud, pour enta
mer la converſation , demanda à ſon
bôte qui il étoit. Il lui répondit : je ne .
puis en conſcience vous ſatisfaire ſur ce
point ; car j'ai fait vœu de ne dire à per
ſonne comment je me nomme. J'ai dé--
ja eu quelques petites querelles fur ce
ſujet; mais, graces à Dieu, je m'en ſuis
aſſez bien tiré, & je n'ai point encore
enfreint ma promeſſe. Renaud cepen
·dant tenoit les yeux fixés ſur lui. L'Her
mite, qui le regardoit auſſi, rougit : ils
reſterent un moment ſans parler; puis
tout-à-coup, faiſant un éclat de rire : &
depuis quand , s'écria le Seigneur de
Montauban , le Diable ſe fait-il Her
mite ? Ferragus* encapuchonné ! Ferra
gus, ce fier Sarrafin ! ..... de grace, ami,
dévoile-moi ce myſtère. Suis-je bien .
éveillé? N'eſt-ce point un ſonge ? Quoi !
je ſuis dans une cellule, & c'eſt-là ce
terrible fléau des François ? Ferragus
vêtu de burre ! & ceint d'une corde à
nceuds ! ... aſſurément je n'aurois jamais
deviné cette métamorphoſe. Ami Fer
ragus, ſi tu es toujours du même carac
* Ceux qui ſe rappelleront le caractère de ce
Chevalier Payen, ne ſeront pas moins étonnés
que Renauld de cette viſion,
·
•
62 MERCURE DE FRANCE.
tère, comme je n'en doute point, car
l'habit ne fait pas le Moine, qu'il en
coûtera bon aux jeunes payſannes qui
viendront cueillir des herbes autour d'i
ci , ou qui ſeulement y paſſeront par
haſard ! Il faudroit qu'elles fuſſent ar
mées de pied-en-cap, encore ne pour
roient-elles pas te réſiſter. Eh ! de gra
ce , ne fais pas tant le modeſte ; on
ſçait de tes nouvelles en France ; & de
puis le beau ſéjour que tu t'es aviſé
d'y faire , la difficulté de trouver des
filles qui te ſoient échappées, eſt une
preuve inconteſtable de ta ſageſſe & de
ta COI1t1Il6 Il Ce,
Les temps ſont bien changés ! dit Fer
ragus, d'un air contrit & humilié ; je
ſuis à préſent mort au monde ; je ne
penſe plus à des plaiſirs, qui entraînent
après eux des ſuites trop fâcheuſes ;je ſai
les tourmens qui attendent les gens char
nels & voluptueux, & je veux en me
ſéparant d'eux,penſer tout de bon à faire
ici mom ſalut. Je ſai tout cela , dit Re
nauld , & mon Confeſſeur autrefois
m'en a ſuffiſamment inſtruit ; mais to\i,
· qui te les a appriſes , & qui t'a engagé à
quitter ta ſecte ? Tu me demandes , ré
pondit Ferragus, un détail qui ne laiſſe
pas d'être long Qu'importe, reprit Re
-
cellule.
JUIL L ET. 1764.
63
mauld, commence ; je n'ai nulle affaire
† : cependant je penſe qu'il ſeroit
l propos de prendre des forces avant de
commencer cette Hiſtoire : j'en ai be
ſoin, & il en eſt bien temps.Je ne doute
pas de ton appétit, dit Ferragus, mais je
n'ai point ici de quoi le ſatisfaire ; la
regle que j'obſerve ne me permet d'avoir
ni vin ni proviſions , & un cuiſinier
ſeroit pour moi un meuble bien inutile,
, puiſque je jeûne continuellement pour
tâcher, s'il eſt poſſible, d'effacer par mes
auſtérités , les fautes énormes que j'ai
commiſes. Ce que je puis t'offrir, ce ſont
des figues & des raiſins:cette petite caſſet
te en eſt pleine. Soit, dit Renauld, je
m'en contenterai, cher Ferragus.Auſſi
tôt ils s'approcherent du coffre : Fer
ragus dit la priere accoutumée ; & Re
nauld, après avoir entierement vuidé la
caſſette, ſortit pour ſe déſaltérer à une
fontaine qui couloit à deux pas de la
· Il revint enſuite ; & s'étant mis a ſon
aiſe : allons Ferragus, dit-il, commence
ton hiſtoire ;je m'imagine qu'elle doit
être curieuſe. Auſſi-tôt fe bon Frère ſe
gratta le front pour rappeller ſes idées ,
§ la tête , & commença ſon récit
par louer Dieu, & le remercier du chan
- -
|
64 MERCURE DE FRANCE.
gement qu'il avoit fait en lui. C'eſt votre
ouvrage, s'écria-t-il, ſi je ſuis bon, après
avoir été le plus méchant de tous les
hommes 1 Après ce court exorde, il
vint au fait, & dit : Vous ſcaurez, vail
lant Renauld , que j'ai été amoureux
d'Angélique : oui, j'en ai été ſi violem
ment épris , que le feu d'une fournaiſe
ne communique pas au fer qu'on y
expoſe , une ardeur ſi vive que celle
dont cette gentille Princeſſe m'avoit en† mes pleurs , que mes
ſoupirs étoient mal employés l & mau
dit ſoit l'indigne amour qui fut la cauſe
de mes déſordres.... mais que faire , le
mal eſt paſſé , je ne puis que le réparer,
& vivre dans l'eſpérance de le faire ou
blier.
Vous devez vous ſouvenir que, pour
l'amour d'Angélique, je ſoutins les plus
fameuſes querelles, contre vous-même,
& contre mille autres guerriers. J'ai
tué à ſon ſujet tant d'honnêtes & bra
ves Chevaliers, que je ne finirois pas
ſi j'entreprenois de les nommer.Cepen
dant, de quoi me ſervoit ma valeur ? Ja
mais Angélique ne me regarda favora
blement; la cruelle ſe moqua de mes
feux, ſe joua de ma perſévérance, &
pour comble de diſgrace , elle partit
JU IL L ET. 1764:
.
65
avec Médor pour retourner dans ſa pa
- trie. Je ne pus ſoutenir ſon départ ; il
me prit un tel dégoût pour la vie, que
je réſolus de la terminer. Je pris le parti
de la ſuivre au Cathay , pour y gagner
ſon cœur par mes longs ſervices , par
mes exploits, ou bien pour mourir de
déſeſpoir à ſes pieds, & lui offrir le
ſacrifice de ma vie.Après avoir fait ce
beau plan , je cherchai ſur toutes les
côtes un Vaiſſeau. Il s'en trouva un dans
le Port de Valence, qui partoit pour al
ler directement au Cathay : il étoit
chargé d'un nombre infini de paſſagers
de tout ſéxe , & de marchandiſes de
toute eſpéce. Le Pilote me permit de
m'y embarquer , je fis prix avec lui, &
le lendemain les voiles furent déployés,
nous partîmes.
La mer fut tantôt calme, tantôt agi
tée.Je ne te dirai pas toutes les tempê
tes que nous eſſuyâmes , elles faiſoient
u d'impreſſion ſur mon eſprit. La
grêle , les éclairs , la foudre , les plus
grands dangers étoient pour moi des
ſujets de joie & de vraies fêtes , dans
le deſſein que j'avois pris de terminer
·ma malheureuſe vie ; & ſi quelquefois
elles m'affligeoient, ce n'étoit que parce
qu'elles pouvoient m'empêcher de voirs
*,
66 MERCURE DE FRANCE.
pour la dernière fois la charmante An
gélique, d'admirer ſes divins appas, &
de goûter le ſeul plaiſir qui pût encore
m'être ſenſible.
.
-
Te parlerois-je des monſtres qui ſe
promenent dans ces mers : ah ! vaillant
Renauld, qu'ils ſont différens de ceux
qui ſe trouvent dans nos climats f Les
armes que la nature leur a données ſont
bien plus terribles ; enfin les baleines ,
qui chez nous paſſent pour monſtrueu
ſes, ne ſont que du frétin en comparai
ſon de celles qu'on rencontre. Je vou
drois en vain t'en donner une juſte idée :
imagine-toi ſeulement que rien n'eſt ſi
fréquent que de prendre un poiſſon
pour une iſle, ſur les mers que j'ai par
COurues.
Je fus à peine débarqué, que je cou
rus vers Albraque. Cette ville renfer
moit alors la fleur de toute beauté ,
l'adorable Angélique ; Angélique qui
vit, pour l'amour d'elle, couler des fleu
ves de ſang que répandirent le nombre
infini de rivaux qui prétendoient la poſſé
der.Je trouvai Albraque remplie de triſ
teſſe & de deuil : le Prince Médor n'é
toit plus; la Cour étoit plongée dans
une affliction mortelle, & la #e An
gélique, dont je demandai des nouvel
-
9
--
J U IL L E T. 1764.
67
les , verſoit des larmes , arrachoit
de déſeſpoir ſes beaux cheveux , &
enfermée toute ſeule dans ſon appar
tement, fuyoit les fêtes, les danſes,
enfin toutes ſortes de divertiſſemens.
J'appris encore que ſon père, le vieux
Galaffron,cherchoit à la remarier; mais
qu'il
vouloit pour gendre quelque
Guerrier fameux, qui pût défendre ſes
Peuples des ennemis puiſſans qui l'en
vironnoient, & qui attendoient depuis
long-temps l'occaſion de lui jouer quel
que piéce ſanglante. Que pour cela il
avoit réſolu d'expédier un Courier au
Comte Rolland,pour lui offrir ſa fille.
Je priai celui qui m'inſtruiſoit ainſi,
d'aller dire de ma part à Galaffron qu'il
pouvoit épargner les frais d'une Am
baſſade; que Rolland,qui avoit encore
la cervelle en aſſez mauvais état &
la tête pleine de rats, couroit les champs
comme un véritable fol : mais qu'il
venoit d'arriver dans ſes Etats un Che
valier ſage & prudent , fameux par ſes
exploits , tirant parfaitement de l'arc,
& qui ſeul & déſarmé, ſeroit encore
aſſez fort pour défendre ſon Royaume
entier. L'homme à qui je parlois, ne
put s'empêcher de rire à ce diſcours.
Je vais faire ce que vous m'ordonnez »
|
53 MERCURE DE FRANCE.
dit-il , brave & modeſte Chevalier :
mais je ne ſuis pas garant que les ac
tions répondent 2llX paroles ; la vigne
qui a beaucoup de feuilles produit pour
l'ordinaire fort peu de raiſin; promet
tre eſt un , tenir eſt autre choſe.
Vous ſçavez, brave Renauld, que la
patience n'eſt pas ma principale vertu ;
je n'aime point la plaiſanterie. Je me mis
donc en colère de ce que cet homme ne
me croyoit pas.Je le pris à la gorge & le
ſerrai ſi malheureuſement pour lui, qu'il
périt entre mes mains. Cette action fut
remarquée; le peuple qui rempliſſoit la
place s'émut , s'atroupa & vint fondre
ſur moi. Je me mis auſſi-tot en défenſe, .
& me ſervant de ce malheureux qui étoit -
mort entre mes mains , je le pris par les
pieds, je le tournai autour de moi pour
me faire place, & le lançai enſuite avec
tant de force, que Galaffron, qui étoit ,
accouru à ſon balcon au bruit qu'il avoit
briſé en mille piéces,ſi,heureuſement, ce
malheureux, qui tournoit en l'air , ne
molles & charnues , incapables de don
Galaffron l'échappa belle :
quitte pour quelque contuſion.. Par la
r
entendu, penſa en être tué ; & il eût été .
l'eût rencontré avec certaines parties ,
ner un coup bien dangereux.
il en fut
"
JUILLET. 1764, .
69
barbe du Dieu Mahon ? S'écria-t-il,
- qui peut faire ainſi voler mes Sujets ?
Le Siroc , ou le Garbin ſoufflent-ils
plus fort qu'à l'ordinaire ? Ou bien, mon
Peuple eſt il devenu ſi léger qu'il ſe
laiſſe emporter par le moindre zéphir,
comme de la pouſſière : allez , dit-il, à
un de ſes Seigneurs qui ſe trouvoient
auprès de lui ,
allez - vous - en ſur la
place , & informez vous exactement
de toute cette avanture. Cependant il
fit venir un Chirurgien qni viſita ſes
meurtriſſures, & ſe mit en devoir de le
panſer. Celui que Galaffron avoit en
voyé n'étoit point encore arrivé ſur la
place, que j'avois tué avec ma terri
ble épée plus d'un millieu de cette vile
populace. Déja le cercle s'étoit élargi,
& cependant je ne frappois qu'en ba
dinant ; ils m'entouroient, mais d'un
peu loin , & ſans oſer m'approcher : ils
crioient, tue, tue ! encore trembloient
ils de peur que je n'avancaſſe ſur eux.
| Le Député, ſaiſi d'étonnement, me ſa
lua reſpectueuſement , m'ôta ſon cha
peau , & me dit enſuite : Invincible
Chevalier, pourquoi, de grace,.vous
abaiſſez-vous à combattre cette vile po
pulace ? Si elle vous a offenſé , elle eſt
incapable de vous donner quelque ſatis
7o MERCURE DE FRANCE.
ſaction ; morts ou vivans, ces lâches
ſont indignes de vous : venez donc au
Palais du Roi Galaffron; il vous recevra
avec grand plaiſir. La politeſſe n'eſt
point inconnue aux Guerriers, lui répon
dis-je. En même temps je remis mon
épée dans le fourreau. Cependant, un
Garde courut dire au Roi que j'étois en
chemin pour l'aller trouver. Auſſi-tôt
Galaffron vint au-devant de moi ; mais
ce né fut pas ſans maudire mille & mille
fois l'heure & le moment qui m'avoit
amené dans ſes Etats. Il ſe compoſa le
mieux qu'il put pour paroître gai & me
recevoir honorablement. Il m'embraſſa ,
me baiſa au front, me fit aſſeoir ſous le
dais ; & tout le monde, Barons, Com
tes & Marquis me parloient avec conſi
dération, & baiſſoient la tête en m'a
dreſſant la parole. On me combla de
louanges immodérées, & l'on me de
manda ſi j'étois François ou Sarraſin.
J'adore votre Dieu, leur dis-je, & m'en
fais gloire : c'eſt pour lui que je com
bats & que je fais uſage de ma valeur ,
de ma force & de cette épée.Je leur ra
contai alors que j'avois été quelque temps
à Paris, que j'y avois éprouvé la valeur
des plus célébres Paladins; que ni vous
ni votre fameux couſin n'avoient pû me
J U IL L E T. 1764.
7r
vaincre , non plus que Maugis avec
toute ſa ſorcellerie & ſes démons qu'il
porte avec lui , & à qui il commande à
la baguette. Je dis enfuite à Galaffron
la paſſion dont je brulois pour ſa fille
Angélique , & que j'étois venu au Ca
thay pour la voir encore & pour mou
rir enſuite. A ces mots , les.pleurs que
je ne pus m'empêcher de répandre, me
couvrirent les joues : le bon Vieillard
s'attendrit; il pleura de me voir pleurer,
& me dit en ſanglottant : Etranger, ne
vous affligez pas ainſi, tous les maux
ont leurs remédes ; la mort ſeule n'en a
point : conſolez-vous donc, vous épou
ſerez ma fille. Oui, je veux vous donner
avec ſa main mon Royaume entier pour
dot , & je le puis bien , puiſque Lu
cine , ma ſeconde fille, s'eſt déshonorée
en fuyant la maiſon paternelle.Renauld,
interrompit alors l'Hermite Ferragus
pour lui dire, elle n'eſt pas perdue cette
Lucine ; elle n'eſt pas non plus trop dés
honorée : elle a choiſi un époux digne
d'elle ; ils ſont fort bien aſſortis, & voi
ci ſon hiſtoire. Alors il raconta au bon
Père tout ce que vous ſavez auſſi-bien
que lui , & que je ne vous redirai pas ;
le récit en ſeroit trop ennuyeux , & je
veux finir au plus vîte celui de l'Her
72 MERCURE DE FRANCE.
mite , qui commence à le devenir.
Reprends ton hiſtoire , dit Renauld
après avoir fini la ſienne, car l'heure
s'avance & le flambeau eſt prêt à s'étein
dre. Allons, dit Ferragus, je ſuis à tes
ordres; mais que le flambeau ne t'in
quiette point :
ſi celui-là s'éteint, j'en
allumerai une autre ; la cire ne me coûte
rien : auſſi n'en ſuis-je point avare , j'ai
des abeilles qui travaillent à ma provi
ſion ; & pendant l'hyver, lorſque la ſai
ſon eſt rude & l'air froid & vilain, je
m'amuſe , après mes prieres , à faire des
flambeaux pour mon uſage. Tu me fe
rois devenir fou ! s'écria Renauld, en
ſe frappant la cuiſſe ;tu ne pouvois autre
fois reſter en place un inſtant; il falloit
toujours que tu fuſſes au cabaret , ou
pis encore : à préſent tu t'amuſes, dis
tu , à faire de la cire blanche & des
flambeaux pour ton uſage, après avoir
dit ton Breviaire ? Oh I ceci ne peut
pas durer : la barbe & les cheveux chan
ent de couleur, mais le tempérament
& le caractère ne changent jamais. La
grace eſt bien puiſſante , dit Ferragus !
c'eſt elle qui me ſoutient ; mais retour
nons à Galaffron qui me vouloit don
ner ſa fille. Cette propoſition, à laquelle
je ne m'attendois pas , me cauſa un
plaiſir
|
| J U I L L E T. 1764.
73
plaiſir ſi ſenſible , que je penſai mourir
de joie. Je tombai; l'on me crut mort :
mais en peu de temps je repris connoiſ
ſance , mes forces revinrent, & je me
levai. Cependant il avoit dépêché quel
qu'un à ſa fille pour la faire venir ſur le
champ : effectivement elle parut tout
à-coup.....ô merveille d'amour ! que l'air
devenoit plus ſerein & plus doux ! il
s'éclaircit peu-à-peu, au point que mon
âme ne put ſoutenir l'éclat qui l'éblouiſ
ſoit; je fermai les yeux, & lorſque je
les rouvris , je vis devant moi cette
Déeſſe charmante, l'objet de tous mes
deſirs.Je ne ſaurois t'exprimer comment
me parut alors cette Divinité.Je ne pou
vois m'imaginer, & je le crois encore à
peine, que ce fût une mortelle : un voile
noir la couvroit à demi ; elle reſſembloit
alors à une roſe vermeille qui, le matin,
ne ſe découvre pas toute entière ; à une
fleur qui , au lever de l'aurore, n'eſt
pas encore épanouie : ou plutôt, à l'aſtre
du jour qu'obſcurciſſent en partie quel
ques légers nuages. On voyoit ſa bou
che vermeille , ſon menton, ſa gorge
d'albâtre, une partie de ſon ſein déli
cat : le voile incommode ne pouvoit ca
cher ſes yeux : leur vif éclat le perçoit,
& cependant ils étoient un peu éteints
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
par la douleur dont ſon cœur étoit pé
nétré ; mais les étoiles ne ſont-elles pas
encore vives , ne brillent-elles pas en
core d'un feu pur, lors même qu'elles
diſtilent la roſée ?
Pourquoi chercher à te peindre des
attraits que tu connois auſſi-bien que
moi ? Je ne dois te parler que de ce qui
m'arriva. Eh bien donc ! je perdis, dans
l'admiration où j'etois, la voix , le mou
vement & les forces ; je parus méta
morphoſé comme cette Nymphe, qui,
ſur les rives du Pénée, fut changée en
arbre , & qui ſert de récompenſe &
de couronne aux Poëtes qui chantent le
mieux. Je voulus parler , mais je ne pus
former aucun ſon ; ma voix s'éteignit.
Angélique leva cependant ſon voile :
elle me regarda ; ma vue lui fit plaiſir :
ſon front parut pour un inſtant plus
ſerein & moins cruel. Mais ce ne fut
qu'un inſtant ; ce ciel divin s'obſcurcit
encore ; il s'y raſſembla plus de nuages
qu'il n'y en avoit auparavant : enſuite
telle qu'une fleur qui, frappée ſur ſa tige
du vent d'Afrique, d'une forte grêle ou
de quelqu'autre accident, ſe fanne &
périt à l'inſtant, de même Angélique
retraçant dans ſon eſprit tout ce qui lui
étoit arrivé en France, la folie du brave
|
J U IL L E T. 1764.
75
Rolland, la paſſion & le malheur du
charmant Médor, tombe & s'évanouit;
ſes lévres changent de couleur : l'on au
roit dit qu'elle venoit d'être frappée d'un
coup de lance.Je m'approche auſſi-tôt :
je la reçois dans mes bras ; je la prie,
mais en vain : je la conſole de mon
mieux. Cependant on appelle ſes fem
mes : on la met au lit. Le Médecin ar
rive, l'examine, lui tâte le poulx ; &
prenant un air triſte, une mine ſévère
& renfrognée : à quoi ſerviroient, dit-ile
ma ſcience & mes ſoins ? Angélique eſt
morte : vous voyez qu'elle ne voit ni
n'entend, qu'elle n'a plus de ſentiment.
A ce cruel arrêt, s'éleve un cri général ;
les larmes coulent de toutes parts ; les
ſanglots ,
les gémiſſemens
s'élévent
| juſqu'au Ciel. Imagine-toi, Renauld,
ce que je devins à cette ſcène tragique !
je voulus vingt fois me donner la mort ;
mais toujours l'on m'en empêcha : il
s'en fallut peu que je ne me précipitaſſe
d'une fenêtre, & c'étoit un vrai coup de
déſeſpoir, car elle avoit bien quatre ou
cinq cens pieds de haut ; mais Dieu qui
me réſervoit à cette vie ſainte, à cet
état de lumière, m'inſpira un meilleur
deſſein : ce fut de revenir dans ma Pa
trie, puiſque le deſtin " # ſi con
l]
76 MERCURE DE FRANCE.
traire.
Je reſtai pourtant un mois à
pleurer avec Galaffron ; enſuite voyant
arriver une ſaiſon douce & favorable ,
je pris un vaiſſeau que j'équippai à mes
· frais, pour n'avoir pas le déſagrément
d'aller avec toute ſorte de gens ; & après
un heureux voyage j'abordai ſain &
ſaufen Eſpagne.
-
-
| Renauld voyant que Ferragus avoir
fini ſon récit, jetta ſur lui un regardiro
nique & ſévère. A d'autres l dit-il, la
ſable eſt trop groſſière. Quoi !tu as don
·né là-dedans ? Ma foi , mon cher Fer
ragus,# s'eſt mocquée de toi.
J'en ſuis mortifiée; maisje te jure qu'elle
aura bien ri de ta bêtiſe, & je gage qu'à
préſent elle ſe porte à merveille, qu'elle
eſt auſſi belle qu'elle ait jamais été, &
qu'un autre Amant ſuccédant à Médor,
partage ſes faveurs. Ferragus, étonné ,
put à peine retenir ſa colère. Cela n'eſt
pas vrai, dit-il, & tu me ferois pour
peu de choſe ſortir des bornes que je
me ſuis preſcrites.... tu peux remercier
Dieu du vœu que j'ai fait de rendre le
bien pour le mal. Ah , ah, ah ! dit Re
nauld en éclatant de rire , tu as fait un
vœu ! Gh bien , je vais te mettre dans le
cas d'exercer ta patience. Que tu es de
venu facile & bon depuis que je ne t'ai
-
·
'
J U I L L ET. 1764.
77
connu ! c'eſt apparemment la mort de
cette pauvre Angélique?.... Ferragus , à
ces mots , devint rouge : ſon amour
propre ſouffroit ſi cruellement, qu'il ſut
prêt d'éclater. Mais, faiſant un eſfort
pour ſe contenir : non, s'écria-t-il , le
diable n'eſt point aſſez fort pour me
faire encore ſuccomber ; mais tu me
rendrois le ſervice d'un véritable ami,
mon cher Renauld, de ne point m'ex
poſer davantage à la tentation. Et que
m'importe que tu réſiſtes ou que tu ſuc
combes, dit Renauld : écoute, Ferra
gus, veux-tu ſçavoir le vrai de cette hiſ
toire ? la voici Angélique. a pour toi le
le même foible qu'elle a toujours eu ; je
veux dire qu'elle te hait, te déteſte ,
t'abhorre plus qu'un liévre le Levrier.
Mais comment ne t'en es-tu donc pas
apperçu ? Peux-tu croire de bonne foi
que ta barbe rouſſe , épaiſſe & ſale, ton
viſage olivâtre, baſanné, mal-propre ,
ton tein noir, ton corps ſec & décharné,
ſoient des attraits bien ſéduiſans pour le
beau ſéxe ? Aſſurément , l'aimable &
gentille Angélique , qui raſſemble en
elle toutes les grâces, a bien mal fait de
refuſer un parti ſi avantageux. Ah l le
joli petit mari !
-
Je te pardonne encore , dit tout hors
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
de lui, le dévot & impatient Ferragus.
Oui , je te pardonne encore ! ... en mê
me tems , il ſe mordoit les lévres , & ſe
donnoit avee ſa diſcipline, des coups qui
retentiſſoient & faiſoient un bruit af
freux.Juſqu'à demain , je te prie, lui
dit Renauld , ; mais que ce ſoit à mon
intention & avec un corde moins fine.Si
j'étois de toi, bienheureux Ferragus ,
je prendrois un gros nerf de bœuf Si je
pouvois, reprit le Saint Hermite, te cor
riger par mes humiliations, hélas , je me
trouverois bienheureux ! mais ta tête eſk
trop dure, & je veux bien t'avertir que
ma patience eſt à bout. Quoi, déja tu
te décourages, dit Renauld ! Ne ſais-tu
pas que les injures & les mépris ſouf
ferts avec patience & réſignation, ſont
très agréables au Ciel ? Il eſt vrai que ce
n'eſt pas où tu viſes, Moine hypocrite
& voluptueux ! le culte des Vierges t'in
téreſſe un peu plus.
, Ferragus ne peut réſiſtet plus long
temps. Cette mauvaiſe plaiſanterie fut le
ſignal du combat ; il fit tomber ſur le
viſage de Renauld, cinq ou ſix coups
de diſcipline, qu'il s'étoit deſtinés. Ce
lui-ci répondit à cette attaque par un
coup de poing ſi terrible, que Ferra
gus fit deux cens pirouettes, & vit autant
*.
J UIL L E T. 1764:
79,
d'étoiles qu'il en brilloit alors dans les
Cieux. Si je m'y mets, dit Renauld tout
en colère, garre ta barbe, Frère Ferra
gus ! Celui-ci ne répondit point ; mais
ſe récompenſa de ſon ſilence en faiſant
trotter ſa diſcipline dru & menu ſur les
épaules du vaillant & preux Chevalier.
Renauld, pour calmer cet orage, ſe
ſaiſit du ſaint cordon , & penſa étouffer
Ferragus, qui pour ſe débarraſſer, lui
donna un coup de ſandale dans le bas
ventre, qui fit quitter priſe à ſon enne
mi , & l'étendit ſur la place. Mais ce ne
fut que pour un inftant : il ſe releva
comme un lion furieux, & déja revenoit
au combat, lorſqu'au-travers des cris &
du tapage diabolique qu'ils faiſoient ,
ils entendirent frapper à la porte de la
Cellule. Ferragus ne s'en émut guères,
& tout en répondant Ave Maria, faiſoit
pleuvoir une grêle de coups de poing ſur
la tête du bon Renauld. Ceux qui étoient
â la porte s'impatienterent; ils crierent
qu'on eût à leur ouvrir : mais point de
nouvelles ; chacun ſe tient ferme à ſon
poſte, & combat de ſon mieux.Cepen
dant le bruit qui redouble, fait faire aux
combattans un moment de trêve. Ferra
gus en profite, & tout haletant de colère
& de chaud, regarde par le trou de la
D iV
8o MERCURE DE FRANCE.
ſerrure ; après quoi barricadant la porte
avec une forte barre : je n'ouvre point à
des gens armés , s'écria-t-il. On lui ré
pondit, que s'il n'ouvroit, la porte alloit
être enfoncée. mais Renauld, qui en
tendit cette menace , oubliant à l'inſtant
les injures qu'il avoit dites, & les coups
qu'il avoit reçus , accourut au ſecours
de ſon hôte, Ouvre , dit-il , à ces mé
chantes gens : nous les ferons bien-tôt
repentir de leur hardieſſe , & de leur té
mérité. L'Hermite ouvrit , & quatre
Guerriers, forts & vigoureux, entrerent
auſſi-tôt. Or vous, aimables Dames, ou
gentils Cavaliers, vous voudriez, je le
vois bien , ſçavoir qui ſonr ces Guer- .
riers, & qui les a conduits à l'Hermitage
du dévot Frère Ferragus ? Mais de grace,
accordez-moi un moment de repos, &
ne vous mettez point en colère ſi je ne
vous ſatisfais pas encore; vous en ſerez
inſtruits dans le Chant qui ſuit ; & ſi
mes vœux ſont écoutés, il pourra peut
être vous amuſer.
Fermer
11125
p. 81
ACROSTICHE D'une jeune & fort aimable Actrice de la Comédie Françoise.
Début :
De vos heureux talens & de votre beauté, [...]
Mots clefs :
Doligny, Actrice, Comédie-Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACROSTICHE D'une jeune & fort aimable Actrice de la Comédie Françoise.
A C R O S T I C H E
D'une jeune & fort aimable Actrice de
la Comédie Françoiſe.
C e vos heureux talens & de votre beauté,
On publie en tous lieux le progrès & les charmes .
Les graces ont chez vous de l'ingénuité : -
Il n'eſt pas étonnantqu'on vous rende les armes
Gagenz toujours les coeurs par la ſincérité.
Nen épargnez aucun : l'amour vous les ménage.
Il eſt ſûr du ſuccès, puiſqu'il eſt votre ouvrage
Par DidE, d' igas.
D'une jeune & fort aimable Actrice de
la Comédie Françoiſe.
C e vos heureux talens & de votre beauté,
On publie en tous lieux le progrès & les charmes .
Les graces ont chez vous de l'ingénuité : -
Il n'eſt pas étonnantqu'on vous rende les armes
Gagenz toujours les coeurs par la ſincérité.
Nen épargnez aucun : l'amour vous les ménage.
Il eſt ſûr du ſuccès, puiſqu'il eſt votre ouvrage
Par DidE, d' igas.
Fermer
11126
p. 81-82
A M. le PRINCE DE TINGRI, sur sa promotion à la troisiéme Compagnie Françoise des Gardes du Corps du Roi.
Début :
AUX vifs transports que vous voyez paroître, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. le PRINCE DE TINGRI, sur sa promotion à la troisiéme Compagnie Françoise des Gardes du Corps du Roi.
A M. le PRINCE DE TINGRI,
sur sa promotion à la troisiéme Compagnie
Françoise des Gardes du
Corps du Roi.
AUX vifs transports que vous voyez paroître,
· Jugez combien nous chérirons vos loix !
Pour vous , pour nous l'amour du meilleur
Eût il manqué de faire un ſi bon choix ?
i
-
82 MERCURE DE FRANCE.
· Sans doute notre zéle occupe ſa mémoire
• •
Puiſqu'il donne à ce Corps le plus noble ſoutien,
Des Héros pour le conduire à la Gloire,
Des Protecteurs pour lui faire du bien.
Par M. le Chevalier DE JUILLY-THOMASSIN,
Garde du Roi, de l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres d'Angers & de celle de
Montauban.
A Versailles, le 31 Mai.
sur sa promotion à la troisiéme Compagnie
Françoise des Gardes du
Corps du Roi.
AUX vifs transports que vous voyez paroître,
· Jugez combien nous chérirons vos loix !
Pour vous , pour nous l'amour du meilleur
Eût il manqué de faire un ſi bon choix ?
i
-
82 MERCURE DE FRANCE.
· Sans doute notre zéle occupe ſa mémoire
• •
Puiſqu'il donne à ce Corps le plus noble ſoutien,
Des Héros pour le conduire à la Gloire,
Des Protecteurs pour lui faire du bien.
Par M. le Chevalier DE JUILLY-THOMASSIN,
Garde du Roi, de l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres d'Angers & de celle de
Montauban.
A Versailles, le 31 Mai.
Fermer
11127
p. 82
« LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Juin est le Trône. Celui de [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Juin est le Trône. Celui de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Juin est le Trône. Celui de [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Juin est le Trône. Celui de
la ſeconde eſt le Logogryphe. Celui du
premier Logogryphe eſt Charette, dans
lequel on trouve Char, Crete , carte,
certe , art , tarte , hart , chat, chate, .
rat , arc , chere. Celui du ſecond eſt
Singularité. On y trouve les mots ſui
vans : un vilain jeu, l'argent inutile,
naître les arts, leur aſyle, à jaſer ſur
Iris , je régis Algér & Tunis , une
grave injure , l'Art avilit la Nature ,
j'agite l'air , nuis au grain, languir,
ſain , j'ai tenu ſérail en Aſie , taire
l'injuſte envie, vigilans tes valets. Enfin
le dernier mot qui eſt : Vanité.
Mercure de Juin est le Trône. Celui de
la ſeconde eſt le Logogryphe. Celui du
premier Logogryphe eſt Charette, dans
lequel on trouve Char, Crete , carte,
certe , art , tarte , hart , chat, chate, .
rat , arc , chere. Celui du ſecond eſt
Singularité. On y trouve les mots ſui
vans : un vilain jeu, l'argent inutile,
naître les arts, leur aſyle, à jaſer ſur
Iris , je régis Algér & Tunis , une
grave injure , l'Art avilit la Nature ,
j'agite l'air , nuis au grain, languir,
ſain , j'ai tenu ſérail en Aſie , taire
l'injuſte envie, vigilans tes valets. Enfin
le dernier mot qui eſt : Vanité.
Fermer
11128
p. 83
ENIGME.
Début :
OBJET de superstition, [...]
Mots clefs :
Tison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
E N I G M E.
O B J E r de ſuperſtition .
Quelques ignorans me révérent ;
Et des Poëtes me chantérent
Pour égayer l'imagination.
J'ai mon utilité que je ne ſçaurois taire :
Dans certaine ſaiſon vous voyez bien des gens
Prendre leur plaiſir à me faire,
A me détruire en même temps.
Par M. L. N. D. B.
O B J E r de ſuperſtition .
Quelques ignorans me révérent ;
Et des Poëtes me chantérent
Pour égayer l'imagination.
J'ai mon utilité que je ne ſçaurois taire :
Dans certaine ſaiſon vous voyez bien des gens
Prendre leur plaiſir à me faire,
A me détruire en même temps.
Par M. L. N. D. B.
Fermer
11129
p. 83
AUTRE.
Début :
SUIVANT le rang que l'on fait prendre [...]
Mots clefs :
Louis XV ou quinze louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E.
-
S U 1 v A N T le rang que l'on fait prendre
A mon chiffre, à mon nom , je vaux moins , je
vaux plus.
Si mon chiffre a le pas, je vaux cent vingt écus.
Si c'eſt mon nom qui l'a,je vaux mieux qu'Alexan
dre.
Par un officier réformé.
-
S U 1 v A N T le rang que l'on fait prendre
A mon chiffre, à mon nom , je vaux moins , je
vaux plus.
Si mon chiffre a le pas, je vaux cent vingt écus.
Si c'eſt mon nom qui l'a,je vaux mieux qu'Alexan
dre.
Par un officier réformé.
Fermer
11130
p. 83-84
LOGOGRYPHE.
Début :
J'IGNORE depuis quand l'on m'a mis en usage, [...]
Mots clefs :
Éventail
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
L O G O G R Y P H E.
Jicsox, depuis quand l'on m'a mis en uſage,
Mais je ſçais que les gens de cour & de Village
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Se ſont ſervi de moi depnis un très-longtemps ;
Et qu'encor pluſieurs fois je leur ſers tous les
â I1S.
En certaine Saiſon je me fais plus connoître,
Parce que j'aime auſſi rrès-ſouvent à paroître.
Huit lettres, cher lecteur » te préſentent mon
- I1OIIl - - - -
· Qui t'offrira d'abord le père d'un Anon ;
Uneliqueur qui plaît aux hommes d'ungrand âges
Ce dont on a beſoin ſans même être en ménage; ,
Chez moi l'on peut trouver, en m'examinant
bien,
Le ſouffle de Borée ; un légume; un lien ;
Uu grand Fleuve d'Afrique avec un grand Pro2 .
phète
6 4 3 5 I font voir la belle Annete; s
La Femme qui ſuivant les conſeils du Démon
Fit ſuccomber Adam à la tentation. · '.
Je ne finirois pas ſi je voulois tout dire,
Divine donc, Lecteur, puiſque tu peux me lire.
Par M. Dv Rosor , Avocat en Parlemenr.
Jicsox, depuis quand l'on m'a mis en uſage,
Mais je ſçais que les gens de cour & de Village
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Se ſont ſervi de moi depnis un très-longtemps ;
Et qu'encor pluſieurs fois je leur ſers tous les
â I1S.
En certaine Saiſon je me fais plus connoître,
Parce que j'aime auſſi rrès-ſouvent à paroître.
Huit lettres, cher lecteur » te préſentent mon
- I1OIIl - - - -
· Qui t'offrira d'abord le père d'un Anon ;
Uneliqueur qui plaît aux hommes d'ungrand âges
Ce dont on a beſoin ſans même être en ménage; ,
Chez moi l'on peut trouver, en m'examinant
bien,
Le ſouffle de Borée ; un légume; un lien ;
Uu grand Fleuve d'Afrique avec un grand Pro2 .
phète
6 4 3 5 I font voir la belle Annete; s
La Femme qui ſuivant les conſeils du Démon
Fit ſuccomber Adam à la tentation. · '.
Je ne finirois pas ſi je voulois tout dire,
Divine donc, Lecteur, puiſque tu peux me lire.
Par M. Dv Rosor , Avocat en Parlemenr.
Fermer
11131
p. 84-85
AUTRE.
Début :
EXAMINE d'abord ma taille : [...]
Mots clefs :
Compilateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E. -
E x A M 1 N E d'abord ma taille :
D'onze pieds je ſuis compoſé, :
•/,
Je prends partout, je fais ripaille,
|
=pa - 44e Zorvyue ve n'azmoz.r gue
4oz //n ate - Are (e érotz ve acma -- 44 yoraz -,
+
ma4pener de éoz , re 4e rena4 4a vie
= â - me De mer xoupcon.r o —
= eaaºoye , 72e ven.r 7zce 4ryº /72C272
L
crz me En re - veyané Zeor éeaza yeuoe .
•. - - - *
Zé•a#emº - -- 3
Qana ya mer - ée Za 4a - ne
guana ya /azé vezuć éon ma4ea.ye 4e /
voir renéir ma peine ACé par àa , ger
/22CZ * º •… L/te /72o72 º
#
i Z7/"a +ze Au reye me le égarerºAºué & e
- encor.ye 4ou4a - ge An venané m en accu
→ Munezar.
A
CZ - /7ZOZC/" me /té COZč -
J U IL L E T. 1764. 85
Lecteur , devine, il eſt aiſé :
Jai laitue, la mort , le plâtre,
| | Pâte, latrie, culte, lait,
| J'ai le Turc, & non l'Idolâtre,
| | Poutre, Paul , l'Apôtre , colet,
Cour, poteau, lame, tour , Pilote,
Le Camp, la vue, le portail , .
- Ni corps, ni tête ; j'ai calote, : , .
: . Me connois-tu ſur ce détail ?
| J'ai lot, émail, compte, peur, maître,
Je ne te dirai rien de plus :
C'en eſt aſſez pour me connoître ; .. -
| Le reſte ſeroit ſuperflus.
E x A M 1 N E d'abord ma taille :
D'onze pieds je ſuis compoſé, :
•/,
Je prends partout, je fais ripaille,
|
=pa - 44e Zorvyue ve n'azmoz.r gue
4oz //n ate - Are (e érotz ve acma -- 44 yoraz -,
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ma4pener de éoz , re 4e rena4 4a vie
= â - me De mer xoupcon.r o —
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L
crz me En re - veyané Zeor éeaza yeuoe .
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guana ya /azé vezuć éon ma4ea.ye 4e /
voir renéir ma peine ACé par àa , ger
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- encor.ye 4ou4a - ge An venané m en accu
→ Munezar.
A
CZ - /7ZOZC/" me /té COZč -
J U IL L E T. 1764. 85
Lecteur , devine, il eſt aiſé :
Jai laitue, la mort , le plâtre,
| | Pâte, latrie, culte, lait,
| J'ai le Turc, & non l'Idolâtre,
| | Poutre, Paul , l'Apôtre , colet,
Cour, poteau, lame, tour , Pilote,
Le Camp, la vue, le portail , .
- Ni corps, ni tête ; j'ai calote, : , .
: . Me connois-tu ſur ce détail ?
| J'ai lot, émail, compte, peur, maître,
Je ne te dirai rien de plus :
C'en eſt aſſez pour me connoître ; .. -
| Le reſte ſeroit ſuperflus.
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11132
p. 85
AUTRE.
Début :
TROIS voyelles, Lecteur, te présentent mon nom, [...]
Mots clefs :
Oie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E. .
|, · · · -
-
i Taois voyelles , Lecteur, te préſentent mon
nom, ' | : .. ,
Et je te fais dequoi l'écrire ſans crayon.
. · · · · Par M. T...
|, · · · -
-
i Taois voyelles , Lecteur, te préſentent mon
nom, ' | : .. ,
Et je te fais dequoi l'écrire ſans crayon.
. · · · · Par M. T...
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11133
p. 85-86
ROMANCE.
Début :
QUAND j'ai mérité ta haine, [...]
Mots clefs :
Douleur, Ophélie, Amour, Haine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ROMANCE.
R o M A N C E. * :
VUAND j'ai mérité ta haine,
Quand j'ai fait ſeul ton malheur,
Je te vois ſentir ma peine, ' ; '
* Tirée d'orHÉziE, Roman traduit de l'An- '
glois. -
8é MERcURE DE FRANCE.
,. *
Et partager ma douleur.
Ton tourment fut mon ouvrage ;
Puis-je me le déguiſer?
Peut-être encor je t'outrage »
En venant m'en accuſer.
Trop d'amour me fit coupables
Lorſque tu n'aimois que moi 3
Un autre te trouve aimable ;
" J'oſai penſer maI de toi.
Je te rendis la victime
De mes ſoupçons odieux.
Je ne ſens que trop mon crime,
En revoyant tes beaux yeux.
Les pleurs, la douleur amère,
Qui fanèrent tes attraits,
E)u mal que j'oſai te faire,
Sont des reproches muets.
Ah ! chère âme de ma vie,
Quand j'ai pû t'abandonner,
Mon adorable Ophélie,
Pourras-tu me pardonner ?
VUAND j'ai mérité ta haine,
Quand j'ai fait ſeul ton malheur,
Je te vois ſentir ma peine, ' ; '
* Tirée d'orHÉziE, Roman traduit de l'An- '
glois. -
8é MERcURE DE FRANCE.
,. *
Et partager ma douleur.
Ton tourment fut mon ouvrage ;
Puis-je me le déguiſer?
Peut-être encor je t'outrage »
En venant m'en accuſer.
Trop d'amour me fit coupables
Lorſque tu n'aimois que moi 3
Un autre te trouve aimable ;
" J'oſai penſer maI de toi.
Je te rendis la victime
De mes ſoupçons odieux.
Je ne ſens que trop mon crime,
En revoyant tes beaux yeux.
Les pleurs, la douleur amère,
Qui fanèrent tes attraits,
E)u mal que j'oſai te faire,
Sont des reproches muets.
Ah ! chère âme de ma vie,
Quand j'ai pû t'abandonner,
Mon adorable Ophélie,
Pourras-tu me pardonner ?
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11134
p. 87-100
REMARQUE sur une Anecdote de l'Histoire de la Maison de MONTMORENCI, publiée en 1764, & sur un endroit du Livre de M. l'Abbé RAYNAL qui a pour titre ÉCOLE MILITAIRE.
Début :
PERMETTEZ-MOI, Monsieur, de me servir de la voie du Mercure pour rectifier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUE sur une Anecdote de l'Histoire de la Maison de MONTMORENCI, publiée en 1764, & sur un endroit du Livre de M. l'Abbé RAYNAL qui a pour titre ÉCOLE MILITAIRE.
REMARQUE sur une Anecdote de
l'Histoire de la Maison de MONTMORENCI,
publiée en 1764, & sur
un endroit du Livre de M. l'Abbé
RAYNAL qui a pour titre ÉCOLE
MILITAIRE.
PERMETTEZ-MOI, Monsieur, de me
servir de la voie du Mercure pour rectifier
une Anecdote que j'ai trouvée dans
l'Hiſtoire de la Maiſon de Montmoren
ci, publiée en 1764. M. Déſormeaux
n'a pas ſans doute été à portée de con
ſulter les Piéces originales. Je fais auſſi
une obſervation ſur un endroit du Livre
de M. l'Abbé Raynal, qui a pour titre
Ecole Militaire. On lit dans l'Hiſtoire de
la Maiſon de Montmorenci, t. III, page
9I • 92.
-
A N N É E 2 576.
Honoré d'Albert, Seigneur de Luy
88 MERCURE DE FRANCE.
nes, Gouverneur du Pont-Saint-Eſprit,.
fut l'inſtrument dont les Miniſtres ſe
ſervirent pour exciter un ſoulévement
† en Languedoc contre le Maré
chal (d'Amville.) Guillaume de Montmo
renci-Thoré s'étoit rendu au Pont-Saint
Eſprit avec d'autant plus de confiance,
, qu'il croyoit n'avoir rien à redouter de
Luynes, à qui ſon frere venoit de don
ner ce gouvernement : mais tout-a
coup le Capitaine Luynes ferme les
portes de la ville & arrête Thoré, qu'il
accuſe d'avoir voulu livrer ſa Place aux
Proteſtans. Ce coup d'éclat fut le ſignal
d'une révolte générale dans toutes les
villes du Languedoc contre d'Amville.
Il n'eut que le temps de ſe ſauver à
Bagnols. Cependant loin d'être décon
certé d'une entrepriſe ſi bruſque & ſi
imprévue, le Maréchal agit avec tant,
d'aétivité ; il donna de ſi bons ordres : il
fut ſi bien ſecondé par ſes amis, qu'il ne
perdit que le Pont-Saint-Eſprit.
R E M A R Q v E.
Honoré d'Albert , Seigneur de Luy
nes ( père du Connétable de ce nom ) .
n'étoit pas Gouverneur du Pont-Saint
Eſprit en 1576. Ce ne fut pas le Maré
J U I L L E T. 1764.
89
chal d'Amville, mais le Roi Henri III ,
qui lui accorda ce Gouvernement par
Lettres datées de Blois le 9 Mars 1577 (a).
Le Maréchal d'Amville , Gouverneur &,
Lieutenant-Général pour le Roi en Lan
guedoc , & commandant généralement
par tous ſes Royaumes, Pays , Terres
& Seigneuries de ſon obéiſſance en l'ab
ſence de M. le Prince de Condé, donna
à Luynes, qualifié Chevalier de l'Ordre
du Roi , & Gouverneur de Beaucaire ,
la Charge de Surintendant, & Com
mandant-Général de l'Artillerie en Lan
guedoc & en Provence, par provifions
datées de Niſmes au mois de Janvier
1575 (b). On a auſſi du Maréchal d'Am
ville pluſieurs Lettres originales des an
nées 1575-1576 , dont l'adreſſe eſt à
M. de Luynes , Chevalier de l'Ordre du
Roi, Colonel des Bandes Françoiſes &
Grand-Maître de l'Artillerie en Langue
doc. Au lieu de Grand-Maître, il y a
dans quelques-unes Général de l'Artille-
rie en Languedoc (c). Le Duc d'Alen .
çon, fière du Roi, s'étant échappé de la
Cour le , 5 Septembre 1575 , ſe mit à
la tête du Parti des Politiques , & ayant
(a) OriginaI aux Archives de l'Hôtel de Luynes.
(b ) Original. Ibid.
( c) Originaux. lbid.
-
-
•
-
/
.
go MERCURE DE FRANCE.
égard aux bons , vertueux & recomman
dables ſervices que le ſieur de Luynes lui
a faits dès long-tems, & qu'il eſpere qu'il
fera encore à l'avenir près & à l'entour
de ſa perſonne, le fit ſon Chambellan
par Lettres datées du Camp de Salaignac
le 17 Février 1576 (d). Lorſque ce
Prince eut fait ſa paix avec la Cour , &
qu'on eut réglé les intérêts des Particu
liers, l'Edit de pacification fut publié au
Parlement de Paris le 15 Mai 1576. Les
Lettres-Patentes pour l'Aſſemblée des
Etats au 15 Novembre à Blois furent
expédiées. Le Maréchal d'Amville fut
rétabli en ſes Gouvernemens, Charges
& Etats, auſſi-bien que ceux qui avoient
pris les armes avec lui, & le Duc d'A
lençon obtint le Commandement du
Pont-Saint-Eſprit pour Luynes , qui alla
s'y établir avec une Compagnie de cent
hommes. Le bruit d'une confédération
des Catholiques à l'occaſion du dernier
Edit, dont ils n'étoient pas contens, fit
craiudre aux Proteſtans d'être prévenus.
Le Maréchal d'Amville, qui étoit à leur
tête , voulut s'aſſurer du Pont-Saint-Eſ
prit. Comme Luynes étoit attaché au
Duc d'Alençon, qui étoit alors très-vif
(d) Original, Ibid.
-
J U IL L E T. 1764:
91
pour les Catholiques, il ne crut pas de
voir lui donner ſa confiance : il lui en ôta
le commandement, & ne confia qu'à
Thoré ſon frère la garde de ce Poſte,
qui étoit important pour le paſſage des
Troupes. Il fut inſenſible aux inſtances
que lui fit le Duc d'Alençon pour lui de
mander le rétabliſſement de Luynes (e).
» Celle du 27 Novembre 1576 portoit :
» J'ai ſupplié le Roi Monſeigneur être
se content entendre qu'il reçoive ce bien
» là que lui & la Compagnie demeure
3> C n † en la ville du S. Eſprit, ce
» qu'il a eu bien agréable; au moyen
» de quoi je vous en ai bien voulu écrire
» & prier vouloir ſatisfaire à cela, pour
» m'être ledit ſieur de Luynes bien fort
» affectionné & me faire plaiſir très
» agréable, que je reconnoîtrai en ce
» que me voudrez employer , &c. Le
Roi le lui demanda auſſi par Lettre con
çue en ces termes : » Mon couſin, de
» ſirant mon frère le Duc d'Anjou (f)
» que le ſieur de Luynes, Meſtre-de
» Camp du Régiment de Languedoc, (ce
(e) Voyez ſes Lettres aux Mſſ. de Bethune, à
la Bibl. du Roi.
, ( f) Le Duc d'Alençon avoit pris ce nom de
Puis le dernier Edit,
92 MERCURE DE FRANCE.
» Régiment étoit des Bandes Françoi
, » ſes) ſoit continué en la Charge qu'il a
» de commander en ma ville du Pont
» Saint-Eſprit, & ſa Compagnie de cent
» hommes entretenue dans icelle , il
» m'a requis l'avoir agréable , ce que
» j'ai très-volontiers accordé à mondit
» frère pour le deſir que j'ai de le grati
» fier, & vous ai bien voulu ſur ce faire
» entendre mon intention, afin de l'en
» ſuivre , comme je vous en prie & le
» Créateur qu'il vous ait , &c. A
» Blois, le dernier jour de Novembre
» 1576. Signé, HENRI. Et plus bas,
» FIzE (g). » Ces demandes réïtérées
ne firent que confirmer le Maréchal dans
le parti qu'il avoit pris. Il prévoyoit bien
que la guerre étoit inévitable, le Roi
ayant déclaré aux Etats que ſon inten
tion étoit qu'il n'y eût déſormais dans
fon Royaume d'exercice public d'au
cune autre religion que de la Catholi
que : mais ſa réſiſtance déplut au Roi ,
qui chargea alors Luynes de s'emparer,
s'il étoit poſſible, du Pont-Saint-Eſprit.
Luynes , dit d'Aubigné , qui depuis
long temps avoit grande créance entre
les Catholiques de la ville , pratiqua
( g ) Mſſ. de Bethune. Recueil de l'Ordre du
S. Eſprit & Arch. de l'Hôtel de Luynes.
4
J U I L L E T. 1764.-
Q3
adroitement des hommes de commande
ment, fit couler de ſon pays de Pro
vence (du Comtat) & loger chez ſes
amis deux cens hommes : & puis étant
entré en la place, d'où il s'étoit abſenté
quelque temps, ſe ſaiſit de Thoré, ac
compagné de quelques Gentilshommes,
leſquels il eſtimoit être là venus pour
ſaiſir la place : mais ayant par après
penſé ne ſe rendre point le Maréchal
d'Amville pour ennemi irréconciliable,
il laiſſa aller ſon frère retenant les autres
priſonniers (h). Thoré ſe retira à Ba
nols. Luynes eut le même ſuccès ſur la
ville de Bourg (Saint-Andeol) & autres
lieux. Le Duc d'Anjou lui manda dans
la réponſe qu'il fit à la Lettre qu'il lui
avoit écrite pour l'informer de la priſe
de Bourg, que le Roi a loué la dextéri
té dont il avoit uſé & ſon zèle pour ſon
ſervice. La Lettre eſt ſignée votre bon
ami FRANÇOIS (i). Les Députés des
Proteſtans de Languedoc , Provence &
Dauphiné aſſemblés à Niſmes, ſe plai
gnirent de cette entrepriſe au Duc d'An
jou, à qui Luynes étoit attaché (k). Le
· (h) Hiſtoire d'Aubigné, tom. II. p. 2 3 1.
(i) Original aux | Archives de l'Hôtel de
Luynes.
-
( k ) Voyez leur Lettre au Mſſ. de Brienne à la
Bibl. du Roi.
94 MERCURE DE FRANCE.
Maréchal d'Amville , qui fut informé
de cet événement par ſon frère, en don
na avis au Roi de Navarre, & en porta
ſes plaintes à la Cour, qui étoit à Blois.
La Cour s'occupa particuliérement du
ſoin de calmer le Maréchal & de le dé
tacher même des Proteſtans. On em
ploya d'abord la Maréchale d'Amville.
On entra enſuite en négociation. Le
Maréchal demanda entr'autres choſes
que Luynes fût retiré du Pont-Saint
Eſprit, ce qu'on apprend de la réponſe
du Roi en date du 5 Mars 1577, par
laquelle le Roi mande au Maréchal qu'il
a été bien-aiſe d'entendre ſes inten
tions par la Lettre que le Capitaine Rizze
lui a apportée, & qu'il lui a confirmée
de ſa part, ayant auſſi arrété afin de
vous donner contentement pour le regard
du Saint-Eſprit, de le faire mettre entre
les mains du ſieur de Montdragon. Le
Roiinforma Luynes de cet arrangement
ar ſa Lettre conçue en ces termes :
» M. de Luynes traitant quelques affaires
» grandement importantes au bien de
» mon ſervice, pour la réſolution deſ
» quelles j'ai mandé à mon couſin le
» Maréchal de Bellegarde aller en Lan
»guedoc, ſi ſa diſpoſition le permet ;
» j'ai accordé, ſi les choſes s'accommo:
|
JUILLET. 1764:
s 95
» dent comme l'on m'en a donné eſpé
» rance, de faire mettre ma ville du
» Saint-Eſprit entre les mains du ſieur
» de Montdragon ( Paul d'Albert, Sei
j)) † de§ , couſin de
» Luynes ; ) & d'autant que les choſes
» pourroient être accrochées & poſſible
» rompues, ſi cela n'étoit effectué, je
» vous prie ſuivant l'affection que vous
| » avez ci-devant montrée à mon ſervice,
» ne faire aucune difficulté de partir de
» la ville du Saint-Eſprit avec votre Com
» pagnie, lorſque le Maréchal de Belle
» garde ou le Capitaine Rizze, ſi lui n'y
» peut aller, le vous dira, vous aſſurant
» que je vous donnerai ſi bonne ré
» compenſe & moyen de vous entrete
» nir , que vous aurez occaſion de vous
» contenter, ainſi qu'ils vous feront plus
» particuliérement entendre , priant ,
» &c. A Blois, le 6 Mars 1577, Signé
» HENRI. Et plus bas, FIzE. L'adreſſe
» à M. de Luynes, Chevalier de mon
» Ordre & Commandant pour mon
» Service au Saint-Eſprit (l). » Soit
que le Maréchal voulut arrêter les mur
mures des Proteſtans, à qui cette négo
ciation étoit ſuſpecte, ſoit qu'il fût pi
( l ) Mſſ. de Béthune. Recueil de l'Ordre du S,
Eſprit, & Arch. de l'Hôtel de Luynes,
•:
#
96 MERCURE DE FRANCE. .
qué de ce que le Roi ne vouloit retirer
le Pont Saint-Eſprit des mains de Luynes
que pour le mettre dans celles de ſon
couſin , qui ne lui étoit peut-êtreo pas
plus agréable , la négociation fut rom
pue, & le Roi par Lettres datée de
Blois du 9 Mars 1 577, par leſquelles il
déclare que la valeur & l'expérience du
ſieur de Luynes au fait de la guerre ſont
fort connues , lui donna le Gouverne
ment des villes du S. Eſprit,Bourg(Saint
Andeol) & autres Lieux, Bourg &
Places qui ont été fraîchement & ſeront
par lui remiſes en ſon obéiſſance ès
Diocèſes de Viviers & d'Uzès (m). Le
ſieur de Bigordon ayant enlevé aux Pro
teſtans le Château Saint-Julien , Sa Ma
jeſté lui écrivit de Chenonceaux le 11
Mars 1577 pour l'exhorter à le bien gar
der , vous conduiſant, dit le Roi , &
gouvernant ainſi qu'il vous ſera ordon
né de ma part par le ſieur de Luynes ,
Chevalier de mon Ordre, ſuivant l'auz
torité que je lui ai donnée de ce côté-là (n).
Le Roi accorda à Luynes en 1579 un
don de quatre mille écus par Lettres da
tées du 23 Février même année, re
giſtrées le 11 Mars ſuivant par Arrêt de
( m) Originalaux Arch. de l'Hôtel de Luynes . r
( n ) Original, Ibid.
4
la
JU IL L ET. 1764.
| 9
la Chambre des Comptes de Paris , où
il eſt qualifié Gouverneur de la ville du
Pont-Saint-Eſprit (o), & une penſion
de deux mille livres, outre ſes gages de
Gouverneur de Beaucaire, par Lettres
regiſtrées le 3o Mai 1587 par Arrêt de
la Chambre des Comptes de la ville de
Paris , où il eſt qualifié Gouverneur de
la ville de Beaucaire. Et en outre veut .
Sa Majeſté que lui , ſes chevaux , ſuite,
· denrées, beſtials & autres choſes qui lui
· appartiendront, paſſent & ſéjournent le
. long de la rivière du Rhône & par terre,
tant de montée que deſcente franchement
& ſans rien payer (p).
-
Je remarquerai encore ici que M.
l'Abbé Raynal a donné en 1762 un
Livre qui a pour titre Ecole Militaire,
Ouvrage compoſé par ordre du Gou
vernement, & dont l'objet eſt de mettre
ſous les yeux de la jeune Nobleſſe de
grands exemples pour former ſon cœur
& élever
ſes ſentimens. Pourroit- on
croire que pour remplir cet objet M.
l'Abbé Raynal lui propoſe pour mo
dèle, au tome II, page 1 18, une mé
· (o) Mémorial de la Ch. des Comp. cotté ;.
T. fol. 97.
-
-
-
( p ) Mémorial cotté 4 D, fol. 16o ou le Plu
mitif.
I. Vol.
-
-
-
E
•
"
-*
98 MERCURE DE FRANCE.
chanceté que le dépit fit proférer au
Duc. de Mayenne contre le Duc de
Luynes, qu'il n'aimoit pas. M. l'Abbé
Raynal aſſure auſſi à la même page
que quoique les Calviniſtes fuſſent blâ
mables d'avoir travaillé à former une
eſpéce de République dans le cœur même
de l'Etat , la paſſion qu'a Luynes d'être
- Connétable, eſt la principale cauſe des
troubles civils. Peut-on ſe borner à dire
dans des leçons qu'on donne à la jeune
1Nobleſſe militaire , qu'on eſt blâmable
- d'avoir travaillé à ſe ſouſtraire une au
torité légitime ? Eſt-ce que dans ce cas
là on n'eſt pas coupable ? Si les Calvi
niſtes étoient coupables (il ſeroit crimi
nel même d'en douter ) Cette guerre
étoit très-juſte & néceſſaire. Si M. l'Abbé
Raynal ne s'étoit propoſé que d'en
faite connoître la véritable cauſe , il au
roit expoſé que la puiſſance des Calvi
niſtes étoit trop grande, qu'ils conti
nuoient d'en abuſer : qu'il étoit impor
tant pour la tranquillité publique de ne
pas laiſſer ſubſiſter dans l'Etat une eſpéce
de République toujours prête à com
battre contre ſon Souverain ; que la
bonne Politique demandoit de réunir
tous les Sujets ſous une ſeule & même
autorité , en mettant les uns & les
-
J U I L L E T. 1764.'
99
autres , s'il étoit poſſible, dans l'impuiſ
ſance de s'en écarter. Le Duc de Luynes
forma ce grand projet. Il commença à
l'exécuter en râſant les fortifications des
Places qui leur ſervoient de retraite, &
après ſa mort le Cardinal de Richelieu
mit la dernière main. Voilà la véritable
cauſe de cette guèrre. Le rétabliſſement
de l'autorité royale & la tranquillité pu
blique étoient la fin qu'on s'y propo
ſoit. Le don de la Charge de Conné
table, que le Roi fit au Duc de Luynes,
fut une ſuite de la Campagne de 162o
& des bontés du Roi pour lui. Le Con
nétable de Luynes, dit Auberi du Mau
rier , dans ſes Mémoires , a l'honneur
d'avoir le premier conſeillé au Roi
Louis XIII d'abattre le parti des Hu
guenots, qui avoient l'inſolence de faire
un Etat dans l'Etat même ; car depuis
Saumur juſqu'aux Pyrénées, il ſe ſaiſit
de toutes leurs Places, à l'exception de
Montauban ; & ſuivant ſes maximes, -
après ſa mort, on s'empara de Montpel
lier (en 1622), & quelque temps après
le Cardinal de Richelieu attaqua la Ro
chelle, qu'il prit & qu'il râſa ;d'où s'en
ſuivit la ruine entière du Parti Huguenot.
Le Procurateur Nani s'exprime ainſi,
dans ſon Hiſtoire de Veniſe :
\
E ij
il ( le
1oo MERCURE DE FRANCE.
Connétable) finit ſes jours digne des
plus grands éloges , pour avoir au moins
ébauché la vaſte & belle entrepriſe de
réunir toutela France à elle même, que
d'autres après lui ont heureuſement ache
vée.
*--
•
-
J'ai l'honneur d'être &c.
' .
-
MANEBY.
l'Histoire de la Maison de MONTMORENCI,
publiée en 1764, & sur
un endroit du Livre de M. l'Abbé
RAYNAL qui a pour titre ÉCOLE
MILITAIRE.
PERMETTEZ-MOI, Monsieur, de me
servir de la voie du Mercure pour rectifier
une Anecdote que j'ai trouvée dans
l'Hiſtoire de la Maiſon de Montmoren
ci, publiée en 1764. M. Déſormeaux
n'a pas ſans doute été à portée de con
ſulter les Piéces originales. Je fais auſſi
une obſervation ſur un endroit du Livre
de M. l'Abbé Raynal, qui a pour titre
Ecole Militaire. On lit dans l'Hiſtoire de
la Maiſon de Montmorenci, t. III, page
9I • 92.
-
A N N É E 2 576.
Honoré d'Albert, Seigneur de Luy
88 MERCURE DE FRANCE.
nes, Gouverneur du Pont-Saint-Eſprit,.
fut l'inſtrument dont les Miniſtres ſe
ſervirent pour exciter un ſoulévement
† en Languedoc contre le Maré
chal (d'Amville.) Guillaume de Montmo
renci-Thoré s'étoit rendu au Pont-Saint
Eſprit avec d'autant plus de confiance,
, qu'il croyoit n'avoir rien à redouter de
Luynes, à qui ſon frere venoit de don
ner ce gouvernement : mais tout-a
coup le Capitaine Luynes ferme les
portes de la ville & arrête Thoré, qu'il
accuſe d'avoir voulu livrer ſa Place aux
Proteſtans. Ce coup d'éclat fut le ſignal
d'une révolte générale dans toutes les
villes du Languedoc contre d'Amville.
Il n'eut que le temps de ſe ſauver à
Bagnols. Cependant loin d'être décon
certé d'une entrepriſe ſi bruſque & ſi
imprévue, le Maréchal agit avec tant,
d'aétivité ; il donna de ſi bons ordres : il
fut ſi bien ſecondé par ſes amis, qu'il ne
perdit que le Pont-Saint-Eſprit.
R E M A R Q v E.
Honoré d'Albert , Seigneur de Luy
nes ( père du Connétable de ce nom ) .
n'étoit pas Gouverneur du Pont-Saint
Eſprit en 1576. Ce ne fut pas le Maré
J U I L L E T. 1764.
89
chal d'Amville, mais le Roi Henri III ,
qui lui accorda ce Gouvernement par
Lettres datées de Blois le 9 Mars 1577 (a).
Le Maréchal d'Amville , Gouverneur &,
Lieutenant-Général pour le Roi en Lan
guedoc , & commandant généralement
par tous ſes Royaumes, Pays , Terres
& Seigneuries de ſon obéiſſance en l'ab
ſence de M. le Prince de Condé, donna
à Luynes, qualifié Chevalier de l'Ordre
du Roi , & Gouverneur de Beaucaire ,
la Charge de Surintendant, & Com
mandant-Général de l'Artillerie en Lan
guedoc & en Provence, par provifions
datées de Niſmes au mois de Janvier
1575 (b). On a auſſi du Maréchal d'Am
ville pluſieurs Lettres originales des an
nées 1575-1576 , dont l'adreſſe eſt à
M. de Luynes , Chevalier de l'Ordre du
Roi, Colonel des Bandes Françoiſes &
Grand-Maître de l'Artillerie en Langue
doc. Au lieu de Grand-Maître, il y a
dans quelques-unes Général de l'Artille-
rie en Languedoc (c). Le Duc d'Alen .
çon, fière du Roi, s'étant échappé de la
Cour le , 5 Septembre 1575 , ſe mit à
la tête du Parti des Politiques , & ayant
(a) OriginaI aux Archives de l'Hôtel de Luynes.
(b ) Original. Ibid.
( c) Originaux. lbid.
-
-
•
-
/
.
go MERCURE DE FRANCE.
égard aux bons , vertueux & recomman
dables ſervices que le ſieur de Luynes lui
a faits dès long-tems, & qu'il eſpere qu'il
fera encore à l'avenir près & à l'entour
de ſa perſonne, le fit ſon Chambellan
par Lettres datées du Camp de Salaignac
le 17 Février 1576 (d). Lorſque ce
Prince eut fait ſa paix avec la Cour , &
qu'on eut réglé les intérêts des Particu
liers, l'Edit de pacification fut publié au
Parlement de Paris le 15 Mai 1576. Les
Lettres-Patentes pour l'Aſſemblée des
Etats au 15 Novembre à Blois furent
expédiées. Le Maréchal d'Amville fut
rétabli en ſes Gouvernemens, Charges
& Etats, auſſi-bien que ceux qui avoient
pris les armes avec lui, & le Duc d'A
lençon obtint le Commandement du
Pont-Saint-Eſprit pour Luynes , qui alla
s'y établir avec une Compagnie de cent
hommes. Le bruit d'une confédération
des Catholiques à l'occaſion du dernier
Edit, dont ils n'étoient pas contens, fit
craiudre aux Proteſtans d'être prévenus.
Le Maréchal d'Amville, qui étoit à leur
tête , voulut s'aſſurer du Pont-Saint-Eſ
prit. Comme Luynes étoit attaché au
Duc d'Alençon, qui étoit alors très-vif
(d) Original, Ibid.
-
J U IL L E T. 1764:
91
pour les Catholiques, il ne crut pas de
voir lui donner ſa confiance : il lui en ôta
le commandement, & ne confia qu'à
Thoré ſon frère la garde de ce Poſte,
qui étoit important pour le paſſage des
Troupes. Il fut inſenſible aux inſtances
que lui fit le Duc d'Alençon pour lui de
mander le rétabliſſement de Luynes (e).
» Celle du 27 Novembre 1576 portoit :
» J'ai ſupplié le Roi Monſeigneur être
se content entendre qu'il reçoive ce bien
» là que lui & la Compagnie demeure
3> C n † en la ville du S. Eſprit, ce
» qu'il a eu bien agréable; au moyen
» de quoi je vous en ai bien voulu écrire
» & prier vouloir ſatisfaire à cela, pour
» m'être ledit ſieur de Luynes bien fort
» affectionné & me faire plaiſir très
» agréable, que je reconnoîtrai en ce
» que me voudrez employer , &c. Le
Roi le lui demanda auſſi par Lettre con
çue en ces termes : » Mon couſin, de
» ſirant mon frère le Duc d'Anjou (f)
» que le ſieur de Luynes, Meſtre-de
» Camp du Régiment de Languedoc, (ce
(e) Voyez ſes Lettres aux Mſſ. de Bethune, à
la Bibl. du Roi.
, ( f) Le Duc d'Alençon avoit pris ce nom de
Puis le dernier Edit,
92 MERCURE DE FRANCE.
» Régiment étoit des Bandes Françoi
, » ſes) ſoit continué en la Charge qu'il a
» de commander en ma ville du Pont
» Saint-Eſprit, & ſa Compagnie de cent
» hommes entretenue dans icelle , il
» m'a requis l'avoir agréable , ce que
» j'ai très-volontiers accordé à mondit
» frère pour le deſir que j'ai de le grati
» fier, & vous ai bien voulu ſur ce faire
» entendre mon intention, afin de l'en
» ſuivre , comme je vous en prie & le
» Créateur qu'il vous ait , &c. A
» Blois, le dernier jour de Novembre
» 1576. Signé, HENRI. Et plus bas,
» FIzE (g). » Ces demandes réïtérées
ne firent que confirmer le Maréchal dans
le parti qu'il avoit pris. Il prévoyoit bien
que la guerre étoit inévitable, le Roi
ayant déclaré aux Etats que ſon inten
tion étoit qu'il n'y eût déſormais dans
fon Royaume d'exercice public d'au
cune autre religion que de la Catholi
que : mais ſa réſiſtance déplut au Roi ,
qui chargea alors Luynes de s'emparer,
s'il étoit poſſible, du Pont-Saint-Eſprit.
Luynes , dit d'Aubigné , qui depuis
long temps avoit grande créance entre
les Catholiques de la ville , pratiqua
( g ) Mſſ. de Bethune. Recueil de l'Ordre du
S. Eſprit & Arch. de l'Hôtel de Luynes.
4
J U I L L E T. 1764.-
Q3
adroitement des hommes de commande
ment, fit couler de ſon pays de Pro
vence (du Comtat) & loger chez ſes
amis deux cens hommes : & puis étant
entré en la place, d'où il s'étoit abſenté
quelque temps, ſe ſaiſit de Thoré, ac
compagné de quelques Gentilshommes,
leſquels il eſtimoit être là venus pour
ſaiſir la place : mais ayant par après
penſé ne ſe rendre point le Maréchal
d'Amville pour ennemi irréconciliable,
il laiſſa aller ſon frère retenant les autres
priſonniers (h). Thoré ſe retira à Ba
nols. Luynes eut le même ſuccès ſur la
ville de Bourg (Saint-Andeol) & autres
lieux. Le Duc d'Anjou lui manda dans
la réponſe qu'il fit à la Lettre qu'il lui
avoit écrite pour l'informer de la priſe
de Bourg, que le Roi a loué la dextéri
té dont il avoit uſé & ſon zèle pour ſon
ſervice. La Lettre eſt ſignée votre bon
ami FRANÇOIS (i). Les Députés des
Proteſtans de Languedoc , Provence &
Dauphiné aſſemblés à Niſmes, ſe plai
gnirent de cette entrepriſe au Duc d'An
jou, à qui Luynes étoit attaché (k). Le
· (h) Hiſtoire d'Aubigné, tom. II. p. 2 3 1.
(i) Original aux | Archives de l'Hôtel de
Luynes.
-
( k ) Voyez leur Lettre au Mſſ. de Brienne à la
Bibl. du Roi.
94 MERCURE DE FRANCE.
Maréchal d'Amville , qui fut informé
de cet événement par ſon frère, en don
na avis au Roi de Navarre, & en porta
ſes plaintes à la Cour, qui étoit à Blois.
La Cour s'occupa particuliérement du
ſoin de calmer le Maréchal & de le dé
tacher même des Proteſtans. On em
ploya d'abord la Maréchale d'Amville.
On entra enſuite en négociation. Le
Maréchal demanda entr'autres choſes
que Luynes fût retiré du Pont-Saint
Eſprit, ce qu'on apprend de la réponſe
du Roi en date du 5 Mars 1577, par
laquelle le Roi mande au Maréchal qu'il
a été bien-aiſe d'entendre ſes inten
tions par la Lettre que le Capitaine Rizze
lui a apportée, & qu'il lui a confirmée
de ſa part, ayant auſſi arrété afin de
vous donner contentement pour le regard
du Saint-Eſprit, de le faire mettre entre
les mains du ſieur de Montdragon. Le
Roiinforma Luynes de cet arrangement
ar ſa Lettre conçue en ces termes :
» M. de Luynes traitant quelques affaires
» grandement importantes au bien de
» mon ſervice, pour la réſolution deſ
» quelles j'ai mandé à mon couſin le
» Maréchal de Bellegarde aller en Lan
»guedoc, ſi ſa diſpoſition le permet ;
» j'ai accordé, ſi les choſes s'accommo:
|
JUILLET. 1764:
s 95
» dent comme l'on m'en a donné eſpé
» rance, de faire mettre ma ville du
» Saint-Eſprit entre les mains du ſieur
» de Montdragon ( Paul d'Albert, Sei
j)) † de§ , couſin de
» Luynes ; ) & d'autant que les choſes
» pourroient être accrochées & poſſible
» rompues, ſi cela n'étoit effectué, je
» vous prie ſuivant l'affection que vous
| » avez ci-devant montrée à mon ſervice,
» ne faire aucune difficulté de partir de
» la ville du Saint-Eſprit avec votre Com
» pagnie, lorſque le Maréchal de Belle
» garde ou le Capitaine Rizze, ſi lui n'y
» peut aller, le vous dira, vous aſſurant
» que je vous donnerai ſi bonne ré
» compenſe & moyen de vous entrete
» nir , que vous aurez occaſion de vous
» contenter, ainſi qu'ils vous feront plus
» particuliérement entendre , priant ,
» &c. A Blois, le 6 Mars 1577, Signé
» HENRI. Et plus bas, FIzE. L'adreſſe
» à M. de Luynes, Chevalier de mon
» Ordre & Commandant pour mon
» Service au Saint-Eſprit (l). » Soit
que le Maréchal voulut arrêter les mur
mures des Proteſtans, à qui cette négo
ciation étoit ſuſpecte, ſoit qu'il fût pi
( l ) Mſſ. de Béthune. Recueil de l'Ordre du S,
Eſprit, & Arch. de l'Hôtel de Luynes,
•:
#
96 MERCURE DE FRANCE. .
qué de ce que le Roi ne vouloit retirer
le Pont Saint-Eſprit des mains de Luynes
que pour le mettre dans celles de ſon
couſin , qui ne lui étoit peut-êtreo pas
plus agréable , la négociation fut rom
pue, & le Roi par Lettres datée de
Blois du 9 Mars 1 577, par leſquelles il
déclare que la valeur & l'expérience du
ſieur de Luynes au fait de la guerre ſont
fort connues , lui donna le Gouverne
ment des villes du S. Eſprit,Bourg(Saint
Andeol) & autres Lieux, Bourg &
Places qui ont été fraîchement & ſeront
par lui remiſes en ſon obéiſſance ès
Diocèſes de Viviers & d'Uzès (m). Le
ſieur de Bigordon ayant enlevé aux Pro
teſtans le Château Saint-Julien , Sa Ma
jeſté lui écrivit de Chenonceaux le 11
Mars 1577 pour l'exhorter à le bien gar
der , vous conduiſant, dit le Roi , &
gouvernant ainſi qu'il vous ſera ordon
né de ma part par le ſieur de Luynes ,
Chevalier de mon Ordre, ſuivant l'auz
torité que je lui ai donnée de ce côté-là (n).
Le Roi accorda à Luynes en 1579 un
don de quatre mille écus par Lettres da
tées du 23 Février même année, re
giſtrées le 11 Mars ſuivant par Arrêt de
( m) Originalaux Arch. de l'Hôtel de Luynes . r
( n ) Original, Ibid.
4
la
JU IL L ET. 1764.
| 9
la Chambre des Comptes de Paris , où
il eſt qualifié Gouverneur de la ville du
Pont-Saint-Eſprit (o), & une penſion
de deux mille livres, outre ſes gages de
Gouverneur de Beaucaire, par Lettres
regiſtrées le 3o Mai 1587 par Arrêt de
la Chambre des Comptes de la ville de
Paris , où il eſt qualifié Gouverneur de
la ville de Beaucaire. Et en outre veut .
Sa Majeſté que lui , ſes chevaux , ſuite,
· denrées, beſtials & autres choſes qui lui
· appartiendront, paſſent & ſéjournent le
. long de la rivière du Rhône & par terre,
tant de montée que deſcente franchement
& ſans rien payer (p).
-
Je remarquerai encore ici que M.
l'Abbé Raynal a donné en 1762 un
Livre qui a pour titre Ecole Militaire,
Ouvrage compoſé par ordre du Gou
vernement, & dont l'objet eſt de mettre
ſous les yeux de la jeune Nobleſſe de
grands exemples pour former ſon cœur
& élever
ſes ſentimens. Pourroit- on
croire que pour remplir cet objet M.
l'Abbé Raynal lui propoſe pour mo
dèle, au tome II, page 1 18, une mé
· (o) Mémorial de la Ch. des Comp. cotté ;.
T. fol. 97.
-
-
-
( p ) Mémorial cotté 4 D, fol. 16o ou le Plu
mitif.
I. Vol.
-
-
-
E
•
"
-*
98 MERCURE DE FRANCE.
chanceté que le dépit fit proférer au
Duc. de Mayenne contre le Duc de
Luynes, qu'il n'aimoit pas. M. l'Abbé
Raynal aſſure auſſi à la même page
que quoique les Calviniſtes fuſſent blâ
mables d'avoir travaillé à former une
eſpéce de République dans le cœur même
de l'Etat , la paſſion qu'a Luynes d'être
- Connétable, eſt la principale cauſe des
troubles civils. Peut-on ſe borner à dire
dans des leçons qu'on donne à la jeune
1Nobleſſe militaire , qu'on eſt blâmable
- d'avoir travaillé à ſe ſouſtraire une au
torité légitime ? Eſt-ce que dans ce cas
là on n'eſt pas coupable ? Si les Calvi
niſtes étoient coupables (il ſeroit crimi
nel même d'en douter ) Cette guerre
étoit très-juſte & néceſſaire. Si M. l'Abbé
Raynal ne s'étoit propoſé que d'en
faite connoître la véritable cauſe , il au
roit expoſé que la puiſſance des Calvi
niſtes étoit trop grande, qu'ils conti
nuoient d'en abuſer : qu'il étoit impor
tant pour la tranquillité publique de ne
pas laiſſer ſubſiſter dans l'Etat une eſpéce
de République toujours prête à com
battre contre ſon Souverain ; que la
bonne Politique demandoit de réunir
tous les Sujets ſous une ſeule & même
autorité , en mettant les uns & les
-
J U I L L E T. 1764.'
99
autres , s'il étoit poſſible, dans l'impuiſ
ſance de s'en écarter. Le Duc de Luynes
forma ce grand projet. Il commença à
l'exécuter en râſant les fortifications des
Places qui leur ſervoient de retraite, &
après ſa mort le Cardinal de Richelieu
mit la dernière main. Voilà la véritable
cauſe de cette guèrre. Le rétabliſſement
de l'autorité royale & la tranquillité pu
blique étoient la fin qu'on s'y propo
ſoit. Le don de la Charge de Conné
table, que le Roi fit au Duc de Luynes,
fut une ſuite de la Campagne de 162o
& des bontés du Roi pour lui. Le Con
nétable de Luynes, dit Auberi du Mau
rier , dans ſes Mémoires , a l'honneur
d'avoir le premier conſeillé au Roi
Louis XIII d'abattre le parti des Hu
guenots, qui avoient l'inſolence de faire
un Etat dans l'Etat même ; car depuis
Saumur juſqu'aux Pyrénées, il ſe ſaiſit
de toutes leurs Places, à l'exception de
Montauban ; & ſuivant ſes maximes, -
après ſa mort, on s'empara de Montpel
lier (en 1622), & quelque temps après
le Cardinal de Richelieu attaqua la Ro
chelle, qu'il prit & qu'il râſa ;d'où s'en
ſuivit la ruine entière du Parti Huguenot.
Le Procurateur Nani s'exprime ainſi,
dans ſon Hiſtoire de Veniſe :
\
E ij
il ( le
1oo MERCURE DE FRANCE.
Connétable) finit ſes jours digne des
plus grands éloges , pour avoir au moins
ébauché la vaſte & belle entrepriſe de
réunir toutela France à elle même, que
d'autres après lui ont heureuſement ache
vée.
*--
•
-
J'ai l'honneur d'être &c.
' .
-
MANEBY.
Fermer
11135
p. 100-108
DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE. Cinq volumes in-8o. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy, & Panckoucke, Libraires. Prix 17 liv. 10. sols, brochés. TROISIÉME ET DERNIER EXTRAIT.
Début :
NOUS avons vu, dans les deux Extraits précédens, une partie du riche [...]
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texteReconnaissance textuelle : DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE. Cinq volumes in-8o. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy, & Panckoucke, Libraires. Prix 17 liv. 10. sols, brochés. TROISIÉME ET DERNIER EXTRAIT.
DICTIONNAIRE raisonné, universel,
d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOMARE. Cinq volumes
in-8o. A Paris, chez Didot le
jeune, Musier fils, Dehansy, &
Panckoucke, Libraires. Prix 17 liv.
10. sols, brochés.
TROISIÉME ET DERNIER EXTRAIT.
NOUS avons vu, dans les deux Extraits
précédens, une partie du riche
spectacle que préſentent les Végétaux
& les êtres animés qui peuplent l'air, la
ſurface de la Terre & le ſein des Eaux.
Le régne Minéral nous fait voir les pro
ductions que la Terre renferme dans ſon
#
r,
JU IL L E T. 1764.
1o1
intérieur. M. de Bomare rapporte &
explique les ſentimens les plus accrédités
ſur l'origine, la formation & les uſages
de ces corps. Il développe le méchaniſme
des Dendrites ou Arboriſations. Il don
ne la deſcription & l'hiſtoire des Métaux,
des demi - métaux , des Pierres pré
cieuſes, des Pyrites, des Bitumes, des
Sels, des Foffles, des Mines. Il décou
vre à nos regards ces laboratoires pro
fonds de la Nature, où elle ſemble ſe
dérober à notre vue, pour former dans
le plus grand ſecret les tréſors que nous
ſommes ſi jaloux de découvrir & de lui
arracher.
,
Après avoir dit que l'on trouve l'Ar
gent ſous diverſes formes, & ſous diver
ſes couleurs très-variées, qu'on le ren- .
contre en filet, en végétation , en for
me de cheveux , en feuilles &c, il donne
le tableau de la mine d'Argent de Sal
ſeberyt,en Suéde.Cette mine,dit-il , pré
ſente au Naturaliſte curieux un des plus
beaux ſpectacles. On y deſcend par trois
larges bouches ſemblables à des puits
dont on ne voit pas le fond. La moitié
d'un tonneau , ſoutenue d'un cable,
rient lieu d'eſcalier pour deſcendre dans
ces abîmes , au moyen d'une machine
que l'on fait mouvoir. On a pour com
\
1o2 MERCURE DE FRANCE.
pagnon un Satellite noir comme nos
Forgerons, qui entonne une chanſon
lugubre, & qui tient un flambeau à la
main. Quand on eſt au milieu de la
deſcente , on commence à ſentir un
grand froid. On entend les torrens qui
tombent de toutes parts ; enfin, après
une demie-heure, on arrive au fond d'un
gouffre. Alors la crainte ſe diſſipe ; on
n'apperçoit plus rien d'affreux : au con
traire tout brille dans ces régions ſou
terraines. On entre dans une eſpéce de
grand ſallon, ſoutenu par des colonnes
de mine d'argent ; quatre galeries ſpa
cieuſes y viennent aboutir; les feux qui
ſervent à éclairer les travailleurs ſe ré
pétent ſur l'argent des voûtes & ſur un
ruiſſeau qui coule au milieu de la mine :
les uns tirent des chariots ; les autres
roulent des pierres : tout le monde a ſon
emploi; c'eſt une ville ſouterraine. Il y
a des cabarets, des maiſons, des che
vaux, des écuries ; mais ce qu'il y a de
plus ſingulier , c'eſt un moulin à vent
qui va continuellement dans cette ca
verne , & qui ſert à élever les eaux. A
la ſuite de cette deſcription , on voit
celle des travaux de la mine d'argent
du Potoffi en Amérique, & un détail des
diverſes formes , ſous leſquelles l'argent
º
JUILLET. 1764.
1o3
paroît dans le Commerce, & eſt em
ployé dans les Arts.
-
|
Les connoiſſances les plus modernes .
ſur les divers objets dont l'Auteur par- .
le, ne lui ont point échappé. Par exem-
ple , au mot Platine , il rapporte les
expériences qu'on a faites depuis quel
ques années ſur ce nouveau métal, qui
eſt connu auſſi ſous le nom d'or blanc,
parce qu'en effet il reſſemble beaucoup
à l'or par la peſanteur, l'indeſtructibili
té , & par pluſieurs autres propriétés
eſſentielles. Dans l'article Mercure , M.
de Bomare parle de même des moyens
par leſquels on eſt parvenu en 176o à
fixer cette ſubſtance métallique, qui, à
cauſe de ſa couleur argentée, jointe à :
beaucoup de volatibilité & de fluidité,
a reçu le nom de vif argent. MM. Griſ
chon & Braun , Académiciens de St.
Petersbourg, y ont réuſſi en employant
un froid artificiel de 186 degrés & deux
tiers au thermomètre de M. de Réau
mur , par le moyen de ce froid ils ont
fixé le Mercure au point de le rendre
molléable & de la conſiſtence du plomb.
· L'Auteur a completté dans cet Ou
vrage le tableau univerſel de l'Hiſtoire
naturelle, en y parlant des corps céleſ
tes , des planettes , des météores , des
- -
E iV
.
1o4 MERCURE DE FRANCE.
altérations de notre globe, des vents ,
des exhalaiſons, des volcans, des mou
vemens de l'athmoſphère, des proprié
tés des élémens & de tous ces phéno
mènes ſi étonnans, ſi importans , où
la nature ſe montre dans l'éclat de ſa
puiſſance & dans tout l'appareil de ſa
majeſté Tous les articles où ces ma- .
tières curieuſes ſont traitées, ſont autant
de diſſertations remplies de faits ſingu
liers, qui méritent d'être connus , &
dont la lecture fait le plus grand plaiſir :
c'eſt a regret que nous ne pouvons que
les indiquer.
-
Au mot Mer, M. de Bomare détaille
les divers phénomènes de cet immenſe
amas d'eaux ſalées qui couvre une gran
de partie de notre globe, & il traite
dans un Article particulier de celui qui
eſt connu des Phyſiciens ſous le nom
de Mer lumineuſe. Ce phénomène con
ſiſte en ce que dans certaines mers &
dans certaines circonſtances, la proue
du Navire qui vogue ſur les eaux, ſem
ble pendant la nuit les mettre en feu : le
vaiſſeau vogue dans un cercle lumi
neux, d'où s'échappe dans le fillage un
long trait de lumière. L'Auteur donne
un réſumé des diſſertations que MM.
Godeheu , Viannelli , Nollet & le Roi,
ont publiées ſur ce phénomène , &
-
J U IL LE T. 1764.
1o5
enſuite il rapporte I'cbſervation qu'il en
a faite lui-même le 19 Juillet 1762,étant
' au Port de Cette en Languedoc.
'
» Ce jour-là , dit l'Auteur, il fit une
» chaleur exceſſive. J'avois formé de
» puis long-temps , le projet de faire
» quelques obſervations ſur la plus ou
» moins grande facilité de nager dans la
» Mer ou dans l'eau douce ; & de dé
» couvrir ſi l'eau, qui touche au ſol de
» la Mer , eſt plus ou moins fraîche
» que la ſuperficie
de cet Elément.
» J'engageai M. Ortez, alors mon com
» pagnon de voyage , à faire ces ob
» ſervations en commun. Nous fumes
» au rivage ſur les dix heures du ſoir ;
» puis étant déshabillés , on ſe mit à
» l'eau juſqu'au col : on éſſaya de plon
» ger entiérement ; enſuite on ſonda ,
» avec la jambe & les bras, laquelle des
» deux ſurfaces étoit plus tempérée, &
» l'on reconnut ſenſiblement qu'autant
» la ſuperficie de la Mer étoit froide,
» autant le fond en étoit chaud. Notre
» principale obſervation ſe porta ſur un
» autre phénomène que voici : toutes les
» lames d'eau nous ſembloient étin
» celles, à meſure que nous les briſions
» en nageant. Je frottai mes mains &
» mes cuiſſes hors de l'eau , & j'en tirai .
-
E v
Io6 MERCURE DE FRANCE.
» auſſi des eſpéces d'étincelles : j'agitai
» fortement les cheveux de M. Ortez,
» qui parurent auſſitôt comme autant
» de vergettes lumineuſes. Je fis désha
» biller mon domeſtique & lui dis de ſe
» frotter auſſi, avant de ſe baigner dans
» la Mer; mais il ne put produire ſur lui
» le même effet qu'il remarquoit ſur
» moi.Je m'aviſai de le tirer par le bras :
» quelle fut notre ſurpriſe, lorſque je
» vis l'image de ma main entiérement
» tracée ſur ce bras, comme ſi c'eût été -
» un crayon phoſphorique qui l'eût im
» primée ! enfin il ſe mit à l'eau, & je le
» fis nager pour l'examiner à mon aiſe ;
» l'on auroit dit d'un homme de feu qui
» ſe débattoit dans l'eau. Nous prîmes
» du ſable & des fucus dans le fond de
» la Mer , & en frottant ces corps ils
» parurent également phoſphoriques.Je
» plongeai un mouchoir blanc dans
» l'eau , & le retirai tout couvert com--
» me de petites étoiles, ou de points
» brfllants & azurés , qui ſembloient
» s'écraſer, s'étendre par le frottement,
» & former des plaques lumineuſes.
» De retour au logis , je me fis apporter
» un bougie allumée, mais je ne pus rien
» diſtinguer ſur ce mouchoir. Le len
» demain de grand matin, j'allai trem
• per dans la Mer un ſeçond mouçhoir
· J U I L L E T. 1764.
1o7
» que je repliai bien ſoigneuſement ;
» quand le jour fut favorable je pris ma
» loupe, & je crus reconnoître ſur la
» toile , des atômes informes, immobi
» les & bleuâtres : je deſcendis dans la
» cave, pour éprouver s'ils ne reluiroient
» pas mieux qu'au jour ; mais tout le
» beau phénomène étoit détruit. »
. C'eſt ainſi que M. de Bomare, rend
compte dans l'occaſion des obſerva
tions & des expériences de phyſique
& d'hiſtoire naturelle, qu'il a faites dans
ſes voyages. Il en a entrepris pluſieurs
avec la protection du Gouvernement
dans les Provinces de la France & en
diverſes contrées de l'Europe, pour ob
ſerver de plus près , les ſubſtances qu'il
décrit & les voir dans leur pays natal,
ſi l'on peut ſe ſervir de ce terme. Pour
faire l'hiſtoire de la Nature, il a conſulté .
la nature elle - même , & les Sçavans
illuſtres qui en ſont aujourd'hui regardés
comme les oracles & les interprétes. II
a analyſé les écrits des plus célébres
obſervateurs anciens & modernes ; les
relations des voyageurs les plus accré
dités ; les Journaux François & Etran
ger. Il a puiſé dans les mémoires des
Académies , & dans une multitude
d'ouvrages & de traités particuliers ſax
E vj
-"
1o8 MERCURE DE FRANCE.
toutes les matières dont il traite. Pour
peu qu'on conſulte ce Dictionnaire on
s'apperçoit qu'il ne peut qu'être le fruit
d'une lecture immenſe, & qu'il contient
un précis exact&très-bien fait d'un grandi
nombre d'ouvrages volumineux, chèrs ,
quelques-uns même rares, dont il eſt
difficile de ſe procurer la collection. Le
Dictionnaire de M. de Bomare de
viendra d'un uſage habituel & journa
lier pour une § de perſonnes ; il
ſera utile à ceux qui exercent des profeſ
ſions relatives à la Médecine, aux Phy
ſiciens, & aux Artiſtes , aux Cultiva
teurs , aux Commerçans ; à l'homme
du monde , & aux jeunes gens aux
quels on veut donner une belle édu
cation.Les objets d'hiſtoire naturelle ſont
ceux qui ſe préſentent le plus ſouvent
dans la converſation , dans le commerce
de la ſociété & dans les uſages de la
vie, & nous ne connoiſſons point d'ou
vrage auſſi utile que celui - ci pour ſe
procurer promptement & facilement les
connoiſſances néceſſaires ſur ces objets :
il nous paroît ſur-tout déſtiné à occu
per une place diſtinguée dans les collec
tions de Livres qu'on porte avec ſoi à la
campagne , car quoiqu'aſſez volumi
neux , il eſt cependant d'un format
commode & portatif.
d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOMARE. Cinq volumes
in-8o. A Paris, chez Didot le
jeune, Musier fils, Dehansy, &
Panckoucke, Libraires. Prix 17 liv.
10. sols, brochés.
TROISIÉME ET DERNIER EXTRAIT.
NOUS avons vu, dans les deux Extraits
précédens, une partie du riche
spectacle que préſentent les Végétaux
& les êtres animés qui peuplent l'air, la
ſurface de la Terre & le ſein des Eaux.
Le régne Minéral nous fait voir les pro
ductions que la Terre renferme dans ſon
#
r,
JU IL L E T. 1764.
1o1
intérieur. M. de Bomare rapporte &
explique les ſentimens les plus accrédités
ſur l'origine, la formation & les uſages
de ces corps. Il développe le méchaniſme
des Dendrites ou Arboriſations. Il don
ne la deſcription & l'hiſtoire des Métaux,
des demi - métaux , des Pierres pré
cieuſes, des Pyrites, des Bitumes, des
Sels, des Foffles, des Mines. Il décou
vre à nos regards ces laboratoires pro
fonds de la Nature, où elle ſemble ſe
dérober à notre vue, pour former dans
le plus grand ſecret les tréſors que nous
ſommes ſi jaloux de découvrir & de lui
arracher.
,
Après avoir dit que l'on trouve l'Ar
gent ſous diverſes formes, & ſous diver
ſes couleurs très-variées, qu'on le ren- .
contre en filet, en végétation , en for
me de cheveux , en feuilles &c, il donne
le tableau de la mine d'Argent de Sal
ſeberyt,en Suéde.Cette mine,dit-il , pré
ſente au Naturaliſte curieux un des plus
beaux ſpectacles. On y deſcend par trois
larges bouches ſemblables à des puits
dont on ne voit pas le fond. La moitié
d'un tonneau , ſoutenue d'un cable,
rient lieu d'eſcalier pour deſcendre dans
ces abîmes , au moyen d'une machine
que l'on fait mouvoir. On a pour com
\
1o2 MERCURE DE FRANCE.
pagnon un Satellite noir comme nos
Forgerons, qui entonne une chanſon
lugubre, & qui tient un flambeau à la
main. Quand on eſt au milieu de la
deſcente , on commence à ſentir un
grand froid. On entend les torrens qui
tombent de toutes parts ; enfin, après
une demie-heure, on arrive au fond d'un
gouffre. Alors la crainte ſe diſſipe ; on
n'apperçoit plus rien d'affreux : au con
traire tout brille dans ces régions ſou
terraines. On entre dans une eſpéce de
grand ſallon, ſoutenu par des colonnes
de mine d'argent ; quatre galeries ſpa
cieuſes y viennent aboutir; les feux qui
ſervent à éclairer les travailleurs ſe ré
pétent ſur l'argent des voûtes & ſur un
ruiſſeau qui coule au milieu de la mine :
les uns tirent des chariots ; les autres
roulent des pierres : tout le monde a ſon
emploi; c'eſt une ville ſouterraine. Il y
a des cabarets, des maiſons, des che
vaux, des écuries ; mais ce qu'il y a de
plus ſingulier , c'eſt un moulin à vent
qui va continuellement dans cette ca
verne , & qui ſert à élever les eaux. A
la ſuite de cette deſcription , on voit
celle des travaux de la mine d'argent
du Potoffi en Amérique, & un détail des
diverſes formes , ſous leſquelles l'argent
º
JUILLET. 1764.
1o3
paroît dans le Commerce, & eſt em
ployé dans les Arts.
-
|
Les connoiſſances les plus modernes .
ſur les divers objets dont l'Auteur par- .
le, ne lui ont point échappé. Par exem-
ple , au mot Platine , il rapporte les
expériences qu'on a faites depuis quel
ques années ſur ce nouveau métal, qui
eſt connu auſſi ſous le nom d'or blanc,
parce qu'en effet il reſſemble beaucoup
à l'or par la peſanteur, l'indeſtructibili
té , & par pluſieurs autres propriétés
eſſentielles. Dans l'article Mercure , M.
de Bomare parle de même des moyens
par leſquels on eſt parvenu en 176o à
fixer cette ſubſtance métallique, qui, à
cauſe de ſa couleur argentée, jointe à :
beaucoup de volatibilité & de fluidité,
a reçu le nom de vif argent. MM. Griſ
chon & Braun , Académiciens de St.
Petersbourg, y ont réuſſi en employant
un froid artificiel de 186 degrés & deux
tiers au thermomètre de M. de Réau
mur , par le moyen de ce froid ils ont
fixé le Mercure au point de le rendre
molléable & de la conſiſtence du plomb.
· L'Auteur a completté dans cet Ou
vrage le tableau univerſel de l'Hiſtoire
naturelle, en y parlant des corps céleſ
tes , des planettes , des météores , des
- -
E iV
.
1o4 MERCURE DE FRANCE.
altérations de notre globe, des vents ,
des exhalaiſons, des volcans, des mou
vemens de l'athmoſphère, des proprié
tés des élémens & de tous ces phéno
mènes ſi étonnans, ſi importans , où
la nature ſe montre dans l'éclat de ſa
puiſſance & dans tout l'appareil de ſa
majeſté Tous les articles où ces ma- .
tières curieuſes ſont traitées, ſont autant
de diſſertations remplies de faits ſingu
liers, qui méritent d'être connus , &
dont la lecture fait le plus grand plaiſir :
c'eſt a regret que nous ne pouvons que
les indiquer.
-
Au mot Mer, M. de Bomare détaille
les divers phénomènes de cet immenſe
amas d'eaux ſalées qui couvre une gran
de partie de notre globe, & il traite
dans un Article particulier de celui qui
eſt connu des Phyſiciens ſous le nom
de Mer lumineuſe. Ce phénomène con
ſiſte en ce que dans certaines mers &
dans certaines circonſtances, la proue
du Navire qui vogue ſur les eaux, ſem
ble pendant la nuit les mettre en feu : le
vaiſſeau vogue dans un cercle lumi
neux, d'où s'échappe dans le fillage un
long trait de lumière. L'Auteur donne
un réſumé des diſſertations que MM.
Godeheu , Viannelli , Nollet & le Roi,
ont publiées ſur ce phénomène , &
-
J U IL LE T. 1764.
1o5
enſuite il rapporte I'cbſervation qu'il en
a faite lui-même le 19 Juillet 1762,étant
' au Port de Cette en Languedoc.
'
» Ce jour-là , dit l'Auteur, il fit une
» chaleur exceſſive. J'avois formé de
» puis long-temps , le projet de faire
» quelques obſervations ſur la plus ou
» moins grande facilité de nager dans la
» Mer ou dans l'eau douce ; & de dé
» couvrir ſi l'eau, qui touche au ſol de
» la Mer , eſt plus ou moins fraîche
» que la ſuperficie
de cet Elément.
» J'engageai M. Ortez, alors mon com
» pagnon de voyage , à faire ces ob
» ſervations en commun. Nous fumes
» au rivage ſur les dix heures du ſoir ;
» puis étant déshabillés , on ſe mit à
» l'eau juſqu'au col : on éſſaya de plon
» ger entiérement ; enſuite on ſonda ,
» avec la jambe & les bras, laquelle des
» deux ſurfaces étoit plus tempérée, &
» l'on reconnut ſenſiblement qu'autant
» la ſuperficie de la Mer étoit froide,
» autant le fond en étoit chaud. Notre
» principale obſervation ſe porta ſur un
» autre phénomène que voici : toutes les
» lames d'eau nous ſembloient étin
» celles, à meſure que nous les briſions
» en nageant. Je frottai mes mains &
» mes cuiſſes hors de l'eau , & j'en tirai .
-
E v
Io6 MERCURE DE FRANCE.
» auſſi des eſpéces d'étincelles : j'agitai
» fortement les cheveux de M. Ortez,
» qui parurent auſſitôt comme autant
» de vergettes lumineuſes. Je fis désha
» biller mon domeſtique & lui dis de ſe
» frotter auſſi, avant de ſe baigner dans
» la Mer; mais il ne put produire ſur lui
» le même effet qu'il remarquoit ſur
» moi.Je m'aviſai de le tirer par le bras :
» quelle fut notre ſurpriſe, lorſque je
» vis l'image de ma main entiérement
» tracée ſur ce bras, comme ſi c'eût été -
» un crayon phoſphorique qui l'eût im
» primée ! enfin il ſe mit à l'eau, & je le
» fis nager pour l'examiner à mon aiſe ;
» l'on auroit dit d'un homme de feu qui
» ſe débattoit dans l'eau. Nous prîmes
» du ſable & des fucus dans le fond de
» la Mer , & en frottant ces corps ils
» parurent également phoſphoriques.Je
» plongeai un mouchoir blanc dans
» l'eau , & le retirai tout couvert com--
» me de petites étoiles, ou de points
» brfllants & azurés , qui ſembloient
» s'écraſer, s'étendre par le frottement,
» & former des plaques lumineuſes.
» De retour au logis , je me fis apporter
» un bougie allumée, mais je ne pus rien
» diſtinguer ſur ce mouchoir. Le len
» demain de grand matin, j'allai trem
• per dans la Mer un ſeçond mouçhoir
· J U I L L E T. 1764.
1o7
» que je repliai bien ſoigneuſement ;
» quand le jour fut favorable je pris ma
» loupe, & je crus reconnoître ſur la
» toile , des atômes informes, immobi
» les & bleuâtres : je deſcendis dans la
» cave, pour éprouver s'ils ne reluiroient
» pas mieux qu'au jour ; mais tout le
» beau phénomène étoit détruit. »
. C'eſt ainſi que M. de Bomare, rend
compte dans l'occaſion des obſerva
tions & des expériences de phyſique
& d'hiſtoire naturelle, qu'il a faites dans
ſes voyages. Il en a entrepris pluſieurs
avec la protection du Gouvernement
dans les Provinces de la France & en
diverſes contrées de l'Europe, pour ob
ſerver de plus près , les ſubſtances qu'il
décrit & les voir dans leur pays natal,
ſi l'on peut ſe ſervir de ce terme. Pour
faire l'hiſtoire de la Nature, il a conſulté .
la nature elle - même , & les Sçavans
illuſtres qui en ſont aujourd'hui regardés
comme les oracles & les interprétes. II
a analyſé les écrits des plus célébres
obſervateurs anciens & modernes ; les
relations des voyageurs les plus accré
dités ; les Journaux François & Etran
ger. Il a puiſé dans les mémoires des
Académies , & dans une multitude
d'ouvrages & de traités particuliers ſax
E vj
-"
1o8 MERCURE DE FRANCE.
toutes les matières dont il traite. Pour
peu qu'on conſulte ce Dictionnaire on
s'apperçoit qu'il ne peut qu'être le fruit
d'une lecture immenſe, & qu'il contient
un précis exact&très-bien fait d'un grandi
nombre d'ouvrages volumineux, chèrs ,
quelques-uns même rares, dont il eſt
difficile de ſe procurer la collection. Le
Dictionnaire de M. de Bomare de
viendra d'un uſage habituel & journa
lier pour une § de perſonnes ; il
ſera utile à ceux qui exercent des profeſ
ſions relatives à la Médecine, aux Phy
ſiciens, & aux Artiſtes , aux Cultiva
teurs , aux Commerçans ; à l'homme
du monde , & aux jeunes gens aux
quels on veut donner une belle édu
cation.Les objets d'hiſtoire naturelle ſont
ceux qui ſe préſentent le plus ſouvent
dans la converſation , dans le commerce
de la ſociété & dans les uſages de la
vie, & nous ne connoiſſons point d'ou
vrage auſſi utile que celui - ci pour ſe
procurer promptement & facilement les
connoiſſances néceſſaires ſur ces objets :
il nous paroît ſur-tout déſtiné à occu
per une place diſtinguée dans les collec
tions de Livres qu'on porte avec ſoi à la
campagne , car quoiqu'aſſez volumi
neux , il eſt cependant d'un format
commode & portatif.
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11136
p. 109
LETTRE de M. l'Abbé MANGENOT, à l'Auteur du Mercure, sur les LANGUES.
Début :
JE suis persuadé, Monsieur, que toutes les Langues connues sont arrivées à [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé MANGENOT, à l'Auteur du Mercure, sur les LANGUES.
LETTRE de M. l'Abbé MANGENOT,
à l'Auteur du Mercure, sur les LANGUES.
JE suis persuadé, Monsieur, que toutes
les Langues connues sont arrivées à
leur perfection par une marche unifor
me analogue à la nature de l'eſprit hu
main ; & ſur ce principe , je demande à
tous ceux qui ſont en état de m'éclairer
dans la République des Lettres, s'il ne
ſeroit pas poſſible de faire une Gram
maire univerſelle & raiſonnée , où l'on
aſſigneroit la ſource des anomalités &
des caprices, que l'on remarque dans
toutes les Langues connues. Je ne peux
prendre d'autre canal que votre Mer
cure pour propoſer ceProblême aux mon
des ſçavans, & je vous prie d'inſérer ce
· billet dans un de vos Journaux , en
· conjurant les Sçavans en mon nom de
vous adreſſer leurs ſolutions. Voilà , je
crois, le meilleur uſage qu'on puiſſe faire
des papiers publics.
J'ai l'honneur d'être, &c.
à l'Auteur du Mercure, sur les LANGUES.
JE suis persuadé, Monsieur, que toutes
les Langues connues sont arrivées à
leur perfection par une marche unifor
me analogue à la nature de l'eſprit hu
main ; & ſur ce principe , je demande à
tous ceux qui ſont en état de m'éclairer
dans la République des Lettres, s'il ne
ſeroit pas poſſible de faire une Gram
maire univerſelle & raiſonnée , où l'on
aſſigneroit la ſource des anomalités &
des caprices, que l'on remarque dans
toutes les Langues connues. Je ne peux
prendre d'autre canal que votre Mer
cure pour propoſer ceProblême aux mon
des ſçavans, & je vous prie d'inſérer ce
· billet dans un de vos Journaux , en
· conjurant les Sçavans en mon nom de
vous adreſſer leurs ſolutions. Voilà , je
crois, le meilleur uſage qu'on puiſſe faire
des papiers publics.
J'ai l'honneur d'être, &c.
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11137
p. 110-124
LETTRE de M. l'Abbé JACQUIN, à l'Auteur du Mercure, sur l'introduction à la Science des Médailles, par DOM MANGEART.
Début :
ON ne sçauroit, Monsieur, trop faire connoître au Public les Ouvrages [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé JACQUIN, à l'Auteur du Mercure, sur l'introduction à la Science des Médailles, par DOM MANGEART.
LETTRE de M. l'Abbé JACQUIN,
à l'Auteur du Mercure, sur l'introduction
à la Science des Médailles,
par DOM MANGEART.
ON ne sçauroit, Monsieur, trop
faire connoître au Public les Ouvrages
utiles. Celui de Dom Mangeart , ſur
les Médailles, préſente aux jeunes Ama
teurs de l'Antiquité une méthode ſi
fimple, fi claire & ſi facile, qu'on ne
peut aſſez le mettre ſous leurs yeux,
& leur en recommander l'étude. C'eſt
dans cette intention que je vous prie
· de rendre public quelques traits ajou
tés au tableau que vous avez tracé de
ce livre , dans votre Mercure du mois de
· Janvier 1764, tom. 2, de cette année.Les
ſoins queje me ſuis donné pour cet Ou
vrage, avant & depuis la mort de ce
Sçavant Bénédictin , m'en ont rendu
familier & le plan & les détails.
On peut diviſer les monumens anti
ques en trois claſſes.
La première comprend les Inſcrip
tions.Les Hommes ramaſſés enfamilles,
non contens de ſe çommuniquer leurs
JU IL L ET. 1764.
Les Phéniciens ,
1 I 1:
penſées par l'uſage de la parole, cher
cherent & inventerent l'art de la pein
"dre : les inſcriptions gravées ſur le bois,
la pierre , le marbre & les métaux ,
ſont de la plus haute antiquité. Le de
ſir de conſacrer des hommages & d'of
frir des vœux à l'Etre ſuprême , ou
aux Divinités que l'oubli de la vérita
' ble Religion lui ſubſtitua, & de vi
vre dans la poſtérité, en lui conſer
vant la fondation des Villes & des éta
bliſſemens utiles, l'invention des Arts,
les vertus des Grands Hommes ,
les,
combats, les victoires &c, les fit ima
giner prèſque dès la naiſſance du Monde.
les Egyptiens ,
les.
Hébreux & les Grecs ne laiſſent aucun
doute ſur cette vérité.
L'écriture ne fut, il eſt vrai, dans
ſon berceau que la repréſentation groſ
ſière des objets ſenſibles. Enhardis par
les premiers ſuccès , les hommes cher
cherent bientôt après à donner un
corps à la penſée même : ſous une fi
gure ſymbolique & de convention on
parla aux yeux. C'eſt ainſi que chez les
Egyptiens un ſoleil annonçoit la Divi
nité , l'œil peignoit un Monarque, un
fauterelle, animal que l'on croyoit alors
ſans bouçhe, repréſentoit une perſonne,
112 MERCURE DE FRANCE !
initiée aux myſtères & obligé au ſecret,
&c , &c. Telle étoit encore à-peu
près, l'écriture chez les Chinois & chez
quelques Peuples anciens. L'art ſe per
fectionnant enfin , on inventa des ca
ractères ſimples, dont la variété des
combinaiſons préſentoient des ſens dif
férens.
"
Ces progrès lents & ſucceſſifs furent
la cauſe des différentes eſpèces d'écri
tures que l'on trouve chez les Peuples
les plus Anciens. Ceux qui ſe ſont raſ
ſemblés avant l'invention des caractères
ſimples, ont été obligés de paſſer par ces
différentes gradations. On compte qua
tre ſortes d'écritures chez les Egyptiens,
l'Hiéroglyphique, la Symbolique, l'E
piſtolaire & la Sacerdotale ou l'Hiéro
grammatique. Les Chinois, après avoir
commencé à peindre les objets ſe ſer
virent de cordelettes nouées , avec leſ-.
quelles ils formerent différens caractères,
par l'arrangement des cordelettes &
· des nœuds : ce ne fut même que long
temps après cette invention , que Fo
hi ſubſtitua à ces cordelettes de véri
tables caractères ou lettres formées par
des lignes.
.
-
'
· Du temps des Grecs on confondoit
encore la première eſpèce d'écritures,
JUILLE T. 1764:
113
avec celle qui n'étoit compoſée que
de caractères ſimples & alphabétiques :
leur Verbe Yedºº ſignifie même égale
ment peindre & écrire.
.
/
.
Les inſcriptions ſuivirent le ſort de
l'Ecriture : ces premières ne furent que
des eſpéces d'images des objets que l'on
vouloit faire paſſer à la poſtérité; mais
dès que chaque Peuple eut inventé ou
copié d'après l'art d'écrire, elles furent
gravées en caractères ſimples.
.
Les Phéniciens, les Egyptiens , les
Hébreux, les Grecs & les Romains nous
ont fourni une grande quantité d'inſ
criptions. Grœvius a raſſemblé dans ſon
ſçavant Recueil ces précieux reſtes de,
l' Antiquité épars dans les Ouvrages de
Gruterus , de Reinéſius, de Spon & de
Fabretti.
-
Dans la ſeconde Claſſe des Monu
mens antiques ſont renfermés les Ou
vrages d'Architecture & de Sculpture
qui nous reſtent de l'Antiquité. Leur
origine ſe perd elle-même, pour ainſi
dire, dans la naiſſance du Monde.Avant
la conſtruction de la Tour de Babel, les
premiers Patriarches avoient élevé dans
différentes occaſions des Autels de pier
res pour y offiir au Seigneur leurs hom
mages & leurs ſacrifices. Les Pyramides
-
114 MERCURE DE FRANCE.
d'Egypte, les colonnes qui ornoient le
Temple bâti par Sémiramis, les ſtatues
qui décoroient les Sanctuaires des Tem
ples & des Places publiques, les bas
reliefs qui embelliſſoient les frontons des
grands édifices, tout dépoſe pour l'an
tiquité de ces ſortes de Monumens.
Ils durent , comme les inſcriptions ,
leur naiſſance a la Religion & à la vani
té. C'étoit pour honorer les Dieux qu'on
expoſoit à la vénération publique leurs
Statues , ou même leur hiſtoire ſculptée
en bas-reliefs : en faiſant fumer l'encens
devant ces vainsSimulacres, on croyoit
obtenir les faveurs que l'on deſiroit,
ou éloigner les maux que l'on redoutoit.
D'un autre côté, ſi l'on anima la pierre
& fi l'on fit refpirer le marbre pour
honorer le mérite réel des Légiſlateurs,
des Héros & des Grands-hommes, com
bien la flatterie ne prodigua-t-elle pas
ſon cizeau, en donnant une ſorte de vie
à des hommes ſans talens & ſans vertus,
mais puiſſans ? Chaque événement re
marquable fut conſacré par les mains des
plus grands Maîtres. La fondation des
Villes, les établiſſemens conſidérables,
les édifices publics, & ſouvent même
ceux des particuliers , les guerres, les
victoires, les alliances , tout fut l'objet
JUILLE T. 1764.
115
de quelque Monument : voilà l'originé
des temples, des pyramides, des colon
nes , des cippes, des ſtatues, des bas
reliefs, &c, & de tous ces reſtes pré
cieux que Dom Monfaucon nous a con
ſervés dans ſon Antiquité expliquée, &
qu'un * Savant auſſi illuſtre par ſes lu
mières que par ſa naiſſance, nous offre
encore tous les iours dans cette collec
tion faite pour inſtruire les Amateurs de
l'Antiquité & pour inſpirer le goût aux
Artiſtes.
La troiſiéme Claſſe des Monumens
antiques eſt en quelque ſorte un com
poſé des deux autres, puiſqu'elle offire
des figures gravées accompagnées d'Inſ
criptions : telles ſont les Médailles, ob
jet de l'Ouvrage de Dom Mantgeart.
Nous nous étendrons un peu plus ſur
cette Claſſe des Monumens antiques que
ſur les deux premières.
Avant de préſenter
ſous différens
points de vue le travail du ſçavant Bé
nédictin, il eſt bon de remarquer com
bien ces trois eſpéces de Monumens
s'aident mutuellement pour la connoiſ
ſance & la ſûreté de l'Hiſtoire : en voici
un exemple frappant dans la famille de
* M. le Comte de Caylus, dont le nom ſeul eſt
un éloge,
-
116 MERCURE DE FRANCE.
Pertinax. L'Hiſtoire ne parle que de
cet Empereur : des médailles grecques,
nous ont conſervé le nom de Titiana ,
ſa femme. Outre cette découverte, on
trouve ſur une pierre gravée du Cabinet
de M. le Duc d'Orléans , non-ſeulement
les têtes de Pertinax & de Titiana,
mais encore un troiſiéme , dont les traits
déſignent une jeune perſonne : M. Bel
ley avoit regardé cette tête comme la
repréſentation du fils de cet Empereur.
Ce qui n'étoit qu'une conjecture , de
vient une vérité par la découverte de
quelques Monumens trouvés depuis peu
à Mets, & dont les inſcriptions nous
apprennent que ce jeune Prince avoit
été déclaré Céſar.
-
L'étude de ces trois Claſſes de Monu
mens eſt un des objets principaux de
l'Académie des Inſcriptions & Belles
Lettres. Il faut être déja initié dans la
connoiſſance de l'Antiquité pour com
prendre quelles obligations nous avons
à cet illuſtre Corps. Dom Mangeart ſça
voit mieux que perſonne lui rendre juſ
tice ; & s'il a inſéré dans l' Introduction
à la ſcience des Médailles pluſieurs mor
ceaux tirés de ces Mémoires, c'eſt qu'il
penſoit , avec la modeſtie ſi naturelle
aux grands Hommes, qu'il n'étoit pas
J U IL L E T. 1764.
117
poſſible de mieux écrire ſur les matières
qui en ſont les objets. Avec quel plaiſir
ne ſaiſis-je pas l'occaſion de rendre mes
hommages à cette Compagnie ?
gendes.
-
#
· Dans le vaſte tableau que préſente
l'Ouvrage de Dom Mangeart , je diſ
tingue trois maſſes , les connoiſſances
préliminaires ,
les Types & les Lé
'>
| 1°. Les Médailles ne ſont pas auſſi
anciennes que les Monumens qui com
poſent les deux premières Claſſes des
Antiquités. Quoiqu'en puiſſent dire ceux
qui ont regardé Tubalcain comme l'in
· venteur de la Monnoie, ou ceux qui ont
cru qu'Abraham avoit payé en argent
monnoyé aux enfans de Heth, le droit
de ſépulture pour ſa femme, ou même
ceux qui font remonter leurs ſuites de
Médailles juſqu'à Adam , il eſt certain
· qu'on ne trouve dans aucun Cabinet des
Piéces antiques qui ſoient antérieures de
neuf cens ans avant l'Ere Chrétienne :
encore les Médailles de Phidon & de
_Démonax , qui dateroient à peu près
de cette antiquité, ſi elles euſſent été
frappées du vivant de ce Prince, n'ont
été fabriquées que pluſieurs ſiécles après
leur mort. On ne peut donc faire remon
ter avec aſſurance l'époque des Médailles
x 18 MERCURE DE FRANCE.
| grecques (les plus anciennes de toutes,)
que juſqu'au règne d'Amyntas III,ayeul
#e Philippe II , père d'Alexandre-le
Grand. .
'
, Chez les Romains , Servius-Tullius
fut le premier qui fit frapper de la Mon
noie, en fixant la valeur d'une piéce
de bronze , ſur laquelle on imprimoit
certaines marques.Avant ce Prince, on
s'étoit ſervi à Rome de monnoie de cuir
juſqu'à Numa-Pompilius , qui mit en
uſage des morceaux de bronze ſans au
· cune marque.
Il eſt aiſé de voir , par ce que nous
venons de dire, que les Médailles, de
· quelque module & de quelque métal
qu'elles ſoient, étoientanciennement de
vraies Monnoies, c'eſt-à-dire des pièces
frappées ſous l'autorité du Chef, pour
avoir cours dans le commerce ; auſſi
confond-t-on ſouvent les termes de
Monnoies & de Médailles.
Il n'eſt pas auſſi facile de décider ſi les
Médaillons ont eu cours, à titre de Mon
noie. Les vrais Médaillons ſont toutes
les grandes pièces qui, dans quelque
métal que ce ſoit, excédent parleurpoids
leur étendue & la fabrique, le volume & la
forme du plus grand module des Mon
noies antiques ordinaires. Pluſieurs raie
J UIL LE T. 1764. ..
119
ſons ont déterminé M. Mahudel à pen
ſer que ces pièces, après avoir ſervi à
conſacrer plus particulièrement la mé
moire de quelques faits ſignalés ou aux
largeſſes des Empereurs, rentroient dans
le commerce, à raiſon de leur poids, les
principes ſur leſquels s'appuie çe Savant,
paroiſſent déciſifs.
| On ne frappa d'abord les Monnoies
ue ſur une des deux faces : alors la
façon de les fabriquer étoit toute diffé
rente, comme l'explique très-ſavament
M. l'Abbé Barthelemi dans ſon Eſſai
de Paléographie numiſmatique. On les
marqua enſuite des deux côtés; c'eſt-à
dire qu'on y mit un type & une légende
ſur chaque face. Elles ſe frappoient alors
au marteau : c'eſt ainſi qu'on les fabri
lue encore aujourd'hui en Chine dans
l'Inde & dans pluſieurs autres Pays. On
en couloit quelquefois dans des moules
compoſés d'argile : celles - ci étoient
moins nettes que celles qui étoient frap
pées. Ce n'eſt que depuis peu que nous
avons trouvé le balancier , invention
propre à facilliter l'opération & à rendre
les Médailles plus exactes & plus cor
rectes.
En général, une Médaille eſt unepiéce
de métal à deux faces, ſur chacune deſ
12o MERCURE DE FRANCE.
quelles ſont ordinairement un type &
une légende. Il faut voir dans l'Auteur
l'explication étendue de cette définition :
il n'eſt pas poſſible dans une ſimple Let
tre de s'arrêter long-temps ſur les objets
les plus intéreſſansde ce ſçavantOuvrage.
< Les Médailles ayant ſervi dans leur
origine de monnoie , c'eſt-à-dire, de
ſignes conventionnels d'une valeur réel
le, on en a compoſé de tout ce qui pou
voit porter le ſceau public , comme
l'or, l'argent , le cuivre , le potin , le
fer, le plomb, le cuir , le carton , la
terre, le bois, les coquilles & les aman
des. La France n'en a-t-elle pas vu de
papier au commencement de ce fiécle ?
Quelle triſte collection que celle que
l'on feroit avec des billets de banque !
On ne conſerve dans les Cabinets que
les Médailles d'or, d'argent, de bronze
& de potin.
-
º Il y a des Médailles de pluſieurs for--
mes : les unes repréſentent un quarré
parfait ou un quarré long ; les autres
ſont en loſange ou en ovale. Pour l'or- .
dinaire elles ſont arrondies.
| Par rapport au module , on appelle
médaillons dans tous les métaux , les
grandes piéces dont nous venons de
-
parler un peu plus haut. .
Les
-
,
JU IL L E T. 1764.
en grand, moyen & petit bronze.
I2,t
Les Médailles de bronze ſe diviſent
Les Médailles d'or & d'argent dans
le haut Empire, ſont aſſez †§
pour le module au petit bronze : celles
qui excédent ſenſiblement ce module
s'appellent Médaillons.
Outre ces modules, il y a encore ce
lui des monnoies bractéates : ce ſont des
piéces, ou plutôt de ſimples feuilles de
métal chargées d'une empreinte groſſière.
On n'en connoît pas de plus anciennes
que le neuviéme fiécle. La rareté de
l'argent & le mauvais goût du temps
ſont les cauſes de leurs défauts.
On donne aux Médailles différens
noms. Leur âge les fait appeller antiques
ou modernes. Les antiques finiſſent à la
ruine de l'Empire de Conſtantinople par
les Turcs en 1453. Toutes celles qui
, datent d'après cette époque malheureu- .
ſe, ſont modernes , & n'occupent au
cune place dans les cabinets des Cu
I16UlX.
Les matières dont les Médailles ſont
compoſées leur font donner les noms
de Médailles d'or, d'argent, de bronze,
&c. On appelle Médailles ſaucées celles
de bronze qui ſont trempées & ſaucées
dans l'étain ; & fourrées celles qui
I, Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
ſont faites d'une piéce de bronze ou
de fer couverte d'une lame d'or ou d'ar
gent : elles étoient l'ouvrage des faux
Monnoyeurs.
' On a vu plus haut les noms que les
Médailles prennent de leurs différens
modules.
La manière dont elles ſont ſabriquées
les fait appeller ſimplement Médailles
quand elles ſont gravées en relief, &
Médailles en creux quand leur marque
eſt creuſée dans la Pièce. Par l'inadver
tance de l'Officier de la Monnoie, qui
ſert à gliſſer le flan ſous les coins ,
il
peut arriver qu'une Médaille ſoit gravée
en relief d'un côté & en creux de l'au
tre , parce qu'il aura placé un nouveau
flan ſur une piéce déja frappée : ce ſont
ces ſortes de Médailles que l'on nomme
incuſes.
On appelle Contorniates celles qui ont
un cercle en creux ſubſtitué au grénetis,
& encaſtillées celles qui ſont ornées d'un
cercle antique aiouté après leur fabrique.
Il ne faut pas confondre avec-ces deux
eſpéces de Médailles , celles qui ſont
compoſées de pluſieurs bronzes de dif
férentes couleurs , enchaſſés & ſoudés
enſemble : elles ſont plus précieuſes que
les Contorniates. On trouve§
J U IL L E T. 1764.
123
des Médailles percées, ſur tout dans ces
trois eſpéces : ce ſont celles que l'on
pendoit au cou par ornemens , & ſou
vent même comme T aliſmans.
Les Médailles empruntent les noms
des différens Peuples qui les ont fait frap
per : c'eſt ainſi qu'on les appelle Grec
ques, Latines , Puniques, Françoiſes ,
&c.
Elles ont encore différens noms par
rapport aux noms & titres de ceux qui
les ont fait frapper ou qu'ils repréſen
tent. La diviſion la plus ordinaire de ces
noms eſt en Médailles des Rois , des Fa
milles ou Conſulaires, Impériales , des
Colonies , des Peuples & des Villes. C n
nomme celles qui ont été frappées à
l'honneur des grands Hommes, Mé
dailles de Fondateurs , de Réparateurs ,
d'Hommes illuſtres & de Reſtituteurs. Il
ſaut voir dans l'Ouvrage même com
ment l'Auteur traite dans la Seétion VII
de l'Appendice du Chap. III. ce qui re
garde les Médailles reſtituées. Cet en
droit curieux & intéreſſant eſt plein d'i
dées heureuſes, ſimples & neuves.
Les différens dégrés de perfection des
Médailles leur ont auſſi fait donner di
vers noms, tels que ceux de vraies, d'au
thentiques, de Médaille à fleur de coin ,
F ij
A
x24 MERCURE DE FRANCE.
.
de contrefaites, de fauſſes, de fruſtes,
de moulées ou de retouchées par les Mon
nétaires.
-
Outre ces différentes ſortes de Mé
dailles, on conſerve encore dans les Ca
binets des piéces appellées obſidionales,
parce qu'elles ont été frappées pendant
de longs ſiéges de villes, par ordre du
Gouverneur ou des Magiſtrats, pour te
mir lieu pendant quelque temps de mon
noies. Les plus anciennes obſidionales
que l'on connoiſſe ſont du commence
ment du ſeiziéme ſiécle, lorſque Fran
gois I. porta la guerre en Italie. C'eſt
moins pour leur beauté & pour leur
matière qu'on les conſerve dans quel
ques Cabinets , que par curioſité ; car
elles ſe reſſentent en tout de la calamité
qui les a fait frapper.
-
Enfin on trouve ſur quelques Mé
dailles certaines petites
figures hors
d'œuvre , ou des caractères iſolés im
primés après-coup , que l'on appelle
contre-marques. Il faut conſulter l'Au
teur pour voir par quels motifs on a fait
frapper ces contre-marques , & pour
quels uſages.
Le reſte au Mercure prochain.
à l'Auteur du Mercure, sur l'introduction
à la Science des Médailles,
par DOM MANGEART.
ON ne sçauroit, Monsieur, trop
faire connoître au Public les Ouvrages
utiles. Celui de Dom Mangeart , ſur
les Médailles, préſente aux jeunes Ama
teurs de l'Antiquité une méthode ſi
fimple, fi claire & ſi facile, qu'on ne
peut aſſez le mettre ſous leurs yeux,
& leur en recommander l'étude. C'eſt
dans cette intention que je vous prie
· de rendre public quelques traits ajou
tés au tableau que vous avez tracé de
ce livre , dans votre Mercure du mois de
· Janvier 1764, tom. 2, de cette année.Les
ſoins queje me ſuis donné pour cet Ou
vrage, avant & depuis la mort de ce
Sçavant Bénédictin , m'en ont rendu
familier & le plan & les détails.
On peut diviſer les monumens anti
ques en trois claſſes.
La première comprend les Inſcrip
tions.Les Hommes ramaſſés enfamilles,
non contens de ſe çommuniquer leurs
JU IL L ET. 1764.
Les Phéniciens ,
1 I 1:
penſées par l'uſage de la parole, cher
cherent & inventerent l'art de la pein
"dre : les inſcriptions gravées ſur le bois,
la pierre , le marbre & les métaux ,
ſont de la plus haute antiquité. Le de
ſir de conſacrer des hommages & d'of
frir des vœux à l'Etre ſuprême , ou
aux Divinités que l'oubli de la vérita
' ble Religion lui ſubſtitua, & de vi
vre dans la poſtérité, en lui conſer
vant la fondation des Villes & des éta
bliſſemens utiles, l'invention des Arts,
les vertus des Grands Hommes ,
les,
combats, les victoires &c, les fit ima
giner prèſque dès la naiſſance du Monde.
les Egyptiens ,
les.
Hébreux & les Grecs ne laiſſent aucun
doute ſur cette vérité.
L'écriture ne fut, il eſt vrai, dans
ſon berceau que la repréſentation groſ
ſière des objets ſenſibles. Enhardis par
les premiers ſuccès , les hommes cher
cherent bientôt après à donner un
corps à la penſée même : ſous une fi
gure ſymbolique & de convention on
parla aux yeux. C'eſt ainſi que chez les
Egyptiens un ſoleil annonçoit la Divi
nité , l'œil peignoit un Monarque, un
fauterelle, animal que l'on croyoit alors
ſans bouçhe, repréſentoit une perſonne,
112 MERCURE DE FRANCE !
initiée aux myſtères & obligé au ſecret,
&c , &c. Telle étoit encore à-peu
près, l'écriture chez les Chinois & chez
quelques Peuples anciens. L'art ſe per
fectionnant enfin , on inventa des ca
ractères ſimples, dont la variété des
combinaiſons préſentoient des ſens dif
férens.
"
Ces progrès lents & ſucceſſifs furent
la cauſe des différentes eſpèces d'écri
tures que l'on trouve chez les Peuples
les plus Anciens. Ceux qui ſe ſont raſ
ſemblés avant l'invention des caractères
ſimples, ont été obligés de paſſer par ces
différentes gradations. On compte qua
tre ſortes d'écritures chez les Egyptiens,
l'Hiéroglyphique, la Symbolique, l'E
piſtolaire & la Sacerdotale ou l'Hiéro
grammatique. Les Chinois, après avoir
commencé à peindre les objets ſe ſer
virent de cordelettes nouées , avec leſ-.
quelles ils formerent différens caractères,
par l'arrangement des cordelettes &
· des nœuds : ce ne fut même que long
temps après cette invention , que Fo
hi ſubſtitua à ces cordelettes de véri
tables caractères ou lettres formées par
des lignes.
.
-
'
· Du temps des Grecs on confondoit
encore la première eſpèce d'écritures,
JUILLE T. 1764:
113
avec celle qui n'étoit compoſée que
de caractères ſimples & alphabétiques :
leur Verbe Yedºº ſignifie même égale
ment peindre & écrire.
.
/
.
Les inſcriptions ſuivirent le ſort de
l'Ecriture : ces premières ne furent que
des eſpéces d'images des objets que l'on
vouloit faire paſſer à la poſtérité; mais
dès que chaque Peuple eut inventé ou
copié d'après l'art d'écrire, elles furent
gravées en caractères ſimples.
.
Les Phéniciens, les Egyptiens , les
Hébreux, les Grecs & les Romains nous
ont fourni une grande quantité d'inſ
criptions. Grœvius a raſſemblé dans ſon
ſçavant Recueil ces précieux reſtes de,
l' Antiquité épars dans les Ouvrages de
Gruterus , de Reinéſius, de Spon & de
Fabretti.
-
Dans la ſeconde Claſſe des Monu
mens antiques ſont renfermés les Ou
vrages d'Architecture & de Sculpture
qui nous reſtent de l'Antiquité. Leur
origine ſe perd elle-même, pour ainſi
dire, dans la naiſſance du Monde.Avant
la conſtruction de la Tour de Babel, les
premiers Patriarches avoient élevé dans
différentes occaſions des Autels de pier
res pour y offiir au Seigneur leurs hom
mages & leurs ſacrifices. Les Pyramides
-
114 MERCURE DE FRANCE.
d'Egypte, les colonnes qui ornoient le
Temple bâti par Sémiramis, les ſtatues
qui décoroient les Sanctuaires des Tem
ples & des Places publiques, les bas
reliefs qui embelliſſoient les frontons des
grands édifices, tout dépoſe pour l'an
tiquité de ces ſortes de Monumens.
Ils durent , comme les inſcriptions ,
leur naiſſance a la Religion & à la vani
té. C'étoit pour honorer les Dieux qu'on
expoſoit à la vénération publique leurs
Statues , ou même leur hiſtoire ſculptée
en bas-reliefs : en faiſant fumer l'encens
devant ces vainsSimulacres, on croyoit
obtenir les faveurs que l'on deſiroit,
ou éloigner les maux que l'on redoutoit.
D'un autre côté, ſi l'on anima la pierre
& fi l'on fit refpirer le marbre pour
honorer le mérite réel des Légiſlateurs,
des Héros & des Grands-hommes, com
bien la flatterie ne prodigua-t-elle pas
ſon cizeau, en donnant une ſorte de vie
à des hommes ſans talens & ſans vertus,
mais puiſſans ? Chaque événement re
marquable fut conſacré par les mains des
plus grands Maîtres. La fondation des
Villes, les établiſſemens conſidérables,
les édifices publics, & ſouvent même
ceux des particuliers , les guerres, les
victoires, les alliances , tout fut l'objet
JUILLE T. 1764.
115
de quelque Monument : voilà l'originé
des temples, des pyramides, des colon
nes , des cippes, des ſtatues, des bas
reliefs, &c, & de tous ces reſtes pré
cieux que Dom Monfaucon nous a con
ſervés dans ſon Antiquité expliquée, &
qu'un * Savant auſſi illuſtre par ſes lu
mières que par ſa naiſſance, nous offre
encore tous les iours dans cette collec
tion faite pour inſtruire les Amateurs de
l'Antiquité & pour inſpirer le goût aux
Artiſtes.
La troiſiéme Claſſe des Monumens
antiques eſt en quelque ſorte un com
poſé des deux autres, puiſqu'elle offire
des figures gravées accompagnées d'Inſ
criptions : telles ſont les Médailles, ob
jet de l'Ouvrage de Dom Mantgeart.
Nous nous étendrons un peu plus ſur
cette Claſſe des Monumens antiques que
ſur les deux premières.
Avant de préſenter
ſous différens
points de vue le travail du ſçavant Bé
nédictin, il eſt bon de remarquer com
bien ces trois eſpéces de Monumens
s'aident mutuellement pour la connoiſ
ſance & la ſûreté de l'Hiſtoire : en voici
un exemple frappant dans la famille de
* M. le Comte de Caylus, dont le nom ſeul eſt
un éloge,
-
116 MERCURE DE FRANCE.
Pertinax. L'Hiſtoire ne parle que de
cet Empereur : des médailles grecques,
nous ont conſervé le nom de Titiana ,
ſa femme. Outre cette découverte, on
trouve ſur une pierre gravée du Cabinet
de M. le Duc d'Orléans , non-ſeulement
les têtes de Pertinax & de Titiana,
mais encore un troiſiéme , dont les traits
déſignent une jeune perſonne : M. Bel
ley avoit regardé cette tête comme la
repréſentation du fils de cet Empereur.
Ce qui n'étoit qu'une conjecture , de
vient une vérité par la découverte de
quelques Monumens trouvés depuis peu
à Mets, & dont les inſcriptions nous
apprennent que ce jeune Prince avoit
été déclaré Céſar.
-
L'étude de ces trois Claſſes de Monu
mens eſt un des objets principaux de
l'Académie des Inſcriptions & Belles
Lettres. Il faut être déja initié dans la
connoiſſance de l'Antiquité pour com
prendre quelles obligations nous avons
à cet illuſtre Corps. Dom Mangeart ſça
voit mieux que perſonne lui rendre juſ
tice ; & s'il a inſéré dans l' Introduction
à la ſcience des Médailles pluſieurs mor
ceaux tirés de ces Mémoires, c'eſt qu'il
penſoit , avec la modeſtie ſi naturelle
aux grands Hommes, qu'il n'étoit pas
J U IL L E T. 1764.
117
poſſible de mieux écrire ſur les matières
qui en ſont les objets. Avec quel plaiſir
ne ſaiſis-je pas l'occaſion de rendre mes
hommages à cette Compagnie ?
gendes.
-
#
· Dans le vaſte tableau que préſente
l'Ouvrage de Dom Mangeart , je diſ
tingue trois maſſes , les connoiſſances
préliminaires ,
les Types & les Lé
'>
| 1°. Les Médailles ne ſont pas auſſi
anciennes que les Monumens qui com
poſent les deux premières Claſſes des
Antiquités. Quoiqu'en puiſſent dire ceux
qui ont regardé Tubalcain comme l'in
· venteur de la Monnoie, ou ceux qui ont
cru qu'Abraham avoit payé en argent
monnoyé aux enfans de Heth, le droit
de ſépulture pour ſa femme, ou même
ceux qui font remonter leurs ſuites de
Médailles juſqu'à Adam , il eſt certain
· qu'on ne trouve dans aucun Cabinet des
Piéces antiques qui ſoient antérieures de
neuf cens ans avant l'Ere Chrétienne :
encore les Médailles de Phidon & de
_Démonax , qui dateroient à peu près
de cette antiquité, ſi elles euſſent été
frappées du vivant de ce Prince, n'ont
été fabriquées que pluſieurs ſiécles après
leur mort. On ne peut donc faire remon
ter avec aſſurance l'époque des Médailles
x 18 MERCURE DE FRANCE.
| grecques (les plus anciennes de toutes,)
que juſqu'au règne d'Amyntas III,ayeul
#e Philippe II , père d'Alexandre-le
Grand. .
'
, Chez les Romains , Servius-Tullius
fut le premier qui fit frapper de la Mon
noie, en fixant la valeur d'une piéce
de bronze , ſur laquelle on imprimoit
certaines marques.Avant ce Prince, on
s'étoit ſervi à Rome de monnoie de cuir
juſqu'à Numa-Pompilius , qui mit en
uſage des morceaux de bronze ſans au
· cune marque.
Il eſt aiſé de voir , par ce que nous
venons de dire, que les Médailles, de
· quelque module & de quelque métal
qu'elles ſoient, étoientanciennement de
vraies Monnoies, c'eſt-à-dire des pièces
frappées ſous l'autorité du Chef, pour
avoir cours dans le commerce ; auſſi
confond-t-on ſouvent les termes de
Monnoies & de Médailles.
Il n'eſt pas auſſi facile de décider ſi les
Médaillons ont eu cours, à titre de Mon
noie. Les vrais Médaillons ſont toutes
les grandes pièces qui, dans quelque
métal que ce ſoit, excédent parleurpoids
leur étendue & la fabrique, le volume & la
forme du plus grand module des Mon
noies antiques ordinaires. Pluſieurs raie
J UIL LE T. 1764. ..
119
ſons ont déterminé M. Mahudel à pen
ſer que ces pièces, après avoir ſervi à
conſacrer plus particulièrement la mé
moire de quelques faits ſignalés ou aux
largeſſes des Empereurs, rentroient dans
le commerce, à raiſon de leur poids, les
principes ſur leſquels s'appuie çe Savant,
paroiſſent déciſifs.
| On ne frappa d'abord les Monnoies
ue ſur une des deux faces : alors la
façon de les fabriquer étoit toute diffé
rente, comme l'explique très-ſavament
M. l'Abbé Barthelemi dans ſon Eſſai
de Paléographie numiſmatique. On les
marqua enſuite des deux côtés; c'eſt-à
dire qu'on y mit un type & une légende
ſur chaque face. Elles ſe frappoient alors
au marteau : c'eſt ainſi qu'on les fabri
lue encore aujourd'hui en Chine dans
l'Inde & dans pluſieurs autres Pays. On
en couloit quelquefois dans des moules
compoſés d'argile : celles - ci étoient
moins nettes que celles qui étoient frap
pées. Ce n'eſt que depuis peu que nous
avons trouvé le balancier , invention
propre à facilliter l'opération & à rendre
les Médailles plus exactes & plus cor
rectes.
En général, une Médaille eſt unepiéce
de métal à deux faces, ſur chacune deſ
12o MERCURE DE FRANCE.
quelles ſont ordinairement un type &
une légende. Il faut voir dans l'Auteur
l'explication étendue de cette définition :
il n'eſt pas poſſible dans une ſimple Let
tre de s'arrêter long-temps ſur les objets
les plus intéreſſansde ce ſçavantOuvrage.
< Les Médailles ayant ſervi dans leur
origine de monnoie , c'eſt-à-dire, de
ſignes conventionnels d'une valeur réel
le, on en a compoſé de tout ce qui pou
voit porter le ſceau public , comme
l'or, l'argent , le cuivre , le potin , le
fer, le plomb, le cuir , le carton , la
terre, le bois, les coquilles & les aman
des. La France n'en a-t-elle pas vu de
papier au commencement de ce fiécle ?
Quelle triſte collection que celle que
l'on feroit avec des billets de banque !
On ne conſerve dans les Cabinets que
les Médailles d'or, d'argent, de bronze
& de potin.
-
º Il y a des Médailles de pluſieurs for--
mes : les unes repréſentent un quarré
parfait ou un quarré long ; les autres
ſont en loſange ou en ovale. Pour l'or- .
dinaire elles ſont arrondies.
| Par rapport au module , on appelle
médaillons dans tous les métaux , les
grandes piéces dont nous venons de
-
parler un peu plus haut. .
Les
-
,
JU IL L E T. 1764.
en grand, moyen & petit bronze.
I2,t
Les Médailles de bronze ſe diviſent
Les Médailles d'or & d'argent dans
le haut Empire, ſont aſſez †§
pour le module au petit bronze : celles
qui excédent ſenſiblement ce module
s'appellent Médaillons.
Outre ces modules, il y a encore ce
lui des monnoies bractéates : ce ſont des
piéces, ou plutôt de ſimples feuilles de
métal chargées d'une empreinte groſſière.
On n'en connoît pas de plus anciennes
que le neuviéme fiécle. La rareté de
l'argent & le mauvais goût du temps
ſont les cauſes de leurs défauts.
On donne aux Médailles différens
noms. Leur âge les fait appeller antiques
ou modernes. Les antiques finiſſent à la
ruine de l'Empire de Conſtantinople par
les Turcs en 1453. Toutes celles qui
, datent d'après cette époque malheureu- .
ſe, ſont modernes , & n'occupent au
cune place dans les cabinets des Cu
I16UlX.
Les matières dont les Médailles ſont
compoſées leur font donner les noms
de Médailles d'or, d'argent, de bronze,
&c. On appelle Médailles ſaucées celles
de bronze qui ſont trempées & ſaucées
dans l'étain ; & fourrées celles qui
I, Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
ſont faites d'une piéce de bronze ou
de fer couverte d'une lame d'or ou d'ar
gent : elles étoient l'ouvrage des faux
Monnoyeurs.
' On a vu plus haut les noms que les
Médailles prennent de leurs différens
modules.
La manière dont elles ſont ſabriquées
les fait appeller ſimplement Médailles
quand elles ſont gravées en relief, &
Médailles en creux quand leur marque
eſt creuſée dans la Pièce. Par l'inadver
tance de l'Officier de la Monnoie, qui
ſert à gliſſer le flan ſous les coins ,
il
peut arriver qu'une Médaille ſoit gravée
en relief d'un côté & en creux de l'au
tre , parce qu'il aura placé un nouveau
flan ſur une piéce déja frappée : ce ſont
ces ſortes de Médailles que l'on nomme
incuſes.
On appelle Contorniates celles qui ont
un cercle en creux ſubſtitué au grénetis,
& encaſtillées celles qui ſont ornées d'un
cercle antique aiouté après leur fabrique.
Il ne faut pas confondre avec-ces deux
eſpéces de Médailles , celles qui ſont
compoſées de pluſieurs bronzes de dif
férentes couleurs , enchaſſés & ſoudés
enſemble : elles ſont plus précieuſes que
les Contorniates. On trouve§
J U IL L E T. 1764.
123
des Médailles percées, ſur tout dans ces
trois eſpéces : ce ſont celles que l'on
pendoit au cou par ornemens , & ſou
vent même comme T aliſmans.
Les Médailles empruntent les noms
des différens Peuples qui les ont fait frap
per : c'eſt ainſi qu'on les appelle Grec
ques, Latines , Puniques, Françoiſes ,
&c.
Elles ont encore différens noms par
rapport aux noms & titres de ceux qui
les ont fait frapper ou qu'ils repréſen
tent. La diviſion la plus ordinaire de ces
noms eſt en Médailles des Rois , des Fa
milles ou Conſulaires, Impériales , des
Colonies , des Peuples & des Villes. C n
nomme celles qui ont été frappées à
l'honneur des grands Hommes, Mé
dailles de Fondateurs , de Réparateurs ,
d'Hommes illuſtres & de Reſtituteurs. Il
ſaut voir dans l'Ouvrage même com
ment l'Auteur traite dans la Seétion VII
de l'Appendice du Chap. III. ce qui re
garde les Médailles reſtituées. Cet en
droit curieux & intéreſſant eſt plein d'i
dées heureuſes, ſimples & neuves.
Les différens dégrés de perfection des
Médailles leur ont auſſi fait donner di
vers noms, tels que ceux de vraies, d'au
thentiques, de Médaille à fleur de coin ,
F ij
A
x24 MERCURE DE FRANCE.
.
de contrefaites, de fauſſes, de fruſtes,
de moulées ou de retouchées par les Mon
nétaires.
-
Outre ces différentes ſortes de Mé
dailles, on conſerve encore dans les Ca
binets des piéces appellées obſidionales,
parce qu'elles ont été frappées pendant
de longs ſiéges de villes, par ordre du
Gouverneur ou des Magiſtrats, pour te
mir lieu pendant quelque temps de mon
noies. Les plus anciennes obſidionales
que l'on connoiſſe ſont du commence
ment du ſeiziéme ſiécle, lorſque Fran
gois I. porta la guerre en Italie. C'eſt
moins pour leur beauté & pour leur
matière qu'on les conſerve dans quel
ques Cabinets , que par curioſité ; car
elles ſe reſſentent en tout de la calamité
qui les a fait frapper.
-
Enfin on trouve ſur quelques Mé
dailles certaines petites
figures hors
d'œuvre , ou des caractères iſolés im
primés après-coup , que l'on appelle
contre-marques. Il faut conſulter l'Au
teur pour voir par quels motifs on a fait
frapper ces contre-marques , & pour
quels uſages.
Le reſte au Mercure prochain.
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11138
p. 125-141
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite & envoyée par elle à Milady, Comtesse [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite
& envoyée par elle à Milady, Comtesse
deRoſcomond, Ambaſſadrice d'An
gleterre à la Cour de Dannemarck, par
, Madame Riccoboni. A Paris, chez Bro
cas & Humblot, Libraires, rue S. Jac
ques, au Chef S.Jean, 1764 ; avec ap
probation & privilége du Roi, en quatre
parties in-12.
C'eſt pour les Provinces que nous
annonçons ce Roman : car à Paris il eſt
très-connu, & y a le plus grand ſuccès.
Le nom de Madame Riccoboni ne pou
voit manquer de le faire rechercher avec
empreſſement; & le mérite de l'Ouvrage
a répondu à l'attente des Lecteurs, déja
ſi bien diſpoſés par les Lettres de Fanni,
le Marquis de Creſſi , Juliette Catesby
& Amélie, dans leſquels on a remarqué
de l'eſprit, de l'imagination , de l'inté
rêt & du ſtyle. L'Hiſtoire de Miſs Jenny
réunit ces mêmes avantages, & mérite
qu'on en faſſe mention dans plus d'un
de nos Mercures.
HISToIRE de France, depuis l'Eta
F iij
-
I 26 MERCURE DE NRANCE.
bliſſement de la Monarchie juſqu'au
règne de Louis XIV; par M. de Villa
ret. A Paris , chez Deſaint & Saillant ,
Libraires, rue S. Jean de Beauvais ; les
Tomes XIII & XIV.
Nous croyons avec tout le Public,
qu'à meſure que M. Villaret avance
dans cette carrière , ſon Ouvrage de
vient toujours plus intéreſſant. Indé
pendemment des matières curieuſes que
renferment ces deux volumes , il eſt
certain que le ſtyle de l'Auteur , & ſa
manière de préſenter les faits & d'ex
poſer les événemens, augmentent l'in
térêt, & piquent de plus en plus la cu
rioſité. La fin malheureuſe du Règne de
Charles VI, & les troubles qui agitèrent
celui de Charles VII, étoient des Sujets
· très-propres à faire briller le talent dé
cidé & reconnu de M. Villaret pour le
genre hiſtorique. Ils fourniront la ma
· tière d'un Extrait dans un de nos pro
chains Mercures.
TRADUCTIoN libre de l'Iliade. A
· Berlin , 1763, un vol. in-12.
Nous n'annonçons aujourd'hui cet
Ouvrage, qui n'a point paru en France,
que pour avoir occaſion d'avertir nos
Lecteurs, que M. Bitobé va en donner à
JUIL L ET. 1764
-
127
Paris une ſeconde édition en deux vo -
lumes : il l'a entiérement retravaillée & a
profité des critiques qu'on lui a faites.
Ses retranchemens ſeront ſi peu confi
dérables , qu'il l'intitulera ILIADE,
traduction nouvelle. Cependant il a cru ,
avec beaucoup de raiſon , que s'il s'étoit
aſtreint à conſerver toutes les répétitions
d'Homère, ſes comparaiſons & ſes com
bats trop rebattus, il auroit trouvé peu
de Lecteurs. Il a conſervé aſſez de ces
répétitions, pour faire connoître le génie
d'Homère. On peut eſpérer, après ſon
| nouveau travail, qu'il ſatisfera les deux
Partis ; que les ennemis d'Homère re
viendront de leur mépris outré, & con
viendront que ce Poëte avoit un très
· grand génie ; & cue ſes admirateurs un
peu trop zélés n'auront pas à ſe plaindre
des légers retranchemens du Traduc
teur, & ne prétendront pas ſoumettre
tous les Lecteurs à leurs goûts. L'Ou
vrage ſera accompagné d'un Diſcours
réliminaire beaucoup plus étendu que
celui de l'édition précédente, & intitulé
Réflexions ſur Homère, où l'Auteur ſe
propoſe de jetter un coup-d'œil attentif
ſur tout ce qui a été dit dans la fameuſe
diſpute élevée au ſujet de ce Poëte, &
de peſer avec toute l'impartialité poſº
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
ſible , les opinions des deux Partis.
LETTRE de M. Morand , Conſeiller
Médecin ordinaire du Roi de Pologne,
Duc de Lorraine, &c; imprimée chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre, feuille
in-12, adreſſée à M. Ronnow, Ecuyer,
premier Médecin de S. M. le Roi de
Pologne , Duc de Lorraine , ſur un
reméde anti-vénérien.
CetteLettre eſt le produit d'une correſ
pondance littéraire entre deux Médecins
qui appartiennent à des Compagnies ſça
vantes.L'Auteur y fait part à M. Ronnow
d'un nouveau reméde pour les maladies
dont on croit que le mercure eſt le ſeul
ſpécifique, quoique ce minéral n'y entre
pour rien. Ce reméde, qui eſt celui de
M. Nicole, Chirurgien chez le Roi, a
ce double avantage, qu'il peut être éga
lement employé dans les maladies lé
gères & dans les maux les plus invété
rés. La douceur de ce ſpécifique le rend
très-propre dans le premier cas , ſans
néanmoins lui rien ôter de ſa vertu &
de ſon efficacité contre les maladies plus
profondément enracinées, & auxquelles
on oppoſe le mercure. Il n'a aucun effet
incommode ni aſſujettiſſant ; & ce qui
prévient ſur-tout en faveur du témoi
:
JUIL L E T. 1764.
I29
gnage de M. Morand, ſur les ſuccès du
remède de M. Nicole, c'eſt qu'il ne pa
roît aucunement ſuſceptible de préjugé
ſur tout ce qui peut tendre au but que
ſe propoſe un Médecin, qui eſt de ſou
lager ou de guérir les malades quiim
plorent le ſecours de l'art. Il rend juſ
tice à toutes les tentatives qui ont été
· faites dans cette partie de la Médecine ;
mais celle de M. Nicole paroît avoir des
avantages très-conſidérables.
TRAITÉ du contrat de louage, ſelon
les régles tant du for de la conſcience 23
que du for extérieur; par l'Auteur du
-Traité des Obligations A Paris, chez
Debure l'aîné, quai des Auguſtins, à
- l'Image S. Paul; & à Orléans, chez
Jean Rouxeau-Montaut, Imprimeur du
Roi, de la Ville & de l'Univerſité;avec
approbation & privilége du Roi ; 1764,,
un vol. in-12..
Il y a deux eſpéces de contrats de
louage, le louage des choſes & le louage
des ouvrages. L'Auteur traite du louage
des choſes dans les fix premières parties
de ce volume. Il examine dans la pre
mière ce que c'eſt que le contrat de
louage, quelle eſt ſa nature , & quelles.
ſont les choſes qui en forment la ſubſ--
E V,
-
13o MERCURE DE FRANCE.
tance : dans la ſeconde ,
il traite des
obligations du locateur , qui naiſſent
de ce contrat : dans la t oiſiéme, de
celles du conducteur ou preneur : dans
la quatriéme, de ce qui concerne l'exé
- cution du contrat de louage , & des
droits qu'il donne, ſoit au locateur, ſoit
au conducteur : dans la cinquiéme, de
la réſolution du contrat de louage ; en
| fin, dans la ſixiéme, des tacites récon
ductions & autres eſpéces particulières
de contrats de louage , des promeſſes
de louer & des arrhes. On traite dans la
ſeptiéme, du louage des ouvrages.A la
ſuite de ce Livre nous trouvons dans le
même volume un autre Traité du Con
trat de Bail à rente , par le même Au
teur. Ces deux productions forment
enſemble près de ſept cens pages, & ne
coûtent que trois liv. reliées en un ſeul
Tome.
-
MÉMoIRE ſur un objet intéreſſant
pour la Province de Picardie, ou Projet
d'un Canal & d'un Port ſur ſes Côtes,
| avec un parallèle du commerce & de
l'activité des François avec celle des
Hollandois. A La Haye , & ſe vend à
Abbeville , che Devérité, Libraire, rue
S. Gilles , près la Place S. Georges ,
J U IL L E T. 1764.
-
131
1764, brochure in-8° de 72 pages.
L'objet intéreſſant de ce Mémoire eſt
la conſtruction d'un nouveau Port à
l'embouchure de la Somme. Celui de
Saint-Valery ſe comble : la mer paroît
s'être décidée à jetter de ce côté-là tous
ſes ſables : il n'y a prèſque point de jour
où l'on ne s'apperçoive de l'augmenta
tion des bancs, & les vaiſſeaux n'y paſ
ſent plus ſans de grands riſques. Le pro
jet de l'Auteur ſeroit que l'on renonçât
ſans retour à Saint-Valery , pour faire
un Port dans la Somme , que l'on creu
sât entiérement un nouveau lit à cette
rivière , depuis Amiens juſqu'à la mer ,
& que l'on conduisît dans un baſſin
pratiqué ſous les murs de cette ville ,
des navires de deux & trois cens ton
neaux. Après l'expoſition du ſujet, on
diviſe le Mémoire en deux parties; dans
la première , on examine la poſſibilité
du projet propoſé , & dans la ſeconde ,
la dépenſe. L'Auteur s'y montre avec
la ſincérité & le déſintéreſſement d'un
homme qui cherche le bien, & qui ne
veut ni flatter perſonne , ni faire tort à
, qui que ce ſoit.
MÉMc IRE pour ſer ir à l'Hiſtoire de
France du quatorziéme ſiècle , conte
F vj
-
132 MERCURE DE FRANCE.
nant les Statuts de l'Ordre du S. Eſprit
au droit deſir ou du naeud , inſtitué à
Naples en 1352 par Louis , premier du
nom, Roi de Jéruſalem, de Naples &
de Sicile , & renouvellé en 1579 par
Henri III, Roi de France , ſous le titre
de l'Ordre du S. Eſprit, avec une No
tice ſur le Manuſcrit original, qui ren
ferme les anciens Statuts, & des Re
marques hiſtoriques ſur cet Ordre, par
M. Lefevre, Prêtre de la Doctrine Chré
tienne. A Paris , chez Guillaume-Fran
rois Debure le jeune , Libraire , quai
des Auguſtins , 1764 , avec approba
tion & privilége du Roi, brochure in
8°. de 82 pages.
Il y a dans cette Brochure des choſes
fi curieuſes , que nous croirions faire
tort à nos Lecteurs qui ne ſont point à
portée de ſe la procurer , ſi nous nous
contentions de cette ſimple annonce.
Un Extrait plus étendu ne peut qu'être
très-agréable & très intéreſſant, & nous
ne le ferons pas attendre long-temps.
LA nouvelle Ecole du Monde, Ou
vrage néceſſaire à tous les états, & prin
cipalement à ceux qui veulent s'avan
cer dans le monde. A Lille , chez J. B.
Henry, Imprimeur-Libraire ſur la grand
.
J U I I. L E T. 1764.
I33:
Place, 1764, avec approbation & pri
vilége du Roi, deux volumes in-12.
Il faut à l'homme, pour ſe conduire
dans le monde, un guide éclairé, qui
le décide ſur le choix des objets, des
liaiſons , des affaires où ils peuvent
mieux réuſſir, & dont ils ſont le plus
capables. Ce guide , qui l'empêchera
d'errer, eſt l'Ouvrage que nous annon
gons. Ce ſont les conſeils, les avis d'un
Patriote , d'un homme qui chérit ſes .
ſemblables : ce ſont des leçons, des ré--
flexions tirées de l'expérience, de l'Hiſ
toire & des événemens qui ſe renouvel
lent tous les jours, qui ſerviront d'une
manière efficace à conduire dans le
monde tous ceux qui craindront d'y
· faire de fauſſes démarches. Pour cet effet
on met ſous les yeux tous les états de la .
vie : on donne les moyens de s'avancer
avec prudence, & de parvenir à tout ce
qu'elle peut nous procurer.
-
DU Plaiſir, ou du moyen de ſe rendre !
heureux, avec cette épigraphe :
.
..
Idfateor, ſummamque bonorum
Eſſe voluptatem ; modo ſcilieet indè petatur
Unde petenda venit.Anti-Lucret.Lib. I.
Par M. l'Abbé H. C. A. H. en deux
134 MERCURE DE FRANCE.
parties in-12., formant un volume. A
Lille, chez J. B. Henry, Imprimeur
Libraire, avec approbation & privilége
du Roi, 1764 ; & ſe trouve à Paris chez
Barbou, Durand, Ducheſne, Savoie ,
rue S. Jacques, & Panckouke, rue & à
côté de la Comédie Françoiſe.
Toutes les différentes ſortes de plaiſir
qu'un homme peut avoir dans ce mon
ci ou dans l'autre ; plaiſirs des ſens ;
plaiſirs de l'eſprit; plaiſir du cœur; plai
ſirs du ſentiment; plaiſir du jeu ; plai
firs variés ; plaiſirs économiſés ; plaiſirs
· relatifs au ſéxe, à la condition, à l'âge ;
plaiſirs parfaits , qui ne réſident qu'en
Dieu : voilà les ſujets intéreſſans qui
font la matière de cet Ouvrage.
MANUEL d'Agriculture pour le La
boureur, pour le propriétaire & pour
le gouvernement, contenant les vrais &
ſeuls moyens de faire proſpérer l'Agri
culture, tant en France que dans tous
les autres Etats où l'on cultive ; avec la
réfutnrion de la nouvelle méthode de
M. Thu'l; par M. de la Salle de l'Etang,
Seigneur de Muvr, Tinqueux , & c.
ancien Député de la ville de Rheims A
Paris , chez Lottin , l'aîné , Libraire
Imprimeur , rue S. Jacques, au Coq ,
JU I L L E T. 1764.
135
& chez Deſſair-Junior, Libraire, Quai
des Auguſiins , à la Bonne-Foi ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
vol. in - 8° , avec un Frontiſpice ou
Eſtampe par M. Cochin.
On ſe propoſe dans cet Ouvrage de
faire connoître les vrais moyens , &
même les ſeuls qu'on puiſſe mettre en
ceuvre pour parvenir à rendre,dans toute
l'étendue du Royaume , l'Agriculture
floriſſante. On y fait voir que toutes
nos terres ne rapportent ni la moitié ,
ni le tiers , ni même le quart de ce
qu'on devroit en tirer. On y découvre
que tout ce déſaſtre provient des routi
nes de nos Laboureurs , du défaut de
prairies & de beſtiaux , & des impôts
auſquels ſe trouvent obligés les gens
de la campagne. Pour remédier a ces
différentes cauſes , on propoſe deux
moyens ſimples & ſûrs qu'il faut lire
dans l'Ouvrage même.
HIsToIRE de Julie Mandeville , ou
Lettres traduites de l'Anglois , ſur la
troiſiéme Edition. Par M. B** * ; à
Paris , chez Ducheſne , Libraire, rue
· S. Jacques , au Temple du Goût ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
deux parties-in-12. -
º
'
*
136 MERCURE DE FRANCE.
Ce Roman a été très-bien accueilli
à Londres l'année dernière ; nous pen
ſons qu'il ne ſera pas reçu en France
moins favorablement. L'Auteur ſemble
avoir pris pour modéle le célébre Ri
chardſon ; & l'hiſtoire de Julie Man
deville eſt peut-être le meilleur Roman
dans ce genre qui ait paru en Angleter
re depuis Clariſſe & Grandiſſon. On y
trouve de la vérité & de l'intérêt.
.
EssAI ſur la vertu intrinſéque des
fonds , ou le moyen de les apprécier ,.
, de faire connoître leurs bornes , leurs
limites , leurs ſervitudes , de pénétrer
dans leurs charges, & d'en donner le
rapport exaét & précis en Juſtice ;pàr
M° François Maſſabiau , Avocat en
Parlement ; à Londres ; & ſe trouve à
Paris chez Knapen , Grand-Salle du
Palais ; 1764 ; Brochure in-12.
-
L'Auteur a diviſé ſon Plan en cinq
Chapitres.Dans le premier il établit au
, tant qu'il eſt du reſſort de l'équité, des
règles propres à juger de la valeur in
· trinſéque des fonds, de la liquidation
des fruits, des diviſions des Cens, des
, impoſitions Royales, & généralement
des circonſtances & dépendances des
| Parties. Dans le ſeçond il indique les
J U ILL ET. 1764.
137
moyens de parvenir à la connoiſſance
des bornes, des limites & des ſépara
tions des fonds. Dans le troiſiéme il
donne une méthode exacte & facile
pour vérifier & appliquer les anciens
confins des fonds portés dans différens
titres pour en faire la démonſtration
& les combiner avec les nouveaux. .
Dans le quatriéme on trouve un Traité
abrégé des ſervitudes ruſtiques & ur
baines; & dans le cinquiéme, des mo
, déles des rapports en Juſtice.
DICTIoNNAIRE de Titres origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du
Roi, l'Hiſtoire, la Généalogie, & gé
néralement tous les objets qui concer
nent le gouvernement de l'Etat ; ou in
ventaire général du cabinet du Cheva- .
lier Blondeau du Charnage, ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris, Fauxbourg Saint Germain, rue
Guénégaud, la Porte Cochere à côté de
l'Hotel d'Artois; tome 3°, à Paris, ehez.
Panckouke , rue & à côté de la Comédie
Françoiſe, & chez l'Auteur; 1764 ;avec
Approbation & Privilége du Roi, in-12.
Nous avons déjà parlé de ce livre à
l'occaſion des premiers tomes ; & nous
§ avons fait connoître l'objet & l'u
tll1tC,
138 MERCURE DE FRANCE.
· L'EvEI DE di Virgilio, del Com
mendatore Annibal Caro ; in Parigi ,
preſſo la vedova Quillau ; 276o. C'eſt-à
dire, l'Enéïde de Virgile, du Comman
deur Annibal Caro ; à Paris , chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre; deux
vol. in-8°, avec de très-belles gravures
au commencement de chaque Chant.
· Rien n'eſt plus parfait que l'éxécuticn
Typographique de cette traduction ſi
connue & dont le mérite eſt au-deſſus de
tous nos Eloges.
-
POEME ſur la mort de Zélime, en
trois Chants; 1764, brochure in-4°. de
22 pages.
Le ſujet de ce Poëme eſt la mort de Ma
dame de Pompadour. L'Auteur l'a traité
en vers libres, dans leſquels on remarque
plus de bonne volonté que de Poëſie.
RICHARDET , * Poème dans le genre
Berneſque ; imité de l'Italien ; à la
Haye, chez Jean Neaulme & Compa
gnie, & à Paris chez tous les Librai
res où l'on diſtribue les Nouveautés.
TUn vol. in-8°.
La Poëſie Berneſque eſt un mêlange
d'héroïſme & de comique. C'eſt dans
* Nous ignorions que cet Ouvrage fût prêt .
à paroître,
J U IL L E T. 1764 .
139
ce goût qu'eſt écrit un Poëme qui a eu le
plus grand ſuccès en Italie.On ſera bien
aiſe d'avoir en France une imitation de
· cet Ouvrage, la plus reſſemblante qu'il
a été poſſible de la faire. Le plus ſouvent
l'Auteur n'a pu ſe ſervir que du deſ
· ſein de ſon modéle dont il a retranché
ou changé un nombre infini de détails,
parmi leſquels il y en a pluſieurs qui
n'auroient pû être ſupportés en paſſant
dans notre Langue. On ne nous donne
'aujourd'hui que la moitié de l'Ouvrage;
on lit cette imitation poëtique avec le
plus grand plaiſir La tournure des vers
en eſt très-agréable & très-facile, & le
fond des choſes eſt extrêmement plaiſant.
Nous en donnerons bientôt l'extrait.
SoUsCRIPTIoN pour le Journal des
Sçavans, chez la Veuve Quillau, rue
du Fouarre, près la place Maubert.
La Veuve Quillau ayant réſolu de
ſe défaire de ſon fonds de Librairie ,
avertit qu'elle poſſéde un certain nom
bre d'exemplaires du Journal des Sça
vans, tant in-4°. qu'in-t2; ſçavoir les
années 1747 , 1748 , 1749 , 175o »
1751 , 1752 , 1753 , 1754 & 1755
Elle les délivre à raiſon de 5 liv. chaque
année, au lieu de 14liv, quel'on payoit
".
14o MERCURE DE FRANCE.
ci-devant.
Elle prévient que l'on ne
jouira de cet avantage que juſqu'à la fin
de Septembre prochain , paſſé , lequel
temps on ne doit pas s'attendre à pou
voir en† aucun exemplaire. On
trouve auſſi chez elle des exemplaires de
la belle édition du Bocace , en 5 vol.
in-8°. avec figures. Le prix eſt de 48 liv.
le François, & 54 liv. l'Italien.
LA MÉTHoDE d'exprimer les nom
bres par leurs facteurs ,
ſi deſirée par
M, de Fontenelle dans ſon Hiſtoire de
l'Académie Royale des Sciences, ve
nant enfin d'être inventée avec ſuccès
par le Père Archange de Charleroi ,
Capucin du Couvent de S. Honoré ,
qui en a calculé des tables juſqu'à 25ooo
& une autre du répertoire
juſqu'à
1oooooo, ce Religieux deſireroit faire
part au Public de cet Ouvrage impor
tant , que la même Académie a hono
ré de ſon approbation : mais parce que
ſon état ne lui permet pas de fournir
par lui-même aux frais néceſſaires, il
a recours aux voies de la ſouſcription,
en faveur de laquelle ledit Ouvrage y
compriſe l'introduction latine & fran
çoiſe qui précéde les tables, formant
un volume in-quarto de plus de ſix cens
,
J UIL L ET. 1764.
141
pages, qui dans la ſuite coutera douze
francs, ſera remis aux Souſcripteurs
pour le prix de neuf livres proprement
relié.
« Les ſouſcriptions qui auront lieu juſ
qu'au premier Septembre prochain,
pourront ſe faire à Paris, chez Michel
Lambert, Imprimeur & Libraire pro
che la Comédie Françoiſe , & ailleurs
chez les RR. PP. Gardiens des Cou
vents des Capucins des Villes où on
ſe trouvera, & qui auront la bonté
d'en donner avis à l'Auteur vers ledit
terme ; il ſuffira d'avancer ſix livres en
ſouſcrivant, le reſte ſera payé en rece
vant le volume.
HISTOIRE de Miss Jenny, écrite
& envoyée par elle à Milady, Comtesse
deRoſcomond, Ambaſſadrice d'An
gleterre à la Cour de Dannemarck, par
, Madame Riccoboni. A Paris, chez Bro
cas & Humblot, Libraires, rue S. Jac
ques, au Chef S.Jean, 1764 ; avec ap
probation & privilége du Roi, en quatre
parties in-12.
C'eſt pour les Provinces que nous
annonçons ce Roman : car à Paris il eſt
très-connu, & y a le plus grand ſuccès.
Le nom de Madame Riccoboni ne pou
voit manquer de le faire rechercher avec
empreſſement; & le mérite de l'Ouvrage
a répondu à l'attente des Lecteurs, déja
ſi bien diſpoſés par les Lettres de Fanni,
le Marquis de Creſſi , Juliette Catesby
& Amélie, dans leſquels on a remarqué
de l'eſprit, de l'imagination , de l'inté
rêt & du ſtyle. L'Hiſtoire de Miſs Jenny
réunit ces mêmes avantages, & mérite
qu'on en faſſe mention dans plus d'un
de nos Mercures.
HISToIRE de France, depuis l'Eta
F iij
-
I 26 MERCURE DE NRANCE.
bliſſement de la Monarchie juſqu'au
règne de Louis XIV; par M. de Villa
ret. A Paris , chez Deſaint & Saillant ,
Libraires, rue S. Jean de Beauvais ; les
Tomes XIII & XIV.
Nous croyons avec tout le Public,
qu'à meſure que M. Villaret avance
dans cette carrière , ſon Ouvrage de
vient toujours plus intéreſſant. Indé
pendemment des matières curieuſes que
renferment ces deux volumes , il eſt
certain que le ſtyle de l'Auteur , & ſa
manière de préſenter les faits & d'ex
poſer les événemens, augmentent l'in
térêt, & piquent de plus en plus la cu
rioſité. La fin malheureuſe du Règne de
Charles VI, & les troubles qui agitèrent
celui de Charles VII, étoient des Sujets
· très-propres à faire briller le talent dé
cidé & reconnu de M. Villaret pour le
genre hiſtorique. Ils fourniront la ma
· tière d'un Extrait dans un de nos pro
chains Mercures.
TRADUCTIoN libre de l'Iliade. A
· Berlin , 1763, un vol. in-12.
Nous n'annonçons aujourd'hui cet
Ouvrage, qui n'a point paru en France,
que pour avoir occaſion d'avertir nos
Lecteurs, que M. Bitobé va en donner à
JUIL L ET. 1764
-
127
Paris une ſeconde édition en deux vo -
lumes : il l'a entiérement retravaillée & a
profité des critiques qu'on lui a faites.
Ses retranchemens ſeront ſi peu confi
dérables , qu'il l'intitulera ILIADE,
traduction nouvelle. Cependant il a cru ,
avec beaucoup de raiſon , que s'il s'étoit
aſtreint à conſerver toutes les répétitions
d'Homère, ſes comparaiſons & ſes com
bats trop rebattus, il auroit trouvé peu
de Lecteurs. Il a conſervé aſſez de ces
répétitions, pour faire connoître le génie
d'Homère. On peut eſpérer, après ſon
| nouveau travail, qu'il ſatisfera les deux
Partis ; que les ennemis d'Homère re
viendront de leur mépris outré, & con
viendront que ce Poëte avoit un très
· grand génie ; & cue ſes admirateurs un
peu trop zélés n'auront pas à ſe plaindre
des légers retranchemens du Traduc
teur, & ne prétendront pas ſoumettre
tous les Lecteurs à leurs goûts. L'Ou
vrage ſera accompagné d'un Diſcours
réliminaire beaucoup plus étendu que
celui de l'édition précédente, & intitulé
Réflexions ſur Homère, où l'Auteur ſe
propoſe de jetter un coup-d'œil attentif
ſur tout ce qui a été dit dans la fameuſe
diſpute élevée au ſujet de ce Poëte, &
de peſer avec toute l'impartialité poſº
F iv
128 MERCURE DE FRANCE.
ſible , les opinions des deux Partis.
LETTRE de M. Morand , Conſeiller
Médecin ordinaire du Roi de Pologne,
Duc de Lorraine, &c; imprimée chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre, feuille
in-12, adreſſée à M. Ronnow, Ecuyer,
premier Médecin de S. M. le Roi de
Pologne , Duc de Lorraine , ſur un
reméde anti-vénérien.
CetteLettre eſt le produit d'une correſ
pondance littéraire entre deux Médecins
qui appartiennent à des Compagnies ſça
vantes.L'Auteur y fait part à M. Ronnow
d'un nouveau reméde pour les maladies
dont on croit que le mercure eſt le ſeul
ſpécifique, quoique ce minéral n'y entre
pour rien. Ce reméde, qui eſt celui de
M. Nicole, Chirurgien chez le Roi, a
ce double avantage, qu'il peut être éga
lement employé dans les maladies lé
gères & dans les maux les plus invété
rés. La douceur de ce ſpécifique le rend
très-propre dans le premier cas , ſans
néanmoins lui rien ôter de ſa vertu &
de ſon efficacité contre les maladies plus
profondément enracinées, & auxquelles
on oppoſe le mercure. Il n'a aucun effet
incommode ni aſſujettiſſant ; & ce qui
prévient ſur-tout en faveur du témoi
:
JUIL L E T. 1764.
I29
gnage de M. Morand, ſur les ſuccès du
remède de M. Nicole, c'eſt qu'il ne pa
roît aucunement ſuſceptible de préjugé
ſur tout ce qui peut tendre au but que
ſe propoſe un Médecin, qui eſt de ſou
lager ou de guérir les malades quiim
plorent le ſecours de l'art. Il rend juſ
tice à toutes les tentatives qui ont été
· faites dans cette partie de la Médecine ;
mais celle de M. Nicole paroît avoir des
avantages très-conſidérables.
TRAITÉ du contrat de louage, ſelon
les régles tant du for de la conſcience 23
que du for extérieur; par l'Auteur du
-Traité des Obligations A Paris, chez
Debure l'aîné, quai des Auguſtins, à
- l'Image S. Paul; & à Orléans, chez
Jean Rouxeau-Montaut, Imprimeur du
Roi, de la Ville & de l'Univerſité;avec
approbation & privilége du Roi ; 1764,,
un vol. in-12..
Il y a deux eſpéces de contrats de
louage, le louage des choſes & le louage
des ouvrages. L'Auteur traite du louage
des choſes dans les fix premières parties
de ce volume. Il examine dans la pre
mière ce que c'eſt que le contrat de
louage, quelle eſt ſa nature , & quelles.
ſont les choſes qui en forment la ſubſ--
E V,
-
13o MERCURE DE FRANCE.
tance : dans la ſeconde ,
il traite des
obligations du locateur , qui naiſſent
de ce contrat : dans la t oiſiéme, de
celles du conducteur ou preneur : dans
la quatriéme, de ce qui concerne l'exé
- cution du contrat de louage , & des
droits qu'il donne, ſoit au locateur, ſoit
au conducteur : dans la cinquiéme, de
la réſolution du contrat de louage ; en
| fin, dans la ſixiéme, des tacites récon
ductions & autres eſpéces particulières
de contrats de louage , des promeſſes
de louer & des arrhes. On traite dans la
ſeptiéme, du louage des ouvrages.A la
ſuite de ce Livre nous trouvons dans le
même volume un autre Traité du Con
trat de Bail à rente , par le même Au
teur. Ces deux productions forment
enſemble près de ſept cens pages, & ne
coûtent que trois liv. reliées en un ſeul
Tome.
-
MÉMoIRE ſur un objet intéreſſant
pour la Province de Picardie, ou Projet
d'un Canal & d'un Port ſur ſes Côtes,
| avec un parallèle du commerce & de
l'activité des François avec celle des
Hollandois. A La Haye , & ſe vend à
Abbeville , che Devérité, Libraire, rue
S. Gilles , près la Place S. Georges ,
J U IL L E T. 1764.
-
131
1764, brochure in-8° de 72 pages.
L'objet intéreſſant de ce Mémoire eſt
la conſtruction d'un nouveau Port à
l'embouchure de la Somme. Celui de
Saint-Valery ſe comble : la mer paroît
s'être décidée à jetter de ce côté-là tous
ſes ſables : il n'y a prèſque point de jour
où l'on ne s'apperçoive de l'augmenta
tion des bancs, & les vaiſſeaux n'y paſ
ſent plus ſans de grands riſques. Le pro
jet de l'Auteur ſeroit que l'on renonçât
ſans retour à Saint-Valery , pour faire
un Port dans la Somme , que l'on creu
sât entiérement un nouveau lit à cette
rivière , depuis Amiens juſqu'à la mer ,
& que l'on conduisît dans un baſſin
pratiqué ſous les murs de cette ville ,
des navires de deux & trois cens ton
neaux. Après l'expoſition du ſujet, on
diviſe le Mémoire en deux parties; dans
la première , on examine la poſſibilité
du projet propoſé , & dans la ſeconde ,
la dépenſe. L'Auteur s'y montre avec
la ſincérité & le déſintéreſſement d'un
homme qui cherche le bien, & qui ne
veut ni flatter perſonne , ni faire tort à
, qui que ce ſoit.
MÉMc IRE pour ſer ir à l'Hiſtoire de
France du quatorziéme ſiècle , conte
F vj
-
132 MERCURE DE FRANCE.
nant les Statuts de l'Ordre du S. Eſprit
au droit deſir ou du naeud , inſtitué à
Naples en 1352 par Louis , premier du
nom, Roi de Jéruſalem, de Naples &
de Sicile , & renouvellé en 1579 par
Henri III, Roi de France , ſous le titre
de l'Ordre du S. Eſprit, avec une No
tice ſur le Manuſcrit original, qui ren
ferme les anciens Statuts, & des Re
marques hiſtoriques ſur cet Ordre, par
M. Lefevre, Prêtre de la Doctrine Chré
tienne. A Paris , chez Guillaume-Fran
rois Debure le jeune , Libraire , quai
des Auguſtins , 1764 , avec approba
tion & privilége du Roi, brochure in
8°. de 82 pages.
Il y a dans cette Brochure des choſes
fi curieuſes , que nous croirions faire
tort à nos Lecteurs qui ne ſont point à
portée de ſe la procurer , ſi nous nous
contentions de cette ſimple annonce.
Un Extrait plus étendu ne peut qu'être
très-agréable & très intéreſſant, & nous
ne le ferons pas attendre long-temps.
LA nouvelle Ecole du Monde, Ou
vrage néceſſaire à tous les états, & prin
cipalement à ceux qui veulent s'avan
cer dans le monde. A Lille , chez J. B.
Henry, Imprimeur-Libraire ſur la grand
.
J U I I. L E T. 1764.
I33:
Place, 1764, avec approbation & pri
vilége du Roi, deux volumes in-12.
Il faut à l'homme, pour ſe conduire
dans le monde, un guide éclairé, qui
le décide ſur le choix des objets, des
liaiſons , des affaires où ils peuvent
mieux réuſſir, & dont ils ſont le plus
capables. Ce guide , qui l'empêchera
d'errer, eſt l'Ouvrage que nous annon
gons. Ce ſont les conſeils, les avis d'un
Patriote , d'un homme qui chérit ſes .
ſemblables : ce ſont des leçons, des ré--
flexions tirées de l'expérience, de l'Hiſ
toire & des événemens qui ſe renouvel
lent tous les jours, qui ſerviront d'une
manière efficace à conduire dans le
monde tous ceux qui craindront d'y
· faire de fauſſes démarches. Pour cet effet
on met ſous les yeux tous les états de la .
vie : on donne les moyens de s'avancer
avec prudence, & de parvenir à tout ce
qu'elle peut nous procurer.
-
DU Plaiſir, ou du moyen de ſe rendre !
heureux, avec cette épigraphe :
.
..
Idfateor, ſummamque bonorum
Eſſe voluptatem ; modo ſcilieet indè petatur
Unde petenda venit.Anti-Lucret.Lib. I.
Par M. l'Abbé H. C. A. H. en deux
134 MERCURE DE FRANCE.
parties in-12., formant un volume. A
Lille, chez J. B. Henry, Imprimeur
Libraire, avec approbation & privilége
du Roi, 1764 ; & ſe trouve à Paris chez
Barbou, Durand, Ducheſne, Savoie ,
rue S. Jacques, & Panckouke, rue & à
côté de la Comédie Françoiſe.
Toutes les différentes ſortes de plaiſir
qu'un homme peut avoir dans ce mon
ci ou dans l'autre ; plaiſirs des ſens ;
plaiſirs de l'eſprit; plaiſir du cœur; plai
ſirs du ſentiment; plaiſir du jeu ; plai
firs variés ; plaiſirs économiſés ; plaiſirs
· relatifs au ſéxe, à la condition, à l'âge ;
plaiſirs parfaits , qui ne réſident qu'en
Dieu : voilà les ſujets intéreſſans qui
font la matière de cet Ouvrage.
MANUEL d'Agriculture pour le La
boureur, pour le propriétaire & pour
le gouvernement, contenant les vrais &
ſeuls moyens de faire proſpérer l'Agri
culture, tant en France que dans tous
les autres Etats où l'on cultive ; avec la
réfutnrion de la nouvelle méthode de
M. Thu'l; par M. de la Salle de l'Etang,
Seigneur de Muvr, Tinqueux , & c.
ancien Député de la ville de Rheims A
Paris , chez Lottin , l'aîné , Libraire
Imprimeur , rue S. Jacques, au Coq ,
JU I L L E T. 1764.
135
& chez Deſſair-Junior, Libraire, Quai
des Auguſiins , à la Bonne-Foi ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
vol. in - 8° , avec un Frontiſpice ou
Eſtampe par M. Cochin.
On ſe propoſe dans cet Ouvrage de
faire connoître les vrais moyens , &
même les ſeuls qu'on puiſſe mettre en
ceuvre pour parvenir à rendre,dans toute
l'étendue du Royaume , l'Agriculture
floriſſante. On y fait voir que toutes
nos terres ne rapportent ni la moitié ,
ni le tiers , ni même le quart de ce
qu'on devroit en tirer. On y découvre
que tout ce déſaſtre provient des routi
nes de nos Laboureurs , du défaut de
prairies & de beſtiaux , & des impôts
auſquels ſe trouvent obligés les gens
de la campagne. Pour remédier a ces
différentes cauſes , on propoſe deux
moyens ſimples & ſûrs qu'il faut lire
dans l'Ouvrage même.
HIsToIRE de Julie Mandeville , ou
Lettres traduites de l'Anglois , ſur la
troiſiéme Edition. Par M. B** * ; à
Paris , chez Ducheſne , Libraire, rue
· S. Jacques , au Temple du Goût ; avec
approbation & privilége du Roi; 1764 ;
deux parties-in-12. -
º
'
*
136 MERCURE DE FRANCE.
Ce Roman a été très-bien accueilli
à Londres l'année dernière ; nous pen
ſons qu'il ne ſera pas reçu en France
moins favorablement. L'Auteur ſemble
avoir pris pour modéle le célébre Ri
chardſon ; & l'hiſtoire de Julie Man
deville eſt peut-être le meilleur Roman
dans ce genre qui ait paru en Angleter
re depuis Clariſſe & Grandiſſon. On y
trouve de la vérité & de l'intérêt.
.
EssAI ſur la vertu intrinſéque des
fonds , ou le moyen de les apprécier ,.
, de faire connoître leurs bornes , leurs
limites , leurs ſervitudes , de pénétrer
dans leurs charges, & d'en donner le
rapport exaét & précis en Juſtice ;pàr
M° François Maſſabiau , Avocat en
Parlement ; à Londres ; & ſe trouve à
Paris chez Knapen , Grand-Salle du
Palais ; 1764 ; Brochure in-12.
-
L'Auteur a diviſé ſon Plan en cinq
Chapitres.Dans le premier il établit au
, tant qu'il eſt du reſſort de l'équité, des
règles propres à juger de la valeur in
· trinſéque des fonds, de la liquidation
des fruits, des diviſions des Cens, des
, impoſitions Royales, & généralement
des circonſtances & dépendances des
| Parties. Dans le ſeçond il indique les
J U ILL ET. 1764.
137
moyens de parvenir à la connoiſſance
des bornes, des limites & des ſépara
tions des fonds. Dans le troiſiéme il
donne une méthode exacte & facile
pour vérifier & appliquer les anciens
confins des fonds portés dans différens
titres pour en faire la démonſtration
& les combiner avec les nouveaux. .
Dans le quatriéme on trouve un Traité
abrégé des ſervitudes ruſtiques & ur
baines; & dans le cinquiéme, des mo
, déles des rapports en Juſtice.
DICTIoNNAIRE de Titres origi
naux pour les Fiefs , le Domaine du
Roi, l'Hiſtoire, la Généalogie, & gé
néralement tous les objets qui concer
nent le gouvernement de l'Etat ; ou in
ventaire général du cabinet du Cheva- .
lier Blondeau du Charnage, ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris, Fauxbourg Saint Germain, rue
Guénégaud, la Porte Cochere à côté de
l'Hotel d'Artois; tome 3°, à Paris, ehez.
Panckouke , rue & à côté de la Comédie
Françoiſe, & chez l'Auteur; 1764 ;avec
Approbation & Privilége du Roi, in-12.
Nous avons déjà parlé de ce livre à
l'occaſion des premiers tomes ; & nous
§ avons fait connoître l'objet & l'u
tll1tC,
138 MERCURE DE FRANCE.
· L'EvEI DE di Virgilio, del Com
mendatore Annibal Caro ; in Parigi ,
preſſo la vedova Quillau ; 276o. C'eſt-à
dire, l'Enéïde de Virgile, du Comman
deur Annibal Caro ; à Paris , chez la
veuve Quillau, rue du Fouarre; deux
vol. in-8°, avec de très-belles gravures
au commencement de chaque Chant.
· Rien n'eſt plus parfait que l'éxécuticn
Typographique de cette traduction ſi
connue & dont le mérite eſt au-deſſus de
tous nos Eloges.
-
POEME ſur la mort de Zélime, en
trois Chants; 1764, brochure in-4°. de
22 pages.
Le ſujet de ce Poëme eſt la mort de Ma
dame de Pompadour. L'Auteur l'a traité
en vers libres, dans leſquels on remarque
plus de bonne volonté que de Poëſie.
RICHARDET , * Poème dans le genre
Berneſque ; imité de l'Italien ; à la
Haye, chez Jean Neaulme & Compa
gnie, & à Paris chez tous les Librai
res où l'on diſtribue les Nouveautés.
TUn vol. in-8°.
La Poëſie Berneſque eſt un mêlange
d'héroïſme & de comique. C'eſt dans
* Nous ignorions que cet Ouvrage fût prêt .
à paroître,
J U IL L E T. 1764 .
139
ce goût qu'eſt écrit un Poëme qui a eu le
plus grand ſuccès en Italie.On ſera bien
aiſe d'avoir en France une imitation de
· cet Ouvrage, la plus reſſemblante qu'il
a été poſſible de la faire. Le plus ſouvent
l'Auteur n'a pu ſe ſervir que du deſ
· ſein de ſon modéle dont il a retranché
ou changé un nombre infini de détails,
parmi leſquels il y en a pluſieurs qui
n'auroient pû être ſupportés en paſſant
dans notre Langue. On ne nous donne
'aujourd'hui que la moitié de l'Ouvrage;
on lit cette imitation poëtique avec le
plus grand plaiſir La tournure des vers
en eſt très-agréable & très-facile, & le
fond des choſes eſt extrêmement plaiſant.
Nous en donnerons bientôt l'extrait.
SoUsCRIPTIoN pour le Journal des
Sçavans, chez la Veuve Quillau, rue
du Fouarre, près la place Maubert.
La Veuve Quillau ayant réſolu de
ſe défaire de ſon fonds de Librairie ,
avertit qu'elle poſſéde un certain nom
bre d'exemplaires du Journal des Sça
vans, tant in-4°. qu'in-t2; ſçavoir les
années 1747 , 1748 , 1749 , 175o »
1751 , 1752 , 1753 , 1754 & 1755
Elle les délivre à raiſon de 5 liv. chaque
année, au lieu de 14liv, quel'on payoit
".
14o MERCURE DE FRANCE.
ci-devant.
Elle prévient que l'on ne
jouira de cet avantage que juſqu'à la fin
de Septembre prochain , paſſé , lequel
temps on ne doit pas s'attendre à pou
voir en† aucun exemplaire. On
trouve auſſi chez elle des exemplaires de
la belle édition du Bocace , en 5 vol.
in-8°. avec figures. Le prix eſt de 48 liv.
le François, & 54 liv. l'Italien.
LA MÉTHoDE d'exprimer les nom
bres par leurs facteurs ,
ſi deſirée par
M, de Fontenelle dans ſon Hiſtoire de
l'Académie Royale des Sciences, ve
nant enfin d'être inventée avec ſuccès
par le Père Archange de Charleroi ,
Capucin du Couvent de S. Honoré ,
qui en a calculé des tables juſqu'à 25ooo
& une autre du répertoire
juſqu'à
1oooooo, ce Religieux deſireroit faire
part au Public de cet Ouvrage impor
tant , que la même Académie a hono
ré de ſon approbation : mais parce que
ſon état ne lui permet pas de fournir
par lui-même aux frais néceſſaires, il
a recours aux voies de la ſouſcription,
en faveur de laquelle ledit Ouvrage y
compriſe l'introduction latine & fran
çoiſe qui précéde les tables, formant
un volume in-quarto de plus de ſix cens
,
J UIL L ET. 1764.
141
pages, qui dans la ſuite coutera douze
francs, ſera remis aux Souſcripteurs
pour le prix de neuf livres proprement
relié.
« Les ſouſcriptions qui auront lieu juſ
qu'au premier Septembre prochain,
pourront ſe faire à Paris, chez Michel
Lambert, Imprimeur & Libraire pro
che la Comédie Françoiſe , & ailleurs
chez les RR. PP. Gardiens des Cou
vents des Capucins des Villes où on
ſe trouvera, & qui auront la bonté
d'en donner avis à l'Auteur vers ledit
terme ; il ſuffira d'avancer ſix livres en
ſouſcrivant, le reſte ſera payé en rece
vant le volume.
Fermer
11139
p. 141-147
« PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé Grammarithmes, ou expressions littérales de [...] »
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PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé Grammarithmes, ou expressions littérales de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé Grammarithmes, ou expressions littérales de [...] »
PROSPECTUS d'un Ouvrage intitulé
Grammarithmes, ou expressions littérales
de tous les nombres, &c. Ap
prouvé par l'Académie Royale des
Sciences de Paris, & dédié à S. A.
Monſeigneur Charles-Eugene de Lor
raine , Prince de Lambeſc , Pair &
Grand Ecuyer de France, &c. Par le P. .
Archange de Charleroy , Capucin. Les
culculs, ſoit de l'Arithmétique, ſoit de
l'Algébre, étant aſſez ſouvent très-pé
nibles, tant par leur longueur que par
la multiplicité & la difficulté des opé
142 MERCURE DE FRANCE.
rations qu'ils éxigent, j'ai cru , après
le jugement de l'Académie Royale des
Sciences de Paris , * que le Public ne
pourroit recevoir que très-favorable
ment une méthode de mon invention ,
qui non ſeulement abrégera & le nom
bre & la durée de ces mêmes opéra
tions, mais encore qui en applanira
prèſque toutes les difficultés.
-
Cette Méthode,, dont feu M. de Fon
tenelle dans ſon Hiſtoire de l'Académie
deſiroit tant l'invention, conſiſte dans
certaines expreſſions algébriques , que
* Jugement de Meſſieurs les Con.miſſaires
l' Académie Royale des Sciences.
Ce travail nous a paru devoir être utile ;
il eſt
une infinité d'occaſions dans l'application des Ma
thématiques, où la décompoſition des Nombres
en leurs facteurs, eſt abſolument néceſſaire : les
Tables du Père Archange y ſatisferont ; & d'ail
leurs il eſt aiſé de voir que pluſieurs opérations ſe
ront extrêmement facilitées par l'uſage de ces
Tables. Nous croyons donc que l'Académie peut
approuver le zèle du Père Archange, ainſi que
ſon ouvrage, qui prouve de l'intelligence & une
cpnſtance peu commune. Signé , FoNTAINE &
BEZOUT.
-
Je certifie le préſent Extrait conforme à ſon
original & au Jugement de l'Académie. A Paris ,
ce 14 Juillet 1763- Signé, GRANDJEAN DE Fou
cHx, sécretaire Perpétuel de l'Académie.
de
*.
JUILL E T. 1764:
143
j'appelle Grammarithmes pour les diſtin
guer des Logarithmes, avec leſquelles
elles ont un certain rapport : j'y donne
à chacune des 25 lettres de l'Alpha
beth, y compris l'v & le w, une valeur
fixe & déterminée : par ex. a=2, b=3,
c=5, d=7, e=1 1 , & c. juſqu'à z ,
qui vaut 97, & avec ces 25 lettres je
forme les expreſſions des nombres com
poſés, comme a*=4, ab=6, aº=8,
b*=9, ac=1o, & ainſi de ſuite juſ
qu'à 1oo, qui eſt exprimé par a* c*.
Au-delà de 1 oo , les nombres pre
miers ſont préſentés par des binomes
dont le ſecond terme eſt l'unité, ou l'une
des 25 lettres ſelon que le cas l'exige,
laquelle lettre pour lors ne ſe trouve pas
dans le terme précédent, ainſi a*c*-+
1=1o1 , aºo-+b=347 , a'bi-+-e=557,
a3b3 c-t-d=1o87, a*bf*+e=2o39 , &
ainſi des autres , & j'en forme les ex
preſſions binomes de leurs nombres
compoſés, comme a*dw+ab=2218 ,
ab*cy+bd=3o31 , &c.
Les Tables qui contiennent ces ſortes
d'Expreſſions répondent à tous les Nom
bres naturels juſqu'à 25ooo , je ne les
avois d'abord étendues que juſqu'à
· 1 oooo; mais de l'avis de Meſſieurs Fon
taine & Bezout, Commiſſaires de l'A
144 MERCURE DE FRANCE.
cadémie pour l'examen de mon Ouvra
ge, je les ai† juſqu'à 25ooo.
Après ces premières Tables il s'en
trouve d'une autre eſpèce que j'appelle du
répertoire, & qui vont juſqu'à 1oooooo:
c'eſt dans celles-ci qu'on cherche la va
leur inconnue d'un Grammarithme, lorſ
qu'il eſt le réſultat d'une opération, à
peu-près comme dans lesTables des Lo
garithmes on cherche à quel nombre
appartient celui qui réſulte d'une ad
dition ou d'une ſouſtraction logarithmi
ll6º,q Les principaux avantages de ma Mé
thode ſont que, même à la ſeule inſpec
tion d'un Grammarithme , on connoît ſi
le nombre auquel il appartient, eſt pair
ou impair, premier ou compoſé, s'il
eſt une puiſſance exacte ou non , &
quelle en eſt ou la puiſſance ou la racine ;
quels ſont tous ſes facteurs ou diviſeurs
ſimples ou compoſés , s'il eſt un radical
réductible ou irréductible, & en quelle
quantité on peut le réduire; ſi deux ou
pluſieurs nombres ſont commenſurables,
premiers ou compoſés entr'eux , &
quels en ſont , ſoit les diviſeurs com
muns, ſoit le plus grand commun di
viſeur ; ſi l'un eſt exactement diviſible
par l'autse ; bref, le nombre ne renfer
/
ITlC
|
JU IL L E T. 1764. . /145 :
me prèſqu'aucune propriété qu'on ne
puiſſe découvrir à la ſeule inſpection de
ſon Grammarithme , même ſans con
noître ledit nombre auquel il appartient.
Ajoutons à cela que l'on peut éga
lement s'en ſervir comme des Loga
rithmes ordinaires pour la Multiplica
tion & la Diviſion arithmétique, la for
mation des puiſſances & l'extraction des
racines ; & c'eſt à cette dernière fin qu'a
près les deux eſpéces de Tables dont on
vient de parler , il en eſt une troiſième
contenant, avec 1o fractions décima
les, la racine quarrée de tous les nom
bres juſqu'à 1oo ; enfin on trouve en
core dans les deux Tables ſuſdites, les
quarrés de tous les nombres juſqu'à
1ooo, leurs cubes juſqu'à 1oo, & leurs
autres puiſſances à proportion.
Ces uſages & ces prérogatives de ma
Méthode ſont expliqués & à la portée
de tout le monde dans une courte In
troduction qui précéde les Tables, &
que je donne en François & en Latin
pour la commodité desEtrangers.CeVo
lume qui ſera un in-4°. de même gran
deur, caractère & papier que le préſent
proſpectus, contiendra au'moins 6oo
pages ; il n'eſt, au Jugement de l'Aca
démie#. preuve d'une conſtance peu
I. Vol,
-
*.
-
146 MERCURE DE FRANCE.
commune, que parce que le travail en
eſt immenſe, comme les Lecteurs pour-'
ront eux-mêmes en juger par la ſuite,
pouvant dire en quelque façon que j'ai
pris ſur moi une grande partie des peines
qui accompagnent ordinairement les
grands calculs. Quand je dis grands cal
culs, j'entends également ceux de l'A
rithmétique, comme ceux de l'Algé
bre; puiſque même ſans avoir la moin
dre teinture de cette dernière Science ,
ma Méthode peut être en mille occa
ſion d'un très-grand avantage ; d'où il
eſt aiſé de conclure qu'il n'eſt aucun
Mathématicien , pour peu calculateur
qu'il puiſſe être, qui ne doive deſirer
l'acquiſition d'un Ouvrage dans lequel
il trouvera d'auſſi grandes reſſources,
Mais parce que ce même Ouvrage éxige
de grands frais d'impreſſion, par
le
rand nombre de chiffres & de carac
tères algébriques qui s'y trouvent, &
que d'ailleurs mon état ne me permet
pas d'en faire les avances, j'ai l'hon
neur , Monſieur , de vous adreſſer le
préſent proſpectus , vous priant de le
communiqueraux connoiſſeurs,afin que
s'il eſt de leur goût, ils puiſſent pro
fiter de l'avantage de la ſouſcription
que je propoſe, & qui n'aura lieu que
|
J U I L L E T. 1764.
147
juſqu'au premier du mois de Septem
| bre prochain. Le prix pour les Souſ
cripteurs ſera de neuf livres relié en
veau, les autres le payeront dans la ſuite
douze livres : il ſuffira de donner ſix
livres en ſouſcrivant , le reſte ſera payé
en recevant le volume.
Grammarithmes, ou expressions littérales
de tous les nombres, &c. Ap
prouvé par l'Académie Royale des
Sciences de Paris, & dédié à S. A.
Monſeigneur Charles-Eugene de Lor
raine , Prince de Lambeſc , Pair &
Grand Ecuyer de France, &c. Par le P. .
Archange de Charleroy , Capucin. Les
culculs, ſoit de l'Arithmétique, ſoit de
l'Algébre, étant aſſez ſouvent très-pé
nibles, tant par leur longueur que par
la multiplicité & la difficulté des opé
142 MERCURE DE FRANCE.
rations qu'ils éxigent, j'ai cru , après
le jugement de l'Académie Royale des
Sciences de Paris , * que le Public ne
pourroit recevoir que très-favorable
ment une méthode de mon invention ,
qui non ſeulement abrégera & le nom
bre & la durée de ces mêmes opéra
tions, mais encore qui en applanira
prèſque toutes les difficultés.
-
Cette Méthode,, dont feu M. de Fon
tenelle dans ſon Hiſtoire de l'Académie
deſiroit tant l'invention, conſiſte dans
certaines expreſſions algébriques , que
* Jugement de Meſſieurs les Con.miſſaires
l' Académie Royale des Sciences.
Ce travail nous a paru devoir être utile ;
il eſt
une infinité d'occaſions dans l'application des Ma
thématiques, où la décompoſition des Nombres
en leurs facteurs, eſt abſolument néceſſaire : les
Tables du Père Archange y ſatisferont ; & d'ail
leurs il eſt aiſé de voir que pluſieurs opérations ſe
ront extrêmement facilitées par l'uſage de ces
Tables. Nous croyons donc que l'Académie peut
approuver le zèle du Père Archange, ainſi que
ſon ouvrage, qui prouve de l'intelligence & une
cpnſtance peu commune. Signé , FoNTAINE &
BEZOUT.
-
Je certifie le préſent Extrait conforme à ſon
original & au Jugement de l'Académie. A Paris ,
ce 14 Juillet 1763- Signé, GRANDJEAN DE Fou
cHx, sécretaire Perpétuel de l'Académie.
de
*.
JUILL E T. 1764:
143
j'appelle Grammarithmes pour les diſtin
guer des Logarithmes, avec leſquelles
elles ont un certain rapport : j'y donne
à chacune des 25 lettres de l'Alpha
beth, y compris l'v & le w, une valeur
fixe & déterminée : par ex. a=2, b=3,
c=5, d=7, e=1 1 , & c. juſqu'à z ,
qui vaut 97, & avec ces 25 lettres je
forme les expreſſions des nombres com
poſés, comme a*=4, ab=6, aº=8,
b*=9, ac=1o, & ainſi de ſuite juſ
qu'à 1oo, qui eſt exprimé par a* c*.
Au-delà de 1 oo , les nombres pre
miers ſont préſentés par des binomes
dont le ſecond terme eſt l'unité, ou l'une
des 25 lettres ſelon que le cas l'exige,
laquelle lettre pour lors ne ſe trouve pas
dans le terme précédent, ainſi a*c*-+
1=1o1 , aºo-+b=347 , a'bi-+-e=557,
a3b3 c-t-d=1o87, a*bf*+e=2o39 , &
ainſi des autres , & j'en forme les ex
preſſions binomes de leurs nombres
compoſés, comme a*dw+ab=2218 ,
ab*cy+bd=3o31 , &c.
Les Tables qui contiennent ces ſortes
d'Expreſſions répondent à tous les Nom
bres naturels juſqu'à 25ooo , je ne les
avois d'abord étendues que juſqu'à
· 1 oooo; mais de l'avis de Meſſieurs Fon
taine & Bezout, Commiſſaires de l'A
144 MERCURE DE FRANCE.
cadémie pour l'examen de mon Ouvra
ge, je les ai† juſqu'à 25ooo.
Après ces premières Tables il s'en
trouve d'une autre eſpèce que j'appelle du
répertoire, & qui vont juſqu'à 1oooooo:
c'eſt dans celles-ci qu'on cherche la va
leur inconnue d'un Grammarithme, lorſ
qu'il eſt le réſultat d'une opération, à
peu-près comme dans lesTables des Lo
garithmes on cherche à quel nombre
appartient celui qui réſulte d'une ad
dition ou d'une ſouſtraction logarithmi
ll6º,q Les principaux avantages de ma Mé
thode ſont que, même à la ſeule inſpec
tion d'un Grammarithme , on connoît ſi
le nombre auquel il appartient, eſt pair
ou impair, premier ou compoſé, s'il
eſt une puiſſance exacte ou non , &
quelle en eſt ou la puiſſance ou la racine ;
quels ſont tous ſes facteurs ou diviſeurs
ſimples ou compoſés , s'il eſt un radical
réductible ou irréductible, & en quelle
quantité on peut le réduire; ſi deux ou
pluſieurs nombres ſont commenſurables,
premiers ou compoſés entr'eux , &
quels en ſont , ſoit les diviſeurs com
muns, ſoit le plus grand commun di
viſeur ; ſi l'un eſt exactement diviſible
par l'autse ; bref, le nombre ne renfer
/
ITlC
|
JU IL L E T. 1764. . /145 :
me prèſqu'aucune propriété qu'on ne
puiſſe découvrir à la ſeule inſpection de
ſon Grammarithme , même ſans con
noître ledit nombre auquel il appartient.
Ajoutons à cela que l'on peut éga
lement s'en ſervir comme des Loga
rithmes ordinaires pour la Multiplica
tion & la Diviſion arithmétique, la for
mation des puiſſances & l'extraction des
racines ; & c'eſt à cette dernière fin qu'a
près les deux eſpéces de Tables dont on
vient de parler , il en eſt une troiſième
contenant, avec 1o fractions décima
les, la racine quarrée de tous les nom
bres juſqu'à 1oo ; enfin on trouve en
core dans les deux Tables ſuſdites, les
quarrés de tous les nombres juſqu'à
1ooo, leurs cubes juſqu'à 1oo, & leurs
autres puiſſances à proportion.
Ces uſages & ces prérogatives de ma
Méthode ſont expliqués & à la portée
de tout le monde dans une courte In
troduction qui précéde les Tables, &
que je donne en François & en Latin
pour la commodité desEtrangers.CeVo
lume qui ſera un in-4°. de même gran
deur, caractère & papier que le préſent
proſpectus, contiendra au'moins 6oo
pages ; il n'eſt, au Jugement de l'Aca
démie#. preuve d'une conſtance peu
I. Vol,
-
*.
-
146 MERCURE DE FRANCE.
commune, que parce que le travail en
eſt immenſe, comme les Lecteurs pour-'
ront eux-mêmes en juger par la ſuite,
pouvant dire en quelque façon que j'ai
pris ſur moi une grande partie des peines
qui accompagnent ordinairement les
grands calculs. Quand je dis grands cal
culs, j'entends également ceux de l'A
rithmétique, comme ceux de l'Algé
bre; puiſque même ſans avoir la moin
dre teinture de cette dernière Science ,
ma Méthode peut être en mille occa
ſion d'un très-grand avantage ; d'où il
eſt aiſé de conclure qu'il n'eſt aucun
Mathématicien , pour peu calculateur
qu'il puiſſe être, qui ne doive deſirer
l'acquiſition d'un Ouvrage dans lequel
il trouvera d'auſſi grandes reſſources,
Mais parce que ce même Ouvrage éxige
de grands frais d'impreſſion, par
le
rand nombre de chiffres & de carac
tères algébriques qui s'y trouvent, &
que d'ailleurs mon état ne me permet
pas d'en faire les avances, j'ai l'hon
neur , Monſieur , de vous adreſſer le
préſent proſpectus , vous priant de le
communiqueraux connoiſſeurs,afin que
s'il eſt de leur goût, ils puiſſent pro
fiter de l'avantage de la ſouſcription
que je propoſe, & qui n'aura lieu que
|
J U I L L E T. 1764.
147
juſqu'au premier du mois de Septem
| bre prochain. Le prix pour les Souſ
cripteurs ſera de neuf livres relié en
veau, les autres le payeront dans la ſuite
douze livres : il ſuffira de donner ſix
livres en ſouſcrivant , le reſte ſera payé
en recevant le volume.
Fermer
11140
p. 147-148
London. June 5, 1764. TO THE PUBLICK.
Début :
THOMAS DAVIES, Book-seller in Russel-Streect, Covent-garden, begs [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : London. June 5, 1764. TO THE PUBLICK.
London. June 5, 1764.
TO THE PUBLICK.
THOMAS DAVIES, Book-seller in
Russel-Streect, Covent-garden, begs
| leave to inform thePublick that he is now
Printing a Catalogue of very valuable
books containing the Librairies of Wil
liam Shenſtone , Eſqre. Dr. Olivier of
Bath ; M. John Paker , an éminent
Peinter, who lived twenty three years
at Rome , and during that time pur- .
chaſed ſeveral books relating to Pain
ting , Sculpture and Architecture : and
the very curious Librairy ofa gentle
man who refided with a publick carac
ter in Spain , and Italy, about the midlle
of the ſixteenth century : conſiſting
chiefly of old French , Spanish , and
Italian books.
A Londres, le 5 Juin 2764.
G ij
-
· THoMAS-DAvIEs, Libraire dans la
148 MERCURE DE FRANCE.
rue de Ruſſel, Covent-garden , donne
avis au Public qu'il a maintenant ſous
, preſſe, un Catalogue de très-bons Li
, vres, provenant des Cabinets de Guil
laume Shenſtone, Ecuyer; du Docteur
| Olivier, de Bath ; de M. Jean Parker,
Peintre célébre , qui a paſſé vingt-trois
ans à Rome, où il a raſſemblé nombre
d'Ouvrages ſur la Peinture, la Sculp
ture & l'Architecture; ainſi que de la très
curieuſe collection d'une perſonne qui
a réſidé avec un caractère public en
Eſpagne & en Italie vers le milieu du
ſeiziéme ſiécle , conſiſtant principale
ment en vieux Livres François, Eſpa
gnols & Italiens.
TO THE PUBLICK.
THOMAS DAVIES, Book-seller in
Russel-Streect, Covent-garden, begs
| leave to inform thePublick that he is now
Printing a Catalogue of very valuable
books containing the Librairies of Wil
liam Shenſtone , Eſqre. Dr. Olivier of
Bath ; M. John Paker , an éminent
Peinter, who lived twenty three years
at Rome , and during that time pur- .
chaſed ſeveral books relating to Pain
ting , Sculpture and Architecture : and
the very curious Librairy ofa gentle
man who refided with a publick carac
ter in Spain , and Italy, about the midlle
of the ſixteenth century : conſiſting
chiefly of old French , Spanish , and
Italian books.
A Londres, le 5 Juin 2764.
G ij
-
· THoMAS-DAvIEs, Libraire dans la
148 MERCURE DE FRANCE.
rue de Ruſſel, Covent-garden , donne
avis au Public qu'il a maintenant ſous
, preſſe, un Catalogue de très-bons Li
, vres, provenant des Cabinets de Guil
laume Shenſtone, Ecuyer; du Docteur
| Olivier, de Bath ; de M. Jean Parker,
Peintre célébre , qui a paſſé vingt-trois
ans à Rome, où il a raſſemblé nombre
d'Ouvrages ſur la Peinture, la Sculp
ture & l'Architecture; ainſi que de la très
curieuſe collection d'une perſonne qui
a réſidé avec un caractère public en
Eſpagne & en Italie vers le milieu du
ſeiziéme ſiécle , conſiſtant principale
ment en vieux Livres François, Eſpa
gnols & Italiens.
Fermer
11141
p. 148-158
ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de CAEN. SÉANCE publique du 7 de Juin 1764.
Début :
M. MOIZAND, Professeur de Rhétorique au Collége Du-Mont, ouvrit la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de CAEN. SÉANCE publique du 7 de Juin 1764.
ACADÉMIE Royale des Belles-Lettres de CAEN.
SÉANCE publique du 7 de Juin 1764.
M. MOIZAND, Professeur de Rhétorique
au Collége Du-Mont, ouvrit la
JU IL L E T. 1764:
•
I4
féance par ſon diſcours de réception #
l'Académie, ſur les avantages de l'E
ducation, & les funeſtes effets de l'en- .
vie.
Il prouva l'un & l'autre par des
Tableaux bien deſſinés & par des Exem
ples qui intéreſſerent. Ce Diſcours ſera
digne du Public , dès que M. Moizand
voudra.
Après la réponſe de M. Bouiſſet ,
Directeur, M. Rouxelin , Sécretaire de
l'Académie, lut un Parallèle des Muſi
ques anciennes & modernes, rempli de
variété. On a tort, ſelon lui , d'affirmer
que les Anciens nous ont ſurpaſſé en
Architecture, en Poëſie & en Muſique.
» Six des Merveilles de l'Antiquité n'exiſ
» tent plus que dans les narrations de
» leurs Admirateurs. C'eſt donc ſur leur
» témoignage que nous les croyons des
» prodiges. Pourquoi ne pas les juger ſur
» les Pyramides d'Egypte ? Nos yeux &
» notre raiſon peuvent apprécier les
» beautés de ces Pyramides...Me repro
» cheroit-on de déraiſonner ſi par ces
» maſſes énormes je jugeois de la beauté
» des jardins de Sémiramis , du Coloſſe
» de Rhodes & autres ? » M. Rouxelin
dit avec M. Pluche, que la Muſique eſt
une parole, parce que , comme la pa
«
G iij
·
15o MERCURE DE FRANCE.
role, elle eſt l'image de nos ſentimens &
de nos affections.
pas créé la ſcience des ſons harmoni
ques & de leurs rapports. M. Rouxelin ,
pour appercevoir l'Auteur de cette ſcien-.
ce , expoſe les opinions d'Homère, de
l'origine de la Muſique. Il paroît par
ces opinions que les Grecs n'en ont pas
† ceux qui prétendent que la Muſique
"
:
· Enos & Jubal ſont les inventeurs des .
moyens de rendre ces images par la ,
voix & par les inſtrumens : mais ils n'ont .
Platon , de Pindare, de Lucien, de :
Plutarque & de pluſieurs autres ſur ,
connu l'inventeur. M. Rouxelin obſerve,
es Grecs l'emportoit ſur la nôtre, en
jugent ainſi , par les récits des Grecs .
mêmes, & parce qu'ils ſuppoſent que
les Grecs ont connu un quatriéme gen- .
re, & peut-être un troiſiéme mode en
harmonie. Pour vérifier cette ſupériorité
des Grecs , M. Rouxelin analyſe leurs
récits : il rappelle leur état, & il ſe pro
poſe d'établir qu'un troiſiéme mode &
un quatriéme genre en harmonie , ne
peuvent exiſter.
·
Il commence l'examen des récits fa-.
buleux & hiſtoriques des Grecs, par la
deſcente d'Orphée aux Enfers, deſtituée
-
º *
,,
|
J U I L L E T. 1764.
151.
de toute probabilité. « Quand je vois
» que ſa lyre eſt ſans pouvoir ſur le
» cœur des femmes qui le mirent en
» pièces , pour le punir de je ne ſais
» quel crime dont il ne dut point être
» coupable, je ne puis croire qu'elle
» ait eu l'art d'adoucir les démons ».
Le voyage d'Orphée en Egypte donna
lieu à la fable de ſa deſcente aux En
fers. Les Prêtres Egyptiens lui révélèrent
les rapports qui exiſtent entre le nombre
& l'harmonie. « Ces rapports ne ſont
| » inſtitués ni par l'art ni par l'imagina
» tion : ils ſont les effets de la nature
» même, & c'eſt en cela que la Muſi
» que-Pratique eſt une ſcience donnée
» par la nature , comme la Géométrie,
» le Calcul & les Loix du mouvement. .
M. Rouxelin rejette la Fable du Conſ
tructeur des murs de Thèbes , parce que
Pauſanias aſſure qu'Amphion n'en parle
point dans ſes Hymnes & ſes Poëſies.
L'Hiſtoire d'Arion n'eſt pas plus croya -
ble, parce que » ſi ſa lyre eût eu ce pou
» voir ſurnaturel, elke l'eût exercé ſur le
» cœur des Pyrates , qui le condam
» noient à la mort, & non ſur les Dau
» phins, ſi diſpoſés à ſervir les hommes
» ſans le ſecours de la Muſique. La
» jeune Lesbienne & ſon Amant , qui
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
» tombèrent à la mer, ne s'occupoient
» point alors de Muſique : les Dauphins
» cependant les rapportèrent l'un &
» l'autre ſur le rivage ».
»
M. Rouxelin quitte la Fable pour
chercher des faits plus concluans dans
l'Hiſtoire. Il cite la ſédition que Terpan
der appaiſa à Lacédémone avec ſa lyre :
il croit la Muſique très propre à opérer
des miracles de cette eſpéce ſur le peu
ple : mais il ne veut pas qu'on en infére
que Terpander l'emportoit ſur MM. Gé
liotte & Farinelli. Terpander fut banni
de Lacédémone pour avoir ajouté une
ſeptiéme corde à-la lyre. Athénée dit
qu'Agamemnon confia la garde de Cli
temneſtre à un Muſicien , qui tant qu'il
fut auprès d'elle, la garantit admirable
· ment des traits de la ſéduction. Egiſthe
fit enlever le Muſicien. Egiſthe triom
pha non-ſeulement, mais il rendit Cli
temneſtre la plus criminelle des femmes.
M. Rouxelin ne décide pâs ſi notre Mu
ſique auroit la même vertu : mais il ne
conſeille pas d'en faire l'eſſai.
» Eſculape & Galien guériſſoient
» leurs malades par des chanſons. C'eſt
» d'après eux ſans doute que nos élégans
» Médecins ont pris l'uſage de récréer
» les jolies femmes qui les conſultent ,
JUIL L E T. 1764.
1 53
» par les lazzis du perſifflage. Thalétas
» de Créte préſerva les Lacédémoniens
» de la peſte , comme dans certaines
» Fêtes les Cœurs de ſymphonie de Paris !
» font oublier au Peuple leur miſère.
» Le ſon de la flûte étoit un reméde
» contre la goutte & le poiſon des vi
» pères, comme celui du violon en eſt
» un contre la morſure de la tarentule.
» La Muſique des Grecs n'eſt donc pas
» la ſeule qui ait opéré des miracles. Il
» eſt vrai
qu'elle nous affecte moins
» qu'elle ne les affectoit : elle n'a aucune
» influence ſur notre politique, ſur nos
» mœurs, & on ne voit pas nos Acadé
» miciens commencer & finir
leurs !
» ſéances par de grands concerts , com- *
» me faiſoient les Diſciples de Pytha
» gore ».
!
:
º
:
-
-
Pour prouver que la Muſique des
Grecs ne réuſſiſſoit pas toujours , M.
Rouxelin parle d'Athléas, Roi des Scy- .
thes , qui préféroit le hanniſſement de
ſon cheval à la flûte d'Iſménias. Si les
Schythes n'aimoient pas la flûte , les
Athéniens ne l'aimerent pas davantage. .
Alcibiade ne voulut jamais apprendre à
toucher les inſtrumens à vent, parce
qu'ils enlaidiſſoient Il préféroit la lyre,
parce qu'on peut parler ° º 6D :
V
-
154 MERCURE DE FRANCE.
la touchant. »Que les fils des Thébains,
» diſoit-il , s'exercent à tirer des ſons de
» leurs flûtes ; auſſi-bien ne ſavent-ils
» pas faire uſage de la parole. Pour
» nous, Athéniens , nos mépriſons ces
» inſtrumens : nos Dieux les ont déteſ
» tés ». Ce trait conduit M. Rouxelin à
parler de la vengeance qu'Apollon prit
de Midas, qui avoit jugé en faveur de
la flûte de Pan & de Marſias , qui
avoit oſé le défier. Il donne ainſi l'hiſ- «
toire de la flûte de Marſias:
*
•
» Minerve fut l'Inventrice de la flûte,
» dit Hyginus. Elle aimoit cet inſtru
» ment. Un jour que la Cour céleſte
» étoit en grand Gala, elle voulut pro- .
» curer aux Dieux le plaiſir de l'enten
, .
».dre. Junon & Vénus s'occupérent
» moins de la flûte que de la Muſicien
» ne Minerve avoit les yeux gris : le
» jeu de la flûte lui groſſiſſoit les joues,
» & cet effet ne devoit pas l'embellir.
» Les Déeſſes s'en apperçurent : elles ſe
» le marquérent par un ſourire d'intel
» ligence, qui n'échappa point à Miner- .
» ve. Elle alla jouer ſur le bord des fon
» taines de la Forêt d'Ida : elle oublia
» ſa ſageſſe lorſqu'elle ſe vit ſi défigu- .
» rée. Elle jetta ſa flûte loin d'elle , &
» elle ſouhaita la fin la plus funeſte à .
.
" JUILLE T. 1764.
15 5
» celui qui la ramaſſeroit. Marſias fut la
» victime de cette imprécation.
De ce que les Athéniens n'aimoient
pas la flûte , M. Rouxelin en conclut
que leur Muſique n'a pas dû l'emporter
ſur la nôtre. Celle des Lacédémoniens
dut encore être moins bonne. » Ils ne
» toléroient que le genre diatonique :
» ils bannirent Thimothée, parce qu'il
» faiſoit un trop fréquent uſage des
» genres enharmonique & chromati
» que :† même employa-t-il le
» tempérament , ce † de l'Art qui
» par les diſſonances occaſionne une va
» riété qui ravit.... Demandez à nos ha
» biles Compoſiteurs, s'ils pourroient
» exprimer tous les ſentimens de l'âme,
» en ne ſe permettant que le genre dia
tonique & les conſonnances. M. Ra
» meau, ſans le ſecours des autres gen
» res , eût-il fait ces morceaux ſublimes
» qu'on admirera dans tous les temps,
» & ſurtout ceux qu'a cités M. d'Alem
» bert ? C'eſt l'admirable Monologue
» du quatriéme Acte de Dardanus ,
» Lieux funeſtes : c'eſt l'inimitable Trio
» des Parques d'Hippolite & Aricie ,
» Où cours-tu , malheureux ? c'eſt le
» tremblement de terre des Indes ga
» lantes , qui n'a beſoin que de bons
G vj
-
156 MERCURE DE FRANCE.
» Muſiciens , pour être bien rendu.
M. Rouxelin penſe qu'il eſt facile de
réduire à leur valeur, les éloges que
les Grecs donnent à leur muſique , en
ſe rappellant l'état de ces hommes ex
traordinaires. » Voyons-les, dit-il , tels
» que M. de Monteſquieu les a peints ...
» Soumis à des Loix féroces, ils ne
» pouvoient s'occuper ni des Arts, ni
» de l'Agriculture, ni du Commerce.
» Ils ne formoient qu'une Société d'A
» thlétes & de Combattans. ... La
» Muſique qui affecte l'eſprit par les
» organes du corps , leur étoit néceſ
» ſaire. Elle adouciſſoit leurs mœurs :
» elle tempéroit la dureté de leur inſ
» titution : & elle
faiſoit que l'âme
» participoit à l'éducation. Elle devoit
» donc opérer des miracles parmi eux.
» Pour les Romains, occupés de tant
» d'autres idées, elle ne fit qu'un dé
» laſſement. La Muſique opére encore
» de nos jours des effets ſi peu reſſem
» blans. En Italie, elle ravit, elle en
» chante. .. • Tranſportez à Londres
» ou Amſterdam la même Muſique,
» exécutée par les mêmes Muſiciens,elle
» n'excitera plus les mêmes ſenſations
» ſur des hommes affectés d'un com
» merce immonſe, & qui ne perdent
JUIL L E T. 1764.
157
| » leurs intérêts de vue que quand on
» atrente à leur liberté.
M. Rouxelin dit que notre Muſique
| opéreroit des prodiges, ſi on vouloit
introduire tous les Payſans d'unVillage ,
à l'Opéra d'Armide ou de Tancréde.
» Demandez - leur, quinze jours apiès
» celui du Spectacle, combien ils auront
s» vû de Spèctres & de Démons , dans
» leurs chaumières, leus champs , leurs
» ſonges, & leurs entretiens ?Vous ſerez
» tentés de croire que leur ſéjour eſt
» celui des enchantemens. » L'aeillet ,
dit M. Rouxelin , ſera dans dix ſiécles
ce que ſont les Grecs pour ceux qui
les admirent.
-
Paſſant à la poſſibilité d'un quatriéme
genre, & d'un troiſiéme mode , M.
Rouxelin après avoir expliqué quels
· ſont nos trois genres & nos deux mo
des, obſerve que l'examen de cette
poſſibilité l'oblige d'entrer dans les prin
cipes de la Muſique. Cet examen ſera
le ſujet d'un ſecond diſcours dans le
quel il établira qu'un genre ou mode
nouveau ne peuvent être ſuppoſés que
par ceux qui n'ont aucune teinture des
élémens de la Muſique : il prouvera
encore que les Grecs & les Romains
ont connu nos trois genres & nos deux
^.
158 MERCURE DE FRANCE. ,
.
modes : & il en conclura 1°. Qu'on
ne doit point affirmer que la Muſique
des Grecs l'emportoit ſur la nôtre :
2°. Qu'il eſt abſurde de dire, comme
le font tant de Muſiciens modernes,
# les Grecs & les Romains ; n'ont
té que des Ecoliers en harmonie ....
M. Rouxelin termina la ſéance par l'é
| loge du Père André.
SÉANCE publique du 7 de Juin 1764.
M. MOIZAND, Professeur de Rhétorique
au Collége Du-Mont, ouvrit la
JU IL L E T. 1764:
•
I4
féance par ſon diſcours de réception #
l'Académie, ſur les avantages de l'E
ducation, & les funeſtes effets de l'en- .
vie.
Il prouva l'un & l'autre par des
Tableaux bien deſſinés & par des Exem
ples qui intéreſſerent. Ce Diſcours ſera
digne du Public , dès que M. Moizand
voudra.
Après la réponſe de M. Bouiſſet ,
Directeur, M. Rouxelin , Sécretaire de
l'Académie, lut un Parallèle des Muſi
ques anciennes & modernes, rempli de
variété. On a tort, ſelon lui , d'affirmer
que les Anciens nous ont ſurpaſſé en
Architecture, en Poëſie & en Muſique.
» Six des Merveilles de l'Antiquité n'exiſ
» tent plus que dans les narrations de
» leurs Admirateurs. C'eſt donc ſur leur
» témoignage que nous les croyons des
» prodiges. Pourquoi ne pas les juger ſur
» les Pyramides d'Egypte ? Nos yeux &
» notre raiſon peuvent apprécier les
» beautés de ces Pyramides...Me repro
» cheroit-on de déraiſonner ſi par ces
» maſſes énormes je jugeois de la beauté
» des jardins de Sémiramis , du Coloſſe
» de Rhodes & autres ? » M. Rouxelin
dit avec M. Pluche, que la Muſique eſt
une parole, parce que , comme la pa
«
G iij
·
15o MERCURE DE FRANCE.
role, elle eſt l'image de nos ſentimens &
de nos affections.
pas créé la ſcience des ſons harmoni
ques & de leurs rapports. M. Rouxelin ,
pour appercevoir l'Auteur de cette ſcien-.
ce , expoſe les opinions d'Homère, de
l'origine de la Muſique. Il paroît par
ces opinions que les Grecs n'en ont pas
† ceux qui prétendent que la Muſique
"
:
· Enos & Jubal ſont les inventeurs des .
moyens de rendre ces images par la ,
voix & par les inſtrumens : mais ils n'ont .
Platon , de Pindare, de Lucien, de :
Plutarque & de pluſieurs autres ſur ,
connu l'inventeur. M. Rouxelin obſerve,
es Grecs l'emportoit ſur la nôtre, en
jugent ainſi , par les récits des Grecs .
mêmes, & parce qu'ils ſuppoſent que
les Grecs ont connu un quatriéme gen- .
re, & peut-être un troiſiéme mode en
harmonie. Pour vérifier cette ſupériorité
des Grecs , M. Rouxelin analyſe leurs
récits : il rappelle leur état, & il ſe pro
poſe d'établir qu'un troiſiéme mode &
un quatriéme genre en harmonie , ne
peuvent exiſter.
·
Il commence l'examen des récits fa-.
buleux & hiſtoriques des Grecs, par la
deſcente d'Orphée aux Enfers, deſtituée
-
º *
,,
|
J U I L L E T. 1764.
151.
de toute probabilité. « Quand je vois
» que ſa lyre eſt ſans pouvoir ſur le
» cœur des femmes qui le mirent en
» pièces , pour le punir de je ne ſais
» quel crime dont il ne dut point être
» coupable, je ne puis croire qu'elle
» ait eu l'art d'adoucir les démons ».
Le voyage d'Orphée en Egypte donna
lieu à la fable de ſa deſcente aux En
fers. Les Prêtres Egyptiens lui révélèrent
les rapports qui exiſtent entre le nombre
& l'harmonie. « Ces rapports ne ſont
| » inſtitués ni par l'art ni par l'imagina
» tion : ils ſont les effets de la nature
» même, & c'eſt en cela que la Muſi
» que-Pratique eſt une ſcience donnée
» par la nature , comme la Géométrie,
» le Calcul & les Loix du mouvement. .
M. Rouxelin rejette la Fable du Conſ
tructeur des murs de Thèbes , parce que
Pauſanias aſſure qu'Amphion n'en parle
point dans ſes Hymnes & ſes Poëſies.
L'Hiſtoire d'Arion n'eſt pas plus croya -
ble, parce que » ſi ſa lyre eût eu ce pou
» voir ſurnaturel, elke l'eût exercé ſur le
» cœur des Pyrates , qui le condam
» noient à la mort, & non ſur les Dau
» phins, ſi diſpoſés à ſervir les hommes
» ſans le ſecours de la Muſique. La
» jeune Lesbienne & ſon Amant , qui
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
» tombèrent à la mer, ne s'occupoient
» point alors de Muſique : les Dauphins
» cependant les rapportèrent l'un &
» l'autre ſur le rivage ».
»
M. Rouxelin quitte la Fable pour
chercher des faits plus concluans dans
l'Hiſtoire. Il cite la ſédition que Terpan
der appaiſa à Lacédémone avec ſa lyre :
il croit la Muſique très propre à opérer
des miracles de cette eſpéce ſur le peu
ple : mais il ne veut pas qu'on en infére
que Terpander l'emportoit ſur MM. Gé
liotte & Farinelli. Terpander fut banni
de Lacédémone pour avoir ajouté une
ſeptiéme corde à-la lyre. Athénée dit
qu'Agamemnon confia la garde de Cli
temneſtre à un Muſicien , qui tant qu'il
fut auprès d'elle, la garantit admirable
· ment des traits de la ſéduction. Egiſthe
fit enlever le Muſicien. Egiſthe triom
pha non-ſeulement, mais il rendit Cli
temneſtre la plus criminelle des femmes.
M. Rouxelin ne décide pâs ſi notre Mu
ſique auroit la même vertu : mais il ne
conſeille pas d'en faire l'eſſai.
» Eſculape & Galien guériſſoient
» leurs malades par des chanſons. C'eſt
» d'après eux ſans doute que nos élégans
» Médecins ont pris l'uſage de récréer
» les jolies femmes qui les conſultent ,
JUIL L E T. 1764.
1 53
» par les lazzis du perſifflage. Thalétas
» de Créte préſerva les Lacédémoniens
» de la peſte , comme dans certaines
» Fêtes les Cœurs de ſymphonie de Paris !
» font oublier au Peuple leur miſère.
» Le ſon de la flûte étoit un reméde
» contre la goutte & le poiſon des vi
» pères, comme celui du violon en eſt
» un contre la morſure de la tarentule.
» La Muſique des Grecs n'eſt donc pas
» la ſeule qui ait opéré des miracles. Il
» eſt vrai
qu'elle nous affecte moins
» qu'elle ne les affectoit : elle n'a aucune
» influence ſur notre politique, ſur nos
» mœurs, & on ne voit pas nos Acadé
» miciens commencer & finir
leurs !
» ſéances par de grands concerts , com- *
» me faiſoient les Diſciples de Pytha
» gore ».
!
:
º
:
-
-
Pour prouver que la Muſique des
Grecs ne réuſſiſſoit pas toujours , M.
Rouxelin parle d'Athléas, Roi des Scy- .
thes , qui préféroit le hanniſſement de
ſon cheval à la flûte d'Iſménias. Si les
Schythes n'aimoient pas la flûte , les
Athéniens ne l'aimerent pas davantage. .
Alcibiade ne voulut jamais apprendre à
toucher les inſtrumens à vent, parce
qu'ils enlaidiſſoient Il préféroit la lyre,
parce qu'on peut parler ° º 6D :
V
-
154 MERCURE DE FRANCE.
la touchant. »Que les fils des Thébains,
» diſoit-il , s'exercent à tirer des ſons de
» leurs flûtes ; auſſi-bien ne ſavent-ils
» pas faire uſage de la parole. Pour
» nous, Athéniens , nos mépriſons ces
» inſtrumens : nos Dieux les ont déteſ
» tés ». Ce trait conduit M. Rouxelin à
parler de la vengeance qu'Apollon prit
de Midas, qui avoit jugé en faveur de
la flûte de Pan & de Marſias , qui
avoit oſé le défier. Il donne ainſi l'hiſ- «
toire de la flûte de Marſias:
*
•
» Minerve fut l'Inventrice de la flûte,
» dit Hyginus. Elle aimoit cet inſtru
» ment. Un jour que la Cour céleſte
» étoit en grand Gala, elle voulut pro- .
» curer aux Dieux le plaiſir de l'enten
, .
».dre. Junon & Vénus s'occupérent
» moins de la flûte que de la Muſicien
» ne Minerve avoit les yeux gris : le
» jeu de la flûte lui groſſiſſoit les joues,
» & cet effet ne devoit pas l'embellir.
» Les Déeſſes s'en apperçurent : elles ſe
» le marquérent par un ſourire d'intel
» ligence, qui n'échappa point à Miner- .
» ve. Elle alla jouer ſur le bord des fon
» taines de la Forêt d'Ida : elle oublia
» ſa ſageſſe lorſqu'elle ſe vit ſi défigu- .
» rée. Elle jetta ſa flûte loin d'elle , &
» elle ſouhaita la fin la plus funeſte à .
.
" JUILLE T. 1764.
15 5
» celui qui la ramaſſeroit. Marſias fut la
» victime de cette imprécation.
De ce que les Athéniens n'aimoient
pas la flûte , M. Rouxelin en conclut
que leur Muſique n'a pas dû l'emporter
ſur la nôtre. Celle des Lacédémoniens
dut encore être moins bonne. » Ils ne
» toléroient que le genre diatonique :
» ils bannirent Thimothée, parce qu'il
» faiſoit un trop fréquent uſage des
» genres enharmonique & chromati
» que :† même employa-t-il le
» tempérament , ce † de l'Art qui
» par les diſſonances occaſionne une va
» riété qui ravit.... Demandez à nos ha
» biles Compoſiteurs, s'ils pourroient
» exprimer tous les ſentimens de l'âme,
» en ne ſe permettant que le genre dia
tonique & les conſonnances. M. Ra
» meau, ſans le ſecours des autres gen
» res , eût-il fait ces morceaux ſublimes
» qu'on admirera dans tous les temps,
» & ſurtout ceux qu'a cités M. d'Alem
» bert ? C'eſt l'admirable Monologue
» du quatriéme Acte de Dardanus ,
» Lieux funeſtes : c'eſt l'inimitable Trio
» des Parques d'Hippolite & Aricie ,
» Où cours-tu , malheureux ? c'eſt le
» tremblement de terre des Indes ga
» lantes , qui n'a beſoin que de bons
G vj
-
156 MERCURE DE FRANCE.
» Muſiciens , pour être bien rendu.
M. Rouxelin penſe qu'il eſt facile de
réduire à leur valeur, les éloges que
les Grecs donnent à leur muſique , en
ſe rappellant l'état de ces hommes ex
traordinaires. » Voyons-les, dit-il , tels
» que M. de Monteſquieu les a peints ...
» Soumis à des Loix féroces, ils ne
» pouvoient s'occuper ni des Arts, ni
» de l'Agriculture, ni du Commerce.
» Ils ne formoient qu'une Société d'A
» thlétes & de Combattans. ... La
» Muſique qui affecte l'eſprit par les
» organes du corps , leur étoit néceſ
» ſaire. Elle adouciſſoit leurs mœurs :
» elle tempéroit la dureté de leur inſ
» titution : & elle
faiſoit que l'âme
» participoit à l'éducation. Elle devoit
» donc opérer des miracles parmi eux.
» Pour les Romains, occupés de tant
» d'autres idées, elle ne fit qu'un dé
» laſſement. La Muſique opére encore
» de nos jours des effets ſi peu reſſem
» blans. En Italie, elle ravit, elle en
» chante. .. • Tranſportez à Londres
» ou Amſterdam la même Muſique,
» exécutée par les mêmes Muſiciens,elle
» n'excitera plus les mêmes ſenſations
» ſur des hommes affectés d'un com
» merce immonſe, & qui ne perdent
JUIL L E T. 1764.
157
| » leurs intérêts de vue que quand on
» atrente à leur liberté.
M. Rouxelin dit que notre Muſique
| opéreroit des prodiges, ſi on vouloit
introduire tous les Payſans d'unVillage ,
à l'Opéra d'Armide ou de Tancréde.
» Demandez - leur, quinze jours apiès
» celui du Spectacle, combien ils auront
s» vû de Spèctres & de Démons , dans
» leurs chaumières, leus champs , leurs
» ſonges, & leurs entretiens ?Vous ſerez
» tentés de croire que leur ſéjour eſt
» celui des enchantemens. » L'aeillet ,
dit M. Rouxelin , ſera dans dix ſiécles
ce que ſont les Grecs pour ceux qui
les admirent.
-
Paſſant à la poſſibilité d'un quatriéme
genre, & d'un troiſiéme mode , M.
Rouxelin après avoir expliqué quels
· ſont nos trois genres & nos deux mo
des, obſerve que l'examen de cette
poſſibilité l'oblige d'entrer dans les prin
cipes de la Muſique. Cet examen ſera
le ſujet d'un ſecond diſcours dans le
quel il établira qu'un genre ou mode
nouveau ne peuvent être ſuppoſés que
par ceux qui n'ont aucune teinture des
élémens de la Muſique : il prouvera
encore que les Grecs & les Romains
ont connu nos trois genres & nos deux
^.
158 MERCURE DE FRANCE. ,
.
modes : & il en conclura 1°. Qu'on
ne doit point affirmer que la Muſique
des Grecs l'emportoit ſur la nôtre :
2°. Qu'il eſt abſurde de dire, comme
le font tant de Muſiciens modernes,
# les Grecs & les Romains ; n'ont
té que des Ecoliers en harmonie ....
M. Rouxelin termina la ſéance par l'é
| loge du Père André.
Fermer
11142
p. 158-175
CHIRURGIE. SUITE de la réponse intéressante du Chirurgien de Province, aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, &c.
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DEUXIÉME PROPOSITION. Peut-on, tenant la prétendue sonde SANS CRENELURE [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. SUITE de la réponse intéressante du Chirurgien de Province, aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, &c.
CHIRURGIE.
SUITE de la réponse intéressante du
Chirurgien de Province, aux recherches
& à la critique de M. BORDENAVE,
&c.
DEUXIÉME PROPOSITION.
Peut-on, tenant la prétendue sonde
SANS CRENELURE d'une main, & le
, JUIL L ET. 1764.
15g
Biſtouri lithotome de l'autre main, inci
ſer DE BAS EN HAUT , PAR LE
MorGNoN DE LA FEssE , fur la
convexité de la courbure de cette ſonde,
LE COL ET" LE CORPS DE LA VES
SIE , proportionnellement au volume de
la pierre, & en faire l'extraétion AvEc
BEAvcovP DE FAcI LrTÉ , ainſi
que MERY & ſes contemporains diſent
que le FRERE JAcQUEs pratiquoit ſa
mouvelle opération ?
' R E M A R Q v E.
Si l'om conſidére que la convéxité de
la courbure d'une fonde de deux ou
trois lignes, au plus, de diamètre , &
· d'acier poli, exaétement rond , & ſans
cannelure ou rainure, pour retenir & '
conduire la pointe du biſtouri, tenue de
la main gauche pendant qu'on inciſe
avec la main droite , ne préſente pour
appui & pour guide à la pointe du biſ
touri lithotome , que la convéxité
D'UNE , r.1GNE courbe , verticale &
peu ſtable , qu'elle ne peut atteindre
qu'au hazard, à angle droit, & ne tou
cher que par un point, ( en inciſant !
comme ledit MERY , de bas en haut par '
le moignon de la ſeſſe, à quatre ou cinq
pouces de profondeur, ſans inciſion pré
-
16o MERCURE DE FRANCE.
liminaire des tégumens, ) on verra l'im
poſſibilité abſolue, démontrée, de pou
voir conſerver ſur la convéxité de la
courbure d'une ſonde exactement ronde
& ſans crénelure, dans un lieu où l'œil
n'a point d'accès, aucune progreſſion à
la pointe du biſtouri , pour inciſer ſuc
ceſſivement par le bas du canal de l'uré
tre, & à traver la proſtate, le col & le
corps de la veſſie, ainſi que le FRERE .
J A C Q U E s le pratiquoit conſtamment
dans ſa nouvelle opération.
En vain M. BoRDEN AvE prétend-il
prouver la réalité de la ſonde ſans créne
lure, en ſuppoſant d'après MERY & ſes
, contemporains, l'inconſtance de l'inci
ſion intérieure du FRERE JAcQUEs ,
& en attribuant les ſuccès qu'ils ne pour
roient abſolument pas nier, à une adreſſe
& à une fermeté de main peu commu
nes (a) : car ces prétendus écarts du biſ
touri lithotome ( urétrociſtitome ) du
FRERE JACQUES , ſont annéxés à l'im- .
putation même de la ſonde ſans CRÉ
NELURE, émanent de la même impoſ- .
ture ; & cette fermeté de main extraor
dinaire qu'ils lui ont attribuée, pour†
pléer au défaut ſuppoſé de crénelure
( a ) Obſervations de Mery, p. 7o, »s , &c•
JU IL LE T. 1764. -
16r
ſa ſonde, dans les cas de ſuccès incon
teſtables, n'eſt qu'une illuſion pour en
impoſer & faire diverſion à l'impoſſibi
lité abſolue de la progreſſion de l'inci
ſion au col & au corps de la veſſie ſur la
convéxité de la courbure d'une ſonde
exactement ronde & ſans crénelure.
La conſtance de l'inciſion intérieure
du FRERE JAcQUEs eſt trop bien éta
blie par MERY même, pour laiſſer le
moindre doute ſur la nature de ſon opé
ration. Non-ſeulement MERY a fait d'a
bord , avant que l'envie l'eût perverti ,
à M. LE PREMIER PRÉsIDENT , la
deſcription anatomique du trajet de cette
nouvelle opération , & le rapport cir
§'des grands avantages de l'in
ciſion du col & du corps de la veſſie en
même temps (pages 19 & ſuiv.) mais
encore il diſſerte & milite continuelle
ment dans le cours de ſes obſervations
contre cette même inciſion du col & du
corps de la veffie, notamment dans ſon
ſecond rapport, & aux Chapitres 12 ,
13 & 14°, où il eſt totalement occupé
des inconvéniens ſuppoſés & de la ré
forme de l'inciſion du col & du corps de
la veſſie , dans l'opération du FRERE
JACQUEs. Par exemple , MERY dit
dans ſon ſecond rapport à M. LE PRE
162 MERCURE DE FRANCE.
-
MIER PRÉSIDENT , page 4o. « Quand
» on commence , comme Frère Jac
» ques , l'inciſion par le moignon de la
» feſſe , ( à côté de la§ de l'iſ
» chion ) & que continuant entre le
» rectum & l'os pubis, l'on va couper
» le col & le corps de la veſſie , pour en
» trer dans ſa capacité, il eſt évident
» que par cette MÉTHoDE on tire la
» pierre avec plus de facilité ; & les par
» ties n'étant ni coûteuſes ni déchirées ,
» peuvent plus aiſément ſe réunir : d'où
» ſuit que cette opération doit être en
» apparence moins que l'autre, le grand
» appareil, ſuivie de fiſtule. Mais il eſt
» à craindre que le ſphincter étant cou
» pé , il ne reſte une incontinence d'u
» rine , &c (b).
-
-
MERY dit encore, page 96 : » ſi l'on
» conſidére d'une part que Frère Jac
» ques n'a plus de facilité à tirer la pierre
» que les autres Lithotomiſtes , que
» quand il coupe dans l'homme , le col
» & le corps de la veſſie tout enſemble,
» ce qui fait le plus ſurprenant de ſon
» opération, qu'on a le plus admiré, &
» qui a été la ſeule raiſon qui a engagé
(b) Ce doute n'eſt que ſpécieux & feint uni
quement pour cacher ſa mauvaiſe foi & ſe re
tracter de ſon premier rapport.
D
. .
..
$
J U I L L E T. 1764.
163
» à le faire tailler à l'Hôtel-Dieu & à la
» Charité; & que de l'autre on faſſe ré
» fléxion que l'inciſion de ces parties eſt
» néanmoins la cauſe évidente de l'in
» continence de l'urine & de la fiſtule ,
» qui afflige la plus grande partie de
» ceux qui ſont échappés de ſon opéra
» tion (calomnie prouvée par l'expé
» rience journalière.) On verra qu'il ne
» ſuffit pas pour la rectifier de prendre
» une ſonde rainée pour mieux con
» duire la pointe de ſon biſtouri : mais,
» qu'il faut encore s'abſtenir néceſſaire-.
» ment de couper le col & le corps de la
» veſſie , pour ne pas cauſer au malade
» une incontinence d'urine ou une fiſ
» tule , &c ».
-
-
· Puiſque la nouvelle MÉTHoDE duº
FRERE JAcQUEs d'inciſer l'orifice &
le corps de la veſſie par l'urétre , ou
comme s'exprime MERY , de couper le
col & le corps de la veſſie tout enſem-'
ble (c) , lui donnoit plus de facilité à
tirer la pierre qu'aux autres Lithoto- '
miſtes ; qu'elle faiſoit l'admiration des :
gens de l'Art, & qu'elle étoit en même
temps l'objet de la critique, de l'envie & .
( c ) Ce qu'on appelle col de la veſſie , n'eſt
que l'origine de l'urétre, entouré de la glande ,
proſtate.
-4
164 MERCURE DE FRANCE.
de la prétendue réforme de MERY ; il
eſt donc évident que le FRERE JAC
QUEs inciſoit de l'aveu de MERY mê
me, conſtamment dans ſa nouvelle opé
ration , le col & le corps de la veſſie en
même temps , & conſéquemment que ſa
ſonde étoit crénelée ; car ſans cela point
de facilité & point de conſtance dans
l'exécution de cette opération, puiſque
ſans la crénelure de la ſonde elle n'eſt
abſolument pas praticable.
Enfin en ſuppoſant, contre toute poſ
ſibilité démontrée, que le FRERE JAC
' QUEs eût pu pratiquer , aux écarts
près , le grand appareil & ſa nouvelle
opération , avec une ſonde non canne
lée ; ce grand nombre de Médecins &
de Chirurgiens des différentes Provinces
du Royaume & Pays étrangers qui
avoient aſſiſté à ſes opérations, & qui
en atteſtoient les ſuccès par certificats,
auroient donc tous été au dégré d'igno
rance de ne pas s'appercevoir de la né
ceſſité indiſpenſable d'une cannelure à ſa
ſonde pour la ſûreté de ſon inciſion ? Il
étoit donc réſervé , ſuivant les alléga
tions de M. BoRDEN AvE, à la ſagacité
de MERY & de quelques-uns de ſes
contemporains , Médecins & Chirur
giens de Paris & de la Cour, de mon
J U IL LE T. 1764.
165
trer au FRERE JAcQUEs , après vingt
cinq années de pratique, & plus de qua
tre mille cinq cens opérations de la Tail
le (d), l'exiſtence, la propriété & la né
ceſſité de la cannelure de la ſonde à
Taille ( qui conſtitue comme nous l'a
vons obſervé la bouſſole des Lithoto
miſtes. ) Dans une opération impratica
ble ſans cette crénelure , & qu'il avoit
portée au plus haut dégré de perfection,
& été à Paris exprès pour leur enſei
gner ? Cannelure décrite & gravée de
puis la découverte du grand appareil en
1 52o dans tous les Traités de la Taille &
des opérations de Chirurgie , & qui
n'étoit peut-être pas même ignorée d'un
ſeul Frater. Voilà le cas # il faudroit
être aveugle & de mauvaiſe foi pour ſe
· refuſer à la vérité. Tous ces témoins ocu
laires & toutes ces autorités & authenti
( d) Nouvelle méthode de tailler & tirer la
pierre de la veſſie, par Frère Jacques , &c. im
primée en 17o2 , page 5, où il eſt dit : » De
22 puis trente ans que Frère Jacques travaille de
22 cette opération, il a taillé pour le moins quatre
• mille cinq cent perſonnes affligées de la pierre,
&c. Le Frère Jacques n'a été à Paris qu'en 1697,
après vingt-cinq années de pratique en Lithoto
mie, & les obſervations de Mery contre la taille
du Frére Jacques n'ont été imprimées qu'en
17oo.
-
166 MERCURE DE FRANCE.
· cités que M. BoRDEN AvE nous oppo
ſe, ne prouvant abſolument pas autre
choſe que le progrès de l'impoſture, par
· laquelle MERY & ſes Contemporains
· avoient ravi au FRERE JACQUES l'hon
neur de ſa découverte.
A R T I C L E IV.
Du peu de ſincérité de M. B o R
DE NA V E dans l'expoſition de ſes
recherches ſur la Taille du FRERE
JAcQUES.
M. BoRDENAVE nous accuſe d'être
aveugles & de mauvaiſe foi, & nos ob
ſervations d'écrits obſcures , produits
dans les ténébres , diétés par la paſ
ſion, &c. C'eſt ſans doute pour prévenir
& indiſpoſer les Lecteurs contre nous &
· nos écrits, & par contre-coup les per
ſuader de ſa fidélité & de la pureté de
ſes intentions, dans l'expoſition de ſes
recherches ſur la Taille du FRERE JAC
QUES : mais nous allons mettre nos
Lecteurs à portée de juger ſi M. BoR
DENAVE eſt bien véritablement auſſi
impartial & auſſi exempt de reproches
qu'il voudroit le perſuader.
-
M. BoRDENAvE rapporte & dé
".
J U I L L E T. 1764.
167
taille avec beaucoup d'exactitude , d'a
près MERY & les Aſſertions de SA
VIARD , DELAUNAY , DIoNIs , & c.
quantité d'impérities des épreuves & des
opérations du FRERE JACQUEs , tant
ſur les morts que ſur les vivans , conſta
tées, dit-il, par l'ouverture des cadavres
en préſence d'un grand nombre de Méde
cins & de Chirurgiens & du Frère Jac
ques lui-même, qui n'a pas reclamé alors
contre la vérité, &c. Mais pourquoi M.
BoRDENAvE n'a-t-il pas rapporté en
hiſtorien fidéle, la juſtification de tou
tes ces calomnies, qui ſe trouvent dans
la petite brochure intitulée,NoUvELLE
MÉTHODE DE TAIL LE R PAR FRERE
JACQUES, &c. commençant préciſé
ment au même article , à la même ligne,
page 5,où M. BoRDEN AvE termine les
citations qu'il a tirées de cet Ecrit.
» Il falloit donc, eſt-il dit dans l'Ecrit
» en queſtion, que le Frère Jacques fût
» préſent avec M. Mery à l'ouverture ou
» diſſection des cadavres qu'il a taillés
» dans l'Hôtel-Dieu de Paris pour éprou
» ver ſon opération, avant que de tra
» vailler ſur les ſujets vivans, ainſi que
, » de ceux qui ont été ouverts, & qu'ils
» accuſent être morts de ſa I'aille , &
» avouerent (Mery & Saviard) gue
I68 MERCURE DE FRANCE.
» c'étoit des corps maigres, ruinés &
» exténués ; que c'eſt là où Frère Jac
» ques a engagé ſa réputation : mais au
» contraire l'on a remarqué que quoi
» que Frère Jacques ait taillé plus de
» cent perſonnes , tant à Paris, Verſail
» les qu'aux environs , & que Mery
» n'en a pas avoué un ſeul , mais au
» contraire a rapporté
par ſes écrits
» qu'ils étoient tous morts & exténués
» ou fiſtuleux. Et même à l'égard de
» M. Minet, Conſeiller de Crépis-en
» Vallois, qu'ils accuſent avoir une fiſ
» tule où paſſe l'urine, la ſemence &
» les gros excrémens ; ainſi que celui
» de§ (e) & d'auprès de
» S. Germain-l'Auxerrois , & de plu
» ſieurs autres qu'il dit auſſi être eſtro
» piés, & au contraire ils ſe portent tous
» très-bien , ſans aucune fiſtule, comme
» on les peut voir tous les jours & en juſ
» tifierpar certificat, &c (f). Toutes
(e ) Le Cordonnier de Fontainebleau, à l'oc
caſion duquel M. Bordenave s'étend avec tant
d'emphaſe dans le Mercure d'Octobre cité II. vol.
pag. 1 5o & I 57.
(f) Cette juſtification peut être appliquée aux
imputations calomnieuſes faites au Frère Coſme
dans le rapport des Expériences de l'Académie
Royale de Chirurgie, ſur la Taille, inſérées dans
CCS
J U I L L E T. 1764
169
ces imputations d'impérities du FRERE
JAcQUEs ſont donc autant de calom
nies ? Il eſt donc également faux que
le H RERE JACQUES ait aſſiſté à l'ou
veiture des cadavres, & qu'il n'ait pas
reclamé alors contre la fauſſeté de ces
imputations, comme l'affirme M. EoR
DEN AvE dans ſes recherches , malgré
la connoiſſance la plus complette de
cette juſtification.
M. BoRDEN AvE rapporte enſuite
les certificats des premiers Médecins &
Chirurgiens du RoI & de la Cour , qui
terminent la petite Brochure ſuſdite ,
parce qu'il y eſt queſtion des préten
dues corrections de la Taille du FRERE
JACQUEs ( corrcctions vagues & indé
· terminées , & qui ne déſignent rien de
· poſitif que le menſonge qui les a produi
tes). Mais M. BoRDENAVE s'eſt bien
gardé de rapporter en même temps le
certificat des Chirurgiens de la Charité
Royale de Verſailles, qui eſt immédia
tement à la ſuite de ceux dont il fait
- mention, parce que ce certificat décéle
la fauſſetéde ces prétendues corrections,
le 3° vol. in-4°. & tome 9 in-12. des Mémoires
k
de cet e Académie , année 1757 , ce rapport
étant en quelque façon modélé ſur les obſerva
tions de Mery,
I. Vol.
lH
,
17o MERCURE DE FRANCE.
ainſi que les imputations calomnieuſes
d'impérities , que M. BoRDEN AvE
rapporte & détaille avec tant de ſatisfac
tion ; ne faiſant connoître le FRERE
JAcQUEs ,
le plus célébre & le plus
éclairé Lithotomiſte qui ait jamais été,
que par des meurtres.
-
'Certificat des Chirurgiens de la Charité
Royale de Verſailles. -
« Nous, Maîtres Chirurgiens de la
» Charité Royale de Verſailles , ſouſſi
» gnés , certifions à tous qu'il appar
» tiendra que nous avons été pré
» ſens à trente - huit opérations de la
» Taille & quatorze de la bubonocelle
» ou deſcente de boyau , ſans qu'il y
» ait eu aucune imputation de teſticule,
» (comme MERY & ſes adhérens l'ont
» publié, leſquelles ont toutes été faites
» par Frère Jacques de Beaulieu , tant
» à ladite Charité Royale de Verſailles
» qu'audit lieu, à des perſonnes de tous
» âges , leſquelles opérations ont toutes
| » heureuſement réuſſi & été parfaite»
» ment guéries en très-peu de temps, par
» la dextérité & l'expérience que ledit
» Frère Jacques de Beaulieu s'en eſt
, » acquiſe par une longue pratique. En
» foi de quoi nous lui avons donné le
Em=
J U I L L ET. 1764.
171
» préſent certificat. A Verſailles, le huit
· » Janvier mil ſept cent deux. Signés ,
c» DUCLAVIER , DU RIVET , CoT
» TIN , DE LA RoCHE, avec paraphe.
C'eſt donc à une grande dextérité & à
une grande expérience, acquiſe par une
longue pratique, enfin, à la bonté de la
, nouvelle méthode de tailler du FRERE
· JACQUES, & non pas à la prétendue &
ridicule correction de ſa ſonde, que les
Chirurgiens de la Charité Royale de
Verſailles attribuent des ſuccès ſi ex
· traordinaires.
Il eſt de plus rapporté
page 42 de l'Hiſtoire du FRERÉ JAC
QUEs par M. VA CHER , que ces ſuc
cès furent affichés dans les carrefours de
- Paris , & même à la porte de l'Hôtel
Dieu.
M. BoRDENAvE dit encore dans ſes
recherches page 162 du Me
- vembre cité : « la mort de
· » RÉCHAL DE LORGE ,
rcure de No
M. LE MA
qui arriva le
-» lendemain de l'opération que lui fit
• » Frère Jacques, a été l'époque de ſon
* » diſcrédit : EL LE A DÉS ABUSÉ TOUT
» LE MoNDE , & c ». Mais M. BoRDE
IN AV B , a ſupprimé comme contraire à
: ſes vues , non-ſeulement que M LE
MARÉCHAL étoit maléficié, & qu'il y
avoit ſept pierres & des fongus dans ſa
H ij
172 MERCURE DE FRANCE.
veiie , &c. mais encore qu'il avoit raſ
ſemblé dans ſon hôtel vingt-deux calcu
leux de différens ages, & que le FRERE
JACQUES les avoit tous taillés, & bien
guéris , avant d'opérer M. LE MARÉ
CHAL DE LORGE , &c (g ). Et voilà
comme M. BORDENAVE veut, à l'inſ
tar de ſes prédéceſſeurs, en impoſer au
Public ſur le compte du FRERE JAC
QUES. La mort d'un homme de marque
publiée , & en quelque façon multipliée
par les ſoins de l'envie , ne manque
prèſque jamais de ſéduire la multitude :
mais les dignités ne changent point la
nature des individus : ce n'eſt toujours
qu'un mort ſur vingt-trois Taillés ; pen
dant qu'au rapport de l'Auteur de la
Pi éface de CoLLoT, page 76, il mou
roit la moitié de ceux qu'on tailloit par
la méthode ordinaire, le grand appareil.
Il eſt rapporté dans une diſſertation
m anuſcrite de M. HUNAULT , Médecin
d'Angers , dédiée à M. FAGoN , pre
n ier Médecin du ROI , en I7oI , ſous
le titre d'Hiſtoire du procédé de FRERE
(g) Au Printemps de 17o3 ſuivant, l'hiſtoire
du Frere Jacques par M. Vacher , Maître en
· Ch rurgie de Paris , de l'Académie Royale de
Chirurgie , &c. imprimée a Beſançon en 1756 ,
page 47 •
J U IL L E T. 1764.
173
JAcQvES pour l'extraction de la pier
re, &c. & dont la petite Brochure ſur la
nouvelle méthode de tailler du FRERE
JAcQUES n'eſt probab ement qu'une
réforme. » Frère Jacques, dit Hunault,
» a fait à Angers & en divers lieux de
» l'Election , plus de cinquante opéra
» tions de la Taille , dont deux ſont
» morts ſeulement, parce qu'il y avoit
» des cauſes de mort étrangères a ſon
» opération , &c.
| Il eſt encore rapporté dans l'Hiſtoire
du FRERE JAcQUEs par M. VACHER ,
page 3o : » Au Printemps de l'année
» 1699 , le FRERE JAcQUEs ſe rendit
» à Aix-la-Chapelle , où on le preſſoit
» DEPUIS LONG-TEMS de venir.........
» Il y fit plus de ſoixante opérations de
» la Taille avec tant de ſuccès, que tous
» guérirent, & c. » Mais ce qui eſt bien
digne de remarque, c'eſt qu'après une
réputation ſi étendue , & des ſuccès
ſans exemple, la ſonde du FREREJAC
QUEs , ſi on en croit l'impoſture , n'a été
canelée que l'hyver ſuivant, ainſi qu'il
eſt rapporté page 33 de la même Hiſ
tOlre.
· Malgré tant de preuves, & une infi
nité d'autres , des ſuccès conſtans &
prodigieux du FRERE JAcQUEs , M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
BoRDENAvE n'héſite pas d'avancer
page 168 du Mercure de Novembre
cité, que le FRERE JAcQvEs n'a eu
des ſuccès qu'après avoir ABsoLv- .
MENT changé ſa méthode en 1722 ,
c'eſt-à-dire, dix ans après tous les faits
que nous venons de rapporter. Il eſt
donc évident que M. BoRDENAvE ne
s'eſt propoſé dans l'expoſition de ſes re
cherches ſur la Taille du FRERE JAC
QUEs , uniquement que d'étouffer la
vérité & d'interrompre le cours de nos
obſervations, par leſquelles en rappor
tant la Taille à ſes véritables principes &
à ſes propres Auteurs, nous décelons la
fauſſeté & l inſuffiſance de toutes ces
prétendues méthodes nouvelles ou per
fectionnées, que l'Académie Royale de
Chirurgie préconiſe au détriment de la
vérité & de l'humanité (h) : mais pour
conviction entière nous attendons la ſo
lution de nos deux propoſitions, ſur
l'impoſſibilité de l'exécution du grand
( h ) Nous l'avons démontré dans nos obſer
vations , particuliérement à l'occaſion des élogesº
que cette Académie prodigue aux méthodes pré-:
tendues & impraticables de MM. Foubert & Tho
mas. Et c'eſt préciſément là que M. le Profeſſeur.
Bordenave s'eſt bien gardé de ſuivre l'Anonyme .
Provincial.
-
-
J U IL L E T. 1764.
175
appareil & de la nouvelle opération du .
FRERE JAcQUES , avec la ſonde
SANS cRÉNELvRE , & nous ex
hortons nos Lecteurs à ne pas perdre de
vue ce défi; car il eſt intéreſſant de ſa -
voir comment M. BoRDENAvE y ré
pondra. Il y va de l'intérêt public, &
beaucoup plus que le Sujet ne paroît
l'annoncer.
-
Il nous reſte encore à prouver la
fauſſeté du petit appareil par le moignon
de la feſſe, ainſi que les impérities im
poffibles , imputées au FRERE JAc
QUEs, & à ajouter de nouvelles preu
ves à celles que nous avons produites
contre la Taille imaginaire de RA v ,
au mépris deſquelles M. BoRDENAvE
pourſuit ſa critique comme non-ave
nues, ſans en rapporter ni en combattre
une ſeule, ni produire rien de poſitif en
faveur de cette prétendue méthode de
RAU.
SUITE de la réponse intéressante du
Chirurgien de Province, aux recherches
& à la critique de M. BORDENAVE,
&c.
DEUXIÉME PROPOSITION.
Peut-on, tenant la prétendue sonde
SANS CRENELURE d'une main, & le
, JUIL L ET. 1764.
15g
Biſtouri lithotome de l'autre main, inci
ſer DE BAS EN HAUT , PAR LE
MorGNoN DE LA FEssE , fur la
convexité de la courbure de cette ſonde,
LE COL ET" LE CORPS DE LA VES
SIE , proportionnellement au volume de
la pierre, & en faire l'extraétion AvEc
BEAvcovP DE FAcI LrTÉ , ainſi
que MERY & ſes contemporains diſent
que le FRERE JAcQUEs pratiquoit ſa
mouvelle opération ?
' R E M A R Q v E.
Si l'om conſidére que la convéxité de
la courbure d'une fonde de deux ou
trois lignes, au plus, de diamètre , &
· d'acier poli, exaétement rond , & ſans
cannelure ou rainure, pour retenir & '
conduire la pointe du biſtouri, tenue de
la main gauche pendant qu'on inciſe
avec la main droite , ne préſente pour
appui & pour guide à la pointe du biſ
touri lithotome , que la convéxité
D'UNE , r.1GNE courbe , verticale &
peu ſtable , qu'elle ne peut atteindre
qu'au hazard, à angle droit, & ne tou
cher que par un point, ( en inciſant !
comme ledit MERY , de bas en haut par '
le moignon de la ſeſſe, à quatre ou cinq
pouces de profondeur, ſans inciſion pré
-
16o MERCURE DE FRANCE.
liminaire des tégumens, ) on verra l'im
poſſibilité abſolue, démontrée, de pou
voir conſerver ſur la convéxité de la
courbure d'une ſonde exactement ronde
& ſans crénelure, dans un lieu où l'œil
n'a point d'accès, aucune progreſſion à
la pointe du biſtouri , pour inciſer ſuc
ceſſivement par le bas du canal de l'uré
tre, & à traver la proſtate, le col & le
corps de la veſſie, ainſi que le FRERE .
J A C Q U E s le pratiquoit conſtamment
dans ſa nouvelle opération.
En vain M. BoRDEN AvE prétend-il
prouver la réalité de la ſonde ſans créne
lure, en ſuppoſant d'après MERY & ſes
, contemporains, l'inconſtance de l'inci
ſion intérieure du FRERE JAcQUEs ,
& en attribuant les ſuccès qu'ils ne pour
roient abſolument pas nier, à une adreſſe
& à une fermeté de main peu commu
nes (a) : car ces prétendus écarts du biſ
touri lithotome ( urétrociſtitome ) du
FRERE JACQUES , ſont annéxés à l'im- .
putation même de la ſonde ſans CRÉ
NELURE, émanent de la même impoſ- .
ture ; & cette fermeté de main extraor
dinaire qu'ils lui ont attribuée, pour†
pléer au défaut ſuppoſé de crénelure
( a ) Obſervations de Mery, p. 7o, »s , &c•
JU IL LE T. 1764. -
16r
ſa ſonde, dans les cas de ſuccès incon
teſtables, n'eſt qu'une illuſion pour en
impoſer & faire diverſion à l'impoſſibi
lité abſolue de la progreſſion de l'inci
ſion au col & au corps de la veſſie ſur la
convéxité de la courbure d'une ſonde
exactement ronde & ſans crénelure.
La conſtance de l'inciſion intérieure
du FRERE JAcQUEs eſt trop bien éta
blie par MERY même, pour laiſſer le
moindre doute ſur la nature de ſon opé
ration. Non-ſeulement MERY a fait d'a
bord , avant que l'envie l'eût perverti ,
à M. LE PREMIER PRÉsIDENT , la
deſcription anatomique du trajet de cette
nouvelle opération , & le rapport cir
§'des grands avantages de l'in
ciſion du col & du corps de la veſſie en
même temps (pages 19 & ſuiv.) mais
encore il diſſerte & milite continuelle
ment dans le cours de ſes obſervations
contre cette même inciſion du col & du
corps de la veffie, notamment dans ſon
ſecond rapport, & aux Chapitres 12 ,
13 & 14°, où il eſt totalement occupé
des inconvéniens ſuppoſés & de la ré
forme de l'inciſion du col & du corps de
la veſſie , dans l'opération du FRERE
JACQUEs. Par exemple , MERY dit
dans ſon ſecond rapport à M. LE PRE
162 MERCURE DE FRANCE.
-
MIER PRÉSIDENT , page 4o. « Quand
» on commence , comme Frère Jac
» ques , l'inciſion par le moignon de la
» feſſe , ( à côté de la§ de l'iſ
» chion ) & que continuant entre le
» rectum & l'os pubis, l'on va couper
» le col & le corps de la veſſie , pour en
» trer dans ſa capacité, il eſt évident
» que par cette MÉTHoDE on tire la
» pierre avec plus de facilité ; & les par
» ties n'étant ni coûteuſes ni déchirées ,
» peuvent plus aiſément ſe réunir : d'où
» ſuit que cette opération doit être en
» apparence moins que l'autre, le grand
» appareil, ſuivie de fiſtule. Mais il eſt
» à craindre que le ſphincter étant cou
» pé , il ne reſte une incontinence d'u
» rine , &c (b).
-
-
MERY dit encore, page 96 : » ſi l'on
» conſidére d'une part que Frère Jac
» ques n'a plus de facilité à tirer la pierre
» que les autres Lithotomiſtes , que
» quand il coupe dans l'homme , le col
» & le corps de la veſſie tout enſemble,
» ce qui fait le plus ſurprenant de ſon
» opération, qu'on a le plus admiré, &
» qui a été la ſeule raiſon qui a engagé
(b) Ce doute n'eſt que ſpécieux & feint uni
quement pour cacher ſa mauvaiſe foi & ſe re
tracter de ſon premier rapport.
D
. .
..
$
J U I L L E T. 1764.
163
» à le faire tailler à l'Hôtel-Dieu & à la
» Charité; & que de l'autre on faſſe ré
» fléxion que l'inciſion de ces parties eſt
» néanmoins la cauſe évidente de l'in
» continence de l'urine & de la fiſtule ,
» qui afflige la plus grande partie de
» ceux qui ſont échappés de ſon opéra
» tion (calomnie prouvée par l'expé
» rience journalière.) On verra qu'il ne
» ſuffit pas pour la rectifier de prendre
» une ſonde rainée pour mieux con
» duire la pointe de ſon biſtouri : mais,
» qu'il faut encore s'abſtenir néceſſaire-.
» ment de couper le col & le corps de la
» veſſie , pour ne pas cauſer au malade
» une incontinence d'urine ou une fiſ
» tule , &c ».
-
-
· Puiſque la nouvelle MÉTHoDE duº
FRERE JAcQUEs d'inciſer l'orifice &
le corps de la veſſie par l'urétre , ou
comme s'exprime MERY , de couper le
col & le corps de la veſſie tout enſem-'
ble (c) , lui donnoit plus de facilité à
tirer la pierre qu'aux autres Lithoto- '
miſtes ; qu'elle faiſoit l'admiration des :
gens de l'Art, & qu'elle étoit en même
temps l'objet de la critique, de l'envie & .
( c ) Ce qu'on appelle col de la veſſie , n'eſt
que l'origine de l'urétre, entouré de la glande ,
proſtate.
-4
164 MERCURE DE FRANCE.
de la prétendue réforme de MERY ; il
eſt donc évident que le FRERE JAC
QUEs inciſoit de l'aveu de MERY mê
me, conſtamment dans ſa nouvelle opé
ration , le col & le corps de la veſſie en
même temps , & conſéquemment que ſa
ſonde étoit crénelée ; car ſans cela point
de facilité & point de conſtance dans
l'exécution de cette opération, puiſque
ſans la crénelure de la ſonde elle n'eſt
abſolument pas praticable.
Enfin en ſuppoſant, contre toute poſ
ſibilité démontrée, que le FRERE JAC
' QUEs eût pu pratiquer , aux écarts
près , le grand appareil & ſa nouvelle
opération , avec une ſonde non canne
lée ; ce grand nombre de Médecins &
de Chirurgiens des différentes Provinces
du Royaume & Pays étrangers qui
avoient aſſiſté à ſes opérations, & qui
en atteſtoient les ſuccès par certificats,
auroient donc tous été au dégré d'igno
rance de ne pas s'appercevoir de la né
ceſſité indiſpenſable d'une cannelure à ſa
ſonde pour la ſûreté de ſon inciſion ? Il
étoit donc réſervé , ſuivant les alléga
tions de M. BoRDEN AvE, à la ſagacité
de MERY & de quelques-uns de ſes
contemporains , Médecins & Chirur
giens de Paris & de la Cour, de mon
J U IL LE T. 1764.
165
trer au FRERE JAcQUEs , après vingt
cinq années de pratique, & plus de qua
tre mille cinq cens opérations de la Tail
le (d), l'exiſtence, la propriété & la né
ceſſité de la cannelure de la ſonde à
Taille ( qui conſtitue comme nous l'a
vons obſervé la bouſſole des Lithoto
miſtes. ) Dans une opération impratica
ble ſans cette crénelure , & qu'il avoit
portée au plus haut dégré de perfection,
& été à Paris exprès pour leur enſei
gner ? Cannelure décrite & gravée de
puis la découverte du grand appareil en
1 52o dans tous les Traités de la Taille &
des opérations de Chirurgie , & qui
n'étoit peut-être pas même ignorée d'un
ſeul Frater. Voilà le cas # il faudroit
être aveugle & de mauvaiſe foi pour ſe
· refuſer à la vérité. Tous ces témoins ocu
laires & toutes ces autorités & authenti
( d) Nouvelle méthode de tailler & tirer la
pierre de la veſſie, par Frère Jacques , &c. im
primée en 17o2 , page 5, où il eſt dit : » De
22 puis trente ans que Frère Jacques travaille de
22 cette opération, il a taillé pour le moins quatre
• mille cinq cent perſonnes affligées de la pierre,
&c. Le Frère Jacques n'a été à Paris qu'en 1697,
après vingt-cinq années de pratique en Lithoto
mie, & les obſervations de Mery contre la taille
du Frére Jacques n'ont été imprimées qu'en
17oo.
-
166 MERCURE DE FRANCE.
· cités que M. BoRDEN AvE nous oppo
ſe, ne prouvant abſolument pas autre
choſe que le progrès de l'impoſture, par
· laquelle MERY & ſes Contemporains
· avoient ravi au FRERE JACQUES l'hon
neur de ſa découverte.
A R T I C L E IV.
Du peu de ſincérité de M. B o R
DE NA V E dans l'expoſition de ſes
recherches ſur la Taille du FRERE
JAcQUES.
M. BoRDENAVE nous accuſe d'être
aveugles & de mauvaiſe foi, & nos ob
ſervations d'écrits obſcures , produits
dans les ténébres , diétés par la paſ
ſion, &c. C'eſt ſans doute pour prévenir
& indiſpoſer les Lecteurs contre nous &
· nos écrits, & par contre-coup les per
ſuader de ſa fidélité & de la pureté de
ſes intentions, dans l'expoſition de ſes
recherches ſur la Taille du FRERE JAC
QUES : mais nous allons mettre nos
Lecteurs à portée de juger ſi M. BoR
DENAVE eſt bien véritablement auſſi
impartial & auſſi exempt de reproches
qu'il voudroit le perſuader.
-
M. BoRDENAvE rapporte & dé
".
J U I L L E T. 1764.
167
taille avec beaucoup d'exactitude , d'a
près MERY & les Aſſertions de SA
VIARD , DELAUNAY , DIoNIs , & c.
quantité d'impérities des épreuves & des
opérations du FRERE JACQUEs , tant
ſur les morts que ſur les vivans , conſta
tées, dit-il, par l'ouverture des cadavres
en préſence d'un grand nombre de Méde
cins & de Chirurgiens & du Frère Jac
ques lui-même, qui n'a pas reclamé alors
contre la vérité, &c. Mais pourquoi M.
BoRDENAvE n'a-t-il pas rapporté en
hiſtorien fidéle, la juſtification de tou
tes ces calomnies, qui ſe trouvent dans
la petite brochure intitulée,NoUvELLE
MÉTHODE DE TAIL LE R PAR FRERE
JACQUES, &c. commençant préciſé
ment au même article , à la même ligne,
page 5,où M. BoRDEN AvE termine les
citations qu'il a tirées de cet Ecrit.
» Il falloit donc, eſt-il dit dans l'Ecrit
» en queſtion, que le Frère Jacques fût
» préſent avec M. Mery à l'ouverture ou
» diſſection des cadavres qu'il a taillés
» dans l'Hôtel-Dieu de Paris pour éprou
» ver ſon opération, avant que de tra
» vailler ſur les ſujets vivans, ainſi que
, » de ceux qui ont été ouverts, & qu'ils
» accuſent être morts de ſa I'aille , &
» avouerent (Mery & Saviard) gue
I68 MERCURE DE FRANCE.
» c'étoit des corps maigres, ruinés &
» exténués ; que c'eſt là où Frère Jac
» ques a engagé ſa réputation : mais au
» contraire l'on a remarqué que quoi
» que Frère Jacques ait taillé plus de
» cent perſonnes , tant à Paris, Verſail
» les qu'aux environs , & que Mery
» n'en a pas avoué un ſeul , mais au
» contraire a rapporté
par ſes écrits
» qu'ils étoient tous morts & exténués
» ou fiſtuleux. Et même à l'égard de
» M. Minet, Conſeiller de Crépis-en
» Vallois, qu'ils accuſent avoir une fiſ
» tule où paſſe l'urine, la ſemence &
» les gros excrémens ; ainſi que celui
» de§ (e) & d'auprès de
» S. Germain-l'Auxerrois , & de plu
» ſieurs autres qu'il dit auſſi être eſtro
» piés, & au contraire ils ſe portent tous
» très-bien , ſans aucune fiſtule, comme
» on les peut voir tous les jours & en juſ
» tifierpar certificat, &c (f). Toutes
(e ) Le Cordonnier de Fontainebleau, à l'oc
caſion duquel M. Bordenave s'étend avec tant
d'emphaſe dans le Mercure d'Octobre cité II. vol.
pag. 1 5o & I 57.
(f) Cette juſtification peut être appliquée aux
imputations calomnieuſes faites au Frère Coſme
dans le rapport des Expériences de l'Académie
Royale de Chirurgie, ſur la Taille, inſérées dans
CCS
J U I L L E T. 1764
169
ces imputations d'impérities du FRERE
JAcQUEs ſont donc autant de calom
nies ? Il eſt donc également faux que
le H RERE JACQUES ait aſſiſté à l'ou
veiture des cadavres, & qu'il n'ait pas
reclamé alors contre la fauſſeté de ces
imputations, comme l'affirme M. EoR
DEN AvE dans ſes recherches , malgré
la connoiſſance la plus complette de
cette juſtification.
M. BoRDEN AvE rapporte enſuite
les certificats des premiers Médecins &
Chirurgiens du RoI & de la Cour , qui
terminent la petite Brochure ſuſdite ,
parce qu'il y eſt queſtion des préten
dues corrections de la Taille du FRERE
JACQUEs ( corrcctions vagues & indé
· terminées , & qui ne déſignent rien de
· poſitif que le menſonge qui les a produi
tes). Mais M. BoRDENAVE s'eſt bien
gardé de rapporter en même temps le
certificat des Chirurgiens de la Charité
Royale de Verſailles, qui eſt immédia
tement à la ſuite de ceux dont il fait
- mention, parce que ce certificat décéle
la fauſſetéde ces prétendues corrections,
le 3° vol. in-4°. & tome 9 in-12. des Mémoires
k
de cet e Académie , année 1757 , ce rapport
étant en quelque façon modélé ſur les obſerva
tions de Mery,
I. Vol.
lH
,
17o MERCURE DE FRANCE.
ainſi que les imputations calomnieuſes
d'impérities , que M. BoRDEN AvE
rapporte & détaille avec tant de ſatisfac
tion ; ne faiſant connoître le FRERE
JAcQUEs ,
le plus célébre & le plus
éclairé Lithotomiſte qui ait jamais été,
que par des meurtres.
-
'Certificat des Chirurgiens de la Charité
Royale de Verſailles. -
« Nous, Maîtres Chirurgiens de la
» Charité Royale de Verſailles , ſouſſi
» gnés , certifions à tous qu'il appar
» tiendra que nous avons été pré
» ſens à trente - huit opérations de la
» Taille & quatorze de la bubonocelle
» ou deſcente de boyau , ſans qu'il y
» ait eu aucune imputation de teſticule,
» (comme MERY & ſes adhérens l'ont
» publié, leſquelles ont toutes été faites
» par Frère Jacques de Beaulieu , tant
» à ladite Charité Royale de Verſailles
» qu'audit lieu, à des perſonnes de tous
» âges , leſquelles opérations ont toutes
| » heureuſement réuſſi & été parfaite»
» ment guéries en très-peu de temps, par
» la dextérité & l'expérience que ledit
» Frère Jacques de Beaulieu s'en eſt
, » acquiſe par une longue pratique. En
» foi de quoi nous lui avons donné le
Em=
J U I L L ET. 1764.
171
» préſent certificat. A Verſailles, le huit
· » Janvier mil ſept cent deux. Signés ,
c» DUCLAVIER , DU RIVET , CoT
» TIN , DE LA RoCHE, avec paraphe.
C'eſt donc à une grande dextérité & à
une grande expérience, acquiſe par une
longue pratique, enfin, à la bonté de la
, nouvelle méthode de tailler du FRERE
· JACQUES, & non pas à la prétendue &
ridicule correction de ſa ſonde, que les
Chirurgiens de la Charité Royale de
Verſailles attribuent des ſuccès ſi ex
· traordinaires.
Il eſt de plus rapporté
page 42 de l'Hiſtoire du FRERÉ JAC
QUEs par M. VA CHER , que ces ſuc
cès furent affichés dans les carrefours de
- Paris , & même à la porte de l'Hôtel
Dieu.
M. BoRDENAvE dit encore dans ſes
recherches page 162 du Me
- vembre cité : « la mort de
· » RÉCHAL DE LORGE ,
rcure de No
M. LE MA
qui arriva le
-» lendemain de l'opération que lui fit
• » Frère Jacques, a été l'époque de ſon
* » diſcrédit : EL LE A DÉS ABUSÉ TOUT
» LE MoNDE , & c ». Mais M. BoRDE
IN AV B , a ſupprimé comme contraire à
: ſes vues , non-ſeulement que M LE
MARÉCHAL étoit maléficié, & qu'il y
avoit ſept pierres & des fongus dans ſa
H ij
172 MERCURE DE FRANCE.
veiie , &c. mais encore qu'il avoit raſ
ſemblé dans ſon hôtel vingt-deux calcu
leux de différens ages, & que le FRERE
JACQUES les avoit tous taillés, & bien
guéris , avant d'opérer M. LE MARÉ
CHAL DE LORGE , &c (g ). Et voilà
comme M. BORDENAVE veut, à l'inſ
tar de ſes prédéceſſeurs, en impoſer au
Public ſur le compte du FRERE JAC
QUES. La mort d'un homme de marque
publiée , & en quelque façon multipliée
par les ſoins de l'envie , ne manque
prèſque jamais de ſéduire la multitude :
mais les dignités ne changent point la
nature des individus : ce n'eſt toujours
qu'un mort ſur vingt-trois Taillés ; pen
dant qu'au rapport de l'Auteur de la
Pi éface de CoLLoT, page 76, il mou
roit la moitié de ceux qu'on tailloit par
la méthode ordinaire, le grand appareil.
Il eſt rapporté dans une diſſertation
m anuſcrite de M. HUNAULT , Médecin
d'Angers , dédiée à M. FAGoN , pre
n ier Médecin du ROI , en I7oI , ſous
le titre d'Hiſtoire du procédé de FRERE
(g) Au Printemps de 17o3 ſuivant, l'hiſtoire
du Frere Jacques par M. Vacher , Maître en
· Ch rurgie de Paris , de l'Académie Royale de
Chirurgie , &c. imprimée a Beſançon en 1756 ,
page 47 •
J U IL L E T. 1764.
173
JAcQvES pour l'extraction de la pier
re, &c. & dont la petite Brochure ſur la
nouvelle méthode de tailler du FRERE
JAcQUES n'eſt probab ement qu'une
réforme. » Frère Jacques, dit Hunault,
» a fait à Angers & en divers lieux de
» l'Election , plus de cinquante opéra
» tions de la Taille , dont deux ſont
» morts ſeulement, parce qu'il y avoit
» des cauſes de mort étrangères a ſon
» opération , &c.
| Il eſt encore rapporté dans l'Hiſtoire
du FRERE JAcQUEs par M. VACHER ,
page 3o : » Au Printemps de l'année
» 1699 , le FRERE JAcQUEs ſe rendit
» à Aix-la-Chapelle , où on le preſſoit
» DEPUIS LONG-TEMS de venir.........
» Il y fit plus de ſoixante opérations de
» la Taille avec tant de ſuccès, que tous
» guérirent, & c. » Mais ce qui eſt bien
digne de remarque, c'eſt qu'après une
réputation ſi étendue , & des ſuccès
ſans exemple, la ſonde du FREREJAC
QUEs , ſi on en croit l'impoſture , n'a été
canelée que l'hyver ſuivant, ainſi qu'il
eſt rapporté page 33 de la même Hiſ
tOlre.
· Malgré tant de preuves, & une infi
nité d'autres , des ſuccès conſtans &
prodigieux du FRERE JAcQUEs , M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
BoRDENAvE n'héſite pas d'avancer
page 168 du Mercure de Novembre
cité, que le FRERE JAcQvEs n'a eu
des ſuccès qu'après avoir ABsoLv- .
MENT changé ſa méthode en 1722 ,
c'eſt-à-dire, dix ans après tous les faits
que nous venons de rapporter. Il eſt
donc évident que M. BoRDENAvE ne
s'eſt propoſé dans l'expoſition de ſes re
cherches ſur la Taille du FRERE JAC
QUEs , uniquement que d'étouffer la
vérité & d'interrompre le cours de nos
obſervations, par leſquelles en rappor
tant la Taille à ſes véritables principes &
à ſes propres Auteurs, nous décelons la
fauſſeté & l inſuffiſance de toutes ces
prétendues méthodes nouvelles ou per
fectionnées, que l'Académie Royale de
Chirurgie préconiſe au détriment de la
vérité & de l'humanité (h) : mais pour
conviction entière nous attendons la ſo
lution de nos deux propoſitions, ſur
l'impoſſibilité de l'exécution du grand
( h ) Nous l'avons démontré dans nos obſer
vations , particuliérement à l'occaſion des élogesº
que cette Académie prodigue aux méthodes pré-:
tendues & impraticables de MM. Foubert & Tho
mas. Et c'eſt préciſément là que M. le Profeſſeur.
Bordenave s'eſt bien gardé de ſuivre l'Anonyme .
Provincial.
-
-
J U IL L E T. 1764.
175
appareil & de la nouvelle opération du .
FRERE JAcQUES , avec la ſonde
SANS cRÉNELvRE , & nous ex
hortons nos Lecteurs à ne pas perdre de
vue ce défi; car il eſt intéreſſant de ſa -
voir comment M. BoRDENAvE y ré
pondra. Il y va de l'intérêt public, &
beaucoup plus que le Sujet ne paroît
l'annoncer.
-
Il nous reſte encore à prouver la
fauſſeté du petit appareil par le moignon
de la feſſe, ainſi que les impérities im
poffibles , imputées au FRERE JAc
QUEs, & à ajouter de nouvelles preu
ves à celles que nous avons produites
contre la Taille imaginaire de RA v ,
au mépris deſquelles M. BoRDENAvE
pourſuit ſa critique comme non-ave
nues, ſans en rapporter ni en combattre
une ſeule, ni produire rien de poſitif en
faveur de cette prétendue méthode de
RAU.
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11143
p. 175-176
MUSIQUE.
Début :
SEI sinfonie à piu strumenti composte da P. Vanmaldere, mis au jour par M. [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
SEI sinfonie à piu strumenti composte
da P. Vanmaldere, mis au jour par M.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Venier, ſeul Editeur deſdits ouvrages ;
prix ,
12 livres , compris les parties
d'hautbois & cors de chaſſe , leſquels
ſeront ad libitum : Opéra quatriéme. A
Paris, chez M. Venier, Editeur de plu
ſieurs Ouvrages de Muſique, à l'entrée
de la rue S. Thomas-du-Louvre , vis-à
vis le Château d'eau , & aux adreſſes
ordi maires.
. Nous avons déja eu occaſion de faire
connoître quelques Ouvrages de cet
Auteur, leſquels ont été très-bien ac
cueillis. Mais les Amateurs les plus éclai
rés conviennent que M. Vanmaldere
s'eſt ſurpaſſé dans celui que nous annon
gons aujourd'hui.
Le nom de M. Venier ſera imprimé
ſur ce Livre pour éviter les mépriſes, &
on ſera toujours ſûr de trouver chez lui
cet Ouvrage, ainſi que tous ceux qu'il
a fait graver, dans le cas où ils ne ſe
trouveroient pas aux adreſſes ordinaires.
SEI sinfonie à piu strumenti composte
da P. Vanmaldere, mis au jour par M.
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
Venier, ſeul Editeur deſdits ouvrages ;
prix ,
12 livres , compris les parties
d'hautbois & cors de chaſſe , leſquels
ſeront ad libitum : Opéra quatriéme. A
Paris, chez M. Venier, Editeur de plu
ſieurs Ouvrages de Muſique, à l'entrée
de la rue S. Thomas-du-Louvre , vis-à
vis le Château d'eau , & aux adreſſes
ordi maires.
. Nous avons déja eu occaſion de faire
connoître quelques Ouvrages de cet
Auteur, leſquels ont été très-bien ac
cueillis. Mais les Amateurs les plus éclai
rés conviennent que M. Vanmaldere
s'eſt ſurpaſſé dans celui que nous annon
gons aujourd'hui.
Le nom de M. Venier ſera imprimé
ſur ce Livre pour éviter les mépriſes, &
on ſera toujours ſûr de trouver chez lui
cet Ouvrage, ainſi que tous ceux qu'il
a fait graver, dans le cas où ils ne ſe
trouveroient pas aux adreſſes ordinaires.
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11144
p. 176-177
GRAVURE.
Début :
LE sieur Rouge, ancien Ingénieur-Géographe du Roi, vient de publier en [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
LE sieur Rouge, ancien Ingénieur-Géographe
du Roi, vient de publier en
quatre feuilles les Plans, Profils & Elé
vations de la nouvelle Paroiſſe de la
J U I L L E T. 1764.
177
Magdeleine, ſur l'alignement de la Sta
tue du RoI , dont les travaux ont été
commencés en Mars dernier. Prix , 1
liv. 1o ſols. .
-
Plus , un Plan idéal de la nouvelle
Garre , ou Canal de 28 arpens, qui ſe
fait actuellement au-deſſus de Paris, vis
à-vis la Rappée , où travaillent 18oo
ouvriers. Prix , 12 ſols. Ci-devant rue
des Auguſtins , maintenant rue du
Fouare.
-
Le ſieur Feſſard , Graveur du Roi
& de ſa Hibliothéque, vient de mettre
en vente le portrait en profil de feu M. de
Bougainville , de l'Académie Françoiſe,
deſſiné par M. Cochin.
LE sieur Rouge, ancien Ingénieur-Géographe
du Roi, vient de publier en
quatre feuilles les Plans, Profils & Elé
vations de la nouvelle Paroiſſe de la
J U I L L E T. 1764.
177
Magdeleine, ſur l'alignement de la Sta
tue du RoI , dont les travaux ont été
commencés en Mars dernier. Prix , 1
liv. 1o ſols. .
-
Plus , un Plan idéal de la nouvelle
Garre , ou Canal de 28 arpens, qui ſe
fait actuellement au-deſſus de Paris, vis
à-vis la Rappée , où travaillent 18oo
ouvriers. Prix , 12 ſols. Ci-devant rue
des Auguſtins , maintenant rue du
Fouare.
-
Le ſieur Feſſard , Graveur du Roi
& de ſa Hibliothéque, vient de mettre
en vente le portrait en profil de feu M. de
Bougainville , de l'Académie Françoiſe,
deſſiné par M. Cochin.
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11145
p. 178-184
OPERA.
Début :
AUX trois dernières Représentations des Fragmens, M. DUPAR, hautecontre, [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
AUX trois dernières Représentations
des Fragmens, M. DUPAR, hautecontre,
de la voix duquel nous avons parlé
à ſon début, chanta le Rôle de Pigma
lion. C'eſt le premier que ce nouveau
applaudiſſemens. La circonſtance de pa
roître dans ce même Rôle après M. LE
'
*,
Sujet ait joué ſur le Théâtre. Il'a eu des
GRos , les rendoit d'autant plus flat
telIrS.
•
A
-
Le Mardi 5Juin, on a donné les Fêtes
d'Hébé, ou les Talens lyriques, Opéra
Ballet Poëme d'un Anonyme Muſique
de M. RAMEAU.
Il n'y a plus d'éloges à faire de ce
Ballet toujouis ſûr de plaire & qui
réunit tout ce que les talens du Théâtre
lyrique peuvent fournir de piquant &
d"agréable. Le Public a paru ſi ſatisfait
de la manière dont il vient d'être remis,.
JUIL L E T. 1764.
..
179
du goût, des ſoins & de la dépenſe bien
entendue des Directeurs , que nous ne
pouvonsnous diſpenſer d'entrer dans cer
tains détails ſur la repriſe de cet Opéra.
Dans la partie du chant, M. & Mlle
LARRIVÉE font valoir les beautés &
l'agrément de la Muſique du premier
Acte par les Rôles de Sapho & d'Alcée.
La ſublime énergie des chants de Tir
tée, au ſecond Acte (l'expreſſion n'eſt
point outrée) eſt bien rendue par la belle
voix de M. GELIN. Il joue ce Rôle avec
intelligence & nobleſſe. Les tendres
plaintes d'Iphiſe acquiérent un nouveau
dégré d'intérêt, par celui qu'inſpirent
toujours le ſon de la voix, la figure & le
jeu de Mlle ARN oUD.
|
--
- M. L E G R o s , dont la voix eſt ſi
chère au Public , remplit ſon attente
ſur les progrès dans l'art du chant & de
l'action théâtrale. Il chante le Rôle de
Mercure au troiſiéme Acte, épreuve dé
licate pour lui, en ce que la plûpart des
Spectateurs peuvent avoir la mémoire
récente de M. GÉLIoTE dans le même
Rôle. M. LEGRos y reçoit journelle
ment des applaudiſſemens unanimes, & il
les mérite ſinguliérement dans la Muſette
Suivons les loix , &c. & dans l'Ariette
' 18o MERCURE DE FRANCE.
ſi connue, l'objet qui regne dans mon
âme, &c, où il fait entendre avec tous
les ménagemens de l'art & du goût, les
éclats les plus agréables & les plus flat
teurs, d'une voix charmante & faite
pour parler au cœur.
Dans le rôle d'Eglé,Mlle LANI dédom
mage admirablement par la perfection
de ſa danſe, du défaut de voix & d'habi
tude , qu'on n'éxige & qu'on n'attend
point des perſonnes de ſon talent. Mlle
ALLARD, ſous la forme de Terpſicore ,
contribue a rendre cet Acte véritable
ment celui de la danſe, ainſi qu'il eſt in
ritulé ; c'eſt le tableau le plus parfait de
tout ce que cet Art peut produire d'ad
mirable.
-
Mlle GUIMART,jeune Danſeuſe dont
nous avons eu déjà occaſion de parler
avec éloges, en mérite chaque jour de
nouveaux par les progrès qu'on remar
que en elle. Elle danſe avec beaucoup
d'applaudiſſemens pluſieurs entrées dans
cet Opéra. Le Public la voit avec un
nouveau plaiſir, quoique ce ſoit un des
Sujets que l'aſſiduitéau ſervice du Spec
tacle & le zéle infatigable pour ſon ta
lent, faſſent paroître le plus ſouvent ſur
la Scène.
M. VESTRIs danſe une Chaconne avec
JU IL L E T. 1764.
181
la diſtinction qui lui eſt ordinaire. Il a été
remplacé quelquefois par M. GARDEL,
auquel les ſuffrages réunis des connoiſ
ſeurs & des amateurs du Spectacle
payent ainſi les progrès finguliers qu'il a
faits.
Mlle VEsTRIs exécute les entrées .
voluptueuſes qui conviennent aux graces
de ſa taille & à l'élégance de ſa figure.
La compoſition des Ballets répond à
l'ingénieuſe compoſition des airs de
cet Opéra.
-
La partie du Spectacle, pour ſa dé
coration , n'a pas eu moins de ſuccès
que la diſtribution des talens qui en
exécutent les chants & les danſes. Un
fort beau morceau d'Architecture décore
le ſecond Acte ; c'eſt le Periſtile d'un
Temple. L'ordonnance , d'ordre Corin
thien, en eſt grande, noble, élégante,
& riche de ſes propres ornemens. Les
plafonds ſont bien entendus & d'une
yerité ſingulière. On a profité de l'é-
lévation du Théâtre pour donner aux
Colonnes une hauteur réelle qui pro
duit un effet majeſtueux & ſatisfait, ſans
le preſtige de la perſpective, à la compa
raiſon proportionelle que fait naturel
lement la vue de la taille ordinaire des
Perſonnages avec les dimenſions d'un
182 MERCURE DE FRANCE.
grand édifice. Dans la plûpart des dé
corations ordinaires , on ſe bornoit a .
remplir les bords des chaſſis apparens
ſur le Théâtre ; dans celle-ci, l'œil ne
pénétre point dans le vuide des couliſ
ſes. Au - delà des colonnes qui for- .
ment l'intérieur latéral du périſtile , on
appercoit des galleries ornées de pilaſ
tres, de niches, & autres parties re
latives à l'ordonnance générale de l'é
difice. Les entablemens & , en géné
ral , tous les membres d'Architecture .
ſont dans une † pureté de propor
tions & compoſent un bel enſemble lorſ
, que les portes du Temple ſont ou
vertes. Toute cette décoration
eſt
en marbre blanc veiné & peinte avec
tant d'art, que l'on croit y voir tous
les effets du relief & les délicateſſes de
la Sculpture, dans les ornemens. Elle a .
été exécutée ſur les deſſeins de M. GI
RAUD, Ingénieur-Machiniſte de l'A
cadémie & des menus Plaiſirs du Roi ,.
& elle a eu les éloges des meilleurs
Connoiſſeurs.
Une autre , d'un genre nouveau,
termine le Spetacle avec éclat & avec
les plus grands applaudiſſemens : c'eſt
un jardin où tout eſt magnifique, galant
& délicieux. On n'en croira pas la deſ --
JU I L L E T. 1764.
183
, cription flattée, quand on ſaura que -
cette décoration eſt de l'invention & ſur
les deſſeins du célébre M. BoUCHER.
Le point - milieu de la
perſpective
eſt oblique relativement à celui de
la Salle des Spectateurs ; en ſorte que du
centre de cette Salle on ne peut apper
cevoir les extrémités qui terminent le
théâtre. Des treillages, des pavillons ou
rotondes en dorures, des caſcades, des
fontaines de la plus grande richeſſe,
produiſent avec la verdure & le coloris
varié des fleurs , le plus brillant effet.
Tant de pompe , étrangère à la nature,
& qui ſeroit déplacée dans la repréſenta
tion ou dans l'exécution réelle d'un jardin
ordinaire, eſt très-bien employée dans
celui - ci. Mercure change le lieu de la
Scène par ſa puiſſance : non-ſeulement
le prodige, mais encore l'aſpect de ce
lieu , doit confirmer ſa divinité. C'eſt
le cas de la féerie : elle a pour le
phyſique du Spectacle , comme pour
l'ordonnance poètique, des Loix parti
culières préciſément oppoſées, en bien
des points , aux loix de l'ordre na
turel. On ne peut auſſi donner trop d'é
leges à l'exécution pittoreſque. Ce ſont
les tons même de la nature : c'eſt ſa fraî
cheur dans les beaux jours du Prin
184 MERCURE DE FRANCE.
temps. Pluſieurs groupes de figures en
marbre blanc , qui ornent ce jardin ,
ont toutes les rondeurs & le relief de la
réalité. On n'a pas beſoin d'en annoncer
le mérite quant au deſſein, après avoir
nommé l'illuſtre Artiſte d'après lequel
elles ont été exécutées : mais nous nom
merons encore avec plaiſir ceux auxquels
on doit une ſi belle exécution aujourd'hui
dans prèſque tous les genres de décora
tions qu'on voit à l'Opéra. MM. LALLE
MANT , Peintre d'ArchiteSture, CA
N o T, Peintre de Figure, & B A U
D o N, Peintre de Payſage, que nous
avons déja cités à l'occaſion de quelques
Spectacles précédens, méritent une cé
lébrité dans cette partie, à laquelle nous
devons contribuer pour l'honneur de
tous les Arts : celui-ci ayant été ſi ſou
Vent négligé ſur nos Théâtres , on pour
roit dire même inconnu ,
ſi l'on ne ſe
rappelloit les Ouvrages du fameux Che
valier SFR vAN DoN I.
Les habits de ce Ballet ſont en géné
ral galans & agréables : on y a même
épargné plus que de coutume ce fatras
ridicule de clinquant, magnificence go
thique & barbare, qui n'eſt propre qu'à
ſéduire les regards de l'enfance , ou à
flatter le mauvais goût des Spectateurs
ſans connoiſſance & ſans diſcernement.
AUX trois dernières Représentations
des Fragmens, M. DUPAR, hautecontre,
de la voix duquel nous avons parlé
à ſon début, chanta le Rôle de Pigma
lion. C'eſt le premier que ce nouveau
applaudiſſemens. La circonſtance de pa
roître dans ce même Rôle après M. LE
'
*,
Sujet ait joué ſur le Théâtre. Il'a eu des
GRos , les rendoit d'autant plus flat
telIrS.
•
A
-
Le Mardi 5Juin, on a donné les Fêtes
d'Hébé, ou les Talens lyriques, Opéra
Ballet Poëme d'un Anonyme Muſique
de M. RAMEAU.
Il n'y a plus d'éloges à faire de ce
Ballet toujouis ſûr de plaire & qui
réunit tout ce que les talens du Théâtre
lyrique peuvent fournir de piquant &
d"agréable. Le Public a paru ſi ſatisfait
de la manière dont il vient d'être remis,.
JUIL L E T. 1764.
..
179
du goût, des ſoins & de la dépenſe bien
entendue des Directeurs , que nous ne
pouvonsnous diſpenſer d'entrer dans cer
tains détails ſur la repriſe de cet Opéra.
Dans la partie du chant, M. & Mlle
LARRIVÉE font valoir les beautés &
l'agrément de la Muſique du premier
Acte par les Rôles de Sapho & d'Alcée.
La ſublime énergie des chants de Tir
tée, au ſecond Acte (l'expreſſion n'eſt
point outrée) eſt bien rendue par la belle
voix de M. GELIN. Il joue ce Rôle avec
intelligence & nobleſſe. Les tendres
plaintes d'Iphiſe acquiérent un nouveau
dégré d'intérêt, par celui qu'inſpirent
toujours le ſon de la voix, la figure & le
jeu de Mlle ARN oUD.
|
--
- M. L E G R o s , dont la voix eſt ſi
chère au Public , remplit ſon attente
ſur les progrès dans l'art du chant & de
l'action théâtrale. Il chante le Rôle de
Mercure au troiſiéme Acte, épreuve dé
licate pour lui, en ce que la plûpart des
Spectateurs peuvent avoir la mémoire
récente de M. GÉLIoTE dans le même
Rôle. M. LEGRos y reçoit journelle
ment des applaudiſſemens unanimes, & il
les mérite ſinguliérement dans la Muſette
Suivons les loix , &c. & dans l'Ariette
' 18o MERCURE DE FRANCE.
ſi connue, l'objet qui regne dans mon
âme, &c, où il fait entendre avec tous
les ménagemens de l'art & du goût, les
éclats les plus agréables & les plus flat
teurs, d'une voix charmante & faite
pour parler au cœur.
Dans le rôle d'Eglé,Mlle LANI dédom
mage admirablement par la perfection
de ſa danſe, du défaut de voix & d'habi
tude , qu'on n'éxige & qu'on n'attend
point des perſonnes de ſon talent. Mlle
ALLARD, ſous la forme de Terpſicore ,
contribue a rendre cet Acte véritable
ment celui de la danſe, ainſi qu'il eſt in
ritulé ; c'eſt le tableau le plus parfait de
tout ce que cet Art peut produire d'ad
mirable.
-
Mlle GUIMART,jeune Danſeuſe dont
nous avons eu déjà occaſion de parler
avec éloges, en mérite chaque jour de
nouveaux par les progrès qu'on remar
que en elle. Elle danſe avec beaucoup
d'applaudiſſemens pluſieurs entrées dans
cet Opéra. Le Public la voit avec un
nouveau plaiſir, quoique ce ſoit un des
Sujets que l'aſſiduitéau ſervice du Spec
tacle & le zéle infatigable pour ſon ta
lent, faſſent paroître le plus ſouvent ſur
la Scène.
M. VESTRIs danſe une Chaconne avec
JU IL L E T. 1764.
181
la diſtinction qui lui eſt ordinaire. Il a été
remplacé quelquefois par M. GARDEL,
auquel les ſuffrages réunis des connoiſ
ſeurs & des amateurs du Spectacle
payent ainſi les progrès finguliers qu'il a
faits.
Mlle VEsTRIs exécute les entrées .
voluptueuſes qui conviennent aux graces
de ſa taille & à l'élégance de ſa figure.
La compoſition des Ballets répond à
l'ingénieuſe compoſition des airs de
cet Opéra.
-
La partie du Spectacle, pour ſa dé
coration , n'a pas eu moins de ſuccès
que la diſtribution des talens qui en
exécutent les chants & les danſes. Un
fort beau morceau d'Architecture décore
le ſecond Acte ; c'eſt le Periſtile d'un
Temple. L'ordonnance , d'ordre Corin
thien, en eſt grande, noble, élégante,
& riche de ſes propres ornemens. Les
plafonds ſont bien entendus & d'une
yerité ſingulière. On a profité de l'é-
lévation du Théâtre pour donner aux
Colonnes une hauteur réelle qui pro
duit un effet majeſtueux & ſatisfait, ſans
le preſtige de la perſpective, à la compa
raiſon proportionelle que fait naturel
lement la vue de la taille ordinaire des
Perſonnages avec les dimenſions d'un
182 MERCURE DE FRANCE.
grand édifice. Dans la plûpart des dé
corations ordinaires , on ſe bornoit a .
remplir les bords des chaſſis apparens
ſur le Théâtre ; dans celle-ci, l'œil ne
pénétre point dans le vuide des couliſ
ſes. Au - delà des colonnes qui for- .
ment l'intérieur latéral du périſtile , on
appercoit des galleries ornées de pilaſ
tres, de niches, & autres parties re
latives à l'ordonnance générale de l'é
difice. Les entablemens & , en géné
ral , tous les membres d'Architecture .
ſont dans une † pureté de propor
tions & compoſent un bel enſemble lorſ
, que les portes du Temple ſont ou
vertes. Toute cette décoration
eſt
en marbre blanc veiné & peinte avec
tant d'art, que l'on croit y voir tous
les effets du relief & les délicateſſes de
la Sculpture, dans les ornemens. Elle a .
été exécutée ſur les deſſeins de M. GI
RAUD, Ingénieur-Machiniſte de l'A
cadémie & des menus Plaiſirs du Roi ,.
& elle a eu les éloges des meilleurs
Connoiſſeurs.
Une autre , d'un genre nouveau,
termine le Spetacle avec éclat & avec
les plus grands applaudiſſemens : c'eſt
un jardin où tout eſt magnifique, galant
& délicieux. On n'en croira pas la deſ --
JU I L L E T. 1764.
183
, cription flattée, quand on ſaura que -
cette décoration eſt de l'invention & ſur
les deſſeins du célébre M. BoUCHER.
Le point - milieu de la
perſpective
eſt oblique relativement à celui de
la Salle des Spectateurs ; en ſorte que du
centre de cette Salle on ne peut apper
cevoir les extrémités qui terminent le
théâtre. Des treillages, des pavillons ou
rotondes en dorures, des caſcades, des
fontaines de la plus grande richeſſe,
produiſent avec la verdure & le coloris
varié des fleurs , le plus brillant effet.
Tant de pompe , étrangère à la nature,
& qui ſeroit déplacée dans la repréſenta
tion ou dans l'exécution réelle d'un jardin
ordinaire, eſt très-bien employée dans
celui - ci. Mercure change le lieu de la
Scène par ſa puiſſance : non-ſeulement
le prodige, mais encore l'aſpect de ce
lieu , doit confirmer ſa divinité. C'eſt
le cas de la féerie : elle a pour le
phyſique du Spectacle , comme pour
l'ordonnance poètique, des Loix parti
culières préciſément oppoſées, en bien
des points , aux loix de l'ordre na
turel. On ne peut auſſi donner trop d'é
leges à l'exécution pittoreſque. Ce ſont
les tons même de la nature : c'eſt ſa fraî
cheur dans les beaux jours du Prin
184 MERCURE DE FRANCE.
temps. Pluſieurs groupes de figures en
marbre blanc , qui ornent ce jardin ,
ont toutes les rondeurs & le relief de la
réalité. On n'a pas beſoin d'en annoncer
le mérite quant au deſſein, après avoir
nommé l'illuſtre Artiſte d'après lequel
elles ont été exécutées : mais nous nom
merons encore avec plaiſir ceux auxquels
on doit une ſi belle exécution aujourd'hui
dans prèſque tous les genres de décora
tions qu'on voit à l'Opéra. MM. LALLE
MANT , Peintre d'ArchiteSture, CA
N o T, Peintre de Figure, & B A U
D o N, Peintre de Payſage, que nous
avons déja cités à l'occaſion de quelques
Spectacles précédens, méritent une cé
lébrité dans cette partie, à laquelle nous
devons contribuer pour l'honneur de
tous les Arts : celui-ci ayant été ſi ſou
Vent négligé ſur nos Théâtres , on pour
roit dire même inconnu ,
ſi l'on ne ſe
rappelloit les Ouvrages du fameux Che
valier SFR vAN DoN I.
Les habits de ce Ballet ſont en géné
ral galans & agréables : on y a même
épargné plus que de coutume ce fatras
ridicule de clinquant, magnificence go
thique & barbare, qui n'eſt propre qu'à
ſéduire les regards de l'enfance , ou à
flatter le mauvais goût des Spectateurs
ſans connoiſſance & ſans diſcernement.
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11146
p. 185-186
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
MLLE SALAVILLE a commencé son début pour les Rôles de caractères, le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
MLLE SALAVILLE a commencé son
début pour les Rôles de caractères, le
Mardi 29 Mai, dans le Chevalier à la
mode, & les trois Frères rivaux. Elle
l'a continué dans l'Enfant prodigue &
le Procureur arbitre ; dans Turcaret &
l'Eſprit de contradiction , le Diſtrait &
le Florentin , l'Uſurier gentilhomme ,
les Méuechmes, &c.
Le Jeudi 17, on adonné la première
Repréſentation de CRoMwEL,Tragédie
nouvelle , par M. du CLAIRoN. Elle
fut applaudie & n'éprouva, dans au
cune partie du Poëme, ces murmures
trop ordinaires aux premières Repré
ſentations, leſquels cependant ne con
cluent pas toujours définitivement con
tre
le
ſuccès d'un Ouvrage. Celui
· de cette Tragédie ne pouvoit être
marqué par une affluence
ſuivie de
Spectateurs , ni conſéquemment par
un grand nombre de Repréſentations. .
Les raiſons n'en peuvent être préju
diciables ni à la gloire de l'Auteur ,
ni au mérite de l'Ouvrage à certains
186 MERCURE DE FRANCE.
égards. C'eſt ce que l'on connoîtra
mieux par l'Extrait que nous allons don
ner, & par quelques réflexions que nous
y ajouterons.
MLLE SALAVILLE a commencé son
début pour les Rôles de caractères, le
Mardi 29 Mai, dans le Chevalier à la
mode, & les trois Frères rivaux. Elle
l'a continué dans l'Enfant prodigue &
le Procureur arbitre ; dans Turcaret &
l'Eſprit de contradiction , le Diſtrait &
le Florentin , l'Uſurier gentilhomme ,
les Méuechmes, &c.
Le Jeudi 17, on adonné la première
Repréſentation de CRoMwEL,Tragédie
nouvelle , par M. du CLAIRoN. Elle
fut applaudie & n'éprouva, dans au
cune partie du Poëme, ces murmures
trop ordinaires aux premières Repré
ſentations, leſquels cependant ne con
cluent pas toujours définitivement con
tre
le
ſuccès d'un Ouvrage. Celui
· de cette Tragédie ne pouvoit être
marqué par une affluence
ſuivie de
Spectateurs , ni conſéquemment par
un grand nombre de Repréſentations. .
Les raiſons n'en peuvent être préju
diciables ni à la gloire de l'Auteur ,
ni au mérite de l'Ouvrage à certains
186 MERCURE DE FRANCE.
égards. C'eſt ce que l'on connoîtra
mieux par l'Extrait que nous allons don
ner, & par quelques réflexions que nous
y ajouterons.
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11147
p. 186-195
EXTRAIT de la Tragédie de CROMWEL, par M. DU CLAIRON. Représentée pour la première fois, le 7 Juin 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. CROMWEL, Protecteur de l'Angleterre. M. Brizard. RICHARD, [...]
Mots clefs :
Oliver Cromwell, Lenox, Sophie, Montrose, Mort, Protecteur, Sénat, Rois, Pouvoir, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Tragédie de CROMWEL, par M. DU CLAIRON. Représentée pour la première fois, le 7 Juin 1764.
ExTRAIT de la Tragédie de CRoMr- .
JvEL, par M. DU CLAI Rov. Re- .
préſentée pour la première fois , le
7 Juin 2764.
PERSONNAGES, ACTEU/RS,
CROMWEL, Protecteur de l'An
gleterre. M. Brizard.
RICH ARD, Fils de Cromwel. M. Molé.
LENOX, ancien Général des Trou- -
pes Ecoſſoiſes, M. Dubois. '
SOPHIE,Fille du Comte de Lénox. Mlle Clairon.
MONTROSE, Colonel de Troupes
Angloiſes & Chef des Indépendans.M. le Kain.
MONK, Général des Troupes Ecoſ
ſoiſes, & Chef des Royaliſtes. M. Bellecour.
SIDNEY , Capitaine des Gardes
de Cromwel.
CÉCIL , Membre du Parlement,
attaché au parti de Monk. M. Dauberval.
CRAMMER , Gouverneur de la Tour
de Londres.
J U IL L ET. 1764. 187
Pluſieurs Membres du Sénat & Chefs de l'Armée
La Scène eſt à Londres dans le Palais des Rois .
d'Angleterre.
L',ra, de faction où ſe trouva l'Angleterre après
le renverſement de ſa Monarchie, eſt le.rableau
ue M. DU CLAIRoN, a voulu nous préſenter dans
a Tragédie , il a pris l'inſtant où les Anglois.
offrirent la Couronne a Cromwel, & celui où ſe
forma la dernière conſpiration contre cet Uſur
pateur, pour en faire ſon action principale , ces
deux événemens ſont rapprochés & mis dans le
jour même de la mort de Cromwel, que l'Auteur
ſuppoſe avoir été occaſionnée par une ſuite de
cette même conſpiration.
Sophie, Fille de Lénox, Parente des Rois,
ouvre la Scène par un Monologue où elle dit que
Richard fils de Cromwel a obtenu de Crammer,
Gouverneur de la Tour , de faire ſortir Lénox
pendant la nuit. Son deſſein eſt de lui faire part
· des maux où ſe trouve l'Angleterre depuis ſept
ans qu'il eſt enfermé dans ſon cachot, & de le
faire conſentir à la conſpiration faite contre les
Protecteur. Lénox arrive, & apprend de ſa fille
tout ce qui s'eſt paſſé depuis ſa captivité, ce qui
lui donne occaſion de dire à Sophie tout ce qui a
précédé la mort du Roi. Cette expoſition eſt une
des plus adroites qui ſoit au Théâtre, par la con
noiſſance qu'elle donne aux Spectateurs de tout
ce qui peut entrer dans l'intrigue de l'action.
Sophie montre à Lénox le nom des†
& lui demande qu'il veuille s'en déclarer le Chef,
lui faiſant eſpérer qu'elle obtiendra ſa liberté par
le crédit de Richard & de Montroſe , dont elle eſt
aimée. Crammer vient avertir que le jour va bientôt
'183 MERCURE DE FRANCE.
paroître , & qu'il faut ſe retirer. Lénox eſt recon
duit dans la Tour , & Sophie va trouver Monk
pour lui dire que ſon père approuve la conſpira
tion.-
Acte 2. Cromwel arrive accompagné des Chefs
du Sénat & de l'Armée ; & après leur avoir ex
oſé tout ce qu'il a fait pour ſauver ſa Patrie, il
eur dit :
» Fatigués autrefois du pouvoir monarchique,
» Vous aviez par mes ſoins formé la République
» Et recevant enſuite un pouvoir limité,
» J'ai gouverné l'Etat ſous votre autorité.
» Tout étoit bien alors : aujourd'hui ma puiſſance
» Ne peut plus de vos droits ſoutenir la balance :
» Il faut pour commander plus de rang plus d'éclat;
» On rougit d'obéir aux ordres d'un Soldat.
» En ſecret en tous lieux,on ſe plaint,on murmure;
» On cherche à m'imputer les torts de la nature ;
» Et toujours inquiet ſur la fin de mon ſort,
» On a marqué le jour pour celui de ma mort.
»Mais je n'attendrai pas que ſa fureur trop prompte
» Vous puiſſe replonger dans les fers ou la honte :
» Recevez le dépôt de mon autorité,
» Comme un gage éclatant de ma fidélité.
» Je quitte ſans regret une gloire importune,
» Que n'ont pu m'enlever le temps ni la fortune,
» Mais lorſque dans vos mains je remets mon
» pouvoir ,
» Songez que m'obéir eſt le premier devoir.
-
J U IL LE T. 1764. 189
La réponſe des différens Chefs du Sénat & de
l'Armée marque les divers intérêts dont laNation
étoit alors agitée. Cromwel les renvoye en leur
diſant : -
» Offrons à l'Eternel des fruits de nos conquêtes ;
' » Que votre obéiilance écarte les tempêtes :
» Par des murmures vains craignez de l'irriter,
» Si nous voulons ſa grace, il la faut mériter.
» Allez, &c.
Cromwel accorde à Montroſe la liberté de Lé
nox mais bientôt Sidney , Capitaine de ſes Gar
des , vient lui dire que ce niême Lénox a été
aſſaſſiné le matin lorſqu'il fortoit du Palais. Le
Protecteur va joindre Crammer pour être inſtruit
de tous les mutins que l on a arrêtés pendant la
nuit. - -
» Cachant mes paſſions aux regards des humains,
» J'ai ſçu juſtifier & remplir mes deſleins :
» Par ce même artifice, achevons notre ouvrage ;
» Du foible & du grand honume, imitant le lan
» gage
» Réuniſions pour moi les intérêts divers,
2 Et caretlons le Peuple en lui donnant des fers.
Monk & Montroſe connu encent le troiiiéme
Acte : ils tortent ce chez Sophi. , où il o t at 1 is
la n o t de Lenox. Alonk tenogue q 1: ſoup
çonne Cromwet de cet allatiinat. Svp nue vient , ur
demander vengeauce - -
Le Protecteur paroît, & feu.t dºigno - 1 ,u...eº
.
1oo MERCURE DE FRANCE.
. mains ont aſſeſſiné le Comte. Quelques Chefs de
l'Armée lui viennent offrir la Couronne : il la re
fuſe d'abord. Enſuite il dit : -
· » Du deſtin qui fait tout je ſuis la loi ſuprême,
» Si pour ſauver l'Etat dans ce déſordre extrême
· » Je dois monter au Trône, il faudra malgré
» moi ,
» Que j'obéiſſe au Ciel en me déclarant Roi.
Il les renvoye tous, excepté Montroſe, qui lui
dit : -
e © e © 0 0 • e é> 9
º 2 © 0 <> e • • ©
» Voudrois-tu t'emparer du ſceptre de nos Rois ?
C R O M W E L.
» Pour ſauver mon pays je fais ce que je dois :
» Je veux que de l'Europe il ſoit le ſeul arbitre,
» Si j'y parviens, ami, que m'importe à quel titre ?
M O N T R O S E.
» Celui de Roi, du moins, devroit être excepté :
»Tu me l'as dit contraire à notre liberté.
* Les hommes,diſois-tu,ne veulent d'autre maître
» Que l'Eſprit Eternel qui les a tous fait naître ;
» Qui plaçant dans leurs coeurs & les biens & les
» maux, -
» Voulut par cet accord les rendre tous égaux,
J U I L L E T. 1764: '19r
C R O M W E L.
* Et ſi l'Europe enfin ne combat plus mes droits,
* Ne Puis-je pas monter au Trône de nos Rois ?
M O N T R O S E.
* 4 quel dégré de gloire oſeroit donc prétendre
» L'heureux Républicain qui t'enferoit deſcendre ?
» Dis : réponds.
C R O M W E L.
» A la mort, s'il étoit ſoupçonné ;
* Mais ton égarement doit être pardonné, &c.
Montroſe ſort pour aller à Withal , où s'eſt
préparé le feſtin que le Peuple donne à Cromwel.
Sophie commence le quatriéme Acte, & gémit
ſur lé ſort de ſa Patrie. Richard vient lui dire que
des mutins ont forcé le Palais de withal, & que
Montroſe ſembloit avouer leurs projets. Il paroît,
mais ſans rien dire qui puiſſe faire connoîrre ſon
deſſein. Il eſt arrêté par ordre du Protecteur &
conduit dans la Tour, où on lui coupe la tête.
Cromwel vient eſſayer de changer le coeur de So
Phie , en lui propoſant l'hymen de Richard : mais
ºlle ci loin de répondre à la propoſition de
Cromwel, dit :
» Quoi ! barbare, en un jour, au gré de ta fureur
» Des plus ſenfibles coups tu frapperas mon coeur,
» J'aurois perdu par toi mon Amant & mon Père !
» Tu verrois dans les pleurs rallentir ma colère !
» Non, ne l'eſpére pas , je rends grace au deſtin,
» Puiſque dans ce moment je te perce le ſein,
192 MERCURE DE FRANCE.
CROMWEL lui arrache le poignard & le donne
à Sidney.
» Malheureuſe ! arrêtez.
S I D N E Y ,
» Seigneur, que la perfide
»Tombe & meure à vos pieds ſous ce fer homicide.
C R O M W E L,
» Non, ne puniſſez point ſon aveugle courroux,
» Un céleſte pouvoir a détourné ſes coups.
» Je pardonne au tranſport d'une femme égarée,
» Par la mort d'un Annant au déſeſpoir livrée,
» Dans ſon appartement, Gardes, guidez ſes pas,
» Veillez ſur ſa foibleſſe, &c. -
V,
Flle eſt reconduire dans ſon appartement , &
Cromwel ſort pour faire la revue de ſes Troupes.
Au cinquiéme Acte Sidney paroît avec Cromwel,
& lui demande pourquoi il a quitté ſitôt ſes Sol
dats. Il répond que c'eſt parce qu'il ſentoit de
vives douleurs : mais qu'il veut profiter d un mo
ment où elles le laiſſent un peu tranquille pour
faire grace aux mutins. Sidney lui repréſente que
Sophie en veut à ſes jours : il lui donne la liſte des
Conjurés qu'il a trouvé chez elle. Cependant il
veut encore tâcher de la ramener par un dernier
effort. Reſté ſeul, il dit :
» Mais liſons cet écrit d'un jeune Audacieux
» Dont le zéle incertain bleſſoit déja mes yeux :
» N'eſpére plus, Tyran, te ſauver par le crime ;
» Le Ciel s'eſt fatigué de tes forfaits divers.
» Au-milieu de ta gloire il a creuſe l'abîme
Qui
JU IL L ET. 1764. I93
» Qui doit de tes fureurs affranchir l'Univers.
» Dans ce honteux feſtin qui contraignoit ta rage,
» J'ai vaincu tes ſoupgons en partageant ton ſort ;
j» Et du même poiſon dont tu m'appris l'uſage,
e° Je t'entraîne avec moi dans les bras de la mort.
( Il relit la fin de la lettre en réfléchiſſant. )
» De mes vives douleurs la cauſe eſt donc connue3
» Et c'eſt au pied du Trône un poiſon qui me tuei
» Rien ne peut réſiſter à ce venin mortel ;
» Et la main d'un enfant aſſaſſine Cromwel !
» Devois-je ainſi périr ? Ah ! que plutôt la foudre
» N'a-t-elle en m'écraſant pu me réduire en
» poudre ;
» Et me précipitant dans le fond des enfers,
» Dérober mon ſupplice aux yeux de l'Univers ?
» Quelle ſera la fin de ce reſte de vie ?
» Qu'oſera la Fureur, & que dira l'Envie ?
» De mes derniers ſoupirs témoins injurieux,
» Les ſuperbes Anglois contenteront leurs yeux ;
» Ils vont d'un Dieu vengeur adorer la juſtice :
» Cette fatale idée ajoûte à mon ſupplice.
» Si ce ſont là, grands Dieux, tes injuſtes décrets,
» Je peux les prévenir, & changer tes arrêts,
» Tu plaças dans mon coeur le menſonge & l'au
» dace : -
» J'arrêterai par eux l'effet de ta menace ;
» Et chaſſant de mon âme & la plainte & l'effroi, •
» Je vais peut-être agir un inſtant malgré toi,
J. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
» Mon cercueil eſt ouvert, c'eſt à moi d'y deſ
» cendre ,
· » Et de forcer la Terre à reſpecter ma cendre.
»Tu fais pour m'accabler d'inutiles efforts,
» Dieu cruel ! je ſuccombe & péris ſans remords.
» Toujours del'impoſture empruntant le langage,
» J'oſerai de Sophie éprouver le courage ,
» Offrir à ſes regards & le fer & le feu ,
» Du ſecret de Montroſe arracher un aveu ;
» Et déguiſant les maux où le deſtin me plonge,
» Couvrir tous ſes arrêts de la nuit du menſonge,
Certain que Sophie ne ſait rien du fecret de
Montroſe, il va au Sénat pour lui déclarer tous les
noms des Conjurés. Monk arrive accompagné de
ſes amis & des Seigneurs attachés au parti du Roi :
il dit à Sophie : - •.
» A mes fiers ennemis j'allois porter ma tête,
» Et ſaire ſur moi ſeul écarter la tempête ;
» Quand Cromwel a paru tenant entre ſes mains
» Le nom des Conjurés unis à mes deſſeins.
» A ſon fatal aſpect, la timide aſſemblée
» N'a pû cacher l'effroi dont elle étoit troublée.,
» J'ai vu tonmber ſur moi ſes funeſtes regards.
» La crainte & le remords régnoient de toutes parts.
· nl'attendois mon arrêt,quand ce monſtre éxécrable *
» A paru ſuccomber ſous le mal qui l'accable. .
, » N'employez pas, dit-il, d'inutiles ſecours ;
» Le Ciel va terminer le nombre de mes jours,
, J UIL LE T. 1764. I95
» Puiſſe me pardonner la Juſtice Céleſte
» De l'abſolu pouvoir l'uſage trop funeſte.
· » Puiſque la Vérité me prête ſon flambeau,
» Je n'emporterai point la vengeance au tom
-
» beau-;
» Cet inſtant de pardon me cenſole & me flatte :
» Ainſi que mes regrets, que ma clémence éclate.
» Qu'à jamais inconnu, les noms des Conjurés
» Soient, avec cet écrit, par le feu dévorés.
» Lui-même les déchire & les livre à la fiâme ;
2» Pour les voir conſumer , il arrête ſon âme.
• Bientôt tous nos projets ne ſont ſçus que de lui.
» C'en eſt aſſez, dit-il, je triomphe aujourd'hui.
» Dans le ſein du repos je termine ma vie ;
» Le fer ni le poiſon ne me l'ont point ravie:
» Puiſſiez-vous , comme moi , finir vos jours en
| . » paix, -
» Mon fils ; ce ſont de Dieu les plus rares biens
-
» faits.
» Il ſe tait, & la Mort emportant ſa victime ;
» De nos malheurs paſſés a refermé l'abîme.
• Nous cependant, Madame , allons , dans ce
»» moment,
• Du Sénat & du Peuple éxiger le ſerment.
»Que de tousnos malheurs l'épouvantable hiſtoire,
»De quelquesCitoyens conſerve au moins lagloire;
» Et montrons aux Sujets que les premieres Loix
» Sont d'aimer la Patrie & de ſervir les Rois.
JvEL, par M. DU CLAI Rov. Re- .
préſentée pour la première fois , le
7 Juin 2764.
PERSONNAGES, ACTEU/RS,
CROMWEL, Protecteur de l'An
gleterre. M. Brizard.
RICH ARD, Fils de Cromwel. M. Molé.
LENOX, ancien Général des Trou- -
pes Ecoſſoiſes, M. Dubois. '
SOPHIE,Fille du Comte de Lénox. Mlle Clairon.
MONTROSE, Colonel de Troupes
Angloiſes & Chef des Indépendans.M. le Kain.
MONK, Général des Troupes Ecoſ
ſoiſes, & Chef des Royaliſtes. M. Bellecour.
SIDNEY , Capitaine des Gardes
de Cromwel.
CÉCIL , Membre du Parlement,
attaché au parti de Monk. M. Dauberval.
CRAMMER , Gouverneur de la Tour
de Londres.
J U IL L ET. 1764. 187
Pluſieurs Membres du Sénat & Chefs de l'Armée
La Scène eſt à Londres dans le Palais des Rois .
d'Angleterre.
L',ra, de faction où ſe trouva l'Angleterre après
le renverſement de ſa Monarchie, eſt le.rableau
ue M. DU CLAIRoN, a voulu nous préſenter dans
a Tragédie , il a pris l'inſtant où les Anglois.
offrirent la Couronne a Cromwel, & celui où ſe
forma la dernière conſpiration contre cet Uſur
pateur, pour en faire ſon action principale , ces
deux événemens ſont rapprochés & mis dans le
jour même de la mort de Cromwel, que l'Auteur
ſuppoſe avoir été occaſionnée par une ſuite de
cette même conſpiration.
Sophie, Fille de Lénox, Parente des Rois,
ouvre la Scène par un Monologue où elle dit que
Richard fils de Cromwel a obtenu de Crammer,
Gouverneur de la Tour , de faire ſortir Lénox
pendant la nuit. Son deſſein eſt de lui faire part
· des maux où ſe trouve l'Angleterre depuis ſept
ans qu'il eſt enfermé dans ſon cachot, & de le
faire conſentir à la conſpiration faite contre les
Protecteur. Lénox arrive, & apprend de ſa fille
tout ce qui s'eſt paſſé depuis ſa captivité, ce qui
lui donne occaſion de dire à Sophie tout ce qui a
précédé la mort du Roi. Cette expoſition eſt une
des plus adroites qui ſoit au Théâtre, par la con
noiſſance qu'elle donne aux Spectateurs de tout
ce qui peut entrer dans l'intrigue de l'action.
Sophie montre à Lénox le nom des†
& lui demande qu'il veuille s'en déclarer le Chef,
lui faiſant eſpérer qu'elle obtiendra ſa liberté par
le crédit de Richard & de Montroſe , dont elle eſt
aimée. Crammer vient avertir que le jour va bientôt
'183 MERCURE DE FRANCE.
paroître , & qu'il faut ſe retirer. Lénox eſt recon
duit dans la Tour , & Sophie va trouver Monk
pour lui dire que ſon père approuve la conſpira
tion.-
Acte 2. Cromwel arrive accompagné des Chefs
du Sénat & de l'Armée ; & après leur avoir ex
oſé tout ce qu'il a fait pour ſauver ſa Patrie, il
eur dit :
» Fatigués autrefois du pouvoir monarchique,
» Vous aviez par mes ſoins formé la République
» Et recevant enſuite un pouvoir limité,
» J'ai gouverné l'Etat ſous votre autorité.
» Tout étoit bien alors : aujourd'hui ma puiſſance
» Ne peut plus de vos droits ſoutenir la balance :
» Il faut pour commander plus de rang plus d'éclat;
» On rougit d'obéir aux ordres d'un Soldat.
» En ſecret en tous lieux,on ſe plaint,on murmure;
» On cherche à m'imputer les torts de la nature ;
» Et toujours inquiet ſur la fin de mon ſort,
» On a marqué le jour pour celui de ma mort.
»Mais je n'attendrai pas que ſa fureur trop prompte
» Vous puiſſe replonger dans les fers ou la honte :
» Recevez le dépôt de mon autorité,
» Comme un gage éclatant de ma fidélité.
» Je quitte ſans regret une gloire importune,
» Que n'ont pu m'enlever le temps ni la fortune,
» Mais lorſque dans vos mains je remets mon
» pouvoir ,
» Songez que m'obéir eſt le premier devoir.
-
J U IL LE T. 1764. 189
La réponſe des différens Chefs du Sénat & de
l'Armée marque les divers intérêts dont laNation
étoit alors agitée. Cromwel les renvoye en leur
diſant : -
» Offrons à l'Eternel des fruits de nos conquêtes ;
' » Que votre obéiilance écarte les tempêtes :
» Par des murmures vains craignez de l'irriter,
» Si nous voulons ſa grace, il la faut mériter.
» Allez, &c.
Cromwel accorde à Montroſe la liberté de Lé
nox mais bientôt Sidney , Capitaine de ſes Gar
des , vient lui dire que ce niême Lénox a été
aſſaſſiné le matin lorſqu'il fortoit du Palais. Le
Protecteur va joindre Crammer pour être inſtruit
de tous les mutins que l on a arrêtés pendant la
nuit. - -
» Cachant mes paſſions aux regards des humains,
» J'ai ſçu juſtifier & remplir mes deſleins :
» Par ce même artifice, achevons notre ouvrage ;
» Du foible & du grand honume, imitant le lan
» gage
» Réuniſions pour moi les intérêts divers,
2 Et caretlons le Peuple en lui donnant des fers.
Monk & Montroſe connu encent le troiiiéme
Acte : ils tortent ce chez Sophi. , où il o t at 1 is
la n o t de Lenox. Alonk tenogue q 1: ſoup
çonne Cromwet de cet allatiinat. Svp nue vient , ur
demander vengeauce - -
Le Protecteur paroît, & feu.t dºigno - 1 ,u...eº
.
1oo MERCURE DE FRANCE.
. mains ont aſſeſſiné le Comte. Quelques Chefs de
l'Armée lui viennent offrir la Couronne : il la re
fuſe d'abord. Enſuite il dit : -
· » Du deſtin qui fait tout je ſuis la loi ſuprême,
» Si pour ſauver l'Etat dans ce déſordre extrême
· » Je dois monter au Trône, il faudra malgré
» moi ,
» Que j'obéiſſe au Ciel en me déclarant Roi.
Il les renvoye tous, excepté Montroſe, qui lui
dit : -
e © e © 0 0 • e é> 9
º 2 © 0 <> e • • ©
» Voudrois-tu t'emparer du ſceptre de nos Rois ?
C R O M W E L.
» Pour ſauver mon pays je fais ce que je dois :
» Je veux que de l'Europe il ſoit le ſeul arbitre,
» Si j'y parviens, ami, que m'importe à quel titre ?
M O N T R O S E.
» Celui de Roi, du moins, devroit être excepté :
»Tu me l'as dit contraire à notre liberté.
* Les hommes,diſois-tu,ne veulent d'autre maître
» Que l'Eſprit Eternel qui les a tous fait naître ;
» Qui plaçant dans leurs coeurs & les biens & les
» maux, -
» Voulut par cet accord les rendre tous égaux,
J U I L L E T. 1764: '19r
C R O M W E L.
* Et ſi l'Europe enfin ne combat plus mes droits,
* Ne Puis-je pas monter au Trône de nos Rois ?
M O N T R O S E.
* 4 quel dégré de gloire oſeroit donc prétendre
» L'heureux Républicain qui t'enferoit deſcendre ?
» Dis : réponds.
C R O M W E L.
» A la mort, s'il étoit ſoupçonné ;
* Mais ton égarement doit être pardonné, &c.
Montroſe ſort pour aller à Withal , où s'eſt
préparé le feſtin que le Peuple donne à Cromwel.
Sophie commence le quatriéme Acte, & gémit
ſur lé ſort de ſa Patrie. Richard vient lui dire que
des mutins ont forcé le Palais de withal, & que
Montroſe ſembloit avouer leurs projets. Il paroît,
mais ſans rien dire qui puiſſe faire connoîrre ſon
deſſein. Il eſt arrêté par ordre du Protecteur &
conduit dans la Tour, où on lui coupe la tête.
Cromwel vient eſſayer de changer le coeur de So
Phie , en lui propoſant l'hymen de Richard : mais
ºlle ci loin de répondre à la propoſition de
Cromwel, dit :
» Quoi ! barbare, en un jour, au gré de ta fureur
» Des plus ſenfibles coups tu frapperas mon coeur,
» J'aurois perdu par toi mon Amant & mon Père !
» Tu verrois dans les pleurs rallentir ma colère !
» Non, ne l'eſpére pas , je rends grace au deſtin,
» Puiſque dans ce moment je te perce le ſein,
192 MERCURE DE FRANCE.
CROMWEL lui arrache le poignard & le donne
à Sidney.
» Malheureuſe ! arrêtez.
S I D N E Y ,
» Seigneur, que la perfide
»Tombe & meure à vos pieds ſous ce fer homicide.
C R O M W E L,
» Non, ne puniſſez point ſon aveugle courroux,
» Un céleſte pouvoir a détourné ſes coups.
» Je pardonne au tranſport d'une femme égarée,
» Par la mort d'un Annant au déſeſpoir livrée,
» Dans ſon appartement, Gardes, guidez ſes pas,
» Veillez ſur ſa foibleſſe, &c. -
V,
Flle eſt reconduire dans ſon appartement , &
Cromwel ſort pour faire la revue de ſes Troupes.
Au cinquiéme Acte Sidney paroît avec Cromwel,
& lui demande pourquoi il a quitté ſitôt ſes Sol
dats. Il répond que c'eſt parce qu'il ſentoit de
vives douleurs : mais qu'il veut profiter d un mo
ment où elles le laiſſent un peu tranquille pour
faire grace aux mutins. Sidney lui repréſente que
Sophie en veut à ſes jours : il lui donne la liſte des
Conjurés qu'il a trouvé chez elle. Cependant il
veut encore tâcher de la ramener par un dernier
effort. Reſté ſeul, il dit :
» Mais liſons cet écrit d'un jeune Audacieux
» Dont le zéle incertain bleſſoit déja mes yeux :
» N'eſpére plus, Tyran, te ſauver par le crime ;
» Le Ciel s'eſt fatigué de tes forfaits divers.
» Au-milieu de ta gloire il a creuſe l'abîme
Qui
JU IL L ET. 1764. I93
» Qui doit de tes fureurs affranchir l'Univers.
» Dans ce honteux feſtin qui contraignoit ta rage,
» J'ai vaincu tes ſoupgons en partageant ton ſort ;
j» Et du même poiſon dont tu m'appris l'uſage,
e° Je t'entraîne avec moi dans les bras de la mort.
( Il relit la fin de la lettre en réfléchiſſant. )
» De mes vives douleurs la cauſe eſt donc connue3
» Et c'eſt au pied du Trône un poiſon qui me tuei
» Rien ne peut réſiſter à ce venin mortel ;
» Et la main d'un enfant aſſaſſine Cromwel !
» Devois-je ainſi périr ? Ah ! que plutôt la foudre
» N'a-t-elle en m'écraſant pu me réduire en
» poudre ;
» Et me précipitant dans le fond des enfers,
» Dérober mon ſupplice aux yeux de l'Univers ?
» Quelle ſera la fin de ce reſte de vie ?
» Qu'oſera la Fureur, & que dira l'Envie ?
» De mes derniers ſoupirs témoins injurieux,
» Les ſuperbes Anglois contenteront leurs yeux ;
» Ils vont d'un Dieu vengeur adorer la juſtice :
» Cette fatale idée ajoûte à mon ſupplice.
» Si ce ſont là, grands Dieux, tes injuſtes décrets,
» Je peux les prévenir, & changer tes arrêts,
» Tu plaças dans mon coeur le menſonge & l'au
» dace : -
» J'arrêterai par eux l'effet de ta menace ;
» Et chaſſant de mon âme & la plainte & l'effroi, •
» Je vais peut-être agir un inſtant malgré toi,
J. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
» Mon cercueil eſt ouvert, c'eſt à moi d'y deſ
» cendre ,
· » Et de forcer la Terre à reſpecter ma cendre.
»Tu fais pour m'accabler d'inutiles efforts,
» Dieu cruel ! je ſuccombe & péris ſans remords.
» Toujours del'impoſture empruntant le langage,
» J'oſerai de Sophie éprouver le courage ,
» Offrir à ſes regards & le fer & le feu ,
» Du ſecret de Montroſe arracher un aveu ;
» Et déguiſant les maux où le deſtin me plonge,
» Couvrir tous ſes arrêts de la nuit du menſonge,
Certain que Sophie ne ſait rien du fecret de
Montroſe, il va au Sénat pour lui déclarer tous les
noms des Conjurés. Monk arrive accompagné de
ſes amis & des Seigneurs attachés au parti du Roi :
il dit à Sophie : - •.
» A mes fiers ennemis j'allois porter ma tête,
» Et ſaire ſur moi ſeul écarter la tempête ;
» Quand Cromwel a paru tenant entre ſes mains
» Le nom des Conjurés unis à mes deſſeins.
» A ſon fatal aſpect, la timide aſſemblée
» N'a pû cacher l'effroi dont elle étoit troublée.,
» J'ai vu tonmber ſur moi ſes funeſtes regards.
» La crainte & le remords régnoient de toutes parts.
· nl'attendois mon arrêt,quand ce monſtre éxécrable *
» A paru ſuccomber ſous le mal qui l'accable. .
, » N'employez pas, dit-il, d'inutiles ſecours ;
» Le Ciel va terminer le nombre de mes jours,
, J UIL LE T. 1764. I95
» Puiſſe me pardonner la Juſtice Céleſte
» De l'abſolu pouvoir l'uſage trop funeſte.
· » Puiſque la Vérité me prête ſon flambeau,
» Je n'emporterai point la vengeance au tom
-
» beau-;
» Cet inſtant de pardon me cenſole & me flatte :
» Ainſi que mes regrets, que ma clémence éclate.
» Qu'à jamais inconnu, les noms des Conjurés
» Soient, avec cet écrit, par le feu dévorés.
» Lui-même les déchire & les livre à la fiâme ;
2» Pour les voir conſumer , il arrête ſon âme.
• Bientôt tous nos projets ne ſont ſçus que de lui.
» C'en eſt aſſez, dit-il, je triomphe aujourd'hui.
» Dans le ſein du repos je termine ma vie ;
» Le fer ni le poiſon ne me l'ont point ravie:
» Puiſſiez-vous , comme moi , finir vos jours en
| . » paix, -
» Mon fils ; ce ſont de Dieu les plus rares biens
-
» faits.
» Il ſe tait, & la Mort emportant ſa victime ;
» De nos malheurs paſſés a refermé l'abîme.
• Nous cependant, Madame , allons , dans ce
»» moment,
• Du Sénat & du Peuple éxiger le ſerment.
»Que de tousnos malheurs l'épouvantable hiſtoire,
»De quelquesCitoyens conſerve au moins lagloire;
» Et montrons aux Sujets que les premieres Loix
» Sont d'aimer la Patrie & de ſervir les Rois.
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11148
p. 196-200
OBSERVATIONS sur CROMWEL.
Début :
On n'entrera point actuellement dans la discussion des divers aspects sous lesquels on peut [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur CROMWEL.
OBSERVATIONS sur CROMWEL.
On n'entrera point actuellement dans la discussion
des divers aspects sous lesquels on peut
voir le Sujet d'un Drame dans les diverſes épo
ques & dans les actions de Cromwel, ni dans la
comparaiſon de la Piéce de M. DU CLAIRoN avec
les eſſais qu'ont tenté d'autres Auteurs ; il ſuffit
de rendre compte de ce que celui-ci paroît s'ê
tre propoſé, & de la manière dont il l'a exécuté.
M. DU CLAIRoN nous déclare lui-même dans
la Préface qui eſt à la tête de ſa Piéce, qu'ayant
choiſi pour le point capital de ſon Drame le ta
bleau, plus moral peut-être qu'actif, de la fer
mentation où ſe trouvoit le Gouvernement An
glois après l'attentat inoui contre l'autorité légi
time de ſes Rois, il avoit été obligé de tirer de
l'oppoſition des caractères & des intérêts, tout le
† de ſon action. Il eſt donc certain , comme
Auteur en convient, que c'eſt dans le jeu ou
dans le tableau de ces caractères que conſiſte
l'intérêt principal. Or ce genre d'intérêt, pour
occuper l'attention , pour faire quelqu'impreſſion
forte ſur l'âme, a beſoin d'un eſprit de contem
plation, que peu de Spectateurs François ſont
diſpoſés à porter au Théâtre , particuliérement
les femmes, ſans le concours deſquelles il eſt im
poſſible, parmi nous , qu'une Pièce ait un ſuccès
ſuivi. Il faut encore, pour attirer cette Claſſe de
Public aux Tragédies, un intérêt de larmes qui
prenne ſa ſource ou dans les mouvemens violens
de l'amour , ou du moins dans les tendres émo
tions de la pitié. Il n'étoit donc pas poſſible que
cette Tragédie produisît ce concours, ainſi que
nous l'avons dit précédemment, & qu'on ra pû le
voir par l'analyſe qu'on vient de lire.
-
- y UIL L E T. # 1g7
M. DU CLAIRoN ayant enviſagé ſon Sujet de
eette manière, a dû frapper de la plus grande
lumière le caractère de ſon Crom1vel , le laiſſer
dominer & ne placer les autres graduellement
que dans les teintes propres à faire valoir ſon ob
jet principal. C'eſt à quoi l'on ne peut ſe refu
ſer d'avouer qu'il a très-bien réuſſi. Il faut pour
s'en convaincre lire la Piéce en entier , les frag
mens que nous en avons extraits, ne peuvent
en donner qu'une foible idée. On connoît peu
de rôle principal, dans aucun Drame, qui ſoit
auſſi exactement & auſſi , finement développé
dans toutes ſes parties, ni dont l'enſemble pro
duiſe autant d'effet ſur des yeux philoſophes.
Ceci répond aux critiques particulières qui ont
été faites ſur les caractères ſubordonnés. La plus
ſpécieuſe de toutes, eſt contre Montroſe & Sophie.
Il eſt vrai que l'on ſe prête avec quelque diffi
culté a voir dans Montroſe le ſacrifice perpétuel
des ſentimens de la nature & de ceux de l'a
mour à l'eſpèce d'enthouſiaſme qui l'attache à
Cromwel ; parce que nous avons plus familièrer
ment l'idée du fanatiſme de Religion , tel que
celui qui enchaîne le jeune SEîDE dans Mahomet,
que le ſentiment du fanatiſme Républicain, qui
entraîne Montroſe aveuglément ſur les pas de
Cromwel. Sophie , que l'Auteur préſente comme
attachée par goût & par une habitude de jeuneſſe
à Montroſe, mais dont il peint l'eſprit Anglois &
non pas Aſiatique, c'eſt-à-dire, plus réfléchi ,
plus attaché aux principes de ſon éducation,
qu'emporté par la paſſion de l'amour , ne perſiſte
pas dans ſa tendreſſe pour Montroſe , malgré
l'attachement de celui-ci au parti contraire , ſans
contraindre un peu la vraiſemblance & ſans laiſſer
appercevoir peut-être un peu trep ouvertement le
I iij
-
4
198 MERCURE DE FRANCE.
.
reſſort dont l'Auteur avoit beſoin, pour donner
quelque mouvement à ſon Drame. Nous n'exa
minerons pas les autres caractères : il ſuffit qu'ils
ſoient diſpoſés chacun dans la place & dans le
jour convenable pour le but du Poète, relative
ment à la prééminence de ſon objet principal.
Nous ferons remarquer cependant toute l'énergie
& la noble fermeté qu'il a ſçu donner à celui de
Monk dans un auſſi petit eſpace.
..
|
|
Réſulte-t-il de ce que l'on vient de remar
quer qu'il n'y a ni action ni intérêt dans la Tra
gédie de Cromwel ? Nous ſommes ſi éloignés de
le penſer , que nous ne pouvons nous diſpenſer
de conſidérer avec quelqu'admiration, comment
du ſeul jeu de ces caractères , de leurs contraſtes,
& de l'oppofition des intérêts divers de ſes Per
ſonnages, le Poète a trouvé le moyen de former
une action complette & régulière, ſi l'on con
ſent , comme nous nous ſommes flattés de le
croire , à admettre pour telle l'action morale &
métaphyſique, de laquelle nous avons eu lieu de
traiter précédemment *. En examinant cetle-ci
dans les parties eſſentielles , peut-être que nos
Lecteurs adhéreront à cette opinion, & ne ſe laiſ
ſeront pas ſéduire par les premiers traits de la
critique.
-
-
Dans le Monologue qui commence la Piéce &
dans la ſcène qui le ſuit entre Sophie & Richard ,
l'Auteur a renfermé l'eſſentiel de ſon expoſition.
Ce ſeroit une injuſtice de ne pas reconnoître cette
expoſition comme une des plus adroites qui ſoit au
Théâtre, en ce qu'elle donne la connoiſſance de
tout ce qui peut entrer dans l'intrigue de l'action.
C'eſt de l'amour de Richard pour Sophie. C'eſt de
" * Voyez les Remarques ſur Dupuis & Deſronais. .
· J U I L L E T. 1764.
- 199
la rivalité entre ce premier & Montroſe,que dans
le même temps ſemble ſe former l'orage qui doit
abattre Cromwel: cet adroit Politique forme lui
même l'eſpoir & ſaiſit les moyens de remplir les
vues ſécrettes & ténébreuſes de ſon ambition. C'eſt
enfin de ſa profonde diſſimulation même, qui,
en immolant ſécrettement le père de cette Sophie
par la feinte apparence de l'amour de la Paix &
de la liberté, le met dans la néceſſité de ſe dé
faire du jeune Montroſe, ſon plus ardent défen
ſeur ; & prépare ainſi , malgré lui, & ſans avoir
pu humainement le prévoir , l'inſtrument de ſa
perte. C'eſt donc, en examinant tous ces reſforts
ſans partialité, du contrafte de tous ces caractè
res & de la diverſité d'intérêt des perſonnages,
qu'eſt formé un véritable nœud a cette action.
Le dénoûment peut être regardé comme le f uit
du génie, ſi l'on conſidére combien il étoit diffi
cile d'en trouver un à cette action, ſans bleſſer ou
vertement la vérité hiſtorique.Si l'on rend juſtice
à l'art avec lequel celui ci eſt préparé, ſans pou
voir être jamais prévu par le Spectateur, & ſur
tout à l'avantage qu'il a de mettre dans tout ſon
jour la véritable politique de Cromwel, & de finir
par le plus grand trait de vérité, le portrait de
ce célébre Scélérat. C'eſt un objet frappant de
ſpéculation pour le Lecteur ou ponr l'Auditeur un
u philoſophe, de comparer les imprécations par
eſquelles Cromwel termine cette action, lorſqu'il
eſt forcé de terminer la repréſentation de lui-mê
me, avec les diſcours hypocrites par leſquels il
ouvre le commencement de cette même action.
Nous avons cru faire l'éloge le plus avanta
geux de la manière ferme, noblement ſimple &
corrècte dont cette Piéce eſt écrite, en mettant
quelques-uns des vers ſous les yeux du Lecteur.
I iv
2oo MERCURE DE FRANCE.
Après avoir eſſayé de rendre à l'Auteur uñe
partie de la juſtice que nous avons penſê lui être
due, il convient de donner auſſi de juſtes éloges
à la manière,dont les Acteurs ont rendu ſa Piéce..
Rien n'a dû entr'autres lui donner plus de ſatiſ
faction que l'art, la juſteſſe & l'attention ſoute-,
nue que M. BRIzARD a toujours employé dans
un rôle auſſi difficile à bien ſaiſir par l'Acteur
que celui de Cromwel. Nous croirions ſuperflu de
parler de tout ce qui pouvoit faire valoir celui de
Sophie, puiſqu'il étoitjoué par Mlle CLAIRoN ;
mais quelque peu étendu que ſoit celui de Monk ,
& quelque peu de part que ce Perſonnage ait à
l'action, M. BELcoUR, qui en étoit chargé, n'a
pas moins trouvé les moyens d'y avoir des ap
plaudiſſemens très-juſtes & très-univerſels.
N. B. La Tragedie de Cromwel ſe vend à Paris,
chet Ducheſne, rue S. Jacques, au Temple du
Goût. Prix, 3o ſ.
On n'entrera point actuellement dans la discussion
des divers aspects sous lesquels on peut
voir le Sujet d'un Drame dans les diverſes épo
ques & dans les actions de Cromwel, ni dans la
comparaiſon de la Piéce de M. DU CLAIRoN avec
les eſſais qu'ont tenté d'autres Auteurs ; il ſuffit
de rendre compte de ce que celui-ci paroît s'ê
tre propoſé, & de la manière dont il l'a exécuté.
M. DU CLAIRoN nous déclare lui-même dans
la Préface qui eſt à la tête de ſa Piéce, qu'ayant
choiſi pour le point capital de ſon Drame le ta
bleau, plus moral peut-être qu'actif, de la fer
mentation où ſe trouvoit le Gouvernement An
glois après l'attentat inoui contre l'autorité légi
time de ſes Rois, il avoit été obligé de tirer de
l'oppoſition des caractères & des intérêts, tout le
† de ſon action. Il eſt donc certain , comme
Auteur en convient, que c'eſt dans le jeu ou
dans le tableau de ces caractères que conſiſte
l'intérêt principal. Or ce genre d'intérêt, pour
occuper l'attention , pour faire quelqu'impreſſion
forte ſur l'âme, a beſoin d'un eſprit de contem
plation, que peu de Spectateurs François ſont
diſpoſés à porter au Théâtre , particuliérement
les femmes, ſans le concours deſquelles il eſt im
poſſible, parmi nous , qu'une Pièce ait un ſuccès
ſuivi. Il faut encore, pour attirer cette Claſſe de
Public aux Tragédies, un intérêt de larmes qui
prenne ſa ſource ou dans les mouvemens violens
de l'amour , ou du moins dans les tendres émo
tions de la pitié. Il n'étoit donc pas poſſible que
cette Tragédie produisît ce concours, ainſi que
nous l'avons dit précédemment, & qu'on ra pû le
voir par l'analyſe qu'on vient de lire.
-
- y UIL L E T. # 1g7
M. DU CLAIRoN ayant enviſagé ſon Sujet de
eette manière, a dû frapper de la plus grande
lumière le caractère de ſon Crom1vel , le laiſſer
dominer & ne placer les autres graduellement
que dans les teintes propres à faire valoir ſon ob
jet principal. C'eſt à quoi l'on ne peut ſe refu
ſer d'avouer qu'il a très-bien réuſſi. Il faut pour
s'en convaincre lire la Piéce en entier , les frag
mens que nous en avons extraits, ne peuvent
en donner qu'une foible idée. On connoît peu
de rôle principal, dans aucun Drame, qui ſoit
auſſi exactement & auſſi , finement développé
dans toutes ſes parties, ni dont l'enſemble pro
duiſe autant d'effet ſur des yeux philoſophes.
Ceci répond aux critiques particulières qui ont
été faites ſur les caractères ſubordonnés. La plus
ſpécieuſe de toutes, eſt contre Montroſe & Sophie.
Il eſt vrai que l'on ſe prête avec quelque diffi
culté a voir dans Montroſe le ſacrifice perpétuel
des ſentimens de la nature & de ceux de l'a
mour à l'eſpèce d'enthouſiaſme qui l'attache à
Cromwel ; parce que nous avons plus familièrer
ment l'idée du fanatiſme de Religion , tel que
celui qui enchaîne le jeune SEîDE dans Mahomet,
que le ſentiment du fanatiſme Républicain, qui
entraîne Montroſe aveuglément ſur les pas de
Cromwel. Sophie , que l'Auteur préſente comme
attachée par goût & par une habitude de jeuneſſe
à Montroſe, mais dont il peint l'eſprit Anglois &
non pas Aſiatique, c'eſt-à-dire, plus réfléchi ,
plus attaché aux principes de ſon éducation,
qu'emporté par la paſſion de l'amour , ne perſiſte
pas dans ſa tendreſſe pour Montroſe , malgré
l'attachement de celui-ci au parti contraire , ſans
contraindre un peu la vraiſemblance & ſans laiſſer
appercevoir peut-être un peu trep ouvertement le
I iij
-
4
198 MERCURE DE FRANCE.
.
reſſort dont l'Auteur avoit beſoin, pour donner
quelque mouvement à ſon Drame. Nous n'exa
minerons pas les autres caractères : il ſuffit qu'ils
ſoient diſpoſés chacun dans la place & dans le
jour convenable pour le but du Poète, relative
ment à la prééminence de ſon objet principal.
Nous ferons remarquer cependant toute l'énergie
& la noble fermeté qu'il a ſçu donner à celui de
Monk dans un auſſi petit eſpace.
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Réſulte-t-il de ce que l'on vient de remar
quer qu'il n'y a ni action ni intérêt dans la Tra
gédie de Cromwel ? Nous ſommes ſi éloignés de
le penſer , que nous ne pouvons nous diſpenſer
de conſidérer avec quelqu'admiration, comment
du ſeul jeu de ces caractères , de leurs contraſtes,
& de l'oppofition des intérêts divers de ſes Per
ſonnages, le Poète a trouvé le moyen de former
une action complette & régulière, ſi l'on con
ſent , comme nous nous ſommes flattés de le
croire , à admettre pour telle l'action morale &
métaphyſique, de laquelle nous avons eu lieu de
traiter précédemment *. En examinant cetle-ci
dans les parties eſſentielles , peut-être que nos
Lecteurs adhéreront à cette opinion, & ne ſe laiſ
ſeront pas ſéduire par les premiers traits de la
critique.
-
-
Dans le Monologue qui commence la Piéce &
dans la ſcène qui le ſuit entre Sophie & Richard ,
l'Auteur a renfermé l'eſſentiel de ſon expoſition.
Ce ſeroit une injuſtice de ne pas reconnoître cette
expoſition comme une des plus adroites qui ſoit au
Théâtre, en ce qu'elle donne la connoiſſance de
tout ce qui peut entrer dans l'intrigue de l'action.
C'eſt de l'amour de Richard pour Sophie. C'eſt de
" * Voyez les Remarques ſur Dupuis & Deſronais. .
· J U I L L E T. 1764.
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la rivalité entre ce premier & Montroſe,que dans
le même temps ſemble ſe former l'orage qui doit
abattre Cromwel: cet adroit Politique forme lui
même l'eſpoir & ſaiſit les moyens de remplir les
vues ſécrettes & ténébreuſes de ſon ambition. C'eſt
enfin de ſa profonde diſſimulation même, qui,
en immolant ſécrettement le père de cette Sophie
par la feinte apparence de l'amour de la Paix &
de la liberté, le met dans la néceſſité de ſe dé
faire du jeune Montroſe, ſon plus ardent défen
ſeur ; & prépare ainſi , malgré lui, & ſans avoir
pu humainement le prévoir , l'inſtrument de ſa
perte. C'eſt donc, en examinant tous ces reſforts
ſans partialité, du contrafte de tous ces caractè
res & de la diverſité d'intérêt des perſonnages,
qu'eſt formé un véritable nœud a cette action.
Le dénoûment peut être regardé comme le f uit
du génie, ſi l'on conſidére combien il étoit diffi
cile d'en trouver un à cette action, ſans bleſſer ou
vertement la vérité hiſtorique.Si l'on rend juſtice
à l'art avec lequel celui ci eſt préparé, ſans pou
voir être jamais prévu par le Spectateur, & ſur
tout à l'avantage qu'il a de mettre dans tout ſon
jour la véritable politique de Cromwel, & de finir
par le plus grand trait de vérité, le portrait de
ce célébre Scélérat. C'eſt un objet frappant de
ſpéculation pour le Lecteur ou ponr l'Auditeur un
u philoſophe, de comparer les imprécations par
eſquelles Cromwel termine cette action, lorſqu'il
eſt forcé de terminer la repréſentation de lui-mê
me, avec les diſcours hypocrites par leſquels il
ouvre le commencement de cette même action.
Nous avons cru faire l'éloge le plus avanta
geux de la manière ferme, noblement ſimple &
corrècte dont cette Piéce eſt écrite, en mettant
quelques-uns des vers ſous les yeux du Lecteur.
I iv
2oo MERCURE DE FRANCE.
Après avoir eſſayé de rendre à l'Auteur uñe
partie de la juſtice que nous avons penſê lui être
due, il convient de donner auſſi de juſtes éloges
à la manière,dont les Acteurs ont rendu ſa Piéce..
Rien n'a dû entr'autres lui donner plus de ſatiſ
faction que l'art, la juſteſſe & l'attention ſoute-,
nue que M. BRIzARD a toujours employé dans
un rôle auſſi difficile à bien ſaiſir par l'Acteur
que celui de Cromwel. Nous croirions ſuperflu de
parler de tout ce qui pouvoit faire valoir celui de
Sophie, puiſqu'il étoitjoué par Mlle CLAIRoN ;
mais quelque peu étendu que ſoit celui de Monk ,
& quelque peu de part que ce Perſonnage ait à
l'action, M. BELcoUR, qui en étoit chargé, n'a
pas moins trouvé les moyens d'y avoir des ap
plaudiſſemens très-juſtes & très-univerſels.
N. B. La Tragedie de Cromwel ſe vend à Paris,
chet Ducheſne, rue S. Jacques, au Temple du
Goût. Prix, 3o ſ.
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11149
p. 200
« Le 20 Juin, M. DU TILLEUL, Acteur nouveau, a débuté sur le Théâtre [...] »
Début :
Le 20 Juin, M. DU TILLEUL, Acteur nouveau, a débuté sur le Théâtre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 20 Juin, M. DU TILLEUL, Acteur nouveau, a débuté sur le Théâtre [...] »
Le 20 Juin, M. DU TILLEUL, Acteur
nouveau, a débuté sur le Théâtre
François par les rôles de Liſimon dans
le Glorieux , & de Nicodéme dans le
JDeuil.
nouveau, a débuté sur le Théâtre
François par les rôles de Liſimon dans
le Glorieux , & de Nicodéme dans le
JDeuil.
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11150
p. 200-201
« N. B. Nous avons cru ne pouvoir nous refuser au desir que l'Auteur de cette Lettre [...] »
Début :
N. B. Nous avons cru ne pouvoir nous refuser au desir que l'Auteur de cette Lettre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « N. B. Nous avons cru ne pouvoir nous refuser au desir que l'Auteur de cette Lettre [...] »
N. B. Nous avons cru ne pouvoir nous
refuser au desir que l'Auteur de cette Lettre
a marqué de la rendre publique ,
parce que tout annonce que l'amour des
Arts, l'intérêt de la gloire & des pro
grès de notre Scène en ſont les ſeuls mo .
tifs. Nous avertiſſons que ſi par modeſ
J U IL L E T. 1764.
2.O #
tie ou par quelqu'autre raiſon , l'Auteur
ne permet pas d'imprimer ſon nom , il
ne déſavouera pas l'ouvrage , ainſi l'on
me doit pas croire que l'on emprunte la
fiction , pour donner ſes propres avis ,
comme en uſent quelquefois certains Jour
naliſtes.
refuser au desir que l'Auteur de cette Lettre
a marqué de la rendre publique ,
parce que tout annonce que l'amour des
Arts, l'intérêt de la gloire & des pro
grès de notre Scène en ſont les ſeuls mo .
tifs. Nous avertiſſons que ſi par modeſ
J U IL L E T. 1764.
2.O #
tie ou par quelqu'autre raiſon , l'Auteur
ne permet pas d'imprimer ſon nom , il
ne déſavouera pas l'ouvrage , ainſi l'on
me doit pas croire que l'on emprunte la
fiction , pour donner ſes propres avis ,
comme en uſent quelquefois certains Jour
naliſtes.
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