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p. 57-69
LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
Début :
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce qu'étoit en Normandie, la Loi de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce
qu'étoit en Normandie, la Loi de la
Bataille, par laquelle préſque toutes les
affaires contentieuſes étoient terminées,
ſous les Regnes de Rollon, & de ſes deſ
ſendans, juſqu'à l'an 12o4, que Philippe
Auguſte réunit ce Duché à la Couronne
de France , & les différentes modifica
tions de cette Loi juſqu'à l'an 1577,
qu'elle fut abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir ſur ce ſujet.
Le Prince Rollon, étant devenu Duc
· de Normandie, par la ceſſion que Char
les le Simple lui en fit au 1o° Siécle, en
q 12., donna à ſes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de ſes
Etats. Ces Loix étoient ſimples; elles ſe
réduiſoient préſque toutes, a faire éxa
miner par
quatre cº# l'objet
38 MERCURE DE FRANCE.
des conteſtations ; & ſur leur rapport
l'Aſſiſe prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni diſpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers, après s'être tranſ
portés ſur les lieux, pour examiner la
plainte, ne la pouvoient éclaircir, faute
de preuves ou de témoins ; ſi la querelle
ne paſſoit pas dix ſols , celui à qui cette
ſomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas. Si la demande paſſoit dix
ſols , ou qu'il fût queſtion d'uſurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puſſent, par l'enquête, connoître la vé
rité, celui qui étoit accuſé étoit obligé
ou d'acquieſcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affiſe. Ces
ſortes de batailles , qui n'étoient pas
pour cauſès criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme; le vaincu per--
doit ſon procès , payoit l'amende *,
&e. Mais il n'en étoit pas de même des
accuſations criminelles , dont on ne
-
pouvoit faire une preuve ſuffiſante : le
plaintif& l'accuſé étoient tenus de com--
battre en champ clos, juſqu'à ce qu'il
s'enſuivît la mort d'une des deux par
ties; & le vainqueur emportoit gain
" De là le Proverbe , les Battus payent l'a--
Raide.-
(
-
º,
" .
-
-
-
A V R I L. 1764:
59
de cauſe ; car ſi l'un des deux ſe rendoit
à ſon adverſaire , il étoit réputé cou
pable, & la Juſtice prononçoit ſon arrêt
de mort. Cet uſage étoit ſi conforme au
goût & aux mœurs de ces temps-là,qu'il
s'étendoit juſques ſur le Clergé & ſur
les femmes mêmes : avec cette diftinc
tion cependant, que ſi un Clerc non ma
rié vouloit combattre, l'Egliſe n'étoit
· pas tenue de le ſouffiir , mais que ſi un
Clerc marié portant l'habit parti , de
mandoit le combat, l'Egliſe ne pouvoit
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que l'eût été
un Laïc. Lorſqu'une femme étoit accu
ſée en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à ſon honneur ; ſi aucun Che
valier ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa cauſe, elle avoit la liberté
de ſe purger par l'igniſſe, c'eſt-à-dire
d'étendre ſes mains ſur un plateau de
fer rouge, monté ſur un trépied , ſous
lequel on entretenoit un feu ardent. Si
lorſqu'après les y avoir poſées, elle les
retiroit ſans aucun ſigne extérieur de
brûlure ,
elle étoit déclarée innocen
te : l'empreinte du feu entraînoit au
contraire après elle la condamnation de
l'accuſée.
Les hommes pouvoient auſſi , lorſ- .
-
C vj,
\
éo MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux, deman
der à ſubir l'épreuve de l'eau. On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve.
S'ils ſurna
geoient, leur innocence étoit reconnue;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit pluſieurs !
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail ſeroit trop long. On
peut recourir ſur ce ſujet au Traité des
Superſtitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille. Le plaintif citoit aux Aſſiſes
celui qu'il accuſoit de lui avoir uſurpé
ſon héritage, volé ſon argent, ou tué
ſon parent. Lorſque l'accuſé nioit le
fait, & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience, comme ſon gantelet , ſa
ceinture , ou ſon écu , & donnoit cau
tion de ſoutenir la bataille. L'accuſé ac
ceptoit le défi
jettoit pareillement un
gage, & donnoit auſſi caution pour la
bataille. La Juſtice
faiſoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accuſa- .
tion & de la défenſe, par ſept perſonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
A V R I L. 1764.
·
6 i
injures à quelqu'un, avoient été con
damnés à ſe dédire en pleine Audien
ce, ou à l'Egliſe dans un jour ſolem
nel , en ſe prenant par le bout du nez,
& en diſant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient ſervir de recor
deurs : ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la riſée publique ,
car la canaille ne manquoit pas de les
: reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorſque le ſujet de la bataille étoit
conſtaté, les Champions étoient mis dans
la priſon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes, à leurs dépends, s'ils
· en demandoient : les perſonnes de qua
lité qui ne vouloient pas ſe rendre en
priſon, étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréſenter ,
· morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
, en vive priſon. Pendant que cette vive
priſon duroit, il n'étoit permis à per
ſonne d'inſulter les Champions, ſous les
peines les plus grièves. Le jour de la Ba
taille arrivé, ſi c'étoit entre deux Nobles,
, ils étoient tenus de s'offrir a la juftice
· armés en guerre , auſſi-tôt que midi
étoit paſſé. Si c'étoit des roturiers, ils
devoient comparoître a la même heure,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE.
côtes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus, armés de draps , de cuir , de
laine , ou d'eſtoupes , n'ayant à leurs
bâtons, à leurs armures des jambes, &
à leurs écus , que du feuſt, ou du cuir ,.
& ne devant ſe ſervir pour combattre,
que de l'écu, & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeſſus les
oreilles, & pouvoient être oings, s'ils
le jugeoient à propos. Dans toutes les Ba
tailles, les armes devoient être égales; &
pour plus grande régularité, s'il man
quoit un œil ou un bras à l'un des
Champions , ſon adverſaire combattoit
un œuil fermé ou un bras attaché. Le
jour de la Bataille arrivé, les Champions
ſe rendoient à la Juriſdiction ; les Juges
recordoient de nouveau en leur préſence,.
les paroles ſur leſquelles la Bataille
avoit été gagée ; puis on les menoit au
Champ. Cétoit un terrain quarré proche
la ville, entouré de paliſſades. Les Juges
· s'y rendoient auſſi ; & lorſqu'ils étoient
arrivés, pourvu que l'heure de midi
fût paſſée , un Huiſſier crioit à haute
voix, aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
cri ſe répétoit trois fois dans une heure..
Au dernier appel , les Champions.
ſe préſentoient à la barrière pour en --
-
A V R I L. 1764.
63
trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable, les Maré
chaux*, ou à leur défaut un Chevalier
commis par la Juſtice, pour garder les
lices & barrières, leur demandoit leur
nom , le ſujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour com
battre.. A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe, la barrière leur étoit
ouverte. Deux Chevaliers des plus re
nommés conduiſoient d'abord l' Acteur
dans ſa tente, qui étoit dreſſée au côté
droit ; deux autres conduiſoient le dé
fenſeur, dans une autre tente dreſſée au
côté gauche. Les deux Champions y
reſtoient quelque temps pour ſe recueil
lir & prier Dieu. Pendant ce temps, la
Juſtice faiſoit crier le Baon du Prince
aux quatre coins du champ : » Qu'aucun :
» ne fût ſi hardi, ſous peine de la vie,
» d'aider ou nuire aux Champions, dè,
» fait, de paroles , ni de ſignes ,
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
* Ce n'étoit que lorſqu'il y avoit des batailles .
entre des gens de qualité, que le Connétable &
les § y aſſiſtoient. Chaque Provincer
avoit ſes Maréchaux : ils n'ont été conſervés
que pour celle de France ; mais anciennementº
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou., &c.
64 MERCURE DE FRANCE.
» affis autour du champ clos, ne mette
» la main aux lices , ne ſe meuve, ne
» touſſe , ni crache. Ce Baon publié , &
les Champions ayant prié Dieu ſuffiſa
ment , ils ſortoient de leurs tentes, ſe
mettoient à genoux au milieu du champ,
ſe prenoient par les mains, juroient de
nouveau les paroles de la bataille; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Eſprit ? S'ils n'euſſent pas fait
cette profeſſion de foi , on ne les au
| roit pas laiſſé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commenta
teur ) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en eſt aujourd'hui. Les Cham
pions juroient en outre de n'employer
aucun ſortilége pour remporter
la
victoire. Tout ce cérémonial rempli ,
ils rentroient encore un inſtant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prin
ce; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers ſe re
tiroient aux quatre côtés de l'intérieur
du champ, & y reſtoient ſeuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille, & pour écouter ſi dans le com
bat l'un ſe rendoit, à l'autre ; puis on
*.
-
A V R I L. 1764.
6;
crioit aux Champicns de faire leur de
voir. Auſſitôt ils ſortoient de leurs ten
tes & combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accuſé pouvoit ſe défendre juſqu'à
l'heure que les Etoiles devoient pa
reître au Ciel , l'Ačleur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu proit
» ver par ſon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorſ
qu'un des Champions ſe rendoit à ſon
adverſaire , les quatre Chevaliers com
mis à juger de la bataille alloient en
inſtruire la Juſtice; & le vaincu ſubiſ
ſoit la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat, ſon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémora
ble de ceci, dans la Province de Nor
mandie.
Jean, Seigneur de Carrouge, & Jac
ques Legris , Seigneur d'Echaufour 2
étoient liés d'une étroite amitié. Carrou
ge épouſa une jeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant ſon abſence, un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée, entra
la nuit dans ſa chambre, & lui ravit ſon
honneur. L'auteur d'une action ſi inique
avoit pris toutes les précautions imagi
nables pour n'être pasreconnu. L'épouſè
66 MERCURE DE FRANCE. .
de Carrouge crut avoir diſtingué Legris.
Carrôuge ne fut pas plutôt de retour,
que ſa femme fondant en pleurs lui ra
conta ſon malheur, & accuſa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penſer
que ſon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais ſa femme lui fit tant de
ſermens, qu'il ſe laiſſa perſuader. Il aſ
ſembla donc les perſonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui conſeil
lèrent de porter ſa plainte au Comte d'A-
lençon, Seigneur des deux Fiefs. Les
Parties furent citées.
Legris proteſta
u'il étoit innocent , & prouva qu'il
toit chez le Comte au jour & au mo
ment même que la Dame diſoit avoir été
violée. C'étoit prouver l'alibi. La fem
me de Carrouge ne pouvoit adminiſtrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit† elle avoit eu un ſonge,
ont ſon imagination avoit été bleſſée ;
& conſeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put ſe réſoudre à la
terminer ainſi , parce qu'elle avoit trop.
éclatée ; il la porta au Parlement de Pa
ris, où elle fut débattue pendant plus
de dix-huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris, ordonna par un Arrêt de l'an
1386, que les deux Gentilhommes vui
• <
-
-
A V R I L. 1764.
-
67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur empor
teroit gain de cauſe; que le vaincu ſe
roit pendu au gibet; & que ſi Carrouge
ſuccomboit, ſa femme ſeroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute ſa Cour furent
ſpectateurs de ce Duel. Les Champions
commencèrent le Combat à cheval; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
l'un ſur l'autre, ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible. Carrouge reçut d'a-
bord dans la cuiſſe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de ſon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre ſes forces , &
chargea ſon ennemi avec tant de furie,
qu'il le renverſa, & lui paſſa ſon épée au
travers du corps. Tout le monde applau
dit; Legris fut livré au Bourreau, traîné
par les rues, & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut ſe proſterner aux pieds du
Roi, qui le releva, lui fit délivrer 1ooo l..
& le retint au ſervice de ſa Chambre,
avec 2oo liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au ſupplice, avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris .
avoit été accuſé. La femme de Carrouge
ſe livra tellement à ſes remords que, ſon
mari étant mort peu de temps après , .
alle ſe retira dans un Monaſtère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paſſer le reſte de ſes jours dans une
auſtère pénitence.
-
Tels§ les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
ſentir dans tous les temps. Lorſque
Philippe Auguſte réunit la Normandie à
la Couronne, il tint un Conſeil à Liſle
bonne dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués, pour ſtatuer ſur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Nor
mandie. Quand il fut queſtion de la Ba
taille, on décida qu'elle ſeroit abolie ;
parce que les forts, qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appar
tenoit légitimement; ou les faiſoient paſ
ſer pour coupables lorſqu'ils étoient in
nocens. Les choſes reſtèrent ainſi juſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271,
quiconſidérant que depuisl'aboliſſement
de la Bataille, il ſe commettoit des cri
mes dont on ne pouvoit faire la preuve,
& dont on ne craignoit plus la punition
par le ſort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme aupara
vant, dans les cas criminels ſeulement.
Mais l'Egliſe s'éleva par la ſuite contre
des uſages ſi contraires à la Religion ; &
finalement, à la réformation de la Cou
tume de Normandie, ordonnée par Let
l
-
A V R I L. 1764.
ég
tres du Roi Henri III, données à Blois
le 22 Mars 1577, le gage de Bataille, &
·outes les épreuves du feu & de l'eau fu
rent entiérement abolies,
J'ai l'honneur d'être , &c.
*-
C****, Abonné au Mercure.
VOUS désirez sçavoir, Monsieur, ce
qu'étoit en Normandie, la Loi de la
Bataille, par laquelle préſque toutes les
affaires contentieuſes étoient terminées,
ſous les Regnes de Rollon, & de ſes deſ
ſendans, juſqu'à l'an 12o4, que Philippe
Auguſte réunit ce Duché à la Couronne
de France , & les différentes modifica
tions de cette Loi juſqu'à l'an 1577,
qu'elle fut abolie. Voici ce que j'ai pu
recueillir ſur ce ſujet.
Le Prince Rollon, étant devenu Duc
· de Normandie, par la ceſſion que Char
les le Simple lui en fit au 1o° Siécle, en
q 12., donna à ſes Sujets des Loix , qui
furent rédigées par les Grands de ſes
Etats. Ces Loix étoient ſimples; elles ſe
réduiſoient préſque toutes, a faire éxa
miner par
quatre cº# l'objet
38 MERCURE DE FRANCE.
des conteſtations ; & ſur leur rapport
l'Aſſiſe prononçoit. Les Procès n'étoient
ni longs ni diſpendieux ; mais dans les
cas où les Chevaliers, après s'être tranſ
portés ſur les lieux, pour examiner la
plainte, ne la pouvoient éclaircir, faute
de preuves ou de témoins ; ſi la querelle
ne paſſoit pas dix ſols , celui à qui cette
ſomme étoit demandée , étoit renvoyé
hors de cour , en affirmant qu'il ne la
devoit pas. Si la demande paſſoit dix
ſols , ou qu'il fût queſtion d'uſurpation
d'héritage , & que les Chevaliers ne
puſſent, par l'enquête, connoître la vé
rité, celui qui étoit accuſé étoit obligé
ou d'acquieſcer à la demande , ou de
gager la bataille en pleine affiſe. Ces
ſortes de batailles , qui n'étoient pas
pour cauſès criminelles , ne tendoient
point à mort d'homme; le vaincu per--
doit ſon procès , payoit l'amende *,
&e. Mais il n'en étoit pas de même des
accuſations criminelles , dont on ne
-
pouvoit faire une preuve ſuffiſante : le
plaintif& l'accuſé étoient tenus de com--
battre en champ clos, juſqu'à ce qu'il
s'enſuivît la mort d'une des deux par
ties; & le vainqueur emportoit gain
" De là le Proverbe , les Battus payent l'a--
Raide.-
(
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º,
" .
-
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de cauſe ; car ſi l'un des deux ſe rendoit
à ſon adverſaire , il étoit réputé cou
pable, & la Juſtice prononçoit ſon arrêt
de mort. Cet uſage étoit ſi conforme au
goût & aux mœurs de ces temps-là,qu'il
s'étendoit juſques ſur le Clergé & ſur
les femmes mêmes : avec cette diftinc
tion cependant, que ſi un Clerc non ma
rié vouloit combattre, l'Egliſe n'étoit
· pas tenue de le ſouffiir , mais que ſi un
Clerc marié portant l'habit parti , de
mandoit le combat, l'Egliſe ne pouvoit
l'empêcher ; & s'il étoit vaincu , il étoit
puni de la même manière que l'eût été
un Laïc. Lorſqu'une femme étoit accu
ſée en matière criminelle , ou d'avoir
forfait à ſon honneur ; ſi aucun Che
valier ne s'offroit à combattre pour la
défenſe de ſa cauſe, elle avoit la liberté
de ſe purger par l'igniſſe, c'eſt-à-dire
d'étendre ſes mains ſur un plateau de
fer rouge, monté ſur un trépied , ſous
lequel on entretenoit un feu ardent. Si
lorſqu'après les y avoir poſées, elle les
retiroit ſans aucun ſigne extérieur de
brûlure ,
elle étoit déclarée innocen
te : l'empreinte du feu entraînoit au
contraire après elle la condamnation de
l'accuſée.
Les hommes pouvoient auſſi , lorſ- .
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C vj,
\
éo MERCURE DE FRANCE.
qu'ils n'avoient point de Partie civile
qui pût combattre contre eux, deman
der à ſubir l'épreuve de l'eau. On leur
attachoit les mains aux pieds ; on les
jettoit dans un fleuve.
S'ils ſurna
geoient, leur innocence étoit reconnue;
& toutes ces différentes manières de
connoître la vérité étoient appellées le
Jugement de Dieu. Il y avoit pluſieurs !
formes dans les épreuves du feu & de
l'eau dont le détail ſeroit trop long. On
peut recourir ſur ce ſujet au Traité des
Superſtitions par le Père le Brun.
Voici comment on procédoit à gager
la bataille. Le plaintif citoit aux Aſſiſes
celui qu'il accuſoit de lui avoir uſurpé
ſon héritage, volé ſon argent, ou tué
ſon parent. Lorſque l'accuſé nioit le
fait, & que la preuve étoit difficile à
faire , le plaintifjettoit un gage dans
l'Audience, comme ſon gantelet , ſa
ceinture , ou ſon écu , & donnoit cau
tion de ſoutenir la bataille. L'accuſé ac
ceptoit le défi
jettoit pareillement un
gage, & donnoit auſſi caution pour la
bataille. La Juſtice
faiſoit relever les
gages , recorder les paroles de l'accuſa- .
tion & de la défenſe, par ſept perſonnes
véridiques & exemples de blâme. Ceux
qui après avoir calomnié ou dit des
A V R I L. 1764.
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injures à quelqu'un, avoient été con
damnés à ſe dédire en pleine Audien
ce, ou à l'Egliſe dans un jour ſolem
nel , en ſe prenant par le bout du nez,
& en diſant qu'ils n'avoient pas dit la
vérité , ne pouvoient ſervir de recor
deurs : ils étoient même pendant bien
du temps l'objet de la riſée publique ,
car la canaille ne manquoit pas de les
: reconduire en criant : Il a un pied de
nez. Lorſque le ſujet de la bataille étoit
conſtaté, les Champions étoient mis dans
la priſon ; on leur donnoit des Maîtres
en fait d'Armes, à leurs dépends, s'ils
· en demandoient : les perſonnes de qua
lité qui ne vouloient pas ſe rendre en
priſon, étoient confiées à des Chevalliers,
qui s'obligeoient à les repréſenter ,
· morts ou vifs , au jour que la Bataille
étoit indiquée ; ceci s'appelloit être mis
, en vive priſon. Pendant que cette vive
priſon duroit, il n'étoit permis à per
ſonne d'inſulter les Champions, ſous les
peines les plus grièves. Le jour de la Ba
taille arrivé, ſi c'étoit entre deux Nobles,
, ils étoient tenus de s'offrir a la juftice
· armés en guerre , auſſi-tôt que midi
étoit paſſé. Si c'étoit des roturiers, ils
devoient comparoître a la même heure,
appareillés en leurs livrées ou en leurs
62 MERCURE DE FRANCE.
côtes , avec leurs écus , & leurs bâtons
cornus, armés de draps , de cuir , de
laine , ou d'eſtoupes , n'ayant à leurs
bâtons, à leurs armures des jambes, &
à leurs écus , que du feuſt, ou du cuir ,.
& ne devant ſe ſervir pour combattre,
que de l'écu, & du bâton. Ils devoient
avoir les cheveux rognés pardeſſus les
oreilles, & pouvoient être oings, s'ils
le jugeoient à propos. Dans toutes les Ba
tailles, les armes devoient être égales; &
pour plus grande régularité, s'il man
quoit un œil ou un bras à l'un des
Champions , ſon adverſaire combattoit
un œuil fermé ou un bras attaché. Le
jour de la Bataille arrivé, les Champions
ſe rendoient à la Juriſdiction ; les Juges
recordoient de nouveau en leur préſence,.
les paroles ſur leſquelles la Bataille
avoit été gagée ; puis on les menoit au
Champ. Cétoit un terrain quarré proche
la ville, entouré de paliſſades. Les Juges
· s'y rendoient auſſi ; & lorſqu'ils étoient
arrivés, pourvu que l'heure de midi
fût paſſée , un Huiſſier crioit à haute
voix, aux quatre bords du champ : Tels
venez au champ faire votre devoir. Ce
cri ſe répétoit trois fois dans une heure..
Au dernier appel , les Champions.
ſe préſentoient à la barrière pour en --
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trer dans le champ , armés de toutes
piéces. Alors le Connétable, les Maré
chaux*, ou à leur défaut un Chevalier
commis par la Juſtice, pour garder les
lices & barrières, leur demandoit leur
nom , le ſujet de leur bataille , & s'ils
vouloient entrer au champ pour com
battre.. A quoi ils répondoient , oui.
Sur leur réponſe, la barrière leur étoit
ouverte. Deux Chevaliers des plus re
nommés conduiſoient d'abord l' Acteur
dans ſa tente, qui étoit dreſſée au côté
droit ; deux autres conduiſoient le dé
fenſeur, dans une autre tente dreſſée au
côté gauche. Les deux Champions y
reſtoient quelque temps pour ſe recueil
lir & prier Dieu. Pendant ce temps, la
Juſtice faiſoit crier le Baon du Prince
aux quatre coins du champ : » Qu'aucun :
» ne fût ſi hardi, ſous peine de la vie,
» d'aider ou nuire aux Champions, dè,
» fait, de paroles , ni de ſignes ,
» qu'aucun des gens d'armes, qui étoient
* Ce n'étoit que lorſqu'il y avoit des batailles .
entre des gens de qualité, que le Connétable &
les § y aſſiſtoient. Chaque Provincer
avoit ſes Maréchaux : ils n'ont été conſervés
que pour celle de France ; mais anciennementº
il y avoit des Maréchaux de Normandie , de
Poitou., &c.
64 MERCURE DE FRANCE.
» affis autour du champ clos, ne mette
» la main aux lices , ne ſe meuve, ne
» touſſe , ni crache. Ce Baon publié , &
les Champions ayant prié Dieu ſuffiſa
ment , ils ſortoient de leurs tentes, ſe
mettoient à genoux au milieu du champ,
ſe prenoient par les mains, juroient de
nouveau les paroles de la bataille; puis
les Chevaliers leur demandoient s'ils
croyoient à Dieu le Père , au Fils &
au Saint-Eſprit ? S'ils n'euſſent pas fait
cette profeſſion de foi , on ne les au
| roit pas laiſſé combattre ; mais ils
auroient été punis comme hérétiques ,
parce que ( dit un ancien Commenta
teur ) il étoit autrefois plus de mécréans
qu'il n'en eſt aujourd'hui. Les Cham
pions juroient en outre de n'employer
aucun ſortilége pour remporter
la
victoire. Tout ce cérémonial rempli ,
ils rentroient encore un inſtant dans
leur tente pour adorer Dieu : on crioit
pour la dernière fois le Baon du Prin
ce; on commandoit à tous de vuider
les lices ; les quatre Chevaliers ſe re
tiroient aux quatre côtés de l'intérieur
du champ, & y reſtoient ſeuls avec les
Champions , pour être témoins de la
bataille, & pour écouter ſi dans le com
bat l'un ſe rendoit, à l'autre ; puis on
*.
-
A V R I L. 1764.
6;
crioit aux Champicns de faire leur de
voir. Auſſitôt ils ſortoient de leurs ten
tes & combattoient à pied ou à cheval.
Si l'accuſé pouvoit ſe défendre juſqu'à
l'heure que les Etoiles devoient pa
reître au Ciel , l'Ačleur étoit réputé
vaincu , » parce qu'il n'avoit pu proit
» ver par ſon corps ce qu'il avoit offert
» de prouver en une heure de jour. Lorſ
qu'un des Champions ſe rendoit à ſon
adverſaire , les quatre Chevaliers com
mis à juger de la bataille alloient en
inſtruire la Juſtice; & le vaincu ſubiſ
ſoit la peine du crime pour lequel la
bataille avoit été gagée. S'il étoit tué
dans le combat, ſon corps étoit porté
au gibet. Il y a un exemple mémora
ble de ceci, dans la Province de Nor
mandie.
Jean, Seigneur de Carrouge, & Jac
ques Legris , Seigneur d'Echaufour 2
étoient liés d'une étroite amitié. Carrou
ge épouſa une jeune & belle femme , &
fit peu après un voyage d'Outre-mer.
Pendant ſon abſence, un homme épris
des charmes de la nouvelle mariée, entra
la nuit dans ſa chambre, & lui ravit ſon
honneur. L'auteur d'une action ſi inique
avoit pris toutes les précautions imagi
nables pour n'être pasreconnu. L'épouſè
66 MERCURE DE FRANCE. .
de Carrouge crut avoir diſtingué Legris.
Carrôuge ne fut pas plutôt de retour,
que ſa femme fondant en pleurs lui ra
conta ſon malheur, & accuſa Legris de
ce crime. Carrouge ne pouvoit penſer
que ſon ami eût été capable d'une telle
perfidie ; mais ſa femme lui fit tant de
ſermens, qu'il ſe laiſſa perſuader. Il aſ
ſembla donc les perſonnes auxquelles il
avoit confiance , qui toutes lui conſeil
lèrent de porter ſa plainte au Comte d'A-
lençon, Seigneur des deux Fiefs. Les
Parties furent citées.
Legris proteſta
u'il étoit innocent , & prouva qu'il
toit chez le Comte au jour & au mo
ment même que la Dame diſoit avoir été
violée. C'étoit prouver l'alibi. La fem
me de Carrouge ne pouvoit adminiſtrer
de preuves. Le Comte d'Alençon lui dit† elle avoit eu un ſonge,
ont ſon imagination avoit été bleſſée ;
& conſeilla aux Parties d'étouffer cette
affaire. Carrouge ne put ſe réſoudre à la
terminer ainſi , parce qu'elle avoit trop.
éclatée ; il la porta au Parlement de Pa
ris, où elle fut débattue pendant plus
de dix-huit mois. Ce Tribunal enfin
n'ayant pu trouver de preuves contre
Legris, ordonna par un Arrêt de l'an
1386, que les deux Gentilhommes vui
• <
-
-
A V R I L. 1764.
-
67
deroient leur querelle par un Combat
en champ clos ; que le vainqueur empor
teroit gain de cauſe; que le vaincu ſe
roit pendu au gibet; & que ſi Carrouge
ſuccomboit, ſa femme ſeroit brûlée. Le
Roi Charles VI & toute ſa Cour furent
ſpectateurs de ce Duel. Les Champions
commencèrent le Combat à cheval; &
n'ayant pu remporter aucun avantage
l'un ſur l'autre, ils mirent pied à terre.
Le choc fut terrible. Carrouge reçut d'a-
bord dans la cuiſſe un coup d'épée qui
effraya tous ceux de ſon parti ; mais il
ne tarda pas à reprendre ſes forces , &
chargea ſon ennemi avec tant de furie,
qu'il le renverſa, & lui paſſa ſon épée au
travers du corps. Tout le monde applau
dit; Legris fut livré au Bourreau, traîné
par les rues, & pendu à Montfaucon.
Carrouge fut ſe proſterner aux pieds du
Roi, qui le releva, lui fit délivrer 1ooo l..
& le retint au ſervice de ſa Chambre,
avec 2oo liv. d'appointemens.
Quelques années après un Brigand
ayant été condamné au ſupplice, avoua
qu'il étoit coupable du crime dont Legris .
avoit été accuſé. La femme de Carrouge
ſe livra tellement à ſes remords que, ſon
mari étant mort peu de temps après , .
alle ſe retira dans un Monaſtère , pour
68 MERCURE DE FRANCE.
y paſſer le reſte de ſes jours dans une
auſtère pénitence.
-
Tels§ les inconvéniens de la loi
de la Bataille , dont l'abus s'étoit fait
ſentir dans tous les temps. Lorſque
Philippe Auguſte réunit la Normandie à
la Couronne, il tint un Conſeil à Liſle
bonne dans le pays de Caux , auquel
tous les Ordres de cette Province furent
convoqués, pour ſtatuer ſur les Loix qui
avoient été établies par les Ducs de Nor
mandie. Quand il fut queſtion de la Ba
taille, on décida qu'elle ſeroit abolie ;
parce que les forts, qui s'en prévaloient ,
enlevoient aux foibles ce qui leur appar
tenoit légitimement; ou les faiſoient paſ
ſer pour coupables lorſqu'ils étoient in
nocens. Les choſes reſtèrent ainſi juſques
au Règne de Philippe le Hardi, en 1271,
quiconſidérant que depuisl'aboliſſement
de la Bataille, il ſe commettoit des cri
mes dont on ne pouvoit faire la preuve,
& dont on ne craignoit plus la punition
par le ſort des armes , ordonna que les
Batailles auroient lieu comme aupara
vant, dans les cas criminels ſeulement.
Mais l'Egliſe s'éleva par la ſuite contre
des uſages ſi contraires à la Religion ; &
finalement, à la réformation de la Cou
tume de Normandie, ordonnée par Let
l
-
A V R I L. 1764.
ég
tres du Roi Henri III, données à Blois
le 22 Mars 1577, le gage de Bataille, &
·outes les épreuves du feu & de l'eau fu
rent entiérement abolies,
J'ai l'honneur d'être , &c.
*-
C****, Abonné au Mercure.
Fermer
Résumé : LETTRE à M ***, sur le gage de bataille, en Normandie.
La lettre traite de la loi de la bataille en Normandie, en vigueur jusqu'en 1204, date à laquelle Philippe Auguste intégra le duché à la couronne de France. Cette loi, établie par Rollon au Xe siècle, permettait de résoudre les conflits par un jugement divin. En l'absence de preuves, les parties pouvaient recourir à un duel judiciaire. Pour les litiges civils, le perdant devait payer une amende, tandis que pour les crimes, le combat se poursuivait jusqu'à la mort. Les clercs mariés et les femmes pouvaient également participer, avec des procédures spécifiques comme l'épreuve du fer chaud ou de l'eau. Les duels étaient soigneusement préparés. Les nobles combattaient avec des armes, tandis que les roturiers utilisaient des armes plus simples. Les champions portaient des protections légères et utilisaient des bâtons et des écus en bois ou en cuir. Les armes étaient choisies de manière égale pour garantir l'équité. Le jour du duel, les champions se rendaient à la juridiction où les juges rappelaient les raisons du combat. Ils étaient conduits sur un terrain carré entouré de palissades. Après plusieurs appels, ils entraient dans le champ, armés et prêts à combattre. Si l'accusé résistait jusqu'à la tombée de la nuit, l'accusateur était déclaré vaincu. En cas de reddition ou de mort, le perdant subissait la peine prévue pour le crime. Un exemple notable est le duel entre Jean de Carrouges et Jacques Legris, accusé de viol par la femme de Carrouges. En 1386, le Parlement de Paris ordonna un duel pour trancher la dispute. Legris fut vaincu et exécuté, tandis que Carrouges fut récompensé par le roi. Plus tard, un brigand avoua être coupable du crime dont Legris avait été accusé. Philippe Auguste abolit la loi de la bataille en raison de ses abus, mais Philippe le Hardi la rétablit en 1271. L'Église s'opposa ensuite à ces pratiques, conduisant à leur abolition définitive sous Henri III en 1577.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 69-84
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
Début :
CET Ouvrage, en entier, donne une histoire générale de la Botanique. [...]
Mots clefs :
Plantes, Méthode, Ouvrage, Botanique, Science, Botanistes, Auteurs, Connaissances, Genres, Familles, Anciens, Trouver, Présenter, Résultats, Détail, Système
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texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
FAMILLES des Plantes, par M.
ADANSON, de l'Académie des
Sciences, de la Société Royale de
Londres, Censeur Royal. A Paris,
chez Vincent, Imprimeur-Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVEVCE,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8o.
CET Ouvrage, en entier, donne
une histoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la ſeconde eſt toute
pratique. Il y régne généralement beau
coup de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire, que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
· Dans la première Partie M. Adanſon ,
7o MERCURE DE FRANCE.
expoſe l'état ancien & actuel de la Bota
nique ; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariſtote, Téophraſte Dioſco
rides & Pline, ne ſont qu'apparens,ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la pertée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art , que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées, faute d'entendre aſſez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deſtitué de preuves » quoiqueThéophraſ
» te & Dioſcorides, dit-il , qui s'eſt at
» taché particulierement aux plantes, &
» qui s'eſt fait le plus grand nom ſur
» cette matière, n'ayent parlé que d'en
» viron 3 à 6ooo plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
» difficile & quelquefois impoſſible de
» les reconnoître; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages, des traits de lumière & des
» connoiſſances ſi profondes,dont quel
» ques-unes même paroiſſent ignorées
» aujourd'hui, & pourroient être appel
» lées des découvertes renouvellées des
a » Grecs, qu'on ne peut s'empêcher de
- º » convenir que malgré le mépris que
A V R I L. 1764.
71
» quelques Botaniſtes modernes affec
» tant de répandre ſur eux, ces grands
» hommes, quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
» regardoient que comme des diction
» naires trop ſuperficiels,avoient comme
» nous des connoiſſances de détail dont
» les temps ne nous ont conſervé que
» les réſultats généraux. Il eſt certain,au
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous reſte des ouvrages d'Ariſtote,
» de Théophraſte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiſſons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eſt plus
» probable, que leurs réſultats généraux
» dépendoient de ces connoiſſances de
» détail dont ces divins Auteurs laiſ
» ſoient échaper par intervalles de lé
» gères traces. Ce ſont de ces faits dont
» ne peut guères douter, tout hom
» me qui a étudié aſſez à fond les Scien
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
22 opinion,que pance qu'ils n'avoient pas
» été auſſi loin que nous, nous devrions .
» peut - être plutôt penſer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
•72 MERCURE DE FRANCE.
» fait ſentir l'inſuſſiſance des méthodes
» dont nous nous contentons.
.
M. Adanſon fait voir auſſi que ſou
vent tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveau
té, n'eſt pas toujours le meilleur, & à
cet égard, il rend juſtice à la mémoire
de Tournefort, en laiſſant encore au
jourd'hui à cet illuſtre François la pre
mière place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu
» des, n'a pas toujours été en raiſon
» de leur bonté ; l'eſprit national y a
» ſouvemt plus de part que le deſir de
» trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
» méthode de Rai a été ſuivie par des
» Anglois célébres, Sloane , Pétiver,
» Martin , & en partie par Dillen; le
» ſyſtême de Rivin a été embraſſé par
» les Allemands les plus diſtingués en
» Botanique, Cretien , Knal, Ruppias,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort, c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier, Ma
» chant, Dodart, Niſſote, MM. de Juſ
» ſieu, & Vaillant qui le ſuivirent, elle
» fut
A V R I L. 1764:
73
» fut adoptée par les Etrangers qui te
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva, M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne, en Angle
» terre & en Saxe par pluſieurs Sça
» vans diſtingués ; & ce qui ajoute en
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité ſem
» ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per
» dre de ſon éclat, & que M. de Juſſieu
» dont les vaſtes connoiſſances en Bo
» tanique ne laiſſent pas ſentir à la
» France la perte du grand Tournefort,
» en a toujours conſervé les ſages prin
» cipes que nous nous faiſons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» ſatisfaction , que ces principes ſe ré
» pandent juſqu'en Eſpagne, comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju
» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
» traduire en ſa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inſtruction de ſes
» diſciples ; de ſorte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
» les pius ſçavantes de l'Europe. ... . .
» L'exécution d'une pareille méthode ,
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'eſfort d'un génie vaſte &
» créateur; & il ne s'eſt encore trouvé
» perſonne qui ait refuſé ces deux
» grandes qualités à l'illuſtre Tourne
» fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
» titres le nom de père des Botaniſtes...
» Et ce qui doit nous inſpirer plus
» d'eſtime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un ſiécle, elle
» ait conſervé une ſupériorité ſinguliè
» re ſur toutes celles qui ont paru de
» puis, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 7o ans après lui : d'où il eſt aiſé
» de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiſſé derrière lui les
» Botaniſtes de ſon temps.
Après avoir expoſé les progrès, &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon, &éta
bli une balance entre les diverſes mé
thodes ; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici, ſoit
pour en faciliter l'étude, ſoit dans le deſ
ſein de trouver la méthode naturelle, ne
pouvoient remplir cet objet, ni condui
A V R IL. 4764.
75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eſt ſuſceptible, parce que leurs
principes ne portoient que ſur la conſi
dération d'un petit nombre de parties de
Plantes; M. Adanſon démontre par un
nombre ſuffiſant de faits, de preuves &
d'expériences, qu'une méthode ou ſyſ
tême naturel en Botanique, ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle, s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un, ne
peut conſiſter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : conſidération tout-à-fait neu
ve, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
· C'eſt ſur cette diſtribution que M,
Adanſon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de ſon Ouvrage,
dont nous donnerons ci-après une idée.
» Tout arrangement méthodique,
» dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt-il pas l'arrangement de la Na
» ture , c'eſt-à-dire, la méthode natu
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» ſera pas moins vrai, qu'elles ne peu
» vent être ſyſtêmatiques, puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi
» ſion , que les vuides ou interruptions
w que la Nature nous montre dans la ſé
D ij
|
76 MERCURE DE FRANCE.
, rie des Plantes, rapprochées par tous
» les rapports de
reſſemblance ; &
» que, ſi elles ne ſont pas ces claſſes
» naturelles que l'on cherche, elles en
» ont bien l'air, & y reſſemblent fort.
» Au reſte, je ne leur donnerai pas ce
» faſtueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé ſon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naº
turelle & ſur la Phyſique, dont il parle à
la page 2oo , & qui prouve la liaiſon &
la clef de toutes les Sciences naturelles,
il n'eſt pas douteux, à en juger par l'éº
xécution de celui-ci, qu'on ne ſçauroit
deſirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auſſi utile.
.
-
| Les principaux avantages de ces Fa
milles ſont de procurer à la Botanique
1°. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerſalité;3°. la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eſt ſuſ
ceptible; 5°. enfin des vues d'utilité plus
générales ſur les qualités des Plantes pour
ies teintures, & ſur leurs vertus médici
nales. Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention, qu'on avoit ſoupçonné
avec aſſez de fondement, que toutes les
plantes rangées dans une même Famille
-
A V R I L. 1764.
77
ſur la ſimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieu
res, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité, & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis, & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine, que d'a-
voir ſçu rapporter les genres à leurs Fa
milles Naturelles. Avec cette connoiſ
ſance, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de ſuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers; & , par la même raiſon,
on peut trouver en Amérique, en Afri
que & en Aſie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentes Plantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays.
Que de reſſources ne trouve-t-on pas
dans la Nature, lorſqu'elle eſt étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt juſ
ques dans les plus petites parties : les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas,
& ſur-tout dans les ſoixante-cinq Syſtê
mes ſimples qu'il a exécutés entre les an
nées 1741 & 1755, non-ſeulement pour
remplacer les cinquante-fix Syſtêmesan
ciens,trop compliqués & trop difficiles,
mais encore pour ſuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits ſur pluſieurs
parties des Plantes, & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous per
mettent pas de nous étendre ſur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux,que
M. Adanſon traite, & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. Telles ſont les recher
ches pour s'aſſurer s'il éxiſte dans la Na
ture des claſſes, des genres & des eſpè
ces , dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider, en en cher
chant l'explication , les preuves & la ſo
lution dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvra
ge, pour concilier les débats continuels
des Botaniſtes, & pour conſtater enfin
quelles ſont les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbi
traires , pour les diſtinguer les unes des
A V R I L. 1764:
79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des choſes tout-à-fait neuves ccs
obſervations ſur la températu e des Plan
tes ; la manière dont il conſidère la vé
gétation ; ce qui donne lieu à une théo
rie qui pourra être très-utile à l'Agricul
ture ; ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats, & non
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
uoiqu'il y ait beaucoup de détails
, profonds ſur la Science, cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout hériſſé d'é-
- pines & de difficultés. Il y a des mor
· ceaux capables de piquer la curioſité,
amuſer même en infiruiſant, ſur-tout
' dans la partie où M. Adanſon expoſe les
- réſultats des découvertes les plus moder
nes. On eſt quelquefois bien-aiſe de ſça
voir tout ce qui a été obſervé de plus
· ſingulier, & qui ſemble même tenir du
merveilleux , ſur la prodigieuſe fécon
dité des Plantes, ſur la monſtrueuſe groſ
ſeur de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de dia
- mètre, ſur ces Palmiers & ces Lianes
- de trois cens pieds de hauteur, qui entre
laſſent tous les arbres d'une forêt, &
ſur tant d'autres faits auſſi ſinguliers,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
ID iy
8o MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Iſles Canaries, au
Senégal & aux Iſles Açores, lui a pro
curé un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères, qui
etoient en général peu connues, & dont
le nombre ſurpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes, & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de ſorte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ, malgré la ſuppreſ
ſion d'un grand nombre que l'inexacti
tude des obſervations avoit fait mal-à-
propos partager en pluſieurs.
*
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Adanſon dans ſes détails ſur la meil
leure manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée ſur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la con
noiſſance eſt la plus néceſſaire aux Bota
niſtes. Chacun ſent l'utilité de tous ces
morceaux, pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de Bota
A V R I L. 1764.
8 I
nique : nous ne finirions pas ſi nous en
treprenions de faire ſimplement l'énumé
ration des articles les plus eſſentiels trai
tés par M. Adanſon, ſur cette Science ,
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle, par la multiplicité
des objets. On peut en donner une lé
gère idée, en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpè
ces ou variétés, décrites ou figurées tant
bien que mal, & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers, & par l'immenſe étendue
des pays qui n'ont pas encore été déſi
chés par des Botaniſtes ſuffiſamment
inſtruits que nos richeſſes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occaſion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité gé
nérale pour les Sciences Naturelles, &
peut-être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans au
cun détail ſur l'exécution de la ſeconde
partie de cet Ouvrage, à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ;
il y
trouvera à la tête de chaque Famille, &
à chaque genre de Plantes, toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&mo
dernes, raſſemblées dans autant d'arti
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
cles & de colonnes qu'il y a de partiès
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenſe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur, qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode ſingulière, &
dans l'eſpace de quelques lignes, tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
ſorte que, d'un ſeul coup-d'œil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille, enfin ſaiſir leur enſemble , ſans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs, où
elles ſont comme noyées. Cette manière
auſſi neuve qu'utile de préſenter en abré
gé le tableau des connoiſſances actuelles
ſur une Science vaſte & très-compli
quée, facilite ſingulièrement la compa
raiſon de ces divers objets. Elle en faci
lite pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , ſans connoître toutes
les Plantes, ſçavoir néanmoins toute la
Botanique :
il ſuffira pour cela de con
noître deux ou trois genres les plus dif
férens de chaque Famille. Enfin, M.
Adanſon conclut avec raiſon que la Bo
tanique, ainſi traitée, n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait, & par conſéquent ſuſ
» A
A V R I L. 1764.
83
· ceptible de combinaiſons & de problê
· mes. Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre, pour éxercer les Etudians en Bo
- tanique, pour fortifier les plus avancés ,
· & pour nourrir & entretenir les plus pro
· fonds Botaniſtes dans les connoiſſances
qu'ils ont acquiſes.
La vérité eſt ſimple, & ſa recherche
a conduit M. Adanſon à préférer l'ordre,
la préciſion de la méthode & la netteté
· du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
· conviennent nullement à un Livre de
· Science traité auſſi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
ſiens mêmes , pour procurer à la Botani
que toute la perfection dont cette Scien
· ce eſt ſuſceptible, Il n'eſt pas douteux
· que ſi tous les Auteurs ſe faiſoient une
•
loi de préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux, on verroit éclorre beaucoup moins
· de volumes, & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété, & un luſtre de plus pour le
' ſiécle.
-
-
D vj
-
Il paroît en général que M. Adanſon a
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique, théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage,qu'on ne pour
roit le dire ſans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a ſuppri
mé ce qu'il y a de plus comnu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exacti
tude & de méthode par ſes prédéceſſeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conſtruction, pour ne pas trop groſſir
ſon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eſt néceſſaire. *Cet Extrait, que nous avons trouvé bien fait nous a été communiqué.
ADANSON, de l'Académie des
Sciences, de la Société Royale de
Londres, Censeur Royal. A Paris,
chez Vincent, Imprimeur-Libraire de
Mgr le COMTE DE PROVEVCE,
rue S. Séverin ; avec Approbation &
Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8o.
CET Ouvrage, en entier, donne
une histoire générale de la Botanique.
La prèmiere Partie contient la théorie de
cette Science , & la ſeconde eſt toute
pratique. Il y régne généralement beau
coup de méthode ; & nous ne croyons
pouvoir mieux faire, que d'en préſenter
l'extrait ſuivant ſa diſtribution.
· Dans la première Partie M. Adanſon ,
7o MERCURE DE FRANCE.
expoſe l'état ancien & actuel de la Bota
nique ; il y compare les anciens travaux
des Botaniſtes à ceux des modernes. Il
penſe que les défauts que nous croyons
trouver dans les deſcriptions des anciens
Naturaliſtes Ariſtote, Téophraſte Dioſco
rides & Pline, ne ſont qu'apparens,ces
Auteurs ne donnant que des réſultats de
conoiſſancesà la pertée de tout le monde
& dépouillées des épines de l'Art , que
ſouvent leursTraducteurs ont mal rendu
leurs penſées, faute d'entendre aſſez la
Botanique. Ce ſentiment ne paroît pas
deſtitué de preuves » quoiqueThéophraſ
» te & Dioſcorides, dit-il , qui s'eſt at
» taché particulierement aux plantes, &
» qui s'eſt fait le plus grand nom ſur
» cette matière, n'ayent parlé que d'en
» viron 3 à 6ooo plantes & les ayent
» décrit de manière , qu'il eſt ſouvent
» difficile & quelquefois impoſſible de
» les reconnoître; on voit néanmoins
» dans nombres d'endroits de leurs
» ouvrages, des traits de lumière & des
» connoiſſances ſi profondes,dont quel
» ques-unes même paroiſſent ignorées
» aujourd'hui, & pourroient être appel
» lées des découvertes renouvellées des
a » Grecs, qu'on ne peut s'empêcher de
- º » convenir que malgré le mépris que
A V R I L. 1764.
71
» quelques Botaniſtes modernes affec
» tant de répandre ſur eux, ces grands
» hommes, quoiqu'ils n'ayent pas fait
» de méthode ſyſtématique , qu'ils ne
» regardoient que comme des diction
» naires trop ſuperficiels,avoient comme
» nous des connoiſſances de détail dont
» les temps ne nous ont conſervé que
» les réſultats généraux. Il eſt certain,au
» tant qu'on en peut juger par ce qui
» nous reſte des ouvrages d'Ariſtote,
» de Théophraſte , & de Pline , qu'ils
» ignoroient entiérement des parties
» que nous connoiſſons , & que nous
» avons approfondies ; mais il eſt plus
» probable, que leurs réſultats généraux
» dépendoient de ces connoiſſances de
» détail dont ces divins Auteurs laiſ
» ſoient échaper par intervalles de lé
» gères traces. Ce ſont de ces faits dont
» ne peut guères douter, tout hom
» me qui a étudié aſſez à fond les Scien
» ce naturelles ; & au lieu de croire que
» les Anciens n'ont adopté telle ou telle
22 opinion,que pance qu'ils n'avoient pas
» été auſſi loin que nous, nous devrions .
» peut - être plutôt penſer que c'eſt
» parce qu'ils avoient été beaucoup plus
» loin , & que des expériences que nous
» n'avons pas encore faites leur avoient
•72 MERCURE DE FRANCE.
» fait ſentir l'inſuſſiſance des méthodes
» dont nous nous contentons.
.
M. Adanſon fait voir auſſi que ſou
vent tel ſyſtême qui prend faveur à
l'appui de la célébrité & de la nouveau
té, n'eſt pas toujours le meilleur, & à
cet égard, il rend juſtice à la mémoire
de Tournefort, en laiſſant encore au
jourd'hui à cet illuſtre François la pre
mière place parmi les Botaniſtes » La
» préférence , dit-il , qu'on a donnée
» aux méthodes dans le choix des Etu
» des, n'a pas toujours été en raiſon
» de leur bonté ; l'eſprit national y a
» ſouvemt plus de part que le deſir de
» trouver la vérité. C'eſt ainſi que la
» méthode de Rai a été ſuivie par des
» Anglois célébres, Sloane , Pétiver,
» Martin , & en partie par Dillen; le
» ſyſtême de Rivin a été embraſſé par
» les Allemands les plus diſtingués en
» Botanique, Cretien , Knal, Ruppias,
» M. Ludwig , Siegerbek , &c. Celui
» de M. Lianaus n'a guères eu pour
» Sectateurs que ſes diſciples. Mais ce
» qui parle en faveur de la méthode de
» Tournefort, c'eſt qu'indépendemment
» des François célébres Paumier, Ma
» chant, Dodart, Niſſote, MM. de Juſ
» ſieu, & Vaillant qui le ſuivirent, elle
» fut
A V R I L. 1764:
73
» fut adoptée par les Etrangers qui te
» noient le premier rang en Botanique ;
» en Italie par Pontedeva, M. Monti &
» Micheli ; en Allemagne, en Angle
» terre & en Saxe par pluſieurs Sça
» vans diſtingués ; & ce qui ajoute en
» core au mérite de cette méthode &
» qui fait en même temps l'éloge de
» nos Botaniſtes François , c'eſt que
» malgré l'accueil que la frivolité ſem
» ble faire à la nouveauté , le ſyſtême
» de M. Lianaus ne lui a rien fait per
» dre de ſon éclat, & que M. de Juſſieu
» dont les vaſtes connoiſſances en Bo
» tanique ne laiſſent pas ſentir à la
» France la perte du grand Tournefort,
» en a toujours conſervé les ſages prin
» cipes que nous nous faiſons gloire
» d'adopter. Enfin nous voyons avec
» ſatisfaction , que ces principes ſe ré
» pandent juſqu'en Eſpagne, comme
» le témoigne l'Ouvrage tout récent
» du célébre M. Quer qui a cru très-ju
» dicieuſement ne pouvoir rien faire
» de plus utile au renouvellement de
» la Botanique dans ſon pays , que de
» traduire en ſa langue la méthode de
» Tournefort pour l'inſtruction de ſes
» diſciples ; de ſorte qu'on peut dire
» qu'elle a été ſuivie par les Nations
II. Vol.
74 MERCURE DE FRANCE.
» les pius ſçavantes de l'Europe. ... . .
» L'exécution d'une pareille méthode ,
» dans un temps où la Botanique étoit
» encore dans l'enfance , ne pouvoit
» être que l'eſfort d'un génie vaſte &
» créateur; & il ne s'eſt encore trouvé
» perſonne qui ait refuſé ces deux
» grandes qualités à l'illuſtre Tourne
» fort qui s'eſt acquis aux plus juſtes
» titres le nom de père des Botaniſtes...
» Et ce qui doit nous inſpirer plus
» d'eſtime & de confiance , c'eſt de
» voir que depuis près d'un ſiécle, elle
» ait conſervé une ſupériorité ſinguliè
» re ſur toutes celles qui ont paru de
» puis, quoiqu'elle ne fût pas étayée de
» toutes les découvertes qui ont été
» faites 7o ans après lui : d'où il eſt aiſé
» de juger combien ce grand homme
» avoit devancé & laiſſé derrière lui les
» Botaniſtes de ſon temps.
Après avoir expoſé les progrès, &
l'état ancien & actuel de la Botanique ;
après avoir fait une comparaiſon, &éta
bli une balance entre les diverſes mé
thodes ; après avoir prouvé que toutes
celles qui ont été faites juſqu'ici, ſoit
pour en faciliter l'étude, ſoit dans le deſ
ſein de trouver la méthode naturelle, ne
pouvoient remplir cet objet, ni condui
A V R IL. 4764.
75
re cette Science au degré de perfection
dont elle eſt ſuſceptible, parce que leurs
principes ne portoient que ſur la conſi
dération d'un petit nombre de parties de
Plantes; M. Adanſon démontre par un
nombre ſuffiſant de faits, de preuves &
d'expériences, qu'une méthode ou ſyſ
tême naturel en Botanique, ou en toute
autre partie de l'Hiſtoire Naturelle, s'il
en éxiſte ou s'il en peut éxiſter un, ne
peut conſiſter que dans l'enſemble des
caractères tirés de toutes les parties des
Plantes : conſidération tout-à-fait neu
ve, qui diſtribue tous les genres connus
des Plantes en cinquante-huit Familles.
· C'eſt ſur cette diſtribution que M,
Adanſon a travaillé la deuxième Partie.
ou la Partie pratique de ſon Ouvrage,
dont nous donnerons ci-après une idée.
» Tout arrangement méthodique,
» dit-il , où l'on n'admet pas de ſyſtême,
» n'eſt-il pas l'arrangement de la Na
» ture , c'eſt-à-dire, la méthode natu
» relle ? On donnera le nom que l'on
» voudra à mes Familles ; mais il n'en
» ſera pas moins vrai, qu'elles ne peu
» vent être ſyſtêmatiques, puiſqu'elles
» n'ont pas d'autres fondemens de divi
» ſion , que les vuides ou interruptions
w que la Nature nous montre dans la ſé
D ij
|
76 MERCURE DE FRANCE.
, rie des Plantes, rapprochées par tous
» les rapports de
reſſemblance ; &
» que, ſi elles ne ſont pas ces claſſes
» naturelles que l'on cherche, elles en
» ont bien l'air, & y reſſemblent fort.
» Au reſte, je ne leur donnerai pas ce
» faſtueux nom de Familles naturelles ;
» chacun les qualifiera comme il jugera
» à propos. » Si c'eſt ſur un ſemblable
modèle que M. Adanſon a dirigé ſon
plan du travail général ſur l'Hiſtoire Naº
turelle & ſur la Phyſique, dont il parle à
la page 2oo , & qui prouve la liaiſon &
la clef de toutes les Sciences naturelles,
il n'eſt pas douteux, à en juger par l'éº
xécution de celui-ci, qu'on ne ſçauroit
deſirer trop tôt de voir la publication
d'un Ouvrage auſſi utile.
.
-
| Les principaux avantages de ces Fa
milles ſont de procurer à la Botanique
1°. toute la certitude & la ſtabilité ; 2°.
l'étendue & l'univerſalité;3°. la briéveté;
4°. la facilité dont cette Science eſt ſuſ
ceptible; 5°. enfin des vues d'utilité plus
générales ſur les qualités des Plantes pour
ies teintures, & ſur leurs vertus médici
nales. Le dernier objet mérite d'autant
plus d'attention, qu'on avoit ſoupçonné
avec aſſez de fondement, que toutes les
plantes rangées dans une même Famille
-
A V R I L. 1764.
77
ſur la ſimilitude & la convenance du plus
grand nombre de leurs parties intérieu
res, avoient des vertus ſemblables qui
ne différoient que du plus ou moins dans
leur intencité, & non dans leur qualité.
Idée qui s'eſt vérifiée depuis, & que
l'expérience confirme de jour en jour.
On ſçait combien l'analyſe chymique eſt
incertaine pour décider les vertus des
Plantes; c'eſt donc un grand pas de fait
à l'avantage de la Médecine, que d'a-
voir ſçu rapporter les genres à leurs Fa
milles Naturelles. Avec cette connoiſ
ſance, on peut aller à tâtons trouver en
France des Plantes capables de ſuppléer
à certaines qu'on tire à grands frais des
pays étrangers; & , par la même raiſon,
on peut trouver en Amérique, en Afri
que & en Aſie des Plantes analogues à
celles de l'Europe. Il en eſt de même
des teintures; différentes Plantes donnent
des couleurs ſemblables en divers pays.
Que de reſſources ne trouve-t-on pas
dans la Nature, lorſqu'elle eſt étudiée
& guidée par la méthode d'une analogie
bien raiſonnée ! Et il paroît que cette
partie eſt l'élément de notre Auteur. Si
c'eſt un mérite que d'être méthodique,
on peut dire que cet Ouvrage l'eſt juſ
ques dans les plus petites parties : les
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
éxemples s'en préſentent à chaque pas,
& ſur-tout dans les ſoixante-cinq Syſtê
mes ſimples qu'il a exécutés entre les an
nées 1741 & 1755, non-ſeulement pour
remplacer les cinquante-fix Syſtêmesan
ciens,trop compliqués & trop difficiles,
mais encore pour ſuppléer à ceux qui
n'avoient pas encore été faits ſur pluſieurs
parties des Plantes, & en même temps
pour échaffauder & étayer les cinquante
huit Familles qu'il publie aujourd'hui.
Les bornes d'un Extrait ne nous per
mettent pas de nous étendre ſur nombre
de faits de Phyſique tous nouveaux,que
M. Adanſon traite, & qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. Telles ſont les recher
ches pour s'aſſurer s'il éxiſte dans la Na
ture des claſſes, des genres & des eſpè
ces , dans le ſens dont l'entendent les
Naturaliſtes; & il ſemble qu'il a pris la
vraie route pour la décider, en en cher
chant l'explication , les preuves & la ſo
lution dans la nature même des Plantes
& des Animaux. La ſolution de cette
queſtion étoit néceſſaire dans cet Ouvra
ge, pour concilier les débats continuels
des Botaniſtes, & pour conſtater enfin
quelles ſont les parties des Plantes dont
on doit tirer les caractères les moins arbi
traires , pour les diſtinguer les unes des
A V R I L. 1764:
79
autres. On peut mettre encore dans le
rang des choſes tout-à-fait neuves ccs
obſervations ſur la températu e des Plan
tes ; la manière dont il conſidère la vé
gétation ; ce qui donne lieu à une théo
rie qui pourra être très-utile à l'Agricul
ture ; ſa façon de conſtruire les terres ,
applicables aux divers climats, & non
bre d'autres articles auſſi intéreſſans.
uoiqu'il y ait beaucoup de détails
, profonds ſur la Science, cet Ouvrage
n'eſt cependant pas par-tout hériſſé d'é-
- pines & de difficultés. Il y a des mor
· ceaux capables de piquer la curioſité,
amuſer même en infiruiſant, ſur-tout
' dans la partie où M. Adanſon expoſe les
- réſultats des découvertes les plus moder
nes. On eſt quelquefois bien-aiſe de ſça
voir tout ce qui a été obſervé de plus
· ſingulier, & qui ſemble même tenir du
merveilleux , ſur la prodigieuſe fécon
dité des Plantes, ſur la monſtrueuſe groſ
ſeur de certains arbres , dont le tronc a
ſouvent plus de vingt-cinq pieds de dia
- mètre, ſur ces Palmiers & ces Lianes
- de trois cens pieds de hauteur, qui entre
laſſent tous les arbres d'une forêt, &
ſur tant d'autres faits auſſi ſinguliers,
qu'il n'y avoit qu'un Botaniſte Voyageur
qui en pût apprécier la juſte valeur.
ID iy
8o MERCURE DE FRANCE.
Son Voyage aux Iſles Canaries, au
Senégal & aux Iſles Açores, lui a pro
curé un grand avantage pour réformer
la partie des Plantes étrangères, qui
etoient en général peu connues, & dont
le nombre ſurpaſſe infiniment celui de
nos Plantes Européennes, & qui lui a
donné lieu d'ajouter près de cinq cens
genres aux onze cens qui avoient été
établis avant lui ; de ſorte qu'il donne
dans ſes Familles la deſcription de ſeize
cens genres environ, malgré la ſuppreſ
ſion d'un grand nombre que l'inexacti
tude des obſervations avoit fait mal-à-
propos partager en pluſieurs.
*
Nous ne ſuivrons pas plus loin M.
Adanſon dans ſes détails ſur la meil
leure manière de nommer & d'enſeigner
les Plantes; dans ſes idées ſur un plan
nouveau de réforme qu'iljuge néceſſaire
à l'Ortographe Françoiſe; dans ſa Table
raiſonnée ſur les vertus des Plantes ;
dans celle des ſynonymes anciens qu'il a
établis à leur place ; enfin dans la Table
chronologique des Auteurs dont la con
noiſſance eſt la plus néceſſaire aux Bota
niſtes. Chacun ſent l'utilité de tous ces
morceaux, pour former une convexion
en enſemble raiſonnée dans toutes les
parties d'un Ouvrage univerſel de Bota
A V R I L. 1764.
8 I
nique : nous ne finirions pas ſi nous en
treprenions de faire ſimplement l'énumé
ration des articles les plus eſſentiels trai
tés par M. Adanſon, ſur cette Science ,
qui eſt ſans contredit la plus vaſte de
l'Hiſtoire Naturelle, par la multiplicité
des objets. On peut en donner une lé
gère idée, en diſant qu'il a trouvé dans
les Auteurs plus de dix-huit mille eſpè
ces ou variétés, décrites ou figurées tant
bien que mal, & qu'on peut juger par
celles que nous poſſédons ſéches dans
des herbiers, & par l'immenſe étendue
des pays qui n'ont pas encore été déſi
chés par des Botaniſtes ſuffiſamment
inſtruits que nos richeſſes en ce genre de
collection peuvent être augmentées au
moins du double. Cette remarque lui
donne occaſion d'ajouter le ſujet d'un
grand Voyage qui ſervit d'une utilité gé
nérale pour les Sciences Naturelles, &
peut-être pour le Commerce de l'Europe.
Nous n'entrerons pareillement dans au
cun détail ſur l'exécution de la ſeconde
partie de cet Ouvrage, à laquelle nous
renvoyons le Lecteur Botaniſte ;
il y
trouvera à la tête de chaque Famille, &
à chaque genre de Plantes, toutes les
connoiſſances pratiques anciennes&mo
dernes, raſſemblées dans autant d'arti
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
cles & de colonnes qu'il y a de partiès
dans les Plantes. Ouvrage d'un détail
immenſe , & d'autant plus pénible pour
l'Auteur, qu'il a ſçu préſenter , avec un
ordre & une méthode ſingulière, &
dans l'eſpace de quelques lignes, tout
l'eſſentiel des caractères génériques ; de
ſorte que, d'un ſeul coup-d'œil, il peut
voir les reſſemblances & les différences
principales de tous les genres d'une même
Famille, enfin ſaiſir leur enſemble , ſans
être obligé de lire un très-grand nombre
de pages de deſcriptions des Auteurs, où
elles ſont comme noyées. Cette manière
auſſi neuve qu'utile de préſenter en abré
gé le tableau des connoiſſances actuelles
ſur une Science vaſte & très-compli
quée, facilite ſingulièrement la compa
raiſon de ces divers objets. Elle en faci
lite pareillement l'étude au point qu'on
pourra déſormais , ſans connoître toutes
les Plantes, ſçavoir néanmoins toute la
Botanique :
il ſuffira pour cela de con
noître deux ou trois genres les plus dif
férens de chaque Famille. Enfin, M.
Adanſon conclut avec raiſon que la Bo
tanique, ainſi traitée, n'eſt plus une
Science de nom , comme on la qualifie
tous les jours ; mais qu'elle eſt une
Science de fait, & par conſéquent ſuſ
» A
A V R I L. 1764.
83
· ceptible de combinaiſons & de problê
· mes. Il en propoſe même quelques-uns
capables d'indiquer la route qu'il faut
ſuivre, pour éxercer les Etudians en Bo
- tanique, pour fortifier les plus avancés ,
· & pour nourrir & entretenir les plus pro
· fonds Botaniſtes dans les connoiſſances
qu'ils ont acquiſes.
La vérité eſt ſimple, & ſa recherche
a conduit M. Adanſon à préférer l'ordre,
la préciſion de la méthode & la netteté
· du ſtyle aux fleurs du langage qui ne
· conviennent nullement à un Livre de
· Science traité auſſi à fond, Le même
principe de vérité l'a porté à indiquer ce
qui reſte encore à ajouter aux travaux
des Anciens & des Modernes , & aux
ſiens mêmes , pour procurer à la Botani
que toute la perfection dont cette Scien
· ce eſt ſuſceptible, Il n'eſt pas douteux
· que ſi tous les Auteurs ſe faiſoient une
•
loi de préſenter ainſi dans leurs Ouvrages
un tableau de tout ce qui a été fait avant
eux, on verroit éclorre beaucoup moins
· de volumes, & plus de choſes neuves.
D'où réſulteroit un avantage pour la
ſociété, & un luſtre de plus pour le
' ſiécle.
-
-
D vj
-
Il paroît en général que M. Adanſon a
84 MERCURE DE FRANCE.
raſſemblé dans ſes deux Volumes tout
l'hiſtorique, théorique & pratique de la
Botanique , depuis les Grecs juſqu'à
nous; qu'il y a beaucoup plus de choſes
neuves dans cet Ouvrage,qu'on ne pour
roit le dire ſans paroître chercher à le
flatter & que cet Académicien a ſuppri
mé ce qu'il y a de plus comnu, pour faire
place à des choſes plus eſſentielles ou qui
avoient été traitées avec moins d'exacti
tude & de méthode par ſes prédéceſſeurs.
C'eſt dans cette vue qu'il n'a donné
d'autres figures que celle d'une nouvelle
conſtruction, pour ne pas trop groſſir
ſon Ouvrage , renvoyant aux figures
des meilleurs Auteurs qu'il cite par-tout
où il eſt néceſſaire. *Cet Extrait, que nous avons trouvé bien fait nous a été communiqué.
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Résumé : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. A Paris, chez Vincent, Imprimeur-Libraire de Mgr le COMTE DE PROVENCE, rue S. Séverin ; avec Approbation & Privilége du Roi ; 1763 ; 2 vol.in-8 o .
En 1763, Michel Adanson publie 'Familles des Plantes', une œuvre majeure en botanique divisée en deux parties : théorique et pratique. Dans cet ouvrage, Adanson compare les travaux des botanistes anciens, tels qu'Aristote et Théophraste, avec ceux des modernes, défendant les premiers pour leurs descriptions précises. Il critique les systèmes modernes, soulignant que leur popularité ne garantit pas leur supériorité. Adanson rend hommage à Tournefort, dont la méthode est encore respectée et utilisée, notamment en Espagne grâce à la traduction de Quer. Reconnu comme le 'père des Botanistes', Adanson critique les méthodes botaniques existantes, basées sur des parties limitées des plantes, et propose une nouvelle approche intégrant tous les caractères des plantes. Il classe les genres en cinquante-huit familles, offrant une méthode naturelle et systématique. Son ouvrage explore également les qualités des plantes pour les teintures et leurs vertus médicinales, permettant de trouver des substituts locaux à des plantes importées. Adanson illustre sa méthodologie rigoureuse par ses soixante-cinq systèmes réalisés entre 1741 et 1755. Publié en avril 1764, son travail inclut des observations sur la température des plantes et leur végétation, utiles à l'agriculture. Ses voyages aux Îles Canaries, au Sénégal et aux Îles Açores enrichissent la connaissance des plantes étrangères, ajoutant près de cinq cents genres aux onze cents existants. Il propose des réformes orthographiques et des tables sur les vertus des plantes et les synonymes anciens, visant à structurer la botanique de manière rationnelle et accessible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 84-94
ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
Début :
NOUS avons déja donné plusieurs extraits de ce livre excellent, & que tous [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de
nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez
Babuty, Quai des Augustins, Brocas &
Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
NOUS avons déja donné plusieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
A V R I L 1764.
85
les gens de Lettres eſtiment comme une
production infiniment ſupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces Ouvrages Claſſiques, qui font loi
dans la Littérature, & doivent ſe trou
ver dans toutes les Bibliothêques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eſt aucune claſſe d'Ecrivains,à laquelle
il ne ſoit abſolument néceſſaire. L'A-
vocat y trouvera des préceptes pour
Péloquence du Barreau; le Prédicateur,
des régles pour les Diſcours Chrétiens,
les Panégyriques , les Oraiſons funé
bres ; le Magiſtrat, I'art de faire le rap
port d'un procès ; le Poète, l'Orateur,
l'Hiſtorien , en un mot, l'homme de
' lettres , pour compoſer des Ouvrages
dans tous les genres, l'homme du mon
de pour en juger avec ſureté, ſe ſer
viront utilement & agréablement de ce
recueil, à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous al
lons , ſelon la méthode que nous avons
ſuivie juſqu'à préſent, préſenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette ex
cellente compilation ; c'eſt le com
mencement de l'Article qui traite de
l'Eloquence, les bornes de notre Jour
nal ne nous permettant pas de la rap
porter en entier.
36 MERCURE DE FRANCE.
.
» L'Eloquence , fille du Génie & de
» la Liberté , eſt née dans les Répu
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
» d'abord aux grands objets du Gou
» vernement le talent de la parole ; &
» comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & re
» muer le peuple , ils appellerent l'E-
» loquence l'art de perſuader, c'eſt
» à-dire de prouver & d'émouvoir tout
|
» enſemble.
» Nos Ecrivains modernes, pour la
» plûpart copiſtes ſuperſtitieux & ſerviles
» de l'antiquité, ont adopté cette défini
» tion , ſans faire attention que les An
» ciens qui nous l'ont laiſſée, y bor
» noient l'Eloquence à fà partie la plus
» noble & la plus étendue , & que par
, » conſéquent la définition étoit incom
.
» plette. En effet , combien de traits
» vraiment éloquens qui n'ont pour but
» que d'émouvoir , & nullement de
» convaincre ? Penſer autrement , ce
» ſeroit reſſembler à ce Mathématicien
» ſévère, qui après avoir lû la Scène
» admirable du délire de Phédre , de
» mandoit froidement ,
» cela prouve ?
qu'eſt-ce que
» La définition que nous avons don
» née de l'Eloquence renferme l'idée la
A V R I L. 1764.
87
» plus générale qu'on puiſſe en avoir.
» C'eſt, avons-nous dit, le talent de
» faire paſſer avec rapidité & d'imprimer
» avec force dans l'âme des autrès, le
» ſentiment profond dont on eſt pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen
» ce même du ſilence , langage énergi
» que & quelquefois ſublime des gran
» des paſſions; à l'Eloquence du geſte ,
» qu'on peut appeller l'Eloquence du
» Peuple, par le pouvoir qu'elle a pour
» ſubjuger la multitude, toujours plus
» frappée de ce qu'elle voit, que de ce
» qu'elle entend ; enfin à cette Elo
» quence adroite & tranquille , qui ſe
» borne à convaincre ſans émouvoir ,
» & qui ne cherche point à arracher
» le conſentement , mais à l'obtenir.
» Cette derniere Eloquence n'eſt peut
» être pas la moins puiſſante ; on eſt
» moins en garde contre l'inſinuation
» que contre
la
force. Néanmoins
» comme le talent d'émouvoir eſt
le
» caractère principal de l'Eloquence ,
» c'eſt auſſi ſous ce point de vue que
| » nous allons principalement la con
» ſidérer.
» Le propre de l'Eloquence eſt non
» ſeulement de remuer , mais d'élever
» l'âme ; c'eſt l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
» ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
» des larmes ; le pathétique & le ſu
» blime ſe tiennent ; en ſe ſentant at
» tendri , on ſe trouve en même temps
» plus grand , parce qu'on ſe trouve
» meilleur; la triſteſſe délicieuſe & dou
» ce, que produiſent en nous un diſ
» cours , un tableau touchant, nous
» donne bonne opinion de nous
» mêmes par le témoignage qu'elle nous
» rend de la ſenſibilité de notre âme ;
» ce témoignage eſt une des principa
» les ſources du plaiſir qu'on goûte ea
» aimant, & en général de celui que
» les ſentimens tendres & profonds nous
» font éprouver.
» Nous appellons l'Eloquence un ta
» lent, & non pas un Art , comme
» l'ont appellé la plûpart des Rhéteurs ;
» car tout art s'acquiert par l'étude &
» par l'exercice, & l'Eloquence eſt un
» don de la Nature. Les régles ne font
» deſtinées qu'à être le frein du génie
» qui s'égare , & non le flambeau du
» génie qui prend l'eſſor ; leur unique
» uſage eſt d'empêcher que les traits
» vraiment éloquens ne ſoient défigu
» rés par d'autres ouvrages de la né
» gligence & du mauvais goût. Ce ne
» ſont point les régles qui ont inſpiré à
A V R I L. 1764.
89
» Shakeſpeare le monologue admirable
» d'Hamlet ; mais elles nous auroient
» épargné la ſcéne barbare & dégou
» ante des foſſoyeurs.
» On rend avec netteté ce que I'on
» conçoit bien ; de même on annonce
» avec chaleur ce que l'on ſent avec
» enthouſiaſme, & les mots viennent
» auſſi aiſément pour exprimer une
» émotion vive, qu'une idée claire. Le
» ſentiment s'affoibliroit, s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le ſoin
» froid & étudié qu'il ſe donneroit pour
» le rendre ; & tout le fruit de ſes ef
» forts ſeroit de perſuader à ſes Audi
» teurs, qu'il ne reſſentoit pas ce qu'il
» vouloit leur inſpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
» de l'Egliſe aux Chrétiens ; ſentez
» vivement , & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs.
» Qu'on interroge les Ecrivains de gé
» nie ſur les plus beaux endroits de
» leurs ouvrages , ils avoueront prèſ
» que toujours, que ces endroits ſont
» ceux qui leur ont coûté le moins ,
» parce qu'ils ont été comme inſpirés
» en les
produiſant. Débarraſſée de
» toute contrainte, & bravant quelque
» fois les régles mêmes , la Nature
6o MERCURE DE FRANCE.
» produit alors les plus grands mira
» cles ; on éprouve alors la vérité de ce
» paſſage de Quintilien; c'eſt l'âme ſeule
» qut nous rend éloquens ; & les igno
» rans même , quand une violente paſſionz
» les agite, ne cherchent point ce qu'ils
» ont à dire. Tel étoit l'enthouſiaſme
» qui animoit autrefois le Payſan du Da
» nube, & qui le fit admirer dans le
· » Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé
» nat de Rome. C'eſt ce même enthou
» ſiaſme, prompt à ſe communiquer à
» l'Auditeur, qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , ſi on peut
» ſe ſervir de cette expreſſion, & l'Elo
» quence écrite. L'Eloquence dans les
» Livres eſt à-peu-près comme la Muſi
» que ſur le papier, muette, nulle & ſans
» vie; elle y perd du moins ſa plus gran
» de force , & eHle a beſoin de l'action
» pour ſe déployer. Nous ne pouvons
» lire ſans être attendri les Péroraiſons
» touchantes de Cicéron pour Flaccus,
» pour Forteius, pour Sextius, pour
» Plancius & pour Silla, les plus admi
» rables modèles d'Eloquence que l'an
» tiquité nous ait laiſſé dans le genre pa
» thétique.Qu'on imagine l'effet qu'elles
» devoient produire dans la bouche de
» ce grand homme; qu'on ſe repréſente
-
, A V R I L. 1764.
9 L
» Cicéron au milieu du Barreau, animant
» par ſes pleurs le diſcours le plus tou
» chant, tenant le fils de Flaccus (a)
» entre ſes bras, le préſentant aux Juges,
» & implorant pour lui l'humanité & les
» loix; ſera-t-on ſurpris de ce qu'il nous
» apprend lui-même, qu'il fut interrom
» pu par les gémiſſemens & les ſanglots
» de l'Auditoire ? Sera-t-on ſurpris que
» ce tableau ait ſéduit & entraîné les
» Juges ? Sera-t-on ſurpris enfin que l'E-
» loquence de Cicéron lui ait ſervi tant
» de fois à ſauver des cliens coupables ?
» Auſſi l'Aréopage, qui ne vouloit qu'ê-
» tre juſte, avoit interdit ſévérement
» l'Eloquence aux Avocats. On y vpu
» loit, comme dans nos Tribunaux,
» plus de raiſons que de pathétique ; &
» les Juges d'Athènes, ainſi que les nô
» tres, euſſent fait perdre à Cicéron la
» plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
» à Rome.
» Non-ſeulement il faut ſentir pour
» être éloquent, mais il ne faut pas ſentir
» à demi, comme il ne faut pas conce
» voir à demi pour s'énoncer avec clarté.
» Pleurez, ſi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraiſon pour Flaccus, C'eſt
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon, qui ne
fut pas prononcée, la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
» pleurs, dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
» ce précepte, tremblez & frémiſſez, ſi
» vous voulez me faire trembler & fré
» mir. Il faut avouer cependant que ſi
» l'agitation qui anime l'Orateur au mo
» ment de la production , doit toujours
» être très-vive, il n'eſt pas néceſſaire
» qu'elle ſoit ſemblable par fa nature à
» celle qu'il ſe propoſe d'exciter Notre
» âme a deux reſſorts par leſquels on la
» met en mouvement, le ſentiment &
» l'imagination.Le premier de ces deux
» reſſorts a ſans doute le plus de force ; .
» mais l'imagination peut quelquefois en
» jouer le rôle & en tenir la place. C'eſt
» par-là qu'un Orateur, ſans être réelle
» ment affligé, fera verſer des pleurs à
» ſon Auditoire, & en répandra lui-mê
» me ; c'eſt par-là qu'un Comédien, en
» ſe mettant à la place du perſonnage
» qu'il repréfente, agite & trouble les
» Spectateurs, au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reſſentis; c'eſt enfin par-là que .
» des hommes nés avec une imagination
» ſenſible, peuvent inſpirer dans leurs
» écrits, l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne ſupplée jamais
» au ſentiment, par l'impreſſion qu'elle
A V R I L. 1764.
93
» fait ſur nous-mêmes; mais elle peut y
» ſuppléer, par l'impulſion qu'elle donne
» aux autres. L'effet du ſentiment en
» nous eſt plus concentré ; celui de l'i-
» magination eſt plus fait pour ſe répan
» dre au-dehors : l'action de celle-ci eſt
» plus violente & plus courte; celle du
» ſentiment eſt plus forte & plus conſ
39 taI1t5.
-
» Ainſi l'émotion qui doit animer l'O-
» rateur, doit réparer par ſa véhémence
» ce qu'elle pourra ne pas avoir en du
» rée; elle ne reſſemblera pas à cette
» agitation ſuperficielle que l'Eloquence
» excite dans les âmes froides. Impreſſion
» puremenr méchanique, produite par
» l'éxemple ou par le ton qu'on a donné
» à là multitude. Plus l'Auditeur aura de
» génie, plus auſſi ſon impreſſion reſ
» ſemblera à celle de l'Orateur, plus il
» ſera capable d'imiter ce qu'il admire.
· » Si l'effet de l'Eloquence eſt de faire
» paſſer dans l'âme des autres le mouve
» ment qui nous anime, il s'enſuit que
» plus le diſcours ſera ſimple dans un
» grand Sujet, plus il ſera éloquent,
» parce qu'il repréſentera le ſentiment
» avec plus de vérité. Je ne ſçai par
» quelle raiſon tant d'Ecrivains moder
» nes nous parlent de l'Eloquence des
94 MERCURE DE FRANCE.
» choſes , comme s'il y avoit une Elo
» quence des mots. L'Eloquence, on ne
» ſçauroit trop le redire, n'eſt jamais
» que dans le Sujet, & le caractère
» du Sujet , ou plutôt du ſentiment qu'il
» produit, paſſe de lui-même au diſcours.
» L'Eloquence ne conſiſte donc point ,
» comme quelques Anciens l'ont dit, &
» comme tant d'autres l'ont répété, à
» dire les grandes choſes d'un ſtyle ſu
» blime , mais d'un ſtyle ſimple
C'eſt
» affoiblir une grande idée, que de
» chercher à la relèver par la pompe des
» paroles, &c. &c.
Nous regrettons de ne pouvoir pas
copier le reſte de cet article, également
digne, & du nom de M. d'Alembert, &
de la place qu'il occupe dans cette Col
lection des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs : on y verroit toutes les rè
gles de l'Eloquence préſentées avec au
tant de clarté que de préciſion. Le même
Académicien a auſii ſourni l'Article du
Style ; nous oſons dire qu'aucun Ecri
, vain avant lui, n'avoit ſi bien traité cette
matière.
nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez
Babuty, Quai des Augustins, Brocas &
Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in-
12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
NOUS avons déja donné plusieurs
extraits de ce livre excellent, & que tous
A V R I L 1764.
85
les gens de Lettres eſtiment comme une
production infiniment ſupérieure à tout
ce qui a paru de plus parfait dans ce
genre. On le regarde déja comme un de
ces Ouvrages Claſſiques, qui font loi
dans la Littérature, & doivent ſe trou
ver dans toutes les Bibliothêques &
dans les Cabinets des gens de goût. Il
n'eſt aucune claſſe d'Ecrivains,à laquelle
il ne ſoit abſolument néceſſaire. L'A-
vocat y trouvera des préceptes pour
Péloquence du Barreau; le Prédicateur,
des régles pour les Diſcours Chrétiens,
les Panégyriques , les Oraiſons funé
bres ; le Magiſtrat, I'art de faire le rap
port d'un procès ; le Poète, l'Orateur,
l'Hiſtorien , en un mot, l'homme de
' lettres , pour compoſer des Ouvrages
dans tous les genres, l'homme du mon
de pour en juger avec ſureté, ſe ſer
viront utilement & agréablement de ce
recueil, à la perfection duquel tant de
gens célébres ont contribué. Nous al
lons , ſelon la méthode que nous avons
ſuivie juſqu'à préſent, préſenter à nos
Lecteurs un morceau tiré de cette ex
cellente compilation ; c'eſt le com
mencement de l'Article qui traite de
l'Eloquence, les bornes de notre Jour
nal ne nous permettant pas de la rap
porter en entier.
36 MERCURE DE FRANCE.
.
» L'Eloquence , fille du Génie & de
» la Liberté , eſt née dans les Répu
» bliques. Les Orateurs ont appliqué
» d'abord aux grands objets du Gou
» vernement le talent de la parole ; &
» comme dans ces occafions il falloit
» en même temps convaincre & re
» muer le peuple , ils appellerent l'E-
» loquence l'art de perſuader, c'eſt
» à-dire de prouver & d'émouvoir tout
|
» enſemble.
» Nos Ecrivains modernes, pour la
» plûpart copiſtes ſuperſtitieux & ſerviles
» de l'antiquité, ont adopté cette défini
» tion , ſans faire attention que les An
» ciens qui nous l'ont laiſſée, y bor
» noient l'Eloquence à fà partie la plus
» noble & la plus étendue , & que par
, » conſéquent la définition étoit incom
.
» plette. En effet , combien de traits
» vraiment éloquens qui n'ont pour but
» que d'émouvoir , & nullement de
» convaincre ? Penſer autrement , ce
» ſeroit reſſembler à ce Mathématicien
» ſévère, qui après avoir lû la Scène
» admirable du délire de Phédre , de
» mandoit froidement ,
» cela prouve ?
qu'eſt-ce que
» La définition que nous avons don
» née de l'Eloquence renferme l'idée la
A V R I L. 1764.
87
» plus générale qu'on puiſſe en avoir.
» C'eſt, avons-nous dit, le talent de
» faire paſſer avec rapidité & d'imprimer
» avec force dans l'âme des autrès, le
» ſentiment profond dont on eſt pénétré.
» Cette définition convient à l'Eloquen
» ce même du ſilence , langage énergi
» que & quelquefois ſublime des gran
» des paſſions; à l'Eloquence du geſte ,
» qu'on peut appeller l'Eloquence du
» Peuple, par le pouvoir qu'elle a pour
» ſubjuger la multitude, toujours plus
» frappée de ce qu'elle voit, que de ce
» qu'elle entend ; enfin à cette Elo
» quence adroite & tranquille , qui ſe
» borne à convaincre ſans émouvoir ,
» & qui ne cherche point à arracher
» le conſentement , mais à l'obtenir.
» Cette derniere Eloquence n'eſt peut
» être pas la moins puiſſante ; on eſt
» moins en garde contre l'inſinuation
» que contre
la
force. Néanmoins
» comme le talent d'émouvoir eſt
le
» caractère principal de l'Eloquence ,
» c'eſt auſſi ſous ce point de vue que
| » nous allons principalement la con
» ſidérer.
» Le propre de l'Eloquence eſt non
» ſeulement de remuer , mais d'élever
» l'âme ; c'eſt l'effet même de celle qui
88 MERCURE DE FRANCE.
» ne paroît deſtinée qu'à nous arracher
» des larmes ; le pathétique & le ſu
» blime ſe tiennent ; en ſe ſentant at
» tendri , on ſe trouve en même temps
» plus grand , parce qu'on ſe trouve
» meilleur; la triſteſſe délicieuſe & dou
» ce, que produiſent en nous un diſ
» cours , un tableau touchant, nous
» donne bonne opinion de nous
» mêmes par le témoignage qu'elle nous
» rend de la ſenſibilité de notre âme ;
» ce témoignage eſt une des principa
» les ſources du plaiſir qu'on goûte ea
» aimant, & en général de celui que
» les ſentimens tendres & profonds nous
» font éprouver.
» Nous appellons l'Eloquence un ta
» lent, & non pas un Art , comme
» l'ont appellé la plûpart des Rhéteurs ;
» car tout art s'acquiert par l'étude &
» par l'exercice, & l'Eloquence eſt un
» don de la Nature. Les régles ne font
» deſtinées qu'à être le frein du génie
» qui s'égare , & non le flambeau du
» génie qui prend l'eſſor ; leur unique
» uſage eſt d'empêcher que les traits
» vraiment éloquens ne ſoient défigu
» rés par d'autres ouvrages de la né
» gligence & du mauvais goût. Ce ne
» ſont point les régles qui ont inſpiré à
A V R I L. 1764.
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» Shakeſpeare le monologue admirable
» d'Hamlet ; mais elles nous auroient
» épargné la ſcéne barbare & dégou
» ante des foſſoyeurs.
» On rend avec netteté ce que I'on
» conçoit bien ; de même on annonce
» avec chaleur ce que l'on ſent avec
» enthouſiaſme, & les mots viennent
» auſſi aiſément pour exprimer une
» émotion vive, qu'une idée claire. Le
» ſentiment s'affoibliroit, s'éteindroit
» même dans l'Orateur , par le ſoin
» froid & étudié qu'il ſe donneroit pour
» le rendre ; & tout le fruit de ſes ef
» forts ſeroit de perſuader à ſes Audi
» teurs, qu'il ne reſſentoit pas ce qu'il
» vouloit leur inſpirer. Aimez & faites
» tout ce qu'il vous plaira , dit un Père
» de l'Egliſe aux Chrétiens ; ſentez
» vivement , & dites tout ce que vous
» voudrez , voilà la deviſe des Orateurs.
» Qu'on interroge les Ecrivains de gé
» nie ſur les plus beaux endroits de
» leurs ouvrages , ils avoueront prèſ
» que toujours, que ces endroits ſont
» ceux qui leur ont coûté le moins ,
» parce qu'ils ont été comme inſpirés
» en les
produiſant. Débarraſſée de
» toute contrainte, & bravant quelque
» fois les régles mêmes , la Nature
6o MERCURE DE FRANCE.
» produit alors les plus grands mira
» cles ; on éprouve alors la vérité de ce
» paſſage de Quintilien; c'eſt l'âme ſeule
» qut nous rend éloquens ; & les igno
» rans même , quand une violente paſſionz
» les agite, ne cherchent point ce qu'ils
» ont à dire. Tel étoit l'enthouſiaſme
» qui animoit autrefois le Payſan du Da
» nube, & qui le fit admirer dans le
· » Sanctuaire de l'Eloquence par le Sé
» nat de Rome. C'eſt ce même enthou
» ſiaſme, prompt à ſe communiquer à
» l'Auditeur, qui met tant de différence
» entre l'Eloquence parlée , ſi on peut
» ſe ſervir de cette expreſſion, & l'Elo
» quence écrite. L'Eloquence dans les
» Livres eſt à-peu-près comme la Muſi
» que ſur le papier, muette, nulle & ſans
» vie; elle y perd du moins ſa plus gran
» de force , & eHle a beſoin de l'action
» pour ſe déployer. Nous ne pouvons
» lire ſans être attendri les Péroraiſons
» touchantes de Cicéron pour Flaccus,
» pour Forteius, pour Sextius, pour
» Plancius & pour Silla, les plus admi
» rables modèles d'Eloquence que l'an
» tiquité nous ait laiſſé dans le genre pa
» thétique.Qu'on imagine l'effet qu'elles
» devoient produire dans la bouche de
» ce grand homme; qu'on ſe repréſente
-
, A V R I L. 1764.
9 L
» Cicéron au milieu du Barreau, animant
» par ſes pleurs le diſcours le plus tou
» chant, tenant le fils de Flaccus (a)
» entre ſes bras, le préſentant aux Juges,
» & implorant pour lui l'humanité & les
» loix; ſera-t-on ſurpris de ce qu'il nous
» apprend lui-même, qu'il fut interrom
» pu par les gémiſſemens & les ſanglots
» de l'Auditoire ? Sera-t-on ſurpris que
» ce tableau ait ſéduit & entraîné les
» Juges ? Sera-t-on ſurpris enfin que l'E-
» loquence de Cicéron lui ait ſervi tant
» de fois à ſauver des cliens coupables ?
» Auſſi l'Aréopage, qui ne vouloit qu'ê-
» tre juſte, avoit interdit ſévérement
» l'Eloquence aux Avocats. On y vpu
» loit, comme dans nos Tribunaux,
» plus de raiſons que de pathétique ; &
» les Juges d'Athènes, ainſi que les nô
» tres, euſſent fait perdre à Cicéron la
» plupart des Cauſes qu'il avoit gagnées
» à Rome.
» Non-ſeulement il faut ſentir pour
» être éloquent, mais il ne faut pas ſentir
» à demi, comme il ne faut pas conce
» voir à demi pour s'énoncer avec clarté.
» Pleurez, ſi vous voulez me tirer des
( a ) Voyez la Péroraiſon pour Flaccus, C'eſt
peut-être, après la Péroraiſon pour Milon, qui ne
fut pas prononcée, la plus belle de Cicéron.
92 MERCURE DE FRANCE.
» pleurs, dit Horace dans cet admirable
» Art Poëtique , qu'on doit appeller le
» Code du bon goût. On peut ajouter à
» ce précepte, tremblez & frémiſſez, ſi
» vous voulez me faire trembler & fré
» mir. Il faut avouer cependant que ſi
» l'agitation qui anime l'Orateur au mo
» ment de la production , doit toujours
» être très-vive, il n'eſt pas néceſſaire
» qu'elle ſoit ſemblable par fa nature à
» celle qu'il ſe propoſe d'exciter Notre
» âme a deux reſſorts par leſquels on la
» met en mouvement, le ſentiment &
» l'imagination.Le premier de ces deux
» reſſorts a ſans doute le plus de force ; .
» mais l'imagination peut quelquefois en
» jouer le rôle & en tenir la place. C'eſt
» par-là qu'un Orateur, ſans être réelle
» ment affligé, fera verſer des pleurs à
» ſon Auditoire, & en répandra lui-mê
» me ; c'eſt par-là qu'un Comédien, en
» ſe mettant à la place du perſonnage
» qu'il repréfente, agite & trouble les
» Spectateurs, au récit des malheurs qu'il
» n'a pas reſſentis; c'eſt enfin par-là que .
» des hommes nés avec une imagination
» ſenſible, peuvent inſpirer dans leurs
» écrits, l'amour des vertus qu'ils n'ont
» pas. L'imagination ne ſupplée jamais
» au ſentiment, par l'impreſſion qu'elle
A V R I L. 1764.
93
» fait ſur nous-mêmes; mais elle peut y
» ſuppléer, par l'impulſion qu'elle donne
» aux autres. L'effet du ſentiment en
» nous eſt plus concentré ; celui de l'i-
» magination eſt plus fait pour ſe répan
» dre au-dehors : l'action de celle-ci eſt
» plus violente & plus courte; celle du
» ſentiment eſt plus forte & plus conſ
39 taI1t5.
-
» Ainſi l'émotion qui doit animer l'O-
» rateur, doit réparer par ſa véhémence
» ce qu'elle pourra ne pas avoir en du
» rée; elle ne reſſemblera pas à cette
» agitation ſuperficielle que l'Eloquence
» excite dans les âmes froides. Impreſſion
» puremenr méchanique, produite par
» l'éxemple ou par le ton qu'on a donné
» à là multitude. Plus l'Auditeur aura de
» génie, plus auſſi ſon impreſſion reſ
» ſemblera à celle de l'Orateur, plus il
» ſera capable d'imiter ce qu'il admire.
· » Si l'effet de l'Eloquence eſt de faire
» paſſer dans l'âme des autres le mouve
» ment qui nous anime, il s'enſuit que
» plus le diſcours ſera ſimple dans un
» grand Sujet, plus il ſera éloquent,
» parce qu'il repréſentera le ſentiment
» avec plus de vérité. Je ne ſçai par
» quelle raiſon tant d'Ecrivains moder
» nes nous parlent de l'Eloquence des
94 MERCURE DE FRANCE.
» choſes , comme s'il y avoit une Elo
» quence des mots. L'Eloquence, on ne
» ſçauroit trop le redire, n'eſt jamais
» que dans le Sujet, & le caractère
» du Sujet , ou plutôt du ſentiment qu'il
» produit, paſſe de lui-même au diſcours.
» L'Eloquence ne conſiſte donc point ,
» comme quelques Anciens l'ont dit, &
» comme tant d'autres l'ont répété, à
» dire les grandes choſes d'un ſtyle ſu
» blime , mais d'un ſtyle ſimple
C'eſt
» affoiblir une grande idée, que de
» chercher à la relèver par la pompe des
» paroles, &c. &c.
Nous regrettons de ne pouvoir pas
copier le reſte de cet article, également
digne, & du nom de M. d'Alembert, &
de la place qu'il occupe dans cette Col
lection des Ecrits de nos plus grands
Littérateurs : on y verroit toutes les rè
gles de l'Eloquence préſentées avec au
tant de clarté que de préciſion. Le même
Académicien a auſii ſourni l'Article du
Style ; nous oſons dire qu'aucun Ecri
, vain avant lui, n'avoit ſi bien traité cette
matière.
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Résumé : ÉCOLE DE LITTERATURE, tirée de nos meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty, Quai des Augustins, Brocas & Humblot, rue S. Jacques ; 2 vol. in- 12, prix 5 liv. brochés, 6 liv. reliés.
L'ouvrage 'École de Littérature', publié en avril 1764, est salué comme une œuvre littéraire exceptionnelle et déjà considérée comme classique. Il est essentiel pour diverses professions littéraires telles que les avocats, prédicateurs, magistrats, poètes, orateurs, historiens et hommes de lettres. Il propose des préceptes et des règles pour différents genres d'écriture et est apprécié par de nombreux écrivains célèbres. Le texte explore l'éloquence, définie comme l'art de persuader en convainquant et en émouvant. Les auteurs modernes sont critiqués pour leur imitation excessive des anciens, qui limitaient l'éloquence à la conviction et à l'émotion. Une nouvelle définition est proposée : l'éloquence est le talent de transmettre rapidement et fortement des sentiments profonds à autrui. Cette définition inclut divers types d'éloquence, y compris celle du silence, du geste et celle qui convainc sans émouvoir. L'éloquence est perçue comme un don naturel plutôt qu'un art acquis par l'étude. Les règles servent à guider le génie et à éviter les erreurs, mais ne peuvent pas créer l'éloquence. Les émotions vives et les idées claires sont mieux exprimées spontanément, car un effort excessif peut affaiblir l'impact de l'orateur. Les grands écrivains confirment que leurs meilleurs passages sont souvent ceux qui leur ont demandé le moins d'effort, car ils étaient inspirés. Le texte souligne que les œuvres les plus remarquables sont souvent celles qui ont été créées avec une inspiration spontanée et naturelle, sans contraintes. La Nature, lorsqu'elle est libre, produit des merveilles, illustrant la vérité selon laquelle l'âme est la source de l'éloquence. Les passions violentes peuvent rendre même les ignorants éloquents. L'éloquence parlée est plus puissante que l'éloquence écrite, car elle nécessite l'action pour se déployer pleinement. Cicéron est cité comme modèle d'éloquence pathétique, capable de toucher profondément l'audience et les juges grâce à son émotion et son action. Pour être éloquent, il faut ressentir intensément et exprimer clairement ses émotions. Horace conseille de pleurer pour tirer des pleurs, et l'orateur doit utiliser son imagination pour émouvoir son audience, même s'il ne ressent pas personnellement les émotions qu'il décrit. L'éloquence véritable réside dans le sujet et le sentiment qu'il inspire, plutôt que dans la pompe des mots. Un discours simple sur un grand sujet est plus éloquent car il représente le sentiment avec plus de vérité. L'éloquence ne consiste pas à utiliser un style sublime, mais un style simple pour exprimer les grandes idées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 95-105
ÉLÉMENS de Fortification, contenant la construction raisonnée de tous les Ouvrages de la Fortification, les systêmes des plus célébres Ingénieurs ; la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME ÉDITION, augmentée de l'Explication détaillée de la Fortification de M. de COEHORN, de la construction des Redoutes, Forts de Campagne, &c. & d'un Plan des différentes instructions propres à une École Militaire. Par M. Le BLOND, Maître de Mathématique des Enfans de France, &c. Vol. in-8 o d'environ 400 pages. A Paris, chez Jombert, rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ; avec approbation & privilége du Roi.
Début :
LES précédentes Editions de cet Ouvrage en ont fait connoître le mérite [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉLÉMENS de Fortification, contenant la construction raisonnée de tous les Ouvrages de la Fortification, les systêmes des plus célébres Ingénieurs ; la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME ÉDITION, augmentée de l'Explication détaillée de la Fortification de M. de COEHORN, de la construction des Redoutes, Forts de Campagne, &c. & d'un Plan des différentes instructions propres à une École Militaire. Par M. Le BLOND, Maître de Mathématique des Enfans de France, &c. Vol. in-8 o d'environ 400 pages. A Paris, chez Jombert, rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ; avec approbation & privilége du Roi.
ÉLÉMENS de Fortification, contenant
la construction raisonnée de tous les
Ouvrages de la Fortification, les systêmes
des plus célébres Ingénieurs ;
la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME
ÉDITION, augmentée
de l'Explication détaillée de la Fortification
de M. de COEHORN,
de la construction des Redoutes, Forts
de Campagne, &c. & d'un Plan des
différentes instructions propres à une
École Militaire. Par M. Le BLOND,
Maître de Mathématique des Enfans
de France, &c. Vol. in-8o d'environ
400 pages. A Paris, chez Jombert,
rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi.
LES précédentes Editions de cet Ouvrage
en ont fait connoître le mérite
depuis longtemps ; c'eſt pourquoi nous
donnerons ſeulement une légère idée
de ce que celle-ci contient de nouveau.
Nous remarquerons d'abord qu'à la
96 MERCURE DE FRANCE.
place de l'Epitre dédicatoire de la der
nière édition , l'Auteur a ſubſtitué un
récis des premières inſtructions ſcienti
fiques de feu Mgr le DUC DE BoUR
CoGNE. On y trouve le développement
des idées du jeune Prince, & différens
traits d'intelligence & de génie très-pro
pres à caractériſer la nature du juge
ment avancé de cet auguſte Enfanr,
dont il étoit très-à-propos de conſer
ver la mémoire.
Nous rapporterons quelques traits de
cette Préface, que nos Lecteurs ſeront
peut-être bien-aiſes de ſçavoir. M. le
Duc de Bourgogne décrivoit un cercle ;
& le point du compas qui étoit au cen
rre ayant gliſſé ſur le papier ſans y laiſ
ſer la marque de ſon impreſſion , il la
mit ſucceſiivement ſur deux points de
l'arc déjà tracé ; puis de ces points pris
pour centre , il d§ deux arcs dont
le point d'interſection étoit au centre du
cercle commencé ; attendu , diſoit-il ,
que je n'ai point changé l'ouverture de
mon compas , & que le point où les arcs
ſe coupent , eſt également éloigné de la
circonférence. Il n'y avoit alors guères
qu'un mois qu'on avoit commencé de
travailler, ou plutôt ſuivant ſon expreſ
ſion, de jouer avec lui.
A V R I L. 1764.
g7
Les figures de Géométrie lui étant
devenues familières, il eut envie d'en
tracer lui-même. Il commença donc à
ſe ſervir du compas avec la grâce &
l'aiſance qui lui étoient particulières.
Ayant décrit un cercle, il voulut en ti
rer le diametre ; mais comme la ligne
qu'il avoit décrite ne paſſoit pas par le
centre, il dit auſſitôt : Ah, je voulois
tirer un diamètre, & j'ai tiré une corde ;
car ma ligne ne paſſe pas par le centre.
Le jeune Prince deſiroit ſurtout de
faire des choſes qui ne lui avoient point
été montrées. Il dit, n'ayant point en
core cinq ans accomplis, qu'il feroit
un quarré exactement , ſans ſe ſervir
du compas. Comme il vit qu'on doutoit
qu'il pût y parvenir, il prit la régle, &
il tira une ligne de toute ſa longueur.
Il poſa enſuite ſucceſſivement aux deux
extrémités de cette ligne , le petit côté
de la régle , de manière qu'elle lui
ſervoit d'équerre. Il acheva ainſi ſa fi
gure , laquelle , diſoit-il , eſt ſûrement
un quarré , car les côtés ſont égaux &
les angles droits.
-
M. le Duc de Bourgogne avoit re
marqué dans un plan en relief d'un
front de Fortification , 'que le chemin
' ſur le glacis pour entrer dans la Place ,
II. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
étoit en ligne courbe : il en demanda
la raiſon : on lui dit qu'il la trouveroit
lui-même, s'il vouloit y penſer. Il le fit
un inſtant, & dit enſuite † croyoit
que ce chemin étoit ainſi conſtruit,
afin qu'il ne fût pas enfilé du canon des
aſſiégeans ; ou, pour rapporter ſes pro
pres paroles ; ne ſeroit - ce pas que ,
comme le canon va en ligne droite, on y
ſeroit expoſé partout , quand l'ennemi
attaque la Place ?
Dans une de ſes promenades de l'a-
près-midi, il avoit remarqué que ſon
ombre étoit plus longue à la fin qu'au
commencement. Comme il en deman
doit la raiſon, on poſa une régle ver
ticalement ſur une table. On prit en
ſuite une lumière, laquelle étant hauſ
ſée ou baiſſée, accourciſſoit ou allon
geoit l'ombre de la régle, & on lui dit
que c'étoit là la réponſe à ſa queſtion.
J'entends , dit-il; c'eſt que quand mon
ombre eſt plus courte, le Soleil eſt plus .
élevé; & qu'il eſt plus bas quand elle eſt
plus grande.
-
Un jour qu'il étoit queſtion d'Anni
bal , on lui dit que ce grand Capitaine
joignoit ſouvent la peau du renard à
celle du lion. Ne comprenant pas d'a-
bord cette expreſſion, on ne fit que lui
-
A V R I L. 1764.
99
dire de faire attention aux attributs de
ces animaux ; & il répondit auſſitôt ,
qu'apparemment cela vouloit dire qu'An
nibal joignoit la ruſe au courage ou à
la force.
Après la
"
\
Préface du Livre, M. le
Blond, ſuit un Plan des inſtructions pro
pres à une Ecole Militaire. Ce Plan
avoit été d'abord rédigé pour un Ré
giment ; il fut inſéré dans le Mercure
du mois d'Août 1754. Il paroît ici avec
quelques changemens & pluſieurs addi
tions. M. le Blond y fait ſentir la dif
férence qu'il doit y avoir entre les inſ
tructions d'une Ecole Militaire, & cel- .
les d'une Ecole de pure Géométrie.Ildé
ſigne les différentes connoiſſances Ma
thématiques qui ſervent de baſe à l'art
de la guerre, & il indique les principaux
ouvrages dont l'étude peut, en quelque
façon, ſuppléer aux inſtructions des
Maîtres particuliers, tant pour les Ma
thématiques, que pour tout ce qui con
cerne le Génie , l'Artillerie & même la
Tactique, qu'on doit regarder comme
la principale partie de la ſcience de l'Of
ficier.
-
C'eſt particuliérement par des leçons
ſur cette importante partie, qu'une Eco
le établie pour des Militaires, doit dif
E ij
1OO MERCURE DE FRANCE.
férer des autres Ecoles deſtinées à for
mer des Géométres. LesAnciens avoient
des Maîtres pour enſeigner la Tactique,
au lieu qu'aujourd'hui il n'en eſt point
queſtion dans les lieux où l'on éléve
les jeunes gens pour les former dans
l'art de la guerre.Après un peu de Géo
métrie & une légère idée de la Fortifi
cation , tout ce qu'on y apprend de
l'Art Militaire ſe réduit prèſque uni
quement à l'exercice ou au manîmene
des armes, comme ſi cet objet renfer- .
. moit toute la ſcience de l'Officier,quoi
qu'il n'en ſoit que la plus petite partie.
Comme la guerre a ſes régles & ſes
principes, & qu'on peut en apprendre
la théorie par l'étude , M. le Blond
prétend que rien ne ſeroit plus utile que
d'avoir des Maîtres qui puſſent ſervir
de guides dans cette carrière, comme
, on en a pour la Géométrie & le Gé
· nie. Ces guides, ſelon lui , ne peuvent
être que des Géométres Tacticiens ,
comme l'étoient les Maîtres des An
ciens. C'eſt pourquoi il penſe qu'il ſe
roit à propos dans l'établiſſement d'une
Ecole pour former les Officiers dans
l'art de la guerre , d'engager le Pro
feſſeur de Mathématique à s'occuper
aſſez ſérieuſement de la Science Mi
A V R I L. 1764.
IO I
litaire, pour ſe mettre en état d'enſei
gner la Tactique. Un homme intelli
gent, fort au fait des différentes parties
du Génie & de l'Artillerie, comme le
doit être un Profeſſeur de Mathématique
d'une Ecole Militaire , peut avec le
temps devenir un bon Maître de I'acti
que. Il n'eſt queſtion pour cela, que d'é-
tudier avec choix & diſcernement les
meilleurs Ecrivains Militaires'pour en
former un corps de régles & de prin
cipes qu'on puiſſe enſuite enſeigner
avec l'ordre & la méthode que l'on ſuit
dans la Géométrie & les Fortifications.
Ce Plan peut être utile non ſeule
ment à ceux qui voudront s'inſtruire
des différentes parties de la Science Mi
litaire, mais encore aux perſonnes char
gées de l'inſtruction de la jeuneNobleſſe.
Comme dans cet état on ne s'applique
guères à la Géométrie qu'autant qu'on
la croit néceſſaire au métier de la guer
re, il ſera aiſé de juger ſi les Maîtres
ne perdent point de vue cet objet ;
c'eſt-à-dire s'ils en occupent leurs Eco
liers par préférence aux ſpéculations qui
pourroient leur être plus familières ou
· plus conformes à leur goût particulier.
Le défaut d'attention à cet égard eſt
peut-être la principale º# du peu de
11j
IO2 MERCURE DE FRANCE.
fruit que la plûpart des jeunes Militaires
retirent du temps qu'ils donnênt à l'é-
tude des Mathématiques.
M. le Blond termine ce Plan par l'é-
numération des Ouvrages où les princi
es de l'Art Militaire ſont établis avec
e plus de clarté & de méthode. Il in
dique l'ordre dans lequel ils doivent
être ſucceſſivent étudiés, afin qu'ils ſe
prêtent un mutuel ſecours, ou que les
premiers ſervent à faciliter l'intelligen
ce de ceux qui les ſuivent.
-
A l'égard des additions qui appartien
nent à la Fortification, une des princi
† eſt la deſcription très-détaillée de
a Fortification de M. de Coëhorn, avec
pluſieurs obſervations ſur ſes avantages
& ſes inconvéniens. On blâme les lar
ges chemins couverts de cet Ingénieur,
parce que les branches n'ont point de
traverſes qui les garantiſſent de l'effet
des batteries à ricochet. M. le Blond
ayant penſé qu'on ignoroit peut - être
cette manière de tirer le canon lorſque
M. de Coëhorn fit connoître ſa manière
de fortifier , a eté confirmé dans cette
idée par la première édition du Livre
de cet Auteur , laquelle eſt de 1685 ,
temps où il n'étoit point encore queſ
tion du ricochet. En effet il paroît conſ
A V R I L.
1764.
Io3
tant par les Lettres de M. le Maréchal
de Vauban écrites à M. de Louvois im
médiatement après le ſiége de Philiſ
bourg en 1688, que ce fut à ce ſiége
qu'il en fit les premiers éſſais, dont le
ſuccès l'engagea d'en établir & d'en
perfectionner l'uſage.
Une autre addition aſſez étendue ,
c'eſt une eſpéce de Traité des Ouvra
es de la Fontification paſſagère, c'eſt
-dire des Redoutes & des différens
Forts propres à mettre des poſtes en
état de défenſe , aſſurer des commu
nications, couvrir des ponts , &c , par
tie fort importante à tous les Militaires,
laquelle étant jointe à ce que l'Auteur
enſeigne ſur les lignes dans la ſeconde
Edition de ſon Traité de l'attaque des
Places , renferme l'eſſentiel de tout ce
qu'il a de plus utile ſur cet objet.
On trouvera pluſieurs autres addi
tions moins conſidérables, répandues
dans le corps de l'Ouvrage. L'Auteur
y donne un plus grand détail ſur les
contremines, que dans les précédentes
éditions ;
il fait voir auſſi la manière
dont on ſe ſert des écluſes pour for
mer des inondations, &c. L'ouvrage eſt
· terminé par une table des matières qui
paroît faite avec beaucoup de ſoins ,
E iV
1o4 MERCURE E)E FRANCE.
& par un Dictionnaire des termes de
Fortification ,
plus complet que celui
des précédentes éditions. Les différen
tes additions que l'Auteur a faites à ce
Livre, l'ont mis dans la néceſſité d'aug
menter le nombre des Planches. Au
lieu de 19 qu'il y en avoit dans la der
nière, celle-ci en a 37, dont la plûpart
repréſentent en grand le développement
des principaux ouvrages de la Fortifi
cation. Elles ſont toutes gravées de
nouveau & bien exécutées.
Pour ſe rendre les régles & les prin
cipes de la Fortification familiers , M.
le Blond voudroit qu'on accoutumât
les Eléves à tracer ſur le terrain tous
les différens Ouvrages qu'on leur fait
conſtruire ſur le papier ; qu'on s'appli
quât auſſi à leur § mettre en état -
de défenſe les Bourgs, Villages & autres
Poſtes qu'on eſt ſouvent, à la guerre,
dans le cas de fortifier. Il ajoûte que des
expériences réïtérées & réfléchies de
cette eſpéce de pratique de la Fortifica
tion ne peuvent manquer d'augmenter
les lumières de ceux qui voudront bien
en faire l'eſſai, c'eſt dequoi il n'eſt guères
poſſible de douter. Mais il§ pour
cela être dirigé par des Maîtres auſſi
habiles & auſſi intelligens que ce cé
lébre Profeſſeur de Mathématique. L'eſ
A V R I L. 1764.
1o5
time générale qu'il s'eſt acquiſe en ce
genre, cauſe des regrets à tous ceux
qui n'ont point été à portée de prendre
de ſes leçons.
Ce Livre & les autres Ouvrages d,
M le Blond peuvent être† COIn »
me des Livres claſſiques d'une Eccle
Militaire. Tout y eſt expoſé avec clar
té, & l'on y trouve d'ailleurs ce qu'il y
a de plus eſſentiel & de plus utile dans
les différentes matières qui ont été l'ob
jet de ſes ſçavans travaux.
la construction raisonnée de tous les
Ouvrages de la Fortification, les systêmes
des plus célébres Ingénieurs ;
la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME
ÉDITION, augmentée
de l'Explication détaillée de la Fortification
de M. de COEHORN,
de la construction des Redoutes, Forts
de Campagne, &c. & d'un Plan des
différentes instructions propres à une
École Militaire. Par M. Le BLOND,
Maître de Mathématique des Enfans
de France, &c. Vol. in-8o d'environ
400 pages. A Paris, chez Jombert,
rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi.
LES précédentes Editions de cet Ouvrage
en ont fait connoître le mérite
depuis longtemps ; c'eſt pourquoi nous
donnerons ſeulement une légère idée
de ce que celle-ci contient de nouveau.
Nous remarquerons d'abord qu'à la
96 MERCURE DE FRANCE.
place de l'Epitre dédicatoire de la der
nière édition , l'Auteur a ſubſtitué un
récis des premières inſtructions ſcienti
fiques de feu Mgr le DUC DE BoUR
CoGNE. On y trouve le développement
des idées du jeune Prince, & différens
traits d'intelligence & de génie très-pro
pres à caractériſer la nature du juge
ment avancé de cet auguſte Enfanr,
dont il étoit très-à-propos de conſer
ver la mémoire.
Nous rapporterons quelques traits de
cette Préface, que nos Lecteurs ſeront
peut-être bien-aiſes de ſçavoir. M. le
Duc de Bourgogne décrivoit un cercle ;
& le point du compas qui étoit au cen
rre ayant gliſſé ſur le papier ſans y laiſ
ſer la marque de ſon impreſſion , il la
mit ſucceſiivement ſur deux points de
l'arc déjà tracé ; puis de ces points pris
pour centre , il d§ deux arcs dont
le point d'interſection étoit au centre du
cercle commencé ; attendu , diſoit-il ,
que je n'ai point changé l'ouverture de
mon compas , & que le point où les arcs
ſe coupent , eſt également éloigné de la
circonférence. Il n'y avoit alors guères
qu'un mois qu'on avoit commencé de
travailler, ou plutôt ſuivant ſon expreſ
ſion, de jouer avec lui.
A V R I L. 1764.
g7
Les figures de Géométrie lui étant
devenues familières, il eut envie d'en
tracer lui-même. Il commença donc à
ſe ſervir du compas avec la grâce &
l'aiſance qui lui étoient particulières.
Ayant décrit un cercle, il voulut en ti
rer le diametre ; mais comme la ligne
qu'il avoit décrite ne paſſoit pas par le
centre, il dit auſſitôt : Ah, je voulois
tirer un diamètre, & j'ai tiré une corde ;
car ma ligne ne paſſe pas par le centre.
Le jeune Prince deſiroit ſurtout de
faire des choſes qui ne lui avoient point
été montrées. Il dit, n'ayant point en
core cinq ans accomplis, qu'il feroit
un quarré exactement , ſans ſe ſervir
du compas. Comme il vit qu'on doutoit
qu'il pût y parvenir, il prit la régle, &
il tira une ligne de toute ſa longueur.
Il poſa enſuite ſucceſſivement aux deux
extrémités de cette ligne , le petit côté
de la régle , de manière qu'elle lui
ſervoit d'équerre. Il acheva ainſi ſa fi
gure , laquelle , diſoit-il , eſt ſûrement
un quarré , car les côtés ſont égaux &
les angles droits.
-
M. le Duc de Bourgogne avoit re
marqué dans un plan en relief d'un
front de Fortification , 'que le chemin
' ſur le glacis pour entrer dans la Place ,
II. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
étoit en ligne courbe : il en demanda
la raiſon : on lui dit qu'il la trouveroit
lui-même, s'il vouloit y penſer. Il le fit
un inſtant, & dit enſuite † croyoit
que ce chemin étoit ainſi conſtruit,
afin qu'il ne fût pas enfilé du canon des
aſſiégeans ; ou, pour rapporter ſes pro
pres paroles ; ne ſeroit - ce pas que ,
comme le canon va en ligne droite, on y
ſeroit expoſé partout , quand l'ennemi
attaque la Place ?
Dans une de ſes promenades de l'a-
près-midi, il avoit remarqué que ſon
ombre étoit plus longue à la fin qu'au
commencement. Comme il en deman
doit la raiſon, on poſa une régle ver
ticalement ſur une table. On prit en
ſuite une lumière, laquelle étant hauſ
ſée ou baiſſée, accourciſſoit ou allon
geoit l'ombre de la régle, & on lui dit
que c'étoit là la réponſe à ſa queſtion.
J'entends , dit-il; c'eſt que quand mon
ombre eſt plus courte, le Soleil eſt plus .
élevé; & qu'il eſt plus bas quand elle eſt
plus grande.
-
Un jour qu'il étoit queſtion d'Anni
bal , on lui dit que ce grand Capitaine
joignoit ſouvent la peau du renard à
celle du lion. Ne comprenant pas d'a-
bord cette expreſſion, on ne fit que lui
-
A V R I L. 1764.
99
dire de faire attention aux attributs de
ces animaux ; & il répondit auſſitôt ,
qu'apparemment cela vouloit dire qu'An
nibal joignoit la ruſe au courage ou à
la force.
Après la
"
\
Préface du Livre, M. le
Blond, ſuit un Plan des inſtructions pro
pres à une Ecole Militaire. Ce Plan
avoit été d'abord rédigé pour un Ré
giment ; il fut inſéré dans le Mercure
du mois d'Août 1754. Il paroît ici avec
quelques changemens & pluſieurs addi
tions. M. le Blond y fait ſentir la dif
férence qu'il doit y avoir entre les inſ
tructions d'une Ecole Militaire, & cel- .
les d'une Ecole de pure Géométrie.Ildé
ſigne les différentes connoiſſances Ma
thématiques qui ſervent de baſe à l'art
de la guerre, & il indique les principaux
ouvrages dont l'étude peut, en quelque
façon, ſuppléer aux inſtructions des
Maîtres particuliers, tant pour les Ma
thématiques, que pour tout ce qui con
cerne le Génie , l'Artillerie & même la
Tactique, qu'on doit regarder comme
la principale partie de la ſcience de l'Of
ficier.
-
C'eſt particuliérement par des leçons
ſur cette importante partie, qu'une Eco
le établie pour des Militaires, doit dif
E ij
1OO MERCURE DE FRANCE.
férer des autres Ecoles deſtinées à for
mer des Géométres. LesAnciens avoient
des Maîtres pour enſeigner la Tactique,
au lieu qu'aujourd'hui il n'en eſt point
queſtion dans les lieux où l'on éléve
les jeunes gens pour les former dans
l'art de la guerre.Après un peu de Géo
métrie & une légère idée de la Fortifi
cation , tout ce qu'on y apprend de
l'Art Militaire ſe réduit prèſque uni
quement à l'exercice ou au manîmene
des armes, comme ſi cet objet renfer- .
. moit toute la ſcience de l'Officier,quoi
qu'il n'en ſoit que la plus petite partie.
Comme la guerre a ſes régles & ſes
principes, & qu'on peut en apprendre
la théorie par l'étude , M. le Blond
prétend que rien ne ſeroit plus utile que
d'avoir des Maîtres qui puſſent ſervir
de guides dans cette carrière, comme
, on en a pour la Géométrie & le Gé
· nie. Ces guides, ſelon lui , ne peuvent
être que des Géométres Tacticiens ,
comme l'étoient les Maîtres des An
ciens. C'eſt pourquoi il penſe qu'il ſe
roit à propos dans l'établiſſement d'une
Ecole pour former les Officiers dans
l'art de la guerre , d'engager le Pro
feſſeur de Mathématique à s'occuper
aſſez ſérieuſement de la Science Mi
A V R I L. 1764.
IO I
litaire, pour ſe mettre en état d'enſei
gner la Tactique. Un homme intelli
gent, fort au fait des différentes parties
du Génie & de l'Artillerie, comme le
doit être un Profeſſeur de Mathématique
d'une Ecole Militaire , peut avec le
temps devenir un bon Maître de I'acti
que. Il n'eſt queſtion pour cela, que d'é-
tudier avec choix & diſcernement les
meilleurs Ecrivains Militaires'pour en
former un corps de régles & de prin
cipes qu'on puiſſe enſuite enſeigner
avec l'ordre & la méthode que l'on ſuit
dans la Géométrie & les Fortifications.
Ce Plan peut être utile non ſeule
ment à ceux qui voudront s'inſtruire
des différentes parties de la Science Mi
litaire, mais encore aux perſonnes char
gées de l'inſtruction de la jeuneNobleſſe.
Comme dans cet état on ne s'applique
guères à la Géométrie qu'autant qu'on
la croit néceſſaire au métier de la guer
re, il ſera aiſé de juger ſi les Maîtres
ne perdent point de vue cet objet ;
c'eſt-à-dire s'ils en occupent leurs Eco
liers par préférence aux ſpéculations qui
pourroient leur être plus familières ou
· plus conformes à leur goût particulier.
Le défaut d'attention à cet égard eſt
peut-être la principale º# du peu de
11j
IO2 MERCURE DE FRANCE.
fruit que la plûpart des jeunes Militaires
retirent du temps qu'ils donnênt à l'é-
tude des Mathématiques.
M. le Blond termine ce Plan par l'é-
numération des Ouvrages où les princi
es de l'Art Militaire ſont établis avec
e plus de clarté & de méthode. Il in
dique l'ordre dans lequel ils doivent
être ſucceſſivent étudiés, afin qu'ils ſe
prêtent un mutuel ſecours, ou que les
premiers ſervent à faciliter l'intelligen
ce de ceux qui les ſuivent.
-
A l'égard des additions qui appartien
nent à la Fortification, une des princi
† eſt la deſcription très-détaillée de
a Fortification de M. de Coëhorn, avec
pluſieurs obſervations ſur ſes avantages
& ſes inconvéniens. On blâme les lar
ges chemins couverts de cet Ingénieur,
parce que les branches n'ont point de
traverſes qui les garantiſſent de l'effet
des batteries à ricochet. M. le Blond
ayant penſé qu'on ignoroit peut - être
cette manière de tirer le canon lorſque
M. de Coëhorn fit connoître ſa manière
de fortifier , a eté confirmé dans cette
idée par la première édition du Livre
de cet Auteur , laquelle eſt de 1685 ,
temps où il n'étoit point encore queſ
tion du ricochet. En effet il paroît conſ
A V R I L.
1764.
Io3
tant par les Lettres de M. le Maréchal
de Vauban écrites à M. de Louvois im
médiatement après le ſiége de Philiſ
bourg en 1688, que ce fut à ce ſiége
qu'il en fit les premiers éſſais, dont le
ſuccès l'engagea d'en établir & d'en
perfectionner l'uſage.
Une autre addition aſſez étendue ,
c'eſt une eſpéce de Traité des Ouvra
es de la Fontification paſſagère, c'eſt
-dire des Redoutes & des différens
Forts propres à mettre des poſtes en
état de défenſe , aſſurer des commu
nications, couvrir des ponts , &c , par
tie fort importante à tous les Militaires,
laquelle étant jointe à ce que l'Auteur
enſeigne ſur les lignes dans la ſeconde
Edition de ſon Traité de l'attaque des
Places , renferme l'eſſentiel de tout ce
qu'il a de plus utile ſur cet objet.
On trouvera pluſieurs autres addi
tions moins conſidérables, répandues
dans le corps de l'Ouvrage. L'Auteur
y donne un plus grand détail ſur les
contremines, que dans les précédentes
éditions ;
il fait voir auſſi la manière
dont on ſe ſert des écluſes pour for
mer des inondations, &c. L'ouvrage eſt
· terminé par une table des matières qui
paroît faite avec beaucoup de ſoins ,
E iV
1o4 MERCURE E)E FRANCE.
& par un Dictionnaire des termes de
Fortification ,
plus complet que celui
des précédentes éditions. Les différen
tes additions que l'Auteur a faites à ce
Livre, l'ont mis dans la néceſſité d'aug
menter le nombre des Planches. Au
lieu de 19 qu'il y en avoit dans la der
nière, celle-ci en a 37, dont la plûpart
repréſentent en grand le développement
des principaux ouvrages de la Fortifi
cation. Elles ſont toutes gravées de
nouveau & bien exécutées.
Pour ſe rendre les régles & les prin
cipes de la Fortification familiers , M.
le Blond voudroit qu'on accoutumât
les Eléves à tracer ſur le terrain tous
les différens Ouvrages qu'on leur fait
conſtruire ſur le papier ; qu'on s'appli
quât auſſi à leur § mettre en état -
de défenſe les Bourgs, Villages & autres
Poſtes qu'on eſt ſouvent, à la guerre,
dans le cas de fortifier. Il ajoûte que des
expériences réïtérées & réfléchies de
cette eſpéce de pratique de la Fortifica
tion ne peuvent manquer d'augmenter
les lumières de ceux qui voudront bien
en faire l'eſſai, c'eſt dequoi il n'eſt guères
poſſible de douter. Mais il§ pour
cela être dirigé par des Maîtres auſſi
habiles & auſſi intelligens que ce cé
lébre Profeſſeur de Mathématique. L'eſ
A V R I L. 1764.
1o5
time générale qu'il s'eſt acquiſe en ce
genre, cauſe des regrets à tous ceux
qui n'ont point été à portée de prendre
de ſes leçons.
Ce Livre & les autres Ouvrages d,
M le Blond peuvent être† COIn »
me des Livres claſſiques d'une Eccle
Militaire. Tout y eſt expoſé avec clar
té, & l'on y trouve d'ailleurs ce qu'il y
a de plus eſſentiel & de plus utile dans
les différentes matières qui ont été l'ob
jet de ſes ſçavans travaux.
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Résumé : ÉLÉMENS de Fortification, contenant la construction raisonnée de tous les Ouvrages de la Fortification, les systêmes des plus célébres Ingénieurs ; la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME ÉDITION, augmentée de l'Explication détaillée de la Fortification de M. de COEHORN, de la construction des Redoutes, Forts de Campagne, &c. & d'un Plan des différentes instructions propres à une École Militaire. Par M. Le BLOND, Maître de Mathématique des Enfans de France, &c. Vol. in-8 o d'environ 400 pages. A Paris, chez Jombert, rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ; avec approbation & privilége du Roi.
Le texte présente la cinquième édition de 'ÉLÉMENS de Fortification' par M. Le Blond, publiée en 1764 à Paris. Cet ouvrage traite de la fortification selon les principes de M. de Coehorn, ainsi que de la construction de redoutes et de forts de campagne. Il propose un plan d'instructions destiné à une école militaire. Contrairement à la précédente édition, cette version remplace l'épître dédicatoire par un récit des premières instructions scientifiques du duc de Bourgogne, mettant en lumière ses compétences précoces en géométrie et en fortification. Le livre inclut également un plan des instructions militaires, modifié et enrichi depuis sa première publication dans le Mercure en août 1754. M. Le Blond critique la formation actuelle des jeunes officiers, qui privilégie l'exercice et le maniement des armes au détriment des aspects théoriques et stratégiques. Il préconise la création d'une école militaire où des professeurs de mathématiques, formés à la science militaire, enseigneraient la tactique. Il suggère d'étudier les meilleurs écrivains militaires pour établir un corpus de règles et de principes à enseigner méthodiquement. Le texte souligne également les insuffisances de l'enseignement des mathématiques aux jeunes nobles, les maîtres ne se concentrant pas suffisamment sur les applications militaires. M. Le Blond recommande d'utiliser des ouvrages spécifiques pour structurer l'apprentissage de l'art militaire et insiste sur l'importance de la pratique sur le terrain pour familiariser les élèves avec les règles de la fortification. Le texte conclut en soulignant les compétences de M. Le Blond en matière de fortification et son influence sur les jeunes officiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
ÉLÉMENS de Fortification, contenant la construction raisonnée de tous les Ouvrages de la Fortification, les systêmes des plus célébres Ingénieurs ; la Fortification irrégulière, &c. CINQUIÈME ÉDITION, augmentée de l'Explication détaillée de la Fortification de M. de COEHORN, de la construction des Redoutes, Forts de Campagne, &c. & d'un Plan des différentes instructions propres à une École Militaire. Par M. Le BLOND, Maître de Mathématique des Enfans de France, &c. Vol. in-8 o d'environ 400 pages. A Paris, chez Jombert, rue Dauphine, à l'Image N. D. 1764 ; avec approbation & privilége du Roi.
5
p. 105-110
L'INOCULATION de la Petite-Vérole renvoyée à Londres, par M. ***, Docteur en Médecine, &c. A la Haye, 1764.
Début :
C'EST une seconde Edition, mais considérablement augmentée, d'un petit [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'INOCULATION de la Petite-Vérole renvoyée à Londres, par M. ***, Docteur en Médecine, &c. A la Haye, 1764.
L'INOCULATION de la Petite-Vérole
renvoyée à Londres, par M. ***,
Docteur en Médecine, &c. A la Haye,
1764.
C'EST une seconde Edition, mais
considérablement augmentée, d'un petit
Ouvrage ſigné CANDIDE, que nous
avons annoncé dans le temps. Ce qui
n'étoit, pour ainſi dire, qu'ébauché dans
le premier, eſt rendu dans celui-ci avec
plus de clarté, plus d'étendue, & appuyé
de détails qui paroiffent donner plus de
poids au ſentiment de l'Auteur. C'eſt
certainement le plus courageux, auſſi
E v
-
1o6 MERCURE DE FRANCE.
bien que le plus redoutable adverſaire
qui ſoit entré en lice pour combattIe
l'Inoculation. L'Anonyme n'eſt pas pour
lui un bouclier dont il ſe couvre, pourſe
mettre à l'abri des traits de ceux qu'il
attaque ; il ſe fait aſſez connoître ſans ſe
nommer. Loin de paroître les craindre,
il les provoque lui-même au combat par
de nouveaux défis. Aux calculs qui pa
roiſſent décider d'une manière ſi triom
phante en faveur de l'Inoculation, il en
oppoſe de nouveaux qui rendent la choſe
problématique , & y font appercevoir
des dangers pour la Société,qui méritent
toute l'attention du Gouvernement. '
On ne peut nier que pluſieurs des ob
jections que cet habile Médecin fait aux
partiſans de l'Inoculation,ne ſoient aſſez
bien fondées. Le Lecteur en peut juger
par celle-ci. » La Petite Vérole eſt une
» peſte. Pour l'éteindre faut-il la multi
» plier ? Faut-il la tranſmettre à ceux qui
» ne l'auroient jamais ? Faut-il faire un
» choix de ceux qui ſe portent bien, &
» prendre, pout ainſi dire, la crême de
» l'humanité, pour honorer, pour accré
» diter l'Inoculation , & laiſſer le rebut à
» la Petite - Vérole naturelle, pour la
» rendre plus odieuſe ?
» On vante les ſuccès de l'Inoculation.
A V R I L. 1764.
1o7
» Qu'ont-ils donc de ſi merveilleux ?, Il
» meurt peu de perſonnes entre les mains
» des Inoculateurs. Mais devroit-il en
» mourir, lorſqu'au choix des Sujets, à
» la force du tempérament , on joint
» de longues épreuves, & des prépara
» tions de toute eſpèce ? Eh, Meſſieurs !
» voulez-vous me donner une haute idée
» de l'Inoculation ? Voulez-vous donner
» des preuves éclatantes de la ſenſibilité
» de votre âme, de votre attachement
» à la Patrie, de votre amour défintéreſſé
» pour vos Concitoyens ? Jettez des yeux
» de compaſſion ſur ces malheureuſes
» victimes de l'indigence, qui languiſſent
» dans le ſein de la douleur, & qui en
» proie à diverſes infirmités, ne pour
» roient ſoutenir les attaques imprévues
» d'une Petite-Vérole naturelle. Hono
» rez-les de l'Inoculation ; eſſayez , en
» les préparant, de purifier leur ſang ,
» & de leur donner avec ſuccès une ma
» ladie dont ils ne pourroient être ſur -
» pris, ſans y trouver le terme fatal de
» leur vie & de leurs malheurs. Vous
» pourrez alors relever les avantages de
» l'Inoculation. Vous aurez beau jeu
» pour fermer la bouche aux Incrédule s,
» &c.
\
Si l'argument n'eſt pas ſans réplique ,
E vj
1o8 MERCURE DE FRANCE.
du moins il ſeroit à ſouhaiter que parmi
ceux à qui l'Auteur le propoſe, il ſe
trouvât quelqu'un qui eût aſſez de cha
rité pour entreprendre de le réfuter , &
aſſez de bonheur pour y réuſſir.
L'Ouvrage eſt compoſé de huit queſ
tions qui ſont comme autant de Chapi
tres. A la huitième queſtion. Y a-t-il
des moyens pour diminuer & méme étein
dre la Petite-Vérole ? M. *** répond :
» Oui, ſans doute, il y en a. Et quels
» ſont-ils ? Ceux que l'on employe pour .
» arrêter le cours des autres maladies con
» tagieuſes. » C'eſt dans ce chapitre ſur
tout, que l'Auteur parle également, & en
Médecin , & en Ami des Hommes. Les
moyens qu'il propoſe pour arrêter les ra
vages de la Petite-Vérole , ne peuvent
qu'être tres-avantageux à la Société.
» Et que fait-on à la Cour, quand quel
» qu'un en eſt ſurpris ? Il y a des ordres
» précis d'en éloigner ſur le champ le
» Malade, avec défenſes aux Parens ,
» Amis , Médecins, Chirurgiens & au
» tres qui l'approchent, d'y paroître ſans
» avoir fait la quarantaine. » En conſé
quence, l'Auteur voudroit qu'on em
ployât de ſemblables précautions dans
toutes les Villes du Royaume, & que,
par de ſages réglemens, on captivât en
quelque ſorte la Petite-Vérole, en s'op
A V R I L. 1764.
rog
oſant à ſa communication. Ainfi , au
lieu d'établir des Hôpitaux dans les faux
bourgs de Paris, pour inoculer le Peuple
& les Etrangers qui n'ont point de do
micile, il propoſe au contraire d'établir
ces mêmes Hôpitaux pour y mettre ceux
qui ſeront attaqués de la Petite-Vérole
naturelle, & qu'on leur y faſſe faire qua
rantaine , comme pour la Peſte.
Conſéquemment à ſon titre, l'Auteur
conclut que le parti le meilleur & le
plus ſage eſt de renvoyer l'inoculation à
Londres pour qu'elle y faſſe ſes preuves.
» Si cependant, ajoute-t-il, la Cour
» Souveraine, maîtreſſe de ſes déciſions,
» tolère l'Inoculation de la Petite-Vérole
» en faveur de ceux qui ont toutes les
» commodités néceſſaires pour qu'elle
» ne ſe communique à perſonne; elle
» eſt très-humblement ſuppliée pour le
» bien public, dont elle eſt l'âme, d'or
» donner qu'aucune Inoculation ne pou
» ra être faite qu'à trois lieues de la Ca
» pitale, & des autres Villes du Royau
» me; avec défenſes aux Inoculés, d'y
» rentrer ſans avoir fait quarantaine ,
» comme pour la Peſte, la Petite-Vérole
» en étant une eſpèce. »
Dans une diſpute de cette importance,
qui touche de fi près à la Population, &
I IO MERCURE BE FRANCE.
| par conſéquent au bien public, dont
tous les Ordres du Royaume ſont au
jourd'hui ſi fort occupés, autant ſe
rions-nous blâmables d'oſer prendre au
cun parti, autant le ſerions - nous de
n'être pas extrêmement attentifs à faire
connoître tout ce qui paroîtra pour &
contre; puiſque la déciſion d'un objet
ſi important ne peut réſulter que de la
diſcuſſion de ces différens avis. Defen
dat quod quiſque ſentit. Sunt enim judi
- cia libera : nos inſtitutum tenebimus,
nullisque unius diſciplinœ legibus ad
fcripti, quid ſit in quaque re maxime
probabile ſemper requiremus.
renvoyée à Londres, par M. ***,
Docteur en Médecine, &c. A la Haye,
1764.
C'EST une seconde Edition, mais
considérablement augmentée, d'un petit
Ouvrage ſigné CANDIDE, que nous
avons annoncé dans le temps. Ce qui
n'étoit, pour ainſi dire, qu'ébauché dans
le premier, eſt rendu dans celui-ci avec
plus de clarté, plus d'étendue, & appuyé
de détails qui paroiffent donner plus de
poids au ſentiment de l'Auteur. C'eſt
certainement le plus courageux, auſſi
E v
-
1o6 MERCURE DE FRANCE.
bien que le plus redoutable adverſaire
qui ſoit entré en lice pour combattIe
l'Inoculation. L'Anonyme n'eſt pas pour
lui un bouclier dont il ſe couvre, pourſe
mettre à l'abri des traits de ceux qu'il
attaque ; il ſe fait aſſez connoître ſans ſe
nommer. Loin de paroître les craindre,
il les provoque lui-même au combat par
de nouveaux défis. Aux calculs qui pa
roiſſent décider d'une manière ſi triom
phante en faveur de l'Inoculation, il en
oppoſe de nouveaux qui rendent la choſe
problématique , & y font appercevoir
des dangers pour la Société,qui méritent
toute l'attention du Gouvernement. '
On ne peut nier que pluſieurs des ob
jections que cet habile Médecin fait aux
partiſans de l'Inoculation,ne ſoient aſſez
bien fondées. Le Lecteur en peut juger
par celle-ci. » La Petite Vérole eſt une
» peſte. Pour l'éteindre faut-il la multi
» plier ? Faut-il la tranſmettre à ceux qui
» ne l'auroient jamais ? Faut-il faire un
» choix de ceux qui ſe portent bien, &
» prendre, pout ainſi dire, la crême de
» l'humanité, pour honorer, pour accré
» diter l'Inoculation , & laiſſer le rebut à
» la Petite - Vérole naturelle, pour la
» rendre plus odieuſe ?
» On vante les ſuccès de l'Inoculation.
A V R I L. 1764.
1o7
» Qu'ont-ils donc de ſi merveilleux ?, Il
» meurt peu de perſonnes entre les mains
» des Inoculateurs. Mais devroit-il en
» mourir, lorſqu'au choix des Sujets, à
» la force du tempérament , on joint
» de longues épreuves, & des prépara
» tions de toute eſpèce ? Eh, Meſſieurs !
» voulez-vous me donner une haute idée
» de l'Inoculation ? Voulez-vous donner
» des preuves éclatantes de la ſenſibilité
» de votre âme, de votre attachement
» à la Patrie, de votre amour défintéreſſé
» pour vos Concitoyens ? Jettez des yeux
» de compaſſion ſur ces malheureuſes
» victimes de l'indigence, qui languiſſent
» dans le ſein de la douleur, & qui en
» proie à diverſes infirmités, ne pour
» roient ſoutenir les attaques imprévues
» d'une Petite-Vérole naturelle. Hono
» rez-les de l'Inoculation ; eſſayez , en
» les préparant, de purifier leur ſang ,
» & de leur donner avec ſuccès une ma
» ladie dont ils ne pourroient être ſur -
» pris, ſans y trouver le terme fatal de
» leur vie & de leurs malheurs. Vous
» pourrez alors relever les avantages de
» l'Inoculation. Vous aurez beau jeu
» pour fermer la bouche aux Incrédule s,
» &c.
\
Si l'argument n'eſt pas ſans réplique ,
E vj
1o8 MERCURE DE FRANCE.
du moins il ſeroit à ſouhaiter que parmi
ceux à qui l'Auteur le propoſe, il ſe
trouvât quelqu'un qui eût aſſez de cha
rité pour entreprendre de le réfuter , &
aſſez de bonheur pour y réuſſir.
L'Ouvrage eſt compoſé de huit queſ
tions qui ſont comme autant de Chapi
tres. A la huitième queſtion. Y a-t-il
des moyens pour diminuer & méme étein
dre la Petite-Vérole ? M. *** répond :
» Oui, ſans doute, il y en a. Et quels
» ſont-ils ? Ceux que l'on employe pour .
» arrêter le cours des autres maladies con
» tagieuſes. » C'eſt dans ce chapitre ſur
tout, que l'Auteur parle également, & en
Médecin , & en Ami des Hommes. Les
moyens qu'il propoſe pour arrêter les ra
vages de la Petite-Vérole , ne peuvent
qu'être tres-avantageux à la Société.
» Et que fait-on à la Cour, quand quel
» qu'un en eſt ſurpris ? Il y a des ordres
» précis d'en éloigner ſur le champ le
» Malade, avec défenſes aux Parens ,
» Amis , Médecins, Chirurgiens & au
» tres qui l'approchent, d'y paroître ſans
» avoir fait la quarantaine. » En conſé
quence, l'Auteur voudroit qu'on em
ployât de ſemblables précautions dans
toutes les Villes du Royaume, & que,
par de ſages réglemens, on captivât en
quelque ſorte la Petite-Vérole, en s'op
A V R I L. 1764.
rog
oſant à ſa communication. Ainfi , au
lieu d'établir des Hôpitaux dans les faux
bourgs de Paris, pour inoculer le Peuple
& les Etrangers qui n'ont point de do
micile, il propoſe au contraire d'établir
ces mêmes Hôpitaux pour y mettre ceux
qui ſeront attaqués de la Petite-Vérole
naturelle, & qu'on leur y faſſe faire qua
rantaine , comme pour la Peſte.
Conſéquemment à ſon titre, l'Auteur
conclut que le parti le meilleur & le
plus ſage eſt de renvoyer l'inoculation à
Londres pour qu'elle y faſſe ſes preuves.
» Si cependant, ajoute-t-il, la Cour
» Souveraine, maîtreſſe de ſes déciſions,
» tolère l'Inoculation de la Petite-Vérole
» en faveur de ceux qui ont toutes les
» commodités néceſſaires pour qu'elle
» ne ſe communique à perſonne; elle
» eſt très-humblement ſuppliée pour le
» bien public, dont elle eſt l'âme, d'or
» donner qu'aucune Inoculation ne pou
» ra être faite qu'à trois lieues de la Ca
» pitale, & des autres Villes du Royau
» me; avec défenſes aux Inoculés, d'y
» rentrer ſans avoir fait quarantaine ,
» comme pour la Peſte, la Petite-Vérole
» en étant une eſpèce. »
Dans une diſpute de cette importance,
qui touche de fi près à la Population, &
I IO MERCURE BE FRANCE.
| par conſéquent au bien public, dont
tous les Ordres du Royaume ſont au
jourd'hui ſi fort occupés, autant ſe
rions-nous blâmables d'oſer prendre au
cun parti, autant le ſerions - nous de
n'être pas extrêmement attentifs à faire
connoître tout ce qui paroîtra pour &
contre; puiſque la déciſion d'un objet
ſi important ne peut réſulter que de la
diſcuſſion de ces différens avis. Defen
dat quod quiſque ſentit. Sunt enim judi
- cia libera : nos inſtitutum tenebimus,
nullisque unius diſciplinœ legibus ad
fcripti, quid ſit in quaque re maxime
probabile ſemper requiremus.
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Résumé : L'INOCULATION de la Petite-Vérole renvoyée à Londres, par M. ***, Docteur en Médecine, &c. A la Haye, 1764.
En 1764, une seconde édition augmentée d'un ouvrage anonyme intitulé 'CANDIDE' sur l'inoculation de la variole a été publiée. L'auteur, un médecin, critique sévèrement cette pratique, la jugeant dangereuse et problématique pour la société. Il compare la variole à une peste et redoute que l'inoculation ne propage la maladie à des personnes non encore infectées. Il remet en question les succès rapportés de l'inoculation, attribuant les faibles taux de mortalité à une sélection rigoureuse des sujets et à des préparations minutieuses. L'ouvrage est structuré en huit questions, chacune formant un chapitre. Dans le dernier chapitre, l'auteur recommande des mesures similaires à celles prises pour la peste, comme la quarantaine, pour contenir la variole naturelle. Il propose de renvoyer l'inoculation à Londres pour y faire ses preuves et, si elle est tolérée, de l'autoriser uniquement à trois lieues des villes, avec des mesures de quarantaine strictes. Le texte insiste sur la nécessité d'une discussion approfondie sur cette question cruciale pour le bien public. L'auteur met en avant l'importance de la discussion pour parvenir à une conclusion significative, affirmant que chaque individu doit exprimer son opinion librement. Il déclare qu'il suivra cette approche institutionnelle, sans se soumettre aux règles d'une seule discipline, afin de rechercher ce qui est le plus probable dans chaque situation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 110-124
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ÉLOGE de Maximilien de Bethune, Duc de Sully, Surintendant des Finances [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune,
Duc de Sully, Surintendant des Finances
ſous Henri IV , qui a concouru
pour le Prix de l'Académie Françoſe de
la préſente année 1763; à Paris , chez
Delormel , Imprimeur de l'Académie.
Royale de Muſique, rue Foin, à l'Ima
ge de Ste Géneviéve; 1763, avec per
miſſion ; feuille in-8°. 24 pages.
Nous avons parlé des Diſcours qui
-
ont concouru l'année dernière pour le
A V R I L. 1764.
-
1 1 1
Prix de l'Académie Françoiſe ; celui-ci
ne nous a été envoyé que fort tard ,
ſans cela nous l'aurions annoncé avec
· ceux de Mlle Mazarelli & de M. Tho
mas qui ont attiré la principale atten
tion du Public.
• ExAMEN du Pſeautier François des
Révérends Pères Capucins , où l'on
trouve 1°. qu'ils ne doivent point pren- .
dre pour Sujet ordinaire des Pſeaumes,
les Juifs captifs & maltraités par les
Chaldéens ;2°. Qu'ils donnent une fauſ
ſe idée de la Langue Sainte, & qu'ils
en violent ſouvent les régles. Par le P.
Houbigeant , de l'Oratoire. A la Haye,
& ſe trouve à Paris, chez P. Fr. Di
dot le jeune, Libraire, quai des Auguſ
tins, près du Pont S. Michel ; 1764 ;
Brochure in-8°. de 154 pages.
Ce Titre n'annonce pas beaucoup de
ménagement pour les RR. PP. Capu
clns. Il y a apparence que cette eſpéce
de Manifeſte ou Déclaration de guerre
contre ces Révérends Pères, ne reſtera
pas ſans réponſe Si cette querelle a des
ſuites , & qu'elle nous paroiſſe aſſez im
portante pour que nous en faſſions part
au Public, nous entrerons dans le dé
tail des raiſons alléguées de part & d'au
fIC,
·
'r 12 MERCURE DE FRANCE.
RÉLATIoN abrégée de l'origine, des
progrès & de l'état actuel de la Société
établie à Londres en 1754 pour l'encoura
gement des Arts, des Manufactures & du .
Commerce; tirée des écrits originaux des
premiers Promoteurs de cet établiſſe
ment & d'autres Actes authentiques; par
un Membre de ladite Société : Ouvrage
traduit de l'Anglois avec des Notes pour
l'uſage & l'intelligence du Texte. A
Londres , & ſe trouve à Paris , chez
A. L. Regnard, Imprimeur de l'Acadé
mie Françoiſe , Grand'ſalle du Palais,&
rue baſſe des Urſins; 1764 ;. Brochure
in-8°. de 15o pages.
L'objet principal de cet Ouvrage eſt
de faire connoître les perſonnes géné
reuſes qui ont contribué à l'Etabliſſe
ment de cette Société , & de rendre
hommage à leur zéle. On y rapporte
une ſuite de faits qui font le plus grand
honneur aux Protecteurs illuſtres, qui
par leur généroſité & leur application ,
ont donné à cette entrepriſe la forme
qui ſéule pouvoit en aſſurer la ſolidité
& la durée. Le Texte Anglois ſe trouve à
· côté de la Traduction Françoiſe.
L'INCENDIE de la Foire S. Germain,
, & ſa nouvelle reconſtruction, Poëme
-
-
|
A V R I L. 1754.
1 13
en quatre Chants ; par M. De ***. A
Amſterdam , & ſe trouve à Paris chez
Langlois fils, Libraire , au bas de la
rue de la Harpe, à la Couronne d'Or ;
1764 ; in-8°. de 32 pages ; prix, 15 ſ.
L'Auteur nous apprend dans ſa Pré
face, qu'étant accouru à l'incendie , il
fut frappé du Spectacle ; & que ſon
imagination lui en rappellant les prin
cipaux traits , ils devinrent pour lui la
matière d'un Poëme, dont les quatre
premiers vers pourront donner une juſte
idée du talent poëtique de l'Auteur.
Je vais chanter l'incendie effroyable,
Dont l'ardeur prompte, autant qu'épouvanta
ble ,
-
Bravant l'effet de tout ſecours humain ,
En cendre a mis la Foire S. Germain.
DIscoURs philoſophique & moral,
en vers, à l'imitation de Juvenal; par
M. Rochon de Chabannes ; à Paris de
l'Imprimerie de Sébaſtien Jorry , rue
& vis-à-vis la Comédie Françoiſe , au
Grand Monarque & aux Cigognes ;
1764 ; avec approbation. In-8°. de 24
pages ; beau papier.
| L'Auteur peint vivement & forte
ment les défauts, les vices & les paſ
r14 MERCURE DE FRANCE.
ſions de l'homme, telles que la pro
digalité, l'ambition , l'avarice , l'or
gueil &c. L'Hiſtoire lui offre des exem
ples de tous les excès auxquels ſe livre
le cœur humain.
-
Aléxandre vainqueur de l'Aſie étonnée
N'a point encor rempli ſa triſte deſtinée.
Son cœur ambitieux vole au-delà des mers ;
Il cherche à conquérir un nouvel Univers.
Il étouffe à l'étroit dans l'enceinte du Monde.
Malheureux ! il eſt temps que le Ciel te confonde 2
Rentre dans Babylone ; un modeſte cercueil
Eſt tout ce que le ſort réſerve à ton orgueil.
Nous citons ces vers au hazard ; ce
ne ſont pas les meilleurs que nous ayons
trouvés dans cette Piéce, où il y en a
de très - bons.
•
'
LEs quatre Saiſons, Poëme de M.
le Bret ; avec cette Epigraphe : Nos
patriœ fines & dulcia linquimus arva ;
nos patriam fugimus. ... Virg. Ecl. I.
A Geneve, & ſe trouve à Paris chez
les Libraires qui diſtribuent les Nou
veautés, 1763 ; in-8°.
-
"
L'Auteur ſe donne pour un jeune
homme qui débute au Parnaſſe. Il igno
, roit ſans doute qu'une Muſe célébre
*
A V R I L. 1764.
1 1 ;
& brillante avoit traité le même Sujet
d'une manière à décourager nos meil
leurs Poëtes qui voudroient revenir ſur
cette riche & féconde matière. Parmi les
plaiſirs du Printemps voici ceux que l'on
goûte principalement à Paris.
On entend dans Paris l'aimable Bouquetière
Annoncer ſes bouquets au jeune Mouſquetaire.
La charmante Marmote a de nouveaux appas ;
Les Grâces & les Ris accompagnent ſes pas,
On la trouve partout jouant des ſérénades,
Tantôt dans les Caffés ou dans les Promenâdes,
Tantôt à la Courtille ou bien aux Porcherons,
Tantôt aux Boulevards ou dans les environs,
Toujours inattendue & toujours deſirée.
Après ſouper on va dans le Bois de Boulogne
Siffler le blanc Champagne & le rouge Bour
gogne ; &c.
-
· LE Gentilhomme Cultivateur , ou
Corps complet d'Agriculture , traduit
de l'Anglois de M. Hall, & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit ſur cet
art; par M. Dupuy d'Emportes , de
l'Académie de Florence, & de la So
ciété Royale des Siences & Belles
Lettres de Nancy ; Tome VII & VIII.
in-quarto & in-12, à Paris chez Simon »
r 16 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur du Parlement, rue de la Har-,
pe, la veuve Durand , rue du Foin ,
Bauche , Quai des Auguſtins ; à Bor
deaux, chez Chappuis l'aîné; avec ap
probation & privilége du Roi ; I764.
Nous avons rendu compte autrefois
du plan , de l'objet & de l'utilité de
cet ouvrage très-bien éxécuté, & dont
la néceſſité eſt reconnue par tous les
Cultivateurs & les différéntes Sociétés
d'Agriculture. Les volumes que nous
annonçons aujourd'hui paroiſſent nou
vellement & ſont les deux derniers de
l'ouvrage qui eſt entièrement fini. Les
matières qu'ils renferment ne ſont pas
moins intéreſſantes que celles des vo
lumes précédens ; & nous félicitons
l'Auteur de s'être acquitté ſi glorieuſe
ment de cette utile & importante en
trepriſe.
· NoUvELLE Méthode Latine de M.
de Launay , en quatre volumes in-8°,
ſi facile qu'elle eſt à la portée d'un
enfant de 5 à 6 ans qui ſçait lire, &c.
z. On ſçait que ces quatre volumes ont
été propoſés par ſouſcription, moyen
nant 12 liv. quelle a été remplie; &
· que les volumes ont été fournis aux
Souſcripteurs. L'Auteur n'avoit pû don
A V R I L. 1764.
| 117
ner dans ces quatre premiers volumes,
que les deux premiers livres de Phédre,
& la premiere Satyre de Perſe, à cauſe
de la forme de ce travail. Depuis deux
ans , on demande avec inſtance la con
tinuation de cet Ouvrage, ſur les trois
derniers livres de Phèdre , & ſur les
cinq dernieres Satyres de Perſe. Et
c'eſt pour adhérer à ces ſollicitations,
que l'Auteur vient de diſtribuer depuis
quelques jours, un Proſpectus , qui
propoſe cette continuation , auſſi en 4
volumes in-8°, & par ſouſcription. On
aura, par ce moyen , tout Phédre, &
tout Perſe, accommodés dans le goût
du nouveau ſyſtême, ce qui forme un
Ouvrage plus conſidérable qu'on ne
penſe, & fort utile.
Conditions.
-
On donnera douze livres, pour ces
4 derniers volumes, en une ſeule fois,
· pour éviter les embarras qu'ont occa
ſionnés les différens payemens de la
première. Quand cette ſeconde ſouſ
cription ſera fermée, c'eſt-à-dire, lorſ
que le premier volume paroîtra, ce
qui ſera dans peu, ces 4 volumes ſeront
payés 18, comme les premiers, par ceux
qui n'auront pas ſouſcrit. A Paris ,
-
s E8 MERCURE DE FRANCE.
chez Panckoucke, Libraire , rue & at
tenant la Comédie Françoiſe , & chez
l'Auteur, dans le Cloître de Saint-Ger
main de l'Auxerrois, 1764.
· ÉLITE de Poëſies fugitives; dans la
quelle on a fait entrer tout ce que nos
Poëtes modernes ont compoſé de plus
parfait, les plus belles Odes, les Madri
aux , les Epîtres, les Epigrammes, &c.
es mieux faites depuis Rouſſeau, les
Eloges des Femmes de notre Siécle les
plus diſtinguées par leur naiſſance, leur
eſprit & leur beauté, & un très-grand
nombre de Pièces de Ferrand, la Faye ,
Fontenelle, M. de Voltaire, M. de Mon
crif, du C. de B***, & d'autres Au
· teurs, qui n'ont jamais été imprimées,
ou qui ne ſe trouvent pas dans le Re
cueil qu'on a fait de leurs Œuvres. 3 vol.
in 12., petit format, prix 6 liv. broché;
à Londres, & ſe trouve à Paris, chez
, Deſſaint & Saillant, Libraires , rue S.
Jean de Beauvais.
Nous donnerons dans le Mercure pro
chain un Extrait plus étendu de cet agréa
ble Recueil. -
-
PANÉGYRIQUEs des Saints, ſuivis
de réfléxions ſur l'Eloquence en géné
ral , & ſur celle de la Chaire en parti
-
A V R Ir. 1764:
I19
culier , ſeconde Edition, revue, corri
gée & augmentée de pluſieurs analyſes
d'Ouvrages d'Eloquence, ou ſur l'Elo
quence ; par M. l'Abbé Trublet, de l'A-
cadémie Françoiſe & de celle de Pruſſe,
Archidiacre & Chanoine de S. Malo ; à
Paris, chez Briaſſon, Libraire, rue S.
Jacques, à la Science; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764; deux vo
lumes in-12.
-
La première Edition fut publiée en un
ſeul volume, il y a huit ou neuf ans, &
eut du ſuccès. L'Auteur a fait très-peu de
changemens dans cette no'ivelle Edition
aux Pièces qui avoient paru dans la pre
mière; mais ill'a augmentée d'un volu
me, qui contient les Extraits que fai
ſoit M. l'Abbé Trublet, lorſqu'il travail
loit au Journal des Sçavans & au Jour
mal Chrétien. Ces Analyſes ſont faites
avec ſoin ; & ceux qui s'intéreſſent à ce
genre de travail, ſçauront gré à l'Au
teur de les avoir reſſemblées,
º
ZAïDE, ou la Comédienne Parvenue ;
avec cette Epigraphe : rara avis in ter
ris ; Juvenal. Satyr. 6; à Mimicopole,
1763 ; brochure in-12 ; on en trouve
des exemplaires chez Brocas & Humblot,
rue S. Jacques, au ChefS. Jean.
Dans ce Roman , on a eſſayé de met
'120 MERCURE DE FRANCE.
Tre en action le Vice & la Vertu , afin
de rendre plus ſenſible, par les ſuites
heureuſes ou funeſtes de l'un & de l'au
tre, la néceſſité de ne jamais balancer
dans le choix. On a peint une Actrice
chaſte & vertueuſe, parce qu'on croit
qu'il y en a de telles, & qu'il eſt utile de
détruire le préjugé contraire. On lira ce
petit volume de 15o pages avec plaiſir.
LETTRE à la Grecque; à l'Iſle de Te
nedos , & ſe trouve à Paris , chez Guil
lyn, Libraire, quai des Auguſtins, au
Lys d'or ; 1764 ; feuille in-12 de 24
| pages.
·
Cet Fcrit ironique & badin traite de
· la nouvelle Salle qui doit ſe faire pour
l'Opéra. On ſuppoſe qu'on en a donné
· un Projet; & ce Projet, qui n'eſt que
ſuppoſé , donne lieu à des plaiſanteries
dont tous les Lecteurs ne ſentiront peut.
• être pas toute la fineſſe.
AMUSEMENS à la Grecque, ou les
Soirées de la Halle, par un Ami de feu
Vadé, avec quélques Piéces détachées,
tant en proſe qu'en vers , du même Au
teur; à Athènes , dans le Tonneau de
Diogène ; & ſe vend à Paris, chez Cuiſ
ſart, Libraire , au milieu du Pont-au
Change,
A V R I L. 1764.
I2. 1
Change, à la Harpe ; 1764 ; brochure
in-12 d'environ 1oo pages.
- On a réuni ſous ce titre pluſieurs pe
tites Pièces de proſe & de vers ſur toutes
ſortes de Sujets. Les unes ſont dans le
goût Poiſſard ; les autres ſont écrites
rer avec les divers Ecrits de ce genre.
-
dans le ſtyle ordinaire. Il y a de la gaîté
dans quelques-unes qui peuvent figu
FoRMULEs de Médecine, latines &
françoiſes, pour le grand Hôtel - Dieu
de Lyon ; utiles aux Hôpitaux des Villes
& des Armées, aux jeunes Médecins,
Chirurgiens, Apoticaires, aux Perſon
nes charitables, & aux Habitans de la
Campagne; par Pierre Garnier ; nou
' velle Edition, revue, corrigée & conſi
dérablementaugmentée, par M. L. Gar
nier, Médecin ordinaire du Roi, Doc
teur en Médecine de l'Univerſité de
Montpellier , Doyen du Collége des
Médecins de Lyon , ancien Médecin de
l'Hôtel-Dieu , & Aſſocié honoraire de
l'Académie des Sciences & Belles-Let
tres de la même Ville ; à Paris , chez P.
F. Didot le jeune, Libraire, quai des
Auguſtins, à S. Auguſtin ; 1764; avec
approbation & privilége du Roi; un vol.
in 12. Prix, 2 liv. 1o ſ, relié.
II. Vol.
F
-
122 MERCURE DE FRANCE.
Les Editions multipliées de cet Ou
vrage ſont une preuve de ſon utilité ;
& le titre ſeul montre aſſez de quel uſa
ge il peut être pour une infinité de Per
ſonnes. Mais ce qu'il ne dit pas égale
ment, c'eſt que ce Livre eſt terminé par
un Dictionnaire ou Catalogue alphabé
tique contenant les noms des Drogues
ſimples ou compoſées, dont il eſt fait
mention dans § ; avec leurs
deſcriptions, leurs préparations, leurs
' vertus, & l'explication des termes de
Pharmacie qui y ſont répandus. Ce Dic
tionnaire eſt ſuivi d'une Table des Ma
ladies auxquelles les Formules peuvent
convenir.
- SERMoNs de Meſſire Jacques-Fran
çois-René de la Tour-du-Pin, Abbé
Commendataire de l'Abbaye de Notre
Dame d'Ambournai, Vicaire Général
de Riez, Prédicateur ordinaire du Roi,
de l'Académie des Sciences & Belles
Lettres de Nanci; à Paris, chez A. L.
Regnard, Imprimeur de l'Académie
Françoiſe, Grand'-Salle du Palais, &
rue baſſe des Urſins; avec Privilége du
Roi ; 1764 ; 2 vol. in-12.
Ces deux premiers volumes, où il n'y
a que des Panégyriques, ſeront ſuivis,
A V R I L. 1764.
F ij
123
de pluſieurs autres dans l'ordre ſuivant :
il paroîtra encore deux tomes d'Elo
ges de Saints dans le courant de cette
année. En 1765 , on délivrera les deux
derniers volumes de Panegyriques ,
après leſquels viendra en 1766 un tome
de Sujets particuliers, & celui de l'A-
vent prêché devant le Roi. En 1767 on
compte mettre au jour trois volumes
qui formeront un grand Carême : un
tome où ſeront recueillis différens Su
jets de Morale, deux tomes de Myſtè
res , & un des abrégés de tous les Ser
mons & Panégyriques, termineront en
1768 toute l'édition. Ainſi nous aurons
ſouvent occaſion d'entretenir le Public
de l'Eloquence de cet Auteur dans tous
les genres ; c'eſt pour cela que nous
nous contentons aujourd'hui de cette
ſimple annonce,
|.
DIscoURs prononcés en différentes
ſolemnités de piété ; par M. le Coutu
rier, Chanoine de l'Egliſe Royale de
S. Quentin, Prédicateur du Roi; à Pa
ris , chez Brocas & Humblot , Librai
res , rue S. Jacques , au-deſſus de la
rue des Mathurins , au Chef S. Jean ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi. Un vol. in-12. de 31o pages.
-
124 MERCURE DE FRANCE.
Ces diſcours ſont un Sermon pour
la Pentecôte, prêché devant le Roi, un
Panégyrique de S. Louis, à l'Académie
Françoiſe ; un autre de S. Corneille &
de S. Cyprien ; celui de S. Sulpice ;
un Difcours prononcé le jour d'une
centiéme année d'établiſſement de Re
ligieuſes à Compiegne, le Panégyrique
de Ste Eliſabeth, un Diſcours ſur l'eſ
prit de prière, & un autre prononcé dans
une Aſſemblée de charité. Une élo
quence ſimple & touchante caractériſe
les Diſcours de M. l'Abbé Couturier.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune,
Duc de Sully, Surintendant des Finances
ſous Henri IV , qui a concouru
pour le Prix de l'Académie Françoſe de
la préſente année 1763; à Paris , chez
Delormel , Imprimeur de l'Académie.
Royale de Muſique, rue Foin, à l'Ima
ge de Ste Géneviéve; 1763, avec per
miſſion ; feuille in-8°. 24 pages.
Nous avons parlé des Diſcours qui
-
ont concouru l'année dernière pour le
A V R I L. 1764.
-
1 1 1
Prix de l'Académie Françoiſe ; celui-ci
ne nous a été envoyé que fort tard ,
ſans cela nous l'aurions annoncé avec
· ceux de Mlle Mazarelli & de M. Tho
mas qui ont attiré la principale atten
tion du Public.
• ExAMEN du Pſeautier François des
Révérends Pères Capucins , où l'on
trouve 1°. qu'ils ne doivent point pren- .
dre pour Sujet ordinaire des Pſeaumes,
les Juifs captifs & maltraités par les
Chaldéens ;2°. Qu'ils donnent une fauſ
ſe idée de la Langue Sainte, & qu'ils
en violent ſouvent les régles. Par le P.
Houbigeant , de l'Oratoire. A la Haye,
& ſe trouve à Paris, chez P. Fr. Di
dot le jeune, Libraire, quai des Auguſ
tins, près du Pont S. Michel ; 1764 ;
Brochure in-8°. de 154 pages.
Ce Titre n'annonce pas beaucoup de
ménagement pour les RR. PP. Capu
clns. Il y a apparence que cette eſpéce
de Manifeſte ou Déclaration de guerre
contre ces Révérends Pères, ne reſtera
pas ſans réponſe Si cette querelle a des
ſuites , & qu'elle nous paroiſſe aſſez im
portante pour que nous en faſſions part
au Public, nous entrerons dans le dé
tail des raiſons alléguées de part & d'au
fIC,
·
'r 12 MERCURE DE FRANCE.
RÉLATIoN abrégée de l'origine, des
progrès & de l'état actuel de la Société
établie à Londres en 1754 pour l'encoura
gement des Arts, des Manufactures & du .
Commerce; tirée des écrits originaux des
premiers Promoteurs de cet établiſſe
ment & d'autres Actes authentiques; par
un Membre de ladite Société : Ouvrage
traduit de l'Anglois avec des Notes pour
l'uſage & l'intelligence du Texte. A
Londres , & ſe trouve à Paris , chez
A. L. Regnard, Imprimeur de l'Acadé
mie Françoiſe , Grand'ſalle du Palais,&
rue baſſe des Urſins; 1764 ;. Brochure
in-8°. de 15o pages.
L'objet principal de cet Ouvrage eſt
de faire connoître les perſonnes géné
reuſes qui ont contribué à l'Etabliſſe
ment de cette Société , & de rendre
hommage à leur zéle. On y rapporte
une ſuite de faits qui font le plus grand
honneur aux Protecteurs illuſtres, qui
par leur généroſité & leur application ,
ont donné à cette entrepriſe la forme
qui ſéule pouvoit en aſſurer la ſolidité
& la durée. Le Texte Anglois ſe trouve à
· côté de la Traduction Françoiſe.
L'INCENDIE de la Foire S. Germain,
, & ſa nouvelle reconſtruction, Poëme
-
-
|
A V R I L. 1754.
1 13
en quatre Chants ; par M. De ***. A
Amſterdam , & ſe trouve à Paris chez
Langlois fils, Libraire , au bas de la
rue de la Harpe, à la Couronne d'Or ;
1764 ; in-8°. de 32 pages ; prix, 15 ſ.
L'Auteur nous apprend dans ſa Pré
face, qu'étant accouru à l'incendie , il
fut frappé du Spectacle ; & que ſon
imagination lui en rappellant les prin
cipaux traits , ils devinrent pour lui la
matière d'un Poëme, dont les quatre
premiers vers pourront donner une juſte
idée du talent poëtique de l'Auteur.
Je vais chanter l'incendie effroyable,
Dont l'ardeur prompte, autant qu'épouvanta
ble ,
-
Bravant l'effet de tout ſecours humain ,
En cendre a mis la Foire S. Germain.
DIscoURs philoſophique & moral,
en vers, à l'imitation de Juvenal; par
M. Rochon de Chabannes ; à Paris de
l'Imprimerie de Sébaſtien Jorry , rue
& vis-à-vis la Comédie Françoiſe , au
Grand Monarque & aux Cigognes ;
1764 ; avec approbation. In-8°. de 24
pages ; beau papier.
| L'Auteur peint vivement & forte
ment les défauts, les vices & les paſ
r14 MERCURE DE FRANCE.
ſions de l'homme, telles que la pro
digalité, l'ambition , l'avarice , l'or
gueil &c. L'Hiſtoire lui offre des exem
ples de tous les excès auxquels ſe livre
le cœur humain.
-
Aléxandre vainqueur de l'Aſie étonnée
N'a point encor rempli ſa triſte deſtinée.
Son cœur ambitieux vole au-delà des mers ;
Il cherche à conquérir un nouvel Univers.
Il étouffe à l'étroit dans l'enceinte du Monde.
Malheureux ! il eſt temps que le Ciel te confonde 2
Rentre dans Babylone ; un modeſte cercueil
Eſt tout ce que le ſort réſerve à ton orgueil.
Nous citons ces vers au hazard ; ce
ne ſont pas les meilleurs que nous ayons
trouvés dans cette Piéce, où il y en a
de très - bons.
•
'
LEs quatre Saiſons, Poëme de M.
le Bret ; avec cette Epigraphe : Nos
patriœ fines & dulcia linquimus arva ;
nos patriam fugimus. ... Virg. Ecl. I.
A Geneve, & ſe trouve à Paris chez
les Libraires qui diſtribuent les Nou
veautés, 1763 ; in-8°.
-
"
L'Auteur ſe donne pour un jeune
homme qui débute au Parnaſſe. Il igno
, roit ſans doute qu'une Muſe célébre
*
A V R I L. 1764.
1 1 ;
& brillante avoit traité le même Sujet
d'une manière à décourager nos meil
leurs Poëtes qui voudroient revenir ſur
cette riche & féconde matière. Parmi les
plaiſirs du Printemps voici ceux que l'on
goûte principalement à Paris.
On entend dans Paris l'aimable Bouquetière
Annoncer ſes bouquets au jeune Mouſquetaire.
La charmante Marmote a de nouveaux appas ;
Les Grâces & les Ris accompagnent ſes pas,
On la trouve partout jouant des ſérénades,
Tantôt dans les Caffés ou dans les Promenâdes,
Tantôt à la Courtille ou bien aux Porcherons,
Tantôt aux Boulevards ou dans les environs,
Toujours inattendue & toujours deſirée.
Après ſouper on va dans le Bois de Boulogne
Siffler le blanc Champagne & le rouge Bour
gogne ; &c.
-
· LE Gentilhomme Cultivateur , ou
Corps complet d'Agriculture , traduit
de l'Anglois de M. Hall, & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit ſur cet
art; par M. Dupuy d'Emportes , de
l'Académie de Florence, & de la So
ciété Royale des Siences & Belles
Lettres de Nancy ; Tome VII & VIII.
in-quarto & in-12, à Paris chez Simon »
r 16 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur du Parlement, rue de la Har-,
pe, la veuve Durand , rue du Foin ,
Bauche , Quai des Auguſtins ; à Bor
deaux, chez Chappuis l'aîné; avec ap
probation & privilége du Roi ; I764.
Nous avons rendu compte autrefois
du plan , de l'objet & de l'utilité de
cet ouvrage très-bien éxécuté, & dont
la néceſſité eſt reconnue par tous les
Cultivateurs & les différéntes Sociétés
d'Agriculture. Les volumes que nous
annonçons aujourd'hui paroiſſent nou
vellement & ſont les deux derniers de
l'ouvrage qui eſt entièrement fini. Les
matières qu'ils renferment ne ſont pas
moins intéreſſantes que celles des vo
lumes précédens ; & nous félicitons
l'Auteur de s'être acquitté ſi glorieuſe
ment de cette utile & importante en
trepriſe.
· NoUvELLE Méthode Latine de M.
de Launay , en quatre volumes in-8°,
ſi facile qu'elle eſt à la portée d'un
enfant de 5 à 6 ans qui ſçait lire, &c.
z. On ſçait que ces quatre volumes ont
été propoſés par ſouſcription, moyen
nant 12 liv. quelle a été remplie; &
· que les volumes ont été fournis aux
Souſcripteurs. L'Auteur n'avoit pû don
A V R I L. 1764.
| 117
ner dans ces quatre premiers volumes,
que les deux premiers livres de Phédre,
& la premiere Satyre de Perſe, à cauſe
de la forme de ce travail. Depuis deux
ans , on demande avec inſtance la con
tinuation de cet Ouvrage, ſur les trois
derniers livres de Phèdre , & ſur les
cinq dernieres Satyres de Perſe. Et
c'eſt pour adhérer à ces ſollicitations,
que l'Auteur vient de diſtribuer depuis
quelques jours, un Proſpectus , qui
propoſe cette continuation , auſſi en 4
volumes in-8°, & par ſouſcription. On
aura, par ce moyen , tout Phédre, &
tout Perſe, accommodés dans le goût
du nouveau ſyſtême, ce qui forme un
Ouvrage plus conſidérable qu'on ne
penſe, & fort utile.
Conditions.
-
On donnera douze livres, pour ces
4 derniers volumes, en une ſeule fois,
· pour éviter les embarras qu'ont occa
ſionnés les différens payemens de la
première. Quand cette ſeconde ſouſ
cription ſera fermée, c'eſt-à-dire, lorſ
que le premier volume paroîtra, ce
qui ſera dans peu, ces 4 volumes ſeront
payés 18, comme les premiers, par ceux
qui n'auront pas ſouſcrit. A Paris ,
-
s E8 MERCURE DE FRANCE.
chez Panckoucke, Libraire , rue & at
tenant la Comédie Françoiſe , & chez
l'Auteur, dans le Cloître de Saint-Ger
main de l'Auxerrois, 1764.
· ÉLITE de Poëſies fugitives; dans la
quelle on a fait entrer tout ce que nos
Poëtes modernes ont compoſé de plus
parfait, les plus belles Odes, les Madri
aux , les Epîtres, les Epigrammes, &c.
es mieux faites depuis Rouſſeau, les
Eloges des Femmes de notre Siécle les
plus diſtinguées par leur naiſſance, leur
eſprit & leur beauté, & un très-grand
nombre de Pièces de Ferrand, la Faye ,
Fontenelle, M. de Voltaire, M. de Mon
crif, du C. de B***, & d'autres Au
· teurs, qui n'ont jamais été imprimées,
ou qui ne ſe trouvent pas dans le Re
cueil qu'on a fait de leurs Œuvres. 3 vol.
in 12., petit format, prix 6 liv. broché;
à Londres, & ſe trouve à Paris, chez
, Deſſaint & Saillant, Libraires , rue S.
Jean de Beauvais.
Nous donnerons dans le Mercure pro
chain un Extrait plus étendu de cet agréa
ble Recueil. -
-
PANÉGYRIQUEs des Saints, ſuivis
de réfléxions ſur l'Eloquence en géné
ral , & ſur celle de la Chaire en parti
-
A V R Ir. 1764:
I19
culier , ſeconde Edition, revue, corri
gée & augmentée de pluſieurs analyſes
d'Ouvrages d'Eloquence, ou ſur l'Elo
quence ; par M. l'Abbé Trublet, de l'A-
cadémie Françoiſe & de celle de Pruſſe,
Archidiacre & Chanoine de S. Malo ; à
Paris, chez Briaſſon, Libraire, rue S.
Jacques, à la Science; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764; deux vo
lumes in-12.
-
La première Edition fut publiée en un
ſeul volume, il y a huit ou neuf ans, &
eut du ſuccès. L'Auteur a fait très-peu de
changemens dans cette no'ivelle Edition
aux Pièces qui avoient paru dans la pre
mière; mais ill'a augmentée d'un volu
me, qui contient les Extraits que fai
ſoit M. l'Abbé Trublet, lorſqu'il travail
loit au Journal des Sçavans & au Jour
mal Chrétien. Ces Analyſes ſont faites
avec ſoin ; & ceux qui s'intéreſſent à ce
genre de travail, ſçauront gré à l'Au
teur de les avoir reſſemblées,
º
ZAïDE, ou la Comédienne Parvenue ;
avec cette Epigraphe : rara avis in ter
ris ; Juvenal. Satyr. 6; à Mimicopole,
1763 ; brochure in-12 ; on en trouve
des exemplaires chez Brocas & Humblot,
rue S. Jacques, au ChefS. Jean.
Dans ce Roman , on a eſſayé de met
'120 MERCURE DE FRANCE.
Tre en action le Vice & la Vertu , afin
de rendre plus ſenſible, par les ſuites
heureuſes ou funeſtes de l'un & de l'au
tre, la néceſſité de ne jamais balancer
dans le choix. On a peint une Actrice
chaſte & vertueuſe, parce qu'on croit
qu'il y en a de telles, & qu'il eſt utile de
détruire le préjugé contraire. On lira ce
petit volume de 15o pages avec plaiſir.
LETTRE à la Grecque; à l'Iſle de Te
nedos , & ſe trouve à Paris , chez Guil
lyn, Libraire, quai des Auguſtins, au
Lys d'or ; 1764 ; feuille in-12 de 24
| pages.
·
Cet Fcrit ironique & badin traite de
· la nouvelle Salle qui doit ſe faire pour
l'Opéra. On ſuppoſe qu'on en a donné
· un Projet; & ce Projet, qui n'eſt que
ſuppoſé , donne lieu à des plaiſanteries
dont tous les Lecteurs ne ſentiront peut.
• être pas toute la fineſſe.
AMUSEMENS à la Grecque, ou les
Soirées de la Halle, par un Ami de feu
Vadé, avec quélques Piéces détachées,
tant en proſe qu'en vers , du même Au
teur; à Athènes , dans le Tonneau de
Diogène ; & ſe vend à Paris, chez Cuiſ
ſart, Libraire , au milieu du Pont-au
Change,
A V R I L. 1764.
I2. 1
Change, à la Harpe ; 1764 ; brochure
in-12 d'environ 1oo pages.
- On a réuni ſous ce titre pluſieurs pe
tites Pièces de proſe & de vers ſur toutes
ſortes de Sujets. Les unes ſont dans le
goût Poiſſard ; les autres ſont écrites
rer avec les divers Ecrits de ce genre.
-
dans le ſtyle ordinaire. Il y a de la gaîté
dans quelques-unes qui peuvent figu
FoRMULEs de Médecine, latines &
françoiſes, pour le grand Hôtel - Dieu
de Lyon ; utiles aux Hôpitaux des Villes
& des Armées, aux jeunes Médecins,
Chirurgiens, Apoticaires, aux Perſon
nes charitables, & aux Habitans de la
Campagne; par Pierre Garnier ; nou
' velle Edition, revue, corrigée & conſi
dérablementaugmentée, par M. L. Gar
nier, Médecin ordinaire du Roi, Doc
teur en Médecine de l'Univerſité de
Montpellier , Doyen du Collége des
Médecins de Lyon , ancien Médecin de
l'Hôtel-Dieu , & Aſſocié honoraire de
l'Académie des Sciences & Belles-Let
tres de la même Ville ; à Paris , chez P.
F. Didot le jeune, Libraire, quai des
Auguſtins, à S. Auguſtin ; 1764; avec
approbation & privilége du Roi; un vol.
in 12. Prix, 2 liv. 1o ſ, relié.
II. Vol.
F
-
122 MERCURE DE FRANCE.
Les Editions multipliées de cet Ou
vrage ſont une preuve de ſon utilité ;
& le titre ſeul montre aſſez de quel uſa
ge il peut être pour une infinité de Per
ſonnes. Mais ce qu'il ne dit pas égale
ment, c'eſt que ce Livre eſt terminé par
un Dictionnaire ou Catalogue alphabé
tique contenant les noms des Drogues
ſimples ou compoſées, dont il eſt fait
mention dans § ; avec leurs
deſcriptions, leurs préparations, leurs
' vertus, & l'explication des termes de
Pharmacie qui y ſont répandus. Ce Dic
tionnaire eſt ſuivi d'une Table des Ma
ladies auxquelles les Formules peuvent
convenir.
- SERMoNs de Meſſire Jacques-Fran
çois-René de la Tour-du-Pin, Abbé
Commendataire de l'Abbaye de Notre
Dame d'Ambournai, Vicaire Général
de Riez, Prédicateur ordinaire du Roi,
de l'Académie des Sciences & Belles
Lettres de Nanci; à Paris, chez A. L.
Regnard, Imprimeur de l'Académie
Françoiſe, Grand'-Salle du Palais, &
rue baſſe des Urſins; avec Privilége du
Roi ; 1764 ; 2 vol. in-12.
Ces deux premiers volumes, où il n'y
a que des Panégyriques, ſeront ſuivis,
A V R I L. 1764.
F ij
123
de pluſieurs autres dans l'ordre ſuivant :
il paroîtra encore deux tomes d'Elo
ges de Saints dans le courant de cette
année. En 1765 , on délivrera les deux
derniers volumes de Panegyriques ,
après leſquels viendra en 1766 un tome
de Sujets particuliers, & celui de l'A-
vent prêché devant le Roi. En 1767 on
compte mettre au jour trois volumes
qui formeront un grand Carême : un
tome où ſeront recueillis différens Su
jets de Morale, deux tomes de Myſtè
res , & un des abrégés de tous les Ser
mons & Panégyriques, termineront en
1768 toute l'édition. Ainſi nous aurons
ſouvent occaſion d'entretenir le Public
de l'Eloquence de cet Auteur dans tous
les genres ; c'eſt pour cela que nous
nous contentons aujourd'hui de cette
ſimple annonce,
|.
DIscoURs prononcés en différentes
ſolemnités de piété ; par M. le Coutu
rier, Chanoine de l'Egliſe Royale de
S. Quentin, Prédicateur du Roi; à Pa
ris , chez Brocas & Humblot , Librai
res , rue S. Jacques , au-deſſus de la
rue des Mathurins , au Chef S. Jean ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi. Un vol. in-12. de 31o pages.
-
124 MERCURE DE FRANCE.
Ces diſcours ſont un Sermon pour
la Pentecôte, prêché devant le Roi, un
Panégyrique de S. Louis, à l'Académie
Françoiſe ; un autre de S. Corneille &
de S. Cyprien ; celui de S. Sulpice ;
un Difcours prononcé le jour d'une
centiéme année d'établiſſement de Re
ligieuſes à Compiegne, le Panégyrique
de Ste Eliſabeth, un Diſcours ſur l'eſ
prit de prière, & un autre prononcé dans
une Aſſemblée de charité. Une élo
quence ſimple & touchante caractériſe
les Diſcours de M. l'Abbé Couturier.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En 1763, plusieurs ouvrages notables ont été publiés. Parmi eux, 'Éloge de Maximilien de Béthune, Duc de Sully' a participé au concours du Prix de l'Académie Française. 'Examen du Psautier Français des Révérends Pères Capucins' critique la traduction des Psaumes réalisée par les Capucins. La 'Relation abrégée de l'origine, des progrès et de l'état actuel de la Société établie à Londres en 1754' détaille les contributions des fondateurs de cette société. Le poème 'L'Incendie de la Foire Saint-Germain' narre un incendie et sa reconstruction. Le 'Discours philosophique et moral' de M. Rochon de Chabannes aborde les défauts humains. 'Les quatre Saisons' de M. le Bret décrit les plaisirs du printemps à Paris. Enfin, 'Le Gentilhomme Cultivateur' est une traduction d'un ouvrage anglais sur l'agriculture. En avril 1764, les tomes VII et VIII de la Société Royale des Sciences et Belles Lettres de Nancy ont été publiés, appréciés pour leur utilité auprès des cultivateurs. Le 'Mercure de France' annonce la 'Nouvelle Méthode Latine' de M. de Launay destinée aux enfants. D'autres publications incluent 'Élite de Poësies fugitives', 'Panégyriques des Saints' de l'Abbé Trublet, 'Zaïde, ou la Comédienne Parvenue', 'Lettre à la Grecque', et 'Amusemens à la Grecque, ou les Soirées de la Halle'. Parmi les ouvrages de 1764, un recueil de pièces de prose et de vers sur divers sujets, incluant des formules de médecine, a été édité par Pierre Garnier et publié par P. F. Didot. Une collection de sermons de Messire Jacques-François-René de la Tour-du-Pin, prédicateur du Roi, a été publiée par A. L. Regnard. Enfin, un recueil de discours de M. le Couturier, chanoine et prédicateur du Roi, a été publié par Brocas & Humblot.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 124-125
« DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
Début :
DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
DE l'imitation théâtrale , Eſſai tiré
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
des Dialogues de Platon; par M. J. J.
Rouſſeau de Genêve. A Amſterdam ,
chez Marc-Miehel Rey , & ſe trouve
à Paris , chez Ducheſne , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; in-8°. de
48 pages. -
Ce petit Ecrit n'eſt qu'une eſpéce
d'Extrait de divers endroits où Platon
traite de l'imitation théâtrale. M. Rouſ
ſeau les a raſſemblés & liés dans la for
me d'un Diſcours ſuivi , au lieu de
celle du Dialogue qu'ils ont dans l'Ori
inal. L'occaſion de ce travail fut la
§ à M. d'Alembert ſur les Specta
cles ; mais n'ayant pû commodément
A V R I L. 1764. I2.5
l'y faire entrer , on l'a imprimé ſépa
rément.
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Résumé : « DE l'imitation théâtrale, Essai tiré des Dialogues de Platon ; par M. J. J. [...] »
L'essai 'De l'imitation théâtrale' de Jean-Jacques Rousseau, publié à Amsterdam et Paris, compile des extraits des dialogues de Platon sur l'imitation théâtrale en un discours continu. Motivé par une réponse à l'article de D'Alembert sur les spectacles, cet ouvrage de 48 pages en format in-octavo a été publié séparément.
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8
p. 125-126
« ARCHITECTURE moderne, ou l'art de bien bâtir pour toutes sortes de [...] »
Début :
ARCHITECTURE moderne, ou l'art de bien bâtir pour toutes sortes de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ARCHITECTURE moderne, ou l'art de bien bâtir pour toutes sortes de [...] »
ARCHITECTURE moderne, ou l'art de bien bâtir
pour toutes sortes de
perſonnes ; où l'on traite de la conſ
truction , des eſcaliers, des devis , du
toiſé des bâtimens , des us & coutu
mes, de la diſtribution; par Charles
Antoine Jombert ,
42 liv. relié.
Libraire , à Paris,
rue Dauphine ; deux volumes in-4° ,
grand papier, avec plus de 15o plan
ches. Nouvelle édition conſidérable
ment augmentée ; 1764. Le prix eſt de
-
· Le même Libraire pour faciliter aux
jeunes Artiſtes l'acquiſition des princi
paux livres élémentaires ſur l'Architec
ture, travaille actuellement à une Bi
bliothéque portative d'Architecture élé
mentaire , § en fix volumes in-8°,
grand papier,avec environ 35o planches
contenant les Traités ſuivans.
-
1 °. Les
5 ordres de Vignole : 2°. l'Architecture
de Palladio : 3° les Œuvres d'Archi
teclure de Vincent Scamozzi : 4°. le
parallèle d'Architecture de M. de Cham
·bray : 5°. les élémens généraux de
l'Architecture, Peinture , Sculpture &
Gravure : 6°, le manuel des Artiſtes ,
F iij
x26 MERCURE DE FRANCE.
ou Dictionnaire abrégé des termes ré--
latifs à l'Architecture,Peinture,Sculpture
& Gravure , &c. Chacun de ces Ou
vrages ſe vendra ſéparément 7 livres
relié. Les trois premiers ſont achevés
d'imprimer, & les trois autres paroî
tront ſucceſſivement dans le courant
de cette année.
On diſtribue chez le même Libraire,
un Catalogue très-ample de toutes les
Planches d'Architeéture des Palais »
Hôtels , Egliſes & Maiſons de Paris,
Verſailles &c ,
qu'il vend en détail ,
& de tous les Livres d'Architecture de
ſon fond, qui eſt prèſque l'unique pour
cet objet.
pour toutes sortes de
perſonnes ; où l'on traite de la conſ
truction , des eſcaliers, des devis , du
toiſé des bâtimens , des us & coutu
mes, de la diſtribution; par Charles
Antoine Jombert ,
42 liv. relié.
Libraire , à Paris,
rue Dauphine ; deux volumes in-4° ,
grand papier, avec plus de 15o plan
ches. Nouvelle édition conſidérable
ment augmentée ; 1764. Le prix eſt de
-
· Le même Libraire pour faciliter aux
jeunes Artiſtes l'acquiſition des princi
paux livres élémentaires ſur l'Architec
ture, travaille actuellement à une Bi
bliothéque portative d'Architecture élé
mentaire , § en fix volumes in-8°,
grand papier,avec environ 35o planches
contenant les Traités ſuivans.
-
1 °. Les
5 ordres de Vignole : 2°. l'Architecture
de Palladio : 3° les Œuvres d'Archi
teclure de Vincent Scamozzi : 4°. le
parallèle d'Architecture de M. de Cham
·bray : 5°. les élémens généraux de
l'Architecture, Peinture , Sculpture &
Gravure : 6°, le manuel des Artiſtes ,
F iij
x26 MERCURE DE FRANCE.
ou Dictionnaire abrégé des termes ré--
latifs à l'Architecture,Peinture,Sculpture
& Gravure , &c. Chacun de ces Ou
vrages ſe vendra ſéparément 7 livres
relié. Les trois premiers ſont achevés
d'imprimer, & les trois autres paroî
tront ſucceſſivement dans le courant
de cette année.
On diſtribue chez le même Libraire,
un Catalogue très-ample de toutes les
Planches d'Architeéture des Palais »
Hôtels , Egliſes & Maiſons de Paris,
Verſailles &c ,
qu'il vend en détail ,
& de tous les Livres d'Architecture de
ſon fond, qui eſt prèſque l'unique pour
cet objet.
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Résumé : « ARCHITECTURE moderne, ou l'art de bien bâtir pour toutes sortes de [...] »
Le document présente 'Architecture moderne, ou l'art de bien bâtir', une œuvre de Charles Antoine Jombert publiée en 1764. Cet ouvrage, composé de 42 livres reliés et plus de 150 planches, aborde divers aspects de la construction, y compris les escaliers, les devis, le toisé des bâtiments, les usages et coutumes, ainsi que la distribution architecturale. Il est disponible chez un libraire à Paris, rue Dauphine. Le libraire prépare également une 'Bibliothèque portative d'Architecture élémentaire' en six volumes in-8°, comprenant environ 350 planches. Cette collection inclut plusieurs traités : 'Les 5 ordres de Vignole', 'L'Architecture de Palladio', 'Les Œuvres d'Architecture de Vincent Scamozzi', 'Le parallèle d'Architecture de M. de Chambray', 'Les éléments généraux de l'Architecture, Peinture, Sculpture & Gravure', et 'Le manuel des Artistes'. Chaque ouvrage sera vendu séparément au prix de 7 livres relié. Les trois premiers volumes sont déjà imprimés, les trois autres le seront au cours de l'année. Le libraire propose aussi un catalogue détaillé des planches d'architecture de divers bâtiments à Paris et Versailles, ainsi qu'une large sélection de livres sur l'architecture.
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9
p. 126-128
« FABLES de la Fontaine, gravées en taille-douce ; les figures, par le Sieur [...] »
Début :
FABLES de la Fontaine, gravées en taille-douce ; les figures, par le Sieur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « FABLES de la Fontaine, gravées en taille-douce ; les figures, par le Sieur [...] »
FABLES de la Fontaine, gravées en
taille-douce ; les figures, par le Sieur
JFeſſard, Graveur du Roi & de ſa Bi
bliothéque ; le Diſcourg , par ie Sieur.
Monthulay, propoſées par ſouſcription.
Le Sieur Feſſard , occupé du grand
projet de la gravure des Tableaux du
Cabinet du Roi, comblé des bontés de
Sa Majeſté qui vient de lui accorder une
gratification de deux mille livres par
chaque planche dépoſée dans ſon Cabi
net, & de ſix cens exemplaires , a cru
ne pouvoir mieux témoigner ſà reconr
-
A V R I L. 1764.
127
1moiſſance , qu'en conſacrant ſes loiſirs
aux Enfans de France , & en gravant
pour eux des Fables, autant faites pour
les inſtruire que pour les amuſer. C'eſt
pour remplir ces vues,qu'il a choiſi MM.
Loutherbourg , Monnet & le Prince ,
dont les talens connus & eſtimés font
attendre avec raiſon, de leur précifion
& de leur touche délicate, ce vif inté
rêt qu'ils jetteront dans les figures, les
animaux & les ſites des payſages, dont
eſt très-ſuſceptible un Ouvrage de 25o
Sujets , & d'environ 5oo fleurons &
cul-de-lampes. Cet Ouvrage étant deſti
né aux Enfans de France , ſera orné
d'une Dédicace qui repréſentera leurs
portraits en médaillon. Comme les oc
cupations du Sº Feſſard ne lui permettent
pas de tenir un commerce ouvert, il'ne
peut recevoir les Amateurs à ſon atelier,
qui eſt à la Bibliothéque du Roi, rue de
Richelieu , que les Mardi & Vendredi ,
jours de Bibliothéque,depuis dix heures
du matin juſqu'à une heure.
Conditions.
-
Cet Ouvrage contiendra quatre volu
mes , & ſera dans le format de la der
nière édition des Contes du mêmes Au
teur. En ſouſcrivant on paiera 12 l. pour
F iV
/
-
*-
128 MERCURE DE FRANCE.
les plus belles épreuves ſur beau papier
· de Hollande, & l'on recevra gratis le
premier volume au premier Juillet 1764.
En recevant le ſecond volume au pre
mier Janvier 1765 , on paiera 12 l. En
recevant le troiſiéme volume au premier
· Juillet 1765 , il ſera payé 12 l. Et en
retirant le quatriéme & dernier volume
au premier Janvier 1766 , on donnera
| 12 l. Ce qui fera en toût 48 I. Au lieu de
: 12 l. on ne paiera que 9 l. par volume,
& dans les mêmes termes, ce qui fera
36 l. pour la même édition en beau pa
pier de France. On a commencé à ſouſ
crire au 1 Janvier 1764 ; on pourra de
mander à voir le commencement de
l'Ouvrage chez M. Leviés, Graveur &
Md d'Eſtampes, rue S. André-des-Arcs,
·vis-à-vis l'Hôtel de Châteauvieux ; chez
M. Topin, Marchand d'Eſtampes, rue
de Buſſy , au coin de celle de Bourbon
le-Château ; chez Laurent-Prault, Li
braire , Quai des Auguſtins , au coin de
la rue Giſt-le-Cœur, à la Source des
Sciences; & dans la maiſon de Pierre
Remy, ancien Syndic de la Commu
nauté des Peintres de S. Luc, rue Pou
pée, la ſeconde porte cochere à gauche,
en entrant par la rue Haute-Feuille.
taille-douce ; les figures, par le Sieur
JFeſſard, Graveur du Roi & de ſa Bi
bliothéque ; le Diſcourg , par ie Sieur.
Monthulay, propoſées par ſouſcription.
Le Sieur Feſſard , occupé du grand
projet de la gravure des Tableaux du
Cabinet du Roi, comblé des bontés de
Sa Majeſté qui vient de lui accorder une
gratification de deux mille livres par
chaque planche dépoſée dans ſon Cabi
net, & de ſix cens exemplaires , a cru
ne pouvoir mieux témoigner ſà reconr
-
A V R I L. 1764.
127
1moiſſance , qu'en conſacrant ſes loiſirs
aux Enfans de France , & en gravant
pour eux des Fables, autant faites pour
les inſtruire que pour les amuſer. C'eſt
pour remplir ces vues,qu'il a choiſi MM.
Loutherbourg , Monnet & le Prince ,
dont les talens connus & eſtimés font
attendre avec raiſon, de leur précifion
& de leur touche délicate, ce vif inté
rêt qu'ils jetteront dans les figures, les
animaux & les ſites des payſages, dont
eſt très-ſuſceptible un Ouvrage de 25o
Sujets , & d'environ 5oo fleurons &
cul-de-lampes. Cet Ouvrage étant deſti
né aux Enfans de France , ſera orné
d'une Dédicace qui repréſentera leurs
portraits en médaillon. Comme les oc
cupations du Sº Feſſard ne lui permettent
pas de tenir un commerce ouvert, il'ne
peut recevoir les Amateurs à ſon atelier,
qui eſt à la Bibliothéque du Roi, rue de
Richelieu , que les Mardi & Vendredi ,
jours de Bibliothéque,depuis dix heures
du matin juſqu'à une heure.
Conditions.
-
Cet Ouvrage contiendra quatre volu
mes , & ſera dans le format de la der
nière édition des Contes du mêmes Au
teur. En ſouſcrivant on paiera 12 l. pour
F iV
/
-
*-
128 MERCURE DE FRANCE.
les plus belles épreuves ſur beau papier
· de Hollande, & l'on recevra gratis le
premier volume au premier Juillet 1764.
En recevant le ſecond volume au pre
mier Janvier 1765 , on paiera 12 l. En
recevant le troiſiéme volume au premier
· Juillet 1765 , il ſera payé 12 l. Et en
retirant le quatriéme & dernier volume
au premier Janvier 1766 , on donnera
| 12 l. Ce qui fera en toût 48 I. Au lieu de
: 12 l. on ne paiera que 9 l. par volume,
& dans les mêmes termes, ce qui fera
36 l. pour la même édition en beau pa
pier de France. On a commencé à ſouſ
crire au 1 Janvier 1764 ; on pourra de
mander à voir le commencement de
l'Ouvrage chez M. Leviés, Graveur &
Md d'Eſtampes, rue S. André-des-Arcs,
·vis-à-vis l'Hôtel de Châteauvieux ; chez
M. Topin, Marchand d'Eſtampes, rue
de Buſſy , au coin de celle de Bourbon
le-Château ; chez Laurent-Prault, Li
braire , Quai des Auguſtins , au coin de
la rue Giſt-le-Cœur, à la Source des
Sciences; & dans la maiſon de Pierre
Remy, ancien Syndic de la Commu
nauté des Peintres de S. Luc, rue Pou
pée, la ſeconde porte cochere à gauche,
en entrant par la rue Haute-Feuille.
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Résumé : « FABLES de la Fontaine, gravées en taille-douce ; les figures, par le Sieur [...] »
Le texte annonce la publication des 'Fables de la Fontaine' illustrées par le Sieur Fessard, graveur du Roi. Ce projet, soutenu par une gratification royale, vise à instruire et divertir les enfants de France. Les illustrations seront réalisées par MM. Loutherbourg, Monnet et le Prince. L'ouvrage comportera environ 250 sujets et 500 fleurons et cul-de-lampes, et sera dédié aux enfants de France avec leurs portraits en médaillon. Il sera publié en quatre volumes, au format de la dernière édition des Contes de La Fontaine. Les souscripteurs peuvent choisir entre deux options de paiement : 48 livres pour les plus belles épreuves sur papier de Hollande, avec le premier volume offert au 1er juillet 1764, ou 36 livres pour une édition sur papier de France. Les paiements suivants sont prévus au 1er janvier 1765, 1er juillet 1765, et 1er janvier 1766. Les souscriptions ont commencé le 1er janvier 1764 et peuvent être demandées auprès de plusieurs libraires et graveurs mentionnés. Le Sieur Fessard reçoit les amateurs à son atelier à la Bibliothèque du Roi, rue de Richelieu, les mardis et vendredis de 10 heures à 13 heures.
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10
p. 129-132
« RÉFLEXIONS Politiques & Morales sur les Hommes illustres de Plutarque, [...] »
Début :
RÉFLEXIONS Politiques & Morales sur les Hommes illustres de Plutarque, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « RÉFLEXIONS Politiques & Morales sur les Hommes illustres de Plutarque, [...] »
RÉFLEXIONS Politiques & Morales
sur les Hommes illustres de Plutarque,
précédées d'un abrégé de
leurs vies extraites du même Auteur ;
à Paris chez, A. L. Regnard, Libraire
Imprimeur de l'Académie Françoiſe ;
Grand'-Salle du Palais , & rue baſſe
des Urſins ; 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. 4 volumes in-12.
L'Auteur, qui ne ſe nomme pas,
rend ainſi compte de ſon travail : » en
» liſant la première de ces
vies, il
» me vint dans l'eſprit une réfléxion ;
» je l'écrivis.A celle-là en ſuccéda une
» autre ; je l'écrivis de même : je con
» tinuai ſans aucun deſſein. J'apperçus
» à la fin par le volume, que j'avois
» fait un ouvrage tel quel . ... Ce
» n'étoient que des réfléxions ; il me
» parut ſec. J'y ajoutai les
faits de
» chaque vie qui avoient donné lieu à
» mes remarques ;
il me ſembla que
» c'étoit un ouvrage tronqué. Enfin
» je ſongeai qu'Amiot étoit ſi vieux ,
s » qu'il en devenoit dégoutant ; cette
» penſée m'a fait
prendre le par
» ti de donner un extrait de chacune
»s des vies des Hommes illuſtres ; d'y
» mêler quelques réfléxions ſuccinctes
» & de renvoyer à des chapitres ſé
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
» parés, celles qui auroient trop in --
» terrompu la narration.... En abré
» geant ces vies autant qu'il m'a été
» poſſible , j'ai tâché cependant de ne
» rien omettre de ce qui pouvoit con
» tribuer à peindre le caractère de
» l'homme illuſtre, les mœurs de ſon
» ſiécle, & donner une notion du gros.
» de l'hiſtoire de ſon temps . ... Com
» me je ne ſuis point aſſez mal-aviſé
» pour faire des parallèles après Plu--
» tarque, j'ai ſéparé les Grecs des Ro
» mains ;
j'ai rangé les Grecs dans
» leur ordre chronologique , & les
» Romains de même après ceux-là.-
» Ce nouvel arrangement forme com
» me deux grands tableaux de la Gréce
» & de Rome.. .. J'ai donné à plu
» ſieurs chapitres le titre d'une matière ; .
» j'avertis que je n'ai point prétendu la
» traiter , mais uniquement faire part
» des réfléxions que la lecture m'a ſug
a» gerees.
Nous n'aurions pu rien dire, qui don
- nât de ce Livre une idée plus fidelle &
plus exacte.
-
LA V I E du Cardinal de Bérulle ,
#Fondateur de la Congrégation de l'O-
ratoire en France ;, avec cette Epigra
A V R I L. 1764.
13r
phe : Vivo autem jam non ego , vivie
verò in me Chriſtus. S. P. ad Gal. cap.
2.A Paris , chez Nyon , Libraire, quai
des Auguſtins , à l'Occaſion ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
un vol. in-12.
· On ne trouve dans les Auteurs qui
juſqu'ici ont écrit l'hiſtoire du Cardi
nal de Bérulle, que des digreſſions &
des éloges dont la confufion obſcurcit
les faits & fatigue les Lecteurs. Le nou
vel Hiſtorien a écarté ces nuages ; & ne
voulant nous montrer ſon héros que
ſous le point de vue qui l'a rendu cher
· à l'Egliſe, il s'eſt plus attaché à repré
ſenter M. de Bérulle comme un Prêtre
uniquement animé de l'eſprit ſacerdotal,
qu'à rafſembler des anecdotes qui ne
fatisfont que la curioſité.
DE l'Inſtitution publique,ou plan d'é-
tudes; par M R.D.B. avec cette Epigra
phe:quo ſemel eſt imbuta recens ſervabit
odorem teſta diù. Hor. lib. Epiſt. 1 s. A.
Pijon, chez Louis Hucherot,'Imprimeur
Libraire , place du Palais : avec per
miſſion ; feuille in-8°.
On blâme dans cet écrit l'ancienne
éducation queles jeunes gens recevoient
dans les Colléges des Jéſuites ; on gro
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
poſe un plan tout différent de celui de la
Société ; & ce plan qui peut avoir ſes
avantages & ſes inconvéniens, doit être
lu dans l'ouvrage même.
sur les Hommes illustres de Plutarque,
précédées d'un abrégé de
leurs vies extraites du même Auteur ;
à Paris chez, A. L. Regnard, Libraire
Imprimeur de l'Académie Françoiſe ;
Grand'-Salle du Palais , & rue baſſe
des Urſins ; 1764 ; avec approbation
& privilége du Roi. 4 volumes in-12.
L'Auteur, qui ne ſe nomme pas,
rend ainſi compte de ſon travail : » en
» liſant la première de ces
vies, il
» me vint dans l'eſprit une réfléxion ;
» je l'écrivis.A celle-là en ſuccéda une
» autre ; je l'écrivis de même : je con
» tinuai ſans aucun deſſein. J'apperçus
» à la fin par le volume, que j'avois
» fait un ouvrage tel quel . ... Ce
» n'étoient que des réfléxions ; il me
» parut ſec. J'y ajoutai les
faits de
» chaque vie qui avoient donné lieu à
» mes remarques ;
il me ſembla que
» c'étoit un ouvrage tronqué. Enfin
» je ſongeai qu'Amiot étoit ſi vieux ,
s » qu'il en devenoit dégoutant ; cette
» penſée m'a fait
prendre le par
» ti de donner un extrait de chacune
»s des vies des Hommes illuſtres ; d'y
» mêler quelques réfléxions ſuccinctes
» & de renvoyer à des chapitres ſé
F v
13o MERCURE DE FRANCE.
» parés, celles qui auroient trop in --
» terrompu la narration.... En abré
» geant ces vies autant qu'il m'a été
» poſſible , j'ai tâché cependant de ne
» rien omettre de ce qui pouvoit con
» tribuer à peindre le caractère de
» l'homme illuſtre, les mœurs de ſon
» ſiécle, & donner une notion du gros.
» de l'hiſtoire de ſon temps . ... Com
» me je ne ſuis point aſſez mal-aviſé
» pour faire des parallèles après Plu--
» tarque, j'ai ſéparé les Grecs des Ro
» mains ;
j'ai rangé les Grecs dans
» leur ordre chronologique , & les
» Romains de même après ceux-là.-
» Ce nouvel arrangement forme com
» me deux grands tableaux de la Gréce
» & de Rome.. .. J'ai donné à plu
» ſieurs chapitres le titre d'une matière ; .
» j'avertis que je n'ai point prétendu la
» traiter , mais uniquement faire part
» des réfléxions que la lecture m'a ſug
a» gerees.
Nous n'aurions pu rien dire, qui don
- nât de ce Livre une idée plus fidelle &
plus exacte.
-
LA V I E du Cardinal de Bérulle ,
#Fondateur de la Congrégation de l'O-
ratoire en France ;, avec cette Epigra
A V R I L. 1764.
13r
phe : Vivo autem jam non ego , vivie
verò in me Chriſtus. S. P. ad Gal. cap.
2.A Paris , chez Nyon , Libraire, quai
des Auguſtins , à l'Occaſion ; 1764 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
un vol. in-12.
· On ne trouve dans les Auteurs qui
juſqu'ici ont écrit l'hiſtoire du Cardi
nal de Bérulle, que des digreſſions &
des éloges dont la confufion obſcurcit
les faits & fatigue les Lecteurs. Le nou
vel Hiſtorien a écarté ces nuages ; & ne
voulant nous montrer ſon héros que
ſous le point de vue qui l'a rendu cher
· à l'Egliſe, il s'eſt plus attaché à repré
ſenter M. de Bérulle comme un Prêtre
uniquement animé de l'eſprit ſacerdotal,
qu'à rafſembler des anecdotes qui ne
fatisfont que la curioſité.
DE l'Inſtitution publique,ou plan d'é-
tudes; par M R.D.B. avec cette Epigra
phe:quo ſemel eſt imbuta recens ſervabit
odorem teſta diù. Hor. lib. Epiſt. 1 s. A.
Pijon, chez Louis Hucherot,'Imprimeur
Libraire , place du Palais : avec per
miſſion ; feuille in-8°.
On blâme dans cet écrit l'ancienne
éducation queles jeunes gens recevoient
dans les Colléges des Jéſuites ; on gro
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
poſe un plan tout différent de celui de la
Société ; & ce plan qui peut avoir ſes
avantages & ſes inconvéniens, doit être
lu dans l'ouvrage même.
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Résumé : « RÉFLEXIONS Politiques & Morales sur les Hommes illustres de Plutarque, [...] »
En 1764, trois ouvrages notables ont été publiés. Le premier, anonyme, reflète sur les 'Hommes illustres' de Plutarque. L'auteur intègre des faits pertinents et des extraits des vies pour enrichir le contenu, organisant les vies des Grecs et des Romains séparément et chronologiquement. Il vise à partager ses réflexions sans approfondir les matières. Le deuxième ouvrage est une biographie du Cardinal de Bérulle, fondateur de la Congrégation de l'Oratoire en France. Contrairement à d'autres biographes, cet historien se concentre sur le rôle sacerdotal de Bérulle, évitant les digressions. Le troisième ouvrage, 'De l'Institution publique, ou plan d'études', critique l'éducation jésuite et propose un nouveau plan éducatif, discutant de ses avantages et inconvénients.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 132-135
« MÉMOIRE sur le tirage des Bateaux par les Boeufs, feuille in-12 ; 1764 ; sans [...] »
Début :
MÉMOIRE sur le tirage des Bateaux par les Boeufs, feuille in-12 ; 1764 ; sans [...]
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texteReconnaissance textuelle : « MÉMOIRE sur le tirage des Bateaux par les Boeufs, feuille in-12 ; 1764 ; sans [...] »
MÉMOIRE sur le tirage des Bateaux
par les Boeufs, feuille in-12 ; 1764 ; sans
nom d'Auteur, ni de Ville , ni de Li
braire.
:
Le but de ce Mémoire eſt de mon
trer l'avantage qu'il y auroit à employer
des Bœufs au lieu de Chevaux, pour
tirer les Bateaux. Il s'eſt formé pour cette
· entrepriſe, une† dans laquelle
peuvent entrer les perſonnes qui déſire
ront y acheter des actions. Voici les
principaux articles qui s'obſerveront ,
après néanmoins qu'ils auront été approu
vés par le Comité lorſqu'il ſera formé.
PREMIER ARTICLE. Le fond de la
Société ſera de 3oo actions de 1ooo
liv. chacune , ce qui formera un fond
de 3oo mille liv.
-
ART. II. Toutes les actions ſeront
imprimées, numérotées & délivrées au
Porteur ſans nom ; elles ſeront enregiſ
trées ſur les regiſtres du Directeur &
du Caiſſier, & le nom du Propriétaire
mis à côté de chacune ; ce qui rendra
ces regiſtres un titre de plus pour les
Actionnaires : en conſéquence il en ſera
·
· A V R I L. 1764.
133
dépoſé un duplicata chez le Notaire de
la Compagnie.
ART. III. L'action ſera héréditaire &
commerçable , après néanmoins que la
préférence en aura été offerte à la Com
pagn1e.
ART. IV. Tout Acquéreur de ces ac
tions ſera tenu , dans le mois de ſon ac
quiſition, de ſe faire connoître de la
Compagnie, en préſentant aux Direc
teur & Caiſſier , ſon action & le ſous
ſeing privé, ou acte par lequel il en
ſera devenu Propriétaire, pour que ſon
nom ſoit ſubſtitué à celui de ſon ven
deur. On ſent qu'avec cette précaution,
on ne peut courir le riſque de perdre
fon intérêt, ni d'en être volé.
ART. V. Pour avoir voix délibérati
ve, il faudra être Propriétaire de dix ac
tions, ou repréſentant les intéreſſés de
dix actions. Par conſéquent celui qui
ne ſera pas Propriétaire de ce nombre,
ne pourra exiger que la repréſentation
des comptes, qui ſeront arrêtés tous les
ans par les Actionnaires ayant voix dé
libérative.
ART. VI. Ceux qui voudront s'inté
.reſſer , porteront la ſomme qu'ils veu
lent y mettre, chez M° Baron le jeu
ne, Notaire, rue de Condé, ou chez
·
-
»34 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouſſelle, Caiſſier de cette entrepriſe
& de la Poſte de Paris, place du Che
valier du Guet. Ils tireront une recon
noiſſance en portant leur argent ; & »
lorſque le nombre deſdites actions ſera
rempli, l'acte de Société ſera paſſé par
devant Notaire, & fe Caiſſier délivrera
les actions, en lui rapportant les recon
noiſſances : & l'intérêt dans l'affaire
commencera pour chacun du jour du
dépôt de l'argent.
ART. VII. Il ſera tenu tous les mois
une Aſſemblée générale, & deux Comi
tés par ſemaine, pour délibérer ſur les
affaires inſtantes. Les intéreſſés, deſtinés
au travail de ces deux Comités , ſeront
choiſis & nommés dans les Aſſemblées
générales.
ART. VIII. Toutes les affaires con
fidérables ſeront décidées par des délibé
rations de l'Aſſemblée générale , à la
pluralité des voix : il ne ſera pas même ex
pédié d'ordres importans, qui ne ſoient
fignés du plus grand nombre de ceux
qui compoſeront le Comité.
ART. IX. Les comptes ſe rendrontan
nuellement dans une Aſſemblée généra
le ; & la répartition des profits ſera faite
au prorata de la miſe.
ART. X. Auſſi-tôt que le nombre des
A V R I L. 17é4.
135
actions ſera rempli , & l'acte de Société
dreſſé, on formera une Aſſemblée gé
nérale, à laquelle on préſentera le plan de
Régie qu'on a formé, les différentes
meſures qu'on a priſes pour mettre l'or
dre dans une opération d'un auſſi grand
détail, & enfin les ſujets qui ont contri
bué juſqu'ici à ſon exécution
par les Boeufs, feuille in-12 ; 1764 ; sans
nom d'Auteur, ni de Ville , ni de Li
braire.
:
Le but de ce Mémoire eſt de mon
trer l'avantage qu'il y auroit à employer
des Bœufs au lieu de Chevaux, pour
tirer les Bateaux. Il s'eſt formé pour cette
· entrepriſe, une† dans laquelle
peuvent entrer les perſonnes qui déſire
ront y acheter des actions. Voici les
principaux articles qui s'obſerveront ,
après néanmoins qu'ils auront été approu
vés par le Comité lorſqu'il ſera formé.
PREMIER ARTICLE. Le fond de la
Société ſera de 3oo actions de 1ooo
liv. chacune , ce qui formera un fond
de 3oo mille liv.
-
ART. II. Toutes les actions ſeront
imprimées, numérotées & délivrées au
Porteur ſans nom ; elles ſeront enregiſ
trées ſur les regiſtres du Directeur &
du Caiſſier, & le nom du Propriétaire
mis à côté de chacune ; ce qui rendra
ces regiſtres un titre de plus pour les
Actionnaires : en conſéquence il en ſera
·
· A V R I L. 1764.
133
dépoſé un duplicata chez le Notaire de
la Compagnie.
ART. III. L'action ſera héréditaire &
commerçable , après néanmoins que la
préférence en aura été offerte à la Com
pagn1e.
ART. IV. Tout Acquéreur de ces ac
tions ſera tenu , dans le mois de ſon ac
quiſition, de ſe faire connoître de la
Compagnie, en préſentant aux Direc
teur & Caiſſier , ſon action & le ſous
ſeing privé, ou acte par lequel il en
ſera devenu Propriétaire, pour que ſon
nom ſoit ſubſtitué à celui de ſon ven
deur. On ſent qu'avec cette précaution,
on ne peut courir le riſque de perdre
fon intérêt, ni d'en être volé.
ART. V. Pour avoir voix délibérati
ve, il faudra être Propriétaire de dix ac
tions, ou repréſentant les intéreſſés de
dix actions. Par conſéquent celui qui
ne ſera pas Propriétaire de ce nombre,
ne pourra exiger que la repréſentation
des comptes, qui ſeront arrêtés tous les
ans par les Actionnaires ayant voix dé
libérative.
ART. VI. Ceux qui voudront s'inté
.reſſer , porteront la ſomme qu'ils veu
lent y mettre, chez M° Baron le jeu
ne, Notaire, rue de Condé, ou chez
·
-
»34 MERCURE DE FRANCE.
M. Rouſſelle, Caiſſier de cette entrepriſe
& de la Poſte de Paris, place du Che
valier du Guet. Ils tireront une recon
noiſſance en portant leur argent ; & »
lorſque le nombre deſdites actions ſera
rempli, l'acte de Société ſera paſſé par
devant Notaire, & fe Caiſſier délivrera
les actions, en lui rapportant les recon
noiſſances : & l'intérêt dans l'affaire
commencera pour chacun du jour du
dépôt de l'argent.
ART. VII. Il ſera tenu tous les mois
une Aſſemblée générale, & deux Comi
tés par ſemaine, pour délibérer ſur les
affaires inſtantes. Les intéreſſés, deſtinés
au travail de ces deux Comités , ſeront
choiſis & nommés dans les Aſſemblées
générales.
ART. VIII. Toutes les affaires con
fidérables ſeront décidées par des délibé
rations de l'Aſſemblée générale , à la
pluralité des voix : il ne ſera pas même ex
pédié d'ordres importans, qui ne ſoient
fignés du plus grand nombre de ceux
qui compoſeront le Comité.
ART. IX. Les comptes ſe rendrontan
nuellement dans une Aſſemblée généra
le ; & la répartition des profits ſera faite
au prorata de la miſe.
ART. X. Auſſi-tôt que le nombre des
A V R I L. 17é4.
135
actions ſera rempli , & l'acte de Société
dreſſé, on formera une Aſſemblée gé
nérale, à laquelle on préſentera le plan de
Régie qu'on a formé, les différentes
meſures qu'on a priſes pour mettre l'or
dre dans une opération d'un auſſi grand
détail, & enfin les ſujets qui ont contri
bué juſqu'ici à ſon exécution
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Résumé : « MÉMOIRE sur le tirage des Bateaux par les Boeufs, feuille in-12 ; 1764 ; sans [...] »
Le document 'MÉMOIRE sur le tirage des Bateaux par les Boeufs' de 1764 propose l'utilisation de bœufs pour tirer les bateaux, présentant une société pour financer ce projet. La société est composée de 300 actions de 1000 livres chacune, totalisant 300 000 livres. Les actions sont imprimées, numérotées et délivrées au porteur, tout en étant enregistrées avec le nom du propriétaire. Elles sont héréditaires et commerçables, avec priorité à la compagnie en cas de vente. Les acquéreurs doivent s'enregistrer auprès des directeurs. Pour participer aux délibérations, il faut posséder ou représenter dix actions. Les intérêts peuvent être perçus chez le notaire Baron ou le caissier Rousselle. Des assemblées générales mensuelles et des comités hebdomadaires sont organisés pour traiter les affaires urgentes. Les décisions importantes nécessitent une majorité des voix. Les comptes annuels et la répartition des profits au prorata des mises sont prévus. Une assemblée générale sera convoquée après la vente de toutes les actions pour présenter le plan de régie et les mesures prises.
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12
p. 135-146
« ANTONII de Haen, Consiliarii & Archiatri, S. C. R. A. Majestatis, nec-non [...] »
Début :
ANTONII de Haen, Consiliarii & Archiatri, S. C. R. A. Majestatis, nec-non [...]
Mots clefs :
Paris, Lettres, Libraire, Roi, Maladies, Lettre, Homme, Comédie, Barnevelt, Inoculation, Médecine, Fièvres
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texteReconnaissance textuelle : « ANTONII de Haen, Consiliarii & Archiatri, S. C. R. A. Majestatis, nec-non [...] »
ANTONII de Haen, Consiliarii &
Archiatri, S. C. R. A. Majestatis, nec-non
Medicinœ practicae in Univerſitate
Vindobonenſi Profeſſoris primarii, ra
tio medendi in Nauſocomio practico.
Tomus tertius, partes VI & VII com
pleclens. Pariſiis , apud P. Fr. Didot
juniorem, Bibliopolam , ad ripam Au
guſtinianorum , propè Pontem ſancti
Michaëlis, ſub ſigno ſancti Auguſtini ;
2764 , cum approbatione & privilegio
JRegis. Vol. in-22.
# a déjà paru deux volumes de cette
Pratique de Médecine. Ce troiſiéme
Tome comprend les Parties VI & VII,
& traite de la Cardialgie chronique, des
différentes eſpéces d'Hydropiſie, de la
Pierre & de la Lithotomie , des cautè
res appliqués au crâne dans les douleurs
obſtinées de la tête, de la vertu parti--
culière de certains médicamens, des
»
-
136 MERCURE DE FRANCE.
· anévriſmes, des hydatides, d'un fait re
latif à la rupture des inteſtins , des divi
fions des fiévres, & de différens autres
objets. Le quatriéme Tome eſt ſous
preſſe, & paroîtra inceſſamment.
: DISSERTATIoN ſommaire ſur les
maladies de l'urétre , appellées calloſi
tés , ou vulgairement carnoſités , &
du moyen fûr de les guérir radicale
ment ſans l'uſage des bougies; par le
ſieur de la Font ,
fils de Maître en
Chirurgie, & Chirurgien bréveté du
Roi par la Commiſſion Royale de Mé
decine pourl'adminiſtration de ce remé
de ; feuille in-12 ; chez l'Auteur, rue
Beauregard, la porte quarrée entre les
deux portes-cochères, vis-à-vis le Vi
trier, au premier, en entrant par la rue
Poiſſonnière ; 1763.
·
·
Les perſonnes affectées de ces ma
ladies, & à qui les bougies n'auront
pas réuſſi , pourront s'intéreſſer à la
lecture de cet écrit confirmé par des
, certificats de pluſieurs Médecins qui
dépoſent en faveur du nouveau reméde.
EssAI ſur les différentes efpéces de
fiévres, avec des diſſertations ſur les
A
-
-
-
fiévres lentes, nerveuſes, putrides, peſ
A V R I L. 1754.
137
tilentielles & pourprées ; ſur la petite
vérole, ſur les pleuréſies & les péri
pneumonies ; par Jean Huxham , Doc
teur en Médecine, & Membre de la
Société Royale de Londres. On y a
joint deux autres eſſais; l'un ſur la ma--
nière de nourrir & d'élever les Enfans
depuis leur naiſſance juſqu'à l'âge de
trois ans ; l'autre ſur leurs différentes
maladies ; & un Appendice contenant
une méthode pour garantir les mari
niers des maladies dans les voyages de
long cours. Nouvelle édition, augmen
tée de trois Ouvrages du même Au
teur; le premier ſur les maux de gor
ge avec ulcères malins ; le ſecond ſur
- l'antimoine , & le troiſiéme ſur une
colique épidémique; à Paris,chez d'Hou
ry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc
d'Orléans ; rue de la vieille Bouclerie,
. au S. Eſprit & au Soleil d'Or : #764,
avec approbation & privilége du Roi ;
un volume in-12 d'environ 7oo pages.
Nous n'ajouterons rien à ce titre qui
peut être régardé comme une courte
analyſe de cet Ouvrage utile , connu
· & tres eſtimé des gens de l'art.
| TRAITEMENs des maladies internes
& externes , traduits du Latin de M.
-
138 MERCURE DE FRANCE.
la Zerme, Conſeiller du Roi, Profeſ
ſeur en Médecine de la Faculté de
Montpellier ; avec les formules en la
tin & en françois ; augmenté d'un trai
té des maladies vénériennes ; par M.
Didier des Marets, Médecin de la même :
Faculté ; ſeconde édition revue & cor
rigée ; à Paris chez Laurent - Charles
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille
Bouclerie, au S. Eſprit , & au Soleil
d'or ; 1764 ; avec approbation & pri
vilége du Roi. 2 volumes in-12.
La traduction des curations de M.
la Zerme n'a certainement beſoin que
du nom de ce Sçavant homme, pour
s'attirer l'eſtime du Public ; mais les,
ſoins que l'on a pris pour la rendre plus
intéreſſante par l'ordre qu'on y a gardé,
doit la faire recevoir avec encore plus
d'empreſſement. Les formules y ſont .
'données en Latin & en François, l'un
à côté de l'autre s & bien diſtinctes du
reſte du Diſcours, pour que le Lecteur,
d'un coup d'œil, puiſſe voir de quelle
manière on doit tracer une ordonnance
en l'une & en l'autre Langue. La juſte
quantité des drogues à adminiſtrer aux
malades, y eſt donnée avec la plus ſcru
puleuſe attention, vu les conſéquences
· -
A V R I L. 1764.
139
qui en réſulteroient. On a enrichi cet
Ouvrage d'un Eſſai ſur les Maladies Vé
mèriennes , pour que le Lecteur puiſſe
avoir auſſi ſous les yeux la curation de
ce mal trop commun ; & enfin il nous
paroît qu'on n'a rien négligé pour ren
dre ce Livre d'une utilité générale &
journalière.
NoUvELLE Deſcription phyſique,
hiſtorique, civile & politique de l'Iſlan
de, avec des obſervations critiques ſur
l'Hiſtoire Naturelle de cette Iſle ; don
née par M. Anderſon; Ouvrage traduit
de l'Allemand de M. Horrébows qui y
a été envoyé par le Roi de Dannemarc;
à Paris, chez Charpentier, Libraire ,
rue du Hurepoix , à l'entrée du quai
des Auguſtins ; avec approbation &
nriviléoe di1 R ni - v - 4A : 2 vol. in-12.-
r--- —-e»- --- ---- » - / --r »
Il y a des choſes curieuſes dans cet Ou
vrage hiſtorique, qui demandent à être
miſes ſous les yeux du Lecteur dans
, un long Extrait. Nous promettons de le
donner inceſſamment; nous avertiſſons
aujourd'hui que le Libraire vend ſépa
rément la Carte de l'Iflande, qui eſt
très-bien faite & très-curieuſè.
Poesies & QEuvres diverſes de Mada
14o MERCURE DE FRANCÉ.
me Guibert ; à Amſterdam; 1764; un
volume petit in-8°. de 2oo & quelques
pages.
-
-
Ce recueil n'eſt prèſque compoſé que
de ce qu'on appelle des Vers de Société. Il
faut pourtant en excepter une Comédie
en un Acte en vers libres, intitulée Les
rendez-vous : les vers de Société ſont
des Bouquets, des Fables, des Epitres,
des Madrigaux, des Chanſons , &c. il y
en a pour M. ſon Fils, pour Mlle ſa Fille,
pour ſon Maître de Poëſie, ſon Maître
de Muſique, pour ſon Peintre, pour ſon
Graveur, pour ſes Amis &c. On y trou
ve auſſi des Vers de M. Guibert - le Fils,
& entre autres, une Tragédie qui n'a
que cinq Scènes, intitulée : La Coquette
corrigée, Tragédie centre les femmes ,
dictée par M. Guibert, âgé de neuf ans.
SANToLIANA,Ouvrage qui contient
la vie de Santeuil, ſes bons mots, ſon
démêlé avec les Jéſuites, ſes Lettres, ſes
inſcriptions, & l'Analyſe de ſes ouvra
ges, &c. par M. Dinoltard, Chanoine
de Saint Benoît, & de l'Académie des
Arcades; à Paris, che7 Nyon , Quai des
Auguſtins, à l'Occaſion ;avec Approba
tion & Privilége du Roi ; 1764, un vol.
Z/l-I.2.,.
|
A V R I L. 1764:
I4E
Une infinité d'Anecdotes plaiſantes &
curieuſes rendent la lecture de ce Livre
très agréable. Nous nous propoſons de
choiſir les traits les plus piquans que nous
offrirons à nos Lecteurs dans un des
Mercures ſuivans.
ExAMEN de l'Inoculation , par un
Médecin de la Faculté de Paris; à Lon-.
dres, & ſe trouve à Paris chez Deſſain
Junior, Libraire, Quai des Auguſtins,
à la bonne Foi ; 1764 ; un vol. in-12.
Les trois points ſur leſquels roule
cet examen, ſont 1°. L'inoculation eſt
elle exempte de danger pour ceux qui
s'y ſoumettent, ſoit dans la petite Vé
role qui en réſulte, ſoit dans les ſuites ?
2°. L'Inoculation met-elle ceux qui la
ſubiſſent , à l'abri de la petite Vérole
naturelle ? 3°. L'inoculation peut-elle ſe
pratiquer, ſans la multiplication de la
contagion ? L'objet même de cette diſ
cuſſion en annonce l'importance. Nous
croyons qu'on ſeroit parvenu depuis
longtemps à découvrir la vérité ſur ces
points vraiment intéreſſans, ſi elle n'eût
été obſcurcie par la paſſion ou l'eſprit
de préjugés, dont il eſt eſſentiel de ſe
dépouiller, pour ne conſulter en cette
matière , que la raiſon & les faits,
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HoMME de Lettres; M. par Garnier,
Profeſſeur Royal d'Hébreu, & de l'A-
cadémie Royale des Inſcriptions & Bel
les-Lettres : avec cette Epigraphe : quemt
te Deus eſſe juſſit & humana quá parte
locutus es in te, diſce ; à Paris , chez
Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764 ; deux parties
E7Z-I2,.
Dans la première partie l'Auteur traite
de la nature de l'homme de lettres , du
principe fondamental de toutes les
ſciences, de la culture des eſprits, de
l'utilité des gens de lettres, des récom
penſes littéraires, &c. On examine dans
la ſeconde partie l'influence réciproque
des Lettres ſur le Gouvernement , &
du Gouvernement ſur les Lettres.
PRÉSENCE corporelle de l'homme en
pluſieurs lieux, prouvée poſſible par les
principes de la bonne Philoſophie : Let
tres où relevant le défi d'un Journaliſte
Hollandois, on diſſipe toute ombre de
contradiction entre les merveilles du
Dogme Catholique & de l'Euchariſtie,
& les notions de la ſaine Philoſophie ;
par l'Auteur des Lettres à un Améri- .
cain ; avec cette Epigraphe : Poſteritas
·
, A V R I L. 1764.
T43
intellectum gratuletur, quod ante vetuſ
tas non intellectum gratulabatur. Vinc.
Lyr. A Paris, chez Rozet , Libraire,
rue S. Severin , au coin de la rue Za
charie , à la Roſe d'or , avec approba
tion & privilége du Roi ; 1764 ; un vol.
1Il - I 2. .
Feu M. l'Abbé Lelarge de Lignac eſt
Auteur de ces Lettres, où l'on trouve
un ſyſtême qui peut † extraordi
naire. On entreprend de prouver aux
Réformés qu'il n'eſt ni impoſſible ni
contradictoire qu'un même corps ſoit
en même temps en pluſieurs lieux. On
tâche dans la Préface de juſtifier l'Au
teur de ce qu'il a fait un ſyſtême philo
ſophique ſur un myſtère qu'il ne fau
droit, dans la louable ſimplicité de la
foi, que croire & adorer.
-
LETTRE de Barnevelt dans ſa pri
ſon ; à Truman ſon ami ; précédée d'une
Lettre de l'Auteur ; à Paris , chez
Sébaſtien Jorry, rue & vis-à-vis de la
Comédie Françoiſe, au Grand Monar
que & aux Cigognes ; 17é3 ; avec ap
probation. Brochure in-8°. très - bien
imprimée ſur de très-beau papier, ornée
d'une très-belle Eſtampe & de très-jolies .
vignettes.
144 MERCURE DE FRANCE.
La Comédie du Marchand de Londres
où un homme vole ſon parent , ſon,
ami, & l'égorge pour plaire à ſa maî
treſſe , a fourni à M. Dorat le Sujet
d'une Lettre en vers. Barnevelt eſt le
Scélérat qui a commis tous ces crimes ;
il eſt dans un cachot d'où il va être
tiré, pour les expier ſur un échaffaut,
& où il eſt ſuppoſé écrire à ſon ami
ces vers pleins de force & d'énergie :
Je vois nos citoyens confuſément épars,
Fixer ſur Barnevelt leurs avides regards.
Parler, s'interroger, s'indigner de mon crime,
Déteſter à la fois & plaindre la victime.
Du voile de la nuit mes tourmens ſont couverts ;
Ma honte doit paroître aux yeux de l'Univers.
Que dis-je ? cette mort flétriſſante & cruelle,
La mort des Scélérats on peut la rendre belle.
Un repentir fincère attendrit tous les cœurs.
Combien de Criminels ont fait verſer des pleurs
Je veux que de ce jour on garde la mémoire ;
Je veux d'un jour d'opprobre en faire un jour
de gloire ;
-
Et qu'enfin mon Pays juſtement combattu,
Puniſſant mes forfaits, regrette ma vertu.
· C'eſt avec la même force d'expreſſion
que M. Dorat nous peint les crimes &
les
-
AV R I L. 1764.
davantage.
I45
les remords de Barnevelt ; & nous re
grettons de ne pouvoir nous étendre
LÉTTRE de Zeila, jeune Sauvage,
Eſclave à Conſtantinople, à Valcour,
Officier François, précédée d'une Let
tre à Madame de C** ; à Paris , chez
Jorry, rue & vis-à-vis de la Comédie
Françoiſe ; 1764 ; brochure in-8°. avec
les mêmes ornemens typographiques
que la précédente.
C'eſt d'une Tragédie Angloiſe, que
M. Dorat a tiré le Sujet de Barnevelt ;
c'eſt dans le Speciateur Anglois, qu'il
a pris celui de la Lettre de Zéila. Une
jeune Sauvage, devenue la Maîtreſſe
d'un Anglois, qu'elle a ſauvé de la
mort, eſt inhumainement vendue par
ſon Amant, dont elle eſt groſſe ; & ſa
groſſeſſe même eſt une § qui la lui
fait vendre plus cher, parce qu'on achète
à la fois une mère & un enfant. Voilà
en peu de mots le Sujet de cette Lettre,
où M. Dorat change l'Anglois en un
Officier François, & tranſporte la ſcène
des Indes à Conſtantinople. Il y a en
core pluſieurs autres changemens qu'il
faut voir dans l'Ouvrage même, qu'on
lira avec attendriſſement. Nous n'en
JI. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
citerons que quelques vers : Zéila écrit
à ſon Amant :
N'entends-tu pas mes cris, mes ſanglots, mes ſou
-
-
pirs ?
•» elle 5
» ment
22 ilna Ilt»
-
-
-
Dans le ſein des remords eſt-il donc des plaiſirs ?
Ne te dis-tu jamais : » en cet inſtant peut-être,
» Elle pleure, & ſe plaint au Ciel qui l'a fait naître,
» Sur la rive déſerte elle appelle Valcour,
» En ſerrant dans ſes bras le fruit de notre amour :
» Sa profonde douleur toujours ſe renouvelle ;
» Il n'eſt plus de ſoutien, plus de beaux jours pour
» Sous le poids de ſes maux, peut-être en ce mo
22 Elle ſuccombe , meurt, & meurt en me nom
Pourrois-tu de ma mort devenir le complice ?
Ne diffère plus, viens; ſauve ta bienfaitrice ;
Accours, & ſi tu crains de me rendre mes droits,
Rends-moi du moins, rends-moi mes déſerts &
mes bois.
Archiatri, S. C. R. A. Majestatis, nec-non
Medicinœ practicae in Univerſitate
Vindobonenſi Profeſſoris primarii, ra
tio medendi in Nauſocomio practico.
Tomus tertius, partes VI & VII com
pleclens. Pariſiis , apud P. Fr. Didot
juniorem, Bibliopolam , ad ripam Au
guſtinianorum , propè Pontem ſancti
Michaëlis, ſub ſigno ſancti Auguſtini ;
2764 , cum approbatione & privilegio
JRegis. Vol. in-22.
# a déjà paru deux volumes de cette
Pratique de Médecine. Ce troiſiéme
Tome comprend les Parties VI & VII,
& traite de la Cardialgie chronique, des
différentes eſpéces d'Hydropiſie, de la
Pierre & de la Lithotomie , des cautè
res appliqués au crâne dans les douleurs
obſtinées de la tête, de la vertu parti--
culière de certains médicamens, des
»
-
136 MERCURE DE FRANCE.
· anévriſmes, des hydatides, d'un fait re
latif à la rupture des inteſtins , des divi
fions des fiévres, & de différens autres
objets. Le quatriéme Tome eſt ſous
preſſe, & paroîtra inceſſamment.
: DISSERTATIoN ſommaire ſur les
maladies de l'urétre , appellées calloſi
tés , ou vulgairement carnoſités , &
du moyen fûr de les guérir radicale
ment ſans l'uſage des bougies; par le
ſieur de la Font ,
fils de Maître en
Chirurgie, & Chirurgien bréveté du
Roi par la Commiſſion Royale de Mé
decine pourl'adminiſtration de ce remé
de ; feuille in-12 ; chez l'Auteur, rue
Beauregard, la porte quarrée entre les
deux portes-cochères, vis-à-vis le Vi
trier, au premier, en entrant par la rue
Poiſſonnière ; 1763.
·
·
Les perſonnes affectées de ces ma
ladies, & à qui les bougies n'auront
pas réuſſi , pourront s'intéreſſer à la
lecture de cet écrit confirmé par des
, certificats de pluſieurs Médecins qui
dépoſent en faveur du nouveau reméde.
EssAI ſur les différentes efpéces de
fiévres, avec des diſſertations ſur les
A
-
-
-
fiévres lentes, nerveuſes, putrides, peſ
A V R I L. 1754.
137
tilentielles & pourprées ; ſur la petite
vérole, ſur les pleuréſies & les péri
pneumonies ; par Jean Huxham , Doc
teur en Médecine, & Membre de la
Société Royale de Londres. On y a
joint deux autres eſſais; l'un ſur la ma--
nière de nourrir & d'élever les Enfans
depuis leur naiſſance juſqu'à l'âge de
trois ans ; l'autre ſur leurs différentes
maladies ; & un Appendice contenant
une méthode pour garantir les mari
niers des maladies dans les voyages de
long cours. Nouvelle édition, augmen
tée de trois Ouvrages du même Au
teur; le premier ſur les maux de gor
ge avec ulcères malins ; le ſecond ſur
- l'antimoine , & le troiſiéme ſur une
colique épidémique; à Paris,chez d'Hou
ry, Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc
d'Orléans ; rue de la vieille Bouclerie,
. au S. Eſprit & au Soleil d'Or : #764,
avec approbation & privilége du Roi ;
un volume in-12 d'environ 7oo pages.
Nous n'ajouterons rien à ce titre qui
peut être régardé comme une courte
analyſe de cet Ouvrage utile , connu
· & tres eſtimé des gens de l'art.
| TRAITEMENs des maladies internes
& externes , traduits du Latin de M.
-
138 MERCURE DE FRANCE.
la Zerme, Conſeiller du Roi, Profeſ
ſeur en Médecine de la Faculté de
Montpellier ; avec les formules en la
tin & en françois ; augmenté d'un trai
té des maladies vénériennes ; par M.
Didier des Marets, Médecin de la même :
Faculté ; ſeconde édition revue & cor
rigée ; à Paris chez Laurent - Charles
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille
Bouclerie, au S. Eſprit , & au Soleil
d'or ; 1764 ; avec approbation & pri
vilége du Roi. 2 volumes in-12.
La traduction des curations de M.
la Zerme n'a certainement beſoin que
du nom de ce Sçavant homme, pour
s'attirer l'eſtime du Public ; mais les,
ſoins que l'on a pris pour la rendre plus
intéreſſante par l'ordre qu'on y a gardé,
doit la faire recevoir avec encore plus
d'empreſſement. Les formules y ſont .
'données en Latin & en François, l'un
à côté de l'autre s & bien diſtinctes du
reſte du Diſcours, pour que le Lecteur,
d'un coup d'œil, puiſſe voir de quelle
manière on doit tracer une ordonnance
en l'une & en l'autre Langue. La juſte
quantité des drogues à adminiſtrer aux
malades, y eſt donnée avec la plus ſcru
puleuſe attention, vu les conſéquences
· -
A V R I L. 1764.
139
qui en réſulteroient. On a enrichi cet
Ouvrage d'un Eſſai ſur les Maladies Vé
mèriennes , pour que le Lecteur puiſſe
avoir auſſi ſous les yeux la curation de
ce mal trop commun ; & enfin il nous
paroît qu'on n'a rien négligé pour ren
dre ce Livre d'une utilité générale &
journalière.
NoUvELLE Deſcription phyſique,
hiſtorique, civile & politique de l'Iſlan
de, avec des obſervations critiques ſur
l'Hiſtoire Naturelle de cette Iſle ; don
née par M. Anderſon; Ouvrage traduit
de l'Allemand de M. Horrébows qui y
a été envoyé par le Roi de Dannemarc;
à Paris, chez Charpentier, Libraire ,
rue du Hurepoix , à l'entrée du quai
des Auguſtins ; avec approbation &
nriviléoe di1 R ni - v - 4A : 2 vol. in-12.-
r--- —-e»- --- ---- » - / --r »
Il y a des choſes curieuſes dans cet Ou
vrage hiſtorique, qui demandent à être
miſes ſous les yeux du Lecteur dans
, un long Extrait. Nous promettons de le
donner inceſſamment; nous avertiſſons
aujourd'hui que le Libraire vend ſépa
rément la Carte de l'Iflande, qui eſt
très-bien faite & très-curieuſè.
Poesies & QEuvres diverſes de Mada
14o MERCURE DE FRANCÉ.
me Guibert ; à Amſterdam; 1764; un
volume petit in-8°. de 2oo & quelques
pages.
-
-
Ce recueil n'eſt prèſque compoſé que
de ce qu'on appelle des Vers de Société. Il
faut pourtant en excepter une Comédie
en un Acte en vers libres, intitulée Les
rendez-vous : les vers de Société ſont
des Bouquets, des Fables, des Epitres,
des Madrigaux, des Chanſons , &c. il y
en a pour M. ſon Fils, pour Mlle ſa Fille,
pour ſon Maître de Poëſie, ſon Maître
de Muſique, pour ſon Peintre, pour ſon
Graveur, pour ſes Amis &c. On y trou
ve auſſi des Vers de M. Guibert - le Fils,
& entre autres, une Tragédie qui n'a
que cinq Scènes, intitulée : La Coquette
corrigée, Tragédie centre les femmes ,
dictée par M. Guibert, âgé de neuf ans.
SANToLIANA,Ouvrage qui contient
la vie de Santeuil, ſes bons mots, ſon
démêlé avec les Jéſuites, ſes Lettres, ſes
inſcriptions, & l'Analyſe de ſes ouvra
ges, &c. par M. Dinoltard, Chanoine
de Saint Benoît, & de l'Académie des
Arcades; à Paris, che7 Nyon , Quai des
Auguſtins, à l'Occaſion ;avec Approba
tion & Privilége du Roi ; 1764, un vol.
Z/l-I.2.,.
|
A V R I L. 1764:
I4E
Une infinité d'Anecdotes plaiſantes &
curieuſes rendent la lecture de ce Livre
très agréable. Nous nous propoſons de
choiſir les traits les plus piquans que nous
offrirons à nos Lecteurs dans un des
Mercures ſuivans.
ExAMEN de l'Inoculation , par un
Médecin de la Faculté de Paris; à Lon-.
dres, & ſe trouve à Paris chez Deſſain
Junior, Libraire, Quai des Auguſtins,
à la bonne Foi ; 1764 ; un vol. in-12.
Les trois points ſur leſquels roule
cet examen, ſont 1°. L'inoculation eſt
elle exempte de danger pour ceux qui
s'y ſoumettent, ſoit dans la petite Vé
role qui en réſulte, ſoit dans les ſuites ?
2°. L'Inoculation met-elle ceux qui la
ſubiſſent , à l'abri de la petite Vérole
naturelle ? 3°. L'inoculation peut-elle ſe
pratiquer, ſans la multiplication de la
contagion ? L'objet même de cette diſ
cuſſion en annonce l'importance. Nous
croyons qu'on ſeroit parvenu depuis
longtemps à découvrir la vérité ſur ces
points vraiment intéreſſans, ſi elle n'eût
été obſcurcie par la paſſion ou l'eſprit
de préjugés, dont il eſt eſſentiel de ſe
dépouiller, pour ne conſulter en cette
matière , que la raiſon & les faits,
142 MERCURE DE FRANCE.
L'HoMME de Lettres; M. par Garnier,
Profeſſeur Royal d'Hébreu, & de l'A-
cadémie Royale des Inſcriptions & Bel
les-Lettres : avec cette Epigraphe : quemt
te Deus eſſe juſſit & humana quá parte
locutus es in te, diſce ; à Paris , chez
Panckoucke, Libraire, rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec approbation
& privilége du Roi ; 1764 ; deux parties
E7Z-I2,.
Dans la première partie l'Auteur traite
de la nature de l'homme de lettres , du
principe fondamental de toutes les
ſciences, de la culture des eſprits, de
l'utilité des gens de lettres, des récom
penſes littéraires, &c. On examine dans
la ſeconde partie l'influence réciproque
des Lettres ſur le Gouvernement , &
du Gouvernement ſur les Lettres.
PRÉSENCE corporelle de l'homme en
pluſieurs lieux, prouvée poſſible par les
principes de la bonne Philoſophie : Let
tres où relevant le défi d'un Journaliſte
Hollandois, on diſſipe toute ombre de
contradiction entre les merveilles du
Dogme Catholique & de l'Euchariſtie,
& les notions de la ſaine Philoſophie ;
par l'Auteur des Lettres à un Améri- .
cain ; avec cette Epigraphe : Poſteritas
·
, A V R I L. 1764.
T43
intellectum gratuletur, quod ante vetuſ
tas non intellectum gratulabatur. Vinc.
Lyr. A Paris, chez Rozet , Libraire,
rue S. Severin , au coin de la rue Za
charie , à la Roſe d'or , avec approba
tion & privilége du Roi ; 1764 ; un vol.
1Il - I 2. .
Feu M. l'Abbé Lelarge de Lignac eſt
Auteur de ces Lettres, où l'on trouve
un ſyſtême qui peut † extraordi
naire. On entreprend de prouver aux
Réformés qu'il n'eſt ni impoſſible ni
contradictoire qu'un même corps ſoit
en même temps en pluſieurs lieux. On
tâche dans la Préface de juſtifier l'Au
teur de ce qu'il a fait un ſyſtême philo
ſophique ſur un myſtère qu'il ne fau
droit, dans la louable ſimplicité de la
foi, que croire & adorer.
-
LETTRE de Barnevelt dans ſa pri
ſon ; à Truman ſon ami ; précédée d'une
Lettre de l'Auteur ; à Paris , chez
Sébaſtien Jorry, rue & vis-à-vis de la
Comédie Françoiſe, au Grand Monar
que & aux Cigognes ; 17é3 ; avec ap
probation. Brochure in-8°. très - bien
imprimée ſur de très-beau papier, ornée
d'une très-belle Eſtampe & de très-jolies .
vignettes.
144 MERCURE DE FRANCE.
La Comédie du Marchand de Londres
où un homme vole ſon parent , ſon,
ami, & l'égorge pour plaire à ſa maî
treſſe , a fourni à M. Dorat le Sujet
d'une Lettre en vers. Barnevelt eſt le
Scélérat qui a commis tous ces crimes ;
il eſt dans un cachot d'où il va être
tiré, pour les expier ſur un échaffaut,
& où il eſt ſuppoſé écrire à ſon ami
ces vers pleins de force & d'énergie :
Je vois nos citoyens confuſément épars,
Fixer ſur Barnevelt leurs avides regards.
Parler, s'interroger, s'indigner de mon crime,
Déteſter à la fois & plaindre la victime.
Du voile de la nuit mes tourmens ſont couverts ;
Ma honte doit paroître aux yeux de l'Univers.
Que dis-je ? cette mort flétriſſante & cruelle,
La mort des Scélérats on peut la rendre belle.
Un repentir fincère attendrit tous les cœurs.
Combien de Criminels ont fait verſer des pleurs
Je veux que de ce jour on garde la mémoire ;
Je veux d'un jour d'opprobre en faire un jour
de gloire ;
-
Et qu'enfin mon Pays juſtement combattu,
Puniſſant mes forfaits, regrette ma vertu.
· C'eſt avec la même force d'expreſſion
que M. Dorat nous peint les crimes &
les
-
AV R I L. 1764.
davantage.
I45
les remords de Barnevelt ; & nous re
grettons de ne pouvoir nous étendre
LÉTTRE de Zeila, jeune Sauvage,
Eſclave à Conſtantinople, à Valcour,
Officier François, précédée d'une Let
tre à Madame de C** ; à Paris , chez
Jorry, rue & vis-à-vis de la Comédie
Françoiſe ; 1764 ; brochure in-8°. avec
les mêmes ornemens typographiques
que la précédente.
C'eſt d'une Tragédie Angloiſe, que
M. Dorat a tiré le Sujet de Barnevelt ;
c'eſt dans le Speciateur Anglois, qu'il
a pris celui de la Lettre de Zéila. Une
jeune Sauvage, devenue la Maîtreſſe
d'un Anglois, qu'elle a ſauvé de la
mort, eſt inhumainement vendue par
ſon Amant, dont elle eſt groſſe ; & ſa
groſſeſſe même eſt une § qui la lui
fait vendre plus cher, parce qu'on achète
à la fois une mère & un enfant. Voilà
en peu de mots le Sujet de cette Lettre,
où M. Dorat change l'Anglois en un
Officier François, & tranſporte la ſcène
des Indes à Conſtantinople. Il y a en
core pluſieurs autres changemens qu'il
faut voir dans l'Ouvrage même, qu'on
lira avec attendriſſement. Nous n'en
JI. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
citerons que quelques vers : Zéila écrit
à ſon Amant :
N'entends-tu pas mes cris, mes ſanglots, mes ſou
-
-
pirs ?
•» elle 5
» ment
22 ilna Ilt»
-
-
-
Dans le ſein des remords eſt-il donc des plaiſirs ?
Ne te dis-tu jamais : » en cet inſtant peut-être,
» Elle pleure, & ſe plaint au Ciel qui l'a fait naître,
» Sur la rive déſerte elle appelle Valcour,
» En ſerrant dans ſes bras le fruit de notre amour :
» Sa profonde douleur toujours ſe renouvelle ;
» Il n'eſt plus de ſoutien, plus de beaux jours pour
» Sous le poids de ſes maux, peut-être en ce mo
22 Elle ſuccombe , meurt, & meurt en me nom
Pourrois-tu de ma mort devenir le complice ?
Ne diffère plus, viens; ſauve ta bienfaitrice ;
Accours, & ſi tu crains de me rendre mes droits,
Rends-moi du moins, rends-moi mes déſerts &
mes bois.
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Résumé : « ANTONII de Haen, Consiliarii & Archiatri, S. C. R. A. Majestatis, nec-non [...] »
En 1764, plusieurs ouvrages médicaux et littéraires ont été publiés. Antonii de Haen a édité le troisième tome de sa 'Ratio medendi in Nausocomio practico', traitant de sujets tels que la cardialgie chronique, l'hydropisie, la lithotomie, les anévrismes et les hydatides. Sieur de la Font a proposé un traitement des maladies de l'urètre sans utiliser de bougies. Jean Huxham a publié un essai sur les fièvres, incluant des dissertations sur la petite vérole, les pleurésies et les péripneumonies, ainsi que des conseils sur la nutrition et les maladies infantiles. Didier des Marets a traduit et augmenté le traité des maladies internes et externes de M. la Zerme, ajoutant un essai sur les maladies vénériennes. M. Anderson a publié une description de l'Islande, traduite de l'allemand par M. Horrébows. Parmi les œuvres littéraires, on trouve un recueil de poésies de Madame Guibert et une tragédie intitulée 'La Coquette corrigée', dictée par M. Guibert, alors âgé de neuf ans. 'Santoiana' relate la vie de Santeuil et ses conflits avec les Jésuites. Un examen sur l'inoculation discute des dangers et de l'efficacité de cette pratique contre la variole. 'L'Homme de Lettres' de M. Garnier explore la nature des hommes de lettres et l'influence des sciences. Une lettre de Barnevelt décrit les crimes et remords de son auteur. Enfin, une lettre de Zéila, une esclave, raconte son histoire tragique, modifiée par M. Dorat, où elle est vendue par son amant, un officier français, à Constantinople.
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