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11051
p. 216
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBAsTIEN JoRRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
rue & vis-à-vis la Comédie Françoiſe.
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11052
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure, rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eſt à lui que l'on prie d'adreſſer,
francs de port, les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DE LA PLAcE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eſt de 36
ſols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant, que 24 livres pourſeize vo
lumes , à raiſon de 3o ſols piéce.
Les perſonnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la poſte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Poſte pour le faire venir, & qui pren
dront les frais du port ſur leur comp
te , ne payeront comme à Paris, qu'à
raiſon de 3o ſols par volume , c'eſt-à-
dire, 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pour ſeize volumes.
A ii
· Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci-,
deſſus.
On ſupplie les perſonnes des provin
ces d'envoyer par la poſte , en payant
le droit, leurs ordres, afin que le paye
ment en ſoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne ſeront pas affran
chis, reſteront au rebut.
On prie les perſonnes qui envoyent
des Livres, Eſtampes & Muſique à an
noncer, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLAcE, ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format, le nom
bre de volumes & les conditions ſont
les mêmes pour une année. Il y en a juſ
qu'à préſent cent huit vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la fin du ſoixante-douziéme.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis
au recouvrement du Mercure, rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
Sellier du Roi.
C'eſt à lui que l'on prie d'adreſſer,
francs de port, les paquets & lettres ,
pour remettre , quant à la partie litté
raire , à M. DE LA PLAcE , Auteur
du Mercure.
Le prix de chaque volume eſt de 36
ſols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant, que 24 livres pourſeize vo
lumes , à raiſon de 3o ſols piéce.
Les perſonnes de province auſquelles
on enverra le Mercure par la poſte ,
payeront pour ſeize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voiesque
la Poſte pour le faire venir, & qui pren
dront les frais du port ſur leur comp
te , ne payeront comme à Paris, qu'à
raiſon de 3o ſols par volume , c'eſt-à-
dire, 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pour ſeize volumes.
A ii
· Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve
nir le Mercure , écriront à l'adreſſe ci-,
deſſus.
On ſupplie les perſonnes des provin
ces d'envoyer par la poſte , en payant
le droit, leurs ordres, afin que le paye
ment en ſoit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui ne ſeront pas affran
chis, reſteront au rebut.
On prie les perſonnes qui envoyent
des Livres, Eſtampes & Muſique à an
noncer, d'en marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLAcE, ſe trouve auſſi au
Bureau du Mercure. Le format, le nom
bre de volumes & les conditions ſont
les mêmes pour une année. Il y en a juſ
qu'à préſent cent huit vol. Une Table
générale, rangée par ordre des Matières,
ſe trouve à la fin du ſoixante-douziéme.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant la distribution du Mercure, une publication périodique. Le Bureau du Mercure se trouve chez M. Lutton, avocat et greffier, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les abonnés doivent envoyer leurs paquets et lettres à cette adresse. Le prix de chaque volume est de 36 sols, mais un abonnement pour seize volumes coûte 24 livres à l'avance. Pour les personnes de province recevant le Mercure par la poste, le coût est de 32 livres pour seize volumes, avec port gratuit. Ceux qui utilisent d'autres moyens de transport paient 30 sols par volume, soit 24 livres pour seize volumes. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent écrire à l'adresse indiquée pour recevoir le Mercure. Les personnes des provinces sont priées d'envoyer leurs ordres par la poste en payant le droit afin de garantir le paiement à l'avance. Les paquets non affranchis seront rejetés. Les expéditeurs de livres, estampes et musique doivent indiquer le prix des articles envoyés. Le 'Nouveau Choix de Pièces tirées des Mercures & autres Journaux' par M. De La Place est également disponible au Bureau du Mercure, avec les mêmes conditions de format et de nombre de volumes pour une année. Cent huit volumes sont déjà publiés, et une table générale des matières est disponible à la fin du soixante-douzième volume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11053
p. 5-16
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
Début :
LA défense de Publius Quintius passe pour le coup d'essai du Prince des Orateurs. [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICÉRON.
DÉFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. (a)
LA défense de Publius Quintius passe
pour le coup d'essai du Prince des Orateurs.
( a ) Des raiſons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les ſuivans, qui naturellement auroient dûs être
A iij
"-
6 MERCURE DE FRANCE.
Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce diſcours, l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Conſuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cor
nelius Dolabella. Ces dates préciſes qui
ſemblent n'avoir été conſervées à la
poſtérité, que pour conſtater ſûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annon
cent prèſque toujours d'une façon bril
lante : ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière, tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
-
z
Là modeſtie eſt la compagne inſépa
rable desvrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être
la vertu des jeunes
gens. Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens :
il n'oſa pas riſquer
en Public l'eſſai de ſes talens , c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiſtoire & le ſujet.
Sextus Nœvius s'étoit aſſocié dans
ſon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort ſans enfans , ſon frère Pu
placés à la tête de l'Ouvrage.Si jamais on fait une
édition de cette HIsToIRE , on y obſervera
exaétement l'ordre chronologique, dont nous ne
nous écarterons plus déſormais, .
|
,
'
J U I N. 1764. .
blius Quintiits ſe porta pour héritier, &
recueillit en cette qualité ſa ſucceſſion.
L'intérêt qui diviſe tous les hommes,
ſema bientôt la diſcorde entre Nœvius
' & Quintius quand il fut queſtion de
faire les partages. Le premier plus adroit
· ou plus fripon que celui-ci, perſécuta
· ſans relâche ſon adverſaire par toutes les
· chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laſſé des mauvais procédés de Naevius,
peut-être auſſi plus pareſſeux & moins .
actif que lui, ceſſa de ſe défendre : il
-† même la ſécurité , juſqu'à ſe
·
laiſſer condamner par défaut.
..
,
Quelque † après Quintius re
venu de cette eſpéce d'aſſoupiſſement,
ſoit de lui-même, ſoit par les conſeils
de ſes amis , voulut recommencer à
pourſuivre Nævius pour le contraindre
faire le partage de la façon dont il
le deſiroit.
•*
-
1V
- '
-
'
•
Mais l'affaire avoit bien changé de
face; & Naevius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit proviſoirement
en poſſeſſion des biens conteftés , ſe
mocquoit de tous les vains efforts de
, Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur, n'avoit que deux moyens de
ſortir d'embarras. Le premier, c'étoit
d'avouer pubiquement aº s'étoit laiſ
..
º2
8 MERCURE DE FRANCE. .
ſé condamner par défaut , & de don
ner en même-temps caution de ſe ſou
| mettre au jugement à intervenir, quel
' qu'il fût. Le ſeçond c'étoit de dépoſer
· une certaine ſomme, en conſentant à
· la perdre, s'il nè prouvoit pas que c'é-
toit mal-à-propos que Naevius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur,
puiſque ce Magiſtrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poſſeſſion des biens
· qui faiſoient la matière du procès. .
- Chacun de ces expédiens , rempli
· d'inconvéniens , devenoit également† En ſuivant
le premier parti, il ſe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui ſe laiſ
· ſoient condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le ſecond, il
† pour ainſi dire, ſon rang dans
a procédure , puiſque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceſſairement
| Demandeur. ..
-
|
|
|
|
|
|
Il préféra pourtant ce dernier parti,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il ſe fit nommer un Juge par
le Préteur, à qui les droits de ſa charge
donnoient cette fonction. Le choix de
ce Magiſtrat tomba ſur le grave Juriſ
conſulte C. Aquillius Galliis , Perſon
nage auſſi recommandable par ſes pro
#
·
| J U I N. 1764.
fondes lumières, que par ſon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'aſſocia
trois
autres Juriſconſultes, P. Quintilius, M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça ſon
plaidoyer , à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces ſortes d'affaires. .
Le fonds de la queſtion étoit de ſça
voir ſi Nœvius avoit pu être mis légiti
mement en poſſeſſion des biens de
Quintius, par la Sentence du Préteur ?
Ciceron ſoutint la négative , & il la
prouve par des raiſonnemens auſſi ſoli
, des qu'éloquens. Ce diſcours quoique
plus foible que ceux qu'il compoſa dans
la ſuite, lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dansl'eſprit des ſçavans; &
s'il n'eſt pas d'un Orateur conſommé, au
moins y reconnoit-on le germe des
talens ſupérieurs que ſon illuſtre Au
teur fit briller dans la ſuite.
DÉFENsE de SExTvs Roscrvs
d'Ameries.
-
Tout le monde a entendu parler des
démêlés ſanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui-ci ; & par un de ces
jeux biſarres de la fortune, Rome ſe vit
aſſervie tour-à-tour, par deux Citoyens
» &
--
…
A V
4o MERCURE DE FRANCE.
qui avoient proteſté d'abord que l'in
térêt ſeul de la liberté Publique leur
, mettoit les armes à la main. Sylla, plus
habile que ſon ennemi, conſerva tran
quillement ſon autorité tant qu'il voulut
être le maître. Dans la ſuite, quand il ne
daigna plus gouverner ſa Patrie, il ſe
retira couvert de gloire, ſans appréhen
der ce qu'un Tyran doit toujours crain
dre. Heureux, s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreuſes, connues ſous
le nom de proſcriptions, qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Ci
toyens pour égorger l'autre ! Elles furent
cauſe du malheur de Roſcius , & don
nerent occaſion à Cicéron de prononcer
ſon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conſul pour la ſeconde fois, avec
Qu. Metellus.
Sextus Roſcius, père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition, lié avec les plus honnêtes .
Citoyens & reçu avec plaiſir dans les
meilleures maiſons de la Ville. Poſſeſſeur
d'un bien conſidérable, ſa dépenſe étoit
pourtant des mieux réglées; il jouiſſoit
de la meilleure réputation.Attaché d'ail
leurs au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il n'avoit rien # craindre du
J U I N. 1764.
1 1
vainqueur.Son fils unique, nommé com
me lui Sextus Roſcius,(c'eſt de lui dont
il eſt queſtion) étoit un de ces génies
épais, peu propres aux affaires , quoi
que capables de s'acquitter avec un cer- .
tain ſuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiſſoit ſon caractère,
le tenoit aſſez ordinairement à une
maiſon de Campa ne,proche d'Ameries,
petite Ville, où # réſidoit communé
ment quand il n'étoit pas à Rome.
Un ſoir , qu'il revenoit aſſez tard de
ſouper , il fut aſſailli vigoureuſement
par pluſieurs aſſaſſins aux environs du
mont Palatin. Après une réſiſtance
aſſez longue & malheureuſement inuti
le, il tomba ſans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent prompte
ment.
| La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiſ
toire du jour, & puis on finit par l'ou
blier. Roſcius étoit riche : il avoit deux
parens aſſez proches & qui portoient
ſon nom , avec qui des raiſons d'in
térêt l'avoient brouillé depuis long
temps. Ces deux Roſcius étoient d'ail
leurs deux ſcélérats publiquement ,e-
connus pour tels, juſques-là'que l'un
- des deux paſſoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
déterminé. Ils ne voyoient pas ſans envie .
la fortune brillante de Roſcius; & ce fur
pour s'en mettre en poſſeſſion, qu'ils
réſolurent de perdre du même coup &
le père & le fils.
|
.
•.
On voit que ce complot déteſtable
avoit déjà eu des commencemens aſſez
heureux ; quand un Citoyen obſcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort ſur la liſte des Proſcrits. Ce fut
ſans doute àl'inſtigation de Chryſogonus
affranchi de Sylla, quijouiſſoit de toute
la faveur de ſon Maître, & dont l'in
ſolence ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de ſon crédit. Les, biens de
Roſcius le tentoient, & il vouloit les ac
quérir à bon compte quand on les ven
droit à l'enchère comme tous ceux des
Proſcrits. Cryſogonus réuſſit , & les
biens de Roſcius lui furent adjugés à un
prix ſix fois au-deſſous de leur valeur.
L'injuſtice parut criante, & révolta
tout le monde. Les deux Roſcius pen
ſerent à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Roſcius le fils , &
de l'accuſer de parricide. Quelque deſ
tituée de vraiſemblance que fût cette
accuſation, elle fit impreſſion par ſon
atrocité : peut-être même Sylla appuya- .
--
-
J U I N. 1764.
I3
t-il ſourdement les bruits qui couru
rent alors. L'affaire fut réglee, les Juges
nommés, les témoins entendus. Cicéron
prit en main la défenſe de Roſcius , &
ſon éloquence victorieuſe, en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné ,
lui conſerva l'honneur & la vie.
Son Diſcours eſt un modéle de bon
ſens & de raiſonnement. Il eſt difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'eſprit, & le
ſentiment affectueux qui perce le cœur
& qui arrache des larmes. ( b)
(b) On remarque que Cicéron fait ſouvent
uſage dans ce Diſcours de la
figure nommée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryſogonus & ſon achar
nement impitoyable à dépouiller le malheureux
Roſcius, il dit : qu'il ne lui laiſſoit pas même la
liberté de marcher ſur le chemin qui conduiſoit au
tombeau de ſon père. Cette image eſt grande, &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us, qui, Com
mentateurs ennuyeux, avec beaucoup de mérite
pourtant, veulent trouver des ſens cachés par
tout , nommé Facciolatus , abandonne le ſens
figuré, & prouve avec peſanteur que cette phra
ſe doit s'entendre au propre. » Je ne puis m'ima
» giner, dit-il , que Cicéron ſe ſerve en cette oc
» caſion d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
» croire qu'il parle ſérieuſement, d'autant#
» que la ſépulture de Roſcius étant ſituée dans
s
:
.'
-* • !
-
l'
·
·
·
·
·
· •
14 MERCURE DE FRANCE.
PLAIDoYER pour le Comédien
QU. R o s c I v s.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiſſe faire du
Comédien Roſcius, c'eſt celui que fait
de lui Cicéron dans le Diſcours qu'il
prononça en ſa faveur » Ce Roſcius ,
» dit-il aux Juges, eſt ſi habile dans ſon
» art, qu'il eſt le ſeul homme digne
» de paroître ſur la ſçène : mais il eſt
» auſſi tellement homme de bien, qu'il
» paroît ſeul digne qu'on l'empêche d'y
|yy mOnt€I'.
" L
»
- -
· Voici ce qui donna occaſion à ſon
démêlé avec Cherea ſon adverſaire.
Ce Caius Fannius Cherea avoit un Eſ
clave nommé Panurgus, en qui il crut
» ſa terre, & la terre ayant été vendue à Chry
» ſogonus, ce dernier étoit maître du chemin en
» queſtion, & pouvoit, s'il le jugeoit à propos,
• empêcher de marcher deſſus. Une loi expreſſe
» lui en donnoit le droit, à moins quil ne fût
* du nombre de ceux que ſe réſervoit le ven
• deur , exception dont je ne vois pas que Roſ
* cius ait fait uſage. • On ne ſe permer de rele
ver une pareille puérilité , que pour donner un
exemple des inutilités ſçavantes dont fourmil
lens la plupart des Commentaires Croiroit-on
après cela que ce Facciolatus eſt un des plus eſ
timés, & qu'il mérite de l'être,
-,.
-
J U I N. 1764.
15
remarquer d'heureuſes diſpoſitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Roſcius pour les cultiver, en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pour
roit produire le talent de l'Eſclave. A
quelque temps de là , comme il com
mençoit à donner à ſon Maître des
eſpérances flatteuſes de ſe voir bientôt
récompenſé & dédommagé de ſes
peines , il fut tué par un certain Fla
vius, natif de Tarquinies, Ville aſſez
peu conſidérable par elle-même, mais
que les Tarquins avoient rendue cé
lébre. Celui-ci, pourſuivi par Roſcius ,
éluda ſous différens prétextes le paye
ment de la ſomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
ſorte que notre Acteur fut obligé de
ſe rejetter ſur Fannius qui évita long
temps ſes pourſuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il ſe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus re
culer. Cicéron ſe chargea d'en faire la
demande aux Juges, au nom de Roſ
cius , & il s'en acquitta ſi bien , que
Cherea ne put lui rien refuſer.
Ces deux mots ſuffiſent pour met
tre au fait de l'hiſtoire de ce diſcours
aſſez peu conſidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en reſte, fait conjecturer qu'à
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la ſixiéme partie.
Ces pertes en ſont de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui ſçavent apprécier au juſte
le mérite ſingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiſtoire complette de tous les Diſcours pro
noncés dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain.
Discours de CICÉRON.
DÉFENSE de PUBLIUS
QUINTIUS. (a)
LA défense de Publius Quintius passe
pour le coup d'essai du Prince des Orateurs.
( a ) Des raiſons fort indifférentes au Public
m'ont empêché de publier plutôt ce Morceau &
les ſuivans, qui naturellement auroient dûs être
A iij
"-
6 MERCURE DE FRANCE.
Il n'avoit que 26 ans quand il
prononça ce diſcours, l'année 672 de
la Fondation de Rome. Le fameux Sylla
étoit Dictateur : les Conſuls de l'année
étoient M. Tullius Decula , & Cn. Cor
nelius Dolabella. Ces dates préciſes qui
ſemblent n'avoir été conſervées à la
poſtérité, que pour conſtater ſûrement
l'âge de Cicéron , prouvent en même
temps que les grands hommes s'annon
cent prèſque toujours d'une façon bril
lante : ils marchent à grands pas dès
l'entrée de la carrière, tandis que les
génies médiocres peuvent à peine s'y
traîner.
-
z
Là modeſtie eſt la compagne inſépa
rable desvrais talens. On peut dire auſſi
qu'elle doit être
la vertu des jeunes
gens. Elle fut celle de Cicéron dans ces
commencemens :
il n'oſa pas riſquer
en Public l'eſſai de ſes talens , c'eſt à
huis clos que fut plaidée cette affaire
dont voici l'hiſtoire & le ſujet.
Sextus Nœvius s'étoit aſſocié dans
ſon commerce C. Quintius. Celui - ci
étant mort ſans enfans , ſon frère Pu
placés à la tête de l'Ouvrage.Si jamais on fait une
édition de cette HIsToIRE , on y obſervera
exaétement l'ordre chronologique, dont nous ne
nous écarterons plus déſormais, .
|
,
'
J U I N. 1764. .
blius Quintiits ſe porta pour héritier, &
recueillit en cette qualité ſa ſucceſſion.
L'intérêt qui diviſe tous les hommes,
ſema bientôt la diſcorde entre Nœvius
' & Quintius quand il fut queſtion de
faire les partages. Le premier plus adroit
· ou plus fripon que celui-ci, perſécuta
· ſans relâche ſon adverſaire par toutes les
· chicanes qu'il put inventer. Quintius ,
laſſé des mauvais procédés de Naevius,
peut-être auſſi plus pareſſeux & moins .
actif que lui, ceſſa de ſe défendre : il
-† même la ſécurité , juſqu'à ſe
·
laiſſer condamner par défaut.
..
,
Quelque † après Quintius re
venu de cette eſpéce d'aſſoupiſſement,
ſoit de lui-même, ſoit par les conſeils
de ſes amis , voulut recommencer à
pourſuivre Nævius pour le contraindre
faire le partage de la façon dont il
le deſiroit.
•*
-
1V
- '
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'
•
Mais l'affaire avoit bien changé de
face; & Naevius qui avoit obtenu une
Sentence qui le mettoit proviſoirement
en poſſeſſion des biens conteftés , ſe
mocquoit de tous les vains efforts de
, Quintius. Celui-ci , pour comble de
malheur, n'avoit que deux moyens de
ſortir d'embarras. Le premier, c'étoit
d'avouer pubiquement aº s'étoit laiſ
..
º2
8 MERCURE DE FRANCE. .
ſé condamner par défaut , & de don
ner en même-temps caution de ſe ſou
| mettre au jugement à intervenir, quel
' qu'il fût. Le ſeçond c'étoit de dépoſer
· une certaine ſomme, en conſentant à
· la perdre, s'il nè prouvoit pas que c'é-
toit mal-à-propos que Naevius tiroit
avantage de la Sentence du Préteur,
puiſque ce Magiſtrat n'étoit pas en droit
de lui adjuger la poſſeſſion des biens
· qui faiſoient la matière du procès. .
- Chacun de ces expédiens , rempli
· d'inconvéniens , devenoit également† En ſuivant
le premier parti, il ſe couvroit de honte;
car dans ce temps là ceux qui ſe laiſ
· ſoient condamner par défaut étoient
deshonorés. En prenant le ſecond, il
† pour ainſi dire, ſon rang dans
a procédure , puiſque de Défendeur
qu'il étoit , il devenoit néceſſairement
| Demandeur. ..
-
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|
|
|
|
|
Il préféra pourtant ce dernier parti,
comme le moins dangereux. Il donna
caution ; il ſe fit nommer un Juge par
le Préteur, à qui les droits de ſa charge
donnoient cette fonction. Le choix de
ce Magiſtrat tomba ſur le grave Juriſ
conſulte C. Aquillius Galliis , Perſon
nage auſſi recommandable par ſes pro
#
·
| J U I N. 1764.
fondes lumières, que par ſon intégrité
irréprochable. Celui - ci s'aſſocia
trois
autres Juriſconſultes, P. Quintilius, M.
Marcellus , & L. Lucilius ; & ce fut
devant eux que Cicéron prononça ſon
plaidoyer , à huis clos , comme c'étoit
la coûtume pour ces ſortes d'affaires. .
Le fonds de la queſtion étoit de ſça
voir ſi Nœvius avoit pu être mis légiti
mement en poſſeſſion des biens de
Quintius, par la Sentence du Préteur ?
Ciceron ſoutint la négative , & il la
prouve par des raiſonnemens auſſi ſoli
, des qu'éloquens. Ce diſcours quoique
plus foible que ceux qu'il compoſa dans
la ſuite, lui fait pourtant beaucoup
d'honneur dansl'eſprit des ſçavans; &
s'il n'eſt pas d'un Orateur conſommé, au
moins y reconnoit-on le germe des
talens ſupérieurs que ſon illuſtre Au
teur fit briller dans la ſuite.
DÉFENsE de SExTvs Roscrvs
d'Ameries.
-
Tout le monde a entendu parler des
démêlés ſanglans de Sylla & de Marius.
Le bonheur du premier voulut qu'il
triomphât de celui-ci ; & par un de ces
jeux biſarres de la fortune, Rome ſe vit
aſſervie tour-à-tour, par deux Citoyens
» &
--
…
A V
4o MERCURE DE FRANCE.
qui avoient proteſté d'abord que l'in
térêt ſeul de la liberté Publique leur
, mettoit les armes à la main. Sylla, plus
habile que ſon ennemi, conſerva tran
quillement ſon autorité tant qu'il voulut
être le maître. Dans la ſuite, quand il ne
daigna plus gouverner ſa Patrie, il ſe
retira couvert de gloire, ſans appréhen
der ce qu'un Tyran doit toujours crain
dre. Heureux, s'il n'eût pas renouvellé
ces éxecutions affreuſes, connues ſous
le nom de proſcriptions, qui mettoient
les armes à la main de la moitié des Ci
toyens pour égorger l'autre ! Elles furent
cauſe du malheur de Roſcius , & don
nerent occaſion à Cicéron de prononcer
ſon premier plaidoyer public l'an 673 de
la fondation de Rome , Sylla étant
alors Conſul pour la ſeconde fois, avec
Qu. Metellus.
Sextus Roſcius, père de celui que
Cicéron défend , étoit un homme de
condition, lié avec les plus honnêtes .
Citoyens & reçu avec plaiſir dans les
meilleures maiſons de la Ville. Poſſeſſeur
d'un bien conſidérable, ſa dépenſe étoit
pourtant des mieux réglées; il jouiſſoit
de la meilleure réputation.Attaché d'ail
leurs au parti des Nobles que Sylla pro
tégeoit , il n'avoit rien # craindre du
J U I N. 1764.
1 1
vainqueur.Son fils unique, nommé com
me lui Sextus Roſcius,(c'eſt de lui dont
il eſt queſtion) étoit un de ces génies
épais, peu propres aux affaires , quoi
que capables de s'acquitter avec un cer- .
tain ſuccès des ouvrages méchaniques.
Son père qui connoiſſoit ſon caractère,
le tenoit aſſez ordinairement à une
maiſon de Campa ne,proche d'Ameries,
petite Ville, où # réſidoit communé
ment quand il n'étoit pas à Rome.
Un ſoir , qu'il revenoit aſſez tard de
ſouper , il fut aſſailli vigoureuſement
par pluſieurs aſſaſſins aux environs du
mont Palatin. Après une réſiſtance
aſſez longue & malheureuſement inuti
le, il tomba ſans vie ; & ceux qui la lui
avoient arrachée s'éloignerent prompte
ment.
| La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fit pendant quelques momens l'hiſ
toire du jour, & puis on finit par l'ou
blier. Roſcius étoit riche : il avoit deux
parens aſſez proches & qui portoient
ſon nom , avec qui des raiſons d'in
térêt l'avoient brouillé depuis long
temps. Ces deux Roſcius étoient d'ail
leurs deux ſcélérats publiquement ,e-
connus pour tels, juſques-là'que l'un
- des deux paſſoit pour un Gladiateur
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
déterminé. Ils ne voyoient pas ſans envie .
la fortune brillante de Roſcius; & ce fur
pour s'en mettre en poſſeſſion, qu'ils
réſolurent de perdre du même coup &
le père & le fils.
|
.
•.
On voit que ce complot déteſtable
avoit déjà eu des commencemens aſſez
heureux ; quand un Citoyen obſcur
nommé Erucius alla mettre le nom du
mort ſur la liſte des Proſcrits. Ce fut
ſans doute àl'inſtigation de Chryſogonus
affranchi de Sylla, quijouiſſoit de toute
la faveur de ſon Maître, & dont l'in
ſolence ne pouvoit être comparée qu'à
l'énormité de ſon crédit. Les, biens de
Roſcius le tentoient, & il vouloit les ac
quérir à bon compte quand on les ven
droit à l'enchère comme tous ceux des
Proſcrits. Cryſogonus réuſſit , & les
biens de Roſcius lui furent adjugés à un
prix ſix fois au-deſſous de leur valeur.
L'injuſtice parut criante, & révolta
tout le monde. Les deux Roſcius pen
ſerent à faire jouer une autre batterie.
Ils prirent le parti d'intenter un procès
criminel à Sextus Roſcius le fils , &
de l'accuſer de parricide. Quelque deſ
tituée de vraiſemblance que fût cette
accuſation, elle fit impreſſion par ſon
atrocité : peut-être même Sylla appuya- .
--
-
J U I N. 1764.
I3
t-il ſourdement les bruits qui couru
rent alors. L'affaire fut réglee, les Juges
nommés, les témoins entendus. Cicéron
prit en main la défenſe de Roſcius , &
ſon éloquence victorieuſe, en couvrant
de honte les ennemis de ces infortuné ,
lui conſerva l'honneur & la vie.
Son Diſcours eſt un modéle de bon
ſens & de raiſonnement. Il eſt difficile
de réunir à un plus haut degré les fleurs
brillantes qui charment l'eſprit, & le
ſentiment affectueux qui perce le cœur
& qui arrache des larmes. ( b)
(b) On remarque que Cicéron fait ſouvent
uſage dans ce Diſcours de la
figure nommée
Amplification par les Rhéteurs. Pour exprimer
par exemple l'avidité de Chryſogonus & ſon achar
nement impitoyable à dépouiller le malheureux
Roſcius, il dit : qu'il ne lui laiſſoit pas même la
liberté de marcher ſur le chemin qui conduiſoit au
tombeau de ſon père. Cette image eſt grande, &
peint à merveille l'horrible brigandage du Favori
de Sylla. Un de ces Sçavans en us, qui, Com
mentateurs ennuyeux, avec beaucoup de mérite
pourtant, veulent trouver des ſens cachés par
tout , nommé Facciolatus , abandonne le ſens
figuré, & prouve avec peſanteur que cette phra
ſe doit s'entendre au propre. » Je ne puis m'ima
» giner, dit-il , que Cicéron ſe ſerve en cette oc
» caſion d'une Figure de Rhétorique.J'aime mieux
» croire qu'il parle ſérieuſement, d'autant#
» que la ſépulture de Roſcius étant ſituée dans
s
:
.'
-* • !
-
l'
·
·
·
·
·
· •
14 MERCURE DE FRANCE.
PLAIDoYER pour le Comédien
QU. R o s c I v s.
L'éloge le plus complet & en même
temps le plus vrai qu'on puiſſe faire du
Comédien Roſcius, c'eſt celui que fait
de lui Cicéron dans le Diſcours qu'il
prononça en ſa faveur » Ce Roſcius ,
» dit-il aux Juges, eſt ſi habile dans ſon
» art, qu'il eſt le ſeul homme digne
» de paroître ſur la ſçène : mais il eſt
» auſſi tellement homme de bien, qu'il
» paroît ſeul digne qu'on l'empêche d'y
|yy mOnt€I'.
" L
»
- -
· Voici ce qui donna occaſion à ſon
démêlé avec Cherea ſon adverſaire.
Ce Caius Fannius Cherea avoit un Eſ
clave nommé Panurgus, en qui il crut
» ſa terre, & la terre ayant été vendue à Chry
» ſogonus, ce dernier étoit maître du chemin en
» queſtion, & pouvoit, s'il le jugeoit à propos,
• empêcher de marcher deſſus. Une loi expreſſe
» lui en donnoit le droit, à moins quil ne fût
* du nombre de ceux que ſe réſervoit le ven
• deur , exception dont je ne vois pas que Roſ
* cius ait fait uſage. • On ne ſe permer de rele
ver une pareille puérilité , que pour donner un
exemple des inutilités ſçavantes dont fourmil
lens la plupart des Commentaires Croiroit-on
après cela que ce Facciolatus eſt un des plus eſ
timés, & qu'il mérite de l'être,
-,.
-
J U I N. 1764.
15
remarquer d'heureuſes diſpoſitions pour
le Théâtre. Il le mit entre les mains de
Roſcius pour les cultiver, en s'obligeant
à partager avec lui le gain que pour
roit produire le talent de l'Eſclave. A
quelque temps de là , comme il com
mençoit à donner à ſon Maître des
eſpérances flatteuſes de ſe voir bientôt
récompenſé & dédommagé de ſes
peines , il fut tué par un certain Fla
vius, natif de Tarquinies, Ville aſſez
peu conſidérable par elle-même, mais
que les Tarquins avoient rendue cé
lébre. Celui-ci, pourſuivi par Roſcius ,
éluda ſous différens prétextes le paye
ment de la ſomme qu'il lui demandoit
à titre de réparation de dommage ; de
ſorte que notre Acteur fut obligé de
ſe rejetter ſur Fannius qui évita long
temps ſes pourſuites , & ne paya qu'à
la dernière extrémité & quand il ſe vit
contraint de façon à ne pouvoir plus re
culer. Cicéron ſe chargea d'en faire la
demande aux Juges, au nom de Roſ
cius , & il s'en acquitta ſi bien , que
Cherea ne put lui rien refuſer.
Ces deux mots ſuffiſent pour met
tre au fait de l'hiſtoire de ce diſcours
aſſez peu conſidérable aujourd'hui. Ce
qui nous en reſte, fait conjecturer qu'à
16 MERCURE DE FRANCE.
peine en avons-nous la ſixiéme partie.
Ces pertes en ſont de véritables aux
yeux des Gens de Lettres , & de tous
ceux qui ſçavent apprécier au juſte
le mérite ſingulier du célébre Orateur
Romain.
L'hiſtoire complette de tous les Diſcours pro
noncés dans la grande affaire de Verrès , au
Mercure prochain.
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Résumé : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICÉRON. DÉFENSE de PUBLIUS QUINTIUS.
Le texte décrit deux discours célèbres de Cicéron. En 672 de la fondation de Rome, Cicéron, alors âgé de 26 ans, défendit Publius Quintius dans un litige de succession contre Sextus Naevius. À cette époque, Sylla était dictateur, et les consuls étaient Marcus Tullius Decula et Gnaeus Cornelius Dolabella. Cicéron opta pour déposer une somme d'argent afin d'éviter une condamnation par défaut et fut nommé juge par le préteur. Bien que ce discours ne soit pas aussi remarquable que ses œuvres ultérieures, il révélait déjà des talents prometteurs. L'année suivante, en 673, Cicéron défendit Sextus Roscius d'Amérie, victime des proscriptions de Sylla. Sextus Roscius, un citoyen riche et respecté, avait été assassiné, et son fils fut injustement accusé de parricide par des parents éloignés visant à s'approprier sa fortune. Grâce à son éloquence, Cicéron parvint à démontrer l'innocence du jeune Roscius, lui sauvant ainsi la vie. Ce discours est apprécié pour son bon sens et son émotion. Le texte évoque également une autre affaire où Cicéron aida Roscius à obtenir une compensation pour la mort d'un esclave tué par Flavius. Après plusieurs refus, Fannius finit par céder sous la pression, et Cherea, le juge, accepta la demande. Le discours de Cicéron sur cette affaire est peu connu et seules quelques parties subsistent, ce qui constitue une perte pour les lettrés.
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11054
p. 16-17
ODE IX. du troisiéme Livre des Odes d'HORACE.
Début :
DONEC gratus eram tibi, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ODE IX. du troisiéme Livre des Odes d'HORACE.
ODE IX. du troisiéme Livre des Odes
d'HORACE.
DONEC gratus eram tibi, Nec quisquam potior brachia candidae
Cervici Juvenis dabat ; Perſarum vigui rege beatior.
Donec non aliâ magis Aiſſli; neque erat Lydia poſt Chloën ;
Multi Lydia nominis Romanâ vigui clarior Iliâ.
Me nunc threſſa Chloé regit, Dulces docta modos & cithara ſciens ;
Pro quâ non metuam mori , Si parcent anima fata ſuperſtiti,
'
-
J U I N. 1764
Me torret face mutuâ
Thurini Calais filius Ornithi ;
Pro quo bis patiar mori,
si parcent puero fata ſuperſtiti.
Quid, ſi priſca redit Venus,
Diducloſque jugo cogit aheneo ?
Si flava excutitur Chloé,
si parcent puero fata ſuperſtiti.
Rejeclaque patetjanua Lydia ?
Quanquam ſidere pulchrior
Ille eſt ; tu levior cortice, & improbs
Iracundior Adriâ ;
ecum vivere amem, tecum obeam libens.
d'HORACE.
DONEC gratus eram tibi, Nec quisquam potior brachia candidae
Cervici Juvenis dabat ; Perſarum vigui rege beatior.
Donec non aliâ magis Aiſſli; neque erat Lydia poſt Chloën ;
Multi Lydia nominis Romanâ vigui clarior Iliâ.
Me nunc threſſa Chloé regit, Dulces docta modos & cithara ſciens ;
Pro quâ non metuam mori , Si parcent anima fata ſuperſtiti,
'
-
J U I N. 1764
Me torret face mutuâ
Thurini Calais filius Ornithi ;
Pro quo bis patiar mori,
si parcent puero fata ſuperſtiti.
Quid, ſi priſca redit Venus,
Diducloſque jugo cogit aheneo ?
Si flava excutitur Chloé,
si parcent puero fata ſuperſtiti.
Rejeclaque patetjanua Lydia ?
Quanquam ſidere pulchrior
Ille eſt ; tu levior cortice, & improbs
Iracundior Adriâ ;
ecum vivere amem, tecum obeam libens.
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Résumé : ODE IX. du troisiéme Livre des Odes d'HORACE.
Dans l'ode IX du troisième livre des Odes d'Horace, le poète évoque ses amours passées et présentes. Autrefois chéri par une jeune fille, il se comparait à un roi perse. Aujourd'hui, il est sous l'emprise de Chloé, pour qui il braverait la mort. En juin 1764, il parle aussi de son amour pour Ornithe, le fils de Calais, pour qui il accepterait de mourir deux fois. Il préfère vivre avec Chloé malgré ses défauts.
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11055
p. 17-18
TRADUCTION.
Début :
L'AMANT. / Tant que je fus chéri de toi, [...]
Mots clefs :
Chloé, Lydie, Parque, Respecter, Brûler
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION.
T R A D v c T I o N. .
• L'AM ANT ,
- ſ - :
, *
' ' Tant que je fus chéri de toi,
Qu'aux yeux de mes rivaux tes baiſers pleins de
flâme , -
M'atteſtoient ton amour , l'imprimoient dans
, mon âme ;
Nul ne fut plus heureux que moi.
L' A MA N T E.
Tant que tu me gardas ta foi,
Que tu ne vis Chloë qu'en regrettant Lydie ;
Mars en s'uniſſant à Sylvie ,
La rendit moins célébre & moins fière que mois
18 MERCURE DE FRANCE.
L' AMAN T. : . :
Chloë me tient ſous ſon empire,
Chloë dont chacun vante & la voix & la lyre :
Que la Parque s'occupe à racourcir mesjours,
Et des ſiens reſpecte le cours.
L' A M A N T E,
Je brûle pour Daphnis, il brûle pour Lydie ;
Et rien n'égale nos amours :
Que la Parque deux fois me prive de la vie,.
Et deux fois reſpecte ſes jours.
L' A M A N T,
Si ma flamme ſe renouvelle,
Si des noeuds éternels me rejoignent à toi,
Si Chloë n'eſt plus rien pour moi ,
Si je t'ouvre mon coeur, & le ferme pour elle ?
L' A M A N T E.
Daphnis eſt plus brillant que la voute azurée,
Toi , plus léger que l'air, plus fougueux que
Borée ; -
Mais je préfére à tout la tendre & douce loi
De vivre ton amant , & mourir avec toi.
Par M. V, • . de M. , , .
• L'AM ANT ,
- ſ - :
, *
' ' Tant que je fus chéri de toi,
Qu'aux yeux de mes rivaux tes baiſers pleins de
flâme , -
M'atteſtoient ton amour , l'imprimoient dans
, mon âme ;
Nul ne fut plus heureux que moi.
L' A MA N T E.
Tant que tu me gardas ta foi,
Que tu ne vis Chloë qu'en regrettant Lydie ;
Mars en s'uniſſant à Sylvie ,
La rendit moins célébre & moins fière que mois
18 MERCURE DE FRANCE.
L' AMAN T. : . :
Chloë me tient ſous ſon empire,
Chloë dont chacun vante & la voix & la lyre :
Que la Parque s'occupe à racourcir mesjours,
Et des ſiens reſpecte le cours.
L' A M A N T E,
Je brûle pour Daphnis, il brûle pour Lydie ;
Et rien n'égale nos amours :
Que la Parque deux fois me prive de la vie,.
Et deux fois reſpecte ſes jours.
L' A M A N T,
Si ma flamme ſe renouvelle,
Si des noeuds éternels me rejoignent à toi,
Si Chloë n'eſt plus rien pour moi ,
Si je t'ouvre mon coeur, & le ferme pour elle ?
L' A M A N T E.
Daphnis eſt plus brillant que la voute azurée,
Toi , plus léger que l'air, plus fougueux que
Borée ; -
Mais je préfére à tout la tendre & douce loi
De vivre ton amant , & mourir avec toi.
Par M. V, • . de M. , , .
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Résumé : TRADUCTION.
Le texte relate un dialogue entre un Amant et une Amante sur leurs sentiments et préoccupations amoureuses. L'Amant évoque son bonheur passé lorsque l'Amante lui manifestait son amour par des baisers et regrette une époque où elle ne voyait que lui. L'Amante, de son côté, avoue être éprise de Daphnis, qui aime Lydie, et souhaite que la Parque protège leur vie. L'Amant exprime son désir de retrouver l'Amante, espérant que Chloë ne soit plus importante pour lui. L'Amante conclut en préférant une vie douce et tendre auprès de l'Amant, malgré l'attrait pour Daphnis et sa propre nature légère et fougueuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11056
p. 19
A Mlle de G....
Début :
ON dit qu'Amour est un Enfant, Bergère, [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Mlle de G....
A Mlle de G....
ON dit qu'Amour est un Enfant, Bergère,
Qu'il eſt trompeur, inquiet & plaintif,
Que ſa douceur eſt fauſſe & paſſagère,
Et le moment d'en jouir, fugitif.
|
Mais dans ma tendreſſe éternelle,
Dans tes charmes, dans mon bonheur,
Rien ne me peint, ni me rappelle
Un enfant, ou bien un trompeur.
Qui fit ce portrait infidéle
Ne connut ni toi, ni mon cœur»
V •
Par M. LEGIER.
ON dit qu'Amour est un Enfant, Bergère,
Qu'il eſt trompeur, inquiet & plaintif,
Que ſa douceur eſt fauſſe & paſſagère,
Et le moment d'en jouir, fugitif.
|
Mais dans ma tendreſſe éternelle,
Dans tes charmes, dans mon bonheur,
Rien ne me peint, ni me rappelle
Un enfant, ou bien un trompeur.
Qui fit ce portrait infidéle
Ne connut ni toi, ni mon cœur»
V •
Par M. LEGIER.
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11057
p. 19
VERS à Mde D. S. qui quêtoit dans la Semaine Sainte.
Début :
PARTEZ, partez, belle Quêteuse. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mde D. S. qui quêtoit dans la Semaine Sainte.
VERS à Mde D. S. qui quêtoit dans la Semaine Sainte.
PARTEZ, partez, belle Quêteuse.
De votre quête heureuſe
On pourroit racheter
Les captifs de plus d'un Corſaire .. ..
Mais hélas ! qui pourroit compter
Tous ceux que vos beaux yeux font faire ?
Par M. S. C.
PARTEZ, partez, belle Quêteuse.
De votre quête heureuſe
On pourroit racheter
Les captifs de plus d'un Corſaire .. ..
Mais hélas ! qui pourroit compter
Tous ceux que vos beaux yeux font faire ?
Par M. S. C.
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11058
p. 20-24
L'AMOUR MALHEUREUX, POEME.
Début :
PUISSE la passion qui consume ma vie [...]
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texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR MALHEUREUX, POEME.
L'AMOUR MALHEUREUX,
POEME.
PUISSE la passion qui consume ma vie
Répandre ſur mes vers ſa ſublime énergie,
Les échauffer du feu que l'ennui, le malheur,
L'ingratitude encor plus ſenſible à mon cœur
N'ont pû, depuis trois ans, éteindre dans mes
.
· veines !
Du véritable Amour je vais chanter les peines.
Ces Sauvages * captifs dont les vainqueurs
cruels
S'apprêtent à verſer le ſang ſur les Autels,
Le front chargé de fieurs, marchant au ſacrifice 2
Chantent un hymne aux Dieux Auteurs de leur
ſupplice.
· Cruelle Ménalie ! ainſi mes triſtes airs,
Adreſſés à l'Amour dont je porte les fèrs,
Font retentir ſon Temple où j'expire en victime,
Sur l'Océan du Monde il eſt plus d'un abîme,
A des courans divers nos vaiſſeaux expoſés
Sur différens écueils riſquent d'être briſés.
Toutes les paſſions, les foibleſſes humaines,
* Tout le monde connoît cet uſage barbare éta
bli chez les Américains & chez d'autres Peuples
V.
A
J U I N. 1764:
2 F
Pour nos cœurs, je le ſais, ſont autant de Syrènes.
Le Miniſtre éxilé calcule avec horreur
-
Les affronts dont jadis il paya ſa faveur ;
L'avide Commerçant aſſailli par l'orage
Ne veut plus s'enrichir au péril du naufrage,
Et le vieil Officier privé de penſion
pas une.
·
·
·
|
-
Déclare que la gloire eſt une illuſion . ...
Sans doute : mais l'Amour, l'Amour n'en eſt
-- Que me font les honneurs, la gloire, la fortune?
Ces brillans ſont trop faux pour pouvoir éblouir
L'œil d'un Sage ſenſible & qui cherche à jouir.
Il eſt une Déeſſe en tous lieux révérée,
Par les Humains ingrats ſouvent défigurée :
Son trône eſt la Nature, & ſous des noms divers
Elle anime, conſerve & régle l'Univers :
Dans ſes propices mains eſt une chaîne im
menſe
vrage, .
-
qui fit chérir les loix & la ſociété,
Digne de notre encens, quand ſa vertu féconde
Plus adorable encor, plus ſûre de ſes droits,
-
Que nous enſanglantons, & que ſa bienfaiſance,
Lorſque les paſſions en briſent quelqu'anneau,
Ne ſe laſſe jamais de ſerrer de nouveau.
Cette Divinité, l'objet de mon hommage, - . -
Dont l'homme eſt à la fois & le temple & l'ou2
-
C'eſt la Fille du Ciel, la ſenſibilité ;
Entretient & conduit le ſyſtême du monºae
-
22 MERCURE DE FRANCE.
Lorſque l'œil d'une femme aux cœurs dicte ſes
loix.
c'eſt là que pour me vaincre elle établit ſon
Trône;
-
Les roſes du Printemps brilloient ſur ſa couronne;
Et toutes les vertus de cet âge charmant
Rendoient ſes coups plus ſûrs, & mon danger
plus grand.
Je cédai ; je ſentis que j'avois un cœur tendre.
Eh ! quel autre à ma place eût pû mieux ſe dé
-
fendre ?
-
Quel autre eût vu ſans trouble & ſans raviſſement
Dans un cœur vertueux germer le ſentiment ?
L'Éléve de Boucher, parcourant dès l'Aurore
Les vergers de Pomone ou les jardins de Flore,
Parmi tous les objets dignes de ſon crayon,
Deſſine cette roſe hier encor bouton.
Ouverte avant le jour, elle étoit déjà belle ;
Mais le Soleil lui prête une couleur nouvelle ;
Il échauffe ſon ſein, l'aide à s'épanouir,
Et de tous ſes amans éveille le deſir.
D'une fille à quinzeans cette roſe eſt l'image.
La froide indifférence eſt la nuit du bel âge.
Pour toi,je m'en ſouviens, j'ai vu naître ce jour ;
J'ai vu briller tes yeux des ràyons de l'Amour ;
Je l'ai vu, Ménalie, animer tous tes charmes ;
Dans ton ſein étonné répandre ſes allarmes ;
Faire baºre ton cœur & colorer ton front. .. : .
Jamaisde mon eſpritces traits ne ſortiront :
'
· J U I N. 1764.
23
Se n'oubliraijamais qu'au printemps de ma vie,
J'eus les premiers ſoupirs du cœur de Ménalie ;
Que du plus tendre amour l'heureuſe illuſion
Des plus purs ſentimens ſçella notre union.
oue nos deſirs portés ſur des aîles de flâmes,
Sans reſter dans nos ſens, alloient brûler nos
«
·
·
âmes. ...
, -
-
Vous ne m'entendrez point, triſte voluptueux,
, Sybarites chargés d'un ennui faſtueux,
Nous vantez vos plaiſirs, & vivez miſérables,
-
Qui prenant pourl'amour des beſoins périſſables,
Et n'ayant que des ſens pour goûter le bonheur,
Les émouſſez encor par un abus trompeur :
Vous ne m'entendrez point, quand mes plainte*
·
·
· amerès,
-
Rappelleront en vain ces faveurs paſſagères,
Ce bonheur innocent qu'autrefois j'ai goûté.
Mais vous,ô vrais amans, qui m'avez imité,
Qui d'un cœur vertueux avez eu les prémices ;
Vous connoîtrez s'il eſt de plus cruels ſupplices
Que la perte d'un bien hélas! ſi précieux.
que l'avare Lais dupe un{vieil'amoureux :
| Que la femme galante étende ſes conquêtesi,
on doit s'attendre à tout des âmes malhonnêtes s ,
Tôt ou tard l'intérêt ou le plaiſir ſéduit
.
Le cœur qu'un vil métal ou les ſens ont conduit.
Mais d'une jeune amante, au ſein de l'innocence a
Après tant de faveurs, éprouver l'inconſtance! !
'- '
• .
-
C'eſt un exemple affreux pour l'homme corrompti
·
-
24 MERCURE DE FRANCE.
Et qui peut dégoûter de ſuivre la vertu. ººº
De quoi me ſervira d'éviter l'artifice,
si la probité même a les dangers du vice ,
Qu'on ne me parle plus de vertu, de candeur !
Elles n'éxiſtent pas, ou ſervent au malheur.
Mélanie à mes yeux en étoit le modéle :
·
.
Je l'aimai.... malheureux !j'aimois une infidelle
Hélas, je l'aime encor lun déſeſpoir âffreux ,
dre,
En éteignant mesjours, n'a poict éteint mes feux,
Ah : s'il eſt un bonheur, & qu'on puiſſe y préten
Amour, eſt-ce de toi que nous devons l'attendre ? "
Par l'Auteur de l'Epitre à Mélanie.
POEME.
PUISSE la passion qui consume ma vie
Répandre ſur mes vers ſa ſublime énergie,
Les échauffer du feu que l'ennui, le malheur,
L'ingratitude encor plus ſenſible à mon cœur
N'ont pû, depuis trois ans, éteindre dans mes
.
· veines !
Du véritable Amour je vais chanter les peines.
Ces Sauvages * captifs dont les vainqueurs
cruels
S'apprêtent à verſer le ſang ſur les Autels,
Le front chargé de fieurs, marchant au ſacrifice 2
Chantent un hymne aux Dieux Auteurs de leur
ſupplice.
· Cruelle Ménalie ! ainſi mes triſtes airs,
Adreſſés à l'Amour dont je porte les fèrs,
Font retentir ſon Temple où j'expire en victime,
Sur l'Océan du Monde il eſt plus d'un abîme,
A des courans divers nos vaiſſeaux expoſés
Sur différens écueils riſquent d'être briſés.
Toutes les paſſions, les foibleſſes humaines,
* Tout le monde connoît cet uſage barbare éta
bli chez les Américains & chez d'autres Peuples
V.
A
J U I N. 1764:
2 F
Pour nos cœurs, je le ſais, ſont autant de Syrènes.
Le Miniſtre éxilé calcule avec horreur
-
Les affronts dont jadis il paya ſa faveur ;
L'avide Commerçant aſſailli par l'orage
Ne veut plus s'enrichir au péril du naufrage,
Et le vieil Officier privé de penſion
pas une.
·
·
·
|
-
Déclare que la gloire eſt une illuſion . ...
Sans doute : mais l'Amour, l'Amour n'en eſt
-- Que me font les honneurs, la gloire, la fortune?
Ces brillans ſont trop faux pour pouvoir éblouir
L'œil d'un Sage ſenſible & qui cherche à jouir.
Il eſt une Déeſſe en tous lieux révérée,
Par les Humains ingrats ſouvent défigurée :
Son trône eſt la Nature, & ſous des noms divers
Elle anime, conſerve & régle l'Univers :
Dans ſes propices mains eſt une chaîne im
menſe
vrage, .
-
qui fit chérir les loix & la ſociété,
Digne de notre encens, quand ſa vertu féconde
Plus adorable encor, plus ſûre de ſes droits,
-
Que nous enſanglantons, & que ſa bienfaiſance,
Lorſque les paſſions en briſent quelqu'anneau,
Ne ſe laſſe jamais de ſerrer de nouveau.
Cette Divinité, l'objet de mon hommage, - . -
Dont l'homme eſt à la fois & le temple & l'ou2
-
C'eſt la Fille du Ciel, la ſenſibilité ;
Entretient & conduit le ſyſtême du monºae
-
22 MERCURE DE FRANCE.
Lorſque l'œil d'une femme aux cœurs dicte ſes
loix.
c'eſt là que pour me vaincre elle établit ſon
Trône;
-
Les roſes du Printemps brilloient ſur ſa couronne;
Et toutes les vertus de cet âge charmant
Rendoient ſes coups plus ſûrs, & mon danger
plus grand.
Je cédai ; je ſentis que j'avois un cœur tendre.
Eh ! quel autre à ma place eût pû mieux ſe dé
-
fendre ?
-
Quel autre eût vu ſans trouble & ſans raviſſement
Dans un cœur vertueux germer le ſentiment ?
L'Éléve de Boucher, parcourant dès l'Aurore
Les vergers de Pomone ou les jardins de Flore,
Parmi tous les objets dignes de ſon crayon,
Deſſine cette roſe hier encor bouton.
Ouverte avant le jour, elle étoit déjà belle ;
Mais le Soleil lui prête une couleur nouvelle ;
Il échauffe ſon ſein, l'aide à s'épanouir,
Et de tous ſes amans éveille le deſir.
D'une fille à quinzeans cette roſe eſt l'image.
La froide indifférence eſt la nuit du bel âge.
Pour toi,je m'en ſouviens, j'ai vu naître ce jour ;
J'ai vu briller tes yeux des ràyons de l'Amour ;
Je l'ai vu, Ménalie, animer tous tes charmes ;
Dans ton ſein étonné répandre ſes allarmes ;
Faire baºre ton cœur & colorer ton front. .. : .
Jamaisde mon eſpritces traits ne ſortiront :
'
· J U I N. 1764.
23
Se n'oubliraijamais qu'au printemps de ma vie,
J'eus les premiers ſoupirs du cœur de Ménalie ;
Que du plus tendre amour l'heureuſe illuſion
Des plus purs ſentimens ſçella notre union.
oue nos deſirs portés ſur des aîles de flâmes,
Sans reſter dans nos ſens, alloient brûler nos
«
·
·
âmes. ...
, -
-
Vous ne m'entendrez point, triſte voluptueux,
, Sybarites chargés d'un ennui faſtueux,
Nous vantez vos plaiſirs, & vivez miſérables,
-
Qui prenant pourl'amour des beſoins périſſables,
Et n'ayant que des ſens pour goûter le bonheur,
Les émouſſez encor par un abus trompeur :
Vous ne m'entendrez point, quand mes plainte*
·
·
· amerès,
-
Rappelleront en vain ces faveurs paſſagères,
Ce bonheur innocent qu'autrefois j'ai goûté.
Mais vous,ô vrais amans, qui m'avez imité,
Qui d'un cœur vertueux avez eu les prémices ;
Vous connoîtrez s'il eſt de plus cruels ſupplices
Que la perte d'un bien hélas! ſi précieux.
que l'avare Lais dupe un{vieil'amoureux :
| Que la femme galante étende ſes conquêtesi,
on doit s'attendre à tout des âmes malhonnêtes s ,
Tôt ou tard l'intérêt ou le plaiſir ſéduit
.
Le cœur qu'un vil métal ou les ſens ont conduit.
Mais d'une jeune amante, au ſein de l'innocence a
Après tant de faveurs, éprouver l'inconſtance! !
'- '
• .
-
C'eſt un exemple affreux pour l'homme corrompti
·
-
24 MERCURE DE FRANCE.
Et qui peut dégoûter de ſuivre la vertu. ººº
De quoi me ſervira d'éviter l'artifice,
si la probité même a les dangers du vice ,
Qu'on ne me parle plus de vertu, de candeur !
Elles n'éxiſtent pas, ou ſervent au malheur.
Mélanie à mes yeux en étoit le modéle :
·
.
Je l'aimai.... malheureux !j'aimois une infidelle
Hélas, je l'aime encor lun déſeſpoir âffreux ,
dre,
En éteignant mesjours, n'a poict éteint mes feux,
Ah : s'il eſt un bonheur, & qu'on puiſſe y préten
Amour, eſt-ce de toi que nous devons l'attendre ? "
Par l'Auteur de l'Epitre à Mélanie.
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Résumé : L'AMOUR MALHEUREUX, POEME.
Le poème 'L'Amour malheureux' explore la douleur d'un amour non partagé. Le narrateur souhaite que sa passion inspire ses vers malgré les souffrances engendrées par l'ennui, le malheur et l'ingratitude. Il se compare à des captifs sauvages sacrifiés, chantant leur supplice. Il met en garde contre les dangers de la vie, symbolisés par les Syrènes et les écueils. Le narrateur rejette les honneurs, la gloire et la fortune, préférant vénérer la sensibilité, une divinité souvent méconnue. Le narrateur raconte son amour pour Mélanie, qu'il a aimée depuis son jeune âge, et décrit ses beautés et vertus. Cependant, il découvre l'infidélité de Mélanie, ce qui le plonge dans un profond désespoir. Il critique ceux qui confondent l'amour avec des plaisirs éphémères et s'adresse aux véritables amants, conscients des souffrances liées à la perte d'un amour précieux. Le narrateur exprime également sa désillusion face à la vertu et à la candeur, jugées inefficaces pour éviter le malheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11059
p. 24
VERS pour un Ami de l'Auteur, qu'une jeune Demoiselle qu'il aimoit, avoit mis, en badinant, à la porte, le premier jour de Mai. (C'est l'Amant qui parle à sa Maîtresse.)
Début :
AU temps jadis, quand un Amant courtois [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS pour un Ami de l'Auteur, qu'une jeune Demoiselle qu'il aimoit, avoit mis, en badinant, à la porte, le premier jour de Mai. (C'est l'Amant qui parle à sa Maîtresse.)
VERS pour un Ami de l'Auteur, qu'une
jeune Demoiselle qu'il aimoit, avoit
mis, en badinant, à la porte, le premier
jour de Mai.
(C'est l'Amant qui parle à sa Maîtresse.)
AU temps jadis, quand un Amant courtois
Alloit offrir à ſa jeune Maîtreſſe
Un beau Mai verd, gage de ſa tendreſſe ;
Le tendre objet qui ſoi donnoit des loix,
Ne recevoit ſoh amour de la forte,
Et le Mai ſeul étoit mis à la porte.
Par le même.
jeune Demoiselle qu'il aimoit, avoit
mis, en badinant, à la porte, le premier
jour de Mai.
(C'est l'Amant qui parle à sa Maîtresse.)
AU temps jadis, quand un Amant courtois
Alloit offrir à ſa jeune Maîtreſſe
Un beau Mai verd, gage de ſa tendreſſe ;
Le tendre objet qui ſoi donnoit des loix,
Ne recevoit ſoh amour de la forte,
Et le Mai ſeul étoit mis à la porte.
Par le même.
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11060
p. 25-50
LES DEUX PRIX, CONTE, Tiré d'un Manuscrit Grec.
Début :
LA Thessalie est le véritable Elisée de la Gréce, le séjour du repos & des plaisirs. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DEUX PRIX, CONTE, Tiré d'un Manuscrit Grec.
LES DEUX PRIX,
CONTE,
Tiré d'un Manuscrit Grec.
LA Thessalie est le véritable Elisée de
la Gréce, le séjour du repos & des plaisirs.
La Nature n'y paroît que ſous l'exté
rieur le plus ſéduiſant; elle y ſeme avec
profuſion les riches tréſors qu'elle n'étale
ailleurs qu'avec réſerve. Jupiter ſe plaît
ſur la cime du Mont Olympe; Minerve
parmi les rochers de l'Attique; Diane
au ſein des forêts de l'Elide ; Mars
dans les plaines de la Thrace; Vénus
dans les boſquets de Cythère , & ,
l'Amour dans les délicieux vallons de
Tempé.Jamais ces beaux lieux ne réten
tiſſent que du ſon paifible des flûtes &
des muſettes. Jamais le Pénée qui
arroſe la Theſſalie, ne vit ſur ſes bords
que des Amans fortunés.
aux pieds d'un Autel dédié à l'Amour.
Voici les vœux qu'ils adreſſoient à ce
Dieu leur unique maître.
H
-
Therſandre & Doris étoient l'un & .
l'autre. Chaque jour l'Aurore les voyoit
26 MERCURE DE FRANCE.
» Souverain de notre âme, Arbitre
» du bonheur de nos jours , daigne
» en remplir tous les inſtans. Ceux qui
» ne te ſeroient pas conſacrés ſeroient
» perdus pour nous. Ceux dont tu
» diſpoſes
ſont les
ſeuls dont nous
» jouiſſions. Fais que Doris , diſoit
» Therſandre , n'écoute jamais aucun
» des rivaux que ſa beauté m'attire. Fais
» que Therſandre, diſoit Doris, metrou
» ve toujours plus belle que toutes mes
» rivales ; & tous deux ajoutoient en
» ſemble : » fais que nous méritions
» de ſervir de modéle aux Amans qui
» doivent naître après nous.
Therſandre & Doris avoient de quoi
ſe raſſurer
contre l'inconſtance. La
Theſſalie entiere n'offroit rien d'auſſi
parfait que ce jeune couple. On eût
dit que la Nature, en les formant, avoit
prévu les deſſeins de l'Amour. On eût
dit que l'Amour , en les
uniſſant ,
n'avoit fait qu'obéir à la Nature.
· Doris n'en étoit qu'à ſon troiſiéme
luſtre.Aux grâces touchantes & ingé
nues de cet âge , elle uniſſoit
les
charmes ſéduiſans d'une beauté ac
complie. L'éclat du lys & de la roſe le
céde à l'éclat de ſon teint. L'aſtre de
Vénus b#lle moins au milieu de la
J U I N. 1764.
·
27
nuit que les yeux de Doris au milieu
du jour Ses regards paſſent juſqu'à
l'âme ; ſon doux ſourire ſemble l'appel
ler ; toute ſa perſonne eſt animée par
les Grâces. Les plus belles Theſſalien
nes évitent ſa rencontre ; elles ont ſoin
ſurtout d'en préſerver leurs Amans.
Il eſt difficile de la voir & de reſ
ter fidéle à toute autre. Mais Doris ne
vouloit de fidélité que dans Therſandre.
C'étoit à lui ſeul qu'elle vouloit plaire :
c'étoit lui ſeul qui pouvoit la fixer.
ſDoris jettoit-elleles yeux ſur le criſtal des
fontaines ? c'étoit pour y voir ſi ſes
charmes avoient toujours de quoi cap
tiver Therſandre. Doris cueilloit - elle
des fleurs ſur les rives du Pénée ? c'é-
toit pour en orner Therſandre, ou pour
s'en parer à ſes yeux.
Le jeune Theſſalien répondoit à tant
d'amour par un Amour égal , un amour
qui ne pouvoit ni diminuer ni s'ac
· croître. Sa vue occaſionnoit mille infi
délités ; ſon cœur n'étoit le complice
d'aucune. Abſent de Doris, il ne de
ſiroit qu'elle , avec elle il ne deſiroit
plus rien. L'un & l'autre fuyoient les
lieux trop fréquentés ;
-
-
mais ils les
·fuyoient enſemble. Ceux où ils pou
voient être ſeuls étoient toujours ceux
2s : 1ºo
: B ij
,
28 MERCURE DE FRANCE.
qui les charmoient davantage. En vain ,
§ Therſandre à Doris , en vain la
· blonde Iſméne & la brune Zirphé s'é-
garent-elles ſouvent de leur route, & ſe
trouvent , comme par hazard , ſur la
· nôtre; leurs charmes ne peuvent arrêter
mes regards ; je ne les apperçois que
pour mieux ſentir combien elles vous
cédent ; je les fuirois ſi elles avoient
#uelque choſe à vous diſputer.
Un ſeul point troubloit la félicité de
ces deux amans. Ils ne pouvoient être
· unis par les nœuds de l'hymen qu'après
une cérémonie conſacrée par l'uſage
& les loix du païs. Elle ſe renouvelloit
tous les ans, & ce tems étoit prochain.
Elle conſiſtoit à couronner de myrthes &
de fleurs la plus belle desTheſſaliennes.,
& le Theſſalien le mieux fait : elleconſiſ
toit ſurtout à unir pour jamais le couple
, couronné : union que n'avoit pas tou
·jour précédé celle des cœurs & #
ne ſuivoit pas toujours. Bien des fois l'a-
mour gémit de cet uſage. Bien des fois
cet uſage rompit les deſſeins de l'amour.
Therſandre & Doris étoient ceux qui
en devoient le moins redouter les ſuites;
cependant ils les redoutoient.La crainte
- l'emportoit en eux ſur l'amour - propre.
Therſandre n'oſoit ſe flatter d'avoir le
prix & ne doutoit pas que Doris ne
·
J U I N. 1764.
29
l'obtînt. Doris croyoit déjà voir couron
ner Therſandre, & quelqu'une de ſes
rivales. Fous deux ainſi craignoient
d'être bien-tôt ſéparés. En vain chaque
naïade offroit à la jeune Theſſalienne un
miroir propre à la raſſurer : elle ne s'y
contemploit qu'avec défiance, elle ſe
trouvoit moins belle de jour en jour. Par,
la même raiſon , les charmes les plus
médiocres dans toute autre lui ſem
bloient devoir l'emporter ſur les ſiens.
C'étoit la première fois ſans doute qu'une
jeune Beauté oublioit ſes propres avan
tages, la première fois, ſur-tout, qu'elle
apprécioit trop ceux de ſes rivales. On
a déjà vu que Therſandre jugeoit auſſi
modeſtement de lui même. Il eût voulu
pouvoir éloigner cette fatale cérémonie.
Ce ſeroit, diſoit-il, retarder le triom
phe de Doris : mais dois-je ſouhaiter que .
Doris triomphe ſi je ne partage moi
même ſa victoire ? Si cette victoire qui
l'attend, doit pour jamais nous ſéparer ?
Peu s'en falloit qu'il ne regrettât que
Doris eût tant de charmes. Il deſiroit
qu'elle pût trouver des rivales , ou
plutôt qu'elle ne s'expoſât point à la né
· ceſſité de les vaincre.
Doris,qui avoit les mêmes craintes,
formoit en ſecret les mêmes vœux. Les
B iij
3o MERCURE DE FRANCE.
âmes de ces deux amans étoient d'accord
avant que leurs bouches ſe fuſſent ex
pliquées. Ce fut Doris qui rompit le
ſilence la première. Voici ce qu'elle
diſoit à ſon amant qui l'écoutoit, l'ad
miroit & l'adoroit.
Le jour approche, mon chèr Therſan
dre , ce jour où la JeuneſſeTheſſalienne
doit accourir en foule aux Temples de
Vénus & d'Apollon. Bien-tôt vont ſe
diſtribuer ces prix que la vanité recher
che & que l'amour doit dédaigner.
Votre victoire n'eſt pas douteuſe; mais
la mienne peut l'être, une de mes com
pagnes peut m'être préferée, & vous-mê
me alors ſeriez contraint de me la pré
férer.Ce dernier malheur eſt le ſeul que
je redoute : ayons le courage de le pré
venir. Peu m'importe que la Grece en
tiere me croye dépourvue de charmes :
je ne veux être belle qu'aux yeux de
Therſandre. Je vais réjouir la jalouſe
Dircé en publiant qu'une maladie ſubite
a défiguré mes traits au point de me ré
duire à les cacher. Je ne crains pas de
trouver d'incrédules.
.
Ah l s'écria Therſandre, pour ſoup
çonner un tel ſacrifice il faudroit ſoi
même en être capable ; il faudroit avoir
l'âme de Doris , il faudroit avoir ſon
J U I N. 1764.
3I
· amour.Jugez de mes tranſports , ajouta
t-il en tombant à ſes genoux ! je le dé
- firois ce ſacrifice; mais je n'oſois l'éxi
ger : trop ſûr de vos ſuccès, je doutois
de plus en plus des miens. Le moindre
de mes rivaux me ſembloit redoutable.
Tout amour-propre ceſſe quand il s'agit
de s'expoſer à vous perdre.C'en eſt fait ;
nul hazard ne pourra plus nous ſéparer.
Je vais feindre comme vous ; je vais
ſuppoſer qu'un accident funeſte m'inter
dit les moyens d'aſpirer au prix. Ehlquel
autre prix pourroit me flatter après
celui que Doris m'aſſure ?
Cette explication rendit le calme aux
deux amans. Ils ne ſongerent plus qu'à
effectuer leur projet. Le bruit courut dès
le jourſuivant que Doris étoit menacée
de perdre la vue. Cette nouvelle réjouit
plus d'une belle Theſſalienne. Telle qui
auparavant n'oſoit pas même ſonger au
prix, oſa dès-lors y prétendre & ſe le
promettre. Peu importoit au plus grand
nombre que leurs amans fuſſent préfé
rés; elles n'ambitionnoient cette préfé
rence que pour elles-mêmes; elles ne
craignoient pas d'épouſer l'amant d'une
· autre. Quelques-unes redoutoient cet
| échange : mais elles ne pouvoient ſe
· reſoudre à n'en pas courir les riſques :
B iv
#
N,
32 MERCURE DE FRANCE.
d'autres ne fe perſuadoient pas qu'il
pût y en avoir ni pour elles ni pour leurs
amans.La ſeule Doris,le ſeul Therſandre,
s'aimoient aſſez pour ignorer tous leurs
avantages : ils ne vouloient point faire
dépendre du hazard un bonheur qui ne
dépendoit que deux-mêmes. Therſandre
à ſon tour prit des meſures pours'éxemp
ter du concours. Il attaque um Sanglier
furieux, le tue ; mais il feimt d'être lui
même fort bleſſé. Au bout de quelques
jours on publie par ſon ordre que cette
bleſſure le prive pour jamais de l'uſage
d'un bras, & par la même raiſon du droit
d'aſpirer au prix. Cette nouvelle ſup
poſition trouve auſſi peu d'incrédules
que la première.
Alors on vit s'accroitre & le nombre
& l'eſpoir des concurrens. Nul d'entre
eux ne ſoupçonnoit le ſtratagême, tous
avoient intérêt de ne point s'y oppoſer.
Un ſeul néanmoins s'affligeoit de l'éve
nement. Ce n'étoit point comme ami
de Therſandre, c'étoit comme ſon rival.
Il aimoit Doris qui ne l'avoit jamais fa
voriſé d'un regard : mais tant de rigueur
· ne diminuoit ni ſes eſpérances ni la bon
ne opinion qu'il avoit de lui-même. Il ſe
croyoit aſſuré du prix : il ne doutoit pas
que Dorisn'obtînt le même avantage ſur
J U I N. 1764.
3 $
ſes rivales : Doris par cette raiſon ne
pouvoit éviter d'être à lui. Ainſi raiſon
noit Eurilas, c'étoit le nom du Theſſa
lien préſomptueux. Il attendoit avec la -
plus vive impatience le jour qui devoit
éclairer ſon triomphe. Il apprit alors
que Doris étoit forcée de renoncer au
ſien , qu'elle n'avoit plus droit d'y pré
tendre. A cette nouvelle ſa douleur ſur
paſſa de beaucoup ſon amour. Il aimoit
Doris parce qu'elle étoit la plus belle
des Theſſaliennes ;
c'étoit ſa beauté
ſeule qu'il aimoit.Quelques agrémens de
plus dans une autre l'euſſent arraché à la
première. La ſource de ſon déplaiſir étoit
que Doris ne pût être ni effacée ni rem
placée. Il trouva un autre ſujet d'afflic
tion dans la bleſſure de Therſandre, qu'il
croyoit réelle. Cétoit une fleur de moins
à ſa couronne, une victoire aſſurée que
la fortune lui enlevoit. L'amour-propre
étoit l'unique ſource des deſirs & des
regrèts d'Eurilas.
Bientôt même il ſoupçonna que Doris
& Therſandre pouvoient être d'accord,
& feindre des maux qu'ils ne reſſentoient
pas. Ils craignent, diſoit-il, d'être ſéparés,
& c'eſt moi ſeul qui cauſe cette crainte.
Alors il ſonge à vérifier ce doute, à pré
venir le larcin qu'on prétend lui faire
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Il y avoit dans cette contrée un Vieil
lard iſſu de la race d'Eſculape & qui -
avoit hérité de ſa ſcience. Les triſtes &
nombreux accidens qui affligent l'huma
nité ſembloient fuir devant lui. La con
fiance renaiſſoit à ſon approche , & cette
confiance n'étoit point trompée. Ce fut
lui qu'Eurilas voulut d'abord conſulter,
& voici comment il raiſonnoit : ſi Ther
ſandre & Doris, diſoit il, ſont entre
les mains de ce Vieillard , leur guériſon
- eſt prèſque aſſurée : ſi, au contraire , ils
n'ont pas eu recours à lui , c'eſt qu'ils
redoutent ſa pénétration. il arrive chez
Eurimaque, ainſi ſe nommoit l'héritier
du Dieu d'Epidaure, il lui parle de Doris
& de Therſandre. Ce n'étoit pas la pre
mière fois que ces deux noms avoient
frappé les
oreilles d'Eurimaque ; mais
ni Therſandre , ni
Doris
n'avoient
jamais eu recours à ſon art. La natu
1e avoit joint en eux les heureux tré
ſors de la ſanté aux dons brillans des
grâces
perſonnelles. Eurimaque s'at
tendrit au récit d'Eurilas. Je fais , lui
dit-il, ce qu'on publie à la louange de
ce jeune couple : ſon double accident
m'afflige. Puiſſe mon art lui être de
quelque utilité ! C'étoit offrir à Eurilas
une faveur qu'il s'apprêtoit à demander
J U I N. 1764.
Il détermine facilement le Vieillard à le
ſuivre. Tous deux s'avancent vers la
demeure de Doris.
-
Les deux amans s'applaudiſſoient de
leur feinte. Ils jouiſſoient de l'erreur
qu'elle avoit cauſée ; ils ſe promet
toient d'en jouir encore mieux par la
ſuite. Après un régime & des ſecours
ſimulés, ils reprirent leur conduite or
dinaire. Ils ne ſoupçonnoient pas qu'au
cun Theſſalien, qu'aucune Theſſalienne
oſaſſènt les contredire & cherchaſſent à
divulguer leur ſecret. Chaque jour ils ſe
rendoient enſemble au ſein d'un vallon
paiſible & iſolé. Doris avoit les yeux
couverts d'un bandeau ; Therſandre lui
ſervoit de guide, & lui - même avoit
- le bras ſoutenu par une écharpe ; mais
- l'écharpe & le bandeau ne reſtoient pas
toujours attachés : ſouvent Therſandre
faiſoit uſage de ſes deux mains pour
preſſer les mains de Doris, pour la parer
des plus belles fleurs que le Pénée voit
éclore ſur ſa rive. Souvent Doris atta
choit ſurTherſandre des yeux dont l'éclat
brilloit au loin & étoit bien propre à dé
mentir le malheur dont elle ſe plaignoit.
· Que ne vous dois-je pas ? lui diſoit
un jour Therſandre , quel ſacrifice ne
me fait pas votre amour ? C'eſt peu de
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
renoncer au prix qui vous eſt dû ; vous
renoncez à l'honneur de paſſer pour
belle, à l'avantage de le paroître : vous
cédez l'empire de la beauté à celles qui
ne devroient qu'embellir votre triom
· phe ! ... Mon cher Therſandre, inter
· rompit Doris, le ſeul empire qui me
· flatte eſt celui que vous me donnez ſur
votre âme : qu'il me reſte, je n'en de
ſire, je n'en regrette aucun autre. Ah !
s'écria l'amoureux Theſſalien , préſu
mez-vous qu'il ſoit en mon pouvoir de
vous l'ôter ? qu'il ſoit même au vôtre
de le perdre ? Doris régnera fur tous
ceux qui l'appercevront : elle ne ſçau
roit fuir un regard fans renoncer à une
victoire. Que l'Amour en ſoit loué, re
prenoit Doris , j'aime ſes dons pour
vous les offrir ; je regretterois de vous
offrir moins. Vous-même , mon cher
Therſandre , vous-même ne faites-vous
pas pour moi ce que je fais pour vous ?
Vos ſacrifices égalent ou ſurpaſſent les
miens : puiſſe votre ſatisfaction egaler
la mienne !
-
-
A ce dernier diſcours Therſandre ne
répondit que par des tranſports; langa
ge toujours expreſſif chez les vrais
Amans. Non , ajouta-t-il , mon bon
heur tel qu'il eſt, ne peut s'accroître :
J U I N. 1764.
nul autre ſoin ne peut
des jaloux.
.
37
le troubler.
Soyons heureux pour nous - mêmes ;
laiſſons à d'autres le vain deſir de faire
Ce fut au milieu d'un pareil entre
tien qu'Eurilas les ſurprit ſans en être
lui-même apperçu. Ils n'étoient point
ſur leurs gardes : les ſoupçons d'Eurilas
furent confirmés. Il étoit trop vain pour
témoigner un violent dépit. Il ne le fut
pas encore aſſez pour paroître tran
· quile. Eurimaque arriva quelques inſ
tans après lui. Voyez, dit-il au vieillard,
voyez ces deux Amans; ils n'ont be
ſoin ni de mes ſecours, ni des vôtres.
L'Amour dans cette contrée eſt fécond
en prodiges : c'eſt lui, ſans doute, qui
vient d'opérer une fi belle cure.
Tandis qu'il parloit ainſi, Therſandre
& Doris continuoient à n'être occupés
que d'eux-mêmes : ils ne voyoient ni
Eurilas ni Eurimaque Ce fut Therſan
dre qui les apperçut le premier. Il ſçut
modérer fa ſurpriſe; il ſçut même pré
venir Doris à temps du parti qu'elle
devoit prendre. C'étoit de paroître ne
rien voir. Tons deux ignoroient la pro
feſſion d'Eurimaque , & combien il
étoit difficile d'échapper à ſes lumières.
Eurilas étoit celui qu'ils craignoient le
38 MERCURE DE FRANCE.
plus. Cependant l'un & l'autre témoin
avançoient toujours.
Ils arrivent. Le
bras d'Eurilas a déja repris l'écharpe.
Doris les regarde, mais ſans qu'aucun
ſigne annonce qu'elle les apperçoit.
Telle Pigmalion vit d'abord ſa ſtatüe
avant que l'Amour l'eût animée en ſa
faveur, telle parut Doris aux yeux d'Eu
rilas & d'Eurimaque. Mais la mépriſe
ne pouvoit être longue. Le regard de
Doris pour être immobile n'en étoit
pas moins perçant. Le Soleil qu'aucun
nuage ne voile à nos yeux ne peut
nous dérober ſes rayons : il nous échauf
fe malgré lui-même.
.
-
-
Non , s'écria Eurilas , de ſi beaux
yeux ne peuvent être inutiles à Doris,
ils ont trop de pouvoir ſur les nôtres !
Ils font trop ſentir à notre âme leur
vive & douce influence ! Vous en par
lez comme un Amant, lui dit Eurima
que, & cette manière de voir a ſon
mérite : la mienne, d'ailleurs, s'accorde
avec la vôtre. Non, belle Doris , pour
ſuivit-il, vous n'êtes point privée de l'u-
ſage de vos yeux. C'eſt ce qu'éprouve
roient & atteſteroient en vous voyant
tous les Theſſaliens; c'eſt ce qu'affirme
de plus ici un deſcendant, un ſucceſ
ſeur d'Eſculape
:
2
,
... e
J U I N. 1764.
| Ce diſcours ſi
39
Ces derniers mots firent trembler &
Doris & Therſandre. Ils reconnurent
Eurimaque. Ils virent qu'une plus lon
gue diſſimulation ſeroit inutile. Eh,
commert pouvoir lui en impoſer ? Les
maux réels ne lui réſiſtoient pas : des
maux ſuppoſés lui pourroient-ils faire
illuſion ? Un autre motif excitoit encore
le zéle du vieillard. Il étoit du nombre
des Juges auxquels Therſandre cher
choit à ſe ſouſtraire. Il croyoit Apollon
même outragé par ce deſſein. Jeune
homme, dit-il à Therſandre, apprends
à faire un autre uſage des
faveurs
que la Nature & les Dieux t'ont bien
voulu départir : apprends que les maſ
quer c'eſt
les méconnoître ; c'eſt te
montrer ingrat envers ceux à qui tu
les dois. Ta modeſtie eſt un crime. Al
lez, pourſuivit-il en s'adreſſant au jeune
couple , allez diſputer ou plutôt recevoir
le prix qui vous attend. Pourquoi vous
refuſer à un triomphe certain ? Voit
on l'Aigle ſuir le Soleil & les Colom
bes le char de Vénus ?
-
-
flatteur pour Ther
fandre devoit peu flatter Eurilas : mais
ſa vanité le raſſuroit. : Il jugea qu'Euri
maque ſe connoiſſoit mieux en infirmités
qu'en agrémens. Lui-même exhorta ſon
--
4o MERCURE DE FRANCE.
,
rival à mettre à profit les conſeils du
vieillard. -
Il fallut que les deux Amans s'y déter
minaſſent : mais ils ne le promirent qu'en
ſoupirant. Leur amour gémiſſoit de ſe
compromettre ainſi , leurs craintes ſe
renouvelloient. En même temps s'é-
vanouiſſoient les eſpérances de la Jeu
neſſe Theſſalienne. Tels à l'aſpect du
Phénix , les autres oiſeaux reconnoiſ
ſent leur infériorité. Ils l'entourent dans
un profond ſilence, & ceux qu'enor
gueilliſſoit l'éclat de leur plumage per- .
dent toute leur fierté en contemplant
le ſien.
Le ſeul Eurilas n'avoit rien perdu de
ſa préſomption. Il eût voulu pouvoir
hâter le jour du couronnement. Ce
jour enfin arriva, & Doris & Therſan
dre frémirent. Doris dans ce moment
trouvoit que la Nature avoit bien peu
fait pour elle. Ce fut la première fois
qu'elle ſoupçonna que l'Art pouvoit
être employé : ce fut même à regret
qu'elle n'en fit point uſage. L'onde juſ
qu'alors lui avoit tenu lieu de miroir :
pour cette fois elle y en joignit un ar- .
tificiel. Ses yeux conſultoient l'un &
l'autre avec inquiétude : ni l'un ni l'au
: .
º,
|
|
-
J U I N. 1764.
41
tre ne les ſatisfirent. Jamais Doris ne
s'étoit moins plû à elle-même ; jamais
elle n'eſpéra moins plaire aux yeux
d'autrui.
Therſandre étoit dans la même ſitua
tion , avoit les mêmes craintes pour lui
même. Il vit Doris, il fut ébloui. La
· crainte de paroître moins belle ſembloit
ajouter à ſa beauté. Ah, lui dit-il , vo
tre triomphe n'eſt que trop certain !
quelle rivale pourroit le balancer ? La
Couronne eſt à vous ; mais, hélas r
dès ce moment peut-être ceſſez-vous
d'être à moi !
Non , repliqua Doris , la victoire
que Therſandre me promet eſt le
ſeul moyen de me conſerver à lui. La
ſienne eſt aſſurée. Puiſſe mon triomphe
n'être pas plus douteux ! ....
· Doris ! interrompit vivement Ther
- ſandre , vous outragez la Nature qui
épuiſa ſes plus riches dons en votre fa
veur. Quel Tribunal pourroit n'en être
pas frappé ? Ce ſont , il eſt vrai, des
femmes qui vous jugent ; mais vous
leur êtes trop ſupérieure en attraits
pour exciter leur jalouſie. Voit-on l'Af
tre de la Nuit rien diſputer à celui du
Jour ?
-
-
Ecoutez moi, Therſandre, reprit Do
42 MERCURE DE FRANCE.
ris : j'ignore ſi mes avantages ſont tels
-que vous les appréciez; j'ignore le ſuc
cès qui m'attend ; mais ſi la déciſion du
Tribunal
m'eſt contraire ; ſi même,
par quelque injuſtice, elle pouvoit ne
t'être point favorable , crois que je ne
· ſurvivrois point au malheur d'être à
quelque autre qn'à toi.
.
Ah I s'écria l'amoureux Théſſalien, je
jure par Apollon & tous les Dieux de
l'Olympe, que s'il faut aujourd'hui me
lier à tout autre objet que Doris, la
mort au même inſtant briſera ma chaîne;
je préférerai le trépas à cette infortune.
Doris verſoit des larmes en écoutant
Therſandre,&Therſandreétoit hors delui
même. On vint les ſéparer : on leur an
nonça que l'heure de ſe rendre au Tem
ple étoit venue. Quel moment ! Quelle
épreuve ! il fallut pourtant obéir. Déja
une foule immenſe occupoit les avenues
de l'un & de l'autre Temple , ſurtout
du Temple de Vénus. Déjà les plus belles
Theſſaliennes y accouroient avec cet
empreſſement que donne le deſir d'une
Victoire flatteuſe & brillante.
La blonde Iſmene s'avança la pre
mière. Ses regards avoient la douceur des
rayons de l'aurore , ſes traits plus d'a-
grément que de régularité. On l'eût priſe
J U I N. 1764.
43
pour une Grâce, mais on ne l'eût jamais .
priſe pour Vénus.
La brune Zirphé parut enſuite. Sa
taille & ſa démarche ſont celles d'une
Nymphe; ſon œil lance les feux brûlans
du Midi. Il n'échauffe pas, il conſume.
Zirphé a l'art de faire naître les deſirs ;
- mais rarement elle inſpire l'amour. On
cherche à la vaincre plutôt qu'à lui plaire.
· Dircé eût voulu devancer les deux
premières. Son foible eſt de vouloir
dominer partout. On ne dira point qu'elle
manque de beauté, on ne dira pas que
Dircé ſoit belle. Son air impérieux nuit
à ſes agrémens ; il effarouche le timide
eſſain des Grâces.Jamais Dircé ne mar
che en leur compagnie. On la prendroit
pour l'altière Junon qui vient non pas
diſputer, mais éxiger la pomme.
Une foule d'autres Teſſaliennes s'em
preſſoient de paroître. Leurs charmes
réunis , mais prèſque tous différens ,
offroient la douce & riante variété des
fleurs d'un parterre.
Doris n'arriva que la dernière. Tous
les yeux , tous les cœurs volérent à ſa
rencontre. Tous furent éblouis , tous
furent émus. On douta ſi ce n'étoit point
Vénus elle-même qui alloit préſider en
perſonne dans ſon Temple.
On vit les plus belles des aſpirantes
-
44 MERCURE DE FRANCE.
-rougir , pâlir à l'aſpect de Doris, jet
ter un coup d'œil inquiet , tantôt ſur
elle, tantôt ſur le Tribunal qui devoit
apprécier leurs charmes On vit ce
même Tribunal étonné qu'une même
· perſonne réunît tant d'attraits, donner
de ſubites marques d'admiration qui
valoient bien un jugement approfondi.
Cependant la cérémonie commença.
Elle conſiſtoit dans l'éxamen ſcrupuleux
des charmes de chaque aſpirante. Là,nul
le d'entre elles ne pouvoit recourir aux
preſtiges de l'art. Pour paroître belle ,
il falloit l'être, il falloit même l'être dans
toute ſà perſonne. Une tête plus qu'hu
maine entée ſur un corps défectueux ,
une taille divine dépourvue de la blan
cheur & de l'embonpoint ſuffiſant,
telles autres perfections accompagnées
de certains défauts, ne donnoient au
cun droit au prix. Il n'étoit dû qu'à
celles envers qui la Nature s'étoit mon
trée en tous points libérale. Plus d'une
fois , cependant, il avoit fallu adoucir
la rigueur de cette condition ; quel
quefois on avoit pû s'y conformer.
On le pouvoit dans cette circonſtance,.
bien plus que dans aucune autre.
C'étoit dans le ſanctuaire même du
Temple que s'achevoit l'éxamen. Cha
J U I N. 1764.
445
que Beauté y parut ſans voile, chaque
défaut put être apperçu ; rien ne pou
voit en impoſer aux yeux des Juges.
Rien ne leur en impoſa. Toutes ces
jeunes Theſſaliennes avoient eu part
aux dons de la Nature, mais ils dif
féroient dans prèſque chacune d'elles.
Aux unes, elle prodigua les charmes
que l'uſage laiſſe en proie aux regards :
aux autres elle départit ceux qu'il obli
ge de cacher. Leurs perfections réunies
euſſent produit une beauté ſans défaut ;
nulle d'entre elles ne pouvoit prétendre
à ce titre. Nulle ,
c'eſt trop dire.
Doris fit voir en elle ſeule tout ce
que ſes rivales ne poſſédoient qu'en
- CO1I11IlllIl.
Il y avoit dans le ſanctuaire une
Statue de la Déeſſe. Le célébre Phidias
en fut l'Auteur. Il employa pour l'a-
: chever toutes les reſſources de ſon
art, toutes celles que lui offrit la Na
ture. Les plus rares Beautés de toute la
Gréce lui ſervirent de modèle : mais
en ce moment l'on crut qu'il n'avoit
eu d'autre modèle que Doris.
Recevez cette Couronne , lui dit la
Grande Prêtreſſe au bruit des acclama
tions des autres Juges, régnez ſur tou
tes vos Compagnes. Elles ne doivent
46 MERCURE DE FRANCE.
point en murmurer. On peut vous cé
der l'empire de la Beauté ſans renon
cer à l'honneur d'être Belle.
Qui le croira ? les rivales mêmes de
Doris applaudirent à ſon triomphe !
Il eſt un point de fupériorité qui en
impoſe à l'envie même. La jalouſe
Dircé l'éprouva : elle accourut, elle vint
la première offrir ſon hommage à Doris.
Mais Doris ne jouiſſoit pas encore de ſa
victoire. Une crainte nouvelle agitoit
ſon âme. Elle n'oſoit douter que Ther
ſandre n'obtînt le prix; elle n'oſoit ſe
promettre qu'il l'obtînt. La brigue pou
voit l'en priver , ſes Juges pouvoient
ſe méprendre ; & dès-lors quel malheur
pour elle-même d'avoir été préférée !
On jugeoit ſon deſtin'digne d'envie ,
& elle craignoit d'envier bientôt celui
de ſes rivales.
· Cependant, on la couvre d'une robe
flotante & légère , telle que la portoit
Vénus lorſqu'elle s'offrit pour la pre
mière fois aux regards d'Adonis. Mais
Vénus y parut ſans voile, & Doris ne
devoit paroître que voilée aux yeux de
celui qu'une victoire pareille à la fienne
alloit rendre ſon époux. Lui-même ne
devoit l'aborder que couvert de l'ar
mure qu'il venoit d'obtenir. Ce double
J U I N. 1764.
47
uſage ſubſiſtoit depuis l'origne des Prix.
On vouloit par-là nourir juſqu'après l'hy
men une incertitude fâcheuſe , mais
utile. Souvent elle ſuſpendit la joie :
ſouvent elle prévint la réſiſtance.
.
L'autel où devoit être uni le couple
victorieux étoit placé au milieu d'une
avenue qui conduiſoit d'un temple à
l'autre. Une ſymphonie mélodieuſe fut
le ſignal pour s'y rendre. Doris friſſonna
de nouveau. On la conduiſoit en triom
phe ; mais ſes pas chanceloient : on
l'eût priſe pour une victime dévouée à la
colère de Diane plutôt que pour une
favorite de Vénus. De ſon côté le vain
queur approchoit, conduit par les Prê
tres d'Apollon. Une foule immenſe de
ſpectateurs contemploit cette cérémo
nie. On chanta les hymnes de la Déeſſe
& du Dieu qui préſidoient à ces myſ
tères. Vénus y étoit peinte. Apollon y
étoit peint. Tel eſt Therſandre , diſoit
Doris , en admirant le dernier tableau :
tel eſt Therſandre ; pourroit-il n'être pas
couronné ? Mais en vain fes regards per
çoient le voile qui la couvroit : en vain
cherchoit-elle à démêler les traits de
l'époux qu'elle alloit ſe donner : la viſière
de ſon caſque entiérement baiſſée trom
poit toutes ſes recherches. Elle crut voir,
v-' ' i
#
48 MERCURE DE FRANCE.
cependant, les yeux du jeune Theſſa
lien occupés du même ſoin qui l'occu
poit elle-même : c'étoit avec auſſi peu
de ſuccès d'une part que de l'autre.
Alors la grande Prêtreſſe de Vénus,
& le Chef des Prêtres d'Apollon, firent
approcher le jeune couple juſqu'au bord
de l'autel. On ne leur demanda point
s'ils vouloient être unis : l'uſage leur en
faiſoit une loi irrévocable. Le grand
Prêtre joignit leurs mains : la Prêtreſſe
les enchaînoit avec des fleurs : le peuple
· formoit des vœux pour leur félicité. Eux
mêmes, cependant , n'oſoient encore
ſe la promettre. Ce qu'ils éprouvoient ne
peut ſe décrire. La main de Doris trem
bloit dans celle du jeune Theſſalien : il
lui parut n'être pas moins agité. Hélas !
diſoit intérieurement : Doris , quelle
ſituation peut ſe comparer à la mienne ?
Peut-être m'uniſſai-je à Therſandre ?
Peut-être deviens-je la conquête ou
d'Eurilas ou de quelque autre : ce mo
ment décide pour jamais ou de mon
bonheur ou de mon infortune. J'ignore
ce qu'il me réſerve, & je n'oſe ni té
moigner trop d'empreſſement, ni mar
quer trop de répugnance.
Doris balançoit encore, & déja elle
n'étoit plus libre. Déja elle avoit un
époux
J U I N. 1764.
49
époux ſans le connoître, ſans en être
connue. Mais ce myſtère alloit enfin s'é-
claicir. Doris attendoit ce moment avec
agitation, avec éffroi. Il alloit décider
de ſon bonheur, & même de ſa vie : car
elle étoit réſolue de ne point ſurvivre au
malheur d'être ſéparée de Therſandre, au
malheur d'être à tout autre qu'a lui.
Il lui reſtoit à ſubir un autre uſage, il
falloit que ſon époux détachât le voile
qui la déroboit à ſes yeux :
il falloit
qu'elle-même, enſuite , le dépouillât de
ſon caſque. Le ſilence dans cette occa
ſion devoit continuer de part & d'autre.
Le Theſſalien léve le voile , jette un cri
involontaire & tombe aux pieds de
Doris : mais Doris étoit hors d'elle-mê
, me ; Doris ne diſtingua point ces accéns
· inarticulés. Etoit-ce la voix de Therſan
dre ? Etoit-ce la voix de quelqu'un de
ſes Rivaux? L'attitude par elle-même an
nonçoit de l'amour ; mais combien d'au
tres queTherſandre ont paru l'aimer ! elle
héſitoit, elle trembloit, en dénouant les
liens du caſque ; ſon œil regarde &
craint de voir; ſès mains n'oſent prèſque
achever leur ouvrage. C'en eſt fait ce
pendant : le caſque eſt enlevé; le ſort
de Doris eſt éclairci : elle ſuffit à peine
aux mouvem ens qui ºgº# elle tom
-
-
-
-)
5o MERCURE DE FRANCE.
be, elle ſe jette dans les bras de ſon
époux. Cétoit Therſandre.
A cette vue, tous les ſpectateurs pouſ
ſent des cris d'acclamation. Chacun ap
plaudit au choix des Juges , au ſort
des deux Amans. Les rivaux même de
Therſandre n'en murmurent pas, tant
ce jeune couple ſemble fait pour n'être
point ſéparé. Le ſeul Eurilas en ju
geoit autrement ; mais l'amour - pro
pre étouffoit ſes plaintes , ſa manière
d'aimer écartoit ſes regrets : il atten
doit tout de lui-même , & ſe trompa
toujours dans ſon attente. Therſandre
& Doris , au contraire , eſpéroient
tout l'un de l'autre, & leur eſpoir ne
fut jamais trompé.
CONTE,
Tiré d'un Manuscrit Grec.
LA Thessalie est le véritable Elisée de
la Gréce, le séjour du repos & des plaisirs.
La Nature n'y paroît que ſous l'exté
rieur le plus ſéduiſant; elle y ſeme avec
profuſion les riches tréſors qu'elle n'étale
ailleurs qu'avec réſerve. Jupiter ſe plaît
ſur la cime du Mont Olympe; Minerve
parmi les rochers de l'Attique; Diane
au ſein des forêts de l'Elide ; Mars
dans les plaines de la Thrace; Vénus
dans les boſquets de Cythère , & ,
l'Amour dans les délicieux vallons de
Tempé.Jamais ces beaux lieux ne réten
tiſſent que du ſon paifible des flûtes &
des muſettes. Jamais le Pénée qui
arroſe la Theſſalie, ne vit ſur ſes bords
que des Amans fortunés.
aux pieds d'un Autel dédié à l'Amour.
Voici les vœux qu'ils adreſſoient à ce
Dieu leur unique maître.
H
-
Therſandre & Doris étoient l'un & .
l'autre. Chaque jour l'Aurore les voyoit
26 MERCURE DE FRANCE.
» Souverain de notre âme, Arbitre
» du bonheur de nos jours , daigne
» en remplir tous les inſtans. Ceux qui
» ne te ſeroient pas conſacrés ſeroient
» perdus pour nous. Ceux dont tu
» diſpoſes
ſont les
ſeuls dont nous
» jouiſſions. Fais que Doris , diſoit
» Therſandre , n'écoute jamais aucun
» des rivaux que ſa beauté m'attire. Fais
» que Therſandre, diſoit Doris, metrou
» ve toujours plus belle que toutes mes
» rivales ; & tous deux ajoutoient en
» ſemble : » fais que nous méritions
» de ſervir de modéle aux Amans qui
» doivent naître après nous.
Therſandre & Doris avoient de quoi
ſe raſſurer
contre l'inconſtance. La
Theſſalie entiere n'offroit rien d'auſſi
parfait que ce jeune couple. On eût
dit que la Nature, en les formant, avoit
prévu les deſſeins de l'Amour. On eût
dit que l'Amour , en les
uniſſant ,
n'avoit fait qu'obéir à la Nature.
· Doris n'en étoit qu'à ſon troiſiéme
luſtre.Aux grâces touchantes & ingé
nues de cet âge , elle uniſſoit
les
charmes ſéduiſans d'une beauté ac
complie. L'éclat du lys & de la roſe le
céde à l'éclat de ſon teint. L'aſtre de
Vénus b#lle moins au milieu de la
J U I N. 1764.
·
27
nuit que les yeux de Doris au milieu
du jour Ses regards paſſent juſqu'à
l'âme ; ſon doux ſourire ſemble l'appel
ler ; toute ſa perſonne eſt animée par
les Grâces. Les plus belles Theſſalien
nes évitent ſa rencontre ; elles ont ſoin
ſurtout d'en préſerver leurs Amans.
Il eſt difficile de la voir & de reſ
ter fidéle à toute autre. Mais Doris ne
vouloit de fidélité que dans Therſandre.
C'étoit à lui ſeul qu'elle vouloit plaire :
c'étoit lui ſeul qui pouvoit la fixer.
ſDoris jettoit-elleles yeux ſur le criſtal des
fontaines ? c'étoit pour y voir ſi ſes
charmes avoient toujours de quoi cap
tiver Therſandre. Doris cueilloit - elle
des fleurs ſur les rives du Pénée ? c'é-
toit pour en orner Therſandre, ou pour
s'en parer à ſes yeux.
Le jeune Theſſalien répondoit à tant
d'amour par un Amour égal , un amour
qui ne pouvoit ni diminuer ni s'ac
· croître. Sa vue occaſionnoit mille infi
délités ; ſon cœur n'étoit le complice
d'aucune. Abſent de Doris, il ne de
ſiroit qu'elle , avec elle il ne deſiroit
plus rien. L'un & l'autre fuyoient les
lieux trop fréquentés ;
-
-
mais ils les
·fuyoient enſemble. Ceux où ils pou
voient être ſeuls étoient toujours ceux
2s : 1ºo
: B ij
,
28 MERCURE DE FRANCE.
qui les charmoient davantage. En vain ,
§ Therſandre à Doris , en vain la
· blonde Iſméne & la brune Zirphé s'é-
garent-elles ſouvent de leur route, & ſe
trouvent , comme par hazard , ſur la
· nôtre; leurs charmes ne peuvent arrêter
mes regards ; je ne les apperçois que
pour mieux ſentir combien elles vous
cédent ; je les fuirois ſi elles avoient
#uelque choſe à vous diſputer.
Un ſeul point troubloit la félicité de
ces deux amans. Ils ne pouvoient être
· unis par les nœuds de l'hymen qu'après
une cérémonie conſacrée par l'uſage
& les loix du païs. Elle ſe renouvelloit
tous les ans, & ce tems étoit prochain.
Elle conſiſtoit à couronner de myrthes &
de fleurs la plus belle desTheſſaliennes.,
& le Theſſalien le mieux fait : elleconſiſ
toit ſurtout à unir pour jamais le couple
, couronné : union que n'avoit pas tou
·jour précédé celle des cœurs & #
ne ſuivoit pas toujours. Bien des fois l'a-
mour gémit de cet uſage. Bien des fois
cet uſage rompit les deſſeins de l'amour.
Therſandre & Doris étoient ceux qui
en devoient le moins redouter les ſuites;
cependant ils les redoutoient.La crainte
- l'emportoit en eux ſur l'amour - propre.
Therſandre n'oſoit ſe flatter d'avoir le
prix & ne doutoit pas que Doris ne
·
J U I N. 1764.
29
l'obtînt. Doris croyoit déjà voir couron
ner Therſandre, & quelqu'une de ſes
rivales. Fous deux ainſi craignoient
d'être bien-tôt ſéparés. En vain chaque
naïade offroit à la jeune Theſſalienne un
miroir propre à la raſſurer : elle ne s'y
contemploit qu'avec défiance, elle ſe
trouvoit moins belle de jour en jour. Par,
la même raiſon , les charmes les plus
médiocres dans toute autre lui ſem
bloient devoir l'emporter ſur les ſiens.
C'étoit la première fois ſans doute qu'une
jeune Beauté oublioit ſes propres avan
tages, la première fois, ſur-tout, qu'elle
apprécioit trop ceux de ſes rivales. On
a déjà vu que Therſandre jugeoit auſſi
modeſtement de lui même. Il eût voulu
pouvoir éloigner cette fatale cérémonie.
Ce ſeroit, diſoit-il, retarder le triom
phe de Doris : mais dois-je ſouhaiter que .
Doris triomphe ſi je ne partage moi
même ſa victoire ? Si cette victoire qui
l'attend, doit pour jamais nous ſéparer ?
Peu s'en falloit qu'il ne regrettât que
Doris eût tant de charmes. Il deſiroit
qu'elle pût trouver des rivales , ou
plutôt qu'elle ne s'expoſât point à la né
· ceſſité de les vaincre.
Doris,qui avoit les mêmes craintes,
formoit en ſecret les mêmes vœux. Les
B iij
3o MERCURE DE FRANCE.
âmes de ces deux amans étoient d'accord
avant que leurs bouches ſe fuſſent ex
pliquées. Ce fut Doris qui rompit le
ſilence la première. Voici ce qu'elle
diſoit à ſon amant qui l'écoutoit, l'ad
miroit & l'adoroit.
Le jour approche, mon chèr Therſan
dre , ce jour où la JeuneſſeTheſſalienne
doit accourir en foule aux Temples de
Vénus & d'Apollon. Bien-tôt vont ſe
diſtribuer ces prix que la vanité recher
che & que l'amour doit dédaigner.
Votre victoire n'eſt pas douteuſe; mais
la mienne peut l'être, une de mes com
pagnes peut m'être préferée, & vous-mê
me alors ſeriez contraint de me la pré
férer.Ce dernier malheur eſt le ſeul que
je redoute : ayons le courage de le pré
venir. Peu m'importe que la Grece en
tiere me croye dépourvue de charmes :
je ne veux être belle qu'aux yeux de
Therſandre. Je vais réjouir la jalouſe
Dircé en publiant qu'une maladie ſubite
a défiguré mes traits au point de me ré
duire à les cacher. Je ne crains pas de
trouver d'incrédules.
.
Ah l s'écria Therſandre, pour ſoup
çonner un tel ſacrifice il faudroit ſoi
même en être capable ; il faudroit avoir
l'âme de Doris , il faudroit avoir ſon
J U I N. 1764.
3I
· amour.Jugez de mes tranſports , ajouta
t-il en tombant à ſes genoux ! je le dé
- firois ce ſacrifice; mais je n'oſois l'éxi
ger : trop ſûr de vos ſuccès, je doutois
de plus en plus des miens. Le moindre
de mes rivaux me ſembloit redoutable.
Tout amour-propre ceſſe quand il s'agit
de s'expoſer à vous perdre.C'en eſt fait ;
nul hazard ne pourra plus nous ſéparer.
Je vais feindre comme vous ; je vais
ſuppoſer qu'un accident funeſte m'inter
dit les moyens d'aſpirer au prix. Ehlquel
autre prix pourroit me flatter après
celui que Doris m'aſſure ?
Cette explication rendit le calme aux
deux amans. Ils ne ſongerent plus qu'à
effectuer leur projet. Le bruit courut dès
le jourſuivant que Doris étoit menacée
de perdre la vue. Cette nouvelle réjouit
plus d'une belle Theſſalienne. Telle qui
auparavant n'oſoit pas même ſonger au
prix, oſa dès-lors y prétendre & ſe le
promettre. Peu importoit au plus grand
nombre que leurs amans fuſſent préfé
rés; elles n'ambitionnoient cette préfé
rence que pour elles-mêmes; elles ne
craignoient pas d'épouſer l'amant d'une
· autre. Quelques-unes redoutoient cet
| échange : mais elles ne pouvoient ſe
· reſoudre à n'en pas courir les riſques :
B iv
#
N,
32 MERCURE DE FRANCE.
d'autres ne fe perſuadoient pas qu'il
pût y en avoir ni pour elles ni pour leurs
amans.La ſeule Doris,le ſeul Therſandre,
s'aimoient aſſez pour ignorer tous leurs
avantages : ils ne vouloient point faire
dépendre du hazard un bonheur qui ne
dépendoit que deux-mêmes. Therſandre
à ſon tour prit des meſures pours'éxemp
ter du concours. Il attaque um Sanglier
furieux, le tue ; mais il feimt d'être lui
même fort bleſſé. Au bout de quelques
jours on publie par ſon ordre que cette
bleſſure le prive pour jamais de l'uſage
d'un bras, & par la même raiſon du droit
d'aſpirer au prix. Cette nouvelle ſup
poſition trouve auſſi peu d'incrédules
que la première.
Alors on vit s'accroitre & le nombre
& l'eſpoir des concurrens. Nul d'entre
eux ne ſoupçonnoit le ſtratagême, tous
avoient intérêt de ne point s'y oppoſer.
Un ſeul néanmoins s'affligeoit de l'éve
nement. Ce n'étoit point comme ami
de Therſandre, c'étoit comme ſon rival.
Il aimoit Doris qui ne l'avoit jamais fa
voriſé d'un regard : mais tant de rigueur
· ne diminuoit ni ſes eſpérances ni la bon
ne opinion qu'il avoit de lui-même. Il ſe
croyoit aſſuré du prix : il ne doutoit pas
que Dorisn'obtînt le même avantage ſur
J U I N. 1764.
3 $
ſes rivales : Doris par cette raiſon ne
pouvoit éviter d'être à lui. Ainſi raiſon
noit Eurilas, c'étoit le nom du Theſſa
lien préſomptueux. Il attendoit avec la -
plus vive impatience le jour qui devoit
éclairer ſon triomphe. Il apprit alors
que Doris étoit forcée de renoncer au
ſien , qu'elle n'avoit plus droit d'y pré
tendre. A cette nouvelle ſa douleur ſur
paſſa de beaucoup ſon amour. Il aimoit
Doris parce qu'elle étoit la plus belle
des Theſſaliennes ;
c'étoit ſa beauté
ſeule qu'il aimoit.Quelques agrémens de
plus dans une autre l'euſſent arraché à la
première. La ſource de ſon déplaiſir étoit
que Doris ne pût être ni effacée ni rem
placée. Il trouva un autre ſujet d'afflic
tion dans la bleſſure de Therſandre, qu'il
croyoit réelle. Cétoit une fleur de moins
à ſa couronne, une victoire aſſurée que
la fortune lui enlevoit. L'amour-propre
étoit l'unique ſource des deſirs & des
regrèts d'Eurilas.
Bientôt même il ſoupçonna que Doris
& Therſandre pouvoient être d'accord,
& feindre des maux qu'ils ne reſſentoient
pas. Ils craignent, diſoit-il, d'être ſéparés,
& c'eſt moi ſeul qui cauſe cette crainte.
Alors il ſonge à vérifier ce doute, à pré
venir le larcin qu'on prétend lui faire
B v
34 MERCURE DE FRANCE.
Il y avoit dans cette contrée un Vieil
lard iſſu de la race d'Eſculape & qui -
avoit hérité de ſa ſcience. Les triſtes &
nombreux accidens qui affligent l'huma
nité ſembloient fuir devant lui. La con
fiance renaiſſoit à ſon approche , & cette
confiance n'étoit point trompée. Ce fut
lui qu'Eurilas voulut d'abord conſulter,
& voici comment il raiſonnoit : ſi Ther
ſandre & Doris, diſoit il, ſont entre
les mains de ce Vieillard , leur guériſon
- eſt prèſque aſſurée : ſi, au contraire , ils
n'ont pas eu recours à lui , c'eſt qu'ils
redoutent ſa pénétration. il arrive chez
Eurimaque, ainſi ſe nommoit l'héritier
du Dieu d'Epidaure, il lui parle de Doris
& de Therſandre. Ce n'étoit pas la pre
mière fois que ces deux noms avoient
frappé les
oreilles d'Eurimaque ; mais
ni Therſandre , ni
Doris
n'avoient
jamais eu recours à ſon art. La natu
1e avoit joint en eux les heureux tré
ſors de la ſanté aux dons brillans des
grâces
perſonnelles. Eurimaque s'at
tendrit au récit d'Eurilas. Je fais , lui
dit-il, ce qu'on publie à la louange de
ce jeune couple : ſon double accident
m'afflige. Puiſſe mon art lui être de
quelque utilité ! C'étoit offrir à Eurilas
une faveur qu'il s'apprêtoit à demander
J U I N. 1764.
Il détermine facilement le Vieillard à le
ſuivre. Tous deux s'avancent vers la
demeure de Doris.
-
Les deux amans s'applaudiſſoient de
leur feinte. Ils jouiſſoient de l'erreur
qu'elle avoit cauſée ; ils ſe promet
toient d'en jouir encore mieux par la
ſuite. Après un régime & des ſecours
ſimulés, ils reprirent leur conduite or
dinaire. Ils ne ſoupçonnoient pas qu'au
cun Theſſalien, qu'aucune Theſſalienne
oſaſſènt les contredire & cherchaſſent à
divulguer leur ſecret. Chaque jour ils ſe
rendoient enſemble au ſein d'un vallon
paiſible & iſolé. Doris avoit les yeux
couverts d'un bandeau ; Therſandre lui
ſervoit de guide, & lui - même avoit
- le bras ſoutenu par une écharpe ; mais
- l'écharpe & le bandeau ne reſtoient pas
toujours attachés : ſouvent Therſandre
faiſoit uſage de ſes deux mains pour
preſſer les mains de Doris, pour la parer
des plus belles fleurs que le Pénée voit
éclore ſur ſa rive. Souvent Doris atta
choit ſurTherſandre des yeux dont l'éclat
brilloit au loin & étoit bien propre à dé
mentir le malheur dont elle ſe plaignoit.
· Que ne vous dois-je pas ? lui diſoit
un jour Therſandre , quel ſacrifice ne
me fait pas votre amour ? C'eſt peu de
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
renoncer au prix qui vous eſt dû ; vous
renoncez à l'honneur de paſſer pour
belle, à l'avantage de le paroître : vous
cédez l'empire de la beauté à celles qui
ne devroient qu'embellir votre triom
· phe ! ... Mon cher Therſandre, inter
· rompit Doris, le ſeul empire qui me
· flatte eſt celui que vous me donnez ſur
votre âme : qu'il me reſte, je n'en de
ſire, je n'en regrette aucun autre. Ah !
s'écria l'amoureux Theſſalien , préſu
mez-vous qu'il ſoit en mon pouvoir de
vous l'ôter ? qu'il ſoit même au vôtre
de le perdre ? Doris régnera fur tous
ceux qui l'appercevront : elle ne ſçau
roit fuir un regard fans renoncer à une
victoire. Que l'Amour en ſoit loué, re
prenoit Doris , j'aime ſes dons pour
vous les offrir ; je regretterois de vous
offrir moins. Vous-même , mon cher
Therſandre , vous-même ne faites-vous
pas pour moi ce que je fais pour vous ?
Vos ſacrifices égalent ou ſurpaſſent les
miens : puiſſe votre ſatisfaction egaler
la mienne !
-
-
A ce dernier diſcours Therſandre ne
répondit que par des tranſports; langa
ge toujours expreſſif chez les vrais
Amans. Non , ajouta-t-il , mon bon
heur tel qu'il eſt, ne peut s'accroître :
J U I N. 1764.
nul autre ſoin ne peut
des jaloux.
.
37
le troubler.
Soyons heureux pour nous - mêmes ;
laiſſons à d'autres le vain deſir de faire
Ce fut au milieu d'un pareil entre
tien qu'Eurilas les ſurprit ſans en être
lui-même apperçu. Ils n'étoient point
ſur leurs gardes : les ſoupçons d'Eurilas
furent confirmés. Il étoit trop vain pour
témoigner un violent dépit. Il ne le fut
pas encore aſſez pour paroître tran
· quile. Eurimaque arriva quelques inſ
tans après lui. Voyez, dit-il au vieillard,
voyez ces deux Amans; ils n'ont be
ſoin ni de mes ſecours, ni des vôtres.
L'Amour dans cette contrée eſt fécond
en prodiges : c'eſt lui, ſans doute, qui
vient d'opérer une fi belle cure.
Tandis qu'il parloit ainſi, Therſandre
& Doris continuoient à n'être occupés
que d'eux-mêmes : ils ne voyoient ni
Eurilas ni Eurimaque Ce fut Therſan
dre qui les apperçut le premier. Il ſçut
modérer fa ſurpriſe; il ſçut même pré
venir Doris à temps du parti qu'elle
devoit prendre. C'étoit de paroître ne
rien voir. Tons deux ignoroient la pro
feſſion d'Eurimaque , & combien il
étoit difficile d'échapper à ſes lumières.
Eurilas étoit celui qu'ils craignoient le
38 MERCURE DE FRANCE.
plus. Cependant l'un & l'autre témoin
avançoient toujours.
Ils arrivent. Le
bras d'Eurilas a déja repris l'écharpe.
Doris les regarde, mais ſans qu'aucun
ſigne annonce qu'elle les apperçoit.
Telle Pigmalion vit d'abord ſa ſtatüe
avant que l'Amour l'eût animée en ſa
faveur, telle parut Doris aux yeux d'Eu
rilas & d'Eurimaque. Mais la mépriſe
ne pouvoit être longue. Le regard de
Doris pour être immobile n'en étoit
pas moins perçant. Le Soleil qu'aucun
nuage ne voile à nos yeux ne peut
nous dérober ſes rayons : il nous échauf
fe malgré lui-même.
.
-
-
Non , s'écria Eurilas , de ſi beaux
yeux ne peuvent être inutiles à Doris,
ils ont trop de pouvoir ſur les nôtres !
Ils font trop ſentir à notre âme leur
vive & douce influence ! Vous en par
lez comme un Amant, lui dit Eurima
que, & cette manière de voir a ſon
mérite : la mienne, d'ailleurs, s'accorde
avec la vôtre. Non, belle Doris , pour
ſuivit-il, vous n'êtes point privée de l'u-
ſage de vos yeux. C'eſt ce qu'éprouve
roient & atteſteroient en vous voyant
tous les Theſſaliens; c'eſt ce qu'affirme
de plus ici un deſcendant, un ſucceſ
ſeur d'Eſculape
:
2
,
... e
J U I N. 1764.
| Ce diſcours ſi
39
Ces derniers mots firent trembler &
Doris & Therſandre. Ils reconnurent
Eurimaque. Ils virent qu'une plus lon
gue diſſimulation ſeroit inutile. Eh,
commert pouvoir lui en impoſer ? Les
maux réels ne lui réſiſtoient pas : des
maux ſuppoſés lui pourroient-ils faire
illuſion ? Un autre motif excitoit encore
le zéle du vieillard. Il étoit du nombre
des Juges auxquels Therſandre cher
choit à ſe ſouſtraire. Il croyoit Apollon
même outragé par ce deſſein. Jeune
homme, dit-il à Therſandre, apprends
à faire un autre uſage des
faveurs
que la Nature & les Dieux t'ont bien
voulu départir : apprends que les maſ
quer c'eſt
les méconnoître ; c'eſt te
montrer ingrat envers ceux à qui tu
les dois. Ta modeſtie eſt un crime. Al
lez, pourſuivit-il en s'adreſſant au jeune
couple , allez diſputer ou plutôt recevoir
le prix qui vous attend. Pourquoi vous
refuſer à un triomphe certain ? Voit
on l'Aigle ſuir le Soleil & les Colom
bes le char de Vénus ?
-
-
flatteur pour Ther
fandre devoit peu flatter Eurilas : mais
ſa vanité le raſſuroit. : Il jugea qu'Euri
maque ſe connoiſſoit mieux en infirmités
qu'en agrémens. Lui-même exhorta ſon
--
4o MERCURE DE FRANCE.
,
rival à mettre à profit les conſeils du
vieillard. -
Il fallut que les deux Amans s'y déter
minaſſent : mais ils ne le promirent qu'en
ſoupirant. Leur amour gémiſſoit de ſe
compromettre ainſi , leurs craintes ſe
renouvelloient. En même temps s'é-
vanouiſſoient les eſpérances de la Jeu
neſſe Theſſalienne. Tels à l'aſpect du
Phénix , les autres oiſeaux reconnoiſ
ſent leur infériorité. Ils l'entourent dans
un profond ſilence, & ceux qu'enor
gueilliſſoit l'éclat de leur plumage per- .
dent toute leur fierté en contemplant
le ſien.
Le ſeul Eurilas n'avoit rien perdu de
ſa préſomption. Il eût voulu pouvoir
hâter le jour du couronnement. Ce
jour enfin arriva, & Doris & Therſan
dre frémirent. Doris dans ce moment
trouvoit que la Nature avoit bien peu
fait pour elle. Ce fut la première fois
qu'elle ſoupçonna que l'Art pouvoit
être employé : ce fut même à regret
qu'elle n'en fit point uſage. L'onde juſ
qu'alors lui avoit tenu lieu de miroir :
pour cette fois elle y en joignit un ar- .
tificiel. Ses yeux conſultoient l'un &
l'autre avec inquiétude : ni l'un ni l'au
: .
º,
|
|
-
J U I N. 1764.
41
tre ne les ſatisfirent. Jamais Doris ne
s'étoit moins plû à elle-même ; jamais
elle n'eſpéra moins plaire aux yeux
d'autrui.
Therſandre étoit dans la même ſitua
tion , avoit les mêmes craintes pour lui
même. Il vit Doris, il fut ébloui. La
· crainte de paroître moins belle ſembloit
ajouter à ſa beauté. Ah, lui dit-il , vo
tre triomphe n'eſt que trop certain !
quelle rivale pourroit le balancer ? La
Couronne eſt à vous ; mais, hélas r
dès ce moment peut-être ceſſez-vous
d'être à moi !
Non , repliqua Doris , la victoire
que Therſandre me promet eſt le
ſeul moyen de me conſerver à lui. La
ſienne eſt aſſurée. Puiſſe mon triomphe
n'être pas plus douteux ! ....
· Doris ! interrompit vivement Ther
- ſandre , vous outragez la Nature qui
épuiſa ſes plus riches dons en votre fa
veur. Quel Tribunal pourroit n'en être
pas frappé ? Ce ſont , il eſt vrai, des
femmes qui vous jugent ; mais vous
leur êtes trop ſupérieure en attraits
pour exciter leur jalouſie. Voit-on l'Af
tre de la Nuit rien diſputer à celui du
Jour ?
-
-
Ecoutez moi, Therſandre, reprit Do
42 MERCURE DE FRANCE.
ris : j'ignore ſi mes avantages ſont tels
-que vous les appréciez; j'ignore le ſuc
cès qui m'attend ; mais ſi la déciſion du
Tribunal
m'eſt contraire ; ſi même,
par quelque injuſtice, elle pouvoit ne
t'être point favorable , crois que je ne
· ſurvivrois point au malheur d'être à
quelque autre qn'à toi.
.
Ah I s'écria l'amoureux Théſſalien, je
jure par Apollon & tous les Dieux de
l'Olympe, que s'il faut aujourd'hui me
lier à tout autre objet que Doris, la
mort au même inſtant briſera ma chaîne;
je préférerai le trépas à cette infortune.
Doris verſoit des larmes en écoutant
Therſandre,&Therſandreétoit hors delui
même. On vint les ſéparer : on leur an
nonça que l'heure de ſe rendre au Tem
ple étoit venue. Quel moment ! Quelle
épreuve ! il fallut pourtant obéir. Déja
une foule immenſe occupoit les avenues
de l'un & de l'autre Temple , ſurtout
du Temple de Vénus. Déjà les plus belles
Theſſaliennes y accouroient avec cet
empreſſement que donne le deſir d'une
Victoire flatteuſe & brillante.
La blonde Iſmene s'avança la pre
mière. Ses regards avoient la douceur des
rayons de l'aurore , ſes traits plus d'a-
grément que de régularité. On l'eût priſe
J U I N. 1764.
43
pour une Grâce, mais on ne l'eût jamais .
priſe pour Vénus.
La brune Zirphé parut enſuite. Sa
taille & ſa démarche ſont celles d'une
Nymphe; ſon œil lance les feux brûlans
du Midi. Il n'échauffe pas, il conſume.
Zirphé a l'art de faire naître les deſirs ;
- mais rarement elle inſpire l'amour. On
cherche à la vaincre plutôt qu'à lui plaire.
· Dircé eût voulu devancer les deux
premières. Son foible eſt de vouloir
dominer partout. On ne dira point qu'elle
manque de beauté, on ne dira pas que
Dircé ſoit belle. Son air impérieux nuit
à ſes agrémens ; il effarouche le timide
eſſain des Grâces.Jamais Dircé ne mar
che en leur compagnie. On la prendroit
pour l'altière Junon qui vient non pas
diſputer, mais éxiger la pomme.
Une foule d'autres Teſſaliennes s'em
preſſoient de paroître. Leurs charmes
réunis , mais prèſque tous différens ,
offroient la douce & riante variété des
fleurs d'un parterre.
Doris n'arriva que la dernière. Tous
les yeux , tous les cœurs volérent à ſa
rencontre. Tous furent éblouis , tous
furent émus. On douta ſi ce n'étoit point
Vénus elle-même qui alloit préſider en
perſonne dans ſon Temple.
On vit les plus belles des aſpirantes
-
44 MERCURE DE FRANCE.
-rougir , pâlir à l'aſpect de Doris, jet
ter un coup d'œil inquiet , tantôt ſur
elle, tantôt ſur le Tribunal qui devoit
apprécier leurs charmes On vit ce
même Tribunal étonné qu'une même
· perſonne réunît tant d'attraits, donner
de ſubites marques d'admiration qui
valoient bien un jugement approfondi.
Cependant la cérémonie commença.
Elle conſiſtoit dans l'éxamen ſcrupuleux
des charmes de chaque aſpirante. Là,nul
le d'entre elles ne pouvoit recourir aux
preſtiges de l'art. Pour paroître belle ,
il falloit l'être, il falloit même l'être dans
toute ſà perſonne. Une tête plus qu'hu
maine entée ſur un corps défectueux ,
une taille divine dépourvue de la blan
cheur & de l'embonpoint ſuffiſant,
telles autres perfections accompagnées
de certains défauts, ne donnoient au
cun droit au prix. Il n'étoit dû qu'à
celles envers qui la Nature s'étoit mon
trée en tous points libérale. Plus d'une
fois , cependant, il avoit fallu adoucir
la rigueur de cette condition ; quel
quefois on avoit pû s'y conformer.
On le pouvoit dans cette circonſtance,.
bien plus que dans aucune autre.
C'étoit dans le ſanctuaire même du
Temple que s'achevoit l'éxamen. Cha
J U I N. 1764.
445
que Beauté y parut ſans voile, chaque
défaut put être apperçu ; rien ne pou
voit en impoſer aux yeux des Juges.
Rien ne leur en impoſa. Toutes ces
jeunes Theſſaliennes avoient eu part
aux dons de la Nature, mais ils dif
féroient dans prèſque chacune d'elles.
Aux unes, elle prodigua les charmes
que l'uſage laiſſe en proie aux regards :
aux autres elle départit ceux qu'il obli
ge de cacher. Leurs perfections réunies
euſſent produit une beauté ſans défaut ;
nulle d'entre elles ne pouvoit prétendre
à ce titre. Nulle ,
c'eſt trop dire.
Doris fit voir en elle ſeule tout ce
que ſes rivales ne poſſédoient qu'en
- CO1I11IlllIl.
Il y avoit dans le ſanctuaire une
Statue de la Déeſſe. Le célébre Phidias
en fut l'Auteur. Il employa pour l'a-
: chever toutes les reſſources de ſon
art, toutes celles que lui offrit la Na
ture. Les plus rares Beautés de toute la
Gréce lui ſervirent de modèle : mais
en ce moment l'on crut qu'il n'avoit
eu d'autre modèle que Doris.
Recevez cette Couronne , lui dit la
Grande Prêtreſſe au bruit des acclama
tions des autres Juges, régnez ſur tou
tes vos Compagnes. Elles ne doivent
46 MERCURE DE FRANCE.
point en murmurer. On peut vous cé
der l'empire de la Beauté ſans renon
cer à l'honneur d'être Belle.
Qui le croira ? les rivales mêmes de
Doris applaudirent à ſon triomphe !
Il eſt un point de fupériorité qui en
impoſe à l'envie même. La jalouſe
Dircé l'éprouva : elle accourut, elle vint
la première offrir ſon hommage à Doris.
Mais Doris ne jouiſſoit pas encore de ſa
victoire. Une crainte nouvelle agitoit
ſon âme. Elle n'oſoit douter que Ther
ſandre n'obtînt le prix; elle n'oſoit ſe
promettre qu'il l'obtînt. La brigue pou
voit l'en priver , ſes Juges pouvoient
ſe méprendre ; & dès-lors quel malheur
pour elle-même d'avoir été préférée !
On jugeoit ſon deſtin'digne d'envie ,
& elle craignoit d'envier bientôt celui
de ſes rivales.
· Cependant, on la couvre d'une robe
flotante & légère , telle que la portoit
Vénus lorſqu'elle s'offrit pour la pre
mière fois aux regards d'Adonis. Mais
Vénus y parut ſans voile, & Doris ne
devoit paroître que voilée aux yeux de
celui qu'une victoire pareille à la fienne
alloit rendre ſon époux. Lui-même ne
devoit l'aborder que couvert de l'ar
mure qu'il venoit d'obtenir. Ce double
J U I N. 1764.
47
uſage ſubſiſtoit depuis l'origne des Prix.
On vouloit par-là nourir juſqu'après l'hy
men une incertitude fâcheuſe , mais
utile. Souvent elle ſuſpendit la joie :
ſouvent elle prévint la réſiſtance.
.
L'autel où devoit être uni le couple
victorieux étoit placé au milieu d'une
avenue qui conduiſoit d'un temple à
l'autre. Une ſymphonie mélodieuſe fut
le ſignal pour s'y rendre. Doris friſſonna
de nouveau. On la conduiſoit en triom
phe ; mais ſes pas chanceloient : on
l'eût priſe pour une victime dévouée à la
colère de Diane plutôt que pour une
favorite de Vénus. De ſon côté le vain
queur approchoit, conduit par les Prê
tres d'Apollon. Une foule immenſe de
ſpectateurs contemploit cette cérémo
nie. On chanta les hymnes de la Déeſſe
& du Dieu qui préſidoient à ces myſ
tères. Vénus y étoit peinte. Apollon y
étoit peint. Tel eſt Therſandre , diſoit
Doris , en admirant le dernier tableau :
tel eſt Therſandre ; pourroit-il n'être pas
couronné ? Mais en vain fes regards per
çoient le voile qui la couvroit : en vain
cherchoit-elle à démêler les traits de
l'époux qu'elle alloit ſe donner : la viſière
de ſon caſque entiérement baiſſée trom
poit toutes ſes recherches. Elle crut voir,
v-' ' i
#
48 MERCURE DE FRANCE.
cependant, les yeux du jeune Theſſa
lien occupés du même ſoin qui l'occu
poit elle-même : c'étoit avec auſſi peu
de ſuccès d'une part que de l'autre.
Alors la grande Prêtreſſe de Vénus,
& le Chef des Prêtres d'Apollon, firent
approcher le jeune couple juſqu'au bord
de l'autel. On ne leur demanda point
s'ils vouloient être unis : l'uſage leur en
faiſoit une loi irrévocable. Le grand
Prêtre joignit leurs mains : la Prêtreſſe
les enchaînoit avec des fleurs : le peuple
· formoit des vœux pour leur félicité. Eux
mêmes, cependant , n'oſoient encore
ſe la promettre. Ce qu'ils éprouvoient ne
peut ſe décrire. La main de Doris trem
bloit dans celle du jeune Theſſalien : il
lui parut n'être pas moins agité. Hélas !
diſoit intérieurement : Doris , quelle
ſituation peut ſe comparer à la mienne ?
Peut-être m'uniſſai-je à Therſandre ?
Peut-être deviens-je la conquête ou
d'Eurilas ou de quelque autre : ce mo
ment décide pour jamais ou de mon
bonheur ou de mon infortune. J'ignore
ce qu'il me réſerve, & je n'oſe ni té
moigner trop d'empreſſement, ni mar
quer trop de répugnance.
Doris balançoit encore, & déja elle
n'étoit plus libre. Déja elle avoit un
époux
J U I N. 1764.
49
époux ſans le connoître, ſans en être
connue. Mais ce myſtère alloit enfin s'é-
claicir. Doris attendoit ce moment avec
agitation, avec éffroi. Il alloit décider
de ſon bonheur, & même de ſa vie : car
elle étoit réſolue de ne point ſurvivre au
malheur d'être ſéparée de Therſandre, au
malheur d'être à tout autre qu'a lui.
Il lui reſtoit à ſubir un autre uſage, il
falloit que ſon époux détachât le voile
qui la déroboit à ſes yeux :
il falloit
qu'elle-même, enſuite , le dépouillât de
ſon caſque. Le ſilence dans cette occa
ſion devoit continuer de part & d'autre.
Le Theſſalien léve le voile , jette un cri
involontaire & tombe aux pieds de
Doris : mais Doris étoit hors d'elle-mê
, me ; Doris ne diſtingua point ces accéns
· inarticulés. Etoit-ce la voix de Therſan
dre ? Etoit-ce la voix de quelqu'un de
ſes Rivaux? L'attitude par elle-même an
nonçoit de l'amour ; mais combien d'au
tres queTherſandre ont paru l'aimer ! elle
héſitoit, elle trembloit, en dénouant les
liens du caſque ; ſon œil regarde &
craint de voir; ſès mains n'oſent prèſque
achever leur ouvrage. C'en eſt fait ce
pendant : le caſque eſt enlevé; le ſort
de Doris eſt éclairci : elle ſuffit à peine
aux mouvem ens qui ºgº# elle tom
-
-
-
-)
5o MERCURE DE FRANCE.
be, elle ſe jette dans les bras de ſon
époux. Cétoit Therſandre.
A cette vue, tous les ſpectateurs pouſ
ſent des cris d'acclamation. Chacun ap
plaudit au choix des Juges , au ſort
des deux Amans. Les rivaux même de
Therſandre n'en murmurent pas, tant
ce jeune couple ſemble fait pour n'être
point ſéparé. Le ſeul Eurilas en ju
geoit autrement ; mais l'amour - pro
pre étouffoit ſes plaintes , ſa manière
d'aimer écartoit ſes regrets : il atten
doit tout de lui-même , & ſe trompa
toujours dans ſon attente. Therſandre
& Doris , au contraire , eſpéroient
tout l'un de l'autre, & leur eſpoir ne
fut jamais trompé.
Fermer
Résumé : LES DEUX PRIX, CONTE, Tiré d'un Manuscrit Grec.
Le conte 'Les Deux Prix' se déroule en Thessalie, une région réputée pour ses plaisants et ses divinités. L'histoire met en scène Thersandre et Doris, un couple exceptionnellement beau et amoureux. Ils redoutent une cérémonie annuelle où les plus beaux Thessaliens sont couronnés et unis par les lois du pays, ce qui pourrait les séparer. Pour éviter cette séparation, Doris simule une maladie et Thersandre feint une blessure grave. Leur stratagème est accepté par tous, sauf par Eurilas, un rival de Thersandre amoureux de Doris. Eurilas consulte Eurimaque, un médecin, pour vérifier l'authenticité des maladies simulées. Malgré cela, Doris et Thersandre continuent de se voir en secret dans un vallon isolé. Leur supercherie est finalement découverte par Eurila et Eurimaque, qui les exhortent à cesser leur dissimulation, soulignant l'ingratitude envers la nature et les dieux. Lors de la compétition de beauté, Doris et Thersandre acceptent de concourir. Doris est déclarée victorieuse et préparée pour son mariage avec un homme inconnu. Lors de la cérémonie, le prêtre unit leurs mains avec des fleurs, mais Doris et son époux ignorent encore leur identité mutuelle. Lors de la révélation, Doris reconnaît Thersandre sous le casque de son époux. Les spectateurs acclament le couple, approuvant le choix des juges. Eurilas, le seul rival mécontent, étouffe ses plaintes. Thersandre et Doris voient leur espoir d'union récompensé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11061
p. 50-51
VERS de M. C***, sur le portrait de sa femme peint par M. P. de S. A**.
Début :
DANS ce Portrait que d'objets séduisans ! [...]
Mots clefs :
Portrait, Femme, Trait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS de M. C***, sur le portrait de sa femme peint par M. P. de S. A**.
VERs de M. C ***, ſur le portrait
· de ſa femme peint par M. P. de S.A**.
- D A N s ce Portrait que d'objets ſéduiſans !
Que l'Art y rend bien la Nature !
L'Amour y trouve ſa figure,
Et les Grâces leurs agrémens ;
Junon, ſon maintien, ſa nobleſſe ;
Pallas, ſes talens, ſa ſageſſe;
Apºlloa , ſºn eſprit, ſon goût ;
-
'J U I N. 1764. 5 1
: Et moi, ſans craindre l'Epigramme,
Je ſoutiens qu'il réunit tout :
Cat j'y vois trait pour trait ma femme.
· de ſa femme peint par M. P. de S.A**.
- D A N s ce Portrait que d'objets ſéduiſans !
Que l'Art y rend bien la Nature !
L'Amour y trouve ſa figure,
Et les Grâces leurs agrémens ;
Junon, ſon maintien, ſa nobleſſe ;
Pallas, ſes talens, ſa ſageſſe;
Apºlloa , ſºn eſprit, ſon goût ;
-
'J U I N. 1764. 5 1
: Et moi, ſans craindre l'Epigramme,
Je ſoutiens qu'il réunit tout :
Cat j'y vois trait pour trait ma femme.
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11062
p. 51
VERS à M. LEGROS, nouvelle Haute-contre de l'Opéra.
Début :
QU'ENTENS-je ! Est-ce un Mortel qui rend de si beaux sons ? [...]
Mots clefs :
Opéra, Mortel, Dieux, Sons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à M. LEGROS, nouvelle Haute-contre de l'Opéra.
VERs à M. LEGRos, nouvelle Haute
contre de l'Opéra.
#
-
-
Qº'nrrns-je Eſt-ce un Mortel qui rend de
ſi beaux ſons ?
Quels accens ! quels éclats ! grands Dieux, quelle
merveille !
Depuis ſi longtemps mon oreille
Eſt ſi peu faite à ces ſublimes tons,
Que je doute encor ſi je veille.
Mais c'eſt lui, je le reconnais ;
C'eſt Apollon, c'eſt mon Dieu tutélaire ;
, C'eſt lui qui deſcend ſur la Tèrre
Pour mettre fin à nos regrèts.
Ce Dieu très-ſûr qu'il étoit impoſſible
Qu'un Mortel remplacât le divin enchanteur,
Dont chaque jour la perte trop ſenſible
. Renouvelloit notre juſte douleur ;
Touché de notre peine extrême,
Quitte exprès le ſéjour des Dieux,
Se rend viſible, & vient dans ces beaux lieux,
Sous les traits de LE GRos , nous enchanter lui
· · même.
Mipimºgimiyºsºmeie ;
contre de l'Opéra.
#
-
-
Qº'nrrns-je Eſt-ce un Mortel qui rend de
ſi beaux ſons ?
Quels accens ! quels éclats ! grands Dieux, quelle
merveille !
Depuis ſi longtemps mon oreille
Eſt ſi peu faite à ces ſublimes tons,
Que je doute encor ſi je veille.
Mais c'eſt lui, je le reconnais ;
C'eſt Apollon, c'eſt mon Dieu tutélaire ;
, C'eſt lui qui deſcend ſur la Tèrre
Pour mettre fin à nos regrèts.
Ce Dieu très-ſûr qu'il étoit impoſſible
Qu'un Mortel remplacât le divin enchanteur,
Dont chaque jour la perte trop ſenſible
. Renouvelloit notre juſte douleur ;
Touché de notre peine extrême,
Quitte exprès le ſéjour des Dieux,
Se rend viſible, & vient dans ces beaux lieux,
Sous les traits de LE GRos , nous enchanter lui
· · même.
Mipimºgimiyºsºmeie ;
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Résumé : VERS à M. LEGROS, nouvelle Haute-contre de l'Opéra.
L'auteur célèbre la Haute contre de l'Opéra, Monsieur Legros, dont la voix le fascine. Il compare Legros à Apollon, descendu sur Terre pour consoler les mortels après la perte d'un grand musicien. Apollon prend les traits de Legros pour les enchanter à nouveau.
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11063
p. 52-55
LE DÉPART D'HYLAS, IDYLLE.
Début :
LA fuite des étoiles avoit annoncé le retour du matin. Daphné, dont les inquiétudes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE DÉPART D'HYLAS, IDYLLE.
LE DÉPART D'HYLAS,
IDYLLE. *
ger, & prononça ces paroles :
•
LA fuite des étoiles avoit annoncé le
retour du matin. Daphné, dont les inquiétudes
n'avoient pû céder aux dou
ceurs du ſommeil, s'élança vers la porte
de ſa cabane , & vit avec affliction l'o-
rient qui promettoit un beau jour : elle
ſerra en ſoupirant la main de ſon ber
Les rayons ſalutaires du ſoleil ont
diſſipé les frimats qui tenoient la nature
captive : déja nous voyons la pointe blan
châtre des jeunes plantes fendre la glébe
amollie : un ſuc nourricier s'éleve du
ſein de la terre dans leurs frêles canaux ,
& y porte la force & la vie.
La vigne déploye ce feuillage verd qui
doit un jour protéger ſon délicieux
fruit. De ſes foibles rameaux elle em
braſſe l'orme qui la ſoutient : la ſurface
des campagnes ſemées de fleurs, & par
(*) Il eſt d'uſage ( dit l'Auteur ) d'écrire ces
ſortes de Paſtorales en vers. Mais n'y a-t-il que
lesvers qui puiſſent peNde la Nºured * ;
J U I N. 1764.
-
| 53
fumées d'eſſences , varie tous les matins
le ſpectacle de ſes atours.
* L'hirondelle rappellée d'un autre hé
miſphère célebre le plus bel inſtant de
l'année : ſon bec artiſan maçonne &
tapiſſe le réduit où elle dépoſera bientôt
le fruit de ſes amours. On entend au
loin le chant plaintif du genêt qui ſe ba
lance ſur la cime des arbuſtes, & les ac- .
cens vifs du roitelet caché dans l'épaiſ
ſeur des buiſſons. .
·
La brebis bêlante tond l'herbe fraî
che : le chévreau bondit à côté de ſa
mère, qui broute l'hyſſope ſur le pen
chant du rocher : d'une aîle tremblante
l'abeille économe regagne ſes bruyans
pavillons, & y dépoſe le fardeau qu'elle
a recueilli ſur les fleurs.
: º
L'haleine du zéphir ſéche la roſée de
la terre.
Le frémiſſement des branchages bat
tus d'un vent leger , le roucoulement
de la tourterelle & le bruit des eaux voi
ſines interrompent le ſilence champêtre
ſans troubler la douceur de la ſolitude.
· A ce touchant aſpect un nouveau
charme ſaiſit, fait treſſaillir les cœurs , &
les avertit de partager le bonheur de la
nature.
-
Cependant Hylas a choiſi cette heu
· C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
reuſe ſaiſon pour s'éloigner de nos
champs ! il l'a choiſie pour abandonner
ſa Daphné, pour la livrer aux ennuis de
l'abſence !
O mon ami ! qu'il te ſouvienne de ta
tendre moitié, de ton épouſe : rappelle
toi ſa chaſte flamme , ſes ſaintes & dou
ces careſſes , ce ſon de voix flatteur ,
les grâces que tes yeux croyoient voir
ſur ſon viſage, la tendreſſe qui animoit
ſes regards.
|
-
-
Souviens-toi que la roſe épanouie le
matin perd au déclin du jour ſon coloris
& ſon parfum , & que dans la ſaiſon
qui va ſuccéder , ces couronnes fanées
& cette verdure ſéchées n'offriront plus
que la triſte dépouille du Printems.
Souviens toi qu'un jour courbés ſous
le poids de la vieilleſſe, nous ſentirons
chanceller nos pas, & que les cheveux
blancs, les rides, la maigreur, nous
attendent à la porte du tombeau.
Va donc , & que les bergères d'un
nouveau ſéjour n'enchantent pas ton
eſprit ; que les promeſſes faites à ta
Daphné ſoient contre leurs ſéductions
la ſauvegarde de ton âme; que le ſort te
ramène fidéle à ces yeux qui les pre
miers ont charmé ton cœur.
.
Va donc , emporte avec toi mes ſou
pirs , les ſoupirs & les mortelles inquié
-
-
-
•
J U I N.
1764.
55
tudes d'une tendre amie : pars pour préci
piter ton 1etour ; & qu'il te ſouvienne de
nos campagnes , de l'amour...& de moi.
*** de Reims.
IDYLLE. *
ger, & prononça ces paroles :
•
LA fuite des étoiles avoit annoncé le
retour du matin. Daphné, dont les inquiétudes
n'avoient pû céder aux dou
ceurs du ſommeil, s'élança vers la porte
de ſa cabane , & vit avec affliction l'o-
rient qui promettoit un beau jour : elle
ſerra en ſoupirant la main de ſon ber
Les rayons ſalutaires du ſoleil ont
diſſipé les frimats qui tenoient la nature
captive : déja nous voyons la pointe blan
châtre des jeunes plantes fendre la glébe
amollie : un ſuc nourricier s'éleve du
ſein de la terre dans leurs frêles canaux ,
& y porte la force & la vie.
La vigne déploye ce feuillage verd qui
doit un jour protéger ſon délicieux
fruit. De ſes foibles rameaux elle em
braſſe l'orme qui la ſoutient : la ſurface
des campagnes ſemées de fleurs, & par
(*) Il eſt d'uſage ( dit l'Auteur ) d'écrire ces
ſortes de Paſtorales en vers. Mais n'y a-t-il que
lesvers qui puiſſent peNde la Nºured * ;
J U I N. 1764.
-
| 53
fumées d'eſſences , varie tous les matins
le ſpectacle de ſes atours.
* L'hirondelle rappellée d'un autre hé
miſphère célebre le plus bel inſtant de
l'année : ſon bec artiſan maçonne &
tapiſſe le réduit où elle dépoſera bientôt
le fruit de ſes amours. On entend au
loin le chant plaintif du genêt qui ſe ba
lance ſur la cime des arbuſtes, & les ac- .
cens vifs du roitelet caché dans l'épaiſ
ſeur des buiſſons. .
·
La brebis bêlante tond l'herbe fraî
che : le chévreau bondit à côté de ſa
mère, qui broute l'hyſſope ſur le pen
chant du rocher : d'une aîle tremblante
l'abeille économe regagne ſes bruyans
pavillons, & y dépoſe le fardeau qu'elle
a recueilli ſur les fleurs.
: º
L'haleine du zéphir ſéche la roſée de
la terre.
Le frémiſſement des branchages bat
tus d'un vent leger , le roucoulement
de la tourterelle & le bruit des eaux voi
ſines interrompent le ſilence champêtre
ſans troubler la douceur de la ſolitude.
· A ce touchant aſpect un nouveau
charme ſaiſit, fait treſſaillir les cœurs , &
les avertit de partager le bonheur de la
nature.
-
Cependant Hylas a choiſi cette heu
· C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
reuſe ſaiſon pour s'éloigner de nos
champs ! il l'a choiſie pour abandonner
ſa Daphné, pour la livrer aux ennuis de
l'abſence !
O mon ami ! qu'il te ſouvienne de ta
tendre moitié, de ton épouſe : rappelle
toi ſa chaſte flamme , ſes ſaintes & dou
ces careſſes , ce ſon de voix flatteur ,
les grâces que tes yeux croyoient voir
ſur ſon viſage, la tendreſſe qui animoit
ſes regards.
|
-
-
Souviens-toi que la roſe épanouie le
matin perd au déclin du jour ſon coloris
& ſon parfum , & que dans la ſaiſon
qui va ſuccéder , ces couronnes fanées
& cette verdure ſéchées n'offriront plus
que la triſte dépouille du Printems.
Souviens toi qu'un jour courbés ſous
le poids de la vieilleſſe, nous ſentirons
chanceller nos pas, & que les cheveux
blancs, les rides, la maigreur, nous
attendent à la porte du tombeau.
Va donc , & que les bergères d'un
nouveau ſéjour n'enchantent pas ton
eſprit ; que les promeſſes faites à ta
Daphné ſoient contre leurs ſéductions
la ſauvegarde de ton âme; que le ſort te
ramène fidéle à ces yeux qui les pre
miers ont charmé ton cœur.
.
Va donc , emporte avec toi mes ſou
pirs , les ſoupirs & les mortelles inquié
-
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•
J U I N.
1764.
55
tudes d'une tendre amie : pars pour préci
piter ton 1etour ; & qu'il te ſouvienne de
nos campagnes , de l'amour...& de moi.
*** de Reims.
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Résumé : LE DÉPART D'HYLAS, IDYLLE.
Au lever du jour, Daphné observe la nature renaître. Les rayons du soleil réchauffent la terre, permettant aux jeunes plantes de croître et à la vigne de déployer son feuillage. La nature est animée : l'hirondelle construit son nid, les oiseaux chantent, les animaux paissent et les abeilles collectent le nectar. Cependant, cette scène idyllique est troublée par l'annonce du départ d'Hylas, qui choisit cette saison pour quitter Daphné et leurs champs. Daphné exprime son chagrin et rappelle à Hylas la beauté éphémère de la vie et l'importance de rester fidèle à ses promesses. Elle lui demande de se souvenir de leur amour et de revenir rapidement, emportant avec lui ses soupirs et ses inquiétudes.
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11064
p. 55-56
VERS sur la diversité des goûts, à Mde de S. B.
Début :
ON connoît peu l'Amour & quelle est sa nature, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur la diversité des goûts, à Mde de S. B.
VERS sur la diversité des goûts, à Mde de S. B.
ON connoît peu l'Amour & quelle est sa nature,
Quand on veut le ſoumettre à d'importunes loix -
Il n'eſt pour nous charmer aucune régle ſûre,
Et c'eſt de notre goût que dépend notre choix.
Un regard, un ſourire, un mot nous intéreſſe ;
Unbadinage, un geſte, un rien peut nous charmers
Un rien plonge nos ſens dans la plus douce ivreſſe ;
Bt ſouvent par un rien nous nous faiſons aimer.
Les ſons mélodieux d'une voix délicate,
De l'oreille aiſément parviennent juſqu'au cœur.
La candeur, les vertus & la douceur qui flatte,
Pour une âme ſenſible ont un attrait vainqueur.
Il eſt d'autres Amans qui ne rendent les armes
Qu'aux grâces de l'eſprit, qu'au charme des talens.
Partout enfin l'Amour fait ſentir ſes allarmes ;
Mais comme les Beautés, les goûts ſont différens.
Pour moi j'avois juré, de n'engager mon âme,
Qu'aux vertus, à l'eſprit, aux talens, aux attraits.
· C iv
-
|
|
|
56 MERCURE DE FRANCE.
Sans rompre mes ſermens, de la plus vive ffâme ;
En vous voyant, Eglé, j'ai reſſenti les traits.
B.... à Metz.
ON connoît peu l'Amour & quelle est sa nature,
Quand on veut le ſoumettre à d'importunes loix -
Il n'eſt pour nous charmer aucune régle ſûre,
Et c'eſt de notre goût que dépend notre choix.
Un regard, un ſourire, un mot nous intéreſſe ;
Unbadinage, un geſte, un rien peut nous charmers
Un rien plonge nos ſens dans la plus douce ivreſſe ;
Bt ſouvent par un rien nous nous faiſons aimer.
Les ſons mélodieux d'une voix délicate,
De l'oreille aiſément parviennent juſqu'au cœur.
La candeur, les vertus & la douceur qui flatte,
Pour une âme ſenſible ont un attrait vainqueur.
Il eſt d'autres Amans qui ne rendent les armes
Qu'aux grâces de l'eſprit, qu'au charme des talens.
Partout enfin l'Amour fait ſentir ſes allarmes ;
Mais comme les Beautés, les goûts ſont différens.
Pour moi j'avois juré, de n'engager mon âme,
Qu'aux vertus, à l'eſprit, aux talens, aux attraits.
· C iv
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56 MERCURE DE FRANCE.
Sans rompre mes ſermens, de la plus vive ffâme ;
En vous voyant, Eglé, j'ai reſſenti les traits.
B.... à Metz.
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Résumé : VERS sur la diversité des goûts, à Mde de S. B.
Le poème examine la diversité des goûts en matière d'amour, soulignant que les critères de séduction varient selon les individus. Il n'existe pas de règle fixe pour déterminer ce qui attire, car cela dépend des préférences personnelles. Un simple regard, sourire, mot ou geste peut susciter l'intérêt et l'attachement. Les sons mélodieux d'une voix délicate, la candeur, les vertus et la douceur peuvent également toucher une âme sensible. D'autres personnes sont séduites par l'esprit et les talents. L'amour se manifeste de diverses manières, mais les goûts diffèrent. L'auteur confessait initialement vouloir s'engager uniquement envers les vertus, l'esprit, les talents et les attraits. Cependant, en voyant Églé, il a ressenti les flèches de l'amour malgré ses serments précédents.
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11065
p. 56
MADRIGAL. A Mlle M. M. qui s'est fait peindre avec un habit d'hiver.
Début :
EXPRESSION, dessein, contour & coloris, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. A Mlle M. M. qui s'est fait peindre avec un habit d'hiver.
MADRIGAL.
A Mlle M. M. qui s'est fait peindre avec
un habit d'hiver.
EXPRESSION, dessein, contour & coloris,
Aminte, en ton portrait, me ſemblent réunis :
Dans les efforts de l'art j'admire la nature.
D'un défaut, cependant, mes regards ſont ſurpris ;
C'eſt d'y voir le Printemps en habit de fourure.
A Mlle M. M. qui s'est fait peindre avec
un habit d'hiver.
EXPRESSION, dessein, contour & coloris,
Aminte, en ton portrait, me ſemblent réunis :
Dans les efforts de l'art j'admire la nature.
D'un défaut, cependant, mes regards ſont ſurpris ;
C'eſt d'y voir le Printemps en habit de fourure.
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11066
p. 56-57
MADRIGAL, A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
Début :
A CUPIDON, Dame Cypris [...]
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texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL, A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
MADRIGAL,
A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
A CUPIDON, Dame Cypris
Faiſoit n'aguère une querelle
De ce qu'il avoit chez Cloris,
Aſſez mal fait la ſentinelle.
Petit négligent, diſoit-elle,
Voilà donc le ſoin qu'avez pris
Des Beautés qu'avois mis ſous votre curatelle.
Amour lui dit, ne vous fâchez
Belle maman ! mais bien ſçachez
Que ce mal des miens eſt l'ouvrage :
cloris leur faiſoit maint outrage ,
Sans repos autour d'elle , il falloit voltiger à
·
J U I N. 1764.
57
Et n'en vouloit aucun dans ſon cœur héberger.
Ils ont cru pouvoir ſans ſcrupule,
Se creuſer ſur ſon corps chacun une cellule,
| s
Afin d'avoir où ſe loger.
qui m'entretenir.
Par M.... d'Auxerre.
A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
A CUPIDON, Dame Cypris
Faiſoit n'aguère une querelle
De ce qu'il avoit chez Cloris,
Aſſez mal fait la ſentinelle.
Petit négligent, diſoit-elle,
Voilà donc le ſoin qu'avez pris
Des Beautés qu'avois mis ſous votre curatelle.
Amour lui dit, ne vous fâchez
Belle maman ! mais bien ſçachez
Que ce mal des miens eſt l'ouvrage :
cloris leur faiſoit maint outrage ,
Sans repos autour d'elle , il falloit voltiger à
·
J U I N. 1764.
57
Et n'en vouloit aucun dans ſon cœur héberger.
Ils ont cru pouvoir ſans ſcrupule,
Se creuſer ſur ſon corps chacun une cellule,
| s
Afin d'avoir où ſe loger.
qui m'entretenir.
Par M.... d'Auxerre.
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Résumé : MADRIGAL, A une Dame qui vient d'avoir la Petite-Vérole.
Le poème 'Madrigal' de juin 1764, signé 'Par M.... d'Auxerre', est adressé à une dame atteinte de la petite vérole. Il décrit une dispute entre Cupidon et Vénus concernant la protection insuffisante de Cloris. Vénus reproche à Cupidon la négligence envers les beautés sous sa garde. Cupidon explique que la maladie résulte des outrages de Cloris envers les amours, qui se sont réfugiés dans son corps.
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11067
p. 57-61
DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
Début :
NÉRON. J'ATTENDOIS avec impatience un homme tel que vous [...]
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texteReconnaissance textuelle : DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
DIALOGUE DES MORTS.
NÉRON, LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
L O U I s XI.
Qui êtes-vous ?
N É R o N.
A cet air auſſi ſombre que bruſque ,
on voit que vous regrettez la vie. Mais
ces regrets s'affoibliront inſenſiblement.
On s'accoutume à tout.
•
L O U I s XI.
Jamais au mal-être.. .. mais encore
une fois, qui êtes-vous ?
N É R O N.
Néron vous ſeroit-il inconnu ?
L o U I s X I. .
Quoi !vous ſeriez ce Prince ſi renom
mé par ſes cruautés ? L'aſſaſſin de ſa
mère , de ſon frere, de # Gouver
-
-
V
-
53 MERCURE DE FRANCE.
neur, le tyran de l'univers ? Ah !je vous
quitte avec horreur.
N É R O N.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon
tairement dans ces lieux , vous y ont
aſſez fait connoître; ſur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me ſuis défait de
mon frère; le repos des peuples, le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britan
nicus n'étoit que mon fière adoptif
Mais que pouviez-vous reprocher au
Duc de Berri, à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir ſacrifié ma
mère; mais c'eſt à ma ſureté perſon
nelle : l'Univers l'a très-bien connue,
& ſait aſſez de quoi elle étoit capable.
Seneque, mon Gouverneur, étoit l'âme
d'une conſpiration qui devoit me préci
piter du trône pour l'y placer. Mais
vous-même , dites-moi, ſi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
L O U I s X I.
.
Et lorſqu'il met lui-même le feu à ſa
Capitale, afin de repaître ſes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
· N É R o N.
-
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut-être avec rai
ſon , mais on n'a jamais dit que je fuſſe
.
-
J U I N. 1764.
5 9
un inſenſé. On a rendu juſtice à mes
talens, à mes lumières, à mes connoiſ
ſances. Eh ! quel Prince eſt aſſez ſtupide
pour ne pas ſentir que les richeſſes de
ſes Sujets établiſſent & cimentent ſa
puiſſance, & que leur ruine entraîne
roit la ſienne ? Mais les hommes ſont
malins, légers & foibles : en général ils
réfléchiſſent peu ; ils adoptent mille chi
mères ſans vraiſemblance , & qui ne
ſubſiſferoient qu'un inſtant, s'ils ſe don
noient la peine de les approfondir. Quel
qu'un a très-bien dit , qu'il n'eſt rien
que la malignité ne ſoit capable d'inven
ter, ni que la foibleſſe ne puiſſe croire.
•
L O U I S X I.
Vous êtes éloquent, je le ſais ; mais
vous ne vous laverez jamais des repro
ches qu'on vous a faits.
N É R o N.
Et comment juſtifierez-vous votre .
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eſt
ce la reconnoiſſance qui vous porta à
ſouffler le feu de la guerre civile dans
fes Etats ?La diſſimulation la plus baſſe,
les manœuvres les plus noires , vous
mîtes tout en œuvre pour le perdre, &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuſſi. Parlerai-je de la "# de votre
º Vj
•
-
6o MERCURE DE FRANCE.
père , le reſtaurateur de la France,
Prince qui eût été le modèle des Rois,
ſi l'éclat de ſes grandes qualités n'eût été
un peu terni par les foibleſſes de l'huma
nité ? Je ſais que vous pouviez n'être
point coupable ; mais quelle tache pour
votre gloire, que ce Prince vous ait aſſez
connu pour vous croire capable d'avoir
oſé l'être ?
-
L O U I S XI.
Je vois que vous poſſédez mon hiſ
toire. Mais ſi je détaillois la vôtre ;
· quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
| furent portés juſqu'au point que le Sénat
laſſé de tant d'horreurs, réſolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baſſeſſe en apprites-vous la mou
velle ! avec quelle lâcheté terminâtes
vous une vie ſouillée de tant de crimes !
· N É R o N.
Mourutes-vous plus glorieuſement ?
'Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
· conſervation deſquels il s'intéreſſoit ſi
peu ? Combien de ſacrifices tant pu
blics que ſecrets , combien de ſu
perſtitions miſes en pratique dans l'eſ
poir de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'enviſa
ger ? Les petites âmes ſont toujours ſu
perſtitieuſes.
J U I N. 1764.
L O U I S X I.
61
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait reſpecter l'au
torité royale ; que j'ai délivré mes Peu
ples d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus .
grand Politique de mon ſiécle. Ce ſont
des faits qu'on ne peut conteſter.
N É R o N.
Convenez donc auſſi que j'ai été li
béral , magnifique, que j'ai aimé &
protégé les Arts; que les premières an
nées de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiſſe leur faire, en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui ,
pendant que la patrie eſt en deuil, ſu
cent tranquillement le ſang des miſé
rables.
A la bonne heure.
N É R o N.
Eh bien, ſoyons amis.
-
· L o U I s XI.
Par M. de MONTAGNAC, ancien Capitaine
au Régiment de Bresse.
NÉRON, LOUIS XI.
NÉRON.
J'ATTENDOIS avec impatience un
homme tel que vous : j'aurai enfin avec
L O U I s XI.
Qui êtes-vous ?
N É R o N.
A cet air auſſi ſombre que bruſque ,
on voit que vous regrettez la vie. Mais
ces regrets s'affoibliront inſenſiblement.
On s'accoutume à tout.
•
L O U I s XI.
Jamais au mal-être.. .. mais encore
une fois, qui êtes-vous ?
N É R O N.
Néron vous ſeroit-il inconnu ?
L o U I s X I. .
Quoi !vous ſeriez ce Prince ſi renom
mé par ſes cruautés ? L'aſſaſſin de ſa
mère , de ſon frere, de # Gouver
-
-
V
-
53 MERCURE DE FRANCE.
neur, le tyran de l'univers ? Ah !je vous
quitte avec horreur.
N É R O N.
Ne jouez pas le difficile : quatre mille
François qui vous ont précédés involon
tairement dans ces lieux , vous y ont
aſſez fait connoître; ſur-tout l'infortuné
Duc de Némours. Si je me ſuis défait de
mon frère; le repos des peuples, le bien
de l'Etat l'exigeoient. D'ailleurs Britan
nicus n'étoit que mon fière adoptif
Mais que pouviez-vous reprocher au
Duc de Berri, à votre propre frère ? Je
ne me défends pas d'avoir ſacrifié ma
mère; mais c'eſt à ma ſureté perſon
nelle : l'Univers l'a très-bien connue,
& ſait aſſez de quoi elle étoit capable.
Seneque, mon Gouverneur, étoit l'âme
d'une conſpiration qui devoit me préci
piter du trône pour l'y placer. Mais
vous-même , dites-moi, ſi un Prince
qui fait mourir un Sujet rebelle peut
être regardé comme un tyran ?
L O U I s X I.
.
Et lorſqu'il met lui-même le feu à ſa
Capitale, afin de repaître ſes yeux de
ce ſpectacle horrible ? ...
· N É R o N.
-
Avez-vous pû le croire ? On m'a
reproché ma cruauté peut-être avec rai
ſon , mais on n'a jamais dit que je fuſſe
.
-
J U I N. 1764.
5 9
un inſenſé. On a rendu juſtice à mes
talens, à mes lumières, à mes connoiſ
ſances. Eh ! quel Prince eſt aſſez ſtupide
pour ne pas ſentir que les richeſſes de
ſes Sujets établiſſent & cimentent ſa
puiſſance, & que leur ruine entraîne
roit la ſienne ? Mais les hommes ſont
malins, légers & foibles : en général ils
réfléchiſſent peu ; ils adoptent mille chi
mères ſans vraiſemblance , & qui ne
ſubſiſferoient qu'un inſtant, s'ils ſe don
noient la peine de les approfondir. Quel
qu'un a très-bien dit , qu'il n'eſt rien
que la malignité ne ſoit capable d'inven
ter, ni que la foibleſſe ne puiſſe croire.
•
L O U I S X I.
Vous êtes éloquent, je le ſais ; mais
vous ne vous laverez jamais des repro
ches qu'on vous a faits.
N É R o N.
Et comment juſtifierez-vous votre .
ingratitude envers le Duc de Bourgogne,
votre parent & votre bienfaiteur ? Eſt
ce la reconnoiſſance qui vous porta à
ſouffler le feu de la guerre civile dans
fes Etats ?La diſſimulation la plus baſſe,
les manœuvres les plus noires , vous
mîtes tout en œuvre pour le perdre, &
n'eûtes que la honte de n'avoir pas
réuſſi. Parlerai-je de la "# de votre
º Vj
•
-
6o MERCURE DE FRANCE.
père , le reſtaurateur de la France,
Prince qui eût été le modèle des Rois,
ſi l'éclat de ſes grandes qualités n'eût été
un peu terni par les foibleſſes de l'huma
nité ? Je ſais que vous pouviez n'être
point coupable ; mais quelle tache pour
votre gloire, que ce Prince vous ait aſſez
connu pour vous croire capable d'avoir
oſé l'être ?
-
L O U I S XI.
Je vois que vous poſſédez mon hiſ
toire. Mais ſi je détaillois la vôtre ;
· quel amas de forfaits ! Ignore-t-on qu'ils
| furent portés juſqu'au point que le Sénat
laſſé de tant d'horreurs, réſolut de les
terminer par votre mort. Mais avec
quelle baſſeſſe en apprites-vous la mou
velle ! avec quelle lâcheté terminâtes
vous une vie ſouillée de tant de crimes !
· N É R o N.
Mourutes-vous plus glorieuſement ?
'Que n'avez-vous pas fait pour obtenir
du Ciel qu'il prolongeât des jours à la
· conſervation deſquels il s'intéreſſoit ſi
peu ? Combien de ſacrifices tant pu
blics que ſecrets , combien de ſu
perſtitions miſes en pratique dans l'eſ
poir de reculer le dernier moment que
vous n'aviez pas la fermeté d'enviſa
ger ? Les petites âmes ſont toujours ſu
perſtitieuſes.
J U I N. 1764.
L O U I S X I.
61
Avouez du moins que j'ai aggrandi
mes Etats ; que j'ai fait reſpecter l'au
torité royale ; que j'ai délivré mes Peu
ples d'une infinité de petits tyrans qui
les opprimoient ; que j'ai été le plus .
grand Politique de mon ſiécle. Ce ſont
des faits qu'on ne peut conteſter.
N É R o N.
Convenez donc auſſi que j'ai été li
béral , magnifique, que j'ai aimé &
protégé les Arts; que les premières an
nées de mon régne ont fait les délices
de l'Empire ; que j'ai fait à mes Sujets
le plus grand bien qu'un Souverain
puiſſe leur faire, en les arrachant à la
voracité de ces vautours qui triomphent
dans les calamités publiques , & qui ,
pendant que la patrie eſt en deuil, ſu
cent tranquillement le ſang des miſé
rables.
A la bonne heure.
N É R o N.
Eh bien, ſoyons amis.
-
· L o U I s XI.
Par M. de MONTAGNAC, ancien Capitaine
au Régiment de Bresse.
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Résumé : DIALOGUE DES MORTS. NÉRON, LOUIS XI.
Le dialogue entre Néron et Louis XI débute par une rencontre fortuite où Louis XI exprime sa mélancolie face à la vie. Néron, percevant la tristesse de Louis XI, se révèle à lui. Louis XI est horrifié et reconnaît en Néron un tyran notoire, coupable de l'assassinat de sa mère, de son frère et de son précepteur Sénèque. Néron justifie ses actes par la nécessité de sa propre sécurité et du bien de l'État, tout en critiquant les actions de Louis XI contre son frère, le duc de Berry, et son père. Louis XI accuse alors Néron d'avoir incendié Rome par pur plaisir. Néron se défend en vantant ses talents et ses connaissances, tout en critiquant la crédulité humaine. Malgré les talents oratoires de Néron, Louis XI refuse de le disculper des accusations portées contre lui. Néron accuse ensuite Louis XI d'ingratitude envers le duc de Bourgogne et de machinations contre son père. Louis XI reconnaît que Néron connaît bien son histoire, mais souligne les nombreux crimes de Néron, qui ont conduit à sa condamnation par le Sénat. Néron rétorque en critiquant les superstitions de Louis XI visant à prolonger sa vie. Louis XI se vante d'avoir étendu ses territoires et respecté l'autorité royale, tandis que Néron se défend en mettant en avant sa générosité et son soutien aux arts. Le dialogue se conclut par une proposition d'amitié de la part de Néron, à laquelle Louis XI ne répond pas clairement.
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11068
p. 62-64
STANCES IRRÉGULIÈRES à M....
Début :
DANS ce séjour d'où la tendresse [...]
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texteReconnaissance textuelle : STANCES IRRÉGULIÈRES à M....
STANCES IRRÉGULIÈRES
à M....
DANS ce séjour d'où la tendresse
Bannit tous coupables deſirs,
Où jamais l'aimable Sageſſe
N'admit que d'innocens plaiſirs ;
Qui cauſe ce morne ſilence ?
Les yeux, ce fidéle miroir Qui du cœur peignoit la décence,
Les yeux évitent de ſe voir !
Hélas !je perce le myſtère ;
Lesjours précieux d'un bon père
En ce moment ſont menacés,
Si tes loix ſont inévitables ,
Mort barbare, que tardes-tu ?
"
D'effroi tous les cœurs ſont glacés ;
Écraſe les têtes coupables,
Et reſpecte au moins la vertu !
Mais inſenſible à nos allarmes 2
Tu ne ſuis que ta cruauté ;
Déjà ſur l'objet de nos larmes
Le coup redoutable eſt porté.
Je finis , dit-il, ma carrière,
• Mes enfans, vous me regrettez :
•
·
·
J U I N. 1764.
» Ma peine à mon heure dernière
» Eſt celle que vous reſſentez.
O vous qui lui futes ſi chère,
Vous, digne épouſe de ſon fils ,
Tendre & vertueuſe Gr. . .
Reprenez enfin vos eſprits !
Calmez cette douleur profonde
Vivez, pour l'exemple du monde,
Mais quel coup affreux ſe prépare
A frapper de nouveau mon cœur !
Dieu : quelle ſoudaine terreur
63
Qui nous fait tout craindre pour vous : -
Pour vos enfans, pour votre époux !
De mes ſens agités s'empare !
Qu'entens-je ? ... aux portes du trépas ! .. •
Arrête-toi, Parque inhumaine ! ..
Je vole ... Eſpérance trop vaine !. • .
Mon père eſt mourant dans mes bras. .. • •
C'en eſt fait, la nuit l'environne ;
· Il meurt, infortuné vieillard ,
En jettant ſon dernier regard
Sur l'épouſe qu'il abandonne. .. :
Mon père ! vos yeux ſont témoins
Du haut de la céleſte ſphère
Que maintenant ma tendre mère
Eſt l'unique objet de mes ſoins !
A.
-
64 MERCURE DE FRANCE.
E N V O I.
VoUs, en qui pendant ma jeuneſſe
Je trouvai l'objet de mes pleurs !
Unis par les mêmes malheurs,
Unis par la même triſteſſe ;
Dans votre ſein il m'eſt bien doux
De verſer mon âme attendrie.
Puiſſé-je être toute ma vie
Digne d'un ami tel que vous.
Par M. D.
à M....
DANS ce séjour d'où la tendresse
Bannit tous coupables deſirs,
Où jamais l'aimable Sageſſe
N'admit que d'innocens plaiſirs ;
Qui cauſe ce morne ſilence ?
Les yeux, ce fidéle miroir Qui du cœur peignoit la décence,
Les yeux évitent de ſe voir !
Hélas !je perce le myſtère ;
Lesjours précieux d'un bon père
En ce moment ſont menacés,
Si tes loix ſont inévitables ,
Mort barbare, que tardes-tu ?
"
D'effroi tous les cœurs ſont glacés ;
Écraſe les têtes coupables,
Et reſpecte au moins la vertu !
Mais inſenſible à nos allarmes 2
Tu ne ſuis que ta cruauté ;
Déjà ſur l'objet de nos larmes
Le coup redoutable eſt porté.
Je finis , dit-il, ma carrière,
• Mes enfans, vous me regrettez :
•
·
·
J U I N. 1764.
» Ma peine à mon heure dernière
» Eſt celle que vous reſſentez.
O vous qui lui futes ſi chère,
Vous, digne épouſe de ſon fils ,
Tendre & vertueuſe Gr. . .
Reprenez enfin vos eſprits !
Calmez cette douleur profonde
Vivez, pour l'exemple du monde,
Mais quel coup affreux ſe prépare
A frapper de nouveau mon cœur !
Dieu : quelle ſoudaine terreur
63
Qui nous fait tout craindre pour vous : -
Pour vos enfans, pour votre époux !
De mes ſens agités s'empare !
Qu'entens-je ? ... aux portes du trépas ! .. •
Arrête-toi, Parque inhumaine ! ..
Je vole ... Eſpérance trop vaine !. • .
Mon père eſt mourant dans mes bras. .. • •
C'en eſt fait, la nuit l'environne ;
· Il meurt, infortuné vieillard ,
En jettant ſon dernier regard
Sur l'épouſe qu'il abandonne. .. :
Mon père ! vos yeux ſont témoins
Du haut de la céleſte ſphère
Que maintenant ma tendre mère
Eſt l'unique objet de mes ſoins !
A.
-
64 MERCURE DE FRANCE.
E N V O I.
VoUs, en qui pendant ma jeuneſſe
Je trouvai l'objet de mes pleurs !
Unis par les mêmes malheurs,
Unis par la même triſteſſe ;
Dans votre ſein il m'eſt bien doux
De verſer mon âme attendrie.
Puiſſé-je être toute ma vie
Digne d'un ami tel que vous.
Par M. D.
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Résumé : STANCES IRRÉGULIÈRES à M....
Le texte est une série de stances irrégulières adressées à une personne non nommée, exprimant une profonde détresse face à la maladie et à la mort imminente d'un père. L'auteur décrit un lieu où règnent la tendresse et l'innocence, mais où un silence morne et un mystère planent. Les yeux, autrefois fidèles miroirs du cœur, évitent désormais de se voir. La mort menace les jours précieux du père, et l'auteur implore la mort de respecter la vertu tout en frappant les coupables. Le père exprime ses adieux à ses enfants, soulignant que sa douleur est partagée. L'auteur s'adresse ensuite à une épouse vertueuse, lui demandant de reprendre ses esprits et de vivre pour l'exemple du monde. Une nouvelle terreur s'empare de lui, craignant pour la vie de cette femme et de ses enfants. Finalement, le père meurt dans les bras de l'auteur, jetant un dernier regard sur l'épouse qu'il abandonne. L'auteur jure alors de prendre soin de sa mère. Le texte se conclut par une adresse à un ami cher, exprimant le désir de rester digne de cette amitié partagée par les mêmes malheurs et tristesses.
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11069
p. 64
« LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de
la ſeconde eſt la Chemiſe. Celui du pre
mier Logogryphe eſt Roſſignol,où l'on
trouve lion, loir, or, loi, ſoir , ſon,
Roi , Sion, og, nil, noir, Solon , Io,
lis , Signor , lin. Celui du ſecond eſt
Régiment , où l'on trouve gîte , rien,
mérite , main, neige, mirte , mine, ri
me , Reine, mitre, tigre, ment, mère ,
· germe & régime.
Mercure de Mai est l'étincelle. Celui de
la ſeconde eſt la Chemiſe. Celui du pre
mier Logogryphe eſt Roſſignol,où l'on
trouve lion, loir, or, loi, ſoir , ſon,
Roi , Sion, og, nil, noir, Solon , Io,
lis , Signor , lin. Celui du ſecond eſt
Régiment , où l'on trouve gîte , rien,
mérite , main, neige, mirte , mine, ri
me , Reine, mitre, tigre, ment, mère ,
· germe & régime.
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11070
p. 65
ENIGME.
Début :
AVEC les Rois je prends naissance ; [...]
Mots clefs :
Trône
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
E N I G M E.
A v E c les Rois je prends naiſſance ;
Ils ont beſoin de moi, je ne ſuis rien ſans eux ;
Je ſers à leur grandeur, j'éléve leur puiſſance ;
Selon leur volonté je puis être en tous lieux,
Je ſuis partout d'une même nature ;
Te ſuis d'un plus ou moindre prix ;
Souvent je change de figure,
Selon la mode du Pays.
Quoique je ſois toujours de miſe
Chez les Rois & les Empereurs,
Je ſuis ſoumis dedans l'Egliſe
Aux Abbés, Prélats & Paſteurs.
Plus l'on me foule aux pieds, plus j'en tire avan
tage,
Plus c'eſt ma pompe & mon honneur.
Bien loin de me vanger de celui qui m'outrages
Je fais ſa gloire & ſa grandeur.
A v E c les Rois je prends naiſſance ;
Ils ont beſoin de moi, je ne ſuis rien ſans eux ;
Je ſers à leur grandeur, j'éléve leur puiſſance ;
Selon leur volonté je puis être en tous lieux,
Je ſuis partout d'une même nature ;
Te ſuis d'un plus ou moindre prix ;
Souvent je change de figure,
Selon la mode du Pays.
Quoique je ſois toujours de miſe
Chez les Rois & les Empereurs,
Je ſuis ſoumis dedans l'Egliſe
Aux Abbés, Prélats & Paſteurs.
Plus l'on me foule aux pieds, plus j'en tire avan
tage,
Plus c'eſt ma pompe & mon honneur.
Bien loin de me vanger de celui qui m'outrages
Je fais ſa gloire & ſa grandeur.
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11071
p. 65-66
AUTRE.
Début :
LES Enfers & les Mers, la Terre [...]
Mots clefs :
Logogriphe
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E.
L E s Enfers & les Mers, la Terre
Et ſes ambitieux Enfans,
-
L'humide ſéjour du Tonnèrre,
• Les Cieux & leurs ſaints habitans,
66 MERCURE DE FRANCE.
Tout, juſqu'à notre commun père,
Oui, juſqu'à Dieu, mon cher Lecteur,
Tout eſt ſoumis à ma puiſſance.
Tremble : mon empire eſt immenſe :
J'unis la joie & la douleur...
Si pourtant quelquefois je vole,
Ce que je rends fidélement,
C'eſt pour prolonger d'un moment,.
Une exiſtence très-frivole,
Oubliée auſſi promptement
Que le ſon léger qui s'envole.
Au ſurplus, connois-moi donc mieux ,
Lecteur; mon nom eſt ſous tes yeux.
C. D. V. C. D. N.
L E s Enfers & les Mers, la Terre
Et ſes ambitieux Enfans,
-
L'humide ſéjour du Tonnèrre,
• Les Cieux & leurs ſaints habitans,
66 MERCURE DE FRANCE.
Tout, juſqu'à notre commun père,
Oui, juſqu'à Dieu, mon cher Lecteur,
Tout eſt ſoumis à ma puiſſance.
Tremble : mon empire eſt immenſe :
J'unis la joie & la douleur...
Si pourtant quelquefois je vole,
Ce que je rends fidélement,
C'eſt pour prolonger d'un moment,.
Une exiſtence très-frivole,
Oubliée auſſi promptement
Que le ſon léger qui s'envole.
Au ſurplus, connois-moi donc mieux ,
Lecteur; mon nom eſt ſous tes yeux.
C. D. V. C. D. N.
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11072
p. 66-67
LOGOGRYPHE.
Début :
FILLE de la Nécessité, [...]
Mots clefs :
Charette
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
L o c o c R Y P H E.
F, L L E de la Néceſſité,
Je ſuis d'un aſſez grand uſage ;
J'aide l'homme, je le ſoulage ;.
Si ce qu'il faut m'eſt ajouté.
Par plaiſir , qu'on me décompoſe :
O l'étrange métamorphoſe !
· Mon buſte ſoutient un vainqueur ,
Ou tout au moins un Empereur.
Que d'objets j'offre encore ! une Iſle ;
Une ſoeur d'un troupeau ſouvent bien dangereuxs
J U I N. 1764. 67
Qui, par haſard ſecondant un heureux,
De mille mécontens ſouléve, aigrit la bile ;
L'adverbe propre à confirmer un fait ;
D'une profeſſion le noble ſynonyme ;
Ce qui rend l'enfant guilleret ;
Le digne ſalaire d'un crime ;
Un utile animal qui n'eſt chaud à demi,
Sa fémelle, & leur ennemi ;
L'arme de certaine Déeſſe ,
Et ce dont un Friand recherche la fineſſe.
F, L L E de la Néceſſité,
Je ſuis d'un aſſez grand uſage ;
J'aide l'homme, je le ſoulage ;.
Si ce qu'il faut m'eſt ajouté.
Par plaiſir , qu'on me décompoſe :
O l'étrange métamorphoſe !
· Mon buſte ſoutient un vainqueur ,
Ou tout au moins un Empereur.
Que d'objets j'offre encore ! une Iſle ;
Une ſoeur d'un troupeau ſouvent bien dangereuxs
J U I N. 1764. 67
Qui, par haſard ſecondant un heureux,
De mille mécontens ſouléve, aigrit la bile ;
L'adverbe propre à confirmer un fait ;
D'une profeſſion le noble ſynonyme ;
Ce qui rend l'enfant guilleret ;
Le digne ſalaire d'un crime ;
Un utile animal qui n'eſt chaud à demi,
Sa fémelle, & leur ennemi ;
L'arme de certaine Déeſſe ,
Et ce dont un Friand recherche la fineſſe.
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11073
p. 67-68
AUTRE.
Début :
PRESQUE toujours fêtée, & souvent ridîcule, [...]
Mots clefs :
Singularité
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A U T R E.
Passous toujours fêtée, & ſouvent ridîcule,
De toutes parts, Lecteur , aujourd'hui je pullules
Il faut pourtant que j'en faſſe l'aveu :
Mes onze pieds forment un vilain jeu,
Et rendent l'argent inutile ;
Je fais naître les Arts ;j'enfante leur aſyle ;
Je donne à jaſer ſur Iris ;
Je régis Alger & Tunis ;
Je deviens une grave injure ;
Chez moi tu verras l'Art avilir la Nature;
J'agite l'air, & nuis au grain ;
Je fais languir, & je rends ſain ;
J'ai tenu ſerrail en Aſie ;
Je fais taire l'injuſte envie ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , Lecteur, je puis à peu de frais
Rendre vigilans tes valets,
Je n'en dirai pas davantage :
Plus d'un Lecteur déjà peut-être enrage
Contre ma ſingularité ;
Mais au lieu de perdre courage ,
S'il peut me débrouiller, je gage
Qu'il en tirera vanité.
Par M. DesMaRais pv caausow , en
Limouſin , le 27 Avril 1764.
Passous toujours fêtée, & ſouvent ridîcule,
De toutes parts, Lecteur , aujourd'hui je pullules
Il faut pourtant que j'en faſſe l'aveu :
Mes onze pieds forment un vilain jeu,
Et rendent l'argent inutile ;
Je fais naître les Arts ;j'enfante leur aſyle ;
Je donne à jaſer ſur Iris ;
Je régis Alger & Tunis ;
Je deviens une grave injure ;
Chez moi tu verras l'Art avilir la Nature;
J'agite l'air, & nuis au grain ;
Je fais languir, & je rends ſain ;
J'ai tenu ſerrail en Aſie ;
Je fais taire l'injuſte envie ;
68 MERCURE DE FRANCE.
Enfin , Lecteur, je puis à peu de frais
Rendre vigilans tes valets,
Je n'en dirai pas davantage :
Plus d'un Lecteur déjà peut-être enrage
Contre ma ſingularité ;
Mais au lieu de perdre courage ,
S'il peut me débrouiller, je gage
Qu'il en tirera vanité.
Par M. DesMaRais pv caausow , en
Limouſin , le 27 Avril 1764.
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11074
p. 68
RONDEAU.
Début :
OUI, je t'aime, ma Thémire, [...]
Mots clefs :
Aimer, Thémire, Annoncer, Ardeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
R o N D E A v.
O U 1, je t'aime, ma Thémire,
Tout t'annonce mon ardeur :
S'il faut encor t'én inſtruire,
Tu n'as pas lu dans mon coeur.
Mon hommage,
Sans partage ,
A toi ſeule eſt conſacré ;
Pour toi ſeule je reſpire ;
A toi ſeule je puis dire :
Oui , je t'aime, ma Thémire,
Tout t'annonce mon ardeur :
S'il faut encor t'en inſtruire ,
Tu n'as pas lu dans mon cocur•
O U 1, je t'aime, ma Thémire,
Tout t'annonce mon ardeur :
S'il faut encor t'én inſtruire,
Tu n'as pas lu dans mon coeur.
Mon hommage,
Sans partage ,
A toi ſeule eſt conſacré ;
Pour toi ſeule je reſpire ;
A toi ſeule je puis dire :
Oui , je t'aime, ma Thémire,
Tout t'annonce mon ardeur :
S'il faut encor t'en inſtruire ,
Tu n'as pas lu dans mon cocur•
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11075
p. 69-80
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX, de l'Académie Françoise.
Début :
VOUS m'avez demandé, Monsieur, quelques détails sur la vie de M. de Marivaux, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX, de l'Académie Françoise.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX,
de l'Académie Françoise.
VOUS m'avez demandé, Monsieur,
quelques détails sur la vie de M. de Marivaux,
votre ami : je vous les envoie
un peu tard , mes occupations ne
m'ayant pas permis de ſatisfaire plutôt à
votre demande.
· Pierre Carlet de Marivaux nâquit à
Paris ſur la Paroiſſe de S. Gervais , en
1688, & non en Auvergne, comme on
le trouve écrit en pluſieurs endroits. Son
père, qui avoit été Directeur de la Mon
noie a Riom, étoit d'une famille an
cienne dans le Parlement de Norman
die : il ne négligea rien pour l'éducation
de ſon fils, qui annonça de bonne heure,
par des progrès rapides dans ſes pre
mières études, cette fineſſe d'eſprit qui
7o MERCURE DE FRANCE.
' caractériſe ſes ouvrages. Un des pre
miers qui ſoient ſortis de ſa plume, ſont
les Folies Romaneſques , en deux vo
lumes, qui ſe reſſentent de la jeuneſſe de
ſon Auteur. C'eſt une imitation du Ro
man de Dom Quichotte. M. de Marivaux
l'a retouché depuis; & ce Roman fait
partie de la derniere édition de ſes Œu
vres, ſous le titre de Dom Quichotte
moderne. Pharſamon en eſt le héros.
Plein des idées extravagantes qu'il a
puiſées dans les Romans de Chevalerie ,
il ſe fait accompagner par ſon valet,
qui, ſous le nom de Cliton, & en qua
lité d'Ecuyer, participe à ſes aventures.
Il leur en arrive d'aſſez plaiſantes en gé
néral ; & cet Ouvrage reſpire la gaîté.
A peine ſorti du College, M. de Ma
rivaux s'étoit aviſé de dire qu'une Co
médie n'étoit pas une choſe difficile.
Pour le prouver, il compoſà le Pere
prudent, petit Drame en un Acte , &
fit voir en effet qu'une mauvaiſe Pièce
eſt une choſe aiſée pour un homme
d'eſprit. Il s'eſſaya enſuite dans le tra
gique, & donna en 172G la Mort d'An
nibal. Le peu de ſuccès qu'eut d'abord
cette Tragédie, quoiqu'eſtimable à bien -
des égards, le détermina pour toujours
à abandonner ce genre & ce ſtyle ; &
-
M A I N. 1754.
71
ce parti ſage, en le rendant à ſon génie
· naturel, lui ouvrit une carrière bril
lante, pour laquelle il étoit beaucoup
plus propre. Vous ſçavez, Monſieur,
avec quel applaudiſſement il a travaillé
pendant plus de trente années pour deux
de nos Théâtres. Il a ſoutenu ſeul, &
long-temps, la fortune des Italiens, qui,
ſans ce ſecours, & faute de ſpectateurs,
étoient prèſque contraints d'abandonner
leur Spectacle. Il leur a donné vingt-une
Pièces, dont la plupart reſtées au théâ
tre , ſe jouent toujours avec ſuccès :
elles forment un Recueil en cinq volu
mes qui , avec les neuf Pièces qu'il a
données aux François , compoſent en
femble les ſept volumes de ſon Théâ
tre. Celles qui reparoiſſent le plus ſou
vent à la Comédie Françoiſe , ſont la
Surpriſe de l'Amour, le Legs & le Pré
jugé vaincu ; & aux It liens, la Mère
confidente , le Jeu de l'Amour & du
Hazard , l heureux Stratagême , Arle
quin poli par l'Amour, la double In
conſtance, la fauſſe Suivante , l'Ecole
des Mères, les fauſſes Confidences, l'Iſle
des Eſclaves , &c.
· Permettez-moi, Monſieur, de rappel
ler ici ce que j'ai dit ailleurs " ſur le gé
-* Dans l'Obſervateur Littéraire.
72 MERCURE DE FRANCE.
nie de M. de Marivaux dans le genre
dramatique. Voyant que ſes prédéceſ
ſeurs avoient épuiſé tous les ſujets des
Comédies de caractères, il s'eſt livré à la
compoſition des Pièces d'intrigue ; &
dans cette
carrière ne voulant avoir
d'autre modèle que lui-même ,
il s'eſt
frayé une route nouvelle : il a imaginé
d'introduire la Métaphyſique ſur la Scè
ne, & d'analyſer le cœur humain dans
des diſſertations tendrement épigram
matiques.Auſſi le canevas de la plupart
de ſes Comédies n'eſt-il ordinairement
qu'une petite toile fort légère , dont
l'ingénieuſe broderie exprime ce que
les replis du cœur ont de plus ſecret,
ce que les rafinemens de l'eſprit ont de
lus délicat. Ne croyez cependant pas
ue cette ſubtilité comique ſoit le ſeul
caractère diſtinctif de ſon Théâtre : ce
ui y regne principalement, eſt un fond
de philoſophie, dont les idées dévelop
ées avec fineſſe , filées avec art, &
adroitement accommodées à la ſcène,
ont preſque toujours un but utile &
moral. Je voudrois rendre les hommes
plus juſtes & plus humains , diſoit-il ;
& je n'ai que cet objet en vue. Il criti
uoit comme Démocrite, en Philoſophe
qui ſçait excuſer les défauts qu'il reprend
ſans
J U I N. 1764:
73
ſans aigreur, & avec autant de prudence
· & de circonſpection , que de fineſſe &
- d'aménité.
.
-
Doué d'un eſprit ſubtil & réfléchi,
· M. de Marivaux tint encore un rang
diſtingué parmi nos moraliſtes Obſer
vateurs. Son Spectateur François lui a
merité en Angleterre l'honneur d'être
comparé à Labruyere. Son plan embraſ
ſe toute ſorte d'objets , Morale , Reli
gion, Politique, Science, Beaux-Arts,
Commerce , &c; & ſur toutes ces ma
tières on retrouve toujours un Philoſo
phe agréable , qui connoît le monde ,
& ſçait donner à la vertu
cet air
d'agrément qui la fait aimer , & au
vice, les couleurs qui effarouchent la
| Vertu.
La même choſe ſe fait encore remar
· quer dans la Vie de Mariane & dans
· le Payſan parvenu, deux Romans de
· M. de Marivaux, où brillent la viva
cité & la fécondité de ſon imagination :
c'eſt toujours le même goût pour la mo
rale ; beaucoup d'eſprit , beaucoup de
ſentiment, beaucoup de rafinement dans
l'un & dans l'autre : mais toujours des
réfléxions utiles & délicates , & des
peintures aimables de la vertu.
"
.
• Dans la nouvelle édition des QEuvres
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Marivaux , fai.e chez Ducheſ
ne, rue S. Jacques , on a inſéré ſon
Homere traveſti , Poëme burleſque ,
dont le but eſt de ridiculiſer les Héros
de l'Iliade.J'aurois dû vous parler plu
tôt de cette plaiſanterie, parce que ce
fut un de ſes premiers ouvrages. L'Au
teur y fait voir avec eſprit, combien il
eſt facile de donner une face riſible aux
choſes les plus grandes & les plus ſé
rieuſes.
Tous les Ecrits de M. de Marivaux
n'ont pas eu un égal ſuccès ; mais on ne
peut lui refuſer le mérite d'avoir aſſu
j tti par-tout l'imagination aux prin
cipes de la ſageſſe, le bel eſprit à la dé
-cence , & de n'avoir été prodigue de
' l'un & de l'autre , qu'au profit des bon
nes mœurs. On conviendra auſſi que
peu d'Auteurs ont traité leurs Sujets avec
autant de fécondité & de grâces; qu'il y en
| a | eu dont la Philoſophie ait tant fourni
de reſſources à l'imagination,tant de pen
· ſées & de ſaillies à l'eſprit. Quant à ſon
ſtyle, je ne doute pas que vous n'adop
tiez l'idée qu'il s en étoit formée lui
même : il étoit analogue a ſa manière
de voir & de ſentir. » Ce ſtyle particu
» lier , & le ſeul qui corvenoit à la
» •l oſe » l'a fait regarder comme un
-
J U I N. 1764.
75
» Auteur ſingulier dans ſes expreſſions :
» on n'a pas ſçu ſentir d'abord que la
» fineſſe de ſes penſées ne pouvoit être
» rendue autrement. On a mis ſur le
» compte du ſtyle ce qui appartenoit à
» ſa pénétration ; & j'oſe dire qu'alors
» on le condamna ſans l'entendre. De
» puis long temps les perſonnes judi
» cieuſes § revenues à la vérité ; &
» on lui ſait gré d'avoir pû aſſujettir ſon
» ſtyle au genre des matières qu'il trai
» toit. Il # chez la poſtérité un Au
» teur ſingulier, qu'on lira avec plaiſir
» & uti'ité, mais qu'il ſeroit dangereux
• de vouloir prendre pour modèle.
M. de Marivaux s'eſt peint dans ſes
Ouvrages.Vous, Monſieur , qui l'avez
connu particuliérement , vous ſçavez
qu'il étoit avec lui-même, & dans le
commerce de la vie, ce qu'il paroiſſoit
dans ſes Ecrits. Avec un caractère tran
quille, quoique ſenſible, il poſſédoit en
core toutes les qualités qu'exigent la ſo
ciété, & qui la rendent ſûre & agréable.
A une probité exacte, à un nob'e déſin
téreſſement , il réuniſſoit une candeur
aimable, une âme bienfaiſante , - une
modeſtie ſans a1d & ſans prétention ,
une aff.bilité pleine de ſentiment, &
1'attention la plus ſcrupuleuſe à évit.x
D ij
· 76 MERCURE DE FRANCE.
tout ce qui pouvoit offenſer ou dé
plaire.
Son reſpect pour nos myſtères étoit
auſſi ſincère que ſon amour pour la
vertu & pour la paix. Il ſavoit, il ai
moit, il pratiquoit la Religion : toute
Philoſophie contraire à ſes principes &
à ſes dogmes lui paroiſſoit frivole & in
conſéquente; & ſon zèle s'anima plus
d'une fois contre les railleries & les
vains raiſonnemens des eſprits forts.
Mais ſa religion ne ſe bornoit pas à ce
zèle : c'étoit dans la pratique des bonnes
ceuvres qu'il la faiſoit conſiſter, & ſpé
cialement dans une ſenſibilité effective
pour les pauvres & les malheureux.
Simple , attentif, eſſentiel dans le
commerce de l'amitié, M. de Marivaux
y portoit également la délicateſſe & la
ſincérité. Lorſque ſes amis, ſur-tout les
gens de Lettres, le conſultoient, toute
autre conſidération cédoit alors au deſir
de leur être utile :
il ſavoit allier la dou
ceur de l'infinuation avec l'expreſſion
de la vérité.
-
Au reſte , M. de Marivaux décidoit
peu :
il conſultoit au contraire beau
coup, & n'aimoit point à conteſter ni à
prouver qu'il avoit raiſon. Jamais il ne
répondit à la critique, ſe contentant d'en
• -
-
J U I N. 1764.
77
profiter ſi elle étoit juſte , l'abandonnant
† du Public , ſi elle ne l'étoit
pas, J'aime mon repos, diſoit-il un jour
à Madame de Tencin; & je ne veux point
troubler celui des autres.
C'eſt par l'heureux aſſemblage de ces
qualités chrétiennes & ſociales avec
les talens de l'eſprit les plus brillans ,
que M. de Marivaux s'acquit l'eſtime &
la conſidération d'un grand Prince , &
qu'il ſe fit un grand nombre d'amis dans
un monde choiſi, particuliérement dans
l'Académie Françoiſe , où il fut reçu
d'une voix unanime au mois de Février
1743 Feu M. le Duc d'Orléans , en
tr'autres témoignages de la bienveillance
dont il l'honoroit , dota ſa fille à l'Ab
baye du Tréſor, & fournit à tous les
frais de ſa Profeſſion religieuſe. M. de
Marivaux avoit eu cette fille unique de
ſon mariage en 1721 avec Mlle Martin,
d'une bonne famille de Sens, & d'un
mérite diſtingué, qu'il eut le chagrin de
perdre en 1723, & qu'il a regrettée toute
ſa vie.
Rien peut-être ne prouve mieux la
ſolidité de la philoſophie de notre illuſtre
Académicien , que ſon indifférence
pour les richeſſes & les diſtinctions. II
ne ſollicita jamais les faveurs des Grands :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
jamais il n'imagina que ſes talens duſſent
les lui mériter. Mais s'il crut devoir né
gliger la fortune, & ne faire aucune dé
marche vers elle, il ne refuſa point ſes
dons lorſqu'elle les lui fit offrit par l'eſ
time & l'amitié, ou par les protecteurs
déſintéreſſés des arts & des talens. Sa
reconnoiſſance eût voulu ne laiſſer igno
rer à perſonne, ni les attentions géné
reuſes que lui prodiguoit Madame de
Tencin, ſi célebre elle-même par les
charmes de ſon eſprit, ni celles de Mlle
de Saint Jean , qui, en acceptant le
titre de ſà Légataire univerſelle, a con
tinué ſi noblement d'être ſa bienfai
trice, même après ſa mort.Je crois, en
publiant les bienfaits & les noms de ſes
illuſtres amies, ajouter à ſa gloire, faire
leur éloge & celui de l'amitié. M. de Ma
rivaux jouiſſoit d'ailleurs d'une penſion
ſur la caſſette du Roi, & d'une autre
plus conſidérable que lui faiſoit payer,
ſans que peut-être il le ſçût lui-même ,
une Dame de la Cour , que les Lettres,
les Arts & les Sciences ont reconnue
long temps pour leur amie généreuſe &
leur protectrice éclairée.
- .
Avec ces reſſources, M. de Marivaux
ſe ſeroit fait une ſituation auſſi aiſée que
commode , s'il eût été moins ſenſible
-
J U I N. 1764:
· 79
aux malheurs d'autrui & moins libéral.
Il étoit né avec ces heureux penchans,
que ſes infortunes perſonnelles avoient
d'ailleurs nourris & fortifiés dans ſon
cœur; & ſon premier plaiſir fut toujours
celui de les ſatisfaire. On ſait que , mal
gré la modi ité de ſa fortune, il faiſoit ,
beaucoup de dons ſecrets , & que ſa
charité , toujours bienfaiſante, ne ſe
rébutoit pas même d'obliger & de ſe
courir des ingrats. On l'a vu plus d'une
fois ſacrifier juſqu'à ſon néceſſaire pour
rendre la liberté, & même la vie, à des
Particuliers qu'il connoiſſoit à peine,
mais qui étoient ou pourſuivis par des
créanciers impitoyables , ou réduits au
déſeſpoir. Il ſuffiſoit d'être dans l'in
digence ou dans l'adverſité, pour avoir
un droit aſſuré ſur ſes généroſités; & ſi
la reconnoiſſance les publioit, il n'en
convenoit qu'avec peine.
Il avoit la
même attention à recommander le ſe
cret à ceux qu'il obligeoit , qu'à cacher
à ſes plus intimes amis ſes chagrins do
meſtiques & ſes propres beſoins.
- Des vertus ſi ſolides & ſi effectives
préparoient d'elles-mêmes M. de Mari
vaux à ſon dernier moment. Ses infir- .
mités le lui firent enviſager ; & il le vit
•t avec toute la tranquillité d'un
D iv
8O MERCURE DE FRANCE.
Philoſophe chrétien, qui ne regarde la .
mort que comme un don de la Provi
dence , & l'heureux moyen d'échanger
le néant de la gloire & des proſpérités de
ce monde avec la jouiſſance ineffable
du bonheur de l'autre vie. Il mourut !
dans ces ſentimens le 11 Février 1763 ,
âgé de 75 ans.
Je ſuis , &c.
-
L'Abbé D. L. P.
Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX,
de l'Académie Françoise.
VOUS m'avez demandé, Monsieur,
quelques détails sur la vie de M. de Marivaux,
votre ami : je vous les envoie
un peu tard , mes occupations ne
m'ayant pas permis de ſatisfaire plutôt à
votre demande.
· Pierre Carlet de Marivaux nâquit à
Paris ſur la Paroiſſe de S. Gervais , en
1688, & non en Auvergne, comme on
le trouve écrit en pluſieurs endroits. Son
père, qui avoit été Directeur de la Mon
noie a Riom, étoit d'une famille an
cienne dans le Parlement de Norman
die : il ne négligea rien pour l'éducation
de ſon fils, qui annonça de bonne heure,
par des progrès rapides dans ſes pre
mières études, cette fineſſe d'eſprit qui
7o MERCURE DE FRANCE.
' caractériſe ſes ouvrages. Un des pre
miers qui ſoient ſortis de ſa plume, ſont
les Folies Romaneſques , en deux vo
lumes, qui ſe reſſentent de la jeuneſſe de
ſon Auteur. C'eſt une imitation du Ro
man de Dom Quichotte. M. de Marivaux
l'a retouché depuis; & ce Roman fait
partie de la derniere édition de ſes Œu
vres, ſous le titre de Dom Quichotte
moderne. Pharſamon en eſt le héros.
Plein des idées extravagantes qu'il a
puiſées dans les Romans de Chevalerie ,
il ſe fait accompagner par ſon valet,
qui, ſous le nom de Cliton, & en qua
lité d'Ecuyer, participe à ſes aventures.
Il leur en arrive d'aſſez plaiſantes en gé
néral ; & cet Ouvrage reſpire la gaîté.
A peine ſorti du College, M. de Ma
rivaux s'étoit aviſé de dire qu'une Co
médie n'étoit pas une choſe difficile.
Pour le prouver, il compoſà le Pere
prudent, petit Drame en un Acte , &
fit voir en effet qu'une mauvaiſe Pièce
eſt une choſe aiſée pour un homme
d'eſprit. Il s'eſſaya enſuite dans le tra
gique, & donna en 172G la Mort d'An
nibal. Le peu de ſuccès qu'eut d'abord
cette Tragédie, quoiqu'eſtimable à bien -
des égards, le détermina pour toujours
à abandonner ce genre & ce ſtyle ; &
-
M A I N. 1754.
71
ce parti ſage, en le rendant à ſon génie
· naturel, lui ouvrit une carrière bril
lante, pour laquelle il étoit beaucoup
plus propre. Vous ſçavez, Monſieur,
avec quel applaudiſſement il a travaillé
pendant plus de trente années pour deux
de nos Théâtres. Il a ſoutenu ſeul, &
long-temps, la fortune des Italiens, qui,
ſans ce ſecours, & faute de ſpectateurs,
étoient prèſque contraints d'abandonner
leur Spectacle. Il leur a donné vingt-une
Pièces, dont la plupart reſtées au théâ
tre , ſe jouent toujours avec ſuccès :
elles forment un Recueil en cinq volu
mes qui , avec les neuf Pièces qu'il a
données aux François , compoſent en
femble les ſept volumes de ſon Théâ
tre. Celles qui reparoiſſent le plus ſou
vent à la Comédie Françoiſe , ſont la
Surpriſe de l'Amour, le Legs & le Pré
jugé vaincu ; & aux It liens, la Mère
confidente , le Jeu de l'Amour & du
Hazard , l heureux Stratagême , Arle
quin poli par l'Amour, la double In
conſtance, la fauſſe Suivante , l'Ecole
des Mères, les fauſſes Confidences, l'Iſle
des Eſclaves , &c.
· Permettez-moi, Monſieur, de rappel
ler ici ce que j'ai dit ailleurs " ſur le gé
-* Dans l'Obſervateur Littéraire.
72 MERCURE DE FRANCE.
nie de M. de Marivaux dans le genre
dramatique. Voyant que ſes prédéceſ
ſeurs avoient épuiſé tous les ſujets des
Comédies de caractères, il s'eſt livré à la
compoſition des Pièces d'intrigue ; &
dans cette
carrière ne voulant avoir
d'autre modèle que lui-même ,
il s'eſt
frayé une route nouvelle : il a imaginé
d'introduire la Métaphyſique ſur la Scè
ne, & d'analyſer le cœur humain dans
des diſſertations tendrement épigram
matiques.Auſſi le canevas de la plupart
de ſes Comédies n'eſt-il ordinairement
qu'une petite toile fort légère , dont
l'ingénieuſe broderie exprime ce que
les replis du cœur ont de plus ſecret,
ce que les rafinemens de l'eſprit ont de
lus délicat. Ne croyez cependant pas
ue cette ſubtilité comique ſoit le ſeul
caractère diſtinctif de ſon Théâtre : ce
ui y regne principalement, eſt un fond
de philoſophie, dont les idées dévelop
ées avec fineſſe , filées avec art, &
adroitement accommodées à la ſcène,
ont preſque toujours un but utile &
moral. Je voudrois rendre les hommes
plus juſtes & plus humains , diſoit-il ;
& je n'ai que cet objet en vue. Il criti
uoit comme Démocrite, en Philoſophe
qui ſçait excuſer les défauts qu'il reprend
ſans
J U I N. 1764:
73
ſans aigreur, & avec autant de prudence
· & de circonſpection , que de fineſſe &
- d'aménité.
.
-
Doué d'un eſprit ſubtil & réfléchi,
· M. de Marivaux tint encore un rang
diſtingué parmi nos moraliſtes Obſer
vateurs. Son Spectateur François lui a
merité en Angleterre l'honneur d'être
comparé à Labruyere. Son plan embraſ
ſe toute ſorte d'objets , Morale , Reli
gion, Politique, Science, Beaux-Arts,
Commerce , &c; & ſur toutes ces ma
tières on retrouve toujours un Philoſo
phe agréable , qui connoît le monde ,
& ſçait donner à la vertu
cet air
d'agrément qui la fait aimer , & au
vice, les couleurs qui effarouchent la
| Vertu.
La même choſe ſe fait encore remar
· quer dans la Vie de Mariane & dans
· le Payſan parvenu, deux Romans de
· M. de Marivaux, où brillent la viva
cité & la fécondité de ſon imagination :
c'eſt toujours le même goût pour la mo
rale ; beaucoup d'eſprit , beaucoup de
ſentiment, beaucoup de rafinement dans
l'un & dans l'autre : mais toujours des
réfléxions utiles & délicates , & des
peintures aimables de la vertu.
"
.
• Dans la nouvelle édition des QEuvres
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Marivaux , fai.e chez Ducheſ
ne, rue S. Jacques , on a inſéré ſon
Homere traveſti , Poëme burleſque ,
dont le but eſt de ridiculiſer les Héros
de l'Iliade.J'aurois dû vous parler plu
tôt de cette plaiſanterie, parce que ce
fut un de ſes premiers ouvrages. L'Au
teur y fait voir avec eſprit, combien il
eſt facile de donner une face riſible aux
choſes les plus grandes & les plus ſé
rieuſes.
Tous les Ecrits de M. de Marivaux
n'ont pas eu un égal ſuccès ; mais on ne
peut lui refuſer le mérite d'avoir aſſu
j tti par-tout l'imagination aux prin
cipes de la ſageſſe, le bel eſprit à la dé
-cence , & de n'avoir été prodigue de
' l'un & de l'autre , qu'au profit des bon
nes mœurs. On conviendra auſſi que
peu d'Auteurs ont traité leurs Sujets avec
autant de fécondité & de grâces; qu'il y en
| a | eu dont la Philoſophie ait tant fourni
de reſſources à l'imagination,tant de pen
· ſées & de ſaillies à l'eſprit. Quant à ſon
ſtyle, je ne doute pas que vous n'adop
tiez l'idée qu'il s en étoit formée lui
même : il étoit analogue a ſa manière
de voir & de ſentir. » Ce ſtyle particu
» lier , & le ſeul qui corvenoit à la
» •l oſe » l'a fait regarder comme un
-
J U I N. 1764.
75
» Auteur ſingulier dans ſes expreſſions :
» on n'a pas ſçu ſentir d'abord que la
» fineſſe de ſes penſées ne pouvoit être
» rendue autrement. On a mis ſur le
» compte du ſtyle ce qui appartenoit à
» ſa pénétration ; & j'oſe dire qu'alors
» on le condamna ſans l'entendre. De
» puis long temps les perſonnes judi
» cieuſes § revenues à la vérité ; &
» on lui ſait gré d'avoir pû aſſujettir ſon
» ſtyle au genre des matières qu'il trai
» toit. Il # chez la poſtérité un Au
» teur ſingulier, qu'on lira avec plaiſir
» & uti'ité, mais qu'il ſeroit dangereux
• de vouloir prendre pour modèle.
M. de Marivaux s'eſt peint dans ſes
Ouvrages.Vous, Monſieur , qui l'avez
connu particuliérement , vous ſçavez
qu'il étoit avec lui-même, & dans le
commerce de la vie, ce qu'il paroiſſoit
dans ſes Ecrits. Avec un caractère tran
quille, quoique ſenſible, il poſſédoit en
core toutes les qualités qu'exigent la ſo
ciété, & qui la rendent ſûre & agréable.
A une probité exacte, à un nob'e déſin
téreſſement , il réuniſſoit une candeur
aimable, une âme bienfaiſante , - une
modeſtie ſans a1d & ſans prétention ,
une aff.bilité pleine de ſentiment, &
1'attention la plus ſcrupuleuſe à évit.x
D ij
· 76 MERCURE DE FRANCE.
tout ce qui pouvoit offenſer ou dé
plaire.
Son reſpect pour nos myſtères étoit
auſſi ſincère que ſon amour pour la
vertu & pour la paix. Il ſavoit, il ai
moit, il pratiquoit la Religion : toute
Philoſophie contraire à ſes principes &
à ſes dogmes lui paroiſſoit frivole & in
conſéquente; & ſon zèle s'anima plus
d'une fois contre les railleries & les
vains raiſonnemens des eſprits forts.
Mais ſa religion ne ſe bornoit pas à ce
zèle : c'étoit dans la pratique des bonnes
ceuvres qu'il la faiſoit conſiſter, & ſpé
cialement dans une ſenſibilité effective
pour les pauvres & les malheureux.
Simple , attentif, eſſentiel dans le
commerce de l'amitié, M. de Marivaux
y portoit également la délicateſſe & la
ſincérité. Lorſque ſes amis, ſur-tout les
gens de Lettres, le conſultoient, toute
autre conſidération cédoit alors au deſir
de leur être utile :
il ſavoit allier la dou
ceur de l'infinuation avec l'expreſſion
de la vérité.
-
Au reſte , M. de Marivaux décidoit
peu :
il conſultoit au contraire beau
coup, & n'aimoit point à conteſter ni à
prouver qu'il avoit raiſon. Jamais il ne
répondit à la critique, ſe contentant d'en
• -
-
J U I N. 1764.
77
profiter ſi elle étoit juſte , l'abandonnant
† du Public , ſi elle ne l'étoit
pas, J'aime mon repos, diſoit-il un jour
à Madame de Tencin; & je ne veux point
troubler celui des autres.
C'eſt par l'heureux aſſemblage de ces
qualités chrétiennes & ſociales avec
les talens de l'eſprit les plus brillans ,
que M. de Marivaux s'acquit l'eſtime &
la conſidération d'un grand Prince , &
qu'il ſe fit un grand nombre d'amis dans
un monde choiſi, particuliérement dans
l'Académie Françoiſe , où il fut reçu
d'une voix unanime au mois de Février
1743 Feu M. le Duc d'Orléans , en
tr'autres témoignages de la bienveillance
dont il l'honoroit , dota ſa fille à l'Ab
baye du Tréſor, & fournit à tous les
frais de ſa Profeſſion religieuſe. M. de
Marivaux avoit eu cette fille unique de
ſon mariage en 1721 avec Mlle Martin,
d'une bonne famille de Sens, & d'un
mérite diſtingué, qu'il eut le chagrin de
perdre en 1723, & qu'il a regrettée toute
ſa vie.
Rien peut-être ne prouve mieux la
ſolidité de la philoſophie de notre illuſtre
Académicien , que ſon indifférence
pour les richeſſes & les diſtinctions. II
ne ſollicita jamais les faveurs des Grands :
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
jamais il n'imagina que ſes talens duſſent
les lui mériter. Mais s'il crut devoir né
gliger la fortune, & ne faire aucune dé
marche vers elle, il ne refuſa point ſes
dons lorſqu'elle les lui fit offrit par l'eſ
time & l'amitié, ou par les protecteurs
déſintéreſſés des arts & des talens. Sa
reconnoiſſance eût voulu ne laiſſer igno
rer à perſonne, ni les attentions géné
reuſes que lui prodiguoit Madame de
Tencin, ſi célebre elle-même par les
charmes de ſon eſprit, ni celles de Mlle
de Saint Jean , qui, en acceptant le
titre de ſà Légataire univerſelle, a con
tinué ſi noblement d'être ſa bienfai
trice, même après ſa mort.Je crois, en
publiant les bienfaits & les noms de ſes
illuſtres amies, ajouter à ſa gloire, faire
leur éloge & celui de l'amitié. M. de Ma
rivaux jouiſſoit d'ailleurs d'une penſion
ſur la caſſette du Roi, & d'une autre
plus conſidérable que lui faiſoit payer,
ſans que peut-être il le ſçût lui-même ,
une Dame de la Cour , que les Lettres,
les Arts & les Sciences ont reconnue
long temps pour leur amie généreuſe &
leur protectrice éclairée.
- .
Avec ces reſſources, M. de Marivaux
ſe ſeroit fait une ſituation auſſi aiſée que
commode , s'il eût été moins ſenſible
-
J U I N. 1764:
· 79
aux malheurs d'autrui & moins libéral.
Il étoit né avec ces heureux penchans,
que ſes infortunes perſonnelles avoient
d'ailleurs nourris & fortifiés dans ſon
cœur; & ſon premier plaiſir fut toujours
celui de les ſatisfaire. On ſait que , mal
gré la modi ité de ſa fortune, il faiſoit ,
beaucoup de dons ſecrets , & que ſa
charité , toujours bienfaiſante, ne ſe
rébutoit pas même d'obliger & de ſe
courir des ingrats. On l'a vu plus d'une
fois ſacrifier juſqu'à ſon néceſſaire pour
rendre la liberté, & même la vie, à des
Particuliers qu'il connoiſſoit à peine,
mais qui étoient ou pourſuivis par des
créanciers impitoyables , ou réduits au
déſeſpoir. Il ſuffiſoit d'être dans l'in
digence ou dans l'adverſité, pour avoir
un droit aſſuré ſur ſes généroſités; & ſi
la reconnoiſſance les publioit, il n'en
convenoit qu'avec peine.
Il avoit la
même attention à recommander le ſe
cret à ceux qu'il obligeoit , qu'à cacher
à ſes plus intimes amis ſes chagrins do
meſtiques & ſes propres beſoins.
- Des vertus ſi ſolides & ſi effectives
préparoient d'elles-mêmes M. de Mari
vaux à ſon dernier moment. Ses infir- .
mités le lui firent enviſager ; & il le vit
•t avec toute la tranquillité d'un
D iv
8O MERCURE DE FRANCE.
Philoſophe chrétien, qui ne regarde la .
mort que comme un don de la Provi
dence , & l'heureux moyen d'échanger
le néant de la gloire & des proſpérités de
ce monde avec la jouiſſance ineffable
du bonheur de l'autre vie. Il mourut !
dans ces ſentimens le 11 Février 1763 ,
âgé de 75 ans.
Je ſuis , &c.
-
L'Abbé D. L. P.
Fermer
Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur M. DE MARIVAUX, de l'Académie Françoise.
Pierre Carlet de Marivaux naquit à Paris en 1688 dans une famille issue du Parlement de Normandie. Dès son jeune âge, il manifesta des aptitudes intellectuelles exceptionnelles. Ses premières œuvres incluent 'Les Folies Romanesques', retouchée sous le titre 'Dom Quichotte moderne'. Après ses études, il écrivit 'Le Père prudent' et tenta le genre tragique avec 'La Mort d'Annibal' en 1720, sans succès notable. Il se tourna alors vers la comédie, écrivant pour les théâtres français et italien. Ses pièces les plus célèbres sont 'La Surprise de l'Amour', 'Le Legs', 'Le Prévoyé vaincu', 'La Mère confidente' et 'Arlequin poli par l'amour'. Marivaux innova en intégrant la métaphysique et l'analyse du cœur humain dans ses comédies, cherchant à rendre les hommes plus justes et humains. Il fut également reconnu comme moraliste, souvent comparé à La Bruyère pour son 'Spectateur Français'. Ses romans 'La Vie de Mariane' et 'Le Paysan parvenu' illustrent sa vivacité d'imagination et son goût pour la morale. Parmi ses autres œuvres, on trouve 'Homère travesti', un poème burlesque ridiculisant les héros de l'Iliade. Marivaux était un homme de caractère tranquille et sensible, doté de probité, de désintéressement, de candeur, de bienveillance et de modestie. Il respectait profondément la religion et pratiquait la charité, notamment envers les pauvres. Dans ses relations amicales, il était attentif et sincère, évitant les conflits et les critiques inutiles. Sa philosophie se caractérisait par une indifférence envers les richesses et les distinctions, bien qu'il ait accepté les faveurs de protecteurs désintéressés. Il acquit l'estime de nombreux amis et de figures influentes, comme le duc d'Orléans, et fut reçu à l'Académie française en 1743. Malgré ses ressources, il restait très sensible aux malheurs des autres et généreux. Marivaux mourut paisiblement le 11 février 1763, à l'âge de 75 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11076
p. 80-88
DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE, Cinq volumes in-8 o . Prix, 17 liv. 10 s. broché. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires. SECOND EXTRAIT.
Début :
DANS le premier Extrait de cet excellent Ouvrage, nous avons jetté un [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE, Cinq volumes in-8 o . Prix, 17 liv. 10 s. broché. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires. SECOND EXTRAIT.
DICTIONNAIRE raisonné, universel,
d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOMARE, Cinq volumes
in-8o. Prix, 17 liv. 10 s. broché. A
Paris, chez Didot le jeune, Musier
fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires.
SECOND EXTRAIT.
DANS le premier Extrait de cet
excellent Ouvrage, nous avons jetté un
coup d'œil très-rapide ſur le régne Ani
mal , & nous nous ſommes bornés à
propoſer quelques-unes des vues que
l'Auteur a répandues dans les Articles
généraux, que nous regardons comme "
- J U I N. 1764.
de l'Induſtrie.
8 r .
une des parties les plus eſſentielles de
ſon travail. Nous invitons nos Lecteurs
à chercher dans l'Ouvrage même les
idées & les objets de§ y trouve
ront une multitude de choſes auſſi agréa
bles qu'inſtructives ſur l'inſtinét , les
mœurs, les formes diſtinctives des Ani
maux ; ſur la Chaſſe, la Pêche, le Ma
nége, la Fauconnerie; ſur les moyens de
détruire, de multiplier certaines eſpéces,
de les plier à notre uſage & de les ſou
mettre a notre ſervice, C'eſt un tableau
où tout eſt animé , où tout eſt en mou
vement & en action par les forces de la
Nature, aidées des efforts de l'Art &
M. Valmont de Bomare a traité
avec le même ſoin & le même agrément
le régne végetal, qui, comme l'on ſçait,
comprend tout ce qui concerne les
Arbres, les Plantes, & généralement
tous les êtres organiſés qui prennent leur
nourriture & reçeivent leur accroiſſe
ment dans le ſein de la terre, & qui
dans l'échelle de la Nature font le paſ
fage des Animaux aux Minéraux. Pour
donner une idée de la manière dont les
Articles du régne végétal ſont remplis,
nous allons # les mots Arbre &
L
-
-
D v
-
82 - MERCURE DE FRANCE.
Plante, qui s'offrent naturellement les
premiers. -
L'Auteur commence ſa diſſertation
ſur les arbres par une explication de la -
Phyſique de ces végetaux , tirée des
écrits de MM. Duhamel, de Buffon &
Pluche , & remplie des obſervations
curieuſes de Dodard , de Mariotte &
de MM. Magnol & de Reſſons. On y
trouve des détails très-intéreſſans ſur la
Greffe , la Taille , les Boutures, les Mar
· cottes, qu'on peut regarder comme les
plus belles inventions de l'induſtrie hu
maine dans l'Art du Jardinage.
· L'Article de la Phyſique des Arbres
eſt terminé par une très - belle expé
rience de M. Duhamel. Ce célébre Na
turaliſte fit planter des Arbres les bran
- ches dans la terre & les racines en l'air ;
ils reprirent dans cette étrange poſition ;
les branches produiſirent des racines, &
les racines donnerent des feuilles. M.
Duhamel a même été plus loin ;
il a
diſpoſé des boutures, les unes dans leur
poſition naturelle, les autres dans une
poſition renverſée, & il les a placées de
manière que la poſition qui avoit d'a-
bord donné des bourgeons & des feuil
les , donnoit enſuite des, racines, &
après
cela elle donnoit de nouveau
-
-
J U I N. 1764:
83
des bourgeons & des feuilles; ce qui
§ que les germes qui éxiſtent dans
es Arbres ſont également propres à pro
duire des branches ou des racines; la
partie qu'on entoure de terre donne tou
jours des racines, celle qu'on expoſe à
l'air donne des bourgeons & des feuilles.
Les Arbres étant des êtres organiſés
font ſujets , comme les animaux, à
différentes eſpéces de maladies, occa
ſionnées par l'altération des ſolides ou
celle des flufdes; & qui cauſent quelque
fois des ravages aſſez conſidérables dans
' nos jardins & dans nos vergers. L'Au
teur détaille ces différentes maladies; il
en explique les effets; & ce qui eſt plus
eſſentiel encore, il indique les moyens
d'y remédier.
· Après ces notions préliminaires que
nous ne faiſons qu'indiquer , l'Auteur
paſſe à l'hiſtoire des Arbres qui n'ont
point d'au re dénomination qu'une
épithéte relative à quelqu'une de leurs
propriétés, & qui par conſéquent ne
pouvoient être placés ailleurs que dans
cet article; tel eſt par exemple, l'Ar
bre à enivrer les Poiſſons, qui tire ſon
nom de ſon effet Cet arbre qui croît
aux Antilles, eſt de la groſſeur d'un Poi
rier. Le P. du Tertre rapporte que
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
lorſqu'on veut aller à la pêche dans les
rivieres ou dans quelque baïe de mer ,
on porte avec ſoi des ſacs remplis de
l'écorce des racines de cet arbre pilée
& réduite en poudre comme du tan ;
on met ces ſacs dans l'eau ; on les y
agite ; toutes les particules d'écorce qui
ſe détachent par ce mouvement, eni
vrent tellement les poiſſons qui ſe ren
contrent aux environs , que peu de
temps après on les voit bondir ſur les
eaux & nager ſur le dos ou ſur le côté; .
ils viennent même ſe jetter ſur les
rivages pour fuir cette eau empoiſonnée,
& on les prend alors avec facilité.
L'Arbre du pain , qui croit à Ti
nian l'une des Iſles Marianes , a été
ainſi nommé par les gens de l'équi
page de l'Amiral Anſon , qui ſe ſer
voient de ſon fruit au lieu de pain ,
pendant leur ſéjour dans cette Iſle, lors
du voyage que cet Amiral fit autour du
monde. Ce fruit vient indifféremment à
tous les endroits des branches ; il eſt
d'une figure plus ovale que ronde; il
a environ ſept ou huit pouces de lon
gueur & eſt couvert d'une écorce forte
, & épaiſſe. Lorſqu'il eſt parvenu à ſa
roſſeur, il eſt d'une ſaveur à-peu-près
emblable à celle qu'a le cul d'Arti
^
J U I N. 1764.
85
chaux lorſqu'il eſt cuit. Pendant le ſéjour
dans l'Iſle de Tinian , où le Vaiſſeau
de l'Amiral Anſon, infecté du ſcorbut,
avoit débarqué heureuſement , on ne
diſtribua point de pain à l'équipage ;
tout le monde préféroit ce fruit au biſ
cuit qu'on avoit en proviſion dans le
Vaiſſeau.
L'Arbre aux Savonettes croît dans
les Iſles Antilles ſur le bord de la Mer,
& dans les lieux les plus ſableux. Ses
fruits qui ſont ſuſpendus en grappes ,
reſſemblent aſſez à nos ceriſes pour la
forme, mais ils ſont de couleur jaune.
Ils ſont remplis d'une ſubſtance claire
& gluante comme la gomme arabique,
lorſqu'elle n'eſt point encore figée. Ces
fruits étant mis & agités dans de l'eau,la.
rendent mouſſeuſe , comme le fait le
ſavon, & lui donnent la propriété de
dégraiſſer & blanchir le linge.
L'Arbre du Vernis , nommé par les
Chinois Thi-chou , eſt celui qui fournit
le beau vernis noir ſi connu ſous le
nom de vernis de la chine. Cet arbre
croît naturellement ſur les montagnes,
mais les Chinois le cultivent auſſi dans
les plaines, & ces arbres ainſi cultivés
donnent du vernis trois fois dans l'Eté.
On fait à chaque arbre trois ou quatre
86 MERCURE DE FRANCE.
légères entailles ſur l'écorce, ſous cha
cune deſquelles on place une coquille
de Moule de rivière, pour recevoir la
liqueur. Les vapeurs de ce vernis , lorſ
qu'il eſt encore en liqueur, ſont ſi dan
gereuſes , qu'en le tranſvaſant , il faut
avoir grand ſoin de détourner la tête
pour les éviter. L'Auteur, # ne laiſſe
échapper aucune occaſion de parler de
l'emploi que l'Art fait des matières pre
mieres, expoſe la méthode de préparer
& d'appliquer ce vernis, d'après un
excellent mémoire compoſé ſur le lieu
même par le P. d'Incarville. Il faut lire
ce détail dans l'ouvrage, ainſi que tout
ce que l'Auteur dit de curieux ſur
pluſieurs arbres ſinguliers, dont il eſt
queſtion dans cet Article.
-
Pour completter l'hiſtoire des Ar
bres , confidérés en général , M. de
Bomare renvoye aux Articles Bois,
Ecorce, Feuille, Fleurs, Forêts, Fruits,
Racine, & au mot Plante , dont nous
allons dire quelque choſe.
· Le terme Plante eſt générique, &
pourroit s'appliquer à tous les végétaux
qui ſont implantés dans la terre & qui
y tiennent par leurs racines; mais l'uſage
l'a reſtreint à ceux qui ſont inférieurs
aux Arb es & aux Arbuſtes, en gran
deur, en force & en durée.
J U I N. 1764.
87
On ne peut diſconvenir, dit l'Au
teur, que les Plantes ne ſoient des êtres
organiſés & vivans; elles ont d'abord
toute la délicateſſe propre à l'enfance ;
elles tirent par le moyen de leurs racines,
comme par des veines lactées , le chyle
qui les doit nourrir. Cette liqueur éprou
ve, dans les viſcéres des plantes, des
ſécrétions & plufieurs préparations qui
la rendent propre à être nutritive : peut
être encore que des ſucs aſpirés par les
feuilles ſe mêlent avec ceux que les
racines ont attirés. Quelques ſçavans
Phyficiens ont reconnu , par des ob
ſervations faites avec beaucoup de ſaga
cité, qu'il y a dans les végétaux une
tranſpiration ſenſible & inſenſible, ce
qui doit beaucoup influer ſur la pré
paration du ſuc nourricier. Peu-à-peu
la plante devient adulte : alors pourvue
des organes des deux ſéxes, elle produit
des ſemences fécondes , qu'on peut
regarder comme de vrais œufs , dans
leſquels les rudimens des plantes qui .
en doivent ſortir ſe forment par de
grés. Après que les végétaux ont fourni
une innombrable poſtérité, ils tombent
dans la dégradation de la viéilleſſe, &
périſſent , les uns plutôt , les autres
plus tard.
-
88 MERCURE DE FRANCE.
Tous ces différens points de la Phyſique
des plantes ſe trouvent expliqués ici , :
avec le détail convenable, d'après les
expériences des plus célébres Natura
liſtes , ainſi que le ſommeil des plantes
ſuivant le ſentiment de M. Linnœus.
L'Auteur donne enſuite des notions ſur
les plantes Annuelles, Vivaces, Exoti
ques, Indigénes, Terreſtres, Marines ,
Aluviatiles,Paraſites,&enfin ſur les plan
tes uſuelles , qui ſont, ſans contredit,
les plus intéreſſantes. M. de Bomare ,
termine ce qu'il dit ſur ces dernières
par un tableau alphabétique des vertus
& de la manière d'agir des plantes mé
dicinales. Ce morceau précieux , qui
eſt d'une étendue conſidérable , a été
extrait des dictées de Botanique, faites
au Jardin Royal de Paris par l'illuſtre
· M. Bernard de Juſſieu. Il y a encore
dans cet Article une liſte alphabéti
que du nom des différentes parties des
plantes , & des principaux termes de
Botanique, qui ſera d'une grande uti ;
lité pour bien des Lecteurs.
d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT
DE BOMARE, Cinq volumes
in-8o. Prix, 17 liv. 10 s. broché. A
Paris, chez Didot le jeune, Musier
fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires.
SECOND EXTRAIT.
DANS le premier Extrait de cet
excellent Ouvrage, nous avons jetté un
coup d'œil très-rapide ſur le régne Ani
mal , & nous nous ſommes bornés à
propoſer quelques-unes des vues que
l'Auteur a répandues dans les Articles
généraux, que nous regardons comme "
- J U I N. 1764.
de l'Induſtrie.
8 r .
une des parties les plus eſſentielles de
ſon travail. Nous invitons nos Lecteurs
à chercher dans l'Ouvrage même les
idées & les objets de§ y trouve
ront une multitude de choſes auſſi agréa
bles qu'inſtructives ſur l'inſtinét , les
mœurs, les formes diſtinctives des Ani
maux ; ſur la Chaſſe, la Pêche, le Ma
nége, la Fauconnerie; ſur les moyens de
détruire, de multiplier certaines eſpéces,
de les plier à notre uſage & de les ſou
mettre a notre ſervice, C'eſt un tableau
où tout eſt animé , où tout eſt en mou
vement & en action par les forces de la
Nature, aidées des efforts de l'Art &
M. Valmont de Bomare a traité
avec le même ſoin & le même agrément
le régne végetal, qui, comme l'on ſçait,
comprend tout ce qui concerne les
Arbres, les Plantes, & généralement
tous les êtres organiſés qui prennent leur
nourriture & reçeivent leur accroiſſe
ment dans le ſein de la terre, & qui
dans l'échelle de la Nature font le paſ
fage des Animaux aux Minéraux. Pour
donner une idée de la manière dont les
Articles du régne végétal ſont remplis,
nous allons # les mots Arbre &
L
-
-
D v
-
82 - MERCURE DE FRANCE.
Plante, qui s'offrent naturellement les
premiers. -
L'Auteur commence ſa diſſertation
ſur les arbres par une explication de la -
Phyſique de ces végetaux , tirée des
écrits de MM. Duhamel, de Buffon &
Pluche , & remplie des obſervations
curieuſes de Dodard , de Mariotte &
de MM. Magnol & de Reſſons. On y
trouve des détails très-intéreſſans ſur la
Greffe , la Taille , les Boutures, les Mar
· cottes, qu'on peut regarder comme les
plus belles inventions de l'induſtrie hu
maine dans l'Art du Jardinage.
· L'Article de la Phyſique des Arbres
eſt terminé par une très - belle expé
rience de M. Duhamel. Ce célébre Na
turaliſte fit planter des Arbres les bran
- ches dans la terre & les racines en l'air ;
ils reprirent dans cette étrange poſition ;
les branches produiſirent des racines, &
les racines donnerent des feuilles. M.
Duhamel a même été plus loin ;
il a
diſpoſé des boutures, les unes dans leur
poſition naturelle, les autres dans une
poſition renverſée, & il les a placées de
manière que la poſition qui avoit d'a-
bord donné des bourgeons & des feuil
les , donnoit enſuite des, racines, &
après
cela elle donnoit de nouveau
-
-
J U I N. 1764:
83
des bourgeons & des feuilles; ce qui
§ que les germes qui éxiſtent dans
es Arbres ſont également propres à pro
duire des branches ou des racines; la
partie qu'on entoure de terre donne tou
jours des racines, celle qu'on expoſe à
l'air donne des bourgeons & des feuilles.
Les Arbres étant des êtres organiſés
font ſujets , comme les animaux, à
différentes eſpéces de maladies, occa
ſionnées par l'altération des ſolides ou
celle des flufdes; & qui cauſent quelque
fois des ravages aſſez conſidérables dans
' nos jardins & dans nos vergers. L'Au
teur détaille ces différentes maladies; il
en explique les effets; & ce qui eſt plus
eſſentiel encore, il indique les moyens
d'y remédier.
· Après ces notions préliminaires que
nous ne faiſons qu'indiquer , l'Auteur
paſſe à l'hiſtoire des Arbres qui n'ont
point d'au re dénomination qu'une
épithéte relative à quelqu'une de leurs
propriétés, & qui par conſéquent ne
pouvoient être placés ailleurs que dans
cet article; tel eſt par exemple, l'Ar
bre à enivrer les Poiſſons, qui tire ſon
nom de ſon effet Cet arbre qui croît
aux Antilles, eſt de la groſſeur d'un Poi
rier. Le P. du Tertre rapporte que
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
lorſqu'on veut aller à la pêche dans les
rivieres ou dans quelque baïe de mer ,
on porte avec ſoi des ſacs remplis de
l'écorce des racines de cet arbre pilée
& réduite en poudre comme du tan ;
on met ces ſacs dans l'eau ; on les y
agite ; toutes les particules d'écorce qui
ſe détachent par ce mouvement, eni
vrent tellement les poiſſons qui ſe ren
contrent aux environs , que peu de
temps après on les voit bondir ſur les
eaux & nager ſur le dos ou ſur le côté; .
ils viennent même ſe jetter ſur les
rivages pour fuir cette eau empoiſonnée,
& on les prend alors avec facilité.
L'Arbre du pain , qui croit à Ti
nian l'une des Iſles Marianes , a été
ainſi nommé par les gens de l'équi
page de l'Amiral Anſon , qui ſe ſer
voient de ſon fruit au lieu de pain ,
pendant leur ſéjour dans cette Iſle, lors
du voyage que cet Amiral fit autour du
monde. Ce fruit vient indifféremment à
tous les endroits des branches ; il eſt
d'une figure plus ovale que ronde; il
a environ ſept ou huit pouces de lon
gueur & eſt couvert d'une écorce forte
, & épaiſſe. Lorſqu'il eſt parvenu à ſa
roſſeur, il eſt d'une ſaveur à-peu-près
emblable à celle qu'a le cul d'Arti
^
J U I N. 1764.
85
chaux lorſqu'il eſt cuit. Pendant le ſéjour
dans l'Iſle de Tinian , où le Vaiſſeau
de l'Amiral Anſon, infecté du ſcorbut,
avoit débarqué heureuſement , on ne
diſtribua point de pain à l'équipage ;
tout le monde préféroit ce fruit au biſ
cuit qu'on avoit en proviſion dans le
Vaiſſeau.
L'Arbre aux Savonettes croît dans
les Iſles Antilles ſur le bord de la Mer,
& dans les lieux les plus ſableux. Ses
fruits qui ſont ſuſpendus en grappes ,
reſſemblent aſſez à nos ceriſes pour la
forme, mais ils ſont de couleur jaune.
Ils ſont remplis d'une ſubſtance claire
& gluante comme la gomme arabique,
lorſqu'elle n'eſt point encore figée. Ces
fruits étant mis & agités dans de l'eau,la.
rendent mouſſeuſe , comme le fait le
ſavon, & lui donnent la propriété de
dégraiſſer & blanchir le linge.
L'Arbre du Vernis , nommé par les
Chinois Thi-chou , eſt celui qui fournit
le beau vernis noir ſi connu ſous le
nom de vernis de la chine. Cet arbre
croît naturellement ſur les montagnes,
mais les Chinois le cultivent auſſi dans
les plaines, & ces arbres ainſi cultivés
donnent du vernis trois fois dans l'Eté.
On fait à chaque arbre trois ou quatre
86 MERCURE DE FRANCE.
légères entailles ſur l'écorce, ſous cha
cune deſquelles on place une coquille
de Moule de rivière, pour recevoir la
liqueur. Les vapeurs de ce vernis , lorſ
qu'il eſt encore en liqueur, ſont ſi dan
gereuſes , qu'en le tranſvaſant , il faut
avoir grand ſoin de détourner la tête
pour les éviter. L'Auteur, # ne laiſſe
échapper aucune occaſion de parler de
l'emploi que l'Art fait des matières pre
mieres, expoſe la méthode de préparer
& d'appliquer ce vernis, d'après un
excellent mémoire compoſé ſur le lieu
même par le P. d'Incarville. Il faut lire
ce détail dans l'ouvrage, ainſi que tout
ce que l'Auteur dit de curieux ſur
pluſieurs arbres ſinguliers, dont il eſt
queſtion dans cet Article.
-
Pour completter l'hiſtoire des Ar
bres , confidérés en général , M. de
Bomare renvoye aux Articles Bois,
Ecorce, Feuille, Fleurs, Forêts, Fruits,
Racine, & au mot Plante , dont nous
allons dire quelque choſe.
· Le terme Plante eſt générique, &
pourroit s'appliquer à tous les végétaux
qui ſont implantés dans la terre & qui
y tiennent par leurs racines; mais l'uſage
l'a reſtreint à ceux qui ſont inférieurs
aux Arb es & aux Arbuſtes, en gran
deur, en force & en durée.
J U I N. 1764.
87
On ne peut diſconvenir, dit l'Au
teur, que les Plantes ne ſoient des êtres
organiſés & vivans; elles ont d'abord
toute la délicateſſe propre à l'enfance ;
elles tirent par le moyen de leurs racines,
comme par des veines lactées , le chyle
qui les doit nourrir. Cette liqueur éprou
ve, dans les viſcéres des plantes, des
ſécrétions & plufieurs préparations qui
la rendent propre à être nutritive : peut
être encore que des ſucs aſpirés par les
feuilles ſe mêlent avec ceux que les
racines ont attirés. Quelques ſçavans
Phyficiens ont reconnu , par des ob
ſervations faites avec beaucoup de ſaga
cité, qu'il y a dans les végétaux une
tranſpiration ſenſible & inſenſible, ce
qui doit beaucoup influer ſur la pré
paration du ſuc nourricier. Peu-à-peu
la plante devient adulte : alors pourvue
des organes des deux ſéxes, elle produit
des ſemences fécondes , qu'on peut
regarder comme de vrais œufs , dans
leſquels les rudimens des plantes qui .
en doivent ſortir ſe forment par de
grés. Après que les végétaux ont fourni
une innombrable poſtérité, ils tombent
dans la dégradation de la viéilleſſe, &
périſſent , les uns plutôt , les autres
plus tard.
-
88 MERCURE DE FRANCE.
Tous ces différens points de la Phyſique
des plantes ſe trouvent expliqués ici , :
avec le détail convenable, d'après les
expériences des plus célébres Natura
liſtes , ainſi que le ſommeil des plantes
ſuivant le ſentiment de M. Linnœus.
L'Auteur donne enſuite des notions ſur
les plantes Annuelles, Vivaces, Exoti
ques, Indigénes, Terreſtres, Marines ,
Aluviatiles,Paraſites,&enfin ſur les plan
tes uſuelles , qui ſont, ſans contredit,
les plus intéreſſantes. M. de Bomare ,
termine ce qu'il dit ſur ces dernières
par un tableau alphabétique des vertus
& de la manière d'agir des plantes mé
dicinales. Ce morceau précieux , qui
eſt d'une étendue conſidérable , a été
extrait des dictées de Botanique, faites
au Jardin Royal de Paris par l'illuſtre
· M. Bernard de Juſſieu. Il y a encore
dans cet Article une liſte alphabéti
que du nom des différentes parties des
plantes , & des principaux termes de
Botanique, qui ſera d'une grande uti ;
lité pour bien des Lecteurs.
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Résumé : DICTIONNAIRE raisonné, universel, d'Histoire Naturelle. Par M. VALMONT DE BOMARE, Cinq volumes in-8 o . Prix, 17 liv. 10 s. broché. A Paris, chez Didot le jeune, Musier fils, Dehansy & Panckoucke, Libraires. SECOND EXTRAIT.
Le 'Dictionnaire raisonné, universel, d'Histoire Naturelle' de M. Valmont de Bomare, publié en cinq volumes, se concentre sur le règne végétal, incluant les arbres et les plantes. L'auteur s'appuie sur les travaux de plusieurs naturalistes, tels que Duhamel, Buffon, Pluche, Dodart, Mariotte, Magnol et de Ressons, pour aborder la physique des végétaux. Il décrit diverses techniques horticoles comme la greffe, la taille, les boutures et les marcottes, illustrées par des expériences de Duhamel sur la régénération des arbres. Le texte traite également des maladies des arbres et des méthodes pour les soigner. L'ouvrage détaille des arbres spécifiques, comme l'arbre à enivrer les poissons, l'arbre du pain et l'arbre aux savonettes, en expliquant leurs propriétés et usages. Par exemple, certains fruits produisent une substance capable de rendre l'eau mousseuse et de dégraisser le linge. L'arbre du vernis, connu sous le nom de Thi-chou en Chine, fournit un vernis noir utilisé dans ce pays, avec des méthodes de collecte spécifiques. Le texte classe les plantes selon leur taille, force et durée, les distinguant des arbres et arbustes. Il explique que les plantes sont des êtres organisés et vivants, passant par des stades de croissance similaires à ceux des animaux. Les processus de nutrition, de reproduction, de transpiration et de formation des semences sont détaillés. L'auteur renvoie à divers articles pour compléter l'histoire des arbres et des plantes, fournissant des informations sur différents types de plantes, telles que les annuelles, vivaces, exotiques, indigènes, terrestres, marines, alluviales et parasites. Un tableau alphabétique des vertus des plantes médicinales, basé sur les enseignements de M. Bernard de Jussieu au Jardin Royal de Paris, est inclus, ainsi qu'une liste alphabétique des parties des plantes et des termes botaniques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11077
p. 89-93
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
Début :
IL parut l'année dernière, Monsieur, une brochure en deux volumes, sous le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
IL parut l'année dernière, Monsieur,
une brochure en deux volumes, sous le
titre d'Olivier, que le Public a lu avec
beaucoup de plaiſir ; dont différens
Journaux ont fait de longs extraits,
& de grands éloges : on a blâmé l'Au
teur de l'avoir intitulé Poéme : je penſe
qu'on a eu raiſon ; il faut qu'il y ait une
diſtinction
eſſentielle entre l'Iliade ,
l'Enéide, le Paradis perdu , la Hen
riade & tout autre ouvrage dont le
fond n'aura point aſſez de vérité:& dont
l'éxécution n'aura pas la majeſté con
venable : ce ſont là, à ce que je penſe,
les caractères de l'Epopée. Mais fi l'on
a cru que le titre de Roman auroit mieux
convenu au Livre dont nous parlons,
j'eſtime que l'erreur n'eſt pas moins
groſſière , c'eſt un titre trop générique ,
même en ajoutant au titre de Roman
l'épithéte de poëtique : ce qui caractèri
ſeroit au plus les Ouvrages de Scudery,
la Calprenede, Deſmarets,&c. J'oſerois
9o MERCURE DE FRANCE.
ouvrir un autre avis , & inſinuer que
le titre de Fable ſeroit beaucoup mieux
appliqué : il eſt vrai que le Public ha
bitué à penſer que, dans tout ouvrage
ainſi dénommé , les animaux doivent
être les principaux Acteurs, que la
Fable doit être un récit court & ſerré,
d'une action ſimple terminée par une
moralité , pourroit encore n'être pas
ſatisfait. Mais je perſiſterois toujours
dans mon opinion, & je rangerois dans
la même claſſe & ſous le même titre,
la Jéruſalem délivrée , quoique le fond
cn ſoit un peu hiſtorique ; l'Arioſte,
Roland l'amoureux, le Bertholde , Ri
chardet, & toutes autres prod ,ctions
qui nous ſont venues d'Italie ſous le
titre faſtueux de Poëmes.
Olivier, ſelon moi , Monſieur, ne le
céde à aucuns de ces prétendus chefs
d'œuvres; quelques-uns ont peut-être de
l'avantage ſur lui en quelque partie;mais
nul ne réuſſit au point où eſt parvenu
celui-ci. La fraîcheur, le brillant, la for
ce dans le coloris ; la vivacité, le feu , la
variété,la vérité dans les images: à la ſage
économie qui en oppoſe les effets les
uns aux autres, ajoutez la touche, les
nuances, & la correction dans les ca
ractères : la fertilité & le naturel dans
J U I N. 1764.
c)1
les inventions, le piquant dans la plai
ſanterie, qui, après tant d'ouvrages d'un
ſel & d'un goût ſi différens , nous a
convaincu, qu'on peut quelque ſoit la
corruption prétendue du fiécle, amuſer
innocemment le Lecteur ſans danger
pour ſa religion, ni pour ſes mœurs ,
& allier une morale ſage aux plus bruſ
ques incartades de l'imagination; & vous
conviendrez que ce badinage vaut ceux
dont s'honore étonnément l'Italie ; &
que, monſtre pour monftre, peut-être,
il vaut mieux. Je n'en dirai pas davan
tage pour ne pas répéter ce qu'en ont
dit les Journaux : je viens au point qui
nous touche nous autres Bouguignons,
que l'amour de la patrie rend ſenſibles
à tout ce qui peut la maintenir dans ſon
éclat : ſoit modeſtie, ſoit politique, l'Au
teur n'a pas mis ſon nom à la tête de
l'ouvrage : mais on ſçait qu'il a pris naiſ
ſance à Dijon d'une famille très-ancien
ne, à qui même quelques titres du treizié
me ſiécle donnent déjà une ſorte de no
bleſſe : honorée depuis de charges de
Magiſtratures & alliée à d'anciennes
familles nobles du Païs : l'exacte probité
qui les a preſque tous affectés, & l'amour
des lettres où quelques-uns ſe ſont reſ
traints ſans autre ambition que de les
92 MERCURE DE FRANCE.
cultiver, ne leur a pas permis d'en ſuivre
hors de leur Patrie les récompenſes. Il
n'eſt pas le premier d'entre eux qui ait
acquis quelque célébrité ſur le Parnaſſe.
La Bibliothèque des Auteurs de Bourgo
gne fait mention d'un de ſes grands-on
· cles (a) qui,en ſe délaſſant des fatigues du
| Barreau & de la Magiſtrature dans une
Cour Souveraine,donna au , Public en
1641 quelques poëſies dans un ſtyle un
peu Gaulois , mais eſtimées dans le
temps. Celui-cº, (b) dans ſa première
jeuneſſe, s'eſt fait connoître du Public
par quelques Ouvrages d'imaginaticn
& de critique, qui donnoient lieu d'en
bien eſpérer. Des vues différentes de
ſes Ancêtres l'ont entraîné dans d'autres
occupations plus utiles à l'Etat , mais
† pénibles , qui ne lui permettoient
e cultiver les Lettres , que dans des
temps & des momens très-courts , &
par forme d'amuſemens.
Ses amis ont entre les mains un re
cueil de Fables dont la plupart ne dé
, pareroient pas celui de la Fontaine :
mais l'on peut juger par l'Ouvrage, qui
eſt le ſujet de ma lettre , qu'il n'a ja
( a) Jean Caſotte, Avocat, Echevin de la
Ville de Dijon, Conſeiller à la Table de Marbre,
( b ) V. la France Littéraire, 1759 & 176 ;.
J U I N. 1764.
.
93
mais perdu de vue l'envie de s'inſtruire.
Il y fait preuve, quoique ſans affecta
tion , d'une grande multiplicité de con
noiſſances, de beaucoup de goût; il
nous laiſſe à regretter, Monſieur, qu'il
| n'en faſſe pas davantage pour ſa réputa
tion. Qu'il ſe montre à découvert ſur
la Scène ; qu'il vienne ſe joindre aux
Pirons, aux Buffons , aux Rameaux,
ces Athlétes, ces Hercules qui combat
tent encore pour l'honneur des Muſes
Françoiſes & de la réputation Dijon
noiſe. Nous cherchons en vain de
puis longtemps à côté d'eux & au-deſ
ſous d'eux les demi-Dieux qui pour
' roient les remplacer.
-
J'ai l'honneur d'être, &c.
M. D. G. C. A. G. A. L. T. D. M.
Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
IL parut l'année dernière, Monsieur,
une brochure en deux volumes, sous le
titre d'Olivier, que le Public a lu avec
beaucoup de plaiſir ; dont différens
Journaux ont fait de longs extraits,
& de grands éloges : on a blâmé l'Au
teur de l'avoir intitulé Poéme : je penſe
qu'on a eu raiſon ; il faut qu'il y ait une
diſtinction
eſſentielle entre l'Iliade ,
l'Enéide, le Paradis perdu , la Hen
riade & tout autre ouvrage dont le
fond n'aura point aſſez de vérité:& dont
l'éxécution n'aura pas la majeſté con
venable : ce ſont là, à ce que je penſe,
les caractères de l'Epopée. Mais fi l'on
a cru que le titre de Roman auroit mieux
convenu au Livre dont nous parlons,
j'eſtime que l'erreur n'eſt pas moins
groſſière , c'eſt un titre trop générique ,
même en ajoutant au titre de Roman
l'épithéte de poëtique : ce qui caractèri
ſeroit au plus les Ouvrages de Scudery,
la Calprenede, Deſmarets,&c. J'oſerois
9o MERCURE DE FRANCE.
ouvrir un autre avis , & inſinuer que
le titre de Fable ſeroit beaucoup mieux
appliqué : il eſt vrai que le Public ha
bitué à penſer que, dans tout ouvrage
ainſi dénommé , les animaux doivent
être les principaux Acteurs, que la
Fable doit être un récit court & ſerré,
d'une action ſimple terminée par une
moralité , pourroit encore n'être pas
ſatisfait. Mais je perſiſterois toujours
dans mon opinion, & je rangerois dans
la même claſſe & ſous le même titre,
la Jéruſalem délivrée , quoique le fond
cn ſoit un peu hiſtorique ; l'Arioſte,
Roland l'amoureux, le Bertholde , Ri
chardet, & toutes autres prod ,ctions
qui nous ſont venues d'Italie ſous le
titre faſtueux de Poëmes.
Olivier, ſelon moi , Monſieur, ne le
céde à aucuns de ces prétendus chefs
d'œuvres; quelques-uns ont peut-être de
l'avantage ſur lui en quelque partie;mais
nul ne réuſſit au point où eſt parvenu
celui-ci. La fraîcheur, le brillant, la for
ce dans le coloris ; la vivacité, le feu , la
variété,la vérité dans les images: à la ſage
économie qui en oppoſe les effets les
uns aux autres, ajoutez la touche, les
nuances, & la correction dans les ca
ractères : la fertilité & le naturel dans
J U I N. 1764.
c)1
les inventions, le piquant dans la plai
ſanterie, qui, après tant d'ouvrages d'un
ſel & d'un goût ſi différens , nous a
convaincu, qu'on peut quelque ſoit la
corruption prétendue du fiécle, amuſer
innocemment le Lecteur ſans danger
pour ſa religion, ni pour ſes mœurs ,
& allier une morale ſage aux plus bruſ
ques incartades de l'imagination; & vous
conviendrez que ce badinage vaut ceux
dont s'honore étonnément l'Italie ; &
que, monſtre pour monftre, peut-être,
il vaut mieux. Je n'en dirai pas davan
tage pour ne pas répéter ce qu'en ont
dit les Journaux : je viens au point qui
nous touche nous autres Bouguignons,
que l'amour de la patrie rend ſenſibles
à tout ce qui peut la maintenir dans ſon
éclat : ſoit modeſtie, ſoit politique, l'Au
teur n'a pas mis ſon nom à la tête de
l'ouvrage : mais on ſçait qu'il a pris naiſ
ſance à Dijon d'une famille très-ancien
ne, à qui même quelques titres du treizié
me ſiécle donnent déjà une ſorte de no
bleſſe : honorée depuis de charges de
Magiſtratures & alliée à d'anciennes
familles nobles du Païs : l'exacte probité
qui les a preſque tous affectés, & l'amour
des lettres où quelques-uns ſe ſont reſ
traints ſans autre ambition que de les
92 MERCURE DE FRANCE.
cultiver, ne leur a pas permis d'en ſuivre
hors de leur Patrie les récompenſes. Il
n'eſt pas le premier d'entre eux qui ait
acquis quelque célébrité ſur le Parnaſſe.
La Bibliothèque des Auteurs de Bourgo
gne fait mention d'un de ſes grands-on
· cles (a) qui,en ſe délaſſant des fatigues du
| Barreau & de la Magiſtrature dans une
Cour Souveraine,donna au , Public en
1641 quelques poëſies dans un ſtyle un
peu Gaulois , mais eſtimées dans le
temps. Celui-cº, (b) dans ſa première
jeuneſſe, s'eſt fait connoître du Public
par quelques Ouvrages d'imaginaticn
& de critique, qui donnoient lieu d'en
bien eſpérer. Des vues différentes de
ſes Ancêtres l'ont entraîné dans d'autres
occupations plus utiles à l'Etat , mais
† pénibles , qui ne lui permettoient
e cultiver les Lettres , que dans des
temps & des momens très-courts , &
par forme d'amuſemens.
Ses amis ont entre les mains un re
cueil de Fables dont la plupart ne dé
, pareroient pas celui de la Fontaine :
mais l'on peut juger par l'Ouvrage, qui
eſt le ſujet de ma lettre , qu'il n'a ja
( a) Jean Caſotte, Avocat, Echevin de la
Ville de Dijon, Conſeiller à la Table de Marbre,
( b ) V. la France Littéraire, 1759 & 176 ;.
J U I N. 1764.
.
93
mais perdu de vue l'envie de s'inſtruire.
Il y fait preuve, quoique ſans affecta
tion , d'une grande multiplicité de con
noiſſances, de beaucoup de goût; il
nous laiſſe à regretter, Monſieur, qu'il
| n'en faſſe pas davantage pour ſa réputa
tion. Qu'il ſe montre à découvert ſur
la Scène ; qu'il vienne ſe joindre aux
Pirons, aux Buffons , aux Rameaux,
ces Athlétes, ces Hercules qui combat
tent encore pour l'honneur des Muſes
Françoiſes & de la réputation Dijon
noiſe. Nous cherchons en vain de
puis longtemps à côté d'eux & au-deſ
ſous d'eux les demi-Dieux qui pour
' roient les remplacer.
-
J'ai l'honneur d'être, &c.
M. D. G. C. A. G. A. L. T. D. M.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure, sur le Poëme d'OLIVIER.
En 1763, la publication de la brochure 'Olivier' en deux volumes a suscité un vif intérêt public et des éloges dans divers journaux. Toutefois, le titre 'Poème' a été critiqué pour son inappropriation, car l'œuvre manque de majesté et de vérité épique. Le terme 'Roman' est également jugé trop vague. L'auteur de la lettre propose 'Fable' comme titre plus adéquat, malgré les conventions associées à ce genre. Il compare favorablement 'Olivier' à des œuvres italiennes telles que 'La Jérusalem délivrée' et 'Roland amoureux'. L'auteur de 'Olivier' est natif de Dijon et provient d'une famille ancienne et noble, reconnue pour sa probité et son amour des lettres. Bien qu'il ait publié des œuvres de jeunesse et possède un recueil de fables, ses responsabilités au service de l'État ont limité son temps consacré à la littérature. Ses amis détiennent un recueil de fables qui rivalisent avec celles de La Fontaine. L'auteur de la lettre encourage cet écrivain à se révéler davantage et à rejoindre d'autres écrivains célèbres pour honorer les Muses françaises et la réputation littéraire de Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11078
p. 93-104
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
MÉMOIRES sur les Matières domaniales, ou Traité du Domaine, Ouvrage [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En juin 1764, le Mercure de France présente divers ouvrages. Parmi eux, les 'Mémoires sur les Matières domaniales' de M. le Fevre de la Planche, un traité juridique en trois volumes destiné aux jurisconsultes, complété par des notes et une préface de l'éditeur. 'Instructions pour les jeunes Dames qui entrent dans le monde' de Madame Leprince de Beaumont est un guide en quatre volumes pour les adolescentes. Les 'Lettres d'un Actionnaire sur le Commerce de la Compagnie des Indes' abordent l'utilité du commerce de la compagnie et la liberté du commerce. Le poème 'Les Métamorphoses' de M. Zacharie est une satire traduite de l'allemand. La 'Lettre de Valcour' répond à une lettre de M. Dorat mais ne atteint pas son mérite littéraire. Trois ouvrages à paraître sont également annoncés : 'Guide du Commerce', 'Mappemondes', et 'l'Arithmétique démontrée'. L''Histoire de la Maison de Montmorency' par M. Désormeaux, en cinq volumes, couvre la généalogie et l'histoire de cette famille de 960 au XVIe siècle. D'autres publications incluent une histoire des connétables de France de 1494 à 1695, ainsi que des biographies de personnalités telles que Henri Ier, Charles d'Amville, et François-Henri de Montmorency. Un mémoire sur l'exportation et l'importation des grains plaide pour la liberté du commerce extérieur des grains. Une histoire de l'Angleterre, traduite par M. Targe, couvre la période de Jules César au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. La vie de Michel de L'Hôpital, chancelier de France, est présentée comme un ouvrage intéressant. Une dissertation des jeunes Jésuites s'adresse aux évêques pour prouver qu'ils peuvent prêter les serments exigés par les Parlements sans compromettre leur honneur. Enfin, des réflexions sur l'île de Minorque, son climat et les maladies y régnant, rédigées par M. Claude-François Passerat de la Chapelle, sont jugées utiles pour les praticiens médicaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11079
p. 104-109
« ARMORIAL général de la France, par MM. d'Hozier, tome huitieme, [...] »
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ARMORIAL général de la France, par MM. d'Hozier, tome huitieme, [...]
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ARMORIAL général de la France,
par MM. d'Hozier, tome huitieme,
vol. in folio.
Nous croyons ne pouvoir rien faire
de mieux, que de placer ici l'Avertiſſe
ment qui eſt à la tête de ce nouveau vo
lume. Ce ſont les Auteurs eux-mêmes
qui rendent compte au Public de l'in
terruption & de la repriſe de leur tra
vail.
» Après avoir ſuſpendu pendant quel
J U I N. 1764.
1o5
» ques années l'impreſſion de l'Armo
» rial Général, nous en publions enfin
» le huitiéme volume. Au reſte ſi nous
» avons un peu différé de ſatisfaire l'em
» preſſement qu'on a témoigné de voir
» la ſuite de cette collection, ce n'étoit
» pas que nous euſſions perdu de vuë
» les engagemens que nous avions con
» tractés vis-à-vis du public ; la guerre
» que Sa Majeſté vient de terminer à
» la ſatisfaction de ſes peuples , n'a
» prèſque point permis à la Nobleſſe,
» occupée du ſervice militaire, de s'em
» ployer à la recherche de ſes titres ,
» recherche qui néceſſairement deman
» de beaucoup de loiſir , & eſt fort
» diſpendieuſe. Telle a été l'unique
» cauſe de cette interruption & de nos
» délais.
» Nous ne diſſimulerons cependant
» pas que nous nous les reprochons en
» quelque ſorte , parce qu'un tas de
» compilateurs ſans goût, comme ſans
» caractère & ſans aveu, ont profité de
» notre filence pour infeſter le Public
» de productions généalogiques qui por
» tent l'empreinte d'une ignorance craſ
» ſe , ou de la plus honteuſe adulation.
» Ces Ecrivains téméraires ignorent ſans
» doute que les nobiliaires, regiſtres ,
E v
: C6 MERCURE DE FRANCE.
» catalogues héraldiques, & les autres
» ouvrages qui ont trait à la nobleſſe,
» ſont eſſentiellement réſervés aux fonc
» tions du Juge d'Armes, officier créé
» par Louis XIII, à la ſollicitation des
» Etats - Généraux , pour réprimer les
» uſurpations des faux nobles, & pour
» être ordinairement à la ſuite du Roi,
» afin de lui certifier la nobleſſe de ſes
» Sujets.
-
-
» Ayant donc en vue ces deux ob
» jets
, principaux devoirs de notre
» Charge , nous entreprîmes il y a plu
» ſieurs années l'Armorial Général de
» la France , ſur le plan que nous traça
» M. le Cardinal de Fleury par ordre
» de Sa Majeſté même. Nous ſentions
» toute la peſanteur du fardeau que l'on
» nous impoſoit, & nous fumes effrayés
» de l'étendue des obligations que nous
» allions contracter; mais enfin, notre
» courage & notre zèle nous animant,
» nous nous trouvâmes bientôt en état
» de faire paroître les ſept premiers vo
» lumes que nous eumes l'honneur de
» préſenter ſucceſfivement à Sa Ma
» jeſté : Elle voulut bien nous témoi
» gner qu'elle étoit ſatisfaite de notre
» travail ; & la Nation entière le reçut
» avec intérêt & reçonnoiſſance. Nous
-
J U I N. 1764.
1o7
» eſpérons que le huitiéme volume ne
» ſera pas moins bien accueilli que
» l'ont été les précédens.
» appuyées , ſoit ſur les
•
•
.
» Conformément à ce qu'avoit preſ
» crit M. le Cardinal de Fleury , on
»,y détaille degrés par degrés les filia
» tions , les ſervices, les graces reçues,
» les priviléges, les diſtinctions & les
» dignités dont les preuves ſe trouvent
titres #
» naux , ſoit ſur des Arrêts du Conſeil
» ou des Commiſſaires Généraux, ſoit
» ſur des Jugemens & Ordonnances des
» Commiſſaires députés dans les diffé
» rentes Généralités , des Arrêts des
» Cours Supérieures, des Sentences des
» Elections ,
des Procès-verbaux de
» Malthe, des invitations & admiſſions
» aux Etats dans les Provinces où ces
» aſſemblées ſe trouvent établies ; ſoit
» enfin ſur des preuves déja agréées par
» le Roi pour les établiſſemens qui en
» éxigent.
*.
» Quant à ce qui concerne les divers
» réglemens portés par nos Rois pour
» mettre un frein à la liberté que des
» Particuliers ſe donnent de s'arroger
» des titres , des qualifications & des
» armoiries qui ne leur appartiennent
» pas, nous renvoyons ceux qui deſi
|
-
•
-
*
-
. •
·
•
• •
• •
-
-
• • •
• •
. E vi.
"
• •
,º-
-
Io8 MERCURE DE FRANCE.
» reront en être inſtruits, au précis que
» nous en avons publié à la fin du ſe
» cond Tome de notre Armorial. La
» lecture & l'exécution de ces ſages Or
» donnances deviennent d'autant plus
» néceſſaires , que la licence à cet égard
» eſt portée aujourd'hui à un tel excès,
» qu'il ſemble que toutes les condi
» tions ſoient confondues , & qu'un
» homme fraîchement annobli ſe croye
» en droit de trancher de l'homme de
» qualité, & de s'annoncer ſous les dé
» nominations les plus diſtinguées ;
» comme ſi l'on ignoroit qu'on ne peut
» les prendre légitimement ces déno
» minations, qu'autant qu'elles ſont re
» vêtues du ſceau du Souverain & de
» l'enregiſtrement dans ſes Cours ! Il
» ſeroit inutile de répondre que la plû
» part de ces Réglemens ayant été faits
» dans des temps reculés , on peut ſe
» permettre de ne les plus obſerver. On
» ne preſcrit point contre des Loix de
» cette nature ; & c'eſt s'abuſer que de
» penſer que leur vétuſté ſoit un pré
» texte ſuffiſant pour juſtifier leur inob
» ſervance. Auſſi peut-on ſe promettre
» que le zèle des Cours Supérieures ſe
· » ranimera à ce ſujet. Dépoſitaires du
» pouvoir de Sa Majeſté, verroient- .
» elles avec indlfférence léſer ſes droits
J U I N. 1764.
1o9
» par des , uſurpations qu'on pourroit
» avec raiſsn taxer d'attentats & d'en
» trepriſes ſur l'autorité du Monarque.
» Dans des temps où les abus en ce
» genre étoient beaucoup moins mul
» tipliés qu'ils ne le ſont de nos jours,
» le premier Parlement du Royaume
» rendit le 13 Août 1663 un Arrêt
» pour les proſcrire. Puiſſe ſa vigilance
» ſe porter encore vers cet objet ! »
par MM. d'Hozier, tome huitieme,
vol. in folio.
Nous croyons ne pouvoir rien faire
de mieux, que de placer ici l'Avertiſſe
ment qui eſt à la tête de ce nouveau vo
lume. Ce ſont les Auteurs eux-mêmes
qui rendent compte au Public de l'in
terruption & de la repriſe de leur tra
vail.
» Après avoir ſuſpendu pendant quel
J U I N. 1764.
1o5
» ques années l'impreſſion de l'Armo
» rial Général, nous en publions enfin
» le huitiéme volume. Au reſte ſi nous
» avons un peu différé de ſatisfaire l'em
» preſſement qu'on a témoigné de voir
» la ſuite de cette collection, ce n'étoit
» pas que nous euſſions perdu de vuë
» les engagemens que nous avions con
» tractés vis-à-vis du public ; la guerre
» que Sa Majeſté vient de terminer à
» la ſatisfaction de ſes peuples , n'a
» prèſque point permis à la Nobleſſe,
» occupée du ſervice militaire, de s'em
» ployer à la recherche de ſes titres ,
» recherche qui néceſſairement deman
» de beaucoup de loiſir , & eſt fort
» diſpendieuſe. Telle a été l'unique
» cauſe de cette interruption & de nos
» délais.
» Nous ne diſſimulerons cependant
» pas que nous nous les reprochons en
» quelque ſorte , parce qu'un tas de
» compilateurs ſans goût, comme ſans
» caractère & ſans aveu, ont profité de
» notre filence pour infeſter le Public
» de productions généalogiques qui por
» tent l'empreinte d'une ignorance craſ
» ſe , ou de la plus honteuſe adulation.
» Ces Ecrivains téméraires ignorent ſans
» doute que les nobiliaires, regiſtres ,
E v
: C6 MERCURE DE FRANCE.
» catalogues héraldiques, & les autres
» ouvrages qui ont trait à la nobleſſe,
» ſont eſſentiellement réſervés aux fonc
» tions du Juge d'Armes, officier créé
» par Louis XIII, à la ſollicitation des
» Etats - Généraux , pour réprimer les
» uſurpations des faux nobles, & pour
» être ordinairement à la ſuite du Roi,
» afin de lui certifier la nobleſſe de ſes
» Sujets.
-
-
» Ayant donc en vue ces deux ob
» jets
, principaux devoirs de notre
» Charge , nous entreprîmes il y a plu
» ſieurs années l'Armorial Général de
» la France , ſur le plan que nous traça
» M. le Cardinal de Fleury par ordre
» de Sa Majeſté même. Nous ſentions
» toute la peſanteur du fardeau que l'on
» nous impoſoit, & nous fumes effrayés
» de l'étendue des obligations que nous
» allions contracter; mais enfin, notre
» courage & notre zèle nous animant,
» nous nous trouvâmes bientôt en état
» de faire paroître les ſept premiers vo
» lumes que nous eumes l'honneur de
» préſenter ſucceſfivement à Sa Ma
» jeſté : Elle voulut bien nous témoi
» gner qu'elle étoit ſatisfaite de notre
» travail ; & la Nation entière le reçut
» avec intérêt & reçonnoiſſance. Nous
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J U I N. 1764.
1o7
» eſpérons que le huitiéme volume ne
» ſera pas moins bien accueilli que
» l'ont été les précédens.
» appuyées , ſoit ſur les
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» Conformément à ce qu'avoit preſ
» crit M. le Cardinal de Fleury , on
»,y détaille degrés par degrés les filia
» tions , les ſervices, les graces reçues,
» les priviléges, les diſtinctions & les
» dignités dont les preuves ſe trouvent
titres #
» naux , ſoit ſur des Arrêts du Conſeil
» ou des Commiſſaires Généraux, ſoit
» ſur des Jugemens & Ordonnances des
» Commiſſaires députés dans les diffé
» rentes Généralités , des Arrêts des
» Cours Supérieures, des Sentences des
» Elections ,
des Procès-verbaux de
» Malthe, des invitations & admiſſions
» aux Etats dans les Provinces où ces
» aſſemblées ſe trouvent établies ; ſoit
» enfin ſur des preuves déja agréées par
» le Roi pour les établiſſemens qui en
» éxigent.
*.
» Quant à ce qui concerne les divers
» réglemens portés par nos Rois pour
» mettre un frein à la liberté que des
» Particuliers ſe donnent de s'arroger
» des titres , des qualifications & des
» armoiries qui ne leur appartiennent
» pas, nous renvoyons ceux qui deſi
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,º-
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Io8 MERCURE DE FRANCE.
» reront en être inſtruits, au précis que
» nous en avons publié à la fin du ſe
» cond Tome de notre Armorial. La
» lecture & l'exécution de ces ſages Or
» donnances deviennent d'autant plus
» néceſſaires , que la licence à cet égard
» eſt portée aujourd'hui à un tel excès,
» qu'il ſemble que toutes les condi
» tions ſoient confondues , & qu'un
» homme fraîchement annobli ſe croye
» en droit de trancher de l'homme de
» qualité, & de s'annoncer ſous les dé
» nominations les plus diſtinguées ;
» comme ſi l'on ignoroit qu'on ne peut
» les prendre légitimement ces déno
» minations, qu'autant qu'elles ſont re
» vêtues du ſceau du Souverain & de
» l'enregiſtrement dans ſes Cours ! Il
» ſeroit inutile de répondre que la plû
» part de ces Réglemens ayant été faits
» dans des temps reculés , on peut ſe
» permettre de ne les plus obſerver. On
» ne preſcrit point contre des Loix de
» cette nature ; & c'eſt s'abuſer que de
» penſer que leur vétuſté ſoit un pré
» texte ſuffiſant pour juſtifier leur inob
» ſervance. Auſſi peut-on ſe promettre
» que le zèle des Cours Supérieures ſe
· » ranimera à ce ſujet. Dépoſitaires du
» pouvoir de Sa Majeſté, verroient- .
» elles avec indlfférence léſer ſes droits
J U I N. 1764.
1o9
» par des , uſurpations qu'on pourroit
» avec raiſsn taxer d'attentats & d'en
» trepriſes ſur l'autorité du Monarque.
» Dans des temps où les abus en ce
» genre étoient beaucoup moins mul
» tipliés qu'ils ne le ſont de nos jours,
» le premier Parlement du Royaume
» rendit le 13 Août 1663 un Arrêt
» pour les proſcrire. Puiſſe ſa vigilance
» ſe porter encore vers cet objet ! »
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Résumé : « ARMORIAL général de la France, par MM. d'Hozier, tome huitieme, [...] »
Le texte est un avertissement issu du huitième volume de l'Armorial général de la France, rédigé par MM. d'Hozier. Les auteurs justifient une interruption de plusieurs années dans la publication en raison de la guerre et de l'engagement de la noblesse dans le service militaire, ce qui a compliqué la recherche des titres de noblesse. Cette pause a permis à des compilateurs peu scrupuleux de publier des œuvres généalogiques erronées ou flatteuses. Les auteurs rappellent que les nobiliaires et les ouvrages héraldiques relèvent de la compétence exclusive du Juge d'Armes, un officier créé par Louis XIII pour prévenir les usurpations de titres nobiliares. L'Armorial Général de la France a été initié sur ordre du roi et sous la direction du Cardinal de Fleury. Les sept premiers volumes ont été bien reçus par le roi et la nation. Le huitième volume poursuit le même plan, détaillant les filiations, services, grâces, privilèges, distinctions et dignités des familles nobles, en s'appuyant sur des documents officiels tels que des arrêts du Conseil, des jugements et des sentences des élections. Les auteurs insistent sur l'importance de respecter les règlements royaux concernant l'usage des titres et des armoiries. Ils espèrent que les cours supérieures veilleront à faire respecter ces lois pour éviter les usurpations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11080
p. 109-119
SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
Début :
SOIT X l'angle constant que j'ai trouvé par les contacts extérieurs de Vénus [...]
Mots clefs :
Vénus, Différence, Parallaxe, Table, Edmond Halley, Journal, Lieu, Passage, Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, Observation, Sortie, Durée, Effet
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
SUITE DU MÉMoIRE DE M.
- TRÉBvcHET.
Soir X l'angle conſtant que j'ai trou
Vé par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes, & pour les
contacts intérieurs de 51d 51'; ſoit Y la
différence des parallaxes de hauteur, &
Z l'angle variable marqué dans les co
lonnes du point de contact, on aura
9 — T fin. Z
l'effet de la parallaxe = # -
Pour réduire en tems cet effet de la
parallaxe, comme il eſt marqué dans
I IC MERCURE DE FRANCE.
les 5° & 1o° colonnes, j'ai employé le
logarithme conſtant 11811o additif, que
M. Delalande dans ſa Connoiſſance de
2763,p.2o3, dit avoir tiré desTables du
mouvement deVénus,&être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obſervation. L'effet de la parallaxe re
lative à Paris, n'étant autre choſe que la
ſomme ou la différence de ſa parallaxe
abſolue avec celle d'un lieu propoſé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit, par
exemple, que l'obſervation du premier
contact s'eſt faite à Paris, 1’ 11" plutôt
qu'à Madrid, & ſeulement 23" plutôt
qu'à Lyon, & 19" plus tard qu'à Green
wich, & ainſi des autres.
L'entrée n'ayant été obſervée qu'à
Stokolm, Pétersbourg, Tobolsk & Trin
quebar, j'ai écrit ce mot entrée dans la
ſeconde colonne vis - à - vis l'inſtant de
l'obſervation. Tous les autres tems doi
vent s'entendre de la ſortie. Ma Table
eſt conſtruite d'après celle du P. Hell,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte, à la réſerve de celles de
Lisbonne, de Naples, de l'iſle Rodri
gues, & de Trinquebar ſur la côte de
Coromandel, qui m'ont été communi
quées par M. Meſſier. Cet Aſtronome
J U I N. 1764. .. 1 1 1
infatigable, que les veilles les plus ſou
tenues dans l'obſervatoire de la Marine,
mettent en correſpondance avec tous les
Aſtronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paſſer ces quatre
cbſervations, qu'il me ſoit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai ſuppoſé la latitude ſeptentrionale ,
de Trinquebar de 11*; mais ſa longi
tude n'étant point exactement connue,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Pa
ris, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiſ
ſance des Tems , ni dans la Diſſertation
ſur Vénus. &
L'Obſervation de l'iſle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meſſier
par M. Pingré qui l'a faite, & qu'elle
eſt employée dans ma Table, différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le ſecond Mercure de
Juillet 1762, & dans la Connoiſſance
des Tems de 1764. Il y dit : que le con
tact intérieur, à la ſortie, y a été obſer
vé 34'44" après midi; il ſuppoſe la dif
férence des Méridiens de 4º 2', d'où il
conclut la parallaxe du ſoleil 9" , 55 ;
mais il fait obſerver que 2o" d'erreur
ſur la différence des Méridiens de Paris
1 12 MERCURE DE FRANCE.
& de l'iſle Rodrigues, font o", 7 de
différence ſur la parallaxe du ſoleil.
Or, M. Pingré marque le même con
tact à o" 36'49", avec la différence des
mêmes Méridiens de 4" 3'26" , ainſi ,
ſans parler de la différence de 2 5" qui
ſe trouve ici dans les inſtans du contact,
la ſeule différence de 1'26'º dans la lon
gitude de Rodrigues entre ces deux Aſ -
tronomes, laiſſe une incertitude de 3"
entières ſur les 9" 55 de la parallaxe con
clue par M. Delalande. -
Je ne fais cette remarque que pour
faire ſentir l'avantage de la méthode de
M. Halley, qui n'exige pas la connoiſ
ſance des longitudes, mais ſeulement
des pendules à ſecondes & des lunettes
ordinaires, comme de 15 à 18 pieds,
c'eſt-à-dire, d'égale longueur & d'égale
bonté, à la faveur deſquelles deux Ob
ſervateurs placés dans les lieux les plus
éloignés, puiſſent obſerver la durée to
tale du paſſage avec la plus grande diffé
| rence poſſible. Tel eſt l'avantage que
promet le paſſage de 1769 pour deux
Obſervateurs, dont l'un ſera à Mexico,
capitale du Mexique, & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paſſage ſera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
- J U I N. 1764. 1 13
· M. Halley avoit indiqué pour le paſ
ſage de 1761 , comme les lieux les plus
avantageuſement ſitués la baye d'Hud
ſon, & les rives du Gange, mais il eſt
aſſez ſurprenant que dans le précis qu'on
a fait de ſon ingénieux Mémoire, à la
page 1o3 du Journal Etranger de Mai
176 r , on lui ait fait dire préciſément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit : qu'à la bave d'Hudſon l'effet
de la parallaxe ſeroit de retarder la ſortie
de Vénus ; on lui fait dire, accélérer. Il
a dit : que la durée du paſſage entier y
devoit paroître plus longue, longiorem,
d'environ 6 que pour le centre de la
terre; on lui fait dire, qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit : que vers l'embouchure du
Gange la ſortie paroîtroit accélérée; on
lui fait dire, retardée.
Enfin, il a dit : que la durée du paſ
ſage y devoit être diminuée, contrahe
tur, d'environ 11' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire, pro
longée. A
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la ſuite que M. Halley s'étoit trom
pé; M. Ferguſon, Anglois, en ayant fait
la remarque à la page 99, on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar
\
114 MERCURE DE FRANCE.
que à la France, & en particulier à M.
Deliſle, qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences, & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai, mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Deliſle.
Content d'avoir fait la découverte., j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom; ſi
j'en euſſe parlé tout ſeul, on ne m'au
roit jamais cru, lui-même a été ſix jours
ſans me croire, & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois ſans être cru ; tant étoit
grand ſur tous les eſprits l'aſcendant du
Prince des Aſtronomes Anglois , M.
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
On dit à la page 1o5 du même Jour
nal Etranger, que ce ſavant Aſtronome
s'étoit mépris dans la poſition d'un an
gle, & que cette mépriſe cauſoit une
erreur conſidérable : il falloit dire dans
la poſition d'un cercle, & que cette mé
priſe ne cauſoit aucune erreur ſenſible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Sa
vans de Novembre 176o, & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance,qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
J U I N. 1764. 1 15
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
ſujet des calculs de M. Deliſle.
Il eſt donc bien certain que le mé
compte de M. Halley n'a d'autre fonde
ment que dans la latitude de 4' qu'il a
employée, au lieu de celle de 1o' qu'il
auroit dû employer; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus, qui n'étoit pas connu lorſ
qu'il travailloit à ſon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il fai
ſoit ſa Table pour mille ans des Con
jonctions Ecliptiques de Vénus. C'eſt ce
qui fait dire à l'Académicien, rédacteur
de l'Hiſtoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inſérer dans ſa Table des années où il
n'eſt pas ſûr qu'il doive arriver des paſ
ſages de Vénus, & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs ſur les nouveaux élé
777(277$.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eſt ſorti de deſſous la preſſe qu'à la fin
de l'année derniere, * j'avois penſé les
mêmes choſes au commencement de la
même année ; c'eſt ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eſt im
primée dans le Journal des Savans de
# 1762 .
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compoſé ſa Table, il y en a ſix
à rabattre, ſavoir quatre pour le paſſé,
& deux pour l'avenir, dans leſquelles il
eſt sûr qu'il n'y a point eu, & qu'il n'y
aura pas de paſſage de Vénns
En relevant quelques erreurs qui ſe
ſont gliſſées dans le Journal Etranger,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préſide à la rédaction de ce Journal ;
le ſoin qu'il prend de nous tranſmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui ſeroient perdues pour nous ſans ſon
Recueil, m'eſt garant de ſes ſentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs, ou, pour mieux dire, de
ces inadvertances; la célébrité & la rare
té du phénomène, pour me ſervir de ſes
expreſſions, pag. t ou , me fait penſer
qu'il ne me ſaura pas mauvais gré de les
avoir fait obſerver ; & il eſt trop au fait
de la matière pour ne pas les ſentir; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
aVOller.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horiſontales de 24"; je dois ajoûter que
j'ai ſuppoſé le demi-diamètre du ſoleil
J U I N. 1764. 117
de 15 47", celui de Vénus de 29", &
la plus proche diſtance des centres de 9!
27", par une eſpèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aſtronome Alle
mand que par ſa Diſſertation ; c'en eſt
aſſez pour me faire juger de ſes talens,
n'en ayant rien, je ne me flatte pas
d'avoir rempli ſes vues par la conſtruc
tion de ma Table ; heureux, ſi, en la
donnant au Public, j'ai ſçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aſtrono
mie, & mon reſpect pour un Savant ſi
digne d'orner la Liſte de tous ceux qui
répondent ſi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuſtre Protectrice S. M. la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine ſemble ne tenir le ſceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheu
reux, lui paroiſſent les plus dignes de
ſes bontés & de ſa protection, quand ils
ne ſont pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à ſon trône, ne ſauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens,
elle ne fait que les couronner en les
tranſplantant juſqu'aux extrémités de ſes
Etats.
--
1 18 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi que bien plus heureuſe
que Chriſtine de Suéde, cette Chriſ#ine
d'Autriche , ſans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des ſié
cles de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reſtes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Pro
vinces : déja l'on ſait que le Turban
veut arborer l'étendard de la cé
leſte Uranie, en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conſtanti
nople.* Puiſſe cetteVille d'ailleurs ſi flo
riſſante, & jadis la capitale du monde
Chrétien, redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y décou
vrir ! Puiſſent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu, ſeul Auteur de
tant de merveilles auſſi anciennes que le
Monde; & le Croiſſant, ce ſymbole de
l'inconſtance , s'y changer pour jamais
dans le ſigne ſacré du ſalut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1zs; ,
Page 9 f•
J U I N. 1764: 1 19
P. S. Les Obſervations du Satellité
de Vénus, dont j'ai parlé dans ce Mé
moire fait l'an paſſé, ont été confirmées
au mois de Mars dernier; ſavoir, les 3,4,
1o & 11 à Copenhague par Mº Roed
kier & Horrebow. (Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril). Et les 15, 28 &
29 du même mois de Mars, à Auxerre,
par M. de Montbaron , Conſeiller au
Bailliage (c'eſt ainſi qu'il faut lire, au
lieu de M. de Montbazon dans ma Let
tre ſur l'Eclipſe du premier Avril au
ſecond Mercure d'Avril.)
Au Mercure de Mai, pag. 134 lig. 3o
au lieu de m'en avoient, liſez m'avoient.
Fage 143 lig. 28 au lieu de au moins
iſez en moins.
Page I44 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire uſage, ajoutex, (dans la con
noiſſance des temps 1761.)
- TRÉBvcHET.
Soir X l'angle conſtant que j'ai trou
Vé par les contacts extérieurs de Vénus
de 54 degrés 24 minutes, & pour les
contacts intérieurs de 51d 51'; ſoit Y la
différence des parallaxes de hauteur, &
Z l'angle variable marqué dans les co
lonnes du point de contact, on aura
9 — T fin. Z
l'effet de la parallaxe = # -
Pour réduire en tems cet effet de la
parallaxe, comme il eſt marqué dans
I IC MERCURE DE FRANCE.
les 5° & 1o° colonnes, j'ai employé le
logarithme conſtant 11811o additif, que
M. Delalande dans ſa Connoiſſance de
2763,p.2o3, dit avoir tiré desTables du
mouvement deVénus,&être dix fois plus
exact que celui qu'on pourroit tirer de
l'obſervation. L'effet de la parallaxe re
lative à Paris, n'étant autre choſe que la
ſomme ou la différence de ſa parallaxe
abſolue avec celle d'un lieu propoſé ,
j'ai cru qu'il étoit inutile d'en faire des
colonnes particulieres ; on voit, par
exemple, que l'obſervation du premier
contact s'eſt faite à Paris, 1’ 11" plutôt
qu'à Madrid, & ſeulement 23" plutôt
qu'à Lyon, & 19" plus tard qu'à Green
wich, & ainſi des autres.
L'entrée n'ayant été obſervée qu'à
Stokolm, Pétersbourg, Tobolsk & Trin
quebar, j'ai écrit ce mot entrée dans la
ſeconde colonne vis - à - vis l'inſtant de
l'obſervation. Tous les autres tems doi
vent s'entendre de la ſortie. Ma Table
eſt conſtruite d'après celle du P. Hell,
où j'ai pris toutes les obſervations que
je rapporte, à la réſerve de celles de
Lisbonne, de Naples, de l'iſle Rodri
gues, & de Trinquebar ſur la côte de
Coromandel, qui m'ont été communi
quées par M. Meſſier. Cet Aſtronome
J U I N. 1764. .. 1 1 1
infatigable, que les veilles les plus ſou
tenues dans l'obſervatoire de la Marine,
mettent en correſpondance avec tous les
Aſtronomes du monde connu , ayant
bien voulu me faire paſſer ces quatre
cbſervations, qu'il me ſoit permis de lui
en faire publiquement les remercimens
que je lui en dois.
J'ai ſuppoſé la latitude ſeptentrionale ,
de Trinquebar de 11*; mais ſa longi
tude n'étant point exactement connue,
je n'ai pu la réduire au Méridien de Pa
ris, non plus que celle de Virtsbourg
que je n'ai trouvée ni dans la Connoiſ
ſance des Tems , ni dans la Diſſertation
ſur Vénus. &
L'Obſervation de l'iſle Rodrigues ,
telle qu'elle a été donnée à M. Meſſier
par M. Pingré qui l'a faite, & qu'elle
eſt employée dans ma Table, différe un
peu de celle qui a été employée par M.
Delalande dans le ſecond Mercure de
Juillet 1762, & dans la Connoiſſance
des Tems de 1764. Il y dit : que le con
tact intérieur, à la ſortie, y a été obſer
vé 34'44" après midi; il ſuppoſe la dif
férence des Méridiens de 4º 2', d'où il
conclut la parallaxe du ſoleil 9" , 55 ;
mais il fait obſerver que 2o" d'erreur
ſur la différence des Méridiens de Paris
1 12 MERCURE DE FRANCE.
& de l'iſle Rodrigues, font o", 7 de
différence ſur la parallaxe du ſoleil.
Or, M. Pingré marque le même con
tact à o" 36'49", avec la différence des
mêmes Méridiens de 4" 3'26" , ainſi ,
ſans parler de la différence de 2 5" qui
ſe trouve ici dans les inſtans du contact,
la ſeule différence de 1'26'º dans la lon
gitude de Rodrigues entre ces deux Aſ -
tronomes, laiſſe une incertitude de 3"
entières ſur les 9" 55 de la parallaxe con
clue par M. Delalande. -
Je ne fais cette remarque que pour
faire ſentir l'avantage de la méthode de
M. Halley, qui n'exige pas la connoiſ
ſance des longitudes, mais ſeulement
des pendules à ſecondes & des lunettes
ordinaires, comme de 15 à 18 pieds,
c'eſt-à-dire, d'égale longueur & d'égale
bonté, à la faveur deſquelles deux Ob
ſervateurs placés dans les lieux les plus
éloignés, puiſſent obſerver la durée to
tale du paſſage avec la plus grande diffé
| rence poſſible. Tel eſt l'avantage que
promet le paſſage de 1769 pour deux
Obſervateurs, dont l'un ſera à Mexico,
capitale du Mexique, & l'autre à Abo
en Finlande ou à Torneo en Laponie :
la durée du paſſage ſera plus courte pour
le Mexique d'environ une vingtaine de
minutes de tems.
- J U I N. 1764. 1 13
· M. Halley avoit indiqué pour le paſ
ſage de 1761 , comme les lieux les plus
avantageuſement ſitués la baye d'Hud
ſon, & les rives du Gange, mais il eſt
aſſez ſurprenant que dans le précis qu'on
a fait de ſon ingénieux Mémoire, à la
page 1o3 du Journal Etranger de Mai
176 r , on lui ait fait dire préciſément
tout le contraire de ce qu'il a dit.
Il a dit : qu'à la bave d'Hudſon l'effet
de la parallaxe ſeroit de retarder la ſortie
de Vénus ; on lui fait dire, accélérer. Il
a dit : que la durée du paſſage entier y
devoit paroître plus longue, longiorem,
d'environ 6 que pour le centre de la
terre; on lui fait dire, qu'elle a dû y
être moindre de la même quantité.
Il a dit : que vers l'embouchure du
Gange la ſortie paroîtroit accélérée; on
lui fait dire, retardée.
Enfin, il a dit : que la durée du paſ
ſage y devoit être diminuée, contrahe
tur, d'environ 11' de plus que pour le
centre de la terre ; on lui fait dire, pro
longée. A
Plus bas on ajoute qu'on a reconnu
dans la ſuite que M. Halley s'étoit trom
pé; M. Ferguſon, Anglois, en ayant fait
la remarque à la page 99, on y dit en
note : que l'Angleterre doit cette remar
\
114 MERCURE DE FRANCE.
que à la France, & en particulier à M.
Deliſle, qui en fit part à l'Académie
Royale des Sciences, & au Public dès
les derniers mois de 1759. Cela eſt
vrai, mais il eſt également vrai que ce
fut moi qui en fis part à M. Deliſle.
Content d'avoir fait la découverte., j'ai
dû l'être encore davantage de l'avoir vue
annoncée par un Savant de ce nom; ſi
j'en euſſe parlé tout ſeul, on ne m'au
roit jamais cru, lui-même a été ſix jours
ſans me croire, & ne l'a fait qu'après
avoir vérifié mon calcul : lui - même a
été cinq mois ſans être cru ; tant étoit
grand ſur tous les eſprits l'aſcendant du
Prince des Aſtronomes Anglois , M.
Halley , qui étoit en réputation de ne
s'être jamais trompé en fait de calcul.
On dit à la page 1o5 du même Jour
nal Etranger, que ce ſavant Aſtronome
s'étoit mépris dans la poſition d'un an
gle, & que cette mépriſe cauſoit une
erreur conſidérable : il falloit dire dans
la poſition d'un cercle, & que cette mé
priſe ne cauſoit aucune erreur ſenſible.
Je l'ai déja dit dans le Journal des Sa
vans de Novembre 176o, & je le répéte
ici avec d'autant plus de confiance,qu'un
Académicien l'a dit depuis moi dans le
J U I N. 1764. 1 15
Journal des Savans d'Avril 1761 , au
ſujet des calculs de M. Deliſle.
Il eſt donc bien certain que le mé
compte de M. Halley n'a d'autre fonde
ment que dans la latitude de 4' qu'il a
employée, au lieu de celle de 1o' qu'il
auroit dû employer; mais comme cet
élément dépend du mouvement du noeud
de Vénus, qui n'étoit pas connu lorſ
qu'il travailloit à ſon Mémoire en 1716,
il n'a pu l'employer bien juſte : encore
moins l'a-t-il pu en 1691 , quand il fai
ſoit ſa Table pour mille ans des Con
jonctions Ecliptiques de Vénus. C'eſt ce
qui fait dire à l'Académicien, rédacteur
de l'Hiſtoire de l'Académie pour l'année
1757 , pag. 81 , que M, Halley a pu
inſérer dans ſa Table des années où il
n'eſt pas ſûr qu'il doive arriver des paſ
ſages de Vénus, & qu'il conviendroit de
refaire ces calculs ſur les nouveaux élé
777(277$.
Avant que de voir ce Volume , qui
n'eſt ſorti de deſſous la preſſe qu'à la fin
de l'année derniere, * j'avois penſé les
mêmes choſes au commencement de la
même année ; c'eſt ce qui m'a engagé à
refaire cette Table telle qu'elle eſt im
primée dans le Journal des Savans de
# 1762 .
116 MERCURE DE FRANCE.
Février 1762. On y voit qu'en effet des
17 conjonctions Venériennes dont M.
Halley a compoſé ſa Table, il y en a ſix
à rabattre, ſavoir quatre pour le paſſé,
& deux pour l'avenir, dans leſquelles il
eſt sûr qu'il n'y a point eu, & qu'il n'y
aura pas de paſſage de Vénns
En relevant quelques erreurs qui ſe
ſont gliſſées dans le Journal Etranger,
je crois entrer dans les vues du Savant
qui préſide à la rédaction de ce Journal ;
le ſoin qu'il prend de nous tranſmettre
tant de beautés & de vérités étrangères
qui ſeroient perdues pour nous ſans ſon
Recueil, m'eſt garant de ſes ſentimens.
J'en dis autant de l'Auteur même de
ces erreurs, ou, pour mieux dire, de
ces inadvertances; la célébrité & la rare
té du phénomène, pour me ſervir de ſes
expreſſions, pag. t ou , me fait penſer
qu'il ne me ſaura pas mauvais gré de les
avoir fait obſerver ; & il eſt trop au fait
de la matière pour ne pas les ſentir; il
a trop de bonne foi pour ne pas les
aVOller.
J'ai déja dit que j'ai employé dans
mes calculs la différence des parallaxes
horiſontales de 24"; je dois ajoûter que
j'ai ſuppoſé le demi-diamètre du ſoleil
J U I N. 1764. 117
de 15 47", celui de Vénus de 29", &
la plus proche diſtance des centres de 9!
27", par une eſpèce de milieu entre la
détermination de M. Delalande & celle
du P. Hell.
Je ne connois cet Aſtronome Alle
mand que par ſa Diſſertation ; c'en eſt
aſſez pour me faire juger de ſes talens,
n'en ayant rien, je ne me flatte pas
d'avoir rempli ſes vues par la conſtruc
tion de ma Table ; heureux, ſi, en la
donnant au Public, j'ai ſçu lui marquer
tout à la fois mon amour pour l'Aſtrono
mie, & mon reſpect pour un Savant ſi
digne d'orner la Liſte de tous ceux qui
répondent ſi bien en tous genres aux
voeux de leur Illuſtre Protectrice S. M. la
Reine de Hongrie.
A l'exemple de notre Monarque, cette
Souveraine ſemble ne tenir le ſceptre
d'une main que pour tendre l'autre à
l'humanité : les Savans les plus malheu
reux, lui paroiſſent les plus dignes de
ſes bontés & de ſa protection, quand ils
ne ſont pas coupables : l'envie qui n'a
point d'accès à ſon trône, ne ſauroit les
en écarter. Rénumératrice des talens,
elle ne fait que les couronner en les
tranſplantant juſqu'aux extrémités de ſes
Etats.
--
1 18 MERCURE DE FRANCE.
C'eſt ainſi que bien plus heureuſe
que Chriſtine de Suéde, cette Chriſ#ine
d'Autriche , ſans quitter les rênes d'un
gouvernement dont elle fait le bonheur,
fait encore fleurir les Sciences dans les
terres jadis incultes des Varadins & des
Croates.
Tems heureux! l'Europe entière n'aura
bientôt plus rien de la barbarie des ſié
cles de l'ignorance , dont j'ai trouvé
des précieux reſtes en 1758 , dans le
centre & la Capitale d'une de nos Pro
vinces : déja l'on ſait que le Turban
veut arborer l'étendard de la cé
leſte Uranie, en lui érigeant des autels
& des trophées au milieu de Conſtanti
nople.* Puiſſe cetteVille d'ailleurs ſi flo
riſſante, & jadis la capitale du monde
Chrétien, redevenir une terre nouvelle à
la vue du Ciel nouveau qui va s'y décou
vrir ! Puiſſent les Moſquées devenir les
Temples du vrai Dieu, ſeul Auteur de
tant de merveilles auſſi anciennes que le
Monde; & le Croiſſant, ce ſymbole de
l'inconſtance , s'y changer pour jamais
dans le ſigne ſacré du ſalut de tous les
hommes !
* Voyez le ſecond Mercure de Janvier 1zs; ,
Page 9 f•
J U I N. 1764: 1 19
P. S. Les Obſervations du Satellité
de Vénus, dont j'ai parlé dans ce Mé
moire fait l'an paſſé, ont été confirmées
au mois de Mars dernier; ſavoir, les 3,4,
1o & 11 à Copenhague par Mº Roed
kier & Horrebow. (Voyez la Gazette
Littéraire du 18 Avril). Et les 15, 28 &
29 du même mois de Mars, à Auxerre,
par M. de Montbaron , Conſeiller au
Bailliage (c'eſt ainſi qu'il faut lire, au
lieu de M. de Montbazon dans ma Let
tre ſur l'Eclipſe du premier Avril au
ſecond Mercure d'Avril.)
Au Mercure de Mai, pag. 134 lig. 3o
au lieu de m'en avoient, liſez m'avoient.
Fage 143 lig. 28 au lieu de au moins
iſez en moins.
Page I44 lig. 15 après ces mots je n'ai
pu faire uſage, ajoutex, (dans la con
noiſſance des temps 1761.)
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Résumé : SUITE DU MÉMOIRE DE M. TRÉBUCHET.
Le texte aborde les calculs astronomiques relatifs aux observations du passage de Vénus, en se concentrant sur les angles et les parallaxes observés lors des contacts extérieurs et intérieurs. L'auteur utilise un logarithme constant pour minimiser l'effet de la parallaxe en temps, comme mentionné dans le 'Mercure de France'. Les observations varient légèrement selon les lieux, tels que Paris, Madrid, Lyon et Greenwich, et sont basées principalement sur les données du Père Hell, complétées par celles de M. Messier provenant de Lisbonne, Naples, l'île Rodrigues et Trinquebar. Une divergence notable est observée entre les données de M. Pingré et M. Delalande à l'île Rodrigues, affectant la précision de la parallaxe du Soleil. La méthode de M. Halley pour le passage de 1769 est soulignée pour sa précision, ne nécessitant que des pendules à secondes et des lunettes ordinaires. Le texte critique une erreur dans le résumé du mémoire de M. Halley concernant le passage de 1761, où les lieux avantageux pour les observations ont été mal interprétés. Cette erreur a été corrigée grâce à M. Delisle. Des erreurs dans les calculs d'Edmond Halley sont également discutées, notamment une mauvaise position d'un cercle et une latitude incorrecte due à l'ignorance du mouvement du nœud de Vénus. Halley avait inclus des années incertaines dans sa table des conjonctions écliptiques de Vénus. L'auteur a corrigé ces erreurs et publié une nouvelle table dans le 'Journal des Savans' de 1762, rectifiant six erreurs dans les conjonctions vénériennes. Le texte se conclut par des corrections mineures et des observations confirmées concernant le satellite de Vénus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11081
p. 124-131
RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
Début :
VOUS estimez donc, Monsieur, que je ne peux me dispenser de lever le voile [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une
Lettre de M. de SAINT-ANGEL,
Conseiller à la Cour des Aides de
Montferrand, insérée dans le Mercure
d'Avril 1764.
VOUS estimez donc, Monsieur, que
je ne peux me dispenser de lever le voile
ſous lequel j'avois aimé à me cacher,
en priant M. De la Place d'inſérer dans
le Mercure mes obſervations ſur le Ver
Solitaire. Vos inſtances ſont trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
ſur la crainte de m'expoſer à l'épithéte
d'homme à ſecret , épithéte que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir.Je rou
irois donc encore de m'avouer poſ
ſeſſeur d'un ſecret, ſi je ne croyois avoir
une excuſe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conſé
quence vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquiſition.
Le ſieur Noufer, Médecin de Morat
en Suiſſe, ayant découvert ce Spécifi
-
J U I N. 1764.
125
que, acquit bientôt de la célébrité.
Il
fut appellé à Lyon par pluſieurs per
ſonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureuſes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
' gelat, Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale-Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreſſà d'apprendre les
ſuccès du ſieur Noufer à M. Senac ,
premier Médecin du Roi, lequel par
tagea auſſitôt ſon zéle & ſa bonne vo
lonté. En conſéquence M. Roſſignol,
alors Intendant de Lyon, fut chargé de
faire des informations, & de propoſer
au ſieur Noufer de vendre ſon ſecret
au R oi ſi ces informations étoient fa
vorables. Une ſeule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des eſ
ſais en ſa préſence. Celui-ci qui com
mençoit à peine à eſtropier quelques
ques mots François, & qui ſe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient, ſe refuſa
opiniâtrément à ce voyage, & ſacrifia
à ſa tranquillité les avantages que lui
préſentoit la fortune.
Ce Médecin eſt mort il y a quel
ques années. Il n'étoit pas riche ; ſa
veuve, obligée pour tirer parti du Spéci
F iij
1 26 MERCURE DE FRANCE.
fique dont ſon mari lui avoit laiſſé la
recette, de faire plufieurs voyages, s'eſt
bientôt lafſée d'un genre de vie qui
n'étoit pas ſans inconvénient pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre ſon ſe
cret , & perſonne ne s'eſt préſenté pour
acheter le ſecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de pluſieurs Cu
res tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes, me confiant aux ap
parences les plus heureuſes d'une pro
bité vraiment helvétique, & décidé par
les
inſtances d'une
Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique, ſi
je ne la raſſurois avec connoiſſance de
cauſe contre la prévention qui le pla
çoit dans la claſſe des poiſons ; je ſuis
entré en marché avec la veuve du Doc
teur Noufer. L'hiſtoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curioſité,
que je ne pouvois ſatisfaire qu'à l'aide
de ce ſecret ; & vous avez vu là-deſſus
un eſſai de mes recherches dans le ſe
cond volume du Mercure de Janvier. .
Une ſoupe au beurre, un biſcuit,
un verre de vin
blanc , & quel
quefois un lavement de lait, qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
ncurriture du ſoir, comme pour tout
,.
"
J U I N. 1764.
127
· préparatif, avoit accrédité l'idée qu'un
poiſon violent faiſoit la baſe de ce ſpé
cifique ; des maux de cœur : quelque
fois un peu de vomiſſement lorſque le
ver ayant priſe avec le remède , faiſoit
les plus grands efforts pour lui échap
per, ſervoient encore † étayer cette
opinion. Comme il eſt compoſé d'un
breuvage, & d'un bol qu'on fait pren
dre deux heures après , le bol paſſoit
pour le contrepoiſon du breuvage ; enfin
l'air de myſtère , & l'attention à cacher
le remède en le préſentant, ſembloient
mettre le dernier ſceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique.
C'en étoit aſſez pour allarmer ma
délicateſſe : je demandai donc pour pré
liminaires qu'il me fût permis de m'inſ
·crire contre les engagemens que j'allois
prendre , ſi dans le remède dont j'ache
tois la recette , il y avoit quelque dro
gue qui pût paſſer pour poiſon.Ayant
reçu à cet égard toutes les aſſurances
néceſſaires, le contrat fut bientôt paſſé
& ſigné.
" Vous voyez, Monſieur, que ce re
mède eſt préciſément le même que ce
lui qui a délivré votre Femme-de-charge
de ſon ver ſolitaire . Si elle fut un peu
·fatiguée par ſon effet, e# que le ſieur
1V .
128 MERCURE DE FRANCE.
Noufer en étoit encore à des tâtonne
| mens que l'expérience lui a épargnés
dans la ſuite : cependant le produit net
de ce ſpécifique fut que votre malade,
qui étoit auparavant dans le plus triſte
état, ſe trouva en peu d'heures débar
raſſée de ſon ver ſolitaire : elle ſortit dans
la même journée, & fut ſi bien dès le
lendemain , qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre.A l'égard du
vuide conſidérable qu'elle ſentit dans
ſon eſtomach lorſque ſon ver fut expul
ſé , il eſt commun à tous les malades
| que ce reméde délivre, mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal paraſite, héberge dans
l'eſtomach & dans les inteſtins;il les irri
te par une eſpéce de chatouillementau
quel, comme je l'ai dit dans les obſer
vations,doivent être attribués tous les dé
rangemens qu'il occaſionne ; c'eſt un
effet néceſſaire de ſes mouvemens, & de
ſes ondulations ſur des parties auſſi irri
tables, & auſſi ſenſibles. Mais lorſque
le ver a été expulſé, l'abſence de cette
ſenſation en produit une autre par de
ficit ; & c'eſt là la vraie cauſe de ce
vuide que reſſentent les malades.
La vertu antivermineuſe du ver ſoli
taire deſſeché, & pris en reméde ne
· J U I N. 1764.
12 g
m'eſt pas connue; je ſçai qu'elle a été
propoſée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
aſſurer qu'elle n'entre en aucune ſorte
dans le Spécifique dont je ſuis poſſeſſeur.
Il faut à préſent vous rendre compte
de cette ſoupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde. Madame
Noufèr, n'à pas été en état de ſatisfaire
ma curioſité la-deſſus : c'eſt ainſi , m'a-
t-elle dit, qu'en agiſſoit mon mari; je
>
8
j
n'en ſçai pas-davantage. Ce ſeroit donc
encore une énigme pour moi ſans l'ob
ſervation ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a ſouvent aſſuré que
le beurre & le lait, & même le miel ,
étoient les aliments après leſquels ſon
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor, Curé de la Guillotiè re,
Fauxbourg de Lyon, étoit attaqué du
ver ſolitaire; il mangea par hazard du
beurre , & ſe trouva auſſi-tôt ſoulagé ;
depuis ce moment , il eut ſouvent re
cours à cette recette pour ſon ſoula
gement, & toujours avec ſuccès juſqu'à
ce qu'il prît le ſpecifique des mains mê
mes de Madame Noufer Etudiant la
ſenſation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeſtion du beurre,
il en avoit conclu que le ver ſolitaire
-
-
F V
J o MERCURE DE FRANCE
s'accommode très bien de ce genre d'a-
liment, & qu'il reſte enſuite dans I'in
action ainſi qu'un enfant qui vient de
quitter le ſein de ſa mère ; voilà une
recette ſacile pour le ſoulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même ſervir d'épreuve
pour ceux à qui des ſymptômes biſar
res & équivoques le feroient ſeulement
ſcupçonner.
-
Vous voyez à préſent que l'aliment
préſenté au Ver ſolitaire la veille de ſon
expulſion, eſt un leurre pour lui ; il s'é-
panouit pour prendre à l'aiſe une nour
riture qui lui eſt agréable ; & le lende
main il eſt attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être élude
rcit-il ſon action, ſi irrité par des re
médes contraires, il étoit tapi -& collé
contre les parois de ſon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées, ou
les ouvertures par leſquelles il aſpire ſa
nourriture ſeroient exactement fermées,
& le Spécifique gliſſeroit deſſus ſans les
pénétrer. Les inſtructions du ſieur Nou
fer portent expreſſément de laiſſer un
intervalle aſſez conſidérable entre ſon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
uſage antérieurement.
· -
: Un des avantages de ce Spécifique,
-
1
·
J U I N. 1764.
I 3 t
dont les effets ſont toujours auſſi promts
· que ſûrs, eſt de pouvoir être donné ſur
de ſimples ſoupçons , & j'eſpére acqué
rir avec le temps des connoiſſances aſ
ſez exactes , pour diſcerner ceux qui
ſont légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & ſe ſont
épuiſés par des remédes pris au haſard,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les ſelles vînt leur apprendre
quelle étoit la cauſe de leurs indiſpoſi
tions !
M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville,
m'a permis de publier qu'il a été déli
vré il y a peu de jours par ce reméde,
du Ver Solitaire dans l'eſpace de deux
heures & demi. Il ſouhaiteroit avec
moi que ſa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la ſûreté & l'éfficacité ; mais en me li
vrant ſans réſerve à une pareille expul
ſion,peut-être ſerois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime ſourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi. .
J'ai l'honneur d'être, &c.
PONTEAU, Docteur en Med. Me en Chirurgie,
ancien Chirurgien en Chef du grand Hôtel-Dieu
de Lyon, &c.
Lettre de M. de SAINT-ANGEL,
Conseiller à la Cour des Aides de
Montferrand, insérée dans le Mercure
d'Avril 1764.
VOUS estimez donc, Monsieur, que
je ne peux me dispenser de lever le voile
ſous lequel j'avois aimé à me cacher,
en priant M. De la Place d'inſérer dans
le Mercure mes obſervations ſur le Ver
Solitaire. Vos inſtances ſont trop vives
pour ne pas céder ; elles l'emportent
ſur la crainte de m'expoſer à l'épithéte
d'homme à ſecret , épithéte que n'ont
jamais mérité les célébres Praticiens
qui ont enrichi l'art de guérir.Je rou
irois donc encore de m'avouer poſ
ſeſſeur d'un ſecret, ſi je ne croyois avoir
une excuſe légitime dans le haut prix
auquel je l'ai acheté. Il faut en conſé
quence vous rendre compte des motifs
qui ont déterminé cette acquiſition.
Le ſieur Noufer, Médecin de Morat
en Suiſſe, ayant découvert ce Spécifi
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que, acquit bientôt de la célébrité.
Il
fut appellé à Lyon par pluſieurs per
ſonnes incommodées du Ver Solitaire ;
les cures heureuſes & faciles qu'il opéra
méritérent toute l'attention de M. Bour
' gelat, Ecuyer du Roi , & Directeur de
l'Ecole-Royale-Vétérinaire. Cet ami
de l'humanité s'empreſſà d'apprendre les
ſuccès du ſieur Noufer à M. Senac ,
premier Médecin du Roi, lequel par
tagea auſſitôt ſon zéle & ſa bonne vo
lonté. En conſéquence M. Roſſignol,
alors Intendant de Lyon, fut chargé de
faire des informations, & de propoſer
au ſieur Noufer de vendre ſon ſecret
au R oi ſi ces informations étoient fa
vorables. Une ſeule condition arrêta la
vente. M. Senac exigea que l'Auteur
du reméde allât à Paris en faire des eſ
ſais en ſa préſence. Celui-ci qui com
mençoit à peine à eſtropier quelques
ques mots François, & qui ſe fit un
tableau fatiguant pour lui de la Cour
& de ce qui lui appartient, ſe refuſa
opiniâtrément à ce voyage, & ſacrifia
à ſa tranquillité les avantages que lui
préſentoit la fortune.
Ce Médecin eſt mort il y a quel
ques années. Il n'étoit pas riche ; ſa
veuve, obligée pour tirer parti du Spéci
F iij
1 26 MERCURE DE FRANCE.
fique dont ſon mari lui avoit laiſſé la
recette, de faire plufieurs voyages, s'eſt
bientôt lafſée d'un genre de vie qui
n'étoit pas ſans inconvénient pour une
veuve jeune & jolie.
Elle a donc cherché à vendre ſon ſe
cret , & perſonne ne s'eſt préſenté pour
acheter le ſecret d'une femme. Cepen
dant témoin oculaire de pluſieurs Cu
res tentées inutilement par beaucoup
d'autres remédes, me confiant aux ap
parences les plus heureuſes d'une pro
bité vraiment helvétique, & décidé par
les
inſtances d'une
Demoiſelle qui
craignoit de prendre ce Spécifique, ſi
je ne la raſſurois avec connoiſſance de
cauſe contre la prévention qui le pla
çoit dans la claſſe des poiſons ; je ſuis
entré en marché avec la veuve du Doc
teur Noufer. L'hiſtoire naturelle du Ver
Solitaire piquoit d'ailleurs ma curioſité,
que je ne pouvois ſatisfaire qu'à l'aide
de ce ſecret ; & vous avez vu là-deſſus
un eſſai de mes recherches dans le ſe
cond volume du Mercure de Janvier. .
Une ſoupe au beurre, un biſcuit,
un verre de vin
blanc , & quel
quefois un lavement de lait, qu'on fait
prendre la veille du remède pour toute
ncurriture du ſoir, comme pour tout
,.
"
J U I N. 1764.
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· préparatif, avoit accrédité l'idée qu'un
poiſon violent faiſoit la baſe de ce ſpé
cifique ; des maux de cœur : quelque
fois un peu de vomiſſement lorſque le
ver ayant priſe avec le remède , faiſoit
les plus grands efforts pour lui échap
per, ſervoient encore † étayer cette
opinion. Comme il eſt compoſé d'un
breuvage, & d'un bol qu'on fait pren
dre deux heures après , le bol paſſoit
pour le contrepoiſon du breuvage ; enfin
l'air de myſtère , & l'attention à cacher
le remède en le préſentant, ſembloient
mettre le dernier ſceau à une façon fi
défavorable à ce Spécifique.
C'en étoit aſſez pour allarmer ma
délicateſſe : je demandai donc pour pré
liminaires qu'il me fût permis de m'inſ
·crire contre les engagemens que j'allois
prendre , ſi dans le remède dont j'ache
tois la recette , il y avoit quelque dro
gue qui pût paſſer pour poiſon.Ayant
reçu à cet égard toutes les aſſurances
néceſſaires, le contrat fut bientôt paſſé
& ſigné.
" Vous voyez, Monſieur, que ce re
mède eſt préciſément le même que ce
lui qui a délivré votre Femme-de-charge
de ſon ver ſolitaire . Si elle fut un peu
·fatiguée par ſon effet, e# que le ſieur
1V .
128 MERCURE DE FRANCE.
Noufer en étoit encore à des tâtonne
| mens que l'expérience lui a épargnés
dans la ſuite : cependant le produit net
de ce ſpécifique fut que votre malade,
qui étoit auparavant dans le plus triſte
état, ſe trouva en peu d'heures débar
raſſée de ſon ver ſolitaire : elle ſortit dans
la même journée, & fut ſi bien dès le
lendemain , qu'elle monta à cheval
pour aller vous rejoindre.A l'égard du
vuide conſidérable qu'elle ſentit dans
ſon eſtomach lorſque ſon ver fut expul
ſé , il eſt commun à tous les malades
| que ce reméde délivre, mais n'en eſt
pas l'effet immédiat.
Cet animal paraſite, héberge dans
l'eſtomach & dans les inteſtins;il les irri
te par une eſpéce de chatouillementau
quel, comme je l'ai dit dans les obſer
vations,doivent être attribués tous les dé
rangemens qu'il occaſionne ; c'eſt un
effet néceſſaire de ſes mouvemens, & de
ſes ondulations ſur des parties auſſi irri
tables, & auſſi ſenſibles. Mais lorſque
le ver a été expulſé, l'abſence de cette
ſenſation en produit une autre par de
ficit ; & c'eſt là la vraie cauſe de ce
vuide que reſſentent les malades.
La vertu antivermineuſe du ver ſoli
taire deſſeché, & pris en reméde ne
· J U I N. 1764.
12 g
m'eſt pas connue; je ſçai qu'elle a été
propoſée comme celle des autres vers
pris de la même façon ; mais je peux
aſſurer qu'elle n'entre en aucune ſorte
dans le Spécifique dont je ſuis poſſeſſeur.
Il faut à préſent vous rendre compte
de cette ſoupe au beurre qu'on fait
prendre la veille du reméde. Madame
Noufèr, n'à pas été en état de ſatisfaire
ma curioſité la-deſſus : c'eſt ainſi , m'a-
t-elle dit, qu'en agiſſoit mon mari; je
>
8
j
n'en ſçai pas-davantage. Ce ſeroit donc
encore une énigme pour moi ſans l'ob
ſervation ſuivante qui ma rappellé que
le Sieur Borin m'a ſouvent aſſuré que
le beurre & le lait, & même le miel ,
étoient les aliments après leſquels ſon
vers le fatiguoit le moins.
M. Midor, Curé de la Guillotiè re,
Fauxbourg de Lyon, étoit attaqué du
ver ſolitaire; il mangea par hazard du
beurre , & ſe trouva auſſi-tôt ſoulagé ;
depuis ce moment , il eut ſouvent re
cours à cette recette pour ſon ſoula
gement, & toujours avec ſuccès juſqu'à
ce qu'il prît le ſpecifique des mains mê
mes de Madame Noufer Etudiant la
ſenſation de mieux-être dont il étoit
affecté pendant la digeſtion du beurre,
il en avoit conclu que le ver ſolitaire
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J o MERCURE DE FRANCE
s'accommode très bien de ce genre d'a-
liment, & qu'il reſte enſuite dans I'in
action ainſi qu'un enfant qui vient de
quitter le ſein de ſa mère ; voilà une
recette ſacile pour le ſoulagement de
ceux que ce fâcheux hôte incommode;
elle pourroit même ſervir d'épreuve
pour ceux à qui des ſymptômes biſar
res & équivoques le feroient ſeulement
ſcupçonner.
-
Vous voyez à préſent que l'aliment
préſenté au Ver ſolitaire la veille de ſon
expulſion, eſt un leurre pour lui ; il s'é-
panouit pour prendre à l'aiſe une nour
riture qui lui eſt agréable ; & le lende
main il eſt attaqué au dépourvu par le
Spécifique qui le tue. Peut-être élude
rcit-il ſon action, ſi irrité par des re
médes contraires, il étoit tapi -& collé
contre les parois de ſon domicile ; dans
cet état de défenſe , ſes trachées, ou
les ouvertures par leſquelles il aſpire ſa
nourriture ſeroient exactement fermées,
& le Spécifique gliſſeroit deſſus ſans les
pénétrer. Les inſtructions du ſieur Nou
fer portent expreſſément de laiſſer un
intervalle aſſez conſidérable entre ſon
reméde & ceux dont on peut avoir fait
uſage antérieurement.
· -
: Un des avantages de ce Spécifique,
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J U I N. 1764.
I 3 t
dont les effets ſont toujours auſſi promts
· que ſûrs, eſt de pouvoir être donné ſur
de ſimples ſoupçons , & j'eſpére acqué
rir avec le temps des connoiſſances aſ
ſez exactes , pour diſcerner ceux qui
ſont légitimes : combien de Malades
ont langui très-longtemps , & ſe ſont
épuiſés par des remédes pris au haſard,
avant qu'un lambeau de Ver Solitaire
rendu par les ſelles vînt leur apprendre
quelle étoit la cauſe de leurs indiſpoſi
tions !
M. de Fleurieu , premier Préſident
du Bureau des Finances en cette Ville,
m'a permis de publier qu'il a été déli
vré il y a peu de jours par ce reméde,
du Ver Solitaire dans l'eſpace de deux
heures & demi. Il ſouhaiteroit avec
moi que ſa publicité le mît à là portée
de tout le monde , & en fît connoître
la ſûreté & l'éfficacité ; mais en me li
vrant ſans réſerve à une pareille expul
ſion,peut-être ſerois-je encore en proye
aux dents acérées de cette lime ſourde
qui ronge également les métaux les
plus purs comme ceux du plus bas aloi. .
J'ai l'honneur d'être, &c.
PONTEAU, Docteur en Med. Me en Chirurgie,
ancien Chirurgien en Chef du grand Hôtel-Dieu
de Lyon, &c.
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Résumé : RÉPONSE sur le Ver Solitaire à une Lettre de M. de SAINT-ANGEL, Conseiller à la Cour des Aides de Montferrand, insérée dans le Mercure d'Avril 1764.
L'auteur répond à M. de Saint-Angel au sujet du traitement du ver solitaire. Il mentionne un remède découvert par le médecin suisse Noufer, connu pour ses succès à Lyon. Le roi, informé par M. Bourgelat et M. Senac, tenta sans succès d'obtenir le secret de Noufer, qui refusa de se rendre à Paris. Après la mort de Noufer, sa veuve vendit la recette à l'auteur, intrigué par le ver solitaire et convaincu de la probité de la veuve. Le remède, initialement perçu comme potentiellement toxique, s'avéra efficace. L'auteur décrit les effets du traitement et les sensations des patients après l'expulsion du ver. Il précise que le ver solitaire déshydraté n'est pas utilisé dans son spécifique. Une soupe au beurre est donnée la veille du remède comme préparation. Le Dr. Ponteau indique que le beurre, le lait et le miel ne perturbent pas le ver solitaire. Il relate l'expérience de M. Midor, un curé, qui trouva soulagement en consommant du beurre. Le beurre sert de leurre pour rendre le ver inactif avant l'administration d'un spécifique qui le tue. Un intervalle est nécessaire entre les remèdes pour éviter que le ver ne se défende. Le spécifique est efficace même sur de simples soupçons et peut soulager rapidement, comme le montre l'exemple de M. de Fleurieu, guéri en deux heures et demie. Le Dr. Ponteau espère que ce remède deviendra accessible à tous, tout en restant prudent sur son propre état de santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11082
p. 132-136
SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
Début :
MONSIEUR, UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée depuis [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
SUITE pratique de la Goute, des
Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
MONSIEUR,
UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée
depuis le vingt Mars jusques en
Mai, ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provin
ces ; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inſtruire dans celui du mois de Juil
let ;je lui tiens parole, & voici des faits
très-intéreſſans capables de le conſoler
par l'eſpérance de trouver des reſſources
qui lui ont toujours paru fabuleufes.
FAI T'S D E PA R I S.
M. le Comte de Fenelon,Hôtel Notre
Dame , rue du Colombier, près l'Ab
baye Saint Germain, goute aux pieds
& aux genoux ; fort ſoulagé par la pou
· dre balſamique, & le baume végétal.
Ce fait eſt de Mars.
M. Perruchon, Ancien Régiſſeur Gé
néral des Hôpitaux de l'Armée : en
Février, étant fort tourmenté d'un rhu
J U I N. 1764.
, 133
matiſme dans les reins, dans les épaules
- & les cuiſſes ; logé Hôtel de Grenelle ,
rue de Grenelle Saint Honoré, fut cal
mé en vingt-quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balſamique
& le baume végétal.
M. Deſhayes , Hotel du Saint Eſ
prit, rue du Four Saint Honoré; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins , aux
épaules & aux genoux ; calmé en quel
ques jours par leſdits remèdes, & tou
jours de mieux en mieux par la conti- .
nuité de leur uſage.
: M. le Chevalier de Bauvais, chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier,
quartier Montmartre, en Mars, la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main : calmée en trente heures : a com
mencé à marcher un peu le troiſiéme
jour & s'eſt bien - tôt rétabli par-la
· poudre balſamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt, Gentil-homme de
de Monſeigneur le Cardinal de Gêvres,
en ſon Hôtel, rue neuve des Auguſtins,
en Mars, rhumatiſme aux jambes, aux
épaules & aux mains, fort calmé en
quinze jours par la tiſane balſamique,
& ſe trouvant toujours mieux par ſon
uſage , & celui du baume végétal.
Puquéry, Hôtel de Bretagne, rue &
134 MERCURE DE FRANCE.
croix des petits champs, en Avril a uſé
de la poudre balſamique & du baume
végétal, ce qui lui a fait un très-grand
bien par une copieuſe évacuation de
glaires.
Obſervation néceſſaire ſur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne, rue de la Monnoye, &
M. Duval , Secrétaire du Roi , rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reſtoit foibleſſe des parties & quel
ques légers reſſentimens , s'étant pur
gé avec la manne, le ſel de duobus, &
le baume végétal , furent en état de
ſortir le lendemain. .
· M. de Berthecour, par le même pur
# le lendemain eut le mouvement
e ſa main rhumatiſée.
-
| Cette façon de purger eſt la ſeule qui
ſoit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eſt pro
pre à l'humeur & aux nerfs.
Faits de Provinces.
| M Jore , à la Cour de l'Hotel de
· Ville de Rouen, ayant une goute fixée
aux clavicules ; reſpiration gênée, dif
ficulté de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balſamique, & ſur tout
t!,t
tº
#
#
#
V
J U I N. 1764.
I 35
le baume végétal lui avoient très-bien
fait, qu'il marchoit plus librernent &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trlne.
· Une femme de Lyon, très-vivement
rhumatiſée depuis pluſieurs années, &
ſans ſoulagement, l'a trouvé dans l'uſa
ge de la poudre balſamique & du bau
me végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni, Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les re
médes.
-
-
· M. de Montricouſte, Premier Préſi
dent de la Cour des Aydes de Montau
ban, m'a écrit en Mars , que le baume
végétal lui faiſoit au mieux pour ſon
eſtomach affoibli ;
il le continue.
.
Je ne peux citer un très-grand nombre.
de perſonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne, qui font uſage deſdits
remédes, ſoit pour la goute, les 1 huma--
tiſmes &c. ou pour l'eſtomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je ſuis à mes viſi
tes ſans donner les noms ni les adreſſes.
· Je viens de réformer mon ordonnan
ce à la fin de mon ouvrage,parce qu'el
le étoit trop générale , & ne réuſſiſſoit
qu'à quelques-uns ; des ſuccès conti
nués tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tem
péramens ; elle eſt diſtincte; elle indi
que les traitemens généraux & particu
liers, propres à un chacun & à tous les
genres de Goute, &c. J'y donne la fa
çon de faire le topique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Liſez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage ſe vend chez Panckoucke,
Libraire, rue & près la Comédie Fran
çoiſe à Paris.
Mon adreſſe eſt chez M. Burel , Chi
rurgien , rue du gros Chenet, quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au com
mencement d'Août, après les colleStions
de mes Simples.
Je ne reçois que les Lettres affran- .
chies.
C. DE MONTGERBET, Médecin du ROI
& ordinaire de ses Bâtimens.
Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
MONSIEUR,
UNE maladie de poitrine que j'ai essuyée
depuis le vingt Mars jusques en
Mai, ne m'a pas permis de répondre à
la confiance d'un grand nombre de
Gouteux dans Paris & dans les Provin
ces ; j'ai promis au Public dans votre
Journal de Mars dernier , de continuer
de l'inſtruire dans celui du mois de Juil
let ;je lui tiens parole, & voici des faits
très-intéreſſans capables de le conſoler
par l'eſpérance de trouver des reſſources
qui lui ont toujours paru fabuleufes.
FAI T'S D E PA R I S.
M. le Comte de Fenelon,Hôtel Notre
Dame , rue du Colombier, près l'Ab
baye Saint Germain, goute aux pieds
& aux genoux ; fort ſoulagé par la pou
· dre balſamique, & le baume végétal.
Ce fait eſt de Mars.
M. Perruchon, Ancien Régiſſeur Gé
néral des Hôpitaux de l'Armée : en
Février, étant fort tourmenté d'un rhu
J U I N. 1764.
, 133
matiſme dans les reins, dans les épaules
- & les cuiſſes ; logé Hôtel de Grenelle ,
rue de Grenelle Saint Honoré, fut cal
mé en vingt-quatre heures , & bien
tôt rétabli par la poudre balſamique
& le baume végétal.
M. Deſhayes , Hotel du Saint Eſ
prit, rue du Four Saint Honoré; en
Fevrier ; rhumatiſme aux reins , aux
épaules & aux genoux ; calmé en quel
ques jours par leſdits remèdes, & tou
jours de mieux en mieux par la conti- .
nuité de leur uſage.
: M. le Chevalier de Bauvais, chez M.
le Préſident de Mêlé , rue du Sentier,
quartier Montmartre, en Mars, la goute
la plus enflammée aux genoux & à la
main : calmée en trente heures : a com
mencé à marcher un peu le troiſiéme
jour & s'eſt bien - tôt rétabli par-la
· poudre balſamique & le baume végétal.
M. de Berthecourt, Gentil-homme de
de Monſeigneur le Cardinal de Gêvres,
en ſon Hôtel, rue neuve des Auguſtins,
en Mars, rhumatiſme aux jambes, aux
épaules & aux mains, fort calmé en
quinze jours par la tiſane balſamique,
& ſe trouvant toujours mieux par ſon
uſage , & celui du baume végétal.
Puquéry, Hôtel de Bretagne, rue &
134 MERCURE DE FRANCE.
croix des petits champs, en Avril a uſé
de la poudre balſamique & du baume
végétal, ce qui lui a fait un très-grand
bien par une copieuſe évacuation de
glaires.
Obſervation néceſſaire ſur le Baume.
M. le Chevalier de Saint Pau , Hôtel
de Vincenne, rue de la Monnoye, &
M. Duval , Secrétaire du Roi , rue
d'Antin , à la fin d'un accès de goute
où il reſtoit foibleſſe des parties & quel
ques légers reſſentimens , s'étant pur
gé avec la manne, le ſel de duobus, &
le baume végétal , furent en état de
ſortir le lendemain. .
· M. de Berthecour, par le même pur
# le lendemain eut le mouvement
e ſa main rhumatiſée.
-
| Cette façon de purger eſt la ſeule qui
ſoit propre dans ces maladies , parce
quelle ne tranche point & elle eſt pro
pre à l'humeur & aux nerfs.
Faits de Provinces.
| M Jore , à la Cour de l'Hotel de
· Ville de Rouen, ayant une goute fixée
aux clavicules ; reſpiration gênée, dif
ficulté de marcher , ma écrit en Avril
que la poudre balſamique, & ſur tout
t!,t
tº
#
#
#
V
J U I N. 1764.
I 35
le baume végétal lui avoient très-bien
fait, qu'il marchoit plus librernent &
que l'humeur étoit fort adoucie à la poi
trlne.
· Une femme de Lyon, très-vivement
rhumatiſée depuis pluſieurs années, &
ſans ſoulagement, l'a trouvé dans l'uſa
ge de la poudre balſamique & du bau
me végétal ; j'en ai reçu l'avis par M.
Tranzoni, Recteur de l'Hotel Dieu de
Lyon , qui lui a fait adminiſtrer les re
médes.
-
-
· M. de Montricouſte, Premier Préſi
dent de la Cour des Aydes de Montau
ban, m'a écrit en Mars , que le baume
végétal lui faiſoit au mieux pour ſon
eſtomach affoibli ;
il le continue.
.
Je ne peux citer un très-grand nombre.
de perſonnes de Paris , des Provinces &
de l'Allemagne, qui font uſage deſdits
remédes, ſoit pour la goute, les 1 huma--
tiſmes &c. ou pour l'eſtomach , parce
qu'ils prennent , ou font prendre les
remédes pendant que je ſuis à mes viſi
tes ſans donner les noms ni les adreſſes.
· Je viens de réformer mon ordonnan
ce à la fin de mon ouvrage,parce qu'el
le étoit trop générale , & ne réuſſiſſoit
qu'à quelques-uns ; des ſuccès conti
nués tout cet hyver m'ont appris à la
136 MERCURE DE FRANCE.
régler pour tous les cas & tous les tem
péramens ; elle eſt diſtincte; elle indi
que les traitemens généraux & particu
liers, propres à un chacun & à tous les
genres de Goute, &c. J'y donne la fa
çon de faire le topique dérivatif pour
les pieds , comme je l'avois promis
dans le Mercure de Mars. Liſez celui
de Novembre prochain.
L'Ouvrage ſe vend chez Panckoucke,
Libraire, rue & près la Comédie Fran
çoiſe à Paris.
Mon adreſſe eſt chez M. Burel , Chi
rurgien , rue du gros Chenet, quartier
Montmartre à Paris.
Je ne reviendrai à Paris qu'au com
mencement d'Août, après les colleStions
de mes Simples.
Je ne reçois que les Lettres affran- .
chies.
C. DE MONTGERBET, Médecin du ROI
& ordinaire de ses Bâtimens.
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Résumé : SUITE pratique de la Goute, des Sciatiques & des Rhumatismes gouteux.
Le document, rédigé par C. de Montgerbet, médecin du roi, aborde les traitements efficaces contre la goutte, les sciatiques et les rhumatismes gouteux. L'auteur mentionne avoir été empêché de répondre aux attentes des patients en raison d'une maladie de poitrine. Il présente plusieurs cas de guérison à Paris et en province grâce à l'utilisation de la poudre balsamique et du baume végétal. Parmi les exemples de patients guéris figurent M. le Comte de Fenelon, M. Perruchon, M. Deshayes, M. le Chevalier de Bauvais, et M. de Berthecourt. Le texte insiste sur l'importance d'une purge spécifique adaptée à ces maladies. Des témoignages provenant de différentes régions, tels que ceux de M. Jore à Rouen et d'une femme de Lyon, confirment l'efficacité des traitements proposés. L'auteur a révisé ses ordonnances pour mieux adapter les traitements aux divers cas et tempéraments. Le livre contenant ces informations est disponible chez Panckoucke, libraire à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11083
p. 137-153
CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
Début :
ARTICLE PREMIER. PRÉCIS historique de l'usurpation de la découverte [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
CHIRURGIE.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province, Auteur des Observations
sur l'origine & sur les progrès
de la Taille, appellée Méthode de
RAU, &c, insérées dans les Mercures
des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENAVE, Chirurgien
Professeur à S. Cosme, de
l'Académie Royale de Chirurgie, &c,
insérées dans le Mercure d'Octobre II.
vol, & Novembre 1763.
ARTICLE PREMIER.
PRÉCIS historique de l'usurpation de
la découverte du FRERE JACQUES.
Les Amateurs de la vérité ne ſeront
138 MERCURE DE FRANCE.
pas peu ſurpris d'apprendre que les re
cherches de M. Bordenave ont pour ob
jet d'obſcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant ren
du la taille du périné méthodique, par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreſſantes pour
l'humanité, il ſoit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plûpart des Chirurgiens, & ſur-tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François, Chirurgien par goût & par
' éducation, & entiérement dévoué au
· bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille, par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières ſi imparfaites d'ex
traire la pierre de la veſſie, pratiquées
ſéparément; reconnut par l'Anatomie
& par l'obſervation, qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniſſant en
ſemble, dans une ſeule & mème opé
J'ſltlO/1.
Convaincu par dix années d'expé
, rience, de la bonté & ſupériorité de ſa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
J U I N. 1764.
-
| 139
veſſie, & enfin après avoir taillé en dif
férentes Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ,
tant par les anciennes que par ſa nou
velle opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre,
en préſence des Medecins, des Chirur,
giens & des Magiſtrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
· ſon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris, pour mon
trer aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour ſa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
comme plus facile, plus ſûre & beau
coup moins dangéreuſe que celle qu'on
prat1quoIt.
-
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité , enleva d'abord les
ſuffrages : tous les Medecins & les Chi
rurgiens furent ſurpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opéra
tions meurtrières ſéparément , le petit &
le grand appareil, il en réſultoit la taille
· la plus avantageuſe poſſible. Convain
cus en outre par les épreuves, & par les
ſuccès dont ils furent témoins, ils en
firent publiquement, & au Roi & à la
Famille Royale, les plus grands éloges,
en annonçant le Frère Jacques comme
14o MERCURE DE FRANCE.
un homme envoyé de Dieu pour ſoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre ,
par une méthode plus aiſée & moins
dangereuſe que celle qu'on pratiquoit ,
C»
-
M. Meri , Chirurgien de S. Coſme,
Major de l'Hôtel-Dieu, Membre de l'A-
cadémie Royale des Sciences, &c. fut
chargé conjointement avec
pluſieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préſident de Harlai, de
l'éxamen de cette nouvelle opération.
Meri fit en préſence deſdits Médecins &
Chirurgiens, d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même, ſur le ca
davre d'un homme, la deſcription ana
tomique exacte, du trajet de ſon inci
ſion , avec un rapport circonſtancié ,
ſans altération (a), des grands avantages
& de la ſupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
ſur l'ancienne, le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiſſant pas mieux,
( a ) Ce rapport fut altéré dans la ſuite par
des additions démonſtrativement machinées &
ajoutées après coup, auſſi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'eſt ainſi que
Méri les a tranſmis dans ſes obſervations, qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
· & ſon opération-
-
l
J U I N. 1764.
I4 1
& il donna le ſurlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier-Préſident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux ſurpris au premier mouve
ment de leur cœur : l'envie ſuccéda à
l'admiration ; & comme cette décou
verte étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie, quoique grand Chirur
gien dans le fond, il ne fut plus queſ
tion que des moyens de ſe dédire, ſous
prétexte d'éxamen inſuffiſant & d'expé
rience contraire, & d'altérer & décom
poſer cette opération, pour en faire
naitre des inconvéniens , & expoſer ſon
auteur le Frère Jacques, ſous un point
de vue d'ignorance craſſe , pour s'ap
proprier enſuite ſous prétexte d'inſtruc
tions & de corrections, l'honneur de ſa
découverte.
-
-
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pefec
tion, auquel ſes raviſſeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter ,
ils et rent
recours à l'invention. .. ... & comme
l'anatomie & la ſonde crénelée ſont au
lithotomiſte ce que la carte & la bouſſole
ſont au Pilote , & que leur en ôter la
connoiſſance , c'eſt en faire des igno
trans qui n'ont que la témérité pour
i42 MERCURE DE FRANCE.
guide & le haſard pour ſuccès, & ſur lè
compte deſquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poſſibles ; les
Chirurgiens de S. Coſme, particuliére
ment ceux qui pratiquoient la lithoto
mie, Meri, Delaunai , Saviard, Maré
chal, Dionis , &c. inventerent & pu
blierent que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiſſance des parties ſur leſ
quelles il opéroit, point d'aºatomie ,
& que la ſonde ſeule dont il ſe ſervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de ſon biſ
touri lithotome à la veſſie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques inciſoit dans ſa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feſſe, & qu'il prati
quoit encore de même le petit appa
reil, en coupant de bas en haut tout ce
ui ſe rencontroit de parties, depuis la
tubéroſité de l'iſchion, où il commençoit
l'inciſion , juſqu'à la pierre, &c. & ils
| firent naître de cet ordre renverſé des
impérities de toute eſpéce, & même au
delà de toute poſſibilité.
-
Enfin Meri fit une collection de tou
tes ces inventions controuvées, qu'il pu
blia en I7oo (b) comme autant de rap
( b ) Obſervations ſur la manière de tailler
Pour l'extraction de la pierre pratiquée par Frére
| J U I N. 1764.
-
143
ports & d'obſervations conſtatées, faites
par l'ordre de M. le Premier Préſident,
ſur les épreuves & ſur les opérations du
Frère Jacques. Il eſt vrai que Meri y a
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiſ
trat, mais avec des additions relatives
aux fauſſetés inventées depuis, & dé
monſtrativement ajoutées à ce premier
rapport, pour juſtifier ſes contradictions,
& autoriſer ſes fauſſes obſervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens, particuliérement à cauſe
du défaut, ſuppoſé, de crénelure de la
ſonde, & c'eſt ce qui en a le plus impo
ſé. Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots, mais il me
paroît, Monſeigneur, que Frère Jacques
pourroit, & c. page 23.
Meri termine ſes fauſſes obſervations
en indiquant de créneller la ſonde pour
ſûreté de l'inciſion, & de borner l'inciſion
à l'uretre excluſivement au col & au
corps de la veſſie, pour éviter, dit-il,
la fiſtule & l incontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de diſſertations ſpécieu
ſes contre tout principe, & démenties
par l'expérience. C'eſt là l'origine & la
Jacques, &c. par Jean Meri, Chirurgien de la
feue Reine, &c.
-
-
| 144 MERCURE DE FRANCE.
ſource (le Livre des obſervations de Meri
ſur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abſurdités & fauſſetés débitées juſ
qu'a ce jour, ſur la capacité du Frère
Jacques , & ſur la nature & l'exécution
de ſa nouvelle opération (c).
Dans le même temps Delaunai, Sa
viard, Dionis, &c. écrivirent auſſi con
tre le Frère Jacques & contre ſon opéra
tion : mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuiſé le ſujet, ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes in
ventions , en les ornant chacun ſuivant
ſon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieuſes. Tous ces Ecrits, joints
aux ſuccès étonnans du Frère Jacques,
& aux honneurs publics qu'on lui ren
doit alors en Hollande , fomentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques, que
Meri fit à M. le Premier Préſident en i 697, eſt
le premier & le ſeul Ecrit vrai qui ait été fait
ſur cette opération ; & le Traité des Obſervations
que Meri a publié en 17oo, ſur cette même opé
ration , après que l'envie l'eut ſubjugué, n'eſt
qu'un tiſſu de fauſſetés, de contradictions & d'ab
urdités. C'eſt le premier qui a été impri é, &
† tous ceux qui ont écrit depuis, ſur
'opération du Frère Jacques, ſans aucune excep
tion juſqu'à M. Bordenave lui-même , n'ont fait
ue répéter & commenter les mêmes fauſſetés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
-
J U I N. 1764.
I45 ·
l'envie au point qu'elle gagna, comme
, par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau,Médecin-Opé
rateur à Amſterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuiſable d'impoſtures de
toutes eſpèces; & c'eſt des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille, que la hardieſſe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que preſcrivent les Ecrits
périodiques, ne nous permettant pas de
pourſuivre plus loin cette Hiſtoire, nous
l'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteſtables à M. Borde
nave, malgré toutes ſes autorités, té
moins oculaires & authenticités, que le
Frère Jacques n'a jamais taillé ſur une
ſonde ſans crénelure, ni pratiqué le pe
tit appareil par le moyen de la feſſe, &
que les principales cauſes des impérities
qu'on lui a imputées en conſéquence ,
ſont d'une impoſſibilité abſolue.
146 MERCURE DE FRANCE.
A R T I C L E I I.
AssERTIoNs des fauſſes imputations
faites au Frère JAcQvES.
Dire que le Frère Jacques a décou
vert une méthode de tirer la pierre de la
veſſie plus facile & moins dangereuſe
que celle qu'ou pratiquoit, & cela ſans
connoître la topographie, l'anatomie ,
des parties ſujettes à ſon lithotome , ni
la cannelure de la ſonde, qui en eſt le
uide : autaut vaudroit-il avancer qu'un
§ a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles, des
routes abrégées & beaucoup moins pé
rilleuſes , † connoître la carte ni la
# (d). C'eſt cependant à de telles
abſurdités que l'envie eſt parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans ſes recherches,
fur la taille du Frère Jacques, en ré
ponſe à nos obſervations, » L'Hiſtoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé
» crite dans trop de Livres, par des Au
(d ) La cannelure eſt à la ſonde à tailler ce que
l'aimant eſt à la bouſſole ; il leur donne à l'une
& a l'autre, la propriété qu'elles ont, de con
duire & diriger les opérations.
J U I N. 1764.
147
» teurs non ſuſpects, inſtruits , la plû
» part témoins oculaires , pour paroître
» équivoque, & il faut être aveugle &
» de mauvaiſe foi pour ſe refuſer à la
» vérité.
-
» Malgré l'expoſition claire des faits
» les mieux circonſtanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art con
» temporains , ſeuls Juges compétens
» en cette matière , il a plù cependant à
» un Anonyme, ſe diſant Chirurgien de
» Province, de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de ſoixante ans ſur
» la taille de Frère Jacques ; d'accuſer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomiſtes de ſon temps; de leur
» imputer d'avoir publié des obſerva
» tions fauſſes contre ſa nouvelle ma
» nière de tirer le pierre , & d'avoir ſup
» poſé que la ſonde dont ce Frère ſe
» ſervoit pour tailler n'étoit point cré
» nelée pour retenir & conduire la poin
» te de ſon lithotome à la veſſie, &c.
» Mais il reſte à ſavoir ſur quelle auto
» rité l'Anonyme peut révoquer en
» doute les faits les plus conſtatés, dont
» il n'a pas été le témoin.....
» Quelle allégation d'ailleurs peut-on
» oppoſer aujourd'hui après
-
G j
plus de
-
148 MERCURE DE FRANCE.
» ſoixante-trois ans, contre l'Ouvrage
» de M. Meri, qui réunit en ſa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
» également recommandable par ſes
» lumières & par ſa probité, &c ... a
» laiſſé des obſervations lumineuſes,
» détaillées, exactes, ſans paſſion, dont
» il n'eſt jamais le ſeul témoin , mais
» qui ſont atteſtées toujours par la pré
» ſence d'un grand nombre des plus cé
» lébres Médecins & Chirurgiens.
» On peut même ajouter que l'Ou
» vrage de M. Meri eſt moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
» public. Ainſi comment peut-on dire
» après de pareilles preuves , que les
» obſervations des impérities de Frère
» Jacques ſont d'une impoſſibilité ab
» ſolue ?
» On va plus loin, on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou ſonde non-cannelée : mais
» M. Meri & ſes contemporains l'ont
» vu opérer ainſi. Ce n'eſt donc pas une
» ſuppoſition de ſa part.....
» C'eſt donc manquer à la vérité ſans
» aucun fondement, & uniquement par
» paſſion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
» jamais taillé avec un cathéter,ou ſonde
:' non-cannelée &c...
Q U E S.
J U I N. 1764.
I49
» Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonymº
» provincial dans ſes aſſertions.Cet9º
» vrage obſcur, produit dans les téné
» bres, dicté par la paſſion, paroît uni
» quement fait pour décrier des Chirur*
» giens recommandables , & déſigner
» un ſucceſſeur au Frère Jacques ;.j'a-
» bandonne au temps la cauſe actuelle ;
» la poſtérité ſeule peut la juger. Mºis
» j'ai cru devoir à la mémoire de M
» Meri les recherches qui ont été Prº
» poſées, & qui prouvent inconteſtable
» ment la vérité & l'utilité de ſon Ou
» vrage, contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppoſer &c.
A R T I C L E I I I.
D E l'impoſſibilité démontrée des im
p
-
-
putations faites au FR E R E JA c
Nos autorités, C'eſt la démonſtration,
contre laquelle le nombre des années ,
ni le nombre des hommes, avec tous
leurs titres, talens, & probité apparente ,
ne peuvent abſolument rien. Il n'eſt
pas toujours indiſpenſable, comme le
ſuppoſe M. Bordenave, d'avoir été pré
ſent à la fabrication des faits controu
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
vés, pour les nier. Il ſuffit qu'ils ayent
été aſſez mal concertés ou mal com
binés, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauſſeté, ou l'impoſſi
bilité ; & les imputations faites au Frère
Jacques, pour lui ravir l'honneur de
ſa découverte, ſont abſolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave, contre le Frère Jacques,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eſt pas une ſeule, dont on ne puiſſe
malgré tous ſes témoins oculaires , &
toutes ſes authentiques autorités, dé
montrer la fauſſeté. Les aveux du Frère
Jacques même ſur les défauts de cannelure
de ſa ſonde, s'il en étoit de bien conſta
tés, ne pourroient être que des aveux
ſurpris ou forcés; parce qu'il n'étoit pas
plus dans ſon pouvoir, qu'à tout autre,
d'éxecuter des choſes abſolument im
poſſibles.
'
-
-
Pour trancher court ſur les diſcuſ
ſion , éviter les queſtions incidentes ,
& tout ſubterfuge , & ſaper par les
fondemens le ſpécieux de toutes les preu
ves alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques, & par
ticulièrement contre la cannelure de ſa
ſonde ; nous lui propoſons le défi, de ré
pondre démonſtrativement , ſans équi
· J U I N. 1764.
-
1 51
voque ni ambiguité, aux propoſitions
uIVa f)teS, ,
,
-
PREMIÉRE PRoPosITrow.
Le grand appareil eſt il praticable,ſur
la convéxité de la courbure d'une ſonde
folide rempliſſant l'urétre , exactement
ronde , & ſans cannelure ou rainure ,
pour l'inciſion, & l'introduction ſucceſſive
| des différents inſtruments , propres à
forcer & dilater ce canal juſqu'à la veſſie,
pour en extraire la pierre ?
R E M A R Q U E s.
Le grand apareil de Romanis, que
le Frère Jacques avoit pratiqué, & ré
uni avec le petit appareil de Celſe, des
anciens , dans ſa nouvelle opération ,
conſiſte à ouvrir par une inciſion per
pendiculaire au haut du périné l'urétre, à
quatre travers de doigt, ou environ en
deça du corps de la veffie,ſur la convéxité
d'une groſſe ſonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce ca
nal , pour en faciliter l'introduction
pardeſſous l'arcade du pubis dans la
veſſie , (e) & crenelée, ſur la convéxi
· (e) Le Frère Jacques ſe ſervoit de ſondes plus
greſſes que les ſondes ordinaires, pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde ſans en altérer
la force, Elles étoient auſſi plus recourbées pour
-
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de ſa grande courbure pour l'inſinua$
tion, & introduction forcée & †À
ſive, des différens inſtrumens pour di
later le canal de l'urétre juſqu'à la veſſie,
& en extraire la pierre; ce qui ne pour
roit certainement pas avoir lieu ſur
une ſonde ſans cannelure.
Une ſonde ſolide exactement ronde &
ſans rainure, rempliſſant le canal de
l'urétre, comme la ſupoſe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'au
cun autre inſtrument dans la veſſie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il ſuit
† la Canellure ou rainure de la ſon
e , eſt d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grandappareil;donc
le Frère Jacques connoiſſoit la crenelu
re, de la ſonde à tailler, avant d'aller
à Paris; puiſque de l'aveu des hiſtoriens,.
& de Meri même, il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans ſa nouvelle
opération.
Meri dit page 64, de ſes obſerva
tions ſur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peut
amener & préſenter le bas du canal de l'urétre
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu
reté de ſon opération.
(f) Obſervations de Meri, page 17.
J U I N. 1764.
I 53
» être ſoupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il ſçait touchant le petit
» appareil; & qu'il y a ajouté la prati
» que du grand appareil» &c. Meri con
vient donc, non ſeulement,que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand ap
pareil, où la cannelure de la ſonde eſt
indiſpenſable, mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil, dans ſa
nouvelle opération; & conſéquemment,
que la ſonde cannelée du grand ap
pareil entroit indiſpenſablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réu
nies , dans une ſeule & même opéra
tion , qui conſtitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opé
ration étoit de ſa nature auſſi impratica
ble que le grand appareil ſans la cre
nelure de la ſonde.
s
-
Le reſte au Mercure prochain.
RÉPONSE intéressante du Chirurgien
de Province, Auteur des Observations
sur l'origine & sur les progrès
de la Taille, appellée Méthode de
RAU, &c, insérées dans les Mercures
des mois d'Août & Septembre
1762 ; aux recherches & à la critique
de M. BORDENAVE, Chirurgien
Professeur à S. Cosme, de
l'Académie Royale de Chirurgie, &c,
insérées dans le Mercure d'Octobre II.
vol, & Novembre 1763.
ARTICLE PREMIER.
PRÉCIS historique de l'usurpation de
la découverte du FRERE JACQUES.
Les Amateurs de la vérité ne ſeront
138 MERCURE DE FRANCE.
pas peu ſurpris d'apprendre que les re
cherches de M. Bordenave ont pour ob
jet d'obſcurcir la mémoire d'un des
plus grands hommes que laFrance ait
produit : que le Frère Jacquesayant ren
du la taille du périné méthodique, par une
des plus importantes découvertes de la
Chirurgie , & des plus intéreſſantes pour
l'humanité, il ſoit devenu par-là l'objet
éternel de la haine & du mépris de la
plûpart des Chirurgiens, & ſur-tout de
ceux de Paris.
Le Frère Jacques , du tiers-Ordre de
S. François, Chirurgien par goût & par
' éducation, & entiérement dévoué au
· bien public , ayant éprouvé dans le
cours de quinze années de pratique de
la Taille, par le petit & par le grand
appareil , les inconvéniens énormes de
ces deux manières ſi imparfaites d'ex
traire la pierre de la veſſie, pratiquées
ſéparément; reconnut par l'Anatomie
& par l'obſervation, qu'elles pouvoient
devenir réciproquement le correctif
l'une de l'autre , en les réuniſſant en
ſemble, dans une ſeule & mème opé
J'ſltlO/1.
Convaincu par dix années d'expé
, rience, de la bonté & ſupériorité de ſa
nouvelle manière de tirer la pierre de la
J U I N. 1764.
-
| 139
veſſie, & enfin après avoir taillé en dif
férentes Contrées de l'Europe dans le
cours de vingt-cinq années de pratique ,
tant par les anciennes que par ſa nou
velle opération , plus de quatre mille
cinq cens malades affligés de la pierre,
en préſence des Medecins, des Chirur,
giens & des Magiſtrats des lieux où il
opéroit , & muni de leurs certificats ;
· ſon zèle pour le bien public le déter
mina en 1697 à aller à Paris, pour mon
trer aux Medecins & Chirurgiens de
cette Capitale & de la Cour ſa nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
comme plus facile, plus ſûre & beau
coup moins dangéreuſe que celle qu'on
prat1quoIt.
-
Cette découverte étant marquée au
coin de la vérité , enleva d'abord les
ſuffrages : tous les Medecins & les Chi
rurgiens furent ſurpris d'admiration de
voir que de la réunion de deux opéra
tions meurtrières ſéparément , le petit &
le grand appareil, il en réſultoit la taille
· la plus avantageuſe poſſible. Convain
cus en outre par les épreuves, & par les
ſuccès dont ils furent témoins, ils en
firent publiquement, & au Roi & à la
Famille Royale, les plus grands éloges,
en annonçant le Frère Jacques comme
14o MERCURE DE FRANCE.
un homme envoyé de Dieu pour ſoulager
ceux qui étoient affligés de la pierre ,
par une méthode plus aiſée & moins
dangereuſe que celle qu'on pratiquoit ,
C»
-
M. Meri , Chirurgien de S. Coſme,
Major de l'Hôtel-Dieu, Membre de l'A-
cadémie Royale des Sciences, &c. fut
chargé conjointement avec
pluſieurs
autres Médecins & Chirurgiens , par
M. le premier Préſident de Harlai, de
l'éxamen de cette nouvelle opération.
Meri fit en préſence deſdits Médecins &
Chirurgiens, d'après une épreuve faite
par le Frère Jacques même, ſur le ca
davre d'un homme, la deſcription ana
tomique exacte, du trajet de ſon inci
ſion , avec un rapport circonſtancié ,
ſans altération (a), des grands avantages
& de la ſupériorité de cette nouvelle
manière d'extraire la pierre de la veſſie,
ſur l'ancienne, le grand appareil qu'on
pratiquoit alors ne connoiſſant pas mieux,
( a ) Ce rapport fut altéré dans la ſuite par
des additions démonſtrativement machinées &
ajoutées après coup, auſſi bien que le procédé de
l'épreuve du Frère Jacques ; & c'eſt ainſi que
Méri les a tranſmis dans ſes obſervations, qu'il
fit imprimer deux années après contre ce Frère
· & ſon opération-
-
l
J U I N. 1764.
I4 1
& il donna le ſurlendemain de l'épreuve
ce rapport à M. le Premier-Préſident.
Mais ces éloges & ce rapport étoient
des aveux ſurpris au premier mouve
ment de leur cœur : l'envie ſuccéda à
l'admiration ; & comme cette décou
verte étoit l'ouvrage d'un homme qui
n'avoit ni titre ni rang en Médecine &
en Chirurgie, quoique grand Chirur
gien dans le fond, il ne fut plus queſ
tion que des moyens de ſe dédire, ſous
prétexte d'éxamen inſuffiſant & d'expé
rience contraire, & d'altérer & décom
poſer cette opération, pour en faire
naitre des inconvéniens , & expoſer ſon
auteur le Frère Jacques, ſous un point
de vue d'ignorance craſſe , pour s'ap
proprier enſuite ſous prétexte d'inſtruc
tions & de corrections, l'honneur de ſa
découverte.
-
-
Comme le Frère Jacques avoit porté
la taille du périné à un degré de pefec
tion, auquel ſes raviſſeurs ne pouvoient
véritablement rien ajouter ,
ils et rent
recours à l'invention. .. ... & comme
l'anatomie & la ſonde crénelée ſont au
lithotomiſte ce que la carte & la bouſſole
ſont au Pilote , & que leur en ôter la
connoiſſance , c'eſt en faire des igno
trans qui n'ont que la témérité pour
i42 MERCURE DE FRANCE.
guide & le haſard pour ſuccès, & ſur lè
compte deſquels on peut établir tous les
écarts & toutes les erreurs poſſibles ; les
Chirurgiens de S. Coſme, particuliére
ment ceux qui pratiquoient la lithoto
mie, Meri, Delaunai , Saviard, Maré
chal, Dionis , &c. inventerent & pu
blierent que le Frère Jacques n'avoit
aucune connoiſſance des parties ſur leſ
quelles il opéroit, point d'aºatomie ,
& que la ſonde ſeule dont il ſe ſervoit
pour tailler n'étoit point crénelée pour
retenir & conduire la pointe de ſon biſ
touri lithotome à la veſſie. Ils ajouterent
que le Frère Jacques inciſoit dans ſa
nouvelle opération de bas en haut par
le moignon de la feſſe, & qu'il prati
quoit encore de même le petit appa
reil, en coupant de bas en haut tout ce
ui ſe rencontroit de parties, depuis la
tubéroſité de l'iſchion, où il commençoit
l'inciſion , juſqu'à la pierre, &c. & ils
| firent naître de cet ordre renverſé des
impérities de toute eſpéce, & même au
delà de toute poſſibilité.
-
Enfin Meri fit une collection de tou
tes ces inventions controuvées, qu'il pu
blia en I7oo (b) comme autant de rap
( b ) Obſervations ſur la manière de tailler
Pour l'extraction de la pierre pratiquée par Frére
| J U I N. 1764.
-
143
ports & d'obſervations conſtatées, faites
par l'ordre de M. le Premier Préſident,
ſur les épreuves & ſur les opérations du
Frère Jacques. Il eſt vrai que Meri y a
joint le rapport avantageux qu'il en
avoit fait d'abord en 1697 à ce Magiſ
trat, mais avec des additions relatives
aux fauſſetés inventées depuis, & dé
monſtrativement ajoutées à ce premier
rapport, pour juſtifier ſes contradictions,
& autoriſer ſes fauſſes obſervations ,
comme ayant prévu d'abord tous ces
inconvéniens, particuliérement à cauſe
du défaut, ſuppoſé, de crénelure de la
ſonde, & c'eſt ce qui en a le plus impo
ſé. Ces additions machinées après coup
commencent par ces mots, mais il me
paroît, Monſeigneur, que Frère Jacques
pourroit, & c. page 23.
Meri termine ſes fauſſes obſervations
en indiquant de créneller la ſonde pour
ſûreté de l'inciſion, & de borner l'inciſion
à l'uretre excluſivement au col & au
corps de la veſſie, pour éviter, dit-il,
la fiſtule & l incontinence d'urine , &c.
ce qu'il appuye de diſſertations ſpécieu
ſes contre tout principe, & démenties
par l'expérience. C'eſt là l'origine & la
Jacques, &c. par Jean Meri, Chirurgien de la
feue Reine, &c.
-
-
| 144 MERCURE DE FRANCE.
ſource (le Livre des obſervations de Meri
ſur la taille du Frère Jacques ) de toutes
les abſurdités & fauſſetés débitées juſ
qu'a ce jour, ſur la capacité du Frère
Jacques , & ſur la nature & l'exécution
de ſa nouvelle opération (c).
Dans le même temps Delaunai, Sa
viard, Dionis, &c. écrivirent auſſi con
tre le Frère Jacques & contre ſon opéra
tion : mais comme Meri avoit écrit le
premier & épuiſé le ſujet, ils n'ont pû
que répéter & commenter les mêmes in
ventions , en les ornant chacun ſuivant
ſon génie , d'épithètes injurieuſes &
calomnieuſes. Tous ces Ecrits, joints
aux ſuccès étonnans du Frère Jacques,
& aux honneurs publics qu'on lui ren
doit alors en Hollande , fomentèrent
( c ) Nouvelle opération du Frère Jacques, que
Meri fit à M. le Premier Préſident en i 697, eſt
le premier & le ſeul Ecrit vrai qui ait été fait
ſur cette opération ; & le Traité des Obſervations
que Meri a publié en 17oo, ſur cette même opé
ration , après que l'envie l'eut ſubjugué, n'eſt
qu'un tiſſu de fauſſetés, de contradictions & d'ab
urdités. C'eſt le premier qui a été impri é, &
† tous ceux qui ont écrit depuis, ſur
'opération du Frère Jacques, ſans aucune excep
tion juſqu'à M. Bordenave lui-même , n'ont fait
ue répéter & commenter les mêmes fauſſetés &
les mêmes abſurdités.
l'envie
-
J U I N. 1764.
I45 ·
l'envie au point qu'elle gagna, comme
, par contagion , tous les Lithotomiſtes
de l'Europe ( excepté Rau,Médecin-Opé
rateur à Amſterdam ) & la découverte
du Frère Jacques fut enfouie dans un
cloaque inépuiſable d'impoſtures de
toutes eſpèces; & c'eſt des débris de
cette importante découverte qu'on voit
éclore de jour à autre tant de prétendus
Auteurs de nouvelles méthodes , qui
n'ont d'autre part aux progrès de la
taille, que la hardieſſe de s'annoncer
pour tels.
Les limites que preſcrivent les Ecrits
périodiques, ne nous permettant pas de
pourſuivre plus loin cette Hiſtoire, nous
l'interrompons ici pour démontrer par
des preuves inconteſtables à M. Borde
nave, malgré toutes ſes autorités, té
moins oculaires & authenticités, que le
Frère Jacques n'a jamais taillé ſur une
ſonde ſans crénelure, ni pratiqué le pe
tit appareil par le moyen de la feſſe, &
que les principales cauſes des impérities
qu'on lui a imputées en conſéquence ,
ſont d'une impoſſibilité abſolue.
146 MERCURE DE FRANCE.
A R T I C L E I I.
AssERTIoNs des fauſſes imputations
faites au Frère JAcQvES.
Dire que le Frère Jacques a décou
vert une méthode de tirer la pierre de la
veſſie plus facile & moins dangereuſe
que celle qu'ou pratiquoit, & cela ſans
connoître la topographie, l'anatomie ,
des parties ſujettes à ſon lithotome , ni
la cannelure de la ſonde, qui en eſt le
uide : autaut vaudroit-il avancer qu'un
§ a découvert pour la navigation
des campagnes les plus difficiles, des
routes abrégées & beaucoup moins pé
rilleuſes , † connoître la carte ni la
# (d). C'eſt cependant à de telles
abſurdités que l'envie eſt parvenue à
donner de l'authenticité,
M. Bordenave dit dans ſes recherches,
fur la taille du Frère Jacques, en ré
ponſe à nos obſervations, » L'Hiſtoire de
» l'opération de Frère Jacques a été dé
» crite dans trop de Livres, par des Au
(d ) La cannelure eſt à la ſonde à tailler ce que
l'aimant eſt à la bouſſole ; il leur donne à l'une
& a l'autre, la propriété qu'elles ont, de con
duire & diriger les opérations.
J U I N. 1764.
147
» teurs non ſuſpects, inſtruits , la plû
» part témoins oculaires , pour paroître
» équivoque, & il faut être aveugle &
» de mauvaiſe foi pour ſe refuſer à la
» vérité.
-
» Malgré l'expoſition claire des faits
» les mieux circonſtanciés , malgré les
» Ecrits les plus authentiques & les
» mieux reçus par les gens de l'Art con
» temporains , ſeuls Juges compétens
» en cette matière , il a plù cependant à
» un Anonyme, ſe diſant Chirurgien de
» Province, de nier en partie ce qui a
» été écrit il y a plus de ſoixante ans ſur
» la taille de Frère Jacques ; d'accuſer
» de prévention M. Meri & les autres
» Lithotomiſtes de ſon temps; de leur
» imputer d'avoir publié des obſerva
» tions fauſſes contre ſa nouvelle ma
» nière de tirer le pierre , & d'avoir ſup
» poſé que la ſonde dont ce Frère ſe
» ſervoit pour tailler n'étoit point cré
» nelée pour retenir & conduire la poin
» te de ſon lithotome à la veſſie, &c.
» Mais il reſte à ſavoir ſur quelle auto
» rité l'Anonyme peut révoquer en
» doute les faits les plus conſtatés, dont
» il n'a pas été le témoin.....
» Quelle allégation d'ailleurs peut-on
» oppoſer aujourd'hui après
-
G j
plus de
-
148 MERCURE DE FRANCE.
» ſoixante-trois ans, contre l'Ouvrage
» de M. Meri, qui réunit en ſa faveur
» l'autorité la plus complette ? M. Meri
» également recommandable par ſes
» lumières & par ſa probité, &c ... a
» laiſſé des obſervations lumineuſes,
» détaillées, exactes, ſans paſſion, dont
» il n'eſt jamais le ſeul témoin , mais
» qui ſont atteſtées toujours par la pré
» ſence d'un grand nombre des plus cé
» lébres Médecins & Chirurgiens.
» On peut même ajouter que l'Ou
» vrage de M. Meri eſt moins l'ouvrage
» d'un Particulier que celui d'un homme
» public. Ainſi comment peut-on dire
» après de pareilles preuves , que les
» obſervations des impérities de Frère
» Jacques ſont d'une impoſſibilité ab
» ſolue ?
» On va plus loin, on nie que cet
» Opérateur ait jamais taillé avec un
» cathéter ou ſonde non-cannelée : mais
» M. Meri & ſes contemporains l'ont
» vu opérer ainſi. Ce n'eſt donc pas une
» ſuppoſition de ſa part.....
» C'eſt donc manquer à la vérité ſans
» aucun fondement, & uniquement par
» paſſion , que d'avancer avec autant
» de confiance que le Frère Jacques n'a
» jamais taillé avec un cathéter,ou ſonde
:' non-cannelée &c...
Q U E S.
J U I N. 1764.
I49
» Je ne ſuivrai pas plus loin l'Anonymº
» provincial dans ſes aſſertions.Cet9º
» vrage obſcur, produit dans les téné
» bres, dicté par la paſſion, paroît uni
» quement fait pour décrier des Chirur*
» giens recommandables , & déſigner
» un ſucceſſeur au Frère Jacques ;.j'a-
» bandonne au temps la cauſe actuelle ;
» la poſtérité ſeule peut la juger. Mºis
» j'ai cru devoir à la mémoire de M
» Meri les recherches qui ont été Prº
» poſées, & qui prouvent inconteſtable
» ment la vérité & l'utilité de ſon Ou
» vrage, contre toutes les déclamations
» que l'on pourroit lui oppoſer &c.
A R T I C L E I I I.
D E l'impoſſibilité démontrée des im
p
-
-
putations faites au FR E R E JA c
Nos autorités, C'eſt la démonſtration,
contre laquelle le nombre des années ,
ni le nombre des hommes, avec tous
leurs titres, talens, & probité apparente ,
ne peuvent abſolument rien. Il n'eſt
pas toujours indiſpenſable, comme le
ſuppoſe M. Bordenave, d'avoir été pré
ſent à la fabrication des faits controu
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
vés, pour les nier. Il ſuffit qu'ils ayent
été aſſez mal concertés ou mal com
binés, pour pouvoir dans tous les temps
en démontrer la fauſſeté, ou l'impoſſi
bilité ; & les imputations faites au Frère
Jacques, pour lui ravir l'honneur de
ſa découverte, ſont abſolument de cette
nature ; & de toutes les allégations de
M. Bordenave, contre le Frère Jacques,
à titre d'incapacité & d'impéritie , il
n'en eſt pas une ſeule, dont on ne puiſſe
malgré tous ſes témoins oculaires , &
toutes ſes authentiques autorités, dé
montrer la fauſſeté. Les aveux du Frère
Jacques même ſur les défauts de cannelure
de ſa ſonde, s'il en étoit de bien conſta
tés, ne pourroient être que des aveux
ſurpris ou forcés; parce qu'il n'étoit pas
plus dans ſon pouvoir, qu'à tout autre,
d'éxecuter des choſes abſolument im
poſſibles.
'
-
-
Pour trancher court ſur les diſcuſ
ſion , éviter les queſtions incidentes ,
& tout ſubterfuge , & ſaper par les
fondemens le ſpécieux de toutes les preu
ves alléguées par M. Bordenave , contre
la capacité du Frère Jacques, & par
ticulièrement contre la cannelure de ſa
ſonde ; nous lui propoſons le défi, de ré
pondre démonſtrativement , ſans équi
· J U I N. 1764.
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1 51
voque ni ambiguité, aux propoſitions
uIVa f)teS, ,
,
-
PREMIÉRE PRoPosITrow.
Le grand appareil eſt il praticable,ſur
la convéxité de la courbure d'une ſonde
folide rempliſſant l'urétre , exactement
ronde , & ſans cannelure ou rainure ,
pour l'inciſion, & l'introduction ſucceſſive
| des différents inſtruments , propres à
forcer & dilater ce canal juſqu'à la veſſie,
pour en extraire la pierre ?
R E M A R Q U E s.
Le grand apareil de Romanis, que
le Frère Jacques avoit pratiqué, & ré
uni avec le petit appareil de Celſe, des
anciens , dans ſa nouvelle opération ,
conſiſte à ouvrir par une inciſion per
pendiculaire au haut du périné l'urétre, à
quatre travers de doigt, ou environ en
deça du corps de la veffie,ſur la convéxité
d'une groſſe ſonde d'acier , recourbée
conformément à la courbure de ce ca
nal , pour en faciliter l'introduction
pardeſſous l'arcade du pubis dans la
veſſie , (e) & crenelée, ſur la convéxi
· (e) Le Frère Jacques ſe ſervoit de ſondes plus
greſſes que les ſondes ordinaires, pour leur faire
Porter une crénelure plus profonde ſans en altérer
la force, Elles étoient auſſi plus recourbées pour
-
G iv
152 MERCURE DE FRANCE.
té de ſa grande courbure pour l'inſinua$
tion, & introduction forcée & †À
ſive, des différens inſtrumens pour di
later le canal de l'urétre juſqu'à la veſſie,
& en extraire la pierre; ce qui ne pour
roit certainement pas avoir lieu ſur
une ſonde ſans cannelure.
Une ſonde ſolide exactement ronde &
ſans rainure, rempliſſant le canal de
l'urétre, comme la ſupoſe Meri (f) bien
loin de faciliter l'introduction d'au
cun autre inſtrument dans la veſſie , elle
s'y oppoſeroit abſolument. D'où il ſuit
† la Canellure ou rainure de la ſon
e , eſt d'une néceſſité indiſpenſable
dans l'éxécution du grandappareil;donc
le Frère Jacques connoiſſoit la crenelu
re, de la ſonde à tailler, avant d'aller
à Paris; puiſque de l'aveu des hiſtoriens,.
& de Meri même, il avoit pratiqué &
réuni le grand appareil dans ſa nouvelle
opération.
Meri dit page 64, de ſes obſerva
tions ſur la nouvelle manière de tailler
du Frère Iacques » on pourroit peut
amener & préſenter le bas du canal de l'urétre
au tranchant du biſtouri ; elles avoient même
un manche quarré applati pour les tenir plus
ferme. Et le tout pour plus grande facilité & ſu
reté de ſon opération.
(f) Obſervations de Meri, page 17.
J U I N. 1764.
I 53
» être ſoupçonner que Frère Jacques
» a connu Raoux; qu'il tient de lui une
» partie de ce qu'il ſçait touchant le petit
» appareil; & qu'il y a ajouté la prati
» que du grand appareil» &c. Meri con
vient donc, non ſeulement,que le Frère
Jacques avoit pratiqué le grand ap
pareil, où la cannelure de la ſonde eſt
indiſpenſable, mais encore qu'il l'avoit
réuni avec le petit appareil, dans ſa
nouvelle opération; & conſéquemment,
que la ſonde cannelée du grand ap
pareil entroit indiſpenſablement dans
l'éxecution de ces deux opérations réu
nies , dans une ſeule & même opéra
tion , qui conſtitue la découverte du
Frère Jacques ; laquelle nouvelle opé
ration étoit de ſa nature auſſi impratica
ble que le grand appareil ſans la cre
nelure de la ſonde.
s
-
Le reſte au Mercure prochain.
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Résumé : CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
Le texte décrit une controverse entre le Frère Jacques et les chirurgiens parisiens au sujet d'une nouvelle méthode de lithotomie. Le Frère Jacques, membre du tiers-Ordre de Saint-François, avait élaboré une technique innovante combinant les avantages du petit et du grand appareil, réduisant ainsi les risques associés aux méthodes existantes. Après avoir réalisé avec succès plus de 4500 opérations en Europe, il se rendit à Paris en 1697 pour présenter sa méthode. Initialement bien accueillie, cette technique suscita rapidement des critiques et des accusations de manque de connaissances anatomiques et techniques. Jean Meri, chirurgien de la reine, publia en 1700 des observations critiquant la méthode du Frère Jacques, l'accusant de pratiquer des incisions incorrectes et de ne pas utiliser de sonde crénelée. Ces accusations furent relayées par d'autres chirurgiens tels que Delaunai, Savard et Dionis. Un texte anonyme vint contester ces critiques, affirmant que le Frère Jacques utilisait effectivement une sonde crénelée. Le débat porta principalement sur l'utilisation d'une sonde non cannelée, que Meri et ses contemporains affirmaient avoir observée. Le texte conclut en validant les observations de Meri et en soulignant la nécessité d'utiliser une sonde crénelée pour la technique du Frère Jacques. Ce dernier avait innové en combinant le 'grand appareil' et le 'petit appareil' dans une seule opération, constituant ainsi sa découverte majeure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11083
CHIRURGIE. RÉPONSE intéressante du Chirurgien de Province, Auteur des Observations sur l'origine & sur les progrès de la Taille, appellée Méthode de RAU, &c, insérées dans les Mercures des mois d'Août & Septembre 1762 ; aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, Chirurgien Professeur à S. Cosme, de l'Académie Royale de Chirurgie, &c, insérées dans le Mercure d'Octobre II. vol, & Novembre 1763.
11084
p. 153-157
SÉANCE publique de l'Académie Royale de CHIRURGIE. Du 5 Mai 1764.
Début :
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel, ouvrit la Séance par l'adjudication [...]
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texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie Royale de CHIRURGIE. Du 5 Mai 1764.
SÉANCE publique
de l'Académie
Royale de CHIRURGIE.
Du 5 Mai 1764.
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel,
ouvrit la Séance par l'adjudication
des Prix en ces termes : L'Académie
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
avoit propoſé pour le Prix de 1762 le
Sujet ſuivant : Déterminer la manière
d'ouvrir les abſcès , & leur traitement
méthodique ſuivant les différentes parties
du corps.
-
"
.
Le même Sujet fut remis pour cette
année 1764 avec un Prix double ; c'eſt
à-dire deux Médailles d'or chacune de
la valeur de cinq cens livres, ou une
Médaille & la valeur de l'autre au choix
de celui qui auroit gagné le Prix.
Il a été adjugé au Mémoire N°. 24,
dont la deviſe eſt tirée des Georgiques
de Virgile :
Dum medicas adhibere manus ad vulnera paſtor
Abnegat.
· Alitur vitium vivitque tegendo,
-
-
· L'Auteur eſt M. David, Maître ès
Arts, & Candidat pour la Maîtriſe en
Chirurgie.
-
Il a développé cette matière impor
tante dans un Mémoire très-ample di
viſé en deux parties , & chacune en
pluſieurs Sections. Dans la première par
tie il traite des abſcès qui ont leur ſié
ge dans les parties extérieures ; & dans
la ſeconde, des abſcès internes, c'eſt
à-dire qui affectent la tête, la poitrine,
le bas-ventre.
-
' J U I N. 1764.
1 55
Tous ces détails ſont précédés d'une
théorie générale ſur la formation du
pus, tirée des meilleurs principes de la
Phyſiologie; ce qui jette un grand jour
ſur la doctrine qui en eſt déduite pour
les cas particuliers.
-
"
-
Différens Ouvrages avoient déja fa
vorablement annoncé M. David. Ses
recherches ſur la manière d'agir de la
ſaignée & ſur les effets qu'elle produit
relativement à la partie où on la fait,.
contiennent des remarques judicieuſes
ſur les écrits de quelques grands Maî
tres de l'Art qui ont traité la queſtion.
La découverte de la circulation du ſang
devoit naturellement éclairer cette ma
tière ; cependant en partant des mêmes
principes, M. Sylva a avancé des er
reurs qui ont été combattues par M.
Queſnay , & M. Queſnay n'a pas com
battu auſſi avantageuſement qu'il le
croyoit la pratique généralement adop--
tée de faire des ſaignées à différentes
parties ſuivant la ſituation des mala
dies. Le Livre de M. David, dont il y a
eu deux éditions , nous manquoit pour
éclaircir un point ſi intéreſſant à l'art
de guérir.
Depuis la publication de cet Ouvra
ge, la Société Hennºo . des Scien
VJ
--
-
156 MERCURE DE FRANCE.
ces établie à Harlem en a couronné
un autre du même Auteur en 1762
Cette Société avoit propoſé pour Sujet
du Prix : Ce qu'il convient de faire pour
augmenter, diminuer, ou ſupprimer le
lait des femmes ; quels accidens il occa
ſionne le plus ſouvent , & comment ont
peut les prévenir.
Le nom de M. David eſt encore con
nu à l'Académie Royale des Sciences
par des expériencesdont il lui a rendu
compte, ſur le rafraîchiſſement du ſang
par l'opération de l'air dans le poumon,
prouvé par ſes différens états dans les
ventricules du cœur.
M. David aujourd'hui couronné par
celle de Chirurgie lui ſera attaché dans
peu par ſon admiſſion à la Maîtriſe ; &
c'eſt une acquiſition que l'Académie
deſire.
Le Prix d'émulation fut adjugé à M.
Peyrand, Chirurgien à Bellac en Baſſe
marche ; & les cinq petites Médailles
furent partagées entre MM. Dupuis,
Leger, Dufouart le jeune, Braillets ,
Académiciens libres, & Maigrot, Chi
- rurgien à Ramſoniere près Langres. .
Àprès l'adjudication des Prix , M.
ordenave lut un Mémoire ſur la réu
|
· J U I N. 1764.
: 157
nion des membres prèſque entierement
féparés du corps. :
.
-
• M. Fabre hut des remarques ſur l''o-
pinion de M. de Haller touchant la ſen
ſibilité de certaines parties du corps hu
main.
-
M. Gourſant lut des remarques ſur
les hernies avec étranglement,
. M. le Vacher démontra une machine
fort† pour prévenir & guérir
la courbure de l'épine.
-
M. Sué le jeune termina la Séance par
des recherches hiſtoriques ſur les cou
tumes des anciens Peuples par rapport
aux accouchemens.
-
L'on donnera des Extraits de ces dif
férentes Piéces dans les Mercures ſui
Vans.
de l'Académie
Royale de CHIRURGIE.
Du 5 Mai 1764.
LE sieur Morand, Secrétaire perpétuel,
ouvrit la Séance par l'adjudication
des Prix en ces termes : L'Académie
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
avoit propoſé pour le Prix de 1762 le
Sujet ſuivant : Déterminer la manière
d'ouvrir les abſcès , & leur traitement
méthodique ſuivant les différentes parties
du corps.
-
"
.
Le même Sujet fut remis pour cette
année 1764 avec un Prix double ; c'eſt
à-dire deux Médailles d'or chacune de
la valeur de cinq cens livres, ou une
Médaille & la valeur de l'autre au choix
de celui qui auroit gagné le Prix.
Il a été adjugé au Mémoire N°. 24,
dont la deviſe eſt tirée des Georgiques
de Virgile :
Dum medicas adhibere manus ad vulnera paſtor
Abnegat.
· Alitur vitium vivitque tegendo,
-
-
· L'Auteur eſt M. David, Maître ès
Arts, & Candidat pour la Maîtriſe en
Chirurgie.
-
Il a développé cette matière impor
tante dans un Mémoire très-ample di
viſé en deux parties , & chacune en
pluſieurs Sections. Dans la première par
tie il traite des abſcès qui ont leur ſié
ge dans les parties extérieures ; & dans
la ſeconde, des abſcès internes, c'eſt
à-dire qui affectent la tête, la poitrine,
le bas-ventre.
-
' J U I N. 1764.
1 55
Tous ces détails ſont précédés d'une
théorie générale ſur la formation du
pus, tirée des meilleurs principes de la
Phyſiologie; ce qui jette un grand jour
ſur la doctrine qui en eſt déduite pour
les cas particuliers.
-
"
-
Différens Ouvrages avoient déja fa
vorablement annoncé M. David. Ses
recherches ſur la manière d'agir de la
ſaignée & ſur les effets qu'elle produit
relativement à la partie où on la fait,.
contiennent des remarques judicieuſes
ſur les écrits de quelques grands Maî
tres de l'Art qui ont traité la queſtion.
La découverte de la circulation du ſang
devoit naturellement éclairer cette ma
tière ; cependant en partant des mêmes
principes, M. Sylva a avancé des er
reurs qui ont été combattues par M.
Queſnay , & M. Queſnay n'a pas com
battu auſſi avantageuſement qu'il le
croyoit la pratique généralement adop--
tée de faire des ſaignées à différentes
parties ſuivant la ſituation des mala
dies. Le Livre de M. David, dont il y a
eu deux éditions , nous manquoit pour
éclaircir un point ſi intéreſſant à l'art
de guérir.
Depuis la publication de cet Ouvra
ge, la Société Hennºo . des Scien
VJ
--
-
156 MERCURE DE FRANCE.
ces établie à Harlem en a couronné
un autre du même Auteur en 1762
Cette Société avoit propoſé pour Sujet
du Prix : Ce qu'il convient de faire pour
augmenter, diminuer, ou ſupprimer le
lait des femmes ; quels accidens il occa
ſionne le plus ſouvent , & comment ont
peut les prévenir.
Le nom de M. David eſt encore con
nu à l'Académie Royale des Sciences
par des expériencesdont il lui a rendu
compte, ſur le rafraîchiſſement du ſang
par l'opération de l'air dans le poumon,
prouvé par ſes différens états dans les
ventricules du cœur.
M. David aujourd'hui couronné par
celle de Chirurgie lui ſera attaché dans
peu par ſon admiſſion à la Maîtriſe ; &
c'eſt une acquiſition que l'Académie
deſire.
Le Prix d'émulation fut adjugé à M.
Peyrand, Chirurgien à Bellac en Baſſe
marche ; & les cinq petites Médailles
furent partagées entre MM. Dupuis,
Leger, Dufouart le jeune, Braillets ,
Académiciens libres, & Maigrot, Chi
- rurgien à Ramſoniere près Langres. .
Àprès l'adjudication des Prix , M.
ordenave lut un Mémoire ſur la réu
|
· J U I N. 1764.
: 157
nion des membres prèſque entierement
féparés du corps. :
.
-
• M. Fabre hut des remarques ſur l''o-
pinion de M. de Haller touchant la ſen
ſibilité de certaines parties du corps hu
main.
-
M. Gourſant lut des remarques ſur
les hernies avec étranglement,
. M. le Vacher démontra une machine
fort† pour prévenir & guérir
la courbure de l'épine.
-
M. Sué le jeune termina la Séance par
des recherches hiſtoriques ſur les cou
tumes des anciens Peuples par rapport
aux accouchemens.
-
L'on donnera des Extraits de ces dif
férentes Piéces dans les Mercures ſui
Vans.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie Royale de CHIRURGIE. Du 5 Mai 1764.
Lors d'une séance publique de l'Académie Royale de Chirurgie le 5 mai 1764, le sujet du prix de 1762, concernant la manière d'ouvrir les abcès et leur traitement selon les différentes parties du corps, a été renouvelé pour l'année 1764 avec un prix double : deux médailles d'or ou une médaille et la valeur de l'autre. Le prix a été attribué au mémoire numéro 24, rédigé par M. David, Maître ès Arts et candidat pour la Maîtrise en Chirurgie. Ce mémoire, divisé en deux parties, traite des abcès externes et internes, précédé d'une théorie générale sur la formation du pus basée sur les principes de la physiologie. M. David est reconnu pour ses travaux sur la saignée et leurs effets, ainsi que pour ses recherches sur la circulation du sang. La Société Hannoise des Sciences a couronné un de ses ouvrages en 1762. Il a également présenté des expériences sur le rafraîchissement du sang par l'air dans les poumons, ce qui lui a valu la reconnaissance de l'Académie Royale des Sciences. Le prix d'émulation a été attribué à M. Peyrand, chirurgien à Bellac. Cinq petites médailles ont été partagées entre MM. Dupuis, Leger, Dufouart le jeune, Braillets, et Maigrot. Après l'attribution des prix, plusieurs mémoires ont été présentés, notamment sur la réunion des membres presque entièrement séparés du corps, la sensibilité de certaines parties du corps humain, les hernies avec étranglement, une machine pour prévenir et guérir la courbure de l'épine, et les coutumes des anciens peuples concernant les accouchements. Des extraits de ces pièces seront publiés dans les prochains numéros du Mercure de France.
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11085
p. 157-158
MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
Début :
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir bien insérer dans le Mercure prochain [...]
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texteReconnaissance textuelle : MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
MANUFACTURE DE GLACES.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir
bien insérer dans le Mercure prochain
la Lettre ci-jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreſſer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture, & que vous ſemblez
138 MERCURE DE FRANCE.
vous faire une loi de ne jamais obmet
tre d'annoncer ce qui peut être de quel
que utilité, j'oſe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous de
mande.
J'ai l'honneur d'être, &c.
BERNIERE.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
JE vous supplie, Monsieur, de vouloir
bien insérer dans le Mercure prochain
la Lettre ci-jointe que j'adreſſe à
M. Delatour.Comme ce qu'elle contient
peut intéreſſer les Peintres en paftel en
général ainfi que les Amateurs de ce
genre de peinture, & que vous ſemblez
138 MERCURE DE FRANCE.
vous faire une loi de ne jamais obmet
tre d'annoncer ce qui peut être de quel
que utilité, j'oſe me flatter que vous
m'accorderez la grace que je vous de
mande.
J'ai l'honneur d'être, &c.
BERNIERE.
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Résumé : MANUFACTURE DE GLACES. LETTRE à M. DE LA PLACE.
Bernière écrit à M. de La Place pour publier une lettre à M. Delatour dans le Mercure de France. Cette lettre intéresse les peintres en pastel et leurs amateurs. Bernière rappelle que M. de La Place diffuse des informations utiles et espère voir sa demande acceptée.
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11086
p. 158-162
LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur
des Ponts & Chaussées, à M.
DELATOUR.
I L y a longtemps , Monſieur, que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces, ayant tou
jours un peu de couleur, altérent celles
que vous ſçavez employer ſi heureuſe
ment pour faire ces portraits admira
bles dont la vérité nous ſurprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation ſi juſtement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces.
de France ſont cependant les plus bel
les du monde, & il faut convenir que
ceux qui ſont à la tête de cette Manu
facture n'épargnent ni ſoins ni dépenſe
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'eſt un vice propre à la ſoude
-
J U I N. 1764.
15g
d'Eſpagne de produire un verre ſombre
& verdâtre, & c'eſt grand dommage
qu'on n'ait pu juſqu'à préſent em
ployer à la confection de nos glaces
françoiſes , les mêmes ou ſemblables
matières qui ſervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui ſe fait ſans ſoude
d'Eſpagne , & qu'on appelle ſur le
lieu Flint-Glaſſ Expreſſion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fuſil, parce que apparemment
c'eſt un caillou de cette eſpéce qui tient
lieu de ſable dans la compoſition de ce
| Verre.
· Cet inconvénient fait que vous re
cherchez les glaces les moins épaiſſes.
Mais ſi vous gagnez par là quelque
choſe du côté de la couleur de ces glaces,
vous perdez davantage du côté de leur
force, & vous avez à craindre que trop
minces & trop foibles, elles ne ſoient
fracaſſées au moindre choc, & que leurs
éclats ne détruiſent en un moment un
chef-d'œuvre ſouvent précieux à toute
une famille, précieux par lui-même, &
dont la perte eſt d'autant plus ſenſi
ble encore, qu'elle eſt irréparable.
J'ai vu d'autres Artiſtes ſe retourner du,
côté du verre appellé ici communément
verre de Boheme, mais qui ſe tire de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meſſin. Ce verre eſt beau & porte in
finiment peu de couleur ; mais les ſur
faces n'en étant pas droites , on y ap
perçoit une eſpéce d'ondulation dé
ſagréable & fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers ,
& ſouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me ſeroit-il permis de vous propoſer
quelques moyens quej'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penſe
que tout Citoyen ſe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la ſer
vir il ne peut être blâmable en cher
chant à remplir ce devoir; & que lorſ
qu'il n'a ni le talent ni l'occaſion de la
ſervir dans les grands objets, il doit
toujours ſe trouver très-flatté de l'aider
dans les petits. Je croi que vous m'ac
cordez cela ; en conſéquence voici ce
dont il s'agit.
· Vous connoiſſez ma manufacture de
glaces & verres courbés; vous ſçavez
qu'on
peut y rendre réguliérement
courbe une glace priſe droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auſſi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins. En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours, ſur un moule
N
J U I N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit, & par-là ceſſe d'avoir ces ondu
lations dont je viens de parler ;
il ac
quiert ces deux perfections ſans rien
erdre de ſa tranſparence & de ſon éclat;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait, &
ſans qu'aucune de ſes couleurs ſoit al
térée ou chargée.
Il eſt un ſecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres; c'eſt de
leur donner une courbure régulière, &
· je penſe que ce moyen ſeroit le meil
leur dans le cas dont il s'agit ; car com
me on ne veut pas que le paſtel touche
au verre qui le couvre, on eſt obligé de
donner beaucoup d'épaiſſeur à la bor
dure pour laiſſer entre le paſtel & le
verre une eſpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ;
il en réſulte que le tableau eſt
fort enfoncé , qu'il faut être prèſque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande ſaillie ſur le mur de l'appar
tement.
*
Sil'on employoit un verre bombé, la
bordure n'auroit des deux côtés que l'é-
paiſſeur ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait ſeroit vu comme un por
162 MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile ſans être enfoncé dans ſa
bordure ; & le verre qui ſeroit par
deſſus, étant bombé , en ſeroit infini
ment plus fort & plus capable de réſiſ
ter aux accidens. Il ſuffiroit de donner
8 à 1o lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paſtel.
Vous ſentez auſſi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin, en
cire , & en autres matières qu'on veut
préſerver des mouches, de la fumée,
& de la pouſſière.
:
J'ai l'honneur d'être &c.
Paris, ce 12 Mai 1764.
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eſt rue des Prouvaires , la pre
mière porte Cochere à gauche en entrant
par la rue Saint Honoré.
des Ponts & Chaussées, à M.
DELATOUR.
I L y a longtemps , Monſieur, que je
vous ai entendu vous plaindre de ce
que les plus belles Glaces, ayant tou
jours un peu de couleur, altérent celles
que vous ſçavez employer ſi heureuſe
ment pour faire ces portraits admira
bles dont la vérité nous ſurprend &
nous enchante , & qui vous ont acquis
la réputation ſi juſtement méritée de
premier Peintre en ce genre. Les glaces.
de France ſont cependant les plus bel
les du monde, & il faut convenir que
ceux qui ſont à la tête de cette Manu
facture n'épargnent ni ſoins ni dépenſe
pour parvenir à les rendre parfaites ;
mais c'eſt un vice propre à la ſoude
-
J U I N. 1764.
15g
d'Eſpagne de produire un verre ſombre
& verdâtre, & c'eſt grand dommage
qu'on n'ait pu juſqu'à préſent em
ployer à la confection de nos glaces
françoiſes , les mêmes ou ſemblables
matières qui ſervent à former ce beau
verre d'Angleterre qui ſe fait ſans ſoude
d'Eſpagne , & qu'on appelle ſur le
lieu Flint-Glaſſ Expreſſion que nous
pourrions traduire par celle de verre de
pierre à fuſil, parce que apparemment
c'eſt un caillou de cette eſpéce qui tient
lieu de ſable dans la compoſition de ce
| Verre.
· Cet inconvénient fait que vous re
cherchez les glaces les moins épaiſſes.
Mais ſi vous gagnez par là quelque
choſe du côté de la couleur de ces glaces,
vous perdez davantage du côté de leur
force, & vous avez à craindre que trop
minces & trop foibles, elles ne ſoient
fracaſſées au moindre choc, & que leurs
éclats ne détruiſent en un moment un
chef-d'œuvre ſouvent précieux à toute
une famille, précieux par lui-même, &
dont la perte eſt d'autant plus ſenſi
ble encore, qu'elle eſt irréparable.
J'ai vu d'autres Artiſtes ſe retourner du,
côté du verre appellé ici communément
verre de Boheme, mais qui ſe tire de la
verrerie de Saint Quirin , dans le païs
160 MERCURE DE FRANCE.
Meſſin. Ce verre eſt beau & porte in
finiment peu de couleur ; mais les ſur
faces n'en étant pas droites , on y ap
perçoit une eſpéce d'ondulation dé
ſagréable & fatigante pour la vue , qui
defigure le tableau qu'on voit à travers ,
& ſouvent dans de certaines pofitions
empêche entièrement de l'appercevoir.
Me ſeroit-il permis de vous propoſer
quelques moyens quej'ai imaginés pour
remédier à ces inconvéniens ? Je penſe
que tout Citoyen ſe doit à la Patrie ;
qu'avec une intention pure de la ſer
vir il ne peut être blâmable en cher
chant à remplir ce devoir; & que lorſ
qu'il n'a ni le talent ni l'occaſion de la
ſervir dans les grands objets, il doit
toujours ſe trouver très-flatté de l'aider
dans les petits. Je croi que vous m'ac
cordez cela ; en conſéquence voici ce
dont il s'agit.
· Vous connoiſſez ma manufacture de
glaces & verres courbés; vous ſçavez
qu'on
peut y rendre réguliérement
courbe une glace priſe droite ; de là
vous pouvez inférer qu'on peut auſſi
y rendre plus droit un carreau de verre
qu'on aura pris l'étant moins. En effet
un verre gauche & ondulé étant mis
dans un de mes fours, ſur un moule
N
J U I N. 1764.
161
convenable , y devient parfaitement
droit, & par-là ceſſe d'avoir ces ondu
lations dont je viens de parler ;
il ac
quiert ces deux perfections ſans rien
erdre de ſa tranſparence & de ſon éclat;
à travers un tel verre un portrait paroît
exactement tel que l'Artiſte l'a fait, &
ſans qu'aucune de ſes couleurs ſoit al
térée ou chargée.
Il eſt un ſecond moyen de corriger
les irrégularités de ces verres; c'eſt de
leur donner une courbure régulière, &
· je penſe que ce moyen ſeroit le meil
leur dans le cas dont il s'agit ; car com
me on ne veut pas que le paſtel touche
au verre qui le couvre, on eſt obligé de
donner beaucoup d'épaiſſeur à la bor
dure pour laiſſer entre le paſtel & le
verre une eſpace vuide qu'il faut faire
d'autant plus grand qu'on remarque
plus de hauteur dans les inégalités du
verre ;
il en réſulte que le tableau eſt
fort enfoncé , qu'il faut être prèſque
en face pour le voir; & que le tout forme
une grande ſaillie ſur le mur de l'appar
tement.
*
Sil'on employoit un verre bombé, la
bordure n'auroit des deux côtés que l'é-
paiſſeur ordinaire des tableaux à l'huile ;
le portrait ſeroit vu comme un por
162 MERCURE DE FRANCE.
trait à l'huile ſans être enfoncé dans ſa
bordure ; & le verre qui ſeroit par
deſſus, étant bombé , en ſeroit infini
ment plus fort & plus capable de réſiſ
ter aux accidens. Il ſuffiroit de donner
8 à 1o lignes d'élévation au milieu
d'un verre fait pour couvrir les plus
grandes toiles à paſtel.
Vous ſentez auſſi combien ces verres
bombés peuvent être avantageux pour
couvrir des médaillons en plâtre fin, en
cire , & en autres matières qu'on veut
préſerver des mouches, de la fumée,
& de la pouſſière.
:
J'ai l'honneur d'être &c.
Paris, ce 12 Mai 1764.
Nota. Le Bureau de cette Manufactu
res , eſt rue des Prouvaires , la pre
mière porte Cochere à gauche en entrant
par la rue Saint Honoré.
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Résumé : LETTRE de M. BERNIERE, Contrôleur des Ponts & Chaussées, à M. DELATOUR.
Dans sa lettre à M. Delatour, M. Bernière, Contrôleur des Ponts & Chaussées, aborde les problèmes liés à la qualité des glaces utilisées pour les portraits. Les glaces françaises, bien que de bonne qualité, présentent une légère teinte due à la soude d'Espagne, ce qui altère les couleurs des portraits. Les glaces anglaises, connues sous le nom de 'Flint-Glass', ne possèdent pas ce défaut mais ne sont pas disponibles en France. Les artistes explorent des alternatives, comme le verre de Bohême provenant de Saint-Quirin, mais celui-ci présente des ondulations indésirables. Pour pallier ces inconvénients, Bernière propose deux solutions. La première consiste à redresser les verres ondulés en les chauffant dans un four sur un moule approprié, ce qui élimine les ondulations sans compromettre la transparence. La seconde solution est de donner une courbure régulière aux verres, ce qui permettrait de réduire l'épaisseur de la bordure des cadres et d'éviter l'enfoncement des tableaux. Les verres bombés seraient également plus résistants et mieux adaptés pour protéger des médaillons en divers matériaux. Bernière conclut en offrant ses services pour améliorer la qualité des glaces utilisées dans les portraits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11087
p. 163-164
JOUAILLERIE. LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
JE ne puis voir sans étonnement, Mr. qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles [...]
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texteReconnaissance textuelle : JOUAILLERIE. LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JOUAILLERIE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE ne puis voir sans étonnement, Mr.
qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles
§ pudeur pour oſer, à la face de la Capi
tale, s'arroger, même à titre excluſif,
des ſecrets qu'ils n'ont jamais connus.
Celui de peindre les diamans en toutes
couleurs & que la Demoiſelle Granier
a oſé reclamer dans les affiches du 19
Avril dernier , comme prétendant le
poſſeder ſeule, ne lui a jamais été que
fort mal enſeigné , & par † lln
ui n'en ſçavoit guère plus qu'elle à cet
gard. Ce ſecret renfermé dans tous les
temps dans le ſein de la famille du célé
bre M. Trochus , eſt encore aujourd'hui
entre les mains de Mlles Goujon, ſes pe
tites-niéces , demeurant rue de Harlai,
qui le pratiquent avec un ſuccès vrai
ment digne d'applaudiſſement. Il a été
un temps où leur jeuneſſe & le bien du
commerce m'avoit fait prendre le parti
de l'exercer; ces Dlles ſçavent par quelle
164 MERCURE DE FRANCE.
voie j'y étois parvenu ; mais dès que je
les ai vues s'y adonner elles-mêmes , je
les y ai encouragées, & je leur ai com
muniqué les obſervations que le temps
de mon exercice & mes lumières m'ont
permis de faire ſur cet Art. J'ai vu
avec une ſurpriſe agréable qu'elles ont
pouſſé la perfection au-de là de mes
recherches , & je m'en ſuis réjoui en
faveur de la jouaillerie qui y gagnera de
plus en plus ; mais auſſi, je ne puis ſup
porter que Public ſoit expoſé à être
tous les jours la dupe d'avis indiſcrets
donnés par une foule de mercenaires
que l'on doit regarder comme de vérita
bles ignorans. Leur ouvrage eſt tout
au plus bon pour être employé à des
éventails de bas prix ou autres ouvrages
de cette eſpéce , parce que leur peu
de durée ne laiſſera pas le temps de
reconnoître la mal-adreſſe d'ouvriers
qui ont plus beſoin de pain que de
belle gloire.
J'ai l'honneur d'être, &c. STRAS.
Ce 6 Mai 1764.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE ne puis voir sans étonnement, Mr.
qu'il y ait des gens assez peut [sic] susceptibles
§ pudeur pour oſer, à la face de la Capi
tale, s'arroger, même à titre excluſif,
des ſecrets qu'ils n'ont jamais connus.
Celui de peindre les diamans en toutes
couleurs & que la Demoiſelle Granier
a oſé reclamer dans les affiches du 19
Avril dernier , comme prétendant le
poſſeder ſeule, ne lui a jamais été que
fort mal enſeigné , & par † lln
ui n'en ſçavoit guère plus qu'elle à cet
gard. Ce ſecret renfermé dans tous les
temps dans le ſein de la famille du célé
bre M. Trochus , eſt encore aujourd'hui
entre les mains de Mlles Goujon, ſes pe
tites-niéces , demeurant rue de Harlai,
qui le pratiquent avec un ſuccès vrai
ment digne d'applaudiſſement. Il a été
un temps où leur jeuneſſe & le bien du
commerce m'avoit fait prendre le parti
de l'exercer; ces Dlles ſçavent par quelle
164 MERCURE DE FRANCE.
voie j'y étois parvenu ; mais dès que je
les ai vues s'y adonner elles-mêmes , je
les y ai encouragées, & je leur ai com
muniqué les obſervations que le temps
de mon exercice & mes lumières m'ont
permis de faire ſur cet Art. J'ai vu
avec une ſurpriſe agréable qu'elles ont
pouſſé la perfection au-de là de mes
recherches , & je m'en ſuis réjoui en
faveur de la jouaillerie qui y gagnera de
plus en plus ; mais auſſi, je ne puis ſup
porter que Public ſoit expoſé à être
tous les jours la dupe d'avis indiſcrets
donnés par une foule de mercenaires
que l'on doit regarder comme de vérita
bles ignorans. Leur ouvrage eſt tout
au plus bon pour être employé à des
éventails de bas prix ou autres ouvrages
de cette eſpéce , parce que leur peu
de durée ne laiſſera pas le temps de
reconnoître la mal-adreſſe d'ouvriers
qui ont plus beſoin de pain que de
belle gloire.
J'ai l'honneur d'être, &c. STRAS.
Ce 6 Mai 1764.
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Résumé : JOUAILLERIE. LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
La lettre dénonce l'usurpation du secret technique de teinture des diamants en différentes couleurs. L'auteur réfute la prétention exclusive de la demoiselle Granier sur ce savoir-faire, affirmant qu'il appartient à la famille de M. Trochus et est actuellement maîtrisé par ses petites-nièces, les demoiselles Goujon, habitant rue de Harlay. L'auteur reconnaît avoir pratiqué ce secret autrefois et avoir transmis ses connaissances aux demoiselles Goujon, qui ont depuis excédé ses compétences. Il soutient leur travail et déplore la tromperie du public par des artisans incompétents offrant des produits de mauvaise qualité, adaptés seulement à des usages mineurs comme les éventails bon marché. La lettre met en garde contre ces 'mercenaires' ignorants.
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11088
p. 165-167
GRAVURE. AVIS pour la nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
Début :
CETTE nouvelle édition a été annoncée par un Prospectus qui indique [...]
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texteReconnaissance textuelle : GRAVURE. AVIS pour la nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
GRAVURE.
AVIS pour la nouvelle édition des Fables
de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
CETTE nouvelle édition a été annoncée
par un Prospectus qui indique
tous les moyens qu'on a pris pour lui
donner toute la perfection poſſible. Il
ſuffit de ſçavoir que les figures ſeront
† par M. Feſſard , Graveur du
oI & de ſa Bibliothéque, & dont les
talens ſont connus , & que le Texte ,
au lieu d'être en caractères mobiles ,
ſera également gravé par M. Monthalay,
& d'après les beaux caractères de M.
Fournier.
4
M. Feſſard, principal auteur de cette
entrepriſe, plus occupé de ſa gloire que
de ſes intérêts, à cru devoir ſacrifier les
peines qu'il avoit priſes & travailler à
nouveaux frais , pour procurer à ſon
ouvrage toute la perfection dont il
étoit ſuſceptible. Quoique le Public
eût été content des eſſais qu'il avoit
préſentés dans le mois de Janvier, il a
166 MERCURE DE FRANCE.
| recommencé le tout pour donner à ſes
planches une forme moins quarrée &
plus élégante, pour le rapprocher du
format de la nouvelle édition des Contes
de la Fontaine, pour eſpacer ſes ſujets
& les faire ſortir davantage & mettre
ſes groupes , & ſes figures dans un
ſite plus agréable, & les faire quadrer
avec le texte gravé vis-à-vis, dont on
a également allongé la forme.
Quoique ce travail ait doublé ſa dé
penſe, il n'augmentera point le prix de
ſes ſouſcriptions. Mais comme les Ar
tiſtes & les Connoiſſeurs auroient pu
juger de l'édition par les eſſais qu'il en
a donnés, il nous a chargés d'inviter
ſes Souſcripteurs & les Amateurs de
ſſer à la Bibliothéque du Roi, ou à
† domicile rue Sainte Anne, chez
le Commiſſaire, pour y voir les progrès
de cette entrepriſe, qui acquiert tous
les jours de nouvelles beautés.
Le Sr Feſſard, qui a vu avec reconnoiſ
ſan ce combien on s'étoit empreſſé de
contribuer au ſuccès de ſon ouvrage,par
les ſouſtriptions qu'on a déjà priſes,
oſe eſpérer qu'a la ſeule inſpection de
ſes deſſeins & de ſes gravures, on con
tinuera à animer ſon zéle par la mê
me voie.
-
J U I N. 1764.
167
Nous concevons aiſément les frais
immenſes que doit coûter à un Artiſte
une édition auſſi belle ; où le texte &
les figures ſeront également gravés, &
nous ſommes bien perſuadés que ceux
qui n'ont point encore ſouſcrit s'em
preſſeront de le faire pour mettre M.
Feſſard en état de ne rien épargner
pour finir ſon ouvrage, & pour con
tribuer par là autant à la gloire de la
Nation, qu'à celle des Arts qu'on y
cultive..
Les changemens conſidérables dont
nous venons de parler ont mis cet Artiſ
te dansl'impoſſibilité de délivrer le pre
mier Volume au premier Juillet, ainſi
qu'il l'avoit annoncé dans le proſpectus,
Le premier Volume paroîtra ſans faute
au premier Octobre, & tous les autres
dans les termes qu'il avoit indiqués.
On ſçait que le prix de la ſouſcrip
tion totale eſt de 48 livres, pour les
quatres Volumes en beau papier d'Hol
lande, mais on ne donne que 12 liv,
en ſouſcrivant; ceux qui n'auront point
ſouſcrit payeront les quatre Volumes
6o livres , pour le Papier d'Hollande &
48livres , pour le beau papier de Fran
ce.
AVIS pour la nouvelle édition des Fables
de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
CETTE nouvelle édition a été annoncée
par un Prospectus qui indique
tous les moyens qu'on a pris pour lui
donner toute la perfection poſſible. Il
ſuffit de ſçavoir que les figures ſeront
† par M. Feſſard , Graveur du
oI & de ſa Bibliothéque, & dont les
talens ſont connus , & que le Texte ,
au lieu d'être en caractères mobiles ,
ſera également gravé par M. Monthalay,
& d'après les beaux caractères de M.
Fournier.
4
M. Feſſard, principal auteur de cette
entrepriſe, plus occupé de ſa gloire que
de ſes intérêts, à cru devoir ſacrifier les
peines qu'il avoit priſes & travailler à
nouveaux frais , pour procurer à ſon
ouvrage toute la perfection dont il
étoit ſuſceptible. Quoique le Public
eût été content des eſſais qu'il avoit
préſentés dans le mois de Janvier, il a
166 MERCURE DE FRANCE.
| recommencé le tout pour donner à ſes
planches une forme moins quarrée &
plus élégante, pour le rapprocher du
format de la nouvelle édition des Contes
de la Fontaine, pour eſpacer ſes ſujets
& les faire ſortir davantage & mettre
ſes groupes , & ſes figures dans un
ſite plus agréable, & les faire quadrer
avec le texte gravé vis-à-vis, dont on
a également allongé la forme.
Quoique ce travail ait doublé ſa dé
penſe, il n'augmentera point le prix de
ſes ſouſcriptions. Mais comme les Ar
tiſtes & les Connoiſſeurs auroient pu
juger de l'édition par les eſſais qu'il en
a donnés, il nous a chargés d'inviter
ſes Souſcripteurs & les Amateurs de
ſſer à la Bibliothéque du Roi, ou à
† domicile rue Sainte Anne, chez
le Commiſſaire, pour y voir les progrès
de cette entrepriſe, qui acquiert tous
les jours de nouvelles beautés.
Le Sr Feſſard, qui a vu avec reconnoiſ
ſan ce combien on s'étoit empreſſé de
contribuer au ſuccès de ſon ouvrage,par
les ſouſtriptions qu'on a déjà priſes,
oſe eſpérer qu'a la ſeule inſpection de
ſes deſſeins & de ſes gravures, on con
tinuera à animer ſon zéle par la mê
me voie.
-
J U I N. 1764.
167
Nous concevons aiſément les frais
immenſes que doit coûter à un Artiſte
une édition auſſi belle ; où le texte &
les figures ſeront également gravés, &
nous ſommes bien perſuadés que ceux
qui n'ont point encore ſouſcrit s'em
preſſeront de le faire pour mettre M.
Feſſard en état de ne rien épargner
pour finir ſon ouvrage, & pour con
tribuer par là autant à la gloire de la
Nation, qu'à celle des Arts qu'on y
cultive..
Les changemens conſidérables dont
nous venons de parler ont mis cet Artiſ
te dansl'impoſſibilité de délivrer le pre
mier Volume au premier Juillet, ainſi
qu'il l'avoit annoncé dans le proſpectus,
Le premier Volume paroîtra ſans faute
au premier Octobre, & tous les autres
dans les termes qu'il avoit indiqués.
On ſçait que le prix de la ſouſcrip
tion totale eſt de 48 livres, pour les
quatres Volumes en beau papier d'Hol
lande, mais on ne donne que 12 liv,
en ſouſcrivant; ceux qui n'auront point
ſouſcrit payeront les quatre Volumes
6o livres , pour le Papier d'Hollande &
48livres , pour le beau papier de Fran
ce.
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Résumé : GRAVURE. AVIS pour la nouvelle édition des Fables de LA FONTAINE, gravées en Taille-douce.
L'annonce présente une nouvelle édition des Fables de La Fontaine, gravée en taille-douce par M. Fessard, graveur du Roi et de sa Bibliothèque, et M. Monthalay, qui grave le texte selon les caractères de M. Fournier. M. Fessard a repris le travail pour améliorer la qualité des planches, leur format et l'agencement des illustrations avec le texte, motivé par la perfection et la gloire plutôt que par des intérêts financiers. Malgré l'augmentation des coûts, le prix des souscriptions reste inchangé. Les artistes et connaisseurs peuvent voir les progrès de l'œuvre à la Bibliothèque du Roi ou chez le commissaire. Le premier volume, initialement prévu pour juillet, sera disponible en octobre. Le prix total de souscription pour les quatre volumes en papier d'Holland est de 48 livres. Pour ceux qui ne souscrivent pas, le prix sera de 60 livres pour le papier d'Holland et 48 livres pour le papier de France.
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11089
p. 168-169
MUSIQUE.
Début :
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis, avec Accompagnement de Guitarre, dédié [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis,
avec Accompagnement de Guitarre,
dédié à Madame la Comteſſe d'Egmont,
par M. Berard, Chevalier de l'Ordre
de Chriſt, Auteur de l'Art du Chant.
· Ces Accompagnemens peuvent s'exé
cuter ſur la Harpe, d'autant plus aiſé
ment que la marche de la Baſſe eſt fort
analogue à cet Inſtrument. A Paris ,
chez f§ , & aux Adreſſes ordinai
res de Muſique. Prix , 7 liv. 4 ſ.
· ON averrtit le Public, que paſſé le
3o Juin prochain, on ne délivrera plus
de Souſcriptions chez M. le Clerc , rue
S. Honoré, près la rue des Prouvaires,
à Ste Cécile, pour ſe procurer la mé
thode de M. Gianotti , par le moyen
de laquelle on parvient à accompagner
tout ſeul, en moins de deux mois.
Si le nombre des Souſcriptions, fi
xées & annoncées dans dans les Jour
naux, ne ſe trouvoit pas rempli audit
jour, le ſieur le Clerc eſt chargé de
rendre l'argent aux perſonnes qui ont
déja ſouſcrit pour cet ouvrage, qu'on
nC
J U I N. 1764.
169
ne pourra ſe procurer que par ce moyen;
parce que les Planches ſeront caſſées 2
après avoir tiré le nombre annoncé.
PREMIER RECUEIL d'Airs choisis,
avec Accompagnement de Guitarre,
dédié à Madame la Comteſſe d'Egmont,
par M. Berard, Chevalier de l'Ordre
de Chriſt, Auteur de l'Art du Chant.
· Ces Accompagnemens peuvent s'exé
cuter ſur la Harpe, d'autant plus aiſé
ment que la marche de la Baſſe eſt fort
analogue à cet Inſtrument. A Paris ,
chez f§ , & aux Adreſſes ordinai
res de Muſique. Prix , 7 liv. 4 ſ.
· ON averrtit le Public, que paſſé le
3o Juin prochain, on ne délivrera plus
de Souſcriptions chez M. le Clerc , rue
S. Honoré, près la rue des Prouvaires,
à Ste Cécile, pour ſe procurer la mé
thode de M. Gianotti , par le moyen
de laquelle on parvient à accompagner
tout ſeul, en moins de deux mois.
Si le nombre des Souſcriptions, fi
xées & annoncées dans dans les Jour
naux, ne ſe trouvoit pas rempli audit
jour, le ſieur le Clerc eſt chargé de
rendre l'argent aux perſonnes qui ont
déja ſouſcrit pour cet ouvrage, qu'on
nC
J U I N. 1764.
169
ne pourra ſe procurer que par ce moyen;
parce que les Planches ſeront caſſées 2
après avoir tiré le nombre annoncé.
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Résumé : MUSIQUE.
Le document annonce la publication du 'Premier Recueil d'Airs choisis' avec accompagnement de guitare, dédié à Madame la Comtesse d'Egmont. L'auteur est M. Berard, Chevalier de l'Ordre de Christ et créateur de 'L'Art du Chant'. Les accompagnements peuvent aussi être joués sur la harpe grâce à une basse adaptée. Le recueil est disponible à Paris chez un éditeur non spécifié et dans les magasins de musique habituels, au prix de 7 livres et 4 sous. Par ailleurs, le public est averti que la souscription à la méthode de M. Gianotti pour apprendre à accompagner seul en moins de deux mois prendra fin le 30 juin 1764. Les souscriptions sont acceptées chez M. le Clerc, rue Saint-Honoré, près de la rue des Prouvaires, à Sainte-Cécile. En cas de non-atteinte du nombre requis de souscriptions, M. le Clerc remboursera les souscripteurs. La méthode ne sera accessible que par souscription, car les planches seront détruites après impression.
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11090
p. 169-171
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique a fait l'ouverture de son Spectacle (ainsi [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Musique a
fait l'ouverture de son Spectacle (ainsi
que nous l'avions annoncé dans le pré
cédent vol. ) le 2 Mai , par la repriſe de
Titon & l'Aurore , Paſtorale héroïque,
en fupprimant le Prologue , à cauſe de
la ſaiſon qui ne permet pas d'auſſi longs
Spectacles que dans l'hyver.
Les travaux qui reſtoient à terminer
tant à la partie du Théâtre qu'à celle
de la Salle, ayant occupé pendant les
trois ſemaines de vacance , les ouvriers
néceſſaires pour les décorations , il a
été impoſſible de donner au Public la
ſatisfaction de changer de Spectacle à la
rentrée , attendu que la différence des
dimenſions du nouveau Théatre exi
ge des décorations nouvelles, ou des
H
17o MERCURE DE FRANCE.
augmentationr & des changemens con- .
ſidérables dans les anciennes. On a
donc été forcé de continuer l'Opéra de
Titon juſques au 13 du même mois, &
de reprendre enſuite une partie des
Fragmens par leſquels on avoit termi
né les Spectacles d'hyver; ſçavoir,l'Acte
d'Hilas & Zélis & celui de Pigmalion
précédés du Prologue de Titon. On
doit remettre les Talens Lyriques le 5
du préſent mois de Juin. M. Legros a
chanté dans l'Opéra de Titon & dans
l'Acte de Pigmalion. Le Public conti
nue pour ce nouveau Sujet les mêmes
applaudiſſemens qu'il avoit obtenus &
mérités dans ſon début.
Entr'autres
éloges nous avions inſiſté ſur celui de
ne jamais forcer ſa voix, de ne point
maniérer ni ſon chant ni ſon action, de
ne pas hazarder des éſſors dans l'exécu -
tion des airs travaillés, qu'une longue
& ſçavante expérience de goût peut
ſeule rendre agréables, &c. Qu'il nous
ſoit permis, d'après & ſur l'invitation
d'un très-grand nombre de Connoiſ
ſeurs plus éclairés que nous, de l'ex
horter à ne nous pas mettre dans la
néceſſité de nous dédire ſur des parties
auſſi importantes au ſuccès de ſes ta
lens & aux plaiſirs du Public.
J U I N. 1764.
171
Quelques changemens qui ont été
, faits à la nouvelle Salle du Palais des
Thuileries, pour procurer de nouvelles
commodités & un nouvel agrément
aux Spectateurs , ont été généralement
approuvés , & ce Théâtre eſt reconnu
aujourd'hui poui un des plus magnifi
ques & des plus agréables de cette Ca
pitale.
L'ACADÉMIE Royale de Musique a
fait l'ouverture de son Spectacle (ainsi
que nous l'avions annoncé dans le pré
cédent vol. ) le 2 Mai , par la repriſe de
Titon & l'Aurore , Paſtorale héroïque,
en fupprimant le Prologue , à cauſe de
la ſaiſon qui ne permet pas d'auſſi longs
Spectacles que dans l'hyver.
Les travaux qui reſtoient à terminer
tant à la partie du Théâtre qu'à celle
de la Salle, ayant occupé pendant les
trois ſemaines de vacance , les ouvriers
néceſſaires pour les décorations , il a
été impoſſible de donner au Public la
ſatisfaction de changer de Spectacle à la
rentrée , attendu que la différence des
dimenſions du nouveau Théatre exi
ge des décorations nouvelles, ou des
H
17o MERCURE DE FRANCE.
augmentationr & des changemens con- .
ſidérables dans les anciennes. On a
donc été forcé de continuer l'Opéra de
Titon juſques au 13 du même mois, &
de reprendre enſuite une partie des
Fragmens par leſquels on avoit termi
né les Spectacles d'hyver; ſçavoir,l'Acte
d'Hilas & Zélis & celui de Pigmalion
précédés du Prologue de Titon. On
doit remettre les Talens Lyriques le 5
du préſent mois de Juin. M. Legros a
chanté dans l'Opéra de Titon & dans
l'Acte de Pigmalion. Le Public conti
nue pour ce nouveau Sujet les mêmes
applaudiſſemens qu'il avoit obtenus &
mérités dans ſon début.
Entr'autres
éloges nous avions inſiſté ſur celui de
ne jamais forcer ſa voix, de ne point
maniérer ni ſon chant ni ſon action, de
ne pas hazarder des éſſors dans l'exécu -
tion des airs travaillés, qu'une longue
& ſçavante expérience de goût peut
ſeule rendre agréables, &c. Qu'il nous
ſoit permis, d'après & ſur l'invitation
d'un très-grand nombre de Connoiſ
ſeurs plus éclairés que nous, de l'ex
horter à ne nous pas mettre dans la
néceſſité de nous dédire ſur des parties
auſſi importantes au ſuccès de ſes ta
lens & aux plaiſirs du Public.
J U I N. 1764.
171
Quelques changemens qui ont été
, faits à la nouvelle Salle du Palais des
Thuileries, pour procurer de nouvelles
commodités & un nouvel agrément
aux Spectateurs , ont été généralement
approuvés , & ce Théâtre eſt reconnu
aujourd'hui poui un des plus magnifi
ques & des plus agréables de cette Ca
pitale.
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Résumé : OPERA.
Le 2 mai, l'Académie Royale de Musique a rouvert sa saison avec la représentation de 'Titon et l'Aurore', une pastorale héroïque, sans le prologue. Les travaux de finition du théâtre ont retardé le changement de spectacle, prolongeant ainsi 'Titon' jusqu'au 13 mai. Par la suite, des fragments des spectacles d'hiver, tels que l'acte d'Hylas et Zélis et celui de Pigmalion, précédés du prologue de Titon, ont été repris. La troupe 'Les Talens Lyriques' est prévue pour se produire le 5 juin. M. Legros a interprété des rôles dans 'Titon' et dans l'acte de Pigmalion, recevant des applaudissements similaires à ceux de ses débuts. Les modifications apportées à la nouvelle salle du Palais des Tuileries ont été validées, faisant de ce théâtre l'un des plus somptueux et agréables de la capitale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11091
p. 171-176
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
LES Comédiens François firent l'ouverture de leur Théâtre le Lundi 30 [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
LES Comédiens François firent l'ouverture
de leur Théâtre le Lundi 30
Avril par Héraclius, Tragédie du grand
Corneille, qui fut ſuivie de la première
repréſentation de la jeune Indienne ,
Comédie nouvelle en 1 Acte & en vers.
Cette Piece fut applaudie ; elle a été
continuée juſques au 19 Mai (8 repré
ſentations. ) On en a donné encore une
' repréſentation le 27, ayant été redeman
dée. Les Acteurs principaux Mlle Doli
gni, M. Molé & M. Préville ſe trou
ont très-bien fait valoir les traits philoſo
H ij
-
vant placés chacun dans des caractères ,
de jeu analogues à celui de leurs talens,
172 MERCURE DE FRANCE.
phiques & ſpirituels répandus dans cette
Piéce. (a)
A
Le même jour M. Auger, qui avoit
prononcé le compliment de clôture pro
nonca à l'occaſion de la rentrée le diſ
cours ſuivant :
-
-
Compliment de rentrée.
» MeSSIEURs , cet inſtant a été ce
» lui où l'Acteur le plus ſûr de vos ſuf
» frages a ſenti le plus vivement tout
» ce que le reſpect & la crainte peuvent
» inſpirer en préſence d'un Juge auſſi
» éclairé que vous l'êtes.
-
» En adoptant tous les genres de
» ſpectacle qui ſont dans cette Capi
» tale , en daignant même les applau
» dir , vous ne veillez que ſur celui qui
» vous eſt propre.
» Si nous hazardons des pièces d'un
» nouveau genre , vous examinez avec
» ſcrupule juſqu'où peut aller la licence
» que nous prenons. Une ſévérité que
» j'oſerai nommer paternelle, nous re
» met dans les bornes dont nous ne
» pouvons ſortir ſans nous égarer.
» Vos applaudiſſemens ont ce carac
| ( a ) L'Extrait de cette Piéce eſt à la fin de
l'Article.
-
J U I N. 1764.
173
» tère , Meſſieurs, de tout mettre à ſa
» juſte valeur, ils n'en impoſent qu'à
» l'amour-propre. Le nombre des repré
» ſentations, les ſuecès dûs à la ſingula
» rité, à la mode ou à la nouveauté, cé
» deront toujours aux ſuffrages avoués
» ſeulement par vos réflexions & votre
» délicateſſe.
» Qu'il eſt flateur pour nous, Meſ
» ſieurs, de vous voir ainſi veiller à la
» gloire de notre théâtre ? Vous le ren
» dez reſpectable à toutes les Nations,
» & la poſtérité ne louera pas moins
» votre goût, que l'urbanité de votre
» ſiècle.
-
» Mais ce n'eſt que ſous vos yeux &
» avec le tems que ſe ſont formés leshom
» mes célèbres, qui ont illuſtré la Scène
» Françoiſe. Ce n'eſt qu'en attendant &
» en fortiſiantl'arbriſſeau que le cultiva
» teur peut un jour ſe repoſer ſous ſon
» ombre : vous l'imitez, Meſſieurs , en
» ſecondant les efforts de ceux qui en
» trent dans la carrière du théatre; vous
» ne les découragez point par des com
» paraiſons injuſtes qui porteroient dans
» l'âme ce refroidiſſement ſi contraire
» au jeu des paſſions. Eh ! comment
» oſerois-je paroître devant vous, Meſ
» ſieurs , s'il me falloit ſoutenir la com
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
» paraiſon des acteurs que je remplace
» quelquefois. Mais votre équité voit
» mon zéle & me raſſure. Le deſir que
» j'ai d'acquerir des talents dignes de
» vous eſt le ſeul qui m'occupe aujour
» d'hui, 8& mon bonheur ſera toujours
» de pouvoir étudier votre goût , de le
» ſuivre , & de vous plaire. »
Le Mardi 8, M. Feuilli, nouvel Ac
teur, débuta par les Rôles de Valets,
dans le Muet , & dans Criſpin Rival.
Il a continué ſon début par les Rôles
du même emploi dans le Légataire,
l'Impromptu de Campagne, le Feſtin de
Pierre , les Folies Amoureuſes; & le
· Grondeur. Ce nouvel Acteur n'avoit
joué ſur aucun Théâtre public : c'eſt
une obſervation nécéſſaire, pour pré
ſumer favorablement des diſpoſitions,
naturelles en lui, qui l'ont mis en état
de paroître & de faire plaiſir, dès en dé
butant, ſur le Théâtre de la Capitale.
Il a la figure très-convenable aux carac
téres de ſon emploi, la taille agréable
& dégagée, de l'agilité & de la preſteſſe
dans les mouvemens. Au ſurplus , il
montre de l'intelligence & annonce par
là des moyens de faire des progrès avec
un uſage raiſonné de ſon talent , & avec
,
:
marades.
J U I N. 1754.
, 175
le ſecours des avis éclairés qu'il eſt à
- portée de puiſer dans une bonne ſour
ce, en les prenant de ſes anciens Ca
Le Jeudi 17 , on donna la première
repréſentation du Jeune Homme, Co
médie en vers en cinq Actes. Certains
détails dans le commencement de la
Piéce excitérent quelques murmures
parmi les Auditeurs. Ils devinrent aſſez
conſidérables enſuite, pour former tu
multe; enſorte que les Acteurs ne pou
vant être entendus , ſe retirerent vers
la ſeconde Scène du troiſiéme Aéte.
Ainſi il ne doit être porté aucun juge
m nt ſur le fond, ſur la conduite & ſur
le dénoûement de cette Comédie, dont
le Public n'a pas eu connoiſſance.
Le 28 on à remis la Magie de l'A-
mour, Comédie en un Acte, de feu M.
Autreau ; 'elle étoit précédée d'une ré
préſentation de Rhadamiſte & Zénobie.
La petite Piéce, qui a peut-être ſervi de
modéle ou tout au moins fourni bien des
idées, pour des ouvrages ſubſéquens, a
fait d'autant plusde plaiſir, quelle met en
jeu les talens aimables &naturels, d'une
jeune Actrice , ( Mlle Doligni,) qui
devient tous les jours plus chère &
plus agréable au Public. Ce Drame
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fournit de plus des Scènes de naïveté
fine entre elle & M. Molé. On connoit,
& l'on ſent ſi bien tout le prix du
jeu de cet Acteur, que nous n'ajou
terons rien à l'idée qu'en ont tous les
Amateurs du Théâtre , & à la juſtice
que lui rend le Public.
LES Comédiens François firent l'ouverture
de leur Théâtre le Lundi 30
Avril par Héraclius, Tragédie du grand
Corneille, qui fut ſuivie de la première
repréſentation de la jeune Indienne ,
Comédie nouvelle en 1 Acte & en vers.
Cette Piece fut applaudie ; elle a été
continuée juſques au 19 Mai (8 repré
ſentations. ) On en a donné encore une
' repréſentation le 27, ayant été redeman
dée. Les Acteurs principaux Mlle Doli
gni, M. Molé & M. Préville ſe trou
ont très-bien fait valoir les traits philoſo
H ij
-
vant placés chacun dans des caractères ,
de jeu analogues à celui de leurs talens,
172 MERCURE DE FRANCE.
phiques & ſpirituels répandus dans cette
Piéce. (a)
A
Le même jour M. Auger, qui avoit
prononcé le compliment de clôture pro
nonca à l'occaſion de la rentrée le diſ
cours ſuivant :
-
-
Compliment de rentrée.
» MeSSIEURs , cet inſtant a été ce
» lui où l'Acteur le plus ſûr de vos ſuf
» frages a ſenti le plus vivement tout
» ce que le reſpect & la crainte peuvent
» inſpirer en préſence d'un Juge auſſi
» éclairé que vous l'êtes.
-
» En adoptant tous les genres de
» ſpectacle qui ſont dans cette Capi
» tale , en daignant même les applau
» dir , vous ne veillez que ſur celui qui
» vous eſt propre.
» Si nous hazardons des pièces d'un
» nouveau genre , vous examinez avec
» ſcrupule juſqu'où peut aller la licence
» que nous prenons. Une ſévérité que
» j'oſerai nommer paternelle, nous re
» met dans les bornes dont nous ne
» pouvons ſortir ſans nous égarer.
» Vos applaudiſſemens ont ce carac
| ( a ) L'Extrait de cette Piéce eſt à la fin de
l'Article.
-
J U I N. 1764.
173
» tère , Meſſieurs, de tout mettre à ſa
» juſte valeur, ils n'en impoſent qu'à
» l'amour-propre. Le nombre des repré
» ſentations, les ſuecès dûs à la ſingula
» rité, à la mode ou à la nouveauté, cé
» deront toujours aux ſuffrages avoués
» ſeulement par vos réflexions & votre
» délicateſſe.
» Qu'il eſt flateur pour nous, Meſ
» ſieurs, de vous voir ainſi veiller à la
» gloire de notre théâtre ? Vous le ren
» dez reſpectable à toutes les Nations,
» & la poſtérité ne louera pas moins
» votre goût, que l'urbanité de votre
» ſiècle.
-
» Mais ce n'eſt que ſous vos yeux &
» avec le tems que ſe ſont formés leshom
» mes célèbres, qui ont illuſtré la Scène
» Françoiſe. Ce n'eſt qu'en attendant &
» en fortiſiantl'arbriſſeau que le cultiva
» teur peut un jour ſe repoſer ſous ſon
» ombre : vous l'imitez, Meſſieurs , en
» ſecondant les efforts de ceux qui en
» trent dans la carrière du théatre; vous
» ne les découragez point par des com
» paraiſons injuſtes qui porteroient dans
» l'âme ce refroidiſſement ſi contraire
» au jeu des paſſions. Eh ! comment
» oſerois-je paroître devant vous, Meſ
» ſieurs , s'il me falloit ſoutenir la com
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
» paraiſon des acteurs que je remplace
» quelquefois. Mais votre équité voit
» mon zéle & me raſſure. Le deſir que
» j'ai d'acquerir des talents dignes de
» vous eſt le ſeul qui m'occupe aujour
» d'hui, 8& mon bonheur ſera toujours
» de pouvoir étudier votre goût , de le
» ſuivre , & de vous plaire. »
Le Mardi 8, M. Feuilli, nouvel Ac
teur, débuta par les Rôles de Valets,
dans le Muet , & dans Criſpin Rival.
Il a continué ſon début par les Rôles
du même emploi dans le Légataire,
l'Impromptu de Campagne, le Feſtin de
Pierre , les Folies Amoureuſes; & le
· Grondeur. Ce nouvel Acteur n'avoit
joué ſur aucun Théâtre public : c'eſt
une obſervation nécéſſaire, pour pré
ſumer favorablement des diſpoſitions,
naturelles en lui, qui l'ont mis en état
de paroître & de faire plaiſir, dès en dé
butant, ſur le Théâtre de la Capitale.
Il a la figure très-convenable aux carac
téres de ſon emploi, la taille agréable
& dégagée, de l'agilité & de la preſteſſe
dans les mouvemens. Au ſurplus , il
montre de l'intelligence & annonce par
là des moyens de faire des progrès avec
un uſage raiſonné de ſon talent , & avec
,
:
marades.
J U I N. 1754.
, 175
le ſecours des avis éclairés qu'il eſt à
- portée de puiſer dans une bonne ſour
ce, en les prenant de ſes anciens Ca
Le Jeudi 17 , on donna la première
repréſentation du Jeune Homme, Co
médie en vers en cinq Actes. Certains
détails dans le commencement de la
Piéce excitérent quelques murmures
parmi les Auditeurs. Ils devinrent aſſez
conſidérables enſuite, pour former tu
multe; enſorte que les Acteurs ne pou
vant être entendus , ſe retirerent vers
la ſeconde Scène du troiſiéme Aéte.
Ainſi il ne doit être porté aucun juge
m nt ſur le fond, ſur la conduite & ſur
le dénoûement de cette Comédie, dont
le Public n'a pas eu connoiſſance.
Le 28 on à remis la Magie de l'A-
mour, Comédie en un Acte, de feu M.
Autreau ; 'elle étoit précédée d'une ré
préſentation de Rhadamiſte & Zénobie.
La petite Piéce, qui a peut-être ſervi de
modéle ou tout au moins fourni bien des
idées, pour des ouvrages ſubſéquens, a
fait d'autant plusde plaiſir, quelle met en
jeu les talens aimables &naturels, d'une
jeune Actrice , ( Mlle Doligni,) qui
devient tous les jours plus chère &
plus agréable au Public. Ce Drame
H iv
176 MERCURE DE FRANCE.
fournit de plus des Scènes de naïveté
fine entre elle & M. Molé. On connoit,
& l'on ſent ſi bien tout le prix du
jeu de cet Acteur, que nous n'ajou
terons rien à l'idée qu'en ont tous les
Amateurs du Théâtre , & à la juſtice
que lui rend le Public.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
En avril et juin 1764, plusieurs événements marquants ont eu lieu dans le théâtre français. Le 30 avril, la saison a débuté avec la pièce 'Héraclius' de Corneille, suivie de 'La jeune Indienne', une comédie en un acte et en vers. Cette dernière a été jouée neuf fois jusqu'au 27 mai, avec des performances remarquées de Mlle Doligni, M. Molé et M. Préville. Le même jour, M. Auger a prononcé un discours de rentrée, insistant sur le rôle critique du public dans l'amélioration du théâtre et exprimant son désir de se perfectionner pour répondre aux attentes du public. Le 8 juin, M. Feuilli a fait ses débuts en interprétant des rôles de valet dans plusieurs pièces, démontrant des dispositions naturelles et un potentiel de progression. Le 17 juin, la première représentation de 'Le Jeune Homme', une comédie en vers en cinq actes, a été interrompue par des murmures et un tumulte parmi le public, rendant impossible toute évaluation de la pièce. Enfin, le 28 juin, 'La Magie de l'Amour' de M. Autreau a été rejouée, précédée de 'Rhadamiste & Zénobie'. Les performances de Mlle Doligni et M. Molé ont été particulièrement appréciées lors de cette représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11092
p. 176-188
EXTRAIT DE LA JEUNE INDIENNE, Comédie en un Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT, représentée pour la première fois le 30 Avril 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. BETTI, Mlle Doligny. BELTON, M. Molé. MOWBRAI, Quaker, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT DE LA JEUNE INDIENNE, Comédie en un Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT, représentée pour la première fois le 30 Avril 1764.
EXTRAIT DE LA JEUNE
INDIENNE, Comédie en un
Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT,
représentée pour la première
fois le 30 Avril 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
BETTI, Mlle Doligny.
BELTON, M. Molé. MOWBRAI, Quaker,
MYLFORD ,
LE NOTAIRE,
quitté ſon Père
de lAmérique Septentrionale.
M. Préville.
M. Dubois.
M. Dauberval.
La Scène eſt à charleſtown , Colonie Angloiſe
BELTON eſt un jeune homme que le deſir
imprudent de voyager avoit entraîné. Il avoit
établi a Boſton , pour s'em
barquer. Le vaiſſeau ſur lequel il étoit,
avoit
fait naufrage , il avoit été porté ſur les bords
-
-
|
| J U I N. 1764.
177
d'une Iſle ſauvage où il étoit prêt à périr. Un
ºVieillard & ſa fille étoient accourus, lui avoient
donné du ſecours ; l'un & l'autre, non contens
de lui avoir ſauvé la vie par leurs ſoins, l'a-
voient nourri de leur chaſſe , & pourvu à tous
ſes beſoins pendant quatre ans. Au bout de ce
terme, le Vieillard, Père de la jeune Indienne
( Betti ) étoit mort. L'ennui d'une fi longue re
traite, l'inquiétude de l'avenir , le ſouvenir de
ſon Père, l'eſpoir même d'être utile à ſon tour
à la jeune Beauté de qui il avoit reçu tant de
.bienfaits, tous ces motifs avoient déterminé Bel--
ton à tenter de franchir les mers. Il avoit enga
gé ſa jeune Compagne à partager les riſques de
cet imprudent projet. Après bien des dangers, .
dans le plus preſſant de tous , ils furent rencon
trés par un Vaiſſeau qui les reçut à bord & leut
ſauva la vie. Ce Vaiſſeau appartenoit à Mylford
& à ſon oncle Mowbrai , le Capitaine les avoit
amenés à Charleſlown où il y a trois jours qu'ils
ſont arrivés , lorique l'aétion du Drame com
IIlence.
.
Mylford, ancien ami de Belton, enchanté de
ſon retour , en ſe félicitant lui-même de cet heu--
reux événement, lui reproche l'abbatement dans
lequel il le voit plongé, & lui en demande la
cauſe. Belton, après avoir raconté à ſon ami ce
· qu'on vient de lire, attribue ſa triſteſſe aux re
mords d'avoir offenſé ſon Père, d'avoir rempli
ſa vieilleſſe d'amertume ; il ne pourra ſoutenir
ſa vue , cette idée l'accable. Mylfort le raſſure
contre ſes craintes par la force de l'amitié, &
même par celle de l'amour. Il retrace à ſa mé
moire que la jeune Arabelle lui avoit été promi
ſe autrefois , qu'il paroiſloit l'aimer
Belton con
§ ne peut voir Arabelle ſans éprouver
H V .
178 MERCURE DE FRANCE.
ce ſentiment. Mais l'hymen d'Arabelle étoit moins
le prix de l'amour qu'une ſuite de l'amitié du Père
de cette jeune perſonne avec le ſien. Il craint que
ſa conduite & le temps n'ayent détruit ce projet.Le
Père d'Arabelle eſt l'oncle de Mylford. Celui
ci le peint à ſon ami d'un caractère ſans fa
çon, d'une vertu ſévère, retranchant les com
plimens, en un mot tels que ſont les Quakres.Il
ui conſeille de le voir, & lui répond prèſque de
I'aveu d'Arabelle. Belton, ſeul, regrette d'avoir
enlevé la généreuſe & naïve Betti à ſes forêts.
Il regrette le bonheur dont il jouiſſoit en poſſé
dant ſon coeur.
Il fait des réfléxions ſur la
Pauvreté, & particulérement ſur le mépris qui
la ſuit.
L'intérêt même de la
tendre Betti
ſemble lui faire une néceſſité de lui manquer de
foi en épouſant Arabelle. Il eſpére que Betti lui
pardonnera quand elle connoîtra les mœurs &
les uſages de l'Europe. Mowbrai, l'oncle de Myl
ford, arrive. Les premiers complimens produi
ſent une Scène comique. Il trouve mauvais que
Belton le ſalue, qu'il n'ait pas ſon chapeau ſur
la tête ainfi que lui, & qu'il l'appelle Monſieur,
il n'eſt pas deux perſonnes, dit-il, ainſi il veut
qu'on lui parle en ſingulier, & qu'on le tutoye.
Belton avec un peu d'embarras cherche à ſe
prêter à la ſimplicité des Quakres. Il lui expoſe
ſes craintes ſur les ſentimens d'un Père dont il
s'accuſe d'avoir peut-être épuiſé
la patience.
Nous ne déroberons pas à nos Lecteurs la belle
réponſe du Quakre.
»Tu ne ſçais ce que c'eſt que l'âme paternelle,
» Dès qu'un enfant revient ſe ranger ſous notre
» aîle,
J
·
J U I N. 1764.
'
179
ss On n'examine plus s'il eſt coupable ou non ;
» Et l'aveu de l'erreur eſt l'inſtant du pardon. .
· Il reproche à ce jeune homme de frémir au mot
de miſére , & d'en être humilié. Cet honnête
Quakre a pprend , à Betton , la cauſe de l'intérêt
qu'il prend a lui & des motifs d'union qui l'enga
gent avec ſon Père. Deux de fés vaiſſeaux avoient
péri preſque au Pont. Un créancier inquiet alloit
·le mettre dans le cas d'une faillite indiſpenſable,
· lorſqu'il reçut un billet par lequel on lui deman
· doit en grace d'accepter cinquântè mille écus
pour faire face à ſes arrangemens, en ajoutant
que ſi la fortune un jour lui devenoit plus favora
ble on les reclameroit , mais qu'en attenfant, ce
même billet étoit la quittance de cette ſomme.
Un trait de bienfaiſance & de généroſité ſi ſingu
lier étoit du Père de Belton ; âinſi Mowbrai lui fait
voir qu'il ne fait que s'acquitter par l'hymen
de ſa fille. Belton eſt embarrafſé , il convient
que cet hymen eſt le ſeul moyen dè le remettre en
grâce avec ſon Père, Le Quakre, en finiſſant la
Scène a occaſion de lui faire encore la guerre,
ſur ſes habitudes de civilité. Il ſe plaint qce de
puis trois jouis qu'il vit dans la famille il ne ſe ſoit
pas formé & qu'il ſoit encore Po1 1. Mowbrai
s'informe qu'elle eſt cette jeune lndienne qui
accompagne Bclton, celui ci lui expoſe en peu
de mots ce qu'elle a fait pour lui; Mowbrai com
mence par la à s'intéreſſer pour Betti. Cette
fille tendre & ingénue cherche ſon ami Belton,
elle ſuccède au bon Quakfe, ſur la Scène. Elle
ſe plaint de ce que tout le monde l'environne ſans
ceſſe , & dés queſtions dont on l'accable & qu'elle
ne conçoit pas. La triſteſſe qu'elle reproche à Bel
ton , donne lieu à celui-ci de commencer à l'inſ
H vj
18o MERCURE DE FRANCE.
truire des mœurs & des uſages des nations qu'on
appelle policées. Betti a de la peine à prendre
quelqu'idée de la richeſſe & de la pauvreté. Elle
eſt fort étonnée que ce ſoit la poſſeſſion de l'or
qui procure l'une, & ſa privation qui ſoit l'in
digence Elle ſe raſſure en imaginant que puiſ
que l'or eſt néceſſaire au bonheur dans le Païs
de Belton , & qu'il n'en a pas, ceux de ſes
compatriotes qui en ont lui en donneront , &
qu'ils ne voudront pas voir un de leurs frères
malheureux. Belton, cherche à lui faire compren
dre que l'on ne veut dans la ſociété que ceux qui
peuvent y être utiles. La jeune Sauvage trouve
cela fort raiſonnable ; & comme elle imagine
qu'on n'eſt utile que par le travail , & qu'en
travaillant on eſt à l'abri de la pauvreté puiſqu'on
ſe procure le nécéſſaire, elle ne peut revenir de
la ſurpriſe qui lui cauſe un genre de pauvreté dont
elle n'a pas d'idée. C'eſt, dit Belton, de manquer
des choſes d'agrément Elle veut ſçavoir comment
on fair pour avoir de l'or.
B E L T o N.
» L'un le tient du hazard & tel autre d'un Père
» Du crime trop ſouvent il devient le ſalaire:
» Mais la vertu par fois a produit. , , .
B E T T I.
» Que dis-tu ?
» Avec de l'or ici vous payez la vertu !
Elle veut retourner dans ſes bois lorſqu'on lui
dit que ceux qui manquent d'or ſervent ceux
qui ſe poſſédent Ce qui l'indigne & l'étonne Plus
que tout le reſte, c'eſt qu'on laiſſe cet or en
tre les mains des méchans, à cauſe de l'uſage
|
-
-
-
·
A
-
J U I N. 1764.
18r
pernicieux qu'ils peuvent en faire. Elle revient à
l'idée d'utilité à la ſociété , elle demande ſi la
terre eſt fertile dans ce Pays. En ce cas, ce que les
habitans auroient de trop ,
il n'y auroit qu'à le
leur demander, elle croit qu'ils le donneroient
ſur le champ. Elle ſe promettoit de bien travaiſ
'ler; mais Belton l'inſtruit que dans ces climats
on épargne ces ſortes de travaux à ſon ſéxe. Elle
apprend avec joie que l'uſage les permet aux
hommes; & s'approchant de Belton avec tranſ
Port.
» Quoi donc ?
Belton eſt
».... Belton , embraſſe-moi.
B E L T O N.
, B E L T I.
· » Tu me rendras ce que j'ai fais pour toi.
forcé d'avouer avec douleur quils
ne pourroient prendre le parti du travail , ſans
s'expoſer l'un & l'autre au mépris. Mylford
vient trouver ſon ami Belton, pour lui appren
dre qu'il a vu Arabelle, la jeune Belti lui demane
de d'abord.
-
-
-
» Aimes-tu Belton ?
M Y L F O R D
B E L T I.
» Qu'il n'a point d'or ....
2 ) Oui,
qui s'apperçoit qu'elle a fâché Belton , lui dit :
-
» Bon , il vient de me dire
Belton eſt humilié de cet aveu ingénu. Myl
ford fait a ſon ami dest reproches généreux. Belti,
• Mais il t'offret ſon or, que ne le reçois-tu ?
182 MERCURE DE FRANCE.
à M Y L F O R D. ,
» Nous ne prendrons pas tou'.-
Belton veut inſtruire la jeune Sauvage & Iui
' faire comprendre que ſon amie ne pourroit don
ner de ſon or ſans ſe faire tort à lui même ,
& qu'en acceptant de tels offres de l'amitié, ſou
vent on s'en rend indigne & qu'on s'expoſe au
dédain. Betti ne peut entendre tout cela. Une au
tre circonſtance vient encore l'étonner. Mylford
veut parler à Belton en particulier. Betti ne con
çoit pas que ſon ami Belton puiſſe avoir des ſe
crets qu'elle doive ignorer; cependant ſur un ſi
gne de Belton elle ſe retire, mais en marquant
du dépit. Pendant ſon abſence, Mylſord informe
Belton qu'Arabelle conſent à l'hymen projetté.
Belton confie à ſon ami ſon amour pour Betti,
ce qu'il doit à cette tendre & malheureuſe fille.
· Mylford cherche en vain à calmer ſes remords
par l'idée du bien qu'il peut procurer à Betti
par ce mariage ; la préſence de celle-ci, '
t ren
tre, les renouvelle avec violence. Betti demande
avec chagrin à Belton s'il a encore quelques ſe
crets à lui cacher. Mylford apperçoit ſon oncle
Mowbrai, Betti gémit de ce que dans ce Pays,
on ne peut jouir en liberté de la préſence de ce
qu'on aime.
-
-
· » Ne faut-il pas (dit-elle à Belton ) ſortir encor
» pour celui-là ?}
» Moi, j'aime ce Vieillard, je reſte. .
Mowbrai apporte à Belton'la nouvelle de l'a-
veu de ſa fille, & que le Contrat eſt tout prêt,
Betti eſt ſi ingénue qu'elle en remercie le Vieil
ard , ne comprenant pas dequoi il s'agit , &
J
-
-
J U I N. 1764.
183
n'ayant en vue que le bien qu'il paroît qu'on
- veut faire à ſon Amant. Elle eſt quelque temps
à entendre parler de ce mariage ſans le ſoup--
çonner : mais dès que Mowbrai , répondant à
ſes queſtions , lui dit poſitivement , que dès ce
ce même jour ſa fille va devenir la femme de
Belton. Cette intéreſſante victime de la tendreſſe
donne l'eſſor à ſes reproches & à ſa douleur. Elle
eſt effrayée de voir trahir l'amour le plus ten
dre. Elle a entendu dire qu'il y a des loix qui
puniſſent les crimes, elle les invoque. Le bon
Quakre eſt étonné, attendri, il offre ſon appui,
mais ces loix que reclame Betti ne peuvent la
ſervir. Elle en eſt indignée ; avec quelle douleur
elle regrette ſon climat naturel. Elle demande
avec l'éloquence du cœur, quel eſt donc le gage,
l'appui de la fidélité?
Mo W B R A I répond.
» Des témoins ſûrs garans de l'honneur,
B E T T I , vivement.
» Oh ! j'èn ai. ...
M O W B R A I.
Quels ſont-ils ?
B E T T I.
»e Moi, le Ciel , & ſon cœur.
· M o W B R A I.
» Si par une promeſſe auguſte & ſolemnelle...
B E T T I.
» Il ma pr omis cent fois l'amour le plus fidéle'
M O W B R. A l,
» A t-il par un écrit ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
-
( à Belton.)
B E T T I.
» O Ciel ! quai-je entendu ?
» Quoi ! tu peux demander un écrit ? l'oſes-tu ?
• Un écrit ! Oui, j'en ai . ... les horreurs du
» naufrage,
» Mes ſoins dans un climat que tu nommes
» ſauvage,
» Les dangers que pour toij'ai mille fois courus ?
» Voilà mes titres. Viens puiſqu'ils ſont : mécon
>» nus,
» Dans le fond des forêts, Barbare, viens les lire ?
» Partout à chaque pas l'amour ſçut les écrire,
» Du ſommet des rochers, dans - nos antres dé
- » ſerts ,
» ſur le bord du rivage & ſur le bord des mers,
» Il me doit tout , c'eſt peu d'avoir ſauvé ta vie,
» Qu'un tigre ou que la faim t'auroit bien-tôt
>> 1'2V16ºs
» Mes travaux, mes périls t'ont ſauvé chaque
» jour,
» Entre mon Père & lui , partageant mon
3or3IIlOUlI • • • •
» Mon Père ! .... Ah ! je l'entends à ſon heure
» dernière ,
» Du moment où nos mains lui fermoient la
» paupiere.
» Nous dire : mes enfans, aimez-vous à jamais,
-
J U I N. 1764.
185
» Je t'entends lui repondre ! ouije te le promets...°
\
(ſe tournant vers le Quakre.)
» Tu t'attendris . .. .
tombe de ſon Père. & finit ainſi :
» Toi, cruel, vis ici parmi des malheureux ;
-
Belion à part, s'attendrit juſquaux larmes , le
Quakre lui dit de la trahir ſerois-tu bien capable ?
Betti continue dans fa douleur à reprocher à
ſon amant de l'avoir arrachée à ſa patrie. Elle
lui demande au moins de la renvoyer ſur la
,
| >> Ils te reſſemblent tous s'ils te ſouffrent chez eux.
Belton prononce tendrement le nom de Betti.
Ce nom,qu'elle a reçu de lui, donne lieu a de nou
veaux reproches. C'eſt Mowbrai lui - même qui
ſeconde les efforts de Betti ſur le cœur de fon
amant. Il n'y reſiſte plus, il tombe à ſes genoux ;
il eſt bientôt pardonné. Le Quakre, touché de ce
ſpectacle, invite ces jeunes gens à s'aimer & à
ne ſe ſéparer jamais. Il appelle pour faire venir le
Notaire. Betti demande quel eſt cet homme
là : Le Notaire a dreſſé un Contrat pour le ma
riage d'Arabelle
avec
Belton ; Mowbrai fait
effacer le nom de ſa fille pour mettre celui de
Betti. Le Notaire dit qu'il faut aſſigner une
dot a la future.
» Allons , mets : ſes vertus.
» Ses vertus.
-
- -
M O W B R A I , au Notaire.
-
L E N O T A I R E, laiſſant tomberla plume.
» Bon : tu railles , je croise
M O W B R A I
répéte.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
» Allons donc, tu te mocques de mol
» Qui jamais auroit-vu? ....
M O W B R A l, avec impatience,
» Mets ſes vertus te dis-je ?
L E N O T A I R E.
» Tout de bon ! par ma foi ceci tient du prodige?
» N'ajoute-t-on plus rien ?
M O W B R A I.
» Eſt-il rien audeſſus ? . .. •
» Ajoute ſi tu veux, cinquante mille écus.
L E N O T A I R E,
« Cinquante mille écus, ſi tu veux : l'acceſſoire
» Vaut bien le principal, autant queje puis croire.
B E L T o N à B E T T I.
» Il nous comble de biens ! Ah , courons dans
-
» ſes bras.. ..
B E T T I.
» Ah ſurtout, bon vieillard, ne nous mépriſe $º
• pas,
M O W B R A I,-
» Que dit-elle ? ....
B. E T T I,
Ah !je ſçais que chez vous on mépriſe
· Quiconque en recevant des dons. ...
M O W7 B R A I,
.Autre ſotiſe 3
-
|
A-
»
:
.
J U I N. 1764.
Ou prend-elle cela ? Seroit-ce toi, Belton,
Qui peux la prévenir de cette illuſion ?
Eh bien ! c'eſt donc fini ? Que cela veut-il dire ?
B E L T O N.
Cr1re :
187
» De rougr des bienfaits ton âme a la foibleſſe.
» Puiſqu'avec le malheur tu confonds la baſſeſſe,
» Je dois te raſſurer , je ne te donne rien ;
» La ſomme eſt à ton père & je te rends ton bien.
Betti requiſe de ſigner, ne ſçait point écrire.
Son amant lui conduit la main. Enſuite à Belton,
Qu'au bonheur de tous deux vous venez de ſouſ
vous m'aſſurez l'objet qui m'avoit ſçu charmer.
B E T T I,
Quoi! ſans cet homme noir je n'aurois pu t'aimer?
-
-
au Notaire.
» Donne-moi cet écrit.
( Le Notaire. )
D'ailleurs que feriez-vous de ...
B E T T I,
|
II n'eſt pas néceſſaire..
Cet écrit doit toujours reſter chez le Notaire.
Le Notaire.
Ce que j'en ferois ?
S'il ceſſoit de m'aimer je le lui montrerois.
» Peſte le beau ſecret qu'a trouvé là Madame ?
188 MERCURE DE FRANCE.
Mowbrai termine la Piéce en ſe chargeant dt -
faire tout approuver au père de Belton. Betti ſelon
lui en eſt l'excuſe : il eſt aſſuré qu'en revoyant ſon
fils il oubliera tout, & que le conſoler c'eſt ſe
juſtifier.
N.B. Cette Piéce ſe trouve à Paris chez CAIzzEAv,
Libraire, rue S. Jacques, à S. André. Le prix eſt
de vingt-quatre ſols.
INDIENNE, Comédie en un
Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT,
représentée pour la première
fois le 30 Avril 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS.
BETTI, Mlle Doligny.
BELTON, M. Molé. MOWBRAI, Quaker,
MYLFORD ,
LE NOTAIRE,
quitté ſon Père
de lAmérique Septentrionale.
M. Préville.
M. Dubois.
M. Dauberval.
La Scène eſt à charleſtown , Colonie Angloiſe
BELTON eſt un jeune homme que le deſir
imprudent de voyager avoit entraîné. Il avoit
établi a Boſton , pour s'em
barquer. Le vaiſſeau ſur lequel il étoit,
avoit
fait naufrage , il avoit été porté ſur les bords
-
-
|
| J U I N. 1764.
177
d'une Iſle ſauvage où il étoit prêt à périr. Un
ºVieillard & ſa fille étoient accourus, lui avoient
donné du ſecours ; l'un & l'autre, non contens
de lui avoir ſauvé la vie par leurs ſoins, l'a-
voient nourri de leur chaſſe , & pourvu à tous
ſes beſoins pendant quatre ans. Au bout de ce
terme, le Vieillard, Père de la jeune Indienne
( Betti ) étoit mort. L'ennui d'une fi longue re
traite, l'inquiétude de l'avenir , le ſouvenir de
ſon Père, l'eſpoir même d'être utile à ſon tour
à la jeune Beauté de qui il avoit reçu tant de
.bienfaits, tous ces motifs avoient déterminé Bel--
ton à tenter de franchir les mers. Il avoit enga
gé ſa jeune Compagne à partager les riſques de
cet imprudent projet. Après bien des dangers, .
dans le plus preſſant de tous , ils furent rencon
trés par un Vaiſſeau qui les reçut à bord & leut
ſauva la vie. Ce Vaiſſeau appartenoit à Mylford
& à ſon oncle Mowbrai , le Capitaine les avoit
amenés à Charleſlown où il y a trois jours qu'ils
ſont arrivés , lorique l'aétion du Drame com
IIlence.
.
Mylford, ancien ami de Belton, enchanté de
ſon retour , en ſe félicitant lui-même de cet heu--
reux événement, lui reproche l'abbatement dans
lequel il le voit plongé, & lui en demande la
cauſe. Belton, après avoir raconté à ſon ami ce
· qu'on vient de lire, attribue ſa triſteſſe aux re
mords d'avoir offenſé ſon Père, d'avoir rempli
ſa vieilleſſe d'amertume ; il ne pourra ſoutenir
ſa vue , cette idée l'accable. Mylfort le raſſure
contre ſes craintes par la force de l'amitié, &
même par celle de l'amour. Il retrace à ſa mé
moire que la jeune Arabelle lui avoit été promi
ſe autrefois , qu'il paroiſloit l'aimer
Belton con
§ ne peut voir Arabelle ſans éprouver
H V .
178 MERCURE DE FRANCE.
ce ſentiment. Mais l'hymen d'Arabelle étoit moins
le prix de l'amour qu'une ſuite de l'amitié du Père
de cette jeune perſonne avec le ſien. Il craint que
ſa conduite & le temps n'ayent détruit ce projet.Le
Père d'Arabelle eſt l'oncle de Mylford. Celui
ci le peint à ſon ami d'un caractère ſans fa
çon, d'une vertu ſévère, retranchant les com
plimens, en un mot tels que ſont les Quakres.Il
ui conſeille de le voir, & lui répond prèſque de
I'aveu d'Arabelle. Belton, ſeul, regrette d'avoir
enlevé la généreuſe & naïve Betti à ſes forêts.
Il regrette le bonheur dont il jouiſſoit en poſſé
dant ſon coeur.
Il fait des réfléxions ſur la
Pauvreté, & particulérement ſur le mépris qui
la ſuit.
L'intérêt même de la
tendre Betti
ſemble lui faire une néceſſité de lui manquer de
foi en épouſant Arabelle. Il eſpére que Betti lui
pardonnera quand elle connoîtra les mœurs &
les uſages de l'Europe. Mowbrai, l'oncle de Myl
ford, arrive. Les premiers complimens produi
ſent une Scène comique. Il trouve mauvais que
Belton le ſalue, qu'il n'ait pas ſon chapeau ſur
la tête ainfi que lui, & qu'il l'appelle Monſieur,
il n'eſt pas deux perſonnes, dit-il, ainſi il veut
qu'on lui parle en ſingulier, & qu'on le tutoye.
Belton avec un peu d'embarras cherche à ſe
prêter à la ſimplicité des Quakres. Il lui expoſe
ſes craintes ſur les ſentimens d'un Père dont il
s'accuſe d'avoir peut-être épuiſé
la patience.
Nous ne déroberons pas à nos Lecteurs la belle
réponſe du Quakre.
»Tu ne ſçais ce que c'eſt que l'âme paternelle,
» Dès qu'un enfant revient ſe ranger ſous notre
» aîle,
J
·
J U I N. 1764.
'
179
ss On n'examine plus s'il eſt coupable ou non ;
» Et l'aveu de l'erreur eſt l'inſtant du pardon. .
· Il reproche à ce jeune homme de frémir au mot
de miſére , & d'en être humilié. Cet honnête
Quakre a pprend , à Betton , la cauſe de l'intérêt
qu'il prend a lui & des motifs d'union qui l'enga
gent avec ſon Père. Deux de fés vaiſſeaux avoient
péri preſque au Pont. Un créancier inquiet alloit
·le mettre dans le cas d'une faillite indiſpenſable,
· lorſqu'il reçut un billet par lequel on lui deman
· doit en grace d'accepter cinquântè mille écus
pour faire face à ſes arrangemens, en ajoutant
que ſi la fortune un jour lui devenoit plus favora
ble on les reclameroit , mais qu'en attenfant, ce
même billet étoit la quittance de cette ſomme.
Un trait de bienfaiſance & de généroſité ſi ſingu
lier étoit du Père de Belton ; âinſi Mowbrai lui fait
voir qu'il ne fait que s'acquitter par l'hymen
de ſa fille. Belton eſt embarrafſé , il convient
que cet hymen eſt le ſeul moyen dè le remettre en
grâce avec ſon Père, Le Quakre, en finiſſant la
Scène a occaſion de lui faire encore la guerre,
ſur ſes habitudes de civilité. Il ſe plaint qce de
puis trois jouis qu'il vit dans la famille il ne ſe ſoit
pas formé & qu'il ſoit encore Po1 1. Mowbrai
s'informe qu'elle eſt cette jeune lndienne qui
accompagne Bclton, celui ci lui expoſe en peu
de mots ce qu'elle a fait pour lui; Mowbrai com
mence par la à s'intéreſſer pour Betti. Cette
fille tendre & ingénue cherche ſon ami Belton,
elle ſuccède au bon Quakfe, ſur la Scène. Elle
ſe plaint de ce que tout le monde l'environne ſans
ceſſe , & dés queſtions dont on l'accable & qu'elle
ne conçoit pas. La triſteſſe qu'elle reproche à Bel
ton , donne lieu à celui-ci de commencer à l'inſ
H vj
18o MERCURE DE FRANCE.
truire des mœurs & des uſages des nations qu'on
appelle policées. Betti a de la peine à prendre
quelqu'idée de la richeſſe & de la pauvreté. Elle
eſt fort étonnée que ce ſoit la poſſeſſion de l'or
qui procure l'une, & ſa privation qui ſoit l'in
digence Elle ſe raſſure en imaginant que puiſ
que l'or eſt néceſſaire au bonheur dans le Païs
de Belton , & qu'il n'en a pas, ceux de ſes
compatriotes qui en ont lui en donneront , &
qu'ils ne voudront pas voir un de leurs frères
malheureux. Belton, cherche à lui faire compren
dre que l'on ne veut dans la ſociété que ceux qui
peuvent y être utiles. La jeune Sauvage trouve
cela fort raiſonnable ; & comme elle imagine
qu'on n'eſt utile que par le travail , & qu'en
travaillant on eſt à l'abri de la pauvreté puiſqu'on
ſe procure le nécéſſaire, elle ne peut revenir de
la ſurpriſe qui lui cauſe un genre de pauvreté dont
elle n'a pas d'idée. C'eſt, dit Belton, de manquer
des choſes d'agrément Elle veut ſçavoir comment
on fair pour avoir de l'or.
B E L T o N.
» L'un le tient du hazard & tel autre d'un Père
» Du crime trop ſouvent il devient le ſalaire:
» Mais la vertu par fois a produit. , , .
B E T T I.
» Que dis-tu ?
» Avec de l'or ici vous payez la vertu !
Elle veut retourner dans ſes bois lorſqu'on lui
dit que ceux qui manquent d'or ſervent ceux
qui ſe poſſédent Ce qui l'indigne & l'étonne Plus
que tout le reſte, c'eſt qu'on laiſſe cet or en
tre les mains des méchans, à cauſe de l'uſage
|
-
-
-
·
A
-
J U I N. 1764.
18r
pernicieux qu'ils peuvent en faire. Elle revient à
l'idée d'utilité à la ſociété , elle demande ſi la
terre eſt fertile dans ce Pays. En ce cas, ce que les
habitans auroient de trop ,
il n'y auroit qu'à le
leur demander, elle croit qu'ils le donneroient
ſur le champ. Elle ſe promettoit de bien travaiſ
'ler; mais Belton l'inſtruit que dans ces climats
on épargne ces ſortes de travaux à ſon ſéxe. Elle
apprend avec joie que l'uſage les permet aux
hommes; & s'approchant de Belton avec tranſ
Port.
» Quoi donc ?
Belton eſt
».... Belton , embraſſe-moi.
B E L T O N.
, B E L T I.
· » Tu me rendras ce que j'ai fais pour toi.
forcé d'avouer avec douleur quils
ne pourroient prendre le parti du travail , ſans
s'expoſer l'un & l'autre au mépris. Mylford
vient trouver ſon ami Belton, pour lui appren
dre qu'il a vu Arabelle, la jeune Belti lui demane
de d'abord.
-
-
-
» Aimes-tu Belton ?
M Y L F O R D
B E L T I.
» Qu'il n'a point d'or ....
2 ) Oui,
qui s'apperçoit qu'elle a fâché Belton , lui dit :
-
» Bon , il vient de me dire
Belton eſt humilié de cet aveu ingénu. Myl
ford fait a ſon ami dest reproches généreux. Belti,
• Mais il t'offret ſon or, que ne le reçois-tu ?
182 MERCURE DE FRANCE.
à M Y L F O R D. ,
» Nous ne prendrons pas tou'.-
Belton veut inſtruire la jeune Sauvage & Iui
' faire comprendre que ſon amie ne pourroit don
ner de ſon or ſans ſe faire tort à lui même ,
& qu'en acceptant de tels offres de l'amitié, ſou
vent on s'en rend indigne & qu'on s'expoſe au
dédain. Betti ne peut entendre tout cela. Une au
tre circonſtance vient encore l'étonner. Mylford
veut parler à Belton en particulier. Betti ne con
çoit pas que ſon ami Belton puiſſe avoir des ſe
crets qu'elle doive ignorer; cependant ſur un ſi
gne de Belton elle ſe retire, mais en marquant
du dépit. Pendant ſon abſence, Mylſord informe
Belton qu'Arabelle conſent à l'hymen projetté.
Belton confie à ſon ami ſon amour pour Betti,
ce qu'il doit à cette tendre & malheureuſe fille.
· Mylford cherche en vain à calmer ſes remords
par l'idée du bien qu'il peut procurer à Betti
par ce mariage ; la préſence de celle-ci, '
t ren
tre, les renouvelle avec violence. Betti demande
avec chagrin à Belton s'il a encore quelques ſe
crets à lui cacher. Mylford apperçoit ſon oncle
Mowbrai, Betti gémit de ce que dans ce Pays,
on ne peut jouir en liberté de la préſence de ce
qu'on aime.
-
-
· » Ne faut-il pas (dit-elle à Belton ) ſortir encor
» pour celui-là ?}
» Moi, j'aime ce Vieillard, je reſte. .
Mowbrai apporte à Belton'la nouvelle de l'a-
veu de ſa fille, & que le Contrat eſt tout prêt,
Betti eſt ſi ingénue qu'elle en remercie le Vieil
ard , ne comprenant pas dequoi il s'agit , &
J
-
-
J U I N. 1764.
183
n'ayant en vue que le bien qu'il paroît qu'on
- veut faire à ſon Amant. Elle eſt quelque temps
à entendre parler de ce mariage ſans le ſoup--
çonner : mais dès que Mowbrai , répondant à
ſes queſtions , lui dit poſitivement , que dès ce
ce même jour ſa fille va devenir la femme de
Belton. Cette intéreſſante victime de la tendreſſe
donne l'eſſor à ſes reproches & à ſa douleur. Elle
eſt effrayée de voir trahir l'amour le plus ten
dre. Elle a entendu dire qu'il y a des loix qui
puniſſent les crimes, elle les invoque. Le bon
Quakre eſt étonné, attendri, il offre ſon appui,
mais ces loix que reclame Betti ne peuvent la
ſervir. Elle en eſt indignée ; avec quelle douleur
elle regrette ſon climat naturel. Elle demande
avec l'éloquence du cœur, quel eſt donc le gage,
l'appui de la fidélité?
Mo W B R A I répond.
» Des témoins ſûrs garans de l'honneur,
B E T T I , vivement.
» Oh ! j'èn ai. ...
M O W B R A I.
Quels ſont-ils ?
B E T T I.
»e Moi, le Ciel , & ſon cœur.
· M o W B R A I.
» Si par une promeſſe auguſte & ſolemnelle...
B E T T I.
» Il ma pr omis cent fois l'amour le plus fidéle'
M O W B R. A l,
» A t-il par un écrit ?
-
-
184 MERCURE DE FRANCE.
-
( à Belton.)
B E T T I.
» O Ciel ! quai-je entendu ?
» Quoi ! tu peux demander un écrit ? l'oſes-tu ?
• Un écrit ! Oui, j'en ai . ... les horreurs du
» naufrage,
» Mes ſoins dans un climat que tu nommes
» ſauvage,
» Les dangers que pour toij'ai mille fois courus ?
» Voilà mes titres. Viens puiſqu'ils ſont : mécon
>» nus,
» Dans le fond des forêts, Barbare, viens les lire ?
» Partout à chaque pas l'amour ſçut les écrire,
» Du ſommet des rochers, dans - nos antres dé
- » ſerts ,
» ſur le bord du rivage & ſur le bord des mers,
» Il me doit tout , c'eſt peu d'avoir ſauvé ta vie,
» Qu'un tigre ou que la faim t'auroit bien-tôt
>> 1'2V16ºs
» Mes travaux, mes périls t'ont ſauvé chaque
» jour,
» Entre mon Père & lui , partageant mon
3or3IIlOUlI • • • •
» Mon Père ! .... Ah ! je l'entends à ſon heure
» dernière ,
» Du moment où nos mains lui fermoient la
» paupiere.
» Nous dire : mes enfans, aimez-vous à jamais,
-
J U I N. 1764.
185
» Je t'entends lui repondre ! ouije te le promets...°
\
(ſe tournant vers le Quakre.)
» Tu t'attendris . .. .
tombe de ſon Père. & finit ainſi :
» Toi, cruel, vis ici parmi des malheureux ;
-
Belion à part, s'attendrit juſquaux larmes , le
Quakre lui dit de la trahir ſerois-tu bien capable ?
Betti continue dans fa douleur à reprocher à
ſon amant de l'avoir arrachée à ſa patrie. Elle
lui demande au moins de la renvoyer ſur la
,
| >> Ils te reſſemblent tous s'ils te ſouffrent chez eux.
Belton prononce tendrement le nom de Betti.
Ce nom,qu'elle a reçu de lui, donne lieu a de nou
veaux reproches. C'eſt Mowbrai lui - même qui
ſeconde les efforts de Betti ſur le cœur de fon
amant. Il n'y reſiſte plus, il tombe à ſes genoux ;
il eſt bientôt pardonné. Le Quakre, touché de ce
ſpectacle, invite ces jeunes gens à s'aimer & à
ne ſe ſéparer jamais. Il appelle pour faire venir le
Notaire. Betti demande quel eſt cet homme
là : Le Notaire a dreſſé un Contrat pour le ma
riage d'Arabelle
avec
Belton ; Mowbrai fait
effacer le nom de ſa fille pour mettre celui de
Betti. Le Notaire dit qu'il faut aſſigner une
dot a la future.
» Allons , mets : ſes vertus.
» Ses vertus.
-
- -
M O W B R A I , au Notaire.
-
L E N O T A I R E, laiſſant tomberla plume.
» Bon : tu railles , je croise
M O W B R A I
répéte.
186 MERCURE DE FRANCE.
-
» Allons donc, tu te mocques de mol
» Qui jamais auroit-vu? ....
M O W B R A l, avec impatience,
» Mets ſes vertus te dis-je ?
L E N O T A I R E.
» Tout de bon ! par ma foi ceci tient du prodige?
» N'ajoute-t-on plus rien ?
M O W B R A I.
» Eſt-il rien audeſſus ? . .. •
» Ajoute ſi tu veux, cinquante mille écus.
L E N O T A I R E,
« Cinquante mille écus, ſi tu veux : l'acceſſoire
» Vaut bien le principal, autant queje puis croire.
B E L T o N à B E T T I.
» Il nous comble de biens ! Ah , courons dans
-
» ſes bras.. ..
B E T T I.
» Ah ſurtout, bon vieillard, ne nous mépriſe $º
• pas,
M O W B R A I,-
» Que dit-elle ? ....
B. E T T I,
Ah !je ſçais que chez vous on mépriſe
· Quiconque en recevant des dons. ...
M O W7 B R A I,
.Autre ſotiſe 3
-
|
A-
»
:
.
J U I N. 1764.
Ou prend-elle cela ? Seroit-ce toi, Belton,
Qui peux la prévenir de cette illuſion ?
Eh bien ! c'eſt donc fini ? Que cela veut-il dire ?
B E L T O N.
Cr1re :
187
» De rougr des bienfaits ton âme a la foibleſſe.
» Puiſqu'avec le malheur tu confonds la baſſeſſe,
» Je dois te raſſurer , je ne te donne rien ;
» La ſomme eſt à ton père & je te rends ton bien.
Betti requiſe de ſigner, ne ſçait point écrire.
Son amant lui conduit la main. Enſuite à Belton,
Qu'au bonheur de tous deux vous venez de ſouſ
vous m'aſſurez l'objet qui m'avoit ſçu charmer.
B E T T I,
Quoi! ſans cet homme noir je n'aurois pu t'aimer?
-
-
au Notaire.
» Donne-moi cet écrit.
( Le Notaire. )
D'ailleurs que feriez-vous de ...
B E T T I,
|
II n'eſt pas néceſſaire..
Cet écrit doit toujours reſter chez le Notaire.
Le Notaire.
Ce que j'en ferois ?
S'il ceſſoit de m'aimer je le lui montrerois.
» Peſte le beau ſecret qu'a trouvé là Madame ?
188 MERCURE DE FRANCE.
Mowbrai termine la Piéce en ſe chargeant dt -
faire tout approuver au père de Belton. Betti ſelon
lui en eſt l'excuſe : il eſt aſſuré qu'en revoyant ſon
fils il oubliera tout, & que le conſoler c'eſt ſe
juſtifier.
N.B. Cette Piéce ſe trouve à Paris chez CAIzzEAv,
Libraire, rue S. Jacques, à S. André. Le prix eſt
de vingt-quatre ſols.
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Résumé : EXTRAIT DE LA JEUNE INDIENNE, Comédie en un Acte & en vers, par M. DE CHAMFORT, représentée pour la première fois le 30 Avril 1764.
La pièce 'La Jeune Indienne' est une comédie en un acte et en vers écrite par M. de Chamfort, représentée pour la première fois le 30 avril 1764. L'action se déroule à Charlestown, une colonie anglaise. Les personnages principaux sont Betti, une jeune Indienne, Belton, un jeune homme sauvé par Betti et son père, Mylford, et Mowbrai, un Quaker et oncle de Mylford. Après un naufrage, Belton est secouru par Betti et son père, qui le protègent pendant quatre ans. À la mort du père de Betti, Belton décide de retourner en Europe avec elle. Ils sont sauvés par un vaisseau appartenant à Mylford et Mowbrai, qui les ramènent à Charlestown. Mylford, ancien ami de Belton, est heureux de le revoir mais remarque sa tristesse. Belton regrette d'avoir quitté son père adoptif et craint de l'avoir offensé. Mylford le rassure et évoque Arabelle, une jeune femme promise à Belton. Cependant, Belton est également attaché à Betti et craint de la trahir. Mowbrai reproche à Belton de ne pas suivre les coutumes des Quakers et révèle que le père de Belton avait aidé financièrement le sien, justifiant ainsi l'union entre Belton et Arabelle. Betti, déroutée par les mœurs européennes, découvre les différences culturelles entre les nations. Elle apprend que l'or est essentiel au bonheur dans la société de Belton, mais ignore les concepts de richesse et de pauvreté. Belton explique que seul l'utilité sociale compte, mais Betti est choquée d'apprendre qu'il existe une pauvreté liée au manque de choses agréables. Betti découvre également que les femmes de cette société ne travaillent pas la terre. Elle est troublée par les secrets que Belton et Mylford partagent sans elle. Mylford annonce à Belton qu'Arabelle consent à l'épouser. Betti, amoureuse de Belton, est bouleversée et invoque les lois pour punir cette trahison. Mowbrai tente de la réconforter, mais Betti insiste sur la fidélité et l'amour comme seuls garants de l'honneur. Dans la scène finale, Betti reproche à Belton de l'avoir arrachée à sa patrie. Belton, ému, finit par céder et demande pardon. Un notaire est appelé pour rédiger un contrat de mariage entre Arabelle et Belton, mais Mowbrai fait remplacer le nom d'Arabelle par celui de Betti. La pièce se termine par Mowbrai qui se charge de faire approuver l'union au père de Belton.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11093
p. 188-193
REMARQUES.
Début :
LE Sujet de cette Piéce philosophique & intéressante se trouve dans le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQUES.
LE Sujet de cette Piéce philosophique
& intéressante se trouve dans le
Spectateur Anglois. Il avoit déja donné
lieu à quelques ouvrages de poèſie, en
tr'autres à cette Lettre de Zeila , par M.
Dorat, qui a eu tant de ſuccès , & fait
verſer tant de larmes parmi les âmes ſen
ſibles. Nous devons ſçavoir gré à M.
de Chamfort d'avoir mis cette aventure
au théâtre : il ne doit pas être fort affecté
des reproches d'imitation qui lui ont été
faits aſſez indiſcrettement dans des écrits
publics. Tous les ſujets, & ſur-tout les
ſujets philoſophiques , ont néceſſaire
ment des rapports les uns avec les autres.
Ces rapports du fond, en entraînent d'iné
vitables quelquefois dans quelques par
ties des modifications de détail du même
ſujet. La critique éclairée & judicieuſe
ne confond point les parités avec le pla
l
J U I N. 1764:
189
lºgiat. L'œil de l'Artiſte ou du Connoiſ
#ſeur diſtingue très bien l'un de l'autre.
* Deux deſſeins d'Académie quoique faits
d'après le même modéle & dans la même
poſition ; mais ſous des aſpects diffé- .
rens. Quoiqu'il y ait des parties du mo
déle communes en apparence aux divers
aſpects ; ce n'eſt imitation ni dans l'un
ni dans l'autre ouvrage, que pour les
yeux vulgaires ou inappliqués. Telle
eſt à-peu-près la nature dans la morale.
L'humanité ne peut être conſidérée, &
par conſéquent exprimée que dans un
· cettain cercle de ſituations , & ce cercle
n'eſt pas illimité, à beaucoup près, pour
les poſitions primitives ; mais c'eſt dans
| les points de vue, que ſe trouvent les
occaſions de varier. S'il faut que l'Artiſte
les cherche & les étudie , il faut auſſi
| que l'examinateur ſçache les diſtinguer.
·
Ainſi il n'y a rien d'étonnant que dans la
Piéce dont il s'agit, le fond du Sujet étant
d'une part une jeune Sauvage d'un na
turel heureux , ſortant des ſeules mains
de la nature, & d'autre part un jeune
homme élevé dans de bons principes ,
égaré peut-être par le feu de la jeuneſſe,
mais imbu des préjugés communs à tou
tes les nations policées. Il n'eſt pas éton
nant, dis-je, il ſeroit même impoſſible,
º
19o MERCURE DE FRANCE.
& contre la vérité naturelle , qu'il n !
eût pas des rapports dans certaines par
ties de cet Ouvrage avec ceux qui ont
eu pour objet une poſition ſemblable
par quelque face. Ce n'eſt donc point
Arlequin ſauvage ; ce ne ſont point tous
les autres Ouvrages ſur des Sujets pa
reils : c'eſt un petit Drame très-bien écrit;
penſé & vu philoſophiquement, où l'on
a ſaiſi des aſpects particuliers de
cette
même ſituation de l'humanité , toujours
curieuſe à voir , toujours utile à préſen
ter en contraſte avec les avantages & les
abus de la nature civiliſée. Bien loin
de chercher à déprimer les premiers ſuc
cès de pareils Auteurs, il eſt utile peut
être pour l'honneur de notre Scène de
les encourager à l'entrée d'une carrière
difficile , où les riſques ne ſont pas tou
jours en raiſon égale avec les avantages.
L'action de ces ſortes de Drames ne
peut être que d'une petite étendue : celle
de la jeune Indienne paroît ſuffiſante,
& le dénoûment en eſt d'autant plus
heureux, que le ſoit des perſonnages
de l'action y devient entiérement diffé
rent de celui qui avoit paru ſe préparer
dans l'expoſition.
Comme la Piéce eſt imprimée, & que
bien des Lecteurs, plus en état encore
-
J U I N. 1764.
19t
d'en mieux juger que nous, le ſeront
de connoître l'ouvrage par eux-mêmes ,
nous ne ferons que parcourir ſuper
ficiellement les caractères. Celui de Bet
ti eſt toujours intéreſſant & en même
temps toujours agréable ; elle affecte
par une naïveté gaie dont la nuance
aimable éfface de l'imagination ce que
le malheur porte avec ſoi de ſombre,
& ne laiſſe place qu'à un attendriſſement
doux & paiſible qui émeut l'âme ſans la
fatiguer. Belton
eſt un mêlange de
vertus & de foibleſſes , de ſentimens
honnêtes & d'égaremens , de fautes
& de repentirs, de lumières & de pré
jugés, eſclave de l'opiniondes hommes,
martyre des ſacrifices quelle lui arrache.
Il céde enfin au ſentiment & à la nature.
Ce caractère eſt l'image de l'humanité en
général. On reproche au Quakre Mow
brai, de reſſembler aux autres Quakres
ou à des Anglois a-peu-près de mêmes
mœurs & de même caractère que ceux
de cette ſecte , & qu'on a déjà vus
ſur notre ſcène. Singulier reproche !
Croit on en impoſer par de telles dé
couvertes ? Croit on montrer bien de
la profondeur dans la connoiſſance de la
Poètique, par de pareilles remarques ?
Que ſeroit-ce qu'un perſonnage annoncé
192 MERCURE DE FRANCE.
pour être d'une ſecte , où les prin
cipes & les actions qui en réſultent ſont
généralement connus pour être com
muns à tous ceux qui la profeſſent , &
qui cependant ne reſſembleroit à au
cun d'eux ? Tant de Gaſconsqui ont été
vus & revus dans nos Comédies, ſont
ils donc d'un comique bien plus agréa
ble à l'eſprit , & bien plus variés que
l'aſpérité vertueuſe d'un honnête Qua
kre, qui contraſte avec les mœurs d'une
ſociété plus polie, mais plus vicieuſe &
ſouvent plus ſoumiſe à l'erreur par la
force de l'habitude ou par celle des pré
jugés? Que l'on imagine que tel perſon
nage du même caractère, qu'on a vu
dans une Pièce, auroit dit, auroit fait
les mêmes choſes que Mowbrai dans les
mêmes circonſtances où il ſe trouve
· avec la jeune Indienne , & que ſur-cela
on établiſſe une imitation , même une
ſorte de plagiat : cela paroît d'une injuſ
tice contre laquelle doit reclamer la
ſaine critique.
En total le Public a déja
l'Ouvrage ſur ces
par le
juſtifié
petites chicanes ,
plaiſir qu'ont fait
les repré
ſentations. Nous , ne craignons
pas
d'avancer que la lecture ne ſera pas
moins favorable , & qu'on approuvera
l'invitation
*
J U I N. 1764.
193
l'invitation que nous réïtérons à l'Au
teur de travailler à mériter les mêmes
ſuffrages dans des ouvrages plus étendus
& plus importans, au riſque de s'expo
ſer aux traits de la critique.
LE Sujet de cette Piéce philosophique
& intéressante se trouve dans le
Spectateur Anglois. Il avoit déja donné
lieu à quelques ouvrages de poèſie, en
tr'autres à cette Lettre de Zeila , par M.
Dorat, qui a eu tant de ſuccès , & fait
verſer tant de larmes parmi les âmes ſen
ſibles. Nous devons ſçavoir gré à M.
de Chamfort d'avoir mis cette aventure
au théâtre : il ne doit pas être fort affecté
des reproches d'imitation qui lui ont été
faits aſſez indiſcrettement dans des écrits
publics. Tous les ſujets, & ſur-tout les
ſujets philoſophiques , ont néceſſaire
ment des rapports les uns avec les autres.
Ces rapports du fond, en entraînent d'iné
vitables quelquefois dans quelques par
ties des modifications de détail du même
ſujet. La critique éclairée & judicieuſe
ne confond point les parités avec le pla
l
J U I N. 1764:
189
lºgiat. L'œil de l'Artiſte ou du Connoiſ
#ſeur diſtingue très bien l'un de l'autre.
* Deux deſſeins d'Académie quoique faits
d'après le même modéle & dans la même
poſition ; mais ſous des aſpects diffé- .
rens. Quoiqu'il y ait des parties du mo
déle communes en apparence aux divers
aſpects ; ce n'eſt imitation ni dans l'un
ni dans l'autre ouvrage, que pour les
yeux vulgaires ou inappliqués. Telle
eſt à-peu-près la nature dans la morale.
L'humanité ne peut être conſidérée, &
par conſéquent exprimée que dans un
· cettain cercle de ſituations , & ce cercle
n'eſt pas illimité, à beaucoup près, pour
les poſitions primitives ; mais c'eſt dans
| les points de vue, que ſe trouvent les
occaſions de varier. S'il faut que l'Artiſte
les cherche & les étudie , il faut auſſi
| que l'examinateur ſçache les diſtinguer.
·
Ainſi il n'y a rien d'étonnant que dans la
Piéce dont il s'agit, le fond du Sujet étant
d'une part une jeune Sauvage d'un na
turel heureux , ſortant des ſeules mains
de la nature, & d'autre part un jeune
homme élevé dans de bons principes ,
égaré peut-être par le feu de la jeuneſſe,
mais imbu des préjugés communs à tou
tes les nations policées. Il n'eſt pas éton
nant, dis-je, il ſeroit même impoſſible,
º
19o MERCURE DE FRANCE.
& contre la vérité naturelle , qu'il n !
eût pas des rapports dans certaines par
ties de cet Ouvrage avec ceux qui ont
eu pour objet une poſition ſemblable
par quelque face. Ce n'eſt donc point
Arlequin ſauvage ; ce ne ſont point tous
les autres Ouvrages ſur des Sujets pa
reils : c'eſt un petit Drame très-bien écrit;
penſé & vu philoſophiquement, où l'on
a ſaiſi des aſpects particuliers de
cette
même ſituation de l'humanité , toujours
curieuſe à voir , toujours utile à préſen
ter en contraſte avec les avantages & les
abus de la nature civiliſée. Bien loin
de chercher à déprimer les premiers ſuc
cès de pareils Auteurs, il eſt utile peut
être pour l'honneur de notre Scène de
les encourager à l'entrée d'une carrière
difficile , où les riſques ne ſont pas tou
jours en raiſon égale avec les avantages.
L'action de ces ſortes de Drames ne
peut être que d'une petite étendue : celle
de la jeune Indienne paroît ſuffiſante,
& le dénoûment en eſt d'autant plus
heureux, que le ſoit des perſonnages
de l'action y devient entiérement diffé
rent de celui qui avoit paru ſe préparer
dans l'expoſition.
Comme la Piéce eſt imprimée, & que
bien des Lecteurs, plus en état encore
-
J U I N. 1764.
19t
d'en mieux juger que nous, le ſeront
de connoître l'ouvrage par eux-mêmes ,
nous ne ferons que parcourir ſuper
ficiellement les caractères. Celui de Bet
ti eſt toujours intéreſſant & en même
temps toujours agréable ; elle affecte
par une naïveté gaie dont la nuance
aimable éfface de l'imagination ce que
le malheur porte avec ſoi de ſombre,
& ne laiſſe place qu'à un attendriſſement
doux & paiſible qui émeut l'âme ſans la
fatiguer. Belton
eſt un mêlange de
vertus & de foibleſſes , de ſentimens
honnêtes & d'égaremens , de fautes
& de repentirs, de lumières & de pré
jugés, eſclave de l'opiniondes hommes,
martyre des ſacrifices quelle lui arrache.
Il céde enfin au ſentiment & à la nature.
Ce caractère eſt l'image de l'humanité en
général. On reproche au Quakre Mow
brai, de reſſembler aux autres Quakres
ou à des Anglois a-peu-près de mêmes
mœurs & de même caractère que ceux
de cette ſecte , & qu'on a déjà vus
ſur notre ſcène. Singulier reproche !
Croit on en impoſer par de telles dé
couvertes ? Croit on montrer bien de
la profondeur dans la connoiſſance de la
Poètique, par de pareilles remarques ?
Que ſeroit-ce qu'un perſonnage annoncé
192 MERCURE DE FRANCE.
pour être d'une ſecte , où les prin
cipes & les actions qui en réſultent ſont
généralement connus pour être com
muns à tous ceux qui la profeſſent , &
qui cependant ne reſſembleroit à au
cun d'eux ? Tant de Gaſconsqui ont été
vus & revus dans nos Comédies, ſont
ils donc d'un comique bien plus agréa
ble à l'eſprit , & bien plus variés que
l'aſpérité vertueuſe d'un honnête Qua
kre, qui contraſte avec les mœurs d'une
ſociété plus polie, mais plus vicieuſe &
ſouvent plus ſoumiſe à l'erreur par la
force de l'habitude ou par celle des pré
jugés? Que l'on imagine que tel perſon
nage du même caractère, qu'on a vu
dans une Pièce, auroit dit, auroit fait
les mêmes choſes que Mowbrai dans les
mêmes circonſtances où il ſe trouve
· avec la jeune Indienne , & que ſur-cela
on établiſſe une imitation , même une
ſorte de plagiat : cela paroît d'une injuſ
tice contre laquelle doit reclamer la
ſaine critique.
En total le Public a déja
l'Ouvrage ſur ces
par le
juſtifié
petites chicanes ,
plaiſir qu'ont fait
les repré
ſentations. Nous , ne craignons
pas
d'avancer que la lecture ne ſera pas
moins favorable , & qu'on approuvera
l'invitation
*
J U I N. 1764.
193
l'invitation que nous réïtérons à l'Au
teur de travailler à mériter les mêmes
ſuffrages dans des ouvrages plus étendus
& plus importans, au riſque de s'expo
ſer aux traits de la critique.
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Résumé : REMARQUES.
Le texte présente la pièce philosophique 'La Jeune Sauvage', mise en scène par M. de Chamfort, inspirée d'une lettre de M. Dorat intitulée 'Zeila'. Cette œuvre raconte l'histoire d'une jeune femme élevée par la nature et d'un jeune homme influencé par les préjugés sociaux. La critique défend l'originalité de la pièce face aux accusations d'imitation, en expliquant que les sujets philosophiques partagent souvent des similitudes inévitables, comparables à des artistes peignant le même modèle sous différents angles. Les personnages principaux sont Betti, une jeune femme naïve et attachante, et Belton, qui incarne un mélange de vertus et de faiblesses, représentant ainsi l'humanité générale. Un autre personnage notable est le Quaker Mowbrai, dont l'authenticité est défendue malgré les critiques de ressemblance avec d'autres personnages similaires. Le public a bien accueilli les représentations de la pièce. La critique encourage l'auteur à continuer ses œuvres malgré les risques inhérents à la critique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11094
p. 193
« N. B. On donnera dans les Mercures du mois prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi [...] »
Début :
N. B. On donnera dans les Mercures du mois prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « N. B. On donnera dans les Mercures du mois prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi [...] »
N. B. On donnera dans les Mercures du mois
prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi
que l'on a fait l'année dernière. En attendant,
nous informerons nos Lecteurs que Mlles DoLI
GNI & LUzz1 , ci-devant aux appointemens , ont
été reçues & partagent proportionnellement avec
les autres Comédiens ordinaires du Ro1 , ainſi que
M. BoURET.
prochain l'état actuel des deux Comédies, ainsi
que l'on a fait l'année dernière. En attendant,
nous informerons nos Lecteurs que Mlles DoLI
GNI & LUzz1 , ci-devant aux appointemens , ont
été reçues & partagent proportionnellement avec
les autres Comédiens ordinaires du Ro1 , ainſi que
M. BoURET.
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11095
p. 193-195
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
IL n'y a point eu de Nouveautés sur ce Théâtre dans le genre d'Opéra-Comique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
IL n'y a point eu de Nouveautés sur
ce Théâtre dans le genre d'Opéra-Comique,
ou Comédies mêlées d'Ariettes.
Dans celui de la Comédie Italienne , le
célebre M. GoLDoNI a donné Camille
Aubergiſte & la Dupe vengée. Cette der
nière Piéce a été interrompue après la
2°. repréſentation , par une maladie
grave de M. DE HEssE , ancien Ac
teur dont les talens multipliés & variès
ont été ſi longtemps & ſont encore très
utiles à ce Théâtre en divers genres. Il
joue dans cette nouvelle Piéce un rôle
comique , dans lequel il * ºººº
^
\
194 MERCURE DE FRANCE.
être remplacé. On a lieu
d'eſpérer
ue ſon rétabliſſement, auquel le Pu
blic ſera ſenſible , rendra aux Ama
teurs de la bonne Comédie Italienne ,
une Piéce qu'ils avoient paru recevoir
favorablement.
Mlle BEAUPRÉ , dont le début avoit
eu un grand ſuccès cet hyver, a obtenu
le déſiſtement d'uneCour étrangère,pour
laquelle elle étoit engagée. Cette Actrice
a reparu aveca pplaudiſſemens dans les
rôles de Jenni, de la Laitiere & d'Anneta.
Mlle FAvART , qui rend hommage
aux talens parce qu'elle en a afſez
- pour ne leur pas porter envie , s'eſt
défait des rôles qui demandent une jeu
neſſe trop marquée. Elle garde ceux
d'Amoureuſes de caractère en chef,
dans la Comédie proprement dite, &
dans la Comédie à Ariettes. Elle jouera
ceux de Mères dans les deux mêmes gen
res de Piéces , alternativement avec
Mlles BoGN oLI , DESGLANDS &
BERARD. On ne doute pas que le Pu
blic, qui ſait toujours gré des formes
différentes que l'on prend pour lui plaire,
n'accorde à Mlle FAVART dans ce nou
vel emploi , les ſuffrages dont il l'ho
nore conſtamment depuis qu'elle eſt au
Théâtre. Cette Actriçe a joué ayec beau
-
J U I N. 1764.
195
coup d'applaudiſſemens la mère dans le
Médecin d'amour. Cela doit engager ſon
mari, Auteur de tant de jolis †
ges , à donner encore de nouvelles pro
ductions d'un talent qui a preſque tou
jours été couronné par les ſuccès les
plus flatteurs.
M. RocHARD , Acteur de ce Théâ
tre depuis plus de vingt ans, en poſſeſ
ſion des premiers rôles, & qui joignoit
beaucoup d'intelligence à la pratique
du jeu , ainſi qu'à beaucoup de goût
dans l'art du chant, a demandé & ob
tenu ſa retraite. C'eſt une perte pour
un très-grand nombre d'Amateurs éclai
rés de ce Théâtre , qui le regrettent dans
tous les rôles où il jouoit : ce qui n'em
êche pas cependant d'applaudir avec
juſtice les talens & le zéle de ceux qui
le remplacent.
IL n'y a point eu de Nouveautés sur
ce Théâtre dans le genre d'Opéra-Comique,
ou Comédies mêlées d'Ariettes.
Dans celui de la Comédie Italienne , le
célebre M. GoLDoNI a donné Camille
Aubergiſte & la Dupe vengée. Cette der
nière Piéce a été interrompue après la
2°. repréſentation , par une maladie
grave de M. DE HEssE , ancien Ac
teur dont les talens multipliés & variès
ont été ſi longtemps & ſont encore très
utiles à ce Théâtre en divers genres. Il
joue dans cette nouvelle Piéce un rôle
comique , dans lequel il * ºººº
^
\
194 MERCURE DE FRANCE.
être remplacé. On a lieu
d'eſpérer
ue ſon rétabliſſement, auquel le Pu
blic ſera ſenſible , rendra aux Ama
teurs de la bonne Comédie Italienne ,
une Piéce qu'ils avoient paru recevoir
favorablement.
Mlle BEAUPRÉ , dont le début avoit
eu un grand ſuccès cet hyver, a obtenu
le déſiſtement d'uneCour étrangère,pour
laquelle elle étoit engagée. Cette Actrice
a reparu aveca pplaudiſſemens dans les
rôles de Jenni, de la Laitiere & d'Anneta.
Mlle FAvART , qui rend hommage
aux talens parce qu'elle en a afſez
- pour ne leur pas porter envie , s'eſt
défait des rôles qui demandent une jeu
neſſe trop marquée. Elle garde ceux
d'Amoureuſes de caractère en chef,
dans la Comédie proprement dite, &
dans la Comédie à Ariettes. Elle jouera
ceux de Mères dans les deux mêmes gen
res de Piéces , alternativement avec
Mlles BoGN oLI , DESGLANDS &
BERARD. On ne doute pas que le Pu
blic, qui ſait toujours gré des formes
différentes que l'on prend pour lui plaire,
n'accorde à Mlle FAVART dans ce nou
vel emploi , les ſuffrages dont il l'ho
nore conſtamment depuis qu'elle eſt au
Théâtre. Cette Actriçe a joué ayec beau
-
J U I N. 1764.
195
coup d'applaudiſſemens la mère dans le
Médecin d'amour. Cela doit engager ſon
mari, Auteur de tant de jolis †
ges , à donner encore de nouvelles pro
ductions d'un talent qui a preſque tou
jours été couronné par les ſuccès les
plus flatteurs.
M. RocHARD , Acteur de ce Théâ
tre depuis plus de vingt ans, en poſſeſ
ſion des premiers rôles, & qui joignoit
beaucoup d'intelligence à la pratique
du jeu , ainſi qu'à beaucoup de goût
dans l'art du chant, a demandé & ob
tenu ſa retraite. C'eſt une perte pour
un très-grand nombre d'Amateurs éclai
rés de ce Théâtre , qui le regrettent dans
tous les rôles où il jouoit : ce qui n'em
êche pas cependant d'applaudir avec
juſtice les talens & le zéle de ceux qui
le remplacent.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
En juin 1764, le théâtre italien n'a pas présenté de nouvelles œuvres dans le genre de l'opéra-comique. Carlo Goldoni a proposé deux comédies italiennes : 'Camille Aubergiste' et 'La Dupe vengée'. Cette dernière a été interrompue après la deuxième représentation en raison de la maladie grave de M. de Hesse, un acteur polyvalent. Son rétablissement est attendu pour reprendre la pièce, bien accueillie par le public. Mlle Beaupré, après un succès hivernal, a refusé une offre étrangère et a repris des rôles tels que Jenni, la Laitière et Anneta, recevant des applaudissements. Mlle Favart s'est concentrée sur les rôles d'amoureuse et de mère dans les comédies et les comédies à ariettes, alternant avec Mlles Bognoli, Desglans et Bérard. Elle a été acclamée dans le rôle de la mère dans 'Le Médecin d'amour'. M. Rochard, acteur expérimenté de plus de vingt ans, connu pour son intelligence et son goût pour le chant, a pris sa retraite. Sa perte est regrettée, mais les talents de ses remplaçants sont reconnus et appréciés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11096
p. 195-200
« Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Début :
Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Assemblée, Ouvrages, Régiments, Gardes françaises, Services, Honneur, Officiers, Soldats, Ordonnance, Compagnies, Bataillons, Capitaines, Soldes, Uniforme, Règlement, Commandant, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
L, 24 Février, l'Académie Royale de Peinture ,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
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Résumé : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Le 24 février, l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a accueilli le sieur Prince, peintre de l'Impératrice de Russie, parmi les agrégés. Il a présenté quatre tableaux et plusieurs dessins, appréciés par les membres de l'Académie. Le sieur Brisson, de l'Académie Royale des Sciences, débutera un cours de physique expérimentale le 14 du mois suivant, les lundis, mercredis et vendredis au Collège de Navarre. Sa Majesté a exprimé sa satisfaction envers le Régiment des Gardes Françaises pour ses services distingués. Elle a décidé d'accorder une augmentation de traitement aux officiers et soldats, et a rendu une ordonnance le 29 janvier pour réorganiser le régiment. Ce dernier sera composé de trois compagnies de grenadiers et de trente compagnies de fusiliers, formant six bataillons. L'ordonnance précise la composition et les fonctions de chaque grade, ainsi que les conditions de service et les retraites. Les soldats ayant servi seize ans recevront la moitié de leur solde s'ils se retirent chez eux, tandis que ceux ayant servi vingt-quatre ans pourront choisir entre l'Hôtel des Invalides ou une retraite avec solde complète. Les traitements des officiers et soldats sont détaillés, et les capitaines seront déchargés du recrutement, remplacé par l'État-Major. Les nouvelles recrues devront avoir moins de vingt-cinq ans et une taille minimale de cinq pieds quatre pouces, avec un certificat de bonnes mœurs et de domicile. Le régiment continuera de jouir de ses anciens privilèges et prérogatives. Le 24 mars, le trente-huitième tirage de la Loterie de l'Hôtel de Ville a attribué un lot de cinquante mille livres au numéro 13765, un lot de vingt mille livres au numéro 13573, et deux lots de dix mille livres aux numéros 1891 et 12694. Le 5 mars, la Loterie de l'École Royale Militaire a également eu lieu.
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11097
p. 200
NAISSANCE.
Début :
La Duchesse de la Trimouille accoucha, le Samedi 24 Mars, [...]
Mots clefs :
Accouchement, Duchesse, Fils, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE.
N A I S S A N C E.
La Ducheſſe de la Trimouille accoucha, le
Samedi 24 Mars, d'un fils qui portera le nom
de Prince de Tarente.
La Ducheſſe de la Trimouille accoucha, le
Samedi 24 Mars, d'un fils qui portera le nom
de Prince de Tarente.
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11098
p. 200
MARIAGE.
Début :
Le Comte de Barral a épousé, le 16 de ce mois, Demoiselle de la Motte, [...]
Mots clefs :
Comte, Demoiselle, Bénédiction nuptiale, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGE.
M A R I A G E.
Le Comte de Barral a épouſé, le 16 de ce
mois, Demoiielle de la Motte, petite fille du
Marquis de la Motte Lieutenant - Général des
Armées du Roi La Bénédiction Nuptiale leur
a été donnée , dans l'Egliſe Paroiſſiale de S.
Paul, par l'Evêque de Troyes, Oncle du Comte de
Barral.
Le Comte de Barral a épouſé, le 16 de ce
mois, Demoiielle de la Motte, petite fille du
Marquis de la Motte Lieutenant - Général des
Armées du Roi La Bénédiction Nuptiale leur
a été donnée , dans l'Egliſe Paroiſſiale de S.
Paul, par l'Evêque de Troyes, Oncle du Comte de
Barral.
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11099
p. 200-202
MORTS.
Début :
Le sieur de Barcos, Chanoine Honoraire de l'Église de Paris, & Abbé [...]
Mots clefs :
Chanoine, Abbé, Comte, Marquis, Lieutenant, Chevalier, Maréchal de camp, Épouse, Décès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
M O R T S.
Le ſieur de Barcos, Chanoine Honoraire de
l'Egliſe de Paris , & Abbé Commendataire de
l'Abbaye de S. Jacques, Ordre de S. Auguſtin,
Diocèſe de Béziers , eſt mort en cette Ville,.
le 26 Février, dans la quatre-vingt-cinquiéme
année de ſon âge.
Marie, Comte de Borio, Chevalier de l'Or
dre de Chriſt , qui a été ſucceſſivement char
gé des Affaires de la Cour de Rome , & Mi
niſtre des deux derniers Ducs de Guaſtalla, au
près du Roi , eſt mort en cette Ville le 27
Février, dans la quatre-vingt-troiſiéme année de
fon âge.
ca§-Louis-Joachim, Marquis de Caſtellier
J U I N. 1764. 2.c ) I
Dumeſnil , Lieutenant-Général des Armées du
Roi, Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire
, de S. Louis, Inſpecteur Général de la Cavalerie
& des Dragons, Gouverneur de Brouage , Lieu
tenant-Général & Commandant pour Sa Majeſté
de la Province de Dauphiné, eſt mort le 1 Mars
dans la ſoixante-quatriéme année de ſon âge.
François-Frédéric de Boullenc , Marquis de
S. Remi, ancien Exempt des Gardes du Corps
du Roi, Meſtre de Camp, eſt mort à Soiſſons, le
27 Février, âgé de ſoixante-quatre ans.
Le Comte de Romecourt, Maréchal de Camp
& Gouverneur de la Citadelle de Cambrai , eſt
mort à Vaſſy le 5 Mars , dans la quatre-vingt
ſixiéme année de ſon âge.
Maximilien-Joſeph de Vernaſſal, Colonel du
Régiment Royal-Etranger, Cavalerie, eſt mort
en cette Ville, le 2o Février,
Jean-François de Boyer, Chevalier de Maillac
Tauriac , ci-devant Aide-Maréchal-Général des
Logis de la Cavalerie & Major du Régiment des
Cuiraſſiers du Roi, eſt mort le 13 Février dans
ſa.Terre de S. Urſice en Languedoc , âgé de ſoi--
xante-dix-ſept ans. -
| Marguerite-Guillemette Allemant de Mont
martin , épouſe de Claude-Guillaume Teſtu,
Marquis de Balincourt, Maréchal de France,,eſt
morte en cette Ville, le 17 Mars, dans la ſoi
xante-quinziéme année de ſon âge.
Marie-Geneviéve le Tonnellier de Charmeaux,
Veuve du Marquis de Chiffreville, Lieutenant
Général des Armées du Roi, eſt morte en cette
Ville, le 1o Mars , âgée de cinquante-huit ans.
Marthe de Kerſulguen, Veuve de Jean-Bap
tiſte-Pierre-Joſeph , Marquis de Lannion, Ma
réchal des Camps & Armées du Roi, eſt morte
I v
2o2 MERCURE DE FRANCE.
le 17 Mars à Guincamp en Bretagne, âgée de
ſoixante-dix-ſept ans.
Marie Arthemiſe de Choiſeul, épouſe de Char
les de Buſſy , Marquis de Caſtelnau , Brigadier
des Armées du Roi, eſt morte en cette Ville, le
5 Mars, âgée de vingt ans.
Marie Geneviéve de Watteville , épouſe de
Marie Marguerite-François Firmin des Friches,
Comte Doria , eſt morte en cette Ville, le 1o
· Marse
Le ſieur de Barcos, Chanoine Honoraire de
l'Egliſe de Paris , & Abbé Commendataire de
l'Abbaye de S. Jacques, Ordre de S. Auguſtin,
Diocèſe de Béziers , eſt mort en cette Ville,.
le 26 Février, dans la quatre-vingt-cinquiéme
année de ſon âge.
Marie, Comte de Borio, Chevalier de l'Or
dre de Chriſt , qui a été ſucceſſivement char
gé des Affaires de la Cour de Rome , & Mi
niſtre des deux derniers Ducs de Guaſtalla, au
près du Roi , eſt mort en cette Ville le 27
Février, dans la quatre-vingt-troiſiéme année de
fon âge.
ca§-Louis-Joachim, Marquis de Caſtellier
J U I N. 1764. 2.c ) I
Dumeſnil , Lieutenant-Général des Armées du
Roi, Grand-Croix de l'Ordre Royal & Militaire
, de S. Louis, Inſpecteur Général de la Cavalerie
& des Dragons, Gouverneur de Brouage , Lieu
tenant-Général & Commandant pour Sa Majeſté
de la Province de Dauphiné, eſt mort le 1 Mars
dans la ſoixante-quatriéme année de ſon âge.
François-Frédéric de Boullenc , Marquis de
S. Remi, ancien Exempt des Gardes du Corps
du Roi, Meſtre de Camp, eſt mort à Soiſſons, le
27 Février, âgé de ſoixante-quatre ans.
Le Comte de Romecourt, Maréchal de Camp
& Gouverneur de la Citadelle de Cambrai , eſt
mort à Vaſſy le 5 Mars , dans la quatre-vingt
ſixiéme année de ſon âge.
Maximilien-Joſeph de Vernaſſal, Colonel du
Régiment Royal-Etranger, Cavalerie, eſt mort
en cette Ville, le 2o Février,
Jean-François de Boyer, Chevalier de Maillac
Tauriac , ci-devant Aide-Maréchal-Général des
Logis de la Cavalerie & Major du Régiment des
Cuiraſſiers du Roi, eſt mort le 13 Février dans
ſa.Terre de S. Urſice en Languedoc , âgé de ſoi--
xante-dix-ſept ans. -
| Marguerite-Guillemette Allemant de Mont
martin , épouſe de Claude-Guillaume Teſtu,
Marquis de Balincourt, Maréchal de France,,eſt
morte en cette Ville, le 17 Mars, dans la ſoi
xante-quinziéme année de ſon âge.
Marie-Geneviéve le Tonnellier de Charmeaux,
Veuve du Marquis de Chiffreville, Lieutenant
Général des Armées du Roi, eſt morte en cette
Ville, le 1o Mars , âgée de cinquante-huit ans.
Marthe de Kerſulguen, Veuve de Jean-Bap
tiſte-Pierre-Joſeph , Marquis de Lannion, Ma
réchal des Camps & Armées du Roi, eſt morte
I v
2o2 MERCURE DE FRANCE.
le 17 Mars à Guincamp en Bretagne, âgée de
ſoixante-dix-ſept ans.
Marie Arthemiſe de Choiſeul, épouſe de Char
les de Buſſy , Marquis de Caſtelnau , Brigadier
des Armées du Roi, eſt morte en cette Ville, le
5 Mars, âgée de vingt ans.
Marie Geneviéve de Watteville , épouſe de
Marie Marguerite-François Firmin des Friches,
Comte Doria , eſt morte en cette Ville, le 1o
· Marse
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Résumé : MORTS.
En février et mars 1764, plusieurs personnalités notables sont décédées. Le sieur de Barcos, Chanoine Honoraire de l'Église de Paris et Abbé Commendataire de l'Abbaye de Saint-Jacques à Béziers, est mort le 26 février à 85 ans. Marie, Comte de Borio, Chevalier de l'Ordre de Christ et ancien ministre des Ducs de Guastalla, est décédé le 27 février à 83 ans. Louis-Joachim, Marquis de Castellier, Lieutenant-Général des Armées du Roi et Gouverneur du Dauphiné, est mort le 1 mars à 64 ans. François-Frédéric de Boullenc, Marquis de Saint-Remi et ancien Exempt des Gardes du Corps du Roi, est décédé à Soissons le 27 février à 64 ans. Le Comte de Romecourt, Maréchal de Camp et Gouverneur de la Citadelle de Cambrai, est mort à Vassy le 5 mars à 86 ans. Maximilien-Joseph de Vernassal, Colonel du Régiment Royal-Étranger de Cavalerie, est décédé le 20 février. Jean-François de Boyer, Chevalier de Maillac Tauriac et ancien Aide-Maréchal-Général des Logis de la Cavalerie, est mort le 13 février à 97 ans. Marguerite-Guillemette Allemant de Montmartin, épouse du Marquis de Balincourt, est décédée le 17 mars à 65 ans. Marie-Geneviève le Tonnellier de Charmeaux, veuve du Marquis de Chiffreville, est morte le 10 mars à 58 ans. Marthe de Kersulguen, veuve du Marquis de Lannion, est décédée à Guincamp en Bretagne le 17 mars à 77 ans. Marie Arthemise de Choiseul, épouse du Marquis de Castelnau, est morte le 5 mars à 20 ans. Marie Geneviève de Watteville, épouse du Comte Doria, est décédée le 10 mars.
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11100
p. 202
SERVICE.
Début :
Les Religieux de la Merci, au Marais, célébrérent, le 14 Mars, [...]
Mots clefs :
Religieux, Célébration, Ordre, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SERVICE.
S E R V I C E.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
Les Religieux de la Merci, au Marais, célé
brérent, le 14 Mars, un Service Solemnel pour
le Père Chriſtophe-Emmanuel de Ximenès, Gé
néral de l'Ordre Royal & Militaire de Notre
Dame de la Merci , Rédemption des Captifs ,.
Docteur en l'Univerſité d'Alcala & Henarez en
la nouvelle Caſtille , Profeſſeur de l'Ecole de S.
Thomas, & Théologien de Sa Majeſté Catholi
que, mort à Madrid le 26 Janvier dernier.
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