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10851
p. 29
ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL Contre un débiteur insolent, Liv. II. Epig. III.
Début :
NON, Lycidas ne doit rien à personne ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL Contre un débiteur insolent, Liv. II. Epig. III.
ÉPIGRAMMES imitées de MARTIAL
Contre un débiteur insolent, Liv. II.
Epig. III.
NON, Lycidas ne doit rien à personne ;
N'impoſons point de loix à la néceſſité.
Qui n'a rien , nedoit rien: c'eſtun point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAULNI, Abonné au Mercure.
Contre un débiteur insolent, Liv. II.
Epig. III.
NON, Lycidas ne doit rien à personne ;
N'impoſons point de loix à la néceſſité.
Qui n'a rien , nedoit rien: c'eſtun point arrêté....
Lycidas n'a plus rien que le pain qu'on lui donne.
Par M. l'Abbé DAULNI, Abonné au Mercure.
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10852
p. 30
CONTRE une vieille Fille, Liv. X. Epig. VIII.
Début :
A l'épouser Lise en vain me convie ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONTRE une vieille Fille, Liv. X. Epig. VIII.
CONTRE une vieille Fille, Liv. X.
Epig. VIII.
A l'épouser Lise en vain me convie ;
Life a paffé l'Automne de ſa vie.
Mais Life avec ſa main donne cent mille francs.
Dieux! que n'a-t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite,par
M. deBuffy-Rabutin , autant qu'ilm'enfouvient.
Mais je ne connoiſſois pasſa traduction lorsqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles sont tout - a-fait différentes.
Epig. VIII.
A l'épouser Lise en vain me convie ;
Life a paffé l'Automne de ſa vie.
Mais Life avec ſa main donne cent mille francs.
Dieux! que n'a-t- elle au moins quatre-vingts ans!
Nota. Cette Epigramme a déjà été traduite,par
M. deBuffy-Rabutin , autant qu'ilm'enfouvient.
Mais je ne connoiſſois pasſa traduction lorsqueje
fil la mienne ; & d'ailleurs elles sont tout - a-fait différentes.
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10853
p. 30
AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
Début :
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
AUTRE du même. Liv. V. Epig. XLIV.
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ;
Rien n'eſt plus blanc que celles de Toinette, Je pourrois bien en dire la raiſon : L'une a ſes dents , & l'autre les achéte.
RIEN n'est plus noir que les dents de Marton ;
Rien n'eſt plus blanc que celles de Toinette, Je pourrois bien en dire la raiſon : L'une a ſes dents , & l'autre les achéte.
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10854
p. 31-40
CÉCILE, ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE. ....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
Début :
ON ne veut rien dérober à la femme qu'on aime véritablement. Les defirs [...]
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texteReconnaissance textuelle : CÉCILE, ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE. ....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
CÉCILE,
ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la
Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE.
....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
ON ne veut rien dérober à la femme
qu'on aime véritablement. Les defirs
qu'elle inſpire ne reſſemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paſſager rend
hardi , entreprenant,fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'ar-
rache point de faveurs : il les ſouhaite ,
conſentà les attendre, veut les mériter,
jouit de ſes eſpérances , & quand il ob-
tient, ce n'eſt point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche,& qui met le com-
ble à ſon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires ſe-
crets , mais authentiques nous ont con-
ſervée ,prouve lavéritéde ces réfléxions
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
d'un des plus ingénieux Auteurs du fié-
cle. *
CePrinceétoit néavecles diſpoſitions
les plus heureuſes ; une excellente édu-
cationlesdéveloppa. Des triomphes écla-
tans ſignalerent l'Aurore de ſa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
l'Univers fur les aîles de la Victoire.
Athanagilde,Souverain des Visigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftra-
fiens , ne vit pas ſans effroi les ſuccès du
jeune Prince; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour ſonRoyaume. Sa fille
unique , Brunehaut, lui parut un parti
digne du Héros : ſa beauté la faifoit re-
chercher de tous les Souverains de fon
temps; & ceux qui vivoient familiére-
ment avec elle
ne sçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
deſa figure , ou auxagrémensde ſon ca-
ractère. La distinction flatta l'amour-pro-
pre de Sigebert. Il accepta ſans balan-
cer les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pom-
pe poſſible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans ſon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom-Jones ,
fon Romand'Amélie traduit par Mde R * * * *
AVRIL. 1764..
33
emmenant avec lui ſa nouvelle épouse.
Athanagilde avant de laiſſer partir ſa
fille, n'avoit rien oublié de ce qui pou-
voit rendre fon équipage magnifique.
Brunehaut fut ſuivie en Auftrafie de l'éli-
te de lajeuneſſede ſon pays. Cette Prin-
ceffe diftingua dans la foule la belle
CECILE , qu'une heureuſe conformité
d'eſprit & de gout , un rapport d'hu-
meur & de convenance éleverent bien-
tôt à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus ré-
guliers ,l'eſprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreſſa de lui faire la
cour. On ſçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti ſans la conful-
ter, & que Sigebert écoutoit volon-:
tiers les confeils de la Reine, Cécile n'a-
buſa point de fon pouvoir ; elle mé-
prifoit trop ceux qu'un vil intérêt fai-
foit tomber à ſes pieds, pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix fa-
crées du devoir....
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages. Il avoit une phyfio-
nomie intéreſſante , une taille noble &
dégagée , l'eſprit orné , le cœur fenfi
ble. Voir Cécile, l'aimer , en être aime,
By
A
3
34 MERCURE DE FRANCE.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
CommeGrand-Chambellan de Sige-
bert , il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut ſa
maîtreſſe qui traverſoit une gallerie:
ſeule , triſte & rêveuſe. Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle)
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à ſes genoux,Lhincor-
referoit-il affezheureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous ai-
me ? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit con-
nue ; elle ne fit point difficulté d'a-
vouer à Lhincorre qu'elle partageoit fes
ſentimens. Au comble de ſes vœux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confen-
tement du Roi pour unir ſon fort à ce-
lui de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occaſion de ſe
trouver tête-à-tête avec elle ; jamais l'a-
mour ne le rendit téméraire : * le ref-
:
*Ces vertus paroîtront ſans doute bien anti-
ques à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
ſe ſouviennent, pour la juſtification de l'Auteur ,
que l'hiſtoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoife. Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764.
35
pect modéra toujours ſon ardeur : fûn
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir ſes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant.
Sigebert ſçavoit rendre juſtice à Lhin-
corre , & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil,
notre Amant l'aborda dans le deſſein
de lui parler de l'établiſſement qu'il pro-
jettoit. Mon cher Lhincorre , lui dit Si-
gebert , ſans lui donner le temps d'ou-
vrir la bouche , mon frère Chilpéric vio-
le tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
jedois le punir de fa perfidie : met-
tez-vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eſt les récom-
penfercomme ils méritent de l'étre. Lhin-
corre ne répondit rien à des paroles fi
flatteuſes : une inclination profonde fut
le ſeul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il ſe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être ſéparée de ſon Amant. Je n'entre-
prendrai point de peindre l'excès de ſa
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiſſent le comprendre.
Les ordres du Roi étoient preſſans :
l'armée raſſemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi.....
Il fallut partir.... Ames ſenſibles ! .... In-
terrogez votre cœur: qu'il vous peigne
la tendreſſe des deuxAmans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faſſe ima-
giner la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préſent un afſemblage compliqué de ré-
gles certaines & de combinaiſons ſca-
vantes. La première , ou plutôt l'uni-
que vertu militaire , c'étoit la valeur.
Une campagne décidoit ordinairement
du fortde l'ennemi.
; Celle de Lhincorre ne fut qu'un en-
chaînement de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de re-
courir à la clémence de ſon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreuſement au vaincu tout
ce que le fortdes armes avoit fait paf-
fer dans ſes mains : une paix ſolide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats.
Couvert de lauriers , Lhincorre n'i-
maginoit pas de plus grand bonheur
AVRIL. 1764.
37
après celui d'avoir ſervi ſon Roi, que
d'aller lesdépoſer aux piedsde ſon aman-
te. Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux. Sigebert
l'attendoit dans
fon Palais : dès qu'il l'apperçut , il cou-
rut au-devant de lui. Brave Lhincorre ,
lui dit-il , que ne vous dois-je pas pour
les ſervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mé-
rite! ... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile ſeule
. Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiſſa in-
terdit & confus , au milieu des cour-
tiſans qui tous jaloux de ſa gloire s'em-
preſſerent cependant de le féliciter de
ſes ſuccès. Telle eſt la Cour : il eſt ap-
paremment de convention dans ce païs-
là , que couvert des maſques les plus
groffiers on ne ſe paroîtra pourtant pas
riſibles aux yeux les uns des autres.
Débaraflé de leurs politeſſes impor-
tunes , Lhincorre vole chez ſa maîtreſſe.
Cécile eſtdiſparue ; Brunehaut même
ignore ſa tetraite. Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranſport ce malheu-
reux amant , c'en est fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle- même.....
non , elle n'enn'est pas capable;jepof
fédois fon cœur comme elle avoit le
mien : elle m'est fidelle , le Roi feul eft
coupable..... Et quel moment encore
prend-t-ilpour me réduire audéſeſpoir?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir ... Malheureux Lhincorre !
....
ila donc cru me tromperpardefeintes ca-
reffes!... Ah! Chilpéric nefera pas lefeul
qui aurafentilapeſanteur de mon bras....
Sigebert , tu ne poſſéderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoirpercé le cœur.
Soudain il retourne au Palais ,& trou-
ve moyen de pénétrer juſqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où ſe peignoient tour-
à-tour la fureur,la jaloufie & le défef-
poir , as-tu donc oublié que nos ayeux
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de ſujet
plusfidèle que Lhincorre ; tu les oublies ,
& moi j'oublie les miens. Rends-moi Cé-
cile , ou confens à ce que l'honneur doit
t'inspirer ainſi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tran-
quillité Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aîle de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL. 1764.
39
Lhincorre , en frémiſſantde rage , fe
retire : il paffe le reſte de la journée
dans une affreuſe agitation ; il attend
la nuit avec impatience ,& fes ténébres
ne font qu'irriter ſes ennuis. L'heure
s'avance cependant: il vole au rendez-
vous..... Quelle eſt ſa ſurpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria- t- il ,
après m'avoir enlevé Cécile, le Roi fe-
roit-ilbien affezláche pour manquer au
rendez- vous qu'ilm'a donné lui- même !
Chaque inſtant redouble fon inquié-
tude... tout -à- coup il voit briller un
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer :
le Roi ſuivi de quatre Seigneurs. Il en-
tend une voix , c'eſt celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eſt lui-même , ſaiſiſſez-
le. Ah ! traitre , reprend Lhincorre , en
mettant la main ſur ſon épée...... il
n'achève pas , on l'entoure , il réſiſte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré ses cris & ſes efforts juſques au
Palais... Oùle premier objet qui frappe fa
vue c'eſt Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans ſes bras.
>> C'eſt ainſi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert. Ceſſez de vous plain-
>>>dre , Lhincorre ; Cécile vous eſt fidel-
>> le. Je ſçavois votre amour pour elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
>> mais j'ignorois qu'il fût ſi violent.
>> Ce que vous avez oſé riſquer: m'err
>> fournit une preuve à laquelle je fais
>>>gloire de me rendre ; & jevous dois
>> trop d'ailleurs pour ne pas vous fa-
>> crifier des ſentimens auſſi involontai-
>> res que fecrets ,dont je ceffe de rou-
>> gir , puiſque c'eſt à vous ſeul que je
>> les confie. Venez , belle & vertueuſe
» Cécile ; recevez votre époux de ma
>> main , & donnez-lui la vôtre : c'eſt :
>> le prix que vous méritez tous deux.
>>>Vous , Lhincorre , rendez-moi votre
>>>amitié , & contribuez à ma félicité ,:
>>>ainſi qu'à celle de mes Peuples , en
>>devenant mon premier Miniſtre.
Cécile & Lhincorre comblés de joie ,
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs lar-
mes. Le Roi fit lui-même les frais de la:
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceſſa point d'être
chère à Brunehaut. Ils vêcurent long-
temps l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif, fuc-
céda dans la ſuite la douceur d'une ten-
dre & folide amitié.
ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la
Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE.
....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
ON ne veut rien dérober à la femme
qu'on aime véritablement. Les defirs
qu'elle inſpire ne reſſemblent point aux
mouvemens rapides & emportés des
fens. L'attrait d'un plaifir paſſager rend
hardi , entreprenant,fait tout prétendre ,
tout enlever ; l'amour plus délicat n'ar-
rache point de faveurs : il les ſouhaite ,
conſentà les attendre, veut les mériter,
jouit de ſes eſpérances , & quand il ob-
tient, ce n'eſt point le triomphe , c'eſt
le don qui le touche,& qui met le com-
ble à ſon bonheur.
Une anecdote de la Cour de Sigebert
Roi d'Auftrafie , que des mémoires ſe-
crets , mais authentiques nous ont con-
ſervée ,prouve lavéritéde ces réfléxions
Biv
32 MERCURE DE FRANCE.
d'un des plus ingénieux Auteurs du fié-
cle. *
CePrinceétoit néavecles diſpoſitions
les plus heureuſes ; une excellente édu-
cationlesdéveloppa. Des triomphes écla-
tans ſignalerent l'Aurore de ſa vie , &
porterent fon nom aux deux bouts de
l'Univers fur les aîles de la Victoire.
Athanagilde,Souverain des Visigoths,
Nation de tout temps rivale des Auftra-
fiens , ne vit pas ſans effroi les ſuccès du
jeune Prince; il craignit que Sigebert
n'envahît un jour ſonRoyaume. Sa fille
unique , Brunehaut, lui parut un parti
digne du Héros : ſa beauté la faifoit re-
chercher de tous les Souverains de fon
temps; & ceux qui vivoient familiére-
ment avec elle
ne sçavoient auquel
donner la préférence , ou aux charmes
deſa figure , ou auxagrémensde ſon ca-
ractère. La distinction flatta l'amour-pro-
pre de Sigebert. Il accepta ſans balan-
cer les propofitions d'Athanagilde : le
mariage fut célébré avec toute la pom-
pe poſſible dans une Ville frontière des
deux Etats ; & peu de temps après , le
Prince retourna dans ſon Royaume ,
* M. Fielding , Auteur de Tom-Jones ,
fon Romand'Amélie traduit par Mde R * * * *
AVRIL. 1764..
33
emmenant avec lui ſa nouvelle épouse.
Athanagilde avant de laiſſer partir ſa
fille, n'avoit rien oublié de ce qui pou-
voit rendre fon équipage magnifique.
Brunehaut fut ſuivie en Auftrafie de l'éli-
te de lajeuneſſede ſon pays. Cette Prin-
ceffe diftingua dans la foule la belle
CECILE , qu'une heureuſe conformité
d'eſprit & de gout , un rapport d'hu-
meur & de convenance éleverent bien-
tôt à la dignité de Favorite.
Cécile joignoit aux traits les plus ré-
guliers ,l'eſprit le mieux fait & le plus
folide. Chacun s'empreſſa de lui faire la
cour. On ſçavoit que Brunehaut ne
prenoit jamais un parti ſans la conful-
ter, & que Sigebert écoutoit volon-:
tiers les confeils de la Reine, Cécile n'a-
buſa point de fon pouvoir ; elle mé-
prifoit trop ceux qu'un vil intérêt fai-
foit tomber à ſes pieds, pour vouloir
enfreindre en leur faveur les loix fa-
crées du devoir....
Parmi les Seigneurs de la Cour de
Sigebert , le jeune Lhincorre enlevoit
tous les fuffrages. Il avoit une phyfio-
nomie intéreſſante , une taille noble &
dégagée , l'eſprit orné , le cœur fenfi
ble. Voir Cécile, l'aimer , en être aime,
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A
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34 MERCURE DE FRANCE.
ce ne fut pour lui que l'affaire d'un
moment.
CommeGrand-Chambellan de Sige-
bert , il avoit fes entrées partout & à
toute heure. Un jour il apperçut ſa
maîtreſſe qui traverſoit une gallerie:
ſeule , triſte & rêveuſe. Il l'aborde &
avec cette aimable franchiſe naturelle)
à ceux de fon pays : Belle Cécile , lui
dit-il en tombant à ſes genoux,Lhincor-
referoit-il affezheureux pour être aimé
de vous auffi tendrement qu'il vous ai-
me ? Cécile étoit auffi fincère que belle :
la probité de fon amant lui étoit con-
nue ; elle ne fit point difficulté d'a-
vouer à Lhincorre qu'elle partageoit fes
ſentimens. Au comble de ſes vœux , il
ne fongea plus qu'à obtenir le confen-
tement du Roi pour unir ſon fort à ce-
lui de Cécile.
Lhincorre la voyoit tous les jours ;
tous les jours il avoit occaſion de ſe
trouver tête-à-tête avec elle ; jamais l'a-
mour ne le rendit téméraire : * le ref-
:
*Ces vertus paroîtront ſans doute bien anti-
ques à nos gens à bonnes fortunes ; mais qu'ils
ſe ſouviennent, pour la juſtification de l'Auteur ,
que l'hiſtoire dont il s'agit eft arrivée dans les
premiers fiécles de la Monarchie Françoife. Elle
a pour époque l'année 563 .
AVRIL. 1764.
35
pect modéra toujours ſon ardeur : fûn
d'être aimé de Cécile , il ne vouloit point
ravir ſes faveurs ; il ne defiroit de les
obtenir qu'en les méritant.
Sigebert ſçavoit rendre juſtice à Lhin-
corre , & fans partager avec lui fon
autorité , il ne l'aimoit pourtant pas
moins que Brunehaut n'étoit attachée à
Cécile. Un jour qu'il fortoit du Confeil,
notre Amant l'aborda dans le deſſein
de lui parler de l'établiſſement qu'il pro-
jettoit. Mon cher Lhincorre , lui dit Si-
gebert , ſans lui donner le temps d'ou-
vrir la bouche , mon frère Chilpéric vio-
le tous les Traités ; fon ambition lui
fait rompre la paix qui nous uniſſoit ;
jedois le punir de fa perfidie : met-
tez-vous à la tête de l'armée que je
vais lui oppofer ; vous m'avez donné
des preuves de votre valeur ; je fais cas
de vos talens : vous donner occafion
d'acquérir de la gloire , c'eſt les récom-
penfercomme ils méritent de l'étre. Lhin-
corre ne répondit rien à des paroles fi
flatteuſes : une inclination profonde fut
le ſeul remercîment que lui permit de
faire l'état violent où il ſe trouvoit.
Cécile apprit bientôt qu'elle alloit
être ſéparée de ſon Amant. Je n'entre-
prendrai point de peindre l'excès de ſa
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
douleur : il n'y a que ceux qui ont eu
le bonheur d'être chéris d'une maîtreffe
aimable , qui puiſſent le comprendre.
Les ordres du Roi étoient preſſans :
l'armée raſſemblée n'attendoit plus que
fon Général pour voler à l'ennemi.....
Il fallut partir.... Ames ſenſibles ! .... In-
terrogez votre cœur: qu'il vous peigne
la tendreſſe des deuxAmans au moment
terrible du départ ; qu'il vous faſſe ima-
giner la vivacité de leurs regrets.
La guerre n'étoit pas alors comme à
préſent un afſemblage compliqué de ré-
gles certaines & de combinaiſons ſca-
vantes. La première , ou plutôt l'uni-
que vertu militaire , c'étoit la valeur.
Une campagne décidoit ordinairement
du fortde l'ennemi.
; Celle de Lhincorre ne fut qu'un en-
chaînement de victoires ; & Chilpéric
battu complettement fut obligé de re-
courir à la clémence de ſon frère. Le
bonheur n'enorgueillit point Sigebert ;
il rendit généreuſement au vaincu tout
ce que le fortdes armes avoit fait paf-
fer dans ſes mains : une paix ſolide
acheva de mettre le calme dans les deux
Etats.
Couvert de lauriers , Lhincorre n'i-
maginoit pas de plus grand bonheur
AVRIL. 1764.
37
après celui d'avoir ſervi ſon Roi, que
d'aller lesdépoſer aux piedsde ſon aman-
te. Il entra en Triomphe dans la Ville
capitale aux acclamations d'un peuple
nombreux. Sigebert
l'attendoit dans
fon Palais : dès qu'il l'apperçut , il cou-
rut au-devant de lui. Brave Lhincorre ,
lui dit-il , que ne vous dois-je pas pour
les ſervices que vous m'avez rendu ?
heureux fi je puis vous récompenfer
d'une manière qui réponde à votre mé-
rite! ... Ah, Sire, repliqua Lhincorre avec
vivacité , Cécile ſeule
. Le Roi
ne lui donna pas le temps d'en dire
davantage. Il le quitta & le laiſſa in-
terdit & confus , au milieu des cour-
tiſans qui tous jaloux de ſa gloire s'em-
preſſerent cependant de le féliciter de
ſes ſuccès. Telle eſt la Cour : il eſt ap-
paremment de convention dans ce païs-
là , que couvert des maſques les plus
groffiers on ne ſe paroîtra pourtant pas
riſibles aux yeux les uns des autres.
Débaraflé de leurs politeſſes impor-
tunes , Lhincorre vole chez ſa maîtreſſe.
Cécile eſtdiſparue ; Brunehaut même
ignore ſa tetraite. Ah ! je ne le vois que
trop , s'écrie avec tranſport ce malheu-
reux amant , c'en est fait , Sigebert m'a
38 MERCURE DE FRANCE.
trahi , & peut - être Cécile elle- même.....
non , elle n'enn'est pas capable;jepof
fédois fon cœur comme elle avoit le
mien : elle m'est fidelle , le Roi feul eft
coupable..... Et quel moment encore
prend-t-ilpour me réduire audéſeſpoir?
Celui oùje rifque ma vie & mesjours pour
le fervir ... Malheureux Lhincorre !
....
ila donc cru me tromperpardefeintes ca-
reffes!... Ah! Chilpéric nefera pas lefeul
qui aurafentilapeſanteur de mon bras....
Sigebert , tu ne poſſéderas tranquillement
Cécile , qu'après m'avoirpercé le cœur.
Soudain il retourne au Palais ,& trou-
ve moyen de pénétrer juſqu'au cabinet
du Roi. Sigebert , lui dit-il avec des
yeux étincelans où ſe peignoient tour-
à-tour la fureur,la jaloufie & le défef-
poir , as-tu donc oublié que nos ayeux
étoient égaux ? Tant que tu as rempli tes
devoirs de Roi , tu n'as pas eu de ſujet
plusfidèle que Lhincorre ; tu les oublies ,
& moi j'oublie les miens. Rends-moi Cé-
cile , ou confens à ce que l'honneur doit
t'inspirer ainſi qu'à moi.
J'accepte le défi , répondit avec tran-
quillité Sigebert : trouvez-vous demain
avant le jour dans l'allée fombre qui
touche à l'aîle de mon Palais , vous m'y
verrez les armes à la main.
AVRIL. 1764.
39
Lhincorre , en frémiſſantde rage , fe
retire : il paffe le reſte de la journée
dans une affreuſe agitation ; il attend
la nuit avec impatience ,& fes ténébres
ne font qu'irriter ſes ennuis. L'heure
s'avance cependant: il vole au rendez-
vous..... Quelle eſt ſa ſurpriſe de n'y
trouver perfonne ! Quoi , s'écria- t- il ,
après m'avoir enlevé Cécile, le Roi fe-
roit-ilbien affezláche pour manquer au
rendez- vous qu'ilm'a donné lui- même !
Chaque inſtant redouble fon inquié-
tude... tout -à- coup il voit briller un
flambeau ; fa lumière lui fait diftinguer :
le Roi ſuivi de quatre Seigneurs. Il en-
tend une voix , c'eſt celle de Sigebert
qui s'écrie :
Le voilà , c'eſt lui-même , ſaiſiſſez-
le. Ah ! traitre , reprend Lhincorre , en
mettant la main ſur ſon épée...... il
n'achève pas , on l'entoure , il réſiſte
en vain , on le défarme , on le traîne
malgré ses cris & ſes efforts juſques au
Palais... Oùle premier objet qui frappe fa
vue c'eſt Cécile vêtue des plus riches
parures & qui s'élance dans ſes bras.
>> C'eſt ainſi que je veux me venger ,
» lui dit Sigebert. Ceſſez de vous plain-
>>>dre , Lhincorre ; Cécile vous eſt fidel-
>> le. Je ſçavois votre amour pour elle ;
40 MERCURE DE FRANCE .
>> mais j'ignorois qu'il fût ſi violent.
>> Ce que vous avez oſé riſquer: m'err
>> fournit une preuve à laquelle je fais
>>>gloire de me rendre ; & jevous dois
>> trop d'ailleurs pour ne pas vous fa-
>> crifier des ſentimens auſſi involontai-
>> res que fecrets ,dont je ceffe de rou-
>> gir , puiſque c'eſt à vous ſeul que je
>> les confie. Venez , belle & vertueuſe
» Cécile ; recevez votre époux de ma
>> main , & donnez-lui la vôtre : c'eſt :
>> le prix que vous méritez tous deux.
>>>Vous , Lhincorre , rendez-moi votre
>>>amitié , & contribuez à ma félicité ,:
>>>ainſi qu'à celle de mes Peuples , en
>>devenant mon premier Miniſtre.
Cécile & Lhincorre comblés de joie ,
ne purent d'abord témoigner au Roi
leur reconnoiffance que par leurs lar-
mes. Le Roi fit lui-même les frais de la:
nôce. La faveur de Lhincorre augmenta
toujours , & Cécile ne ceſſa point d'être
chère à Brunehaut. Ils vêcurent long-
temps l'un & l'autre ; & aux tranſports
fougueux de l'amour le plus vif, fuc-
céda dans la ſuite la douceur d'une ten-
dre & folide amitié.
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Résumé : CÉCILE, ΟU l'Amour Gaulois, Anecdote de la Cour de SIGEBERT, Roi d'AUSTRASIE. ....Vaccinia nigra leguntur. Virg.
Le texte examine la notion d'amour véritable à travers une histoire centrée sur Sigebert, roi d'Austrasie, et ses proches. Sigebert, connu pour ses qualités et ses succès, envisage un mariage entre sa fille Brunehaut et Athanagilde, roi des Visigoths. Brunehaut est accompagnée de Cécile, qui devient rapidement sa favorite. Cécile, dotée de beauté et d'intelligence, attire l'attention de Lhincorre, le Grand-Chambellan de Sigebert. Une relation amoureuse naît entre eux, et ils souhaitent se marier. Cependant, Sigebert envoie Lhincorre combattre son frère Chilpéric. Après une victoire, Lhincorre revient et découvre la disparition de Cécile. Accusant Sigebert de trahison, il apprend finalement que Cécile est restée fidèle. Sigebert lui offre alors la main de Cécile. Lhincorre devient ensuite le premier ministre de Sigebert, et les deux couples vivent heureux, leur amour se transformant en une amitié solide.
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10855
p. 41-42
CHANSON A M*** sur son mariage. AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
Début :
EN bon mari, ne bronchez pas, [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON A M*** sur son mariage. AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
CHANSON
A M*** sur son mariage.
AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
EN bon mari, ne bronchez pas,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes ſortes de combats ,
C'eſt qu'il ne falloit pas lui dire ::
· Τοι , ιὃτ , τốt,
Battez chaud;
Bon courage ;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conſtans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage,
Qu'il ſoit calmé par le deſir ;
Et que ſous l'aîle du plaiſir
La paix régne dans le ménage:
Τôt , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
41
42 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi ! ce petit Dieu d'amour ,
Damis, vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire;
Son cœur eſt tendre , ſon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins ſemblent lui dire :
Τôt, τὃτ , τὃτ ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Beaucoup d'aiſance & de vertus,
Autant de plaiſirs qued'écus:
Pour vous , c'eſt ce que je defire ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliſſez-moi tous ces vœux ;
Vous ne vous ferez jamais dire ::
Tôi , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Par M. SAUTREAU.
A M*** sur son mariage.
AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
EN bon mari, ne bronchez pas,
Et fur Hercule ayez le pas ;
Oh ! c'étoit un terrible Sire !
Dans toutes fortes de climats ,
Dans toutes ſortes de combats ,
C'eſt qu'il ne falloit pas lui dire ::
· Τοι , ιὃτ , τốt,
Battez chaud;
Bon courage ;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Soyez & tendres & conſtans ;
Epoux , foyez toujours amans ;
Mais s'il s'élévoit quelque orage,
Qu'il ſoit calmé par le deſir ;
Et que ſous l'aîle du plaiſir
La paix régne dans le ménage:
Τôt , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
41
42 MERCURE DE FRANCE.
Ma foi ! ce petit Dieu d'amour ,
Damis, vous a fait un bon tour ,
En vous enflammant pour Thémire;
Son cœur eſt tendre , ſon air doux ;
Et ce qui doit plaire à l'époux ,
Ses yeux malins ſemblent lui dire :
Τôt, τὃτ , τὃτ ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Beaucoup d'aiſance & de vertus,
Autant de plaiſirs qued'écus:
Pour vous , c'eſt ce que je defire ;
C'eſt le vrai moyen d'être heureux.
Accompliſſez-moi tous ces vœux ;
Vous ne vous ferez jamais dire ::
Tôi , tốt , tốt ,
Battez chaud ;
Bon courage;
Il faut avoir cœur à l'ouvrage.
Par M. SAUTREAU.
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Résumé : CHANSON A M*** sur son mariage. AIR : Tôt, tôt, tôt, battez chaud.
La chanson est dédiée à un individu nommé M*** à l'occasion de son mariage. Sur l'air de 'Tôt, tôt, tôt, battez chaud', elle offre des conseils au nouvel époux, l'encourageant à être un bon mari, à éviter les plaintes et à faire preuve de courage et de constance. En cas de conflit, elle recommande de rechercher la paix et le plaisir mutuel. La bien-aimée, Thémire, est louée pour sa tendresse, sa douceur et ses charmes. La chanson souhaite au couple aisance, vertus et bonheur, ainsi que de nombreux plaisirs et richesses. Elle espère que le couple ne connaisse jamais les difficultés, répétant 'Tôt, tôt, tôt, battez chaud'. L'auteur de cette chanson est M. Sautreau.
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10856
p. 43-44
LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
Début :
EN t'embrassant, illustre & digne ami, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
LETTRE de M. DALLET l'aîné,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN, à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL, son premier ami de
coeur.
EN t'embrassant, illustre & digne ami,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme;
Mon cœur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux!
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux.
ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'a-
vez connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du cœur font
éternelles. Mais après vous avoir re-
trouvé dans un moment de ma déplo-
rable vie , je fuis prêt à vous perdre
peut-être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Ma-
dame de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous furle Trône ;
fouvenez-vous quelquefois d'un hom-
me à qui la générofité de votre cœur
conferve encore un fi grand titre.
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de ROUEN, à M. le
Vicomte de SAINT-GERMAIN
MATINEL, son premier ami de
coeur.
EN t'embrassant, illustre & digne ami,
Le feu du ſentiment a pénétré mon âme;
Mon cœur n'aime point à demi ,
Et les Dieux ont déjà béni
Cette pure & céleste flâne.
Que mon fort feroit d'envieux!
Je t'ai vû , je te vois , je te parle à toi-même :
J'embraſſe mon ami... momens délicieux ,
Vous m'égalez aux Dieux !
Oui c'eſt pour moi le bien ſuprême ,
Je n'ai rien du plus précieux.
ز
Vous me rendrez la justice de le
croire, Monfieur , parce que vous m'a-
vez connu tout entier dès la première
fois , & que les vertus du cœur font
éternelles. Mais après vous avoir re-
trouvé dans un moment de ma déplo-
rable vie , je fuis prêt à vous perdre
peut-être pour jamais ! Et mes triſtes
44 MERCURE DE FRANCE,
yeux s'éteindront ſans avoir vû Ma-
dame de Saint-Germain , l'adorable
moitié de vous même ! O , mon ami !
c'eſt le plus beau nom que je puiſſe
vous donner , fuffiez-vous furle Trône ;
fouvenez-vous quelquefois d'un hom-
me à qui la générofité de votre cœur
conferve encore un fi grand titre.
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Résumé : LETTRE de M. DALLET l'aîné, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de ROUEN, à M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL, son premier ami de coeur.
Dans une lettre adressée au Vicomte de Saint-Germain, M. Dallet l'aîné, correspondant de l'Académie Royale des Sciences de Rouen, exprime un amour profond et sincère. Dallet considère Saint-Germain comme son premier ami de cœur et affirme que ce sentiment est réciproque et béni par les dieux. Il évoque des moments délicieux partagés ensemble, qui le rendent égal aux dieux. Dallet reconnaît également la vertu et la générosité de Saint-Germain, qualités qu'il a perçues dès leur première rencontre. Cependant, il exprime sa tristesse à l'idée d'une possible séparation et regrette de ne jamais avoir vu Madame de Saint-Germain, qu'il décrit comme l'adorable moitié de Saint-Germain. Dallet demande à Saint-Germain de se souvenir de lui, même s'il devait accéder au trône.
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10857
p. 44-45
RÉPONSE de M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL.
Début :
AVEC transport je reçois & je goute, [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL.
RÉPONSE de M. le Vicomte de
SAINT-GERMAIN MATINEL.
AVEC transport je reçois & je goute,
Mon Cher Dallet , tous vos enibraſſemens ;
Il n'eſt point de plaiſirs fans doute
Qui , détrompé des fots amuſemens
D'un Siécle auſſi vain que le nôtre,
Mépriſe ſes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Et moi je ſçus avant ma patenôtre ,
Sentir ſes tendres mouvemens..
bls ſe ſont accrus avec l'âge,
:
1
Plusvifs, plus purs que ceux des ſentimens ,
Ou plutôt il n'en eſt point d'autre.
Heureux un cœur comme le vôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
&
:
-
AVRIL. 1764.
45
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
cœur ;
En aimant je me trouvai ſage,
Riche , ſçavant , héros , vainqueur ;
Et je préférois l'avantage .
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puiſqu'ici tout n'est qu'un ſonge,
Puiſque tout n'eſt que vanité,
Du moins livrons-nous au menforge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi-même ſembla
ble,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je ſens encor la même flame ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui ſeul peut borner les vœux ;
Mais peut-on ſans délicateſſe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiſſe donc à la baſſeſſe
De mille Sots préſomptueux ,
A courir après la richeſſe ,
•Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les tréſors de la tendreſſe
Que nous partagerons tous deux.
SAINT-GERMAIN MATINEL.
AVEC transport je reçois & je goute,
Mon Cher Dallet , tous vos enibraſſemens ;
Il n'eſt point de plaiſirs fans doute
Qui , détrompé des fots amuſemens
D'un Siécle auſſi vain que le nôtre,
Mépriſe ſes faux agrémens !
De l'amitié , fidéle Apôtre ,
Et moi je ſçus avant ma patenôtre ,
Sentir ſes tendres mouvemens..
bls ſe ſont accrus avec l'âge,
:
1
Plusvifs, plus purs que ceux des ſentimens ,
Ou plutôt il n'en eſt point d'autre.
Heureux un cœur comme le vôtre ,
Vous connoiffez les doux raviſſemens ,
&
:
-
AVRIL. 1764.
45
Et l'ardeur de mon fang embraſa tout mon
cœur ;
En aimant je me trouvai ſage,
Riche , ſçavant , héros , vainqueur ;
Et je préférois l'avantage .
Le bien d'aimer , au titre d'Empereur.
Ah ! puiſqu'ici tout n'est qu'un ſonge,
Puiſque tout n'eſt que vanité,
Du moins livrons-nous au menforge
Le plus près de la verité.
Dans mes goûts différens , à moi-même ſembla
ble,
Dès l'Aurore de mes jours ,
J'aimai tout ce qui fut aimable ,
Pourquoi ne pas l'aimer toujours ?
Je ſens encor la même flame ?
J'éprouve encor les mêmes feux ;
Et le Ciel ma doué d'une âme
Dont lui ſeul peut borner les vœux ;
Mais peut-on ſans délicateſſe ,
Se flatter d'être vertueux ?
Je laiſſe donc à la baſſeſſe
De mille Sots préſomptueux ,
A courir après la richeſſe ,
•Après les titres faſtueux ,
Et ne retiens , pour être heureux ,
Que les tréſors de la tendreſſe
Que nous partagerons tous deux.
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Résumé : RÉPONSE de M. le Vicomte de SAINT-GERMAIN MATINEL.
Dans une lettre datée d'avril 1764, le Vicomte de Saint-Germain Matinal adresse ses remerciements à Dallet pour ses marques d'affection. Il valorise les plaisirs authentiques tels que l'amitié, qu'il considère supérieurs aux divertissements superficiels de son époque. L'auteur affirme que l'amour et l'amitié sont les seuls sentiments véritables et précieux. Il explique que l'amour l'a rendu sage, riche, savant, héros et vainqueur, préférant ces qualités au titre d'Empereur. Reconnaissant la vanité du monde, il choisit de se consacrer aux valeurs authentiques. Depuis son jeune âge, il a toujours aimé ce qui est aimable et ressent la même passion. Il aspire à une vie vertueuse, rejetant la quête de richesse et de titres, et privilégiant les trésors de la tendresse partagée avec Dallet.
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10858
p. 46
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS, FABLE imitée du POGGE.
Début :
DEUX tourtereaux se caressoient, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES TOURTERELLES ET LES ENFANS, FABLE imitée du POGGE.
LES TOURTERELLES ET LES ENFANS,
FABLE imitée du POGGE.
DEUX tourtereaux se caressoient,
(Se careſſer n'eſt point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuſoient
A les voir s'exercer dans ce genre d'eſcrime,
Et déjà dans leurs cœurs pour eux s'intéreſſoient.
On dit pourtant qu'ils ſoupçonnoient
Quelque perverſitécachée
Sous l'innocence de ces jeux.
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Nepouvant plus retenir ſa penſée ,
Leur dit : Dépêchez-vous ! Voici mongouverneur,
Il ſeroit homme à vous chercher querelle.
Ah !D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur ;
Tous ſes conſeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos cœurs
Nous ſçaurons nous montrer dociles ,
Avons-nous beſoin de vos mœurs ?
De la Raiſon l'hommea ſeul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & desdeſirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence& les plaiſirs.
FABLE imitée du POGGE.
DEUX tourtereaux se caressoient,
(Se careſſer n'eſt point un crime )
Deux jeunes enfans s'amuſoient
A les voir s'exercer dans ce genre d'eſcrime,
Et déjà dans leurs cœurs pour eux s'intéreſſoient.
On dit pourtant qu'ils ſoupçonnoient
Quelque perverſitécachée
Sous l'innocence de ces jeux.
Survint du bruit : or l'un d'entr'eux
Nepouvant plus retenir ſa penſée ,
Leur dit : Dépêchez-vous ! Voici mongouverneur,
Il ſeroit homme à vous chercher querelle.
Ah !D'un Mentor , reprit la Tourterelle ,
Nous n'avons ni beſoin ni peur ;
Tous ſes conſeils nous feroient inutiles :
Et tant qu'à la loi de nos cœurs
Nous ſçaurons nous montrer dociles ,
Avons-nous beſoin de vos mœurs ?
De la Raiſon l'hommea ſeul l'avantage :
11 a des loix , de l'or & desdeſirs.
La Tourterelle a pour partage
Et l'innocence& les plaiſirs.
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Résumé : LES TOURTERELLES ET LES ENFANS, FABLE imitée du POGGE.
La fable 'Les Tourterelles et les Enfants' décrit deux tourterelles qui se caressent, observées par deux enfants. Ces derniers craignent une intention malveillante et avertissent les oiseaux de l'arrivée de leur gouverneur. Les tourterelles affirment suivre la loi de leurs cœurs et n'avoir besoin ni de conseils ni de peur. La fable oppose la raison et les lois humaines à l'innocence et aux plaisirs des tourterelles.
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10859
p. 47
IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior, Primarii & artis suae reclamatoris.
Début :
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe, [...]
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texteReconnaissance textuelle : IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior, Primarii & artis suae reclamatoris.
IN Effigiem Viri clarissimi DD. DE
LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior,
Primarii & artis suae reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret utpatriæpoft fata ut viveret orbi
Artis ſplendori reddiditartis opes.
Cette Inſcription doit être miſe au bas de ſon
Buſte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
LA PEYRONIE, Chirurgor. Regior,
Primarii & artis suae reclamatoris.
Artis erat princeps toto PEYRONIUS orbe,
Subfidium atque decus gentis & urbis erat.
Viveret utpatriæpoft fata ut viveret orbi
Artis ſplendori reddiditartis opes.
Cette Inſcription doit être miſe au bas de ſon
Buſte de marbre qu'on travaille pour le Collége
de Saint Côme de Montpellier.
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10860
p. 47-48
ROMANCE.
Début :
UN Berger de notre village [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ROMANCE.
ROMANCE.
UN Berger de notre village
Poſſeſſeur d'un joli troupeau ,
Pour le préſerver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau.
En lui faiſant ces dons , ſa mère
Diſoit , préſſentant ſon malheur:
Mon Fils , écoute ma prière ,
>> Et fi je te ſuis encor chère ,
>>Garde ton chien comme ton cœur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnanc
Fut obſervé fidélement ;
Mais hélas ! cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De ſon ſecond commandement.
Soit adreſſe ou pure innocence ,
Son cœur fut bleſſé par Cloris.
Dans une telle circonſtance ,
Un chien eſt de peu de défenſe ;
Le chien & le cœur , tout fut pris.
Il eſt vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de ſi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd ſes moutons.
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de ſon beau chien.
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A ſou lui prendre ſa houlette,
Ses moutons & ſon cœur pour rien.
1
Par l'Auteur de l'Epître à Mélanie. *
*CetteEpître n'a pas été envoyée au Mercure.
UN Berger de notre village
Poſſeſſeur d'un joli troupeau ,
Pour le préſerver de la rage
Des méchans loups du voifinage ,
Avoit un chien encor plus beau.
En lui faiſant ces dons , ſa mère
Diſoit , préſſentant ſon malheur:
Mon Fils , écoute ma prière ,
>> Et fi je te ſuis encor chère ,
>>Garde ton chien comme ton cœur.
48 MERCURE DE FRANCE .
Le premier point de l'ordonnanc
Fut obſervé fidélement ;
Mais hélas ! cette prévoyance
Lui fit oublier l'importance
De ſon ſecond commandement.
Soit adreſſe ou pure innocence ,
Son cœur fut bleſſé par Cloris.
Dans une telle circonſtance ,
Un chien eſt de peu de défenſe ;
Le chien & le cœur , tout fut pris.
Il eſt vrai , l'amour de la Belle ,
Devoit payer de ſi beaux dons ;
Mais au bout d'un mois la cruelle
Jugea qu'on peut être infidelle ,
Au Berger qui perd ſes moutons.
Quelques faveurs d'une coquette
Furent le prix de ſon beau chien.
Mais on dit que depuis , Suzette ,
A ſou lui prendre ſa houlette,
Ses moutons & ſon cœur pour rien.
1
Par l'Auteur de l'Epître à Mélanie. *
*CetteEpître n'a pas été envoyée au Mercure.
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Résumé : ROMANCE.
Le poème narre l'histoire d'un berger possédant un troupeau et un chien pour le protéger des loups. Sa mère lui conseille de chérir son chien comme son propre cœur. Initialement, le berger suit ce conseil, mais il tombe ensuite amoureux de Cloris et néglige la protection de son troupeau. Après un mois, Cloris se révèle infidèle. Pour reconquérir ses faveurs, le berger donne son chien à Suzette. Cependant, Suzette rejette ses avances et ne montre aucun intérêt pour ses moutons ou son cœur.
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10861
p. 49
ODE Anacréontique à M. M. sur la piquure d'un Cousin.
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texteReconnaissance textuelle : ODE Anacréontique à M. M. sur la piquure d'un Cousin.
ODE Anacréontique à M. M. sur la
piquure d'un Cousin.
Es piéges que nous tend l'Amour
Il n'eſt aiſé de ſe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous ſéduire & nous ſurprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , ſous la formed'une mouche,
Ce Dieu vola ſur vosgenoux ,
Sur votre ſein , puis ſur ma bouche.
De ſon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelles
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Couſine , un baiſer peut ſuffire.
I. Vel.
*
B. à Metz.
piquure d'un Cousin.
Es piéges que nous tend l'Amour
Il n'eſt aiſé de ſe défendre :
Ce Dieu n'épargne aucun détour
Pour nous ſéduire & nous ſurprendre.
Aminte , j'étois près de vous ,
Quand , ſous la formed'une mouche,
Ce Dieu vola ſur vosgenoux ,
Sur votre ſein , puis ſur ma bouche.
De ſon aiguillon à l'inſtant ,
J'éprouvai l'atteinte cruelles
Et je prétendis vainement
Traiter cela de bagatelle.
Sa piquure fut un venin.
Mais pour partager , ou détruire
Les maux que m'a faits ce Couſin ;
Couſine , un baiſer peut ſuffire.
I. Vel.
*
B. à Metz.
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Résumé : ODE Anacréontique à M. M. sur la piquure d'un Cousin.
Le poème relate une expérience amoureuse douloureuse du poète, comparée à une piqûre de mouche venimeuse, lors d'une rencontre avec Aminte. Pour soulager cette douleur, il suggère un baiser de sa cousine. Le poème est signé 'I. Vel.' et daté de Metz.
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10862
p. 50-58
SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
Début :
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière lettre : il a ses peines sans doute ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
SUITE des Lettres d'un jeune Homme.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ses peines sans doute ;
mais est-ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa pre-
miére tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfou-
cette vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfi-
ble , & celui qui n'a connu que le com-
mun des femmes , proſcrivent un ſenti-
ment qu'ils ignorent ; ils vous préſente-
rontl'amour accompagnédu cortége af-
freux de tous les maux; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'in-
nocence des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du cœur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764.
51
plus douce lumière ; l'âme elle-même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſansdoute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bien-
veillance , combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe ai-
mable & fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui vou-
droit éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société,qu'im-
porte : elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art déli-
cat & fublime de faire tourner l'amour
au profit des mœurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation. Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon cœur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indi-
gnation ; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ;queles charmes du
caractère le diſputent à ceuxde la figure ;
quela beauté d'une âme ſimple & gé-
néreuſe ne ſoit point offuſquée parl'en-
chantementd'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les nœuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuc-
cédera cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'é-
tendue de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
,
AVRIL . 1764.
53
&de la modeſtie ? Simple & noble pu-
deur ! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violen-
ce , & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davan-
tage. Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le cœur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peut-
être abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujetde cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plain-
tes améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon cœur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole
je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un cœur droit & fincére.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes nœuds qui nous lient
viennentde vous unir.Venez!notre com-
mune joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajou-
ter au bonheur d'être aimé , toi d'Hen-
riette , & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez -vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fou-
venir me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez-vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
mœurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764.
55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets ,
ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité; mais
ne vous en défaites point : elle pour-
roit ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fen-
tent rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le cœur ſer-
ré depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible
....
ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes diffici-
les , de ces larmes qui déchirent le
cœur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruel-
les. Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pour-
ront modérer mon ennui ; cette cham-
bre à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus reſterà Lifors ; toutm'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus
...
tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon cœur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; char-
mez , s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable !
......
Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écri-
ture , les traits de votre main. Mais pour-
quoi ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez-vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos char-
mes ? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764.
57
lè mérite & les grâces ! Ah,jugezmieux
de vous & de moi! Quel homme bar-
bare n'a jamais ſenti l'attrait de la beau-
té , ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado-
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie; vous avez un
cœur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſez-
vous donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cher-
chois une compagne aimable & ver-
tueuſe , une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de lamodération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les vœux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant, mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi ,je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le cœur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfi-
bilité m'a toujours ſauvé de la débau-
che ; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon cœur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émo-
tion vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir, quels heureux jours
je me promettrois, fi la main de So-
phie... Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera-t-il nos vœux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
LETTRE VII.
JE me plaignois de l'amour dans ma dernière
lettre : il a ses peines sans doute ;
mais est-ce bien un mal quecette paffion?
Il faudroit en avoir éprouvé toute la
violence , & recouvrer enfuite ſa pre-
miére tranquillité ; on pourroit alors
comparer ces deux états , & prononcer
plus hardiment. Eft-ce à moi de réfou-
cette vieille question ?
L'homme auſtère ,l'homme infenfi-
ble , & celui qui n'a connu que le com-
mun des femmes , proſcrivent un ſenti-
ment qu'ils ignorent ; ils vous préſente-
rontl'amour accompagnédu cortége af-
freux de tous les maux; ils défigureront
tous ſes traits , & fubftitueront à l'in-
nocence des grâces les noirs fantômes
de leur imagination.
Le jeune amant , dans l'ardeur de
ſon enthouſiaſme, & dans l'yvreffe de
fon bonheur , embellira tout. A peine
diftinguera-t-il les ſentimens du cœur
du préſtige des ſens. Partout le plaifir &
la joie l'environnent ; la flamme de
l'amour répand fur tous les objets une
AVRIL. 1764.
51
plus douce lumière ; l'âme elle-même
s'éléve & s'ennoblit ; & la vie n'eſt plus
rien fans le charme de la tendreſſe.
Sans apprécier ces deux tableaux ,
il me ſemble que la ſenſibilité , loin
d'être un mal en ſoi , eſt un bien fait
de la nature. Elle a ſes inconvéniens
ſansdoute comme les meilleures choſes.
Mais , fans compter les confolations &
les ſecours que l'humanité ſouffrante a
reçus de la commifération & de la bien-
veillance , combien de fois la délicateſſe
& l'enthouſiaſme de l'amour n'ont- ils
pas calmé la révolte des ſens ! Quel est
l'infortuné Mortel qu'une Maîtreffe ai-
mable & fage n'a pas ſcu garantir des
écueils d'une impétueuſe jeuneſſe ?
Quelle Philofophie que celle qui vou-
droit éteindre le ſentiment même !
Que cette faculté de notre âme ne
ſe développe que dans la Société,qu'im-
porte : elle étoit du moins en nous. Ne
mépriſons pas les dons du Ciel : il ne
s'agit que de les bien diriger; & ce ne
feroit pas un médiocre ſervice à rendre
à l'humanité , que de trouver l'art déli-
cat & fublime de faire tourner l'amour
au profit des mœurs. Il me ſemble que
ce ſoin devroit faire , mais non pas
tout-à- fait , comme à Sparte , une par-
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
tie eſſentielle de l'éducation. Au lieu
d'abandonner une jeuneſſe aveugle au
penchant de ſon cœur , montrez-lui le
véritable amour , toujours animé par
la vertu ; offrez ſurtout aux jeunes filles
cette douce & ſévère image ; qu'un
amant noté par quelque vice ou par
quelque lâcheté , n'attende plus de ſa
maîtreſſe que du mépris & de l'indi-
gnation ; qu'ils attachent l'une & l'autre
quelque idée à ces mots de grandeur
d'âme , d'union conjugale , de patrie ,
d'honnêteté, de vertu ;queles charmes du
caractère le diſputent à ceuxde la figure ;
quela beauté d'une âme ſimple & gé-
néreuſe ne ſoit point offuſquée parl'en-
chantementd'un dehors trompeur : vous
verrez que l'eſtime mutuelle reſſerrant
les nœuds de l'amour , il perdra ce qu'il
a de dangereux. Que le chriftianiſme ,
qui nous ordonne d'aimer nos femmes ,
donne à ces vertus morales le ſouverain
degré d'énergie & de confiftence , tout
rentrera dans l'ordre , & l'amour ſera
juftifié.
Ala fureur de ſes emportemens fuc-
cédera cette joie paiſible & délicieuſe ,
qui laiſſe goûter à notre âme toute l'é-
tendue de fon bonheur. Que deviendra
l'art mépriſable de certaines femmes ,
quand on fentira le prix de la candeur
,
AVRIL . 1764.
53
&de la modeſtie ? Simple & noble pu-
deur ! Non , il n'appartient qu'à toi de
couronner l'amour ! C'eſt toi , c'eſt ta
naïve adreſſe qui ſçait adoucir ſa violen-
ce , & mêler au délire de nos fens la
volupté du ſentiment & de la paix !
Vous diriez que l'amour s'épure & fe
fortifie à mesure qu'il ſe rapproche de
l'amitié , & qu'il lui reſſemble davan-
tage. Ah ! Vous n'en doutez point ,
vous dont le cœur pur adore la vertu !
Ces idées ne font pas neuves ni peut-
être abſolument juſtes : je te les donne ,
mon ami , pour ce qu'elles font : mais
ne répandent- elles pas quelque jour fur
leſujetde cette lettre ?
Que ce tribut d'éloges que je paye à
l'amour ne t'étonne pas après les plain-
tes améres que je t'adreffois il n'y a
pas long-temps. Viens embraſſer ton
ami ; il eſt enfin le plus heureux des
hommes. Sophie , l'aimable Sophie eſt
à moi pour toujours ! L'excès de ma
félicité préſente efface de mon cœur de
douloureux ſouvenirs. Je ſuis enyvré ;
vole
je t'attends. Tu vas connoître
l'incomparable objet qui m'enchante.
Ces lettres que tu me demandes , tu
les auras bien-tôt. C'eſt l'hiſtoire fimple
& naïve d'un cœur droit & fincére.
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
Tu l'auras toute entière ; tu ſens que
je n'ai point de ſecrets pour toi.
Hâtez- vous d'arriver mon ami. Votre
chère Henriette aimera ma Sophie , qui
brûle de l'embraffer. Heureux &dignes
époux ! les mêmes nœuds qui nous lient
viennentde vous unir.Venez!notre com-
mune joie augmentera celle de chacun
de nous , fi pourtant l'on peut rien ajou-
ter au bonheur d'être aimé , toi d'Hen-
riette , & moi de Sophie.
LETTRES A SOPHIE ,
LETTRE I.
SOPHIE , Sophie ! ... Elle part , elle
me fuit .... l'ingratte abandonne un
infortuné qui l'adore ! Y Songez -vous
bien , cruelle ? Eſpérez-vous retrouver
un amant auſſi tendre ? vous m'aimez , &
vous êtes déjà loin de moi ! Momens
délicieux & trop courts , dont le fou-
venir me charme & me déſole , ne
reviendrez- vous jamais ? ne ferez-vous
pas plus durables ? Aimable & chère
Sophie ! écoutez l'amour gémiſſant.
Pourriez - vous méconnoître ſa voix ?
Vous ſçavez ſi je ſçais reſpecter vos
mœurs & ces qualités charmantes qui
AVRIL. 1764.
55
vous diftinguent bien plus encore que
la beauté : laiſſez-vous attendrir à mes
regrets ,
ils font bien légitimes quand
je vous perds ! Ne rougiffez pas d'être
ſenſible. Je ſçais trop qu'elle nous fait
fouffrir , cette extrême ſenſibilité; mais
ne vous en défaites point : elle pour-
roit ſeule produire les bonnes actions.
Malheur aux âmes dures & qui ne fen-
tent rien !
Dès que j'eus perdu de vue cette
fatale chaiſe qui vous enlevoit , qui
emportoit mon bonheur , je rentrai
bien vîte chez moi. J'avois le cœur ſer-
ré depuis long temps. Je m'enfermai
dans mon cabinet. Livré au déſeſpoir ,
éperdu , prèſque inſenſible
....
ô ma
charmante amie ! J'eſſayai de pleurer.
Quels pleurs ! De ces larmes diffici-
les , de ces larmes qui déchirent le
cœur , & qui rempliſſent encore mes
yeux : jamais je n'en verrai de fi cruel-
les. Nuit affreuſe ! ... Le jour n'a point
diſſipé ma triſteſſe. Je crois être ſeul
dans l'univers. Vos lettres ſeules pour-
ront modérer mon ennui ; cette cham-
bre à côté de celle que j'occupe , je
n'oſe plus la regarder. Je ne ſçais quel
trouble involontaire me ſaiſit quand il
faut que je paſſe devant cette porte....
Civ
5.6 MERCURE DE FRANCE.
je ne veux plus reſterà Lifors ; toutm'y
retrace l'idée d'une perſonne trop chère,
pour mon repos ..... Mais pourquoi ne
pas entrer dans cette chambre ? Ma
Sophie n'y eſt plus ; je ne l'y verrai
plus
...
tout ce qui me la rappelle doit
être cher à mon cœur. Revenez , ma
Sophie ! Confolez mes chagrins ; char-
mez , s'il eſt poffible , l'horreur de ma
folitude. Que de vertus j'ai vu briller
dans ce réduit obſcur ! Charmant &
mystérieux aſyle , vous futes celui de
la ſageſſe & des grâces ; vous avez
poſſédé ce que la terre a de plus grand
& de plus aimable !
......
Puiffe - je
retrouver bientôt ce que j'ai perdu !
Eſpoir flatteur , toi ſeul adoucis mes
peines ! Adieu , Sophie ; adieu , toi
que j'aimerai toujours !
LETTRE II.
QUELLE
UELLE aimable lettre ! Avec
quelle émotion j'ai reconnu cette écri-
ture , les traits de votre main. Mais pour-
quoi ces craintes qui m'outragent ? Me
croyez-vous affez vil pour vouloir vous
tromper ? vous ignorez donc vos char-
mes ? Qui , moi ! Que je puiſſe trahir
AVRIL. 1764.
57
lè mérite & les grâces ! Ah,jugezmieux
de vous & de moi! Quel homme bar-
bare n'a jamais ſenti l'attrait de la beau-
té , ſurtout quand elle pare les talens ,
l'eſprit , la raiſon & la douceur ! J'ai
connu des femmes qui avoient bien
de l'obligation à leur figure ; mais , ado-
rable Sophie , vous embelliffez la beauté
même. Vous êtes vraie; vous avez un
cœur noble & fenfible. La figure la plus
aimable annonce les heureuſes qualités
de votre âme. Par quel charme uniſſez-
vous donc à la piquante vivacité d'une
belle brune , la douceur enchantereſſe
de la blonde la plus touchante ? Pav
quelle magie vos beaux yeux expri
ment-ils la tendreſſe & la modeſtie
Je crois que je mourrois , ſi je n'as
vois pas le bonheur de vous plaire.
Il eſt affreux de ne teniràrien.Je cher-
chois une compagne aimable & ver-
tueuſe , une amie ſenſible & raifon--
nable ; je vous ai rencontrée... Hélas
je fins que je vous rendrois heureuſe !
Un homme fimple & tranquille ,ami
de l'ordre & de lamodération , que le
bruit du monde , & l'éclat du faſte im
portunent , dont la vertu , l'amour & la
paix peuvent ſeuls remplir les vœux
voilà l'époux qui vous eſt offert. Il feroid
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
toujours votre amant, mais l'amant le
plus délicat , pénétré du mérite de ce
qu'il aime , & qui ſçauroit mêler du
reſpect aux plus tendres careſſes. Mais ,
bonne amie , il y a des âmes baſſes qui
ne connoiffent d'autre volupté que celle
des fens. Pour moi ,je dédaigne , je hais
les plaiſirs où le cœur & l'honnêteté ne
préſident pas. J'oſe le dire , ma fenfi-
bilité m'a toujours ſauvé de la débau-
che ; & je me ſens né pour adorer un
objet eftimable. Son divin modéle ſe
retraçoit fans ceſſe à mon cœur. Ce
n'eſt plus une chimère ; vous m'offrez
ce que j'ofois à peine imaginer. Fille
charmante ! Quelle douce & triſte émo-
tion vous excitez dans mon âme ! Que
ne fuis-je à vous pour toujours ! Dieu !
quel riant avenir, quels heureux jours
je me promettrois, fi la main de So-
phie... Hélas ! je n'en ſuis pas indigne ,
par mes fentimens du moins , par la
candeur & la vérité de mon caractère.
Quand le fort comblera-t-il nos vœux ?
Adieu , aimez-moi toujours.
Fermer
Résumé : SUITE des Lettres d'un jeune Homme. LETTRE VII.
Dans la septième lettre, l'auteur réfléchit sur l'amour, reconnaissant à la fois ses souffrances et ses bienfaits. Il critique ceux qui condamnent ou idéalisent excessivement cette passion. Pour lui, la sensibilité, y compris l'amour, est un don naturel bénéfique malgré ses inconvénients. Il suggère que l'amour peut apaiser les passions et guider les jeunes vers la vertu. L'auteur révèle que Sophie, qu'il aime, est désormais sienne et invite son ami à partager sa joie et à rencontrer Sophie. Dans la première lettre à Sophie, l'auteur exprime sa douleur face à son départ imminent, admirant ses qualités et suppliant Sophie de ne pas oublier sa tendresse. La correspondance entre les deux individus montre une profonde tristesse et un amour intense. Le narrateur décrit son désespoir après la séparation avec Sophie, se sentant seul et incapable de trouver du réconfort ailleurs que dans les lettres de Sophie. Il évoque une chambre adjacente à la sienne qu'il évite de regarder car elle lui rappelle Sophie. Il exprime son désir de la retrouver et de surmonter sa solitude. Dans la deuxième lettre, Sophie répond en exprimant son émotion à la lecture de l'écriture du narrateur. Elle réfute toute crainte concernant sa fidélité et son honnêteté, soulignant ses propres qualités et celles du narrateur. Elle décrit le narrateur comme un homme simple, vertueux et amoureux, cherchant une compagne aimable et vertueuse. Sophie exprime son désir de le rendre heureux et son admiration pour sa sensibilité et sa moralité, concluant en espérant que leurs vœux seront exaucés et en renouvelant son amour pour lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10863
p. 58-59
« LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mars est la Langue. Celui [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mars est la Langue. Celui [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mars est la Langue. Celui [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
Mercure de Mars est la Langue. Celui
de la feconde est la Crémaillère. Celui
de la troifiéme eſt Noël qui donne ce-
AVRIL. 1764.
59
lui de Léon. Celui du premier Logo-
gryphe eſt Fricandeau , dans lequel
on trouve cire , France , Caën , Caire
Icare , Inde , If, Candie , Canarie
د
air , eau , feu , avenir , ré , fa , car ,
ane , fard, cidre , vin , caffé , uni , nef,
cure , canard , art , farcin , navire , un,
neuf , nid , cri , Diacre , cráne
, aneau ,
rideau , cadeau , craie , canif , acier
,
fer, Franc , naif, ancre , cerf , Cain ,
cave , Diane , Faune , Racine , Cadi ,
ver , cuir , aune , aune , urne , rien , an
ride , Dieu. Celui du ſecond Logogry-
phe eſt Hermaphrodite.
Mercure de Mars est la Langue. Celui
de la feconde est la Crémaillère. Celui
de la troifiéme eſt Noël qui donne ce-
AVRIL. 1764.
59
lui de Léon. Celui du premier Logo-
gryphe eſt Fricandeau , dans lequel
on trouve cire , France , Caën , Caire
Icare , Inde , If, Candie , Canarie
د
air , eau , feu , avenir , ré , fa , car ,
ane , fard, cidre , vin , caffé , uni , nef,
cure , canard , art , farcin , navire , un,
neuf , nid , cri , Diacre , cráne
, aneau ,
rideau , cadeau , craie , canif , acier
,
fer, Franc , naif, ancre , cerf , Cain ,
cave , Diane , Faune , Racine , Cadi ,
ver , cuir , aune , aune , urne , rien , an
ride , Dieu. Celui du ſecond Logogry-
phe eſt Hermaphrodite.
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Résumé : « LE mot de la premiere Enigme du Mercure de Mars est la Langue. Celui [...] »
Le texte décrit plusieurs énigmes et jeux de langage. Les énigmes concernent les mots 'Langue', 'Crémaillère' et 'Noël'. Le premier logogriphe utilise 'Fricandeau' avec des termes variés comme 'cire', 'France', 'air', 'eau', 'feu', et des notes musicales. Le second logogriphe a pour mot clé 'Hermaphrodite'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10864
p. 59-60
ENIGME.
Début :
Sans changer de nature, [...]
Mots clefs :
Cheminée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
SANS changer de nature ,
Sous plus d'une figure
, aneau ,
Je parois quelquefois brillante d'ornemens;
Et d'autres fois ſans agrémens.
* Je ſuis tantôt quarrée ou ronde ,
Tantôt platte & tantôt profonde ;
Je rends ſervice au grand Seigneur ,
Ainſi qu'au plus vil Laboureur.
J'ai des jambes , des bras , qui plus eſt une tête.
Ne va pas me croire une bête ;
Car loin d'arriver à ton but ,
,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Tu ſerois obligé de me mettre au rebut.
Pourſuís , examine mon être ;
A divers traits tu pourras me connoître....
Je ne mets guères de chapeau ,...
Mais ſouvent je porte un manteau.
Sans recourir à la Juſtice ,
Mon Maître quelquefois me condamneaufup
plices
Et pour affouvir ſa fureur ,
Par des gens qui ſont des canailles ,
Me fait déchirer les entrailles ,
Sans que jamais je faſſe éclater ma douleur..
Par M. DE. LA GARENNE , d'Angers.
SANS changer de nature ,
Sous plus d'une figure
, aneau ,
Je parois quelquefois brillante d'ornemens;
Et d'autres fois ſans agrémens.
* Je ſuis tantôt quarrée ou ronde ,
Tantôt platte & tantôt profonde ;
Je rends ſervice au grand Seigneur ,
Ainſi qu'au plus vil Laboureur.
J'ai des jambes , des bras , qui plus eſt une tête.
Ne va pas me croire une bête ;
Car loin d'arriver à ton but ,
,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE .
Tu ſerois obligé de me mettre au rebut.
Pourſuís , examine mon être ;
A divers traits tu pourras me connoître....
Je ne mets guères de chapeau ,...
Mais ſouvent je porte un manteau.
Sans recourir à la Juſtice ,
Mon Maître quelquefois me condamneaufup
plices
Et pour affouvir ſa fureur ,
Par des gens qui ſont des canailles ,
Me fait déchirer les entrailles ,
Sans que jamais je faſſe éclater ma douleur..
Par M. DE. LA GARENNE , d'Angers.
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10865
p. 60
AUTRE.
Début :
Je suis long, je suis rond, je suis droit & bossu ; [...]
Mots clefs :
Fuseau
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE
fuis long , je ſuis rond , je ſuis droit &
boffu ;
La Nature m'habille en me mettant au monde,
Mais l'Art me dépouille tout nud.
Honteux de me voir tel, je tourne & fais la ronde?
D'une agilité ſans ſeconde ,
Seulement pour être vêtu.
Mais ma condition en est-elle meilleure ?
Quel est enfin le prix de mon empreſſement ?
Je ne gagne qu'un vêtement ,
Et quelquefois ce n'eſt pas pour une heure..
fuis long , je ſuis rond , je ſuis droit &
boffu ;
La Nature m'habille en me mettant au monde,
Mais l'Art me dépouille tout nud.
Honteux de me voir tel, je tourne & fais la ronde?
D'une agilité ſans ſeconde ,
Seulement pour être vêtu.
Mais ma condition en est-elle meilleure ?
Quel est enfin le prix de mon empreſſement ?
Je ne gagne qu'un vêtement ,
Et quelquefois ce n'eſt pas pour une heure..
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10866
p. 61
AUTRE.
Début :
Cum sex membra valent, modo regum nobile quoddam [...]
Mots clefs :
Fascia
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE..
CUM ſex membra valent , modo regum nobile
quoddam
Sum decus , invalidis ſum modo præfidium .
Ne caput obtrunces , ipſum te in fruſta ſecarem
Quiſquis es , hoftis enim fic meus accipitur .
L. P. D. Ecolier de 2e au Collège de Mazarin.
CUM ſex membra valent , modo regum nobile
quoddam
Sum decus , invalidis ſum modo præfidium .
Ne caput obtrunces , ipſum te in fruſta ſecarem
Quiſquis es , hoftis enim fic meus accipitur .
L. P. D. Ecolier de 2e au Collège de Mazarin.
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10867
p. 61
LOGOGRYPHE.
Début :
Par des détours obscurs je conduis un secret, [...]
Mots clefs :
Logogriphe
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LOGOGRYPΗ Ε.
Par des détours obſcurs je conduis un ſecret ,
Je le tais avec ſoin , quoique je le décéle ;
Er pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle,
En le retournant trop j'en découvrel'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :
Mes dix pieds renverſés pourront t'o 'rir laloi ;.
D'un Royaume le Chef ſuprême ;
Le célébre inſtrument qui chante les héros :
Le motifqui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Uneplace au Spectacle ; un meuble de cuifine;
Un grain qui peut nous ſervir d'aliment ;
Enfin c'eſt .... c'eſt aſſez ; devine.
ParGEOFFROY, de Châtellerault.
Par des détours obſcurs je conduis un ſecret ,
Je le tais avec ſoin , quoique je le décéle ;
Er pour le mieux cacher , aveuglé par mon zèle,
En le retournant trop j'en découvrel'objet.
Toi qui me cherches dans moi-même ,
Cher Lecteur , examine moi :
Mes dix pieds renverſés pourront t'o 'rir laloi ;.
D'un Royaume le Chef ſuprême ;
Le célébre inſtrument qui chante les héros :
Le motifqui les méne ;
Une rivière dont les flots
Terminent l'Aquitaine ;
Ce qui compte tous nos momens ;
Uneplace au Spectacle ; un meuble de cuifine;
Un grain qui peut nous ſervir d'aliment ;
Enfin c'eſt .... c'eſt aſſez ; devine.
ParGEOFFROY, de Châtellerault.
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10868
p. 62
AUTRE.
Début :
En entier j'appartiens aux Rois [...]
Mots clefs :
Cordon
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
En entier j'appartiens aux Rois
Comme aux Enfans de S. François.
Divi ſez mes fix pieds : je donne de la tête
Tout à travers les bois .
Plus d'une fois ,
Le Nautonier qui , malgré la tempête ,
Comptoit ſur ſa fragile nef ,
Rapporter du Pérou les deux tiers de mon chef,
Près ou loin du rivage ,
Afait naufrage
Contre mon chef entier
,
Renverſé tout exprès pour tromper le Routier . *
Mon corps , ou la moitié de ce que je poſſéde ,
Préſente naturellement
Ce qu'on fait quand on céde
Gratuitement.
Retranchez- en un tiers : reſte une particule
De l'empire de la férule.
Si tout ceci , Lecteur , n'eſt pas de votre goût ,
Conſultez l'inſtrument qui guide le navire :
د
Il vous enſeignera les deux tiers de mon tout ;
Et ces deux tiers , pour tout vous dire
Vous donneront , dans un autre ordre offerts ,
Ce qu'eſt en forme l'Univers.
*Livre de Cartes Marines.
En entier j'appartiens aux Rois
Comme aux Enfans de S. François.
Divi ſez mes fix pieds : je donne de la tête
Tout à travers les bois .
Plus d'une fois ,
Le Nautonier qui , malgré la tempête ,
Comptoit ſur ſa fragile nef ,
Rapporter du Pérou les deux tiers de mon chef,
Près ou loin du rivage ,
Afait naufrage
Contre mon chef entier
,
Renverſé tout exprès pour tromper le Routier . *
Mon corps , ou la moitié de ce que je poſſéde ,
Préſente naturellement
Ce qu'on fait quand on céde
Gratuitement.
Retranchez- en un tiers : reſte une particule
De l'empire de la férule.
Si tout ceci , Lecteur , n'eſt pas de votre goût ,
Conſultez l'inſtrument qui guide le navire :
د
Il vous enſeignera les deux tiers de mon tout ;
Et ces deux tiers , pour tout vous dire
Vous donneront , dans un autre ordre offerts ,
Ce qu'eſt en forme l'Univers.
*Livre de Cartes Marines.
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10869
p. 63
AIR TENDRE.
Début :
EN vain jusqu'à ce jour j'avois sçu m'en défendre ; [...]
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texteReconnaissance textuelle : AIR TENDRE.
AIR TENDRE.
EN vain jusqu'à ce jour j'avois sçu m'en défendre ;
L'Amour, ce Dieu malin, triomphe de moncœur.
Peut-on, aimable Iris, vous voir & vous entendre, Sans brûler à l'inſtantde la plus vive ardeur ?
Par M. ***.
EN vain jusqu'à ce jour j'avois sçu m'en défendre ;
L'Amour, ce Dieu malin, triomphe de moncœur.
Peut-on, aimable Iris, vous voir & vous entendre, Sans brûler à l'inſtantde la plus vive ardeur ?
Par M. ***.
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10870
p. 64-68
LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
Début :
UN homme de lettres, Monsieur, faisoit il y a quelques jours, des recherches [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles-Annibal FABROT.
UN homme de lettres, Monsieur,
faisoit il y a quelques jours, des recherches
par pure curiofité, dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Com-
patriotes , même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV ,fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît-il mé-
connu dans ſa patrie , & fon nom est-il
ainſidéguisé pardes Auteurs modernes
AVRIL. 1764..
65
Heſt oublié dans la colomnedes Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chro-
nologique , à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez-vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une no-
tice ſuccinte , le tort que cette omif-
fion fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitiédu fameux Peireſc, pro-
tecteur de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'a-
voit que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'U-
niverſité d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne, ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire im-
primer des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. CetOuvrage dédié au Chan-
celier Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'O-
rient , & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe, le fruit de dix an-
nées d'application conſtante , mérita à
fonAuteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
conſtances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Œuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A-
naſtaſe le Bibliothéquaire , de Conf-
tantin Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques ma-
ximes de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique
fur les
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatiga-
ble Ecrivain commença la réviſion des
Œuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plu-
fieurs manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande appli-
cation qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbré-
viateur de Moreri , dans ſon petitDic-
tionnaire hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire
Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifcon-
ſultes de France : pourquoi donc eft-
il ou oublié , ou cité ſous une déno-
mination latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af-
ſez ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. G. Abonné au Mercure.
Auteur du Mercure de France.
SUR Charles-Annibal FABROT.
UN homme de lettres, Monsieur,
faisoit il y a quelques jours, des recherches
par pure curiofité, dans des ouvrages de
Jurifconfultes Francois ; il y trouva des
points affez intéreſſans , ſous la garantie
de Fabrotus. Il imagina que c'étoit un
Sçavant Etranger dont l'autorité lui
parut mériter toute fon attention : en
conféquence il confulta les Bibliogra---.
phes. Quel fut fon étonnement , Mon--
fieur ! Ce Fabrotus eſt un de ſes Com-
patriotes , même ſon parent , & l'un
des plus habiles hommes qu'il y ait
eu fous le régne de LOUIS XIV ,fi
fécond en talens de tout genre. Par
quelle fatalité ce Sçavant paroît-il mé-
connu dans ſa patrie , & fon nom est-il
ainſidéguisé pardes Auteurs modernes
AVRIL. 1764..
65
Heſt oublié dans la colomnedes Sça
vans & Illuftres que M. le Préſident
Hénault a miſe dans ſon abrégé chro-
nologique , à côté des Héros & des
grands Hommes d'Etat qui ont auffi
honoré la Nation. * Permettez-vous ,
Monfieur , qu'on répare , par une no-
tice ſuccinte , le tort que cette omif-
fion fait à la mémoire d'un homme
qui ſeroit très-célébre , fi notre fiécle
étoit moins frivole ?
Charles - Annibal Fabrot étoit d'Aix
en Provence. ſa profonde érudition &
ſes vaſtes connoiſſances dans la Jurif
prudence civile & canonique , lui ob--
tinrent l'amitiédu fameux Peireſc, pro-
tecteur de tous les gens de mérite. Le
Préſident Du Vair qui l'eſtimoit fort
aufſi , devenu Garde des Sceaux en
1617 , attira Fabrot à Paris : il n'a-
voit que trente-fix ans ; & depuis huit
années il occupoit avec distinction une
chaire de Profeſſeur en droit dans l'U-
niverſité d'Aix. Il y retourna après la
mort de fon protecteur , & y reprit
fes fonctions de Profeſſeur. On le re-
* M. de Voltaire qui a fait dans l'hiſtoire du
ſiecle de LOUIS XIV , celle des progrès de
l'eſprit humain & de tous les Arts , ſous ce
beau régne, ne fait aucune mention de Fabrot
66 MERCURE DE FRANCE .
vit à Paris en 1637 , pour y faire im-
primer des notes fur les Inſtituts de
Juftinien. CetOuvrage dédié au Chan-
celier Seguier fut honorable & utile.
Il fit à Fabrot un grand nom dans la
République des Lettres , & lui valut
une penfion de deux mille livres pour
travailler à la traduction des Bafiliques .
C'eſt la collection des Loix Romaines
dont l'uſage s'étoit conſervé dans l'O-
rient , & de celles que les Empereurs
de Conſtantinople avoient faites. Cet
Ouvrage immenfe, le fruit de dix an-
nées d'application conſtante , mérita à
fonAuteur une charge de Confeiller au
Parlement de Provence , dont les cir-
conſtances du temps ne lui ont pas
permis de jouir. Deux ans après , en
1649 , Fabrot publia une édition des
Œuvres de Cedrene , de Nicetas , d'A-
naſtaſe le Bibliothéquaire , de Conf-
tantin Manaſſes , & des Inſtituts de
Théophile Simocatte , qu'il enrichit de
notes & de diſſertations. On a de lui
des obſervations fur quelques titres du
Code Théodofien , un Traité contre
Saumaiſe fur l'uſure , & quelques ma-
ximes de Droit fur Théodore Balsamon ,
fur l'Histoire Eccléſiaſtique
fur les
AVRIL. 1764 .
67
Papes , & pluſieurs Traités particuliers
fur diverſes matières de Droit.
En 1652 , ce Scavant & infatiga-
ble Ecrivain commença la réviſion des
Œuvres de Cujas, qu'il corrigea fur plu-
fieurs manufcrits , & qu'il donna èn
Public en 1658 en dix volumes in-folio
avec d'excellentes notes auſſi curieuſes
qu'inſtructives. La trop grande appli-
cation qu'il donna à ce grand Ouvrage
lui cauſa une maladie dont il mourut ,
ſuivant M. l'Abbé l'Advocat , Abbré-
viateur de Moreri , dans ſon petitDic-
tionnaire hiſtorique & portatif, le 16
Janvier 1659 , âgé de 78 ans , ou au
mois de Février de la même année ,
ſuivant M. l'Abbé Lambert , Auteur
de l'hiſtoire
Littéraire du ſiècle de
LOUIS XIV. Il fut inhumé dans
l'Egliſe de S. Germain l'Auxerrois ſa
Paroiffe.
On trouva parmi les papiers de ce
Sçavant homme , des Commentaires fur
les Inſtituts de Justinien , des notes fur
Aulugelle , & le recueil des Ordon-
-nances ou Conſtitutions Eccléſiaſtiques
qui n'avoient pas été encore publiées en
grec. Ce dernier Ouvrage a été inféré
dans la Bibliothéque du Droit Canon,
publié en 1661 par MM. Voët & Justel.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je ne ſçais s'il y a eu un homme plús
érudit , plus laborieux & qui ait fait
plus d'honneur que lui aux Jurifcon-
ſultes de France : pourquoi donc eft-
il ou oublié , ou cité ſous une déno-
mination latine dans des Livres François ?
Enfin il a été pris pour un étranger
dont le nom en us ne rappelle pas af-
ſez ce que l'on doit à la mémoire
d'un auſſi illuſtre Compatriote.
J'ai l'honneur d'être , &c.
P. G. Abonné au Mercure.
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Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure de France. SUR Charles-Annibal FABROT.
La lettre adressée à M. de La Place, rédacteur du Mercure de France, met en avant la figure méconnue de Charles-Annibal Fabrot, un juriste et érudit français du XVIIe siècle. Un homme de lettres découvrit les travaux de Fabrot en consultant des ouvrages juridiques, croyant initialement qu'ils étaient l'œuvre d'un savant étranger. Fabrot, né à Aix-en-Provence, était réputé pour son érudition et ses compétences en droit civil et canonique. Il reçut le soutien de personnalités influentes telles que Peiresc et Du Vair, qui l'incitèrent à s'installer à Paris. À Paris, Fabrot publia plusieurs œuvres marquantes, dont des notes sur les Instituts de Justinien et une collection des lois romaines. Il obtint également une pension pour traduire les Basiliques et fut nommé conseiller au Parlement de Provence. Parmi ses autres contributions, on compte des éditions enrichies d'œuvres anciennes et divers traités juridiques. Sa santé se détériora après la publication des œuvres de Cujas, et il décéda en 1659 à l'âge de 78 ans. Malgré ses apports significatifs au domaine juridique, Fabrot reste souvent méconnu ou mal identifié dans les ouvrages modernes. La lettre vise à corriger cette injustice en rendant hommage à sa mémoire et à ses contributions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10871
p. 68-72
LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
Début :
NOUS croyons que le Public doit lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
LA POPULATION & la Beauté,
Odes. A Londres, & se trouve à
Paris chez Cailleau, rue S. Jacques,
près les Mathurins, à S. André ;
1764 ; in-8o.
NOUS croyons que le Public doit
lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Au-
teur , M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764.
69
pleines de poëfie &de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Etl'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre àdes calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonetd'un vil deſir que le caprice augmente,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir, malheureux, ton Epouſe éplorées
Entends-tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupésde ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beau-
té , brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'édu-
cation étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez-vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la cou-
ronnent ,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764.
71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui con-
traſte avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha-
leur fur le reſte de l'Ode.
Ladiſcorde a mugi; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans lesairs :
Le ſang coule; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffan-
dre
Surun monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens.
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive deMégéreeſtdans les mains desgrâces
L'amour est le Dieu des fureurs.
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivrede Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh, quoi! le doux zéphir enfante-t-il l'orage?
Les ris , l'œil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux.
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Etdoit-elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire con-
noître le talent de M. Sabatier. Il confir-
me , par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'au-
tres Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Con-
noiffeurs eſtiment.
Odes. A Londres, & se trouve à
Paris chez Cailleau, rue S. Jacques,
près les Mathurins, à S. André ;
1764 ; in-8o.
NOUS croyons que le Public doit
lire avec plaisir ces deux Odes : la premiere
eſt ſur un Sujet important ; l'Au-
teur , M. Sabatier , y peint avec force
les vices contraires à la population ;
nousavons admiré pluſieurs ſtrophes
AVRIL. 1764.
69
pleines de poëfie &de ſentiment. Nous
ſommes fachés de ne pouvoir parler
au long de ces deux Ouvrages : nous
allons citer quelques ſtrophes de la
première Ode ſans les choiſir. Le Poëte
parle de nos Ayeux.
Sitôt que de l'Amour les éloquentes flâmes
Leur faiſoit éprouver le beſoins de leurs âmes
Par des tranſports nouveaux ,
Ils couroient à l'autel conſacrer leur tendreſſe :
Etl'Hymen amoureux aux yeux d'une maîtreſſe
Allumoit ſes flambeaux.
Mais l'Hymen avili n'eſt qu'un Dieu mercenaire;
L'Epouſe la plus riche eſt celle qui doit plaire :
L'or ſeul peut nous charmer.
Des Pères inhumains maximes tyranniques !
Quoi , vous oſez ſoumettre àdes calculs iniques
Ledoux plaifir d'aimer ?
Jonetd'un vil deſir que le caprice augmente,
Ce mortel que chérit une épouſe charmante
Mépriſe ſes appas ,
Et payant des plaiſirs où la honte le guide,
Court dans les bras trompeurs d'une Laïs perfide
Acheter le trépas !
Viensdonc voir, malheureux, ton Epouſe éplorées
Entends-tu les ſoupirs d'une âme déchirée
Qui reclame ta foi ?
1
70 MERCURE DE FRANCE.
Elle te dit : Cruel , viens eſſuyer mes larmes.
Déja mon déſeſpoir auroit flétri mes charmes ,
S'ils n'étoient pas à toi.
Vous êtes plus cruels , vous Epoux inutiles ,
Qui contens d'un ſeul fils oſez être ſtériles
Jaloux de l'enrichir.
Vous qui préoccupésde ſa grandeur future ,
Dans vos embraſſemens arrêtez la nature
Et trompez ſon deſir.
L'apostrophe aux Loix que l'Auteur
excite à réprimer les abus qui arrêtent
la population,eſt pleine de vigueur : tout
ce qui eſt ſur l'agriculture nous a paru
très-beau.
La ſeconde Ode, qui eſt ſur la Beau-
té , brille ſurtout par la grandeur du
plan , & par la richefſe de la Poëfie.
Le Poëte y déplore avec raiſon l'édu-
cation étroite que l'on donne aux
femmes & qui étouffe leurs talens.
Eh ! comment voulez-vous que la beauté timide ,
Oifive par devoir , puiſſe d'un vol rapide
Atteindre vos lauriers brillans ?
Quand nous la deſtinons aux fleurs qui la cou-
ronnent ,
Quand tous les jeux qui l'environnent
De ſon fécond génie arrêtent les élans.
AVRIL. 1764.
71
Ce n'eſt point dans les champs embellis par
l'aurore ,
Que ſe forment la foudre & les brulans éclairs :
L'aigle altier amolli dans les jardins de Flore
Eût perdu l'empire des airs:
Au ſeul defir de plaire Elife abandonnée ,
N'eût point de ſes états fixant la deſtinée
Entrepris de nobles travaux :
Carthage en s'élevant menace l'Italie ,
Etl'ombre de Didon trahie
Erre autour d'Annibal & guide ſes drapeaura
La naiſſance de la beauté fait plaifir :
c'eſt dans un genre agréable qui con-
traſte avec les Strophes qui ſuivent :
l'Epiſode de Caſſandre , que le Poëte a
fi bien amené , jette la plus grande cha-
leur fur le reſte de l'Ode.
Ladiſcorde a mugi; déjà Troyelenflammée
N'eſt plusqu'un tourbillon qui rouledans lesairs :
Le ſang coule; &de morts cette plaine ſemée
S'abîme & les rend aux enfers :
Quel ſpectacle effroyable ! entendez-vous Caffan-
dre
Surun monceau fumant de ſa patrie en cendre,
Frapper les cieux de cris perçans ?
Les cheveux hériſſés & couverts de poufſière ,
Des temps elle ouvre la Barrière :
Et d'une voix lugubre exhale ces accens.
72 MERCURE DE FRANCE.
**O fatale beauté ! quel démon ſur tes traces
Du Ténare irrité déchaîne les horreurs ?
Le glaive deMégéreeſtdans les mains desgrâces
L'amour est le Dieu des fureurs.
Quel eſt ce Roi meurtri , renverſé de ſonTrône?
Barbare Clitemnestre : eh quoi , leCiel qui tonne
Ne tient pas ton bras ſuſpendu ?
Et toi , Sémiramis , toi , Reine forcenée,
Du fang de ton époux baignée ,
Tu le traînes mourant à tes pieds étendu !
Je vois Scylla trahir ſon Père & ſa Patrie ,
Et fuivrede Minos les drapeaux triomphans.
L'Amante de Jaſon , implacable Furie,
S'arme , elle immole ſes enfans :
Eh, quoi! le doux zéphir enfante-t-il l'orage?
Les ris , l'œil menaçant , étincelent de rage ;
Les plaiſirs creuſent des tombeaux.
La beauté n'eſt jamais que la vertu parée
Etdoit-elle être révérée ,
Dèsque de la Diſcorde elle tient les flambéaux ?
Ces Strophes ſuffiſent pour faire con-
noître le talent de M. Sabatier. Il confir-
me , par ces deux Piéces de Poëfies , la
réputation qu'il s'eſt déjà faite par d'au-
tres Poëmes Lyriques,& furtout par fon
Ode fur l'Enthouſiaſme , que les Con-
noiffeurs eſtiment.
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Résumé : LA POPULATION & la Beauté, Odes. A Londres, & se trouve à Paris chez Cailleau, rue S. Jacques, près les Mathurins, à S. André ; 1764 ; in-8 o .
Le texte présente deux odes de M. Sabatier publiées en 1764 à Londres et Paris. La première ode aborde la question de la population et dénonce les vices qui y sont opposés, tels que l'avidité matérielle et l'infidélité conjugale. Le poète critique les pères inhumains et les époux stériles, et appelle les lois à réprimer les abus qui entravent la croissance démographique. Il exalte également les bienfaits de l'agriculture. La seconde ode traite de la beauté et déplore l'éducation restrictive imposée aux femmes, qui étouffe leurs talents. Elle contraste avec des passages plus sombres, comme l'épisode de Cassandre et les horreurs causées par la beauté, illustrées par des figures historiques telles que Clitemnestre et Sémiramis. Le texte souligne le talent de Sabatier, déjà reconnu pour ses poèmes lyriques, notamment son ode sur l'enthousiasme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10872
p. 73-84
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
Début :
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle l'Auteur a eu le Manuscrit. Un [...]
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Ottoman, enrichie de Lettres traduites
du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques,
historiques & politiques, écrites
tant par Méhémet II. Empereur Ottoman,
que par ses Généraux, ses Sultanes,
un de ses Ambassadeurs, &
Usum-Cassan, Roi de Perse, son
contemporain ; traduites du Grec & de
l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à
Constantinople, avec des notes intéressantes,
& une Histoire de la Vie de ce
Conquérant, par M. Belin de Monterzi ;
à Paris, chez Duchesne, rue S.
Jacques, au Temple du Goût, chez
Panckoucke, rue & à côté de la Comédie
Françoise, & chez Prault, quai de
Conti ; avec approbation ; 1764 ;
deux parties in-12 d'environ 150 pages
chacune.
LA PRÉFACE désigne la voie par laquelle
l'Auteur a eu le Manuscrit. Un
I. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Seigneur Polonois , homme de Lettres,
le tenoit d'un Pacha , Gouverneur de
Province , & ce Seigneur en a fait part
à l'Editeur. Ce dernier , trouvant que
ces Lettres parloient des Batailles , des
Siéges & des principaux événemens du
Règne de Méhémet II, a été obligé ,
pour en développer les caufes,de puiſer
dans pluſieursAuteurs de cet Empire les
notes qui y avoient rapport, & d'écrire
toute la Vie de ce Monarque. La véné-
ration que les Turcs ont toujours eue
pourun Prince qui a été le Fondateurde
leur vaſte Empire , & l'envie que les
Grecs ont eue d'écrire les événemens
extraordinaires dont ils ont été témoins,
font croire avec beaucoup de probabi-
lité & de vraiſemblance , la poſſibilité
des Manufcrits que l'on peut trouver fur
leRègne d'un des plus célébres Conqué-
rans qui ayent paru dans le monde.
Origine des Turcs. Des Peuples origi-
naires des Scites conquirentle Turquef-
tan , d'où ils prirent le nomde Turcs.
Ils ſe réunirent ſous Ottoman , qui , de
Lieutenant-Général d'Aladin , Souve-
rain d'Alep & de Damas , devint ſon
fucceffeur , & hérita de la Bythinie &
du pays voiſin du MontOlimpe. Deux
fiécles & dix règnes s'écoulerent juf-
+
AVRIL. 1764.
75
qu'au couronnement de Méhémet II.
Amurat II , ſon père , ſurpaſſa tous ſes
prédéceſſeurs; il laiſſa un grand Empire
à ſon fils , qui remplit l'Europe & l'Afie
de la terreur de fon nom. Il affermit ſon
Trône par la mortde deux de ſes frères.
Scanderbeg , Roi d'Albanie , retarda
long-temps les ſuccès de ce Prince ; &
ce futaprès ſa mort, qu'il conquit fur
fon fils Jean les Etats que les Vénitiens,
fidèles obfervateurs de leurs engage -
mens , défendirent avec autant d'inuti-
lité que de perſévérance. Pluſieurs Let-
tres parlent du Siége & de la Priſe de
Conſtantinople en 1453 , & endonnent
des détails curieux , qu'il faut lire dans
l'Ouvrage même. La première eſt écrite
parMéhémet à Benféid , Sultane , à An-
drinople.
» Divine Sultane , je ne vous ai point
>> dit adieu ; n'en ſoyez point inquiette.
Il lui rend compte des raiſons qui l'ont
obligéde la quitter.Il finit ainſi ſa Lettre:
>>je ſouhaite de terminer bientôt cette
» expédition , pour pouvoir retourner à
>>Andrinople , & vous donner de nou-
>> velles preuvesde matendreſſe. Je vou-
>> drois que la flame qui me dévore ,
>> brillante Sultane , put voler fur les
» aîles des agréables Zéphirs ; qu'elle
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
>> pénétrât votre âme , & que l'extaſe
» du plaifir qu'elle vous feroit éprou-
» ver , durâtjuſqu'au moment de mon
→ arrivée.
Voici la réponſe en partie , les bornes
de ce Journal refferrant les Analyſes.
» Benféid, Sultane , à Méhémet . Em,
» pereur , à Satalie en Caramanie.
» Mille idées triftes me chagrinent ,
» cher Sultan , depuis que vous vous
» êtes éloigné de ces lieux. Vous les
>> avez quittés plus promptement que
>>les oiſeaux les plus rapides ne parcou
> rentla voute azurée. Lorſque des fon-
>> ges déſagréables , ayant-coureurs des
>>peines que je devois reffentir, ont fuf-
>>>pendu mes ſens , prêts à fortir de leur
>> afſoupiſſement, & que la lumière du
>>jour , frappant les organes de la vue ,
→ m'a réveillée; mon âme , par un effor
>>naturel ,portée fortement vers l'objet
>>que j'adore , a conçu , ſans le ſecours
>>de perfonne , l'éloignement du prin-
» cipe de ſa félicité. Mes craintes ont été
>> bientôt juſtifiées ; & la première voix
» qui m'a fait entendre les accens que je
»redoutois, ne m'a laiſſfé d'autre ſen
>>timent que celui de la plus vive dou-
leur.
Il y a d'autres penſées Aſiatiques
dans cette Lettre,
AVRIL. 1764.
77
Dans la troiſième , où Méhémet écrit
à la Sultane Benfeid, du Camp devant
Conſtantinople , à Andrinople ,au ſujet
d'Halifury , Prince de Caramanie , fon
Tributaire , qui s'étoit révolté , & en-
ſuite ſoumis , il y a ces expreſſions qui
peignent bien le naturel fougneux de
ce Conquérant.
» Il marche actuellement vers l'Armé-
>> nie , & je ſouhaite que le feu qu'il y
>>porte dure juſques aux temps où le
» Ciel ,favorable à mes vœux , me per-
>> mettra d'y voler , pour l'éteindre dans
»le ſang de ceux qui m'ont offenfé.
Une Deſcription de Conſtantinople ,
embellie par des métaphores agréables
& juftes de la plus belle ſituation qui
ſoit fans contredit dans le monde, en
donne une idée magnifique. On juge de
la politique de Méhémet , par le choix
qu'il fit de Gennadius , le plus ſçavant
de tous les Grecs , pour l'inſtaller Pa-
triarche de Conſtantinople , en lui met-
tant le Bâton paſtoral entre les mains ,
en préſence des Chrétiens & des Turcs.
Irène , la plus belle créature de cette
vaſte Capitale , paroît ſur la ſcène. Dans
une Lettre que ce Prince lui écrit de
Scutari , il lui dit que » les Femmes font
>> comme des eſſences précieuſes , qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
"
>>ont plus d'odeurs lorſqu'elles font
>>plus renfermées , & auxquelles il ne
>> reſte aucune fuavité lorſqu'on leur
>>>laiſſe prendre l'air. On peut les com-
>> parer à une table où il y a des fruits
>> exquis qui aiguiſentl'appétit de ceux
>>qui les voient, quand même ils ſe-
>> roient rafſafiés. En Grèce , en Italie ,
>> en France , elles ont toutes fortes de
>>>libertés : elles vont & viennent ac-
>>>compagnées , ou feules ; elle caquè-
>>tenttantqu'elles veulent ; & les ſages
» Musulmans , qui ſçavent prévoir ce
>>qui peut leur arriver de fâcheux , dé-
>> fendent aux femmes les converſations
>>avec les hommes , de peur qu'elles ne
>> ſe laiſſent enchanter par les oreilles
>> comme les aſpics.
» Je veux que vous n'ayez rien à de-
>> firer , idole de mon âme ; je vous
>> donnerai bientôt des preuves de la
>> flamme dontje brûle pourvos célef-
>>>tes attraits , en vous traitant en Reine ;
» vous méritez d'être élevée au rang le
>>plus diftingué ; mon amour vous en
>> réſerve les honneurs , & une félicité
>> fans partage.
4 La deſcriptiondu fiége de Belgrade
en 1456 dans une lettre écrite par un
des Généraux de Méhémet au Gouver
AVRIL. 1764.
79
neur de Conſtantinople eſt intéreſſante
par les exploits du fameux Hunniade ,
qui obligea ce Prince à le lever après
y avoir perdu une partie de ſes troupes.
Ce Conquérant ,après avoir foumis
une partie du Péloponnéſe , alla voir
Athènes dont il écrit une lettre à Mizai
Paleologue , Prince Grec , unde ſesGé-
néraux.
>> J'ai conſidéré les édifices que les
>> temps même ont épargnés ; pénétré
>> de reſpect & d'admiration pour ces
>> lieux fameux par les Platon , les So-
>> crate , les Euclide ,les Démosthène, les
» Miltiade&tantd'autres génies immor-
>> tels,guerriers invincibles,que ces con-
>> trées ſi déchuesde leur première gran-
>> deur ont vu briller autre fois ; mon âme
» élevée par des tranſports dont je n'ai
» pas été le maître vers ces ombres di-
>>vines , leur a adreſſé les vœux que ma
» débile plume a tâché d'exprimer.
» Oh vous ! qui dans un repos éter-
>>>nel goûtez à des diſtances infinies de
>> ce globe où ne ſont que des êtres im-
>>matériels , la félicité inéffable que le
>> ſuprême Auteur de l'Univers vous
>> avoitréſervée pour vous récompenfer
» de vos vertus , recevez l'encens &
>> les hommages decelui qui n'ayant pu
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
» par l'ordre des deſtinées en être le
>> témoin , forme des defirs pour votre
>>bonheur en regardant les reſtes de ces
>>Palais & de ces Temples plus heureux
>> que moi d'avoir entendu vos céleſtes
» accens.
;
CetOuvrage fait connoître Monceni-
go, le plus grand Général qu'ait jamais
eu la République de Veniſe. Il porta
la guerre dans les Provinces de l'Afie
Mineure de l'Empire Ottoman & cal-
ma les troubles du Royaume de Chy-
pre. C'eſt un Perſonnage illustre dont
Moréri ni ſes Commentateurs n'ont ja-
mais fait mention. Ufum-Caffan a été
* auſſi oublié , ainſi qu'une infinité d'au-
tres. On feroit un bon Ouvrage de ce
qui leur manque.
Ce Roi de Perſe eut des démêlés avec
Méhémet ; toutes les lettres qu'ils ſe font
écrites n'ont pu être que très-intéreſſan-
tes; il y en a ſix où le génie de ces
deux Princes eſt bien développé. Le Sul-
tan veut engager Ufum- Caffan à rom-
pre les engagemens quil a pris avec les
Princes Chrétiens. » Tes intérêts ne
>> peuvent toucher fincérement les Al .
>>liés que tu as été chercher dans des
>> climats qui te ſont fi peu connus ; ils
>> font trop éloignés de toi pour crain-
>>dre ta vangeance lorſqu'ils t'aban-
AVRIL. 1764.
81
>> donneront. Joignons plutôt nos ar-
» mes , & faiſons trembler l'Europe ;
>> renverſons les Empires qui depuis la
> décadence & la divifion de celui qui
>> leur donna une première origine y
>> fleuriſſent par les Arts & le Com-
>> merce du monde ; fubjuguons des
>>>Nations trop foibles pour nous ré-
>> ſiſter. Voilà quelle doit être l'ambi-
>> tion d'un Souverain tel que toi , &c.
Ufum-Caffan lui demande la Cappa-
doce & la ville de Trébiſonde qu'il a
envahies ſur ſon beau-père David Com-
nène; il les lui refuſe , & la guerre ſe
déclare entr'eux. Le Roi de Perſe lui
écrit une lettre dont on ne rapporte-
rai ici que quelques expreffions. Après
lui avoir dit qu'il voudroit armer contre
lui tous les Rois de la Terre, & lui avoir
reproché ſon injustice, il ajoute : » Ton
>> ambition ſans bornes , qui depuis que
>>>tu es monté ſur le Trône te porte à
>> attaquer indiſtinctement tous tes voi-
>> fins , m'a engagé dans la Ligue des
>>> Princes qui veulent en arrêter les
>> cruels effets. Tu remplis de meurtres
» & de carnage les plus belles Provin-
» ces de l'Europe & de l'Afie ; & la
>> pente fatale au genre humain , qui
t'entraîne à élever un trophée enfan-
Dv
:
82 MERCURE DE FRANCE .
>>glanté fur les débris des Nations fub-
>> juguées , ne sçauroit être arrêtée avec
>> trop de célérité. Je me ſouviens des
>> ravages que tu as faits en Perſe dans
>>ta dernière irruption. Tu vins te raf-
>> fafier de ſang & du plaiſir ſtérite &
>>> barbare de facrifier à une vangeance
>> aveugle un nombre infini de mes Su-
>> jets dont j'ai pleuré la mort. Ton âme
>> dont la férocité eſt inacceffible à la
>> commifération , ne t'a point arraché
»une larme pour la perte de tes Sol-
>>dats qui moururent ſous les coups des
» miens. Il y a des traits auſſi forts dans
le reste de la lettre.
La Bataille de Jerwrack que gagna
Méhémet fur le Roi de Perſe , eſt dé-
crite dans une lettre qu'écrivit le Sul-
tan.Mamut, fonGrand-Vifir , le diſſuada
d'entrer dans l'intérieur de ce Royau-
me , & il fut diſgracié pour lui avoir
fuggéré des conſeils contraires à fon
ambition.
Il y a des images agréables dans les
lettres de la Sultane Miltide , à Méhémet;.
furtout dans celle où elle tâche de l'at-
tirer à Conſtantinople pour qu'il puiffe
ſe délaſſer de ſes travaux.
Elle em-
ploye tout ce que le ſéjour de cette
belle Capitale a de plus ſéduisant pour
l'engager à yvenir.
AVRIL. 1764 .
و
83
La mort d'Ufum-Caffan , & les divi-
fions qu'elle occafionne entre ſes deux
enfans , offrent à Méhémet une belle oc-
cafion d'envahir un Royaume agite par
des guerres civiles ; ſes lettres & celles
fon Ambaſſadeur renfermentdesdétails
curieux. On voit ce Prince s'occuper
de cette conquête & de la punition du
Soudan d'Egypte , ancien Allié du Roi
de Perſe. Pendant qu'il médite les plus
vaſtes projets, & qu'il ſe met à la tête de
trois cent mille combattans pour les
éxécuter ; en entrant en Afie , il eſt
attaqué d'une colique près de Nicomé-
die , Ville de Bythinie , de laquelle il
mourut le 3 Mai 1481 & de l'Hégire
886 , après avoir vêcu 53 ans & en
avoir régné près de 32.
Il liſoit ſouvent l'Hiſtoire Romaine
furtout celle d'Auguste & des autres
Céfars. Il faiſoit ſes délices de celles
d'Alexandre , de Constantin , & de
Théodore ; il avoit beaucoup de goût
pour la Peinture & la Muſique , & fit
fleurir l'Agriculture : il parloit non
ſeulement l'Arabe
langue affectée à
fa Nation , mais encore la Perfane ,
la Grecque & l'Italienne.
Tout ce qui peut faire connoître
le génie & les mœurs d'une Nation ,
Dvi
84 MERCURE DE FRANCE.
doit exciter notre curioſité. Cet Ou
vrage eft dans ce cas, & mérite d'être lu,
par le caractère aſiatique qui le diftin-
gue de beaucoup d'autres qui ont été
écrits fur lamême matière. Le prix des
deux brochures eſt de 1 liv. 16 f.
Fermer
Résumé : HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
L'œuvre 'Histoire de Méhémet II. Empereur Ottoman' a été publiée en 1764 à Paris. Elle rassemble des lettres traduites du grec et de l'arabe, écrites par Méhémet II, ses généraux, sultanes, ambassadeurs et Usum-Cassan, roi de Perse. Ces manuscrits, trouvés à Constantinople, ont été traduits et annotés par M. Belin de Monterzi. La préface précise que ces lettres traitent des batailles, sièges et événements majeurs du règne de Méhémet II, complétés par des informations provenant de divers auteurs de l'Empire ottoman. Méhémet II est considéré par les Turcs comme le fondateur de leur empire, tandis que les Grecs ont documenté les événements extraordinaires dont ils ont été témoins. Les Turcs sont originaires des Scythes, qui conquirent le Turkestan et adoptèrent le nom de Turcs. Ils se réunirent sous Ottoman, successeur d'Aladin, souverain d'Alep et de Damas, et héritier de la Bithynie et des régions voisines du mont Olympe. Après deux siècles et dix règnes, Méhémet II monta sur le trône, héritant d'un grand empire de son père, Amurat II. Il inspira la terreur en Europe et en Asie et consolida son pouvoir en éliminant deux de ses frères. Scanderbeg, roi d'Albanie, retarda ses conquêtes, mais après sa mort, Méhémet II conquit les États défendus par les Vénitiens. Le texte mentionne plusieurs lettres, dont une de Méhémet II à la sultane Benféid, décrivant le siège et la prise de Constantinople en 1453. Il évoque également le siège de Belgrade en 1456 et les exploits du célèbre Hunniade contre Méhémet II. Le texte parle de Moncenigo, un général vénitien illustre, et d'Ufum-Caffan, un roi de Perse ayant eu des conflits avec Méhémet II. La bataille de Jerwrack, remportée par Méhémet II, est également décrite, ainsi que les conseils de son Grand-Vizir Mamut. En avril 1764, la mort d'Ufum-Caffan et les divisions entre ses héritiers offrirent à Méhémet II l'opportunité d'envahir un royaume troublé par des guerres civiles. Méhémet II décéda le 3 mai 1481, à l'âge de 53 ans, après un règne de près de 32 ans. Il était passionné par l'histoire romaine, la peinture, la musique et l'agriculture, et maîtrisait plusieurs langues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10872
HISTOIRE de Méhémet II. Empereur Ottoman, enrichie de Lettres traduites du Grec & de l'Arabe ; ou Lettres Turques, historiques & politiques, écrites tant par Méhémet II. Empereur Ottoman, que par ses Généraux, ses Sultanes, un de ses Ambassadeurs, & Usum-Cassan, Roi de Perse, son contemporain ; traduites du Grec & de l'Arabe sur des Manuscrits trouvés à Constantinople, avec des notes intéressantes, & une Histoire de la Vie de ce Conquérant, par M. Belin de Monterzi ; à Paris, chez Duchesne, rue S. Jacques, au Temple du Goût, chez Panckoucke, rue & à côté de la Comédie Françoise, & chez Prault, quai de Conti ; avec approbation ; 1764 ; deux parties in-12 d'environ 150 pages chacune.
10873
p. 84-90
SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
Début :
PLUS nous avançons dans la lecture de cet Ouvrage estimable, plus [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
SUITE de l'Extrait de l'Ecole
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
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Résumé : SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
L'extrait du Mercure de France d'avril 1764 traite de la supériorité d'un ouvrage littéraire dans les domaines de la poésie, de l'éloquence et de l'histoire. Il distingue l'ode des stances, soulignant que l'ode possède un plan structuré et un enthousiasme contrôlé, tandis que les stances peuvent être ajoutées ou supprimées sans affecter le poème. L'ode nécessite une préparation méthodique et une exécution passionnée, comparant le poète lyrique à un cavalier maîtrisant Pégase. Le texte aborde ensuite l'ode de Virgile, qui met en garde contre la reconstruction de Troye. Virgile y loue la constance de Romulus, fondateur de Rome, et relate la menace de Junon de venger les Troyens s'ils reconstruisent leur ville. Cette prophétie vise à dissuader les Romains de ce projet. Le texte compare également cette œuvre à celle de Malherbe, qui a imité Virgile en invitant Louis XIII à combattre les rebelles de La Rochelle. Dans ce poème, Louis XIII est comparé à Jupiter et les rebelles aux Titans. Le poète décrit la guerre des Titans pour captiver le lecteur avant de revenir au sujet principal. Le texte se conclut par une mention des règles spécifiques de l'ode.
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10874
p. 91
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
EPITRES à Messieurs d'Alembert, Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
EPITRES à Messieurs d'Alembert,
Thomas & d'Arget ; feuille in-8o. à la
Haye, 1764.
Ces trois Epitres en vers font le fruit
dequelques momens de loiſirs que l'Au-
teur, qui ne ſe nommepas , à cru de-
voir conſacrer à la gloire des trois hom-
mes eſtimables à qui elles ſont adreſſées.
L'Epitre à M. d'Alembert a pour objet
l'invitation & les propoſitions qui lui
ont étéfaites par l'Impératrice de Ruffie,
pour l'engager à ſe charger de l'éduca-
tiondu Prince ſon fils. La nomination
de M. Thomas à la place de premier Se-
crétaire de Mgr le Duc de Praslin , eft
le ſujet de la ſeconde Epitre. La troi-
fiéme à M. d'Arget , eſt la prééminence
d'un bon caractère ſur les Talens. Ces
trois pièces joignent au mérite de la
Poëfie , celui du zèle & de la ſenſibilité.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document annonce trois épîtres en vers dédiées à Jean le Rond d'Alembert, Antoine Thomas et d'Arget. La première traite des propositions de l'Impératrice de Russie pour l'éducation du prince héritier. La deuxième célèbre la nomination d'Antoine Thomas comme secrétaire du duc de Praslin. La troisième explore la supériorité du bon caractère sur les talents. Ces œuvres allient qualité poétique et sensibilité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10875
p. 91-93
« DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...] »
Début :
DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...] »
DAPHNIS & le premier Navigateur,
Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand,
par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur- Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol. in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de pluſieurs Ou-
vrages de M. Geffner', donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume. C'eſt par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à ſe faire connoître dans le Monde litté
raire. Cet Ouvrage parut pour la pre-
mière fois en 1755 , & depuis on en a
donné pluſieurs Editions. Rien n'en
égale la ſimplicité, quant au fond &
quant au ſtyle. Il ne s'y trouve ni in-
trigue , ni catastrophe , & cependantil
y règne le plus grand intérêt; l'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière ſimple , noble
& touchante qui caractériſe les Ouvra
ges des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premierNavigateur, a paru pour la pre-
mière fois en 1762 , dans la belle Edi-
tion que M. Geffner a donnée de tous ſes
Ouvrages. On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas ſeule-
ment l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais en-
core que perſonne n'a ſcu mieux que
lui transformer l'image même en fenti
AVRIL. 1764.
93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
ſecond chant de ce Poëme , comment
Eole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme cou-
pable , pendant qu'il commande aux
Zéphirs de ſouffler ſur l'homme inno-
cent & champêtre , pour le rafraîchir
dans ſes travaux. Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celuide
la Mort d'Abel , Ouvrage du même Au-
teur,& formeront, avec ſes Idylles, une
collection curieuſe & néceſſaire dans
le cabinetd'un Amateur.
Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand,
par M. Huber ; à Paris , chez
Vincent , Imprimeur- Libraire , rue S.
Severin ; 1764 ; avec approbation &
92 MERCURE DE FRANCE.
privilége du Roi ; un vol. in- 12 , avec
de jolies gravures.
L'accueil favorable qu'ont obtenu du
Public les Traductions de pluſieurs Ou-
vrages de M. Geffner', donne lieu de
croire que l'on ne verra pas avec moins
de plaifir les deux morceaux réunis
dans ce volume. C'eſt par le Poëme de
Daphnis , que M. Geffner a commencé
à ſe faire connoître dans le Monde litté
raire. Cet Ouvrage parut pour la pre-
mière fois en 1755 , & depuis on en a
donné pluſieurs Editions. Rien n'en
égale la ſimplicité, quant au fond &
quant au ſtyle. Il ne s'y trouve ni in-
trigue , ni catastrophe , & cependantil
y règne le plus grand intérêt; l'Auteur
y a peint l'innocence , la candeur & la
vertu , de cette manière ſimple , noble
& touchante qui caractériſe les Ouvra
ges des Anciens. Le Poëme intitulé , le
premierNavigateur, a paru pour la pre-
mière fois en 1762 , dans la belle Edi-
tion que M. Geffner a donnée de tous ſes
Ouvrages. On verra dans ce dernier
morceau , que l'Auteur n'a pas ſeule-
ment l'art de mêler avec le plus grand
fuccès le fentiment à l'image , mais en-
core que perſonne n'a ſcu mieux que
lui transformer l'image même en fenti
AVRIL. 1764.
93
ment. Qu'on life , par exemple , dans le
ſecond chant de ce Poëme , comment
Eole ordonne aux Aquilons de former
un orage fur la tête de l'homme cou-
pable , pendant qu'il commande aux
Zéphirs de ſouffler ſur l'homme inno-
cent & champêtre , pour le rafraîchir
dans ſes travaux. Ces deux Poëmes ne
feront point déplacés à côté de celuide
la Mort d'Abel , Ouvrage du même Au-
teur,& formeront, avec ſes Idylles, une
collection curieuſe & néceſſaire dans
le cabinetd'un Amateur.
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Résumé : « DAPHNIS & le premier Navigateur, Poëme de M. Gessner, traduit de l'Allemand, [...] »
En 1764, une publication intitulée 'DAPHNIS & le premier Navigateur' voit le jour à Paris, traduite par M. Huber. Ce recueil comprend deux œuvres principales de M. Gessner : 'Daphnis' et 'Le premier Navigateur'. 'Daphnis', initialement publié en 1755, se distingue par sa simplicité et son style noble, valorisant l'innocence, la candeur et la vertu. 'Le premier Navigateur', paru en 1762, montre la maîtrise de l'auteur à fusionner sentiment et image. Les poèmes sont illustrés de gravures et bénéficient d'une approbation royale. Ils sont suggérés pour enrichir la collection d'un amateur littéraire, aux côtés de 'La Mort d'Abel' et des Idylles de Gessner.
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10876
p. 93-113
« ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
Début :
ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
ABRÉGÉ des Principes de Morale, &
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
Fermer
Résumé : « ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
En 1763 et 1764, plusieurs ouvrages ont été publiés, couvrant divers domaines. En 1763, un ecclésiastique du diocèse de B... a rédigé un 'Abrégé des Principes de Morale' destiné aux prêtres, approuvé par le Roi, qui propose des conseils pratiques pour la confession. M. de Bouffanelle a publié 'Réflexions militaires' traitant de la cavalerie, de l'éducation militaire et de l'histoire militaire. M. Bergier a exploré les racines communes de l'hébreu, du grec, du latin et du français dans 'Les Éléments primitifs des Langues'. Un militaire anonyme a compilé 'Les Loisirs & Amusements de ma Solitude', un recueil de pensées morales et de contes. M. Audibert a analysé les monuments antiques autour de Toulouse dans sa 'Dissertation sur les Origines de Toulouse'. En 1764, un ouvrage anonyme intitulé 'Remarques sur plusieurs branches de Commerce & de Navigation' recommande la liberté d'exportation des grains et l'exemption des droits sur le poisson. Un poème sur Voltaire par M. le Clerc de Mont-Merci et une brochure poétique intitulée 'Les Saisons & les Jours' ont également été mentionnés. Le 'Dictionnaire de Titres originaux' du Chevalier Blondeau de Charnage est décrit comme un inventaire utile pour le gouvernement. M. J. Xhrouet a simplifié les calculs de l'orfèvrerie dans 'Tarifs, ou comptes faits, concernant les alliages & les bonifications d'or & d'argent'. Enfin, 'Nécessité de penser à la mort' offre des instructions chrétiennes pour les malades.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10877
p. 114-119
LETTRE de M. de BELLISLE, Secrétaire des Commandemens de S. A S. Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de VELYE, Membre de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, le 24 Septembre 1763.
Début :
MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS, Monsieur, qui est quant à présent, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de BELLISLE, Secrétaire des Commandemens de S. A S. Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de VELYE, Membre de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, le 24 Septembre 1763.
LETTRE de M. de BELLISLE, Secrétaire
des Commandemens de S. A S.
Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de
VELYE, Membre de la Société Littéraire
de Châlons-sur-Marne, le 24
Septembre 1763.
MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS,
Monsieur, qui est quant à présent,
le feul Prince appanagé de la Maiſon
de France , doit veiller avec une atten-
tion particulière , pour que perſonne ne
puiffe prétendre à un pareil titre , qui
n'eſt dû qu'aux males puînés de nos
Rois , & àl'aîné de la defcendance maf-
culine de ces puînés. En effet , l'Appa-
nage eſt une portion détachée des Do-
maines de la Couronne , que les Loix
de l'Etat donnent ,avec autant de juſtice
que de politique , aux puînés de nos
AVRIL. 1764.
115
Souverains , pour leur ſubſiſtance , &
pour leur tenir lieu du partage au Trône
qu'ils étoient en droit de prétendre fous
la première & la ſeconde Race. Une
longue expérience ayant fait fentir les
inconvéniens de cette divifion de Souve-
raineté , on y remédia au commence
mentde la troifiéme , par la Loi falutaire
des Appanages , qui font devenus dans
la ſuite reverfibles à la Couronne au dé-
faut de la ligne maſculine. Cette portion
que tientlePrince appanagé , avec des
prérogatives dignes de la fource dont
elles font émanées , & qui lui retracent
fans ceſſe l'éclat & les droits de fon ori-
gine , ainſi que ſes devoirs , eſt certai-
nement la plus noble & la plus belle de
toutes les tenures , & ne peut être affimi-
lée à aucune autre. D'après ces principes,
Monfieur ,Mgr le Duc d'Orléans n'a pu
voir fans ſurpriſe, dans le Mercure de
Francedu mois d'Avril 1760 ,tom. 2, p.
148, que , dans un article où l'Auteur du
Mercure rend compte d'une Séance pu-
blique de la Société Littéraire de Châ-
lons-fur-Marne , il ſoit dit que vous
avez continué la lecture de l'Hiſtoire de
la Ville , de la Comté-Pairie de Vertus ,
&de la fuite des Seigneurs qui ont pof-
fédé ce Domaine juſqu'à M. le Maréchal
116 MERCURE DE 2 FRANCE.
Prince de Soubiſe , qui le tient aujour--
d'hui comme un Appanage de la Maiſon
de France , étant héritierpour unepartie
de l'ancienne Maison de Bretagne , qui
le poſſedoit à ce titre. Voilà en peu de
mots , Monfieur, trois aſſertions bien ex-
traordinaires. 10. M.le Prince de Soubise
n'a jamais prétendu & ne peut pas pof
féder le Comté de Vertus comme- un
Appanage de la Maiſon de France.
2°. La Maiſon de Bretagne ne l'a point
poſſédé à ce titre. 3°. M. le Maréchal de
me héritier de l'ancienne Maison de
)
Soubiſe n'en eſt point propriétaire com--
Bretagne. Un ſimple extrait des ſça-
vans Ouvrages de M. Dupin & de M.
l'Abbé de Longuerues ſuffira pour éta-
blir la négative des faits que vous avez
avancés . Lors de la réunion de la Cham-
pagne à la Couronne de France , la Sei-
gneurie de Vertus entra dans le Do-
maine du Roi ; elle y eſt demeurée juf
qu'en 1361 , que le Roi Jean la donna
enpleine propriété, avec titre de Comté,
à Jean-Galeas Viscomti , pour dot de ſa
fille Isabelle que Viſcomti épouſa. Jean-
Galeas mariant ſa fille Valentine avec
Louis , Fils de France , Duc d'Orléans ,
en 1389, lui donna de même en dot le
Comté de Vertus. Marguerite , fille de
AVRIL 1764.
H7
Valentine & de Louis , Duc d'Orléans ,
**porta ce Comté dans la Maiſon de Bre-
tagne , en épouſant Richard , Comte
d'Estampes. De leur mariage naquit
François II , Duc de Bretagne , qui en
fit don à François , ſon fils naturel , fou-
che des Seigneurs d'Avangour. Si vous
voulez , Monfieur, confulter les preuves
de l'Hiſtoire de Bretagne , tome 3 , co-
lonne 1354 , vous y verrez qu'il fut en-
joint aux Seigneurs d'Avangour , par
pluſieurs Arrêts du Parlement, de ne
pointufurper le nom de Bretagne. Ces
Seigneurs ontcontinuédejouirdu Com-
té de Vertus de mâle en mâle , juſqu'en
1746 , que leur poſtérité mafculine s'é-
tant éteinte , leur fucceffion a paſſé à
M. le Prince de Soubiſe , iſſu deMarie
d'Avangour , qui avoit pour quatriéme
ayeul François d'Avangour, fils naturel
de François II. Ce n'eſt donc point
comme héritier de l'ancienne Maiſon de
Bretagne , que M. le Prince de Soubiſe
pofſéde le Comté de Vertus , mais com-
me héritier d'une branche illégitime de
cetteMaiſon. Ce n'eſt donc point com-
me en Appanage de la Maiſon de Fran-
ce, que M. le Prince de Soubife tient
aujourd'hui ce Comté , mais comme un
héritage qui lui eſt échu du chef d'une
18 MERCURE DE FRANCE.
grand-mère, laquelle avoit recueilli par
droit de fucceffion , la donation faite à
François d'Avangour fon auteur , parle
Duc de Bretagne. Enfin dans les diver-
ſes mutations du Comté de Vertus , qui
a paffé du Roi Jean à ſa fille Isabelle ,
d'Isabelle à Valentine de Milan , ſa fille ,
de Valentineà ſa fille Marguerite,deMar-
guerite, femmede Richard Comte d'Ef-
tampes , à leur fils François , Duc de
Bretagne , & du Duc François à Fran-
çois d'Avangour ſon fils naturel; on ne
reconnoît aucun des traits qui caractéri-
fent unAppanage du la Maiſon de Fran-
ce , & d'où l'on puiſſe inférer que la
Maiſon de Bretagne ait poſſédé à ce
titre le Comté de Vertus. Ces obferva-
tions , Monfieur , que j'ai l'honneur de
vous envoyer par ordre de Mgr le Duc
d'Orléans , & dont vous pouvez faire la
vérification dans notre Hiſtoire , vous
engageront ſans doute à faire inférer
dansleMercure un Article qui puiſſe ré-
former ce qui a été avancé à ce ſujet
dans celui d'Avril 1760 ; afin que les
perſonnesqui ne ſont pas inſtruites de la
nature des Appanages , ne ſe forment
pas de cette tenure des idées fauſſes ,
qu'il eſt important pour les Princes Ap-
panagers de ne pas laiſſer accréditer ; &
AVRIL. 1764.
119
comme la Société Littéraire de Cha-
lons ſe propoſede donner bientôt au
Public le recueil de ſes Mémoires
,
SA. S. fe flatte que vous aurez l'atten-
tion de fupprimer dans celui qui con-
cerne le Comtéde Vertus, le titre d'ap-
panage dont vous l'avez décoré , avant
d'avoir approfondi cette matière.
J'ai l'honneur d'être , &c.
des Commandemens de S. A S.
Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de
VELYE, Membre de la Société Littéraire
de Châlons-sur-Marne, le 24
Septembre 1763.
MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS,
Monsieur, qui est quant à présent,
le feul Prince appanagé de la Maiſon
de France , doit veiller avec une atten-
tion particulière , pour que perſonne ne
puiffe prétendre à un pareil titre , qui
n'eſt dû qu'aux males puînés de nos
Rois , & àl'aîné de la defcendance maf-
culine de ces puînés. En effet , l'Appa-
nage eſt une portion détachée des Do-
maines de la Couronne , que les Loix
de l'Etat donnent ,avec autant de juſtice
que de politique , aux puînés de nos
AVRIL. 1764.
115
Souverains , pour leur ſubſiſtance , &
pour leur tenir lieu du partage au Trône
qu'ils étoient en droit de prétendre fous
la première & la ſeconde Race. Une
longue expérience ayant fait fentir les
inconvéniens de cette divifion de Souve-
raineté , on y remédia au commence
mentde la troifiéme , par la Loi falutaire
des Appanages , qui font devenus dans
la ſuite reverfibles à la Couronne au dé-
faut de la ligne maſculine. Cette portion
que tientlePrince appanagé , avec des
prérogatives dignes de la fource dont
elles font émanées , & qui lui retracent
fans ceſſe l'éclat & les droits de fon ori-
gine , ainſi que ſes devoirs , eſt certai-
nement la plus noble & la plus belle de
toutes les tenures , & ne peut être affimi-
lée à aucune autre. D'après ces principes,
Monfieur ,Mgr le Duc d'Orléans n'a pu
voir fans ſurpriſe, dans le Mercure de
Francedu mois d'Avril 1760 ,tom. 2, p.
148, que , dans un article où l'Auteur du
Mercure rend compte d'une Séance pu-
blique de la Société Littéraire de Châ-
lons-fur-Marne , il ſoit dit que vous
avez continué la lecture de l'Hiſtoire de
la Ville , de la Comté-Pairie de Vertus ,
&de la fuite des Seigneurs qui ont pof-
fédé ce Domaine juſqu'à M. le Maréchal
116 MERCURE DE 2 FRANCE.
Prince de Soubiſe , qui le tient aujour--
d'hui comme un Appanage de la Maiſon
de France , étant héritierpour unepartie
de l'ancienne Maison de Bretagne , qui
le poſſedoit à ce titre. Voilà en peu de
mots , Monfieur, trois aſſertions bien ex-
traordinaires. 10. M.le Prince de Soubise
n'a jamais prétendu & ne peut pas pof
féder le Comté de Vertus comme- un
Appanage de la Maiſon de France.
2°. La Maiſon de Bretagne ne l'a point
poſſédé à ce titre. 3°. M. le Maréchal de
me héritier de l'ancienne Maison de
)
Soubiſe n'en eſt point propriétaire com--
Bretagne. Un ſimple extrait des ſça-
vans Ouvrages de M. Dupin & de M.
l'Abbé de Longuerues ſuffira pour éta-
blir la négative des faits que vous avez
avancés . Lors de la réunion de la Cham-
pagne à la Couronne de France , la Sei-
gneurie de Vertus entra dans le Do-
maine du Roi ; elle y eſt demeurée juf
qu'en 1361 , que le Roi Jean la donna
enpleine propriété, avec titre de Comté,
à Jean-Galeas Viscomti , pour dot de ſa
fille Isabelle que Viſcomti épouſa. Jean-
Galeas mariant ſa fille Valentine avec
Louis , Fils de France , Duc d'Orléans ,
en 1389, lui donna de même en dot le
Comté de Vertus. Marguerite , fille de
AVRIL 1764.
H7
Valentine & de Louis , Duc d'Orléans ,
**porta ce Comté dans la Maiſon de Bre-
tagne , en épouſant Richard , Comte
d'Estampes. De leur mariage naquit
François II , Duc de Bretagne , qui en
fit don à François , ſon fils naturel , fou-
che des Seigneurs d'Avangour. Si vous
voulez , Monfieur, confulter les preuves
de l'Hiſtoire de Bretagne , tome 3 , co-
lonne 1354 , vous y verrez qu'il fut en-
joint aux Seigneurs d'Avangour , par
pluſieurs Arrêts du Parlement, de ne
pointufurper le nom de Bretagne. Ces
Seigneurs ontcontinuédejouirdu Com-
té de Vertus de mâle en mâle , juſqu'en
1746 , que leur poſtérité mafculine s'é-
tant éteinte , leur fucceffion a paſſé à
M. le Prince de Soubiſe , iſſu deMarie
d'Avangour , qui avoit pour quatriéme
ayeul François d'Avangour, fils naturel
de François II. Ce n'eſt donc point
comme héritier de l'ancienne Maiſon de
Bretagne , que M. le Prince de Soubiſe
pofſéde le Comté de Vertus , mais com-
me héritier d'une branche illégitime de
cetteMaiſon. Ce n'eſt donc point com-
me en Appanage de la Maiſon de Fran-
ce, que M. le Prince de Soubife tient
aujourd'hui ce Comté , mais comme un
héritage qui lui eſt échu du chef d'une
18 MERCURE DE FRANCE.
grand-mère, laquelle avoit recueilli par
droit de fucceffion , la donation faite à
François d'Avangour fon auteur , parle
Duc de Bretagne. Enfin dans les diver-
ſes mutations du Comté de Vertus , qui
a paffé du Roi Jean à ſa fille Isabelle ,
d'Isabelle à Valentine de Milan , ſa fille ,
de Valentineà ſa fille Marguerite,deMar-
guerite, femmede Richard Comte d'Ef-
tampes , à leur fils François , Duc de
Bretagne , & du Duc François à Fran-
çois d'Avangour ſon fils naturel; on ne
reconnoît aucun des traits qui caractéri-
fent unAppanage du la Maiſon de Fran-
ce , & d'où l'on puiſſe inférer que la
Maiſon de Bretagne ait poſſédé à ce
titre le Comté de Vertus. Ces obferva-
tions , Monfieur , que j'ai l'honneur de
vous envoyer par ordre de Mgr le Duc
d'Orléans , & dont vous pouvez faire la
vérification dans notre Hiſtoire , vous
engageront ſans doute à faire inférer
dansleMercure un Article qui puiſſe ré-
former ce qui a été avancé à ce ſujet
dans celui d'Avril 1760 ; afin que les
perſonnesqui ne ſont pas inſtruites de la
nature des Appanages , ne ſe forment
pas de cette tenure des idées fauſſes ,
qu'il eſt important pour les Princes Ap-
panagers de ne pas laiſſer accréditer ; &
AVRIL. 1764.
119
comme la Société Littéraire de Cha-
lons ſe propoſede donner bientôt au
Public le recueil de ſes Mémoires
,
SA. S. fe flatte que vous aurez l'atten-
tion de fupprimer dans celui qui con-
cerne le Comtéde Vertus, le titre d'ap-
panage dont vous l'avez décoré , avant
d'avoir approfondi cette matière.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE de M. de BELLISLE, Secrétaire des Commandemens de S. A S. Mgr le DUC D'ORLEANS, à M. de VELYE, Membre de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, le 24 Septembre 1763.
Le 24 septembre 1763, M. de Bellisle, secrétaire des commandements du duc d'Orléans, adresse une lettre à M. de Velye, membre de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne. Cette lettre aborde la question des appanages en France, qui sont attribués aux princes mâles puînés de la famille royale et à leurs descendants masculins. Les appanages constituent une portion des domaines de la Couronne destinée à assurer la subsistance des princes et à compenser leur exclusion de la succession au trône. M. de Bellisle conteste des informations publiées dans le Mercure de France en avril 1760, affirmant que le comté de Vertus serait un appanage de la Maison de France, possédé par le prince de Soubise en tant qu'héritier de la Maison de Bretagne. Il réfute cette affirmation en expliquant que le comté de Vertus a été donné en pleine propriété par le roi Jean à Jean-Galeas Visconti. Par la suite, il a été transmis par mariage à la Maison d'Orléans, puis à la Maison de Bretagne. M. de Bellisle précise que le prince de Soubise possède le comté non pas en tant qu'appanage, mais comme héritier d'une branche illégitime de la Maison de Bretagne. La lettre demande à M. de Velye de corriger ces informations dans les publications futures de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne afin d'éviter toute confusion concernant la nature des appanages et les droits associés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10878
p. 119-122
RÉPONSE à la Lettre précédente, par M. FRADET, Secrétaire de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE, du 2 Février 1764.
Début :
MONSIEUR, Vous avez pris la peine d'écrire le 24 [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre précédente, par M. FRADET, Secrétaire de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE, du 2 Février 1764.
RÉPONSE à la Lettre précédente, par
M. FRADET, Secrétaire de la Société
Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE,
du 2 Février 1764.
MONSIEUR,
Vous avez pris la peine d'écrire le 24
Septembre dernier à M. de Velye, l'un
desMembres de la Société Littéraire de
Châalons ; vous lui avez marqué que
S. A. S. Mgr le DUCD'ORLÉANS ,
avoit lû avec ſurpriſe dans le 2º. Vol.
du Mercure de France du mois d'Avril
1760 , que notre Aſſocié avoit avancé
dans ſonHiſtoire de Vertus , que cette
Comté-Pairie étoit aujourd'hui tenue
|
20 MERCURE DE FRANCE.
par M. le Maréchal Prince de Soubife ,
comme un appanage de la Maiſon de
France , étant héritier pour une par-
tie de l'ancienne Maison de Bretagne
qui la poſſédoit à ce titre , & vous
lui avez démontré 1º. que Monfieur
le Prince de Soubiſe , n'avoit jamais
prétendu & ne pouvoit pas poſſéder le
Comté de Vertus comme un appanage
de la Maiſon de France. 2°. Que la
Maiſon deBretagne ne l'avoit point pof-
ſédé à ce titre. 3°. Que M. le Maréchal
de Soubiſe n'en étoit point propriétaire
comme héritier de l'ancienne Maiſon
de Bretagne. M. de Velye auroit eu
l'honneur de vous faire réponſe , & de
réformer ſon erreur , qui peut donner
de faufſes idées de la nature des appana-
ges aux perſonnes qui n'en ſont pas
bien inſtruites ; mais il étoit , lorsde la
réception de votre lettre , attaqué de la
maladie qui nous l'a enlevé environ
deuxmois après. Cette lettre s'eſt trouvée
parmi ſes papiers , qui viennent de nous
être remis ; & la Société ſe fait un devoir
de fatisfaire aux obligations qu'il n'a
pu remplir , & de donner à Mgr le Duc
d'Orléans des marques de ſon profond
reſpect. Elle peut uniquement dire pour
ſa juſtification & pour celle de fon Af-
focié
AVRIL. 1764.
121
ſocié , qu'elle n'a toléré cette aſſertion,
& qu'elle n'a été haſardée dans l'hiſtoi-
re du Comté de Vertus , que ſur la foi
d'un paſſage de M. de Ste Marthe dans
fon Hiſtoire de la Maiſon de France ,
Liv. 8. c. 3. furJean. 2°. Cet Auteurdit
qu'Iſabelle de France fut alliée vers 1360
avecJeanGaleas Viscomti,Duc deMilan,
& que par lettres du mois d'Avril 1361 ,
futfaitlechangementdu Comtéde Som-
myévre en Languedoc , baillé en ap-
panage à cette Princeſſe en faveur de
ſon mariage , à la charge de retour à la
Couronne défaillants fils & filles, avec la
Seigneurie de Vertus en Champagne ,
pour ce ,érigéeen Comté : mais fi MM. ,
de Sainte Marthe & de Velye avoient
faitattentionquel'appanage eſt une por-
tion détachée du Domaine de la Cou-
ronne, que les loix de l'Etat donnent à
charge de retour au défaut de la ligne
mafculine , aux mâles puinés de Fran-
ce pour leur ſubſiſtance ,& pour leur
tenir lieu du partage au Throne qu'ils
étoient endroitde prétendre ſous la pre-
mière & la ſeconde race de nos Rois ,
ils n'auroient pas dit que le Comté de
Vertus avoit été donné en appanage
à Isabelle de France , lors de fon ma-
riage avec Jean Galeas Viſcomti. MM.
I. Vol.
F
/
122 MERCURE DE FRANCE.
de Sainte Marthe & M. de Vélye n'a-
voient pas vu non plus fans doute les
lettres du moisd'Avril 1361 , citées par
le premier. On ne trouve rien dans ces
lettres , dont il m'a été remis une copie
que je crois fidelle , qui annonce que
les Terres de Sommyevre & de Vertus ,
ont été données en appanage à Isabelle
de France ; il paroit ſeulement que la
première lui a été donnée en dot , & la
feconde en remplacement de celle-ci ,
dont elle ne pouvoit jouir par les rai-
fonsdétaillées dans les lettres. C'eſt donc
une dot conftituée à Isabelle de France
&non un appanage , & aucun des pof-
fefſeurs de cette Terre n'a pu la tenir
depuis & la tranſmettre à perſonne fous
le titre d'appanage. La Société a re-
tranché cette affertion fi erronnée , de
l'écrit où elle s'étoit gliffée ; & elle ne
paroîtra point quand ſes mémoires ſe-
ront donnés à l'impreſſion. Je ſuis char-
gé de vous prier de ſa part ,de faire
agréer cette déclaration à Mgr leDuc
d'Orléans , & j'oſe eſpérer que S. A. S.
en ſera fatisfaite.
J'ai l'honneur d'être , &c.
M. FRADET, Secrétaire de la Société
Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE,
du 2 Février 1764.
MONSIEUR,
Vous avez pris la peine d'écrire le 24
Septembre dernier à M. de Velye, l'un
desMembres de la Société Littéraire de
Châalons ; vous lui avez marqué que
S. A. S. Mgr le DUCD'ORLÉANS ,
avoit lû avec ſurpriſe dans le 2º. Vol.
du Mercure de France du mois d'Avril
1760 , que notre Aſſocié avoit avancé
dans ſonHiſtoire de Vertus , que cette
Comté-Pairie étoit aujourd'hui tenue
|
20 MERCURE DE FRANCE.
par M. le Maréchal Prince de Soubife ,
comme un appanage de la Maiſon de
France , étant héritier pour une par-
tie de l'ancienne Maison de Bretagne
qui la poſſédoit à ce titre , & vous
lui avez démontré 1º. que Monfieur
le Prince de Soubiſe , n'avoit jamais
prétendu & ne pouvoit pas poſſéder le
Comté de Vertus comme un appanage
de la Maiſon de France. 2°. Que la
Maiſon deBretagne ne l'avoit point pof-
ſédé à ce titre. 3°. Que M. le Maréchal
de Soubiſe n'en étoit point propriétaire
comme héritier de l'ancienne Maiſon
de Bretagne. M. de Velye auroit eu
l'honneur de vous faire réponſe , & de
réformer ſon erreur , qui peut donner
de faufſes idées de la nature des appana-
ges aux perſonnes qui n'en ſont pas
bien inſtruites ; mais il étoit , lorsde la
réception de votre lettre , attaqué de la
maladie qui nous l'a enlevé environ
deuxmois après. Cette lettre s'eſt trouvée
parmi ſes papiers , qui viennent de nous
être remis ; & la Société ſe fait un devoir
de fatisfaire aux obligations qu'il n'a
pu remplir , & de donner à Mgr le Duc
d'Orléans des marques de ſon profond
reſpect. Elle peut uniquement dire pour
ſa juſtification & pour celle de fon Af-
focié
AVRIL. 1764.
121
ſocié , qu'elle n'a toléré cette aſſertion,
& qu'elle n'a été haſardée dans l'hiſtoi-
re du Comté de Vertus , que ſur la foi
d'un paſſage de M. de Ste Marthe dans
fon Hiſtoire de la Maiſon de France ,
Liv. 8. c. 3. furJean. 2°. Cet Auteurdit
qu'Iſabelle de France fut alliée vers 1360
avecJeanGaleas Viscomti,Duc deMilan,
& que par lettres du mois d'Avril 1361 ,
futfaitlechangementdu Comtéde Som-
myévre en Languedoc , baillé en ap-
panage à cette Princeſſe en faveur de
ſon mariage , à la charge de retour à la
Couronne défaillants fils & filles, avec la
Seigneurie de Vertus en Champagne ,
pour ce ,érigéeen Comté : mais fi MM. ,
de Sainte Marthe & de Velye avoient
faitattentionquel'appanage eſt une por-
tion détachée du Domaine de la Cou-
ronne, que les loix de l'Etat donnent à
charge de retour au défaut de la ligne
mafculine , aux mâles puinés de Fran-
ce pour leur ſubſiſtance ,& pour leur
tenir lieu du partage au Throne qu'ils
étoient endroitde prétendre ſous la pre-
mière & la ſeconde race de nos Rois ,
ils n'auroient pas dit que le Comté de
Vertus avoit été donné en appanage
à Isabelle de France , lors de fon ma-
riage avec Jean Galeas Viſcomti. MM.
I. Vol.
F
/
122 MERCURE DE FRANCE.
de Sainte Marthe & M. de Vélye n'a-
voient pas vu non plus fans doute les
lettres du moisd'Avril 1361 , citées par
le premier. On ne trouve rien dans ces
lettres , dont il m'a été remis une copie
que je crois fidelle , qui annonce que
les Terres de Sommyevre & de Vertus ,
ont été données en appanage à Isabelle
de France ; il paroit ſeulement que la
première lui a été donnée en dot , & la
feconde en remplacement de celle-ci ,
dont elle ne pouvoit jouir par les rai-
fonsdétaillées dans les lettres. C'eſt donc
une dot conftituée à Isabelle de France
&non un appanage , & aucun des pof-
fefſeurs de cette Terre n'a pu la tenir
depuis & la tranſmettre à perſonne fous
le titre d'appanage. La Société a re-
tranché cette affertion fi erronnée , de
l'écrit où elle s'étoit gliffée ; & elle ne
paroîtra point quand ſes mémoires ſe-
ront donnés à l'impreſſion. Je ſuis char-
gé de vous prier de ſa part ,de faire
agréer cette déclaration à Mgr leDuc
d'Orléans , & j'oſe eſpérer que S. A. S.
en ſera fatisfaite.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : RÉPONSE à la Lettre précédente, par M. FRADET, Secrétaire de la Société Littéraire de CHAALONS-SUR-MARNE, du 2 Février 1764.
Le 2 février 1764, M. Fradet, secrétaire de la Société Littéraire de Châlons-sur-Marne, répond à une lettre du 24 septembre précédent adressée à M. de Velye. Cette lettre visait à corriger une affirmation erronée dans l'Histoire de Vertus, selon laquelle le comté-pairie de Vertus était tenu par le Maréchal Prince de Soubise comme un appanage de la Maison de France, hérité de l'ancienne Maison de Bretagne. M. Fradet démontre que cette affirmation est incorrecte, car le Prince de Soubise ne pouvait posséder Vertus comme appanage et que la Maison de Bretagne ne l'avait jamais possédé à ce titre. M. de Velye, étant malade au moment de la réception de la lettre, n'a pas pu répondre. La Société Littéraire a donc pris l'initiative de rectifier l'erreur. L'affirmation erronée provenait d'un passage de l'Histoire de la Maison de France de M. de Sainte Marthe, qui mentionnait un échange de comtés en 1361 impliquant Isabelle de France. Après vérification, il s'est avéré que Vertus était une dot constituée pour Isabelle et non un appanage. La Société Littéraire a corrigé cette erreur et assure qu'elle ne figurera pas dans les mémoires imprimés. M. Fradet conclut en espérant que le Duc d'Orléans acceptera cette déclaration.
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10879
p. 123-125
EXTRAIT des Registres de l'Académie Royale des SCIENCES. Du 22 Février 1764.
Début :
NOUS avons examiné par ordre de l'Académie, un Mémoire de M. [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Registres de l'Académie Royale des SCIENCES. Du 22 Février 1764.
EXTRAIT des Registres de l'Académie
Royale des SCIENCES.
Du 22 Février 1764.
NOUS avons examiné par ordre
de l'Académie, un Mémoire de M.
Biesta , Mª Horloger à Paris , fur une
nouvelle conſtruction de Montres, dans
leſquelles tout ce qui appartient à l'é-
chappement peut s'enlever ſans démon-
ter le reſte de la montre. Il eſt exacte-
ment vrai , & M. Biesta le dit dans ſon
Mémoire ,que la plus grande partie des
dérangemens & des accidens qui arri-
ventà une montre , viennent de l'altéra-
tion de l'échappement , & que très-fou-
vent on n'auroit nul beſoin de démon-
ter le reſte de la montre pour y remé-
dier , s'il étoit poffible d'y toucher fans
cela ; c'eſt cet avantage que M. Biefta
avoulu procurer aux montres. Par la
conſtruction qu'il propoſe : la potence,
la cantre-potence , le cocq , la couliffe ,
la roſette , le balancier , le piton , & le
reffort ſpiral y font portés par une pla-
que d'acier , tenant par trois vis à la
platine du nom qui eſt percée en cet
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
endroit pour donner paſſage à la roue de
rencontre , la potence &la contre-po-
tence. Cette conſtruction peut être ap-
pliquée à toutes les montres déjà faites,
& il eſt aisé de ſentir combien elle
peut être avantageuſe , ſur-tout pour
les Piéces compoſées , comme pour les
montres à ſonnerie , ou à répétition ,
qu'on ne ſera plus obligé de démonter
en entier pour le moindre dérangement
arrivé à l'échappement; ce qui peut
être d'autant plus utile, qu'on eft quel-
quefois obligé en voyage de ſe ſervir
d'Ouvriers médiocres qui pourroient
aifément gâter des parties auſſi délica-
tes , & qui leur font trop ſouvent in-
connues ; au lieu que les effets de l'é-
chappement font généralement connus
de tous ceux qui ont pratiqué l'Horlo-
gerie. Ces avantages font que nous ne
pouvons qu'applaudir à la conſtruction
deM. Biefta , qui nous a paru ingénieu-
fe , & mériter l'approbation de l'Aca-
démie. Signé, CAMUS & DE FOUCHY.
L'Auteur de cette invention eſt le
même qui a trouvé la manière d'ap-
pliquer aifément aux Pendules à ſecon-
des le temps vrai , également approuvé
par l'Académie Royale des Sciences. Il
demeure préfentement Cloître S. Ger-
AVRIL. 1764.
main - l'Auxerrois
Paris.
125
, en entrant par le
Louvre à gauche , au Temps vrai , à
Le prix pour appliquer ſon équation
aux Pendules à ſecondes , eft de huit
louis ; & l'application dela conftruction
mentionnée au certificat ci-joint ne
renchérit pas chez l'Auteur les montres
neuves ; mais pour donner les mêmes
avantages à celles qui ſont déjà faites ,
il prend pour une montre fimple deux
louis , & pour une à répétition trois
louis ; & MM. les Horlogers ſes Con-
frères peuvent compoſer avec l'Auteur ,
parce qu'ils pourront ſe réſerver cer-
tains Ouvrages pour eux-mêmes.
Royale des SCIENCES.
Du 22 Février 1764.
NOUS avons examiné par ordre
de l'Académie, un Mémoire de M.
Biesta , Mª Horloger à Paris , fur une
nouvelle conſtruction de Montres, dans
leſquelles tout ce qui appartient à l'é-
chappement peut s'enlever ſans démon-
ter le reſte de la montre. Il eſt exacte-
ment vrai , & M. Biesta le dit dans ſon
Mémoire ,que la plus grande partie des
dérangemens & des accidens qui arri-
ventà une montre , viennent de l'altéra-
tion de l'échappement , & que très-fou-
vent on n'auroit nul beſoin de démon-
ter le reſte de la montre pour y remé-
dier , s'il étoit poffible d'y toucher fans
cela ; c'eſt cet avantage que M. Biefta
avoulu procurer aux montres. Par la
conſtruction qu'il propoſe : la potence,
la cantre-potence , le cocq , la couliffe ,
la roſette , le balancier , le piton , & le
reffort ſpiral y font portés par une pla-
que d'acier , tenant par trois vis à la
platine du nom qui eſt percée en cet
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
endroit pour donner paſſage à la roue de
rencontre , la potence &la contre-po-
tence. Cette conſtruction peut être ap-
pliquée à toutes les montres déjà faites,
& il eſt aisé de ſentir combien elle
peut être avantageuſe , ſur-tout pour
les Piéces compoſées , comme pour les
montres à ſonnerie , ou à répétition ,
qu'on ne ſera plus obligé de démonter
en entier pour le moindre dérangement
arrivé à l'échappement; ce qui peut
être d'autant plus utile, qu'on eft quel-
quefois obligé en voyage de ſe ſervir
d'Ouvriers médiocres qui pourroient
aifément gâter des parties auſſi délica-
tes , & qui leur font trop ſouvent in-
connues ; au lieu que les effets de l'é-
chappement font généralement connus
de tous ceux qui ont pratiqué l'Horlo-
gerie. Ces avantages font que nous ne
pouvons qu'applaudir à la conſtruction
deM. Biefta , qui nous a paru ingénieu-
fe , & mériter l'approbation de l'Aca-
démie. Signé, CAMUS & DE FOUCHY.
L'Auteur de cette invention eſt le
même qui a trouvé la manière d'ap-
pliquer aifément aux Pendules à ſecon-
des le temps vrai , également approuvé
par l'Académie Royale des Sciences. Il
demeure préfentement Cloître S. Ger-
AVRIL. 1764.
main - l'Auxerrois
Paris.
125
, en entrant par le
Louvre à gauche , au Temps vrai , à
Le prix pour appliquer ſon équation
aux Pendules à ſecondes , eft de huit
louis ; & l'application dela conftruction
mentionnée au certificat ci-joint ne
renchérit pas chez l'Auteur les montres
neuves ; mais pour donner les mêmes
avantages à celles qui ſont déjà faites ,
il prend pour une montre fimple deux
louis , & pour une à répétition trois
louis ; & MM. les Horlogers ſes Con-
frères peuvent compoſer avec l'Auteur ,
parce qu'ils pourront ſe réſerver cer-
tains Ouvrages pour eux-mêmes.
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Résumé : EXTRAIT des Registres de l'Académie Royale des SCIENCES. Du 22 Février 1764.
Le 22 février 1764, l'Académie Royale des Sciences a examiné un mémoire de M. Biesta, horloger à Paris, présentant une nouvelle construction de montres. Cette innovation permet de remplacer l'échappement sans démonter l'ensemble de la montre, ce qui est crucial car les problèmes de montres proviennent souvent de cet élément. La construction de M. Biesta comprend plusieurs composants, tels que la potence, la contre-potence, le cocq, la couliffe, la rosette, le balancier, le piton et le ressort spiral, fixés sur une plaque d'acier attachée à la platine du mouvement. Cette innovation est applicable aux montres existantes et est particulièrement utile pour les montres complexes comme celles à sonnerie ou à répétition, évitant ainsi des démontages complets pour des réparations mineures. L'Académie a reconnu les avantages de cette construction et l'a approuvée. M. Biesta a également inventé une méthode pour appliquer le temps vrai aux pendules à secondes, approuvée par l'Académie. Il réside au Cloître Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris. Les coûts pour appliquer cette innovation varient : huit louis pour les pendules à secondes, deux louis pour les montres simples et trois louis pour les montres à répétition. Les confrères horlogers peuvent négocier avec M. Biesta pour se réserver certains travaux.
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10880
p. 125-127
PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture de Paris, pour l'année 1764.
Début :
PLUSIEURS Citoyens zélés pour les progrès de l'Agriculture, ayant déposé [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture de Paris, pour l'année 1764.
PRIX proposé par la Société Royale
d'Agriculture de Paris, pour l'année
1764.
PLUSIEURS Citoyens zélés pour les
progrès de l'Agriculture, ayant déposé
au Bureau de la Gazette du Commerce ,
différentes fommes , fur leſquelles feroit
prélevée celle de Six cens livres , pour
être employée aux Prix dont la Société
royale d'Agriculture choiſiroit le Sujet,
Fiij
4 126 MERCURE DE FRANCE.
elle n'a pas cru pouvoir en préſenter un
plus important à traiter, que lesMaladies
des Beſtiaux ; en conféquence , elle a
arrêté qu'elle adjugeroit un Prix de Six
cens livres , au Mémoire qui donneroit
ladescription , les causes , les effets & la
curation des Maladies épidémiques &
contagieuses des Beftiaux , les moyens
de les prévenir & d'enempêcher lespro-
grès.
Il ſera proclamé , dans une Aſſemblée
de la Société , au mois d'Avril 1765.
Les Pièces qui feront envoyées pour
concourir , doivent être remiſes avant le
1.er Janvier 1765 , à M. de Palerne ,
Secrétaire perpétuel de la Société , autre-
ment elles feront rejettées.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms ſur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté , portant un numéro
pareil à celui de la Pièce , avec une mê-
me deviſe ſur l'un & fur l'autre ; ces
paquets ne feront ouverts qu'après le ju-
gement du Prix.
Toutes perſonnes feront admiſes à
concourir , à l'exception des Membres
& Aſſociés qui compoſent la Société
Royale d'AgriculturedeParis: les Pièces
feront adreſſées à M. de Sauvigny ,
Conſeiller d'Etat, Intendantde la Gé
AVRIL. 1764.
127
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiſſés du Secrétaire de
la Société; le Secrétaire délivera le prix
à celui qui lui repréſentera lerécépiffé
dela Pièce couronnée ; il n'y aura point
d'autre formalité.
d'Agriculture de Paris, pour l'année
1764.
PLUSIEURS Citoyens zélés pour les
progrès de l'Agriculture, ayant déposé
au Bureau de la Gazette du Commerce ,
différentes fommes , fur leſquelles feroit
prélevée celle de Six cens livres , pour
être employée aux Prix dont la Société
royale d'Agriculture choiſiroit le Sujet,
Fiij
4 126 MERCURE DE FRANCE.
elle n'a pas cru pouvoir en préſenter un
plus important à traiter, que lesMaladies
des Beſtiaux ; en conféquence , elle a
arrêté qu'elle adjugeroit un Prix de Six
cens livres , au Mémoire qui donneroit
ladescription , les causes , les effets & la
curation des Maladies épidémiques &
contagieuses des Beftiaux , les moyens
de les prévenir & d'enempêcher lespro-
grès.
Il ſera proclamé , dans une Aſſemblée
de la Société , au mois d'Avril 1765.
Les Pièces qui feront envoyées pour
concourir , doivent être remiſes avant le
1.er Janvier 1765 , à M. de Palerne ,
Secrétaire perpétuel de la Société , autre-
ment elles feront rejettées.
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms ſur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté , portant un numéro
pareil à celui de la Pièce , avec une mê-
me deviſe ſur l'un & fur l'autre ; ces
paquets ne feront ouverts qu'après le ju-
gement du Prix.
Toutes perſonnes feront admiſes à
concourir , à l'exception des Membres
& Aſſociés qui compoſent la Société
Royale d'AgriculturedeParis: les Pièces
feront adreſſées à M. de Sauvigny ,
Conſeiller d'Etat, Intendantde la Gé
AVRIL. 1764.
127
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiſſés du Secrétaire de
la Société; le Secrétaire délivera le prix
à celui qui lui repréſentera lerécépiffé
dela Pièce couronnée ; il n'y aura point
d'autre formalité.
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Résumé : PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture de Paris, pour l'année 1764.
En 1764, la Société Royale d'Agriculture de Paris a lancé un concours doté d'un prix de six cents livres pour promouvoir les avancées en agriculture. Le thème portait sur les maladies des bestiaux, notamment les maladies épidémiques et contagieuses. Le prix devait récompenser le mémoire expliquant le mieux les causes, les effets et les méthodes de prévention de ces maladies. Les participants avaient jusqu'au 1er janvier 1765 pour soumettre leurs travaux à M. de Palerne, secrétaire perpétuel de la Société. Les soumissions devaient être anonymes, identifiées par un numéro et une devise. Les membres et associés de la Société étaient exclus du concours. Les mémoires devaient être envoyés à M. de Sauvigny, conseiller d'État et intendant de la généralité de Paris, qui fournirait des récépissés. Le prix serait attribué à l'auteur présentant le récépissé du mémoire couronné, sans autre formalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10881
p. 127-129
PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture de Paris, pour l'année 1765.
Début :
LA SOCIÉTÉ desirant exciter de plus en plus l'industrie & l'émulation des [...]
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texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture de Paris, pour l'année 1765.
PRIX proposé par la Société Royale
d'Agriculture de Paris, pour l'année
1765.
LA SOCIÉTÉ desirant exciter de plus
en plus l'industrie & l'émulation des
Cultivateurs , a réfolu & arrêté , dans
fon Affemblée du 8Décembre 1763 ,
qu'il fera fait un fonds chaque année,
par les Affociés , pour donner deux ou
plufieurs Prix , à ceux des Cultivateurs
&autres Particuliers appliqués aux foins
de la campagne , qui auront le mieux
réuffi dans les recherches qu'elle doit
leurpropoſer.
:
Le principal objetde ces recherches ,
fera d'éclairer fucceſſivement par des
expériences faites avec ſoin , les dif-
férentes pratiques de l'Agriculture & de
l'économie ruſtique.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Un des Sujets qu'elle a choiſi pour
le Prix de 1765 , eſt , Le meilleur tra-
vailfur la qualité & fur l'emploi des
engraisqui conviennent aux terres , prin-
cipalement aux terres à blés , relative-
ment à leurqualité.
Des expériences bien faites,foit pour
employer de nouveaux engrais juſqu'à
préſent peu connus ou négligés , ſoit
pour fuppléer au fumier des animaux ,
lorſqu'on en a peu , ſoit pour perfec-
tionner la qualité des fumiers & autres
engrais , auront droit au Prix.
Ce Prix eſt de la ſomme de huit cens
livres ; il ſera proclamé , dans une Af-
ſemblée publique de la Société
, au
mois d'Avril 1766. Les Piéces qui ſe-
ront envoyées pourconcourir,doivent
être remiſes avant le 1st Janvier 1766 ,
à M. de Palerne , Secrétaire perpétuel
de la Société
rejettées.
2
autrement elles feront
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms ſur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté, portant un numéro pa-
reil à celui de la Piéce , avec une même
deviſe ſur l'un & fur l'autre ; ces pa-
quets ne feront ouverts qu'après le ju-
mentdu Prix. Les Auteurspeuvent y in-
férer les certificats qu'ils auront prisdes
AVRIL. 1764.
129
perſonnes connues & dignes de foi qui
auront ſuivi ou vérifié leurs expérien-
ces , à l'effet d'en conſtater les réſultats.
La Piéce qui renfermera le plus de
faits , d'obſervations & d'expériences
utiles ſur l'art de fertiliſer la terre par
les engrais , ſera couronnée.
Toutes perſonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres
& Aſſociés qui compoſent la Société
Royale d'Agriculture de Paris : les Pié-
ces ferontadreſſées à M. de Sauvigny ,
Conſeiller d'Etat , Intendant de la Gé-
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiſſés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivrera le
Prix à celui qui lui repréſentera le ré-
cépiffé de la Piéce couronnée , il n'y
aura point d'autre formalité.
d'Agriculture de Paris, pour l'année
1765.
LA SOCIÉTÉ desirant exciter de plus
en plus l'industrie & l'émulation des
Cultivateurs , a réfolu & arrêté , dans
fon Affemblée du 8Décembre 1763 ,
qu'il fera fait un fonds chaque année,
par les Affociés , pour donner deux ou
plufieurs Prix , à ceux des Cultivateurs
&autres Particuliers appliqués aux foins
de la campagne , qui auront le mieux
réuffi dans les recherches qu'elle doit
leurpropoſer.
:
Le principal objetde ces recherches ,
fera d'éclairer fucceſſivement par des
expériences faites avec ſoin , les dif-
férentes pratiques de l'Agriculture & de
l'économie ruſtique.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Un des Sujets qu'elle a choiſi pour
le Prix de 1765 , eſt , Le meilleur tra-
vailfur la qualité & fur l'emploi des
engraisqui conviennent aux terres , prin-
cipalement aux terres à blés , relative-
ment à leurqualité.
Des expériences bien faites,foit pour
employer de nouveaux engrais juſqu'à
préſent peu connus ou négligés , ſoit
pour fuppléer au fumier des animaux ,
lorſqu'on en a peu , ſoit pour perfec-
tionner la qualité des fumiers & autres
engrais , auront droit au Prix.
Ce Prix eſt de la ſomme de huit cens
livres ; il ſera proclamé , dans une Af-
ſemblée publique de la Société
, au
mois d'Avril 1766. Les Piéces qui ſe-
ront envoyées pourconcourir,doivent
être remiſes avant le 1st Janvier 1766 ,
à M. de Palerne , Secrétaire perpétuel
de la Société
rejettées.
2
autrement elles feront
Les Auteurs ne mettront point leurs
noms ſur leurs ouvrages , mais dans un
paquet cacheté, portant un numéro pa-
reil à celui de la Piéce , avec une même
deviſe ſur l'un & fur l'autre ; ces pa-
quets ne feront ouverts qu'après le ju-
mentdu Prix. Les Auteurspeuvent y in-
férer les certificats qu'ils auront prisdes
AVRIL. 1764.
129
perſonnes connues & dignes de foi qui
auront ſuivi ou vérifié leurs expérien-
ces , à l'effet d'en conſtater les réſultats.
La Piéce qui renfermera le plus de
faits , d'obſervations & d'expériences
utiles ſur l'art de fertiliſer la terre par
les engrais , ſera couronnée.
Toutes perſonnes feront admifes à
concourir , à l'exception des Membres
& Aſſociés qui compoſent la Société
Royale d'Agriculture de Paris : les Pié-
ces ferontadreſſées à M. de Sauvigny ,
Conſeiller d'Etat , Intendant de la Gé-
néralité de Paris , qui fera paffer aux
Auteurs les récépiſſés du Secrétaire de
la Société ; le Secrétaire délivrera le
Prix à celui qui lui repréſentera le ré-
cépiffé de la Piéce couronnée , il n'y
aura point d'autre formalité.
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Résumé : PRIX proposé par la Société Royale d'Agriculture de Paris, pour l'année 1765.
En 1763, la Société Royale d'Agriculture de Paris a instauré un fonds annuel pour récompenser les innovations agricoles. Pour 1765, le sujet porte sur les engrais adaptés aux terres à blé. Les recherches doivent explorer de nouveaux engrais ou améliorer ceux existants. Le prix, de huit cents livres, sera décerné en avril 1766. Les candidatures, anonymes et accompagnées d'une devise, doivent être soumises avant le 1er janvier 1766 à M. de Palerne. Les travaux seront évalués sur des faits et observations pratiques. Tous peuvent concourir, sauf les membres de la Société. Les soumissions doivent être envoyées à M. de Sauvigny, qui délivrera les récépissés et le prix.
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10882
p. 129-131
SUJET du Prix de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, pour l'année 1765.
Début :
IL est d'usage en Bourgogne de semer suivant trois différentes méthodes : [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUJET du Prix de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, pour l'année 1765.
SUJET du Prix de l'Académie des
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, pour l'année 1765.
IL est d'usage en Bourgogne de semer
suivant trois différentes méthodes :
1º. On ſeme dans les mêmes terres
la première année du Bled , la ſeconde
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
des Mars , & fucceffivement ainſi d'an-
née à autre.
2º. On y ſeme alternativement une
année de Bled, l'autre des Mars , & la
troifiéme on laiſſe la terre en jachère.
3º. On y ſeme une annéeduBled , la
ſeconde année , la terre reſte en ja-
chère ; & cette pratique s'obſerve conf-
tammentd'une année à l'autre.
D'après l'expofition de ces divers
façons d'enſemencer les terres en Bour-
gogne , l'Académie demande :
Quellesfont lesRaiſons physiques qui
doivent engager relativement aux diffé-
rens Terroirs , à préférer l'une de ces
trois méthodes ?
Les régles & les formalités qui s'ob-
ferventdanslesConcoursAcadémiques,
font aujourd'hui ſi généralement con-
nues , qu'il eſt inutile de les répéter
au ſujet de ce Programme. Il ſuffit
d'avertir ici , que les Mémoires qu'on
doit adreffer à M. Michault , Secrétaire
perpétuel de l'Académie, ruede Guiſe , à
Dijon , neferont reçus , francs de port ,
quejuſqu'au premier Avril 1765 inclufi-
vement: paffé lequel temps, ils ne pour-
ront, ſous quelque prétexte que ce ſoit,
avoir aucun droit au Concours ; ainſi
AVRIL. 1764
131
que ceux dont l'Auteur ſe ſera fait
connoître directement ou indirectement.
Sciences, Arts & Belles-Lettres de
DIJON, pour l'année 1765.
IL est d'usage en Bourgogne de semer
suivant trois différentes méthodes :
1º. On ſeme dans les mêmes terres
la première année du Bled , la ſeconde
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
des Mars , & fucceffivement ainſi d'an-
née à autre.
2º. On y ſeme alternativement une
année de Bled, l'autre des Mars , & la
troifiéme on laiſſe la terre en jachère.
3º. On y ſeme une annéeduBled , la
ſeconde année , la terre reſte en ja-
chère ; & cette pratique s'obſerve conf-
tammentd'une année à l'autre.
D'après l'expofition de ces divers
façons d'enſemencer les terres en Bour-
gogne , l'Académie demande :
Quellesfont lesRaiſons physiques qui
doivent engager relativement aux diffé-
rens Terroirs , à préférer l'une de ces
trois méthodes ?
Les régles & les formalités qui s'ob-
ferventdanslesConcoursAcadémiques,
font aujourd'hui ſi généralement con-
nues , qu'il eſt inutile de les répéter
au ſujet de ce Programme. Il ſuffit
d'avertir ici , que les Mémoires qu'on
doit adreffer à M. Michault , Secrétaire
perpétuel de l'Académie, ruede Guiſe , à
Dijon , neferont reçus , francs de port ,
quejuſqu'au premier Avril 1765 inclufi-
vement: paffé lequel temps, ils ne pour-
ront, ſous quelque prétexte que ce ſoit,
avoir aucun droit au Concours ; ainſi
AVRIL. 1764
131
que ceux dont l'Auteur ſe ſera fait
connoître directement ou indirectement.
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Résumé : SUJET du Prix de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, pour l'année 1765.
Le texte décrit trois méthodes de semis pratiquées en Bourgogne et pose une question à l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de Dijon pour l'année 1765. La première méthode consiste à alterner entre le blé et les Mars. La deuxième méthode alterne entre blé, Mars et une année de jachère. La troisième méthode implique de semer du blé une année, suivie d'une année de jachère. L'Académie demande quelles raisons physiques devraient inciter à privilégier une méthode plutôt qu'une autre en fonction des différents types de terroirs. Les mémoires répondant à cette question doivent être envoyés à M. Michault, Secrétaire perpétuel de l'Académie, avant le 1er avril 1765. Après cette date, les mémoires ne seront plus acceptés, même si l'auteur se fait connaître.
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10883
p. 131-136
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
Début :
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de [...]
Mots clefs :
Élèves de l'École royale vétérinaire, Province, Animaux, Qualités, Brebis, Agneaux, Auvergne, Engraisser, Généralité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de
ſe rallentir , ſemblent s'accroître & re-
doubler. La diſtribution du Prix concer-
nant le Bœuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars.
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diſſections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
ſe ſont montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été hono-
ré de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de pluſieurs Membres de
Ja Société d'Agriculture , & d'un nom-
bre confidérable de perſonnes de dif-
tinction .
Dans cette Séance,tenue ſelonl'uſage
ordinaire , les Contendans ont dévelop-
pédes principes & des faits très-intéreſ-
fans fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiſſoit , ſur la connoif-
fance de leur âge , ſur les ſoins qu'ils
exigent fur l'attention que demande la
Fvj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
conſtruction des Etables & des Berge
ries,fur les alimens les plus convenables
dans les différentes ſaiſons , fur la ma-
nière d'apprivoifer les Bœufs & de les
foumettre au joug , ſur le temps & les
moyens de les engraiffer, fur la propa-
gation de cette eſpèce, fur les qualités
d'un bon Taureau , fur la beauté &
bontédes Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le laitqu'elles donnent,
fur les eſpèces que nous pourrions tirer
avecle plus grandavantagedel'Etranger,
particulièrementdeJutland,ſurle régime
àfaire obferver auxVachespleines&prê-
tesà mettre bas , furle choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation desMou-
tons , fur leur toiſon , fur la tonte, fur
les différentes eſpèces connues en Fran-
ce& en Angleterre , ſur leurs produits
comparés , fur l'importance & fur la ma-
nière de faler ces animaux , fur les pâtu-
rages qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , ſur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer, fur les avan-
tages des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
AVRIL. 1764.
133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doitagneler , & àl'Agneau qui vient
de naître , ſoit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foir dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui par-
viennent à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être ſevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
furles obfervations naturellesqui ſe pré-
ſentent à quiconque veut traiter & éle-
ver ces animaux , &c , fur le Bouc com-
paré au Béier , fur les diverſes races
dans l'eſpèce des Chèvres , fur les dif-
férences à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de là Chèvre
deſtinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , ſur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chevroter ,
&aux Chevreaux més, en quelque nom-
bre que ce foit , &c. &c. &c.
A Tous ces points divers ont été ample-
ment difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beau-
mont fils , Greffet , Parnet, de la Provin-
ce de Franche-Comté ; Aima , Leger
Latour, de la Généralité de Bordeaux ,
Bigler, duCanton de Berne ; Boudier
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Treitch & Teillard, de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien
Defavenieres , Deſchaux , Faure l'aîné ,
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture ſe ſont trouvés ,
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être dé-
cerné,a obligé d'en donner deux au lieu
d'un : le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
Lesvuesde cesJuges intégres & éclai-
rés ont été dirigées ſur dix-huit de ces
trente Contendans. Ils ont adjugé le
premier prix aux Sieurs Petite, Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler ,
Beauvais , D'anguien & Thevenet : ce-
lui-ci eſt âgé de douze ans. Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais ſes Concurrens, ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
ſe ſontacquiſe , larécompenſe qui flatte
AVRIL.
1764.
135
leplusdes hommes deſtinés à ſervir uti-
lement leur Patrie .
Le ſecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch, Leger , Def-
chaux , âgé de treize ans , Chanu , Tho-
mas , Faure l'aîné & Defavenieres. Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux ,
fans rien diminuer de l'honneur attaché
auxfuffrages que les autres ontjuſtement
obtenus.
Le Sr Brachet , conſtamment attaché
à ſes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres con-
currens , s'il n'eût été employé au trai-
tement de pluſieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de ſept mois les ſecours les plus
efficaces dans pluſieurs Provinces dont
les Beſtiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette cir-
conſtance ,parce qu'il s'eſt occupé à ré
parer , à certains égards non moins ef-
ſentiels , le temps qu'il avoit employé
ailleurs.
T
Il en eſt de même du Sr Bloufard, en
qui l'expreffion n'est point auffi facile
que l'intelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Didne
1
136 MERCURE DE FRANCE.
Aima , Kamerlet & Boudier ont ſatis-
fait le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eſt avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les ſuccès de ces
Elèves continuentàfaire un honneur in-
fini à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétéri
naire , & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même ſont rede-
vables d'un Etabliſſement fi utile. Nous
diſons l'Europe même; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , prin-
cipalement du Nord, ( parmi lesquels
oncompte le Roi de Prufſe) ont déja
envoyé à M. Bourgelat pluſieurs Elèves
pour ſe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leurapplica
cation & leurs fuccès.
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de
ſe rallentir , ſemblent s'accroître & re-
doubler. La diſtribution du Prix concer-
nant le Bœuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars.
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diſſections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
ſe ſont montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été hono-
ré de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de pluſieurs Membres de
Ja Société d'Agriculture , & d'un nom-
bre confidérable de perſonnes de dif-
tinction .
Dans cette Séance,tenue ſelonl'uſage
ordinaire , les Contendans ont dévelop-
pédes principes & des faits très-intéreſ-
fans fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiſſoit , ſur la connoif-
fance de leur âge , ſur les ſoins qu'ils
exigent fur l'attention que demande la
Fvj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
conſtruction des Etables & des Berge
ries,fur les alimens les plus convenables
dans les différentes ſaiſons , fur la ma-
nière d'apprivoifer les Bœufs & de les
foumettre au joug , ſur le temps & les
moyens de les engraiffer, fur la propa-
gation de cette eſpèce, fur les qualités
d'un bon Taureau , fur la beauté &
bontédes Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le laitqu'elles donnent,
fur les eſpèces que nous pourrions tirer
avecle plus grandavantagedel'Etranger,
particulièrementdeJutland,ſurle régime
àfaire obferver auxVachespleines&prê-
tesà mettre bas , furle choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation desMou-
tons , fur leur toiſon , fur la tonte, fur
les différentes eſpèces connues en Fran-
ce& en Angleterre , ſur leurs produits
comparés , fur l'importance & fur la ma-
nière de faler ces animaux , fur les pâtu-
rages qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , ſur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer, fur les avan-
tages des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
AVRIL. 1764.
133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doitagneler , & àl'Agneau qui vient
de naître , ſoit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foir dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui par-
viennent à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être ſevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
furles obfervations naturellesqui ſe pré-
ſentent à quiconque veut traiter & éle-
ver ces animaux , &c , fur le Bouc com-
paré au Béier , fur les diverſes races
dans l'eſpèce des Chèvres , fur les dif-
férences à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de là Chèvre
deſtinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , ſur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chevroter ,
&aux Chevreaux més, en quelque nom-
bre que ce foit , &c. &c. &c.
A Tous ces points divers ont été ample-
ment difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beau-
mont fils , Greffet , Parnet, de la Provin-
ce de Franche-Comté ; Aima , Leger
Latour, de la Généralité de Bordeaux ,
Bigler, duCanton de Berne ; Boudier
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Treitch & Teillard, de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien
Defavenieres , Deſchaux , Faure l'aîné ,
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture ſe ſont trouvés ,
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être dé-
cerné,a obligé d'en donner deux au lieu
d'un : le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
Lesvuesde cesJuges intégres & éclai-
rés ont été dirigées ſur dix-huit de ces
trente Contendans. Ils ont adjugé le
premier prix aux Sieurs Petite, Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler ,
Beauvais , D'anguien & Thevenet : ce-
lui-ci eſt âgé de douze ans. Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais ſes Concurrens, ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
ſe ſontacquiſe , larécompenſe qui flatte
AVRIL.
1764.
135
leplusdes hommes deſtinés à ſervir uti-
lement leur Patrie .
Le ſecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch, Leger , Def-
chaux , âgé de treize ans , Chanu , Tho-
mas , Faure l'aîné & Defavenieres. Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux ,
fans rien diminuer de l'honneur attaché
auxfuffrages que les autres ontjuſtement
obtenus.
Le Sr Brachet , conſtamment attaché
à ſes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres con-
currens , s'il n'eût été employé au trai-
tement de pluſieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de ſept mois les ſecours les plus
efficaces dans pluſieurs Provinces dont
les Beſtiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette cir-
conſtance ,parce qu'il s'eſt occupé à ré
parer , à certains égards non moins ef-
ſentiels , le temps qu'il avoit employé
ailleurs.
T
Il en eſt de même du Sr Bloufard, en
qui l'expreffion n'est point auffi facile
que l'intelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Didne
1
136 MERCURE DE FRANCE.
Aima , Kamerlet & Boudier ont ſatis-
fait le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eſt avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les ſuccès de ces
Elèves continuentàfaire un honneur in-
fini à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétéri
naire , & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même ſont rede-
vables d'un Etabliſſement fi utile. Nous
diſons l'Europe même; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , prin-
cipalement du Nord, ( parmi lesquels
oncompte le Roi de Prufſe) ont déja
envoyé à M. Bourgelat pluſieurs Elèves
pour ſe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leurapplica
cation & leurs fuccès.
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Résumé : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
Le 3 mars 1764, l'École Royale Vétérinaire a organisé un concours portant sur l'élevage du bœuf, des bêtes à laine et des chèvres. Trente élèves ont présenté leurs connaissances devant des personnalités influentes, y compris l'Intendant de la Province et des membres de la Société d'Agriculture. Les sujets abordés incluaient la sélection des animaux, les soins, la construction des étables, l'alimentation, l'apprivoisement des bœufs, ainsi que divers aspects de l'élevage des moutons et des chèvres. Les juges ont attribué deux prix : le premier, d'une valeur de 50 livres, a été décerné aux sieurs Petite, Parnet, Barjollin, Dupin, Damne, Bigler, Beauvais, D'anguien et Thevenet. Le second prix, de 48 livres, a été remis aux sieurs Gay, Bethoux, Treitch, Leger, Deschaux, Chanu, Thomas, Faure l'aîné et Defavenieres. Le sieur Brachet a été félicité pour son engagement, tandis que les sieurs Bredin et Bloufard étaient absents en raison de missions extérieures. D'autres élèves, tels que Latour, Greffet, les frères d'Auvergne, Beaumont fils, Didné, Aima, Kamerlet et Boudier, ont également été reconnus pour leurs performances. Ces résultats témoignent de l'excellence de l'enseignement dispensé sous la direction de M. Bourgelat, correspondant de l'Académie des Sciences de Paris. Ils rendent également hommage au ministre M. Bertin, à l'origine de la création de cette école. Plusieurs États et souverains, notamment du Nord, dont le Roi de Prusse, ont envoyé des élèves à cette école, où ils se distinguent par leur application et leurs succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10884
p. 136-148
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
Début :
JE crois, Monsieur, que vous ne serez pas fâché que je vous entretienne d'une [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
JE crois, Monsieur, que vous ne serez
pas fâché que je vous entretienne d'une
découverte très-intéreſſante & qui va
AVRIL. 1764.
137
donner à la Dioptrique une nouvelle
face. Nous la devons aux travaux d'un
Géomêtre célébre , & aux foins de plu-
fheurs Amateurs. Vous ſcavez , Mon-
fieur , qu'on appelle Dioptrique la-vi-
fion qui fe fait à l'aide des verres ; on
peut dire que , fi l'état où étoit précé-
demment cette ſcience eût étonné les
Anciens qui n'en avoient pas d'idée ,
fes nouveaux progrès ne paroîtroient
pasmoins admirables à Newton lui-mê-
me , au Grand Homme qui décom-
poſa la lumière , & qui avoit connu ,
fans les ſurmonter, les obſtacles qui vien-
nent d'être levés: c'eſt que l'homme qui
parcourt le plus rapidement la carrière ,
trouve un terme où il faut qu'il s'ar-
rête , & d'où part à ſon tour l'homme
de génie qui vient après lui.
Mais , avant tout , il est néceſſaire
que je vous rappelle quelques princi-
pes d'Optique qui ne vous ſont pas in-
connus ; & pour ne pas rendre la ma-
tière trop compliquée,je ne vous par-
lerai que des lunettes Aftronomiques ,
àdeuxverres convexes. Les rayons par-
tis de l'objet après s'être pliés en tra-
verfant le premier verre , qu'on nom-
me l'objectif , ſe réuniſſent dans un
point de l'axe de la lunette, qui eft
1
138 MERCURE DE FRANCE.
appellé foyer du verre , & y forment
un image devant laquelle ſe place l'O
culaire , ou le ſecond verre, qui fai-
fant l'effet d'un miſcroſcope , fert à
aggrandir cetté image ; & la lunette
groffit d'autant plus , que le foyer du
verre objectif est plus long , & que
celui du verre oculaire eſt plus court.
Ainſi une lunette de fix pieds avec un
Oculaire de trois pouces groffit vingta
quatre fois ; avec un Oculaire de dix
huit lignes elle groffiroit quarante-huit
fois. Il ſemble qu'en partantde ce prin-
cipe , on puiſſe multiplier les effets à
l'infini ; en ayant de longs objectifs &
de courts oculaires : mais on a trouvé
de très-grands obſtacles dans la figure
des verres & dans la différente réfran-
gibilité des rayons, Descartes qui porta
dans les Arts la lumière de la Géomé-
trie , avoit démontréque tous les rayons
partis d'un objet , & traverſant un ver
re objectif , fe réuniroient dans un mê
me point de l'axe de la lunette , fil'om
donnoit à l'objectif une figure hyper-
bolique ; mais ici la pratique des Arts
ne peut plus atteindre à la préciſion du
calcul. On n'a vu réuffir aucun des effais
de Descartes ,qui faisoit travailler fous
fes yeux un ouvrier intelligent ; & l'on
AVRIL. 1764.
139
a reconnu avec peine , qu'il étoit mora-
lement impoffible dedonner aux verres
une figure hyperbolique régulière.
On ſe reſtraignit à leur donner la fi-
gure ſphérique ; mais par la propriété
de cette courbure , il n'y a que les
rayons qui tombent près de l'axe , qui
foient réunis dans un même point. Les
autres , ayant un foyer différent,y pei-
gnent d'autres images , & toutes ces
images fortprès les unes des autres , en
formentune ſeule qui eſt d'autant plus
confuſe ,qu'ily en aun plus grandnom-
bre : onfut forcé dedonner peu d'éten
due àla courburede laſurfacedes objec-
tifs , & l'on y perditde la lumière, Car
vous concevez bien , Monfieur , que la
quantité de lumière dépend de la gran-
deur de l'objectif qui lui donne entrée.
Mais on s'apperçut bientôtque ces incon-
véniensétoient les moindres qu'on eût à
craindre:unhomme qui étoit appellé aux
plus brillantes découvertes dans toutes
les Sciences , portant dans la Phyſique ,
le flambeau de fon génie, trouva l'art de
décompofet la lumière , & fit voir que
chacun de ſes rayons étoit composé de
7 rayons primitifs de couleur différen-
te , rouge , orange , jaune , &c. Ces
rayons traverſant un priſme ,s'y rom
1
40 MERCURE DE FRANCE.
pent ſuivant leur différente réfrangibil
bilité , ſe ſéparent, & peignent fur le
papier où onles reçoit,les ſeptcouleurs
dans leur ordre naturel. Cette découver-
te , appliquée à l'optique, rendit raiſon
desanneauxcolorés,appellés iris,qu'on
avoit apperçus autour des images for-
mées par de longues lunettes. Le verre
objectif fait alors la fonction du prifme
qui ſépare les couleurs : on crut que la
nature de la lumière mettant un obſta-
cle invincible àla perfection de cet Art,
& la théorie ayant fait connoître que
les iris étoient plus grandes , en pro-
portion de l'ouverturede l'objectif, on
preſcrivit de nouveau de ladiminuer ;
mais en même temps on diminuoit la
quantité de lumière ſi néceſſaire à la
distinction des objets. On ne retiroit
plus par conféquent des longues lunet-
tes l'avantage qu'on en devoit eſpé-
rer; & l'incommodité de leur longueur
fubfiftoit toute entière. Les choses en
étoient là , & cette barrière reſtoit in-
furmontable.
Lorſque M. Euler , l'un des plus
grands Géométres de l'Europe , eut en
1747 l'idée heureuſe de former des
objectifs de deux matières différem-
ment réfringentes; il eſpéra que leurs
AVRIL. 1764.
141
réfractions différentes pourroient ſe
compofer & détruire les Iris , il for-
ma ſes objectifs de deux lentilles de
verre qui renfermoient de l'eau entre
elles ,& poſant une hypothéſe ſur leurs
qualités réfringentes, il en déduifit des
formules générales & très-élégantes.
M. Dollond , ſcavant Opticien An-
glois , fit uſage de la Théorie de M.
Euler ; mais il ſubſtitua avec raiſon à
ſes lois de réfraction celles de Newton ,
qui paroiffoient préférables étant fon-
dées ſur l'expérience ; les formules don-
perent alors un réſultat fâcheux , car la
réunion des rayons ne ſe pouvoit faire
que lorſque la longueur du foyer étoit
infinie. M. Euler répondoit par des
raiſons métaphyſiques très - probables ;
& M. Dollond s'appuyantde la réputa-
tion de Newton , lui oppofoit conf-
tamment ſes expériences. Cette décou-
verte dont la théorie étoit fi belle , pa-
roiſſoit donc inutile dans la pratique ;
& on croyoit déjà la devoir ranger au
nombre de ces idées ingénieuſes , qui
ſans être utiles à la Société , fonthon-
neur à l'eſprit humain. M. Klingenf-
țierna , Géométre Suédois écrivit en
1755 à M. Dollond ; & par des dé-
monstrations métaphyſiques& géomé-
142 MERCURE DE FRANCE.
triques le força de douter de l'exactitude
des expériences de Newton. M. Dol-
lond les refit& les trouva fauffes. New-
ton avoit réuffi dans des expériences
plus difficiles ; il manqua celles-ci , &
cela prouve que l'homme eft toujours
ſi près de l'erreur , que le génie même
qui l'éléve ne peut l'empêcher d'y tom-
ber quelquefois. M. Dollond reprit cou-
rage; mais il trouva que les objectifs
de verre & d'eau exigeoient des cour-
bures trop conſidérables & qui pro-
duiroient , comme nous l'avons dit plus
haut , une multitude d'images différen-
tes, qui rendent les objets peu diftincts.
Il imagina de ſubſtituer des verres de
différentes denſités ,& qui étant com-
binés pour en former un objectif, fiſſent
le même effet que l'eau unie avec le
verre. Il trouva bientôt que les deux
eſpéces de verres , que les Anglois ap-
pellent ( Crown glass) & Slint. glaff ,
dont le premier reffemble affez à notre
verre commun , avoient les propriétés
qu'il defiroit: il les combina avec des
courbures différentes ; & après beau-
coup d'expériences , il réuffit à faire
d'excellentes lunettes fans aucune iris. Il
nous en eft paffé quelques - unes en
France , & les moins bonnes de cinq
* AVRIL. 1764.
143
pieds groffiffoient bien davantage que
les lunettes ordinaires de la même lon-
gueur , puiſqu'elles faifoient à-peu-près
l'effet d'une lunette de 12à 15 pieds.
M. Dollond n'indiquoit pas la route
qu'il avoit ſuivie ; il eût fallu ſe réfou-
dre à imiter fervilement ſes Télescopes ,
pour en conſtruire de pareils. Vous ſen-
tez , Monfieur , l'incertitude & l'humi-
liation de cette Méthode. M. Clairaut ,
mon Confrère , connu par des ſuccès
brillans dans la Géométrie , & à qui je
rends ici avec plaifir, comme ami , la
juſtice qui lui eſt due , comme Géomè-
tre , entreprit d'établirune Théorie com-
plette des aberrations des rayons de lu-
mière , & rechercha les courbures qu'il
falloit donner aux deux matières réfrin-
gentes pourles détruire ; mais il vit d'a-
bord qu'une telle recherche devoit être
fondée ſur des expériences plus sûres
que cellesdonton s'étoit appuyéjuſqu'i-
ci , afin de connoître mieux la réfrin-
gencedesdifférentes matières. C'eſt par
où il commença. Il eſſaya fur le ( Flint
glass ) & fur notre verre commun ,
qu'il fubftitua au ( Crown glass ) ; &
leur réfiingence étantbien conſtatée , il
en déduifit bientôt les formules géné-
rales qu'il cherchoit. Ilen lutle réſultat
L
44MERCURE DE FRANCE.
à l'Affemblée publique de l'Académie
du 8 Avril 1761. Il prévoyoit dès-lors
que les Lunettes de M. Dollond, quoi-
que très-bonnes , ne produiſoient pas
tout l'effet qu'on en devoit attendre ,
puiſque les aberrations érant détruites ,
il paroiffoit qu'elles devoient ſurpaffer
les Télescopes Newtoniens , qui perdent
beaucoup de lumière par la réflection
desMiroirs.
Vous verrez inceſſamment , Mon-
ſieur , cette conjecture vérifiée par le
ſuccès que je vous annonce. Des Artif-
tes intelligens , conduits par ſa théorie ,
firent quelques eſſais qui répondirent à
ce qu'on en devoit attendre ; enfin M.
Antheaume , connu par ſa Méthode des
Aimants artificiels , qui a remporté le
Prix à l'Académie de Pétersbourg en
1760 , qui depuis long-temps , Amateur
de l'Optique , s'appliquoit à faire d'ex-
cellens Objectifs, ſuivant les pratiques
ordinaires , entreprit d'en travailler un
ſuivant les déterminations de M.Clairaut.
Le plus grandfuccès a comblé nos eſpé-
rances : il a fait un verre de ſept pieds
de foyer , qui fait l'effet d'une bonne lu-
nette de trente-cinq à quarante pieds.
Cette perfection furpaſſe de beaucoup
celle où M. Dollond avoit atteint; & ,
en
AVRIL. 1764.
145
2-
enfaiſantl'éloge de l'adreſſe de M. Az-
theaume , prouve l'excellence de la route
que M. Clairaut lui avoit tracée. J'ai vu
avec cette Lunette le diſque de Jupiter
parfaitement bien terminé ; les bandes
qu'on y obſerve partagées en plufieurs
autres bandes , & les fatellites qui l'ac-
compagnent affez groffis pour qu'on
puiſſe eſpérer d'appercevoir auſſi leur
diſque , fi l'on peut réuffir unjour auffr
dans des verres d'un foyer plus long.
S. E. Mgr le Cardinal de Luines , qui
protégeles Sciences, & dont les lumières
fur l'Optique ſont connues , en a fait
l'épreuve ; MM.de Thury , le Monnier ,
de la Lande , Chappe & moi , tous
Membres de l'Académie des Sciences ,
y avons affifté , & il n'y a eu qu'une
voix fur l'excellence de cette Lunette.
M. Antheaume s'eſt fait un plaifir de la
faire voir aux Amateurs , & particuliè-
rement à M. le Préſident Saron , qui ,
ayant beaucoup de goût & de connoif-
fance , eſt poſſeffeur d'un tres-beau Té-
leſcope * Anglois. Il l'a comparé avec
la Lunette , & il avoue lui-même qu'elle
faitplus d'effet.
Cela ne vous paroîtra pas difficile à
* Ce Miroir a 30 pouces de foyer. Il doit
groſſir environ 120 fois les objets.
I. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
concevoir, Monfieur, en vous rappel-
lantle principe établi plus haut , que les
Lunettes groffiffent d'autant plus que le
foyerde l'Objectifestplus long, & celui
de l'Oculaire plus court; & en y ajou-
tant celui-ci , que la lumière est d'autant
plus vive que l'ouverture de l'Objectifeft
plus grande , & le foyer de l'Oculaire
plus long. Dans les Lunettes ordinaires
les aberrations forçoient de refferrer
l'ouverture des Objectifs ; &, pour con-
ſerverſuffiſammentde la lumière , on ne
pouvoitmettredes Oculaires fortcourts,
Ces nouvelles Lunettes , en détruiſant
toute aberration , permettent de faire
l'ouverture des Objectifs fort grande ,
&fouffrent, ſans perdre trop de lumiè-
re , les Oculaires les plus courts que
l'art puiſſe fournir. Vous jugez , Mon-
fieur, de la ſatisfaction que doit reſſentir
M. Clairaut des progrès d'un Art qui lui
devra la perfection. Quel champ vaſte
ouvert à nos découvertes , ſi l'on peut
porter à la même perfection des Lunet-
tes plus longues, telles que de vingt à
vingt-cinq pieds ! Que de points incer-
tains dans le Syſtême du Monde peuvent
être éclaircis ! Et pour ſe rapprocher de
la vie civile, quelle commodité pour les
Particuliers de pouvoir ſe procurer des
: AVRIL. 1764.
147
Lunettes de trois , quatre , cinq pieds ,
qui, fans être fort difficiles à manier ,
feront plus d'effet que les Télescopes or-
dinaires , qui font rarement bons , &
qu'il eſt difficilede conſerverlong-temps
bons , à cauſe du poli des Miroirs , qui
ne ſubſiſte que par les plus grands ſoins !
C'eſt ici le lieude vous parler , Mon-
ſieur ,d'un Artiſte fort intelligent'; de
M. de Létang * , qui a travaillé , dès les
commencemens , fur les principes &
ſous les yeux de M. Clairaut. Il jointà
beaucoup de lumières les plus grands
ſoins dans la pratique. Ila bien voulu
me faire voirpluſieurs Objectifs de trois
&decinq pieds, qu'il a travaillés, & qui
fontexcellens. Il ſe diſpoſe à en travail-
ler d'un foyer plus long,& je ſuis afſuré
du ſuccès. Les Aſtronômes feront très-
heureux d'avoir recours à lui pour un
Inſtrument qui leur eſt ſi néceſſaire.
M. le Bas , Artiſte connu , qui de-
meure aux Galleries du Louvre , m'a fait
voir auſſi de très-bons Objectifs de trois
*C'eſt à l'adreſſe de M. de l'Etang que M.
Clairaut eſt redevable den'avoir pas été dégoûté
de l'application de ſa théorie àla pratique : il
falloit unhomme qui ſaisît ſes idées aſſez bien,
pour ſe les rendre propres , & pour que l'exécu
tion lui en devînt facile.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
pieds. Il ſemble que le ſeul obstacle ,
qui s'oppoſe maintenant à nos progrès ,
foitladifficultéde ce travail , qui éxige
beaucoup plus de ſoins & de précifion
qu'auparavant, & la raretédu Flintglaſs
qu'on a peine à ſe procurer ici , & que
l'on trouve ſouvent défectueux. M. Paf-
femant, qui a auſſi travaillé ſur cet ob-
jet, a la compofition d'une matière , la-
quelle étant vitrifiée pourroit être ſubſti-
tuée au Criſtal d'Angleterre. L'attention
des Amateurs doit maintenant s'y por-
ter : nous eſpérons qu'elle procurera
aux Artiſtes toutes les facilités néceſſai-
res , & leur intelligence nous promet
qu'ils ne feront pas arrêtés par la diffi-
culté du travail.
J'ai l'honneur d'être , &c.
BAILLY, de l'Acad. Royale des Sciences.
JE crois, Monsieur, que vous ne serez
pas fâché que je vous entretienne d'une
découverte très-intéreſſante & qui va
AVRIL. 1764.
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donner à la Dioptrique une nouvelle
face. Nous la devons aux travaux d'un
Géomêtre célébre , & aux foins de plu-
fheurs Amateurs. Vous ſcavez , Mon-
fieur , qu'on appelle Dioptrique la-vi-
fion qui fe fait à l'aide des verres ; on
peut dire que , fi l'état où étoit précé-
demment cette ſcience eût étonné les
Anciens qui n'en avoient pas d'idée ,
fes nouveaux progrès ne paroîtroient
pasmoins admirables à Newton lui-mê-
me , au Grand Homme qui décom-
poſa la lumière , & qui avoit connu ,
fans les ſurmonter, les obſtacles qui vien-
nent d'être levés: c'eſt que l'homme qui
parcourt le plus rapidement la carrière ,
trouve un terme où il faut qu'il s'ar-
rête , & d'où part à ſon tour l'homme
de génie qui vient après lui.
Mais , avant tout , il est néceſſaire
que je vous rappelle quelques princi-
pes d'Optique qui ne vous ſont pas in-
connus ; & pour ne pas rendre la ma-
tière trop compliquée,je ne vous par-
lerai que des lunettes Aftronomiques ,
àdeuxverres convexes. Les rayons par-
tis de l'objet après s'être pliés en tra-
verfant le premier verre , qu'on nom-
me l'objectif , ſe réuniſſent dans un
point de l'axe de la lunette, qui eft
1
138 MERCURE DE FRANCE.
appellé foyer du verre , & y forment
un image devant laquelle ſe place l'O
culaire , ou le ſecond verre, qui fai-
fant l'effet d'un miſcroſcope , fert à
aggrandir cetté image ; & la lunette
groffit d'autant plus , que le foyer du
verre objectif est plus long , & que
celui du verre oculaire eſt plus court.
Ainſi une lunette de fix pieds avec un
Oculaire de trois pouces groffit vingta
quatre fois ; avec un Oculaire de dix
huit lignes elle groffiroit quarante-huit
fois. Il ſemble qu'en partantde ce prin-
cipe , on puiſſe multiplier les effets à
l'infini ; en ayant de longs objectifs &
de courts oculaires : mais on a trouvé
de très-grands obſtacles dans la figure
des verres & dans la différente réfran-
gibilité des rayons, Descartes qui porta
dans les Arts la lumière de la Géomé-
trie , avoit démontréque tous les rayons
partis d'un objet , & traverſant un ver
re objectif , fe réuniroient dans un mê
me point de l'axe de la lunette , fil'om
donnoit à l'objectif une figure hyper-
bolique ; mais ici la pratique des Arts
ne peut plus atteindre à la préciſion du
calcul. On n'a vu réuffir aucun des effais
de Descartes ,qui faisoit travailler fous
fes yeux un ouvrier intelligent ; & l'on
AVRIL. 1764.
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a reconnu avec peine , qu'il étoit mora-
lement impoffible dedonner aux verres
une figure hyperbolique régulière.
On ſe reſtraignit à leur donner la fi-
gure ſphérique ; mais par la propriété
de cette courbure , il n'y a que les
rayons qui tombent près de l'axe , qui
foient réunis dans un même point. Les
autres , ayant un foyer différent,y pei-
gnent d'autres images , & toutes ces
images fortprès les unes des autres , en
formentune ſeule qui eſt d'autant plus
confuſe ,qu'ily en aun plus grandnom-
bre : onfut forcé dedonner peu d'éten
due àla courburede laſurfacedes objec-
tifs , & l'on y perditde la lumière, Car
vous concevez bien , Monfieur , que la
quantité de lumière dépend de la gran-
deur de l'objectif qui lui donne entrée.
Mais on s'apperçut bientôtque ces incon-
véniensétoient les moindres qu'on eût à
craindre:unhomme qui étoit appellé aux
plus brillantes découvertes dans toutes
les Sciences , portant dans la Phyſique ,
le flambeau de fon génie, trouva l'art de
décompofet la lumière , & fit voir que
chacun de ſes rayons étoit composé de
7 rayons primitifs de couleur différen-
te , rouge , orange , jaune , &c. Ces
rayons traverſant un priſme ,s'y rom
1
40 MERCURE DE FRANCE.
pent ſuivant leur différente réfrangibil
bilité , ſe ſéparent, & peignent fur le
papier où onles reçoit,les ſeptcouleurs
dans leur ordre naturel. Cette découver-
te , appliquée à l'optique, rendit raiſon
desanneauxcolorés,appellés iris,qu'on
avoit apperçus autour des images for-
mées par de longues lunettes. Le verre
objectif fait alors la fonction du prifme
qui ſépare les couleurs : on crut que la
nature de la lumière mettant un obſta-
cle invincible àla perfection de cet Art,
& la théorie ayant fait connoître que
les iris étoient plus grandes , en pro-
portion de l'ouverturede l'objectif, on
preſcrivit de nouveau de ladiminuer ;
mais en même temps on diminuoit la
quantité de lumière ſi néceſſaire à la
distinction des objets. On ne retiroit
plus par conféquent des longues lunet-
tes l'avantage qu'on en devoit eſpé-
rer; & l'incommodité de leur longueur
fubfiftoit toute entière. Les choses en
étoient là , & cette barrière reſtoit in-
furmontable.
Lorſque M. Euler , l'un des plus
grands Géométres de l'Europe , eut en
1747 l'idée heureuſe de former des
objectifs de deux matières différem-
ment réfringentes; il eſpéra que leurs
AVRIL. 1764.
141
réfractions différentes pourroient ſe
compofer & détruire les Iris , il for-
ma ſes objectifs de deux lentilles de
verre qui renfermoient de l'eau entre
elles ,& poſant une hypothéſe ſur leurs
qualités réfringentes, il en déduifit des
formules générales & très-élégantes.
M. Dollond , ſcavant Opticien An-
glois , fit uſage de la Théorie de M.
Euler ; mais il ſubſtitua avec raiſon à
ſes lois de réfraction celles de Newton ,
qui paroiffoient préférables étant fon-
dées ſur l'expérience ; les formules don-
perent alors un réſultat fâcheux , car la
réunion des rayons ne ſe pouvoit faire
que lorſque la longueur du foyer étoit
infinie. M. Euler répondoit par des
raiſons métaphyſiques très - probables ;
& M. Dollond s'appuyantde la réputa-
tion de Newton , lui oppofoit conf-
tamment ſes expériences. Cette décou-
verte dont la théorie étoit fi belle , pa-
roiſſoit donc inutile dans la pratique ;
& on croyoit déjà la devoir ranger au
nombre de ces idées ingénieuſes , qui
ſans être utiles à la Société , fonthon-
neur à l'eſprit humain. M. Klingenf-
țierna , Géométre Suédois écrivit en
1755 à M. Dollond ; & par des dé-
monstrations métaphyſiques& géomé-
142 MERCURE DE FRANCE.
triques le força de douter de l'exactitude
des expériences de Newton. M. Dol-
lond les refit& les trouva fauffes. New-
ton avoit réuffi dans des expériences
plus difficiles ; il manqua celles-ci , &
cela prouve que l'homme eft toujours
ſi près de l'erreur , que le génie même
qui l'éléve ne peut l'empêcher d'y tom-
ber quelquefois. M. Dollond reprit cou-
rage; mais il trouva que les objectifs
de verre & d'eau exigeoient des cour-
bures trop conſidérables & qui pro-
duiroient , comme nous l'avons dit plus
haut , une multitude d'images différen-
tes, qui rendent les objets peu diftincts.
Il imagina de ſubſtituer des verres de
différentes denſités ,& qui étant com-
binés pour en former un objectif, fiſſent
le même effet que l'eau unie avec le
verre. Il trouva bientôt que les deux
eſpéces de verres , que les Anglois ap-
pellent ( Crown glass) & Slint. glaff ,
dont le premier reffemble affez à notre
verre commun , avoient les propriétés
qu'il defiroit: il les combina avec des
courbures différentes ; & après beau-
coup d'expériences , il réuffit à faire
d'excellentes lunettes fans aucune iris. Il
nous en eft paffé quelques - unes en
France , & les moins bonnes de cinq
* AVRIL. 1764.
143
pieds groffiffoient bien davantage que
les lunettes ordinaires de la même lon-
gueur , puiſqu'elles faifoient à-peu-près
l'effet d'une lunette de 12à 15 pieds.
M. Dollond n'indiquoit pas la route
qu'il avoit ſuivie ; il eût fallu ſe réfou-
dre à imiter fervilement ſes Télescopes ,
pour en conſtruire de pareils. Vous ſen-
tez , Monfieur , l'incertitude & l'humi-
liation de cette Méthode. M. Clairaut ,
mon Confrère , connu par des ſuccès
brillans dans la Géométrie , & à qui je
rends ici avec plaifir, comme ami , la
juſtice qui lui eſt due , comme Géomè-
tre , entreprit d'établirune Théorie com-
plette des aberrations des rayons de lu-
mière , & rechercha les courbures qu'il
falloit donner aux deux matières réfrin-
gentes pourles détruire ; mais il vit d'a-
bord qu'une telle recherche devoit être
fondée ſur des expériences plus sûres
que cellesdonton s'étoit appuyéjuſqu'i-
ci , afin de connoître mieux la réfrin-
gencedesdifférentes matières. C'eſt par
où il commença. Il eſſaya fur le ( Flint
glass ) & fur notre verre commun ,
qu'il fubftitua au ( Crown glass ) ; &
leur réfiingence étantbien conſtatée , il
en déduifit bientôt les formules géné-
rales qu'il cherchoit. Ilen lutle réſultat
L
44MERCURE DE FRANCE.
à l'Affemblée publique de l'Académie
du 8 Avril 1761. Il prévoyoit dès-lors
que les Lunettes de M. Dollond, quoi-
que très-bonnes , ne produiſoient pas
tout l'effet qu'on en devoit attendre ,
puiſque les aberrations érant détruites ,
il paroiffoit qu'elles devoient ſurpaffer
les Télescopes Newtoniens , qui perdent
beaucoup de lumière par la réflection
desMiroirs.
Vous verrez inceſſamment , Mon-
ſieur , cette conjecture vérifiée par le
ſuccès que je vous annonce. Des Artif-
tes intelligens , conduits par ſa théorie ,
firent quelques eſſais qui répondirent à
ce qu'on en devoit attendre ; enfin M.
Antheaume , connu par ſa Méthode des
Aimants artificiels , qui a remporté le
Prix à l'Académie de Pétersbourg en
1760 , qui depuis long-temps , Amateur
de l'Optique , s'appliquoit à faire d'ex-
cellens Objectifs, ſuivant les pratiques
ordinaires , entreprit d'en travailler un
ſuivant les déterminations de M.Clairaut.
Le plus grandfuccès a comblé nos eſpé-
rances : il a fait un verre de ſept pieds
de foyer , qui fait l'effet d'une bonne lu-
nette de trente-cinq à quarante pieds.
Cette perfection furpaſſe de beaucoup
celle où M. Dollond avoit atteint; & ,
en
AVRIL. 1764.
145
2-
enfaiſantl'éloge de l'adreſſe de M. Az-
theaume , prouve l'excellence de la route
que M. Clairaut lui avoit tracée. J'ai vu
avec cette Lunette le diſque de Jupiter
parfaitement bien terminé ; les bandes
qu'on y obſerve partagées en plufieurs
autres bandes , & les fatellites qui l'ac-
compagnent affez groffis pour qu'on
puiſſe eſpérer d'appercevoir auſſi leur
diſque , fi l'on peut réuffir unjour auffr
dans des verres d'un foyer plus long.
S. E. Mgr le Cardinal de Luines , qui
protégeles Sciences, & dont les lumières
fur l'Optique ſont connues , en a fait
l'épreuve ; MM.de Thury , le Monnier ,
de la Lande , Chappe & moi , tous
Membres de l'Académie des Sciences ,
y avons affifté , & il n'y a eu qu'une
voix fur l'excellence de cette Lunette.
M. Antheaume s'eſt fait un plaifir de la
faire voir aux Amateurs , & particuliè-
rement à M. le Préſident Saron , qui ,
ayant beaucoup de goût & de connoif-
fance , eſt poſſeffeur d'un tres-beau Té-
leſcope * Anglois. Il l'a comparé avec
la Lunette , & il avoue lui-même qu'elle
faitplus d'effet.
Cela ne vous paroîtra pas difficile à
* Ce Miroir a 30 pouces de foyer. Il doit
groſſir environ 120 fois les objets.
I. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
concevoir, Monfieur, en vous rappel-
lantle principe établi plus haut , que les
Lunettes groffiffent d'autant plus que le
foyerde l'Objectifestplus long, & celui
de l'Oculaire plus court; & en y ajou-
tant celui-ci , que la lumière est d'autant
plus vive que l'ouverture de l'Objectifeft
plus grande , & le foyer de l'Oculaire
plus long. Dans les Lunettes ordinaires
les aberrations forçoient de refferrer
l'ouverture des Objectifs ; &, pour con-
ſerverſuffiſammentde la lumière , on ne
pouvoitmettredes Oculaires fortcourts,
Ces nouvelles Lunettes , en détruiſant
toute aberration , permettent de faire
l'ouverture des Objectifs fort grande ,
&fouffrent, ſans perdre trop de lumiè-
re , les Oculaires les plus courts que
l'art puiſſe fournir. Vous jugez , Mon-
fieur, de la ſatisfaction que doit reſſentir
M. Clairaut des progrès d'un Art qui lui
devra la perfection. Quel champ vaſte
ouvert à nos découvertes , ſi l'on peut
porter à la même perfection des Lunet-
tes plus longues, telles que de vingt à
vingt-cinq pieds ! Que de points incer-
tains dans le Syſtême du Monde peuvent
être éclaircis ! Et pour ſe rapprocher de
la vie civile, quelle commodité pour les
Particuliers de pouvoir ſe procurer des
: AVRIL. 1764.
147
Lunettes de trois , quatre , cinq pieds ,
qui, fans être fort difficiles à manier ,
feront plus d'effet que les Télescopes or-
dinaires , qui font rarement bons , &
qu'il eſt difficilede conſerverlong-temps
bons , à cauſe du poli des Miroirs , qui
ne ſubſiſte que par les plus grands ſoins !
C'eſt ici le lieude vous parler , Mon-
ſieur ,d'un Artiſte fort intelligent'; de
M. de Létang * , qui a travaillé , dès les
commencemens , fur les principes &
ſous les yeux de M. Clairaut. Il jointà
beaucoup de lumières les plus grands
ſoins dans la pratique. Ila bien voulu
me faire voirpluſieurs Objectifs de trois
&decinq pieds, qu'il a travaillés, & qui
fontexcellens. Il ſe diſpoſe à en travail-
ler d'un foyer plus long,& je ſuis afſuré
du ſuccès. Les Aſtronômes feront très-
heureux d'avoir recours à lui pour un
Inſtrument qui leur eſt ſi néceſſaire.
M. le Bas , Artiſte connu , qui de-
meure aux Galleries du Louvre , m'a fait
voir auſſi de très-bons Objectifs de trois
*C'eſt à l'adreſſe de M. de l'Etang que M.
Clairaut eſt redevable den'avoir pas été dégoûté
de l'application de ſa théorie àla pratique : il
falloit unhomme qui ſaisît ſes idées aſſez bien,
pour ſe les rendre propres , & pour que l'exécu
tion lui en devînt facile.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
pieds. Il ſemble que le ſeul obstacle ,
qui s'oppoſe maintenant à nos progrès ,
foitladifficultéde ce travail , qui éxige
beaucoup plus de ſoins & de précifion
qu'auparavant, & la raretédu Flintglaſs
qu'on a peine à ſe procurer ici , & que
l'on trouve ſouvent défectueux. M. Paf-
femant, qui a auſſi travaillé ſur cet ob-
jet, a la compofition d'une matière , la-
quelle étant vitrifiée pourroit être ſubſti-
tuée au Criſtal d'Angleterre. L'attention
des Amateurs doit maintenant s'y por-
ter : nous eſpérons qu'elle procurera
aux Artiſtes toutes les facilités néceſſai-
res , & leur intelligence nous promet
qu'ils ne feront pas arrêtés par la diffi-
culté du travail.
J'ai l'honneur d'être , &c.
BAILLY, de l'Acad. Royale des Sciences.
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du MERCURE.
En avril 1764, une lettre traite des avancées en dioptrique, la science des verres optiques. Les progrès récents ont surpris Isaac Newton, qui avait déjà décomposé la lumière en sept rayons colorés. Les lunettes astronomiques utilisent deux verres convexes : les rayons lumineux traversent l'objectif, se concentrent en un point focal, puis sont agrandis par l'oculaire. Cependant, des obstacles comme la forme des verres et la réfraction des rayons ont limité les progrès. Descartes avait proposé des objectifs hyperboliques, mais leur fabrication précise était impossible. On utilisait donc des verres sphériques, créant des images confuses et réduisant la quantité de lumière. Newton avait découvert les anneaux colorés autour des images, dus aux sept rayons colorés de la lumière. Pour réduire ces anneaux, on diminuait la taille des objectifs, réduisant ainsi la quantité de lumière. En 1747, Euler proposa des objectifs composés de deux matériaux différents, mais les formules obtenues montraient que la longueur focale devait être infinie. Dollond, un opticien anglais, utilisa les lois de réfraction de Newton, mais cela conduisit à un conflit théorique et pratique. Ses expériences montrèrent que les résultats initiaux étaient erronés. Dollond combina des verres de différentes densités pour créer des objectifs sans aberrations chromatiques, réussissant ainsi à fabriquer des lunettes performantes, mais sans divulguer sa méthode. M. Clairaut, un géomètre renommé, établit une théorie complète des aberrations lumineuses après des expériences précises sur différents types de verre. Ses travaux, présentés à l'Académie des Sciences en avril 1761, permirent la fabrication de lunettes améliorées. M. Antheaume créa un objectif de sept pieds de foyer, surpassant les réalisations de Dollond. Ces nouvelles lunettes, testées et approuvées par plusieurs membres de l'Académie, permettent une ouverture plus grande des objectifs, améliorant ainsi la qualité des observations astronomiques. Les artisans M. de Létang et M. le Bas réalisèrent des objectifs excellents de trois à cinq pieds. Les principaux obstacles à ces progrès sont la difficulté du travail et la rareté du Flintglass de qualité. M. Pafsemant développa une matière vitrifiée susceptible de remplacer le cristal d'Angleterre. Le texte appelle à soutenir les artisans dans leurs efforts.
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10885
p. 148-150
AVIS.
Début :
ON a répandu contre le sieur Desnos une calomnie que nous croyons fort [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
ON a répandu contre le sieur Desnos
une calomnie que nous croyons fort
propre à exciter le mépris des honnêter
gens ; & on s'eſt ſervi pour cet effet de
AVRIL. 1764.
149
: la voie de Gazetier d'Utrecht. Il s'agit
de l'Eclipſe du premier Avril , dont ce
Géographe a donné une Carte qui a
paru a-peu-près dans le même temps que
celle du ſieur Latré. On veut que le Sr
Defnos ait été Plagiaire & condamné
pour tel par Arrêt du Parlement. Nous
nous croyons obligés de déſabuſer le
Public de l'idée de Plagiaire dont on
veut ternir la réputation du. Sr Defnos
& du prétendu Arrêt qui n'a jamais
exiſté. Le talent a toujours des ennemis
fecrets , enmême temps qu'il ades ad-
mirateurs. Il n'eſt pas étonnant que le
fieur Defnos ait été en but aux traits
d'unejaloufie ſecrette , & nous penſons
que le Gazetier d'Utrecht n'apprendra
qu'avec indignation , que l'on s'eſt ſervi
de ſa plume pour calomnier aux yeux
du Public un Citoyen qui enrichit cha-
que jour la Géographie des plus belles
productions du burin.
F Le fieur Defnos continue toujours à
débiter cette Carte de l'Eclipſe qui nous
a paru exécutée avec beaucoup de net-
teté & de juſteſſe ( Prix , 1 liv. 4 f. ) II
demeure rue S. Jacques , à l'Enſeigne
du Globe.
On trouve chez le ſieur Deſnos deux
nouveaux Globes terreſtres , célestes, &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
des Sphères de toutes les grandeurs
proportionnés aux Cabinets & aux Bi-
bliothèques ; les Atlas hiſtoriques &
géographiques , tant anciens que mo-
dernes. L'Atlas particulier de la France
ancienne & moderne , repréſentée dans
tous ſes différens âges par autant de Car-
tes particulières depuis ſon origine juf
qu'à nos jours , & adaptées aux Ouvra-
ges de Mézerai, du P. Daniel, de M.
Je Préſident Hénault , & particuliére-
ment pour accompagner l'Hiſtoire de
France de MM. Vély & Vilaret
و &
P'Atlas chrorographique de laGénéralité
de Paris ,vol. in-4º. même grandeur.On
trouve auſſi généralement chez lui tout
les inftrumens qui concernentles Scien-
ces.
ON a répandu contre le sieur Desnos
une calomnie que nous croyons fort
propre à exciter le mépris des honnêter
gens ; & on s'eſt ſervi pour cet effet de
AVRIL. 1764.
149
: la voie de Gazetier d'Utrecht. Il s'agit
de l'Eclipſe du premier Avril , dont ce
Géographe a donné une Carte qui a
paru a-peu-près dans le même temps que
celle du ſieur Latré. On veut que le Sr
Defnos ait été Plagiaire & condamné
pour tel par Arrêt du Parlement. Nous
nous croyons obligés de déſabuſer le
Public de l'idée de Plagiaire dont on
veut ternir la réputation du. Sr Defnos
& du prétendu Arrêt qui n'a jamais
exiſté. Le talent a toujours des ennemis
fecrets , enmême temps qu'il ades ad-
mirateurs. Il n'eſt pas étonnant que le
fieur Defnos ait été en but aux traits
d'unejaloufie ſecrette , & nous penſons
que le Gazetier d'Utrecht n'apprendra
qu'avec indignation , que l'on s'eſt ſervi
de ſa plume pour calomnier aux yeux
du Public un Citoyen qui enrichit cha-
que jour la Géographie des plus belles
productions du burin.
F Le fieur Defnos continue toujours à
débiter cette Carte de l'Eclipſe qui nous
a paru exécutée avec beaucoup de net-
teté & de juſteſſe ( Prix , 1 liv. 4 f. ) II
demeure rue S. Jacques , à l'Enſeigne
du Globe.
On trouve chez le ſieur Deſnos deux
nouveaux Globes terreſtres , célestes, &
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
des Sphères de toutes les grandeurs
proportionnés aux Cabinets & aux Bi-
bliothèques ; les Atlas hiſtoriques &
géographiques , tant anciens que mo-
dernes. L'Atlas particulier de la France
ancienne & moderne , repréſentée dans
tous ſes différens âges par autant de Car-
tes particulières depuis ſon origine juf
qu'à nos jours , & adaptées aux Ouvra-
ges de Mézerai, du P. Daniel, de M.
Je Préſident Hénault , & particuliére-
ment pour accompagner l'Hiſtoire de
France de MM. Vély & Vilaret
و &
P'Atlas chrorographique de laGénéralité
de Paris ,vol. in-4º. même grandeur.On
trouve auſſi généralement chez lui tout
les inftrumens qui concernentles Scien-
ces.
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Résumé : AVIS.
En avril 1764, un avis contredit les accusations de plagiat portées contre le sieur Desnos concernant une carte de l'éclipse du 1er avril, diffusée par le Gazetier d'Utrecht. Ces accusations incluaient une prétendue condamnation par le Parlement, que l'avis nie fermement. L'auteur mentionne que le talent suscite souvent des ennemis et des admirateurs. Desnos est présenté comme un citoyen contribuant à l'enrichissement de la géographie par ses œuvres. Il vend avec succès la carte de l'éclipse et réside rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Globe. Desnos propose également divers globes terrestres et célestes, des sphères, des atlas historiques et géographiques, ainsi que des instruments scientifiques. Parmi ses publications notables figurent un atlas chronographique de la Généralité de Paris et un atlas particulier de la France, adapté à plusieurs ouvrages historiques.
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10886
p. 151-153
CHIRURGIE.
Début :
M. MAGET, Ancien Chirurgien Major dans la Marine, à découvert un [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE.
CHIRURGIE.
M. MAGET, Ancien Chirurgien
Major dans la Marine, à découvert un
reméde qui , par l'application exté-
rieure , opére la guériſon des hernies ,
ou defcentes. Les 'expériences qu'il en
a faites pendant pluſieurs années , en
Province , lui ont toujours réuffi , ce
qui eft conftaté par les témoignages
des Chirurgiens , & des Magiftrats. II
adepuis fait , en cetteVille ,des épreu-
ves de ſon reméde ,tant ſous les yeux
de M. Petit , & d'autres Médecins à qui
M. Senac , premier Médecin du Roi ,
l'avoit adreſſé pour cet effet , que ſous
ceux de MM. Martin , & Neilson , le
premier Maître en Chirurgie à Paris
Giv
,
& le ſecond Chirurgien herniaire , auſſi
àParis ,& il a obtenules mêmes ſuccès ,
152 MERCURE DE FRANCE.
Enfin s'étant fait autoriſer à entrepren-
dre de pareilles cures , dans quelques
Hôpitaux de Paris , & notamment à
l'Hôpital Général , il a été reconnu que
le fieur Maget , par fon reméde & fa
méthode , avoit opéré des cures radica-
les ; il en a même étédreſſé des Procès-
Verbaux , fignés des Médecins , Chirur-
giens & adminiftrateurs. C'eſt après
toutes ces expériences & l'éxamen de
fon reméde , fait par la commiffion
Royale de Médecine , que M. Maget
a obtenu la permiffion d'adminiſtrer fon
reméde à Paris , & dans toute l'éten
due du Royaume , comme étant très-
efficace pour la guériſon des hernies
ou deſcentes , qu'il continue d'opérer
avecles ſuccès les plus conſtans. L'exer-
pledeM.Menjaud, Contrôleurdelabou-
chedeMadame la Dauphine à Verfail-
les en eſt unepreuve : il l'a guéri d'une
hernie complette à l'âge de ſoixante-
deux ans ; il eſt aujourd'hui ſans banda-
ge , & dans la plus grande fécurité.
L'Auteur a pourtémoins de cette gran-
de cure ,M. Martin , Maître en Chirur-
gie & M. Loustoneau , Chirurgien des
Enfans de France à Versailles. Ceux
qui écrirontfont priés d'affranchir leurs
lettres. M. Maget demeure chez M.
AVRIL. 1764.
après avoir vu ,
153
Lauzeret , Maître de Penſion , rued'Or-
léans , au coin de la rue du Gril, près du
Jardin du Roi à Paris.
M. MAGET, Ancien Chirurgien
Major dans la Marine, à découvert un
reméde qui , par l'application exté-
rieure , opére la guériſon des hernies ,
ou defcentes. Les 'expériences qu'il en
a faites pendant pluſieurs années , en
Province , lui ont toujours réuffi , ce
qui eft conftaté par les témoignages
des Chirurgiens , & des Magiftrats. II
adepuis fait , en cetteVille ,des épreu-
ves de ſon reméde ,tant ſous les yeux
de M. Petit , & d'autres Médecins à qui
M. Senac , premier Médecin du Roi ,
l'avoit adreſſé pour cet effet , que ſous
ceux de MM. Martin , & Neilson , le
premier Maître en Chirurgie à Paris
Giv
,
& le ſecond Chirurgien herniaire , auſſi
àParis ,& il a obtenules mêmes ſuccès ,
152 MERCURE DE FRANCE.
Enfin s'étant fait autoriſer à entrepren-
dre de pareilles cures , dans quelques
Hôpitaux de Paris , & notamment à
l'Hôpital Général , il a été reconnu que
le fieur Maget , par fon reméde & fa
méthode , avoit opéré des cures radica-
les ; il en a même étédreſſé des Procès-
Verbaux , fignés des Médecins , Chirur-
giens & adminiftrateurs. C'eſt après
toutes ces expériences & l'éxamen de
fon reméde , fait par la commiffion
Royale de Médecine , que M. Maget
a obtenu la permiffion d'adminiſtrer fon
reméde à Paris , & dans toute l'éten
due du Royaume , comme étant très-
efficace pour la guériſon des hernies
ou deſcentes , qu'il continue d'opérer
avecles ſuccès les plus conſtans. L'exer-
pledeM.Menjaud, Contrôleurdelabou-
chedeMadame la Dauphine à Verfail-
les en eſt unepreuve : il l'a guéri d'une
hernie complette à l'âge de ſoixante-
deux ans ; il eſt aujourd'hui ſans banda-
ge , & dans la plus grande fécurité.
L'Auteur a pourtémoins de cette gran-
de cure ,M. Martin , Maître en Chirur-
gie & M. Loustoneau , Chirurgien des
Enfans de France à Versailles. Ceux
qui écrirontfont priés d'affranchir leurs
lettres. M. Maget demeure chez M.
AVRIL. 1764.
après avoir vu ,
153
Lauzeret , Maître de Penſion , rued'Or-
léans , au coin de la rue du Gril, près du
Jardin du Roi à Paris.
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Résumé : CHIRURGIE.
M. Maget, ancien chirurgien-major dans la Marine, a élaboré un traitement externe pour les hernies. Après des années de succès en province, validés par des chirurgiens et magistrats, il a démontré sa méthode à Paris sous la supervision de médecins renommés comme M. Petit, M. Senac, M. Martin et M. Neilson. Autorisé à pratiquer dans plusieurs hôpitaux parisiens, dont l'Hôpital Général, M. Maget a obtenu des guérisons complètes, confirmées par des procès-verbaux signés par des professionnels de santé. La commission royale de médecine a reconnu l'efficacité de son remède, lui permettant de l'appliquer à Paris et dans tout le royaume. Un cas notable est la guérison de M. Menjaud, âgé de soixante-deux ans, attestée par M. Martin et M. Loustoneau. M. Maget réside chez M. Lauzeret, maître de pension, rue d'Orléans, près du Jardin du Roi à Paris.
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10887
p. 153-154
« LE SIEUR ANCÉAUME a découvert dans ses travaux, un Spécifique pour la [...] »
Début :
LE SIEUR ANCÉAUME a découvert dans ses travaux, un Spécifique pour la [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE SIEUR ANCÉAUME a découvert dans ses travaux, un Spécifique pour la [...] »
LE SIEUR ANCÉAUME a découvert
dans ses travaux, un Spécifique pour la
guériſon de la Teigne : il en a fait les
plus heureuſes expériences. Les avanta-
ges qu'on doit retirer d'un Remède auſſi
utile , conſiſte 1º. dans la guériſon ſure
& radicale de cette maladie , quelque
invétérée qu'elle puiſſe être ; 2º. àopérer
extérieurement, ſans aucun régime ,
fans douleur , & fans laiſſer à la partie
affectée aucune marque.
C'eſt ſur de pareils motifs queles plus
célébres Médecins de Paris , & nommé-
ment MM. Petit pere & fils , Thieullier ,
ancien Doyen de la Faculté, Morand',
Chirurgien des Invalides,Barbeaux, Du-
bourg & Marteaux , réſidens à l'Ecole de
Médecine , & autres , ſe ſont portés ,
ſuivi & examiné les
cures ſurprenantes opérées par ce Re-
mède , à en rendre les témoignages les
plus flatteurs , à la vuedeſquels , & après
un examen particulier de M. de Senac,
Premier Médecin du Roi , voulut , pour
que le Public profirât d'une découverte
fi importante , l'autoriſer par un Privi
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
lége qui pût le faire connoître.
Depuis ce Privilége , les ſuccès du S'
ANCÉAUME n'ont pas été moins heu-
reux. Dans les Aſſemblées particulières
de la Faculté ; on jugea même que ce
remède méritoit un Eloge public ; & en
effet , il fut fait mention dans les Jour-
naux deMédecine, des cures autant fur-
prenantes qu'il a opéré dans ce genre de
Maladie auquel il eſt deſtiné.
Le Sieur ANCÉAUME demeure rue
Grenier S. Lazare , au coin de celle de S.
Martin , à Paris. Et pour Pâques , il de-
meurera chez M. Mathieu l'aîné , Mar-
chand de Chevaux , rue & vis-à-vis la
Priſon S. Martin , au Renard. On le
trouve chez lui tous les jours.
dans ses travaux, un Spécifique pour la
guériſon de la Teigne : il en a fait les
plus heureuſes expériences. Les avanta-
ges qu'on doit retirer d'un Remède auſſi
utile , conſiſte 1º. dans la guériſon ſure
& radicale de cette maladie , quelque
invétérée qu'elle puiſſe être ; 2º. àopérer
extérieurement, ſans aucun régime ,
fans douleur , & fans laiſſer à la partie
affectée aucune marque.
C'eſt ſur de pareils motifs queles plus
célébres Médecins de Paris , & nommé-
ment MM. Petit pere & fils , Thieullier ,
ancien Doyen de la Faculté, Morand',
Chirurgien des Invalides,Barbeaux, Du-
bourg & Marteaux , réſidens à l'Ecole de
Médecine , & autres , ſe ſont portés ,
ſuivi & examiné les
cures ſurprenantes opérées par ce Re-
mède , à en rendre les témoignages les
plus flatteurs , à la vuedeſquels , & après
un examen particulier de M. de Senac,
Premier Médecin du Roi , voulut , pour
que le Public profirât d'une découverte
fi importante , l'autoriſer par un Privi
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
lége qui pût le faire connoître.
Depuis ce Privilége , les ſuccès du S'
ANCÉAUME n'ont pas été moins heu-
reux. Dans les Aſſemblées particulières
de la Faculté ; on jugea même que ce
remède méritoit un Eloge public ; & en
effet , il fut fait mention dans les Jour-
naux deMédecine, des cures autant fur-
prenantes qu'il a opéré dans ce genre de
Maladie auquel il eſt deſtiné.
Le Sieur ANCÉAUME demeure rue
Grenier S. Lazare , au coin de celle de S.
Martin , à Paris. Et pour Pâques , il de-
meurera chez M. Mathieu l'aîné , Mar-
chand de Chevaux , rue & vis-à-vis la
Priſon S. Martin , au Renard. On le
trouve chez lui tous les jours.
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Résumé : « LE SIEUR ANCÉAUME a découvert dans ses travaux, un Spécifique pour la [...] »
Le sieur Ancéaume a mis au point un remède efficace contre la teigne, offrant une guérison sûre et complète, même pour les cas chroniques. Ce traitement ne nécessite pas de régime alimentaire spécifique, est indolore et ne laisse aucune cicatrice. Plusieurs médecins parisiens éminents, dont MM. Petit père et fils, Thieullier, Morand, Barbeaux, Dubourg et Marteaux, ainsi que des membres de l'École de Médecine, ont attesté des résultats exceptionnels obtenus avec ce remède. Après une évaluation approfondie par M. de Senac, Premier Médecin du Roi, un privilège a été octroyé pour sa diffusion. Les succès du remède Ancéaume ont été reconnus dans les journaux médicaux. Le sieur Ancéaume réside rue Grenier Saint-Lazare, au coin de la rue Saint-Martin, à Paris, et sera disponible chez M. Mathieu l'aîné, marchand de chevaux, rue et face à la Prison Saint-Martin, au Renard, pour Pâques. Il est accessible tous les jours.
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10888
p. 154-156
HOPITAL DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON. Quarante & quarante-uniéme Traitement depuis son Etablissement.
Début :
Noms des Soldats. Compagnies. TOQUET Tourville. Joly, Dudreneuc. La Fleur, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON. Quarante & quarante-uniéme Traitement depuis son Etablissement.
HOPITAL
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Quarante & quarante-uniéme Traitement
depuis son Etablissement.
Noms des Soldats.
Compagnies.
TOQUET Tourville.
Joly, Dudreneuc.
La Fleur,
AVRIL. 1764..
La Joye ,
Dubois,
D'ambonnet ,
D'agré ,
Patris ,
Rollin ,
Vavrey ,
Beaudevin ,
Thiebault ,
LeGras,
Congé ,
S. Flour ,
Neveu ,
Robert ,
S.Michel,
Julien ,
Cadet,
Appe ,
L'eſperance ,
Sans-Regret ,
Mantelle ,
Sarre-Louis ,
155
Dudrenenc
Villers.
Rafilly.
Mithon .
Viennay.
Viennay.
Coettrieu.
Dampierre.
Dampierre.
Demoges.
Villers.
Rafilly.
Dudreneuc.
Viennay.
Pronleroy.
Démoges.
Dampierre.
Colonelle.
Dudreneuc.
DeGraffe.
Viennay.
Gvj
Rafilly.
Rafilly.
Ces vingt-cinq Soldats ont été traités
Al'ordinaire & radicalement guéris des
156 MERCURE DE FRANCE.
maladies les plus graves & les plus
difficiles.
DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON.
Quarante & quarante-uniéme Traitement
depuis son Etablissement.
Noms des Soldats.
Compagnies.
TOQUET Tourville.
Joly, Dudreneuc.
La Fleur,
AVRIL. 1764..
La Joye ,
Dubois,
D'ambonnet ,
D'agré ,
Patris ,
Rollin ,
Vavrey ,
Beaudevin ,
Thiebault ,
LeGras,
Congé ,
S. Flour ,
Neveu ,
Robert ,
S.Michel,
Julien ,
Cadet,
Appe ,
L'eſperance ,
Sans-Regret ,
Mantelle ,
Sarre-Louis ,
155
Dudrenenc
Villers.
Rafilly.
Mithon .
Viennay.
Viennay.
Coettrieu.
Dampierre.
Dampierre.
Demoges.
Villers.
Rafilly.
Dudreneuc.
Viennay.
Pronleroy.
Démoges.
Dampierre.
Colonelle.
Dudreneuc.
DeGraffe.
Viennay.
Gvj
Rafilly.
Rafilly.
Ces vingt-cinq Soldats ont été traités
Al'ordinaire & radicalement guéris des
156 MERCURE DE FRANCE.
maladies les plus graves & les plus
difficiles.
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Résumé : HOPITAL DE M. LE MARECHAL DUC DE BIRON. Quarante & quarante-uniéme Traitement depuis son Etablissement.
En avril 1764, vingt-cinq soldats ont été soignés et guéris à l'hôpital du maréchal duc de Birón. Ils appartenaient à diverses compagnies comme Toquet Tourville, Joly et La Fleur. Parmi eux figuraient Dubois, D'ambonnet, Patris et autres. Les traitements administrés se sont révélés efficaces pour guérir ces soldats de maladies graves.
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10889
p. 156-157
LETTRE de M. IMBERT, Chancelier la Faculté de Médecine de Montpellier, & Inspecteur Général des Hopitaux du Roi à M. KEYSER, en date du 20 Janvier 1764.
Début :
J'ai fait hier, Monsieur, avec MM. Fournier & Goulard, une visite à l'Hôpital [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. IMBERT, Chancelier la Faculté de Médecine de Montpellier, & Inspecteur Général des Hopitaux du Roi à M. KEYSER, en date du 20 Janvier 1764.
LETTRE de M. IMBERT, Chancelier
la Faculté de Médecine de Montpellier,
& Inspecteur Général des Hopitaux
du Roi à M. KEYSER, en
date du 20 Janvier 1764.
J'ai fait hier, Monsieur, avec MM.
Fournier & Goulard, une visite à l'Hôpital
des Vénériens de cette Ville pour
y éxaminer un à un , ſoixante & dix
malades Vénériens , que j'y ai trouvés ;
&tout m'a paru au mieux ; & ceux des
ſuſdits malades qui ſont depuis long-
temps dans ledit Hôpital , y ont effuié
des maladies diſtinctes du mal vénérien,
comme fiévres & autres. J'ai remarqué
•dans ma viſite, un cas unique que je ne
veux pas vous laiſſer ignorer: ſçavoir,un
cordon ſpermatique , devenu ſquirreux
dans toute ſa longueur, qu'on pouvoit
toucher hors du bas-ventre ; vos dra-
gées ont entiérement fondu cette du-
•reté, dont les Praticiens connoiſſent fi
fort le danger. Une autre tumeur dure
fur unautre malade m'a paru faire le
ſujet d'une belle obfervation ; c'eſt une
dureté conſidérable,étendue fur prèſque
AVRIL. 1764.
157
tout le muſcle pectoral du côté droit
menaçant de venir entiérement carcino-
mateuſe ,& votre reméde a pareillement
fondu cette dureté.
L'on m'a mandé de Toulon, que les
ſuccès y étoient continuellement tels
que je les y avois remarqués lors de ma
dernière viſite. J'ai l'honneur d'être , &c.
IMBERT.
la Faculté de Médecine de Montpellier,
& Inspecteur Général des Hopitaux
du Roi à M. KEYSER, en
date du 20 Janvier 1764.
J'ai fait hier, Monsieur, avec MM.
Fournier & Goulard, une visite à l'Hôpital
des Vénériens de cette Ville pour
y éxaminer un à un , ſoixante & dix
malades Vénériens , que j'y ai trouvés ;
&tout m'a paru au mieux ; & ceux des
ſuſdits malades qui ſont depuis long-
temps dans ledit Hôpital , y ont effuié
des maladies diſtinctes du mal vénérien,
comme fiévres & autres. J'ai remarqué
•dans ma viſite, un cas unique que je ne
veux pas vous laiſſer ignorer: ſçavoir,un
cordon ſpermatique , devenu ſquirreux
dans toute ſa longueur, qu'on pouvoit
toucher hors du bas-ventre ; vos dra-
gées ont entiérement fondu cette du-
•reté, dont les Praticiens connoiſſent fi
fort le danger. Une autre tumeur dure
fur unautre malade m'a paru faire le
ſujet d'une belle obfervation ; c'eſt une
dureté conſidérable,étendue fur prèſque
AVRIL. 1764.
157
tout le muſcle pectoral du côté droit
menaçant de venir entiérement carcino-
mateuſe ,& votre reméde a pareillement
fondu cette dureté.
L'on m'a mandé de Toulon, que les
ſuccès y étoient continuellement tels
que je les y avois remarqués lors de ma
dernière viſite. J'ai l'honneur d'être , &c.
IMBERT.
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Résumé : LETTRE de M. IMBERT, Chancelier la Faculté de Médecine de Montpellier, & Inspecteur Général des Hopitaux du Roi à M. KEYSER, en date du 20 Janvier 1764.
Le 20 janvier 1764, M. Imbert, Chancelier de la Faculté de Médecine de Montpellier et Inspecteur Général des Hôpitaux du Roi, a visité l'Hôpital des Vénériens de Montpellier avec MM. Fournier et Goulard. Ils ont examiné soixante-dix malades atteints de maladies vénériennes, dont certains, hospitalisés depuis longtemps, avaient contracté d'autres maladies comme des fièvres. Imbert a noté deux observations médicales remarquables : un cas de cordon spermatique squirreux palpable hors du bas-ventre et une tumeur dure sur le muscle pectoral droit d'un autre patient, risquant de devenir carcinomateuse. Les traitements de M. Keyser ont réussi à dissoudre ces durcissements. Imbert a également confirmé que les succès thérapeutiques observés à Toulon étaient constants, validant ainsi ses observations précédentes.
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10890
p. 157-158
LETTRE de M. BEAUREGARD, Maître & Démonstrateur en Chirurgie à Avignon, à M. KEYSER, en date du 25 Janvier 1764.
Début :
MONSIEUR, Le bruit qui s'étoit répandu sur l'excellence [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BEAUREGARD, Maître & Démonstrateur en Chirurgie à Avignon, à M. KEYSER, en date du 25 Janvier 1764.
LETTRE de M. BEAUREGARD, Maître
& Démonstrateur en Chirurgie à
Avignon, à M. KEYSER, en date
du 25 Janvier 1764.
MONSIEUR,
Le bruit qui s'étoit répandu sur l'excellence
de vos dragées, m'ayant fait
defirer de les connoître par moi-même ,
jene puis plus différerde vous témoigner
ainſi qu'à la vérité,combienj'ai été furpris
& émerveillé de ces effets dans diffé-
rentes cures qu'il vient d'opérer par mes
mains dans la Ville d'Avignon , & aux
environs. Je ne vous diffimulerai même
pas ,que pluſieurs des malades que je
viens de guérir radicalement , ayant été
manqués plufieurs fois par les frictions,
n'avoient prèſque plus de reſſources ;
1
158 MERCURE DE FRANCE.
aumoyen de quoi il faut être de bonne
foi , & convenir que votre reméde eſt
le plus grand antivénérien qui ſoit en-
core connu dans la Médecine & la Chi
rurgie. Je vous enverrai inceſſamment
le récit hiſtorique de 3 ou 4 cures qui
ne contribueront pas peu à luifairehon-
neur , ainſi qu'à fon Auteur; & il eft
heureux que l'humanité ait pu ſe pro-
curer par les bontés de notre glorieux
Monarque & celles de M. de le Duc
de Choifeul, un ſecours auſſi précieux.
J'ai l'honneur d'être avec la plus par
faite conſidération &c. Beauregard.
& Démonstrateur en Chirurgie à
Avignon, à M. KEYSER, en date
du 25 Janvier 1764.
MONSIEUR,
Le bruit qui s'étoit répandu sur l'excellence
de vos dragées, m'ayant fait
defirer de les connoître par moi-même ,
jene puis plus différerde vous témoigner
ainſi qu'à la vérité,combienj'ai été furpris
& émerveillé de ces effets dans diffé-
rentes cures qu'il vient d'opérer par mes
mains dans la Ville d'Avignon , & aux
environs. Je ne vous diffimulerai même
pas ,que pluſieurs des malades que je
viens de guérir radicalement , ayant été
manqués plufieurs fois par les frictions,
n'avoient prèſque plus de reſſources ;
1
158 MERCURE DE FRANCE.
aumoyen de quoi il faut être de bonne
foi , & convenir que votre reméde eſt
le plus grand antivénérien qui ſoit en-
core connu dans la Médecine & la Chi
rurgie. Je vous enverrai inceſſamment
le récit hiſtorique de 3 ou 4 cures qui
ne contribueront pas peu à luifairehon-
neur , ainſi qu'à fon Auteur; & il eft
heureux que l'humanité ait pu ſe pro-
curer par les bontés de notre glorieux
Monarque & celles de M. de le Duc
de Choifeul, un ſecours auſſi précieux.
J'ai l'honneur d'être avec la plus par
faite conſidération &c. Beauregard.
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Résumé : LETTRE de M. BEAUREGARD, Maître & Démonstrateur en Chirurgie à Avignon, à M. KEYSER, en date du 25 Janvier 1764.
Le 25 janvier 1764, M. Beauregard, maître et démonstrateur en chirurgie à Avignon, écrit à M. Keyser pour louer l'efficacité des dragées de ce dernier. Beauregard a observé les bienfaits de ce remède dans plusieurs guérisons à Avignon et ses environs, notamment chez des patients qui n'avaient pas répondu aux frictions. Il considère les dragées de Keyser comme le meilleur traitement antivénérien en médecine et en chirurgie. Beauregard promet d'envoyer des récits détaillés de cas de guérison pour valoriser davantage le remède et son créateur. Il exprime également sa reconnaissance envers le monarque et le duc de Choiseul pour avoir rendu ce remède accessible. La lettre se termine par des salutations respectueuses.
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10891
p. 158-160
« M. Keyser, instruit que quelques personnes dans diverses Provinces, soit par [...] »
Début :
M. Keyser, instruit que quelques personnes dans diverses Provinces, soit par [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. Keyser, instruit que quelques personnes dans diverses Provinces, soit par [...] »
M. Keyser, instruit que quelques personnes
dans diverses Provinces, soit par
ignorance , foit par malice , cherchent
à difcréditer les dragées antivénérien-
nes par une mauvaiſe adminiſtration.
Les uns en donnant de ce reméde dès le
commencement des doſes trop fortes ,
afin d'en dégouter les malades , & de les
mettre dans le cas d'endiſcontinuerl'ufa-
ge, Les autres en donnant des doſes trop
ménagées tout le temps delacure , pour
qu'elles ne foientque palliatives,dans l'i-
dée que les malades enrejetterontlafaute
furl'inéfficacitédes dragées, M. Keyfer ,
AVRIL. 1764.
159
croit defon devoir , dans la vue de re-
médier à ces mauvaiſes intentions ,
d'avertir le Public qu'il n'eſt garant de
l'efficacité des dragées antivénériennes
& des guériſons radicales , qu'autant
qu'elles feront adminiſtrées fidélement
avec connoiſſance de cauſe ; & d'après
l'intention de ſa Méthode. Les per-
ſonnes qui feront dans le cas de ſe
plaindre du peu de ſuccès du reméde ,
ſont priées de confulter M. Keyfer lui-
même par une lettre affranchie en l'in-
formant de la façon dont ils auront été
traités , & de la quantité de dragées
qu'ils auront pris , ainſi que de l'effet
qu'ils en auront éprouvé ; en réponſe il
leur donnera des avis ſatisfaiſans.
Comme M. Keyser , eſt bien éloigné
de croire aucuns de ſes Correſpondans
capablesdepareilsprocédés,parce qu'illes
connoittrès-inſtruits , il inſiſte ſur la né-
ceffité de recommander aux perſonnes
qui enaurontbeſoin,des'adreſſer àeux de
préférence. Il ſçait de plus qu'il ſe trou-
ve à Bordeaux des perſonnes qui ne
ceſſent de déprimer les dragées antivé-
nériennes ,tandis qu'il eſt prouvé que
M. de la Plaine ſon Correſpondant y a
fait & continuede faire par leur moyen,
des cures ſurprenantes. C'eſt àlui que
;
160 MERCURE DE FRANCE .
les Malades doivent s'adreſſer ; & M.
Keyfer qui connoît & ſa probité & l'é-
tendue de ſes connoiffances dans l'ad-
miniſtration de ce reméde , garantit
qu'ils ne sçauroient mieux placer leur
confiance.
dans diverses Provinces, soit par
ignorance , foit par malice , cherchent
à difcréditer les dragées antivénérien-
nes par une mauvaiſe adminiſtration.
Les uns en donnant de ce reméde dès le
commencement des doſes trop fortes ,
afin d'en dégouter les malades , & de les
mettre dans le cas d'endiſcontinuerl'ufa-
ge, Les autres en donnant des doſes trop
ménagées tout le temps delacure , pour
qu'elles ne foientque palliatives,dans l'i-
dée que les malades enrejetterontlafaute
furl'inéfficacitédes dragées, M. Keyfer ,
AVRIL. 1764.
159
croit defon devoir , dans la vue de re-
médier à ces mauvaiſes intentions ,
d'avertir le Public qu'il n'eſt garant de
l'efficacité des dragées antivénériennes
& des guériſons radicales , qu'autant
qu'elles feront adminiſtrées fidélement
avec connoiſſance de cauſe ; & d'après
l'intention de ſa Méthode. Les per-
ſonnes qui feront dans le cas de ſe
plaindre du peu de ſuccès du reméde ,
ſont priées de confulter M. Keyfer lui-
même par une lettre affranchie en l'in-
formant de la façon dont ils auront été
traités , & de la quantité de dragées
qu'ils auront pris , ainſi que de l'effet
qu'ils en auront éprouvé ; en réponſe il
leur donnera des avis ſatisfaiſans.
Comme M. Keyser , eſt bien éloigné
de croire aucuns de ſes Correſpondans
capablesdepareilsprocédés,parce qu'illes
connoittrès-inſtruits , il inſiſte ſur la né-
ceffité de recommander aux perſonnes
qui enaurontbeſoin,des'adreſſer àeux de
préférence. Il ſçait de plus qu'il ſe trou-
ve à Bordeaux des perſonnes qui ne
ceſſent de déprimer les dragées antivé-
nériennes ,tandis qu'il eſt prouvé que
M. de la Plaine ſon Correſpondant y a
fait & continuede faire par leur moyen,
des cures ſurprenantes. C'eſt àlui que
;
160 MERCURE DE FRANCE .
les Malades doivent s'adreſſer ; & M.
Keyfer qui connoît & ſa probité & l'é-
tendue de ſes connoiffances dans l'ad-
miniſtration de ce reméde , garantit
qu'ils ne sçauroient mieux placer leur
confiance.
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Résumé : « M. Keyser, instruit que quelques personnes dans diverses Provinces, soit par [...] »
En avril 1764, M. Keyser a observé que certaines personnes, par ignorance ou malice, discréditent les dragées antivénériennes en les administrant incorrectement. Certains utilisent des doses trop fortes au début pour décourager les malades, tandis que d'autres utilisent des doses trop faibles pour rendre le traitement inefficace. Keyser insiste sur l'importance d'une administration fidèle et conforme à sa méthode pour garantir l'efficacité des dragées. Il invite ceux qui trouvent le remède inefficace à lui écrire pour obtenir des conseils. Keyser fait confiance à ses correspondants instruits et recommande de s'adresser à eux pour le traitement. À Bordeaux, malgré les critiques, M. de la Plaine, correspondant de Keyser, obtient des guérisons remarquables avec ces dragées. Keyser assure de la probité et des compétences de M. de la Plaine, encourageant les malades à lui faire confiance.
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10892
p. 160-165
LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens Correspondans de M. Keyser.
Début :
M. Imbert, Chancelier de la Faculté de Médecine. M. Fournier, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens Correspondans de M. Keyser.
LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens
Correspondans de M. Keyser.
M. Imbert, Chancelier
de la Faculté de Médecine.
M. Fournier, Médecin
de l'Hôpital du Roi.
M. Batigne , Docteur à Montpellier.
en Médecine.
M. Goulard, Chirurgien
:
Major de l'Hôpital du
Roi.
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'A-
cadémie des Sciences.
Les RR. PP. de la Charité.
l'Hôpital du Roi.
rité.
enChirurgie,
de
à Rouen.
M. Marmion, Médecin de à Grenoble.
Les RR. PP. de la Cha-
M. Defmoulins , MaîtreS àlaRochelle
AVRIL. 1764.
161
M. Razoux ,Docteur enMédecine.
àNifmes.
M. de Freffiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges-
M. Reliquet , Docteur en Médecine.
àNantes.
M. Piers , Docteur en Médecine.
13
àTroyes.
M. Andirac , Docteur en Médecine.
à Cambrai,
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à S. Omer
M. Paris , Docteur en Médecine.
à Arles
M. Daffieu , Docteur enMédecine.....
à Tarbes.
M. Barjolle , Docteur enMédecine.
à Saumur...
M. Leriche, Chirurgien Major.
grave de Bareith .
à Strasbourg.
M. Ravaton , Chirurgien
Major.
M. Leguai , Chirurgien de
feu S. A. S. M. le Mar-
&de Marine.
à Landau.
MM. Demontreux & Duval , Chirur-
giens Majors des Hôpitaux Militaires
àBreft.
162 MERCURE DE FRANCE.
M. Souville , Chirurgien
Major de l'Hôpital.
M. Brugnieres , Chirurgien
Majorde Bearn.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major.
M. Lepage, Maître en Chi-
M. Planoque, Chirurgien Ma-
àCalais.
M. Maret , Maître en Chirurgie. àDijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine,Chirurgien àBordeaux
M. Bacquié, Maître en Chirurgie.
rurgie.
jor.
àToulouse.
M. Warocquier, Chirurgien.
àCaen
M. Guillon , Maître en Chir. à Orléans.
M. Buttet , Maître en Chirurgie.
Chirurgie.
M. Tenebre ,
Ma-3d
à Lille
aEtampes.
MM. Bongour & Duval , Maîtres en
à S.Malo.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
àRennes.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie.
M. le Chauve
res.
àAngers.
àTours.
auPuy.
MM. Toujan , Chirurgiens&Apoticai
à l'Orient.
AVRIL. 1764.
163
M. J. B. Delamarque , Maître en Chi-
rurgie.
gienMajor.
Major d'Artois.
à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , ChirurgienMajor.
M. Beauregard, Chirur-
àBefinçon.
M. Michel , Chirurgien àPerpignan.
M. Moffier, ChirurgienMajor.
àAvesnes.
M. Marjault , Chirurgien Major.
à Douai.
M. Miſaibel , ChirurgienMajor.
1
àNanci.
MM. Paton & de Villiers , Maîtres en
Chirurgie.
au Mans.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie...
à Dunkerque.
M. Ponthier, Maître en Chirurgie.
àAix en Provence.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaintes.
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
àAvignon.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
àRochefort.
M. Durand, ancien Chirurgien Major.
àArras.
M. Texereau, Maître en Chirurgie.
àPoitiers.
64 MERCURE DE FRANCE.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie.
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
M. Briffet , Chirurgien.
àMarseille.
M. Ferrand, Maître en Chirurgie.
M. le Docteur Cooper.
à Narbonne.
M. Frannié , Maître en Chirurgie.
à Montauban.
M. Lambert , Médecin & Chirurgien.
àGraffe.
PAYS ÉTRANGERS.
M. d'Artenfet , Maître en Chirurgie.
au Port au Prince.
M. d'Elbeuf, Chirurgien.
à Albi.
àAuxonne.
à Londres!
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
desArmées , ſeul Correſpondant.
M. Soulas.
M. Naudinat , Médecin.
àMadrid.
M. Akrell,Chirurgien Major. à Stokolm.
MM. Guyot , Finc & Deharfu ,
Maîtres en Chirurgie.
àGenève.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
M. Bikker , Médecin.
àBruxelles.
M. Lecat, Médecin & ChirurgienMajor.
àGand.
àRotterdam.
àFlorence.
à Cadix
AVRIL. 1764.
M. Breydel , Chymiſte.
M. Laborye , Chirurgien.
M. Pujoll.
165
àBruges.
au Cap.
M. Chaffaing, Chirurg. à la Martinique.
M. Bonnet , Chirurgien. àS. Domingue.
àConstantinople.
Correspondans de M. Keyser.
M. Imbert, Chancelier
de la Faculté de Médecine.
M. Fournier, Médecin
de l'Hôpital du Roi.
M. Batigne , Docteur à Montpellier.
en Médecine.
M. Goulard, Chirurgien
:
Major de l'Hôpital du
Roi.
M. Lecat , Secrétaire perpétuel de l'A-
cadémie des Sciences.
Les RR. PP. de la Charité.
l'Hôpital du Roi.
rité.
enChirurgie,
de
à Rouen.
M. Marmion, Médecin de à Grenoble.
Les RR. PP. de la Cha-
M. Defmoulins , MaîtreS àlaRochelle
AVRIL. 1764.
161
M. Razoux ,Docteur enMédecine.
àNifmes.
M. de Freffiniat , Docteur en Médecine.
à Limoges-
M. Reliquet , Docteur en Médecine.
àNantes.
M. Piers , Docteur en Médecine.
13
àTroyes.
M. Andirac , Docteur en Médecine.
à Cambrai,
M. Dourlen , Docteur en Médecine.
à S. Omer
M. Paris , Docteur en Médecine.
à Arles
M. Daffieu , Docteur enMédecine.....
à Tarbes.
M. Barjolle , Docteur enMédecine.
à Saumur...
M. Leriche, Chirurgien Major.
grave de Bareith .
à Strasbourg.
M. Ravaton , Chirurgien
Major.
M. Leguai , Chirurgien de
feu S. A. S. M. le Mar-
&de Marine.
à Landau.
MM. Demontreux & Duval , Chirur-
giens Majors des Hôpitaux Militaires
àBreft.
162 MERCURE DE FRANCE.
M. Souville , Chirurgien
Major de l'Hôpital.
M. Brugnieres , Chirurgien
Majorde Bearn.
M. Delapeyre , Chirurgien
Major.
M. Lepage, Maître en Chi-
M. Planoque, Chirurgien Ma-
àCalais.
M. Maret , Maître en Chirurgie. àDijon.
M. Rey, Maître en Chirurgie. à Lyon.
M. de la Plaine,Chirurgien àBordeaux
M. Bacquié, Maître en Chirurgie.
rurgie.
jor.
àToulouse.
M. Warocquier, Chirurgien.
àCaen
M. Guillon , Maître en Chir. à Orléans.
M. Buttet , Maître en Chirurgie.
Chirurgie.
M. Tenebre ,
Ma-3d
à Lille
aEtampes.
MM. Bongour & Duval , Maîtres en
à S.Malo.
M. Dupont , Maître en Chirurgie.
àRennes.
M. Chevreul , Maître en Chirurgie.
M. le Chauve
res.
àAngers.
àTours.
auPuy.
MM. Toujan , Chirurgiens&Apoticai
à l'Orient.
AVRIL. 1764.
163
M. J. B. Delamarque , Maître en Chi-
rurgie.
gienMajor.
Major d'Artois.
à l'Isle de Rhé.
M. Bernier , ChirurgienMajor.
M. Beauregard, Chirur-
àBefinçon.
M. Michel , Chirurgien àPerpignan.
M. Moffier, ChirurgienMajor.
àAvesnes.
M. Marjault , Chirurgien Major.
à Douai.
M. Miſaibel , ChirurgienMajor.
1
àNanci.
MM. Paton & de Villiers , Maîtres en
Chirurgie.
au Mans.
M. Carpentier , Maître en Chirurgie...
à Dunkerque.
M. Ponthier, Maître en Chirurgie.
àAix en Provence.
M. Douffin , Maître en Chirurgie.
à Xaintes.
M. Beauregard , Maître en Chirurgie.
àAvignon.
M. Delahaye , Chirurgien Major.
àRochefort.
M. Durand, ancien Chirurgien Major.
àArras.
M. Texereau, Maître en Chirurgie.
àPoitiers.
64 MERCURE DE FRANCE.
M. Rochebrun , Maître en Chirurgie.
à Ammerlerault.
M. Roux , Maître en Chirurgie.
M. Briffet , Chirurgien.
àMarseille.
M. Ferrand, Maître en Chirurgie.
M. le Docteur Cooper.
à Narbonne.
M. Frannié , Maître en Chirurgie.
à Montauban.
M. Lambert , Médecin & Chirurgien.
àGraffe.
PAYS ÉTRANGERS.
M. d'Artenfet , Maître en Chirurgie.
au Port au Prince.
M. d'Elbeuf, Chirurgien.
à Albi.
àAuxonne.
à Londres!
M. Godineau , ancien Chirurgien Major
desArmées , ſeul Correſpondant.
M. Soulas.
M. Naudinat , Médecin.
àMadrid.
M. Akrell,Chirurgien Major. à Stokolm.
MM. Guyot , Finc & Deharfu ,
Maîtres en Chirurgie.
àGenève.
M. Goddecharles , Maître en Chirurgie.
M. Bikker , Médecin.
àBruxelles.
M. Lecat, Médecin & ChirurgienMajor.
àGand.
àRotterdam.
àFlorence.
à Cadix
AVRIL. 1764.
M. Breydel , Chymiſte.
M. Laborye , Chirurgien.
M. Pujoll.
165
àBruges.
au Cap.
M. Chaffaing, Chirurg. à la Martinique.
M. Bonnet , Chirurgien. àS. Domingue.
àConstantinople.
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Résumé : LISTE de MM. les Médecins & Chirurgiens Correspondans de M. Keyser.
En avril 1764, une liste de médecins et chirurgiens correspondants de M. Keyser a été établie. En France, elle inclut des professionnels occupant des postes tels que chancelier de la Faculté de Médecine, médecin de l'Hôpital du Roi, docteur en médecine, chirurgien major, secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, et maître en chirurgie. Les villes françaises mentionnées sont Paris, Montpellier, Rouen, Grenoble, et plusieurs autres. À l'étranger, des correspondants sont répertoriés à Madrid, Stockholm, Genève, Bruxelles, Gand, Rotterdam, Florence, Cadix, Port-au-Prince, Londres, et Constantinople. La liste comprend également des chimistes et des apothicaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10893
p. 165-167
MUSIQUE.
Début :
SYMPHONIES périodiques, no. 13, del Signor Van Malder, no. 14, del Signor [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
SYMPHONIES périodiques, no. 13, del
Signor Van Malder, no. 14, del Signor
Heyden , nº. 15 , del Signor Back , nº.
16 , del Signor Pteiffer , nº. 17 , delSi-
gnorHchetky , nº. 18 , delSign. Frantzl.
Prix i liv. 16 f. chacune.
Ces Symphonies compoſent l'Euvre
XIV di vari Autori, Elles ſont intitulées,
les Noms inconnus, & ſe peuvent exécu-
ter à quatre parties.
Les fix enſemble ſe vendent 9 liv. A
Paris , chez Venier, ſeul Editeur deſdits
Ouvrages , rue S. Thomas du Louvre,
vis -à -vis le Château - d'eau , & aux
adreſſes ordinaires.
SEI DUETTI per Violino e Violon-
:
cello del Signor Giov. Bapt. Cirri. Prix
3 liv. 12.f. Chez le même Editeur. Ces
166 MERCURE DE FRANCE.
Duo font très-aiſés , & peuvents'exécu
ter àdeux Violoncelles , ou un Alto &
un par-deffus de Viole.
Les Amateurs font priés de ne point
confondre les Œuvres annoncées ci-def-
fus avec celles qui ont déja paru ſous le
nom des mêmes Auteurs.
L'attention que l'Editeur apporte ,
tant au choix des morceaux , qu'à la cor-
rection , à la beauté & à la propreté de
la gravure , eſt digne de l'empreſſement
des Amateurs pour les morceaux que le
Sr Venier donne au Pubiic.
SIX SONATES pour le Clavecin ,
dédiées à S. A. Madame la Comtesse de
Brionne , compoſées par M. Leontzi
Honaiier. Livre II. Prix en blanc 9 liv.
A Paris , chez l'Auteur , à l'Hôtel de
Soubiſe , vieille rue du Temple , & aux
adreſſes ordinaires de Muſique.
Cinquiéme Recueil des RÉCRÉA-
TIONS DE POLYMNIE , ou choix d'A -
riettes , Muſettes, Parodies , &c. dédiées
au Beau-Séxe. Recueillis & mis en or-
dre par M. le Loup , Maître de Flûte.
Prix, 3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Editeur ,
& aux adreſſes ordinaires de Muſique.
• Ce nouveau Recueil eſt auſſi varié &
auſſi agréable que les précédens.
AVRIL. 1764
167
LES CHARMES DE L'HARMONIE ,
Ariette deBaffe-taille ou de Taille , chan-
tée dans les deux Talens , Comédie
mife en Muſique par M. le Chevalier
d'Herbain , & repréſentée par les Comé
diens.Italiens ordinaires du Roi. Prix,21,
8fols.
LE CŒUR ENFLAMMÉ , Ariette de la
même Piéce pour un Deffus. Prix I liv,
16 f. avec tous les accompagnemens par
le même Auteur , à Paris , aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
SYMPHONIES périodiques, no. 13, del
Signor Van Malder, no. 14, del Signor
Heyden , nº. 15 , del Signor Back , nº.
16 , del Signor Pteiffer , nº. 17 , delSi-
gnorHchetky , nº. 18 , delSign. Frantzl.
Prix i liv. 16 f. chacune.
Ces Symphonies compoſent l'Euvre
XIV di vari Autori, Elles ſont intitulées,
les Noms inconnus, & ſe peuvent exécu-
ter à quatre parties.
Les fix enſemble ſe vendent 9 liv. A
Paris , chez Venier, ſeul Editeur deſdits
Ouvrages , rue S. Thomas du Louvre,
vis -à -vis le Château - d'eau , & aux
adreſſes ordinaires.
SEI DUETTI per Violino e Violon-
:
cello del Signor Giov. Bapt. Cirri. Prix
3 liv. 12.f. Chez le même Editeur. Ces
166 MERCURE DE FRANCE.
Duo font très-aiſés , & peuvents'exécu
ter àdeux Violoncelles , ou un Alto &
un par-deffus de Viole.
Les Amateurs font priés de ne point
confondre les Œuvres annoncées ci-def-
fus avec celles qui ont déja paru ſous le
nom des mêmes Auteurs.
L'attention que l'Editeur apporte ,
tant au choix des morceaux , qu'à la cor-
rection , à la beauté & à la propreté de
la gravure , eſt digne de l'empreſſement
des Amateurs pour les morceaux que le
Sr Venier donne au Pubiic.
SIX SONATES pour le Clavecin ,
dédiées à S. A. Madame la Comtesse de
Brionne , compoſées par M. Leontzi
Honaiier. Livre II. Prix en blanc 9 liv.
A Paris , chez l'Auteur , à l'Hôtel de
Soubiſe , vieille rue du Temple , & aux
adreſſes ordinaires de Muſique.
Cinquiéme Recueil des RÉCRÉA-
TIONS DE POLYMNIE , ou choix d'A -
riettes , Muſettes, Parodies , &c. dédiées
au Beau-Séxe. Recueillis & mis en or-
dre par M. le Loup , Maître de Flûte.
Prix, 3 liv. 12 f. A Paris , chez l'Editeur ,
& aux adreſſes ordinaires de Muſique.
• Ce nouveau Recueil eſt auſſi varié &
auſſi agréable que les précédens.
AVRIL. 1764
167
LES CHARMES DE L'HARMONIE ,
Ariette deBaffe-taille ou de Taille , chan-
tée dans les deux Talens , Comédie
mife en Muſique par M. le Chevalier
d'Herbain , & repréſentée par les Comé
diens.Italiens ordinaires du Roi. Prix,21,
8fols.
LE CŒUR ENFLAMMÉ , Ariette de la
même Piéce pour un Deffus. Prix I liv,
16 f. avec tous les accompagnemens par
le même Auteur , à Paris , aux adreſſes
ordinaires de Muſique.
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Résumé : MUSIQUE.
Le document présente diverses publications musicales. Il inclut des symphonies périodiques numérotées de 13 à 18, composées par Van Malder, Heyden, Back, Pteiffer, Hchetky et Frantzl. Ces œuvres, intitulées 'Noms inconnus', font partie de l'œuvre XIV et peuvent être exécutées à quatre parties. Elles sont vendues individuellement à 16 francs ou ensemble à 9 livres. L'éditeur est Venier, situé rue Saint-Thomas du Louvre, face au Château-d'eau. Le texte mentionne également six duos pour violon et violoncelle de Giovanni Battista Cirri, vendus 3 livres et 12 francs. Ces duos peuvent être joués par deux violoncelles ou un alto et une viole. Six sonates pour clavecin, dédiées à Madame la Comtesse de Brionne, sont composées par M. Leontzi Honaiier et disponibles dans un deuxième livre au prix de 9 livres. Le cinquième recueil des 'Récréations de Polymnie', incluant des ariettes, musettes et parodies, est dédié au beau sexe et recueilli par M. le Loup, maître de flûte, vendu 3 livres et 12 francs. Enfin, le document présente deux ariettes de la comédie musicale 'Les Charmes de l'Harmonie' : 'Ariette de Baffe-taille ou de Taille' et 'Le Cœur Enflammé', composées par le Chevalier d'Herbain et représentées par les comédiens italiens du Roi. Les prix sont respectivement de 21 sols et 1 livre 16 francs, avec accompagnements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10894
p. 167-173
« LE Mardi 21 Février, les Comédiens François représentèrent l'Andrienne, [...] »
Début :
LE Mardi 21 Février, les Comédiens François représentèrent l'Andrienne, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « LE Mardi 21 Février, les Comédiens François représentèrent l'Andrienne, [...] »
LE Mardi 21 Février, les Comédiens
François représentèrent l'Andrienne,
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu SrBARON (de 1703), dans laquelle
le SrGRANDVALjouale rôle de Cimon,
la Dile PRÉVILLE jouoitle rôle de Gli-
cerie, &c.
168 MERCURE DE FRANCE.
Pour feconde Piéce , on donna I
Comtesse d'Efcarbagnas , Comédie d
MOLIERE , en un Acte & en prof
(de 1672).
Le lendemain 22 , on éxécuta deu
Actes d'Opéra ; ſçavoir , la Musique
ſeconde Entrée du Ballet des Talens Ly
riques , Poëme d'un Anonyme ,Muſiqu
de M. RAMEAU ; & la Provençale
Comédie-Ballet en un Acte , Poëme d
feu M. de la FOND , Muſique de feuM
MOURET. Dans le premier de ces Actes ,
la Dile LARRIVÉE chanta le rôle d'I
phife, & le Sr LARRIVÉE celuide Tirté.
La Dlle LANI y danſoit les principales
Entrées en Prêtreſſe. La Dile GUIMARD
en Lacédémonienne. Le Sr GARDEL &
le Sr CAMPIONI en Guerriers .
Dans la Provençale , la Dile ARNOUD
chantoit le rôle de Florine ; la Dile Cou-
PÉE , de la Muſique du Roi ,& Penfion-
naire de l'Académie Royalede Muſique,
chanta le rôle de Nérine , avec la même
jeuneſſe de voix , le même agrément &
le même art , que lorſqu'elle étoit au
Théâtre. On a diftingué avec d'autant
plus de plaifir le talent particulier de
cette agréable Cantatrice , pour l'exécu-
tion des Airs de Théâtre , que le goût &
les grâces de ce talent ſemblent ſe per
dr
AVRIL. 1764.
169
dre tous les jours , pour faire place a
d'autres parties uniquement muficales
,
qui ont fans doute leur prix, mais qui
ne dédommagent pas du genre qu'on
néglige.
Le Sieur JÉLIOTE chanta le rôle de
Léandre , le Sr GELIN celui du Tuteur.
La Dlle ALLARD danſa les pas ſeuls du
Ballet dans le caractère Provençal.
Le Jeudi 23 , les Comédiens François
repréſentèrent Idomenée, Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. (a )
La petite Piéce qui ſuivit étoit l'Amour
Médecin , Comédie en un Acte & en
proſe de MOLIERE ( 1665. ).
Le Mardi 28 , les mêmes Comédiens
repréſentèrentle Légataire, Comédie en
cinq Actes & en vers , de REGNARD ,
(1706).
La grande Piéce fut ſuivie des Pré-
cieuses Ridicules , Comédie en un Acte
deMOLIERE (de 1659 ). La Dile FA-
NIER y joua le rôle de Marotte.
Le Mercredi 29 , les Comédiens Ita-
liens repréfentèrent le Diable à quatre ,
Opéra- Comique en trois Actes , avec
des Divertiſſemens , qui fut précédé du
( a ) Voyez ci-après dans l'Article de Paris , ce-
lui de la Comédie Françoiſe.
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Gondolier Vénitien , petite Piéce Ita-
lienne.
Le Jeudi premier Mars , les Comédiens
François repréſentèrent Rhadamiste ,
Tragédie de feu M. de CRÉBILLON
(1711 ). Enfuite , pour petite Piéce , la
Serenade, Comédie de REGNARD en
un Acte & en profe ( 1654 ).
Le Mardi 6 , dernier jour du Carna-
val ,
les Comédiens Italiens jouèrent
les Caquets , Comédie Françoiſe imitée
d'une Comédie Italienne de M. GOL-
DONI. Pour ſeconde Piéce , on joua la
Fille mal gardée, Opéra-Comique.
Le Mercredi , jour des Cendres , il
n'ya point eu deSpectacles à la Cour.
Le Jeudi 8 , les Comédiens François
repréſentèrent Phedre, Tragédie de
RACINE ( de 1677 ) .
La Dile DOLIGNY joua le rôle d'A-
ricie. Cette jeune Actrice n'avoit point
encore débuté dans le Tragique. Elle
porta dans ce rôle intéreſſant le charme
d'un naturel touchant & ſenſible , qui
forme le caractère de ſon talent , & qui
ſemble attaché aux infléxionsde ſa voix,
ainſi qu'à toute ſon action theatrale. Le
temps & l'exercice paroiſſent fortifier en
ellel'organe néceffaire pour foutenir la
déclamation du grand genre.
AVRIL. 1764.
171
Après la Tragédie , on donna pour
petite Pièce l'Amateur , Comédie nou-
velle de M. BARTHE , qui parut faire
plaifir , & qui futjouée , ainſi qu'à Pa-
ris , avec tout le feu & tout l'agrément
poffible. ( b )
Le Mardi 13 , les mêmes Comédiens
repréſentèrent la Surpriſe de l'Amour ,
Comédie en trois Actes & en proſe de
feu M. de MARIVAUX ( de 1727 ) .
Le Sr BELLECOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le Sieur GRANGER celui du
Comte , la Dile PRÉVILLE celui de la
Marquise , le Sr PRÉVILLE celui du
Pédant, la Dile le KAIN lerôle de Li-
fette , & le Sr ARMAND celui de Valet.
On a paru fort content de cette Comé-
die , dont on ſcait combien les princi-
pauxrôles éxigentde talens.
La ſeconde Piéce fut Dupuis & Def-
ronais , Comédie en trois Actes , & en
vers de M. COLLÉ, la Demoiselle Pré-
ville y jouoit le rôle de Marianne
genre dans lequel cette Actrice a jour-
nellement de nouveaux ſuccès , & qui
conſtate en ellele grand talent.
Le Mercredi 14 , les Comédiens Ita-
liens exécuterent le Maître de Muſique ,
( b ) -Voyez ci-après l'Article de Paris ſur cette
Nouveauté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
&le Cadi dupé, Comédies mêlées d'A-
ricttes.
Le Jeudi 15 Mars , les Comédiens
François repréſentérent le Glorieux ,
Comédie en vers & en 5 Actes de feu
M. DESTOUCHES ( de 1732. ) Le rôle
du Glorieux étoit joué par le Sr BEL-
LECOUR , celui de Valère par le Sieur
MOLÉ , le rôle de Philinte par le Sieur
DAUBERVAL , celui de Licandre par
le Sr BRIZARD. Le rôle d'Isabelle par
la Dile PRÉVILLE , celui de Lifette par
la Dile DOLIGNI . Les Srs PRÉVILLE,
AUGE , & BOURET jouoient les rôles
de la Fleur , de Pasquin & d'un autre
Valet. Nous détaillons ici cette diftribu-
tion de rôles , parce qu'elle eſt la même
que celle dont nous avons eu occafion
de parler dans un des volumes précé-
dens à l'Article de Paris , & de faire
remarquer , à l'avantage de quelques-
uns des Acteurs , nouveaux dans les rô-
les de cette Comédie , l'honneur d'y
foutenir l'épreuve de la mémoire encore
exiſtante des talens fupérieurs pour cha-
cun deſquels cette Piéce ſemble avoir
été compofée.
La ſeconde Piéce fut l'Epoux par
fupercherie , Comédie en deux Actes &
en vers de feu M. DE BOISSY ( de
AVRIL. 1764.
173
1744. ) qui doit une forte de réfurrec
tton aux talens des Srs BELLECOUR ,
MOLÉ , & des Sr & Dile PREVILLE ,
par lamanière dont ils en exécutent les
rôles.
La fuite au prochain Mercure.
François représentèrent l'Andrienne,
Comédie en cinq Actes & en vers du
feu SrBARON (de 1703), dans laquelle
le SrGRANDVALjouale rôle de Cimon,
la Dile PRÉVILLE jouoitle rôle de Gli-
cerie, &c.
168 MERCURE DE FRANCE.
Pour feconde Piéce , on donna I
Comtesse d'Efcarbagnas , Comédie d
MOLIERE , en un Acte & en prof
(de 1672).
Le lendemain 22 , on éxécuta deu
Actes d'Opéra ; ſçavoir , la Musique
ſeconde Entrée du Ballet des Talens Ly
riques , Poëme d'un Anonyme ,Muſiqu
de M. RAMEAU ; & la Provençale
Comédie-Ballet en un Acte , Poëme d
feu M. de la FOND , Muſique de feuM
MOURET. Dans le premier de ces Actes ,
la Dile LARRIVÉE chanta le rôle d'I
phife, & le Sr LARRIVÉE celuide Tirté.
La Dlle LANI y danſoit les principales
Entrées en Prêtreſſe. La Dile GUIMARD
en Lacédémonienne. Le Sr GARDEL &
le Sr CAMPIONI en Guerriers .
Dans la Provençale , la Dile ARNOUD
chantoit le rôle de Florine ; la Dile Cou-
PÉE , de la Muſique du Roi ,& Penfion-
naire de l'Académie Royalede Muſique,
chanta le rôle de Nérine , avec la même
jeuneſſe de voix , le même agrément &
le même art , que lorſqu'elle étoit au
Théâtre. On a diftingué avec d'autant
plus de plaifir le talent particulier de
cette agréable Cantatrice , pour l'exécu-
tion des Airs de Théâtre , que le goût &
les grâces de ce talent ſemblent ſe per
dr
AVRIL. 1764.
169
dre tous les jours , pour faire place a
d'autres parties uniquement muficales
,
qui ont fans doute leur prix, mais qui
ne dédommagent pas du genre qu'on
néglige.
Le Sieur JÉLIOTE chanta le rôle de
Léandre , le Sr GELIN celui du Tuteur.
La Dlle ALLARD danſa les pas ſeuls du
Ballet dans le caractère Provençal.
Le Jeudi 23 , les Comédiens François
repréſentèrent Idomenée, Tragédie nou-
velle de M. le Mierre. (a )
La petite Piéce qui ſuivit étoit l'Amour
Médecin , Comédie en un Acte & en
proſe de MOLIERE ( 1665. ).
Le Mardi 28 , les mêmes Comédiens
repréſentèrentle Légataire, Comédie en
cinq Actes & en vers , de REGNARD ,
(1706).
La grande Piéce fut ſuivie des Pré-
cieuses Ridicules , Comédie en un Acte
deMOLIERE (de 1659 ). La Dile FA-
NIER y joua le rôle de Marotte.
Le Mercredi 29 , les Comédiens Ita-
liens repréfentèrent le Diable à quatre ,
Opéra- Comique en trois Actes , avec
des Divertiſſemens , qui fut précédé du
( a ) Voyez ci-après dans l'Article de Paris , ce-
lui de la Comédie Françoiſe.
I. Vol.
H
170 MERCURE DE FRANCE.
Gondolier Vénitien , petite Piéce Ita-
lienne.
Le Jeudi premier Mars , les Comédiens
François repréſentèrent Rhadamiste ,
Tragédie de feu M. de CRÉBILLON
(1711 ). Enfuite , pour petite Piéce , la
Serenade, Comédie de REGNARD en
un Acte & en profe ( 1654 ).
Le Mardi 6 , dernier jour du Carna-
val ,
les Comédiens Italiens jouèrent
les Caquets , Comédie Françoiſe imitée
d'une Comédie Italienne de M. GOL-
DONI. Pour ſeconde Piéce , on joua la
Fille mal gardée, Opéra-Comique.
Le Mercredi , jour des Cendres , il
n'ya point eu deSpectacles à la Cour.
Le Jeudi 8 , les Comédiens François
repréſentèrent Phedre, Tragédie de
RACINE ( de 1677 ) .
La Dile DOLIGNY joua le rôle d'A-
ricie. Cette jeune Actrice n'avoit point
encore débuté dans le Tragique. Elle
porta dans ce rôle intéreſſant le charme
d'un naturel touchant & ſenſible , qui
forme le caractère de ſon talent , & qui
ſemble attaché aux infléxionsde ſa voix,
ainſi qu'à toute ſon action theatrale. Le
temps & l'exercice paroiſſent fortifier en
ellel'organe néceffaire pour foutenir la
déclamation du grand genre.
AVRIL. 1764.
171
Après la Tragédie , on donna pour
petite Pièce l'Amateur , Comédie nou-
velle de M. BARTHE , qui parut faire
plaifir , & qui futjouée , ainſi qu'à Pa-
ris , avec tout le feu & tout l'agrément
poffible. ( b )
Le Mardi 13 , les mêmes Comédiens
repréſentèrent la Surpriſe de l'Amour ,
Comédie en trois Actes & en proſe de
feu M. de MARIVAUX ( de 1727 ) .
Le Sr BELLECOUR jouoit le rôle du
Chevalier , le Sieur GRANGER celui du
Comte , la Dile PRÉVILLE celui de la
Marquise , le Sr PRÉVILLE celui du
Pédant, la Dile le KAIN lerôle de Li-
fette , & le Sr ARMAND celui de Valet.
On a paru fort content de cette Comé-
die , dont on ſcait combien les princi-
pauxrôles éxigentde talens.
La ſeconde Piéce fut Dupuis & Def-
ronais , Comédie en trois Actes , & en
vers de M. COLLÉ, la Demoiselle Pré-
ville y jouoit le rôle de Marianne
genre dans lequel cette Actrice a jour-
nellement de nouveaux ſuccès , & qui
conſtate en ellele grand talent.
Le Mercredi 14 , les Comédiens Ita-
liens exécuterent le Maître de Muſique ,
( b ) -Voyez ci-après l'Article de Paris ſur cette
Nouveauté.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
&le Cadi dupé, Comédies mêlées d'A-
ricttes.
Le Jeudi 15 Mars , les Comédiens
François repréſentérent le Glorieux ,
Comédie en vers & en 5 Actes de feu
M. DESTOUCHES ( de 1732. ) Le rôle
du Glorieux étoit joué par le Sr BEL-
LECOUR , celui de Valère par le Sieur
MOLÉ , le rôle de Philinte par le Sieur
DAUBERVAL , celui de Licandre par
le Sr BRIZARD. Le rôle d'Isabelle par
la Dile PRÉVILLE , celui de Lifette par
la Dile DOLIGNI . Les Srs PRÉVILLE,
AUGE , & BOURET jouoient les rôles
de la Fleur , de Pasquin & d'un autre
Valet. Nous détaillons ici cette diftribu-
tion de rôles , parce qu'elle eſt la même
que celle dont nous avons eu occafion
de parler dans un des volumes précé-
dens à l'Article de Paris , & de faire
remarquer , à l'avantage de quelques-
uns des Acteurs , nouveaux dans les rô-
les de cette Comédie , l'honneur d'y
foutenir l'épreuve de la mémoire encore
exiſtante des talens fupérieurs pour cha-
cun deſquels cette Piéce ſemble avoir
été compofée.
La ſeconde Piéce fut l'Epoux par
fupercherie , Comédie en deux Actes &
en vers de feu M. DE BOISSY ( de
AVRIL. 1764.
173
1744. ) qui doit une forte de réfurrec
tton aux talens des Srs BELLECOUR ,
MOLÉ , & des Sr & Dile PREVILLE ,
par lamanière dont ils en exécutent les
rôles.
La fuite au prochain Mercure.
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Résumé : « LE Mardi 21 Février, les Comédiens François représentèrent l'Andrienne, [...] »
Du 21 février au 15 mars 1764, une série de représentations théâtrales a été organisée. Le 21 février, les Comédiens Français ont joué 'L'Andrienne' de Baron et 'La Comtesse d'Escarbagnas' de Molière. Le lendemain, deux actes d'opéra ont été exécutés : 'La Musique seconde Entrée du Ballet des Talents Lyriques' avec la musique de Rameau et 'La Provençale' de La Fond, accompagnée de la musique de Mouret. Les rôles principaux étaient interprétés par des artistes tels que la Dlle Larivée, le Sr Larivée, la Dlle Lani, et la Dlle Guimard. Le 23 février, les Comédiens Français ont présenté 'Idoménée' de Le Mire et 'L'Amour Médecin' de Molière. Le 28 février, ils ont joué 'Le Légataire' de Regnard et 'Les Précieuses Ridicules' de Molière, avec la Dlle Fanier dans le rôle de Marotte. Le 29 février, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Diable à quatre' et 'Le Gondolier Vénitien'. Le 1er mars, les Comédiens Français ont interprété 'Rhadamiste' de Crébillon et 'La Serenade' de Regnard. Le 6 mars, les Comédiens Italiens ont joué 'Les Caquets' et 'La Fille mal gardée'. Le 8 mars, les Comédiens Français ont représenté 'Phèdre' de Racine, avec la Dlle Doligny dans le rôle d'Aricie, et 'L'Amateur' de Barthe. Enfin, le 13 mars, ils ont joué 'La Surprise de l'Amour' de Marivaux et 'Dupuis et Desronais' de Collé.
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10895
p. 173-175
OPERA.
Début :
ON a continué Castor & Pollux, avec tout le succès que mériteront toujours [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
ON a continué Castor & Pollux,
avec tout le succès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Muſique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique ſpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'est trouvé fi avantageurement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du débutde cette nouvelle Haute-
contre dans le rôle de Titon , l'affluen-
ce du Public ne ceſſed'augmenter aux
repréſentations de cetOpéra.On l'a don-
né de ſuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi &Jeudi
de chaque ſemaine. Jamais Nouveauté
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & fou-
tenu à aucun Théâtre un concours auſſi
nombreux de Spectateurs. Les ſuffrages
fur le compte de ce Sujet ſont unani-
mes & fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'a-
vantage , & qui ont occupé par la ſuite
les premiers rangs ſur la Scène. Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui ſe-
ront curieux de connoître le genre pro-
pre du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci-deſſus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pourla Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainſi dire parminous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eſt ſouvent entraînée par le ſeul
concours de l'autre , les Partiſans du
goût eſpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circon-
ſtance , s'accoutumera inſenſiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Muſique & le défordre de
ladéraiſon pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royalede
Muſique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
troisActes charmans , quiforment cha-
1
AVRIL. 1764.
175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens; fçavoir Hilas & Zélie , Mufi-
que de M. de BURI;Pigmalion,Muſique
de M. RAMEAU , & Psyché, Muſique
de M. MONDONVILLE. M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. Lapre-
mière de ces repréſentations étoit indi-
quée pour le Samedi 31 Mars , la deu-
xiéme le Lundi 2 du préſent mois d'A-
vril , & la troifiéme pour le Samedi
ſuivant. L'empreſſement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiſſe pas douter de l'abondante re-
cettequeproduiront cesrepréſentations,
ON a continué Castor & Pollux,
avec tout le succès que mériteront toujours
les beautés réunies de la Muſique
& de la Poëfie , jointes à la pompe & à
l'éclat d'un magnifique ſpectacle.
Ce que nous avons annoncé de M.
le Gros , dans un Supplément à l'Article
de l'Opéra , page 222 du Mercure de
Mars , s'est trouvé fi avantageurement
confirmé par le Public , que depuis le
jour du débutde cette nouvelle Haute-
contre dans le rôle de Titon , l'affluen-
ce du Public ne ceſſed'augmenter aux
repréſentations de cetOpéra.On l'a don-
né de ſuite les trois jours gras , & on le
continue actuellement les Mardi &Jeudi
de chaque ſemaine. Jamais Nouveauté
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
du plus grand fuccès n'a attiré & fou-
tenu à aucun Théâtre un concours auſſi
nombreux de Spectateurs. Les ſuffrages
fur le compte de ce Sujet ſont unani-
mes & fans aucune des restrictions fi
fréquemment employées à l'égard de
ceux qui ont débuté avec le plus d'a-
vantage , & qui ont occupé par la ſuite
les premiers rangs ſur la Scène. Nous
exhortons ceux de nos Lecteurs qui ſe-
ront curieux de connoître le genre pro-
pre du mérite de ce nouveau Sujet , à
lire ce que nous en avons dit dans le
vol. précédent à l'Art. indiqué ci-deſſus.
Les Amateurs des Spectacles vraîment
honorables pourla Nation , voyent avec
plaifir revivre pour ainſi dire parminous
celui de l'Opéra. Comme une partie du
Public eſt ſouvent entraînée par le ſeul
concours de l'autre , les Partiſans du
goût eſpérent que cette partie mobile
des Spectateurs conduite par la circon-
ſtance , s'accoutumera inſenſiblement à
ne plus prendre la force du bruit pour
celle de la Muſique & le défordre de
ladéraiſon pour le charme de la gaîté.
Les Acteurs de l'Académie Royalede
Muſique ont déterminé de donner au
Public pour leur Benefit ou Capitation ,
troisActes charmans , quiforment cha-
1
AVRIL. 1764.
175
cun un petit Opéra , & dans des genres
différens; fçavoir Hilas & Zélie , Mufi-
que de M. de BURI;Pigmalion,Muſique
de M. RAMEAU , & Psyché, Muſique
de M. MONDONVILLE. M. LEGROS
chantera le rôle de Pigmalion. Lapre-
mière de ces repréſentations étoit indi-
quée pour le Samedi 31 Mars , la deu-
xiéme le Lundi 2 du préſent mois d'A-
vril , & la troifiéme pour le Samedi
ſuivant. L'empreſſement qu'il y a eu
à retenir des loges pour ce Spectacle ,
ne laiſſe pas douter de l'abondante re-
cettequeproduiront cesrepréſentations,
Fermer
Résumé : OPERA.
L'opéra 'Castor & Pollux' connaît un grand succès grâce à la synergie entre la musique, la poésie et la splendeur du spectacle. La performance de M. le Gros dans le rôle de Titon a particulièrement captivé le public, augmentant ainsi l'affluence. L'opéra est présenté les mardi et jeudi de chaque semaine et attire un nombre record de spectateurs. Les critiques sont unanimes et positives, sans les réserves habituelles pour les débutants. Les amateurs de spectacles apprécient la revitalisation de l'opéra. Les acteurs de l'Académie Royale de Musique préparent trois actes distincts pour leur benefit : 'Hilas & Zélie' de M. de Buri, 'Pigmalion' de M. Rameau, et 'Psyché' de M. Mondonville. Les représentations sont prévues pour le 31 mars, le 2 avril et le samedi suivant. L'enthousiasme autour de ces événements laisse présager des recettes abondantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10896
p. 175-187
COMEDIE FRANÇOISE. EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie de M. LE MIERRE, représentée pour la première fois, le Lundi 13 Février 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. IDOMÉNÉE, Roi de Créte. M. Brizart. IDAMANTE, Fils [...]
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE. EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie de M. LE MIERRE, représentée pour la première fois, le Lundi 13 Février 1764.
COMEDIE FRANÇOISE.
EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie
de M. LE MIERRE, représentée
pour la première fois, le Lundi 13
Février 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS. IDOMÉNÉE, Roi de Créte. M. Brizart.
IDAMANTE, Fils du Roi .
Femme d'IDAMANTE..
SOPHRONIME.
M. Le Kain.
ERIGONE , Filled'un Roi de Samos ,
Mlle Clairon .
M. Dubois.
Hiv
7
176 MERCURE DE FRANCE.
NAUSICRATE , Confident
d'IDAMANTE .
LE GRAND-PRESTRE.
PRESTRES.
PEUPLES.
GARDES.
M. Dauberval.
M. Blainville
La Scène est à CYDON , Capitale de la Crete.
Le Théâtre repréſente le rivage de la mer. On voit
d'un côté un Temple , & de l'autre un Palais.
IDOMENEE étoit un des Rois ligués de la Gréce,
qui allerentfaire le ſiége de Troye. A fon retour
il efluye une tempête terrible , & fait vœu , s'il
échappe du naufrage , d'immoler la première
perſonne qui s'offrira à ſa vue en abordant dans
fon Ifle. Neptune exauce ſon voœu; les flots ſe
calment, la mer eſt tranquille ; & Idoménée eſt
prêt d'arriver dans ſa Capitale.C'eſt le moment
où la Piéce commence.
АСТЕ PREMIER.
:
Idamante , qui , pendant la tempête , avoit or-
donné au Grand Prêtre d'implorer les Dieux pour
la conſervationde la Flotte d'Idoménée , lui com-
mande de faire un nouveau ſacrifice , qui pro-
cure à ſon père un prompt & heureux retour. Il
ne quitte point le rivagede la mer , dans l'eſpé-
rance de le voir bientôt arriver ; & là il s'entre-
tient avec ſon Confident de ſon amour pour ſon
père , de ſon impatience à le revoir ,de ſa crainte
de leperdre. Dans ce moment paroît Erigone ,
épouſed'Idamante , qui lui apprend l'arrivée de
AVRIL. 1764.
177
Sophronime , Serviteur fidéle d'Idoménée , & fon
Compagnon de voyage; on le fait venir ; on l'in-
terroge ; il ignore le fort du Roi.
Nous n'avons parcouru l'immenſité des mers ,
Qu'àtravers les écueils & qu'au jour des éclairs.
DesCyclades encor les roches menaçantes
Eralent les débris de nos pouppes fumantes ;
Le ſeul vaiſleau duRoi ſur les flots orageux ,
Sembloit comme un dépôt confervé par lesDieux.
Déjà même des vents la fureur fatisfaite
Nous redonnoit l'eſpoir d'arriver dans la Crete:
Mais non loinde cette fle & près dece rocher ,
D'où le frontde l'Ila ſe découvre au Nocher ,
Les vents impétueux rallument les tempêtes ;
LeCiel étincelant s'entr'ouvre ſur nos têtes ;
Le vaiſſeau dans les airs s'élance avec les eaux ;
Nous touchons juſqu'aux Cieux,nous roulons ſous
les flots.
Aces coups redoublés de Neptune & d'Eole ,
L'horreur , le péril croît , l'eſpoir fuit, la mort
vole ;
Plus de ſalut ; pouffé ſur lesécueils , hélas !
Notre vaiſſeau s'entr'ouvre & ſe briſe en éclats.
Dans la nuit ,dans l'effroi tout périt, tout s'égare ;
Je veux ſuivre le Roi , la vague nous ſépare ;
Et les flots ennemis m'entraînent fur ce bord ,
Où revenu ſans lui j'invoque encor la mort.
Erigone , à cerécit, fait éclater ſa douleur par
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
une invective véhémente contre Héléne , dont lès
amours ont cauſé tant de maux à la Gréce. Ida-
mante plus occupé de ſon père que d'Hélène, croit
que s'il avoit été auprès de lui pendant la tempê-
te , il l'auroit ſauvé du naufrage. Il va pour éle-
ver untombeau à ſa mémoire , lorſque Naufs-
crate , ſon Confident , lui apprend qu'on a vude
loin un homme qui s'avançoit lentement ſur le
rivage. Cette nouvelle fait renaître l'eſpoirdans
le cœur du jeune Prince , qui court du côté qu'on,
vient de lui indiquer.
:
ACTE ΙΙ.
Idomenée ſeul ſur le bordde la mer , déplore
le malheur de ſa Flotte , eſpére de trouver dans
les embraſſemens de ſon Fils quelque adouciſſe-
ment à ſa douleur. Mais un remord le remplit
d'allarmes , & empoiſonne fon eſpérance. Il fe
rappelle ſon funeſte ſerment.
Neptune , as-tu reçu ma promeſſe inhumaine ?
Ce Vœu que je t'ai fait d'immoler en ces lieux
Le premier que la rive offriroit à mes yeux !
-Ah ! quandje t'implorois pour rentrer dans la
Crete ,
Quand l'effroi m'a dicté ma priéřeindiſcrette ,
J'eſpérois épargner ſur les mers en fureur ,
La mort derous les miens , ce ſpectacle à mon
cœur ;
Etpar humanité dans ce péril extrême ,
J'attentois , trop aveugle , à l'humanité même.
AVRIL. 1764.
179
Peuple heureux ſous mon fils , unde vous ſur ce
bord ,
De mon premier regard recevra donc la mort.
Ah; montrez-vous en foule , & m'épargnez un
crime ,
En neme laiſſantpas difcerner ma victime.
Hélas! ſur ce rivage , où j'appelle le deuil
,
Je n'oſe faire un pas , ni jetter un coup d'œil ,
Ciel .... un infortuné s'avance ſur la rive..
C'eſt ſon Fils; il le reconnoîtdans le moment
où, pour accomplir ſon vœu , il eſt prêt à le poi-
gnarder. Il jette ſon poignard &détourne la vuë..
Un accueil ſi triſte ,après dix ans d'abfence , jette
l'effroi dans l'âme d'Idamante. Il preſſe le Roi
de lui découvrir le ſujet de ſa douleur ; mais c
père infortuné , que ſon malheur accable , fe.
ſouſtrait aux queſtions & aux embraſſemens de
fon fils. En fe retirant il eſt apperçu par Erigo-
ne ; & il ſe dérobe également àla vue. Elle vient
avec précipitation en témoigner ſon étonnement
au Prince ſon époux. Ils font inſtruits l'un &
l'autre par la bouche de Sophronime , que le vœu
indiſcret d'Idoménée eſt ce qui caule lon déſeſpoir.
Sophronime ignore , ainſi qu'Erigone , qu'Idamante
eſt le premier qui s'eſt offert à la vueduRoi; le
jeune Prince apprenant ce funeſte ſerment , ne
doute point qu'il ne ſoit la victime deſtinée à a
mort ; il cache ſon trouble ; il fuit pour n'en
rien laiſſer paroître aux yeux de ſon épaule..
ACTE III.
Sophronime tâche en vain de détourner Idoménée:
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
d'accomplirle vœu qu'il a fait à Neptune. Le Roi
veut ſauver la vie a ton fils ; mais il veut ſe l'o-
ter à lui-même. Il veut que le Prince & Erigone
quittent la Crére , & s'embarquent pour Samos.
C'eſt dans ces circonstances qu'Erigone , ignorant
toujours qu'Idamante eſt la victime , dit à Ido-
ménée :
1
Crete,
Je gémis de venir , malgré ce déſaveu ,
د
Preffer ſur l'Inconnu l'effet de votre vœu.
1
Seigneur , née à Samos, loin des mœurs de la
Loind'un culte inhumain que ma pitié rejette ,
On ſçaitvotre ferment ainſi que vos allarmes;
CePeuple entier s'étonne & ſe plaint de vos lar-
mes;
Il s'aſſemble ; il murmure ; il demande à grands
٢٠
cris
La victime promiſe à la loi du Pays ;
Loi dure , loi de ſang qu'a jamais je déreſte ,
Et que n'a pû dicter la justice céleste ;
Mais hélas ! établie à la honte des Dieux
Chez cePeuple barbare & fuperftitieux.
Celuidont la vertu l'abhorre au fond de l'âme ,
Craignant de plusgrands maux, lui-même la re-
clame.
Oui , fi vous refuſez d'obéir à la loi,
Pour écarter de vous un péril ſi funeſte.
T
1,
Vous remplilfez l'Etat de féſordre &d'effroi.
Abandonnez un ſeul pour fatisfaire au reſte ,
AVRIL. 1764.
Puiffe ce malheureux être ici le dernier
Que la Crete à nos Dieux verra facrifier.
IDOMENÉE.
Ciel! quedemandez-vous , ma fille ?
ERIGONE .
Pour vous , pour votre fils ...
IDOMENÉE , ( avec un cri. )
181
La patrie ,
L'humanité , tout parle à votre âme attendrie.
Il coûte à votre cœur de livrer a la mort
Un Mortel condamné ſeulement par le ſort.
Mais tout mefait trembler , une loi tyrannique ,
L'emportementdu Peuple, un fanatiſine antique.
Prévenez ſa fureur , Seigneur , pour vos Etats
Erigone ....
Seigneur!
Ah ! vous ne sçavez pas ,
ERIGONE,
IDOMENÉE ..
Jour fatal ! .... veu barbare ! ....
Jene ſçais oùje ſuis ....
ERIGONE.
Quel trouble vous égare !
IDOMENÉE.
Tremblez de me preffer & de m'interroger.
ERIGON E.
Quel étrange langage, & quel nouveau danger!
IDOMENÉE , ( à part. )
Je frémis de parler , je frémis de me taire.
٢٠
182 MERCURE DE FRANCE.
ERIGONE.
Achevez , quel qu'il ſoit , d'éclaircir cemyſtère.
IDOMENÉE .
La colèredes Dieur ... mes deſtins inouis ....
Madame ... apprenez tout , la victime eſt mon
Qui !!
fils..
ERIGONE.
IDOMENÉE..
Mon fils !
ERIGONE.
Je me meurs..
Elle s'évanouit ; le Roi & Sophronime lacon-
duiſent vers les degrésduTemple , où elle reſte
accabléede ſon déſeſpoir. Revenue à elle-même
& livrée à ſa douleur , elle entre dans le Tem-
plepour implorer les Dieux , tandis que le Prince
fon Epoux vient ſe dévouer à la mort. Le Roi
croit que la fuite de ſon fils appaiſera le Ciel.
Idamante préfere le trépas : Idoménée veut fuir
lui-même . le Peuple inſtruit du ſort du jeune
Prince qu'il adore , accourt en foule pour le
ſauver.Idoménée perſiſte àvouloir quitterlaCretes
Idamante fort pour retenir ſon Père & appai-
fer le Peuple..
ACTE IV.
Tout ſemble diſpoſé pour le départ du Roi de
Crete, lorſque le Grand-Prêtre vient lui déclarer
queles Dieuxdemandent le fang qu'il a promis..
S'il le refuſe, il lui prédit les plus grands mal
heurs. Voyez , lui dit-il ,
AVRIL. 1764.
183
Voyez ſur ces climats les vents ſouffler la mort.
Vos Sujets éperdus dans ces momens terribles,
Tomber autour devous, ſous descorps inviſibles,
Traînant, pour fuir ces bords,leurs pas appeſantis,
Et pouffant juſqu'à vous leurs lamentables cris.
Aux funébres accensde tant de voix plaintives ,
Auxphantômes errans qui couvriront ces rives,
Vous croirez voir le Styx fur ce bord effrayant ;
Vous mourrez mille fois dans ce Peuple expirant :
Et voyez votre fils , dans ce fléau funeſte ,
Lui-même enveloppé par le courroux céleste.
Ainſi vous ſubirez tous les malheurs unis ;..
Vous perdrez vos Sujets ſans ſauver votre fils.
IDOMENÉE .
LE GRAND - PRETRE.
1
Dans ce preſſant danger hâtez-vous de réſoudre.
Les Dieux peuvent frapper ; mais j'attendrai la
foudre..
Je ſuisPère.
Oui , Seigneur , & c'eſt de vos Sujets.
Le Ciel qui vous chargea de ces grands intérêts
Vous preſcrit avant tour l'amour de la patrie.
Veillez ſur les humains que l'Etat vous confie ,
C'eſt ledevoir des Rois , c'eſt la loi de leur rang
LeCiel n'a pointborné leur famille à leur ſang.
Leurpeuple eſt la première; & votre âme in
quiète
Sedoit dans ces momens toute entiére à laCrete
184 MERCURE DE FRANCE.
Iriez-vous l'accabler par des malheurs affreux ,
Enoſantdiſputer contre le choix des Dieux !
Si fur votre paſſage un deſtin moins févère
N'eûtmis, au lieu d'un Fils, qu'une tête étrangere,
Votre cœur aux dépens d'un ſang indifférent ,
Alors envers leCiels'acquittoit aiſément.
Cependant vous plongiez d'une main meurtrière
Dansledeuil& les pleurs une famille entiére.
Le fort tombe ſur vous ; vous ſouffrez ce
qu'ailleurs
Vous verſiez d'amertume & laiſſiez de malheurs ;
C'eſt ainſi qu'appaiſant l'éternellejustice,
Il fautque votrevœu devienne un ſacrifice.
Gemiſſez; mais cédez. Le doute où je vous vois
Expoſevotre fils & la Crete à la fois.
CesparolesduGrand-Prêtre replongent Idomé-
née dansſon premier déſeſpoir. En vain Erigone
entreprend de perfuader a ce Prince que l'ac-
compliffement d'un ferment comme le fien ,
eltpluscapabled'irriter , que d'appaiſer la Divini-
té. Elle tâchede le combattre par des raiſons& par
des exemples. Maisle Ciel ſemble , par des fléaux
qui épouvantent le Peuple , demander la victime
promile.
ACTE V.
Idamante , pour prévenir les malheurs qui
menacent la Crete, ſe dévoue àla mort: ni les
prières de ſes amis , ni les vœur de ſon Père ,
ni les larmes de ſon épouſe ne lui feront changer
*deréfolution.
1
AVRIL. 1764.
185
Auteurdes maux publics , me rendrai-je en ce
jour
L'horreur d'un Peuple entier dont tu m'as vu
l'amour ?
S'il fut heureux par moi , ſi ſa reconnoiſſance
Contre mon Père même avoit pris ma défenſe ;
S'il m'appelloit tantôt à ce ſuprême rang ,
Je vois en lui mon Peuple, & je lui dois mon
fang.
ERIGONE.
Voilà lefeulhonneur dont ton âme eſt jalouſe !
Ton Peuple ! .... mais , cruel , ta malheureuſe
épouſe i
IDAMANTE .
Et jemeurs pour toi-même , en détournant de
toi
Le fléau qui pourroit te frapperdevant moi.
ERIGON E.
:
En périrai-je moins ? ta vie étoit la mienne.
Tu n'en ſçaurois douter : ma mort ſuivra la
tienne.
Va , la contagion aveugle dans ſon cours ,
Lehazard en ces lieux peut épargner mes jours ,
Mais que fera lecoup oùta fureur s'obſtine ,
Qu'aſſurer à la fois & hâter ma ruine ?
Etqu'importe à mon fort que ce foit le fléau ,
Ou bien le déſeſpoir qui meplonge au tombeau?
Au moment où Idamante va s'arracher des
186 MERCURE DE FRANCE.
bras de ſon épouſe pour courir à la mort , les
Portes du Temple s'ouvrent ,& le Grand-Prêtre
paroît ſuivi des autres Prêtres & du Peuple.
ERIGONE.
Arrête ,dés Autels implacable Miniſtre ;
Tyran , qui veux ſoumettre àd'homicides loix
Les jours de l'innocence & le ſang de tes Rois.
Eh ! quel vœu faut-il done qu'Idamante accom-
pliffe?
Quel Dieu préſide au meurtre ,&preſcrit l'in-
juſtice?
(Mettant lamain furl'Autel. )
Voici ,voici l'Autel oùlesvœux les plusſaints
M'engagerent à lui... devant eux.. dans vos
mains !
Etvotre fanatiſme aveuglément préfére
Ades ſermens ſacrés un ferment ſanguinaire...
Ah ! s'ilfaut aujourd'hui violer l'un desdeux ,
Doit-ce être , répondez , le ſerment vertueux ?
Etdans les préjugés dont l'erreurvous domine ,
Unvœu n'est-il ſacré, que lorſqu'ilaffaffine ?
J'embraſſe cet Autel ; & pour en approcher ,
Cruels ,touteſanglante il faut m'en arracher..
Idoménée arrive duTemple avec précipitation
pour ſauver ſon fils de la mort& s'immoler lui-
même. Mais Idamante le prévient ; & voyant ſon
père prêt à ſe ſacrifier , il ſe frappe d'un poi-
gnard. Letonnerre gronde; Erigone tombe éva
nouie au pieddel'Autel ; Idoménée veut. ſe frape
AVRIL. 1764.
187
per de l'épéede Sophronime ;celui-ci le retient ,
& la Piéce finit par ces vers que prononce Ido-
ménée.
Ehbien,Dieu de la Crete ,
Mon fermenteſt rempli ,votre loi fatisfaite.
J'ai tout perdu. Cretois ,je vous rends votre foi.
Non ,je n'aiplusde fils; vous n'avez plus de Roi
Jequitte ces Autels , ce Trône , ce rivage.
Tout m'eſt affreux. Jefuisune ſanglante image.
Je vais chercher ailleurs des Dieux moins ennemiss
Je vais pleurer ailleurs mon ferment &mon fils.
CetteTragédie ſe trouve imprimée chez Du-
chefne , rue S. Jacques, au Temple duGoût ,au-
deſſusde la rue des Mathurins..
EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie
de M. LE MIERRE, représentée
pour la première fois, le Lundi 13
Février 1764.
PERSONNAGES. ACTEURS. IDOMÉNÉE, Roi de Créte. M. Brizart.
IDAMANTE, Fils du Roi .
Femme d'IDAMANTE..
SOPHRONIME.
M. Le Kain.
ERIGONE , Filled'un Roi de Samos ,
Mlle Clairon .
M. Dubois.
Hiv
7
176 MERCURE DE FRANCE.
NAUSICRATE , Confident
d'IDAMANTE .
LE GRAND-PRESTRE.
PRESTRES.
PEUPLES.
GARDES.
M. Dauberval.
M. Blainville
La Scène est à CYDON , Capitale de la Crete.
Le Théâtre repréſente le rivage de la mer. On voit
d'un côté un Temple , & de l'autre un Palais.
IDOMENEE étoit un des Rois ligués de la Gréce,
qui allerentfaire le ſiége de Troye. A fon retour
il efluye une tempête terrible , & fait vœu , s'il
échappe du naufrage , d'immoler la première
perſonne qui s'offrira à ſa vue en abordant dans
fon Ifle. Neptune exauce ſon voœu; les flots ſe
calment, la mer eſt tranquille ; & Idoménée eſt
prêt d'arriver dans ſa Capitale.C'eſt le moment
où la Piéce commence.
АСТЕ PREMIER.
:
Idamante , qui , pendant la tempête , avoit or-
donné au Grand Prêtre d'implorer les Dieux pour
la conſervationde la Flotte d'Idoménée , lui com-
mande de faire un nouveau ſacrifice , qui pro-
cure à ſon père un prompt & heureux retour. Il
ne quitte point le rivagede la mer , dans l'eſpé-
rance de le voir bientôt arriver ; & là il s'entre-
tient avec ſon Confident de ſon amour pour ſon
père , de ſon impatience à le revoir ,de ſa crainte
de leperdre. Dans ce moment paroît Erigone ,
épouſed'Idamante , qui lui apprend l'arrivée de
AVRIL. 1764.
177
Sophronime , Serviteur fidéle d'Idoménée , & fon
Compagnon de voyage; on le fait venir ; on l'in-
terroge ; il ignore le fort du Roi.
Nous n'avons parcouru l'immenſité des mers ,
Qu'àtravers les écueils & qu'au jour des éclairs.
DesCyclades encor les roches menaçantes
Eralent les débris de nos pouppes fumantes ;
Le ſeul vaiſleau duRoi ſur les flots orageux ,
Sembloit comme un dépôt confervé par lesDieux.
Déjà même des vents la fureur fatisfaite
Nous redonnoit l'eſpoir d'arriver dans la Crete:
Mais non loinde cette fle & près dece rocher ,
D'où le frontde l'Ila ſe découvre au Nocher ,
Les vents impétueux rallument les tempêtes ;
LeCiel étincelant s'entr'ouvre ſur nos têtes ;
Le vaiſſeau dans les airs s'élance avec les eaux ;
Nous touchons juſqu'aux Cieux,nous roulons ſous
les flots.
Aces coups redoublés de Neptune & d'Eole ,
L'horreur , le péril croît , l'eſpoir fuit, la mort
vole ;
Plus de ſalut ; pouffé ſur lesécueils , hélas !
Notre vaiſſeau s'entr'ouvre & ſe briſe en éclats.
Dans la nuit ,dans l'effroi tout périt, tout s'égare ;
Je veux ſuivre le Roi , la vague nous ſépare ;
Et les flots ennemis m'entraînent fur ce bord ,
Où revenu ſans lui j'invoque encor la mort.
Erigone , à cerécit, fait éclater ſa douleur par
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
une invective véhémente contre Héléne , dont lès
amours ont cauſé tant de maux à la Gréce. Ida-
mante plus occupé de ſon père que d'Hélène, croit
que s'il avoit été auprès de lui pendant la tempê-
te , il l'auroit ſauvé du naufrage. Il va pour éle-
ver untombeau à ſa mémoire , lorſque Naufs-
crate , ſon Confident , lui apprend qu'on a vude
loin un homme qui s'avançoit lentement ſur le
rivage. Cette nouvelle fait renaître l'eſpoirdans
le cœur du jeune Prince , qui court du côté qu'on,
vient de lui indiquer.
:
ACTE ΙΙ.
Idomenée ſeul ſur le bordde la mer , déplore
le malheur de ſa Flotte , eſpére de trouver dans
les embraſſemens de ſon Fils quelque adouciſſe-
ment à ſa douleur. Mais un remord le remplit
d'allarmes , & empoiſonne fon eſpérance. Il fe
rappelle ſon funeſte ſerment.
Neptune , as-tu reçu ma promeſſe inhumaine ?
Ce Vœu que je t'ai fait d'immoler en ces lieux
Le premier que la rive offriroit à mes yeux !
-Ah ! quandje t'implorois pour rentrer dans la
Crete ,
Quand l'effroi m'a dicté ma priéřeindiſcrette ,
J'eſpérois épargner ſur les mers en fureur ,
La mort derous les miens , ce ſpectacle à mon
cœur ;
Etpar humanité dans ce péril extrême ,
J'attentois , trop aveugle , à l'humanité même.
AVRIL. 1764.
179
Peuple heureux ſous mon fils , unde vous ſur ce
bord ,
De mon premier regard recevra donc la mort.
Ah; montrez-vous en foule , & m'épargnez un
crime ,
En neme laiſſantpas difcerner ma victime.
Hélas! ſur ce rivage , où j'appelle le deuil
,
Je n'oſe faire un pas , ni jetter un coup d'œil ,
Ciel .... un infortuné s'avance ſur la rive..
C'eſt ſon Fils; il le reconnoîtdans le moment
où, pour accomplir ſon vœu , il eſt prêt à le poi-
gnarder. Il jette ſon poignard &détourne la vuë..
Un accueil ſi triſte ,après dix ans d'abfence , jette
l'effroi dans l'âme d'Idamante. Il preſſe le Roi
de lui découvrir le ſujet de ſa douleur ; mais c
père infortuné , que ſon malheur accable , fe.
ſouſtrait aux queſtions & aux embraſſemens de
fon fils. En fe retirant il eſt apperçu par Erigo-
ne ; & il ſe dérobe également àla vue. Elle vient
avec précipitation en témoigner ſon étonnement
au Prince ſon époux. Ils font inſtruits l'un &
l'autre par la bouche de Sophronime , que le vœu
indiſcret d'Idoménée eſt ce qui caule lon déſeſpoir.
Sophronime ignore , ainſi qu'Erigone , qu'Idamante
eſt le premier qui s'eſt offert à la vueduRoi; le
jeune Prince apprenant ce funeſte ſerment , ne
doute point qu'il ne ſoit la victime deſtinée à a
mort ; il cache ſon trouble ; il fuit pour n'en
rien laiſſer paroître aux yeux de ſon épaule..
ACTE III.
Sophronime tâche en vain de détourner Idoménée:
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
d'accomplirle vœu qu'il a fait à Neptune. Le Roi
veut ſauver la vie a ton fils ; mais il veut ſe l'o-
ter à lui-même. Il veut que le Prince & Erigone
quittent la Crére , & s'embarquent pour Samos.
C'eſt dans ces circonstances qu'Erigone , ignorant
toujours qu'Idamante eſt la victime , dit à Ido-
ménée :
1
Crete,
Je gémis de venir , malgré ce déſaveu ,
د
Preffer ſur l'Inconnu l'effet de votre vœu.
1
Seigneur , née à Samos, loin des mœurs de la
Loind'un culte inhumain que ma pitié rejette ,
On ſçaitvotre ferment ainſi que vos allarmes;
CePeuple entier s'étonne & ſe plaint de vos lar-
mes;
Il s'aſſemble ; il murmure ; il demande à grands
٢٠
cris
La victime promiſe à la loi du Pays ;
Loi dure , loi de ſang qu'a jamais je déreſte ,
Et que n'a pû dicter la justice céleste ;
Mais hélas ! établie à la honte des Dieux
Chez cePeuple barbare & fuperftitieux.
Celuidont la vertu l'abhorre au fond de l'âme ,
Craignant de plusgrands maux, lui-même la re-
clame.
Oui , fi vous refuſez d'obéir à la loi,
Pour écarter de vous un péril ſi funeſte.
T
1,
Vous remplilfez l'Etat de féſordre &d'effroi.
Abandonnez un ſeul pour fatisfaire au reſte ,
AVRIL. 1764.
Puiffe ce malheureux être ici le dernier
Que la Crete à nos Dieux verra facrifier.
IDOMENÉE.
Ciel! quedemandez-vous , ma fille ?
ERIGONE .
Pour vous , pour votre fils ...
IDOMENÉE , ( avec un cri. )
181
La patrie ,
L'humanité , tout parle à votre âme attendrie.
Il coûte à votre cœur de livrer a la mort
Un Mortel condamné ſeulement par le ſort.
Mais tout mefait trembler , une loi tyrannique ,
L'emportementdu Peuple, un fanatiſine antique.
Prévenez ſa fureur , Seigneur , pour vos Etats
Erigone ....
Seigneur!
Ah ! vous ne sçavez pas ,
ERIGONE,
IDOMENÉE ..
Jour fatal ! .... veu barbare ! ....
Jene ſçais oùje ſuis ....
ERIGONE.
Quel trouble vous égare !
IDOMENÉE.
Tremblez de me preffer & de m'interroger.
ERIGON E.
Quel étrange langage, & quel nouveau danger!
IDOMENÉE , ( à part. )
Je frémis de parler , je frémis de me taire.
٢٠
182 MERCURE DE FRANCE.
ERIGONE.
Achevez , quel qu'il ſoit , d'éclaircir cemyſtère.
IDOMENÉE .
La colèredes Dieur ... mes deſtins inouis ....
Madame ... apprenez tout , la victime eſt mon
Qui !!
fils..
ERIGONE.
IDOMENÉE..
Mon fils !
ERIGONE.
Je me meurs..
Elle s'évanouit ; le Roi & Sophronime lacon-
duiſent vers les degrésduTemple , où elle reſte
accabléede ſon déſeſpoir. Revenue à elle-même
& livrée à ſa douleur , elle entre dans le Tem-
plepour implorer les Dieux , tandis que le Prince
fon Epoux vient ſe dévouer à la mort. Le Roi
croit que la fuite de ſon fils appaiſera le Ciel.
Idamante préfere le trépas : Idoménée veut fuir
lui-même . le Peuple inſtruit du ſort du jeune
Prince qu'il adore , accourt en foule pour le
ſauver.Idoménée perſiſte àvouloir quitterlaCretes
Idamante fort pour retenir ſon Père & appai-
fer le Peuple..
ACTE IV.
Tout ſemble diſpoſé pour le départ du Roi de
Crete, lorſque le Grand-Prêtre vient lui déclarer
queles Dieuxdemandent le fang qu'il a promis..
S'il le refuſe, il lui prédit les plus grands mal
heurs. Voyez , lui dit-il ,
AVRIL. 1764.
183
Voyez ſur ces climats les vents ſouffler la mort.
Vos Sujets éperdus dans ces momens terribles,
Tomber autour devous, ſous descorps inviſibles,
Traînant, pour fuir ces bords,leurs pas appeſantis,
Et pouffant juſqu'à vous leurs lamentables cris.
Aux funébres accensde tant de voix plaintives ,
Auxphantômes errans qui couvriront ces rives,
Vous croirez voir le Styx fur ce bord effrayant ;
Vous mourrez mille fois dans ce Peuple expirant :
Et voyez votre fils , dans ce fléau funeſte ,
Lui-même enveloppé par le courroux céleste.
Ainſi vous ſubirez tous les malheurs unis ;..
Vous perdrez vos Sujets ſans ſauver votre fils.
IDOMENÉE .
LE GRAND - PRETRE.
1
Dans ce preſſant danger hâtez-vous de réſoudre.
Les Dieux peuvent frapper ; mais j'attendrai la
foudre..
Je ſuisPère.
Oui , Seigneur , & c'eſt de vos Sujets.
Le Ciel qui vous chargea de ces grands intérêts
Vous preſcrit avant tour l'amour de la patrie.
Veillez ſur les humains que l'Etat vous confie ,
C'eſt ledevoir des Rois , c'eſt la loi de leur rang
LeCiel n'a pointborné leur famille à leur ſang.
Leurpeuple eſt la première; & votre âme in
quiète
Sedoit dans ces momens toute entiére à laCrete
184 MERCURE DE FRANCE.
Iriez-vous l'accabler par des malheurs affreux ,
Enoſantdiſputer contre le choix des Dieux !
Si fur votre paſſage un deſtin moins févère
N'eûtmis, au lieu d'un Fils, qu'une tête étrangere,
Votre cœur aux dépens d'un ſang indifférent ,
Alors envers leCiels'acquittoit aiſément.
Cependant vous plongiez d'une main meurtrière
Dansledeuil& les pleurs une famille entiére.
Le fort tombe ſur vous ; vous ſouffrez ce
qu'ailleurs
Vous verſiez d'amertume & laiſſiez de malheurs ;
C'eſt ainſi qu'appaiſant l'éternellejustice,
Il fautque votrevœu devienne un ſacrifice.
Gemiſſez; mais cédez. Le doute où je vous vois
Expoſevotre fils & la Crete à la fois.
CesparolesduGrand-Prêtre replongent Idomé-
née dansſon premier déſeſpoir. En vain Erigone
entreprend de perfuader a ce Prince que l'ac-
compliffement d'un ferment comme le fien ,
eltpluscapabled'irriter , que d'appaiſer la Divini-
té. Elle tâchede le combattre par des raiſons& par
des exemples. Maisle Ciel ſemble , par des fléaux
qui épouvantent le Peuple , demander la victime
promile.
ACTE V.
Idamante , pour prévenir les malheurs qui
menacent la Crete, ſe dévoue àla mort: ni les
prières de ſes amis , ni les vœur de ſon Père ,
ni les larmes de ſon épouſe ne lui feront changer
*deréfolution.
1
AVRIL. 1764.
185
Auteurdes maux publics , me rendrai-je en ce
jour
L'horreur d'un Peuple entier dont tu m'as vu
l'amour ?
S'il fut heureux par moi , ſi ſa reconnoiſſance
Contre mon Père même avoit pris ma défenſe ;
S'il m'appelloit tantôt à ce ſuprême rang ,
Je vois en lui mon Peuple, & je lui dois mon
fang.
ERIGONE.
Voilà lefeulhonneur dont ton âme eſt jalouſe !
Ton Peuple ! .... mais , cruel , ta malheureuſe
épouſe i
IDAMANTE .
Et jemeurs pour toi-même , en détournant de
toi
Le fléau qui pourroit te frapperdevant moi.
ERIGON E.
:
En périrai-je moins ? ta vie étoit la mienne.
Tu n'en ſçaurois douter : ma mort ſuivra la
tienne.
Va , la contagion aveugle dans ſon cours ,
Lehazard en ces lieux peut épargner mes jours ,
Mais que fera lecoup oùta fureur s'obſtine ,
Qu'aſſurer à la fois & hâter ma ruine ?
Etqu'importe à mon fort que ce foit le fléau ,
Ou bien le déſeſpoir qui meplonge au tombeau?
Au moment où Idamante va s'arracher des
186 MERCURE DE FRANCE.
bras de ſon épouſe pour courir à la mort , les
Portes du Temple s'ouvrent ,& le Grand-Prêtre
paroît ſuivi des autres Prêtres & du Peuple.
ERIGONE.
Arrête ,dés Autels implacable Miniſtre ;
Tyran , qui veux ſoumettre àd'homicides loix
Les jours de l'innocence & le ſang de tes Rois.
Eh ! quel vœu faut-il done qu'Idamante accom-
pliffe?
Quel Dieu préſide au meurtre ,&preſcrit l'in-
juſtice?
(Mettant lamain furl'Autel. )
Voici ,voici l'Autel oùlesvœux les plusſaints
M'engagerent à lui... devant eux.. dans vos
mains !
Etvotre fanatiſme aveuglément préfére
Ades ſermens ſacrés un ferment ſanguinaire...
Ah ! s'ilfaut aujourd'hui violer l'un desdeux ,
Doit-ce être , répondez , le ſerment vertueux ?
Etdans les préjugés dont l'erreurvous domine ,
Unvœu n'est-il ſacré, que lorſqu'ilaffaffine ?
J'embraſſe cet Autel ; & pour en approcher ,
Cruels ,touteſanglante il faut m'en arracher..
Idoménée arrive duTemple avec précipitation
pour ſauver ſon fils de la mort& s'immoler lui-
même. Mais Idamante le prévient ; & voyant ſon
père prêt à ſe ſacrifier , il ſe frappe d'un poi-
gnard. Letonnerre gronde; Erigone tombe éva
nouie au pieddel'Autel ; Idoménée veut. ſe frape
AVRIL. 1764.
187
per de l'épéede Sophronime ;celui-ci le retient ,
& la Piéce finit par ces vers que prononce Ido-
ménée.
Ehbien,Dieu de la Crete ,
Mon fermenteſt rempli ,votre loi fatisfaite.
J'ai tout perdu. Cretois ,je vous rends votre foi.
Non ,je n'aiplusde fils; vous n'avez plus de Roi
Jequitte ces Autels , ce Trône , ce rivage.
Tout m'eſt affreux. Jefuisune ſanglante image.
Je vais chercher ailleurs des Dieux moins ennemiss
Je vais pleurer ailleurs mon ferment &mon fils.
CetteTragédie ſe trouve imprimée chez Du-
chefne , rue S. Jacques, au Temple duGoût ,au-
deſſusde la rue des Mathurins..
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Résumé : COMEDIE FRANÇOISE. EXTRAIT d'IDOMENÉE, Tragédie de M. LE MIERRE, représentée pour la première fois, le Lundi 13 Février 1764.
La tragédie 'Idoménée' de M. Le Mierre fut représentée pour la première fois le 13 février 1764 à Cydon, capitale de la Crète. Les personnages principaux sont Idoménée, roi de Crète, son fils Idamante, et Erigone, épouse d'Idamante. Après son retour de Troie, Idoménée échappe à une tempête en faisant vœu de sacrifier la première personne qu'il verrait à son arrivée. Au début de la pièce, Idamante organise un sacrifice pour célébrer le retour de son père. Sophronime, un serviteur fidèle, raconte la tempête et le naufrage. Erigone exprime sa colère contre Hélène, tandis qu'Idamante regrette de n'avoir pu sauver son père. Nausicrate annonce la présence d'un homme sur le rivage, ranimant l'espoir du prince. Dans le second acte, Idoménée, seul sur le rivage, se souvient de son vœu et craint de devoir sacrifier la première personne qu'il verra. Reconnaissant Idamante, il détourne le regard et jette son poignard. Idamante, troublé par l'accueil triste de son père, tente de comprendre sa douleur. Sophronime révèle à Erigone et Idamante le vœu d'Idoménée, et Idamante comprend qu'il est la victime désignée. Dans le troisième acte, Sophronime essaie de dissuader Idoménée d'accomplir son vœu. La tragédie est marquée par une loi exigeant un sacrifice humain pour apaiser les dieux. Idoménée est déchiré entre son amour pour son fils et la nécessité de maintenir l'ordre. Erigone tente de le persuader de ne pas accomplir ce sacrifice, mais les signes divins et la pression du peuple poussent Idoménée à envisager cette option. Idamante, conscient de son devoir envers son peuple, décide de se sacrifier pour éviter des malheurs plus grands. La scène dramatique montre Idamante sur le point de se sacrifier, interrompu par l'arrivée du Grand-Prêtre et des prêtres. Erigone proteste contre cette exigence, invoquant les serments sacrés et la justice. Idoménée arrive pour sauver son fils, mais Idamante se poignarde avant son intervention. Un tonnerre gronde, Erigone s'évanouit, et Idoménée, retenu par Sophronime, prononce les derniers vers. Il déclare que son vœu est accompli, qu'il a tout perdu et quitte son trône et son royaume pour chercher des dieux moins hostiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10897
p. 187-194
REMARQUES SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Début :
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est le même sur lequel un grand homme essaya ses [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
REMARQUES
SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est
le même sur lequel un grand homme essaya ses
premiers talens. Quoique l'Idoménéede feu M. do
Crébillon ſoit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui-même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuſtré ce Poëte. La force de quelques
images , le nerf des penſées , la beauté mâle
d'une verfification dramatique , tour marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut appa-
remment à ce préſage que ſon Idoménée dut
leſuccès de rs repréſentations. On ſentit que
F'œuvre avoit manqué a l'Artiſte plutôt que
Artiſte à l'œuvre. Ce Sujet devint affez góc
188 MERCURE DE FRANCE.
néralement mis au nombre de ceux qui peu-
vent ſéduire par un trait dont on ſe préoccupe ,
mais qui à l'exécution ne payent jamais du tra
vailqu'ils coûtent. C'eſt ainſi que l'on doit pen-
fer , d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
,
de tout Sujet qui ne comporte eſſentiellement en
foi ,que la matière d'une ſeule belle Scène. Feu
M. Danchet enviſagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
Vellai dans un temps où l'on ſouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces, des fils & des développemens de
Scène , d'où réſultoit l'intérêt ,aux dépens à la
vérité des ſuperbes ſymphonies , des charmantes
Ariettes & desſaults perpétuels du Ballet , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très - bien imaginé cependant, que les li-
cences propres au genre, lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
ne pouvoit pas admettre une Scène plus régu-
Lère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiſſer perdre
la Scène Franç ile , un Sujet qui
ſembloit n'avoir été employé que comme pre-
miere eſquille par M. de Crébillon : il a tenté de
profiterdes erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glo-
rieux , & rempli toute l'étendue de fon eſpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
diversjugemens au Théâtre. Quand ces jugemen's
pour ou contre l'ouvrage ſeroient univoques ,
ils éprouvent ſouvent des modifications a la
lecture. En préſentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à ſuivre l'Auteur moderne dans les routes
a
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique
AVRIL. 1764.
& le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé.
189
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
l'ouverture de la Scène. L'expoſition qu'il fait
de ſon vœu barbare , de la rencontre de fon
fils , & des fleaux qu'attire ſur la Crete la ven-
geance impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
action & ſous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au ſecond Acte
de ſa Tragédie. Nous ne devons pas laiſſer échap-
per l'adreſſe de ce moyen, pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inſtant que le moment fatal de la rencon-
tre du Père & du Fils eſt connue du Spectateur.
C'eſt cette difficulté à, ſe traîner pour ainſi dire,
depuis ce point intéreſſant juſqu'à la fin du cin-
quiéme Acte , qui avoit engagé l'ancien Auteur
à charger le malheureux Idoménée d'un nou-
veau tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produit
entre le Père & le Fils. Quoique le Poëte ly-
rique ( feu M. Danchet ) eût fufpendu la ren-
contre d'Idoménée & d'Idamante juſqu'au ſecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainſi qu'a fait M. le
Mierre , cette ſituation en action & ſous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vrái-
ſembablement diſpenſé du beſoin de cet amour
&de cette rivalité entre le Père & le Fils. Il avoir
changé l'Erixénede M. de Crébillon en un Illione ,
Princeſſe qui par d'autres circonstances a des
motifs de devoir auſſi puiſſans que l'autre, pour
déteſter la tendreſſe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'uſage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre, la juſteſſe de goûs
90 MERCURE DE FRANCE.
&de difcernement qui lui a fait ſupprimer cet
amour , ridicule dans un vieillard abſent depuis
longtemps , & dont l'âme eſt agitée , par un
mouvement auſſi important que l'eſt celui de ſe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendre-
ment aimé &digne de l'être. Quoiqu'en puiſſent
dire les Partiſans de cette frivole paſſion au
Théâtre , quel moment pour l'amour que la
fituation où ſe trouve Idoménée ! De quel poids
doit-il être ſur des eſprits ſenſés ? Quel intérêt
peut-il produiredans des cœurs honnêtes ? Lorf-
qu'il y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auſſi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit-on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulantdes moyens auſſi ſubordonnés ? Nous
ſçavons que feu M. de Crébillon blamoit lui-
même & ſe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraſſé ce caractére. La ten-
dreſſe légitime d'une épouſe vertueuſe pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt prin-
cipal , dans la nouvelle Tragédie ; il lui don-
ne ainſi unjeu naturel & convenable dans l'ac-
tion. Il a ſervi de plus au nouvel Auteur à ren-
dre moins vuidetoute la préparation du premier
Acte.
S'il est vraique la rencontre d'Idoménée &de
ſon fils au commencement du deuxième Acte,
ait été en quelque ſorte indiquée par l'Opéra de
M.Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre pa-
roît bien plus vif& bienplus frappant. Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiſſance qui fait lan-
guir la ſituation. Il eſt d'ailleurs bien plus vrai-
Lemblable qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fonvœu, trouvant la victime ſeule ſur ce rivage
ſe précipite ſur elle , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764.
191
weut frapper , M. le Mierre fait voler le filsdans
Jes bras du père qui le reconnoît. Rien ne man-
que à cette ſituation pour la rendre du plus
grand effet, & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît àl'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reſte à voir s'il a pu éviter les
obstacles naturels du Sujet & remplir aveccha-
leur & intérêt les vuides qu'il préſente. Les deux
anciens Auteurs ſuſpendent longtemps la con-
noiſſance du ſecret d'Idoménée par ſonfils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt. Il en réſulte
peut-être un inconvénient pour ſa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder ſur des motifs raiſonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens pro-
poſés par ſon père , pour lui ôter le pouvoir d'e-
xécuter ſon exécrable vœu. Telles ſont les pro-
poſitions de rendrela tête de ſon fils ſacrée pour
lui-même, par l'auguſte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fu-
reur du Fanatiſme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de ſon Père , & la cauſe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propoſitions;mais en la connoillant , ce cou-
rage en lui , ſi ç'en eſt un , eſt une barbarie
contre ce Père infortuné. Il eſt vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal ſecret ſur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée,
parun excès detendreſſe pour le Père & le Fils,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , ſans le ſçavoir, la mort d'un époux
adoré. Sa fituation, en apprenant cefatal ſecret,
eſt d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes preſ-
fent ledanger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la mépriſe & bien moins intéreſſante , & bien
moins convenable àla dignité de ſentiment qu'é-
zigecelle de la Tragédie.
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la catastrophe, font à-peu-près les mê-
mes dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préſenter d'autres que l'éloigne-
ment d'Idamante & d'Idoménée
,
pour éluder
l'effet du vœu . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obſtacles qui s'oppoſent à ces
expédiens , principalement a la réſolution d'I-
doménée , de fuir & fon Fils & fes Etats. M.
de Crebillon ſe ſert d'un Oracle révélé par la fu-
reur d'Erixéne qui croit ne perdre que le père
qu'elle déreſte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime. Le Poëte Lyrique , grâce à la com-
modité des uſagesde ſa ſcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée. Le nou-
vel Auteur a fubititué à ce Dieu un Grand- Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le ſalur
desPeuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle est convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de Pinconféquence entre les grandes vérités phi-
loſophiques qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eſt accomplie , &d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eſt
juſtifiédans ſes menaces ; il ſemble que le bur
moral n'eſt pas atteint ; car après les maximes
juſtes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on est bien loin de le ſoup-
çonner d'avoirvoulu faire triompher la ſuperſti-
tion,de l'humanité & de la philofophie. Les autres
Auteurs avoient laiſſe
ſubſiſter fans critique ,
l'erreur
AVRIL. 1764.
193
l'erreur ſur laquelle eſt établie la fable du ſujet ;
c'étoitau moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de ſa propre
main; les Dieux ſont ſatisfaits , & le Père au
moins n'eſt pas chargé de l'horreur de l'exé-
cution. Le Poëte lyrique a ſeul rempli le vœu
dans toute ſon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduiſant Néméfis , qui ver-
ſe ſur lui tous ſes feux , qui égare ſa raiſon
,
& lui dérobe la connoiſſance de la victime dans
l'exécrable ſacrifice qu'il en fait; c'eſt aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces catastrophes
eſt la plus régulière & la plus amenée par l'action.
Quelles quefoient les réfléxions qu'on faſſe à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , ſur la na-
ture du Sujet , ſur les riſques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra ſans injustice ſe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auſſi ingrate que celle qui reſte en-
tre le moment de la ſcène du ſecond Acte , &
lacaſtatrophe du cinquiéme. Nous croyons auſſi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effer au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter tropde
l'opinion commune , on exhorteroit ici lesjeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entrepri-
fes, ſans s'effrayer des noms &dela célébrité de
ceuxde leurs Prédéceſſeurs , qui ont manqué cer-
rains ſujets.Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas ſuffiſans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tra-
giques ne font pasen ſi grand nombre , que bien
desgens le croyent , s'il en eſt quelques-uns ſur
leſquels des Muſes célèbres ſe ſoient éxercées
avec peu de ſuccès , pourquoi ſeroient-ils àjamais
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
perdus pour les autres ? s'il en eſt même qui
par leur conſtitution , préſentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi inter-
diroit-on au génie la gloire d'en triompher ? à
travers les naufrages d'une flotte entiere , un
Pilote plus heureux ou plus habile fait abor-
derauPort un Vaiſſeau dont la richeſſe dédom-
magede la perte des autres, Cen'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeſſes ſur le rivage , à exa-
gérer les dangersqu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le Sujet que vient de traiter M. le Mierre est
le même sur lequel un grand homme essaya ses
premiers talens. Quoique l'Idoménéede feu M. do
Crébillon ſoit regardé comme le plus foible de
fes Ouvrages ; quoiqu'il en eût lui-même cette
idée , on y apperçoit le germe des grands traits
qui ont illuſtré ce Poëte. La force de quelques
images , le nerf des penſées , la beauté mâle
d'une verfification dramatique , tour marquoit
l'aurore d'un jour plus éclatant. Ce fut appa-
remment à ce préſage que ſon Idoménée dut
leſuccès de rs repréſentations. On ſentit que
F'œuvre avoit manqué a l'Artiſte plutôt que
Artiſte à l'œuvre. Ce Sujet devint affez góc
188 MERCURE DE FRANCE.
néralement mis au nombre de ceux qui peu-
vent ſéduire par un trait dont on ſe préoccupe ,
mais qui à l'exécution ne payent jamais du tra
vailqu'ils coûtent. C'eſt ainſi que l'on doit pen-
fer , d'après le célèbre Auteur qui l'avoit tenté
,
de tout Sujet qui ne comporte eſſentiellement en
foi ,que la matière d'une ſeule belle Scène. Feu
M. Danchet enviſagea ce même Idoménée comme
plus propre à figurer à l'Opéra Il en fit auffi
Vellai dans un temps où l'on ſouffroit encore fur
ce Théâtre une certaine conduite & une marche
dans les Piéces, des fils & des développemens de
Scène , d'où réſultoit l'intérêt ,aux dépens à la
vérité des ſuperbes ſymphonies , des charmantes
Ariettes & desſaults perpétuels du Ballet , qui
ont fuccédé à cet ancien genre. Le Poëte Lyrique
avoit très - bien imaginé cependant, que les li-
cences propres au genre, lui fourniroient , pour
remplir les vuides du Sujet , des machines que
ne pouvoit pas admettre une Scène plus régu-
Lère.
L'Auteur du nouvel Idomenée n'a pas crû devoir
laiſſer perdre
la Scène Franç ile , un Sujet qui
ſembloit n'avoir été employé que comme pre-
miere eſquille par M. de Crébillon : il a tenté de
profiterdes erreurs d'un Grand Homme. Ce n'eſt
pas à nous de décider s'il a atteint ce but glo-
rieux , & rempli toute l'étendue de fon eſpoir.
Le Public , comme il arrive toujours , a porté
diversjugemens au Théâtre. Quand ces jugemen's
pour ou contre l'ouvrage ſeroient univoques ,
ils éprouvent ſouvent des modifications a la
lecture. En préſentant au Public celle de la
Piéce de M. le Mierre , nous nous bornerons
donc à ſuivre l'Auteur moderne dans les routes
a
qu'il a tenues entre le grand Poëte Tragique
AVRIL. 1764.
& le Poëte Lyrique qui l'avoient précédé.
189
L'Idomenée de M. de Crébillon paroît dès
l'ouverture de la Scène. L'expoſition qu'il fait
de ſon vœu barbare , de la rencontre de fon
fils , & des fleaux qu'attire ſur la Crete la ven-
geance impatiente des Dieux , ſemble être le
plan tracé de ce que M. le Mierre a mis en
action & ſous les yeux du Spectateur , mais dont
il ne commence la marche qu'au ſecond Acte
de ſa Tragédie. Nous ne devons pas laiſſer échap-
per l'adreſſe de ce moyen, pour abréger au moins
d'un Acte entier , une carrière difficile à remplir
dès l'inſtant que le moment fatal de la rencon-
tre du Père & du Fils eſt connue du Spectateur.
C'eſt cette difficulté à, ſe traîner pour ainſi dire,
depuis ce point intéreſſant juſqu'à la fin du cin-
quiéme Acte , qui avoit engagé l'ancien Auteur
à charger le malheureux Idoménée d'un nou-
veau tourment , par l'amour qu'il lui prête pour
Erixéne , & par la rivalité que cela produit
entre le Père & le Fils. Quoique le Poëte ly-
rique ( feu M. Danchet ) eût fufpendu la ren-
contre d'Idoménée & d'Idamante juſqu'au ſecond
Acte , quoiqu'il eût mis , ainſi qu'a fait M. le
Mierre , cette ſituation en action & ſous les
yeux du Spectateur , il ne s'étoit pas crû vrái-
ſembablement diſpenſé du beſoin de cet amour
&de cette rivalité entre le Père & le Fils. Il avoir
changé l'Erixénede M. de Crébillon en un Illione ,
Princeſſe qui par d'autres circonstances a des
motifs de devoir auſſi puiſſans que l'autre, pour
déteſter la tendreſſe de ces deux Princes , mais
qui céde cependant de même aux feux du plus
jeune. L'uſage du Théâtre Lyrique faifoit une
excufe à cet Auteur. Nous devons remarquer
avec éloges pour M. le Mierre, la juſteſſe de goûs
90 MERCURE DE FRANCE.
&de difcernement qui lui a fait ſupprimer cet
amour , ridicule dans un vieillard abſent depuis
longtemps , & dont l'âme eſt agitée , par un
mouvement auſſi important que l'eſt celui de ſe
croire obligé d'égorger lui-même un fils tendre-
ment aimé &digne de l'être. Quoiqu'en puiſſent
dire les Partiſans de cette frivole paſſion au
Théâtre , quel moment pour l'amour que la
fituation où ſe trouve Idoménée ! De quel poids
doit-il être ſur des eſprits ſenſés ? Quel intérêt
peut-il produiredans des cœurs honnêtes ? Lorf-
qu'il y a fur un perſonnage un motif d'intérêt
auſſi principal & d'une telle prééminence , ne
l'affoiblit-on pas plutôt que de l'augmenter en
accumulantdes moyens auſſi ſubordonnés ? Nous
ſçavons que feu M. de Crébillon blamoit lui-
même & ſe reprochoit l'amour d'Idomenée dont
M. le Mierre a débarraſſé ce caractére. La ten-
dreſſe légitime d'une épouſe vertueuſe pour
Idamante , l'attache & la lie à l'intérêt prin-
cipal , dans la nouvelle Tragédie ; il lui don-
ne ainſi unjeu naturel & convenable dans l'ac-
tion. Il a ſervi de plus au nouvel Auteur à ren-
dre moins vuidetoute la préparation du premier
Acte.
S'il est vraique la rencontre d'Idoménée &de
ſon fils au commencement du deuxième Acte,
ait été en quelque ſorte indiquée par l'Opéra de
M.Danchet , l'uſage qu'en fait M. le Mierre pa-
roît bien plus vif& bienplus frappant. Le Poëte
Lyrique a filé une reconnoiſſance qui fait lan-
guir la ſituation. Il eſt d'ailleurs bien plus vrai-
Lemblable qu'Idoménée , troublé par l'horreur de
fonvœu, trouvant la victime ſeule ſur ce rivage
ſe précipite ſur elle , que d'entrer en diſcuſſion
avec ce malheureux Inconnu. Au moment qu'il
AVRIL. 1764.
191
weut frapper , M. le Mierre fait voler le filsdans
Jes bras du père qui le reconnoît. Rien ne man-
que à cette ſituation pour la rendre du plus
grand effet, & du plus beau genre de tragique.
A cet égard tout paroît àl'avantage du nouvel
Auteur. Il nous reſte à voir s'il a pu éviter les
obstacles naturels du Sujet & remplir aveccha-
leur & intérêt les vuides qu'il préſente. Les deux
anciens Auteurs ſuſpendent longtemps la con-
noiſſance du ſecret d'Idoménée par ſonfils. M. le
Mierre la lui donne bien plutôt. Il en réſulte
peut-être un inconvénient pour ſa Piéce, qui eſt
de ne pas fonder ſur des motifs raiſonnables le
refus que fait Idamante de tous les moyens pro-
poſés par ſon père , pour lui ôter le pouvoir d'e-
xécuter ſon exécrable vœu. Telles ſont les pro-
poſitions de rendrela tête de ſon fils ſacrée pour
lui-même, par l'auguſte caractère de Roi , ou de
l'éloigner de la Crete & le dérober par là à la fu-
reur du Fanatiſme. Idamante , ignorant les
vrais motifs de ſon Père , & la cauſe de l'état
violent où il le voit , doit fe refuſer à toutes
ces propoſitions;mais en la connoillant , ce cou-
rage en lui , ſi ç'en eſt un , eſt une barbarie
contre ce Père infortuné. Il eſt vrai que tranf
portant l'ignorance du fatal ſecret ſur Erigone ,
M. le Mierre a trouvé la matière d'une fort
belle Scène , dans laquelle cette épouſe éplorée,
parun excès detendreſſe pour le Père & le Fils,
autant que par des raiſons d'état , pourſuit avec
chaleur , ſans le ſçavoir, la mort d'un époux
adoré. Sa fituation, en apprenant cefatal ſecret,
eſt d'une force vraiment tragique. Au lieu que
dans les deux autres Tragédies , c'eſt par des
motifs bas & criminels que les femmes preſ-
fent ledanger de leur amant ; ce qui rend
192 MERCURE DE FRANCE.
la mépriſe & bien moins intéreſſante , & bien
moins convenable àla dignité de ſentiment qu'é-
zigecelle de la Tragédie.
Les expédiens qui naiffent du Sujet pour
fufpendre la catastrophe, font à-peu-près les mê-
mes dans les trois Auteurs. Il ne peut guères
en effet s'en préſenter d'autres que l'éloigne-
ment d'Idamante & d'Idoménée
,
pour éluder
l'effet du vœu . Chacun des Auteurs a modifié
différemment les obſtacles qui s'oppoſent à ces
expédiens , principalement a la réſolution d'I-
doménée , de fuir & fon Fils & fes Etats. M.
de Crebillon ſe ſert d'un Oracle révélé par la fu-
reur d'Erixéne qui croit ne perdre que le père
qu'elle déreſte , & qui produit la mort du fils
qu'elle aime. Le Poëte Lyrique , grâce à la com-
modité des uſagesde ſa ſcène , préſente un Dieu
dans une machine qui arrête Idoménée. Le nou-
vel Auteur a fubititué à ce Dieu un Grand- Prêtre
qui prétend foutenir l'ordre des Dieux & le ſalur
desPeuples.
Ce moyen fournit une belle déclamation contre
le Fanatifme. Elle est convenablement placée
dans la bouche d'Erigone , étrangère au culte
des Cretois , mais n'y pourroit-on pas entrevoir
de Pinconféquence entre les grandes vérités phi-
loſophiques qu'elle contient , & l'événement de
la catastrophe. La fatalité eſt accomplie , &d'une
manière cruelle contre Idamante ; le Prêtre eſt
juſtifiédans ſes menaces ; il ſemble que le bur
moral n'eſt pas atteint ; car après les maximes
juſtes , & fermes que l'Auteur a miſes dans la
bouche d'Erigone , on est bien loin de le ſoup-
çonner d'avoirvoulu faire triompher la ſuperſti-
tion,de l'humanité & de la philofophie. Les autres
Auteurs avoient laiſſe
ſubſiſter fans critique ,
l'erreur
AVRIL. 1764.
193
l'erreur ſur laquelle eſt établie la fable du ſujet ;
c'étoitau moins n'avoir pas compromis les droits
de la vérité. Dans l'ancien Auteur tragique &
dans le nouveau , Idamante meurt de ſa propre
main; les Dieux ſont ſatisfaits , & le Père au
moins n'eſt pas chargé de l'horreur de l'exé-
cution. Le Poëte lyrique a ſeul rempli le vœu
dans toute ſon étendue. Il fait immoler le fils
par le père , en introduiſant Néméfis , qui ver-
ſe ſur lui tous ſes feux , qui égare ſa raiſon
,
& lui dérobe la connoiſſance de la victime dans
l'exécrable ſacrifice qu'il en fait; c'eſt aux Juges
de l'art à déterminer laquelle de ces catastrophes
eſt la plus régulière & la plus amenée par l'action.
Quelles quefoient les réfléxions qu'on faſſe à la
lecture de cette nouvelle Tragédie , ſur la na-
ture du Sujet , ſur les riſques qu'il y avoit à
l'entreprendre , on ne pourra ſans injustice ſe
refuſer à louer le courage d'avoir rempli une
carrière auſſi ingrate que celle qui reſte en-
tre le moment de la ſcène du ſecond Acte , &
lacaſtatrophe du cinquiéme. Nous croyons auſſi
que l'on y remarquera avec plaifir beaucoup de
vers heureux , & qui ont produit leur effer au
Théâtre. Si l'on ne craignoit de s'écarter tropde
l'opinion commune , on exhorteroit ici lesjeunes
Auteurs à tenter quelquefois de pareilles entrepri-
fes, ſans s'effrayer des noms &dela célébrité de
ceuxde leurs Prédéceſſeurs , qui ont manqué cer-
rains ſujets.Quelques exemples , rares à la vérité ,
ne font ils pas ſuffiſans pour nous autoriſer à
donner cet encouragement ? Les vrais Sujets tra-
giques ne font pasen ſi grand nombre , que bien
desgens le croyent , s'il en eſt quelques-uns ſur
leſquels des Muſes célèbres ſe ſoient éxercées
avec peu de ſuccès , pourquoi ſeroient-ils àjamais
I. Vol.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
perdus pour les autres ? s'il en eſt même qui
par leur conſtitution , préſentent des difficultés
infurmontables en apparence ; pourquoi inter-
diroit-on au génie la gloire d'en triompher ? à
travers les naufrages d'une flotte entiere , un
Pilote plus heureux ou plus habile fait abor-
derauPort un Vaiſſeau dont la richeſſe dédom-
magede la perte des autres, Cen'eſt pas à ceux
qui attendent ces richeſſes ſur le rivage , à exa-
gérer les dangersqu'on éprouve , pour les leur
apporter. Ils peuvent plaindre , mais ne doivent
jamais blâmer ceux mêmes qui échouent à leur
vue.
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Résumé : REMARQUES SUR la Tragédie d'IDOMÉNÉE.
Le texte examine diverses adaptations de la tragédie 'Idoménée' par différents auteurs. La version de M. de Crébillon, bien que prometteuse, est jugée la moins réussie parmi ses œuvres. Le sujet d''Idoménée' est considéré comme séduisant mais difficile à adapter sur scène. M. Danchet a adapté ce sujet pour l'opéra, en utilisant les libertés dramatiques propres au genre. M. le Mierre a tenté de réadapter ce sujet en corrigeant les erreurs de ses prédécesseurs. Il a supprimé des éléments ridicules, comme l'amour d'Idoménée pour Ériphile, et introduit la tendresse légitime d'une épouse vertueuse pour Idamante, rendant l'action plus naturelle. La rencontre entre Idoménée et son fils au début du deuxième acte est présentée de manière plus dynamique chez M. le Mierre. Une scène clé montre Idamante, fils d'Idoménée, reconnu par son père au moment où il allait être frappé. Cette révélation survient plus tôt dans la pièce de M. le Mierre, posant un problème narratif : Idamante refuse les propositions de son père sans connaître les vraies raisons, ce qui semble barbare. Cette ignorance est ensuite transférée à Erigone, l'épouse d'Idamante, créant une scène tragique. Les trois versions partagent des éléments communs pour éviter la catastrophe, comme l'éloignement d'Idamante et d'Idoménée. Chaque auteur utilise différents obstacles et personnages : M. de Crébillon utilise un oracle, le poète lyrique introduit un dieu via une machine scénique, et M. le Mierre utilise un grand-prêtre. Ce dernier moyen permet une critique du fanatisme par Erigone, mais la fatalité s'accomplit cruellement contre Idamante. Les auteurs précédents n'ont pas critiqué l'erreur fondamentale de la fable. Dans les versions de l'auteur tragique ancien et de M. le Mierre, Idamante se suicide, évitant ainsi à son père l'horreur de l'exécution. Le poète lyrique, quant à lui, fait immoler Idamante par son père sous l'influence de Némésis. Malgré les risques et les difficultés du sujet, le texte loue le courage de M. le Mierre et note la présence de vers réussis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10898
p. 194-195
« Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...] »
Début :
Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...] »
Le 3 Mars on a donné la première
représentation de l'Amateur, Comédie
nouvelle en Vers & un Acte , par M.
BARTHE. Cette petite Piéce a eu to
repréſentations. Elle a été reçue avec
applaudiſſemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ou-
vrage * , dans lequel l'Auteur a été
très-bien ſecondé par le talent des Ac
teurs qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLÉ & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI. Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
* On trouve cette Piéce imprimée in-12. à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques,
1
AVRIL. 1764.
195
ne nous diſpenſerons pas d'en donner
une notice ſelon l'uſage. Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure , nous sommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainſi que les autres Nouveautés.
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les ſoins qu'ils ont apportés à la
remiſe du Bourgeois-Gentilhomme,dont
la première repréſentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
représentation de l'Amateur, Comédie
nouvelle en Vers & un Acte , par M.
BARTHE. Cette petite Piéce a eu to
repréſentations. Elle a été reçue avec
applaudiſſemens , & le Public a paru
en voir la continuation avec plaifir. Les
Lecteurs feront en état de juger par
eux-mêmes de l'agrément de cet Ou-
vrage * , dans lequel l'Auteur a été
très-bien ſecondé par le talent des Ac
teurs qui étoient MM. GRANDVAL ,
MOLÉ & PRÉVILLE, Mlles PRÉVILLE
& DOLIGNI. Quoique nous invitions
à lire cette Comédie en entier , nous
* On trouve cette Piéce imprimée in-12. à
Paris chez Duchesne , rue S. Jacques,
1
AVRIL. 1764.
195
ne nous diſpenſerons pas d'en donner
une notice ſelon l'uſage. Les bornes de
notre Article ſe trouvant remplies dans
ce Mercure , nous sommes obligés de
la remettre au deuxiéme vol. du mois ,
ainſi que les autres Nouveautés.
On doit tenir compte & applaudir au
zéle des Comédiens François pour le
vrai Pére de ce Théâtre ( MOLIERE )
par les ſoins qu'ils ont apportés à la
remiſe du Bourgeois-Gentilhomme,dont
la première repréſentation fut donnée
le Lundi gras. Le plaifir que le Public
y a pris a dû récompenfer ce zéle &
l'encourager.
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Résumé : « Le 3 Mars on a donné la première représentation de l'Amateur, Comédie [...] »
Le 3 mars, la première représentation de 'L'Amateur', une comédie en vers et en un acte écrite par M. Barthe, a été donnée. La pièce a été bien accueillie par le public, qui a manifesté le souhait de voir sa suite. Les acteurs MM. Grandval, Molé et Préville, ainsi que Mlles Préville et Doligni, ont grandement contribué au succès de la pièce. En raison des contraintes d'espace, une notice complète sur la comédie sera publiée dans le deuxième volume du mois. Par ailleurs, les comédiens français ont rendu hommage à Molière en remettant en scène 'Le Bourgeois Gentilhomme', dont la première représentation a eu lieu le lundi gras, rencontrant un grand succès auprès du public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10899
p. 195
« Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...] »
Début :
Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...] »
Le 17 Mars, on a donné la première
Représentation d'Olimpie, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiſſemens dont cet illuftre Au-
teur eft depuis long-temps enpoffeffion.
On l'a continuée juſqu'à préſent. Le
concours des Spectateurs a prèſque tou-
jours augmenté à chaque Repréſenta-
tion. Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation, nous en remet-
tons l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
&de la ſplendeur de fon Spectacle.
Représentation d'Olimpie, Tragédie de
M. de VOLTAIRE. Elle fut reçue avec
les applaudiſſemens dont cet illuftre Au-
teur eft depuis long-temps enpoffeffion.
On l'a continuée juſqu'à préſent. Le
concours des Spectateurs a prèſque tou-
jours augmenté à chaque Repréſenta-
tion. Comme nos Lecteurs ont pu lire
déja cette Tragédie , qui étoit imprimée
avant la Repréſentation, nous en remet-
tons l'Extrait à un autre Mercure , dans
lequel nous parlerons auffi de la beauté
&de la ſplendeur de fon Spectacle.
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Résumé : « Le 17 Mars, on a donné la première Représentation d'Olimpie, Tragédie de [...] »
Le 17 mars, la tragédie 'Olimpie' de Voltaire a été jouée pour la première fois, recevant des applaudissements. La pièce attire un public croissant à chaque représentation. Les lecteurs ayant déjà lu la tragédie, un extrait et une analyse du spectacle seront publiés prochainement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10900
p. 196-197
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première Représentation de Rose & Colas, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première
Représentation de Rose & Colas,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes. Cet Ouvrage , dant les Paro-
les ſontde M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , ſe continue tou-
jours avec ſuccès. Il y a eu dans les pre-
miers jours quelques contrariétés ſur la
Muſique,entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre. L'Auteur de On ne s'ar
viſe jamais de tout , employe ordinaire-
ment des chants plus analogues au Dra-
matique & à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'u-
ne forte de Muſique dont quelques-uns
defireroientl'application à un genre plus
élevé. Les routes au reſte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiſſent juſtifiées par le concours fou-
renu des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet, rende moins de
juftice au mérite des genres différens
qui occupent cette Scène. On ne nous
AVRIL. 1764.
197
a pas encore mis en état de donner au-
cune notice des Paroles de cet Ouvrage.
LE Jeudi 8 Mars, on donna la première
Représentation de Rose & Colas,
Comédie nouvelle en un Acte , mêlée
d'Ariettes. Cet Ouvrage , dant les Paro-
les ſontde M. SEDAINE , & la Mufique
de M. de MONCIGNY , ſe continue tou-
jours avec ſuccès. Il y a eu dans les pre-
miers jours quelques contrariétés ſur la
Muſique,entre les Spectateurs ordinaires
de ce Théâtre. L'Auteur de On ne s'ar
viſe jamais de tout , employe ordinaire-
ment des chants plus analogues au Dra-
matique & à la douce naïveté des Sujets
ordinaires de ces fortes de Pièces , qu'u-
ne forte de Muſique dont quelques-uns
defireroientl'application à un genre plus
élevé. Les routes au reſte que M. de
MONCIGNY prend pour plaire au Public
paroiſſent juſtifiées par le concours fou-
renu des Spectateurs ; fans néanmoins
prétendre improuver les autres , & fans
que le Public en effet, rende moins de
juftice au mérite des genres différens
qui occupent cette Scène. On ne nous
AVRIL. 1764.
197
a pas encore mis en état de donner au-
cune notice des Paroles de cet Ouvrage.
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Résumé : COMÉDIE ITALIENNE.
Le jeudi 8 mars, la comédie 'Rose et Colas' a été présentée pour la première fois. Cette œuvre, écrite par M. Sedaine et composée par M. de Moncigny, est une pièce en un acte mêlée d'ariettes. Les spectateurs ont exprimé des avis divergents sur la musique. Certains préféraient des chants plus adaptés aux sujets dramatiques et à la simplicité des pièces ordinaires, tandis que d'autres auraient souhaité une musique plus élaborée. Malgré ces divergences, les choix musicaux de M. de Moncigny ont été approuvés par l'affluence du public. Le texte des paroles n'a pas encore été publié pour permettre des commentaires.
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