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51
p. 1233-1235
A MONSEIGNEUR, LE CHANCELIER.
Début :
MONSEIGNEUR, Elevé au supreme degré de la Magistrature, il vous appartient d'appuyer également [...]
Mots clefs :
Pasteurs, Chancelier de France, Église
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR, LE CHANCELIER.
A MONSEIGNEUR ,
LE CHANCELIER
MONSEIGNEUR ,
Elevé au fupreme degré de la Magiftra
ture , il vous appartient d'appuyer également
les Loix de l'Eglife celles de l'Etat,
& à nous de leur rendre une entiere &
parfaite
obéiffance ; quand l'Eglife parle à fes
Enfans & le Roi à fes Sujets , le feul parti
1. Voli Hv de
1234 MERCURE DE FRANCE
de ceux- cy eft celui de la foumiffion. Dans les
questions judicieufes , nous déliberons , nous
formons nos avis ; mais après le jugement
des premiers Pafteurs , notre gloire eft d'obeir.
Vous le difiez autrefois , MONSE 1-
GNEUR, dans l'importante place que vous
occupiez au Parlemenp & que vous foute
niez avec tant de dignité & d'éloquences
vous affuriez que le fuffrage des Evêques
affermit irrevocablement la décifion du Sou
verain Pontife , & que c'eft à cette union
parfaite des Membres avec les Chefs , que
les Chrétiens font obligez de reconnoître la
voix de la verité & le jugement de Dieu
même. Cependant , MONSEIGNEUR ,
quelle monftrueuse Doctrine n'a-t-on pas
avancée depuis quelques années , fous lefpecieux
prétexte d'attachement aux maximes
du Royaume ? on a foutenu avec opiniâtreté
des erreurs capitales profcrites par l'une &
Pautre Puiffance. On a ébranlé tous les fondemens
de ta Hyerarchie & de la fubordination
on a autorife chaque Particulier à s'ériger
en Juge & arbitre de fa foy , onfour
met les décifions des premiers Pafteurs unis
avec leur Chef , à l'approbation du Peuple..
On fait dépendre la validité de leurs Juge
mens , du confentement des fimples Fideles
nous le difons avec douleur , le malheur des
temps a entraîné dans ces écarts des perſon- ·
d'ailleurs refpectables , & quelques-uns
nes .
I.. Vola de
JUIN 1730. 1235.
de nos Confreres qui paroiffent y perfeverer
avec opiniâtreté.
·Ne pouvons-nous pas efperer , MON
SEIGNEUR
, que Les Actes que nous avons
Phonneur de vous prefenter , & fur tout la
derniere Déclaration du Roy , dreffée avec
tant de fageffe , tes feront revenir de leur
prévention & les rameneront à l'unité.
Oui , MONSEIGNEUR , nous l'efpe
rons , mais nous ne l'espérons que de la bonté
de celui qui a l'a toute puiffance de tournerles
Geurs les plus rebelles comme il lui plait &
de lesfaire rentrer dans l'obéiffance & dans
La foumission.
LE CHANCELIER
MONSEIGNEUR ,
Elevé au fupreme degré de la Magiftra
ture , il vous appartient d'appuyer également
les Loix de l'Eglife celles de l'Etat,
& à nous de leur rendre une entiere &
parfaite
obéiffance ; quand l'Eglife parle à fes
Enfans & le Roi à fes Sujets , le feul parti
1. Voli Hv de
1234 MERCURE DE FRANCE
de ceux- cy eft celui de la foumiffion. Dans les
questions judicieufes , nous déliberons , nous
formons nos avis ; mais après le jugement
des premiers Pafteurs , notre gloire eft d'obeir.
Vous le difiez autrefois , MONSE 1-
GNEUR, dans l'importante place que vous
occupiez au Parlemenp & que vous foute
niez avec tant de dignité & d'éloquences
vous affuriez que le fuffrage des Evêques
affermit irrevocablement la décifion du Sou
verain Pontife , & que c'eft à cette union
parfaite des Membres avec les Chefs , que
les Chrétiens font obligez de reconnoître la
voix de la verité & le jugement de Dieu
même. Cependant , MONSEIGNEUR ,
quelle monftrueuse Doctrine n'a-t-on pas
avancée depuis quelques années , fous lefpecieux
prétexte d'attachement aux maximes
du Royaume ? on a foutenu avec opiniâtreté
des erreurs capitales profcrites par l'une &
Pautre Puiffance. On a ébranlé tous les fondemens
de ta Hyerarchie & de la fubordination
on a autorife chaque Particulier à s'ériger
en Juge & arbitre de fa foy , onfour
met les décifions des premiers Pafteurs unis
avec leur Chef , à l'approbation du Peuple..
On fait dépendre la validité de leurs Juge
mens , du confentement des fimples Fideles
nous le difons avec douleur , le malheur des
temps a entraîné dans ces écarts des perſon- ·
d'ailleurs refpectables , & quelques-uns
nes .
I.. Vola de
JUIN 1730. 1235.
de nos Confreres qui paroiffent y perfeverer
avec opiniâtreté.
·Ne pouvons-nous pas efperer , MON
SEIGNEUR
, que Les Actes que nous avons
Phonneur de vous prefenter , & fur tout la
derniere Déclaration du Roy , dreffée avec
tant de fageffe , tes feront revenir de leur
prévention & les rameneront à l'unité.
Oui , MONSEIGNEUR , nous l'efpe
rons , mais nous ne l'espérons que de la bonté
de celui qui a l'a toute puiffance de tournerles
Geurs les plus rebelles comme il lui plait &
de lesfaire rentrer dans l'obéiffance & dans
La foumission.
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Résumé : A MONSEIGNEUR, LE CHANCELIER.
L'auteur d'une lettre adressée à un chancelier insiste sur l'importance de l'obéissance aux lois de l'Église et de l'État. Il rappelle que les fidèles doivent se soumettre aux jugements des premiers pasteurs et aux décisions du souverain pontife, soulignant que l'union entre les membres et les chefs est cruciale pour reconnaître la vérité et le jugement divin. L'auteur exprime son inquiétude face à des doctrines récentes qui contestent la hiérarchie et la subordination, permettant aux individus de juger leur foi et de contester les décisions des autorités ecclésiastiques. Cette situation a conduit des personnes respectables, y compris certains confrères, à persévérer dans ces erreurs. L'auteur espère que les actes présentés, notamment la dernière déclaration du roi, ramèneront les égarés à l'unité et à l'obéissance, en comptant sur la puissance divine pour convertir les cœurs rebelles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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52
p. 1292-1309
SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
Début :
Le séjour de Torigny parût, Monsieur, si agréable à mes Compagnons [...]
Mots clefs :
Basse-Normandie, Voyage, Abbaye, Découvertes, Tombeaux, Village, Église, Recherches, Caen
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
SUITE du Voyage de Baffe- Normandie
LETTRE VII.
E féjour de Torigny parût , Mon-
Lfieur ,fi agréable à mes Compagnons
de Voyage , qu'ils me donnerent tout le
tems que je pouvois ſouhaiter , pour faire,
en les attendant, toutes mes courfes litteraires
aux environs de Caën . Comme les
ruines de Vieux , ou plutôt les découvertes
faites dans ce lieu par M. Foucault ,
étoient mon principal objet , je commen
çai pat m'y tranfporter , accompagné de
mon Docteur Medecin , & d'un autre Cu
rieux de la Ville , fuivis de quelques Domeftiques
en état d'agir en cas de befoin .
I.Vol.
Vieux
JUIN 1730. 1293
Vieux eftun village fitué à deux petites
lieuës de Caën , vers le Couchant de cette
ville , entre la riviere d'Orne , & la petite
riviere de Guynes , ce qui rend ce lieu.
fort agréable. C'eft un Fief noble , ou
plutôt ce font trois Fiefs contigus , dont
le premier appartient à M. de Pontpierredu
Four , & releve de la terre de Segue--
ville; le fecond & le troifiéme nommez de
Jacqueffon & d'Effon , relevent du Roy.
Vieux a été de tout tems renommé dans
le Païs , par l'opinion generale qui veut
que dans l'étendue du terrain , qui porte
ce nom il y eût autrefois une ville
, & cette opinion fortifiée par les
Monumens d'Antiquité qui y ont été.
trouvez en differens tems , eft aujour
d'hui confirmée par les nouvelles décou--
vertes qui y furent faites par les foins de
M. Foucault , découvertes que je ne vis
alors qu'en paffant , & dont je fuis à prefent
beaucoup plus en état de vous rendre
un compte exact ...
›
..Mais il faut vous dire , Monfieur , avec
franchife , qu'étant arrivé à Vieux , dans
Pintention d'en reconnoître les ruines ,
de conftater du moins ces nouvelles dé--
couvertes, & de les examiner fur les Me--
moires dont je n'avois pas oublié de me
charger , nous fumes fort furpris de ne
trouver prefque rien de ce que nous cher-
II. Vol By chions
1294 MERCURE DE FRANCE:
(
chions , & de ce que j'avois vû moi-même
la premiere fois que je paffai par Vieux :
en effet , à l'exception de quelques reſtes
de plufieurs grands Edifices ruinez, nom--
mez aujourd'hui Châteaux aux Oyes , &
aux Arres , tout eft , pour ainfi dire , dif
paru ; Gymnafe , Bains , Statues , Tombeaux
, Infcriptions , &c . Eft -ce illufion
eft- ce enchantement ? Non , Monfieur
cependant tout eft changé ; mais vous ne
perdrez rien à la Metamorphofe. Voici la
verité du fait.
Comme nous plaifantions fur nôtre
avanture , affis fur des tas de briques au
pied de ces Edifices ruinez , arriva le-
Gentilhomme du lieu , nommé M. de-
Vieux , homme fort âgé , qui nous pria:
fört honnêtement d'entrer dans faMaiſon ,
offrant de nous donner bien des éclairciffemens
fur notre recherche . Nous ne
pouvions gueres mieux rencontrer : car-
M. de Vieux étoit bien informé de tout ,.
tant en qualité d'Ancien , & de Seigneur
de ce lieu , que parce que M. Foucault
l'avoit chargé de la direction des travaux
qu'il fit faire à Vieux , & qu'en l'abſence
de M. l'Intendant on n'avoit pas , difoitil
, remué une pierre qu'il n'en eût une
connoiffance parfaite..
La raifon qu'il nous donna d'abord du
grand changement que nous trouvions ,
II. Vol. nous
JUIN 1730.
1295
nous parut fenfible & fuffifante , M. Foucault
animé de l'amour de l'Antiquité &
engagé par le fuccès de fes recherches , fit
faire un grand remûment dans tous ces
lieux . UnIntendant Antiquaire eft un terrible
homme en pareille rencontre. Les
Proprietaires& les Laboureurs des champs
renverfez , ou fous lefquels on avoit beaucoup
creufé , en murmurerent ; on les fit
taire en les dédommageant du dégât prefent
; mais pour l'avenir , dès que toutes
les operations furent faites , ces mêmes
Proprietaires, moins curieux d'Antiquités
que de quelques boiffeaux de blé de plus ,
rétablirent toutes chofes dans leur premier
état , en comblant , bouchant &
uniffant tout ce qui en avoit befoin ; enforte
qu'en continuant de labourer &
d'enfemencer les terres endommagées ,
prefque toutes ces belles découvertes dif
parurent & les Curieux de Caën
qui veulent qu'une fancienne ville fut
affife dans ce territoirre, reprirent là - def
fus leur premier langage.
›
Nunc feges eft ubi Troia fuit..
Voilà ,Monfieur, la verité d'un fit que
nous avions de la peine d'abord à comprendre.
Le bon M. de Vieux , plus chargé
de memoire que de litterature, nous fatisfit
affez fur toutes nos queftions ; car nous
*
II. Vol. B vj n'avions
1296 MERCURE DE FRANCE
n'avions befoin que des faits dont il avoit
été le témoin affidu ; ce qui fervit à éclaircir
quelques endroits de mes Memoires.
Il nous fit voir auffi qu'il ne s'étoit pas
oublié dans ces recherches , en nous montrant
dans fon jardin une grande quantité :
de tuyaux & de pots de brique, trouvez
difoit- il , dans la grande fale de ces bâ--
timens foûterrains ; les uns attachez fur la
muraille , prefque l'un contre l'autre , à
la hauteur de cinq pieds ; les autres
au plancher de la même fale , ayant
chacun un pied & demi de longueur , &
un demi pied de largeur. Du jardin nous ,
entrâmes dans la cuifine , qui étoit toute
pavée de longues & larges . briques quis
avoient été trouvées dans ces Edifices ruinez
, fur tout dans les débris des tombeaux..
M. de Vieux ajouta que dans un Cime
tierre , dit aujourd'hui de S. Martin , an-.
cien de plus de 500 ans , on trouva du
tems de ces recherches plufieurs grands
tombeaux de pierre & couverts , conte
nont chacun , plufieurs , fqueletes placés
P'un contre l'autre , ayant à côté d'eux des
haleb rdes , marque de valeur , ou de la
profeffion des armes . On découvrit , dit-- .
il , d'autres pareils tombeaux , dans le
champ nommé Catillon Gelet , & on en
trouve de pareils dans le Cimetiere, de la
II. Vol.
Rà
JUIN 1730. 12.9.7
Paroiffe de Vieux. Enfin il nous affura.
qu'on voit encore à Magny dans ce voifinage
, une espece de petite cuve de mar
bre rouge , d'environ fix pieds de circon--
ference , affez femblable à des Fonts Baptiſmaux
. , avec une Infcription Latine
dont il ignoroit le fens..
Enfin , notre Gentilhomme n'oublia
pas
les Medailles de toute efpece , trouvées,
de tout tems à Vieux & aux environs , affurant
que M..Foucault en avoit eû plus
de mille pour fa part. Il entreprit même
de nous en décrire plufieurs ; quoi faifant,.
ce fut pour nous , je vous l'avoue , une pe
tite ſcene affez réjouiffante ; jamais l'Antiquité
Metallique.ne.fût traitée plus plai--
famment , nous n'avions pas autrement
befoin d'une telle inftruction , vous en
jugerez par les Medailles , de la Reine
Chriftine, qu'il eftimoit beaucoup, & dont
il , affura qu'on avoit trouvé un grand
nombre. C'est ainsi , Monfieur , qu'il ap
pelloit Crifpine , femme de l'Empereur
Commode ,, dont effectivement il nous
montra plufieurs - medailles avec quantité
d'autres auffi communes: cela s'excufe facilement
dans une perfonne de fa profeſ--
fion..
Avant que de quitter Vieux , j'allai
accompagné du même Gentilhomme ,,
voir la carriere de marbre rouge , qui eft
II.Vol . aux
1298 MERCURE DE FRANCE
aux environs , & ainfi marquée dans la
Carte du Dioceſe de Bayeux ; mais fituée
dans le diſtrict du village voifin . Ce marbre
n'eſt pas du plus beau de fon efpece .
On affure que le pied-deftal antique de
Thorigny , dont il a déja été parlé , ainſi
que d'autres morceaux qu'on trouve dans :
les Eglifes de Caën , & fur tout la cuve de
Magny ,font de ce même marbre , ce qui
eft fortaifé à reconnoître.
Il ne tint qu'à nous de faire un grand
repas chez M.de Vieux : il vouloir à toute
force nous retenir jufqu'au lendemain ;
mais ayant amplement déjeûné à Caën , &
d'ailleurs m'étant venu une penfée fur la
Deſcription exacte de cesAntiquitez , qu'il
n'étoit plus poffible de revoir dans leur
entier , je réfolus de retourner de bonne
heure à cette Ville , pour la mettre à execution.
Il fallut cependant voir encore avec
quelque attention toute la maiſon du bon
Gentilhomme , & examiner fur tout fur
la porte de la Chapelle une repréfentation
en grand relief de Jefus-Chrift affis
dans le tombeau , accompagné de deux
Anges debout. Le P. de Vitry, Jefuite, eftimoit
fort cette figure , felon M.de Vieux,
& prétendoit que l'habile Sculpteur s'étoit
conformé à l'ancien ufage de mettre
en cette pofture les corps dans les fepul-
II.. Vol. chres
JUIN 1730. 1290
chres ; ufage qu'il croyoit avoir été pratiqué
à l'égard de Jefus - Chrift. C'eft fur
quoi nous ne conteftames point , & fur'
quoi , comme vous fçavez , divers Auteurs
ont écrit. L'Eglife Paroiffiale de
Vieux n'offre rien qui puiffe arrêter . Le
Curé eft à la nomination de l'Abbaye de
Fontenay..
De retour à Caen un pou tard , je fus
obligé de remettre au lendemain l'execution
de mon deffein. Outre plufieurs Lettres
de M. Foucault & de M.Galland , qui
m'inftruifoient affez fur les Antiquitez de
Vieux , j'avois un affez long. Narré fur le
même fujet , fait dans le tems même de la
découverte , par M. Bellin , Curé de Blainville
, habile homme , & Secretaire perperuel
de l'Academie de Caën , lequel
avoit eû bonne part à tout ce qui s'étoit
paffé là - deffus. C'étoit pour moi autant
& plus qu'il n'en falloit ; mais quand il
s'agit d'inftruire les autres fur des chofes
de cette nature , dont on n'a entendu
ler que confufément , on ne fçauroir prendre
trop de précaution pour fe faire bien
entendre , &pour ne rien dire que
vrai .
parde
Je crus donc qu'une petite conference
avec M. Bellin , que j'étois d'ailleurs bienaiſe
de revoir , acheveroit de jetter de la
clarté fur cette matiere , & qu'avec toutes
II. Vol.
ces
F300 MERCURE DE FRANCE
ces meſures je parviendrois à produire ens
fin une defcription exacte & claire desAntiquitez
de Vieux. Blainville n'eſt qu'à une
lieuë & demie de Caën , peu éloigné du
chemin qui mene à la Délivrande ,fameufe
Dévotion du Païs , au voisinage de la
mer, où l'on va de Caën en moins de deux
heures. Nous réfolumes d'aller droit à la
Délivrande & de revenir pár Blainville.
Nous partîmes de fort bon matin , parce
que j'étois bien aife de voir en paffant
l'Abbaye d'Ardennes qu'on trouve à une
petite lieuë de la Ville..
Cette Abbaye eft de l'Ordre de Prémontré
, & fondée au commencement du
douziéme fiecle. Un Difciple de S. Nortbert
, nommé Gilbert , en fut le premier-
Abbé , preſque dès l'origine de l'Ordre :
On ajoûte , que Philippe de Harcourt
Evêque de Bayeux , contemporain de ceɛ
Abbé , fit des biens confiderables à cette :
Maifon naiffante. C'étoit alors une vraie
folitude,à caufe des grands Bois dont elle :
étoit toute environnée , ce qui lui a fait
donner le nom d'Ardennes , de l'ancien
mot Gaulois Arden , qui fignifie foreft ,
nom qui s'eft confervé dans la grande fo--
reft des Ardennes , dans la Gaule Belgique,
& dans la plus grande foreft d'Angleter--
re: c'eft du moins le fentiment de M. a )
(a)Origines de Caën , ch. 22. på 3-125 .
11..Vol..
Huet :
JUIN. 1730. 1301
Huet ,qui à cette occafion & fur le même
fujet , releve une méprife de M. de la Roque
dans fon Hiftoire de la Maiſon de
Harcourt : cette Abbaye , où nous fûmes
fort bien reçûs , eft aujourd'hui un lieu
fort agreable , élevé. fur une petite coline,
avec des vûës charmantes . Les bâtimens en
font folides , commodes & fpacieux , & les
Religieux qui y demeurent joignent de la
politeffe à une grande édification : on y
aime auffi l'étude & l'application , convenable
à cet Etat.Ils nous apprirent qu'entre
quelques Abbez d'Ardennes , diftin
guez par leur érudition , on compte le fameux
Marguarin de la Bigne ; Auteur du
grand Ouvrage intitulé : La Bibliotheque
des Peres. Ce fçavant Homme , felon eux,
étoit de Vire , & doit être ajoûté aux Illuftres
de cette Ville , dont je vous ai par
lé dans ma derniere Lettre. M de la Baftie
eft aujourd'hui Abbé Commandataire.
d'Ardennes.
#
3:
Une large plaine qui ne fe termine qu'à
la mer , vers le Septentrion , nous conduifit
à laDélivrande, lieu celebre en Normandie
& dans les Provinces voisines
par le concours qu'une grande devotion
envers la fainte Vierge y attire de tous cô.
tez. Nous y entendîmes d'abord la Meffe,
& enfuite nous vîmes avec attention l'Eglife
qui eft fort jolie , extrêmement or
LL.Koh. née
1302 MERCURE DE FRANCE.
née , & très- bien deffervie par des Ecclefiaftiques
commis par M. l'Evêque de
Bayeux. Le Chapitre de la Cathedrale y
tient auffi un de fes Chanoines qui reçoit
les Offrandes , & dirige toutes chofes. Il
y a tout auprès un petit Seminaire conduit
par des Miffionnaires de la Congregation
de S. Lazare , dont nous vifitâmes
auffi P'Eglife & la Maiſon.
Nous apprîmes d'eux qu'on ne fçait
rien de bien affuré fur l'origine de l'Eglife
de la Délivrande , que quelques- uns font
remonter fans preuves à une haute Antiquité
; mais qu'on ne peut s'empêcher de
reconnoître que depuis un fort longtems
Dieu y eft particulierement fervi
& adoré , la Sainte Vierge honorée , & les
Fideles confolez & édifiez. Le vrai nom
moderne de ce lieu eft la Délivrande , duquel
, difent- ils , le Peuple ignorant à faiɛ
éelui de Délivrance : cependant Délivran
de eft un nom originairement Anglois : il
vient de Deale, qui en cette Langue fignifie
partie , portion de quelque chofe ; les
Normands difent Delle pour fignifier la
même chofe ; or les vieux titres portent
que la portion de terrain , ou la piece de
terre fur laquelle eft bâtie l'Eglife en
queftion , appartenoit au nommé Ivrand ,
ou Ivrande , & cette piece eft dénommée
Delle d'Ivrande , ou la piece de terre
AA II. Vol.
d'IJUIN.
1730. 1303
d'Ivrande : Rien ne paroît mieux dérivé ,
& il feroit difficile de trouver une meilleur
étymologie. Tout ce terrain eft de la
Paroiffe de Luc, à un quart de lieuë de -là ,
tirant vers la mer , & releve de l'Abbaye
de Fecamps, dont les Religieux font Pa
trons & Collateurs de la Cure.
Nous prenions congé de ces Meffieurs,
qui nous avoient offert obligeamment à
dîner , pour aller manger des huitres fur
le bord de la mer , & partir enfuite pour
Blainville , lorfque nous entendîmes un
grand bruit au dehors : ce bruit augmentoit
à mesure que nous fortions , & en
ayant demandé la cauſe au premier venu,
on nous dit que c'étoit une grande querelle
furvenue entre deux Etrangers, dont
on n'entendoit pas la Langue , qui s'échauffoit
beaucoup , & qui ne paroiffoit
ne devoir pas fi- tôt finir. Cela nous fit
avancer:mais il n'y avoit pas moyen d'approcher
: une nombreufe Populace envi
ronnoit les deux Champions , ils ne que
relloient point , mais autant valoit - il ,
car ils difputoient à outrance & fans ménager
les termes en Dialecticiens des plus
ferrez , ce qu'il nous étoit aifé d'entendre
de l'endroit où nous étions. La fingularité
du fait nous furprit , mais nous ne tar
dâmes pas d'être éclaircis ; car le Supe
ricus de la Maiſon ayant envoyé du mon-
II. Vola de
1304 MERCURE DE FRANCE
de pour impofer filence , & pour faire retirer
les Affiftans , nous vîmes fortir de la
foule les deux Conteftans fort échauffez &
tout enroüez , dont l'un, connu par mes
Compagnons de Voyage , étoit un bon
Hybernois , habitué à Caën ; l'autre étoit
un Pelerin Eſpagnol qui venoit du Mont
S. Michel . Le premier nous joignit fort
civilement , & ne nous quitta plus . Nous
les ramenâmes à Caen , & il nous conta
fon avanture, qui étoit telle.
•
Je fortois , nous dit-il , de cette Eglife
où j'ai coûtume de venir tous les Samedis
, quand j'ai rencontré ce Pelerin , lequel
après un leger falut m'a interrogé
affez brufquement en ces termes : Quoibous
ftoudouifti ? j'ai d'abord compris que
mon homme cherchoit noife , & qu'il
étoit frais émoulu des Ecoles . Vous fçavez
Meffieurs , que les Hibernois font un peu
Grecs fur l'article , & qu'en particulier
j'ai quelque petite réputation dans votre
Univerfité ; ainfi je n'ai point hefité à lui
répondre Studui Philofophia & etiam
Theologia. Il a fait là - deffus une exclamation
, puis tournant deux fois autour de
moi , il a debuté ainſi : Sentio te effe Thomiftam
, contra fic argumentor de Pramotione
Phifica, &m'a lâché tout de fuite un argument;
la difpute n'a gueres tardé à s'echauffer
& à nous attirer des Auditeurs , ou
II. Vol. plutôt
JUIN. 1730. 1305
plutôt des Spectateurs. Mon Adverfaire
n'eft rien moins que patient ; à chaque
négative que je lui donnois il fe trémouf
foit , & paroiffoit prêt à m'infulter ; enfin
, Meffieurs , la rumeur étoit à fon comble
lorsque vous nous avez entendu ; car
de la Prémotion Phyfique nous nous étions
jettés dans la diftinction des Attributs
& fur d'autres pareils points de pure Mé
taphyfique , lui foûtenant les fubtilités de
Scot, & moi , pour ne pas le faire mentir,
deffendant toujours les fentimens de l'autre
Ecole . Mais graces à la prudence de
M. le Superieur , la difpute a ceffé de la
maniere que vous l'avez vû , & graces à
votre courtoisie , j'efpere de me remettre
bientôt de la fatigue à laquelle je ne me
ferois jamais attendu , dans un lieu où j'étois
venu en partie pour me delaffer l'ef
prit.
Je vous avoue , Monfieur , que l'avanture
nous parut plaiſante ; nous en dejeunâmes
plus gayement. Après avoir vû
pêcher & avoir examiné plufieurs coquillages
fur les bords de la Mer , nous
remontâmes à Cheval pour nous rendre
à Blainville , où nous arrivâmes affez à
tems pour profiter d'un bon diner
que
M. Bellin , averti à mon inſçû par notre
Docteur , avoit préparé. Il s'étoit auffi
préparé lui-même en cherchant dans fes
II. Vol.
papiers
1306 MERCURE DE FRANCE
papiers & en rappellant dans fa memoire
tout ce qui pouvoit concerner les découvertes
de Vieux. Je fus , au refte , charmé
de revoir un ami de ce mérite , qui malgré
les années ne faifoit voir aucun changement
dans la folidité de fon efprit &
dans fes manieres polies & agréables .
Après le repas , le principal fujet de ma
vifite fut mis fur le tapis , & nous eumes
bientôt éclairci toutes choſes à cet égard ;
il me communiqua très obligeamment
tout ce qu'il avoit là- deffus , & me laiffa
emporter tout ce que je voulus. J'appris
de lui qu'à Blainville , comme à Vieux
on trouve de tems en tems des Médail
les & d'autres monumens de l'Antiquité
Romaine , dont il me promit de me donner
des preuves. Nous vîmes enfuite les
dehors du Village qui nous parurent fort
agréables , ce qui nous mena chez M.
D. L. L. qui a une fort jolie Maifon , &
poffede un Fiefdans le Marquifat de Blainville
; c'eft un homme de très bon commerce
, & qui fçait bien de bonnes choſes;
il me promit auffi une inftruction fur les
Antiquités trouvées dans ce Canton. La
Terre de Blainville appartient au Comte
de Rochechouart , frere du Duc de Mortemart
, lequel a époufé la fille de N Colbert
, Marquis de Blainville , troifiême
fils de Jean Baptifte Colbert , Miniſtre &
II. Vol. SecreJUIN.
1730 130 % -
Secretaire d'Etat , qui en avoit fait l'acquifition.
Blainville , au refte , n'eft pas un nom
donné à l'avanture; fi on en croit M.-Huet,
il renferme en lui une antiquité Gauloife ;
c'eſt Beleni Villa ; Apollon & Belenus
chez les Gaulois étoient la même Divinité .
Dans les vieux Titres , ajoûte ce Sçavant ,
le nom de ce Village eft Belainville ;
néanmoins dans plufieurs autres il eft nomme
Bléville , & dans la Charte de fondation
de l'Abbaye de Sainte Trinité de
Caen , Bledvilla , ce qui peut venir du
mot Bladum , qui dans la baffe Latinité
fignifie du bled , ainfi Bledville fignificroit
Village fertile en bled . Vous voyez ,
Monfieur , combien le nom d'un fimple
Village prend de formes differentes entre
les mains d'un habile homme. Il ne tint
à notre Hibernois que le nom même
de M. Bellin , Curé de Blainville , ne
devint miſterieux , & n'entrât pour quelque
chofe dans ces étimologies ..
pas
Au retour de notre petite promenade,
nous fûmes affez furpris de trouver dans
le Presbitere de la Delivrande le Pelerin
Efpagnol qui venoit d'arriver ; il fe jetta
aux pieds de M. le Curé , lui demandant
humblement fa benediction & l'hofpitalité
, ce qui lui fut accordé de bonne
grace , à condition qu'on ne difputeroit
II. Vol.
point ;
1308 MERCURE DE FRANCE
point ; là deffus , il vint embraffer fon
Antagoniſte , & nous fit civilité. Il produifit
enfuite fes papiers qui le firent
connoître pour Prêtre Espagnol & pour
Bachelier de la Faculté de Theologie d'Alcala
; il ajoûta qu'un vou folemnel l'avoit
conduit au Mont S. Michel , allant de Pro.
vince en Province & de Paroiffe en Paroiffe
, efperant s'en retourner de même
quand il auroit vû Caën .
Notre Medecin , homme fort jovial ,
lia avec lui converfation , & d'un ton affez
plaifant , ne fe montrant pas autrement
favorable à l'efprit de pelerinage ; le Bachelier
la foûtint encore plus plaifamment
entendant raillerie à merveilles , aux dépens
même de fa Nation dit de bons
mots avec efprit & de bonne grace , fans
oublier celui de l'Eſpagnol ( a ) aboyé de
près par des Chiens dans les Campagnes
de Bordeaux durant une forte gelée . La
converſation devint plus férieufe , quand
le rufé Pelerin , pour avoir fa revanche,
pouffa à fon tour notre Docteur fur la Phifique
, pour tomber , comme il fit , fur la
Medecine , dont il offrit de démontrer
( a ) Cet Espagnol voulant fe défaire des
Chiens à coups de pierres ne peut jamais en
détacher une fenle , à cause de la gelée ; fur
quoi il s'écria Maledicha la tierra en la quale
Jos perros fon deligados i las piedras ligadas.
II. Vol.
l'incerJUI
N. 1730.
1309
l'incertitude & l'illufion , ajoûtant que les
PhyficiensFrançois n'étoient que lesEchos
des Efpagnols ; témoin , dit - il , votre Delcartes
qui a bâti tout fon ſyſtême de l'ame
des Bêtes, fur celui de notre Gomelius Pereira
b lequel long- tems avant la naiffance
du Philofophe François , a foutenu que les
bêtes n'ont point de fentiment , & font
de pures Machines. Le bon Curé qui avoit
interdit toute difpute ne parut pas trop
fâché de voir embarquer celle- ci , elle
étoit propre à nous faire coucher à Blainville
, comme il le fouhaitoit ; mais je
rompis les chiens à propos ; notre Docteur
fe tira d'embarras comme il pût ; le
Bachelier crût avoir triomphé , & nous
crûmes , en remontant à cheval , après
avoir bien embraffé notre Hôte , avoir
bien employé cette journée , qui fe termina
par notre retour à Caën .
Lelendemain je gardai la maiſon toute
la journée , pour dreffer fur toutes mes
Inftructions une Relation exacte des Recherches
& des Découvertes faites à Vieux
du tems de M. Foucault ; ce fera la matiere
de la premiere Lettre que je vous
écrirai , & j'efpere que votre curioſité en
fera fatisfaite. Je fuis , Monfieur & c .
( b ) G. Pereira , fameux Medecin du XIV:
fiecle , a foutenu cette Doctrine dans un Livro
imprimé en 1554.
LETTRE VII.
E féjour de Torigny parût , Mon-
Lfieur ,fi agréable à mes Compagnons
de Voyage , qu'ils me donnerent tout le
tems que je pouvois ſouhaiter , pour faire,
en les attendant, toutes mes courfes litteraires
aux environs de Caën . Comme les
ruines de Vieux , ou plutôt les découvertes
faites dans ce lieu par M. Foucault ,
étoient mon principal objet , je commen
çai pat m'y tranfporter , accompagné de
mon Docteur Medecin , & d'un autre Cu
rieux de la Ville , fuivis de quelques Domeftiques
en état d'agir en cas de befoin .
I.Vol.
Vieux
JUIN 1730. 1293
Vieux eftun village fitué à deux petites
lieuës de Caën , vers le Couchant de cette
ville , entre la riviere d'Orne , & la petite
riviere de Guynes , ce qui rend ce lieu.
fort agréable. C'eft un Fief noble , ou
plutôt ce font trois Fiefs contigus , dont
le premier appartient à M. de Pontpierredu
Four , & releve de la terre de Segue--
ville; le fecond & le troifiéme nommez de
Jacqueffon & d'Effon , relevent du Roy.
Vieux a été de tout tems renommé dans
le Païs , par l'opinion generale qui veut
que dans l'étendue du terrain , qui porte
ce nom il y eût autrefois une ville
, & cette opinion fortifiée par les
Monumens d'Antiquité qui y ont été.
trouvez en differens tems , eft aujour
d'hui confirmée par les nouvelles décou--
vertes qui y furent faites par les foins de
M. Foucault , découvertes que je ne vis
alors qu'en paffant , & dont je fuis à prefent
beaucoup plus en état de vous rendre
un compte exact ...
›
..Mais il faut vous dire , Monfieur , avec
franchife , qu'étant arrivé à Vieux , dans
Pintention d'en reconnoître les ruines ,
de conftater du moins ces nouvelles dé--
couvertes, & de les examiner fur les Me--
moires dont je n'avois pas oublié de me
charger , nous fumes fort furpris de ne
trouver prefque rien de ce que nous cher-
II. Vol By chions
1294 MERCURE DE FRANCE:
(
chions , & de ce que j'avois vû moi-même
la premiere fois que je paffai par Vieux :
en effet , à l'exception de quelques reſtes
de plufieurs grands Edifices ruinez, nom--
mez aujourd'hui Châteaux aux Oyes , &
aux Arres , tout eft , pour ainfi dire , dif
paru ; Gymnafe , Bains , Statues , Tombeaux
, Infcriptions , &c . Eft -ce illufion
eft- ce enchantement ? Non , Monfieur
cependant tout eft changé ; mais vous ne
perdrez rien à la Metamorphofe. Voici la
verité du fait.
Comme nous plaifantions fur nôtre
avanture , affis fur des tas de briques au
pied de ces Edifices ruinez , arriva le-
Gentilhomme du lieu , nommé M. de-
Vieux , homme fort âgé , qui nous pria:
fört honnêtement d'entrer dans faMaiſon ,
offrant de nous donner bien des éclairciffemens
fur notre recherche . Nous ne
pouvions gueres mieux rencontrer : car-
M. de Vieux étoit bien informé de tout ,.
tant en qualité d'Ancien , & de Seigneur
de ce lieu , que parce que M. Foucault
l'avoit chargé de la direction des travaux
qu'il fit faire à Vieux , & qu'en l'abſence
de M. l'Intendant on n'avoit pas , difoitil
, remué une pierre qu'il n'en eût une
connoiffance parfaite..
La raifon qu'il nous donna d'abord du
grand changement que nous trouvions ,
II. Vol. nous
JUIN 1730.
1295
nous parut fenfible & fuffifante , M. Foucault
animé de l'amour de l'Antiquité &
engagé par le fuccès de fes recherches , fit
faire un grand remûment dans tous ces
lieux . UnIntendant Antiquaire eft un terrible
homme en pareille rencontre. Les
Proprietaires& les Laboureurs des champs
renverfez , ou fous lefquels on avoit beaucoup
creufé , en murmurerent ; on les fit
taire en les dédommageant du dégât prefent
; mais pour l'avenir , dès que toutes
les operations furent faites , ces mêmes
Proprietaires, moins curieux d'Antiquités
que de quelques boiffeaux de blé de plus ,
rétablirent toutes chofes dans leur premier
état , en comblant , bouchant &
uniffant tout ce qui en avoit befoin ; enforte
qu'en continuant de labourer &
d'enfemencer les terres endommagées ,
prefque toutes ces belles découvertes dif
parurent & les Curieux de Caën
qui veulent qu'une fancienne ville fut
affife dans ce territoirre, reprirent là - def
fus leur premier langage.
›
Nunc feges eft ubi Troia fuit..
Voilà ,Monfieur, la verité d'un fit que
nous avions de la peine d'abord à comprendre.
Le bon M. de Vieux , plus chargé
de memoire que de litterature, nous fatisfit
affez fur toutes nos queftions ; car nous
*
II. Vol. B vj n'avions
1296 MERCURE DE FRANCE
n'avions befoin que des faits dont il avoit
été le témoin affidu ; ce qui fervit à éclaircir
quelques endroits de mes Memoires.
Il nous fit voir auffi qu'il ne s'étoit pas
oublié dans ces recherches , en nous montrant
dans fon jardin une grande quantité :
de tuyaux & de pots de brique, trouvez
difoit- il , dans la grande fale de ces bâ--
timens foûterrains ; les uns attachez fur la
muraille , prefque l'un contre l'autre , à
la hauteur de cinq pieds ; les autres
au plancher de la même fale , ayant
chacun un pied & demi de longueur , &
un demi pied de largeur. Du jardin nous ,
entrâmes dans la cuifine , qui étoit toute
pavée de longues & larges . briques quis
avoient été trouvées dans ces Edifices ruinez
, fur tout dans les débris des tombeaux..
M. de Vieux ajouta que dans un Cime
tierre , dit aujourd'hui de S. Martin , an-.
cien de plus de 500 ans , on trouva du
tems de ces recherches plufieurs grands
tombeaux de pierre & couverts , conte
nont chacun , plufieurs , fqueletes placés
P'un contre l'autre , ayant à côté d'eux des
haleb rdes , marque de valeur , ou de la
profeffion des armes . On découvrit , dit-- .
il , d'autres pareils tombeaux , dans le
champ nommé Catillon Gelet , & on en
trouve de pareils dans le Cimetiere, de la
II. Vol.
Rà
JUIN 1730. 12.9.7
Paroiffe de Vieux. Enfin il nous affura.
qu'on voit encore à Magny dans ce voifinage
, une espece de petite cuve de mar
bre rouge , d'environ fix pieds de circon--
ference , affez femblable à des Fonts Baptiſmaux
. , avec une Infcription Latine
dont il ignoroit le fens..
Enfin , notre Gentilhomme n'oublia
pas
les Medailles de toute efpece , trouvées,
de tout tems à Vieux & aux environs , affurant
que M..Foucault en avoit eû plus
de mille pour fa part. Il entreprit même
de nous en décrire plufieurs ; quoi faifant,.
ce fut pour nous , je vous l'avoue , une pe
tite ſcene affez réjouiffante ; jamais l'Antiquité
Metallique.ne.fût traitée plus plai--
famment , nous n'avions pas autrement
befoin d'une telle inftruction , vous en
jugerez par les Medailles , de la Reine
Chriftine, qu'il eftimoit beaucoup, & dont
il , affura qu'on avoit trouvé un grand
nombre. C'est ainsi , Monfieur , qu'il ap
pelloit Crifpine , femme de l'Empereur
Commode ,, dont effectivement il nous
montra plufieurs - medailles avec quantité
d'autres auffi communes: cela s'excufe facilement
dans une perfonne de fa profeſ--
fion..
Avant que de quitter Vieux , j'allai
accompagné du même Gentilhomme ,,
voir la carriere de marbre rouge , qui eft
II.Vol . aux
1298 MERCURE DE FRANCE
aux environs , & ainfi marquée dans la
Carte du Dioceſe de Bayeux ; mais fituée
dans le diſtrict du village voifin . Ce marbre
n'eſt pas du plus beau de fon efpece .
On affure que le pied-deftal antique de
Thorigny , dont il a déja été parlé , ainſi
que d'autres morceaux qu'on trouve dans :
les Eglifes de Caën , & fur tout la cuve de
Magny ,font de ce même marbre , ce qui
eft fortaifé à reconnoître.
Il ne tint qu'à nous de faire un grand
repas chez M.de Vieux : il vouloir à toute
force nous retenir jufqu'au lendemain ;
mais ayant amplement déjeûné à Caën , &
d'ailleurs m'étant venu une penfée fur la
Deſcription exacte de cesAntiquitez , qu'il
n'étoit plus poffible de revoir dans leur
entier , je réfolus de retourner de bonne
heure à cette Ville , pour la mettre à execution.
Il fallut cependant voir encore avec
quelque attention toute la maiſon du bon
Gentilhomme , & examiner fur tout fur
la porte de la Chapelle une repréfentation
en grand relief de Jefus-Chrift affis
dans le tombeau , accompagné de deux
Anges debout. Le P. de Vitry, Jefuite, eftimoit
fort cette figure , felon M.de Vieux,
& prétendoit que l'habile Sculpteur s'étoit
conformé à l'ancien ufage de mettre
en cette pofture les corps dans les fepul-
II.. Vol. chres
JUIN 1730. 1290
chres ; ufage qu'il croyoit avoir été pratiqué
à l'égard de Jefus - Chrift. C'eft fur
quoi nous ne conteftames point , & fur'
quoi , comme vous fçavez , divers Auteurs
ont écrit. L'Eglife Paroiffiale de
Vieux n'offre rien qui puiffe arrêter . Le
Curé eft à la nomination de l'Abbaye de
Fontenay..
De retour à Caen un pou tard , je fus
obligé de remettre au lendemain l'execution
de mon deffein. Outre plufieurs Lettres
de M. Foucault & de M.Galland , qui
m'inftruifoient affez fur les Antiquitez de
Vieux , j'avois un affez long. Narré fur le
même fujet , fait dans le tems même de la
découverte , par M. Bellin , Curé de Blainville
, habile homme , & Secretaire perperuel
de l'Academie de Caën , lequel
avoit eû bonne part à tout ce qui s'étoit
paffé là - deffus. C'étoit pour moi autant
& plus qu'il n'en falloit ; mais quand il
s'agit d'inftruire les autres fur des chofes
de cette nature , dont on n'a entendu
ler que confufément , on ne fçauroir prendre
trop de précaution pour fe faire bien
entendre , &pour ne rien dire que
vrai .
parde
Je crus donc qu'une petite conference
avec M. Bellin , que j'étois d'ailleurs bienaiſe
de revoir , acheveroit de jetter de la
clarté fur cette matiere , & qu'avec toutes
II. Vol.
ces
F300 MERCURE DE FRANCE
ces meſures je parviendrois à produire ens
fin une defcription exacte & claire desAntiquitez
de Vieux. Blainville n'eſt qu'à une
lieuë & demie de Caën , peu éloigné du
chemin qui mene à la Délivrande ,fameufe
Dévotion du Païs , au voisinage de la
mer, où l'on va de Caën en moins de deux
heures. Nous réfolumes d'aller droit à la
Délivrande & de revenir pár Blainville.
Nous partîmes de fort bon matin , parce
que j'étois bien aife de voir en paffant
l'Abbaye d'Ardennes qu'on trouve à une
petite lieuë de la Ville..
Cette Abbaye eft de l'Ordre de Prémontré
, & fondée au commencement du
douziéme fiecle. Un Difciple de S. Nortbert
, nommé Gilbert , en fut le premier-
Abbé , preſque dès l'origine de l'Ordre :
On ajoûte , que Philippe de Harcourt
Evêque de Bayeux , contemporain de ceɛ
Abbé , fit des biens confiderables à cette :
Maifon naiffante. C'étoit alors une vraie
folitude,à caufe des grands Bois dont elle :
étoit toute environnée , ce qui lui a fait
donner le nom d'Ardennes , de l'ancien
mot Gaulois Arden , qui fignifie foreft ,
nom qui s'eft confervé dans la grande fo--
reft des Ardennes , dans la Gaule Belgique,
& dans la plus grande foreft d'Angleter--
re: c'eft du moins le fentiment de M. a )
(a)Origines de Caën , ch. 22. på 3-125 .
11..Vol..
Huet :
JUIN. 1730. 1301
Huet ,qui à cette occafion & fur le même
fujet , releve une méprife de M. de la Roque
dans fon Hiftoire de la Maiſon de
Harcourt : cette Abbaye , où nous fûmes
fort bien reçûs , eft aujourd'hui un lieu
fort agreable , élevé. fur une petite coline,
avec des vûës charmantes . Les bâtimens en
font folides , commodes & fpacieux , & les
Religieux qui y demeurent joignent de la
politeffe à une grande édification : on y
aime auffi l'étude & l'application , convenable
à cet Etat.Ils nous apprirent qu'entre
quelques Abbez d'Ardennes , diftin
guez par leur érudition , on compte le fameux
Marguarin de la Bigne ; Auteur du
grand Ouvrage intitulé : La Bibliotheque
des Peres. Ce fçavant Homme , felon eux,
étoit de Vire , & doit être ajoûté aux Illuftres
de cette Ville , dont je vous ai par
lé dans ma derniere Lettre. M de la Baftie
eft aujourd'hui Abbé Commandataire.
d'Ardennes.
#
3:
Une large plaine qui ne fe termine qu'à
la mer , vers le Septentrion , nous conduifit
à laDélivrande, lieu celebre en Normandie
& dans les Provinces voisines
par le concours qu'une grande devotion
envers la fainte Vierge y attire de tous cô.
tez. Nous y entendîmes d'abord la Meffe,
& enfuite nous vîmes avec attention l'Eglife
qui eft fort jolie , extrêmement or
LL.Koh. née
1302 MERCURE DE FRANCE.
née , & très- bien deffervie par des Ecclefiaftiques
commis par M. l'Evêque de
Bayeux. Le Chapitre de la Cathedrale y
tient auffi un de fes Chanoines qui reçoit
les Offrandes , & dirige toutes chofes. Il
y a tout auprès un petit Seminaire conduit
par des Miffionnaires de la Congregation
de S. Lazare , dont nous vifitâmes
auffi P'Eglife & la Maiſon.
Nous apprîmes d'eux qu'on ne fçait
rien de bien affuré fur l'origine de l'Eglife
de la Délivrande , que quelques- uns font
remonter fans preuves à une haute Antiquité
; mais qu'on ne peut s'empêcher de
reconnoître que depuis un fort longtems
Dieu y eft particulierement fervi
& adoré , la Sainte Vierge honorée , & les
Fideles confolez & édifiez. Le vrai nom
moderne de ce lieu eft la Délivrande , duquel
, difent- ils , le Peuple ignorant à faiɛ
éelui de Délivrance : cependant Délivran
de eft un nom originairement Anglois : il
vient de Deale, qui en cette Langue fignifie
partie , portion de quelque chofe ; les
Normands difent Delle pour fignifier la
même chofe ; or les vieux titres portent
que la portion de terrain , ou la piece de
terre fur laquelle eft bâtie l'Eglife en
queftion , appartenoit au nommé Ivrand ,
ou Ivrande , & cette piece eft dénommée
Delle d'Ivrande , ou la piece de terre
AA II. Vol.
d'IJUIN.
1730. 1303
d'Ivrande : Rien ne paroît mieux dérivé ,
& il feroit difficile de trouver une meilleur
étymologie. Tout ce terrain eft de la
Paroiffe de Luc, à un quart de lieuë de -là ,
tirant vers la mer , & releve de l'Abbaye
de Fecamps, dont les Religieux font Pa
trons & Collateurs de la Cure.
Nous prenions congé de ces Meffieurs,
qui nous avoient offert obligeamment à
dîner , pour aller manger des huitres fur
le bord de la mer , & partir enfuite pour
Blainville , lorfque nous entendîmes un
grand bruit au dehors : ce bruit augmentoit
à mesure que nous fortions , & en
ayant demandé la cauſe au premier venu,
on nous dit que c'étoit une grande querelle
furvenue entre deux Etrangers, dont
on n'entendoit pas la Langue , qui s'échauffoit
beaucoup , & qui ne paroiffoit
ne devoir pas fi- tôt finir. Cela nous fit
avancer:mais il n'y avoit pas moyen d'approcher
: une nombreufe Populace envi
ronnoit les deux Champions , ils ne que
relloient point , mais autant valoit - il ,
car ils difputoient à outrance & fans ménager
les termes en Dialecticiens des plus
ferrez , ce qu'il nous étoit aifé d'entendre
de l'endroit où nous étions. La fingularité
du fait nous furprit , mais nous ne tar
dâmes pas d'être éclaircis ; car le Supe
ricus de la Maiſon ayant envoyé du mon-
II. Vola de
1304 MERCURE DE FRANCE
de pour impofer filence , & pour faire retirer
les Affiftans , nous vîmes fortir de la
foule les deux Conteftans fort échauffez &
tout enroüez , dont l'un, connu par mes
Compagnons de Voyage , étoit un bon
Hybernois , habitué à Caën ; l'autre étoit
un Pelerin Eſpagnol qui venoit du Mont
S. Michel . Le premier nous joignit fort
civilement , & ne nous quitta plus . Nous
les ramenâmes à Caen , & il nous conta
fon avanture, qui étoit telle.
•
Je fortois , nous dit-il , de cette Eglife
où j'ai coûtume de venir tous les Samedis
, quand j'ai rencontré ce Pelerin , lequel
après un leger falut m'a interrogé
affez brufquement en ces termes : Quoibous
ftoudouifti ? j'ai d'abord compris que
mon homme cherchoit noife , & qu'il
étoit frais émoulu des Ecoles . Vous fçavez
Meffieurs , que les Hibernois font un peu
Grecs fur l'article , & qu'en particulier
j'ai quelque petite réputation dans votre
Univerfité ; ainfi je n'ai point hefité à lui
répondre Studui Philofophia & etiam
Theologia. Il a fait là - deffus une exclamation
, puis tournant deux fois autour de
moi , il a debuté ainſi : Sentio te effe Thomiftam
, contra fic argumentor de Pramotione
Phifica, &m'a lâché tout de fuite un argument;
la difpute n'a gueres tardé à s'echauffer
& à nous attirer des Auditeurs , ou
II. Vol. plutôt
JUIN. 1730. 1305
plutôt des Spectateurs. Mon Adverfaire
n'eft rien moins que patient ; à chaque
négative que je lui donnois il fe trémouf
foit , & paroiffoit prêt à m'infulter ; enfin
, Meffieurs , la rumeur étoit à fon comble
lorsque vous nous avez entendu ; car
de la Prémotion Phyfique nous nous étions
jettés dans la diftinction des Attributs
& fur d'autres pareils points de pure Mé
taphyfique , lui foûtenant les fubtilités de
Scot, & moi , pour ne pas le faire mentir,
deffendant toujours les fentimens de l'autre
Ecole . Mais graces à la prudence de
M. le Superieur , la difpute a ceffé de la
maniere que vous l'avez vû , & graces à
votre courtoisie , j'efpere de me remettre
bientôt de la fatigue à laquelle je ne me
ferois jamais attendu , dans un lieu où j'étois
venu en partie pour me delaffer l'ef
prit.
Je vous avoue , Monfieur , que l'avanture
nous parut plaiſante ; nous en dejeunâmes
plus gayement. Après avoir vû
pêcher & avoir examiné plufieurs coquillages
fur les bords de la Mer , nous
remontâmes à Cheval pour nous rendre
à Blainville , où nous arrivâmes affez à
tems pour profiter d'un bon diner
que
M. Bellin , averti à mon inſçû par notre
Docteur , avoit préparé. Il s'étoit auffi
préparé lui-même en cherchant dans fes
II. Vol.
papiers
1306 MERCURE DE FRANCE
papiers & en rappellant dans fa memoire
tout ce qui pouvoit concerner les découvertes
de Vieux. Je fus , au refte , charmé
de revoir un ami de ce mérite , qui malgré
les années ne faifoit voir aucun changement
dans la folidité de fon efprit &
dans fes manieres polies & agréables .
Après le repas , le principal fujet de ma
vifite fut mis fur le tapis , & nous eumes
bientôt éclairci toutes choſes à cet égard ;
il me communiqua très obligeamment
tout ce qu'il avoit là- deffus , & me laiffa
emporter tout ce que je voulus. J'appris
de lui qu'à Blainville , comme à Vieux
on trouve de tems en tems des Médail
les & d'autres monumens de l'Antiquité
Romaine , dont il me promit de me donner
des preuves. Nous vîmes enfuite les
dehors du Village qui nous parurent fort
agréables , ce qui nous mena chez M.
D. L. L. qui a une fort jolie Maifon , &
poffede un Fiefdans le Marquifat de Blainville
; c'eft un homme de très bon commerce
, & qui fçait bien de bonnes choſes;
il me promit auffi une inftruction fur les
Antiquités trouvées dans ce Canton. La
Terre de Blainville appartient au Comte
de Rochechouart , frere du Duc de Mortemart
, lequel a époufé la fille de N Colbert
, Marquis de Blainville , troifiême
fils de Jean Baptifte Colbert , Miniſtre &
II. Vol. SecreJUIN.
1730 130 % -
Secretaire d'Etat , qui en avoit fait l'acquifition.
Blainville , au refte , n'eft pas un nom
donné à l'avanture; fi on en croit M.-Huet,
il renferme en lui une antiquité Gauloife ;
c'eſt Beleni Villa ; Apollon & Belenus
chez les Gaulois étoient la même Divinité .
Dans les vieux Titres , ajoûte ce Sçavant ,
le nom de ce Village eft Belainville ;
néanmoins dans plufieurs autres il eft nomme
Bléville , & dans la Charte de fondation
de l'Abbaye de Sainte Trinité de
Caen , Bledvilla , ce qui peut venir du
mot Bladum , qui dans la baffe Latinité
fignifie du bled , ainfi Bledville fignificroit
Village fertile en bled . Vous voyez ,
Monfieur , combien le nom d'un fimple
Village prend de formes differentes entre
les mains d'un habile homme. Il ne tint
à notre Hibernois que le nom même
de M. Bellin , Curé de Blainville , ne
devint miſterieux , & n'entrât pour quelque
chofe dans ces étimologies ..
pas
Au retour de notre petite promenade,
nous fûmes affez furpris de trouver dans
le Presbitere de la Delivrande le Pelerin
Efpagnol qui venoit d'arriver ; il fe jetta
aux pieds de M. le Curé , lui demandant
humblement fa benediction & l'hofpitalité
, ce qui lui fut accordé de bonne
grace , à condition qu'on ne difputeroit
II. Vol.
point ;
1308 MERCURE DE FRANCE
point ; là deffus , il vint embraffer fon
Antagoniſte , & nous fit civilité. Il produifit
enfuite fes papiers qui le firent
connoître pour Prêtre Espagnol & pour
Bachelier de la Faculté de Theologie d'Alcala
; il ajoûta qu'un vou folemnel l'avoit
conduit au Mont S. Michel , allant de Pro.
vince en Province & de Paroiffe en Paroiffe
, efperant s'en retourner de même
quand il auroit vû Caën .
Notre Medecin , homme fort jovial ,
lia avec lui converfation , & d'un ton affez
plaifant , ne fe montrant pas autrement
favorable à l'efprit de pelerinage ; le Bachelier
la foûtint encore plus plaifamment
entendant raillerie à merveilles , aux dépens
même de fa Nation dit de bons
mots avec efprit & de bonne grace , fans
oublier celui de l'Eſpagnol ( a ) aboyé de
près par des Chiens dans les Campagnes
de Bordeaux durant une forte gelée . La
converſation devint plus férieufe , quand
le rufé Pelerin , pour avoir fa revanche,
pouffa à fon tour notre Docteur fur la Phifique
, pour tomber , comme il fit , fur la
Medecine , dont il offrit de démontrer
( a ) Cet Espagnol voulant fe défaire des
Chiens à coups de pierres ne peut jamais en
détacher une fenle , à cause de la gelée ; fur
quoi il s'écria Maledicha la tierra en la quale
Jos perros fon deligados i las piedras ligadas.
II. Vol.
l'incerJUI
N. 1730.
1309
l'incertitude & l'illufion , ajoûtant que les
PhyficiensFrançois n'étoient que lesEchos
des Efpagnols ; témoin , dit - il , votre Delcartes
qui a bâti tout fon ſyſtême de l'ame
des Bêtes, fur celui de notre Gomelius Pereira
b lequel long- tems avant la naiffance
du Philofophe François , a foutenu que les
bêtes n'ont point de fentiment , & font
de pures Machines. Le bon Curé qui avoit
interdit toute difpute ne parut pas trop
fâché de voir embarquer celle- ci , elle
étoit propre à nous faire coucher à Blainville
, comme il le fouhaitoit ; mais je
rompis les chiens à propos ; notre Docteur
fe tira d'embarras comme il pût ; le
Bachelier crût avoir triomphé , & nous
crûmes , en remontant à cheval , après
avoir bien embraffé notre Hôte , avoir
bien employé cette journée , qui fe termina
par notre retour à Caën .
Lelendemain je gardai la maiſon toute
la journée , pour dreffer fur toutes mes
Inftructions une Relation exacte des Recherches
& des Découvertes faites à Vieux
du tems de M. Foucault ; ce fera la matiere
de la premiere Lettre que je vous
écrirai , & j'efpere que votre curioſité en
fera fatisfaite. Je fuis , Monfieur & c .
( b ) G. Pereira , fameux Medecin du XIV:
fiecle , a foutenu cette Doctrine dans un Livro
imprimé en 1554.
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Résumé : SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
Le texte décrit un voyage à Vieux, un village près de Caen en Normandie, entrepris par l'auteur accompagné de son médecin et d'un autre curieux. Leur objectif est d'examiner les ruines et les découvertes archéologiques réalisées par M. Foucault. À leur arrivée, ils constatent que les vestiges antiques ont été en grande partie dissimulés par les propriétaires terriens pour permettre la reprise des cultures. M. de Vieux, seigneur du lieu, explique que les découvertes ont été comblées après les fouilles. M. de Vieux montre aux visiteurs divers objets antiques, tels que des tuyaux de brique, des tombeaux de pierre et des médailles. Il mentionne également une carrière de marbre rouge et une sculpture en relief représentant Jésus-Christ dans le tombeau. L'auteur visite ensuite l'abbaye d'Ardennes, fondée au XIIe siècle, et la Délivrande, un lieu de pèlerinage dédié à la Vierge Marie. Le texte se termine par une description de l'église de la Délivrande et de son séminaire. Parallèlement, le texte relate une dispute philosophique entre un Irlandais et un pèlerin espagnol près de l'église de la Délivrande. L'Irlandais, habitué de Caen, se rend à l'église lorsqu'il est abordé par le pèlerin espagnol, qui lui demande en latin s'il étudie la philosophie et la théologie. La discussion s'enflamme rapidement, attirant une foule de spectateurs. Les deux hommes débattent de sujets métaphysiques, tels que la promotion physique et les attributs divins, chacun défendant des écoles de pensée opposées. La dispute est interrompue par le supérieur de la maison, qui impose le silence. L'Irlandais rejoint ensuite les narrateurs, qui le ramènent à Caen. Il explique que la dispute a commencé par une question en latin sur ses études et a rapidement dégénéré en un débat philosophique intense. Plus tard, le groupe se rend à Blainville, où ils rencontrent M. Bellin, qui partage des informations sur les antiquités locales. Le pèlerin espagnol, arrivé entre-temps, demande l'hospitalité au curé de la Délivrande. Une conversation s'ensuit entre le pèlerin et le médecin du groupe, qui discutent de la médecine et de la philosophie. Le texte se termine par le retour des narrateurs à Caen, après une journée riche en échanges intellectuels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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53
p. 1429-1434
RÉJOUISSANCES faites à (a) Salonique par la Nation Françoise. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Début :
Je n'entreprends pas de vous exprimer avec quel excès de joye notre Nation apprit la [...]
Mots clefs :
Fête, Naissance du Dauphin, Jardin, Consul, Canon, Église
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texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites à (a) Salonique par la Nation Françoise. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
REJOUISSANCES faites à ( a )
Salonique par la Nation Françoife. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville.
J
E n'entreprends pas de vous exprimer avec
quel excès de joye notre Nation apprit la
grande nouvelle de la Naiffance de MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN ; je me contenterai de vous
faire en abregé un Récit ſimple & fidelle de toutes
les marques extérieures qu'elle en a données.
M. le Conful ayant reçu le 10 du mois de Novembre
dernier cette heureufe nouvelle , fit convoquer
une ailemblé générale de la Nation , laquelle
d'un fentiment unanime fut d'avis de faire
une Fête auffi brillante que la grandeur du fujet
le demandoit , & que la capacité des Gens du
Païs pourroit le permettre.
On donna autli -tôt les ordres néceffaires , mais
malgré la diligence dont on ufa, tout ne pût être
en état que le 27 du même mois.
La Fete commença ce même jour -là au lever
du Soleil , par un Salve de 150 Boetes , qu'on
tira dans la Cour de la Maifon Confulaire , aufquelles
on répondit par 200 coups de Canon , qui
furent tirez par les Batimens François qui fe
trouvoient dans cette Rade. Enfuite , tous les
Marchands François & les Capitaines fe rendirent
en Corps de Nation , le Député à leur tête ,
à la Maifon Confulaire, pour accompagner M. le
Conful à l'Eglife , où l'on devoit chanter le Te
Deum .
>
Le Conful étoit précedé de huit Janiffaires mitrez,&
portant leur long Bâton en main; de douze
Joueurs d'Inftrumens,de fix Drogmans Fran-
(a) C'est l'ancienne & celebre Ville de Thef-
Jalonique dans la Macedoine.
II. Vel. H pois
1430 MERCURE DE FRANCE
çois , & accompagné de tous les Marchands de
la Nation. Marchoient enfuite les Capitaines &
Officiers des Bâtimens , fuivis des Arafans &
Matelots François . Cette Marche fe fit avec beaucoup
d'ordre.
En arrivant à l'Eglife , le R. P. Tarillon , Su
périeur des Jefuites , vint recevoir le Conful à la
porte de la Cour , & le conduifit dans l'Eglife,
Lorfqu'on entonna le Te Deum , les cent icin
quante Boetes de la Maifon Confulaire , tirerent
pour la feconde fois , & furent fuivies de
tout le Canon des Bâtimens François. Le P. Su
perieur fit enfuite un Difcours fort éloquent.
Le Te Deum fut fuivi, à la fortie de l'Eglife , par
de grands cris de Vive le Roy. On reconduifig
M. le Conful dans fa Maifon , où il donna un
repas des plus fomptueux fur trois differentes
Tables.
- fix
La premiere Table , qui étoit de trente
Couverts , fut occupée par les Marchands de la
Nation , ayant le Conful à leur tête. La feconde
de quarante Couverts , fut occupée par les Capitaines
& Officiers des Bât mens ; & la troifiémo
Table , auffi de quarante couverts , fut occupée
par les Officiers de la Nation & par les Artifans
diſtinguez.
Après qu'on eut fervi le fruit qui étoit magnifique
, le Conful s'étant levé , il porta la fan.
té du Roy , à laquelle chacun fit raiſon par un
eris de Vive le Roy, qui fut réitéré plufieurs fois.
avec tant de force , qu'à peine pouvoit- on enten →
dre le bruit des Boetes & du Canon qu'on tiroit
en même temps. On but enfuite celle de la Reine,
de Monfeigneur le Dauphin & de toute la Fa
mille Royale , avec les Vivat , &c.
Les Gens du Pais qui n'avoient jamais rien v
de femblable,accouroient de toutes parts pour fa-
11. Vol.
tisfaire
JUIN. 2 1730. 1431
tisfaire leur curiofité , & pour participer à notre
joye. Les Buvcurs venoient en foule fe défalterer
auprès d'une Fontaine de Vin , qui coula depuis
le matin jufqu'à huit heures du foir dans un
grand Baffin , fitué devant la Maiſon Confulaire.
Les femmes qui venoient en troupe & à qui la
bienfceance ne permet gueres de fe montrer icy
en public, prirent du Caffé , du Sorbet, &c . Elles
avoient auffi le plaifir de voir danfer & d'entendre
jouer les Inftrumens que le Bacha Comman
dant de ' a Province , avoit envoyés pour honorer
la Fête .
Il avoit auffi envoyé vingt Janiflaires de la
Garde , avec ordre de fe tenir aux Fortes de la
Maiſon Confulaire , pour éviter la confufion &
prévenir les défordres qui auroient på arriver
parmi la populace de diverfes nations , que la curiofité
attiroit de toutes parts .
On avoit dreffé une Tente à l'entrée de la Mai
fon , au pied du Pavillon , où l'on diftribuoit le
Caffé à tous ceux qui en demandoient. Il fuffit de
dire que pendant les trois jours que la Fête dura,
il en fut confemmé plus de treize mille Taffes.
Le Repas fini , on diftribua au peuple quantité
de Dragées & de Confitures feches qu'on
jetta des Fenêtres en abondance. L'avidité & la
confufion du Peuple firent tant de plaifir aux
Spectateurs , que le Conful pour la faire durer
plus long- tems,s'en fit un de faire diftribuer de la
même maniere , quantité de pieces de
Avant que d'entrer dans le détail de ce qui fe
pafla à f'entrée de la nuit , il eft neceffaire de
donner icy une idée des Décorations qu'on avoit
placées dans toutes les avenues & aux endroits
Tes plus expofez à la vûë du Peuple.
monnoyes.
Je commencerai par la grande Porte de la ruë ¡
II. Vol. Hij Aus
1432 MERCURE DE FRANCE .
au-devant de laquelle étoit un beau Portique, or
né de verdure & entrelaffé de Banderolles, parfehées
de fleurs de Lys & de Dauphins couronnez,
d'où l'on voyoit en face une Piramide élevée ,
dans le milieude la grande allée, de la hauteur dé
foixante pieds , fur un Arc de Triomphe qui og
cupoit toute la largeur de l'Allée , garnie à droite
& à gauche de Laurier & de Myrthe , avec des
Banderolles femblables à celle du Portique , fur
lefquelles il y avoit alternativement une Fleur de
Lys & un Dauphin couronné. On avoit placé audeffus
de l'Arc de Triomphe un grand Tablcay
qui reprefentoit un Ange,de grandeur naturelie ,
& adoffé à la Piramide , lequel tenoit fufpendu
de la main droite , l'Ecu des armes du Roy , &
de la gauche , celics de la Reine que l'Ange cou
vroit également de fes aîles. Il y avoit au bas une
Corae d'abondance , d'où fortoit plufieurs Fleurs
& differens fruits , avec un Dauphin couronné ,
qui s'élevoit audeffus , & fur le fommet de la
Piramide on voyoit une Renommée.
Les Armes de France étoient élevées fur la
grande Porte d'entrée de la Maifon Confulaire ,
regardant celles du Dauphin placées à l'oppofite
fur des Arceaux de Verdure qui regnoient en
forme de Fer à Cheval autour du Baffin où étoit
la Fontaine de vin , dont on a parlé. Sur les
bords du Baffin on avoit mis de diftance en diftance
de grands Vafes , liez les uns aux autres
par des Feitons de verdure , & chaque Vafe portoit
un grand Chandelier à trois rangs , qui devoit
fervir à l'illumination . Dans la partie du
Jardin qui eft derriere la Maiſon du Ĉənful , il
y a deux grandes allées qui fe croifent dans le
milieu , lequelles étoient bordées de quantité
d'Arceaux de verdure, de la hauteur de dix pieds ,
fe fuccedant les uns aux autres juſqu'au fond du
Al. Vel.
Jardin
JUIN. 1730. 1433
Jardin , fur lefquels regnoit une espece de Corniche
pour porter les Cobelets pour l'illumina
tion. Ôn avoit auffi pofé fur les quatre Angles
des Arceaux de verdure qui formoient la croifée
des deux allées , quatre grandes Girandoles qui
s'élevoient au- deffus d'environ fix pieds ; & dans
un des quarrés du Jardin on avoit dreffé un
grand Feu de joye , fur le haut duquel s'élevoient
Ies Armes du Roy ; mais on ne jugea pas àà propos
d'allumer ce Feu de joye , crainte que ld
vent ne portât les étincelles fur les Maifons
voifines , toutes bâties de bois.
Cette premiere & magnifique journée fut termiuée
comme elle avoit commencé , par une
grande Salve de Canon , de Boetes & de toute
Artilerie des Bâtimens François. Auffi- tôr
après on commença les Illuminations avec tant
de diligence qu'en moins d'une demie heure , le
comble de la Maifon Confulaire , la Piramide
les Allées , & generalement tous les Murs qui
forment l'enceinte de ce vafte Enclos , furent
éclairez d'une clarté fi brillante , qu'elie ramena
le jour , malgré l'obfcurité de la nuit.
Cette illumination étoit compofée de plus de
euf mille Gobelers ,fur lefquels étoient repréfentées
des Figurs de Lys, des Dauphins couronnez
, &c. & ils furent renouvellez pendant trois
foirs confécutifs . On fit en même tems arborer
un Pavillon tout enflammé,compofé de quantité
de petits Fanaux , fufpendus en l'air par une infinité
de Cordes tres -fines , qu'on ne pouvoit ap
percevoir que de fort près.
Les Capitaines François à qui on avoit fait di
ftribuerunegrande quantité de Bougies & de Go
belets , voulurent auffi donner des marques de
feur joye , en faifant illuminer leurs Vaiffeaux .
Ils y travaillerent tous avec ardeur, & ils eurent
II. Vol Hiij. tous
1434 MERCURE DE FRANCE
tous le même fuccès . C'étoient des Bâtimens tout
en feu , qui par la multitude des lumieres dont
ils brilloient , & par l'arrangement avec lequel
elles étoient diftribuées , produifoient un effet
enchanté, ce qui fut encore relevé par une infinité
de Fufées volantes , qui s'élevant à travers
cette clarté, alloient à la rencontre de celles qu'on
jettoit de la Maifon Confulaire.
Tout ce charmant Spectacle fe découvroit de
la Ville , & faifoit l'admiration de tout le monde,
& principalement des Turcs qui en habitent la
hauteur , bâtie en amphithéatre."
Cependant tout le monde fut charmé de la
magnificence avec laquelle on avoit paré la grande
Sale où fe donna le Bal; elle étoit tendue d'une
riche Tapifferie , éclairée de plufieurs Luftres de-
Criftal & de quantité de Girandoles, de Bras ,& c;
On prefenta , fans diftinction , pendant tout le
temps du Bal , tous les rafraichiffemens qu'on
pouvoit défirer dans cette faifon. Il dura jufqu'à
deux heures du matin que chacun le retira , mais
ce ne fut que pour recommencer bien- tôt après ;
les Démonftrations de joye qui avoient duré pendant
cette premiere journée , & qu'on continua
encore pendant deux autres jours , avec autant
d'éclat & de magnificence qu'on en avoit fait
paroître le premier jour de la Fête.
Salonique par la Nation Françoife. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville.
J
E n'entreprends pas de vous exprimer avec
quel excès de joye notre Nation apprit la
grande nouvelle de la Naiffance de MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN ; je me contenterai de vous
faire en abregé un Récit ſimple & fidelle de toutes
les marques extérieures qu'elle en a données.
M. le Conful ayant reçu le 10 du mois de Novembre
dernier cette heureufe nouvelle , fit convoquer
une ailemblé générale de la Nation , laquelle
d'un fentiment unanime fut d'avis de faire
une Fête auffi brillante que la grandeur du fujet
le demandoit , & que la capacité des Gens du
Païs pourroit le permettre.
On donna autli -tôt les ordres néceffaires , mais
malgré la diligence dont on ufa, tout ne pût être
en état que le 27 du même mois.
La Fete commença ce même jour -là au lever
du Soleil , par un Salve de 150 Boetes , qu'on
tira dans la Cour de la Maifon Confulaire , aufquelles
on répondit par 200 coups de Canon , qui
furent tirez par les Batimens François qui fe
trouvoient dans cette Rade. Enfuite , tous les
Marchands François & les Capitaines fe rendirent
en Corps de Nation , le Député à leur tête ,
à la Maifon Confulaire, pour accompagner M. le
Conful à l'Eglife , où l'on devoit chanter le Te
Deum .
>
Le Conful étoit précedé de huit Janiffaires mitrez,&
portant leur long Bâton en main; de douze
Joueurs d'Inftrumens,de fix Drogmans Fran-
(a) C'est l'ancienne & celebre Ville de Thef-
Jalonique dans la Macedoine.
II. Vel. H pois
1430 MERCURE DE FRANCE
çois , & accompagné de tous les Marchands de
la Nation. Marchoient enfuite les Capitaines &
Officiers des Bâtimens , fuivis des Arafans &
Matelots François . Cette Marche fe fit avec beaucoup
d'ordre.
En arrivant à l'Eglife , le R. P. Tarillon , Su
périeur des Jefuites , vint recevoir le Conful à la
porte de la Cour , & le conduifit dans l'Eglife,
Lorfqu'on entonna le Te Deum , les cent icin
quante Boetes de la Maifon Confulaire , tirerent
pour la feconde fois , & furent fuivies de
tout le Canon des Bâtimens François. Le P. Su
perieur fit enfuite un Difcours fort éloquent.
Le Te Deum fut fuivi, à la fortie de l'Eglife , par
de grands cris de Vive le Roy. On reconduifig
M. le Conful dans fa Maifon , où il donna un
repas des plus fomptueux fur trois differentes
Tables.
- fix
La premiere Table , qui étoit de trente
Couverts , fut occupée par les Marchands de la
Nation , ayant le Conful à leur tête. La feconde
de quarante Couverts , fut occupée par les Capitaines
& Officiers des Bât mens ; & la troifiémo
Table , auffi de quarante couverts , fut occupée
par les Officiers de la Nation & par les Artifans
diſtinguez.
Après qu'on eut fervi le fruit qui étoit magnifique
, le Conful s'étant levé , il porta la fan.
té du Roy , à laquelle chacun fit raiſon par un
eris de Vive le Roy, qui fut réitéré plufieurs fois.
avec tant de force , qu'à peine pouvoit- on enten →
dre le bruit des Boetes & du Canon qu'on tiroit
en même temps. On but enfuite celle de la Reine,
de Monfeigneur le Dauphin & de toute la Fa
mille Royale , avec les Vivat , &c.
Les Gens du Pais qui n'avoient jamais rien v
de femblable,accouroient de toutes parts pour fa-
11. Vol.
tisfaire
JUIN. 2 1730. 1431
tisfaire leur curiofité , & pour participer à notre
joye. Les Buvcurs venoient en foule fe défalterer
auprès d'une Fontaine de Vin , qui coula depuis
le matin jufqu'à huit heures du foir dans un
grand Baffin , fitué devant la Maiſon Confulaire.
Les femmes qui venoient en troupe & à qui la
bienfceance ne permet gueres de fe montrer icy
en public, prirent du Caffé , du Sorbet, &c . Elles
avoient auffi le plaifir de voir danfer & d'entendre
jouer les Inftrumens que le Bacha Comman
dant de ' a Province , avoit envoyés pour honorer
la Fête .
Il avoit auffi envoyé vingt Janiflaires de la
Garde , avec ordre de fe tenir aux Fortes de la
Maiſon Confulaire , pour éviter la confufion &
prévenir les défordres qui auroient på arriver
parmi la populace de diverfes nations , que la curiofité
attiroit de toutes parts .
On avoit dreffé une Tente à l'entrée de la Mai
fon , au pied du Pavillon , où l'on diftribuoit le
Caffé à tous ceux qui en demandoient. Il fuffit de
dire que pendant les trois jours que la Fête dura,
il en fut confemmé plus de treize mille Taffes.
Le Repas fini , on diftribua au peuple quantité
de Dragées & de Confitures feches qu'on
jetta des Fenêtres en abondance. L'avidité & la
confufion du Peuple firent tant de plaifir aux
Spectateurs , que le Conful pour la faire durer
plus long- tems,s'en fit un de faire diftribuer de la
même maniere , quantité de pieces de
Avant que d'entrer dans le détail de ce qui fe
pafla à f'entrée de la nuit , il eft neceffaire de
donner icy une idée des Décorations qu'on avoit
placées dans toutes les avenues & aux endroits
Tes plus expofez à la vûë du Peuple.
monnoyes.
Je commencerai par la grande Porte de la ruë ¡
II. Vol. Hij Aus
1432 MERCURE DE FRANCE .
au-devant de laquelle étoit un beau Portique, or
né de verdure & entrelaffé de Banderolles, parfehées
de fleurs de Lys & de Dauphins couronnez,
d'où l'on voyoit en face une Piramide élevée ,
dans le milieude la grande allée, de la hauteur dé
foixante pieds , fur un Arc de Triomphe qui og
cupoit toute la largeur de l'Allée , garnie à droite
& à gauche de Laurier & de Myrthe , avec des
Banderolles femblables à celle du Portique , fur
lefquelles il y avoit alternativement une Fleur de
Lys & un Dauphin couronné. On avoit placé audeffus
de l'Arc de Triomphe un grand Tablcay
qui reprefentoit un Ange,de grandeur naturelie ,
& adoffé à la Piramide , lequel tenoit fufpendu
de la main droite , l'Ecu des armes du Roy , &
de la gauche , celics de la Reine que l'Ange cou
vroit également de fes aîles. Il y avoit au bas une
Corae d'abondance , d'où fortoit plufieurs Fleurs
& differens fruits , avec un Dauphin couronné ,
qui s'élevoit audeffus , & fur le fommet de la
Piramide on voyoit une Renommée.
Les Armes de France étoient élevées fur la
grande Porte d'entrée de la Maifon Confulaire ,
regardant celles du Dauphin placées à l'oppofite
fur des Arceaux de Verdure qui regnoient en
forme de Fer à Cheval autour du Baffin où étoit
la Fontaine de vin , dont on a parlé. Sur les
bords du Baffin on avoit mis de diftance en diftance
de grands Vafes , liez les uns aux autres
par des Feitons de verdure , & chaque Vafe portoit
un grand Chandelier à trois rangs , qui devoit
fervir à l'illumination . Dans la partie du
Jardin qui eft derriere la Maiſon du Ĉənful , il
y a deux grandes allées qui fe croifent dans le
milieu , lequelles étoient bordées de quantité
d'Arceaux de verdure, de la hauteur de dix pieds ,
fe fuccedant les uns aux autres juſqu'au fond du
Al. Vel.
Jardin
JUIN. 1730. 1433
Jardin , fur lefquels regnoit une espece de Corniche
pour porter les Cobelets pour l'illumina
tion. Ôn avoit auffi pofé fur les quatre Angles
des Arceaux de verdure qui formoient la croifée
des deux allées , quatre grandes Girandoles qui
s'élevoient au- deffus d'environ fix pieds ; & dans
un des quarrés du Jardin on avoit dreffé un
grand Feu de joye , fur le haut duquel s'élevoient
Ies Armes du Roy ; mais on ne jugea pas àà propos
d'allumer ce Feu de joye , crainte que ld
vent ne portât les étincelles fur les Maifons
voifines , toutes bâties de bois.
Cette premiere & magnifique journée fut termiuée
comme elle avoit commencé , par une
grande Salve de Canon , de Boetes & de toute
Artilerie des Bâtimens François. Auffi- tôr
après on commença les Illuminations avec tant
de diligence qu'en moins d'une demie heure , le
comble de la Maifon Confulaire , la Piramide
les Allées , & generalement tous les Murs qui
forment l'enceinte de ce vafte Enclos , furent
éclairez d'une clarté fi brillante , qu'elie ramena
le jour , malgré l'obfcurité de la nuit.
Cette illumination étoit compofée de plus de
euf mille Gobelers ,fur lefquels étoient repréfentées
des Figurs de Lys, des Dauphins couronnez
, &c. & ils furent renouvellez pendant trois
foirs confécutifs . On fit en même tems arborer
un Pavillon tout enflammé,compofé de quantité
de petits Fanaux , fufpendus en l'air par une infinité
de Cordes tres -fines , qu'on ne pouvoit ap
percevoir que de fort près.
Les Capitaines François à qui on avoit fait di
ftribuerunegrande quantité de Bougies & de Go
belets , voulurent auffi donner des marques de
feur joye , en faifant illuminer leurs Vaiffeaux .
Ils y travaillerent tous avec ardeur, & ils eurent
II. Vol Hiij. tous
1434 MERCURE DE FRANCE
tous le même fuccès . C'étoient des Bâtimens tout
en feu , qui par la multitude des lumieres dont
ils brilloient , & par l'arrangement avec lequel
elles étoient diftribuées , produifoient un effet
enchanté, ce qui fut encore relevé par une infinité
de Fufées volantes , qui s'élevant à travers
cette clarté, alloient à la rencontre de celles qu'on
jettoit de la Maifon Confulaire.
Tout ce charmant Spectacle fe découvroit de
la Ville , & faifoit l'admiration de tout le monde,
& principalement des Turcs qui en habitent la
hauteur , bâtie en amphithéatre."
Cependant tout le monde fut charmé de la
magnificence avec laquelle on avoit paré la grande
Sale où fe donna le Bal; elle étoit tendue d'une
riche Tapifferie , éclairée de plufieurs Luftres de-
Criftal & de quantité de Girandoles, de Bras ,& c;
On prefenta , fans diftinction , pendant tout le
temps du Bal , tous les rafraichiffemens qu'on
pouvoit défirer dans cette faifon. Il dura jufqu'à
deux heures du matin que chacun le retira , mais
ce ne fut que pour recommencer bien- tôt après ;
les Démonftrations de joye qui avoient duré pendant
cette premiere journée , & qu'on continua
encore pendant deux autres jours , avec autant
d'éclat & de magnificence qu'on en avoit fait
paroître le premier jour de la Fête.
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Résumé : RÉJOUISSANCES faites à (a) Salonique par la Nation Françoise. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Le texte décrit les célébrations organisées par la Nation Française à Salonique (Thessalonique) à l'annonce de la naissance du Dauphin. Le 10 novembre, le consul reçut la nouvelle et convoqua une assemblée générale pour préparer une fête. Malgré les préparatifs rapides, les réjouissances débutèrent le 27 novembre avec un salut de 150 coups de fusil et 200 coups de canon tirés par les navires français. Les marchands, capitaines et officiers français se rendirent à l'église pour chanter le Te Deum, précédés par des janissaires, musiciens et drogmans. Le consul, accueilli par le supérieur des Jésuites, fut suivi par une procession ordonnée. Après le Te Deum, des cris de 'Vive le Roy' retentirent, suivis d'un repas somptueux avec trois tables distinctes pour les marchands, les capitaines et les artisans. Des toasts furent portés à la famille royale, accompagnés de salves de canon et de fusillades. La population locale, curieuse et joyeuse, se rassembla pour participer aux festivités. Une fontaine de vin fut installée, et des rafraîchissements furent offerts aux femmes. Des janissaires furent déployés pour maintenir l'ordre. Des décorations, incluant un portique, une pyramide et des banderoles, furent érigées. La nuit, une illumination spectaculaire éclaira la maison consulaire et les navires français, accompagnée de feux d'artifice. Les festivités se poursuivirent pendant trois jours, avec des illuminations renouvelées chaque soir et un bal somptueux dans la grande salle tendue de tapisseries riches et éclairée par des lustres et girandoles. Les réjouissances se terminèrent par des démonstrations de joie continuées avec le même éclat pendant deux jours supplémentaires.
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54
p. 1465-1477
TRÉS-HUMBLES SUPPLICATIONS presentées au Roi par la Faculté de Theologie de Paris, au sujet d'un Arrêt rendu par le Parlement, le 17 Mai 1730. & la Lettre de M. le Comte de Maurepas, Secretaire d'Etat, écrite en réponse par ordre de sa Majesté.
Début :
SIRE, La Faculté de Theologie de Paris, qui ne devroit approcher du Trône de VOTRE [...]
Mots clefs :
Faculté de théologie, Majesté, Roi, Parlement, Arrêt, Église, Doctrine, Thèse, Syndic
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRÉS-HUMBLES SUPPLICATIONS presentées au Roi par la Faculté de Theologie de Paris, au sujet d'un Arrêt rendu par le Parlement, le 17 Mai 1730. & la Lettre de M. le Comte de Maurepas, Secretaire d'Etat, écrite en réponse par ordre de sa Majesté.
TRE'S-HUMBLES SUPPLICATIONS
preſentées au Roi
par la Faculté de Theo
logie de Paris , au fujet d'un Arrêt rendu
par le Parlement , le 17 Mai 1730. & là
Lettre de M. le Comte de Maurepas , Se
cretaire d'Etat , écrite en réponſe par or
dre de fa Majefté.
SIRE,
La Faculté de Theologie de Paris , qui
ne devroitapprocher du Trône de VOTRE
MAJESTE , que pour lui témoigner avec
le plus profond refpect la jufte reconnoiffance
, dont elle eft penetrée pour les faveurs,
dont vous venez encore recemment
de la combler , fe trouve dans la dure-neceffité
de mêler aujourd'hui à ces fentimens
ceux d'une trifteffe auffi amere qu'-
elle lui paroît bien fondée .
Pourroit - elle s'empêcher d'être vivement
touchée à la vûe de l'Arrêt que lë
Parlement vient de rendre contre une
Thefe foutenue par le Sieur Haffett , Licentié
en Theologie , le & Mai dernier ??
Elle fçait qu'on y a relevé quelques termes
dont on pourroit abuſer des con-
2
par
II. Vol
fequences
1466 MERCURE DE FRANCE
fequences non avoüées , ou plutôt vifiblement
contraires à l'intention de l'Auteur,
qui , bien loin d'avoir avancé , ou même
infinué dans fa Thefe qu'un Confeffeur
doit interroger tous fes Penitens fur leur
foumiffion aux décifions de l'Eglife , * n'a
parlé que de ceux , qui les attaqueroient ,
ou qui y réfifteroient avec opiniâtreté , &
qui en avoüant leurs fautes paffées , ne
donneroient point de marques certaines
& non équivoques de leur repentir.
Mais quand les termes de la Thefe n'en
marqueroient pas auffi clairement le veritable
efprit , la Faculté de Theologie ne
pourroit fe difpenfer de reprefenter à V.
M. qu'il s'agiffoit en cette occafion d'une
matiere purement fpirituelle , dont un
Parlement auffi éclairé que celui de Paris
ne croit pas , fans doute , pouvoir prendre
connoiffance.
C'eft ce qu'il reconnut folemnellement
en l'année 1663. lorfque par la bouche
d'un des plus illuftres Chefs qu'il ait jamais
eû , il déclara aux Députés de la Faculté
de Theologie » qu'il étoit bien éloi-
* Dogmaticas Ecclefia docentis ... definitiomes
pertinaciter impugnando , vel iifdem refiftendo.
Nulla vel dubia refipifcentia dant indicia
Col. S.
Ecclefia judicio privatum fuum anteferunt
fenfum . Col. 6.
II. Vol.
gné
JUIN 1730. 1467
gné de vouloir s'attribuer le pouvoir de
» rendre un Jugement doctrinal fur des
matieres Theologiques , & qu'au con-
" traire , s'il furvenoit quelque doute à cer
égard , le Parlement ordonneroit que
→ l'on confultât la Faculté , dont il defiroit
que les droits fuffent confervés dans
toute leur pureté & leur integrité. A
» quoi il ajouta , que la Compagnie n'em-
» ployoit l'autorité du Roi que pour dé-
» fendre , dans les vues d'un fage Gouver-
» nement , l'ufage des Propofitions , qui
→→ par le fens qu'on pourroit leur donner ,
leroient contraires à l'adminiſtration ou
» à la police exterieure & generale de l'Eglife
, dont le foin fait une partie principale
de ce qui appartient à la Royauté.
La Faculté eft bien perfuadée que le
Parlement fuivra toujours des principes
fi dignes de fa fageffe ; mais c'eft par cette
raifon même qu'elle a été auffi furpriſe
qu'affligée de voir , qu'à l'occafion d'une
matiere toute fpirituelle , comme elle vient
´de le dire , & qui n'a rien de commun ni
avec les droits de la Couronne , ni avec les
Libertez de l'Eglife Gallicane , le Farlement
ait rendu un Arrêt par lequel fans
défigner aucunes des Propofitions qui lui
avoient déplu dans la Theſe , dont il s'agit
, Il a fait défenfes à tous Bacheliers , Licenties
, Docteurs & autres , defoutenirdes
II. Vol.
Propo1468
MERCURE DE FRANCE
Propofitions contraires à l'ancienne Doctrine
de l'Eglife , aux Saints Canons aux Decrets
des Conciles Generaux , aux Libertez
de l'Eglife Gallicane , aux Maximes &
Ordonnances du Royaume , aux clauſes &
conditions portées par l'Arrêt d'enregistrement
des Lettres Patentes de 1714. & notammentfur
lapropofition 91. & aux Déclarations
du 4 Août 1663. & Edit du mois de
Mars 1682. fur l'autorité du Pape , la fuperiorité
des Conciles Generaux , & autres
matieres contenues en ladite Thefe , qui pourroient
tendre à fchifmes & troubler la tran
quillité publique , à peine d'être procedé con
tre les contrevenans , ainfi qu'il appartiendra.
A quoi l'on ajoute des injonctions faites
au Syndic , & la précaution d'ordonner
que l'Arrêt fera fignifié , non-feulement
au Syndic ,, mais au . Doyen même de la
Faculté.
Elle voudroit pouvoir fe diffimuler à
elle-même , que par- là toutes les difpofitions
de cet Arrêt deviennent une espece
de note flétriffante qui tombe fur le Corps
entier de la Faculté , comme fi elle pouvoit
être foupçonnée de relâchement , &
même de prévarication fur des matieres fi
importantes : foupçon qui lui eft d'autant
plus fenfible , qu'il paroîtra autorifé ent
quelque maniere par une Compagnie ref
pectable , qui a toujours honoré la Fa-
II. Vol. culté
JUI N. 1730. 1469
culté d'une confiance particuliere , & qui
a rendu fi fouvent témoignage au zele de
cette Faculté pour la confervation de l'ancienne
doctrine du Royaume.
( a ) Si l'on examine même avec la plus
grande rigueur , la Thefe dont il s'agit
on n'y découvrira rien qui puiffe donner
la moindre atteinte à cette doctrine . Au
contraire on y en trouvera les principes
les plus effentiels fur tous les points , qui
ont quelque rapport avec les matieres de
la Thefe. On y reconnoîtra cette même
doctrine que la Faculté a enfeignée dans
tous les tems , & dont en 1663. elle dreffa
des Articles que Louis XIV.votre augufte
Bilayeul autorifa par une Déclaration où
( a ) Qui Apoftolis fuccefferunt , Ecclefia
Paftores , Epifcopi , fummâ perinde & infallibili
omnes docendi gentes authoritate
Chrifto data firmati Colom. 2 .
In Romano Pontifice , & Corpore Epifcopo
rum collata eft à Chrifto arx authoritatis &
cathedra veritatis . Ibid.
Sicut Concilia Oecumenica convocare , fic &
eorumdem ... neceffitatem determinare . . est
Summi Pontificis , vel Corporis Epifcoporum.
Colomne. 5.
In quibus ( Conciliis Nationalibus & Provincialibus
) Epifcopi comprovincialis vel in
fide vel notoriè in moribus delinquentis caufa
agitur& definitur , falvo jure appellationis ad
S.. Pontificem. Colomne . 6.
II. Vol. il
1470 MERCURE DE FRANCE
il honore la Faculté des plus grands éloges.
*
On voit en plufieurs endroits de cette
Thefe & fur tout dans les textes qui font
ici au bas. #
1°. Une attention continuelle à ne
point féparer le Pape du Corps des Paſteurs
dans ce qui regarde l'infaillibilité.
2º. La neceffité des Conciles generaux
en certains cas reconnue expreffement par
l'auteur.
3. La détermination de ces cas par.
l'autorité de l'Eglife attribuée au Pape ,
ou au Corps des Evêques.
4°. Les maximes de la France fur les
jugemens canoniques des Evêques accufes,
ouvertement foutenues.
Enfin perfonne n'ignore la conformité de
ces fentimens avec la doctrine du Royaume
& leur oppofition aux opinions contraires.
Par quel endroit une Thefe qui porte
ces caracteres a-t - elle pû être reprefentée
comme unobjet de fcandale & de mépris ,
La Faculté de Theologie de notre bonne
Ville de Paris , qui depuis fon établiſſement a
été le plus ferme appui de la Religion & de la
faine doctrine dans notre Royaume , & qui a
toujours fait profeffion de s'oppofer fortement à
ceux qui ont voulu en alterer la pureté , ayant
reconnu , &c. Declaration du Roi du 4. Août
1663.
II. Vol. &
JUIN. 1730. 1471
& paroître mériter la flétriffure & les précautions
humiliantes pour la Faculté , qui
font renfermées dans l'Arrêt duParlement?
Eft- ce par ce que l'Auteur a dit fur la
Propofition 91. condamnée par la Bulle
Unigenitus ? mais a- t'il eu tort de prétendre
que cette Propofition a été bien condamnée
, parce qu'elle eft univerfelle , &
parceque l'Auteur des Refléxions Morales
en a fait une mauvaise application ? Si
cela eft , ce tort lui eft commun avec les
Evêques de France , qui tous ont déclaré
que la Propofition étoit cenfurable par fa
genéralité même , qui ne met aucune difference
entre les devoirs fondés feulement
fur une Loi pofitive , & entre ceux qui
font de droit naturel & divin , foit par
l'abus que fon Auteur en a fait pour fou
tenir les erreurs qui affligent l'Eglife de
France depuis tant d'années.
Loin de penfer d'une autre maniere que
les Evêques de France fur la Propofition
91. la Faculté a toûjours été perfuadée
comme eux qu'on ne pouvoit avoir trop
d'attention pour prévenir les mauvaiſes
conféquences que des efprits mal inten
tionnés auroient peut - être voulu tirer
malicieuſement de la cenfure de cette
Propofition. Elle a applaudi au zele des
Parlemens du Royaume , & adheré de
tout fon coeur aux fages précautions qu'ils
II. Vol. ont
1472 MERCURE DE FRANCE
ont prifes dans cette occafion ; mais con
formément aux principes conftans des
Théologiens & des Canoniftes , elle a toû
jours regardé non feulement comme injuftes
, mais comme notoirement nulles
les Cenfures dont l'Autorité Ecclefiafti
que voudroit fe fervir pour donner atteinte
à l'obéiffance que les Sujets doivent
à leur Souverain. (a) C'eft ainfi qu'elle s'eft
toujours expliquée , comme il paroît par
un grand nombre de Thefes foutenues
fans interruption , & même tout recem
ment dans une du 20. Mai dernier , fignée
par le Syndic , imprimée & diftribuée
plufieurs jours avant l'Arrêt du Parlement
qui fait le fujet des plaintes de la Faculté,
quoiqu'elle n'ait été foûtenuë que depuis
cet Arrêt.
La Faculté n'ayant donc rien fait qui
puiffe préjudicier directement ni indirec
tement aux claufes ou conditions portées
par l'Arrêt d'enregistrement des Lettres
Patentes de 1714. & qui ne tende même
à les fuivre exactement , il eft bien triſte
de voir qu'on tourne en quelque maniere
ces précautions contre elle , comme fi
(a ) Excommunicationis poena homini catho
lico femper eft timenda , nifi fit notoriè nullay
qualis effet profecto ea omnis qua fubditos à debitâ
Regibus obedientiâ removeret.
Vefperie du St Terriffe , Colonne 6.
II.Vol. elle
JUIN. 1730. 1473
elle avoit befoin d'une efpece de moni
tion fur ce fujet.
Donner à l'Eglife par fa doctrine &
par fa conduite des preuves de fa parfaite
& fincere foumiffion , fignaler en même
tems fa fidelité & fon entiere obéiffance à
fon Roi , c'eft en quoi elle a toujours fait
confifter les principaux devoirs , & elle
les a toûjours regardés comme également
inviolables.
Attentive à faire obferver par tous fes
membres les loix faites pour la manu
tention des Libertés de l'Eglife de Fran
ce , elle ne permettra jamais qu'on y donne
la moindre atteinte ; mais elle s'oppofera
toûjours à ce qu'on s'en ferve , comme
on a fait dans ces tems malheureux ,
ou pour foutenir des erreurs condamnées ,
ou pour le maintenir dans une défobéiffance
ouverte aux jugemens de l'Eglife &
aux Déclarations de Votre Majesté.
que
Inftruite & accoûtumée à former fes
avis fur le langage de l'Ecriture & fur
celui de la Tradition , la Faculté enfeigne
& enfeignera toujours que les Rois font
établis de Dieu même dont ils tiennent
leur Sceptre & leur Couronne , & que la
Loi naturelle & divine oblige leurs Sujets
à l'obéiſſance & à la fidelité , fans qu'ils
en puiffent être jamais difpenfes fous
quelque prétexte que ce foit,
II. Vol. Elevée
1474 MERCURE DE FRANCE
&
Elevée dans l'Ecole de J. C. dont le
Royaume n'étoit pas de ce monde
qui s'eft foumis aux Princes de la Terre
pour nous apprendre à refpecter leur au
torité , la Faculté n'oubliera dans aucun
tems les leçons que ce divin Maître lui
a données. Elle enfeignera fans interruption
la doctrine qu'elle a reçûë de lui , &
que fes Apôtres ,fes Difciples & les premiers
Chrétiens lui ont apprife par leurs
écrits & par leurs exemples.
Ayant le bonheur d'être établie dans le
premier Royaume du monde , & fous
l'obéiffance du Fils aîné de l'Eglife , elle
réfiftera de toutes fes forces à ceux qui
oferoient tenter de donner même indirectement
à V. M. dans fon temporel aucun
autre fuperieur que Dieu feul.
( a ) Telle eft l'ancienne doctrine de la
Faculté , qui fe foûtient tous les jours
dans fes Ecoles. Il feroit facile de le juf
tifier par un nombre infini de Thefes qui
forment fur cer Article important une
( a ) C'eft la doctrine de la Facultéque le Roi
ne reconnoît & n'a d'autre fuperieur au temporel
que Dieu feul ; c'eft fon ancienne doctrine de laquelle
elle ne fe départira jamais.
C'eft la doctrine de la même Faculté que les
Sujets du Roi lui doivent tellement la fidélité &
l'obéiffance qu'ils n'en peuvent être difpenfés fous
quelque prétexte que ce foit. Articles
la Déclaration de la Faculté du 5.
2
ن م
3.
de
Mai 1663 .
It. Vol. tradition
JUIN. 1730. 1475
tradition conftante & non interrompuë ,
& qui font voir que fur ce fujet on ne
peut rien reprocher à la Faculté.
Elle fe flattoit d'avoir prévenu par ces
fentimens & par une conduite qui y répondoit
parfaitement des injonctions qui
lui ont paru d'autant plus deshonorantes
pour elle qu'elles étoient plus inutiles
, mais quelque jufte fujet qu'elle puiffe
avoir de s'en plaindre , elle refpecte trop
l'autorité dont elles partent & les principes
genéraux fur lefquels l'Arrêt du 17 ,
du mois dernier paroît fondé , pour vou
loir s'y oppofer , par rapport à l'application
qui en a été faite dans cette occa
fion , & que la Faculté ne croit
meritée.
pas avoir
Elle ne cherche donc ici qu'à fe juftifier
dans l'efprit du Public , & encore
plus dans celui de V. M. en la fuppliant,
Sire , de vouloir bien recevoir la Déclaration
qu'elle vient de faire de fes fentimens
, & de lui permettre de la faire imprimer
, après l'avoir inferée dans fes Regiftres
, afin qu'elle lui ferve de témoignage
dans le fiécle préfent , & de monument
dans la pofterité , pour faire voir
que dans tous les tems & fans aucune
interruption , elle a toujours été inviolablement
attachée aux maximes du Royaume,
aux droits de laCouronne, auxLibertés
>
II. Vol.
de l'Eglife
1476 MERCURE DE FRANCE
Eglife Gallicane , & à l'obfervation de
toutes les Ordonnances , Edits & Declations
publiées pour les maintenir. La Faculté
continuera fes voeux & prieres pour
la fanté & profperité de Votre Majeſté.
Lû en l'Affemblée generale de la Faculté
le premier Juin 1730. & en conféquence de
la déliberation faite à ce sujet , figné l'Af
Jemblée tenant ,
J. LEULLIER , Doyen.
DE ROMIGNY , Syndic.
Et plus bas , HERISSANT , Greffier.
LETTRE de M. le Comte de Maurepas
, Secretaire d'Etat , écrite par ordre
"du Roi , en réponſe aux très- humbles Supplications
de la Faculté de Théologie de
Paris. A Fontainebleau le 2. Juin 1730 .
L la
E Roi a reçû, Meffieurs , avec bonté,
les très humbles Supplications que
Faculté de Théologie lui a faites au fujet
d'un Arrêt rendu par le Parlement le 17.
Mai dernier , & Sa Majefté y a reconnu
avec plaifir cet atachement inviolable aux
droits de la Couronne , & aux Libertés
de l'Eglife Gallicane , dont votre Faculté
a donné en tant d'occafions l'exemple à
toutes les autres .Vous ne devez pas craindre
que cet Arrêt puiffe jamais porter aucun
préjudice , ni imprimer de flétriffure
II. Vol
JUIN 1730. 1477
à un Corps auffi éloigné que le vôtre , de
la mériter. Au furplus , Sa Majefté trouve
bon que la Faculté conferve 'dans fes
Regiftres les Supplications qu'elle lui a
fait préfenter , & qu'elle les faffe imprimer
, non comme une juftification dont
elle n'avoit pas befoin , mais comme une
nouvelle preuve de fon zele. pour
cienne doctrine de la France , zele qui
devient auffi une nouvelle raifon à Sa
Majefté pour l'honorer toûjours de plus
en plus de fa protection. Je fuis , Meffieurs
, très parfaitement à vous.
l'an-
Signe MAURE pas.
Et au dos eft écrit : A Meffieurs les Doyen
Syndic & Docteurs de la Faculté de Théologic
de Paris.
preſentées au Roi
par la Faculté de Theo
logie de Paris , au fujet d'un Arrêt rendu
par le Parlement , le 17 Mai 1730. & là
Lettre de M. le Comte de Maurepas , Se
cretaire d'Etat , écrite en réponſe par or
dre de fa Majefté.
SIRE,
La Faculté de Theologie de Paris , qui
ne devroitapprocher du Trône de VOTRE
MAJESTE , que pour lui témoigner avec
le plus profond refpect la jufte reconnoiffance
, dont elle eft penetrée pour les faveurs,
dont vous venez encore recemment
de la combler , fe trouve dans la dure-neceffité
de mêler aujourd'hui à ces fentimens
ceux d'une trifteffe auffi amere qu'-
elle lui paroît bien fondée .
Pourroit - elle s'empêcher d'être vivement
touchée à la vûe de l'Arrêt que lë
Parlement vient de rendre contre une
Thefe foutenue par le Sieur Haffett , Licentié
en Theologie , le & Mai dernier ??
Elle fçait qu'on y a relevé quelques termes
dont on pourroit abuſer des con-
2
par
II. Vol
fequences
1466 MERCURE DE FRANCE
fequences non avoüées , ou plutôt vifiblement
contraires à l'intention de l'Auteur,
qui , bien loin d'avoir avancé , ou même
infinué dans fa Thefe qu'un Confeffeur
doit interroger tous fes Penitens fur leur
foumiffion aux décifions de l'Eglife , * n'a
parlé que de ceux , qui les attaqueroient ,
ou qui y réfifteroient avec opiniâtreté , &
qui en avoüant leurs fautes paffées , ne
donneroient point de marques certaines
& non équivoques de leur repentir.
Mais quand les termes de la Thefe n'en
marqueroient pas auffi clairement le veritable
efprit , la Faculté de Theologie ne
pourroit fe difpenfer de reprefenter à V.
M. qu'il s'agiffoit en cette occafion d'une
matiere purement fpirituelle , dont un
Parlement auffi éclairé que celui de Paris
ne croit pas , fans doute , pouvoir prendre
connoiffance.
C'eft ce qu'il reconnut folemnellement
en l'année 1663. lorfque par la bouche
d'un des plus illuftres Chefs qu'il ait jamais
eû , il déclara aux Députés de la Faculté
de Theologie » qu'il étoit bien éloi-
* Dogmaticas Ecclefia docentis ... definitiomes
pertinaciter impugnando , vel iifdem refiftendo.
Nulla vel dubia refipifcentia dant indicia
Col. S.
Ecclefia judicio privatum fuum anteferunt
fenfum . Col. 6.
II. Vol.
gné
JUIN 1730. 1467
gné de vouloir s'attribuer le pouvoir de
» rendre un Jugement doctrinal fur des
matieres Theologiques , & qu'au con-
" traire , s'il furvenoit quelque doute à cer
égard , le Parlement ordonneroit que
→ l'on confultât la Faculté , dont il defiroit
que les droits fuffent confervés dans
toute leur pureté & leur integrité. A
» quoi il ajouta , que la Compagnie n'em-
» ployoit l'autorité du Roi que pour dé-
» fendre , dans les vues d'un fage Gouver-
» nement , l'ufage des Propofitions , qui
→→ par le fens qu'on pourroit leur donner ,
leroient contraires à l'adminiſtration ou
» à la police exterieure & generale de l'Eglife
, dont le foin fait une partie principale
de ce qui appartient à la Royauté.
La Faculté eft bien perfuadée que le
Parlement fuivra toujours des principes
fi dignes de fa fageffe ; mais c'eft par cette
raifon même qu'elle a été auffi furpriſe
qu'affligée de voir , qu'à l'occafion d'une
matiere toute fpirituelle , comme elle vient
´de le dire , & qui n'a rien de commun ni
avec les droits de la Couronne , ni avec les
Libertez de l'Eglife Gallicane , le Farlement
ait rendu un Arrêt par lequel fans
défigner aucunes des Propofitions qui lui
avoient déplu dans la Theſe , dont il s'agit
, Il a fait défenfes à tous Bacheliers , Licenties
, Docteurs & autres , defoutenirdes
II. Vol.
Propo1468
MERCURE DE FRANCE
Propofitions contraires à l'ancienne Doctrine
de l'Eglife , aux Saints Canons aux Decrets
des Conciles Generaux , aux Libertez
de l'Eglife Gallicane , aux Maximes &
Ordonnances du Royaume , aux clauſes &
conditions portées par l'Arrêt d'enregistrement
des Lettres Patentes de 1714. & notammentfur
lapropofition 91. & aux Déclarations
du 4 Août 1663. & Edit du mois de
Mars 1682. fur l'autorité du Pape , la fuperiorité
des Conciles Generaux , & autres
matieres contenues en ladite Thefe , qui pourroient
tendre à fchifmes & troubler la tran
quillité publique , à peine d'être procedé con
tre les contrevenans , ainfi qu'il appartiendra.
A quoi l'on ajoute des injonctions faites
au Syndic , & la précaution d'ordonner
que l'Arrêt fera fignifié , non-feulement
au Syndic ,, mais au . Doyen même de la
Faculté.
Elle voudroit pouvoir fe diffimuler à
elle-même , que par- là toutes les difpofitions
de cet Arrêt deviennent une espece
de note flétriffante qui tombe fur le Corps
entier de la Faculté , comme fi elle pouvoit
être foupçonnée de relâchement , &
même de prévarication fur des matieres fi
importantes : foupçon qui lui eft d'autant
plus fenfible , qu'il paroîtra autorifé ent
quelque maniere par une Compagnie ref
pectable , qui a toujours honoré la Fa-
II. Vol. culté
JUI N. 1730. 1469
culté d'une confiance particuliere , & qui
a rendu fi fouvent témoignage au zele de
cette Faculté pour la confervation de l'ancienne
doctrine du Royaume.
( a ) Si l'on examine même avec la plus
grande rigueur , la Thefe dont il s'agit
on n'y découvrira rien qui puiffe donner
la moindre atteinte à cette doctrine . Au
contraire on y en trouvera les principes
les plus effentiels fur tous les points , qui
ont quelque rapport avec les matieres de
la Thefe. On y reconnoîtra cette même
doctrine que la Faculté a enfeignée dans
tous les tems , & dont en 1663. elle dreffa
des Articles que Louis XIV.votre augufte
Bilayeul autorifa par une Déclaration où
( a ) Qui Apoftolis fuccefferunt , Ecclefia
Paftores , Epifcopi , fummâ perinde & infallibili
omnes docendi gentes authoritate
Chrifto data firmati Colom. 2 .
In Romano Pontifice , & Corpore Epifcopo
rum collata eft à Chrifto arx authoritatis &
cathedra veritatis . Ibid.
Sicut Concilia Oecumenica convocare , fic &
eorumdem ... neceffitatem determinare . . est
Summi Pontificis , vel Corporis Epifcoporum.
Colomne. 5.
In quibus ( Conciliis Nationalibus & Provincialibus
) Epifcopi comprovincialis vel in
fide vel notoriè in moribus delinquentis caufa
agitur& definitur , falvo jure appellationis ad
S.. Pontificem. Colomne . 6.
II. Vol. il
1470 MERCURE DE FRANCE
il honore la Faculté des plus grands éloges.
*
On voit en plufieurs endroits de cette
Thefe & fur tout dans les textes qui font
ici au bas. #
1°. Une attention continuelle à ne
point féparer le Pape du Corps des Paſteurs
dans ce qui regarde l'infaillibilité.
2º. La neceffité des Conciles generaux
en certains cas reconnue expreffement par
l'auteur.
3. La détermination de ces cas par.
l'autorité de l'Eglife attribuée au Pape ,
ou au Corps des Evêques.
4°. Les maximes de la France fur les
jugemens canoniques des Evêques accufes,
ouvertement foutenues.
Enfin perfonne n'ignore la conformité de
ces fentimens avec la doctrine du Royaume
& leur oppofition aux opinions contraires.
Par quel endroit une Thefe qui porte
ces caracteres a-t - elle pû être reprefentée
comme unobjet de fcandale & de mépris ,
La Faculté de Theologie de notre bonne
Ville de Paris , qui depuis fon établiſſement a
été le plus ferme appui de la Religion & de la
faine doctrine dans notre Royaume , & qui a
toujours fait profeffion de s'oppofer fortement à
ceux qui ont voulu en alterer la pureté , ayant
reconnu , &c. Declaration du Roi du 4. Août
1663.
II. Vol. &
JUIN. 1730. 1471
& paroître mériter la flétriffure & les précautions
humiliantes pour la Faculté , qui
font renfermées dans l'Arrêt duParlement?
Eft- ce par ce que l'Auteur a dit fur la
Propofition 91. condamnée par la Bulle
Unigenitus ? mais a- t'il eu tort de prétendre
que cette Propofition a été bien condamnée
, parce qu'elle eft univerfelle , &
parceque l'Auteur des Refléxions Morales
en a fait une mauvaise application ? Si
cela eft , ce tort lui eft commun avec les
Evêques de France , qui tous ont déclaré
que la Propofition étoit cenfurable par fa
genéralité même , qui ne met aucune difference
entre les devoirs fondés feulement
fur une Loi pofitive , & entre ceux qui
font de droit naturel & divin , foit par
l'abus que fon Auteur en a fait pour fou
tenir les erreurs qui affligent l'Eglife de
France depuis tant d'années.
Loin de penfer d'une autre maniere que
les Evêques de France fur la Propofition
91. la Faculté a toûjours été perfuadée
comme eux qu'on ne pouvoit avoir trop
d'attention pour prévenir les mauvaiſes
conféquences que des efprits mal inten
tionnés auroient peut - être voulu tirer
malicieuſement de la cenfure de cette
Propofition. Elle a applaudi au zele des
Parlemens du Royaume , & adheré de
tout fon coeur aux fages précautions qu'ils
II. Vol. ont
1472 MERCURE DE FRANCE
ont prifes dans cette occafion ; mais con
formément aux principes conftans des
Théologiens & des Canoniftes , elle a toû
jours regardé non feulement comme injuftes
, mais comme notoirement nulles
les Cenfures dont l'Autorité Ecclefiafti
que voudroit fe fervir pour donner atteinte
à l'obéiffance que les Sujets doivent
à leur Souverain. (a) C'eft ainfi qu'elle s'eft
toujours expliquée , comme il paroît par
un grand nombre de Thefes foutenues
fans interruption , & même tout recem
ment dans une du 20. Mai dernier , fignée
par le Syndic , imprimée & diftribuée
plufieurs jours avant l'Arrêt du Parlement
qui fait le fujet des plaintes de la Faculté,
quoiqu'elle n'ait été foûtenuë que depuis
cet Arrêt.
La Faculté n'ayant donc rien fait qui
puiffe préjudicier directement ni indirec
tement aux claufes ou conditions portées
par l'Arrêt d'enregistrement des Lettres
Patentes de 1714. & qui ne tende même
à les fuivre exactement , il eft bien triſte
de voir qu'on tourne en quelque maniere
ces précautions contre elle , comme fi
(a ) Excommunicationis poena homini catho
lico femper eft timenda , nifi fit notoriè nullay
qualis effet profecto ea omnis qua fubditos à debitâ
Regibus obedientiâ removeret.
Vefperie du St Terriffe , Colonne 6.
II.Vol. elle
JUIN. 1730. 1473
elle avoit befoin d'une efpece de moni
tion fur ce fujet.
Donner à l'Eglife par fa doctrine &
par fa conduite des preuves de fa parfaite
& fincere foumiffion , fignaler en même
tems fa fidelité & fon entiere obéiffance à
fon Roi , c'eft en quoi elle a toujours fait
confifter les principaux devoirs , & elle
les a toûjours regardés comme également
inviolables.
Attentive à faire obferver par tous fes
membres les loix faites pour la manu
tention des Libertés de l'Eglife de Fran
ce , elle ne permettra jamais qu'on y donne
la moindre atteinte ; mais elle s'oppofera
toûjours à ce qu'on s'en ferve , comme
on a fait dans ces tems malheureux ,
ou pour foutenir des erreurs condamnées ,
ou pour le maintenir dans une défobéiffance
ouverte aux jugemens de l'Eglife &
aux Déclarations de Votre Majesté.
que
Inftruite & accoûtumée à former fes
avis fur le langage de l'Ecriture & fur
celui de la Tradition , la Faculté enfeigne
& enfeignera toujours que les Rois font
établis de Dieu même dont ils tiennent
leur Sceptre & leur Couronne , & que la
Loi naturelle & divine oblige leurs Sujets
à l'obéiſſance & à la fidelité , fans qu'ils
en puiffent être jamais difpenfes fous
quelque prétexte que ce foit,
II. Vol. Elevée
1474 MERCURE DE FRANCE
&
Elevée dans l'Ecole de J. C. dont le
Royaume n'étoit pas de ce monde
qui s'eft foumis aux Princes de la Terre
pour nous apprendre à refpecter leur au
torité , la Faculté n'oubliera dans aucun
tems les leçons que ce divin Maître lui
a données. Elle enfeignera fans interruption
la doctrine qu'elle a reçûë de lui , &
que fes Apôtres ,fes Difciples & les premiers
Chrétiens lui ont apprife par leurs
écrits & par leurs exemples.
Ayant le bonheur d'être établie dans le
premier Royaume du monde , & fous
l'obéiffance du Fils aîné de l'Eglife , elle
réfiftera de toutes fes forces à ceux qui
oferoient tenter de donner même indirectement
à V. M. dans fon temporel aucun
autre fuperieur que Dieu feul.
( a ) Telle eft l'ancienne doctrine de la
Faculté , qui fe foûtient tous les jours
dans fes Ecoles. Il feroit facile de le juf
tifier par un nombre infini de Thefes qui
forment fur cer Article important une
( a ) C'eft la doctrine de la Facultéque le Roi
ne reconnoît & n'a d'autre fuperieur au temporel
que Dieu feul ; c'eft fon ancienne doctrine de laquelle
elle ne fe départira jamais.
C'eft la doctrine de la même Faculté que les
Sujets du Roi lui doivent tellement la fidélité &
l'obéiffance qu'ils n'en peuvent être difpenfés fous
quelque prétexte que ce foit. Articles
la Déclaration de la Faculté du 5.
2
ن م
3.
de
Mai 1663 .
It. Vol. tradition
JUIN. 1730. 1475
tradition conftante & non interrompuë ,
& qui font voir que fur ce fujet on ne
peut rien reprocher à la Faculté.
Elle fe flattoit d'avoir prévenu par ces
fentimens & par une conduite qui y répondoit
parfaitement des injonctions qui
lui ont paru d'autant plus deshonorantes
pour elle qu'elles étoient plus inutiles
, mais quelque jufte fujet qu'elle puiffe
avoir de s'en plaindre , elle refpecte trop
l'autorité dont elles partent & les principes
genéraux fur lefquels l'Arrêt du 17 ,
du mois dernier paroît fondé , pour vou
loir s'y oppofer , par rapport à l'application
qui en a été faite dans cette occa
fion , & que la Faculté ne croit
meritée.
pas avoir
Elle ne cherche donc ici qu'à fe juftifier
dans l'efprit du Public , & encore
plus dans celui de V. M. en la fuppliant,
Sire , de vouloir bien recevoir la Déclaration
qu'elle vient de faire de fes fentimens
, & de lui permettre de la faire imprimer
, après l'avoir inferée dans fes Regiftres
, afin qu'elle lui ferve de témoignage
dans le fiécle préfent , & de monument
dans la pofterité , pour faire voir
que dans tous les tems & fans aucune
interruption , elle a toujours été inviolablement
attachée aux maximes du Royaume,
aux droits de laCouronne, auxLibertés
>
II. Vol.
de l'Eglife
1476 MERCURE DE FRANCE
Eglife Gallicane , & à l'obfervation de
toutes les Ordonnances , Edits & Declations
publiées pour les maintenir. La Faculté
continuera fes voeux & prieres pour
la fanté & profperité de Votre Majeſté.
Lû en l'Affemblée generale de la Faculté
le premier Juin 1730. & en conféquence de
la déliberation faite à ce sujet , figné l'Af
Jemblée tenant ,
J. LEULLIER , Doyen.
DE ROMIGNY , Syndic.
Et plus bas , HERISSANT , Greffier.
LETTRE de M. le Comte de Maurepas
, Secretaire d'Etat , écrite par ordre
"du Roi , en réponſe aux très- humbles Supplications
de la Faculté de Théologie de
Paris. A Fontainebleau le 2. Juin 1730 .
L la
E Roi a reçû, Meffieurs , avec bonté,
les très humbles Supplications que
Faculté de Théologie lui a faites au fujet
d'un Arrêt rendu par le Parlement le 17.
Mai dernier , & Sa Majefté y a reconnu
avec plaifir cet atachement inviolable aux
droits de la Couronne , & aux Libertés
de l'Eglife Gallicane , dont votre Faculté
a donné en tant d'occafions l'exemple à
toutes les autres .Vous ne devez pas craindre
que cet Arrêt puiffe jamais porter aucun
préjudice , ni imprimer de flétriffure
II. Vol
JUIN 1730. 1477
à un Corps auffi éloigné que le vôtre , de
la mériter. Au furplus , Sa Majefté trouve
bon que la Faculté conferve 'dans fes
Regiftres les Supplications qu'elle lui a
fait préfenter , & qu'elle les faffe imprimer
, non comme une juftification dont
elle n'avoit pas befoin , mais comme une
nouvelle preuve de fon zele. pour
cienne doctrine de la France , zele qui
devient auffi une nouvelle raifon à Sa
Majefté pour l'honorer toûjours de plus
en plus de fa protection. Je fuis , Meffieurs
, très parfaitement à vous.
l'an-
Signe MAURE pas.
Et au dos eft écrit : A Meffieurs les Doyen
Syndic & Docteurs de la Faculté de Théologic
de Paris.
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Résumé : TRÉS-HUMBLES SUPPLICATIONS presentées au Roi par la Faculté de Theologie de Paris, au sujet d'un Arrêt rendu par le Parlement, le 17 Mai 1730. & la Lettre de M. le Comte de Maurepas, Secretaire d'Etat, écrite en réponse par ordre de sa Majesté.
En juin 1730, la Faculté de Théologie de Paris a adressé une supplique au roi pour contester un arrêt du Parlement du 17 mai 1730 concernant une thèse soutenue par le sieur Haffett. La Faculté exprime son amertume face à cet arrêt et conteste l'interprétation de la thèse. Elle affirme que l'auteur n'a pas soutenu que les confesseurs doivent interroger tous les pénitents sur leur soumission aux décisions de l'Église, mais seulement ceux qui les attaquent ou y résistent avec opiniâtreté. La Faculté rappelle que les matières théologiques relèvent de sa compétence et non du Parlement, citant un précédent de 1663 où le Parlement avait reconnu cette distinction. Elle déplore que l'arrêt du Parlement ait interdit la soutenance de propositions contraires à la doctrine de l'Église et aux libertés de l'Église gallicane, sans désigner les propositions spécifiques en cause. La Faculté affirme que la thèse en question est conforme à la doctrine traditionnelle et aux déclarations royales, notamment celle du 4 août 1663. Elle exprime son respect pour l'autorité royale et son opposition à toute atteinte aux libertés de l'Église de France. La Faculté conclut en réaffirmant sa fidélité au roi et son engagement à enseigner la doctrine conforme à la tradition et aux lois du royaume. En réponse, le roi, par l'intermédiaire du Comte de Maurepas, a reconnu l'attachement de la Faculté aux droits de la Couronne et aux libertés de l'Église gallicane. Il a approuvé la conservation et l'impression des supplications de la Faculté, non comme une justification nécessaire, mais comme une preuve supplémentaire de son zèle pour la doctrine française. Cette démarche est vue comme une raison pour le roi de continuer à protéger et honorer la Faculté.
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55
p. 1575-1576
Histoire de l'Eglise de Meaux, [titre d'après la table]
Début :
L'HISTOIRE DE L'EGLISE DE MEAUX, par Dom Toussaint du Plessis, [...]
Mots clefs :
Histoire de l'Église de Meaux, Histoire, Meaux, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de l'Eglise de Meaux, [titre d'après la table]
L'HISTOIRE DE L'EGLISE DE
MEAUX , par Dom Touffaint Du Plessis,
Benedictin de l'Abbaye de S. Germain
des Prez Auteur d'une Hiftoire de la
Ville & des Seigneurs de Couci , dont
nous avons rendu compte au Public , eft
actuellement fous la preffe , & fe débitera
chez Giffart , rue S. Jacques , au commencement
de l'année prochaine. Cet Ouvrage
entrepris fous les aufpices de S. E.
M. le Cardinal de Biffy , Abbé de Saint
Germain des Prez , doit contenir deux.
Volumes in 4°. Le premier renferme le
Corps de l'Hiftoire , avec des Differtations
E ij fur
1576 MERCURE DE FRANCE
fur quelques points difficiles qui demandent
d'être éclaircis , & divers Catalogues
des Evêques , Doyens , Generaux
d'Ordre , Abbés & Abbeffes de ce Diocéfe.
Le fecond Volume comprend les
Pieces juftificatives au nombre de près de
800. pour la plupart très - intereffantes ,
un Recueil complet des Statuts Synodaux
du Diocèfe depuis le 13. fiecle , & enfin
un Pouillié exact.
Le même Giffart acheve d'imprimer le
6. & dernier Volume de l'Edition de
Polybe , traduit par le R. P. Dom Vincent
Tuillier , avec les Commentaires de M. le
Chevalier de Folard.
MEAUX , par Dom Touffaint Du Plessis,
Benedictin de l'Abbaye de S. Germain
des Prez Auteur d'une Hiftoire de la
Ville & des Seigneurs de Couci , dont
nous avons rendu compte au Public , eft
actuellement fous la preffe , & fe débitera
chez Giffart , rue S. Jacques , au commencement
de l'année prochaine. Cet Ouvrage
entrepris fous les aufpices de S. E.
M. le Cardinal de Biffy , Abbé de Saint
Germain des Prez , doit contenir deux.
Volumes in 4°. Le premier renferme le
Corps de l'Hiftoire , avec des Differtations
E ij fur
1576 MERCURE DE FRANCE
fur quelques points difficiles qui demandent
d'être éclaircis , & divers Catalogues
des Evêques , Doyens , Generaux
d'Ordre , Abbés & Abbeffes de ce Diocéfe.
Le fecond Volume comprend les
Pieces juftificatives au nombre de près de
800. pour la plupart très - intereffantes ,
un Recueil complet des Statuts Synodaux
du Diocèfe depuis le 13. fiecle , & enfin
un Pouillié exact.
Le même Giffart acheve d'imprimer le
6. & dernier Volume de l'Edition de
Polybe , traduit par le R. P. Dom Vincent
Tuillier , avec les Commentaires de M. le
Chevalier de Folard.
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Résumé : Histoire de l'Eglise de Meaux, [titre d'après la table]
Le texte présente 'L'HISTOIRE DE L'EGLISE DE MEAUX', rédigé par Dom Touffaint Du Plessis, bénédictin de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Cet ouvrage, publié sous le patronage du Cardinal de Bissy, Abbé de Saint-Germain-des-Prés, se compose de deux volumes in-4°. Le premier volume traite de l'histoire de l'Église de Meaux, aborde des points difficiles et inclut des catalogues des évêques, doyens, généraux d'ordre, abbés et abbesses du diocèse. Le second volume contient près de 800 pièces justificatives, un recueil des statuts synodaux du diocèse depuis le 13e siècle et un pouillé exact. Par ailleurs, l'éditeur Giffart finalise l'impression du sixième et dernier volume de l'édition de Polybe, traduite par le R. P. Dom Vincent Tuillier, accompagnée des commentaires du Chevalier de Folard.
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56
p. 1576-1579
« ELEMENS DE L'HISTOIRE, ou ce qu'il faut sçavoir de Chronologie, de Geographie, [...] »
Début :
ELEMENS DE L'HISTOIRE, ou ce qu'il faut sçavoir de Chronologie, de Geographie, [...]
Mots clefs :
Église, Histoire, Tragédie en prose, Morale chrétienne, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ELEMENS DE L'HISTOIRE, ou ce qu'il faut sçavoir de Chronologie, de Geographie, [...] »
ELEMENS DE L'HISTOIRE ou ce
qu'il faut fçavoir de Chronologie , de Geo
graphie , de Blazon , de l'Hiftoire Univerfelle
, de l'Eglife de l'Ancien Teftament
, des Monarchies anciennes , de l'Eglife,
du Nouveau Teftament & des Monarchies
nouvelles ,avant que de lire l'Hiftoire
particuliere , Par M. l'Abbé de Vallemont
, nouvelle Edition continuée jufqu'à
préfent , & augmentée d'une fuite
de Médailles Imperiales , depuis Jules Cefar
jufqu'à Heraclius. A Paris , rue Saint
Jacques , chez Gab. Martin. 4. Vol. in 12 ,
1730.figures , prix 10. livres.
L'ART
JUILLET. 1730. 1577
L'ART DES ARME'ES NAVALES ,
ou Traité des évolutions navales , avec la
Théorie de la conftruction des Vaiffeaux.
Par le P. Hofte , de la Compagnie de Jefus
, Ouvrage enrichi d'un grand nombre
de figures en tailles douces, in fol. 15. liv. )
chez le même.
CONTINUATION de l'Hiftoire Ro
maine jufqu'à la prife de Conftantinople
par les Turcs . Traduite de l'Anglois par
Laurent Echard. 6. vol . in 12. fous preffe.
chez le même.
TRAITE DE PERSPECTIVE , ou
font contenus les fondemens de la Peinture.
Par le P. Bernard Lami , de l'Oratoire.
A Paris , rue S. Jacques , chez Gabi
Martin. in 8. figures . 5. liv .
LE PARFAIT NEGOCIANT , avec
les Pareres fur le Commerce . Par M. Savari
, derniere Edition. Chez le même. 2.
Vol. in 4.
LES FACETIEUSES NUITS de
Staparole , traduites de l'Italien. Idem , ž
Vol. in 12.
DES PROCESSIONS DE L'ÉGLISE,
avec un Recueil des plus celebres qu'on
E iij
a
1578 MERCURE DE FRANCE
a coûtume de faire tous les ans. Par le fieur
Vatar. Idem , in 12.
>
LA VERITABLE CONDUITE de
S. François de Sales pour la Confeffion &
Communion , fidelement extraite de fes
Ecrits , & faifant partie de fes Oeuvres
augmentée de l'Office & des Litanies en
l'honneur du très - Saint Sacrement , avec
des Actes de réparation d'honneur des facrileges
& des irreverences qui fe commettent.
A Paris , ruë de la Harp , chez
P. Simon 1730.
>
DISCOURS PATHETIQUE fur les
matieres les plus importantes & les plus
touchantes de la Morale Chrétienne , tiré
de l'Ecriture Sainte & des Peres de l'Eglife
, Ouvrage également propre aux Ecclefiaftiques
pour faire des Prônes & des
Exhortations dans les maifons & dans les
Retraites , & aux fimples fideles pour leur
fervir de lecture fpirituelle. Par M. Blanchard
, Prêtre , Prieur & Seigneur de Saint
Marc - lès - Vendôme. Ruë S. Jacques , chez
Henri 1730. 2. Vol . in 12 .
PREMIER ET SECOND OEUVRE
de Mufettes. Par M. Baptifte , ordinaire
de la Mufique du Roi . AParis , rue Saint
Honoré du Roule , chez Boivin & chez
le .
JUILLET. 1730. 1579
Le Clerc, prix 6 liv . 10 fols les deux Oeuvres.
D. MAGNI AUSONII BURDIGA
LENSIS OPERA &c. Les Oeuvres d'Au
fone , avec l'Interpretation & les Notes
de Julien Fleuri , Chanoine de Chartres ,
& c. & celles de J. B. Sonchay , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles
Lettres , lequel a pris foin de cette Edition
&c. A Paris , de l'Imprimerie de Jacques
Guerin , Quay des Auguftins 1730. in
4. de 684. pages , fans les Prolegomenes
de 67. pages , la Table & 2 planches dé
tachées.
LA TRAGEDIE EN PROSE , on la
Tragedie extravagante , Comédie en un Acte.
Par M. Du Caftre. A Paris , chez Chaubert
, Quay des Auguftins , à la Renommée
& à la Prudence. Cette Piéce a eu plus
de quinze Repréſentations , & a été trouvée
bien écrite , & pleine de fel ; les portraits
en ont plû fans offenfer perfonne.
Le Rôle de la Femme Auteur a fur tout
paru neuf. Le prix eft de douze fols.
qu'il faut fçavoir de Chronologie , de Geo
graphie , de Blazon , de l'Hiftoire Univerfelle
, de l'Eglife de l'Ancien Teftament
, des Monarchies anciennes , de l'Eglife,
du Nouveau Teftament & des Monarchies
nouvelles ,avant que de lire l'Hiftoire
particuliere , Par M. l'Abbé de Vallemont
, nouvelle Edition continuée jufqu'à
préfent , & augmentée d'une fuite
de Médailles Imperiales , depuis Jules Cefar
jufqu'à Heraclius. A Paris , rue Saint
Jacques , chez Gab. Martin. 4. Vol. in 12 ,
1730.figures , prix 10. livres.
L'ART
JUILLET. 1730. 1577
L'ART DES ARME'ES NAVALES ,
ou Traité des évolutions navales , avec la
Théorie de la conftruction des Vaiffeaux.
Par le P. Hofte , de la Compagnie de Jefus
, Ouvrage enrichi d'un grand nombre
de figures en tailles douces, in fol. 15. liv. )
chez le même.
CONTINUATION de l'Hiftoire Ro
maine jufqu'à la prife de Conftantinople
par les Turcs . Traduite de l'Anglois par
Laurent Echard. 6. vol . in 12. fous preffe.
chez le même.
TRAITE DE PERSPECTIVE , ou
font contenus les fondemens de la Peinture.
Par le P. Bernard Lami , de l'Oratoire.
A Paris , rue S. Jacques , chez Gabi
Martin. in 8. figures . 5. liv .
LE PARFAIT NEGOCIANT , avec
les Pareres fur le Commerce . Par M. Savari
, derniere Edition. Chez le même. 2.
Vol. in 4.
LES FACETIEUSES NUITS de
Staparole , traduites de l'Italien. Idem , ž
Vol. in 12.
DES PROCESSIONS DE L'ÉGLISE,
avec un Recueil des plus celebres qu'on
E iij
a
1578 MERCURE DE FRANCE
a coûtume de faire tous les ans. Par le fieur
Vatar. Idem , in 12.
>
LA VERITABLE CONDUITE de
S. François de Sales pour la Confeffion &
Communion , fidelement extraite de fes
Ecrits , & faifant partie de fes Oeuvres
augmentée de l'Office & des Litanies en
l'honneur du très - Saint Sacrement , avec
des Actes de réparation d'honneur des facrileges
& des irreverences qui fe commettent.
A Paris , ruë de la Harp , chez
P. Simon 1730.
>
DISCOURS PATHETIQUE fur les
matieres les plus importantes & les plus
touchantes de la Morale Chrétienne , tiré
de l'Ecriture Sainte & des Peres de l'Eglife
, Ouvrage également propre aux Ecclefiaftiques
pour faire des Prônes & des
Exhortations dans les maifons & dans les
Retraites , & aux fimples fideles pour leur
fervir de lecture fpirituelle. Par M. Blanchard
, Prêtre , Prieur & Seigneur de Saint
Marc - lès - Vendôme. Ruë S. Jacques , chez
Henri 1730. 2. Vol . in 12 .
PREMIER ET SECOND OEUVRE
de Mufettes. Par M. Baptifte , ordinaire
de la Mufique du Roi . AParis , rue Saint
Honoré du Roule , chez Boivin & chez
le .
JUILLET. 1730. 1579
Le Clerc, prix 6 liv . 10 fols les deux Oeuvres.
D. MAGNI AUSONII BURDIGA
LENSIS OPERA &c. Les Oeuvres d'Au
fone , avec l'Interpretation & les Notes
de Julien Fleuri , Chanoine de Chartres ,
& c. & celles de J. B. Sonchay , de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles
Lettres , lequel a pris foin de cette Edition
&c. A Paris , de l'Imprimerie de Jacques
Guerin , Quay des Auguftins 1730. in
4. de 684. pages , fans les Prolegomenes
de 67. pages , la Table & 2 planches dé
tachées.
LA TRAGEDIE EN PROSE , on la
Tragedie extravagante , Comédie en un Acte.
Par M. Du Caftre. A Paris , chez Chaubert
, Quay des Auguftins , à la Renommée
& à la Prudence. Cette Piéce a eu plus
de quinze Repréſentations , & a été trouvée
bien écrite , & pleine de fel ; les portraits
en ont plû fans offenfer perfonne.
Le Rôle de la Femme Auteur a fur tout
paru neuf. Le prix eft de douze fols.
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Résumé : « ELEMENS DE L'HISTOIRE, ou ce qu'il faut sçavoir de Chronologie, de Geographie, [...] »
Le document répertorie des publications parues en 1730. Parmi elles, 'Éléments de l'Histoire' de l'Abbé de Vallemont, une édition augmentée de médailles impériales, publiée à Paris chez Gab. Martin, couvre divers sujets historiques, de la chronologie à l'histoire universelle et religieuse. D'autres ouvrages notables incluent 'L'Art des Armées Navales' du Père Hoste, enrichi de figures, et 'Continuation de l'Histoire Romaine' traduite par Laurent Echard. Le document mentionne également des traités techniques comme 'Traité de Perspective' du Père Bernard Lami et des ouvrages littéraires tels que 'Les Facétieuses Nuits' de Staparole. Des ouvrages religieux et moraux sont également listés, comme 'La Véritable Conduite de S. François de Sales' et 'Discours Pathétique' de M. Blanchard. Enfin, des œuvres musicales et littéraires, telles que les 'Premier et Second Œuvre de Musettes' de M. Baptiste et 'La Tragédie en Prose' de M. Du Caftre, sont mentionnées.
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57
p. 1678-1682
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen, le 1 Juin 1730. au sujet de la Cérémonie de la FIERTE.
Début :
La Cérémonie de la FIERTE s'est faite icy le jour de l'Ascension comme à l'ordinaire [...]
Mots clefs :
Criminels, Absolution, Cérémonie, Rouen, Église, Prison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen, le 1 Juin 1730. au sujet de la Cérémonie de la FIERTE.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen,
le 1 Juin 1730.anfujet de la Cérémonie de
la FIERTE.
A Cérémonie de la FIERTE s'eft faite
Licy lejeme det de la FUERTE s'eft
LA
dinaire , avec un grand concours de Peuple
& d'Etrangers , que cette curiofité attire
tous les ans , pour voir ce qui fe paffe
au fujet du Prifonnier qu'on y délivre.
C'eſt un des plus anciens monumens de
la piété de nos Rois , & une conceffion des.
plus authentiques qu'ils ayent jamais faite
aucune Eglife de leur Royaume.
Ca
JUILLET. 1730. 1679
Ce Privilege de la ( a ) Fierte, ou Châſſe
de S. Romain , confifte dans l'abfolution
d'un Criminel & de fes complices , à la
Fête de l'Afcenfion ; pourvu qu'il ne foit
pas accufé de crime de Léze- Majefté, d'Héréfie
, de Faufle monnoye,de Viol ou d'Aſfaffinat
de guet-à-pens . Dans le choix que
le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine &
Primatialle de Rouen , fait de celui qui
doit jouir de ce Privilege , il obſerve tresreligieufement
la forme ancienne de cette
ceremonie.
"
Le Lundy quinziéme jour avant les Rogations
, il députe au Parlement,à la Cour
des Aydes & au Préfidial quatre Chanoines
pour vérifier & infinuer le Privilege
afin que depuis ce jour- là jufqu'à ce qu'il
ait eu fon effet , aucun Criminel des Prifons
de la Ville & des Faubourgs ne foit
transféré , mis à la queſtion , ni exécuté.
Pendant les trois jours des Rogations, le
Chapitre nomme deux Chanoines Prêtres,
qui le tranfportent dans les Prifons avec
fe Greffier , pour y entendre les confeſfions
des Criminels qui prétendent au Privilege,
& pour recevoir leurs déclarations
fur les cas dont on les accufe.
Le jour de l'Afcenfion , le Chapitre
compofé feulement des Chanoines- Prê
( a ) Flerte , mot corrompu du Latin , Feretrum
, Cereneil , &cg
Tres
1680 MERCURE DE FRANCE
tres , s'affemble
pour
l'élection
du criminel
qui doit
être
délivré
. Après
avoir
invoqué
le S. Efprit
, & fait
ferment
de
garder
le fecret
, on fait
la lecture
des
confeffions
des
prifonniers
, qui
font
brûlées
dans
le même
lieu
, fi - tôt
que
la
Grace
du criminel
eft admife
.
L'Election faite , le nom du criminel
eft porté au Parlement , qui ordonne à
deux Huiffiers d'aller avec le Chapelain
de S. Romain , le prendre dans la prifone
Ils le conduifent au Parlement , où il eft
mis fur la fellette. Après qu'il a été
interrogé , & que fes informations ont été
rapportées , fa remiffion eft admife fur les
Conclufions du Procureur General . Enfuite
le Premier Préfident luy fait une
correction ; & l'ayant déclaré abſous , il
le renvoye au Chapitre , pour le faire
joüir du Privilege de S. Romain ..
L'Eglife Metropolitaine va enfuite proceffionnellement
à la vieille Tour , ancien
Palais des Ducs de Normandie . On y
conduit le prifonnier , & il y reçoit une
feconde correction du Celebrant , qui luifait
porter la Fierte ou Châffe de S. Romain
jufqu'à la grande Eglife, où il feprof
terne aux pieds de chaque Chanoine ; il
quitte fes fers à la Chappelle de S. Romain
; & après avoir entendu la Meffe
qui eft quelquefois differée jufqu'à fix
heures
و
JUILLET . 1730. 1687
heures du foir , à caufe des conteftations
qui furviennent touchant fon élection
il va à la Vicomté de l'Eau , où le Prieur
du Monaftere de Bonnes - Nouvelles , Ordre
de S. Benoît , luy fait encore une remontrance
.
Le lendemain il reçoit une derniere
correction en plein Chapitre , devant tout
le peuple , tête nue , & à genoux . Delà il
eft conduit au Confeffionnal du Grand-
Penitencier qui entend fa confeffion .
Après cette efpece d'amende honorable il
eft renvoyé.
,
Ce qui a donné lieu à ce Privilege , ſelon
la tradition , c'eft que Saint Romain,
Archevêque de Rouen , ayant été averti
que dans la forêt de Rouvray , près des
faubourgs de la Ville , un ferpent d'une
grandeur monstrueufe faifoit des dégats
horribles , il réfolut de l'aller chaffer , &
demanda pour l'accompagner deux hommes
retenus dans les prifons , l'un con
vaincu de meurtre , & l'autre de vol. Le
voleur s'enfuit fi-tôt qu'il vit le ferpent,
le meurtrier demeura & ne quitta point
le faint Prélat , qui jetta fon Etole au cou
de la bête , la fit conduire par ce prifonnier
jufqu'à la Place publique de la Ville,
où elle fe laiffa attacher , & fut brûlée ;
après quoy on fit grace au meurtrier qui
ne s'étoit point épouventé. S. Ouen, fucceffeur
1682 MERCURE DE FRANCE
3
,
ceffeur de S. Romain , pour conferver la
memoire de ce miracle , obtint du Roy ,
Dagobert , dont il étoit Chancelier , le
Privilege en queftion , tel qu'il s'obferve
encore aujourd'huy.
le 1 Juin 1730.anfujet de la Cérémonie de
la FIERTE.
A Cérémonie de la FIERTE s'eft faite
Licy lejeme det de la FUERTE s'eft
LA
dinaire , avec un grand concours de Peuple
& d'Etrangers , que cette curiofité attire
tous les ans , pour voir ce qui fe paffe
au fujet du Prifonnier qu'on y délivre.
C'eſt un des plus anciens monumens de
la piété de nos Rois , & une conceffion des.
plus authentiques qu'ils ayent jamais faite
aucune Eglife de leur Royaume.
Ca
JUILLET. 1730. 1679
Ce Privilege de la ( a ) Fierte, ou Châſſe
de S. Romain , confifte dans l'abfolution
d'un Criminel & de fes complices , à la
Fête de l'Afcenfion ; pourvu qu'il ne foit
pas accufé de crime de Léze- Majefté, d'Héréfie
, de Faufle monnoye,de Viol ou d'Aſfaffinat
de guet-à-pens . Dans le choix que
le Chapitre de l'Eglife Métropolitaine &
Primatialle de Rouen , fait de celui qui
doit jouir de ce Privilege , il obſerve tresreligieufement
la forme ancienne de cette
ceremonie.
"
Le Lundy quinziéme jour avant les Rogations
, il députe au Parlement,à la Cour
des Aydes & au Préfidial quatre Chanoines
pour vérifier & infinuer le Privilege
afin que depuis ce jour- là jufqu'à ce qu'il
ait eu fon effet , aucun Criminel des Prifons
de la Ville & des Faubourgs ne foit
transféré , mis à la queſtion , ni exécuté.
Pendant les trois jours des Rogations, le
Chapitre nomme deux Chanoines Prêtres,
qui le tranfportent dans les Prifons avec
fe Greffier , pour y entendre les confeſfions
des Criminels qui prétendent au Privilege,
& pour recevoir leurs déclarations
fur les cas dont on les accufe.
Le jour de l'Afcenfion , le Chapitre
compofé feulement des Chanoines- Prê
( a ) Flerte , mot corrompu du Latin , Feretrum
, Cereneil , &cg
Tres
1680 MERCURE DE FRANCE
tres , s'affemble
pour
l'élection
du criminel
qui doit
être
délivré
. Après
avoir
invoqué
le S. Efprit
, & fait
ferment
de
garder
le fecret
, on fait
la lecture
des
confeffions
des
prifonniers
, qui
font
brûlées
dans
le même
lieu
, fi - tôt
que
la
Grace
du criminel
eft admife
.
L'Election faite , le nom du criminel
eft porté au Parlement , qui ordonne à
deux Huiffiers d'aller avec le Chapelain
de S. Romain , le prendre dans la prifone
Ils le conduifent au Parlement , où il eft
mis fur la fellette. Après qu'il a été
interrogé , & que fes informations ont été
rapportées , fa remiffion eft admife fur les
Conclufions du Procureur General . Enfuite
le Premier Préfident luy fait une
correction ; & l'ayant déclaré abſous , il
le renvoye au Chapitre , pour le faire
joüir du Privilege de S. Romain ..
L'Eglife Metropolitaine va enfuite proceffionnellement
à la vieille Tour , ancien
Palais des Ducs de Normandie . On y
conduit le prifonnier , & il y reçoit une
feconde correction du Celebrant , qui luifait
porter la Fierte ou Châffe de S. Romain
jufqu'à la grande Eglife, où il feprof
terne aux pieds de chaque Chanoine ; il
quitte fes fers à la Chappelle de S. Romain
; & après avoir entendu la Meffe
qui eft quelquefois differée jufqu'à fix
heures
و
JUILLET . 1730. 1687
heures du foir , à caufe des conteftations
qui furviennent touchant fon élection
il va à la Vicomté de l'Eau , où le Prieur
du Monaftere de Bonnes - Nouvelles , Ordre
de S. Benoît , luy fait encore une remontrance
.
Le lendemain il reçoit une derniere
correction en plein Chapitre , devant tout
le peuple , tête nue , & à genoux . Delà il
eft conduit au Confeffionnal du Grand-
Penitencier qui entend fa confeffion .
Après cette efpece d'amende honorable il
eft renvoyé.
,
Ce qui a donné lieu à ce Privilege , ſelon
la tradition , c'eft que Saint Romain,
Archevêque de Rouen , ayant été averti
que dans la forêt de Rouvray , près des
faubourgs de la Ville , un ferpent d'une
grandeur monstrueufe faifoit des dégats
horribles , il réfolut de l'aller chaffer , &
demanda pour l'accompagner deux hommes
retenus dans les prifons , l'un con
vaincu de meurtre , & l'autre de vol. Le
voleur s'enfuit fi-tôt qu'il vit le ferpent,
le meurtrier demeura & ne quitta point
le faint Prélat , qui jetta fon Etole au cou
de la bête , la fit conduire par ce prifonnier
jufqu'à la Place publique de la Ville,
où elle fe laiffa attacher , & fut brûlée ;
après quoy on fit grace au meurtrier qui
ne s'étoit point épouventé. S. Ouen, fucceffeur
1682 MERCURE DE FRANCE
3
,
ceffeur de S. Romain , pour conferver la
memoire de ce miracle , obtint du Roy ,
Dagobert , dont il étoit Chancelier , le
Privilege en queftion , tel qu'il s'obferve
encore aujourd'huy.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rouen, le 1 Juin 1730. au sujet de la Cérémonie de la FIERTE.
La cérémonie de la FIERTE, ou Châsse de Saint Romain, se tient annuellement à Rouen et rassemble un grand nombre de participants. Ce privilège, l'un des plus anciens monuments de la piété des rois de France, permet l'absolution d'un criminel et de ses complices lors de la fête de l'Ascension. Cependant, cette grâce n'est pas accordée aux criminels accusés de lèse-majesté, d'hérésie, de fausse monnaie, de viol ou d'assassinat de guet-à-pens. La procédure débute le lundi quinzième jour avant les Rogations, lorsque quatre chanoines sont envoyés au Parlement, à la Cour des Aydes et au Présidial pour vérifier et insérer le privilège. Pendant les trois jours des Rogations, deux chanoines et un greffier recueillent les confessions des criminels prétendant au privilège. Le jour de l'Ascension, les chanoines se réunissent pour élire le criminel à délivrer. Après lecture des confessions, le nom du criminel est porté au Parlement, qui ordonne son transfert et son interrogatoire. Une fois sa rémission admise, il est conduit en procession à la vieille Tour, où il reçoit une correction et porte la châsse de Saint Romain jusqu'à la grande église. Il y reçoit une messe et est finalement renvoyé après une confession et une amende honorable. Selon la tradition, ce privilège trouve son origine dans un miracle attribué à Saint Romain, archevêque de Rouen, qui délivra un prisonnier ayant fait preuve de courage face à un serpent monstrueux. Son successeur, Saint Ouen, obtint du roi Dagobert le privilège qui est encore observé de nos jours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 1872-1879
ITALIE.
Début :
Le Pape a confirmé M. Spinola dans les fonctions de sa Charge de Gouverneur de la Ville [...]
Mots clefs :
Pape, Cardinal, Cardinaux, Église, Cérémonies, Florence, Rebelles, Armes, Chevaliers, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
Ltions de la Charge de Gouverneur de la Ville
E Pape a confirmé M. Spinola dans les foncde
Rome. S. S. a choifi pour fes Chapelains fecrets
Mrs Riverfini & Panizzi. Elle a rétabli la
Charge de Capitaine de l'Antichambre, qui avoit
été fupprimée par le feu Pape ; & Elle a nommé
Gentils -hommes ou Chevaliers d'honeur de Cape
& d'Epée le Marquis del Bufalo, & Mrs Gazati ',
Ghifiliere , Albani , Gotifredi , Tarrugi , Patti ,
Oligiati , & quelques autres.
Le Comte Capranica a eu la Charge de Commandant
du Capitole.
Le Pape a deffendu à fes anciens Officiers &
Domeftiques qui le fervoient dans le temps qu'il
étoit Cardinal , de lui prefenter aucun Mémoire
en faveur de qui que ce foit, à peine d'ètre privez
des récompenfes que S. S. leur a promiles.
Le 1s du mois dernier, on chanta le Te Deum
dans
AOUST. 1730. 1873
dans toutes les Eglifes de Rome , par ordre du
Cardinal Marefofchi , Vicaire Général de S. S.
& on diftribua , felon la coutume , aux Pauvres
qui s'étoient rendus en foule dans la Cour du Belvedere
, quatre mille écus en Paoles neufs , que le
Cardinal Camerlingue avoit fait frapper pendant
la vacance du S. Siège. L'après midi , on publia
un Decret du Cardinal Vicaire , par lequel le
Pape accordoit une Indulgence pléniere à tous
ceux qui s'étant confeffez & ayant communié
affifteroient à la Meffe folemnelle que S.S. devoit
celebrer le jour de fon Couronnement , ou qui
recevroient fa benediction à la grande Loge du
Portail de l'Eglife de S. Pierre .
Le 16 , les Cardinaux fe rendirent à la Salle
des Paremens , fuivant l'invitation de M. Gambarrucci
, premier Maître des Ceremonies , & le
Pape y étant arrivé, accompagné d'un nombreux
cortege de Prince Romains , de Prelats , & de
Nobleffe fut revêtu de > y fes Ornemens Pontificaux
par les deux premiers Cardinaux Diacres.
Tout étant prêt pour la cérémonie du Couronnement
, la Proceffion fe mit en marche ; les Prélats
en Rochet & en Chapes violettes , marchant
à la tête , étoient fuivis des Cardinaux en Rochet
& en Chapes rouges. Le Pape étoit porté dans
une Chaife découverte .
Tout le Cortege étant defcendu par le grand
Efcalier de Conftantin , fe rendit fous le Portique
de l'Eglife de S. Pierre , qui étoit orné de Tapifferies
magnifiques. Le Pape s'y plaça fur un Trône
, qui avoit été élevé à côté de la Porte Sainte,
& les Cardinaux prirent leurs places ordinaires.
Le Cardinal Annibal - Albani , Camerlingue &
Archiprêtre de l'Eglife S.Pierre, fe tenant debout
& découvert à la gauche du Trône , complimen
ta le Pape fur fon Election , enfuite s'étant mis à
genoux
1874 MERCURE DE FRANCE
genoux , il baifa les pieds & la main droite de
S. S, après quoi il l'embraffa ; le priant de vouloir
bien admettre au baiſement des pieds les Chanoines
& les Officiers de l'Eglife. Cette Ceremonie
fe paffa pendant que les Cardinaux & les Prélats
entroient proceffionnellement dans l'Eglife.
Le Pape fut porté enfuite dans la Chapelle de
la fainte Trinité , ou ayant quitté fa Mitre , il fit
fa Priére devant le S. Sacrement. Après quoi il
alla dans le même ordre à la Chapelle Clémen→
tine , où étant monté fur fon Trône , les Cardinaux
vinrent lui baiſer la main , ainfi que les Patriarches
, les Archevêques, les Evêques , le Connétable
Colonne , les autres Princes du Trône
les Confervateurs & le Prieur du Peuple Romain.
Cette Ceremonie finie , le Pape fut revêtu de fa
Chape & de fa Mitre de toile d'argent , & enton
na l'Office de Tierce, qui fut chanté par les Muficiens
de la Chapelle Pontificale. A la fin de l'Office
, S. S. prit fes Ornemens pour celebrer la
Meffe , & s'étant mis en marche pour fe rendre
au premier Autel , dit de la Confeffion des Apôtres
, un Maître des Ceremonies brûla par trois
fois , devant le Pape , des Etoupes , en chantant à
chaque fois Pater Sancte , fic tranfit gloria
mundi.
S. S. eut pour Affiftans à l'Autel les Cardia
naux Barberin , Ottoboni , Colonne & M.Crefcenzi
: Elle y reçut le Pallium des mains du Cardinal
Altieri , premier Diacre. Pendant que les
Muficiens chantoient l'Introit , le Pape remonta
fir fon Trône , & les Cardinaux vinrent à l'Obédience
& baiſerent les pieds , les genoux, la main
& la jouë de S. S. Les Archevêques & Evêques
lui baiferent le pied & le genou , & les Pénitenciers
, le pied feulement.
Enfuite le Pape entonna le Gloria in excelfis ,
AOUST. 1730. 1875
à la fin duquel il retourna à l'Autel pour achever
la Meffe. Lorfqu'elle fut finie, S.S. reçut du Chapitre
de l'Eglife la retribution de 25 Jules de
Monnoye ancienne ; enfuite elle fut portée à la
grande Loge du Portail , où pendant que les Muficiens
chantoient l'Hymne : Corona aurea fuper
caput ejus , le Cardinal Colonne ôta la Mitre de
S. S. & le Cardinal Altieri , premier Diacre , lui
mit la Thiare fur la tête.
Le Pape donna alors fa benediction au peuple
au bruit d'une Salve generale de l'Artillerie du
Château S. Ange & au fon de toutes les Cloches
de la Ville.
Les deux Cardinaux Diacres publierent une In
dulgence pléniere en forme de Jubilé , & S. S.
donna au Peuple deux autres benedictions : Elle
retourna enfuite à la Salle des Paremens , où elle
fut complimentée fur fon Couronnement , par
le Cardinal Barberin , au nom du Sacré College.
Le 19 , le Prince Dom Barthelemi Corfini ,
l'aîné des Neveux du Pape, qui étoit arrivé la furveille
de Florence , eut audience de S. S. qui lui
donna la Charge de Capitaine des Chevaux Le
de fa Garde.
gers
Le 24, le Pape qui avoit donné la veille le Rochet
de Protonotaire Apoftolique , participant
furnumeraire au Marquis Neri - Corfini , fon
neveu , tint un Confiftoire , dans lequel S.S. fit
aux Cardinaux un Difcours tres -éloquent pour
les remercier de fon élection , &c. Le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France , y
propofa la Coadjutorerie de l'Evêché de Quebec
pour M. Boufquet , Evêque titulaire de Samos.
Enfuite il préconifa le P. Feydeau , pour l'Evêché
de Digne ; l'Abbé de Bezons pour celui de
Carcaffonne , & le P. Boyer pour celui de Mirepoíx.
Le
1876 MERCURE DE FRANCE
Le Patron d'une Barque revenu de Nettuno á
Livorne , a rapporté que le Chevalier Guarnieri,
Capitaine d'une des Galeres du Pape , étant förti
du Port de Nettuno avec fa Galere , pour aller
croifer contre les Corfaires de Barbarie , avoit
manqué d'être affaffiné avec tous les Officiers ,
par les Forçats & les Soldats de l'Equipage qui
avoient réfolu de faire échouer la Galere fur un
Banc de Sable , pour mieux executer leur projet :
mais que ce complot ayant été découvert
par des
Forçats Turcs , le Chevalier Buffi & un autre
Capitaine de Galere , étoient venus au fecours du
Chevalier Guarnieri ,au fignal qui leur fut donné,
& qu'on s'étoit faifi des plus coupables qui
avoient été punis fur le champ.
Le 1s du mois dernier , on publia à Florence
un Decret du Grand Duc , par lequel il étoit ordonné
de celebrer l'Election du Pape avec les
mêmes ceremonies qu'on obferva en 1623. pour
l'Election du Pape Urbain VIII . qui étoit de la
Maifon des Barberins de Florence. Le foir on
commença cette Fête par le fon des Cloches de la
Ville. Le 16 , vers les neuf heures du matin , les
Sénateurs & les Magiftrats fe rendirent en Cortége
à l'Eglife Métropolitaine , où ils entendirent
la Meffe , célébrée pontificalement par l'Archevêque
, & enfuite le Te Deum. Le 17 au foir,on
fit une Salve generale de l'Artillerie des deux Crtadelles
; on tira un Feu d'artifice fur la Tour du
vieux Palais. Tous les Palais furent illuminez , &
il y eut des Feux de joye & des réjouiſſances dans
toutes les rues.
' Les Rebelles de l'Ile de Corſe s'étant rendus
maîtres des Poſtes les plus avantageux de cette
Ifle , ont fait remettre à M. Venerofo un Mémoire
par lequel ils déclarent que fi dans fix femaines
la République ne les fatisfait pas fur toutes
AO UST. 1730. 1877
tes leurs demandes , ils feront des courfes dans
toute l'Ifle , & biûleront les Maifons & les Fermes
de tous les habitans qui ne voudront pas fuivre
leur parti. Comme on eft perfuadé qu'ils ne
feroient pas affez témeraires pour faire de pareilles
menaces, s'ils n'étoient pas aflurés de la protection
fecrete de quelque Puiflance Etrangere , pour croit
que la République leur accordera tout ce qu'ils
demandent pour éviter les fuites fâcheufes de leur
Rebellion .
On a appris en dernier lieu que leur Camp eft
préfentement de 20000, hommes , fans compter
les habitans de 14. Villages fitués dans le Détroit
d'Acia qui fe font joints à eux , & qui leur ont
prêté ferment de fidelité . Ils ont publié un Manifefte
par lequel ils déclarent qu'ils n'ont pris le
parti de fe revolter que parce qu'étant nés libres
la République & le Sénat les ont toujours tenus
dans la fervitude , en leur faifant payer des impofitions
beaucoup plus onereufes qu'aux autres
Sujets de la République . Ils demandent qu'ayant
que d'entrer dans aucun accommodement , on
les rétabliffe dans leurs anciens Privileges , qu'on
fupprime tous les impôts extraordinaires qu'ils
ont payés depuis 1715. qu'on leur remette entre
les mains ceux qui ont été la cauſe de leur oppreffion
; qu'on leur cede en toute Souveraineté
le Territoire qui eft entre les Rivieres de Liemone
& de Tavigniano , & qu'on retire toutes les Gar
nifons du Pays. Comme ces Rebelles prévoyent
que la République pourroit emprunter des fecours
étrangers pour les foumettre , ils fe font pourvûs
d'armes , & ils ont enlevé toutes les munitions de
guerre qu'ils ont trouvées dans les Arfenaux de
Saint Florent , de Calvi , de Curfe & de Saint
Boniface ; ils ont fondu les Cloches de ces Villes
pour en faire du Canon , & ils ont fait un Retranchement
1878 MERCURE DE FRANCE
tranchement avec des Redoutes le long des côtes
de l'Ifle , où l'on pourroit faire une defcente. Les
Corps de Garde qu'ils ont placés dans differens
endroits avec de l'artillerie , ont ordre de tirer
fur tous les Bâtimens Genois qui voudroient tenter
d'aborder dans l'Ile. Leur principal Chef , qui
fe nomme Pampliani , eft un Gentilhomme qui a
fervi avec diftinction dans les Troupes Etrangeres
; ce Chef a fait afficher dans differens endroits
de l'Ile que les Mécontens en prenant les armes
n'ont jamais eu intention de piller ni d'infulter
aucun de leurs freres opprimés ; mais de conferver
les Privileges & la liberté de la Nation : ils
font même fi attentifs à prévenir tous les défordres
que ceux de leur Parti pourroient caufer ,
qu'ils en ont fait pendre quinze qui étoient fortis
du Camp pour aller voler dans le Village d'Ajaccio.
Un de leurs Détachemens étant allé il y a
quelque tems à Alleria pour s'emparer de cette
petite Ville , les habitans tirerent fur les Mécontens
pour les obliger à fe retirer ; mais ayant attaqué
la Ville avec beaucoup de vigueur , ils la
prirent par efcalade , & pafferent au fil de l'épée
la Garnifon & tous ceux qui avoient pris les armes.
Le bruit court que la République a raffemblé
6 à 7000 hommes , avec lefquels elle efpere
de foumettre les Rebelles. M. François Marie
Spinola s'eft nouvellement embarqué pour San-
Remo , en qualité de Commiffaire de la République
, & avec des inftructions pour prévenir la
révolte des peuples qui ont déja donné des marques
de leur mécontentement .
il a
Le Cardinal de Rohan eft parti de Rome ,
pris la route d'Orviette ; & après avoir paffé
quelques jours dans la Maifon de Campagne du
feu Cardinal Gualterio , il arriva à Venife le 4.
Août, & alla defcendre au Palais du Cardinal Otthoboni
'A OUS T. 1730. 1879
thoboni ; il a dû partir quelques jours après pour
-retourner en France .
Fermer
Résumé : ITALIE.
En août 1730, plusieurs événements et nominations ont marqué la scène romaine et italienne. À Rome, le Pape a confirmé M. Spinola dans ses fonctions et nommé divers chapelains secrets, gentilshommes et chevaliers d'honneur. Le Comte Capranica a été désigné Commandant du Capitole. Le Pape a également interdit à ses anciens officiers de présenter des mémoires en faveur de quiconque. Le 1er août, un Te Deum a été chanté dans toutes les églises de Rome, et une indulgence plénière a été accordée à ceux qui assisteraient à la messe solennelle du couronnement papal. Le 16 août, la cérémonie de couronnement du Pape s'est déroulée avec une procession solennelle et diverses bénédictions. Le Pape a nommé son neveu, le Prince Dom Barthélemi Corsini, Capitaine des Chevaux Légers de sa Garde. Le 24 août, un consistoire a été tenu lors duquel plusieurs évêques ont été nommés. Par ailleurs, un complot contre un capitaine de galère du Pape a été déjoué. À Florence, des célébrations ont eu lieu pour l'élection du Pape. En Corse, des rebelles ont menacé de faire des incursions dans l'île si leurs demandes n'étaient pas satisfaites et se sont préparés militairement. La République de Gênes a rassemblé des troupes pour les soumettre. De plus, le Cardinal de Rohan a quitté Rome pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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59
p. 1952-1960
DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
Début :
Pour ne rien omettre, Monsieur, sur ce qui a raport à la piété dans notre [...]
Mots clefs :
Comté d'Eu, Tombeaux, Artillerie, Église, Armée, Habitants, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
DERNIERE SUITE des Mémoires
de M. Capperon , & c. Sur l'Hiftoire naturelle
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu .
P
*
Our ne rien omettre , Monfieur , fur
ce qui a raport à la piété dans notre
Hiftoire , je ne dois pas , ce me femble ,
oublier une faveur finguliere de la Providence
faite à la ville d'Eu , en la rendant
dépofitaire du Corps de l'Illuftre S. Laurent
, Archevêque de Dublin en Irlande ,
l'an 1181. Ce faint Archevêque paffant
par cette Ville , pour aller joindre le Roy
d'Angleterre , qui étoit en Normandie
Dieu permit qu'il y tomba malade, & qu'il
y mourut le 14 du mois de Novembre.
Six ans après la mort , le Comte d'Eu ;
Henry II. fils du Comte Jean , Religieux
à Foucarmont , dont je viens de parler ,
imitateur de fa piété , en faifant conf-
Voyez les Mercures de Juillet & Aoust ,
$730 truire
SEPTEMBRE . 1730. 1958
truire l'Eglife de Notre -Dame , qui fubfifte
encore aujourd'hui , le tombeau où
repofoit le Corps de ce S.Archevêque fut
ouvert ; il s'y fit , dit- on , tant de miracles
, & les guérifons miraculeufes attirerent
tant de malades à la ville d'Eu
qu'il eft remarqué dans l'original de la
Vie de ce Saint , écrite so ans après fa
mort ,par un Chanoine de l'Abbaye d'Eu ,
chapitre 31. Que quoiqu'on eut abandonné
le Château pour les loger , il ne
fuffifoit pas encore , tant le nombre en
étoit grand.
S Les habitans de la Villè d'Eu , témoins
de toutes ces merveilles , obtinrent après
cinq voïages faits à Rome , que cet illuftre
Saint fût folemnellement canonifé , ce
qui arriva l'onzième jour de Decembre
1226. par une Bulle du Pape Honoré III .
laquelle a cela de fingulier , qu'elle eft la
premiere Bulle de Canonifation où les
Papes aient accordé des Indulgences. Et
ces mêmes Indulgences y font énoncées ,
de la mème maniere qu'on en ufoit dans
les premiers tems , puifque le Pape déclare
qu'il remet vingt jours de la penitence
enjointe à tous ceux qui vifiteront
l'Eglife où le Corps de ce Saint repoſe
foit le jour de fa fête , ou un des jours de
l'octave.
Ceux qui ont tant foit peu de lecture
Ciij fça-
>
1954 MERCURE DE FRANCE
fçavent que les fentimens font fort partagez
fur le tems précis auquel la Poudre
à Čanon a été inventée. Les Hiftoriens
ont auffi fort varié , pour fixer le tems
auquel on a commencé à fe fervir de l'Artillerie.
Grand nombre l'ont placé bien
au deffous de fa veritable époque . Nauclerus
, par exemple , n'en fixe l'uſage
qu'en 1354. Baronius en 1360. d'autres
en 1380. Moreri dit pofitivement qu'avant
l'an 1425. l'Artillerie étoit incon
nuë en France. Mais felon Furetiere dans
fon Dictionaire , M. du Cange eft le premier
qui a découvert dans la Chambre
des Comptes de Paris , qu'on fe fervoit
en France de l'Artillerie dès l'an 1338.
Comme en effet , on y voit un compte
de cette même année , où il eft parlé de
la dépenſe faite pour la Poudre neceſſaire
aux Canons , qui furent employez devant
Puy- Guillaume , Château en Auvergne.
J'efpere qu'on trouvera bon , qu'à ce
titre , lequel jufqu'à preſent , comme je
crois , a paru unique , pour fixer ce point
d'hiftoire , j'en ajoute un autre , tiré des
Archives de notre Hôtel de Ville , qui en
confirme la verité. Il fe trouve dans un
ancien Livre en velin , où font infcrits par
années les noms des Maires & Echevins
depuis l'an 1272. On le nomme le Livre
rouge
SEPTEMBRE. 1730. 1955
rouge , lequel eft en deux volumes . Com
me on a eu foin d'écrire auffi dans ce Livre
ce qui s'eft paffé de plus confiderable
pendant l'adminiftration de chaque Maire
, on lit , volume premier , page 97. le
détail d'une defcente que les Anglois firent
à Tréport , au mois de Mai 1340.de
quelle maniere ils furent heureuſement
repouffez. On y fait obſerver que l'Artil
lerie dont on fe fervit dans cette occafion
y contribua beaucoup ; qu'on en faifoit
alors un fi grand cas , à caufe de la nouveauté
, que celui qui a décrit cette defcente
, remarque comme un grand bonheur
, qu'elle ne fut aucunement endommagée.
Cette ancienne Artillerie fe voit encore
aujourd'hui à Eu , & confifte en deux
groffes Boëtes de fer , qu'on chargeoit
alors de Cailloux ronds , au lieu de Boulets
de fer , comme on en ufoit encore en
1354. même pour les Moufquets , au rapport
de Mezerai , qui dit que ce fut dans
ce temps-là qu'on commença à s'en fervir
dans la guerre d'Italie ; lefquels Moufquets
étoient , dit- il , fi gros , qu'il falloit
deux hommes pour les porter , & on
ne les tiroit que pofez fur deux pieux en
fourchettes. Paffons à un autre fujet.
Le Tombeau fimbolique du Comte
d'Eu , Philippe d'Artois , Connétable de
C iiij France
1956 MERCURE DE FRANCE
France , qui eft dans l'Eglife de Notre-
Dame d'Eu , me paroît meriter qu'on
y faffe attention à caufe de fa fingularité.
Ce qui le diftingue des autres Tombeaux
'de la même Maifon d'Artois qui reſtent
'dans cette Eglife , confifte en ce qu'il eſt
le feul qui foit , non pas fimplement entouré
d'une grille de fer , pour empêcher
qu'on n'en approche , ainfi qu'on en voit
plufieurs autres ; mais en ce qu'il eft enfermé
comme dans une efpece de cage ,
la grille en étant fi proche , qu'on peut
le toucher comme on veut ; ce qui paroît
' d'autant plus myfterieux, que ce tombeau
n'a rien qui exige d'être plus précieufement
confervé que les autres. D'ailleurs ,
Paffectation qu'ont eu ceux qui ont travaillé
ces tombeaux , de pofer des figures
de petits chiens aux pieds de tous ceux
& celles qui y font reprefentez , donne
tout lieu de croire qu'il y avoit en tout
cela quelque chofe de caché.
En effet , c'eft une choſe certaine , que
dans le tems où ces Tombeaux ont été
faits , l'ufage étoit de donner à ceux dont
on voyoit les Repréſentations , certains
ornemens qui défignoient comment ils
étoient morts. Olivier de la Marche , dit
pofitivement dans l'Hiftoire qu'il a compofée
, au rapport de Gui Coquille , dans
fon Hiftoire du Nivernois , que ces petits
chiens
SEPTEMBRE. 1730. 1957
chiens qu'on mettoit alors aux pieds des
perfonnes reprefentées fur les Tombeaux,
fignifioient qu'elles étoient mortes dans
leur lit.Que fi c'étoient des Seigneurs qui
fuffent morts dans un combat , on les reprefentoit
armez de toutes pieces ; au
lieu que s'ils étoient morts , non dans un
Combat , mais ou de bleſſures , ou de maladies
, ou d'autres accidens de Guerre ,
on les reprefentoit également armez de
Cuiraffe , mais n'ayant ni le Cafque en
tête , ni les Gantelets aux mains .
Telle eft juftement , Monfieur , la maniere
dont Philippe d'Artois eft reprefen
té en Marbre fur fon Tombeau , car ce
Seigneur ayant eu le malheur d'être fait
prifonnier par les Turcs , l'an 1396. à la
fameufe bataille de Nicopolis, & de mourir
peu de temps après dans fa prifon ; cela
qui donna lieu pour marquer le genre
de fa mort , de le reprefenter armé , mais
fans Cafque à la tête , & fans Gantelets
aux mains , ayant deux petits chiens à
fes pieds , & d'ajouter une grille qui le
couvre dans fon Tombeau , à celle qui
environne ce même Tombeau, pour mieux
marquer qu'il étoit mort en prifon. Il ne
fera inutile de remarquer que par le
compte que j'ai vu de Roger de Malderée
, alors Receveur du Comté d'Eu , ce
Tombeau où eft la figure de Philippe
Су d'Artois
pas
1958 MERCURE DE FRANCE
d'Artois , de Marbre blanc , de grandeur
naturelle , pofée fur une Table de Marbre
noir , élevée fur le Tombeau , & la double
grille de fer qui l'enferme , n'ont couté
que cent livres , tant l'argent étoit rare
en ce temps - là.
Voicy un autre fait , lequel pour fa fingularité
mérite de trouver icy fa place.
C'eft Monftrelet qui le raporte ' en fon
Hiftoire , volume 1. chap. 125. Cet Hiſtorien
dit que le Roy d'Angleterre Henry
V. s'étant brouillé avec la France , il entra
dans ce Royaume par l'embouchure
de la Seine , le 13. Aouft 1415. avec une
Armée compofée de fix mille hommes
d'Armes , & de 24 mille Archers , d'où
il fe mit en marche , bien réfolu de ravager
tout le Païs qui étoit le long de la côte
jufqu'à Calais. Comme la Ville d'Eu étoit
fur la route , il comptoit bien de l'emporter
d'emblée , & d'en abandonner le pillage
à fes Troupes . Mais il n'en fut pas
ainfi ; car le Comte d'Eu , Charles d'Artois
, s'étant jetté dans cette Place pour la
défendre comme fon propre bien , il ne
tarda pas à lui faire connoître que la chofe
ne lui feroit pas auffi facile qu'il fe l'étoit
promis .
En effet , à peine le Comte d'Eu eut il
reçu avis , que les Coureurs de l'Armée
s'avançoient , qu'il fit faire fur eux une
vigouSEPTEMBRE.
1730. 1959
vigoureuſe fortie.L'attaque fut tres - rude
& ce fut là que fe paffa l'action fingulie
re dont je veux parler. Sçavoir , que dans
le tems que les habitans de la Ville d'Eu
chargeoient rudement les Anglois , un de
fes habitans , nommé Lamelot- Pierre, eut
le malheur de recevoir de la main d'un
Anglois un coup de Lance , qui lui perça
le ventre de part en part; mais ce qui doit
furprendre , c'eft que ce particulier , loin
de perdre toute prefence d'efprit & tout
courage par un coup fi terrible , prenant
la Lance d'une main & fe l'enfonçant
dans le ventre , s'avança toujours jufqu'à
ce qu'il fut à portée de tuer de fon Epée
qu'il tenoit de l'autre main , celui qui lui
avoit donné le coup mortel , & le fit ainfi
expirer en même - temps que lui .
Ce premier effai de valeur que donnerent
ceux qui étoient réfolus à bien défendre
la Ville , n'empêcha pas l'armée
Angloife d'en faire le Siége ; mais les Anglois
y trouvant plus de réfiftance qu'ils
n'avoient efperé , ſçachant d'ailleurs que
l'armée que le Roy de France avoit formée
en peu de temps , s'avançoit pour
les combattre , ils leverent le Siége le troifiéme
jour d'Octobre , & pafferent en Picardie
, où ayant été joints par l'armée
Françoife , le combat fe donna proche
d'Azincourt , dans le Comté de S. Paul.
C vj Je
1960 MERCURE DE FRANCE
Je n'en rapporterai qu'une feule circon-
"ftance fort finguliere , que j'ai tirée de la
Bibliotheque ancienne & nouvelle de le
Clerc , tom . 1. fçavoir , que la plufpart des
Soldats Anglois fe trouvant alors attaquez
d'une violente Diffenterie , ils n'héfiterent
pas , avant le Combat , de fe mettre
à nud de la ceinture en bas , pour évi
ter que de preffans befoins ne vinffent à
les troubler pendant la mêlée , ce qui n'empêcha
pas qu'ils ne remportaffent une entiere
victoire.
Je pourrois raporter un plus grand nombre
de faits ,non moins finguliers que ceux
dont je viens de vous entretenir ; mais
pour éviter une longueur qui pourroit
devenir ennuyeuſe , vous me permettrez
de faire icy Alte, & de reprendre un peu
halene. Je fuis toujours , Monfieur , votre
, &c.
A Eu , ce 1 May 1730.
de M. Capperon , & c. Sur l'Hiftoire naturelle
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu .
P
*
Our ne rien omettre , Monfieur , fur
ce qui a raport à la piété dans notre
Hiftoire , je ne dois pas , ce me femble ,
oublier une faveur finguliere de la Providence
faite à la ville d'Eu , en la rendant
dépofitaire du Corps de l'Illuftre S. Laurent
, Archevêque de Dublin en Irlande ,
l'an 1181. Ce faint Archevêque paffant
par cette Ville , pour aller joindre le Roy
d'Angleterre , qui étoit en Normandie
Dieu permit qu'il y tomba malade, & qu'il
y mourut le 14 du mois de Novembre.
Six ans après la mort , le Comte d'Eu ;
Henry II. fils du Comte Jean , Religieux
à Foucarmont , dont je viens de parler ,
imitateur de fa piété , en faifant conf-
Voyez les Mercures de Juillet & Aoust ,
$730 truire
SEPTEMBRE . 1730. 1958
truire l'Eglife de Notre -Dame , qui fubfifte
encore aujourd'hui , le tombeau où
repofoit le Corps de ce S.Archevêque fut
ouvert ; il s'y fit , dit- on , tant de miracles
, & les guérifons miraculeufes attirerent
tant de malades à la ville d'Eu
qu'il eft remarqué dans l'original de la
Vie de ce Saint , écrite so ans après fa
mort ,par un Chanoine de l'Abbaye d'Eu ,
chapitre 31. Que quoiqu'on eut abandonné
le Château pour les loger , il ne
fuffifoit pas encore , tant le nombre en
étoit grand.
S Les habitans de la Villè d'Eu , témoins
de toutes ces merveilles , obtinrent après
cinq voïages faits à Rome , que cet illuftre
Saint fût folemnellement canonifé , ce
qui arriva l'onzième jour de Decembre
1226. par une Bulle du Pape Honoré III .
laquelle a cela de fingulier , qu'elle eft la
premiere Bulle de Canonifation où les
Papes aient accordé des Indulgences. Et
ces mêmes Indulgences y font énoncées ,
de la mème maniere qu'on en ufoit dans
les premiers tems , puifque le Pape déclare
qu'il remet vingt jours de la penitence
enjointe à tous ceux qui vifiteront
l'Eglife où le Corps de ce Saint repoſe
foit le jour de fa fête , ou un des jours de
l'octave.
Ceux qui ont tant foit peu de lecture
Ciij fça-
>
1954 MERCURE DE FRANCE
fçavent que les fentimens font fort partagez
fur le tems précis auquel la Poudre
à Čanon a été inventée. Les Hiftoriens
ont auffi fort varié , pour fixer le tems
auquel on a commencé à fe fervir de l'Artillerie.
Grand nombre l'ont placé bien
au deffous de fa veritable époque . Nauclerus
, par exemple , n'en fixe l'uſage
qu'en 1354. Baronius en 1360. d'autres
en 1380. Moreri dit pofitivement qu'avant
l'an 1425. l'Artillerie étoit incon
nuë en France. Mais felon Furetiere dans
fon Dictionaire , M. du Cange eft le premier
qui a découvert dans la Chambre
des Comptes de Paris , qu'on fe fervoit
en France de l'Artillerie dès l'an 1338.
Comme en effet , on y voit un compte
de cette même année , où il eft parlé de
la dépenſe faite pour la Poudre neceſſaire
aux Canons , qui furent employez devant
Puy- Guillaume , Château en Auvergne.
J'efpere qu'on trouvera bon , qu'à ce
titre , lequel jufqu'à preſent , comme je
crois , a paru unique , pour fixer ce point
d'hiftoire , j'en ajoute un autre , tiré des
Archives de notre Hôtel de Ville , qui en
confirme la verité. Il fe trouve dans un
ancien Livre en velin , où font infcrits par
années les noms des Maires & Echevins
depuis l'an 1272. On le nomme le Livre
rouge
SEPTEMBRE. 1730. 1955
rouge , lequel eft en deux volumes . Com
me on a eu foin d'écrire auffi dans ce Livre
ce qui s'eft paffé de plus confiderable
pendant l'adminiftration de chaque Maire
, on lit , volume premier , page 97. le
détail d'une defcente que les Anglois firent
à Tréport , au mois de Mai 1340.de
quelle maniere ils furent heureuſement
repouffez. On y fait obſerver que l'Artil
lerie dont on fe fervit dans cette occafion
y contribua beaucoup ; qu'on en faifoit
alors un fi grand cas , à caufe de la nouveauté
, que celui qui a décrit cette defcente
, remarque comme un grand bonheur
, qu'elle ne fut aucunement endommagée.
Cette ancienne Artillerie fe voit encore
aujourd'hui à Eu , & confifte en deux
groffes Boëtes de fer , qu'on chargeoit
alors de Cailloux ronds , au lieu de Boulets
de fer , comme on en ufoit encore en
1354. même pour les Moufquets , au rapport
de Mezerai , qui dit que ce fut dans
ce temps-là qu'on commença à s'en fervir
dans la guerre d'Italie ; lefquels Moufquets
étoient , dit- il , fi gros , qu'il falloit
deux hommes pour les porter , & on
ne les tiroit que pofez fur deux pieux en
fourchettes. Paffons à un autre fujet.
Le Tombeau fimbolique du Comte
d'Eu , Philippe d'Artois , Connétable de
C iiij France
1956 MERCURE DE FRANCE
France , qui eft dans l'Eglife de Notre-
Dame d'Eu , me paroît meriter qu'on
y faffe attention à caufe de fa fingularité.
Ce qui le diftingue des autres Tombeaux
'de la même Maifon d'Artois qui reſtent
'dans cette Eglife , confifte en ce qu'il eſt
le feul qui foit , non pas fimplement entouré
d'une grille de fer , pour empêcher
qu'on n'en approche , ainfi qu'on en voit
plufieurs autres ; mais en ce qu'il eft enfermé
comme dans une efpece de cage ,
la grille en étant fi proche , qu'on peut
le toucher comme on veut ; ce qui paroît
' d'autant plus myfterieux, que ce tombeau
n'a rien qui exige d'être plus précieufement
confervé que les autres. D'ailleurs ,
Paffectation qu'ont eu ceux qui ont travaillé
ces tombeaux , de pofer des figures
de petits chiens aux pieds de tous ceux
& celles qui y font reprefentez , donne
tout lieu de croire qu'il y avoit en tout
cela quelque chofe de caché.
En effet , c'eft une choſe certaine , que
dans le tems où ces Tombeaux ont été
faits , l'ufage étoit de donner à ceux dont
on voyoit les Repréſentations , certains
ornemens qui défignoient comment ils
étoient morts. Olivier de la Marche , dit
pofitivement dans l'Hiftoire qu'il a compofée
, au rapport de Gui Coquille , dans
fon Hiftoire du Nivernois , que ces petits
chiens
SEPTEMBRE. 1730. 1957
chiens qu'on mettoit alors aux pieds des
perfonnes reprefentées fur les Tombeaux,
fignifioient qu'elles étoient mortes dans
leur lit.Que fi c'étoient des Seigneurs qui
fuffent morts dans un combat , on les reprefentoit
armez de toutes pieces ; au
lieu que s'ils étoient morts , non dans un
Combat , mais ou de bleſſures , ou de maladies
, ou d'autres accidens de Guerre ,
on les reprefentoit également armez de
Cuiraffe , mais n'ayant ni le Cafque en
tête , ni les Gantelets aux mains .
Telle eft juftement , Monfieur , la maniere
dont Philippe d'Artois eft reprefen
té en Marbre fur fon Tombeau , car ce
Seigneur ayant eu le malheur d'être fait
prifonnier par les Turcs , l'an 1396. à la
fameufe bataille de Nicopolis, & de mourir
peu de temps après dans fa prifon ; cela
qui donna lieu pour marquer le genre
de fa mort , de le reprefenter armé , mais
fans Cafque à la tête , & fans Gantelets
aux mains , ayant deux petits chiens à
fes pieds , & d'ajouter une grille qui le
couvre dans fon Tombeau , à celle qui
environne ce même Tombeau, pour mieux
marquer qu'il étoit mort en prifon. Il ne
fera inutile de remarquer que par le
compte que j'ai vu de Roger de Malderée
, alors Receveur du Comté d'Eu , ce
Tombeau où eft la figure de Philippe
Су d'Artois
pas
1958 MERCURE DE FRANCE
d'Artois , de Marbre blanc , de grandeur
naturelle , pofée fur une Table de Marbre
noir , élevée fur le Tombeau , & la double
grille de fer qui l'enferme , n'ont couté
que cent livres , tant l'argent étoit rare
en ce temps - là.
Voicy un autre fait , lequel pour fa fingularité
mérite de trouver icy fa place.
C'eft Monftrelet qui le raporte ' en fon
Hiftoire , volume 1. chap. 125. Cet Hiſtorien
dit que le Roy d'Angleterre Henry
V. s'étant brouillé avec la France , il entra
dans ce Royaume par l'embouchure
de la Seine , le 13. Aouft 1415. avec une
Armée compofée de fix mille hommes
d'Armes , & de 24 mille Archers , d'où
il fe mit en marche , bien réfolu de ravager
tout le Païs qui étoit le long de la côte
jufqu'à Calais. Comme la Ville d'Eu étoit
fur la route , il comptoit bien de l'emporter
d'emblée , & d'en abandonner le pillage
à fes Troupes . Mais il n'en fut pas
ainfi ; car le Comte d'Eu , Charles d'Artois
, s'étant jetté dans cette Place pour la
défendre comme fon propre bien , il ne
tarda pas à lui faire connoître que la chofe
ne lui feroit pas auffi facile qu'il fe l'étoit
promis .
En effet , à peine le Comte d'Eu eut il
reçu avis , que les Coureurs de l'Armée
s'avançoient , qu'il fit faire fur eux une
vigouSEPTEMBRE.
1730. 1959
vigoureuſe fortie.L'attaque fut tres - rude
& ce fut là que fe paffa l'action fingulie
re dont je veux parler. Sçavoir , que dans
le tems que les habitans de la Ville d'Eu
chargeoient rudement les Anglois , un de
fes habitans , nommé Lamelot- Pierre, eut
le malheur de recevoir de la main d'un
Anglois un coup de Lance , qui lui perça
le ventre de part en part; mais ce qui doit
furprendre , c'eft que ce particulier , loin
de perdre toute prefence d'efprit & tout
courage par un coup fi terrible , prenant
la Lance d'une main & fe l'enfonçant
dans le ventre , s'avança toujours jufqu'à
ce qu'il fut à portée de tuer de fon Epée
qu'il tenoit de l'autre main , celui qui lui
avoit donné le coup mortel , & le fit ainfi
expirer en même - temps que lui .
Ce premier effai de valeur que donnerent
ceux qui étoient réfolus à bien défendre
la Ville , n'empêcha pas l'armée
Angloife d'en faire le Siége ; mais les Anglois
y trouvant plus de réfiftance qu'ils
n'avoient efperé , ſçachant d'ailleurs que
l'armée que le Roy de France avoit formée
en peu de temps , s'avançoit pour
les combattre , ils leverent le Siége le troifiéme
jour d'Octobre , & pafferent en Picardie
, où ayant été joints par l'armée
Françoife , le combat fe donna proche
d'Azincourt , dans le Comté de S. Paul.
C vj Je
1960 MERCURE DE FRANCE
Je n'en rapporterai qu'une feule circon-
"ftance fort finguliere , que j'ai tirée de la
Bibliotheque ancienne & nouvelle de le
Clerc , tom . 1. fçavoir , que la plufpart des
Soldats Anglois fe trouvant alors attaquez
d'une violente Diffenterie , ils n'héfiterent
pas , avant le Combat , de fe mettre
à nud de la ceinture en bas , pour évi
ter que de preffans befoins ne vinffent à
les troubler pendant la mêlée , ce qui n'empêcha
pas qu'ils ne remportaffent une entiere
victoire.
Je pourrois raporter un plus grand nombre
de faits ,non moins finguliers que ceux
dont je viens de vous entretenir ; mais
pour éviter une longueur qui pourroit
devenir ennuyeuſe , vous me permettrez
de faire icy Alte, & de reprendre un peu
halene. Je fuis toujours , Monfieur , votre
, &c.
A Eu , ce 1 May 1730.
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Résumé : DERNIERE SUITE des Mémoires de M. Capperon, &c. Sur l'Histoire naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu.
Le texte extrait des mémoires de M. Capperon relate divers événements historiques du comté d'Eu. En 1181, la ville d'Eu bénéficia d'une faveur divine avec la mort de l'archevêque Laurent de Dublin, qui tomba malade et décéda sur place. Six ans plus tard, le comte d'Eu fit construire une église pour abriter le tombeau de l'archevêque, où des miracles se produisirent, attirant de nombreux malades. En 1226, après cinq voyages à Rome, l'archevêque fut canonisé par le pape Honoré III, marquant la première bulle de canonisation accordant des indulgences. Le texte aborde également l'histoire de l'artillerie. Plusieurs historiens ont proposé des dates variées pour l'invention de la poudre à canon, mais des archives de la Chambre des Comptes de Paris et de l'Hôtel de Ville d'Eu confirment son usage dès 1338. En 1340, l'artillerie fut utilisée pour repousser une descente anglaise à Tréport. Le tombeau du comte Philippe d'Artois, connétable de France, est décrit comme singulier en raison de sa double grille de fer. Les petits chiens représentés sur les tombeaux indiquaient que la personne était morte dans son lit. Philippe d'Artois, capturé et mort en prison après la bataille de Nicopolis en 1396, est représenté sans casque ni gantelets, symbolisant sa mort en captivité. Enfin, le texte mentionne l'attaque de la ville d'Eu par le roi Henri V d'Angleterre en 1415. Un habitant, Lamelot-Pierre, blessé par une lance, tua son agresseur avant de succomber. Malgré cette résistance, les Anglais levèrent le siège et affrontèrent l'armée française près d'Azincourt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 2215-2224
Panegyrique de S. Augustin, [titre d'après la table]
Début :
PANEGYRIQUE de S. Augustin, Evêque d'Hippone, prononcé dans [...]
Mots clefs :
Saint Augustin, Panégyrique, Génie, Gloire, Chrétien, Hommes, Éloquence, Honneur, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique de S. Augustin, [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS &c.
ANEGYRIQUE de S. Auguftin ;
Evêque d'Hippone , prononcé dans
l'Eglife des Grands Auguftins , le 28.
Aout 1730. par M. l'Abbé Seguy . A
Paris , chez Coignard fils , Imprimeur du
Roi & de l'Académie Françoife , à la Bible
d'or 1730.
Lo
2216 MERCURE DE FRANCE
Le Lecteur nous fçaura bon gré de lui
'donner un Extrait de ce Difcours , fi digne
de la réputation de fon Auteur. Le
Texte en eft fingulier & frappant , &
l'Exorde dans fa noble fimplicité ne l'eſt
pas moins. Les voici :
In laudem gloria gratia . A la gloire
de la Grace. Epit. aux Ephef. Ch. 1.
Oui , Chrétiens , à la gloire de la Grace
C'est là comme une Dédicace que je
mets à la tête de ce Difcours , ou fi vous
voulez , c'eft le fujer & le fond même
de l'Eloge que j'entreprends. Je le confacre
à la Grace , parce que c'eſt à elle
qu'il appartient fpecialement , & que
toute la gloire d'Auguftin eſt à elle , in
laudem gloria gratie.
Cet Eloge d'Auguftin , fi intereffant
pour les Sçavans , dont ce grand homme
eft l'admiration & l'oracle , pour le peuple
, dont fon ſeul nom réveilla toujours
l'attention , le fera à jamais , Chrétiens ,
pour quiconque s'intereffera aux merveilles
de la Grace . Ecoutez . Cette Grace
qui vous donne la vie fpirituelle à vous,
Juftes , qui avez le bonheur d'en joüir,
qui feule peut vous la rendre à vous ,
pecheurs , qui l'avez perduë ; c'eft elle.
que je vais glorifier. Je vais vous faire
voir dans Auguftin des foibleffes & des
erreurs qu'elle a fait tourner à ſa gloire ,
des
OCTOBRE. 1730. 2217
'des vertus héroïques dont elle a été le
principe , des travaux infinis dont elle a
êté l'objet. Auguftin n'a été coupable , it
n'a été aveugle , il n'a été éclairé , il n'a
été penitent , il n'a eu la fuperiorité dư
génie & l'éminence de la fainteté que
pour la gloire de la Grace , in laudemgloria
gratia. Comment cela , Chrétiens Au
diteurs voici dans la raifon qui s'en
offre le plan de mon Difcours qui fe préfente.
C'est que le changement d'Auguf
tin a été un des coups les plus éclatans
de la puiflance de la Grace , & qu'Auguftin
depuis fon changement n'a vêcu
que pour les interêts de la Grace ; elle
a triomphe de lui , & elle a triomphé par
luis il lui a rendu les armes , & il l'a
fervie jufqu'à en devenir le Heros. En
deux mots , il en a été , en exceptant la
Converfion de Paul , il en a été la conquête
la plus belle , il en a été le Défenfeur
le plus glorieux , in laudem glorie
gratia.
Je n'ai point conçû , Meffieurs , la
vaine efperance d'égaler l'idée que vous
avez d'Auguftin , ni même de pouvoir
vous rendre parfaitement la mienne. Je
viens fuccomber fous le poids que je me
fuis laiffé impofer . Notre impuiffance à
foutenir la grandeur de certains fujets eft
après tout une autre forte d'éloge , & le
Docteur
Ev
2218 MERCURE DE FRANCE
Docteur de la Grace feroit trop rarement
loué , s'il ne l'étoit que par ceux qui
peuvent lui payer tout le tribut de loüanges
qu'il mérite. Auguftin. La Grace. Je
ne cefferai , Chrétiens , de vous préfenter
ces deux objets , quoique bien éloigné
de vouloir vous faire partager votre
reſpect entre l'un & l'autre. C'eſt ainfi
que j'ofe me promettre votre attention.
Oui , je m'en fie à l'interêt du grand
nom d'Auguftin , & plus encore à l'interêt
que doivent prendre vos coeurs à la
gloire de la Grace , In laudem gloria gratia.
Ave & c.
Premiere Partie:
L'Abbé Seguy en entrant en matiere ;
préfente le portrait que voici du jeune
Auguftin.
Failons attention à ce qu'il étoit dès fa
15 année , Chrétiens Auditeurs. Un vif
amour du grand , ou de ce qui en a l'apparence
; mais un penchant prefque invincible
pour le plaifir , une foif infinie:
de la verité , mais hors du feul fyftême
où on la trouve ; un caractere affable , mais
un fecret ſentiment de fa fuperiorité na--
turelle , idées naiffantes de fortune , talens
fuprêmes pour y parvenir , l'efprit
d'affurance qui fubjugue , l'efprit d'infinuation
qui féduit l'ardeur funefte
d'aimer
,
་
OCTOBRE. 1730. 2219
d'aimer , le don prefqu'auffi funefte de
plaire ; tels étoient de fi bonne heure fes
traits les plus marqués . Mes freres , que
je vous décrive ici les égaremens de fa
raifon & les foibleffes de fon coeur. Je
veux dreffer un trophée à la grace de mon
Dieu qui en fçut faire fa conquête , en
vous faifant voir les obftacles qu'elle a fur
montés , in laudem gloria gratia.
C'eft fur ces égaremens & ces foibleffes
que l'Orateur fonde le premier chef de fa
fubdivifion ; & après avoir décrit , avec
toute la force imaginable, les erreurs d'Au
guſtin , il dit :-
Aimable verité , cher & glorieux partage
des ames humbles , ainfi font fouvent
punis au fein du menfonge ceux que leur
orgueil a rendus indignes de vous . Malgrè
toutes leurs variations , en changeant
d'erreurs , ils ne font que changer d'inquiétudes
; & quand ils ont parcourus
dans leurs égaremens , toutes les opinions
accréditées , plus éloignés de vous que
jamais, ou ils s'en font de nouvelles en fecret,
ou ils en font réduits à regretter dans
un noir cahos lés Systêmes de l'erreur
qu'ils ont comme épuifée.
L'article des foibleffes du jeune Auguf
tin a quelque chofe d'enlevant. L'Orateur
paffe enfuite au fecond membre de ſa ſubdivifion
, de cette maniere :
E vj Toute
2220 MERCURE DE FRANCE
Toutefois au travers des miferes & des
horreurs que ma Religion me découvre
dans une telle vie , je vois les qualitez les
plus éclatantes , & les vertus morales le
plus en honneur. Si les obftacles font
grands , l'importance de la conquête n'eſt
pas moins grande. Connoiffez icy , Chré-
Tiens , ce que c'étoit qu'Auguftin par l'efprit
& par le coeur ; quelque jufte idée
vous ayez de lui , peut-être en eft- il parmi
vous qui n'ont pas affez vivement ſenti en
ces deux points , l'excellence de fon caractere.
que
Car d'abord , je l'ofe affurer , malgré
fes égaremens , jamais la Grace n'eut à
éclairer un efprit fuperieur au fien . Génie
facile , dès l'âge de douze ans , le défefpoir
de fes jeunes Emules , & l'étonnement
de fes Maîtres , il fembloit plutôt
rappeller des chofes oubliées , qu'en ap
prendre de nouvelles ; & fes progrès trop
furprenans, pour n'engager que les fiens à
le foûtenir de toutes leurs forces , porterent
un Etranger à faire auffi tout pour
lui, pour ce jeune homme dont les talens
promettoient la courſe la plus rapide dans
la carriere de l'honneur & de la fortune ;
génie pénétrant , à qui n'échappoit rien
de ce qui eft à la portée de l'efprit humain
; il eut été un de ces Inventeurs des.
Sciences & des beaux Arts , s'il fut venu
dans
OCTOBRE. 1730. 222
dans les premiers âges ; génie étendu qui
embraffoit tout , qui réunit de bonne
heure en lui le Rhéteur habile , le Philofophe
profond ; & qui joignant aux connoiffances
les plus fublimes , à celles des
Arts Liberaux , le mit dans peu de temps
en état d'en compofer des Traitez qu'on
admire ; génie nerveux , né pour manier
la raifon en Maître,& pour lui faire prendre
entre les mains toute la force qu'elle
peut avoir ; génie fubtil , qui le premier
peut -être avoit faifi des fineffes de raifon
nement peu connues avant lui , fouverai
nement propre à tout ce qu'il y a de plusabftrait
, fe tournant , fe repliant avec une
adreffe infinie fur lui- même ; & qui , le
cours de les études à peine fini , le faifoit
regarder comme un homme sûr de vaincre
, de trouver prife fur les autres , & de
ne leur en donner jamais dans la diſpute ;
génie beau , plein de feu & d'agrément ,
qui après avoir enlevé à Rome tous les
fuffrages , fe fignalant à Milan par l'éloga
de l'Empereur & du Conful Bauton , fit
dire avec une espece de tranfport , que
la plus haute vertu pouvoit être fatisfaite
de ces louanges : Ouy , génie à qui pour
égaler au moins les plus fameux Orateurs
de Rome & d'Athénes , il ne manquoit
que leur fiecle & leur pays..
N'allons pas critiques trop inquiets ,
repro2222
MERCURE DE FRANCE
reprocher au prodige de l'Afrique , le caractere
Afriquain ; il avoit affez de quoi
fe le faire pardonner ; eût- il dû naturellement
ne pas l'avoir ; il avoit , & j'en
appelle aux Juges , toute l'ame de la grande
& invariable Eloquence , de l'Eloquence
des choles très - indépendantes™
du ftyle , j'entens l'abondance & l'ordre
, & la chaleur & la penfée , & le fentiment
auffi neceffaire que la penſée :
vraye & folide éloquence qui étoit de lui,
tour & ftyle qui étoit de fon temps , & fur
tout de fa Patrie.
Achevons : Vous ne trouverez rien de
trop à ce Portrait. Génie , peu s'en faut
que je ne dife unique , capable non-feule--
ment de traiter prefque de tout , & de
ramener tout à des principes auffi féconds
que fimples, mais de traiter de chaque
chofe dans le genre d'écrire , convenable
à fa nature , plein fur un feul objet d'une
étonnante multiplicité d'idées , à quelques
redites près ; fuite ordinaire de l'abondance
de l'expreffion & de la hâte du travail ,
moins fréquentes pourtant en fes Ecrits
que ne l'ont prétendu certains Critiques ,
fans fonger qu'il eft des matieres où les
principes ne fçauroient être trop fouvent
préfentez , & que les répétitions neceffaires
ne font pas des redites.
Les qualitez du coeur d'Auguftin , maniées
OCTOBRE . 1730. 2223
niées de main de maître , font accompa
gnées de la réfléxion fuivante,
Mais quoi ? Avoir un coeur fi bien fait
& fi corrompu ,un génie fi rare &fi fujet
à l'erreur?Mais qui fçait fi laDivine Providence
ne permit pas qu'il en fut ainfi d'un
homme femblable , de peur qu'il n'honorat
trop cette nature décheuë , dont il
étoit deftiné à décrier un jour la corrup
tion & la mifére. Il eut trop fait remarquer
ce qu'il y a de grand dans l'homme ,
s'il n'eut fait voir , comme il l'a fait , ce
qu'il y a de foible & de corrompu . Il fut
coupable par fon malheur , & peut - être
auffi pour l'honneur de la Grace : In lau- ~
dem gloria gratia.
و
L'Abbé Séguy paffe enfuite au troifié- -
me membre de fa fubdivifion . Il n'eft' pas
poffible de voir d'image plus vive que celle
où il repréſente les combats intérieurs ,
qui précédérent la converfion de faint
Auguftin . Nous ne rapporterons rien
d'un article qui doit être vû en entier ,
non plus que de la Morale , qui termine
cette premiere Partie.
Seconde Partie:
Comparez , fi vous le pouvez , Chré
tiens , toutes les conquêtes de la Grace ,
tous les Saints ; jamais , jamais nul d'eux
ne lui a mieux rendu qu'Auguftin, le prix
de fes infpirations fecourables. Car je ne
2224 MERCURE DE FRANCE
crains pas de l'avancer ; ce qu'il a fait pour
elle , n'eft pas moins grand que ce qu'elle
avoit fait pour lui : & ne vous allarmez
pas d'une propofition , qui bien loin d'être
injurieufe à la Grace de mon Dieu , l'honore
en effet.Je n'ai en vûë que de la glorifier
cette Grace , lorfque j'en viens glo
rifier le Héros ; In Laudem gloria gratia
& je fçai que vous n'ignorez pas que ce
qu'Auguftin a fait pour Elle , il ne l'a fait
que par Elle. C'eſt par Elle qu'il a été fon
plus glorieux Deffenfeur, qu'il a travaillé
avec tant d'éclat à lui foumettre tous fes
ennemis enfemble ; tous fes Ennemis ,
Chrétiens Auditeurs , je veux dire ceux
qui l'attaquent dans fon effence, ceux qui
Falterent dans fes dons , ceux qui l'étoufent
dans les infpirations. Car voilà tous
les ennemis de la Grace.
Il feroit trop long pour un Extrait de raporter
tout l'article du Pélagianifme , qui
nous paroît un des plus frappans de tous.
Le fecond & le troifiéme chef font pleins
comme le premier , de cette éloquence
originale & toute neuve , qu'a fçu faifir
Auteur ; mais nous n'avons pas le tems
de nous y arrêter. Cette Analyle nous meneroit
trop loin , fans faire d'ailleurs fentir
La beauté du tout fupérieure à toutes les
beautez de détail.
DES BEAUX ARTS &c.
ANEGYRIQUE de S. Auguftin ;
Evêque d'Hippone , prononcé dans
l'Eglife des Grands Auguftins , le 28.
Aout 1730. par M. l'Abbé Seguy . A
Paris , chez Coignard fils , Imprimeur du
Roi & de l'Académie Françoife , à la Bible
d'or 1730.
Lo
2216 MERCURE DE FRANCE
Le Lecteur nous fçaura bon gré de lui
'donner un Extrait de ce Difcours , fi digne
de la réputation de fon Auteur. Le
Texte en eft fingulier & frappant , &
l'Exorde dans fa noble fimplicité ne l'eſt
pas moins. Les voici :
In laudem gloria gratia . A la gloire
de la Grace. Epit. aux Ephef. Ch. 1.
Oui , Chrétiens , à la gloire de la Grace
C'est là comme une Dédicace que je
mets à la tête de ce Difcours , ou fi vous
voulez , c'eft le fujer & le fond même
de l'Eloge que j'entreprends. Je le confacre
à la Grace , parce que c'eſt à elle
qu'il appartient fpecialement , & que
toute la gloire d'Auguftin eſt à elle , in
laudem gloria gratie.
Cet Eloge d'Auguftin , fi intereffant
pour les Sçavans , dont ce grand homme
eft l'admiration & l'oracle , pour le peuple
, dont fon ſeul nom réveilla toujours
l'attention , le fera à jamais , Chrétiens ,
pour quiconque s'intereffera aux merveilles
de la Grace . Ecoutez . Cette Grace
qui vous donne la vie fpirituelle à vous,
Juftes , qui avez le bonheur d'en joüir,
qui feule peut vous la rendre à vous ,
pecheurs , qui l'avez perduë ; c'eft elle.
que je vais glorifier. Je vais vous faire
voir dans Auguftin des foibleffes & des
erreurs qu'elle a fait tourner à ſa gloire ,
des
OCTOBRE. 1730. 2217
'des vertus héroïques dont elle a été le
principe , des travaux infinis dont elle a
êté l'objet. Auguftin n'a été coupable , it
n'a été aveugle , il n'a été éclairé , il n'a
été penitent , il n'a eu la fuperiorité dư
génie & l'éminence de la fainteté que
pour la gloire de la Grace , in laudemgloria
gratia. Comment cela , Chrétiens Au
diteurs voici dans la raifon qui s'en
offre le plan de mon Difcours qui fe préfente.
C'est que le changement d'Auguf
tin a été un des coups les plus éclatans
de la puiflance de la Grace , & qu'Auguftin
depuis fon changement n'a vêcu
que pour les interêts de la Grace ; elle
a triomphe de lui , & elle a triomphé par
luis il lui a rendu les armes , & il l'a
fervie jufqu'à en devenir le Heros. En
deux mots , il en a été , en exceptant la
Converfion de Paul , il en a été la conquête
la plus belle , il en a été le Défenfeur
le plus glorieux , in laudem glorie
gratia.
Je n'ai point conçû , Meffieurs , la
vaine efperance d'égaler l'idée que vous
avez d'Auguftin , ni même de pouvoir
vous rendre parfaitement la mienne. Je
viens fuccomber fous le poids que je me
fuis laiffé impofer . Notre impuiffance à
foutenir la grandeur de certains fujets eft
après tout une autre forte d'éloge , & le
Docteur
Ev
2218 MERCURE DE FRANCE
Docteur de la Grace feroit trop rarement
loué , s'il ne l'étoit que par ceux qui
peuvent lui payer tout le tribut de loüanges
qu'il mérite. Auguftin. La Grace. Je
ne cefferai , Chrétiens , de vous préfenter
ces deux objets , quoique bien éloigné
de vouloir vous faire partager votre
reſpect entre l'un & l'autre. C'eſt ainfi
que j'ofe me promettre votre attention.
Oui , je m'en fie à l'interêt du grand
nom d'Auguftin , & plus encore à l'interêt
que doivent prendre vos coeurs à la
gloire de la Grace , In laudem gloria gratia.
Ave & c.
Premiere Partie:
L'Abbé Seguy en entrant en matiere ;
préfente le portrait que voici du jeune
Auguftin.
Failons attention à ce qu'il étoit dès fa
15 année , Chrétiens Auditeurs. Un vif
amour du grand , ou de ce qui en a l'apparence
; mais un penchant prefque invincible
pour le plaifir , une foif infinie:
de la verité , mais hors du feul fyftême
où on la trouve ; un caractere affable , mais
un fecret ſentiment de fa fuperiorité na--
turelle , idées naiffantes de fortune , talens
fuprêmes pour y parvenir , l'efprit
d'affurance qui fubjugue , l'efprit d'infinuation
qui féduit l'ardeur funefte
d'aimer
,
་
OCTOBRE. 1730. 2219
d'aimer , le don prefqu'auffi funefte de
plaire ; tels étoient de fi bonne heure fes
traits les plus marqués . Mes freres , que
je vous décrive ici les égaremens de fa
raifon & les foibleffes de fon coeur. Je
veux dreffer un trophée à la grace de mon
Dieu qui en fçut faire fa conquête , en
vous faifant voir les obftacles qu'elle a fur
montés , in laudem gloria gratia.
C'eft fur ces égaremens & ces foibleffes
que l'Orateur fonde le premier chef de fa
fubdivifion ; & après avoir décrit , avec
toute la force imaginable, les erreurs d'Au
guſtin , il dit :-
Aimable verité , cher & glorieux partage
des ames humbles , ainfi font fouvent
punis au fein du menfonge ceux que leur
orgueil a rendus indignes de vous . Malgrè
toutes leurs variations , en changeant
d'erreurs , ils ne font que changer d'inquiétudes
; & quand ils ont parcourus
dans leurs égaremens , toutes les opinions
accréditées , plus éloignés de vous que
jamais, ou ils s'en font de nouvelles en fecret,
ou ils en font réduits à regretter dans
un noir cahos lés Systêmes de l'erreur
qu'ils ont comme épuifée.
L'article des foibleffes du jeune Auguf
tin a quelque chofe d'enlevant. L'Orateur
paffe enfuite au fecond membre de ſa ſubdivifion
, de cette maniere :
E vj Toute
2220 MERCURE DE FRANCE
Toutefois au travers des miferes & des
horreurs que ma Religion me découvre
dans une telle vie , je vois les qualitez les
plus éclatantes , & les vertus morales le
plus en honneur. Si les obftacles font
grands , l'importance de la conquête n'eſt
pas moins grande. Connoiffez icy , Chré-
Tiens , ce que c'étoit qu'Auguftin par l'efprit
& par le coeur ; quelque jufte idée
vous ayez de lui , peut-être en eft- il parmi
vous qui n'ont pas affez vivement ſenti en
ces deux points , l'excellence de fon caractere.
que
Car d'abord , je l'ofe affurer , malgré
fes égaremens , jamais la Grace n'eut à
éclairer un efprit fuperieur au fien . Génie
facile , dès l'âge de douze ans , le défefpoir
de fes jeunes Emules , & l'étonnement
de fes Maîtres , il fembloit plutôt
rappeller des chofes oubliées , qu'en ap
prendre de nouvelles ; & fes progrès trop
furprenans, pour n'engager que les fiens à
le foûtenir de toutes leurs forces , porterent
un Etranger à faire auffi tout pour
lui, pour ce jeune homme dont les talens
promettoient la courſe la plus rapide dans
la carriere de l'honneur & de la fortune ;
génie pénétrant , à qui n'échappoit rien
de ce qui eft à la portée de l'efprit humain
; il eut été un de ces Inventeurs des.
Sciences & des beaux Arts , s'il fut venu
dans
OCTOBRE. 1730. 222
dans les premiers âges ; génie étendu qui
embraffoit tout , qui réunit de bonne
heure en lui le Rhéteur habile , le Philofophe
profond ; & qui joignant aux connoiffances
les plus fublimes , à celles des
Arts Liberaux , le mit dans peu de temps
en état d'en compofer des Traitez qu'on
admire ; génie nerveux , né pour manier
la raifon en Maître,& pour lui faire prendre
entre les mains toute la force qu'elle
peut avoir ; génie fubtil , qui le premier
peut -être avoit faifi des fineffes de raifon
nement peu connues avant lui , fouverai
nement propre à tout ce qu'il y a de plusabftrait
, fe tournant , fe repliant avec une
adreffe infinie fur lui- même ; & qui , le
cours de les études à peine fini , le faifoit
regarder comme un homme sûr de vaincre
, de trouver prife fur les autres , & de
ne leur en donner jamais dans la diſpute ;
génie beau , plein de feu & d'agrément ,
qui après avoir enlevé à Rome tous les
fuffrages , fe fignalant à Milan par l'éloga
de l'Empereur & du Conful Bauton , fit
dire avec une espece de tranfport , que
la plus haute vertu pouvoit être fatisfaite
de ces louanges : Ouy , génie à qui pour
égaler au moins les plus fameux Orateurs
de Rome & d'Athénes , il ne manquoit
que leur fiecle & leur pays..
N'allons pas critiques trop inquiets ,
repro2222
MERCURE DE FRANCE
reprocher au prodige de l'Afrique , le caractere
Afriquain ; il avoit affez de quoi
fe le faire pardonner ; eût- il dû naturellement
ne pas l'avoir ; il avoit , & j'en
appelle aux Juges , toute l'ame de la grande
& invariable Eloquence , de l'Eloquence
des choles très - indépendantes™
du ftyle , j'entens l'abondance & l'ordre
, & la chaleur & la penfée , & le fentiment
auffi neceffaire que la penſée :
vraye & folide éloquence qui étoit de lui,
tour & ftyle qui étoit de fon temps , & fur
tout de fa Patrie.
Achevons : Vous ne trouverez rien de
trop à ce Portrait. Génie , peu s'en faut
que je ne dife unique , capable non-feule--
ment de traiter prefque de tout , & de
ramener tout à des principes auffi féconds
que fimples, mais de traiter de chaque
chofe dans le genre d'écrire , convenable
à fa nature , plein fur un feul objet d'une
étonnante multiplicité d'idées , à quelques
redites près ; fuite ordinaire de l'abondance
de l'expreffion & de la hâte du travail ,
moins fréquentes pourtant en fes Ecrits
que ne l'ont prétendu certains Critiques ,
fans fonger qu'il eft des matieres où les
principes ne fçauroient être trop fouvent
préfentez , & que les répétitions neceffaires
ne font pas des redites.
Les qualitez du coeur d'Auguftin , maniées
OCTOBRE . 1730. 2223
niées de main de maître , font accompa
gnées de la réfléxion fuivante,
Mais quoi ? Avoir un coeur fi bien fait
& fi corrompu ,un génie fi rare &fi fujet
à l'erreur?Mais qui fçait fi laDivine Providence
ne permit pas qu'il en fut ainfi d'un
homme femblable , de peur qu'il n'honorat
trop cette nature décheuë , dont il
étoit deftiné à décrier un jour la corrup
tion & la mifére. Il eut trop fait remarquer
ce qu'il y a de grand dans l'homme ,
s'il n'eut fait voir , comme il l'a fait , ce
qu'il y a de foible & de corrompu . Il fut
coupable par fon malheur , & peut - être
auffi pour l'honneur de la Grace : In lau- ~
dem gloria gratia.
و
L'Abbé Séguy paffe enfuite au troifié- -
me membre de fa fubdivifion . Il n'eft' pas
poffible de voir d'image plus vive que celle
où il repréſente les combats intérieurs ,
qui précédérent la converfion de faint
Auguftin . Nous ne rapporterons rien
d'un article qui doit être vû en entier ,
non plus que de la Morale , qui termine
cette premiere Partie.
Seconde Partie:
Comparez , fi vous le pouvez , Chré
tiens , toutes les conquêtes de la Grace ,
tous les Saints ; jamais , jamais nul d'eux
ne lui a mieux rendu qu'Auguftin, le prix
de fes infpirations fecourables. Car je ne
2224 MERCURE DE FRANCE
crains pas de l'avancer ; ce qu'il a fait pour
elle , n'eft pas moins grand que ce qu'elle
avoit fait pour lui : & ne vous allarmez
pas d'une propofition , qui bien loin d'être
injurieufe à la Grace de mon Dieu , l'honore
en effet.Je n'ai en vûë que de la glorifier
cette Grace , lorfque j'en viens glo
rifier le Héros ; In Laudem gloria gratia
& je fçai que vous n'ignorez pas que ce
qu'Auguftin a fait pour Elle , il ne l'a fait
que par Elle. C'eſt par Elle qu'il a été fon
plus glorieux Deffenfeur, qu'il a travaillé
avec tant d'éclat à lui foumettre tous fes
ennemis enfemble ; tous fes Ennemis ,
Chrétiens Auditeurs , je veux dire ceux
qui l'attaquent dans fon effence, ceux qui
Falterent dans fes dons , ceux qui l'étoufent
dans les infpirations. Car voilà tous
les ennemis de la Grace.
Il feroit trop long pour un Extrait de raporter
tout l'article du Pélagianifme , qui
nous paroît un des plus frappans de tous.
Le fecond & le troifiéme chef font pleins
comme le premier , de cette éloquence
originale & toute neuve , qu'a fçu faifir
Auteur ; mais nous n'avons pas le tems
de nous y arrêter. Cette Analyle nous meneroit
trop loin , fans faire d'ailleurs fentir
La beauté du tout fupérieure à toutes les
beautez de détail.
Fermer
Résumé : Panegyrique de S. Augustin, [titre d'après la table]
Le 28 août 1730, l'Abbé Seguy prononça un discours à l'église des Grands Augustins à Paris, intitulé 'Anegérique de S. Augustin'. Ce discours, publié par Coignard fils, célèbre la grâce divine à travers la vie de Saint Augustin. L'Abbé Seguy commence par attribuer toute la gloire d'Augustin à la grâce divine qui l'a transformé. Le discours est divisé en plusieurs parties. La première partie décrit le jeune Augustin, caractérisé par un vif amour pour le grand et le plaisir, une soif de vérité, un caractère affable, mais aussi des égarements et des faiblesses. L'orateur met en avant les erreurs d'Augustin et les obstacles que la grâce a surmontés pour le convertir. Augustin est également présenté comme un génie précoce, doté d'un esprit pénétrant et d'une éloquence remarquable. Malgré ses égarements, la grâce divine a éclairé son esprit supérieur. La seconde partie compare les conquêtes de la grâce à travers les saints et met en avant la contribution unique d'Augustin. L'orateur affirme qu'Augustin a rendu à la grâce un hommage incomparable en devenant son défenseur le plus glorieux. Le texte mentionne également les combats intérieurs qui ont précédé la conversion d'Augustin, sans entrer dans les détails. Le discours se conclut par une réflexion sur la grandeur de la grâce divine, illustrée par la vie et l'œuvre d'Augustin. L'Abbé Seguy invite les auditeurs à méditer sur la gloire de la grâce et sur l'exemple d'Augustin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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61
p. 2223-2232
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des hommes illustres dans la République des Lettres [...]
Mots clefs :
Mémoires, Histoire des hommes illustres, République des Lettres, Armée, Roi, Évêque, Jean de Sponde, Cardinal, Pape, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
MEMOIRES pourfervir à l'Hiftoire des
hommes illuftres dans la République des Lettres
avec un Catalogue raisonné de leurs
Ouvrages. Tome XI . Vol. in 12. pages 405.
fans les Tables. A Paris, chez Briaſſon , ruë
S. Jacques , à la Science. 1730.
On trouve dans ce volume les Vies de
trente-fept Sçavans , qui font Profper Alpin
, Annius de Viterbe , François de Belle
foreft , Pierre Bembo , Pierre le Brun , Louis
Bulteau , Jean Cajus , Jean Cheke , Urbain
Chevreau , Daniel le Clerc , François
Combefis , Angelo di Coftanzo , Abraham
Cowley, Jean Deslions , Claude de Ferrieres,
Antoine Galateo , François Hotman ,
Auguftin Inveges , Philippe de Limborch ,
Baptifte Nani , Ferôme Oforio , Mathieu
Palmieri , Mathias Palmieri , Antoine Pa
rent , Paul Paruta , Pierre Petit , François
Poupart , Certorio Quatromani , Jean Raulin
, Maturin Regnier , Jean Chilter , Michel
Servet , Henry de Sponde Auguftin.
Torniel , Pierre Varignon Claude de Vert ,
Jean Facq. Vepher.
,
Nous donnerons, felon notre coutume,
une de ces Vies pour faire connoître le
ftile & l'ordre de l'Auteur des Mémoires,
Nous avons choifi celle du fameux Sponde
Evêque de Pamiers.
Henri de Sponde naquit le 6. Janvier
1568. à Mauleon , petite ville du Païs de
1226 MERCURE DE FRANCE
Soulle , entre la Navarre & le Bearn.
Son pere qui étoit Secretaire & Confeiller
de la Reine de Navarre , Jeanne
d'Albret , le fit tenir fur les fonts de Baptême
par Henri de Bourbon fon fils , qui
fut depuis Roy de France & comme il
faifoit profeffion du Calviniſme , il l'éleva
dans les mêmes fentimens .
I alla faire fes études à Ortez , où les
Réformez avoient alors un College , & il
s'y diftingua par la facilité avec laquelle
il apprit les Langues Latine & Grecque.
Il fit enfuite un voyage en Ecoffe à la
fuite de Guillaume Salufte du Bartas , Ambaffadeur
du Roy de Navarre , & y apprit
en peu de tems la langue du Païs.
De retour en France , il s'appliqua à
Fétude du Droit civil , & du Droit Canon
, dont il lût prefque tous les Livres.
lalla à Tours , où le Parlement de Paris
avoit été transferé ; fon fçavoir , &
fon éloquence dans le Barreau porterent
le Roy Henri IV. à le faire Maître des Requêtes
de la Navarre .
Les Livres de controverfe de Bellarmin
& de du Perron qu'il lut alors avec
avidité , commencerent à lui ouvrir les
yeux fur les erreurs , dans lesquelles il
avoit été engagé ; il fe prêta aux impref
fions de la grace , qui agirent fur lui , &
animé par l'exemple de fon frere aîné
Jean!
OCTOBRE. 1730. 2227
Jean de Sponde , qui avoit déja abandonné
Pheréfie , il en fit abjuration à Paris le 21 .
Septembre 1599. à l'âge de vingt- fept
ans ,
De Sponde réuni à l'Eglife Catholique'
voulut s'engager dans l'Etat Eccléfiaftique
, & obtinten 1599. de l'Evêque d'Oferon
un démiffoire pour recevoir les Ordres
, même hors du Royaume. Cette
derniere claufe étoit neceffaire , parce qu'il
avoit deffein d'aller à Rome gagner le
-Indulgences de l'année fainte.
Il alla effectivement en 1600. à la fuite
du Cardinal de Sourdis , & demeura quel
ques années dans cette Ville , où il reçut
Ordre de Prêtrife le 27 Mars 1606.
La connoiffance qu'il eût du Cardinal
Baronius , & l'étroite amitié qu'il'lia avec
lui , lui fit naître le deffein de faire un
Abregé de fes Annales ; deffein qu'il
exécuta dans la fuite , après avoir obtenu
fon agrément pour cela.
Il revint à Paris en 1606. mais il retourna
quelque tems après à Rome , où
le Pape Paul V.qui l'aimoit beaucoup, lui
commit la révifion des expéditions du
Tribunal de la Pénitencerie.
La confideration qu'on avoit pour lui
en Italie , l'avoit porté à s'y fixer pour le
refte de fes jours , & il ne fongeoit plus
à revenir en France ; mais le Seigneur en
difpofa
1228 MERCURE DE FRANCE
difpofa autrement. Le Roy Louis XIII .
le nomma à l'Eveché de Pamiers au commencement
de l'année 1626. Il fit d'abord
quelque difficulté d'accepter cette dignité
; mais le Pape Urbain VIII. le lui ayant
ordonné , il fe foumit à fes ordres , & fut
facréà Rome par le Cardinal de Marquemont
, Archevêque de Lyon dans l'Eglife
de S. Louis , dont il avoit eu longtems
la conduite , le 16. Août de la même
année , & non pas le 17 Septembre
comme le marque M. Perrault , qui n'a
pas pris garde à l'expreffion latine de fa
vie , die decima feptima Cal. Septembris:
De Sponde vint peu de tems après à
Paris , où le Roy le reçut avec des marques
fingulieres d'eftime. Il fe rendit de- là
a Pamiers , où il fit fon entrée le 23 May
1627. Il s'y appliqua avec beaucoup d'ardeur
à procurer le falut des ames , qui lui
avoient été confiées , & à retirer de l'erreur
ceux qui y étoient engagez. Il faifoit
fréquemment des vifites dans fon
Diocéfe , & y rétablit la diſcipline trop
négligée en quelques endroits.
Le Duc de Rohan, chefdes Huguenots ,
étant entré au mois de Novembre de l'année
de fon inſtallation dans Pamiers par
trahison , de Sponde fe fauva par un trou
qu'on fit aux murailles. L'année fuivante
le Prince de Condé ayant repris la Ville ,
&
OCTOBRE . 1730. 22 29
& les Huguenots ayant été chaffez , le
Pape Urbain VIII, en écrivit à de Sponde
des lettres de compliment , qui marquoient
une eftime extraordinaire de fon
mérite.
Son grand âge lui ayant fait prendre
Jean de Sponde fon neveu pour Coadjuteur
, il revint à Paris dans le deffein de
ſe donner tout entier à l'Edition de fes
Annalles.
Il quitta cette ville en 1642. pour aller
à Toulouſe , où il mourut le 18 May 1643. -
âgé de 75. ans
Il laiffa par fon Teftament , qu'il fit
peu de jours avant la mort , fa Bibliotheque
aux Minimes de Toulouſe , & tous
fes biens à Pierre Frizon de Rheims , Docteur
de la Maiſon de Navarre , avec lequel
il avoit vêcu dans une étroite amitié pen
dant quinze ans,tant à Rome , qu'à Paris,
Son corps fut inhumé dans l'Eglife Cathedrale
de Toulouſe . & on mit fur fon
tombeau cette Epitaphe qu'il s'étoit faite
lui-même.
Hicjacet corpus Henrici Spondani , quona
dam Epifcopi Apamiarum , cujus anima requiefcat
in pace.
Catalogue de fes Ouvrages.
1. Les Cimetieres facrez , Bourdeaux.
1596. in 12. fixième Edition augmentée.
Paris
2230 MERCURE DE FRANCE
Paris 1600. in 12. Item , trad. en Latin
avec de grandes augmentations . Paris
1638. in. 4° . Le but de l'Auteur eft de
faire voir que les Cimetieres ayant toûjours
été regardés comme facrez chez toutes
les Nations & dans toutes fortes de
Religions , les Proteftans avoient tort de
traiter d'injuftice le refus que faifoient , &
qu'avoient toûjours fait les Catholiques
de fouffrir que les Cimetieres de leurs
Eglifes fuffent communs entre eux & les
Proteftans.
2. Annales Ecclefiaftici Cafaris Baronii in
Epitomen redacti¸ Parifiis 1612. fol. L'Auteur
dédia cette premiere Edition au
Clergé de France qui approuva l'ouvrage
, & marqua l'eftime qu'il en faifoit
par plufieurs gratifications confiderables
dont il honora l'Auteur. Il a été imprimé
plufieurs fois depuis. La bonne Edition
felon M. l'Abbé Lenglet , eft celle qui a
paru à Paris chez la Noue en 1639. en fix
volumes in fol. avec la continuation , &
les Annales facrées. La meilleure après
celle- la eft celle qui a été donnée par la
Compagnie des Libraires, à Paris 1647.
fol. 2. vol. & la moindre eft celle de Lyon
de l'an 1660 fol. 2. vol. Il y en a une traduction
Françoife , de même que des Annales
facrées faite par Pierre Coppin , &
imprimée à Paris en 1654. 55. & 57. en
6.vol infol.
3.
OCTOBRE. 1730. 2231
3. Annalesfacri à Mundi creatione ad
ejufdem Redemptionem . Parifiis 1637. fol.
Item . Ibidem 1699. Item Colonia Agr.
1640. fol. Item , Parifiis 1660. ces Annales
font un Abregé de celles de Torniel .
4 Annalium Baronii Continuatio ab anno
1197. quo is defiit ad annum 1640. Pas
rifiis 1639. fol. 2. vol. Il y en a eu plu
fieurs autres Editions depuis .
5. Ordonnances Synodales. Toulouse
1630 in 8° .
6. M. de la Monnoye , dans fa Lettre
fur le prétendu Livre des trois Impofteurs,
attribue à Henri de Sponde un petit
Livre intitulé Le Magot Genevois 1613 .
in 8. p. 98. fans nom de Lieu.
Voyez la vie par Pierre Frizon à la tête
de fa continuation des Annales de Baronius
, dans les Editions faites après fa
mort , & les Hommes illuftres de Perrault.
L'Auteur des Mémoires nous permettra
d'ajoûter ici deux ou trois faits , qui
concernent le fçavant Evêque de Pamiers
& qui fans doute ne font pas venus à fa
connoiffance. Il eft certain que c'eft au
Cardinal du Perron que l'Eglife doit la
converfion d'Henry de Sponde , avant
même que ce Cardinal fût dans les Ordres
facrez : de Sponde & Jean de Salertes
, l'un & l'autre Bearnois , s'attacherent
à M. du Perron dans fon premier
voyage
2232 MERCURE DE FRANCE
voyage de Rome , où ils lui rendirent de
grands fervices pour le grand ouvrage de
la converfion de Henry IV. & ce Prince
ayant nommé du Perron à l'Evêché d'Evreux
en 1595. les deux premiers Canonicats
, dont le nouveau Prélat fut le maître
dans fa Cathedrale , furent donnez à
ces deux fçavans avant l'année 1600. Salettes
fut nommé Evêque de Lefcar en
1609. & mourut en 1632. & Sponde ,
comme on l'a vû ci-deflus , fut Evêque
de Pamiers en 1626. & mouruten 1643 ,
Evreux ne fut , pour ainfi dire , qu'un Cabinet
d'étude pour ce dernier , comme
Condé Maifon de campagne des Evêques
d'Evreux , le fut pour le Cardinal fon
Protecteur , jufqu'à ce qu'il fut nommé à
l'Archevêché de Sens.
hommes illuftres dans la République des Lettres
avec un Catalogue raisonné de leurs
Ouvrages. Tome XI . Vol. in 12. pages 405.
fans les Tables. A Paris, chez Briaſſon , ruë
S. Jacques , à la Science. 1730.
On trouve dans ce volume les Vies de
trente-fept Sçavans , qui font Profper Alpin
, Annius de Viterbe , François de Belle
foreft , Pierre Bembo , Pierre le Brun , Louis
Bulteau , Jean Cajus , Jean Cheke , Urbain
Chevreau , Daniel le Clerc , François
Combefis , Angelo di Coftanzo , Abraham
Cowley, Jean Deslions , Claude de Ferrieres,
Antoine Galateo , François Hotman ,
Auguftin Inveges , Philippe de Limborch ,
Baptifte Nani , Ferôme Oforio , Mathieu
Palmieri , Mathias Palmieri , Antoine Pa
rent , Paul Paruta , Pierre Petit , François
Poupart , Certorio Quatromani , Jean Raulin
, Maturin Regnier , Jean Chilter , Michel
Servet , Henry de Sponde Auguftin.
Torniel , Pierre Varignon Claude de Vert ,
Jean Facq. Vepher.
,
Nous donnerons, felon notre coutume,
une de ces Vies pour faire connoître le
ftile & l'ordre de l'Auteur des Mémoires,
Nous avons choifi celle du fameux Sponde
Evêque de Pamiers.
Henri de Sponde naquit le 6. Janvier
1568. à Mauleon , petite ville du Païs de
1226 MERCURE DE FRANCE
Soulle , entre la Navarre & le Bearn.
Son pere qui étoit Secretaire & Confeiller
de la Reine de Navarre , Jeanne
d'Albret , le fit tenir fur les fonts de Baptême
par Henri de Bourbon fon fils , qui
fut depuis Roy de France & comme il
faifoit profeffion du Calviniſme , il l'éleva
dans les mêmes fentimens .
I alla faire fes études à Ortez , où les
Réformez avoient alors un College , & il
s'y diftingua par la facilité avec laquelle
il apprit les Langues Latine & Grecque.
Il fit enfuite un voyage en Ecoffe à la
fuite de Guillaume Salufte du Bartas , Ambaffadeur
du Roy de Navarre , & y apprit
en peu de tems la langue du Païs.
De retour en France , il s'appliqua à
Fétude du Droit civil , & du Droit Canon
, dont il lût prefque tous les Livres.
lalla à Tours , où le Parlement de Paris
avoit été transferé ; fon fçavoir , &
fon éloquence dans le Barreau porterent
le Roy Henri IV. à le faire Maître des Requêtes
de la Navarre .
Les Livres de controverfe de Bellarmin
& de du Perron qu'il lut alors avec
avidité , commencerent à lui ouvrir les
yeux fur les erreurs , dans lesquelles il
avoit été engagé ; il fe prêta aux impref
fions de la grace , qui agirent fur lui , &
animé par l'exemple de fon frere aîné
Jean!
OCTOBRE. 1730. 2227
Jean de Sponde , qui avoit déja abandonné
Pheréfie , il en fit abjuration à Paris le 21 .
Septembre 1599. à l'âge de vingt- fept
ans ,
De Sponde réuni à l'Eglife Catholique'
voulut s'engager dans l'Etat Eccléfiaftique
, & obtinten 1599. de l'Evêque d'Oferon
un démiffoire pour recevoir les Ordres
, même hors du Royaume. Cette
derniere claufe étoit neceffaire , parce qu'il
avoit deffein d'aller à Rome gagner le
-Indulgences de l'année fainte.
Il alla effectivement en 1600. à la fuite
du Cardinal de Sourdis , & demeura quel
ques années dans cette Ville , où il reçut
Ordre de Prêtrife le 27 Mars 1606.
La connoiffance qu'il eût du Cardinal
Baronius , & l'étroite amitié qu'il'lia avec
lui , lui fit naître le deffein de faire un
Abregé de fes Annales ; deffein qu'il
exécuta dans la fuite , après avoir obtenu
fon agrément pour cela.
Il revint à Paris en 1606. mais il retourna
quelque tems après à Rome , où
le Pape Paul V.qui l'aimoit beaucoup, lui
commit la révifion des expéditions du
Tribunal de la Pénitencerie.
La confideration qu'on avoit pour lui
en Italie , l'avoit porté à s'y fixer pour le
refte de fes jours , & il ne fongeoit plus
à revenir en France ; mais le Seigneur en
difpofa
1228 MERCURE DE FRANCE
difpofa autrement. Le Roy Louis XIII .
le nomma à l'Eveché de Pamiers au commencement
de l'année 1626. Il fit d'abord
quelque difficulté d'accepter cette dignité
; mais le Pape Urbain VIII. le lui ayant
ordonné , il fe foumit à fes ordres , & fut
facréà Rome par le Cardinal de Marquemont
, Archevêque de Lyon dans l'Eglife
de S. Louis , dont il avoit eu longtems
la conduite , le 16. Août de la même
année , & non pas le 17 Septembre
comme le marque M. Perrault , qui n'a
pas pris garde à l'expreffion latine de fa
vie , die decima feptima Cal. Septembris:
De Sponde vint peu de tems après à
Paris , où le Roy le reçut avec des marques
fingulieres d'eftime. Il fe rendit de- là
a Pamiers , où il fit fon entrée le 23 May
1627. Il s'y appliqua avec beaucoup d'ardeur
à procurer le falut des ames , qui lui
avoient été confiées , & à retirer de l'erreur
ceux qui y étoient engagez. Il faifoit
fréquemment des vifites dans fon
Diocéfe , & y rétablit la diſcipline trop
négligée en quelques endroits.
Le Duc de Rohan, chefdes Huguenots ,
étant entré au mois de Novembre de l'année
de fon inſtallation dans Pamiers par
trahison , de Sponde fe fauva par un trou
qu'on fit aux murailles. L'année fuivante
le Prince de Condé ayant repris la Ville ,
&
OCTOBRE . 1730. 22 29
& les Huguenots ayant été chaffez , le
Pape Urbain VIII, en écrivit à de Sponde
des lettres de compliment , qui marquoient
une eftime extraordinaire de fon
mérite.
Son grand âge lui ayant fait prendre
Jean de Sponde fon neveu pour Coadjuteur
, il revint à Paris dans le deffein de
ſe donner tout entier à l'Edition de fes
Annalles.
Il quitta cette ville en 1642. pour aller
à Toulouſe , où il mourut le 18 May 1643. -
âgé de 75. ans
Il laiffa par fon Teftament , qu'il fit
peu de jours avant la mort , fa Bibliotheque
aux Minimes de Toulouſe , & tous
fes biens à Pierre Frizon de Rheims , Docteur
de la Maiſon de Navarre , avec lequel
il avoit vêcu dans une étroite amitié pen
dant quinze ans,tant à Rome , qu'à Paris,
Son corps fut inhumé dans l'Eglife Cathedrale
de Toulouſe . & on mit fur fon
tombeau cette Epitaphe qu'il s'étoit faite
lui-même.
Hicjacet corpus Henrici Spondani , quona
dam Epifcopi Apamiarum , cujus anima requiefcat
in pace.
Catalogue de fes Ouvrages.
1. Les Cimetieres facrez , Bourdeaux.
1596. in 12. fixième Edition augmentée.
Paris
2230 MERCURE DE FRANCE
Paris 1600. in 12. Item , trad. en Latin
avec de grandes augmentations . Paris
1638. in. 4° . Le but de l'Auteur eft de
faire voir que les Cimetieres ayant toûjours
été regardés comme facrez chez toutes
les Nations & dans toutes fortes de
Religions , les Proteftans avoient tort de
traiter d'injuftice le refus que faifoient , &
qu'avoient toûjours fait les Catholiques
de fouffrir que les Cimetieres de leurs
Eglifes fuffent communs entre eux & les
Proteftans.
2. Annales Ecclefiaftici Cafaris Baronii in
Epitomen redacti¸ Parifiis 1612. fol. L'Auteur
dédia cette premiere Edition au
Clergé de France qui approuva l'ouvrage
, & marqua l'eftime qu'il en faifoit
par plufieurs gratifications confiderables
dont il honora l'Auteur. Il a été imprimé
plufieurs fois depuis. La bonne Edition
felon M. l'Abbé Lenglet , eft celle qui a
paru à Paris chez la Noue en 1639. en fix
volumes in fol. avec la continuation , &
les Annales facrées. La meilleure après
celle- la eft celle qui a été donnée par la
Compagnie des Libraires, à Paris 1647.
fol. 2. vol. & la moindre eft celle de Lyon
de l'an 1660 fol. 2. vol. Il y en a une traduction
Françoife , de même que des Annales
facrées faite par Pierre Coppin , &
imprimée à Paris en 1654. 55. & 57. en
6.vol infol.
3.
OCTOBRE. 1730. 2231
3. Annalesfacri à Mundi creatione ad
ejufdem Redemptionem . Parifiis 1637. fol.
Item . Ibidem 1699. Item Colonia Agr.
1640. fol. Item , Parifiis 1660. ces Annales
font un Abregé de celles de Torniel .
4 Annalium Baronii Continuatio ab anno
1197. quo is defiit ad annum 1640. Pas
rifiis 1639. fol. 2. vol. Il y en a eu plu
fieurs autres Editions depuis .
5. Ordonnances Synodales. Toulouse
1630 in 8° .
6. M. de la Monnoye , dans fa Lettre
fur le prétendu Livre des trois Impofteurs,
attribue à Henri de Sponde un petit
Livre intitulé Le Magot Genevois 1613 .
in 8. p. 98. fans nom de Lieu.
Voyez la vie par Pierre Frizon à la tête
de fa continuation des Annales de Baronius
, dans les Editions faites après fa
mort , & les Hommes illuftres de Perrault.
L'Auteur des Mémoires nous permettra
d'ajoûter ici deux ou trois faits , qui
concernent le fçavant Evêque de Pamiers
& qui fans doute ne font pas venus à fa
connoiffance. Il eft certain que c'eft au
Cardinal du Perron que l'Eglife doit la
converfion d'Henry de Sponde , avant
même que ce Cardinal fût dans les Ordres
facrez : de Sponde & Jean de Salertes
, l'un & l'autre Bearnois , s'attacherent
à M. du Perron dans fon premier
voyage
2232 MERCURE DE FRANCE
voyage de Rome , où ils lui rendirent de
grands fervices pour le grand ouvrage de
la converfion de Henry IV. & ce Prince
ayant nommé du Perron à l'Evêché d'Evreux
en 1595. les deux premiers Canonicats
, dont le nouveau Prélat fut le maître
dans fa Cathedrale , furent donnez à
ces deux fçavans avant l'année 1600. Salettes
fut nommé Evêque de Lefcar en
1609. & mourut en 1632. & Sponde ,
comme on l'a vû ci-deflus , fut Evêque
de Pamiers en 1626. & mouruten 1643 ,
Evreux ne fut , pour ainfi dire , qu'un Cabinet
d'étude pour ce dernier , comme
Condé Maifon de campagne des Evêques
d'Evreux , le fut pour le Cardinal fon
Protecteur , jufqu'à ce qu'il fut nommé à
l'Archevêché de Sens.
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres, &c. [titre d'après la table]
Le volume XI des mémoires pour l'histoire des hommes illustres dans la République des Lettres, publié à Paris en 1730, présente les vies de trente-sept savants, parmi lesquels Prosper Alpin, Annius de Viterbe et Henri de Sponde, évêque de Pamiers. Henri de Sponde naquit le 6 janvier 1568 à Mauleon, dans le Pays de Soule, entre la Navarre et le Béarn. Son père, secrétaire et conseiller de la reine de Navarre Jeanne d'Albret, l'éleva dans le calvinisme. Sponde fit ses études à Orthez, où il apprit le latin et le grec, puis voyagea en Écosse et étudia le droit civil et canonique. En 1599, à l'âge de vingt-sept ans, il abjura le calvinisme et se convertit au catholicisme, influencé par les écrits de Bellarmin et du Perron ainsi que par l'exemple de son frère aîné. Devenu prêtre en 1606, Sponde se lia d'amitié avec le cardinal Baronius et entreprit d'abréger ses annales. Il revint à Paris en 1606, mais retourna à Rome où il fut chargé de la révision des expéditions du Tribunal de la Pénitencerie. En 1626, le roi Louis XIII le nomma évêque de Pamiers. Sponde s'appliqua à procurer le salut des âmes et à rétablir la discipline dans son diocèse. Il mourut à Toulouse le 18 mai 1643, à l'âge de 75 ans. Ses œuvres principales incluent 'Les Cimetières sacrés' et les 'Annales ecclésiastiques' de Baronius en abrégé. Il laissa également des ordonnances synodales et un petit livre intitulé 'Le Magot Genevois'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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62
p. 2242-2245
Rituel du Diocèse de Blois, & c. [titre d'après la table]
Début :
RITUEL du Diocèse de Blois, publié par l'autorité de Monseigneur Jean François [...]
Mots clefs :
Église, Rituel, Instruction, Diocèse de Blois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Rituel du Diocèse de Blois, & c. [titre d'après la table]
RITUEL du Diocèſe de Blois , publié
par l'autorité de Monfeigneur Jean François
Paul de Caumartin , Evêque de Blois.
4 Blois , chez P. J. Maffon 1730. Ở
Paris , chez Barthelemi Alix , Libraire
-ruë S. Jacques , prés la Fontaine S. Severin
, au Griffon. Volume in 4. d'environ
40. pages. Prix 10. livres .
M. l'Evêque de Blois vient de donnerun
Rituel à fon Diocèle pour y établir
une Diſcipline uniforme dans l'adminif
tration des Sacremens , & dans les autres
Cerémonies de la Religion . Cet Ouvrage
eft formé fur le plan & dans le gout
des
plus excellens Rituels qui ont paru en
France. Chaque action ou Cerémonie Religieufe
eft précedée d'une Inftruction
qui exprime en termes fimples , clairs &
précis ce qu'il y a de plus intereffant pour
le Dogme , la Morale & la Difcipline.
On y ajoûte des Exhortations lorſque les
circonftances le demandent ; on y trouve
des
OCTOBRE. 1730. 2248
des formules pour annoncer au Prône les
principaux Myfteres & Fêtes de l'année .
On s'eft exactement conformé aux Ordonnances
de nos Rois & à la Jurifprudence
des Cours féculieres fur plufieurs
points de difciplines & comme le Mariage
eft un des engagemens les plus importans
pour l'Eglife & pour la Societé
Civile , l'Inftruction qui précede l'Adminiftration
de ce Sacrement a été particulierement
communiquée & concertée
avec des perfonnes de la Magiftrature &
du Barreau très refpectables & très éclairées.
Tout l'Ouvrage a été commencé , continué
& confommé fous les yeux & fous
la Direction du Prélat. Dans le magnifique
Mandement qui fert de Préface au
Rituel , il explique ainfi l'ordre & la métode
qu'on y a fuivis » Nous avons con-
» fulte plufieurs perfonnes pieufes &
» éclairées ; c'eſt ſur leurs avis , pris dans
» un grand nombre de Conferences qu'ont
été dreffées les Inftructions que le Ri-
» tuel renferme. Nous nous fommes affu-
» jettis , autant qu'il s'eft trouvé poffible,
» aux Ufages de l'Eglife Romaine dont
>> les Rits font reçûs & refpectés dans l'Eglife
Gallicane depuis tant de fiecles
» aux Coûtumes des Eglifes de Sens & de
» Paris , fucceffivement nos Métropoles ,.
F vj
2244 MERCURE DE FRANCE
D
" & de l'Eglife de Chartres dont notre
» Diocèfe faifoit ci -devant partie. Nous
nous fommes conformés avec refpect
» aux Déclarations du Clergé de France
qui pouvoient y avoir rapport ... Sur
» divers Points de Difcipline , nous avons
» exactement obfervé les Ordonnances de .
>>
nos Rois protecteurs & executeurs des
» Saints Canons & la Jurifprudence des
» Cours féculieres du Royaume. Nous
" avons rapellé les Difpofitions des di-
» verſes Coûtumes qui ont lieu en ce
» Diocèſe au ſujet des Teftamens qui pou-
» roient être reçus par les Curés & Vi-
» caires. Nous avons enfin raffemblé tout
» ce que nous avons jugé neceffaire pour
» votre édification & inftruction , & pour
" la conduite des Fideles. Le Rituel que
» nous vous préfentons n'eft point un
fimple Recueil de Rits & de Cerémo-
" nies ; chaque Inftruction vous donnera
» une expofition abregée & précife du
>> Dogme , de la Morale , de la Difcipline
qui ont quelque rapport au point qui
eft traité.
29
M. de Blois finit fon Mandement par
un beau Paffage de S. Gregoire. » En vous
» préfentant , dit le Prélat , les faintes
Regles que l'Eglife a prefcrites pour la
» fanctification du Peuple Chrétien , nous
yous recommandons de les fuivre avec
ן ג
une
OCTOBRE. 1730. 2245
» une religieufe exactitude , & de remplir
» cependant les devoirs du facré Minif
» tere avec toute la prudence , la douceur
» & la charité que l'Eglife exige de fes
» Miniftres , de ne jamais oublier , que fi
» les Paſteurs font les dépofitaires de l'au-
» torité de Jefus-Chrift ils font auffi les.
» Vicaires de fon amour. Si eft diftrictio
virga queferiat , fit & confolatio baculi que
fuftentet. Sit amor , fed non emolliens ,fit
rigor , fed non exafperans fit zelus , fed
non immoderatè faviens ; fit pietas , fed non
plufquam expediat parcens..
,
Ce Rituel a été publié avec les Ordonnances
Synodales dans le Synode General
tenu à Blois le 5. Septembre dernier.
Maffon a imprimé féparément les Inf--
tructions tirées du Rituel de Blois , in 12. z.
Vol. petit papier. Prix trois livres 10. fols.
Ce Livre le trouvera auffi à Paris , chez
Barthelemi Alix , Libraire , rue S. Jacques.
par l'autorité de Monfeigneur Jean François
Paul de Caumartin , Evêque de Blois.
4 Blois , chez P. J. Maffon 1730. Ở
Paris , chez Barthelemi Alix , Libraire
-ruë S. Jacques , prés la Fontaine S. Severin
, au Griffon. Volume in 4. d'environ
40. pages. Prix 10. livres .
M. l'Evêque de Blois vient de donnerun
Rituel à fon Diocèle pour y établir
une Diſcipline uniforme dans l'adminif
tration des Sacremens , & dans les autres
Cerémonies de la Religion . Cet Ouvrage
eft formé fur le plan & dans le gout
des
plus excellens Rituels qui ont paru en
France. Chaque action ou Cerémonie Religieufe
eft précedée d'une Inftruction
qui exprime en termes fimples , clairs &
précis ce qu'il y a de plus intereffant pour
le Dogme , la Morale & la Difcipline.
On y ajoûte des Exhortations lorſque les
circonftances le demandent ; on y trouve
des
OCTOBRE. 1730. 2248
des formules pour annoncer au Prône les
principaux Myfteres & Fêtes de l'année .
On s'eft exactement conformé aux Ordonnances
de nos Rois & à la Jurifprudence
des Cours féculieres fur plufieurs
points de difciplines & comme le Mariage
eft un des engagemens les plus importans
pour l'Eglife & pour la Societé
Civile , l'Inftruction qui précede l'Adminiftration
de ce Sacrement a été particulierement
communiquée & concertée
avec des perfonnes de la Magiftrature &
du Barreau très refpectables & très éclairées.
Tout l'Ouvrage a été commencé , continué
& confommé fous les yeux & fous
la Direction du Prélat. Dans le magnifique
Mandement qui fert de Préface au
Rituel , il explique ainfi l'ordre & la métode
qu'on y a fuivis » Nous avons con-
» fulte plufieurs perfonnes pieufes &
» éclairées ; c'eſt ſur leurs avis , pris dans
» un grand nombre de Conferences qu'ont
été dreffées les Inftructions que le Ri-
» tuel renferme. Nous nous fommes affu-
» jettis , autant qu'il s'eft trouvé poffible,
» aux Ufages de l'Eglife Romaine dont
>> les Rits font reçûs & refpectés dans l'Eglife
Gallicane depuis tant de fiecles
» aux Coûtumes des Eglifes de Sens & de
» Paris , fucceffivement nos Métropoles ,.
F vj
2244 MERCURE DE FRANCE
D
" & de l'Eglife de Chartres dont notre
» Diocèfe faifoit ci -devant partie. Nous
nous fommes conformés avec refpect
» aux Déclarations du Clergé de France
qui pouvoient y avoir rapport ... Sur
» divers Points de Difcipline , nous avons
» exactement obfervé les Ordonnances de .
>>
nos Rois protecteurs & executeurs des
» Saints Canons & la Jurifprudence des
» Cours féculieres du Royaume. Nous
" avons rapellé les Difpofitions des di-
» verſes Coûtumes qui ont lieu en ce
» Diocèſe au ſujet des Teftamens qui pou-
» roient être reçus par les Curés & Vi-
» caires. Nous avons enfin raffemblé tout
» ce que nous avons jugé neceffaire pour
» votre édification & inftruction , & pour
" la conduite des Fideles. Le Rituel que
» nous vous préfentons n'eft point un
fimple Recueil de Rits & de Cerémo-
" nies ; chaque Inftruction vous donnera
» une expofition abregée & précife du
>> Dogme , de la Morale , de la Difcipline
qui ont quelque rapport au point qui
eft traité.
29
M. de Blois finit fon Mandement par
un beau Paffage de S. Gregoire. » En vous
» préfentant , dit le Prélat , les faintes
Regles que l'Eglife a prefcrites pour la
» fanctification du Peuple Chrétien , nous
yous recommandons de les fuivre avec
ן ג
une
OCTOBRE. 1730. 2245
» une religieufe exactitude , & de remplir
» cependant les devoirs du facré Minif
» tere avec toute la prudence , la douceur
» & la charité que l'Eglife exige de fes
» Miniftres , de ne jamais oublier , que fi
» les Paſteurs font les dépofitaires de l'au-
» torité de Jefus-Chrift ils font auffi les.
» Vicaires de fon amour. Si eft diftrictio
virga queferiat , fit & confolatio baculi que
fuftentet. Sit amor , fed non emolliens ,fit
rigor , fed non exafperans fit zelus , fed
non immoderatè faviens ; fit pietas , fed non
plufquam expediat parcens..
,
Ce Rituel a été publié avec les Ordonnances
Synodales dans le Synode General
tenu à Blois le 5. Septembre dernier.
Maffon a imprimé féparément les Inf--
tructions tirées du Rituel de Blois , in 12. z.
Vol. petit papier. Prix trois livres 10. fols.
Ce Livre le trouvera auffi à Paris , chez
Barthelemi Alix , Libraire , rue S. Jacques.
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Résumé : Rituel du Diocèse de Blois, & c. [titre d'après la table]
Le Rituel du Diocèse de Blois, publié en 1730 sous l'autorité de Monseigneur Jean François Paul de Caumartin, Évêque de Blois, vise à instaurer une discipline uniforme dans l'administration des sacrements et des cérémonies religieuses. Cet ouvrage s'inspire des meilleurs rituels français et fournit des instructions claires et précises sur le dogme, la morale et la discipline pour chaque action ou cérémonie. Il inclut également des exhortations et des formules pour annoncer les mystères et fêtes de l'année. Le rituel respecte les ordonnances royales et la jurisprudence des cours séculières, notamment en matière de mariage, un engagement crucial pour l'Église et la société civile. L'instruction sur l'administration de ce sacrement a été élaborée en collaboration avec des personnes respectables et éclairées de la magistrature et du barreau. Dans un mandement, l'Évêque explique que le rituel a été élaboré avec l'aide de personnes pieuses et éclairées, en suivant les usages de l'Église Romaine, les coutumes des églises de Sens, Paris et Chartres, ainsi que les déclarations du Clergé de France. Le rituel comprend également des dispositions sur les testaments et rassemble des éléments nécessaires à l'édification et à l'instruction des fidèles. Le rituel a été publié lors du Synode Général tenu à Blois le 5 septembre 1730, en même temps que les ordonnances synodales. Les instructions tirées du rituel sont également disponibles séparément, imprimées par Maffon et vendues à Blois et Paris.
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63
p. 2248-2250
RELATION de ce qui s'est passé à la These de Théologie dédiée à la Reine, soutenuë dans l'Eglise des RR. PP. Recollets de la Ville d'Arles, le 18. Septembre, 1730. Par M. de Morand. Brochure in 4. de 25. pages. A Arles, chez Gaspard Mesnier, &c. 1730.
Début :
Les RR. PP. Récollets de la Ville d'Arles voulant donner une preuve authentique de leur reconnoissance [...]
Mots clefs :
Thèse de théologie, Théologie, Thèse, Église, Académie de musique, Fête, Archevêque, Arles, Reine
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texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé à la These de Théologie dédiée à la Reine, soutenuë dans l'Eglise des RR. PP. Recollets de la Ville d'Arles, le 18. Septembre, 1730. Par M. de Morand. Brochure in 4. de 25. pages. A Arles, chez Gaspard Mesnier, &c. 1730.
RELATION de ce qui s'eft paffé à la
Thefe de Théologie dédiée à la Reine ,
foutenue dans l'Eglife des RR . P P.
Recollets de la Ville d'Arles , le 18. Septembre
, 1730. Par M. de Morand. Brochure
in 4. de 25. pages. A Arles , chez
Gafpard Mefnier , &c. 1730 .
Les RR.PP. Récollets de la Ville d'Arles.voulant
donner une preuve authentique de leur reconnoiffance
envers la Maifon de Lefcfincki
réfolurent , à la follicitation du P. Gélafe Mottet,
qui a été deux fois Provincial , de dédier une
Théfe à la Reine . Le P. Gélafe après en avoir obtenu
la permiffion de S. M. écrivit là - deffus à
M. le Maréchal de Villars , Fondateur & Protecteur
de la Maifon d'Arles. Ce Seigneur applaudit
fort à ce projet , & en écrivit auffi- tôt à
MM . les Confuls , Gouverneurs de la Ville d'Arles
, qui fe préparerent à répondre aux intentions
de M. de Villars , & à leur propre zéle.
Ils priérent d'abord les Commiffaires de l'Académie
de Mufique , de leur fournir tout ce qu'ils
avoient de Muficiens de leur Académie ; & pour
rendre la Fête plus agréable & plus accomplie, cn
voulut avoir dans cette occafion une Mufique
compofée exprès. M. de Morand fût chargé de
compofer les paroles d'un Concert, & M.Clavis ,
Maître de Mufique de l'Académie , dé les mettre
en chant .
Les Confuls furent décorer l'Eglife magnifi
quement, & on y plaça quantité de Luftres & de
Girandoles. Un Dais fuperbe par la richeffe & le
gout de fa broderie en or , s'élevoit au milieu ; &
fous le Dais étoit placé le Portrait de la Reine. On
voyoit les Armes du Roy, de la Reine & du Danphim
OCTOBRE. 1730. 2249
phin placées fur de riches Toillettes de Velours
fur la principale porte & en differens endroits.
Tout étant ainfi difpofé , les Confuls en aver
tirent M. l'Archevêque , & joignirent leur invitation
particuliere à celle des PP. Recollets.
M. l'Archevêque indiqua le jour de la Cérémonie
au 18 Sept. Ce jour-là étant arrivé, M. l'Archevêque
, accompagné de fon Chapitre , fe rendit à
J'Eglife fur les deux heures après midi , & fe plaça
au pied du Thrône , du côté droit , ayant
à fa
droite fon Chapitre. Les Confuls s'y rendirent
auffi , précédez des Trompettes & des Hautbois ,
accompagnez de prefque toute la Nobleffe qu'ils
avoient invitée, ils fe placerent au pied du Thrône
de la Reine , du côté gauche , ayant à leur
gauche les Religieux des differens Ordres de cetté
Ville qui devoient argumenter à la Thefe. Il y
avoit un grand nombre de Chaifes & de Bancs
où fe placerent la Nobleffe & les Dames qui
avoient voulu être de la Ceremonie.
Le R. P. Didier , Profeffeur en Theologie, qui
alloit foûtenir cette Thefe , commença fon Acte
par un Difcours tres eloquent, & qui fut fort
gouté , addreffé à la Reine : Il avoit pris pour
texte , ces paroles de Jefus - Chrift , en S. Matth.'
22. 20. De qui eft ce te Image , lefquelles étoient
au deffous du Portrait de la Reine , en taille
douce , qui ornoit la Theſe.
Nous ne donnerons point d'Extrait de ce Dif
cours, qui fe trouve en Latin & en François dans
cette Relation , pour ne pas exceder les bornes
qui nous conviennent .
Après le Difcours , on diftribua les Thefes , &
les paroles imprimées du Concert. Au commen
cement du Concert on tira 60 Boëtes , & enfuite
la Mufique continua & finit avec applaudiffe
Icht
21
2250 MERCURE DE FRANCE
ment. M. Francani , Vicaire General , &c. de
M. l'Archevêque , prononça un autre fort beau
Difcours pour l'ouverture de la Thefe. Un Benedictin
de la Congr. de S. Maur parla enfuite , &
après lui fucceffivement un Dominiquain , un
Carme , un Cordelier , un Trinitaire , un Capucin
, un Jéfuite , un Auguftin déchauffé & un
Carme déchauffé , qui tous complimenterent la
Reine avec beaucoup d'éloquence.
M. de Morand propofa le dernier Argument, à
la priere des Confuls & des P P. Recollets , & fir
un Compliment François à S. M. il y ajoûta une
Ode de fa compofition pour dédommager les
Dames.M.le Chevalier de Remieu , Affocié à l'Académie
d'Arles, prononça encore un Eloge de la
Reine ; aprés quoi le P. Didier termina toute la
Ceremonie , en remerciant la Reine , il remercia
auffi M. l'Archevêque , M. de Villars , les Confuls
& toute l'Affemblée ; il ne démentit point la
qualité d'homme d'efprit,comme il n'avoit point
démenti celle de grand Théologien. On fit une
feconde décharge de Boëtes , aprés laquelle M.
l'Archevêque & les Confuls s'en retournerent
dans le même ordre qu'ils étoient venus , fort
fatisfaits de cette Fête.
Thefe de Théologie dédiée à la Reine ,
foutenue dans l'Eglife des RR . P P.
Recollets de la Ville d'Arles , le 18. Septembre
, 1730. Par M. de Morand. Brochure
in 4. de 25. pages. A Arles , chez
Gafpard Mefnier , &c. 1730 .
Les RR.PP. Récollets de la Ville d'Arles.voulant
donner une preuve authentique de leur reconnoiffance
envers la Maifon de Lefcfincki
réfolurent , à la follicitation du P. Gélafe Mottet,
qui a été deux fois Provincial , de dédier une
Théfe à la Reine . Le P. Gélafe après en avoir obtenu
la permiffion de S. M. écrivit là - deffus à
M. le Maréchal de Villars , Fondateur & Protecteur
de la Maifon d'Arles. Ce Seigneur applaudit
fort à ce projet , & en écrivit auffi- tôt à
MM . les Confuls , Gouverneurs de la Ville d'Arles
, qui fe préparerent à répondre aux intentions
de M. de Villars , & à leur propre zéle.
Ils priérent d'abord les Commiffaires de l'Académie
de Mufique , de leur fournir tout ce qu'ils
avoient de Muficiens de leur Académie ; & pour
rendre la Fête plus agréable & plus accomplie, cn
voulut avoir dans cette occafion une Mufique
compofée exprès. M. de Morand fût chargé de
compofer les paroles d'un Concert, & M.Clavis ,
Maître de Mufique de l'Académie , dé les mettre
en chant .
Les Confuls furent décorer l'Eglife magnifi
quement, & on y plaça quantité de Luftres & de
Girandoles. Un Dais fuperbe par la richeffe & le
gout de fa broderie en or , s'élevoit au milieu ; &
fous le Dais étoit placé le Portrait de la Reine. On
voyoit les Armes du Roy, de la Reine & du Danphim
OCTOBRE. 1730. 2249
phin placées fur de riches Toillettes de Velours
fur la principale porte & en differens endroits.
Tout étant ainfi difpofé , les Confuls en aver
tirent M. l'Archevêque , & joignirent leur invitation
particuliere à celle des PP. Recollets.
M. l'Archevêque indiqua le jour de la Cérémonie
au 18 Sept. Ce jour-là étant arrivé, M. l'Archevêque
, accompagné de fon Chapitre , fe rendit à
J'Eglife fur les deux heures après midi , & fe plaça
au pied du Thrône , du côté droit , ayant
à fa
droite fon Chapitre. Les Confuls s'y rendirent
auffi , précédez des Trompettes & des Hautbois ,
accompagnez de prefque toute la Nobleffe qu'ils
avoient invitée, ils fe placerent au pied du Thrône
de la Reine , du côté gauche , ayant à leur
gauche les Religieux des differens Ordres de cetté
Ville qui devoient argumenter à la Thefe. Il y
avoit un grand nombre de Chaifes & de Bancs
où fe placerent la Nobleffe & les Dames qui
avoient voulu être de la Ceremonie.
Le R. P. Didier , Profeffeur en Theologie, qui
alloit foûtenir cette Thefe , commença fon Acte
par un Difcours tres eloquent, & qui fut fort
gouté , addreffé à la Reine : Il avoit pris pour
texte , ces paroles de Jefus - Chrift , en S. Matth.'
22. 20. De qui eft ce te Image , lefquelles étoient
au deffous du Portrait de la Reine , en taille
douce , qui ornoit la Theſe.
Nous ne donnerons point d'Extrait de ce Dif
cours, qui fe trouve en Latin & en François dans
cette Relation , pour ne pas exceder les bornes
qui nous conviennent .
Après le Difcours , on diftribua les Thefes , &
les paroles imprimées du Concert. Au commen
cement du Concert on tira 60 Boëtes , & enfuite
la Mufique continua & finit avec applaudiffe
Icht
21
2250 MERCURE DE FRANCE
ment. M. Francani , Vicaire General , &c. de
M. l'Archevêque , prononça un autre fort beau
Difcours pour l'ouverture de la Thefe. Un Benedictin
de la Congr. de S. Maur parla enfuite , &
après lui fucceffivement un Dominiquain , un
Carme , un Cordelier , un Trinitaire , un Capucin
, un Jéfuite , un Auguftin déchauffé & un
Carme déchauffé , qui tous complimenterent la
Reine avec beaucoup d'éloquence.
M. de Morand propofa le dernier Argument, à
la priere des Confuls & des P P. Recollets , & fir
un Compliment François à S. M. il y ajoûta une
Ode de fa compofition pour dédommager les
Dames.M.le Chevalier de Remieu , Affocié à l'Académie
d'Arles, prononça encore un Eloge de la
Reine ; aprés quoi le P. Didier termina toute la
Ceremonie , en remerciant la Reine , il remercia
auffi M. l'Archevêque , M. de Villars , les Confuls
& toute l'Affemblée ; il ne démentit point la
qualité d'homme d'efprit,comme il n'avoit point
démenti celle de grand Théologien. On fit une
feconde décharge de Boëtes , aprés laquelle M.
l'Archevêque & les Confuls s'en retournerent
dans le même ordre qu'ils étoient venus , fort
fatisfaits de cette Fête.
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Résumé : RELATION de ce qui s'est passé à la These de Théologie dédiée à la Reine, soutenuë dans l'Eglise des RR. PP. Recollets de la Ville d'Arles, le 18. Septembre, 1730. Par M. de Morand. Brochure in 4. de 25. pages. A Arles, chez Gaspard Mesnier, &c. 1730.
Le 18 septembre 1730, les Récollets d'Arles ont organisé une thèse de théologie en l'honneur de la Reine à l'église des Récollets d'Arles. Cette initiative, proposée par le Père Gélase Mottet, visait à exprimer la gratitude des Récollets envers la Maison de Lescinski. Après avoir obtenu la permission de la Reine, le Père Gélase a informé le Maréchal de Villars, fondateur et protecteur de la Maison d'Arles, qui a approuvé le projet. Les consuls de la ville, sollicités par le Maréchal de Villars, ont préparé la fête en invitant les musiciens de l'Académie de Musique et en commandant une musique spéciale composée par M. de Morand et M. Clavis. L'église a été somptueusement décorée avec des lustres, des girandoles et un dais brodé orné du portrait de la Reine. Les armes du Roi, de la Reine et du Dauphin étaient également exposées. L'Archevêque, accompagné de son chapitre, a présidé la cérémonie en compagnie des consuls et de la noblesse locale. Le Père Didier a ouvert la thèse par un discours basé sur les paroles de Jésus-Christ dans l'Évangile selon Matthieu. Après le discours, les thèses et les paroles du concert ont été distribuées, suivies d'un concert musical et de plusieurs discours prononcés par des représentants de différents ordres religieux. M. de Morand a proposé le dernier argument et a ajouté une ode pour les dames. Le Chevalier de Remieu a prononcé un éloge de la Reine, et le Père Didier a conclu la cérémonie en remerciant la Reine, l'Archevêque, le Maréchal de Villars, les consuls et l'assemblée. La fête s'est terminée par une seconde décharge de boîtes, laissant les participants satisfaits.
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64
p. 2282-2284
ALLEMAGNE.
Début :
La cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales qui doit aller en Italie, & qui sera composée [...]
Mots clefs :
Belgrade, Troupes, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
A cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales
qui doit aller en Italie , & qui fera compofée
de cinq Regimens d'Infanterie , & de quatre
de Cavalerie , a reçû ordre de fe tenir prête à
marcher. Outre ces Troupes , on doit inceffamment
faire partir des Recrues pour les Régimens
qui font déja dans la Lombardie , lefquels ont
perdu beaucoup de Soldats par maladie. On y a
envoyé auffi des ordres de mettre ces Troupes en
quartiers de rafraichiffement , & de prendre les
précau
1
OCTOBRE . 1730. 2283.
précautions néceffaires pour empêcher qu'elles
ne foient à charge aux habitans.
Les Lettres de Temefwart & de Belgrade portent
que le G. S. avoit fait tirer des Garnifons
de Widin & de Nizza plufieurs Compagnies de
Janiffaires , & qu'elles étoient allées joindre l'Arée
que S. H. avoit fait affemoler à l'entrée de
l'Afie , & qui eft partie pour la Perfe.
Comme la maladie contagieufe fait beaucoup
de ravage à Conftantinople & aux environs , on
a envoyé ordre de mettre des Gardes à tous les
paffages pour prévenir la communication.
Le 4 Septembre , les Députez des Payfans dej
Moravie furent préfentez à S. M. Imp . à laquelle
ils porterent leurs plaintes, de ce qu'étant obligez
par les ufages de la Province , de travailler trois
jours de la Semaine pour les Seigneurs Eccleſiaſtiques
, & contraints depuis quelque temps d'em
ployer les autres jours à des ouvrages pub ics, ils
étoient hors d'état de faire fubfifter leur famille.
L'Empereur les a écoutez favorablement,& leur a
accordé deux jours par femaine
pres affaires.
pour leurs
pro
On mande de Schwerin que le Duc Charles
Léopold de Meckelbourg y avoit eu des dépêches
de Petersbourg , dont ce Prince n'avoit pas paru
fatisfait , & l'on ne croit pas qu'il reçoive fi -tôt
les fecours qu'il attendoit de la part de la Czarine
fa belle-four , parce que cette Princefle lui
.confeille de fe foumettre aux Decrets Impériaux.
On a appris de Belgrade , que le 14 du mois
dernier , on y avoit pofé , avec beaucoup de fodemnité
, la premiere Pierre à l'Eglife des Capu◄ .
cins. M.de Thurn,premier Evêque de cette Ville,
en fit la cérémonie , en prefence du Pr. Alexan
dre de Wirtemberg, Gouverneur du Royaume de
Servie , de la Princeffe fon époufe , du General , de
Hij Ma2284
MERCURE DE FRANCE
Marullli , Commandant de Belgrade , du Colonel
Duxat , Ingénieur en chef , du Magiftrat de
la Ville & de plufieurs autres perfonnes de dif
tinction . L'Eglife fut dédiée à S. Eugene , dont
le Prince Eugene de Savoye , qui a fait la conquête
de cette importante Place , porte le nom ;
on y mit à cette occafion le Chronographe fuivant:
EUgen II hoC DeXtra CUftoDJat DJUJ;
trJUMphantis qUoD OCCUpa Verat ensis
EUgenJJ.
Aprés la ceremonie , le Pr. Alexandre de Wir.
temberg donna un fomptueux Repas à quantité
de perfonnes de diftinction , & régala magnifiquement
les Peres Capucins.
A cinquiéme Colonne des Troupes Imperiales
qui doit aller en Italie , & qui fera compofée
de cinq Regimens d'Infanterie , & de quatre
de Cavalerie , a reçû ordre de fe tenir prête à
marcher. Outre ces Troupes , on doit inceffamment
faire partir des Recrues pour les Régimens
qui font déja dans la Lombardie , lefquels ont
perdu beaucoup de Soldats par maladie. On y a
envoyé auffi des ordres de mettre ces Troupes en
quartiers de rafraichiffement , & de prendre les
précau
1
OCTOBRE . 1730. 2283.
précautions néceffaires pour empêcher qu'elles
ne foient à charge aux habitans.
Les Lettres de Temefwart & de Belgrade portent
que le G. S. avoit fait tirer des Garnifons
de Widin & de Nizza plufieurs Compagnies de
Janiffaires , & qu'elles étoient allées joindre l'Arée
que S. H. avoit fait affemoler à l'entrée de
l'Afie , & qui eft partie pour la Perfe.
Comme la maladie contagieufe fait beaucoup
de ravage à Conftantinople & aux environs , on
a envoyé ordre de mettre des Gardes à tous les
paffages pour prévenir la communication.
Le 4 Septembre , les Députez des Payfans dej
Moravie furent préfentez à S. M. Imp . à laquelle
ils porterent leurs plaintes, de ce qu'étant obligez
par les ufages de la Province , de travailler trois
jours de la Semaine pour les Seigneurs Eccleſiaſtiques
, & contraints depuis quelque temps d'em
ployer les autres jours à des ouvrages pub ics, ils
étoient hors d'état de faire fubfifter leur famille.
L'Empereur les a écoutez favorablement,& leur a
accordé deux jours par femaine
pres affaires.
pour leurs
pro
On mande de Schwerin que le Duc Charles
Léopold de Meckelbourg y avoit eu des dépêches
de Petersbourg , dont ce Prince n'avoit pas paru
fatisfait , & l'on ne croit pas qu'il reçoive fi -tôt
les fecours qu'il attendoit de la part de la Czarine
fa belle-four , parce que cette Princefle lui
.confeille de fe foumettre aux Decrets Impériaux.
On a appris de Belgrade , que le 14 du mois
dernier , on y avoit pofé , avec beaucoup de fodemnité
, la premiere Pierre à l'Eglife des Capu◄ .
cins. M.de Thurn,premier Evêque de cette Ville,
en fit la cérémonie , en prefence du Pr. Alexan
dre de Wirtemberg, Gouverneur du Royaume de
Servie , de la Princeffe fon époufe , du General , de
Hij Ma2284
MERCURE DE FRANCE
Marullli , Commandant de Belgrade , du Colonel
Duxat , Ingénieur en chef , du Magiftrat de
la Ville & de plufieurs autres perfonnes de dif
tinction . L'Eglife fut dédiée à S. Eugene , dont
le Prince Eugene de Savoye , qui a fait la conquête
de cette importante Place , porte le nom ;
on y mit à cette occafion le Chronographe fuivant:
EUgen II hoC DeXtra CUftoDJat DJUJ;
trJUMphantis qUoD OCCUpa Verat ensis
EUgenJJ.
Aprés la ceremonie , le Pr. Alexandre de Wir.
temberg donna un fomptueux Repas à quantité
de perfonnes de diftinction , & régala magnifiquement
les Peres Capucins.
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Résumé : ALLEMAGNE.
En octobre 1730, des préparatifs militaires étaient en cours en Allemagne et dans les régions voisines. Cinq régiments d'infanterie et quatre de cavalerie des troupes impériales allemandes se préparaient à partir pour l'Italie. Des recrues étaient envoyées renforcer les régiments en Lombardie, affectés par des maladies. Des ordres étaient donnés pour installer ces troupes dans des quartiers de rafraîchissement et éviter de peser sur les habitants. À Temesvart et Belgrade, plusieurs compagnies de janissaires ont rejoint l'armée à l'entrée de l'Asie, qui est ensuite partie pour la Perse. La peste à Constantinople a conduit à la mise en place de gardes pour prévenir la propagation de la maladie. Le 4 septembre, les députés des paysans de Moravie ont présenté leurs plaintes à l'empereur, se lamentant de devoir travailler trois jours par semaine pour les seigneurs ecclésiastiques et les autres jours pour des travaux publics. L'empereur a accordé deux jours par semaine pour leurs affaires personnelles. À Schwerin, le duc Charles Léopold de Mecklembourg a reçu des dépêches de Petersbourg, mais il n'était pas satisfait et il est peu probable qu'il reçoive bientôt les secours attendus de la part de la czarine. À Belgrade, le 14 du mois précédent, la première pierre de l'église des Capucins a été posée par M. de Thurn, premier évêque de la ville, en présence de plusieurs personnalités, dont le prince Alexandre de Wurtemberg. L'église a été dédiée à saint Eugène. Après la cérémonie, le prince Alexandre a offert un somptueux repas à de nombreuses personnes de distinction et a régalé les Pères Capucins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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65
p. 2432-2441
LETTRE écrite à M. D. L. R. au sujet de l'Histoire Litteraire de Lyon, composée par le R. P. de Colonia, de la Compagnie de Jesus. Second Volume.
Début :
Ne vous impatientez plus, Monsieur, vous recevrez incessamment le second [...]
Mots clefs :
Histoire littéraire, Lyon, Église, Auteurs, Auteurs lyonnais, Historien, Abbaye, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. D. L. R. au sujet de l'Histoire Litteraire de Lyon, composée par le R. P. de Colonia, de la Compagnie de Jesus. Second Volume.
LETTRE écrite à M. D. L. R. aufujet
de l'Hiftoire Litteraire de Lyon , composée
par le R. P. de Colonia , de la Compagnie
de Jefus. Second Volume.
N
E vous impatientez plus , Monfieur,
vous recevrez inceffamment le fecond
Volume de l'Hiftoire de Lyon
compofée par le R. P. de Colonia. Lorf
que vous verrez ce fecond Volume vous
ne vous plaindrez pas du temps que le
Libraire à employé à le faire paroître.
Vous ferez au contraire furpris de la diligence
avec laquelle il en a acceleré l'impreffion.
Il eft imprimé , comme le premier
, à Lyon , chez Fr. Rigolet . Il eſt
dédié pareillement à M" les Prévôt des
Marchands, Echevins de la Ville de Lyon ,
Préfidens , Juges , &c. au nombre defquels
on voit avec plaifir le celebre M. Broffette,
La fuite de l'Hiftoire de Lyon appartenoit
de droit au Corps de Ville , encore
plus que le commencement ; les deux
derniers fiecles de cette Hiftoire ont feuls
fourni à l'Auteur une moiffon plus abondante
que les quinze premiers ; & ce qui
doit intereffer plus directement ce Corps
de
NOVEMBRE. 1730. 2438
de Ville , c'eft , dit notre Hiftorien , que
parmi tous les celebres Lyonnois dont on
fait connoître les Ouvrages , il s'en trouve
un grand nombre qui ont avec cet ilfuftre
Corps des relations plus particufieres
& plus intimes que celles que donne
une même Patrie. Le P. de Colonia'
nous avertit que plufieurs d'entre eux
ont occupé dans leur temps les mêmes
places dans ce Corps , & qu'on voit leurs
Portraits dans le magnifique Hôtel de la'
Ville de Lyon , & que leurs noms font
écrits dans les Faftes Confulaires ; mais
ces Monumen's domeftiques & muets ,
ajoûte l'Auteur , qui ont perpetué leur
mémoire dans la Ville de Lyon , ne fuf
fifoient pas pour les illuftrer chez les Na
tions étrangères , cela étoit réfervé à l'é
legante plume du Pere de Colonia , &
c'est par cette Hiftoire Litteraire qu'on y
parviendra ..
On trouvé à la tête de ce Volume un
Avertiffement' , par lequel le R. P. de
Colonia nous apprend qu'il avoit d'abord
eu la pensée , en travaillant à ce fecond
Volume , d'y faire entrer un certain nom
bre de celebres Lyonnois , qui fe font le
plus diftingués dans les beaux Arts. Getté
Ville a produit dans ces derniers temps
des Sculpteurs , des Peintres , des Graveurs
& des Architectes , dont les pet-
Ev fonae
2434 MERCURE DE FRANCE
fonalitez , dit le P. de C. qu'on aime
fort aujourd'hui , auroient orné les deux
derniers fiecles de l'Hiftoire Litteraire de
Lyon ; en effet , Monfieur , les noms do
Stella , du petit Bernard , de Coylevox ,
des Couftous , auroient eu de quoi piquer
la curiofité des perfonnes qui ont
du gout pour les Arts Liberaux. Tous
ces hommes recommandables par leurs
divers talens , & aufquels il faut joindre
les Audran , Etienne , Defrochers , &c.
auroient pû figurer avec honneur dans
cet Ouvrage ; mais deux raifons qui ont
paru
folides à l'Auteur , l'ont empêché
de les y placer. La premiere , dit - il , eft
que ce qui concerne fimplement les beaux
Arts , lui a paru une matiere étrangere à
une Hiftoire Litteraire qui doit fe renfermer
dans les Sciences. La deuxième eft la
crainte qu'il a euë de groffir trop ce Volume
en cherchant à l'enrichir. Vous voyez ,
Monfieur , que le fçavant Jefuite penfe
bien differemment de vous fur l'objet
d'une Hiftoire Litteraire , vous êtes perfuadé
que les Sciences & les Arts ne doi
vent , pour ainfi dire , faire qu'un corps.
dans une Hiftoire Litteraire ; fi vous étiez
à portée de difcuter ce fentiment avec
Hiftorien de la Ville de Lyon , je vous
inviterois à le faire.
Ce fecond Volume a encore de commun
NOVEMBRE. 1730. 2435
mun avec le premier , qu'il eft divité par
fiecles , les fiecles font divifez par Chapitres
, & enfin les Chapitres par Paragraphes
: ordre qui ne peut manquer de répandre
de la clarté fur tout l'Ouvrage.
Le P. de Colonia reconnoît de bonne
foi que le nouveau fiecle où il entre
dans ce Volume , c'eft à -dire le feptiéme
& le huitième , n'eft gueres propre de
fon fonds à fervir de montre pour cette
feconde partie de l'Hiftoire Litteraire de
Lyon. La fterilité Litteraire , dit-il , a été
très grande. L'Auteur en tire les caufes
des fréquentes irruptions que les Sarrafins
d'Espagne & d'Afrique avec leurs
effroyables Armées , firent dans nos plus
belles Provinces, des ravages qu'y caufe
rent nos propres armées, alors prefqu'auffi
formidables que celles des ennemis , de
la foibleffe de la plupart de nos Rois , de
la Tyranie des Maires du Palais , & en
particulier de celle d'Ebroin ; des Guerres
Civiles , des inondations , des maladiescontagieufes
, &c. tout cela enfemble concourut
à étouffer generalement dans les
efprits l'amour de l'étude & le
gour des
bonnes Lettres ; de forte qu'on ne voit
paroître aucun Auteur Lyonnois fur la
Scene dans toute l'Hiftoire Litteraire du
feptiéme & du huitiéme fiecle. Mais on
ne fera pas furpris de cette ftérilité , fi on
E vj fale
2436 MERCURE DE FRANCE
fait reflexion , avec notre Hiftorien , que
la France elle- même , & la France toute
entiere , ne fournit à peine durant tout
ce temps-là que trois ou quatre Auteurs ,
dont les Ecrits & le nom même foient
venus jufqu'à nous .
C'eft pour remplir une partie de ce
vuide que le P. de Colonia fait l'Hiftoire
du Commerce Litteraire du Pape Grégoire
le Grand , avec Etherius , Archevêque
de Lyon ; ce qui donne lieu à l'Auteur de
publier plufieurs faits qui regardent ce
dernier , & de les éclaircir en relevant les
erreurs qu'on a débitées à ſon ſujet.
Deux Evenemens confiderables lui fourniffent
une ample matiere pour le fecond
Chapitre de ce fiecle. Le premier eft la
fondation ou plutôt le rétabliffement de
la celebre Abbaye d'Aifnay , dont la Reine
Brunehault voulut être la Reftauratrice ..
Le fecond Evenement eft la dépofition
de S. Didier. Le premier donne occafion
de faire l'Hiftoire abregée , mais claire ,
de la celebre Abbaye d'Aifnay , de faire
remarquer fon antiquité , l'étimologie des
fon nom , les Regles qu'on y a embraffées,
dont celle de S.. Martin eft la plus ancienne
, celle de S. Benoît , felon l'Auteur ,,
n'y ayant été adoptée que dans le douzié.
me & treiziéme fiecle.
Une chofe qui paroît finguliere dans
cette
7
NOVEMBRE. 1730. 2437
cette Abbaye , c'eft une antique Chapelle,
bâtie en l'honneur de l'Immaculée Conception
, d'où l'Auteur prend occafion d'é
claircir ce que l'ancienne Tradition nous
apprend fur ce fujet.
Les faits rapportez dans le refte de ce
fiecle regardent la Ville de Lyon en par
ticulier. On y traite de la fondation de
quelques Eglifes , entr'autres de celle de
S. Etienne , de Sainte Croix & l'Eglife
Métropolitaine de S. Jean - Baptifte. Jo
pafferai legerement fur ce que l'Auteur
dit de ces deux premieres ; mais il y a
dans la troifiéme des fingularitez qui mé
ritent de n'être pas obmifes dans cette
Lettre. Une des principales , ce font deux
Croix qu'on voit en tout temps aux deux
extrémitez de l'Autel , elles font , felon
le P. de Colonia , un Monument du treiziéme
fiecle , Monument qui nous a conférvé
la mémoire de la réunion de l'Eglife
Latine & de l'Eglife Grecque , quis
fe fit dans cette même Eglife en 1274 .
Les habits de pourpre dont font revêtues
quelques figures qu'on voit repréfentées
fur d'anciennes vitres de l'Eglifes
font connoître que c'étoit- là anciennement
l'habit ordinaire des Chanoines dè
cette Métropole , ce qui donne lieu au
P. de C. de remarquer que le Pape Inno
cent IV. qui réfida fix ou fept ans dans
Lyon
2438 MERCURE DE FRANCE
Lyon , adopta cet habit & le donna à fes
Cardinaux .
De l'Eglife Cathédrale , le P. de C. paffe
à celle de S. Jean , & une des fingularitez
de cette Eglife c'eft le Jubilé qu'on y
gagne toutes les fois que la Fête de faint
Jean- Baptifte fe rencontre le même jour
que la Fête du S. Sacrement , ce qui n'eſt
arrivé qu'une fois chaque fiecle depuis
l'établiffement de cette derniere Fête.
Le neuviéme fiecle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon , a été un peu plus fertile pour
les Lettres. Leydrade , quarante-fixiéme
Archevêque de Lyon , Bibliothecaire de
Charlemagne , & un de fes principaux
Favoris , fut également le Réparateur de la
plupart des Lieux Saints , le Reſtaurateur
des Sciences , & le Réformateur de l'Of
fice divin de l'Eglife de Lyon.
Les erreurs que Felix d'Urgel répandoit
de fon temps , donnerent occafion à
Leydrade de fignaler fon zele , auquel Ur
gel fit tant d'attention , qu'il fit abjuration
de fon Herefie ; mais il ne perfevera
pas long- temps dans fes bons fentimens.
S. Agobard , Florus , & S, Remi , tous
Archevêques de Lyon , fe fignalerent par
leurs Ecrits & par les Adverfaires qu'ils
eurent à combattre. Les erreurs que Felix
d'Urgel débitoit du temps de Leydrade ,
donnerent occafion à ce dernier de fignaler
fon
NOVEMBRE. 1730. 2439
fon zele , il écrivit , & S. Agobard après
lui , contre ces erreurs , lefquelles , pour
le temps , ne laifferent pas d'occafionner
plufieurs Ecrits , dont l'Hiſtorien fait le
dénombrement.
Jean Scot , furnommé Erigene , fut
l'objet du zele, ou plutôt de l'indignation
de Florus. Enfin S. Remy , Archevêque
de Lyon , fe fignala par divers emplois ,
par les avantages qu'il procura à fon Egli
Te & par le foin dont il fut chargé de
répondre à ce que trois Evêques avoient
écrit à Amolon , au fujet de Godercalque.
L'Hiftoire parte enfuite de la Lettre dogmatique
de cet Archevêque , & de fon
Traité contre les quatre fameux Articles
de Quiercy.
Le dixième fiecle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon retombé dans la ſtérilité , fait
voir la viciffitude des chofes humaines.
Cette ftérilité a engagé l'Hiftorien à net
parler de ce fiecle que conjointement avec
l'onzième , ainfi qu'il en a ufé à l'égard
du feptiéme & du huitiéme. Ce qui regarde
Halinard , foixante-cinquiéme Arvêque
de Lyon , & Humbert fon fucceffeur
, Hugues & S. Jubin ou Gebin , rempliffent
une bonne partie de ce fiecle
avec l'Hiftoire du féjour de S. Anfelme
de Cantorbery à Lyon. Ce qui donne occafion
au P.de Colonia de narrer des chofes
bien curieufes. Le
2440 MERCURE DE FRANCE
Le douzième fiecle ne prefente encore
rien fur les Lettres humaines ; mais la
celebre Lettre dogmatique que S. Bernard
écrivit à l'Eglife Metropolitaine de
Lyon , & les Relations oppofées des Auteurs
Lyonnois fur les Pauvres de Lyon ,
& fur leur fameux Chef Pierre Valdo
Bourgeois de cette Ville , le bien & le mal
qu'on en a dit , font les principaux ob
jets des recherches du P. de C. Il prend
de-là occafion de faire connoître le caractere
de S. Bernard & fes intimes liaifons
avec l'Eglife de Lyon , fans oublier
l'Hiftoire de la Fête de l'Immaculée Conception
; il rapporte d'après le P. Martene
, un fait curieux , arrivé à Dijon ,
lequel prouve , felon l'Hiftorien , que les
Dominicains celebroient anciennement là
Fête de l'Immaculée Conception.
Comme le treiziéme & le quitorziémé
fiecles ont encore été ftériles en Auteurs
qui puiffent illuftrer la Bibliotheque Lyonnoife,
c'eft ainfi que le P. de C. appelle
quelquefois fon Hiftoire Litteraire : l'HIL
torien a trouvé à propos de n'en parler
que conjointement l'un avec l'autre , &
de fe répandre fur ce qui peut intereffer
THiftoire generale : Ainfi le premier Concile
general tenu fous Innocent IV. fait
un des plus beaux objets & des plus confiderables
de cette Hiftoire , le P. de C.-
}
NOVEMBRE . 1730. 2441
en fait un Article curieux par les diverfes
circonftances qu'il rapporte. Il en agit de
même à l'égard d'un autre Concile qui
fut indiqué à Lyon par Théalde ou Thi
bauld , ancien Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de Lyon, & depuis Pape, connu
fous le nom de Grégoire X. Enfin trois
Auteurs , plus ou moins connus , comme
le dit le P. de C. achevent de remplir le
vuide de ces deux fiecles . Parmi ces Auteurs
il y a deux Cardinaux , Bernard Aygler
& Jean de la Grange , autrement dit
le Cardinal d'Amiens , & le troiſieme eft
une perfonne de l'autre fexe, diftinguée par
une éminente pieté. C'eft la vertueufe Marguerite
, Chartreufe . On ne connoît plus ,
dit le P. de C. ni leur perfonne , ni leurs
Ecrits, ce qui l'engage à les faire connoître
lui-même & à entrer dans un détail circonftancié
de ce qui regarde ces trois Sujets,
Nous donnerons la fuite de cette Lettre
dans le prochain Mercure.
de l'Hiftoire Litteraire de Lyon , composée
par le R. P. de Colonia , de la Compagnie
de Jefus. Second Volume.
N
E vous impatientez plus , Monfieur,
vous recevrez inceffamment le fecond
Volume de l'Hiftoire de Lyon
compofée par le R. P. de Colonia. Lorf
que vous verrez ce fecond Volume vous
ne vous plaindrez pas du temps que le
Libraire à employé à le faire paroître.
Vous ferez au contraire furpris de la diligence
avec laquelle il en a acceleré l'impreffion.
Il eft imprimé , comme le premier
, à Lyon , chez Fr. Rigolet . Il eſt
dédié pareillement à M" les Prévôt des
Marchands, Echevins de la Ville de Lyon ,
Préfidens , Juges , &c. au nombre defquels
on voit avec plaifir le celebre M. Broffette,
La fuite de l'Hiftoire de Lyon appartenoit
de droit au Corps de Ville , encore
plus que le commencement ; les deux
derniers fiecles de cette Hiftoire ont feuls
fourni à l'Auteur une moiffon plus abondante
que les quinze premiers ; & ce qui
doit intereffer plus directement ce Corps
de
NOVEMBRE. 1730. 2438
de Ville , c'eft , dit notre Hiftorien , que
parmi tous les celebres Lyonnois dont on
fait connoître les Ouvrages , il s'en trouve
un grand nombre qui ont avec cet ilfuftre
Corps des relations plus particufieres
& plus intimes que celles que donne
une même Patrie. Le P. de Colonia'
nous avertit que plufieurs d'entre eux
ont occupé dans leur temps les mêmes
places dans ce Corps , & qu'on voit leurs
Portraits dans le magnifique Hôtel de la'
Ville de Lyon , & que leurs noms font
écrits dans les Faftes Confulaires ; mais
ces Monumen's domeftiques & muets ,
ajoûte l'Auteur , qui ont perpetué leur
mémoire dans la Ville de Lyon , ne fuf
fifoient pas pour les illuftrer chez les Na
tions étrangères , cela étoit réfervé à l'é
legante plume du Pere de Colonia , &
c'est par cette Hiftoire Litteraire qu'on y
parviendra ..
On trouvé à la tête de ce Volume un
Avertiffement' , par lequel le R. P. de
Colonia nous apprend qu'il avoit d'abord
eu la pensée , en travaillant à ce fecond
Volume , d'y faire entrer un certain nom
bre de celebres Lyonnois , qui fe font le
plus diftingués dans les beaux Arts. Getté
Ville a produit dans ces derniers temps
des Sculpteurs , des Peintres , des Graveurs
& des Architectes , dont les pet-
Ev fonae
2434 MERCURE DE FRANCE
fonalitez , dit le P. de C. qu'on aime
fort aujourd'hui , auroient orné les deux
derniers fiecles de l'Hiftoire Litteraire de
Lyon ; en effet , Monfieur , les noms do
Stella , du petit Bernard , de Coylevox ,
des Couftous , auroient eu de quoi piquer
la curiofité des perfonnes qui ont
du gout pour les Arts Liberaux. Tous
ces hommes recommandables par leurs
divers talens , & aufquels il faut joindre
les Audran , Etienne , Defrochers , &c.
auroient pû figurer avec honneur dans
cet Ouvrage ; mais deux raifons qui ont
paru
folides à l'Auteur , l'ont empêché
de les y placer. La premiere , dit - il , eft
que ce qui concerne fimplement les beaux
Arts , lui a paru une matiere étrangere à
une Hiftoire Litteraire qui doit fe renfermer
dans les Sciences. La deuxième eft la
crainte qu'il a euë de groffir trop ce Volume
en cherchant à l'enrichir. Vous voyez ,
Monfieur , que le fçavant Jefuite penfe
bien differemment de vous fur l'objet
d'une Hiftoire Litteraire , vous êtes perfuadé
que les Sciences & les Arts ne doi
vent , pour ainfi dire , faire qu'un corps.
dans une Hiftoire Litteraire ; fi vous étiez
à portée de difcuter ce fentiment avec
Hiftorien de la Ville de Lyon , je vous
inviterois à le faire.
Ce fecond Volume a encore de commun
NOVEMBRE. 1730. 2435
mun avec le premier , qu'il eft divité par
fiecles , les fiecles font divifez par Chapitres
, & enfin les Chapitres par Paragraphes
: ordre qui ne peut manquer de répandre
de la clarté fur tout l'Ouvrage.
Le P. de Colonia reconnoît de bonne
foi que le nouveau fiecle où il entre
dans ce Volume , c'eft à -dire le feptiéme
& le huitième , n'eft gueres propre de
fon fonds à fervir de montre pour cette
feconde partie de l'Hiftoire Litteraire de
Lyon. La fterilité Litteraire , dit-il , a été
très grande. L'Auteur en tire les caufes
des fréquentes irruptions que les Sarrafins
d'Espagne & d'Afrique avec leurs
effroyables Armées , firent dans nos plus
belles Provinces, des ravages qu'y caufe
rent nos propres armées, alors prefqu'auffi
formidables que celles des ennemis , de
la foibleffe de la plupart de nos Rois , de
la Tyranie des Maires du Palais , & en
particulier de celle d'Ebroin ; des Guerres
Civiles , des inondations , des maladiescontagieufes
, &c. tout cela enfemble concourut
à étouffer generalement dans les
efprits l'amour de l'étude & le
gour des
bonnes Lettres ; de forte qu'on ne voit
paroître aucun Auteur Lyonnois fur la
Scene dans toute l'Hiftoire Litteraire du
feptiéme & du huitiéme fiecle. Mais on
ne fera pas furpris de cette ftérilité , fi on
E vj fale
2436 MERCURE DE FRANCE
fait reflexion , avec notre Hiftorien , que
la France elle- même , & la France toute
entiere , ne fournit à peine durant tout
ce temps-là que trois ou quatre Auteurs ,
dont les Ecrits & le nom même foient
venus jufqu'à nous .
C'eft pour remplir une partie de ce
vuide que le P. de Colonia fait l'Hiftoire
du Commerce Litteraire du Pape Grégoire
le Grand , avec Etherius , Archevêque
de Lyon ; ce qui donne lieu à l'Auteur de
publier plufieurs faits qui regardent ce
dernier , & de les éclaircir en relevant les
erreurs qu'on a débitées à ſon ſujet.
Deux Evenemens confiderables lui fourniffent
une ample matiere pour le fecond
Chapitre de ce fiecle. Le premier eft la
fondation ou plutôt le rétabliffement de
la celebre Abbaye d'Aifnay , dont la Reine
Brunehault voulut être la Reftauratrice ..
Le fecond Evenement eft la dépofition
de S. Didier. Le premier donne occafion
de faire l'Hiftoire abregée , mais claire ,
de la celebre Abbaye d'Aifnay , de faire
remarquer fon antiquité , l'étimologie des
fon nom , les Regles qu'on y a embraffées,
dont celle de S.. Martin eft la plus ancienne
, celle de S. Benoît , felon l'Auteur ,,
n'y ayant été adoptée que dans le douzié.
me & treiziéme fiecle.
Une chofe qui paroît finguliere dans
cette
7
NOVEMBRE. 1730. 2437
cette Abbaye , c'eft une antique Chapelle,
bâtie en l'honneur de l'Immaculée Conception
, d'où l'Auteur prend occafion d'é
claircir ce que l'ancienne Tradition nous
apprend fur ce fujet.
Les faits rapportez dans le refte de ce
fiecle regardent la Ville de Lyon en par
ticulier. On y traite de la fondation de
quelques Eglifes , entr'autres de celle de
S. Etienne , de Sainte Croix & l'Eglife
Métropolitaine de S. Jean - Baptifte. Jo
pafferai legerement fur ce que l'Auteur
dit de ces deux premieres ; mais il y a
dans la troifiéme des fingularitez qui mé
ritent de n'être pas obmifes dans cette
Lettre. Une des principales , ce font deux
Croix qu'on voit en tout temps aux deux
extrémitez de l'Autel , elles font , felon
le P. de Colonia , un Monument du treiziéme
fiecle , Monument qui nous a conférvé
la mémoire de la réunion de l'Eglife
Latine & de l'Eglife Grecque , quis
fe fit dans cette même Eglife en 1274 .
Les habits de pourpre dont font revêtues
quelques figures qu'on voit repréfentées
fur d'anciennes vitres de l'Eglifes
font connoître que c'étoit- là anciennement
l'habit ordinaire des Chanoines dè
cette Métropole , ce qui donne lieu au
P. de C. de remarquer que le Pape Inno
cent IV. qui réfida fix ou fept ans dans
Lyon
2438 MERCURE DE FRANCE
Lyon , adopta cet habit & le donna à fes
Cardinaux .
De l'Eglife Cathédrale , le P. de C. paffe
à celle de S. Jean , & une des fingularitez
de cette Eglife c'eft le Jubilé qu'on y
gagne toutes les fois que la Fête de faint
Jean- Baptifte fe rencontre le même jour
que la Fête du S. Sacrement , ce qui n'eſt
arrivé qu'une fois chaque fiecle depuis
l'établiffement de cette derniere Fête.
Le neuviéme fiecle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon , a été un peu plus fertile pour
les Lettres. Leydrade , quarante-fixiéme
Archevêque de Lyon , Bibliothecaire de
Charlemagne , & un de fes principaux
Favoris , fut également le Réparateur de la
plupart des Lieux Saints , le Reſtaurateur
des Sciences , & le Réformateur de l'Of
fice divin de l'Eglife de Lyon.
Les erreurs que Felix d'Urgel répandoit
de fon temps , donnerent occafion à
Leydrade de fignaler fon zele , auquel Ur
gel fit tant d'attention , qu'il fit abjuration
de fon Herefie ; mais il ne perfevera
pas long- temps dans fes bons fentimens.
S. Agobard , Florus , & S, Remi , tous
Archevêques de Lyon , fe fignalerent par
leurs Ecrits & par les Adverfaires qu'ils
eurent à combattre. Les erreurs que Felix
d'Urgel débitoit du temps de Leydrade ,
donnerent occafion à ce dernier de fignaler
fon
NOVEMBRE. 1730. 2439
fon zele , il écrivit , & S. Agobard après
lui , contre ces erreurs , lefquelles , pour
le temps , ne laifferent pas d'occafionner
plufieurs Ecrits , dont l'Hiſtorien fait le
dénombrement.
Jean Scot , furnommé Erigene , fut
l'objet du zele, ou plutôt de l'indignation
de Florus. Enfin S. Remy , Archevêque
de Lyon , fe fignala par divers emplois ,
par les avantages qu'il procura à fon Egli
Te & par le foin dont il fut chargé de
répondre à ce que trois Evêques avoient
écrit à Amolon , au fujet de Godercalque.
L'Hiftoire parte enfuite de la Lettre dogmatique
de cet Archevêque , & de fon
Traité contre les quatre fameux Articles
de Quiercy.
Le dixième fiecle de l'Hiftoire Litteraire
de Lyon retombé dans la ſtérilité , fait
voir la viciffitude des chofes humaines.
Cette ftérilité a engagé l'Hiftorien à net
parler de ce fiecle que conjointement avec
l'onzième , ainfi qu'il en a ufé à l'égard
du feptiéme & du huitiéme. Ce qui regarde
Halinard , foixante-cinquiéme Arvêque
de Lyon , & Humbert fon fucceffeur
, Hugues & S. Jubin ou Gebin , rempliffent
une bonne partie de ce fiecle
avec l'Hiftoire du féjour de S. Anfelme
de Cantorbery à Lyon. Ce qui donne occafion
au P.de Colonia de narrer des chofes
bien curieufes. Le
2440 MERCURE DE FRANCE
Le douzième fiecle ne prefente encore
rien fur les Lettres humaines ; mais la
celebre Lettre dogmatique que S. Bernard
écrivit à l'Eglife Metropolitaine de
Lyon , & les Relations oppofées des Auteurs
Lyonnois fur les Pauvres de Lyon ,
& fur leur fameux Chef Pierre Valdo
Bourgeois de cette Ville , le bien & le mal
qu'on en a dit , font les principaux ob
jets des recherches du P. de C. Il prend
de-là occafion de faire connoître le caractere
de S. Bernard & fes intimes liaifons
avec l'Eglife de Lyon , fans oublier
l'Hiftoire de la Fête de l'Immaculée Conception
; il rapporte d'après le P. Martene
, un fait curieux , arrivé à Dijon ,
lequel prouve , felon l'Hiftorien , que les
Dominicains celebroient anciennement là
Fête de l'Immaculée Conception.
Comme le treiziéme & le quitorziémé
fiecles ont encore été ftériles en Auteurs
qui puiffent illuftrer la Bibliotheque Lyonnoife,
c'eft ainfi que le P. de C. appelle
quelquefois fon Hiftoire Litteraire : l'HIL
torien a trouvé à propos de n'en parler
que conjointement l'un avec l'autre , &
de fe répandre fur ce qui peut intereffer
THiftoire generale : Ainfi le premier Concile
general tenu fous Innocent IV. fait
un des plus beaux objets & des plus confiderables
de cette Hiftoire , le P. de C.-
}
NOVEMBRE . 1730. 2441
en fait un Article curieux par les diverfes
circonftances qu'il rapporte. Il en agit de
même à l'égard d'un autre Concile qui
fut indiqué à Lyon par Théalde ou Thi
bauld , ancien Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de Lyon, & depuis Pape, connu
fous le nom de Grégoire X. Enfin trois
Auteurs , plus ou moins connus , comme
le dit le P. de C. achevent de remplir le
vuide de ces deux fiecles . Parmi ces Auteurs
il y a deux Cardinaux , Bernard Aygler
& Jean de la Grange , autrement dit
le Cardinal d'Amiens , & le troiſieme eft
une perfonne de l'autre fexe, diftinguée par
une éminente pieté. C'eft la vertueufe Marguerite
, Chartreufe . On ne connoît plus ,
dit le P. de C. ni leur perfonne , ni leurs
Ecrits, ce qui l'engage à les faire connoître
lui-même & à entrer dans un détail circonftancié
de ce qui regarde ces trois Sujets,
Nous donnerons la fuite de cette Lettre
dans le prochain Mercure.
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Résumé : LETTRE écrite à M. D. L. R. au sujet de l'Histoire Litteraire de Lyon, composée par le R. P. de Colonia, de la Compagnie de Jesus. Second Volume.
La lettre annonce la publication imminente du second volume de l'Histoire Littéraire de Lyon, rédigée par le R. P. de Colonia de la Compagnie de Jésus. Ce volume, imprimé à Lyon chez Fr. Rigolet, est dédié aux Prévôt des Marchands et aux Echevins de la Ville de Lyon, et mentionne notamment M. Broffette. L'auteur observe que les deux derniers siècles de l'histoire lyonnaise ont fourni plus de matière que les quinze premiers, en raison de la présence de nombreux Lyonnois célèbres ayant des relations avec le Corps de Ville. Initialement, le Père de Colonia avait prévu d'inclure des artistes lyonnais distingués dans les beaux-arts, mais il a choisi de se concentrer uniquement sur les sciences pour cette histoire littéraire. Le volume est structuré par siècles, chapitres et paragraphes pour faciliter la compréhension. Les septième et huitième siècles sont marqués par une stérilité littéraire due à diverses perturbations, telles que les invasions, les guerres civiles et les épidémies. L'auteur traite également de la fondation de l'abbaye d'Ainay et de la déposition de Saint Didier. Le neuvième siècle voit une reprise littéraire avec des figures comme Leydrade, S. Agobard, Florus et S. Remi. Les dixième et onzième siècles retombent dans la stérilité, bien que des personnages comme Halinard et Humbert soient mentionnés. Le douzième siècle est marqué par la lettre dogmatique de Saint Bernard et les relations concernant Pierre Valdo. Enfin, les treizième et quatorzième siècles sont également stériles en auteurs, mais l'auteur discute des conciles généraux et de quelques auteurs mineurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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66
p. 2521-2528
« Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
Début :
Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...]
Mots clefs :
Reine, Église, Roi, Messe, Musique, Princesse, Palais, Opéra, Cérémonies, Ambassadeurs, Jésuites, Église
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texteReconnaissance textuelle : « Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
E 23. Octobre , la Ducheffe d'Orleans donna '
une petite Fête à Bagnolet pour le Divertiffe
ment des deux Princeffes fes filles , à laquelle toutès
les Dames du Palais Royal & plufieurs autres
attachées à S. A. R. & aux Princeffes , fe trouverent
, de même que plufieurs Seigneurs attachés
à la Maifon d'Orleans . S. A. R. fit donner aux
Princeffes & aux Dames qui étoient du Souper ,
à chacune un habit de Satin gaufré , d'une nouvelle
fabrique établie depuis peu au Village de
Bagnolet. Les Seigneurs qui étoient de la danfe ,
eurent auffi des habits & des veftes de même . Le
tout fut trouvé très - galant & d'un très - bon gout;il
y eut plufieurs danfes & contre- danfes qui furent
parfaitement bien executées par les jeunes Princeffes
& par les Dames & les Seigneurs qui eurent
l'honneur de danfer avec elles.
Le 25. du même mois , la jeune Princeſſe de
Bade , Niece du Duc d'Orleans , fe rendit au Palais
Royal pour rendre vifite à S. A. R. qui la
reçut très-gracieufement , & lui fit prefent d'une
magnifique Poupée, de la grandeur de cette jeune
Princeffe, ornée de Boucles d'oreilles de diamans,
de Papillons & autres ornemens de tête auffi en
brillans,avec plufieurs habits magnifiques pour la
Poupée. Les Princeffes d'Orleans ajoûterent à ce
Prefent plufieurs Bijoux très-galans , qui furent
mis dans les poches de la Poupée , laquelle étoit
accompagnée d'une Figure de Crocheteur en
I carton
2522 MERCURE DE FRANCE
carton , portant une Valife qui renfermoit diffe
rens habits & nipes pour l'ufage de la Poupée .
Le 7. le Marquis de Caftellar , nouvel Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne, fe rendit aux Carmelites,
où il eut Audiance de la Reine Douairiere d'Efpagne
, qui le reçut très gracieufement . Ce Miniftre
témoigna à S. M. C. les affurances d'amitié
qu'il venoit lui faire de la part du Roi & de la
Reine d'Espagne.
Le 8.de ce mois , Madame d'Orleans , Abbeffe
de Chelles , alla à la Magdeleine de Trenel dîner
avec la Ducheffe d'Orleans fa mere & avec les
Princeffes fes Soeurs. L'après dîné , la Reine d'Eſpagne
s'y rendit auffi , & quelque tems après M. le.
Duc d'Orleans , accompagné du Duc de Chartres,
fon Fils , y arriva. Deforte que S. A. R. eut le
plaifir de voir dans la même journée preſque toure
fon augufte Famille raffemblée.
Le 25. Octobre , la jeune Princeffe de Bade ,
fille duMargrave de Bade Baden, & Niece du Duc
d'Orleans , partit de Paris pour s'en retourner
à Raftalt , en parfaite fanté. M. Petit , Chirurgien
Juré , Démonftrateur Royal & Membre
des Académies des Sciences de Paris & de Londres,
lui avoit extirpé à la joue une loupe d'une groffeur
prodigieufe, & avec tant de fuccès, que cette
Princeffe n'en fera pas même marquée ; auffi ar'elle
récompenfé noblement l'habile main qui a
fi bien operé, & a de plus fait preſent à M. Petit
d'un Neceffaire , c'est - à-dire , d'un affortiment
de tout ce qu'il convient pour faire & fervir du
Caffé , du Thé & du Chocolat , contenant differentes
pieces , comme Aiguére , Soucoupe , plufreurs
Pots , Taffes , Drageoires , Cuilliers , & c.
le tout en Vermeil doré , & Porcelaines de Drefde,
d'un prix confiderable & d'un travail exquis.
Cette Princeffe a donné à la Sacriſtie du Conyent
NOVEMBRE. 1730. 2523
went des Petites Cordelieres , où elle a occupé un
Appartement pendant fon féjour à Paris , un Baffin
& une Aiguiere d'argent , & a fait des préfens
à toutes les Religieafes , pour leur marquer fa
Latisfaction fur leurs foins & fur leurs attentions,
Le Roi a nommé le Duc de Saint- Aignan, Chevalier
des Ordres de S. M. Ambaffadeur à Rome.
Le 29. du mois dernier , le Marquis de Caſte-
Jar , Ambaffadeur Extraordinaire & Plenipotentiaire
du Roi d'Efpagne , eut fa premiere Audience
particuliere du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , étant conduit par le Chevalier
de Sainctot, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le 31. Octobre , veille de la Fête de tous les
Saints , le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Verſailles , où S. M. entendit la Meffe
& communia par les mains de l'Abbé de Choifeul
, fon Aumônier en quartier enfuite le Roi
toucha un grand nombre de Malades.
L'aprés midi , S. M. affifta dans la même Chapelle
aux premieres Vêpres chantées par la Mufique,
aufquelles l'Evêque d'Aire officla pontificalement.
Le premier de ce mois, jour de la Fête , le
Roi entendit la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Evêque d'Aire,& chantée par la Mufique.
L'aprés midi S. M. entendit le Sermon du
Pere Cotoner de la Compagnie de Jefus ; enfuite
les fecondes Vêpres qui furent chantéesS par la
Mufique , aufquelles le même Prélat officia. Le
Roi affitta aufli aux Vêpres des Morts.
Le même jour, la Reine entendit la Meffe dans la
même Chapelle, & S. M. communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand- Aumônier .
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la Reine entendirent
1 ij
2524 MERCURE DE FRANCE
tendirent la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique. Aprés
la Meffe , le Roi partit pour Rambouillet.
La Reine ayant voulu rendre à Dieu fes actions
de graces particulieres , de fon heureux
accouchement, & de la naiffarce de Monfeigneur
le Duc d'Anjou, S.M. vint le 6 de ce mois à l'Eglife
Métropolitaine de Paris . La Reine accompagnée
de Mademoiſelle de Clermont , Sur - Intendante
de Sa Maiſon , des Dames de fa Cour & de
fes principaux Officiers , arriva à midi à l'Eglife
Métropolitaine , où les détachemens des Régimens
des Gardes Françoifes & Suifles étoient en
haye & fous les armes. L'Archevêque de Paris ,
revêtu de fes habits Pontificaux & à la tête des
Chanoines , reçut la Reine à la porte de l'Eglife ,
avec les cérémonies accoutumées ; & après avoir
complimenté Sa Majefté , il la conduifit dans le
Choeur. La Reine y fit fa priere , & alla enfuite
à l'Autel de la Vierge entendre la Meffe , qui
fut dite par un de fes Chapelains.La Reine ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife , avec les
mêmes cérémonies qui avoient été observées à
fon arrivée , S. M. partit pour retourner à Verfailles,
Le fi Novembre aprés midi, les RR.PP. de la
Compagnie de JESUS , firent avec beaucoup de
folemnité , dans leur Eglife de la Maiſon Profeffe
de Paris , qui étoit éclairée par un grand
nombre de lumieres , l'ouverture de l'Octave de
fa Fête de la Canonifation de S. Louis de Gonzague
& de S. Staniflas Koftka , de leur Compagnie.
Le lendemain l'Archevêque de Paris , à la
tête du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine , fe
rendit à cette Eglife, & y célebra pontificalement
la Meffe , qui fut chantée à plufieurs choeurs de
mufique
NOVEMBRE . 1730. 2525
mufique. L'après midi , l'Evêque de Cifteron
prononça le Panegyrique de ces deux Saints avec
beaucoup d'éloquence , & l'Abbé de Gontault ,
Doyen du Chapitre , officia au Salut .
Les jours fuivans , differens Evêques y ont cé
lébré pontificalement la Meffe , & ont officié aux
Saluts .
Le 12 de ce mois , le Comte de Seefted , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy de Danemarc ,
eut , en long Manteau de deuil , une Audience
particuliere du Roy , dans laquelle il donna part
a S. M. de la mort du Roy de Danemarc , Frederic.
IV . Il fut conduit à cette Audience par le
Chevalier de Sainctot , Introducteur des Ambaf
fadeurs , qui le conduifit enfuite à l'Audience de
Ia Reine , & à celle de Monfeigneur le Dauphin.
Le 16. le Roy prit le deuil pour cette mort.
Le 19. le Roy & la Reine partirent de Verfailles
pour aller paffer quelques jours au Château
de Marly.
Le 13 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
céremonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, célébrée pontificalement dans la Grand'-
Salle du Palais , par l'Archevêque de Bourges , à
laquelle M. Portail , Pr. Préfident , & les Chambres
affifterent.
A la rentrée du Parlement de Dijon , à la faint
Martin , M. le Prefident de la Marche , qui eft
un jeune Magiftrat , né Orateur , s'étoit chargé
de faire le Difcours des Mercuriales & de l'Audience
publique , & il s'en acquitta parfaitement."
Le Difcours aux Chambres affemblées , fut pour
apprendre aux Officiers à ne pas juger par hu-
I. iij meur.
2526 MERCURE DE FRANCE
meur. Ce fujet parut nouveau & fut traité avec
toute la politeffe , la nobleffe & l'éloquence poffible,
ainfi que celui pour les Avocats , fur l'amour
de la verité ; & il finit par un éloge magnifique
du Roy & du Miniftere,
Le 14 , la Reine vint à Paris , & alla entendre
la Meffe dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe des
Jefuites,à l'occafion de la Fête qu'on y célébroit.
S. M. accompagnée de Mademoiſelle de Clermont,
Sur- Intendante de Sa Maiſon , des Dames
de fa Cour , du Cardinal de Fleury , fon Grand
Aumônier , & de fes principaux Officiers , fut
reçûë à la porte de l'Eglife par le Pere Supérieur,
accompagné des Jefuites de la Maiſon , de ceux
du College de LoUIS LE GRAND , & de ceux du
Noviciat. Après que le P. Supérieur eut compli
menté la Reine par un Difcours auffi éloquent
que convenable à la piété de S. M. la Reine fut
Conduite dans le Sanctuaire , & elle y entendit la
Meffe , qui fut dite par un de fes Chapelains ;
pendant laquelle on chanta un Motet. S.M.ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife avec les ceremonies
obfervées à ſon arrivée, elle ſe rendit au
Monaftere des Religieufes de l'Ave Maria , d'où
S. M. alla dîner au Palais des Thuilleries , après
avoir paflé par la Place Royale. La Reine trouva,
à l'Eglife des Jéfuites , à celle de l'Ave Maria
& au Palais des Thuilleries , les Gardes Françoifes
& Suiffes en haye & fous les Armes. L'après
midi , S. M. partit de Paris vers les quatre
heures , pour retourner à Verſailles , & s'arrêta
quelque temps au Couvent des Religieufes de
Sainte Marie de Chaillot.
> Le 22. de ce mois , la Fête de Sainte Cecile
fut celebrée avec éclat dans l'Eglife des Enfans.
Rouges
NOVEMBRE 1730. 2527
Rouges ; on y chanta une grande Meffe & les
Vêpres en Mufique & à grand choeur , de la.
compofition de l'Abbé Senefchal , qui fut genéralement
applaudie..
Le 25. là Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le remboursement des Actions fut tirée en
la maniere accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
On a publié la Lifte des Numero des Actions
& dixièmes d'Actions qui feront rembourfées
, failant en tout le nombre de 3.00. Actions..
Le premier de ce mois , Fête de la Touffaint ,
il y eut Concert fpirituel au Château des Thuil--
leries. M. Mouret fit chanter Exultate jufti ,
Motet de M. de la Lande , fuivi d'un autre Motet
à deux Baffes - Tailles qui fut très gouté. Les
Dile, Erremens & . Petitpas chanterent avec applaudiffement
un petit Motet nouveau à deux
Deffus , de la compofiiion de M. Le Máire. La
Dile le Maure chanta Ufquequò , petit Moter
de M. Mouret , avec une grande préciſion. Le
Concert fut terminé par le Dixit Dominus de
M. de la Lande.
Le 2. jour des Morts , on exécuta le Divertiffement
de la Chaffe du Cerf . & plufieurs
Piéces de fimphonie , après lefquelles on chanta
le De profundis de M. de la Lande.
Il y a eu Concert François tous les Mercredis
de ce mois , dans lefquels on a chanté plufieurs
Divertiffemens de différens Maîtres , & tous les
Concerts ont toujours été terminés par un Mo.
tet à grands choeurs , de M. de la Lânde.
Le 4. de ce mois , M. de Blamont, Sur- Intendant
de la Mufique du Roi , fit chanter chez la
Reine le 4 & 5e Acte de l'Opera d'Amadis de
L. iiij Gaule;
2528 MERCURE DE FRANCE
Gaule ; La Dile Pitron chanta le Rôle d'Arcabonne
la Dle Lenner celui d'Oriane , le St
d'Angerville celui d'Archelaus & le Sr Guedon
remplit celui d'Amadis .
>
Le 12. on chanta un Divertiffement intitulé
Les Plaisirs de l'Hyver , de la compofition de
M. Capuce , Maître de Mufique de l'Académie
de Dijon , qui fut fort applaudi. Cet Auteur vient
de donner au Public un Livre de Piéces de Viole
qui eft fort goûté .
Le 15. on chanta un Divertiffement de M. de
Blamont qui a pour titre Le Retour des Dieux.
fur la Terre , lequel avoit été chanté devant
L. M. le jour de leur mariage à Fontainebleau.
Le 20. on chanta à Marli le Prologue & le
premier Acte du Balet des Fêtes Grecques &
Romaines de M. de Blamont ; les Dies Antier &
Le Maure chanterent les Rôles de Clio & d'Erato
, & le S d'Angerville celui d'Apollon , &
dans la Piéce les Diles Le Maure , Barbier & le
Noir remplirent les principaux les . La D'e
Pitron chanta enfuite un Air détaché .
Le 22. on chanta la fuite du fecond & du troifiéme
Acte , dans lefquels les Diles Antier , Lenner
& Barbier chanterent les principaux Rôles ,
& le S le Prince fit celui de Tibule.
une petite Fête à Bagnolet pour le Divertiffe
ment des deux Princeffes fes filles , à laquelle toutès
les Dames du Palais Royal & plufieurs autres
attachées à S. A. R. & aux Princeffes , fe trouverent
, de même que plufieurs Seigneurs attachés
à la Maifon d'Orleans . S. A. R. fit donner aux
Princeffes & aux Dames qui étoient du Souper ,
à chacune un habit de Satin gaufré , d'une nouvelle
fabrique établie depuis peu au Village de
Bagnolet. Les Seigneurs qui étoient de la danfe ,
eurent auffi des habits & des veftes de même . Le
tout fut trouvé très - galant & d'un très - bon gout;il
y eut plufieurs danfes & contre- danfes qui furent
parfaitement bien executées par les jeunes Princeffes
& par les Dames & les Seigneurs qui eurent
l'honneur de danfer avec elles.
Le 25. du même mois , la jeune Princeſſe de
Bade , Niece du Duc d'Orleans , fe rendit au Palais
Royal pour rendre vifite à S. A. R. qui la
reçut très-gracieufement , & lui fit prefent d'une
magnifique Poupée, de la grandeur de cette jeune
Princeffe, ornée de Boucles d'oreilles de diamans,
de Papillons & autres ornemens de tête auffi en
brillans,avec plufieurs habits magnifiques pour la
Poupée. Les Princeffes d'Orleans ajoûterent à ce
Prefent plufieurs Bijoux très-galans , qui furent
mis dans les poches de la Poupée , laquelle étoit
accompagnée d'une Figure de Crocheteur en
I carton
2522 MERCURE DE FRANCE
carton , portant une Valife qui renfermoit diffe
rens habits & nipes pour l'ufage de la Poupée .
Le 7. le Marquis de Caftellar , nouvel Ambaffadeur
du Roi d'Efpagne, fe rendit aux Carmelites,
où il eut Audiance de la Reine Douairiere d'Efpagne
, qui le reçut très gracieufement . Ce Miniftre
témoigna à S. M. C. les affurances d'amitié
qu'il venoit lui faire de la part du Roi & de la
Reine d'Espagne.
Le 8.de ce mois , Madame d'Orleans , Abbeffe
de Chelles , alla à la Magdeleine de Trenel dîner
avec la Ducheffe d'Orleans fa mere & avec les
Princeffes fes Soeurs. L'après dîné , la Reine d'Eſpagne
s'y rendit auffi , & quelque tems après M. le.
Duc d'Orleans , accompagné du Duc de Chartres,
fon Fils , y arriva. Deforte que S. A. R. eut le
plaifir de voir dans la même journée preſque toure
fon augufte Famille raffemblée.
Le 25. Octobre , la jeune Princeffe de Bade ,
fille duMargrave de Bade Baden, & Niece du Duc
d'Orleans , partit de Paris pour s'en retourner
à Raftalt , en parfaite fanté. M. Petit , Chirurgien
Juré , Démonftrateur Royal & Membre
des Académies des Sciences de Paris & de Londres,
lui avoit extirpé à la joue une loupe d'une groffeur
prodigieufe, & avec tant de fuccès, que cette
Princeffe n'en fera pas même marquée ; auffi ar'elle
récompenfé noblement l'habile main qui a
fi bien operé, & a de plus fait preſent à M. Petit
d'un Neceffaire , c'est - à-dire , d'un affortiment
de tout ce qu'il convient pour faire & fervir du
Caffé , du Thé & du Chocolat , contenant differentes
pieces , comme Aiguére , Soucoupe , plufreurs
Pots , Taffes , Drageoires , Cuilliers , & c.
le tout en Vermeil doré , & Porcelaines de Drefde,
d'un prix confiderable & d'un travail exquis.
Cette Princeffe a donné à la Sacriſtie du Conyent
NOVEMBRE. 1730. 2523
went des Petites Cordelieres , où elle a occupé un
Appartement pendant fon féjour à Paris , un Baffin
& une Aiguiere d'argent , & a fait des préfens
à toutes les Religieafes , pour leur marquer fa
Latisfaction fur leurs foins & fur leurs attentions,
Le Roi a nommé le Duc de Saint- Aignan, Chevalier
des Ordres de S. M. Ambaffadeur à Rome.
Le 29. du mois dernier , le Marquis de Caſte-
Jar , Ambaffadeur Extraordinaire & Plenipotentiaire
du Roi d'Efpagne , eut fa premiere Audience
particuliere du Roi , de la Reine & de Monfeigneur
le Dauphin , étant conduit par le Chevalier
de Sainctot, Introducteur des Ambaſſadeurs.
Le 31. Octobre , veille de la Fête de tous les
Saints , le Roi revêtu du grand Collier de l'Ordre
du S. Efprit , fe rendit dans la Chapelle du
Château de Verſailles , où S. M. entendit la Meffe
& communia par les mains de l'Abbé de Choifeul
, fon Aumônier en quartier enfuite le Roi
toucha un grand nombre de Malades.
L'aprés midi , S. M. affifta dans la même Chapelle
aux premieres Vêpres chantées par la Mufique,
aufquelles l'Evêque d'Aire officla pontificalement.
Le premier de ce mois, jour de la Fête , le
Roi entendit la grande Meffe celebrée pontificalement
par l'Evêque d'Aire,& chantée par la Mufique.
L'aprés midi S. M. entendit le Sermon du
Pere Cotoner de la Compagnie de Jefus ; enfuite
les fecondes Vêpres qui furent chantéesS par la
Mufique , aufquelles le même Prélat officia. Le
Roi affitta aufli aux Vêpres des Morts.
Le même jour, la Reine entendit la Meffe dans la
même Chapelle, & S. M. communia par les mains
du Cardinal de Fleury , fon Grand- Aumônier .
Le 2. jour des Trépaffez , le Roi & la Reine entendirent
1 ij
2524 MERCURE DE FRANCE
tendirent la Meffe de Requiem , pendant laquelle
le De profundis fut chanté par la Mufique. Aprés
la Meffe , le Roi partit pour Rambouillet.
La Reine ayant voulu rendre à Dieu fes actions
de graces particulieres , de fon heureux
accouchement, & de la naiffarce de Monfeigneur
le Duc d'Anjou, S.M. vint le 6 de ce mois à l'Eglife
Métropolitaine de Paris . La Reine accompagnée
de Mademoiſelle de Clermont , Sur - Intendante
de Sa Maiſon , des Dames de fa Cour & de
fes principaux Officiers , arriva à midi à l'Eglife
Métropolitaine , où les détachemens des Régimens
des Gardes Françoifes & Suifles étoient en
haye & fous les armes. L'Archevêque de Paris ,
revêtu de fes habits Pontificaux & à la tête des
Chanoines , reçut la Reine à la porte de l'Eglife ,
avec les cérémonies accoutumées ; & après avoir
complimenté Sa Majefté , il la conduifit dans le
Choeur. La Reine y fit fa priere , & alla enfuite
à l'Autel de la Vierge entendre la Meffe , qui
fut dite par un de fes Chapelains.La Reine ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife , avec les
mêmes cérémonies qui avoient été observées à
fon arrivée , S. M. partit pour retourner à Verfailles,
Le fi Novembre aprés midi, les RR.PP. de la
Compagnie de JESUS , firent avec beaucoup de
folemnité , dans leur Eglife de la Maiſon Profeffe
de Paris , qui étoit éclairée par un grand
nombre de lumieres , l'ouverture de l'Octave de
fa Fête de la Canonifation de S. Louis de Gonzague
& de S. Staniflas Koftka , de leur Compagnie.
Le lendemain l'Archevêque de Paris , à la
tête du Chapitre de l'Eglife Metropolitaine , fe
rendit à cette Eglife, & y célebra pontificalement
la Meffe , qui fut chantée à plufieurs choeurs de
mufique
NOVEMBRE . 1730. 2525
mufique. L'après midi , l'Evêque de Cifteron
prononça le Panegyrique de ces deux Saints avec
beaucoup d'éloquence , & l'Abbé de Gontault ,
Doyen du Chapitre , officia au Salut .
Les jours fuivans , differens Evêques y ont cé
lébré pontificalement la Meffe , & ont officié aux
Saluts .
Le 12 de ce mois , le Comte de Seefted , Ambaffadeur
Extraordinaire du Roy de Danemarc ,
eut , en long Manteau de deuil , une Audience
particuliere du Roy , dans laquelle il donna part
a S. M. de la mort du Roy de Danemarc , Frederic.
IV . Il fut conduit à cette Audience par le
Chevalier de Sainctot , Introducteur des Ambaf
fadeurs , qui le conduifit enfuite à l'Audience de
Ia Reine , & à celle de Monfeigneur le Dauphin.
Le 16. le Roy prit le deuil pour cette mort.
Le 19. le Roy & la Reine partirent de Verfailles
pour aller paffer quelques jours au Château
de Marly.
Le 13 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
céremonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, célébrée pontificalement dans la Grand'-
Salle du Palais , par l'Archevêque de Bourges , à
laquelle M. Portail , Pr. Préfident , & les Chambres
affifterent.
A la rentrée du Parlement de Dijon , à la faint
Martin , M. le Prefident de la Marche , qui eft
un jeune Magiftrat , né Orateur , s'étoit chargé
de faire le Difcours des Mercuriales & de l'Audience
publique , & il s'en acquitta parfaitement."
Le Difcours aux Chambres affemblées , fut pour
apprendre aux Officiers à ne pas juger par hu-
I. iij meur.
2526 MERCURE DE FRANCE
meur. Ce fujet parut nouveau & fut traité avec
toute la politeffe , la nobleffe & l'éloquence poffible,
ainfi que celui pour les Avocats , fur l'amour
de la verité ; & il finit par un éloge magnifique
du Roy & du Miniftere,
Le 14 , la Reine vint à Paris , & alla entendre
la Meffe dans l'Eglife de la Maiſon Profeffe des
Jefuites,à l'occafion de la Fête qu'on y célébroit.
S. M. accompagnée de Mademoiſelle de Clermont,
Sur- Intendante de Sa Maiſon , des Dames
de fa Cour , du Cardinal de Fleury , fon Grand
Aumônier , & de fes principaux Officiers , fut
reçûë à la porte de l'Eglife par le Pere Supérieur,
accompagné des Jefuites de la Maiſon , de ceux
du College de LoUIS LE GRAND , & de ceux du
Noviciat. Après que le P. Supérieur eut compli
menté la Reine par un Difcours auffi éloquent
que convenable à la piété de S. M. la Reine fut
Conduite dans le Sanctuaire , & elle y entendit la
Meffe , qui fut dite par un de fes Chapelains ;
pendant laquelle on chanta un Motet. S.M.ayant
été reconduite à la porte de l'Eglife avec les ceremonies
obfervées à ſon arrivée, elle ſe rendit au
Monaftere des Religieufes de l'Ave Maria , d'où
S. M. alla dîner au Palais des Thuilleries , après
avoir paflé par la Place Royale. La Reine trouva,
à l'Eglife des Jéfuites , à celle de l'Ave Maria
& au Palais des Thuilleries , les Gardes Françoifes
& Suiffes en haye & fous les Armes. L'après
midi , S. M. partit de Paris vers les quatre
heures , pour retourner à Verſailles , & s'arrêta
quelque temps au Couvent des Religieufes de
Sainte Marie de Chaillot.
> Le 22. de ce mois , la Fête de Sainte Cecile
fut celebrée avec éclat dans l'Eglife des Enfans.
Rouges
NOVEMBRE 1730. 2527
Rouges ; on y chanta une grande Meffe & les
Vêpres en Mufique & à grand choeur , de la.
compofition de l'Abbé Senefchal , qui fut genéralement
applaudie..
Le 25. là Lotterie de la Compagnie des Indes
pour le remboursement des Actions fut tirée en
la maniere accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
On a publié la Lifte des Numero des Actions
& dixièmes d'Actions qui feront rembourfées
, failant en tout le nombre de 3.00. Actions..
Le premier de ce mois , Fête de la Touffaint ,
il y eut Concert fpirituel au Château des Thuil--
leries. M. Mouret fit chanter Exultate jufti ,
Motet de M. de la Lande , fuivi d'un autre Motet
à deux Baffes - Tailles qui fut très gouté. Les
Dile, Erremens & . Petitpas chanterent avec applaudiffement
un petit Motet nouveau à deux
Deffus , de la compofiiion de M. Le Máire. La
Dile le Maure chanta Ufquequò , petit Moter
de M. Mouret , avec une grande préciſion. Le
Concert fut terminé par le Dixit Dominus de
M. de la Lande.
Le 2. jour des Morts , on exécuta le Divertiffement
de la Chaffe du Cerf . & plufieurs
Piéces de fimphonie , après lefquelles on chanta
le De profundis de M. de la Lande.
Il y a eu Concert François tous les Mercredis
de ce mois , dans lefquels on a chanté plufieurs
Divertiffemens de différens Maîtres , & tous les
Concerts ont toujours été terminés par un Mo.
tet à grands choeurs , de M. de la Lânde.
Le 4. de ce mois , M. de Blamont, Sur- Intendant
de la Mufique du Roi , fit chanter chez la
Reine le 4 & 5e Acte de l'Opera d'Amadis de
L. iiij Gaule;
2528 MERCURE DE FRANCE
Gaule ; La Dile Pitron chanta le Rôle d'Arcabonne
la Dle Lenner celui d'Oriane , le St
d'Angerville celui d'Archelaus & le Sr Guedon
remplit celui d'Amadis .
>
Le 12. on chanta un Divertiffement intitulé
Les Plaisirs de l'Hyver , de la compofition de
M. Capuce , Maître de Mufique de l'Académie
de Dijon , qui fut fort applaudi. Cet Auteur vient
de donner au Public un Livre de Piéces de Viole
qui eft fort goûté .
Le 15. on chanta un Divertiffement de M. de
Blamont qui a pour titre Le Retour des Dieux.
fur la Terre , lequel avoit été chanté devant
L. M. le jour de leur mariage à Fontainebleau.
Le 20. on chanta à Marli le Prologue & le
premier Acte du Balet des Fêtes Grecques &
Romaines de M. de Blamont ; les Dies Antier &
Le Maure chanterent les Rôles de Clio & d'Erato
, & le S d'Angerville celui d'Apollon , &
dans la Piéce les Diles Le Maure , Barbier & le
Noir remplirent les principaux les . La D'e
Pitron chanta enfuite un Air détaché .
Le 22. on chanta la fuite du fecond & du troifiéme
Acte , dans lefquels les Diles Antier , Lenner
& Barbier chanterent les principaux Rôles ,
& le S le Prince fit celui de Tibule.
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Résumé : « Le 23. Octobre, la Duchesse d'Orleans donna une petite Fête à Bagnolet pour le Divertissement [...] »
En octobre 1730, plusieurs événements marquants eurent lieu à la cour de France. Le 7 octobre, le Marquis de Castellar, nouvel ambassadeur d'Espagne, fut reçu par la Reine douairière d'Espagne. Le 8 octobre, Madame d'Orléans, Abbesse de Chelles, dîna avec la Duchesse d'Orléans et les Princesses, rejointes plus tard par la Reine d'Espagne et le Duc d'Orléans. Le 25 octobre, la Princesse de Bade, nièce du Duc d'Orléans, rendit visite au Palais Royal et reçut une poupée ornée en cadeau. La même journée, elle quitta Paris pour Rastatt après une opération réussie pour enlever une loupe à sa joue, récompensant le chirurgien avec un nécessaire en vermeil doré et porcelaine de Dresde. Le Roi nomma le Duc de Saint-Aignan ambassadeur à Rome. Le 29 octobre, le Marquis de Castellar eut sa première audience privée avec le Roi, la Reine et le Dauphin. Le 31 octobre, le Roi assista à la messe et communia à Versailles, touchant ensuite un grand nombre de malades. Les 1er et 2 novembre, le Roi et la Reine assistèrent à des messes et sermons à Versailles, incluant une messe de Requiem. Le 6 novembre, la Reine rendit grâce pour son accouchement à l'église métropolitaine de Paris. Le 11 novembre, les Jésuites célébrèrent la canonisation de Saint Louis de Gonzague et Saint Stanislas Kostka. Le 12 novembre, l'ambassadeur du Danemark informa le Roi de la mort du Roi Frédéric IV. Le 16 novembre, le Roi prit le deuil. Le 19 novembre, le Roi et la Reine se rendirent au Château de Marly. Le 13 novembre, le Parlement ouvrit avec une messe solennelle à Dijon, où un jeune magistrat prononça un discours sur l'humilité des juges. Le 14 novembre, la Reine assista à une messe chez les Jésuites et visita le monastère des Religieuses de l'Ave Maria avant de retourner à Versailles. Le 22 novembre, la fête de Sainte Cécile fut célébrée avec une grande messe et des vêpres. Le 25 novembre, la loterie de la Compagnie des Indes eut lieu. Divers concerts et divertissements musicaux furent organisés au Château des Tuileries et à Marly, incluant des motets et des opéras.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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67
p. 2528-2529
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën le 21. Novembre 1730, sur la Fête celebrée dans l'Eglise des R R. P P. Jesuites.
Début :
Tout le monde sçait avec quel zele les R R. P P. Jesuites font éclater leur joye [...]
Mots clefs :
Église, Jésuites, Caen, Naissance du Dauphin
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën le 21. Novembre 1730, sur la Fête celebrée dans l'Eglise des R R. P P. Jesuites.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën
le 21. Novembre 1730. fur la Fête celebrée
dans l'Eglife des RR. P P. Jeft ites .
TR
Out le monde fçait avec quel zele les
R R. P P. Jefuites font éclater leur joye
orfqu'il s'agit de l'interêt de la Religion & de
a gloire du Roi. , On vit à Caen l'année paffée
les Réjouiffances publiques qu'ils firent pour
la
NOVEMBRE. 1730. 2520
la Naiffance du Dauphin ; elles furent unanimement
applaudies.
Ils ont cette année fignalé leur piété par la
Fête de la Canonifation des Bienheureux S S.
Louis de Gonzague & Staniſlas Koſtka , de leur
Compagnie. L'ouverture s'en fit le Dimanche 12.
. Novembre. La veille de cette folemnité M. de
Luynes , Evêque de Bayeux , fulmina les Balles
de la Canonifation , & le Te Deum fut enfuite
chanté au bruit de l'Artillerie , laquelle fut placée
fur les Remparts qui donnent fur la Cour de
P'Eglife des Jeunes. On fit le Salut le foir ,
cette Eglife fut illuminée de plus de 6000. Lam
pions & de quantité de cierges & de bougies , Illumination
qui a été continuée pendant l'Octave
entiere.
&ta
Le lendemain Dimanche la Melle fut celebrée
par M. l'Evêque après une Proceffion genérale..
Les Vêpres furent dites de la même maniere , &
la même folemn. a été continuée pendant toute
l'Octave , avec un éclat & un concours extraor
dinaire ..
Le Dimanche 19. jour de l'Octave , on entene
dit dès le matin une falve des mêmes Canons.
M. Vicaire , Curé de S. Michel de Vaucelles
prononça le Panegyrique des deux Saints avec :
beaucoup d'éloquence & d'applaudiffement. Suc
fe foir on entendit encore le bruit du Canon ;:
c'étoit le fignal d'une illumination magnifique
& d'un feu d'artifice qui fut tiré avec un grand
fuccès devant l'Eglife des Jefuites..
le 21. Novembre 1730. fur la Fête celebrée
dans l'Eglife des RR. P P. Jeft ites .
TR
Out le monde fçait avec quel zele les
R R. P P. Jefuites font éclater leur joye
orfqu'il s'agit de l'interêt de la Religion & de
a gloire du Roi. , On vit à Caen l'année paffée
les Réjouiffances publiques qu'ils firent pour
la
NOVEMBRE. 1730. 2520
la Naiffance du Dauphin ; elles furent unanimement
applaudies.
Ils ont cette année fignalé leur piété par la
Fête de la Canonifation des Bienheureux S S.
Louis de Gonzague & Staniſlas Koſtka , de leur
Compagnie. L'ouverture s'en fit le Dimanche 12.
. Novembre. La veille de cette folemnité M. de
Luynes , Evêque de Bayeux , fulmina les Balles
de la Canonifation , & le Te Deum fut enfuite
chanté au bruit de l'Artillerie , laquelle fut placée
fur les Remparts qui donnent fur la Cour de
P'Eglife des Jeunes. On fit le Salut le foir ,
cette Eglife fut illuminée de plus de 6000. Lam
pions & de quantité de cierges & de bougies , Illumination
qui a été continuée pendant l'Octave
entiere.
&ta
Le lendemain Dimanche la Melle fut celebrée
par M. l'Evêque après une Proceffion genérale..
Les Vêpres furent dites de la même maniere , &
la même folemn. a été continuée pendant toute
l'Octave , avec un éclat & un concours extraor
dinaire ..
Le Dimanche 19. jour de l'Octave , on entene
dit dès le matin une falve des mêmes Canons.
M. Vicaire , Curé de S. Michel de Vaucelles
prononça le Panegyrique des deux Saints avec :
beaucoup d'éloquence & d'applaudiffement. Suc
fe foir on entendit encore le bruit du Canon ;:
c'étoit le fignal d'une illumination magnifique
& d'un feu d'artifice qui fut tiré avec un grand
fuccès devant l'Eglife des Jefuites..
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Caën le 21. Novembre 1730, sur la Fête celebrée dans l'Eglise des R R. P P. Jesuites.
Le 21 novembre 1730, une fête fut organisée dans l'église des Jésuites de Caen pour célébrer la canonisation des bienheureux Louis de Gonzague et Stanislas Kostka. Les festivités débutèrent le 12 novembre avec la publication des bulles de canonisation par l'évêque de Bayeux, M. de Luynes, et le chant du Te Deum, accompagné par l'artillerie. L'église fut illuminée avec plus de 6000 lampes, cierges et bougies, illumination maintenue durant toute l'octave. Le dimanche suivant, l'évêque célébra la messe après une procession générale, suivie de vêpres solennelles. Les célébrations se poursuivirent avec éclat et une grande affluence pendant toute l'octave. Le 19 novembre, une salve de canons annonça le panégyrique des deux saints, prononcé par M. Vicaire, curé de Saint-Michel de Vaucelles. La journée se conclut par une illumination et un feu d'artifice devant l'église des Jésuites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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68
p. 2582-2596
DEFENSE de la Lettre écrite à M. l'Abbé de Cheret, & inserée dans le Mercure du mois de May 1729. au sujet du Projet du nouveau Missel, à l'usage du Diocèse de Chartres ; en reponse à un Article des Memoires de Trevoux, du mois d'Aoust de la même année.
Début :
Premierement, l'Auteur de cette Lettre avertit le Public qu'il s'y est glissé [...]
Mots clefs :
Missel, Mémoires de Trévoux, Diocèse de Chartres, Église, Sacrifice, Jésus, Prêtre, Dieu, Médiateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEFENSE de la Lettre écrite à M. l'Abbé de Cheret, & inserée dans le Mercure du mois de May 1729. au sujet du Projet du nouveau Missel, à l'usage du Diocèse de Chartres ; en reponse à un Article des Memoires de Trevoux, du mois d'Aoust de la même année.
DEFFENSE de la Lettre écrite à
M.l'Abbé de Cheret , & inferée dans le
Mercure du mois de May 1729. au´ſujet
du Projet du nouveau Miffel , à l'ufage
du Diocèfe de Chartres ; en reponse à un
Article des Memoires de Trevoux , du
mois d'Aouft de la même année.:
page
Remierement,l'Auteur de cette Let-
P tre avertit le Public qu'il s'y eft glif
fé plufieurs fautes d'Impreffion.Par exemple,
au lieu de Sauveau , il faut lire Fauveau
, c'eft le nom de l'Auteur. A la
864. ligne 1ere , au lieu des trois Mages ,
lifez le trois May. A la page 867.ligne 10.
il faut lire pofita , au lieu de pofita ; fans
compter les fautes de ponctuation , qui
alterent fouvent le fens.
Secondement , l'Imprimeur a'oublié de
marquer à la niarge,vis- à- vis l'endroit où
il eft parlé de Maldonat ; le monument
public , d'où l'on a tiré les Paffages Extraits
de cet Auteur , qui eft la 29 des
Lettres choifies de M. Simon , du Tome
2. de l'édition de 1704. A Roterdam
chez Reinier Leers , pages 180 & 181 .
Les Curieux liront fans doute cette Lettre.
M. Simon y fait l'Analyſe du Traité
I.Vol. manuf
DECEMBRE . 1730. 2583
manufcrit de Maldonat qu'il avoit , fur
les ceremonies en general ; & en particulier
fur les ceremonies de la Meffe . On
y trouvera mot à mot les paffages latins ,
citez dans la Lettre cy - deſſus , & que Maldonat
eft réellement & authentiquement
la caution de la Critique du Doyen de Maintenon.
Quoiqu'on en dife dans les Mémoires
impriméz à Trevoux, au mois d'Aouſt
1729. page 1475. On y trouvera auffi que
ce Sçavant Jéfuite y tient le même langage
,que l'on femble relever dans le Pere
le Brun de l'Oratoire , lorſqu'on cite l'endroit
où il a dit , que toutes les anciennes.
Collectes s'addreffent à Dieu le Pers ; ầ
moins que des gens exceffivement clairvoyans
, ne prétendent que cette Propofition
du P. le Brun , eft plus hardie &
moins ménagée que celle- cy de Maldonat
, rapportée par M. Simon , dans fa
Lettre cy - deffus citée. Numquam Ecclefia
direxit fuas orationes nifi ad Deum
Patrem quod à Chrifio fponfo fuo didicit.
On jugera par cet endroit dont on n'avoit
point parlé; fi loin d'avoir ajouté ,
on n'a pas au contraire fupprimé les
termes de Maldonat , qui pouvoient paroître
un peu forts , & un peu trop étendus
, pour le renfermer dans les Oraifons
& Collectes de la Meffe.
Il ne manque rien à l'Exemplaire que
I. Vol. B¯`vj j'ai
2584 MERCURE DE FRANCE
j'ai dit : M.Simon , dans la derniere page
de cette même Lettre 29. qui commence
à la page 174. & finit à la page 186.
On peut encore lire la Lettre 17. du 1er
tome , du même Auteur. ( C'eft apparemment
la même que Bayle cite , la i 、e
de l'édition de Trévoux , à l'article de
Maldonat ; ) on y trouvera plufieurs particularitez
affez curieufes au fujet des Ouvrages
MS S. de Maldonat. Comme les
Continuateurs de Morery nous affurent
dans l'édition de 1725. que M. Simon
a laiffé en mourant , fes Ecrits & fes Papiers
à la Bibliotheque de la Cathedrale
de Rouen. Le Manufcrit en queſtion de
M. Simon pourroit peut - être s'y trouver.
D'ailleurs , puifque M. Simon dans fa
17 Lettre cy-deffus , nous marque , qu'il
n'a rien vû de plus exact fur les Ouvrages
MSS. de Maldonat , qu'un Recueil
qu'il a vû , & qui étoit entre les mains
de M. Dubois , Docteur de Sorbonne ,
qui a fait imprimer quelques opufcules
de Maldonat en 1677. & qui eft l'Auteur
de l'Epître dédicatoire , & du Difcours
qui fuit , qui font à la tête de ces Opufcules.
On peut vérifier les citations cydeffus
, fur ce Recueil de M. Dubois , en
s'informant de ceux qui en font les Poffeffeurs
: Mais , au refte , fi malgré tout cela,
on ne vouloir point encore que Maldo-
1. Vol.
nat
DECEMBRE . 1730. 2585
nat fut notre caution , on en trouvera
d'autres qui le valent bien , & qui ne le
tier.dront point à deshonneur,
3° . On remarquera que l'Auteur de la
Lettre à M. l'Abbé de Cheret , n'ayant
pû , dans les bornes étroites de fa Lettre ,
renfermer toutes les preuves & authori
tez qu'il avoit en main , pour appuyer la
propofition qu'il a avancée , que les Colfectes
de la Meffe , doivent réguliérement
s'addreffer au Pere Eternel . Il pric
le public d'y fuppléer , en recourant à
l'excellent Traité de Ritibus Ecclefia du
Préfident Duranti , Auteur dont l'Ouvrage
eft generalement cftimé & regardé
comme un des meilleurs dans ce genre
de Litterature.
Duranti , dans le chap. 16. du 2. Liv.
de Ritibus Ecclefie , num. 12. 13. 14. 15.
16. & 17. de l'Edition de Cologne en
1592. pag. 385. auffi-bien que dans le ch.
31. du même livre , num. 8. pag. 464.
comme encore , ch . 33. num . 2. pag.49 3 .
& ch. 48. n. 1. pag. 635. foutient cette
même Theſe , & la prouve à fon ordinaire,
par les authoritez des Peres & des Auteurs
Eccléfiaftiques , des différens fiécles
de l'Eglife , en faifant voir la Tradition
fur ce dogme. On peut bien croire , qu'il
n'oublie pas le Capitule 23. du 3 Concile
I. Vol. de
2586 MERCURE DE FRANCE
de Carthage , que l'on a cité dans la Lettre
de M. l'Abbé de Cheret.
Mais afin que l'on ne croye pas que ce
foit là un Reglement des Evêques d'Af
frique , fur un point de difcipline , qui
ait changé dans les fiecles fuivans ; on
trouvera dans cet Auteur des Palages
tres-formels de prefque tous les fiecles de
l'Eglife , depuis ce Concile , qui tiennent
le même langage, Comme ont fait S.Fulgence
, lib. 2. ad Monimum , quaft. 1 .
Charlemagne , in fragmentis de Ritibus
Ecclefia veteris. Alcuin , femel atq . iterùm
de Divinis Officiis . cap. de celebratione
Miffa. Radulphus Tungrefis , de Canonis
obferv . prop. 23. Florus Magifter in Exegefi
Miffa: Micrologus : Stephanus Eduenfis.
lib. de Sacram. Altaris. Odo Cameracenfis
in expof. facri Canonis . S. Bernardus
, ou plutôt Guill. à S. Theodorico ,
lib. de amore Dei , cap. 8. & plures alii.
Je me contenterai de rapporter icy
quelques-uns de ces paffages , qui font fi
formels & fi précis , pour la preuve de la
propofition dont il s'agit , que je n'ai pas
la force de les fupprimer. Ils m'échappent
malgré moi. Voici comme parle , aunom
de tous les autres , Florus Magifter , in expofitione
Miffa fur ces mots : Te igitur ,
clementiffime Pater. Dirigiturhac oratio , dit
I. Vol.
cet
DECEMBRE. 1730. 2587
1
tet Auteur : Sicut reliqua Orationes juxta
Regulam fidei & morem Ecclefiæ ad Clementiffimum
Patrem ...... & hoc perJefum
Chriftum Filium tuum , Dominum noftrum ,
per quem , omnis fupplicatio , & petitio noftra
, ad Deum dirigi debet , tanquam per
verum mediatorem, & æternum Sacerdotem .
Le même Auteur , fur ces mots : Per
Dominum noftrum , de l'Oraiſon : Libera
nos , ajoute encore , quod utique certâ ras
tione ut fæpè dictum eft , Catholica concelebrat
Ecclefia, propter illud utique Sacramen▾
tum , quod Mediator Dei & hominum
factus eft homo Chriftus , & c.
,
L'Auteur , nommé Micrologue , ch. 5.
Oratio quidem ad Patrem dirigenda eft.
Juxta Domini Praeceptum , & c. Le même
Auteur , au ch. 6. de Conclufione oratio
dit encore : Concludimus orationes
per Dominum noftrum videlicet Patrem
orando
per Filium , juxta ejufdem Filii preceptum.
Le même Duranti , lib . 2. cap.48.pag.
635. rapporte encore un long Paffage ,
tiré des Capitulaires de Charlemagne , qui
femble être comme la bafe & le fondement
de cette Théologie des anciens.
Carolus Magnus in fragmentis de Ritibus
veteris Ecclefia : ut ad folum Patrem dirigatur
oratio : cùm totius fanita Trinitatis ,
ficnt una eft deitas , ita aqualis honor &
I. Vol. glori
2588 MERCURE DE FRANCE
glorificatio debeatur. Id Apoftoli, per eos,ordinante
Spiritu , fanxerunt , ut qui multorum
Deorum errores , unius Dei Pradicatione
, nitebantur evellere , fub Trinitatis
Sacramento , uni Perfona , in Sacrificiorum
ritu , fupplicare decernerent rectif
fime ergo conftitutum , ut quia Pater, &
Filius , & Spiritusfanctus , unius deitatis ,
unius naturæ , unius ſubſtantia , unius de- .
nique poteftatis exiftant , una ex eis Perfona,
propter unitatis Myfterium retinendum,
in facrificio invocaretur.
·
J
Combien de Dogmes , fur lefquels la
tradition n'eft pas plus claire , plus précife
& plus conftante ? Ne voit - on pas
d'abord que fi l'Auteur de l'Article en
queftion , des Mémoires de Trévoux
croit avoir droit de foupçonner l'Au--
teur de la Lettre , de croire que le Nom
de Dieu et proprement affecté au Pere,
& ne fe peut donner directement au Fils,
& de chercher à favorifer les nouveaux
Ariens ou Sociniens , pour avoir foutenus
la Theſe cy-deffus ( quoiqu'il ait répeté
plufieurs fois dans fa Lettre , que le
Fils étoit également Dieu comme le
Pere ; fi cela ne fuffit pas , on ajoutera
encore qu'il eft confubftantiel au Pere ,
& qu'il eft prêt de verfer fon fang ,
pour la confeffion de cette verité capi
tale de notre Foy. Ne voit- on pas , dis-
I.Vol.
je ,
DECEMBRE. 1730. 2589
›
je , que ce reproche & ces foupçons doivent
tomber également fur tous les Auteurs
cy- deffus citez ; & même à plus jufte titre
? Mais S. Fulgence , lib. 2. ad Monimum
, quæft. 1. raiſonnoit bien differemment
, fuivant en cela les Regles d'une
dialectique , bien plus conforme à l'efprit
de l'Evangile , & à la doctrine des
Saints Peres. Voicy comme il réfutoit ces
fauffes conféquences : Neque enim, dit il
prajudicium Filio , vel Spiritui fan &to comparatur,
dùm ad Patris perfonam precatio
ab offerente dirigitur , cujus confummatio
dum Filii & Spiritus fancti complectitur
nomen ; oftendit nullum effe in Trinitate difcrimen;
quia dùm ad folius Patris perfonam,
honoris fermo dirigitur , benè credentis fede ,
tota Trinitas honoratur , & cum ad Patrem
litantis deftinatur intentio , facrificii munus ,
omni Trinitati , uno eodemque offertur litantis
officio. Ne peut- on pas , après cela ,
en fe plaignant , fe fervir des termes
d'Optat de Mileve : Paganum vocas , ditil
, eum qui Deum Patrem per Filium ejus
ante altare oraverit , lib. 3 .
On voit par tous ces Paffages & par
les authoritez cy- deffus rapportées
que ces anciens Auteurs ne s'embaraf
foient guere des objections que l'on fait
dans les Mémoires de Trevoux , contre
cette Theſe , en difant que ce raiſonne-
I. Vol. ment
2590 MERCURE DE FRANCE
...
ment meneroit trop loin , qu'on doit
avoir égard non feulement au Sacrifice ,
mais encore au Sacrement , qui eft lié
étroitement au Sacrifice..
qu'on
doit trouver bon que des Collectes , où
l'on a en vûë le fruit du Sacrement , &
la participation à la victime , foient
quelquefois addreffées à JESUS- CHRIST
&c. Comme ces anciens font les garants
de l'Auteur de la Lettre , c'eft à eux ,
pour ainsi dire , à répondre pour lui
s'il eft neceffaire.
Mais s'il paroît que la principale objection
qu'on propofe avec un air de
triomphe & de confiance contre la Thefe
de l'Auteur de la Lettre , qu'apparemment
on a cru être une idée nouvelle
& particuliere , & n'avoir , aucun font
dement dans l'antiquité & la tradition
de l'Eglife. Il' paroît , dis -je , que la prin
cipale objection que l'on fait , & que l'on
croioit ne retomber que fur l'Auteur de
cette Lettre , eft que l'on addreffe à J.C.
en toutes les Meffes , les trois Oraifons
qui précedent immédiatement la Com
munion du Prêtre , & que c'eſt encore à
J. C. que s'addreffe l'Agnus Dei , & la
priere : Corpus tuum quodfumpfi.
Pour répondre à cette objection , il
eft bon de faire attention , 1°. à une remarque
que nous fait faire le Micrologue,
1. Vol. &
DECEMBRE 1730. 2391
,
& après lui Raoul ou Radulphe de Tongres
, fur ces mêmes Orailons. On ne
manqueroit pas de la trouver trop hardie
, fi on l'avançoit aujourd'hui pour la
premiere fois , dira - t- on ; cependant
que les fiecles où ont vécu ces Auteurs
fuffent trop délicats , & trop critiques.
Orationem dit Radulphe de Tongres,
quam inclinati dicimus , antequam communiamus
, non ex ordine , fed ex Religioforum
traditione habemus fcilicet hanc Domine
Jefu Chrifte , qui, &c. ac illud Corpus
& Sanguis Domini noftri Jefu Chrifti , quod
dicimus cum aliis Euchariftiam diftribuimus.
Sunt & alia multe orationes , quafquidem
ad Pacem & Communionem , privatim frequentant,
fed fecundum Micrologum, cap.18,
diligentiores antiquarum traditionum obfer
vatores , nos in hujufmodi privatis oratio.
nibus , brevitati ftudere docuerunt : potiuf
que publicis Precibus , in officio Miffa occupare
voluerunt. Nam B. Innocentius
Papa fcribens B. Auguftino & Aurelis
Epifcopis , afferit , quod nos plus communibus
& publicis , quam fingularibus & privatis
orationibus proficere poterimus.
On peut inférer de cette obfervation,
que ces Oraifons ne fe difoient pas encore
à la Meffe du temps du troifiéme
Concile de Carthage , & qu'ainfi fon Or
donnance du Capitule 23.cy- deffus citée,
I.Vol. n'étoit
2592 MERCURE DE FRANCE
n'étoit point encore contredite , par la
forme & la difpofition de ces Oraifons de
la Communion qui s'addreffent à Jefus-
Chrift. Auffi le Pere le Brun foutient - il
que ces trois Oraiſons n'ont pas plus de
fept à huit cens ans d'antiquité.
2.Ces Oraifons femblent être particulie
res pour la perfonne même du Prêtre ,
qui étant fur le point de communier
quitte , pour ainfi dire , l'action du Sacrifice
, & le perfonage de Sacrificateur,
pour adorer & prier Jefus- Chrift pour
foy même, avant que de le recevoir. C'eſt
pour cela apparemment , qu'il parle au
fingulier dans ces Oraifons ; l'Eglife qui
a adopté ces Prieres , qui nous viennent
des pratiques de dévotion de quelques
particuliers , felon les deux Auteurs cydeffus
: Non ex ordine , fed ex Religioforum
traditione, n'a pas cru apparemment qu'elles
fuffent à rejetter & condamnables ,
pour cela feul , qu'elles n'entrent peut-être
pas fi parfaitement dans l'action & le caractere
du Sacrifice , que les autres Collectes
& Oraifons , dans lefquelles le Peuple
s'unit au Prêtre , & s'affocie avec lui
pour offrir & participer au Sacrifice . Or il
ne s'agit que des Collectes & Oraifons de
la Meffe , lefquelles doivent exprimer les
voeux & les priéres de l'Eglife & du peuple.
I.Vol. De
DECEMBRE . 1730. 259 3
De même encore l'Agnus Dei , étant
une adoration de Jefus- Chriſt , comme
Agneau qui efface les péchez du monde ,
l'invocation n'en doit point être féparée ;
autrement on ſembleroit ignorer ſa Divinité
, & ne l'a pas reconnoître. Par cette
priére de l'Agnus Dei, & par ces Oraifons
de la Communion du Prêtre , nous pratiquons
ce que demande S. Auguftin , fur
le Pleaume 98. comme le remarque Duranti
, page 685. Sane hâc précatione obfervamus
quod Auguftinus ad Pfalmum 98 .
feribit , nemo carnem Chrifti manducat , nifi
priùs adoraverit : adorationem autem , &
oratio confequitur,quare hanc precationem &
eas que fequuntur,ad ipfum Chriftum conver
timus , dicentes : Agnus Dei , qui tollis peccata
mundi .
Au reste , quoique Fuxta Regulam fidei.
& morem Ecclefia , comme parlent les
Auteurs cy - deffus , les Oraifons de la
Meffe doivent s'adreffer au Pere Eternel ;
s'enfuit-il de - là qu'on ne puiffe jamais
adreffer fes Prieres à Jefus-Chrift ? Nullement
; car puifqu'il eft également Dieu ,
comme le Pere , il mérite également nos
voeux , nos hommages & nos Prieres . On
vient de le voir dans les Paffages de Charlemagne
& de S. Fulgence , cy- deffus rapportez
; mais c'est qu'il y a , felon les faints
Peres & les Théologiens , une certaine
oeconomie à obſerver. L'ex2594
MERCURE DE FRANCE
L'extrême difproportion & la diftance
infinie qu'il y a de notre baffeffe , notre
néant , notre indignité , à la Divinité
qui feule peut remplir nos befoins , a formé
la néceffité d'un Médiateur , pour
nous approcher de Dieu , & en être
pour ainfi-dire, plus à portée. Jefus Chriſt
Dieu & Homme , eft ce Médiateur qui
touche & joint ces deux extrémitez : Vnus
Médiator Dei & hominum , homo Chrif
tus Jefus. C'eſt lui qui nous fert comme
de degré pour nous élever & nous faire
arriver jufqu'à Dieu . Or c'eft précisément
felon fon humanité & en tant qu'homme,
que J.C. nous rend cet office, fuivant
S. Auguftin , Lib. de Peccato Originali ,
Cap. 28. Per hoc prodeft Chriftus , quia eft
Mediator ad vitam ; non autem per hoc Mediator
eft , quod aqualis eft Patri ; per hoc
enim , quantum Pater, tantùm & ipfe diftat
à nobis : & quomodo erit medietas , ubi
eadem diftantia eft. Ideò Apoftolus non ait ,
unus Mediator Dei & hominum Chriftus
Fefus , fed homo Chriftus Jefus : per hoc ergo
Mediator, per quod homo , &c. Si nous
confiderons Jefus - Chrift comme Dieu ,
la Priere qui lui eft adreffée eft alors ,
per ipfum implenda , comme parlent les
Théologiens ; fi nous le regardons comme
homme, la Priere eft alors , per ipfum impetranda.
Comme donc c'eft proprement .
7
L. Vol.
dans
DECEMBRE. 1730. 2595
1
dans le faint Sacrifice de la Mefle que J.C.
exerce cet office de Médiateur ; que fon
humanité , qui y eft le Sacrifice , eft la
médiatrice & la caufe méritoire ; il s'enfuit
que l'on confidere principalement
alors Jefus- Chrift fous le refpect & la
précifion d'homme , & qu'ainfi ce n'eft
point directement à J. C. mais par J. C.
qu'on doit alors adreffer les Prieres à Dieu
le Pere , autrement c'eſt ſortir du caractere
& de l'economie de ce Sacrifice ;
c'eft à Dieu le Pere , ou fi l'on veut à toute
la fainte Trinité , qu'on offre le Sacrifice
pour obtenir des graces & des
bienfaits , par la médiation de l'humanité
de J. C. qui y eft immolée , lequel on ne
confidere alors , à proprement parler ,
que comme Agneau , Victime , Holocaufte
, Prêtre , Ambaffadeur , Suppliant
Médiateur , & c.
Or n'eft-ce pas , pour ainfi - dire , pren
dre le change & varier , que de s'adreffer
dans cette action , à l'Agneau , à la
Victime , à l'Holocaufte , au Suppliant
même? & c. Les Collectes de la Melle font
comme des Actes de pouvoir & des pro-.
curations que le Peuple donne au Prêtre
d'agir en fon nom , pour négocier , pour
ainfi dire , la paix avec Dieu ; elles pechent
donc dans la forme & elles font
défectueufes quand elles ne s'adreffent
à celui avec qui on a à traiter,
pas
2596 MERCURE DE FRANCE
-. Enfin c'eft par Jefus- Chrift , en lui
& avec lui , que l'on offre ce Sacrifice
à Dieu le Pere , mais non pas à Jefus-
Chrift même , qui foutient alors un
caractere tout different , comme on l'a
déja dit tant de fois . Per ipfum , & cum
ipfo , & in ipfo , eft tibi Deo Patri , &c.
Lefquelles paroles Duranti regarde comme
la conclufion & l'abregé du Canon de
la Meffe : Ecce , dit- il , præclara Canonis
conclufio , quâ ex ordine , qua in hoc Sacrificio
peraguntur , compreffius recenfentur.
Par cette oeconomie , l'action du Sacrifice
en eft plus clairement exprimée ; car comme
dans le Sacrifice , le Prêtre , le Suppliant
, le Médiateur , &c . doivent être
diftinguez de celui à qui on facrifie , en
addreffant le Sacrifice à Dieu le Pere , par
Jefus- Chriſt , Prêtre Suppliant , Médiateur
; cette diftinction fe fait mieux fentir
que fi ce Sacrifice étoit addreffé par
Jeſus- Chrift, à Jeſus- Chrift même en tant
que Dieu.
Voilà les Reflexions que l'Auteur de
la Lettre à M. l'Abbé de Cheret , a crû
devoir communiquer au Public fur cette
matiere , tant pour fa propre juftification ,
que pour un plus grand éclairciffement
de la theſe qu'on a avancée , fans vouloir,
aù refte , s'écarter en tout ceci de la regle.
d'une parfaite foumiffion au jugement
de l'Eglife.
ODE
M.l'Abbé de Cheret , & inferée dans le
Mercure du mois de May 1729. au´ſujet
du Projet du nouveau Miffel , à l'ufage
du Diocèfe de Chartres ; en reponse à un
Article des Memoires de Trevoux , du
mois d'Aouft de la même année.:
page
Remierement,l'Auteur de cette Let-
P tre avertit le Public qu'il s'y eft glif
fé plufieurs fautes d'Impreffion.Par exemple,
au lieu de Sauveau , il faut lire Fauveau
, c'eft le nom de l'Auteur. A la
864. ligne 1ere , au lieu des trois Mages ,
lifez le trois May. A la page 867.ligne 10.
il faut lire pofita , au lieu de pofita ; fans
compter les fautes de ponctuation , qui
alterent fouvent le fens.
Secondement , l'Imprimeur a'oublié de
marquer à la niarge,vis- à- vis l'endroit où
il eft parlé de Maldonat ; le monument
public , d'où l'on a tiré les Paffages Extraits
de cet Auteur , qui eft la 29 des
Lettres choifies de M. Simon , du Tome
2. de l'édition de 1704. A Roterdam
chez Reinier Leers , pages 180 & 181 .
Les Curieux liront fans doute cette Lettre.
M. Simon y fait l'Analyſe du Traité
I.Vol. manuf
DECEMBRE . 1730. 2583
manufcrit de Maldonat qu'il avoit , fur
les ceremonies en general ; & en particulier
fur les ceremonies de la Meffe . On
y trouvera mot à mot les paffages latins ,
citez dans la Lettre cy - deſſus , & que Maldonat
eft réellement & authentiquement
la caution de la Critique du Doyen de Maintenon.
Quoiqu'on en dife dans les Mémoires
impriméz à Trevoux, au mois d'Aouſt
1729. page 1475. On y trouvera auffi que
ce Sçavant Jéfuite y tient le même langage
,que l'on femble relever dans le Pere
le Brun de l'Oratoire , lorſqu'on cite l'endroit
où il a dit , que toutes les anciennes.
Collectes s'addreffent à Dieu le Pers ; ầ
moins que des gens exceffivement clairvoyans
, ne prétendent que cette Propofition
du P. le Brun , eft plus hardie &
moins ménagée que celle- cy de Maldonat
, rapportée par M. Simon , dans fa
Lettre cy - deffus citée. Numquam Ecclefia
direxit fuas orationes nifi ad Deum
Patrem quod à Chrifio fponfo fuo didicit.
On jugera par cet endroit dont on n'avoit
point parlé; fi loin d'avoir ajouté ,
on n'a pas au contraire fupprimé les
termes de Maldonat , qui pouvoient paroître
un peu forts , & un peu trop étendus
, pour le renfermer dans les Oraifons
& Collectes de la Meffe.
Il ne manque rien à l'Exemplaire que
I. Vol. B¯`vj j'ai
2584 MERCURE DE FRANCE
j'ai dit : M.Simon , dans la derniere page
de cette même Lettre 29. qui commence
à la page 174. & finit à la page 186.
On peut encore lire la Lettre 17. du 1er
tome , du même Auteur. ( C'eft apparemment
la même que Bayle cite , la i 、e
de l'édition de Trévoux , à l'article de
Maldonat ; ) on y trouvera plufieurs particularitez
affez curieufes au fujet des Ouvrages
MS S. de Maldonat. Comme les
Continuateurs de Morery nous affurent
dans l'édition de 1725. que M. Simon
a laiffé en mourant , fes Ecrits & fes Papiers
à la Bibliotheque de la Cathedrale
de Rouen. Le Manufcrit en queſtion de
M. Simon pourroit peut - être s'y trouver.
D'ailleurs , puifque M. Simon dans fa
17 Lettre cy-deffus , nous marque , qu'il
n'a rien vû de plus exact fur les Ouvrages
MSS. de Maldonat , qu'un Recueil
qu'il a vû , & qui étoit entre les mains
de M. Dubois , Docteur de Sorbonne ,
qui a fait imprimer quelques opufcules
de Maldonat en 1677. & qui eft l'Auteur
de l'Epître dédicatoire , & du Difcours
qui fuit , qui font à la tête de ces Opufcules.
On peut vérifier les citations cydeffus
, fur ce Recueil de M. Dubois , en
s'informant de ceux qui en font les Poffeffeurs
: Mais , au refte , fi malgré tout cela,
on ne vouloir point encore que Maldo-
1. Vol.
nat
DECEMBRE . 1730. 2585
nat fut notre caution , on en trouvera
d'autres qui le valent bien , & qui ne le
tier.dront point à deshonneur,
3° . On remarquera que l'Auteur de la
Lettre à M. l'Abbé de Cheret , n'ayant
pû , dans les bornes étroites de fa Lettre ,
renfermer toutes les preuves & authori
tez qu'il avoit en main , pour appuyer la
propofition qu'il a avancée , que les Colfectes
de la Meffe , doivent réguliérement
s'addreffer au Pere Eternel . Il pric
le public d'y fuppléer , en recourant à
l'excellent Traité de Ritibus Ecclefia du
Préfident Duranti , Auteur dont l'Ouvrage
eft generalement cftimé & regardé
comme un des meilleurs dans ce genre
de Litterature.
Duranti , dans le chap. 16. du 2. Liv.
de Ritibus Ecclefie , num. 12. 13. 14. 15.
16. & 17. de l'Edition de Cologne en
1592. pag. 385. auffi-bien que dans le ch.
31. du même livre , num. 8. pag. 464.
comme encore , ch . 33. num . 2. pag.49 3 .
& ch. 48. n. 1. pag. 635. foutient cette
même Theſe , & la prouve à fon ordinaire,
par les authoritez des Peres & des Auteurs
Eccléfiaftiques , des différens fiécles
de l'Eglife , en faifant voir la Tradition
fur ce dogme. On peut bien croire , qu'il
n'oublie pas le Capitule 23. du 3 Concile
I. Vol. de
2586 MERCURE DE FRANCE
de Carthage , que l'on a cité dans la Lettre
de M. l'Abbé de Cheret.
Mais afin que l'on ne croye pas que ce
foit là un Reglement des Evêques d'Af
frique , fur un point de difcipline , qui
ait changé dans les fiecles fuivans ; on
trouvera dans cet Auteur des Palages
tres-formels de prefque tous les fiecles de
l'Eglife , depuis ce Concile , qui tiennent
le même langage, Comme ont fait S.Fulgence
, lib. 2. ad Monimum , quaft. 1 .
Charlemagne , in fragmentis de Ritibus
Ecclefia veteris. Alcuin , femel atq . iterùm
de Divinis Officiis . cap. de celebratione
Miffa. Radulphus Tungrefis , de Canonis
obferv . prop. 23. Florus Magifter in Exegefi
Miffa: Micrologus : Stephanus Eduenfis.
lib. de Sacram. Altaris. Odo Cameracenfis
in expof. facri Canonis . S. Bernardus
, ou plutôt Guill. à S. Theodorico ,
lib. de amore Dei , cap. 8. & plures alii.
Je me contenterai de rapporter icy
quelques-uns de ces paffages , qui font fi
formels & fi précis , pour la preuve de la
propofition dont il s'agit , que je n'ai pas
la force de les fupprimer. Ils m'échappent
malgré moi. Voici comme parle , aunom
de tous les autres , Florus Magifter , in expofitione
Miffa fur ces mots : Te igitur ,
clementiffime Pater. Dirigiturhac oratio , dit
I. Vol.
cet
DECEMBRE. 1730. 2587
1
tet Auteur : Sicut reliqua Orationes juxta
Regulam fidei & morem Ecclefiæ ad Clementiffimum
Patrem ...... & hoc perJefum
Chriftum Filium tuum , Dominum noftrum ,
per quem , omnis fupplicatio , & petitio noftra
, ad Deum dirigi debet , tanquam per
verum mediatorem, & æternum Sacerdotem .
Le même Auteur , fur ces mots : Per
Dominum noftrum , de l'Oraiſon : Libera
nos , ajoute encore , quod utique certâ ras
tione ut fæpè dictum eft , Catholica concelebrat
Ecclefia, propter illud utique Sacramen▾
tum , quod Mediator Dei & hominum
factus eft homo Chriftus , & c.
,
L'Auteur , nommé Micrologue , ch. 5.
Oratio quidem ad Patrem dirigenda eft.
Juxta Domini Praeceptum , & c. Le même
Auteur , au ch. 6. de Conclufione oratio
dit encore : Concludimus orationes
per Dominum noftrum videlicet Patrem
orando
per Filium , juxta ejufdem Filii preceptum.
Le même Duranti , lib . 2. cap.48.pag.
635. rapporte encore un long Paffage ,
tiré des Capitulaires de Charlemagne , qui
femble être comme la bafe & le fondement
de cette Théologie des anciens.
Carolus Magnus in fragmentis de Ritibus
veteris Ecclefia : ut ad folum Patrem dirigatur
oratio : cùm totius fanita Trinitatis ,
ficnt una eft deitas , ita aqualis honor &
I. Vol. glori
2588 MERCURE DE FRANCE
glorificatio debeatur. Id Apoftoli, per eos,ordinante
Spiritu , fanxerunt , ut qui multorum
Deorum errores , unius Dei Pradicatione
, nitebantur evellere , fub Trinitatis
Sacramento , uni Perfona , in Sacrificiorum
ritu , fupplicare decernerent rectif
fime ergo conftitutum , ut quia Pater, &
Filius , & Spiritusfanctus , unius deitatis ,
unius naturæ , unius ſubſtantia , unius de- .
nique poteftatis exiftant , una ex eis Perfona,
propter unitatis Myfterium retinendum,
in facrificio invocaretur.
·
J
Combien de Dogmes , fur lefquels la
tradition n'eft pas plus claire , plus précife
& plus conftante ? Ne voit - on pas
d'abord que fi l'Auteur de l'Article en
queftion , des Mémoires de Trévoux
croit avoir droit de foupçonner l'Au--
teur de la Lettre , de croire que le Nom
de Dieu et proprement affecté au Pere,
& ne fe peut donner directement au Fils,
& de chercher à favorifer les nouveaux
Ariens ou Sociniens , pour avoir foutenus
la Theſe cy-deffus ( quoiqu'il ait répeté
plufieurs fois dans fa Lettre , que le
Fils étoit également Dieu comme le
Pere ; fi cela ne fuffit pas , on ajoutera
encore qu'il eft confubftantiel au Pere ,
& qu'il eft prêt de verfer fon fang ,
pour la confeffion de cette verité capi
tale de notre Foy. Ne voit- on pas , dis-
I.Vol.
je ,
DECEMBRE. 1730. 2589
›
je , que ce reproche & ces foupçons doivent
tomber également fur tous les Auteurs
cy- deffus citez ; & même à plus jufte titre
? Mais S. Fulgence , lib. 2. ad Monimum
, quæft. 1. raiſonnoit bien differemment
, fuivant en cela les Regles d'une
dialectique , bien plus conforme à l'efprit
de l'Evangile , & à la doctrine des
Saints Peres. Voicy comme il réfutoit ces
fauffes conféquences : Neque enim, dit il
prajudicium Filio , vel Spiritui fan &to comparatur,
dùm ad Patris perfonam precatio
ab offerente dirigitur , cujus confummatio
dum Filii & Spiritus fancti complectitur
nomen ; oftendit nullum effe in Trinitate difcrimen;
quia dùm ad folius Patris perfonam,
honoris fermo dirigitur , benè credentis fede ,
tota Trinitas honoratur , & cum ad Patrem
litantis deftinatur intentio , facrificii munus ,
omni Trinitati , uno eodemque offertur litantis
officio. Ne peut- on pas , après cela ,
en fe plaignant , fe fervir des termes
d'Optat de Mileve : Paganum vocas , ditil
, eum qui Deum Patrem per Filium ejus
ante altare oraverit , lib. 3 .
On voit par tous ces Paffages & par
les authoritez cy- deffus rapportées
que ces anciens Auteurs ne s'embaraf
foient guere des objections que l'on fait
dans les Mémoires de Trevoux , contre
cette Theſe , en difant que ce raiſonne-
I. Vol. ment
2590 MERCURE DE FRANCE
...
ment meneroit trop loin , qu'on doit
avoir égard non feulement au Sacrifice ,
mais encore au Sacrement , qui eft lié
étroitement au Sacrifice..
qu'on
doit trouver bon que des Collectes , où
l'on a en vûë le fruit du Sacrement , &
la participation à la victime , foient
quelquefois addreffées à JESUS- CHRIST
&c. Comme ces anciens font les garants
de l'Auteur de la Lettre , c'eft à eux ,
pour ainsi dire , à répondre pour lui
s'il eft neceffaire.
Mais s'il paroît que la principale objection
qu'on propofe avec un air de
triomphe & de confiance contre la Thefe
de l'Auteur de la Lettre , qu'apparemment
on a cru être une idée nouvelle
& particuliere , & n'avoir , aucun font
dement dans l'antiquité & la tradition
de l'Eglife. Il' paroît , dis -je , que la prin
cipale objection que l'on fait , & que l'on
croioit ne retomber que fur l'Auteur de
cette Lettre , eft que l'on addreffe à J.C.
en toutes les Meffes , les trois Oraifons
qui précedent immédiatement la Com
munion du Prêtre , & que c'eſt encore à
J. C. que s'addreffe l'Agnus Dei , & la
priere : Corpus tuum quodfumpfi.
Pour répondre à cette objection , il
eft bon de faire attention , 1°. à une remarque
que nous fait faire le Micrologue,
1. Vol. &
DECEMBRE 1730. 2391
,
& après lui Raoul ou Radulphe de Tongres
, fur ces mêmes Orailons. On ne
manqueroit pas de la trouver trop hardie
, fi on l'avançoit aujourd'hui pour la
premiere fois , dira - t- on ; cependant
que les fiecles où ont vécu ces Auteurs
fuffent trop délicats , & trop critiques.
Orationem dit Radulphe de Tongres,
quam inclinati dicimus , antequam communiamus
, non ex ordine , fed ex Religioforum
traditione habemus fcilicet hanc Domine
Jefu Chrifte , qui, &c. ac illud Corpus
& Sanguis Domini noftri Jefu Chrifti , quod
dicimus cum aliis Euchariftiam diftribuimus.
Sunt & alia multe orationes , quafquidem
ad Pacem & Communionem , privatim frequentant,
fed fecundum Micrologum, cap.18,
diligentiores antiquarum traditionum obfer
vatores , nos in hujufmodi privatis oratio.
nibus , brevitati ftudere docuerunt : potiuf
que publicis Precibus , in officio Miffa occupare
voluerunt. Nam B. Innocentius
Papa fcribens B. Auguftino & Aurelis
Epifcopis , afferit , quod nos plus communibus
& publicis , quam fingularibus & privatis
orationibus proficere poterimus.
On peut inférer de cette obfervation,
que ces Oraifons ne fe difoient pas encore
à la Meffe du temps du troifiéme
Concile de Carthage , & qu'ainfi fon Or
donnance du Capitule 23.cy- deffus citée,
I.Vol. n'étoit
2592 MERCURE DE FRANCE
n'étoit point encore contredite , par la
forme & la difpofition de ces Oraifons de
la Communion qui s'addreffent à Jefus-
Chrift. Auffi le Pere le Brun foutient - il
que ces trois Oraiſons n'ont pas plus de
fept à huit cens ans d'antiquité.
2.Ces Oraifons femblent être particulie
res pour la perfonne même du Prêtre ,
qui étant fur le point de communier
quitte , pour ainfi dire , l'action du Sacrifice
, & le perfonage de Sacrificateur,
pour adorer & prier Jefus- Chrift pour
foy même, avant que de le recevoir. C'eſt
pour cela apparemment , qu'il parle au
fingulier dans ces Oraifons ; l'Eglife qui
a adopté ces Prieres , qui nous viennent
des pratiques de dévotion de quelques
particuliers , felon les deux Auteurs cydeffus
: Non ex ordine , fed ex Religioforum
traditione, n'a pas cru apparemment qu'elles
fuffent à rejetter & condamnables ,
pour cela feul , qu'elles n'entrent peut-être
pas fi parfaitement dans l'action & le caractere
du Sacrifice , que les autres Collectes
& Oraifons , dans lefquelles le Peuple
s'unit au Prêtre , & s'affocie avec lui
pour offrir & participer au Sacrifice . Or il
ne s'agit que des Collectes & Oraifons de
la Meffe , lefquelles doivent exprimer les
voeux & les priéres de l'Eglife & du peuple.
I.Vol. De
DECEMBRE . 1730. 259 3
De même encore l'Agnus Dei , étant
une adoration de Jefus- Chriſt , comme
Agneau qui efface les péchez du monde ,
l'invocation n'en doit point être féparée ;
autrement on ſembleroit ignorer ſa Divinité
, & ne l'a pas reconnoître. Par cette
priére de l'Agnus Dei, & par ces Oraifons
de la Communion du Prêtre , nous pratiquons
ce que demande S. Auguftin , fur
le Pleaume 98. comme le remarque Duranti
, page 685. Sane hâc précatione obfervamus
quod Auguftinus ad Pfalmum 98 .
feribit , nemo carnem Chrifti manducat , nifi
priùs adoraverit : adorationem autem , &
oratio confequitur,quare hanc precationem &
eas que fequuntur,ad ipfum Chriftum conver
timus , dicentes : Agnus Dei , qui tollis peccata
mundi .
Au reste , quoique Fuxta Regulam fidei.
& morem Ecclefia , comme parlent les
Auteurs cy - deffus , les Oraifons de la
Meffe doivent s'adreffer au Pere Eternel ;
s'enfuit-il de - là qu'on ne puiffe jamais
adreffer fes Prieres à Jefus-Chrift ? Nullement
; car puifqu'il eft également Dieu ,
comme le Pere , il mérite également nos
voeux , nos hommages & nos Prieres . On
vient de le voir dans les Paffages de Charlemagne
& de S. Fulgence , cy- deffus rapportez
; mais c'est qu'il y a , felon les faints
Peres & les Théologiens , une certaine
oeconomie à obſerver. L'ex2594
MERCURE DE FRANCE
L'extrême difproportion & la diftance
infinie qu'il y a de notre baffeffe , notre
néant , notre indignité , à la Divinité
qui feule peut remplir nos befoins , a formé
la néceffité d'un Médiateur , pour
nous approcher de Dieu , & en être
pour ainfi-dire, plus à portée. Jefus Chriſt
Dieu & Homme , eft ce Médiateur qui
touche & joint ces deux extrémitez : Vnus
Médiator Dei & hominum , homo Chrif
tus Jefus. C'eſt lui qui nous fert comme
de degré pour nous élever & nous faire
arriver jufqu'à Dieu . Or c'eft précisément
felon fon humanité & en tant qu'homme,
que J.C. nous rend cet office, fuivant
S. Auguftin , Lib. de Peccato Originali ,
Cap. 28. Per hoc prodeft Chriftus , quia eft
Mediator ad vitam ; non autem per hoc Mediator
eft , quod aqualis eft Patri ; per hoc
enim , quantum Pater, tantùm & ipfe diftat
à nobis : & quomodo erit medietas , ubi
eadem diftantia eft. Ideò Apoftolus non ait ,
unus Mediator Dei & hominum Chriftus
Fefus , fed homo Chriftus Jefus : per hoc ergo
Mediator, per quod homo , &c. Si nous
confiderons Jefus - Chrift comme Dieu ,
la Priere qui lui eft adreffée eft alors ,
per ipfum implenda , comme parlent les
Théologiens ; fi nous le regardons comme
homme, la Priere eft alors , per ipfum impetranda.
Comme donc c'eft proprement .
7
L. Vol.
dans
DECEMBRE. 1730. 2595
1
dans le faint Sacrifice de la Mefle que J.C.
exerce cet office de Médiateur ; que fon
humanité , qui y eft le Sacrifice , eft la
médiatrice & la caufe méritoire ; il s'enfuit
que l'on confidere principalement
alors Jefus- Chrift fous le refpect & la
précifion d'homme , & qu'ainfi ce n'eft
point directement à J. C. mais par J. C.
qu'on doit alors adreffer les Prieres à Dieu
le Pere , autrement c'eſt ſortir du caractere
& de l'economie de ce Sacrifice ;
c'eft à Dieu le Pere , ou fi l'on veut à toute
la fainte Trinité , qu'on offre le Sacrifice
pour obtenir des graces & des
bienfaits , par la médiation de l'humanité
de J. C. qui y eft immolée , lequel on ne
confidere alors , à proprement parler ,
que comme Agneau , Victime , Holocaufte
, Prêtre , Ambaffadeur , Suppliant
Médiateur , & c.
Or n'eft-ce pas , pour ainfi - dire , pren
dre le change & varier , que de s'adreffer
dans cette action , à l'Agneau , à la
Victime , à l'Holocaufte , au Suppliant
même? & c. Les Collectes de la Melle font
comme des Actes de pouvoir & des pro-.
curations que le Peuple donne au Prêtre
d'agir en fon nom , pour négocier , pour
ainfi dire , la paix avec Dieu ; elles pechent
donc dans la forme & elles font
défectueufes quand elles ne s'adreffent
à celui avec qui on a à traiter,
pas
2596 MERCURE DE FRANCE
-. Enfin c'eft par Jefus- Chrift , en lui
& avec lui , que l'on offre ce Sacrifice
à Dieu le Pere , mais non pas à Jefus-
Chrift même , qui foutient alors un
caractere tout different , comme on l'a
déja dit tant de fois . Per ipfum , & cum
ipfo , & in ipfo , eft tibi Deo Patri , &c.
Lefquelles paroles Duranti regarde comme
la conclufion & l'abregé du Canon de
la Meffe : Ecce , dit- il , præclara Canonis
conclufio , quâ ex ordine , qua in hoc Sacrificio
peraguntur , compreffius recenfentur.
Par cette oeconomie , l'action du Sacrifice
en eft plus clairement exprimée ; car comme
dans le Sacrifice , le Prêtre , le Suppliant
, le Médiateur , &c . doivent être
diftinguez de celui à qui on facrifie , en
addreffant le Sacrifice à Dieu le Pere , par
Jefus- Chriſt , Prêtre Suppliant , Médiateur
; cette diftinction fe fait mieux fentir
que fi ce Sacrifice étoit addreffé par
Jeſus- Chrift, à Jeſus- Chrift même en tant
que Dieu.
Voilà les Reflexions que l'Auteur de
la Lettre à M. l'Abbé de Cheret , a crû
devoir communiquer au Public fur cette
matiere , tant pour fa propre juftification ,
que pour un plus grand éclairciffement
de la theſe qu'on a avancée , fans vouloir,
aù refte , s'écarter en tout ceci de la regle.
d'une parfaite foumiffion au jugement
de l'Eglife.
ODE
Fermer
Résumé : DEFENSE de la Lettre écrite à M. l'Abbé de Cheret, & inserée dans le Mercure du mois de May 1729. au sujet du Projet du nouveau Missel, à l'usage du Diocèse de Chartres ; en reponse à un Article des Memoires de Trevoux, du mois d'Aoust de la même année.
Le texte est une défense d'une lettre adressée à l'abbé de Cheret concernant un projet de nouveau missel pour le diocèse de Chartres, en réponse à un article des Mémoires de Trévoux d'août 1729. L'auteur signale plusieurs fautes d'impression et de ponctuation dans la lettre et mentionne que l'imprimeur a omis de référencer Maldonat, dont les extraits proviennent des Lettres choisies de M. Simon, tome 2, édition de 1704. Il invite les lecteurs à consulter cette lettre pour l'analyse du traité manuscrit de Maldonat sur les cérémonies de la messe. L'auteur souligne que Maldonat et le père Le Brun de l'Oratoire partagent la même critique concernant les collectes de la messe adressées à Dieu le Père. Il précise que l'exemplaire de la lettre de M. Simon est complet et que d'autres preuves peuvent être trouvées dans le traité de Ritibus Ecclesiae du président Duranti, qui soutient que les collectes de la messe doivent être adressées au Père Éternel, appuyé par des autorités ecclésiastiques et des traditions de l'Église. L'auteur réfute les objections des Mémoires de Trévoux en citant des auteurs anciens comme Florus, Charlemagne et Alcuin, qui confirment cette tradition. Il conclut en affirmant que les objections des Mémoires de Trévoux ne tiennent pas compte des traditions anciennes et des pratiques liturgiques établies. Le texte traite également des prières et des oraisons dans la liturgie de la messe, en particulier celles adressées à Jésus-Christ. L'Église a adopté ces prières, issues des pratiques de dévotion de certains particuliers, sans les rejeter ou les condamner, bien qu'elles ne s'intègrent pas parfaitement dans l'action et le caractère du sacrifice. Les collectes et oraisons de la messe doivent exprimer les vœux et les prières de l'Église et du peuple. L'Agnus Dei, une adoration de Jésus-Christ comme Agneau qui efface les péchés du monde, ne doit pas être séparée de l'invocation. Les prières de la communion du prêtre et de l'Agnus Dei suivent les enseignements de saint Augustin, qui insiste sur l'adoration de Jésus-Christ avant de recevoir son corps. Les oraisons de la messe doivent s'adresser au Père Éternel, mais cela n'exclut pas de prier Jésus-Christ, qui est également Dieu et mérite nos vœux et nos hommages. Jésus-Christ, en tant que Médiateur, permet aux humains de s'approcher de Dieu. Dans le sacrifice de la messe, c'est l'humanité de Jésus-Christ qui est considérée comme médiatrice et cause méritoire. Les prières doivent donc être adressées à Dieu le Père par l'intermédiaire de Jésus-Christ, conformément à l'économie du sacrifice. Les collectes de la messe sont des actes de pouvoir et des procurations que le peuple donne au prêtre pour négocier avec Dieu. Elles doivent s'adresser à celui avec qui on a à traiter, c'est-à-dire Dieu le Père, par l'intermédiaire de Jésus-Christ. Cette distinction est essentielle pour exprimer clairement l'action du sacrifice. L'auteur de la lettre à M. l'Abbé de Cheret communique ces réflexions pour justifier sa position et éclairer la thèse avancée, tout en restant soumis au jugement de l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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69
p. 154-155
ITALIE.
Début :
Le Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Abbé Testa [...]
Mots clefs :
Cardinal Coscia, Église, Assassinat, Jurisdiction, Maladie contagieuse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITA LIE.
E Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Ab-
LECTesia,con Maitre de Chambre , sa résignation
pure et simple de son Archevêché de Benevent
, pour se soumettre à l'ordre exprès de
Sa Sainteté.
Le 2. Janvier , on afficha au Champ de Mars
et dans les autres Places publiques de Rome unc
Ordonnance du Cardinal Annibal Albani , Evêque
de Sabine , et Camerlingue de la Sainte
Eglise , portant défense , sous peine des Censures
Ecclesiastiques , de faire aucune entreprise directe
ou indirecte sur la Jurisdiction suprême que le
S. Siege prétend avoir dans le Piémont , sur les
Terres et Habitans de Cortanza , Cortanzone >
Montafia , Cisterna et autres Bourgs et Villages
des environs.
Le 3. on reçut avis à Rome que l'Evêque de
Nice avoit été assassiné en retournant de Turin
dans son Diocèse.
On apprend de Venise que le Magistrat de la
Santé a interdit tout commerce avec la Dalmatie
, les grandes Isles de Lago , celles du Quarner
, l'Albanie Venitienne , les Bouches de Cattaro
, l'Etat de Raguse , les côtes de Segni , Buccari
et Fiumé , parce qu'on a eu des avis certains
qu'un des Turcs de la garnison de Nizza a porté
la maladie contagieuse à Seraglio en Bossine
d'où elle a passé à Jayeck , à deux ou trois journées
des Frontieres de la Servie et des Terres
de
JANVIER. 1731. ISS
de la dépendance de l'Empereur. La mortalité y
est très grande , et ceux qui sont attaqués de
cette maladie enflent d'abord et ne passent pas
le troisiéme jour,
E Cardinal Coscia a envoyé au Pape par l'Ab-
LECTesia,con Maitre de Chambre , sa résignation
pure et simple de son Archevêché de Benevent
, pour se soumettre à l'ordre exprès de
Sa Sainteté.
Le 2. Janvier , on afficha au Champ de Mars
et dans les autres Places publiques de Rome unc
Ordonnance du Cardinal Annibal Albani , Evêque
de Sabine , et Camerlingue de la Sainte
Eglise , portant défense , sous peine des Censures
Ecclesiastiques , de faire aucune entreprise directe
ou indirecte sur la Jurisdiction suprême que le
S. Siege prétend avoir dans le Piémont , sur les
Terres et Habitans de Cortanza , Cortanzone >
Montafia , Cisterna et autres Bourgs et Villages
des environs.
Le 3. on reçut avis à Rome que l'Evêque de
Nice avoit été assassiné en retournant de Turin
dans son Diocèse.
On apprend de Venise que le Magistrat de la
Santé a interdit tout commerce avec la Dalmatie
, les grandes Isles de Lago , celles du Quarner
, l'Albanie Venitienne , les Bouches de Cattaro
, l'Etat de Raguse , les côtes de Segni , Buccari
et Fiumé , parce qu'on a eu des avis certains
qu'un des Turcs de la garnison de Nizza a porté
la maladie contagieuse à Seraglio en Bossine
d'où elle a passé à Jayeck , à deux ou trois journées
des Frontieres de la Servie et des Terres
de
JANVIER. 1731. ISS
de la dépendance de l'Empereur. La mortalité y
est très grande , et ceux qui sont attaqués de
cette maladie enflent d'abord et ne passent pas
le troisiéme jour,
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Résumé : ITALIE.
Le cardinal Coscia a démissionné de l'archevêché de Benevent sur ordre du Pape. Le 2 janvier, le cardinal Annibal Albani a publié une ordonnance interdisant toute ingérence sur la juridiction du Saint-Siège dans le Piémont, concernant plusieurs bourgs. Le 3 janvier, Rome a appris l'assassinat de l'évêque de Nice en route vers son diocèse. À Venise, le Magistrat de la Santé a interdit le commerce avec plusieurs régions, dont la Dalmatie et l'Albanie Vénitienne, en raison d'une maladie contagieuse apportée par un Turc de la garnison de Nizza en Bosnie. Cette maladie s'est propagée à Jayeck, près des frontières de la Serbie, et cause une mortalité élevée, les malades enflant et décédant généralement au troisième jour.
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70
p. 609-627
ARRESTS , DECLARATIONS , ORDONNANCES , &c.
Début :
ARREST du 12. Décembre, portant Reglement pour la Manufacture des [...]
Mots clefs :
Arrêts, Déclarations, Ordonnances, Jurisdiction, Église, Tribunal , Pouvoir, Autorité, Contestations , Droits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS , DECLARATIONS , ORDONNANCES , &c.
ARRESTS , DECLARATIONS ,
ORDONNANCES , &c.
RREST du 12. Décembre , portant Rela
Ville et Comté de Laval.
AUTRE du même jour , portant Regle
ment pour la Fabrique des Papiers de la Province
du Limousin.
› AUTRE du 26. Décembre qui ordonne
Pexecution de l'Arrêt du Conseil du 23. Fevrier
1723. En conséquence défend à tous Carriers
Paveurs et autres Ouvriers de fabriquer du pavé
de grès dans l'étendue de la Généralité de Paris,
pour quelques Particuliers que ce soit , autres que
les Entrepreneurs des Ponts et Chaussées &c.
AUTRE du 21. Janvier , concernant les Déclarations
à fournir pour le Café qui entre et sort
de la Ville de Marseille , par lequel S. M. ordon-
I iij he
F
610 MERCURE DE FRANCE
ne que les Capitaines , Maîtres de Navires et Pa →
trons de Barques , seront tenus de fournir dans
les vingt- quatre heures de leur arrivée , et avant
leur départ du Port de Marseille , au Bureau du
poids et casse établi dans ladite Ville , des manifestes
ou déclarations des Cafés chargés sur
leur bord , et de leur destination , sous peine de
mille liv, d'amende. Ordonne en outre S. M. que
les Marchands et Négocians de Marseille , proprietaires
desdits Cafés,seront obligés de faire leur soumission
sur le Registre du Receveur audit Bureau
du poids et casse
de rapporter dans un délai
préfix des Certificats en bonne forme des personnes
qui seront indiquées par ledit Receveur et désignées
par leur soumission , que lesdits Cafés
sortis par Mer auront été déchargés dans le lieu
de leur destination , en telles et pareilles especes
et quantités qu'ils auront été déclarés ; faute de
quoi lesdits Cafés seront réputés être entrés en
fraude dans le Royaume , et en ce cas lesdits
Propriétaires seront condamnés de payer à la
Compagnie des Indes la valeur defdits Caféz pour
tenir lieu de la confifcation d'iceux , et en trois
mille livres d'amende.
AUTRE du 23. Janvier , qui subroge le
sieur Pierre Vacquier au sieur Pierre le Sueur ,
pour faire la regie et exploitation du Privilege de
la vente exclusive du Café dans l'étendue du
Royaume.
AUTRE du même jour , concernant la rétrocession
faite à Sa Majesté par la Compagnie
des Indes , de la concession de la Louisianne et
du pais des Illinois ; par lequel le Roi accepte la
retrocession à elle faite par les Syndics et Directeurs
de la Compagnie des Indes , pour et au nom
de
MARS. 1731. 611
›
de ladite Compagnie, de la proprieté, Seigneurie
et Justice de la Province de la Lottisianne , et de
toutes ses dépendances, ensemble du Païs desSauvages
Illinois, laquelle concession lui avoit été accordée
à temns ou à perpetuité,par lesEdits et Arrêts des
mois d'Août et Septembre 1717.May 1719.Juillet
1720. et Juin 1725. pour être ladité Province réiinie
au Domaine de S. M. ensemble de toutes les
Places , Forts , Batimens , Artillerié , Armemèns
et Troupes qui y sont actuellement. Accepte pareillement
la retrocession du Privilege du commerce
exclusif que ladite Compagne faisoit dans
cette concession ; au moyen de quoi S. M. déclare
le commerce de la Louisiané libre à tous ses Sujets
, sans que la Compagnie en puisse être chatgée
à l'avenir , sous quelque prétexte que ce soit:
Maintient, S.M. ladite Compagnie dans les droits
qu'elle a contre ses débiteurs de ladite Province ,
qu'elle lui permet d'exercer quand et comme elle
jugera à propos.
les
AUTRE du 30. Janvier , qui ordonne que
gages attribuez aux Officiers créez dans l'année
1672. dans les Chancelleries établies près les
Cours de Parlement de Toulouse , Rouen , Bordeaux
, Dij on Rennes , Aix, Grenoble et Metz , et
près les Cours des Aydes d'Aix , Montauban ,
Montpellier , Bordeaux et Clermont- Ferrand
continueront d'être employez dans les Etats du
Roi , comme ils l'ont été jusqu'à present , immédiatement
à la suite du chapitre concernant les
gages et augmentations de gages des Officiers des
Parlemens et Cours Superieures , nonobstant ce
qui est porté par l'Arrêt du Conseil du 3. Septembre
1729 .
ORDONNANCE DU ROY , donnée
I iiij à Ver612
MERCURE DE FRANCE
à Versailles au mois de Février 1731. pour fixer
la Jurisprudence sur la nature , la forme , les
charges ou les conditions des Donations. Regis
trée en Parlement le 9. Mars .
ARREST DU PARLE MENT , sur l'Appel
comme d'abus d'un Mandement de M. l'Evêque
de Laon.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez ,
et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roi , portant la parole , ont dit :
MESSIEURS ,
Un nouvel objet nous rappelle dans ce Sanctuaire
auguste , pour y porter nos justes plaintes ,
et pour y chercher le secours que le ministere
public ose se promettre de l'autorité de la Cour.
Il est triste pour lui d'avoir à se plaindre , de
ce qui porte en même temps l'impression du caractere
d'un Evêque et de la main d'un Pair de
France. Mais il est encore plus triste de trouver
dans le Mandement de M. l'Evêque de Laon , que
nous remettons à la Cour , ce qu'on devroit le
moins attendre d'un Prélat , qui réunit en sa personne
ces deux qualitez éminentes.
Que n'aurions- nous point à vous dire de cette
peinture odieuse qu'on y voit d'abord de l'état
de la Religion dans le Royaume ? De ce reproche
injurieux fait gratuitement à la France , d'une extinction
presque totale de la Foi . Mais laissons
les divers reproches répandus au hazard dans cet
Ouvrage , et dans lesquels il semble que l'Auteur
ait oublié jusqu'aux bienséances de sa dignité :
aujourd'hui notre attention se doit toute entiere
aux interêts de nos maximes , et aux atteintes
que ce Mandement paroît y porter.
Dans la vue qu'on s'y proposoit de convaincre
et de persuader ceux qui résistent à la Constitu-
'tion
MARS. 1731. 613
on Unigenitus , il semble qu'on devoit surtout
e conformer exactement à ces mêmes maximes ,
et entrer dans tout leur esprit sur les caracteres
d'autorité réunis en faveur de ce Decret.
On louëra toujours en France un Evêque de
marquer son profond respect pour le saint Siege ,
de rendre hommage à ses prérogatives éminentes ,
et d'en relever la grandeur par la dignité de ses
cxpressions. On ne lui enviera jamais d'employer.
à ce sujet les paroles d'un Prélat des derniers
temps , comparable aux grandes lumieres des premiers
siecles , et qui n'a jamais séparé l'attachement
le plus fidele au saint Siege , du zele le plus
sage et le plus pur pour nos libertez.
Mais en même tems on attendra de cet Evêquequ'il
évite de favoriser des prétentions , que la
France si zelée d'ailleurs pour la Chaire de saint
Pierre n'a point appris à reconnoître , et qu'il se
montre inébranlable dans les vrais principes dont
elle ne sçauroit se départir.
En parlant d'un côté de l'autorité du saint
Siege et de l'Eglise Romaine , d'un autre côté de
celle de l'Eglise universelle , devoit-on s'expliquer
sur la premiere , comme si elle ne laissoit rien à
desirer , et ne placer l'autre à la suite , que comme
un accessoire qu'on employe , pour ainsi dire par
surabondance , et pour satisfaire les esprits les
plus difficiles ?
Sous prétexte de faire valoir cette autorité de
PEglise Romaine en faveur de la Constitution , on
tente d'introduire en France un Concile particulier
tenu à Rome , dont nous ne pouvons reconnoître
l'autorité , et dont les expressions telles'
qu'on les rapporte , auroient des conséquences
sur lesquelles nous nous sommes assez expliquez
en dernier lieu.
M. l'Evêque de Laon insere dans son Mande-
I v ment
614 MERCURE DE FRANCE
ment le Decret de ce Concile. Il l'adopte , et il
en parle comme d'une Loi précise , à laquelle inutilement
on essaye d'échaper par des vains détours.
Rien de plus opposé à nos maximes , que
cette publication indirecte de ce qui n'est revêtu
d'aucune forme parmi nous. La Constitution
aura eu besoin de toutes les solemnitez qu'elles
prescrivent , et sans s'embarrasser d'aucune , on
s'autorisera de ce Concile , pour ralumer un nouveau
feu dans une Affaire où le calme des esprits
est surtout à desirer .
Ce n'est pas à cette seule marque qu'on peut
reconnoître l'esprit du Mandement sur les maximès
et sur les libertez de l'Eglise Gallicane. Il le
témoigne ailleurs assez ouvertement. On voit que
l'Auteur les regarde , plutôt comme des précautions
de politiques utiles à opposer à quelque entreprise
de la Cour Romaine contre nos usages ,
et contre les droits de la Couronne , que comme
le précieux reste de la discipline des premiers
siecles et de l'ordre des anciens Canons. Selon lut
elles n'ont rien de commun avec les Decrets que
la Cour de Rome nous envoye , soit pour éclaircirle
dogme soit pour réprimer a témerité des
Novateurs. Que ce principe soit admis , elles se
verront exposées au danger d'être anéanties. A la
faveur d'un tel prétexte , on fera passer jusqu'à
nous ce qui portera l'impression de la Doctrine
et des prétentions Ultramontaines : et quel.es barrieres
nous restera- t'il àleur opposer ?
C'est ainsi que cet Ouvrage s'explique sur ce
qui paroissoit entrer dans son objet. Mais on
cherche exprès une digression , sur une matiere
éloignée , peut- être encore plus capable d'être
une occasion dangereuse de disputes et de dissentions
. C'est , Messieurs , sur ce qu'on appelle la
Jurisdiction Ecclesiastique , objet sur lequel à la
A..
MARS. 1731 . 615
vue de ce Mandement il ne nous est plus permis
de nous taire , et dont en même temps nous ne
sçaurions parler avec trop d'exactitude et de précaution
. Aujourd'hui plus que jamais nous devons
rappeller à ce sujet les maximes si pures de
nos peres , et nous retracer à nous mêmes les
principes dont ils ont transmis le dépôt jusqu'entre
nos mains .
Nous reconnoîtrons toujours la distinction et
l'indépendance , des deux Puissances établies sur
la terre pour la conduite des hommes ; le Sacerdoce
et l'Empire , la Puissance de la Religion , et
celle du Gouvernement temporel . Toutes deux ·
immédiatement émanées de Dieu , elles trouvent ,
chacune en elles - mêmes , le pouvoir qui convient
à leur institution et à leur fin : et s'il est vrai ,
comme on ne sçauroit en douter , qu'elles se
doivent une assistance mutuelle , c'est par voye
de correspondance et de concert , et non pas de
subordination et de dépendance .
La Religion destinée à soumettre les esprits , à
changer les coeurs , est d'un ordre surnaturel , et
conduit les hommes par un pouvoir , qui agissant
sur les ames , est appellé spirituel . En même
temps , suivant l'institution de JESUS- CHRIST
elle forme la Societé visible de l'Eglise Eglise
qui , sur la foi des Oracles Divins , doit subsister
visiblement jusqu'à la fin des siecles , et dont par
conséquent l'economie et la conduite doivent
aussi être visibles dans toute la suite des tems.
Le gouvernement temporel fondé sur l'institution
de Dieu , mais conduit par des voyes hu
maines , a pour objet l'ordre exterieur de la societé
, qui seul est au pouvoir des hommes ; et
employe les moyens humains , de l'autorité publique
, de la force coactive , de la severité des
peines temporelles ; enfin de tout ce qui compose
I vj Pap616
MERCURE DE FRANCE.
l'appareil d'une puissance vraiement exterieure."
Tandis qu'il défend par les armes le Corps de
l'Etat contre les ennemis qui peuvent l'attaquer
au-dehors , il maintient ce même Corps au- dedans
, par l'empire légitime qu'il exerce sur les
Citoïens. Il joint à l'autorité de la Loi , l'execution
forcée indépendamment de la volonté des
Sujets , et soumet par une contrainte effective
ceux qui résistent à son autorité.
L'exercice de cet empire exterieur des Loix ,
l'application de leur puissance aux Sujets , par le
Magistrat armé des moyens necessaires pour les
forcer à obéir , est ce qu'on appelle en termes de
Droit la Jurisdiction . C'est l'idée exacte que nous
en donnent les Jurisconsultes et les Loix. La Jurisdiction
est pleine et entiere , lorsque le pouvoir
de juger est revêtu de toute la force de la
puissance publique. Mais du moins sans quelque
participation de cette force coactive à l'exterieur ,
il n'est point de veritable Jurisdiction. Jurisdictio
sine modicâ coercitione nulla est , dit la Loy
se au Digeste de officio ejus cui mandata est
Jurisdictio, Et les interprêtes nous donnent pour
exemples de cette coercition dont parle la Loy
des châtimens qui affectent le corps , la prison ,
l'imposition de quelques peines pécuniaires.
Ainsi suivant les Loix et les Jurisconsultes ,'
on peut dire que la Jurisdiction prise dans son
sens propre et naturel , est un attribut du Gouvernement
temporel , parce qu'elle emporte une
contrainte au- dehors et une force qu'il est seul
en droit d'employer.
Il n'en est pas moins vrai que l'Eglise a d'ellemême
un autre genre de puissance et d'autorité
réelle , pour connoître et pour décider des matieres
spirituelles qu'elle a droit d'imposer des
peines de même nature , et d'exclute de son Corps
ceu
MARS. 1731. 617
ceux qui refuseroient de s'y soumettre : qu'il lui
appartient d'exercer ce pouvoir non seulement
sous le sceau de la Confession dans le Tribunal
secret de la Penitence , mais encore ouvertement
er d'une maniere visible , sur la connoissance
qu'elle peut avoir des faits. Mais lors même
qu'elle fait connoître et craindre ainsi ses Jugemens
, c'est sans entreprendre sur l'ordre public ,
et sans agir à l'exterieur avec l'empire réservé à
l'autre Puissance. Elle a reçu de JESUS CHRIST
le pouvoir spirituel de lier et de délier , de condamner
et d'absoudre , d'établir des regles et d'en
dispenser ; mais non pas de dominer comme les
Rois.
De-là vient ce qu'observent les Auteurs les
plus exacts que dans les Loix des premiers Empe→
reurs Chrétiens , le titre qui traite des Jugemens
Ecclesiastiques est intitulé , non pas de la Jurisdiction
Episcopale , de Episcopali Jurisdictione ;
mais de Episcopali audientiâ , dans le Code de
Justinien ; de Episcopali Judicio , dans celui de
Theodose : expressions dont le sens est bien different
de celui du terme propre de Jurisdiction
dans le Droit Romain.
Dès - lors cependant la confiance religieuse de
ces Princes , avoit accordé aux Evêques des attributions
qui par elles - mêmes n'étoient point .
comprises dans ce qui dépend du spirituel. On
n'en conservoit pas moins la difference des noms
qui caracterise la difference essentielle , entre le
pouvoir incontestable de l'Eglise , et la vraie Jurisdiction
qui appartient au Magistrat temporel.'
Mais ces attributions s'étant accrues et confir
mées dans la suite , on a emprunté les termes
usitez dans les Tribunaux séculiers , et on s'est
accoutumé à se servir du terme de Jurisdiction
en` parlant de divers Actes qu'exercent les Puissances
618 MERCURE DE FRANCE
sances de l'Eglise . En effet , soit par la concession
expresse , soit par le consentement tacite des
Princes , aujourd'hui plusieurs de ces Actes participent
du caractere de la Jurisdiction exterieure
et proprement dite .
Mais c'est abuser de cet avantage , que de dire
comme fait le Mandement , que le fonds de la
Jurisdiction exterieure et contentieuse est l'heritage
propre de l'Eglise d'insinuer qu'en cette
matiere , l'effet de la puissance de nos Rois se réduit
, soit à de certaines rogles et à de certaines
formes ausquelles il leur a pla .... d'assujettir
les Evêques et les Archevêques du Royaume....
dans l'exercice de leur jurisdiction ; soit à la
simple protection .... accordée par eux à l'Eglise
pour l'execution , on ne dit pas seulement
de ses censures , mais en general même de ses
jugemens d'exiger enfin qu'on reconnoisse un
caractere de Puissance publique exterieure dans
Pautorité qui est propre aux Prélats du premier
Ordre... dans le gouvernement de l'Eglise :
comme si la Puissance publique étoit autre chose
que la Puissance temporelle de qui dépend l'ordre
públic . Parler ainsi f sans explication même et
sans correctif , c'est confondre ce qu'il y a de
notions plus exactes sur la distinction des deux
Puissances , et répandre sur cette matiere des ténebres
qui ne permettent plus d'en reconnoître
les principes.
C'est cependant à la faveur de cette confusion ,
qu'on se porte jusqu'à dire , que refuser à l'Eglise
une Jurisdiction même exterieure qui lui
soit pro re c'est upposer que JESUS- CHRIST
ne l'a établie que sous un gouvernement trèsimparfait
, du moins à l'exterieur. Nous ne repetons
qu'avec répugnance des expressions qui
tendent à faire penser , que sans une Jurisdiction
exMARS.
17318
619
exterieure , telle que nous l'avons expliquée , l'ouvrage
de Jesus - Christ seroit imparfait. L'Institu
tion toute divine de l'Eglise en renfermeroit - elle
moins la puissance de la parole animée de l'Es-`
prit de Dieu , la grace des Sacremens, les rigueurs
salutaires de la Penitence , la sàinte sévérité des
censures , le discernement et la définition de la
Doctrine , le reglement du Spirituel par les Canons
? Un Evêque regardera-t'il comme insuffi
sans ces moyens sublimes , qui font l'essentiel du
pouvoir sacré de son Ministere
Trouvez bon , Messieurs , que sans en dire davantage
de nous-mêmes , nous empruntions les
termes d'un Auteur respecté en France depuis so
ans , initié dans le Sacerdoce , et de qui les laborteuses
veilles ont été si utiles à l'Eglise et à l'Etat.
C'est le sage et sçavant Auteur de l'Institution
au Droit Ecclesiastique. Il employe suivant
l'usage le terme de Jurisdiction , mais voici de
quelle maniere il s'en explique : Il faut revenir
àla distinction de la Jurisdiction propre et essentielle
à l'Eglise , et de celle qui lui est étrangere.
L'Eglise a par elle - même le droit de décider
toutes les questions de Doctrine , soit surla
Foi, soit sur la regle des moeurs. Elle a droit
d'établir de Canons ou regles de discipline pour
sa conduite interieure , d'en dispenser en quelques
occasions particulieres , et de les abroger
quand le bien de la Religion le demande. Elle
a droit d'établir des Pasteurs et des Ministres
pour continuer l'oeuvre de Dieu jusqu'à la fin
des secles , et pour exercer toute cette Jurisdiction
; elle peut les destituer s'il est necessaire.
Elle a droit de corriger tous ses enfan , leur
imposant des Penitences salutaires , soit pour
les pechez secrets qu'ils confessent , soit pour les
pechez publics dont ils sont convaincus . Enfin
620 MERCURE DE FRANCE
a droit de retrancher de son Corps les membres
corrompus , c'est-à - dire les pecheurs incorrigi
bles qui pourroient corrombre les autres . Voilà
les droits essentiels à l'Eglise , dont elle a joüi
sous les Empereurs Payens , et qui ne peuvent
lui être ôtez par aucune Puissance humaine....
tous les autre pouvoirs dont les Ecclesiastiques
ont été en possession et le sont encore en quelques
lieux, ne laissent pas de leur être légitimement
acquis par la concession expresse ou
sacite des Souverains ..et l'Eglise a autant de
raison de conserver ces droits , que ses autres
biens temporels.
•
Ce digne interprete de la doctrine et des maximes
de la France , semble , avoir rassemblé dans
cet endroit , tout ce qu'on trouve avec plus d'étenduë
, soit dans nos Auteurs les plus éclairez
soit dans les Canons et les autres monumens de la
plus venerable antiquité. Tels sont les principes
que nous attendrons toûjours d'un Evêque nourri
dans l'Eglise de France , et sur lesquels notre bouche
ne cessera point d'être de concert avec notre
coeur. L'Eglise a d'elle-même le droit de connoître
des matieres spirituelles , et le jugement qu'elle
en porte émane d'un pouvoir réel qui assujettit
les consciences. Elle a en sa disposition des peines
spisituelles , dont l'excommunication qui retranche
de sa communion est le comble. Elle tient du
Prince tout l'appareil , toute la forme exterieure
tout ce qui constitue le caractere public de jurisdiction
, l'espece de contrainte ou d'obligation civile
qui en est la suite , et les matieres temporelles
dont ont sçait qu'elle connoît aujourd'hui .
Qu'on se renferme dans ces termes , les diffi
cultez disparoîtront, ou s'il s'en élevé quelqu'une,
elle se terminera sans troubler la paix . Pour peu
qu'on se porte plus loin , la contradiction , les
disputes
MARS. 1731 . 621
disputes , les entreprises n'auront plus de fin . Les
écrits se multiplieront , et le fruit en sera peutêtre
d'apprendre à mettre en question ce qui ne
faisoit point de doute auparavant. Ne négligeons
pas d'étouffer dans leur naissance , jusqu'aux
moindres semences de dissension , sur l'autorité
et sur les limites de deux Puissances destinées à
une concorde immortelle. Que l'inquietude et
l'esprit de contention cessent ; fideles au serment
inviolable qui nous consacre aux droits de
l'une de ces deux Puissances , nous sçavons qu'en
même tems il nous engage à conserver les droits
de l'autre et nous n'oublierons jamais que de
leur intelligence dépend et leur propre avantage et
celui des hommes qui leur sont soumis. C'est ce
que disoit autrefois un grand Evêque de France :
Cum regnum et Sacerdotium inter se conveniunt
, benè regitur mundus , foret et fructifi
cat Ecclesia. Cum verò inter se discordant , non
tantum parva res non crescunt , sed etiam ma
gna res miserabiliter dilabuntur.
C'est , Messieurs , dans ces sentimens et par ces
vûes , que nous avons l'honneur de nous adresser
à la Cour pour arrêter les suites d'un ouvrage si
capable de causer de nouveaux troubles . C'est le
Mandement d'un Evêque ; et c'en est assez pour
que nous cherchions à nous renfermer dans la
forme la plus exacte.
Elle nous conduit à la voye de l'appel commé
d'abus , essentielle à l'ordre public du Royaume ,
et consacrée enFrance au maintient réciproque des
Loix de l'Eglise et de celle de l'Etat Ce que nous
venons d'avoir l'honneur de vous dire, vous indique
assez quels peuvent être la plupart des
moyens d'abus. Il suffit d'en avoir jetté les fondemens
, et s'il y a lieu dans la suite nous n'aurons
pas de peine à les développer de plus en plus.
Mais en attendant , vous sentez non -seulement
6,2 MERCURE DE FRANCE.
qu'il seroit dangereux , mais même qu'il est impossible
de souffrir qu'un tel ouvrage continuât
a se répandre et à se distribuer dans le public.
C'est surtout pour y opposer un remede au
moins provisoire , que nous avons crû devoir
nous expliquer dès aujourd'hui ; ét c'est aussi à
quoi tendent les conclusions par écrit qué nous
laissons à la Cour.
Eux retirez : Vût le Mandement imprimé intitulé,
Manlement de Monseigneur l'Evêque de Laon,
second Pair de France , Conte d'Anisy, donné à
Laon le 13. Novembre 1736. ensemble les Conclusions
par écrit du Procureur general du Roi ;
la matiere sur ce mise en déliberation .
La Cour reçoit le Procureur Generál Roi appel
lant comme d'abus dudit Mandement , lui permet
d'intimer sur ledit appel qui bon lui semblera, sur
lequel les parties auront audience au premier jour ;
et cependant fait deffenses de répandre , debiter ,
ou autrement distribuer aucuns exemplaires dudit
Mandement sous telles peines qu'il appartiendra
; que copies collationnées du present Arrêt
seront envoyées aux Bailliages et Sénechaussées
du ressort , pour y être lûës , publiées et registrées
; enjoint aux Substituts du Procureur Gene
ral du Roi , d'y tenir la main et d'en certifier la
Cour dans un mois. Fait en Parlement le 20. Fevrier
1731. Signé , YSABEAU.
ARREST du Parlement sur uñê Lettre Pastorale
de M. l'Evêque de Laon , & c.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez , et Maître
Pierre de Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roi , portant la parole , ont dit : Messieurs
, nous ne pouvons trop tôt apporter à la
Cour l'Imprimé intitulé , Lettre Pastorale , que
M. l'Evêque de Laon vient de publier dans son
Diocèse et qui nous fut envoyé hier par notre
MARS. 1731. 623
Substitut au Bailliage de Laon. Sa lecture vous
fera sentir la necessité des Conclusions que nous
croyons devoir prendre en ce moment. On voit
que c'est une partie qui cherche à faire insulte à
ses Juges, et qui traite d'entreprise la voye dedroit
de l'appel comme d'abus , sur lequel la Cour nous
ǎ permis de l'intimer par son Arrêt du 20. du
mois dernier. En même tems qu'elle etouffera sur
le champ ce scandale , elle voudra bien nous réserver
la liberté de prendre dans la suite telles Conclusions
que nous jugerons à propos à ce sujet.
Nous requerons qu'il plaise à la Cour ordonner
que l'Ecrit intitulé : Lettre Pastorale de M. l'Evêque
de Laonn , daté du 24. Février 1731. au
sujet de l'Arrêt de la Cour du 20. du même
mois , demeurera supprimé comme séditieux , ate
tentatoire à l'autorité Royale et à l'Arrêst de la
Cour : sauf à nous de prendre au surplus telles
conclusions que nous jugerons à propos , en pro
cedant au jugement de l'appel comme d'abus
reçû par l'Arrêt du 20. Fevrier dernier , à l'effet
de quoi un Exemplaire dudit Ecrit demeurera au
Greffe de la Cour. Ordonner au surplus que
l'Arrêt du 20. Fevrier dernier , sera executé selon
sa forme et teneur , et que copies collationnées de
celui que la Cour rendra aujourd'ui seront envoyées
aux Bailliages et Sénéchaussées du Ressort
pour y être lues , publiées et enregistrées ; enjoint
nos Substituts d'y tenir la main et d'en certifier
la Cour dans un mois.
Eux retirez : Lecture fai e dudit Imprimé ayant
pour titre : Lettre Pastorale de Monseigneur
PEvêque Duc de Laon , second Pair de France
Comte d'Anisy, & c. au sujet de l'Arrêt du Par
lement du Lo. Fevrier 1731. sur son Mandement
du 13. Novembre 1730. La matiere sur ce
mise en déliberation.
La Cour ordonne que ledit Ecrit intitulé : Legł
624 MERCURE DE FRANCE
a
tre Pastorale de M. l'Evêque de Laon , datté du
24. Février 173 1. au sujet de l'Arrêt de la Cour
du 20. du méme mois , demeurera supprimé
comme séditieux, attentatoire à l'autorité Royale
et à l'arrêt de la Cour , sauf au Procureur Géneral
du Roi à prendre au surplus telles conclusions
qu'il jugera à propos en procedant au jugement
de l'appel comme d'abus , reçû par l'Arrêt du 20 .
Février dernier , à l'effet de quoi un Exemplaire
dudit Ecrit demeurera au Greffe de la Cour :
Ordonne au surplus que l'Arrêt d'icelle du 20 .
Fevrier dernier , sera executé selon sa forme et
teneur , et que Copies collationnées du present
Arrêt , seront envoyées aux Bailliages en Sénechaussées
du Ressort , pour y être lûes , publiées
et enregistrées ; enjoint aux Substituts du Procureur
General du Roi , d'y tenir la main , et d'en
certifier la Cour dans un mois . Fait en Parlement
le 2. Mars 1731. Signé , DUFRANC .
1
ARREST du 10. Mars , rendu à l'occasion
des disputes qui se sont élevées au sujet des deux
Puissances & c . dont voici la teneur. Le Roi étant
informé qu'à l'occasion de quelques Ecrits qui
se sont répandus dans le Public , il s'est élevé de
nouvelles disputes sur differentes matieres , et
entr'autres sur ce qui regarde la nature , l'éten
due et les bornes de l'autorité Ecclesiastique et
de la Puissance Séculiere , Sa Majesté attentive
à remplir tout ce que la Religion exige de son
pouvoir , sans manquer à ce qu'elle se doit à
elle -même , regarde comme son premier devoir
d'empêcher qu'à l'occasion de ces disputes on ne
mette en question les droits sacrés d'une Puissance
qui a reçû de Dieu seul l'autorité de décider
les questions de Doctrine sur la Foi , ou sur
la regle des moeurs , de faire des Canons ou
regles de discipline pour la conduite des MinisMARS.
173.1 . 625
>
2
tres de l'Eglise et des Fidelles dans l'Ordre de
la Religion , d'établir ces Ministres , ou de les
destituer , conformément aux inémes regles ; et
de se faire obéir , en imposant aux Fideles , suivant
l'Ordre Canonique , non - sculement des pénitences
salutaires , mais de veritables peines spirituelles
, par les jugemens ou par les censures que
les premiers Pasteurs ont droit de prononcer et
de manifester , et qui sont d'autant plus redou
tables qu'elles produisent leur effet sur l'ame du
coupable , dont la résistance n'empêche pas qu'il
ne porte malgré lui la peine à laquelle il est condamné.
Si la Religion de Sa Majesté l'oblige
comme protecteur de l'Eglise , et en qualité de
Roi Très - Chrétien , à empêcher qu'on ne donne
aucune atteinte à ce qui appartient si essentiellement
à la puissance spirituelle ; son intention
est aussi qu'elle continue de jouir paisiblement
dans ses Etats de tous les Droits ou Privileges
qui lui ont été accordés par les Rois ses prédecesseurs
, sur ce qui regarde l'appareil exterieur
d'un Tribunal public , les formalités de l'ordre
ou du stile judiciaire , l'exécution forcée des Jugemens
sur le corps ou sur les biens , les obligations
ou les effets qui en résultent dans l'ordre.
exterieur de la Societé , et en général tout ce
qui adjoute la terreur des peines temporelles à
la crainte des peines spirituelles . Mais comme les
disputes qui commencent à s'élever pourroient
donner lieu d'agiter sur ces differens points et
sur tous ceux qui peuvent y avoir rapport , des
questions témeraires ou dangereuses , non seule.
ment sur les expressions qui peuvent être differemment
entenduës , mais sur le fond des choses
mêmes , Sa Majesté à crû devoir suivre en cette
occasion l'exemple des Rois ses prédecesseurs ,
en arrêtant d'un côté le cours de ces disputes
maissantes, et en prenant de l'autre toutes les me
626 MERCURE DE FRANCE
eures que sa sagesse et sa pieté lui inspireront
pour les éteindre entierement : A quoi desirane
pourvoir : S. M. étant en son Conseil , a ordonné
et ordonne , que toutes lesdites disputes ou
contestations , et pareillement celles qui peuvent
y avoir rapport , soient et demeurent suspendues
comme S. M. les suspend par le present Arrêt;
imposant par provision un silence general et absolu
sur ce qui fait la matiere desdites cotestations;
et en'consequence , fait S. M. très- expresses inhibitions
et deffenses à toutes les Universitez du
Royaume , notamment aux Facultez de Théologie
et de Droit Civil & Canonique , de permettre
aucunes disputes dans les Ecoles sur cette matiere;
comme aussi d'enseigner ou de souffrir qu'on enseigne
rien de contraire aux principes cy- dessus
marquez sur les deux Puissances. Deffend pareillement
à tous ses Sujets , de quelque êtat , qualité
et condition qu'ils soient , de faire aucunes assein
blées , déliberations , actes ,
déclarations , iequê→
tes , poursuites ou procédures , à l'occasion desdites
disputes , ou de tout ce qui peut les concerner
, et d'écrire , composer , imprimer , vendre,
débiter ou distribuer directement ou indirectement
aucuns Ecrits , Livres , Libelles , Mémoires ou au
tres Ouvrages sur le même sujet , sous quelque
prétexte , et sous quelque titre ou nom que ce puisse
être , le tout à peine contre les contrevenans d'être
traités comme rebelles et désobeïssants aux or→
dres du Roi , séditieux et perturbateurs du repos
public , Sa Majesté se reservant à elle seule , sur
l'avis de ceux qu'elle jugera à propos de choisir in.
cessament dans son Conseil , et même dans l'Ore.
dre Episcopal , de prendre les mesures qu'elle estimera
les plus convenables ' pour conserver toujours
de plus en plus les droits inviolables des deux
Puissances , et maintenir entre elles l'union qui
doit y regner pour le bien commun de l'Eglise et
MARS. 1731. 627
de l'Etat . Exhorte Sa Mejesté , et néanmoins enjoint
à tous les Archevêques et Evêques de son
Royaume de veiller chacun dans leur Diocèse à ce
que la tranquilité qu'elle veut y maintenir par la
cessation de toutes disputes , soit charitablement
et inviolablement conservée &c.
ORDONNANCES , &c.
RREST du 12. Décembre , portant Rela
Ville et Comté de Laval.
AUTRE du même jour , portant Regle
ment pour la Fabrique des Papiers de la Province
du Limousin.
› AUTRE du 26. Décembre qui ordonne
Pexecution de l'Arrêt du Conseil du 23. Fevrier
1723. En conséquence défend à tous Carriers
Paveurs et autres Ouvriers de fabriquer du pavé
de grès dans l'étendue de la Généralité de Paris,
pour quelques Particuliers que ce soit , autres que
les Entrepreneurs des Ponts et Chaussées &c.
AUTRE du 21. Janvier , concernant les Déclarations
à fournir pour le Café qui entre et sort
de la Ville de Marseille , par lequel S. M. ordon-
I iij he
F
610 MERCURE DE FRANCE
ne que les Capitaines , Maîtres de Navires et Pa →
trons de Barques , seront tenus de fournir dans
les vingt- quatre heures de leur arrivée , et avant
leur départ du Port de Marseille , au Bureau du
poids et casse établi dans ladite Ville , des manifestes
ou déclarations des Cafés chargés sur
leur bord , et de leur destination , sous peine de
mille liv, d'amende. Ordonne en outre S. M. que
les Marchands et Négocians de Marseille , proprietaires
desdits Cafés,seront obligés de faire leur soumission
sur le Registre du Receveur audit Bureau
du poids et casse
de rapporter dans un délai
préfix des Certificats en bonne forme des personnes
qui seront indiquées par ledit Receveur et désignées
par leur soumission , que lesdits Cafés
sortis par Mer auront été déchargés dans le lieu
de leur destination , en telles et pareilles especes
et quantités qu'ils auront été déclarés ; faute de
quoi lesdits Cafés seront réputés être entrés en
fraude dans le Royaume , et en ce cas lesdits
Propriétaires seront condamnés de payer à la
Compagnie des Indes la valeur defdits Caféz pour
tenir lieu de la confifcation d'iceux , et en trois
mille livres d'amende.
AUTRE du 23. Janvier , qui subroge le
sieur Pierre Vacquier au sieur Pierre le Sueur ,
pour faire la regie et exploitation du Privilege de
la vente exclusive du Café dans l'étendue du
Royaume.
AUTRE du même jour , concernant la rétrocession
faite à Sa Majesté par la Compagnie
des Indes , de la concession de la Louisianne et
du pais des Illinois ; par lequel le Roi accepte la
retrocession à elle faite par les Syndics et Directeurs
de la Compagnie des Indes , pour et au nom
de
MARS. 1731. 611
›
de ladite Compagnie, de la proprieté, Seigneurie
et Justice de la Province de la Lottisianne , et de
toutes ses dépendances, ensemble du Païs desSauvages
Illinois, laquelle concession lui avoit été accordée
à temns ou à perpetuité,par lesEdits et Arrêts des
mois d'Août et Septembre 1717.May 1719.Juillet
1720. et Juin 1725. pour être ladité Province réiinie
au Domaine de S. M. ensemble de toutes les
Places , Forts , Batimens , Artillerié , Armemèns
et Troupes qui y sont actuellement. Accepte pareillement
la retrocession du Privilege du commerce
exclusif que ladite Compagne faisoit dans
cette concession ; au moyen de quoi S. M. déclare
le commerce de la Louisiané libre à tous ses Sujets
, sans que la Compagnie en puisse être chatgée
à l'avenir , sous quelque prétexte que ce soit:
Maintient, S.M. ladite Compagnie dans les droits
qu'elle a contre ses débiteurs de ladite Province ,
qu'elle lui permet d'exercer quand et comme elle
jugera à propos.
les
AUTRE du 30. Janvier , qui ordonne que
gages attribuez aux Officiers créez dans l'année
1672. dans les Chancelleries établies près les
Cours de Parlement de Toulouse , Rouen , Bordeaux
, Dij on Rennes , Aix, Grenoble et Metz , et
près les Cours des Aydes d'Aix , Montauban ,
Montpellier , Bordeaux et Clermont- Ferrand
continueront d'être employez dans les Etats du
Roi , comme ils l'ont été jusqu'à present , immédiatement
à la suite du chapitre concernant les
gages et augmentations de gages des Officiers des
Parlemens et Cours Superieures , nonobstant ce
qui est porté par l'Arrêt du Conseil du 3. Septembre
1729 .
ORDONNANCE DU ROY , donnée
I iiij à Ver612
MERCURE DE FRANCE
à Versailles au mois de Février 1731. pour fixer
la Jurisprudence sur la nature , la forme , les
charges ou les conditions des Donations. Regis
trée en Parlement le 9. Mars .
ARREST DU PARLE MENT , sur l'Appel
comme d'abus d'un Mandement de M. l'Evêque
de Laon.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez ,
et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roi , portant la parole , ont dit :
MESSIEURS ,
Un nouvel objet nous rappelle dans ce Sanctuaire
auguste , pour y porter nos justes plaintes ,
et pour y chercher le secours que le ministere
public ose se promettre de l'autorité de la Cour.
Il est triste pour lui d'avoir à se plaindre , de
ce qui porte en même temps l'impression du caractere
d'un Evêque et de la main d'un Pair de
France. Mais il est encore plus triste de trouver
dans le Mandement de M. l'Evêque de Laon , que
nous remettons à la Cour , ce qu'on devroit le
moins attendre d'un Prélat , qui réunit en sa personne
ces deux qualitez éminentes.
Que n'aurions- nous point à vous dire de cette
peinture odieuse qu'on y voit d'abord de l'état
de la Religion dans le Royaume ? De ce reproche
injurieux fait gratuitement à la France , d'une extinction
presque totale de la Foi . Mais laissons
les divers reproches répandus au hazard dans cet
Ouvrage , et dans lesquels il semble que l'Auteur
ait oublié jusqu'aux bienséances de sa dignité :
aujourd'hui notre attention se doit toute entiere
aux interêts de nos maximes , et aux atteintes
que ce Mandement paroît y porter.
Dans la vue qu'on s'y proposoit de convaincre
et de persuader ceux qui résistent à la Constitu-
'tion
MARS. 1731. 613
on Unigenitus , il semble qu'on devoit surtout
e conformer exactement à ces mêmes maximes ,
et entrer dans tout leur esprit sur les caracteres
d'autorité réunis en faveur de ce Decret.
On louëra toujours en France un Evêque de
marquer son profond respect pour le saint Siege ,
de rendre hommage à ses prérogatives éminentes ,
et d'en relever la grandeur par la dignité de ses
cxpressions. On ne lui enviera jamais d'employer.
à ce sujet les paroles d'un Prélat des derniers
temps , comparable aux grandes lumieres des premiers
siecles , et qui n'a jamais séparé l'attachement
le plus fidele au saint Siege , du zele le plus
sage et le plus pur pour nos libertez.
Mais en même tems on attendra de cet Evêquequ'il
évite de favoriser des prétentions , que la
France si zelée d'ailleurs pour la Chaire de saint
Pierre n'a point appris à reconnoître , et qu'il se
montre inébranlable dans les vrais principes dont
elle ne sçauroit se départir.
En parlant d'un côté de l'autorité du saint
Siege et de l'Eglise Romaine , d'un autre côté de
celle de l'Eglise universelle , devoit-on s'expliquer
sur la premiere , comme si elle ne laissoit rien à
desirer , et ne placer l'autre à la suite , que comme
un accessoire qu'on employe , pour ainsi dire par
surabondance , et pour satisfaire les esprits les
plus difficiles ?
Sous prétexte de faire valoir cette autorité de
PEglise Romaine en faveur de la Constitution , on
tente d'introduire en France un Concile particulier
tenu à Rome , dont nous ne pouvons reconnoître
l'autorité , et dont les expressions telles'
qu'on les rapporte , auroient des conséquences
sur lesquelles nous nous sommes assez expliquez
en dernier lieu.
M. l'Evêque de Laon insere dans son Mande-
I v ment
614 MERCURE DE FRANCE
ment le Decret de ce Concile. Il l'adopte , et il
en parle comme d'une Loi précise , à laquelle inutilement
on essaye d'échaper par des vains détours.
Rien de plus opposé à nos maximes , que
cette publication indirecte de ce qui n'est revêtu
d'aucune forme parmi nous. La Constitution
aura eu besoin de toutes les solemnitez qu'elles
prescrivent , et sans s'embarrasser d'aucune , on
s'autorisera de ce Concile , pour ralumer un nouveau
feu dans une Affaire où le calme des esprits
est surtout à desirer .
Ce n'est pas à cette seule marque qu'on peut
reconnoître l'esprit du Mandement sur les maximès
et sur les libertez de l'Eglise Gallicane. Il le
témoigne ailleurs assez ouvertement. On voit que
l'Auteur les regarde , plutôt comme des précautions
de politiques utiles à opposer à quelque entreprise
de la Cour Romaine contre nos usages ,
et contre les droits de la Couronne , que comme
le précieux reste de la discipline des premiers
siecles et de l'ordre des anciens Canons. Selon lut
elles n'ont rien de commun avec les Decrets que
la Cour de Rome nous envoye , soit pour éclaircirle
dogme soit pour réprimer a témerité des
Novateurs. Que ce principe soit admis , elles se
verront exposées au danger d'être anéanties. A la
faveur d'un tel prétexte , on fera passer jusqu'à
nous ce qui portera l'impression de la Doctrine
et des prétentions Ultramontaines : et quel.es barrieres
nous restera- t'il àleur opposer ?
C'est ainsi que cet Ouvrage s'explique sur ce
qui paroissoit entrer dans son objet. Mais on
cherche exprès une digression , sur une matiere
éloignée , peut- être encore plus capable d'être
une occasion dangereuse de disputes et de dissentions
. C'est , Messieurs , sur ce qu'on appelle la
Jurisdiction Ecclesiastique , objet sur lequel à la
A..
MARS. 1731 . 615
vue de ce Mandement il ne nous est plus permis
de nous taire , et dont en même temps nous ne
sçaurions parler avec trop d'exactitude et de précaution
. Aujourd'hui plus que jamais nous devons
rappeller à ce sujet les maximes si pures de
nos peres , et nous retracer à nous mêmes les
principes dont ils ont transmis le dépôt jusqu'entre
nos mains .
Nous reconnoîtrons toujours la distinction et
l'indépendance , des deux Puissances établies sur
la terre pour la conduite des hommes ; le Sacerdoce
et l'Empire , la Puissance de la Religion , et
celle du Gouvernement temporel . Toutes deux ·
immédiatement émanées de Dieu , elles trouvent ,
chacune en elles - mêmes , le pouvoir qui convient
à leur institution et à leur fin : et s'il est vrai ,
comme on ne sçauroit en douter , qu'elles se
doivent une assistance mutuelle , c'est par voye
de correspondance et de concert , et non pas de
subordination et de dépendance .
La Religion destinée à soumettre les esprits , à
changer les coeurs , est d'un ordre surnaturel , et
conduit les hommes par un pouvoir , qui agissant
sur les ames , est appellé spirituel . En même
temps , suivant l'institution de JESUS- CHRIST
elle forme la Societé visible de l'Eglise Eglise
qui , sur la foi des Oracles Divins , doit subsister
visiblement jusqu'à la fin des siecles , et dont par
conséquent l'economie et la conduite doivent
aussi être visibles dans toute la suite des tems.
Le gouvernement temporel fondé sur l'institution
de Dieu , mais conduit par des voyes hu
maines , a pour objet l'ordre exterieur de la societé
, qui seul est au pouvoir des hommes ; et
employe les moyens humains , de l'autorité publique
, de la force coactive , de la severité des
peines temporelles ; enfin de tout ce qui compose
I vj Pap616
MERCURE DE FRANCE.
l'appareil d'une puissance vraiement exterieure."
Tandis qu'il défend par les armes le Corps de
l'Etat contre les ennemis qui peuvent l'attaquer
au-dehors , il maintient ce même Corps au- dedans
, par l'empire légitime qu'il exerce sur les
Citoïens. Il joint à l'autorité de la Loi , l'execution
forcée indépendamment de la volonté des
Sujets , et soumet par une contrainte effective
ceux qui résistent à son autorité.
L'exercice de cet empire exterieur des Loix ,
l'application de leur puissance aux Sujets , par le
Magistrat armé des moyens necessaires pour les
forcer à obéir , est ce qu'on appelle en termes de
Droit la Jurisdiction . C'est l'idée exacte que nous
en donnent les Jurisconsultes et les Loix. La Jurisdiction
est pleine et entiere , lorsque le pouvoir
de juger est revêtu de toute la force de la
puissance publique. Mais du moins sans quelque
participation de cette force coactive à l'exterieur ,
il n'est point de veritable Jurisdiction. Jurisdictio
sine modicâ coercitione nulla est , dit la Loy
se au Digeste de officio ejus cui mandata est
Jurisdictio, Et les interprêtes nous donnent pour
exemples de cette coercition dont parle la Loy
des châtimens qui affectent le corps , la prison ,
l'imposition de quelques peines pécuniaires.
Ainsi suivant les Loix et les Jurisconsultes ,'
on peut dire que la Jurisdiction prise dans son
sens propre et naturel , est un attribut du Gouvernement
temporel , parce qu'elle emporte une
contrainte au- dehors et une force qu'il est seul
en droit d'employer.
Il n'en est pas moins vrai que l'Eglise a d'ellemême
un autre genre de puissance et d'autorité
réelle , pour connoître et pour décider des matieres
spirituelles qu'elle a droit d'imposer des
peines de même nature , et d'exclute de son Corps
ceu
MARS. 1731. 617
ceux qui refuseroient de s'y soumettre : qu'il lui
appartient d'exercer ce pouvoir non seulement
sous le sceau de la Confession dans le Tribunal
secret de la Penitence , mais encore ouvertement
er d'une maniere visible , sur la connoissance
qu'elle peut avoir des faits. Mais lors même
qu'elle fait connoître et craindre ainsi ses Jugemens
, c'est sans entreprendre sur l'ordre public ,
et sans agir à l'exterieur avec l'empire réservé à
l'autre Puissance. Elle a reçu de JESUS CHRIST
le pouvoir spirituel de lier et de délier , de condamner
et d'absoudre , d'établir des regles et d'en
dispenser ; mais non pas de dominer comme les
Rois.
De-là vient ce qu'observent les Auteurs les
plus exacts que dans les Loix des premiers Empe→
reurs Chrétiens , le titre qui traite des Jugemens
Ecclesiastiques est intitulé , non pas de la Jurisdiction
Episcopale , de Episcopali Jurisdictione ;
mais de Episcopali audientiâ , dans le Code de
Justinien ; de Episcopali Judicio , dans celui de
Theodose : expressions dont le sens est bien different
de celui du terme propre de Jurisdiction
dans le Droit Romain.
Dès - lors cependant la confiance religieuse de
ces Princes , avoit accordé aux Evêques des attributions
qui par elles - mêmes n'étoient point .
comprises dans ce qui dépend du spirituel. On
n'en conservoit pas moins la difference des noms
qui caracterise la difference essentielle , entre le
pouvoir incontestable de l'Eglise , et la vraie Jurisdiction
qui appartient au Magistrat temporel.'
Mais ces attributions s'étant accrues et confir
mées dans la suite , on a emprunté les termes
usitez dans les Tribunaux séculiers , et on s'est
accoutumé à se servir du terme de Jurisdiction
en` parlant de divers Actes qu'exercent les Puissances
618 MERCURE DE FRANCE
sances de l'Eglise . En effet , soit par la concession
expresse , soit par le consentement tacite des
Princes , aujourd'hui plusieurs de ces Actes participent
du caractere de la Jurisdiction exterieure
et proprement dite .
Mais c'est abuser de cet avantage , que de dire
comme fait le Mandement , que le fonds de la
Jurisdiction exterieure et contentieuse est l'heritage
propre de l'Eglise d'insinuer qu'en cette
matiere , l'effet de la puissance de nos Rois se réduit
, soit à de certaines rogles et à de certaines
formes ausquelles il leur a pla .... d'assujettir
les Evêques et les Archevêques du Royaume....
dans l'exercice de leur jurisdiction ; soit à la
simple protection .... accordée par eux à l'Eglise
pour l'execution , on ne dit pas seulement
de ses censures , mais en general même de ses
jugemens d'exiger enfin qu'on reconnoisse un
caractere de Puissance publique exterieure dans
Pautorité qui est propre aux Prélats du premier
Ordre... dans le gouvernement de l'Eglise :
comme si la Puissance publique étoit autre chose
que la Puissance temporelle de qui dépend l'ordre
públic . Parler ainsi f sans explication même et
sans correctif , c'est confondre ce qu'il y a de
notions plus exactes sur la distinction des deux
Puissances , et répandre sur cette matiere des ténebres
qui ne permettent plus d'en reconnoître
les principes.
C'est cependant à la faveur de cette confusion ,
qu'on se porte jusqu'à dire , que refuser à l'Eglise
une Jurisdiction même exterieure qui lui
soit pro re c'est upposer que JESUS- CHRIST
ne l'a établie que sous un gouvernement trèsimparfait
, du moins à l'exterieur. Nous ne repetons
qu'avec répugnance des expressions qui
tendent à faire penser , que sans une Jurisdiction
exMARS.
17318
619
exterieure , telle que nous l'avons expliquée , l'ouvrage
de Jesus - Christ seroit imparfait. L'Institu
tion toute divine de l'Eglise en renfermeroit - elle
moins la puissance de la parole animée de l'Es-`
prit de Dieu , la grace des Sacremens, les rigueurs
salutaires de la Penitence , la sàinte sévérité des
censures , le discernement et la définition de la
Doctrine , le reglement du Spirituel par les Canons
? Un Evêque regardera-t'il comme insuffi
sans ces moyens sublimes , qui font l'essentiel du
pouvoir sacré de son Ministere
Trouvez bon , Messieurs , que sans en dire davantage
de nous-mêmes , nous empruntions les
termes d'un Auteur respecté en France depuis so
ans , initié dans le Sacerdoce , et de qui les laborteuses
veilles ont été si utiles à l'Eglise et à l'Etat.
C'est le sage et sçavant Auteur de l'Institution
au Droit Ecclesiastique. Il employe suivant
l'usage le terme de Jurisdiction , mais voici de
quelle maniere il s'en explique : Il faut revenir
àla distinction de la Jurisdiction propre et essentielle
à l'Eglise , et de celle qui lui est étrangere.
L'Eglise a par elle - même le droit de décider
toutes les questions de Doctrine , soit surla
Foi, soit sur la regle des moeurs. Elle a droit
d'établir de Canons ou regles de discipline pour
sa conduite interieure , d'en dispenser en quelques
occasions particulieres , et de les abroger
quand le bien de la Religion le demande. Elle
a droit d'établir des Pasteurs et des Ministres
pour continuer l'oeuvre de Dieu jusqu'à la fin
des secles , et pour exercer toute cette Jurisdiction
; elle peut les destituer s'il est necessaire.
Elle a droit de corriger tous ses enfan , leur
imposant des Penitences salutaires , soit pour
les pechez secrets qu'ils confessent , soit pour les
pechez publics dont ils sont convaincus . Enfin
620 MERCURE DE FRANCE
a droit de retrancher de son Corps les membres
corrompus , c'est-à - dire les pecheurs incorrigi
bles qui pourroient corrombre les autres . Voilà
les droits essentiels à l'Eglise , dont elle a joüi
sous les Empereurs Payens , et qui ne peuvent
lui être ôtez par aucune Puissance humaine....
tous les autre pouvoirs dont les Ecclesiastiques
ont été en possession et le sont encore en quelques
lieux, ne laissent pas de leur être légitimement
acquis par la concession expresse ou
sacite des Souverains ..et l'Eglise a autant de
raison de conserver ces droits , que ses autres
biens temporels.
•
Ce digne interprete de la doctrine et des maximes
de la France , semble , avoir rassemblé dans
cet endroit , tout ce qu'on trouve avec plus d'étenduë
, soit dans nos Auteurs les plus éclairez
soit dans les Canons et les autres monumens de la
plus venerable antiquité. Tels sont les principes
que nous attendrons toûjours d'un Evêque nourri
dans l'Eglise de France , et sur lesquels notre bouche
ne cessera point d'être de concert avec notre
coeur. L'Eglise a d'elle-même le droit de connoître
des matieres spirituelles , et le jugement qu'elle
en porte émane d'un pouvoir réel qui assujettit
les consciences. Elle a en sa disposition des peines
spisituelles , dont l'excommunication qui retranche
de sa communion est le comble. Elle tient du
Prince tout l'appareil , toute la forme exterieure
tout ce qui constitue le caractere public de jurisdiction
, l'espece de contrainte ou d'obligation civile
qui en est la suite , et les matieres temporelles
dont ont sçait qu'elle connoît aujourd'hui .
Qu'on se renferme dans ces termes , les diffi
cultez disparoîtront, ou s'il s'en élevé quelqu'une,
elle se terminera sans troubler la paix . Pour peu
qu'on se porte plus loin , la contradiction , les
disputes
MARS. 1731 . 621
disputes , les entreprises n'auront plus de fin . Les
écrits se multiplieront , et le fruit en sera peutêtre
d'apprendre à mettre en question ce qui ne
faisoit point de doute auparavant. Ne négligeons
pas d'étouffer dans leur naissance , jusqu'aux
moindres semences de dissension , sur l'autorité
et sur les limites de deux Puissances destinées à
une concorde immortelle. Que l'inquietude et
l'esprit de contention cessent ; fideles au serment
inviolable qui nous consacre aux droits de
l'une de ces deux Puissances , nous sçavons qu'en
même tems il nous engage à conserver les droits
de l'autre et nous n'oublierons jamais que de
leur intelligence dépend et leur propre avantage et
celui des hommes qui leur sont soumis. C'est ce
que disoit autrefois un grand Evêque de France :
Cum regnum et Sacerdotium inter se conveniunt
, benè regitur mundus , foret et fructifi
cat Ecclesia. Cum verò inter se discordant , non
tantum parva res non crescunt , sed etiam ma
gna res miserabiliter dilabuntur.
C'est , Messieurs , dans ces sentimens et par ces
vûes , que nous avons l'honneur de nous adresser
à la Cour pour arrêter les suites d'un ouvrage si
capable de causer de nouveaux troubles . C'est le
Mandement d'un Evêque ; et c'en est assez pour
que nous cherchions à nous renfermer dans la
forme la plus exacte.
Elle nous conduit à la voye de l'appel commé
d'abus , essentielle à l'ordre public du Royaume ,
et consacrée enFrance au maintient réciproque des
Loix de l'Eglise et de celle de l'Etat Ce que nous
venons d'avoir l'honneur de vous dire, vous indique
assez quels peuvent être la plupart des
moyens d'abus. Il suffit d'en avoir jetté les fondemens
, et s'il y a lieu dans la suite nous n'aurons
pas de peine à les développer de plus en plus.
Mais en attendant , vous sentez non -seulement
6,2 MERCURE DE FRANCE.
qu'il seroit dangereux , mais même qu'il est impossible
de souffrir qu'un tel ouvrage continuât
a se répandre et à se distribuer dans le public.
C'est surtout pour y opposer un remede au
moins provisoire , que nous avons crû devoir
nous expliquer dès aujourd'hui ; ét c'est aussi à
quoi tendent les conclusions par écrit qué nous
laissons à la Cour.
Eux retirez : Vût le Mandement imprimé intitulé,
Manlement de Monseigneur l'Evêque de Laon,
second Pair de France , Conte d'Anisy, donné à
Laon le 13. Novembre 1736. ensemble les Conclusions
par écrit du Procureur general du Roi ;
la matiere sur ce mise en déliberation .
La Cour reçoit le Procureur Generál Roi appel
lant comme d'abus dudit Mandement , lui permet
d'intimer sur ledit appel qui bon lui semblera, sur
lequel les parties auront audience au premier jour ;
et cependant fait deffenses de répandre , debiter ,
ou autrement distribuer aucuns exemplaires dudit
Mandement sous telles peines qu'il appartiendra
; que copies collationnées du present Arrêt
seront envoyées aux Bailliages et Sénechaussées
du ressort , pour y être lûës , publiées et registrées
; enjoint aux Substituts du Procureur Gene
ral du Roi , d'y tenir la main et d'en certifier la
Cour dans un mois. Fait en Parlement le 20. Fevrier
1731. Signé , YSABEAU.
ARREST du Parlement sur uñê Lettre Pastorale
de M. l'Evêque de Laon , & c.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez , et Maître
Pierre de Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roi , portant la parole , ont dit : Messieurs
, nous ne pouvons trop tôt apporter à la
Cour l'Imprimé intitulé , Lettre Pastorale , que
M. l'Evêque de Laon vient de publier dans son
Diocèse et qui nous fut envoyé hier par notre
MARS. 1731. 623
Substitut au Bailliage de Laon. Sa lecture vous
fera sentir la necessité des Conclusions que nous
croyons devoir prendre en ce moment. On voit
que c'est une partie qui cherche à faire insulte à
ses Juges, et qui traite d'entreprise la voye dedroit
de l'appel comme d'abus , sur lequel la Cour nous
ǎ permis de l'intimer par son Arrêt du 20. du
mois dernier. En même tems qu'elle etouffera sur
le champ ce scandale , elle voudra bien nous réserver
la liberté de prendre dans la suite telles Conclusions
que nous jugerons à propos à ce sujet.
Nous requerons qu'il plaise à la Cour ordonner
que l'Ecrit intitulé : Lettre Pastorale de M. l'Evêque
de Laonn , daté du 24. Février 1731. au
sujet de l'Arrêt de la Cour du 20. du même
mois , demeurera supprimé comme séditieux , ate
tentatoire à l'autorité Royale et à l'Arrêst de la
Cour : sauf à nous de prendre au surplus telles
conclusions que nous jugerons à propos , en pro
cedant au jugement de l'appel comme d'abus
reçû par l'Arrêt du 20. Fevrier dernier , à l'effet
de quoi un Exemplaire dudit Ecrit demeurera au
Greffe de la Cour. Ordonner au surplus que
l'Arrêt du 20. Fevrier dernier , sera executé selon
sa forme et teneur , et que copies collationnées de
celui que la Cour rendra aujourd'ui seront envoyées
aux Bailliages et Sénéchaussées du Ressort
pour y être lues , publiées et enregistrées ; enjoint
nos Substituts d'y tenir la main et d'en certifier
la Cour dans un mois.
Eux retirez : Lecture fai e dudit Imprimé ayant
pour titre : Lettre Pastorale de Monseigneur
PEvêque Duc de Laon , second Pair de France
Comte d'Anisy, & c. au sujet de l'Arrêt du Par
lement du Lo. Fevrier 1731. sur son Mandement
du 13. Novembre 1730. La matiere sur ce
mise en déliberation.
La Cour ordonne que ledit Ecrit intitulé : Legł
624 MERCURE DE FRANCE
a
tre Pastorale de M. l'Evêque de Laon , datté du
24. Février 173 1. au sujet de l'Arrêt de la Cour
du 20. du méme mois , demeurera supprimé
comme séditieux, attentatoire à l'autorité Royale
et à l'arrêt de la Cour , sauf au Procureur Géneral
du Roi à prendre au surplus telles conclusions
qu'il jugera à propos en procedant au jugement
de l'appel comme d'abus , reçû par l'Arrêt du 20 .
Février dernier , à l'effet de quoi un Exemplaire
dudit Ecrit demeurera au Greffe de la Cour :
Ordonne au surplus que l'Arrêt d'icelle du 20 .
Fevrier dernier , sera executé selon sa forme et
teneur , et que Copies collationnées du present
Arrêt , seront envoyées aux Bailliages en Sénechaussées
du Ressort , pour y être lûes , publiées
et enregistrées ; enjoint aux Substituts du Procureur
General du Roi , d'y tenir la main , et d'en
certifier la Cour dans un mois . Fait en Parlement
le 2. Mars 1731. Signé , DUFRANC .
1
ARREST du 10. Mars , rendu à l'occasion
des disputes qui se sont élevées au sujet des deux
Puissances & c . dont voici la teneur. Le Roi étant
informé qu'à l'occasion de quelques Ecrits qui
se sont répandus dans le Public , il s'est élevé de
nouvelles disputes sur differentes matieres , et
entr'autres sur ce qui regarde la nature , l'éten
due et les bornes de l'autorité Ecclesiastique et
de la Puissance Séculiere , Sa Majesté attentive
à remplir tout ce que la Religion exige de son
pouvoir , sans manquer à ce qu'elle se doit à
elle -même , regarde comme son premier devoir
d'empêcher qu'à l'occasion de ces disputes on ne
mette en question les droits sacrés d'une Puissance
qui a reçû de Dieu seul l'autorité de décider
les questions de Doctrine sur la Foi , ou sur
la regle des moeurs , de faire des Canons ou
regles de discipline pour la conduite des MinisMARS.
173.1 . 625
>
2
tres de l'Eglise et des Fidelles dans l'Ordre de
la Religion , d'établir ces Ministres , ou de les
destituer , conformément aux inémes regles ; et
de se faire obéir , en imposant aux Fideles , suivant
l'Ordre Canonique , non - sculement des pénitences
salutaires , mais de veritables peines spirituelles
, par les jugemens ou par les censures que
les premiers Pasteurs ont droit de prononcer et
de manifester , et qui sont d'autant plus redou
tables qu'elles produisent leur effet sur l'ame du
coupable , dont la résistance n'empêche pas qu'il
ne porte malgré lui la peine à laquelle il est condamné.
Si la Religion de Sa Majesté l'oblige
comme protecteur de l'Eglise , et en qualité de
Roi Très - Chrétien , à empêcher qu'on ne donne
aucune atteinte à ce qui appartient si essentiellement
à la puissance spirituelle ; son intention
est aussi qu'elle continue de jouir paisiblement
dans ses Etats de tous les Droits ou Privileges
qui lui ont été accordés par les Rois ses prédecesseurs
, sur ce qui regarde l'appareil exterieur
d'un Tribunal public , les formalités de l'ordre
ou du stile judiciaire , l'exécution forcée des Jugemens
sur le corps ou sur les biens , les obligations
ou les effets qui en résultent dans l'ordre.
exterieur de la Societé , et en général tout ce
qui adjoute la terreur des peines temporelles à
la crainte des peines spirituelles . Mais comme les
disputes qui commencent à s'élever pourroient
donner lieu d'agiter sur ces differens points et
sur tous ceux qui peuvent y avoir rapport , des
questions témeraires ou dangereuses , non seule.
ment sur les expressions qui peuvent être differemment
entenduës , mais sur le fond des choses
mêmes , Sa Majesté à crû devoir suivre en cette
occasion l'exemple des Rois ses prédecesseurs ,
en arrêtant d'un côté le cours de ces disputes
maissantes, et en prenant de l'autre toutes les me
626 MERCURE DE FRANCE
eures que sa sagesse et sa pieté lui inspireront
pour les éteindre entierement : A quoi desirane
pourvoir : S. M. étant en son Conseil , a ordonné
et ordonne , que toutes lesdites disputes ou
contestations , et pareillement celles qui peuvent
y avoir rapport , soient et demeurent suspendues
comme S. M. les suspend par le present Arrêt;
imposant par provision un silence general et absolu
sur ce qui fait la matiere desdites cotestations;
et en'consequence , fait S. M. très- expresses inhibitions
et deffenses à toutes les Universitez du
Royaume , notamment aux Facultez de Théologie
et de Droit Civil & Canonique , de permettre
aucunes disputes dans les Ecoles sur cette matiere;
comme aussi d'enseigner ou de souffrir qu'on enseigne
rien de contraire aux principes cy- dessus
marquez sur les deux Puissances. Deffend pareillement
à tous ses Sujets , de quelque êtat , qualité
et condition qu'ils soient , de faire aucunes assein
blées , déliberations , actes ,
déclarations , iequê→
tes , poursuites ou procédures , à l'occasion desdites
disputes , ou de tout ce qui peut les concerner
, et d'écrire , composer , imprimer , vendre,
débiter ou distribuer directement ou indirectement
aucuns Ecrits , Livres , Libelles , Mémoires ou au
tres Ouvrages sur le même sujet , sous quelque
prétexte , et sous quelque titre ou nom que ce puisse
être , le tout à peine contre les contrevenans d'être
traités comme rebelles et désobeïssants aux or→
dres du Roi , séditieux et perturbateurs du repos
public , Sa Majesté se reservant à elle seule , sur
l'avis de ceux qu'elle jugera à propos de choisir in.
cessament dans son Conseil , et même dans l'Ore.
dre Episcopal , de prendre les mesures qu'elle estimera
les plus convenables ' pour conserver toujours
de plus en plus les droits inviolables des deux
Puissances , et maintenir entre elles l'union qui
doit y regner pour le bien commun de l'Eglise et
MARS. 1731. 627
de l'Etat . Exhorte Sa Mejesté , et néanmoins enjoint
à tous les Archevêques et Evêques de son
Royaume de veiller chacun dans leur Diocèse à ce
que la tranquilité qu'elle veut y maintenir par la
cessation de toutes disputes , soit charitablement
et inviolablement conservée &c.
Fermer
Résumé : ARRESTS , DECLARATIONS , ORDONNANCES , &c.
Le document présente plusieurs ordonnances et arrêts royaux émis en 1731. Le 12 décembre, une ordonnance concerne la ville et comté de Laval, et une autre régule la fabrication des papiers dans la province du Limousin. Le 26 décembre, une ordonnance interdit la fabrication de pavés de grès dans la généralité de Paris, sauf pour les entrepreneurs des Ponts et Chaussées. Le 21 janvier, une ordonnance impose des déclarations pour le café entrant et sortant de Marseille, avec des amendes pour non-respect. Le 23 janvier, une ordonnance nomme Pierre Vacquier pour gérer la vente exclusive du café dans le royaume, et une autre accepte la rétrocession de la Louisiane et des Illinois par la Compagnie des Indes, libérant ainsi le commerce de la Louisiane. Le 30 janvier, une ordonnance maintient les gages des officiers créés en 1672 dans diverses chancelleries. En février, une ordonnance fixe la jurisprudence sur les donations. Enfin, un arrêt du Parlement critique un mandement de l'évêque de Laon, jugé contraire aux maximes de l'Église gallicane et aux libertés ecclésiastiques. Le texte traite de la distinction entre les pouvoirs spirituel et temporel, et des limites de la juridiction ecclésiastique. L'Église, ayant reçu de Jésus-Christ le pouvoir spirituel de lier et de délier, de condamner et d'absoudre, établit des règles et en dispense, mais ne domine pas comme les rois. Les premiers empereurs chrétiens distinguaient la juridiction épiscopale de la juridiction temporelle, mais avec le temps, les évêques ont acquis des attributions temporelles par la concession des princes. Le terme 'juridiction' a été adopté pour désigner certains actes ecclésiastiques, participant ainsi de la juridiction extérieure. Le texte critique un mandement qui affirme que la juridiction extérieure et contentieuse est l'héritage propre de l'Église, réduisant le rôle des rois à des règles et formes ou à une simple protection. Cette confusion des pouvoirs spirituel et temporel est jugée dangereuse. L'Église possède des moyens spirituels sublimes pour son ministère, et la puissance publique est considérée comme temporelle. Le texte cite un auteur respecté qui distingue la juridiction propre à l'Église, liée aux matières spirituelles, de celle acquise par concession des souverains. L'Église a le droit de décider des questions de doctrine, d'établir des règles de discipline, de corriger les fidèles et de retrancher les membres corrompus. Les difficultés surgissent lorsque l'on confond ces deux types de juridiction. Le texte conclut en appelant à la suppression d'un mandement et d'une lettre pastorale jugés séditieux et attentatoires à l'autorité royale, afin de maintenir la paix et la concorde entre les deux pouvoirs. Le Parlement ordonne la suppression de ces écrits et l'exécution de ses arrêts. Le document est un arrêt royal daté du 10 mars 1731, signé par Dufranc, concernant les disputes sur les pouvoirs de l'autorité ecclésiastique et de la puissance séculière. Le roi, informé de la propagation d'écrits publics ayant suscité des controverses, rappelle que l'autorité ecclésiastique, reçue de Dieu, a le pouvoir de décider des questions doctrinales, de régler la discipline religieuse, et d'imposer des peines spirituelles. Le roi, en tant que protecteur de l'Église et roi très chrétien, doit empêcher toute atteinte à la puissance spirituelle et garantir que l'Église jouisse paisiblement de ses droits et privilèges. Pour éviter des questions téméraires ou dangereuses, le roi ordonne la suspension de toutes les disputes et contestations relatives à ces sujets. Il interdit aux universités et facultés de théologie et de droit de permettre des disputes ou d'enseigner des doctrines contraires aux principes établis. De plus, il interdit à ses sujets de tenir des assemblées, de publier des écrits ou de poursuivre des procédures sur ces matières, sous peine de sanctions sévères. Le roi se réserve le droit de prendre les mesures nécessaires pour préserver les droits des deux puissances et maintenir l'union entre elles. Les archevêques et évêques sont exhortés à veiller à la tranquillité dans leurs diocèses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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71
p. 1827-1830
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux, par M. A. C. D. V. le 14. Juillet au sujet du Tonnerre &c.
Début :
Je ne vous parlerois pas, Monsieur, du Tonnerre tombé dans cette Ville [...]
Mots clefs :
Tonnerre, Attestation juridique, Église, Danger de mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux, par M. A. C. D. V. le 14. Juillet au sujet du Tonnerre &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux,
par M. A. C. D. V. le 14. Juillet an
sujet du Tonnerre &c.
J
E ne vous parlerois pas , Monsieur ,
du Tonnerre tombé dans cette Ville
avec des circonstances singulieres , si
je n'en trouvois un exemple dans vôtre
1. vol . du Mercure de Juin , voici le fait
en peu de mots.
Pendant Vêpres du jour de S. Pierre
S. Paul 29. du passé , il y eut dans cette
Ville , et 3. lieues à la ronde , un orage
et un Tonnerre effroyable , lequel ayant
commencé sur le midi , tomba enfin dans
F'Eglise Paroissiale de S. Thomas , en
passant par une des ouvertures du haut
de la Tour du Clocher , et descendant
par le bel Escalier de pierre , qui y est
enfermé , où il déplaça quelques pierres ;
il entra dans l'Eglise par la porte de cet
Escaliers et avant qu'on se fût apperçu
de sa chûte , quatre hommes de suite s'en
trouverent marqués : l'un tout le long du
bras depuis l'epaule jusqu'au poignet ,
l'autre sur le haut du col , l'autre au derriere
, quoyqu'il fût assis , le quatrième
à la main. Celui qui est marqué sur le
haut du col , ressemble tout à fait à un
I vj homme ,
1828 MERCURE DE FRANCE
homme, qui auroit été marqué pour
quelque mal-fait ; cela est si vray que
cet homme demande actuellement une
attestation Juridique de cet accident à
M". du Présidial pour se préserver de
tout soupçon , en cas qu'il fut obligé de
se deshabiller ailleurs qu'à Evreux , pour
quelque raison que ce soit ; ils montrent
tous quatre leurs marques à tous ceux qui
veulent les voir.
Quand le Tonnerre eût fait ce coup
il parut comme un Tourbillon de
feu dans l'Eglise , qui monta jusqu'aw
Choeur , pendant les encencemens du
Magnificat , ce qui fit coucher tous les
Assistants par terre dans le Choeur et dans
la Nef; le seul Curé , qui a la vûë trẻs
basse, ne s'apperçût de rien, et n'eut peur
que du coup qui accompagna la chûte.
Le Tonnerre remonta par le Rond point
du Choeur , où il brisa uneCroix de pierre,
et démolit 3. ou 4. pierres des environs
le tout en un instant , in ictu oculi : le
Service interrompu fût repris aprés un
délay suffisant , pour s'assurer si les
hommes frappés n'étoient pas en danger
de mort ; on les remena chez eux où ils
furent saignés sur le champ ; et enfin ils
en ont été quittes pour la peur. Le lendemain
on celebra dans la même Eglise,
>
4.
une
t
JUILLE T. 1731. 1829
une Messe d'Action de graces.
Puisque dans le même Mercure que
j'ai cité vous avés marqué la mort de
MIC. de Braque , comme vous avés mar◄
qué en son temps celle de M. sa mere ,
je vous prie de vouloir bien faire mention
de la naissance d'un de ses neveux , nôtre
futur Seigneur, Car une soeur de la Dile
dont vous venez d'annoncer la mort
fût mariée en 1723. à Cæsar Charles le
Franc du Val David , cette Dame vient
d'accoucher d'un fils chez M. le Comte
de Braque son Pere : huit belles Terres
dont il est l'heritier présomprif le mettront
un jour en état de soutenir son illustre
naissance ; la Maison est très ancienne
, et n'a point changé depuis 4. Siecles
et plus.
On donne avis que le Marquis de Flamenville,
autorisé par Arrêt du Conseil , a fait construire
un Port dans sa Terre de Flamenville , qui sera
d'un grand secours aux Bâtimens qui passent le
Raz Blachard , autrement dit Cap de la Hague,
et au Sud-Est la grande Ance de Vauville , dit
Blanc Sablon.
Il y a une Kade admirable et de bonne tenuë
où l'on mouille à 10. 12. et 15. brasses d'eau , fond
de sable. Le Port qui est fermé par une Chaussée
de plus de 100. toises de longueur , est à l'abri de
tous vents ; il y monte 18. 20. et 22. pieds d'eau
de grande Mer , 8. 1c. et 12. de mort'eau. On y
trouvera
1830 MERCURE DE FRANCE
trouvera les rafraîchissemens necessaires. Ce Port
est marqué sur les Cartes de France , entre l'Ance
de Vauville et le Cap de Flamenville , dit Gros
Nez. Ce Port se nomme Dielette.
Le sieur de Fleury , est seul possesseur d'un
Elixir efficace , d'une odeur agréable , avec lequel,
il blanchit parfaitement les dents sans aucune
douleur , arrête la carie , fond dans l'instant le
Tartre qui y est attaché , purifie les gencives sans
les couper ni altérer , il en chasse les mauvaises
matieres , et sans se servir d'aucun ferrement.
Les effets de ce Remede se font sur le champ ;
il arrête la douleur des dents cariées sans aucune
suite fâcheuse ni autre inconvenient. Le sieur de
Fleury , après un très - grand nombre d'experiences
, ayant été à la Cour par ordre de la Reine ,
a fait usage de son Elixir pour plusieurs personnes
de grande consideration. Le Public doit
tirer une grande utilité de ce Remede , l'application
en est très-facile , elle ne se fait qu'avec des
petits morceaux de bois en forme de Curedent.
Après qu'on a fait usage une seule fois de cet
Elixir , on peut aisément se conserver les dents .
blanches et les gencives saines , en prenant les
Brécautions suivantes .
1. Se ratisser la langue tous les matins avec un
couteau d'yvoire ou autre. 2. Se laver la bouche
et les dents avec une petite Eponge. 3. Se frotter
les dents avec du papier brûlé, et se rinser la bous
che ensuite.
Le sieur de Fleury , demeure vis - à- vis M. le
Président de Luber , chez Madame Moulé , ruë
de Clery.
par M. A. C. D. V. le 14. Juillet an
sujet du Tonnerre &c.
J
E ne vous parlerois pas , Monsieur ,
du Tonnerre tombé dans cette Ville
avec des circonstances singulieres , si
je n'en trouvois un exemple dans vôtre
1. vol . du Mercure de Juin , voici le fait
en peu de mots.
Pendant Vêpres du jour de S. Pierre
S. Paul 29. du passé , il y eut dans cette
Ville , et 3. lieues à la ronde , un orage
et un Tonnerre effroyable , lequel ayant
commencé sur le midi , tomba enfin dans
F'Eglise Paroissiale de S. Thomas , en
passant par une des ouvertures du haut
de la Tour du Clocher , et descendant
par le bel Escalier de pierre , qui y est
enfermé , où il déplaça quelques pierres ;
il entra dans l'Eglise par la porte de cet
Escaliers et avant qu'on se fût apperçu
de sa chûte , quatre hommes de suite s'en
trouverent marqués : l'un tout le long du
bras depuis l'epaule jusqu'au poignet ,
l'autre sur le haut du col , l'autre au derriere
, quoyqu'il fût assis , le quatrième
à la main. Celui qui est marqué sur le
haut du col , ressemble tout à fait à un
I vj homme ,
1828 MERCURE DE FRANCE
homme, qui auroit été marqué pour
quelque mal-fait ; cela est si vray que
cet homme demande actuellement une
attestation Juridique de cet accident à
M". du Présidial pour se préserver de
tout soupçon , en cas qu'il fut obligé de
se deshabiller ailleurs qu'à Evreux , pour
quelque raison que ce soit ; ils montrent
tous quatre leurs marques à tous ceux qui
veulent les voir.
Quand le Tonnerre eût fait ce coup
il parut comme un Tourbillon de
feu dans l'Eglise , qui monta jusqu'aw
Choeur , pendant les encencemens du
Magnificat , ce qui fit coucher tous les
Assistants par terre dans le Choeur et dans
la Nef; le seul Curé , qui a la vûë trẻs
basse, ne s'apperçût de rien, et n'eut peur
que du coup qui accompagna la chûte.
Le Tonnerre remonta par le Rond point
du Choeur , où il brisa uneCroix de pierre,
et démolit 3. ou 4. pierres des environs
le tout en un instant , in ictu oculi : le
Service interrompu fût repris aprés un
délay suffisant , pour s'assurer si les
hommes frappés n'étoient pas en danger
de mort ; on les remena chez eux où ils
furent saignés sur le champ ; et enfin ils
en ont été quittes pour la peur. Le lendemain
on celebra dans la même Eglise,
>
4.
une
t
JUILLE T. 1731. 1829
une Messe d'Action de graces.
Puisque dans le même Mercure que
j'ai cité vous avés marqué la mort de
MIC. de Braque , comme vous avés mar◄
qué en son temps celle de M. sa mere ,
je vous prie de vouloir bien faire mention
de la naissance d'un de ses neveux , nôtre
futur Seigneur, Car une soeur de la Dile
dont vous venez d'annoncer la mort
fût mariée en 1723. à Cæsar Charles le
Franc du Val David , cette Dame vient
d'accoucher d'un fils chez M. le Comte
de Braque son Pere : huit belles Terres
dont il est l'heritier présomprif le mettront
un jour en état de soutenir son illustre
naissance ; la Maison est très ancienne
, et n'a point changé depuis 4. Siecles
et plus.
On donne avis que le Marquis de Flamenville,
autorisé par Arrêt du Conseil , a fait construire
un Port dans sa Terre de Flamenville , qui sera
d'un grand secours aux Bâtimens qui passent le
Raz Blachard , autrement dit Cap de la Hague,
et au Sud-Est la grande Ance de Vauville , dit
Blanc Sablon.
Il y a une Kade admirable et de bonne tenuë
où l'on mouille à 10. 12. et 15. brasses d'eau , fond
de sable. Le Port qui est fermé par une Chaussée
de plus de 100. toises de longueur , est à l'abri de
tous vents ; il y monte 18. 20. et 22. pieds d'eau
de grande Mer , 8. 1c. et 12. de mort'eau. On y
trouvera
1830 MERCURE DE FRANCE
trouvera les rafraîchissemens necessaires. Ce Port
est marqué sur les Cartes de France , entre l'Ance
de Vauville et le Cap de Flamenville , dit Gros
Nez. Ce Port se nomme Dielette.
Le sieur de Fleury , est seul possesseur d'un
Elixir efficace , d'une odeur agréable , avec lequel,
il blanchit parfaitement les dents sans aucune
douleur , arrête la carie , fond dans l'instant le
Tartre qui y est attaché , purifie les gencives sans
les couper ni altérer , il en chasse les mauvaises
matieres , et sans se servir d'aucun ferrement.
Les effets de ce Remede se font sur le champ ;
il arrête la douleur des dents cariées sans aucune
suite fâcheuse ni autre inconvenient. Le sieur de
Fleury , après un très - grand nombre d'experiences
, ayant été à la Cour par ordre de la Reine ,
a fait usage de son Elixir pour plusieurs personnes
de grande consideration. Le Public doit
tirer une grande utilité de ce Remede , l'application
en est très-facile , elle ne se fait qu'avec des
petits morceaux de bois en forme de Curedent.
Après qu'on a fait usage une seule fois de cet
Elixir , on peut aisément se conserver les dents .
blanches et les gencives saines , en prenant les
Brécautions suivantes .
1. Se ratisser la langue tous les matins avec un
couteau d'yvoire ou autre. 2. Se laver la bouche
et les dents avec une petite Eponge. 3. Se frotter
les dents avec du papier brûlé, et se rinser la bous
che ensuite.
Le sieur de Fleury , demeure vis - à- vis M. le
Président de Luber , chez Madame Moulé , ruë
de Clery.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite d'Evreux, par M. A. C. D. V. le 14. Juillet au sujet du Tonnerre &c.
Le 29 juin, un violent orage accompagné de tonnerre a frappé la ville d'Évreux et ses environs. Le tonnerre a pénétré dans l'église paroissiale de Saint Thomas par une ouverture dans la tour du clocher, déplaçant quelques pierres et marquant quatre hommes. Les blessures incluaient des marques sur le bras, le cou, le dos et la main. Un des hommes a demandé une attestation juridique pour éviter tout soupçon. Après l'incident, un tourbillon de feu est apparu dans l'église, faisant tomber les assistants à terre. Le tonnerre a ensuite remonté par le chœur, brisant une croix de pierre et démolissant quelques pierres. Le service religieux a été interrompu puis repris après un délai suffisant pour s'assurer que les hommes marqués n'étaient pas en danger. Le lendemain, une messe d'action de grâces a été célébrée. Le texte mentionne également la naissance d'un neveu de Michel de Braque, futur seigneur, issu du mariage d'une sœur de la défunte avec César Charles le Franc du Val David. La maison de Braque est décrite comme très ancienne et inchangeable depuis plus de quatre siècles. Le Marquis de Flamenville a fait construire un port à Flamenville, nommé Dielette, qui est d'un grand secours pour les bâtiments naviguant près du Raz Blachard et de la grande Ance de Vauville. Ce port est marqué sur les cartes de France et offre des conditions de mouillage sécurisées. Enfin, le sieur de Fleury possède un élixir efficace pour blanchir les dents, arrêter la carie et purifier les gencives. Cet élixir a été utilisé à la cour par ordre de la Reine et est disponible chez Madame Moulé, rue de Clery, vis-à-vis du Président de Luber.
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72
p. 2618-2620
Assemblées publiques des Academies, [titre d'après la table]
Début :
Le Mardy 13. Novembre, l'Académie Royale des Inscriptions, et Belles-Lettres [...]
Mots clefs :
Curé, Église, Académie royale des sciences, Pensionnaire anatomiste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Assemblées publiques des Academies, [titre d'après la table]
Le Mardy 13. Novembre , l'Académie
Royale des Inscriptions , et Belles - Lettres
, reprit ses séances par une Assemblée
publique , où M. l'Abbé Sevin lût
d'abord une Dissertation sur la vie et les
ouvrages de Panatius , ancien Philosophe
Stoïcien . Cette lecture fut suivie de celle
d'un Discours de M. Hardion sur la
TraNOVEMBRE
1731 2619
Tragedie de Rhesus , qui se trouve dans
le Recueil de celles d'Euripide. Il en fait
la Critique , et rapporte les raisons qu'il
a de croire que cette Piece n'étoit ni de
Sophocle ni d'Euripide. M. l'Abbé Souchay
lût ensuite une Dissertation sur l'Epithalam
, où il recherche l'origine de
ce genre de Poësie , et examine sa nature.
et ses differentes especes. La séance fût
terminée par un Memoire de M. Lancelot
, sur la vie et les ouvrages de François
Philelphe , l'un de ces premiers Sçavants
qui dans le commencement du quinziéme
siécle firent fleurir les Lettres en
Italie.
Le Mercredy 14. l'Académie Royale
des Sciences tint son assemblée publique.
que, La séance s'ouvrit par l'Eloge du
Comte de Marsigli , Associé Etranger ,
mort depuis quelque temps. Cet Eloge
écrit , selon la coûtume , par M. de Fontenelle
,
fut lû par M. l'Abbé de Bragelogne.
M. Bolduc lût ensuite un Memoire
sur le Sel d'Epsom : après quoy l'Abbé
de Bragelogne lût encore pour M. de
Fontenelle , l'Eloge de M. Duvernay
Pensionnaire Anatomiste , mort aussi depuis
quelque temps.
M.
#620 MERCURE DE FRANCE
M. Duhamel lût après une Dissertation
sur la greffe des Arbres , et M. Morand
finit la séance par un Memoire sur
certains déchiremens du coeur , qui occasionnent
la mort subite.
On donnera des Extraits de tous ces
Memoires..............................................................................
Royale des Inscriptions , et Belles - Lettres
, reprit ses séances par une Assemblée
publique , où M. l'Abbé Sevin lût
d'abord une Dissertation sur la vie et les
ouvrages de Panatius , ancien Philosophe
Stoïcien . Cette lecture fut suivie de celle
d'un Discours de M. Hardion sur la
TraNOVEMBRE
1731 2619
Tragedie de Rhesus , qui se trouve dans
le Recueil de celles d'Euripide. Il en fait
la Critique , et rapporte les raisons qu'il
a de croire que cette Piece n'étoit ni de
Sophocle ni d'Euripide. M. l'Abbé Souchay
lût ensuite une Dissertation sur l'Epithalam
, où il recherche l'origine de
ce genre de Poësie , et examine sa nature.
et ses differentes especes. La séance fût
terminée par un Memoire de M. Lancelot
, sur la vie et les ouvrages de François
Philelphe , l'un de ces premiers Sçavants
qui dans le commencement du quinziéme
siécle firent fleurir les Lettres en
Italie.
Le Mercredy 14. l'Académie Royale
des Sciences tint son assemblée publique.
que, La séance s'ouvrit par l'Eloge du
Comte de Marsigli , Associé Etranger ,
mort depuis quelque temps. Cet Eloge
écrit , selon la coûtume , par M. de Fontenelle
,
fut lû par M. l'Abbé de Bragelogne.
M. Bolduc lût ensuite un Memoire
sur le Sel d'Epsom : après quoy l'Abbé
de Bragelogne lût encore pour M. de
Fontenelle , l'Eloge de M. Duvernay
Pensionnaire Anatomiste , mort aussi depuis
quelque temps.
M.
#620 MERCURE DE FRANCE
M. Duhamel lût après une Dissertation
sur la greffe des Arbres , et M. Morand
finit la séance par un Memoire sur
certains déchiremens du coeur , qui occasionnent
la mort subite.
On donnera des Extraits de tous ces
Memoires..............................................................................
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Résumé : Assemblées publiques des Academies, [titre d'après la table]
Le 13 novembre 1731, l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres reprit ses séances publiques. L'Abbé Sevin présenta une dissertation sur la vie et les œuvres de Panatius, un philosophe stoïcien. Hardion lut un discours critiquant la tragédie de Rhésus, attribuée à Euripide, et argumenta qu'elle n'était ni de Sophocle ni d'Euripide. L'Abbé Souchay discuta de l'épithalame, explorant son origine et ses différentes espèces. La séance se conclut par un mémoire de Lancelot sur la vie et les œuvres de François Philelphe, un savant italien du quinzième siècle. Le 14 novembre, l'Académie Royale des Sciences tint son assemblée publique. La séance débuta par l'éloge du Comte de Marsigli, rédigé par de Fontenelle et lu par l'Abbé de Bragelogne. Bolduc lut un mémoire sur le sel d'Epsom. L'Abbé de Bragelogne lut ensuite l'éloge de Duvernay, anatomiste. Duhamel présenta une dissertation sur la greffe des arbres, et Morand conclut la séance avec un mémoire sur certaines déchirures du cœur causant la mort subite. Des extraits de tous ces mémoires seront publiés.
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73
p. 2887-2890
Cérémonie Funebre à S. Germain l'Auxerrois.
Début :
Il y avoit long temps que les Musiciens de cette Capitale voyoient avec [...]
Mots clefs :
Musique, Église, Cérémonie
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texteReconnaissance textuelle : Cérémonie Funebre à S. Germain l'Auxerrois.
Cérémonie Funebre à S. Germain Anxerrois.
L y avoit long temps que les Musi-
Iciens
ciens de cette Capitale voyoient avec
peine tout ce qu'il y a de Communautez
et de Confreries faire un Service Annuel
pour le repos de l'Ame de leurs Confre
res décedez dans l'Année , sans observer
entr'eux cette religieuse pratique si convenable
à l'esprit de l'Eglise , et si propre
à entretenir l'union et la conformité de
I. Vol Lij Prieres
138 MERCURE DE FRANCE
Prieres
pour aider et soulager , après leur
mort par leurs suffrages , ceux avec
qui ils avoient été liés pat les mêmes talens
pendant leur vie.
J
Ce fut le 22 de Novembre dernier
jour de Ste. Cecile , leur Patrone , qu'ils
prirent cette résolution salutaire ; ils fixerent
le
temps de cette pieuse Cérémonie
u mois de Decembre , pour réunir au
même sacrifice la mémoire de ceux de
leurs Confreres qu'ils auroient perdus
dans le cours de l'Année. Ils se cottiserent
tous pour une somme legere dont ils convinrent
pour les frais de sonnerie , le luminaire
, les Billets , & c.
Ils choisirent pour faire chanter certe
Messe solemnelle , M. Guillery , Benefisier
, et Maître de Musique de S. Germain
l'Auxerrois , moins parce qu'il est
l'ancien des Maîtres de Musique , actuellement
en exercice à Paris , que pour son
mérite personnel , et la réputation qu'il
s'est acquise depuis plus de trente ans
qu'il est en place.
Mrs du Chapitre de S. Germain accorderent
volontiers le Choeur de leur Eglise
pour seconder les loüables intentions des
Musiciens . L'Abbé de Cosnac , Doyen
du Chapitre , et Vicaire general du Diosèse
, assista à la Cérémonie avec Mrs. les
I.Vol. Cha
DECEMBRE 1731. 2889
sang
Chanoines , les Beneficiers , le Clergé ,
er quantité de personnes de distinction
placés au Jubé. On peut dire ,
éxagerer , qu'il ne s'est , peut être , jamais
vû de Corps de Musique plus complet.
Les plus fameux et les plus habiles
s'y trouverent au nombre d'environ 200 ,
tous connus par leurs talens distinguez ,
soit pour la Musique vocale , soit pour
la Musique instrumentale. On ne parle
d'aucun en particulier , parce que tous
se signalerent également , et qu'il ne s'est
guere vû d'occasion où l'émulation aig
été plus generale , et l'harmonie plus ma▸
gnifique et plus précise.
3.
Ce Service solemnel fut chanté le 4. de
ce mois pour feus Mrs. Petouille , Prêtre ,
Beneficier et Maître de Musique de l'Eglise
de Paris , Laurent , Placet , Prêtres ,
et Crepin , Beneficiers de la même Eglises
Mrs. De la Lande Surintendant de la
Musique du Roy , Marais , Senaillé
Regnier , Gardinville , Mangot , Bandy
Reffié , Calus , et Ossus , Organiste .
Ön annoncera , l'année prochaine , par
les Billets qui seront distribués le jour du
Service , et l'Eglise où il sera célebré.
La vûë qu'on a euë en inserant ici cet
Article , est d'engager les familles des.
Maîtres de Musique ou Musiciens qui
La Vol.
Liij
dé
2890 MERCURE DE FRANCE
, décederont en Province d'en donner
avis à l'un des Maîtres de Musique de ,
Paris , afin qu'ils ayent part aux Prieres
et aux Suffrages de leurs Confreres. Sancta
et salubris est cogitatio pro Defunctis exorare
ut à peccatis solvantur , Machab .
lib. 2. chap. XII .
L y avoit long temps que les Musi-
Iciens
ciens de cette Capitale voyoient avec
peine tout ce qu'il y a de Communautez
et de Confreries faire un Service Annuel
pour le repos de l'Ame de leurs Confre
res décedez dans l'Année , sans observer
entr'eux cette religieuse pratique si convenable
à l'esprit de l'Eglise , et si propre
à entretenir l'union et la conformité de
I. Vol Lij Prieres
138 MERCURE DE FRANCE
Prieres
pour aider et soulager , après leur
mort par leurs suffrages , ceux avec
qui ils avoient été liés pat les mêmes talens
pendant leur vie.
J
Ce fut le 22 de Novembre dernier
jour de Ste. Cecile , leur Patrone , qu'ils
prirent cette résolution salutaire ; ils fixerent
le
temps de cette pieuse Cérémonie
u mois de Decembre , pour réunir au
même sacrifice la mémoire de ceux de
leurs Confreres qu'ils auroient perdus
dans le cours de l'Année. Ils se cottiserent
tous pour une somme legere dont ils convinrent
pour les frais de sonnerie , le luminaire
, les Billets , & c.
Ils choisirent pour faire chanter certe
Messe solemnelle , M. Guillery , Benefisier
, et Maître de Musique de S. Germain
l'Auxerrois , moins parce qu'il est
l'ancien des Maîtres de Musique , actuellement
en exercice à Paris , que pour son
mérite personnel , et la réputation qu'il
s'est acquise depuis plus de trente ans
qu'il est en place.
Mrs du Chapitre de S. Germain accorderent
volontiers le Choeur de leur Eglise
pour seconder les loüables intentions des
Musiciens . L'Abbé de Cosnac , Doyen
du Chapitre , et Vicaire general du Diosèse
, assista à la Cérémonie avec Mrs. les
I.Vol. Cha
DECEMBRE 1731. 2889
sang
Chanoines , les Beneficiers , le Clergé ,
er quantité de personnes de distinction
placés au Jubé. On peut dire ,
éxagerer , qu'il ne s'est , peut être , jamais
vû de Corps de Musique plus complet.
Les plus fameux et les plus habiles
s'y trouverent au nombre d'environ 200 ,
tous connus par leurs talens distinguez ,
soit pour la Musique vocale , soit pour
la Musique instrumentale. On ne parle
d'aucun en particulier , parce que tous
se signalerent également , et qu'il ne s'est
guere vû d'occasion où l'émulation aig
été plus generale , et l'harmonie plus ma▸
gnifique et plus précise.
3.
Ce Service solemnel fut chanté le 4. de
ce mois pour feus Mrs. Petouille , Prêtre ,
Beneficier et Maître de Musique de l'Eglise
de Paris , Laurent , Placet , Prêtres ,
et Crepin , Beneficiers de la même Eglises
Mrs. De la Lande Surintendant de la
Musique du Roy , Marais , Senaillé
Regnier , Gardinville , Mangot , Bandy
Reffié , Calus , et Ossus , Organiste .
Ön annoncera , l'année prochaine , par
les Billets qui seront distribués le jour du
Service , et l'Eglise où il sera célebré.
La vûë qu'on a euë en inserant ici cet
Article , est d'engager les familles des.
Maîtres de Musique ou Musiciens qui
La Vol.
Liij
dé
2890 MERCURE DE FRANCE
, décederont en Province d'en donner
avis à l'un des Maîtres de Musique de ,
Paris , afin qu'ils ayent part aux Prieres
et aux Suffrages de leurs Confreres. Sancta
et salubris est cogitatio pro Defunctis exorare
ut à peccatis solvantur , Machab .
lib. 2. chap. XII .
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Résumé : Cérémonie Funebre à S. Germain l'Auxerrois.
Les musiciens de Paris organisèrent une cérémonie funèbre à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois pour honorer leurs confrères décédés. Inspirés par d'autres communautés, ils décidèrent de célébrer cette messe annuelle le 4 décembre, en l'honneur de la Sainte-Cécile. Ils cotisèrent pour couvrir les frais de sonnerie, de luminaire et de billets. La messe fut confiée à M. Guillery, bénéficié et maître de musique de Saint-Germain-l'Auxerrois, et le chœur de l'église fut mis à disposition par le chapitre. L'abbé de Cosnac, doyen du chapitre, assista à la cérémonie avec les chanoines, les bénéficiers, le clergé et de nombreuses personnes de distinction. Environ 200 musiciens participèrent, honorant des confrères tels que M. Petouille, Laurent, Placet, Crepin, De la Lande, Marais, Senaillé, Regnier, Gardinville, Mangot, Bandy, Reffié, Calus et Ossus. La cérémonie fut marquée par une émulation générale et une harmonie magnifique. Les organisateurs prévirent d'annoncer l'année suivante l'église où la cérémonie serait célébrée et invitèrent les familles des musiciens décédés en province à en informer un maître de musique de Paris.
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74
p. 21-46
LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
Début :
C'Est une chose très-loüable, Monsieur, que dans chaque [...]
Mots clefs :
Sainte Cécile, Musique, Musiciens, Église, Fête, Instruments de musique, Orgue, Mélodie, Chantres, Patrone des musiciens, Royaume, Choeur, Profession, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
LETTRE de M*** à M. H. Chanoine
de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix
que les Musiciens ont fait de Ste Cecile
pour leur Patronne.
'Est chose très -loüable , MonCsieur , que dans chaque Profession
il y ait un saint Patron dont on se propose d'imiter les vertus en même temps
qu'on se porte à célébrer sa Fête. Mais
yous m'avouerez que souvent il est arrivé
que
22 MERCURE DE FRANCE
que les Particuliers desquels ce choix a
dépendu , n'ont pas été heureux dans
celui qu'ils ont fait. Je m'amusai , il y a
plus de vingt ans , à parcourir un Calendrier qui s'imprimoit à Paris , chez Louis
Josse , sous le nom d'Almanach spirituel :
Je trouvai qu'il y avoit bien des refléxions à faire sur les raisons qui ont pû
fixer certains choix qui paroissent avoir
été faits d'une maniere assès burlesque
et je ne craindrois point d'être désaprouvé par ceux qui composent les Confreries:
dont le saint Patron est mal choisi , si
j'osois entrer dans le détail de quelquesuns.
Il est vrai que toutes les Professions ,
Arts , et Etats n'ont pas le bonheur d'avoir des Saints qui ayent exercé ces Professions ; ou si des gens de bien les ont
exercées , ils n'ont pas ей , pour cela , la
gloire d'être canonizez. Il n'est pas de:
tous les Etats comme de celui des Medecins , qui , outre un S. Luc , ont encore
S. Côme et S. Damien. Il est des Artisans
de bien des especes : et tous n'ont pas l'avantage d'avoir comme les Orfévres
un Personnage qui se soit sanctifié dès le
temps auquel il exerçoit ce métier , comme a fait un S. Eloy. Mais il faut aussi
avouer qu'il y a des Etats et des Profes-
>
sions
1
JANVIER 1732: 2:3
و
sions qui ont fourni des Saints , ausquels .
cependant on ne pense pas davantage que
s'ils n'étoient jamais venus au monde ,.
des Saints dont il y auroit d'excellentes:
choses à dire en Chaire pour l'instruction:
des gens du même état si le choix du
Patron étoit fait avec un peu plus d'attention et de discernement. Qui empêcheroit , par exemple , les Marchands de
prendre pour Patron un S. Homebon
Marchand de la Ville de Cremone , les:
Laboureurs , un S. Isidore , qui a été Laboureur en Espagne , et les Vignerons ,
un S. Antonin de Sorrente en Italie
qui planta de ses propres mains une Vigne dont le Vin étoit si délicieux , qu'on
n'en présentoit point d'autre à tous les
Princes et grands Seigneurs qui passoient:
dans ce Pays-là.
"
و
Tout ce que j'ay dit jusqu'icy , Mon--
sieur , n'est que pour en venir à une Profession qui est très- remarquable dans nos
Eglises c'est, celle des Musiciens. Tant
de Saints ont chanté , comme eux , en Public les louanges du Seigneur , que le
nombre en est inexprimable. Il y a eû
aussi des Saints qui ont écrit sur le Chant
Ecclésiastique , d'autres qui ont sçû jouer
des Instrumens. Les uns ont perfectionné
le Chant ou la Musique dans la Specula- tion:
24 MERCURE DE FRANCE
tion : les autres y ont donné de nouveaux
accroissemens dans la Pratique. Tel Saint
fabriquoit lui-même des Instrumens de
Musique ; tel'autre donnoit des Regles
pour s'en servir. N'est-ce pas là ce que
font les Musiciens de nos jours ?
La chose étant ainsi , ils devoient donc
choisir pour leur Patron un Saint de quelqu'unes des especes que je viens d'indiquer. Mais au lieu de prendre ce party ,
et de se fonder sur une Histoire bien averée , ils se sont arrêtés à une Legende telle
qu'elle , et ils ont été déterminez à l'occasion d'un mot unique , dont ils n'ont
pas pris la peine de se donner l'intelligence. S'il est vrai que ce choix est proportionné aux lumieres qu'on avoit il y a
cent ou six-vingt ans , il ne s'ensuit pas
de là qu'il doive toujours subsister.
7
ya:
On ne peutgueres douter que les Musi--
ciens et les Chantres inferieurs des Eglises
Canoniales n'ayent été portez à se choisir
un jour de Fête , lorsqu'ils ont vû que
les autres Professions en avoient. Il y eut
untemps , comme tout le monde le sçait,
que les Prêtres (a) avoient pour Fête Patronale le jour de S. Jean l'Evangeliste
les Diacres le jour de S. Etienne , les Soû-
(a) Quelques Personnes assurent que dans les plus bas siécles les Prêtres ont choisi la Transfiguration
pour leur Fête Patronale.
diacres
JANVIER 173.2. 2*
diacres un autre jour voisin de la Fête de
Noël. Le reste du chœur se joignit appa
remment à ces derniers. Mais depuis qu'on
eût déclaré dans le XV. siécle une Guerre
ouverte à cette Fête du bas-Chœur , il y
eut du partage dans le choix du jour qui
passeroit pour la solemnité patronale. En
certains Pays on s'arrêta à S. Gregoire ,
Pape , en l'honneur duquel on trouvoit un Office propre tout noté dans les anciens Antiphoniers. En d'autres où l'on
ne pût goûter le choix de la S. Gregoire ,
parce qu'elle tombe en Carême , on choisit les 7. Freres Martyrs , Enfans de Ste
Felicité , par une raison assez frivole. (a)-
Quoiqu'il en soit , il n'y a gueres plus
de cent ans que les Musiciens , ou Chantres gagèz étoient partagez selon les Pays,
sur le choix de leur Fête Patronale , et
qu'ils reconnoissoient differensSaints pour
leurs Patrons. Dans la Flandre , où la Mu
sique a fleuri plus qu'en certaines autres
Provinces du Royaume , l'on ne connoissoit point encore Sainte Cecile pour Protectrice des Musiciens , il y a cent- cinquante ans. Si elle avoit été représentée
comme telle , et avec un Jeu d'Orgues ,
vers l'an 1580 , Molanus , célebre Doc
teur de Louvain , qui marqua dans le Li-
(4) Auxerre.
VIQ
26 MERCURE DE FRANCE
vre qu'il fit imprimer alors sur les Images , toutes les figures symboliques qu'on
ajoutoit aux Statuës des Saints , n'auroit
pas oublié Sainte Cecile ; cependant il ne dit pas un seul mot de cette Sainte : ce
qui est une marque qu'il ne l'avoit encore vûe représentée en aucun endroit.
Je mecrois donc assès fondé pour avan
cer que ce n'est que depuis un Siecle , ou ,
un peu plus , que les Musiciens se sont
réunis à choisir cette Sainse pour leur Patrone. L'Office propre qu'on chantoit
presque par tout en son honneur depuis
plusieurs siecles , aura gagné alors leurs
suffrages , et les aura déterminé à ce choix.
Ceux d'aujourd'huy croyent qu'il a été
fait avec tant de maturité et de déliberation par leurs Prédecesseurs , qu'il est
difficile de les en faire revenir. L'habi
tude dans laquelle ils sont , de voir Sain
te Cecile représentée avec un Jeu d'Or
gues , fait qu'iis continuent de croire
qu'elle étoit de la Profession , ou au moins
qu'elle aimoit les Instrumens musicaux
cependant , à considerer les choses dans
leur origine , on reconnoîtra que ce Jeu
d'Orgues n'a été ajoûté aux figures de
cette Sainte , que depuis que les Musiciens se sont mis sous sa protection. C'est
ainsi qu'ils prennent l'effet pour la cause
et la cause l'effet.. pour Je
JANVIER 1732. 27
Je ne vous diray pas en quelles Provinces ce choix a d'abord été fait. Il y a
apparence que c'est en Italie. Les honneurs qu'on prétend rendre à Sainte Cecile par la Musique , y sont même poussez jusqu'à un point qui pourra vous réjouir. Dans une Ville de cette vaste partie de l'Europe , l'une des Eglises Paroissiales porte le nom de Sainte Cecile. Le
Clergé n'en est pas fort nombreux , par
ce qu'il y a dans la même Ville cinquante-cinq autres Paroisses, Une Personne
grave qui m'a honoré de son amitié dans
sa vieillesse , m'a dit qu'elle entra dans
cette Eglise l'an 1669. à son retour de
Rome : c'étoit un Dimanche au soir !
Elle y trouva le Curé qui disoit Vêpres.
tout seul : mais le son de sa voix étoit
admirablement secondé par un grand
nombre de petits Oiseaux qui faisoient
dans la Tribune des Orgues un gazoüillement très agréable. S'étant informé de
Forigine de cette Musique , on lui dit
que ces Oiseaux étoient nourris là comme
dans une Voliere , où ils faisoient un con--
cert jour et nuit pour honorer Sainte Cecile , et que la Paroisse n'ayant pas assès.
de revenu pour y faire chanter l'Office
excepté le jour de la Fête Patronale , on
se contentoit durant le reste de l'année
·
des
28 MERCURE DE FRANCE
des services de ces petits Musiciens. Vous
pouvez croire qu'en dédommagement , il
n'y a rien d'épargné le 22 Novembre
et que tous les Enfans de Sainte Cecile.
tiennent à honneur de se réunir ce jour- là.
dans ce lieu.
On est persuadé en Italie plus qu'ailleurs , de la verité de tout ce que les
Legendes du Beviaire renferment ; et Tes
Musiciens qui ne se picquent pas d'être
grands Critiques en fait d'Histoire , s'en
rapportent volontiers à la croïance de ceux
qui les ont éleveż . Soit que ce soit en Italie, ou dans les ProvincesMeridionnales de
la France que le choix ait été fait d'abord
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens , il est constant qu'il est très - mak
fait. Je ne songeois à rien moins qu'à vous
prier de rendre publique cette Lettre lorsque l'on m'a fait voir une Lettre circulaire , imprimée en forme d'Affiche de la.
part du Maître de Musique de l'Eglise
Cathédrale du Mans , par laquelle tous
les Musiciens du Royaume sont invitez.
àmettre en Musique les paroles jointes à
cette Lettre, destinées à servir de Motet
à la Messe solemnelle de la Fête de Sainte
Cecile. Et comme si le sujet étoit le plus
heureux du monde , on y ajoûte les mêmes clauses et conditions qui sont ordi- nairement
JANVIER 1732. 29
,
nairement proposées pour les Pieces d'Eloquence ou de Poësie qui subissent l'éxamen de differentes Académies , établies
dans le Royaume et qui sont honorées
d'un prix de conséquence. La Piece Mu- sicale sera examinée : ( on ne dit pas par
qui:) et celle qui sera trouvée la meilleure dans le genre de Musique qu'on demande , sera chantée préferablement aux
autres dans l'Eglise du Mans , et l'Auteur
sera récompensé d'une Croix d'or. J'ay
appris aussi que dans l'Eglise d'Evreux ,
et dans les autres de Normandie on a fait
dans le siécle dernier quelque chose de
semblable ; au moins on en produit des
Programmes ou Avis imprimez en 1667.
et 1668. Et encore de nos jours a Evreux,
lorsqu'il arrive qu'un Maître de Musique
qui a du renom , s'y rend au 22 Novembre , pour faire chanter une Musique de
sa façon à la Fête de Sainte Cecile , on lui
fait present d'une Médaille d'argent , qui
représente d'un côté l'image de cette Ste.
et de l'autre les Armes du Chapitre.
que
Sainte Cecile étant ainsi devenue le sujet des Chef- d'œuvres de Musique , on ne peut pas attendre l'effet du maumais choix se manifeste plus évidemment,
et il paroît que le temps est venu de combattre le fondement de ce choix.
Comme
30 MERCURE DE FRANCE
,
Comme toutes choses sont sujettes à
vicissitude sur la terre et que tous les
jours on avance dans la connoissance de
l'Histoire on a découvert que le choix
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens n'est appuyé que sur un fondement
ruineux , c'est-à- dire,sur des Auteurs qui
attribuent à cette Sainte des faits qu'il
leur a plû d'imaginer pieusement , ou sur
un texte historique mal entendu , et pris
àcontre-sens , en cas qu'il soit veritable ;
et c'est ce qu'il est besoin de développer.
Que disent sur la Legende de cette Sainge
les Historiens réconnus pour les plus éclairez de nos jours ? M. de Tillemont (1) déque les contradictions qui se trou- cla
dans
ses
Actes
, en
donnant
une
idée
vent
assès désavantageuse , qu'ils ne sont composez que de Miracles extraordinaires ,
et d'autres choses qui ont peu d'apparence
de verité que , quoiqu'ils soient assès
anciens pour avoir été vûs par le vénérable Bede , il ne croit pas , cependant ,
qu'il y ait moyen de les soutenir. Le Pere
Garnier , Jesuite , dont on a quelques ouvrages sur l'antiquité Ecclésiastique , qui
sont fort estimez , combat ces Actes pat
l'endroit du Prefet Almaque , dont ils
font mention , outre plusieurs autres fau
(1)Tom. III. Hist. Eccl. p. 689.
tes
JANVIER 1732. 31
4
›
tes dont il reconnoit qu'ils sont pleins
M. Baillet (1 ) assure qu'ils n'ont presque
aucune autorité , qu'ils sont difficiles à
soûtenir dans presque toutes leurs cirConstances soit pour les temps et les
dieux , soit pour les grands Discours et les
grands Miracles qu'ils contiennent. Il est
Vrai que dans un autre endroit ( 2 ) il dit
que ces Actes n'ont rien de choquant ou
de scandaleux dans ce qu'ils ont d'incroyable mais il ajoûte aussi- tôt qu'ils
n'ont rien d'authentique dans ce qu'ils
paroissent avoir de plus noble. Le Public
peut croire par avance , que le jugement
des sçavans Bollandistes ne se trouvera pas
beaucoup different lorsque le temps sera
venu qu'ils seront obligez de s'expliquer on peut même , sans trop hazarder , conclurre de ce que leurs Prédéces
seurs ont dit au 14 Avril , sur S. Valerien
et S. Tiburce , et au 25 Mai , sur S. Urbain , que ceux de leurs Confreres à qui
il appartiendra , de traiter les Saints du
22 Novembre , ne s'éloigneront pas extrêmement de ce qu'a dit le Pere Garnier ,
et même il peut se faire qu'avec le temps
il leur vienne de nouvelles lumieres pour
impugner encore plus fortement les Actes
(1)Table critique du 22 Nov.
>
(3) Au 22 Novembre
9
de
2 MERCURE DE FRANCE
de Sainte Cecile , et les faire abandonner generalement.
و
C'est donc le peu de fond qu'il y a à
faire sur cette piece , qui a porté les Evêques , qui ontfait réformer leurs Breviaires à en rétrancher cette Legende. Il y en
a qui n'ont assigné à Ste Cecile aucune
Leçon propre , et qui ont tout renvoyé
au commun ou l'ont réduit en simple
commemoration, comme on vient de faire
à Langres. D'autres ont permis qu'on inserât à Matines un Fragment du Sacramentaire de S. Gregoire , où il est dit simplement que Cecile a été fortifiée par la
grace de Dieu , de maniere que rien n'a
pû ébranler sa foy et sa vertu , ni le penchant de l'âge , ni les caresses du siecle ,
ni la foiblesse du sexe , ni la cruauté des
tourmens , cet Eloge n'ayant pû fournir
qu'une seule Leçon fort courte , c'est ce
qui a été cause que l'Office du 22 Novembre a été réduit à trois Leçons , dont deux
sont de la Sainte Ecriture. Par là toutes
les Antiennes et Répons propres qui
étoient dans les Antiphoniers precedens ,
ont été rejettez , et par conséquent l'AntienneCantantibusOrganis ôtée de l'Office.
Or comme il n'y avoit que cet endroit de
la prétendue Histoire de la Sainte , qui ,
après bien des siecles , avoit déterminé.
les
JANVIER 1732. 33
les Musiciens et Joueurs d'Instrumens à
la choisir pourPatrone ; il est bon de faire
quelques refléxions dessus , afin d'en montrer la foiblesse , et de faire voir que ,
quand même il seroit bien averé , il prou
veroit seulement qu'il y avoit autrefois
des Instrumens de Musique dans les nôces
chez les Romains , ce que personne ne
revoque en doute , et qui n'a nulle liaison
avec l'usage qu'on a fait de ce Texte.
:
Ce Texte dit donc simplement que Cecile fut promise à un jeune homme appellé Valerien que le jour des nôces étant
venu , elle parut vêtuë d'habits éclatans -
en or , par dessous lesquels elle portoit le
cilice que les Instrumens de Musique
faisoient retentir dans la Salle où étoit le
lit nuptial toutes sortes d'airs convenables
à une telle conjoncture ; mais que Cecile ,
sans y faire attention , ne s'appliquoit interieurement qu'à Dieu seul , à qui elle disoit du fond de son ame : » Seigneur, que
» mon cœur et mon corps soient conser-
» vez sans tâche , afin que je ne sois pas
» confondue. Cujus Dei ) vocem audiens
Cecilia Virgo clarissima absconditum semper
Evangelium Christi gerebat in pectore ..
Dominumfletibus exorans , ut virginitas ejus
ipso conservante inviolata permaneret. Hac
Valerianum quemdamjuvenem habebat spon
C SU
34 MERCURE DE FRANCE
sum : qui juvenis in amore virginis perur
gens animum diem constituit nuptiarum.
Cecilia verò subtus ad carnem cilicio induta , desuper auratis vestibus regebatur. Parentum verò tanta vis et sponsi circa illam
erat exæstuans , ut non posset amorem cordis
sui ostendere , et quod solum Christum diligeret indiciis evidentibus aperire. Quid multa ? Venit dies in quo thalamus collocatus est.
Et cantantibus organis , illa in corde suo soli
Domino decantabatidicens : Fiat cor meum et
corpus meum immaculatum , ut non confundar ; et biduanis ac triduanis jejuniis orans
commendabat Domino quod timebat. Invita
bat Angelos precibus , lachrymis interpellabat Apostolos , et sancta omnia Christo famulantia exorabat , ut suis eam déprecationibus adjuvarent suam Domino pudicitians
commendantem. (a)
Après avoir ainsi exposé l'endroit des
'Actes de Ste. Cecile , qui a déterminé le
choix des Joueurs d'Instrumens et des
Musiciens , je puis conclure hardiment
que cette Sainte n'a été choisie par eux
pour Patrone que parce qu'on lit que
forsqu'il fut question de la marier , il y
avoit des Instrumens àla Fête. De sorte
que , sans faire attention que l'Histoire
de cette Sainte , telle qu'elle est , la repré
(a) Je tire ce Texte d'un Manuscrit de 600 ans.
sente
JANVIER 1732. 5
2
sente comme mariée malgré elle , et comme ayant une répugnance marquée à entendre toute cette mélodie , et songeant
plutôt aux choses spirituelles , on la prend
pour la Protectrice des Symphonies et des
Concerts qui se font au moins avec autant
d'appareil que celui qui , selon les mêmes
Actes paroissoit lui être à charge. En
effet , le langage de l'Historien laisse
penser qu'il en étoit de la Musique à son
égard , comme des beaux habits dont elle
étoit parées et c'est avec raison qu'il prétend faire son Panegyrique , lorsqu'il dit
qu'elle n'avoit pas plus d'attache à l'un'
qu'à l'autre. Une legere attention sur ce contraste suffit , ce me semble › pour dé
tromper bien des gens , touchant la justesse prétendue du choix fait par les Mu
siciens. Ce n'étoit pas un Privilege particulier à Ste. Cecile , d'avoir des Joueurs
d'Instrumens à ses nôces : c'étoit la coûtume de son temps , comme ce l'est encore aujourd'huy. Il n'y a gueres de Saints
parmi ceux qui ont été mariez , qui ne
se soient peut-être trouvez dans de sem
blablescirconstances. Pourquoi donc choisir plutôt Sainte Cecile qu'une autre ?
Est-ce à cause que la Musique des Instrumens a paru lui déplaire , ou au moins nè
faire aucune impression sur ses sens ?
Cij
36 MERCURE DE FRANCE
:
Je prévois bien , Monsieur , que mes
reflexions ne feront pas plaisir à un grand
nombre de Musiciens. Etant accoutumez
à juger de la verité et de l'antiquité des
choses , parce qu'ils en voyent de leurs
jours , ils diront que le choix de Ste. Ce-.
cile pour Patrone de leur Profession , ne
peut être que bon et ancien , puisqu'il est
si étendu, J'avoue qu'il n'est que trop
étendu mais aussi il faut convenir qu'il
a été fait dans un temps où l'on tenoit
pour véritables les Actes qui portent son
nom , et où l'on croyoit qu'un seul mot dans l'Office , pourvu qu'il eût rapport
à la Musiquede loin ou de près , directement ou indirectement , suffisoit pour se
fixer et s'arrêter. Dispensez - moy d'entrer
en explication de certaines autres Professions qui n'ont pas été plus heureuses , cr
de vous citer l'origine du choix d'un
grand nombre deConfreries. Après tout ,
quoique les Actes de Sainte Cecile soient
faux , la Sainte n'en est pas moins réelle
et veritable. Quoiqu'on ne sçache point
même en quel Pays elle a été martyrisée ,
et qu'il soit incertain si c'est à Rome ou
dans la Sicile , il n'en est pas moins constant que cette Sainte est une veritable
Martyre. Et puisque son nom est dans le
Canon de la Messe il en faut conclure
qu'elle
JANVIER 1732. 3
qu'elle est une des plus anciennes Martyres de l'Eglise Romaine. C'est tout ce
qui peut faire son Eloge , sans que pour
cela la Musique doive s'y interesser plus
qu'à une autre Sainte , par les raisons peremptoires que j'ai apportées.
En abandonnant le choix qui a été fait
si mal- à-propos dans ces derniers temps ,
il est nécessaire de le remplacer par quelque autre Saint qui puisse être proposé
avec fondemens au Corps des Musiciens ,
et à leurs aggrégez. On se fatigueroit en
vain à chercher pour cela un Saint de la
premiere antiquité ; puisque la Musique
dans le sens qu'ils veulent qu'on l'entende,
est assez nouvelle dans l'Eglise. Il seroit
question de découvrir l'introduction des
Instrumens dans l'usage des Offices Divins , et de trouver quelque saint personnage qui se soit plû à en jouer, Le siécle
de Charlemagne fournit un S. Arnold
du Duché de Juliers : mais la Profession
de simple Joueur de Violon qu'il exerça ,
n'est pas proportionnée à tout ce que la
Musique renferme. En descendant quelques siécles plus bas , on trouve un Saint
Dunstan , Archevêque de Cantorbery
en Angleterre. Les Auteurs de sa vie le
représentent comme un Personnage qui
se plaisoit dans sa jeunesse à jouer de toute
Ciij sorte
38 MERCURE DE FRANCE
sortes d'Instrumens , du Psalterion , de la
Guitare , des Orgues , et toujours pour
les louanges de Dieu. Quamvis omnibus :
artibus Philosophorum magnificè polleret ,
ejus tamen multitudinis qua. Musicam instruit , eam videlicet que Instrumentis agitatur speciali quadam affectione scientiam vindicabat , sicut David Psalterium sumens ,
Citharam percutiens , modificans Organa 2,
Cymbala tangens. (a ) Et plus bas ils rapportent , que lorsque Athelme , Archevêque de Cantorbery , l'eût produit auprès du Roy Ethelstan , ce fut sa parfaite´
habileté à jouer de tous les Instrumens
qui lui concilia l'amitié du Roy et de
toute la Cour. Cum videret Dominum Regem secularibus curis fatigatum , psallebat in.
Tympano , sive in Cithara , sive alio quolibet musici generis Instrumento : quo facto
tam Regis quam omnium corda Principum
exhilarabat. Et afin que par le mot Psallebat, on ne puisse entendre des Airs profanes , il est dit un peu plus haut du même
Saint : Sicut David ergo noster symphonista Vasa cantici habuit , quia usum illorum nonnisi in divinis laudibus expendit.
Mais si l'on ne veut point recourir à
P'Angleterre pour y choisir un Saint Protecteur de la Musique , et si l'on est
(a) Osbernus seculo V. Benedictino.
bien
JANVIER. 1732. 39
bien aise de ne pas déplacer la Fête des Chantres de la saison où elle se trouve
aujourd'hui , on peut prendre un Saint
de notre France qui est assez celebre
dont la Fête arrive le 18. Novembre , qui
est le jour auquel il déceda à Tours l'an
942. C'est S. Odon. Il avoit eu à Paris
pour Maître de Musique le fameux Remi
d'Auxerre cet homme generalement
versé en toute sorte de sciences. Il avoit
appris sous lui à connoître les differentes
combinaisons des harmonies , consonantes , affinales , &c. par le moyen du monocorde qui servoit alors à instruire les
Commençans ; et il devint par la suite si
habile dans la Musique Ecclesiastique
qu'il fut jagé digne d'être Grand- Chantre de l'Église de Tours ,où il composa
plusieurs Pieces de Chant. Il est vrai qu'il
ne resta point dans cet état ; s'étant fait
Religieux il devint Abbé de Clugny ;
mais il aima toûjours les mélodies Ecclesiastiques , et il en composa jusqu'à la fin
de sa vie. Ce Saint appartient plus parriculierement à l'Eglise de France , puisqu'il a été Membre d'une des plus illustres Eglises du Royaume, ( a) où l'on s'est
toûjours appliqué à faire l'Office avec
majesté.
(a)Tours.
Ciiij Quelque
40 MERCURE DE FRANCE
Quelque Musicien versé dans l'Histoire , pourra dire , que puisqu'il est à
propos de se départir du mauvais choix
fait de Sainte Cecile , il vaut autant que
dans chaque Pays les Musiciens ou Chantres de profession se choisissent un saint
Patron particulier , et que peut être se
trouvera t'il peu de Provinces où il n'y
ait des Saints qui ont été amateurs du
Chant , ou qui ont eû quelque rapport
avec l'exercice de cette Science. Je ne
parle point de l'Eglise de Lyon , où l'on
connoît un S. Nicier , Evêque , qui s'est
distingué dans le Chant Ecclesiastique et
qui même l'a enseigné à de jeunes enfans ; cette Eglie peut bien celebrer une
Fête de Chantres de Plain- Chant , mais
non pas de Musiciens , parce qu'elle n'en
a jamais admis dans le sens qu'on entend
aujourd'hui le nom de Musiciens. L'Eglise de Clermont a eu un S. Gal et un
S.Priet, Evêques, qui ont cultivé particu
lierementla science du Chant, excités par
l'avantage qu'ils avoient d'être doüez d'une belle voix. L'Eglise de Paris a eû aussi
pourPrélat unSaint qui pourroit très - bien
être choisi pour Patron de la Musique de
cette Capitale du Royaume ; c'est S. Germain. Le Poëte Fortunat , qui a écrit son
Eloge en Vers, fait une description si pompeuse
JANVIER 1732. 4.I
peuse de de la maniere dont on celebroit
Office dans son Eglise Cathedrale, qu'on
diroit que ce Saint y auroit établi le contrepoint et le Faubourdon , quoique cela ne
soit pas. Il est seulement vrai de dire qu'il
anima le Chant , et qu'il le regla. Mais
puisque ce sont les mouvemens que se
donnent des Particuliers de l'Eglise du
Mans qui m'excitent à vous écrire , ne
peut- on pas leur dire qu'ils cherchent
bien loin ce qu'ils ont chez eux- mêmes.
Ils ont, en effet, S. Aldric, qui de Préchantre
de l'Eglise de Metz , fut fait leur Evêque
au neuviéme siecle. Il n'étoit point de
ees Préchantres simplement porteurs de
Bâton et de Chappe ; l'Histoire de sa Vie
publiée au troisiéme Tome des Mélande M. Baluze , dit de lui ges dès sa que
jeunesse : Cantum Romanum atqu: Grammaticam sive divine scripture seriem bumiliter discere meruit , quibus pleniter atque
doctissimè instructus est ; il semble qu'un
Evêque du Mans qui est Saint , et qui a
sçû parfaitement le Plain- Chant , ayant sqü été Moderateur du Chœur d'une celebre
Eglise , mériteroit mieux que Sainte Cecile d'être le Patron des Chantres et des
Enfans- de-Chœur de l'Eglise du Mans ,
puisque c'est un Personnage à qui l'on
peutappliquer à la lettre ce Passage de l'E CY criture
42 MERCURE DE FRANCE
criture, où il est dit de David : Stare fecitCantores contra altare et in sono eorum dulces
fecit modos. (a) Ce Texte est clair et sans .
obscurité. Il n'en est pas de même du
Passage des Actes de sainte Cecile. Quand
même ces Actes seroient veritables , les
Musiciens auroient tort de croire sur le -
simple fondement de ce qui y est contenu , qu'il y auroit eû des Orgues dans
le sens que nous l'entendons à la Fête
de son Mariage ; parcequ'il est indubitable qu'Organa dans l'antiquité signifie un
assemblage de plusieurs sortes d'Instrumens. Mais n'est-ce pas agir d'une maniere insupportable , et abuser visible--
ment des Orgues d'aujourd'hui , que de mettre cet Instrument entre les mains
de sainte Cecile ? C'est vouloir tromper
les Peuples de gayeté de cœur , et abuser
dela crédulité des simples , que de la répresenter en faction devant un Clavier
Il me paroît que c'est prétendre leur
persuader cette Sainte est bienchoisie
queen supposant comme
pour Patrone
vrai , ce qui cependant est faux ; sçavoir ,,
qu'elle faisoit métier de toucher de cet
Instrument , tandis que c'est tout le contraire, et que le Jeu d'Orgues n'a été
joint à la figure que pour marquer que
(*) Ecclesiastici , Cap. 47. ¥. 11.
les
JANVIER. 1737. 43
1
lés Musiciens l'ont choisie pour leur Protectrice. Ce n'est pas le choix qui supose
les Orgues; ce sont les Orgues qui présupposent le choix, et qui en sont le signe
et la marque. Dans les Chroniques Latines , imprimées in folio , à Nuremberg,
l'an 1493. avec des figures ; sainte Cecile
est representée avec un peigne de fer à
la main. Il peut se faire que cette Sainte
ayant été représentée de la même maniere
sur quelques murailles ou sur quelque vitrage , l'on ait pris par la suite cet Instrument de martyre pour un Jeu d'Orgue.
On se méprend quelquefois plus grossierement à des Peintures , losrqu'elles sont
à demi effacées. Tout-au- plus ce qui éoit
permis depuis le choix fait par les Mu--
siciens , étoit de représenter un Jeu d'Orgue aux pieds de sainte Cecile , de la
maniere qu'on mer quelquefois des Ar--
moiries ou des Hieroglyphes sous certai
nes statuës. Mais ce qui auroit été convenable , pour couper court , eût été
de laisser sainte Cecile au Monastere de
Filles avec les Agnès , les Luces et les
Agathes , et que les Musiciens eussent
porté leur dévotion particuliere vers un
Saint , sans craindre que la Sainte leur
fût moins propice. Il ne tiendra qu'à eux
de le faire après tout ce que j'ai dit sur
Cvj 121
44 MERCURE DE FRANCE
la fausseté des Actes qui portent son
nom, et sur l'incongruité du choix , quand
même ces Actes seroient veritables. Il
né dépendra que d'eux de s'attacher à
un Saint qu'ils puissent veritablement regarder comme le prototype ou le modele
de leur Profession. Je me suis contenté
d'en indiquer quelques-uns , sans prétendre avoir épuisé tous ceux que l'Histoire
Ecclesiastique pourroit fournir. Je passe
sous silence le peu de solidité qu'il y auroit de choisir S. Vincent Martyr , précisement à cause que dans le Verset d'un
des Répons de son Office on lit : Dantur
ergo laudes Deo Altissimo , et resonante Organo vocis Angelica modulata suavitas
procul diffunditur , ou de s'arrêter à sainte
Ysoïe ou Eusebie , Abbesse d'Haimage en
Flandres , dont il est écrit qu'elle regne
dans le Ciel : Ubi organizans canticum
immaculatum sponsum Agnum sequendo tripudiat. Le peu de fondement de ce choix
sauteroit aux yeux , et je ne crois pas que
jamais on y pense.
Au reste , je ne me déclare point ennemi de la Musique ni des Instrumens.
Tant s'en faut ; je puis dire comme le
Cardinal Bona : Et Musicam amo , et pu
det me plerosque Ecclesiasticos viros totius
vita cursu in cantu versari ; ipsum verò
cantum
JANVIER 1731. 45
cantum ( quod turpe est ) ignorare. (a) J'ai
me la Musique , j'aime le Plain-Chant
j'aime ceux qui s'y connoissent veritablement ; mais je demanderois volontiers à
toute l'Ecole de sainte Cecile un secret
pour empêcher de jamais parler de ces
matieres-là et de s'ériger en Maîtres de
Psalmodie , ceux qui ne peuvent et ne
pourront jamais distinguer un semi-ton
d'avec un ton , ainsi qu'ils le font voir
en plein Choeur par une triste experience
de tous les jours ; et je m'en rapporte à
vous , Monsieur , pour décider s'ils na
sont pas dans le même cas que ces Doc.
teurs en Lecture , qui ne sçauroient distinguer une lettre voyelle d'avec une
lettre consonne. Ce ne sont pas là , Monsieur , les Chantres de l'Eglise Chrétienne, dont je serois prêt de faire l'Apologie ; mes Argumens en faveur de la
Musique , sont toûjours pour appuyer
des sujets qui lui font plus d'honneut.
Si on entreprenoit de bannir ceux cy de
nos Eglises et d'en exclure toute sortę
de Musique , je serois le premier à m'y
opposer, en représentant que dans toutes les choses établies au vû et au sçû des
Superieurs, il nefaut retrancher que ce qui cst devenu abusif. Mes raisonnemens donc
(a)De div. Psalmedia , Cap. 17. §. 3. Num. 1.
contre
45 MERCURE DE FRANCE
contre la Confrairie de sainte Cecile , ne
doivent pas être suspects : ce n'est que
pour le mieux , que j'exhorte ceux qui
s'y sont enrôlez , à considerer le deffaut
qui est dans leur choix ; afin que si dans
quelque Ville du Royaume ils sont heureusement d'assez bon goût pour y
choisir
un autre Patron , en même temps qu'on y
réforme le Breviaire , la justesse de leur
nouveau choix puisse ensuite s'étendre ailleurs de la même maniere que l'incongruité de l'ancien s'étoit fait place à la
faveur de la fable et de la fiction. Je
suis , & c.
Ce Samedy 20. Octobre, Fête de Saint
Aderald , Chanoine de votre Eglise.
de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix
que les Musiciens ont fait de Ste Cecile
pour leur Patronne.
'Est chose très -loüable , MonCsieur , que dans chaque Profession
il y ait un saint Patron dont on se propose d'imiter les vertus en même temps
qu'on se porte à célébrer sa Fête. Mais
yous m'avouerez que souvent il est arrivé
que
22 MERCURE DE FRANCE
que les Particuliers desquels ce choix a
dépendu , n'ont pas été heureux dans
celui qu'ils ont fait. Je m'amusai , il y a
plus de vingt ans , à parcourir un Calendrier qui s'imprimoit à Paris , chez Louis
Josse , sous le nom d'Almanach spirituel :
Je trouvai qu'il y avoit bien des refléxions à faire sur les raisons qui ont pû
fixer certains choix qui paroissent avoir
été faits d'une maniere assès burlesque
et je ne craindrois point d'être désaprouvé par ceux qui composent les Confreries:
dont le saint Patron est mal choisi , si
j'osois entrer dans le détail de quelquesuns.
Il est vrai que toutes les Professions ,
Arts , et Etats n'ont pas le bonheur d'avoir des Saints qui ayent exercé ces Professions ; ou si des gens de bien les ont
exercées , ils n'ont pas ей , pour cela , la
gloire d'être canonizez. Il n'est pas de:
tous les Etats comme de celui des Medecins , qui , outre un S. Luc , ont encore
S. Côme et S. Damien. Il est des Artisans
de bien des especes : et tous n'ont pas l'avantage d'avoir comme les Orfévres
un Personnage qui se soit sanctifié dès le
temps auquel il exerçoit ce métier , comme a fait un S. Eloy. Mais il faut aussi
avouer qu'il y a des Etats et des Profes-
>
sions
1
JANVIER 1732: 2:3
و
sions qui ont fourni des Saints , ausquels .
cependant on ne pense pas davantage que
s'ils n'étoient jamais venus au monde ,.
des Saints dont il y auroit d'excellentes:
choses à dire en Chaire pour l'instruction:
des gens du même état si le choix du
Patron étoit fait avec un peu plus d'attention et de discernement. Qui empêcheroit , par exemple , les Marchands de
prendre pour Patron un S. Homebon
Marchand de la Ville de Cremone , les:
Laboureurs , un S. Isidore , qui a été Laboureur en Espagne , et les Vignerons ,
un S. Antonin de Sorrente en Italie
qui planta de ses propres mains une Vigne dont le Vin étoit si délicieux , qu'on
n'en présentoit point d'autre à tous les
Princes et grands Seigneurs qui passoient:
dans ce Pays-là.
"
و
Tout ce que j'ay dit jusqu'icy , Mon--
sieur , n'est que pour en venir à une Profession qui est très- remarquable dans nos
Eglises c'est, celle des Musiciens. Tant
de Saints ont chanté , comme eux , en Public les louanges du Seigneur , que le
nombre en est inexprimable. Il y a eû
aussi des Saints qui ont écrit sur le Chant
Ecclésiastique , d'autres qui ont sçû jouer
des Instrumens. Les uns ont perfectionné
le Chant ou la Musique dans la Specula- tion:
24 MERCURE DE FRANCE
tion : les autres y ont donné de nouveaux
accroissemens dans la Pratique. Tel Saint
fabriquoit lui-même des Instrumens de
Musique ; tel'autre donnoit des Regles
pour s'en servir. N'est-ce pas là ce que
font les Musiciens de nos jours ?
La chose étant ainsi , ils devoient donc
choisir pour leur Patron un Saint de quelqu'unes des especes que je viens d'indiquer. Mais au lieu de prendre ce party ,
et de se fonder sur une Histoire bien averée , ils se sont arrêtés à une Legende telle
qu'elle , et ils ont été déterminez à l'occasion d'un mot unique , dont ils n'ont
pas pris la peine de se donner l'intelligence. S'il est vrai que ce choix est proportionné aux lumieres qu'on avoit il y a
cent ou six-vingt ans , il ne s'ensuit pas
de là qu'il doive toujours subsister.
7
ya:
On ne peutgueres douter que les Musi--
ciens et les Chantres inferieurs des Eglises
Canoniales n'ayent été portez à se choisir
un jour de Fête , lorsqu'ils ont vû que
les autres Professions en avoient. Il y eut
untemps , comme tout le monde le sçait,
que les Prêtres (a) avoient pour Fête Patronale le jour de S. Jean l'Evangeliste
les Diacres le jour de S. Etienne , les Soû-
(a) Quelques Personnes assurent que dans les plus bas siécles les Prêtres ont choisi la Transfiguration
pour leur Fête Patronale.
diacres
JANVIER 173.2. 2*
diacres un autre jour voisin de la Fête de
Noël. Le reste du chœur se joignit appa
remment à ces derniers. Mais depuis qu'on
eût déclaré dans le XV. siécle une Guerre
ouverte à cette Fête du bas-Chœur , il y
eut du partage dans le choix du jour qui
passeroit pour la solemnité patronale. En
certains Pays on s'arrêta à S. Gregoire ,
Pape , en l'honneur duquel on trouvoit un Office propre tout noté dans les anciens Antiphoniers. En d'autres où l'on
ne pût goûter le choix de la S. Gregoire ,
parce qu'elle tombe en Carême , on choisit les 7. Freres Martyrs , Enfans de Ste
Felicité , par une raison assez frivole. (a)-
Quoiqu'il en soit , il n'y a gueres plus
de cent ans que les Musiciens , ou Chantres gagèz étoient partagez selon les Pays,
sur le choix de leur Fête Patronale , et
qu'ils reconnoissoient differensSaints pour
leurs Patrons. Dans la Flandre , où la Mu
sique a fleuri plus qu'en certaines autres
Provinces du Royaume , l'on ne connoissoit point encore Sainte Cecile pour Protectrice des Musiciens , il y a cent- cinquante ans. Si elle avoit été représentée
comme telle , et avec un Jeu d'Orgues ,
vers l'an 1580 , Molanus , célebre Doc
teur de Louvain , qui marqua dans le Li-
(4) Auxerre.
VIQ
26 MERCURE DE FRANCE
vre qu'il fit imprimer alors sur les Images , toutes les figures symboliques qu'on
ajoutoit aux Statuës des Saints , n'auroit
pas oublié Sainte Cecile ; cependant il ne dit pas un seul mot de cette Sainte : ce
qui est une marque qu'il ne l'avoit encore vûe représentée en aucun endroit.
Je mecrois donc assès fondé pour avan
cer que ce n'est que depuis un Siecle , ou ,
un peu plus , que les Musiciens se sont
réunis à choisir cette Sainse pour leur Patrone. L'Office propre qu'on chantoit
presque par tout en son honneur depuis
plusieurs siecles , aura gagné alors leurs
suffrages , et les aura déterminé à ce choix.
Ceux d'aujourd'huy croyent qu'il a été
fait avec tant de maturité et de déliberation par leurs Prédecesseurs , qu'il est
difficile de les en faire revenir. L'habi
tude dans laquelle ils sont , de voir Sain
te Cecile représentée avec un Jeu d'Or
gues , fait qu'iis continuent de croire
qu'elle étoit de la Profession , ou au moins
qu'elle aimoit les Instrumens musicaux
cependant , à considerer les choses dans
leur origine , on reconnoîtra que ce Jeu
d'Orgues n'a été ajoûté aux figures de
cette Sainte , que depuis que les Musiciens se sont mis sous sa protection. C'est
ainsi qu'ils prennent l'effet pour la cause
et la cause l'effet.. pour Je
JANVIER 1732. 27
Je ne vous diray pas en quelles Provinces ce choix a d'abord été fait. Il y a
apparence que c'est en Italie. Les honneurs qu'on prétend rendre à Sainte Cecile par la Musique , y sont même poussez jusqu'à un point qui pourra vous réjouir. Dans une Ville de cette vaste partie de l'Europe , l'une des Eglises Paroissiales porte le nom de Sainte Cecile. Le
Clergé n'en est pas fort nombreux , par
ce qu'il y a dans la même Ville cinquante-cinq autres Paroisses, Une Personne
grave qui m'a honoré de son amitié dans
sa vieillesse , m'a dit qu'elle entra dans
cette Eglise l'an 1669. à son retour de
Rome : c'étoit un Dimanche au soir !
Elle y trouva le Curé qui disoit Vêpres.
tout seul : mais le son de sa voix étoit
admirablement secondé par un grand
nombre de petits Oiseaux qui faisoient
dans la Tribune des Orgues un gazoüillement très agréable. S'étant informé de
Forigine de cette Musique , on lui dit
que ces Oiseaux étoient nourris là comme
dans une Voliere , où ils faisoient un con--
cert jour et nuit pour honorer Sainte Cecile , et que la Paroisse n'ayant pas assès.
de revenu pour y faire chanter l'Office
excepté le jour de la Fête Patronale , on
se contentoit durant le reste de l'année
·
des
28 MERCURE DE FRANCE
des services de ces petits Musiciens. Vous
pouvez croire qu'en dédommagement , il
n'y a rien d'épargné le 22 Novembre
et que tous les Enfans de Sainte Cecile.
tiennent à honneur de se réunir ce jour- là.
dans ce lieu.
On est persuadé en Italie plus qu'ailleurs , de la verité de tout ce que les
Legendes du Beviaire renferment ; et Tes
Musiciens qui ne se picquent pas d'être
grands Critiques en fait d'Histoire , s'en
rapportent volontiers à la croïance de ceux
qui les ont éleveż . Soit que ce soit en Italie, ou dans les ProvincesMeridionnales de
la France que le choix ait été fait d'abord
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens , il est constant qu'il est très - mak
fait. Je ne songeois à rien moins qu'à vous
prier de rendre publique cette Lettre lorsque l'on m'a fait voir une Lettre circulaire , imprimée en forme d'Affiche de la.
part du Maître de Musique de l'Eglise
Cathédrale du Mans , par laquelle tous
les Musiciens du Royaume sont invitez.
àmettre en Musique les paroles jointes à
cette Lettre, destinées à servir de Motet
à la Messe solemnelle de la Fête de Sainte
Cecile. Et comme si le sujet étoit le plus
heureux du monde , on y ajoûte les mêmes clauses et conditions qui sont ordi- nairement
JANVIER 1732. 29
,
nairement proposées pour les Pieces d'Eloquence ou de Poësie qui subissent l'éxamen de differentes Académies , établies
dans le Royaume et qui sont honorées
d'un prix de conséquence. La Piece Mu- sicale sera examinée : ( on ne dit pas par
qui:) et celle qui sera trouvée la meilleure dans le genre de Musique qu'on demande , sera chantée préferablement aux
autres dans l'Eglise du Mans , et l'Auteur
sera récompensé d'une Croix d'or. J'ay
appris aussi que dans l'Eglise d'Evreux ,
et dans les autres de Normandie on a fait
dans le siécle dernier quelque chose de
semblable ; au moins on en produit des
Programmes ou Avis imprimez en 1667.
et 1668. Et encore de nos jours a Evreux,
lorsqu'il arrive qu'un Maître de Musique
qui a du renom , s'y rend au 22 Novembre , pour faire chanter une Musique de
sa façon à la Fête de Sainte Cecile , on lui
fait present d'une Médaille d'argent , qui
représente d'un côté l'image de cette Ste.
et de l'autre les Armes du Chapitre.
que
Sainte Cecile étant ainsi devenue le sujet des Chef- d'œuvres de Musique , on ne peut pas attendre l'effet du maumais choix se manifeste plus évidemment,
et il paroît que le temps est venu de combattre le fondement de ce choix.
Comme
30 MERCURE DE FRANCE
,
Comme toutes choses sont sujettes à
vicissitude sur la terre et que tous les
jours on avance dans la connoissance de
l'Histoire on a découvert que le choix
de Sainte Cecile pour Patrone des Musiciens n'est appuyé que sur un fondement
ruineux , c'est-à- dire,sur des Auteurs qui
attribuent à cette Sainte des faits qu'il
leur a plû d'imaginer pieusement , ou sur
un texte historique mal entendu , et pris
àcontre-sens , en cas qu'il soit veritable ;
et c'est ce qu'il est besoin de développer.
Que disent sur la Legende de cette Sainge
les Historiens réconnus pour les plus éclairez de nos jours ? M. de Tillemont (1) déque les contradictions qui se trou- cla
dans
ses
Actes
, en
donnant
une
idée
vent
assès désavantageuse , qu'ils ne sont composez que de Miracles extraordinaires ,
et d'autres choses qui ont peu d'apparence
de verité que , quoiqu'ils soient assès
anciens pour avoir été vûs par le vénérable Bede , il ne croit pas , cependant ,
qu'il y ait moyen de les soutenir. Le Pere
Garnier , Jesuite , dont on a quelques ouvrages sur l'antiquité Ecclésiastique , qui
sont fort estimez , combat ces Actes pat
l'endroit du Prefet Almaque , dont ils
font mention , outre plusieurs autres fau
(1)Tom. III. Hist. Eccl. p. 689.
tes
JANVIER 1732. 31
4
›
tes dont il reconnoit qu'ils sont pleins
M. Baillet (1 ) assure qu'ils n'ont presque
aucune autorité , qu'ils sont difficiles à
soûtenir dans presque toutes leurs cirConstances soit pour les temps et les
dieux , soit pour les grands Discours et les
grands Miracles qu'ils contiennent. Il est
Vrai que dans un autre endroit ( 2 ) il dit
que ces Actes n'ont rien de choquant ou
de scandaleux dans ce qu'ils ont d'incroyable mais il ajoûte aussi- tôt qu'ils
n'ont rien d'authentique dans ce qu'ils
paroissent avoir de plus noble. Le Public
peut croire par avance , que le jugement
des sçavans Bollandistes ne se trouvera pas
beaucoup different lorsque le temps sera
venu qu'ils seront obligez de s'expliquer on peut même , sans trop hazarder , conclurre de ce que leurs Prédéces
seurs ont dit au 14 Avril , sur S. Valerien
et S. Tiburce , et au 25 Mai , sur S. Urbain , que ceux de leurs Confreres à qui
il appartiendra , de traiter les Saints du
22 Novembre , ne s'éloigneront pas extrêmement de ce qu'a dit le Pere Garnier ,
et même il peut se faire qu'avec le temps
il leur vienne de nouvelles lumieres pour
impugner encore plus fortement les Actes
(1)Table critique du 22 Nov.
>
(3) Au 22 Novembre
9
de
2 MERCURE DE FRANCE
de Sainte Cecile , et les faire abandonner generalement.
و
C'est donc le peu de fond qu'il y a à
faire sur cette piece , qui a porté les Evêques , qui ontfait réformer leurs Breviaires à en rétrancher cette Legende. Il y en
a qui n'ont assigné à Ste Cecile aucune
Leçon propre , et qui ont tout renvoyé
au commun ou l'ont réduit en simple
commemoration, comme on vient de faire
à Langres. D'autres ont permis qu'on inserât à Matines un Fragment du Sacramentaire de S. Gregoire , où il est dit simplement que Cecile a été fortifiée par la
grace de Dieu , de maniere que rien n'a
pû ébranler sa foy et sa vertu , ni le penchant de l'âge , ni les caresses du siecle ,
ni la foiblesse du sexe , ni la cruauté des
tourmens , cet Eloge n'ayant pû fournir
qu'une seule Leçon fort courte , c'est ce
qui a été cause que l'Office du 22 Novembre a été réduit à trois Leçons , dont deux
sont de la Sainte Ecriture. Par là toutes
les Antiennes et Répons propres qui
étoient dans les Antiphoniers precedens ,
ont été rejettez , et par conséquent l'AntienneCantantibusOrganis ôtée de l'Office.
Or comme il n'y avoit que cet endroit de
la prétendue Histoire de la Sainte , qui ,
après bien des siecles , avoit déterminé.
les
JANVIER 1732. 33
les Musiciens et Joueurs d'Instrumens à
la choisir pourPatrone ; il est bon de faire
quelques refléxions dessus , afin d'en montrer la foiblesse , et de faire voir que ,
quand même il seroit bien averé , il prou
veroit seulement qu'il y avoit autrefois
des Instrumens de Musique dans les nôces
chez les Romains , ce que personne ne
revoque en doute , et qui n'a nulle liaison
avec l'usage qu'on a fait de ce Texte.
:
Ce Texte dit donc simplement que Cecile fut promise à un jeune homme appellé Valerien que le jour des nôces étant
venu , elle parut vêtuë d'habits éclatans -
en or , par dessous lesquels elle portoit le
cilice que les Instrumens de Musique
faisoient retentir dans la Salle où étoit le
lit nuptial toutes sortes d'airs convenables
à une telle conjoncture ; mais que Cecile ,
sans y faire attention , ne s'appliquoit interieurement qu'à Dieu seul , à qui elle disoit du fond de son ame : » Seigneur, que
» mon cœur et mon corps soient conser-
» vez sans tâche , afin que je ne sois pas
» confondue. Cujus Dei ) vocem audiens
Cecilia Virgo clarissima absconditum semper
Evangelium Christi gerebat in pectore ..
Dominumfletibus exorans , ut virginitas ejus
ipso conservante inviolata permaneret. Hac
Valerianum quemdamjuvenem habebat spon
C SU
34 MERCURE DE FRANCE
sum : qui juvenis in amore virginis perur
gens animum diem constituit nuptiarum.
Cecilia verò subtus ad carnem cilicio induta , desuper auratis vestibus regebatur. Parentum verò tanta vis et sponsi circa illam
erat exæstuans , ut non posset amorem cordis
sui ostendere , et quod solum Christum diligeret indiciis evidentibus aperire. Quid multa ? Venit dies in quo thalamus collocatus est.
Et cantantibus organis , illa in corde suo soli
Domino decantabatidicens : Fiat cor meum et
corpus meum immaculatum , ut non confundar ; et biduanis ac triduanis jejuniis orans
commendabat Domino quod timebat. Invita
bat Angelos precibus , lachrymis interpellabat Apostolos , et sancta omnia Christo famulantia exorabat , ut suis eam déprecationibus adjuvarent suam Domino pudicitians
commendantem. (a)
Après avoir ainsi exposé l'endroit des
'Actes de Ste. Cecile , qui a déterminé le
choix des Joueurs d'Instrumens et des
Musiciens , je puis conclure hardiment
que cette Sainte n'a été choisie par eux
pour Patrone que parce qu'on lit que
forsqu'il fut question de la marier , il y
avoit des Instrumens àla Fête. De sorte
que , sans faire attention que l'Histoire
de cette Sainte , telle qu'elle est , la repré
(a) Je tire ce Texte d'un Manuscrit de 600 ans.
sente
JANVIER 1732. 5
2
sente comme mariée malgré elle , et comme ayant une répugnance marquée à entendre toute cette mélodie , et songeant
plutôt aux choses spirituelles , on la prend
pour la Protectrice des Symphonies et des
Concerts qui se font au moins avec autant
d'appareil que celui qui , selon les mêmes
Actes paroissoit lui être à charge. En
effet , le langage de l'Historien laisse
penser qu'il en étoit de la Musique à son
égard , comme des beaux habits dont elle
étoit parées et c'est avec raison qu'il prétend faire son Panegyrique , lorsqu'il dit
qu'elle n'avoit pas plus d'attache à l'un'
qu'à l'autre. Une legere attention sur ce contraste suffit , ce me semble › pour dé
tromper bien des gens , touchant la justesse prétendue du choix fait par les Mu
siciens. Ce n'étoit pas un Privilege particulier à Ste. Cecile , d'avoir des Joueurs
d'Instrumens à ses nôces : c'étoit la coûtume de son temps , comme ce l'est encore aujourd'huy. Il n'y a gueres de Saints
parmi ceux qui ont été mariez , qui ne
se soient peut-être trouvez dans de sem
blablescirconstances. Pourquoi donc choisir plutôt Sainte Cecile qu'une autre ?
Est-ce à cause que la Musique des Instrumens a paru lui déplaire , ou au moins nè
faire aucune impression sur ses sens ?
Cij
36 MERCURE DE FRANCE
:
Je prévois bien , Monsieur , que mes
reflexions ne feront pas plaisir à un grand
nombre de Musiciens. Etant accoutumez
à juger de la verité et de l'antiquité des
choses , parce qu'ils en voyent de leurs
jours , ils diront que le choix de Ste. Ce-.
cile pour Patrone de leur Profession , ne
peut être que bon et ancien , puisqu'il est
si étendu, J'avoue qu'il n'est que trop
étendu mais aussi il faut convenir qu'il
a été fait dans un temps où l'on tenoit
pour véritables les Actes qui portent son
nom , et où l'on croyoit qu'un seul mot dans l'Office , pourvu qu'il eût rapport
à la Musiquede loin ou de près , directement ou indirectement , suffisoit pour se
fixer et s'arrêter. Dispensez - moy d'entrer
en explication de certaines autres Professions qui n'ont pas été plus heureuses , cr
de vous citer l'origine du choix d'un
grand nombre deConfreries. Après tout ,
quoique les Actes de Sainte Cecile soient
faux , la Sainte n'en est pas moins réelle
et veritable. Quoiqu'on ne sçache point
même en quel Pays elle a été martyrisée ,
et qu'il soit incertain si c'est à Rome ou
dans la Sicile , il n'en est pas moins constant que cette Sainte est une veritable
Martyre. Et puisque son nom est dans le
Canon de la Messe il en faut conclure
qu'elle
JANVIER 1732. 3
qu'elle est une des plus anciennes Martyres de l'Eglise Romaine. C'est tout ce
qui peut faire son Eloge , sans que pour
cela la Musique doive s'y interesser plus
qu'à une autre Sainte , par les raisons peremptoires que j'ai apportées.
En abandonnant le choix qui a été fait
si mal- à-propos dans ces derniers temps ,
il est nécessaire de le remplacer par quelque autre Saint qui puisse être proposé
avec fondemens au Corps des Musiciens ,
et à leurs aggrégez. On se fatigueroit en
vain à chercher pour cela un Saint de la
premiere antiquité ; puisque la Musique
dans le sens qu'ils veulent qu'on l'entende,
est assez nouvelle dans l'Eglise. Il seroit
question de découvrir l'introduction des
Instrumens dans l'usage des Offices Divins , et de trouver quelque saint personnage qui se soit plû à en jouer, Le siécle
de Charlemagne fournit un S. Arnold
du Duché de Juliers : mais la Profession
de simple Joueur de Violon qu'il exerça ,
n'est pas proportionnée à tout ce que la
Musique renferme. En descendant quelques siécles plus bas , on trouve un Saint
Dunstan , Archevêque de Cantorbery
en Angleterre. Les Auteurs de sa vie le
représentent comme un Personnage qui
se plaisoit dans sa jeunesse à jouer de toute
Ciij sorte
38 MERCURE DE FRANCE
sortes d'Instrumens , du Psalterion , de la
Guitare , des Orgues , et toujours pour
les louanges de Dieu. Quamvis omnibus :
artibus Philosophorum magnificè polleret ,
ejus tamen multitudinis qua. Musicam instruit , eam videlicet que Instrumentis agitatur speciali quadam affectione scientiam vindicabat , sicut David Psalterium sumens ,
Citharam percutiens , modificans Organa 2,
Cymbala tangens. (a ) Et plus bas ils rapportent , que lorsque Athelme , Archevêque de Cantorbery , l'eût produit auprès du Roy Ethelstan , ce fut sa parfaite´
habileté à jouer de tous les Instrumens
qui lui concilia l'amitié du Roy et de
toute la Cour. Cum videret Dominum Regem secularibus curis fatigatum , psallebat in.
Tympano , sive in Cithara , sive alio quolibet musici generis Instrumento : quo facto
tam Regis quam omnium corda Principum
exhilarabat. Et afin que par le mot Psallebat, on ne puisse entendre des Airs profanes , il est dit un peu plus haut du même
Saint : Sicut David ergo noster symphonista Vasa cantici habuit , quia usum illorum nonnisi in divinis laudibus expendit.
Mais si l'on ne veut point recourir à
P'Angleterre pour y choisir un Saint Protecteur de la Musique , et si l'on est
(a) Osbernus seculo V. Benedictino.
bien
JANVIER. 1732. 39
bien aise de ne pas déplacer la Fête des Chantres de la saison où elle se trouve
aujourd'hui , on peut prendre un Saint
de notre France qui est assez celebre
dont la Fête arrive le 18. Novembre , qui
est le jour auquel il déceda à Tours l'an
942. C'est S. Odon. Il avoit eu à Paris
pour Maître de Musique le fameux Remi
d'Auxerre cet homme generalement
versé en toute sorte de sciences. Il avoit
appris sous lui à connoître les differentes
combinaisons des harmonies , consonantes , affinales , &c. par le moyen du monocorde qui servoit alors à instruire les
Commençans ; et il devint par la suite si
habile dans la Musique Ecclesiastique
qu'il fut jagé digne d'être Grand- Chantre de l'Église de Tours ,où il composa
plusieurs Pieces de Chant. Il est vrai qu'il
ne resta point dans cet état ; s'étant fait
Religieux il devint Abbé de Clugny ;
mais il aima toûjours les mélodies Ecclesiastiques , et il en composa jusqu'à la fin
de sa vie. Ce Saint appartient plus parriculierement à l'Eglise de France , puisqu'il a été Membre d'une des plus illustres Eglises du Royaume, ( a) où l'on s'est
toûjours appliqué à faire l'Office avec
majesté.
(a)Tours.
Ciiij Quelque
40 MERCURE DE FRANCE
Quelque Musicien versé dans l'Histoire , pourra dire , que puisqu'il est à
propos de se départir du mauvais choix
fait de Sainte Cecile , il vaut autant que
dans chaque Pays les Musiciens ou Chantres de profession se choisissent un saint
Patron particulier , et que peut être se
trouvera t'il peu de Provinces où il n'y
ait des Saints qui ont été amateurs du
Chant , ou qui ont eû quelque rapport
avec l'exercice de cette Science. Je ne
parle point de l'Eglise de Lyon , où l'on
connoît un S. Nicier , Evêque , qui s'est
distingué dans le Chant Ecclesiastique et
qui même l'a enseigné à de jeunes enfans ; cette Eglie peut bien celebrer une
Fête de Chantres de Plain- Chant , mais
non pas de Musiciens , parce qu'elle n'en
a jamais admis dans le sens qu'on entend
aujourd'hui le nom de Musiciens. L'Eglise de Clermont a eu un S. Gal et un
S.Priet, Evêques, qui ont cultivé particu
lierementla science du Chant, excités par
l'avantage qu'ils avoient d'être doüez d'une belle voix. L'Eglise de Paris a eû aussi
pourPrélat unSaint qui pourroit très - bien
être choisi pour Patron de la Musique de
cette Capitale du Royaume ; c'est S. Germain. Le Poëte Fortunat , qui a écrit son
Eloge en Vers, fait une description si pompeuse
JANVIER 1732. 4.I
peuse de de la maniere dont on celebroit
Office dans son Eglise Cathedrale, qu'on
diroit que ce Saint y auroit établi le contrepoint et le Faubourdon , quoique cela ne
soit pas. Il est seulement vrai de dire qu'il
anima le Chant , et qu'il le regla. Mais
puisque ce sont les mouvemens que se
donnent des Particuliers de l'Eglise du
Mans qui m'excitent à vous écrire , ne
peut- on pas leur dire qu'ils cherchent
bien loin ce qu'ils ont chez eux- mêmes.
Ils ont, en effet, S. Aldric, qui de Préchantre
de l'Eglise de Metz , fut fait leur Evêque
au neuviéme siecle. Il n'étoit point de
ees Préchantres simplement porteurs de
Bâton et de Chappe ; l'Histoire de sa Vie
publiée au troisiéme Tome des Mélande M. Baluze , dit de lui ges dès sa que
jeunesse : Cantum Romanum atqu: Grammaticam sive divine scripture seriem bumiliter discere meruit , quibus pleniter atque
doctissimè instructus est ; il semble qu'un
Evêque du Mans qui est Saint , et qui a
sçû parfaitement le Plain- Chant , ayant sqü été Moderateur du Chœur d'une celebre
Eglise , mériteroit mieux que Sainte Cecile d'être le Patron des Chantres et des
Enfans- de-Chœur de l'Eglise du Mans ,
puisque c'est un Personnage à qui l'on
peutappliquer à la lettre ce Passage de l'E CY criture
42 MERCURE DE FRANCE
criture, où il est dit de David : Stare fecitCantores contra altare et in sono eorum dulces
fecit modos. (a) Ce Texte est clair et sans .
obscurité. Il n'en est pas de même du
Passage des Actes de sainte Cecile. Quand
même ces Actes seroient veritables , les
Musiciens auroient tort de croire sur le -
simple fondement de ce qui y est contenu , qu'il y auroit eû des Orgues dans
le sens que nous l'entendons à la Fête
de son Mariage ; parcequ'il est indubitable qu'Organa dans l'antiquité signifie un
assemblage de plusieurs sortes d'Instrumens. Mais n'est-ce pas agir d'une maniere insupportable , et abuser visible--
ment des Orgues d'aujourd'hui , que de mettre cet Instrument entre les mains
de sainte Cecile ? C'est vouloir tromper
les Peuples de gayeté de cœur , et abuser
dela crédulité des simples , que de la répresenter en faction devant un Clavier
Il me paroît que c'est prétendre leur
persuader cette Sainte est bienchoisie
queen supposant comme
pour Patrone
vrai , ce qui cependant est faux ; sçavoir ,,
qu'elle faisoit métier de toucher de cet
Instrument , tandis que c'est tout le contraire, et que le Jeu d'Orgues n'a été
joint à la figure que pour marquer que
(*) Ecclesiastici , Cap. 47. ¥. 11.
les
JANVIER. 1737. 43
1
lés Musiciens l'ont choisie pour leur Protectrice. Ce n'est pas le choix qui supose
les Orgues; ce sont les Orgues qui présupposent le choix, et qui en sont le signe
et la marque. Dans les Chroniques Latines , imprimées in folio , à Nuremberg,
l'an 1493. avec des figures ; sainte Cecile
est representée avec un peigne de fer à
la main. Il peut se faire que cette Sainte
ayant été représentée de la même maniere
sur quelques murailles ou sur quelque vitrage , l'on ait pris par la suite cet Instrument de martyre pour un Jeu d'Orgue.
On se méprend quelquefois plus grossierement à des Peintures , losrqu'elles sont
à demi effacées. Tout-au- plus ce qui éoit
permis depuis le choix fait par les Mu--
siciens , étoit de représenter un Jeu d'Orgue aux pieds de sainte Cecile , de la
maniere qu'on mer quelquefois des Ar--
moiries ou des Hieroglyphes sous certai
nes statuës. Mais ce qui auroit été convenable , pour couper court , eût été
de laisser sainte Cecile au Monastere de
Filles avec les Agnès , les Luces et les
Agathes , et que les Musiciens eussent
porté leur dévotion particuliere vers un
Saint , sans craindre que la Sainte leur
fût moins propice. Il ne tiendra qu'à eux
de le faire après tout ce que j'ai dit sur
Cvj 121
44 MERCURE DE FRANCE
la fausseté des Actes qui portent son
nom, et sur l'incongruité du choix , quand
même ces Actes seroient veritables. Il
né dépendra que d'eux de s'attacher à
un Saint qu'ils puissent veritablement regarder comme le prototype ou le modele
de leur Profession. Je me suis contenté
d'en indiquer quelques-uns , sans prétendre avoir épuisé tous ceux que l'Histoire
Ecclesiastique pourroit fournir. Je passe
sous silence le peu de solidité qu'il y auroit de choisir S. Vincent Martyr , précisement à cause que dans le Verset d'un
des Répons de son Office on lit : Dantur
ergo laudes Deo Altissimo , et resonante Organo vocis Angelica modulata suavitas
procul diffunditur , ou de s'arrêter à sainte
Ysoïe ou Eusebie , Abbesse d'Haimage en
Flandres , dont il est écrit qu'elle regne
dans le Ciel : Ubi organizans canticum
immaculatum sponsum Agnum sequendo tripudiat. Le peu de fondement de ce choix
sauteroit aux yeux , et je ne crois pas que
jamais on y pense.
Au reste , je ne me déclare point ennemi de la Musique ni des Instrumens.
Tant s'en faut ; je puis dire comme le
Cardinal Bona : Et Musicam amo , et pu
det me plerosque Ecclesiasticos viros totius
vita cursu in cantu versari ; ipsum verò
cantum
JANVIER 1731. 45
cantum ( quod turpe est ) ignorare. (a) J'ai
me la Musique , j'aime le Plain-Chant
j'aime ceux qui s'y connoissent veritablement ; mais je demanderois volontiers à
toute l'Ecole de sainte Cecile un secret
pour empêcher de jamais parler de ces
matieres-là et de s'ériger en Maîtres de
Psalmodie , ceux qui ne peuvent et ne
pourront jamais distinguer un semi-ton
d'avec un ton , ainsi qu'ils le font voir
en plein Choeur par une triste experience
de tous les jours ; et je m'en rapporte à
vous , Monsieur , pour décider s'ils na
sont pas dans le même cas que ces Doc.
teurs en Lecture , qui ne sçauroient distinguer une lettre voyelle d'avec une
lettre consonne. Ce ne sont pas là , Monsieur , les Chantres de l'Eglise Chrétienne, dont je serois prêt de faire l'Apologie ; mes Argumens en faveur de la
Musique , sont toûjours pour appuyer
des sujets qui lui font plus d'honneut.
Si on entreprenoit de bannir ceux cy de
nos Eglises et d'en exclure toute sortę
de Musique , je serois le premier à m'y
opposer, en représentant que dans toutes les choses établies au vû et au sçû des
Superieurs, il nefaut retrancher que ce qui cst devenu abusif. Mes raisonnemens donc
(a)De div. Psalmedia , Cap. 17. §. 3. Num. 1.
contre
45 MERCURE DE FRANCE
contre la Confrairie de sainte Cecile , ne
doivent pas être suspects : ce n'est que
pour le mieux , que j'exhorte ceux qui
s'y sont enrôlez , à considerer le deffaut
qui est dans leur choix ; afin que si dans
quelque Ville du Royaume ils sont heureusement d'assez bon goût pour y
choisir
un autre Patron , en même temps qu'on y
réforme le Breviaire , la justesse de leur
nouveau choix puisse ensuite s'étendre ailleurs de la même maniere que l'incongruité de l'ancien s'étoit fait place à la
faveur de la fable et de la fiction. Je
suis , & c.
Ce Samedy 20. Octobre, Fête de Saint
Aderald , Chanoine de votre Eglise.
Fermer
Résumé : LETTRE de M*** à M. H. Chanoine de l'Eglise Cathedrale de *** sur le choix que les Musiciens ont fait de Ste Cecile pour leur Patronne.
La lettre de M*** à M. H. Chanoine de l'Église Cathédrale de *** examine le choix de Sainte Cécile comme patronne des musiciens. L'auteur souligne que chaque profession devrait choisir un saint patron dont les vertus sont exemplaires et dont la fête est célébrée avec respect. Cependant, il critique certains choix de saints patrons faits de manière burlesque ou sans discernement. L'auteur mentionne que certaines professions, comme les médecins, ont des saints patrons bien définis, tandis que d'autres, comme les marchands, les laboureurs et les vignerons, pourraient bénéficier de saints patrons plus appropriés. Il note que les musiciens ont choisi Sainte Cécile en se basant sur une légende plutôt que sur des faits historiques avérés. Cette adoption remonte à environ un siècle et a été influencée par un office propre en son honneur et par des représentations iconographiques. La lettre critique ce choix, affirmant que les légendes sur Sainte Cécile sont remplies de miracles extraordinaires et de faits peu crédibles. L'auteur cite des historiens comme M. de Tillemont, le Père Garnier et M. Baillet, qui remettent en question l'authenticité des actes de Sainte Cécile. Il suggère que le choix de Sainte Cécile comme patronne des musiciens devrait être réévalué à la lumière des nouvelles connaissances historiques. Le texte discute également des réformes des bréviaires, où la légende de Sainte Cécile a été retirée, certains lui attribuant une simple commémoration ou une leçon courte. L'Office du 22 novembre a été réduit à trois leçons, dont deux tirées de la Sainte Écriture, entraînant la suppression des antiennes et répons propres, y compris l'antienne 'Cantantibus Organis'. L'auteur critique la représentation de Sainte Cécile avec un orgue, instrument qu'elle n'a jamais joué, et suggère de remplacer Sainte Cécile par d'autres saints plus appropriés, comme Saint Dunstan en Angleterre ou Saint Odon en France, qui avaient une réelle connexion avec la musique. Il mentionne également d'autres saints potentiels, comme Saint Nicier à Lyon, Saint Gal et Saint Priet à Clermont, et Saint Germain à Paris. L'auteur conclut en suggérant que les musiciens du Mans pourraient choisir Saint Aldric, un évêque connu pour son expertise en plain-chant, comme patron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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75
p. 786-792
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire tenu le 3. Mars, le Cardinal Otthoboni [...]
Mots clefs :
Église, Infant, Don Carlos, Te Deum, Sénateurs, Venise, Amnistie générale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITA LIE!
Ddinal Choist roposa 3. Mars,le Cant dinal Otthoboni proposa l'Abbaye de saint
Per-en-Vallée , Diocèse de Chartres , pour l'Ab
bé de la Farre- Lopis; il préconisa l'Evêque d'Autun pour l'Archevêché de Besançon ; l'Abbé de
Premeaux , pour l'Evêché de Perigueux ; l'Abbé
de Fruquelay de Kervers , pour celui de Treguier.
Le 13. Mars , vers les heures du soir , le
Duc de S. Aignan , Ambassadeur Extraordinaire
du Roy Tr.Ch. arriva à Rome avec la Duchesse
son Epouse , et alla descendre au Palais du Cardinal de Polignac , qui le lendemain fit donner
part au Sacré College de l'arrivée de cet Ambassadeur , et le lendemain le Cardinal de Polignac
mena le Duc de S. Aignan chez le Cardinal Se- cretaire d'Etat.
Le 1. ce Cardinal eut une Audience particuliere du Pape , dans laquelle il lui présenta les
Officiers des Galeres de France , qui ont accompagné
AVRI L. 1732. 787
pagné à Rome l'Ambassadeur de S.M. T. Chr.
Le Roy de Porttugal a fait présent d'un Diamant du poids de 35. grains au Cardinal Cienfuegos , et de quatre barres ou lingots d'or à
M. d'Acquilla , Auditeur de ce Cardinal , qui a
remis depuis peu aux Prêtres Portugais l'administration de leur Eglise Nationale de S. Antoine.
Les Religieux Dominicains ont obtenu du
Pape la permission de faire exhumer le Corps du
feu Pape Benoît XIII. qui est dans l'Eglise de
S. Pierre , pour le faire transporter dans leur
Eglise de sainte Marie sur la Minerve.
Le 31. Mars , on reçut avis que le Cardinal
Coscia étoit parti de Naples à bord d'une Galere qui l'avoit conduit à Procida , d'où il se rendra dans peu à Nettuno , pour aller ensuie à Rome se soumettre aux ordres du Pape.
L'Infant Don Carlos , qui étoit parti de Pise
le 3. Mars , accompagné dans son Carrosse du Comte de San-Estévan et du Prince Corsini , arriva vers les onze heures du matin à Pontadere
où il dina , et à cinq heures du soir à l'Ambro
giana , Maison de Plaisance du Grand- Duc. Il se rendit d'abord à PEglise , dite des Espagnols ,
où l'on chanta le Te Deum , et ensuite il se promena dans les Jardins.
Le 4. ce Prince donna audiance aux Secretaires
d'Etat du Grand- Duc , qui étoient venus le complimenter de sa part.
200
Le s . un Détachement de la Garnison du Fort
de S. Jean-Baptiste se rendit au Palais pour monter la garde.
Le 9. jour qu'on attendoit l'Infant à Florence,
on sonna toutes les cloches de la Ville dès le
point du jour. A sept heures , le Grand- Prieur
Del- Bene , les Secretaires d'Etat, le Prieur Garaldi
788 MERCURE DE FRANCE
di , le Marquis de Monteleon et le Duc de Tursis, se rendirent à Montepulci pour complimen
ter l'Infant , qni vers les 6. heures du soir arriva et fit son Entrée dans l'ordre suivant.
Les Cuirassiers et les Grenadiers Allemands du
Grand-Duc, commencerent la marche ; ils étoient
suivis de 40. Trabans , ayant leurs Officiers à
leur tête , de 6. Carrosses à 6. Chevaux qui pré,
cedoient le Carrosse de l'Infant , lequel étoit suivi de 80. de ses Gardes à Cheval , ayant leur
Etendart , Timbales et Trompettes, Ce Prince se
rendit d'abord à l'Eglise Métropolitaine , au bruit
des salves generales de l'Artillerie des deux Citadelles. Il fut reçû par les Sénateurs en habit de
ceremonie , à l'enrrée de l'Eglise , et en dedans
par l'Archevêque , à la tête de son Chapitre ; on chanta le Te Deum à huit Chœurs de Musique ,
et après le Te Deum ; S. A. R. remonta en Car- resse et se rendit dans le même ordre au Palais
Ducal , où elle fut saluée d'une salve Royale de
l'Artillerie du Château de S. George , l'Electrice
Douairiere Palatine , Gouvernante de Sienne,
reçut ce Prince à l'entrée de l'Appartement qui
lui étoit destiné et après l'avoir embrassé et
complimenté , elle se retira dans son Apparte- ment , où peu de temps après elle reçut la visite
de l'Infant , qu'elle conduisit ensuite chez le
Grand- Duc , avec lequel il resta plus d'une heure. Après cette entrevûe , l'Infant Don Carlos
reconduisit la Princesse dans son Appartement ,
où il trouva un cercle de plus de 60 Dames avec
lesquelles il resta quelque temps. Lors qu'il fut
retiré dans son Appartement , il donna audiance
à l'Archevêque de Florence et à l'Evêque de Fiesole. Le soir on tira des Feux d'artifice dans diverses Places ; toute la Ville fut illuminée , et les
Ré-
A V RI L. 017325 789.
Réjouissances publiques durerent jusqu'à quatre
heures du matin.
Le 10. Les Sénateurs , accompagnez du Corps,
de Ville , se rendirent à l'Eglise Métropolitaine
où la Messe du S, Esprit tut celebrée pontificalement par Archevêque, après la Messe , les Sé- nateurs allerent en corps complimenter S. A. R.
sur son arrivée , M. Gaetani , Lieutenant du Sénat , portant la parole ; les Députez de Sienne ,
de Parme et de Plaisance eurent ensuite audience
de l'Infant.
Le 11.l'Infant reçut les Complimens des Chanoines de l'Eglise Métropolitaine , ces Députez
de plusieurs Vill´s de la Toscane et de la princi
pale Nobicsse de Florence,
Le 12. Ce Prince après avoir écrit la à L. M.
Cath. alla voir les Ecuries du Grand Duc , après
quoi il prit le divertissement de la Chasse.
Le 13. il rendit visite à l'Electric Douairiere Palatine.
Le if. il alla avec toute sa Cour entendre la
Messe dans l'Eglise des Religieuses de l'Annon- .
ciade.
- L'execution des ordres de l'Empereur pour le
dénom rement des Familles dans le Royaume de
Naples , continue d'exciter le mécontentement de la Noblesse et du Peuple. Les Seigneurs des anciennes Baronies prétendant avoir des exemp
tions particulieres par lesquelles ils sont dispensez
de s'y soumettre , ont refusé de donner leurs Déclarations ; et s'étant assemblez , ils ont dressé
un Mémoire qu'ils ont envoye à Vienne et au
Conseil Collateral de Naples.
On écrit de Milan , qu'il en étoit parti pour
Genes un Corps de Troupes de 6500. hommes
qui doivent être suivis incessamment par le Prin-
790 MERCURE DE FRANCE
ce Louis de Wirtemberg ; par le Prince de Culmbach et par le General Smettaw , nommez pour
commander les Troupes de l'Empereur dans l'Ife.
de Corse pendant la Campagne prochaine.
On apprend de Venise , que le 25. Mars , le
'Doge , accompagné du Nonce du Pape et de la
Seigneurie , alla tenir Chapelle dans l'Eglise Ducale de S. Marc , où on chanta le Te Deum , en
memoire de la Fondation de cette Ville , qu'on
dit avoir été commencée à pareil jour de l'année
421. suivant quelques Auteurs , et selon d'autres de l'année 450.
On a appris par plusieurs Lettres de l'Ile de
Corse du commencement du mois de Mars , que 1200. Rebelles , commandez par Chiaffero , Pun
de leurs Chefs , ayant été renforcez par un plus grand nombre , étoient entrez dans la Plaine
d'Almetta ; que le Gouverneur d'Ajaccio en ayant
été informé , avoit envoyé contre eux le Colonel Arnaud avec une partie de sa Garnison , qui
'avoit contraint les Rebelles à prendre la fuite
après un leger combat; que ce Colonel étoit entré ensuite dans le Bourg de Bactelia , où il avoir
brulé plusieurs Granges pleines de grains , et enlevé plus de soo. Bêtes à corne.
On a reçû avis depuis de la Bastia , que les Re
belles étoient revenus en plus grand nombre dans
la Plaine d'Almetta ; qu'ils avoient pris la petite
Ville de ce nom , et qu'ils assiegoient actuellefement celle de Sarsaine qu'on ne croyoit paspouvoir secourir ; qu'une partie s'étant détachée
avoit tenté d'enlever le poste de San- Pelegrino
mais inutilement ; que les Rebelles avoient passé
quelques jours après le Torrent de Plincho, dans
le dessein d'assieger Biguglia ; que le Baron de Wachtendonc étoit allé au secours de cette Place
"
A V RIL. 1732. 791
que les ayant rencontrez dans une Vallée à la
portée du fusil , il les avoit fait attaquer par tous les Grenadiers du Détachement qu'il commandoit, par deux Bataillons des Régimens de Zum- jungen et de Culmbach , et par trois Bataillons
de ceux de Lewingstein , de Walsegg et de Wachtendonc.; que les Rebelles étant dans un poste avantageux , avoient fait d'abord quelque résistance; mais qu'après deux heures de combat assez
opiniâtre , ils avoient été contraints de prendre la fuite et de se retirer par des défilez impraticables et inconnus aux Troupes Allemandes ; de- sortequ'on n'avoit pas jugé à propos de les pour
suivre , de crainte de quelque embuscade. Le Baron Wachtendonc n'a perdu dans cette occasion
que trois Hussarts et cinq Soldats.
·
Depuis ces nouvelles, la République de Gennes
a fait publier une Amnistie generale pour engager les Rebelles à rentrer dans leur devoir ; mais
on a appris qu'ils ont refusé l'Amnistie , quoique Leurs Chefs y fussent compris ; desorte que n'y
ayant plus d'esperance de les ramener à leur de
voir par la voye de la négociation , on a fait partir une partie des Troupes de l'Empereur à bord
de plusieurs Bâtimens de transport , escortez par
deux Galeres de la République , et le General
Schmettau s'est embarqué depuis pour aller reconnoître les principaux défilez de l'Ile de Cor se , où le Prince Louis de Wirtemberg se rendra
avec le reste du secours des Troupes Imperiales
qu'on attend avec quelques Officiers Prussiens
qui vont servir en qualité de Volontaires.
On apprend de Villefranche , que les Galeres
du Roy de Sardaigne y étoient arrivées avec plu- sieurs Bâtimens de transport , pour y prendre les
Troupes que ce Prince a résolu d'envoyer dans
H la
792 MERCURE DE FRANCE
la Sardaigne , sous les ordres du General de
Schulembourg.
Ddinal Choist roposa 3. Mars,le Cant dinal Otthoboni proposa l'Abbaye de saint
Per-en-Vallée , Diocèse de Chartres , pour l'Ab
bé de la Farre- Lopis; il préconisa l'Evêque d'Autun pour l'Archevêché de Besançon ; l'Abbé de
Premeaux , pour l'Evêché de Perigueux ; l'Abbé
de Fruquelay de Kervers , pour celui de Treguier.
Le 13. Mars , vers les heures du soir , le
Duc de S. Aignan , Ambassadeur Extraordinaire
du Roy Tr.Ch. arriva à Rome avec la Duchesse
son Epouse , et alla descendre au Palais du Cardinal de Polignac , qui le lendemain fit donner
part au Sacré College de l'arrivée de cet Ambassadeur , et le lendemain le Cardinal de Polignac
mena le Duc de S. Aignan chez le Cardinal Se- cretaire d'Etat.
Le 1. ce Cardinal eut une Audience particuliere du Pape , dans laquelle il lui présenta les
Officiers des Galeres de France , qui ont accompagné
AVRI L. 1732. 787
pagné à Rome l'Ambassadeur de S.M. T. Chr.
Le Roy de Porttugal a fait présent d'un Diamant du poids de 35. grains au Cardinal Cienfuegos , et de quatre barres ou lingots d'or à
M. d'Acquilla , Auditeur de ce Cardinal , qui a
remis depuis peu aux Prêtres Portugais l'administration de leur Eglise Nationale de S. Antoine.
Les Religieux Dominicains ont obtenu du
Pape la permission de faire exhumer le Corps du
feu Pape Benoît XIII. qui est dans l'Eglise de
S. Pierre , pour le faire transporter dans leur
Eglise de sainte Marie sur la Minerve.
Le 31. Mars , on reçut avis que le Cardinal
Coscia étoit parti de Naples à bord d'une Galere qui l'avoit conduit à Procida , d'où il se rendra dans peu à Nettuno , pour aller ensuie à Rome se soumettre aux ordres du Pape.
L'Infant Don Carlos , qui étoit parti de Pise
le 3. Mars , accompagné dans son Carrosse du Comte de San-Estévan et du Prince Corsini , arriva vers les onze heures du matin à Pontadere
où il dina , et à cinq heures du soir à l'Ambro
giana , Maison de Plaisance du Grand- Duc. Il se rendit d'abord à PEglise , dite des Espagnols ,
où l'on chanta le Te Deum , et ensuite il se promena dans les Jardins.
Le 4. ce Prince donna audiance aux Secretaires
d'Etat du Grand- Duc , qui étoient venus le complimenter de sa part.
200
Le s . un Détachement de la Garnison du Fort
de S. Jean-Baptiste se rendit au Palais pour monter la garde.
Le 9. jour qu'on attendoit l'Infant à Florence,
on sonna toutes les cloches de la Ville dès le
point du jour. A sept heures , le Grand- Prieur
Del- Bene , les Secretaires d'Etat, le Prieur Garaldi
788 MERCURE DE FRANCE
di , le Marquis de Monteleon et le Duc de Tursis, se rendirent à Montepulci pour complimen
ter l'Infant , qni vers les 6. heures du soir arriva et fit son Entrée dans l'ordre suivant.
Les Cuirassiers et les Grenadiers Allemands du
Grand-Duc, commencerent la marche ; ils étoient
suivis de 40. Trabans , ayant leurs Officiers à
leur tête , de 6. Carrosses à 6. Chevaux qui pré,
cedoient le Carrosse de l'Infant , lequel étoit suivi de 80. de ses Gardes à Cheval , ayant leur
Etendart , Timbales et Trompettes, Ce Prince se
rendit d'abord à l'Eglise Métropolitaine , au bruit
des salves generales de l'Artillerie des deux Citadelles. Il fut reçû par les Sénateurs en habit de
ceremonie , à l'enrrée de l'Eglise , et en dedans
par l'Archevêque , à la tête de son Chapitre ; on chanta le Te Deum à huit Chœurs de Musique ,
et après le Te Deum ; S. A. R. remonta en Car- resse et se rendit dans le même ordre au Palais
Ducal , où elle fut saluée d'une salve Royale de
l'Artillerie du Château de S. George , l'Electrice
Douairiere Palatine , Gouvernante de Sienne,
reçut ce Prince à l'entrée de l'Appartement qui
lui étoit destiné et après l'avoir embrassé et
complimenté , elle se retira dans son Apparte- ment , où peu de temps après elle reçut la visite
de l'Infant , qu'elle conduisit ensuite chez le
Grand- Duc , avec lequel il resta plus d'une heure. Après cette entrevûe , l'Infant Don Carlos
reconduisit la Princesse dans son Appartement ,
où il trouva un cercle de plus de 60 Dames avec
lesquelles il resta quelque temps. Lors qu'il fut
retiré dans son Appartement , il donna audiance
à l'Archevêque de Florence et à l'Evêque de Fiesole. Le soir on tira des Feux d'artifice dans diverses Places ; toute la Ville fut illuminée , et les
Ré-
A V RI L. 017325 789.
Réjouissances publiques durerent jusqu'à quatre
heures du matin.
Le 10. Les Sénateurs , accompagnez du Corps,
de Ville , se rendirent à l'Eglise Métropolitaine
où la Messe du S, Esprit tut celebrée pontificalement par Archevêque, après la Messe , les Sé- nateurs allerent en corps complimenter S. A. R.
sur son arrivée , M. Gaetani , Lieutenant du Sénat , portant la parole ; les Députez de Sienne ,
de Parme et de Plaisance eurent ensuite audience
de l'Infant.
Le 11.l'Infant reçut les Complimens des Chanoines de l'Eglise Métropolitaine , ces Députez
de plusieurs Vill´s de la Toscane et de la princi
pale Nobicsse de Florence,
Le 12. Ce Prince après avoir écrit la à L. M.
Cath. alla voir les Ecuries du Grand Duc , après
quoi il prit le divertissement de la Chasse.
Le 13. il rendit visite à l'Electric Douairiere Palatine.
Le if. il alla avec toute sa Cour entendre la
Messe dans l'Eglise des Religieuses de l'Annon- .
ciade.
- L'execution des ordres de l'Empereur pour le
dénom rement des Familles dans le Royaume de
Naples , continue d'exciter le mécontentement de la Noblesse et du Peuple. Les Seigneurs des anciennes Baronies prétendant avoir des exemp
tions particulieres par lesquelles ils sont dispensez
de s'y soumettre , ont refusé de donner leurs Déclarations ; et s'étant assemblez , ils ont dressé
un Mémoire qu'ils ont envoye à Vienne et au
Conseil Collateral de Naples.
On écrit de Milan , qu'il en étoit parti pour
Genes un Corps de Troupes de 6500. hommes
qui doivent être suivis incessamment par le Prin-
790 MERCURE DE FRANCE
ce Louis de Wirtemberg ; par le Prince de Culmbach et par le General Smettaw , nommez pour
commander les Troupes de l'Empereur dans l'Ife.
de Corse pendant la Campagne prochaine.
On apprend de Venise , que le 25. Mars , le
'Doge , accompagné du Nonce du Pape et de la
Seigneurie , alla tenir Chapelle dans l'Eglise Ducale de S. Marc , où on chanta le Te Deum , en
memoire de la Fondation de cette Ville , qu'on
dit avoir été commencée à pareil jour de l'année
421. suivant quelques Auteurs , et selon d'autres de l'année 450.
On a appris par plusieurs Lettres de l'Ile de
Corse du commencement du mois de Mars , que 1200. Rebelles , commandez par Chiaffero , Pun
de leurs Chefs , ayant été renforcez par un plus grand nombre , étoient entrez dans la Plaine
d'Almetta ; que le Gouverneur d'Ajaccio en ayant
été informé , avoit envoyé contre eux le Colonel Arnaud avec une partie de sa Garnison , qui
'avoit contraint les Rebelles à prendre la fuite
après un leger combat; que ce Colonel étoit entré ensuite dans le Bourg de Bactelia , où il avoir
brulé plusieurs Granges pleines de grains , et enlevé plus de soo. Bêtes à corne.
On a reçû avis depuis de la Bastia , que les Re
belles étoient revenus en plus grand nombre dans
la Plaine d'Almetta ; qu'ils avoient pris la petite
Ville de ce nom , et qu'ils assiegoient actuellefement celle de Sarsaine qu'on ne croyoit paspouvoir secourir ; qu'une partie s'étant détachée
avoit tenté d'enlever le poste de San- Pelegrino
mais inutilement ; que les Rebelles avoient passé
quelques jours après le Torrent de Plincho, dans
le dessein d'assieger Biguglia ; que le Baron de Wachtendonc étoit allé au secours de cette Place
"
A V RIL. 1732. 791
que les ayant rencontrez dans une Vallée à la
portée du fusil , il les avoit fait attaquer par tous les Grenadiers du Détachement qu'il commandoit, par deux Bataillons des Régimens de Zum- jungen et de Culmbach , et par trois Bataillons
de ceux de Lewingstein , de Walsegg et de Wachtendonc.; que les Rebelles étant dans un poste avantageux , avoient fait d'abord quelque résistance; mais qu'après deux heures de combat assez
opiniâtre , ils avoient été contraints de prendre la fuite et de se retirer par des défilez impraticables et inconnus aux Troupes Allemandes ; de- sortequ'on n'avoit pas jugé à propos de les pour
suivre , de crainte de quelque embuscade. Le Baron Wachtendonc n'a perdu dans cette occasion
que trois Hussarts et cinq Soldats.
·
Depuis ces nouvelles, la République de Gennes
a fait publier une Amnistie generale pour engager les Rebelles à rentrer dans leur devoir ; mais
on a appris qu'ils ont refusé l'Amnistie , quoique Leurs Chefs y fussent compris ; desorte que n'y
ayant plus d'esperance de les ramener à leur de
voir par la voye de la négociation , on a fait partir une partie des Troupes de l'Empereur à bord
de plusieurs Bâtimens de transport , escortez par
deux Galeres de la République , et le General
Schmettau s'est embarqué depuis pour aller reconnoître les principaux défilez de l'Ile de Cor se , où le Prince Louis de Wirtemberg se rendra
avec le reste du secours des Troupes Imperiales
qu'on attend avec quelques Officiers Prussiens
qui vont servir en qualité de Volontaires.
On apprend de Villefranche , que les Galeres
du Roy de Sardaigne y étoient arrivées avec plu- sieurs Bâtimens de transport , pour y prendre les
Troupes que ce Prince a résolu d'envoyer dans
H la
792 MERCURE DE FRANCE
la Sardaigne , sous les ordres du General de
Schulembourg.
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Résumé : ITALIE.
Le 3 mars, le cardinal Otthoboni proposa plusieurs nominations ecclésiastiques, notamment l'Abbaye de Saint-Père-en-Vallée pour l'Abbé de la Fare-Lopis, l'Évêque d'Autun pour l'Archevêché de Besançon, l'Abbé de Prémaux pour l'Évêché de Périgueux, et l'Abbé de Fruquelay de Kervers pour celui de Tréguier. Le 13 mars, le Duc de Saint-Aignan, Ambassadeur Extraordinaire du Roi Très Chrétien, arriva à Rome avec la Duchesse son épouse et descendit au Palais du Cardinal de Polignac. Le Cardinal de Polignac informa le Sacré Collège de l'arrivée de cet Ambassadeur et le mena ensuite chez le Cardinal Secrétaire d'État. Le 1er avril, le Cardinal de Polignac eut une audience particulière avec le Pape, durant laquelle il présenta les Officiers des Galères de France accompagnant l'Ambassadeur. Le Roi de Portugal fit don d'un diamant de 35 grains au Cardinal Cienfuegos et de quatre lingots d'or à M. d'Acquilla, Auditeur de ce Cardinal. Les Religieux Dominicains obtinrent la permission du Pape d'exhumer le corps du Pape Benoît XIII pour le transférer dans leur église de Sainte-Marie-sur-la-Minerve. Le 31 mars, on apprit que le Cardinal Coscia avait quitté Naples pour se rendre à Rome afin de se soumettre aux ordres du Pape. L'Infant Don Carlos, parti de Pise le 3 mars, arriva à Pontedera où il dina, puis à l'Ambrogiana, Maison de Plaisance du Grand-Duc. Il se rendit à l'église des Espagnols où le Te Deum fut chanté, puis se promena dans les jardins. Le 4 avril, il donna audience aux Secrétaires d'État du Grand-Duc. Le 9 avril, à Florence, des festivités furent organisées pour son arrivée, incluant des salves d'artillerie, des chants du Te Deum, et des feux d'artifice. Les jours suivants, il reçut des compliments de divers dignitaires et visita les écuries du Grand-Duc. En Italie, l'exécution des ordres de l'Empereur concernant le dénombrement des familles dans le Royaume de Naples suscitait le mécontentement de la noblesse et du peuple. À Milan, un corps de troupes de 6500 hommes partit pour Gênes. À Venise, des célébrations eurent lieu pour l'anniversaire de la fondation de la ville. En Corse, des rebelles menés par Chiaffero attaquèrent plusieurs localités, mais furent repoussés par les troupes impériales commandées par le Baron de Wachtendonc. La République de Gênes publia une amnistie générale, refusée par les rebelles, conduisant à l'envoi de troupes impériales pour les combattre. Les galères du Roi de Sardaigne arrivèrent à Villefranche pour transporter des troupes en Sardaigne sous les ordres du Général de Schulenburg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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76
p. 1081-1088
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, à l'occasion de l'Ecrit sur sainte Cecile, imprimé dans le Mercure de Janvier dernier.
Début :
Il m'est revenu, Messieurs, qu'une personne étoit d'avis [...]
Mots clefs :
Sainte Cécile, Musique, Clavier, Patrone des musiciens, Orgue, Église
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, à l'occasion de l'Ecrit sur sainte Cecile, imprimé dans le Mercure de Janvier dernier.
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure ,
à l'occasion de l'Ecrit sur fainte Cecile
imprimé dans le Mercure de Fanvier
dernier.
I'
L m'est revenu , Messieurs , qu'une
personne étoit d'avis que la datte que
je donne au culte de sainte Cécile par les
Musiciens , n'est pas assez ancienne , et
que la preuve s'en tire du Tableau de Raphaël où cette Sainte est représentée avec
des Instrumens de Musique. Cette remarque ne m'étonne aucunement ; et là ré
ponse que j'ai à y faire sera courte. Iln'y
a qu'à lire ma proposition telle qu'elf
I.Vol. B vj es t
IOS2 MERCURE DE FRANCE
-
est à la page 26. de votre Journal de
Janvier. La voici : Ce n'est que depuis un
siécle , ou un peu plus , que les Musiciens
se sont réunis à choisir Ste Cecile pour leur
Patrone. Je ne dis pas que ce n'est que depuis un siécle ou un peu plus qu'on a
commencé àvoir dés vestiges de ce choix
fait par les Musiciens de quelque Eglise
particuliere ou de quelque Province; mais je dis que c'est seulement depuis un siécle , ou un peu plus , que la réunion s'est
faite généralement sur sainte Cécile. A la
page 28. je laisse entre voir que mons
sentiment est, que ç'a été d'abord en Italie qu'on a commencé à regarder sainte
Cécile comme Patrone de la Musique. Je
le dis , à la vérité , sans citer ma preuve ;
mais cette preuve en elle- même , n'a jamais été autre que le Tableau de Ra--
phaël , sur lequel j'ai fondé ma conjecture. Tableau qui a deux cens ans d'antiquité , comme tout le monde sçait. Je ne
fixe donc point d'époque pour le commencement de ce choix , mais seulement.
pour la réunion du Corps des Musiciens ,
répandus dans les Eglises Cathedrales d'Occident. C'est un choix qui a eu ses
progrès peu à peu, et qui n'a été parfai- tement consommé que depuis cent ans ou
environ. Au reste , si l'idée de Raphaël
I.Vol est
JUIN 173 2. 1083
est de lui , il faut avoiier qu'il a donné
occasion aux Graveurs d'encherir dans ce
genre d'imagination..
On commence de nos jours à ne plus
voir Ste Cécile simplement ravie en admiration devant le Clavier d'un Jeu d'Orgues on s'avise de la représenter encore
jouant de la Basse de Violon. C'est dans :
cette attitude que je l'ai vûë dans une
Estampe , gravée par Chiquet, qui étoit
exposée icy en vente ces jours derniers , à
la Boutique de ces Imagers de Basse-Normandie qui parcourent tout le Royaume.
Qui doute , après cela , qu'on ne la voye
bien-tôt representée joüant du Basson ou
même du Serpent ? S'il est vrai qu'en Ita---
lie les Religieuses d'un certain Monaster
re chantent du Contre- point et un Fauxbourdon complet dans leur Choeur ; rien
n'empêche de croire qu'on y joue aussi
du Serpent : et cela peut servir à rendre
probable l'opinion que Ste Cécile en aura
joué de son temps. Mais sans trop m'ar
rêter aux imaginations des Peintres,à qui
tout est permis , et pour vous marquer
je suis de bonne foy, et que je ne
demande qu'à être instruit , je vous prie ,
Messieurs de vouloir bien vous faire informer si à Albi , dont l'Eglise Cathér
drale est du Titre de Ste Cécile , il n'y
que
تو
1.Fol. auroit
1084 MERCURE DE FRANCE
auroit point de preuves du choix en question qui fussent antérieures au siécle de
Raphaël ; auquel cas ce seroit la France
qui auroit donné l'origine à cette dévotion , comme à certaines autres.
Quoique les Italiens passent pour ai-
´mer passionnement la Musique , il y en
a qu'il faut excepter ; témoin ce qu'on lit
de Dominique Capranica , qui étoit Cardinal sous Nicolas V. c'est- à- dire, au miiieu du quinziéme siécle. Les Musiciens
d'Italie pouvoient être sujets alors à des
imperfections , que n'avoient pas ceux de
France. Mais je veux que l'abus ait été général en ce temps- là ; il ne doit pas en résulter qu'il ait dû toujours durer. Ainsi l'on peut trouver du bon dans ce que le
CardinalCapranica désaprouvoit, et dont
il fit au Pape une raillerie si piquante.
Outre que l'articulation et la prononciation se rendent intelligibles de leur côté ,
autant qu'il dépend d'eux ; j'ai trouvé
plusieurs Musiciens assez sensez et assez
traitables , pour tomber d'accord , que le
choix de Ste Cécile , en qualité de Patro
ne de la Musique , n'est pas le plus heureux du monde , et que l'on s'est servi là- dedans comme les Moutons se servent les
uns aux autres : Sicut ovis over. J'en ai
(a ) Baluz. Tom. III. Miscellan. pag. 290.
I. Vol.
vû.
JUIN. 17320 1085
vû quelques- uns de la Ville de Tours qui
m'ont avoué que leur vûë avoit été sur
S. Odon de Cluny ; et cela avant qu'ils
eussent lû l'Ecrit que j'ai publié à ce su
jet. Je ne me flattois pas de trouver tant
de docilité ni de bon goût dans des Musiciens de Province.
La déclaration que j'ai faite de l'attachement que j'ai pour la Musique,à l'exemple du Cardinal Bona , ne préjudicie en.
rien aux interêts que j'ai de dire la vérité.
J'ai laissé à comprendre que la Musique
est une science dont on peut abuser ; er
on en abuse souvent que trop. Il ne me
convient pas de faire icy un Traité sur
cette matiere ; on pourra voir quelque
jour ce que j'en ai dit dans mon Commentaire sur la Constitution de Jean
XXII. Docta Sanctorum Patrum , où je me
suis fort étendu ; et sans m'expliquer plus.
au fond sur ce que Dom Mabillon en
pense touchant la difference qui est entre
les François et les Allemans , en fait de
chant difference qu'il met en ce que ces
derniers font consister la dévotion dans
un grand fracas de Musique et d'Instru
mens; ce qu'en France on regarde comme
un obstacle à la dévotion; que nos Galli ,
dit-il , pietatis impedimenta reputamus (a).
( a ) Mabill. Iter Germanic. pag. 21 et 22.
1. Vol.
Je
108 MERCURE DE FRANCE
je me contente pour le présent d'un seul '
exemple : c'est l'application de la Musique à récits et à répetitions sur le Sym
bole de Nicée. Je connois une Eglise illustre où l'on a réformé très - sagement
cet usage , et où l'on a remis la récitation de cette Partie de la Liturgie en
pur Plain chant. On est persuadé dans
cette Eglise , sans faire tort à la Musi
que , qu'elle n'est venuë qu'après coup
et que , pour ainsi parler , elle n'est que
la cadette ; qu'au contraire le Plain - chant
est le plus ancien en datte , et qu'il doit
jouir du droit d'aînesse.
On l'a donc rétabli dans ses droits sur
cet article ; et l'Eglise qui en a agi ainsi
est dautant plus loüable en cela , que
presque toutes les fois que la récitation
du Symbole s'y fait , l'usage est de tems
immémorial d'y présenter pendant ce
tems là le Texte de l'Evangile à baiser à
tout le Clergé, en sorte que les paroles
et l'action sont parfaitement d'accord en
cette occasion. On y voit , ou plutôt on
y entend le Chanoine comme le Semiprébendé, l'homme simple commel'hom
me lettré , le vieillard comme le jeune
le foible comme le fort , le laïque comme
L'Ecclésiastique , le peuple aussi-bien que
les-Musiciens , tous généralement mêler
I. Vol. leur
'JUIN. 17325 1087™
leur voix en commun pour l'acquit de la
Profession de foy , et l'on ne voit se séparer de ce Concert admirable et digne
des premiers temps , que ceux qui gouteroient davantage que cette Profession da
foy se fit par commission ou par procu
ration , ou bien ceux qui ne peuvent pas
s'accoutumer à une prononciation distincte de ce qu'ils chantent ; et ceux - là
sont en très- petit nombre
à
Si les Eglises où il y a. Musique quoti
dienne peuvent l'abolir entièrement ,
comme celle de Sens l'a fait autrefois ;
soit par le manque de sujets ,, soit par
la difficulté d'en trouver de tels que les
Canons les demandent ; elles peuvent
plus forte raison la supprimer à l'égard
de quelques parties seulement de l'Office
où elle convenoit moins , pour la transporter sur d'autre où elle sera mieux. placée.Les Musiciens dépouillez de tout préjugé n'ont pû se refuser à l'équité de ce
transport , ils sont tombez d'accord que,
par exemple , la Musique et le Fauxbourdon conviennent mieux au Cantique Te
Deum , qu'au Credo ; et je ne doute pas ,
Messieurs, que vous qui en connoissez
de très-celebres à Paris et ailleurs, ne leur
fassiez avoüer facilement la même chose.
Il semble que les personnes qui sont du
I. Vol. senti
1088 MERCURE DE FRANCE
sentiment contraire , peuvent être regar
dées comme du nombre de celles que
l'Ombre de M. Thiers combat si vivement dans le Mercure de Juin 1731.
second Volume , aux pages 1441. et 1442.
Je vous en fais les Juges , et je suis , &c
Ce 25. Avril 1732.
à l'occasion de l'Ecrit sur fainte Cecile
imprimé dans le Mercure de Fanvier
dernier.
I'
L m'est revenu , Messieurs , qu'une
personne étoit d'avis que la datte que
je donne au culte de sainte Cécile par les
Musiciens , n'est pas assez ancienne , et
que la preuve s'en tire du Tableau de Raphaël où cette Sainte est représentée avec
des Instrumens de Musique. Cette remarque ne m'étonne aucunement ; et là ré
ponse que j'ai à y faire sera courte. Iln'y
a qu'à lire ma proposition telle qu'elf
I.Vol. B vj es t
IOS2 MERCURE DE FRANCE
-
est à la page 26. de votre Journal de
Janvier. La voici : Ce n'est que depuis un
siécle , ou un peu plus , que les Musiciens
se sont réunis à choisir Ste Cecile pour leur
Patrone. Je ne dis pas que ce n'est que depuis un siécle ou un peu plus qu'on a
commencé àvoir dés vestiges de ce choix
fait par les Musiciens de quelque Eglise
particuliere ou de quelque Province; mais je dis que c'est seulement depuis un siécle , ou un peu plus , que la réunion s'est
faite généralement sur sainte Cécile. A la
page 28. je laisse entre voir que mons
sentiment est, que ç'a été d'abord en Italie qu'on a commencé à regarder sainte
Cécile comme Patrone de la Musique. Je
le dis , à la vérité , sans citer ma preuve ;
mais cette preuve en elle- même , n'a jamais été autre que le Tableau de Ra--
phaël , sur lequel j'ai fondé ma conjecture. Tableau qui a deux cens ans d'antiquité , comme tout le monde sçait. Je ne
fixe donc point d'époque pour le commencement de ce choix , mais seulement.
pour la réunion du Corps des Musiciens ,
répandus dans les Eglises Cathedrales d'Occident. C'est un choix qui a eu ses
progrès peu à peu, et qui n'a été parfai- tement consommé que depuis cent ans ou
environ. Au reste , si l'idée de Raphaël
I.Vol est
JUIN 173 2. 1083
est de lui , il faut avoiier qu'il a donné
occasion aux Graveurs d'encherir dans ce
genre d'imagination..
On commence de nos jours à ne plus
voir Ste Cécile simplement ravie en admiration devant le Clavier d'un Jeu d'Orgues on s'avise de la représenter encore
jouant de la Basse de Violon. C'est dans :
cette attitude que je l'ai vûë dans une
Estampe , gravée par Chiquet, qui étoit
exposée icy en vente ces jours derniers , à
la Boutique de ces Imagers de Basse-Normandie qui parcourent tout le Royaume.
Qui doute , après cela , qu'on ne la voye
bien-tôt representée joüant du Basson ou
même du Serpent ? S'il est vrai qu'en Ita---
lie les Religieuses d'un certain Monaster
re chantent du Contre- point et un Fauxbourdon complet dans leur Choeur ; rien
n'empêche de croire qu'on y joue aussi
du Serpent : et cela peut servir à rendre
probable l'opinion que Ste Cécile en aura
joué de son temps. Mais sans trop m'ar
rêter aux imaginations des Peintres,à qui
tout est permis , et pour vous marquer
je suis de bonne foy, et que je ne
demande qu'à être instruit , je vous prie ,
Messieurs de vouloir bien vous faire informer si à Albi , dont l'Eglise Cathér
drale est du Titre de Ste Cécile , il n'y
que
تو
1.Fol. auroit
1084 MERCURE DE FRANCE
auroit point de preuves du choix en question qui fussent antérieures au siécle de
Raphaël ; auquel cas ce seroit la France
qui auroit donné l'origine à cette dévotion , comme à certaines autres.
Quoique les Italiens passent pour ai-
´mer passionnement la Musique , il y en
a qu'il faut excepter ; témoin ce qu'on lit
de Dominique Capranica , qui étoit Cardinal sous Nicolas V. c'est- à- dire, au miiieu du quinziéme siécle. Les Musiciens
d'Italie pouvoient être sujets alors à des
imperfections , que n'avoient pas ceux de
France. Mais je veux que l'abus ait été général en ce temps- là ; il ne doit pas en résulter qu'il ait dû toujours durer. Ainsi l'on peut trouver du bon dans ce que le
CardinalCapranica désaprouvoit, et dont
il fit au Pape une raillerie si piquante.
Outre que l'articulation et la prononciation se rendent intelligibles de leur côté ,
autant qu'il dépend d'eux ; j'ai trouvé
plusieurs Musiciens assez sensez et assez
traitables , pour tomber d'accord , que le
choix de Ste Cécile , en qualité de Patro
ne de la Musique , n'est pas le plus heureux du monde , et que l'on s'est servi là- dedans comme les Moutons se servent les
uns aux autres : Sicut ovis over. J'en ai
(a ) Baluz. Tom. III. Miscellan. pag. 290.
I. Vol.
vû.
JUIN. 17320 1085
vû quelques- uns de la Ville de Tours qui
m'ont avoué que leur vûë avoit été sur
S. Odon de Cluny ; et cela avant qu'ils
eussent lû l'Ecrit que j'ai publié à ce su
jet. Je ne me flattois pas de trouver tant
de docilité ni de bon goût dans des Musiciens de Province.
La déclaration que j'ai faite de l'attachement que j'ai pour la Musique,à l'exemple du Cardinal Bona , ne préjudicie en.
rien aux interêts que j'ai de dire la vérité.
J'ai laissé à comprendre que la Musique
est une science dont on peut abuser ; er
on en abuse souvent que trop. Il ne me
convient pas de faire icy un Traité sur
cette matiere ; on pourra voir quelque
jour ce que j'en ai dit dans mon Commentaire sur la Constitution de Jean
XXII. Docta Sanctorum Patrum , où je me
suis fort étendu ; et sans m'expliquer plus.
au fond sur ce que Dom Mabillon en
pense touchant la difference qui est entre
les François et les Allemans , en fait de
chant difference qu'il met en ce que ces
derniers font consister la dévotion dans
un grand fracas de Musique et d'Instru
mens; ce qu'en France on regarde comme
un obstacle à la dévotion; que nos Galli ,
dit-il , pietatis impedimenta reputamus (a).
( a ) Mabill. Iter Germanic. pag. 21 et 22.
1. Vol.
Je
108 MERCURE DE FRANCE
je me contente pour le présent d'un seul '
exemple : c'est l'application de la Musique à récits et à répetitions sur le Sym
bole de Nicée. Je connois une Eglise illustre où l'on a réformé très - sagement
cet usage , et où l'on a remis la récitation de cette Partie de la Liturgie en
pur Plain chant. On est persuadé dans
cette Eglise , sans faire tort à la Musi
que , qu'elle n'est venuë qu'après coup
et que , pour ainsi parler , elle n'est que
la cadette ; qu'au contraire le Plain - chant
est le plus ancien en datte , et qu'il doit
jouir du droit d'aînesse.
On l'a donc rétabli dans ses droits sur
cet article ; et l'Eglise qui en a agi ainsi
est dautant plus loüable en cela , que
presque toutes les fois que la récitation
du Symbole s'y fait , l'usage est de tems
immémorial d'y présenter pendant ce
tems là le Texte de l'Evangile à baiser à
tout le Clergé, en sorte que les paroles
et l'action sont parfaitement d'accord en
cette occasion. On y voit , ou plutôt on
y entend le Chanoine comme le Semiprébendé, l'homme simple commel'hom
me lettré , le vieillard comme le jeune
le foible comme le fort , le laïque comme
L'Ecclésiastique , le peuple aussi-bien que
les-Musiciens , tous généralement mêler
I. Vol. leur
'JUIN. 17325 1087™
leur voix en commun pour l'acquit de la
Profession de foy , et l'on ne voit se séparer de ce Concert admirable et digne
des premiers temps , que ceux qui gouteroient davantage que cette Profession da
foy se fit par commission ou par procu
ration , ou bien ceux qui ne peuvent pas
s'accoutumer à une prononciation distincte de ce qu'ils chantent ; et ceux - là
sont en très- petit nombre
à
Si les Eglises où il y a. Musique quoti
dienne peuvent l'abolir entièrement ,
comme celle de Sens l'a fait autrefois ;
soit par le manque de sujets ,, soit par
la difficulté d'en trouver de tels que les
Canons les demandent ; elles peuvent
plus forte raison la supprimer à l'égard
de quelques parties seulement de l'Office
où elle convenoit moins , pour la transporter sur d'autre où elle sera mieux. placée.Les Musiciens dépouillez de tout préjugé n'ont pû se refuser à l'équité de ce
transport , ils sont tombez d'accord que,
par exemple , la Musique et le Fauxbourdon conviennent mieux au Cantique Te
Deum , qu'au Credo ; et je ne doute pas ,
Messieurs, que vous qui en connoissez
de très-celebres à Paris et ailleurs, ne leur
fassiez avoüer facilement la même chose.
Il semble que les personnes qui sont du
I. Vol. senti
1088 MERCURE DE FRANCE
sentiment contraire , peuvent être regar
dées comme du nombre de celles que
l'Ombre de M. Thiers combat si vivement dans le Mercure de Juin 1731.
second Volume , aux pages 1441. et 1442.
Je vous en fais les Juges , et je suis , &c
Ce 25. Avril 1732.
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Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure, à l'occasion de l'Ecrit sur sainte Cecile, imprimé dans le Mercure de Janvier dernier.
L'auteur répond à une critique concernant la datation du culte de sainte Cécile par les musiciens. Il affirme que ce culte s'est généralisé il y a environ un siècle, bien que des vestiges plus anciens puissent exister. Cette dévotion aurait probablement commencé en Italie, comme le suggère un tableau de Raphaël datant de deux cents ans. L'auteur ne fixe pas d'époque précise pour l'origine de ce culte, mais souligne que la réunion des musiciens autour de sainte Cécile s'est faite progressivement et s'est généralisée depuis un siècle. L'auteur observe des représentations modernes de sainte Cécile jouant divers instruments, comme la basse de violon, et s'interroge sur la possibilité qu'elle ait joué d'autres instruments comme le basson ou le serpent. Il demande aux rédacteurs du Mercure de France de vérifier s'il existe des preuves antérieures au siècle de Raphaël à Albi, ce qui pourrait indiquer que la dévotion est d'origine française. L'auteur discute également des imperfections des musiciens italiens au quinzième siècle et de l'avis de certains musiciens français qui trouvent le choix de sainte Cécile comme patronne de la musique peu heureux. Il mentionne sa propre déclaration d'attachement à la musique et son abus potentiel, citant des exemples de réformes dans certaines églises où la musique a été supprimée ou modifiée pour des raisons de dévotion. Enfin, il compare les pratiques musicales entre les Français et les Allemands, notant que les Français considèrent un grand fracas de musique comme un obstacle à la dévotion, contrairement aux Allemands. Il conclut en soulignant l'importance de la prononciation distincte et de la participation collective lors de la récitation du Symbole de Nicée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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77
p. 1141-1147
LETTRE écrite d'Orleans, au sujet d'une Inscription, &c.
Début :
Cette inscription, un des plus rares Monumens qui nous restent [...]
Mots clefs :
Inscription antique, Orléans, Église, La Saussaye, Monument
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans, au sujet d'une Inscription, &c.
LETTRE écrite d'Orleans , au sujet d'une
Inscription , &c.
Ette Inscription , un des plus rares
Monumens qui nous restent en son
genre , est gravée sur deux Pierres d'inégale grandeur , qui sont restées jusqu'à
nos jours au Portail de l'Eglise Cathédrale de cette ville où elles étoient posées
l'une sur l'autre , au jambage droit de
l'Arc en entrant.La voici tres-exactement
representée.
EX BENE
FICIOS
+R
106EM
EPM
HALBER
TVMS+
CASATVM
FACT
VSE
LIBER
LETBER
TVS
ESE
HÂC
SAE
CLES .
1142 MERCURE DE FRANCE
En 1726 , lorsqu'on abbatit ce Portail
et les Tours qui l'accompagnoient , ces
deux Pierres furent transportées dans le
Chapitre , où elles sont conservées , jusqu'à ce qu'on éleve le nouveau Portail et
les Tours , dont on a déja jetté une partie
des fondemens et où l'Inscription doit
être replacée dans la même position , où
elle se trouvoit dans l'ancien ouvrage ;
ainsi qu'il a été statué dans l'Acte de dé
molition.
Cette Inscription que personne , jus
ques-icy , n'a encore donnée figurée , se
doit lire sans abbréviations de la maniere
qui suit ;
Ex. BENEFICIO. SANCTE . CRVCIS. PER.
JOHANNEM. EPISCOPVM. ET. PER. ALBERTVM. SANCTÆ. CRVCIS. CASATVM. FACTVS.
EST. LIBER. LETBERTYS. TESTE. HẠC. SANCTA. ECLESIA.
1
Ce qui signifie , qu'en l'honneur de la
Croix du Sauveur , un nommé Letbert
avoit été affranchi dans l'Eglise qui en
porte le nom , par Jean,son Evêque et Albert , Vassal , possédant un Fief de la même Eglise.
Avant que de faire quelques observations,pour l'explication de ce monument,
il n'est pas inutile de remarquer , que
1. Vol. ceux
JUIN. 1732. 1743
4
ceux qui nous l'ont cy-devant donné, ont
presque tous fait quelque faute en le rap
portant. Le Maire Antiq. de l'Egl.
d'Orl. ch.12. pag. 41.aussi- bien queCujas,
dans ses Notes, sur les Institutes , lisent ,
Lembertus , que Leon Tripault ,'Sylvula,
Antiq. Aurel. pag. 16. Ducange , Gloss.
tom. 2. pag. 417. lisent encore plus mal
Lambertus. Jodocus Sincerus , Itin. Gallpag. 5o. met Libertus , et ajoute après le
mot , Liber, celui d'ET , qui seurement
n'est pas dans l'original. La Saussaye ,
Annal. Eccles. Aurel. lib. 9. n . 4. le troisiéme Factum de M. de Sully , contre M.
de Nets, pag. 43. au lieu d'EST , lisent ;
EIVS,qui n'a point de sens. Enfin M. DeFerriere , dans les Institutes du Droit
François , Tom. 1. pag. 33. oublie le mot
de PER. avant celui d'Albertum , écrit
Cassatum , par deux ss , et appelle l'Afranchi , Lambertum. Je ne connois que
Symphorien Guyon , 2. Hist. de l'Eglise
d'Orl. pag. 184. et Hubert , 2. Annal.
Hist. de l'Egl. de S. Aignan , n. 184. qui
nous ayent rapporté l'Inscription telle
qu'elle est.
>
PER IOHANNEM. Le nom de cet Evêque
nous fait connoître à peu près le temps où
cette Inscription a été posée, qui est sur la
fin du onzième siècle. Puisque JeanI.que
•1. Vol. E la
4144 MERCURE DE FRANCE
la Notice de nos Evêques , imprimée à la
tête des Statuts Synodaux du Diocèse ,
fait Frere de Raoul Archevêque de
Tours , siégeoit en 1091.ainsi qu'on le reconnoît par un Acte du Thrésor de l'Eglise d'Orleans, cité par la Saussaye, liv.9.
n. 1. et que ce même Evêque se trouve
encore parmi ceux qui souscrivirent en
105. au Concile de Clermont , où le Roy
Philippes I. fut excommunié, à cause de
son mariage avec Bertrade de Montfort.
ALBERTVM , c'est avec assez d'apparence que les Auteurs de l'histoire d'Orleans,
ont avancé que cet Albert est le même
celui , qui dans un Acte cité par
Saussaye , liv.8. n.42. et dans les Factums
de M.le Duc de Sully , se qualifie Vassal,
tenant le Fief de Pithiviers, appartenant à
l'Evêque d'Orleans. Albertus de Castro
Piveris Casatus. Cet Acte dont la date est
tres-mal marquée par la Saussaye, est l'u
nion d'une Prébende au Doyenné de Ste
Croix , faite à la requête du Chapitre ,
par Raynerius , Evêque d'Orleans , en
1072 le 8 des Ides de Juin , Indiction 10,
et la douzième année de Philippes I. signée de 36. personnes , entre lesquelles se trouvent trois Casati , de la même
Eglise.
que la
CASATVM. Le mog de Casatus a eu plu1.Vol. sieurs
JUIN. 17325 1145.
sieurs significations. Ce nom a été donné
d'abord à des esclaves, attachez à certains
heritages , dont ils faisoient partie. EnSuite on a appellé Casati,les affranchis qui
prenoient des biens à ferme ou qui les faisoient valoir. Enfin dans les derniers ont
s'est servi de ce terme pour signifier un
Vassal , qui possedoit un Fief, lequel dans
son origine étoit un de ceux dont la possession étoirà tems,etTitulo Guardia.C'est
dans ce dernier sens qu'il est icy employé.
L'Eglise d'Orleans avoit et a encore plusieurs de ces Vassaux Casati , que les Titres de cette Eglise appellent Caseici, dont
les redevances sont differentes , les uns.
étant tenus à une présentation de cire ;
c'est ce qu'on appelle à Orleans les Gou
tieres, de la forme de la Caisse où est renfermée cette Cire, nommée dansles Titres
Latins : Cereus sancta Crucis. Les autres au
Port de l'Evêque le jour de son entrée ,
et enfin quelques- uns à tous les deux.
FACTVS EST LIBER. 'De toutes les differentes sortes de Manumissions ou affranchissemens , qui étoient en usage chez
nos premiers François , celle qui se faisoit
dans les Eglises à la face des Autels , étoit
la plus considérable et se pratiquoit plus
ordinairement à l'endroit des Serfs , appartenant aux mêmes Eglises ou à leurs
Vassaux.
1. Vol E ij Cons-
146 MER- CURE DE FRANCE
Constantin le Grand , avoit introduit
cette façon d'affranchir , pour honorer
P'Eglise , et la Loy de ce Prince , ( L. 7.
qui Cod.de hisfin Ecclesia Manumittuntur, )
nous a conservé ce qui s'observoit en
cette occasion. Il nous a plû d'ordonner,
dit cet Empereur , que dorénavant les
Maîtres puissent donner la liberté à leurs
Esclaves , dans les Eglises Catholiques ,
pourvû que cela se fasse à la vûë de tout
le peuple , et que les Evêques y assistent
auquel cas un simple exposé , ou autre
écriture, vaudra pour un Acte en forme:
Placuit ut in Ecclesia Catholica libertatem
Dominifamulis suis præstare possint , si sub
aspean Plebis , adsistentibus Christianorum
Antistibus id faciant. Utpropterfacti me
moriam vice actorum interponatur, qualis
cumque scriptura.
LETBERTYS. Nous ne connoissons ce
Letbert que par l'Inscription qui nous apprend que c'étoit un Serf, ou homme du
Corps de l'Eglise de Ste Croix , dependant du Fief de Pithiviers, puisqu'Albert
que nous avons dit en être le Casatus , affranchit ce Serf, conjointement avec l'Evêque d'Orleans.
Ĉes Serfs ou hommes de Corps , qui
étoit le nom qu'on leur donnoit plus
communément , étoient des sujets qui
LaVol.
JUIN. 17327 11:47
1
S
vivoient ,, par rapport à leurs Seigneurs ,
dans une telle dépendance , que leur condition étoit une espece de servitude; et
quoique cette servitude fut bien differente de celle des Romains , elle ne laissoit
pas de diminuer beaucoup de leur libert
feur état n'étoit pas égal , et les redevancès ausquelles ils étoient assujettis , varioient selon les temps et les lieux. Dans
differens temps les Seigneurs , par quelques considérations affranchirent ces Serfs
qui ont subsisté en France jusqu'à la moi- tié du troisième siècle. Ceux qui appartenoientà l'Eglise d'Orleans furent tous
affranchis par le Chapitre , en quelque
Province qu'ils se trouvassent demeurans
en France, par les Lettres Patentes qu'il en
obtint du Roy Philippes Auguste , en date du mois de Septembre 1204. lesquelles
Lettres servirent en 1224. pour les Serfs
de la Terre de Mesnil- Girault, près Etampes , qui lui avoit été donnée depuis , et
furent confirmées par le Roy Louis VIII.
au mois de Février de la même année.
D. P.
AOrleans , ce 3
Février 1732
Inscription , &c.
Ette Inscription , un des plus rares
Monumens qui nous restent en son
genre , est gravée sur deux Pierres d'inégale grandeur , qui sont restées jusqu'à
nos jours au Portail de l'Eglise Cathédrale de cette ville où elles étoient posées
l'une sur l'autre , au jambage droit de
l'Arc en entrant.La voici tres-exactement
representée.
EX BENE
FICIOS
+R
106EM
EPM
HALBER
TVMS+
CASATVM
FACT
VSE
LIBER
LETBER
TVS
ESE
HÂC
SAE
CLES .
1142 MERCURE DE FRANCE
En 1726 , lorsqu'on abbatit ce Portail
et les Tours qui l'accompagnoient , ces
deux Pierres furent transportées dans le
Chapitre , où elles sont conservées , jusqu'à ce qu'on éleve le nouveau Portail et
les Tours , dont on a déja jetté une partie
des fondemens et où l'Inscription doit
être replacée dans la même position , où
elle se trouvoit dans l'ancien ouvrage ;
ainsi qu'il a été statué dans l'Acte de dé
molition.
Cette Inscription que personne , jus
ques-icy , n'a encore donnée figurée , se
doit lire sans abbréviations de la maniere
qui suit ;
Ex. BENEFICIO. SANCTE . CRVCIS. PER.
JOHANNEM. EPISCOPVM. ET. PER. ALBERTVM. SANCTÆ. CRVCIS. CASATVM. FACTVS.
EST. LIBER. LETBERTYS. TESTE. HẠC. SANCTA. ECLESIA.
1
Ce qui signifie , qu'en l'honneur de la
Croix du Sauveur , un nommé Letbert
avoit été affranchi dans l'Eglise qui en
porte le nom , par Jean,son Evêque et Albert , Vassal , possédant un Fief de la même Eglise.
Avant que de faire quelques observations,pour l'explication de ce monument,
il n'est pas inutile de remarquer , que
1. Vol. ceux
JUIN. 1732. 1743
4
ceux qui nous l'ont cy-devant donné, ont
presque tous fait quelque faute en le rap
portant. Le Maire Antiq. de l'Egl.
d'Orl. ch.12. pag. 41.aussi- bien queCujas,
dans ses Notes, sur les Institutes , lisent ,
Lembertus , que Leon Tripault ,'Sylvula,
Antiq. Aurel. pag. 16. Ducange , Gloss.
tom. 2. pag. 417. lisent encore plus mal
Lambertus. Jodocus Sincerus , Itin. Gallpag. 5o. met Libertus , et ajoute après le
mot , Liber, celui d'ET , qui seurement
n'est pas dans l'original. La Saussaye ,
Annal. Eccles. Aurel. lib. 9. n . 4. le troisiéme Factum de M. de Sully , contre M.
de Nets, pag. 43. au lieu d'EST , lisent ;
EIVS,qui n'a point de sens. Enfin M. DeFerriere , dans les Institutes du Droit
François , Tom. 1. pag. 33. oublie le mot
de PER. avant celui d'Albertum , écrit
Cassatum , par deux ss , et appelle l'Afranchi , Lambertum. Je ne connois que
Symphorien Guyon , 2. Hist. de l'Eglise
d'Orl. pag. 184. et Hubert , 2. Annal.
Hist. de l'Egl. de S. Aignan , n. 184. qui
nous ayent rapporté l'Inscription telle
qu'elle est.
>
PER IOHANNEM. Le nom de cet Evêque
nous fait connoître à peu près le temps où
cette Inscription a été posée, qui est sur la
fin du onzième siècle. Puisque JeanI.que
•1. Vol. E la
4144 MERCURE DE FRANCE
la Notice de nos Evêques , imprimée à la
tête des Statuts Synodaux du Diocèse ,
fait Frere de Raoul Archevêque de
Tours , siégeoit en 1091.ainsi qu'on le reconnoît par un Acte du Thrésor de l'Eglise d'Orleans, cité par la Saussaye, liv.9.
n. 1. et que ce même Evêque se trouve
encore parmi ceux qui souscrivirent en
105. au Concile de Clermont , où le Roy
Philippes I. fut excommunié, à cause de
son mariage avec Bertrade de Montfort.
ALBERTVM , c'est avec assez d'apparence que les Auteurs de l'histoire d'Orleans,
ont avancé que cet Albert est le même
celui , qui dans un Acte cité par
Saussaye , liv.8. n.42. et dans les Factums
de M.le Duc de Sully , se qualifie Vassal,
tenant le Fief de Pithiviers, appartenant à
l'Evêque d'Orleans. Albertus de Castro
Piveris Casatus. Cet Acte dont la date est
tres-mal marquée par la Saussaye, est l'u
nion d'une Prébende au Doyenné de Ste
Croix , faite à la requête du Chapitre ,
par Raynerius , Evêque d'Orleans , en
1072 le 8 des Ides de Juin , Indiction 10,
et la douzième année de Philippes I. signée de 36. personnes , entre lesquelles se trouvent trois Casati , de la même
Eglise.
que la
CASATVM. Le mog de Casatus a eu plu1.Vol. sieurs
JUIN. 17325 1145.
sieurs significations. Ce nom a été donné
d'abord à des esclaves, attachez à certains
heritages , dont ils faisoient partie. EnSuite on a appellé Casati,les affranchis qui
prenoient des biens à ferme ou qui les faisoient valoir. Enfin dans les derniers ont
s'est servi de ce terme pour signifier un
Vassal , qui possedoit un Fief, lequel dans
son origine étoit un de ceux dont la possession étoirà tems,etTitulo Guardia.C'est
dans ce dernier sens qu'il est icy employé.
L'Eglise d'Orleans avoit et a encore plusieurs de ces Vassaux Casati , que les Titres de cette Eglise appellent Caseici, dont
les redevances sont differentes , les uns.
étant tenus à une présentation de cire ;
c'est ce qu'on appelle à Orleans les Gou
tieres, de la forme de la Caisse où est renfermée cette Cire, nommée dansles Titres
Latins : Cereus sancta Crucis. Les autres au
Port de l'Evêque le jour de son entrée ,
et enfin quelques- uns à tous les deux.
FACTVS EST LIBER. 'De toutes les differentes sortes de Manumissions ou affranchissemens , qui étoient en usage chez
nos premiers François , celle qui se faisoit
dans les Eglises à la face des Autels , étoit
la plus considérable et se pratiquoit plus
ordinairement à l'endroit des Serfs , appartenant aux mêmes Eglises ou à leurs
Vassaux.
1. Vol E ij Cons-
146 MER- CURE DE FRANCE
Constantin le Grand , avoit introduit
cette façon d'affranchir , pour honorer
P'Eglise , et la Loy de ce Prince , ( L. 7.
qui Cod.de hisfin Ecclesia Manumittuntur, )
nous a conservé ce qui s'observoit en
cette occasion. Il nous a plû d'ordonner,
dit cet Empereur , que dorénavant les
Maîtres puissent donner la liberté à leurs
Esclaves , dans les Eglises Catholiques ,
pourvû que cela se fasse à la vûë de tout
le peuple , et que les Evêques y assistent
auquel cas un simple exposé , ou autre
écriture, vaudra pour un Acte en forme:
Placuit ut in Ecclesia Catholica libertatem
Dominifamulis suis præstare possint , si sub
aspean Plebis , adsistentibus Christianorum
Antistibus id faciant. Utpropterfacti me
moriam vice actorum interponatur, qualis
cumque scriptura.
LETBERTYS. Nous ne connoissons ce
Letbert que par l'Inscription qui nous apprend que c'étoit un Serf, ou homme du
Corps de l'Eglise de Ste Croix , dependant du Fief de Pithiviers, puisqu'Albert
que nous avons dit en être le Casatus , affranchit ce Serf, conjointement avec l'Evêque d'Orleans.
Ĉes Serfs ou hommes de Corps , qui
étoit le nom qu'on leur donnoit plus
communément , étoient des sujets qui
LaVol.
JUIN. 17327 11:47
1
S
vivoient ,, par rapport à leurs Seigneurs ,
dans une telle dépendance , que leur condition étoit une espece de servitude; et
quoique cette servitude fut bien differente de celle des Romains , elle ne laissoit
pas de diminuer beaucoup de leur libert
feur état n'étoit pas égal , et les redevancès ausquelles ils étoient assujettis , varioient selon les temps et les lieux. Dans
differens temps les Seigneurs , par quelques considérations affranchirent ces Serfs
qui ont subsisté en France jusqu'à la moi- tié du troisième siècle. Ceux qui appartenoientà l'Eglise d'Orleans furent tous
affranchis par le Chapitre , en quelque
Province qu'ils se trouvassent demeurans
en France, par les Lettres Patentes qu'il en
obtint du Roy Philippes Auguste , en date du mois de Septembre 1204. lesquelles
Lettres servirent en 1224. pour les Serfs
de la Terre de Mesnil- Girault, près Etampes , qui lui avoit été donnée depuis , et
furent confirmées par le Roy Louis VIII.
au mois de Février de la même année.
D. P.
AOrleans , ce 3
Février 1732
Fermer
Résumé : LETTRE écrite d'Orleans, au sujet d'une Inscription, &c.
La lettre traite d'une inscription rare gravée sur deux pierres de tailles inégales, situées au portail de la cathédrale d'Orléans. Ces pierres ont été déplacées au chapitre de la cathédrale en 1726 lors de la démolition du portail et des tours, et doivent être replacées une fois les nouvelles constructions achevées. L'inscription, jamais représentée auparavant, se lit comme suit : 'Ex Beneficio Sancte Crucis. Per Johannem Episcopum. Et Per Albertum Sanctæ Crucis Casatum Factus Est Liber Letbertys. Teste Hac Sancta Ecclesia.' Cela signifie qu'en l'honneur de la Croix du Sauveur, un nommé Letbert a été affranchi dans l'église Sainte-Croix par Jean, l'évêque, et Albert, vassal possédant un fief de la même église. L'inscription date de la fin du onzième siècle, comme l'indique le nom de l'évêque Jean, frère de Raoul, archevêque de Tours, qui siégeait en 1091. Albert est identifié comme un vassal tenant le fief de Pithiviers appartenant à l'évêque d'Orléans. Le terme 'Casatum' désigne un vassal possédant un fief, et l'affranchissement de Letbert a été effectué selon une pratique introduite par Constantin le Grand, où les esclaves étaient affranchis dans les églises en présence du peuple et des évêques. Letbert était un serf ou homme du corps de l'église Sainte-Croix, dépendant du fief de Pithiviers. Les serfs de l'église d'Orléans ont été affranchis par le chapitre grâce à des lettres patentes obtenues du roi Philippe Auguste en 1204.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
78
p. 1471-1481
LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
Début :
Comme je me suis apperçû depuis que j'ai l'honneur [...]
Mots clefs :
Nouveau Saint, Église, Auxerre, Père, Autel, Culte, Évêque, Recueils de Bollandus
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
LETTRE de M. le B. Sous Chantre
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
de la Cathédrale d'Auxerre , au R. P.
Du Sollier , Jesuite d'Anvers , Continuateur des Recueils de Bollandus , touchant
un nouveau Saint , Chanoine du Diocèse
de Nevers.
Omme je me suis apperçû depuis
Cque j'ai l'honneur d'être connu de
vous , Mon Reverend Pere , que vous
n'excluez de votre immense Recueil
d'Acta Sanctorum , aucun des Personnages
qui sont honorez comme Saints ou com
me Bienheureux , dans quelque Eglise
que ce soit , pourvû que les marques de
culte soient exterieures ; jay crû que je
devois vous faire part de la connoissance
qui m'est venuë depuis peu d'un saint
Personnage ,.qui a fini ses jours dans une
Eglise voisine de la nôtre. Ce Saint est
du Diocèse de Nevers , qui , comme vous
sçavcz, confine à celui d'Auxerre , et qui
A vj borne
1472 MERCURE DE FRANCE
borne du côté de Midy la Province Ecclesiastique de Sens.
C'est une opinion assez communément
reçûë , que les Cloîtres et les Deserts ont
formé plus de Saints que les Villes. Depuis que les persécutions cesserent de faire des Martyrs , on ne vit plus que des
saints Anachorettes, quelques saintes Vierges ; on vit encore des Evêques, se sanctifier de temps en temps par leurs travaux Apostoliques ; mais le nombre dominant ne parut point être dans le Clergé
Séculier du second Ordre , quoique les
Martyrologes & les Calendriers ne laissent.pas de fournir un certain nombre
de S. Prêtres , plusieurs Diacres , Soudiacres et même des Clercs , à qui leur sainteté attestée par les Miracles , a fait décerner un culte public.
Mon but n'est point d'examiner ici
pourquoi depuis l'introduction des formes solemnelles de la Canonization , il
y a un si grand nombre de Religieux
canonisez , et si peu de ceux qui se sont
consacrez au Seigneur dans le Clergé Séculier. J'ai dessein seulement , Mon R.P.
de vous faire connoître aujourd'hui un
S. Chanoine d'une Eglise Collegiale , située presque au cœur du Royaume , et
cependant dans un Pays fort solitaire ,
je.
JUILLET. 1732. 1473
je veux dire dans le milieu du Nivernois.
Ce sont deux raisons pressantes qui
m'engagent à vous en écrire dès-à- présent,
la premiere est que vous avancez actuel
lément dans le mois d'Août , mois auquel
il est décedé ; la seconde est parce que
l'on vient de réïterer tout nouvellement
à son égard des marques de culte qui nesont dûës qu'aux Saints.
Ce Bienheureux personnage s'appelle
Nicolas Appleine. Je n'ai pû encore ap--
prendre quelles furent ses actions ; mais
les Miracles qu'il a operez depuis sa mort
prouvent suffisamment sa sainteté. Com
me il ne mourut que sous Louis XI. ces
Miracles ont presque été connus des
Ayeuls de nos Peres. Premery est la petite Ville où il fut Chanoine- Prêtre dans
l'Eglise de S. Marcel. (a) C'est un endroit
fort écarté du tumulte du siecle , et dans
lequel un Chanoine qui ne se propose
que le culte de Dieu , dégagé de toute
affection terrestre , et le soulagement du
Prochain , principalement des Pauvres ,
peut , en menant une vie simple et mortifiée , mériter la Couronne due aux fideles Serviteurs.
On présume que c'est la pratique de ces
( a ) C'est S. Marcel , Martyr de Châllon , du
4. Septembre.
vertus
1474 MERCURE DE FRANCE
vertus qui a fait regarder Nicolas Appleine comme un Saint. Je ne puis vous
en dire rien davantage , jusqu'à- ce que
j'aye reçû des Memoires de sa vie , qu'on
craint fort de ne pas retrouver , parce
qu'ils peuvent avoir été perdus dans le
temps des guerres.
”
gauMais au défaut de ces preuves efficientes de sainteté , je vous marquerai ici
celles qui les supposent comme arrivées et reconnuës. Ce bienheureux Chanoine
mourut l'onzième jour d'Août de l'année
1466. qui étoit le sixième de l'Episcopat
de Pierre de Fontenay , Evêque de Nevers, et du regne de Louis XI.il fut inhumé dans l'Eglise de Premery , à côté
che du grand Autel. Le Prélat et le Prince étant informez de sa sainteté et des
Miracles qui s'opéroient à son Tombeau concoururent à l'établissement de son
culte. Un titre du 14. May 1483. porte- entre autres articles : 1 ° L'érection d'un
Autel à la tête du Tombeau du Bienheureux, par Messire Pierre de Fontenay ,.
Evêque de Nevers , à la priere du Roy
Louis XI. 2°. L'établissement d'une Confrerie en son honneur. 3 ° .L'établissement
d'une Fête aussi en son honneur,fixée au 12.
Août , lendemain de sa mort , le tout à la
requête des Doyen et Chanoines de cette
Eglise,
JUILLET. 17325 147
Eglise , en conséquence des miracles fré
quens qui continuoient au même tom
beau, et desquels l'Evêque même assura
avoir été témoin. L'Autel , dont ce titre
fait mention , étoit orné d'un Tableau ,
qui contenoit les armes de ce Prélat¸et où
le Bienheureux Chanoine étoit representé
guérissant un homme affligé de la vuë ; et
ce Tableau est encore existant dans la même Eglise , avec les mêmes Armoiries..
Jean Boyer , qui succeda à Pierre de
Fontenai , confirma par acte du 25 Septembre 1508. tout ce que son prédecesseur avoit fait en faveur du culte du B.
Nicolas. On voit par d'autres titres , des
années 1484 et 1486. que la Confrerie, érigée en l'honneur du Saint , fut publiée
par les Députez du Chapitre de Prémery
dans les Diocèses voisins , et que les Evêques y donnoient les mains. Mais le titre
le plus remarquable après ceux - là , est une
Lettre de Louis XI.à Pierre de Fontenay,
par laquelle il le remercie de ce qu'il lui
a fait apporter la Robbe du B. Nicolas ,
par la sœur de ce saint homme , et l'assure qu'il envoyeau Chapitre de Prémery ,
un Coffre pour la conserver , ajoutant
qu'on lui fera un singulier plaisir d'en avoir
toujours mémoire , et de publier la dévotion
qu'il a euë envers ce Bienheureux Prêtre.
Сесу
1476 MERCURE DE FRANCE
Cecy ressent assez le style des Lettres
de ce Prince , et vous n'en pouvez douter,
parce que je tiens toutes les choses que je
vous ai rapportées jusqu'icy , d'une personne grave qui a vû les originaux. Le
Corps de ce Saint Personnage , continuë
cette personne , resta au tombeau dans ça
situation naturelle , jusqu'au temps d'Eustache de Chery , Evêque de Nevers. Ce
Prélat crut devoir y apporter quelque
changement. Il fit démolir ce qui étoit
élevé à l'exterieur de la sépulture , et en
place,il lui fit rédiger une Epitaphe qu'on
grava sur la Tombe qu'il fit apposer. En
voicy les termes : Facet hic bone memoria
vir et sancta vita Nicolaus Appleine, Presbyter Canonicus Premeriaci , qui ob crebra
ejus miracula creditur Beatus. Obiit XI. Augusti anno 1466. In memoria æterna erit
justus. Monumentum hoc positum fuit curâ
Eustachii de Chery, Episcopi Nivernensis
anno 1646. On juge par la situation où
l'on a trouvé dernierement les ossemens
du B. Nicolas , de ce que l'Evêque Eustache avoit fait à leur égard. La Tombe
ayant été levée , il a paru une Maçonnerie , au dedans de laquelle étoit une Caisse de plomb , longue de deux pieds et
demi , qui contient tous les ossemens ; et
l'ancien Autel élevé sous l'invocation du
Saint
JUILLET. 1732. 1477
Saint , ayant été détruit en cette presen
te année 1731. comme nuisant aux céré
monies , la Caisse des saints ossemens a
été portée solemnellement dans l'inté
rieur d'un autre Autel , érigé expressément sous le même titre , au fond de l'Eglise , derriere le grand Autel. Cette cé
rémonie a été faite par les ordres de Messire Charles Fontaine des Montées , Evêque de Nevers , le Mardy 3 jour de Juillet dernier , depuis lequel temps. il y a
une affluence bien plus grande qu'aupa
ravantà ces saintes Reliques , et un grand
nombre de Malades se trouvent guéris ou
soulagez par son intercession.
✓
Si la vie de ce S. Prêtre ne se trouve
pas avant que vous soyez parvenu au onziéme jour d'Aoust, ceci servira toujours,
mon R. P. pour fournir à vos Lecteurs
une notice de son culte ; lequel suppose
certainement une sainteté de vie , confirmée par des miracles arrivez peu après sa
mort. C'est , ce me semble, ce qui suffic
pour meriter d'être inséré dans votre Recueil ; au moins je suis certain que si M.
l'Abbé Chastelain , notre ami commun ,
avoit eu connoissance de ce Saint Chanoi
ne ,il l'eut mis dans son Martyrologe uni
versel , au nombre des Bienheureux .Vous
avez , sans doute , remarqué combien il
y
1478 MERCURE DE FRANCE
y a mis de Saints Prêtres du dernier siécle , en qualité de Venerables , lesquels
nesont canonisez que dans l'esprit des
peuples , et qui attendent la voix des
Prélats , pour avoir un culte plus solemnel , quoiqu'on dise ordinairement , vox
populi , vox Dei.
Permettez, mon Reverend Pere , qu'à
cette occasion je vous fasse mes remercimens particuliers , au sujet de la maniere
dont vous et le R. P. Pierre Vandenbosch , venez de traitter au 31. de Juillet
Particle de S. Germain , Evêque d'Auxerre. Vous rendez à ce saint Prélat toute
La gloire qui lui est due ; et votre exemple ne peut que causer de vifs remords
dans l'esprit de certains Reviseurs de Breviaire , qui depuis quelques années ont
fait semblant de méconnoître ce grand
Thaumaturge des Gaules , et en particulier de leur propre Païs , et qui n'ont pas
craint de le biffer entierement du Calendrier. Qui ne doit être content dans notre Diocèse, de la maniere dont vous vous
réunissez à faire son éloge ? En mêmetemps que le Pere de Longueval , votre
confrere , écrit à Paris , que S. Germain
Evêque d'Auxerre , a été l'un des parfaits
modeles de Sainteté , un des plus ardens deffenseurs de la Foy, l'honneur et la consola-
•
tion
JUILLET. 1732. 1479
tion de l'Eglise Gallicane , le Fléau de l'hé
résie , le Pere des peuples , be refuge de tous
les malheureux ( a). Vous confirmez par
votre suffrage , que ce Saint est le seul
que l'ancienne Eglise Gallicane ait comparé au grand S.Martin de Tours, et vous
ajoutez qu'on trouve indifferemment par
tout le Royaume , des Eglises sous l'invocation de l'un comme de l'autre ; en
sorte même qu'on en voit trois , sans sortir de Paris. Et cette multitude étonnante
d'Eglises qui se trouve sous son nom
dans la France , est sans exclure celles.
qui sont ou qui ont existé dans les Royaumes étrangers , et sur tout dans la Grande Bretagne.
Cette étendue et solemnité de culte est
conforme , selon vous , au témoignage de
S. Sidoine Apollinaire , Evêque de Clermont, excellent connoisseur, lequel voulant faire un parallele de S. Agnan , Evêque d'Orleans , avec les plus grands Prélats de son siecle , ne trouvoit point sur
qui il put mieux établir sa comparaison ,
que sur les excellentes vertus de S. Germain d'Auxerre, et de S.Loup de Troyes.
Germano Autissiodorensi, dites - vous , si
quid in Galliis majus atate suâ novisset S.
Apollinaris Sidonius , non satis opinor cx
(a ) Hist. de l'Eglise Gallicane , tom. 1. p-457- arte
1480 MERCURE DE FRANCE
arte laudasset , lib. 8. Epist. 15. S. Ania
num Maximum consummatissimumque
Pontificem , cùm illum diceret, Lupo parem,
Germanoque non imparem. Sedprivata",
ajoutez-vous , que justò longius ablucerent,
mittamus elogia ; quando idem de illo sensus
fuit universa pridem Ecclesia Gallicana ,
qua Sanctis cum indigenis omnibus prætulisse
cultu videatur ac soli Martino Turonensi
ut
exaquasse; cum hujus haudfortè plures quàm
illius nomine dicatas toto passim regno exci
tavit Ecclesias , et in una quidem urbe Pa- risiensi Germano Autissiodorensi , , teste
Bailleto , tres. Prætereà gentes alias atque
imprimis Britannicam , qua ut liquet et Alfordi nostri Annalibus ad annum Christi
441. num. 2. vix ipsis Gallis concedere in
bacparte voluit, structis ejus nominis templis,oppidis , Monasteriis et altaribus (a) ,
Je mets icy ce Texte en entier, non pour
vous rappeller ce que vous sçavez mieux
que moi , mais parce qu'en envoyant ma
lettre à Paris , à l'un de mes amis, qui doit
vous la faire tenir, je suis bien- aise de lui
épargner la peine de recourir à votre dernier Tome de Juillet , qui est peut être
encore assez rare dans cette grande Ville ,
puisqu'il ne fait que commencer à
roître.
pa-
( a ) Acta Sanctorum, Julii. T^m. 7. pag.184.
J'ai
JUILLET. 1732 1481
J'ai lû avec attention tout ce que vous
y dites , contre l'opinion de ceux qui
croïent que les os de S. Germain ne furent pas brulez par les Calvinistes en
1566 ; mais je ne suis point encore per22
suadé
que ce soit
la voie
du feu , que
par
ces saints ossemens se trouvent aujourd'hui soustraits à la veneration des Fideles , et j'espere m'étendre un jour là-dessus,dans mon Histoire des Evêques d'Auxerre. Je suis fâché que vous n'ayez pas
connu deux Manuscrits du Prêtre Constance , qui sont à la Bibliotheque du Roy;
l'un copié au neuviéme siécle sur celui
que les Moines de Saint Germain avoient
présenté à Dagobert I. et l'autre écrit au
commencement du même siecle , par les
soins ou de la plume même d'un nommé
Gundoin , connu par ce qu'en dit le Pere
Martenne dans son premier voyage litteraire , à l'article d'Autun. Ces Manuscrits
m'ont paru être aussi dignes de votre attention que celui de la Cathédrale d'Autan , qui roule presque tout entier sur
notre Saint , et dont vous avez donné
quelques lambeaux qu'en avoit extrait le
P. Chifflet , votre Confrere. Je suis, &c.
AAuxerre, ce 24 Octobre 1731 ,
Fermer
Résumé : LETTRE de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, au R. P. Du Sollier, Jesuite d'Anvers, Continuateur des Recueils de Bollandus, touchant un nouveau Saint, Chanoine du Diocèse de Nevers.
La lettre de M. le B. Sous Chantre de la Cathédrale d'Auxerre, adressée au R. P. Du Sollier, Jésuite d'Anvers, traite de Nicolas Appleine, un chanoine du diocèse de Nevers. L'auteur note que le R. P. Du Sollier inclut dans ses 'Acta Sanctorum' tous les personnages honorés comme saints ou bienheureux, à condition que les marques de culte soient extérieures. Il observe que les cloîtres et les déserts ont produit plus de saints que les villes et que, depuis la fin des persécutions, les saints sont principalement des anachorètes, des vierges et quelques évêques. Nicolas Appleine, chanoine de l'église de Saint-Marcel à Premery, est décédé le 11 août 1466 sous le règne de Louis XI. Plusieurs miracles lui ont été attribués, et des marques de culte lui ont été rendues. Pierre de Fontenay, évêque de Nevers, et Louis XI ont contribué à l'établissement de son culte, notamment par l'érection d'un autel et la création d'une confrérie en son honneur. Des documents et des témoignages, tels qu'une lettre de Louis XI et des actes épiscopaux, attestent de la sainteté de Nicolas Appleine. L'auteur espère que cette notice permettra d'inclure Nicolas Appleine dans le recueil des saints, même en l'absence de détails sur sa vie, en raison des miracles posthumes qui confirment sa sainteté. Il conclut en exprimant son admiration pour la manière dont le R. P. Du Sollier et le R. P. Pierre Vandenbosch ont honoré saint Germain, évêque d'Auxerre, dans leur dernier tome de juillet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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79
p. 2497-2501
MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
Début :
Tout le monde sçait que la pieté de M. le Duc d'Orleans, Premier Prince du Sang, le [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Guérison, Maladie, Actions de grâce, Convalescence, Petite vérole, Te Deum, Église, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
MALADIE de Monseigneur le Due
d'Orleans , et Actions de Gracès renduës
pourson heureuseguérison.
Out le monde sçait que la pieté de M. le TDucd'Orleans ,Fremier Prince du Sang , le
porte à faire des Retraites dans l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Ce Prince venoit de finir
une de ces Retraites , qui avoit duré 17 jours ,
lorsque M. le Duc de Chartres fut attaqué de la
petite
2498 MERCURE DE FRANCE
à
petite verole. M. le Duc d'Orleans , en vrai Pere,
ne le quitta pas d'un moment. Aussi- tôt qu'il le vît en convalescence , il pensa se retirer de
nouveau à sainte Geneviève. Il y arriva le Jeudi
matin 30 Octobre , ayant déja eu un accès de
fiévre , une diete rigoureuse n'empêcha pas le
mal d'augmenter. Le vendredi 31. on conclut à
la saignée du bras , ce qui fut éxecuté par le
sieur Marsolan , premier Chirurgien de S. A.-S.
qui avoit été de cet avis
La petite verole déclarée , le Prince résolut de
rester à Sainte Geneviève. S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans, accourut promptement : dans
Cette visite et dans celles qui suivirent , on la vûe des heures entieres devant le S. Sacrement. La
Reine d'Espagne vint le Samedi , Fête de la Toussaints , et les jours suivans , employant chaque
fois beaucoup de tems à la priere , pour implorer
le secours du Ciel. Ces Augustes et pieuses Prin-.
cesses faisoient distribuer en sortant des aumônes considérables.
Le Dimanche matin 2 Novembre , M. l'Arche◄
vêque de Paris vint à Sainte Geneviève , y celébra
la Messe , et salua M. le Duc d'Orleans, malgré
les instances réïterées de S. A. S. qui lui fit représenter poliment qu'un Archevêque , obligé de
communiquer avec toutes sortes de personnes, ne
pouvoit prendre à cet égard trop de précau tions.
Déja les grands Officiers de S. A. S. et les personnes qui en pareil cas deviennent absolument
necessaires , s'étoient rendues du Palais Royal à
Sainte Geneviève. Du nombre de ces derniers
sont le sieur Terre , premier Medecin , et le sieur
Vernage Medecin , le sieur Marsolan , premier
Chirurgien , et le sieur Imbert , Apotiquaire, qui
our
DE
LA
VILLE
NOVEMBRE HOTHEQUE
. 1732.
1732. 249 .
ent conduit la maladie avec prudence et tout
succès possible. On pourroit croire que ce concours auroit causé quelque dérangement dans la
Communauté , mais il n'y en a point eu par la
sagesse de tous ces Officiers.
ger
La maladie qui n'avoit eu aucun mauvais symp
tôme, n'a pas été sujette à des crises fâcheuses , il
n'y a eu de fiévre qu'autant qu'il en falloit pour
faciliter l'éruption , et la fiévre n'étoit pas même
accompagnée de mal de tête. La vie toute frugale
que mene S. A. S. a infiniment contribué à abrela maladie. L'unique attention des Medecins
étoit d'empêcher quele Prince ne s'appliquât trops
il ne voulut cependant pas interrompre ses lectures de pieté , il se faisoit lire assidûment quelques endroits choisis de l'Ecriture-Sainte et des
Peres , et comme on prit la liberté de lui représenter que cela lui pourroit nuire , l'ame , répon
dit-il, est préferable au corps. Accoûtumé à suivre
ce grand principe en santé , il l'a genereusement
suivi dans la maladie. Si- tôt qu'il pût aller à sa
Tribune , qui est de plein pied à son Appartement , et qui donne sur le Sanctuaire , il y assis
ta aux Offices divins. Le peuple en étant informé s'empressa de tourner les yeux vers cette
Tribune , et attira une foule qui ne cessoit d'applaudir et d'admirer.
Le Vendredi 14 Novembre › M. le Duc de
Chartres , à peine sorti de convalescence , vint rendre ses devoirs à S. A. S. son Pere , la conso❤
lation fut entiere de part et d'autre. Le jeune.
Prince marqua des sentimens superieurs à son
âge. Il monta ensuite à la Bibliotheque , et prit
plaisir à voir les curiositez qui s'y conser- vent.
LYON
$
1893
Les Chanoines Réguliers de sainte Genevieve chez
1
2500 MERCURE DE FRANCE
C
2
p
chez qui tout cela s'est passé , ont crû ne pou-"
voir trop faire éclater leur joye. Le Lundi 17
Novembre, ils chanterent une Messe Solemnelle
d'Actions de graces , celebrée pontificalement
par l'Abbé. Le Te Deum suivit la Messe. Dans
cette grande Cerémonie parurent pour la premiere fois les Ornemens faits de l'Etoffe prétieuse dont M. le Duc d'Orleans fit présent quand il nomma la premiere des nouvelles Cloches. Au
Chant on joignit l'Orgue , accompagnée d'Ins trumens.
L'Eglise ornée de Tapisseries magnifiques ,
comme dans là solemnité de sainte Genevieve ,
sembloit avoir perdu cet air de vetusté qui lui
est propre. Des Lustres disposez avec cimetrie ,
et garnis de Bougies , faisoient un fort bel effet :
mais ce qui frappoit davantage étoit la Châsse
de sainte Geneviève , qu'on avoit découverte par
devant , ce qui se fait très-rarement. La Châsse
devenue ainsi plus visible , étoit entourée d'une
quantité de Cierges avantageusement distribués
par differens étages , ce qui faisoit briller les riches pierreries du devant. M. le Duc d'Orleans
assista à la cerémonie dans sa Tribune. M. le
Duc de Chartres vint l'y joindre , et pendant le
Te Deum il-édifia extrêmement par sa pieté , qui
exprimoit une vive reconnoissance.
LaReine d'Espagne étoit dans sa Tribune ordinaire,parée deDamas cramoisi;unTapis deVelours
à Galons et Crepine d'or en paroit le dehors. Visà-vis on voyoit la Tribune de S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orleans , et des Princesses de la Maison d'Orleans. Dans l'avant- Sanctuaire orné de Tapis , et dans le Chœur étoient placez
plusieurs Seigneurs et d'autres personnes de disTinc
NOVEMBRE. 1732. 2500
tinction Le Rondpoint et les Chapelles se remplirent également d'Ecclesiastiques , de Gentilshommes , d'Officiers , &c. La Nef le fût d'un
monde infini que la joye de la guérison du Prin- ee avoit attiré. L'Action de Graces fut terminée
par la Benediction pontificale de l'Abbé de sainte Geneviève.
Le soir de la veille de la cerémonie , la Tour
de sainte Geneviève qui par sa situation et par sa
hauteur est apperçue de tout Paris et de la Cam-
·pagne , fut illuminée d'une infinité de Lampions,
et les nouvelles Cloches récemment posées dans
la Tour se firent long- tems entendre. Pareilles illuminations et sonnerie se firent le Lundy au soir,
jour de la Cerémonie. 14
Le 12. de Novembre le Gouverneur du Château de S. Cloud , fit chanter dans la Chapelle du
Château un Te Deum en Musique, en Actions de
graces du parfait rétablissement de la santé de
M le Duc d'Orleans et de M. leDuc deChartres:
le Te Deum auquel M. le Duc de Chartres assis- "ta , fut suivi d'un grand Feu d'artifice et de quantité d'illuminations ; des Fontaines de vin et des
Violons attirerent tous les habitans de S. Cloud
et des environs qui passerent toute la nuit en réjouissances.
d'Orleans , et Actions de Gracès renduës
pourson heureuseguérison.
Out le monde sçait que la pieté de M. le TDucd'Orleans ,Fremier Prince du Sang , le
porte à faire des Retraites dans l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Ce Prince venoit de finir
une de ces Retraites , qui avoit duré 17 jours ,
lorsque M. le Duc de Chartres fut attaqué de la
petite
2498 MERCURE DE FRANCE
à
petite verole. M. le Duc d'Orleans , en vrai Pere,
ne le quitta pas d'un moment. Aussi- tôt qu'il le vît en convalescence , il pensa se retirer de
nouveau à sainte Geneviève. Il y arriva le Jeudi
matin 30 Octobre , ayant déja eu un accès de
fiévre , une diete rigoureuse n'empêcha pas le
mal d'augmenter. Le vendredi 31. on conclut à
la saignée du bras , ce qui fut éxecuté par le
sieur Marsolan , premier Chirurgien de S. A.-S.
qui avoit été de cet avis
La petite verole déclarée , le Prince résolut de
rester à Sainte Geneviève. S. A. R. Madame la
Duchesse d'Orleans, accourut promptement : dans
Cette visite et dans celles qui suivirent , on la vûe des heures entieres devant le S. Sacrement. La
Reine d'Espagne vint le Samedi , Fête de la Toussaints , et les jours suivans , employant chaque
fois beaucoup de tems à la priere , pour implorer
le secours du Ciel. Ces Augustes et pieuses Prin-.
cesses faisoient distribuer en sortant des aumônes considérables.
Le Dimanche matin 2 Novembre , M. l'Arche◄
vêque de Paris vint à Sainte Geneviève , y celébra
la Messe , et salua M. le Duc d'Orleans, malgré
les instances réïterées de S. A. S. qui lui fit représenter poliment qu'un Archevêque , obligé de
communiquer avec toutes sortes de personnes, ne
pouvoit prendre à cet égard trop de précau tions.
Déja les grands Officiers de S. A. S. et les personnes qui en pareil cas deviennent absolument
necessaires , s'étoient rendues du Palais Royal à
Sainte Geneviève. Du nombre de ces derniers
sont le sieur Terre , premier Medecin , et le sieur
Vernage Medecin , le sieur Marsolan , premier
Chirurgien , et le sieur Imbert , Apotiquaire, qui
our
DE
LA
VILLE
NOVEMBRE HOTHEQUE
. 1732.
1732. 249 .
ent conduit la maladie avec prudence et tout
succès possible. On pourroit croire que ce concours auroit causé quelque dérangement dans la
Communauté , mais il n'y en a point eu par la
sagesse de tous ces Officiers.
ger
La maladie qui n'avoit eu aucun mauvais symp
tôme, n'a pas été sujette à des crises fâcheuses , il
n'y a eu de fiévre qu'autant qu'il en falloit pour
faciliter l'éruption , et la fiévre n'étoit pas même
accompagnée de mal de tête. La vie toute frugale
que mene S. A. S. a infiniment contribué à abrela maladie. L'unique attention des Medecins
étoit d'empêcher quele Prince ne s'appliquât trops
il ne voulut cependant pas interrompre ses lectures de pieté , il se faisoit lire assidûment quelques endroits choisis de l'Ecriture-Sainte et des
Peres , et comme on prit la liberté de lui représenter que cela lui pourroit nuire , l'ame , répon
dit-il, est préferable au corps. Accoûtumé à suivre
ce grand principe en santé , il l'a genereusement
suivi dans la maladie. Si- tôt qu'il pût aller à sa
Tribune , qui est de plein pied à son Appartement , et qui donne sur le Sanctuaire , il y assis
ta aux Offices divins. Le peuple en étant informé s'empressa de tourner les yeux vers cette
Tribune , et attira une foule qui ne cessoit d'applaudir et d'admirer.
Le Vendredi 14 Novembre › M. le Duc de
Chartres , à peine sorti de convalescence , vint rendre ses devoirs à S. A. S. son Pere , la conso❤
lation fut entiere de part et d'autre. Le jeune.
Prince marqua des sentimens superieurs à son
âge. Il monta ensuite à la Bibliotheque , et prit
plaisir à voir les curiositez qui s'y conser- vent.
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1893
Les Chanoines Réguliers de sainte Genevieve chez
1
2500 MERCURE DE FRANCE
C
2
p
chez qui tout cela s'est passé , ont crû ne pou-"
voir trop faire éclater leur joye. Le Lundi 17
Novembre, ils chanterent une Messe Solemnelle
d'Actions de graces , celebrée pontificalement
par l'Abbé. Le Te Deum suivit la Messe. Dans
cette grande Cerémonie parurent pour la premiere fois les Ornemens faits de l'Etoffe prétieuse dont M. le Duc d'Orleans fit présent quand il nomma la premiere des nouvelles Cloches. Au
Chant on joignit l'Orgue , accompagnée d'Ins trumens.
L'Eglise ornée de Tapisseries magnifiques ,
comme dans là solemnité de sainte Genevieve ,
sembloit avoir perdu cet air de vetusté qui lui
est propre. Des Lustres disposez avec cimetrie ,
et garnis de Bougies , faisoient un fort bel effet :
mais ce qui frappoit davantage étoit la Châsse
de sainte Geneviève , qu'on avoit découverte par
devant , ce qui se fait très-rarement. La Châsse
devenue ainsi plus visible , étoit entourée d'une
quantité de Cierges avantageusement distribués
par differens étages , ce qui faisoit briller les riches pierreries du devant. M. le Duc d'Orleans
assista à la cerémonie dans sa Tribune. M. le
Duc de Chartres vint l'y joindre , et pendant le
Te Deum il-édifia extrêmement par sa pieté , qui
exprimoit une vive reconnoissance.
LaReine d'Espagne étoit dans sa Tribune ordinaire,parée deDamas cramoisi;unTapis deVelours
à Galons et Crepine d'or en paroit le dehors. Visà-vis on voyoit la Tribune de S. A. R. Madame
la Duchesse d'Orleans , et des Princesses de la Maison d'Orleans. Dans l'avant- Sanctuaire orné de Tapis , et dans le Chœur étoient placez
plusieurs Seigneurs et d'autres personnes de disTinc
NOVEMBRE. 1732. 2500
tinction Le Rondpoint et les Chapelles se remplirent également d'Ecclesiastiques , de Gentilshommes , d'Officiers , &c. La Nef le fût d'un
monde infini que la joye de la guérison du Prin- ee avoit attiré. L'Action de Graces fut terminée
par la Benediction pontificale de l'Abbé de sainte Geneviève.
Le soir de la veille de la cerémonie , la Tour
de sainte Geneviève qui par sa situation et par sa
hauteur est apperçue de tout Paris et de la Cam-
·pagne , fut illuminée d'une infinité de Lampions,
et les nouvelles Cloches récemment posées dans
la Tour se firent long- tems entendre. Pareilles illuminations et sonnerie se firent le Lundy au soir,
jour de la Cerémonie. 14
Le 12. de Novembre le Gouverneur du Château de S. Cloud , fit chanter dans la Chapelle du
Château un Te Deum en Musique, en Actions de
graces du parfait rétablissement de la santé de
M le Duc d'Orleans et de M. leDuc deChartres:
le Te Deum auquel M. le Duc de Chartres assis- "ta , fut suivi d'un grand Feu d'artifice et de quantité d'illuminations ; des Fontaines de vin et des
Violons attirerent tous les habitans de S. Cloud
et des environs qui passerent toute la nuit en réjouissances.
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Résumé : MALADIE de Monseigneur le Duc d'Orleans, et Actions de Graces renduës pour son heureuse guérison.
Le texte relate la maladie et la guérison du Duc d'Orléans, premier Prince du Sang, qui contracta la petite vérole après une retraite de 17 jours à l'Abbaye Royale de Sainte Geneviève. Son fils, le Duc de Chartres, fut également atteint. Malgré sa propre maladie, le Duc d'Orléans resta à Sainte Geneviève pour être auprès de son fils. La Duchesse d'Orléans et la Reine d'Espagne vinrent lui rendre visite, priant pour sa guérison et distribuant des aumônes. La maladie du Duc d'Orléans fut soignée avec prudence par ses médecins et chirurgiens, notamment le sieur Marsolan et le sieur Terre. La maladie évolua favorablement sans symptômes graves, facilitée par le mode de vie frugal du Duc. Il continua ses lectures de piété malgré les recommandations médicales. Le 2 novembre, l'Archevêque de Paris vint célébrer la messe à Sainte Geneviève. Le 14 novembre, le Duc de Chartres, convalescent, rendit visite à son père. Le 17 novembre, les Chanoines de Sainte Geneviève célébrèrent une messe solennelle d'actions de grâces, accompagnée d'un Te Deum et d'une illumination de la tour de Sainte Geneviève. La cérémonie fut marquée par la présence de nombreuses personnalités et l'ornementation somptueuse de l'église. Le soir du 17 novembre, des illuminations et des sonneries de cloches eurent lieu. Le 12 novembre, un Te Deum et un feu d'artifice furent organisés au Château de Saint-Cloud pour célébrer le rétablissement des deux Ducs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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80
p. 2502-2503
GRANDE EGLISE tombée en Bourgogne. Exrtait d'une Lettre écrite d'Auxerre, le 27 Octobre 1732.
Début :
Il est arrîvé à trois lieuës de cette Ville un accident qui doit rendre sages les Habitans des [...]
Mots clefs :
Église, Bourgogne, Accident, Piliers, Nostradamus
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE EGLISE tombée en Bourgogne. Exrtait d'une Lettre écrite d'Auxerre, le 27 Octobre 1732.
GRANDE EGLISE tombée en Bourgogne. Extrait d'une Lettre écrite d'Auxer re le 27 Octobre
I
"
1732.
L est arrivé à trois lieuës de cette Ville un accident qui doit rendre sages les Habitans des lieux dont les Eglises ménacent ruine. On ne sçavoit point pour quelle raison deux Piliers , situez vers le milieu du côté gauche de l'Eglise Paroissiale de S.Chritophle de Colanges les Vineuses , quoiqu'extérieurement bâtis comme les autres de cette Eglise , sembloient plier sous le poids de la
Voute et de la Charpente.
On a voulu y remedier sérieusement depuis
quelques jours ; et on a tâché de prévenir un plus
grand mal par des Etais qui pussent suppléer à
la foiblesse de ces Piliers. A peine les Ouvriers
étoient-ils à moitié de leur prétenduë fortification,que ces deux Piliers, qui sont voisins l'un de
de l'autre , ayant manquépeu àpeu , toute l'Eglise est tombée , excepté le Pignon de devant et
celui de derriere , que la chute n'a pû entraîner
non plus que l'Aîle droite de la Tour , qui en est
' détachée.Če malheur est arrivé le Mardi 21 de ce
mois , vers les onze heures du matin. Le S. Sacri
fice de la Messe avoit encore été celebré le même jour dans cette Eglise.
>
Heureusement personne n'a été écrasé ni
même blessé , parce qu'on fut averti du péril
prochain, en voyant sortir le Gravier le long des
jointures des deux Piliers. Les Habitans ont tra- vaillé , la larme à l'œil , le reste de la semaine , a
relever les matériaux ; et ils ont remarqué par ce
qui est resté du bas de ces Piliers, que les Maçons
qui les avoient construits, n'avoient rempli l'inte- rieur
NOVEMBRE. 1732. 2503
rieur,que de terre grasse et autres mauvais matériaux.C'estce que j'ai reconnu moi- même hier au
soir,ayant voulu voir l'état des choses. Cette Eglise
bâtie au xrv siecle , et par consequent à la Gothique , étoit une des belles du Diocèse d'Auxerre !
sur tout par rapport à la Nef, qui étoit d'une Architecture assez délicate , ornée de Galeries et de
Vitrages anciens , le tout par la liberalité des Sei- gneurs du Lieu, qui ont toujours été des gens de
remarque et des aumônes des Bourgeois , dont
le vin a toujours été tres - recherché. Cette petite
Ville,bâtie au milieu d'un grand coteau aride , situé obversement à l'Orient et rempli de plusieurs
sinuositez , avoit souffert differens Incendies par
le manque d'eau : mais elle a été exempte
malheur depuis l'an 1705. que le sieur Couplet,
envoyé par M. le Procureur General , qui en
étoit Seigneur , y trouva une Source , laquelle
fournit abondamment le Païs depuis ce temps-là.
Un autre accident auquel elle a été sujette cette
presente année , est l'excursion des Loups , entre
lesquels il y en eût un qui , vers le commencement de l'Eté entra jusqu'au dedant des Murs et
causa une terreur generale , après avoir dévoré
plusieurs enfans dans le voisinage pendant quatre mois.
de ce
Ceux qui lisent les Propheties de Nostradamus croyent qu'il a eu en vûë cette cruelle bête
dans sa premiere Centurie , Quatrain 8e. Quoiqu'il en soit , il a été necessaire que la Louveteterie du Roy vint à Colanges au mois de
-May dernier , et qu'elle y ait demeuré plus de
deux mois , pour faire cesser ce second fléau.
to
Quant au dernier de ces malheurs , qui est la
chute de l'Eglise , il ne peut être mis en oubli ,
que lorsqu'il aura plu à Dieeu de susciter quelque
Zorobabel dans ce Païs , &c
I
"
1732.
L est arrivé à trois lieuës de cette Ville un accident qui doit rendre sages les Habitans des lieux dont les Eglises ménacent ruine. On ne sçavoit point pour quelle raison deux Piliers , situez vers le milieu du côté gauche de l'Eglise Paroissiale de S.Chritophle de Colanges les Vineuses , quoiqu'extérieurement bâtis comme les autres de cette Eglise , sembloient plier sous le poids de la
Voute et de la Charpente.
On a voulu y remedier sérieusement depuis
quelques jours ; et on a tâché de prévenir un plus
grand mal par des Etais qui pussent suppléer à
la foiblesse de ces Piliers. A peine les Ouvriers
étoient-ils à moitié de leur prétenduë fortification,que ces deux Piliers, qui sont voisins l'un de
de l'autre , ayant manquépeu àpeu , toute l'Eglise est tombée , excepté le Pignon de devant et
celui de derriere , que la chute n'a pû entraîner
non plus que l'Aîle droite de la Tour , qui en est
' détachée.Če malheur est arrivé le Mardi 21 de ce
mois , vers les onze heures du matin. Le S. Sacri
fice de la Messe avoit encore été celebré le même jour dans cette Eglise.
>
Heureusement personne n'a été écrasé ni
même blessé , parce qu'on fut averti du péril
prochain, en voyant sortir le Gravier le long des
jointures des deux Piliers. Les Habitans ont tra- vaillé , la larme à l'œil , le reste de la semaine , a
relever les matériaux ; et ils ont remarqué par ce
qui est resté du bas de ces Piliers, que les Maçons
qui les avoient construits, n'avoient rempli l'inte- rieur
NOVEMBRE. 1732. 2503
rieur,que de terre grasse et autres mauvais matériaux.C'estce que j'ai reconnu moi- même hier au
soir,ayant voulu voir l'état des choses. Cette Eglise
bâtie au xrv siecle , et par consequent à la Gothique , étoit une des belles du Diocèse d'Auxerre !
sur tout par rapport à la Nef, qui étoit d'une Architecture assez délicate , ornée de Galeries et de
Vitrages anciens , le tout par la liberalité des Sei- gneurs du Lieu, qui ont toujours été des gens de
remarque et des aumônes des Bourgeois , dont
le vin a toujours été tres - recherché. Cette petite
Ville,bâtie au milieu d'un grand coteau aride , situé obversement à l'Orient et rempli de plusieurs
sinuositez , avoit souffert differens Incendies par
le manque d'eau : mais elle a été exempte
malheur depuis l'an 1705. que le sieur Couplet,
envoyé par M. le Procureur General , qui en
étoit Seigneur , y trouva une Source , laquelle
fournit abondamment le Païs depuis ce temps-là.
Un autre accident auquel elle a été sujette cette
presente année , est l'excursion des Loups , entre
lesquels il y en eût un qui , vers le commencement de l'Eté entra jusqu'au dedant des Murs et
causa une terreur generale , après avoir dévoré
plusieurs enfans dans le voisinage pendant quatre mois.
de ce
Ceux qui lisent les Propheties de Nostradamus croyent qu'il a eu en vûë cette cruelle bête
dans sa premiere Centurie , Quatrain 8e. Quoiqu'il en soit , il a été necessaire que la Louveteterie du Roy vint à Colanges au mois de
-May dernier , et qu'elle y ait demeuré plus de
deux mois , pour faire cesser ce second fléau.
to
Quant au dernier de ces malheurs , qui est la
chute de l'Eglise , il ne peut être mis en oubli ,
que lorsqu'il aura plu à Dieeu de susciter quelque
Zorobabel dans ce Païs , &c
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Résumé : GRANDE EGLISE tombée en Bourgogne. Exrtait d'une Lettre écrite d'Auxerre, le 27 Octobre 1732.
En octobre 1732, un accident majeur a frappé l'église paroissiale de Saint-Christophe de Colanges-les-Vineuses, près d'Auxerre, en Bourgogne. Le 21 octobre vers onze heures, après la messe, deux piliers ont cédé, provoquant l'effondrement de l'édifice, sauf le pignon avant, le pignon arrière et l'aile droite de la tour. Personne n'a été blessé grâce à des avertissements préalables. Les habitants ont découvert que les piliers étaient remplis de terre et de mauvais matériaux. L'église, construite au XIVe siècle dans le style gothique, était connue pour son architecture délicate et ses vitraux anciens. Colanges, située sur un coteau aride, avait subi plusieurs incendies avant de trouver une source d'eau en 1705. Cette même année, la ville a été menacée par des loups, dont un a semé la terreur en dévorant plusieurs enfants. La louveteterie royale est intervenue pour éradiquer ce fléau.
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81
p. 2704-2708
Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Début :
Le 6. Decembre, les Officiers de la Chambre de M. le Duc d'Orleans, voulant [...]
Mots clefs :
Duc d'Orléans, Convalescence, Musique, Arcade, Fleurs, Église, Te Deum
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texteReconnaissance textuelle : Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Le 6. Decembre , les Officiers de la
Chambre de M. le Duc d'Orleans , voulant donner des marques publiques de
leur attachement et de leur zele au sujet
de l'heureuse convalescence de ce Prince
et du Duc de Chartres , son fils unique ,
firent chanter solemnellement dans l'Eglise des Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , un Te Deum de la composi
tion de M. Gervais , Maître de Musique
de la Chapelle du Roi et de M. le Duc
d'Orleans , qu'il fit éxecuter par un excellent Choeur de Musique composé des
meilleurs sujets de chez le Roi , de l'Académie Royale de Musique , et de Paris.
Le Te Deumfut précedé du Salut et de
PExaudiat,auquel l'Archevêque deRouen officia. S. A. R. assista à cette cerémonie
I. Vol. ac
DECEMBRE. 1732. 2709
accompagnée du Duc de Chartres , de
Mademoiselle , du Prince et de la Princesse de Conty , et d'un très grand nombre de personnes de distinction. M. le
Bailly de Confland , Premier Gentilhomme de la Chambre de M. le Duc d'Orleans , reçût S. A. R. à la premiere Porte
de l'Eglise , à la tête de tous les Officiers
de la Chambre de ce Prince. La Communauté des Prêtres de l'Oratoire , ayant à
leur tête le R. P. General , alla recevoir
cette Princesse à la seconde Porte , et luk
présenta l'Eau benite. Elle fut reconduite
de la même maniere après la cerémonie.
Comme l'Eglise des Peres de l'Oratoire
est ornée d'une belle Architecture , on ne
crut pas devoir ajoûter beaucoup d'ornemens pour la décorer , on avoit placé
seulement un couronnement sur l'Arcade
du Maître- Aute!, formé par deux Conso
les qui suportoient un grand Cartouche
dans lequel on avoit peint symboliquement en Camayeu , la Convalescence du
Prince. Elle étoit représentée par une femme à genoux , priant au pied d'un Autel ,
et tenant à sa main un bâton entouré d'un
Serpent , et un Coq à ses pieds. Ce Cartouche étoit surmonté d'une grande Couronne en aigrette , et portant dans son
I.Vol. con
706 MERCURE DE FRANCE
contour dix Girandoles à huit lumieres
chacune , qui se lioient avec les lumieres
des Pilastres des côrez ; le tout supporté
sur une Balustrade feinte , tres-riche , sur
laquelle on voyoit un Tapis de Turquie,
rehaussé d'or, et drappé pitoresquement.
Cette Arcade et celles des deux côtez
étoient drapées avec des Rideaux de Damas cramoisi , galonnez d'or, surmontez
d'une Pente festonnée , feinte d'étofes
d'or à gros glands. Ces Rideaux festonnez aussi au pourtour , tomboient négligemment sur les côtez. On avoit placé
au milieu de chacune de ces trois Arcades
un Lustre de 12 lumieres. Les deux Pi
lastres placez aux côtez de l'Arcade du
milieu , étoient décorez de grandes chu
tes de Fleurs , de Palmes et de Lyres. On
voyoit dans le milieu des deux Arcades
des côtez , deux Cartouches , dans lesquels on avoit representé en Camayeu ,
rehaussé d'or , la Religion et la Force
avec leurs Symboles. Ces chutes étoient
disposées de façon à pouvoir poser sur
les Cartouches , trofs Bras , portant s lumieres chacun. En haut et au bas de la
chute , on avoit posé au pied des Pilastres,au Rez de chaussée , deux Torches
portant chacune une Girandole de Cristal à sept lumieres.
I. Vol. Tous
DECEMBR E. 1732 2707
L
Tous les autres Pilastres de l'Eglise
toient décorez de la même façon , avec
cette difference que dans les Cartouches
du milieu il n'y avoit point de Figures
mais seulement des Ecussons aux Armes
d'Orleans , et des Chiffres qui se repetoient alternativement ; et vis- à- vis de
chacune des autres Arcades, on avoit placé un Lustre de 12 lumieres.
On voyoit aussi sur les deux petites
Portes de la croisée de l'Eglise , deux especes de Piramides, en bleu et or , ornées
de Palmes et de Lauriers , portant chacune trois Bras à cinq lumieres.
Toutes ces lumieres étoient disposées
de maniere qu'elles ne formoient point
de lignes droites , elles serpentoient seulement , ce qui produit toujours un effet
éclatant dans toute sorte d'illuminations.
Toute cette Décoration , qui a été trouvée d'une tres- belle ordonnance , a été
faite sur les desseins du sieur le Grand
Architecte du Roy , et Intendant des Bâ
timens de M. le Duc d'Orleans,
Une grande Maison , vis-à- vis l'Eglise
de l'Orataire , occupée par les Sieurs Stocard et Piet , tous deux Marchands de S.
A. R. fut illuminée d'une maniere fort
ingénieuse , par des Lustres garnis de
Bougies , et par de gros Flambeaux de
I. Val. cire
1708 MERCURE DE FRANCE.
cire blanche, placez sur l'appui du Balcon,
par des Girandoles et par une Piramide
garnie de Lampion, posée sur la même ligne , ce qui produisoit une illumination
tres-brillante,
Le 8. on chanta encore un Te Deum
solemnel , à l'Eglise S. Eustache , Paroisse du Palais Royal , en ' actions de grace
de la convalescence du Duc d'Orleans et
du Duc de Chartres , auquel l'Archevêque de Cambrai officia pontificalement.
CetteEglise étoit magnifiquement décorée
et éclairée d'une grande quantité de Lustres , garnis d'une infinité de Bougies.
S. A. R. y assista , accompagnée de Mademoiselle,de la jeune Princesse de Conty, et de plusieurs Personnes de la premiere distinction.
Chambre de M. le Duc d'Orleans , voulant donner des marques publiques de
leur attachement et de leur zele au sujet
de l'heureuse convalescence de ce Prince
et du Duc de Chartres , son fils unique ,
firent chanter solemnellement dans l'Eglise des Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , un Te Deum de la composi
tion de M. Gervais , Maître de Musique
de la Chapelle du Roi et de M. le Duc
d'Orleans , qu'il fit éxecuter par un excellent Choeur de Musique composé des
meilleurs sujets de chez le Roi , de l'Académie Royale de Musique , et de Paris.
Le Te Deumfut précedé du Salut et de
PExaudiat,auquel l'Archevêque deRouen officia. S. A. R. assista à cette cerémonie
I. Vol. ac
DECEMBRE. 1732. 2709
accompagnée du Duc de Chartres , de
Mademoiselle , du Prince et de la Princesse de Conty , et d'un très grand nombre de personnes de distinction. M. le
Bailly de Confland , Premier Gentilhomme de la Chambre de M. le Duc d'Orleans , reçût S. A. R. à la premiere Porte
de l'Eglise , à la tête de tous les Officiers
de la Chambre de ce Prince. La Communauté des Prêtres de l'Oratoire , ayant à
leur tête le R. P. General , alla recevoir
cette Princesse à la seconde Porte , et luk
présenta l'Eau benite. Elle fut reconduite
de la même maniere après la cerémonie.
Comme l'Eglise des Peres de l'Oratoire
est ornée d'une belle Architecture , on ne
crut pas devoir ajoûter beaucoup d'ornemens pour la décorer , on avoit placé
seulement un couronnement sur l'Arcade
du Maître- Aute!, formé par deux Conso
les qui suportoient un grand Cartouche
dans lequel on avoit peint symboliquement en Camayeu , la Convalescence du
Prince. Elle étoit représentée par une femme à genoux , priant au pied d'un Autel ,
et tenant à sa main un bâton entouré d'un
Serpent , et un Coq à ses pieds. Ce Cartouche étoit surmonté d'une grande Couronne en aigrette , et portant dans son
I.Vol. con
706 MERCURE DE FRANCE
contour dix Girandoles à huit lumieres
chacune , qui se lioient avec les lumieres
des Pilastres des côrez ; le tout supporté
sur une Balustrade feinte , tres-riche , sur
laquelle on voyoit un Tapis de Turquie,
rehaussé d'or, et drappé pitoresquement.
Cette Arcade et celles des deux côtez
étoient drapées avec des Rideaux de Damas cramoisi , galonnez d'or, surmontez
d'une Pente festonnée , feinte d'étofes
d'or à gros glands. Ces Rideaux festonnez aussi au pourtour , tomboient négligemment sur les côtez. On avoit placé
au milieu de chacune de ces trois Arcades
un Lustre de 12 lumieres. Les deux Pi
lastres placez aux côtez de l'Arcade du
milieu , étoient décorez de grandes chu
tes de Fleurs , de Palmes et de Lyres. On
voyoit dans le milieu des deux Arcades
des côtez , deux Cartouches , dans lesquels on avoit representé en Camayeu ,
rehaussé d'or , la Religion et la Force
avec leurs Symboles. Ces chutes étoient
disposées de façon à pouvoir poser sur
les Cartouches , trofs Bras , portant s lumieres chacun. En haut et au bas de la
chute , on avoit posé au pied des Pilastres,au Rez de chaussée , deux Torches
portant chacune une Girandole de Cristal à sept lumieres.
I. Vol. Tous
DECEMBR E. 1732 2707
L
Tous les autres Pilastres de l'Eglise
toient décorez de la même façon , avec
cette difference que dans les Cartouches
du milieu il n'y avoit point de Figures
mais seulement des Ecussons aux Armes
d'Orleans , et des Chiffres qui se repetoient alternativement ; et vis- à- vis de
chacune des autres Arcades, on avoit placé un Lustre de 12 lumieres.
On voyoit aussi sur les deux petites
Portes de la croisée de l'Eglise , deux especes de Piramides, en bleu et or , ornées
de Palmes et de Lauriers , portant chacune trois Bras à cinq lumieres.
Toutes ces lumieres étoient disposées
de maniere qu'elles ne formoient point
de lignes droites , elles serpentoient seulement , ce qui produit toujours un effet
éclatant dans toute sorte d'illuminations.
Toute cette Décoration , qui a été trouvée d'une tres- belle ordonnance , a été
faite sur les desseins du sieur le Grand
Architecte du Roy , et Intendant des Bâ
timens de M. le Duc d'Orleans,
Une grande Maison , vis-à- vis l'Eglise
de l'Orataire , occupée par les Sieurs Stocard et Piet , tous deux Marchands de S.
A. R. fut illuminée d'une maniere fort
ingénieuse , par des Lustres garnis de
Bougies , et par de gros Flambeaux de
I. Val. cire
1708 MERCURE DE FRANCE.
cire blanche, placez sur l'appui du Balcon,
par des Girandoles et par une Piramide
garnie de Lampion, posée sur la même ligne , ce qui produisoit une illumination
tres-brillante,
Le 8. on chanta encore un Te Deum
solemnel , à l'Eglise S. Eustache , Paroisse du Palais Royal , en ' actions de grace
de la convalescence du Duc d'Orleans et
du Duc de Chartres , auquel l'Archevêque de Cambrai officia pontificalement.
CetteEglise étoit magnifiquement décorée
et éclairée d'une grande quantité de Lustres , garnis d'une infinité de Bougies.
S. A. R. y assista , accompagnée de Mademoiselle,de la jeune Princesse de Conty, et de plusieurs Personnes de la premiere distinction.
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Résumé : Convalescence du Duc d'Orleans, Actions de Graces, &c. [titre d'après la table]
Le 6 décembre 1732, les officiers de la Chambre du Duc d'Orléans organisèrent un Te Deum à l'église des Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré pour célébrer la convalescence du Duc d'Orléans et de son fils, le Duc de Chartres. Ce Te Deum, composé par M. Gervais, fut exécuté par un chœur exceptionnel incluant des musiciens du Roi, de l'Académie Royale de Musique et de Paris. La cérémonie fut précédée du Salut et de l'Exaudiat, avec l'Archevêque de Rouen officiant. Le Duc d'Orléans, accompagné de sa famille et de nombreuses personnes de distinction, assista à l'événement. L'église, ornée d'une belle architecture, fut décorée sobrement avec des éléments symbolisant la convalescence du Prince. Une maison en face de l'église fut également illuminée de manière ingénieuse. Le 8 décembre, un autre Te Deum fut chanté à l'église Saint-Eustache, paroisse du Palais Royal, en actions de grâce pour la convalescence des deux princes. L'Archevêque de Cambrai officia cette cérémonie, à laquelle assistèrent le Duc d'Orléans, Mademoiselle, la jeune Princesse de Conti et plusieurs personnes de haute distinction.
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82
p. 85-91
Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
Début :
Recueil des Piéces d'Histoire et de Litterature, Tome 2 de 234 pages, [...]
Mots clefs :
Religion, Papes, Collection, Dieu, Dieux, Empire, Église, Messie, Roi, Nations
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texteReconnaissance textuelle : Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
E cu si L de Piéces d’Histoire et de
[Littérature , Tome a de 2.34 pages,
sans la Table des Piéces contenuës dans
ce Volume , et celle des Matieres des deux
premieres Parties de ce Recüeil.
l Ce Volume contient des Pièces curieuse
ses en elles-mêmes, et dont la matiere
. est digne d’être traitée , mais qui piquent
moins la curiosité des Gens de Lettres ,'
parce qu'on les rencontre en plusieurs En
droits : cependant on ytrouve aussi du
neuf, et ce qui fait le plus de plaisir,c’est
que cette collection évite au Lecteur la.
peine de lire des Dissertations longues et: . ’
ennuyeuses , en lui présentant_les mêmes
matieres traitées en peu de mots , succ_inc- q
tement, solidement et avec clarté. ' _
_La premicre Piéce est une Vie de Plu-q‘
rauque , traduite en François: de l’Angloîs
de M. Dryden. C'est un morceau cu
rîeux qui méritoit bien d'être traduit en
notre Langue. On trouve ensuite un Dis
cours sur l’Etat des Nations à la naissance;
‘ E xij de
e; MERCURE DE FRANCE '
de l’Eglise. L’Auteur s’applique à mon
trer que tout concouroit à la Naissancè
de Jesus-Christ pour Pétablissement d:
son Eglise , PEtatlet la Religion. C’est>
comme l’on voit le même Plan qu’a tenu.
M. Bossuet dans son Discours sur l’His
toire Universelle. L’Empire Romain est
étendu dans les trois parties du monde
connu , et est regardé comme le seul Efm
pire de la Terre , lorsque le grand Roi ,
le Roi de l’Univers va paroître. Le Mon
de goûte une aix generale lorsque le Roi
de Paix vient ‘apporter avec lui. La puis-j
sànce des Romains sert à Paccomp isse—
rnent des Propheties par Pordre qui en.
vient dans les diflèrcntes Provinces de
PEmpire , pour une Description generala
d‘: tous les Sujets de cette puissante Mo-Ç
narchie 5 le Messie naît dans Bethléem de
Jirda; par cette puissance la Tribu qui
porte ce nom pet son autorité , les Gen-ï
tlls qui devoienr entrer dans les promes-e
ses et dans l'alliance de misericorde , se
rêünissent avec les J uifs pour immolet
PÏ-Ïiostie de ptopitiation , qui par le méï
rite de son Sang va desdeux Peuples n’en.
faire qu’un; enfin par cette même puis
sance Jerusalem est détruite , le Temple
.rasé et la Synagogue des Juifs anéantie
avec ses Autels. '
._ v _ ce
JANVIER. 17'3;.' 87
Ce n’est pas non plus sans misterc que
Rome devient le centre de l’Empire de’
lÏUnivers , pour Pêcrc ensuite de la veri
table Religion; que les Nations y aboraj
dent de toutes parts , afin quklles y teçoi-f
vent le cuit; du vrai Dieu au lieu des vaiä,
ries richessespti des honneurs périssables,’
qui étoientle but de leurs voyages telle
envoya: par tout des Colonies pour y pot‘)
ter ensuite la Foi de PEvangile; le Messie
pvient dans le Temple lorsque Rome est
dans le plus haut point de sa grandeur, e:
t que la politesse , l’E5prit , les belles Let
tres et les Sciences y brillent avec plus
d’éclat , afin u’en étendant tous ces
avantages dans (ies Pays où elle étend sa»
uissance , elle y établisse la politesse,»
iiurbanité; en un mot, un esprit de socien‘
tÉ-qtii donnât quelque ouverture à la pré
dicarion de [Évangile , et qui disposât
les Esprits à lÎécouter. Par là PEV-angile
(Ïevoit heriter de toutela richesseet de la‘
Sçience de Rome : par là la Foi fait voit‘
qu’elle sçaifsoumettre â sa misterieuse obsi
curité les plus sublimes génies, et qu’ellc
n’a pas besoin de leurs secours et de leur
éloquence pour établit son Empire pat
toute la terre. . . *
« , Si l’Etat Civil disposait tout à Parrivéa
du..Messie , jlîfime de 1a Religion mon-x.
;__ ,, E iiij trois
à? 77"
à? MERCURE DE FRANCE
troit encore davantage le besoin que les
hommes avoient de la nouvelle Alliance‘.
Ils avoient de belles Loix‘, mais elles n'é
toient point observées; le Corps de leurs
Loix étoir corrompu par un grand nom
brc d'autres. qui permettoicnt plusieurs
désordres ; la Religion étoit plus horri-r
ble encore , c’étoit elle qui apprenoit aux
hommes à devenir méchans , les Fêtes des
Dieux étoient des jours de brigandagcs cc
de désordres ; les Temples étoient des
Ecoles dîmpureté , dïrreligion ;_ tout
Dieu y étoit bien reçû : Rome adoroit
ceux qu’elle avoir vaincus , et de vaines
Statuës sans sentiment et sans connois
sancc étoient victorieuses des vainqueurs
des Nations et des maîtres du. monde. Le
seul vrai Dieu y étoit inconnu , lui seul
n'avoir point dfAutels nide sacrificateutâ;
point de culte ni (Ÿadorateurs. UEgyptc
et la Gréce avoient aussi leurs Dieux 5
mais quels Dieux! ose-t-on les nom
mer , tant ils sont capables d’humilier
Ïhomme.
: La‘ Religion des Juifs étoit elle-même
mêlée de superstitions et de Traditions‘
purement humaines; en un mot, toute la
Rcligion des diflerens Peuples _, leurs"
Loix mal observées , leurs Sacrifices abo- '
minables aux yeux » de Dieu 3‘ leurs cr—"
. {CHIE
J A N VIE R. 1733.‘ '89‘;
\
rçurs montées à. leur comble, tous les
raisonnements et les Systemes des Philo
sophes épuisés , montroient à Phomme le‘
besoin qu’il avoir d'une Religion qui lui
apportat enfin des connaissances , qui
pûssent fixer leurs esprits au milieu de
tant de monstrueux égaremens , et qui‘ '
. leur donnât des forces" dont ils sentaient
la necessitê ’g pour accomplir leur devoir ,‘
et pour suivre la voye de la verité et ‘de
la vertu.
_La Piêce suivante traite des donations
de Pcpin et de Charlemagne faites à l’E-'
glise de Rome; on y montre qu’ellesï
sont le commencement de la souveraineté
temporelle des Papes; L’Auteur de cette
Dissertation ÿapplique à y montrer q.u’a'-'
vaut la donation de Pepin les. Papes n'ont,
eu aucune souveraineté 5 ni à‘ Rome ni
en Italie , ni en aucun Endroit : et que;
les Rois Pepin et Charlemagne étoienc»
Maîtres et légitimes possesseurs des Pays
qu’ils ont donnés "aux Evêques der
Rome. v ».
La 3.Piéce est une petiteDissertation sur t
les faux Prophetes , et sur les moyens de
a legdiscernet d’avec les Prophetes vérita-j:
bles; L’Auteur yléxamine trois Points.
Le premier , quels étoient ceux que l’E-;'
crieur; repûsentç comme de faux P104
E v pheg
LÀ
9e MER"CURE' DE FRÏANCE
phètes , et de combien de sortes elle en"
distingue. Le second , si ces faux Pro-'
phetes pouvaient reconnaître eux-mêmes
quïls étaient dans l’illusion. Le troisiéa
me , à quelles marques extetieures le peu-i
ple pouvoir discerner les vrais Ptophetcs
' dävec les faux.
- On trouve ensuite une autre‘ Disset.‘
ration sur la Collection (Plsidore , ct sur
les Décretales attribuées aux premiers Pas;
es. On y examine 1°. Qxelles étaient
lesCollecrions de Décrets‘ avant le neu
v-iéme siècle , et s’il y en avoir quelqtfu.‘
ne qui pût être regardée comme le Code
de PEgIise Universelle , ou comme le
Code d’une Eglise particuliere. 2". Ce
qäfavoit de particulier cette nouvelle
Collection , et qui s’en est déclaré PAu-f"
tèur. 3°. Si cette Collection-des Décreta-ä
les est suposée par un imposteur comme
on le dit communément. 4°. Si ces Let
tres des Papes , "inconnuës avant ChatleJ
magna: , inttoduisoient un nouveau droit
touchant lcs appellations à Rome. 5°. Sis
on peut croire que ces Lettres sont des
Papes dentelles portent le nom. 6°. Qxel
usage il faut faire de ces Lettres pour le
Dogme ou pour la Discipline. Ce dernier '
article n’est pas rempli.
» A la suive de cette Pièce l"Auteur’ de
‘ -. - ' se
4
J A NV I ER. 1733. 9;‘
‘ce Reciieil en‘ a joint une autre intitu
lée : Senfimens dfim homme d'esprit Jur l4
nouvelle intitulée Don Carla: .- destpune
Critique délicate et polie des défauts de
cette Nouvelle. " '
f. La Pièce qui termine‘ ce Volume est une
Réponse de M. B. . . Conseiller au Parle-j
mentde B. . . à une Lettre que M. Du-e
rand lui a écrireau sujet des Discours de
M.- de la. Motte sur la Poësie Dramati
que. L’on y trouve plusieurs expressions
basses et triviales‘, et des traits dans les
quels cet. illustre Auteur n’est pas beau
coup menage. .
On ‘voit ,«au reste , que PAuteur de ce
nouveau Recueil shpplique à diveisifiet‘
ses matieres ,et a promener agréablement
son Lecteur , tantôt dans les détours de
lïi-Lisroirc ,.ranrôt dans ceux de la-Criti
que , tantôt dans le sérieux 5 et. tantôt
dans le stile cnjoüé et badin.‘ Il.y a lieu
dïes ercr u’il continuera de rendre le‘
q .
même soin pour le choix de ses Pièces.
Son Recueil en- ce cas sera curieux et reg‘
cherché.
[Littérature , Tome a de 2.34 pages,
sans la Table des Piéces contenuës dans
ce Volume , et celle des Matieres des deux
premieres Parties de ce Recüeil.
l Ce Volume contient des Pièces curieuse
ses en elles-mêmes, et dont la matiere
. est digne d’être traitée , mais qui piquent
moins la curiosité des Gens de Lettres ,'
parce qu'on les rencontre en plusieurs En
droits : cependant on ytrouve aussi du
neuf, et ce qui fait le plus de plaisir,c’est
que cette collection évite au Lecteur la.
peine de lire des Dissertations longues et: . ’
ennuyeuses , en lui présentant_les mêmes
matieres traitées en peu de mots , succ_inc- q
tement, solidement et avec clarté. ' _
_La premicre Piéce est une Vie de Plu-q‘
rauque , traduite en François: de l’Angloîs
de M. Dryden. C'est un morceau cu
rîeux qui méritoit bien d'être traduit en
notre Langue. On trouve ensuite un Dis
cours sur l’Etat des Nations à la naissance;
‘ E xij de
e; MERCURE DE FRANCE '
de l’Eglise. L’Auteur s’applique à mon
trer que tout concouroit à la Naissancè
de Jesus-Christ pour Pétablissement d:
son Eglise , PEtatlet la Religion. C’est>
comme l’on voit le même Plan qu’a tenu.
M. Bossuet dans son Discours sur l’His
toire Universelle. L’Empire Romain est
étendu dans les trois parties du monde
connu , et est regardé comme le seul Efm
pire de la Terre , lorsque le grand Roi ,
le Roi de l’Univers va paroître. Le Mon
de goûte une aix generale lorsque le Roi
de Paix vient ‘apporter avec lui. La puis-j
sànce des Romains sert à Paccomp isse—
rnent des Propheties par Pordre qui en.
vient dans les diflèrcntes Provinces de
PEmpire , pour une Description generala
d‘: tous les Sujets de cette puissante Mo-Ç
narchie 5 le Messie naît dans Bethléem de
Jirda; par cette puissance la Tribu qui
porte ce nom pet son autorité , les Gen-ï
tlls qui devoienr entrer dans les promes-e
ses et dans l'alliance de misericorde , se
rêünissent avec les J uifs pour immolet
PÏ-Ïiostie de ptopitiation , qui par le méï
rite de son Sang va desdeux Peuples n’en.
faire qu’un; enfin par cette même puis
sance Jerusalem est détruite , le Temple
.rasé et la Synagogue des Juifs anéantie
avec ses Autels. '
._ v _ ce
JANVIER. 17'3;.' 87
Ce n’est pas non plus sans misterc que
Rome devient le centre de l’Empire de’
lÏUnivers , pour Pêcrc ensuite de la veri
table Religion; que les Nations y aboraj
dent de toutes parts , afin quklles y teçoi-f
vent le cuit; du vrai Dieu au lieu des vaiä,
ries richessespti des honneurs périssables,’
qui étoientle but de leurs voyages telle
envoya: par tout des Colonies pour y pot‘)
ter ensuite la Foi de PEvangile; le Messie
pvient dans le Temple lorsque Rome est
dans le plus haut point de sa grandeur, e:
t que la politesse , l’E5prit , les belles Let
tres et les Sciences y brillent avec plus
d’éclat , afin u’en étendant tous ces
avantages dans (ies Pays où elle étend sa»
uissance , elle y établisse la politesse,»
iiurbanité; en un mot, un esprit de socien‘
tÉ-qtii donnât quelque ouverture à la pré
dicarion de [Évangile , et qui disposât
les Esprits à lÎécouter. Par là PEV-angile
(Ïevoit heriter de toutela richesseet de la‘
Sçience de Rome : par là la Foi fait voit‘
qu’elle sçaifsoumettre â sa misterieuse obsi
curité les plus sublimes génies, et qu’ellc
n’a pas besoin de leurs secours et de leur
éloquence pour établit son Empire pat
toute la terre. . . *
« , Si l’Etat Civil disposait tout à Parrivéa
du..Messie , jlîfime de 1a Religion mon-x.
;__ ,, E iiij trois
à? 77"
à? MERCURE DE FRANCE
troit encore davantage le besoin que les
hommes avoient de la nouvelle Alliance‘.
Ils avoient de belles Loix‘, mais elles n'é
toient point observées; le Corps de leurs
Loix étoir corrompu par un grand nom
brc d'autres. qui permettoicnt plusieurs
désordres ; la Religion étoit plus horri-r
ble encore , c’étoit elle qui apprenoit aux
hommes à devenir méchans , les Fêtes des
Dieux étoient des jours de brigandagcs cc
de désordres ; les Temples étoient des
Ecoles dîmpureté , dïrreligion ;_ tout
Dieu y étoit bien reçû : Rome adoroit
ceux qu’elle avoir vaincus , et de vaines
Statuës sans sentiment et sans connois
sancc étoient victorieuses des vainqueurs
des Nations et des maîtres du. monde. Le
seul vrai Dieu y étoit inconnu , lui seul
n'avoir point dfAutels nide sacrificateutâ;
point de culte ni (Ÿadorateurs. UEgyptc
et la Gréce avoient aussi leurs Dieux 5
mais quels Dieux! ose-t-on les nom
mer , tant ils sont capables d’humilier
Ïhomme.
: La‘ Religion des Juifs étoit elle-même
mêlée de superstitions et de Traditions‘
purement humaines; en un mot, toute la
Rcligion des diflerens Peuples _, leurs"
Loix mal observées , leurs Sacrifices abo- '
minables aux yeux » de Dieu 3‘ leurs cr—"
. {CHIE
J A N VIE R. 1733.‘ '89‘;
\
rçurs montées à. leur comble, tous les
raisonnements et les Systemes des Philo
sophes épuisés , montroient à Phomme le‘
besoin qu’il avoir d'une Religion qui lui
apportat enfin des connaissances , qui
pûssent fixer leurs esprits au milieu de
tant de monstrueux égaremens , et qui‘ '
. leur donnât des forces" dont ils sentaient
la necessitê ’g pour accomplir leur devoir ,‘
et pour suivre la voye de la verité et ‘de
la vertu.
_La Piêce suivante traite des donations
de Pcpin et de Charlemagne faites à l’E-'
glise de Rome; on y montre qu’ellesï
sont le commencement de la souveraineté
temporelle des Papes; L’Auteur de cette
Dissertation ÿapplique à y montrer q.u’a'-'
vaut la donation de Pepin les. Papes n'ont,
eu aucune souveraineté 5 ni à‘ Rome ni
en Italie , ni en aucun Endroit : et que;
les Rois Pepin et Charlemagne étoienc»
Maîtres et légitimes possesseurs des Pays
qu’ils ont donnés "aux Evêques der
Rome. v ».
La 3.Piéce est une petiteDissertation sur t
les faux Prophetes , et sur les moyens de
a legdiscernet d’avec les Prophetes vérita-j:
bles; L’Auteur yléxamine trois Points.
Le premier , quels étoient ceux que l’E-;'
crieur; repûsentç comme de faux P104
E v pheg
LÀ
9e MER"CURE' DE FRÏANCE
phètes , et de combien de sortes elle en"
distingue. Le second , si ces faux Pro-'
phetes pouvaient reconnaître eux-mêmes
quïls étaient dans l’illusion. Le troisiéa
me , à quelles marques extetieures le peu-i
ple pouvoir discerner les vrais Ptophetcs
' dävec les faux.
- On trouve ensuite une autre‘ Disset.‘
ration sur la Collection (Plsidore , ct sur
les Décretales attribuées aux premiers Pas;
es. On y examine 1°. Qxelles étaient
lesCollecrions de Décrets‘ avant le neu
v-iéme siècle , et s’il y en avoir quelqtfu.‘
ne qui pût être regardée comme le Code
de PEgIise Universelle , ou comme le
Code d’une Eglise particuliere. 2". Ce
qäfavoit de particulier cette nouvelle
Collection , et qui s’en est déclaré PAu-f"
tèur. 3°. Si cette Collection-des Décreta-ä
les est suposée par un imposteur comme
on le dit communément. 4°. Si ces Let
tres des Papes , "inconnuës avant ChatleJ
magna: , inttoduisoient un nouveau droit
touchant lcs appellations à Rome. 5°. Sis
on peut croire que ces Lettres sont des
Papes dentelles portent le nom. 6°. Qxel
usage il faut faire de ces Lettres pour le
Dogme ou pour la Discipline. Ce dernier '
article n’est pas rempli.
» A la suive de cette Pièce l"Auteur’ de
‘ -. - ' se
4
J A NV I ER. 1733. 9;‘
‘ce Reciieil en‘ a joint une autre intitu
lée : Senfimens dfim homme d'esprit Jur l4
nouvelle intitulée Don Carla: .- destpune
Critique délicate et polie des défauts de
cette Nouvelle. " '
f. La Pièce qui termine‘ ce Volume est une
Réponse de M. B. . . Conseiller au Parle-j
mentde B. . . à une Lettre que M. Du-e
rand lui a écrireau sujet des Discours de
M.- de la. Motte sur la Poësie Dramati
que. L’on y trouve plusieurs expressions
basses et triviales‘, et des traits dans les
quels cet. illustre Auteur n’est pas beau
coup menage. .
On ‘voit ,«au reste , que PAuteur de ce
nouveau Recueil shpplique à diveisifiet‘
ses matieres ,et a promener agréablement
son Lecteur , tantôt dans les détours de
lïi-Lisroirc ,.ranrôt dans ceux de la-Criti
que , tantôt dans le sérieux 5 et. tantôt
dans le stile cnjoüé et badin.‘ Il.y a lieu
dïes ercr u’il continuera de rendre le‘
q .
même soin pour le choix de ses Pièces.
Son Recueil en- ce cas sera curieux et reg‘
cherché.
Fermer
Résumé : Recueil de Pieces d'Histoire et de Litterature, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil intitulé 'Pièces d’Histoire et de Littérature', composé de 234 pages et dépourvu de table des matières. Ce volume rassemble des documents curieux et intéressants, bien que certains soient déjà connus. Il se distingue par son approche concise, solide et claire, évitant les dissertations longues et ennuyeuses. La première pièce est une traduction en français de la vie de Plutarque par M. Dryden. Le recueil inclut également un discours sur l’état des nations à la naissance de l’Église, où l’auteur explique comment divers éléments ont contribué à l’établissement de l’Église et de la religion chrétienne. Ce discours est comparé à celui de Bossuet sur l’histoire universelle. Le texte décrit ensuite l’Empire Romain à son apogée et l’arrivée du Messie, soulignant comment la puissance romaine a facilité la propagation des prophéties et la réunion des tribus pour le sacrifice expiatoire. Le recueil aborde également les donations de Pépin et de Charlemagne à l’Église de Rome, discutant de la souveraineté temporelle des Papes. Une autre dissertation traite des faux prophètes et des moyens de les discerner. Une autre encore examine les collections de décrets avant le neuvième siècle et les Décretales attribuées aux premiers Papes. Le volume se termine par une critique de la nouvelle 'Don Carlos' et une réponse de M. B... à une lettre de M. Dugrand concernant les discours de M. de la Motte sur la poésie dramatique. L’auteur diversifie les matières, alternant entre histoire, critique et styles sérieux ou badins, promettant ainsi un recueil curieux et recherché.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
83
p. 151-153
ITALIE.
Début :
Le 6. de ce mois, les Expeditionnaires Apostoliques présenterent au Pape, suivant l'usage [...]
Mots clefs :
Peuple, Messe, Sainte Marie, Tremblement de terre, Église, Rome
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
I ‘r A i. t 1:.
b
E s. de ce mois , les ExpeditionuairesApoe-a‘
‘ toliques présenterent au Pape , suivant l'au...‘
g: , cent Ecus d’or dans un Calice , et ‘ils com
plimenterenr S‘. S. par un Discours Latin que
M, Franç. César Moraldi prononça. ;
Les Entrepreneurs des Théarres , sur lesquels
on ne représente à Rorne que des Comédies , ont
obtenu la permisson de les rouvrir, â condition
de faire détruire les Loges, pour éviter tout su
jet de contestation surles distinctions entre les
Ambassadeurs et Ministres Etran ers._
On écrit de Naples que le n. Ëu mois dernier
' . ' 98
(:5: MERCURE DE FRANCÈ
on celcbra , selon la coutume , le Fête annuelle
instituée pour remercier Dieu de ce que cane
.1’ ille fut délivrée en 1s 3 x. de Pembrasemenr
‘tient elle étoit ménacée par les matieres enflam
méts que le Mont Vcsuve vomissoit alors. On
exposa dans l'Église Métropolitaine le Chef et le
Sang de S. Janvier, Protecteur de ce Royaume,
mais le Peuple qui y étoit accouru en fouie ,
n’ayant pas vu le Miracle ordinaire de la lique.
faction du Sang,fut extrêmement consterné. Le
CardinalArçhevêque et le Viccroi , touchez de
‘son desespoir‘, ordonnerent à quelques Prédica
teurs zclez de monter en chaire dans plusieurs
Eglises et de consoler le Peuple. Le P. Nobili ,
‘Capticin, qui étoit de ce nombre , ayant obtenu
desDéputcz du Trésor "la permission de prêcher
‘dans la Cha elle sa ion conserve les Reliques de
VS. Janvier, r mettre le Peuple à genoux et lui
pyant demande’ un signe de sa contrition , on en
tendit un cri generalqui dans Pinstant fut suivi
du Miracle dont tout le Peuple fut témoin. ‘
ces Lettres ajoûtent qu’on prend des mesures
et qu’on commencez‘: fiavaiiler pour réparer les
dommages caustz par le Tremblement de Terre
du 2. 9. Novembreces dommages sont beaucoup
plus considerables qu’on ne le cro oit, puisqtfil
y a des réparations pressantes â aire dans tous
les Edifices publics , comme au Palais de Viceroy,
,9‘. celui du Tribunal Royal, a‘ Fñglise Métropo
litaine , dont Paîie gauche de la Croisée est feu;
duë en trois endroits , à FEgiise de sainte Marie
lie la Paix , à celle de George , de sainte Marie .
Majeure _.-il. celles des Dames Franciscaines , des
Religieux des Pieuses Ecoles , du S. lcsprit , des
S S. Apôtres , et à dix on douze autres dont les
Ïondcmens ont été ébranlcz, Plusieurs autres
Jillss
J A NVIE R. I723? ‘r5;
filles de ce Royaume ont aussi ressenti les elferi
terribles de ce Tremblement de Terre , et les plus
maltraitées sont celle d’Ariano, qui est presque;
totalement détruite 5 Montefusco, Flumari , To-j
rclla , S. Mange , Mercogliano , Arpaja, san
Barbaro , Monttlla, ‘Guardia-Lombarda , Saut.
Angelo- Lombardo , Tuflb , S. Nazareth , Dcn-,
tecanne, la Grotte Miranda , Gefualdo , Leoue .
Calabrito et plusieurs autres.
Les dernieres Lettres reçûës au sujet de ce fu-j
nestc évenement, confirment que la Ville du.
riano est entierement détruite , n’y ayant plus
(Pfiglise sur pied‘, ensorte qu’on celebre la Messe
dans des Grottes. Près de zoo. Habitans de cette
Ville ont été ensevelis sou_s les ruines , le reste
s’étant sauve’ dans les campagnes où ils pcnserent
périr de froid le lendemain, a cause de la nege qui
tomba en abondance. Le Bourg de Pierra de Fusi
a eu le même sort, et plus de cent Habitans ont
perdu la vie. L’Eglise de celui d’Apico s’en onça,
pendant que PArchi-Prêtre celebroi’: la Messe. et:
tout le Peuple qui s’y étoit réfugie , eut le mal:
beur d’être écrasé.
b
E s. de ce mois , les ExpeditionuairesApoe-a‘
‘ toliques présenterent au Pape , suivant l'au...‘
g: , cent Ecus d’or dans un Calice , et ‘ils com
plimenterenr S‘. S. par un Discours Latin que
M, Franç. César Moraldi prononça. ;
Les Entrepreneurs des Théarres , sur lesquels
on ne représente à Rorne que des Comédies , ont
obtenu la permisson de les rouvrir, â condition
de faire détruire les Loges, pour éviter tout su
jet de contestation surles distinctions entre les
Ambassadeurs et Ministres Etran ers._
On écrit de Naples que le n. Ëu mois dernier
' . ' 98
(:5: MERCURE DE FRANCÈ
on celcbra , selon la coutume , le Fête annuelle
instituée pour remercier Dieu de ce que cane
.1’ ille fut délivrée en 1s 3 x. de Pembrasemenr
‘tient elle étoit ménacée par les matieres enflam
méts que le Mont Vcsuve vomissoit alors. On
exposa dans l'Église Métropolitaine le Chef et le
Sang de S. Janvier, Protecteur de ce Royaume,
mais le Peuple qui y étoit accouru en fouie ,
n’ayant pas vu le Miracle ordinaire de la lique.
faction du Sang,fut extrêmement consterné. Le
CardinalArçhevêque et le Viccroi , touchez de
‘son desespoir‘, ordonnerent à quelques Prédica
teurs zclez de monter en chaire dans plusieurs
Eglises et de consoler le Peuple. Le P. Nobili ,
‘Capticin, qui étoit de ce nombre , ayant obtenu
desDéputcz du Trésor "la permission de prêcher
‘dans la Cha elle sa ion conserve les Reliques de
VS. Janvier, r mettre le Peuple à genoux et lui
pyant demande’ un signe de sa contrition , on en
tendit un cri generalqui dans Pinstant fut suivi
du Miracle dont tout le Peuple fut témoin. ‘
ces Lettres ajoûtent qu’on prend des mesures
et qu’on commencez‘: fiavaiiler pour réparer les
dommages caustz par le Tremblement de Terre
du 2. 9. Novembreces dommages sont beaucoup
plus considerables qu’on ne le cro oit, puisqtfil
y a des réparations pressantes â aire dans tous
les Edifices publics , comme au Palais de Viceroy,
,9‘. celui du Tribunal Royal, a‘ Fñglise Métropo
litaine , dont Paîie gauche de la Croisée est feu;
duë en trois endroits , à FEgiise de sainte Marie
lie la Paix , à celle de George , de sainte Marie .
Majeure _.-il. celles des Dames Franciscaines , des
Religieux des Pieuses Ecoles , du S. lcsprit , des
S S. Apôtres , et à dix on douze autres dont les
Ïondcmens ont été ébranlcz, Plusieurs autres
Jillss
J A NVIE R. I723? ‘r5;
filles de ce Royaume ont aussi ressenti les elferi
terribles de ce Tremblement de Terre , et les plus
maltraitées sont celle d’Ariano, qui est presque;
totalement détruite 5 Montefusco, Flumari , To-j
rclla , S. Mange , Mercogliano , Arpaja, san
Barbaro , Monttlla, ‘Guardia-Lombarda , Saut.
Angelo- Lombardo , Tuflb , S. Nazareth , Dcn-,
tecanne, la Grotte Miranda , Gefualdo , Leoue .
Calabrito et plusieurs autres.
Les dernieres Lettres reçûës au sujet de ce fu-j
nestc évenement, confirment que la Ville du.
riano est entierement détruite , n’y ayant plus
(Pfiglise sur pied‘, ensorte qu’on celebre la Messe
dans des Grottes. Près de zoo. Habitans de cette
Ville ont été ensevelis sou_s les ruines , le reste
s’étant sauve’ dans les campagnes où ils pcnserent
périr de froid le lendemain, a cause de la nege qui
tomba en abondance. Le Bourg de Pierra de Fusi
a eu le même sort, et plus de cent Habitans ont
perdu la vie. L’Eglise de celui d’Apico s’en onça,
pendant que PArchi-Prêtre celebroi’: la Messe. et:
tout le Peuple qui s’y étoit réfugie , eut le mal:
beur d’être écrasé.
Fermer
Résumé : ITALIE.
En ce mois, les expéditionnaires apostoliques ont offert 100 écus d’or au Pape et ont prononcé un discours en latin. À Rome, les théâtres ont rouvert après avoir détruit les loges pour éviter les contestations sur les distinctions entre ambassadeurs et ministres étrangers. À Naples, la fête annuelle pour la délivrance de la ville en 1631 a eu lieu, mais le miracle de la liquéfaction du sang de Saint Janvier n’a pas eu lieu, consternant le peuple. Le cardinal archevêque et le vice-roi ont ordonné des prédications pour consoler la population. Le Père Nobili a obtenu la permission de prêcher et le miracle s’est produit après ses prières. Des mesures sont prises pour réparer les dommages causés par le tremblement de terre du 29 novembre, affectant divers édifices publics et plusieurs villes et villages, dont Ariano, Montefusco, Flumeri, et Pierra de Fusi. La ville d’Ariano est entièrement détruite avec près de 200 victimes, et l’église d’Apico s’est effondrée pendant la messe, tuant de nombreux fidèles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
84
p. 261-284
DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François, par M. Beneton de Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roi.
Début :
PREMIERE PARTIE. Depuis que les hommes poussés par l'ambition [...]
Mots clefs :
Père Martin, Enseignes militaires, Rois, Bannière, Église, Symboles, Guerre, Religion, Reliques, Français, Saints, Militaires, Étendards, Romains, Royaume, Drapeaux, Peuples, Dévotion, Figures, Protection, Armées
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François, par M. Beneton de Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roi.
DISSERTATION sur les Enseignes
Militaires des François , par M. Beneton
de Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roi.
PREMIERE PARTIE.
Dambition curent songé à dominer
les uns sur les autres , et qu'en conséquence
ils se furent assemblés en troupes
pour attaquer , ou pour se deffendre
ils prirent des marques militaires , soit
Epuis que les hommes poussés par
262 MERCURE DE FRANCE
en couleurs , soit en figures pour se reconnoître
dans les Combats , et ce sont
ces marques qu'on peut encore appeller
signes et symboles , qu'on a ensuite nom
més Enseignes , Drapeaux et Etendarts.
Chaque Nation regarda les siennes
avec un respect et une veneration infinie
, elles servoient à exciter en eux la
valeur et l'envie de bien faire , pour éviter
la honte de les laisser tomber en la
puissance de l'ennemi ; leur perte fut regardée
comme un affront insigne , et ceux
qui les portoient étoient punis de mort
quand ils les perdoient par négligence ou
par lâcheté.
Les Juifs eurent des Enseignes , chacu
ne des douze Tribus avoit la sienne d'une
couleur particuliere , et sur laquelle
étoit le Symbole , qui la désignoit,suivant
la Prophetie de Jacob.
Dans l'Ecriture , et en particulier dans
les Pseaumes , il est souvent parlé en ´un
sens allegorique du Lion de la Tribu de
Juda , du Navire de Zabulon , des Etoiles
ou du Firmament d'Isachar.
Du tems des Machabées les Drapeaux
Hebreux étoient chargés de quatre lettres
équivalentes à celles- ci , MCBI,
qui signifioient selon quelques Commentateurs
, quis sicut tn in Diis Domine ? La
force
FEVRIER. 1733. 253
force de la Guerre est dans le Seigneur
nul n'est égale à lui . Ce sont ces quatre
lettres qui firent donner le nom de Machabée
à la race de celui qui le premier
les fit mettre sur les Etendarts qu'il leva
pour la deffense de la vraie Religion .
C'était dès ces tems- là , et ça été toujours
depuis l'usage des Juifs , de faire des
noms artificiels avec les premieres` lettres
des differens mots qui doivent entrer
dans les noms propres . De là sont venus
les termes de Radaq , de Ralbag
de
Rambana , &c. pour Rabbi David Kimchi
, Rabbi Levi - ben- genson , et Rabbi
Moses ben-maïmon , qui semblent ne rien
signifier à ceux qui ne sçavent pas ces
sortes d'Anagrames; plusieurs autres semblables
mots, dont on a ignoré la veritable
signification , ont fourni aux Cabba
listes les noms qu'ils ont donné aux intelligences
superieures .
Semiramis , Reine des Assyriens étoit
appellée en langage du pays Chemirmor ,
mot qui signifioit aussi une Colombe
de-là vient que les Enseignes de cet Empite
étoient chargées de ces Oyseaux pour
conserver le souvenir de l'Heroïne , de
qui il tenoit son premier éclat ; et quand
les Prophetes exhortoient les Juifs à la
pénitence , ils les menaçoient de cette
Colom
264 MERCURE DE FRANCE
<
Colombe Assyrienne , comme du fleau
de la vengeance Divine le plus à crain
dre.
Semiramis pourroit bien être la Venus
de Phenicie , que les Poëtes nous représentent
sur un Char traîné par des Colombes.
Selon que les Peuples ont été plus ou
moins policés, ils ont aussi employé pour
Drapeaux , ou Etendarts , des choses plus
ou moins recherchées.
Les Romains dans les commencemens
se contentoient de mettre un paquet
d'herbes au bout d'une picque . On sçait
que les Tartares se sont servi de queues
de Cheval , ce qui est encore en usage
chez les Turcs.
Lorsqu'on découvrit l'Amérique , les
habitans de ces vastes contrées n'avoient
pour Enseignes que de grands bâtons ornés
de plumes d'Oyseaux qu'ils appelloient
Calumets.
Les Romains mitent ensuite au bout de
la picque des représentations d'animaux ,
comme celles du Loup , du Cheval , du
Sanglier , du Minotaure , &c. C'est Pline
( L. X. C. IV. ) qui nous l'apprend ,
et ses Commentateurs donnent pour la
plûpart des raisons politiques de ces usages
; ils prétendent, par exemple, que le
Mino
FEVRIER, 1733. 265
Minotaure devoit faire ressouvenir les
gens de Guerre de garder le silence sur les
Entreprises projettées , et ce seroit apparemment
dans cet esprit que Festus appelle
la principale vertu militaire , la Religion
du secret.
Je suis persuadé que tous les animaux
qui servoient d'Enseignes aux Romains
n'étoient que les signes emblématiques
des Divinitez de l'Etat, et c'est pour cela,
sans doute , que l'Aigle étant le Symbole
de Jupiter , le Consul Marius voulut.
qu'elle eut le premier rang parmi les Etendarts.
Les Romains alloient donc à la Guerre
avec ces Symboles de leur culte , et lors
qu'ils eurent pris la coûtume de déïfier
leurs Empereurs , les Portraits de ces Princes
formerent chez eux de nouveaux Etendarts
, qu'ils joignirent aux anciens. Le
respect que les Soldats rendoient à leurs
Enseignes montroit qu'ils les regardoient
comme quelque chose de sacré .
C'étoit devant elles que se faisoient les
Sermens de fidelité , et les engagemens du
Service Militaire ; on les prenoit à témoins
des Traitez de Paix , et des promesses
faites aux Etrangers , on les encençoit
, et on les honoroit de plusieurs
autres cerémonies de Religion.
Le
266 MERCURE DE FRANCE:
Le bois, ou le métail étoient les matieres
dont on faisoit les Enseignes , et pour
la forme elles étoient en Sculpture entiere
, ou en bas relief, dans des Médaillons
au-dessous desquelles pendoit en forme
de Banniere un petit morceau d'Etoffe
quarré , dont la couleur distinguoit
les Légions les unes des autres.
Il y avoit aussi des Drapeaux d'Etoffe
sans aucunes figures , et ils étoient de
differentes couleurs ; cela s'apprend par
la maniere que les Romains avoient d'enrôler
des Soldats dans les pressans besoins
.
Le Géneral que la République avoit
désigné pour commander l'Armée montoit
au Capitole ; là il élevoit deux de ses
Drapeaux , l'un rouge qui étoit la mar
que de l'Infanterie , l'autre bleu qui étoit
celle de la Cavalerie ; ensuite à haute
voix il prononçoit ces paroles : Que ceuse
qui aiment le salut de la République ne tarà
me suivre. dent
pas
Ceux qui vouloient aller à la Guerre
chacun, suivant son inclination de servir
à pied , ou à cheval , se rangeoient sous
l'un des deux Drapeaux , et cette maniere
de faire des levées extraordinaires se nom
moit évocation.
Jusqu'au tems de Constantin il n'y
·
et
FEVRIER. 1733. 267
eut point de changement dans les Enseignes
Romaines : mais alors le Christianisme
, qui s'établissoit par tout l'Empire,
y en apporta. Les , Aigles , et les Croix
allerent de compagnie ; il se fit un mêlange
des usages de la vieille Religion
avec ceux de la nouvelle , et les Fideles.
étant alors absolument désabusés des erreurs
du Paganisme , et se trouvant en
très-grand nombre dans les Armées de
Constantin , et de ses Successeurs , il n'y
avoit plus à craindre qu'ils prostituassent
leur adoration aux Symboles des anciennes
Divinitez , comme ils avoient fait
auparavant.
Par là s'introduisit une espèce d'indifférence
pour toutes sortes d'Etendarts , et
au milieu du Christianis me même on
retint ces Symboles , inventés autrefois
par les Payens , qu'on jugea toujours utiles
pour la distinction , et qui devenoient
sans conséquence pour des Soldats Chré
tiens , instruits , et constans dans leur
Religion
Les Empereurs depuis Constantin eurent
pour principale Enseigne de Guerre
le Labarum qui étoit une petite Banniere
de couleur de pourpre , sur laquelle
étoit brodé le Monograme de
CHRIST ,
228 MERCURE DE FRANCE
CHRIST, Signe adorable de notre Rédemp
tion .
*
Les autres Nations Etrangeres que les
Romains nous ont fait connoître avoient
aussi leurs Signes Militaires. Tacite nous
apprend que ceux des Germains étoient
Les figures des bêtes communes dans les
Forêts que les peuples habitoient , et selon
le Pere Martin , ces bêtes étoient aussi
les Symboles de leurs Divinitez . On sçait
que c'est de l'union de ces Peuples ligués
ensemble qu'a été formée la Nation Françoise
ce qui fit que cette Nation eut
pendant long- tems differens Symboles
sur ses Etendarts , on y voyoit des Lions ,
des Serpens et des Crapeaux .
Tout cela sert à expliquer la prétenduë
Prophetie de Sainte Hildegarde , qui dans
ses révélations , en parlant de la ruine de
Rome par les Nations de la Germanie
assûre que Dieu donnera aux Francs le
Camp des prostituez , et que le Lion brisera
l'Aigle avec le secours du Serpent.
Cela servira encore à faire voir que
dans le XII . siécle , où vivoit cette Sainte
, les François n'avoient pas perdu la
* Dom Jacques Martin , dans son Livre sur la
Religion des Gaulois.
con :
FEVRIER. 1733 269
connoissance de leurs anciens Symboles
militaires et sur quels fondemens nos
vieux Historiens ont crû que les premieres
Armes du Royaume avoient été des
Crapaux.
:
Quand les François entrerent dans les
Gaules , ils étoient déja partagés en deux,
branches , l'une dite des Ripuaires , et
l'autre des Sicambres. Chacune de ces
branches avoit son Symbole celui de
la premiere étoit l'Epée , qui désignoit
Mars , Dieu principal de la Nation ; et la
seconde avoit pour le sien une tête de
Boeuf , ou un Apis , Dieu des Egyptiens ,
dont une partie des Francs tiroit son
origine.
J'ai montré dans ma Dissertation sur .
l'origine des François , que Sesostris ayant
poussé ses Conquêtes jusqu'aux Palus méo-´
tides , laissa plusieurs Egyptiens et Cananéens
qui s'établirent dans ces Contrées
d'où ils se sont répandus en differens tems
dans la Pannonie , et jusques dans la Germanie
, après s'être mêlés avec les Scytes
, et d'autres Peuples Septentrionaux.
Le Tombeau de Childeric découvert au
siécle passé , et dans lequel se trouverent
plusieursTêtes d'Apis, prouve que leSymbole
de ce Dicu étoit un des signes militaires
des François ; ainsi les Fleurs de
D lys
>
270 MERCURE DE FRANCE
lys qui sont depuis long- tems le caracte→
re distinctif de notre Nation , pouvoient
être aussi- bien des Lotus Egyptiens que
des Iris , ou des Flambes des Marais de
Batavie.
L'Ecriture des premiers Empires étoit
en caracteres symboliques , Les Caldéens
et les Egyptiens avoient des hierogliphes
pour exprimer leurs pensées , et les termes
des Sciences qu'ils cultivoient , surtout
de l'Astronomie ; cela se prouve par
les figures d'animaux dont ils marquoient
les Constellations célestes , que nous mar
quons encore des mêmes figures depuis
eux .
Les grands Empires de l'Orient ont
conservé depuis leur fondation jusqu'à
présent des Symboles distinctifs.Les Turcs!
ont le Croissant , les Persans ont un
Lion surmonté d'un Soleil Levant.
Le principal Kam des Tartares a un
Hibou , l'Empereur de la Chine un Dragon
, et les Mandarins qui sont les
Grands de cet Empire , portent sur leurs
habits des figures d'Oyseaux , et d'animaux
pour distinguer les differentes classes
que composent ces Seigneurs , ce qui
fait la même distinction que font les
marques particulieres de chacun de nos
Ordres de Chevalerie,
Les
FEVRIER. 17330 271
Les François garderent les Symboles
dont je viens de parler jusqu'au tems de
Clovis ; mais ce Roi après sa conversion ,
profitant du conseil salutaire que lui avoit
donné S. Remy : Mitis depone colla sicam
ber : adora quod incendisti , incende quod
adorasti , d'adorer ce qu'il avoit brûlé
et de brûler ce qu'il avoit adoré , fit mettre
des Croix sur ses Etendarts , et donna
à ce Signe respectable de la Religion qu'il
venoit d'embrasser , la premiere place sur
tous les autres dont sa Nation s'étoit servi
jusqu'alors.
J'ai dit plus haut que les Romains regardoient
leurs Enseignes comme quelque
chose de sacré , ils n'étoient pas les
seuls qui fussent dans cet usage , les autres
Nations payennes l'avoient de même
, ce qui me donne occasion de distinguer
deux sortes de signes militaires , les
uns de dévotion , faits pour exciter la
pieté dans les Soldats , et pour les mieux
contenir par la vue de ces Signes misterieux
de la Religion qu'ils professoient.
Et les autres inventez pour exciter simplement
la valeur . Ainsi on portoit dans,
les Armées des marques sacrées , et des
marques d'honneurs ou de politique.
>
Cette distinction est de tous les tems ;
Dij ct
272 MERCURE DE FRANCE
&
et a été chez tous les Peuples qui n'alloient
point à la Guerre sans des objets visibles
de leur culte.
Les Perses adorateurs du Soleil y al
loient avec le feu perpetuel qu'ils entretenoient
soigneusement sur des Autels -portatifs
.
Les Israëlites depuis Moyse jusqu'au
tems des Rois, n'entreprenoient point de
Guerres que l'Arche d'Alliance ne fut
presque toujours portée , pour montrer
que c'étoit de l'ordre du Seigneur qu'ils
les entreprenoient et qu'ils mettoient en
lui toute leur confiance.
Les Empereurs Grecs faisoient porter
la vraie Croix de Jesus- Christ dans les
Armées destinées à combattre pour la
Religion , ce qui fit tomber plusieurs fois
cette sainte Relique au pouvoir de ses
ennemis . Tous les Souverains des Monarchies
qui se formerent des débris de l'Empire
Romain , si tôt qu'ils eurent embrassé
le Christianisme , se firent un devoir
de n'aller à la Guerre qu'avec des
Reliques , et principalement de celles des
Saints qu'ils reconnoissoient comme leurs
Apôtres , et dont ils se firent des Patrons
pour reclamer leurs secours dans les pres
sans besoins.
Les Gots du Royaume d'Arragon se
voyant
FÉVRIER. 1733. 273
voyant attaquez par Childebert Roi de
France , furent au-devant de lui avec les
Reliques de S. Vincent , pour obtenir
plus facilement la paix de ce Prince.
On portoit processionellement les Châsses
des Saints sur les murailles d'une Ville
assiegée , et les yeux de la foi faisoient
souvent appercevoir aux peuples, assiegez
ces saints Protecteurs en qui ils avoient
confiance , qui paroissoient armés pour
les deffendre .
Les Apôtres S. Pierre et S. Paul combatirent
visiblement pour le Pape saint
Léon , lors de l'irruption d'Attila ; et les
Chrétiens d'Espagne virent plusieurs fois
S. Jacques , l'épée à la main , leur aider à
repousser les Maures.
Il ne faut pas douter par tous ces exem →
ples que les Rois de France , Successeurs
de Clovis , n'ayent eu aussi le même usage
, et qu'outre les Enseignes chargées de
Croix , ces Princes ne fissent porter à la
Guerre des Châsses pleines de Reliques.
Auguste Galland , dans un Ouvrage
qu'il a composé sur le même sujet que je
traite , pour n'avoir pas senti la distinction
qu'il faut faire des Enseignes pieuses ,
de celles de pure politique , est tombé
dans l'erreur de croire que la Chape de
Diij S.
.
274 MERCURE DE FRANCE
S. Martin , portée autrefois dans les Armées
Françoises , étoit positivement le
Manteau de ce Saint , que l'on attachoit
à une picque pour en faire la principale
Enseigne. Débrouillons un peu ce que
c'étoit que cette Chape , et montrons
qu'elle étoit toute differente de ce qu'on
nommoit Enseigne principale , ou nationale
, et que si on lui veut conserver le
nom d'Enseigne , elle ne sera que du nombre
de celles que j'ai nommées sacrées
pour les distinguer des autres qui étoient
purement des Symboles propres à exciter.
la valeur & le courage .
Chaque Nation chrétienne en prenant
un Saint , pour reclamer sa protection auprès
de Dieu , en choisissoit ordinairement
un qui eut vêcu parmi eux , et à qui
elle fut redevable de sa conversion
cette raison auroit dû engager les François
à prendre pour Patron ,ou S. Irenée , ou
l'un des sept Evêques reconnus unanimement
pour les premiers Apôtres des Gaules
.
Mais comme il auroit été difficile de
s'accorder sur celui de ces Saints , qui auroit
merité la préférence , et que chaque
Province auroit voulu avoir le Saint de
qui elle tenoit la foi , on se détermina insensiblement
à faire choix de S. Martin
EvêFEVRIER.
1733 275
1
Evêque de Tours , dont le souvenir des
mérites éclatans se conservoit encore par
une tradition vivante , et par les miracles
qui s'opéroient à son Tombeau , qui
étoit devenu par là le lieu le plus saint, et
le plus fréquenté du Royaume , comme
nous l'apprenons de S. Grégoire , un de
ses Successeurs. La Ville de Tours étoit
le centre du Royaume , et une de ses
Villes capitales , tout cela acheva de déterminer
les François à regarder S. Martin
comme leur principal Patron , et à
lui donner le premier rang sur tous les
autres Saints Missionnaires , qui avoient
prêché la Foi en France.
Ce que je viens de dire n'est pas une
simple conjecture ; nos anciennes Histoires
font assez connoître que la dévotion
à S. Martin , étoit si grande dans les
premiers siècles de la Monarchie , qu'il
n'étoit appellé que le Saint et le tres - Saint,
sans autre addition de nom : Dominus ,
Sanctus Dominus , gloriosissimus Dominus ;
la mémoire de ce Saint devint en si grande
veneration par toute la France que
jour de sa Fête étoit l'Epoque du renouvellement
de toutes les affaires civiles :
c'est pourquoi l'on y joignoit les Festins , et
les Réjouissances publiques, comme pour
servir d'heureux présage de ce qui devoit
D iiij
le
ar276
MERCURE DE FRANCE
arriver pendant l'année. Les Grands Parlemens
ne s'assembloient que pendant
l'octave qui suivoit cette Fête.
La dévotion generale de tout le peuple
envers S. Martin , procura de si grands
biens à l'Eglise où étoit son Tombeau par
l'affluance des Pelerins qui y laissoient de
Riches offrandes , que lorsque cette Eglise
, qui étoit d'abord une Abbaye de
l'Ordre de S. Benoît , fut secularisée l'an
848. par l'Empereur Charles - le -Chauve ;
ce Prince , à l'exemple de ses Prédecesseurs
, se fit un devoir de s'en déclarer le
Protecteur, et peu de temps après il y mit
un Abbé laïc , pour en administrer le
temporel.
Tous les Souverains ont de droit la Garde
et la Protection des Grandes Eglises
de leurs Etats . Sans faire remonter l'origine
de ce droit à Constantin , je remarquerai
seulement que depuis que Pepin et
son Fils Charlemagne se furent rendus
les deffenseurs de l'Eglise Romaine contre
les Lombards , les Successeurs de ces deux
Princes ne crurent pas avilir leur dignité,
en y ajoutant quelquefois la qualité d'Avoué
des Eglises les plus celebres de leur
Royaume. Louis , Roy de Germanie , fut
Advoüé de l'Abbaye de S.Gal, en Suisse ,
et l'Empereur Othon I. de celle de Gemblou
, en Brabant,
Hus
FEVRIER . 1733 277
Hugues Capet étant monté sur le
Trône , se démit de la qualité d'Abbé
Laïc de S. Martin de Tours , que ses
Ancêtres avoient portée depuis le Prince
Robert le Fort , se réservant néanmoins
pour lui et ses Successcurs , le Titre de
Chanoine d'honneur, pour montrer qu'il
prétendoit toujours conserver le droit de
Protection , que les Rois , ses Prédeces
seurs avoient voulu avoir sur cette fameuse
Abbaye.
Les premiers de nos Monarques qui s'obligerent
par piété , à proteger l'Abbaye
de S. Martin , pour montrer publiquement
que la dévotion étoit le seul motif
qui les engageoit , mirent la Banniere de
cette Abbaye au nombre de leurs Enseignes
generales , et par là cette Banniere ,
qui n'auroit dû paroître que dans les occasions
où il falloit soûtenir le temporel
de l'Abbaye , ayant été portée dans toutes
les grandes Expeditions que nos Rois
entreprirent , elle devint bien-tôt la prin
cipale Enseigne de la Nation .
La dévotion de nos Princes envers saint
Martin ne se borna pas là ; mais par une
suite de l'ancien usage , toutes les fois que
la Banniere de ce Saint alloit à l'Armée ,
elle étoit suivie des Reliques du Saint
même ; on ne trouvera rien d'extraordi-
D v naire
278 MERCURE DE FRANCE
naire dans cette pratique , si on se souvient
des exemples que j'ai donnez cy dessus ,
elle se perpetua tant que durerent les
Guerres contre Is Sarasins et les Normands
, qui ravagerent la France pendant
les 8,5 et 10 siécles . Ces Gurres étant
toutes des Guerres de Religion , on sentoit
alors mieux que dans tout autre
temps , combien on avoit besoin des secours
du Ciel , et de l'intercession des
Saints Patrons pour les obtenir. -
On ignoreroit entierement ce que c'étoit
que ces Reliques de S. Martin , portées
à l'Armée , sans une des Formules de la
Collection de Marculfe , qui nous apprend
que nos Rois avoient toujours près d'eux
un Oratoire ou Châsse qui contenoit en
tr'autres Reliques , des Vêtemens de S.
Martin ; que cet Oratoire nommé Cappa
Sanci Martini , suivoit par tout les Rois,
et sur tout à l'Armée , et qu'on avoit coutume
de faire jurer dessus ceux qui vouloient
se purger des crimes dont ils étoient
accusés.
Le mot de Châsse dérivé de celui de
Capsa , présente toujours l'idée d'une
chos qui couvre , ou qui en renferme
une autres ainsi on peut dire également
des Reliques enchassées , ou enchappées.
Dans la suite ces Châsses ou Chappes ,
que
FEVRIER . 1733 279
que l'on portoit dans les voyages furent
appellées Chapelles ; on disoit la Messe
dessus dans les Campemens ; la Coutu
me de l'Eglise ayant toujours été d'offrir
le Sacrifice sur les Reliques des Saints , et
les Prêtres qui désservoient ces Chapelles
furent nommez Chapellains . Valafrid
Strabon confirme ce que j'avance , et dit
en termes précis , que le Titre de Chapelain
fut donné à ceux qui portoient la
Chappe de S. Martin , et les autres Reliques
; preuve entiere que par ce mot de
Chapelle , il ne s'agit que de Reliquaires
portés par des Prêtres destinés à ces
fonctions , et non pas d'un Etendart qui
ne doit être porté que par gens en état de
le deffendre.
Quand le Clergé d'une Eglise recevoit un
Avoué , ou un Abbé Laïc , ce n'étoit
point en lui présentant les ornemens
convenables au Sacerdoce . Un Abbé ,
Prêtre , étoit investi par la Crosse et l'Anneau
; pour l'Avoué il ne l'étoit que par
la Banniere de l'Eglise qu'on lui mettoit
à la main .
Le Pape Leon II. avant que de couronner
l'Empereur Charlemagne , l'établit
Deffenseur du Patrimoine de Saint
Pierre , en lui mettant en main l'Etendart
des Saints Apôtres , ou le Gonfalon
D vj de
280 MERCURE DE FRANCE
de l'Eglise , et de la Ville de Rome. Les
Comtes d'Auvergne prirent pour Armorries
la Banniere de l'Eglise de Brioude ,
depuis qu'ils eurent la protection de cette
Eglise .
Cette idée de protection a passé des
choses Saintes dans les Civiles ; et delà est
venu que dans plusieurs Républiques , le
Chef en est nommé Gonfaloniers qualité
Sinonime à celle de Protecteur et de
Conservateur des libertés du Peuple.
あ
Toutes les Cérémonies d'Eglise ayant
quelque chose d'auguste et de vénérable,
de-là les Deffenseurs de ces Eglises , qui
n'auroient dû se servir des Bannieres Écclésiastiques
que dans les occasions où il
s'agissoit de deffendre les biens du Saint
auquel ils étoient vouez . Ils ne laisserent
pas de se servir de ces Bannieres dans les
Guerres , qui ne les regardoient que directement
; ainsi par cette raison ( que j'al
déja dite ) les Rois de France faisoient
porter dans toutes leurs Guerres la Banniere
de S.Martin , et honoroient de cette
commission le premier Officier de leur
Couronne , pour montrer l'estime et le
respect qu'ils avoient pour cette Banniere
.
La dignité de Maire du Palais ayant été
éteinte avec la premiere Race de nos
Rois,
FEVRIER. 1733. 281
-
Rois , le premier Officier de la Couronne
étoit le Grand - Sénéchal. Lorsque la
Banniere de S. Martin devint l'Enseigne
principale de la Nation , cette importan
tante Charge , qui étoit la premiere da
Royaume , depuis qu'il n'y avoit plus de
Maire duPalais ,étoit possedée par lesComtes
d'Anjou ; ce qui fit que ces Comtes fu
rent les premiers honorez de la Dignité
de Porte Banniere de S.Martin , qui étoit
fa même chose que Grand- Enseigne de la
Couronne.
Les trois Dignités de Comte , de Sénéchal
, et de Porte Enseigne n'étoient
entrées dans cette Maison que par commission
, comme l'étoient sous les deux
premieres Races toutes les Dignités de
PEtat ; mais ces Comtes , à l'exemple des
autres Grands Vassaux , ayant retenu ces
trois Charges à titre héréditaire , ils prétendirent
avoir acquis par là le droit de
Conprotection sur l'Eglise de S. Martin ;
et les derniers Rois de la seconde Race
ayant négligé de le leur contester , il s'en
mirent si- bien en possession , qu'ils commirent
à leur tour d'autres Gentilhommes
, comme les Seigneurs de Preüilly et
de Partenay , pour porter en leur nom la
Banniere de S. Martin .
Toutes ces nouveautés ne trouverent
point
282 MERCURE DE FRANCE
point d'obstacle dans leur éxécution ,
parce que les Rois de la troisiéme Race
n'ayant plus que la Suseraineté de l'Anjou
, de la Touraine , et des Provinces
voisines , ils se choisirent un autre S. Patron
plus près du lieu de leur demeure ;
pour n'être pas obligés d'en aller cher
cher un dans des Païs dont ils n'avoient
plus la domination en entier ; cela fit diminuer
peu à peu la dévotion envers Saint
Martin , sur tout dans les Provinces qui
resterent immédiatement soumises à la
Couronne ; et nos Rois , depuis Hugues-
Caper, ayant fixé leur séjour à Paris . Saint
Denis , Patron de leur Capitale , le fut
bien- tôt de tout le Royaume.
Avant que de finir cette premiere Partie
de ma Dissertation , je ferai encore remarquer
que si Auguste Galland avoit
bien examiné lesPassages dont il s'est servî
pour prouver que la Chappe de S. Martin
étoit une Enseigne de Guerre , il auroit
trouvé dans le Rituel même de cette
Eglise , ( qu'il cite souvent ) des preuves
contraires a son sentiment.
Ce Rituel , en parlant des prérogatives
de distinction que les Comtes d'Anjou
avoient sur l'Abbaïe de S. Martin , marque
celle- ci : Ipse habet vexillum beati
Martini quotiens vadit in bello. Aux autres
1
FEVRIER. 1733. 283
tres endroits de ce Rituel le mot de
Vexillum y est toujours employé quand il
s'agit de quelque Acte Militaire ; et celui
de Cappa n'est emploïé que pour les Actions
purement Ecclésiastiques .
Comment ne pas sentir que ces deux
mots signifioient deux choses differèn
tes ? Er comment de Sçavans Critiques,
ont - ils pû être incertains sur ce que l'on
devoit entendre par la Chappe de S. Mar
tins et pancher à croire que c'étoit un
Manteau qui servoit d'Eténdart ? Une
pareille opinion est bonne à faire croire
apocriphe l'Histoire de la Chemise du
Sultan Saladin , qui après la mort de ce
Sultan , fut mise ( dit on ) au bout d'une
Pique , et promenée par toute son Ar
mée , pendant qu'un Hérault qui préce
doit , crioit à haute voix : Voici tout ce
qui reste de ce grand Homme Les Historiens
qui ont suivi Galland dans son erreur
, ne l'ont fait que pour n'avoir pas
sçu les doubles Symboles Militaires dont
on se servoit dans les Armées, et quisont
l'origine de ce qui se pratique encore en
donnant l'Ordre , ou le mot du Guet , à
la Guerre , ou dans les Villes fermées , qui
est de mettre ensemble le nom d'un Saint
et le nom d'une Ville , comme S. George
et Vandôme , &c,
An284
MERCURE
DE FRANCE
Anciennement quand les Comtes et les
Barons menoient leurs Vassaux à la Guerre
, chacun de ces Seigneurs avoit son cri
particulier , pour ranimer le courage de sa
Troupe dans les dangers , et pour faciliter
le raliement dans une déroute ; ce cri
militaire étoit , ou le nom de famille du
Chef de la Troupe , ou un mot pris à sa
fantaisie , auquel on joignoit souvent le
nom d'un Saint à qui le Chef avoit dé
votion.Comme
Notre - Dame de Chartres,
pour les Comtes de Champagne ;et Montjoye
, S. Denis. Ce dernier cri étoit celui
des Rois de France. J'en donnerai
l'explication dans la seconde partie de
cette Dissertation , en continuant de parler
des Enseignes Militaires des François,
et sur tout du fameux Oriflamme , sur
lequel j'ai à dire des choses nouvelles .
Militaires des François , par M. Beneton
de Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roi.
PREMIERE PARTIE.
Dambition curent songé à dominer
les uns sur les autres , et qu'en conséquence
ils se furent assemblés en troupes
pour attaquer , ou pour se deffendre
ils prirent des marques militaires , soit
Epuis que les hommes poussés par
262 MERCURE DE FRANCE
en couleurs , soit en figures pour se reconnoître
dans les Combats , et ce sont
ces marques qu'on peut encore appeller
signes et symboles , qu'on a ensuite nom
més Enseignes , Drapeaux et Etendarts.
Chaque Nation regarda les siennes
avec un respect et une veneration infinie
, elles servoient à exciter en eux la
valeur et l'envie de bien faire , pour éviter
la honte de les laisser tomber en la
puissance de l'ennemi ; leur perte fut regardée
comme un affront insigne , et ceux
qui les portoient étoient punis de mort
quand ils les perdoient par négligence ou
par lâcheté.
Les Juifs eurent des Enseignes , chacu
ne des douze Tribus avoit la sienne d'une
couleur particuliere , et sur laquelle
étoit le Symbole , qui la désignoit,suivant
la Prophetie de Jacob.
Dans l'Ecriture , et en particulier dans
les Pseaumes , il est souvent parlé en ´un
sens allegorique du Lion de la Tribu de
Juda , du Navire de Zabulon , des Etoiles
ou du Firmament d'Isachar.
Du tems des Machabées les Drapeaux
Hebreux étoient chargés de quatre lettres
équivalentes à celles- ci , MCBI,
qui signifioient selon quelques Commentateurs
, quis sicut tn in Diis Domine ? La
force
FEVRIER. 1733. 253
force de la Guerre est dans le Seigneur
nul n'est égale à lui . Ce sont ces quatre
lettres qui firent donner le nom de Machabée
à la race de celui qui le premier
les fit mettre sur les Etendarts qu'il leva
pour la deffense de la vraie Religion .
C'était dès ces tems- là , et ça été toujours
depuis l'usage des Juifs , de faire des
noms artificiels avec les premieres` lettres
des differens mots qui doivent entrer
dans les noms propres . De là sont venus
les termes de Radaq , de Ralbag
de
Rambana , &c. pour Rabbi David Kimchi
, Rabbi Levi - ben- genson , et Rabbi
Moses ben-maïmon , qui semblent ne rien
signifier à ceux qui ne sçavent pas ces
sortes d'Anagrames; plusieurs autres semblables
mots, dont on a ignoré la veritable
signification , ont fourni aux Cabba
listes les noms qu'ils ont donné aux intelligences
superieures .
Semiramis , Reine des Assyriens étoit
appellée en langage du pays Chemirmor ,
mot qui signifioit aussi une Colombe
de-là vient que les Enseignes de cet Empite
étoient chargées de ces Oyseaux pour
conserver le souvenir de l'Heroïne , de
qui il tenoit son premier éclat ; et quand
les Prophetes exhortoient les Juifs à la
pénitence , ils les menaçoient de cette
Colom
264 MERCURE DE FRANCE
<
Colombe Assyrienne , comme du fleau
de la vengeance Divine le plus à crain
dre.
Semiramis pourroit bien être la Venus
de Phenicie , que les Poëtes nous représentent
sur un Char traîné par des Colombes.
Selon que les Peuples ont été plus ou
moins policés, ils ont aussi employé pour
Drapeaux , ou Etendarts , des choses plus
ou moins recherchées.
Les Romains dans les commencemens
se contentoient de mettre un paquet
d'herbes au bout d'une picque . On sçait
que les Tartares se sont servi de queues
de Cheval , ce qui est encore en usage
chez les Turcs.
Lorsqu'on découvrit l'Amérique , les
habitans de ces vastes contrées n'avoient
pour Enseignes que de grands bâtons ornés
de plumes d'Oyseaux qu'ils appelloient
Calumets.
Les Romains mitent ensuite au bout de
la picque des représentations d'animaux ,
comme celles du Loup , du Cheval , du
Sanglier , du Minotaure , &c. C'est Pline
( L. X. C. IV. ) qui nous l'apprend ,
et ses Commentateurs donnent pour la
plûpart des raisons politiques de ces usages
; ils prétendent, par exemple, que le
Mino
FEVRIER, 1733. 265
Minotaure devoit faire ressouvenir les
gens de Guerre de garder le silence sur les
Entreprises projettées , et ce seroit apparemment
dans cet esprit que Festus appelle
la principale vertu militaire , la Religion
du secret.
Je suis persuadé que tous les animaux
qui servoient d'Enseignes aux Romains
n'étoient que les signes emblématiques
des Divinitez de l'Etat, et c'est pour cela,
sans doute , que l'Aigle étant le Symbole
de Jupiter , le Consul Marius voulut.
qu'elle eut le premier rang parmi les Etendarts.
Les Romains alloient donc à la Guerre
avec ces Symboles de leur culte , et lors
qu'ils eurent pris la coûtume de déïfier
leurs Empereurs , les Portraits de ces Princes
formerent chez eux de nouveaux Etendarts
, qu'ils joignirent aux anciens. Le
respect que les Soldats rendoient à leurs
Enseignes montroit qu'ils les regardoient
comme quelque chose de sacré .
C'étoit devant elles que se faisoient les
Sermens de fidelité , et les engagemens du
Service Militaire ; on les prenoit à témoins
des Traitez de Paix , et des promesses
faites aux Etrangers , on les encençoit
, et on les honoroit de plusieurs
autres cerémonies de Religion.
Le
266 MERCURE DE FRANCE:
Le bois, ou le métail étoient les matieres
dont on faisoit les Enseignes , et pour
la forme elles étoient en Sculpture entiere
, ou en bas relief, dans des Médaillons
au-dessous desquelles pendoit en forme
de Banniere un petit morceau d'Etoffe
quarré , dont la couleur distinguoit
les Légions les unes des autres.
Il y avoit aussi des Drapeaux d'Etoffe
sans aucunes figures , et ils étoient de
differentes couleurs ; cela s'apprend par
la maniere que les Romains avoient d'enrôler
des Soldats dans les pressans besoins
.
Le Géneral que la République avoit
désigné pour commander l'Armée montoit
au Capitole ; là il élevoit deux de ses
Drapeaux , l'un rouge qui étoit la mar
que de l'Infanterie , l'autre bleu qui étoit
celle de la Cavalerie ; ensuite à haute
voix il prononçoit ces paroles : Que ceuse
qui aiment le salut de la République ne tarà
me suivre. dent
pas
Ceux qui vouloient aller à la Guerre
chacun, suivant son inclination de servir
à pied , ou à cheval , se rangeoient sous
l'un des deux Drapeaux , et cette maniere
de faire des levées extraordinaires se nom
moit évocation.
Jusqu'au tems de Constantin il n'y
·
et
FEVRIER. 1733. 267
eut point de changement dans les Enseignes
Romaines : mais alors le Christianisme
, qui s'établissoit par tout l'Empire,
y en apporta. Les , Aigles , et les Croix
allerent de compagnie ; il se fit un mêlange
des usages de la vieille Religion
avec ceux de la nouvelle , et les Fideles.
étant alors absolument désabusés des erreurs
du Paganisme , et se trouvant en
très-grand nombre dans les Armées de
Constantin , et de ses Successeurs , il n'y
avoit plus à craindre qu'ils prostituassent
leur adoration aux Symboles des anciennes
Divinitez , comme ils avoient fait
auparavant.
Par là s'introduisit une espèce d'indifférence
pour toutes sortes d'Etendarts , et
au milieu du Christianis me même on
retint ces Symboles , inventés autrefois
par les Payens , qu'on jugea toujours utiles
pour la distinction , et qui devenoient
sans conséquence pour des Soldats Chré
tiens , instruits , et constans dans leur
Religion
Les Empereurs depuis Constantin eurent
pour principale Enseigne de Guerre
le Labarum qui étoit une petite Banniere
de couleur de pourpre , sur laquelle
étoit brodé le Monograme de
CHRIST ,
228 MERCURE DE FRANCE
CHRIST, Signe adorable de notre Rédemp
tion .
*
Les autres Nations Etrangeres que les
Romains nous ont fait connoître avoient
aussi leurs Signes Militaires. Tacite nous
apprend que ceux des Germains étoient
Les figures des bêtes communes dans les
Forêts que les peuples habitoient , et selon
le Pere Martin , ces bêtes étoient aussi
les Symboles de leurs Divinitez . On sçait
que c'est de l'union de ces Peuples ligués
ensemble qu'a été formée la Nation Françoise
ce qui fit que cette Nation eut
pendant long- tems differens Symboles
sur ses Etendarts , on y voyoit des Lions ,
des Serpens et des Crapeaux .
Tout cela sert à expliquer la prétenduë
Prophetie de Sainte Hildegarde , qui dans
ses révélations , en parlant de la ruine de
Rome par les Nations de la Germanie
assûre que Dieu donnera aux Francs le
Camp des prostituez , et que le Lion brisera
l'Aigle avec le secours du Serpent.
Cela servira encore à faire voir que
dans le XII . siécle , où vivoit cette Sainte
, les François n'avoient pas perdu la
* Dom Jacques Martin , dans son Livre sur la
Religion des Gaulois.
con :
FEVRIER. 1733 269
connoissance de leurs anciens Symboles
militaires et sur quels fondemens nos
vieux Historiens ont crû que les premieres
Armes du Royaume avoient été des
Crapaux.
:
Quand les François entrerent dans les
Gaules , ils étoient déja partagés en deux,
branches , l'une dite des Ripuaires , et
l'autre des Sicambres. Chacune de ces
branches avoit son Symbole celui de
la premiere étoit l'Epée , qui désignoit
Mars , Dieu principal de la Nation ; et la
seconde avoit pour le sien une tête de
Boeuf , ou un Apis , Dieu des Egyptiens ,
dont une partie des Francs tiroit son
origine.
J'ai montré dans ma Dissertation sur .
l'origine des François , que Sesostris ayant
poussé ses Conquêtes jusqu'aux Palus méo-´
tides , laissa plusieurs Egyptiens et Cananéens
qui s'établirent dans ces Contrées
d'où ils se sont répandus en differens tems
dans la Pannonie , et jusques dans la Germanie
, après s'être mêlés avec les Scytes
, et d'autres Peuples Septentrionaux.
Le Tombeau de Childeric découvert au
siécle passé , et dans lequel se trouverent
plusieursTêtes d'Apis, prouve que leSymbole
de ce Dicu étoit un des signes militaires
des François ; ainsi les Fleurs de
D lys
>
270 MERCURE DE FRANCE
lys qui sont depuis long- tems le caracte→
re distinctif de notre Nation , pouvoient
être aussi- bien des Lotus Egyptiens que
des Iris , ou des Flambes des Marais de
Batavie.
L'Ecriture des premiers Empires étoit
en caracteres symboliques , Les Caldéens
et les Egyptiens avoient des hierogliphes
pour exprimer leurs pensées , et les termes
des Sciences qu'ils cultivoient , surtout
de l'Astronomie ; cela se prouve par
les figures d'animaux dont ils marquoient
les Constellations célestes , que nous mar
quons encore des mêmes figures depuis
eux .
Les grands Empires de l'Orient ont
conservé depuis leur fondation jusqu'à
présent des Symboles distinctifs.Les Turcs!
ont le Croissant , les Persans ont un
Lion surmonté d'un Soleil Levant.
Le principal Kam des Tartares a un
Hibou , l'Empereur de la Chine un Dragon
, et les Mandarins qui sont les
Grands de cet Empire , portent sur leurs
habits des figures d'Oyseaux , et d'animaux
pour distinguer les differentes classes
que composent ces Seigneurs , ce qui
fait la même distinction que font les
marques particulieres de chacun de nos
Ordres de Chevalerie,
Les
FEVRIER. 17330 271
Les François garderent les Symboles
dont je viens de parler jusqu'au tems de
Clovis ; mais ce Roi après sa conversion ,
profitant du conseil salutaire que lui avoit
donné S. Remy : Mitis depone colla sicam
ber : adora quod incendisti , incende quod
adorasti , d'adorer ce qu'il avoit brûlé
et de brûler ce qu'il avoit adoré , fit mettre
des Croix sur ses Etendarts , et donna
à ce Signe respectable de la Religion qu'il
venoit d'embrasser , la premiere place sur
tous les autres dont sa Nation s'étoit servi
jusqu'alors.
J'ai dit plus haut que les Romains regardoient
leurs Enseignes comme quelque
chose de sacré , ils n'étoient pas les
seuls qui fussent dans cet usage , les autres
Nations payennes l'avoient de même
, ce qui me donne occasion de distinguer
deux sortes de signes militaires , les
uns de dévotion , faits pour exciter la
pieté dans les Soldats , et pour les mieux
contenir par la vue de ces Signes misterieux
de la Religion qu'ils professoient.
Et les autres inventez pour exciter simplement
la valeur . Ainsi on portoit dans,
les Armées des marques sacrées , et des
marques d'honneurs ou de politique.
>
Cette distinction est de tous les tems ;
Dij ct
272 MERCURE DE FRANCE
&
et a été chez tous les Peuples qui n'alloient
point à la Guerre sans des objets visibles
de leur culte.
Les Perses adorateurs du Soleil y al
loient avec le feu perpetuel qu'ils entretenoient
soigneusement sur des Autels -portatifs
.
Les Israëlites depuis Moyse jusqu'au
tems des Rois, n'entreprenoient point de
Guerres que l'Arche d'Alliance ne fut
presque toujours portée , pour montrer
que c'étoit de l'ordre du Seigneur qu'ils
les entreprenoient et qu'ils mettoient en
lui toute leur confiance.
Les Empereurs Grecs faisoient porter
la vraie Croix de Jesus- Christ dans les
Armées destinées à combattre pour la
Religion , ce qui fit tomber plusieurs fois
cette sainte Relique au pouvoir de ses
ennemis . Tous les Souverains des Monarchies
qui se formerent des débris de l'Empire
Romain , si tôt qu'ils eurent embrassé
le Christianisme , se firent un devoir
de n'aller à la Guerre qu'avec des
Reliques , et principalement de celles des
Saints qu'ils reconnoissoient comme leurs
Apôtres , et dont ils se firent des Patrons
pour reclamer leurs secours dans les pres
sans besoins.
Les Gots du Royaume d'Arragon se
voyant
FÉVRIER. 1733. 273
voyant attaquez par Childebert Roi de
France , furent au-devant de lui avec les
Reliques de S. Vincent , pour obtenir
plus facilement la paix de ce Prince.
On portoit processionellement les Châsses
des Saints sur les murailles d'une Ville
assiegée , et les yeux de la foi faisoient
souvent appercevoir aux peuples, assiegez
ces saints Protecteurs en qui ils avoient
confiance , qui paroissoient armés pour
les deffendre .
Les Apôtres S. Pierre et S. Paul combatirent
visiblement pour le Pape saint
Léon , lors de l'irruption d'Attila ; et les
Chrétiens d'Espagne virent plusieurs fois
S. Jacques , l'épée à la main , leur aider à
repousser les Maures.
Il ne faut pas douter par tous ces exem →
ples que les Rois de France , Successeurs
de Clovis , n'ayent eu aussi le même usage
, et qu'outre les Enseignes chargées de
Croix , ces Princes ne fissent porter à la
Guerre des Châsses pleines de Reliques.
Auguste Galland , dans un Ouvrage
qu'il a composé sur le même sujet que je
traite , pour n'avoir pas senti la distinction
qu'il faut faire des Enseignes pieuses ,
de celles de pure politique , est tombé
dans l'erreur de croire que la Chape de
Diij S.
.
274 MERCURE DE FRANCE
S. Martin , portée autrefois dans les Armées
Françoises , étoit positivement le
Manteau de ce Saint , que l'on attachoit
à une picque pour en faire la principale
Enseigne. Débrouillons un peu ce que
c'étoit que cette Chape , et montrons
qu'elle étoit toute differente de ce qu'on
nommoit Enseigne principale , ou nationale
, et que si on lui veut conserver le
nom d'Enseigne , elle ne sera que du nombre
de celles que j'ai nommées sacrées
pour les distinguer des autres qui étoient
purement des Symboles propres à exciter.
la valeur & le courage .
Chaque Nation chrétienne en prenant
un Saint , pour reclamer sa protection auprès
de Dieu , en choisissoit ordinairement
un qui eut vêcu parmi eux , et à qui
elle fut redevable de sa conversion
cette raison auroit dû engager les François
à prendre pour Patron ,ou S. Irenée , ou
l'un des sept Evêques reconnus unanimement
pour les premiers Apôtres des Gaules
.
Mais comme il auroit été difficile de
s'accorder sur celui de ces Saints , qui auroit
merité la préférence , et que chaque
Province auroit voulu avoir le Saint de
qui elle tenoit la foi , on se détermina insensiblement
à faire choix de S. Martin
EvêFEVRIER.
1733 275
1
Evêque de Tours , dont le souvenir des
mérites éclatans se conservoit encore par
une tradition vivante , et par les miracles
qui s'opéroient à son Tombeau , qui
étoit devenu par là le lieu le plus saint, et
le plus fréquenté du Royaume , comme
nous l'apprenons de S. Grégoire , un de
ses Successeurs. La Ville de Tours étoit
le centre du Royaume , et une de ses
Villes capitales , tout cela acheva de déterminer
les François à regarder S. Martin
comme leur principal Patron , et à
lui donner le premier rang sur tous les
autres Saints Missionnaires , qui avoient
prêché la Foi en France.
Ce que je viens de dire n'est pas une
simple conjecture ; nos anciennes Histoires
font assez connoître que la dévotion
à S. Martin , étoit si grande dans les
premiers siècles de la Monarchie , qu'il
n'étoit appellé que le Saint et le tres - Saint,
sans autre addition de nom : Dominus ,
Sanctus Dominus , gloriosissimus Dominus ;
la mémoire de ce Saint devint en si grande
veneration par toute la France que
jour de sa Fête étoit l'Epoque du renouvellement
de toutes les affaires civiles :
c'est pourquoi l'on y joignoit les Festins , et
les Réjouissances publiques, comme pour
servir d'heureux présage de ce qui devoit
D iiij
le
ar276
MERCURE DE FRANCE
arriver pendant l'année. Les Grands Parlemens
ne s'assembloient que pendant
l'octave qui suivoit cette Fête.
La dévotion generale de tout le peuple
envers S. Martin , procura de si grands
biens à l'Eglise où étoit son Tombeau par
l'affluance des Pelerins qui y laissoient de
Riches offrandes , que lorsque cette Eglise
, qui étoit d'abord une Abbaye de
l'Ordre de S. Benoît , fut secularisée l'an
848. par l'Empereur Charles - le -Chauve ;
ce Prince , à l'exemple de ses Prédecesseurs
, se fit un devoir de s'en déclarer le
Protecteur, et peu de temps après il y mit
un Abbé laïc , pour en administrer le
temporel.
Tous les Souverains ont de droit la Garde
et la Protection des Grandes Eglises
de leurs Etats . Sans faire remonter l'origine
de ce droit à Constantin , je remarquerai
seulement que depuis que Pepin et
son Fils Charlemagne se furent rendus
les deffenseurs de l'Eglise Romaine contre
les Lombards , les Successeurs de ces deux
Princes ne crurent pas avilir leur dignité,
en y ajoutant quelquefois la qualité d'Avoué
des Eglises les plus celebres de leur
Royaume. Louis , Roy de Germanie , fut
Advoüé de l'Abbaye de S.Gal, en Suisse ,
et l'Empereur Othon I. de celle de Gemblou
, en Brabant,
Hus
FEVRIER . 1733 277
Hugues Capet étant monté sur le
Trône , se démit de la qualité d'Abbé
Laïc de S. Martin de Tours , que ses
Ancêtres avoient portée depuis le Prince
Robert le Fort , se réservant néanmoins
pour lui et ses Successcurs , le Titre de
Chanoine d'honneur, pour montrer qu'il
prétendoit toujours conserver le droit de
Protection , que les Rois , ses Prédeces
seurs avoient voulu avoir sur cette fameuse
Abbaye.
Les premiers de nos Monarques qui s'obligerent
par piété , à proteger l'Abbaye
de S. Martin , pour montrer publiquement
que la dévotion étoit le seul motif
qui les engageoit , mirent la Banniere de
cette Abbaye au nombre de leurs Enseignes
generales , et par là cette Banniere ,
qui n'auroit dû paroître que dans les occasions
où il falloit soûtenir le temporel
de l'Abbaye , ayant été portée dans toutes
les grandes Expeditions que nos Rois
entreprirent , elle devint bien-tôt la prin
cipale Enseigne de la Nation .
La dévotion de nos Princes envers saint
Martin ne se borna pas là ; mais par une
suite de l'ancien usage , toutes les fois que
la Banniere de ce Saint alloit à l'Armée ,
elle étoit suivie des Reliques du Saint
même ; on ne trouvera rien d'extraordi-
D v naire
278 MERCURE DE FRANCE
naire dans cette pratique , si on se souvient
des exemples que j'ai donnez cy dessus ,
elle se perpetua tant que durerent les
Guerres contre Is Sarasins et les Normands
, qui ravagerent la France pendant
les 8,5 et 10 siécles . Ces Gurres étant
toutes des Guerres de Religion , on sentoit
alors mieux que dans tout autre
temps , combien on avoit besoin des secours
du Ciel , et de l'intercession des
Saints Patrons pour les obtenir. -
On ignoreroit entierement ce que c'étoit
que ces Reliques de S. Martin , portées
à l'Armée , sans une des Formules de la
Collection de Marculfe , qui nous apprend
que nos Rois avoient toujours près d'eux
un Oratoire ou Châsse qui contenoit en
tr'autres Reliques , des Vêtemens de S.
Martin ; que cet Oratoire nommé Cappa
Sanci Martini , suivoit par tout les Rois,
et sur tout à l'Armée , et qu'on avoit coutume
de faire jurer dessus ceux qui vouloient
se purger des crimes dont ils étoient
accusés.
Le mot de Châsse dérivé de celui de
Capsa , présente toujours l'idée d'une
chos qui couvre , ou qui en renferme
une autres ainsi on peut dire également
des Reliques enchassées , ou enchappées.
Dans la suite ces Châsses ou Chappes ,
que
FEVRIER . 1733 279
que l'on portoit dans les voyages furent
appellées Chapelles ; on disoit la Messe
dessus dans les Campemens ; la Coutu
me de l'Eglise ayant toujours été d'offrir
le Sacrifice sur les Reliques des Saints , et
les Prêtres qui désservoient ces Chapelles
furent nommez Chapellains . Valafrid
Strabon confirme ce que j'avance , et dit
en termes précis , que le Titre de Chapelain
fut donné à ceux qui portoient la
Chappe de S. Martin , et les autres Reliques
; preuve entiere que par ce mot de
Chapelle , il ne s'agit que de Reliquaires
portés par des Prêtres destinés à ces
fonctions , et non pas d'un Etendart qui
ne doit être porté que par gens en état de
le deffendre.
Quand le Clergé d'une Eglise recevoit un
Avoué , ou un Abbé Laïc , ce n'étoit
point en lui présentant les ornemens
convenables au Sacerdoce . Un Abbé ,
Prêtre , étoit investi par la Crosse et l'Anneau
; pour l'Avoué il ne l'étoit que par
la Banniere de l'Eglise qu'on lui mettoit
à la main .
Le Pape Leon II. avant que de couronner
l'Empereur Charlemagne , l'établit
Deffenseur du Patrimoine de Saint
Pierre , en lui mettant en main l'Etendart
des Saints Apôtres , ou le Gonfalon
D vj de
280 MERCURE DE FRANCE
de l'Eglise , et de la Ville de Rome. Les
Comtes d'Auvergne prirent pour Armorries
la Banniere de l'Eglise de Brioude ,
depuis qu'ils eurent la protection de cette
Eglise .
Cette idée de protection a passé des
choses Saintes dans les Civiles ; et delà est
venu que dans plusieurs Républiques , le
Chef en est nommé Gonfaloniers qualité
Sinonime à celle de Protecteur et de
Conservateur des libertés du Peuple.
あ
Toutes les Cérémonies d'Eglise ayant
quelque chose d'auguste et de vénérable,
de-là les Deffenseurs de ces Eglises , qui
n'auroient dû se servir des Bannieres Écclésiastiques
que dans les occasions où il
s'agissoit de deffendre les biens du Saint
auquel ils étoient vouez . Ils ne laisserent
pas de se servir de ces Bannieres dans les
Guerres , qui ne les regardoient que directement
; ainsi par cette raison ( que j'al
déja dite ) les Rois de France faisoient
porter dans toutes leurs Guerres la Banniere
de S.Martin , et honoroient de cette
commission le premier Officier de leur
Couronne , pour montrer l'estime et le
respect qu'ils avoient pour cette Banniere
.
La dignité de Maire du Palais ayant été
éteinte avec la premiere Race de nos
Rois,
FEVRIER. 1733. 281
-
Rois , le premier Officier de la Couronne
étoit le Grand - Sénéchal. Lorsque la
Banniere de S. Martin devint l'Enseigne
principale de la Nation , cette importan
tante Charge , qui étoit la premiere da
Royaume , depuis qu'il n'y avoit plus de
Maire duPalais ,étoit possedée par lesComtes
d'Anjou ; ce qui fit que ces Comtes fu
rent les premiers honorez de la Dignité
de Porte Banniere de S.Martin , qui étoit
fa même chose que Grand- Enseigne de la
Couronne.
Les trois Dignités de Comte , de Sénéchal
, et de Porte Enseigne n'étoient
entrées dans cette Maison que par commission
, comme l'étoient sous les deux
premieres Races toutes les Dignités de
PEtat ; mais ces Comtes , à l'exemple des
autres Grands Vassaux , ayant retenu ces
trois Charges à titre héréditaire , ils prétendirent
avoir acquis par là le droit de
Conprotection sur l'Eglise de S. Martin ;
et les derniers Rois de la seconde Race
ayant négligé de le leur contester , il s'en
mirent si- bien en possession , qu'ils commirent
à leur tour d'autres Gentilhommes
, comme les Seigneurs de Preüilly et
de Partenay , pour porter en leur nom la
Banniere de S. Martin .
Toutes ces nouveautés ne trouverent
point
282 MERCURE DE FRANCE
point d'obstacle dans leur éxécution ,
parce que les Rois de la troisiéme Race
n'ayant plus que la Suseraineté de l'Anjou
, de la Touraine , et des Provinces
voisines , ils se choisirent un autre S. Patron
plus près du lieu de leur demeure ;
pour n'être pas obligés d'en aller cher
cher un dans des Païs dont ils n'avoient
plus la domination en entier ; cela fit diminuer
peu à peu la dévotion envers Saint
Martin , sur tout dans les Provinces qui
resterent immédiatement soumises à la
Couronne ; et nos Rois , depuis Hugues-
Caper, ayant fixé leur séjour à Paris . Saint
Denis , Patron de leur Capitale , le fut
bien- tôt de tout le Royaume.
Avant que de finir cette premiere Partie
de ma Dissertation , je ferai encore remarquer
que si Auguste Galland avoit
bien examiné lesPassages dont il s'est servî
pour prouver que la Chappe de S. Martin
étoit une Enseigne de Guerre , il auroit
trouvé dans le Rituel même de cette
Eglise , ( qu'il cite souvent ) des preuves
contraires a son sentiment.
Ce Rituel , en parlant des prérogatives
de distinction que les Comtes d'Anjou
avoient sur l'Abbaïe de S. Martin , marque
celle- ci : Ipse habet vexillum beati
Martini quotiens vadit in bello. Aux autres
1
FEVRIER. 1733. 283
tres endroits de ce Rituel le mot de
Vexillum y est toujours employé quand il
s'agit de quelque Acte Militaire ; et celui
de Cappa n'est emploïé que pour les Actions
purement Ecclésiastiques .
Comment ne pas sentir que ces deux
mots signifioient deux choses differèn
tes ? Er comment de Sçavans Critiques,
ont - ils pû être incertains sur ce que l'on
devoit entendre par la Chappe de S. Mar
tins et pancher à croire que c'étoit un
Manteau qui servoit d'Eténdart ? Une
pareille opinion est bonne à faire croire
apocriphe l'Histoire de la Chemise du
Sultan Saladin , qui après la mort de ce
Sultan , fut mise ( dit on ) au bout d'une
Pique , et promenée par toute son Ar
mée , pendant qu'un Hérault qui préce
doit , crioit à haute voix : Voici tout ce
qui reste de ce grand Homme Les Historiens
qui ont suivi Galland dans son erreur
, ne l'ont fait que pour n'avoir pas
sçu les doubles Symboles Militaires dont
on se servoit dans les Armées, et quisont
l'origine de ce qui se pratique encore en
donnant l'Ordre , ou le mot du Guet , à
la Guerre , ou dans les Villes fermées , qui
est de mettre ensemble le nom d'un Saint
et le nom d'une Ville , comme S. George
et Vandôme , &c,
An284
MERCURE
DE FRANCE
Anciennement quand les Comtes et les
Barons menoient leurs Vassaux à la Guerre
, chacun de ces Seigneurs avoit son cri
particulier , pour ranimer le courage de sa
Troupe dans les dangers , et pour faciliter
le raliement dans une déroute ; ce cri
militaire étoit , ou le nom de famille du
Chef de la Troupe , ou un mot pris à sa
fantaisie , auquel on joignoit souvent le
nom d'un Saint à qui le Chef avoit dé
votion.Comme
Notre - Dame de Chartres,
pour les Comtes de Champagne ;et Montjoye
, S. Denis. Ce dernier cri étoit celui
des Rois de France. J'en donnerai
l'explication dans la seconde partie de
cette Dissertation , en continuant de parler
des Enseignes Militaires des François,
et sur tout du fameux Oriflamme , sur
lequel j'ai à dire des choses nouvelles .
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Résumé : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François, par M. Beneton de Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roi.
La dissertation de M. Beneton de Perrin, ancien gendarme de la Garde du Roi, explore l'histoire des enseignes militaires des Français. Les enseignes, initialement des marques militaires sous forme de couleurs ou de figures, servaient à reconnaître les troupes sur le champ de bataille. Chaque nation vénérait ses enseignes, et leur perte était considérée comme un affront majeur. Les Juifs, par exemple, avaient des enseignes spécifiques pour chaque tribu, et les drapeaux des Machabées portaient les lettres MCBI, symbolisant la force divine. Les enseignes variaient selon les cultures : les Romains utilisaient des paquets d'herbes ou des représentations d'animaux, tandis que les Tartares et les Turcs employaient des queues de cheval. Les Amérindiens utilisaient des calumets ornés de plumes. Après l'adoption du christianisme, les Romains intégrèrent des symboles chrétiens comme le labarum, une bannière pourpre avec le monogramme de Christ. Les Français, issus de l'union de divers peuples germains, avaient des symboles variés comme des lions, des serpents et des crapauds. Après la conversion de Clovis, les croix furent ajoutées aux enseignes. Les enseignes étaient souvent considérées comme sacrées et servaient à exciter la piété et la valeur des soldats. Les Perses, les Israélites et les Empereurs grecs portaient également des symboles religieux lors des combats. Les reliques et les bannières saintes étaient couramment utilisées dans les armées chrétiennes. Les Goths d'Arragon portaient les reliques de Saint Vincent pour obtenir la paix face à Childebert, roi de France. Les chrétiens voyaient souvent leurs saints protecteurs armés pour les défendre. Les Apôtres Saint Pierre et Saint Paul combattirent pour le pape Saint Léon contre Attila, et Saint Jacques aida les chrétiens d'Espagne contre les Maures. En France, les rois successeurs de Clovis portaient des châsses pleines de reliques à la guerre. Les nations chrétiennes choisissaient souvent un saint local comme protecteur. Les Français adoptèrent Saint Martin de Tours, dont le tombeau était un lieu de pèlerinage important. La dévotion à Saint Martin était si grande que son jour de fête marquait le renouvellement des affaires civiles et les réjouissances publiques. Les souverains avaient le droit de protéger les grandes églises de leurs États. Les rois francs, comme Pépin et Charlemagne, se déclarèrent défenseurs de l'Église romaine et protecteurs des abbayes célèbres. La bannière de Saint Martin devint l'enseigne principale de la nation française, portée dans toutes les grandes expéditions. Elle était accompagnée des reliques du saint, surtout lors des guerres contre les Sarrasins et les Normands. Les rois avaient un oratoire contenant des vêtements de Saint Martin, utilisé pour les serments. Les chapelles, dérivées du mot 'chape' (reliquaire), étaient des lieux de messe dans les campements. Les chapelains étaient les prêtres chargés de porter les reliques. Les défenseurs des églises utilisaient les bannières ecclésiastiques même dans les guerres non directement liées à la défense des biens saints. Les cris de ralliement étaient également utilisés pour encourager les troupes et faciliter le ralliement en cas de déroute. Ces cris pouvaient être le nom de famille du chef ou un mot de son choix, souvent accompagné du nom d'un saint auquel le chef était dévot. Par exemple, les Comtes de Champagne utilisaient 'Notre-Dame de Chartres', et les Rois de France utilisaient 'Montjoye' et 'Saint-Denis'. L'auteur prévoit d'expliquer davantage les enseignes militaires des Français, notamment l'Oriflamme, dans une seconde partie de sa dissertation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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85
p. 317-326
Traité sur la Magie, le Sortilege, [titre d'après la table]
Début :
TRAITÉ sur la Magie, le Sortilége, les Possessions, Obsessions et Maléfices, où [...]
Mots clefs :
Église, Traite, Possessions, Magie, Maléfices, Preuves, Réalité, Devins, Magiciens, Astrologie
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texteReconnaissance textuelle : Traité sur la Magie, le Sortilege, [titre d'après la table]
TRAITE' sur la Magie , le Sortilége, les
F Pos318
MERCURE DE FRANCE
Possessions , Obsessions et Maléfices , où
l'on en démontre la vérité et la réalité ;
avec une Méthode sure et facile pour les
' discerner ; et les Réglemens contre les
Devins , Sorciers , Magiciens , & c. Ouvrage
très utile aux Ecclésiastiques , aux
Médecins , et aux Juges . Par M. D. de
304 pag. sans l'Avertissement , les Préfa
ces et les Edits qui sont à la fin.
L'Auteur de cet Ouvrage entre en matiere
dès la Préface ; il y combat les principaux
Argumens de ses Adversaires , et
tâche de leur inspirer des dispositions
plus favorables et plus judicieuses sur ces
importantes matieres. On y trouve par
tout un grand fond de Religion , et l'on
voit que c'est moins pour amener les autres
à son sentiment , que pour la gloire
de Dieu et l'utilité de l'Eglise qu'il a entrepris
cet Ouvrage . Depuis la page 17 de
sa Préface jusqu'à la fin . L'Auteur prend
un moïen bien efficace pour toucher les
Ecclesiastiques ou même les Juges , et
pour les porter à ne pas rester dans une
tranquillité dangereuse , fondez sur la
persuation où ils sont, qu'il n'y a ni Sorfilége
, ni Pacte , ni Maléfice. Il emploïe
le reste de la Préface à combattre et à détruire
une confiance si préjudiciable au
prochain , et si dangereuse à celui-là même
FEVRIER. 1733. 319
me qui demeure par là dans une inaction.
volontaire , et qui de peur de se croire
exclus du Catalogue des beaux Esprits ,
aime mieux exposer ceux qui seroient
réellement attaquez de ces Fléaux, à être les
-tristes et malheureuses victimes de la rage
du Démon , que de se donner la peine
d'examiner avec attention et sans préjugez,
dans un esprit de charité et dans une
disposition telle qu'il voudroit qu'on eût
pour lui en pareil cas , la nature de ces
maladies dont il entend parler , et qu'on
-ne lui présente que trop souvent . Mais
- seront- ils excusables aujour des vangeances
, s'écrie notre Auteur , lorsque le Souverain
Juge leur demandera compte de
leur administration , et que ceux qui
avoient été presentés à leurs soins , et
qu'ils avoient négligez , leur representeront
les maux incroïables , les tentations
et les fureurs ausquelles ils ont été abandonnés
pendant des années réïtérées par
la faute des Ministres ? Suffira-t-il de dire,
je ne croïois pas qu'il y en eut , je regardois
cela comme des Fables , et je regardois
ceux qu'on m'amenoit comme des
Comédiens interessez ; et quand bienmême
il n'y en auroit pas , ne seroit ce
pas , continue- t-il , une prévarication
dans le Ministere , et un péché contre la
Fij cha320
MERCURE DE FRANCE
"
charité chrétienné de ne pas examiner et
de s'endormir là - dessus , au hazard de
laisser son frere en proye à la fureur du
Démon .
Le premier Livre traite de la réalité de
la Magie. L'Aureur pour la prouver ap
porte des Passages tres - formels de l'ancien
Testament ; Passages dont on ne peut
se tirer, en disant , comme ont fait quelques
-uns , qu'en cela l'Ecriture s'accommode
à nos préjugez , puisque le Seigneur
deffend à son Peuple de souffrir
dans son sein aucun Magicien , aucun Devin
et aucun Enchanteur , puisqu'il déclare
qu'il exterminera du milieu de son
Peuple dans son indignation , celui qui
aura recours aux Magiciens , et qui lièra
-commerce avec eux . Le terme Latin est
remarquable , et fornicata fuerit ( anima )
cum eis. Enfin,puisqu'il y réprouve , qu'il
y anathématise les Enchanteurs et les
Devins. Or il faudroit dire que toutes
ces Déclarations de la volonté de Dieu et
de sa haine , sont des déclarations illusoires
et fondées sur nos préjugez , ce qui
seroit horrible à penser.
L'Auteur passe
à une autre preuve, qu'il tire des Rituels.
Il fait voir que l'Eglise a toujours crû
qu'il y avoit des Malefices, et qu'elle s'est
toujours regardée comme jouissant du
pou
FEVRIER 1733 . 321
pouvoir qu'elle a reçu de Jesus Christ
de chasser les Démons et de délivrer les
Corps de ces funestes maladies.
›
La persuasion dans laquelle ont été
toutes les Nations , et en particulier les
Egyptiens , du temps de Moïse , qu'ils
prenoient pour un Enchanteur , fournit
à notre Auteur un autre genre de
preuve
tres-puissant et tres efficace . Comment ,
dit -il , se seroit-il faire
pu
que tant de
Peuples , si bien policcz , si entendus .
dans les connoissances des Sciences humaines
, et gouvernez par de si grands
génies , se soient abusez unanimement sur
ce point , sans jamais avoir eu l'occasion
de se détromper , sans qu'aucun l'ait ja
mais révoqué en doute? Les Loix Romaines
en sont une preuve ; la rigueur des ,
Cours Souveraines qui ont de tout temps
sévi , soutenues en cela par les Princes ,
contre ceux qui ont été convaincus de ces
crimes ; la maniere dont on a procédé
contr'eux , l'aveu que presque tous en ont
fait , sans se retracter ; plusieurs Faits
dont quelques uns sont constatez , d'au-,
tres tres - vrai - semblables ; tout cela peut
passer pour un corps complet de preuves ,
plus fortes les unes que les autres .
L'Auteur insiste davantage sur la conduite
de l'Eglise à l'égard des Maléficiers
F iij das
312 MERCURE DE FRANCE
des Devins , des Enchanteurs , &c . elle
les excommunie , elle exorcise ceux qui
ont été atteints les Maléfices;elle propar
des examens dans lesquels elle spécifie
les différentes sortes de crimes que
les Maléfices renferment . Peut - on rien
trouver de mieux appuyé ?
pose
On trouve ensuite un Extrait du Traité
de la Police, de M.de Lamarre,T. 1. l'Auteur
en expose tout le Titre 7. qui traite
des Magiciens , des Sorciers , des Devineurs
et des Prognostiqueurs. Le premier
Chapitre de ce Titre regarde l'origine de
la Magie et de l'Astrologie judiciaire , et
la division de ces Arts en leur différentes
especes. M. de Lamarre prouve dans
le second Chapitre que ces Arts ont été
condamnez par la Loy de Dieu , et que
les Payens mêmes en ont eu horreut , et
les ont punis du dernier supplice. Le 3 °
chap . traite des Loix de l'Eglise et des
Princes temporels contre la Magie et
l'Astrologie judiciaire , depuis la naissance
du Christianisme . Le 4 est´un Recüeil
d'Ordonnances de nos Rois , contre
la Magie , l'Astrologie judicaire , &c.
depuis l'établissement de la Monarchie.
Notre Auteur termine ce Livre par
plusieurs Exemples fameux , par des traits
d'Histoire , rapportez dans S. Grégoire
le
FEVRIER . 1732 323
le Grand , et dans S. Chrysostome , par
le témoignage d'un tres - grand nombre
d'Auteurs dignes de foy ; enfin par des Décrets
de la Faculté de Théologie de Paris
et de l'Inquisition.
Le second Livre traite des Possessions ,
Obsessions et Maléficès. Il y est cependant
fort peu parlé de cette derniere sorte
de maladie , qui regarde davantage le
Livre précédents on en prouve la réalité
par des Textes formels du Nouveau Testament
, dont on ne peut décliner le poids
ni éluder l'autorité il y joint quelques
Commentateurs de l'Evangile , qui supposent
toujours fondez sur ces Passages
de l'Ecriture , la réalité de ces Maladies.
Mais ,comme ce n'est point assez de prouver
qu'il y en ait eu pendant la vie de
Jesus-Christ , si l'on ne montre que les
Possessions ont encore duré , après sa
Mort ; il prouve par les Actes des Apôtres
, qu'ils en ont guéri plusieurs de
differentes especés, en differens Païs. Il le
montre par le pouvoir que Jesus - Christ
leur a donné , et à l'Eglise en leur personne
, de chasser les Démons en son
nom ; promesse illusoire , pouvoir faux
et trompeur , si les Possessions devoient
cesser à la mort du Sauveur. Il le fait voir
par la persuasion où l'Eglise a toujours
F iiij été
324 MERCURE DE FRANCE
été qu'elle joüissoit du Privilege de chas
ser les Démons , par sa pratique , dans la
Bénédiction de l'eau , des Cloches , des
Maisons , des Ornemens qui lui appartiennent
, par ses Rituels , ses Canons
même et ses Anathêmes. Il le fait voir par
l'établissement de l'Ordre d'exorciser,,
par
les Regles que l'Eglise y impose , par
les conseils et les moyens qu'elle veut
qu'on observe pour découvrir les ruses et
les artifices du Démon dans le Corps des
Possedez.
Il le fait voir encore par l'autorité des
Peres et des Théologiens , de Tertullien ,
de S. Cyprien , de S. Chrysostome , de
S. Jerôme , de S.Gregoire Pape, de S.Thomas
, d'Yves de Chartres , de Guillaume
de Paris . L'Auteur le montre aussi parun
Extrait des Canons Pénitenciaux , tiré
des Instructions de S. Charles aux Confesseurs
, imprimées par ordre du Clergé
de France. Il y joint l'Extrait d'un Ou-
Nrage tres - curieux , de Paul du Bé , Docteur
en Médecine , qui fut approuvé en
1671, par M Puylon , Doyen de la Faculté
de Paris , Guy Patin , Professeur
Royal , Fontaine et de Mersenne ; cet
Extrait est considérable par les recherches
et les raisonnemens solides de cet ancien
et scavant Médecin ; il faut le voir
dans
FEVRIE R. 1733 325
dans le Livre même. Les preuves tirées
de la Tradition sont souvent interrompues
par d'autres preuves de fair ; telles
que les Possessions celebres de Loudun ,
de Laon , & c . Il se sert aussi de plusieurs
Histoires, rapportées par des Hommes Illustres
par leur science et par leur piété ,
ou par des Voïageurs dignes de foy. Mais
quelque vraies que puissent être ces Relations
, on ne se fonde pas de même sur
elles , pour en faire des preuves sans replique
.
L'Auteur passe enfin aux difficultez
qu'on objecte d'ordinaire , et il s'applià
les résoudre depuis la page 265.
que
jusqu'à la fin de son Livre.
On trouve dans cet Ouvrage beaucoup
de recherches et d'érudition , de zéle et
de charité ; il y faudroit peu -être un peu
plus de méthode , d'ordre et de choix
dans les preuves , plus d'instance sur celles
qui sont graves et puissantes , et un
stile plus châtié. Au reste , c'est un Ouvrage
que tout Ecclesiastique principalement
doit avoir , et dont il doit méditer
avec une attention sérieuse ,les argumens ,
peser toutes les raisons et les conséquen
ces .
On trouve à la fin un Edit de Louis
XIV . du 31 Août 1682. pour la puni-
Fv tion
326 MERCURE DE FRANCE
tion des Devins , Magiciens , Sorciers
&c . et une Déclaration du même Prince,
du 1 Juillet 1682. rendue contre les Bohémes
, et contre ceux qui leur donnent
retraite.
F Pos318
MERCURE DE FRANCE
Possessions , Obsessions et Maléfices , où
l'on en démontre la vérité et la réalité ;
avec une Méthode sure et facile pour les
' discerner ; et les Réglemens contre les
Devins , Sorciers , Magiciens , & c. Ouvrage
très utile aux Ecclésiastiques , aux
Médecins , et aux Juges . Par M. D. de
304 pag. sans l'Avertissement , les Préfa
ces et les Edits qui sont à la fin.
L'Auteur de cet Ouvrage entre en matiere
dès la Préface ; il y combat les principaux
Argumens de ses Adversaires , et
tâche de leur inspirer des dispositions
plus favorables et plus judicieuses sur ces
importantes matieres. On y trouve par
tout un grand fond de Religion , et l'on
voit que c'est moins pour amener les autres
à son sentiment , que pour la gloire
de Dieu et l'utilité de l'Eglise qu'il a entrepris
cet Ouvrage . Depuis la page 17 de
sa Préface jusqu'à la fin . L'Auteur prend
un moïen bien efficace pour toucher les
Ecclesiastiques ou même les Juges , et
pour les porter à ne pas rester dans une
tranquillité dangereuse , fondez sur la
persuation où ils sont, qu'il n'y a ni Sorfilége
, ni Pacte , ni Maléfice. Il emploïe
le reste de la Préface à combattre et à détruire
une confiance si préjudiciable au
prochain , et si dangereuse à celui-là même
FEVRIER. 1733. 319
me qui demeure par là dans une inaction.
volontaire , et qui de peur de se croire
exclus du Catalogue des beaux Esprits ,
aime mieux exposer ceux qui seroient
réellement attaquez de ces Fléaux, à être les
-tristes et malheureuses victimes de la rage
du Démon , que de se donner la peine
d'examiner avec attention et sans préjugez,
dans un esprit de charité et dans une
disposition telle qu'il voudroit qu'on eût
pour lui en pareil cas , la nature de ces
maladies dont il entend parler , et qu'on
-ne lui présente que trop souvent . Mais
- seront- ils excusables aujour des vangeances
, s'écrie notre Auteur , lorsque le Souverain
Juge leur demandera compte de
leur administration , et que ceux qui
avoient été presentés à leurs soins , et
qu'ils avoient négligez , leur representeront
les maux incroïables , les tentations
et les fureurs ausquelles ils ont été abandonnés
pendant des années réïtérées par
la faute des Ministres ? Suffira-t-il de dire,
je ne croïois pas qu'il y en eut , je regardois
cela comme des Fables , et je regardois
ceux qu'on m'amenoit comme des
Comédiens interessez ; et quand bienmême
il n'y en auroit pas , ne seroit ce
pas , continue- t-il , une prévarication
dans le Ministere , et un péché contre la
Fij cha320
MERCURE DE FRANCE
"
charité chrétienné de ne pas examiner et
de s'endormir là - dessus , au hazard de
laisser son frere en proye à la fureur du
Démon .
Le premier Livre traite de la réalité de
la Magie. L'Aureur pour la prouver ap
porte des Passages tres - formels de l'ancien
Testament ; Passages dont on ne peut
se tirer, en disant , comme ont fait quelques
-uns , qu'en cela l'Ecriture s'accommode
à nos préjugez , puisque le Seigneur
deffend à son Peuple de souffrir
dans son sein aucun Magicien , aucun Devin
et aucun Enchanteur , puisqu'il déclare
qu'il exterminera du milieu de son
Peuple dans son indignation , celui qui
aura recours aux Magiciens , et qui lièra
-commerce avec eux . Le terme Latin est
remarquable , et fornicata fuerit ( anima )
cum eis. Enfin,puisqu'il y réprouve , qu'il
y anathématise les Enchanteurs et les
Devins. Or il faudroit dire que toutes
ces Déclarations de la volonté de Dieu et
de sa haine , sont des déclarations illusoires
et fondées sur nos préjugez , ce qui
seroit horrible à penser.
L'Auteur passe
à une autre preuve, qu'il tire des Rituels.
Il fait voir que l'Eglise a toujours crû
qu'il y avoit des Malefices, et qu'elle s'est
toujours regardée comme jouissant du
pou
FEVRIER 1733 . 321
pouvoir qu'elle a reçu de Jesus Christ
de chasser les Démons et de délivrer les
Corps de ces funestes maladies.
›
La persuasion dans laquelle ont été
toutes les Nations , et en particulier les
Egyptiens , du temps de Moïse , qu'ils
prenoient pour un Enchanteur , fournit
à notre Auteur un autre genre de
preuve
tres-puissant et tres efficace . Comment ,
dit -il , se seroit-il faire
pu
que tant de
Peuples , si bien policcz , si entendus .
dans les connoissances des Sciences humaines
, et gouvernez par de si grands
génies , se soient abusez unanimement sur
ce point , sans jamais avoir eu l'occasion
de se détromper , sans qu'aucun l'ait ja
mais révoqué en doute? Les Loix Romaines
en sont une preuve ; la rigueur des ,
Cours Souveraines qui ont de tout temps
sévi , soutenues en cela par les Princes ,
contre ceux qui ont été convaincus de ces
crimes ; la maniere dont on a procédé
contr'eux , l'aveu que presque tous en ont
fait , sans se retracter ; plusieurs Faits
dont quelques uns sont constatez , d'au-,
tres tres - vrai - semblables ; tout cela peut
passer pour un corps complet de preuves ,
plus fortes les unes que les autres .
L'Auteur insiste davantage sur la conduite
de l'Eglise à l'égard des Maléficiers
F iij das
312 MERCURE DE FRANCE
des Devins , des Enchanteurs , &c . elle
les excommunie , elle exorcise ceux qui
ont été atteints les Maléfices;elle propar
des examens dans lesquels elle spécifie
les différentes sortes de crimes que
les Maléfices renferment . Peut - on rien
trouver de mieux appuyé ?
pose
On trouve ensuite un Extrait du Traité
de la Police, de M.de Lamarre,T. 1. l'Auteur
en expose tout le Titre 7. qui traite
des Magiciens , des Sorciers , des Devineurs
et des Prognostiqueurs. Le premier
Chapitre de ce Titre regarde l'origine de
la Magie et de l'Astrologie judiciaire , et
la division de ces Arts en leur différentes
especes. M. de Lamarre prouve dans
le second Chapitre que ces Arts ont été
condamnez par la Loy de Dieu , et que
les Payens mêmes en ont eu horreut , et
les ont punis du dernier supplice. Le 3 °
chap . traite des Loix de l'Eglise et des
Princes temporels contre la Magie et
l'Astrologie judiciaire , depuis la naissance
du Christianisme . Le 4 est´un Recüeil
d'Ordonnances de nos Rois , contre
la Magie , l'Astrologie judicaire , &c.
depuis l'établissement de la Monarchie.
Notre Auteur termine ce Livre par
plusieurs Exemples fameux , par des traits
d'Histoire , rapportez dans S. Grégoire
le
FEVRIER . 1732 323
le Grand , et dans S. Chrysostome , par
le témoignage d'un tres - grand nombre
d'Auteurs dignes de foy ; enfin par des Décrets
de la Faculté de Théologie de Paris
et de l'Inquisition.
Le second Livre traite des Possessions ,
Obsessions et Maléficès. Il y est cependant
fort peu parlé de cette derniere sorte
de maladie , qui regarde davantage le
Livre précédents on en prouve la réalité
par des Textes formels du Nouveau Testament
, dont on ne peut décliner le poids
ni éluder l'autorité il y joint quelques
Commentateurs de l'Evangile , qui supposent
toujours fondez sur ces Passages
de l'Ecriture , la réalité de ces Maladies.
Mais ,comme ce n'est point assez de prouver
qu'il y en ait eu pendant la vie de
Jesus-Christ , si l'on ne montre que les
Possessions ont encore duré , après sa
Mort ; il prouve par les Actes des Apôtres
, qu'ils en ont guéri plusieurs de
differentes especés, en differens Païs. Il le
montre par le pouvoir que Jesus - Christ
leur a donné , et à l'Eglise en leur personne
, de chasser les Démons en son
nom ; promesse illusoire , pouvoir faux
et trompeur , si les Possessions devoient
cesser à la mort du Sauveur. Il le fait voir
par la persuasion où l'Eglise a toujours
F iiij été
324 MERCURE DE FRANCE
été qu'elle joüissoit du Privilege de chas
ser les Démons , par sa pratique , dans la
Bénédiction de l'eau , des Cloches , des
Maisons , des Ornemens qui lui appartiennent
, par ses Rituels , ses Canons
même et ses Anathêmes. Il le fait voir par
l'établissement de l'Ordre d'exorciser,,
par
les Regles que l'Eglise y impose , par
les conseils et les moyens qu'elle veut
qu'on observe pour découvrir les ruses et
les artifices du Démon dans le Corps des
Possedez.
Il le fait voir encore par l'autorité des
Peres et des Théologiens , de Tertullien ,
de S. Cyprien , de S. Chrysostome , de
S. Jerôme , de S.Gregoire Pape, de S.Thomas
, d'Yves de Chartres , de Guillaume
de Paris . L'Auteur le montre aussi parun
Extrait des Canons Pénitenciaux , tiré
des Instructions de S. Charles aux Confesseurs
, imprimées par ordre du Clergé
de France. Il y joint l'Extrait d'un Ou-
Nrage tres - curieux , de Paul du Bé , Docteur
en Médecine , qui fut approuvé en
1671, par M Puylon , Doyen de la Faculté
de Paris , Guy Patin , Professeur
Royal , Fontaine et de Mersenne ; cet
Extrait est considérable par les recherches
et les raisonnemens solides de cet ancien
et scavant Médecin ; il faut le voir
dans
FEVRIE R. 1733 325
dans le Livre même. Les preuves tirées
de la Tradition sont souvent interrompues
par d'autres preuves de fair ; telles
que les Possessions celebres de Loudun ,
de Laon , & c . Il se sert aussi de plusieurs
Histoires, rapportées par des Hommes Illustres
par leur science et par leur piété ,
ou par des Voïageurs dignes de foy. Mais
quelque vraies que puissent être ces Relations
, on ne se fonde pas de même sur
elles , pour en faire des preuves sans replique
.
L'Auteur passe enfin aux difficultez
qu'on objecte d'ordinaire , et il s'applià
les résoudre depuis la page 265.
que
jusqu'à la fin de son Livre.
On trouve dans cet Ouvrage beaucoup
de recherches et d'érudition , de zéle et
de charité ; il y faudroit peu -être un peu
plus de méthode , d'ordre et de choix
dans les preuves , plus d'instance sur celles
qui sont graves et puissantes , et un
stile plus châtié. Au reste , c'est un Ouvrage
que tout Ecclesiastique principalement
doit avoir , et dont il doit méditer
avec une attention sérieuse ,les argumens ,
peser toutes les raisons et les conséquen
ces .
On trouve à la fin un Edit de Louis
XIV . du 31 Août 1682. pour la puni-
Fv tion
326 MERCURE DE FRANCE
tion des Devins , Magiciens , Sorciers
&c . et une Déclaration du même Prince,
du 1 Juillet 1682. rendue contre les Bohémes
, et contre ceux qui leur donnent
retraite.
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Résumé : Traité sur la Magie, le Sortilege, [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Traité sur la Magie, le Sortilège, les Possessions, Obsessions et Maléfices', rédigé par M. D. Cet ouvrage vise à démontrer la réalité et la vérité de la magie et des maléfices, et propose une méthode pour les discerner. Il s'adresse principalement aux ecclésiastiques, médecins et juges. Dans la préface, l'auteur réfute les arguments de ses adversaires en insistant sur l'importance de reconnaître l'existence de la magie et des maléfices pour la gloire de Dieu et l'utilité de l'Église. Il critique ceux qui restent indifférents, les mettant en garde contre les dangers de cette inaction. Le premier livre traite de la réalité de la magie. L'auteur utilise des passages de l'Ancien Testament et des rituels de l'Église pour prouver son existence. Il souligne également la croyance universelle des nations anciennes, comme les Égyptiens, et les lois romaines sévères contre la magie. Le second livre aborde les possessions, obsessions et maléfices. L'auteur prouve leur réalité par des textes du Nouveau Testament et les pratiques de l'Église. Il cite divers auteurs et décrets pour appuyer ses arguments. L'ouvrage inclut des extraits de traités sur la police, des exemples historiques et des décrets de la Faculté de Théologie de Paris et de l'Inquisition. Il se termine par des édits de Louis XIV concernant la punition des devins, magiciens et sorciers. Globalement, l'ouvrage est riche en recherches et en érudition, bien que l'auteur suggère qu'il pourrait bénéficier d'une meilleure méthode et d'un style plus châtié. Il est recommandé aux ecclésiastiques pour méditer sérieusement ses arguments.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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86
p. 442-452
REMARQUES sur quelques endroits de la neuviéme Lettre du Voyage de Normandie, adressées à M. D. L. R.
Début :
J'ai lû, Monsieur, avec bien du plaisir, la Relation que vous avez donnée jusqu'icy [...]
Mots clefs :
Auxerre, Bayeux, Normandie, Renobert, Saints, Église, Églises, Confraternité, Mémoires, Diocèse, Reliques, Chasuble, Exupère, Dom Mabillon
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur quelques endroits de la neuviéme Lettre du Voyage de Normandie, adressées à M. D. L. R.
REMARQUES sur quelques endroits
de la neuviéme Lettre du l'oyage de Nor
mandie , adressées à M. D. L. R.
J
'ai lû , Monsieur , avec bien du plaisir,
la Relation que vous avez donnée jusqu'icy
en neuf Lettres , du Voïage que
Vous
MARS. 1733.
443
Vous avez fait en Normandie. La derniere
qui a paru dans le Mercure d'Oc
tobre dernier , m'a plus frappé que les
autres , parce qu'elle roule entierement
sur une Ville où j'ai été avant que j'eusse
atteint l'âge de vingt ans , uniquement
dans le dessein de trouver la verité autant
qu'elle peut se manifester à un jeune homme.
Vous n'y parlez presque que de Ba
yeux ; vous y nommez S. Renobert, Evê
que de cette Ville ; vous y dites un mot
de sa Chasuble et du Coffre d'Ivoire qui
la renferme ; toutes choses que j'avois
vûës dès le mois d'Octobre de l'année
1707. Je ne ferai pas comme les deux
Ecrivains qui ont profité des Remarques
que vous avez publiées dans les Mémoires
de Trévoux,d'Octobre 1714,sans vous
citer aucunement , & c. Pour moi je vous
avoüerai qu'ayant recherché tout ce qu'on
pouvoit dire de S. Renobert , sept ans
avant que vous en parlassiez , j'ai profité
depuis , avec grand plaisir , de ce que
j'en trouvai dans ces Mémoires , aussiqu'il
parût.
Il s'étoit élevé icy en 1709. we dispute
au sujet du siecle où ce Saint avoit vécu.
On écrivit vivement sur cette matiere ;
et chacun cherchoit des authoritez pour
appuier son sentiment. Comme la parcie
B vj Vic444
MERCURE DE FRANCE
victorieuse a été celle qui ne plaçoit ce
Saint qu'au 7 siécle , et non au 3 *, ni au
4 ; il a été naturel de faire une honorable
mention de l'observation qui parut
depuis dans les Mémoires de Trévoux
puisqu'elle étoit conforme au sentiment
que j'avois soutenu . Je ne sçavois pas ;
M ', que ce fut vous qui y eussiez donné
occasion ni que vous eussiez suivi d'abord
la Chronologie ordinaire de Bayeux.'
Je vous félicite donc aujourd'hui de ce
que vous vous trouvez réuni au sentiment
des Sçavans Bollandistes , qui a été
suivi par Dom Mabillon , par M. Baillet,
au 16 May ,par M. l'Abbé Chastellain , dans
son Martyrologe Universel, par le nouveau
Breviaire d'Auxerre de l'an 1726. par les
Auteurs du Martyrologe de Paris , de
l'an 1727. et qui vrai -semblablement le
sera aussi par les Continuateurs de Gallia
Christiana ; au moins étoit - ce le sentiment
vers lequel inclinoit dès l'an 171 26
Dom Denys de Sainte Marthe , votre illustre
ami , suivant ce qu'il m'en écrivit
alors. La Note que vous avez mise au bas
de la page 2122. de votre dernier Journal
, démontre que vous méprisez la Chro
nologie de l'Histoire moderne de l'Eglise
de Bayeux , puisque vous dites qu'el
le est rejettée par les meilleurs Critiques ,
MARS. 1733. 445
et que S. Renobert assista en 630. à un
Concile de Reims.
La Morlieze se plaignoit autrefois dans
ses Antiquitez d'Amiens , de ce que les
Ecrivains du Catalogue des Evêques
d'Amiens , ont arrangé ces Evêques , plus
secundùm gradum sanctitatis , quam antiquitatis.
C'est ce qui est arrivé à Bayeux,
et qui a induit en erreur , jusqu'à faire
fabriquer une Légende où l'on avance que
S.Renobert fut sacré à Brive la Gaillarde,
par S. Saturnin,Evêque de Toulouse. Hors
dans les Diocèses dans de Bayeux , d'Auxerre,
et de Besançon, cette Légende ne se retrouve
gueres de nos jours ; je doute que
vous puissiez la rencontrer dans Paris.
L'endroit le plus voisin de cette Ville où
je me ressouviens de l'avoir vûë dans un
Manuscrit de 500 ans , est l'Abbaye de
S. Yved de Braine , en Soissonnois ; elle Y
est contenue dans tout son fabuleux.
J'ai composé autrefois une longue Dissertation
, pour servir à épurer les Traditions
du Païs Bessin , touchant ce Saint.
Prelat. C'est le premier de mes Ouvrages
, et le fruit du voyage que je fis à
Bayeux il y a 25 ans. J'en ai donné communication
à des Sçavans du Clergé de la
même Ville , qui m'ont déclaré n'avoir
jamais ajouté plus de foy à la tradition
Bes
446 MERCURE DE FRANCE
*
>
Bessine des derniers siècles , qu'à celle
qui s'étoit glissée à Paris , sur S. Denys ,
et ils m'ont prié de la rendre publique.
Je n'ai pas oublié d'y parler de la Chasuble
de ce Saint , que j'eus l'honneur de
voir , et qu'on m'assura avoir été regardée
par Dom Mabillon , comme infiniment
plus authentique que l'Etole et le
Manipule qu'on y joignoit. Elle est d'étoffe
de soye , à fond bleu , semée d'espece
de Tréfles , de couleur blanche. Je remarquai
sur l'Etole , qui est d'une étoffe
différente, une semence de Perles . M.Hermant
, que je vis alors dans sa Cure de
Maltor , proche Caën , n'en sçavoit pas
plus que moi , sur toutes ces choses ; et
il me déclara qu'il ne travailloit que sur
les Mémoires d'un Chanoine moderne
de Bayeux. On pourroit croire que l'Etoffe
de cette Chasuble auroit simplement
servi à couvrir les Ossemens de S. Renobert
depuis son décès , et qu'elle seroit
celle- là même que la Reine Ermentrude,
Epouse de Charles le Chauve, envoya,
sans être obligé de faire remonter son antiquité
jusqu'au septiéme siecle. On a
quelques exemples d'autres Etoffes , qui
ont servi de Poile aux Sépulcres des
* M. Hermant , Curé de Maltot , qui a écris
ene Histoire imparfaite du Diocèse de Bayeux.
Saints
MAR S. 1733. 447
Saints , et qui ont pris la dénomination
de ces mêmes Saints , en qualité de Manteau
ou de Voile , ou sous tel autre nom
qu'on a voulu leur donner après les avoir
mises en oeuvre. Au reste , ces sortes de
Reliques n'en sont pas moins vénérables
quand même eiles n'auroient pas servi
aux Saints dès leur vivant , mais seulement
après leur mort , témoins l'honneur
que les Catahois rendent au Voile du
Cercueil de Sainte Agathe ; les Auxerrois
,au Suaire de 5.Germain et la confiance
que ces peuples ont dans ces Reliques.
Quant à l'Inscription Arabe du petit of
fre qui renferme la Chasuble de S. Renobert
, vous êtes certainement le premier
qui avez appris au Public , l'explication
qui en a été faite par une personne tresentenduë.
Vous ne marquez point , Monsieur , si
c'est le Cartulaire de l'Evêché de Bayeux,
qui dit que l'ancienne confraternité de
P'Eglise Cathedrale de la même Ville
avec celle d'Auxerre , est fondée sur ce
que S. Exupere venant d'Italie passa par
la Ville d'Auxerre , et y prêcha le Christianisme
. Rien de plus vrai que l'existence
de cette ancienne confraternité; j'en ai
des preuves de plusieurs siecles ; mais il
n'y a pas d'apparence qu'elle soit établie
Suf
448 MERCURE DE FRANCE
-
sur le motif que vous citez , qui n'est
peut-être , qu'une simple conjecture des
Chanoines de Bayeux. Si le passage de
S. Exupere par notre Ville , étoit un fondement
suffisant pour une confraternité ,
pourquoi n'en eussions nous point eu
avec Messieurs du Chapitre de Rouen ,
puisque S. Mellon , leur premier Evêque ,
passa aussi par Auxerre en venant de
Rome , et qu'il y fit même une guérison
miraculeuse, rapportée dans sa vie ? Pourquoi
ne serions-nous pas en pareille liaison
avec les Chapitres de Lyon et de
Marseille, puisque notre premier Evêque ,
S. Pérégrin , y passa en venant icy , et eut
la gloire d'y prêcher de la même maniere
, le Christianisme , selon ses Actes ?
Ce n'est donc point sur le passage de
S. Exupere qu'est fondée la confraternité
des Eglises d Bayeux et d'Auxerre , quand
même on le croiroit ainsi à Bayeux ; mais
sur une raison plus recevable, et qui a fait
naître de semblables confraternitez entre
plusieurs autres Eglises. C'est que nous
possedons les Reliques de quelques - uns
de leurs Saints fameux , ou qu'ils posscdent
celles de quelques - uns des nôtres .
C'est sur ce principe que les Eglises de
Beauvais et d'Auxerre sont en confraternité
Le Corps de S. Just , Enfant
natif
MARS. 17337 445
·
,
natif d'Auxerre , repose dans la Cathe
drale de Beauvais , excepté sa tête , qui
fut transportée à Auxerre du Lieu du
Beauvoisis , où il avoit souffert le Martyre
. Ce motif est spécifié dans l'acte de
rénovation , dont on trouvera des vestitiges
dans les Registres du Chapitre de
Beauvais , au 18 Juin 1646. C'est ainsi
qu'en Espagne , les Chanoines de Saragoce
, et ceux de S. Vincent de la Rode, sont
en association dès l'an 1171. en considération
du Chef de S. Valere , Evêque de
Saragoce a. Si le passage d'un Saint pouvoit
influer dans l'origine des Confraternitez
d'Eglises éloignées , telles que sont
celles de Bayeux et d'Auxerre ; il y auroit
plus d'apparence que ce seroit celui de
S. Germain , dans le Diocèse de Bayeux ,
qui avoit contribué à cette liaison , parce
que ce grand nombre d'Eglises qui sont
sous ce nom dans la Basse - Normandie,est
une preuve que dans l'un de ses deux
Voyages de la Grande- Bretagne, il a passé
dans le Païs Bessin , en allant ou en reve
nant. On ne craint point même de montrer
à une petite lieuë de Bayeux , dans
l'Eglise du Village de Guéron, une Nappe
d'Autel , sur laquelle on dit qu'il a
célébré en passant .
2 Castellan . Bimestr. Januar. 29. pag. 444.
Mais
450 MERCURE DE FRANCE
•
que
Mais sans remonter si - haut , il y a infi
niment plus d'apparence que l'union des
Eglises d'Auxerre et de Bayeux vient du
transport fait autrefois des Reliques de
S. Renobert , celebre Evêque de cette
derniere Ville , et de S. Zénon , son Diacre
, dans fa Ville et dans le Diocèse
d'Auxerre . Leur culte y devint si fameux ,
dès le commencement du treiziéme
siécle , la seconde Paroisse de la Cité
d'Auxerre , dans laquelle est contenuë
une bonne partie du Cloître des Chanoines
, étoit sous l'invocation de ce Saint
Prélat , comme elle l'est encore aujourd'hui
. De là vient que dans la Cathédra
le et dans le Diocèse d'Auxerre on a fair
de immémorial , et au moins de- temps
puis 500 ans , l'Office de S. Renobert , et
qu'il y a plusieurs Autels de son nom ;
au lieu que jamais il n'y a été fait men
tion de S. Exupere , et qu'il n'y a aucun
Autel connu sous son invocation .
Outre l'Inscription Mahometane que
Vous avez publiée , tirée de dessus le Coffre
d'Ivoire du Trésor de Bayeux , j'au
rois souhaité que vous eussiez remarqué
dans la même Eglise une autre Inscription
bien plus récente, qui consiste en ces
deux Vers :
Cre
MARS. 1733. 45t
Credite mira Dei ; Serpens fuit hic lapis extans s
Sic transformatum Bartholus attulit buc.
L'explication des merveilles de Dieu
dont il y est parlé , est , ce me semble
de la competence des Naturalistes , et de
ceux qui font attention aux pétrifications
singulieres.
Ce n'est pas assez que le R. P. Tournemine
nous ait appris comment ce Coffre
a pû servir dès le neuvième siècle à
renfermer l'Etofe que le Roy Charles le
Chauve et la Reine Ermentrude envoyerent
pour orner les Cercueils ou la Sépulture
des Saints Renobert et Zénon 1
dont les Corps étoient alors réfugiez sur
les confins des Diocèses d'Evreux et de
Lisieux. Il ne seroit pas moins curieux et
important de découvrir le lieu d'où se fit
cet envoi. Charles étoit alors dans un Palais
Royal , appellé Vetera- Domus , que je
croi pouvoir traduire Vieux- Maison , ou
Vieille-Maison . C'est ce que nous tenons
d'un Historien du temps , imprimé au
XII Tome du Spicilege , par un autre
Historien du même siècle , imprimé an
premier Tome de la Bibliotheque des Ma
nuscrits du P. Labbe , pag. 548. et réim
primé beaucoup plus exactement l'année
derniere dans les Actes des Saints ,
du 31
Juil
452 MERCURE DE FRANCE
,
Juillet. On apprend que ce Vieux - Mal
son étoit dans le Païs Roumois : In pago
Rothomagensi. Il seroit donc à désirer que
l'Historien de Rouen , dont vous parlez
à la page 2138. de votre même Lettre ,
fit connoître au Public la situation précise
de cet ancien Palais des Rois de France;
d'autant qu'il n'en est fait aucune merition
dans la Diplomatique de Dom Mabillon
, ni dans la Notice des Gaules de
M. de Valois , non plus que dans le Glossaire
de M. du Cange . L'Eglise du Titre
de S. Germain d'Auxerre , voisine de ce
Palais , selon Héric , peut servir à faciliter
cette découverte ; et si l'on trouve un
Vieux Maison au Païs Roumois , avec
une Eglise ou Chapelle de ce Titre , qui
en soit peu éloignée , on sera suffisamment
assuré de la position de cette Mai-
´son Royale, qui est restée inconnuë jusqu'icy.
CommeCharles y tenoit ses Plaids ,
dans le temps de sa dévotion envers S.Renobert
, il me paroît que la chose est assez
importante pour mériter d'être débroüillées
et puisque dès le neuviéme siecle , ce
Palais étoit très - ancien , selon que son
nom le marque, il pouvoit avoir été bâti
sous la premiere Race de nos Rois , et
peut- être dès le temps des Romains . Je
suis , Monsieur , & c.
A Auxerre , ce 20 Novombre 1732 .
de la neuviéme Lettre du l'oyage de Nor
mandie , adressées à M. D. L. R.
J
'ai lû , Monsieur , avec bien du plaisir,
la Relation que vous avez donnée jusqu'icy
en neuf Lettres , du Voïage que
Vous
MARS. 1733.
443
Vous avez fait en Normandie. La derniere
qui a paru dans le Mercure d'Oc
tobre dernier , m'a plus frappé que les
autres , parce qu'elle roule entierement
sur une Ville où j'ai été avant que j'eusse
atteint l'âge de vingt ans , uniquement
dans le dessein de trouver la verité autant
qu'elle peut se manifester à un jeune homme.
Vous n'y parlez presque que de Ba
yeux ; vous y nommez S. Renobert, Evê
que de cette Ville ; vous y dites un mot
de sa Chasuble et du Coffre d'Ivoire qui
la renferme ; toutes choses que j'avois
vûës dès le mois d'Octobre de l'année
1707. Je ne ferai pas comme les deux
Ecrivains qui ont profité des Remarques
que vous avez publiées dans les Mémoires
de Trévoux,d'Octobre 1714,sans vous
citer aucunement , & c. Pour moi je vous
avoüerai qu'ayant recherché tout ce qu'on
pouvoit dire de S. Renobert , sept ans
avant que vous en parlassiez , j'ai profité
depuis , avec grand plaisir , de ce que
j'en trouvai dans ces Mémoires , aussiqu'il
parût.
Il s'étoit élevé icy en 1709. we dispute
au sujet du siecle où ce Saint avoit vécu.
On écrivit vivement sur cette matiere ;
et chacun cherchoit des authoritez pour
appuier son sentiment. Comme la parcie
B vj Vic444
MERCURE DE FRANCE
victorieuse a été celle qui ne plaçoit ce
Saint qu'au 7 siécle , et non au 3 *, ni au
4 ; il a été naturel de faire une honorable
mention de l'observation qui parut
depuis dans les Mémoires de Trévoux
puisqu'elle étoit conforme au sentiment
que j'avois soutenu . Je ne sçavois pas ;
M ', que ce fut vous qui y eussiez donné
occasion ni que vous eussiez suivi d'abord
la Chronologie ordinaire de Bayeux.'
Je vous félicite donc aujourd'hui de ce
que vous vous trouvez réuni au sentiment
des Sçavans Bollandistes , qui a été
suivi par Dom Mabillon , par M. Baillet,
au 16 May ,par M. l'Abbé Chastellain , dans
son Martyrologe Universel, par le nouveau
Breviaire d'Auxerre de l'an 1726. par les
Auteurs du Martyrologe de Paris , de
l'an 1727. et qui vrai -semblablement le
sera aussi par les Continuateurs de Gallia
Christiana ; au moins étoit - ce le sentiment
vers lequel inclinoit dès l'an 171 26
Dom Denys de Sainte Marthe , votre illustre
ami , suivant ce qu'il m'en écrivit
alors. La Note que vous avez mise au bas
de la page 2122. de votre dernier Journal
, démontre que vous méprisez la Chro
nologie de l'Histoire moderne de l'Eglise
de Bayeux , puisque vous dites qu'el
le est rejettée par les meilleurs Critiques ,
MARS. 1733. 445
et que S. Renobert assista en 630. à un
Concile de Reims.
La Morlieze se plaignoit autrefois dans
ses Antiquitez d'Amiens , de ce que les
Ecrivains du Catalogue des Evêques
d'Amiens , ont arrangé ces Evêques , plus
secundùm gradum sanctitatis , quam antiquitatis.
C'est ce qui est arrivé à Bayeux,
et qui a induit en erreur , jusqu'à faire
fabriquer une Légende où l'on avance que
S.Renobert fut sacré à Brive la Gaillarde,
par S. Saturnin,Evêque de Toulouse. Hors
dans les Diocèses dans de Bayeux , d'Auxerre,
et de Besançon, cette Légende ne se retrouve
gueres de nos jours ; je doute que
vous puissiez la rencontrer dans Paris.
L'endroit le plus voisin de cette Ville où
je me ressouviens de l'avoir vûë dans un
Manuscrit de 500 ans , est l'Abbaye de
S. Yved de Braine , en Soissonnois ; elle Y
est contenue dans tout son fabuleux.
J'ai composé autrefois une longue Dissertation
, pour servir à épurer les Traditions
du Païs Bessin , touchant ce Saint.
Prelat. C'est le premier de mes Ouvrages
, et le fruit du voyage que je fis à
Bayeux il y a 25 ans. J'en ai donné communication
à des Sçavans du Clergé de la
même Ville , qui m'ont déclaré n'avoir
jamais ajouté plus de foy à la tradition
Bes
446 MERCURE DE FRANCE
*
>
Bessine des derniers siècles , qu'à celle
qui s'étoit glissée à Paris , sur S. Denys ,
et ils m'ont prié de la rendre publique.
Je n'ai pas oublié d'y parler de la Chasuble
de ce Saint , que j'eus l'honneur de
voir , et qu'on m'assura avoir été regardée
par Dom Mabillon , comme infiniment
plus authentique que l'Etole et le
Manipule qu'on y joignoit. Elle est d'étoffe
de soye , à fond bleu , semée d'espece
de Tréfles , de couleur blanche. Je remarquai
sur l'Etole , qui est d'une étoffe
différente, une semence de Perles . M.Hermant
, que je vis alors dans sa Cure de
Maltor , proche Caën , n'en sçavoit pas
plus que moi , sur toutes ces choses ; et
il me déclara qu'il ne travailloit que sur
les Mémoires d'un Chanoine moderne
de Bayeux. On pourroit croire que l'Etoffe
de cette Chasuble auroit simplement
servi à couvrir les Ossemens de S. Renobert
depuis son décès , et qu'elle seroit
celle- là même que la Reine Ermentrude,
Epouse de Charles le Chauve, envoya,
sans être obligé de faire remonter son antiquité
jusqu'au septiéme siecle. On a
quelques exemples d'autres Etoffes , qui
ont servi de Poile aux Sépulcres des
* M. Hermant , Curé de Maltot , qui a écris
ene Histoire imparfaite du Diocèse de Bayeux.
Saints
MAR S. 1733. 447
Saints , et qui ont pris la dénomination
de ces mêmes Saints , en qualité de Manteau
ou de Voile , ou sous tel autre nom
qu'on a voulu leur donner après les avoir
mises en oeuvre. Au reste , ces sortes de
Reliques n'en sont pas moins vénérables
quand même eiles n'auroient pas servi
aux Saints dès leur vivant , mais seulement
après leur mort , témoins l'honneur
que les Catahois rendent au Voile du
Cercueil de Sainte Agathe ; les Auxerrois
,au Suaire de 5.Germain et la confiance
que ces peuples ont dans ces Reliques.
Quant à l'Inscription Arabe du petit of
fre qui renferme la Chasuble de S. Renobert
, vous êtes certainement le premier
qui avez appris au Public , l'explication
qui en a été faite par une personne tresentenduë.
Vous ne marquez point , Monsieur , si
c'est le Cartulaire de l'Evêché de Bayeux,
qui dit que l'ancienne confraternité de
P'Eglise Cathedrale de la même Ville
avec celle d'Auxerre , est fondée sur ce
que S. Exupere venant d'Italie passa par
la Ville d'Auxerre , et y prêcha le Christianisme
. Rien de plus vrai que l'existence
de cette ancienne confraternité; j'en ai
des preuves de plusieurs siecles ; mais il
n'y a pas d'apparence qu'elle soit établie
Suf
448 MERCURE DE FRANCE
-
sur le motif que vous citez , qui n'est
peut-être , qu'une simple conjecture des
Chanoines de Bayeux. Si le passage de
S. Exupere par notre Ville , étoit un fondement
suffisant pour une confraternité ,
pourquoi n'en eussions nous point eu
avec Messieurs du Chapitre de Rouen ,
puisque S. Mellon , leur premier Evêque ,
passa aussi par Auxerre en venant de
Rome , et qu'il y fit même une guérison
miraculeuse, rapportée dans sa vie ? Pourquoi
ne serions-nous pas en pareille liaison
avec les Chapitres de Lyon et de
Marseille, puisque notre premier Evêque ,
S. Pérégrin , y passa en venant icy , et eut
la gloire d'y prêcher de la même maniere
, le Christianisme , selon ses Actes ?
Ce n'est donc point sur le passage de
S. Exupere qu'est fondée la confraternité
des Eglises d Bayeux et d'Auxerre , quand
même on le croiroit ainsi à Bayeux ; mais
sur une raison plus recevable, et qui a fait
naître de semblables confraternitez entre
plusieurs autres Eglises. C'est que nous
possedons les Reliques de quelques - uns
de leurs Saints fameux , ou qu'ils posscdent
celles de quelques - uns des nôtres .
C'est sur ce principe que les Eglises de
Beauvais et d'Auxerre sont en confraternité
Le Corps de S. Just , Enfant
natif
MARS. 17337 445
·
,
natif d'Auxerre , repose dans la Cathe
drale de Beauvais , excepté sa tête , qui
fut transportée à Auxerre du Lieu du
Beauvoisis , où il avoit souffert le Martyre
. Ce motif est spécifié dans l'acte de
rénovation , dont on trouvera des vestitiges
dans les Registres du Chapitre de
Beauvais , au 18 Juin 1646. C'est ainsi
qu'en Espagne , les Chanoines de Saragoce
, et ceux de S. Vincent de la Rode, sont
en association dès l'an 1171. en considération
du Chef de S. Valere , Evêque de
Saragoce a. Si le passage d'un Saint pouvoit
influer dans l'origine des Confraternitez
d'Eglises éloignées , telles que sont
celles de Bayeux et d'Auxerre ; il y auroit
plus d'apparence que ce seroit celui de
S. Germain , dans le Diocèse de Bayeux ,
qui avoit contribué à cette liaison , parce
que ce grand nombre d'Eglises qui sont
sous ce nom dans la Basse - Normandie,est
une preuve que dans l'un de ses deux
Voyages de la Grande- Bretagne, il a passé
dans le Païs Bessin , en allant ou en reve
nant. On ne craint point même de montrer
à une petite lieuë de Bayeux , dans
l'Eglise du Village de Guéron, une Nappe
d'Autel , sur laquelle on dit qu'il a
célébré en passant .
2 Castellan . Bimestr. Januar. 29. pag. 444.
Mais
450 MERCURE DE FRANCE
•
que
Mais sans remonter si - haut , il y a infi
niment plus d'apparence que l'union des
Eglises d'Auxerre et de Bayeux vient du
transport fait autrefois des Reliques de
S. Renobert , celebre Evêque de cette
derniere Ville , et de S. Zénon , son Diacre
, dans fa Ville et dans le Diocèse
d'Auxerre . Leur culte y devint si fameux ,
dès le commencement du treiziéme
siécle , la seconde Paroisse de la Cité
d'Auxerre , dans laquelle est contenuë
une bonne partie du Cloître des Chanoines
, étoit sous l'invocation de ce Saint
Prélat , comme elle l'est encore aujourd'hui
. De là vient que dans la Cathédra
le et dans le Diocèse d'Auxerre on a fair
de immémorial , et au moins de- temps
puis 500 ans , l'Office de S. Renobert , et
qu'il y a plusieurs Autels de son nom ;
au lieu que jamais il n'y a été fait men
tion de S. Exupere , et qu'il n'y a aucun
Autel connu sous son invocation .
Outre l'Inscription Mahometane que
Vous avez publiée , tirée de dessus le Coffre
d'Ivoire du Trésor de Bayeux , j'au
rois souhaité que vous eussiez remarqué
dans la même Eglise une autre Inscription
bien plus récente, qui consiste en ces
deux Vers :
Cre
MARS. 1733. 45t
Credite mira Dei ; Serpens fuit hic lapis extans s
Sic transformatum Bartholus attulit buc.
L'explication des merveilles de Dieu
dont il y est parlé , est , ce me semble
de la competence des Naturalistes , et de
ceux qui font attention aux pétrifications
singulieres.
Ce n'est pas assez que le R. P. Tournemine
nous ait appris comment ce Coffre
a pû servir dès le neuvième siècle à
renfermer l'Etofe que le Roy Charles le
Chauve et la Reine Ermentrude envoyerent
pour orner les Cercueils ou la Sépulture
des Saints Renobert et Zénon 1
dont les Corps étoient alors réfugiez sur
les confins des Diocèses d'Evreux et de
Lisieux. Il ne seroit pas moins curieux et
important de découvrir le lieu d'où se fit
cet envoi. Charles étoit alors dans un Palais
Royal , appellé Vetera- Domus , que je
croi pouvoir traduire Vieux- Maison , ou
Vieille-Maison . C'est ce que nous tenons
d'un Historien du temps , imprimé au
XII Tome du Spicilege , par un autre
Historien du même siècle , imprimé an
premier Tome de la Bibliotheque des Ma
nuscrits du P. Labbe , pag. 548. et réim
primé beaucoup plus exactement l'année
derniere dans les Actes des Saints ,
du 31
Juil
452 MERCURE DE FRANCE
,
Juillet. On apprend que ce Vieux - Mal
son étoit dans le Païs Roumois : In pago
Rothomagensi. Il seroit donc à désirer que
l'Historien de Rouen , dont vous parlez
à la page 2138. de votre même Lettre ,
fit connoître au Public la situation précise
de cet ancien Palais des Rois de France;
d'autant qu'il n'en est fait aucune merition
dans la Diplomatique de Dom Mabillon
, ni dans la Notice des Gaules de
M. de Valois , non plus que dans le Glossaire
de M. du Cange . L'Eglise du Titre
de S. Germain d'Auxerre , voisine de ce
Palais , selon Héric , peut servir à faciliter
cette découverte ; et si l'on trouve un
Vieux Maison au Païs Roumois , avec
une Eglise ou Chapelle de ce Titre , qui
en soit peu éloignée , on sera suffisamment
assuré de la position de cette Mai-
´son Royale, qui est restée inconnuë jusqu'icy.
CommeCharles y tenoit ses Plaids ,
dans le temps de sa dévotion envers S.Renobert
, il me paroît que la chose est assez
importante pour mériter d'être débroüillées
et puisque dès le neuviéme siecle , ce
Palais étoit très - ancien , selon que son
nom le marque, il pouvoit avoir été bâti
sous la premiere Race de nos Rois , et
peut- être dès le temps des Romains . Je
suis , Monsieur , & c.
A Auxerre , ce 20 Novombre 1732 .
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Résumé : REMARQUES sur quelques endroits de la neuviéme Lettre du Voyage de Normandie, adressées à M. D. L. R.
En mars 1733, l'auteur écrit à M. D. L. R. pour exprimer son plaisir d'avoir lu neuf lettres relatant un voyage en Normandie, notamment la dernière parue dans le Mercure d'octobre précédent, qui traite de Bayeux. L'auteur, ayant visité Bayeux avant l'âge de vingt ans, mentionne que cette lettre évoque l'évêque Saint Renobert, sa chasuble et le coffre d'ivoire qui la contient, des éléments qu'il a observés en octobre 1707. L'auteur a mené des recherches sur Saint Renobert sept ans avant la publication de M. D. L. R. et a apprécié les informations des Mémoires de Trévoux d'octobre 1714. Il note une controverse sur le siècle auquel appartenait Saint Renobert, avec des débats en 1709. La version victorieuse le place au VIIe siècle, conformément aux Bollandistes, Dom Mabillon et d'autres érudits. L'auteur félicite M. D. L. R. pour son alignement avec cette chronologie, rejetant celle de l'Histoire moderne de l'Église de Bayeux. La lettre aborde également des légendes locales, comme celle de la consécration de Saint Renobert à Brive-la-Gaillarde par Saint Saturnin, une légende peu répandue. L'auteur mentionne une dissertation qu'il a écrite pour épurer les traditions du pays Bessin concernant Saint Renobert et discute de la chasuble du saint, vue par Dom Mabillon et décrite comme plus authentique que d'autres reliques. Enfin, la lettre traite des confraternités entre les églises de Bayeux et d'Auxerre, remettant en question la raison officielle de cette liaison et suggérant qu'elle pourrait être due au transfert des reliques de Saint Renobert et de Saint Zénon. L'auteur exprime également son souhait de voir des recherches supplémentaires sur un ancien palais royal mentionné dans les sources historiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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87
p. 454-458
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, au mois de Décembre 1732. sur l'état de la Religion en Moscovie.
Début :
On a imprimé dans la Gazette d'Amsterdam, du 25. Novembre dernier, [...]
Mots clefs :
Russie, Religion, Ribera, Clergé, Église, Luthériens, Libelle, Moscovie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, au mois de Décembre 1732. sur l'état de la Religion en Moscovie.
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux
Auteurs du Mercure , au mois de Décembre
1732. sur l'état de la Religion
en Moscovie.
O
Na imprimé dans la Gazette
d'Amsterdam , du 25. Novembre
dernier , une nouvelle qui fait le principal
sujet de cette Lettre. Cette Nouvelle
est ainsi énoncée. On écrit de Pesersbourg,
qu'on y avoit arrêté plusieurs personnes
à l'occasion d'un Libelle rempli d'in-
Vectives
MARS. 1733. 455
vectives contre les Protestans , et adressé an
Clergé de Russie.
La Moscovie fait aujourd'hui une figure
trop considerable dans l'Europe , et
la Religion Catholique est trop interessée
dans ce qui se passe au sujet du prétendu
Libelle , pour qu'on ne soit pas bien aise
de trouver dans votre Journal un petit
Commentaire , sur les paroles qui viennent
d'être rapportées .
Tout ce qu'il y a de veritables et de
zelez Moscovites , est aussi éloigné des
erreurs des Luthériens , qu'attaché au
Schisme qui les divise de l'Eglise Romaine
; mais la multitude des Luthériens
et des Calvinistes , qui depuis le Regne
de Pierre I. a commencé d'inonder la
Russie , a fait craindre au Clergé de cet
Empire , que leurs erreurs ne s'y introduisent
avec eux ; et 1Evenement n'a
que trop justifié cette crainte . Pour prévenir
ce malheur , le dernier Archevêque
de Resan , qui sous le titre d'Exarque
, étoit l'Administrateur du Patriar
chat , que le Czar a enfin aboli , et qui
étoit un Prélat également cher et rèspectable
à tous les Russes , composa un
Ouvrage en sa Langue , qu'il intitula :
Petra Fidei , et qui devoit être un préservatif
contre l'entrée et le progrès du
Lu
456 MERCURE DE FRANCE
Lutheranisme dans l'Eglise Grecque .
Cet Ouvrage allarma les Luthériens ,
qui y firent faire une Réponse par François
Buddée , l'un de leurs plus habiles
Professeurs ; c'est du moins sous son nom.
que l'Ouvrage a parû. Cette prétenduë
Apologie étant tombée entre les mains
du R. P. Ribera , Dominiquain , Docteur
en Théologie , qui avoit accompàgné
M. le Duc de Liria , Ambassadeur
de S. M. C. à la Cour de Russie , en
qualité d'Aumônier , avec le titre de
Missionnaire Apostolique ; le zele de ce
Pere s'enflamma à la vûe d'un Ouvrage
où la Religion Catholique , n'est , à la
verité , que foiblement attaquée , mais
où la passion prodiguoit les plus grossieres
calomnies , et n'épargnoit aucune
de ces expressions odieuses , dont les honnêtes
gens dans le Parti Luthérien ont
toûjours rougi.
L. P. Ribera répondit donc à cette
'Apologie ; il communiqua sa Réponse ,
avant que de la publier à des Personnes
du premier Rang dans le Clergé de
Russie , et l'Approbation unanime qu'ils
y donnerent le détermina à la dédier à
l'Imperatrice de Russie même.
La Cour de Moscovie n'auroit jamais
fait des affaires aux Partisans de cet Ouvrage
MARS. 17336
457
vrage , et n'en auroit pas même porté
ses plaintes dans des Cours Etrangeres
,
si le Ministere n'étoit composé que de
Membres
de l'Eglise Grecque ; voilà ce
que c'est que le prétendu Libelle dont
il est parlé dans la Gazette citée cy -dessus ."
Si vous voulez , avant que d'imprimer
ma Lettre , avoir une plus ample connoissance
de l'Ouvrage du P. Ribera ,.
vous en trouverez un Exemplaire chez
le R. P. le Quien , sçavant et celebre Do
miniquain du Convent de la Ruë S. Ho-'
noré , il se fera , sans doute , un plaisir
de vous le communiquer
. Je crois que
Pinterêt de la Religion doit engager les
Auteurs de differens Journaux Litteraires
d'en donner un Extrait.
Quoique ce ne soit pas le P. Ribera
qui vous écrit cette Lettre , si vous avez
besoin de quelques éclaircissemens sur
son contenu , vous pouvez vous adresser
à lui en droiture dans son Convent
à Vienne en Autriche , d'où je vous écris
ce 20 , Décembre 1732.
Je vous envoye en même-temps une
Traduction ou Imitation des fameux Vers
de Seneque. Stet quicumque volet , &c.
Elle a été faite pour le fameux Maréchal
Guy' de Staremberg , qui répetoit continuellement
et s'étoit appliqué ces Vers ;
Ç c'est
458 MERCURE DE FRANCE
que
c'est lui
le Traducteur
fait parler.
Avant que de publier la Lettre dont
on vient de lire l'Extrait , nous avons
cr devoir la communiquer
au R. P le
Quien, qui a bien voulu nous envoyer les
Observations
suivantes ,
Auteurs du Mercure , au mois de Décembre
1732. sur l'état de la Religion
en Moscovie.
O
Na imprimé dans la Gazette
d'Amsterdam , du 25. Novembre
dernier , une nouvelle qui fait le principal
sujet de cette Lettre. Cette Nouvelle
est ainsi énoncée. On écrit de Pesersbourg,
qu'on y avoit arrêté plusieurs personnes
à l'occasion d'un Libelle rempli d'in-
Vectives
MARS. 1733. 455
vectives contre les Protestans , et adressé an
Clergé de Russie.
La Moscovie fait aujourd'hui une figure
trop considerable dans l'Europe , et
la Religion Catholique est trop interessée
dans ce qui se passe au sujet du prétendu
Libelle , pour qu'on ne soit pas bien aise
de trouver dans votre Journal un petit
Commentaire , sur les paroles qui viennent
d'être rapportées .
Tout ce qu'il y a de veritables et de
zelez Moscovites , est aussi éloigné des
erreurs des Luthériens , qu'attaché au
Schisme qui les divise de l'Eglise Romaine
; mais la multitude des Luthériens
et des Calvinistes , qui depuis le Regne
de Pierre I. a commencé d'inonder la
Russie , a fait craindre au Clergé de cet
Empire , que leurs erreurs ne s'y introduisent
avec eux ; et 1Evenement n'a
que trop justifié cette crainte . Pour prévenir
ce malheur , le dernier Archevêque
de Resan , qui sous le titre d'Exarque
, étoit l'Administrateur du Patriar
chat , que le Czar a enfin aboli , et qui
étoit un Prélat également cher et rèspectable
à tous les Russes , composa un
Ouvrage en sa Langue , qu'il intitula :
Petra Fidei , et qui devoit être un préservatif
contre l'entrée et le progrès du
Lu
456 MERCURE DE FRANCE
Lutheranisme dans l'Eglise Grecque .
Cet Ouvrage allarma les Luthériens ,
qui y firent faire une Réponse par François
Buddée , l'un de leurs plus habiles
Professeurs ; c'est du moins sous son nom.
que l'Ouvrage a parû. Cette prétenduë
Apologie étant tombée entre les mains
du R. P. Ribera , Dominiquain , Docteur
en Théologie , qui avoit accompàgné
M. le Duc de Liria , Ambassadeur
de S. M. C. à la Cour de Russie , en
qualité d'Aumônier , avec le titre de
Missionnaire Apostolique ; le zele de ce
Pere s'enflamma à la vûe d'un Ouvrage
où la Religion Catholique , n'est , à la
verité , que foiblement attaquée , mais
où la passion prodiguoit les plus grossieres
calomnies , et n'épargnoit aucune
de ces expressions odieuses , dont les honnêtes
gens dans le Parti Luthérien ont
toûjours rougi.
L. P. Ribera répondit donc à cette
'Apologie ; il communiqua sa Réponse ,
avant que de la publier à des Personnes
du premier Rang dans le Clergé de
Russie , et l'Approbation unanime qu'ils
y donnerent le détermina à la dédier à
l'Imperatrice de Russie même.
La Cour de Moscovie n'auroit jamais
fait des affaires aux Partisans de cet Ouvrage
MARS. 17336
457
vrage , et n'en auroit pas même porté
ses plaintes dans des Cours Etrangeres
,
si le Ministere n'étoit composé que de
Membres
de l'Eglise Grecque ; voilà ce
que c'est que le prétendu Libelle dont
il est parlé dans la Gazette citée cy -dessus ."
Si vous voulez , avant que d'imprimer
ma Lettre , avoir une plus ample connoissance
de l'Ouvrage du P. Ribera ,.
vous en trouverez un Exemplaire chez
le R. P. le Quien , sçavant et celebre Do
miniquain du Convent de la Ruë S. Ho-'
noré , il se fera , sans doute , un plaisir
de vous le communiquer
. Je crois que
Pinterêt de la Religion doit engager les
Auteurs de differens Journaux Litteraires
d'en donner un Extrait.
Quoique ce ne soit pas le P. Ribera
qui vous écrit cette Lettre , si vous avez
besoin de quelques éclaircissemens sur
son contenu , vous pouvez vous adresser
à lui en droiture dans son Convent
à Vienne en Autriche , d'où je vous écris
ce 20 , Décembre 1732.
Je vous envoye en même-temps une
Traduction ou Imitation des fameux Vers
de Seneque. Stet quicumque volet , &c.
Elle a été faite pour le fameux Maréchal
Guy' de Staremberg , qui répetoit continuellement
et s'étoit appliqué ces Vers ;
Ç c'est
458 MERCURE DE FRANCE
que
c'est lui
le Traducteur
fait parler.
Avant que de publier la Lettre dont
on vient de lire l'Extrait , nous avons
cr devoir la communiquer
au R. P le
Quien, qui a bien voulu nous envoyer les
Observations
suivantes ,
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, au mois de Décembre 1732. sur l'état de la Religion en Moscovie.
En décembre 1732, une lettre adressée aux auteurs du Mercure traite de la situation religieuse en Moscovie. Elle fait référence à une nouvelle de la Gazette d'Amsterdam, rapportant l'arrestation de plusieurs personnes à Pesersbourg pour un libelle contenant des attaques contre les protestants, destiné au clergé russe. La Moscovie, en raison de son importance en Europe et des intérêts de la religion catholique, attire une attention particulière concernant ce libelle. Les Moscovites sont décrits comme éloignés des erreurs luthériennes et attachés au schisme qui les sépare de l'Église romaine. Cependant, l'afflux de luthériens et de calvinistes en Russie depuis le règne de Pierre I a inquiété le clergé local, craignant l'introduction de leurs doctrines. Pour contrer cette menace, le dernier archevêque de Resan a composé un ouvrage intitulé 'Petra Fidei' pour protéger l'Église grecque contre le luthéranisme. Cet ouvrage a suscité une réponse de François Budde, un professeur luthérien. La réponse est tombée entre les mains du père Ribera, un dominicain et docteur en théologie, qui a rédigé une réfutation. Cette réfutation a été approuvée par des membres éminents du clergé russe et dédiée à l'impératrice de Russie. La lettre suggère que la cour de Moscovie n'aurait pas réagi si le ministère était composé uniquement de membres de l'Église grecque. L'auteur de la lettre propose aux auteurs du Mercure de consulter le père le Quien pour obtenir un exemplaire de l'ouvrage du père Ribera et en donner un extrait. La lettre se conclut par une traduction des vers de Sénèque, faite pour le maréchal Guy de Starhemberg.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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88
p. 458-461
OBSERVATIONS du R. P. le Quien.
Début :
Il paroît par la Réponse que le P. Ribera a publiée contre le Livre du Ministre [...]
Mots clefs :
Église, Exarque, Archevêque, Grecs schismatiques, Doctrine, Ribera, Protestants
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS du R. P. le Quien.
OBSERVATIONS du R. P. le Quien.
Il paroît par la Réponse que le P. Ri
bera a publice contre le Livre du Ministre
Luthérien François Buddeus , que
celui de l'Exarque Moscovite est un Ouvrage
de conséquence , et que c'est à bon.
droit que plusieurs Personnes judicieuses
ont écrit ici de ce Pays - là , qu'il est important
pour l'interêt de l'Eglise Catholique
qu'on le traduise en Latin , comme
on a fait en Grec un semblable Ecrit,
mais plus succint , de Pierre Mogilas ,
Archevêque et Métropolitain de la petite
Russie.
L'Ouvrage de l'Archevêque de Rezan ,
est solide et sérieux , très- digne du rang
que son Anteur a tenu dans son Eglise ;
et il n'a mérité d'être traité de Libelle
le Gazetier Hollandois, que parce que
par
ayant été composé pour prémunir ceux
de la Nation Kussienne contre les Nouveautez
pernicieuses qu'on vouloit y semer,
il a été à propos d'entrer dans quelque
M.ARS. 1733
459
que détail de la vie et des moeurs des
premiers Apôtres du nouvel Evangile.
Ce Prélat a crû , avec raison , que les
Moscovites faisant la comparaison de ces
Nouveautez avec les SS. Peres de l'Eglise
, dont ils ont , graces à Dieu , conservé
les Dogies , concevroient pour eux
plus d'éloignement et d'aversion . Rien ;
à la verité , n'est plus mortifiant pour
les Sectes Protestantes , qu'après les tentatives
réïterées et fréquentes qu'ils ont
faites pour introduire leur Doctrine chez
les Grecs Schismatiques , ils n'ayent obtenu
d'eux que des anathêmes , qu'ils
leur ont lancez dans plusieurs Conciles ;
et que dans un vaste Pays comme la Moscovie
, qui a si long - temps été fermé ,
pour ainssi - dire , aux Etrangers , la même
Doctrine que les Catholiques professent
et deffendent contre les Protestans , s'y
soit conservée pute et sans tache jusqu'à
présent.
Avant notre Exarque , Adam Olearius
tout Luthérien obstiné qu'il étoit , ne l'a
pas dissimulé en décrivant ses Voyages.
Il l'a même confirmé dans une Lettre
qu'il écrivit à M. du Cambout de Pont-
Château en 1667. témoignage qu'on ne
sçauroit dire avoir été obtenu par quelque
fraude que ce puisse être ; mais
C ij - donné
460 MERCURE DE FRANCE
donné par une personne non suspecte ,
pour détruire ce qu'un Ministre Calviniste
avoit crû devoir dire , qu'il avoit
écrit cela sans reflexion .
Les Protestans ont traité de Grecs latinisez
, ceux qui ont aussi donné des
témoignages de la conformité de la Doctrine
de leur Eglise avec celle de l'Eglise
Romaine , sur les Articles qui nous divisent
; on les a si solidement réfutez
qu'ils devroient rougir d'alleguer encore
une telle deffaite . C'est un lieu commun
des plus usez ; mais c'est en quoi Buddeus
, qui s'en sert pour s'y retrancher
a fait voir combien la Cause qu'il deffend
est insoutenable. C'est pourtant son
unique ressource , il veut qu'on croye
que l'Exarque Javorski , s'est voulu vens
dre et prostituer aux Romains , en pu
bliant son Ouvrage contre Luther.
Le Livre du P. Ribera merite d'être lû,
en attendant que nous ayions une Traduc
tion exacte de celui de l'Archevêque de
Rezan. Il est intitulé : RESPONSUM ANTAFOLOGETICUM
Ecclesia Catholica contra'
calumniosas Blasphemias Joan, Francisci
Buddei nomine vulgatas in Orthodoxos La
tinos et Gracos , quo PETRÆ FIDEI , à
Stephano Favorskio Resanensi Metropolita
&c. ad evertendum Lutheri Pantheon
jacte
MARS. 1733. 461
6
jacle , repetitus ictus . Datum ad omnes Fideles
et Sereniss . Altiss. et Potentiss. Domina
ANNE JOANNOWE , totius Russia Imperatrici
, & c. dicatum . A. R. P. F. Bernar
do Ribera , Barchinonensi ex Ord. Prad.
Sacra Theol. Doctore et Regio Prof. Publ.
apud Excell. D. Ducem DE LIRIA , &C.
Catholici Hispaniarum Regis Legatum in
Russiam , Missionario Apostolico . VIENNE
Typis Maria Theresia Volgein viduæ ,
Univ. Typogr. M. DCC . XXX I.
Cet ouvrage est d'une érudition exacte
et solide , et beaucoup plus ample que
ne l'est ordinairement celle des Théologiens
Espagnols , qui ne s'appliquent
guere à traiter de la Théologie Dogmatique.
L'Auteur témoigne qu'il ne l'a
publié qu'après l'avoir fait lire et examiner
par les Evêques de Russie , qui l'ont
exhorté à le faire au plutôt imprimer. Les
fréquentes Conférences qu'il a eûës avec
ces Prélats , lui font rendre d'eux ce témoignage
, que , quoiqu'ils se trouvent
aujourd'hui séparez de l'Eglise par la dépendance
où ils ont été de l'Eglise de
Constantinople , qui a fait schisme avec
celle de Rome , il n'a rien trouvé en eux.
de cette aversion et de cette haine que
les Grecs Schismatiques ont marqué dans
leurs Ecrits contre les Latins.
Il paroît par la Réponse que le P. Ri
bera a publice contre le Livre du Ministre
Luthérien François Buddeus , que
celui de l'Exarque Moscovite est un Ouvrage
de conséquence , et que c'est à bon.
droit que plusieurs Personnes judicieuses
ont écrit ici de ce Pays - là , qu'il est important
pour l'interêt de l'Eglise Catholique
qu'on le traduise en Latin , comme
on a fait en Grec un semblable Ecrit,
mais plus succint , de Pierre Mogilas ,
Archevêque et Métropolitain de la petite
Russie.
L'Ouvrage de l'Archevêque de Rezan ,
est solide et sérieux , très- digne du rang
que son Anteur a tenu dans son Eglise ;
et il n'a mérité d'être traité de Libelle
le Gazetier Hollandois, que parce que
par
ayant été composé pour prémunir ceux
de la Nation Kussienne contre les Nouveautez
pernicieuses qu'on vouloit y semer,
il a été à propos d'entrer dans quelque
M.ARS. 1733
459
que détail de la vie et des moeurs des
premiers Apôtres du nouvel Evangile.
Ce Prélat a crû , avec raison , que les
Moscovites faisant la comparaison de ces
Nouveautez avec les SS. Peres de l'Eglise
, dont ils ont , graces à Dieu , conservé
les Dogies , concevroient pour eux
plus d'éloignement et d'aversion . Rien ;
à la verité , n'est plus mortifiant pour
les Sectes Protestantes , qu'après les tentatives
réïterées et fréquentes qu'ils ont
faites pour introduire leur Doctrine chez
les Grecs Schismatiques , ils n'ayent obtenu
d'eux que des anathêmes , qu'ils
leur ont lancez dans plusieurs Conciles ;
et que dans un vaste Pays comme la Moscovie
, qui a si long - temps été fermé ,
pour ainssi - dire , aux Etrangers , la même
Doctrine que les Catholiques professent
et deffendent contre les Protestans , s'y
soit conservée pute et sans tache jusqu'à
présent.
Avant notre Exarque , Adam Olearius
tout Luthérien obstiné qu'il étoit , ne l'a
pas dissimulé en décrivant ses Voyages.
Il l'a même confirmé dans une Lettre
qu'il écrivit à M. du Cambout de Pont-
Château en 1667. témoignage qu'on ne
sçauroit dire avoir été obtenu par quelque
fraude que ce puisse être ; mais
C ij - donné
460 MERCURE DE FRANCE
donné par une personne non suspecte ,
pour détruire ce qu'un Ministre Calviniste
avoit crû devoir dire , qu'il avoit
écrit cela sans reflexion .
Les Protestans ont traité de Grecs latinisez
, ceux qui ont aussi donné des
témoignages de la conformité de la Doctrine
de leur Eglise avec celle de l'Eglise
Romaine , sur les Articles qui nous divisent
; on les a si solidement réfutez
qu'ils devroient rougir d'alleguer encore
une telle deffaite . C'est un lieu commun
des plus usez ; mais c'est en quoi Buddeus
, qui s'en sert pour s'y retrancher
a fait voir combien la Cause qu'il deffend
est insoutenable. C'est pourtant son
unique ressource , il veut qu'on croye
que l'Exarque Javorski , s'est voulu vens
dre et prostituer aux Romains , en pu
bliant son Ouvrage contre Luther.
Le Livre du P. Ribera merite d'être lû,
en attendant que nous ayions une Traduc
tion exacte de celui de l'Archevêque de
Rezan. Il est intitulé : RESPONSUM ANTAFOLOGETICUM
Ecclesia Catholica contra'
calumniosas Blasphemias Joan, Francisci
Buddei nomine vulgatas in Orthodoxos La
tinos et Gracos , quo PETRÆ FIDEI , à
Stephano Favorskio Resanensi Metropolita
&c. ad evertendum Lutheri Pantheon
jacte
MARS. 1733. 461
6
jacle , repetitus ictus . Datum ad omnes Fideles
et Sereniss . Altiss. et Potentiss. Domina
ANNE JOANNOWE , totius Russia Imperatrici
, & c. dicatum . A. R. P. F. Bernar
do Ribera , Barchinonensi ex Ord. Prad.
Sacra Theol. Doctore et Regio Prof. Publ.
apud Excell. D. Ducem DE LIRIA , &C.
Catholici Hispaniarum Regis Legatum in
Russiam , Missionario Apostolico . VIENNE
Typis Maria Theresia Volgein viduæ ,
Univ. Typogr. M. DCC . XXX I.
Cet ouvrage est d'une érudition exacte
et solide , et beaucoup plus ample que
ne l'est ordinairement celle des Théologiens
Espagnols , qui ne s'appliquent
guere à traiter de la Théologie Dogmatique.
L'Auteur témoigne qu'il ne l'a
publié qu'après l'avoir fait lire et examiner
par les Evêques de Russie , qui l'ont
exhorté à le faire au plutôt imprimer. Les
fréquentes Conférences qu'il a eûës avec
ces Prélats , lui font rendre d'eux ce témoignage
, que , quoiqu'ils se trouvent
aujourd'hui séparez de l'Eglise par la dépendance
où ils ont été de l'Eglise de
Constantinople , qui a fait schisme avec
celle de Rome , il n'a rien trouvé en eux.
de cette aversion et de cette haine que
les Grecs Schismatiques ont marqué dans
leurs Ecrits contre les Latins.
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Résumé : OBSERVATIONS du R. P. le Quien.
Le texte relate les observations du R. P. le Quien sur un ouvrage de l'Exarque Moscovite, considéré comme crucial pour l'Église Catholique et digne d'une traduction en latin. Cet ouvrage, rédigé par l'Archevêque de Rezan, est caractérisé par sa solidité et sa sérieux, ayant pour but de défendre les Moscovites contre les nouvelles doctrines protestantes. Les efforts des protestants pour diffuser leur doctrine en Russie ont été infructueux, comme l'a souligné Adam Olearius. Les protestants ont été contredits par des témoignages attestant de la conformité entre la doctrine de l'Église russe et celle de l'Église romaine. Le livre du P. Ribera, intitulé 'RESPONSUM ANTAFOLOGETICUM', est recommandé en attendant une traduction précise de l'ouvrage de l'Archevêque de Rezan. Cet ouvrage est apprécié pour son érudition et son ampleur. Il a été examiné par les évêques de Russie, qui n'ont manifesté aucune hostilité envers les Latins malgré le schisme avec l'Église de Rome.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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89
p. 472-480
LETTRE écrite à M. D. L. R. par M. L. B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, sur l'usage des Habits Canoniaux et Militaires, à l'occasion de ce qui est rapporté dans le Mercure du mois de Juin dernier, de la Réception de M. le Comte de Chastellux.
Début :
J'aurois bien souhaité, Monsieur, que le Mémoire qu'on vous a envoyé touchant [...]
Mots clefs :
Église, Auxerre, Chanoine, Chapitre, Ecclesia, Cathédrale, Comte de Chastellux, Chanoines, Tournon, Utrecht, Habits canoniaux
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. D. L. R. par M. L. B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, sur l'usage des Habits Canoniaux et Militaires, à l'occasion de ce qui est rapporté dans le Mercure du mois de Juin dernier, de la Réception de M. le Comte de Chastellux.
LETTRE écrite à M. D. L. R. par
M. L. B. Chanoine et Sous -Chantre
d'Auxerre , sur l'usage des Habits Canoniaux
et Militaires , à l'occasion de
ce qui est rapporté dans le Mercure du
mois deJuin dernier , de la Réception de
M. le Comte de Chastellux.
J
' Aurois bien souhaité , Monsieur ,
que
le Mémoire qu'on vous a envoyé touchant
la Réception de M. le Comte de
Chastellux , en qualité de premier Chanoine
Hereditaire de notre Eglise , eût
été plus érendu , pour la satisfaction du
Public , qui goûte assez ces sortes de détails
de Ceremonies rares ; mais cela n'a
pas dépendu de moi , et il a fallu déferer
au sentiment de quelques personnes que
je respecte , qui avoient recommandé la
brieveté .
Je suis bien aise qu'au moins on y ait
inseré l'origine du droit de la Maison de
Chastellux , et qu'on y ait parié de la
Ville de Cravan ou Crevan , conformé
ment aux Titres du XV . Siecle. Le peu
qu'on en dit me confirme dans l'idée que
j'ai eue depuis que j'ai pris connoissance
de
MARS. 1733 .
473
de nos Antiquitez , qu'on a voulu l'honorer
dans l'Eglise d'Aux erre à perpetuité
, par ce droit de Restituteur de la
principale Terre du Chapitre , de même
qu'on y honote le Donateur par des marques
d'une veneration particuliere presque
tous les jours de l'année , depuis le
temps de sa mort , arrivée au X. Siecle.
Ce seroit en effet s'exposer à être taxé
d'ingratitude , que d'en agir autrement :
Alias de ingratitudinis vitio , quod abominabile
meritò judicatur , et à quibusvis
fidelibus , præsertim viris Ecclesiasticis debet
effectualiter abhorreri , possemus non immeritò
reprehendi , disoient nos
Predecesseurs.
Les mêmes personnes qui s'exprimoient
ainsi il y a trois cent ans , te
noient par tradition de ceux qui les
avoient précedez , les marques de gratitude
qu'ils nous ont transmises envers
l'Evêque Guy le Sénonois , le premier de
tous ceux qui ont eu l'Eglise Cathédrale
pour sépulture ; et sa mémoire ne pourra
jamais tomber dans l'oubli , quoique
quelques personnes ayent contribué de
nos jours par inadvertance et peutêtre
sans le vouloir , à faire perdre de
vûë les vestiges qui restent de la reconnoissance
de ce bienfait. Je ne dis rien
sur l'origine de cette donation , qui ne
soit
474 MERCURE DE FRANCE
soit déja tout publié , et dont l'on n'ait
la preuve dans l'Histoire imprimée des
Evêques d'Auxerre aux pages 445. et
446. du premier Volume de la Bibliotheque
des Manuscrits du P. Labbe ,
Jesuite ; et les Etrangers qui examinent
soigneusement les Peintures de l'Eglise
Cathédrale d'Auxerre , ne manquent pas
d'y lire sous la figure de ce Guy, Beatus
Guydo , et d'en conclure quelque chose.
Mais ceci M. n'est pas le sujet de l'apostille
que vous avez faite au Memoire
qui vous fut envoyé au mois de Juin.
Il paroit que vous souhaiteriez sçavoir
si l'usage de voir des habits Militaires ou
Seculiers réunis avec les habits Canoniaux
sur une même personne est ancien , et s'il
est à present singulier à l'Eglise d' Auxerre.
Je ne sçaurois vous parler de l'Antiquité
de cet usage qu'en vous apprenant
en même temps qu'autrefois il n'étoit
pas si rarequil l'est de nos jours . Il étoit
assez commun de voir de gros Seigneurs
Bienfacteurs d'une Eglise avoir rang parmi
les Chanoines et se placer au Choeur
en habit Militaire , même avec des Eperons
et des Armes. Les Statuts du Chapitre
de Toul , compilez l'an 1491. s'expliquent
ainsi au Chapitre IV . Nobiles
Scutiferi et Milites specialiter hujus Ecclesia
M.A R 6. 1733. 479
sia Vassalli , cùm intrant Chorum , admitts
debent portare calcaria et arma ; et collo
cantur inter Archidiaconos et Canonicos ,
quia Defensores sunt Ecclesia pro debito
sue Nobilitatis. Ce petit Monument rédigé
en Latin , n'est point encore si curieux
à lire que celui que M. Baluse a
publié dans ses Preuves de l'Histoire de
la Maison d'Auvergne , à la page 471 .
Pour vous épargner la peine de le consulter
dans le Livre même , je transcrirai
ici en entier la Notice qu'en a donnée
ce celebre Antiquaire .
Extrait des Memoires d'André Duchesne
» Acte en datte du xxvij. Noyembre
1405. en présence de Jean Guineau ,
» Clerc Notaire , par lequel il appert
» comme Noble et Puissant Messire Gui-
» chard Dauphin , Chevalier Baron de
» la Ferté- Chauderon , Seigneur de Jali-
" gny , se transportą à la Porte de l'E-
>> glise Cathédrale de Nevers , les Epe
>> rons dorez chaussez , l'Epée ceinte et
>> le Faucon sur le poing : où étant vin-
>> rent au-devant de lui le College de la
dite Eglise , Chanoines et Chapelains ,
revétus de Chappes , avec la Croix
» l'Eau - Benite et les Cierges allumez . Et
» Messire Pierre le Clerc , Archidiacre de
» Desise
476 MERCURE DE FRANCE
"
» Desise en ladite Eglise , le prenant par
» la main , le mena en l'état cy - dessus
en l'Eglise jusques devant le Grand-
» Autel. Puis la Grand'Messe étant dite ,
>>
le menerent dans le Chapitre , où ils
>> le reçurent pour leur Confrere et Cha-
» noine , ainsi qu'il avoit été fait à ses
» Prédecesseurs , après qu'il eut donné
» son Serment sur les saints Evangiles , et
protesté qu'il ne réveleroit jamais les se-
>> crets du Chapitre en choses qui lui
» pourroient préjudicier. Puis baisa à la
» bouche ledit Archidiacre , Messire Jacques
de Besson , Jean de Maurigny et
» autres Chanoines d'icelle Eglise. Puis
>> remenerent ledit Baron en l'Eglise , et
» le firent asseoir au quatriéme Siege du
» côté de l'Archidiacte de Nevers , présens
Nobles hommes Messire Pierre de
» Veaulce , Jean de Montagu le Belin
Joseph de Citin , et Claudin Bastard
» de Jaligny , Chevaliers , Philippes de
» Villaines , Guichard de Villiers , Etien-
>> ne de Poisson, Guillaume de Chevenon,
Jean Chauderon , Jean d'Aligny le jeu
» ne , et Antoine d'Armes , Ecuyers.
Etant tombé sur un Livre intitulé ,
Le Chanoine , composé par Vital Bernard,
Chanoine du Puy en Vellay , et imprimé
en 1645. j'y ai lû aux pages 8o. et 81 .
ce
MARS. 1733
477
ce qui suit. » Le Duc de Brabant est Cha-
» noine né de l'Eglise Archiepiscopale
» d'Utrecht. Charles V. Empereur et Roy
» d'Espagne ; en cette qualité de Duc ,
» ( comme il alloit recevoir la Couronne
Imperiale en la Ville d'Aix -la - Chapelle)
» passant à Utrecht , y prit le Surplis et
>> assista au Service , comme les autres
» Chanoines, le 13. Octobre 15 20. Même
» Privilege est acquis au Seigneur de Tour-
» non , en l'Eglise de S. Just de Lyon .
"
Ici l'Auteur déclare son sentiment sur
l'origine de ce droit du Seigneur de Tournon
qu'il fait venir d'une Fondation du
quatriéme Siecle ; mais je ne veux pas
en être garant. Puis il ajoûte ce trait , qui
test plus curieux . » Paradin , en son His-
» toire de Lyon , dit qu'il assista en 1542 .
à la Prise de Possession de ce Droit
» honorifique d'un Seigneur de Tournon ,
et que Jacques de Tournon , Evêque
de Valence , son frere , le voyant re
» vétu d'une courte Robbe de Damas
» avec un Surplis dessus , l'Aumusse au
» bras et l'Epée au côté. Voilà , mon frere ,
❤ ( dit- il en le raillant ) qui représente bien
les trois Etats.
Je ne m'étends point sur un droit assez
semblable, dont jouissent 4 ou 5 Seigneurs
dans l'Eglise Cathedrale d'Auch , si on en
croit
478 MERCURE DE FRANCE
croît le même Chanoine , parce que je
n'en connois point assez les circonstances
, non plus que sur les droits de certains
Seigneurs dans l'Eglise de S. Martin
de Tours , où l'on dit que le Comte d'Anjou
est Chanoine ; de consuetudine et habet
Prebendam in blado et vino et nummis ; en
mémoire du Comte d'Anjou Ingelger ,
qui fit rapporter d'Auxerre à Tours , le
Corps de S. Martin , au neuvième siècle.
Voyez encore Héméré , en son Histoire
de S. Quentin , à la page 201.
Au reste , plus ces Auteurs sont succincts
sur ces sortes de matieres , plus ils
laissent d'obscurité
après eux ; et c'est
pour cela que je croi que le Cérémonial
observé en ces occasions , ne sçauroit être
trop expliqué. Pouvez - vous , en off.t ,
comprendre
ce que veut dire Platina ,
quand il écrit que le jour que Charles-
Quint assista au Service , dans la Cathedrale
d'Utrecht , il étoit talari indutus
linteo et sacra amictus vesie ? Vital Bernard
a tort de traduire , talare linteum , par le
mot de Surplis ; ce doit être une Aube
traînanté jusqu'aux
talons . Il laisse aussi
à deviner ce qu'étoit ce Sacra vestis qui le
couvroit ; c'étoit apparemment
une Chape
ou une Dalmatique
.
Je vous ai fait remarquer , Monsieur ,
en
MAR S. 1733- 479
en.1726. que les Empereurs lisoient encore
à Rome au xiy siécle , une Leçon à
P'Office des Grandes Fêtes , la Chape sur
le Corps , et l'Epée nuë à la main a . J'y
ajoutai une remarque touchant les Trésoriers
de quelques Cathédrales , qui anciennement
pouvoient assister à l'Office
avec des marques de distinction , sembla
bles à celles de M. de Chastellux . C'est
tout ce qui est de ma connoissance dans
la matiere dont il s'agit ; cat il ne me
reste aucune preuve qu'un semblable usag
existe dans l'Eglise de Chartres , ainsį
qu'on l'avoit divulgué , et il ne faut pas
confondre avec notre usage , celui de
Chartres, de faire présenter à l'Offrande ,
le 15 jour d'Août , par un Officier de la
Terre de Maintenon , un Epervier , pre
nant Proye ; lequel Oyseau doit être porté
par le Diacre au Régent de la Prébende
, duquel les Officiers de Maintenon
le rachetent, Ce que vous avez lû ci-dessus
, tiré des Statuts du Chapitre de Toul ,
avec ce que nous voyons dans le Nécrologe
de l'Eglise d'Auxerre , écrit au xr et
XIe siècles , et publié en partie par Dom
Martene b , où quantité de Seigneur sont
ainsi désignez ; Obiit N... Miles Sancti
a Mercure , Janvier 1726. pag. 31 et 32,
b Ampliss, Colleic, Tom. 6
Stephani
48 MERCURE DE FRANCE
Stephani , ou bien , Miles hujus Ecclesia.
Tout cela , dis- je , peut appuyer la pensée
qui vient naturellement , que le Chanoine
revêtu du Canonicat héréditaire
d'Auxerre , est à peu près dans l'état
où se trouvoient- ces anciens Deffenseurs
et Protecteurs des biens de l'Eglise .
M. Ducange , qui avoit vû cet Ouvrage
en manuscrit , n'a pas oublié dans
son Glossaire , celui qui est qualifié au
4 jour d'Avril dans ce Nécrologe : Hujus
Ecclesia Vexillarius ; et il paroît que
ce Titre de Vexillarius n'étoit pas fort
commun , puisqu'il ne rapporte que cet
exemple de Léoteric , Vicomte d'Auxer
re , qu'il joint à celui de Jacques , Roy
d'Arragon , qualifié en 1309. S. Romana
Ecclesia Vexillarius.
A Auxerre , le 10 Decembre 1732.
M. L. B. Chanoine et Sous -Chantre
d'Auxerre , sur l'usage des Habits Canoniaux
et Militaires , à l'occasion de
ce qui est rapporté dans le Mercure du
mois deJuin dernier , de la Réception de
M. le Comte de Chastellux.
J
' Aurois bien souhaité , Monsieur ,
que
le Mémoire qu'on vous a envoyé touchant
la Réception de M. le Comte de
Chastellux , en qualité de premier Chanoine
Hereditaire de notre Eglise , eût
été plus érendu , pour la satisfaction du
Public , qui goûte assez ces sortes de détails
de Ceremonies rares ; mais cela n'a
pas dépendu de moi , et il a fallu déferer
au sentiment de quelques personnes que
je respecte , qui avoient recommandé la
brieveté .
Je suis bien aise qu'au moins on y ait
inseré l'origine du droit de la Maison de
Chastellux , et qu'on y ait parié de la
Ville de Cravan ou Crevan , conformé
ment aux Titres du XV . Siecle. Le peu
qu'on en dit me confirme dans l'idée que
j'ai eue depuis que j'ai pris connoissance
de
MARS. 1733 .
473
de nos Antiquitez , qu'on a voulu l'honorer
dans l'Eglise d'Aux erre à perpetuité
, par ce droit de Restituteur de la
principale Terre du Chapitre , de même
qu'on y honote le Donateur par des marques
d'une veneration particuliere presque
tous les jours de l'année , depuis le
temps de sa mort , arrivée au X. Siecle.
Ce seroit en effet s'exposer à être taxé
d'ingratitude , que d'en agir autrement :
Alias de ingratitudinis vitio , quod abominabile
meritò judicatur , et à quibusvis
fidelibus , præsertim viris Ecclesiasticis debet
effectualiter abhorreri , possemus non immeritò
reprehendi , disoient nos
Predecesseurs.
Les mêmes personnes qui s'exprimoient
ainsi il y a trois cent ans , te
noient par tradition de ceux qui les
avoient précedez , les marques de gratitude
qu'ils nous ont transmises envers
l'Evêque Guy le Sénonois , le premier de
tous ceux qui ont eu l'Eglise Cathédrale
pour sépulture ; et sa mémoire ne pourra
jamais tomber dans l'oubli , quoique
quelques personnes ayent contribué de
nos jours par inadvertance et peutêtre
sans le vouloir , à faire perdre de
vûë les vestiges qui restent de la reconnoissance
de ce bienfait. Je ne dis rien
sur l'origine de cette donation , qui ne
soit
474 MERCURE DE FRANCE
soit déja tout publié , et dont l'on n'ait
la preuve dans l'Histoire imprimée des
Evêques d'Auxerre aux pages 445. et
446. du premier Volume de la Bibliotheque
des Manuscrits du P. Labbe ,
Jesuite ; et les Etrangers qui examinent
soigneusement les Peintures de l'Eglise
Cathédrale d'Auxerre , ne manquent pas
d'y lire sous la figure de ce Guy, Beatus
Guydo , et d'en conclure quelque chose.
Mais ceci M. n'est pas le sujet de l'apostille
que vous avez faite au Memoire
qui vous fut envoyé au mois de Juin.
Il paroit que vous souhaiteriez sçavoir
si l'usage de voir des habits Militaires ou
Seculiers réunis avec les habits Canoniaux
sur une même personne est ancien , et s'il
est à present singulier à l'Eglise d' Auxerre.
Je ne sçaurois vous parler de l'Antiquité
de cet usage qu'en vous apprenant
en même temps qu'autrefois il n'étoit
pas si rarequil l'est de nos jours . Il étoit
assez commun de voir de gros Seigneurs
Bienfacteurs d'une Eglise avoir rang parmi
les Chanoines et se placer au Choeur
en habit Militaire , même avec des Eperons
et des Armes. Les Statuts du Chapitre
de Toul , compilez l'an 1491. s'expliquent
ainsi au Chapitre IV . Nobiles
Scutiferi et Milites specialiter hujus Ecclesia
M.A R 6. 1733. 479
sia Vassalli , cùm intrant Chorum , admitts
debent portare calcaria et arma ; et collo
cantur inter Archidiaconos et Canonicos ,
quia Defensores sunt Ecclesia pro debito
sue Nobilitatis. Ce petit Monument rédigé
en Latin , n'est point encore si curieux
à lire que celui que M. Baluse a
publié dans ses Preuves de l'Histoire de
la Maison d'Auvergne , à la page 471 .
Pour vous épargner la peine de le consulter
dans le Livre même , je transcrirai
ici en entier la Notice qu'en a donnée
ce celebre Antiquaire .
Extrait des Memoires d'André Duchesne
» Acte en datte du xxvij. Noyembre
1405. en présence de Jean Guineau ,
» Clerc Notaire , par lequel il appert
» comme Noble et Puissant Messire Gui-
» chard Dauphin , Chevalier Baron de
» la Ferté- Chauderon , Seigneur de Jali-
" gny , se transportą à la Porte de l'E-
>> glise Cathédrale de Nevers , les Epe
>> rons dorez chaussez , l'Epée ceinte et
>> le Faucon sur le poing : où étant vin-
>> rent au-devant de lui le College de la
dite Eglise , Chanoines et Chapelains ,
revétus de Chappes , avec la Croix
» l'Eau - Benite et les Cierges allumez . Et
» Messire Pierre le Clerc , Archidiacre de
» Desise
476 MERCURE DE FRANCE
"
» Desise en ladite Eglise , le prenant par
» la main , le mena en l'état cy - dessus
en l'Eglise jusques devant le Grand-
» Autel. Puis la Grand'Messe étant dite ,
>>
le menerent dans le Chapitre , où ils
>> le reçurent pour leur Confrere et Cha-
» noine , ainsi qu'il avoit été fait à ses
» Prédecesseurs , après qu'il eut donné
» son Serment sur les saints Evangiles , et
protesté qu'il ne réveleroit jamais les se-
>> crets du Chapitre en choses qui lui
» pourroient préjudicier. Puis baisa à la
» bouche ledit Archidiacre , Messire Jacques
de Besson , Jean de Maurigny et
» autres Chanoines d'icelle Eglise. Puis
>> remenerent ledit Baron en l'Eglise , et
» le firent asseoir au quatriéme Siege du
» côté de l'Archidiacte de Nevers , présens
Nobles hommes Messire Pierre de
» Veaulce , Jean de Montagu le Belin
Joseph de Citin , et Claudin Bastard
» de Jaligny , Chevaliers , Philippes de
» Villaines , Guichard de Villiers , Etien-
>> ne de Poisson, Guillaume de Chevenon,
Jean Chauderon , Jean d'Aligny le jeu
» ne , et Antoine d'Armes , Ecuyers.
Etant tombé sur un Livre intitulé ,
Le Chanoine , composé par Vital Bernard,
Chanoine du Puy en Vellay , et imprimé
en 1645. j'y ai lû aux pages 8o. et 81 .
ce
MARS. 1733
477
ce qui suit. » Le Duc de Brabant est Cha-
» noine né de l'Eglise Archiepiscopale
» d'Utrecht. Charles V. Empereur et Roy
» d'Espagne ; en cette qualité de Duc ,
» ( comme il alloit recevoir la Couronne
Imperiale en la Ville d'Aix -la - Chapelle)
» passant à Utrecht , y prit le Surplis et
>> assista au Service , comme les autres
» Chanoines, le 13. Octobre 15 20. Même
» Privilege est acquis au Seigneur de Tour-
» non , en l'Eglise de S. Just de Lyon .
"
Ici l'Auteur déclare son sentiment sur
l'origine de ce droit du Seigneur de Tournon
qu'il fait venir d'une Fondation du
quatriéme Siecle ; mais je ne veux pas
en être garant. Puis il ajoûte ce trait , qui
test plus curieux . » Paradin , en son His-
» toire de Lyon , dit qu'il assista en 1542 .
à la Prise de Possession de ce Droit
» honorifique d'un Seigneur de Tournon ,
et que Jacques de Tournon , Evêque
de Valence , son frere , le voyant re
» vétu d'une courte Robbe de Damas
» avec un Surplis dessus , l'Aumusse au
» bras et l'Epée au côté. Voilà , mon frere ,
❤ ( dit- il en le raillant ) qui représente bien
les trois Etats.
Je ne m'étends point sur un droit assez
semblable, dont jouissent 4 ou 5 Seigneurs
dans l'Eglise Cathedrale d'Auch , si on en
croit
478 MERCURE DE FRANCE
croît le même Chanoine , parce que je
n'en connois point assez les circonstances
, non plus que sur les droits de certains
Seigneurs dans l'Eglise de S. Martin
de Tours , où l'on dit que le Comte d'Anjou
est Chanoine ; de consuetudine et habet
Prebendam in blado et vino et nummis ; en
mémoire du Comte d'Anjou Ingelger ,
qui fit rapporter d'Auxerre à Tours , le
Corps de S. Martin , au neuvième siècle.
Voyez encore Héméré , en son Histoire
de S. Quentin , à la page 201.
Au reste , plus ces Auteurs sont succincts
sur ces sortes de matieres , plus ils
laissent d'obscurité
après eux ; et c'est
pour cela que je croi que le Cérémonial
observé en ces occasions , ne sçauroit être
trop expliqué. Pouvez - vous , en off.t ,
comprendre
ce que veut dire Platina ,
quand il écrit que le jour que Charles-
Quint assista au Service , dans la Cathedrale
d'Utrecht , il étoit talari indutus
linteo et sacra amictus vesie ? Vital Bernard
a tort de traduire , talare linteum , par le
mot de Surplis ; ce doit être une Aube
traînanté jusqu'aux
talons . Il laisse aussi
à deviner ce qu'étoit ce Sacra vestis qui le
couvroit ; c'étoit apparemment
une Chape
ou une Dalmatique
.
Je vous ai fait remarquer , Monsieur ,
en
MAR S. 1733- 479
en.1726. que les Empereurs lisoient encore
à Rome au xiy siécle , une Leçon à
P'Office des Grandes Fêtes , la Chape sur
le Corps , et l'Epée nuë à la main a . J'y
ajoutai une remarque touchant les Trésoriers
de quelques Cathédrales , qui anciennement
pouvoient assister à l'Office
avec des marques de distinction , sembla
bles à celles de M. de Chastellux . C'est
tout ce qui est de ma connoissance dans
la matiere dont il s'agit ; cat il ne me
reste aucune preuve qu'un semblable usag
existe dans l'Eglise de Chartres , ainsį
qu'on l'avoit divulgué , et il ne faut pas
confondre avec notre usage , celui de
Chartres, de faire présenter à l'Offrande ,
le 15 jour d'Août , par un Officier de la
Terre de Maintenon , un Epervier , pre
nant Proye ; lequel Oyseau doit être porté
par le Diacre au Régent de la Prébende
, duquel les Officiers de Maintenon
le rachetent, Ce que vous avez lû ci-dessus
, tiré des Statuts du Chapitre de Toul ,
avec ce que nous voyons dans le Nécrologe
de l'Eglise d'Auxerre , écrit au xr et
XIe siècles , et publié en partie par Dom
Martene b , où quantité de Seigneur sont
ainsi désignez ; Obiit N... Miles Sancti
a Mercure , Janvier 1726. pag. 31 et 32,
b Ampliss, Colleic, Tom. 6
Stephani
48 MERCURE DE FRANCE
Stephani , ou bien , Miles hujus Ecclesia.
Tout cela , dis- je , peut appuyer la pensée
qui vient naturellement , que le Chanoine
revêtu du Canonicat héréditaire
d'Auxerre , est à peu près dans l'état
où se trouvoient- ces anciens Deffenseurs
et Protecteurs des biens de l'Eglise .
M. Ducange , qui avoit vû cet Ouvrage
en manuscrit , n'a pas oublié dans
son Glossaire , celui qui est qualifié au
4 jour d'Avril dans ce Nécrologe : Hujus
Ecclesia Vexillarius ; et il paroît que
ce Titre de Vexillarius n'étoit pas fort
commun , puisqu'il ne rapporte que cet
exemple de Léoteric , Vicomte d'Auxer
re , qu'il joint à celui de Jacques , Roy
d'Arragon , qualifié en 1309. S. Romana
Ecclesia Vexillarius.
A Auxerre , le 10 Decembre 1732.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. D. L. R. par M. L. B. Chanoine et Sous-Chantre d'Auxerre, sur l'usage des Habits Canoniaux et Militaires, à l'occasion de ce qui est rapporté dans le Mercure du mois de Juin dernier, de la Réception de M. le Comte de Chastellux.
La lettre de M. L. B., chanoine et sous-chantre d'Auxerre, aborde l'usage des habits canoniaux et militaires lors de la réception de M. le Comte de Chastellux en tant que premier chanoine héréditaire de l'Église d'Auxerre. L'auteur exprime des regrets quant à la brièveté du mémoire sur cette réception mais s'y conforme. Il rappelle l'origine du droit de la Maison de Chastellux, lié à la ville de Cravan ou Crevan, conformément aux titres du XVe siècle. L'auteur exprime sa gratitude envers l'évêque Guy le Sénonois, premier à être inhumé dans la cathédrale d'Auxerre au Xe siècle, et insiste sur l'importance de ne pas oublier cette reconnaissance malgré les tentatives de certaines personnes d'effacer ces souvenirs. Concernant l'usage des habits militaires ou séculiers avec les habits canoniaux, l'auteur note que cette pratique n'était pas rare autrefois. Il cite des exemples historiques, comme les statuts du Chapitre de Toul en 1491 et des actes du XVe siècle où des seigneurs bienfaiteurs portaient des habits militaires au chœur. Des cas similaires sont également mentionnés dans d'autres églises, telles que celles de Nevers, Utrecht et Lyon. L'auteur conclut en affirmant que le chanoine héréditaire d'Auxerre se trouve dans une situation comparable à celle des anciens défenseurs et protecteurs des biens de l'Église. Il appuie cette idée en citant des exemples tirés du nécrologe de l'Église d'Auxerre et des travaux de M. Ducange.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
90
p. 550-551
« On écrit de Lisbonne, qu'on y voit appris de Santarem, que le 11. janvier, vers les six [...] »
Début :
On écrit de Lisbonne, qu'on y voit appris de Santarem, que le 11. janvier, vers les six [...]
Mots clefs :
Église, Évêque de Chartres, Académie, Éloquence, Santarém, Viterbe, Évêque de Vence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Lisbonne, qu'on y voit appris de Santarem, que le 11. janvier, vers les six [...] »
On écrit de Lisbonne , qu'on y avoit appris
de Santarem , que le 11. Janvier , vers les six
heures du soir , on avoit apperçu dans le Ciel
une espece de Globe lumineux , qui demeura sur
Phorison pendant plusieurs minutes ; que pendant
tout le temps qu'il fut sensible , il suivit la
même route que la Lune , et qu'il disparut lorsqu'il
fut proche de cette Planette.
Selon les Lettres de Prague , les Terres embrasées
des environs de cette Ville , continuoient
de jetter beaucoup de fumées et de flammes.
Sur le bruit qui s'est répandu à Rome qu'on
avoit découvert à Viterbe une Carriere d'Albatre
extrêmement beau , plusieurs Sculpteurs sont
partis pour l'aller visiter. ' Le Pape a déclaré que
si tout l'Albatre que cette Carriere produit , est
aussi
MARS.
551
1733
aussi parfait que les échantillons qui lui ont été
présentez , on s'en servira pour la Chapelle Corsini
et pour la façade de l'Eglise de S. Jean de
Latran.
On écrit de Chartres , que le 7. Mars , jour auquel
on celebre la Fête de S. Thomas d'Aquin ,
Docteur de l'Eglise , M. l'Evêque de Chartres
prononça le Panégyrique du Saint , dans l'Eglise
des Dominicains de la même Ville , devant un
nombreux Auditoire , qui applaudit autant à l'éloquence
de ce Prélat , qu'au fond du sujet , qu'il
traita avec autant d'édification que de dignité.
Il s'étendit sur tout sur la solidité de la doctrine
du S. Docteur , faisant voir l'estime que les Conciles
en ont fait , et l'autorité qu'elle a dans l'Eglise.
fut
J. Baptiste Surian Evêque de Vence ,
reçû dans l'Académie Françoise le 11. de ce mois,
à la place vacante par la mort du Duc de Coislin
, Evêque de Metz ; il fit un Discours de remerciment
, auquel M. Danchet , Chancelier de
l'Académie , répondit , et ils parlerent l'un et
l'autre avec beaucoup d'éloquence.
Le 14. Février , M. Jean - Baptiste Souchai , de
l'Académie Royale des Belles- Lettres , et nommé
pour remplir au College Royal une place de Professeur
en Eloquence Latine, prononça , selon l'usage
, dans une Salle du même College , un fort
beau Discours Latin , en présence d'une nombreuse
Assemblée. Le Sujet sur lequel il parla
étoit énoncé en ces termes dans un Programme
de sa façon. Utrum et quid conferat ad Ġallicam
Eloquentiam Ciceronis imitatio,
de Santarem , que le 11. Janvier , vers les six
heures du soir , on avoit apperçu dans le Ciel
une espece de Globe lumineux , qui demeura sur
Phorison pendant plusieurs minutes ; que pendant
tout le temps qu'il fut sensible , il suivit la
même route que la Lune , et qu'il disparut lorsqu'il
fut proche de cette Planette.
Selon les Lettres de Prague , les Terres embrasées
des environs de cette Ville , continuoient
de jetter beaucoup de fumées et de flammes.
Sur le bruit qui s'est répandu à Rome qu'on
avoit découvert à Viterbe une Carriere d'Albatre
extrêmement beau , plusieurs Sculpteurs sont
partis pour l'aller visiter. ' Le Pape a déclaré que
si tout l'Albatre que cette Carriere produit , est
aussi
MARS.
551
1733
aussi parfait que les échantillons qui lui ont été
présentez , on s'en servira pour la Chapelle Corsini
et pour la façade de l'Eglise de S. Jean de
Latran.
On écrit de Chartres , que le 7. Mars , jour auquel
on celebre la Fête de S. Thomas d'Aquin ,
Docteur de l'Eglise , M. l'Evêque de Chartres
prononça le Panégyrique du Saint , dans l'Eglise
des Dominicains de la même Ville , devant un
nombreux Auditoire , qui applaudit autant à l'éloquence
de ce Prélat , qu'au fond du sujet , qu'il
traita avec autant d'édification que de dignité.
Il s'étendit sur tout sur la solidité de la doctrine
du S. Docteur , faisant voir l'estime que les Conciles
en ont fait , et l'autorité qu'elle a dans l'Eglise.
fut
J. Baptiste Surian Evêque de Vence ,
reçû dans l'Académie Françoise le 11. de ce mois,
à la place vacante par la mort du Duc de Coislin
, Evêque de Metz ; il fit un Discours de remerciment
, auquel M. Danchet , Chancelier de
l'Académie , répondit , et ils parlerent l'un et
l'autre avec beaucoup d'éloquence.
Le 14. Février , M. Jean - Baptiste Souchai , de
l'Académie Royale des Belles- Lettres , et nommé
pour remplir au College Royal une place de Professeur
en Eloquence Latine, prononça , selon l'usage
, dans une Salle du même College , un fort
beau Discours Latin , en présence d'une nombreuse
Assemblée. Le Sujet sur lequel il parla
étoit énoncé en ces termes dans un Programme
de sa façon. Utrum et quid conferat ad Ġallicam
Eloquentiam Ciceronis imitatio,
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Résumé : « On écrit de Lisbonne, qu'on y voit appris de Santarem, que le 11. janvier, vers les six [...] »
Le 11 janvier, un globe lumineux a été observé à Lisbonne, suivant la trajectoire de la Lune avant de disparaître. À Prague, des terres enflammées continuaient de produire des fumées et des flammes. À Rome, une carrière d'albâtre a été découverte à Viterbe, attirant plusieurs sculpteurs. Le Pape a envisagé d'utiliser cet albâtre pour la Chapelle Corsini et la façade de l'église Saint-Jean de Latran, sous réserve de la qualité des échantillons. Le 7 mars, à Chartres, l'évêque a prononcé un panégyrique de Saint Thomas d'Aquin lors de sa fête, devant un auditoire nombreux. Le 11 mars, Jean-Baptiste Surian, évêque de Vence, a été reçu à l'Académie Française, remplaçant le Duc de Coislin, évêque de Metz. Surian et Danchet, chancelier de l'Académie, ont prononcé des discours. Le 14 février, Jean-Baptiste Souchai a été nommé professeur d'éloquence latine au Collège Royal et a prononcé un discours latin sur l'imitation de Cicéron dans l'éloquence gallique.
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91
p. 587-590
ITALIE.
Début :
Le Pape a fait publier un nouveau Decret pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique, [...]
Mots clefs :
Luxe, Église, Rome, Pape, Cardinaux, Vatican, Naples, Religieux, Corps, Sainte-Marie sur la Minerve, Obsèques, Benoît XIII
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Pape a fait publier un nouveau Decret
pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique
, et pour deffendre à toutes personnes.
de porter dans les Païs de sont obéissance de
For ou de l'argent sur leurs habits.
Sa Sainteté a envoyé ordre à M. Cavalieri ,
son Nonce à la Cour de Portugal , de confirmer
par une nouvelle signature , les Immunitez accordées
à la Couronne et à la Nation Portugais
se , par Benoît XIII .
;
Le 21 Fevrier , veille du jour qu'on avoit choi
si pour transporter le Corps du feu Pape Benoît
XIII. de l'Eglise de S. Pierre du Vatican ,
dans celle de Sainte Marie sur la Minerves les
Cardinaux , au nombre de 18. tinrent Chapelle
Pontificale dans la Chapelle Pauline du Palaisdu
Quirinal , et ils assisterent à un Service solemnel
, pour le repos.de l'ame du Pape deffunt
le Cardinal Altieri de S. Mathieu celebra la Messe.
Le soir, on fit dans l'Eglise de S. Pierre du
Vatican l'ouverture du Cercueil de ce Pape , et
la reconnoissance de son Corps , en presence des.
Cardinaux Otthoboni , Petra , Lercari , Altieri
de S. Marhieu , Fini , Caraffe, Olivieri , Borghese
, Albani et del Giudice , et le Card. Albani
de S, Clement , Archiprêtre de cette Eglise , remit
le Corps au P. Jean - Benoît Zuanelli , Dominicain
, Maître du sacré Palais , et chargé par
le General de son Ordre , et par les Religieux de
Sainte Marie sur la Minerve , de le recevoir en
leur nom . Ensuite on porta processionnellement
le Cercueil dans la Nef de l'Eglise , au milieu
de laquelle on avoit élevé un magnifique Cata
Hvj falque
588 MERCURE DE FRANCE
falque , où on l'exposa. Il y fut gardé jusqu'au
moment du transport par les Religieux Dominicains
, qui réïtererent des Prieres pendant toute
la nuit.
Le 22 , les Chanoines de l'Eglise de S. Pierre
du Vatican firent un Service solemnel , qui fut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique , auquel
M. Cervini , Archevêque titulaire de Nicomedie
officia Pontificalement. Après la Messe , M.Assemani
, Camerier d'honneur du Pape , prononça
en Latin l'Oraison Funebre , après quoi le
Prelat officiant , assistê des Evêques titulaires de
Gerapolis , de Cirene , de Costanza et de Marciana
, fit les Encensemens et les Absoutes. Le
même jour , après midi , tout le Clergé Secuhier
et Regulier s'étant rendu à l'Eglise de Saint
Pierre , on transporta le Corps dans celle de
Sainte Marie sur la Minerve , et la marche se fit
dans l'ordre suivant :
Les Domestiques de presque tous les Cardimaux
qui sont à Rome ; les Enfans du College
de S. Michel , et de celui de Salviati ; les Orphelins
, les Religieux de differens Ordres , les
Clercs reguliers ; le Clergé de chaque Paroisse ,
et les Chanoines de tous les Chapitres de la Ville.
400 Religieux Franciscains , marchant quatre à
quatre , et les Dominicains marchant 6 à 6,précedoient
le Brancard sur lequel étoit le Corps. Ils .
portoient tous des Flambeaux , ainsi que te reste
du Clergé et les autres personnes qui composoient
le Cortege. Les Hallebardiers de la Garde marchoient
autour du Brancard ; les deux Maîtres des
Ceremonies , les Evêques , les Clercs de Chambre
, et la Chambre secrete , venoient ensuite .
la marche étoit fermée par 40 Valets de pied du
Pape , et par les Equipages du Majordome de
S. S.
Le
MARS. 1733 589
Le Corps arriva vers les 7 -heures du soir à l'Eglise
de Sainte Marie sur la Minerve , qui étoit
toute tenduë de noir , et magnifiquement décorée.
Il y fut reçu par les Cardinaux Otthoboni
, Borghese et J. Bapt. Altieri , et on le plaça
au milieu de la Nef, sur une Estrade , au dessus
de laquelle étoit un riche Baldaquin , où il demeura
exposé pendant toute la nuit et le jour
suivant.
Le lendemain , il y eut Chapelle Pontificale
dans cette Eglise. 26 Cardinaux assisterent a
Service , qui fut chanté solemnellement ; après
la -Messe , qui fut celebrée par le Cardinal Altieri
de S. Mathieu , M. Philippe Piersanti , Chanoine
de S. Pierre du Vatican , et Maître des
Ceremonies du Pape , prononça l'Oraison Funebre
avec beaucoup d'éloquence , et les Absoutes
furent faites par les Cardinaux Petra
Fini , Caraffe et Lercari . Pendant le reste de la
journée l'Eglise fut ouverte , et il y eut un grand
concours de peuple ; le soir , les Religieux en
ayant fermé les Portes , se rendirent processionlement
dans la Nef, et après avoir récité les
Prieres accoutumées, ils porterent le Corps dans
une Chapelle , où il demeurera jusqu'à ce que le
Mausolée qu'on lui destine , soit achevé.
"
On vient d'apprendre que dans le Consistoire ;
tenu le 2 de ce mois , le Pape avoit nominé Cardinal
, M. Dominique Riviera , Protonotaire
Apostolique , et Secretaire de la Congrégation
de la Consulte. S. S. a donné la Charge de Secretaire
de la Congrégation de la Consulte ,
M. Bardi.
Par une Liste , publiée à Naples , des Dommages
, causez dans la Calabre , par le tremblement
de Terre , du 29 Novembre dernier , il pa-
πολύ .
F90
MERCURE DE FRANCE
Foît qu'il a péri en divers endroits 1940 petsonnes
, sans compter 1455 blessez , que les Villes
et Bourgs d'Ariano , Fiumari , Vallata , Lioni
, et S. Angelo , avoient été entierement renversez.
Les Bourgs de Mirabella et Carisi , réduits
en un Monceau de Pierres; y ayant eu dans
ces deux endroits 970 morts , parmi lesquels on
compte le Seigneur de Carisi , avec son épouse ,
et toute sa famille ; que la Ville Archiepiscopale
de Conza étoit dans un état pitoyable, la Cathedrale
ayant été entierement détruite, et que parmi
les autres Villes et Bourgs qui ont le plus
souffert , on compte Monte- Fiscoli , Capitale de
la Province , Bonito , Pietra de Fuci , Manical
ciati Frevico , S. Martin di Servinara , Monte
Rocheto , & c.
Le 15. Janvier on promena , selon la coûtume,
dans les rues de Naples , le Char de Triomphe
des Boulangers , sur lequel étoit représentée l'Aurore
conduite par les Crépuscules : ce Char qur
avoit été executé sur les desseins de M. Domique
Vaccard , celebre Architecte , fut conduit
par
la rue de Tolede à la Place du Palais , où il
tut abandonné au Peuple en presence du Viceroy.
Les Rhumes et Fluxions avec fiévre , ont regné
dans toute l'Italie et ont emporté bien du monde
, sur tout les personnes âgées ; on écrit de
Florence , qu'il y a encore en cette Ville bien
des gens attaquez de cette maladie ; de Rome et
de Naples , que les Rhumes y sont aussi communs
que dans le reste de l'Europe , et de Venise
que les plaisirs du Carnaval y ont été moins vis
Cette année , à cause des mêmes maladies.
E Pape a fait publier un nouveau Decret
pour reprimer le luxe dans l'Etat Ecclesiastique
, et pour deffendre à toutes personnes.
de porter dans les Païs de sont obéissance de
For ou de l'argent sur leurs habits.
Sa Sainteté a envoyé ordre à M. Cavalieri ,
son Nonce à la Cour de Portugal , de confirmer
par une nouvelle signature , les Immunitez accordées
à la Couronne et à la Nation Portugais
se , par Benoît XIII .
;
Le 21 Fevrier , veille du jour qu'on avoit choi
si pour transporter le Corps du feu Pape Benoît
XIII. de l'Eglise de S. Pierre du Vatican ,
dans celle de Sainte Marie sur la Minerves les
Cardinaux , au nombre de 18. tinrent Chapelle
Pontificale dans la Chapelle Pauline du Palaisdu
Quirinal , et ils assisterent à un Service solemnel
, pour le repos.de l'ame du Pape deffunt
le Cardinal Altieri de S. Mathieu celebra la Messe.
Le soir, on fit dans l'Eglise de S. Pierre du
Vatican l'ouverture du Cercueil de ce Pape , et
la reconnoissance de son Corps , en presence des.
Cardinaux Otthoboni , Petra , Lercari , Altieri
de S. Marhieu , Fini , Caraffe, Olivieri , Borghese
, Albani et del Giudice , et le Card. Albani
de S, Clement , Archiprêtre de cette Eglise , remit
le Corps au P. Jean - Benoît Zuanelli , Dominicain
, Maître du sacré Palais , et chargé par
le General de son Ordre , et par les Religieux de
Sainte Marie sur la Minerve , de le recevoir en
leur nom . Ensuite on porta processionnellement
le Cercueil dans la Nef de l'Eglise , au milieu
de laquelle on avoit élevé un magnifique Cata
Hvj falque
588 MERCURE DE FRANCE
falque , où on l'exposa. Il y fut gardé jusqu'au
moment du transport par les Religieux Dominicains
, qui réïtererent des Prieres pendant toute
la nuit.
Le 22 , les Chanoines de l'Eglise de S. Pierre
du Vatican firent un Service solemnel , qui fut
chanté à plusieurs Choeurs de Musique , auquel
M. Cervini , Archevêque titulaire de Nicomedie
officia Pontificalement. Après la Messe , M.Assemani
, Camerier d'honneur du Pape , prononça
en Latin l'Oraison Funebre , après quoi le
Prelat officiant , assistê des Evêques titulaires de
Gerapolis , de Cirene , de Costanza et de Marciana
, fit les Encensemens et les Absoutes. Le
même jour , après midi , tout le Clergé Secuhier
et Regulier s'étant rendu à l'Eglise de Saint
Pierre , on transporta le Corps dans celle de
Sainte Marie sur la Minerve , et la marche se fit
dans l'ordre suivant :
Les Domestiques de presque tous les Cardimaux
qui sont à Rome ; les Enfans du College
de S. Michel , et de celui de Salviati ; les Orphelins
, les Religieux de differens Ordres , les
Clercs reguliers ; le Clergé de chaque Paroisse ,
et les Chanoines de tous les Chapitres de la Ville.
400 Religieux Franciscains , marchant quatre à
quatre , et les Dominicains marchant 6 à 6,précedoient
le Brancard sur lequel étoit le Corps. Ils .
portoient tous des Flambeaux , ainsi que te reste
du Clergé et les autres personnes qui composoient
le Cortege. Les Hallebardiers de la Garde marchoient
autour du Brancard ; les deux Maîtres des
Ceremonies , les Evêques , les Clercs de Chambre
, et la Chambre secrete , venoient ensuite .
la marche étoit fermée par 40 Valets de pied du
Pape , et par les Equipages du Majordome de
S. S.
Le
MARS. 1733 589
Le Corps arriva vers les 7 -heures du soir à l'Eglise
de Sainte Marie sur la Minerve , qui étoit
toute tenduë de noir , et magnifiquement décorée.
Il y fut reçu par les Cardinaux Otthoboni
, Borghese et J. Bapt. Altieri , et on le plaça
au milieu de la Nef, sur une Estrade , au dessus
de laquelle étoit un riche Baldaquin , où il demeura
exposé pendant toute la nuit et le jour
suivant.
Le lendemain , il y eut Chapelle Pontificale
dans cette Eglise. 26 Cardinaux assisterent a
Service , qui fut chanté solemnellement ; après
la -Messe , qui fut celebrée par le Cardinal Altieri
de S. Mathieu , M. Philippe Piersanti , Chanoine
de S. Pierre du Vatican , et Maître des
Ceremonies du Pape , prononça l'Oraison Funebre
avec beaucoup d'éloquence , et les Absoutes
furent faites par les Cardinaux Petra
Fini , Caraffe et Lercari . Pendant le reste de la
journée l'Eglise fut ouverte , et il y eut un grand
concours de peuple ; le soir , les Religieux en
ayant fermé les Portes , se rendirent processionlement
dans la Nef, et après avoir récité les
Prieres accoutumées, ils porterent le Corps dans
une Chapelle , où il demeurera jusqu'à ce que le
Mausolée qu'on lui destine , soit achevé.
"
On vient d'apprendre que dans le Consistoire ;
tenu le 2 de ce mois , le Pape avoit nominé Cardinal
, M. Dominique Riviera , Protonotaire
Apostolique , et Secretaire de la Congrégation
de la Consulte. S. S. a donné la Charge de Secretaire
de la Congrégation de la Consulte ,
M. Bardi.
Par une Liste , publiée à Naples , des Dommages
, causez dans la Calabre , par le tremblement
de Terre , du 29 Novembre dernier , il pa-
πολύ .
F90
MERCURE DE FRANCE
Foît qu'il a péri en divers endroits 1940 petsonnes
, sans compter 1455 blessez , que les Villes
et Bourgs d'Ariano , Fiumari , Vallata , Lioni
, et S. Angelo , avoient été entierement renversez.
Les Bourgs de Mirabella et Carisi , réduits
en un Monceau de Pierres; y ayant eu dans
ces deux endroits 970 morts , parmi lesquels on
compte le Seigneur de Carisi , avec son épouse ,
et toute sa famille ; que la Ville Archiepiscopale
de Conza étoit dans un état pitoyable, la Cathedrale
ayant été entierement détruite, et que parmi
les autres Villes et Bourgs qui ont le plus
souffert , on compte Monte- Fiscoli , Capitale de
la Province , Bonito , Pietra de Fuci , Manical
ciati Frevico , S. Martin di Servinara , Monte
Rocheto , & c.
Le 15. Janvier on promena , selon la coûtume,
dans les rues de Naples , le Char de Triomphe
des Boulangers , sur lequel étoit représentée l'Aurore
conduite par les Crépuscules : ce Char qur
avoit été executé sur les desseins de M. Domique
Vaccard , celebre Architecte , fut conduit
par
la rue de Tolede à la Place du Palais , où il
tut abandonné au Peuple en presence du Viceroy.
Les Rhumes et Fluxions avec fiévre , ont regné
dans toute l'Italie et ont emporté bien du monde
, sur tout les personnes âgées ; on écrit de
Florence , qu'il y a encore en cette Ville bien
des gens attaquez de cette maladie ; de Rome et
de Naples , que les Rhumes y sont aussi communs
que dans le reste de l'Europe , et de Venise
que les plaisirs du Carnaval y ont été moins vis
Cette année , à cause des mêmes maladies.
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Résumé : ITALIE.
En février 1733, le Pape publia un décret visant à réprimer le luxe dans l'État ecclésiastique et à interdire le port de fourrure ou d'argent sur les habits dans les pays sous son obéissance. Il confirma également les immunités accordées à la Couronne et à la Nation portugaise par Benoît XIII. Le 21 février, les cardinaux célébrèrent une chapelle pontificale et un service solennel pour le repos de l'âme du Pape Benoît XIII. Le soir, le cercueil du Pape fut ouvert et son corps reconnu en présence de plusieurs cardinaux. Le corps fut ensuite transporté processionnellement à l'église Sainte-Marie-sur-la-Minerve, où il fut exposé jusqu'au lendemain. Le 22 février, un service solennel fut chanté à plusieurs chœurs de musique, suivi de l'oraison funèbre prononcée par M. Assemani. Le corps fut ensuite transporté à l'église Sainte-Marie-sur-la-Minerve dans une procession ordonnée, incluant divers clercs, religieux et domestiques des cardinaux. Le corps resta exposé jusqu'au lendemain, date à laquelle une chapelle pontificale fut tenue avec la participation de 26 cardinaux. Le soir, les religieux portèrent le corps dans une chapelle où il demeura jusqu'à l'achèvement de son mausolée. Le Pape nomma M. Dominique Riviera cardinal et secrétaire de la Congrégation de la Consulte, et M. Bardi à la charge de secrétaire de cette même congrégation. En Calabre, un tremblement de terre le 29 novembre précédent causa la mort de 1940 personnes et en blessa 1455, détruisant plusieurs villes et bourgs. À Naples, le char de triomphe des boulangers fut promené dans les rues le 15 janvier. Des épidémies de rhumes et de fluxions avec fièvre sévirent en Italie, affectant particulièrement les personnes âgées.
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92
p. 595-596
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Début :
Le 24. Février, le Cardinal Alamanno Salviati, mourut à Rome, âgé de près de 65. ans, [...]
Mots clefs :
Cardinal, Église, Pape, Cardinaux, Carrosse
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texteReconnaissance textuelle : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
MORTS DES PAYS ETRANGERS.
Liati,
E 24. Février , le Cardinal Alamanno Salmourut
à Rome , âgé de près de 65 .
ans , étant né à Florence le 20. d'Avril 1668 , II
avoit été fait Cardinal le 8. Février 1730. par
le Pape Benoît XIII qui lui donna le Titre de
Sainte Marie d'Ara- Coeli , et le fit Préfet de la
Signature de Justice. Le 25. le Corps de ce Cardinal
fut porté à l'Eglise de Sainte Marie d'Ara
Coli, dans un Carosse , accompagné de plusieurs
autres où étoient ses Gentilshommes ; le lendemain
, 21. Cardinaux assisterent à ses Obseques
qui furent celebrées avec beaucoup de solemnité.
Le 5. Mars après midi , Muley Achmet , petitfils
du feu Roy de Maroc , et neveu du Roy regnant
, fut baptisé par le Cardinal Guadagni ,
dans l'Eglise de S. Pierre du Vatican , où le Čardinat
Belluga , qui a pris soin de l'instruction de
ce Prince depuis qu'il est à Rome , le conduisit
dans son Carosse ; il eut pour Parrein le Prince
Don Barthelemi Corsini , frere du Cardinal de ce
nom , et neveu du Pape. Il fut nommé Laurent-
Barthelemi-Trajan-Louis. Le Cardinal Annibal
Albani de S. Clement , lui administra le Sacrement
de Confirmation , et l'exhorta par un Discours
très-touchant , à demeurer fidele anx obligations
qu'il contractoit en embrassant la Reli
gion Catholique, Le Chevalier de S. George assista
à cette Ceremonie , qui se fit en presence de
17. Cardinaux et de la plus grande partie de la
principale
1
596 MERCURE DE FRANCE
principale Noblesse , après quoy le Prince nouvellement
baptisé fut conduit par le Cardinal
Belluga , à l'Audience de S. S. qui le reçut avec
beaucoup de marques de tendresse , et l'assura
d'une protection particuliere .
Liati,
E 24. Février , le Cardinal Alamanno Salmourut
à Rome , âgé de près de 65 .
ans , étant né à Florence le 20. d'Avril 1668 , II
avoit été fait Cardinal le 8. Février 1730. par
le Pape Benoît XIII qui lui donna le Titre de
Sainte Marie d'Ara- Coeli , et le fit Préfet de la
Signature de Justice. Le 25. le Corps de ce Cardinal
fut porté à l'Eglise de Sainte Marie d'Ara
Coli, dans un Carosse , accompagné de plusieurs
autres où étoient ses Gentilshommes ; le lendemain
, 21. Cardinaux assisterent à ses Obseques
qui furent celebrées avec beaucoup de solemnité.
Le 5. Mars après midi , Muley Achmet , petitfils
du feu Roy de Maroc , et neveu du Roy regnant
, fut baptisé par le Cardinal Guadagni ,
dans l'Eglise de S. Pierre du Vatican , où le Čardinat
Belluga , qui a pris soin de l'instruction de
ce Prince depuis qu'il est à Rome , le conduisit
dans son Carosse ; il eut pour Parrein le Prince
Don Barthelemi Corsini , frere du Cardinal de ce
nom , et neveu du Pape. Il fut nommé Laurent-
Barthelemi-Trajan-Louis. Le Cardinal Annibal
Albani de S. Clement , lui administra le Sacrement
de Confirmation , et l'exhorta par un Discours
très-touchant , à demeurer fidele anx obligations
qu'il contractoit en embrassant la Reli
gion Catholique, Le Chevalier de S. George assista
à cette Ceremonie , qui se fit en presence de
17. Cardinaux et de la plus grande partie de la
principale
1
596 MERCURE DE FRANCE
principale Noblesse , après quoy le Prince nouvellement
baptisé fut conduit par le Cardinal
Belluga , à l'Audience de S. S. qui le reçut avec
beaucoup de marques de tendresse , et l'assura
d'une protection particuliere .
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Résumé : MORTS DES PAYS ETRANGERS.
En février et mars, deux événements marquants ont eu lieu à Rome. Le 24 février, le cardinal Alamanno Salviati est décédé à Rome à l'âge de près de 65 ans. Né à Florence le 20 avril 1668, il avait été créé cardinal le 8 février 1730 par le pape Benoît XIII, qui lui avait attribué le titre de Sainte-Marie d'Ara-Coeli et la fonction de préfet de la Signature de Justice. Ses obsèques, auxquelles ont assisté 21 cardinaux, ont été célébrées avec solennité le 25 février à l'église Sainte-Marie d'Ara-Coeli. Le 5 mars, Muley Achmet, petit-fils du défunt roi du Maroc et neveu du roi régnant, a été baptisé par le cardinal Guadagni dans l'église Saint-Pierre du Vatican. Le cardinal Belluga, responsable de son instruction, l'a conduit à la cérémonie. Le prince a été nommé Laurent-Barthélemy-Trajan-Louis et a eu pour parrain le prince Don Barthélemi Corsini. Le cardinal Annibal Albani lui a administré le sacrement de confirmation. La cérémonie, à laquelle ont assisté 17 cardinaux et une grande partie de la noblesse, s'est déroulée en présence du chevalier de Saint-Georges. Après le baptême, le cardinal Belluga a conduit le prince à l'audience du pape, qui l'a reçu avec tendresse et lui a assuré une protection particulière.
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93
p. 824-[8]32
ARRESTS NOTABLES.
Début :
ORDONNANCE DU ROY, du 3 Janvier Concernant les Déserteurs du Régiment des [...]
Mots clefs :
Roi, Cour, Ordonnance, Déserteurs, Libelle, Procureur général du roi, Église, Schisme, Conseil, Régiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLE S.
RDONNANCE DU ROY , du 3 Janvier ,
concernant les Déserteurs du Régiment des
Gardes Françoises , par laquelle S. M. a ordonné
, veut et entend , que lorsqu'un Soldat dudit
Régiment de ses Gardes Françoises aura manqué
de se trouver à une des revûës , que le Commissaire
des Guerres chargé de sa police en doit
faire chaque mois , sans en être dispensé pour
cause de maladie connue de son Capitaine , ou
par congé expedié dans les formes prescrites par
ladite Ordonnance , il soit , à la diligence du
Prévôt des bandes , sommé au son du Tambour,
et à cri public , au lieu de sa derniere demeure ;
de se trouver à la revûë prochaine , sous peine
d'être puni comme déserteur , de laquelle sommation
il sera dressé par lui procès verbal ; et
que faute ledit Soldat de se trouver à cette
seconde revue , il soit réputé déserteur , et puni
comme tel par jugement du Conseil de guerre
s'il peut être arrêté , sinon condamné par coutu
mace , huit jours après ladite seconde revûë , sans
autre formalité que la déposition et le recolle
ment de deux témoins qui déclareront avoir connoissance
de son enrollement et de son absence
et la représentation de ladite sommation , & c.
par
ORAVRIL.
1733. 825
ORDONNANCE DU ROY du 28 Janvier
, portant que le Régiment de Cavalerie de
Conty , ci -devant Villeroy , prendra rang dans
la Cavalerie après celui de Clermont , et avant
le Régiment du Maine , nonobstant ce qui est
porté par l'Ordonnance du premier Mai 1699.
qui avoit fixé le rang de ce Régiment après celui
de Villars , &c.
ORDONNANCE DU ROY , du 8 Février
pour établir quatre Officiers nouveaux dans les
Régimens de Cavalerie de trois Escadrons , et
dans ceux de Dragons ; et deux seulement dans
les Brigades de Carabiniers , et Régimens de Cavalerie
de deux Escadrons.
ARREST du 25 Février , concernant les Parcs
et Pescheries qui sont sur les gréves du ressort de
l'Amirauté de Saint Brieuc , par lequel S. M. ordonne
que les 20 Articles contenus dans l'Arrêt
soient éxécutez selon leur forme et teneur.
AUTRE du 3 Mars , concernant les marques
qui doivent être apposées sur les toiles de
coton blanches , mousselines et mouchoirs , provenant
des ventes de la Compagnie des Indes.
AUTRE du 17 Mars , qui ordonne que pendant
dix années , â commencer du premier Janvier
1734. les morues , tant vertes que séches
et les huiles qui proviendront de la pêche des sujets
de Sa Majesté à l'Isle Royale , appellée cidevant
l'Isle du Cap-Breton , demeureront déchargées
dans tous les Ports du Royaume , tant
de l'Ocean que de la Méditerrannée et à Ingrande
, de tous les droits d'entrée des cinq
grosses Fermes.
AUTRE du 24 Mars, concernant les Parcs e
Péche
627 MERCURE DE FRANCE
que
Pécheries qui sont sur les Gréves du Ressort de
P'Amirauté de Brest , par laquelle S. M. ordonne
les Articles LXXXIV . et LXXXV. de l'Ordonnance
du mois de Mars 1584. et ceux du Livre
V. du Titre III . de l'Ordonnance du mois
de Novembre 1684. soient éxécutez selon leur
forme et teneur ; et en conséquence , a ordonné
et ordonne que les XIV . Articles contenus dans
ledit Arrêt soient éxécutez selon leur forme et
reneur , &c .
ORDONNANCE DU ROY , du 25 Mars ,
par laquelle S. M. ordonne , que tous les Offieier's
absens par semestre , qui se rendront à leurs
charges au premier du mois de Mai prochain ,
soit à la garnison , soit en route , si leurs Régimens
étoient alors en marche , jouiront de leurs
appointemens pour tout le tems qu'ils auront été
absens , ety seront payez en vertu de la présente
Ordonnance , nonobstant le tems fixé par
celles du 10 Septembre 1732. qui seront au surplus
éxécutées en tout ce qu'elles contiennent.
AUTRE du 28 Mars , qui ordonne , que les
Couvertures de laine qui se fabriquent à Montpellier
, jouiront à la sortie du Royaume de la
même modération de droits que celle portée par
l'Arrêt du 14 Novembre 1716. en faveur des
petites étoffes de laine qui se fabriquent dans la
Province de Languedoc .
AUTRE du 31 Mars , qui proroge pendant
une année seulement, la permission accordée aux
Négocians des ports et villes maritimes du
Royaume , d'envoyer leurs vaisseaux directement
en Irlande , pour y acheter des boeufs salez
, et les transporter ensuite aux Isles et Colo
mies Françoises de l'Amérique,
7
Ir
ર
S
AVRIL.
1733.
627
ARREST DU PARLEMENT , au sujet d'un
Libelle , &c.
Ce jour les Gens du Roy sont entrez , et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy portant la parole , ont dit :
-
MESSIEURS ,
Attentifs depuis quelque- tems à la recherche
T'un Ecrit fugitif, qui s'annonçoit sous le titre de
Reflexions pour les Evéques de France , nous venons
enfin d'en découvrir un Exemplaire que
nous apportons à la Cour. Elle y reconnoîtra les
saracteres du Libelle le plus emporté , le plus séditieux
, et le plus digne d'éprouver toute la șéverité
de la censure publique.
On y représente l'Eglise et la Religion comme
abandonnées aujourd'hui en France , à la violence
et aux entreprises des Magistrats séculiers ,
et n'ayant rien à espérer de l'appui du Gouverne
ment , ni de l'autorité du Prince , dont elles ont
à regreter d'avoir attendu envain le secours.
Les couleurs les plus noires y sont employées ,
pour former les traits de l'idée qu'on voudroit
donner de l'état présent des affaires de l'Eglise.
On ne craint point de rappeller à ce sujet l'image
de ces tems funestes , dignes d'un éternel oubli
, où les troubles de la Religion firent éprouver
à nos Peres l'extrémité des plus grands maux.
Ce n'est pas assez de nous menacer de les voir
renaître. Peu s'en faut qu'on ne les préfère à la
situation du tems où nous sommes , er que l'on
ne forme des voeux pour voir succeder à sa place
de pareils malheurs.
La moderation des Prélats les plus sages et les
mieux intentionnez est décriée. Au gré de ce
Libelle téméraire , il n'y aura plus de vrai zele
que celui qu'on verra toujours prêt à se porter
aux
་
28 MERCURE DE FRANCE
aux partis extrêmes , plus de difficultez dans l'Eglise
qui ne soient fatales , plus de troubles qui
se puissent appaiser charitablement , plus de dissentions
qui ne produisent un schisme , dont
l'Auteur semble envisager les suites avec une espéce
de satisfaction .
Ce Schisme en effet est l'objet qu'il se propose.
C'est , dit - il , la seule ressource qui reste aux
Evêques, dans la cause qu'ils soutiennent, et dans
l'usage de l'autorité et du Caractere divin dont
ils sont revêtus. Ou plutôt , si on l'écoute , ce
Schisme est formé ; il éxiste , et la foiblesse des
Prélats est seule cause de ce qu'il n'a pas encore
éclaté.
Nous ne faisons , MESSIEURS, que vous
tracer une légere idée des excès que renferme
cet Ecrit. La fidelité même de la Cour s'y voit
attaquée et sensible autant qu'on le sçauroit
être à un reproche si contraire aux véritables
sentimens dont elle sera toujours pénetrée , elle
verra en même-tems avec encore plus d'indigna
tion , les traits injurieux qui sont portez jusqu'à
la Majesté Royale.
Graces au Ciel , de tels Ecrits sont impuissans.
La fureur qui les dicte , de quelque côté que se
portent ses excès , ne sçauroit qu'inspirer de l'a
version er de l'horreur , pour peu qu'on l'envi
sage de sang froid, et fait d'autant mieux sentir
l'avantage et la nécessité d'une conduite modé
rée. Mais leur licence et leur scandale doivent
être réprimez : Et pour obtenir contre celui- ci
la condamnation qu'il merite , nous avons pris
les Conclusions par écrit que nous laissons en ce
moment à la Cour.
Eux retirez :
Vû le Libelle intitulé : Refléxions pour les Evêques
AVRIL. 1733. 629
es de France. La matiere sur ce mise en déliération.
La Cour a ordonné et ordonne que ledit Libelsera
laceré et brûlé en la Cour du Palais , au
ied du grand Escalier d'icelui par l'Exécuteur
e la haute Justice , comme injurieux à l'autorié
Royale , et à l'honneur des Parlemens , exci
ant au schisme , et tendant à sédition . Fait inibitions
et deffenses à tous Libraires , Imprineurs
, Colporteurs , et à tous autres , de l'im
›rimer , vendre et débiter , ou autrement distriuèr
, sur peine d'être procedé contre eux ex-?
raordinairement. Enjoint à tous ceux qui en au '
oient des Exemplaires , de les remettre incess
amment au Greffe Civil de la Cour , pour y être
upprimez ; permet au Procureur General du
Roy , de faire informer contre ceux qui ont
composé , imprimé , vendu , débité , ou distri
ué ledit Libelle , pardevant Maître Louis de
Vienne , Conseiller , même pardevant les Lieu
enans Criminels ou autres premiers Officiers
les Siéges Royaux du Ressort , pour les témoins
qui se trouveroient dans l'étendue desdits Siéges
poursuite et diligence des Substituts du Procureur
General du Roy en iceux ; pour les informations
faites , rapportées et communiquées au
Procureur General du Roy , être par lui requis ,
t par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra
ordonne que Copies collationnées du présent Ar
rêt seront envoyées aux Bailliages et Sénéchausées
du Ressort , pour y être lû , publié et regis
ré. Enjoint aux Substituts du Procureur Gene
tal du Roy d'y tenir la main , et d'en certifier
la Cour dans le mois. Fait en Parlement le 14
Avril 1733. Signé , YSABEAU.
Et le 14 Avril 1733. à la levée de la Cour en
éxé730
MERCURE DE FRANCE.
éxécution du susdit Arrêt , le Libelle y mentionné
a été laceré et jetté au feu par l'Executeur de la
baute Justice , au bas du grand Escalier du Falais
en présence de nous Etienne -Henry Ysabeau , l'un
des trois premiers et principaux Commis pour la
Grande Chambre , assisté de deux Huissiers de ladite
Cour. Signé , YSABEAU.
ARREST DU PARLEMENT ; du 25 Avril,
au sujet de deux Livres , &c.
Ce jour , toutes les Chambres assemblées , Monsieur
le Premier Président ayant dit que les
Gens du Roy étoient en état de rendre compte
la Cour des ordres dont elle les avoit chargés
par son Arrêté du 15 du présent mois , ils ont
été mandez ; entrez en la Cour , ils ont été entendus
en leurs Conclusions ; et eux retirez , la
matiere mise en déliberation.
:
La Cour a ordonné que les Livres intitulez :
L'un , Nouvelle deffense de la Constitution , où l'or
montre qu'elle est régle de Foi , &c. par M. Claude
le Pelletier , Prêtre , Docteur en Théologie , Chamoine
de PEglise de Reims , à Rouen , chez Phie
lippe-Pierre Cabut , rue du Becq 1729. et l'autre :
Traité de l'Amour de Dieu , tiré des Livres Saints,
dans lequel , &c. dédié au Roy , par M. l'Abbé.
de Pelletier , Chanoine de l'Eglise de Reims , 2 vol.
à Paris , chez Henry , ruë S. Jacques , vis -à-vis
S. Tues 1732. seront supprimez comme contenant
des Propositions séditieuses , contraires au
respect dû au Caractere et à la Personne de plus
sieurs Prélats , à l'honneur et à l'autorité des
Parlemens , excitantes au Schisme , et tendantes
à troubler l'ordre et la tranquillité publique , en
proposant la Constitution Unigenitus commé
une régle de Foi : Fait deffenses à toutes personnes
de quelque état et condition qu'elles
soient
AVRIL. -17-33. 631
soient , de faire à l'occasion de ladite Constitu
tion aucun Acte ou Ecrit tendant au Schisme
à peine d'être procedé extraordinairement conre
les contrevenans : Ordonne qu'à la requête
du Procureur General du Roy , pardevant Me
Anne-Charles Goislard Conseiller , il sera informé
contre l'Auteur desdits Livres , comme
aussi qu'il sera informé contre le Frere Coiffrel ,
des faits portez en la dénonciation mentionnée
en l'Arrêté du 15 de ce mois , et Exploit du 12
audit mois y énoncé , pour les informations faites
et communiquées au Procureur General du
Roy , et rapportées, toutes les Chambres assem→
blées , être par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra.
Ordonne que le present Arrêt sera imprimé
, lû , publié et affiché par tout où besoin
sera , et que Copies collationnées d'icelui seront
envoyées aux Bailliages et Senechaussées du Res➡
sort ; pour y être lû , publié et registré . Enjoint
aux Substituts du Procureur General du Roy d'y
tenir la main , et d'en certifier la Cour dans un
mois.
ARREST DU CONSEIL D'ETAT ,
du as Avril.
Le Roy ayant fait examiner , en son Conseil ;
un Ouvrage qui se répand dans le Public , et
u'on a voulu accréditer en lui donnant le titre
Instruction Pastorale de M. l'Evêque de Montpellier
, adressée au Clergé et aux fidelles de son
Diocèse , au sujet des miracles que Dieu fait enfaveur
des Appellans de la Bulle Unigenitus. Sa Majesté
auroit reconnu que cet Ouvrage imprimé
ans Privilege et sans nom d'Imprimeur , n'est
qu'un tissu de déclamations injurieuses à l'autoité
du Roy , et encore plus à celle de l'Eglise
qu'on y représente comme menacée d'une des
ruction prochaine , et d'une révolution qui
632 MERCURE DE FRANCE
fera succeder une Eglise nouvelle , composée de
ceux qui résistent à l'Eglise présente : Que de si
étranges idées y sont annoncées d'un ton prophetique
, et dans un stile qui seroit plus conve
nable à une satyre , qu'au Mandement d'un Evêque
, ensorte qu'il n'a pû être jamais paru de
Libelle plus propre à répandre de vaines terreurs
et de fausses impressions dans l'esprit des peuples
, à leur inspirer de l'aversion ou du mépris
pour le Pape et pour les premiers Pasteurs , et &
diminuer ou affoiblir dans leur coeur , le respect
pour la Religion même , à quoi étant necessaire
de pourvoir , pour éloigner tout ce qui peut en
tretenir ou augmenter un feu que le Roi ne cher
che qu'à éteindre dans son Royaume. Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne que
ledit Ouvrage intitulé , Instruction Pastorale de
M. l'Evêque de Montpellier , adressée au Clergé et
aux Fideles de son Diocèse , au sujet des miracles
que Dieufait en faveur des Appellans de la Bulls
Unigenitus , 1733. sera et demeurera supprimé ,
comme contraire au respect dû à l'Eglise et au
Roy , tendant à émouvoir les esprits et à trou
bler la tranquillité publique. Enjoint à tous ceux
qui en ont des exemplaires , de les remettre incessamment
au Greffe du Conseil , pour y êtr
supprimez et lacerez. Fait deffenses à tous Imprimeurs
, Libraires et autres , de quelque état
qualité et condition qu'ils soient , d'en vendre ,
débiter ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire ; et sera le present Arrêt lû , publié
, &c.
RDONNANCE DU ROY , du 3 Janvier ,
concernant les Déserteurs du Régiment des
Gardes Françoises , par laquelle S. M. a ordonné
, veut et entend , que lorsqu'un Soldat dudit
Régiment de ses Gardes Françoises aura manqué
de se trouver à une des revûës , que le Commissaire
des Guerres chargé de sa police en doit
faire chaque mois , sans en être dispensé pour
cause de maladie connue de son Capitaine , ou
par congé expedié dans les formes prescrites par
ladite Ordonnance , il soit , à la diligence du
Prévôt des bandes , sommé au son du Tambour,
et à cri public , au lieu de sa derniere demeure ;
de se trouver à la revûë prochaine , sous peine
d'être puni comme déserteur , de laquelle sommation
il sera dressé par lui procès verbal ; et
que faute ledit Soldat de se trouver à cette
seconde revue , il soit réputé déserteur , et puni
comme tel par jugement du Conseil de guerre
s'il peut être arrêté , sinon condamné par coutu
mace , huit jours après ladite seconde revûë , sans
autre formalité que la déposition et le recolle
ment de deux témoins qui déclareront avoir connoissance
de son enrollement et de son absence
et la représentation de ladite sommation , & c.
par
ORAVRIL.
1733. 825
ORDONNANCE DU ROY du 28 Janvier
, portant que le Régiment de Cavalerie de
Conty , ci -devant Villeroy , prendra rang dans
la Cavalerie après celui de Clermont , et avant
le Régiment du Maine , nonobstant ce qui est
porté par l'Ordonnance du premier Mai 1699.
qui avoit fixé le rang de ce Régiment après celui
de Villars , &c.
ORDONNANCE DU ROY , du 8 Février
pour établir quatre Officiers nouveaux dans les
Régimens de Cavalerie de trois Escadrons , et
dans ceux de Dragons ; et deux seulement dans
les Brigades de Carabiniers , et Régimens de Cavalerie
de deux Escadrons.
ARREST du 25 Février , concernant les Parcs
et Pescheries qui sont sur les gréves du ressort de
l'Amirauté de Saint Brieuc , par lequel S. M. ordonne
que les 20 Articles contenus dans l'Arrêt
soient éxécutez selon leur forme et teneur.
AUTRE du 3 Mars , concernant les marques
qui doivent être apposées sur les toiles de
coton blanches , mousselines et mouchoirs , provenant
des ventes de la Compagnie des Indes.
AUTRE du 17 Mars , qui ordonne que pendant
dix années , â commencer du premier Janvier
1734. les morues , tant vertes que séches
et les huiles qui proviendront de la pêche des sujets
de Sa Majesté à l'Isle Royale , appellée cidevant
l'Isle du Cap-Breton , demeureront déchargées
dans tous les Ports du Royaume , tant
de l'Ocean que de la Méditerrannée et à Ingrande
, de tous les droits d'entrée des cinq
grosses Fermes.
AUTRE du 24 Mars, concernant les Parcs e
Péche
627 MERCURE DE FRANCE
que
Pécheries qui sont sur les Gréves du Ressort de
P'Amirauté de Brest , par laquelle S. M. ordonne
les Articles LXXXIV . et LXXXV. de l'Ordonnance
du mois de Mars 1584. et ceux du Livre
V. du Titre III . de l'Ordonnance du mois
de Novembre 1684. soient éxécutez selon leur
forme et teneur ; et en conséquence , a ordonné
et ordonne que les XIV . Articles contenus dans
ledit Arrêt soient éxécutez selon leur forme et
reneur , &c .
ORDONNANCE DU ROY , du 25 Mars ,
par laquelle S. M. ordonne , que tous les Offieier's
absens par semestre , qui se rendront à leurs
charges au premier du mois de Mai prochain ,
soit à la garnison , soit en route , si leurs Régimens
étoient alors en marche , jouiront de leurs
appointemens pour tout le tems qu'ils auront été
absens , ety seront payez en vertu de la présente
Ordonnance , nonobstant le tems fixé par
celles du 10 Septembre 1732. qui seront au surplus
éxécutées en tout ce qu'elles contiennent.
AUTRE du 28 Mars , qui ordonne , que les
Couvertures de laine qui se fabriquent à Montpellier
, jouiront à la sortie du Royaume de la
même modération de droits que celle portée par
l'Arrêt du 14 Novembre 1716. en faveur des
petites étoffes de laine qui se fabriquent dans la
Province de Languedoc .
AUTRE du 31 Mars , qui proroge pendant
une année seulement, la permission accordée aux
Négocians des ports et villes maritimes du
Royaume , d'envoyer leurs vaisseaux directement
en Irlande , pour y acheter des boeufs salez
, et les transporter ensuite aux Isles et Colo
mies Françoises de l'Amérique,
7
Ir
ર
S
AVRIL.
1733.
627
ARREST DU PARLEMENT , au sujet d'un
Libelle , &c.
Ce jour les Gens du Roy sont entrez , et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy portant la parole , ont dit :
-
MESSIEURS ,
Attentifs depuis quelque- tems à la recherche
T'un Ecrit fugitif, qui s'annonçoit sous le titre de
Reflexions pour les Evéques de France , nous venons
enfin d'en découvrir un Exemplaire que
nous apportons à la Cour. Elle y reconnoîtra les
saracteres du Libelle le plus emporté , le plus séditieux
, et le plus digne d'éprouver toute la șéverité
de la censure publique.
On y représente l'Eglise et la Religion comme
abandonnées aujourd'hui en France , à la violence
et aux entreprises des Magistrats séculiers ,
et n'ayant rien à espérer de l'appui du Gouverne
ment , ni de l'autorité du Prince , dont elles ont
à regreter d'avoir attendu envain le secours.
Les couleurs les plus noires y sont employées ,
pour former les traits de l'idée qu'on voudroit
donner de l'état présent des affaires de l'Eglise.
On ne craint point de rappeller à ce sujet l'image
de ces tems funestes , dignes d'un éternel oubli
, où les troubles de la Religion firent éprouver
à nos Peres l'extrémité des plus grands maux.
Ce n'est pas assez de nous menacer de les voir
renaître. Peu s'en faut qu'on ne les préfère à la
situation du tems où nous sommes , er que l'on
ne forme des voeux pour voir succeder à sa place
de pareils malheurs.
La moderation des Prélats les plus sages et les
mieux intentionnez est décriée. Au gré de ce
Libelle téméraire , il n'y aura plus de vrai zele
que celui qu'on verra toujours prêt à se porter
aux
་
28 MERCURE DE FRANCE
aux partis extrêmes , plus de difficultez dans l'Eglise
qui ne soient fatales , plus de troubles qui
se puissent appaiser charitablement , plus de dissentions
qui ne produisent un schisme , dont
l'Auteur semble envisager les suites avec une espéce
de satisfaction .
Ce Schisme en effet est l'objet qu'il se propose.
C'est , dit - il , la seule ressource qui reste aux
Evêques, dans la cause qu'ils soutiennent, et dans
l'usage de l'autorité et du Caractere divin dont
ils sont revêtus. Ou plutôt , si on l'écoute , ce
Schisme est formé ; il éxiste , et la foiblesse des
Prélats est seule cause de ce qu'il n'a pas encore
éclaté.
Nous ne faisons , MESSIEURS, que vous
tracer une légere idée des excès que renferme
cet Ecrit. La fidelité même de la Cour s'y voit
attaquée et sensible autant qu'on le sçauroit
être à un reproche si contraire aux véritables
sentimens dont elle sera toujours pénetrée , elle
verra en même-tems avec encore plus d'indigna
tion , les traits injurieux qui sont portez jusqu'à
la Majesté Royale.
Graces au Ciel , de tels Ecrits sont impuissans.
La fureur qui les dicte , de quelque côté que se
portent ses excès , ne sçauroit qu'inspirer de l'a
version er de l'horreur , pour peu qu'on l'envi
sage de sang froid, et fait d'autant mieux sentir
l'avantage et la nécessité d'une conduite modé
rée. Mais leur licence et leur scandale doivent
être réprimez : Et pour obtenir contre celui- ci
la condamnation qu'il merite , nous avons pris
les Conclusions par écrit que nous laissons en ce
moment à la Cour.
Eux retirez :
Vû le Libelle intitulé : Refléxions pour les Evêques
AVRIL. 1733. 629
es de France. La matiere sur ce mise en déliération.
La Cour a ordonné et ordonne que ledit Libelsera
laceré et brûlé en la Cour du Palais , au
ied du grand Escalier d'icelui par l'Exécuteur
e la haute Justice , comme injurieux à l'autorié
Royale , et à l'honneur des Parlemens , exci
ant au schisme , et tendant à sédition . Fait inibitions
et deffenses à tous Libraires , Imprineurs
, Colporteurs , et à tous autres , de l'im
›rimer , vendre et débiter , ou autrement distriuèr
, sur peine d'être procedé contre eux ex-?
raordinairement. Enjoint à tous ceux qui en au '
oient des Exemplaires , de les remettre incess
amment au Greffe Civil de la Cour , pour y être
upprimez ; permet au Procureur General du
Roy , de faire informer contre ceux qui ont
composé , imprimé , vendu , débité , ou distri
ué ledit Libelle , pardevant Maître Louis de
Vienne , Conseiller , même pardevant les Lieu
enans Criminels ou autres premiers Officiers
les Siéges Royaux du Ressort , pour les témoins
qui se trouveroient dans l'étendue desdits Siéges
poursuite et diligence des Substituts du Procureur
General du Roy en iceux ; pour les informations
faites , rapportées et communiquées au
Procureur General du Roy , être par lui requis ,
t par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra
ordonne que Copies collationnées du présent Ar
rêt seront envoyées aux Bailliages et Sénéchausées
du Ressort , pour y être lû , publié et regis
ré. Enjoint aux Substituts du Procureur Gene
tal du Roy d'y tenir la main , et d'en certifier
la Cour dans le mois. Fait en Parlement le 14
Avril 1733. Signé , YSABEAU.
Et le 14 Avril 1733. à la levée de la Cour en
éxé730
MERCURE DE FRANCE.
éxécution du susdit Arrêt , le Libelle y mentionné
a été laceré et jetté au feu par l'Executeur de la
baute Justice , au bas du grand Escalier du Falais
en présence de nous Etienne -Henry Ysabeau , l'un
des trois premiers et principaux Commis pour la
Grande Chambre , assisté de deux Huissiers de ladite
Cour. Signé , YSABEAU.
ARREST DU PARLEMENT ; du 25 Avril,
au sujet de deux Livres , &c.
Ce jour , toutes les Chambres assemblées , Monsieur
le Premier Président ayant dit que les
Gens du Roy étoient en état de rendre compte
la Cour des ordres dont elle les avoit chargés
par son Arrêté du 15 du présent mois , ils ont
été mandez ; entrez en la Cour , ils ont été entendus
en leurs Conclusions ; et eux retirez , la
matiere mise en déliberation.
:
La Cour a ordonné que les Livres intitulez :
L'un , Nouvelle deffense de la Constitution , où l'or
montre qu'elle est régle de Foi , &c. par M. Claude
le Pelletier , Prêtre , Docteur en Théologie , Chamoine
de PEglise de Reims , à Rouen , chez Phie
lippe-Pierre Cabut , rue du Becq 1729. et l'autre :
Traité de l'Amour de Dieu , tiré des Livres Saints,
dans lequel , &c. dédié au Roy , par M. l'Abbé.
de Pelletier , Chanoine de l'Eglise de Reims , 2 vol.
à Paris , chez Henry , ruë S. Jacques , vis -à-vis
S. Tues 1732. seront supprimez comme contenant
des Propositions séditieuses , contraires au
respect dû au Caractere et à la Personne de plus
sieurs Prélats , à l'honneur et à l'autorité des
Parlemens , excitantes au Schisme , et tendantes
à troubler l'ordre et la tranquillité publique , en
proposant la Constitution Unigenitus commé
une régle de Foi : Fait deffenses à toutes personnes
de quelque état et condition qu'elles
soient
AVRIL. -17-33. 631
soient , de faire à l'occasion de ladite Constitu
tion aucun Acte ou Ecrit tendant au Schisme
à peine d'être procedé extraordinairement conre
les contrevenans : Ordonne qu'à la requête
du Procureur General du Roy , pardevant Me
Anne-Charles Goislard Conseiller , il sera informé
contre l'Auteur desdits Livres , comme
aussi qu'il sera informé contre le Frere Coiffrel ,
des faits portez en la dénonciation mentionnée
en l'Arrêté du 15 de ce mois , et Exploit du 12
audit mois y énoncé , pour les informations faites
et communiquées au Procureur General du
Roy , et rapportées, toutes les Chambres assem→
blées , être par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra.
Ordonne que le present Arrêt sera imprimé
, lû , publié et affiché par tout où besoin
sera , et que Copies collationnées d'icelui seront
envoyées aux Bailliages et Senechaussées du Res➡
sort ; pour y être lû , publié et registré . Enjoint
aux Substituts du Procureur General du Roy d'y
tenir la main , et d'en certifier la Cour dans un
mois.
ARREST DU CONSEIL D'ETAT ,
du as Avril.
Le Roy ayant fait examiner , en son Conseil ;
un Ouvrage qui se répand dans le Public , et
u'on a voulu accréditer en lui donnant le titre
Instruction Pastorale de M. l'Evêque de Montpellier
, adressée au Clergé et aux fidelles de son
Diocèse , au sujet des miracles que Dieu fait enfaveur
des Appellans de la Bulle Unigenitus. Sa Majesté
auroit reconnu que cet Ouvrage imprimé
ans Privilege et sans nom d'Imprimeur , n'est
qu'un tissu de déclamations injurieuses à l'autoité
du Roy , et encore plus à celle de l'Eglise
qu'on y représente comme menacée d'une des
ruction prochaine , et d'une révolution qui
632 MERCURE DE FRANCE
fera succeder une Eglise nouvelle , composée de
ceux qui résistent à l'Eglise présente : Que de si
étranges idées y sont annoncées d'un ton prophetique
, et dans un stile qui seroit plus conve
nable à une satyre , qu'au Mandement d'un Evêque
, ensorte qu'il n'a pû être jamais paru de
Libelle plus propre à répandre de vaines terreurs
et de fausses impressions dans l'esprit des peuples
, à leur inspirer de l'aversion ou du mépris
pour le Pape et pour les premiers Pasteurs , et &
diminuer ou affoiblir dans leur coeur , le respect
pour la Religion même , à quoi étant necessaire
de pourvoir , pour éloigner tout ce qui peut en
tretenir ou augmenter un feu que le Roi ne cher
che qu'à éteindre dans son Royaume. Sa Majesté
étant en son Conseil , a ordonné et ordonne que
ledit Ouvrage intitulé , Instruction Pastorale de
M. l'Evêque de Montpellier , adressée au Clergé et
aux Fideles de son Diocèse , au sujet des miracles
que Dieufait en faveur des Appellans de la Bulls
Unigenitus , 1733. sera et demeurera supprimé ,
comme contraire au respect dû à l'Eglise et au
Roy , tendant à émouvoir les esprits et à trou
bler la tranquillité publique. Enjoint à tous ceux
qui en ont des exemplaires , de les remettre incessamment
au Greffe du Conseil , pour y êtr
supprimez et lacerez. Fait deffenses à tous Imprimeurs
, Libraires et autres , de quelque état
qualité et condition qu'ils soient , d'en vendre ,
débiter ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire ; et sera le present Arrêt lû , publié
, &c.
Fermer
Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En 1733, plusieurs ordonnances royales et arrêts parlementaires ont été publiés. Le 3 janvier, une ordonnance royale visait les déserteurs du Régiment des Gardes Françaises, stipulant que tout soldat absent sans justification serait considéré comme déserteur et puni en conséquence. Le 28 janvier, une autre ordonnance modifiait le rang du Régiment de Cavalerie de Conty dans la cavalerie. Le 8 février, une ordonnance royale établissait la création de nouveaux officiers dans divers régiments de cavalerie et de dragons. Plusieurs arrêts concernaient la gestion des parcs et pêcheries, notamment à Saint-Brieuc et Brest, ainsi que les marques à apposer sur certaines toiles et mousselines. Le 25 mars, une ordonnance royale permettait aux officiers absents de récupérer leurs appointements pour la période d'absence. Le 31 mars, une ordonnance prorogeait la permission accordée aux négociants pour envoyer des vaisseaux en Irlande. Le Parlement a également pris des mesures contre des écrits séditieux. Le 14 avril, un libelle intitulé 'Réflexions pour les Évêques de France' a été lacéré et brûlé pour ses propos injurieux à l'autorité royale et aux Parlements, et pour exciter au schisme et à la sédition. Le 25 avril, deux livres, 'Nouvelle défense de la Constitution' et 'Traité de l'Amour de Dieu', ont été supprimés pour contenir des propositions séditieuses et contraires à l'autorité des Parlements. Le Conseil d'État a condamné un ouvrage intitulé 'Instruction Pastorale' pour ses déclarations injurieuses à l'autorité royale et à l'Église. Par ailleurs, le roi a ordonné la suppression d'un ouvrage intitulé 'Instruction Pastorale de M. l'Évêque de Montpellier'. Cet ouvrage, adressé au clergé et aux fidèles du diocèse de Montpellier, traitait des miracles attribués par Dieu aux appellants de la bulle Unigenitus, publiée en 1733. Le roi jugeait cet ouvrage contraire au respect dû à l'Église et au roi, et susceptible de troubler la tranquillité publique. Il ordonnait donc la suppression de tous les exemplaires existants, qui devaient être remis au greffe du Conseil pour être détruits. De plus, il interdisait à tous les imprimeurs, libraires et autres personnes de vendre, débiter ou distribuer cet ouvrage, sous peine de punition exemplaire. L'arrêt devait être lu et publié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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94
p. 989-991
EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
Début :
Pierre Denis, nâquit à Mons en Hainault, en l'année 1658. il eut dès sa jeunesse une grande [...]
Mots clefs :
Pierre Denis, Choeur, Balustrade, Saint-Denis, Église, Ouvrages, Escalier
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
EXTRAIT D'UNE LETTRE
écrite de S. Denis en France sur la
Mort d'un fameux Artiste .
Pierre Denis,nâquit à Mons en Hainault , en
Pannée 168. il eut dès sa jeunesse une grande
inclination pour les Arts et un goût particulier
pour le travail du fer. Cette inclination luk
fit entreprendre le voyage d'Italie ; il s'arrêta à
Rome deux ans entiers , travaillant sous les meilleurs
Maitres . Il vint ensuite à Paris , où il acheva
de se perfectionner par un travail assidu de
six années auprès des plus habiles Artistes en ce
genre.
En l'année 1690. il quitta le Monde pour s'at
tacher à l'Ordre de S. Benoît , en qualité de
Commis , c'est ainsi qu'on nomme les Laïques.
qui se donnent à la Religion , et s'engagent par
un Contrat civil à garder certaines Regles et à
s'occuper , selon l'ordre des Superieurs , dans
les Arts et Métiers dont ils sont capables . Il entra
pour cela dans l'Abbaye Royale de S. Denis ,
et après ses deux années de probation , il y fit son
Contrat de stabilité en 1692.
Pendant quarante- trois ans qu'il a vécu à
S
990 MERCURE DE FRANCE
S. Denis d'une maniere toujours édifiante , il
s'est continuellement occupé à de grands Ouvrages
de son Art , qu'il a executez dans la derniere
pertection. Il a enfin laissé dans cette celebre
Abbaye dequoi immortaliser sa memoire.
Son premier Ouvrage est la Balustrade de l'Orgue.
Il fit ensuite une Porte pour le Choeur , laquelle
a servi dans le temps que le Jubé de pierre
subsistoit. On la depuis transportée à l'entrée
du Chevet de l'Eglise , proche le Tombeau de
M. de Turenne . Il a fait aussi la Rampe du Degré
qui descend du Chevet * au Choeur.
En l'année 1751. il posa les Grilles collaterales
du Choeur du côté du Midy et du Septentrion.
Environ sept ans après la grande Grille qui fait
face à la Net , fut achevée et posée . Elle comprend
la grande Porte du Choeur , les deux Portes
des Collateraux , les Degrez et les Tours du
Jubé. Les Desseins sont du fameux M. Anguierre,
Sculpteur de notre Académie.
Depuis ces grands Ouvrages il a encore fait la
Balustrade du Balcon qui est au bout du Dortoir
du côté de Paris , la Balustrade et les Rampes du
grand Escalier , lesquelles ont été finies en 1723 .
Il avoit fait auparavant la Grille qui est au bas
du même grand Escalier , et dont le travail est
incomparable.
En 1724. la Balustrade de l'Escalier qui descend
du Dortoir à l'Eglise .
En 1725. la Suspension des Lampes du Choeur.
Ensuite la Chaire du Lecteur au Réfectoire ,
Ouvrage fait en Découpures et des plus accom -
* Le Chevet est le Rond point ou le grand espace
qui est derriere le grand Autel, et qui comprend le
Tour des Chapelles.
plis
MAY. 1733. 991
plis ; la Chaire a été posée au mois de Mars 1726.
et le Couronnement fini en 1727 .
Enfin notre excellent Artiste a fait à S. Denis
la Rampe de l'Escalier de la nouvelle Infirmerie ,
et c'est son dernier Ouvrage à l'égard de cette
Abbaye.
Il a fait aussi , par ordre de Madame d'Orleans
, Abbesse de Chelles , la belle Grille du
Choeur des Religieuses . Ce Morceau est des plus
riches , des plus magnifiques et des mieux entendus.
Il a encore travaillé aux Grilles de l'Eglise Cathédrale
de Meaux , et a donné les Desseins de la
Porte du Choeur de l'Eglise de Notre - Dame de
Paris, et de plusieurs Ouvrages pour differens endroits
. La Balustrade de l'Autel de la Chapelle de
l'Hôtel- Dieu de S. Denis , est aussi de lui .
Pierre Denis mourut d'une fluxion de poitrine
le 20. Mars 1733. dans la 75. année de son âge.
Il a été inhumé dans le vieux Cloître , du côté
de l'ancien Réfectoire , vis - à - vis le Puits . On a
marqué l'endroit d'une Pierre quarrée , sur laquelle
on a gravé le jour , le mois et l'année de
sa mort. On y a ajouté les deux premieres lettres
de son nom , P. D.
On peut dire qu'il a été le plus rare et le plus
habile Ouvrier en fer qu'il y ait eû en Europe.
Les Experts avoüent que personne n'a encore approché
de la délicatesse , de la beauté et de la
perfection de ses Ouvrages , que tous les Etran
gers s'empressent d'aller voir et d'admirer.
écrite de S. Denis en France sur la
Mort d'un fameux Artiste .
Pierre Denis,nâquit à Mons en Hainault , en
Pannée 168. il eut dès sa jeunesse une grande
inclination pour les Arts et un goût particulier
pour le travail du fer. Cette inclination luk
fit entreprendre le voyage d'Italie ; il s'arrêta à
Rome deux ans entiers , travaillant sous les meilleurs
Maitres . Il vint ensuite à Paris , où il acheva
de se perfectionner par un travail assidu de
six années auprès des plus habiles Artistes en ce
genre.
En l'année 1690. il quitta le Monde pour s'at
tacher à l'Ordre de S. Benoît , en qualité de
Commis , c'est ainsi qu'on nomme les Laïques.
qui se donnent à la Religion , et s'engagent par
un Contrat civil à garder certaines Regles et à
s'occuper , selon l'ordre des Superieurs , dans
les Arts et Métiers dont ils sont capables . Il entra
pour cela dans l'Abbaye Royale de S. Denis ,
et après ses deux années de probation , il y fit son
Contrat de stabilité en 1692.
Pendant quarante- trois ans qu'il a vécu à
S
990 MERCURE DE FRANCE
S. Denis d'une maniere toujours édifiante , il
s'est continuellement occupé à de grands Ouvrages
de son Art , qu'il a executez dans la derniere
pertection. Il a enfin laissé dans cette celebre
Abbaye dequoi immortaliser sa memoire.
Son premier Ouvrage est la Balustrade de l'Orgue.
Il fit ensuite une Porte pour le Choeur , laquelle
a servi dans le temps que le Jubé de pierre
subsistoit. On la depuis transportée à l'entrée
du Chevet de l'Eglise , proche le Tombeau de
M. de Turenne . Il a fait aussi la Rampe du Degré
qui descend du Chevet * au Choeur.
En l'année 1751. il posa les Grilles collaterales
du Choeur du côté du Midy et du Septentrion.
Environ sept ans après la grande Grille qui fait
face à la Net , fut achevée et posée . Elle comprend
la grande Porte du Choeur , les deux Portes
des Collateraux , les Degrez et les Tours du
Jubé. Les Desseins sont du fameux M. Anguierre,
Sculpteur de notre Académie.
Depuis ces grands Ouvrages il a encore fait la
Balustrade du Balcon qui est au bout du Dortoir
du côté de Paris , la Balustrade et les Rampes du
grand Escalier , lesquelles ont été finies en 1723 .
Il avoit fait auparavant la Grille qui est au bas
du même grand Escalier , et dont le travail est
incomparable.
En 1724. la Balustrade de l'Escalier qui descend
du Dortoir à l'Eglise .
En 1725. la Suspension des Lampes du Choeur.
Ensuite la Chaire du Lecteur au Réfectoire ,
Ouvrage fait en Découpures et des plus accom -
* Le Chevet est le Rond point ou le grand espace
qui est derriere le grand Autel, et qui comprend le
Tour des Chapelles.
plis
MAY. 1733. 991
plis ; la Chaire a été posée au mois de Mars 1726.
et le Couronnement fini en 1727 .
Enfin notre excellent Artiste a fait à S. Denis
la Rampe de l'Escalier de la nouvelle Infirmerie ,
et c'est son dernier Ouvrage à l'égard de cette
Abbaye.
Il a fait aussi , par ordre de Madame d'Orleans
, Abbesse de Chelles , la belle Grille du
Choeur des Religieuses . Ce Morceau est des plus
riches , des plus magnifiques et des mieux entendus.
Il a encore travaillé aux Grilles de l'Eglise Cathédrale
de Meaux , et a donné les Desseins de la
Porte du Choeur de l'Eglise de Notre - Dame de
Paris, et de plusieurs Ouvrages pour differens endroits
. La Balustrade de l'Autel de la Chapelle de
l'Hôtel- Dieu de S. Denis , est aussi de lui .
Pierre Denis mourut d'une fluxion de poitrine
le 20. Mars 1733. dans la 75. année de son âge.
Il a été inhumé dans le vieux Cloître , du côté
de l'ancien Réfectoire , vis - à - vis le Puits . On a
marqué l'endroit d'une Pierre quarrée , sur laquelle
on a gravé le jour , le mois et l'année de
sa mort. On y a ajouté les deux premieres lettres
de son nom , P. D.
On peut dire qu'il a été le plus rare et le plus
habile Ouvrier en fer qu'il y ait eû en Europe.
Les Experts avoüent que personne n'a encore approché
de la délicatesse , de la beauté et de la
perfection de ses Ouvrages , que tous les Etran
gers s'empressent d'aller voir et d'admirer.
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Résumé : EXTRAIT D'UNE LETTRE écrite de S. Denis en France sur la Mort d'un fameux Artiste.
Pierre Denis, né à Mons en Hainault en 1688, manifesta très tôt un intérêt pour les arts et une passion particulière pour le travail du fer. Il se rendit en Italie pour se former à Rome pendant deux ans, puis s'installa à Paris où il se perfectionna durant six années auprès des meilleurs artistes. En 1690, il quitta le monde séculier pour rejoindre l'Ordre de Saint-Benoît en tant que commis, un laïc engagé par contrat civil à suivre certaines règles et à travailler dans les arts et métiers dont il était capable. Il entra à l'Abbaye Royale de Saint-Denis et y fit son contrat de stabilité en 1692. Durant les quarante-trois années suivantes, Denis réalisa de nombreux ouvrages de ferronnerie d'une grande perfection. Parmi ses œuvres les plus notables à Saint-Denis figurent la balustrade de l'orgue, la porte du chœur, la rampe du degré descendant du chœur, les grilles collatérales du chœur, la grande grille du chœur, la balustrade du balcon du dortoir, les rampes du grand escalier, et la suspension des lampes du chœur. Il travailla également pour d'autres lieux, comme l'église cathédrale de Meaux et la porte du chœur de Notre-Dame de Paris. Pierre Denis décéda d'une fluxion de poitrine le 20 mars 1733, à l'âge de 75 ans. Il fut inhumé dans le vieux cloître de l'abbaye, et sa tombe fut marquée d'une pierre gravée de ses initiales et de la date de son décès. Reconnu comme l'un des plus habiles ouvriers en fer d'Europe, ses œuvres étaient admirées pour leur délicatesse, beauté et perfection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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95
p. 1050-1062
DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
Début :
Après avoir dit dans la premiere Partie de cet Ouvrage ce qui obligea [...]
Mots clefs :
Saint Denis, Comtes de Vexin, Abbaye de Saint-Denis, Église, Seigneurs, Prince, Églises, Bannière, Dévotion, Monastère, Enseignes militaires
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
DISSERTATION sur les Enseignes
Militaires des François . par M. Benetonde-
Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roy. Seconde Partie .
A
Près avoir dit dans la premiere Partie
de cet Ouvrage ce qui obligea
les Rois de France à changer de Patron ,
et ce qui fit qu'à leur exemple le Peuple
diminua peu - à - peu sa dévotion a S.Martin
, pour la donner toute entiere à saint
Denis ; remontons présentement aux
temps qui ont précedé ce changement.
Sans entrer dans la fameuse dispute si
S. Denis , premier Evêque de Paris , est
le même que Denis l'Areopagite , converti
par
l'Apôtre S. Paul dans la Ville
d'Athénes , qui de Rome passa dans les
Gaules dès le premier siecle de l'Eglise ,
ou s'il est un autre Denis , qui , avec six
autres saints Missionnaires , ne vinrent dans
les Gaules qu'au temps de Décius ; il est
toujours certain qu'un S. Denis , Evêque,
fut le premier qui annonça aux Parisiens
les veritez de l'Evangile , et qu'il souffrit
le martyre avec deux de ses Compagnons
dans le lieu même où il avoit exercé sa
Mission .
Après
JUIN. 1733. 1051
Après la mort de ce Saint , une femme
vertueuse et riche , nommée Catule ,
devenue , sans doute , Chrétienne par les
´Sermons du Martyr, fit secrettement enlever
son Corps et ceux de ses Compagnons ,
et les fit inhumer tous trois dans un
Champ qui lui appartenoit , et qui à cause
d'elle fut appellé Catolacum , et Catalliacum.
Les Chrétiens , pour ne point oublier
l'endroit qui contenoit les Corps de
ces saints Martyrs , mirent dessus une
marque, ou Montjoye , et aussi tôt qu'ils
furent en liberté de faire quelque Acte
public de leur Religion , ils bâtirent sur
cet endroit une Oratoire ou petite Chapelle
, que sainte Géneviève changea en
Eglise et qui devint bien- tôt un Monastere
, puisque dès l'an 6c0 . sous Clotaire
second , il y avoit déja un Abbé
qui gouvernoit la Communauté Religicu
se de S. Denis .
Le Roy Dagobert fut le premier qui
donna à cette Abbaye de grandes possessions
en terres , et les Successcurs de ce
Prince se firent un mérite d'enrichir extraordinairement
le Monastere de S. Denis
, par de continuelles liberalitez , jusqu'au
temps de Charles le Chauve. Alors
les Normands étant venu aborder ent
Neustrie , et ces Barbares ayant remonté
1. Vol. Ay la
1052 MERCURE DE FRANCE
·
&
la Seine pour ravager les Païs voisins de
cette Riviete , les Religieux de S. Denys
recoururent à la protection des Rois ,
pour la conservation des biens qu'ils renoient
d'eux ; mais les Rois occupez aib
leurs, tant par les Guerres intestines , que
par les ravages que d'autres Normands
faisoient en attaquant le Royaume par
plusieurs endroits , et ne pouvant par
consequent s'engager à deffendre en personne
l'Abbaye de S. Denys ; ils commirent
ce soin aux Comtes du Véxin , qui
étoient leurs plus proches Officiers , et faisant
résidence aux environs de cette Abbaye;
par là plus à portée que tous autres
à veiller à sa deffense. Voilà l'origine et
l'établissement des premiers Avouez ou
Deffenseurs de S. Denys .
Les Comtes de Véxin étoient pour lors
des Officiers Amovibles , comme tous les
autres Comtes du Royaume ; ainsi l'Abbaye
de S.Denys changeoit d'Avoüé toutes
les fois que leVéxin changeoit de Gouverneur.
Cela dura jusqu'au Regne de Charles
le Simple, qui ayant cedé aux Normands
toute la Neustrie , avec une partie du
Véxin ; ceux qui devinrent Comtes de
l'autre partie de ce Païs , demeurée à la
France , s'en rendirent presque aussi-tôr
1. Vol.
SeiJUIN.
1733.
1053
Seigneurs proprietaires , et étendirent la
même propriété sur l'Avoüerie de S. Denys
, rendant ces deux Dignités héréditaires
dans leurs familles .
Les Historiens faute d'avoir mis de la
distinction entre la qualité de Comte et
celle d'Avoüé , ont cru que les derniers
Seigneurs du Véxin étoient Vassaux de
l'Abbaye de S. Denys pour leur Comté ;
ce qui n'est point mon sentiment.
Car si le Comté de Véxin eut relevé de
l'Abbaye de S. Denys , les Religieux auroient
été en droit d'exiger l'hommage
des Ducs de Normandie qui joüissoient
de la moitié de ce Comté; et l'on ne voit
point qu'aucun Prince Normand ait été
citté , ni se soit soumis à cet hommage.
Les premiers Comtes de Véxin n'ont
pas pû le faire; ils dépendoient entierement
des Rois qui n'auroient point souffert
que leurs Officiers allassent faire hommage
d'un Païs dont ils n'étoient que les
gardiens ; permettroit - on presentement
à un Gouverneur de Province ou de Ville
d'aller soumettre son Gouvernement
à une Eglise à laquelle il auroit dévotion ?
il en auroit été de même si les Comtes
de Véxin avoient voulu faire une semblable
démarche.
L'Abbaye de S. Denys n'a eu la Sei-
1. Vol.
A vj gneurie
1054 MERCURE DE FRANCE
gneurie du lieu où elle est scituée que par
la donation que lui en fit le Roy Robert,
l'an 996. En ce temps - là les Rois donnoient
assez aisément les Domaines utiles,
mais rarement les Justices et les Droits
Seigneuriaux ; ils éroient soigneux de se
les conserver ; ainsi il paroît peu croïable
qu'un Monastere qui n'étoit point Seigneur
du lieu où il étoit , pût avoir la Suseraineté
sur un territoire aussi considérable
que le Véxin , Les Rois avoient interêt
de soûtenir le droit de Suseraineté
sur ce territoire entier, parce que s'ils s'étoient
un peu relâchés , cela auroit servi
de prétexte aux Ducs de Normandie
lorsqu'ils furent devenus Rois d'Angleterre
, et les plus redoutables ennemis de
la France , pour soustraire une partie de
leur Domaine à l'hommage qu'ils devoient
à la Couronne , dans la prétention
qu'ils ne l'auroient dû qu'à l'Abbaye
de Saint Denys pour leur part du
Véxin.
,
Nos Rois connoissoient si bien que
leur interêt demandoit l'affoiblissement
des Comtes du Véxin , trop voisins de
Paris , que les derniers possesseurs de ce
Comté , étoient plutôt Comtes dans le
Païs , que Comtes du Païs , tant leur autorité
fut mitigée par les Rois , qui n'ai-
I. Vol. moient
JUIN. 1733 . 1055
moient point d'avoir un Vassal si puissant
à la porte de leur Capitale. Aussi
Philippe I. profita bien tôt de la mort ,
sans enfans , de Simon , surnommé le
Bienheureux , dernier de ces Comtes ,
arrivée l'an 1c88 . pour réünir à son Domaine
le Comté de Véxin , qu'il donna
ensuite à son fils , Loüis , surnommé le
Gros, et qui par ce moyen devint Avoüé
de S. Denys. C'est ce Prince , qui étant
Roy, fit un usage general de la Banniere
de l'Abbaye , dont il avoit l'Avouerie ,
et la fit porter dans toutes les Guerres
d'Etat qu'il entreprit. Après la réunion
du Véxin à la Couronne , la dévotion à
S. Denys devint si grande , que les Rois ,
successeurs de Louis le Gros , se firent
honneur d'être les premiers Avoüez de
l'Eglise de ce Saint.
Ils s'obligerent en cette qualité de
prendre les armes pour en conserver les
droits toutes les fois qu'il en seroit besoin
; et cette obligation leur fit naître
l'idée pieuse de se servir de la Banniere
de ce Monastere , non seulement dans les
occasions où il s'agiroit d'en deffendre les
biens , mais encore dans toutes celles où
il s'agiroit de la deffense de leur propre
Royaume , et d'avoir en cette Banniere
la nrême confiance que leurs Prédeces
1. Vol.
scurs
1056 MERCURE DE FRANCE
seurs avoient eue en celle de S. Martin ,
dont on ne faisoit plus d'usage .
L'Histoire nous a conservé la memoire
de ce qui se passa quand le Roy Louis
le Gros alla à S. Denys , l'an 1124. y lever
l'Oriflamme pour la premiere fois ,
afin de s'en servir dans la Guerre qu'il
alloit avoir contre l'Empereur Henry V.
,
La maniere dont ce Prince parla dans
l'Assemblée qui se tint à cette occasion ,
a donné lieu de croire qu'il y reconnut
n'avoir droit de se servir de la Banniere
de S. Denys , qu'en qualité de Vassal de
l'Abbaye , à cause du Comté de Vexin .
Voicy le discours du Roy , tiré d'une
Patente que Doublet nous a conservée
dans son Histoire de S.Denys. Liv. 3.
Presenti itaque Venerabili Abbate Prefata
Ecclesia Sugerio , quem fidelem et familiarem
optimatum nostrorum Vexillum de
altario beatorum Martyrum , ad quos comitatus
Vilcassini , quem nos ab ipsis infeodem
habemus , spectare dignoscitur , morem
antiquum antecessorum nostrorum servantes
et imitantes , signiferi jure , sicut Comites
Vilcassini soliti erant , suscepimus.
Ces termes qui ont paru décisifs à ceux
qui ont soutenu que le Roi fit alors hommage
du Comté de Vexin, ne me paroissent
pas tels ; cette preuve n'est point in-
I, Vol.
conJUIN.
1733 1057
contestable , selon moi ; la piété du Prince
, et sa grande dévotion à S. Denys , auroient
bien pû lui faire avancer des expressions
un peu fortes , sans distinguer
assez pourquoi les Comtes de Vexin rendoient
hommage ; confondant sa qualité
d'Avoué avec celle de Comte , et les termes
: De more Antecessorum suorum , peuvent
s'entendre que le Roy reconnoît
avoir , signiferi jure , le droit de porter
P'Enseigne de S. Denys , de même que les
Comtes de Vexin l'avoient en qualité
d'Avoüés , et par conséquent de Vassaux
de l'Abbaye en cette qualité.
Enfin , si on ne peut rien rabatre de la
forme des termes de cette reconnoissance
; la cause qui la fit faire ainsi , peut
être attribuée à l'usage où l'on étoit alors,
et qui avoit commencé dans le siecle précedent
, où le Seigneur d'un Fief croioit
faire un Acte de grande piété , en soumettant
volontairemént sa Terre à l'Eglise
d'un Saint , qu'il prenoit pour le:
Protecteur de sa famille.
On rendoit cette soumission , sans prétendre
préjudicier à celle qu'on devoit à
son Seigneur dominant, ce qui faisoit que
ce dernier la permettoit. Les Comtes de
Vexin auroient pû faire un pareil hommage
à S. Denys , sans préjudice de celui
qu'ils devoient aux Rois .
tos8 MERCURE DE FRANCE
Les Seigneurs de la Tour en Auvergne
soumirent leur Fief de la Tour à l'Abbaye
de Clugny , fauf ce qu'ils devoient
aux Comtes d'Auvergne leurs Souverains.
Munier , dans son Histoire d'Authun ;
rapporte les hommages que les Seigneurs
du Fief de Clugny lés - Authun , faisoient
devant l'Autel et la Chasse de S. Symphorien
de cette Ville , quoique ce Fief
de Clugny relevat d'un autre Seigneur.
Louis XI. Roy de France , fit hommage
pour lui et ses Successeurs Rois , du
Comté de Boulogne en Picardie , à Notre
Dame de la même Ville ; et Louis XIII. a
mis sa Couronne sons la protection de la
Sainte Vierge , par un voeu fait à l'Eglise
de Notre Dame de Paris ; toutes ces
soumissions volontaires et l'effet d'une
grande piété , ne tirent point à conséquence
, et ne peuvent point passer pour
de vraies sujettions.
que
Il faut penser la même chose de celle
les Comtes de Vexin devoient à Saint
Denys, et je suis persuadé que ces Comtes
ne la devoient que pour des Terres dépendantes
de l'Abbaye , dont ils jouissoient
en qualité d'Avoüez . En effet
qu'on examine bien la céremonie qui se
faisoit quand nos Rois alloient pren-
I. Vol.
dre
JUIN. 1733.
1059
dre l'Oriflame , on verra que ce n'étoit
qu'un Acte de dévotion qui n'avoit rien
qui sentit l'hommage juridique.
Le Roy après avoir fait sa priere devant
l'Autel sur lequel étoient les Chasses
des Martyrs , prenoit lui - même la Banniere
qui étoit aussi dessus l'Autel , pour
montrer qu'il ne tenoit le droit de la
prendre que de sa puissance , et que la
piété seule , qui l'engageoit à proteger le
Monastere , lui faisoit si fort estimer son
Enseigne, à cause du Saint à qui elle étoit
consacrée, qu'il esperoit par elle attirer la
protection du Ciel sur son Armée. Ensuite
le Roy tenant en main cette Enseigne
la remettoit à un des plus vaillans
Chevaliers de sa Cour , pour la porter en
son nom , pendant l'Expedition qu'on
alloit entreprendre , et ce Seigneur faisoit
serment de la deffendre au peril de
sa vie , et de la rapporter dans le lieu où
il la prenoit.
Je regarde les Porte - Oriflammes
comme les Vidâmes de nos Rois et les
Avoüés particuliers de Saint Denys.
J'ai déja dit que les Rois sont de droit
les Protecteurs et les Grands Avoüés de
toutes les Eglises de leur Royaume ; ils
avoient fait les Comtes d'Anjou et du
Vexin leurs Lieutenans dans celles de S.
I. Vol. Martin
1060 MERCURE DE FRANCE
Martin et de S. Denys , et ils ne firent
exercer ces Lieutenances par d'autres Seigneurs
, que quand la posterité mâle de
ces Comtes eut manqué.
Outre ces Lieutenans d'honneur , les
Grosses Abbayes avoient d'antres Avoüez
d'un plus bas étage pour avoir soin des
biens détachez et éloignez de ces Abbayes.
Ces Avouez particuliers se nommoient
Signiferi Ecclesiarum , Porte- Enseignes
des Eglises.
L'Abbaye de S.Denys en avoit plusieurs
à la fois , comme celui de Berneval en
Normandie , et les Seigneurs de Chevreuse
près Montfort. Ces derniers , l'an
1226 , remirent leur droit d'Avoüérie ,
moyennant une somme d'argent ; il falloit
cependant que par cette vente ils ne
se fussent pas dépouillez tout - à - fait de
l'honneur de contribuer à la deffense de
l'Abbaye de S. Denys , puisque les premiers
Porte Oriflammes connus , étoient
de cette famille , et qu'on n'en trouve
point qui ait exercé cet Ofice avant Anceau
, Sire de Chevreuse , qui perdit l'O
riflamme et la vie à la Bataille de Monsen
- Puelle , l'an 1304.
Chacun de ces Avoüez particuliers
avoit son Enseigne , comme cela se prouve
par le nom qu'on leur donnoit de
I. Vol. SiJUIN.
1733 1061
Signiferi Ecclesiarum ; ainsi l'Abbaye de
S. Denys ayant plusieurs Avoüez , devoit
avoir plusieurs Bannieres , qui toutes auroient
pû s'appeller Oriflammes , puisqu'elles
avoient toutes la même forme ,
par la raison que je vais dire ; cependant
on ne donna ce nom qu'à la principale ,
qui restoit dans l'Abbaye , et que l'on
regardoit proprement comme appartenante
aux Martyrs.
Toutes les Bannieres des Eglises dédiées
à des Saints de ce genre , étoient
rouges et frangées, de synope ou de verts
l'une de ces couleurs désignant les souffrances,
et l'autre l'esperance qui animoit
ces Saints en répandant leur sang pour
Jesus-Christ.
L'Eglise de Brioude en France , dédiée
à S. Julien Martyr, celles de Tubnigen
et de Bolbingen en Allemagne , de même
qu'une infinité d'autres Eglises qu'on me
dispensera de nommer , avoient de semblables
Bannieres ; l'Etendart des Dauphins
de Viennois étoit rouge , avec un
S. George representé dessus ; il servoit à
l'inauguration de chaque Dauphin . Après
qu'on avoit mis au nouveau Prince l'Epée
au côté , et l'Anneau au doigt , il
prenoit d'une main le Sceptre , et de
l'autre cet Etendart , qui après la cere-
1. Vol.
monie
1062 MERCURE DE FRANCE
monie étoit remis dans la Sacristie de l'Eglise
de S.André de Grenoble où il restoit
toujours en dépôt , comme l'ont remarqué
Jean Beneton , mon grand oncle , et
M. de Valbonnais dans leurs Mémoires
du Dauphiné.
Plusieurs Seigneurs qui se trouverent
Avoüez des Eglises lorsque l'on commençi
à prendre des Armoiries , s'en firent
avec les Bannieres qu'ils avoient droit de
porter ; telle est l'origine des Armes des
Comtes d'Auverge , des Seigneurs de Clin
champ en Normandie , et des Comtes de
Verdemberg en Allemagne . Ces trois
exemples suffiront pour prouver ce que
j'avance.
Le reste paroitra dans le Mercure pro¬
chain.
Militaires des François . par M. Benetonde-
Perrin , Ecuyer , ancien Gendarme
de la Garde du Roy. Seconde Partie .
A
Près avoir dit dans la premiere Partie
de cet Ouvrage ce qui obligea
les Rois de France à changer de Patron ,
et ce qui fit qu'à leur exemple le Peuple
diminua peu - à - peu sa dévotion a S.Martin
, pour la donner toute entiere à saint
Denis ; remontons présentement aux
temps qui ont précedé ce changement.
Sans entrer dans la fameuse dispute si
S. Denis , premier Evêque de Paris , est
le même que Denis l'Areopagite , converti
par
l'Apôtre S. Paul dans la Ville
d'Athénes , qui de Rome passa dans les
Gaules dès le premier siecle de l'Eglise ,
ou s'il est un autre Denis , qui , avec six
autres saints Missionnaires , ne vinrent dans
les Gaules qu'au temps de Décius ; il est
toujours certain qu'un S. Denis , Evêque,
fut le premier qui annonça aux Parisiens
les veritez de l'Evangile , et qu'il souffrit
le martyre avec deux de ses Compagnons
dans le lieu même où il avoit exercé sa
Mission .
Après
JUIN. 1733. 1051
Après la mort de ce Saint , une femme
vertueuse et riche , nommée Catule ,
devenue , sans doute , Chrétienne par les
´Sermons du Martyr, fit secrettement enlever
son Corps et ceux de ses Compagnons ,
et les fit inhumer tous trois dans un
Champ qui lui appartenoit , et qui à cause
d'elle fut appellé Catolacum , et Catalliacum.
Les Chrétiens , pour ne point oublier
l'endroit qui contenoit les Corps de
ces saints Martyrs , mirent dessus une
marque, ou Montjoye , et aussi tôt qu'ils
furent en liberté de faire quelque Acte
public de leur Religion , ils bâtirent sur
cet endroit une Oratoire ou petite Chapelle
, que sainte Géneviève changea en
Eglise et qui devint bien- tôt un Monastere
, puisque dès l'an 6c0 . sous Clotaire
second , il y avoit déja un Abbé
qui gouvernoit la Communauté Religicu
se de S. Denis .
Le Roy Dagobert fut le premier qui
donna à cette Abbaye de grandes possessions
en terres , et les Successcurs de ce
Prince se firent un mérite d'enrichir extraordinairement
le Monastere de S. Denis
, par de continuelles liberalitez , jusqu'au
temps de Charles le Chauve. Alors
les Normands étant venu aborder ent
Neustrie , et ces Barbares ayant remonté
1. Vol. Ay la
1052 MERCURE DE FRANCE
·
&
la Seine pour ravager les Païs voisins de
cette Riviete , les Religieux de S. Denys
recoururent à la protection des Rois ,
pour la conservation des biens qu'ils renoient
d'eux ; mais les Rois occupez aib
leurs, tant par les Guerres intestines , que
par les ravages que d'autres Normands
faisoient en attaquant le Royaume par
plusieurs endroits , et ne pouvant par
consequent s'engager à deffendre en personne
l'Abbaye de S. Denys ; ils commirent
ce soin aux Comtes du Véxin , qui
étoient leurs plus proches Officiers , et faisant
résidence aux environs de cette Abbaye;
par là plus à portée que tous autres
à veiller à sa deffense. Voilà l'origine et
l'établissement des premiers Avouez ou
Deffenseurs de S. Denys .
Les Comtes de Véxin étoient pour lors
des Officiers Amovibles , comme tous les
autres Comtes du Royaume ; ainsi l'Abbaye
de S.Denys changeoit d'Avoüé toutes
les fois que leVéxin changeoit de Gouverneur.
Cela dura jusqu'au Regne de Charles
le Simple, qui ayant cedé aux Normands
toute la Neustrie , avec une partie du
Véxin ; ceux qui devinrent Comtes de
l'autre partie de ce Païs , demeurée à la
France , s'en rendirent presque aussi-tôr
1. Vol.
SeiJUIN.
1733.
1053
Seigneurs proprietaires , et étendirent la
même propriété sur l'Avoüerie de S. Denys
, rendant ces deux Dignités héréditaires
dans leurs familles .
Les Historiens faute d'avoir mis de la
distinction entre la qualité de Comte et
celle d'Avoüé , ont cru que les derniers
Seigneurs du Véxin étoient Vassaux de
l'Abbaye de S. Denys pour leur Comté ;
ce qui n'est point mon sentiment.
Car si le Comté de Véxin eut relevé de
l'Abbaye de S. Denys , les Religieux auroient
été en droit d'exiger l'hommage
des Ducs de Normandie qui joüissoient
de la moitié de ce Comté; et l'on ne voit
point qu'aucun Prince Normand ait été
citté , ni se soit soumis à cet hommage.
Les premiers Comtes de Véxin n'ont
pas pû le faire; ils dépendoient entierement
des Rois qui n'auroient point souffert
que leurs Officiers allassent faire hommage
d'un Païs dont ils n'étoient que les
gardiens ; permettroit - on presentement
à un Gouverneur de Province ou de Ville
d'aller soumettre son Gouvernement
à une Eglise à laquelle il auroit dévotion ?
il en auroit été de même si les Comtes
de Véxin avoient voulu faire une semblable
démarche.
L'Abbaye de S. Denys n'a eu la Sei-
1. Vol.
A vj gneurie
1054 MERCURE DE FRANCE
gneurie du lieu où elle est scituée que par
la donation que lui en fit le Roy Robert,
l'an 996. En ce temps - là les Rois donnoient
assez aisément les Domaines utiles,
mais rarement les Justices et les Droits
Seigneuriaux ; ils éroient soigneux de se
les conserver ; ainsi il paroît peu croïable
qu'un Monastere qui n'étoit point Seigneur
du lieu où il étoit , pût avoir la Suseraineté
sur un territoire aussi considérable
que le Véxin , Les Rois avoient interêt
de soûtenir le droit de Suseraineté
sur ce territoire entier, parce que s'ils s'étoient
un peu relâchés , cela auroit servi
de prétexte aux Ducs de Normandie
lorsqu'ils furent devenus Rois d'Angleterre
, et les plus redoutables ennemis de
la France , pour soustraire une partie de
leur Domaine à l'hommage qu'ils devoient
à la Couronne , dans la prétention
qu'ils ne l'auroient dû qu'à l'Abbaye
de Saint Denys pour leur part du
Véxin.
,
Nos Rois connoissoient si bien que
leur interêt demandoit l'affoiblissement
des Comtes du Véxin , trop voisins de
Paris , que les derniers possesseurs de ce
Comté , étoient plutôt Comtes dans le
Païs , que Comtes du Païs , tant leur autorité
fut mitigée par les Rois , qui n'ai-
I. Vol. moient
JUIN. 1733 . 1055
moient point d'avoir un Vassal si puissant
à la porte de leur Capitale. Aussi
Philippe I. profita bien tôt de la mort ,
sans enfans , de Simon , surnommé le
Bienheureux , dernier de ces Comtes ,
arrivée l'an 1c88 . pour réünir à son Domaine
le Comté de Véxin , qu'il donna
ensuite à son fils , Loüis , surnommé le
Gros, et qui par ce moyen devint Avoüé
de S. Denys. C'est ce Prince , qui étant
Roy, fit un usage general de la Banniere
de l'Abbaye , dont il avoit l'Avouerie ,
et la fit porter dans toutes les Guerres
d'Etat qu'il entreprit. Après la réunion
du Véxin à la Couronne , la dévotion à
S. Denys devint si grande , que les Rois ,
successeurs de Louis le Gros , se firent
honneur d'être les premiers Avoüez de
l'Eglise de ce Saint.
Ils s'obligerent en cette qualité de
prendre les armes pour en conserver les
droits toutes les fois qu'il en seroit besoin
; et cette obligation leur fit naître
l'idée pieuse de se servir de la Banniere
de ce Monastere , non seulement dans les
occasions où il s'agiroit d'en deffendre les
biens , mais encore dans toutes celles où
il s'agiroit de la deffense de leur propre
Royaume , et d'avoir en cette Banniere
la nrême confiance que leurs Prédeces
1. Vol.
scurs
1056 MERCURE DE FRANCE
seurs avoient eue en celle de S. Martin ,
dont on ne faisoit plus d'usage .
L'Histoire nous a conservé la memoire
de ce qui se passa quand le Roy Louis
le Gros alla à S. Denys , l'an 1124. y lever
l'Oriflamme pour la premiere fois ,
afin de s'en servir dans la Guerre qu'il
alloit avoir contre l'Empereur Henry V.
,
La maniere dont ce Prince parla dans
l'Assemblée qui se tint à cette occasion ,
a donné lieu de croire qu'il y reconnut
n'avoir droit de se servir de la Banniere
de S. Denys , qu'en qualité de Vassal de
l'Abbaye , à cause du Comté de Vexin .
Voicy le discours du Roy , tiré d'une
Patente que Doublet nous a conservée
dans son Histoire de S.Denys. Liv. 3.
Presenti itaque Venerabili Abbate Prefata
Ecclesia Sugerio , quem fidelem et familiarem
optimatum nostrorum Vexillum de
altario beatorum Martyrum , ad quos comitatus
Vilcassini , quem nos ab ipsis infeodem
habemus , spectare dignoscitur , morem
antiquum antecessorum nostrorum servantes
et imitantes , signiferi jure , sicut Comites
Vilcassini soliti erant , suscepimus.
Ces termes qui ont paru décisifs à ceux
qui ont soutenu que le Roi fit alors hommage
du Comté de Vexin, ne me paroissent
pas tels ; cette preuve n'est point in-
I, Vol.
conJUIN.
1733 1057
contestable , selon moi ; la piété du Prince
, et sa grande dévotion à S. Denys , auroient
bien pû lui faire avancer des expressions
un peu fortes , sans distinguer
assez pourquoi les Comtes de Vexin rendoient
hommage ; confondant sa qualité
d'Avoué avec celle de Comte , et les termes
: De more Antecessorum suorum , peuvent
s'entendre que le Roy reconnoît
avoir , signiferi jure , le droit de porter
P'Enseigne de S. Denys , de même que les
Comtes de Vexin l'avoient en qualité
d'Avoüés , et par conséquent de Vassaux
de l'Abbaye en cette qualité.
Enfin , si on ne peut rien rabatre de la
forme des termes de cette reconnoissance
; la cause qui la fit faire ainsi , peut
être attribuée à l'usage où l'on étoit alors,
et qui avoit commencé dans le siecle précedent
, où le Seigneur d'un Fief croioit
faire un Acte de grande piété , en soumettant
volontairemént sa Terre à l'Eglise
d'un Saint , qu'il prenoit pour le:
Protecteur de sa famille.
On rendoit cette soumission , sans prétendre
préjudicier à celle qu'on devoit à
son Seigneur dominant, ce qui faisoit que
ce dernier la permettoit. Les Comtes de
Vexin auroient pû faire un pareil hommage
à S. Denys , sans préjudice de celui
qu'ils devoient aux Rois .
tos8 MERCURE DE FRANCE
Les Seigneurs de la Tour en Auvergne
soumirent leur Fief de la Tour à l'Abbaye
de Clugny , fauf ce qu'ils devoient
aux Comtes d'Auvergne leurs Souverains.
Munier , dans son Histoire d'Authun ;
rapporte les hommages que les Seigneurs
du Fief de Clugny lés - Authun , faisoient
devant l'Autel et la Chasse de S. Symphorien
de cette Ville , quoique ce Fief
de Clugny relevat d'un autre Seigneur.
Louis XI. Roy de France , fit hommage
pour lui et ses Successeurs Rois , du
Comté de Boulogne en Picardie , à Notre
Dame de la même Ville ; et Louis XIII. a
mis sa Couronne sons la protection de la
Sainte Vierge , par un voeu fait à l'Eglise
de Notre Dame de Paris ; toutes ces
soumissions volontaires et l'effet d'une
grande piété , ne tirent point à conséquence
, et ne peuvent point passer pour
de vraies sujettions.
que
Il faut penser la même chose de celle
les Comtes de Vexin devoient à Saint
Denys, et je suis persuadé que ces Comtes
ne la devoient que pour des Terres dépendantes
de l'Abbaye , dont ils jouissoient
en qualité d'Avoüez . En effet
qu'on examine bien la céremonie qui se
faisoit quand nos Rois alloient pren-
I. Vol.
dre
JUIN. 1733.
1059
dre l'Oriflame , on verra que ce n'étoit
qu'un Acte de dévotion qui n'avoit rien
qui sentit l'hommage juridique.
Le Roy après avoir fait sa priere devant
l'Autel sur lequel étoient les Chasses
des Martyrs , prenoit lui - même la Banniere
qui étoit aussi dessus l'Autel , pour
montrer qu'il ne tenoit le droit de la
prendre que de sa puissance , et que la
piété seule , qui l'engageoit à proteger le
Monastere , lui faisoit si fort estimer son
Enseigne, à cause du Saint à qui elle étoit
consacrée, qu'il esperoit par elle attirer la
protection du Ciel sur son Armée. Ensuite
le Roy tenant en main cette Enseigne
la remettoit à un des plus vaillans
Chevaliers de sa Cour , pour la porter en
son nom , pendant l'Expedition qu'on
alloit entreprendre , et ce Seigneur faisoit
serment de la deffendre au peril de
sa vie , et de la rapporter dans le lieu où
il la prenoit.
Je regarde les Porte - Oriflammes
comme les Vidâmes de nos Rois et les
Avoüés particuliers de Saint Denys.
J'ai déja dit que les Rois sont de droit
les Protecteurs et les Grands Avoüés de
toutes les Eglises de leur Royaume ; ils
avoient fait les Comtes d'Anjou et du
Vexin leurs Lieutenans dans celles de S.
I. Vol. Martin
1060 MERCURE DE FRANCE
Martin et de S. Denys , et ils ne firent
exercer ces Lieutenances par d'autres Seigneurs
, que quand la posterité mâle de
ces Comtes eut manqué.
Outre ces Lieutenans d'honneur , les
Grosses Abbayes avoient d'antres Avoüez
d'un plus bas étage pour avoir soin des
biens détachez et éloignez de ces Abbayes.
Ces Avouez particuliers se nommoient
Signiferi Ecclesiarum , Porte- Enseignes
des Eglises.
L'Abbaye de S.Denys en avoit plusieurs
à la fois , comme celui de Berneval en
Normandie , et les Seigneurs de Chevreuse
près Montfort. Ces derniers , l'an
1226 , remirent leur droit d'Avoüérie ,
moyennant une somme d'argent ; il falloit
cependant que par cette vente ils ne
se fussent pas dépouillez tout - à - fait de
l'honneur de contribuer à la deffense de
l'Abbaye de S. Denys , puisque les premiers
Porte Oriflammes connus , étoient
de cette famille , et qu'on n'en trouve
point qui ait exercé cet Ofice avant Anceau
, Sire de Chevreuse , qui perdit l'O
riflamme et la vie à la Bataille de Monsen
- Puelle , l'an 1304.
Chacun de ces Avoüez particuliers
avoit son Enseigne , comme cela se prouve
par le nom qu'on leur donnoit de
I. Vol. SiJUIN.
1733 1061
Signiferi Ecclesiarum ; ainsi l'Abbaye de
S. Denys ayant plusieurs Avoüez , devoit
avoir plusieurs Bannieres , qui toutes auroient
pû s'appeller Oriflammes , puisqu'elles
avoient toutes la même forme ,
par la raison que je vais dire ; cependant
on ne donna ce nom qu'à la principale ,
qui restoit dans l'Abbaye , et que l'on
regardoit proprement comme appartenante
aux Martyrs.
Toutes les Bannieres des Eglises dédiées
à des Saints de ce genre , étoient
rouges et frangées, de synope ou de verts
l'une de ces couleurs désignant les souffrances,
et l'autre l'esperance qui animoit
ces Saints en répandant leur sang pour
Jesus-Christ.
L'Eglise de Brioude en France , dédiée
à S. Julien Martyr, celles de Tubnigen
et de Bolbingen en Allemagne , de même
qu'une infinité d'autres Eglises qu'on me
dispensera de nommer , avoient de semblables
Bannieres ; l'Etendart des Dauphins
de Viennois étoit rouge , avec un
S. George representé dessus ; il servoit à
l'inauguration de chaque Dauphin . Après
qu'on avoit mis au nouveau Prince l'Epée
au côté , et l'Anneau au doigt , il
prenoit d'une main le Sceptre , et de
l'autre cet Etendart , qui après la cere-
1. Vol.
monie
1062 MERCURE DE FRANCE
monie étoit remis dans la Sacristie de l'Eglise
de S.André de Grenoble où il restoit
toujours en dépôt , comme l'ont remarqué
Jean Beneton , mon grand oncle , et
M. de Valbonnais dans leurs Mémoires
du Dauphiné.
Plusieurs Seigneurs qui se trouverent
Avoüez des Eglises lorsque l'on commençi
à prendre des Armoiries , s'en firent
avec les Bannieres qu'ils avoient droit de
porter ; telle est l'origine des Armes des
Comtes d'Auverge , des Seigneurs de Clin
champ en Normandie , et des Comtes de
Verdemberg en Allemagne . Ces trois
exemples suffiront pour prouver ce que
j'avance.
Le reste paroitra dans le Mercure pro¬
chain.
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Résumé : DISSERTATION sur les Enseignes Militaires des François. par M. Beneton-de-Perrin, Ecuyer, ancien Gendarme de la Garde du Roy. Seconde Partie.
La dissertation de M. Benetonde-Perrin explore l'évolution de la dévotion des rois et du peuple français de saint Martin à saint Denis. Saint Denis, premier évêque de Paris, a annoncé l'Évangile aux Parisiens et a été martyr. Après sa mort, une femme vertueuse, Catule, a fait inhumer son corps et ceux de ses compagnons dans un champ nommé Catolacum. Les chrétiens ont marqué cet endroit et y ont construit une chapelle, devenue monastère sous Clotaire II. Le roi Dagobert a enrichi l'abbaye de Saint-Denis, et ses successeurs ont continué à la protéger contre les Normands. Les comtes du Vexin, officiers des rois, ont été chargés de défendre l'abbaye. Sous Charles le Simple, les comtes du Vexin sont devenus seigneurs propriétaires et ont rendu l'avouerie de Saint-Denis héréditaire. Les historiens ont souvent confondu les rôles de comte et d'avoué, mais l'abbaye n'a obtenu la seigneurie du lieu qu'en 996 par donation du roi Robert. Philippe I a réuni le comté du Vexin à la couronne et a fait de la bannière de Saint-Denis l'emblème royal. Louis VI a levé l'oriflamme à Saint-Denis en 1124 pour une guerre contre l'empereur Henri V. Cet acte était un geste de dévotion plutôt qu'un hommage juridique. Les rois ont continué à utiliser l'oriflamme comme symbole de protection divine pour leurs armées. Les porte-oriflammes étaient considérés comme les vidâmes des rois et les avoués particuliers de Saint-Denis. Le texte mentionne également les enseignes particulières appelées 'Avoüez' utilisées par certaines abbayes et églises. Chaque Avoüez avait une enseigne spécifique. L'Abbaye de Saint-Denis possédait plusieurs bannières appelées Oriflammes, bien que ce nom soit réservé à la principale. Ces bannières étaient rouges et frangées de synope ou de vert, symbolisant respectivement les souffrances et l'espérance des martyrs. Des églises dédiées à des saints martyrs, comme celle de Brioude en France et celles de Tübingen et de Bolbingen en Allemagne, possédaient des bannières similaires. L'étendard des Dauphins de Viennois était rouge avec une représentation de Saint Georges et servait lors de l'inauguration des Dauphins. Après la cérémonie, il était conservé dans la sacristie de l'église de Saint-André de Grenoble. Certains seigneurs, devenus Avoüez des églises, ont adopté les bannières comme armoiries, expliquant l'origine des armes des Comtes d'Auvergne, des Seigneurs de Clinchamp en Normandie et des Comtes de Verdemberg en Allemagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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96
p. 1071-1077
LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
Début :
Vous avez vû, MONSIEUR, sur la fin de ma derniere Lettre, la résolution [...]
Mots clefs :
François Picquet, Lettre, Alep, Église, Consul, Religion, Sujet, Temps, Baron, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
LETTRE de M.... écrite à M. de
.... Commandeur de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , au sujet d'un Livre
nouveau , intitulé : La Vie de Messire
François Picquet , &c.
V
Ous avez vû , MONSIEUR , Sur
la fin de ma derniere Lettre , la ré- ·
solution prise par notre pieux Conseil,de
quitter la Ville d'Alep pour repasser en
France , frappé de la disgrace du Pacha
Mortasa son ami ,et craignant même pour
sa propre personne, quelque coup de trahison
, comme une suite de la catastrophe
de ce Pacha. Des motifs de Religion
lui firent differer de deux ans l'exécution
de son dessein.
·
Cet espace fournit des Evenemens ex-.
traordinaires , et qui sont détaillez au
long dans cette Histoire; d'un côté , la tirannie
des Gouverneurs donne lieu à
de cruelles persécutions à l'égard des
Chrétiens, et de l'autre on voit de grands
exemples de patience et de Religion de
la part de ceux- ci, dont quelques- uns terminent
glorieusement leur course, par
l'effusion de leur sang. Par touton voit
I. Vol. Bij le
1072 MERCURE DE FRANCE
le zéle et la piété de M. Picquet se signaler
en faveur de la Religion et du Christianisme
persécuté.
t
C'est à peu près dans ce même temps
que notre Consul , toujours disposé à favoriser
la Religion et ses Ministres , jusqu'à
loger dans sa Maison tous les Missionnaires
qui passoient par Alep , se fit
un devoir particulier d'y recevoir deux
grands Evêques , que Dieu , dit l'Historien
, a donné dans ces derniers temps à
son Eglise , pour animer les Ouvriers
Evangeliques à pénétrer , à leurexemple ,
dans les Régions les plus reculées de l'Orient
, afin d'y annoncer Jesus- Christ aux
Nations Infideles ; sçavoir,M . de la Motte-
Lambert , Evêque de Beryte , et M. Ignace
Cotolendi , Evêque de Metellopolis ;
dont le premier a travaillé avec tant de
zele aux Missions des Royaumes de Siam
et de la Cochinchine ; et le dernier reçut
au milieu de sa course , la couronne qu'il
alloit chercher dans le vaste Empire de
la Chine , pour lequel le S. Siége l'avoit
destiné .
M. Picquet en logeant chez lui tous
ces différens Ouvriers de la vigne . du Seigneur
, et en leur procurant toutes les facilitez
qui dépendoient de son autorité ,
les regaro it comme autant d'Apôtres ,
I. Vol.
qui
JUIN. 1733-
1073
qui alloient dissiper les ténébres de-l'infidélité
du Schisme et de l'Hérésie , répandues
dans l'Orient , pour l'éclairer des lu◄
mieres de l'Evangile. Mais qui eût pensé
alors , s'écrie icy l'Auteur , qu'il dût un
jour être lui- même du nombre de ces Ouvriers
Evangeliques, et que Dieu ne l'eut
envoïé dans le Levant , que pour y animer
son zéle à la vûë de ces Eglises Orientales
, et que pour le préparer, pour ainsi
dire , et le former , par une expérience
avancée , aux sentimens et à la vie des
Apôtres ?
C'est cependant tout ce qui arriva fort
peu de temps après à M. Picquet par les
dispositions particulieres de la Providen
ce qui l'avoit destiné au service de l'E
glise ; et tout cela de la maniere qu'il
est rapporté assez au long dans cette
Histoire , mais qu'il est impossible de
suivre dans une Lettre. Je me contenterai
des principales circonstances
dont la premiere est que notre Religieux
Consul reçut la Tonsure Cléricale à Alep
même , le 10 Décembre 1660. des mains
de l'Archevêque André des Syriens, dans
l'Eglise des Carmes Déchaux de la même
Ville. Ce Prélat fit son éloge en ces termes,
dans les Lettres de Cléricature qu'il
lui fit expédier.
I.Vol. Biiij FRAN1074
MERCURE DE FRANCE
FRANCISCUS PICQUET , &c. qui imitator
Joannis in castitate ejus , Elia in zelo ejus ,
et Joannis Eleemosynarii in liberalitate ejus ,
suscepit de manibus nostris indignis .
primam Tonsuram.
...
Sur le point de partir d'Alep pour se
rendre à Rome , après s'être épuisé en aumônes
, à l'occasion de la famine et de la
contagion qui affligerent la Syrie en
1661.Il eut la consolation de voir abjurer .
⚫le Schisme et l'Hérésie au Patriarche des
Grecs, Macaire , qui déclara , touché par
de si grands exemples de charité , que
l'Eglise Romaine étoit la seule véritable.
Cette déclaration fut faite en prêchant
dans son Eglise , en présence du Consul ,
des Missionnaires et de tout le Peuple ,
après la célébration des saints Mysteres.
réünir
De plus , le même Prélat remit à l'Illustre
Consul une Lettre pour le Pape ,
dans laquelle il le reconnoissoit pour le
Chef de l'Eglise Catholique , et promettoit
de faire tout son possible pour
toute sa Nation au S. Siége. Cette Lettre
fut souscrite non- seulement du Patriarche
des Grecs , mais encore de celui des
Arméniens , nommé Cachadour, et non pas
Caladour. Cette correction est de M. le
Chevalier Maunier d'Alep , et d'André
qui l'étoit des Syriens.
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733. 1075
Ce dernier écrivit en particulier une
Lettre à la Congrégation de la Propagande
, au sujet de M. Picquet , toute remplie
de ses grandes qualitez , et des services
importans rendus à l'Eglise et à la
Religion durant son Consulat . Cette Lettre
est rapportée presqu'en son entier .
Cependant M. Baron qui fut son successeur
, étoit arrivé à Alep depuis plus
d'un an , en compagnie de M. l'Evêque
de Béryte . Comme vous vous interessez
à sa mémoire et encore plus à la vérité , je
me fais un devoir , Monsieur , d'inserer
icy ce que notre Historien a écrit au sujet
de ce digne successeur .
» Il avoit travaillé long- temps aupara-
» vant , dit-il , en parlant de M. Picquet,
>> à se choisir un successeur qui fut en.
» état de soutenir ce qu'il avoit si - heu-
» reusement commencé , et qui sçut s'ap-
» pliquer à l'avancement de la Religion
» et au soulagement des pauvres , sans
négliger les devoirs de sa charge. C'est
» M. François Baron , Marseillois , sur
» qui notre Consul avoit jetté les yeux ..
» Il étoit vertueux et intelligent , deux
qualitez essentielles pour accomplir les
desseins de M. Picquet.
"
Il y a tout lieu de croire que cet Endroit
des Mémoires sur lesquels notre
I. Vol.
Au- B v
1076 MERCURE DE FRANCE
'Auteur a travaillé n'est pas tout à fait
- -
exact , mais ce n'est pas icy le lieu de
l'examiner et de rétablir , s'il est possible ,
la vérité des faits au sujet de M. Baron .
Comme il est encore parlé de cet illustre
Consul , et pour la derniere fois , dans le
second Livre de cetre Histoire , je ne
manquerai pas , en vous rendant compte
de ce Livre , de m'arrêter sur ce sujet autant
qu'il sera necessaire , pour vous
donner les éclaircissemens que vous attendez
de moi .
Notre Historien continue dans le même
endroit , de parler de M. Baron , qui ,
comme on vient de le voir , étoit arrivé
à Alep long- temps avant le départ de
M. Picquet.
» Dans cet intervalle , dit-il , le serviteur
de Dieu lui donna toutes les ins-
» tructions qu'il jugea nécessaires pour
>> achever le grand Ouvrage auquel il
» avoit travaillé jusqu'alors avec tant de
» succès ; et les exemples rares de toutes
les vertus que M. Baron admira à loisir,
» lui apprirent à se regler autant qu'il
pourroit sur ce parfait modele. Il l'imi-
» ta de si près , que M. Pallu , Evêque
» d'Heliopolis , qu'il reçut avec la même
générosité , dont M. Picquet avoit usé
envers les autres Prélats Apostoliques ,'
1.Vol.
yas
JUIN 1733. 1077
» assure dans une Lettre , qu'il écrivit à
» la Congrégation , qu'il étoit un autre luimême
, non seulement par son emploi , mais
encore par sa rare piété et son . zele pour la
Propagation de la Foy, et par son inviolable
et respectueux attachement au S. Siége.
M. Picquet partit enfin d'Alep , et
s'embarqua à Alexandrette au commen-
-cement de l'année 1662. et après une Navigation
, traversée de plusieurs accidens ,
il arriva heureusement à Malte , d'où il
passa à Naples , et se rendit enfin à Romeau
commencement du mois de Mars,
Epoque qui termine le premier Livre de
l'Histoire de sa vie : le second Livre fera
le sujet de ma premiere Lettre. Je suis ,
Monsieur , votre , & c.
.... Commandeur de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , au sujet d'un Livre
nouveau , intitulé : La Vie de Messire
François Picquet , &c.
V
Ous avez vû , MONSIEUR , Sur
la fin de ma derniere Lettre , la ré- ·
solution prise par notre pieux Conseil,de
quitter la Ville d'Alep pour repasser en
France , frappé de la disgrace du Pacha
Mortasa son ami ,et craignant même pour
sa propre personne, quelque coup de trahison
, comme une suite de la catastrophe
de ce Pacha. Des motifs de Religion
lui firent differer de deux ans l'exécution
de son dessein.
·
Cet espace fournit des Evenemens ex-.
traordinaires , et qui sont détaillez au
long dans cette Histoire; d'un côté , la tirannie
des Gouverneurs donne lieu à
de cruelles persécutions à l'égard des
Chrétiens, et de l'autre on voit de grands
exemples de patience et de Religion de
la part de ceux- ci, dont quelques- uns terminent
glorieusement leur course, par
l'effusion de leur sang. Par touton voit
I. Vol. Bij le
1072 MERCURE DE FRANCE
le zéle et la piété de M. Picquet se signaler
en faveur de la Religion et du Christianisme
persécuté.
t
C'est à peu près dans ce même temps
que notre Consul , toujours disposé à favoriser
la Religion et ses Ministres , jusqu'à
loger dans sa Maison tous les Missionnaires
qui passoient par Alep , se fit
un devoir particulier d'y recevoir deux
grands Evêques , que Dieu , dit l'Historien
, a donné dans ces derniers temps à
son Eglise , pour animer les Ouvriers
Evangeliques à pénétrer , à leurexemple ,
dans les Régions les plus reculées de l'Orient
, afin d'y annoncer Jesus- Christ aux
Nations Infideles ; sçavoir,M . de la Motte-
Lambert , Evêque de Beryte , et M. Ignace
Cotolendi , Evêque de Metellopolis ;
dont le premier a travaillé avec tant de
zele aux Missions des Royaumes de Siam
et de la Cochinchine ; et le dernier reçut
au milieu de sa course , la couronne qu'il
alloit chercher dans le vaste Empire de
la Chine , pour lequel le S. Siége l'avoit
destiné .
M. Picquet en logeant chez lui tous
ces différens Ouvriers de la vigne . du Seigneur
, et en leur procurant toutes les facilitez
qui dépendoient de son autorité ,
les regaro it comme autant d'Apôtres ,
I. Vol.
qui
JUIN. 1733-
1073
qui alloient dissiper les ténébres de-l'infidélité
du Schisme et de l'Hérésie , répandues
dans l'Orient , pour l'éclairer des lu◄
mieres de l'Evangile. Mais qui eût pensé
alors , s'écrie icy l'Auteur , qu'il dût un
jour être lui- même du nombre de ces Ouvriers
Evangeliques, et que Dieu ne l'eut
envoïé dans le Levant , que pour y animer
son zéle à la vûë de ces Eglises Orientales
, et que pour le préparer, pour ainsi
dire , et le former , par une expérience
avancée , aux sentimens et à la vie des
Apôtres ?
C'est cependant tout ce qui arriva fort
peu de temps après à M. Picquet par les
dispositions particulieres de la Providen
ce qui l'avoit destiné au service de l'E
glise ; et tout cela de la maniere qu'il
est rapporté assez au long dans cette
Histoire , mais qu'il est impossible de
suivre dans une Lettre. Je me contenterai
des principales circonstances
dont la premiere est que notre Religieux
Consul reçut la Tonsure Cléricale à Alep
même , le 10 Décembre 1660. des mains
de l'Archevêque André des Syriens, dans
l'Eglise des Carmes Déchaux de la même
Ville. Ce Prélat fit son éloge en ces termes,
dans les Lettres de Cléricature qu'il
lui fit expédier.
I.Vol. Biiij FRAN1074
MERCURE DE FRANCE
FRANCISCUS PICQUET , &c. qui imitator
Joannis in castitate ejus , Elia in zelo ejus ,
et Joannis Eleemosynarii in liberalitate ejus ,
suscepit de manibus nostris indignis .
primam Tonsuram.
...
Sur le point de partir d'Alep pour se
rendre à Rome , après s'être épuisé en aumônes
, à l'occasion de la famine et de la
contagion qui affligerent la Syrie en
1661.Il eut la consolation de voir abjurer .
⚫le Schisme et l'Hérésie au Patriarche des
Grecs, Macaire , qui déclara , touché par
de si grands exemples de charité , que
l'Eglise Romaine étoit la seule véritable.
Cette déclaration fut faite en prêchant
dans son Eglise , en présence du Consul ,
des Missionnaires et de tout le Peuple ,
après la célébration des saints Mysteres.
réünir
De plus , le même Prélat remit à l'Illustre
Consul une Lettre pour le Pape ,
dans laquelle il le reconnoissoit pour le
Chef de l'Eglise Catholique , et promettoit
de faire tout son possible pour
toute sa Nation au S. Siége. Cette Lettre
fut souscrite non- seulement du Patriarche
des Grecs , mais encore de celui des
Arméniens , nommé Cachadour, et non pas
Caladour. Cette correction est de M. le
Chevalier Maunier d'Alep , et d'André
qui l'étoit des Syriens.
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733. 1075
Ce dernier écrivit en particulier une
Lettre à la Congrégation de la Propagande
, au sujet de M. Picquet , toute remplie
de ses grandes qualitez , et des services
importans rendus à l'Eglise et à la
Religion durant son Consulat . Cette Lettre
est rapportée presqu'en son entier .
Cependant M. Baron qui fut son successeur
, étoit arrivé à Alep depuis plus
d'un an , en compagnie de M. l'Evêque
de Béryte . Comme vous vous interessez
à sa mémoire et encore plus à la vérité , je
me fais un devoir , Monsieur , d'inserer
icy ce que notre Historien a écrit au sujet
de ce digne successeur .
» Il avoit travaillé long- temps aupara-
» vant , dit-il , en parlant de M. Picquet,
>> à se choisir un successeur qui fut en.
» état de soutenir ce qu'il avoit si - heu-
» reusement commencé , et qui sçut s'ap-
» pliquer à l'avancement de la Religion
» et au soulagement des pauvres , sans
négliger les devoirs de sa charge. C'est
» M. François Baron , Marseillois , sur
» qui notre Consul avoit jetté les yeux ..
» Il étoit vertueux et intelligent , deux
qualitez essentielles pour accomplir les
desseins de M. Picquet.
"
Il y a tout lieu de croire que cet Endroit
des Mémoires sur lesquels notre
I. Vol.
Au- B v
1076 MERCURE DE FRANCE
'Auteur a travaillé n'est pas tout à fait
- -
exact , mais ce n'est pas icy le lieu de
l'examiner et de rétablir , s'il est possible ,
la vérité des faits au sujet de M. Baron .
Comme il est encore parlé de cet illustre
Consul , et pour la derniere fois , dans le
second Livre de cetre Histoire , je ne
manquerai pas , en vous rendant compte
de ce Livre , de m'arrêter sur ce sujet autant
qu'il sera necessaire , pour vous
donner les éclaircissemens que vous attendez
de moi .
Notre Historien continue dans le même
endroit , de parler de M. Baron , qui ,
comme on vient de le voir , étoit arrivé
à Alep long- temps avant le départ de
M. Picquet.
» Dans cet intervalle , dit-il , le serviteur
de Dieu lui donna toutes les ins-
» tructions qu'il jugea nécessaires pour
>> achever le grand Ouvrage auquel il
» avoit travaillé jusqu'alors avec tant de
» succès ; et les exemples rares de toutes
les vertus que M. Baron admira à loisir,
» lui apprirent à se regler autant qu'il
pourroit sur ce parfait modele. Il l'imi-
» ta de si près , que M. Pallu , Evêque
» d'Heliopolis , qu'il reçut avec la même
générosité , dont M. Picquet avoit usé
envers les autres Prélats Apostoliques ,'
1.Vol.
yas
JUIN 1733. 1077
» assure dans une Lettre , qu'il écrivit à
» la Congrégation , qu'il étoit un autre luimême
, non seulement par son emploi , mais
encore par sa rare piété et son . zele pour la
Propagation de la Foy, et par son inviolable
et respectueux attachement au S. Siége.
M. Picquet partit enfin d'Alep , et
s'embarqua à Alexandrette au commen-
-cement de l'année 1662. et après une Navigation
, traversée de plusieurs accidens ,
il arriva heureusement à Malte , d'où il
passa à Naples , et se rendit enfin à Romeau
commencement du mois de Mars,
Epoque qui termine le premier Livre de
l'Histoire de sa vie : le second Livre fera
le sujet de ma premiere Lettre. Je suis ,
Monsieur , votre , & c.
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Résumé : LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
La lettre de M.... à M. de..., Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, relate la vie de Messire François Picquet. En raison de la disgrâce du Pacha Mortasa et des menaces à sa sécurité, le Conseil de M. Picquet décide de quitter Alep pour la France. Cependant, des motifs religieux retardent son départ de deux ans. Durant cette période, les gouverneurs persécutent les chrétiens, qui montrent une grande patience et foi. M. Picquet se distingue par son zèle et sa piété en faveur des chrétiens persécutés. Le Consul d'Alep, toujours prêt à aider la religion et ses ministres, accueille deux grands évêques, M. de la Motte-Lambert et M. Ignace Cotolendi, qui œuvrent à l'évangélisation des régions reculées de l'Orient. M. Picquet les considère comme des apôtres et les soutient dans leur mission. Le 10 décembre 1660, M. Picquet reçoit la tonsure cléricale à Alep des mains de l'Archevêque André des Syriens. Avant de partir pour Rome, il assiste à l'abjuration du schisme et de l'hérésie par le Patriarche des Grecs, Macaire, qui reconnaît l'Église Romaine comme la seule véritable. M. Picquet quitte finalement Alep en 1662 et arrive à Rome au début du mois de mars. Son successeur, M. François Baron, est décrit comme vertueux et intelligent, et poursuit l'œuvre de M. Picquet avec succès. La lettre mentionne également des mémoires sur M. Baron, dont la véracité est contestée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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97
p. 1168-1174
Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
Début :
NOUVELLE EDITION des Ouvrages d'Origene, en cinq Volumes in-folio, Grecs [...]
Mots clefs :
Origène, Cause, Église, Traités, Écriture, Texte grec, Savant, Écrits, Fragments, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
NOUVELLE EDITION des Ouvrages d'Origene
, en cinq Volumes in folio , Grecs
et Latins , par le R. P. Dom Charles de
la Rue , Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur. Les deux premiers
Volumes sont déja imprimez et se vendent
chez Jacques - Vincent , Libraire et
Imprimeur à Paris ruë S. Severin , ઢ
Ange.
I. Vol De
17336 JUIN. 1169
}
son
De tous les grands Hommes
qui ont
fait l'ornement
des premiers
siécles de
l'Eglise , il n'y en a peut- être aucun dont
le nom ait été et soit encore aussi célébre
, que celui d'Origene
, fils du S. Martyr
Léonide. Sa vie , son esprit , sa vaste
érudition
l'ont fait d'abord regarder comme
un prodige
de la Nature et de la grace ; máis cette estime universelle
dégenera
bientôt
en une persécution
presque
générale
qui s'éleva contre lui
ou par sa faute , ou par son malheur
que Démétrius qu par la jalousie
Evêque , avoit conçuë de sa réputation
. Il s'est vû chassé de son Pays , déposé du
Sacerdoce
, excommunié
même par les
deux premiers
Siéges du monde chrétien
, et par la plupart des autres , tandis
que de grands Saints soutenoient
sa cause
, et que Dieu sembloit
se déclarer pour
lui , en se servant de ses rares talens pour faire entrer dans la verité et dans le sein
de son Eglise des Ambroises
, des Grégoires
Thaumaturges
, et des Athenodores
.
Ha eu le même sort après sa mort . Des
Martyrs ont fait des Ecrits sanglans
contre
lui , et des Martyrs ont fait son Apologie.
Les uns l'ont détesté comme un
Ecrivain
pernicieux
, les autres l'ont regardé
comme le plus grand Maître qu'ait
1. Vol. Fiiij eu
1170 MERCURE DE FRANCE
eu l'Eglise après les Apôtres .
Il est donc assez surprenant que jus-`
qu'ici nous n'ayons pas encore eu rassemblez
dans un corps complet d'une
Edition éxacte , ce qui nous reste des
Ecrits d'un si grand Homme. Il est inutile
d'alléguer la collection de Merlin' , et
celle de Genebrard , puisque dès l'an
1636. une Assemblée générale du Clergé
de France les déclara insuffisantes , et
qu'elles sont encore aujourd'hui par tous
les Sçavans comptées presque pour rien ,
tant à cause de l'omission essentielle du
Texte Grec , qu'à cause de quelques
Traitez d'importance ; et d'un grand
nombre de Fragmens de conséquence qui
ne s'y trouvent pas .
L'illustre et sçavant M. Huet en avoit
promis une troisiéme ; mais quand même
il l'auroit achevée , elle n'auroit pas été
entiere , puisque les anciennes versions
dont le Texte grec est perdu , n'y au
roient pas été comprises . D'ailleurs , ce
docte Prélat est mort sans avoir même
donné la partie la plus considérable de
son Recueil ; sçavoir , les Traitez particuliers
sur des sujets qui n'ont pas un rapport
direct à l'explication de l'Ecriture-
Sainte. Il est vrai que d'autres ont publié
ces Piéces en Grec et en Latin , par-
1. Vol.
tic
JUIN. 1733.. 1171
tie avant lui , et partie après lui : mais
outre que dans leurs Editions le Texté
Grec est ordinairement tres fautif , pour
n'avoir été tiré que d'un seul Manuscrit ,
la Version latine qu'ils ont mise à côté
est souvent ou infidele , ou barbare . De
plus , presque tous ces Traitez particuliers
ont été imprimez séparément en
différens tems , en différens Pays , en différentes
formes de papier , et en trespetite
quantité d'Exemplaires : d'où il
est arrivé que quelques- uns sont aujourd'hui
tres- rares et tres chers.
Enfin , à force de chercher dans les
Manuscrits de France , d'Italie , d'An- .
gleterre et d'Allemagne , on a fait une
abondante récolte d'un tres grand nombre
de fragmens grecs qui n'avoient pas
encore vû le jour , et qui assûrent présentement
à Origene pour toujours quel
ques Commentaires et plusieurs Homelies
, que nous n'avions qu'en latin , eg
dont plusieurs Sçavans doutoient. De ce,
nombre sont les 39. Homelies sur S. Luc,
contre lesquels le Ministre Matthieu de ,
La Roque s'est inscrit en faux , et a fait
des efforts étranges , pour n'être pas obligé
de reconnoitre avec le docte Pearson
que les Lettres
de S. Ignace Martyr
, qui,
y sont citées , étoient connues
dans l'E-, 1. Fol.
Evi gli1172
MERCURE DE FRANCE
glise avant Eusebe. Presque tout le Grec
de ces 39 Homelies est aujourd'hui retrouvé.
Il est donc visible que rien n'étoit plus
nécessaire qu'une nouvelle Edition de
tout ce qui nous reste d'Origene , où
chaque Piéce soit imprimée en son rang ;
où le Grec qui nous reste se trouve revû
sur d'anciens Manuscrits, et où , quand il
manque , les anciennes Versions de Rufin
et de S. Jerôme y suppléent : le tout avec
des Notes et des Avertissemens préliminaires.
Tel est aussi le dessein de la nouvelle
Collection que nous annonçons au
Public en cinq Volumes in-folio , de la
même grandeur que les deux Tomes des
Hexaples , publiez en 1713. par le scavant
Pere Dom Bernard de Montfaucon ,
afin qu'ils puissent être placez à leur tête
ou à leur suite .
Le premier Volume renferme ce qui
nous reste des Lettres d'Origene , quelques
fragmens des Livres de la Résurrection
, et des Stromates ; les quatre Livres
des Principes , l'Exhortation au martyre ,
le Traité de la Priere , et l'Apologie de la
Religion Chrétienne en huit Livres
contre le Philosophe Celsus . On voit ensuite
en plus petits caracteres deux Traitez
supposez , sçavoir le Dialogue contre
I. Vol. les
JUIN. 1733. 1173
lés Marcionites , et le Livre intitulé Philosophica
: puis en forme d' Appendix les
Notes d'un sçavant Anglois sur le věritable
Traité de la Priere , les Remarques
d'Hoeschelius sur les huit Livres contre
Celse , et les Observations de Gronovius
sur les Philosophica. A la tête du Volume
est une Préface où l'Editeur a solidement
refuté l'opinion de ceux qui croyent que
les Ecrits d'Origene ont été corrompus
par les Hérétiques ; il rend compte en
détail de son travail sur chaque Traité
particulier. Ce Tome est terminé par
deux Index tres-amples , l'un des Passages
de l'Ecriture- Sainte , et l'autre des
choses mémorables. Il y en a toujours
deux semblables dans les suivans.
Les quatre autres Volumes contiennent
les Commentaires sur l'Ecriture. Au
commencement est une Préface qui dé
veloppe le Systême qu'Origene s'est formé
pour expliquer les Livres saints , et
l'Editeur fait voir les dangéreuses conséquences
qu'on en peut tirer. Le dernier
des cinq Volumes finit par la Vie d'Origene
, et par plusieurs Dissertations sur
ses sentimens , qui de son vivant ont causé
de grands troubles dans l'Eglise , et de
plus grands encore après sa mort.
Le caractere et le papier sont d'une
I:Vol. F vj
beausé
1174 MERCURE DE FRANCE
beauté qui fait honneur au Libraire.
, en cinq Volumes in folio , Grecs
et Latins , par le R. P. Dom Charles de
la Rue , Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur. Les deux premiers
Volumes sont déja imprimez et se vendent
chez Jacques - Vincent , Libraire et
Imprimeur à Paris ruë S. Severin , ઢ
Ange.
I. Vol De
17336 JUIN. 1169
}
son
De tous les grands Hommes
qui ont
fait l'ornement
des premiers
siécles de
l'Eglise , il n'y en a peut- être aucun dont
le nom ait été et soit encore aussi célébre
, que celui d'Origene
, fils du S. Martyr
Léonide. Sa vie , son esprit , sa vaste
érudition
l'ont fait d'abord regarder comme
un prodige
de la Nature et de la grace ; máis cette estime universelle
dégenera
bientôt
en une persécution
presque
générale
qui s'éleva contre lui
ou par sa faute , ou par son malheur
que Démétrius qu par la jalousie
Evêque , avoit conçuë de sa réputation
. Il s'est vû chassé de son Pays , déposé du
Sacerdoce
, excommunié
même par les
deux premiers
Siéges du monde chrétien
, et par la plupart des autres , tandis
que de grands Saints soutenoient
sa cause
, et que Dieu sembloit
se déclarer pour
lui , en se servant de ses rares talens pour faire entrer dans la verité et dans le sein
de son Eglise des Ambroises
, des Grégoires
Thaumaturges
, et des Athenodores
.
Ha eu le même sort après sa mort . Des
Martyrs ont fait des Ecrits sanglans
contre
lui , et des Martyrs ont fait son Apologie.
Les uns l'ont détesté comme un
Ecrivain
pernicieux
, les autres l'ont regardé
comme le plus grand Maître qu'ait
1. Vol. Fiiij eu
1170 MERCURE DE FRANCE
eu l'Eglise après les Apôtres .
Il est donc assez surprenant que jus-`
qu'ici nous n'ayons pas encore eu rassemblez
dans un corps complet d'une
Edition éxacte , ce qui nous reste des
Ecrits d'un si grand Homme. Il est inutile
d'alléguer la collection de Merlin' , et
celle de Genebrard , puisque dès l'an
1636. une Assemblée générale du Clergé
de France les déclara insuffisantes , et
qu'elles sont encore aujourd'hui par tous
les Sçavans comptées presque pour rien ,
tant à cause de l'omission essentielle du
Texte Grec , qu'à cause de quelques
Traitez d'importance ; et d'un grand
nombre de Fragmens de conséquence qui
ne s'y trouvent pas .
L'illustre et sçavant M. Huet en avoit
promis une troisiéme ; mais quand même
il l'auroit achevée , elle n'auroit pas été
entiere , puisque les anciennes versions
dont le Texte grec est perdu , n'y au
roient pas été comprises . D'ailleurs , ce
docte Prélat est mort sans avoir même
donné la partie la plus considérable de
son Recueil ; sçavoir , les Traitez particuliers
sur des sujets qui n'ont pas un rapport
direct à l'explication de l'Ecriture-
Sainte. Il est vrai que d'autres ont publié
ces Piéces en Grec et en Latin , par-
1. Vol.
tic
JUIN. 1733.. 1171
tie avant lui , et partie après lui : mais
outre que dans leurs Editions le Texté
Grec est ordinairement tres fautif , pour
n'avoir été tiré que d'un seul Manuscrit ,
la Version latine qu'ils ont mise à côté
est souvent ou infidele , ou barbare . De
plus , presque tous ces Traitez particuliers
ont été imprimez séparément en
différens tems , en différens Pays , en différentes
formes de papier , et en trespetite
quantité d'Exemplaires : d'où il
est arrivé que quelques- uns sont aujourd'hui
tres- rares et tres chers.
Enfin , à force de chercher dans les
Manuscrits de France , d'Italie , d'An- .
gleterre et d'Allemagne , on a fait une
abondante récolte d'un tres grand nombre
de fragmens grecs qui n'avoient pas
encore vû le jour , et qui assûrent présentement
à Origene pour toujours quel
ques Commentaires et plusieurs Homelies
, que nous n'avions qu'en latin , eg
dont plusieurs Sçavans doutoient. De ce,
nombre sont les 39. Homelies sur S. Luc,
contre lesquels le Ministre Matthieu de ,
La Roque s'est inscrit en faux , et a fait
des efforts étranges , pour n'être pas obligé
de reconnoitre avec le docte Pearson
que les Lettres
de S. Ignace Martyr
, qui,
y sont citées , étoient connues
dans l'E-, 1. Fol.
Evi gli1172
MERCURE DE FRANCE
glise avant Eusebe. Presque tout le Grec
de ces 39 Homelies est aujourd'hui retrouvé.
Il est donc visible que rien n'étoit plus
nécessaire qu'une nouvelle Edition de
tout ce qui nous reste d'Origene , où
chaque Piéce soit imprimée en son rang ;
où le Grec qui nous reste se trouve revû
sur d'anciens Manuscrits, et où , quand il
manque , les anciennes Versions de Rufin
et de S. Jerôme y suppléent : le tout avec
des Notes et des Avertissemens préliminaires.
Tel est aussi le dessein de la nouvelle
Collection que nous annonçons au
Public en cinq Volumes in-folio , de la
même grandeur que les deux Tomes des
Hexaples , publiez en 1713. par le scavant
Pere Dom Bernard de Montfaucon ,
afin qu'ils puissent être placez à leur tête
ou à leur suite .
Le premier Volume renferme ce qui
nous reste des Lettres d'Origene , quelques
fragmens des Livres de la Résurrection
, et des Stromates ; les quatre Livres
des Principes , l'Exhortation au martyre ,
le Traité de la Priere , et l'Apologie de la
Religion Chrétienne en huit Livres
contre le Philosophe Celsus . On voit ensuite
en plus petits caracteres deux Traitez
supposez , sçavoir le Dialogue contre
I. Vol. les
JUIN. 1733. 1173
lés Marcionites , et le Livre intitulé Philosophica
: puis en forme d' Appendix les
Notes d'un sçavant Anglois sur le věritable
Traité de la Priere , les Remarques
d'Hoeschelius sur les huit Livres contre
Celse , et les Observations de Gronovius
sur les Philosophica. A la tête du Volume
est une Préface où l'Editeur a solidement
refuté l'opinion de ceux qui croyent que
les Ecrits d'Origene ont été corrompus
par les Hérétiques ; il rend compte en
détail de son travail sur chaque Traité
particulier. Ce Tome est terminé par
deux Index tres-amples , l'un des Passages
de l'Ecriture- Sainte , et l'autre des
choses mémorables. Il y en a toujours
deux semblables dans les suivans.
Les quatre autres Volumes contiennent
les Commentaires sur l'Ecriture. Au
commencement est une Préface qui dé
veloppe le Systême qu'Origene s'est formé
pour expliquer les Livres saints , et
l'Editeur fait voir les dangéreuses conséquences
qu'on en peut tirer. Le dernier
des cinq Volumes finit par la Vie d'Origene
, et par plusieurs Dissertations sur
ses sentimens , qui de son vivant ont causé
de grands troubles dans l'Eglise , et de
plus grands encore après sa mort.
Le caractere et le papier sont d'une
I:Vol. F vj
beausé
1174 MERCURE DE FRANCE
beauté qui fait honneur au Libraire.
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Résumé : Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une nouvelle édition des œuvres d'Origène, un théologien des premiers siècles de l'Église, en cinq volumes in-folio, en grec et en latin, par le R. P. Dom Charles de la Rue, bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur. Les deux premiers volumes sont déjà imprimés et disponibles chez Jacques-Vincent, libraire à Paris. Origène, fils du martyr Léonide, est reconnu pour son érudition et son esprit, mais il a également été sujet à des persécutions et des controverses. Déposé du sacerdoce et excommunié par les principaux sièges chrétiens, il a néanmoins influencé de grands saints comme Ambroise et Grégoire de Nazianze. Après sa mort, les avis sur son œuvre restent partagés, certains le considérant comme un écrivain pernicieux, d'autres comme un maître éminent. Les précédentes collections de ses écrits, comme celles de Merlin et Genebrard, sont jugées insuffisantes par les savants. Une nouvelle édition est donc nécessaire pour rassembler et corriger les textes grecs et latins, souvent fautifs ou incomplets. Cette nouvelle édition inclut des fragments grecs récemment retrouvés et des commentaires sur l'Écriture Sainte. Le premier volume contient des lettres, des fragments de divers ouvrages, et des traités comme 'Les Principes' et 'L'Apologie contre Celsus'. Les volumes suivants contiennent des commentaires sur les Livres saints, une préface expliquant le système d'Origène pour interpréter les Écritures, et des dissertations sur ses sentiments controversés. L'édition est présentée avec soin, utilisant un caractère et un papier de qualité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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98
p. 1192-1194
Grand Portail de saint Sulpice. CEREMONIE.
Début :
Le Public paroît trop attentif à tout ce qui regarde le vaste et superbe Edifice de l'Eglise de [...]
Mots clefs :
Servandoni, Église, Portail, Église de Saint-Sulpice, Cérémonie, Croix, Clergé, Architecte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Grand Portail de saint Sulpice. CEREMONIE.
Grand Portail de saint Sulpice.
CEREMONIE.
Le Public paroît trop attentif à tout ce qu
regarde le vaste ce superbe Edifice de l'Eglise de
S. Sulpice , pour ne pas lui faire part de la Cérémonie
qu'on fit le Lundy 11 May , jour
que l'on commença à creuser les fondemens du
grand Portail,
Elle commença par une Messe basse du S.Esprit,
célébrée à 8 heures du matin par M. le Curé ,
dont la piété et les grandes lumieres , sçavent sibien
allier le pieux et l'édifiant des Cérémonies
de l'Eglise , à ce qu'elles ont d'auguste et de
pompeux.
Le Clergé chanta pendant la Messe la Prose
du S. Esprit. Tous les Ouvriers du Bâtiment ỳ
assisterent , rangez sur deux lignes dans la Nef,
et il y eut un tres grand concours de Peuple .
Après la Messe , on fit une Procession en dehors
de l'Eglise , dans l'ordre suivant.
·
Tous les Massons et Ouvriers , au nombre de
I. Vol. près
JUIN. 1733. 1193
près de 200 , étoient précédez par une Banniere,
ornée de Festons de fleurs , d'un goût ingénieux
et tout-à-fait nouveau , chaque Artiste portoit
le principal Instrument de sa profession . La
Croix d'argent de la Paroisse venoit ensuite ,
portée par un Prêtre en Chape , et suivie de
tout le Clergé. M. le Curé marchoit le dernier ,
entre Mrs le Moine et Servandoni . Le premier a
peint le Plafond de la Chapelle de la Vierge,dont
nous avons donné la description dans le Mercure
de Mars , et le second est l'Architecte depuis
quelques années des travaux qu'on fait à
Saint Sulpice , et l'Auteur du dessein du Grand
Portail qu'on va construire . Le Dessein étoit attaché
à la Croix dont on vient de parler. Le
modele en relief a été exposé à la censure publique
pendant uri an, et admiré des plus grands
connoisseurs , comme un des plus beaux morceaux
d'Architecture qu'on puisse exécuter.
M. le Curé , accompagné de Mrs les Marguilliers,
s'arrêta avec tout le Clergé, à l'endroit
où la Fouille pour les fondations du Grand Portail
devoit se faire ; et ce digne Pasteur s'étant
tourné vers l'Eglise , entonna quelques Versets .
de l'Hymne de la Ste Vierge , ausquels le Peuple
qui étoit accouru en foule , répondit avec
beaucoup de zéle , de modestie et de religion.
Après l'Oraison , un Maître de Cérémonie en
Chape , présenta à M. le Curé une Pioche ,
avec laquelle il donna quelques coups , pour
commencer à ouvrir la terre et présenta le même
Outil à quelques personnes des plus distinguées
, ce qui termina cette Cérémonie. La Procession
rentra dans l'Eglise par la grande Porte,
en chantant le Te Deum , après quoi tous les
Travailleurs se mirent à l'Ouvrage.
I. Vol. Cc G iiij
1194 MERCURE DE FRANCE
Ce jour-là , le Chevalier Nicolas Servandoni ,
natif de Florence, Peintre et Architecte du Roy,
en ses Académies Royales de Peinture, Sculpture
et Architecture , étoit décoré du Colier de
POrdre de S. Jean de Latran , qu'il avoit reçu
des mains de Monsieur le Nonce . Le Pape a accordé
cette grace à cet habile Artiste, par sa Patente
, du 6 Mars 1732. qui le fait , crée et constituë
Chevalier du sacré Palais Apostolique et
Comte de S. Jean de Latran , en considération
de ses rares talens , de sa capacité et de ses Ouvrages
, et particulierement à l'occasion de la
premiere Pierre du Grand Autel de S. Sulpice ,
posée l'année derniere , au nom de Sa Sainteté ,
par son Excellence M. Delci , Nonce en France
; assisté du Chevalier Servandoni , faisant les
fonctions d'Architecte de ce grand Edifice. La
Croix qui pend au bas de son Cordon , enrichie
de Diamans brillans , est un présent de ce Prélat.
Le Koy a permis au Chevalier Servandoni de
porter cette marque d'honneur et de distinction ,
dont les plus celebres Artistes ont été décorez ,
comme le Cavalier Bernin , Carle Marat ,
et il a reçu à cette occasion une Lettre fort gracieuse
du Ministre , qui marque le cas que S.M.
fait du sieur Servandoni.
&c.
Nous donnerons incessamment une Description
exacte de cet Edifice , sur les Plans , les Coupes
, Profils , et Modéles en relief , exposez aux
yeux du Public , avec tous les dévelopemens et
ornemens de chaque Partie , qu'on exécute actuellement.
CEREMONIE.
Le Public paroît trop attentif à tout ce qu
regarde le vaste ce superbe Edifice de l'Eglise de
S. Sulpice , pour ne pas lui faire part de la Cérémonie
qu'on fit le Lundy 11 May , jour
que l'on commença à creuser les fondemens du
grand Portail,
Elle commença par une Messe basse du S.Esprit,
célébrée à 8 heures du matin par M. le Curé ,
dont la piété et les grandes lumieres , sçavent sibien
allier le pieux et l'édifiant des Cérémonies
de l'Eglise , à ce qu'elles ont d'auguste et de
pompeux.
Le Clergé chanta pendant la Messe la Prose
du S. Esprit. Tous les Ouvriers du Bâtiment ỳ
assisterent , rangez sur deux lignes dans la Nef,
et il y eut un tres grand concours de Peuple .
Après la Messe , on fit une Procession en dehors
de l'Eglise , dans l'ordre suivant.
·
Tous les Massons et Ouvriers , au nombre de
I. Vol. près
JUIN. 1733. 1193
près de 200 , étoient précédez par une Banniere,
ornée de Festons de fleurs , d'un goût ingénieux
et tout-à-fait nouveau , chaque Artiste portoit
le principal Instrument de sa profession . La
Croix d'argent de la Paroisse venoit ensuite ,
portée par un Prêtre en Chape , et suivie de
tout le Clergé. M. le Curé marchoit le dernier ,
entre Mrs le Moine et Servandoni . Le premier a
peint le Plafond de la Chapelle de la Vierge,dont
nous avons donné la description dans le Mercure
de Mars , et le second est l'Architecte depuis
quelques années des travaux qu'on fait à
Saint Sulpice , et l'Auteur du dessein du Grand
Portail qu'on va construire . Le Dessein étoit attaché
à la Croix dont on vient de parler. Le
modele en relief a été exposé à la censure publique
pendant uri an, et admiré des plus grands
connoisseurs , comme un des plus beaux morceaux
d'Architecture qu'on puisse exécuter.
M. le Curé , accompagné de Mrs les Marguilliers,
s'arrêta avec tout le Clergé, à l'endroit
où la Fouille pour les fondations du Grand Portail
devoit se faire ; et ce digne Pasteur s'étant
tourné vers l'Eglise , entonna quelques Versets .
de l'Hymne de la Ste Vierge , ausquels le Peuple
qui étoit accouru en foule , répondit avec
beaucoup de zéle , de modestie et de religion.
Après l'Oraison , un Maître de Cérémonie en
Chape , présenta à M. le Curé une Pioche ,
avec laquelle il donna quelques coups , pour
commencer à ouvrir la terre et présenta le même
Outil à quelques personnes des plus distinguées
, ce qui termina cette Cérémonie. La Procession
rentra dans l'Eglise par la grande Porte,
en chantant le Te Deum , après quoi tous les
Travailleurs se mirent à l'Ouvrage.
I. Vol. Cc G iiij
1194 MERCURE DE FRANCE
Ce jour-là , le Chevalier Nicolas Servandoni ,
natif de Florence, Peintre et Architecte du Roy,
en ses Académies Royales de Peinture, Sculpture
et Architecture , étoit décoré du Colier de
POrdre de S. Jean de Latran , qu'il avoit reçu
des mains de Monsieur le Nonce . Le Pape a accordé
cette grace à cet habile Artiste, par sa Patente
, du 6 Mars 1732. qui le fait , crée et constituë
Chevalier du sacré Palais Apostolique et
Comte de S. Jean de Latran , en considération
de ses rares talens , de sa capacité et de ses Ouvrages
, et particulierement à l'occasion de la
premiere Pierre du Grand Autel de S. Sulpice ,
posée l'année derniere , au nom de Sa Sainteté ,
par son Excellence M. Delci , Nonce en France
; assisté du Chevalier Servandoni , faisant les
fonctions d'Architecte de ce grand Edifice. La
Croix qui pend au bas de son Cordon , enrichie
de Diamans brillans , est un présent de ce Prélat.
Le Koy a permis au Chevalier Servandoni de
porter cette marque d'honneur et de distinction ,
dont les plus celebres Artistes ont été décorez ,
comme le Cavalier Bernin , Carle Marat ,
et il a reçu à cette occasion une Lettre fort gracieuse
du Ministre , qui marque le cas que S.M.
fait du sieur Servandoni.
&c.
Nous donnerons incessamment une Description
exacte de cet Edifice , sur les Plans , les Coupes
, Profils , et Modéles en relief , exposez aux
yeux du Public , avec tous les dévelopemens et
ornemens de chaque Partie , qu'on exécute actuellement.
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Résumé : Grand Portail de saint Sulpice. CEREMONIE.
Le 11 mai 1733, une cérémonie marqua le début des travaux de construction du grand portail de l'église Saint-Sulpice à Paris. La journée débuta par une messe basse du Saint-Esprit célébrée à 8 heures du matin par le curé, reconnu pour sa piété et ses grandes lumières. Pendant la messe, le clergé chanta la prose du Saint-Esprit, et les ouvriers du bâtiment assistèrent à la cérémonie, alignés dans la nef. Un grand nombre de fidèles participèrent également à l'événement. Après la messe, une procession eut lieu en dehors de l'église. Environ 200 maçons et ouvriers, précédés par une bannière ornée de festons de fleurs, portaient chacun l'instrument principal de leur profession. La croix d'argent de la paroisse, portée par un prêtre en chape, suivait, accompagnée de tout le clergé. Le curé marchait en dernier, entre les moines et Servandoni, l'architecte des travaux de Saint-Sulpice et auteur du dessein du grand portail. Le modèle en relief du portail avait été exposé et admiré pendant un an. Le curé, accompagné des marguilliers, s'arrêta à l'endroit où les fouilles pour les fondations devaient commencer. Il entonna des versets de l'hymne de la Sainte Vierge, auxquels le peuple répondit avec zèle et modestie. Après une oraison, un maître de cérémonie présenta une pioche au curé, qui donna quelques coups pour commencer les travaux. Quelques personnes distinguées firent de même. La procession rentra ensuite dans l'église en chantant le Te Deum, après quoi les travailleurs commencèrent leur ouvrage. Ce jour-là, le chevalier Nicolas Servandoni, peintre et architecte du roi, fut décoré du collier de l'Ordre de Saint-Jean de Latran par le nonce apostolique. Cette distinction, accordée par le pape, reconnaissait les talents et les œuvres de Servandoni, notamment sa contribution à la première pierre du grand autel de Saint-Sulpice posée l'année précédente. Le roi permit à Servandoni de porter cette marque d'honneur, déjà décernée à des artistes célèbres comme le Cavalier Bernin et Carle Marat.
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99
p. 1237-1240
« Le Samedy 16 May, les RR. PP. Dominiquains du Noviciat Général, du [...] »
Début :
Le Samedy 16 May, les RR. PP. Dominiquains du Noviciat Général, du [...]
Mots clefs :
Église, Noviciat général, Faubourg Saint-Germain, Coeur, Sanctuaire, Dominicains, Catherine de Ricci
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Samedy 16 May, les RR. PP. Dominiquains du Noviciat Général, du [...] »
Le Samedy 16 May , les RR . PP, Dominiquains
du Noviciat Général , du
Faubourg S. Germain , firent l'ouverture
d'une Solemnité , qui devoit durer'
trois jours dans leur Eglise, au sujet de la
Béatification de la Bienheureuse Catherine
de Ricci , Religieuse Prof.sse du Tiers-
Ordre de S. Dominique , au Monastere
de la Ville de Prato , dans la Toscane. La
Cérémonie commença par la publication
de la Bulle , accordée par N.S.P. le Pape
Clement XII. à l'instance du Grand Duc
de Toscane , et de tout l'Ordre de Saint
Dominique.
L'Eglise du Noviciat , l'une des plus
régulieres de Paris , étoit magnifiquement
ornée ; le Sanctuaire éclairé de plusieurs
Lustres , et le Maître Autel enrichi de
quantité de Reliquaires , de Vases , et de
Chandeliers d'argent. Le Portrait de la
Bienheureuse , paroissoit élevé au milieu
d'ure Gloire , sous le grand ceintre , qui
1. Vol. Iij sé1238
MERCURE DE FRANCE
sépare le Choeur du Sanctuaire , d'où
pendoient des Guirlandes , et de longs
Festons , soutenus par des Anges.
,
Le lendemain Dimanche , M. Menay ,
Chanoine Régulier de la Congrégation
de S. Antoine , prononça après Vêpres ,
le Panégyrique avec beaucoup de succès ;
et quelque temps après la Communauté
des RR. PP. Benedictins de l'Abbaye
Royale de S. Germain Desprez , vint processionnellement
chanter le Salut
l'Officiant donna la Benediction du tres-
Saint Sacrement. Le Lundy , la Commu
nauté des RR. PP. Augustins du Fauxbourg
S. Germain ; et le Mardy , celle des
RR. PP . Prémontrez , du même Fauxbourg
, firent les mêmes Cérémonies, qui
furent terminées par un Te Deum , sọ-
lemnellement chanté.
La sainte Religieuse, qui a donné lieu
à cette solemnité nâquit à Florence , le
2 Avril 1522 , de l'illustre Mai on de
Ricci , qui a donné divers Prélats et des
Cardinaux à l'Eglise . Elle fût un parfait
modele de la plus sublime piété , dont
l'éclat a brillé dans toute l'Italie , ensorte
que les Personnes les plus éminentes
dans l'Eglise et dans le Monde Chrétien,
voulurent la visiter et la consulter , à
I. Vol. Cause
JUIN 1733.
1239
cause des lumiéres extraordinaires , confirmées
par plusieurs Miracles , dont il
plaisoit au Ciel de la favoriser ; ce qui a
été reconnu par les plus grands Serviteurs
de Dieu de son temps ; en particulier
par S. Philippe de Néri , qui ne pouvoit
se lasser de publier les merveilles , qu'il
reconnoissoit dans cette Servante de Dieu.
Elle mourut le 3 Février 1589 , dans la
77 année de son âge. M. Cartari , Evêque
de Fiesoli a donné sa vie au Public
et M. l'Evêque de Pistoye fit en l'année
1614 les informations juridiques des Miracles
opérez par son intercession , pour
proceder ensuite à sa Béatification , laquelle
a été enfin concluë , déclarée , et
célébrée à Rome en cette année 1733 .
ainsi que dans tous les Monasteres de
l'Ordre de S, Dominique.
Le concours que cette cérémonie a áttiré
à celui du Noviciat de Paris , a don
né occasion de remarquer les nouveaux
Ouvrages qui en ont embelli l'Eglise. Le
principal est la construction d'un Choeur
à la Romaine , avec un double rang de
Stales , d'une Menuiserie, ornée de beaucoup
de Sculpture , les Panneaux sont
chargez de differens Tableaux de l'histoire
de la Passion, & c, sans compter deux
I. Vol. I iij autres
1240 MERCURE DE FRANCE
·
autres grands Tableaux , qui sont élevez
à l'entrée , en regard ; l'un , de S. Thomas
d'Aquin , l'autre , du S. Pape Pie V.
d'une très belle exécution. Le Plafond
peint par M. le Moine , Peintre fameux
de l'Académie Royale , attire les regards
des connoisseurs. Les Tableaux du Choeur
dont on vient de parler , et beaucoup.
d'autres qui sont dans cette Eglise et ailleurs
, sont du Frere André , Religieux
de la Maison , qui s'est acquis beaucoup
de réputation dans cet Art.On remarque
enfin la nouvelle disposition du Maître
Autel,tout construit d'un tres- beau Marbre,
avec les ornemens convenables, mais
d'une noble simplicité , sans parler du
Sanctuaire et des autres accompagnemens
qui donnent à cette Eglise une nouvelle
décoration , et un certain air de majesté.
du Noviciat Général , du
Faubourg S. Germain , firent l'ouverture
d'une Solemnité , qui devoit durer'
trois jours dans leur Eglise, au sujet de la
Béatification de la Bienheureuse Catherine
de Ricci , Religieuse Prof.sse du Tiers-
Ordre de S. Dominique , au Monastere
de la Ville de Prato , dans la Toscane. La
Cérémonie commença par la publication
de la Bulle , accordée par N.S.P. le Pape
Clement XII. à l'instance du Grand Duc
de Toscane , et de tout l'Ordre de Saint
Dominique.
L'Eglise du Noviciat , l'une des plus
régulieres de Paris , étoit magnifiquement
ornée ; le Sanctuaire éclairé de plusieurs
Lustres , et le Maître Autel enrichi de
quantité de Reliquaires , de Vases , et de
Chandeliers d'argent. Le Portrait de la
Bienheureuse , paroissoit élevé au milieu
d'ure Gloire , sous le grand ceintre , qui
1. Vol. Iij sé1238
MERCURE DE FRANCE
sépare le Choeur du Sanctuaire , d'où
pendoient des Guirlandes , et de longs
Festons , soutenus par des Anges.
,
Le lendemain Dimanche , M. Menay ,
Chanoine Régulier de la Congrégation
de S. Antoine , prononça après Vêpres ,
le Panégyrique avec beaucoup de succès ;
et quelque temps après la Communauté
des RR. PP. Benedictins de l'Abbaye
Royale de S. Germain Desprez , vint processionnellement
chanter le Salut
l'Officiant donna la Benediction du tres-
Saint Sacrement. Le Lundy , la Commu
nauté des RR. PP. Augustins du Fauxbourg
S. Germain ; et le Mardy , celle des
RR. PP . Prémontrez , du même Fauxbourg
, firent les mêmes Cérémonies, qui
furent terminées par un Te Deum , sọ-
lemnellement chanté.
La sainte Religieuse, qui a donné lieu
à cette solemnité nâquit à Florence , le
2 Avril 1522 , de l'illustre Mai on de
Ricci , qui a donné divers Prélats et des
Cardinaux à l'Eglise . Elle fût un parfait
modele de la plus sublime piété , dont
l'éclat a brillé dans toute l'Italie , ensorte
que les Personnes les plus éminentes
dans l'Eglise et dans le Monde Chrétien,
voulurent la visiter et la consulter , à
I. Vol. Cause
JUIN 1733.
1239
cause des lumiéres extraordinaires , confirmées
par plusieurs Miracles , dont il
plaisoit au Ciel de la favoriser ; ce qui a
été reconnu par les plus grands Serviteurs
de Dieu de son temps ; en particulier
par S. Philippe de Néri , qui ne pouvoit
se lasser de publier les merveilles , qu'il
reconnoissoit dans cette Servante de Dieu.
Elle mourut le 3 Février 1589 , dans la
77 année de son âge. M. Cartari , Evêque
de Fiesoli a donné sa vie au Public
et M. l'Evêque de Pistoye fit en l'année
1614 les informations juridiques des Miracles
opérez par son intercession , pour
proceder ensuite à sa Béatification , laquelle
a été enfin concluë , déclarée , et
célébrée à Rome en cette année 1733 .
ainsi que dans tous les Monasteres de
l'Ordre de S, Dominique.
Le concours que cette cérémonie a áttiré
à celui du Noviciat de Paris , a don
né occasion de remarquer les nouveaux
Ouvrages qui en ont embelli l'Eglise. Le
principal est la construction d'un Choeur
à la Romaine , avec un double rang de
Stales , d'une Menuiserie, ornée de beaucoup
de Sculpture , les Panneaux sont
chargez de differens Tableaux de l'histoire
de la Passion, & c, sans compter deux
I. Vol. I iij autres
1240 MERCURE DE FRANCE
·
autres grands Tableaux , qui sont élevez
à l'entrée , en regard ; l'un , de S. Thomas
d'Aquin , l'autre , du S. Pape Pie V.
d'une très belle exécution. Le Plafond
peint par M. le Moine , Peintre fameux
de l'Académie Royale , attire les regards
des connoisseurs. Les Tableaux du Choeur
dont on vient de parler , et beaucoup.
d'autres qui sont dans cette Eglise et ailleurs
, sont du Frere André , Religieux
de la Maison , qui s'est acquis beaucoup
de réputation dans cet Art.On remarque
enfin la nouvelle disposition du Maître
Autel,tout construit d'un tres- beau Marbre,
avec les ornemens convenables, mais
d'une noble simplicité , sans parler du
Sanctuaire et des autres accompagnemens
qui donnent à cette Eglise une nouvelle
décoration , et un certain air de majesté.
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Résumé : « Le Samedy 16 May, les RR. PP. Dominiquains du Noviciat Général, du [...] »
Du 16 au 18 mai, les Dominicains du Noviciat Général à Paris ont célébré une solennité de trois jours en l'honneur de la béatification de la Bienheureuse Catherine de Ricci, religieuse du Tiers-Ordre de Saint Dominique au monastère de Prato, en Toscane. La cérémonie a débuté par la publication de la bulle papale accordée par le Pape Clément XII à la demande du Grand Duc de Toscane et de l'Ordre de Saint Dominique. L'église du Noviciat, magnifiquement ornée, présentait un sanctuaire éclairé par plusieurs lustres et un maître-autel enrichi de reliquaires, vases et chandeliers d'argent. Le portrait de la bienheureuse était exposé au milieu d'une gloire, sous le grand cintre séparant le chœur du sanctuaire, décoré de guirlandes et de festons soutenus par des anges. Le dimanche suivant, le Chanoine Régulier M. Menay a prononcé un panégyrique après les vêpres. Les communautés des Bénédictins de l'Abbaye Royale de Saint-Germain-des-Prés, des Augustins et des Prémontrés ont participé aux cérémonies, qui se sont conclues par un Te Deum solennellement chanté. Catherine de Ricci, née à Florence le 2 avril 1522 dans une famille illustre, fut un modèle de piété. Ses lumières spirituelles et les miracles attribués à son intercession attirèrent des visites de personnalités éminentes, dont Saint Philippe de Néri. Elle mourut le 3 février 1589 à l'âge de 77 ans. Sa béatification, reconnue par les informations juridiques des miracles opérés par son intercession, a été célébrée en 1733 à Rome et dans tous les monastères de l'Ordre de Saint Dominique. La solennité a également mis en lumière les nouveaux ouvrages d'art dans l'église du Noviciat, notamment la construction d'un chœur à la romaine, des sculptures, des tableaux historiques et des œuvres de peintres renommés comme le Frère André. Le maître-autel, construit en marbre, et la nouvelle disposition du sanctuaire ont ajouté une majesté à l'église.
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100
p. 1408-1412
QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Début :
Un Ecclésiastique de Province qui a été consulté sur le Chant Ecclesiastique [...]
Mots clefs :
Chant, Église, Églises, Musiciens, Plain-chant, Juges, Question
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texteReconnaissance textuelle : QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Un Ecclesiastique de Province qui a
été consulté sur le Chant Ecclesiastique
par
les Editeurs des nouveaux Bréviaires
de plusieurs Diocèses , où l'on s'interesse
à avoir un Chant exempt de fautes
cependant varié , nous a prié de publier
ce qui suit :
QUESTION touchant l'autorité des
Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Il y a dans l'esprit de plusieurs per-
II. Vol. sonnes
JUIN. 1733. 1409
sonnes des préjugez si profondément enracinez
en faveur de ce qu'on appelle
aujourd'hui Musiciens d'Eglise , qu'on
des peines infinies à les en faire revenir.
Ces personnes se reposent tellement sur
la capacité de ces sujets , qu'elles n'osent
jamais parler de Chant d'Eglise , Chant
Grégorien , Plain Chant , que selon
-
ce qu'elles leur en entendent dire. Comme
c'est une illusion , qui , quoique nouvelle
, peut avoir de grandes suites , j'ai
cru qu'il étoit nécessaire de présenter Requête
à Mercure , et de me servir de
sa médiation pour notifier au Public la
chose sur laquelle je demande le jugement
des Doctes. Ce n'est pas , Messieurs
que je comprenne tous les Musiciens dans
une même classe . J'en ai trouvé d'assez
équitables pour se rendre aux remarques
que je leur ai fait faire , et qui ont déclaré
qu'ils ne croyoient pas que la maniere
dont on leur donne connoissance
du Plain-Chant dans les Maîtrises out
Ecoles de Psallette , pendant leur jeunesse,
fut suffisante pour les faire regarder dans
la suite comme des Juges compétants sur
ces sortes de matieres. Je me trouve lié
le commerce de la vie avec un certain
nombre de personnes , dans la plupart
desquelles il a fallu détruire le préjugé
par
11. Vol. en G vj
1410 MERCURE DE FRANCE
en question . Cela s'est fait aisément à
l'égard du grand nombre qui est de bonne
volonté ; mais il en reste encore d'autres
à convaincre dont je n'espere en gagner
qu'un certain nombre, parce qu'il y
en aura encore quelqu'un qui voudra absolument
rester dans son sentiment. J'avoie
qu'un si petit objet étoit de trop
peu de conséquence pour mettre aux
champs le Messager des Muses ; mais
comme ce qui est arrivé ici , peut arriver
ailleurs , j'ai cru qu'il étoit bon d'avoir
là - dessus le sentiment des Connoisscurs.
Voici donc précisément le sujet
de la Question .
Si les Musiciens peuvent et doivent être
écoutez et suivis dans les raisonnemens qu'ils
tiennent sur le Plain- Chant ou Chants d'Eglise
? S'ils sont en état de raisonner et d'être
crus sur les manieres dont il est varié
dans les Eglises differentes ; et s'ils en sont
Fuges tout- à-fait compétants et irrefragables ?
S'il n'y a pas deux extrémitez à éviter :
l'une de ne les croire juges en rien ; l'autre de
les croire juges en tout ; et en quoi donc ils
peuvent être consultez , et écoutez.
Vos Journaux , Messieurs , sont dépositaires
des Remarques Critiques que les
mauvais raisonnemens qui ont été faits
sur cette matiere , ont attirés à leurs Au-
II. Vol. teurs
JUIN. 1733. 1411
•
teurs. ( a) Il n'y a pas jusqu'à l'Ombre de
M. Thiers , qui , sortie de son tombeau
les a montrés au doigt , lorsqu'elle a parlé
de ceux qui précipitent l'Office divin ,
soit parce que leur infirmité et leur âge
le leur fait toujours trouver trop long.
soit à cause que desservant deux Eglises
, ( b ) ils ne peuvent se deffaire , lorsqu'ils
sont au service de la Mere , de la
mauvaise habitude qu'ils ont contractée
à celui de la Fille. Il n'y a pas un an ,
qu'un Anonyme se plaignit encore dans
vos Journaux (c) de ceux qui se donnent
pour Maîtres , sans jamais avoir été Disciples.
Il semble par ce qu'il dit du Lieu
où les Fideles s'assemblent et sur le .
Nosce teipsum , qu'il ait eu en vûë de réprimer.
ceux qui sans aucune étude , ni
même aucune teinture du Chant , entre .
prennent de juger de sa composition avec
une confiance qui va jusqu'à vouloir
tourner en ridicule les plus magnifiques
expressions qui s'y trouvent. Telles sont ,
par exemple , celles de l'excellent Antiphonier
usité dans l'Eglise de Paris depuis
l'Episcopat de M. de Harlay ; entre
,
(a) Merc. Juin 1726. 1. vol. pag. 1177. Mer.
Août 1726. pag. 1739. 1747. 1759 .
(b) Merc. Juin 1731. 2. vol. pag. 1443
(c) Merc. de May 1732. pag. 907. et 908.
&
II. Vol. autres
1412 MERCURE
DE FRANCE
autres celle du Saule , Saule, quid me per
sequeris ? de la Conversion de S. Paul . Si je
voulois ajoûter quelque chose à ces remarques
, je ferois observer que ce seroi !
une chose inouie , que dans des Eglise
nombreuses de Chanoines qui ont un
Clergé subsidiaire , on proposât de diminuer
la Table des Chants Psalmodi.
ques, pour la rendre aussi simple et stérile
que celle des Eglises Monastiques,
La Monotonie convient aux Solitaires ;
mais une Eglise Cathédrale ne doit pas
se laisser mettre de niveau avec celle d'un
Monastere. C'est à quoi ne font pas at
tention ceux qui ne cessent de déclamer
contre la varieté et la richesse des Tables
Psalmodiques
d'Eglises Séculieres , Cathé
drales ou Collegiales
; et il leur sied trèsmal
de proposer d'un côté pour modele
de
la penurie Monastique
, tandis que
l'autre ils distribuent
à pleines mains un
Ecrit qui établit la difference
totale qui
doit étre entre le Clergé Séculier et l'état
des Moines.
Ce 3. May 1733 .
été consulté sur le Chant Ecclesiastique
par
les Editeurs des nouveaux Bréviaires
de plusieurs Diocèses , où l'on s'interesse
à avoir un Chant exempt de fautes
cependant varié , nous a prié de publier
ce qui suit :
QUESTION touchant l'autorité des
Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Il y a dans l'esprit de plusieurs per-
II. Vol. sonnes
JUIN. 1733. 1409
sonnes des préjugez si profondément enracinez
en faveur de ce qu'on appelle
aujourd'hui Musiciens d'Eglise , qu'on
des peines infinies à les en faire revenir.
Ces personnes se reposent tellement sur
la capacité de ces sujets , qu'elles n'osent
jamais parler de Chant d'Eglise , Chant
Grégorien , Plain Chant , que selon
-
ce qu'elles leur en entendent dire. Comme
c'est une illusion , qui , quoique nouvelle
, peut avoir de grandes suites , j'ai
cru qu'il étoit nécessaire de présenter Requête
à Mercure , et de me servir de
sa médiation pour notifier au Public la
chose sur laquelle je demande le jugement
des Doctes. Ce n'est pas , Messieurs
que je comprenne tous les Musiciens dans
une même classe . J'en ai trouvé d'assez
équitables pour se rendre aux remarques
que je leur ai fait faire , et qui ont déclaré
qu'ils ne croyoient pas que la maniere
dont on leur donne connoissance
du Plain-Chant dans les Maîtrises out
Ecoles de Psallette , pendant leur jeunesse,
fut suffisante pour les faire regarder dans
la suite comme des Juges compétants sur
ces sortes de matieres. Je me trouve lié
le commerce de la vie avec un certain
nombre de personnes , dans la plupart
desquelles il a fallu détruire le préjugé
par
11. Vol. en G vj
1410 MERCURE DE FRANCE
en question . Cela s'est fait aisément à
l'égard du grand nombre qui est de bonne
volonté ; mais il en reste encore d'autres
à convaincre dont je n'espere en gagner
qu'un certain nombre, parce qu'il y
en aura encore quelqu'un qui voudra absolument
rester dans son sentiment. J'avoie
qu'un si petit objet étoit de trop
peu de conséquence pour mettre aux
champs le Messager des Muses ; mais
comme ce qui est arrivé ici , peut arriver
ailleurs , j'ai cru qu'il étoit bon d'avoir
là - dessus le sentiment des Connoisscurs.
Voici donc précisément le sujet
de la Question .
Si les Musiciens peuvent et doivent être
écoutez et suivis dans les raisonnemens qu'ils
tiennent sur le Plain- Chant ou Chants d'Eglise
? S'ils sont en état de raisonner et d'être
crus sur les manieres dont il est varié
dans les Eglises differentes ; et s'ils en sont
Fuges tout- à-fait compétants et irrefragables ?
S'il n'y a pas deux extrémitez à éviter :
l'une de ne les croire juges en rien ; l'autre de
les croire juges en tout ; et en quoi donc ils
peuvent être consultez , et écoutez.
Vos Journaux , Messieurs , sont dépositaires
des Remarques Critiques que les
mauvais raisonnemens qui ont été faits
sur cette matiere , ont attirés à leurs Au-
II. Vol. teurs
JUIN. 1733. 1411
•
teurs. ( a) Il n'y a pas jusqu'à l'Ombre de
M. Thiers , qui , sortie de son tombeau
les a montrés au doigt , lorsqu'elle a parlé
de ceux qui précipitent l'Office divin ,
soit parce que leur infirmité et leur âge
le leur fait toujours trouver trop long.
soit à cause que desservant deux Eglises
, ( b ) ils ne peuvent se deffaire , lorsqu'ils
sont au service de la Mere , de la
mauvaise habitude qu'ils ont contractée
à celui de la Fille. Il n'y a pas un an ,
qu'un Anonyme se plaignit encore dans
vos Journaux (c) de ceux qui se donnent
pour Maîtres , sans jamais avoir été Disciples.
Il semble par ce qu'il dit du Lieu
où les Fideles s'assemblent et sur le .
Nosce teipsum , qu'il ait eu en vûë de réprimer.
ceux qui sans aucune étude , ni
même aucune teinture du Chant , entre .
prennent de juger de sa composition avec
une confiance qui va jusqu'à vouloir
tourner en ridicule les plus magnifiques
expressions qui s'y trouvent. Telles sont ,
par exemple , celles de l'excellent Antiphonier
usité dans l'Eglise de Paris depuis
l'Episcopat de M. de Harlay ; entre
,
(a) Merc. Juin 1726. 1. vol. pag. 1177. Mer.
Août 1726. pag. 1739. 1747. 1759 .
(b) Merc. Juin 1731. 2. vol. pag. 1443
(c) Merc. de May 1732. pag. 907. et 908.
&
II. Vol. autres
1412 MERCURE
DE FRANCE
autres celle du Saule , Saule, quid me per
sequeris ? de la Conversion de S. Paul . Si je
voulois ajoûter quelque chose à ces remarques
, je ferois observer que ce seroi !
une chose inouie , que dans des Eglise
nombreuses de Chanoines qui ont un
Clergé subsidiaire , on proposât de diminuer
la Table des Chants Psalmodi.
ques, pour la rendre aussi simple et stérile
que celle des Eglises Monastiques,
La Monotonie convient aux Solitaires ;
mais une Eglise Cathédrale ne doit pas
se laisser mettre de niveau avec celle d'un
Monastere. C'est à quoi ne font pas at
tention ceux qui ne cessent de déclamer
contre la varieté et la richesse des Tables
Psalmodiques
d'Eglises Séculieres , Cathé
drales ou Collegiales
; et il leur sied trèsmal
de proposer d'un côté pour modele
de
la penurie Monastique
, tandis que
l'autre ils distribuent
à pleines mains un
Ecrit qui établit la difference
totale qui
doit étre entre le Clergé Séculier et l'état
des Moines.
Ce 3. May 1733 .
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Résumé : QUESTION touchant l'autorité des Musiciens en matiere de Chant d'Eglise.
Un ecclésiastique de province, sollicité par les éditeurs des nouveaux bréviaires de plusieurs diocèses pour ses réflexions sur le chant ecclésiastique, a décidé de publier ses pensées. Il s'interroge sur l'autorité des musiciens d'église en matière de chant grégorien ou plain-chant. Il observe que certaines personnes ont des préjugés en faveur des musiciens d'église, les considérant comme des juges compétents sans discussion. L'ecclésiastique souligne que cette illusion est récente mais pourrait avoir des conséquences importantes. Il a donc décidé de présenter une requête pour solliciter l'avis des doctes sur la question suivante : les musiciens peuvent-ils et doivent-ils être écoutés et suivis dans leurs raisonnements sur le plain-chant ou les chants d'église ? Sont-ils compétents pour juger des variations du chant dans différentes églises ? L'ecclésiastique met en garde contre deux extrêmes : ne pas croire les musiciens en rien ou les croire en tout. Il mentionne également des critiques passées dans les journaux concernant les mauvais raisonnements sur cette matière, y compris des remarques sur ceux qui précipitent l'office divin ou se donnent pour maîtres sans avoir été disciples. Il conclut en soulignant l'importance de la variété et de la richesse des tables psalmodiques dans les églises cathédrales, contrairement à la monotonie des églises monastiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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