1
p. 395-402
LETTRE écrite par M.... à M.... sur les Embellissemens du Jardin du Palais Royal.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, avec tant d'empressement, la Description [...]
Mots clefs :
Embellissement, Jardin du Palais Royal, Duc d'Orléans, Pièce d'eau, Arbres
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M.... à M.... sur les Embellissemens du Jardin du Palais Royal.
LETTRE écrite par M.... à M.....
sur les Embellissemens du Jardin
du Palais Royal.
Ous me demandez , Monsieur , avec
tant d'empressement, la Description
des Embellissemens que M. le Duc d'Or
leans a ordonné de faire dans son Jardin
du Palais Royal', depuis votre départ de
Paris , que je croirois manquer à ce que
je vous dois , si je differois plus long- temps
de satisfaire là- dessus votre louable cu
riosité.
Lorsque le Cardinal de Richelieu laissa
ce Palais au Roy Louis XIII. par son Tes
tament , en l'année 1642. l'Art des Jardins n'étoit presque pas connu en France ;
aussi voyoit - on des grands défauts dans
celui dont il s'agit ici . On avoit fait au
bout du Jardin une Piece d'Eau , de figure ronde , dont le Diametre étoit de 40
toises , ce qui étoit immense et tres- disproportionné à la grandeur du lieu. On y
mettoit de petits Vaisseaux, qui imitoient
lés Combats de Mer , pour servir de divertissement au feu Roy dans son enfance. Il y avoit un autre Bassin sur la même
ligne , plus près du Château , avec un Jet d'eau , &c..
I iiij Aw
>
396 MERCURE DE FRANCE
Autour du Jardin on avoit pratiqué un
Mail;exercice qui étoit fort envogue en ce
temps là , et que les Seigneurs de la Cour
aimoient passionément.
Il y avoit aussi un Manége , qui emportoit encore une portion de Terrain
en sorte que le moindre usage qu'on faisoit alors de ce Jardin , étoit la promenade.
Il est vrai que dans la suite , et après la
cessation de ces exercices , on trouva de
l'ombre et de quoi se promener; mais la
durée des Arbres et de tout ce qu'on avoit
planté, n'a pas été longue , en sorte que
quand il a été question de faire les changemens que vous allez voir , tout étoit
mort , à l'exception de quelques Maroniers sur le retour, et de l'Allée qui donne
sur le milieu de l'Appartement , et du
petit Jardin de S. A. R. qui ont été conservez.
Une autre deffectuosité , ( et ce n'étoit
pas la moins considérable ) venoit de differentes formes d'Escaliers , qui appar
tiennent aux Maisons bâties autour de ce
Jardin, er qui y communiquent. Outre
l'irrégularité et la difformité qui choquoit
étrangement la vûë ; on étoit exposé par
les immondices que cause cette communication à une infection tres-desagréable, et
ca-
FEVRIER. 17328 397
capable d'alterer l'air et du Jardin et des
Maisons.
Enfin la continuation du passage public
à travers le Jardin , que M. le Duc d'Orleans avoit la bonté de souffrir, ne permettoit pas d'avoir de Parterre , de Broderie , ni- de Découpé ; avec des Fleurs ,
&c.
Tel étoit , Monsieur , l'état de ce Jardin , lorsqu'en l'année 1730 M. le . Duct
d'Orleans, qui sçait allier les plus grandes
qualitez, dont la principale est en lui une
vraie et solide piété, avec le goût du beau
et du vrai dans les Arts , se détermina à
faireremedier à tous ces inconveniens et à
donner au Jardin de son Palais , les ornemens dont il peut être susceptible.
Ce Projet résolu, le Prince chargea M.le
Comte d'Argenson , Conseiller d'Etat ,
Grand -Croix et Chancelier , Garde des
Sceaux de l'Ordre Royal et Militaire de
S. Louis , Chancelier , Garde des Sceaux et
Sur-Intendant des Finances de la Maison
de Monseigneur leDuc d'Orleans , dont
il connoit parfaitement le zéle et le bon
goût , de le faire exécuter. Ce Magistrat
jetta d'abord les yeux sur M. Desgotz,.
Architecte du Roy de la premiere Classe,
ancien Contrôleur General des Bâtimens ,
neveu de l'illustre Mle Nôtre, et l'héri--
Ly. tiers
400 MERCURE DE FRANCE
tier dé son génie ; choix duquel M. le Duc
d'Orleans donna d'autant plus facilement
les mains , que la capacité de M.Desgotz
pour l'Art des Jardins et pour l'Architecture lui est parfaitement connuë. Ce
Prince fut dèslors assuré du succès de l'entreprise et de la celerité de l'exécution.
Il étoit principalement question dans le
Projet de faire un Jardin fort ouvert et
capable de contenir beaucoup de monde;
de négliger pour cela tous Jardinages fermez , comme Bosquets de Charmille ,
Boulingrains , Palissades , &c. Dans cette
vûë , l'habile exécuteur des Ordres du
Prince , a fait un grand Parterre de Gazon
sans Plattes bandes , entouré seulement
d'Ormes en boule , avec un Bassin d'une
grandeur raisonnable et proportionnée ,
qui pousse un tres-beau Jet d'Eau.
و
Autour de la partie superieure du Bassin , il y a une demie Lune surhaussée de
treillage à plusieurs Angles. C'est-là que
sont placez , ainsi qu'autour du Parterre
des Statues de la main de Leremberg ,
et des plus habiles Maîtres du siecle passé.
Au-dessus de la demi Lune de treillage
qui forme la place du Parterre , il y aun
Quinconge de Tilleuls et des places espacées avec simétrie pour des bancs de
commodité , ce qui donnera dans la suite
un
FEVRIER. 1732. 450
un ombrage charmant et une très- belle
Promenade.
Tout au fond du Jardin on a élevé
un grand Portique de Treillage de sixtoises de largeur , avec une hauteur proportionnée , orné de deux Figures dans
des Niches , d'une très- belle exécution ,
ce qui termine agréablement tout le Jar
din et fait un très- beau coup d'œil .
Enfin pour obvier à l'irrégularité et à ·
l'inconvénient dont il a été parlé , et pour
que tout fût agréable à la vûë, on a fait
un treillage continu d'environ 10. pieds.
de hauteur , qui regne sur tout le pourtourà 12. pieds de distance des maisons,
et qui couvre absolument la difformité
des differens Escaliers. il a été fait en même temps une deffense generale aux Habitans de ces maisons de ne rien souffrir le
long des murs et dans la distance qui
vient d'être dite , qui puisse causer la
moindre mauvaise odeur , ce qui est parfaitement bien observé..
C'est ainsi que les ordres de M. le Duc.:
d'Orleans ont été heureusement exécuteze
par M. Desgots , et c'est par ces change
mens necessaires et par tous les embellissemens que je viens de décrire , que
le Jardin du Palais Royal est aujourd'hui
Pun des plus beaux ornemens de Paris 22.0 * et.
402 MERCURE DE FRANCE
et qu'il fait également un singulier plaisir aux Etangers et aux Habitans de cette:
grande Ville , sur tout à ceux qui ont le
bonheur de demeures aux environs , et.
qui ont l'avantage d'y voir souvent cet
aimable Prince s'y promenerp ubliquement et devenir , pour ainsi dire , Cytoyen ,à l'imitation du plus grand d nos
Rois qui dépouilla quelquefois , si j'ore.
ainsi parler , son Eminente Dignité pour
se rendre populaire , affable et presque
Citoyen , Rex prope civis erat , selon l'expression du fameux Santeuil , qui justifie
la mienne. Je suis , Monsieur , &c..
A Paris le 15. Janvier 1732
sur les Embellissemens du Jardin
du Palais Royal.
Ous me demandez , Monsieur , avec
tant d'empressement, la Description
des Embellissemens que M. le Duc d'Or
leans a ordonné de faire dans son Jardin
du Palais Royal', depuis votre départ de
Paris , que je croirois manquer à ce que
je vous dois , si je differois plus long- temps
de satisfaire là- dessus votre louable cu
riosité.
Lorsque le Cardinal de Richelieu laissa
ce Palais au Roy Louis XIII. par son Tes
tament , en l'année 1642. l'Art des Jardins n'étoit presque pas connu en France ;
aussi voyoit - on des grands défauts dans
celui dont il s'agit ici . On avoit fait au
bout du Jardin une Piece d'Eau , de figure ronde , dont le Diametre étoit de 40
toises , ce qui étoit immense et tres- disproportionné à la grandeur du lieu. On y
mettoit de petits Vaisseaux, qui imitoient
lés Combats de Mer , pour servir de divertissement au feu Roy dans son enfance. Il y avoit un autre Bassin sur la même
ligne , plus près du Château , avec un Jet d'eau , &c..
I iiij Aw
>
396 MERCURE DE FRANCE
Autour du Jardin on avoit pratiqué un
Mail;exercice qui étoit fort envogue en ce
temps là , et que les Seigneurs de la Cour
aimoient passionément.
Il y avoit aussi un Manége , qui emportoit encore une portion de Terrain
en sorte que le moindre usage qu'on faisoit alors de ce Jardin , étoit la promenade.
Il est vrai que dans la suite , et après la
cessation de ces exercices , on trouva de
l'ombre et de quoi se promener; mais la
durée des Arbres et de tout ce qu'on avoit
planté, n'a pas été longue , en sorte que
quand il a été question de faire les changemens que vous allez voir , tout étoit
mort , à l'exception de quelques Maroniers sur le retour, et de l'Allée qui donne
sur le milieu de l'Appartement , et du
petit Jardin de S. A. R. qui ont été conservez.
Une autre deffectuosité , ( et ce n'étoit
pas la moins considérable ) venoit de differentes formes d'Escaliers , qui appar
tiennent aux Maisons bâties autour de ce
Jardin, er qui y communiquent. Outre
l'irrégularité et la difformité qui choquoit
étrangement la vûë ; on étoit exposé par
les immondices que cause cette communication à une infection tres-desagréable, et
ca-
FEVRIER. 17328 397
capable d'alterer l'air et du Jardin et des
Maisons.
Enfin la continuation du passage public
à travers le Jardin , que M. le Duc d'Orleans avoit la bonté de souffrir, ne permettoit pas d'avoir de Parterre , de Broderie , ni- de Découpé ; avec des Fleurs ,
&c.
Tel étoit , Monsieur , l'état de ce Jardin , lorsqu'en l'année 1730 M. le . Duct
d'Orleans, qui sçait allier les plus grandes
qualitez, dont la principale est en lui une
vraie et solide piété, avec le goût du beau
et du vrai dans les Arts , se détermina à
faireremedier à tous ces inconveniens et à
donner au Jardin de son Palais , les ornemens dont il peut être susceptible.
Ce Projet résolu, le Prince chargea M.le
Comte d'Argenson , Conseiller d'Etat ,
Grand -Croix et Chancelier , Garde des
Sceaux de l'Ordre Royal et Militaire de
S. Louis , Chancelier , Garde des Sceaux et
Sur-Intendant des Finances de la Maison
de Monseigneur leDuc d'Orleans , dont
il connoit parfaitement le zéle et le bon
goût , de le faire exécuter. Ce Magistrat
jetta d'abord les yeux sur M. Desgotz,.
Architecte du Roy de la premiere Classe,
ancien Contrôleur General des Bâtimens ,
neveu de l'illustre Mle Nôtre, et l'héri--
Ly. tiers
400 MERCURE DE FRANCE
tier dé son génie ; choix duquel M. le Duc
d'Orleans donna d'autant plus facilement
les mains , que la capacité de M.Desgotz
pour l'Art des Jardins et pour l'Architecture lui est parfaitement connuë. Ce
Prince fut dèslors assuré du succès de l'entreprise et de la celerité de l'exécution.
Il étoit principalement question dans le
Projet de faire un Jardin fort ouvert et
capable de contenir beaucoup de monde;
de négliger pour cela tous Jardinages fermez , comme Bosquets de Charmille ,
Boulingrains , Palissades , &c. Dans cette
vûë , l'habile exécuteur des Ordres du
Prince , a fait un grand Parterre de Gazon
sans Plattes bandes , entouré seulement
d'Ormes en boule , avec un Bassin d'une
grandeur raisonnable et proportionnée ,
qui pousse un tres-beau Jet d'Eau.
و
Autour de la partie superieure du Bassin , il y a une demie Lune surhaussée de
treillage à plusieurs Angles. C'est-là que
sont placez , ainsi qu'autour du Parterre
des Statues de la main de Leremberg ,
et des plus habiles Maîtres du siecle passé.
Au-dessus de la demi Lune de treillage
qui forme la place du Parterre , il y aun
Quinconge de Tilleuls et des places espacées avec simétrie pour des bancs de
commodité , ce qui donnera dans la suite
un
FEVRIER. 1732. 450
un ombrage charmant et une très- belle
Promenade.
Tout au fond du Jardin on a élevé
un grand Portique de Treillage de sixtoises de largeur , avec une hauteur proportionnée , orné de deux Figures dans
des Niches , d'une très- belle exécution ,
ce qui termine agréablement tout le Jar
din et fait un très- beau coup d'œil .
Enfin pour obvier à l'irrégularité et à ·
l'inconvénient dont il a été parlé , et pour
que tout fût agréable à la vûë, on a fait
un treillage continu d'environ 10. pieds.
de hauteur , qui regne sur tout le pourtourà 12. pieds de distance des maisons,
et qui couvre absolument la difformité
des differens Escaliers. il a été fait en même temps une deffense generale aux Habitans de ces maisons de ne rien souffrir le
long des murs et dans la distance qui
vient d'être dite , qui puisse causer la
moindre mauvaise odeur , ce qui est parfaitement bien observé..
C'est ainsi que les ordres de M. le Duc.:
d'Orleans ont été heureusement exécuteze
par M. Desgots , et c'est par ces change
mens necessaires et par tous les embellissemens que je viens de décrire , que
le Jardin du Palais Royal est aujourd'hui
Pun des plus beaux ornemens de Paris 22.0 * et.
402 MERCURE DE FRANCE
et qu'il fait également un singulier plaisir aux Etangers et aux Habitans de cette:
grande Ville , sur tout à ceux qui ont le
bonheur de demeures aux environs , et.
qui ont l'avantage d'y voir souvent cet
aimable Prince s'y promenerp ubliquement et devenir , pour ainsi dire , Cytoyen ,à l'imitation du plus grand d nos
Rois qui dépouilla quelquefois , si j'ore.
ainsi parler , son Eminente Dignité pour
se rendre populaire , affable et presque
Citoyen , Rex prope civis erat , selon l'expression du fameux Santeuil , qui justifie
la mienne. Je suis , Monsieur , &c..
A Paris le 15. Janvier 1732
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Résumé : LETTRE écrite par M.... à M.... sur les Embellissemens du Jardin du Palais Royal.
La lettre décrit les transformations du jardin du Palais Royal, initiées par le Duc d'Orléans. En 1642, le jardin, hérité du Cardinal de Richelieu par Louis XIII, présentait plusieurs défauts. Il comprenait une grande pièce d'eau ronde disproportionnée, des bassins avec des jets d'eau, un mail pour l'exercice et un manège. Après l'arrêt de ces activités, les arbres et plantations périrent, ne laissant que quelques marronniers et une allée conservée. Les escaliers des maisons environnantes posaient des problèmes d'hygiène et d'esthétique, et le passage public traversant le jardin empêchait la création de parterres et de broderies florales. En 1730, le Duc d'Orléans décida de remédier à ces inconvénients. Il confia la supervision des travaux au Comte d'Argenson, qui à son tour engagea l'architecte Desgotz, neveu de Le Nôtre. Le projet visait à créer un jardin ouvert pouvant accueillir beaucoup de monde. Il incluait un grand parterre de gazon, un bassin proportionné, des statues et des treillages pour masquer les escaliers. Un portique de treillage fut érigé au fond du jardin, et des défenses furent mises en place pour éviter les mauvaises odeurs. Grâce à ces transformations, le jardin du Palais Royal devint l'un des plus beaux ornements de Paris, offrant un plaisir singulier aux habitants et aux étrangers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1028-1032
ELOGE de l'Humeur Capricieuse, par M...
Début :
Peut-être trouverez-vous étonnant, Monsieur, que j'entreprenne de [...]
Mots clefs :
Humeur capricieuse, Femme, Plaisirs, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE de l'Humeur Capricieuse, par M...
LOGE de l'Humeur Capricieuse,
par M....
Eut-être trouverez- vous étonnant,
Monsieur , que j'entreprenne de fairol'éloge de l'humeur capricieuse. Ceprojet vous paroîtra nouveau,et ne manquera
pas de Critiques ; mais après plusieurs réAlexions sur les différens effets du caprice
dans toutes les actions de la vie , j'ai.reconnu qué cette humeur pouvoit former un
caractere qui se soutient également lors
qu'on l'a dans sa perfection. C'est aussi
de l'humeur parfaitement capricieuse
que je veux parler, non d'une humeur
foujours bourue , toujours brutale mais
de l'humeur inégale , tantôt gaye , tantôt
triste , quelquefois gracieuse et prévenante , quelquefois fiere et impolie.
,
La Femme me fournira plus aisément
un sujet convenable à mon dessein elle
a seule assez de vivacité assez de ce
feu céleste qui donne de l'élévation à
l'esprit , car il faut nécessairemt un
gérie audessus du commun pour être
capricieux ; il y a dans ce caractere un
merveilleux qui ne se dément jamais ,
et qui surprend toujours ; on peut donc
distinguer dans la femme deux espepeces
MA Y. 1732. 11029
·
6
mary
ces d'humeur capricieuses , l'une dans
le domestique , l'autre dans le monde. La
femme capricieuse dans le domestique est
alternativement en colere pour des bagatelles , tranquille et patiente pour des
choses essentielles ; tantôt elle a pour un
des airs de froideur et de hauteur
tantôt elle est soumise et empressée , et
l'accable de caresses ; elle se moque quelquefois des idées raisonnables qu'il à , et
est ingénieuse à lui déplaire ; quelquefois
elle est gracieuse, attirante;elle le prévient
sur tout un moment après elle le tourne en ridicule , le traite avec mépris , et.
par un changement inesperé elle lui donhe ensuite des marques d'une admiration,
et d'une estime particuliere.. Combien,
l'inconstance naturelle d'un mary n'est-elle point satisfaite avec un tel caractere. II,
a deux femmes dans une. La capricieuse
rend l'autre plus aimable en lui donnant
sans cesse la grace de la nouveauté; le caprice irrite les désirs d'un mary , le tient
entre l'esperance et la crainte , toujours
en suspens , toujours dans cette agitation,
qui empêche de tomber dans la tiedeur et
dans l'indolence; enfin il l'éxcite et le ranimeassez pour lui faireoublier ce qu'il peut
y avoir d'in ipide et d'ennuyeux dans la
longue habitude dumariage. Quel charme
I ÿj pour
1035 MERCURE DE FRANCE
pour un mary de trouver sa femme gaye
quand il craignoit de la trouver en coTere et de mauvaise humeur ! 11 est flaté
d'un bien auquel il ne s'attendoit pas ; il
s'en applaudit , il croit que c'est en sa faveur que s'est fait ce changement , et il
tombenécessairement d'accord en lui-même que les plaisirs ne sont sensibles qu'autant que le caprice en réveille le gout. La
Capricieuse dans le monde esttriste quand
les autres sont gayes , ou elle est gaye
avec tant d'excés qu'elle en déconcerte
les plus enjoüées : elle s'attache à certaines
personnes pendant deux ou trois jours ,
elle les voit d'un air d'amitié la plus sincere , et ne sçauroit les quitter : occupée
ensuite d'un nouvel objet , elle est un
mois sans leur parler , et loin de répondre à leurs honnêtetez et à leurs avances ,
elle les regarde comme si elle ne les avoit
jamais connuës ; elle est douce et flateuse
quelquefois , et quelquefois d'un commerce dur et rebutant : alors vous la verrez
ne pas même regarder ceux qui viennent
chez elle , ne les pas saluer , s'offenser des
politesses qu'on lui fera , prendre du
mauvais côté les choses qui ont deux faees ,se croire insultée quand elle ne l'est
point , et souffrir les choses les plus piquantes, sans s'en plaindre.
t
11
MAY 1732 1031
Il faut donc conclure par les agrémens
d'une femme capricieuse, que rien n'est si
charmant , rien n'est si aimable qu'une
femme parfaitement capricieuse. Pour
moi si le Ciel m'avoit destiné à passer
mes jours avec un aussi rare caractere , je
me croirois des mortels le plus fortunés
rien n'égaleroit la douceur d'une vie dont
les momens seroient si variez , que l'on
n'auroit le tems de s'affliger. pas
Personne n'ignore que ce qui nous tourmente le plus dans le monde , c'est la
Refléxion. On ne fait des reflexions que
quand on tombe dans l'indolence , et que
Poisiveté nous rend à nous- mêmes ; mais
avec une femme capricieuse est- il possible
de rentrer en soi - même? Ne nous occupe t'elle pas tous les instans de notre vie?
tantôt dans la crainte de la voir de mauvaise humeur , tantôt dans l'esperance de
la trouver gaye ; l'amour le plus parfait ,
la tendresse la plus vive pour une femme
"ordinaire , laisse encore du vuide dans le
cœur , et c'est ce vuide qui est trop souvent et si cruellement rempli par mille,
refléxions douloureuses qui naissent tantôt des dégoûts , tantôt des mouvemens.
de jalousie , et toûjours par l'inconstance.
On n'est point exposé à ces chagrins avec
une femme capricieuse ; aussi n'y auraI iij t'il
1032 MERCURE DE FRANCE
t'il jamais que le contraste perpetuel de
son humeur qui puisse remplir le cœur
de l'homme; c'est de cette source que
coule une source inépuisable de plaisirs ,
parce que comme il n'y a point de peines sans refléxions , de- même il n'y a que
des plaisirs où il n'y a point de peines
s'ils est donc vrai que ce soit dans le seul
commerce d'une femme capricieuse que
l'on trouve des plaisirs exempts de refléxions , conséquemment exempts de
peines ; il faut convenir que rien n'égale
le mérite d'une femme capricieuse , puisqu'il n'y a qu'elle qui puisse procurer.
P'homme des plaisirs solides et constans.
par M....
Eut-être trouverez- vous étonnant,
Monsieur , que j'entreprenne de fairol'éloge de l'humeur capricieuse. Ceprojet vous paroîtra nouveau,et ne manquera
pas de Critiques ; mais après plusieurs réAlexions sur les différens effets du caprice
dans toutes les actions de la vie , j'ai.reconnu qué cette humeur pouvoit former un
caractere qui se soutient également lors
qu'on l'a dans sa perfection. C'est aussi
de l'humeur parfaitement capricieuse
que je veux parler, non d'une humeur
foujours bourue , toujours brutale mais
de l'humeur inégale , tantôt gaye , tantôt
triste , quelquefois gracieuse et prévenante , quelquefois fiere et impolie.
,
La Femme me fournira plus aisément
un sujet convenable à mon dessein elle
a seule assez de vivacité assez de ce
feu céleste qui donne de l'élévation à
l'esprit , car il faut nécessairemt un
gérie audessus du commun pour être
capricieux ; il y a dans ce caractere un
merveilleux qui ne se dément jamais ,
et qui surprend toujours ; on peut donc
distinguer dans la femme deux espepeces
MA Y. 1732. 11029
·
6
mary
ces d'humeur capricieuses , l'une dans
le domestique , l'autre dans le monde. La
femme capricieuse dans le domestique est
alternativement en colere pour des bagatelles , tranquille et patiente pour des
choses essentielles ; tantôt elle a pour un
des airs de froideur et de hauteur
tantôt elle est soumise et empressée , et
l'accable de caresses ; elle se moque quelquefois des idées raisonnables qu'il à , et
est ingénieuse à lui déplaire ; quelquefois
elle est gracieuse, attirante;elle le prévient
sur tout un moment après elle le tourne en ridicule , le traite avec mépris , et.
par un changement inesperé elle lui donhe ensuite des marques d'une admiration,
et d'une estime particuliere.. Combien,
l'inconstance naturelle d'un mary n'est-elle point satisfaite avec un tel caractere. II,
a deux femmes dans une. La capricieuse
rend l'autre plus aimable en lui donnant
sans cesse la grace de la nouveauté; le caprice irrite les désirs d'un mary , le tient
entre l'esperance et la crainte , toujours
en suspens , toujours dans cette agitation,
qui empêche de tomber dans la tiedeur et
dans l'indolence; enfin il l'éxcite et le ranimeassez pour lui faireoublier ce qu'il peut
y avoir d'in ipide et d'ennuyeux dans la
longue habitude dumariage. Quel charme
I ÿj pour
1035 MERCURE DE FRANCE
pour un mary de trouver sa femme gaye
quand il craignoit de la trouver en coTere et de mauvaise humeur ! 11 est flaté
d'un bien auquel il ne s'attendoit pas ; il
s'en applaudit , il croit que c'est en sa faveur que s'est fait ce changement , et il
tombenécessairement d'accord en lui-même que les plaisirs ne sont sensibles qu'autant que le caprice en réveille le gout. La
Capricieuse dans le monde esttriste quand
les autres sont gayes , ou elle est gaye
avec tant d'excés qu'elle en déconcerte
les plus enjoüées : elle s'attache à certaines
personnes pendant deux ou trois jours ,
elle les voit d'un air d'amitié la plus sincere , et ne sçauroit les quitter : occupée
ensuite d'un nouvel objet , elle est un
mois sans leur parler , et loin de répondre à leurs honnêtetez et à leurs avances ,
elle les regarde comme si elle ne les avoit
jamais connuës ; elle est douce et flateuse
quelquefois , et quelquefois d'un commerce dur et rebutant : alors vous la verrez
ne pas même regarder ceux qui viennent
chez elle , ne les pas saluer , s'offenser des
politesses qu'on lui fera , prendre du
mauvais côté les choses qui ont deux faees ,se croire insultée quand elle ne l'est
point , et souffrir les choses les plus piquantes, sans s'en plaindre.
t
11
MAY 1732 1031
Il faut donc conclure par les agrémens
d'une femme capricieuse, que rien n'est si
charmant , rien n'est si aimable qu'une
femme parfaitement capricieuse. Pour
moi si le Ciel m'avoit destiné à passer
mes jours avec un aussi rare caractere , je
me croirois des mortels le plus fortunés
rien n'égaleroit la douceur d'une vie dont
les momens seroient si variez , que l'on
n'auroit le tems de s'affliger. pas
Personne n'ignore que ce qui nous tourmente le plus dans le monde , c'est la
Refléxion. On ne fait des reflexions que
quand on tombe dans l'indolence , et que
Poisiveté nous rend à nous- mêmes ; mais
avec une femme capricieuse est- il possible
de rentrer en soi - même? Ne nous occupe t'elle pas tous les instans de notre vie?
tantôt dans la crainte de la voir de mauvaise humeur , tantôt dans l'esperance de
la trouver gaye ; l'amour le plus parfait ,
la tendresse la plus vive pour une femme
"ordinaire , laisse encore du vuide dans le
cœur , et c'est ce vuide qui est trop souvent et si cruellement rempli par mille,
refléxions douloureuses qui naissent tantôt des dégoûts , tantôt des mouvemens.
de jalousie , et toûjours par l'inconstance.
On n'est point exposé à ces chagrins avec
une femme capricieuse ; aussi n'y auraI iij t'il
1032 MERCURE DE FRANCE
t'il jamais que le contraste perpetuel de
son humeur qui puisse remplir le cœur
de l'homme; c'est de cette source que
coule une source inépuisable de plaisirs ,
parce que comme il n'y a point de peines sans refléxions , de- même il n'y a que
des plaisirs où il n'y a point de peines
s'ils est donc vrai que ce soit dans le seul
commerce d'une femme capricieuse que
l'on trouve des plaisirs exempts de refléxions , conséquemment exempts de
peines ; il faut convenir que rien n'égale
le mérite d'une femme capricieuse , puisqu'il n'y a qu'elle qui puisse procurer.
P'homme des plaisirs solides et constans.
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Résumé : ELOGE de l'Humeur Capricieuse, par M...
Le texte 'Loge de l'Humeur Capricieuse' examine l'éloge de l'humeur capricieuse, un sujet susceptible de critiques. L'auteur distingue l'humeur capricieuse parfaite, qui alterne entre gaieté et tristesse, de l'humeur constamment brutale. Il considère la femme comme le modèle idéal de cette humeur, en raison de sa vivacité et de son esprit élevé. L'auteur identifie deux types de femmes capricieuses : celle du domaine domestique et celle du monde. La femme capricieuse à la maison est imprévisible, passant de la colère à la patience, de la froideur à la soumission. Elle satisfait l'inconstance naturelle de son mari en lui offrant une variété constante, évitant ainsi la monotonie du mariage. Dans le monde, elle est soit triste quand les autres sont gais, soit excessivement gaie, attachante un moment puis indifférente le suivant. L'auteur conclut que les agréments d'une femme capricieuse rendent la vie variée et exemptée de réflexions douloureuses. Une femme capricieuse occupe constamment l'esprit de son partenaire, alternant entre crainte et espoir, et évitant ainsi les chagrins liés à l'indolence et à la jalousie. Ainsi, le commerce avec une femme capricieuse procure des plaisirs solides et constants, exempts de peines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 2317-2326
LETTRE de M.... sur le siécle où a vêcu Pierre de Natalibus, sur la situation de son Evêché, et sur la singularité de son Ouvrage.
Début :
Je suis bien aise, Monsieur, de ne pas vous renvoyer le treizième Volume [...]
Mots clefs :
Pierre de Natalibus, Journal des savants d'Italie, Évêché, Canonisation, Saint
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... sur le siécle où a vêcu Pierre de Natalibus, sur la situation de son Evêché, et sur la singularité de son Ouvrage.
LETTRE de M.... sur le siècle où a
vêcu Pierre de Natalibus , sur la situation de son Evêché , et sur la singularité
de son Ouvrage.
E suis bien aise , Monsieur , de ne
JEvous pas renvoyer le treiziéme Volume du Journal des Sçavans d'Italie¸imprimé à Venise , sans vous faire part dequelques-unes de mes remarques. Ce vo- lume contient veritablement bien des
choses qui sont de mon goût. Tels sont
les Extraits de la Dissertation de M. l'Abbé Vignoli , sur l'Epoque de la premiere
année de l'Empereur Severe , qui se voit
sur la Chaire de Marbre de S. Hyppolyte,conservée dans la Bibliotheque Vaticane ; je mets encore de ce nombre ce qui
est rapporté d'après les Ouvrages de
A v M.
2318 MERCURE DE FRANCE
M. l'Evêque d'Adria , touchant différens.
Sujets de l'Antiquité Litteraire , et la
Dissertation sur l'Urne sépulcrale d'une
Prafica , avec les Observations sur les Fu
nerailles des Anciens. La découverte des
Fragmens de S. Irenée , inconnus jusqu'ici à tous les Editeurs , et même au Pere
Massuet, m'a paru très digne d'attention,
et on lit avec plaisir les sçavantes Notes.
qui accompagnent ceux d'entre ces Frag--
mens qu'on a jugé à propos d'inserer dans
ce Journal. L'article X. de ce Volume
qui critique quelques endroits de Vos--
sius sur les Historiens Latins , m'a arrêté
davantage. Si dans chaque Nation on entreprenoit de relever les fautes de ce Bi-.
bliothequaire , et de ceux qui sont venus
après lui , on pourroit avoir dans la sui- -
te une connoissance des Ecrivains plus .
éxacte qu'on ne l'a euë jusqu'à présent ,
et encherir de beaucoup sur la Bibliotheque de M. Dupin. J'ai oui dire qu'un
sçavant Benedictin de la Congrégation de
S. Vanne a conçû le dessein de refondre..
cette Bibliotheque je souhaite que cette nouvelle se trouve veritable.
Entre les trois Auteurs dont on parle
dans les Remarques sur Vossius , j'en ai
choisi un qui est assez obscur dans un
sens , et qui cependant est assez célébre
si
FONOVEMBRE. 1732 2319
si on l'envisage d'un certain côté. C'est
celui que les Ecrivains appellent Petrus de
-Natalibus,et que quelques François se sont
ravisés depuis peu d'appeller Pierre des
Noëls. L'Auteur des Remarques sur Vossius qui ne se nomme pas , m'a paru très
-au fait touchant la Ville d'Equilium, dont
ace Pierre étoit Evêque. Il en décrit la situation d'une maniere très éxacte , et il
-marque soigneusement comment ce nom
Equilium a été corrompu en plusieurs manieres différentes. Il prouve ensuite que
cet Evêché n'a pas été si inconnu que l'a
dit Sandius : que dès le tems du Pape
Jean VIII. il y eut un Pierre d'Equilium,
et un Felix Evêque de la même Ville. Il
en nomme encore d'autres avant et depuis l'Episcopat de Pierre de Natalibus ,
et il assûre quecet Evêché est sous le Patriarchat de Grade. Il nous auroit fait
plaisir de citer quelques anciennes Descriptions des Provinces Ecclesiastiques de
ces pays là. Ces monumens peuvent n'être pas rares en Italie. A son défaut je
vous rapporterai ce que j'en trouve dans
un Manuscrit du treizième siècle, où sont
détaillez tous les Evêchez d'Italie. In
•·Histria supra mare , Patriarchatus Gradensis bos habet suffraganeos ; Castellanum
Torcellanum Aquilensem , Esulanum , Ca2 Avj pru
2320 MERCURE DE FRANCE
prulensem , Closenum , Civitatis nova. Il
est hors de doute que par Esulanum il faut
entendre Equilum. Le Journaliste en convient. On voit dans cette énumération
des sept Evêchez de quoi autoriser de
plus en plus l'Auteur à refuter Ferrari ,
qui a dit dans son Lexicon Geographique qu'Equilum avoit été du Patriarchat
d'Aquilée , et de quoi combattre ceux qui
ont confondu cet Equilum avec Cittanova , qui est située dans le même Pays.
Vossius est ensuite repris avec trèsgrande justice , pour avoir dit que Pierre
Evêque de cette Ville publia vers l'an
1470. quelques Histoires sur les Saints.
C'est à l'époque du tems auquel il le fait
vivre , que l'Anonime Italien en veut
d'abord. Il blâme avec raison Aubert le
Mire , Warton et autres , d'avoir fait vivre cet Evêque jusques vers la fin du XV.
siécle. M. Dupin fait voir , dit- il , beaud'inconstance dans ce qu'il a écrit
sur cet Auteur , et après avoir bien rencontré dans le X. Tome de sa Bibliotheque , il s'explique dans le douzième d'u
ne maniere opposée à ce qu'il avoit avan
cé. C'est ordinairement dans les derniers
volumes que l'on corrige les fautes dans
lesquelles on est tombé : M. Dupin a fait
sout le contraire. Les Bollandistes n'ont
coup
pas
NOVEMBRE. 1732. 2321
pas fait de même car après avoir dit
dans la Préface de leur premier Tome de
Janvier que ce Pierre de Natalibus étoit
contemporain de S. Antonin deFlorence ,
ils assurent dans le premier Tome de Février que cet Evêque est beaucoup plus
ancien que S. Antonin ; ce qui les mit au
fait de l'âge de notre Auteur, fût une Note tirée d'un Exemplaire considérable de
son Catalogus Sanctorum , écrit en 1403.
par un Curé de Saint Raphaël , à la fin
duquel on lisoit ces mots : Petrus Episcopus Venetus scribere inchoat anno M.CCC.
LXIX. die festo S. Bernarbe, adhuc plebanus existens, Sanctorum Apostolorum Venetiarum Diocesis Castellanensis. Opus vero
ad exitum per duxit anno M. CCC. LXXII.
die xxvI. Maiijam creatusEpiscopus Equilinus Provincia Gradensis. Ce peu de lignes démontre clairement que Pierre de Natalibus a vêcu cent, ans plutôt qu'on
n'avoit crû. Le Journaliste ajoûte à cela
que dans la Venise de Sansovino il y a
une Inscription qui marque la bénédiction d'une Chapelle de Saint Michel , faite en 1376. où après l'Evêque de Venise
est nommé Messer Pietro Nadal Vescovo
di Jesolo. Mais je suis surpris que ce Venitien qui paroît avoir tant à cœur de
redresser l'époque du tems auquel vivoit
Pierre
2322 MERCURE DE FRANCE
Pierre Evêque d'Equilum , ou d'Esulum,
ait oublié une preuve qui se tire naturel--
lement de l'Ouvrage même de cet Evêque. Je ne lis guéres cet Ouvrage que:
pour y apprendre jusqu'à quel point on
a défiguré l'Histoire des Saints dans les
siécles où la critique étoit peu éclairée
Mais je ne puis m'empêcher d'avertir que
le Critique de Vossius auroit pû jetter la
vue sur le commencement de la vie de
Saint Yves , et il y auroit vû que Pierre
marque assez clairement le tems auquel il
vivoit. Il débute ainsi sur les actions de
ce saint Curé du Diocèse de Treguier.
Lib. 5. Cap. 21. Ivo Presbyter et novus Confessor apud Trechorensem civitatem claruit ,
indiebus nostris canonizatus per Clementem
Papam sextum. Par là , l'Ecrivain déclare
sans aucune ambiguité qu'il a vêcu sous
le Pontificat de Clement VI. Or ce Pape
Limosin de naissance tint le Siége de
Saint Pierre depuis l'an 1342. jusqu'en
l'an 1352. Donc , Pierre Nadal vivoit au
milieu du XIV. siécle , et non pas du XV.-
et par conséquent il n'a pas été contem---
porain de S. Antonin. Quoique les Ecri
vains varient sur l'année dans laquelle
Clement VI. fit cette cérémonie , il est
toujours vrai de dire qu'elle se trouve
dans l'espace de ces dix années. Quel-
,
4
ques
NOVEMBRE. 1732. 2323
1
ques-uns pourroient faire remonter encore plus haut Pierre Nadal , etassûrer
qu'il a vêcu en même tems que Saint
Yves , c'est - à - dire , à la fin du treiziéme siécle prétendant que c'est ce qu'il a
voulu marquer , en plaçant la virgule none
avant in diebus nostris , mais après. Ce
raisonnement auroit quelque air de vrai
semblance s'il étoit bien certain que Pierre
Nadal eut regardé la Fête- Dieu comme
instituée tout récemment de son tems :
mais en éxaminant de près ce qu'il en dit ,
Lib. V. Cap. 45. on reconnoît que le nuper
ne doit pas être pris à la lettre , et qu'il
pouvoit s'entendre d'une chose déja éloignée , puisqu'il ajoûte tout de suite tune
temporis , ce que l'on ne dit que quand il
y a déja bien du tems que les choses sont
passées. D'un autre côté , l'on ne peut pas
reculer la mort de S. Yves bien avant dans
le XIV. siécle. Ce seroit être ridicule que
de réformer l'époque à laquelle on fixe sa..
mort , par celle du tems auquel les Ins--
criptions ci-dessus rapportées disent que
vivoit Pierre Nadal.Sans recourir à laBulle
de sa Canonisation , qui est le fondement
de son Histoire , on peut prouver par un
Synode de Treguier , qu'il étoit décedé
avant le commencement du Pontificat de
Jean XXII. et par conséquent avant l'an
1316a
2324 MERCURE DE FRANCE
1316. Ce Synode tenu dans l'une des premieres années de ce Pape , comme il pa
roît par son LXIX. Statut , ordonne dans
le soixante et dixième de la part de l'Evêque Diocesain à tous les Curez du Diocèse de Treguier , qu'ils engagent les peuples à obtenir de Dieu par un jeûne extraordinaire , et par une Messe Solemnelle du Saint Esprit , qu'il lui plaise d'operer de nouveaux miracles aux prieres
de Monsieur Yves Hælori. * Ce langage
déclare assez nettement que S. Yves étoit
mort alors , mais qu'il n'étoit pas canonisé , et que les miracles étoient rallentis à
son Tombeau , ou qu'il ne s'y en faisoit .
plus , et que cependant on souhaittoit
qu'ils recommençassent , pour prouver
de plus en plus sa sainteté , à laquelle le
Diocèse de Treguier étoit interessé. Vous
avez dû remarquer cette expression , novus Confessor. Elle désigne un Saint de
nouvelle date , c'est-à- dire , que lorsque
cela a été écrit , Messire Yves Hælori étoit
reconnu depuis peu pour Saint ; de la même maniere que le titre de nova Solemnitas , en parlant de la Fête- Dieu , marque
que les Livres où se trouve cet Epithete
sont écrits peu de tems après l'établisseVoyez ce Synode de Treguier au IV. Tome du
Trésor des Anecdotes du P. Martene , p. 1097.
ment
NOVEMBRE. 1732. 2320
ment de cette Fête.Mais je ne sçai si vous
( avez jamais fait attention que ce saint
Curé est le dernier Personnage d'entre
les Ecclésiastiques de France , et François
de naissance , qui ait été canonisé selon les
formes modernes peu de tems après sa
mort , et que depuis lui il n'y en a eu aucun de même que depuis le siecle de
cette canonisation il n'y a point eu de
Pape François.
•
>
gens ,
Je me suis peut-être étendu plus que
je n'aurois dû , à faire sentir que la vie
de S. Yves peut servir à fixer le tems auquel vivoit Pierre Nadal. Je ne sçai
après tout , si un Auteur qui a été si simple que de canoniser toutes sortes de
en valoit la peine : je ne vous le donne
pour célébre Ecrivain que de ce côté- là.
L'envie d'enfanter un gros volume l'a
porté à y faire entrer sous le nom de Saint
tous ceux qui sont dans la Génealogie de
N. S. selon S. Luc , tous les Juges de
l'Ancien Testament , et à ne point refuser ce titre au Roi Salomon. Il canonise
dans la nouvelle Loi tous les hommes illustres du Catalogue de S. Jerôme , tous
les Ecrivains Ecclésiastiques de Gennade ,
et tous les Empereurs Romains qui passent pour avoir été amis du Christianisme.Iln'y a pas jusqu'àRolland etOlivier,
pré
2326 MERCURE DE FRANCE
·
9
prétendus guerriers du tems de Charle
magne qui ont aussi le titre de Saint. Après -
cet avertissement vous ne serez pas surpris si en ouvrant jamais cet Ouvrage
Vous y appercevez à la fin du mois de
Janvier ces titres De Sancto Sale de
S. Heber , de S Phaleg , de S. Reй : au
premier jour d'Août de S. Salomone Rege
et Prophetâ : et dans l'onziéme Livre , de
Sancta Mamma Regina et Martyre , de
Sanctis Philippo et Philippo Imperatoribus
Martyribus , de Sancto Theodosio Magno ,
و
c. Ceci me meneroit naturellement à
vous parler de l'Ouvrage d'un certain
Carme appellé Zeger- Paul , ou plutôt du
Martyrologe de Tamayo de Salazar , Espagnol , lequel a prétendu trouver dans
Martial un grand nombre de Saints d'Es- ·
pagne. Mais permettez- moi de remettre
cette remarque à une autre occasion , eɛ ^
de finir en vous assurant que je suis , &
Ce 31 Mai 1732.
vêcu Pierre de Natalibus , sur la situation de son Evêché , et sur la singularité
de son Ouvrage.
E suis bien aise , Monsieur , de ne
JEvous pas renvoyer le treiziéme Volume du Journal des Sçavans d'Italie¸imprimé à Venise , sans vous faire part dequelques-unes de mes remarques. Ce vo- lume contient veritablement bien des
choses qui sont de mon goût. Tels sont
les Extraits de la Dissertation de M. l'Abbé Vignoli , sur l'Epoque de la premiere
année de l'Empereur Severe , qui se voit
sur la Chaire de Marbre de S. Hyppolyte,conservée dans la Bibliotheque Vaticane ; je mets encore de ce nombre ce qui
est rapporté d'après les Ouvrages de
A v M.
2318 MERCURE DE FRANCE
M. l'Evêque d'Adria , touchant différens.
Sujets de l'Antiquité Litteraire , et la
Dissertation sur l'Urne sépulcrale d'une
Prafica , avec les Observations sur les Fu
nerailles des Anciens. La découverte des
Fragmens de S. Irenée , inconnus jusqu'ici à tous les Editeurs , et même au Pere
Massuet, m'a paru très digne d'attention,
et on lit avec plaisir les sçavantes Notes.
qui accompagnent ceux d'entre ces Frag--
mens qu'on a jugé à propos d'inserer dans
ce Journal. L'article X. de ce Volume
qui critique quelques endroits de Vos--
sius sur les Historiens Latins , m'a arrêté
davantage. Si dans chaque Nation on entreprenoit de relever les fautes de ce Bi-.
bliothequaire , et de ceux qui sont venus
après lui , on pourroit avoir dans la sui- -
te une connoissance des Ecrivains plus .
éxacte qu'on ne l'a euë jusqu'à présent ,
et encherir de beaucoup sur la Bibliotheque de M. Dupin. J'ai oui dire qu'un
sçavant Benedictin de la Congrégation de
S. Vanne a conçû le dessein de refondre..
cette Bibliotheque je souhaite que cette nouvelle se trouve veritable.
Entre les trois Auteurs dont on parle
dans les Remarques sur Vossius , j'en ai
choisi un qui est assez obscur dans un
sens , et qui cependant est assez célébre
si
FONOVEMBRE. 1732 2319
si on l'envisage d'un certain côté. C'est
celui que les Ecrivains appellent Petrus de
-Natalibus,et que quelques François se sont
ravisés depuis peu d'appeller Pierre des
Noëls. L'Auteur des Remarques sur Vossius qui ne se nomme pas , m'a paru très
-au fait touchant la Ville d'Equilium, dont
ace Pierre étoit Evêque. Il en décrit la situation d'une maniere très éxacte , et il
-marque soigneusement comment ce nom
Equilium a été corrompu en plusieurs manieres différentes. Il prouve ensuite que
cet Evêché n'a pas été si inconnu que l'a
dit Sandius : que dès le tems du Pape
Jean VIII. il y eut un Pierre d'Equilium,
et un Felix Evêque de la même Ville. Il
en nomme encore d'autres avant et depuis l'Episcopat de Pierre de Natalibus ,
et il assûre quecet Evêché est sous le Patriarchat de Grade. Il nous auroit fait
plaisir de citer quelques anciennes Descriptions des Provinces Ecclesiastiques de
ces pays là. Ces monumens peuvent n'être pas rares en Italie. A son défaut je
vous rapporterai ce que j'en trouve dans
un Manuscrit du treizième siècle, où sont
détaillez tous les Evêchez d'Italie. In
•·Histria supra mare , Patriarchatus Gradensis bos habet suffraganeos ; Castellanum
Torcellanum Aquilensem , Esulanum , Ca2 Avj pru
2320 MERCURE DE FRANCE
prulensem , Closenum , Civitatis nova. Il
est hors de doute que par Esulanum il faut
entendre Equilum. Le Journaliste en convient. On voit dans cette énumération
des sept Evêchez de quoi autoriser de
plus en plus l'Auteur à refuter Ferrari ,
qui a dit dans son Lexicon Geographique qu'Equilum avoit été du Patriarchat
d'Aquilée , et de quoi combattre ceux qui
ont confondu cet Equilum avec Cittanova , qui est située dans le même Pays.
Vossius est ensuite repris avec trèsgrande justice , pour avoir dit que Pierre
Evêque de cette Ville publia vers l'an
1470. quelques Histoires sur les Saints.
C'est à l'époque du tems auquel il le fait
vivre , que l'Anonime Italien en veut
d'abord. Il blâme avec raison Aubert le
Mire , Warton et autres , d'avoir fait vivre cet Evêque jusques vers la fin du XV.
siécle. M. Dupin fait voir , dit- il , beaud'inconstance dans ce qu'il a écrit
sur cet Auteur , et après avoir bien rencontré dans le X. Tome de sa Bibliotheque , il s'explique dans le douzième d'u
ne maniere opposée à ce qu'il avoit avan
cé. C'est ordinairement dans les derniers
volumes que l'on corrige les fautes dans
lesquelles on est tombé : M. Dupin a fait
sout le contraire. Les Bollandistes n'ont
coup
pas
NOVEMBRE. 1732. 2321
pas fait de même car après avoir dit
dans la Préface de leur premier Tome de
Janvier que ce Pierre de Natalibus étoit
contemporain de S. Antonin deFlorence ,
ils assurent dans le premier Tome de Février que cet Evêque est beaucoup plus
ancien que S. Antonin ; ce qui les mit au
fait de l'âge de notre Auteur, fût une Note tirée d'un Exemplaire considérable de
son Catalogus Sanctorum , écrit en 1403.
par un Curé de Saint Raphaël , à la fin
duquel on lisoit ces mots : Petrus Episcopus Venetus scribere inchoat anno M.CCC.
LXIX. die festo S. Bernarbe, adhuc plebanus existens, Sanctorum Apostolorum Venetiarum Diocesis Castellanensis. Opus vero
ad exitum per duxit anno M. CCC. LXXII.
die xxvI. Maiijam creatusEpiscopus Equilinus Provincia Gradensis. Ce peu de lignes démontre clairement que Pierre de Natalibus a vêcu cent, ans plutôt qu'on
n'avoit crû. Le Journaliste ajoûte à cela
que dans la Venise de Sansovino il y a
une Inscription qui marque la bénédiction d'une Chapelle de Saint Michel , faite en 1376. où après l'Evêque de Venise
est nommé Messer Pietro Nadal Vescovo
di Jesolo. Mais je suis surpris que ce Venitien qui paroît avoir tant à cœur de
redresser l'époque du tems auquel vivoit
Pierre
2322 MERCURE DE FRANCE
Pierre Evêque d'Equilum , ou d'Esulum,
ait oublié une preuve qui se tire naturel--
lement de l'Ouvrage même de cet Evêque. Je ne lis guéres cet Ouvrage que:
pour y apprendre jusqu'à quel point on
a défiguré l'Histoire des Saints dans les
siécles où la critique étoit peu éclairée
Mais je ne puis m'empêcher d'avertir que
le Critique de Vossius auroit pû jetter la
vue sur le commencement de la vie de
Saint Yves , et il y auroit vû que Pierre
marque assez clairement le tems auquel il
vivoit. Il débute ainsi sur les actions de
ce saint Curé du Diocèse de Treguier.
Lib. 5. Cap. 21. Ivo Presbyter et novus Confessor apud Trechorensem civitatem claruit ,
indiebus nostris canonizatus per Clementem
Papam sextum. Par là , l'Ecrivain déclare
sans aucune ambiguité qu'il a vêcu sous
le Pontificat de Clement VI. Or ce Pape
Limosin de naissance tint le Siége de
Saint Pierre depuis l'an 1342. jusqu'en
l'an 1352. Donc , Pierre Nadal vivoit au
milieu du XIV. siécle , et non pas du XV.-
et par conséquent il n'a pas été contem---
porain de S. Antonin. Quoique les Ecri
vains varient sur l'année dans laquelle
Clement VI. fit cette cérémonie , il est
toujours vrai de dire qu'elle se trouve
dans l'espace de ces dix années. Quel-
,
4
ques
NOVEMBRE. 1732. 2323
1
ques-uns pourroient faire remonter encore plus haut Pierre Nadal , etassûrer
qu'il a vêcu en même tems que Saint
Yves , c'est - à - dire , à la fin du treiziéme siécle prétendant que c'est ce qu'il a
voulu marquer , en plaçant la virgule none
avant in diebus nostris , mais après. Ce
raisonnement auroit quelque air de vrai
semblance s'il étoit bien certain que Pierre
Nadal eut regardé la Fête- Dieu comme
instituée tout récemment de son tems :
mais en éxaminant de près ce qu'il en dit ,
Lib. V. Cap. 45. on reconnoît que le nuper
ne doit pas être pris à la lettre , et qu'il
pouvoit s'entendre d'une chose déja éloignée , puisqu'il ajoûte tout de suite tune
temporis , ce que l'on ne dit que quand il
y a déja bien du tems que les choses sont
passées. D'un autre côté , l'on ne peut pas
reculer la mort de S. Yves bien avant dans
le XIV. siécle. Ce seroit être ridicule que
de réformer l'époque à laquelle on fixe sa..
mort , par celle du tems auquel les Ins--
criptions ci-dessus rapportées disent que
vivoit Pierre Nadal.Sans recourir à laBulle
de sa Canonisation , qui est le fondement
de son Histoire , on peut prouver par un
Synode de Treguier , qu'il étoit décedé
avant le commencement du Pontificat de
Jean XXII. et par conséquent avant l'an
1316a
2324 MERCURE DE FRANCE
1316. Ce Synode tenu dans l'une des premieres années de ce Pape , comme il pa
roît par son LXIX. Statut , ordonne dans
le soixante et dixième de la part de l'Evêque Diocesain à tous les Curez du Diocèse de Treguier , qu'ils engagent les peuples à obtenir de Dieu par un jeûne extraordinaire , et par une Messe Solemnelle du Saint Esprit , qu'il lui plaise d'operer de nouveaux miracles aux prieres
de Monsieur Yves Hælori. * Ce langage
déclare assez nettement que S. Yves étoit
mort alors , mais qu'il n'étoit pas canonisé , et que les miracles étoient rallentis à
son Tombeau , ou qu'il ne s'y en faisoit .
plus , et que cependant on souhaittoit
qu'ils recommençassent , pour prouver
de plus en plus sa sainteté , à laquelle le
Diocèse de Treguier étoit interessé. Vous
avez dû remarquer cette expression , novus Confessor. Elle désigne un Saint de
nouvelle date , c'est-à- dire , que lorsque
cela a été écrit , Messire Yves Hælori étoit
reconnu depuis peu pour Saint ; de la même maniere que le titre de nova Solemnitas , en parlant de la Fête- Dieu , marque
que les Livres où se trouve cet Epithete
sont écrits peu de tems après l'établisseVoyez ce Synode de Treguier au IV. Tome du
Trésor des Anecdotes du P. Martene , p. 1097.
ment
NOVEMBRE. 1732. 2320
ment de cette Fête.Mais je ne sçai si vous
( avez jamais fait attention que ce saint
Curé est le dernier Personnage d'entre
les Ecclésiastiques de France , et François
de naissance , qui ait été canonisé selon les
formes modernes peu de tems après sa
mort , et que depuis lui il n'y en a eu aucun de même que depuis le siecle de
cette canonisation il n'y a point eu de
Pape François.
•
>
gens ,
Je me suis peut-être étendu plus que
je n'aurois dû , à faire sentir que la vie
de S. Yves peut servir à fixer le tems auquel vivoit Pierre Nadal. Je ne sçai
après tout , si un Auteur qui a été si simple que de canoniser toutes sortes de
en valoit la peine : je ne vous le donne
pour célébre Ecrivain que de ce côté- là.
L'envie d'enfanter un gros volume l'a
porté à y faire entrer sous le nom de Saint
tous ceux qui sont dans la Génealogie de
N. S. selon S. Luc , tous les Juges de
l'Ancien Testament , et à ne point refuser ce titre au Roi Salomon. Il canonise
dans la nouvelle Loi tous les hommes illustres du Catalogue de S. Jerôme , tous
les Ecrivains Ecclésiastiques de Gennade ,
et tous les Empereurs Romains qui passent pour avoir été amis du Christianisme.Iln'y a pas jusqu'àRolland etOlivier,
pré
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prétendus guerriers du tems de Charle
magne qui ont aussi le titre de Saint. Après -
cet avertissement vous ne serez pas surpris si en ouvrant jamais cet Ouvrage
Vous y appercevez à la fin du mois de
Janvier ces titres De Sancto Sale de
S. Heber , de S Phaleg , de S. Reй : au
premier jour d'Août de S. Salomone Rege
et Prophetâ : et dans l'onziéme Livre , de
Sancta Mamma Regina et Martyre , de
Sanctis Philippo et Philippo Imperatoribus
Martyribus , de Sancto Theodosio Magno ,
و
c. Ceci me meneroit naturellement à
vous parler de l'Ouvrage d'un certain
Carme appellé Zeger- Paul , ou plutôt du
Martyrologe de Tamayo de Salazar , Espagnol , lequel a prétendu trouver dans
Martial un grand nombre de Saints d'Es- ·
pagne. Mais permettez- moi de remettre
cette remarque à une autre occasion , eɛ ^
de finir en vous assurant que je suis , &
Ce 31 Mai 1732.
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Résumé : LETTRE de M.... sur le siécle où a vêcu Pierre de Natalibus, sur la situation de son Evêché, et sur la singularité de son Ouvrage.
La lettre de M.... traite du treizième volume du Journal des Sçavans d'Italie, imprimé à Venise, qui présente plusieurs articles intéressants. Parmi ceux-ci, les extraits de la dissertation de l'abbé Vignoli sur l'époque de la première année de l'empereur Sévère, les ouvrages de l'évêque d'Adria sur divers sujets de l'antiquité littéraire, et la dissertation sur l'urne sépulcrale d'une Praefica sont particulièrement notables. La découverte de fragments de Saint Irénée, inconnus jusqu'alors, est également soulignée. L'auteur critique certains passages de Vossius sur les historiens latins et suggère que relever les fautes de ce bibliothécaire et de ses successeurs pourrait améliorer la connaissance des écrivains. Il mentionne un bénédictin de la Congrégation de Saint Vanne qui envisage de refondre la bibliothèque de M. Dupin. La lettre se concentre ensuite sur Pierre de Natalibus, un auteur obscur mais célèbre dans certains cercles. L'auteur des remarques sur Vossius décrit avec précision la ville d'Equilium, dont Pierre était évêque, et corrige les erreurs sur l'époque de sa vie. Pierre de Natalibus a vécu au milieu du XIVe siècle, sous le pontificat de Clément VI, et non au XVe siècle comme l'ont affirmé certains écrivains. Cette correction est appuyée par des preuves tirées de l'ouvrage même de Pierre et de diverses inscriptions. L'auteur conclut en mentionnant la singularité de l'ouvrage de Pierre de Natalibus, qui canonise un grand nombre de personnages, y compris des figures de l'Ancien Testament et des empereurs romains. Il promet de discuter d'autres ouvrages, comme celui de Zeger-Paul ou du Martyrologe de Tamayo de Salazar, dans une autre lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1071-1077
LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
Début :
Vous avez vû, MONSIEUR, sur la fin de ma derniere Lettre, la résolution [...]
Mots clefs :
François Picquet, Lettre, Alep, Église, Consul, Religion, Sujet, Temps, Baron, Évêque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
LETTRE de M.... écrite à M. de
.... Commandeur de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , au sujet d'un Livre
nouveau , intitulé : La Vie de Messire
François Picquet , &c.
V
Ous avez vû , MONSIEUR , Sur
la fin de ma derniere Lettre , la ré- ·
solution prise par notre pieux Conseil,de
quitter la Ville d'Alep pour repasser en
France , frappé de la disgrace du Pacha
Mortasa son ami ,et craignant même pour
sa propre personne, quelque coup de trahison
, comme une suite de la catastrophe
de ce Pacha. Des motifs de Religion
lui firent differer de deux ans l'exécution
de son dessein.
·
Cet espace fournit des Evenemens ex-.
traordinaires , et qui sont détaillez au
long dans cette Histoire; d'un côté , la tirannie
des Gouverneurs donne lieu à
de cruelles persécutions à l'égard des
Chrétiens, et de l'autre on voit de grands
exemples de patience et de Religion de
la part de ceux- ci, dont quelques- uns terminent
glorieusement leur course, par
l'effusion de leur sang. Par touton voit
I. Vol. Bij le
1072 MERCURE DE FRANCE
le zéle et la piété de M. Picquet se signaler
en faveur de la Religion et du Christianisme
persécuté.
t
C'est à peu près dans ce même temps
que notre Consul , toujours disposé à favoriser
la Religion et ses Ministres , jusqu'à
loger dans sa Maison tous les Missionnaires
qui passoient par Alep , se fit
un devoir particulier d'y recevoir deux
grands Evêques , que Dieu , dit l'Historien
, a donné dans ces derniers temps à
son Eglise , pour animer les Ouvriers
Evangeliques à pénétrer , à leurexemple ,
dans les Régions les plus reculées de l'Orient
, afin d'y annoncer Jesus- Christ aux
Nations Infideles ; sçavoir,M . de la Motte-
Lambert , Evêque de Beryte , et M. Ignace
Cotolendi , Evêque de Metellopolis ;
dont le premier a travaillé avec tant de
zele aux Missions des Royaumes de Siam
et de la Cochinchine ; et le dernier reçut
au milieu de sa course , la couronne qu'il
alloit chercher dans le vaste Empire de
la Chine , pour lequel le S. Siége l'avoit
destiné .
M. Picquet en logeant chez lui tous
ces différens Ouvriers de la vigne . du Seigneur
, et en leur procurant toutes les facilitez
qui dépendoient de son autorité ,
les regaro it comme autant d'Apôtres ,
I. Vol.
qui
JUIN. 1733-
1073
qui alloient dissiper les ténébres de-l'infidélité
du Schisme et de l'Hérésie , répandues
dans l'Orient , pour l'éclairer des lu◄
mieres de l'Evangile. Mais qui eût pensé
alors , s'écrie icy l'Auteur , qu'il dût un
jour être lui- même du nombre de ces Ouvriers
Evangeliques, et que Dieu ne l'eut
envoïé dans le Levant , que pour y animer
son zéle à la vûë de ces Eglises Orientales
, et que pour le préparer, pour ainsi
dire , et le former , par une expérience
avancée , aux sentimens et à la vie des
Apôtres ?
C'est cependant tout ce qui arriva fort
peu de temps après à M. Picquet par les
dispositions particulieres de la Providen
ce qui l'avoit destiné au service de l'E
glise ; et tout cela de la maniere qu'il
est rapporté assez au long dans cette
Histoire , mais qu'il est impossible de
suivre dans une Lettre. Je me contenterai
des principales circonstances
dont la premiere est que notre Religieux
Consul reçut la Tonsure Cléricale à Alep
même , le 10 Décembre 1660. des mains
de l'Archevêque André des Syriens, dans
l'Eglise des Carmes Déchaux de la même
Ville. Ce Prélat fit son éloge en ces termes,
dans les Lettres de Cléricature qu'il
lui fit expédier.
I.Vol. Biiij FRAN1074
MERCURE DE FRANCE
FRANCISCUS PICQUET , &c. qui imitator
Joannis in castitate ejus , Elia in zelo ejus ,
et Joannis Eleemosynarii in liberalitate ejus ,
suscepit de manibus nostris indignis .
primam Tonsuram.
...
Sur le point de partir d'Alep pour se
rendre à Rome , après s'être épuisé en aumônes
, à l'occasion de la famine et de la
contagion qui affligerent la Syrie en
1661.Il eut la consolation de voir abjurer .
⚫le Schisme et l'Hérésie au Patriarche des
Grecs, Macaire , qui déclara , touché par
de si grands exemples de charité , que
l'Eglise Romaine étoit la seule véritable.
Cette déclaration fut faite en prêchant
dans son Eglise , en présence du Consul ,
des Missionnaires et de tout le Peuple ,
après la célébration des saints Mysteres.
réünir
De plus , le même Prélat remit à l'Illustre
Consul une Lettre pour le Pape ,
dans laquelle il le reconnoissoit pour le
Chef de l'Eglise Catholique , et promettoit
de faire tout son possible pour
toute sa Nation au S. Siége. Cette Lettre
fut souscrite non- seulement du Patriarche
des Grecs , mais encore de celui des
Arméniens , nommé Cachadour, et non pas
Caladour. Cette correction est de M. le
Chevalier Maunier d'Alep , et d'André
qui l'étoit des Syriens.
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733. 1075
Ce dernier écrivit en particulier une
Lettre à la Congrégation de la Propagande
, au sujet de M. Picquet , toute remplie
de ses grandes qualitez , et des services
importans rendus à l'Eglise et à la
Religion durant son Consulat . Cette Lettre
est rapportée presqu'en son entier .
Cependant M. Baron qui fut son successeur
, étoit arrivé à Alep depuis plus
d'un an , en compagnie de M. l'Evêque
de Béryte . Comme vous vous interessez
à sa mémoire et encore plus à la vérité , je
me fais un devoir , Monsieur , d'inserer
icy ce que notre Historien a écrit au sujet
de ce digne successeur .
» Il avoit travaillé long- temps aupara-
» vant , dit-il , en parlant de M. Picquet,
>> à se choisir un successeur qui fut en.
» état de soutenir ce qu'il avoit si - heu-
» reusement commencé , et qui sçut s'ap-
» pliquer à l'avancement de la Religion
» et au soulagement des pauvres , sans
négliger les devoirs de sa charge. C'est
» M. François Baron , Marseillois , sur
» qui notre Consul avoit jetté les yeux ..
» Il étoit vertueux et intelligent , deux
qualitez essentielles pour accomplir les
desseins de M. Picquet.
"
Il y a tout lieu de croire que cet Endroit
des Mémoires sur lesquels notre
I. Vol.
Au- B v
1076 MERCURE DE FRANCE
'Auteur a travaillé n'est pas tout à fait
- -
exact , mais ce n'est pas icy le lieu de
l'examiner et de rétablir , s'il est possible ,
la vérité des faits au sujet de M. Baron .
Comme il est encore parlé de cet illustre
Consul , et pour la derniere fois , dans le
second Livre de cetre Histoire , je ne
manquerai pas , en vous rendant compte
de ce Livre , de m'arrêter sur ce sujet autant
qu'il sera necessaire , pour vous
donner les éclaircissemens que vous attendez
de moi .
Notre Historien continue dans le même
endroit , de parler de M. Baron , qui ,
comme on vient de le voir , étoit arrivé
à Alep long- temps avant le départ de
M. Picquet.
» Dans cet intervalle , dit-il , le serviteur
de Dieu lui donna toutes les ins-
» tructions qu'il jugea nécessaires pour
>> achever le grand Ouvrage auquel il
» avoit travaillé jusqu'alors avec tant de
» succès ; et les exemples rares de toutes
les vertus que M. Baron admira à loisir,
» lui apprirent à se regler autant qu'il
pourroit sur ce parfait modele. Il l'imi-
» ta de si près , que M. Pallu , Evêque
» d'Heliopolis , qu'il reçut avec la même
générosité , dont M. Picquet avoit usé
envers les autres Prélats Apostoliques ,'
1.Vol.
yas
JUIN 1733. 1077
» assure dans une Lettre , qu'il écrivit à
» la Congrégation , qu'il étoit un autre luimême
, non seulement par son emploi , mais
encore par sa rare piété et son . zele pour la
Propagation de la Foy, et par son inviolable
et respectueux attachement au S. Siége.
M. Picquet partit enfin d'Alep , et
s'embarqua à Alexandrette au commen-
-cement de l'année 1662. et après une Navigation
, traversée de plusieurs accidens ,
il arriva heureusement à Malte , d'où il
passa à Naples , et se rendit enfin à Romeau
commencement du mois de Mars,
Epoque qui termine le premier Livre de
l'Histoire de sa vie : le second Livre fera
le sujet de ma premiere Lettre. Je suis ,
Monsieur , votre , & c.
.... Commandeur de l'Ordre de Saint
Jean de Jerusalem , au sujet d'un Livre
nouveau , intitulé : La Vie de Messire
François Picquet , &c.
V
Ous avez vû , MONSIEUR , Sur
la fin de ma derniere Lettre , la ré- ·
solution prise par notre pieux Conseil,de
quitter la Ville d'Alep pour repasser en
France , frappé de la disgrace du Pacha
Mortasa son ami ,et craignant même pour
sa propre personne, quelque coup de trahison
, comme une suite de la catastrophe
de ce Pacha. Des motifs de Religion
lui firent differer de deux ans l'exécution
de son dessein.
·
Cet espace fournit des Evenemens ex-.
traordinaires , et qui sont détaillez au
long dans cette Histoire; d'un côté , la tirannie
des Gouverneurs donne lieu à
de cruelles persécutions à l'égard des
Chrétiens, et de l'autre on voit de grands
exemples de patience et de Religion de
la part de ceux- ci, dont quelques- uns terminent
glorieusement leur course, par
l'effusion de leur sang. Par touton voit
I. Vol. Bij le
1072 MERCURE DE FRANCE
le zéle et la piété de M. Picquet se signaler
en faveur de la Religion et du Christianisme
persécuté.
t
C'est à peu près dans ce même temps
que notre Consul , toujours disposé à favoriser
la Religion et ses Ministres , jusqu'à
loger dans sa Maison tous les Missionnaires
qui passoient par Alep , se fit
un devoir particulier d'y recevoir deux
grands Evêques , que Dieu , dit l'Historien
, a donné dans ces derniers temps à
son Eglise , pour animer les Ouvriers
Evangeliques à pénétrer , à leurexemple ,
dans les Régions les plus reculées de l'Orient
, afin d'y annoncer Jesus- Christ aux
Nations Infideles ; sçavoir,M . de la Motte-
Lambert , Evêque de Beryte , et M. Ignace
Cotolendi , Evêque de Metellopolis ;
dont le premier a travaillé avec tant de
zele aux Missions des Royaumes de Siam
et de la Cochinchine ; et le dernier reçut
au milieu de sa course , la couronne qu'il
alloit chercher dans le vaste Empire de
la Chine , pour lequel le S. Siége l'avoit
destiné .
M. Picquet en logeant chez lui tous
ces différens Ouvriers de la vigne . du Seigneur
, et en leur procurant toutes les facilitez
qui dépendoient de son autorité ,
les regaro it comme autant d'Apôtres ,
I. Vol.
qui
JUIN. 1733-
1073
qui alloient dissiper les ténébres de-l'infidélité
du Schisme et de l'Hérésie , répandues
dans l'Orient , pour l'éclairer des lu◄
mieres de l'Evangile. Mais qui eût pensé
alors , s'écrie icy l'Auteur , qu'il dût un
jour être lui- même du nombre de ces Ouvriers
Evangeliques, et que Dieu ne l'eut
envoïé dans le Levant , que pour y animer
son zéle à la vûë de ces Eglises Orientales
, et que pour le préparer, pour ainsi
dire , et le former , par une expérience
avancée , aux sentimens et à la vie des
Apôtres ?
C'est cependant tout ce qui arriva fort
peu de temps après à M. Picquet par les
dispositions particulieres de la Providen
ce qui l'avoit destiné au service de l'E
glise ; et tout cela de la maniere qu'il
est rapporté assez au long dans cette
Histoire , mais qu'il est impossible de
suivre dans une Lettre. Je me contenterai
des principales circonstances
dont la premiere est que notre Religieux
Consul reçut la Tonsure Cléricale à Alep
même , le 10 Décembre 1660. des mains
de l'Archevêque André des Syriens, dans
l'Eglise des Carmes Déchaux de la même
Ville. Ce Prélat fit son éloge en ces termes,
dans les Lettres de Cléricature qu'il
lui fit expédier.
I.Vol. Biiij FRAN1074
MERCURE DE FRANCE
FRANCISCUS PICQUET , &c. qui imitator
Joannis in castitate ejus , Elia in zelo ejus ,
et Joannis Eleemosynarii in liberalitate ejus ,
suscepit de manibus nostris indignis .
primam Tonsuram.
...
Sur le point de partir d'Alep pour se
rendre à Rome , après s'être épuisé en aumônes
, à l'occasion de la famine et de la
contagion qui affligerent la Syrie en
1661.Il eut la consolation de voir abjurer .
⚫le Schisme et l'Hérésie au Patriarche des
Grecs, Macaire , qui déclara , touché par
de si grands exemples de charité , que
l'Eglise Romaine étoit la seule véritable.
Cette déclaration fut faite en prêchant
dans son Eglise , en présence du Consul ,
des Missionnaires et de tout le Peuple ,
après la célébration des saints Mysteres.
réünir
De plus , le même Prélat remit à l'Illustre
Consul une Lettre pour le Pape ,
dans laquelle il le reconnoissoit pour le
Chef de l'Eglise Catholique , et promettoit
de faire tout son possible pour
toute sa Nation au S. Siége. Cette Lettre
fut souscrite non- seulement du Patriarche
des Grecs , mais encore de celui des
Arméniens , nommé Cachadour, et non pas
Caladour. Cette correction est de M. le
Chevalier Maunier d'Alep , et d'André
qui l'étoit des Syriens.
1. Vol.
Ce
JUIN. 1733. 1075
Ce dernier écrivit en particulier une
Lettre à la Congrégation de la Propagande
, au sujet de M. Picquet , toute remplie
de ses grandes qualitez , et des services
importans rendus à l'Eglise et à la
Religion durant son Consulat . Cette Lettre
est rapportée presqu'en son entier .
Cependant M. Baron qui fut son successeur
, étoit arrivé à Alep depuis plus
d'un an , en compagnie de M. l'Evêque
de Béryte . Comme vous vous interessez
à sa mémoire et encore plus à la vérité , je
me fais un devoir , Monsieur , d'inserer
icy ce que notre Historien a écrit au sujet
de ce digne successeur .
» Il avoit travaillé long- temps aupara-
» vant , dit-il , en parlant de M. Picquet,
>> à se choisir un successeur qui fut en.
» état de soutenir ce qu'il avoit si - heu-
» reusement commencé , et qui sçut s'ap-
» pliquer à l'avancement de la Religion
» et au soulagement des pauvres , sans
négliger les devoirs de sa charge. C'est
» M. François Baron , Marseillois , sur
» qui notre Consul avoit jetté les yeux ..
» Il étoit vertueux et intelligent , deux
qualitez essentielles pour accomplir les
desseins de M. Picquet.
"
Il y a tout lieu de croire que cet Endroit
des Mémoires sur lesquels notre
I. Vol.
Au- B v
1076 MERCURE DE FRANCE
'Auteur a travaillé n'est pas tout à fait
- -
exact , mais ce n'est pas icy le lieu de
l'examiner et de rétablir , s'il est possible ,
la vérité des faits au sujet de M. Baron .
Comme il est encore parlé de cet illustre
Consul , et pour la derniere fois , dans le
second Livre de cetre Histoire , je ne
manquerai pas , en vous rendant compte
de ce Livre , de m'arrêter sur ce sujet autant
qu'il sera necessaire , pour vous
donner les éclaircissemens que vous attendez
de moi .
Notre Historien continue dans le même
endroit , de parler de M. Baron , qui ,
comme on vient de le voir , étoit arrivé
à Alep long- temps avant le départ de
M. Picquet.
» Dans cet intervalle , dit-il , le serviteur
de Dieu lui donna toutes les ins-
» tructions qu'il jugea nécessaires pour
>> achever le grand Ouvrage auquel il
» avoit travaillé jusqu'alors avec tant de
» succès ; et les exemples rares de toutes
les vertus que M. Baron admira à loisir,
» lui apprirent à se regler autant qu'il
pourroit sur ce parfait modele. Il l'imi-
» ta de si près , que M. Pallu , Evêque
» d'Heliopolis , qu'il reçut avec la même
générosité , dont M. Picquet avoit usé
envers les autres Prélats Apostoliques ,'
1.Vol.
yas
JUIN 1733. 1077
» assure dans une Lettre , qu'il écrivit à
» la Congrégation , qu'il étoit un autre luimême
, non seulement par son emploi , mais
encore par sa rare piété et son . zele pour la
Propagation de la Foy, et par son inviolable
et respectueux attachement au S. Siége.
M. Picquet partit enfin d'Alep , et
s'embarqua à Alexandrette au commen-
-cement de l'année 1662. et après une Navigation
, traversée de plusieurs accidens ,
il arriva heureusement à Malte , d'où il
passa à Naples , et se rendit enfin à Romeau
commencement du mois de Mars,
Epoque qui termine le premier Livre de
l'Histoire de sa vie : le second Livre fera
le sujet de ma premiere Lettre. Je suis ,
Monsieur , votre , & c.
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Résumé : LETTRE de M.... écrite à M. de .... Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jerusalem, au sujet d'un Livre nouveau, intitulé : La Vie de Messire François Picquet, &c.
La lettre de M.... à M. de..., Commandeur de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, relate la vie de Messire François Picquet. En raison de la disgrâce du Pacha Mortasa et des menaces à sa sécurité, le Conseil de M. Picquet décide de quitter Alep pour la France. Cependant, des motifs religieux retardent son départ de deux ans. Durant cette période, les gouverneurs persécutent les chrétiens, qui montrent une grande patience et foi. M. Picquet se distingue par son zèle et sa piété en faveur des chrétiens persécutés. Le Consul d'Alep, toujours prêt à aider la religion et ses ministres, accueille deux grands évêques, M. de la Motte-Lambert et M. Ignace Cotolendi, qui œuvrent à l'évangélisation des régions reculées de l'Orient. M. Picquet les considère comme des apôtres et les soutient dans leur mission. Le 10 décembre 1660, M. Picquet reçoit la tonsure cléricale à Alep des mains de l'Archevêque André des Syriens. Avant de partir pour Rome, il assiste à l'abjuration du schisme et de l'hérésie par le Patriarche des Grecs, Macaire, qui reconnaît l'Église Romaine comme la seule véritable. M. Picquet quitte finalement Alep en 1662 et arrive à Rome au début du mois de mars. Son successeur, M. François Baron, est décrit comme vertueux et intelligent, et poursuit l'œuvre de M. Picquet avec succès. La lettre mentionne également des mémoires sur M. Baron, dont la véracité est contestée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1787-1797
ELOGE de la Pauvreté, par M....
Début :
La nouveauté a un droit décidé de nous plaire, lorsqu'elle est ensemble [...]
Mots clefs :
Pauvreté, Biens, Heureux, Richesses, Bonheur, Pauvre, Opulence, Nature, Médiocrité, Besoins
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE de la Pauvreté, par M....
ELOGE de la Pauvreté
LA
M
....
par M.
A nouveauté a un droit décidé de
nous plaire , lorsqu'elle est ensemble
ingénieuse et utile ; ces deux qualitez ont
acquis l'immortalité à l'Eloge de la Folie
; mais les Emulateurs d'Erasme , plus
sensibles à l'envie de faire briller leur esprit
, que touchez du plaisir d'instruire¸
n'ont saisi que le titre pointilleux de son
Ouvrage , sa morale leur a échappé . Mon
E iij dessein
1788 MERCURE DE FRANCE
dessein est bien different dans cet Eloge ;
je quitte volontiers de toute admiration ,
pourvû que je persuade utilement que
la Pauvreté est le plus grand de tous les
biens , et le seul qui puisse nous procurer
une félicité constante .
Comme les raisons que j'employerai
ne paroîtront peut-être pas assez sérieuses
, je déclare que je ne prétens point
le prendre ici sur le ton dogmatique ;
je sçai que la verité , qui est triste d'ellemême
, ne s'insinue jamais plus sûrement
que lorsqu'elle se montre sous un visage
agréable.
Je trouve d'abord un air de mode
dans la Pauvreté qui me donne toute
la confiance dont j'ai besoin pour parler
sur une matiere si délicate ; elle
s'est glissée dans tous les Etats et dans
toutes les conditions . Ne seroit- ce point
parce qu'elle plaît , qu'elle est devenue .
si commune et le goût imitateur qui
regne aujourd'hui , n'auroit - il point servi
à son progrès quoiqu'il en soit , c'est
un détail où je ne dois point entrer ; il
me suffit que le plus grand nombre soit
interessé à me croire , et qu'il fasse par
prudence quelque cas d'un état dont il
est si près.
Pour ceux qui, nourris dans une aisance
V.QA
OUST . 17337 1989
voluptueuse , ne peuvent regarder la
Pauvreté sans effroi ; qu'ils apprennent
que celui qui me connoît point l'opulence
, trouve inutile tout ce qui n'est
pas nécessaire , qu'ils sont eux - mêmes
noyez dans des superfluitez que leurs
Peres ignoroient , et que le seul moyen
d'être vraiment heureux , c'est de regler
ses besoins sur la Nature et non pas sur
l'opinion.
En effet le plus grand malheur des
hommes , c'est de se persuader que les
richesses peuvent seules leur procurer le
repos , cette idée les engage à travailler
dans leur jeunesse , pour s'assurer dans
le déclin de leur âge , des jours sereins
et tranquiles. Quelle erreur ! Le principe
de leur félicité est dans leur coeur ,,
et non dans les biens qu'ils ont acquis ;
d'ailleurs l'experience fait connoître que
leur conservation coûte autant que leur
acquisition même.
L'on dira peut- la même expeut-
être que
perience décide contre moi , puisque le
Pauvre , malgré le bonheur que je lui
prête , semble faire tous ses efforts pour
se tirer de l'indigence . Que la Pauvreté
soit la mere de l'industrie , j'y consens
et c'est pour elle un grand éloge d'avoir
enfanté les Arts ; mais je soutiens
E iiij que
1790 MERCURE DE FRANCE
que l'envie de s'enrichir n'a point reveillé
le génie des Pauvres ; trop satisfaits
de leur indépendance , ils ont eû
pitié de l'esclavage des Riches , et leur
ont fourni charitablement les moyens de
recouvrer leur liberté , par un emploi indiscret
de leurs richesses .
Supposons , si l'on veut , que
l'homme
est aussi heureux avec l'abondance , qu'il
l'est en effet dans le sein de la Pauvreté .
Dans cette hypothese il en coûteroit bien
plus à l'indigent d'acquerir laborieusement
l'opulence , que d'être assez sage
pour s'en passer. L'un demande des soins ,
l'autre laisse une entiere liberté. Or s'il
étoit deux voyes pour arriver à un sort
heureux , celle qui va à son but à moins
des frais , doit , sans contredit , être préferée
.
J'avoüe que si les richesses n'étoient
attachées qu'à la vertu , il y auroit de la
honte à n'être pas riche ; mais si le hazard
distribue les biens , si la violence
les ravit , s'il faut souvent des crimes pour
se dérober à la Pauvreté , seroit - il raisonnable
d'attacher une espece d'opprobre
à un état , qui semble être le partage
de la Nature et de la vertu ?
Nos premiers Législateurs , les Philosophes
et les Poëtes , ces génies divins
3
A O UST. 1733. 1791
vins , qui ont eû une idée si juste du
Parfait et du Vrai , ont méprisé les richesses
avec tant de constance et sans
doute avec tant de sincerité, qu'ils furent
toujours mal nourris et mal vétus . Les
uns tendoient à l'état le plus vertueux ,
les autres prétendoient à une réputation
immortelle ; il faudroit être de bien mauvaise
humeur pour ne pas vouloir ressembler
à d'aussi honnêtes gens.
Parlons plus sérieusement. Nous ne
pouvons douter que la Nature ne soit
aussi prévoyante qu'elle est parfaite dans
ses productions ; il n'est point d'Animaux
à qui elle ne donne , avec la vie ,
tout ce qui est utile pour la conserver.
Seroit- elle plus injuste envers les hommes?
non , sans doute , elle a placé dans
le coeur et dans l'esprit de nos parens
toute la sensibilité et toute l'industrie
nécessaire pour fournir à nos besoins . Mais
elle n'est point allée au delà , les richesses
n'entrent pour rien dans le sistême.
de notre conservation ; ensorte qu'elles
sont à notre égard des biens étrangers
et superflus ; car on n'accuseroit pas la
Nature de nous les avoir refusées , si elles
nous eussent été nécessaires.
D'ailleurs son intention a été de mettre
une parfaite égalité entre les hom,
E v mes
1792 MERCURE DE FRANCE
mes . Mere tendre et affectionnée , elle
leur a également départi ses faveurs . Ce
principe bien reconnu , il est évident que
la force ou la fraude ont été les instru→
mens de la fortune du premier Riche ,
et qu'on doit regarder encore aujourd'hui
un nouveau Parvenu , comme l'ent
nemi et le tyran du genre humain . Mais
heureusement son iniquité no passe jamais.
à des successeurs éloignéz , et nous voyons
avec complaisance que le fils même restitue
bien-tôt au Public par de folles dé
penses , ce que le Pere avoit injustement
enlevé.
C'est peut-être dans la médiocrité que
l'on trouve le bonheur , les grands biens.
peuvent causer des peines , mais une fortune
médiocre exempte également et
des besoins de la vie , et de l'embarras
des richesses. Voila ce que le préjugé
offre de plus spécieux en faveur de la
médiocrité ; qu'il m'en coûtera peu pour
combattre ce raisonnement ! que la vic
roire est facile !
Si la médiocrité des biens faisoit celle
des désirs , il seroit juste de la préferer
à tous les autres Etats; mais la cupidité de
l'homme est si inquiéte , qu'elle le porte
à faire sans cesse des efforts pour s'accroître
et saisir avidement tout ce qui
t
peut
AOUST. 1733 : 1793
peut le conduire à un sort qu'il estime
plus heureux. Celui qui se trouve dans la
médiocrité , souhaite à proportion de ses
facultez , et dès qu'il souhaire il est malheureux.
Ce qui fait le bonheur du Pauvre
, c'est qu'il n'a rien pour soutenir ou
exciter son ambition , et que l'envie qu'il
pourroit avoir de s'élever , cesse ou s'évanouit
dès que les moyens lui en sont
ravis.
Il est aisé à présent de conclure qu'on
a eu tort de donner tant de louanges à
cette médiocrité chimérique , qui ne fait
qu'allumer nos desirs , sans pouvoir les
satisfaire . Examinez un Pere de famille
dans une fortune médiocre , si le present
F'agite , l'avenir l'inquiete encore davantage
; il n'y découvre que des changemens
fâcheux ; il y voit ses biens dissipez
avec profusion , ou du moins mal
ménagez. L'avenir est au contraire un
sujet de joye pour le Pauvre , tous les
hazards et toutes les révolutions sont
pour lui , et quand on supposeroit que
son coeur formât quelques desirs , il en
ressent la douceur sans en avoir l'inquiétude
; l'élevation de ses pareils le fait
jouir par avance des biens qu'il n'a pas ,
mais qu'il peut avoir ; le Riche vit dans la
crainte , le Pauvre dans l'esperance; quelle
disparité de bonheur ! Evi Dès
1794 MERCURE DE FRANCE
Dès- là nous voyons que la Pauvreté
ne nous prive d'aucuns des biens solides
de la vie , et qu'il ne manque pour achever
son triomphe que de montrer qu'elle
nous procure des plaisirs plus vifs et plus
que l'opulence même. délicats
La crainte de ne devoir qu'à ses largesses
, les complaisances d'un sexe enchanteur
, empoisonne nos plaisirs , et en ôte
tout le piquant ; notre délicatesse s'en offense
, et veut une tendresse toute gratuite.
Le Pauvre jouit de ce bonheur , et
ne le doit qu'à son mérite personnel ; tandis
que le Riche peut craindre à chaque
instant que les faveurs qu'on lui accorde
, ne prennent leur source dans la va
nité ou dans l'interêt.
Pareil avantage dans l'amitié. La Félicité
la plus parfaite , celle des Dieux, dit .
un ancien , seroit ennuïeuse sans la confiance
d'un ami ; ainsi tâchons d'ajoûter à
notre bonheur celui de nous attacher un
ami sincere , également sensible à nos
biens et à nos maux . Mais où le trouver ,
et comment le connoître ? Si des avantages
apparens surprennent sa complai
sance ; sous le nom d'ami , ne sera ce
point un fateur , dévoué à la fortune ,
plutôt qu'à la personne ? Pour faire cette
épreuve délicate , feignons qu'un malheur
AOUST. 1733. 1798
heur imprévu vient de nous enlever nos
richesses ; dans l'instant nous verrons ces
amis prétendus nous abandonner rapidement
, heureux encore si nos bienfaits
passez ne deviennent pas pour eux des
raisons de nous mépriser et de nous haïr .:
Mais le plus heureux effet de la Pauvreté
, c'est qu'elle nous ôte la cause des
vices , et nous laisse toutes les vertus à
pratiquer. L'humilité s'attire le respect
par elle - même ; c'est le fondement de
toutes les vertus , et nous aimons naturellement
autant les personnes humbles
et modestes , que nous fuïons les arrogans
et les présomptueux . Dans l'usage
du monde nous voïons que l'o gueil , la
jalousie , la haine sont des vices attach z
à l'opulence , et que l'honnêteté , la douceur
, la patience suivent la disette ; mais,
par une bizarrerie , dont on ne peut rendre
raison , on fuit les gens vertueux dans
l'indigence , pour idolatrer des insolens
dans la prosperité , comme si le respect
qu'on a pour les biens , devoit passer
jusqu'à ceux qui les possedent.
La reconnoissance seroit ignorée parmi
les hommes , si les pauvres ne l'avoient
fait connoître. Cette vertu des belles
ames agit chez l'indigent avec autant de
vivacité que l'esperance même ; les besoins
1797 MERCURE DE FRANCE
soins la multiplient et lui prêtent tous
les jours un nouveau feu.
La politique s'accorde enfin avec la
morale , à donner la préférence aux pauvres
sur les riches ; ceux cy sont infiniment
moins utiles à l'Etat que les premiers.
Retire til , en effet , quelque profit
de la bravoure meurtriere des Gens de
Guerre , des décisions innombrables et
ambigues des Juri consultes ; de l'esprit
inventif et ruineux des Partisans ; il ne
reste que des voeux à faire sur ce sujets
cependant tous ces membres de la République
ne peuvent se passer des pauvres
pour fournir à leurs besoinss mais le pauvre
qui travaille , subsiste indépendemment
d'eux le labour de ses mains lui
suffit , et il arrive à la fin de ses jours ;
sans superflu et sans misere.
Que dirai je davantage en faveur de
la Pauvreté ? J'ai fait voir qu'elle nous
rapproche de la nature , qu'elle éloigne
de nous des maux cruels , qui sont comme
l'appanage de la cupidité ; qu'elle
nous apprête des plaisirs purs et tranquiles
Il ne me reste qu'à donner un avis
salutaire aux Riches , que mon Discours
aura persuadeż : Je ne veux point qu'ils
imitent ce Philosophe insensé
*
qui jetta
* Cratés ou Aristippe , on attribuë cette espece
de folie à l'un et à l'autre.
AOUST. 1733. 1797
son argent dans la Mer , comme si la sagesse
eut été incompatible avec l'opulence
; la raison n'exige point un pareil
sacrifice . Elle nous avertit seulement de
ne souhaitter jamais plus de bien qu'il
n'en faut aux simples besoins de la natu
re , et nous montre le cas que nous devons
faire des Richesses , en voyant on
le de mérite de ceux qui les possepeu
dent , ou le mauvais usage qu'ils en font
LA
M
....
par M.
A nouveauté a un droit décidé de
nous plaire , lorsqu'elle est ensemble
ingénieuse et utile ; ces deux qualitez ont
acquis l'immortalité à l'Eloge de la Folie
; mais les Emulateurs d'Erasme , plus
sensibles à l'envie de faire briller leur esprit
, que touchez du plaisir d'instruire¸
n'ont saisi que le titre pointilleux de son
Ouvrage , sa morale leur a échappé . Mon
E iij dessein
1788 MERCURE DE FRANCE
dessein est bien different dans cet Eloge ;
je quitte volontiers de toute admiration ,
pourvû que je persuade utilement que
la Pauvreté est le plus grand de tous les
biens , et le seul qui puisse nous procurer
une félicité constante .
Comme les raisons que j'employerai
ne paroîtront peut-être pas assez sérieuses
, je déclare que je ne prétens point
le prendre ici sur le ton dogmatique ;
je sçai que la verité , qui est triste d'ellemême
, ne s'insinue jamais plus sûrement
que lorsqu'elle se montre sous un visage
agréable.
Je trouve d'abord un air de mode
dans la Pauvreté qui me donne toute
la confiance dont j'ai besoin pour parler
sur une matiere si délicate ; elle
s'est glissée dans tous les Etats et dans
toutes les conditions . Ne seroit- ce point
parce qu'elle plaît , qu'elle est devenue .
si commune et le goût imitateur qui
regne aujourd'hui , n'auroit - il point servi
à son progrès quoiqu'il en soit , c'est
un détail où je ne dois point entrer ; il
me suffit que le plus grand nombre soit
interessé à me croire , et qu'il fasse par
prudence quelque cas d'un état dont il
est si près.
Pour ceux qui, nourris dans une aisance
V.QA
OUST . 17337 1989
voluptueuse , ne peuvent regarder la
Pauvreté sans effroi ; qu'ils apprennent
que celui qui me connoît point l'opulence
, trouve inutile tout ce qui n'est
pas nécessaire , qu'ils sont eux - mêmes
noyez dans des superfluitez que leurs
Peres ignoroient , et que le seul moyen
d'être vraiment heureux , c'est de regler
ses besoins sur la Nature et non pas sur
l'opinion.
En effet le plus grand malheur des
hommes , c'est de se persuader que les
richesses peuvent seules leur procurer le
repos , cette idée les engage à travailler
dans leur jeunesse , pour s'assurer dans
le déclin de leur âge , des jours sereins
et tranquiles. Quelle erreur ! Le principe
de leur félicité est dans leur coeur ,,
et non dans les biens qu'ils ont acquis ;
d'ailleurs l'experience fait connoître que
leur conservation coûte autant que leur
acquisition même.
L'on dira peut- la même expeut-
être que
perience décide contre moi , puisque le
Pauvre , malgré le bonheur que je lui
prête , semble faire tous ses efforts pour
se tirer de l'indigence . Que la Pauvreté
soit la mere de l'industrie , j'y consens
et c'est pour elle un grand éloge d'avoir
enfanté les Arts ; mais je soutiens
E iiij que
1790 MERCURE DE FRANCE
que l'envie de s'enrichir n'a point reveillé
le génie des Pauvres ; trop satisfaits
de leur indépendance , ils ont eû
pitié de l'esclavage des Riches , et leur
ont fourni charitablement les moyens de
recouvrer leur liberté , par un emploi indiscret
de leurs richesses .
Supposons , si l'on veut , que
l'homme
est aussi heureux avec l'abondance , qu'il
l'est en effet dans le sein de la Pauvreté .
Dans cette hypothese il en coûteroit bien
plus à l'indigent d'acquerir laborieusement
l'opulence , que d'être assez sage
pour s'en passer. L'un demande des soins ,
l'autre laisse une entiere liberté. Or s'il
étoit deux voyes pour arriver à un sort
heureux , celle qui va à son but à moins
des frais , doit , sans contredit , être préferée
.
J'avoüe que si les richesses n'étoient
attachées qu'à la vertu , il y auroit de la
honte à n'être pas riche ; mais si le hazard
distribue les biens , si la violence
les ravit , s'il faut souvent des crimes pour
se dérober à la Pauvreté , seroit - il raisonnable
d'attacher une espece d'opprobre
à un état , qui semble être le partage
de la Nature et de la vertu ?
Nos premiers Législateurs , les Philosophes
et les Poëtes , ces génies divins
3
A O UST. 1733. 1791
vins , qui ont eû une idée si juste du
Parfait et du Vrai , ont méprisé les richesses
avec tant de constance et sans
doute avec tant de sincerité, qu'ils furent
toujours mal nourris et mal vétus . Les
uns tendoient à l'état le plus vertueux ,
les autres prétendoient à une réputation
immortelle ; il faudroit être de bien mauvaise
humeur pour ne pas vouloir ressembler
à d'aussi honnêtes gens.
Parlons plus sérieusement. Nous ne
pouvons douter que la Nature ne soit
aussi prévoyante qu'elle est parfaite dans
ses productions ; il n'est point d'Animaux
à qui elle ne donne , avec la vie ,
tout ce qui est utile pour la conserver.
Seroit- elle plus injuste envers les hommes?
non , sans doute , elle a placé dans
le coeur et dans l'esprit de nos parens
toute la sensibilité et toute l'industrie
nécessaire pour fournir à nos besoins . Mais
elle n'est point allée au delà , les richesses
n'entrent pour rien dans le sistême.
de notre conservation ; ensorte qu'elles
sont à notre égard des biens étrangers
et superflus ; car on n'accuseroit pas la
Nature de nous les avoir refusées , si elles
nous eussent été nécessaires.
D'ailleurs son intention a été de mettre
une parfaite égalité entre les hom,
E v mes
1792 MERCURE DE FRANCE
mes . Mere tendre et affectionnée , elle
leur a également départi ses faveurs . Ce
principe bien reconnu , il est évident que
la force ou la fraude ont été les instru→
mens de la fortune du premier Riche ,
et qu'on doit regarder encore aujourd'hui
un nouveau Parvenu , comme l'ent
nemi et le tyran du genre humain . Mais
heureusement son iniquité no passe jamais.
à des successeurs éloignéz , et nous voyons
avec complaisance que le fils même restitue
bien-tôt au Public par de folles dé
penses , ce que le Pere avoit injustement
enlevé.
C'est peut-être dans la médiocrité que
l'on trouve le bonheur , les grands biens.
peuvent causer des peines , mais une fortune
médiocre exempte également et
des besoins de la vie , et de l'embarras
des richesses. Voila ce que le préjugé
offre de plus spécieux en faveur de la
médiocrité ; qu'il m'en coûtera peu pour
combattre ce raisonnement ! que la vic
roire est facile !
Si la médiocrité des biens faisoit celle
des désirs , il seroit juste de la préferer
à tous les autres Etats; mais la cupidité de
l'homme est si inquiéte , qu'elle le porte
à faire sans cesse des efforts pour s'accroître
et saisir avidement tout ce qui
t
peut
AOUST. 1733 : 1793
peut le conduire à un sort qu'il estime
plus heureux. Celui qui se trouve dans la
médiocrité , souhaite à proportion de ses
facultez , et dès qu'il souhaire il est malheureux.
Ce qui fait le bonheur du Pauvre
, c'est qu'il n'a rien pour soutenir ou
exciter son ambition , et que l'envie qu'il
pourroit avoir de s'élever , cesse ou s'évanouit
dès que les moyens lui en sont
ravis.
Il est aisé à présent de conclure qu'on
a eu tort de donner tant de louanges à
cette médiocrité chimérique , qui ne fait
qu'allumer nos desirs , sans pouvoir les
satisfaire . Examinez un Pere de famille
dans une fortune médiocre , si le present
F'agite , l'avenir l'inquiete encore davantage
; il n'y découvre que des changemens
fâcheux ; il y voit ses biens dissipez
avec profusion , ou du moins mal
ménagez. L'avenir est au contraire un
sujet de joye pour le Pauvre , tous les
hazards et toutes les révolutions sont
pour lui , et quand on supposeroit que
son coeur formât quelques desirs , il en
ressent la douceur sans en avoir l'inquiétude
; l'élevation de ses pareils le fait
jouir par avance des biens qu'il n'a pas ,
mais qu'il peut avoir ; le Riche vit dans la
crainte , le Pauvre dans l'esperance; quelle
disparité de bonheur ! Evi Dès
1794 MERCURE DE FRANCE
Dès- là nous voyons que la Pauvreté
ne nous prive d'aucuns des biens solides
de la vie , et qu'il ne manque pour achever
son triomphe que de montrer qu'elle
nous procure des plaisirs plus vifs et plus
que l'opulence même. délicats
La crainte de ne devoir qu'à ses largesses
, les complaisances d'un sexe enchanteur
, empoisonne nos plaisirs , et en ôte
tout le piquant ; notre délicatesse s'en offense
, et veut une tendresse toute gratuite.
Le Pauvre jouit de ce bonheur , et
ne le doit qu'à son mérite personnel ; tandis
que le Riche peut craindre à chaque
instant que les faveurs qu'on lui accorde
, ne prennent leur source dans la va
nité ou dans l'interêt.
Pareil avantage dans l'amitié. La Félicité
la plus parfaite , celle des Dieux, dit .
un ancien , seroit ennuïeuse sans la confiance
d'un ami ; ainsi tâchons d'ajoûter à
notre bonheur celui de nous attacher un
ami sincere , également sensible à nos
biens et à nos maux . Mais où le trouver ,
et comment le connoître ? Si des avantages
apparens surprennent sa complai
sance ; sous le nom d'ami , ne sera ce
point un fateur , dévoué à la fortune ,
plutôt qu'à la personne ? Pour faire cette
épreuve délicate , feignons qu'un malheur
AOUST. 1733. 1798
heur imprévu vient de nous enlever nos
richesses ; dans l'instant nous verrons ces
amis prétendus nous abandonner rapidement
, heureux encore si nos bienfaits
passez ne deviennent pas pour eux des
raisons de nous mépriser et de nous haïr .:
Mais le plus heureux effet de la Pauvreté
, c'est qu'elle nous ôte la cause des
vices , et nous laisse toutes les vertus à
pratiquer. L'humilité s'attire le respect
par elle - même ; c'est le fondement de
toutes les vertus , et nous aimons naturellement
autant les personnes humbles
et modestes , que nous fuïons les arrogans
et les présomptueux . Dans l'usage
du monde nous voïons que l'o gueil , la
jalousie , la haine sont des vices attach z
à l'opulence , et que l'honnêteté , la douceur
, la patience suivent la disette ; mais,
par une bizarrerie , dont on ne peut rendre
raison , on fuit les gens vertueux dans
l'indigence , pour idolatrer des insolens
dans la prosperité , comme si le respect
qu'on a pour les biens , devoit passer
jusqu'à ceux qui les possedent.
La reconnoissance seroit ignorée parmi
les hommes , si les pauvres ne l'avoient
fait connoître. Cette vertu des belles
ames agit chez l'indigent avec autant de
vivacité que l'esperance même ; les besoins
1797 MERCURE DE FRANCE
soins la multiplient et lui prêtent tous
les jours un nouveau feu.
La politique s'accorde enfin avec la
morale , à donner la préférence aux pauvres
sur les riches ; ceux cy sont infiniment
moins utiles à l'Etat que les premiers.
Retire til , en effet , quelque profit
de la bravoure meurtriere des Gens de
Guerre , des décisions innombrables et
ambigues des Juri consultes ; de l'esprit
inventif et ruineux des Partisans ; il ne
reste que des voeux à faire sur ce sujets
cependant tous ces membres de la République
ne peuvent se passer des pauvres
pour fournir à leurs besoinss mais le pauvre
qui travaille , subsiste indépendemment
d'eux le labour de ses mains lui
suffit , et il arrive à la fin de ses jours ;
sans superflu et sans misere.
Que dirai je davantage en faveur de
la Pauvreté ? J'ai fait voir qu'elle nous
rapproche de la nature , qu'elle éloigne
de nous des maux cruels , qui sont comme
l'appanage de la cupidité ; qu'elle
nous apprête des plaisirs purs et tranquiles
Il ne me reste qu'à donner un avis
salutaire aux Riches , que mon Discours
aura persuadeż : Je ne veux point qu'ils
imitent ce Philosophe insensé
*
qui jetta
* Cratés ou Aristippe , on attribuë cette espece
de folie à l'un et à l'autre.
AOUST. 1733. 1797
son argent dans la Mer , comme si la sagesse
eut été incompatible avec l'opulence
; la raison n'exige point un pareil
sacrifice . Elle nous avertit seulement de
ne souhaitter jamais plus de bien qu'il
n'en faut aux simples besoins de la natu
re , et nous montre le cas que nous devons
faire des Richesses , en voyant on
le de mérite de ceux qui les possepeu
dent , ou le mauvais usage qu'ils en font
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Résumé : ELOGE de la Pauvreté, par M....
Le texte 'Éloge de la Pauvreté' défend la pauvreté comme le plus grand des biens, en se distinguant des émulateurs d'Érasme qui ont simplement copié le titre de 'L'Éloge de la Folie' sans en comprendre la morale. L'auteur vise à démontrer que la pauvreté procure une félicité constante. L'auteur observe que la pauvreté est devenue commune et populaire, peut-être en raison de son attrait et du goût imitatif contemporain. Il s'adresse à ceux qui craignent la pauvreté, expliquant que ceux qui ignorent l'opulence trouvent inutiles les superflus et que le bonheur réside dans la régulation des besoins selon la nature. Le texte critique l'idée que les richesses apportent le repos, affirmant que le véritable bonheur est intérieur et non matériel. Il souligne que la conservation des richesses coûte autant que leur acquisition. L'auteur reconnaît que la pauvreté stimule l'industrie, mais il soutient que l'envie de s'enrichir n'est pas la source du génie des pauvres. Il compare les efforts nécessaires pour acquérir l'opulence à la simplicité de se contenter de peu, préférant la voie qui demande moins d'efforts. L'auteur argue que les richesses ne sont pas nécessaires à la survie et que la nature a doté les hommes de tout ce qui est utile pour vivre. Le texte met en avant l'égalité naturelle entre les hommes et critique l'injustice des riches, qui acquièrent leurs biens par la force ou la fraude. Il souligne que la médiocrité des biens n'apporte pas le bonheur, car elle excite les désirs sans les satisfaire. L'auteur conclut que la pauvreté ne prive pas des biens solides de la vie et procure des plaisirs plus vifs et délicats. Il souligne que les pauvres jouissent de faveurs gratuites, contrairement aux riches qui peuvent craindre que les complaisances ne soient motivées par l'intérêt. La pauvreté est également présentée comme un moyen d'éviter les vices et de pratiquer les vertus, comme l'humilité et la reconnaissance. Enfin, le texte affirme que les pauvres sont plus utiles à l'État que les riches, car ils travaillent indépendamment et subsistent par leurs propres moyens. L'auteur conseille aux riches de ne pas souhaiter plus de biens que nécessaire pour les besoins naturels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 1983-1988
MEMOIRE de M.... sur le Lieu de la Sépulture de S. Aignan, Evêque d'Orleans.
Début :
On lit dans les Actes de S. Aignan, Evêque d'Orleans, recueillis par la [...]
Mots clefs :
Saint Aignan, Orléans, Évêque, Église, Corps, Sépulture, Enterrer, Clovis, Translation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE de M.... sur le Lieu de la Sépulture de S. Aignan, Evêque d'Orleans.
MEMOIRE de M.... sur le Liew
de la Sépulture de S. Aignan , Evêque
d'Orleans.
N lit dans les Actes de S. Aignan ,
Evêqued'Orleans , recueillis par la
Saussaye ( 1 ) et par Hubert , dans
ses Preuves sur les Antiquitez de saint
Aignan , et inserées en partie dans le Ŕecueil
de Surius , que ce saint Evêque
qui mourut en 453. fut d'abord enterré
dans l'Eglise de S. Laurent des Orgerils
et y fut long- temps l'objet de la veneration
des Fideles , jusqu'à ce qu'on le
transporta de l'autre côté de la Ville
dans l'Eglise qui porte aujourd'hui son
nom ( 2 ) et qui étoit alors dédiée à l'Apôtre
S. Pierre.
Ce fait néanmoins n'est rien moins que
probable ; et sans vouloir s'inscrire en
faux contre les Actes qui le rapportent ,
et qui ne sont pas d'une authenticité
irreprochable ,il suffit de lire les Auteurs:
anciens qui nous ont parlé de S. Aignan,
(1) Annal. Eccles . Aurel.
(2 ) Autrefois cette Eglise qui se trouve mains
tenant dans la Ville , en étoit hors.
D vj pour
1984 MERCURE DE FRANCE
pour voir que le Corps de ce grand Saint
n'a jamais changé de place , et qu'il a tou
jours été dans l'Eglise ( 1 ) qui porte son
nom , et où l'on conserve encore ce qui
* pû échapper de ses précieuses Reliques.
à l'impieté des Calvinistes, dans les troubles
de 1562 .
Le silence de quelques uns de ces Au
teurs sur le lieu de la sépulture de notre
Saint , ne prouve rien pour l'Eglise
de S. Laurent , au contraire ce silence
n'auroit- il pas quelque chose de surprenant
, si en effet le Corps de S. Aignan
eût été d'abord enterré ailleurs que dans
PEglise qui portoit son nom de leur
temps ? et ce temps étoit- il si éloigné de
celui du saint Evêque , qu'ils eussent pû
ignorer un fait de cette nature ?
Car enfin ces précieuses Reliques n'ont
pû changer ainsi de place sans bruit et
sans éclat. Il falloit traverser la Ville
dans toute sa longueur d'Occident en
Orient , et la Tranflation dut être fort
solemnelle ; supposé donc , ce qui n'est
gueres croyable , qu'on en fût venu jusqu'à
ignorer le temps de cette Tranflation
, comment auroit- on pû perdre st
tôt le souvenir de la Tranflation même
(1) Cette Eglise est dans le Fauxbourg Ocoi
dental de la Ville, sur le bord de la Loire.
CeSEPTEMBRE
. 1733. 1989
Cependant il se trouve non- seulement
que personne n'en fait mention , mais
'on ne nous en dit pas même le moindre
mot qui puisse faire rien conjecturer
de semblable .( 1 ) Leodebod , Abbé de
S. Aignan et Fondateur de l'Abbaye de
S. Benoît sur Loire , sous le Regne de
Clovis II. parle ainsi de l'Eglise de saint
Aignan Dum me divina pietas Basilica
Domini Aniani , ubi ipse Dominus in corpore
requiescit , Abbati sublimatum honore,
& c. et plus bas : Monasterium sancti
Petri adificare delibero , ubi jam dictus vir
Dei sanctus videlicet Prasul Anianus , con
dignè jacet tumulatus . ( 2 ) Fredegaire , parlant
du Serment de fidelité que Godin
fils de Warnachaire , Maire du Palais
de Bourgogne sous Clotaire II . devoit
prêter sur les Reliques de S. Aignan ,
dit simplement : Ut Aurelianis in Ecclesia
sancti Aniani .... sacramentum impleturus
adiret. Gregoire ( 3 ) de Tours dit
que Namatius , Evêque d'Orleans , mort
à la fin du sixiéme siecle , fut enterré
dans l'Eglise de S. Aignan : Corpusculum
ejus ad urbem suam delatum in Basilica
* ( 1 ) Duchesne , Tom. 4. Hist. Franc. page
39. c.
(2 ) N. 54. p. 63.2.
(3) Lag. & 18: p. 437
saneta
1936 MERCURE DE FRANCE
...
sancti Aniani Confessoris sepultum est. ( 1)
L'Auteur anonime de la Vie de S. Mesmin
, qui écrivoit , comme l'on croit
au septiéme siecle , dit que S. Euspice
fut enterré dans l'Eglise de S. Aignan ,
auprès du Corps de S. Aignan même
et à sa droite : Visum est . ut in bea
tissimi Aniani Ecclesiam Corpus ejus transferretur
, et ad dextram partem corporis ejus
dem sanctissimi viri poneretur. Il ajoûte :
Quum placuisset ut per medium civitatis
sancia Reliquia portarentur.... et ventum
esset ad portam Orientalem ejuslem urbis .
que transmittit ad Monasterium sancti
Aniani , & c.
On voit clairement ici et sans équivoque
, que le Corps de S. Aignan étoit
dans l'Eglise de S. Aignan , et que cette
Eglise étoit à l'Orient de la Ville d'Or
léans , du côté diametramelement opposé
à celle de S Laurent , qui est à
Occident. Or S. Euspice vivoit sous.
Clovis I. Donc le Corps de S. Aignan
reposoit dès ce temps - là dans l'Eglise
qui porte aujourd'hui son ' nom , sans
qu'il paroisse encore qu'il y eût été
transporté d'ailleurs . Un témoignage du
même temps , quoique peut- être moins
recevable dans l'esprit de plusieurs , se
(4) Mabill. Act. SS . Ben. T. 1. p. 535. n. 18.
tire
SEPTEMBRE. 1733. 1987
tire de la vie de sainte Geneviève , ( 1 )
écrite dix - huit ans après sa mort et du
Mile que cette Sainte fit à Orleans
dans l'Eglise de S. Aignan : In sancti
Antani Basilica. Quand on voudroit
s'inscrire en faux contre le Miracle , il
demeureroit toujours vrai que du temps
de cet Historien , l'Eglise qui porte aujour
d'hui le nom de S. Aignan , renfermoit
le Corps de ce saint Evêque.. Dans quel
temps donc y aura - t'il été transporté ?
On ne peut guere compter que cinquante
ans d'intervalle entre la mort de saint
Aignan et le commencement du Regne
de Clovis I. Sera -ce du temps de Clovis
même , et par les ordres de ce Prince ,
comme le prétend Gubert ? Mais quelle
preuve en a- t'on ? aucune . Disons mieux,
il n'y a aucune preuve , pas même le
moindre indice de Tranflation ,
soit depuis
, soit devant Clovis ; mais on a contre
ce sentiment quelque chose de plus
positif, et il est aisé de prouver que ce
n'est pas d'aujourd'hui qu'il est combattu
par une Tradition contraire .
Un ancien Manuscrit ( 2 ) parlant de
la Translation de S. Baudifle à Orleans ,
( 1) Manuscrit de l'Abbaye de sainte Geneviève..
(2 ) Manuscrit de la Bibliotheque du Roy , N° ..
XXXVIII, qui a appartenu à M. Duchesne...
dit
1988 MERCURE DE FRANCE
dit que S. Aignan en apporta le Corps
de Nismes à Orleans , et qu'il le déposa
dans l'Eglise de S. Pierre , où il
même enterré depuis : Anianus... Baudelii..
Corpus.... in Ecclesia Beati Petri extra
muros civitatis Aureliana recondit in qua
et ipse post modum repositus est . Or , jamais
l'Eglise de S. Laurent n'a porté le
nom de S. Pierre ; c'est donc dans celle
de S. Aignan que l'Auteur veut dire que
S.Baudille a été transporté , et par conséquent
il croyoit que S. Aignan lui -même
n'avoit point été enterré ailleurs. C'en est
assez pour récuser l'autorité des Actes
de ce S. Evêque , lorsqu'ils avancent qu'il
fut enterré dans l'Eglise de S. Laurent.
Aussi les Freres de sainte Marthe, qui ont
suivi exactement la Saussaye et Guyon
dans leur Catalogue des Evêques d'Or-
Jeans , se sont bien gardez de s'en rapporter
à eux au sujet de la sépulture
de S. Aignan : Tumulatus est , disent ces
Illustres Freres , in ade sancti Petri Apos
toli , nunc dicta ab ejus nomine Regalis
Collegiata sancti Aniani in urbe.
de la Sépulture de S. Aignan , Evêque
d'Orleans.
N lit dans les Actes de S. Aignan ,
Evêqued'Orleans , recueillis par la
Saussaye ( 1 ) et par Hubert , dans
ses Preuves sur les Antiquitez de saint
Aignan , et inserées en partie dans le Ŕecueil
de Surius , que ce saint Evêque
qui mourut en 453. fut d'abord enterré
dans l'Eglise de S. Laurent des Orgerils
et y fut long- temps l'objet de la veneration
des Fideles , jusqu'à ce qu'on le
transporta de l'autre côté de la Ville
dans l'Eglise qui porte aujourd'hui son
nom ( 2 ) et qui étoit alors dédiée à l'Apôtre
S. Pierre.
Ce fait néanmoins n'est rien moins que
probable ; et sans vouloir s'inscrire en
faux contre les Actes qui le rapportent ,
et qui ne sont pas d'une authenticité
irreprochable ,il suffit de lire les Auteurs:
anciens qui nous ont parlé de S. Aignan,
(1) Annal. Eccles . Aurel.
(2 ) Autrefois cette Eglise qui se trouve mains
tenant dans la Ville , en étoit hors.
D vj pour
1984 MERCURE DE FRANCE
pour voir que le Corps de ce grand Saint
n'a jamais changé de place , et qu'il a tou
jours été dans l'Eglise ( 1 ) qui porte son
nom , et où l'on conserve encore ce qui
* pû échapper de ses précieuses Reliques.
à l'impieté des Calvinistes, dans les troubles
de 1562 .
Le silence de quelques uns de ces Au
teurs sur le lieu de la sépulture de notre
Saint , ne prouve rien pour l'Eglise
de S. Laurent , au contraire ce silence
n'auroit- il pas quelque chose de surprenant
, si en effet le Corps de S. Aignan
eût été d'abord enterré ailleurs que dans
PEglise qui portoit son nom de leur
temps ? et ce temps étoit- il si éloigné de
celui du saint Evêque , qu'ils eussent pû
ignorer un fait de cette nature ?
Car enfin ces précieuses Reliques n'ont
pû changer ainsi de place sans bruit et
sans éclat. Il falloit traverser la Ville
dans toute sa longueur d'Occident en
Orient , et la Tranflation dut être fort
solemnelle ; supposé donc , ce qui n'est
gueres croyable , qu'on en fût venu jusqu'à
ignorer le temps de cette Tranflation
, comment auroit- on pû perdre st
tôt le souvenir de la Tranflation même
(1) Cette Eglise est dans le Fauxbourg Ocoi
dental de la Ville, sur le bord de la Loire.
CeSEPTEMBRE
. 1733. 1989
Cependant il se trouve non- seulement
que personne n'en fait mention , mais
'on ne nous en dit pas même le moindre
mot qui puisse faire rien conjecturer
de semblable .( 1 ) Leodebod , Abbé de
S. Aignan et Fondateur de l'Abbaye de
S. Benoît sur Loire , sous le Regne de
Clovis II. parle ainsi de l'Eglise de saint
Aignan Dum me divina pietas Basilica
Domini Aniani , ubi ipse Dominus in corpore
requiescit , Abbati sublimatum honore,
& c. et plus bas : Monasterium sancti
Petri adificare delibero , ubi jam dictus vir
Dei sanctus videlicet Prasul Anianus , con
dignè jacet tumulatus . ( 2 ) Fredegaire , parlant
du Serment de fidelité que Godin
fils de Warnachaire , Maire du Palais
de Bourgogne sous Clotaire II . devoit
prêter sur les Reliques de S. Aignan ,
dit simplement : Ut Aurelianis in Ecclesia
sancti Aniani .... sacramentum impleturus
adiret. Gregoire ( 3 ) de Tours dit
que Namatius , Evêque d'Orleans , mort
à la fin du sixiéme siecle , fut enterré
dans l'Eglise de S. Aignan : Corpusculum
ejus ad urbem suam delatum in Basilica
* ( 1 ) Duchesne , Tom. 4. Hist. Franc. page
39. c.
(2 ) N. 54. p. 63.2.
(3) Lag. & 18: p. 437
saneta
1936 MERCURE DE FRANCE
...
sancti Aniani Confessoris sepultum est. ( 1)
L'Auteur anonime de la Vie de S. Mesmin
, qui écrivoit , comme l'on croit
au septiéme siecle , dit que S. Euspice
fut enterré dans l'Eglise de S. Aignan ,
auprès du Corps de S. Aignan même
et à sa droite : Visum est . ut in bea
tissimi Aniani Ecclesiam Corpus ejus transferretur
, et ad dextram partem corporis ejus
dem sanctissimi viri poneretur. Il ajoûte :
Quum placuisset ut per medium civitatis
sancia Reliquia portarentur.... et ventum
esset ad portam Orientalem ejuslem urbis .
que transmittit ad Monasterium sancti
Aniani , & c.
On voit clairement ici et sans équivoque
, que le Corps de S. Aignan étoit
dans l'Eglise de S. Aignan , et que cette
Eglise étoit à l'Orient de la Ville d'Or
léans , du côté diametramelement opposé
à celle de S Laurent , qui est à
Occident. Or S. Euspice vivoit sous.
Clovis I. Donc le Corps de S. Aignan
reposoit dès ce temps - là dans l'Eglise
qui porte aujourd'hui son ' nom , sans
qu'il paroisse encore qu'il y eût été
transporté d'ailleurs . Un témoignage du
même temps , quoique peut- être moins
recevable dans l'esprit de plusieurs , se
(4) Mabill. Act. SS . Ben. T. 1. p. 535. n. 18.
tire
SEPTEMBRE. 1733. 1987
tire de la vie de sainte Geneviève , ( 1 )
écrite dix - huit ans après sa mort et du
Mile que cette Sainte fit à Orleans
dans l'Eglise de S. Aignan : In sancti
Antani Basilica. Quand on voudroit
s'inscrire en faux contre le Miracle , il
demeureroit toujours vrai que du temps
de cet Historien , l'Eglise qui porte aujour
d'hui le nom de S. Aignan , renfermoit
le Corps de ce saint Evêque.. Dans quel
temps donc y aura - t'il été transporté ?
On ne peut guere compter que cinquante
ans d'intervalle entre la mort de saint
Aignan et le commencement du Regne
de Clovis I. Sera -ce du temps de Clovis
même , et par les ordres de ce Prince ,
comme le prétend Gubert ? Mais quelle
preuve en a- t'on ? aucune . Disons mieux,
il n'y a aucune preuve , pas même le
moindre indice de Tranflation ,
soit depuis
, soit devant Clovis ; mais on a contre
ce sentiment quelque chose de plus
positif, et il est aisé de prouver que ce
n'est pas d'aujourd'hui qu'il est combattu
par une Tradition contraire .
Un ancien Manuscrit ( 2 ) parlant de
la Translation de S. Baudifle à Orleans ,
( 1) Manuscrit de l'Abbaye de sainte Geneviève..
(2 ) Manuscrit de la Bibliotheque du Roy , N° ..
XXXVIII, qui a appartenu à M. Duchesne...
dit
1988 MERCURE DE FRANCE
dit que S. Aignan en apporta le Corps
de Nismes à Orleans , et qu'il le déposa
dans l'Eglise de S. Pierre , où il
même enterré depuis : Anianus... Baudelii..
Corpus.... in Ecclesia Beati Petri extra
muros civitatis Aureliana recondit in qua
et ipse post modum repositus est . Or , jamais
l'Eglise de S. Laurent n'a porté le
nom de S. Pierre ; c'est donc dans celle
de S. Aignan que l'Auteur veut dire que
S.Baudille a été transporté , et par conséquent
il croyoit que S. Aignan lui -même
n'avoit point été enterré ailleurs. C'en est
assez pour récuser l'autorité des Actes
de ce S. Evêque , lorsqu'ils avancent qu'il
fut enterré dans l'Eglise de S. Laurent.
Aussi les Freres de sainte Marthe, qui ont
suivi exactement la Saussaye et Guyon
dans leur Catalogue des Evêques d'Or-
Jeans , se sont bien gardez de s'en rapporter
à eux au sujet de la sépulture
de S. Aignan : Tumulatus est , disent ces
Illustres Freres , in ade sancti Petri Apos
toli , nunc dicta ab ejus nomine Regalis
Collegiata sancti Aniani in urbe.
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Résumé : MEMOIRE de M.... sur le Lieu de la Sépulture de S. Aignan, Evêque d'Orleans.
Le texte traite de la sépulture de saint Aignan, évêque d'Orléans, décédé en 453. Selon les Actes de saint Aignan, recueillis par la Saussaye et Hubert, le saint aurait été initialement inhumé dans l'église de Saint-Laurent des Orgerils avant d'être transféré dans l'église dédiée à saint Pierre, aujourd'hui connue sous le nom de saint Aignan. Toutefois, cette version est contestée par un mémorialiste qui affirme que le corps de saint Aignan n'a jamais été déplacé et a toujours reposé dans l'église portant son nom. Plusieurs auteurs anciens, tels que Leodebod, abbé de Saint-Aignan, et Grégoire de Tours, confirment que les reliques de saint Aignan se trouvaient dans l'église Saint-Aignan. Le silence de certains auteurs sur un éventuel transfert est interprété comme une preuve que le corps du saint n'a jamais été déplacé. Un ancien manuscrit mentionne que saint Aignan a apporté le corps de saint Baudille à Orléans et l'a déposé dans l'église de Saint-Pierre, où il aurait lui-même été enterré. Cela renforce l'idée que l'église de Saint-Laurent n'a jamais été impliquée. Les Frères de Sainte-Marthe, dans leur catalogue des évêques d'Orléans, confirment également que saint Aignan a été enterré dans l'église Saint-Pierre, aujourd'hui connue sous le nom de Saint-Aignan. Ces témoignages convergent pour affirmer que la sépulture de saint Aignan n'a pas été déplacée et se trouve dans l'église dédiée à son nom.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 729-741
LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
Début :
Les Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la [...]
Mots clefs :
Jean-François Niceron, Lettres, Ogier Ghislain de Busbecq, Empereur, Constantinople, Ambassade , Affaires, Lettre, Roi, Turquie, Mort, Pierandrea Mattioli, Flandres, Voyage, Autriche, Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
LETTRE de M.... sur la Continuation
des Memoires du R. P. Niceron.
L
Es Memoires pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la
Képublique des Lettres , &c. continuent ,
Monsieur , d'être publiez ici avec succès
, et c'est toujours le sieur Briasson ,
Libraire , rue S. Jacques , qui les imprime.
J'ai à vous parler ici du XXII. votume
, vous ayant rendu compte de tous
les précedens.
C'est toûjours le même plan et le même
ordre , ainsi il me suffira de vous
dire que ce Tome , de 410. pages sans
les Tables , contient la Vie et le Catalogue
de 45. Sçavans , entre lesquels j'ai
choisi Auger Gislen de Busbeg , comme
un sujet qui , je m'assure , sera de votre
goût , et qui conviendra d'ailleurs pour
ne point trop exceder les bornes d'une
Lettre. Voici comment en parle notre
Auteur , page 350. de son Livre.
AUGER Gislen de Busbeq , naquit Fan
15220
730 MERCURE DE FRANCE
1522. à Comines en Flandres sur la Lys,
et fut fils naturel de Gilles Gislen , Seigneur
de Busbeq , Château sur la Lys
entre Comines et Menin , qui l'eut d'une
fille de basse condition .
Les heureuses dispositions qu'il fit voir
dès sa premiere jeunesse pour les Sciences
, engagerent son pere , qui l'élevoit
dans sa maison , à ne rien oublier pour
son instruction , et à le faire légitimer
par un Rescrit de l'Empereur Charles
Quint.
Il l'envoya étudier dans les plus celebres
Universitez , à Louvain , à Paris ,
à Venise , à Boulogne et à Padoüe , et
le jeune Busbeq fit de grands progrès
dans toutes ces Villes sous les fameux
Professeurs qu'il y suivit.
>
En 1554 il fut en Angleterre à la suite
de Pierre Lasso , que Ferdinand , Roy des
Romains , y envoyoit en Ambassade
pour assister aux Nôces de la Reine Marie
avec Philippe , fils de l'Empereur
Charles-Quint , qui se celebrerent le 5 .
Juillet 1554.
De retour en Flandres , il reçut à Lille
le 3. Novembre suivant , une Lettre de
Ferdinand par laquelle ce Prince lui
marquoit de se rendre à Vienne , pour
aller en Ambassade à Constantinople.
"
II
AVRIL 1734 731
Il ne differa de partir qu'autant de
temps qu'il lui en fallut pour aller dire
adieu à son Pere , que Valere André
peu exact sur son chapitre , a supposé
mal à propos , mort en ce temps - là ;
aussi bien qu'à ses amis.
Arrivé àVienne , il en partit aussi - tôt
pour Constantinople , où il arriva le
20. Janvier 1555. Soliman II . étoit alors
à Amasie à la tête de son Armée , et ayant
sçû son arrivée , il lui fit dire de le venir
trouver.
Il sortit de Constantinople le 5. Mars
et arriva auprès du Grand Seigneur le
7. Avril ; mais il n'eut pas grande satisfaction
de lui .
Il avoit été envoyé à la Porte pour
y demeurer en qualité d'Ambassadeur
ordinaire ; cependant il y fit très peu
de séjour. Il ne put obtenir de Soliman
qu'une Tréve de six mois ; et on jugea
à propos qu'il retournât promptement
vers Ferdinand , pour lui porter la Lettre
de l'Empereur Turc.
Il partit donc d'Amasie le 2. Juin , et
eut presque toujours la fievre jusqu'au 24.
qu'il arriva à Constantinople , d'où après
quatorze jours de repos , il reprit le chemin
de Vienne.
Le Roy des Romains le renvoya au
mois
732 MERCURE DE FRANCE
mois de Novembre à Constantinople ,
où il arriva en Janvier 1556.
Cette seconde Ambassade fut plus longue
et plus heureuse que la premiere ;
car elle dura sept ans , et finit par un
Traité contenant une Tréve de huit ans:
Busbeq , quoiqu'appliqué aux affaires
de son Ambassade , ne laissa pas de travailler
pendant son séjour en Turquie
pour la République des Lettres . Il ramassoit
des Inscriptions , acheptoit des
Manuscrits , recherchoit les Plantes rares
, et s'informoit de la nature des Animaux.
A ce second voyage il avoit mené
avec lui un Peintre , pour dessiner les
Plantes et les Animaux qui nous sont
inconnus ; et il communiqua dans la suite
ces Desseins à Pierre- André Mathiole',
qui en fit qui en fit usage dans les Livres qu'il
donna au Public.
Quelques- uns se sont imaginez que
Mathiole avoit été à son service , fondez
sur la quatriéme Lettre de Busbeq ,
écrite en 1562. où il est dit : Nihil pene
stirpium neque herbarum retuli , nisi depictarum,
quas Mathiolo servo mandaram,
et alia pleraque , & c. mais il est visible
que la ponctuation est vicieuse dans cet
endroit , et qu'il faut lire : quas Mathiolo
servo, Mandaram et alia pleraque, & c.
Fest
AVRIL. 1734:
733
c'est-à - dire qu'il gardoit ces Desseins
pour Mathiole. Ajoûtez à cela que Mathiole
dit dans l'Epitre Décicatoire de
son Commentaire sur Dioscoride , écrite
l'an 1568. qu'il y avoit 17. ans de suite
qu'il étoit Medecin de Ferdinand d'Autriche
, second fils de Maximilien I. II
a donc commencé à l'être en 1551. et
n'a pû durant ce temps servir Busbeq .
Busbeq eut pendant son séjour en Turquie
un Medecin , dont il est bon do
dire quelque chose. Il s'appelloit Guillaume
Quacquelben , et étoit natif de
Courtray en Flandres. Il fut appellé en
1548. de Louvain pour professer la Medecine
à Vienne en Autriche . Il passa
de-là à Constantinople en 1552. et y
mourut en 1561. C'étoit un homme de
Lettres , et curieux en Médailles , et Busbeq
assure dans ses Lettres , que la République
des Lettres perdit par sa mort
quantité de Remarques curieuses qu'il
vouloit mettre au jour. Mathiole , dans
ses Observations sur Dioscoride , reconnoît
qu'il lui en avoit envoyé plusieurs
qu'il avoit inserées dans son Ouvrage.
Ce Medecin avoit pour principe qu'il ne
falloit pas craindre la Peste , parce que
la crainte seule pouvoit la donner ; cependant
il la gagna et en mourut sans
vouloir
734 MERCURE DE FRANCE
vouloir presque démordre de son prémier
sentiment. Busbeq le croyoit capable
de tenir sa place à Constantinople
, quand il en seroit parti .
Busbeq ayant terminé les affaires qui
l'avoient amené en Turquie , partit de
Constantinople à la fin du mois d'Août
de l'an 1562. avec Ebrahim Strotschen ,
Polonois , que Soliman II. envoyoit à
l'Empereur Ferdinand II . et arriva en
Autriche au commencement d'Octobre;
mais comme l'Empereur étoit alors à la
Diette de Francfort , il s'y transporta par
ses ordres pour lui rendre compte de
ses Négociations . Son dessein étoit de
passer après cela le reste de ses jours dans
une vie privée ; mais il fallut qu'il se
rembarquât plus que jamais à la Cour.
On lui confia le gouvernement des
jeunes Princes , fils de Maximilien II .
que ce Prince , devenu Empereur par la
mort de Ferdinand I. son Pere , arrivée
le 25. Juillet 1564. envoya en Espagne
auprès de Philippe II. leur Oncle , sous
sa conduite .
Lorsque la Princesse Elisabeth d'Autriche
, fille du même Empereur Maximilien
, fut mariée en 1570. avec Char
les IX. Roy de France , il fut chargé
de la conduire dans ce Royaume , et demeura
AVRIL 1734 735
meura auprès d'elle , avec l'Intendance
de sa Maison et de ses affaires ; et quand
cette Princesse sortit de France après la
mort de son Mary , arrivée le 30. May
1574. elle l'y laissa pour y avoir soin de
ses affaires.
·
L'Empereur Rodolphe II . le choisit
aussi pour être son Ambassadeur à la
Cour de France ; et l'on a les Lettres qu'il
lui écrivit en cette qualité depuis le 25.
Mars 1582. jusqu'à la fin de 1585.
En 1592. il obtint de l'Empereur un
Congé de six mois pour faire un voyage
en Flandres , où sa presence étoit nécessaire
par rapport à ses affaires domestiques.
Mais quoiqu'il eût pris pour faire
ce voyage plus sûrement , des passeports
du Roy et de la Ligue , il fut volé et
maltraité dans le Village de Cailly à quatre
lieues de Rouen , par un Parti de
Ligueurs , qui cependant , sur les représentations
qu'il leur fit par rapport à son
caractere , le laisserent libre et lui rendirent
tout ce qu'ils lui avoient pris.
Le Gouverneur de Rouen ayant sçû
cette avanture , lui en fit des excuses et
lui promit de punir ceux qui l'avoient
insulté , mais Busbeq lui répondit qu'il
songeoit plutôt à se tranquiliser l'esprit
qu'à se venger de l'injure qu'on avoit
faite à sa qualité.
736 MERCURE DE FRANCE
Il ne continua pas cependant son voyage
; car se sentant incommodé , il se fit
porter au Château de Mailloc , dans le
voisinage de Cailly.
Il y mourut onze jours après , le 28.
Octobre 1592. âgé d'environ 70. ans.Son
corps fut enterré honorablement dans
l'Eglise du Lieu , et son coeur fut porté
aux Bays - Bas , pour y être mis dans le
Tombeau de ses Ancêtres.
Le bruit courut alors qu'il avoit été
tué dans un bois par des voleurs , et c'est
conformément à ce bruit qu'en ont parlé
Philippe Camérarius dans ses Méditations
historiques, Scaliger, dans le Scaligeriana,
et Juste Lipse , dans l'Epitaphe qu'il lui
a faite.
L'Archiduc Albert , Gouverneur et
puis Souverain des Pays - Bas Epagnols ,
érigea en Baronie la Terre de Busbeq ,
pour honorer la mémoire de son Gouverneur
et lui témoigner sa reconnoissance.
Maximilien , Pere de ce Prince ,
lui avoit conferé l'Ordre de Chevalerie ,
et les Lettres Patentes qu'il lui accorda
pour cela , le 3. Avril 1554. lui sont très .
honorables .
Il avoit eu dessein de se fixer en Fran
ce , dont le séjour lui plaisoit extréme
ment , et il y avoit dans ce dessein acheté
quelques Terres.
AVRIL. 1734. 737
On dit qu'il parloit sept Langues en
perfection , la Latine l'Italienne , la
Françoise , l'Espagnole , l'Allemande , la
Flamande et la Sclavone.
>
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Itinera II. Constantinopolitanum , et
Amasianum. Antuerpia , 1581. in 8. Ces
Voyages sont contenus en deux Lettres
que Busbeq adressa à NicolasMicaut , Sieur
d'Indevel , avec qui il avoit autrefois
étudié en Italie. Louis Carrion , qui en
fit faire cette premiere Edition , la dédia
au même Micaut.
2. Legationis Turcice Epistola quatuor,
quarum priores due prodierunt sub titulo
itinerum Constantinopolitani et Amasiani.
Paris. 1595. in 8. Il y a plusieurs autres
Editions de ces Lettres. Dans celle de
Francfort de l'an 1605. in 8. on a ajoûté
l'Ambassade d'Ebrahim Strotschen , dont
j'ai parlé cy-dessus. Ces Lettres qui sont
très-curieuses et très - instructives ont
été traduites en François sous ce titre :
Ambassades et Voyages en Turquie et Amasie
, de M. Busbequius , depuis l'an 1554.
jusqu'en 1562. traduit du Latin par le
S. Gaudon. Paris 1646. in 8. On en a
aussi une Traduction Allemande , imprimée
à Francfort en 1596. in 8.
3.
738 MERCURE DE FRANCE
3. De re Militari contra Turcam instituenda
Consilium A la suite des Lettres
sur son Ambassade de Turquie , tant
dans la premiere Edition de 1681. que
dans les suivantes. Item. à la page 18 .
du quatrième volume du Recueil de Nicolas
Reusner , intitulé : De Bello Turcico
selectissima Orationes et Consultationes.
Leipsia , 1596. in 4. Busbeq avoit examiné
avec beaucoup de soin l'état de la
Monarchie Ottomane et les veritables
moyens de l'attaquer avec succès
c'est ce qui fait la matiere de ce petit
Discours.
›
3
4. Augerii Gislenii Busbequii , Casaris
apud Regem Gallorum Legati , Epistola ad
Rudolphum. II. Imperatorem. è Bibliotheca
Joannis Bapt. Houvart J. C. Patricii
Bruxellensis. Louvanii , 1630. in 8.
Ces Lettres , qui sont au nombre de 53 .
s'étendent depuis le 25. Mars 1582. jusqu'à
la fin de 1585. elles ont été tradui .
tes en François par M. l'Abbé Bechet ;
Chanoine d'Usez , natif de Clermont en
Auvergne , Auteur de la Vie du Cardinal
Martinuzius , mort en 1722. âgé de
73. ans , et cette Traduction a été inserée
dans le II . Tome des Memoires de
Litterature du P. Desmolets , pag. 249 .
» Ces Lettres , dit Vigneul de Marville ,
Tom .
AVRIL. 1734. 739
❤
>
» Tom. I. de ses Melanges , pag. 52. sont
>> mieux remplies et plus utiles que celles
de Bongars . C'est un Portrait au
>> naturel des affaires de France sous le
» Regne de Henry III . Il raconte les cho-
» ses avec une naïveté si grande qu'elies
semblent se passer sous nos yeux . On ne
» trouve point ailleurs tant de faits his-
» toriques on si peu de discours . Les
» grands mouvemens comme la conspiration
d'Anvers et les petites intri-
» gues de la Cour y sont également bien.
marqués. Les attitudes , pour ainsi dire ,
» dans lesquelles il met Henry III , la .
» Reine Mere , le Duc d'Alençon , le Roy
» de Navarre , la Reine Marguerite , le
>> Duc de Guise , le Duc d'Epernon , et
» les autres Courtisans et Favoris de ce
» temps - là,nous les montrent du côté qui
» nous en découvre , à coup sûr , le fort
» et le foible , le bon et le mauvais. En
un mot , les Lettres de Busbeq sont un
modele de bien écrire pour les Ambassadeurs
qui rendent compte à leurs
Maîtres de ce qui se passe dans les
Cours où ils résident .
>>
5. Omnia quæ extant , seu Epistola ipsius
Legationum et alii Tractatus historici , et
Politici. Lugd. Bat. Elzevir , 1633. in 24.
Item . Amstelodami. Elzevir , 1660. in 24.
Voyez
740 MERCURE DE FRANCE
Voyez ses Lettres . C'est- là qu'on trouve
un détail exact de ce qui le regarde.
Bayle , Dictionnaire , son article est fait
avec beaucoup de soin. Tous les autres
Auteurs qui ont parlé de lui, sont tombez
dans des fautes grossieres et ont donné
une Relation de sa Vie , qui contredit
souvent ce qu'on trouve dans ses Let
tres. Tels sont les suivants. Valere André
, Bibliotheca Belgica : l'Auteur de sa
Vie qui est à la tête de ses Lettres à l'Empereur
Rodolphe , et que M. l'Abbé Bechet
a traduite de même que les Lettres.
Melchioris Adami vita Jurisconsultorum
Germanorum. p. 145. Freheri Theatrum Virorum
Doctorum , p. 931. Bullart , Académie
des Sciences , Tom. I. p. 80. Les
Eloges de M. de Thou , et les Additions
de Teissier.
Les autres Sçavans qui remplissent ce Volume
sont, Barthelemi Aneau, Elie Ashmole
,Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques
de Billy,Geoffroy et Jean de Billy, Adam
Blacvod , Edouard Brereword,RobertBurhill,
Louis Cappel, Louis Cappel lejeune,Jacques
Cappel, Scipion Carteromaco , Jacques Cassagne
, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner,
Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio,
Antoine Densingius, Jeremie Drexelius,Jean
Drusius,Varino Favorino,Jean Gelida, Gilbert
AVRIL. 1734. 741
"
bert Genebrard, François Godwin , Laurent
Humphrey , Jean Marsham , Nicolas Hugues
Menard , Isaac Newton , François
Pinsson Arnaud de Pontac , Antoine
Possevin , Pierre du Ryer , François Sansovino,
J.Théodore Schenkius , Joseph Marie
Suarez , Paul et François Tallemant ,
J. F. Foy Vaillant , N. Durand de Villegagnon
, Burcher de Volder , Adolphe et
Everard Vorstius.
des Memoires du R. P. Niceron.
L
Es Memoires pour servir à l'Histoire
des Hommes Illustres dans la
Képublique des Lettres , &c. continuent ,
Monsieur , d'être publiez ici avec succès
, et c'est toujours le sieur Briasson ,
Libraire , rue S. Jacques , qui les imprime.
J'ai à vous parler ici du XXII. votume
, vous ayant rendu compte de tous
les précedens.
C'est toûjours le même plan et le même
ordre , ainsi il me suffira de vous
dire que ce Tome , de 410. pages sans
les Tables , contient la Vie et le Catalogue
de 45. Sçavans , entre lesquels j'ai
choisi Auger Gislen de Busbeg , comme
un sujet qui , je m'assure , sera de votre
goût , et qui conviendra d'ailleurs pour
ne point trop exceder les bornes d'une
Lettre. Voici comment en parle notre
Auteur , page 350. de son Livre.
AUGER Gislen de Busbeq , naquit Fan
15220
730 MERCURE DE FRANCE
1522. à Comines en Flandres sur la Lys,
et fut fils naturel de Gilles Gislen , Seigneur
de Busbeq , Château sur la Lys
entre Comines et Menin , qui l'eut d'une
fille de basse condition .
Les heureuses dispositions qu'il fit voir
dès sa premiere jeunesse pour les Sciences
, engagerent son pere , qui l'élevoit
dans sa maison , à ne rien oublier pour
son instruction , et à le faire légitimer
par un Rescrit de l'Empereur Charles
Quint.
Il l'envoya étudier dans les plus celebres
Universitez , à Louvain , à Paris ,
à Venise , à Boulogne et à Padoüe , et
le jeune Busbeq fit de grands progrès
dans toutes ces Villes sous les fameux
Professeurs qu'il y suivit.
>
En 1554 il fut en Angleterre à la suite
de Pierre Lasso , que Ferdinand , Roy des
Romains , y envoyoit en Ambassade
pour assister aux Nôces de la Reine Marie
avec Philippe , fils de l'Empereur
Charles-Quint , qui se celebrerent le 5 .
Juillet 1554.
De retour en Flandres , il reçut à Lille
le 3. Novembre suivant , une Lettre de
Ferdinand par laquelle ce Prince lui
marquoit de se rendre à Vienne , pour
aller en Ambassade à Constantinople.
"
II
AVRIL 1734 731
Il ne differa de partir qu'autant de
temps qu'il lui en fallut pour aller dire
adieu à son Pere , que Valere André
peu exact sur son chapitre , a supposé
mal à propos , mort en ce temps - là ;
aussi bien qu'à ses amis.
Arrivé àVienne , il en partit aussi - tôt
pour Constantinople , où il arriva le
20. Janvier 1555. Soliman II . étoit alors
à Amasie à la tête de son Armée , et ayant
sçû son arrivée , il lui fit dire de le venir
trouver.
Il sortit de Constantinople le 5. Mars
et arriva auprès du Grand Seigneur le
7. Avril ; mais il n'eut pas grande satisfaction
de lui .
Il avoit été envoyé à la Porte pour
y demeurer en qualité d'Ambassadeur
ordinaire ; cependant il y fit très peu
de séjour. Il ne put obtenir de Soliman
qu'une Tréve de six mois ; et on jugea
à propos qu'il retournât promptement
vers Ferdinand , pour lui porter la Lettre
de l'Empereur Turc.
Il partit donc d'Amasie le 2. Juin , et
eut presque toujours la fievre jusqu'au 24.
qu'il arriva à Constantinople , d'où après
quatorze jours de repos , il reprit le chemin
de Vienne.
Le Roy des Romains le renvoya au
mois
732 MERCURE DE FRANCE
mois de Novembre à Constantinople ,
où il arriva en Janvier 1556.
Cette seconde Ambassade fut plus longue
et plus heureuse que la premiere ;
car elle dura sept ans , et finit par un
Traité contenant une Tréve de huit ans:
Busbeq , quoiqu'appliqué aux affaires
de son Ambassade , ne laissa pas de travailler
pendant son séjour en Turquie
pour la République des Lettres . Il ramassoit
des Inscriptions , acheptoit des
Manuscrits , recherchoit les Plantes rares
, et s'informoit de la nature des Animaux.
A ce second voyage il avoit mené
avec lui un Peintre , pour dessiner les
Plantes et les Animaux qui nous sont
inconnus ; et il communiqua dans la suite
ces Desseins à Pierre- André Mathiole',
qui en fit qui en fit usage dans les Livres qu'il
donna au Public.
Quelques- uns se sont imaginez que
Mathiole avoit été à son service , fondez
sur la quatriéme Lettre de Busbeq ,
écrite en 1562. où il est dit : Nihil pene
stirpium neque herbarum retuli , nisi depictarum,
quas Mathiolo servo mandaram,
et alia pleraque , & c. mais il est visible
que la ponctuation est vicieuse dans cet
endroit , et qu'il faut lire : quas Mathiolo
servo, Mandaram et alia pleraque, & c.
Fest
AVRIL. 1734:
733
c'est-à - dire qu'il gardoit ces Desseins
pour Mathiole. Ajoûtez à cela que Mathiole
dit dans l'Epitre Décicatoire de
son Commentaire sur Dioscoride , écrite
l'an 1568. qu'il y avoit 17. ans de suite
qu'il étoit Medecin de Ferdinand d'Autriche
, second fils de Maximilien I. II
a donc commencé à l'être en 1551. et
n'a pû durant ce temps servir Busbeq .
Busbeq eut pendant son séjour en Turquie
un Medecin , dont il est bon do
dire quelque chose. Il s'appelloit Guillaume
Quacquelben , et étoit natif de
Courtray en Flandres. Il fut appellé en
1548. de Louvain pour professer la Medecine
à Vienne en Autriche . Il passa
de-là à Constantinople en 1552. et y
mourut en 1561. C'étoit un homme de
Lettres , et curieux en Médailles , et Busbeq
assure dans ses Lettres , que la République
des Lettres perdit par sa mort
quantité de Remarques curieuses qu'il
vouloit mettre au jour. Mathiole , dans
ses Observations sur Dioscoride , reconnoît
qu'il lui en avoit envoyé plusieurs
qu'il avoit inserées dans son Ouvrage.
Ce Medecin avoit pour principe qu'il ne
falloit pas craindre la Peste , parce que
la crainte seule pouvoit la donner ; cependant
il la gagna et en mourut sans
vouloir
734 MERCURE DE FRANCE
vouloir presque démordre de son prémier
sentiment. Busbeq le croyoit capable
de tenir sa place à Constantinople
, quand il en seroit parti .
Busbeq ayant terminé les affaires qui
l'avoient amené en Turquie , partit de
Constantinople à la fin du mois d'Août
de l'an 1562. avec Ebrahim Strotschen ,
Polonois , que Soliman II. envoyoit à
l'Empereur Ferdinand II . et arriva en
Autriche au commencement d'Octobre;
mais comme l'Empereur étoit alors à la
Diette de Francfort , il s'y transporta par
ses ordres pour lui rendre compte de
ses Négociations . Son dessein étoit de
passer après cela le reste de ses jours dans
une vie privée ; mais il fallut qu'il se
rembarquât plus que jamais à la Cour.
On lui confia le gouvernement des
jeunes Princes , fils de Maximilien II .
que ce Prince , devenu Empereur par la
mort de Ferdinand I. son Pere , arrivée
le 25. Juillet 1564. envoya en Espagne
auprès de Philippe II. leur Oncle , sous
sa conduite .
Lorsque la Princesse Elisabeth d'Autriche
, fille du même Empereur Maximilien
, fut mariée en 1570. avec Char
les IX. Roy de France , il fut chargé
de la conduire dans ce Royaume , et demeura
AVRIL 1734 735
meura auprès d'elle , avec l'Intendance
de sa Maison et de ses affaires ; et quand
cette Princesse sortit de France après la
mort de son Mary , arrivée le 30. May
1574. elle l'y laissa pour y avoir soin de
ses affaires.
·
L'Empereur Rodolphe II . le choisit
aussi pour être son Ambassadeur à la
Cour de France ; et l'on a les Lettres qu'il
lui écrivit en cette qualité depuis le 25.
Mars 1582. jusqu'à la fin de 1585.
En 1592. il obtint de l'Empereur un
Congé de six mois pour faire un voyage
en Flandres , où sa presence étoit nécessaire
par rapport à ses affaires domestiques.
Mais quoiqu'il eût pris pour faire
ce voyage plus sûrement , des passeports
du Roy et de la Ligue , il fut volé et
maltraité dans le Village de Cailly à quatre
lieues de Rouen , par un Parti de
Ligueurs , qui cependant , sur les représentations
qu'il leur fit par rapport à son
caractere , le laisserent libre et lui rendirent
tout ce qu'ils lui avoient pris.
Le Gouverneur de Rouen ayant sçû
cette avanture , lui en fit des excuses et
lui promit de punir ceux qui l'avoient
insulté , mais Busbeq lui répondit qu'il
songeoit plutôt à se tranquiliser l'esprit
qu'à se venger de l'injure qu'on avoit
faite à sa qualité.
736 MERCURE DE FRANCE
Il ne continua pas cependant son voyage
; car se sentant incommodé , il se fit
porter au Château de Mailloc , dans le
voisinage de Cailly.
Il y mourut onze jours après , le 28.
Octobre 1592. âgé d'environ 70. ans.Son
corps fut enterré honorablement dans
l'Eglise du Lieu , et son coeur fut porté
aux Bays - Bas , pour y être mis dans le
Tombeau de ses Ancêtres.
Le bruit courut alors qu'il avoit été
tué dans un bois par des voleurs , et c'est
conformément à ce bruit qu'en ont parlé
Philippe Camérarius dans ses Méditations
historiques, Scaliger, dans le Scaligeriana,
et Juste Lipse , dans l'Epitaphe qu'il lui
a faite.
L'Archiduc Albert , Gouverneur et
puis Souverain des Pays - Bas Epagnols ,
érigea en Baronie la Terre de Busbeq ,
pour honorer la mémoire de son Gouverneur
et lui témoigner sa reconnoissance.
Maximilien , Pere de ce Prince ,
lui avoit conferé l'Ordre de Chevalerie ,
et les Lettres Patentes qu'il lui accorda
pour cela , le 3. Avril 1554. lui sont très .
honorables .
Il avoit eu dessein de se fixer en Fran
ce , dont le séjour lui plaisoit extréme
ment , et il y avoit dans ce dessein acheté
quelques Terres.
AVRIL. 1734. 737
On dit qu'il parloit sept Langues en
perfection , la Latine l'Italienne , la
Françoise , l'Espagnole , l'Allemande , la
Flamande et la Sclavone.
>
Catalogue de ses Ouvrages.
1. Itinera II. Constantinopolitanum , et
Amasianum. Antuerpia , 1581. in 8. Ces
Voyages sont contenus en deux Lettres
que Busbeq adressa à NicolasMicaut , Sieur
d'Indevel , avec qui il avoit autrefois
étudié en Italie. Louis Carrion , qui en
fit faire cette premiere Edition , la dédia
au même Micaut.
2. Legationis Turcice Epistola quatuor,
quarum priores due prodierunt sub titulo
itinerum Constantinopolitani et Amasiani.
Paris. 1595. in 8. Il y a plusieurs autres
Editions de ces Lettres. Dans celle de
Francfort de l'an 1605. in 8. on a ajoûté
l'Ambassade d'Ebrahim Strotschen , dont
j'ai parlé cy-dessus. Ces Lettres qui sont
très-curieuses et très - instructives ont
été traduites en François sous ce titre :
Ambassades et Voyages en Turquie et Amasie
, de M. Busbequius , depuis l'an 1554.
jusqu'en 1562. traduit du Latin par le
S. Gaudon. Paris 1646. in 8. On en a
aussi une Traduction Allemande , imprimée
à Francfort en 1596. in 8.
3.
738 MERCURE DE FRANCE
3. De re Militari contra Turcam instituenda
Consilium A la suite des Lettres
sur son Ambassade de Turquie , tant
dans la premiere Edition de 1681. que
dans les suivantes. Item. à la page 18 .
du quatrième volume du Recueil de Nicolas
Reusner , intitulé : De Bello Turcico
selectissima Orationes et Consultationes.
Leipsia , 1596. in 4. Busbeq avoit examiné
avec beaucoup de soin l'état de la
Monarchie Ottomane et les veritables
moyens de l'attaquer avec succès
c'est ce qui fait la matiere de ce petit
Discours.
›
3
4. Augerii Gislenii Busbequii , Casaris
apud Regem Gallorum Legati , Epistola ad
Rudolphum. II. Imperatorem. è Bibliotheca
Joannis Bapt. Houvart J. C. Patricii
Bruxellensis. Louvanii , 1630. in 8.
Ces Lettres , qui sont au nombre de 53 .
s'étendent depuis le 25. Mars 1582. jusqu'à
la fin de 1585. elles ont été tradui .
tes en François par M. l'Abbé Bechet ;
Chanoine d'Usez , natif de Clermont en
Auvergne , Auteur de la Vie du Cardinal
Martinuzius , mort en 1722. âgé de
73. ans , et cette Traduction a été inserée
dans le II . Tome des Memoires de
Litterature du P. Desmolets , pag. 249 .
» Ces Lettres , dit Vigneul de Marville ,
Tom .
AVRIL. 1734. 739
❤
>
» Tom. I. de ses Melanges , pag. 52. sont
>> mieux remplies et plus utiles que celles
de Bongars . C'est un Portrait au
>> naturel des affaires de France sous le
» Regne de Henry III . Il raconte les cho-
» ses avec une naïveté si grande qu'elies
semblent se passer sous nos yeux . On ne
» trouve point ailleurs tant de faits his-
» toriques on si peu de discours . Les
» grands mouvemens comme la conspiration
d'Anvers et les petites intri-
» gues de la Cour y sont également bien.
marqués. Les attitudes , pour ainsi dire ,
» dans lesquelles il met Henry III , la .
» Reine Mere , le Duc d'Alençon , le Roy
» de Navarre , la Reine Marguerite , le
>> Duc de Guise , le Duc d'Epernon , et
» les autres Courtisans et Favoris de ce
» temps - là,nous les montrent du côté qui
» nous en découvre , à coup sûr , le fort
» et le foible , le bon et le mauvais. En
un mot , les Lettres de Busbeq sont un
modele de bien écrire pour les Ambassadeurs
qui rendent compte à leurs
Maîtres de ce qui se passe dans les
Cours où ils résident .
>>
5. Omnia quæ extant , seu Epistola ipsius
Legationum et alii Tractatus historici , et
Politici. Lugd. Bat. Elzevir , 1633. in 24.
Item . Amstelodami. Elzevir , 1660. in 24.
Voyez
740 MERCURE DE FRANCE
Voyez ses Lettres . C'est- là qu'on trouve
un détail exact de ce qui le regarde.
Bayle , Dictionnaire , son article est fait
avec beaucoup de soin. Tous les autres
Auteurs qui ont parlé de lui, sont tombez
dans des fautes grossieres et ont donné
une Relation de sa Vie , qui contredit
souvent ce qu'on trouve dans ses Let
tres. Tels sont les suivants. Valere André
, Bibliotheca Belgica : l'Auteur de sa
Vie qui est à la tête de ses Lettres à l'Empereur
Rodolphe , et que M. l'Abbé Bechet
a traduite de même que les Lettres.
Melchioris Adami vita Jurisconsultorum
Germanorum. p. 145. Freheri Theatrum Virorum
Doctorum , p. 931. Bullart , Académie
des Sciences , Tom. I. p. 80. Les
Eloges de M. de Thou , et les Additions
de Teissier.
Les autres Sçavans qui remplissent ce Volume
sont, Barthelemi Aneau, Elie Ashmole
,Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques
de Billy,Geoffroy et Jean de Billy, Adam
Blacvod , Edouard Brereword,RobertBurhill,
Louis Cappel, Louis Cappel lejeune,Jacques
Cappel, Scipion Carteromaco , Jacques Cassagne
, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner,
Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio,
Antoine Densingius, Jeremie Drexelius,Jean
Drusius,Varino Favorino,Jean Gelida, Gilbert
AVRIL. 1734. 741
"
bert Genebrard, François Godwin , Laurent
Humphrey , Jean Marsham , Nicolas Hugues
Menard , Isaac Newton , François
Pinsson Arnaud de Pontac , Antoine
Possevin , Pierre du Ryer , François Sansovino,
J.Théodore Schenkius , Joseph Marie
Suarez , Paul et François Tallemant ,
J. F. Foy Vaillant , N. Durand de Villegagnon
, Burcher de Volder , Adolphe et
Everard Vorstius.
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Résumé : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
La lettre traite de la publication continue des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', imprimés par le sieur Briasson à Paris. Le vingt-deuxième volume contient la vie et le catalogue de 45 savants, parmi lesquels Auger Gislen de Busbeq. Né en 1522 à Comines en Flandres, Busbeq est le fils naturel de Gilles Gislen, seigneur de Busbeq. Grâce à ses dispositions pour les sciences, son père l'envoya étudier dans plusieurs universités célèbres, telles que Louvain, Paris, Venise, Boulogne et Padoue. En 1554, Busbeq se rendit en Angleterre à la suite de Pierre Lasso pour assister aux noces de la reine Marie avec Philippe, fils de l'empereur Charles Quint. De retour en Flandres, il reçut une lettre de Ferdinand, roi des Romains, l'envoyant en ambassade à Constantinople. Il arriva à Constantinople en janvier 1555 et rencontra Soliman II à Amasie. Sa première ambassade fut brève, obtenant seulement une trêve de six mois. Il retourna à Vienne et fut renvoyé à Constantinople en novembre 1555, où il resta sept ans et négocia une trêve de huit ans. Pendant son séjour en Turquie, Busbeq collecta des inscriptions, acheta des manuscrits, rechercha des plantes rares et s'informa sur la nature des animaux. Il ramena des dessins de plantes et d'animaux inconnus en Europe, qu'il communiqua à Pierre-André Matthiole pour ses ouvrages. Il eut également un médecin, Guillaume Quacquelben, qui mourut à Constantinople en 1561. Après avoir terminé ses affaires en Turquie, Busbeq retourna en Autriche en 1562. Il fut ensuite chargé de diverses missions diplomatiques, notamment la conduite des jeunes princes fils de Maximilien II en Espagne et l'escorte de la princesse Élisabeth d'Autriche en France. Il fut également ambassadeur à la cour de France pour Rodolphe II. En 1592, Busbeq obtint un congé pour se rendre en Flandres, mais fut attaqué et volé par des ligueurs près de Rouen. Il mourut peu après, le 28 octobre 1592, à l'âge d'environ 70 ans. Son corps fut enterré honorablement et son cœur porté aux Pays-Bas pour être placé dans le tombeau de ses ancêtres. Busbeq parlait sept langues et laissa plusieurs ouvrages, dont des lettres sur ses voyages et ambassades en Turquie, traduites en français et en allemand. Ses lettres sont considérées comme un modèle de rapport diplomatique. Le volume mentionne également une série de savants, parmi lesquels figurent Valère André, auteur de la 'Bibliotheca Belgica' et de lettres adressées à l'empereur Rodolphe, traduites par l'abbé Bechet. D'autres ouvrages cités incluent 'Melchioris Adami vita Jurisconsultorum Germanorum' et 'Freheri Theatrum Virorum Doctorum'. Le texte fait référence aux éloges de M. de Thou et aux additions de Teissier. La liste des savants inclut Barthelemi Aneau, Elie Ashmole, Jean d'Aubry, Guillaume de Baillou, Jacques de Billy, Geoffroy et Jean de Billy, Adam Blacvod, Edouard Brereword, Robert Burhill, Louis Cappel, Louis Cappel le jeune, Jacques Cappel, Scipion Carteromaco, Jacques Cassagne, Antoine de Chandien, Nicolas Cisner, Gaspard Contarini, Martin Antoine Delrio, Antoine Densingius, Jerémie Drexelius, Jean Drusius, Varino Favorino, Jean Gelida, Gilbert Genebrard, François Godwin, Laurent Humphrey, Jean Marsham, Nicolas Hugues Menard, Isaac Newton, François Pinsson, Arnaud de Pontac, Antoine Possevin, Pierre du Ryer, François Sansovino, J. Théodore Schenkius, Joseph Marie Suarez, Paul et François Tallemant, J. F. Foy Vaillant, N. Durand de Villegagnon, Burcher de Volder, Adolphe et Everard Vorstius. Le texte est daté d'avril 1734.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 1159-1174
LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
Début :
J'ai à vous parler ici, Monsieur, du XXIII. et du XXIV. volumes des Memoires [...]
Mots clefs :
Jérôme Bignon, Paris, Louis XIII, Mémoires, Avocat, Homme, Ouvrages, Fils, Ans, Temps, Voyage, Faveur, Jean-Pierre Niceron, Emmius, Mérite, Cardinal, Savants, Érudition, Roland Bignon, Thomas Browne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
LETTRE de M.... sur la Continuation
des Memoires du R. P. Niceron.
J'ai à vous parler ici , Monsieur , du
XXIII. et du XXIV. volumes des Memoires
pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres dans la République des Lettres que
le Sr Briasson , Libraire rue S. Jacques ',
continuë de publier avec succè . Voici
les noms des Scavans dont il est parlé
dans le premier de ces deux Volumes.
Rodolphe Agricola , Jean- Louis Guez
de Balzac, François Bernier, Jean Bernier,
Jerome Bignon , Henri Blount , Denis de
Salvaing de Boissieu , Thomas Brovvne le
Médecin , Thomas Brovvne le Théologien,
Guillaume Camden , Marc- Antoine Ca-
1 Vol.
pelli
1160 MERCURE DE FRANCE
pelli , Thomas Corneille , Robert Creyghton,
Cristophe Davenport , Louis Duret , Ubo
Emmius,Guillaume Estius, Gabriel Fano,
Nicolas Faret, Pierre Gilles , George- Henri
Goetze , Louise Labé , Adam Littleton
Nicolas Lloyd , Olivier Maillard , Jean
Maldonat ,Pierre - Martyr d'Anghiera
Pierre- Martyr Vermilio , Etienne Pavillon,
Alexandre Piccolomini , François Piccolo
mini , Jean Price , Jules - Cesar Scaliger ;
Joseph-Juste Scaliger , Jean- Ginés de Sepulveda
, Antoine Sherley , Thomas Sher-
Ley , et André Thevet.
Entre tous ces Sçavants je n'en trouve
aucun de plus distingué et de plus Illustre
, que notre célébre Jerôme Bignon,
dont l'article par conséquent soit et plus
curieux & plus agréable à lire. Vous nie
sçaurez sans doute bon gré de l'avoir
choisi par préférence , et de le voir ici
tel qu'on le trouve dans nôtre Auteur,
JEROME BIGNon.
Jerôme Bignon , nâquit à Paris , l'an
1590. de Rolland Bignon , Avocat au
Parlement , d'une ancienne Famille originaire
d'Anjou , et de Marie Ogier ,
fille de Christophe Ogier aussi Avocat au
Parlement.
Rolland Bignon , qui est mal appellé
t
1
I Vol.
JcJUIN.
1734- 1161
Jerôme dans les opuscules de Loysel
page 582. né au mois de Fevrier de l'an
15. fut un des plus Sçavans hommes
de son siècle. Il avoit été Disciple de
Mrs Roaldés et Maran , fameux Jurisconsultes
de l'Université de Toulouze ;
et lorsque le premier se retira dans celle
de Cahors il laissa sa Chaire de Professeur
en Droit à Rolland Bignon, qui , comme
cetteProfession étoit alors très honorable,
y enseigna publiquement pendant une
année , et dicta d'excellents Paratitles sur
les 5 Livres des Décretales ; étant ensuite
venu à Paris il exerça avec beaucoup
de réputation la Profession d'Avocat ,
laquelle se bornoient alors plusieurs personnes
de naissance et de merite , qui
conservoient la modération des anciennes
Moeurs , et qui étoient prévenus d'une
espece d'aversion contre la validité des
charges introduite depuis peu . Après
avoir brillé dans le Bareau il devint celébre
dans les Consultations, et fut generalement
estimé comme un homme d'une
rare suffisance, etd'une probité singuliere .
Persuadé qu'il étoit plus redevable à
son fils qu'à tout autre il ne voulut confier
son éducation qu'à lui - même. Jerôme
Bignon n'eût pas besoin d'aller chercher
une autre Ecole pour aprendre les Lan
1Vol.
gues
1162 MERCURE DE FRANCE
gues , les Humanitez , l'Eloquence , la
Philosophie , les Mathematiques , l'Histoire
, la Jurisprudence , & la Theologie .
Il aprit sous un si excellent Maître toutes
ces Sciences avec une rapidité extraordinaire
, et se vit presque à la fin de ses
Etudes dans un âge où l'on ne commence.
gueres qu'à délibérer sur les
faire étudier les Enfans .
V
moyens
dev
Dès l'âge de dix ans il donna au Public
un essai de son Erudition qui lui fit dèslors
mériter la qualité d'Auteur . C'est
une Chorographie on Description de la Terre
Sainte , qui fût une preuve des conroissances
qu'il avoit déja acquises dans l'Histoire
, la Geographie et l'Ecriture Sainte,
il n'en demeura pas là , et on fût encore
surpris de voir trois ans après paroître
deux autres Ouvrages de sa composition ,
Ouvrages qui le firent connoître à tout
ce qu'il y avoit de personnes habiles et
considerables dans la France .
Le Roy Henry IV. ayant entendu
patler de lui voulut le voir , et le choisit
pour être en qualité d'Enfant d'Honneur
auprès du Dauphin qui fut depuis
le Roy Louis XIII .
Le jeune Bignon parût à la Cour avec
des manieres tout à fait aisées et polies.
L'austerité d'une Etude assidue n'avoit
I Vol. point
JUIN 1734.
1163
" 2
point obscurci les dispositions naturelles
qu'il avoit pour paroître dans le grand
monde , et le Tumulte et les Engagements
de la Cour ne fû ent point capables
d'affoiblir l'inclination qu'il se sentoit
pour les Sciences.
Il composa en ce tems- là un Traité de
l'Excellence des Rois et du Royaume de
France , pour prouver que les Rois de
France doivent avoir la préséance sur
tous les autres Rois , qui lui attira bien
des aplaudissements. Il le dédia au Roy
Henry IV. qui l'engagea par ordre exprès
à pousser plus loin ses recherches
sur cette matiere .
Mais la Mort funeste de ce Prince arrivée
peu de tems après interrompit ce.
Projet , et détermina même M.Bignon à se
retirer de la Cour. Ce ne fut pas cependant
pour long tems , il y fut bien tôt
rapellé à la sollicitation de Nicolas le
Fevre , nouveau Précepteur du Roy Louis
XIII. et ne put se défendre d'y demeufer
jusqu'à la mort de cet ami, Il travailla
dans cet intervale à l'Edition des Formules
de Marculphe.
En 1614. il fir un voyage en Italie ;
et y visita par tout les plus Illustres d'entre
les Sçavants , qu'il convainquit par
sa présence de ce que la Renommée leur
1. Vol. avoit
1164 MERCURE DE FRANCE
avoit apris de plus incroyable en sa faveur.
Le Pape Paul V. lui donna des marques
singulieres de son estime ; le Cardinal
de Sainte Suzanne , qui n'étoit alors
qne Sécretaire des Brefs , établit avec lui
un commerce d'amitié très étroit , et le
célébre Fra - Paolo charmé de sa conver
sation , l'arrêta quelque tems à Venise
pour en profiter.
Au retour de ce voyage M. Bignon se
donna tout entier aux exercices du Barreau
, où ses premieres actions eûrent un
grand succès .
Son pere le fit pourvoir en 16 20. d'une
Charge d'Avocat General au Grand Conseil
, dans les fonctions de laquelle il surpassa
tout ce qu'on pouvoit attendre de
lui , et il s'acquit une si grande réputation
, que le Roy quelque tems après lo
nomma Conseiller d'Etat , et enfin Avocat
General au Parlement à la place de
M. Servin sur la fin de l'année 1625 .
3
Tout le monde aplaudit à ce choix . Le
Clergé même qui avoit nommé des Députez
pour prier le Roy de faire revivre
en sa faveur l'Ancien Droit , suivant lequel
un des Avocats Generaux devoit
être Clerc , ayant sçû le choix que le
Roy avoit fait de M. Bignon , ne se
I Vol.
conJUIN.
1734. 1165
Contenta pas de renoncer à ses prétentions
on faveur de cet Illustre Magistrat , mais
députa encore vers Sa Majesté pour lui
en faire des remerciments, et vers M. Bignon
pour l'en féliciter.
En effet jamais cette importante place
n'avoit été remplie plus dignement 3 car
sans parler de ses talents naturels qu'on y
vit briller dans toute leur étendue, il signala
en mille occasions sa vigueur à soutenir
les interêts du Parlement , son zele inviolable
pour la justice et sa fermeté inébranlable
contre toutes les attaques de la
faveur. Vertus dont ses envieux entrepri
rent de lui faire des crimes ; après la harangue
sincere , quoique respectueuse
qu'il prononça devant le Roy Louis XIII.
séant en son Lit de Juftice pour la vérification
de quelques Edits . Mais ce Prince
justement prévenu en sa faveur , oposa
la parfaite connoissance qu'il avoit de ses
bonnes intentions aux complots et à l'avidité
des gens d'affaires déchaînez contre
sa trop grande probité.
En 1641. résolu de ne plus vaquer
qu'aux Emplois qu'il occupoit dans le
Conseil d'Etat , il céda sa Chargé d'Avocat
General à M. Briquet son Gendre .
L'année suivante le Cardinal de Richelieu
, quoiqu'assez mal intentionné à son
égard
1. Vol. F
1165 MERCURE DE FRANCE
que
égard , le fit nommer Grand- Maître de
la Bibliothéque duRoy , dans la persuasion
le Public le destinoit par avance à
cette Charge , et seroit choqué qu'elle
fut remplie par un autre. L'amour que
M. Bignon avoit pour les Lettres la lui
fit accepter , et son désinteressement lui
fit refuser dans la suite celle de Sur - Intendant
des Finances.
M. Briquet son Gendre étant mort en
1645. il fut obligé de reprendre sa Charge
pour la conserver à son fils , et continua
de l'exercer jusqu'à sa mort , quoique
de Premier Avocat General,il fut des
venu le second.
Il fut outre cela employé à d'autres
Affaires importantes pour l'Etat ; on sçait
combien il eût de part à l'Ordonnance
de 1639. et avec combien d'équité il
exerça les Commissions de l'Arriereban ,
des Amortissemens et du Domaine , qui
lui furent confiées en differents temps.
La Reine Anne d'Autriche l'apella pen
dant sa Regence aux Conseils les plus
importants.
Ce fut lui qui accommoda, les differends
de Mrs d'Avau et Servien , Plenipotentiaires
à Munster , et qui travailla
avec Mrs de Brienne et d'Emery au
Traité d'Alliance avec la Hollande en
IVol. 1649.
JUIN 1734. 1167
1649. Il fut aussi choisi en l'année 1651 .
pour regler la grande Affaire de la Succession
de Mantoüe , et en 1654. pour
conclure le Traité avec les Villes Anseatiques.
Enfin ce grand Homme qui avoit
toujours fait servir la pieté de baze aux
autres vertus qu'il avoit constamment
pratiqué , finit par une mort précieuse
devant Dieu , le cours d'une vie si glo-.
rieuse aux yeux des hommes. Il mourut
le 7 Avril 1656. d'un Asthme dont il
avoit été attaqué dès l'Automne précédent
, mais qui ne lui fit point cesser
ses fonctions ordinaires . Il étoit alors dans
sa 67, année. Il fut enterré à S. Nicolas
du Chardonnet , où vous avez vû son
Buste de Marbre , fait de la main de Gi
rardon , avec une longue Epitaphe qui
^ commence par ces mots : Hieronimus Bignon
,sui sæculi Amor , Decus , Exemplum,
Miraculum & c.
Iln'avoitjamais voulu permettre qu'on
fit son portrait , mais on le tira pendant
qu'il portoit la parole à la grand- Chambre
; c'est pour cela que Lochon qui l'a
gravé , a mis au bas ces mots. R. Lochon
ad vivumfurtim delineavit.
Voici le Catalogue de ses Ouvrages.
1. Chorographie on Description de la
Terre Sainte, Paris 1600. Cette Description-
A. 1 Vol. Fij . qu'il
1168 MERCURE DE FRANCE
qu'il publia à l'âge de 10 ans , est plus
exacte que toutes celles qui avoient paru
auparavant.
2. Discours de la Ville de Rome Prin
cipales Antiquitez , et singularitez d'icelle.
Paris 1604. in 8. Livre peu commun , dit
l'Abbé Lenglet , et qui vient d'une personne
qui joignoit à un grand goût une
extrême exactitude.
3. Traité Sommaire de l'Election des Pa
pes. Plus le Plan du Conclave. Paris 1605,
in 8. Il y a bien de l'érudition dans ce
petit Ouvrage.
4. De l'Excellence des Rois et du Royaume
de France , traitant de la Preséance et des
Prérogatives des Rois de France par dessus
tous les autres , et des causes d'icelles.
Paris 161c . in 8. Cet Ouvrage a été fait
pour refuter celui que Diego Valdès Con
seiller de la Chambre
Royale de Grenade
,
avoit publié pour soutenir
la Preséance
des Rois d'Espagne
, sous ce Titre : de
Dignitate
Regum Hispania. Granata 1602 . in fol
5. Marculfi Monachi Formula ex Biblioteca
Regia Hier. Bignonius edidit , es
Notis illustravit . Paris 1613. in 8.Idem Are.
gentorati.1655 in 4.Id. Editio.auctior. Accessit
Liber Legis Salica, a. f. R. Pithao , et
calem BignonisNotis illustratus.Paris 1666,
I Vol.
ink
JUIN. 1734- 1189
in 4. Cette seconde Edition qui est con
sidérablement augmentée , a paru par les
soins de ses Fils . Les Notes de M.Bignon
sont si remplies d'érudition et si justes
qu'elles font encore l'admiration des
Sçavants cependant il n'avoit que 23
ans lorsqu'il les donna pour la premiere
fois.
6.Voyage de François Pyrard de Laval,
contenant sa navigation aux Indes Orien
tales , Maldives , Moluques et au Brezil
Paris 1615. in 8. Id. nouvelle Edition augmentée
de divers Traitez. Paris 1679.in 8.
C'est à Jerôme Bignon que nous sommes
redevables de la publication de ce Voyage.
Les Découvertes de Pyrard , homme de
bon sens, mais incapable de s'énoncer par
écrit , seroient demeurées ensevelies dans
l'oubli , si M. Bignon ne l'eût attiré chez
lui , l'invitant même à sa table , et n'eût
pris soin de mettre tous les soirs sur le
papier , ce qu'il tiroit à différentes reprises
de ses entretiens.
Ubbo Emmius , Sçavant Hollandois du
XVI. siécle , fait encore une très bonne
figure dans ce 23. vol. desMem . du P.Niceron,
et l'article mérite d'être lû avec attention
. Il mourut à Groningue le 9 Decem
. 1625. dans sa 79 année. Il a composé
plusieurs bons Ouvrages , dont le plus
Fiij im- I. Vol.
170 MERCURE DE FRANCE
important est celui qui concerne l'An
cienne Grece , et dont voici le titre Vetus
Gracia illustrata complectens Descriptionem
Gracia , res gestas Græcorum, statum Rerumpublicarum
Græcarum. Lugd. Bat. Elzevir.
1626. 3. vol. 8.
>
, Emmius , dit l'Auteur des Memoires ,
qui vit commencer et peut- être finir cette
Edition mit écrit le 6 Decembre
par
1625. trois jours avant sa mort ce qu'il
en pensoit. L'Imprimeur , dit- il , a fait
deux fautes. 1. İl a mis mon Ouvrage
in 8. contre la promesse qu'il m'avoit
faite de l'imprimer in folio , et a rendu
ainsi inutiles des Tables Chorographiques
que j'avois dressées avec beaucoup de soin
en cette forme , pour y être inserées et
dont le Livre a indispensablement besoin,
2º. Il a fait traîner si fort en longueur
l'impression , que le chagrin qui m'est
survenu par la mort de mon fils Egbert,
et ensuite mes infirmitez m'ont empêché
de travailler à une ample Préface que
j'avois dessein de composer lorsque le
Livre seroit prêt à paroître , et dans laquelle
j'aurois fait une comparaison entre
les anciennes Republiques Grecques [ et
celles d'à- présent , montrant ce qu'il y a
* Ce Fils mourut à Orleans
Epitaphe que son Pere lui fit &c.
et on rapporte
1Vol. de
JUIN. 1734 7171
de bon et de mauvais dans les unes et
les autres.
L'Ouvrage d'Emmius a été inseré dans
les Antiquitez Grecques de Gronovius ,
tome 4. page 85. avec des additions
Anecdotes de sa façon . Le troisiéme tome
qui contient l'Etat des principales Republiques
de la Grece , a été imprimé séparement
l'an 1632. à Leyde , chez Elzevir
en 2 vol. in 24. pour être joint au corps
des petites Républiques .
Quand ce Sçavant Homme mourut il
travailloit à l'Histoire de Philippe Roy
de Macédoine et son dessein étoit d'y
montrer pour l'usage des Provinces unies,
par quels moyens ce Prince avoit opprimé
la liberté de la Grece. Il avoit déja
conduit l'Histoire jusqu'à la 15. année du
Regne de ce Monarque.
Au reste on doit sçavoir gré au P. Niceron
d'avoir donné à cet Auteur une/
place dans ces Memoires ; car je trouve
que malgré tout son mérite il n'est guere
connu du commun des Gens de Lettres ,
sur tout dans les Provinces. L'Auteur de
la * Dissertation Historique sur l'ancienne
* Cette Dissertation est dans le Recueil des
Piéces présentées à l'Académie de Marseille pour le
Prix de l'année 1727. avec les Distours prononcez
&c. A Marseille chez Jean- Baptiste Boy , e.
$727. Fiij Aca→
172 MERCURE DE FRANCE
Académie de Marseille, n'avoit sans doute
jamais rien vû par lui même de notre
Ubbe Emmins , puisqu'en le citant il fait
du même homme deux Auteurs différents.
C'est dans la même citation que du Boulay
en latin Bullaus , Auteur de l'Histoire Latine
de l'Université de Paris , est nommé
Bouilland , par une assez plaisante méprise.
>
Passons au XXIV. Tome des Memoires.
De trente-sept Articles de Sçavans
qui le composent , je ne vous nommerai
que ceux pour lesquels je prévois que vous
vous interesserez , tels sont Juste Lipse
Pierre Belon , Pierre Patrix on Patris de
Caën , Provençal d'origine , Honorat de
Beuil de Racan , Nicolas Boileau Despreaux
et Jean Baptiste- Henri du Trousset de Valincourt.
Les autres Articles ont aussi le
mérite d'instruire agréablement , et par
conséquent leur utilité .
J'avois dessein d'insérer ici celui de
Pierre Belon du Mans , le plus grand et
le plus curieux voyageur de son temps ,
mais j'aurois excedé les bornes d'une Lettre.
Deux ou trois Remarques que je ferai
sur son sujet suffiront ici. Belon étoit
grand Physicien , bon Médecin et habile
Botaniste mais il faut convenir qu'il
n'étoit ni Geographe ni Antiquaire , ni
I Vol.
bon
JUIN. 1734. 1173**
bon Critique , cela paroît par les differentes
méprises dans lesquelles il est tombé
à cet égard, et dont j'ai donné des preuve
ailleurs , dans le Livre de ses Observations
de plusieurs singularitez et choses memorables
trouvées en Grece , Asie , Judée ,
Egypte , Arabie et autres Pays étrangers
redigees en trois Livres , avec des Figures ,
imprimé pour la premiere fois à Paris
1553. in 4. C'est cependant un bon Livre
P'exactitude de l'Auteur et par sa capacité
dans tout ce qui concerne l'Histoire
naturelle des Pays qu'il a parcourus. Il a
été traduit en latin par Charles Clusius
d'Arras et imprimé à Anvers.en 1589 .
1. vol. 8 .
par
Belon étoit l'Eleve de Pierre Gilles
attaché au Cardinal d'Armagnac , lequel
a fait deux beauxOuvrages sur le Bosphore
de Thrace , et sur la Ville de Constantinople
, mais on prétend qu'il avoit
péu profité sous un si bon Maître pour
les autres connoissances qui lui manquoient.
De retour de ses voyages , il se
retira à l'Abbaye de S. Germain des Prez,
dont étoit alors Abbé le Cardinal de
Tournon , à qui il étoit fort étroitement
* P. Gilles a aussi écrit sur d'autres sujets . Son
Article est curieux dans le XXIII . T. des Memoires
p. 403.
: I. Vol. Fv attaché
174 MERCURE DE FRANCE
attaché. Suivant les Memoires du P. Niceron
, Belon fut assassiné près de Paris)
par un de ses ennemis , l'an 1564. étant
âgé d'environ 47. ans .
Outre son Voyage du Levant , sous
le nom d'Observations , & c. nous avons
du même Auteur plusieurs autres bons
Ouvrages sur differens sujets de l'Histoire
Naturelle , qui ont été publiés de son
vivant , les uns en Latin , les autres en
François.
des Memoires du R. P. Niceron.
J'ai à vous parler ici , Monsieur , du
XXIII. et du XXIV. volumes des Memoires
pour servir à l'Histoire des Hommes
Illustres dans la République des Lettres que
le Sr Briasson , Libraire rue S. Jacques ',
continuë de publier avec succè . Voici
les noms des Scavans dont il est parlé
dans le premier de ces deux Volumes.
Rodolphe Agricola , Jean- Louis Guez
de Balzac, François Bernier, Jean Bernier,
Jerome Bignon , Henri Blount , Denis de
Salvaing de Boissieu , Thomas Brovvne le
Médecin , Thomas Brovvne le Théologien,
Guillaume Camden , Marc- Antoine Ca-
1 Vol.
pelli
1160 MERCURE DE FRANCE
pelli , Thomas Corneille , Robert Creyghton,
Cristophe Davenport , Louis Duret , Ubo
Emmius,Guillaume Estius, Gabriel Fano,
Nicolas Faret, Pierre Gilles , George- Henri
Goetze , Louise Labé , Adam Littleton
Nicolas Lloyd , Olivier Maillard , Jean
Maldonat ,Pierre - Martyr d'Anghiera
Pierre- Martyr Vermilio , Etienne Pavillon,
Alexandre Piccolomini , François Piccolo
mini , Jean Price , Jules - Cesar Scaliger ;
Joseph-Juste Scaliger , Jean- Ginés de Sepulveda
, Antoine Sherley , Thomas Sher-
Ley , et André Thevet.
Entre tous ces Sçavants je n'en trouve
aucun de plus distingué et de plus Illustre
, que notre célébre Jerôme Bignon,
dont l'article par conséquent soit et plus
curieux & plus agréable à lire. Vous nie
sçaurez sans doute bon gré de l'avoir
choisi par préférence , et de le voir ici
tel qu'on le trouve dans nôtre Auteur,
JEROME BIGNon.
Jerôme Bignon , nâquit à Paris , l'an
1590. de Rolland Bignon , Avocat au
Parlement , d'une ancienne Famille originaire
d'Anjou , et de Marie Ogier ,
fille de Christophe Ogier aussi Avocat au
Parlement.
Rolland Bignon , qui est mal appellé
t
1
I Vol.
JcJUIN.
1734- 1161
Jerôme dans les opuscules de Loysel
page 582. né au mois de Fevrier de l'an
15. fut un des plus Sçavans hommes
de son siècle. Il avoit été Disciple de
Mrs Roaldés et Maran , fameux Jurisconsultes
de l'Université de Toulouze ;
et lorsque le premier se retira dans celle
de Cahors il laissa sa Chaire de Professeur
en Droit à Rolland Bignon, qui , comme
cetteProfession étoit alors très honorable,
y enseigna publiquement pendant une
année , et dicta d'excellents Paratitles sur
les 5 Livres des Décretales ; étant ensuite
venu à Paris il exerça avec beaucoup
de réputation la Profession d'Avocat ,
laquelle se bornoient alors plusieurs personnes
de naissance et de merite , qui
conservoient la modération des anciennes
Moeurs , et qui étoient prévenus d'une
espece d'aversion contre la validité des
charges introduite depuis peu . Après
avoir brillé dans le Bareau il devint celébre
dans les Consultations, et fut generalement
estimé comme un homme d'une
rare suffisance, etd'une probité singuliere .
Persuadé qu'il étoit plus redevable à
son fils qu'à tout autre il ne voulut confier
son éducation qu'à lui - même. Jerôme
Bignon n'eût pas besoin d'aller chercher
une autre Ecole pour aprendre les Lan
1Vol.
gues
1162 MERCURE DE FRANCE
gues , les Humanitez , l'Eloquence , la
Philosophie , les Mathematiques , l'Histoire
, la Jurisprudence , & la Theologie .
Il aprit sous un si excellent Maître toutes
ces Sciences avec une rapidité extraordinaire
, et se vit presque à la fin de ses
Etudes dans un âge où l'on ne commence.
gueres qu'à délibérer sur les
faire étudier les Enfans .
V
moyens
dev
Dès l'âge de dix ans il donna au Public
un essai de son Erudition qui lui fit dèslors
mériter la qualité d'Auteur . C'est
une Chorographie on Description de la Terre
Sainte , qui fût une preuve des conroissances
qu'il avoit déja acquises dans l'Histoire
, la Geographie et l'Ecriture Sainte,
il n'en demeura pas là , et on fût encore
surpris de voir trois ans après paroître
deux autres Ouvrages de sa composition ,
Ouvrages qui le firent connoître à tout
ce qu'il y avoit de personnes habiles et
considerables dans la France .
Le Roy Henry IV. ayant entendu
patler de lui voulut le voir , et le choisit
pour être en qualité d'Enfant d'Honneur
auprès du Dauphin qui fut depuis
le Roy Louis XIII .
Le jeune Bignon parût à la Cour avec
des manieres tout à fait aisées et polies.
L'austerité d'une Etude assidue n'avoit
I Vol. point
JUIN 1734.
1163
" 2
point obscurci les dispositions naturelles
qu'il avoit pour paroître dans le grand
monde , et le Tumulte et les Engagements
de la Cour ne fû ent point capables
d'affoiblir l'inclination qu'il se sentoit
pour les Sciences.
Il composa en ce tems- là un Traité de
l'Excellence des Rois et du Royaume de
France , pour prouver que les Rois de
France doivent avoir la préséance sur
tous les autres Rois , qui lui attira bien
des aplaudissements. Il le dédia au Roy
Henry IV. qui l'engagea par ordre exprès
à pousser plus loin ses recherches
sur cette matiere .
Mais la Mort funeste de ce Prince arrivée
peu de tems après interrompit ce.
Projet , et détermina même M.Bignon à se
retirer de la Cour. Ce ne fut pas cependant
pour long tems , il y fut bien tôt
rapellé à la sollicitation de Nicolas le
Fevre , nouveau Précepteur du Roy Louis
XIII. et ne put se défendre d'y demeufer
jusqu'à la mort de cet ami, Il travailla
dans cet intervale à l'Edition des Formules
de Marculphe.
En 1614. il fir un voyage en Italie ;
et y visita par tout les plus Illustres d'entre
les Sçavants , qu'il convainquit par
sa présence de ce que la Renommée leur
1. Vol. avoit
1164 MERCURE DE FRANCE
avoit apris de plus incroyable en sa faveur.
Le Pape Paul V. lui donna des marques
singulieres de son estime ; le Cardinal
de Sainte Suzanne , qui n'étoit alors
qne Sécretaire des Brefs , établit avec lui
un commerce d'amitié très étroit , et le
célébre Fra - Paolo charmé de sa conver
sation , l'arrêta quelque tems à Venise
pour en profiter.
Au retour de ce voyage M. Bignon se
donna tout entier aux exercices du Barreau
, où ses premieres actions eûrent un
grand succès .
Son pere le fit pourvoir en 16 20. d'une
Charge d'Avocat General au Grand Conseil
, dans les fonctions de laquelle il surpassa
tout ce qu'on pouvoit attendre de
lui , et il s'acquit une si grande réputation
, que le Roy quelque tems après lo
nomma Conseiller d'Etat , et enfin Avocat
General au Parlement à la place de
M. Servin sur la fin de l'année 1625 .
3
Tout le monde aplaudit à ce choix . Le
Clergé même qui avoit nommé des Députez
pour prier le Roy de faire revivre
en sa faveur l'Ancien Droit , suivant lequel
un des Avocats Generaux devoit
être Clerc , ayant sçû le choix que le
Roy avoit fait de M. Bignon , ne se
I Vol.
conJUIN.
1734. 1165
Contenta pas de renoncer à ses prétentions
on faveur de cet Illustre Magistrat , mais
députa encore vers Sa Majesté pour lui
en faire des remerciments, et vers M. Bignon
pour l'en féliciter.
En effet jamais cette importante place
n'avoit été remplie plus dignement 3 car
sans parler de ses talents naturels qu'on y
vit briller dans toute leur étendue, il signala
en mille occasions sa vigueur à soutenir
les interêts du Parlement , son zele inviolable
pour la justice et sa fermeté inébranlable
contre toutes les attaques de la
faveur. Vertus dont ses envieux entrepri
rent de lui faire des crimes ; après la harangue
sincere , quoique respectueuse
qu'il prononça devant le Roy Louis XIII.
séant en son Lit de Juftice pour la vérification
de quelques Edits . Mais ce Prince
justement prévenu en sa faveur , oposa
la parfaite connoissance qu'il avoit de ses
bonnes intentions aux complots et à l'avidité
des gens d'affaires déchaînez contre
sa trop grande probité.
En 1641. résolu de ne plus vaquer
qu'aux Emplois qu'il occupoit dans le
Conseil d'Etat , il céda sa Chargé d'Avocat
General à M. Briquet son Gendre .
L'année suivante le Cardinal de Richelieu
, quoiqu'assez mal intentionné à son
égard
1. Vol. F
1165 MERCURE DE FRANCE
que
égard , le fit nommer Grand- Maître de
la Bibliothéque duRoy , dans la persuasion
le Public le destinoit par avance à
cette Charge , et seroit choqué qu'elle
fut remplie par un autre. L'amour que
M. Bignon avoit pour les Lettres la lui
fit accepter , et son désinteressement lui
fit refuser dans la suite celle de Sur - Intendant
des Finances.
M. Briquet son Gendre étant mort en
1645. il fut obligé de reprendre sa Charge
pour la conserver à son fils , et continua
de l'exercer jusqu'à sa mort , quoique
de Premier Avocat General,il fut des
venu le second.
Il fut outre cela employé à d'autres
Affaires importantes pour l'Etat ; on sçait
combien il eût de part à l'Ordonnance
de 1639. et avec combien d'équité il
exerça les Commissions de l'Arriereban ,
des Amortissemens et du Domaine , qui
lui furent confiées en differents temps.
La Reine Anne d'Autriche l'apella pen
dant sa Regence aux Conseils les plus
importants.
Ce fut lui qui accommoda, les differends
de Mrs d'Avau et Servien , Plenipotentiaires
à Munster , et qui travailla
avec Mrs de Brienne et d'Emery au
Traité d'Alliance avec la Hollande en
IVol. 1649.
JUIN 1734. 1167
1649. Il fut aussi choisi en l'année 1651 .
pour regler la grande Affaire de la Succession
de Mantoüe , et en 1654. pour
conclure le Traité avec les Villes Anseatiques.
Enfin ce grand Homme qui avoit
toujours fait servir la pieté de baze aux
autres vertus qu'il avoit constamment
pratiqué , finit par une mort précieuse
devant Dieu , le cours d'une vie si glo-.
rieuse aux yeux des hommes. Il mourut
le 7 Avril 1656. d'un Asthme dont il
avoit été attaqué dès l'Automne précédent
, mais qui ne lui fit point cesser
ses fonctions ordinaires . Il étoit alors dans
sa 67, année. Il fut enterré à S. Nicolas
du Chardonnet , où vous avez vû son
Buste de Marbre , fait de la main de Gi
rardon , avec une longue Epitaphe qui
^ commence par ces mots : Hieronimus Bignon
,sui sæculi Amor , Decus , Exemplum,
Miraculum & c.
Iln'avoitjamais voulu permettre qu'on
fit son portrait , mais on le tira pendant
qu'il portoit la parole à la grand- Chambre
; c'est pour cela que Lochon qui l'a
gravé , a mis au bas ces mots. R. Lochon
ad vivumfurtim delineavit.
Voici le Catalogue de ses Ouvrages.
1. Chorographie on Description de la
Terre Sainte, Paris 1600. Cette Description-
A. 1 Vol. Fij . qu'il
1168 MERCURE DE FRANCE
qu'il publia à l'âge de 10 ans , est plus
exacte que toutes celles qui avoient paru
auparavant.
2. Discours de la Ville de Rome Prin
cipales Antiquitez , et singularitez d'icelle.
Paris 1604. in 8. Livre peu commun , dit
l'Abbé Lenglet , et qui vient d'une personne
qui joignoit à un grand goût une
extrême exactitude.
3. Traité Sommaire de l'Election des Pa
pes. Plus le Plan du Conclave. Paris 1605,
in 8. Il y a bien de l'érudition dans ce
petit Ouvrage.
4. De l'Excellence des Rois et du Royaume
de France , traitant de la Preséance et des
Prérogatives des Rois de France par dessus
tous les autres , et des causes d'icelles.
Paris 161c . in 8. Cet Ouvrage a été fait
pour refuter celui que Diego Valdès Con
seiller de la Chambre
Royale de Grenade
,
avoit publié pour soutenir
la Preséance
des Rois d'Espagne
, sous ce Titre : de
Dignitate
Regum Hispania. Granata 1602 . in fol
5. Marculfi Monachi Formula ex Biblioteca
Regia Hier. Bignonius edidit , es
Notis illustravit . Paris 1613. in 8.Idem Are.
gentorati.1655 in 4.Id. Editio.auctior. Accessit
Liber Legis Salica, a. f. R. Pithao , et
calem BignonisNotis illustratus.Paris 1666,
I Vol.
ink
JUIN. 1734- 1189
in 4. Cette seconde Edition qui est con
sidérablement augmentée , a paru par les
soins de ses Fils . Les Notes de M.Bignon
sont si remplies d'érudition et si justes
qu'elles font encore l'admiration des
Sçavants cependant il n'avoit que 23
ans lorsqu'il les donna pour la premiere
fois.
6.Voyage de François Pyrard de Laval,
contenant sa navigation aux Indes Orien
tales , Maldives , Moluques et au Brezil
Paris 1615. in 8. Id. nouvelle Edition augmentée
de divers Traitez. Paris 1679.in 8.
C'est à Jerôme Bignon que nous sommes
redevables de la publication de ce Voyage.
Les Découvertes de Pyrard , homme de
bon sens, mais incapable de s'énoncer par
écrit , seroient demeurées ensevelies dans
l'oubli , si M. Bignon ne l'eût attiré chez
lui , l'invitant même à sa table , et n'eût
pris soin de mettre tous les soirs sur le
papier , ce qu'il tiroit à différentes reprises
de ses entretiens.
Ubbo Emmius , Sçavant Hollandois du
XVI. siécle , fait encore une très bonne
figure dans ce 23. vol. desMem . du P.Niceron,
et l'article mérite d'être lû avec attention
. Il mourut à Groningue le 9 Decem
. 1625. dans sa 79 année. Il a composé
plusieurs bons Ouvrages , dont le plus
Fiij im- I. Vol.
170 MERCURE DE FRANCE
important est celui qui concerne l'An
cienne Grece , et dont voici le titre Vetus
Gracia illustrata complectens Descriptionem
Gracia , res gestas Græcorum, statum Rerumpublicarum
Græcarum. Lugd. Bat. Elzevir.
1626. 3. vol. 8.
>
, Emmius , dit l'Auteur des Memoires ,
qui vit commencer et peut- être finir cette
Edition mit écrit le 6 Decembre
par
1625. trois jours avant sa mort ce qu'il
en pensoit. L'Imprimeur , dit- il , a fait
deux fautes. 1. İl a mis mon Ouvrage
in 8. contre la promesse qu'il m'avoit
faite de l'imprimer in folio , et a rendu
ainsi inutiles des Tables Chorographiques
que j'avois dressées avec beaucoup de soin
en cette forme , pour y être inserées et
dont le Livre a indispensablement besoin,
2º. Il a fait traîner si fort en longueur
l'impression , que le chagrin qui m'est
survenu par la mort de mon fils Egbert,
et ensuite mes infirmitez m'ont empêché
de travailler à une ample Préface que
j'avois dessein de composer lorsque le
Livre seroit prêt à paroître , et dans laquelle
j'aurois fait une comparaison entre
les anciennes Republiques Grecques [ et
celles d'à- présent , montrant ce qu'il y a
* Ce Fils mourut à Orleans
Epitaphe que son Pere lui fit &c.
et on rapporte
1Vol. de
JUIN. 1734 7171
de bon et de mauvais dans les unes et
les autres.
L'Ouvrage d'Emmius a été inseré dans
les Antiquitez Grecques de Gronovius ,
tome 4. page 85. avec des additions
Anecdotes de sa façon . Le troisiéme tome
qui contient l'Etat des principales Republiques
de la Grece , a été imprimé séparement
l'an 1632. à Leyde , chez Elzevir
en 2 vol. in 24. pour être joint au corps
des petites Républiques .
Quand ce Sçavant Homme mourut il
travailloit à l'Histoire de Philippe Roy
de Macédoine et son dessein étoit d'y
montrer pour l'usage des Provinces unies,
par quels moyens ce Prince avoit opprimé
la liberté de la Grece. Il avoit déja
conduit l'Histoire jusqu'à la 15. année du
Regne de ce Monarque.
Au reste on doit sçavoir gré au P. Niceron
d'avoir donné à cet Auteur une/
place dans ces Memoires ; car je trouve
que malgré tout son mérite il n'est guere
connu du commun des Gens de Lettres ,
sur tout dans les Provinces. L'Auteur de
la * Dissertation Historique sur l'ancienne
* Cette Dissertation est dans le Recueil des
Piéces présentées à l'Académie de Marseille pour le
Prix de l'année 1727. avec les Distours prononcez
&c. A Marseille chez Jean- Baptiste Boy , e.
$727. Fiij Aca→
172 MERCURE DE FRANCE
Académie de Marseille, n'avoit sans doute
jamais rien vû par lui même de notre
Ubbe Emmins , puisqu'en le citant il fait
du même homme deux Auteurs différents.
C'est dans la même citation que du Boulay
en latin Bullaus , Auteur de l'Histoire Latine
de l'Université de Paris , est nommé
Bouilland , par une assez plaisante méprise.
>
Passons au XXIV. Tome des Memoires.
De trente-sept Articles de Sçavans
qui le composent , je ne vous nommerai
que ceux pour lesquels je prévois que vous
vous interesserez , tels sont Juste Lipse
Pierre Belon , Pierre Patrix on Patris de
Caën , Provençal d'origine , Honorat de
Beuil de Racan , Nicolas Boileau Despreaux
et Jean Baptiste- Henri du Trousset de Valincourt.
Les autres Articles ont aussi le
mérite d'instruire agréablement , et par
conséquent leur utilité .
J'avois dessein d'insérer ici celui de
Pierre Belon du Mans , le plus grand et
le plus curieux voyageur de son temps ,
mais j'aurois excedé les bornes d'une Lettre.
Deux ou trois Remarques que je ferai
sur son sujet suffiront ici. Belon étoit
grand Physicien , bon Médecin et habile
Botaniste mais il faut convenir qu'il
n'étoit ni Geographe ni Antiquaire , ni
I Vol.
bon
JUIN. 1734. 1173**
bon Critique , cela paroît par les differentes
méprises dans lesquelles il est tombé
à cet égard, et dont j'ai donné des preuve
ailleurs , dans le Livre de ses Observations
de plusieurs singularitez et choses memorables
trouvées en Grece , Asie , Judée ,
Egypte , Arabie et autres Pays étrangers
redigees en trois Livres , avec des Figures ,
imprimé pour la premiere fois à Paris
1553. in 4. C'est cependant un bon Livre
P'exactitude de l'Auteur et par sa capacité
dans tout ce qui concerne l'Histoire
naturelle des Pays qu'il a parcourus. Il a
été traduit en latin par Charles Clusius
d'Arras et imprimé à Anvers.en 1589 .
1. vol. 8 .
par
Belon étoit l'Eleve de Pierre Gilles
attaché au Cardinal d'Armagnac , lequel
a fait deux beauxOuvrages sur le Bosphore
de Thrace , et sur la Ville de Constantinople
, mais on prétend qu'il avoit
péu profité sous un si bon Maître pour
les autres connoissances qui lui manquoient.
De retour de ses voyages , il se
retira à l'Abbaye de S. Germain des Prez,
dont étoit alors Abbé le Cardinal de
Tournon , à qui il étoit fort étroitement
* P. Gilles a aussi écrit sur d'autres sujets . Son
Article est curieux dans le XXIII . T. des Memoires
p. 403.
: I. Vol. Fv attaché
174 MERCURE DE FRANCE
attaché. Suivant les Memoires du P. Niceron
, Belon fut assassiné près de Paris)
par un de ses ennemis , l'an 1564. étant
âgé d'environ 47. ans .
Outre son Voyage du Levant , sous
le nom d'Observations , & c. nous avons
du même Auteur plusieurs autres bons
Ouvrages sur differens sujets de l'Histoire
Naturelle , qui ont été publiés de son
vivant , les uns en Latin , les autres en
François.
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Résumé : LETTRE de M.... sur la Continuation des Memoires du R. P. Niceron.
La lettre traite des volumes XXIII et XXIV des 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', publiés par le libraire Briasson. Elle met en lumière plusieurs savants, notamment Jérôme Bignon, né à Paris en 1590. Fils de Rolland Bignon, avocat au Parlement, et de Marie Ogier, Jérôme Bignon reçut une éducation complète incluant les langues, les humanités, l'éloquence, la philosophie, les mathématiques, l'histoire, la jurisprudence et la théologie. À dix ans, il publia une 'Chorographie ou Description de la Terre Sainte', suivie de deux autres ouvrages à treize ans. Le roi Henri IV, impressionné par son érudition, le nomma Enfant d'Honneur auprès du Dauphin. Bignon composa un traité sur l'excellence des rois de France, dédié à Henri IV. Après la mort du roi, il se retira temporairement de la cour avant d'y revenir à la demande de Nicolas Le Fèvre, précepteur de Louis XIII. En 1614, il voyagea en Italie, où il rencontra plusieurs savants illustres et reçut des marques d'estime du pape Paul V et du cardinal de Sainte Suzanne. De retour en France, Bignon reprit ses activités au barreau et fut nommé avocat général au Grand Conseil en 1620. En 1625, il devint conseiller d'État et avocat général au Parlement. Il céda sa charge d'avocat général en 1641 et fut nommé grand-maître de la Bibliothèque du Roi par le cardinal de Richelieu en 1642. Bignon fut impliqué dans plusieurs affaires importantes pour l'État, notamment l'ordonnance de 1639 et les traités de Munster et d'Alliance avec la Hollande. Il mourut le 7 avril 1656 à l'âge de 67 ans. Ses œuvres incluent la 'Chorographie de la Terre Sainte', des discours sur Rome, un traité sur l'élection des papes, et des éditions de textes juridiques. La lettre mentionne également Ubbo Emmius, un savant hollandais du XVIe siècle, connu pour son ouvrage sur l'ancienne Grèce. L'auteur exprime sa gratitude au Père Niceron pour avoir donné une place à cet auteur dans ses mémoires, notant qu'Emmius est peu connu parmi les gens de lettres. Le texte évoque également l'œuvre d'Emmius, insérée dans les 'Antiquités Grecques' de Gronovius, et mentionne ses travaux sur les républiques grecques et l'histoire de Philippe II de Macédoine. Le texte traite également de Pierre Belon, un grand voyageur, physicien, médecin et botaniste. Bien que ses compétences en géographie, antiquités et critique soient jugées insuffisantes, Belon a rédigé plusieurs ouvrages sur l'histoire naturelle des pays qu'il a visités, traduits en latin par Charles Clusius. Le texte mentionne également Pierre Gilles, maître de Belon, et ses œuvres sur le Bosphore de Thrace et Constantinople. Belon a été assassiné près de Paris en 1564 à l'âge d'environ 47 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 1352
LOGOGRYPHUS.
Début :
Primâ fronte bonum longè pretiosius auro [...]
Mots clefs :
Virtus
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHUS.
LOGOGRYPHUS.
PRimafronte bonum longè pretiofius aure
Exhibeo partes verò cumfcindor in aquas ,
Una virum prabet ; folum decet altera Numen.
Senis ex membris libeat fi tollere quartum ,
Horrida Locufta , Circeſque piacula promam.
Rurfus tolle caput , Danaumque repente videbis ,
Cujus paupertas totum eft celebrata per orbem.
Par M.... du Château du Loir,
PRimafronte bonum longè pretiofius aure
Exhibeo partes verò cumfcindor in aquas ,
Una virum prabet ; folum decet altera Numen.
Senis ex membris libeat fi tollere quartum ,
Horrida Locufta , Circeſque piacula promam.
Rurfus tolle caput , Danaumque repente videbis ,
Cujus paupertas totum eft celebrata per orbem.
Par M.... du Château du Loir,
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10
p. 115-116
ENIGME.
Début :
Je suis un composé de divers parties, [...]
Mots clefs :
Chaîne
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIG ME
JE fuis un compofé de divers parties ,
Qui font & ne font point unies
Souvent je n'ai commencement ni fin ,
De mon ventre , aiſement , on peut faire ma tête
D'un Vainqueur , quelquefois j'affure la conquête
Je fuis un ornement du fexe feminin ,
Sur plus d'un animal j'exerce ma puiffance ,
J'ai de plus d'un mortel laffé la patience ,
J'habite le lieu Saint , & les jours folemnels
J'approche en pompe des Autels ,
Mais fi laiffant là la matière ,
Par mon plus beau côté quelqu'un me confidere
Il verra que des tendres coeurs ,
Je fuis le plus doux appanage :
Et qu'on ne peut obtenir des faveurs ,
118 MERCURE DE FRANCE.
Si l'on ne feint du moins de m'avoir en partage
De plus par un choix glorieux
La Déeffe Terpficore
M'admet fréquemment dans fes jeux.
Ami Lecteur , que te dirai-je encore ?
Je n'en ai dit que trop pour me faire connoître ;
Si tu ne me tiens pas , moi je te tiens peut- être.
J
M.... de Rouen.
JE fuis un compofé de divers parties ,
Qui font & ne font point unies
Souvent je n'ai commencement ni fin ,
De mon ventre , aiſement , on peut faire ma tête
D'un Vainqueur , quelquefois j'affure la conquête
Je fuis un ornement du fexe feminin ,
Sur plus d'un animal j'exerce ma puiffance ,
J'ai de plus d'un mortel laffé la patience ,
J'habite le lieu Saint , & les jours folemnels
J'approche en pompe des Autels ,
Mais fi laiffant là la matière ,
Par mon plus beau côté quelqu'un me confidere
Il verra que des tendres coeurs ,
Je fuis le plus doux appanage :
Et qu'on ne peut obtenir des faveurs ,
118 MERCURE DE FRANCE.
Si l'on ne feint du moins de m'avoir en partage
De plus par un choix glorieux
La Déeffe Terpficore
M'admet fréquemment dans fes jeux.
Ami Lecteur , que te dirai-je encore ?
Je n'en ai dit que trop pour me faire connoître ;
Si tu ne me tiens pas , moi je te tiens peut- être.
J
M.... de Rouen.
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11
p. 144-155
ARCHITECTURE. Lettre de M.... à M. le Comte de Ch. sur le Louvre. (a)
Début :
Je veux vous faire part, Monsieur, d'une critique du péristile du Louvre que je [...]
Mots clefs :
Architecture, Façade, Louvre, Monument, Édifices, Péristyle, Palais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE. Lettre de M.... à M. le Comte de Ch. sur le Louvre. (a)
ARCHITECTURE.
Lettre de M.... à M. le Comte de Ch.
fur le Louvre. (a )
E veux vous faire part, Monfieur , d'une
queje
viens de voir dans le Mercure d'Avril . Je
connois la chaleur de votre intérêt pour ce
célebre monument , & je crois vous donner
une preuve finguliere de mon amitié ,
en vous expofant les prétendus défauts
qu'attaque ce cenfeur anonyme.
Il m'a paru un homme de l'art , mais on
découvre aifément à travers les éloges qu'il
donne à ce beau monument , que fon admiration
eft plus contrainte que fincere. Il
demande d'abord qu'on lui permette quelques
réflexions hazardées fur un de ces chefsd'oeuvres
des arts ( b ) faits pour être adorés
aveuglément dans un fiecle d'enthousiasme
& de préjugés ( reconnoît- on à ces traits
le fiécle de Louis XIV ? ) ( c) maisfaits pour
( a ) Les notes qui accompagnent cette lettre
Tont d'un Artiſte auffi éclairé qu'impartial.
(6) Le périftile.
(c) Non fans doute , le Cenfeur a pu le dire
être
JUIN. 1755. 145
être difcutés dans un fiècle fage , éclairé
enfin dans un fiécle philofophe comme le nôtre.
Ce fiécle , tout philofophe qu'il eft ,
pourra-t-il nous indiquer quelques- uns de
Les chefs - d'oeuvres qui ayent furpaffé ou
même approché de ceux du fiécle dernier
dans tous les genres ? ›
Une nouvelle du
preuve peu d'équité ,
& j'oſe dire du peu de goût de ce nouveau
cenfeur , c'eft qu'au lieu de faire élever
cette admirable façade , il eût fouhaité de
faire achever le Louvre fur les mêmes deffeins
de l'ancien ; & nous aurions , dit - il ,
fous les yeux le plus fuperbe palais de l'Europe.
L'on ne fçauroit marquer un mépris
plus injurieux pour l'architecture de Perrault
qu'en lui préférant un édifice où l'on
ne trouve ni compofition , ni proportions ,
en général de tout fiécle où l'on n'auroit pas les
lumieres néceflaires pour diftinguer ce qui eft digne
d'admiration de ce qui eft repréhensible ; il
n'y a nulle apparence que dans le fiécle paffé ce
grand ouvrage ait échappé à la critique de tant
d'habiles Artiftes qui fe diftinguerent alors ; mais
il eft arrivé ce qui arrivera toujours : quelques
défauts qu'on puiffe démontrer dans un bel ou
vrage , ce qu'il a de beau lui attirera l'admiration
, & payera avec ufure pour les défauts qui
peuvent s'y rencontrer : de là l'inutilité des critiques
, fi ce n'eft pour l'inftruction de ceux qui
étudient , de peur qu'ils n'imitent ces défauts
comme confacrés.
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
ni régles. Trois frontons enclavés les
uns dans les autres , des Caryatides placées
à un fecond étage , des ornemens à la
vérité d'un bon deffein & d'une belle exécution
, mais prefque tous déplacés , fuperflus
& prodigués fans choix. ( d )
Sur quel fondement attribuer enfuite à
l'injuftice de l'amour propre des Architectes
de Louis XIV , le refus de fuivre cet
ancien plan qu'il eftime fi fort , pour y
fubftituer par vanité leurs propres idées ?
Ne fe préfentoit- il pas un motif plus naturel
& plus équitable ? celui de mettre à
profit dans une occafion fi heureuſe & fi
rare les progrès de l'efprit humain , celui
des connoiffances & des talens , la fcience
des vraies proportions , l'eftime & la pré-
( d ) L'Auteur tombe ici dans le même défaut
qu'il reproche à fon adverſaire , en faiſant la cririque
d'un morceau qui eft rempli d'affez de
beautés pour mériter fon refpect ; d'ailleurs, quand
fon antagoniſte a dit ce qu'il lui reproche , ce
n'eft point à cette partie du Louvre qu'il faifoit
allufion , mais à celle qui du côté de la riviere ſe
trouve maſquée par ce que M. Perrault a bâti devant
, & on a en effet lieu d'en regretter la perte ,
cette partie étant , au fentiment de plufieurs , plus
belle que ce qui la cache : il eft vrai qu'elle ne
pouvoit s'allier avec le périftile du Louvre ; mais
e - il ridicule de defirer que Perrault eût trouvé
le moyen
de faire une belle chofe fans en facri
fier une autre déja faite ?
JUIN. · 1755. 147
férence de ce beau fimple à l'abondance &
à la profufion des ornemens , reffource ordinaire
de l'ignorance & du défaut de goût ?
Que réfulte - t - il du fentiment de notre
Ariftarque ? une façade de palais fans
croifées , dont on n'a pu deviner jusqu'à
préfent l'ufage & la deftination , & dont les
inconvéniens font fans nombre , & les beautés
déplacées ? Il fe donne bien de garde de
nous détailler aucune de ces beautés , ni
d'en louer les perfections. Il commence par
chercher des défauts à cette façade , pour
affoiblir l'impreffion d'admiration dont
elle frappe tous les regards , en s'efforçant
de rendre cette admiration injufte & pref
que ridicule ; mais il n'eſt aifé de combattre
avec fuccès une approbation univerfelle
, & foutenue pendant le cours de
près d'un fiécle.
pas
Il dir que l'on n'a pu deviner jufqu'à
préfent la deftination de cette façade ; mais
n'auroit-il pas dû s'en informer avant de la
condamner ? Je crois pouvoir l'en inftruire
après avoir répondu à un reproche qu'il
fait à M. Perrault , & que ce grand architecte
n'a point mérité.
Il l'accufe de n'avoir interrompu la
communication de ce périftile que pour
faire une mauvaiſe arcade & une petite
porte . Quelle apparence qu'une porte auffi
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
fimple ait été chez un auffi grand compofiteur
l'objet de cette interruption ! le bon
fens peut-il adopter une idée fifinguliere ?
Ces deux périftiles ont chacun deux portes
à leurs deux extrêmités , qui leur font
fuffifantes. Etoit - il fenfé que l'architecte .
fupprimât ou gâtât ce beau pavillon du
milieu pour donner plus d'étendue à deux
périftiles qui ont chacun plus de trentecinq
toifes : d'ailleurs quelle raiſon a- t- il
d'appeller une mauvaife arcade une porte
dont les proportions font excellentes , & à
laquelle on ne pouvoit donner qu'une forme
ceintrée fans la rendre défectueufe ?
Eft-il mieux fondé de blâmer la petite.
porte placée dans un renfoncement de
douze pieds de profondeur , & fans laquelle
il eût été impoffible de fermer le
Louvre ? Eût-on pû mettre des venteaux à
une ouverture de quarante-deux pieds de
hauteur ? Il étoit donc indifpenfable d'en
menager avec art une plus petite , que l'on
pûr ouvrir & fermer(e). Je reviens à l'ufage
f. 1
-L'Auteur.veut ici excufer un défaut inexcu→
fable , & qui eft reconnu univerfellement pour tel.
Je parle de cette porte ceintrée qui interrompt le
périftile en dedans & en dehors , ce n'eft pas là
deffus qu'il faut défendre Perrault : d'ailleurs it
eft inutile qu'une porte foit dans une autre , la
porte quarrée fufifoite, qus der
A
JUIN. 1755 . 149
& à la deſtination de cette façade , qui eft
pour notre critique un problême , & dont
je lui ai promis la folution .
Il est très- certain , & je l'ai fçu par Mrs
Defgot & Boffrand qui avoient connu M.
Perrault dans leur jeuneffe , que lorfque
Louis XIV déclara qu'il vouloit le frontifpice
de fon Louvre enrichi de tout ce
que l'architecture avoit acquis de perfection
fous fon regne , & de tout ce qu'elle
pouvoit produire de plus régulier en même-
tems , & de plus conforme aux belles
proportions & à la majeftueufe fimplicité
de l'architecture antique , il n'eut aucune
intention d'habiter jamais ce Palais , mais
feulement d'élever à fon entrée un édifice
dont la magnificence égalât & la grandeur
de fes idées , & la dignité d'une maifon que
la nation regardoit comme celle de fon
Roi , par les honneurs qu'il avoit attachés
à fes entrées. Il vouloit encore qu'elle pût
fervir aux fiécles à venir de monument &
de témoin évident & inconteſtable des
merveilles de fon regne dans tous les genres
, mais fur-tout dans celui de la perfection
des beaux Arts . Il y eut encore un autre
motif qui détermina à employer dans
cette façade tout ce que l'architecture avoit
de plus majestueux & de plus frappant . Le
deffein de M. Colbert étoit d'ouvrir une
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
large & belle rue vis- à-vis le Louvre , qui
auroit été continuée jufques à l'arc de
triomphe du fauxbourg S. Antoine , & qui
auroit fervi d'avenue au plus vafte palais
par fon enceinte qu'il y eût eu en Europe ,
puifqu'il étoit décidé qu'on éleveroit du
côté de la rue S. Honoré une galerie parallele
à l'ancienne qui eft fur la riviere ,
& qu'il n'y auroit aucun bâtiment entre le
Louvre & le palais des Tuileries. Quelle
décoration n'exigeoit pas l'objet d'un point
de vue d'une fi prodigieufe étendue ( ƒ) !
Louis XIV , en qui l'excellence d'un
goût naturel égaloit fon amour pour le
grand en tout , ne fut point fatisfait de
plufieurs deffeins qui lui furent préfentés ,
où les croifées n'avoient point été oubliées,
& fur-tout dans celui du Cavalier Bernin
(g ) : mais Perrault fçut faifir en ha-
(f)Toutes les raifons que l'Auteur apporte ici
autorifent Perrault à faire un monument de la
plus grande magnificence & d'une grandeur coloffale
, mais nullement à interrompre par une
arcade fon architecture , & à faire le milieu plein
& maffif comme il eft . A l'égard du défaut de croifées
, il est très-bien juftifié , parce qu'en effet les
niches préfenteront toujours un plus riche fpectacle
que des fenêtres.
(g ) Le projet du Bernin n'étoit pas à rejetter
parce qu'il y avoit des croifées , mais parce
qu'il ne valoit rien d'ailleurs.
JUIN. 1755- 151
bile homme l'avantage unique de la deftination
de cet édifice , & compofer cet admirable
frontifpice , où il n'étoit affervi
ni à la ftructure des palais ordinaires ni à
leurs façades percées à jour ; c'eft ce qui
lui fit concevoir & enfanter ce fublime
deffein , qui fut dans le même inſtant préfenté
, admiré & agréé par Louis XIV.
Voilà ce qui a échappé aux connoiffan
ces de l'auteur de la critique , & qui détruit
tous fes efforts pour dégrader ce bel
édifice . L'ignorance à la vérité de ce que
je viens de lui expofer , peut excufer &
même autorifer les erreurs qu'on trouve
dans la fuite de l'examen de cette façade
au fujet de fa deftination . Telle est l'impoffibilité
où l'on eût été d'y placer des
fpectateurs dans le milieu , à l'occafion des
fêtes qui auroient été données dans l'efpace
en face de ce Château ( b ) . Il n'eft cependant
pas vraisemblable qu'il n'ait jamais
oui parler du fuperbe carroufel donné
par Louis XIV dans la cour du palais
(b ) Il ne s'enfuit pas de ce que les fêtes publiques
pouvoient fe donner dans la cour des Tuileries
, qu'il fût néceffaire de remplir le milieu
du périftile , de telle maniere que perfonne ne pût
s'y placer pour voir le beau coup d'oeil de cette
grande rue , projettée jufqu'à l'arc de triomphe da
fauxbourg S, Antoine.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
·
des Tuileries qui en a gardé le nom , &
que cette cour étant beaucoup plus fpacieufe
que celle du Louvre , elle eût par
conféquent toujours été choifie pour des
fêtes . Notre Cenfeur auroit encore pû deviner
la deſtination de ce palais par une
réflexion bien fimple : c'eft que le palais
le plus fuperbe ne fçauroit être digne d'un
Roi , s'il n'a fous fes yeux & à fa bienſéance
les agrémens & la promenade d'un magnifique
jardin. Ces réflexions euffent peutêtre
moderé la vivacité de fa critique , &
l'euffent obligé de donner à Perrault les éloges
qu'il mérite , quoique l'on apperçoive
dans fes remarques une confpiration déclarée
contre notre admiration. Ce Cenfeur
peu équitable n'ayant pû fe faire illufion fur
la foibleffe des coups qu'il a portés à cette
façade admirable , qui fe bornent à fon
inutilité apparente & à l'interruption des
deux périftiles , a cherché des défauts
dans l'architecture de la façade de ce palais
du côté de la riviere , mais avec auffi
peu de fuccès. Il prétend que c'eft dans
cette partie du Louvre que Perrault avoit
eu intention de placer l'appartement du
Roi dans cette fuppofition il s'éleve vivement
contre la fimplicité indécente de
fa décoration extérieure ; il la blâme d'être
fans avant corps qui interrompent par -
UIN. 1755.
153
des repos & des maffes l'ennuyeufe monotonie
qui y regne. Cette premiere critique
tombe d'elle- même , puifque l'on
voit dans cette façade trois avant-corps ,
l'un dans le milieu qui devoit être couronné
d'un grand fronton orné de fculptures
, tel qu'il eft gravé dans les plans du
Louvre , d'après le deffein original de
Perrault , & qui font entre les mains de
tout le monde ; les deux autres font placés
aux pavillons des deux extrêmités. ( ż)
En fecond lieu , ce bâtiment dont la fimplicité
l'offenfe fi fort & le rend froid à
Les yeux , ne l'auroit point été fi les pilaftres
qui en décorent la face étoient cannelés
comme ils le doivent être , les chapitaux
corinthiens fculptés & les trois
corps décorés de médaillons couronnés de
mafques & de guirlandes , & de tous les
ornemens dont ils devoient être enrichis.
Lorfqu'il defire dans ce palais un progrès
A
(i ) L'Auteur défend mieux la façade du côté
de la riviere , qui feroit en effet plus riche fi les
pilaftres étoient cannelés & les ornemens finis ;
mais on ne peut nier que cette fuite de pilaftres
n'ait quelque chofe de nonotone , & que fi les
avant- corps étoient ornés de colonnes il en réfulteroit
plus d'agrément & de variété , fans qu'el-
Tes ôtaffent le jour, comme il le croit , puifqu'il y
en a à la façade de Verfailles qui n'obfcurciffent
point la grande galerie .
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
de magnificence fupérieure , ou au moins
égale à celle de la façade de l'entrée , il
auroit voulu fans doute le même périftile ,
mais percé par des croifées , ce qui eût
été impoffible. Ces croifées placées dans
un renfoncement de dix-fept pieds , auroient-
elles éclairé fuffifamment les
appartemens
, & n'y auroient- elles pas plutôt
jetté le fombre & la trifteffe d'un faux jour
plus infupportable que l'entiere obfcurité ?
Un autre inconvénient que l'on n'auroit
jamais pû fauver dans la continuation du
périftile , c'étoit de ne pouvoir rendre les
appartemens de cette partie doubles , &
par conféquent habitables par Sa Majefté
dans des jours de fêtes .
Je paffe fous filence ce qu'il dit de l'intérieur
de la cour : il convient avec raifon
de l'embarras prefque invincible où
furent alors les Architectes , ou de continuer
l'attique , ou en le fupprimant , de
raccorder la nouvelle architecture avec
l'ancienne. Les plus habiles de nos jours
ont tenté d'imaginer pour cet accord un
meilleur deffein que celui qu'on a exécuté
en partie , & ils ont tous avoué que leurs
efforts ont été fans fuccès.
L'Auteur finit fa critique par une affertion
dont on pourra lui difputer la vérité ;
c'eft que tout changement dans un ouvra
JUIN. 1755. 155
ge
confacré à la vénération publique , paroîtra
toujours un crime. Je puis lui répondre
que s'il eût propofé quelque chofe
de nouveau & d'un meilleur accord que
ce que l'on a exécuté dans les façades intérieures
, le public fenfé & éclairé en eût
été très - reconnoiffant , & auroit penſé
comme luis qu'une critique fondée concourt
à l'avantage des arts qu'elle éclaire , & que
les murmures ne doivent jamais empêcher
de publier ce que le goût , d'accord avec la
raison , ont approuvé. ( k )
(k ) Le réſultat de ces deux écrits eft que l'Auteur
de la lettre eft fondé dans le reproche qu'il
fait au Cenfeur du Louvre d'avoir parlé avec trop
peu de ménagement d'un édifice qui fait & qui
fera toujours , malgré fes défauts , l'admiration
de tous les gens de goût ; cependant on ne peut
pas dire que la cenfure de ce Critique manque
de jufteffe , mais qu'elle eft déplacée , dans un
tems où tous les vrais citoyens voyent avec un
plaifir qui tient du transport les préparatifs qu'on
fait pour achever ce ſuperbe monument, Elle paroit
d'autant plus repréhenfible que la multitude
non inftruite peut en conclure , que ce n'eft pas
la peine de finir un ouvrage dont on releve les
défauts avec tant d'amertume , & que d'ailleurs
il y a quelque ingratitude à reconnoître fi mal
le zéle de ceux qui s'occupent du foin de le faire
porter à fon entiere perfection.
Lettre de M.... à M. le Comte de Ch.
fur le Louvre. (a )
E veux vous faire part, Monfieur , d'une
queje
viens de voir dans le Mercure d'Avril . Je
connois la chaleur de votre intérêt pour ce
célebre monument , & je crois vous donner
une preuve finguliere de mon amitié ,
en vous expofant les prétendus défauts
qu'attaque ce cenfeur anonyme.
Il m'a paru un homme de l'art , mais on
découvre aifément à travers les éloges qu'il
donne à ce beau monument , que fon admiration
eft plus contrainte que fincere. Il
demande d'abord qu'on lui permette quelques
réflexions hazardées fur un de ces chefsd'oeuvres
des arts ( b ) faits pour être adorés
aveuglément dans un fiecle d'enthousiasme
& de préjugés ( reconnoît- on à ces traits
le fiécle de Louis XIV ? ) ( c) maisfaits pour
( a ) Les notes qui accompagnent cette lettre
Tont d'un Artiſte auffi éclairé qu'impartial.
(6) Le périftile.
(c) Non fans doute , le Cenfeur a pu le dire
être
JUIN. 1755. 145
être difcutés dans un fiècle fage , éclairé
enfin dans un fiécle philofophe comme le nôtre.
Ce fiécle , tout philofophe qu'il eft ,
pourra-t-il nous indiquer quelques- uns de
Les chefs - d'oeuvres qui ayent furpaffé ou
même approché de ceux du fiécle dernier
dans tous les genres ? ›
Une nouvelle du
preuve peu d'équité ,
& j'oſe dire du peu de goût de ce nouveau
cenfeur , c'eft qu'au lieu de faire élever
cette admirable façade , il eût fouhaité de
faire achever le Louvre fur les mêmes deffeins
de l'ancien ; & nous aurions , dit - il ,
fous les yeux le plus fuperbe palais de l'Europe.
L'on ne fçauroit marquer un mépris
plus injurieux pour l'architecture de Perrault
qu'en lui préférant un édifice où l'on
ne trouve ni compofition , ni proportions ,
en général de tout fiécle où l'on n'auroit pas les
lumieres néceflaires pour diftinguer ce qui eft digne
d'admiration de ce qui eft repréhensible ; il
n'y a nulle apparence que dans le fiécle paffé ce
grand ouvrage ait échappé à la critique de tant
d'habiles Artiftes qui fe diftinguerent alors ; mais
il eft arrivé ce qui arrivera toujours : quelques
défauts qu'on puiffe démontrer dans un bel ou
vrage , ce qu'il a de beau lui attirera l'admiration
, & payera avec ufure pour les défauts qui
peuvent s'y rencontrer : de là l'inutilité des critiques
, fi ce n'eft pour l'inftruction de ceux qui
étudient , de peur qu'ils n'imitent ces défauts
comme confacrés.
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
ni régles. Trois frontons enclavés les
uns dans les autres , des Caryatides placées
à un fecond étage , des ornemens à la
vérité d'un bon deffein & d'une belle exécution
, mais prefque tous déplacés , fuperflus
& prodigués fans choix. ( d )
Sur quel fondement attribuer enfuite à
l'injuftice de l'amour propre des Architectes
de Louis XIV , le refus de fuivre cet
ancien plan qu'il eftime fi fort , pour y
fubftituer par vanité leurs propres idées ?
Ne fe préfentoit- il pas un motif plus naturel
& plus équitable ? celui de mettre à
profit dans une occafion fi heureuſe & fi
rare les progrès de l'efprit humain , celui
des connoiffances & des talens , la fcience
des vraies proportions , l'eftime & la pré-
( d ) L'Auteur tombe ici dans le même défaut
qu'il reproche à fon adverſaire , en faiſant la cririque
d'un morceau qui eft rempli d'affez de
beautés pour mériter fon refpect ; d'ailleurs, quand
fon antagoniſte a dit ce qu'il lui reproche , ce
n'eft point à cette partie du Louvre qu'il faifoit
allufion , mais à celle qui du côté de la riviere ſe
trouve maſquée par ce que M. Perrault a bâti devant
, & on a en effet lieu d'en regretter la perte ,
cette partie étant , au fentiment de plufieurs , plus
belle que ce qui la cache : il eft vrai qu'elle ne
pouvoit s'allier avec le périftile du Louvre ; mais
e - il ridicule de defirer que Perrault eût trouvé
le moyen
de faire une belle chofe fans en facri
fier une autre déja faite ?
JUIN. · 1755. 147
férence de ce beau fimple à l'abondance &
à la profufion des ornemens , reffource ordinaire
de l'ignorance & du défaut de goût ?
Que réfulte - t - il du fentiment de notre
Ariftarque ? une façade de palais fans
croifées , dont on n'a pu deviner jusqu'à
préfent l'ufage & la deftination , & dont les
inconvéniens font fans nombre , & les beautés
déplacées ? Il fe donne bien de garde de
nous détailler aucune de ces beautés , ni
d'en louer les perfections. Il commence par
chercher des défauts à cette façade , pour
affoiblir l'impreffion d'admiration dont
elle frappe tous les regards , en s'efforçant
de rendre cette admiration injufte & pref
que ridicule ; mais il n'eſt aifé de combattre
avec fuccès une approbation univerfelle
, & foutenue pendant le cours de
près d'un fiécle.
pas
Il dir que l'on n'a pu deviner jufqu'à
préfent la deftination de cette façade ; mais
n'auroit-il pas dû s'en informer avant de la
condamner ? Je crois pouvoir l'en inftruire
après avoir répondu à un reproche qu'il
fait à M. Perrault , & que ce grand architecte
n'a point mérité.
Il l'accufe de n'avoir interrompu la
communication de ce périftile que pour
faire une mauvaiſe arcade & une petite
porte . Quelle apparence qu'une porte auffi
Gij
148 MERCURE DE FRANCE,
fimple ait été chez un auffi grand compofiteur
l'objet de cette interruption ! le bon
fens peut-il adopter une idée fifinguliere ?
Ces deux périftiles ont chacun deux portes
à leurs deux extrêmités , qui leur font
fuffifantes. Etoit - il fenfé que l'architecte .
fupprimât ou gâtât ce beau pavillon du
milieu pour donner plus d'étendue à deux
périftiles qui ont chacun plus de trentecinq
toifes : d'ailleurs quelle raiſon a- t- il
d'appeller une mauvaife arcade une porte
dont les proportions font excellentes , & à
laquelle on ne pouvoit donner qu'une forme
ceintrée fans la rendre défectueufe ?
Eft-il mieux fondé de blâmer la petite.
porte placée dans un renfoncement de
douze pieds de profondeur , & fans laquelle
il eût été impoffible de fermer le
Louvre ? Eût-on pû mettre des venteaux à
une ouverture de quarante-deux pieds de
hauteur ? Il étoit donc indifpenfable d'en
menager avec art une plus petite , que l'on
pûr ouvrir & fermer(e). Je reviens à l'ufage
f. 1
-L'Auteur.veut ici excufer un défaut inexcu→
fable , & qui eft reconnu univerfellement pour tel.
Je parle de cette porte ceintrée qui interrompt le
périftile en dedans & en dehors , ce n'eft pas là
deffus qu'il faut défendre Perrault : d'ailleurs it
eft inutile qu'une porte foit dans une autre , la
porte quarrée fufifoite, qus der
A
JUIN. 1755 . 149
& à la deſtination de cette façade , qui eft
pour notre critique un problême , & dont
je lui ai promis la folution .
Il est très- certain , & je l'ai fçu par Mrs
Defgot & Boffrand qui avoient connu M.
Perrault dans leur jeuneffe , que lorfque
Louis XIV déclara qu'il vouloit le frontifpice
de fon Louvre enrichi de tout ce
que l'architecture avoit acquis de perfection
fous fon regne , & de tout ce qu'elle
pouvoit produire de plus régulier en même-
tems , & de plus conforme aux belles
proportions & à la majeftueufe fimplicité
de l'architecture antique , il n'eut aucune
intention d'habiter jamais ce Palais , mais
feulement d'élever à fon entrée un édifice
dont la magnificence égalât & la grandeur
de fes idées , & la dignité d'une maifon que
la nation regardoit comme celle de fon
Roi , par les honneurs qu'il avoit attachés
à fes entrées. Il vouloit encore qu'elle pût
fervir aux fiécles à venir de monument &
de témoin évident & inconteſtable des
merveilles de fon regne dans tous les genres
, mais fur-tout dans celui de la perfection
des beaux Arts . Il y eut encore un autre
motif qui détermina à employer dans
cette façade tout ce que l'architecture avoit
de plus majestueux & de plus frappant . Le
deffein de M. Colbert étoit d'ouvrir une
Giij
150 MERCURE DE FRANCE .
large & belle rue vis- à-vis le Louvre , qui
auroit été continuée jufques à l'arc de
triomphe du fauxbourg S. Antoine , & qui
auroit fervi d'avenue au plus vafte palais
par fon enceinte qu'il y eût eu en Europe ,
puifqu'il étoit décidé qu'on éleveroit du
côté de la rue S. Honoré une galerie parallele
à l'ancienne qui eft fur la riviere ,
& qu'il n'y auroit aucun bâtiment entre le
Louvre & le palais des Tuileries. Quelle
décoration n'exigeoit pas l'objet d'un point
de vue d'une fi prodigieufe étendue ( ƒ) !
Louis XIV , en qui l'excellence d'un
goût naturel égaloit fon amour pour le
grand en tout , ne fut point fatisfait de
plufieurs deffeins qui lui furent préfentés ,
où les croifées n'avoient point été oubliées,
& fur-tout dans celui du Cavalier Bernin
(g ) : mais Perrault fçut faifir en ha-
(f)Toutes les raifons que l'Auteur apporte ici
autorifent Perrault à faire un monument de la
plus grande magnificence & d'une grandeur coloffale
, mais nullement à interrompre par une
arcade fon architecture , & à faire le milieu plein
& maffif comme il eft . A l'égard du défaut de croifées
, il est très-bien juftifié , parce qu'en effet les
niches préfenteront toujours un plus riche fpectacle
que des fenêtres.
(g ) Le projet du Bernin n'étoit pas à rejetter
parce qu'il y avoit des croifées , mais parce
qu'il ne valoit rien d'ailleurs.
JUIN. 1755- 151
bile homme l'avantage unique de la deftination
de cet édifice , & compofer cet admirable
frontifpice , où il n'étoit affervi
ni à la ftructure des palais ordinaires ni à
leurs façades percées à jour ; c'eft ce qui
lui fit concevoir & enfanter ce fublime
deffein , qui fut dans le même inſtant préfenté
, admiré & agréé par Louis XIV.
Voilà ce qui a échappé aux connoiffan
ces de l'auteur de la critique , & qui détruit
tous fes efforts pour dégrader ce bel
édifice . L'ignorance à la vérité de ce que
je viens de lui expofer , peut excufer &
même autorifer les erreurs qu'on trouve
dans la fuite de l'examen de cette façade
au fujet de fa deftination . Telle est l'impoffibilité
où l'on eût été d'y placer des
fpectateurs dans le milieu , à l'occafion des
fêtes qui auroient été données dans l'efpace
en face de ce Château ( b ) . Il n'eft cependant
pas vraisemblable qu'il n'ait jamais
oui parler du fuperbe carroufel donné
par Louis XIV dans la cour du palais
(b ) Il ne s'enfuit pas de ce que les fêtes publiques
pouvoient fe donner dans la cour des Tuileries
, qu'il fût néceffaire de remplir le milieu
du périftile , de telle maniere que perfonne ne pût
s'y placer pour voir le beau coup d'oeil de cette
grande rue , projettée jufqu'à l'arc de triomphe da
fauxbourg S, Antoine.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
·
des Tuileries qui en a gardé le nom , &
que cette cour étant beaucoup plus fpacieufe
que celle du Louvre , elle eût par
conféquent toujours été choifie pour des
fêtes . Notre Cenfeur auroit encore pû deviner
la deſtination de ce palais par une
réflexion bien fimple : c'eft que le palais
le plus fuperbe ne fçauroit être digne d'un
Roi , s'il n'a fous fes yeux & à fa bienſéance
les agrémens & la promenade d'un magnifique
jardin. Ces réflexions euffent peutêtre
moderé la vivacité de fa critique , &
l'euffent obligé de donner à Perrault les éloges
qu'il mérite , quoique l'on apperçoive
dans fes remarques une confpiration déclarée
contre notre admiration. Ce Cenfeur
peu équitable n'ayant pû fe faire illufion fur
la foibleffe des coups qu'il a portés à cette
façade admirable , qui fe bornent à fon
inutilité apparente & à l'interruption des
deux périftiles , a cherché des défauts
dans l'architecture de la façade de ce palais
du côté de la riviere , mais avec auffi
peu de fuccès. Il prétend que c'eft dans
cette partie du Louvre que Perrault avoit
eu intention de placer l'appartement du
Roi dans cette fuppofition il s'éleve vivement
contre la fimplicité indécente de
fa décoration extérieure ; il la blâme d'être
fans avant corps qui interrompent par -
UIN. 1755.
153
des repos & des maffes l'ennuyeufe monotonie
qui y regne. Cette premiere critique
tombe d'elle- même , puifque l'on
voit dans cette façade trois avant-corps ,
l'un dans le milieu qui devoit être couronné
d'un grand fronton orné de fculptures
, tel qu'il eft gravé dans les plans du
Louvre , d'après le deffein original de
Perrault , & qui font entre les mains de
tout le monde ; les deux autres font placés
aux pavillons des deux extrêmités. ( ż)
En fecond lieu , ce bâtiment dont la fimplicité
l'offenfe fi fort & le rend froid à
Les yeux , ne l'auroit point été fi les pilaftres
qui en décorent la face étoient cannelés
comme ils le doivent être , les chapitaux
corinthiens fculptés & les trois
corps décorés de médaillons couronnés de
mafques & de guirlandes , & de tous les
ornemens dont ils devoient être enrichis.
Lorfqu'il defire dans ce palais un progrès
A
(i ) L'Auteur défend mieux la façade du côté
de la riviere , qui feroit en effet plus riche fi les
pilaftres étoient cannelés & les ornemens finis ;
mais on ne peut nier que cette fuite de pilaftres
n'ait quelque chofe de nonotone , & que fi les
avant- corps étoient ornés de colonnes il en réfulteroit
plus d'agrément & de variété , fans qu'el-
Tes ôtaffent le jour, comme il le croit , puifqu'il y
en a à la façade de Verfailles qui n'obfcurciffent
point la grande galerie .
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
de magnificence fupérieure , ou au moins
égale à celle de la façade de l'entrée , il
auroit voulu fans doute le même périftile ,
mais percé par des croifées , ce qui eût
été impoffible. Ces croifées placées dans
un renfoncement de dix-fept pieds , auroient-
elles éclairé fuffifamment les
appartemens
, & n'y auroient- elles pas plutôt
jetté le fombre & la trifteffe d'un faux jour
plus infupportable que l'entiere obfcurité ?
Un autre inconvénient que l'on n'auroit
jamais pû fauver dans la continuation du
périftile , c'étoit de ne pouvoir rendre les
appartemens de cette partie doubles , &
par conféquent habitables par Sa Majefté
dans des jours de fêtes .
Je paffe fous filence ce qu'il dit de l'intérieur
de la cour : il convient avec raifon
de l'embarras prefque invincible où
furent alors les Architectes , ou de continuer
l'attique , ou en le fupprimant , de
raccorder la nouvelle architecture avec
l'ancienne. Les plus habiles de nos jours
ont tenté d'imaginer pour cet accord un
meilleur deffein que celui qu'on a exécuté
en partie , & ils ont tous avoué que leurs
efforts ont été fans fuccès.
L'Auteur finit fa critique par une affertion
dont on pourra lui difputer la vérité ;
c'eft que tout changement dans un ouvra
JUIN. 1755. 155
ge
confacré à la vénération publique , paroîtra
toujours un crime. Je puis lui répondre
que s'il eût propofé quelque chofe
de nouveau & d'un meilleur accord que
ce que l'on a exécuté dans les façades intérieures
, le public fenfé & éclairé en eût
été très - reconnoiffant , & auroit penſé
comme luis qu'une critique fondée concourt
à l'avantage des arts qu'elle éclaire , & que
les murmures ne doivent jamais empêcher
de publier ce que le goût , d'accord avec la
raison , ont approuvé. ( k )
(k ) Le réſultat de ces deux écrits eft que l'Auteur
de la lettre eft fondé dans le reproche qu'il
fait au Cenfeur du Louvre d'avoir parlé avec trop
peu de ménagement d'un édifice qui fait & qui
fera toujours , malgré fes défauts , l'admiration
de tous les gens de goût ; cependant on ne peut
pas dire que la cenfure de ce Critique manque
de jufteffe , mais qu'elle eft déplacée , dans un
tems où tous les vrais citoyens voyent avec un
plaifir qui tient du transport les préparatifs qu'on
fait pour achever ce ſuperbe monument, Elle paroit
d'autant plus repréhenfible que la multitude
non inftruite peut en conclure , que ce n'eft pas
la peine de finir un ouvrage dont on releve les
défauts avec tant d'amertume , & que d'ailleurs
il y a quelque ingratitude à reconnoître fi mal
le zéle de ceux qui s'occupent du foin de le faire
porter à fon entiere perfection.
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Résumé : ARCHITECTURE. Lettre de M.... à M. le Comte de Ch. sur le Louvre. (a)
La lettre de M.... à M. le Comte de Ch. aborde une critique anonyme publiée dans le Mercure d'avril concernant l'architecture du Louvre. L'auteur de la lettre reconnaît l'intérêt du comte pour ce monument et partage les critiques formulées par le censeur anonyme, qualifié d'homme de l'art. Ce dernier propose des réflexions sur le Louvre, affirmant que les œuvres du siècle de Louis XIV doivent être adorées aveuglément, tandis que le siècle actuel, plus sage et éclairé, peut les discuter. Le censeur critique la façade actuelle, préférant l'achèvement du Louvre selon les anciens plans, qu'il juge plus superbe. Il reproche à l'architecture de Perrault son manque de composition et de proportions, et déplore l'absence de croisées. La lettre défend Perrault en expliquant que Louis XIV n'avait pas l'intention d'habiter le Louvre, mais de créer un monument magnifiquement décoré pour témoigner de la grandeur de son règne. Elle souligne également que la façade actuelle répondait à un projet urbanistique ambitieux, incluant une large rue et une galerie parallèle. La critique du censeur est jugée inéquitable et manquant de goût, notamment en ce qui concerne l'interruption des péristyles et l'absence de croisées. Le texte discute également des défis architecturaux rencontrés lors de la construction de la façade du château de Versailles. L'auteur souligne que, bien que la grande galerie soit bien éclairée, il aurait été impossible de percer des croisées dans la façade pour éclairer les appartements sans créer une lumière insupportable. De plus, la continuité du péristyle aurait empêché de rendre les appartements doubles et habitables lors des jours de fête. L'auteur reconnaît les difficultés rencontrées par les architectes pour concilier l'ancienne et la nouvelle architecture, et mentionne que même les experts actuels n'ont pas trouvé de meilleure solution. La critique se termine par une réflexion sur les changements apportés aux ouvrages consacrés à la vénération publique, qualifiés de 'crime'. L'auteur répond que des critiques constructives peuvent contribuer à l'amélioration des arts. La censure du critique est jugée mal placée, surtout en période de préparatifs pour achever le monument, et pourrait décourager le public non instruit et sembler ingrate envers ceux qui travaillent à la perfection de l'ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 150-151
VERS adressés à M. FAVART, le jour de la première représentation de sa Piéce au sujet de la PAIX.
Début :
OUI, je te reconnois à ton nouvel ouvrage, [...]
Mots clefs :
Vers, Paix, Humanité, Histoire, Philosophie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS adressés à M. FAVART, le jour de la première représentation de sa Piéce au sujet de la PAIX.
VERS adreffés à . M. FAVART , le
jour de la première repréfentationide
fa Piéce au fujer de la PAIX.
OUU 1 , je te reconnois à ton nouvel ouvrages.
Favart , il eft digne de toi :
AVRIL. 1763. 151
En Philofophe, en homme ſage ,
De tes talens tu fais emploi ;
Nous devons tous te rendre hommage.
Chacun avec tranſport lira tes vers charmans ;
Le feu de ton génie y grave en traits de flamme
ces beaux fentimens
Ces vertus ,
Qui font l'image de ton âme.
Tu peins l'humanité prodiguant les bienfaits ;
L'amour modefte & vrai , l'amitié tendre & fûre
Les Rois Pères de leurs Sujets ,
Les héros amis de la Paix :
Tout refpire en tes vers l'honneur & la droiture .
Jouis , mon cher Eavart , de tes fuccès heureux;
Ils honorent ton fiécle , en te comblant de gloire;
Ce jour va faire époque dans l'Hiſtoire ;
Et tous les coeurs honnêtes , vertueux,
Seront toujours , pour toi , le Temple de Mémoire.
Par M...
jour de la première repréfentationide
fa Piéce au fujer de la PAIX.
OUU 1 , je te reconnois à ton nouvel ouvrages.
Favart , il eft digne de toi :
AVRIL. 1763. 151
En Philofophe, en homme ſage ,
De tes talens tu fais emploi ;
Nous devons tous te rendre hommage.
Chacun avec tranſport lira tes vers charmans ;
Le feu de ton génie y grave en traits de flamme
ces beaux fentimens
Ces vertus ,
Qui font l'image de ton âme.
Tu peins l'humanité prodiguant les bienfaits ;
L'amour modefte & vrai , l'amitié tendre & fûre
Les Rois Pères de leurs Sujets ,
Les héros amis de la Paix :
Tout refpire en tes vers l'honneur & la droiture .
Jouis , mon cher Eavart , de tes fuccès heureux;
Ils honorent ton fiécle , en te comblant de gloire;
Ce jour va faire époque dans l'Hiſtoire ;
Et tous les coeurs honnêtes , vertueux,
Seront toujours , pour toi , le Temple de Mémoire.
Par M...
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Résumé : VERS adressés à M. FAVART, le jour de la première représentation de sa Piéce au sujet de la PAIX.
Le poème célèbre la première représentation de la pièce de Favart au théâtre de la Paix en avril 1763. L'auteur admire les talents de Favart, ses vers charmants et ses nobles sentiments. Il met en avant l'humanité, l'amour modeste, l'amitié, les rois bienveillants et les héros pacifiques. Les succès de Favart honorent son siècle et seront toujours rappelés par les cœurs vertueux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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