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1
p. 244-245
II.
Début :
Merveilleux inconnu, quoy que souvent visible, [...]
Mots clefs :
Esprits, Écrits, Astre, Caverne, Flux
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texteReconnaissance textuelle : II.
II. Erveilleux inconnu
, quoy que
Couvent visible,
- Que tu furprens lesyeux, & charmes
les esprits!
Detes rares effets la causeimperceptible,
Nesipeut expliquerpar deffavant
écrits.
- Quedigs-joe ?suansvcheercherrfnAstereq,ui te Ilnefaut que passeraucreuxdune C..
verne,
T boire sans Argent, pour ne tignorer
fins.
Sansconsulter Platon,Aristote, ny Pline*
On connaîttrop ton oriqine,
Si-tostqu'uneBourseale Flux.
1
RAULT,deRoüen.
, quoy que
Couvent visible,
- Que tu furprens lesyeux, & charmes
les esprits!
Detes rares effets la causeimperceptible,
Nesipeut expliquerpar deffavant
écrits.
- Quedigs-joe ?suansvcheercherrfnAstereq,ui te Ilnefaut que passeraucreuxdune C..
verne,
T boire sans Argent, pour ne tignorer
fins.
Sansconsulter Platon,Aristote, ny Pline*
On connaîttrop ton oriqine,
Si-tostqu'uneBourseale Flux.
1
RAULT,deRoüen.
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2
p. 66-76
LETTRE DE MADAME de Saliez, à Mrs l'Academie des Ricovrati de Padouë.
Début :
Je croy vous avoir mandé que l'Academie des Ricovrati / Messieurs, Les Lettres Patentes que vous avez fait expedier en ma [...]
Mots clefs :
Académie des Ricovrati de Padoue, Monde, Langue, Sexe, Écrits, Dames, Académie française, Siècle, Académie royale d'Arles
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MADAME de Saliez, à Mrs l'Academie des Ricovrati de Padouë.
Jecroy vous avoir mandé-
-;
que l'Academie des Ricovrati
de Padoüe
,
ayant donné des
Lettres d'association à beaucou p
de Dames d'un fore
grand merite, ceux qui composent cet illustre Corps, en
avoient aussi envoyé à Madame de Saliez,Viguiere
d'Albi. Il y a
long-temps
que ses Ouvrages vous l'ont
fait connoistre. La réponse
qu'elle a
faite à cette gavante Compagnie) est tres-digned'elle, & ellevous doit plaire
d'autant plus, qu'outre qu'elle y
soûtient noblement
les avantages de son Sexe,
elle a
trouvé moyen d'y
meslerl'éloge denostre Auguste Monarque. En voicyles termes.
LETTRE -1
DE MADAM,E3
de Saliez, à Mrs de PAca*- -i
demie des Ricovrati de al
Padouë. M
ESSIEVRS,
Les Lettres Patentes quenjour in
ave;~ fait expr
dier en. ma fà- ave% -3 fait expedier en. ma fiieveur.,,pour medonnerune place ~;
dans voflre celelre Academie"
«_
!
efiant en Langue Italienne, il U
semble que les très-humbles r.t- -y
merciemens que je vous jaisr
devraientejlre auJji en Italien
>
mais outre que Jenen connais
pas aetez toutes les delicateffis
y
CJT1 qu'il efl indiffèrent en quelle
Langue l'on parle a des personnes qui les pojJedcllttOUks.) quel
moyen, quand on a
le bonheur
d'êtreSujette de LOVIS LE
GRANDt de preferer un
Autre Langage à celuy qui régne dans ses Etats> C4 duquel
ilJefertpour nous donner desi
juste-s & de si douces Loixî
Tandis que toutes les Nations
du monde qui aimentses vertus,
ofi qui craignent sa ptfijjknce
>
apprennent à parler comme nous,
<
je ne puis m'attacher qu'à une'
Langue qui va devenir universelle
p
& que nojlresçavants
AcademieFrançoift a
mise en
un si haut point de perfection>
quelle eflplussevere
,
plusmoaejie
,
*
presque aussiferrée &
aujft fécondé que la Latine.
f*avouéyMoeurs, quemts
Ecrits ne peuvent pas vous prouruer cette vérité.Née dans la
Province, & n'ayant pointejlé
à Paris corriger les défauts de
mon Langage, comme Yonalloit
autrefoisL) corriger <->àAt-henes ceux
de la LangueAsiatique> je rit
q
puis ecrireavec la mesme jufa
l
teJJè que Mesdames de Scudery
,
)
des Houlieres, Dacier) &
i
de Ville-Dieu9qui font si diJ
» gnes du rang que vous leur ave^
donnéparmy vous. La hauteur
de leur e/prit a
eslé fecondéc
d'une jïtuation heureuse
au milieu de n?aris> & animée par la
'Ueué. er par lufage du grand
& du beau monde. taujfi ces
'Dames font-dles devenues un
des miracles de ce
SiecleJ& leurs
Ecrits étonneront bien plus la
pofleritéyque ceux des Femmes
dessieclespa/fez
ne nous étonnent.Je
croy quïlm'eji permis
de vous dire
,
^Hcffieurs
>
afin
que vous ne vous repentIez pas
de l'honneur
que vous m'ave%
faity que bien que mes écrits
joient infiniment au dejjous des
leursy ils ont fouveHt d'heureux
succés. Von y voit la nature
toutepure>&ce caraflere aisé ne
déplaift point. Enfin puis que
mes Ouvrages mont attirévofirf
estime,personnen'efl plus en
droit de les condamner. Vous tenez dans le monde la place de
ces fameux Grecs qui décidoient
du merite des Auteurs, aujJibien que de celuy des Heros.
Fous les furpajfie^mesme pas
une
Une droiture de cœur qui vous
fait rendrejuflice à mon Sexe,
en me recevant dans vojlre illttstre Academie
3
& naffefiant
point une diftinElion que le Ciel
e la Nature nont jamais ett
dejjein de mettre entre les hommcs & nous. Leur jalousie la
fitnaijlre> nostre modeflie l'a
souffertey & sans que nous
ayons troublé le monde par nos
plaintes, les hommes commencent
àse repentir de leur usurpation
3 & lever empire tirannique va
tomber de luy-mesme. Déjàl*Academie Royale d'Arles afuinjy
njoftre exemple à noflre érard,
Cm- de nos meilleurs Scrivainé
ont traité à fond de l'égalité
des Sexes
,
qui ne si contesse
plus en France depuis que
nojlre jufle Monarqueeflirne c5r
récompense le mente de l'un &
de l'attire Sexe. NtoublicZ pas
MejJieurs, cette marque deÇon
équité dans les Eloges que vous
luy 7 donnez. J JeT Jçay que cet
auguste fujct remplit jouvent
'Vos gavantes veilles. Quelle
occupation -" pourrie^-vous ,trouver plus digne de vous; & quels
Homeres peut trouver ce
JÈJeros
plus dignes de luy? Mais quelques idées que la Renommée vous
donne de fis vertus> vous rien
comprendrez jamais quunepartie; le bonheur de lesconnoiflre
toutes en reservé à [es heureux
Sujetssurlesquels il regne par
amourplusœbfolument que tous
les autres Rois ne regnentsur les
leurs par la terreur & par la
crainte. Il gouverne avec tant
t
de douceur un Peuple naturelle
t ment fournis a ses Monarques,
>
& dont il fait les delices
y
que
j
chacun sacrifieroit avec plaifr
\pour luyses biens £7*sa vie. Il
h
Aime ses Sujets autant qu'il en
est aimé7 & cejl sans doute en
à
cela que confîfle la plus veritable st) la plus feure félicité da
Rois. Vous voyez, Messieurss
que je confirme mon caraéhrc
doux eJimple, en ne vous parlant que de la honte de [on toeur. Je laisse au flde sublime à le representer telqu'il cft à la resse
de Jes yérméesiportant la frayeur
che% ses EnnemÚ. Cependant»
MessieursJ toute la France vous
eftobligée del'ïnterst que mous
prenez. à sa gloire) C' cette raison nesspasmoins puyfante que
la f!lrace que vous mame%faite>
pour mengagera ejlre pour m'engagerA, toute ma eprc toute ma
'Vie, Moeurs
>
voflre»&c
A Albi lezs. Sept. 1689
-;
que l'Academie des Ricovrati
de Padoüe
,
ayant donné des
Lettres d'association à beaucou p
de Dames d'un fore
grand merite, ceux qui composent cet illustre Corps, en
avoient aussi envoyé à Madame de Saliez,Viguiere
d'Albi. Il y a
long-temps
que ses Ouvrages vous l'ont
fait connoistre. La réponse
qu'elle a
faite à cette gavante Compagnie) est tres-digned'elle, & ellevous doit plaire
d'autant plus, qu'outre qu'elle y
soûtient noblement
les avantages de son Sexe,
elle a
trouvé moyen d'y
meslerl'éloge denostre Auguste Monarque. En voicyles termes.
LETTRE -1
DE MADAM,E3
de Saliez, à Mrs de PAca*- -i
demie des Ricovrati de al
Padouë. M
ESSIEVRS,
Les Lettres Patentes quenjour in
ave;~ fait expr
dier en. ma fà- ave% -3 fait expedier en. ma fiieveur.,,pour medonnerune place ~;
dans voflre celelre Academie"
«_
!
efiant en Langue Italienne, il U
semble que les très-humbles r.t- -y
merciemens que je vous jaisr
devraientejlre auJji en Italien
>
mais outre que Jenen connais
pas aetez toutes les delicateffis
y
CJT1 qu'il efl indiffèrent en quelle
Langue l'on parle a des personnes qui les pojJedcllttOUks.) quel
moyen, quand on a
le bonheur
d'êtreSujette de LOVIS LE
GRANDt de preferer un
Autre Langage à celuy qui régne dans ses Etats> C4 duquel
ilJefertpour nous donner desi
juste-s & de si douces Loixî
Tandis que toutes les Nations
du monde qui aimentses vertus,
ofi qui craignent sa ptfijjknce
>
apprennent à parler comme nous,
<
je ne puis m'attacher qu'à une'
Langue qui va devenir universelle
p
& que nojlresçavants
AcademieFrançoift a
mise en
un si haut point de perfection>
quelle eflplussevere
,
plusmoaejie
,
*
presque aussiferrée &
aujft fécondé que la Latine.
f*avouéyMoeurs, quemts
Ecrits ne peuvent pas vous prouruer cette vérité.Née dans la
Province, & n'ayant pointejlé
à Paris corriger les défauts de
mon Langage, comme Yonalloit
autrefoisL) corriger <->àAt-henes ceux
de la LangueAsiatique> je rit
q
puis ecrireavec la mesme jufa
l
teJJè que Mesdames de Scudery
,
)
des Houlieres, Dacier) &
i
de Ville-Dieu9qui font si diJ
» gnes du rang que vous leur ave^
donnéparmy vous. La hauteur
de leur e/prit a
eslé fecondéc
d'une jïtuation heureuse
au milieu de n?aris> & animée par la
'Ueué. er par lufage du grand
& du beau monde. taujfi ces
'Dames font-dles devenues un
des miracles de ce
SiecleJ& leurs
Ecrits étonneront bien plus la
pofleritéyque ceux des Femmes
dessieclespa/fez
ne nous étonnent.Je
croy quïlm'eji permis
de vous dire
,
^Hcffieurs
>
afin
que vous ne vous repentIez pas
de l'honneur
que vous m'ave%
faity que bien que mes écrits
joient infiniment au dejjous des
leursy ils ont fouveHt d'heureux
succés. Von y voit la nature
toutepure>&ce caraflere aisé ne
déplaift point. Enfin puis que
mes Ouvrages mont attirévofirf
estime,personnen'efl plus en
droit de les condamner. Vous tenez dans le monde la place de
ces fameux Grecs qui décidoient
du merite des Auteurs, aujJibien que de celuy des Heros.
Fous les furpajfie^mesme pas
une
Une droiture de cœur qui vous
fait rendrejuflice à mon Sexe,
en me recevant dans vojlre illttstre Academie
3
& naffefiant
point une diftinElion que le Ciel
e la Nature nont jamais ett
dejjein de mettre entre les hommcs & nous. Leur jalousie la
fitnaijlre> nostre modeflie l'a
souffertey & sans que nous
ayons troublé le monde par nos
plaintes, les hommes commencent
àse repentir de leur usurpation
3 & lever empire tirannique va
tomber de luy-mesme. Déjàl*Academie Royale d'Arles afuinjy
njoftre exemple à noflre érard,
Cm- de nos meilleurs Scrivainé
ont traité à fond de l'égalité
des Sexes
,
qui ne si contesse
plus en France depuis que
nojlre jufle Monarqueeflirne c5r
récompense le mente de l'un &
de l'attire Sexe. NtoublicZ pas
MejJieurs, cette marque deÇon
équité dans les Eloges que vous
luy 7 donnez. J JeT Jçay que cet
auguste fujct remplit jouvent
'Vos gavantes veilles. Quelle
occupation -" pourrie^-vous ,trouver plus digne de vous; & quels
Homeres peut trouver ce
JÈJeros
plus dignes de luy? Mais quelques idées que la Renommée vous
donne de fis vertus> vous rien
comprendrez jamais quunepartie; le bonheur de lesconnoiflre
toutes en reservé à [es heureux
Sujetssurlesquels il regne par
amourplusœbfolument que tous
les autres Rois ne regnentsur les
leurs par la terreur & par la
crainte. Il gouverne avec tant
t
de douceur un Peuple naturelle
t ment fournis a ses Monarques,
>
& dont il fait les delices
y
que
j
chacun sacrifieroit avec plaifr
\pour luyses biens £7*sa vie. Il
h
Aime ses Sujets autant qu'il en
est aimé7 & cejl sans doute en
à
cela que confîfle la plus veritable st) la plus feure félicité da
Rois. Vous voyez, Messieurss
que je confirme mon caraéhrc
doux eJimple, en ne vous parlant que de la honte de [on toeur. Je laisse au flde sublime à le representer telqu'il cft à la resse
de Jes yérméesiportant la frayeur
che% ses EnnemÚ. Cependant»
MessieursJ toute la France vous
eftobligée del'ïnterst que mous
prenez. à sa gloire) C' cette raison nesspasmoins puyfante que
la f!lrace que vous mame%faite>
pour mengagera ejlre pour m'engagerA, toute ma eprc toute ma
'Vie, Moeurs
>
voflre»&c
A Albi lezs. Sept. 1689
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Résumé : LETTRE DE MADAME de Saliez, à Mrs l'Academie des Ricovrati de Padouë.
L'Académie des Ricovrati de Padoue a adressé des lettres d'association à Madame de Saliez, vicomtesse d'Albi, en reconnaissance de ses œuvres. Madame de Saliez a répondu à cette distinction en mettant en avant les mérites de son sexe et en louant Louis le Grand. Elle exprime sa gratitude en français, langue qu'elle préfère en tant que sujette du roi de France et qu'elle considère comme universelle grâce à l'Académie française. Elle cite également des femmes écrivaines françaises telles que Madame de Scudéry et Madame Dacier, dont les œuvres sont dignes d'admiration. Madame de Saliez affirme que ses propres écrits, bien que modestes, ont été bien accueillis et qu'elle mérite sa place au sein de l'Académie des Ricovrati. Elle souligne la droiture de cœur de l'Académie, qui reconnaît les mérites des femmes sans discrimination. Elle conclut en louant les vertus du roi Louis XIV, dont la justice et la douceur sont exemplaires, et en exprimant sa gratitude pour l'honneur qui lui a été fait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 2770-2772
EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
Début :
Sage Plomet, dont la plume rapide, [...]
Mots clefs :
Noëls, Plume, Écrits, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
EPITRE,
A M. l'Abbé Plomet , sur ses Noëls.
Sage Plomet , dont la plume rapide ,
Juste et sçavante en ses productions ,
Fut souvent le fidelle guide,
De nos timides Amphions,
Reçois avec bonté ces Essais de ma Lyre ;
Elle t'en doit les premiers fruits ,
Puisqu'elle a pris dans tes Ecrits ,
L'entousiasme qui l'inspire.
On t'a vu penetré d'une divine ardeur,
Du Sauveur desHumains celebrer la Naissance
Par tes charmans accords le coupable Pécheur ,
Sentoit renaître dans son cœur
D'un heureux avenir , la flateuse esperance.
Aux approches de ce grand jour ,
Le Public révéroit dans son impatience ,
Ces marques de ton saint amour,
Et les chantoit avec reconnoissance :
.... II. Vol. Mais
DECEMBRE. 1732 277)
Mais hélas ! il n'a plus cet innocent plaisir ;
Il le demande en vain , Plomet le lui refuse ,
Tes amis seuls, reçus dans ton pieux loisir ,
Partagent avec toi les efforts de ta Muse.
Des saints Lauriers que ta main à cueillis ,
Le Public te doit un hommage ;
Mais ces talens qui furent ton partage ,
Te furent-ils donnez , pour être ensevelis ?
Quoi ! craindrois- tu les Critiques cruelles ,
D'un Censeur étourdi ?
Tes Noëls précedens sont tes garants fidelles,
Rime , Plomet , tu seras applaudi.
La pâle jalousie et la haine barbare ,
Voudront semer en vain leurs ennuyeux discours
Le Languedoc charmé , t'admirera toûjours ,
Et la gloire qu'il te prépare ,
Vaut bien le danger que tu cours.
Des honneurs qu'on te doit , sage dispensatrice
L'équitable Posterité ,
Sçaura mieux te rendre justice ,
Et l'on verra la verité ,
Terrasser la noire malice.
Corneille ( dira-t'on ) La Fontaine , Rousseau;
Despreaux , Racine , Moliere ,
Paroissant animez d'un feu toûjours nouveau ,
Scurent chacun à leur maniere ,
Parcourir sans égaux leur brillante carriere ;
୮
II. Vol.
Heureux
2772 MERCURE DE FRANCE
Heureux de partager entr'eux un don si beau.
Couverts d'une éternelle gloire ,
Leurs noms chéris deviendront immortels ;
Mais parmi les Sçavans que nous vante l'Histoire,
Plomet s'est distingué par ses pieux Noëls.
L'Abbé Cros , de Montpellier.
A M. l'Abbé Plomet , sur ses Noëls.
Sage Plomet , dont la plume rapide ,
Juste et sçavante en ses productions ,
Fut souvent le fidelle guide,
De nos timides Amphions,
Reçois avec bonté ces Essais de ma Lyre ;
Elle t'en doit les premiers fruits ,
Puisqu'elle a pris dans tes Ecrits ,
L'entousiasme qui l'inspire.
On t'a vu penetré d'une divine ardeur,
Du Sauveur desHumains celebrer la Naissance
Par tes charmans accords le coupable Pécheur ,
Sentoit renaître dans son cœur
D'un heureux avenir , la flateuse esperance.
Aux approches de ce grand jour ,
Le Public révéroit dans son impatience ,
Ces marques de ton saint amour,
Et les chantoit avec reconnoissance :
.... II. Vol. Mais
DECEMBRE. 1732 277)
Mais hélas ! il n'a plus cet innocent plaisir ;
Il le demande en vain , Plomet le lui refuse ,
Tes amis seuls, reçus dans ton pieux loisir ,
Partagent avec toi les efforts de ta Muse.
Des saints Lauriers que ta main à cueillis ,
Le Public te doit un hommage ;
Mais ces talens qui furent ton partage ,
Te furent-ils donnez , pour être ensevelis ?
Quoi ! craindrois- tu les Critiques cruelles ,
D'un Censeur étourdi ?
Tes Noëls précedens sont tes garants fidelles,
Rime , Plomet , tu seras applaudi.
La pâle jalousie et la haine barbare ,
Voudront semer en vain leurs ennuyeux discours
Le Languedoc charmé , t'admirera toûjours ,
Et la gloire qu'il te prépare ,
Vaut bien le danger que tu cours.
Des honneurs qu'on te doit , sage dispensatrice
L'équitable Posterité ,
Sçaura mieux te rendre justice ,
Et l'on verra la verité ,
Terrasser la noire malice.
Corneille ( dira-t'on ) La Fontaine , Rousseau;
Despreaux , Racine , Moliere ,
Paroissant animez d'un feu toûjours nouveau ,
Scurent chacun à leur maniere ,
Parcourir sans égaux leur brillante carriere ;
୮
II. Vol.
Heureux
2772 MERCURE DE FRANCE
Heureux de partager entr'eux un don si beau.
Couverts d'une éternelle gloire ,
Leurs noms chéris deviendront immortels ;
Mais parmi les Sçavans que nous vante l'Histoire,
Plomet s'est distingué par ses pieux Noëls.
L'Abbé Cros , de Montpellier.
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Résumé : EPITRE, A M. l'Abbé Ploment, sur ses Noëls.
L'épître de l'Abbé Cros, de Montpellier, est adressée à l'Abbé Plomet, qu'il loue pour sa plume rapide, juste et savante, souvent bénéfique aux poètes débutants. L'auteur exprime sa gratitude envers Plomet, dont les écrits ont stimulé son enthousiasme poétique. Plomet est célébré pour sa capacité à célébrer la naissance du Sauveur, inspirant ainsi les pécheurs à espérer un avenir heureux. Cependant, l'auteur regrette que le public ne puisse plus profiter des Noëls de Plomet, car celui-ci les réserve désormais à ses amis proches. Il encourage Plomet à ne pas craindre les critiques et à continuer à écrire, soulignant que ses précédents Noëls témoignent de son talent. L'auteur prédit que le Languedoc continuera d'admirer Plomet et que la postérité lui rendra justice, terrassant ainsi la malice. L'épître mentionne également des grands noms de la littérature comme Corneille, La Fontaine, Rousseau, Despreaux, Racine et Molière, comparant leur gloire immortelle à celle que Plomet pourrait atteindre grâce à ses Noëls.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 401-410
ARRESTS NOTABLES.
Début :
ARREST du 6. Janvier, qui proroge jusqu'au dernier Décembre 1733. le délai porté [...]
Mots clefs :
Faculté de théologie, Constitution Unigenitus, Droit civil, Lettres patentes, Premier président, Cardinal de Fleury, Ville de Paris, Évêque de Laon, Cour, Disputes, Tenir la main, Docteur, Écrits, Imprimé
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLE S.
RREST du 6. Janvier , qui proroge jus
A qu'au dernier Décembre 1733. le délai porté
par celui du premier Janvier 1732. pour la
modération à moitié des droits de marc d'or et
frais de provisions , réception et installation des
Offices taxez vacans ou de nouvelles créations ,
qui se leveront aux Revenus casuels pendant le
courant de ladite année 1733 .
7
ARREST du Parlement, du 3. Février 1733
entre Joseph- Alphonse de Valbelle , Evêque de
S. Omer , d'une part , et les Dames Abbesses de
Blandecques et de Raversbergues , et l'Abbé
de Clairvaux , Intervenant , d'autre part ; par Ice
quel il est dit n'y avoir abus en l'Ordonnance
de l'Evêque de S. Omer , par laquelle il avoit
interdit de toutes fonctions lesdites Dames Abbesses
, faute par elles de l'avoir averti un mois
à l'avance de la Vêture et Profession de quelques
filles qu'elles avaient reçues Religieuses dans
leur Abbaye.
ORDONNANCE DE POLICE , da
6. Février , qui fait deffenses à tous Marchands ,
Bourgeois et Habitans de la Ville et Faubourgs
de Paris , et notamment à ceux qui logent dans
la rue de la Tannerie et aux environs de la Place
de Greve , de faire aucun Magazin de Charbon
et Poussiere de Charbon , dans leurs maisons , 2
peine de cinquante livres d'amende ; et qui ordonne
, sous les mêmes peines , que dans huitaine
pour tout délai , ceux qui en ont actuellement
en Magazin , seront tenus de le transporter sur
le Port de la Gréve
AC
402 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 10. Février , au sujet d'une
These de Théologie.
Le Roy s'étant fait représenter en son Conseil ,
P'Arrêt du 10. Mars 1731. par lequel Sa Majesté
se seroit réservé la connoissance , ainsi qu'il estporté
par ledit Arrêt,des disputes et contestations
qui s'étaient élevées au sujet des bornes de l'autorité
Ecclesiastique et de la puissance séculiere ,
deffendant à tous ses Sujets de faire aucunes Assemblées
, Délibérations , Actes , Déclarations ,
Requêtes , Poursuites ou Procedures à l'occasion
desdites disputes ; notamment aux Facultez de
Théologie et de Droit Civil et Canonique , depermettre
aucunes disputes dans des Ecoles sur
cette matiere ; et S. M. ayant pareillement fair
examiner en son Conseil , la These soûtenue en "
Sorbonne le 9. du présent mois , par le sieur de
Meromont , Bachelier en la Faculté de Théologie
; Elle auroit reconnu que cette These contient
des expressions qui peuvent donner lieu de renouveller
lesdites disputes , ou d'en agiter d'aut--
tres capables d'alterer la tranquillité que le Roy
veut maintenir dans son Royaume ; à quoi étant
nécessaire de pourvoir , Sa Majesté étant en san
Conseil , a ordonné et ordonne que ledit Arrêt
du 10. Mars 1731. sera éxecuté selon sa forme :
et teneur et en conséquence fait deffenses à la
Faculté de Theologie de Paris , de permettre
aucunes disputes dans les Ecoles sur lesdites ma
sieres; Enjoint au Syndic de ladite Faculté , d'y
tenir la main , et de veiller à ce qu'il n'y soit
contrevenu dans les Theses qui seront soutenuës ;
Sa Majesté se réservant à elle seule de prendre
les mesures convenables pour conserver les droits
des deux Puissances , conformément à ce qui
est porté par ledit Arrêt . Ordonne en outre Sa
Majesté , que ladite These dudit sieur de Mero--
mont
FEVRIER. 1733. ༥༠༨
mont , sera er demeurera supprimée ; enjoint a
tous ceux qui en ont des Exemplaires, de les remettre
incessamment au Greffe du sieur Herault
Conseiller d'Etat , Lieutenant general de Police ..
de la ville de Paris , pour y être supprimée.
ARREST , du 11 Fév. au sujet d'un Ecrit, & c.
Le Roy étant informé qu'on répand dans le
public un Ecrit qui a pour titre : Lettre de Monseigneur
l'Evêque Duc de Laon , à Monseigneur
le Cardinal de Fleury , du 1 Novembre 1731. imprimé
sans Privilege ni permission , et sans nom
d'Imprimeur avec cette Note au bas dudic
Ecrit: Sur l'Imprimé répandu à Laon en 1733 .
Sa Majesté auroit jugé à propos de le faire examiner
en son Conseil ; er le par compte qui lui
en a été rendu , Elle auroit reconnu , que nonseulement
il y a eu une affectation criminelle à
faire imprimer une Piece de cette nature ; mais
que la Lettre en elle -même , est contraire au res--
pect qui est dû à Sa Majesté , puisqu'on entre
prend d'y combattre celle qu'Elle a fait écrire
aux Evêques de son Royaume , pour les exhorser
à éloigner , par leur sagesse , tout ce qui
pouvoit y alterer l'union ou la paix , et servir de
prétexte pour ddiminuer la soûmission qui est dûë
à la Constitution Unigenitus ; Que d'ailleurs on
yagite des questions capables d'entretenir er
d'augmenter une division , que S. M. a eu en vue
de faire cesser , par la Lettre même à laquelle
on répond : Qu'on y trouve enfin des expressions
, qui peuvent affoiblir ou donner lieu d'éluder
les maximes du Royaume;er qu'ainsi S.M.-
est d'autant plus obligée d'arrêter promptement
le cours d'une telle entreprise , et d'en prévenir
les suites , qu'en maintenant le respect qui lui est
dû. Elle donnera en même temps une nouvelle
preuve
404 MERCURE DE FRANCE
I
preuve de son attention continuelle à éteindre le
feu que les dernieres disputes avoient allumé , et
qui n'est pas moins contraire aux veritables inte-
Fêts de l'Eglise, qu'au bien de l'Etat; à quoi étant
necessaire de pourvoir. Sa Majesté étant en son
Conseil , a ordonné et ordonne que ledit Ecrit ,
intitulé : Lettre de Monseigneur l'Evêque , Duc de
Laon , à Monseigneur le Cardinal de Fleury , du 1
Novembre 1731. au bas duquel sont ces mots :
Sur l'Imprimé répandu à Laon en 1733. ensemble
tous les Exemplaires dudit Ecrit , qui peu
vent avoir été imprimez ailleurs , si aucuns y a
seront et demeureront supprimez , comme contraires
au respect dû à l'autorité du Roy et à la
Justice , tendant à donner atteinte aux maximes
du Royaume , à émouvoir les esprits , et à troubler
la tranquillité publique. Enjoint à tous ceux
qui ont des Exemplaires de ladite Lettre , de les
remettre incessamment au Greffe du sieur Herault
, Conseiller d'Etat , Lieutenant General de
Police de la Ville de Paris , pour y être suppriinez.
Fait deffenses à tous Imprimeurs, Libraires,
Colporteurs et autres , de quelque état , qualité
et condition qu'ils soient , d'en vendre , débiter
ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire. Enjoint audit sieur Herault , et aux
sieurs Intendans et Commissaires départis dans
les Provinces du Royaume , d'y tenir la main
chacun en ce qui les regarde . Ordonne au surplus
S. M. que l'Arrêt par Elle rendu les Sept. 1731..
pour faire cesser toutes disputes et contestations.
au sujet de la Constitution Unigenitus , soit exécuté
selon sa forme et teneur, Et sera le present
Arrêt , & c .
:
du
23 Février
ARREST DU PARLEMENT,
qui ordonne la suppression de trois Ecrits, im
prumez.
FEVRIER. 1733. 405
8
1
Ce jour , les Gens du Roy sont entrez , et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy , portant la parole , ont dit
MESSIEURS ,
On ne peut passer sous silence un imprimé tel
que
celui que nous apportons à la Cour; et pour
reconnoître la nécessité d'y interposer notre ministere
, il n'est presque besoin que de voir le titre
des divers objets qu'il présente aux yeux da
Public.
Dans l'espace d'une même feuille , se trouve
d'abord une Lettre qui s'annonce , comme écrite ,
à Monsieur le Premier Président, par M.Leullier,
Doyen de la Faculté de Théologie , en faveur de
la These qui fut soutenuë le 31 Decembre dernier
; These que la Cour a si solemnellement
condamnée par ses Arrêts , des 5 et 7 Janvier
suivans , ensuite une autre Lettre prétendue de
M. l'Evêque de Laon au même Docteur, pour le
féliciter à ce sujet ; et enfin deux Formulaires
qu'on suppose que M. l'Archevêque d'Aix - fair
signer dans son Diocèse , sur la Constitution
Unigenitus ; l'un , pour tous les Ecclésiastiques ,
avec une Addition particuliere pour les Confes
seurs ; l'autre , pour les Religieuses , qu'il oblige
toutes de signer , à ce qu'on prétend.
Dans une feuille de ce genre , sans caractere
et sans aveu , ce qu'il semble que l'on doit considerer
le plus , c'est le mauvais effet qu'elle est
capable de faire dans le Public ; et à ce sujet
les Discours sont inutiles. L'Imprimé remis
sous vos yeux , vous convaincra mieux par
lui-même. On ne peut trop- tôt l'ôter des mains
du Public ; et la suppression la plus autentique
est la moindre précaution qu'on puisse emploîer
contre un tel scandale .
S'il
406 MERCURE DE FRANCE
S'il faut quelque chose de plus , comme il sem--
ble qu'il est difficile de ne le pas désirer ; trou
vez bon , MESSIEURS , que moins touchez d'ap--
profondir les vrais Auteurs , soit des Ecrits mê
mes , soit de l'impression , nous arrêtions toutes
nos vues au bien solide auquel nous devons sur
tout aspirer ; nous voulons dire , d'un côté à affermir
de plus en plus l'autorité de nos Maximes
; et de l'autre , à rassurer le Public contre de
nouveaux Formulaires , dont l'idée scule peutl'inquiéter.
On voit assez avec combien d'impatience
quelques esprits que leur penchant entraîne, souffrent
l'attention que la Cour donne plus que
jamais à la conservation de la Doctrine et des
Maximes de la France , au milieu de tant d'agitations
et de troubles si capables de les alterer...
De quelques mains que partent les deux Lettres ›
imprimées , elle se déclarent trop indecemment,
sur tout la seconde , contre les deux derniers
Arrêts de la Cour. Que ce soit pour nous un
-motif pour y ajouter de nouvelles précautions ;
d'autant plus que celles qui ont été prises dans
cette occasion particuliere , peuvent laisser encore
quelque chose à desirer."
Elles n'ont pourtant pas été entierement in
fructueuses. Si la These condamnée n'étoit pas
alors seule exposée à éprouver un pareil sort ; si
quelqu'autre avoit échappé précedemment à l'at
tention que notre ministere est obligé de donner
à ces objets; s'il en étoit actuellement qu'on étoit
prêt de soutenir ; ces dernieres la plupart sont
demeurées suspenduës à la vuë de vos deux Arrêts
; et depuis quelques jours il en paroît où se
reconnoît en plus d'un endroit le pur langage
de nos Peres.
S'il pouvoit s'en trouver encore qui parlassent
un
FEVRIER . 17336 407
un langage différent ; il est digne , MESSIEURS ,.
de votre sagesse , de prévenir ce mal pour l'ave
nir , autant qu'il est possible, plutôt que d'avoir
à le réprimer . Le malheur le plus ordinaire au
jourd'hui de nos Maximes , est de se trouver
compromises trop avant dans les disputes du
temps. La chaleur des Partis en est la cause. Il
semble qu'on ne puisse se résoudre à s'en expliquer,
qu'en vûë des derniers troubles de l'Eglibe
; et que suivant les differentes situations , on
ne songe qu'à s'en appuyer , ou à s'en défendre.
Toutefois elles sont indépendantes de toute dispute
et de toute diversité de conjonctures et de
temps ; elles ont par elles- mêmes une consistance
invariable , dont souvent la solidité souffre
du mélange des autres objets.
Que du mois dans les Ecrits , dans l'Etude ,
et sur les Bancs de l'Ecole , où la pureté de
sette doctrine doit vivre et se transmettre par
une continuelle tradition , elles ne paroissent jamais
alterées d'aucune teinture de partialité.
Qu'elles y regnent comme des principes absolus ,
dont l'expression même est précieuse et consacrée
, au moins dans ce qu'elle a de principal , et
ne sçauroit presque varier , sans quelque danger
de relâchement ou d'excès. Pour se préserver de
P'une et de l'autre extrémité , il est des sources
assutées , et des Monumens respectables ausquels
on doit sans cesse remonter , des principes à jamais
autorisez , et des maximes décidées , sur
Fesquelles il ne sçauroit être permis d'hésiter
parmi nous.
C'est , MESSIEURS , à quoi nous avons essayé
de rappeller , en formant le Plan des Conclusions
que nous laisserons à la Cour ; non par un
dénombrement exact de maximes , souvent périlleux
en lui- même , et dont la tencur d'un Âx-
ΣΕΑ
:
403 MERCURE DE FRANCE
1
1
rêt seroit difficilement susceptible ; mais par la
plus forte indication des points capitaux , et des
principes essentiels dont la généralité sert dè
fondement à tout le reste.
Quant à ce Formulaire sans aveu , qu'on fait
entrevoir loin de nous, mais dont l'exemple peut
toujours allarmer en quelque sorte les Esprits ; il
vous fournit , MESSIEURS , une occasion qu'il est
utile d'embrasser , pour renouveller des deffenses
, appuyées sur nos Loix et sur vos Arrêts
de tous les temps , d'introduire aucun Formu
laire , et d'employer même indirectement la voïe
d'aucune Formule de Souscriptions , sans le con
cours des deux Puissances , c'est - à-dire , sans dé
libération des Evêques , et sans Lettres Patentes
du Roy, enregistrées en la Cour. Ce sera le der
nier Chef des Conclusions par écrit que nous
laissons , avec la Feuille imprimée , qui est tom →
bée entre nos mains.
Eux retirez :
4
Vu l'Imprimé, intitulé : Lettre de M. Leullier,
Docteur et Doyen de la Faculté de Théologie de la
Maison de Sorbonne , à M. le Premier Président
après lequel Ecrit , en est un autre , intitulé
Lettre de Monseigneur l'Evêque de Laon , à
M. Leullier , Docteur et Doyen de la Faculté de
Théologie , de la Maison de Sorbonne , au sujet de
la Lettre précédente. Et sur un autre Feüillet , un
autre Imprimé , intitulé : Formulaire que M de
Brancas , Archevêque d'Aix , fait signer à tous les
Ecclesiastiques de son Diocèse au pied duquel est
une Addition, intitulée : Addition pour les Confesseurs.
Et au revers , un autre Imprimé , intitulé :
Formulaire pour les Religieuses , que le même Pré-
Lat oblige toutes de signer . La matiere sur ce mise
en délibération :
La
1
FEVRIER. 1733 409
La Cour ordonne que ledit imprimé sera
supprimé ; enjoint à tous ceux qui en auroient
des Exemplaires , de les apporter au Greffe de la
Cour , pour y être supprimez . Fait inhibition et
deffenses à tous Imprimeurs , Libraires , Colpor .
teurs et autres, de quelque état, qualité et condi- ,
tion qu'ils soient , d'en vendre , débiter ou autrement
distribuer , à peine de punition exem
plaire, Fait au surplus inhibition et deffenses à
tous Professeurs , Docteurs , Licentiez , Bacheliers
et autres: Membres et Suppôts des Universitez
, notamment des Facultez de Théologie et de
Droit Civil et Canonique , et à tous autres d'écrire
, soutenir , lire et enseigner ès Ecoles publiques
ni ailleurs aucunes Théses , qu Propositions
qui puissent tendre directement ou indirec
tement à affoiblir ou alterer les véritables principes
sur la nature et les droits de la Puissance
Royale , et son indépendance pleine et absoluë
quant au Temporel, de toute autre Puissance qui
soit sur la terre , à diminuer la soumission et le
respect dûs aux Canons reçûs dans le Royaume,
et aux Libertez de l'Eglise Gallicane ; à favoriser
l'opinion de l'infaillibilité du Pape , et de sa supériorité
au- dessus du Concile general ; à donner
atteinte à l'autorité du Concile oecuménique de
Constance , et notamment aux Décrets contenus
dans les Sessions 4 et s dudit Concile , renouvel,
lez par celui de Bafle , et toutes autres Proposi
tions contraires au principe inviolable , que l'autorité
du Pape doit être réglée par les Saints
Canons , et que ses Décrets sont reformables par
les voies permises et usitées dans le Royaume ,
notamment par celles de l'appel au futur Concile,
dans les termes de Droit, à moins que le consen
tement de l'Eglise n'y soit joint ; fait en outre
inhibition et deffenses , conformement aux Or-
`don410
MERCURE DE FRANCE
donnances , Edits , Déclarations du Roy , endegistrées
en la Cour , et Arrêts de ladite Cour
d'exiger ou introduire directement , ni indirec
tement l'usage d'aucunes nouvelles Formules de
souscriptions , sans délibération des Evêques revêtue
de Lettres Patentes du Roy , enregistrées :
en la Cour.Ordonne que le present Arrêt sera signifié
aux Recteurs des Universitez , Syndics et
Doyens des Facultez de Théologie , et de Droit
Civil et Canonique du Ressort ; et copies collationnées
envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées
, pour y être lû , publié et enregistré. Enjoint
aux Substituts du Procureur General du
Roy d'y tenir la main , et d'en certifier la Cour
dans le mois.
ARREST , du 14 Fevrier , qui fait deffenses à
tous Officiers , Juges de Police Gentilshommes ,
et autres personnes , d'empêcher les Chassemarées
d'acheter librement le Poisson dont ils auront
besoin pour la provision de Paris , et de les troubler
dans le transport de cette marchandise , à
peine de 3000 liv . d'amende , et ordonne que
les Ordonnances et Reglemens concernant la í
Marée , et notamment les Lettres Patentes des
Avril 1350. 26 Février 1951. l'Edic du mois
d'Avril de la même année , l'Arrêt du Parlement
de Paris , du 4 Septembre 15 Pret l'Ordonnance
du 20 Janvier 1696. seront executez selon leur
forme et teneur et en conséquence que les Marchands-
Chassemarées pourront acheter librement
le Poisson dont ils auront besoin , pour
l'aprovisionement de Paris, dans toutes les Villes,
Ports de Mer , Bourgs , Pescheries , et autres endroits
des Provinces de Bretagne , Normandie ,
Flandre et Picardie , &c.
RREST du 6. Janvier , qui proroge jus
A qu'au dernier Décembre 1733. le délai porté
par celui du premier Janvier 1732. pour la
modération à moitié des droits de marc d'or et
frais de provisions , réception et installation des
Offices taxez vacans ou de nouvelles créations ,
qui se leveront aux Revenus casuels pendant le
courant de ladite année 1733 .
7
ARREST du Parlement, du 3. Février 1733
entre Joseph- Alphonse de Valbelle , Evêque de
S. Omer , d'une part , et les Dames Abbesses de
Blandecques et de Raversbergues , et l'Abbé
de Clairvaux , Intervenant , d'autre part ; par Ice
quel il est dit n'y avoir abus en l'Ordonnance
de l'Evêque de S. Omer , par laquelle il avoit
interdit de toutes fonctions lesdites Dames Abbesses
, faute par elles de l'avoir averti un mois
à l'avance de la Vêture et Profession de quelques
filles qu'elles avaient reçues Religieuses dans
leur Abbaye.
ORDONNANCE DE POLICE , da
6. Février , qui fait deffenses à tous Marchands ,
Bourgeois et Habitans de la Ville et Faubourgs
de Paris , et notamment à ceux qui logent dans
la rue de la Tannerie et aux environs de la Place
de Greve , de faire aucun Magazin de Charbon
et Poussiere de Charbon , dans leurs maisons , 2
peine de cinquante livres d'amende ; et qui ordonne
, sous les mêmes peines , que dans huitaine
pour tout délai , ceux qui en ont actuellement
en Magazin , seront tenus de le transporter sur
le Port de la Gréve
AC
402 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 10. Février , au sujet d'une
These de Théologie.
Le Roy s'étant fait représenter en son Conseil ,
P'Arrêt du 10. Mars 1731. par lequel Sa Majesté
se seroit réservé la connoissance , ainsi qu'il estporté
par ledit Arrêt,des disputes et contestations
qui s'étaient élevées au sujet des bornes de l'autorité
Ecclesiastique et de la puissance séculiere ,
deffendant à tous ses Sujets de faire aucunes Assemblées
, Délibérations , Actes , Déclarations ,
Requêtes , Poursuites ou Procedures à l'occasion
desdites disputes ; notamment aux Facultez de
Théologie et de Droit Civil et Canonique , depermettre
aucunes disputes dans des Ecoles sur
cette matiere ; et S. M. ayant pareillement fair
examiner en son Conseil , la These soûtenue en "
Sorbonne le 9. du présent mois , par le sieur de
Meromont , Bachelier en la Faculté de Théologie
; Elle auroit reconnu que cette These contient
des expressions qui peuvent donner lieu de renouveller
lesdites disputes , ou d'en agiter d'aut--
tres capables d'alterer la tranquillité que le Roy
veut maintenir dans son Royaume ; à quoi étant
nécessaire de pourvoir , Sa Majesté étant en san
Conseil , a ordonné et ordonne que ledit Arrêt
du 10. Mars 1731. sera éxecuté selon sa forme :
et teneur et en conséquence fait deffenses à la
Faculté de Theologie de Paris , de permettre
aucunes disputes dans les Ecoles sur lesdites ma
sieres; Enjoint au Syndic de ladite Faculté , d'y
tenir la main , et de veiller à ce qu'il n'y soit
contrevenu dans les Theses qui seront soutenuës ;
Sa Majesté se réservant à elle seule de prendre
les mesures convenables pour conserver les droits
des deux Puissances , conformément à ce qui
est porté par ledit Arrêt . Ordonne en outre Sa
Majesté , que ladite These dudit sieur de Mero--
mont
FEVRIER. 1733. ༥༠༨
mont , sera er demeurera supprimée ; enjoint a
tous ceux qui en ont des Exemplaires, de les remettre
incessamment au Greffe du sieur Herault
Conseiller d'Etat , Lieutenant general de Police ..
de la ville de Paris , pour y être supprimée.
ARREST , du 11 Fév. au sujet d'un Ecrit, & c.
Le Roy étant informé qu'on répand dans le
public un Ecrit qui a pour titre : Lettre de Monseigneur
l'Evêque Duc de Laon , à Monseigneur
le Cardinal de Fleury , du 1 Novembre 1731. imprimé
sans Privilege ni permission , et sans nom
d'Imprimeur avec cette Note au bas dudic
Ecrit: Sur l'Imprimé répandu à Laon en 1733 .
Sa Majesté auroit jugé à propos de le faire examiner
en son Conseil ; er le par compte qui lui
en a été rendu , Elle auroit reconnu , que nonseulement
il y a eu une affectation criminelle à
faire imprimer une Piece de cette nature ; mais
que la Lettre en elle -même , est contraire au res--
pect qui est dû à Sa Majesté , puisqu'on entre
prend d'y combattre celle qu'Elle a fait écrire
aux Evêques de son Royaume , pour les exhorser
à éloigner , par leur sagesse , tout ce qui
pouvoit y alterer l'union ou la paix , et servir de
prétexte pour ddiminuer la soûmission qui est dûë
à la Constitution Unigenitus ; Que d'ailleurs on
yagite des questions capables d'entretenir er
d'augmenter une division , que S. M. a eu en vue
de faire cesser , par la Lettre même à laquelle
on répond : Qu'on y trouve enfin des expressions
, qui peuvent affoiblir ou donner lieu d'éluder
les maximes du Royaume;er qu'ainsi S.M.-
est d'autant plus obligée d'arrêter promptement
le cours d'une telle entreprise , et d'en prévenir
les suites , qu'en maintenant le respect qui lui est
dû. Elle donnera en même temps une nouvelle
preuve
404 MERCURE DE FRANCE
I
preuve de son attention continuelle à éteindre le
feu que les dernieres disputes avoient allumé , et
qui n'est pas moins contraire aux veritables inte-
Fêts de l'Eglise, qu'au bien de l'Etat; à quoi étant
necessaire de pourvoir. Sa Majesté étant en son
Conseil , a ordonné et ordonne que ledit Ecrit ,
intitulé : Lettre de Monseigneur l'Evêque , Duc de
Laon , à Monseigneur le Cardinal de Fleury , du 1
Novembre 1731. au bas duquel sont ces mots :
Sur l'Imprimé répandu à Laon en 1733. ensemble
tous les Exemplaires dudit Ecrit , qui peu
vent avoir été imprimez ailleurs , si aucuns y a
seront et demeureront supprimez , comme contraires
au respect dû à l'autorité du Roy et à la
Justice , tendant à donner atteinte aux maximes
du Royaume , à émouvoir les esprits , et à troubler
la tranquillité publique. Enjoint à tous ceux
qui ont des Exemplaires de ladite Lettre , de les
remettre incessamment au Greffe du sieur Herault
, Conseiller d'Etat , Lieutenant General de
Police de la Ville de Paris , pour y être suppriinez.
Fait deffenses à tous Imprimeurs, Libraires,
Colporteurs et autres , de quelque état , qualité
et condition qu'ils soient , d'en vendre , débiter
ou autrement distribuer , à peine de punition
exemplaire. Enjoint audit sieur Herault , et aux
sieurs Intendans et Commissaires départis dans
les Provinces du Royaume , d'y tenir la main
chacun en ce qui les regarde . Ordonne au surplus
S. M. que l'Arrêt par Elle rendu les Sept. 1731..
pour faire cesser toutes disputes et contestations.
au sujet de la Constitution Unigenitus , soit exécuté
selon sa forme et teneur, Et sera le present
Arrêt , & c .
:
du
23 Février
ARREST DU PARLEMENT,
qui ordonne la suppression de trois Ecrits, im
prumez.
FEVRIER. 1733. 405
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1
Ce jour , les Gens du Roy sont entrez , et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roy , portant la parole , ont dit
MESSIEURS ,
On ne peut passer sous silence un imprimé tel
que
celui que nous apportons à la Cour; et pour
reconnoître la nécessité d'y interposer notre ministere
, il n'est presque besoin que de voir le titre
des divers objets qu'il présente aux yeux da
Public.
Dans l'espace d'une même feuille , se trouve
d'abord une Lettre qui s'annonce , comme écrite ,
à Monsieur le Premier Président, par M.Leullier,
Doyen de la Faculté de Théologie , en faveur de
la These qui fut soutenuë le 31 Decembre dernier
; These que la Cour a si solemnellement
condamnée par ses Arrêts , des 5 et 7 Janvier
suivans , ensuite une autre Lettre prétendue de
M. l'Evêque de Laon au même Docteur, pour le
féliciter à ce sujet ; et enfin deux Formulaires
qu'on suppose que M. l'Archevêque d'Aix - fair
signer dans son Diocèse , sur la Constitution
Unigenitus ; l'un , pour tous les Ecclésiastiques ,
avec une Addition particuliere pour les Confes
seurs ; l'autre , pour les Religieuses , qu'il oblige
toutes de signer , à ce qu'on prétend.
Dans une feuille de ce genre , sans caractere
et sans aveu , ce qu'il semble que l'on doit considerer
le plus , c'est le mauvais effet qu'elle est
capable de faire dans le Public ; et à ce sujet
les Discours sont inutiles. L'Imprimé remis
sous vos yeux , vous convaincra mieux par
lui-même. On ne peut trop- tôt l'ôter des mains
du Public ; et la suppression la plus autentique
est la moindre précaution qu'on puisse emploîer
contre un tel scandale .
S'il
406 MERCURE DE FRANCE
S'il faut quelque chose de plus , comme il sem--
ble qu'il est difficile de ne le pas désirer ; trou
vez bon , MESSIEURS , que moins touchez d'ap--
profondir les vrais Auteurs , soit des Ecrits mê
mes , soit de l'impression , nous arrêtions toutes
nos vues au bien solide auquel nous devons sur
tout aspirer ; nous voulons dire , d'un côté à affermir
de plus en plus l'autorité de nos Maximes
; et de l'autre , à rassurer le Public contre de
nouveaux Formulaires , dont l'idée scule peutl'inquiéter.
On voit assez avec combien d'impatience
quelques esprits que leur penchant entraîne, souffrent
l'attention que la Cour donne plus que
jamais à la conservation de la Doctrine et des
Maximes de la France , au milieu de tant d'agitations
et de troubles si capables de les alterer...
De quelques mains que partent les deux Lettres ›
imprimées , elle se déclarent trop indecemment,
sur tout la seconde , contre les deux derniers
Arrêts de la Cour. Que ce soit pour nous un
-motif pour y ajouter de nouvelles précautions ;
d'autant plus que celles qui ont été prises dans
cette occasion particuliere , peuvent laisser encore
quelque chose à desirer."
Elles n'ont pourtant pas été entierement in
fructueuses. Si la These condamnée n'étoit pas
alors seule exposée à éprouver un pareil sort ; si
quelqu'autre avoit échappé précedemment à l'at
tention que notre ministere est obligé de donner
à ces objets; s'il en étoit actuellement qu'on étoit
prêt de soutenir ; ces dernieres la plupart sont
demeurées suspenduës à la vuë de vos deux Arrêts
; et depuis quelques jours il en paroît où se
reconnoît en plus d'un endroit le pur langage
de nos Peres.
S'il pouvoit s'en trouver encore qui parlassent
un
FEVRIER . 17336 407
un langage différent ; il est digne , MESSIEURS ,.
de votre sagesse , de prévenir ce mal pour l'ave
nir , autant qu'il est possible, plutôt que d'avoir
à le réprimer . Le malheur le plus ordinaire au
jourd'hui de nos Maximes , est de se trouver
compromises trop avant dans les disputes du
temps. La chaleur des Partis en est la cause. Il
semble qu'on ne puisse se résoudre à s'en expliquer,
qu'en vûë des derniers troubles de l'Eglibe
; et que suivant les differentes situations , on
ne songe qu'à s'en appuyer , ou à s'en défendre.
Toutefois elles sont indépendantes de toute dispute
et de toute diversité de conjonctures et de
temps ; elles ont par elles- mêmes une consistance
invariable , dont souvent la solidité souffre
du mélange des autres objets.
Que du mois dans les Ecrits , dans l'Etude ,
et sur les Bancs de l'Ecole , où la pureté de
sette doctrine doit vivre et se transmettre par
une continuelle tradition , elles ne paroissent jamais
alterées d'aucune teinture de partialité.
Qu'elles y regnent comme des principes absolus ,
dont l'expression même est précieuse et consacrée
, au moins dans ce qu'elle a de principal , et
ne sçauroit presque varier , sans quelque danger
de relâchement ou d'excès. Pour se préserver de
P'une et de l'autre extrémité , il est des sources
assutées , et des Monumens respectables ausquels
on doit sans cesse remonter , des principes à jamais
autorisez , et des maximes décidées , sur
Fesquelles il ne sçauroit être permis d'hésiter
parmi nous.
C'est , MESSIEURS , à quoi nous avons essayé
de rappeller , en formant le Plan des Conclusions
que nous laisserons à la Cour ; non par un
dénombrement exact de maximes , souvent périlleux
en lui- même , et dont la tencur d'un Âx-
ΣΕΑ
:
403 MERCURE DE FRANCE
1
1
rêt seroit difficilement susceptible ; mais par la
plus forte indication des points capitaux , et des
principes essentiels dont la généralité sert dè
fondement à tout le reste.
Quant à ce Formulaire sans aveu , qu'on fait
entrevoir loin de nous, mais dont l'exemple peut
toujours allarmer en quelque sorte les Esprits ; il
vous fournit , MESSIEURS , une occasion qu'il est
utile d'embrasser , pour renouveller des deffenses
, appuyées sur nos Loix et sur vos Arrêts
de tous les temps , d'introduire aucun Formu
laire , et d'employer même indirectement la voïe
d'aucune Formule de Souscriptions , sans le con
cours des deux Puissances , c'est - à-dire , sans dé
libération des Evêques , et sans Lettres Patentes
du Roy, enregistrées en la Cour. Ce sera le der
nier Chef des Conclusions par écrit que nous
laissons , avec la Feuille imprimée , qui est tom →
bée entre nos mains.
Eux retirez :
4
Vu l'Imprimé, intitulé : Lettre de M. Leullier,
Docteur et Doyen de la Faculté de Théologie de la
Maison de Sorbonne , à M. le Premier Président
après lequel Ecrit , en est un autre , intitulé
Lettre de Monseigneur l'Evêque de Laon , à
M. Leullier , Docteur et Doyen de la Faculté de
Théologie , de la Maison de Sorbonne , au sujet de
la Lettre précédente. Et sur un autre Feüillet , un
autre Imprimé , intitulé : Formulaire que M de
Brancas , Archevêque d'Aix , fait signer à tous les
Ecclesiastiques de son Diocèse au pied duquel est
une Addition, intitulée : Addition pour les Confesseurs.
Et au revers , un autre Imprimé , intitulé :
Formulaire pour les Religieuses , que le même Pré-
Lat oblige toutes de signer . La matiere sur ce mise
en délibération :
La
1
FEVRIER. 1733 409
La Cour ordonne que ledit imprimé sera
supprimé ; enjoint à tous ceux qui en auroient
des Exemplaires , de les apporter au Greffe de la
Cour , pour y être supprimez . Fait inhibition et
deffenses à tous Imprimeurs , Libraires , Colpor .
teurs et autres, de quelque état, qualité et condi- ,
tion qu'ils soient , d'en vendre , débiter ou autrement
distribuer , à peine de punition exem
plaire, Fait au surplus inhibition et deffenses à
tous Professeurs , Docteurs , Licentiez , Bacheliers
et autres: Membres et Suppôts des Universitez
, notamment des Facultez de Théologie et de
Droit Civil et Canonique , et à tous autres d'écrire
, soutenir , lire et enseigner ès Ecoles publiques
ni ailleurs aucunes Théses , qu Propositions
qui puissent tendre directement ou indirec
tement à affoiblir ou alterer les véritables principes
sur la nature et les droits de la Puissance
Royale , et son indépendance pleine et absoluë
quant au Temporel, de toute autre Puissance qui
soit sur la terre , à diminuer la soumission et le
respect dûs aux Canons reçûs dans le Royaume,
et aux Libertez de l'Eglise Gallicane ; à favoriser
l'opinion de l'infaillibilité du Pape , et de sa supériorité
au- dessus du Concile general ; à donner
atteinte à l'autorité du Concile oecuménique de
Constance , et notamment aux Décrets contenus
dans les Sessions 4 et s dudit Concile , renouvel,
lez par celui de Bafle , et toutes autres Proposi
tions contraires au principe inviolable , que l'autorité
du Pape doit être réglée par les Saints
Canons , et que ses Décrets sont reformables par
les voies permises et usitées dans le Royaume ,
notamment par celles de l'appel au futur Concile,
dans les termes de Droit, à moins que le consen
tement de l'Eglise n'y soit joint ; fait en outre
inhibition et deffenses , conformement aux Or-
`don410
MERCURE DE FRANCE
donnances , Edits , Déclarations du Roy , endegistrées
en la Cour , et Arrêts de ladite Cour
d'exiger ou introduire directement , ni indirec
tement l'usage d'aucunes nouvelles Formules de
souscriptions , sans délibération des Evêques revêtue
de Lettres Patentes du Roy , enregistrées :
en la Cour.Ordonne que le present Arrêt sera signifié
aux Recteurs des Universitez , Syndics et
Doyens des Facultez de Théologie , et de Droit
Civil et Canonique du Ressort ; et copies collationnées
envoyées aux Bailliages et Sénéchaussées
, pour y être lû , publié et enregistré. Enjoint
aux Substituts du Procureur General du
Roy d'y tenir la main , et d'en certifier la Cour
dans le mois.
ARREST , du 14 Fevrier , qui fait deffenses à
tous Officiers , Juges de Police Gentilshommes ,
et autres personnes , d'empêcher les Chassemarées
d'acheter librement le Poisson dont ils auront
besoin pour la provision de Paris , et de les troubler
dans le transport de cette marchandise , à
peine de 3000 liv . d'amende , et ordonne que
les Ordonnances et Reglemens concernant la í
Marée , et notamment les Lettres Patentes des
Avril 1350. 26 Février 1951. l'Edic du mois
d'Avril de la même année , l'Arrêt du Parlement
de Paris , du 4 Septembre 15 Pret l'Ordonnance
du 20 Janvier 1696. seront executez selon leur
forme et teneur et en conséquence que les Marchands-
Chassemarées pourront acheter librement
le Poisson dont ils auront besoin , pour
l'aprovisionement de Paris, dans toutes les Villes,
Ports de Mer , Bourgs , Pescheries , et autres endroits
des Provinces de Bretagne , Normandie ,
Flandre et Picardie , &c.
Fermer
Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En 1733, plusieurs mesures législatives et administratives ont été prises en France. Le 6 janvier, un arrêt a prolongé jusqu'au 31 décembre 1733 le délai pour la modération des droits de marc d'or et des frais liés aux offices vacants ou aux nouvelles créations. Le 3 février, un arrêt du Parlement a validé une ordonnance de l'évêque de Saint-Omer interdisant certaines fonctions aux abbesses de Blandecques et de Raversbergues. Le 6 février, une ordonnance de police a interdit aux Parisiens de stocker du charbon et de la poussière de charbon chez eux, sous peine d'amende. Le 10 février, le roi a ordonné la suppression d'une thèse de théologie perturbatrice et a interdit toute dispute sur les bornes de l'autorité ecclésiastique et de la puissance séculière. Le 11 février, un écrit intitulé 'Lettre de Monseigneur l'Évêque Duc de Laon' a été supprimé pour son contenu jugé contraire au respect dû au roi et perturbateur de l'ordre public. Le 23 février, le Parlement a ordonné la suppression de trois écrits imprimés, dont une lettre en faveur d'une thèse condamnée et des formulaires relatifs à la Constitution Unigenitus, afin de maintenir l'ordre public et prévenir les troubles religieux. Le 1er février 1733, la Cour a ordonné la suppression d'un imprimé intitulé 'Formulaire' signé par les ecclésiastiques du diocèse de l'Archevêque d'Aix, M. de Brancas. La Cour a interdit la distribution de cet imprimé et de tout document similaire, sous peine de punition exemplaire. Cette décision visait à empêcher la diffusion de thèses ou propositions pouvant affaiblir la puissance royale et son indépendance temporelle, diminuer la soumission aux canons du royaume et aux libertés de l'Église gallicane, ou favoriser l'opinion de l'infaillibilité du Pape et de sa supériorité sur le Concile général. La Cour a interdit toute atteinte à l'autorité du Concile œcuménique de Constance et à ses décrets, renouvelés par le Concile de Bâle. Elle a également interdit l'introduction de nouvelles formules de souscriptions sans délibération des évêques et enregistrement des lettres patentes du Roi. Un autre arrêt, du 14 février, a interdit aux officiers et juges d'empêcher les chassemares d'acheter librement du poisson pour l'approvisionnement de Paris, sous peine d'une amende de 3000 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1168-1174
Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
Début :
NOUVELLE EDITION des Ouvrages d'Origene, en cinq Volumes in-folio, Grecs [...]
Mots clefs :
Origène, Cause, Église, Traités, Écriture, Texte grec, Savant, Écrits, Fragments, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
NOUVELLE EDITION des Ouvrages d'Origene
, en cinq Volumes in folio , Grecs
et Latins , par le R. P. Dom Charles de
la Rue , Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur. Les deux premiers
Volumes sont déja imprimez et se vendent
chez Jacques - Vincent , Libraire et
Imprimeur à Paris ruë S. Severin , ઢ
Ange.
I. Vol De
17336 JUIN. 1169
}
son
De tous les grands Hommes
qui ont
fait l'ornement
des premiers
siécles de
l'Eglise , il n'y en a peut- être aucun dont
le nom ait été et soit encore aussi célébre
, que celui d'Origene
, fils du S. Martyr
Léonide. Sa vie , son esprit , sa vaste
érudition
l'ont fait d'abord regarder comme
un prodige
de la Nature et de la grace ; máis cette estime universelle
dégenera
bientôt
en une persécution
presque
générale
qui s'éleva contre lui
ou par sa faute , ou par son malheur
que Démétrius qu par la jalousie
Evêque , avoit conçuë de sa réputation
. Il s'est vû chassé de son Pays , déposé du
Sacerdoce
, excommunié
même par les
deux premiers
Siéges du monde chrétien
, et par la plupart des autres , tandis
que de grands Saints soutenoient
sa cause
, et que Dieu sembloit
se déclarer pour
lui , en se servant de ses rares talens pour faire entrer dans la verité et dans le sein
de son Eglise des Ambroises
, des Grégoires
Thaumaturges
, et des Athenodores
.
Ha eu le même sort après sa mort . Des
Martyrs ont fait des Ecrits sanglans
contre
lui , et des Martyrs ont fait son Apologie.
Les uns l'ont détesté comme un
Ecrivain
pernicieux
, les autres l'ont regardé
comme le plus grand Maître qu'ait
1. Vol. Fiiij eu
1170 MERCURE DE FRANCE
eu l'Eglise après les Apôtres .
Il est donc assez surprenant que jus-`
qu'ici nous n'ayons pas encore eu rassemblez
dans un corps complet d'une
Edition éxacte , ce qui nous reste des
Ecrits d'un si grand Homme. Il est inutile
d'alléguer la collection de Merlin' , et
celle de Genebrard , puisque dès l'an
1636. une Assemblée générale du Clergé
de France les déclara insuffisantes , et
qu'elles sont encore aujourd'hui par tous
les Sçavans comptées presque pour rien ,
tant à cause de l'omission essentielle du
Texte Grec , qu'à cause de quelques
Traitez d'importance ; et d'un grand
nombre de Fragmens de conséquence qui
ne s'y trouvent pas .
L'illustre et sçavant M. Huet en avoit
promis une troisiéme ; mais quand même
il l'auroit achevée , elle n'auroit pas été
entiere , puisque les anciennes versions
dont le Texte grec est perdu , n'y au
roient pas été comprises . D'ailleurs , ce
docte Prélat est mort sans avoir même
donné la partie la plus considérable de
son Recueil ; sçavoir , les Traitez particuliers
sur des sujets qui n'ont pas un rapport
direct à l'explication de l'Ecriture-
Sainte. Il est vrai que d'autres ont publié
ces Piéces en Grec et en Latin , par-
1. Vol.
tic
JUIN. 1733.. 1171
tie avant lui , et partie après lui : mais
outre que dans leurs Editions le Texté
Grec est ordinairement tres fautif , pour
n'avoir été tiré que d'un seul Manuscrit ,
la Version latine qu'ils ont mise à côté
est souvent ou infidele , ou barbare . De
plus , presque tous ces Traitez particuliers
ont été imprimez séparément en
différens tems , en différens Pays , en différentes
formes de papier , et en trespetite
quantité d'Exemplaires : d'où il
est arrivé que quelques- uns sont aujourd'hui
tres- rares et tres chers.
Enfin , à force de chercher dans les
Manuscrits de France , d'Italie , d'An- .
gleterre et d'Allemagne , on a fait une
abondante récolte d'un tres grand nombre
de fragmens grecs qui n'avoient pas
encore vû le jour , et qui assûrent présentement
à Origene pour toujours quel
ques Commentaires et plusieurs Homelies
, que nous n'avions qu'en latin , eg
dont plusieurs Sçavans doutoient. De ce,
nombre sont les 39. Homelies sur S. Luc,
contre lesquels le Ministre Matthieu de ,
La Roque s'est inscrit en faux , et a fait
des efforts étranges , pour n'être pas obligé
de reconnoitre avec le docte Pearson
que les Lettres
de S. Ignace Martyr
, qui,
y sont citées , étoient connues
dans l'E-, 1. Fol.
Evi gli1172
MERCURE DE FRANCE
glise avant Eusebe. Presque tout le Grec
de ces 39 Homelies est aujourd'hui retrouvé.
Il est donc visible que rien n'étoit plus
nécessaire qu'une nouvelle Edition de
tout ce qui nous reste d'Origene , où
chaque Piéce soit imprimée en son rang ;
où le Grec qui nous reste se trouve revû
sur d'anciens Manuscrits, et où , quand il
manque , les anciennes Versions de Rufin
et de S. Jerôme y suppléent : le tout avec
des Notes et des Avertissemens préliminaires.
Tel est aussi le dessein de la nouvelle
Collection que nous annonçons au
Public en cinq Volumes in-folio , de la
même grandeur que les deux Tomes des
Hexaples , publiez en 1713. par le scavant
Pere Dom Bernard de Montfaucon ,
afin qu'ils puissent être placez à leur tête
ou à leur suite .
Le premier Volume renferme ce qui
nous reste des Lettres d'Origene , quelques
fragmens des Livres de la Résurrection
, et des Stromates ; les quatre Livres
des Principes , l'Exhortation au martyre ,
le Traité de la Priere , et l'Apologie de la
Religion Chrétienne en huit Livres
contre le Philosophe Celsus . On voit ensuite
en plus petits caracteres deux Traitez
supposez , sçavoir le Dialogue contre
I. Vol. les
JUIN. 1733. 1173
lés Marcionites , et le Livre intitulé Philosophica
: puis en forme d' Appendix les
Notes d'un sçavant Anglois sur le věritable
Traité de la Priere , les Remarques
d'Hoeschelius sur les huit Livres contre
Celse , et les Observations de Gronovius
sur les Philosophica. A la tête du Volume
est une Préface où l'Editeur a solidement
refuté l'opinion de ceux qui croyent que
les Ecrits d'Origene ont été corrompus
par les Hérétiques ; il rend compte en
détail de son travail sur chaque Traité
particulier. Ce Tome est terminé par
deux Index tres-amples , l'un des Passages
de l'Ecriture- Sainte , et l'autre des
choses mémorables. Il y en a toujours
deux semblables dans les suivans.
Les quatre autres Volumes contiennent
les Commentaires sur l'Ecriture. Au
commencement est une Préface qui dé
veloppe le Systême qu'Origene s'est formé
pour expliquer les Livres saints , et
l'Editeur fait voir les dangéreuses conséquences
qu'on en peut tirer. Le dernier
des cinq Volumes finit par la Vie d'Origene
, et par plusieurs Dissertations sur
ses sentimens , qui de son vivant ont causé
de grands troubles dans l'Eglise , et de
plus grands encore après sa mort.
Le caractere et le papier sont d'une
I:Vol. F vj
beausé
1174 MERCURE DE FRANCE
beauté qui fait honneur au Libraire.
, en cinq Volumes in folio , Grecs
et Latins , par le R. P. Dom Charles de
la Rue , Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur. Les deux premiers
Volumes sont déja imprimez et se vendent
chez Jacques - Vincent , Libraire et
Imprimeur à Paris ruë S. Severin , ઢ
Ange.
I. Vol De
17336 JUIN. 1169
}
son
De tous les grands Hommes
qui ont
fait l'ornement
des premiers
siécles de
l'Eglise , il n'y en a peut- être aucun dont
le nom ait été et soit encore aussi célébre
, que celui d'Origene
, fils du S. Martyr
Léonide. Sa vie , son esprit , sa vaste
érudition
l'ont fait d'abord regarder comme
un prodige
de la Nature et de la grace ; máis cette estime universelle
dégenera
bientôt
en une persécution
presque
générale
qui s'éleva contre lui
ou par sa faute , ou par son malheur
que Démétrius qu par la jalousie
Evêque , avoit conçuë de sa réputation
. Il s'est vû chassé de son Pays , déposé du
Sacerdoce
, excommunié
même par les
deux premiers
Siéges du monde chrétien
, et par la plupart des autres , tandis
que de grands Saints soutenoient
sa cause
, et que Dieu sembloit
se déclarer pour
lui , en se servant de ses rares talens pour faire entrer dans la verité et dans le sein
de son Eglise des Ambroises
, des Grégoires
Thaumaturges
, et des Athenodores
.
Ha eu le même sort après sa mort . Des
Martyrs ont fait des Ecrits sanglans
contre
lui , et des Martyrs ont fait son Apologie.
Les uns l'ont détesté comme un
Ecrivain
pernicieux
, les autres l'ont regardé
comme le plus grand Maître qu'ait
1. Vol. Fiiij eu
1170 MERCURE DE FRANCE
eu l'Eglise après les Apôtres .
Il est donc assez surprenant que jus-`
qu'ici nous n'ayons pas encore eu rassemblez
dans un corps complet d'une
Edition éxacte , ce qui nous reste des
Ecrits d'un si grand Homme. Il est inutile
d'alléguer la collection de Merlin' , et
celle de Genebrard , puisque dès l'an
1636. une Assemblée générale du Clergé
de France les déclara insuffisantes , et
qu'elles sont encore aujourd'hui par tous
les Sçavans comptées presque pour rien ,
tant à cause de l'omission essentielle du
Texte Grec , qu'à cause de quelques
Traitez d'importance ; et d'un grand
nombre de Fragmens de conséquence qui
ne s'y trouvent pas .
L'illustre et sçavant M. Huet en avoit
promis une troisiéme ; mais quand même
il l'auroit achevée , elle n'auroit pas été
entiere , puisque les anciennes versions
dont le Texte grec est perdu , n'y au
roient pas été comprises . D'ailleurs , ce
docte Prélat est mort sans avoir même
donné la partie la plus considérable de
son Recueil ; sçavoir , les Traitez particuliers
sur des sujets qui n'ont pas un rapport
direct à l'explication de l'Ecriture-
Sainte. Il est vrai que d'autres ont publié
ces Piéces en Grec et en Latin , par-
1. Vol.
tic
JUIN. 1733.. 1171
tie avant lui , et partie après lui : mais
outre que dans leurs Editions le Texté
Grec est ordinairement tres fautif , pour
n'avoir été tiré que d'un seul Manuscrit ,
la Version latine qu'ils ont mise à côté
est souvent ou infidele , ou barbare . De
plus , presque tous ces Traitez particuliers
ont été imprimez séparément en
différens tems , en différens Pays , en différentes
formes de papier , et en trespetite
quantité d'Exemplaires : d'où il
est arrivé que quelques- uns sont aujourd'hui
tres- rares et tres chers.
Enfin , à force de chercher dans les
Manuscrits de France , d'Italie , d'An- .
gleterre et d'Allemagne , on a fait une
abondante récolte d'un tres grand nombre
de fragmens grecs qui n'avoient pas
encore vû le jour , et qui assûrent présentement
à Origene pour toujours quel
ques Commentaires et plusieurs Homelies
, que nous n'avions qu'en latin , eg
dont plusieurs Sçavans doutoient. De ce,
nombre sont les 39. Homelies sur S. Luc,
contre lesquels le Ministre Matthieu de ,
La Roque s'est inscrit en faux , et a fait
des efforts étranges , pour n'être pas obligé
de reconnoitre avec le docte Pearson
que les Lettres
de S. Ignace Martyr
, qui,
y sont citées , étoient connues
dans l'E-, 1. Fol.
Evi gli1172
MERCURE DE FRANCE
glise avant Eusebe. Presque tout le Grec
de ces 39 Homelies est aujourd'hui retrouvé.
Il est donc visible que rien n'étoit plus
nécessaire qu'une nouvelle Edition de
tout ce qui nous reste d'Origene , où
chaque Piéce soit imprimée en son rang ;
où le Grec qui nous reste se trouve revû
sur d'anciens Manuscrits, et où , quand il
manque , les anciennes Versions de Rufin
et de S. Jerôme y suppléent : le tout avec
des Notes et des Avertissemens préliminaires.
Tel est aussi le dessein de la nouvelle
Collection que nous annonçons au
Public en cinq Volumes in-folio , de la
même grandeur que les deux Tomes des
Hexaples , publiez en 1713. par le scavant
Pere Dom Bernard de Montfaucon ,
afin qu'ils puissent être placez à leur tête
ou à leur suite .
Le premier Volume renferme ce qui
nous reste des Lettres d'Origene , quelques
fragmens des Livres de la Résurrection
, et des Stromates ; les quatre Livres
des Principes , l'Exhortation au martyre ,
le Traité de la Priere , et l'Apologie de la
Religion Chrétienne en huit Livres
contre le Philosophe Celsus . On voit ensuite
en plus petits caracteres deux Traitez
supposez , sçavoir le Dialogue contre
I. Vol. les
JUIN. 1733. 1173
lés Marcionites , et le Livre intitulé Philosophica
: puis en forme d' Appendix les
Notes d'un sçavant Anglois sur le věritable
Traité de la Priere , les Remarques
d'Hoeschelius sur les huit Livres contre
Celse , et les Observations de Gronovius
sur les Philosophica. A la tête du Volume
est une Préface où l'Editeur a solidement
refuté l'opinion de ceux qui croyent que
les Ecrits d'Origene ont été corrompus
par les Hérétiques ; il rend compte en
détail de son travail sur chaque Traité
particulier. Ce Tome est terminé par
deux Index tres-amples , l'un des Passages
de l'Ecriture- Sainte , et l'autre des
choses mémorables. Il y en a toujours
deux semblables dans les suivans.
Les quatre autres Volumes contiennent
les Commentaires sur l'Ecriture. Au
commencement est une Préface qui dé
veloppe le Systême qu'Origene s'est formé
pour expliquer les Livres saints , et
l'Editeur fait voir les dangéreuses conséquences
qu'on en peut tirer. Le dernier
des cinq Volumes finit par la Vie d'Origene
, et par plusieurs Dissertations sur
ses sentimens , qui de son vivant ont causé
de grands troubles dans l'Eglise , et de
plus grands encore après sa mort.
Le caractere et le papier sont d'une
I:Vol. F vj
beausé
1174 MERCURE DE FRANCE
beauté qui fait honneur au Libraire.
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Résumé : Nouvelle Edition des Ouvrages d'Origene, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication d'une nouvelle édition des œuvres d'Origène, un théologien des premiers siècles de l'Église, en cinq volumes in-folio, en grec et en latin, par le R. P. Dom Charles de la Rue, bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur. Les deux premiers volumes sont déjà imprimés et disponibles chez Jacques-Vincent, libraire à Paris. Origène, fils du martyr Léonide, est reconnu pour son érudition et son esprit, mais il a également été sujet à des persécutions et des controverses. Déposé du sacerdoce et excommunié par les principaux sièges chrétiens, il a néanmoins influencé de grands saints comme Ambroise et Grégoire de Nazianze. Après sa mort, les avis sur son œuvre restent partagés, certains le considérant comme un écrivain pernicieux, d'autres comme un maître éminent. Les précédentes collections de ses écrits, comme celles de Merlin et Genebrard, sont jugées insuffisantes par les savants. Une nouvelle édition est donc nécessaire pour rassembler et corriger les textes grecs et latins, souvent fautifs ou incomplets. Cette nouvelle édition inclut des fragments grecs récemment retrouvés et des commentaires sur l'Écriture Sainte. Le premier volume contient des lettres, des fragments de divers ouvrages, et des traités comme 'Les Principes' et 'L'Apologie contre Celsus'. Les volumes suivants contiennent des commentaires sur les Livres saints, une préface expliquant le système d'Origène pour interpréter les Écritures, et des dissertations sur ses sentiments controversés. L'édition est présentée avec soin, utilisant un caractère et un papier de qualité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 219-222
A MLLE DE MALCRAIS. EPITRE.
Début :
Une plume plus délicate [...]
Mots clefs :
Coeur, Plume, Malcrais, Écrits, Gloire, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MLLE DE MALCRAIS. EPITRE.
A MLLE DE MALCRAIS.
EPITRE.
Une plume plus délicate
Que n'est celle qui vous écrit ,
Et dont l'encens chatouille et flate
Le coeur , et satisfait l'esprit .
Cette plume à jamais celebre
Depuis la Seine jusqu'à l'Ebre ,
Depuis l'Ebre jusques aux bords
Qu'arrose la Tamise altiere ;
Enfin dont les nobles essors ,
Jusqu'aux lieux où naît la lumiere
Bientôt se feront admirer ;
Cette plume ajoute à sa gloire
La gloire de vous célébrer ;
Par-là croyant mieux s'assurer
Un nom d'éternelle mémoire
Voltaire en tous lieux si vanté
Unit son nom avec le vôtre ,
Et vous charmerez l'un et l'autre
La derniere posterité,
Touché de cet exemple illustre ,
Malcrais , que ne puis -je à mon nom
Assurer un aussi beau lustre
En
220 MERCURE DE FRANCE
C
En celebrant votre renom ?
Jusques-ici dans le silence ,
Content d'admirer vos Ecrits ,
Et charmé que toute la France
Vous en donnât le juste prix ,
J'ai sçû résister à l'envie ,
A l'ardeur de vous exalter ,
Mais enfin mon ame ravie
Ne sçauroit plus y résister.
Je veux d'une Muze nouvelle
Chanter les admirables traits ;
Et la Déesse la plus belle
Pour mon coeur auroit moins d'attrain ,
Que n'en à l'illustre Immortelle
Qui porte le nom de Malcrais.
Son esprit me la represente
Vive , gracieuse , amusante ;
De ses beaux yeux le feu charmant
Fenetre jusqu'au fond de l'ame s
Qui la voit , l'entend un moment ,
Ressent la plus ardente flame ,
Et fait en soi-même serment
De l'aimer éternellement.
Il fait ce serment en soi- même,
Non à l'objet de son ardeur ;
C'est en secret qu'il faut qu'on l'aime ,
Renonçant au bonheur extrême
De
FEVRIER 1734 . 228
De triompher de sa rigueur ;
Sa raison est saloy suprême ,
Et son esprit défend son coeur.
Oui , telle est l'adorable idée
Que je me fais de vous, Malcrais ,
Et ma plume s'est hazardée
A vous en tracer tous les traits.
Je jurerois qu'ils vous ressemblent ;
Vos charmants Ecrits les rassemblent,
Par-là , justement admirez ;
C'est d'eux que je les ai tirez.
Un Auteur a beau se contraindre :
Digne d'estime ou de mépris ,
La nature dans ses Ecrits
Le force toûjours à se peindre.
Quelque sujet que vous traitiez ,
Par tout on vous trouve admirable ,
Et quelque ton que vous preniez ,
Vous paroissez toûjours aimable.
Que l'on celebre vos talens
Du Couchant jusques à l'Aurore ;
Qu'on vous admire , j'y consens ;
Moi , je faisplus , je vous adore.
De mon coeur acceptez le don.
Pour que votre gloire y consente ,
De celui qui vous le présente ,
Je prétends vous cacher le nom .
L'ignorant , vous croirez peut-être
2
B Que
ނ
222 MERCURE DE FRANCE
Que ce don pourroit vous flater ,
Au lieu que me faisant connoître ,
Il pourroit bien vous irriter.
Ne pressez donc point ma disgrace ,
Et contentez-vous de sçavoir
Que se prêtant à mon audace ,
Vos neuf Soeurs sur le Mont Parnassé
Daignent par fois me recevoir.
Calliope ni Melpomene
N'ont jamais élevé mes sons ,
Quoique parmi ses nourriçons
Phoebus m'ait placé sur la Scene.
Voltaire plein d'un feu divin
Chausse le Cothurne tragique :
Ma Muse naïve et comique ,
Ne chausse que le Brodequin.
N. D.
EPITRE.
Une plume plus délicate
Que n'est celle qui vous écrit ,
Et dont l'encens chatouille et flate
Le coeur , et satisfait l'esprit .
Cette plume à jamais celebre
Depuis la Seine jusqu'à l'Ebre ,
Depuis l'Ebre jusques aux bords
Qu'arrose la Tamise altiere ;
Enfin dont les nobles essors ,
Jusqu'aux lieux où naît la lumiere
Bientôt se feront admirer ;
Cette plume ajoute à sa gloire
La gloire de vous célébrer ;
Par-là croyant mieux s'assurer
Un nom d'éternelle mémoire
Voltaire en tous lieux si vanté
Unit son nom avec le vôtre ,
Et vous charmerez l'un et l'autre
La derniere posterité,
Touché de cet exemple illustre ,
Malcrais , que ne puis -je à mon nom
Assurer un aussi beau lustre
En
220 MERCURE DE FRANCE
C
En celebrant votre renom ?
Jusques-ici dans le silence ,
Content d'admirer vos Ecrits ,
Et charmé que toute la France
Vous en donnât le juste prix ,
J'ai sçû résister à l'envie ,
A l'ardeur de vous exalter ,
Mais enfin mon ame ravie
Ne sçauroit plus y résister.
Je veux d'une Muze nouvelle
Chanter les admirables traits ;
Et la Déesse la plus belle
Pour mon coeur auroit moins d'attrain ,
Que n'en à l'illustre Immortelle
Qui porte le nom de Malcrais.
Son esprit me la represente
Vive , gracieuse , amusante ;
De ses beaux yeux le feu charmant
Fenetre jusqu'au fond de l'ame s
Qui la voit , l'entend un moment ,
Ressent la plus ardente flame ,
Et fait en soi-même serment
De l'aimer éternellement.
Il fait ce serment en soi- même,
Non à l'objet de son ardeur ;
C'est en secret qu'il faut qu'on l'aime ,
Renonçant au bonheur extrême
De
FEVRIER 1734 . 228
De triompher de sa rigueur ;
Sa raison est saloy suprême ,
Et son esprit défend son coeur.
Oui , telle est l'adorable idée
Que je me fais de vous, Malcrais ,
Et ma plume s'est hazardée
A vous en tracer tous les traits.
Je jurerois qu'ils vous ressemblent ;
Vos charmants Ecrits les rassemblent,
Par-là , justement admirez ;
C'est d'eux que je les ai tirez.
Un Auteur a beau se contraindre :
Digne d'estime ou de mépris ,
La nature dans ses Ecrits
Le force toûjours à se peindre.
Quelque sujet que vous traitiez ,
Par tout on vous trouve admirable ,
Et quelque ton que vous preniez ,
Vous paroissez toûjours aimable.
Que l'on celebre vos talens
Du Couchant jusques à l'Aurore ;
Qu'on vous admire , j'y consens ;
Moi , je faisplus , je vous adore.
De mon coeur acceptez le don.
Pour que votre gloire y consente ,
De celui qui vous le présente ,
Je prétends vous cacher le nom .
L'ignorant , vous croirez peut-être
2
B Que
ނ
222 MERCURE DE FRANCE
Que ce don pourroit vous flater ,
Au lieu que me faisant connoître ,
Il pourroit bien vous irriter.
Ne pressez donc point ma disgrace ,
Et contentez-vous de sçavoir
Que se prêtant à mon audace ,
Vos neuf Soeurs sur le Mont Parnassé
Daignent par fois me recevoir.
Calliope ni Melpomene
N'ont jamais élevé mes sons ,
Quoique parmi ses nourriçons
Phoebus m'ait placé sur la Scene.
Voltaire plein d'un feu divin
Chausse le Cothurne tragique :
Ma Muse naïve et comique ,
Ne chausse que le Brodequin.
N. D.
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Résumé : A MLLE DE MALCRAIS. EPITRE.
L'épître est dédiée à Mlle de Malcrais, célébrant ses talents littéraires et sa personnalité. L'auteur admire sa renommée, qui s'étend de la Seine à l'Ebre et jusqu'à la Tamise. Voltaire est mentionné comme un allié littéraire, prédisant que leurs noms charmeront la postérité. L'auteur exprime son désir de célébrer le renom de Mlle de Malcrais, qu'il décrit comme vive, gracieuse et amusante. Il admire ses écrits, qui révèlent son esprit et son cœur. Quel que soit le sujet traité, Mlle de Malcrais apparaît toujours admirable et aimable. L'auteur conclut en déclarant son adoration pour elle, tout en restant anonyme pour éviter de l'irriter. Il se décrit comme un poète modeste, préférant le brodequin comique au cothurne tragique, contrairement à Voltaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1466-1470
ARRESTS NOTABLES.
Début :
ARREST du Parlement, du 16. Avril 1734. contre deux Ecrits, &c. [...]
Mots clefs :
Cour, Roi, Écrits, Église, Temps, Nouvelles, Procureur général du roi, Avignon, Grand escalier, Chapeaux, Castor, Rang des capitaines, Régiments de hussards
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES.
RREST du Parlement , du 16. Avril 1734.
contre deux Ecrits , &c. ARRE
Ce jour , les Gens du Roi sont entrés , et Maítre
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Scigneur
Roi , portant la parole , ont dit :
Que c'est avec regret qu'ils interrompent les
Occupations de la Cour , pour lui parler de ce
qui peut encore avoir rapport aux dernieres affaires
de l'Eglise persuadés que rien n'est plus
désirable que de les voir se calmer et s'assoupir
de plus en plus par la moderation et le silence.
Mais que c'est par ce motif même qu'il se
creyent obligés d'avoir l'honneur de lui rendre
compte de deux Ecrits , qui , quoique de tems
differens , se répandent ensemble aujourd'hui , et
sont capables de causer de nouvelles inquiétudes
et de nouveaux inconveniens dans le public .
Que l'un est une instruction sur l'obéissance ditë
aux décisions de l'Eglise , par demandes et pat réponses
, imprimée depuis peu de tems sans marque
d'année , aussi bien que sans nom d'Auteur
ni d'Imprimeur : Et l'autre un Ouvrage qui porte
pour titre : Replique aux Tolerans de ce tems ,
imprimé à ce qu'il paroît à Avignon dès 1719 .
mais dont ils apprennent que des Exemplaires se
sont répandus: nouvellement à Paris.
Qu'indépendamment de ce qu'on pourroit
d'ailleurs reprendre avec justice dans ces deux
Ouvrages , c'est assez d'observer que l'esprit de
séparation et de schisme tant de fois reprimé par
II. Vel. les
JUIN. 1734. 1467
les Arrêts de la Cour , s'y déclare et y regne
ouvertement : et que pour s'épargner d'en dire
davantage , ils se contenteront de rapporter ce
qu'on lit à la page 240. du dernier , dans un
endroit où l'Auteur répond à l'Objection qu'il
s'étoit faite pea auparavant , que plusieurs grands
Prélats de France communiquent , non seulement
avec les Communicateurs des Heretiques , mais en
core avec les Heretiques mêmes , c'est-à- dire , ( ce
sont ses termes ) avec les Appellans et Opposans ,
du principe qu'il a établi , dit - il , il suit que
puisque les Papes déchoient du Papar , et les Eve
ques de l'Episcopat et de tonte Jurisdiction spirituelle
dans l'Eglise , suivant le Cardinal du Perron....
suivant le Pape Celestin , S. Augustin , S. Jerôme
et plusieurs autres Peres citéspar Bellarmin , on ne
peut pas douter que tous les autres Superieurs Ecclesiastiques
ou Reguliers , Generaux , Provinciaux,
Locaux , ne déchoient de mêmè de leur autorité ,
dignité et Jurisdiction, et que par consequent ils ne
doivent être regardés qu'avec horreur et execration
de tous les bons et vrais Catholiques .
C
2
Que sur l'un et l'autre Ouvrage ils ont pris les
Conclusions par écrit qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun,
Les Gens du Roi retirés :
Va l'Ecrit imprimé sans privilege ni permission,
intitulé : Instruction sur l'obéissance dûé aux
décisions de l'Eglise , ensemble l'autre Ecrit intitulé
: Replique aux Tolerans de ce tems , à Avignon
, chez Joseph Chastel 1729. et les Conclusions
par écrit du Procureur Genéral du Roi. La
matiere sur ce mise en délibération :
La Cour , faisant droit sur les Conclusions
du Procureur General du Roi , ordonne que lesdirs
Ecrits seront lacérés et brûlés en la Cour di
11. Vol. Palais
Palais , au pied du grand Escalier d'icelui par l'Executeurde
la Haute-Justice: Enjoint à tous ceux
qui eu auroient des Exemplaires de les apporter
au Greffe de la Cour pour, y être supprimés. Fait
inhibitions et défenses à tous Imprimeurs,Libraites
,
Colpolteurs et autres de quelque état et con-
-
dition qu'ils soient, d'en vendre
,
débiter ou autrement
distribuer
,
à peine de proceder contre
eux extraordinairement
; qu'il sera en outre informé
à la requête du Procureur Central du Roi
pardevaht Me. Anne-Louis Pinon
,
Conseiller,
pour les témoins qui pourroient être entendus
dans cette Ville
, et pardevant les Officiers de
Police des lieux
, pour les témoins qui seroient
esdits lieux
,
à la diligence de ses Substituts esdits
Sièges ; contre les Auteurs et les distributeurs
desdits Ecrits, pour les informations faites, rapportées
et communiquées au Procureur General
du Roi
,
être par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra.
Ordonne que copies collationnées du
présent Arrêt s ront envoyées
,
&c.
Et ledit jour Vendredi seize Avril mil sept cent
trmte-qutltre :ë:['heuree de îri'di
, en execution de
1'Arrêt ci-dessus lesdits Ecrits y mentionnés ortt
été lacérés et jettes au feu au bas du grand Escalier
du Palais j par VExecuteur de la Haute-Justice
,
en presence de nous Marie DagobertYsabeau,
,
l'un
des trois premiers et principaux Commis pour la
Grand'Chambre
,
assiste de deux Huissiers de ladite
Cour. Signé, Y S A B E A U...t.,
ARREST du 18. Avril, qui ordonne que les
Chapeaux appeliez Demi-Castors, Vigognes ou
,Dauphins, Demi-Vigognes et Chapeaux de poil,
payèrent pour droits de sortie aux Bureaux des
cinq grosses Fermes, 40. sols de la douzaine *
'Pour les Provinces réputées étrangères, et 2.0.
sols pour l'Etranger et les Villes ce Marseille,
Bayonne et Dunkerque.
Ee que les Chapeaux de Castor et les Cha";
peaux de Feutre
,
continueront de payer les droits
de sortie
,
conformément au Tarif de 1664- ct
aux Arrêts du Conseil des %. Avril et 3. Octo-5
bre 1701.
!
EDIT DU ROY, donné à Versailles au mois,
d'Avril L734. Registré en Parlement le 1. Juin
suivant
, portant réunion des Jurisdictions de la
Prévôté de la Ville de Clermont, et de la Prevôté
Foraine du Comté de Clermont en Beau-,
voisis, à celle du Bailliage de ladite Ville.
Trois nouvelles Ordonnances du Roy du 1r;
May, ia première, pour regler le Rang des Capitaines
des vingt Compagrfies.de Cavalerie et
des 60.Compagniesde Dragons de nouvelle levée.
-La secomie*-, pmrr regler-te Rang des Capitaines
des quinze Bataillons de nouvelle levée.
Et la troisième
, pour regler le Rang des Capitaines
et Lieutenant des Bataillons de Mil-içe.
^
t ^ f
ARR.EST idu 13. May , • qui ordonne qu'en
payant par le Clergé du Comté de Bourgogne la , somme de livres.par chacune année ,
tous ses biens demeureront déchargez de l'execution
de la Déclaration du 17. Novembre 1733.
concernant la lévée du Dixiéme.
:.,ORDONNANCE DU ROY J du 31. May,
portant augmentation-dans les Régimens de
IJuss.trts de R'a-ttky e{Berchîny
,
qui sont à son
aërvice
, par laquelle S. M. ordonne ,qu'il sera
1470 MERCURE DE FRANCE
1
levé incessamment huit Compagnies nouvelles ,
pour former un troisiéme Escadron à chacun
desdits Régimens , chaque Compagnie composée
du Capitaine , un Lieutenant , un Cornette , un
Maréchal des Legis , trois Brigadiers , quarante
- six Hussarts , et un Trompette.
Qu'il sera pareillement levé dix hommes
d'augmentation en chacune des seize Compagnies
desdits Régimens qui sont sur pied , pour les
mettre de quarante à cinquante hommes , com-
રે
pris trois Brigadiers , sans les Officiers.
Que la solde desdits Brigadiers et Hussards
leur sera payée , à mesure qu'ils arriveront aux
Régimens ou quartiers qui leur seront désignez;
et que les Officiers des nouvelles Compagnies
recevront leurs appointemens , à commencer du
jour qu'il y aura vingt hommes à pied ou dix à
cheval , au quartier d'assemblée , en passant présens
aux Revues des Commissaires des guerres
proposez à cet effet.
RREST du Parlement , du 16. Avril 1734.
contre deux Ecrits , &c. ARRE
Ce jour , les Gens du Roi sont entrés , et Maítre
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Scigneur
Roi , portant la parole , ont dit :
Que c'est avec regret qu'ils interrompent les
Occupations de la Cour , pour lui parler de ce
qui peut encore avoir rapport aux dernieres affaires
de l'Eglise persuadés que rien n'est plus
désirable que de les voir se calmer et s'assoupir
de plus en plus par la moderation et le silence.
Mais que c'est par ce motif même qu'il se
creyent obligés d'avoir l'honneur de lui rendre
compte de deux Ecrits , qui , quoique de tems
differens , se répandent ensemble aujourd'hui , et
sont capables de causer de nouvelles inquiétudes
et de nouveaux inconveniens dans le public .
Que l'un est une instruction sur l'obéissance ditë
aux décisions de l'Eglise , par demandes et pat réponses
, imprimée depuis peu de tems sans marque
d'année , aussi bien que sans nom d'Auteur
ni d'Imprimeur : Et l'autre un Ouvrage qui porte
pour titre : Replique aux Tolerans de ce tems ,
imprimé à ce qu'il paroît à Avignon dès 1719 .
mais dont ils apprennent que des Exemplaires se
sont répandus: nouvellement à Paris.
Qu'indépendamment de ce qu'on pourroit
d'ailleurs reprendre avec justice dans ces deux
Ouvrages , c'est assez d'observer que l'esprit de
séparation et de schisme tant de fois reprimé par
II. Vel. les
JUIN. 1734. 1467
les Arrêts de la Cour , s'y déclare et y regne
ouvertement : et que pour s'épargner d'en dire
davantage , ils se contenteront de rapporter ce
qu'on lit à la page 240. du dernier , dans un
endroit où l'Auteur répond à l'Objection qu'il
s'étoit faite pea auparavant , que plusieurs grands
Prélats de France communiquent , non seulement
avec les Communicateurs des Heretiques , mais en
core avec les Heretiques mêmes , c'est-à- dire , ( ce
sont ses termes ) avec les Appellans et Opposans ,
du principe qu'il a établi , dit - il , il suit que
puisque les Papes déchoient du Papar , et les Eve
ques de l'Episcopat et de tonte Jurisdiction spirituelle
dans l'Eglise , suivant le Cardinal du Perron....
suivant le Pape Celestin , S. Augustin , S. Jerôme
et plusieurs autres Peres citéspar Bellarmin , on ne
peut pas douter que tous les autres Superieurs Ecclesiastiques
ou Reguliers , Generaux , Provinciaux,
Locaux , ne déchoient de mêmè de leur autorité ,
dignité et Jurisdiction, et que par consequent ils ne
doivent être regardés qu'avec horreur et execration
de tous les bons et vrais Catholiques .
C
2
Que sur l'un et l'autre Ouvrage ils ont pris les
Conclusions par écrit qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun,
Les Gens du Roi retirés :
Va l'Ecrit imprimé sans privilege ni permission,
intitulé : Instruction sur l'obéissance dûé aux
décisions de l'Eglise , ensemble l'autre Ecrit intitulé
: Replique aux Tolerans de ce tems , à Avignon
, chez Joseph Chastel 1729. et les Conclusions
par écrit du Procureur Genéral du Roi. La
matiere sur ce mise en délibération :
La Cour , faisant droit sur les Conclusions
du Procureur General du Roi , ordonne que lesdirs
Ecrits seront lacérés et brûlés en la Cour di
11. Vol. Palais
Palais , au pied du grand Escalier d'icelui par l'Executeurde
la Haute-Justice: Enjoint à tous ceux
qui eu auroient des Exemplaires de les apporter
au Greffe de la Cour pour, y être supprimés. Fait
inhibitions et défenses à tous Imprimeurs,Libraites
,
Colpolteurs et autres de quelque état et con-
-
dition qu'ils soient, d'en vendre
,
débiter ou autrement
distribuer
,
à peine de proceder contre
eux extraordinairement
; qu'il sera en outre informé
à la requête du Procureur Central du Roi
pardevaht Me. Anne-Louis Pinon
,
Conseiller,
pour les témoins qui pourroient être entendus
dans cette Ville
, et pardevant les Officiers de
Police des lieux
, pour les témoins qui seroient
esdits lieux
,
à la diligence de ses Substituts esdits
Sièges ; contre les Auteurs et les distributeurs
desdits Ecrits, pour les informations faites, rapportées
et communiquées au Procureur General
du Roi
,
être par la Cour ordonné ce qu'il appartiendra.
Ordonne que copies collationnées du
présent Arrêt s ront envoyées
,
&c.
Et ledit jour Vendredi seize Avril mil sept cent
trmte-qutltre :ë:['heuree de îri'di
, en execution de
1'Arrêt ci-dessus lesdits Ecrits y mentionnés ortt
été lacérés et jettes au feu au bas du grand Escalier
du Palais j par VExecuteur de la Haute-Justice
,
en presence de nous Marie DagobertYsabeau,
,
l'un
des trois premiers et principaux Commis pour la
Grand'Chambre
,
assiste de deux Huissiers de ladite
Cour. Signé, Y S A B E A U...t.,
ARREST du 18. Avril, qui ordonne que les
Chapeaux appeliez Demi-Castors, Vigognes ou
,Dauphins, Demi-Vigognes et Chapeaux de poil,
payèrent pour droits de sortie aux Bureaux des
cinq grosses Fermes, 40. sols de la douzaine *
'Pour les Provinces réputées étrangères, et 2.0.
sols pour l'Etranger et les Villes ce Marseille,
Bayonne et Dunkerque.
Ee que les Chapeaux de Castor et les Cha";
peaux de Feutre
,
continueront de payer les droits
de sortie
,
conformément au Tarif de 1664- ct
aux Arrêts du Conseil des %. Avril et 3. Octo-5
bre 1701.
!
EDIT DU ROY, donné à Versailles au mois,
d'Avril L734. Registré en Parlement le 1. Juin
suivant
, portant réunion des Jurisdictions de la
Prévôté de la Ville de Clermont, et de la Prevôté
Foraine du Comté de Clermont en Beau-,
voisis, à celle du Bailliage de ladite Ville.
Trois nouvelles Ordonnances du Roy du 1r;
May, ia première, pour regler le Rang des Capitaines
des vingt Compagrfies.de Cavalerie et
des 60.Compagniesde Dragons de nouvelle levée.
-La secomie*-, pmrr regler-te Rang des Capitaines
des quinze Bataillons de nouvelle levée.
Et la troisième
, pour regler le Rang des Capitaines
et Lieutenant des Bataillons de Mil-içe.
^
t ^ f
ARR.EST idu 13. May , • qui ordonne qu'en
payant par le Clergé du Comté de Bourgogne la , somme de livres.par chacune année ,
tous ses biens demeureront déchargez de l'execution
de la Déclaration du 17. Novembre 1733.
concernant la lévée du Dixiéme.
:.,ORDONNANCE DU ROY J du 31. May,
portant augmentation-dans les Régimens de
IJuss.trts de R'a-ttky e{Berchîny
,
qui sont à son
aërvice
, par laquelle S. M. ordonne ,qu'il sera
1470 MERCURE DE FRANCE
1
levé incessamment huit Compagnies nouvelles ,
pour former un troisiéme Escadron à chacun
desdits Régimens , chaque Compagnie composée
du Capitaine , un Lieutenant , un Cornette , un
Maréchal des Legis , trois Brigadiers , quarante
- six Hussarts , et un Trompette.
Qu'il sera pareillement levé dix hommes
d'augmentation en chacune des seize Compagnies
desdits Régimens qui sont sur pied , pour les
mettre de quarante à cinquante hommes , com-
રે
pris trois Brigadiers , sans les Officiers.
Que la solde desdits Brigadiers et Hussards
leur sera payée , à mesure qu'ils arriveront aux
Régimens ou quartiers qui leur seront désignez;
et que les Officiers des nouvelles Compagnies
recevront leurs appointemens , à commencer du
jour qu'il y aura vingt hommes à pied ou dix à
cheval , au quartier d'assemblée , en passant présens
aux Revues des Commissaires des guerres
proposez à cet effet.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
Le 16 avril 1734, les Gens du Roi ont interrompu les activités du Parlement pour dénoncer deux écrits jugés perturbateurs. Le premier, intitulé 'Instruction sur l'obéissance due aux décisions de l'Église', a été imprimé sans autorisation et sans nom d'auteur. Le second, 'Réplique aux Tolérants de ce temps', imprimé à Avignon en 1719, circulait à nouveau à Paris. Ces écrits étaient accusés de promouvoir un esprit de séparation et de schisme au sein de l'Église, comme le montrait un extrait de la page 240 du second ouvrage. La Cour a ordonné la destruction de ces écrits et interdit leur distribution. Des enquêtes ont été lancées pour identifier les auteurs et les distributeurs. Les écrits ont été lacérés et brûlés au Palais le 16 avril 1734.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 201-210
MORTS.
Début :
Jacques-Claude-Marie-Vincent, Seigneur de Gournay, Conseiller honoraire au Grand Conseil, [...]
Mots clefs :
Seigneur de Gournay, Décès, Vertueux, Qualités, Voyageur, Commerce, Marine, Mémoires, Observation, Étude, Écrits, Éloquence, Principes de commerce, Royaume de France, Réformes, Éloge
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
M ORTS.
ACQUES-Claude-Marie - Vincent , Seigneur
de Gournay , Confeiller honoraire au Grand'
Confeil İntendant honoraire du Commerce
mourut à Paris le 27 Juin , âgé de 47 ans.
?L'Hiftoire qui
fe
glorifie
de
célébrer
les
Hom-
mes
illuftres
,
néglige trop les
hommes
vertueux
:
La
V
202
MERCURE
DE FRANCE
elle
prodigue fouvent
aux
qualités éclatantes
l'en
cens qui
eft
dû aux
qualités
utiles
;
&
l'humanité
gémit
de
voir
des
trophées
élevés
à
la
mémoire
de
je
ne
fçai
quels
Héros
qui
lui
ont
été
au
moins-
inutiles
,
tandis
qu'on
foule
avec
une
dédaigneuſe
ingratitude
la
cendre
des
bons
Citoyens
.
De
ce
nombre
fut
M.
Vincent de
Gournai
.
Il étoit
né
à
S.
Malo
,
au
mois
de
Mai
1712
,
de Claude
Vincent
,
l'un des plus
confidérables
Négocians de
cette
Ville
&
Secrétaire
du Roi
.
Le
jeune Vincent
def
→
tiné
au
Commerce
,
fut
envoyé à Cadix
dès
l'âge
de
dix
-
fept
ans
.
L'étude
,
les
travaux
de fon
état
firent
dès
lors
tous
les
plaifirs
.
L'activité
de
fon
efprit
le
dirigea vers
le
commerce
.
Tout occupé de fon objet il parcourut l'Efpagne
en obfervateur Philofophe. De retour en France
en 1744 ilfutconnu de M. le Comte de Maurepas,
alors Miniftre de la Marine , qui fentit tout ce
qu'il valoit. Pour étendre les lumières qu'il avoit
recueillies en Espagne , il employa quelques an
nées à voyager en Hollande , en Allemagne , en
Angleterre. Partout il recueilloit des Obferva
tions , des Mémoires fur l'état du Commerce &
de la Marine. Ce n'étoit point un Négociant ,
c'étoit un homme d'Etat qui étudioit le génie
les facultés , les befoins , les relations des diffé
rens peuples de l'Europe.
Comparer
entr'elles les
productions
de
la
Na-
ture
&
des
Arts
dans
les
différens
climats
,
leur
valeur
refpective
,
les frais
d'exportation
&
les
moyens
d'échange
;
embraffer
dans toute
fon
étendue
&
fuivre
dans
fes
révolutions
l'état
desproductions
naturelles
, celui
de
l'induftrie
,
de
la population
,
des
richeffes
,
des finances
,
desbefoins
&
des
caprices
mêmes
de
la
mode
chez
toutes
les
Nations que
le
commerce
réunit ,
pourappuyer
fur la
connoiffance approfondie de tous
AOUST
.
1759.
203
ces détails des fpéculations lucratives ; c'est étu-
dier le commerce en Négociant. Mais découvrir
les cauſes & les effets cachés de cette multitude
de révolutions ; remonter aux refforts fimples
dont l'action toujours combinée , & quelquefois
déguilée par des circonftances locales , dirige tou
tes les opérations du commerce ; s'élever juſqu'à
ces loix uniques & primitives fondées ſur la na-
ture même , par lesquelles toutes les valeurs
exiſtantes dans le commerce fe balancent entre
elles & ſe fixent à une valeur déterminée , faifir
ces rapports compliqués par lefquels le com-
merce s'enchaîne avec toutes les branches de l'c-
conomie politique ; appercevoir la dépendance
réciproque du commerce & de l'agriculture , l'in-
fluence de l'un & de l'autre fur les ticheſſes , fur
la population & fur la force des Etats , fa liaifon
intime avec les loix , les mœurs & toutes les opé-
rations du Gouvernement , furtout avec la dif-
penfation des finances , les fecours qu'il reçoit de
la Marine Militaire & ceux qu'il leur rend , le
changement qu'il produit dans les intérêts ref-
pectifs des Etats , & le poids qu'il met dans la
balance politique ; enfin démêler dans les hazards
des événemens & dans les principes d'adminiſ-
ration adoptés par les différentes Nations de-
l'Europe , les véritables cauſes de leur progrès &
de leur décadence dans le commerce : c'eſt envi-
fager le commerce en Philoſophe & en homme
d'Etat.
Si la fituation où fe trouvoit M. Vincent lę
déterminoit à s'occuper de la ſcience du com-
merce fous le premier de ces deux points de
vue , l'étendue & la pénétration de fon efprit ne
lui permettoient pas de s'y borner. Aux lumières
de l'expérience & de la réflexion il joignit celles.
de la lecture. Les Traités du célébre Jofas Child
I vi
204
MERCURE
DE
FRANCE
.
qu'il a depuis traduits en François , & les Me
moires du grand Penfionnaire Jean de Wit,
faifoient fon étude affidue. On fçait que ces deux
grands hommes font regardés ,, l'un en Angle
terre , l'autre en Hollande , comme les légifla-
teurs du commerce ; que leurs principes font
devenus des principes nationaux , & que l'ob-
fervation de ces principes eft regardée comme
une des fources de la prodigieufe ſupériorité que
Ces deux Nations ont acquile dans le commerce.
M. Vincent plein de ces fpéculations s'occupoit'
à les vérifier dans la pratique d'un commerce
étendu , fans prévoir qu'il étoit deftiné à en ré-
pandre un jour la lumière en France , & à mê-
riter de fa Patrie le même tribut de reconnoif
fance que l'Angleterre & la Hollande rendent à
la mémoire de ces deux bienfaicteurs de leur
nation & de l'humanité. Mais comme fés talens
& fa probité lui avoient concilié l'eftime de tous
les Négocians de l'Europe , ils lui acquirent bien-
tôt la confiance du Gouvernement. M Jamets de
Villebare fon affocié & fon ami, mourut en 1746,
& le fit fon légataire univerfel : alors M. Vincent
quitta le commerce , & prit le nom de la terre
de Gournai qui faifoit partie de cette fucceffioni
M. de Maurepas lui confeilla de tourner les vues
du côté d'une place d'Intendant du Commerce!
M. de Machault à qui le mérite de M. de Gournai
étoit aufli très - connu , lui fit donner celle qui
vacqua en 1751 par la mort de M. le Tourneur.
Ce fut dès- lors que fa vie devint celle d'un hom-
me public. Son entrée au Bureau du Commerce
parut être l'époque d'une révolution. Il ne put
voir fans étonnement les entraves qu'on avoit
données au commerce & à l'induftrie ; par exem-
ple , que le travail d'un Ouvrier fût exposé à des
rifques & à des frais dont l'homine oifi éroir
AOUST
.
1759
.
205
exempt qu'une
piéce
d'étoffe
fabriquée
fit
un
procès
entre
un
Fabriquant
qui
ne
fçait
pas
lire
&
un
Infpecteur
qui
ne
fçait
pas fabriquer
;
que
l'Infpecteur
fût
cependant
l'arbitre
fouverain
de
la
fortune
du
Fabriquant
.
Ces Statuts qui déterminent jufqu'au nombre
des fils d'une étoffe , qui interdifent aux femmes
le travail de la fabrication , &c ; ces Statues
dont la rigueur ne tend qu'à décourager l'in-
duſtrie , & à lier les mains à des malheureux
qui ne demandent qu'à travailler , lui parurent
auffi oppofés aux principes de la juſtice & de
T'humanité qu'à ceux de l'adminiſtration œco-
nomique.
Il n'étoit pas moins étonné de voir le Gou-
vernement s'occuper à régler le cours de chaque
denrée , interdire un genre d'induſtrie pour en
faire fleurir un autre , affujettir à des gênes par-
ticulières la vente des provifions les plus nécef
faires à la vie , défendre de faire des magasins
d'une denrée dont la récolte varie tous les ans ,
& dont la confommation eft toujours à- peu-près
égale , défendre la fortie d'une denrée fujette à
tomber dans l'aviliffement , & croire s'affurer
Pabondance du bled en rendant la condition du
laboureur plus incertaine & plus malheureuſe
que celle de tous les autres citoyens.
M.
de Gournai ne
prévoyoit pas qu'on
le
pren-
droit
pour un
homme
à ſyſtême
,
lorſqu'il
ne
feroit
que
développer
les
principes
que
l'expé-
rience lui avoit enfeignés
,
&
qu'il
ne
regardoit
que
comme
les
maximes
les
plus fimples
du
fens
commun
:
ils
fe réduifoient tous à celui-
ci
,
Que
dans
le
commerce abandonné
à
lui
-
même
,
il
n'eft
pas
poflible
que
l'intérêt particulier
ne con-
coure pas avec
l'intéret
général
,
&
que
le
Gou-
vernement ne
doit s'en
mêler que pour
lui
ac-
206
MERCURE
DE
FRANCE
.
corder au befoin fa protection & fes fecours. Tel
eft le fyftême qu'il a développé dans les écrits,
& qu'il a foutenu avec la fermeté la plus coura
geufe jufqu'à la fin de fa vie ; mais ce fyftême
tout inconteftable qu'il eft , au moins à l'égard
des productions intérieures & de l'induftrie qui
les met en valeur , n'a jamais été fans contra-
diction.
Le haut intérêt de l'argent , la multiplicité des
taxes & des droits impolés fur le commerce , lyi
fembloient des obftacles pernicieux à fes pro-
grès ; & de ces idées lumineuſes développées par
les circonstances , il s'étoit fait un plan d'admi
niſtration politique dont il ne s'écarta jamais.
Son éloquence fimple , & animée de cette
chaleur intéreſſante que donne aux difcours d'un
homme vertueux la perfuafion intime qu'il foy
tient la caufe du bien public , n'ôtoit jamais rien
à la folidité de la difcuffion ; quelquefois elle
étoit affaifonnée par une plaifanterie fans amer
tume , & d'autant plus agréable qu'elle étoit
toujours une raiſon. Auffi incapable de prendre
un ton dominant que de parler contre la pensée,
la manière dont il propoſoit ſon ſentiment n'é-
toit impérieufe que par la force des preuves. S:
quelquefois il étoit contredit , il écoutoit avec
patience , répondoit avec politeffe , & difcutoit
avec le fang froid & la candeur d'un homme
qui ne cherche que le vrai. Si quelquefois il
changeoit d'avis , fa première opinion ne fem-
bloit jamais retarder ni affoiblir l'imprellion fubire
que la vérité offerte fait naturellement fur un
efprit jufte.
C'eft à la chaleur avec laquelle il cherchoit
à tourner du côté du commerce & de l'œcono-
mie politique tous les talens qui l'approchoient
c'eft-lurtout à la facilité avec laquelle il con
AOUST
.
1759
.
107
muniquoit toutes les lumières qu'il avoit acquifes,
qu'on doit attribuer cette heureufe fermentation
qui s'eft excitée depuis quelques années fur ces
objets importans , & qui nous a déja procuré
plufieurs Ouvrages remplis de recherches labo-
rieufes & de vmes profondes.
Quelque peine qu'on eût à adopter fes principes
dans toute leur étendue , fes lumières , fon expé
rience , l'eftime générale de tous les Négocians,
pour perfonne , la pureté de fes vues au- deſſus
de tout foupçon , lui attiroient néceſſairement la
confiance du Ministère , & le refpect de ceux-
mêmes qui s'obftinoient à combattre fon opinion,
Son zéle lui infpira le deffein de vifiter le
Royaume , pour y voir par lui-même l'état du
commerce & des fabriques ; & depuis le mois de
Juillet jufqu'au mois de Décembre 1753 , il par
courut la Bourgogne , le Lyonnois , le Dauphiné,
la Provence , le haut & bas Languedoc. En 1755
il vifita la Rochelle , Bordeaux , Montauban , le
reſte de la Guienne jufqu'à Bayonne. En 1756 il
fuivit le cours de la Loire depuis Orléans juſqu'à
Nantes. Il vit auſſi le Maine & l'Anjou , ſuivit la
côte de Bretagne depuis Nantes jufqu'à S. Malo ,
& s'arrêta à Rennes pendant la tenue des Etats
de 1756. Par tout il trouva de nouveaux motifs
de fe confirmer dans ſes principes , & de nouvel-
les armes contre les préjugés qui lui réſiſtoient.
Les fruits des voyages de M. de Gournai furent
la réforme d'une infinité d'abus , une connoiſſance
de l'état des Provinces plus füre & plus capable
de diriger les opérations du Miniſtère , une ap¬
préciation plus exacte des plaintes & des de-
mandes , la facilité procurée au peuple & au
ſimple artiſan de faire entendre leurs voix fou-
vent étouffées par des hommes intéreſſés , de qui
ces malheureux dépendent ; enfin l'émulation
nouvelle que M. de Gournai fçavoit répandre par
268
MERCURE
DE
FRANCE
.
1
fon
éloquence
perfuafive
,
par
la
netteté
avec
laquelle
il
rendoit
fes
idées
,
&
par
l'heureuſe
influence
de
fon
zéle
patriotique
.
C'eſt à fon féjour à Rennes en 1756 qu'on doit en
partie l'existence de la Société établie en Bretagne
de l'autorité des Etats , & fous les aufpices de M.
le Duc d'Eguillon , pour la perfection de l'agri-
culture , du commerce & de l'induftrie ; Société
qui eft la première de ce genre dans le Royaume ,
& qui mérite bien de fervir de modèle. Mais un
talent fans lequel fon zéle eût été infructueux ,
étoit celui de ménager l'orgueil & les prétentions
des autres , d'écarter tous les ombrages de la
rivalité & tous les dégoûts d'une inftruction hu-
miliante. Il lui eft arrivé fouvent de faire hon-
neur à des hommes en place des vues qu'il leur
avoit communiquées. Il lui étoit égal que le bien
qui s'opéroit vint de lui ou d'un autre.
(
Il
a
eu
le
même
défintéreffement
pour
les
Manufcrits qui font
reftés
de
lui
,
&
l'on
y
voir
fon
indifférence
pour
toute réputation
littéraire
;
mais
ils
n'en font pas
moins
précieux
,
même
à
ne
les
regarder
que
du
côté
de
la
compofition
.
Une
éloquence
naturelle
,
une
précifion lami-
neufe dans
l'expofition
des principes
,
un
art
fin-
gulier
de
les
préfenter fous toutes
les faces
&
de
fes
rendre
fenfibles
par
des
applications
juftes
,
&
fouvent piquantes par
leur
jufteffe
même
,
une
politeffe
toujours égale
,
&
une
logique
pleine
de
fagacité
,
enfin
un
ton
de
patriotilme
&
d'he-
manité
qu'il
ne
cherchoit point à prendre
&
qu'il
n'en avoit
que mieux
,
caractérifoient
fes
écrits
comme
la
converſation
.
Prellant jufqu'a l'importunité
lorfqu'il
s'agif-
foit
du
bien public
,
aucun de nos Colons
n'a
loi-
licité
avec autant de
zéle
que
lui la liberté
du
com-
merce
des vailleaux neutres dans nos
Colonies
pendant la guerre
:
fes follicitations étoient d'au
AOUST
.
1759
.
༣༠༡
་
tant plus vives qu'il ne demandoit rien pour lui.
Il est mort fans aucun bienfait de la Cour. Les
pertes qu'il effuya fur les fonds qu'il avoit laillés
en Elpagne ayant dérangé fa fortune , il fe dé-
termina en 1758 à quitter fa charge d'Inten-
dant du Commerce. Des perfonnes en place lui
propoferent de folliciter pour lui les graces du
Roi ; il répondit qu'il avoit toujours regardé de
pareilles graces comme étant d'une conféquence
dangerenfe , furtout dans les circonstances où
l'Etat fe trouvoit , & qu'il ne vouloit pas qu'on
eût à lui reprocher de s'être prêté à des excep-
tions en fa faveur. Il ajouta qu'il ne fe croiroit
pas difpenfé par fa retraite de s'occuper d'objets
utiles , & il demanda de conferver la féance au
Bureau du Commerce avec le titre d'honoraire
qui lui fut accordé.
M. de Silhouette qui avoit pour M. de Gournal
un eftime qui fait l'éloge de l'un & de l'autre ,
ne fut pas plutôt Contrôleur Général , qu'il ré-
folut d'arracher à la retraite un homme dont les
talens & le zéle étoient fi propres à feconder
fes vues mais M. de Gournai étoit déja attaqué
de la maladie dont il eft mort.
Le nom d'homme à fyftéme eft devenu une
efpéce d'arme pour les perfonnes prévenues ou
intéreffées à maintenir quelqu'abus , & l'on n'a
pas manqué de donner ce nom à M. de Gournai ;
mais fi fes principes font jamais pour la France
comme ils l'ont été pour la Hollande & l'An-
gleterre une fource d'abondance & de profpérité ,
nos defcendans fçauront que la reconnoiffance
lui en eft due. Quoiqu'il en foit , une gloire bien
perfonnelle à M. de Gournai eft celle d'une vertu
à toute épreuve l'ombre même du ſoupçon n'en
a jamais terni l'éclat. Appuyée fur un fentiment
profond de juftice & de bienfaifance , elle a fait
de lui un homme doux , modefte , indulgent
210
MERCURE
DE
FRANCE
.
dans
la fociété
;
irréprochable
&
même
auftere
dans
fa
conduite
&
dans
fes
moeurs
;
mais
auf-
tere
pour
lui
feul
,
égal
&
fans
humeur
à
l'égard
des
autres
.
Dans
la vie
privée
,
attentif
à
rendre
heureux
tout
ce
qui
l'environnoit
;
dans
la vie
pu
blique
,
uniquement
occupé
des
profpérités
&
de
la
gloire
de
fa
Patrie
&
du
bonheur de
l'humanité
.
Ce
fentiment
étoit
un
des motifs
qui
l'attachoient
le
plus
fortement à
ce qu'on
appelloit
fon
fyftême
;
&
ce
qu'il
reprochoit
le
plus
vivement
aux
prin
cipes
qu'il
attaquoit
,
étoit
de
favoriler
toujours
la partie
riche
&
oifive
de
la
Société
,
au
préjudice
de
la
partie
pauvre
&
laborieufe
.
Juflitia cultor, rigidi fervator honefti ,
In commune bonus. LUCAN . PHARS. Lib. I.
ACQUES-Claude-Marie - Vincent , Seigneur
de Gournay , Confeiller honoraire au Grand'
Confeil İntendant honoraire du Commerce
mourut à Paris le 27 Juin , âgé de 47 ans.
?L'Hiftoire qui
fe
glorifie
de
célébrer
les
Hom-
mes
illuftres
,
néglige trop les
hommes
vertueux
:
La
V
202
MERCURE
DE FRANCE
elle
prodigue fouvent
aux
qualités éclatantes
l'en
cens qui
eft
dû aux
qualités
utiles
;
&
l'humanité
gémit
de
voir
des
trophées
élevés
à
la
mémoire
de
je
ne
fçai
quels
Héros
qui
lui
ont
été
au
moins-
inutiles
,
tandis
qu'on
foule
avec
une
dédaigneuſe
ingratitude
la
cendre
des
bons
Citoyens
.
De
ce
nombre
fut
M.
Vincent de
Gournai
.
Il étoit
né
à
S.
Malo
,
au
mois
de
Mai
1712
,
de Claude
Vincent
,
l'un des plus
confidérables
Négocians de
cette
Ville
&
Secrétaire
du Roi
.
Le
jeune Vincent
def
→
tiné
au
Commerce
,
fut
envoyé à Cadix
dès
l'âge
de
dix
-
fept
ans
.
L'étude
,
les
travaux
de fon
état
firent
dès
lors
tous
les
plaifirs
.
L'activité
de
fon
efprit
le
dirigea vers
le
commerce
.
Tout occupé de fon objet il parcourut l'Efpagne
en obfervateur Philofophe. De retour en France
en 1744 ilfutconnu de M. le Comte de Maurepas,
alors Miniftre de la Marine , qui fentit tout ce
qu'il valoit. Pour étendre les lumières qu'il avoit
recueillies en Espagne , il employa quelques an
nées à voyager en Hollande , en Allemagne , en
Angleterre. Partout il recueilloit des Obferva
tions , des Mémoires fur l'état du Commerce &
de la Marine. Ce n'étoit point un Négociant ,
c'étoit un homme d'Etat qui étudioit le génie
les facultés , les befoins , les relations des diffé
rens peuples de l'Europe.
Comparer
entr'elles les
productions
de
la
Na-
ture
&
des
Arts
dans
les
différens
climats
,
leur
valeur
refpective
,
les frais
d'exportation
&
les
moyens
d'échange
;
embraffer
dans toute
fon
étendue
&
fuivre
dans
fes
révolutions
l'état
desproductions
naturelles
, celui
de
l'induftrie
,
de
la population
,
des
richeffes
,
des finances
,
desbefoins
&
des
caprices
mêmes
de
la
mode
chez
toutes
les
Nations que
le
commerce
réunit ,
pourappuyer
fur la
connoiffance approfondie de tous
AOUST
.
1759.
203
ces détails des fpéculations lucratives ; c'est étu-
dier le commerce en Négociant. Mais découvrir
les cauſes & les effets cachés de cette multitude
de révolutions ; remonter aux refforts fimples
dont l'action toujours combinée , & quelquefois
déguilée par des circonftances locales , dirige tou
tes les opérations du commerce ; s'élever juſqu'à
ces loix uniques & primitives fondées ſur la na-
ture même , par lesquelles toutes les valeurs
exiſtantes dans le commerce fe balancent entre
elles & ſe fixent à une valeur déterminée , faifir
ces rapports compliqués par lefquels le com-
merce s'enchaîne avec toutes les branches de l'c-
conomie politique ; appercevoir la dépendance
réciproque du commerce & de l'agriculture , l'in-
fluence de l'un & de l'autre fur les ticheſſes , fur
la population & fur la force des Etats , fa liaifon
intime avec les loix , les mœurs & toutes les opé-
rations du Gouvernement , furtout avec la dif-
penfation des finances , les fecours qu'il reçoit de
la Marine Militaire & ceux qu'il leur rend , le
changement qu'il produit dans les intérêts ref-
pectifs des Etats , & le poids qu'il met dans la
balance politique ; enfin démêler dans les hazards
des événemens & dans les principes d'adminiſ-
ration adoptés par les différentes Nations de-
l'Europe , les véritables cauſes de leur progrès &
de leur décadence dans le commerce : c'eſt envi-
fager le commerce en Philoſophe & en homme
d'Etat.
Si la fituation où fe trouvoit M. Vincent lę
déterminoit à s'occuper de la ſcience du com-
merce fous le premier de ces deux points de
vue , l'étendue & la pénétration de fon efprit ne
lui permettoient pas de s'y borner. Aux lumières
de l'expérience & de la réflexion il joignit celles.
de la lecture. Les Traités du célébre Jofas Child
I vi
204
MERCURE
DE
FRANCE
.
qu'il a depuis traduits en François , & les Me
moires du grand Penfionnaire Jean de Wit,
faifoient fon étude affidue. On fçait que ces deux
grands hommes font regardés ,, l'un en Angle
terre , l'autre en Hollande , comme les légifla-
teurs du commerce ; que leurs principes font
devenus des principes nationaux , & que l'ob-
fervation de ces principes eft regardée comme
une des fources de la prodigieufe ſupériorité que
Ces deux Nations ont acquile dans le commerce.
M. Vincent plein de ces fpéculations s'occupoit'
à les vérifier dans la pratique d'un commerce
étendu , fans prévoir qu'il étoit deftiné à en ré-
pandre un jour la lumière en France , & à mê-
riter de fa Patrie le même tribut de reconnoif
fance que l'Angleterre & la Hollande rendent à
la mémoire de ces deux bienfaicteurs de leur
nation & de l'humanité. Mais comme fés talens
& fa probité lui avoient concilié l'eftime de tous
les Négocians de l'Europe , ils lui acquirent bien-
tôt la confiance du Gouvernement. M Jamets de
Villebare fon affocié & fon ami, mourut en 1746,
& le fit fon légataire univerfel : alors M. Vincent
quitta le commerce , & prit le nom de la terre
de Gournai qui faifoit partie de cette fucceffioni
M. de Maurepas lui confeilla de tourner les vues
du côté d'une place d'Intendant du Commerce!
M. de Machault à qui le mérite de M. de Gournai
étoit aufli très - connu , lui fit donner celle qui
vacqua en 1751 par la mort de M. le Tourneur.
Ce fut dès- lors que fa vie devint celle d'un hom-
me public. Son entrée au Bureau du Commerce
parut être l'époque d'une révolution. Il ne put
voir fans étonnement les entraves qu'on avoit
données au commerce & à l'induftrie ; par exem-
ple , que le travail d'un Ouvrier fût exposé à des
rifques & à des frais dont l'homine oifi éroir
AOUST
.
1759
.
205
exempt qu'une
piéce
d'étoffe
fabriquée
fit
un
procès
entre
un
Fabriquant
qui
ne
fçait
pas
lire
&
un
Infpecteur
qui
ne
fçait
pas fabriquer
;
que
l'Infpecteur
fût
cependant
l'arbitre
fouverain
de
la
fortune
du
Fabriquant
.
Ces Statuts qui déterminent jufqu'au nombre
des fils d'une étoffe , qui interdifent aux femmes
le travail de la fabrication , &c ; ces Statues
dont la rigueur ne tend qu'à décourager l'in-
duſtrie , & à lier les mains à des malheureux
qui ne demandent qu'à travailler , lui parurent
auffi oppofés aux principes de la juſtice & de
T'humanité qu'à ceux de l'adminiſtration œco-
nomique.
Il n'étoit pas moins étonné de voir le Gou-
vernement s'occuper à régler le cours de chaque
denrée , interdire un genre d'induſtrie pour en
faire fleurir un autre , affujettir à des gênes par-
ticulières la vente des provifions les plus nécef
faires à la vie , défendre de faire des magasins
d'une denrée dont la récolte varie tous les ans ,
& dont la confommation eft toujours à- peu-près
égale , défendre la fortie d'une denrée fujette à
tomber dans l'aviliffement , & croire s'affurer
Pabondance du bled en rendant la condition du
laboureur plus incertaine & plus malheureuſe
que celle de tous les autres citoyens.
M.
de Gournai ne
prévoyoit pas qu'on
le
pren-
droit
pour un
homme
à ſyſtême
,
lorſqu'il
ne
feroit
que
développer
les
principes
que
l'expé-
rience lui avoit enfeignés
,
&
qu'il
ne
regardoit
que
comme
les
maximes
les
plus fimples
du
fens
commun
:
ils
fe réduifoient tous à celui-
ci
,
Que
dans
le
commerce abandonné
à
lui
-
même
,
il
n'eft
pas
poflible
que
l'intérêt particulier
ne con-
coure pas avec
l'intéret
général
,
&
que
le
Gou-
vernement ne
doit s'en
mêler que pour
lui
ac-
206
MERCURE
DE
FRANCE
.
corder au befoin fa protection & fes fecours. Tel
eft le fyftême qu'il a développé dans les écrits,
& qu'il a foutenu avec la fermeté la plus coura
geufe jufqu'à la fin de fa vie ; mais ce fyftême
tout inconteftable qu'il eft , au moins à l'égard
des productions intérieures & de l'induftrie qui
les met en valeur , n'a jamais été fans contra-
diction.
Le haut intérêt de l'argent , la multiplicité des
taxes & des droits impolés fur le commerce , lyi
fembloient des obftacles pernicieux à fes pro-
grès ; & de ces idées lumineuſes développées par
les circonstances , il s'étoit fait un plan d'admi
niſtration politique dont il ne s'écarta jamais.
Son éloquence fimple , & animée de cette
chaleur intéreſſante que donne aux difcours d'un
homme vertueux la perfuafion intime qu'il foy
tient la caufe du bien public , n'ôtoit jamais rien
à la folidité de la difcuffion ; quelquefois elle
étoit affaifonnée par une plaifanterie fans amer
tume , & d'autant plus agréable qu'elle étoit
toujours une raiſon. Auffi incapable de prendre
un ton dominant que de parler contre la pensée,
la manière dont il propoſoit ſon ſentiment n'é-
toit impérieufe que par la force des preuves. S:
quelquefois il étoit contredit , il écoutoit avec
patience , répondoit avec politeffe , & difcutoit
avec le fang froid & la candeur d'un homme
qui ne cherche que le vrai. Si quelquefois il
changeoit d'avis , fa première opinion ne fem-
bloit jamais retarder ni affoiblir l'imprellion fubire
que la vérité offerte fait naturellement fur un
efprit jufte.
C'eft à la chaleur avec laquelle il cherchoit
à tourner du côté du commerce & de l'œcono-
mie politique tous les talens qui l'approchoient
c'eft-lurtout à la facilité avec laquelle il con
AOUST
.
1759
.
107
muniquoit toutes les lumières qu'il avoit acquifes,
qu'on doit attribuer cette heureufe fermentation
qui s'eft excitée depuis quelques années fur ces
objets importans , & qui nous a déja procuré
plufieurs Ouvrages remplis de recherches labo-
rieufes & de vmes profondes.
Quelque peine qu'on eût à adopter fes principes
dans toute leur étendue , fes lumières , fon expé
rience , l'eftime générale de tous les Négocians,
pour perfonne , la pureté de fes vues au- deſſus
de tout foupçon , lui attiroient néceſſairement la
confiance du Ministère , & le refpect de ceux-
mêmes qui s'obftinoient à combattre fon opinion,
Son zéle lui infpira le deffein de vifiter le
Royaume , pour y voir par lui-même l'état du
commerce & des fabriques ; & depuis le mois de
Juillet jufqu'au mois de Décembre 1753 , il par
courut la Bourgogne , le Lyonnois , le Dauphiné,
la Provence , le haut & bas Languedoc. En 1755
il vifita la Rochelle , Bordeaux , Montauban , le
reſte de la Guienne jufqu'à Bayonne. En 1756 il
fuivit le cours de la Loire depuis Orléans juſqu'à
Nantes. Il vit auſſi le Maine & l'Anjou , ſuivit la
côte de Bretagne depuis Nantes jufqu'à S. Malo ,
& s'arrêta à Rennes pendant la tenue des Etats
de 1756. Par tout il trouva de nouveaux motifs
de fe confirmer dans ſes principes , & de nouvel-
les armes contre les préjugés qui lui réſiſtoient.
Les fruits des voyages de M. de Gournai furent
la réforme d'une infinité d'abus , une connoiſſance
de l'état des Provinces plus füre & plus capable
de diriger les opérations du Miniſtère , une ap¬
préciation plus exacte des plaintes & des de-
mandes , la facilité procurée au peuple & au
ſimple artiſan de faire entendre leurs voix fou-
vent étouffées par des hommes intéreſſés , de qui
ces malheureux dépendent ; enfin l'émulation
nouvelle que M. de Gournai fçavoit répandre par
268
MERCURE
DE
FRANCE
.
1
fon
éloquence
perfuafive
,
par
la
netteté
avec
laquelle
il
rendoit
fes
idées
,
&
par
l'heureuſe
influence
de
fon
zéle
patriotique
.
C'eſt à fon féjour à Rennes en 1756 qu'on doit en
partie l'existence de la Société établie en Bretagne
de l'autorité des Etats , & fous les aufpices de M.
le Duc d'Eguillon , pour la perfection de l'agri-
culture , du commerce & de l'induftrie ; Société
qui eft la première de ce genre dans le Royaume ,
& qui mérite bien de fervir de modèle. Mais un
talent fans lequel fon zéle eût été infructueux ,
étoit celui de ménager l'orgueil & les prétentions
des autres , d'écarter tous les ombrages de la
rivalité & tous les dégoûts d'une inftruction hu-
miliante. Il lui eft arrivé fouvent de faire hon-
neur à des hommes en place des vues qu'il leur
avoit communiquées. Il lui étoit égal que le bien
qui s'opéroit vint de lui ou d'un autre.
(
Il
a
eu
le
même
défintéreffement
pour
les
Manufcrits qui font
reftés
de
lui
,
&
l'on
y
voir
fon
indifférence
pour
toute réputation
littéraire
;
mais
ils
n'en font pas
moins
précieux
,
même
à
ne
les
regarder
que
du
côté
de
la
compofition
.
Une
éloquence
naturelle
,
une
précifion lami-
neufe dans
l'expofition
des principes
,
un
art
fin-
gulier
de
les
préfenter fous toutes
les faces
&
de
fes
rendre
fenfibles
par
des
applications
juftes
,
&
fouvent piquantes par
leur
jufteffe
même
,
une
politeffe
toujours égale
,
&
une
logique
pleine
de
fagacité
,
enfin
un
ton
de
patriotilme
&
d'he-
manité
qu'il
ne
cherchoit point à prendre
&
qu'il
n'en avoit
que mieux
,
caractérifoient
fes
écrits
comme
la
converſation
.
Prellant jufqu'a l'importunité
lorfqu'il
s'agif-
foit
du
bien public
,
aucun de nos Colons
n'a
loi-
licité
avec autant de
zéle
que
lui la liberté
du
com-
merce
des vailleaux neutres dans nos
Colonies
pendant la guerre
:
fes follicitations étoient d'au
AOUST
.
1759
.
༣༠༡
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tant plus vives qu'il ne demandoit rien pour lui.
Il est mort fans aucun bienfait de la Cour. Les
pertes qu'il effuya fur les fonds qu'il avoit laillés
en Elpagne ayant dérangé fa fortune , il fe dé-
termina en 1758 à quitter fa charge d'Inten-
dant du Commerce. Des perfonnes en place lui
propoferent de folliciter pour lui les graces du
Roi ; il répondit qu'il avoit toujours regardé de
pareilles graces comme étant d'une conféquence
dangerenfe , furtout dans les circonstances où
l'Etat fe trouvoit , & qu'il ne vouloit pas qu'on
eût à lui reprocher de s'être prêté à des excep-
tions en fa faveur. Il ajouta qu'il ne fe croiroit
pas difpenfé par fa retraite de s'occuper d'objets
utiles , & il demanda de conferver la féance au
Bureau du Commerce avec le titre d'honoraire
qui lui fut accordé.
M. de Silhouette qui avoit pour M. de Gournal
un eftime qui fait l'éloge de l'un & de l'autre ,
ne fut pas plutôt Contrôleur Général , qu'il ré-
folut d'arracher à la retraite un homme dont les
talens & le zéle étoient fi propres à feconder
fes vues mais M. de Gournai étoit déja attaqué
de la maladie dont il eft mort.
Le nom d'homme à fyftéme eft devenu une
efpéce d'arme pour les perfonnes prévenues ou
intéreffées à maintenir quelqu'abus , & l'on n'a
pas manqué de donner ce nom à M. de Gournai ;
mais fi fes principes font jamais pour la France
comme ils l'ont été pour la Hollande & l'An-
gleterre une fource d'abondance & de profpérité ,
nos defcendans fçauront que la reconnoiffance
lui en eft due. Quoiqu'il en foit , une gloire bien
perfonnelle à M. de Gournai eft celle d'une vertu
à toute épreuve l'ombre même du ſoupçon n'en
a jamais terni l'éclat. Appuyée fur un fentiment
profond de juftice & de bienfaifance , elle a fait
de lui un homme doux , modefte , indulgent
210
MERCURE
DE
FRANCE
.
dans
la fociété
;
irréprochable
&
même
auftere
dans
fa
conduite
&
dans
fes
moeurs
;
mais
auf-
tere
pour
lui
feul
,
égal
&
fans
humeur
à
l'égard
des
autres
.
Dans
la vie
privée
,
attentif
à
rendre
heureux
tout
ce
qui
l'environnoit
;
dans
la vie
pu
blique
,
uniquement
occupé
des
profpérités
&
de
la
gloire
de
fa
Patrie
&
du
bonheur de
l'humanité
.
Ce
fentiment
étoit
un
des motifs
qui
l'attachoient
le
plus
fortement à
ce qu'on
appelloit
fon
fyftême
;
&
ce
qu'il
reprochoit
le
plus
vivement
aux
prin
cipes
qu'il
attaquoit
,
étoit
de
favoriler
toujours
la partie
riche
&
oifive
de
la
Société
,
au
préjudice
de
la
partie
pauvre
&
laborieufe
.
Juflitia cultor, rigidi fervator honefti ,
In commune bonus. LUCAN . PHARS. Lib. I.
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Résumé : MORTS.
Jacques-Claude-Marie Vincent, seigneur de Gournay, conseiller honoraire au Grand Conseil et intendant honoraire du Commerce, est décédé à Paris le 27 juin 1759 à l'âge de 47 ans. Né à Saint-Malo en mai 1712, fils d'un négociant influent et secrétaire du Roi, Vincent de Gournay a été envoyé à Cadix à l'âge de dix-sept ans pour se destiner au commerce. Il a parcouru l'Espagne en observateur philosophe et, de retour en France en 1744, a été remarqué par le comte de Maurepas, ministre de la Marine. Il a ensuite voyagé en Hollande, en Allemagne et en Angleterre pour recueillir des observations sur le commerce et la marine. Vincent de Gournay avait une approche du commerce à la fois pratique et philosophique. Il comparait les productions naturelles et artisanales dans différents climats, analysait leur valeur respective, les frais d'exportation et les moyens d'échange. Il étudiait également les révolutions des productions naturelles, de l'industrie, de la population, des richesses, des finances et des modes chez les nations commerçantes. Il a traduit en français les traités de Josias Child et les mémoires de Jean de Wit, deux figures emblématiques du commerce en Angleterre et en Hollande. En 1746, à la mort de son associé Jamets de Villebare, Vincent de Gournay a quitté le commerce pour devenir intendant du Commerce en 1751. Il a réformé de nombreux abus et promu l'économie politique. Ses voyages à travers la France lui ont permis de constater l'état du commerce et des fabriques, confirmant ses principes économiques. Il a fondé la Société de Bretagne pour la perfection de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. Ses écrits et discours étaient marqués par une éloquence naturelle, une précision dans l'exposition des principes et une logique sagace. En août 1759, Vincent de Gournay a sollicité la liberté du commerce des vaisseaux neutres dans les colonies pendant la guerre, sans demander de bénéfices personnels. Ayant subi des pertes financières, il a quitté sa charge d'Intendant du Commerce en 1758, refusant toute grâce du Roi pour éviter les reproches. Il a demandé à conserver un rôle honorifique au Bureau du Commerce. M. de Silhouette, Contrôleur Général, a tenté de le rappeler, mais Vincent de Gournay était déjà malade. Critiqué sous le nom d'« homme à système », ses principes pourraient bénéficier à la France comme ils l'ont fait pour la Hollande et l'Angleterre. Sa vertu est louée, marquée par la justice et la bienfaisance, le rendant doux, modeste et indulgent en société, et irréprochable dans sa conduite. Dans la vie privée, il était attentif au bonheur de son entourage, et dans la vie publique, il se consacrait aux prospérités et à la gloire de la patrie ainsi qu'au bonheur de l'humanité. Il critiquait les principes qui favorisaient la partie riche et oisive de la société au détriment de la partie pauvre et laborieuse.
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