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5201
p. 1533-1535
Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
Début :
LE THEATRE DES PASSIONS ET DE LA FORTUNE, ou les Aventures surprenantes [...]
Mots clefs :
Aventures, Peinture des passions, Vertu
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texteReconnaissance textuelle : Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
LF
E THEATRE DES PASSIONS ET DE LA
FORTUNE , ou les Avantures surpre
nantes de Rosamidor et de Théoglaphyre ,
Histoire Australe. Par M. de Castera. A
Paris , rue S. Jacques , chez Henry , 1731 .
in 12.de 352. pages , sans l'Epitre au Com
te de Clermont , et sans la Préface.
Ce Livre est un tissu d'Avantures assez
nouvelles ; l'Auteur s'est proposé d'y faire
une peinture des Passions les plus vives ,
qui puissent agiter le coeur humain , et
de montrer dans quels précipices elles
nous entraînent , lorsqu'aucun frein ne
les arrête ; mais comme dans un Tableau
les ombres et le clair se prêtent mutuel
lement de la force , il a pris soin d'op
II. Vol, F poser
1534 MERCURE DE FRANCE
poser au vice differens caracteres de vertu ,
afin qu'en voyant ce qu'on doit imiter ,
on envisage avec plus d'horreur les éga
remens qu'on doit fuir ; au reste , ceci
n'est point un Roman , c'est un Recueil
de plusieurs évenemens veritables , dont
les principaux ont été puisez dans l'His
toire Anecdote du quinziéme siecle , mais
ils sont rapportez sous des noms qui les
déguisent , et qui pour la plûpart dérivent
du Grec et du Latin ; ainsi ces noms ont
une valeur secrette , qui est proportion
née aux lieux ou aux personnages dont il
s'agit ; par exemple , on a nommé Charles
Quint Laocrator , comme qui diroit Mo
narque , qui tient beaucoup de peuples
sous sa domination . Le Corsaire Barbe
rousse , est appellé Rufopogon , mot qui
signifie effectivement Barberousse , ainsi
des autres. En cela on a suivi la Méthode
de Thomas Morus , dans son Utopie , et
Barclay dans le fameux Roman d'Agénis .
Les Sçavans auront le plaisir de dévelop
per le sens de ces noms , qui ne sont point
jettez au hazard , et d'en faire une juste
application ; ceux qui n'entendent ni
Grec ni Latin , n'auront qu'à les prendre
pour des noms imaginaires , tels que ceux
qu'on trouve souvent dans Cléopatre
dans Pharamond et dans la Cassandre ;
1
*
II. Vol.
cela
JUIN. 1731. 1535
cela ne les arrêtera point dans leur lecture;
le style est poëtique , parce que tout l'Ou
vrage n'est qu'une narration faite par un
Philosophe Indien à un jeune Roi qu'il
veut instruire en l'amusant ; chacun sçait
que les Orientaux aiment l'emphase et les
expressions figurées.
ELOGE DE L'AMOUR , dédié à Cupidon .
Par M. A. C ** A Paris , chez Charles
Guillaume, rue du Hurepoix , au Pont sains
Michel , 1731.
DES BEAUX ARTS , &c.
LF
E THEATRE DES PASSIONS ET DE LA
FORTUNE , ou les Avantures surpre
nantes de Rosamidor et de Théoglaphyre ,
Histoire Australe. Par M. de Castera. A
Paris , rue S. Jacques , chez Henry , 1731 .
in 12.de 352. pages , sans l'Epitre au Com
te de Clermont , et sans la Préface.
Ce Livre est un tissu d'Avantures assez
nouvelles ; l'Auteur s'est proposé d'y faire
une peinture des Passions les plus vives ,
qui puissent agiter le coeur humain , et
de montrer dans quels précipices elles
nous entraînent , lorsqu'aucun frein ne
les arrête ; mais comme dans un Tableau
les ombres et le clair se prêtent mutuel
lement de la force , il a pris soin d'op
II. Vol, F poser
1534 MERCURE DE FRANCE
poser au vice differens caracteres de vertu ,
afin qu'en voyant ce qu'on doit imiter ,
on envisage avec plus d'horreur les éga
remens qu'on doit fuir ; au reste , ceci
n'est point un Roman , c'est un Recueil
de plusieurs évenemens veritables , dont
les principaux ont été puisez dans l'His
toire Anecdote du quinziéme siecle , mais
ils sont rapportez sous des noms qui les
déguisent , et qui pour la plûpart dérivent
du Grec et du Latin ; ainsi ces noms ont
une valeur secrette , qui est proportion
née aux lieux ou aux personnages dont il
s'agit ; par exemple , on a nommé Charles
Quint Laocrator , comme qui diroit Mo
narque , qui tient beaucoup de peuples
sous sa domination . Le Corsaire Barbe
rousse , est appellé Rufopogon , mot qui
signifie effectivement Barberousse , ainsi
des autres. En cela on a suivi la Méthode
de Thomas Morus , dans son Utopie , et
Barclay dans le fameux Roman d'Agénis .
Les Sçavans auront le plaisir de dévelop
per le sens de ces noms , qui ne sont point
jettez au hazard , et d'en faire une juste
application ; ceux qui n'entendent ni
Grec ni Latin , n'auront qu'à les prendre
pour des noms imaginaires , tels que ceux
qu'on trouve souvent dans Cléopatre
dans Pharamond et dans la Cassandre ;
1
*
II. Vol.
cela
JUIN. 1731. 1535
cela ne les arrêtera point dans leur lecture;
le style est poëtique , parce que tout l'Ou
vrage n'est qu'une narration faite par un
Philosophe Indien à un jeune Roi qu'il
veut instruire en l'amusant ; chacun sçait
que les Orientaux aiment l'emphase et les
expressions figurées.
ELOGE DE L'AMOUR , dédié à Cupidon .
Par M. A. C ** A Paris , chez Charles
Guillaume, rue du Hurepoix , au Pont sains
Michel , 1731.
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Résumé : Le Théatre des Passions et de la Fortune, [titre d'après la table]
Le texte présente deux ouvrages littéraires. Le premier, 'Le Théâtre des Passions et de la Fortune, ou les Aventures surprenantes de Rosamidor et de Théoglaphyre', est une histoire australe écrite par M. de Castera et publiée à Paris en 1731. Ce livre relate des aventures nouvelles et vise à dépeindre les passions humaines les plus intenses et leurs conséquences. L'auteur oppose le vice à divers caractères de vertu pour souligner les comportements à imiter et à éviter. Bien que présenté comme un recueil d'événements véridiques, les principaux faits sont tirés de l'histoire anecdotique du quinzième siècle, mais sont narrés sous des noms grecs et latins pour les déguiser. Par exemple, Charles Quint est nommé Laocrator, et le corsaire Barberousse est appelé Rufopogon. Cette méthode de nomination suit les exemples de Thomas Morus et Barclay. Le style de l'ouvrage est poétique, car il s'agit d'une narration faite par un philosophe indien à un jeune roi. Le second ouvrage mentionné est 'Éloge de l'Amour, dédié à Cupidon', écrit par M. A. C ** et publié à Paris en 1731.
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5202
p. 1538-1541
Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS pour servir de Plan à l'Histoire naturelle du Gévaudan, lû à [...]
Mots clefs :
Histoire naturelle du Gévaudan, Médecine, Poissons, Perles
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texteReconnaissance textuelle : Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
DISCOURS pour servir de Plan à
Histoire naturelle du Gévaudan , lû à
Assemblée des Etats de ce Diocèse , par
M. Samuel Blanquet , Docteur en Mede
cine de la Faculté de Montpellier , et Me
decin du Roi, le 13. Février 1730. A Men
de , de l'Imprimerie de la Veuve de Jacques
Roy.
Ce n'est que depuis peu que ce Discours
nous est tombé entre les mains. L'Auteur,
après un court Exorde qui fait connoître
son amour pour la Partie et son zele
pour
II. Vol. P'uulité
JUIN. 1731. 1539
P'utilité publique , nous apprend qu'il
donna en 1718. un petit Traité sur les
Eaux Minerales ; il fut en cela approuvé
par M. de la Salle , alors Evêque de Men
de , et les Analyses qu'il fit des differen
tes Sources qui sont dans ce Diocèse ,
furent trouvées justes et exactes par plu
sieurs sçavans Medecins , et sur tout par
M. Andry.
Ces premiers Essais encouragerent
M. Blanquet à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan , par rapport à la
Medecine , persuadé que ce n'est pas asez,
à un Medecin d'avoir une connoissance
generale de cette Science , s'il n'en sçait
faire une application particuliere au cli
mat qu'il habite , & c . Notre Medecin s'é
tend beaucoup là - dessus , et dit de fort
bonnes choses.
Tels furent , ajoûte- t'il , les motifs qui
me porterent à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan. La grandeur de
l'entreprise , et la difficulté de l'execu
tion m'ont tenu long-tems en suspens ,
et j'avois même abandonné mon Projets
mais enfin les ordres de notre illutre Pré
lat , qui m'a fait l'honneur de croire que
j'étois capable de les exécuter , ont été
un motif bien plus puissant pour m'en
M.de Choiseul- Beaupré , Evêque de Mende.
II. Vol. Fiiij gager
1540 MERCURE DE FRANCE
gager de nouveau à ce travail , que tous
ceux qui me l'avoient fait entreprendre .
L'Auteur rend ensuite compte du Plan
qu'il a formé pour l'éxecution de son Ou
vrage , Plan qui paroît bien imaginé , et
qui fait souhaiter son exécution ; car
M. Blanquet n'omet rien de tout ce qui
doit entrer naturellement dans un tel
dessein on en jugera par une partie de
ses Promesses que nous allons rapporter
dans ses propres termes .
>> Je n'oublierai pas , dit-il , en finissant
"son Discours , les excellens Poissons
» qu'on pêche dans nos Rivieres ; les
>> Perles qu'on trouve dans quelques Ruis
» seaux , les differentes Mines et les con
>> cretions que l'on découvre en plusieurs
» endroits. Enfin , Messieurs , je ne négli
»gerai rien de ce qui peut rendre cette
>>Histoire utile et agréable. Sa varieté fera
» la plus grande partie de son mérite et
» de sa beauté.... Je ferai mon possible
» pour la donner au Public incessamment;
»je prie enfin tous les Mrs qui composent
>> cette illustre Assemblée , de me com
» muniquer ce qu'ils connoîtront de par
» ticulier dans leurs contrées , qui puisse
avoir quelque rapport à mon sujet ; de
» mon côté je n'épargnerai ni voyages ni
soins pour ne rien oublier de tout ce
Ila Vola
qui
P
H
C
lu
V
de
au
de
EL
M.
Ro
gle
the
Led
leg
Tta
qu
tes
aut
met
JUIN. 1731. 154 &
C
qui peut perfectionner cet Ouvrage.
Il seroit à souhaiter que dans chaque
Province il y. eût des personnes qui avec
les talens de M. Blanquet , voulussent
aussi , comme lui , mettre la main à l'oeu
vre , et écrire une semblable Histoire de
leur Pays ce seroit le moyen d'avoir en
peu de tems un Corps complet d'His
toire naturelle de ce grand Royaume ,
Histoire que M" de l'Académie des Scien
ces pourroient rendre parfaite par leurs,
lumieres , en leur communiquant les Ou
vrages particuliers avant l'impression .
Histoire naturelle du Gévaudan , lû à
Assemblée des Etats de ce Diocèse , par
M. Samuel Blanquet , Docteur en Mede
cine de la Faculté de Montpellier , et Me
decin du Roi, le 13. Février 1730. A Men
de , de l'Imprimerie de la Veuve de Jacques
Roy.
Ce n'est que depuis peu que ce Discours
nous est tombé entre les mains. L'Auteur,
après un court Exorde qui fait connoître
son amour pour la Partie et son zele
pour
II. Vol. P'uulité
JUIN. 1731. 1539
P'utilité publique , nous apprend qu'il
donna en 1718. un petit Traité sur les
Eaux Minerales ; il fut en cela approuvé
par M. de la Salle , alors Evêque de Men
de , et les Analyses qu'il fit des differen
tes Sources qui sont dans ce Diocèse ,
furent trouvées justes et exactes par plu
sieurs sçavans Medecins , et sur tout par
M. Andry.
Ces premiers Essais encouragerent
M. Blanquet à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan , par rapport à la
Medecine , persuadé que ce n'est pas asez,
à un Medecin d'avoir une connoissance
generale de cette Science , s'il n'en sçait
faire une application particuliere au cli
mat qu'il habite , & c . Notre Medecin s'é
tend beaucoup là - dessus , et dit de fort
bonnes choses.
Tels furent , ajoûte- t'il , les motifs qui
me porterent à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan. La grandeur de
l'entreprise , et la difficulté de l'execu
tion m'ont tenu long-tems en suspens ,
et j'avois même abandonné mon Projets
mais enfin les ordres de notre illutre Pré
lat , qui m'a fait l'honneur de croire que
j'étois capable de les exécuter , ont été
un motif bien plus puissant pour m'en
M.de Choiseul- Beaupré , Evêque de Mende.
II. Vol. Fiiij gager
1540 MERCURE DE FRANCE
gager de nouveau à ce travail , que tous
ceux qui me l'avoient fait entreprendre .
L'Auteur rend ensuite compte du Plan
qu'il a formé pour l'éxecution de son Ou
vrage , Plan qui paroît bien imaginé , et
qui fait souhaiter son exécution ; car
M. Blanquet n'omet rien de tout ce qui
doit entrer naturellement dans un tel
dessein on en jugera par une partie de
ses Promesses que nous allons rapporter
dans ses propres termes .
>> Je n'oublierai pas , dit-il , en finissant
"son Discours , les excellens Poissons
» qu'on pêche dans nos Rivieres ; les
>> Perles qu'on trouve dans quelques Ruis
» seaux , les differentes Mines et les con
>> cretions que l'on découvre en plusieurs
» endroits. Enfin , Messieurs , je ne négli
»gerai rien de ce qui peut rendre cette
>>Histoire utile et agréable. Sa varieté fera
» la plus grande partie de son mérite et
» de sa beauté.... Je ferai mon possible
» pour la donner au Public incessamment;
»je prie enfin tous les Mrs qui composent
>> cette illustre Assemblée , de me com
» muniquer ce qu'ils connoîtront de par
» ticulier dans leurs contrées , qui puisse
avoir quelque rapport à mon sujet ; de
» mon côté je n'épargnerai ni voyages ni
soins pour ne rien oublier de tout ce
Ila Vola
qui
P
H
C
lu
V
de
au
de
EL
M.
Ro
gle
the
Led
leg
Tta
qu
tes
aut
met
JUIN. 1731. 154 &
C
qui peut perfectionner cet Ouvrage.
Il seroit à souhaiter que dans chaque
Province il y. eût des personnes qui avec
les talens de M. Blanquet , voulussent
aussi , comme lui , mettre la main à l'oeu
vre , et écrire une semblable Histoire de
leur Pays ce seroit le moyen d'avoir en
peu de tems un Corps complet d'His
toire naturelle de ce grand Royaume ,
Histoire que M" de l'Académie des Scien
ces pourroient rendre parfaite par leurs,
lumieres , en leur communiquant les Ou
vrages particuliers avant l'impression .
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Résumé : Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
Le 13 février 1730, Samuel Blanquet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier et Médecin du Roi, présente à l'Assemblée des États du Diocèse de Mende son projet d'écrire une 'Histoire naturelle du Gévaudan'. Il souligne l'importance pour un médecin de connaître et d'appliquer la science médicale en fonction du climat et de l'environnement local. Blanquet a déjà publié un traité sur les eaux minérales en 1718, approuvé par l'Évêque de Mende et des médecins éminents. Encouragé par ces succès et par l'Évêque de Mende, M. de Choiseul-Beaupré, il décide de se lancer dans ce nouvel ouvrage. Le plan de l'ouvrage inclut des descriptions des poissons des rivières, des perles, des mines et des concrétions de la région. Blanquet appelle les membres de l'assemblée à lui fournir des informations pertinentes et exprime son intention de voyager pour compléter son travail. Il suggère également que des personnes qualifiées dans chaque province entreprennent des projets similaires pour créer une histoire naturelle complète du royaume, que l'Académie des Sciences pourrait perfectionner.
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5203
p. 1541-1544
Les Elemens de Mathématique de M. Varignon, &c. [titre d'après la table]
Début :
M. Cochet, de la Maison et Société de Sorbonne, Professeur de Philosophie [...]
Mots clefs :
Maison et Société de Sorbonne, Mathématique, Algèbre, Arithmétique, Géométrie
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texteReconnaissance textuelle : Les Elemens de Mathématique de M. Varignon, &c. [titre d'après la table]
M. Cochet , de la Maison et Societé
de Sorbonne , Professeur de Philosophie:
au College des Quatre -Nations , vient
de donner au Public , en François , les
Elemens de Mathématique du celebre
M. de Varignon , &c. des Académies,
Royales des Sciences de France , d'Angleterre
et de Prusse , Professeur de Ma
thématique au College de Mazarin , et
Lecteur du Roi en Philosophie au Col
lege Royal ..
C'est un volume in 4. qui contient un
Traité abregé d'Algebre et d'Arithméti
que , qui peut servir d'introduction à tou
tes les parties des Mathématiques , et un
autre Traité des plus complers de la Géo
metrie Elementaire. E v
1542 MERCURE DE FRANCE
Le Traité d'Algebre d'Arithmétique est
divisé en quatre Livres , dont le premier
est de l'Addition , Soustraction , Multi
plication et Division ; le second , des Pro
portions et des Fractions ; on trouve dans
ce second Livre la Regle de Proportion
ou la Regle de Trois , qu'on appelle aussi
Regle d'Or , à cause de sa grande utili
té ; elle est expliquée de la façon la plus
simple et la plus intelligible , de même
que la Regle de Compagnie , et par les
principes qu'on établit dans ce second
Livre on peut aisément résoudre plusieurs
autres questions qu'on trouve dans ces
Traitez particuliers d'Arithmétique ; le
troisiénie Livre est de l'extraction des Ra
cines , et le quatrième des Equations . 7
Les Regles d'Arithmétique sont par
tout jointes à celle d'Algebre , pour faire
mieux sentir l'analogie qui est entr'elles.
Le Traité de Géométrie est divisé en
deux Parties dont la premiere est la Géo
metrie spéculative , ei la seconde , la Géo
métrie pratique.
La Geométrie speculative contient cinq
Livres dans le premier , on traite des
Lignes ; dans le second , des surfaces ;
dansle troisiéme , des Proportions ou des
Regles de compa : er , des grandeurs entre
elles ; dans le quatrième , des Proportions
II. Vol. des
JUIN. 1735.
1543
des lignes droites et des figures qu'elles
renferment ; dans le cinquième , des So
lides ou des Corps.
Tout ce qu'Euclide a dit des Propor
tions , se trouve renfermé dans sept Re
gles qui suffisent pour l'intelligence de
tout ce qui appartient aux Proportions
en general , et les démonstrations de ces
Regles sont si courtes , qu'elles sont con
tenues dans deux pages .
Toute la Trigonométrie est réduite à
trois Théorêmes , par le moyen desquels
on mesure toutes sortes de Triangles et
de figures rectilignes , et par consequent
toutes sortes d'étendues.
La Géométrie pratique, qui est la seconde
Partie, apprend à mesurer toute sorte d'é
tenduës, et comme toute Etenduë est ou li
gne, ou surface , ou solide, elle est divisée
en trois Chapitres ; le premier traite des
Lignes ; le second des Surfaces; le troisié
me des Solides our des Corps.
Les principes de Géométrie sont dé
veloppez dans cet Ouvrage avec tant de
justesse et d'exactitude , les propositions
y sont enchaînées d'une maniere si simple
et si naturelle , les démonstrations y sont
si courtes et si faciles , qu'on y recon noît
aisément la superiorité du génie de celui
qui en est Auteur. La Méthode qu'il a
F vj
II. Vol. su vic
1544 MERCURE DE FRANCE
suivie dans ces Elemens , le met parfai
tement à couvert des reproches qu'on fait
avec assez de fondement à quelques Géo
métres , en les accusant de manquer d'or
dre dans l'arrangement de leur matiere ;
il s'est étudié à mettre tout dans le plus
grand jour , et il ne s'est point épargné
le travail de l'arrangement , beaucoup
moins flatteur et souvent plus pénible
que celui de la production mêmes de- là
vient que nous avons si peu de bons Ele
mens de Mathématiques ,et que l'on peut
tirer un très- grand avantage de l'impres
sion de ceux de M. Varignon . Il les a tra
vaillez pendant plusieurs années avec tous
les soins et toute l'attention possible, pour
faciliter aux Commençans l'entrée dans
la Science des Mathématiques , qu'il pos
sedoit si parfaitement, et à laquelle il s'est
appliqué toute sa vie avec tant de succès
qu'il est parvenu à mériter le rang le
plus di tingué parmi les plus celebres Ma
thématiciens de l'Europe.
Cet Ouvrage de 155. pages , sans la
Table , la Préface et l'Epitre Dédicatoire à
S.A. S. M. le Comte de Clermont , est orné
de 22. grandes Planches et de grand nom
bre de figures . Il se vend à Paris , Quay
des Augustins , chez P. M. Brunet , 1731 .
de Sorbonne , Professeur de Philosophie:
au College des Quatre -Nations , vient
de donner au Public , en François , les
Elemens de Mathématique du celebre
M. de Varignon , &c. des Académies,
Royales des Sciences de France , d'Angleterre
et de Prusse , Professeur de Ma
thématique au College de Mazarin , et
Lecteur du Roi en Philosophie au Col
lege Royal ..
C'est un volume in 4. qui contient un
Traité abregé d'Algebre et d'Arithméti
que , qui peut servir d'introduction à tou
tes les parties des Mathématiques , et un
autre Traité des plus complers de la Géo
metrie Elementaire. E v
1542 MERCURE DE FRANCE
Le Traité d'Algebre d'Arithmétique est
divisé en quatre Livres , dont le premier
est de l'Addition , Soustraction , Multi
plication et Division ; le second , des Pro
portions et des Fractions ; on trouve dans
ce second Livre la Regle de Proportion
ou la Regle de Trois , qu'on appelle aussi
Regle d'Or , à cause de sa grande utili
té ; elle est expliquée de la façon la plus
simple et la plus intelligible , de même
que la Regle de Compagnie , et par les
principes qu'on établit dans ce second
Livre on peut aisément résoudre plusieurs
autres questions qu'on trouve dans ces
Traitez particuliers d'Arithmétique ; le
troisiénie Livre est de l'extraction des Ra
cines , et le quatrième des Equations . 7
Les Regles d'Arithmétique sont par
tout jointes à celle d'Algebre , pour faire
mieux sentir l'analogie qui est entr'elles.
Le Traité de Géométrie est divisé en
deux Parties dont la premiere est la Géo
metrie spéculative , ei la seconde , la Géo
métrie pratique.
La Geométrie speculative contient cinq
Livres dans le premier , on traite des
Lignes ; dans le second , des surfaces ;
dansle troisiéme , des Proportions ou des
Regles de compa : er , des grandeurs entre
elles ; dans le quatrième , des Proportions
II. Vol. des
JUIN. 1735.
1543
des lignes droites et des figures qu'elles
renferment ; dans le cinquième , des So
lides ou des Corps.
Tout ce qu'Euclide a dit des Propor
tions , se trouve renfermé dans sept Re
gles qui suffisent pour l'intelligence de
tout ce qui appartient aux Proportions
en general , et les démonstrations de ces
Regles sont si courtes , qu'elles sont con
tenues dans deux pages .
Toute la Trigonométrie est réduite à
trois Théorêmes , par le moyen desquels
on mesure toutes sortes de Triangles et
de figures rectilignes , et par consequent
toutes sortes d'étendues.
La Géométrie pratique, qui est la seconde
Partie, apprend à mesurer toute sorte d'é
tenduës, et comme toute Etenduë est ou li
gne, ou surface , ou solide, elle est divisée
en trois Chapitres ; le premier traite des
Lignes ; le second des Surfaces; le troisié
me des Solides our des Corps.
Les principes de Géométrie sont dé
veloppez dans cet Ouvrage avec tant de
justesse et d'exactitude , les propositions
y sont enchaînées d'une maniere si simple
et si naturelle , les démonstrations y sont
si courtes et si faciles , qu'on y recon noît
aisément la superiorité du génie de celui
qui en est Auteur. La Méthode qu'il a
F vj
II. Vol. su vic
1544 MERCURE DE FRANCE
suivie dans ces Elemens , le met parfai
tement à couvert des reproches qu'on fait
avec assez de fondement à quelques Géo
métres , en les accusant de manquer d'or
dre dans l'arrangement de leur matiere ;
il s'est étudié à mettre tout dans le plus
grand jour , et il ne s'est point épargné
le travail de l'arrangement , beaucoup
moins flatteur et souvent plus pénible
que celui de la production mêmes de- là
vient que nous avons si peu de bons Ele
mens de Mathématiques ,et que l'on peut
tirer un très- grand avantage de l'impres
sion de ceux de M. Varignon . Il les a tra
vaillez pendant plusieurs années avec tous
les soins et toute l'attention possible, pour
faciliter aux Commençans l'entrée dans
la Science des Mathématiques , qu'il pos
sedoit si parfaitement, et à laquelle il s'est
appliqué toute sa vie avec tant de succès
qu'il est parvenu à mériter le rang le
plus di tingué parmi les plus celebres Ma
thématiciens de l'Europe.
Cet Ouvrage de 155. pages , sans la
Table , la Préface et l'Epitre Dédicatoire à
S.A. S. M. le Comte de Clermont , est orné
de 22. grandes Planches et de grand nom
bre de figures . Il se vend à Paris , Quay
des Augustins , chez P. M. Brunet , 1731 .
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Résumé : Les Elemens de Mathématique de M. Varignon, &c. [titre d'après la table]
M. Cochet, professeur de philosophie au Collège des Quatre-Nations, a publié les 'Éléments de Mathématique' de M. de Varignon, académicien des sciences de France, d'Angleterre et de Prusse, professeur de mathématiques au Collège de Mazarin et lecteur du roi en philosophie au Collège Royal. Cet ouvrage, en format in-4, se compose d'un traité abrégé d'algèbre et d'arithmétique, servant d'introduction aux mathématiques, et d'un traité complet de géométrie élémentaire. Le traité d'algèbre et d'arithmétique est structuré en quatre livres. Le premier livre traite de l'addition, de la soustraction, de la multiplication et de la division. Le second livre aborde les proportions et les fractions, incluant la règle de proportion et la règle de compagnie. Le troisième livre concerne l'extraction des racines, et le quatrième traite des équations. Les règles d'arithmétique sont intégrées à celles de l'algèbre pour mieux en montrer l'analogie. Le traité de géométrie est divisé en deux parties : la géométrie spéculative et la géométrie pratique. La géométrie spéculative contient cinq livres traitant des lignes, des surfaces, des proportions, des figures et des solides. La trigonométrie est réduite à trois théorèmes permettant de mesurer divers triangles et figures. La géométrie pratique, divisée en trois chapitres, enseigne à mesurer les lignes, surfaces et solides. L'ouvrage est remarquable par la justesse et l'exactitude des principes de géométrie, la simplicité des propositions et la clarté des démonstrations. M. Varignon a travaillé plusieurs années sur cet ouvrage pour faciliter l'apprentissage des mathématiques. Le livre, de 155 pages, est illustré de 22 grandes planches et de nombreuses figures, et se vend à Paris chez P. M. Brunet.
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5204
p. 1535-1538
Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRE sur le Laminage de Plomb, Par M. Remond, de la Société des Arts. [...]
Mots clefs :
Laminage, Plomb, Machine, Laminoir, Académie des sciences, Société des arts, Académie d'architecture
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texteReconnaissance textuelle : Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
MEMOIRE Sur le Laminage de Plomb ,
Par M. Remond , de la Societé des Arts.
A Paris , chez Pierre Prault , Quay de
Gêvres , au Paradis , Brochure in 4. de
48. pages.
M.Remond a rendu service au Public ,
en laissant imprimer cette Dissertation
en forme de Memoire sur la nouvelle Ma
nufacture de Plomb , établie ruë de Bercy ,
au Fauxbourg S. Antoine. On ne dira
plus qu'il en est du Laminage comme
de tant d'autres établissemens , que la
nouveauté seule fait valoir , qui ne sont
estimez qu'autant qu'ils restent inconnus ,
et qui ne se font connoître enfin que par
la ruine de ceux qui ont eu la foiblesse
de s'y livrer.
II. Vel
Fij M :
1536 MERCURE DE FRANCE
M. Remond explique si bien la cons
truction de la Machine dont on se sert
pour laminer le Plomb , les operations
de cette Machine et les effets qui en ré
sultent pour l'usage , qu'il n'y a que
la
prévention qui puisse faire douter encore
de l'utilité de cet établissement.
Tout le monde sçait que laminer un
Métal , c'est le réduire " d'une certaine
épaisseur à une moindre , par le secours
d'une forte compression .
L'Inventeur du Laminoir avoit trois
conditions essentielles à remplir. Le Plomb
par sa pesanteur est difficile à manier. Il
falloit vaincre cet obstacle. Ce Métal est
d'un usage commun ; on devroit songer
à le rendre le moins cruteux qu'il seroit
possible ; il est de peu de consistance 5
on avoit interêt que le Laminage ne lui
causât aucune altération . C'est à ces trois
points que M.Remond borne son examen .
Dans la premiere partie de son Me
moire , il donne le détail de toutes les
précautions que l'on a prises pour que la
pesanteur du Plomb ne fût pas un obsta
cle au Laminage ; moyennant ces précau
tions , c'est assez de six hommes pour
servir la Machine , et de six chevaux pour
la faire marcher toute l'année onze heu
res par jour.
II. Vol.
La
JUIN. 1731. 1537
La deuxième partie est destinée à prou
ver, que quoique le Plomb des Plombiers
soit un peu moins cher que celui de la
Manufacture , il y a cependant de l'épar
gne à se servir de ce dernier , 1. parce
que le Plomb des Plombiers n'étant ja
mais d'une épaisseur égale , on est tou
jours obligé d'acheter chez eux beaucoup
plus de matiere qu'on n'a besoin d'en em
ployer , inconvenient qu'on n'éprouve
point à la Manufacture , puisque les Ta
bles qu'elle fournit sont parfaitement éga
les dans toute leur épaisseur. 2 ° . Parce
que ces Tables étant une fois plus lon
gues et plus larges que les Tables ordinai
ses , on employera la moitié moins de
Soudure. 3 ° . Parce que l'on diminuë par
l'usage du Plomb laminé les frais de la
Charpente et des réparations .
L'Auteur démontre dans la troisième
Partie , que le Laminoir , bien loin de
détériorer le Plomb , le rend meilleur et
d'un service plus durable. Il réfute et
par le raisonnement et par l'experience,
toutes les objections qu'un Auteur ano
nyme avoit faites contre le Plomb de la.
Manufacture , dans un Ouvrage intitulé,
Observations sur le Plomb laminé.
Pour ne laisser rien à desirer sur cette
matiere , M. Remond a joint à sa Dis
II. Vol.
Fiij
serta
1538 MERCURE DE FRANCE
sertation les suffrages de tous ceux qui
sont en état de juger de la bonté et de l'u
tilité de ce nouvel établissement . Le Cer
tificat de l'Académie des Sciences , celui.
de la Societé des Arts , celui de l'Acadé
mie d'Architecture , et le Procès verbal
des Fontainiers du Roi . Toutes ces diffe
rentes Pieces confirment tout ce qui est dit
dans le Memoire . On trouve à la fin une
Lettre de M. le Comte de Broglio à M. le
Duc d'Antin , qui justifie l'avantage qu'on
a tiré de cet établissement en Angleterre ,
où cette Machine a pris naissance , et où
l'on ne se sert depuis le commencement
de ce siecle que de Plomb laminé ; au
reste ce Memoire est fort bien écrit , le
stile en est simple , coulant et précis.
Par M. Remond , de la Societé des Arts.
A Paris , chez Pierre Prault , Quay de
Gêvres , au Paradis , Brochure in 4. de
48. pages.
M.Remond a rendu service au Public ,
en laissant imprimer cette Dissertation
en forme de Memoire sur la nouvelle Ma
nufacture de Plomb , établie ruë de Bercy ,
au Fauxbourg S. Antoine. On ne dira
plus qu'il en est du Laminage comme
de tant d'autres établissemens , que la
nouveauté seule fait valoir , qui ne sont
estimez qu'autant qu'ils restent inconnus ,
et qui ne se font connoître enfin que par
la ruine de ceux qui ont eu la foiblesse
de s'y livrer.
II. Vel
Fij M :
1536 MERCURE DE FRANCE
M. Remond explique si bien la cons
truction de la Machine dont on se sert
pour laminer le Plomb , les operations
de cette Machine et les effets qui en ré
sultent pour l'usage , qu'il n'y a que
la
prévention qui puisse faire douter encore
de l'utilité de cet établissement.
Tout le monde sçait que laminer un
Métal , c'est le réduire " d'une certaine
épaisseur à une moindre , par le secours
d'une forte compression .
L'Inventeur du Laminoir avoit trois
conditions essentielles à remplir. Le Plomb
par sa pesanteur est difficile à manier. Il
falloit vaincre cet obstacle. Ce Métal est
d'un usage commun ; on devroit songer
à le rendre le moins cruteux qu'il seroit
possible ; il est de peu de consistance 5
on avoit interêt que le Laminage ne lui
causât aucune altération . C'est à ces trois
points que M.Remond borne son examen .
Dans la premiere partie de son Me
moire , il donne le détail de toutes les
précautions que l'on a prises pour que la
pesanteur du Plomb ne fût pas un obsta
cle au Laminage ; moyennant ces précau
tions , c'est assez de six hommes pour
servir la Machine , et de six chevaux pour
la faire marcher toute l'année onze heu
res par jour.
II. Vol.
La
JUIN. 1731. 1537
La deuxième partie est destinée à prou
ver, que quoique le Plomb des Plombiers
soit un peu moins cher que celui de la
Manufacture , il y a cependant de l'épar
gne à se servir de ce dernier , 1. parce
que le Plomb des Plombiers n'étant ja
mais d'une épaisseur égale , on est tou
jours obligé d'acheter chez eux beaucoup
plus de matiere qu'on n'a besoin d'en em
ployer , inconvenient qu'on n'éprouve
point à la Manufacture , puisque les Ta
bles qu'elle fournit sont parfaitement éga
les dans toute leur épaisseur. 2 ° . Parce
que ces Tables étant une fois plus lon
gues et plus larges que les Tables ordinai
ses , on employera la moitié moins de
Soudure. 3 ° . Parce que l'on diminuë par
l'usage du Plomb laminé les frais de la
Charpente et des réparations .
L'Auteur démontre dans la troisième
Partie , que le Laminoir , bien loin de
détériorer le Plomb , le rend meilleur et
d'un service plus durable. Il réfute et
par le raisonnement et par l'experience,
toutes les objections qu'un Auteur ano
nyme avoit faites contre le Plomb de la.
Manufacture , dans un Ouvrage intitulé,
Observations sur le Plomb laminé.
Pour ne laisser rien à desirer sur cette
matiere , M. Remond a joint à sa Dis
II. Vol.
Fiij
serta
1538 MERCURE DE FRANCE
sertation les suffrages de tous ceux qui
sont en état de juger de la bonté et de l'u
tilité de ce nouvel établissement . Le Cer
tificat de l'Académie des Sciences , celui.
de la Societé des Arts , celui de l'Acadé
mie d'Architecture , et le Procès verbal
des Fontainiers du Roi . Toutes ces diffe
rentes Pieces confirment tout ce qui est dit
dans le Memoire . On trouve à la fin une
Lettre de M. le Comte de Broglio à M. le
Duc d'Antin , qui justifie l'avantage qu'on
a tiré de cet établissement en Angleterre ,
où cette Machine a pris naissance , et où
l'on ne se sert depuis le commencement
de ce siecle que de Plomb laminé ; au
reste ce Memoire est fort bien écrit , le
stile en est simple , coulant et précis.
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Résumé : Memoire sur le Laminage du Plomb, [titre d'après la table]
Le mémoire de M. Remond, publié par Pierre Prault à Paris, traite du laminage du plomb dans une nouvelle manufacture située rue de Bercy. M. Remond y décrit la construction et le fonctionnement de la machine à laminer le plomb, ainsi que les avantages de ce procédé. Le laminage réduit l'épaisseur du métal par compression. L'inventeur a dû surmonter trois défis principaux : la pesanteur, le coût et la faible consistance du plomb. La première partie du mémoire explique les précautions prises pour gérer la pesanteur du plomb, permettant à six hommes et six chevaux de faire fonctionner la machine onze heures par jour. La deuxième partie démontre que, malgré un coût initial légèrement supérieur, le plomb laminé est plus économique à long terme, car il est d'épaisseur égale, réduit les besoins en soudure et diminue les frais de charpente et de réparations. La troisième partie réfute les objections contre le plomb laminé, prouvant qu'il est de meilleure qualité et plus durable. Le mémoire inclut des certificats de l'Académie des Sciences, de la Société des Arts, de l'Académie d'Architecture et des fontainiers du Roi, ainsi qu'une lettre du Comte de Broglio justifiant l'avantage de cette technologie en Angleterre. Le style du mémoire est simple, coulant et précis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5205
p. 1545-1551
Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
Début :
GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA, Tomo II, Anno 1710. Copia di [...]
Mots clefs :
Critique, Poème héroïque, Journalistes de Trévoux, Imitation, Langue italienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA. ,
Tomo I I. Anno 1710 .
Copia di LETTERA del Sig. LORENSQ
BELLINI , scritta al sig . Antonio Vallisnieri
nella quale mette in chiaro le vie dell' aria
che si trovano in ogni vuovo , notate ne?
heoi opuscoli nella digressione che fa , de
ovo , ovi aere , et respiratione in genere. ,
dopo la proposizione ottava.
JUSTI FONTANINI Forojuliensis , in Ro
mano Archigymnasio publici Eloquentia
Professoris , vindicia antiquorum diploma
tum adversus Bartholomai Germonii discep
tationem de veteribus Regum Francorum Di
plomatibus & c. Romæ 1705. in 49 .. Pag.
287.
pen
CONSIDERAZIONI sopra un famoso libro
franzese intitolato , la maniere de bien
ser dans les Ouvrages d'esprit &c. divise
in sette Dialoghi ne' quali s'agitano alcune
quistioni Rettoriche e Poetiche , e si difen
dono molti passi di Poeti , e di prosatori Ita
liani condannati dall' Autore Franzese, in
Bologna 1739. in 8º . Pag. 832 .
Le Marquis Gio : Giuseppe orsi , Au
teur de cet Ouvrage , s'attache principa
lement à déffendre les Auteurs de sa na
tion , de la critique qu'en a fait le P. Boù
hours dans sa maniere de bien penser sur
les ouvrages d'esprit. Il prétend prouver
II. Vol
qo
1546 MERCURE DE FRANCE
que ce Critique avoit peu de connoissan
ce des Auteurs Italiens , en faisant d'abord
remarquer , premierement que de tous
leurs Poëtes il n'a nommé qu'une fois en
passant Petrarque , et qu'au contraite il
allegue trés -souvent le Cavalier Marin
et plusieurs autres de plus mauvaise trem
pe , et que parmi les Prosateurs , il n'a
attaqué que ceux qui n'ont aucune ré
putation , secondement › par la bevûë
énorme qu'il a faite d'atribuer à l'Arioste
ces deux vers.
Cosi colui , del colpo nom accorto ,
Andava combattendo , ed era mortos
2
Qui sont du Bornia , ce qui fait tomber
toute sa Critique , puisque ce qui seroit
ridicule dans un Poëme heroïque , peut
fort bien trouver place dans un Poëme
Burlesque.
Della perfetta Poësia Italiana , spiegata:
e dimostrata con varie osservasioni da
LODOVICO ANTONIO MURATORI , tom pri
mo, in Modena 1705. in 4. pag. 599.
tom. secondo ivi , pag. 483 ..
Sur ce que M. Muratori avance ici que
c'est de France que le Cavalier Marini a
aporté en Italie le mauvais goût des.
pointes et des Concerti car ce fut là , dit
il , qu'il composa les ouvrages qui sont le
II. Vol. plus
JUIN . 1731 1547
plus en vogue ; les Journalistes de Tre
voux , dans l'Extrait qu'ils donnerent
pour lors (a ) de ce livre , firent cette ré
fléxion. » On ne peut s'empêcher de se
>> récrier contre l'injustice de cette con
» jecture : que l'on compare les Larmes
» de S. Pierre , traduites par Malherbe de
» l'Italien de Tensile avec les autres Ou
» vrages du Poëte François , on distingue
» ra bientôt le goût de la France des ma
» nieres Italienes . Le Cavalier Marini
» n'a gardé aucune mesure dans l'usage
» des faux brillans : mais il en avoit dans
» le Tasse même des modeles , qu'aucun
»Poëte François ne pouvoit lui fournir.
Là dessus le Journaliste Italien fait cette
digréssion . On avance ici , dit il , ( b )
autant d'erreurs que de paroles . Il est
hors de dout que le Cavalier Marin a
que
écrit en France la plus grande partie de
ses ouvrages , comme l'Alone , la Sam
pogna , la Galleria &c. de plus il est cer
tain qu'ils sont plus remplis d'aff· cta
tions , que ceux qu'il avoit composés:
auparavant , principalement les deux
premieres parties de la Lira dans lesquel
les il s'est moins écarté que dans les au
tres du bon goût Italien. Il est très cer
(a) Octob. 1707. Pag. 1817»
(b) Pag. 166.
11. Vol.
7548 MERCURE DE FRANCE
›
tain encore que quand il passa en France ,
il y trouva genéralement en usage une
maniere de Poësie enflée , pleine de poin
tes d'antitèses , de Latinismes et de
Grecismes , qu'on ne connoissoit point
encore en Italie. On en demeurera con
vaincu si on lit l'Auteur moderne ( a ).
de l'Histoire de la Poësie Françoise . Des
Portes , bon Poëte pour le tems où il a
écrit , fut le moins affecté de tous les
François qui l'avoient précedé , et ses
vers furent plus estimés que ceux de Ron
sard et des autres , parceque dans son
Voyage d'Italie il puisa le bon goût , et
P'apporta en France , où loin d'être con
nu , on n'en avoit pas seulement l'idée
ainsi pour un mauvais troc , nous donnâ
mes au François le bon de nôtre Poësie ,
et eux en échange , nous donnerent le
mauvais de la leur. A l'égard de ce que
les Journalistes disent des Larmes de S.
Pierre traduites par Malherbe , je réponds.
1 °. Que ce Poëme n'est pas veritable
men un ouvrage du Tansille sous le nom
duquel nous l'avons. Il commença à l'é
crire d'un stile trés- pur , comme on voit
par plusieurs Stances qu'il fit imprimer
de son vivant , mais il ne le finit point.
(a) L'Abbé Mervesin. Hist. de la Poësic
Fr. Paris . 1706 .
XI. Vol. Aprés
JUIN. 1731 . 1549
Aprés sa mort , un autre y mit la main ,
et l'acheva du mieux qu'il pût , juste
ment dans le tems que la réputation du
Marin commençoit à corrompre le genie
des Italiens . J'ajoûte que la version qu'en
fit Malherbe , ami intime du Cavalier
Marin , est un des amusemens de sa jeu
nesse , et qu'il a désavoüé dans la suite ,
(a ) et deplus qu'il y abien de la difference
à faire entre les ouvrages qu'un bon Au
teur a travaillés de source , et ceux qu'il
n'a fait que traduire. Enfin , qu'on fasse
attention que ce qu'il y a de meilleur
dans les Poësies de Malherbe , est une
imitation de nos bons Poëtes , Menage
en a allegué plusieurs exemples dans ses
Observations sur cet Auteur , comme
il a connu mieux qu'aucun François , la
beauté et la force de la Langue Italienne ,
aussi lui a t'il rendu plus de justice qu'au
cun autre. pour le Tasse , on a si bien
répondu aux critiques qu'on a faites de lui
sans raison , qu'il seroit inutile d'y rien
ajoûter.
-
Panegyrica Orationes veterum Oratorum .
Notis , ac Numismatibus illustravit , et Ita
licam Interpretationem adjecit LAURENTIUS
PATAROL Venetus. Venetiis , 1708. in 8º .
pag. 156.
(a) Menag. Observat. sur le x, liv. de Ma!
1
Gemme herbe.
1550 MERCURE DE FRANCE
Gemme antiche figurate , date ni lua
da Domenico de' Rossi colle sposizioni di
PAOLO ALESSANDRO MAFFEI , parte 2.
in Roma 1707. in 4. reale. le gemme so
no 103.le pag. 234.
On avertit à la fin de ce second volume
duJournal de Venise , que la vie de Bran
dano laquelle dans le premier on avoit
dit être imprimée , ne l'est point encore
par quelque empêchement qui est sur
venu .
-
La vie de Mahomet , traduite et com
pilée de l'Alcoran , des Traditions au
thentiques de la Sonna , et des meilleurs
Auteurs Arabes , par M. Jean Gagner,
Professeur des Langues Orientales à Ox
ford . A Amsterdam , chez les Wetsteins et
Smisth. 1731. 2. vol . in 12.
François Changuien , Libraire à Ams
terdam , a imprimé et débite une nou
velle édition des Caracteres deTheophraste ,
avec les Caracteres ou les moeurs de ce
Siecle. Par M. de la Bruyere , augmentée
de la déffense de M. de la Bruyere et de
ses caracteres , par M. Coste , 2. volume
in 12.
OEUVRES DE NIC - BOILEAU DESPREAUX ,
I
(
II. Vol. avec
JUIN. 17314 1551
avec des éclaircissemens Historiques don
nés par lui -même , nouvelle Edition
revue , corrigée et augmentée de diver
ses Remarques , enrichie de figures nou
vellement gravées par Bernard Picart le
Romain , 2. vol . in fol . et 4. vol . in 12 .
Amsterd, chez le même.
On nous écrit de Venise , qu'on vient
d'imprimer en cette Ville toutes les Oeu
vres du Cardinal Bembe , 3. vol . in folio ,
et que cette Edition est magnifique.
D'Aix en Provence. Il a passé ici un Ita
lien chargé de 240. Medaillons en Or , en
Argent et en Bronze , d'une beauté et d'u
ne conservation ( admirables. Ils viennent
des Cabinets Carpegna, de Maximis , Saba
tini &c. Il n'y a gueres que des Princes
ou des grands Seigneurs qui puissent ac
querir ce Trésor d'Antiquité car on
ne veut point les partager , et on de
mande trois mille Louis d'or du total.
Tomo I I. Anno 1710 .
Copia di LETTERA del Sig. LORENSQ
BELLINI , scritta al sig . Antonio Vallisnieri
nella quale mette in chiaro le vie dell' aria
che si trovano in ogni vuovo , notate ne?
heoi opuscoli nella digressione che fa , de
ovo , ovi aere , et respiratione in genere. ,
dopo la proposizione ottava.
JUSTI FONTANINI Forojuliensis , in Ro
mano Archigymnasio publici Eloquentia
Professoris , vindicia antiquorum diploma
tum adversus Bartholomai Germonii discep
tationem de veteribus Regum Francorum Di
plomatibus & c. Romæ 1705. in 49 .. Pag.
287.
pen
CONSIDERAZIONI sopra un famoso libro
franzese intitolato , la maniere de bien
ser dans les Ouvrages d'esprit &c. divise
in sette Dialoghi ne' quali s'agitano alcune
quistioni Rettoriche e Poetiche , e si difen
dono molti passi di Poeti , e di prosatori Ita
liani condannati dall' Autore Franzese, in
Bologna 1739. in 8º . Pag. 832 .
Le Marquis Gio : Giuseppe orsi , Au
teur de cet Ouvrage , s'attache principa
lement à déffendre les Auteurs de sa na
tion , de la critique qu'en a fait le P. Boù
hours dans sa maniere de bien penser sur
les ouvrages d'esprit. Il prétend prouver
II. Vol
qo
1546 MERCURE DE FRANCE
que ce Critique avoit peu de connoissan
ce des Auteurs Italiens , en faisant d'abord
remarquer , premierement que de tous
leurs Poëtes il n'a nommé qu'une fois en
passant Petrarque , et qu'au contraite il
allegue trés -souvent le Cavalier Marin
et plusieurs autres de plus mauvaise trem
pe , et que parmi les Prosateurs , il n'a
attaqué que ceux qui n'ont aucune ré
putation , secondement › par la bevûë
énorme qu'il a faite d'atribuer à l'Arioste
ces deux vers.
Cosi colui , del colpo nom accorto ,
Andava combattendo , ed era mortos
2
Qui sont du Bornia , ce qui fait tomber
toute sa Critique , puisque ce qui seroit
ridicule dans un Poëme heroïque , peut
fort bien trouver place dans un Poëme
Burlesque.
Della perfetta Poësia Italiana , spiegata:
e dimostrata con varie osservasioni da
LODOVICO ANTONIO MURATORI , tom pri
mo, in Modena 1705. in 4. pag. 599.
tom. secondo ivi , pag. 483 ..
Sur ce que M. Muratori avance ici que
c'est de France que le Cavalier Marini a
aporté en Italie le mauvais goût des.
pointes et des Concerti car ce fut là , dit
il , qu'il composa les ouvrages qui sont le
II. Vol. plus
JUIN . 1731 1547
plus en vogue ; les Journalistes de Tre
voux , dans l'Extrait qu'ils donnerent
pour lors (a ) de ce livre , firent cette ré
fléxion. » On ne peut s'empêcher de se
>> récrier contre l'injustice de cette con
» jecture : que l'on compare les Larmes
» de S. Pierre , traduites par Malherbe de
» l'Italien de Tensile avec les autres Ou
» vrages du Poëte François , on distingue
» ra bientôt le goût de la France des ma
» nieres Italienes . Le Cavalier Marini
» n'a gardé aucune mesure dans l'usage
» des faux brillans : mais il en avoit dans
» le Tasse même des modeles , qu'aucun
»Poëte François ne pouvoit lui fournir.
Là dessus le Journaliste Italien fait cette
digréssion . On avance ici , dit il , ( b )
autant d'erreurs que de paroles . Il est
hors de dout que le Cavalier Marin a
que
écrit en France la plus grande partie de
ses ouvrages , comme l'Alone , la Sam
pogna , la Galleria &c. de plus il est cer
tain qu'ils sont plus remplis d'aff· cta
tions , que ceux qu'il avoit composés:
auparavant , principalement les deux
premieres parties de la Lira dans lesquel
les il s'est moins écarté que dans les au
tres du bon goût Italien. Il est très cer
(a) Octob. 1707. Pag. 1817»
(b) Pag. 166.
11. Vol.
7548 MERCURE DE FRANCE
›
tain encore que quand il passa en France ,
il y trouva genéralement en usage une
maniere de Poësie enflée , pleine de poin
tes d'antitèses , de Latinismes et de
Grecismes , qu'on ne connoissoit point
encore en Italie. On en demeurera con
vaincu si on lit l'Auteur moderne ( a ).
de l'Histoire de la Poësie Françoise . Des
Portes , bon Poëte pour le tems où il a
écrit , fut le moins affecté de tous les
François qui l'avoient précedé , et ses
vers furent plus estimés que ceux de Ron
sard et des autres , parceque dans son
Voyage d'Italie il puisa le bon goût , et
P'apporta en France , où loin d'être con
nu , on n'en avoit pas seulement l'idée
ainsi pour un mauvais troc , nous donnâ
mes au François le bon de nôtre Poësie ,
et eux en échange , nous donnerent le
mauvais de la leur. A l'égard de ce que
les Journalistes disent des Larmes de S.
Pierre traduites par Malherbe , je réponds.
1 °. Que ce Poëme n'est pas veritable
men un ouvrage du Tansille sous le nom
duquel nous l'avons. Il commença à l'é
crire d'un stile trés- pur , comme on voit
par plusieurs Stances qu'il fit imprimer
de son vivant , mais il ne le finit point.
(a) L'Abbé Mervesin. Hist. de la Poësic
Fr. Paris . 1706 .
XI. Vol. Aprés
JUIN. 1731 . 1549
Aprés sa mort , un autre y mit la main ,
et l'acheva du mieux qu'il pût , juste
ment dans le tems que la réputation du
Marin commençoit à corrompre le genie
des Italiens . J'ajoûte que la version qu'en
fit Malherbe , ami intime du Cavalier
Marin , est un des amusemens de sa jeu
nesse , et qu'il a désavoüé dans la suite ,
(a ) et deplus qu'il y abien de la difference
à faire entre les ouvrages qu'un bon Au
teur a travaillés de source , et ceux qu'il
n'a fait que traduire. Enfin , qu'on fasse
attention que ce qu'il y a de meilleur
dans les Poësies de Malherbe , est une
imitation de nos bons Poëtes , Menage
en a allegué plusieurs exemples dans ses
Observations sur cet Auteur , comme
il a connu mieux qu'aucun François , la
beauté et la force de la Langue Italienne ,
aussi lui a t'il rendu plus de justice qu'au
cun autre. pour le Tasse , on a si bien
répondu aux critiques qu'on a faites de lui
sans raison , qu'il seroit inutile d'y rien
ajoûter.
-
Panegyrica Orationes veterum Oratorum .
Notis , ac Numismatibus illustravit , et Ita
licam Interpretationem adjecit LAURENTIUS
PATAROL Venetus. Venetiis , 1708. in 8º .
pag. 156.
(a) Menag. Observat. sur le x, liv. de Ma!
1
Gemme herbe.
1550 MERCURE DE FRANCE
Gemme antiche figurate , date ni lua
da Domenico de' Rossi colle sposizioni di
PAOLO ALESSANDRO MAFFEI , parte 2.
in Roma 1707. in 4. reale. le gemme so
no 103.le pag. 234.
On avertit à la fin de ce second volume
duJournal de Venise , que la vie de Bran
dano laquelle dans le premier on avoit
dit être imprimée , ne l'est point encore
par quelque empêchement qui est sur
venu .
-
La vie de Mahomet , traduite et com
pilée de l'Alcoran , des Traditions au
thentiques de la Sonna , et des meilleurs
Auteurs Arabes , par M. Jean Gagner,
Professeur des Langues Orientales à Ox
ford . A Amsterdam , chez les Wetsteins et
Smisth. 1731. 2. vol . in 12.
François Changuien , Libraire à Ams
terdam , a imprimé et débite une nou
velle édition des Caracteres deTheophraste ,
avec les Caracteres ou les moeurs de ce
Siecle. Par M. de la Bruyere , augmentée
de la déffense de M. de la Bruyere et de
ses caracteres , par M. Coste , 2. volume
in 12.
OEUVRES DE NIC - BOILEAU DESPREAUX ,
I
(
II. Vol. avec
JUIN. 17314 1551
avec des éclaircissemens Historiques don
nés par lui -même , nouvelle Edition
revue , corrigée et augmentée de diver
ses Remarques , enrichie de figures nou
vellement gravées par Bernard Picart le
Romain , 2. vol . in fol . et 4. vol . in 12 .
Amsterd, chez le même.
On nous écrit de Venise , qu'on vient
d'imprimer en cette Ville toutes les Oeu
vres du Cardinal Bembe , 3. vol . in folio ,
et que cette Edition est magnifique.
D'Aix en Provence. Il a passé ici un Ita
lien chargé de 240. Medaillons en Or , en
Argent et en Bronze , d'une beauté et d'u
ne conservation ( admirables. Ils viennent
des Cabinets Carpegna, de Maximis , Saba
tini &c. Il n'y a gueres que des Princes
ou des grands Seigneurs qui puissent ac
querir ce Trésor d'Antiquité car on
ne veut point les partager , et on de
mande trois mille Louis d'or du total.
Fermer
Résumé : Giornale de Litterati d'Italia, Tomo II. [titre d'après la table]
Le 'GIORNALE DE' LETTERATI D'ITALIA' de 1710 présente diverses publications et correspondances littéraires. Lorenzo Bellini écrit à Antonio Vallisnieri pour discuter des voies de l'air dans les œufs. Plusieurs ouvrages sont mentionnés, dont un de Justi Fontanini sur les diplômes anciens et un livre intitulé 'CONSIDERAZIONI' qui répond à un ouvrage français critiquant des auteurs italiens. Le Marquis Gio: Giuseppe Orsi défend les auteurs italiens contre les critiques du Père Bouhours. Lodovico Antonio Muratori publie un ouvrage sur la poésie italienne, alimentant les débats sur le goût littéraire entre la France et l'Italie. Le texte évoque également des réflexions sur le Cavalier Marin et son influence. Plusieurs traductions et éditions de livres sont notées, notamment les 'ŒUVRES DE NICOLAS BOILEAU DESPRÉAUX' et les œuvres du Cardinal Bembe. Enfin, il est mentionné le passage en Provence d'un Italien transportant des médaillons précieux provenant de collections prestigieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5206
p. 1551-1557
Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
Début :
LETTRES SERIEUSES ET BADINES sur les Ouvrages des Sçavans, et sur d'autres [...]
Mots clefs :
Savants, Livre anglais, Lettre sérieuse, Langue anglaise, Pièces satiriques et ironiques, Athéisme, Images riantes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
LETTRES SERIEUSES ET BADINES sur
les Ouvrages des Sçavans , et sur d'autres
Matieres. Tome 2. premiere partie .
Ecce iterum Crispinus , et est mihi sape vo
candus
Ad partes &c. .
A la Haye , chez Jean , Vanduren 1729.
Juven. Sat. IV .
II Vol
in
• ·
यं
1552 MERCURE DE FRANCE
in 12. de 267. pages , sans la Préface ,
l'avis du Libraire et la Table , &c.
Ce volume est composé de 12. Lettres ;
la 6. contient l'Extrait d'un Livre An
glois in 8. 2. volumes de prés de 600 .
pages , sous le titre d'Ouvrages mélan
gés de l'ingénieux Docteur Jean Swift.
Aprés une Epitre Dédicatoire et une Pre
face dans le goût de celles qui sont à la
tête du Comte du Tonneau , vient une
Lettre serieuse à un Lord , sur les moyens
de perfectionner la Langue Angloise .
Aprés quoy on lit cinq ou six Pieces Sa
tyriques et Ironiques , comme
Traité Histori- Theo - Phisico- Logique , sus
les grands desavantages de la connoissan
ce de soi -même : Déffense modeste du
Concubinage et de l'adultere. Panegyrique
des Nouvelistes : Le moyen de parvenir sans
Science et sans vertus : Eloge historique et
moral des Auteurs de Satyres.
sont ,
Dans ses pensées diverses , le même
Docteur dit , que si une Loi Parlemen
taire établissoit l'Athéisme , ceux qui se
donnent aujourd'hui pour Athées , fe
roient demain profession ouverte de croi
re en Dieu .
Sur le nombre ternaire , le Docteur dit
ironiquement ; »> que l'amour que les
» hommes ont pour le nombre trois , les
II.Vol. »faït
JUIN
. 1731 .
1553
39
fait agir sans qu'ils le sentent. Cet
» amour continuë t'il , a fait croire à
» Louis B.... y qu'on étoit bien quali
» fié à écrire quand on avoit ces trois
» choses , de la pauvreté , de l'impu
» dence et de la malice. Cet amour est cau
» se que l'Auteur du troisiéme Tome de
Gulliver n'a voulu pour faire ce livre
» que trois choses , du papier, de l'encre ,
» et une plume , et a réfusé d'y joindre
l'esprit et le jugement , & c.
99
Sur le point d'honneur , il rapporte
cette contestation arrivée dans la Pro
vince de Sussex. Un homme qui avoit
beaucoup d'esprit , mais qui n'entendoit
pas autrement la Logique de nos Moder
nes , se plaignoit à un d'eux d'une injus
tice qu'il en avoit reçûë . C'est assez , in
terrompit l'autre , vous êtes offensé , vous
avez de la noblesse , vous portez une épée :
je vous donnerai satisfaction demain au ma
tin en tel endroit. Ce terrible Logicien se
retira en même- tems ; après qu'il fut sorti ,
l'autre qui étoit resté avec un de ses amis,
et qui étoit demeuré tout interdit , dès
qu'il fut un peu revenu de sa premiere
surprise : Quelle brutalité , s'écria - t'il en
s'adressant à cet ami ! Ce Monsieur con
vient qu'il m'a offensé , et il me promet de
faire de son mieux pour ne offenser demain
.
II. Vol.
encore
1554 MERCURE DE FRANCE
!
encore davantage. C'est- là , selon lui , une
satisfaction qui doit me paroîttre suffisante.Fe
suis Gentilhomme, ajoûte - t'il, doncje dois re
noncer à la raison et a la Religion , et me
sacrifier à un ridicule point d'honneur. Je
porte l'épée , donc je dois m'en servir pour
faire un meurtre . J'aimerais autant qu'il me
dit : Je vous ai blessé dans votre hon
>> neur , c'est-à- dire , dans une chose que
>> vous devez estimer plus que la vie ; mais
» je suis trop honnête homme pour ne pas
»réparer le mal , autant qu'il m'est pos
» sible . Trouvez - vous donc demain en tel
» endroit avec une épée. Comme je sçai
> mieux la manier que vous , il y a grande
apparence que je vous la passerai au tra
>> vers du corps. Cependant cela ne doit
»pas faire de peine à un homme qui a de
» la naissance ; il sera toûjours vrai que
» vous m'aurez demandé satisfaction ,
» et que je vous l'aurai donnée , et c'est
» tout ce que vous pouvez exiger de vo
» tre serviteur .
و د
A l'occasion des Oeuvres diverses de
M. de la Fontaine , imprimées à la Haye,
on fait ce Portrait de cet illustre Poëte ;
il étoit spirituel , assez sçavant , naif , le
coeur bon et droit , des manieres ouver
tes , aimant les plaisirs de la table et les
rendant plus aimables par son enjouement,
II. Vol. constant
JUIN. 1731 1555
constant et genereux ami , tendre et dé
licat Amant. D'ailleurs , paresseux , dis
trait , négligeant un peu trop ses affaires
domestiques , et pensant assez mal de la
Religion , soit parce qu'à son entrée dans
le monde , il avoit été entraîné par l'e
xemple et par les plaisanteries des esprits
forts , ou parce qu'il n'avoit jamais trou
vé de ces hommes sages qui sçavent trai
ter les choses saintes avec un air de di
gnité qui les fait respecter , ou peut- être
parce qu'il craignoit le travail de l'exa
men , et la connoissance de ses devoirs.
En un mot , une certaine indolence molle
et voluptueuse étoit le fond de son carac
tere , et il n'eut que les vertus et les défauts
qui pouvoient s'accorder avec ce penchant
Favori .
Avec un tel caractere il ne pouvoit qu'é
crire naturellement et gracieusement . Il
ne couroit point après les brillans , il ne se
mettoit point en peine de chercher des pen
sées, ni de leur donner un tour nouveau ;
enfin il ne paroissoit ni affecté, ni précieux.
Ses Ouvrages étoient remplis d'images
riantes , de tendres sentimens , et d'éle
gantes naïvetez.
Quelques-unes des Pieces qui compo
sent ses Ouvrages , avoient déja paru et
les autres paroissent aujourd'hui pour la
11. Vol.
premiere
1555 MERCURE DE FRANCE
premiere fois. On trouve dans le premier
Tome cinq Poëmes , Adonis , la Capti
vité de S. Malc , le Quinquina , Philemon
et Baucis , et les filles de Minée et 85.
autres Pieces. Dans les trois autres Vo
lumes , ses Lettres en Prose et en Vers ,
son Discours à l'Académie Françoise ,
deux Comedies , Climene et l'Eunuque
l'Opera de Daphné , Astrée , Tragedie , le
Florentin , Comedie , des fragmens de Ga
lathée , Opera , Je vous prends sans vert ,
Comedie , les Amours de Psiché et de Cu
pidon et de Venus et Adonis.
>
Pour dire quelque chose de plus par
ticulier de ce naïf et ingénieux Poëte ,
donnons ici la fin d'une Epitre de sa fa
çon au Duc de Vendôme.
Sur ce je finirai ,
Vous assurant que je suis et serai ,
De votre Altesse , humble servant et Poëte ,
Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite.
Ce mot de biens , ce n'est pas un trésor ,`
Car chacun sçait que vous méprisez l'or ;
J'en fais grand cas , aussi fait Sire Pierre ;
Et Sire Paul , enfin toute la Terre :
Toute la Terre a peut -être raison.
Si je sçavois quelque bonne Oraison ,
Pour en avoir , tant que la Paix se fasse ;
11. Vol.
Jc
JUIN.
1557 1731.
Je la dirois de la meilleure grace ,
Que j'en dis onc : grande sterilité,
Sur le Parnasse en a toûjours été.
Qu'y feroit-on ? Seigneur , Je me console
Si vers Noel l'Abbé me tient parole
Je serai Roi: le Sage l'est-il pas ?
Souhaiter l'or , est - ce l'être è ce cas
Mérite bien qu'à vous je m'en rapporte.
Je tiens la chose à résoudre un peu
forte.
les Ouvrages des Sçavans , et sur d'autres
Matieres. Tome 2. premiere partie .
Ecce iterum Crispinus , et est mihi sape vo
candus
Ad partes &c. .
A la Haye , chez Jean , Vanduren 1729.
Juven. Sat. IV .
II Vol
in
• ·
यं
1552 MERCURE DE FRANCE
in 12. de 267. pages , sans la Préface ,
l'avis du Libraire et la Table , &c.
Ce volume est composé de 12. Lettres ;
la 6. contient l'Extrait d'un Livre An
glois in 8. 2. volumes de prés de 600 .
pages , sous le titre d'Ouvrages mélan
gés de l'ingénieux Docteur Jean Swift.
Aprés une Epitre Dédicatoire et une Pre
face dans le goût de celles qui sont à la
tête du Comte du Tonneau , vient une
Lettre serieuse à un Lord , sur les moyens
de perfectionner la Langue Angloise .
Aprés quoy on lit cinq ou six Pieces Sa
tyriques et Ironiques , comme
Traité Histori- Theo - Phisico- Logique , sus
les grands desavantages de la connoissan
ce de soi -même : Déffense modeste du
Concubinage et de l'adultere. Panegyrique
des Nouvelistes : Le moyen de parvenir sans
Science et sans vertus : Eloge historique et
moral des Auteurs de Satyres.
sont ,
Dans ses pensées diverses , le même
Docteur dit , que si une Loi Parlemen
taire établissoit l'Athéisme , ceux qui se
donnent aujourd'hui pour Athées , fe
roient demain profession ouverte de croi
re en Dieu .
Sur le nombre ternaire , le Docteur dit
ironiquement ; »> que l'amour que les
» hommes ont pour le nombre trois , les
II.Vol. »faït
JUIN
. 1731 .
1553
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fait agir sans qu'ils le sentent. Cet
» amour continuë t'il , a fait croire à
» Louis B.... y qu'on étoit bien quali
» fié à écrire quand on avoit ces trois
» choses , de la pauvreté , de l'impu
» dence et de la malice. Cet amour est cau
» se que l'Auteur du troisiéme Tome de
Gulliver n'a voulu pour faire ce livre
» que trois choses , du papier, de l'encre ,
» et une plume , et a réfusé d'y joindre
l'esprit et le jugement , & c.
99
Sur le point d'honneur , il rapporte
cette contestation arrivée dans la Pro
vince de Sussex. Un homme qui avoit
beaucoup d'esprit , mais qui n'entendoit
pas autrement la Logique de nos Moder
nes , se plaignoit à un d'eux d'une injus
tice qu'il en avoit reçûë . C'est assez , in
terrompit l'autre , vous êtes offensé , vous
avez de la noblesse , vous portez une épée :
je vous donnerai satisfaction demain au ma
tin en tel endroit. Ce terrible Logicien se
retira en même- tems ; après qu'il fut sorti ,
l'autre qui étoit resté avec un de ses amis,
et qui étoit demeuré tout interdit , dès
qu'il fut un peu revenu de sa premiere
surprise : Quelle brutalité , s'écria - t'il en
s'adressant à cet ami ! Ce Monsieur con
vient qu'il m'a offensé , et il me promet de
faire de son mieux pour ne offenser demain
.
II. Vol.
encore
1554 MERCURE DE FRANCE
!
encore davantage. C'est- là , selon lui , une
satisfaction qui doit me paroîttre suffisante.Fe
suis Gentilhomme, ajoûte - t'il, doncje dois re
noncer à la raison et a la Religion , et me
sacrifier à un ridicule point d'honneur. Je
porte l'épée , donc je dois m'en servir pour
faire un meurtre . J'aimerais autant qu'il me
dit : Je vous ai blessé dans votre hon
>> neur , c'est-à- dire , dans une chose que
>> vous devez estimer plus que la vie ; mais
» je suis trop honnête homme pour ne pas
»réparer le mal , autant qu'il m'est pos
» sible . Trouvez - vous donc demain en tel
» endroit avec une épée. Comme je sçai
> mieux la manier que vous , il y a grande
apparence que je vous la passerai au tra
>> vers du corps. Cependant cela ne doit
»pas faire de peine à un homme qui a de
» la naissance ; il sera toûjours vrai que
» vous m'aurez demandé satisfaction ,
» et que je vous l'aurai donnée , et c'est
» tout ce que vous pouvez exiger de vo
» tre serviteur .
و د
A l'occasion des Oeuvres diverses de
M. de la Fontaine , imprimées à la Haye,
on fait ce Portrait de cet illustre Poëte ;
il étoit spirituel , assez sçavant , naif , le
coeur bon et droit , des manieres ouver
tes , aimant les plaisirs de la table et les
rendant plus aimables par son enjouement,
II. Vol. constant
JUIN. 1731 1555
constant et genereux ami , tendre et dé
licat Amant. D'ailleurs , paresseux , dis
trait , négligeant un peu trop ses affaires
domestiques , et pensant assez mal de la
Religion , soit parce qu'à son entrée dans
le monde , il avoit été entraîné par l'e
xemple et par les plaisanteries des esprits
forts , ou parce qu'il n'avoit jamais trou
vé de ces hommes sages qui sçavent trai
ter les choses saintes avec un air de di
gnité qui les fait respecter , ou peut- être
parce qu'il craignoit le travail de l'exa
men , et la connoissance de ses devoirs.
En un mot , une certaine indolence molle
et voluptueuse étoit le fond de son carac
tere , et il n'eut que les vertus et les défauts
qui pouvoient s'accorder avec ce penchant
Favori .
Avec un tel caractere il ne pouvoit qu'é
crire naturellement et gracieusement . Il
ne couroit point après les brillans , il ne se
mettoit point en peine de chercher des pen
sées, ni de leur donner un tour nouveau ;
enfin il ne paroissoit ni affecté, ni précieux.
Ses Ouvrages étoient remplis d'images
riantes , de tendres sentimens , et d'éle
gantes naïvetez.
Quelques-unes des Pieces qui compo
sent ses Ouvrages , avoient déja paru et
les autres paroissent aujourd'hui pour la
11. Vol.
premiere
1555 MERCURE DE FRANCE
premiere fois. On trouve dans le premier
Tome cinq Poëmes , Adonis , la Capti
vité de S. Malc , le Quinquina , Philemon
et Baucis , et les filles de Minée et 85.
autres Pieces. Dans les trois autres Vo
lumes , ses Lettres en Prose et en Vers ,
son Discours à l'Académie Françoise ,
deux Comedies , Climene et l'Eunuque
l'Opera de Daphné , Astrée , Tragedie , le
Florentin , Comedie , des fragmens de Ga
lathée , Opera , Je vous prends sans vert ,
Comedie , les Amours de Psiché et de Cu
pidon et de Venus et Adonis.
>
Pour dire quelque chose de plus par
ticulier de ce naïf et ingénieux Poëte ,
donnons ici la fin d'une Epitre de sa fa
çon au Duc de Vendôme.
Sur ce je finirai ,
Vous assurant que je suis et serai ,
De votre Altesse , humble servant et Poëte ,
Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite.
Ce mot de biens , ce n'est pas un trésor ,`
Car chacun sçait que vous méprisez l'or ;
J'en fais grand cas , aussi fait Sire Pierre ;
Et Sire Paul , enfin toute la Terre :
Toute la Terre a peut -être raison.
Si je sçavois quelque bonne Oraison ,
Pour en avoir , tant que la Paix se fasse ;
11. Vol.
Jc
JUIN.
1557 1731.
Je la dirois de la meilleure grace ,
Que j'en dis onc : grande sterilité,
Sur le Parnasse en a toûjours été.
Qu'y feroit-on ? Seigneur , Je me console
Si vers Noel l'Abbé me tient parole
Je serai Roi: le Sage l'est-il pas ?
Souhaiter l'or , est - ce l'être è ce cas
Mérite bien qu'à vous je m'en rapporte.
Je tiens la chose à résoudre un peu
forte.
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Résumé : Lettres sérieuses et badines, &c. [titre d'après la table]
Le document est un extrait du 'Mercure de France' publié entre 1729 et 1731, qui présente des informations sur diverses publications et auteurs. Il mentionne un ouvrage intitulé 'Lettres sérieuses et badines', publié à La Haye en 1729, composé de deux volumes et contenant 12 lettres. La sixième lettre de cet ouvrage inclut un extrait d'un livre anglais de Jonathan Swift, intitulé 'Ouvrages mélangés'. Ce livre contient des pièces satiriques et ironiques, telles qu'un 'Traité Histori-Theo-Physico-Logique' et un 'Panegyrique des Nouvelistes'. Le texte discute des opinions de Swift sur divers sujets, notamment l'athéisme et le point d'honneur. Swift ironise sur l'amour des hommes pour le nombre trois et critique les duels. Le document présente également un portrait de Jean de La Fontaine, le décrivant comme un poète spirituel, aimant les plaisirs de la table, et ayant un caractère indolent et voluptueux. Ses œuvres incluent des poèmes, des lettres, des comédies et des tragédies. Le texte se termine par un extrait d'une épître de La Fontaine adressée au Duc de Vendôme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5207
p. 1557-1560
NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
Début :
Les Poëtes les plus distingués se sont fait dans tous les tems un honneur d'envoyer des pieces [...]
Mots clefs :
Poètes, Ode alcaïque, Ode Iambique, Chant, Sonnet, Dizain, Ode française, Ballade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
NOUVEAU REGLEMENT
pour le Palinod de l'Université de Caën ,
et Avis aux Poëtes.
›
LES
Es Poëtes les plus distingués se sont fait dans
tous les tems un honneur d'envoyer des pieces
remporter des Prix au Palinod , entr'au
tres les Marot les Corneille , les Huet , les
Duc de Saint Aignan , les Segrais , &c...
et de
>
Pour rendre cette Cérémonie plus interessante,
et pour exciter l'émulation des Poëtes qui parois
soit un peu se ralentir , l'Université vient de sta◄
tuer , le 19. Mai 1731. ) qu'à l'avenir les Prix
seront distribuez le jour même que se tient le Pa
finod , c'est- à - dire , le jour de la Conception de
la Sainte Vierge : on ne lira sur le Pui , que les
Pieces qui auront remporté les Prix , et celles qui
en auront approché ; Aussi - tôt après on fera
imprimer les Pieces couronnées , et quelques -unes
des meilleures à la suite , si elles sont jugées di
gnes de l'impression.
En consequence du même Reglement, les Poë
tes envoyeront leurs Pieces depuis le commence
II. Vol.
ment G
1558 MERCURE DE FRANCÈ
ment d'Octobre , jusqu'à la . Saint Martin , lequel
tems expiré , on n'en recevra plus pour le pro
chain Palinod. Ils les adresseront au Secretaire
de l'Université , quien donnera son récépissé , el
les seront affranchies de port , faute de quoi el
les seront mises au rebut , sans être iûes : ils ne
mettront point leur nom à leurs Pieces , mais seu
lement une Sentence et quelques chiffres , sans se
faire connoître avant le jugement , à peine de
perdre le prix ; et pour se faire connoître avant
le jugement , ils présenteront ou feront présenter
les mêmes Sentences et chiffres écrits de la même
main.
Le jour du Palinod , les Prix seront donnés
immédiatement après la lecture des Pieces , si les
Auteurs sont présens et qu'ils se fassent connoître ;
sinon ils resteront entre les mains du Secretaire
de l'Université , pour être distribués , à l'ordre de
M. le Recteur, lorsque les Auteurs seront connus.
Il y a lieu d'efperer que les Poëtes furs d'ê
tre récompenfez promptement & publique
ment , vont travailler avec une nouvelle ar
deur ; on a cru devoir ajoûter ce qui fuit en fa
veur de ceux qui ne feroient pas au fait des
ufages de cet établissement..
2
Il y a des Prix fondés pour huit sortes de Pie
ces , Epigramme Latine Chant Royal , Bal
lade , Sonner , Dizain , Ode Françoise , Ode en
Vers Alcaïques , et Ode en Vers Iambes.
Les Poëtes doivent prendre pour argument de
leurs Pieces , quelque sujet qui puisse faire al
lusion à l'Immaculée Conception de la Sainte
Vierge ; par exemple , si l'on prend pour sujet de
l'Epigramme Latine , Jonas in utero Ceri inco
lumis , l'allusion pourra être , Bellua nil vati
nocuit , nil culpa Maria
11. Vol. L'Epigramme
JUIN. 1731
T
1559
L'Epigramme Latine doit être de trente
Vers , ni plus ni moins , y compris l'allusion .
Le Chint Royal doit être de cinq Strophes ,non
comprise l'allusion , chaque Strophe est compo
sée d'onze Vers de dix syllabes ; le dernier Vers,
qui est le refrein doit être feminin ; il doit y avoir
un repos à la fin des cinquième et huitiéme Vers.
L'usage est que le cinquième Vers soit masculin ;
les sixième et septiéme feminins et de même ri
me , et tous les autres entremêléz à la volonté du
Poëte. L'allusion peut contenir une sixieme stro
phe entiere , ou du moins une derniere moitié de
Strophe , qui est de six Vers. Il n'est pas be
soin d'avertir que toutes les strophes doivent se
ressembler pour les rimes , et leur arrangement.
La Ballade est de trois strophes , non com
prise l'allusion qui doit être une quatriéme stro
phe entiere, ou du moins une moitié de strophe ;
chaque strophe est composée de 2 quatrains , dont
les Vers sont de huit syllabes ; l'usage est que les
quatre premiers soient de rimes entremêlées ,
de sorte que le premier et le quatriéme soient de
même rime, masculins ou feminins , à la volonté
du Poëte ; et les quatre derniers entremêlés , de→
sorte que le dernier , qui est le refrein , soit femi
nin, et rime avec le sixième. Toutes les strophes ,
comme l'on sçait , doivent se ressembler pour les
rimés , tant des premiers que
des seconds qua
trains.
Le Sonnet est toujours composé de grands
Vers.
Le Dizain est composé , le plus ordinaire
ment , de grands et petits Vers entremêlés.
L'Ode Françoife est de dix strophes , y com
prise l'allusion ; chaque strophe de dix Vers
de huit syllabes. On sçair assez que ce seroit un
II. Vol. G .. grand
1,60 MERCURE DE FRANCE
grand défaut , s'll ne se trouvoit pas un repos
la fin des quatrième et septiéme Vers.
L'Ode Alcaïque est de douze strophes , y com
prise l'allusion .
$
L'Ode Iambique'est de quarante- huit Vers , y
comprise l'allusion ; à l'imitation de la quatriéme
Fable du quatriéme Livre de Phedre qui com
mence par ces mots : Plus esse in uno fæpe ,
quam in turbâ boni.
Les Prix de ces Pieces, sont pour l'Epigramme ;
premier Prix,les Armes de l'Université; deuxiéme
Prix l'Anneau d'or. Chant Royal , premier Prix ,
les Armes du Fondateur ; second Prix , la Palme ;
Balade , premier Prix , les Armes du Fondateur
second Prix , l'Etoile. Sonnet , premier Prix ,
les
Armes du Fondateur ; second Prix , la branche de
Laurier. Dixain , la Plume d'argent.
Tous ces Prix font redimez par d'autres Prix
d'honnête valeur.
+
Le Prix de l'Ode Françoise est une bourse de
Jettons d'argent , celui de l'Ode Alcaïque est de
vingt livres fet celui de l'Ode lambique de même.
L'Univerfité fouhaiteroit fort que tous ces Pri
fuffent bien plus confiderables 3 poury Supplées
Autant qu'il lui fera poffible , elle n'omettra riem
de tout ce qui pourra faire honneur aux Poëte
victorieux ; & à ceux qui les auront fuivis e 2
plus prés. Ils sont très -inftamment priez d'en .
voyer leurs Pieces pour la fin d'Octobre ou a
commencement de Novembre , tant de la pr
sente année 1731. que des fuivantes
pour le Palinod de l'Université de Caën ,
et Avis aux Poëtes.
›
LES
Es Poëtes les plus distingués se sont fait dans
tous les tems un honneur d'envoyer des pieces
remporter des Prix au Palinod , entr'au
tres les Marot les Corneille , les Huet , les
Duc de Saint Aignan , les Segrais , &c...
et de
>
Pour rendre cette Cérémonie plus interessante,
et pour exciter l'émulation des Poëtes qui parois
soit un peu se ralentir , l'Université vient de sta◄
tuer , le 19. Mai 1731. ) qu'à l'avenir les Prix
seront distribuez le jour même que se tient le Pa
finod , c'est- à - dire , le jour de la Conception de
la Sainte Vierge : on ne lira sur le Pui , que les
Pieces qui auront remporté les Prix , et celles qui
en auront approché ; Aussi - tôt après on fera
imprimer les Pieces couronnées , et quelques -unes
des meilleures à la suite , si elles sont jugées di
gnes de l'impression.
En consequence du même Reglement, les Poë
tes envoyeront leurs Pieces depuis le commence
II. Vol.
ment G
1558 MERCURE DE FRANCÈ
ment d'Octobre , jusqu'à la . Saint Martin , lequel
tems expiré , on n'en recevra plus pour le pro
chain Palinod. Ils les adresseront au Secretaire
de l'Université , quien donnera son récépissé , el
les seront affranchies de port , faute de quoi el
les seront mises au rebut , sans être iûes : ils ne
mettront point leur nom à leurs Pieces , mais seu
lement une Sentence et quelques chiffres , sans se
faire connoître avant le jugement , à peine de
perdre le prix ; et pour se faire connoître avant
le jugement , ils présenteront ou feront présenter
les mêmes Sentences et chiffres écrits de la même
main.
Le jour du Palinod , les Prix seront donnés
immédiatement après la lecture des Pieces , si les
Auteurs sont présens et qu'ils se fassent connoître ;
sinon ils resteront entre les mains du Secretaire
de l'Université , pour être distribués , à l'ordre de
M. le Recteur, lorsque les Auteurs seront connus.
Il y a lieu d'efperer que les Poëtes furs d'ê
tre récompenfez promptement & publique
ment , vont travailler avec une nouvelle ar
deur ; on a cru devoir ajoûter ce qui fuit en fa
veur de ceux qui ne feroient pas au fait des
ufages de cet établissement..
2
Il y a des Prix fondés pour huit sortes de Pie
ces , Epigramme Latine Chant Royal , Bal
lade , Sonner , Dizain , Ode Françoise , Ode en
Vers Alcaïques , et Ode en Vers Iambes.
Les Poëtes doivent prendre pour argument de
leurs Pieces , quelque sujet qui puisse faire al
lusion à l'Immaculée Conception de la Sainte
Vierge ; par exemple , si l'on prend pour sujet de
l'Epigramme Latine , Jonas in utero Ceri inco
lumis , l'allusion pourra être , Bellua nil vati
nocuit , nil culpa Maria
11. Vol. L'Epigramme
JUIN. 1731
T
1559
L'Epigramme Latine doit être de trente
Vers , ni plus ni moins , y compris l'allusion .
Le Chint Royal doit être de cinq Strophes ,non
comprise l'allusion , chaque Strophe est compo
sée d'onze Vers de dix syllabes ; le dernier Vers,
qui est le refrein doit être feminin ; il doit y avoir
un repos à la fin des cinquième et huitiéme Vers.
L'usage est que le cinquième Vers soit masculin ;
les sixième et septiéme feminins et de même ri
me , et tous les autres entremêléz à la volonté du
Poëte. L'allusion peut contenir une sixieme stro
phe entiere , ou du moins une derniere moitié de
Strophe , qui est de six Vers. Il n'est pas be
soin d'avertir que toutes les strophes doivent se
ressembler pour les rimes , et leur arrangement.
La Ballade est de trois strophes , non com
prise l'allusion qui doit être une quatriéme stro
phe entiere, ou du moins une moitié de strophe ;
chaque strophe est composée de 2 quatrains , dont
les Vers sont de huit syllabes ; l'usage est que les
quatre premiers soient de rimes entremêlées ,
de sorte que le premier et le quatriéme soient de
même rime, masculins ou feminins , à la volonté
du Poëte ; et les quatre derniers entremêlés , de→
sorte que le dernier , qui est le refrein , soit femi
nin, et rime avec le sixième. Toutes les strophes ,
comme l'on sçait , doivent se ressembler pour les
rimés , tant des premiers que
des seconds qua
trains.
Le Sonnet est toujours composé de grands
Vers.
Le Dizain est composé , le plus ordinaire
ment , de grands et petits Vers entremêlés.
L'Ode Françoife est de dix strophes , y com
prise l'allusion ; chaque strophe de dix Vers
de huit syllabes. On sçair assez que ce seroit un
II. Vol. G .. grand
1,60 MERCURE DE FRANCE
grand défaut , s'll ne se trouvoit pas un repos
la fin des quatrième et septiéme Vers.
L'Ode Alcaïque est de douze strophes , y com
prise l'allusion .
$
L'Ode Iambique'est de quarante- huit Vers , y
comprise l'allusion ; à l'imitation de la quatriéme
Fable du quatriéme Livre de Phedre qui com
mence par ces mots : Plus esse in uno fæpe ,
quam in turbâ boni.
Les Prix de ces Pieces, sont pour l'Epigramme ;
premier Prix,les Armes de l'Université; deuxiéme
Prix l'Anneau d'or. Chant Royal , premier Prix ,
les Armes du Fondateur ; second Prix , la Palme ;
Balade , premier Prix , les Armes du Fondateur
second Prix , l'Etoile. Sonnet , premier Prix ,
les
Armes du Fondateur ; second Prix , la branche de
Laurier. Dixain , la Plume d'argent.
Tous ces Prix font redimez par d'autres Prix
d'honnête valeur.
+
Le Prix de l'Ode Françoise est une bourse de
Jettons d'argent , celui de l'Ode Alcaïque est de
vingt livres fet celui de l'Ode lambique de même.
L'Univerfité fouhaiteroit fort que tous ces Pri
fuffent bien plus confiderables 3 poury Supplées
Autant qu'il lui fera poffible , elle n'omettra riem
de tout ce qui pourra faire honneur aux Poëte
victorieux ; & à ceux qui les auront fuivis e 2
plus prés. Ils sont très -inftamment priez d'en .
voyer leurs Pieces pour la fin d'Octobre ou a
commencement de Novembre , tant de la pr
sente année 1731. que des fuivantes
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Résumé : NOUVEAU REGLEMENT pour le Palinod de l'Université de Caën, et Avis aux Poëtes.
Le nouveau règlement du Palinod de l'Université de Caen, promulgué le 19 mai 1731, a pour objectif de rendre la cérémonie plus attrayante et de stimuler la compétition entre les poètes. Les prix seront désormais attribués le jour de la Conception de la Sainte Vierge. Seules les œuvres primées et celles ayant approché du prix seront lues lors de la cérémonie. Les poètes doivent soumettre leurs œuvres entre le début du mois d'octobre et la Saint-Martin, sans indiquer leur nom. Pour l'identification, ils doivent utiliser une sentence et des chiffres. Les prix seront remis immédiatement après la lecture si les auteurs sont présents, sinon ils seront conservés par le secrétaire de l'Université. Le règlement spécifie les types de pièces acceptées : épigramme latine, chant royal, ballade, sonnet, dizain, ode française, ode en vers alcaïques et ode en vers iambiques. Chaque type de pièce a des règles spécifiques concernant la structure et le contenu, notamment une allusion obligatoire à l'Immaculée Conception de la Sainte Vierge. Les prix varient en fonction du type de pièce, allant des armes de l'Université à des bourses de jetons d'argent. L'Université espère que ces mesures inciteront les poètes à participer avec plus d'enthousiasme.
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5208
p. 1560-1564
Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Début :
Un Particulier, bon Physicien, bon Mécanicien, et fort versé dans l'Histoire naturelle et [...]
Mots clefs :
Physicien, Plongeurs, Lanterne, Bougie
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texteReconnaissance textuelle : Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Un Particulier , bon Physicien , bon Mécani❤
cien , et fort versé dans l'Histoire naturelle et
dans l'Antiquité, a fait plusieurs découvertes con
siderables , sur les differentes manoeuvres et ope,
JJ, Vol rations
JUIN. Iscr 1731.
rations qu'on peut faire sous les eaux , et dans le
plus profond de la mer.
Il assure avoir un moyen infaillible et aisé
pratiquer , pour tirer les plus grands Vaiffeaux
submergez , à quelque profondeur qu'ils soient ,
pourvû toutefois qu'ils ne soient point entie
rement ensevelis dans la vase , ou engagez sous
quelques rochers .
Il assure aussi avoir trouvé un moyen sûr pour
faire agir et maneuvrer des hommes au fond de
la mer pendant plusieurs heures , et opérer sans
presque aucune contrainte ni incommodité.
>
Ce n'est pas tout ; ces-Plongeurs , qui pourront
à tout instant remonter sur la surface des eaux
auront la liberté de boire , de manger sous les
eaux : pendant la nuit ils seront éclairez par une
lanterne allumée , qu'ils porteront ou guideront
eux -mêmes.
Nous sommes bien éloignez de croire toutes
les choses jusqu'à aujourd'hui incroyables que
nous annonçons ici ; mais nous devons rendre té
moignage à la verité , que pour ce dernier fait ,
nous en avons vû l'experience en cette maniere.
M. de V *** voulant nous convaincre qu'
étoit en état de prouver ce qu'il avançoit , nous
mena chez lui , et dans un coin de la Cour de la
maison où il loge , où il y a un tonneau plein
d'eau , défoncé par en haut , il se fit apporter
exac une lanterne de fer blanc , de figure ronde ,
tement fermée , ayant
côté un morceau de
verre pour donner passage à la lumiere. Le corps
à un
de la Lanterne s'emboëte à une base de trois ou
quatre pouces de diamettre ; au milieu est une
bobeche dans laquelle on mit une petite bou
gie allumée , et on rejoignit les deux parties ,
C'est-à-dire , le sol et les parois de la Lanterne
-11. Vol.
G iij . avec
1552 MERCURE DE FRANCE
avec une espece de mastic assez gluant à l'endroit
de la jointure , pourempêcher l'eau d'entrer dans
Ja Lanterne. •
La bougie ainsiallumée et fermée hors de l'eau ,
me dura que l'espace d'un Pater sans s'éteindre :
On aperçoit un peu de fumée qui sort par un très
petit orifice,au haut du Pavillon de la Lanterne.La
bougie entierement éteinte,on ouvrit la Lanterne,
on ralluma la bougie ; et après avoir refermé la
Lanterne, on l'adapta sur le cul d'un seau renver
sé,et on attacha autour du seau des poids de fer et
de plomb pour attirer le tout au fond du tonneau.
Avant que la lanterne fut plongée dans l'eau , la
Lumiere paroissoit vouloir s'éteindre , mais elle
reprit vigueur d'abord que laLanterne fut submer
gée , et elle éclaira très- bien le tonneau pendant
un tems considérable que nous restâmes- là à rai
sonner sur ce phénomene. On aperçoit et on en
tend sur la surface de l'eau , un petit bouillon
nement causé sans doute par ce petit filet
de fumée dont on a parlé. On tira ensuite
la Lanterne hors de l'eau , et la bougie s'é
teignit dans le même espace de tems que la pre
miere fois.
›
M. V*** offre de prouver par des expériences
aussi sensibles , toutes les propositions qu'il fait
dans ce Memoire Il fait plus , il assure avec
grande confiance , que quand il voudra établir
ses principes , et expliquer clairement la méthode
qu'il a imaginée pour les découvertes et les
moyens qu'il propose , à des personnes éclairées
et capables de tirer des consequences , il portera
la possibilité , par ses seuls raisonnemens ,
tel degré d'évidence , qu'on ne lui demandera
ni preuves ni expériences.
à un
Au reste , le Lecteur intelligent , sent assez
127. Vol. sans
JUIN. 1731. 1563
sans que nous nous arrêtions à le lui faire remar
quer , combien ces découvertes seroient utiles , si
elles étoient solidement faites , comme dans les
naufrages , dans la pêche des Perles , & c.
A l'égard de la Lanterne marine , il se peut
faire qu'elle sera plus curieuse qu'elle ne sera
d'un grand usage , attendu qu'il n'y a guere d'oc
casion assez urgente pour faire travailier sous les
caux pendant la nuit, à moins que ce ne fût sur les
rivieres , à reparer quelque pile de Pont qui seroit
en danger , et qu'on voudroit profiter des basses
caux , pour prévenir les suites funestes que peu
vent causer les trop grandes crues d'eau et les dé
bordemens.
Cette Lanterne peut être encore d'un grand se
cours , pour prendre une grande quantité de pois
son pendant un calme qui arrive pendant la nuit ,
à une Flotte , et même à un Navire qui fait un
voyage de long cours , et dont les équipages souf
frent beaucoup , faute de Poissons frais , et d'au
tres bonnes nourritures.
L'Auteur de ces découvertes , à qui nous avons
communiqué ce Mémoire , nous prie d'ajoûter
que les Plongeurs pourront se garantir du froid
et de la morsure de certains poissons , et qu'ils
pourront facilement parcourir et trouver dans le
fond de la mer les choses qu'on y cherche , et
y
faire autant et plus de chemin , et en aussi peu
de tems , qu'un homme en pourroit faire sur la
terre en marchant d'un pas reglé , sans courir, et
même beaucoup plus aisément et sans se fatiguer."
Les Plongeurs dont on parle , auront la liberté de
parcourir avec la même facilité , les montagnes ,
les valées et les plaines maritimes.
Le Sieur Gersaint , Marchand , Pont Notre
11. Vol Giiij Dame,
1564 MERCURE DE FRANCE
Notre Dame , au Grand Monarque , ayant connu
que non- seulement les Curieux ayant goûté les
ornemens qu'il a fait graver d'après Vatteau, mais
même qu'ils étoient d'un grand usage pour les
Peintres , Eventaillistes , Sculpteurs , Orfevres ,
Tapissiers , Brodeurs , &c. a été encouragé à en
faire graver de nouveaux , dont il n'espere pas un
moindre succés. En effet , Vatteau par la ferti
lité de son genie, a si bien réussi en ce genre, et a
sçû si bien ajuster ses sujets à ses ornemens , et
aes ornemens à ses sujets , en variant le tout d'une
maniere infiniment ingénieuse , riante et nou
welle › que l'on peut dire avec justice que jus
ques à present nous n'avons point eû d'ornemens
si galants et si bien imaginés. Voici le détail de
ceux qu'il a mis au jour depuis environ un an.
L'Alliance de la Comedie et de la Musique ,
avec leurs armes et attributs , gravée par M.
Moyreau . Vexus blessée par l'Amour , Plafond ,
par M. Aveline..
Un Clavecin .
cien , et fort versé dans l'Histoire naturelle et
dans l'Antiquité, a fait plusieurs découvertes con
siderables , sur les differentes manoeuvres et ope,
JJ, Vol rations
JUIN. Iscr 1731.
rations qu'on peut faire sous les eaux , et dans le
plus profond de la mer.
Il assure avoir un moyen infaillible et aisé
pratiquer , pour tirer les plus grands Vaiffeaux
submergez , à quelque profondeur qu'ils soient ,
pourvû toutefois qu'ils ne soient point entie
rement ensevelis dans la vase , ou engagez sous
quelques rochers .
Il assure aussi avoir trouvé un moyen sûr pour
faire agir et maneuvrer des hommes au fond de
la mer pendant plusieurs heures , et opérer sans
presque aucune contrainte ni incommodité.
>
Ce n'est pas tout ; ces-Plongeurs , qui pourront
à tout instant remonter sur la surface des eaux
auront la liberté de boire , de manger sous les
eaux : pendant la nuit ils seront éclairez par une
lanterne allumée , qu'ils porteront ou guideront
eux -mêmes.
Nous sommes bien éloignez de croire toutes
les choses jusqu'à aujourd'hui incroyables que
nous annonçons ici ; mais nous devons rendre té
moignage à la verité , que pour ce dernier fait ,
nous en avons vû l'experience en cette maniere.
M. de V *** voulant nous convaincre qu'
étoit en état de prouver ce qu'il avançoit , nous
mena chez lui , et dans un coin de la Cour de la
maison où il loge , où il y a un tonneau plein
d'eau , défoncé par en haut , il se fit apporter
exac une lanterne de fer blanc , de figure ronde ,
tement fermée , ayant
côté un morceau de
verre pour donner passage à la lumiere. Le corps
à un
de la Lanterne s'emboëte à une base de trois ou
quatre pouces de diamettre ; au milieu est une
bobeche dans laquelle on mit une petite bou
gie allumée , et on rejoignit les deux parties ,
C'est-à-dire , le sol et les parois de la Lanterne
-11. Vol.
G iij . avec
1552 MERCURE DE FRANCE
avec une espece de mastic assez gluant à l'endroit
de la jointure , pourempêcher l'eau d'entrer dans
Ja Lanterne. •
La bougie ainsiallumée et fermée hors de l'eau ,
me dura que l'espace d'un Pater sans s'éteindre :
On aperçoit un peu de fumée qui sort par un très
petit orifice,au haut du Pavillon de la Lanterne.La
bougie entierement éteinte,on ouvrit la Lanterne,
on ralluma la bougie ; et après avoir refermé la
Lanterne, on l'adapta sur le cul d'un seau renver
sé,et on attacha autour du seau des poids de fer et
de plomb pour attirer le tout au fond du tonneau.
Avant que la lanterne fut plongée dans l'eau , la
Lumiere paroissoit vouloir s'éteindre , mais elle
reprit vigueur d'abord que laLanterne fut submer
gée , et elle éclaira très- bien le tonneau pendant
un tems considérable que nous restâmes- là à rai
sonner sur ce phénomene. On aperçoit et on en
tend sur la surface de l'eau , un petit bouillon
nement causé sans doute par ce petit filet
de fumée dont on a parlé. On tira ensuite
la Lanterne hors de l'eau , et la bougie s'é
teignit dans le même espace de tems que la pre
miere fois.
›
M. V*** offre de prouver par des expériences
aussi sensibles , toutes les propositions qu'il fait
dans ce Memoire Il fait plus , il assure avec
grande confiance , que quand il voudra établir
ses principes , et expliquer clairement la méthode
qu'il a imaginée pour les découvertes et les
moyens qu'il propose , à des personnes éclairées
et capables de tirer des consequences , il portera
la possibilité , par ses seuls raisonnemens ,
tel degré d'évidence , qu'on ne lui demandera
ni preuves ni expériences.
à un
Au reste , le Lecteur intelligent , sent assez
127. Vol. sans
JUIN. 1731. 1563
sans que nous nous arrêtions à le lui faire remar
quer , combien ces découvertes seroient utiles , si
elles étoient solidement faites , comme dans les
naufrages , dans la pêche des Perles , & c.
A l'égard de la Lanterne marine , il se peut
faire qu'elle sera plus curieuse qu'elle ne sera
d'un grand usage , attendu qu'il n'y a guere d'oc
casion assez urgente pour faire travailier sous les
caux pendant la nuit, à moins que ce ne fût sur les
rivieres , à reparer quelque pile de Pont qui seroit
en danger , et qu'on voudroit profiter des basses
caux , pour prévenir les suites funestes que peu
vent causer les trop grandes crues d'eau et les dé
bordemens.
Cette Lanterne peut être encore d'un grand se
cours , pour prendre une grande quantité de pois
son pendant un calme qui arrive pendant la nuit ,
à une Flotte , et même à un Navire qui fait un
voyage de long cours , et dont les équipages souf
frent beaucoup , faute de Poissons frais , et d'au
tres bonnes nourritures.
L'Auteur de ces découvertes , à qui nous avons
communiqué ce Mémoire , nous prie d'ajoûter
que les Plongeurs pourront se garantir du froid
et de la morsure de certains poissons , et qu'ils
pourront facilement parcourir et trouver dans le
fond de la mer les choses qu'on y cherche , et
y
faire autant et plus de chemin , et en aussi peu
de tems , qu'un homme en pourroit faire sur la
terre en marchant d'un pas reglé , sans courir, et
même beaucoup plus aisément et sans se fatiguer."
Les Plongeurs dont on parle , auront la liberté de
parcourir avec la même facilité , les montagnes ,
les valées et les plaines maritimes.
Le Sieur Gersaint , Marchand , Pont Notre
11. Vol Giiij Dame,
1564 MERCURE DE FRANCE
Notre Dame , au Grand Monarque , ayant connu
que non- seulement les Curieux ayant goûté les
ornemens qu'il a fait graver d'après Vatteau, mais
même qu'ils étoient d'un grand usage pour les
Peintres , Eventaillistes , Sculpteurs , Orfevres ,
Tapissiers , Brodeurs , &c. a été encouragé à en
faire graver de nouveaux , dont il n'espere pas un
moindre succés. En effet , Vatteau par la ferti
lité de son genie, a si bien réussi en ce genre, et a
sçû si bien ajuster ses sujets à ses ornemens , et
aes ornemens à ses sujets , en variant le tout d'une
maniere infiniment ingénieuse , riante et nou
welle › que l'on peut dire avec justice que jus
ques à present nous n'avons point eû d'ornemens
si galants et si bien imaginés. Voici le détail de
ceux qu'il a mis au jour depuis environ un an.
L'Alliance de la Comedie et de la Musique ,
avec leurs armes et attributs , gravée par M.
Moyreau . Vexus blessée par l'Amour , Plafond ,
par M. Aveline..
Un Clavecin .
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Résumé : Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, [titre d'après la table]
Un individu, expert en physique, mécanique, histoire naturelle et antiquité, a réalisé plusieurs découvertes notables concernant les opérations sous-marines. Il affirme posséder un moyen infaillible pour remonter des vaisseaux submergés, à condition qu'ils ne soient pas entièrement ensevelis dans la vase ou coincés sous des rochers. Il a également trouvé un moyen pour permettre à des plongeurs de rester sous l'eau pendant plusieurs heures sans contrainte majeure, et de boire, manger et être éclairés par une lanterne. Pour démontrer ses assertions, M. de V*** a effectué une expérience avec une lanterne étanche. Cette lanterne, allumée et immergée dans un tonneau d'eau, a continué de briller, prouvant ainsi la faisabilité de son invention. M. de V*** propose de prouver toutes ses propositions par des expériences et assure que ses principes seront évidents sans nécessiter de preuves supplémentaires. Les découvertes mentionnées pourraient être utiles en cas de naufrages, pour la pêche aux perles, ou pour des réparations sous-marines. La lanterne marine pourrait également servir à pêcher en pleine nuit. Les plongeurs, protégés du froid et des poissons dangereux, pourraient explorer le fond de la mer avec aisance. Par ailleurs, le Sieur Gersaint, marchand au Pont Notre-Dame, a gravé de nouveaux ornements d'après les œuvres de Vatteau, appréciés par les curieux et utiles pour divers artisans comme les peintres, éventaillistes, sculpteurs, orfèvres, tapissiers et brodeurs. Vatteau est reconnu pour son génie et son ingéniosité dans la création d'ornements galants et bien imaginés.
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5209
p. 1564-1566
Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Début :
Un Livre de quatre feüilles, dont la premiere l'Enjoleur, la seconde le Frileux, la troisiéme [...]
Mots clefs :
Estampes, Mines de plomb, Graveur, Portraits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Un Livre de quatre feüilles , dont la premiere
PEnjoleur , la seconde le Frileux , la troisiéme
Baccus , la quatriéme le Vendangeur. Deux sont
gravées par Mayreau ; et les deux autres par .
Aveline.
Un autre Livre plus grand aussi de quatre feuil
les : les Sujets de celui - ci sont des plus galants ,
et ornés de berceaux , enrichis de Guirlandes ,
Oiseaux , Trophées et attributs convenables aux
snjers , et soutenus pas des ornemens qui renfer→
ment un paysage en camayeux .
La premiere.gravée par Moyreau est une Fête
Bacchique.
La seconde gravée par M. le Bass, est une
Balanceuse
IL Vol . Lia
JUIN.
1565 1731.
La troisiéme gravée par M. Scotin , est un
Retour de Chaffe.
La quatriéme gravée par Aveline , est un
May.
Tous ces ornemens réussissent parfaitement en
découpure.
Le sieur Gersaint a aussi mis en vente , sur la
demie feuille du grand Aigle , un Cartouche gra
vé d'après un Dessein de Vatteau , d'un goût fort
comique , et d'une forme agréable , qui non- seu
Tement servira pour ceux qui font l'Euvre de
Vatteau , mais aussi pour mettre à la tête de ou
tes sortes de Receuils d'Estampes .
Il a aussi mis au jour d'autres sujets nouveaux
sans ornemens, d'après le même Vatteau , que les
Curieux recherchent avec empressement. En voici
la Liste.
Les agrémens de l'Eté , gravée par M.`de
Favanes,
La Partie quarrée , par Moyreau.
La Collation , par le même.
Le Nauffrage , id.
Les Délaffemens de la Guerre , par M. Crepy.
Les Fatigues de la Guerre , par M. Scotin.
Les deux dernieres morceaux entr'autres , sont
composez avec la vérité si naturelle à Vatteau ,
et les soins que les Graveurs ont pris à les rendre ,
font deux Estampes très piquantes , et d'un goût
exquis. Nous ajoûterons cette réflexion , en
voyant ces Estampes , que l'Art de la gravûre n'a
jamais été en France , ni peut-être ailleurs , à
si haut degré de perfection.
-
m
Les Mines de Plomb qu'on a découvertes à
deux lieues de Rennes en Bretagne , sont si
abondantes , qu'on dit que cent livres de cette
Mine 11. Vol.
1566 MERCURE DE FRANCE
Mine produisent cinquante livres de Métal. On
assure que M. Danicamp , de Saint - Malo , a ob
tenu des Lettres Patentes , qui lui accordent le
Privilege exclusif d'y faire travailler.
On aprend de Londres , que le sieur Jean Das
sier , Genevois , Graveur , qui a été chargé dé
graver les Portraits des Rois d'Angleterre , depuis
Guillaume le Conquérant , jusqu'à present ,
présenta le 15. de ce mois à la Reine
dix
huit Médailles qu'il a faites , dans le nombre des
quelles sont celles de Leurs Majestez.
>
On a appris de Dresden , que le Roy de Po
logne avoit nommé le Docteur Hebenstrit , Me
decin à Leipsic , et grand Naturaliste , pour aller
aux Indes Orientales et Occidentales , et y exa
miner les Plantes extraordinaires qui croissent
dans ce Pays -là , et pour les faire dessiner sur les
lieux , de même que les Animaux : il sera pour
cet effet accompagné d'un Peintre , d'un Graveur
et d'un Chasseur,
PEnjoleur , la seconde le Frileux , la troisiéme
Baccus , la quatriéme le Vendangeur. Deux sont
gravées par Mayreau ; et les deux autres par .
Aveline.
Un autre Livre plus grand aussi de quatre feuil
les : les Sujets de celui - ci sont des plus galants ,
et ornés de berceaux , enrichis de Guirlandes ,
Oiseaux , Trophées et attributs convenables aux
snjers , et soutenus pas des ornemens qui renfer→
ment un paysage en camayeux .
La premiere.gravée par Moyreau est une Fête
Bacchique.
La seconde gravée par M. le Bass, est une
Balanceuse
IL Vol . Lia
JUIN.
1565 1731.
La troisiéme gravée par M. Scotin , est un
Retour de Chaffe.
La quatriéme gravée par Aveline , est un
May.
Tous ces ornemens réussissent parfaitement en
découpure.
Le sieur Gersaint a aussi mis en vente , sur la
demie feuille du grand Aigle , un Cartouche gra
vé d'après un Dessein de Vatteau , d'un goût fort
comique , et d'une forme agréable , qui non- seu
Tement servira pour ceux qui font l'Euvre de
Vatteau , mais aussi pour mettre à la tête de ou
tes sortes de Receuils d'Estampes .
Il a aussi mis au jour d'autres sujets nouveaux
sans ornemens, d'après le même Vatteau , que les
Curieux recherchent avec empressement. En voici
la Liste.
Les agrémens de l'Eté , gravée par M.`de
Favanes,
La Partie quarrée , par Moyreau.
La Collation , par le même.
Le Nauffrage , id.
Les Délaffemens de la Guerre , par M. Crepy.
Les Fatigues de la Guerre , par M. Scotin.
Les deux dernieres morceaux entr'autres , sont
composez avec la vérité si naturelle à Vatteau ,
et les soins que les Graveurs ont pris à les rendre ,
font deux Estampes très piquantes , et d'un goût
exquis. Nous ajoûterons cette réflexion , en
voyant ces Estampes , que l'Art de la gravûre n'a
jamais été en France , ni peut-être ailleurs , à
si haut degré de perfection.
-
m
Les Mines de Plomb qu'on a découvertes à
deux lieues de Rennes en Bretagne , sont si
abondantes , qu'on dit que cent livres de cette
Mine 11. Vol.
1566 MERCURE DE FRANCE
Mine produisent cinquante livres de Métal. On
assure que M. Danicamp , de Saint - Malo , a ob
tenu des Lettres Patentes , qui lui accordent le
Privilege exclusif d'y faire travailler.
On aprend de Londres , que le sieur Jean Das
sier , Genevois , Graveur , qui a été chargé dé
graver les Portraits des Rois d'Angleterre , depuis
Guillaume le Conquérant , jusqu'à present ,
présenta le 15. de ce mois à la Reine
dix
huit Médailles qu'il a faites , dans le nombre des
quelles sont celles de Leurs Majestez.
>
On a appris de Dresden , que le Roy de Po
logne avoit nommé le Docteur Hebenstrit , Me
decin à Leipsic , et grand Naturaliste , pour aller
aux Indes Orientales et Occidentales , et y exa
miner les Plantes extraordinaires qui croissent
dans ce Pays -là , et pour les faire dessiner sur les
lieux , de même que les Animaux : il sera pour
cet effet accompagné d'un Peintre , d'un Graveur
et d'un Chasseur,
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Résumé : Nouvelles Estampes de Watteau, [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs livres et estampes gravées par divers artistes. Un premier livre de quatre feuilles, illustré par Mayreau et Aveline, représente des personnages tels que le Pénjoleur, le Frileux, Bacchus et le Vendangeur. Un autre livre de quatre feuilles, plus grand, montre des sujets galants ornés de berceaux, guirlandes, oiseaux, trophées et paysages. Les sujets incluent une Fête Bacchique par Mayreau, une Balanceuse par Le Bass, un Retour de Chasse par Scotin et un Mai par Aveline. Le sieur Gersaint a mis en vente divers cartouches et sujets nouveaux d'après des dessins de Watteau, tels que 'Les agrémens de l'Eté' par Favanes, 'La Partie quarrée' par Mayreau, 'La Collation' par Mayreau, 'Le Nauffrage' par Mayreau, 'Les Délaffemens de la Guerre' par Crepy et 'Les Fatigues de la Guerre' par Scotin. Ces estampes sont louées pour leur perfection et leur goût exquis. Le texte mentionne également la découverte de mines de plomb près de Rennes, en Bretagne, avec un privilège exclusif accordé à M. Danicamp. À Londres, le graveur Jean Dassier a présenté des médailles des rois d'Angleterre à la reine. Enfin, le roi de Pologne a nommé le Docteur Hebenstrit pour explorer les plantes et animaux des Indes Orientales et Occidentales, accompagné d'un peintre, d'un graveur et d'un chasseur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5210
p. 1566-1569
LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
Début :
J'ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur, des marques de votre souvenir dans la Lettre que [...]
Mots clefs :
Cadix, Médailles, Histoire
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
LETTRE écrite de Seville le 25. May
1731. par un Seigneur Espagnol , à un
François de ses Amis , sur les découvertes
d'Antiquité , faites depuis peu auprés de
Cadix
' Ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur , des
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , je serois
charmé, en y repondant, de pouvoir pleinement sa
is faire la Curiosité que le bruit public vous a don
née desDécouvertes nouvellement faites auprès de
11. Vol
Cadiz ,
JUIN. 1731. 3557
Cadix:mais la Renommée les a si faussement gros
sies , qu'en vous en faisant un détall vrai et exact,
vous les trouverez peu dignes de votre attention .
Presqu'au bout Oriental de Saint Patri , qui se
pare L'Isle de Leon du Continent , on a trouvé
des masures de quelque vieux bâtiment ; il n'y a
aucun morceau d'Architecture assez entier , pour
qu'on puisse décider si c'étoit un Temple où des
maisons.
Dans ces masures, on a trouvé un buste de mé
tail ordinaire,sans tête,bras, ni jambes et assez, mal
formé, on a découvert aussi un pied nud d'une pe
tite statuë , d'un assez beau métail , et qui paroît
être l'ouvrage d'un bon maître, ces deux pieces ne
déterminent à rien . Ce qui nous a donné lieu à rai
sonner,ce sont certaines bandes d'un fort beau mé
tail émaillées d'argent , et parfaitement bien tra
vaillées, dont le rapport figure des pampres et des
raisins , et dont les côtez sont garnis de franges
très-artistement faites ; leur largeur est de trois
quarts de pied de Roy ; elles sont assez longues ;
Cela ressemble aux ornemens dont on décoroit les
victimes destinées aux sacrifices de Bacchus ; à
moins qu'elles n'imitent des ornemens du Sacri
ficateur. Les gens du Païs prétendent qu'à l'endroit
marqué cy dessus , il y avoit un Temple d'Hercule;
mais c'est une Tradition qui n'a aucun fondement,
et qui n'est même appuyée d'aucune apparence.Les
Médailles qu'on a trouvées sont Puniques , et Ro
maines ; aux premieres on ne distingue rien ; aux
secondes, celles qui regardent le haut Empire, sont
fort communes', il y en a du bas Empire aussi , les
unes et les autres fort defigurées : mais entre les
Médailles , le Buste , les Bandes , et les mazures
on ne trouve aucun rapport
*
De façon ,Monsieur , que de pareilles décou
II. Vol G vi
"
vertes
1568 MERCURE DE FRANCE
vertes ne fournissent rien pour la Chronologie , nr
pour l'Histoire. Quoique cela ne m'ait pas rendu
plus instruit , je suis en mon particulier trés aise
de ceue découverte , puisqu'elle m'a renouvellé
dans votre souvenir , &c.
1731. par un Seigneur Espagnol , à un
François de ses Amis , sur les découvertes
d'Antiquité , faites depuis peu auprés de
Cadix
' Ai reçû avec beaucoup de plaisir, Monsieur , des
vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , je serois
charmé, en y repondant, de pouvoir pleinement sa
is faire la Curiosité que le bruit public vous a don
née desDécouvertes nouvellement faites auprès de
11. Vol
Cadiz ,
JUIN. 1731. 3557
Cadix:mais la Renommée les a si faussement gros
sies , qu'en vous en faisant un détall vrai et exact,
vous les trouverez peu dignes de votre attention .
Presqu'au bout Oriental de Saint Patri , qui se
pare L'Isle de Leon du Continent , on a trouvé
des masures de quelque vieux bâtiment ; il n'y a
aucun morceau d'Architecture assez entier , pour
qu'on puisse décider si c'étoit un Temple où des
maisons.
Dans ces masures, on a trouvé un buste de mé
tail ordinaire,sans tête,bras, ni jambes et assez, mal
formé, on a découvert aussi un pied nud d'une pe
tite statuë , d'un assez beau métail , et qui paroît
être l'ouvrage d'un bon maître, ces deux pieces ne
déterminent à rien . Ce qui nous a donné lieu à rai
sonner,ce sont certaines bandes d'un fort beau mé
tail émaillées d'argent , et parfaitement bien tra
vaillées, dont le rapport figure des pampres et des
raisins , et dont les côtez sont garnis de franges
très-artistement faites ; leur largeur est de trois
quarts de pied de Roy ; elles sont assez longues ;
Cela ressemble aux ornemens dont on décoroit les
victimes destinées aux sacrifices de Bacchus ; à
moins qu'elles n'imitent des ornemens du Sacri
ficateur. Les gens du Païs prétendent qu'à l'endroit
marqué cy dessus , il y avoit un Temple d'Hercule;
mais c'est une Tradition qui n'a aucun fondement,
et qui n'est même appuyée d'aucune apparence.Les
Médailles qu'on a trouvées sont Puniques , et Ro
maines ; aux premieres on ne distingue rien ; aux
secondes, celles qui regardent le haut Empire, sont
fort communes', il y en a du bas Empire aussi , les
unes et les autres fort defigurées : mais entre les
Médailles , le Buste , les Bandes , et les mazures
on ne trouve aucun rapport
*
De façon ,Monsieur , que de pareilles décou
II. Vol G vi
"
vertes
1568 MERCURE DE FRANCE
vertes ne fournissent rien pour la Chronologie , nr
pour l'Histoire. Quoique cela ne m'ait pas rendu
plus instruit , je suis en mon particulier trés aise
de ceue découverte , puisqu'elle m'a renouvellé
dans votre souvenir , &c.
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Résumé : LETTRE écrite de Seville le 25. May 1731. par un Seigneur Espagnol, à un François de ses Amis, sur les découvertes d'Antiquité, faites depuis peu auprés de Cadix.
Le 25 mai 1731, un seigneur espagnol écrit à un ami français à Paris pour répondre à sa curiosité sur les récentes découvertes archéologiques près de Cadix. L'auteur précise que les récits publics ont exagéré l'importance de ces découvertes. Les fouilles ont révélé des vestiges de bâtiments anciens près de l'extrémité orientale de Saint-Patri, séparant l'île de Léon du continent. Parmi les artefacts trouvés, on note un buste incomplet, un pied de petite statue de bonne facture, et des bandes métalliques émaillées d'argent décorées de pampres et de raisins. Ces bandes pourraient être des ornements utilisés pour les sacrifices de Bacchus ou imiter des ornements sacerdotaux. Les habitants locaux affirment qu'un temple d'Hercule se trouvait à cet endroit, mais cette tradition manque de fondement. Les médailles trouvées sont puniques et romaines, mais trop endommagées pour fournir des informations précises. L'auteur conclut que ces découvertes ne contribuent ni à la chronologie ni à l'histoire, mais il se réjouit de cette découverte car elle lui a rappelé son ami.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5211
p. 1568-1575
Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Début :
Le Balet des Fêtes Venitiennes, dont nous avons déja parlé dans le premier [...]
Mots clefs :
Opéra, Ballet, Carnaval
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texteReconnaissance textuelle : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
LE
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
E Balet des Fêtes Venitiennes , dont
nous avons déja parlé dans le premier
volume du Mercure de ce mois , est tou
jours extrémement goûté du Public. Au
Prologue , le Théatre représente le Port
de Venise. Le Carnaval y paroît au mi
lieu d'une troupe de Masques . Il annon
ce le sujet par ces Vers :
L'éclat de ce séjour , tranquile au sein des Mers ,,
Attire cent Peuples divers ,
Charmez de sa magnificence :
Mais il n'est jamais plus pompeux
Que lorsque les Ris et les Jeux ,
Sy rassemblent par ma presence , &c.
La Folie vient se joindre au Carnaval
pour rendre la Fête plus vive , elle s'ex
prime ainsi :.
O
Accourez , hâtez-vous ;
Goutez les charmes de la vie ;
II..Vol. Je
. ا
r539
JUIN 1732:
Je les dispense tous :
Il n'en est point sans la Folie.
La Suite de la Folie se joint à celle du
Carnaval ; elles composent le. Balet- du
Prologue..
Dans la premiere Entrée qui a pour
titre les Devins de la Place de S. Marc
le Théatre représente cette Place . Zelie,
jeune Vénitienne , masquée en Bohemien
ne , veut apprendre à la faveur de ce
déguisement , si Leandre , Cavalier Fran
çois , ne lui fait point d'infidelité ; elle
se retire voyant approcher Léandre , et
fait connoître son dessein par ces Vers :
>
C'est lui qui vient , pour le surprendre,,
Je veux l'observer et l'entendre.
Léandre expose son caractere par ces
Vers :
Amour , favorise mes voeux;
Ne sois point offensé si mon coeur est vol age ;
Prendre souvent de nouveaux noeuds ,
C'est te rendre souvent hommage.
Zelie vient parler à Léandre sous le
masque , et lui dit en dansant avec un
Tambour de Basque :
Jeune Etranger, veux-tu sçavoir,
II. Vol..
Ta
1570 MERCURE DE FRANCE
Ta bonne ou mauvaise fortune ?
Ma science n'est point commune ,
Dans le grand Art de tout prévoir.
Leandre n'ajoute d'abord point de fot
à la prétendue science de la fausse Bohé
mienne ; mais il commence à la croire
après avoir entendu ces Vers :
Que voy-je dans ces lieux ?
A combien de Beautez tu promets tą tendresse !
Tu sçais parler d'amour , tu l'exprime des mieux,
Sans que d'un trait constant jamais ce Dieu te
blesse.
" Il lui repond :
Il est vrai je suis infidele ;
Par tout ce qui me plaît je me sens arrêté ;
Le coeur ne fut jamais le tribut d'une Belle
C'est le tribut de la Beauté.
Zelie le quitte après lui avoir dit
Ecoute , par mon Art ce que je vais prédire :
Aujourd'hui dans nos Jeux ,
Tu verras l'objet de tes voeux ;
Lui-même aura soin de t'instruire ,"
Du succès de tes feux.
Les Devins et les Bohémiennes de la
II. Vol.
Place
A
JUIN. 1731. 7575
Place de S. Marc , font le divertissement
de cette premiere Entrée ; Zelie vient se
faire connoître à Leandre , et fait le dé
noüement par ces deux Vers :
Tu m'offrois de dangereux liens ,
Je sçais tes sentimens , tu peux juger des miens.
Dans la deuxième Entrée , intitulée l'A
mourSaltinbanque , Filindo , Chef des Sal
tinbanques , promet son secours à Eraste ,
jeune François habillé à la Venitienne et
amoureux de Leonore ; il lui dit que cette
Belle vient souvent voir leurs Jeux , et
qu'à la faveur de la foule des Spectateurs
qu'ils attirent , il pourra lui parler de
son amour.
Eraste se retire voyant paroître Leono
re suivie de Nerine , sa Surveillante ; Ne
rine ne cesse point d'exhorter l'aimable
Venitienne dont la garde lui est commise,
à se défendre des pieges de tous les Amans;
elle lui témoigne sur tout sa défiance sur
un jeune François ; Leonore lui répond
ingenûment , que sans ces remontran
ces , hors de saison , elle ne se seroit peut
être jamais apperçuë ni du merite ni de
l'amour de ce François.
Une troupe de Saltinbanques arrive ; on
apperçoit un Char qui s'entr'ouvre et qui
II. Vol. se
572 MERCURE DE FRANCE
se présente en forme de Théatre. L'Amout
y paroît avec tous les ornemens d'un Sal
tinbanque , il n'est caracterisé que par unt
Arc qu'il tient dans sa main ; les Plaisirs et
l'ès Jeux sont autour de lui sous des figu
res comiques , et composent le Balet .
Filindo et les Choeurs annoncent la
Fête par ces Vers :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts ☀
Nous vous amenons de Cythere ,
"
Ce qui peut charmer vos regards ;
Notre soin vous est necessaire :
Hâtez-vous , accourez , volez de toutes parts.
L'Amour expose less sujets de sa venuë
par ces Vers :
Venez tous , venez faire emplette ;
Je vends le secret d'être heureux :
Je fais dispenser ma recette ,
Par les Plaisirs et par les Jeux , &c. ·
A la faveur de la Fête , Eraste s'appro
che de Leonore , et lui parle malgré tous
les soins de sa Surveillante ; elle les sur
prend enfin ; Eraste la met dins leurs in
terêts par ces paroles :
Ne contraint plus nos feux ;"
Gesse de nous être contraire ; .
LI Vol. Obres
JUIN.
3573 1731.
Obtenons l'aveu de son Pere ;
Espere tout de moi si je deviens heureux .
&
La troisiéme Entrée de cet Opera Balet
est appellée le Bal. La Scene est dans un
Palais de Venise ; le Théatre représente
un lieu préparé pour un Bal.
Alamir , Prince Polonois , amoureux
d'une jeune Venitienne , ne veut passer,
auprès d'elle que pour un simple Gentil
homme pour gouter le doux plaisir de
s'en faire aimer sans emprunter le se
cours d'un rang illustre ; Themir , son
Confident , qu'il fait passer pour son
Maître , lui dit qu'il est temps de se
donner pour ce qu'il est en effet , puisque
sa chere Iphise l'aime , tout simple Gen
tilhomme qu'elle le croit , tandis que lui
Thémir , prétendu Prince , ne s'attire pas
le moindre regard favorable ; il finit cette
premiere Scene par ces Vers qui annon
cent la Fête:
Par vos ordres exprès je donne un Bal pompeux;
Deux Maîtres renommez , qu'à vû naître là:
France ,
Doivent en préparer et les chants et la danse :
Vous y verrez l'objet de vos plus tendres voeux..?
Alamir lui répond :
Tu sçais par quel moyen tu me feras connoître
11. Vol.
-Les
1574 MERCURE DE FRANCE
Les Ordonnateurs du Bal étalent aux
yeux du Prince , à l'envi l'un de l'autre ,
tout ce que leur Art a de plus brillant.
Tout ce que chante le Maître de Musique
est une fine Critique dont on reconnoît
les objets. Cette Scene est suivie d'une au
tre , dans laquelle Alamir conseille à sa
chere Iphise d'aimer son prétendu Rival,
qui la veut placer dans un rang glorieux,
au lieu qu'il n'a à lui offrir que son amour
et sa constance ; cette charmante Scene
finit par ce bout de Dialogue.:
Ah ! j'ai perdu votre tendresse ;
Ce vain discours est une adresse ,
Qui cache un changement fatal :
Non , il n'est pas possible ,
Qu'un Amant bien sensible ,
Parle pour son Rival.
Alamir.
Aimez un Prince , aimez ....
Iphise.
Tu le veux donc , perfide ?
Alamir.
Si vous ne l'aimez pas , je ne puis être heureux.
Iphise.
C'en est fait , je suivrai le transport qui me guide;
5
1.1. Vol. Pour
JUIN. 1731. 1575
"
Pour me vanger de toi , j'approuverai ses feux ;
Mon juste désespoir ... je le voi qui s'avance ;
Ingrat , je t'aime encor malgré ton inconstance.
L'arrivée du Prince prétendu , qui fait
connoître Alamir pour le veritable , dé
noiie agréablement l'action ; le Bal qui
survient , finit cette derniere Entrée ,
dont les applaudissemens redoublez mar
quent le plaisir qu'elle fait.
On a appris de Naples , que le 27. du
mois dernier , on y représenta pour la
premiere fois le nouvel Opera d'Argene ,
qui fut generalement applaudi et honoré
de la présence du Chevalier de S. George
et de la principale Noblesse de la Ville.
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Résumé : Les Fêtes Venitiennes, Balet, [titre d'après la table]
Le ballet des Fêtes Vénitiennes est un spectacle très apprécié du public. Le prologue se déroule au port de Venise, où les personnages du Carnaval et de la Folie annoncent le début de la fête. La première entrée, intitulée 'Les Devins de la Place de S. Marc', met en scène Zelie, une jeune Vénitienne déguisée en bohémienne. Zelie surveille son amant Leandre et découvre son infidélité. Elle se révèle alors à lui. La deuxième entrée, 'L'Amour Saltinbanque', présente Eraste, un jeune Français amoureux de Leonore. Avec l'aide de Filindo, chef des saltimbanques, Eraste parvient à parler à Leonore malgré la surveillance de Nerine. La troisième entrée, 'Le Bal', se déroule dans un palais vénitien. Alamir, un prince polonais amoureux d'Iphise, se fait passer pour un simple gentilhomme. Thémir, son confident, lui conseille de révéler son véritable rang. Alamir finit par avouer son amour à Iphise, qui accepte finalement de l'aimer. Le ballet se conclut par un bal et des applaudissements. Par ailleurs, le texte mentionne la représentation à Naples de l'opéra d'Argene, acclamé par le public et la noblesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5212
p. 1575-1597
Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 16. de ce mois, les Comédiens François donnerent la premiere représentation [...]
Mots clefs :
Comédie, Auteur, Caractères, Chevalier, Charles Dufresny, Marquise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16. de ce mois , les Comédiens Fran
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
çois donnerent la premiere représentation
du Faux Sincere , Comedie , en Vers et
en cinq Actes , de feu M. Dufresni , Au
teur très-connu par quantité de bons et
de singuliers Ouvrages . Celui -cy est tous
les jours plus gouté et plus applaudi par
la maniere originale , naïve et précise avec
laquelle les caracteres sont exprimez , er
par les traits saillants et inattendus dont
la Piece est semée. Nous allons tâcher de
mettre le Lecteur en état d'en juger.
II. Vol. L'Au
1576 MERCURE DE FRANCE
L'Auteur ne s'est attaché dans le prez.
mier Acte , qu'à exposer la situation pré
sente des Acteurs qu'il veut faire agir ,
il y donne aussi une idée des Caracteres ,
&c. Madame Argante a deux filles , An
gelique est l'ainée , et Marianne , la cadet
te ; Angelique ne faisant que de sortir du
Convent , a vû un jeune homme , soir
disant le Chevalier Valere , et c'est le
Heros de la Piece , à sçavoir le Faux Sin
cere. Marianne , qui a été long- tems chez
une de ses parentes , aime Dorante ; Mada
me Argante , prévenuë en faveur du Che
valier , vient dire à ses deux filles , qu'elle
a fait un projet de mariage ; elle veut don
ner Angelique à M. Franchard , à qui Ma
rianne avoit été promise autrefois et Ange
lique au Chevalier Valere . Ce M. Fran
chard est un riche Négociant , dont l'hu
meur franche contraste parfaitement avec
celle du Chevalier ; Madame Argante a
résolu de donner Angelique au Cheva
Tier Valere ; par-là Angelique est aussi sa
tisfaite que Marianne est mécontente.
Pour ce qui concerne les caracteres ,
Voici ce que Dorante ,Amant deMarianne,
dit du Chevalier Valere dès la premiere
Scene :
Cet homme me chagrine" ;
II. Vol. Je
JUIN.
17318 577
Je connois votre mere ; il prendra son esprit,
Il est très-dangereux. Hier il me surprit ;
Voulant lier , dit - il , avec moi connoissance ,
Il exige d'abord entiere confidence ;
Il me dit ses deffauts , et ceux qu'il trouve en moi.
Mais il les adoucit , et dans l'instant je voi ,
Que par le même tour il me blâme et me loue ,'
Qu'en blâmant avec art , habilement il joüe ,
Sous le jeu d'un Censeur , celui d'un complaisant;
Il n'est point flatteur , non , c'est un ton diffe
rent ;
Il paroît s'échapper par des traits véridiques ;
Mais chaque mot le mene à ses fins politiques :
Quand il vous trouve en garde il se découvre
un peu ,
Pour vous faire avancer et se donner beau jeu :
Profitant de l'amour qu'on a pour la franchise ,
Fait parade du vrai qu'il farde et qu'il déguise ;
Faux , même en disant vrai ; faux sincere ...
Il semble que M. du Fresni , ait craint
qu'on ne confondit le caractere qu'il
alloit traiter , avec celui du Flatteur , ou
du Tartuffe il en a justifié jusqu'au nom
voici ce que Dorante ajoute :
;
Caractere de coeur : j'entends par faux sincere ,
Celui qui sçait piper par la sincerité ,
Comme un fin courtisan fait par la probité ;
Il. Vol
Qui
1578 MERCURE DE FRANCE
Qui dit vrais trente fois , pour pouvoir mentir
une
Dans une occasion qui fasse sa fortune ;
Hipocrite en franchise est a peu prés le mot ;
Pourquoy pas faux sincere ? on dit bien faux
devot.
t Pour ce qui regarde le caractére con
trastant qui est celui de M. Franchard ,
l'Auteur le fait exposer en peu de mots
par le Chevalier Valere , parlant à une
Marquise qu'il feint d'aimer :
Vous me voyez charmé de ce bon commerçant ;
Il semble en arrivant ici de Picardie ,
Ramener à Paris la probité bannie.
De son accueil gaulois la liberté vous rit >
Sa cordialité qui lui tient lieu d'esprit
९
Ravit , enchante , au moins moy , qui toûjours
préfere ,
A tout l'esprit du monde un trait naif , sincere.
Sa candeur rend pour moi ses discours élog
• quents ?
Sur son visage ouvert on lit ses sentimens ;
Au premier entretien tout son coeur se déploye,&c.
La Marquise est une veuve qui se croit
aimée de ce faux Sincere. Elle n'est pas
encore riche , mais elle attend une suc
cession de cent mille écus , qui est dépo
II. Vol. sée
NCE
1579
JUI
N.
1731
.
H
sée entre les mains de M. Franchard.
Le Chevalier n'en sçait rien , et c'est par
le conseil de Laurette , sa Suivante , que
la Marquise lui en a fait mistere ; voici le
motif de Laurette :
Il faut de son amour une preuve certaine.
Des Indes il vous vient cent mille écus d'aubaine;
Cette succession arrivant en secret ,
Vous m'aidez , j'en conviens , à suivre le projet
Que j'ai conçu d'avoir aujourd'hui quelque
preuve ,
S'il aime en vous , Madame , ou l'argent , ou la
veuve.
Il ne reste plus dans ce premier Acte
qu'à faire connoître aux Spectateurs la
qualité et le coeur du Chevalier : voici
par où il finit l'Acte lui- même , en par
lant du Contrat que la Marquise lui a
proposé.
Je ne veux pas encor presser la signature ;
Ce n'est qu'un pis aller depuis mon avanture]
La Marquise m'a dit qu'elle a trés- peu de bien
Chez ce riche Marchand venant chercher le
mien ,
Quel bonheur d'y trouver une riche alliance !
Pourquoy cachois- je ici mon nom et ma nais
sance ?
* II. Vol.
Rapin
580 MERCURE
DE FRANCE
1
Rapin, fils d'un Marchand,pour eux eût été bong
Mais avec la Marquise ayant pris un beau nom
Sur celui de Rapin il a fallu me taire &C.
On voit par ces differentes expositions
que la Piece sera trés implexe ; nous
n'oublierons rien pour y mettre de la
clarté .
፡
Un Caissier du Banquier Franchard ,
ouvre la Scene du II. Acte , avec un
nouveau Rapin , Cousin du faux Valere,
On auroit souhaitté que ce dernier en
eut parlé à la fin du premier Acte. Ce
second Rapin apprend du Caissier ,
qu'un certain Chevalier Valere , se dit
Agent de Rapin ce qui oblige le nou
veau Rapin à faire arrêt sur la somme ;
le Caissier n'en est point fâché et se re
tire.
Laurette reconnoit Rapin , qu'elle a
vû autrefois à Rouen ; Rapin aprés avoir
quelque temps nié à Laurette qu'il soit
l'ancien ami dont elle lui parle , lui
avoue enfin qu'il est Rapin , et qu'il
vient d'apprendre qu'un certain Cheva
lier Valere , se donne pour son Agent
aux yeux de M. Franchard , pour lui en
lever sa succession ; il prend le parti de
cacher son nom et de prendre celui de
Valere on convient que l'Auteur a assés
11. Vel biea
JUIN. 1731. 1581
1
bien motivé l'incognito par ces deux
vers :
Ouy , courons nous parer : dans le siécle où nous
sommes ›
La parure du moins aide à parler aux hommes,
Mais on ne comprend point , pour
quoi le nouveau Rapin veut passer pour
un second Valere ; et l'on en conclut que
ce Valere doublé est plutot parti du cer
veau de l'Auteur que du fond du Sujet.
Laurette et Rapin s'étant retirés , le
Chevalier Valere , ou pour mieux dire ,
le Faux Sincere vient. A peine a-t'il dit
quelques mots qui ne font rien à la Piece,
qu'on voit paroître Madame Argante .
Valere , pour faire parade de sincerité ,
feint d'être fâché contre Madame Argan
te , de ce qu'elle l'a loüé sans cesse ; il lui
dit d'un ton d'homme mécontent :
Je m'en plains , et voici là -dessus mes scrupules ,
Que gens moins délicats trouveront ridicules ;
Je blâme tout ami qui me flatte d'abord ,
Et dit que j'ai raison sans sçavoir si j'ai tort ;
Qui prend trop mon parti contre la médisance ;
En me justifiant sans m'entendre, il m'offense ;
Car je ne veux point être innocent par faveur ;
Je veux que la raison me juge , et non le coeur :
II. Vol. Je H
1582 MERCURE DE FRANCE
Je veux qu'on se défie , et qu'on approfondisse ;
Ensuite , quel plaisir quand on me rend justice !
3
Aprés quelques autres traits de fausse
sincerité , Valere dit à Madame Argante
de parler d'affaire : elle lui confirme la
promesse qu'elle lui a déja faite de lui
donner Marianne; le Chevalier lui témoi
gne quelque crainte sur le choix que
M. Franchard en a fait pour lui - même ;
elle le rassure , par l'humeur de M.
Franchard qui n'y regarde pas de si prés ,
et qui se tourne facilement à tout ce
qu'on veut. M. Franchard confirme bien
tôt au Chevalier ce que Madame Argan
te lui a dit de son humeur ; car sur la
demande que Valere lui fait des vûës
qu'il peut avoir pour Marianne ; il lui ré
pond franchement ;
Pour elle je n'ai point eu de vûë autrement ;
Si ce n'est que je veux l'épouser seulement,
Mais , lui dit le Chevalier; vous aimez
aussi son aînée ; M. Franchard lui répond
avec la même franchise :
Ouy , je l'aime ,
Et d'abord je voulois l'épouser tout de même ;
Pas tant pourtant; je vais expliquer tout cela &e,
I
IL Vel
En
JUIN.:
1583 1731 .
En un mot comme en cent de ces deux Filles- ci ,
L'une est ce qui me faut ; mais l'autre l'est aussi,
Il conclut enfin par vouloir épouser
Marianne, ce qui oblige Valere à rabbat
tre sur Angelique en sage politique.
Madame Argante lui amene Marianne ,
qu'Angelique suit , non par simple curio
sité , comme dit sa mère , mais par le
tendre interêt qui l'attache au Cheva
lier.
Valere est fort embarrassé sur ce que
Madame Argante attend de lui, en faveur
de Marianne , pour qui M. Franchard
vient de se déclarer ; le compliment qu'il
fait à Marianne est si froid qu'elle en est
vivement picquée ; elle lui declare qu'elle
lui sera contraire , le Chevalier s'en con
sole par l'esperance d'obtenir Angelique ,
à qui il donne la préference. Madame
Argante n'est point fachée de ce change
ment , parceque cette derniere lui ressem
ble aussi bien que Marianne . Elle sort avec
le Chevalier et Angelique , pour aller
faire dresser le Contrat , et dit à Marianne
de prendre patience avec M. Franchard
qui la doit épouser . Marianne se détermi
ne à se venger du compliment injurieux
que le Chevalier vient de lui faire , et
II. Vol. Hij quol
584 MERCURE DE FRANCE
quoiqu'elle aime Dorante , elle ne laisse
pas de supporter impatiemment qu'on
ait préferé sa soeur à elle. Laurette veut
la consoler de ce chagrin par la promesse
de se venger du Chevalier , fondée sur les
découvertes qu'elle a faites .
Le III. Acte a paru le plus beau de la
Piece. Dorante et Marianne le commen
cent. Ils se flattent de faire tomber le
masque aux Faux- Sincere , en le mettant
aux prises avec la Marquise et avec An
gelique , toutes deux mécontentes de lui ;
mais avant que d'entrer dans cette Scene
d'où il se tire avec toute l'adresse pos
sible , il n'est pas hors de propos d'exami
ner un point que quelques connoisseurs
ont remarqué , et dont l'Auteur semble
avoir voulu prévenir la critique. Quel
interêt, a- t'on dit , peuvent avoir Doran
te et Marianne à confondre le Faux - Sin
cere ? il n'en veut plus à Marianne ; ainsi
il ne tiendra pas à lui qu'elle ne soit ma
riée avec Dorante ; les voilà donc tous
deux hors d'interest du côté du Chevalier;
Dorante n'a plus d'autre Rival
que M.
Franchart; et en démasquant le Faux - Sin
cere , il n'empêchera pas que ce bon com
merçant ne lui enléve sa Maitresse . Il
ya apparence que M. du Fresni a prévû
L'objection , puisqu'il la met dans la bou
1 1. Vol . che
JUIN. 1731. 1584
che du Chevalier ; voici comment il le
fait parler à Dorante et à Marianne :
#
Pourquoi sur nos desseins ne nous pas concerter
Quand nous n'avons ici rien à nous disputer !
A Dorante.
Sommes- nous Rivaux ? non , nous n'aimons pas
la même ;
J'aime , je suis aimé , vous aimez , on vous aime ;
Monsieur Franchard pourroit par accomode
ment
Aux Pupilles laisser , chacune son- Amant ;
Mais de gayeté de coeur vous voulez me détruire.
Voilà donc , par l'aveu même de l'Au
teur , deux Amants qui ne vont pas à
leur fin ; ils agissent donc par tout autre
motif que celui de leur amour. L'Ob
jection est assés forte ; mais peut-être
ne l'auroit-on pas faite si l'Auteur n'eut
pris soin lui-même d'en faire la premiere
ouverture ; d'ailleurs on peut y répondre
pour lui , en disant que la haine que Do
rante et Marianne ont conçue contre le
Faux-Sincere est la plus forte en eux ;
que leur but principal est de le confon
dre , et que l'aveu sincere qu'il semble
leur faire , couvre quelque piege darts
LI. Vol.
Hij lequel
1586 MERCURE DE FRANCE
lequel il veut les faire donner ; en effet ,
quand il leur dit :
Voyons ; concertons- nous sur cent moyens fa
ciles ;
Entrons dans les détails :.+3
--Dorante lui répond :
Détails trés-inutiles.
Marianne dit quelque chose de plus :
Vous le sçavez trop bien ; mais vôtre intention
C'est d'échauffer d'abord la conversation ,
Afin
que , parlant trop à l'envi l'un de l'autre ,
Nous cachant vos secrets vous démêliez le
nôtre.
Un interêt plus fort justifie Marianne
dans cette occasion ; le Chevalier lui a
préferé sa soeur , et ces sortes d'outrages
ne se pardonnent jamais. Passons à la
Scene qui fait tant de plaisir , elle est en
tre le Chevalier , la Marquise et Ange
Jique. Ces deux Rivales l'accusent égale
ment d'avoir démenti sa prétendue sin
cerité à leur égard ; il leur répond qu'il
n'a besoin que d'elles- mêmes pour le
justifier ; voici ses propres mots :
II. Vol. Que
JUIN. 1731 ..
1587
Que chacune redise
Les faits simples , les faits ; par ce que vous dirés
L'une à l'autre , sans moi , vous me justifierés.
En effet , il convient avec la Marquise
qu'il lui a promis de s'arranger avec elle
par un mariage , et quand Angelique
lui reproche d'avoir proposé un mariage
à sa Rivale , aprés lui avoir montré
l'amour le plus ardent , il lui dit que
tien n'est plus vray, et qu'il brûle encore
du même amour ; il ajoûte que c'est ce
violent amour qui l'a forcé et qui le force
encore à retirer la parole qu'il avoit don
née à la Marquise : oui , poursuit- il en
parlant à la Marquise :
Tantôt j'ai dit ; j'épouse ;
t
A present je dis j'aime : en fussiez-vous jalouse
Madame , vous prouvez , vous , de vôtre côté ,
Qu'un arrangement seul entre nous concerté
Ne peut me rendre ici coupable d'inconstance.
Si cet amour subit et dont la violence
Vient troubler en un jour tous mes arrange
mens ,
Entre vous deux m'agite et me tient en suspens ,
Sans que j'aye encor pû parler , me réconnoî
tre ,
-
11. Vol. En
Hiiij
r588 MERCURE DE FRANCE
En quoy suis-je coupable ? où puis -je le pa
roître 2
Et comme Marianne qui est présente à
la conversation , vient à la charge en lui
disant , que cet amour subit fait tout au
moins un ingrat , et qu'il lui fait manquer
de parole , . il répond :
Et non pas de franchise ;
Fai promis de l'estime , et rien plus ; qu'on le
dise :
Le voilà donc parfaittement justifié
dans l'esprit d'Angelique ; mais un nou
vel incident va le réplonger dans l'em
barras . M. Franchard lui vient annoncer
un second Chevalier Valere ; c'est le
Rapin dont nous avons parlé dans l'Acte
précedent on n'a pas bien compris ,
comme nous l'avons déja remarqué , la
raison qui l'a porté à doubler Valere ,
ayant tout autre nom à prendre ,. on
convient que cela produit de l'improglio ;
mais on voudroit que ce Comique fut
appuyé sur quelque motif. Ce n'est pas
là
la le seul coup dont notre Faux-Sincere
est frappé ce nouveau chevalier Valere
se donne encore pour un Agent de Ra
pin ; M. Franchard ne voit en tout cela
C
1
II: Võt que
• JUIN. 1731. 1589
و د
"
ULV
que des brouillards , que ce second Agent
de Rapin lui promet de dissiper , papier
sur table . Ce dernier se retire.
M. Franchard commence à se défier
du Faux- Sincere , à quoy ce dernier ne
répond que par des brusqueries , coup
sur coup , par lesquelles il prétend lui
faire voir qu'il lui ressemble autant en
vivacité qu'en franchise ; en effet , aprés
s'être long- tems emporté contre lui , il se
radoucit et lui faisant rémarquer la con
formité d'humeur qui est entr'eux , il
dit finement :.
"
Nous nous ressemblerons encore sur ce points
Je pardonne d'abord :
M. Franchard lui répond , que pour
lui , il pardonne sur l'heure; il ajoute avec
une agréable surprise :
Mais , c'est tout comme moy ; j'en avois bie'n
cherché.
Des gens qui fussent faits tout justes à ma ma
niere :
Vous voilà tout trouvé ; car ressemblance ere
tiere ;
Dire tout ce qui vient , brusquer , parler bien
fort ,
Se facher tout d'an coup , puis pardonner
d'abord ;
11. Vol Hv N'est
}
1590 MERCURE DE FRANCE
N'est-il pas vrai Monsieur ? mon portrait est
le vôtre &c.
Plus de Dorante donc ; finissons au plutôt :
Deux contrats pour nous deux , c'est autant
qu'il en faut.
M. Franchard , Dorante , Marianne
et Angelique commencent le quatriéme
Acte. Le but de la premiere Scene est
de faire entendre à M. Franchard , que
ceChevalier qu'il croit vraiement sincere,
n'est rien moins que ce qu'il paroît à
ses yeux qu'il se dit Gentil - homme ,
quoiqu'il soit roturier ; et qu'il se vante
d'avoir beaucoup de biens , quoiqu'il
n'ait rien du tout. M. Franchard leur
dit qu'il lui demandera tout cela..
Le Chevalier dit en arrivant qu'il ne
doute point qu'on ne complotte contre
lui , mais que sa sincerité l'exempte de
toute crainte. M. Franchard lui demande
avec sa franchise ordinaire s'il est riche
ou non ; le Chevalier lui répond aussi
franchement qu'il n'a rien ; c'est toujouts
quelque chose , dit Franchard ; Valere
ajouteadroitement.
Par cet aveu sans doute au refus je m'èxpose ;
Mais quoy ? vous citerois- je ici comme un bien
clair
11. Vol
que
JUIN 1731 4597
OPL
MO
21
15
Quelques successions qui sont peut- être en Fair ?
Des terres en decret dont je ne suis plus maitre ?
Que quelque argent comptant dégageroit peut
être ?
Mais un bien en litige au fond est - il le mien ?
Non ; repetons - le donc encore , je n'ai rien .
Cette adroite franchise acheve de ga
gner le coeur à Franchard . Dorante re
vient pourtant à la charge , et dit qu'il
y a un second Valere , qui s'interesse
aussi la succession de Rapin , et
qu'il faut démêler qui des deux est le ve
ritable M.Franchard y consent , mais
il leur dit qu'aprés cette derniere épreu
ve , il n'écoutera plus rien .
pour
:
Laurette vient de porter le plus sen
sible coup au Chevalier , en disant à M.
Franchard que Madame la Marquise vient
chercher les cent mille écus qu'il doit
lui livrer ; M. Franchard lui répond qu'ils
sont prêts , et rentre pour aller compter
la somme à la Marquise. Le Chevalier
resté seul , fait ce court Monologue :
Ce revers est picquant.
L'ai- je pû deviner ? cent mille écus comptants
Je les perds ; dans quel temps quand tout me
déconcerte ;
3
II. Vol
Quand H vj
1592 MERCURE DE FRANCE
Quand cet autre Valere ici cause ma perte.
L'approche de la Marquise lui rend
quelques esperances , il se flatte qu'elle
l'aime encore , et qu'elle cherche à ré
noüer avec lui ; voici comme il s'y prend
pour lui faire entendre qu'il flatte encore :
entre Angelique et elle ::
Je suis comme j'étois , incertain , indécis ;
Tantôt passionné , tantôt de sens rassis.
Vois-je l'objet je suis la pante qu'Amour don
ne ;
Vous revois-je ? aussi-tôt je suspens, je raisonne
A me déterminer il faut que vous m'aidiez ;
En bonne amie , il faut que vous me conseilliez ,
Qu'en cette occasion vous me serviez de guide ;
Je crains de me flatter , ou d'être ttop rigide ,
De croire mon amour plus ou moins fort qu'il
n'est.
Se connoît-on ? peut-être en secret l'interêt
Sur vos biens augmentez à mon insçu m'a
buse ,
Me fait voir mon amour moins fort ; je m'en.
accuse ; :
De peur
de vous tromper , je me donne le tort. ,
Prés d'Angelique aussi peut- être ai-je d'abord ·
Exageré l'amour d'une façon trop forte ;
Car d'un objet brillant la présence transporte.
II, Vol. Il
JUIN 773
1593
Il n'a pas tenu à l'Autheur que la
Marquise n'ait donné dans un piége si
finement tendu , tant il a pris soin de
couvrir la fourberie d'un voile specieux:
de sincerité ; mais là Marquise avoit trop
bien pris son parti avant que d'avoir ce
dernier entretien avec lui ; elle le quitte ,
aprés lui avoir parlé ainsi.
Je ne vois plus en vous que feinte et politique ;
L'interest vous a fait adorer Angelique ;
L'interest à present vous fait changer de ton..
Si vous faites ceder l'amour à la raison ·
De mon côté , je dois devenir raisonnable ;
Car vôtre amour pour elle est faux , ou veri
table ;
Veritable , il me fait trembler pour vôtre coeur ,
Et s'il est faux , je dois rompre avec un trom
peur.
Ce dilemme acheve de désesperer nôtre
Faux - Sincere voyant venir le second
Valere , il le soupçonne d'être son Cou
sin Rapin , et sur ce soupçon il va chan
ger de Batterie.
Les deux Valeres se reconnoissent pour
deux Rapins , mais le Faux - Sincere voyant
que celui qui le double , ne se rend point
aux sentimens de la nature , lui promet
de lui abandonner la succession toute en
:
11, Vol. tiere. ;.
1594 MERCURE DE FRANCE
tiere ; à cette parole sympatique son Co
heritier l'embrasse cordialement , et lui
promet de le servir auprés de M. Fran
chard et de Madame Argante contre tous
ceux qui s'opposent à son mariage avec
Angelique .
Madame Argante arrive , le second Ra
pin lui dit qu'il est vrayement son Cousin
Valere ; Madame Argante les invite à aller
dire hautement ce qui s'est passé dans
leur reconnoissance ; le Chevalier dit
modestement qu'il n'y veut pas être , de
peur que sa présence n'empêche son Cou
sin de dire les choses avec toute la sin
cerité qu'il exige .
Nous abrégerons l'Extrait du 5. Acte ,
parceque les autres nous ont menés plus
loin que nous n'avions crû. Valere , tout
traversé qu'il a été jusqu'ici , voit relever
ses espérances abbatuës ; Madame Argan
te lui annonce que le Contrat se dresse
actuellement. C'est là ce qui occasione
l'aveu que ce Faux - Sincere lui fait de ce
qui pourroir venir à sa connoissance ;
sçavoir de s'être dit Gentil - homme, quoi
qu'il ne fut que le fils d'un Marchand
et d'avoir pris un faux nom ; Madame
Argante est charmée de cette derniere
sincerité ; mais il n'en est pas de même
de M. Franchard qui n'est déja que trop
[
J
II. Vol
informé
JUIN. 1731. 1595
鼻
12
Informé de la qualité supposée et du faux
nom. Deux Valeres et deux Agents de
Rapin lui paroissent un complot , et il dt
à Valere , d'un ton fâché , qu'il ne veut
point de comploteurs chez lui . Madame
Argante a beau le déffendre , en disant
qu'il lui avoit déja avoué la supposition
de nom et de qualité Laurerte , qui
dès le commencement du second Acte ,
a reconnu l'un des Rapins , ne doute
point qu'il n'y en ait deux sous le nom
de Valere ; elle fait entendre que le Che
valier ne l'a informée que d'une chose
déja connuë de tout le monde , et qu'elle
aété la dupe d'un autre prétendu' Valere.
Madame Argante ne peut souffrir pa
tiemment que le Chvalier l'ait jouée
Angelique désabusée par la Marquise à
laquelle son fourbe d'Amant avoit voulu
révenir , grace aux cent mille écus dont
nous avons parlé dans l'Acte précedent ,
lui déclare hautement qu'elle ne voit plus
en lui qu'un fourbe et qu'un imposteur
interessés tout cela tombant sur lui , coup
sur coup , il en est si accablé , qu'il se re
tire , en disant fierement , qu'il ne veut
d'autre Apologiste que son coeur ; tous
les Spectateurs ont été surpris de lui voir
quitter la partie , avec autant de ressour
ces qu'il en a fait esperer dans le cours
II. Vol.
de
1596 MERCURE DE FRANCE
de la Piece. On peut répondre à la déchar
ge de M. du Fresni qu'il n'avoit pas en
Gore mis la derniere main à sa Comédie ,
et qu'il y travailloit encore peu
de tems
avant sa Mort. Un double hymen entre
M. Franchard et Angelique , de même
qu'entre Dorante et Marianne , finissent
la Piece , et renvoyent les Spectateurs
infiniment plus satisfaits que mécontens.
Tout le monde connoit que l'intrigue est
un peu confuse et surchargée ; mais que
l'ouvrage fait briller par tout ces traits
saillants , qui ont toujours caracterisé et
distingué cet agréable Auteur , la versi
fication est un peu forcée ; mais on peut
juger par les morceaux que nous venons
d'en citer , que M. du Fresni y auroit
pû exceller , s'il en eut fait une plus lon
gue habitude ; en effet , ce n'a été que
dans ces dernieres Pieces , qu'il a voulu
assujettir à la contrainte de la rime , le
beau feu de Poësie dont la nature l'avoit
animé.
Cette Piece , qui a été représentée
pour la dixième fois le 30. de ce mois ,
et qui fait grand plaisir au Public , est
actuellement sous Presse , chez Briasson ,
ruë S. Jacques.
Les Comédiens François ont reçu dé
6
II. Vol.
puis
JUIN. 1731. 1597
puis peu une Comédie en vers , avec un
Prologue , de la composition de M. le
Fort , intitulée le Temple de la Paresse ,
qu'on jouera incessamment.
Le 28. l'ouverture de la Foire S. Lau
rent fut faite par le Lieutenant Géneral
de Police en la maniere accoutumée.
Le même jour l'Opéra Comique fit
aussi l'ouverture de son Théatre par une
Piece nouvelle en Vaudeville , et en trois
Actes avec des Divertissemens , qui a
pour titre la France Galante ; cette Piece
est suivie d'un Divertissement composé
de Scenes muettes , figurées en Balet , in
titulées la Guinguette Angloise ; il est
executé par les Sieurs Roger , Renton ,
et Haugthon , trois excellens danseurs
Pantomimes , nouvellement arrivés d'An
gleterre , qui sont géneralement applau
dis la figure du sieur Roger qui avoit
déja été vuë ici il y a deux ans , paroît
toujours- trés-originale ; on ne se lasse
point de le voir.
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Résumé : Le Faux Sincere, Comédie Nouvelle, Extrait, [titre d'après la table]
Le 16 juin, les Comédiens Français ont présenté la première représentation de 'Le Faux Sincère', une comédie en vers et en cinq actes écrite par le défunt M. Dufresny. Cette œuvre est appréciée pour son originalité, sa naïveté et la précision avec laquelle les caractères sont exprimés, ainsi que pour les traits saillants et inattendus qui parsèment la pièce. Dans le premier acte, l'auteur expose la situation des personnages principaux. Madame Argante a deux filles, Angelique et Marianne. Angelique, récemment sortie du couvent, a rencontré le Chevalier Valère, le héros de la pièce. Marianne, qui a passé du temps chez une parente, aime Dorante. Madame Argante prévoit de marier Angelique à M. Franchard, un riche négociant, et Marianne au Chevalier Valère. Angelique est satisfaite de ce projet, tandis que Marianne est mécontente. Dorante décrit le Chevalier Valère comme un homme dangereux et manipulateur, capable de dire la vérité pour mieux mentir. Le Chevalier Valère est caractérisé par sa fausse sincérité, qu'il utilise pour manipuler les autres à son avantage. M. Franchard, quant à lui, est décrit comme un homme franc et honnête, contrastant avec le Chevalier. La pièce se complexifie avec l'introduction de nouveaux personnages et de situations intrigantes. Par exemple, un caissier du banquier Franchard et un nouveau Rapin, cousin du faux Valère, apparaissent dans le second acte. Laurette, la suivante de la Marquise, joue un rôle clé en révélant des secrets et en ourdissant des plans de vengeance. Le troisième acte est considéré comme le plus beau de la pièce. Dorante et Marianne cherchent à démasquer le faux sincère en le mettant aux prises avec la Marquise et Angelique, toutes deux mécontentes de lui. La pièce explore les motivations et les manipulations des personnages, révélant les intrigues et les conflits qui les opposent. La pièce se termine par deux mariages : M. Franchard avec Angelique, et Dorante avec Marianne. Malgré une intrigue confuse, la pièce est appréciée pour ses traits saillants et la versification de M. Dufresny. La pièce a été représentée à plusieurs reprises et est actuellement sous presse.
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5213
p. 1598-1599
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On a appris à Malthe par le Capitaine d'un Vaisseau François, qui y avoit touché [...]
Mots clefs :
Vaisseaux de guerre, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE .
à Malthe le Capitaine d'ur
Vaisseau François , qui y avoit touché
venant du Levant , et qui avoit rencontré douze
Vaisseaux de Guerre Turcs , partis de Constan
tinople vers le zo. d'Avril , que six de ces Vais
seaux alloient à Chio , trois à Rhodes , et les
autres à Napoli de Romanie , pour y rester et
y attendre les Ordres du Grand Seigneur. Ce
Capitaine ajoûte que S. H. avoit chargé Dgia
num Codgia , Capitan Pacha , de faire venir à
Constantinople toutes les Galeres des Provin
ces Maritimes de l'Empire Otthoman , pour les
joindre à la Flotte qu'on y équipe actuellement
avec un grand nombre de Bâtimens de trans
port.
Des Lettres de Constantinople portent , que
les Persans ont été battus par les Turcs devant
Tauris. Le bruit court que cet echec a porté
Schah Thomas à faire au Seraskier de l'Armée
Ottomane, des propositions d'accomodement ; ce
qui pourra operer la Paix entre les deux Empires ,
les Turcs et les Persans la désirant également ; er
on apprend par des Lettres reçues en Allemagne au
commencement de ce mois , que le Grand Sei
gneur avoit envoyé ordre au Pacha de Babylone
qui commande ses Troupes en Perse , de con
clure la Paix avec le Roy de Perse , et de lui
II. Vol. remettre
JUIN. 1731. 1599
.د
remettre même les Places conquises pendant la
derniere Révolution , s'il ne pouvoit convenir
d'un Traité plus avantageux.
On a appris par les dernieres Lettres de Mos
cou que le bruit commun étoit que les Trou
pes du Grand Seigneur avoient attaqué l'armée
du Roy de Perse deux jours aprés l'expiration
du terme de la suspension d'Armes ; que le
Combat s'étoit donné prés d'une Riviere ou
les Persans avoient été entiérement défaits •
que la plupart de leurs Generaux ayant voulu
passer cette Riviere dans leur retraite , s'y étoient
noyez , et qu'on croyoit que le Roy de Perse
avoit eu un pareil sort.
Quelques Lettres du Levant portent , que
l'Armée de S. H qui étoit en Egypte , et qui
devoit se rendre à A.exandrie , commençoit à
s'embarquer pour Constantinople , et qu'on
croyoit qu'elle seroit employée contre les Chré
tiens.
à Malthe le Capitaine d'ur
Vaisseau François , qui y avoit touché
venant du Levant , et qui avoit rencontré douze
Vaisseaux de Guerre Turcs , partis de Constan
tinople vers le zo. d'Avril , que six de ces Vais
seaux alloient à Chio , trois à Rhodes , et les
autres à Napoli de Romanie , pour y rester et
y attendre les Ordres du Grand Seigneur. Ce
Capitaine ajoûte que S. H. avoit chargé Dgia
num Codgia , Capitan Pacha , de faire venir à
Constantinople toutes les Galeres des Provin
ces Maritimes de l'Empire Otthoman , pour les
joindre à la Flotte qu'on y équipe actuellement
avec un grand nombre de Bâtimens de trans
port.
Des Lettres de Constantinople portent , que
les Persans ont été battus par les Turcs devant
Tauris. Le bruit court que cet echec a porté
Schah Thomas à faire au Seraskier de l'Armée
Ottomane, des propositions d'accomodement ; ce
qui pourra operer la Paix entre les deux Empires ,
les Turcs et les Persans la désirant également ; er
on apprend par des Lettres reçues en Allemagne au
commencement de ce mois , que le Grand Sei
gneur avoit envoyé ordre au Pacha de Babylone
qui commande ses Troupes en Perse , de con
clure la Paix avec le Roy de Perse , et de lui
II. Vol. remettre
JUIN. 1731. 1599
.د
remettre même les Places conquises pendant la
derniere Révolution , s'il ne pouvoit convenir
d'un Traité plus avantageux.
On a appris par les dernieres Lettres de Mos
cou que le bruit commun étoit que les Trou
pes du Grand Seigneur avoient attaqué l'armée
du Roy de Perse deux jours aprés l'expiration
du terme de la suspension d'Armes ; que le
Combat s'étoit donné prés d'une Riviere ou
les Persans avoient été entiérement défaits •
que la plupart de leurs Generaux ayant voulu
passer cette Riviere dans leur retraite , s'y étoient
noyez , et qu'on croyoit que le Roy de Perse
avoit eu un pareil sort.
Quelques Lettres du Levant portent , que
l'Armée de S. H qui étoit en Egypte , et qui
devoit se rendre à A.exandrie , commençoit à
s'embarquer pour Constantinople , et qu'on
croyoit qu'elle seroit employée contre les Chré
tiens.
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Résumé : TURQUIE ET PERSE.
En 1731, des événements militaires et diplomatiques impliquent la Turquie et la Perse. Un capitaine français a croisé douze vaisseaux turcs en route vers Chio, Rhodes et Napoli de Romanie, sur ordre du Grand Seigneur. Les galères des provinces maritimes ottomanes ont été mobilisées pour renforcer la flotte à Constantinople. Des lettres de Constantinople rapportent que les Turcs ont vaincu les Persans devant Tauris, poussant le Shah Thomas à proposer un accommodement au Seraskier ottoman. Les deux empires aspirent à la paix, et des ordres ont été envoyés au Pacha de Babylone pour conclure un traité avec le roi de Perse, incluant la restitution des territoires conquis. Cependant, des lettres de Moscou indiquent que les troupes ottomanes ont attaqué l'armée perse après une suspension d'armes, entraînant une défaite perse. Par ailleurs, des lettres du Levant mentionnent que l'armée ottomane en Égypte, initialement destinée à Alexandrie, se dirige vers Constantinople et pourrait être utilisée contre les chrétiens.
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5214
p. 1599-1604
DANNEMARCK. RELATION du Sacre du Roi et de la Reine de Dannemarck.
Début :
Le Sacre de Leurs Majestez Danoises ayant été fixé au 6. Juin, la Cour se rendit quelques [...]
Mots clefs :
Sacre, Maison royale, Prince, Chevaliers
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texteReconnaissance textuelle : DANNEMARCK. RELATION du Sacre du Roi et de la Reine de Dannemarck.
DANNEMARCK.
RELATION du Sacre du Roi et de
la Reine de Dannemarck.
>
E Sacre de Leurs Majestez Danoises ayant été
au 6. se rendit fixé
jours auparavant à Fridericsbourg , Maison
Royale, distante de Copenhague de 4. milles , où
la Ceremonie devoit se faire .
Le 5. L. M. firent leurs dévotions et commu
nierent dans la Chapelle , ensuite le Roi de Dan
nemarck fit plusieurs Promotions ; sçavoir :
Dans l'Ordre de l'Elephant.
Le dernier des Marckgraves de Culmbach ,
frere de la Reine.
1600 MERCURE DE FRANCE
Le Prince de Hesse - Philipstadt , Lieutenant Ge
neral au service de France.
Meckelbourg - Strelitz . Le Duc de
Le Duc de Saxe-Mersbourg.
Le Comte de Rantzow de Fuhmen , Chef du
Commissariat de Terre et de Mer.
M. Lerche , Grand - Maître des Ceremonies .
M. Blome , Ministre d'Etat.
M. Wolf- Blome , Conseiller Privé Titulaire.
Nouveaux Chevaliers dans l'Ordre
Danebrog
L'Amiral Rosempalm.
M: Gram , Maréchal de la Cour.
M. Numersen , Major-General.
M. Ratlow , Maître des Chasses en Jutland.
Le Comte de Zinzindorff.
M. Ahlfeldt , de Jersbeck..
Nouveaux Conseillers Privez.
M. le Comte de Guldenstein .
M. le Comte Knut , Chambellan de S. M. Da
noise.
M. de Gersdorff , aussi Chambellan du Roi.
M. de Vieteck.
Nouveaux Chambellansi
Le Comte Shack.
M. de Holsten , Grand- Bally de Zetlande et de
Copenhague .
M. Plessen , Maître des Chasses.
Nouveau Conseiller Privé des Conferences.
Le Comte de Sponeck , Lieutenant General et
Gouverneur de Copenhague,
Lla Vol Nou
JUIN. 1731. 1601
Nouveau Lieutenant General.
M. Roinling.
Nouveaux Majors Generaux.
Mrs Galkouski , Colonel de Cavalerie.
Walter , Colonel des Gardes à pied.
Prétorius , Colonel d'Infanterie.
Arnskiold , Colonel d'Artillerie..
Le 6. Juin à 11. heures du matin , le Roi , pré
cedé de toute sa Livrée , des Pages , des Officiers
de sa Maison , des Conseillers , d'Etat , des Con
seillers de Conference , des Comtes , des Cheva
liers des deux Ordres , Elephant et Danebrock,
des Ministres d'Etat , des deux Margraves de Cu
lemback , ainsi que des Ducs de Sunderbourg et
de Glucksbourg , de la Maison de Holstein , se
rendit processionellement de son Appartement à
la Chapelle , marchant sous un Dais porté par
quatre Chevaliers de l'Elephant , ayant à leur cô
té chacun un Chambellan. Il traversa ainsi la
cour du Château entre une double haye d'un dé
tachement de 140. Gardes du Corps , lesquels
étoient à pied et en bottes , avec le Mousqueton ,
les Officiers à la tête , l'épée à la main . Le che
min étoit couvert de drap rouge et orné de très
belles Tapisseries.
Ce Prince étoit vétu de Satin blanc à l'ancien
ne mode, avec des Trousses de même, ayant par
dessus le Manteau Royal de Velours pourpre ,
chargé de Couronnes en broderie d'or et doublé
d'hermine , dont le Grand- Chambellan Plessen et
le Comte d'Altembourg , Vice- Chambellan
portoient la queue, S. M. avoit la Couronne en
tête , tenant le Sceptre d'une main et de l'autre la
Boule d'or, surmontée d'une Croix ; aux deux cô
>
II. Vol.
tez
1601 MERCURE DE FRANCE
tez du Dais marchoit un Détachement de la nou
velle Compagnie de Trabans de la Garde , cou
verts de leur Casaque , ayant la Hallebarde sur
l'épaule.
Le Roifut reçu à Pentrée de la Chapelle par les
Evêques de Copenhague , d'Ahlborg en Jutland ,
et de Christiania en Norvege ; ces deux derniers
comme Assistans. Elle se plaça sur le Trône qui
lui avoit été préparé au bas de la Chapelle , en face
de l'Autel ; ce Trône consistant en une espece de
Dôme fort élevé , soutenu par quatre Colonnes ,
étoit revétu de velours cramoisi , enrichi de Cou
ronnes en broderie , de galons et de franges d'or,
et couvroit deux Chaises à bras à l'antique. Celle
de la droite , garnie d'étoffe d'or , et l'autre d'é
toffe d'argent , toutes les deux posées sur une Es
trade couverte d'un velours cramoisi , ayant à côté
deux Lions d'argent et un troisiéme devant , la
tête tournée devant l'Autel .
A peine le Roi fut placé sur la Chaise à droite ,
que la Reine entra et fut reçûe de la même ma
niere, précedée de la Livrée et des principaux Offi
ciers de sa Maison , de six Dames , toutes fem
mes de Chevaliers de l'Elephant , de la Comtesse
d'Altembourg, née Princesse de Hesse, de la Mar
grave de Culemback , mere de la Reine, et de leur
A. R. la Princesse Sophie , et Madame la Princesse
Charlotte. Elle marchoit sous un Dais porté par
quatre Chevaliers de l'Elephant et quatre Cham
bellans. Un Détachement de Trabans marchant
aux deux côtez du Dais.
Cette Princesse , coëffée en cheveux , à boucles
pendantes, la Couronne en tête , vétuë d'une Rob
be de Cour d'étoffe d'argent , et par -dessus le
Manteau Royal , dont la Comtesse de Hardeck ,
Grande- Maîtresse de sa Maison , et la Comtesse
11. Voln de
JUINA
1603 1731.
de Holsten, cy-devant Grande - Chanceliere, por
toient la queue , s'alla placer sur le Trône , et les
autres Dames , dans les places qui leur étoient
destinées .
A la droite et à côté de l'Autel , il y avoit une
Loge pour les deux Princesses de Culmback er
pour ceux de la Maison de Holstein , dont il n'y
avoit de présens que les Ducs de Sunderbourg et
de Glucksbourg . De cette Loge jusqu'au Trône,
regnoit une file de places occupées par les Che
waliers de l'Ordre de l'Elephant , avec des Rubans
bleus , à la tête de laquelle étoient le Grand - Ma
réchal et le Maréchal particulier de la Cour , te
nant en main le Bâton de leur Charge ; les Che
valiers Danebrog , avec leurs Cordons blancs
étoient placez derriere cette file , les deux Secre
taires d'Etat , et plusieurs Officiers Generaux de
Terre et de Mer , tous debout ; le Grand- Cham →
bellan Plessen , étoit à côté et un peu derriere le
Roi sur l'Estrade , avec le Comte d'Altembourg,
Ensuite , mais plus bas , le Comte de Holsten ,
cy- devant Grand -Chancelier , auprès duquel et
un peu derriere , étoient les Capitaines des Tra
bans , le Commandant des Gardes à cheval , et
ceux des Régimens des Grenadiers du Corps et
Gardes à pied , tous les quatre en habit d'ordon
nance. Un Détachement de Trabans , la Halle
barde à la main, occupoient le derriere du Trône,'
→
A la gauche et à côté de l'Autel étoit une Loge
pour L. A R. la Princesse Charlotte et la Prin
cesse Sophie , ainsi que pour le Margrave. Une
autre Loge à côté pour laComtesse d'Altembourg
et les deux Grandes- Maîtresses de la Maison de
L. A R. et enfin une troisiéme Loge pour les Fil
les d'Honneur des trois Princesses . De cette trois
siéme Loge jusqu'au Trône , le terrain étoit oc
IT, Vol. cupé
1604 MERCURE DE FRANCE
cupé par les autres Dames et par les Chevaliers
de l'Elephant , qui avoient porté le Dais de la
Reine. Toutes les places étoient de plein pied
dans le bas de la Chapelle,
La Ceremonie commença par une Musique qui
fut suivie d'un très long Sermon , lequel étoit
interrompu , par intervalles , de Prieres que com
mençoit l'Evêque de Copenhague , ayant à ses
côtez les Evêques d'Ahlbourg et de Christiania.
Ensuite,de quoi le Roi descendit de son Trône,
s'avança vers l'Autel , se mit à genoux , et après
avoir déposé son Sceptre et la Boule d'or , reçut
l'Onction au front , à la poitrine et à la main
droite.
Après cette Onction qui fut faite par l'Evêque
de Copenhague , et quelques Prieres chantées enª
Musique , ce Prélat recommença un nouveau Ser
mon , en s'adressant à la Reine. Après quoi cette
Princesse reçu l'Onction en la même maniere
que le Roi , mais seulement au front et à la poi
trine. Un Te Deum, chanté en Musique, termina
la Ceremonie : Le Roi et la Reine se retirerent à
leurs Appartemens dans le même ordre qu'ils
étoient venus.
L'ordre de cette Fête et la magnificence des ha
bits en faisoient le plus beau spectacle. L. M. D.
après s'être reposées un peu de tems , se mirent
à table à quatre heures ; L. A. R. Madame la
Princesse Charlotte et Madame la Princesse So
phie , avec Madame là Margrave , furent les seu
les qui y furent admises. Il y avoit dans d'autres
Chambres plusieurs differentes Tables pour les
Princes , les Dames , les Ministres d'Etat , les
Cordons bleus , les Cordons blancs , les Envoyez,
Résidens et Secretaires Etrangers , &c.
RELATION du Sacre du Roi et de
la Reine de Dannemarck.
>
E Sacre de Leurs Majestez Danoises ayant été
au 6. se rendit fixé
jours auparavant à Fridericsbourg , Maison
Royale, distante de Copenhague de 4. milles , où
la Ceremonie devoit se faire .
Le 5. L. M. firent leurs dévotions et commu
nierent dans la Chapelle , ensuite le Roi de Dan
nemarck fit plusieurs Promotions ; sçavoir :
Dans l'Ordre de l'Elephant.
Le dernier des Marckgraves de Culmbach ,
frere de la Reine.
1600 MERCURE DE FRANCE
Le Prince de Hesse - Philipstadt , Lieutenant Ge
neral au service de France.
Meckelbourg - Strelitz . Le Duc de
Le Duc de Saxe-Mersbourg.
Le Comte de Rantzow de Fuhmen , Chef du
Commissariat de Terre et de Mer.
M. Lerche , Grand - Maître des Ceremonies .
M. Blome , Ministre d'Etat.
M. Wolf- Blome , Conseiller Privé Titulaire.
Nouveaux Chevaliers dans l'Ordre
Danebrog
L'Amiral Rosempalm.
M: Gram , Maréchal de la Cour.
M. Numersen , Major-General.
M. Ratlow , Maître des Chasses en Jutland.
Le Comte de Zinzindorff.
M. Ahlfeldt , de Jersbeck..
Nouveaux Conseillers Privez.
M. le Comte de Guldenstein .
M. le Comte Knut , Chambellan de S. M. Da
noise.
M. de Gersdorff , aussi Chambellan du Roi.
M. de Vieteck.
Nouveaux Chambellansi
Le Comte Shack.
M. de Holsten , Grand- Bally de Zetlande et de
Copenhague .
M. Plessen , Maître des Chasses.
Nouveau Conseiller Privé des Conferences.
Le Comte de Sponeck , Lieutenant General et
Gouverneur de Copenhague,
Lla Vol Nou
JUIN. 1731. 1601
Nouveau Lieutenant General.
M. Roinling.
Nouveaux Majors Generaux.
Mrs Galkouski , Colonel de Cavalerie.
Walter , Colonel des Gardes à pied.
Prétorius , Colonel d'Infanterie.
Arnskiold , Colonel d'Artillerie..
Le 6. Juin à 11. heures du matin , le Roi , pré
cedé de toute sa Livrée , des Pages , des Officiers
de sa Maison , des Conseillers , d'Etat , des Con
seillers de Conference , des Comtes , des Cheva
liers des deux Ordres , Elephant et Danebrock,
des Ministres d'Etat , des deux Margraves de Cu
lemback , ainsi que des Ducs de Sunderbourg et
de Glucksbourg , de la Maison de Holstein , se
rendit processionellement de son Appartement à
la Chapelle , marchant sous un Dais porté par
quatre Chevaliers de l'Elephant , ayant à leur cô
té chacun un Chambellan. Il traversa ainsi la
cour du Château entre une double haye d'un dé
tachement de 140. Gardes du Corps , lesquels
étoient à pied et en bottes , avec le Mousqueton ,
les Officiers à la tête , l'épée à la main . Le che
min étoit couvert de drap rouge et orné de très
belles Tapisseries.
Ce Prince étoit vétu de Satin blanc à l'ancien
ne mode, avec des Trousses de même, ayant par
dessus le Manteau Royal de Velours pourpre ,
chargé de Couronnes en broderie d'or et doublé
d'hermine , dont le Grand- Chambellan Plessen et
le Comte d'Altembourg , Vice- Chambellan
portoient la queue, S. M. avoit la Couronne en
tête , tenant le Sceptre d'une main et de l'autre la
Boule d'or, surmontée d'une Croix ; aux deux cô
>
II. Vol.
tez
1601 MERCURE DE FRANCE
tez du Dais marchoit un Détachement de la nou
velle Compagnie de Trabans de la Garde , cou
verts de leur Casaque , ayant la Hallebarde sur
l'épaule.
Le Roifut reçu à Pentrée de la Chapelle par les
Evêques de Copenhague , d'Ahlborg en Jutland ,
et de Christiania en Norvege ; ces deux derniers
comme Assistans. Elle se plaça sur le Trône qui
lui avoit été préparé au bas de la Chapelle , en face
de l'Autel ; ce Trône consistant en une espece de
Dôme fort élevé , soutenu par quatre Colonnes ,
étoit revétu de velours cramoisi , enrichi de Cou
ronnes en broderie , de galons et de franges d'or,
et couvroit deux Chaises à bras à l'antique. Celle
de la droite , garnie d'étoffe d'or , et l'autre d'é
toffe d'argent , toutes les deux posées sur une Es
trade couverte d'un velours cramoisi , ayant à côté
deux Lions d'argent et un troisiéme devant , la
tête tournée devant l'Autel .
A peine le Roi fut placé sur la Chaise à droite ,
que la Reine entra et fut reçûe de la même ma
niere, précedée de la Livrée et des principaux Offi
ciers de sa Maison , de six Dames , toutes fem
mes de Chevaliers de l'Elephant , de la Comtesse
d'Altembourg, née Princesse de Hesse, de la Mar
grave de Culemback , mere de la Reine, et de leur
A. R. la Princesse Sophie , et Madame la Princesse
Charlotte. Elle marchoit sous un Dais porté par
quatre Chevaliers de l'Elephant et quatre Cham
bellans. Un Détachement de Trabans marchant
aux deux côtez du Dais.
Cette Princesse , coëffée en cheveux , à boucles
pendantes, la Couronne en tête , vétuë d'une Rob
be de Cour d'étoffe d'argent , et par -dessus le
Manteau Royal , dont la Comtesse de Hardeck ,
Grande- Maîtresse de sa Maison , et la Comtesse
11. Voln de
JUINA
1603 1731.
de Holsten, cy-devant Grande - Chanceliere, por
toient la queue , s'alla placer sur le Trône , et les
autres Dames , dans les places qui leur étoient
destinées .
A la droite et à côté de l'Autel , il y avoit une
Loge pour les deux Princesses de Culmback er
pour ceux de la Maison de Holstein , dont il n'y
avoit de présens que les Ducs de Sunderbourg et
de Glucksbourg . De cette Loge jusqu'au Trône,
regnoit une file de places occupées par les Che
waliers de l'Ordre de l'Elephant , avec des Rubans
bleus , à la tête de laquelle étoient le Grand - Ma
réchal et le Maréchal particulier de la Cour , te
nant en main le Bâton de leur Charge ; les Che
valiers Danebrog , avec leurs Cordons blancs
étoient placez derriere cette file , les deux Secre
taires d'Etat , et plusieurs Officiers Generaux de
Terre et de Mer , tous debout ; le Grand- Cham →
bellan Plessen , étoit à côté et un peu derriere le
Roi sur l'Estrade , avec le Comte d'Altembourg,
Ensuite , mais plus bas , le Comte de Holsten ,
cy- devant Grand -Chancelier , auprès duquel et
un peu derriere , étoient les Capitaines des Tra
bans , le Commandant des Gardes à cheval , et
ceux des Régimens des Grenadiers du Corps et
Gardes à pied , tous les quatre en habit d'ordon
nance. Un Détachement de Trabans , la Halle
barde à la main, occupoient le derriere du Trône,'
→
A la gauche et à côté de l'Autel étoit une Loge
pour L. A R. la Princesse Charlotte et la Prin
cesse Sophie , ainsi que pour le Margrave. Une
autre Loge à côté pour laComtesse d'Altembourg
et les deux Grandes- Maîtresses de la Maison de
L. A R. et enfin une troisiéme Loge pour les Fil
les d'Honneur des trois Princesses . De cette trois
siéme Loge jusqu'au Trône , le terrain étoit oc
IT, Vol. cupé
1604 MERCURE DE FRANCE
cupé par les autres Dames et par les Chevaliers
de l'Elephant , qui avoient porté le Dais de la
Reine. Toutes les places étoient de plein pied
dans le bas de la Chapelle,
La Ceremonie commença par une Musique qui
fut suivie d'un très long Sermon , lequel étoit
interrompu , par intervalles , de Prieres que com
mençoit l'Evêque de Copenhague , ayant à ses
côtez les Evêques d'Ahlbourg et de Christiania.
Ensuite,de quoi le Roi descendit de son Trône,
s'avança vers l'Autel , se mit à genoux , et après
avoir déposé son Sceptre et la Boule d'or , reçut
l'Onction au front , à la poitrine et à la main
droite.
Après cette Onction qui fut faite par l'Evêque
de Copenhague , et quelques Prieres chantées enª
Musique , ce Prélat recommença un nouveau Ser
mon , en s'adressant à la Reine. Après quoi cette
Princesse reçu l'Onction en la même maniere
que le Roi , mais seulement au front et à la poi
trine. Un Te Deum, chanté en Musique, termina
la Ceremonie : Le Roi et la Reine se retirerent à
leurs Appartemens dans le même ordre qu'ils
étoient venus.
L'ordre de cette Fête et la magnificence des ha
bits en faisoient le plus beau spectacle. L. M. D.
après s'être reposées un peu de tems , se mirent
à table à quatre heures ; L. A. R. Madame la
Princesse Charlotte et Madame la Princesse So
phie , avec Madame là Margrave , furent les seu
les qui y furent admises. Il y avoit dans d'autres
Chambres plusieurs differentes Tables pour les
Princes , les Dames , les Ministres d'Etat , les
Cordons bleus , les Cordons blancs , les Envoyez,
Résidens et Secretaires Etrangers , &c.
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Résumé : DANNEMARCK. RELATION du Sacre du Roi et de la Reine de Dannemarck.
Le texte décrit le sacre du roi et de la reine de Dannemarck, qui s'est déroulé le 6 juin 1731 à Fridericsbourg, à quatre milles de Copenhague. La veille, les souverains ont effectué leurs dévotions et communié dans la chapelle royale. Le roi a également procédé à plusieurs promotions dans les ordres de l'Élephant et du Danebrog, ainsi qu'à la nomination de nouveaux conseillers privés, chambellans et officiers militaires. Le jour du sacre, à 11 heures du matin, le roi s'est rendu processionnellement à la chapelle, vêtu de satin blanc et du manteau royal pourpre. Il était accompagné de sa livrée, des pages, des officiers de sa maison, des conseillers d'État et des chevaliers des ordres de l'Élephant et du Danebrog. La chapelle était décorée de drap rouge et de tapisseries. La reine a suivi, précédée de sa livrée et des principaux officiers de sa maison, vêtue d'une robe de cour en étoffe d'argent et du manteau royal. La cérémonie a débuté par un sermon, suivi de l'onction du roi et de la reine par l'évêque de Copenhague. Un Te Deum a conclu la cérémonie, après quoi les souverains se sont retirés dans leurs appartements. Après un repos, les souverains ont pris leur repas à quatre heures en compagnie de la princesse Charlotte, de la princesse Sophie et de la margrave. D'autres tables étaient préparées pour les princes, les dames, les ministres d'État, les chevaliers des ordres et les représentants étrangers.
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5215
p. 1605-1606
ALLEMAGNE.
Début :
Le Marquis Palavicini, Envoyé de la République de Génes, eut dans les premiers jours [...]
Mots clefs :
Marquis, Infanterie, Cavalerie, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
de la
Lblique de Génes , cut dans les premiers jours
de ce mois une Audiance particuliere de l'Empe
reur , dans laquelle il lui demanda 6000. hom
mes d'Infanterie et 4000 de Cavalerie des Trou
pes Imperiales qui sont en Italie , pour aider la
République à réduire les Rebelles de l'Ile de
Corse.
On mande de Berlin , que le 3. de ce mois , le
Roi de Prusse et la Famille Royale , accompagnés
des Princes et Seigneurs Etrangers , allerent pren
dre le divertissement d'une magnifique Chasse
qu'on avoit préparée près de Spandaw , dans la
quelle on tua plus de 700. Pieces , tant Cerfs ,
Dains , Sangliers , qu'autre Gibier. La Reine et
la Duchesse de Beveren en tuerent plusieurs avec
des Arquebuses rayées. Le soir on tira au Blanc
à la lueur de plusieurs milliers de Lampions : on
distribua cinq Prix à ceux qui les avoient gagnez
et le Duc de Wirtemberg en remporta le plus haut.
On apprend de Suisse que l'Assemblée géné
rale des treize Cantons , se tiendra cette année à
Bade. Le Marquis de Bonac , Ambassadeur.de
France ayant résolu de s'y rendre , leur a écrit à,
ce sujet la Lettre suivante,
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Comme il vous a plû depuis que je suis honoré
de cette Ambassade , de vous assembler deux
fois à Soleure à ma réquisition , j'ai dessein de
profiter de votre prochaine Diete générale de la
11. Vol.
Saint
I
1606 MERCURE DE FRANCE
Saint Jean , pour vous en faire personnelle
ment mes remercimens , esperant que vous vou
drez bien la tenir dans la Ville de Baden où je
me rendrai.
Vous n'aurez pas oublié et vous verrez dans
vos Abcheids que je vous ai parlé de diverses
choses concernant l'affermissement de l'ancienne
amitié , et des Traitez de Paix perpetuelle et
d'Alliance entre le Roi et votre Nation ; et
comme vous jugerez , sans doute , que votre pro
chaine Assemblée sera une occasion fort natu
relle'de vous entretenir plus amplement sur le
même sujet , je vous prie, Magnifiques Seigneurs ,
de prendre en consideration lesdits Traitez, afin
que vous puissiez instruire Messieurs vos Dépu
tez sur une Matiere si interressante, et que nous
soyons en état de nous communiquer amiable
ment là-dessus. Je prie Dieu , qu'il vous main.
tienne , Magnifiques Seigneurs , dans la prosper
rité de tout ce qui peut vous être le plus avan
tageux.
MAGNIFIQUES SEIGNEURS ,
étoit figné , Votre affectionné à
vous servir.
D'USSON
DE BONA Ci
de la
Lblique de Génes , cut dans les premiers jours
de ce mois une Audiance particuliere de l'Empe
reur , dans laquelle il lui demanda 6000. hom
mes d'Infanterie et 4000 de Cavalerie des Trou
pes Imperiales qui sont en Italie , pour aider la
République à réduire les Rebelles de l'Ile de
Corse.
On mande de Berlin , que le 3. de ce mois , le
Roi de Prusse et la Famille Royale , accompagnés
des Princes et Seigneurs Etrangers , allerent pren
dre le divertissement d'une magnifique Chasse
qu'on avoit préparée près de Spandaw , dans la
quelle on tua plus de 700. Pieces , tant Cerfs ,
Dains , Sangliers , qu'autre Gibier. La Reine et
la Duchesse de Beveren en tuerent plusieurs avec
des Arquebuses rayées. Le soir on tira au Blanc
à la lueur de plusieurs milliers de Lampions : on
distribua cinq Prix à ceux qui les avoient gagnez
et le Duc de Wirtemberg en remporta le plus haut.
On apprend de Suisse que l'Assemblée géné
rale des treize Cantons , se tiendra cette année à
Bade. Le Marquis de Bonac , Ambassadeur.de
France ayant résolu de s'y rendre , leur a écrit à,
ce sujet la Lettre suivante,
MAGNIFIQUES SEIGNEURS
Comme il vous a plû depuis que je suis honoré
de cette Ambassade , de vous assembler deux
fois à Soleure à ma réquisition , j'ai dessein de
profiter de votre prochaine Diete générale de la
11. Vol.
Saint
I
1606 MERCURE DE FRANCE
Saint Jean , pour vous en faire personnelle
ment mes remercimens , esperant que vous vou
drez bien la tenir dans la Ville de Baden où je
me rendrai.
Vous n'aurez pas oublié et vous verrez dans
vos Abcheids que je vous ai parlé de diverses
choses concernant l'affermissement de l'ancienne
amitié , et des Traitez de Paix perpetuelle et
d'Alliance entre le Roi et votre Nation ; et
comme vous jugerez , sans doute , que votre pro
chaine Assemblée sera une occasion fort natu
relle'de vous entretenir plus amplement sur le
même sujet , je vous prie, Magnifiques Seigneurs ,
de prendre en consideration lesdits Traitez, afin
que vous puissiez instruire Messieurs vos Dépu
tez sur une Matiere si interressante, et que nous
soyons en état de nous communiquer amiable
ment là-dessus. Je prie Dieu , qu'il vous main.
tienne , Magnifiques Seigneurs , dans la prosper
rité de tout ce qui peut vous être le plus avan
tageux.
MAGNIFIQUES SEIGNEURS ,
étoit figné , Votre affectionné à
vous servir.
D'USSON
DE BONA Ci
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, la République de Gênes a demandé à l'empereur 6 000 hommes d'infanterie et 4 000 de cavalerie des troupes impériales en Italie pour réprimer les rebelles en Corse. À Berlin, le roi de Prusse et la famille royale ont participé à une chasse près de Spandau, au cours de laquelle plus de 700 pièces de gibier ont été tuées. La reine et la duchesse de Beveren ont également pris part à cette chasse. Le soir, une compétition de tir au blanc a été organisée, et le duc de Wurtemberg a remporté le prix le plus élevé. En Suisse, l'Assemblée générale des treize Cantons se tiendra à Bade cette année. Le marquis de Bonac, ambassadeur de France, a exprimé son intention de s'y rendre et a écrit aux cantons pour les en informer. Dans sa lettre, il exprime son désir de remercier personnellement les cantons et de discuter des traités de paix perpétuelle et d'alliance entre le roi de France et la nation suisse. Il les encourage à considérer ces traités afin de préparer les députés à en discuter lors de l'Assemblée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5216
p. 1606-1612
ITALIE.
Début :
MR Lazare Palavincini, Genois, qui étoit Nonce à Florence, a été fait Maître de [...]
Mots clefs :
Corse, Grecs, Rebelles, Provisions de guerre, Artillerie, Naples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
R Lazare Palavicini , Genois , qui étoie
à Florence , a été fait de
Chambre du Pape , à la place de M. Sinibal de
Doria , qui a été nommé à l'Archevêché de Be
nevent.
Dans le Consistoire secret du 21. May , ·le
"
Jp Vola
Pape¿
JUIN. 1731.
1607
Tape proposa l'Evêché d'Ancone pour le Cardinal
Barthelemi Massei , ci -devant Nonce en France ,
&c. Le Cardinal Otthoboni , proposa l'Abbaye
de Saint Jacques de Provins , Diocèse de Sens ,
pour l'Evêque de Nîmes ; celle de N. D. de Bol
bone , Diocése de Mirepoix , pour l'Abbé de
Choiseuil- Beaupré. Il préconisa l'Abbé de Vi
gnaux , pour celle de Notre- Dame de Dalon ,
Diocèse de Limoges , et l'Abbé Caudrone de
Quentin , pour celle de Poultiers , Diocèse de
Langres , &c.
Dans le même Consistoire on dressa une pro
testation solemnelle par rapport au Duché de
Parme , pour s'en servir au cas que la Duchesse ,
seconde Douairiere de ce nom , vint à mettre au
monde une Princesse , et qu'on voulut entre
prendre quelque chose au préjudice du S. Siege
dont , a ce qu'on prétend , ce Duché releve .
Le Cardinal Grimaldi , que le Pape avoit nom
mé à l'Archevêché de Luques , a refusé d'accep
ter cet Archevêché.
Le Cardinal Secretaire d'Etat , ayant appris par
les Lettres M. de Paulucci , Nonce en Pologne
que le Roi et la Republique persistoient à vouloir
disposer des Benefices consistoriaux de ce Royau
me, le Pape a nommé une Congregation parti
culiere , pour chercher les moyens de s'opposer
efficacement à cette resolution , qu'on regarde à
Rome comme un attentat contre l'autorité du
S. Siege.
Le premier Juin , on publia une Ordonnance
du Cardinal Marefoschi , Vicaire de Rome , par
laquelle il est deffendu aux jeunes filles qui reçoi
vent des Dots des principales Archiconfrairies de
la Ville de Rome, de porter des dorures sur leurs
habits , ni aucunes étoffes de Soye.
II. Vel NE I ij
108 MERCURE DE FRANCE
On écrit de Turin que le Roi de Sardaigne a
fait arrêter les Receveurs des Fiefs , dépendans
du Saint Siege , qui sont situez dans le Piémont.
Le Cardinal Secretaire d'Etat a fait à ce sujet un
Manifeste. On a appris depuis , que le Roy de
Sardaigne avoit pris possession de la Principauté
de Masserano ; qu'on y avoit mis une forte gar
nison , et que S. M. avoit défendu à tous les Ha
bitans de cette Principauté , de reconnoître en au
cune maniere la Jurisdiction du S. Siege , et d'o
béir aux Ordres du Pape.
Le Chevalier de Saint George est de retour
à Rome de son Voyage de Naples , où il a vû unè
partie des curiositez de ce Royaume , entr'autres,
dans l'Eglise des Religieuses Hermites , le Sang
que l'on conserve de S. Jean - Baptiste , dont il vit
la liquefaction pendant la Messe.
On écrit de Naples qu'à la fin du mois dernier,
on avoit encore ressenti à Foggia et dans d'autres
endroits de la Pouille , une violente secousse de
Tremblement deTerre qui a abbatu plusieurs Mai
sons qui avoient résisté au dernier Tremblement
de Terre.
Les opinions condamnées de Molinos,faisant de
puis deux ans beaucoup de progrès dans le Royau
me de Naples , on a tenu à ce sujet plusieurs Con
grégations du S. Office à Rome , dans lesquelles
il a été résolu d'écrire à l'Empereur , et de le prier
de concourir avec le Saint Siege à la destruction
de cette Secte , qui est soutenue par plusieurs
Grands du Royaume.
Le Cardinal Coscia a fait présenter une Requête
au Conseil collateral pour demander qu'on lui
rendit justice au sujet de l'injure que lui ont faite
les Habitans de son Abbaye de Fragnitello , qui
le jour de la Fête du lieu ont arraché et brisé
II. Vol.
ses
JUIN. 1609 1731.
ses Armes qu'il avoit fait mettre au- dessus de la
Porte de son Palais Abbatial. Le même Cardinal
qui a été très mal d'une goûte remontée , est
présentement hors de danger , mais il garde en
core la Chambre dans le Palais du General de
l'Artillerie , chez lequel il a pris son logement . Le
Procureur de ce Cardinal a fait executer, en vertu
d'un ordre du Regent Ventura, tous ces Fermiers
de ses Abbayes et de ses autres Benefices , parce
que la Cour de Rome ne s'est pás addressée au
Conseil collateral , avant que de faire saisir les
revenus de ces Benefices .La Biblioteque de ce Car
dinal a été transportée du Château S. Ange à
son Palais à Rome , pour y être vendue , comme
ses meubles , au profit de la Chambre Apos
tolique.
Le s. de ce mois on finit à Rome la vente
publique des Meubles , des Tableaux et des Livres
du CardinalCoscia, contre lequel on a envoyé dans
tout l'Etat Ecclesiastique des Lettres exécutoires
des Cardinaux, Commissaires de la Congrégation
de non nullis , qui déclarent que ce Cardinal
• étant sorti de Rome , malgré les défenses expres
ses du Pape , a encouru les Censures Ecclesiasti
ques , contenues dans la Constitution d'Innocent
X. du 19. Fevrier 1646. Par ces Lettres il est or
donné à tous les Commissaires députez du Saint
Siege , de faire défenses à tous les Chapitres , Cu
rez et autres Superieurs des Eglises , de l'y rece
voir à peine de suspension à divinis : Sa Sainteté
revoquant à ce sujet tous Privileges , Concessions
et immunitez qui pourroient avoir été accordées
cy- devant , soit par des Bulles Pontificales , ou
par des Conciles Generaux.
On mande de Venise que la Republique a dé
pêché un Courier à son Ambassadeur à Vienne ;
·
II. Vol. I iij
avec
16 to MERCURE DE FRANCE
avec de nouvelles Instructions , pour prier l'Em
pereur de faire une diversion en Transylvanie , en
cas que les Turcs attaquent les places de la Répu
blique dans le Levant .
Le 3. Juin , le Doge , accompagné de la Sei
gneurie , du Nonce du Pape et des Ambassadeurs,
assista dans l'Eglise Ducale de S.Marc,auTeDeum
qui y fut chanté à l'occasion de la Fête de Saint
Pierre Orscolo, qui fut élû par le Peuple , pre
mier Doge de la Republique , en 697. et qui
après avoir gouverné l'Etat pendant deux ans
avec la plus exacte integrité , se retira secrete
ment en Gascogne avec Jean Gradeningo et Jean
Morosini , ses Gendres , et y fit profession dans
un Convent de Camaldules.
On a appris de l'Ifle de Corse que 127 Grecs
bien armés et bien munis de provisions de Guerre
et de bouche, avoient envoyé leurs Familles et leurs
meubles dans une place de sureté , et qu'ils s'é
toient retirés eux mêmes dans la Tour d'Uncivia,
où ils avoient été attaquez quelques jours après .
par 2500. Rebelles de cette Isle , dont ils avoient
soûtenu les assauts pendant cinq jours avec beau
coup de valcur ; que les Assiegeans , voyant .
qu'ils auroient peine à s'emparer de cette Forte
resse avoient fait faire diverses propositions
d'accommodement ; mais que le Chef de cette
petite garnison avoit repondu , qu'ayant entrepris
de combattre pour ses légitimes Souverains , il
ne quittetoit les armes que lorsque la Republique
de Ĝénes lui en auroit envoyé l'Ordre que cet
te réponse ayant irriré les Rebelles , ils s'étoient
portés aux dernieres extrémitez , pour obliger la
Garnison à capituler , qu'ils lui avoient coupé:
les eaux de toutes parts , et lui avoient donné:
un assaut général , dans lequel ils avoient été re
r
?
11. Vol.
poussés
JUIN.
\
1731.
161T
poussés avec perte ; que deux jours aprés , la
garnison avoit fait une sortie , dans laquelle elle
avoit tué un grand nombre des Assiégeans , eg
entr'autres un de leurs Chefs , auquel ils avoient
donné le titre de Maréchal de Camp ; que le de
sordre avoit été si grand parmi ces Mutins , que
la plupart avoient pris la fuite , abandonnant les
armes , leurs munitions de Guerre et leurs Che
vaux , que la Garnison avoit fait plusieurs pri
sonniers ; et que bien loin de les maltraiter ,
me font les Rebelles de l'Isle en pareil cas, le Com
mandant de la Garnison les avoit reçûs avec beau
de douceur et les avoit fait
coup
de leurs
panser
blessures , en les exhortant d'écrire à leurs Ca
marades pour les engager à rentrer dans leur de
com .
>
voir.
❤
D'autres Lettres arrivées depuis , portent que
les Rebelles avoient consenti à une Suspension
d'Armes,et que le premier de ce mois on avoit fait
partir de Génes trois Pinques , avec des armes et
des munitions de Guerre , pour les Villes dont
les Rebelles de cette Isle ne s'étoient pas encore
emparez.
1
On a appris de Génes par les Lettres de Barce
lone qui sont arrivées au commencement de ce
mois , que le Pinque du Patron Bozzo , qui por
toit Pavillon Anglois , avoit été attaqué près des
Côtes de la Catalogne par un Corsaire , qui voyant
lui
que le Patron refusait de venir à son bord ,
avoit tiré un coup de canon ; que ce coup ayant
donné dans le Magazin de la poudre , le Navire
avoit sauté avec cinq personnes en l'air, sçavoir, le
Consul François qui alloit à Malaga,son Laquais,
le Sur- Intendant Anglois du Commerce de Mala
ga ,un autre Passager et un Matelot; que le reste de
Equipage qui se sauvoit à la nage , avoit été
I iiij 11. Vol
fait
1612 MERCURE DE FRANCE
P
fait Esclave par le Corsaire , qui avoit été averti
par un Valet
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Résumé : ITALIE.
En juin 1731, plusieurs nominations et décisions importantes ont été prises au sein de l'Église catholique. R Lazare Palavicini, un Génois résidant à Florence, a été nommé à la Chambre du Pape, remplaçant M. Sinibal de Doria, promu à l'Archevêché de Bénévent. Lors du Consistoire secret du 21 mai, diverses propositions ont été faites pour des postes ecclésiastiques, notamment l'Évêché d'Ancone pour le Cardinal Barthelemi Massei et plusieurs abbayes pour divers abbés. Une protestation solennelle a été dressée concernant le Duché de Parme afin de protéger les intérêts du Saint-Siège en cas de naissance d'une princesse. Le Cardinal Grimaldi a refusé l'Archevêché de Lucques. Le Pape a formé une congrégation pour s'opposer à la disposition des bénéfices consistoriaux par le Roi et la République de Pologne. Une ordonnance du Cardinal Marefoschi a interdit aux jeunes filles romaines de porter des dorures ou des étoffes de soie lors de la réception de leurs dots. À Turin, le Roi de Sardaigne a arrêté les receveurs des fiefs dépendant du Saint-Siège et a pris possession de la Principauté de Masserano, défendant aux habitants de reconnaître la juridiction papale. Le Chevalier de Saint George est revenu de Naples, où il a observé des curiosités, dont la liquefaction du sang de Saint Jean-Baptiste. À Naples, des tremblements de terre ont causé des destructions. Les opinions de Molinos, condamnées depuis deux ans, ont conduit à des congrégations du Saint-Office à Rome pour demander à l'Empereur de contribuer à leur destruction. Le Cardinal Coscia a demandé justice pour une injure subie et a été malade, mais est hors de danger. Sa bibliothèque et ses meubles ont été vendus au profit de la Chambre Apostolique. Des lettres exécutoires ont été envoyées dans tout l'État ecclésiastique contre lui, car il a quitté Rome malgré les défenses papales. À Venise, la République a dépêché un courrier à son ambassadeur à Vienne pour demander une diversion en Transylvanie en cas d'attaque turque. Le Doge a assisté à un Te Deum pour la fête de Saint Pierre Orscolo. En Corse, une garnison grecque a résisté à des rebelles et a finalement obtenu une suspension d'armes. Des navires ont été envoyés de Gênes pour armer les villes non encore prises par les rebelles. Un navire anglais a été attaqué par un corsaire près des côtes catalanes, causant plusieurs morts et des captifs.
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5217
p. 1612
ESPAGNE.
Début :
On a reçû avis que Don Placido de Sangro étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp [...]
Mots clefs :
Escadrons, Troupes espagnoles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
O
Na reçû avis que Don Placido de Sangro
étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp
de Saint Roch , près de Gibraltar , où on con
tinue à travailler avec beaucoup de diligence aux
Forts qu'on y construit.
Vers le milieu de ce mois il y a eu un Orage
terrible à Seville , où le Tonnerre tomba en di
vers endroits ; il tua dans l'Eglise de Saint Jaques
un Religieux , et en blessa un autre.
On apprend de cette même Ville , que ce qui
a été signé le 6. de ce mois , par les Ministres
du Roi et par M. Kéene , Ministre du Roi d'An
gleterre , est une Déclaration , portant que S. M.
Britanique fera effectivement introduire six milles
hommes de Troupes Espagnoles dans les Etats de
Parme et de Toscane , et mettra l'Infant Don
Carlos en possession des mêmes Etats en con
formité de l'Article V. du Traité de la Qua
druple Alliance , et cela dans le terme de cinq
mois >
à compter du jour de la datte de
cette Déclaration. Le Roi de sa part promet que
pourvu que ces introduction et possession soient
ainsi effectuées , la jouissance de ce qui a été sti
pulé en faveur des Anglois par les Traitez , sub
>
sistera.
O
Na reçû avis que Don Placido de Sangro
étoit arrivé avec trois Escadrons au Camp
de Saint Roch , près de Gibraltar , où on con
tinue à travailler avec beaucoup de diligence aux
Forts qu'on y construit.
Vers le milieu de ce mois il y a eu un Orage
terrible à Seville , où le Tonnerre tomba en di
vers endroits ; il tua dans l'Eglise de Saint Jaques
un Religieux , et en blessa un autre.
On apprend de cette même Ville , que ce qui
a été signé le 6. de ce mois , par les Ministres
du Roi et par M. Kéene , Ministre du Roi d'An
gleterre , est une Déclaration , portant que S. M.
Britanique fera effectivement introduire six milles
hommes de Troupes Espagnoles dans les Etats de
Parme et de Toscane , et mettra l'Infant Don
Carlos en possession des mêmes Etats en con
formité de l'Article V. du Traité de la Qua
druple Alliance , et cela dans le terme de cinq
mois >
à compter du jour de la datte de
cette Déclaration. Le Roi de sa part promet que
pourvu que ces introduction et possession soient
ainsi effectuées , la jouissance de ce qui a été sti
pulé en faveur des Anglois par les Traitez , sub
>
sistera.
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Résumé : ESPAGNE.
Le texte relate divers événements en Espagne. Don Placido de Sangro a rejoint le camp de Saint-Roch près de Gibraltar avec trois escadrons, où les travaux de construction des forts avancent rapidement. À Séville, un violent orage au milieu du mois a causé la mort d'un religieux et blessé un autre dans l'église de Saint-Jacques. Par ailleurs, une déclaration signée le 6 du mois par les ministres du Roi d'Espagne et M. Kéene, ministre du Roi d'Angleterre, prévoit l'introduction de six mille soldats espagnols dans les États de Parme et de Toscane. Cette opération doit permettre à l'Infant Don Carlos de prendre possession de ces États conformément à l'article V du traité de la Quadruple Alliance, dans un délai de cinq mois à compter de la date de la déclaration. En contrepartie, le Roi d'Espagne garantit la continuité des stipulations favorables aux Anglais dans les traités existants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5218
p. 1612-1613
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Le Chevalier Charles Wager a été nommé par le Roi, commandant en Chef de la [...]
Mots clefs :
Chevalier, Flotte, Distillateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
L
E Chevalier Charles Wager a été nommé
par le Roi , Commandant en Chef de la *
IL. Vol. Flotte
JUIN. 1731. 1613
3
3
4
1
Flotte qui doit mettre en mer au commencement
du mois prochain.
On apprend de Blandfort , dans le Comté de
Dorset, que le feu y ayant pris toute la Ville avoit
été reduite en cendres , à la reserve de 26. Mai
sons et de l'Eglise.
Il y a eu aussi un Incendie à Thwerton, dans le
Comté de Devonshire , où prés d'un tiers des
Maisons a été réduit en cendres .
Le 20, le feu prit dans la maison d'un Distilateur
de la Ville de Londres , dans le quartier de Hol
born , et s'étant communiqué aux maisons voi
sines , il y en eût trente consommées par les flam
mes , et plusieurs autres endommagées.
L'Ecuyer du Comte Kinnoul , Ambassadeur du
Roi à Constantinople , est arrivé à Londres , avec
des Lettres du Grand Seigneur , pour donner part
de son avenement au Trone.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En juin 1731, le Chevalier Charles Wager a été nommé Commandant en Chef de la flotte britannique. Des incendies ont détruit Blandfort dans le Dorset, Thwerton dans le Devonshire et une partie du quartier de Holborn à Londres. L'écuyer du Comte Kinnoul est arrivé à Londres avec des lettres du Grand Seigneur de Constantinople.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5219
p. 1613-1614
HOLLANDE.
Début :
On mande de la Haye, que le Conseil d'État avoit eû une conference avec les Députez [...]
Mots clefs :
États généraux, République de Hollande, Pactes, Conventions
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOLLANDE.
HOLLANDE.
N mande de la Haye , que le Conseil d'Etat
eu une avec les Députez
l'Assemblée des Etats Generaux , au sujet des
affaires d'Oest - Frise , et qu'il y avoit été resolu
de faire à l'Empereur les propositions suivantes :
que S. M. Imperiale declarera que la Republique
de Hollande doit demeurer en possession , com
me elle l'est à present , de tenir garnison dans
Einben et Lierret , qu'elle reconnoîtra de plus que
tous les Pactes ou Conventions , faits entre le
Prince d'Oest - Frise et ses Sujets sous la garantie
de la Couronne d'Angleterre et de la Hollande
seront exécutez , que ses Renitens , ou sujets qui
sont demeurez attachez à ce Prince , jouiront de
Amnistie qui leur a été précedemment accordée,
I L. Vol.
IV. et
1614 MERCURE DE FRANCE
et qu'on leur restituera leurs Biens et leurs Effets
que l'Indemnité demandée par le Prince d'Oest
Frise, sera repartie non-seulement sur les Renitens ..
mais aussi sur tous les Sujets du Païs , et qu'enfin .
la forme du Gouvernement restera sur le même
pied qu'elle étoit avant ces derniers Traitez.
Les mêmes Lettres portent que L. H. P, refɑ
sent de s'obliger à entrer dans une Guerre ouverte
, en cas que les Puissances alliées par le der
nier Traité de Vienne , où les Etats soient atta
qués , et qu'elles ne consentent d'acceder à
ce Traité , qu'à condition de fournir seulement :
un contingent en cas de guerre.
On a apris de la Louisiane , que M. du Perier ,,
Commandant dans ce païs - là , ayant reçû de
France un renfort de Troupes , de munitions de
guerre et quelques pieces de Campagne et petits
Mortiers , se mit à la poursuite de ces Sauvages,
qui après avoir massacré il y a quelque tems , les
François dans la Nouvelle Orleans , s'étoient reti
rez dans un Fort qu'ils avoient construit , bien
terrassé , et où ils se croyoient en toute sureté ::
M. du Perier attaqua ce Fort à coups de Canon ,
sans pouvoir y faire brêche ; mais les Mortiers
dont il se servit , firent tant de ravage dans le
Fort , que les Sauvages qui y étoient fort à l'é
troit , furent enfin obligez de.se rendre à discre
tion , ne demandant la vie que pour leurs femmes
et leurs enfans , disant que pour eux ils avoient :
par leur cruauté, merité la mort : cependant :
M. du Perier leur a accordé la vie , et ils ont été:
depuis transportez à Saint Domingue , pour y
travailler avec les Negres………
N mande de la Haye , que le Conseil d'Etat
eu une avec les Députez
l'Assemblée des Etats Generaux , au sujet des
affaires d'Oest - Frise , et qu'il y avoit été resolu
de faire à l'Empereur les propositions suivantes :
que S. M. Imperiale declarera que la Republique
de Hollande doit demeurer en possession , com
me elle l'est à present , de tenir garnison dans
Einben et Lierret , qu'elle reconnoîtra de plus que
tous les Pactes ou Conventions , faits entre le
Prince d'Oest - Frise et ses Sujets sous la garantie
de la Couronne d'Angleterre et de la Hollande
seront exécutez , que ses Renitens , ou sujets qui
sont demeurez attachez à ce Prince , jouiront de
Amnistie qui leur a été précedemment accordée,
I L. Vol.
IV. et
1614 MERCURE DE FRANCE
et qu'on leur restituera leurs Biens et leurs Effets
que l'Indemnité demandée par le Prince d'Oest
Frise, sera repartie non-seulement sur les Renitens ..
mais aussi sur tous les Sujets du Païs , et qu'enfin .
la forme du Gouvernement restera sur le même
pied qu'elle étoit avant ces derniers Traitez.
Les mêmes Lettres portent que L. H. P, refɑ
sent de s'obliger à entrer dans une Guerre ouverte
, en cas que les Puissances alliées par le der
nier Traité de Vienne , où les Etats soient atta
qués , et qu'elles ne consentent d'acceder à
ce Traité , qu'à condition de fournir seulement :
un contingent en cas de guerre.
On a apris de la Louisiane , que M. du Perier ,,
Commandant dans ce païs - là , ayant reçû de
France un renfort de Troupes , de munitions de
guerre et quelques pieces de Campagne et petits
Mortiers , se mit à la poursuite de ces Sauvages,
qui après avoir massacré il y a quelque tems , les
François dans la Nouvelle Orleans , s'étoient reti
rez dans un Fort qu'ils avoient construit , bien
terrassé , et où ils se croyoient en toute sureté ::
M. du Perier attaqua ce Fort à coups de Canon ,
sans pouvoir y faire brêche ; mais les Mortiers
dont il se servit , firent tant de ravage dans le
Fort , que les Sauvages qui y étoient fort à l'é
troit , furent enfin obligez de.se rendre à discre
tion , ne demandant la vie que pour leurs femmes
et leurs enfans , disant que pour eux ils avoient :
par leur cruauté, merité la mort : cependant :
M. du Perier leur a accordé la vie , et ils ont été:
depuis transportez à Saint Domingue , pour y
travailler avec les Negres………
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Résumé : HOLLANDE.
Le texte aborde deux sujets principaux concernant les affaires de la Hollande et de la Louisiane. En Hollande, le Conseil d'État a discuté avec les députés de l'Assemblée des États Généraux des affaires d'Ost-Frise. Il a été décidé de proposer à l'Empereur que la République de Hollande conserve la possession de ses garnisons à Einben et Lierre, que tous les pactes ou conventions entre le Prince d'Ost-Frise et ses sujets, garantis par l'Angleterre et la Hollande, soient exécutés, et que les sujets rebelles bénéficient d'une amnistie avec restitution de leurs biens. L'indemnité demandée par le Prince d'Ost-Frise serait répartie sur tous les sujets du pays. Le gouvernement resterait inchangé. La Hollande refuse de s'engager dans une guerre ouverte si les puissances alliées ne fournissent qu'un contingent en cas de conflit. En Louisiane, M. du Perier, commandant des troupes françaises, a reçu des renforts et des munitions pour poursuivre des indigènes ayant massacré des Français à La Nouvelle-Orléans. Ces indigènes s'étaient réfugiés dans un fort bien défendu. Du Perier a attaqué le fort avec des canons et des mortiers, causant suffisamment de dégâts pour forcer les indigènes à se rendre. Ils ont demandé la vie pour leurs femmes et enfants, reconnaissant leur cruauté. Du Perier leur a accordé la vie, et ils ont été ensuite transportés à Saint-Domingue pour travailler avec les esclaves.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5220
p. 1615-1618
Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Début :
La Cour est toûjours trés-nombreuse à Fontainebleau, où les plaisirs et [...]
Mots clefs :
Fontainebleau, Plaisirs et amusements, Comédie française et italienne, Chasse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelle de la Cour , de Paris , &c...
L
A Cour est toûjours trés -nombreuse
à Fontainebleau , où les plaisirs et
les amusemens se succedent & regnent
tour à tour divers jours de la Semaine sont
marqués pour le Jeu , le Concert , la
Comédie Françoise et Italienne , & d'au
tres pour la Promenade à pied , à cheval ,
en carosse & carioles découvertes , et pour
la Chasse du Vol , du Cerf , du Sanglier ,
du Loup , du Chevreuil , &c .
Le 26. de ce mois , le Roy prit le Deüil
pour la mort de la Princesse Douairiere de
Toscane , Veuve du Prince Ferdinand de
Medicis .
Le Roi a accordé au Chevalier de Ni
colaï le Regiment de Dragons , vacant par
la démission volontaire de son Frere aîné,
Le 18. Juin , il y eût concert à Fontaine-
Beau , on chanta dans l'Antichambre de la
Reine , le Prologue et le premier Acte
Amadis de Gaule.
Le 20. M. Destouches , Sur-Intendant ™
BL Volt
I vi de
1616 MERCURE DE FRANCE
de la Musique du Roy , fit executer par
ordre de la Reine , le Prologue , le premier
et le second Acte du Ballet des Elemens ,
qu'on continua le 25. L'éxecution de ce
Divertissement fut très- brillante . Les De
moiselles Courvasier , Lenners , et Bar
bier , chanterent avec succès les Rôles de
Funon et de Leucosie dans le Prologue . Le
fieur d'Angerville chanta ceux du Destin
et d'Ixion , et le St Guesdon celui d'Arion
La Demoiselle Lenner rendit parfaite
ment le Rôle d'Emilie , dans le troisiéme
Acte , ainsi que celui de Valere , chanté
par le fieur d'Angerville. Le sieur le
Prince fit avec applaudissement le Rôle
de Vertumne au quatriéme Acte , de même
que la Demoiselle Barbier dans celui de
Pomone. Les Choeurs et toutes les sim
phonies furent si bien exécutez , que la
Reine eût la bonté d'en marquer sa sa
tisfaction à M. Destouches.
Le 27. on chanta devant la Reine ;
le Prologue et le premier Acte de l'Opera
de Roland.
Le 19. Juin , les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau , la Tra
gedie d'Amasis qui fut suivie de la petite
Piece du Concert Ridicule ; le 21 la Co
médie de l'Etourdi ; le 26. le Trage
die d'Andromaque , et la Comédie des
II. Vol. Fâcheux
JUIN. 1731. 1617
Fâcheux ; et le 28. le Dépit Amoureux..
Ces Pieces furent très bien exécutées et .
firent beaucoup de plaisir.
>
>
›
Le vingt-trois Juin , les Comédiens
Italiens représenterent Démocrite , pré
tendu Fou ,Comedie en Vers , de M. Au.
treau les De et pour petite Piéce
buts suivie de l'Intermede ou Paro
die de Lesbina et Dom Micco jouée
sur le Théatre de l'Opera , au mois
d'Aoust 1729. laquelle n'avoit pas en
core été représentée à la Cour. La De
moiselle Silvia et le fieur Theveneau qui
jouent ces deux Rôles , les exécuterent
en perfection .
Le 30 ?
ils représenterent la Tragi
Comedie de Samson , qui fut fort goû
tée. La Chûte du Temple fut parfaite
ment bien executée par le fieur le Maire
qui en est l'Auteur.
د
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accou
tumée à l'Hôtel de la Compagnie. La
Liste des Numero gagnans des Actions.
et dixiéme d'Actions qui doivent être
remboursées , a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 294. Ac
tions qui ont été remboursées..
II. Vol. M.
1618 MERCURE DE FRANCE
M. Bonnier de Lamosson , ancien
Colonel du Régiment de Dragons Dau
phin , ayant
, ayant obtenu du Roy l'agrément
pour la Charge de Capitaine des Chasses
de la Plaine de S. Denis , autrement dite
là Varenne des Thuilleries , dont il a traité
avec le Comte de Sainte Maure , qui
étoit pourvû de cette Charge , eut l'hon
neur d'en remercier S. Mi le 2. de ce
mois , et le 8 il tint sa premiere audiènce
en qualité de Capitaine des Chasses
aprés avoir été reçu par les Officiers de
la Capitainerie , dans la Galerie du Châs
teau des Thailleries , où les Audiences
se tiendront dorénavant.
On écrit de Bayeux qu'il y a fait surs
fa fin du mois de Juin des Tonnerres
et des Eclairs si épouvantables , que de
mémoire d'homme on n'en a vû de
pareils,
et sans qu'il soit tombé une goute de
pluye. Le Tonnerre , tombé plusieurs fois >
sur divers Bâtimens de la Ville , a causé
beaucoup de dommage , et a tué même
et blessé plusieurs personnes.
a
On apprend de Liege , que le Couvent
des Franciscains de cette Ville avoits
été réduit en cendre par le Tonnerre .
L
A Cour est toûjours trés -nombreuse
à Fontainebleau , où les plaisirs et
les amusemens se succedent & regnent
tour à tour divers jours de la Semaine sont
marqués pour le Jeu , le Concert , la
Comédie Françoise et Italienne , & d'au
tres pour la Promenade à pied , à cheval ,
en carosse & carioles découvertes , et pour
la Chasse du Vol , du Cerf , du Sanglier ,
du Loup , du Chevreuil , &c .
Le 26. de ce mois , le Roy prit le Deüil
pour la mort de la Princesse Douairiere de
Toscane , Veuve du Prince Ferdinand de
Medicis .
Le Roi a accordé au Chevalier de Ni
colaï le Regiment de Dragons , vacant par
la démission volontaire de son Frere aîné,
Le 18. Juin , il y eût concert à Fontaine-
Beau , on chanta dans l'Antichambre de la
Reine , le Prologue et le premier Acte
Amadis de Gaule.
Le 20. M. Destouches , Sur-Intendant ™
BL Volt
I vi de
1616 MERCURE DE FRANCE
de la Musique du Roy , fit executer par
ordre de la Reine , le Prologue , le premier
et le second Acte du Ballet des Elemens ,
qu'on continua le 25. L'éxecution de ce
Divertissement fut très- brillante . Les De
moiselles Courvasier , Lenners , et Bar
bier , chanterent avec succès les Rôles de
Funon et de Leucosie dans le Prologue . Le
fieur d'Angerville chanta ceux du Destin
et d'Ixion , et le St Guesdon celui d'Arion
La Demoiselle Lenner rendit parfaite
ment le Rôle d'Emilie , dans le troisiéme
Acte , ainsi que celui de Valere , chanté
par le fieur d'Angerville. Le sieur le
Prince fit avec applaudissement le Rôle
de Vertumne au quatriéme Acte , de même
que la Demoiselle Barbier dans celui de
Pomone. Les Choeurs et toutes les sim
phonies furent si bien exécutez , que la
Reine eût la bonté d'en marquer sa sa
tisfaction à M. Destouches.
Le 27. on chanta devant la Reine ;
le Prologue et le premier Acte de l'Opera
de Roland.
Le 19. Juin , les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau , la Tra
gedie d'Amasis qui fut suivie de la petite
Piece du Concert Ridicule ; le 21 la Co
médie de l'Etourdi ; le 26. le Trage
die d'Andromaque , et la Comédie des
II. Vol. Fâcheux
JUIN. 1731. 1617
Fâcheux ; et le 28. le Dépit Amoureux..
Ces Pieces furent très bien exécutées et .
firent beaucoup de plaisir.
>
>
›
Le vingt-trois Juin , les Comédiens
Italiens représenterent Démocrite , pré
tendu Fou ,Comedie en Vers , de M. Au.
treau les De et pour petite Piéce
buts suivie de l'Intermede ou Paro
die de Lesbina et Dom Micco jouée
sur le Théatre de l'Opera , au mois
d'Aoust 1729. laquelle n'avoit pas en
core été représentée à la Cour. La De
moiselle Silvia et le fieur Theveneau qui
jouent ces deux Rôles , les exécuterent
en perfection .
Le 30 ?
ils représenterent la Tragi
Comedie de Samson , qui fut fort goû
tée. La Chûte du Temple fut parfaite
ment bien executée par le fieur le Maire
qui en est l'Auteur.
د
Le 25. la Lotterie de la Compagnie
des Indes pour le remboursement des
Actions , fut tirée en la maniere accou
tumée à l'Hôtel de la Compagnie. La
Liste des Numero gagnans des Actions.
et dixiéme d'Actions qui doivent être
remboursées , a été rendue publique ,
faisant en tout le nombre de 294. Ac
tions qui ont été remboursées..
II. Vol. M.
1618 MERCURE DE FRANCE
M. Bonnier de Lamosson , ancien
Colonel du Régiment de Dragons Dau
phin , ayant
, ayant obtenu du Roy l'agrément
pour la Charge de Capitaine des Chasses
de la Plaine de S. Denis , autrement dite
là Varenne des Thuilleries , dont il a traité
avec le Comte de Sainte Maure , qui
étoit pourvû de cette Charge , eut l'hon
neur d'en remercier S. Mi le 2. de ce
mois , et le 8 il tint sa premiere audiènce
en qualité de Capitaine des Chasses
aprés avoir été reçu par les Officiers de
la Capitainerie , dans la Galerie du Châs
teau des Thailleries , où les Audiences
se tiendront dorénavant.
On écrit de Bayeux qu'il y a fait surs
fa fin du mois de Juin des Tonnerres
et des Eclairs si épouvantables , que de
mémoire d'homme on n'en a vû de
pareils,
et sans qu'il soit tombé une goute de
pluye. Le Tonnerre , tombé plusieurs fois >
sur divers Bâtimens de la Ville , a causé
beaucoup de dommage , et a tué même
et blessé plusieurs personnes.
a
On apprend de Liege , que le Couvent
des Franciscains de cette Ville avoits
été réduit en cendre par le Tonnerre .
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Résumé : Nouvelle de la Cour, de Paris, &c.
Le texte décrit la vie à la cour de Fontainebleau, marquée par une succession de plaisirs et de divertissements. Les activités varient selon les jours de la semaine et incluent des jeux, des concerts, des comédies françaises et italiennes, ainsi que des promenades et des chasses. Le 26 juin, le roi a observé un deuil pour la mort de la princesse douairière de Toscane. Il a également nommé le chevalier de Nicolaï à la tête du régiment de dragons, vacant après la démission de son frère aîné. Le 18 juin, un concert a présenté le prologue et le premier acte d'Amadis de Gaule. Le 20 juin, M. Destouches, sur-intendant de la musique du roi, a exécuté le prologue, le premier et le second acte du ballet des Éléments, sur ordre de la reine. Cette performance a été poursuivie le 25 juin. Les demoiselles Courvasier, Lenners et Barbier, ainsi que les sieurs d'Angerville et Saint-Guesdon, ont interprété divers rôles avec succès, suscitant la satisfaction de la reine. Le 27 juin, le prologue et le premier acte de l'opéra de Roland ont été chantés devant la reine. Les comédiens français ont joué plusieurs pièces à Fontainebleau, notamment la tragédie d'Amasis, la comédie de l'Étourdi, la tragédie d'Andromaque, la comédie des Fâcheux et le Dépit Amoureux. Les comédiens italiens ont présenté Démocrite, prétendu fou, suivie de la parodie de Lesbina et Dom Micco, ainsi que la tragicomédie de Samson. Le 25 juin, la lotterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des actions a été tirée. M. Bonnier de Lamosson a obtenu l'agrément du roi pour la charge de capitaine des chasses de la plaine de Saint-Denis et a tenu sa première audience le 8 juin. Des phénomènes météorologiques violents, incluant des tonnerres et des éclairs, ont causé des dommages à Bayeux et tué plusieurs personnes. À Liège, le couvent des Franciscains a été détruit par le tonnerre.
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Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5221
p. 1618-1621
Députation et Discours de la Maison de Sorbonne au Duc d'Aiguillon, [titre d'après la table]
Début :
La Maison de Sorbonne a député plusieurs de ses Docteurs à M. le Duc d'Aiguillon [...]
Mots clefs :
Maison de Sorbonne, Docteurs, Duchesse, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Députation et Discours de la Maison de Sorbonne au Duc d'Aiguillon, [titre d'après la table]
La Maison de Sorbonne a député plus
11. Folo
sieurss
JUIN.. 1731 1619
י
?
sieurs de ses Docteurs à M. le Duc d'Ai
guillon , pour lui faire compliment sur
sa nouvelle Dignité de Duc et Pair de
France , laquelle lui a été adjugée par
Arrêt contradictoire du Parlement , et
de laquelle il a pris possession au Parle
ment le 28. May. La députation étoit
composée de six Docteurs de cette Mai
son. Ces Messieurs se transporterent chez
M. le Duc d'Aiguillon le 27. de ce mois ,
où ils ne le trouverent point. Madame
la Duchesse d'Aiguillon les reçût , et
M. Lullier , ci- devant Curé de Saint
Louis en l'Isle , et maintenant Senieur
de la Maison de Sorbonne , et Doyens
de la Faculté de Théologie , lui adressaa
la parole, et fit le Discours suivant..
MADAME
La Maison de Sorbonne a trop de re
connoissance des bienfaits qu'elle a recês :
du Grand Cardinal de Richelieu , pour ne
pas s'interesser à tout ce qui peut honorer
sa mémoire, et illustrer sa Maison : nous
n'avons pas de termes pour exprimer les sentimens
dont nous fumes penetrez , lorsque
nous apprimes le jugement équitable qui
Assure à M. le Duc d'Aiguillon irrevoca
LL. Vol. blement:
1620 MERCURE DE FRANCE
blement une haute Dignité. Cette Dignité
Lui étoit dûë, Madame , les services im
portans que le grand Armand a rendus à
Eglise et à ce Royaume , retentissent encore
dans tout l'Univers ; ils meritoient une ré
compense singuliere le Souverain , le plus
juste de nos Rois , l'a accordée , en ordon
vant que les Titres les plus éclattans fus
sent transmis à ceux qui seroient les heritiers
du nom de Richelieu.
Ce qui fait sa gloire , Madame , c'est
qu'on voit en lui des qualités éminentes
qui ont fait suivre d'un applaudissement
general la Justice qui lui été renduë.
Vous participez à cet honneur, Madame
au plutôt il vous est commun avec vôtre Illus
tre Epoux ; et permettez nous de vous dire
que vous devez être au comble de vos voeux ;
vous vous trouvés placée sur un Siége hono
rable prés du Trône.
Votre joie et la nôtre ont été troublées , il
est vray, par une maladie soudaine et dan
gereuse , qui a retardé nos hommages , et qui
nous a causé bien des allarmes ; mais il a
plû au Seigneur de vous en délivrer , d'é
xaucer nos prieres , et de vous rendre une
santé qui nous est bien précieuse.
Puissiez- vous , M. le Duc d'Aiguillon
et vous, Madame, pendant une longue suite
d'années , voir vos illustres Enfans soutenir
"
II Vol t'éclat
JUIN. 1731. 1621
Péclat de leur naissance , par la vertu et la
pieté,sans quoy toute grandeur humaine n'est
que vanité ; puissent leurs descendans
perpetuer jusqu'à la posterité la plus reculée ,
tes beaux noms de Richelieu et d'Aiguillon
et au de-là des Siécles que durera le Monu
ment magnifique que le grand Cardinal a
fait élever pour la déffense de l'Eglise et de
la Réligion : ce sont , Madame , lesvoeux de
la Maison de Sorbonne , que nous avons
P'honneur de vous présenter.
7
•
Madame la Duchesse d'Aiguillon ré
pondit à ce compliment avec beaucoup
de politesse , témoigna à ces Messieurs
bien de l'estime pour la Maison de Sor
bonne , leur fit voir ses appartements ,
et les fit réconduire par M. son fils jus
qu'à leurs Carosses
11. Folo
sieurss
JUIN.. 1731 1619
י
?
sieurs de ses Docteurs à M. le Duc d'Ai
guillon , pour lui faire compliment sur
sa nouvelle Dignité de Duc et Pair de
France , laquelle lui a été adjugée par
Arrêt contradictoire du Parlement , et
de laquelle il a pris possession au Parle
ment le 28. May. La députation étoit
composée de six Docteurs de cette Mai
son. Ces Messieurs se transporterent chez
M. le Duc d'Aiguillon le 27. de ce mois ,
où ils ne le trouverent point. Madame
la Duchesse d'Aiguillon les reçût , et
M. Lullier , ci- devant Curé de Saint
Louis en l'Isle , et maintenant Senieur
de la Maison de Sorbonne , et Doyens
de la Faculté de Théologie , lui adressaa
la parole, et fit le Discours suivant..
MADAME
La Maison de Sorbonne a trop de re
connoissance des bienfaits qu'elle a recês :
du Grand Cardinal de Richelieu , pour ne
pas s'interesser à tout ce qui peut honorer
sa mémoire, et illustrer sa Maison : nous
n'avons pas de termes pour exprimer les sentimens
dont nous fumes penetrez , lorsque
nous apprimes le jugement équitable qui
Assure à M. le Duc d'Aiguillon irrevoca
LL. Vol. blement:
1620 MERCURE DE FRANCE
blement une haute Dignité. Cette Dignité
Lui étoit dûë, Madame , les services im
portans que le grand Armand a rendus à
Eglise et à ce Royaume , retentissent encore
dans tout l'Univers ; ils meritoient une ré
compense singuliere le Souverain , le plus
juste de nos Rois , l'a accordée , en ordon
vant que les Titres les plus éclattans fus
sent transmis à ceux qui seroient les heritiers
du nom de Richelieu.
Ce qui fait sa gloire , Madame , c'est
qu'on voit en lui des qualités éminentes
qui ont fait suivre d'un applaudissement
general la Justice qui lui été renduë.
Vous participez à cet honneur, Madame
au plutôt il vous est commun avec vôtre Illus
tre Epoux ; et permettez nous de vous dire
que vous devez être au comble de vos voeux ;
vous vous trouvés placée sur un Siége hono
rable prés du Trône.
Votre joie et la nôtre ont été troublées , il
est vray, par une maladie soudaine et dan
gereuse , qui a retardé nos hommages , et qui
nous a causé bien des allarmes ; mais il a
plû au Seigneur de vous en délivrer , d'é
xaucer nos prieres , et de vous rendre une
santé qui nous est bien précieuse.
Puissiez- vous , M. le Duc d'Aiguillon
et vous, Madame, pendant une longue suite
d'années , voir vos illustres Enfans soutenir
"
II Vol t'éclat
JUIN. 1731. 1621
Péclat de leur naissance , par la vertu et la
pieté,sans quoy toute grandeur humaine n'est
que vanité ; puissent leurs descendans
perpetuer jusqu'à la posterité la plus reculée ,
tes beaux noms de Richelieu et d'Aiguillon
et au de-là des Siécles que durera le Monu
ment magnifique que le grand Cardinal a
fait élever pour la déffense de l'Eglise et de
la Réligion : ce sont , Madame , lesvoeux de
la Maison de Sorbonne , que nous avons
P'honneur de vous présenter.
7
•
Madame la Duchesse d'Aiguillon ré
pondit à ce compliment avec beaucoup
de politesse , témoigna à ces Messieurs
bien de l'estime pour la Maison de Sor
bonne , leur fit voir ses appartements ,
et les fit réconduire par M. son fils jus
qu'à leurs Carosses
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Résumé : Députation et Discours de la Maison de Sorbonne au Duc d'Aiguillon, [titre d'après la table]
En juin 1731, la Maison de Sorbonne a envoyé une délégation de six docteurs pour féliciter le Duc d'Aiguillon sur sa nouvelle dignité de Duc et Pair de France, confirmée par un arrêt du Parlement le 28 mai. Le 27 juin, la délégation, dirigée par M. Lullier, a rencontré la Duchesse d'Aiguillon, le Duc étant absent. M. Lullier a prononcé un discours reconnaissant les bienfaits du Cardinal de Richelieu et exprimant la joie de voir la dignité transmise à son héritier. Le discours soulignait les services rendus par Richelieu à l'Église et au Royaume, ainsi que la justice de la récompense accordée par le souverain. Il souhaitait également une longue vie et une santé prospère au Duc et à la Duchesse, ainsi que la perpétuation des noms illustres de Richelieu et d'Aiguillon à travers leurs descendants. La Duchesse a répondu avec politesse, exprimant son estime pour la Maison de Sorbonne, et a fait visiter ses appartements aux docteurs avant de les raccompagner.
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5222
p. 1621-1622
BENEFICES DONNEÉS.
Début :
Le Roy a accordé l'Abbaye de S. Martin, Ordre de S. Benoît, Diocèse [...]
Mots clefs :
Abbaye, Chanoine, Cathédrale de Montpellier
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNEÉS.
BENEFICES DONNE'S.
L
E Roy a accordé l'Abbaye de S. Mar
tin , Ordre de S. Benoit , Diocèse
d'Agen , à l'Abbé de Bocaud , Chanoine
de l'Eglise Cathedrale de Montpellier .
Celle de Ham , Ordre de S. Augustin ;
Diocèse de Noyon , à l'Abbé de Ses
maisons , Aumônier du Roy , qui a remis
l'Evêché de Soissons , auquel S , M. l'avoit
nommé.
II. Vol L'Ab
1622 MERCURE DE FRANCE
L'Abbaye Reguliere de S. André aux
Bois , Ordre de Prémontré , Diocèse
d'Amiens , au P. Boubert ;
Celle de Slines , Ordre de Citeaux,
Diocèse d'Arras , à la Dame de Gomi
court.
L'Abbaye de Corneville , Ordre de S.
Augustin , Diocèse de Rouen , à l'Evê
que de Sisteron ;
Celle de Molome , Ordre de S. Benoît ,
Diocèse de Langres , à l'Abbé d'Heri
court , Conseiller au Parlement ;
Celle de Mores , même Ordre , et même
Diocèse , à l'Abbé Langlois , Chanoine de
P'Eglise Metropolitaine de Cambray ; et
L'Abbaye Reguliere de S. Jean de la
Castelle , Ordre de Prémontré Dio
cèse d'Aire , au P. de la Velle .
L
E Roy a accordé l'Abbaye de S. Mar
tin , Ordre de S. Benoit , Diocèse
d'Agen , à l'Abbé de Bocaud , Chanoine
de l'Eglise Cathedrale de Montpellier .
Celle de Ham , Ordre de S. Augustin ;
Diocèse de Noyon , à l'Abbé de Ses
maisons , Aumônier du Roy , qui a remis
l'Evêché de Soissons , auquel S , M. l'avoit
nommé.
II. Vol L'Ab
1622 MERCURE DE FRANCE
L'Abbaye Reguliere de S. André aux
Bois , Ordre de Prémontré , Diocèse
d'Amiens , au P. Boubert ;
Celle de Slines , Ordre de Citeaux,
Diocèse d'Arras , à la Dame de Gomi
court.
L'Abbaye de Corneville , Ordre de S.
Augustin , Diocèse de Rouen , à l'Evê
que de Sisteron ;
Celle de Molome , Ordre de S. Benoît ,
Diocèse de Langres , à l'Abbé d'Heri
court , Conseiller au Parlement ;
Celle de Mores , même Ordre , et même
Diocèse , à l'Abbé Langlois , Chanoine de
P'Eglise Metropolitaine de Cambray ; et
L'Abbaye Reguliere de S. Jean de la
Castelle , Ordre de Prémontré Dio
cèse d'Aire , au P. de la Velle .
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Résumé : BENEFICES DONNEÉS.
En 1622, le roi a attribué plusieurs abbayes. L'Abbaye de Saint-Martin, du Diocèse d'Agen, à l'Abbé de Bocaud. L'Abbaye de Ham, du Diocèse de Noyon, à l'Abbé de Sesmaisons, qui a aussi reçu l'Évêché de Soissons. D'autres abbayes ont été données à divers individus, dont l'Abbaye de Saint-André aux Bois au Père Boubert et l'Abbaye de Corneville à l'Évêque de Sisteron.
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5223
p. 1622-1625
LETTRE écrite de Senlis, le premier Juillet 1731. sur un Fait singulier.
Début :
Je vous ai promis, Monsieur, de vous faire sçavoir ce qu'il y aurait de nouveau [...]
Mots clefs :
Sonneur de l'église cathédrale, Grand Clocher, Échelles, Coq, Remède, Dents, Chirurgien d'armée
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Senlis, le premier Juillet 1731. sur un Fait singulier.
LETTRE écrite de Senlis , le premier
Juillet 173: 1 . sur un Fait singulier.
E vous ai promis , Monsieur , de vous
faire sçavoir ce qu'il y auroit de nou
veau dans cette Ville. Voici de quoi vous
divertir. Hier sur les onze heures du ma
tin , un nommé Moruë, fils d'un Couvreur
de Baron , jeune homme de vingt ans
et des pieds de hauteur environ , vint
prier le Sonneur de l'Eglise Cathédrale ,
de lui ouvrir la porte du grand Clocher
荆
II. Vol
celui
JUIN. 1731. 1623
eclui- cy , qui lui ouvrit , ne le put suivre
que de loin , à cause de la grande vitesse:
avec laquelle il monta . Parvenu à l'extré
mité de l'escalier , qui ne va tout au plus
qu'aux deux tiers du Clocher , il fut bien
surpris de ne plus voir celui qui l'avoit
précedé ; il l'appelle , il pâlit ; revenu un
peu de sa frayeur , il regarde par une
fenêtre , il voit dans la Place une grande
quantité de personnes qui lui paroissent
interdites et étonnées ; croyant à cette vûë
que cet inconnu s'étoit précipité , il des
cend avec d'autant plus d'affliction qu'il
craignoit qu'on ne l'accusât d'en avoir été
la cause. Mais qui peut se l'imaginer ! il
avoit sauté par la fenêtre sur une saillie:
voisine,etil grimpoit en dehors jusqu'à ce
qu'il parvint au Coq , et cela avec une
grande facilité , sans échelle et sans corde..
Ce témeraire remuoit la jambe , par bra
voure et chantoit en montant sur chaque
Corniche ou avance de pierre . Enfin quand
il fut à l'extrémité où il y a une pomme
de cuivre qui doit avoir 3. ou 4 pieds de
diamétre et qui est élevée environ 6. pieds.
au- dessus de la derniere Corniche sur la
quelle il étoit posé , il fut obligé de se
renverser en arriere pour attraper la bor
dure de la pomme et par un grand effort
qu'on lui vit faire , il y plaça un genou
et sauta dessus ..
1624 MERCURE DE FRANCE
1
C'est là que cet homme qui ne paroissoit
qu'un Pygmée, tant ce Clocher est élevé, fit
voir son adroite témerité ; il prit la Croix
de fer d'une main , et s'efforçant de l'au
tre d'en tirer le Coq , il n'y peut réüssir
qu'en faisant un saut pour y atteindre
au moyen duquel il le prit. Après avoir
fait sur ce Theatre plusieurs folies , il en
descendit son Coq à la main . Quand il
fut à la moitié de ce chemin étroit , fatigué
sans doute du fardeau qu'on dit peser 25.
livres , il mit un pied sur une Corniche
et un pied sur une autre , les jambes très
écartées , sa proye dans une main et de
l'autre tirant ses jaretieres , il lia ce Coq , le
mit sur son dos en forme de Carquois , et
descendit en cet état. Les Chanoines le fi-.
rent aussi-tôt enfermer dans la chambre du
Sonneur , de crainte qu'il ne s'enfuit , et
qu'on ne fût obligé de faire des dépenses
considerables pour les échafauds , les échel
les , &c. dont on seroit obligé de se ser
vir , dans le doute aussi qu'on pût trouver
un homme dans le Pays qui voulût mon
ter , puisque nos Couvreurs , nos Maçons.
et nos Charpentiers , ne sont point d'hu
meur à risquer ce voyage , même avec des
précautions. Tout le monde courut en fou
Je voir le Coq , moi- même je l'ai tenu et
mesuré , il a trois pieds un pouce depuis
1
II. Vol. l'ex
JUIN. 1731. 1625
l'extrémité de la tête jusqu'au bout de la
queue. Sur les 4. heures tout Senlis regar
dant son Clocher , vit remonter cet im
prudent avec une celerité admirable , il ne
fut pas une heure à faire son second
Voyage. Vous connoissez la grande éleva
tion de notre Clocher , on a toûjours crû
jusqu'à present qu'il étoit impossible au
plus agile des chats d'y grimper . Je ne
reviens point de ce que j'ai vû ; et ce qu'on
admire encore, c'est qu'il n'y eut ni gageu
re , ni espoir de gain dans cette entreprise;
et cette action à part , ce jeune homme ne
passe pas pour fou. Si quelqu'un doute
de ce que je vous écris , il sera aisé de le
convaincre , s'il veut venir jusqu'à Senlis
il verra par le moyen d'une Lunette d'ap
proche , un ruban que ce Grimpeur atta
cha au Coq , mais qu'on ne sçauroit voir
sans ce secours.
Le sicur Dugeron , ancien Chirurgien d'Ar
mée , continuë de donner avis qu'il a fait la dé
couverte du Remede sans gout qui préserve les
dents de se gâter et de tomber ; ceux qui en font
P'usage s'en trouvent bien . Il donne la maniere
facile de s'en servir , et mer son nom et le
prix sur les Boëtes ; il y en a de deux , de trois
et quatre livres . Sa demeure , avec Tableau , est
à Paris , ruë Comtesse d'Artois , au Dauphin ,
proche la Comedie Italienne.
Juillet 173: 1 . sur un Fait singulier.
E vous ai promis , Monsieur , de vous
faire sçavoir ce qu'il y auroit de nou
veau dans cette Ville. Voici de quoi vous
divertir. Hier sur les onze heures du ma
tin , un nommé Moruë, fils d'un Couvreur
de Baron , jeune homme de vingt ans
et des pieds de hauteur environ , vint
prier le Sonneur de l'Eglise Cathédrale ,
de lui ouvrir la porte du grand Clocher
荆
II. Vol
celui
JUIN. 1731. 1623
eclui- cy , qui lui ouvrit , ne le put suivre
que de loin , à cause de la grande vitesse:
avec laquelle il monta . Parvenu à l'extré
mité de l'escalier , qui ne va tout au plus
qu'aux deux tiers du Clocher , il fut bien
surpris de ne plus voir celui qui l'avoit
précedé ; il l'appelle , il pâlit ; revenu un
peu de sa frayeur , il regarde par une
fenêtre , il voit dans la Place une grande
quantité de personnes qui lui paroissent
interdites et étonnées ; croyant à cette vûë
que cet inconnu s'étoit précipité , il des
cend avec d'autant plus d'affliction qu'il
craignoit qu'on ne l'accusât d'en avoir été
la cause. Mais qui peut se l'imaginer ! il
avoit sauté par la fenêtre sur une saillie:
voisine,etil grimpoit en dehors jusqu'à ce
qu'il parvint au Coq , et cela avec une
grande facilité , sans échelle et sans corde..
Ce témeraire remuoit la jambe , par bra
voure et chantoit en montant sur chaque
Corniche ou avance de pierre . Enfin quand
il fut à l'extrémité où il y a une pomme
de cuivre qui doit avoir 3. ou 4 pieds de
diamétre et qui est élevée environ 6. pieds.
au- dessus de la derniere Corniche sur la
quelle il étoit posé , il fut obligé de se
renverser en arriere pour attraper la bor
dure de la pomme et par un grand effort
qu'on lui vit faire , il y plaça un genou
et sauta dessus ..
1624 MERCURE DE FRANCE
1
C'est là que cet homme qui ne paroissoit
qu'un Pygmée, tant ce Clocher est élevé, fit
voir son adroite témerité ; il prit la Croix
de fer d'une main , et s'efforçant de l'au
tre d'en tirer le Coq , il n'y peut réüssir
qu'en faisant un saut pour y atteindre
au moyen duquel il le prit. Après avoir
fait sur ce Theatre plusieurs folies , il en
descendit son Coq à la main . Quand il
fut à la moitié de ce chemin étroit , fatigué
sans doute du fardeau qu'on dit peser 25.
livres , il mit un pied sur une Corniche
et un pied sur une autre , les jambes très
écartées , sa proye dans une main et de
l'autre tirant ses jaretieres , il lia ce Coq , le
mit sur son dos en forme de Carquois , et
descendit en cet état. Les Chanoines le fi-.
rent aussi-tôt enfermer dans la chambre du
Sonneur , de crainte qu'il ne s'enfuit , et
qu'on ne fût obligé de faire des dépenses
considerables pour les échafauds , les échel
les , &c. dont on seroit obligé de se ser
vir , dans le doute aussi qu'on pût trouver
un homme dans le Pays qui voulût mon
ter , puisque nos Couvreurs , nos Maçons.
et nos Charpentiers , ne sont point d'hu
meur à risquer ce voyage , même avec des
précautions. Tout le monde courut en fou
Je voir le Coq , moi- même je l'ai tenu et
mesuré , il a trois pieds un pouce depuis
1
II. Vol. l'ex
JUIN. 1731. 1625
l'extrémité de la tête jusqu'au bout de la
queue. Sur les 4. heures tout Senlis regar
dant son Clocher , vit remonter cet im
prudent avec une celerité admirable , il ne
fut pas une heure à faire son second
Voyage. Vous connoissez la grande éleva
tion de notre Clocher , on a toûjours crû
jusqu'à present qu'il étoit impossible au
plus agile des chats d'y grimper . Je ne
reviens point de ce que j'ai vû ; et ce qu'on
admire encore, c'est qu'il n'y eut ni gageu
re , ni espoir de gain dans cette entreprise;
et cette action à part , ce jeune homme ne
passe pas pour fou. Si quelqu'un doute
de ce que je vous écris , il sera aisé de le
convaincre , s'il veut venir jusqu'à Senlis
il verra par le moyen d'une Lunette d'ap
proche , un ruban que ce Grimpeur atta
cha au Coq , mais qu'on ne sçauroit voir
sans ce secours.
Le sicur Dugeron , ancien Chirurgien d'Ar
mée , continuë de donner avis qu'il a fait la dé
couverte du Remede sans gout qui préserve les
dents de se gâter et de tomber ; ceux qui en font
P'usage s'en trouvent bien . Il donne la maniere
facile de s'en servir , et mer son nom et le
prix sur les Boëtes ; il y en a de deux , de trois
et quatre livres . Sa demeure , avec Tableau , est
à Paris , ruë Comtesse d'Artois , au Dauphin ,
proche la Comedie Italienne.
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Résumé : LETTRE écrite de Senlis, le premier Juillet 1731. sur un Fait singulier.
Le 1er juillet 1731, un jeune homme de vingt ans nommé Moruë réalisa un exploit remarquable en grimpant le clocher de la cathédrale de Senlis sans utiliser d'échelle ni de corde. Le sonneur de l'église, impressionné par sa vitesse, le perdit de vue et pensa qu'il s'était précipité dans le vide. En réalité, Moruë avait sauté sur une saillie et continué son ascension jusqu'au sommet, où il parvint à saisir un coq en cuivre. Il redescendit ensuite avec le coq, qu'il attacha sur son dos. Les chanoines l'enfermèrent pour éviter des dépenses de réparation. Plus tard dans la journée, Moruë remonta le clocher avec la même célérité, stupéfiant les habitants de Senlis qui ne croyaient pas une telle ascension possible. Le coq, mesuré à trois pieds et un pouce, portait un ruban attaché par le grimpeur, visible à la lunette. Par ailleurs, le sieur Dugeron, ancien chirurgien d'armée, annonça à Paris la découverte d'un remède contre les maux de dents.
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5224
p. 1626
MORTS ET MARIAGES
Début :
Le 14. de ce mois, Jean Ovide Anne de Mydorge, Chevalier de l'Ordre [...]
Mots clefs :
Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, Secrétaire de la Chambre et du Cabinet du roi, Brigadier des armées du roi, Cérémonie du Mariage
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texteReconnaissance textuelle : MORTS ET MARIAGES
MORTS ET MARIAGES
E 14. de ce mois , Jean Ovide Anne
de Mydorge , Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerusalem , du Prieuré de
France , mourut à Paris de la petite Ve
role ; il y a eu plusieurs Commandeurs
de ce nom dans ledit Ordre.
Le Président Duret , cy - devant Secre
taire de la Chambre et du Cabinet du
Roi , mourut à Paris le 21. de ce mois ,
âgé d'environ 58. ans.
N. Daunaut du Bois de la Roche , Mar
quis de Voluire , Maréchal de Camp ,
Lieutenant General de la Province de
Bretagne , cy - devant Capitaine Sous- Lieu
tenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roi , est mort subitement
à la fin de ce mois , en Bretagne , âgé d'en
viron 58. ans.
Michel Michaut de Montaran , Briga
dier des Armées du Roi , et Capitaine au
Régiment des Gardes Françoises , mourut
à Fontainebleau le 30. Juin , dans la 56.
année de son âge . Sa Compagnie a été
donnée à M. Tallonet , premier Lieute
nant à monter.
La Ceremonie du Mariage du Duc de
Mazarin avec la Marquise de la Vrilliere,
fut faire le 14. de ce mois , dans l'Eglise
de l'Institution des P P. de l'Oratoire.
E 14. de ce mois , Jean Ovide Anne
de Mydorge , Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerusalem , du Prieuré de
France , mourut à Paris de la petite Ve
role ; il y a eu plusieurs Commandeurs
de ce nom dans ledit Ordre.
Le Président Duret , cy - devant Secre
taire de la Chambre et du Cabinet du
Roi , mourut à Paris le 21. de ce mois ,
âgé d'environ 58. ans.
N. Daunaut du Bois de la Roche , Mar
quis de Voluire , Maréchal de Camp ,
Lieutenant General de la Province de
Bretagne , cy - devant Capitaine Sous- Lieu
tenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roi , est mort subitement
à la fin de ce mois , en Bretagne , âgé d'en
viron 58. ans.
Michel Michaut de Montaran , Briga
dier des Armées du Roi , et Capitaine au
Régiment des Gardes Françoises , mourut
à Fontainebleau le 30. Juin , dans la 56.
année de son âge . Sa Compagnie a été
donnée à M. Tallonet , premier Lieute
nant à monter.
La Ceremonie du Mariage du Duc de
Mazarin avec la Marquise de la Vrilliere,
fut faire le 14. de ce mois , dans l'Eglise
de l'Institution des P P. de l'Oratoire.
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Résumé : MORTS ET MARIAGES
Le document mentionne plusieurs décès et un mariage survenus au cours d'un mois donné. Jean Ovide Anne de Mydorge, Chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est décédé à Paris le 14 du mois de la petite vérole. Le Président Duret, ancien secrétaire de la Chambre et du Cabinet du Roi, est mort à Paris le 21 du mois à l'âge d'environ 58 ans. N. Daunaut du Bois de la Roche, Marquis de Voluire et Maréchal de Camp, Lieutenant Général de la Province de Bretagne, est décédé subitement en Bretagne à la fin du mois, également à l'âge d'environ 58 ans. Michel Michaut de Montaran, Brigadier des Armées du Roi et Capitaine au Régiment des Gardes Françoises, est mort à Fontainebleau le 30 juin à l'âge de 56 ans. Sa compagnie a été attribuée à M. Tallonet, premier lieutenant. Par ailleurs, la cérémonie du mariage du Duc de Mazarin avec la Marquise de la Vrilliere a eu lieu le 14 du mois dans l'église de l'Institution des Pères de l'Oratoire.
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5225
p. [1627]-[1628]
TABLE.
Début :
Pieces Fugitives. La Sciende, Ode, Problème de Medecine sur le Sang, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE .
****
* **L[
اوخنرال
Leces Fugitives . La Sciende , Ode ,
sur le Sang ,
1427 Ode Sacrée tirée du Pseaume Confitebor ,
L'Aparition de l'Ombre de M. Thiers , &c. 1429
Le Renard trompé , Fable ,
Dissertation sur la Taille par l'appareil Lateral ,
1450
& c.
>
Sonnet de Mlle de la Vigne
Refléxion sur la Politesse →
1416
1421
1453
1469
1470
Stances ,
1479
Lettre de M Capperon pour découvrir et con
noître les Sels , & c . 1482
Cantatille ,
1497
1514
Refléxions sur la Méthode de M. le Fevre de Sau
mur , et sur les Notes de M. Gaullyer , 1498
Bouquet à Mad. B.
Lettre sur l'Akousmate d'Ansacq , et sur un au
tre , & c.
1516
Enigmes , Logogryphes , & c. 1531
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts , &c. Le
Théatre des Passions et de la Fortune , 1533
Memoire sur le Laminage du Plomb , 1535
Discours pour servir de Plan à l'Histoire du
1538
Les Elemens de Mathématique de M. Varignon,
Gévaudan ,
& c. 1541
Giornale de Litterati d'Italia , Tomo II . 1545
Lettres sérieuses et badines , &c. 1551
Nouveau Reglement pour le Palinod de Caen ,
1557
Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, 1558
Nouvelles Estampes de Watteau , 1561
Lettre sur les prétendues Antiquitez trouvées à
Cadix , 1564
Spectacles, Les Fêtes Venitiennes, Balet , 1568
LeFaux Sincere ,Comédie Nouvelle,Extrait, 1574
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse , 1598
Relation du Sacre du Roi et de la Reine de
1399
Dannemarck ,
1605
1615
Lettre du Marquis de Bonac , &c .
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Députation et Discours de la Maison de Sorbonne
au Duc d'Aiguillon ,
Benefices donnez ,
Lettre sur un Fait singulier ,
Morts et Mariages ,
Errata de May.
Age 1046. ligne 4. encore que , lisez, encore
qu'en partie.
P. 1050. 1. 3. Ovindus , 1. Ovinius.
P. 1051. l. 24. et, l. cst.
1918
1621
1622
1626
****
* **L[
اوخنرال
Leces Fugitives . La Sciende , Ode ,
sur le Sang ,
1427 Ode Sacrée tirée du Pseaume Confitebor ,
L'Aparition de l'Ombre de M. Thiers , &c. 1429
Le Renard trompé , Fable ,
Dissertation sur la Taille par l'appareil Lateral ,
1450
& c.
>
Sonnet de Mlle de la Vigne
Refléxion sur la Politesse →
1416
1421
1453
1469
1470
Stances ,
1479
Lettre de M Capperon pour découvrir et con
noître les Sels , & c . 1482
Cantatille ,
1497
1514
Refléxions sur la Méthode de M. le Fevre de Sau
mur , et sur les Notes de M. Gaullyer , 1498
Bouquet à Mad. B.
Lettre sur l'Akousmate d'Ansacq , et sur un au
tre , & c.
1516
Enigmes , Logogryphes , & c. 1531
Nouvelles Litteraires , des beaux Arts , &c. Le
Théatre des Passions et de la Fortune , 1533
Memoire sur le Laminage du Plomb , 1535
Discours pour servir de Plan à l'Histoire du
1538
Les Elemens de Mathématique de M. Varignon,
Gévaudan ,
& c. 1541
Giornale de Litterati d'Italia , Tomo II . 1545
Lettres sérieuses et badines , &c. 1551
Nouveau Reglement pour le Palinod de Caen ,
1557
Découvertes curieuses dans l'Art de plonger, 1558
Nouvelles Estampes de Watteau , 1561
Lettre sur les prétendues Antiquitez trouvées à
Cadix , 1564
Spectacles, Les Fêtes Venitiennes, Balet , 1568
LeFaux Sincere ,Comédie Nouvelle,Extrait, 1574
Nouvelles Etrangeres , de Turquie et Perse , 1598
Relation du Sacre du Roi et de la Reine de
1399
Dannemarck ,
1605
1615
Lettre du Marquis de Bonac , &c .
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
Députation et Discours de la Maison de Sorbonne
au Duc d'Aiguillon ,
Benefices donnez ,
Lettre sur un Fait singulier ,
Morts et Mariages ,
Errata de May.
Age 1046. ligne 4. encore que , lisez, encore
qu'en partie.
P. 1050. 1. 3. Ovindus , 1. Ovinius.
P. 1051. l. 24. et, l. cst.
1918
1621
1622
1626
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Résumé : TABLE.
Le document présente une liste d'œuvres littéraires et scientifiques, ainsi que des événements historiques, classés par année de 1399 à 1918. Parmi les œuvres notables figurent des poèmes, des fables, des dissertations, des lettres, des réflexions, des mémoires, des discours et des journaux. Les titres incluent 'Leces Fugitives,' 'L'Aparition de l'Ombre de M. Thiers,' 'Le Renard trompé,' et 'Les Éléments de Mathématique de M. Varignon.' Des événements spécifiques sont également mentionnés, tels que le 'Sacre du Roi et de la Reine de Dannemarck' en 1605 et des 'Nouvelles Étrangères, de Turquie et Perse' en 1598. Le document liste aussi des corrections pour des erreurs typographiques trouvées dans des pages spécifiques.
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5226
p. [1628]
Errata de May.
Début :
Page 1046. ligne 4. encore que, lisez, encore qu'en partie. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata de May.
Errata de May.
Age 1046. ligne 4. encore que , lisez, encore
qu'en partie.
P. 1050. 1. 3. Ovindus , 1. Ovinius.
P. 1051. l. 24. et, l. cst.
Age 1046. ligne 4. encore que , lisez, encore
qu'en partie.
P. 1050. 1. 3. Ovindus , 1. Ovinius.
P. 1051. l. 24. et, l. cst.
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5227
p. [1628]
Errata du premier volume de Juin.
Début :
Page 1259. ligne 3. Blomet, lisez Bolomet par tout. P. 1380. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Errata du premier volume de Juin.
Errata du premier volume de Juin.
PAge
Age 1259. ligne 3. Blomet , lisez Bolomet par tout.
P. 1380. 1. 3. du bas , jurer , 1. juger.
P. 1382. l. 4. du bás , Ferie , l. Force.
P. 1385. 1. 6. Gaudin , I. Gaudion.
P. 1396. l. 18. élû , l . élevé.
PAge
Age 1259. ligne 3. Blomet , lisez Bolomet par tout.
P. 1380. 1. 3. du bas , jurer , 1. juger.
P. 1382. l. 4. du bás , Ferie , l. Force.
P. 1385. 1. 6. Gaudin , I. Gaudion.
P. 1396. l. 18. élû , l . élevé.
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5228
p. [1628]
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 1536. ligne 3. du bas, que vous aviez eu raison de ne point tirer la pierre, ajoûtez [...]
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texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Age 1536. ligne 3. du bas , que vous aviez
eu raison de ne point tirer la pierre, ajoû
tez , dans le moment de l'Operation.
P. 1536. l. 17. cruteux , 1. coûteux.
P. 1550. 1. 1. lux , l . luce .
P. 1558 1. 10 avant , l. après.
P. 1561. 1. 20. les , l. ces.
P. 1270. 1. 4. ces paroles , l . ses paroles .
Age 1536. ligne 3. du bas , que vous aviez
eu raison de ne point tirer la pierre, ajoû
tez , dans le moment de l'Operation.
P. 1536. l. 17. cruteux , 1. coûteux.
P. 1550. 1. 1. lux , l . luce .
P. 1558 1. 10 avant , l. après.
P. 1561. 1. 20. les , l. ces.
P. 1270. 1. 4. ces paroles , l . ses paroles .
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5229
p. 2913-2914
MORTS.
Début :
Dame Agnès Courtois , Epouse de M. Louis Diette Ravanne , Chevalier , Conseiller [...]
Mots clefs :
Dame, Chevalier, Régiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Diette Ravanne , Chevalier , Conseiller
Ame Agnès Courtois , Epouse de M. Louis
du Roy , Grand-Maître des Eaux en Forêts de
France , département d'Orleans , mourut à Paris
le 18. Novembre , âgée de 28.
Le 27. du même mois , M. Jean-Antoine de
la Baune , Conseiller du Roy , Maître Ordinaire
en sa Chambre des Comptes , mourut , âgé de
75 ans.
Louis - Paul de Rochechouart - Mortemart ,
Duc de Rochechouart , Prince de Tonnay- Charante
, Comte de Chaumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy et Colonel d'un
Régiment d'Infanterie , mourut à Paris le 4. de
ce mois , dans la 21. année de son âge. Il ne
laisse point d'enfans de N. de Beauveau , son
Epouse , fille unique du Marquis de Beauveau ,
Chevalier des Ordres du Roy. S. M. a accordé
la Charge de Premier Gentilhomme de la Chambre
, et le Régiment dont il étoit Colonel , au
Marquis de Mortemar , son frere , âgé de 18. ans.
Le 12 Décembre Jean- François le Do du
Chevron , Chevalier de Saint Louis , Mestre
de Camp de Cavalerie , Grand- Prévôt General
de la Connétablie , Gendarmerie & Maré
chaussée de France , et des Camps et Armées de
Sa Majesté , Inspecteur General des Maréchaus2914
MERCURE DE FRANCE
sées du Royaume , mourut à Paris , âgé de ss.
ans.
M. Frederic- Charles Trudaine de Lauzieres ,
Mestre de Camp de Cavalerie et Sous- Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux - Legers d'Orleans ,
mourut le 15. de ce mois au Château de Montigny
, âgé d'environ 29. ans.
Le second Volume du Mercure de ce Mois,
est actuellement sous presse , et paroîtra incessamment
Diette Ravanne , Chevalier , Conseiller
Ame Agnès Courtois , Epouse de M. Louis
du Roy , Grand-Maître des Eaux en Forêts de
France , département d'Orleans , mourut à Paris
le 18. Novembre , âgée de 28.
Le 27. du même mois , M. Jean-Antoine de
la Baune , Conseiller du Roy , Maître Ordinaire
en sa Chambre des Comptes , mourut , âgé de
75 ans.
Louis - Paul de Rochechouart - Mortemart ,
Duc de Rochechouart , Prince de Tonnay- Charante
, Comte de Chaumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy et Colonel d'un
Régiment d'Infanterie , mourut à Paris le 4. de
ce mois , dans la 21. année de son âge. Il ne
laisse point d'enfans de N. de Beauveau , son
Epouse , fille unique du Marquis de Beauveau ,
Chevalier des Ordres du Roy. S. M. a accordé
la Charge de Premier Gentilhomme de la Chambre
, et le Régiment dont il étoit Colonel , au
Marquis de Mortemar , son frere , âgé de 18. ans.
Le 12 Décembre Jean- François le Do du
Chevron , Chevalier de Saint Louis , Mestre
de Camp de Cavalerie , Grand- Prévôt General
de la Connétablie , Gendarmerie & Maré
chaussée de France , et des Camps et Armées de
Sa Majesté , Inspecteur General des Maréchaus2914
MERCURE DE FRANCE
sées du Royaume , mourut à Paris , âgé de ss.
ans.
M. Frederic- Charles Trudaine de Lauzieres ,
Mestre de Camp de Cavalerie et Sous- Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux - Legers d'Orleans ,
mourut le 15. de ce mois au Château de Montigny
, âgé d'environ 29. ans.
Le second Volume du Mercure de ce Mois,
est actuellement sous presse , et paroîtra incessamment
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Résumé : MORTS.
Le document énumère plusieurs décès notables. Diette Ravanne, Chevalier et Conseiller, et Ame Agnès Courtois, épouse de Louis du Roy, Grand-Maître des Eaux et Forêts de France, sont décédés à Paris le 18 novembre. Agnès Courtois avait 28 ans. Le 27 novembre, M. Jean-Antoine de la Baune, Conseiller du Roi et Maître Ordinaire en sa Chambre des Comptes, est mort à l'âge de 75 ans. Louis-Paul de Rochechouart-Mortemart, Duc de Rochechouart, Prince de Tonnay-Charente, Comte de Chaumont, Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi et Colonel d'un Régiment d'Infanterie, est décédé à Paris le 4 décembre à l'âge de 21 ans. Il n'a laissé aucun enfant, et ses charges ont été attribuées à son frère, le Marquis de Mortemar, âgé de 18 ans. Jean-François Le Do du Chevron, Chevalier de Saint Louis, Mestre de Camp de Cavalerie, Grand-Prévôt Général de la Connétablie, Gendarmerie et Maréchaussée de France, et Inspecteur Général des Maréchaussées du Royaume, est mort à Paris le 12 décembre à l'âge de 66 ans. M. Frédéric-Charles Trudaine de Lauzieres, Mestre de Camp de Cavalerie et Sous-Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-Légers d'Orléans, est décédé le 15 décembre au Château de Montigny à l'âge d'environ 29 ans. Le second volume du Mercure de ce mois est en cours d'impression.
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5230
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE generale est à adresse à Monsieur MOREAU, Commis au [...]
Mots clefs :
Avis, Adresse générale, Paris, Lettres, Poste, Libraires des Provinces et des Pays étrangers, Sols
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
TILDEN ' FOUNDATIO DRESSE generale eft à
195 Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofté , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
→
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'ox
loi indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
TILDEN ' FOUNDATIO DRESSE generale eft à
195 Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comedie Francoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetez
aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour lesfaire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofté , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter, & à ceux qui
les envoyent , celui , non-feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
→
Les Libraires des Provinces des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps, & de les faire porterfur
T'heure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'ox
loi indiquera.
PRIX XXX. SOLS,
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Résumé : AVIS.
L'avis porte sur la distribution du Mercure, une publication. La Fondation Tilden a fixé son adresse générale au 195, chez Monsieur Moreau, commis au Mercure, situé en face de la Comédie Française à Paris. Les lecteurs peuvent déposer les paquets destinés à la Fondation chez les libraires vendant le Mercure à Paris. Il est conseillé d'affranchir les lettres ou paquets envoyés par la poste pour éviter qu'ils ne soient rejetés. Les libraires des provinces, des pays étrangers, ou les particuliers désirant recevoir le Mercure de France en priorité doivent fournir leurs adresses à Monsieur Moreau. Ce dernier se chargera de préparer et d'expédier les paquets sans délai, soit par la poste, soit par les messageries indiquées par la loi. Le prix de la publication est de trente sols.
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5231
p. 1637-1649
SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
Début :
J'ai établi, Monsieur, dans ma premiere Lettre, que les principes des [...]
Mots clefs :
Terre, Airs, Brouillards, Tremblements de terre, Secousses, Vibrations, Canards, Oies, Battement des ailes, Tonnerre
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
SECONDE LETTRE de M. Lar
lonat de Soalaines , sur les Akousmates.
J'A
*
'Ay établi , Monsieur , dans ma premiere
Lettre , que les principes des
sons peuvent se rencontrer aussi - bien dans
le sein de la Terre que dans les Airs , et
je l'ai prouvé principalement par l'experience.
Il est vrai que les bruits dont j'ai
parlé , qui sortent des entrailles de la
Terre , sont très rares , et qu'ils sont ,
quand ils arrivent, plus confus et entendus
de moins loin , que ceux qui partent des >
Airs , et ces évenemens sont une suite
de mon principe. La Terre étant très-facile
à se dilater , sur tout dans les endroits .
où peuvent résider les matieres qui les
occasionnent ,, il s'ensuit que ne tro vant
que très- peu ou point du tou
tar
cles dans leur sortie , elles ne doivent aire
aucun bruit , ou du moins un bruit trèspen.
1638 MERCURE DE FRANCE
peu sensible ; de- là ces matieres sulfureuses
qui composent les brouillards et
qui font les tremblemens de Terre , ne
produisent aucun son en sortant. D'ailleurs
notre matiere fluide agitée , trouvant
à sa rencontre des Edifices et des Montagnes
ou d'autres obstacles dans son extension,
se refléchit dans l'espace d'où elle
part , et peu à peu ne recevant plus que
des secousses ou des vibrations sembla
bles à celles d'une Corde de Clavecin
sur laquelle on met legerement le doigt
dans le tems que la touche la frappe , elle
ne peut plus s'entendre bien loin et ne
doit plus exciter qu'un son très -confus
et très-interrompu , qui a pû néanmoins
être très-perçant dans le point central de
son tourbillon. Ainsi , Monsieur , quelque
terrible que fût le bruit causé à Pale
Magazin à Poudre dont je vous
ai parlé , il ne fut entendu qu'aux environs
, les Habitans des autres Quartiers.
ne le scutent que par oui dire.
ris par
Faisons l'application de mes principes
à la diablerie d'Ansacq , ou si vous voulez
à celle de Sezanne . Ce bruit sortoit
du sein de la Terre ou de l'Air ; quant à
celui que j'entendis à Sezanne , il avoir
assurément son principe dans une Nuée ,
qui selon toutes les apparences , avoit été
formée
JUILLET. 1731
1639
formée par des vapeurs exhalées de ces.
Marais et de ces Etangs dont je vous ai
parlé.
de
Il faut dire que dans cette Nuée se trou
voit renfermée une grande quantité ou de
Sels ou d'autres esprits très- actifs qui y
avoient été enveloppez ou par une chute
plusieursNuées les unes sur les autres ,ou
parce que se dégageant de la partie aqueuse
et la plus grossiere de la Nuée , ils s'étoient
creusé une espece de voute, ou pour
mieux dire , un nombre infini de petites
celules ou concavitez , que ces esprits actifs
se multipliant et se raréfiant , ne pouvant
plus se contenir dans ces celules ou
concavitez , les percerent en differens en .
droits , et sortant par ces troux avec impétuosité
, ébranloient par leur choc les
differentes colomnes de notre matiere
Auide celle- cy communiquant son trẻ-
moussement et ses secousses à tous les
objets voisins capables d'être ébranlés , et
frapant les oreilles de ceux qui pouvoient
se rencontrer dans ses tourbillons , leur
faisoit distinguer des sons .
Ces esprits se faisant jour de toutes parts,
et sortant par une infinité d'échancrures
ou de troux de forme differente , donnoient
par leur éruption des secousses infinies
et d'une varieté infinie à la matiere flui-
>
de ,
1640 MERCURE DE FRANCE
de , qui en les reportant à l'oreille , faisoit
par consequent éprouver une infinité
de sons differens. Les efforts. que
faisoient ces Esprits pour sortir , élargissoient
necessairement leurs passages , out
même réduisoient un grand nombre de
troux très- petits en un seul , et grossissoient
parconsequent et confondoient les
sons.
Enfin la plus grande partie de ces Esprits
s'étant échappez , ce qui restoit se
trouvant par là plus au large dans ces
Celules , ou peut être la matiere grossierequi
s'opposoit à leur sortie , se trouvant
assez dilatée pour qu'ils pussent sortir
sans tant de précipitation , ils ne frapperent
plus que foiblement , et leur activité
ébranlant le corps entier de la Nuée
ne produisoit plus qu'une secousse generale
de tout ce Corps , et ne rendoit plus.
qu'un son qui devoit être , à la verité , un
peu violent , et étourdir les oreilles , mais
unique et très-confus , tel à peu près
( toute proportion gardée ) que celui que
fait une bande d'Oyes ou de Canards.
sauvages par le battement des aîles , en
fendant l'Air.
Qu'il y ait plusieurs Nuées ou feüilles
de Nuées, ( si l'on peut parler ainsi ) qui
puissent retomber les unes sur les autres
JUILLET 1731. 1642
il suffit pour s'en convaincre de lever
les yeux en l'air dans un temps de Nuée
on en voit d'infiniment plus élevées les
unes que les autres ; quelques Philosophes
ont même prétendu que cette chûte
de Nuées les unes sur les autres faisoit
tout le bruit du Tonerre. Qu'il se forme
des concavités dans les Nuées , et qu'il
puisse y en avoir plusieurs dans une même
Nuée , le Tonerre nous le démontre ;
nous voyons la matiere ignée sortir , et
le bruit éclatter d'un grand nombre d'endroits
tout à la fois.
Ce Metéore prouve encore ce que je
dis de l'eruption de la Nuée causée par
les efforts des esprits qui en veulent sortir
, puisque dans le Tonerre si- tôt que
la matiere ignée est parvenue à se faire
passage et à sortir de la Nuée , nous
voyons cette Nuée fendue en plusieurs.
pieces , et chaque piece se pousser de differens
côtés. Donc si cette matiere ignée
qui étoit renfermée dans la Nuée, en est
sortie , ce n'a été qu'en brisant par son
choc cette même Nuée..
Voilà M. ce que je pense du bruit que
j'entendis à Sezanne ; et comme je pense
de même de celui qui fut entendu à
Ansacq , je dois y étendre cette explication
, contre laquelle je prévois deux
objections ,
1542 MERCURE DE FRANCE
objections , l'une de la part du Curé
d'Ansacq , et l'autre de vous.
M. le Curé pour déffendre sa Rélation
et toutes ses dépendances , pourra me
dire qu'en suivant mes propres principes
, il n'y a rien d'impossible dans toutes
les circonstances de son Akousmate
et que j'ai tort par consequent d'en retrancher
le plus admirable , parcequ'il
suffit que dans le sein de la Terre , il se
soit trouvé plusieurs concavités remplies
d'une matière active qui ait cherché à
forcer sa Prison , et que ces concavités
se soient trouvées à quelque distance les
unes des autres , pour que dans quelques
unes la matiete ait été plus préparée à sortir
et à s'éloigner , et ait par consequent
rompu la premiere la Prison avec fracas
et qu'enfin dans le milieu toutes les autres
, peut être même ébranlées par les
secousses des premieres crévées , soient
parties presque en même temps ; qu'il
n'y a pas plus de difficulté à supposer un
grand nombre de concavités en la varieté
des sons dans le sein de la Terre que dans
une Nuée , puisque j'admets le principe
des sons dans la Terre comme dans les
·Airs.
+
A cela je réponds qu'il y a une grande
difference entre une Nuée et la Terre.
Unc
JUILLET. 1731. 1643
gner
UneNuée est composée de parties les unes
aqueuses trés -liées , et d'autres trés- actives
, qui par leur propre mouvement ,
et par l'effort, qu'elles font pour s'éloi
de leurs centres , peuvent se détacher
des plus grossieres , et s'élever ; si en
s'élevant elles trouvent des obstacles, elles
seront renfermées de tous côtés , et demeureront
dans le sein de la Nuée , jusqu'à
ce qu'elles ayent pû par leur activiré
et leur quantité forcer les barrieres ; ou
bien , si dans le tems qu'elles s'élevent, un
Nuage superieur vient à tomber sur celui
d'où elles sortent , elles se trouveront
comme englouties entre ces deux Nuages ,
et ne pourront jamais s'en dégager sans
éffort.
Et ce qui peut multiplier le bruit ,
c'est que ces parties spiritueuses que j'appelle
Esprits , peuvent même sortir à plusieurs
fois , parce que , se trouvant trop
comprimées , et s'étant fait jour par la
partie de la Nuée la plus foible , il peutarriver
qu'il n'en sorte qu'une certaine
quantité , que le reste étant au large n'ait
plas la même activité pour s'échapper
et que l'ouverture se referme aussitôt que
les esprits les plus actifs sont sortis
par Pélasticité ou par la grande facilité
à se reunir avec les parties aqueuses.
Donné
1644 MERCURE DE FRANCE
Donné un coup dans un ruisseau ,
vous pourrés voir le fond , mais ces parties
d'eau que vous aurés mises dans un
grand mouvement se réuniront aussi
promptement que vous les aurés separées
, si vous voulez voir une deuxième
fois le fond , il faut donner un deuxième
coup. Telle est la nature de tous les liquides
et fluides, et en particulier des Nuées,
comme nous le prouvent les éclairs qui
fendent la Nuée avec impetuosité,à peine
sont ils sortis qu'elle se referme , et il
faut absolument qu'elle soit brisée en plusieurs
morceaux pour que tous les esprits
ayent le tems de se dissiper entierement.
Il s'en faut beaucoup qu'on en puisse
dire autant de la Terre.C'est un corps solide
et grossier qui n'a ni élasticité ni
mouvement. Etant une fois ouvert , ou le
trou demeure toujours, ou la surface s'abîme
, et remplit la concavité aussitôt que
cette matiere active en est sortie , ensorte
qu'elle n'a besoin que d'un effort
pour fuir, et par consequent elle ne doit
produire qu'un seul son.
>
D'ailleurs il est bien difficile de suposer
dans la Terre tant de petites concavités
differentes dans un si petit espace , du
moins est- il impossible que toutes ces pe
tites concavités eussent crevé sans que la
surface
JUILLET. 1731. 1545
surface en eût été ébranlée . Mais surtout
il faut convenir que ce bruit sortant de
la Terre ne se seroit élevé que de la hauteur
de son tourbillon , et auroit toujours paru
fixé.
Que dix mille hommes rangés dans
une plaine fassent chacun une décharge ,
tout les coups seront entendus fixement
comme
pourra dint de la Plaine , et l'on
dire j'ai entendu tirer dans la
Plaine dix milles coups de fusil
Dira- ton , en effet , que le tintamarre
d'Ansacq soit sorti de la Terre , et qu'il
soit allé se faire entendre le long du
Village pour effrayer les endormis. Il est
donc plus probable que c'est une Nuée
qui a produit ces Sons. 1 ° . Presque tous
les témoins et M. le Curé lui- même conviennent
que ce bruit s'est fait entendre
en l'air. 2. La disposition du Terrain
les Montagnes fecondes en Sources , les
Bois , les Ruisseaux , les Marécages qui
en sont les suites , ont pû facilement
former cette Nuée.
Enfin M. le Curé pourra ajouter qu'en
supposant , si je veux , que ce bruit soit
parti d'une Nuée , il se peut faire qu'à
chaque extrémité de la Nuée , il y ait eu
du bruit avant que le milieu se soit fait
entendre.
A
1646 MERCURE DE FRANCE
A cela on peut répondre que les temoins
qui disent avoir entendu ces deux
premieres voix les font sortir de la Terre.
En deuxieme lieu les extrêmités d'une
Nuée sont infiniment plus rarefiées que
le milieu , dès- là les esprits qui pourroient
s'y rencontrer ont trop de liberté
pour pouvoir faire du ffacas par leur
évasion. C'est toujours à quelque distanée
de ses extrémités qu'une Nuée se contracte
davantage , et qu'elle se condense
de façon qu'elle y forme une espece de
corps opaque. C'est ce qui me fait croire,
que quoyque ces deux voix ne soient pas
phisiquement impossibles , puisqu'on
peut supposer que la Nuée avoit assés
d'étendue pour que ce ne fut pas absolument
à ses extrémités : cependant le fait
est trop suspect pour l'admettre. Il en
faut dire autant des éclats de rire et de la
symphonie.
Quant à vous , M. vous me direz que
mon explication peut bien faire concevoir
quelque bruit à peu prés semblable à ceux
du Tonnerre , mais nullement des voix
humaines , des cris d'Oiseaux et d'Animaux.
Il est aisé de répondre à vôtre objection.
Si l'Art peut bien imiter la nature ,
pourquoy ne voudriés-vous pas que la
nature
JUILLET. 1731. 1647
nature s'imitât elle- même dans ses differenres
operations ? si un Facteur d'Orgues
peut bien dans son jeu faire imiter
la voix humaine et les differens instrumens
; si un Paisan peut bien avec un
petit instrument de terre cuite , qu'on
debite dans vos Foires , imiter un Rossignol
; si l'on peut inventer differentes
machines qui imitent parfaitement la
Perdrix et la Caille , pourquoy ne voudriez
-vous pas qu'il se trouvât dans les
differens conduits , qui poussent les esprits
renfermés dans cetteNuée au dehors,
quelque chose qui ressemble à la voix
humaine , à un cri d'Oiseau ou d'Animal?
La voix humaine , celle d'un Oiseau
ou d'un autre Animal , n'est formée
par un air reçu dans les poumons ( qui
font à peu-prés la même fonction dans
le corps , que les soufflers dans les Orgues)
lequel en étant chassé par la trachée-artere
, se dégorge par le Larinx dans la
bouche , d'où il se répand ensuite au dehors
; la qualité du son ou de la voix dépend
de la construction de ce tuyau et
de la forme de son embouchure ou du
Larinx ; si le Larinx est étroit comme
dans les Enfans et dans les Femmes , le son
sera aigu , perçant et délié , si la trachéeartere
et même le Larinx sont humectés
que
dune
1648 MERCURE DE FRANCE
d'une liqueur douce et onctueuse , le son
sera sonore et agréable. Si au contraire
ils sont secs , arides , échauffés , où remplis
d'une liqueur épaisse et gluante comme
dans le rhume , la voix sera grêle ,
rauque , ou tout à fait étouffée.
Ily
a des hommes dont la voix ressemble
si
peu que
nous
appellons
voix
humaine
, que si nous
ne les voyons
pas ,
nous
ne nous
persuaderions
jamais
que
ce son
que
nous
entendons
fût
la voix
d'un
homme
; il y a au contraire
des Oiseaux
et des
Animaux
qui
imitent
parfaitement
la voix
humaine
.
En un mot , le son et les differentes
modifications que nôtre ame en reçoit
ne venant que des differentes façons dont
nôtre oreille est frappée , et dont ce choc
est raporté à l'ame , rien de plus facile de
concevoir que l'air , ou nôtre matiere
fluide , ne puissent être chassés d'un endroit
qui aura la même forme que dans le
Larinx,par consequent fraper notre oreille
de la même façon que si cela sortoit de
la trachée- artere , et exciter en nôtre ame
la même sensation ,
Je ne ferois pas même tant de difficul
té d'admettre la symphonie chorien e de
M. le Curé d'Ansacq , s'il ne la compo
soit que de flutes , de trompettes et d'au
tre
JUILLET. 1731. 1649
tres instrumens àvent, parce qu'il est trèsfacile
entre cette multitude de passages
et de trous que je suppose qu'ont faits ces
esprits pour s'échaper , d'y en concevoir
plusieurs de la forme d'un trou de flute
ou d'aurres instrumens à vent , par où
les esprits soient sortis de la mê ne façon
que l'air sort par les trous des instrumens,
quand on soufl dedans , et par où
ils auront fait ressentir aux colomne: voisines
de nôtre matiere fluide les mêmes
secouss es , et qui auront produit parconsequent
le même son . Les deux bourdons
que j'entendis , et ( dont je parle )
prouvent cette possibilité. Mais j'avoue
que les Tambours , les Violons & c . sont
des Concerts d'une trop difficile exécules
Musiciens de: Airs.
tion
pour
Voilà , Monsieur , ce que je pense et ce
que j'avois à vous dire , pour vous obéir
sur l'Akousmate d'Ansacq , et sûr une
Avanture presque toute semblable qui
est arrivée , moi present, à Sezanne ; heureux
si mes réflexions vous ont paru avoir
quelque fondement dans une Physique
raisonnable , et surtout si je ne vous ai
point ennuyé. Je suis & c .
A Paris ce 25. Juin. 1731.
lonat de Soalaines , sur les Akousmates.
J'A
*
'Ay établi , Monsieur , dans ma premiere
Lettre , que les principes des
sons peuvent se rencontrer aussi - bien dans
le sein de la Terre que dans les Airs , et
je l'ai prouvé principalement par l'experience.
Il est vrai que les bruits dont j'ai
parlé , qui sortent des entrailles de la
Terre , sont très rares , et qu'ils sont ,
quand ils arrivent, plus confus et entendus
de moins loin , que ceux qui partent des >
Airs , et ces évenemens sont une suite
de mon principe. La Terre étant très-facile
à se dilater , sur tout dans les endroits .
où peuvent résider les matieres qui les
occasionnent ,, il s'ensuit que ne tro vant
que très- peu ou point du tou
tar
cles dans leur sortie , elles ne doivent aire
aucun bruit , ou du moins un bruit trèspen.
1638 MERCURE DE FRANCE
peu sensible ; de- là ces matieres sulfureuses
qui composent les brouillards et
qui font les tremblemens de Terre , ne
produisent aucun son en sortant. D'ailleurs
notre matiere fluide agitée , trouvant
à sa rencontre des Edifices et des Montagnes
ou d'autres obstacles dans son extension,
se refléchit dans l'espace d'où elle
part , et peu à peu ne recevant plus que
des secousses ou des vibrations sembla
bles à celles d'une Corde de Clavecin
sur laquelle on met legerement le doigt
dans le tems que la touche la frappe , elle
ne peut plus s'entendre bien loin et ne
doit plus exciter qu'un son très -confus
et très-interrompu , qui a pû néanmoins
être très-perçant dans le point central de
son tourbillon. Ainsi , Monsieur , quelque
terrible que fût le bruit causé à Pale
Magazin à Poudre dont je vous
ai parlé , il ne fut entendu qu'aux environs
, les Habitans des autres Quartiers.
ne le scutent que par oui dire.
ris par
Faisons l'application de mes principes
à la diablerie d'Ansacq , ou si vous voulez
à celle de Sezanne . Ce bruit sortoit
du sein de la Terre ou de l'Air ; quant à
celui que j'entendis à Sezanne , il avoir
assurément son principe dans une Nuée ,
qui selon toutes les apparences , avoit été
formée
JUILLET. 1731
1639
formée par des vapeurs exhalées de ces.
Marais et de ces Etangs dont je vous ai
parlé.
de
Il faut dire que dans cette Nuée se trou
voit renfermée une grande quantité ou de
Sels ou d'autres esprits très- actifs qui y
avoient été enveloppez ou par une chute
plusieursNuées les unes sur les autres ,ou
parce que se dégageant de la partie aqueuse
et la plus grossiere de la Nuée , ils s'étoient
creusé une espece de voute, ou pour
mieux dire , un nombre infini de petites
celules ou concavitez , que ces esprits actifs
se multipliant et se raréfiant , ne pouvant
plus se contenir dans ces celules ou
concavitez , les percerent en differens en .
droits , et sortant par ces troux avec impétuosité
, ébranloient par leur choc les
differentes colomnes de notre matiere
Auide celle- cy communiquant son trẻ-
moussement et ses secousses à tous les
objets voisins capables d'être ébranlés , et
frapant les oreilles de ceux qui pouvoient
se rencontrer dans ses tourbillons , leur
faisoit distinguer des sons .
Ces esprits se faisant jour de toutes parts,
et sortant par une infinité d'échancrures
ou de troux de forme differente , donnoient
par leur éruption des secousses infinies
et d'une varieté infinie à la matiere flui-
>
de ,
1640 MERCURE DE FRANCE
de , qui en les reportant à l'oreille , faisoit
par consequent éprouver une infinité
de sons differens. Les efforts. que
faisoient ces Esprits pour sortir , élargissoient
necessairement leurs passages , out
même réduisoient un grand nombre de
troux très- petits en un seul , et grossissoient
parconsequent et confondoient les
sons.
Enfin la plus grande partie de ces Esprits
s'étant échappez , ce qui restoit se
trouvant par là plus au large dans ces
Celules , ou peut être la matiere grossierequi
s'opposoit à leur sortie , se trouvant
assez dilatée pour qu'ils pussent sortir
sans tant de précipitation , ils ne frapperent
plus que foiblement , et leur activité
ébranlant le corps entier de la Nuée
ne produisoit plus qu'une secousse generale
de tout ce Corps , et ne rendoit plus.
qu'un son qui devoit être , à la verité , un
peu violent , et étourdir les oreilles , mais
unique et très-confus , tel à peu près
( toute proportion gardée ) que celui que
fait une bande d'Oyes ou de Canards.
sauvages par le battement des aîles , en
fendant l'Air.
Qu'il y ait plusieurs Nuées ou feüilles
de Nuées, ( si l'on peut parler ainsi ) qui
puissent retomber les unes sur les autres
JUILLET 1731. 1642
il suffit pour s'en convaincre de lever
les yeux en l'air dans un temps de Nuée
on en voit d'infiniment plus élevées les
unes que les autres ; quelques Philosophes
ont même prétendu que cette chûte
de Nuées les unes sur les autres faisoit
tout le bruit du Tonerre. Qu'il se forme
des concavités dans les Nuées , et qu'il
puisse y en avoir plusieurs dans une même
Nuée , le Tonerre nous le démontre ;
nous voyons la matiere ignée sortir , et
le bruit éclatter d'un grand nombre d'endroits
tout à la fois.
Ce Metéore prouve encore ce que je
dis de l'eruption de la Nuée causée par
les efforts des esprits qui en veulent sortir
, puisque dans le Tonerre si- tôt que
la matiere ignée est parvenue à se faire
passage et à sortir de la Nuée , nous
voyons cette Nuée fendue en plusieurs.
pieces , et chaque piece se pousser de differens
côtés. Donc si cette matiere ignée
qui étoit renfermée dans la Nuée, en est
sortie , ce n'a été qu'en brisant par son
choc cette même Nuée..
Voilà M. ce que je pense du bruit que
j'entendis à Sezanne ; et comme je pense
de même de celui qui fut entendu à
Ansacq , je dois y étendre cette explication
, contre laquelle je prévois deux
objections ,
1542 MERCURE DE FRANCE
objections , l'une de la part du Curé
d'Ansacq , et l'autre de vous.
M. le Curé pour déffendre sa Rélation
et toutes ses dépendances , pourra me
dire qu'en suivant mes propres principes
, il n'y a rien d'impossible dans toutes
les circonstances de son Akousmate
et que j'ai tort par consequent d'en retrancher
le plus admirable , parcequ'il
suffit que dans le sein de la Terre , il se
soit trouvé plusieurs concavités remplies
d'une matière active qui ait cherché à
forcer sa Prison , et que ces concavités
se soient trouvées à quelque distance les
unes des autres , pour que dans quelques
unes la matiete ait été plus préparée à sortir
et à s'éloigner , et ait par consequent
rompu la premiere la Prison avec fracas
et qu'enfin dans le milieu toutes les autres
, peut être même ébranlées par les
secousses des premieres crévées , soient
parties presque en même temps ; qu'il
n'y a pas plus de difficulté à supposer un
grand nombre de concavités en la varieté
des sons dans le sein de la Terre que dans
une Nuée , puisque j'admets le principe
des sons dans la Terre comme dans les
·Airs.
+
A cela je réponds qu'il y a une grande
difference entre une Nuée et la Terre.
Unc
JUILLET. 1731. 1643
gner
UneNuée est composée de parties les unes
aqueuses trés -liées , et d'autres trés- actives
, qui par leur propre mouvement ,
et par l'effort, qu'elles font pour s'éloi
de leurs centres , peuvent se détacher
des plus grossieres , et s'élever ; si en
s'élevant elles trouvent des obstacles, elles
seront renfermées de tous côtés , et demeureront
dans le sein de la Nuée , jusqu'à
ce qu'elles ayent pû par leur activiré
et leur quantité forcer les barrieres ; ou
bien , si dans le tems qu'elles s'élevent, un
Nuage superieur vient à tomber sur celui
d'où elles sortent , elles se trouveront
comme englouties entre ces deux Nuages ,
et ne pourront jamais s'en dégager sans
éffort.
Et ce qui peut multiplier le bruit ,
c'est que ces parties spiritueuses que j'appelle
Esprits , peuvent même sortir à plusieurs
fois , parce que , se trouvant trop
comprimées , et s'étant fait jour par la
partie de la Nuée la plus foible , il peutarriver
qu'il n'en sorte qu'une certaine
quantité , que le reste étant au large n'ait
plas la même activité pour s'échapper
et que l'ouverture se referme aussitôt que
les esprits les plus actifs sont sortis
par Pélasticité ou par la grande facilité
à se reunir avec les parties aqueuses.
Donné
1644 MERCURE DE FRANCE
Donné un coup dans un ruisseau ,
vous pourrés voir le fond , mais ces parties
d'eau que vous aurés mises dans un
grand mouvement se réuniront aussi
promptement que vous les aurés separées
, si vous voulez voir une deuxième
fois le fond , il faut donner un deuxième
coup. Telle est la nature de tous les liquides
et fluides, et en particulier des Nuées,
comme nous le prouvent les éclairs qui
fendent la Nuée avec impetuosité,à peine
sont ils sortis qu'elle se referme , et il
faut absolument qu'elle soit brisée en plusieurs
morceaux pour que tous les esprits
ayent le tems de se dissiper entierement.
Il s'en faut beaucoup qu'on en puisse
dire autant de la Terre.C'est un corps solide
et grossier qui n'a ni élasticité ni
mouvement. Etant une fois ouvert , ou le
trou demeure toujours, ou la surface s'abîme
, et remplit la concavité aussitôt que
cette matiere active en est sortie , ensorte
qu'elle n'a besoin que d'un effort
pour fuir, et par consequent elle ne doit
produire qu'un seul son.
>
D'ailleurs il est bien difficile de suposer
dans la Terre tant de petites concavités
differentes dans un si petit espace , du
moins est- il impossible que toutes ces pe
tites concavités eussent crevé sans que la
surface
JUILLET. 1731. 1545
surface en eût été ébranlée . Mais surtout
il faut convenir que ce bruit sortant de
la Terre ne se seroit élevé que de la hauteur
de son tourbillon , et auroit toujours paru
fixé.
Que dix mille hommes rangés dans
une plaine fassent chacun une décharge ,
tout les coups seront entendus fixement
comme
pourra dint de la Plaine , et l'on
dire j'ai entendu tirer dans la
Plaine dix milles coups de fusil
Dira- ton , en effet , que le tintamarre
d'Ansacq soit sorti de la Terre , et qu'il
soit allé se faire entendre le long du
Village pour effrayer les endormis. Il est
donc plus probable que c'est une Nuée
qui a produit ces Sons. 1 ° . Presque tous
les témoins et M. le Curé lui- même conviennent
que ce bruit s'est fait entendre
en l'air. 2. La disposition du Terrain
les Montagnes fecondes en Sources , les
Bois , les Ruisseaux , les Marécages qui
en sont les suites , ont pû facilement
former cette Nuée.
Enfin M. le Curé pourra ajouter qu'en
supposant , si je veux , que ce bruit soit
parti d'une Nuée , il se peut faire qu'à
chaque extrémité de la Nuée , il y ait eu
du bruit avant que le milieu se soit fait
entendre.
A
1646 MERCURE DE FRANCE
A cela on peut répondre que les temoins
qui disent avoir entendu ces deux
premieres voix les font sortir de la Terre.
En deuxieme lieu les extrêmités d'une
Nuée sont infiniment plus rarefiées que
le milieu , dès- là les esprits qui pourroient
s'y rencontrer ont trop de liberté
pour pouvoir faire du ffacas par leur
évasion. C'est toujours à quelque distanée
de ses extrémités qu'une Nuée se contracte
davantage , et qu'elle se condense
de façon qu'elle y forme une espece de
corps opaque. C'est ce qui me fait croire,
que quoyque ces deux voix ne soient pas
phisiquement impossibles , puisqu'on
peut supposer que la Nuée avoit assés
d'étendue pour que ce ne fut pas absolument
à ses extrémités : cependant le fait
est trop suspect pour l'admettre. Il en
faut dire autant des éclats de rire et de la
symphonie.
Quant à vous , M. vous me direz que
mon explication peut bien faire concevoir
quelque bruit à peu prés semblable à ceux
du Tonnerre , mais nullement des voix
humaines , des cris d'Oiseaux et d'Animaux.
Il est aisé de répondre à vôtre objection.
Si l'Art peut bien imiter la nature ,
pourquoy ne voudriés-vous pas que la
nature
JUILLET. 1731. 1647
nature s'imitât elle- même dans ses differenres
operations ? si un Facteur d'Orgues
peut bien dans son jeu faire imiter
la voix humaine et les differens instrumens
; si un Paisan peut bien avec un
petit instrument de terre cuite , qu'on
debite dans vos Foires , imiter un Rossignol
; si l'on peut inventer differentes
machines qui imitent parfaitement la
Perdrix et la Caille , pourquoy ne voudriez
-vous pas qu'il se trouvât dans les
differens conduits , qui poussent les esprits
renfermés dans cetteNuée au dehors,
quelque chose qui ressemble à la voix
humaine , à un cri d'Oiseau ou d'Animal?
La voix humaine , celle d'un Oiseau
ou d'un autre Animal , n'est formée
par un air reçu dans les poumons ( qui
font à peu-prés la même fonction dans
le corps , que les soufflers dans les Orgues)
lequel en étant chassé par la trachée-artere
, se dégorge par le Larinx dans la
bouche , d'où il se répand ensuite au dehors
; la qualité du son ou de la voix dépend
de la construction de ce tuyau et
de la forme de son embouchure ou du
Larinx ; si le Larinx est étroit comme
dans les Enfans et dans les Femmes , le son
sera aigu , perçant et délié , si la trachéeartere
et même le Larinx sont humectés
que
dune
1648 MERCURE DE FRANCE
d'une liqueur douce et onctueuse , le son
sera sonore et agréable. Si au contraire
ils sont secs , arides , échauffés , où remplis
d'une liqueur épaisse et gluante comme
dans le rhume , la voix sera grêle ,
rauque , ou tout à fait étouffée.
Ily
a des hommes dont la voix ressemble
si
peu que
nous
appellons
voix
humaine
, que si nous
ne les voyons
pas ,
nous
ne nous
persuaderions
jamais
que
ce son
que
nous
entendons
fût
la voix
d'un
homme
; il y a au contraire
des Oiseaux
et des
Animaux
qui
imitent
parfaitement
la voix
humaine
.
En un mot , le son et les differentes
modifications que nôtre ame en reçoit
ne venant que des differentes façons dont
nôtre oreille est frappée , et dont ce choc
est raporté à l'ame , rien de plus facile de
concevoir que l'air , ou nôtre matiere
fluide , ne puissent être chassés d'un endroit
qui aura la même forme que dans le
Larinx,par consequent fraper notre oreille
de la même façon que si cela sortoit de
la trachée- artere , et exciter en nôtre ame
la même sensation ,
Je ne ferois pas même tant de difficul
té d'admettre la symphonie chorien e de
M. le Curé d'Ansacq , s'il ne la compo
soit que de flutes , de trompettes et d'au
tre
JUILLET. 1731. 1649
tres instrumens àvent, parce qu'il est trèsfacile
entre cette multitude de passages
et de trous que je suppose qu'ont faits ces
esprits pour s'échaper , d'y en concevoir
plusieurs de la forme d'un trou de flute
ou d'aurres instrumens à vent , par où
les esprits soient sortis de la mê ne façon
que l'air sort par les trous des instrumens,
quand on soufl dedans , et par où
ils auront fait ressentir aux colomne: voisines
de nôtre matiere fluide les mêmes
secouss es , et qui auront produit parconsequent
le même son . Les deux bourdons
que j'entendis , et ( dont je parle )
prouvent cette possibilité. Mais j'avoue
que les Tambours , les Violons & c . sont
des Concerts d'une trop difficile exécules
Musiciens de: Airs.
tion
pour
Voilà , Monsieur , ce que je pense et ce
que j'avois à vous dire , pour vous obéir
sur l'Akousmate d'Ansacq , et sûr une
Avanture presque toute semblable qui
est arrivée , moi present, à Sezanne ; heureux
si mes réflexions vous ont paru avoir
quelque fondement dans une Physique
raisonnable , et surtout si je ne vous ai
point ennuyé. Je suis & c .
A Paris ce 25. Juin. 1731.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE de M. Lalouat de Soalaines, sur les Akousmates.
Dans sa seconde lettre, M. Larionat de Soalaines examine les principes des sons, affirmant qu'ils peuvent se manifester aussi bien dans la Terre que dans les airs. Il note que les bruits provenant des entrailles de la Terre sont rares et confus, contrairement à ceux provenant des airs. La Terre, étant facile à dilater, produit peu de bruit lors de la sortie des matières sulfureuses. Les matières fluides, rencontrant des obstacles comme des édifices ou des montagnes, se réfléchissent et produisent des sons confus et interrompus. L'auteur applique ses principes à des événements spécifiques, tels que la 'diablerie' d'Ansacq et celle de Sezanne. À Sezanne, le bruit provenait d'une nuée formée par des vapeurs exhalées des marais et étangs. Cette nuée contenait des sels ou des esprits actifs qui, en se multipliant et en se raréfiant, perçaient les concavités et produisaient des sons variés. Les esprits actifs, en sortant avec impétuosité, ébranlaient la matière fluide, produisant ainsi des sons divers. Une fois la majorité des esprits échappés, le bruit devenait plus confus et moins perçant. L'auteur discute également de la possibilité de plusieurs nuées se superposant et formant des concavités, comme le démontre le tonnerre. Il réfute les objections du curé d'Ansacq et de son interlocuteur, soulignant les différences entre une nuée et la Terre. Une nuée, composée de parties aqueuses et actives, peut produire des sons variés, tandis que la Terre, étant solide et grossière, ne produit qu'un seul son. Enfin, l'auteur répond à l'objection selon laquelle son explication ne peut pas rendre compte de voix humaines ou de cris d'animaux, affirmant que la nature peut imiter ses propres opérations, comme le font les instruments musicaux. Le texte explore également la possibilité que des sons puissent être produits par des moyens mécaniques, comme des instruments à vent. Il mentionne une symphonie chorale composée uniquement d'instruments à vent, suggérant que les esprits peuvent s'échapper par des trous similaires à ceux des instruments, produisant ainsi des sons. L'auteur admet cependant que des instruments comme les tambours ou les violons sont plus difficiles à expliquer par ce mécanisme. Le texte se conclut par une formule de politesse datée du 25 juin 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5232
p. 1653-1668
SECONDE LETTRE de M. Capperon sur la Méthode d'observer les Sels qui se trouvent dans les Terres, dans les Plantes, dans les Humeurs, &c.
Début :
MONSIEUR, Vous sçavez mieux que moi, qu'il y a long-tems qu'on cherche un moyen de [...]
Mots clefs :
Sels, Mixtes, Hippocrate, Analyse chimique, Académie royale des sciences de Paris, Sel volatile, Distillation, Terre glaise, Puits, Blanchisseurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE de M. Capperon sur la Méthode d'observer les Sels qui se trouvent dans les Terres, dans les Plantes, dans les Humeurs, &c.
SECONDE LETTRE de M. Capperon
sur la Méthode d'observer les Sels qui
se trouvent dans les Terres , dans les
Plantes , dans les Humeurs , &c.
MONSIEUR ,
Vous sçavez mieux que moi , qu'il y a
long- tems qu'on cherche un moyen de
connoître la qualité des Mixtes , pour ju
ger des effets qu'ils doivent naturellement
operer. Comme on étoit d'abord persuadé
que les Mixtes
n'opéroient
que parce
qu'on
appelloit
leurs qualitez
; sçavoir
, le
chaud
, le sec , le froid
, et l'humide
; on
B iij
1574 MERCURE DE FRANCE
crut avoir fait beaucoup , que d'assigner à
chaque Mixte , jusqu'à quel degré il étoit
chaud , sec , froid , ou humide ; ce dont
on jugeoit par les effets qu'on lui voyoit
produire , et par- là on se flatoit d'avoir
un moyen suffisant pour connoître le
bien ou le mal que ces Mixtes pouvoient
faire.
Quoique cette Méthode fut en usage
avant le tems d'Hypocrate , et qu'elle l'ait
été presque jusqu'à nos jours : * cet habile
Homme reconnut néanmoins , qu'on ne
pouvoit pas aller loin avec cette Découverte.
Il crut qu'il pouvoit y mieux réüssir
, en enseignant que les Mixtes n'opéroient
qu'entant qu'ils contenoient quelque
chose de plus ou moins amer , ou salé,
ou doux , ou âpre , ou acerbe , ou adoucissant
, ** &c.En quoi , sans doute , il
pensoit plus juste que ceux qui l'avoient
précedé , mais après tout , ce n'étoit connoître
la nature des Mixtes que par leurs
seuls effets , même par leurs effets senfibles
; par consequent il falloit les avoir
souvent éprouvez , avant que d'en fixer
les qualitez.
Enfin la Chymie étant devenue com-
* On la peut voir bien marquée dans Matthi
Comment. sur Dioscoride.
** Lib. de prisca Medicina.
mune
JUILLET.
1731. 1575
mune , on a crû avoir trouvé le moyen
infaillible pour découvrir primitivement
ce que chaque Mixte devoit naturellement
opérer , parce que ceux qui cultivoient
cet art , prétendant avoir une Méthode
assurée pour décomposer les Mixtes par
le moyen du feu , séparer les Principes
dont ils étoient composez , pour les voir
ensuite à leur aise séparément , et connoître
leurs opérations, ils n'ont nullement
douté , qu'à proportion que quelques- uns
de ces principes se trouveroient dominer
plus ou moins dans les Mixtes , leurs Effets
devoient se diversifier differemment :
c'est ce qui a même donné lieu à l'Académie
Royale des Sciences de Paris , de
faire travailler à l'Analyse Chymique des
Plantes , dans l'esperance qu'on auroit
par là une connoissance assurée des effets
qu'elles doivent naturellement produire.
Mais les personnes éclairées , même les
plus habiles dans cette Profession , sont
tombées d'accord , qu'on ne pouvoit pas
encore sé flatter d'être arrivé par cette
voye au but qu'on se proposoit depuis si
long - tems. M. Lemery , cet habile Chymiste
, avoue lui- même dans le Discours
qu'il a fait sur la Chymie en général , et
qui est à la tête de son cours de Chymie ,
B iiij que
1656 MERCURE DE FRANCE
que, si l'on veut considerer sans préoccupation
, comment le feu agit lorsqu'on
s'en sert pour anatomiser les plantes , ( on
;
doit dire la même chose des autres Mixtes
) : on avouera , dit- il , qu'il détruit et
confond la plupart des choses qu'il disseque
qu'il n'y a pas lieu de croire qu'il
rende les substances en leur état naturel :
aussi n'hésite - t- il pas à dire , parlant des
Sels des Plantes , qu'il n'y a que leur Sel
essentiel qui se tire de leur Suc exprimé ,
et filtré , et christalisé , qui soit le veritable
Sel qui étoit dans la Plante , ce qu'on
ne peut pas dire ( ajoûte t- il ) des deux autres
; sçavoir , le Sel volatile , et le Sel
fixescar eû égard à la violence du feu dont
on s'est servi pour les faire , il y agrande
apparence qu'ils ont été déguisez .
Tous ceux qui ont parlé sans prévention
de cette Analise des Mixtes,faite par
la voye du feu , en ont pensé de même.
Le Medecin de Montpellier qui a fait des
Notes sur l'Anatomie d'Heister , dit . que
ce n'est pas par l'Analyse Chymique qu'on
peut connoître les veritables principes
des
corps ; puisque le feu change les matieres
, et qu'il les décompose ; que ceuxqui
veulent en juger par cette Analyse ,
n'ont pas plus de raison , que ceux qui
voudroient connoître la nature des Caillous
JUILLET. 1731. 1657.
lous par la chaux . En effet , c'est une
chose certaine , dit M. Lemery dans son
Mémoire sur les Analyses des Plantes , inseré
dans l'Histoire de l'Académie
, que
quoique l'Oseille ait un Suç naturellement
aigre dans la Distilation , neanmoins
elle donne beaucoup moins d'acide , que
plusieurs autres Plantes qui n'en manifestent
pas tant.
Il me paroît donc , que voulant connoître
ce que la plupart des Mixtes peuvent
opérer, on peut aller plus surement
au but par la Méthode que j'ai découverte,
que par cette Analyse Chymique à laquelle
on s'est attaché depuis ces derniers
tems ; car dans la plupart des Mixtes ,
quelle est la chose qui opére les plus
grands & les plus sensibles effets ? ne sontce
pas les Sels qui sont contenus dans ces
Mixtes , lorsque venant à se déveloper , et
s'insinuant dans les pores des autres Corps
ils les dilatent , les ouvrent , en remplissent
les vuides , ou rompent & dérangent
la contexture de leurs parties ? Ainsi , on
ne peut disconvenir , que de toutes les
parties , ou , si l'on veut, de tous les principes
qui forment les Mixtes , les particules
salines étant les plus roides
Ait, Des Mamelles,
, et les
plus
1658 MERCURE DE FRANCE
plus figurées , leur opération doit être
la plus sensible et la plus considerable.
Ainsi le moyen incontestablement le
plus sûr pour juger quels effets la plûpart
des Mixtes doivent naturellement produire
, consiste à connoître parfaitement
quels Sels dominent en eux , et quelles
sont les Figures specifiques de chacun de
ces Sels : puisque , comme j'ai déja dit , ils
opérent toûjours conformément à leur Figure
et à leur mouvement : or on ne peut
pas douter , que par ma Méthode , on ne
connoisse parfaitement quels sont les Sels
qui sont contenus dans la plupart des
Mixtes, et quelles en sont les Figures spécifiques
par consequent ma Méthode est
celle qui est la meilleure et la plus
sûre pour juger des effets que ces Mixtes
doivent naturellement produire .
Tout ceci préalablement établi , entrons
maintenant en matiere ; et voyons en particulier
comment il faut s'y prendre pour
connoître quels sont les Sels qui peuvent
être contenus, soit dans les Terres, soit dans
les Eaux , soit dans les Plantes , soit dans les
Humeurs ; car il me paroit que quand on
aura poussé jusques- là ses connoissances ,
on aura trouvé suffisamment de quoi se satisfaire
.
Voulant donc découvrir quel est le Sel
qui
JUILLET. 1731. 1659
qui peut être contenu dans telle Terre que
ce puisse être , voici comme je m'y prends
pour y réüssir. Je mêle avec de l'eau la
Terre en question , observant qu'il n'y ait
pas trop d'eau ; et aprés l'avoir laissée
quelque tems en infusion , je lui donne un
leger bouillon sur le feu ; ensuite ayant
filtré cette eau par le papier gris , pour la
rendre claire , je la fais christaliser sur
mes petits vers ronds , conformément à
ma Méthode. C'est ainsi que je m'y suis
pris pour voir et connoître les Sels difrens
du Terreau de fumier , de la bonne
Terre des champs , et de la Terre glaise ,
desquels je vous envoye les desseins. Mais
avant que je finisse ce qui regarde les Terres,
il est à propos que j'avertisse, que par rap-
•port à celles qui sont exposées à la Pluye,
Jes Sels qu'on y peut trouver , peuvent
souvent varier à raison des pluyes
des rosées , des brouillards , des neiges ,
ou des grêles , qui peuvent y tomber ,
et y déposer les differens Sels qui s'y rencontrent.
, ›
Pour les Eaux des puits , des rivieres et
des fontalnes, je ies christalise telles qu'elles
sont , lorsqu'elles sont pures et claires :
mais je dois aussi faire observer , que celles
des puits et des fontaines ne donnent
pas toûjours les mêmes Sels , ce que j'ai
B vj même
1660 MERCURE DE FRANCE
même remarqué dans les Eaux de Forges.
Certe variation mérite bien d'être plus
exactement observée que je n'ai fait, pour
en tirer toutes les conséquences convenables
à un pareil sujet.
,
et
Il est vrai que la même chose arrive à
l'égard de l'Eau des rivieres : mais la cause
en est évidente , sçavoir les pluyes , les
neiges, les grêles , & c. qui y tombent ,
les differentes Terres qui y sont souvent
entraînées , et qui y portent leurs Sels
avec elles . C'est par cette raison que j'ai
rrouvé des deux sortes de Sels dans l'eau
de la mer l'un est le Sel marin ordinaire
; et l'autre un Sel plus délié , dont
les pointes font plus fines. Ce qui rend
cette eau plus corrosive que celle où le
Sel marin seul est dissout . J'ai de même
trouvé de deux sortes de Sel dans l'eau
de riviere du mois de Mars , prise à dif
rens 'tems , le premier a quelque rapport
au Nitre , et le second au Borax ; mais
parce que je n'ai pas trouvé ce dernier Sel
avant ou après le tems marqué , cela
me fait soupçonner que c'est cette
espece de Sel qui rend les Eaux du mois
de Mars plus fortes et plus âpres que
les autres , qu'elles rendent le Linge plus
blanc , et qu'elles rongent davantage les
mains des Blanchisseuses , & c.
>
A
JUILLET
. 1731. 1661
'A l'égard des Plantes , voulant connoître
leurs veritables Sels , et voir quelles
sont leurs figures specifiques
,tout consiste
à piler la plante dans un mortier , y verser
ensuite ce qu'il convient d'eau , pour
donner plus de fluidité au suc , et donner
au Sel plus de facilité pour se dégager de
la viscosité dans laquelle il est souvent
renfermé : puis ayant laissé le tout poser
pendant quelque peu de tems , le filtrer
par le papier gris , et le faire ensuite christaliser
sur le verre. On peut bien juger
que plus le Suc de la Plante est visqueux , plus on doit y mêler d'eau . Je dirai aussi
que j'ai observé, que prenant les Plantes , dans le tems qu'elles sont dans leur for- ce , leurs Sels se font mieux connoître
.
>
Voilà de quelle maniere on peut voir
et connoitre les Sels des Plantes , quelles
sont leurs figures specifiques : par où l'on
peut juger des effets qu'elles doivent naturellement
produire : puisque comme
j'ai dit , c'est principalement
par les Sels
que tous les Mixtes font leurs plus puissantes
opérations ; et qu'en connoissant
les figures sensibles que prennent
les Sels en se christalisant
sur le verre
on connoît les figures invisibles de leurs
plus petites parties par lesquelles elles
opérent.
C'est
1662 MERCURE DE FRANCE
C'est ce qu'il m'est aisé de justifier par
un grand nombre de Plantes , dont j'ai
découvert et connu les Sels par cette
Méthode on peut en être persuadé , en
voyant seulement les trois desseins que
j'ai tiré de Sels , de l'Oseille , du Marübe
blanc , et de la Christe - Marine ; par - lesquels
il est très-facile de connoître les effets
que ces trois Plantes doivent naturellement
opérer : car trouvant dans l'Oseille
les principaux Sels formez en figures d'épines
, d'autres en petites éguilles , et d'autres
enfin en figure de lozanges pointuës
par les deux bouts , n'a-t- on pas une
marque assurée , que cette Plante doit
piquer par son acidité , et être tant soit
peu corrosive , comme on le reconnoît
par ces effets ; puisque chacun sçait
qu'elle dissipe les taches d'encre , lorsqu'il
en est tombé sur le Linge ? elle
doit aussi être rafraîchissante et pénétrante
, ce qu'on ne peut jamais reconnoître
( ainsi que je l'ai dit par son Analyse
Chymique.
Il en est de même du Marube blanc : les
Sels de cette Plante vûs et découverts par
ma Méthode sont visiblement un Sel ammoniac
très-abondant mêlé d'un peu deNître;
puisqu'ils ont l'un et l'autre des figures
sem
JUILLET. 1731. 1 1663
semblables à celles de ces deux Sels ; par où
il est aisé de juger que cette Plante doit
être volatile et désopilante , conformément
à ces deux Sels. Enfin j'ai trouvé les Sels
provenant de la Christe - Marine , où le Sel
marin se fait voir , accompagné de l'armoniac.
Je pourrois entrer dans un plus
grand détail , si je voulois rapporter comment
sont figurés les differens Sels des
Plantes , que je me suis donné le plaisir
d'examiner : je dis le plaisir , car c'en
est un veritable , que de voir cette differente
Palingénésie des Sels , et cet agréable
arrangement qu'ils prennent d'eux- mêmes
sur le Verre.
Passons maintenant aux humeurs , ou
liquides les plus considerables du Corps
humain,pour connoître les Sels contenus
dans la salive ; il est necessaire d'observer
qu'étant ordinairement trés visqueuses , il
faut pour en dissoudre la viscosité , pour en
détacher les Sels qui sont enfevelis , y mêler
au moins une fois autant d'eau ; et afin
que la dissolution se puisse mieux faire , il
est à propos de laisser poser le tout pendant
quelques heures ; et la laisser christaliser
aprés l'avoir filtrée : c'est alors, que , quoiqu'il
s'y trouve quelquefois des Sels differens
, on a presque toûjours le plaisir de
voir de ses yeux la verité de ce qu'on a dit,
sçavoir ,
1664 MERCURE DE FRANCE
sçavoir, que la Salive est ordinairement
remplie de Sel armoniac , ainsi qu'il est facile
de le voir par le dessein que j'ai tiré
d'après celle que j'ai christalisée.
Pour ce qui est du sang ; comme c'est
dans sa sérosité que les Sels sont dissous ,
ce n'est aussi que dans cette seule sérosité
qu'il les faut chercher. Il faut donc pour
cet effet , prendre celle qui se sépare d'ellemême
après la saignée . Mais comme elle
est extrêmement visqueuse et gluante
elle a besoin pour en débarasser les Sels ,
qu'on y mêle beaucoup plus d'eau que
dans la Salive , ensorte qu'il en faut mettre
environ sept à huit fois plus qu'il n'y a
de sérosite ayant ensuite laissé poser le
tout trois ou quatre heures , filtrer et
christaliser.C'a été en agissant de la sorte,
que
voulant connoître les Sels du sang
d'une personne legerement indisposée ,
j'y ai trouvai , comme on peut voir dans
le dessein , beaucoup de Sel armoniac
très-pen de Nitre , et quelques Globules ,
que je croyois être échapez dans la filtration.
Quant à l'urine , il faut s'y prendre
d'une maniere fort differente de celle
dont on use pour la Salive et pour le Sang
* Ettmuller, sur la Pharm. de Schoder. de la
Salive de l'Homme. liv z.
puisJUILLET.
1731. 1665
puisqu'à celles - là , il fant , si l'on veut en
voirles Sels , y adjoûter de l'eau ; au lieu
quepour voir ceux des urines , it convient
d'en faire évaporer une partře. On peut
voir dans la Planche la figure du Sel , que
j'ai observée dans l'urine d'une personne
saine.
Il me reste maintenant à faire quelques
Observations neceffaires ; et qu'il convient
de sçavoir , pour mieux réussir
en usant de cette Methode , pour ne s'y
pas tromper.
La premiere regarde l'eau dont on
doit se servir , soit pour dissoudre les
Sels , ou pour rendre les sucs des Plantes
, ou la salive et les serosités du sang
plus liquides : car soit qu'elle soit de
Fontaine , de Riviere , ou de Puits ; comme
ces differentes eaux peuvent avoir
leurs Sels propres et particuliers , il est
à propos , toutes les fois qu'on fait christaliser
ces choses mélangées d'eau , de
mettre en même temps de cette même
eau sur un autre verre , afin que si étant
elle - même christalisée , et y remarquant
quelque Sel particulier , on puisse le distinguer
d'avec ceux de la Plante , ou de
telle autre chose dont on veut connoître
le Sel propre.
La seconde Observation consiste à sçavoir
,
1666 MERCURE DE FRANCE
"
voir , que souvent et plus particulierement
à l'égard des sucs des Plantes , de la
salive , et de la serosité du sang , les Selssevoyent
et se distinguent d'autant mieux
qu'on met sur le verre une moindre quan ,
tité de ces liqueurs , la trop grande abondance
des Sels qui s'y rencontrent apportant
souvent de la confusion dans leur
christalisation , et les empêchant de prendre
exactement leut figure specifique..
C'est pourquoy
il est à propos d'en mettre
une plus ou moins grande quantité
sur deux ou trois des petits verres dont
on use à cet effet ; et pour le faire facilement
, on peut se setvir, comme je fais ,
pour prendre et pour poser ces liqueurs ,
d'une espece de petite cueilliere de cuivre
, dont le creux n'a pas plus de largeur
que la moitié de l'écaille d'une noisette
, ayant trés peu de profondeur.
La troisiéme Observation , est par
rapport à la serosité du sang , où l'on
peut aisement se tromper : car quoyqu'on
y mêle beaucoup d'eau , cela n'empêche
pas qu'à cause de sa grande viscosité
venant à se secher sur le verre , il ne s'y
fasse au moins à quelque endroit , une
pellicule , laquelle se sechant fortement , il
s'y fait diverses crevasses , lesquelles se
reünissent le plus souvent en forme de
lozanges :
JUILLET. 1731. 1667
lozanges : on en peut voir quelques-unes
tracées dans le dessein qui représente les
Sels du sang : et lorsqu'on vient â regarder
au jour avec le Microscope , les, Sels
de cette serosité , ces fentes ou crevasses
étant moins opaques , on peut aisement
les prendre pour des Sels plus transparens.
Enfin la quatrième et la derniere Observation
que j'ai à faire , est pour indiquer
le moyen de mieux connoître quels
sont les Sels qui paroissent sur le verre
aprés que la cristalisation est faite : Car
la premiere chose qu'on doit observer
c'est de voir si les cristaux qui paroissent ,
sont semblables à quelqu'un des Sels qui
sont connus , et dont les figures sont dessinées
dans la Planche qui est jointe à
ma Lettre parce qu'au moment qu'on
les verra semblables , on peut s'assurer
que ce sont les mêmes Sels , ce qui peut
arriver souvent ; puisque,comme j'ai dit ,
ces Sels connus de tout le monde , sont
aussi les plus communs dans la nature.
Néanmoins , parcequ'on ne peut pas dire
qu'ils soient les seuls , au cas qu'on en remarque
, soit dans certaines ter es , certaines
eaux , certaines plantes &c. qui
prennent constamment des figures particulieres
, il convient alors de les observer
1668 MERCURE DE FRANCE
ver exactement , pourjuger par leur figu
re des effets particuliers qu'ils doivent
pareillement produire.
Je me crois d'ailleurs obligé d'avertir ,
que je n'ai pas tellement perfectionné
cette découverte , qu'il ne reste plus rien
à faire pour découvrir géneralement tous
les Sels , et plus particulierement ceux
de toutes les Plantes et de toutes les humeurs
. Je ne donne tout ce qui est contenu
dans ces deux Lettres , que comme
un essai , dans lequel je me flatte d'avoir
réûssi ; s'il est poussé aussi loin qu'il le
peut être par des mains plus habiles , il
pourra devenir trés avantageux au public.
Je suis Monsieur & c.
On trouvera les Figures gravées de
ces Sels , dans la premiere Lettre de M.
Capperon , inserée dans le precedent
Mercure.
sur la Méthode d'observer les Sels qui
se trouvent dans les Terres , dans les
Plantes , dans les Humeurs , &c.
MONSIEUR ,
Vous sçavez mieux que moi , qu'il y a
long- tems qu'on cherche un moyen de
connoître la qualité des Mixtes , pour ju
ger des effets qu'ils doivent naturellement
operer. Comme on étoit d'abord persuadé
que les Mixtes
n'opéroient
que parce
qu'on
appelloit
leurs qualitez
; sçavoir
, le
chaud
, le sec , le froid
, et l'humide
; on
B iij
1574 MERCURE DE FRANCE
crut avoir fait beaucoup , que d'assigner à
chaque Mixte , jusqu'à quel degré il étoit
chaud , sec , froid , ou humide ; ce dont
on jugeoit par les effets qu'on lui voyoit
produire , et par- là on se flatoit d'avoir
un moyen suffisant pour connoître le
bien ou le mal que ces Mixtes pouvoient
faire.
Quoique cette Méthode fut en usage
avant le tems d'Hypocrate , et qu'elle l'ait
été presque jusqu'à nos jours : * cet habile
Homme reconnut néanmoins , qu'on ne
pouvoit pas aller loin avec cette Découverte.
Il crut qu'il pouvoit y mieux réüssir
, en enseignant que les Mixtes n'opéroient
qu'entant qu'ils contenoient quelque
chose de plus ou moins amer , ou salé,
ou doux , ou âpre , ou acerbe , ou adoucissant
, ** &c.En quoi , sans doute , il
pensoit plus juste que ceux qui l'avoient
précedé , mais après tout , ce n'étoit connoître
la nature des Mixtes que par leurs
seuls effets , même par leurs effets senfibles
; par consequent il falloit les avoir
souvent éprouvez , avant que d'en fixer
les qualitez.
Enfin la Chymie étant devenue com-
* On la peut voir bien marquée dans Matthi
Comment. sur Dioscoride.
** Lib. de prisca Medicina.
mune
JUILLET.
1731. 1575
mune , on a crû avoir trouvé le moyen
infaillible pour découvrir primitivement
ce que chaque Mixte devoit naturellement
opérer , parce que ceux qui cultivoient
cet art , prétendant avoir une Méthode
assurée pour décomposer les Mixtes par
le moyen du feu , séparer les Principes
dont ils étoient composez , pour les voir
ensuite à leur aise séparément , et connoître
leurs opérations, ils n'ont nullement
douté , qu'à proportion que quelques- uns
de ces principes se trouveroient dominer
plus ou moins dans les Mixtes , leurs Effets
devoient se diversifier differemment :
c'est ce qui a même donné lieu à l'Académie
Royale des Sciences de Paris , de
faire travailler à l'Analyse Chymique des
Plantes , dans l'esperance qu'on auroit
par là une connoissance assurée des effets
qu'elles doivent naturellement produire.
Mais les personnes éclairées , même les
plus habiles dans cette Profession , sont
tombées d'accord , qu'on ne pouvoit pas
encore sé flatter d'être arrivé par cette
voye au but qu'on se proposoit depuis si
long - tems. M. Lemery , cet habile Chymiste
, avoue lui- même dans le Discours
qu'il a fait sur la Chymie en général , et
qui est à la tête de son cours de Chymie ,
B iiij que
1656 MERCURE DE FRANCE
que, si l'on veut considerer sans préoccupation
, comment le feu agit lorsqu'on
s'en sert pour anatomiser les plantes , ( on
;
doit dire la même chose des autres Mixtes
) : on avouera , dit- il , qu'il détruit et
confond la plupart des choses qu'il disseque
qu'il n'y a pas lieu de croire qu'il
rende les substances en leur état naturel :
aussi n'hésite - t- il pas à dire , parlant des
Sels des Plantes , qu'il n'y a que leur Sel
essentiel qui se tire de leur Suc exprimé ,
et filtré , et christalisé , qui soit le veritable
Sel qui étoit dans la Plante , ce qu'on
ne peut pas dire ( ajoûte t- il ) des deux autres
; sçavoir , le Sel volatile , et le Sel
fixescar eû égard à la violence du feu dont
on s'est servi pour les faire , il y agrande
apparence qu'ils ont été déguisez .
Tous ceux qui ont parlé sans prévention
de cette Analise des Mixtes,faite par
la voye du feu , en ont pensé de même.
Le Medecin de Montpellier qui a fait des
Notes sur l'Anatomie d'Heister , dit . que
ce n'est pas par l'Analyse Chymique qu'on
peut connoître les veritables principes
des
corps ; puisque le feu change les matieres
, et qu'il les décompose ; que ceuxqui
veulent en juger par cette Analyse ,
n'ont pas plus de raison , que ceux qui
voudroient connoître la nature des Caillous
JUILLET. 1731. 1657.
lous par la chaux . En effet , c'est une
chose certaine , dit M. Lemery dans son
Mémoire sur les Analyses des Plantes , inseré
dans l'Histoire de l'Académie
, que
quoique l'Oseille ait un Suç naturellement
aigre dans la Distilation , neanmoins
elle donne beaucoup moins d'acide , que
plusieurs autres Plantes qui n'en manifestent
pas tant.
Il me paroît donc , que voulant connoître
ce que la plupart des Mixtes peuvent
opérer, on peut aller plus surement
au but par la Méthode que j'ai découverte,
que par cette Analyse Chymique à laquelle
on s'est attaché depuis ces derniers
tems ; car dans la plupart des Mixtes ,
quelle est la chose qui opére les plus
grands & les plus sensibles effets ? ne sontce
pas les Sels qui sont contenus dans ces
Mixtes , lorsque venant à se déveloper , et
s'insinuant dans les pores des autres Corps
ils les dilatent , les ouvrent , en remplissent
les vuides , ou rompent & dérangent
la contexture de leurs parties ? Ainsi , on
ne peut disconvenir , que de toutes les
parties , ou , si l'on veut, de tous les principes
qui forment les Mixtes , les particules
salines étant les plus roides
Ait, Des Mamelles,
, et les
plus
1658 MERCURE DE FRANCE
plus figurées , leur opération doit être
la plus sensible et la plus considerable.
Ainsi le moyen incontestablement le
plus sûr pour juger quels effets la plûpart
des Mixtes doivent naturellement produire
, consiste à connoître parfaitement
quels Sels dominent en eux , et quelles
sont les Figures specifiques de chacun de
ces Sels : puisque , comme j'ai déja dit , ils
opérent toûjours conformément à leur Figure
et à leur mouvement : or on ne peut
pas douter , que par ma Méthode , on ne
connoisse parfaitement quels sont les Sels
qui sont contenus dans la plupart des
Mixtes, et quelles en sont les Figures spécifiques
par consequent ma Méthode est
celle qui est la meilleure et la plus
sûre pour juger des effets que ces Mixtes
doivent naturellement produire .
Tout ceci préalablement établi , entrons
maintenant en matiere ; et voyons en particulier
comment il faut s'y prendre pour
connoître quels sont les Sels qui peuvent
être contenus, soit dans les Terres, soit dans
les Eaux , soit dans les Plantes , soit dans les
Humeurs ; car il me paroit que quand on
aura poussé jusques- là ses connoissances ,
on aura trouvé suffisamment de quoi se satisfaire
.
Voulant donc découvrir quel est le Sel
qui
JUILLET. 1731. 1659
qui peut être contenu dans telle Terre que
ce puisse être , voici comme je m'y prends
pour y réüssir. Je mêle avec de l'eau la
Terre en question , observant qu'il n'y ait
pas trop d'eau ; et aprés l'avoir laissée
quelque tems en infusion , je lui donne un
leger bouillon sur le feu ; ensuite ayant
filtré cette eau par le papier gris , pour la
rendre claire , je la fais christaliser sur
mes petits vers ronds , conformément à
ma Méthode. C'est ainsi que je m'y suis
pris pour voir et connoître les Sels difrens
du Terreau de fumier , de la bonne
Terre des champs , et de la Terre glaise ,
desquels je vous envoye les desseins. Mais
avant que je finisse ce qui regarde les Terres,
il est à propos que j'avertisse, que par rap-
•port à celles qui sont exposées à la Pluye,
Jes Sels qu'on y peut trouver , peuvent
souvent varier à raison des pluyes
des rosées , des brouillards , des neiges ,
ou des grêles , qui peuvent y tomber ,
et y déposer les differens Sels qui s'y rencontrent.
, ›
Pour les Eaux des puits , des rivieres et
des fontalnes, je ies christalise telles qu'elles
sont , lorsqu'elles sont pures et claires :
mais je dois aussi faire observer , que celles
des puits et des fontaines ne donnent
pas toûjours les mêmes Sels , ce que j'ai
B vj même
1660 MERCURE DE FRANCE
même remarqué dans les Eaux de Forges.
Certe variation mérite bien d'être plus
exactement observée que je n'ai fait, pour
en tirer toutes les conséquences convenables
à un pareil sujet.
,
et
Il est vrai que la même chose arrive à
l'égard de l'Eau des rivieres : mais la cause
en est évidente , sçavoir les pluyes , les
neiges, les grêles , & c. qui y tombent ,
les differentes Terres qui y sont souvent
entraînées , et qui y portent leurs Sels
avec elles . C'est par cette raison que j'ai
rrouvé des deux sortes de Sels dans l'eau
de la mer l'un est le Sel marin ordinaire
; et l'autre un Sel plus délié , dont
les pointes font plus fines. Ce qui rend
cette eau plus corrosive que celle où le
Sel marin seul est dissout . J'ai de même
trouvé de deux sortes de Sel dans l'eau
de riviere du mois de Mars , prise à dif
rens 'tems , le premier a quelque rapport
au Nitre , et le second au Borax ; mais
parce que je n'ai pas trouvé ce dernier Sel
avant ou après le tems marqué , cela
me fait soupçonner que c'est cette
espece de Sel qui rend les Eaux du mois
de Mars plus fortes et plus âpres que
les autres , qu'elles rendent le Linge plus
blanc , et qu'elles rongent davantage les
mains des Blanchisseuses , & c.
>
A
JUILLET
. 1731. 1661
'A l'égard des Plantes , voulant connoître
leurs veritables Sels , et voir quelles
sont leurs figures specifiques
,tout consiste
à piler la plante dans un mortier , y verser
ensuite ce qu'il convient d'eau , pour
donner plus de fluidité au suc , et donner
au Sel plus de facilité pour se dégager de
la viscosité dans laquelle il est souvent
renfermé : puis ayant laissé le tout poser
pendant quelque peu de tems , le filtrer
par le papier gris , et le faire ensuite christaliser
sur le verre. On peut bien juger
que plus le Suc de la Plante est visqueux , plus on doit y mêler d'eau . Je dirai aussi
que j'ai observé, que prenant les Plantes , dans le tems qu'elles sont dans leur for- ce , leurs Sels se font mieux connoître
.
>
Voilà de quelle maniere on peut voir
et connoitre les Sels des Plantes , quelles
sont leurs figures specifiques : par où l'on
peut juger des effets qu'elles doivent naturellement
produire : puisque comme
j'ai dit , c'est principalement
par les Sels
que tous les Mixtes font leurs plus puissantes
opérations ; et qu'en connoissant
les figures sensibles que prennent
les Sels en se christalisant
sur le verre
on connoît les figures invisibles de leurs
plus petites parties par lesquelles elles
opérent.
C'est
1662 MERCURE DE FRANCE
C'est ce qu'il m'est aisé de justifier par
un grand nombre de Plantes , dont j'ai
découvert et connu les Sels par cette
Méthode on peut en être persuadé , en
voyant seulement les trois desseins que
j'ai tiré de Sels , de l'Oseille , du Marübe
blanc , et de la Christe - Marine ; par - lesquels
il est très-facile de connoître les effets
que ces trois Plantes doivent naturellement
opérer : car trouvant dans l'Oseille
les principaux Sels formez en figures d'épines
, d'autres en petites éguilles , et d'autres
enfin en figure de lozanges pointuës
par les deux bouts , n'a-t- on pas une
marque assurée , que cette Plante doit
piquer par son acidité , et être tant soit
peu corrosive , comme on le reconnoît
par ces effets ; puisque chacun sçait
qu'elle dissipe les taches d'encre , lorsqu'il
en est tombé sur le Linge ? elle
doit aussi être rafraîchissante et pénétrante
, ce qu'on ne peut jamais reconnoître
( ainsi que je l'ai dit par son Analyse
Chymique.
Il en est de même du Marube blanc : les
Sels de cette Plante vûs et découverts par
ma Méthode sont visiblement un Sel ammoniac
très-abondant mêlé d'un peu deNître;
puisqu'ils ont l'un et l'autre des figures
sem
JUILLET. 1731. 1 1663
semblables à celles de ces deux Sels ; par où
il est aisé de juger que cette Plante doit
être volatile et désopilante , conformément
à ces deux Sels. Enfin j'ai trouvé les Sels
provenant de la Christe - Marine , où le Sel
marin se fait voir , accompagné de l'armoniac.
Je pourrois entrer dans un plus
grand détail , si je voulois rapporter comment
sont figurés les differens Sels des
Plantes , que je me suis donné le plaisir
d'examiner : je dis le plaisir , car c'en
est un veritable , que de voir cette differente
Palingénésie des Sels , et cet agréable
arrangement qu'ils prennent d'eux- mêmes
sur le Verre.
Passons maintenant aux humeurs , ou
liquides les plus considerables du Corps
humain,pour connoître les Sels contenus
dans la salive ; il est necessaire d'observer
qu'étant ordinairement trés visqueuses , il
faut pour en dissoudre la viscosité , pour en
détacher les Sels qui sont enfevelis , y mêler
au moins une fois autant d'eau ; et afin
que la dissolution se puisse mieux faire , il
est à propos de laisser poser le tout pendant
quelques heures ; et la laisser christaliser
aprés l'avoir filtrée : c'est alors, que , quoiqu'il
s'y trouve quelquefois des Sels differens
, on a presque toûjours le plaisir de
voir de ses yeux la verité de ce qu'on a dit,
sçavoir ,
1664 MERCURE DE FRANCE
sçavoir, que la Salive est ordinairement
remplie de Sel armoniac , ainsi qu'il est facile
de le voir par le dessein que j'ai tiré
d'après celle que j'ai christalisée.
Pour ce qui est du sang ; comme c'est
dans sa sérosité que les Sels sont dissous ,
ce n'est aussi que dans cette seule sérosité
qu'il les faut chercher. Il faut donc pour
cet effet , prendre celle qui se sépare d'ellemême
après la saignée . Mais comme elle
est extrêmement visqueuse et gluante
elle a besoin pour en débarasser les Sels ,
qu'on y mêle beaucoup plus d'eau que
dans la Salive , ensorte qu'il en faut mettre
environ sept à huit fois plus qu'il n'y a
de sérosite ayant ensuite laissé poser le
tout trois ou quatre heures , filtrer et
christaliser.C'a été en agissant de la sorte,
que
voulant connoître les Sels du sang
d'une personne legerement indisposée ,
j'y ai trouvai , comme on peut voir dans
le dessein , beaucoup de Sel armoniac
très-pen de Nitre , et quelques Globules ,
que je croyois être échapez dans la filtration.
Quant à l'urine , il faut s'y prendre
d'une maniere fort differente de celle
dont on use pour la Salive et pour le Sang
* Ettmuller, sur la Pharm. de Schoder. de la
Salive de l'Homme. liv z.
puisJUILLET.
1731. 1665
puisqu'à celles - là , il fant , si l'on veut en
voirles Sels , y adjoûter de l'eau ; au lieu
quepour voir ceux des urines , it convient
d'en faire évaporer une partře. On peut
voir dans la Planche la figure du Sel , que
j'ai observée dans l'urine d'une personne
saine.
Il me reste maintenant à faire quelques
Observations neceffaires ; et qu'il convient
de sçavoir , pour mieux réussir
en usant de cette Methode , pour ne s'y
pas tromper.
La premiere regarde l'eau dont on
doit se servir , soit pour dissoudre les
Sels , ou pour rendre les sucs des Plantes
, ou la salive et les serosités du sang
plus liquides : car soit qu'elle soit de
Fontaine , de Riviere , ou de Puits ; comme
ces differentes eaux peuvent avoir
leurs Sels propres et particuliers , il est
à propos , toutes les fois qu'on fait christaliser
ces choses mélangées d'eau , de
mettre en même temps de cette même
eau sur un autre verre , afin que si étant
elle - même christalisée , et y remarquant
quelque Sel particulier , on puisse le distinguer
d'avec ceux de la Plante , ou de
telle autre chose dont on veut connoître
le Sel propre.
La seconde Observation consiste à sçavoir
,
1666 MERCURE DE FRANCE
"
voir , que souvent et plus particulierement
à l'égard des sucs des Plantes , de la
salive , et de la serosité du sang , les Selssevoyent
et se distinguent d'autant mieux
qu'on met sur le verre une moindre quan ,
tité de ces liqueurs , la trop grande abondance
des Sels qui s'y rencontrent apportant
souvent de la confusion dans leur
christalisation , et les empêchant de prendre
exactement leut figure specifique..
C'est pourquoy
il est à propos d'en mettre
une plus ou moins grande quantité
sur deux ou trois des petits verres dont
on use à cet effet ; et pour le faire facilement
, on peut se setvir, comme je fais ,
pour prendre et pour poser ces liqueurs ,
d'une espece de petite cueilliere de cuivre
, dont le creux n'a pas plus de largeur
que la moitié de l'écaille d'une noisette
, ayant trés peu de profondeur.
La troisiéme Observation , est par
rapport à la serosité du sang , où l'on
peut aisement se tromper : car quoyqu'on
y mêle beaucoup d'eau , cela n'empêche
pas qu'à cause de sa grande viscosité
venant à se secher sur le verre , il ne s'y
fasse au moins à quelque endroit , une
pellicule , laquelle se sechant fortement , il
s'y fait diverses crevasses , lesquelles se
reünissent le plus souvent en forme de
lozanges :
JUILLET. 1731. 1667
lozanges : on en peut voir quelques-unes
tracées dans le dessein qui représente les
Sels du sang : et lorsqu'on vient â regarder
au jour avec le Microscope , les, Sels
de cette serosité , ces fentes ou crevasses
étant moins opaques , on peut aisement
les prendre pour des Sels plus transparens.
Enfin la quatrième et la derniere Observation
que j'ai à faire , est pour indiquer
le moyen de mieux connoître quels
sont les Sels qui paroissent sur le verre
aprés que la cristalisation est faite : Car
la premiere chose qu'on doit observer
c'est de voir si les cristaux qui paroissent ,
sont semblables à quelqu'un des Sels qui
sont connus , et dont les figures sont dessinées
dans la Planche qui est jointe à
ma Lettre parce qu'au moment qu'on
les verra semblables , on peut s'assurer
que ce sont les mêmes Sels , ce qui peut
arriver souvent ; puisque,comme j'ai dit ,
ces Sels connus de tout le monde , sont
aussi les plus communs dans la nature.
Néanmoins , parcequ'on ne peut pas dire
qu'ils soient les seuls , au cas qu'on en remarque
, soit dans certaines ter es , certaines
eaux , certaines plantes &c. qui
prennent constamment des figures particulieres
, il convient alors de les observer
1668 MERCURE DE FRANCE
ver exactement , pourjuger par leur figu
re des effets particuliers qu'ils doivent
pareillement produire.
Je me crois d'ailleurs obligé d'avertir ,
que je n'ai pas tellement perfectionné
cette découverte , qu'il ne reste plus rien
à faire pour découvrir géneralement tous
les Sels , et plus particulierement ceux
de toutes les Plantes et de toutes les humeurs
. Je ne donne tout ce qui est contenu
dans ces deux Lettres , que comme
un essai , dans lequel je me flatte d'avoir
réûssi ; s'il est poussé aussi loin qu'il le
peut être par des mains plus habiles , il
pourra devenir trés avantageux au public.
Je suis Monsieur & c.
On trouvera les Figures gravées de
ces Sels , dans la premiere Lettre de M.
Capperon , inserée dans le precedent
Mercure.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE de M. Capperon sur la Méthode d'observer les Sels qui se trouvent dans les Terres, dans les Plantes, dans les Humeurs, &c.
La lettre de M. Capperon explore une méthode d'observation des sels présents dans les terres, les plantes et les humeurs. Historiquement, les mixtes étaient classés selon leurs qualités (chaud, sec, froid, humide) ou leurs saveurs (amer, salé, doux). Cependant, ces méthodes étaient limitées aux effets observables. Avec l'avènement de la chimie, on a tenté de décomposer les mixtes par le feu, mais cette approche altérait les substances, rendant l'analyse imparfaite. Capperon propose une méthode alternative basée sur l'observation des sels cristallisés. Il affirme que les sels, en se développant et en s'insinuant dans les pores des corps, produisent des effets sensibles et considérables. Pour observer ces sels, il mélange les substances avec de l'eau, les filtre et les cristallise sur des verres. Cette méthode est appliquée aux terres, eaux, plantes et humeurs, notant que les sels peuvent varier en fonction des conditions environnementales. Pour les plantes, Capperon pile la plante, ajoute de l'eau, filtre le suc et observe la cristallisation. Il illustre cette méthode avec des exemples comme l'oseille, le marube blanc et la christe-marine, montrant comment les formes des cristaux révèlent les propriétés des plantes. Pour la salive, il dissout la viscosité avec de l'eau et observe les cristaux formés. Le texte décrit également une méthode pour analyser les sels présents dans le sang, la salive et l'urine. Pour le sang, il est nécessaire de séparer la sérosité après une saignée, de la mélanger avec une grande quantité d'eau, de laisser reposer le mélange, puis de filtrer et cristalliser. Cette méthode a permis de découvrir du sel armoniac et du nitre dans le sang d'une personne légèrement indisposée. Pour l'urine, il faut évaporer une partie du liquide pour observer les sels. L'auteur souligne l'importance d'utiliser de l'eau de même source pour éviter la confusion des sels et de reconnaître les sels connus. Il mentionne que sa découverte est un essai et espère qu'elle pourra être perfectionnée par d'autres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5233
p. 1669-1677
ÉCLAIRCISSEMENS demandés par une Lettre écrite de Soissons, insérée dans le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de Saint Front ou Fronton.
Début :
Il paraît un peu singulier qu'on démande des Éclaircissemens sur un Saint [...]
Mots clefs :
Saint Front, Éclaircissements, Martyrologes, Histoire de l'Église gallicane, Idolâtrie, Rivière de Dordogne, Miracles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCLAIRCISSEMENS demandés par une Lettre écrite de Soissons, insérée dans le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de Saint Front ou Fronton.
EPITA PHE ,
D'UN AVARE.
Par M. de Malerais de la Vigne.
CY gât un homme peu chrétien
Dont l'avarice étoit extrême
Le
JUILLET . 1731 . 1663
Le bien des autres fût le sien ,
Et jamais il ne prêta rien ,
Qu'au denier
même.
quatre ou cinq , fût-ce à son Pere
Mets l'oreille à sa Tombe, ô Passant , et fremis ;
Ses os s'entrefroissant font un affreux murmure,
Et semblent s'irriter que tu fasses lecture ,
De son Epitaphe gratis.
AUTRE EPITAPHE
D'UN PRETENDU BEL ESPRIT.
Par la Même.
CYgit qui s'estimoit l'Arbitre des Arbitres ;
De la Langue au hazard il décidoit les cas ;
Qui le contredisoit ne s'y connoissoit pas ;
Des Livres il sçût tous les titres ,
Et ne lût que les Almanachs .
***:****XXX :XXXXX
ECLAIRCISSEMENS demandés
>
par
une Lettre écrite de Soissons , inserée dans
le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de
Saint Front on Frontor
L paroît un peu singulier qu'on démande
desEclaircissemens sur un Saint Im
aussi
1670 MERCURE DE FRANCEaussi
connu que S. Fronton, Saint, qu'une
Eglise de ce Royaume reconnoît pour
son Fondateur , et pour son Apôtre ,
sans que la Critique ait encore ose le lui
disputer. Il est parlé de ce Saint dans tous
les Martyrologes au 25. d'Octobre , dans
le Martyrologe Romain , dans ceux de
France et d'Espagne , dans Baronius ,
dans Surius , dans Ribadeneira &c. Cependant
nous exposerons ici avec la briéveté
requise , ce que nous en apprenons
dans les Actes de sa vie, rapportés par M.
Bosquet dans son Histoire de l'Eglise
Gallicane.
Saint Front , ou Fronton , que quelques
uns font naître à Perigueux , d'autres
en Orient , ayant été connu de Saint
Pierre dans un Voyage qu'il fit à Rome ,
et en ayant été jugé digne de porter la
foy parmi les Idolatres , ce Prince des
Apôtres l'envoya dans les Gaules avec un
compagnon , nommé Georges , pour y
publier l'Evangile . Ces deux hommes
Apostoliques aprés beaucoup de Stations
faites dans les lieux de leur passage pour
y semer la parole de Dieu , arriverent à
Perigueux. Ce fut là qu'ils s'arrêterent
davantage , et que le Champ répondant
aux soins du Laboureur , la Moisson devint
bientôt trés-abondante. L'Evangile
JUILLET. 1731. 1871
y fit en peu de tems un progrés considerable.
Il y avoit alors un Gouverneur
en Perigord , nommé Squirius , homme
fort attaché à l'Idolâtrie. Cet homme
politique ou superstitieux s'efforça d'arrêter
le progrès d'une Religion incompatible
avec celle de ses Peres ; il fit arrêter
pour cela un grand nombre de fideles
; il emprisonnà les uns , il exila les
autres , il en fit mourir plusieurs la
persecution augmentant tous les jours
força bientôt le reste des Fideles à chercher
dans la fuite une ressource contre
les vives poursuites du Gouverneur .
Les Fideles allerent donc se cacher dans
un Desert voisin de la Riviere de Dordogne
, avec leur Pasteur qu'ils entraînerent
avec eux : Saint Fronton chassa de
cet endroit un Dragon qui infectoit tout
le Pays.
par
fin
des menaces ,
par
par
Mais Dieu qui vouloit établir son culte
dans cette Province , força le Gouverneur
des fleaux , et endes
avis qu'il lui donna en songe,
de plier sous le joug de la Foy.La paix fût
rendue à cette Eglise naissante . Le Gouverneur
alla lui -même chercher S. Fronton
dans le Desert , il ramena avec lui
le Pasteur et le Troupeau. S. Fronton
bâtit ensuite à Perigueux , du consentement
1672 MERCURE DE FRANCE
ment du Gouverneur une Eglise en l'honncur
de S. Etienne , premier Martyr.
Quand S. Fronton vit cette Eglise suffisamment
affermie , il y laissa un Disciple
nommé Anien pour la gouverner
pendant son absence , et envoya son compagnon
au Puy - en -Velay , où S. George
fonda une nouvelle Eglise dont il fût le
premier Evêque . Pour S. Fronton il alla
prêcher l'Evangile dans la Saintonge et
dans le Poitou ; il passa même par Paris
et pénetra jusques dans le Beauvaisis et
dans le Soissonnois. On voit encore dans
le Diocèse de Soissons unChâteau appellé
Neulli Saint Front , ce qui porteroit à
croire que ce qu'on dit des Voyages de
ce Saint n'est pas sans fondement. Quoyqu'il
en soit , S. Fronton aprés être retourné
dans son Diocèse , passa dans un
autre Voyage par les Villes de Bourdeaux
et de Bayonne , et s'avança jusqu'à Valance
en Espagne. Enfin fatigué , épuisé par
son grand âge et par ses travaux , il rétourna
dans son Siege,où il y mourut en
paix. On rapporte de lui plusieurs Miracles.
En voilà assés sur les Actes de S. Fronton,
premiet Evêque de Perigueux. Il ne
faut pas le confondre avec un aurre Saint
Fronton , Abbé , marqué au 14. Avril
dans
JUILLET. 1731. 1673
'dans le petit ouvrage intitulé * Fasti Mariani
, que l'Auteur Jesuite , dit avoir tiré
de la vie des Peres.
Cependant comme les Actes de Saint
Fronton , Fondateur de l'Eglise de Perigueux
, ont été rejettés par plusieurs critiques
, et en particulier par M. M. de
Tillemont et Baillet , nous rapporterons
ici en peu de mots ce qu'en dit ce dernier,
soit dans les Notes qu'il a mises au commencement
du mois d'Octobre , soit dans
ce qu'il dit de la vie de ce Saint au 25 .
du même mois.
Il commence la vie de S. Front par le
reconnoître pour l'Apôtre de Perigueux :
mais il a soin de mettre à la
marge , 3 .
ou 4. Siecle , ce qui ruine absolument
tout ce qu'on dit de son Voyage à Rome ,
et de sa mission dans les Gaules par Saint
Pierre , & c .
On ne peut , dit- il , entrer dans aucun
détail des actions de ce Saint , ni so
flatter même d'en pouvoir produire dont
on soit assuré , si l'on en excepte la conversion
du Peuple de Perigueux , qu'on
a tout sujet de regarder comme le fruit
de ses travaux et de ses souffrances . Tout
a paru , continue- t-il, tellement insoûtena-
1. Vol 1 Antuerpia 1633-
C
1674 MERCURE DE FRANCE
ble dans les premiers Actes qu'on avoit
publiés de sa vie , qu'on s'est crû obligé
d'en composer d'autres , qui sont cependant
tombés comme les premiers.
M. Baillet regarde aussi comme douteuse
la Tradition qui lui donne pour
compagnon dans ses travaux Apostoliques
un Prêtre , nommé George , aussi - bien
que la fondation de l'Eglise du Puy- en-
Velay,que la même Tradition fait remonter
comme celle de Perigueux au premier
Siecle.
Tous les Actes s'accordent à le faire
mourir en paix. Mais il n'en faut pas conclure
, ajoûte M. Baillet , qu'il ne soit
venu en Perigord qu'aprés la paix donnée
à l'Eglise par Constantin , à moins qu'on
ne voulût raisonner de même de S. Marrial
de Limoges , de S. Julien du Mans ,
de S. Gatien de Tours , et de beaucoup
d'autres Confesseurs , à qui les Payens
n'ont point ôté la vie.
La Fête de S, Fronton est marquée au
25. d'Octobre dans les Martyrologes
d'Adon et d'Usuard , en quoy on les a
suivis dans le Romain moderne. On dit
que le corps de S. Front fût trouvé quelques
années aprés la mort de Clovis I. et
transporté dans une Eglise que fit bâtir
en son honneur Chronope , Evêque de
Perigueux
JUILLET. 1731. 1875
Perigueux , du tems duquel la Ville passa
de la domination des Wisigoths sous
celle des François. On fait Mémoire de
cette Translation le 14. d'Octobre.
M. Baillet dit que les Actes de la vie
de ce Saint furent publiés par M. Bosquet
,dans la deuxième partie de son Histoire
de l'Eglise Gallicane , liv . 5. pag. ș.
ils ont été vûs , ajoûte t-il , par Adon de
Vienne ; ainsi ils ne peuvent être
rieurs au IX. Siecle.
poste
M. de Tillemont, Tom. 4. pag. 502. les
tient tout-à- fait insoutenables, tant pour
le fond que pour la composition. Un
Abbé de Solignac dans le Concile de Lis
moges , tenu l'an 1031. les rejetta devant
toute l'Assemblée , comme une fausse Piece
, et soutint que s'étoit une Fable composée
par un Gausbert Chorévêque de
Limoges , qui l'avoit faite même pour en
tirer de l'argent. Depuis l'onzième Siecle ,
comme on ne voyoit plus d'apparence à
soutenir cette Histoire de S. Front , on
en inventa une autre sous le nom des
Evêques ses Successeurs . Mais cette Piece,
dont M. Bosquet a donné l'Extrait , est
encore plus ridicule que la premiere , au
jugement du même M. de Tillemont.
Voilà ce qu'on peut recueillir de divers
Auteurs sur la vie de S. Front ; mais
Cij
comme
1676 MERCURE DE FRANCE
comme il nous est venu un Mémoire
d'un autre Endroit sur le même sujet ,
posterieur à la Lettre de Soissons , dans
lequel on demande plusieurs autres Eclaircissemens
, nous ajoûterons ici le précis
de ce Mémoire.
On demande d'abord si l'Auteur de
la Lettre inserée dans le Mercure d'Avril
travaille au Breviaire de ce Diocèse. On
prie ensuite de s'informer par la voye du
Mercure , de Messieurs de Perigueux ,
19. Si la Tradition de leur Eglise n'est pas
que le corps entier de S. Front y étoit
conservé lorsque les Calvinistes la pille-`
rent. 29. Si l'on a des preuves que la
Translation de ce corps ait été faite un
peu aprés l'an 1441. comme il paroît
qu'elle a dû être faite par une Bulle du
Pape Eugene IV. qui est dans le Gallia
Christiana.
Nous remarquerons sur ce second article
, qu'il faudroit donc supposer qu'il
eût été fait deux Translations du corps de
ce Saint , puisque M. Baillet parle d'une
Translation qu'on croit avoir été faite
vers la fin du cinquiéme Siecle , ou au
Commencement du sixième.
3º . s'il n'est rien échappé des Reliques
de ce Saint Evêque depuis le pillage des
Calvinistes , et supposé que l'on ait sauvé
quelques
JUILLET. 1731. 1677.
quelques parties de son corps , quelles
sont ces parties ? et en quelles Eglises elles
sont ? 4°. Si l'on a eu le Chef de ce Saint
enchassé en entier avec le refte du corps ,
ou séparement. 5º . En quels jours se celebrent
les Fêtes de la Translation du
corps ou des Reliques de ce même Saint.
Nous avons satisfait en partie à ce dernier
Article, en rapportant aprés M. Baillet
, qu'on fait la Fête de sa Translation
le 14. Octobre . L'Auteur de ce nouveau
Mémoire paroît avoir quelques
Eclaircissemens plus particuliers à donner
au Public sur la vie de S. Fronton.
Il y a lieu d'esperer que M M. de Perigueux
n'oublieront pas de contribuer, de
tout leur pouvoir à ce qui peut faire honneur
à la mémoire de leur Saint Apôtre ,
et qu'ils voudront bien exposer la Tradition
de leur Eglise sur les Articles de
ce dernier Mémoire.
D'UN AVARE.
Par M. de Malerais de la Vigne.
CY gât un homme peu chrétien
Dont l'avarice étoit extrême
Le
JUILLET . 1731 . 1663
Le bien des autres fût le sien ,
Et jamais il ne prêta rien ,
Qu'au denier
même.
quatre ou cinq , fût-ce à son Pere
Mets l'oreille à sa Tombe, ô Passant , et fremis ;
Ses os s'entrefroissant font un affreux murmure,
Et semblent s'irriter que tu fasses lecture ,
De son Epitaphe gratis.
AUTRE EPITAPHE
D'UN PRETENDU BEL ESPRIT.
Par la Même.
CYgit qui s'estimoit l'Arbitre des Arbitres ;
De la Langue au hazard il décidoit les cas ;
Qui le contredisoit ne s'y connoissoit pas ;
Des Livres il sçût tous les titres ,
Et ne lût que les Almanachs .
***:****XXX :XXXXX
ECLAIRCISSEMENS demandés
>
par
une Lettre écrite de Soissons , inserée dans
le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de
Saint Front on Frontor
L paroît un peu singulier qu'on démande
desEclaircissemens sur un Saint Im
aussi
1670 MERCURE DE FRANCEaussi
connu que S. Fronton, Saint, qu'une
Eglise de ce Royaume reconnoît pour
son Fondateur , et pour son Apôtre ,
sans que la Critique ait encore ose le lui
disputer. Il est parlé de ce Saint dans tous
les Martyrologes au 25. d'Octobre , dans
le Martyrologe Romain , dans ceux de
France et d'Espagne , dans Baronius ,
dans Surius , dans Ribadeneira &c. Cependant
nous exposerons ici avec la briéveté
requise , ce que nous en apprenons
dans les Actes de sa vie, rapportés par M.
Bosquet dans son Histoire de l'Eglise
Gallicane.
Saint Front , ou Fronton , que quelques
uns font naître à Perigueux , d'autres
en Orient , ayant été connu de Saint
Pierre dans un Voyage qu'il fit à Rome ,
et en ayant été jugé digne de porter la
foy parmi les Idolatres , ce Prince des
Apôtres l'envoya dans les Gaules avec un
compagnon , nommé Georges , pour y
publier l'Evangile . Ces deux hommes
Apostoliques aprés beaucoup de Stations
faites dans les lieux de leur passage pour
y semer la parole de Dieu , arriverent à
Perigueux. Ce fut là qu'ils s'arrêterent
davantage , et que le Champ répondant
aux soins du Laboureur , la Moisson devint
bientôt trés-abondante. L'Evangile
JUILLET. 1731. 1871
y fit en peu de tems un progrés considerable.
Il y avoit alors un Gouverneur
en Perigord , nommé Squirius , homme
fort attaché à l'Idolâtrie. Cet homme
politique ou superstitieux s'efforça d'arrêter
le progrès d'une Religion incompatible
avec celle de ses Peres ; il fit arrêter
pour cela un grand nombre de fideles
; il emprisonnà les uns , il exila les
autres , il en fit mourir plusieurs la
persecution augmentant tous les jours
força bientôt le reste des Fideles à chercher
dans la fuite une ressource contre
les vives poursuites du Gouverneur .
Les Fideles allerent donc se cacher dans
un Desert voisin de la Riviere de Dordogne
, avec leur Pasteur qu'ils entraînerent
avec eux : Saint Fronton chassa de
cet endroit un Dragon qui infectoit tout
le Pays.
par
fin
des menaces ,
par
par
Mais Dieu qui vouloit établir son culte
dans cette Province , força le Gouverneur
des fleaux , et endes
avis qu'il lui donna en songe,
de plier sous le joug de la Foy.La paix fût
rendue à cette Eglise naissante . Le Gouverneur
alla lui -même chercher S. Fronton
dans le Desert , il ramena avec lui
le Pasteur et le Troupeau. S. Fronton
bâtit ensuite à Perigueux , du consentement
1672 MERCURE DE FRANCE
ment du Gouverneur une Eglise en l'honncur
de S. Etienne , premier Martyr.
Quand S. Fronton vit cette Eglise suffisamment
affermie , il y laissa un Disciple
nommé Anien pour la gouverner
pendant son absence , et envoya son compagnon
au Puy - en -Velay , où S. George
fonda une nouvelle Eglise dont il fût le
premier Evêque . Pour S. Fronton il alla
prêcher l'Evangile dans la Saintonge et
dans le Poitou ; il passa même par Paris
et pénetra jusques dans le Beauvaisis et
dans le Soissonnois. On voit encore dans
le Diocèse de Soissons unChâteau appellé
Neulli Saint Front , ce qui porteroit à
croire que ce qu'on dit des Voyages de
ce Saint n'est pas sans fondement. Quoyqu'il
en soit , S. Fronton aprés être retourné
dans son Diocèse , passa dans un
autre Voyage par les Villes de Bourdeaux
et de Bayonne , et s'avança jusqu'à Valance
en Espagne. Enfin fatigué , épuisé par
son grand âge et par ses travaux , il rétourna
dans son Siege,où il y mourut en
paix. On rapporte de lui plusieurs Miracles.
En voilà assés sur les Actes de S. Fronton,
premiet Evêque de Perigueux. Il ne
faut pas le confondre avec un aurre Saint
Fronton , Abbé , marqué au 14. Avril
dans
JUILLET. 1731. 1673
'dans le petit ouvrage intitulé * Fasti Mariani
, que l'Auteur Jesuite , dit avoir tiré
de la vie des Peres.
Cependant comme les Actes de Saint
Fronton , Fondateur de l'Eglise de Perigueux
, ont été rejettés par plusieurs critiques
, et en particulier par M. M. de
Tillemont et Baillet , nous rapporterons
ici en peu de mots ce qu'en dit ce dernier,
soit dans les Notes qu'il a mises au commencement
du mois d'Octobre , soit dans
ce qu'il dit de la vie de ce Saint au 25 .
du même mois.
Il commence la vie de S. Front par le
reconnoître pour l'Apôtre de Perigueux :
mais il a soin de mettre à la
marge , 3 .
ou 4. Siecle , ce qui ruine absolument
tout ce qu'on dit de son Voyage à Rome ,
et de sa mission dans les Gaules par Saint
Pierre , & c .
On ne peut , dit- il , entrer dans aucun
détail des actions de ce Saint , ni so
flatter même d'en pouvoir produire dont
on soit assuré , si l'on en excepte la conversion
du Peuple de Perigueux , qu'on
a tout sujet de regarder comme le fruit
de ses travaux et de ses souffrances . Tout
a paru , continue- t-il, tellement insoûtena-
1. Vol 1 Antuerpia 1633-
C
1674 MERCURE DE FRANCE
ble dans les premiers Actes qu'on avoit
publiés de sa vie , qu'on s'est crû obligé
d'en composer d'autres , qui sont cependant
tombés comme les premiers.
M. Baillet regarde aussi comme douteuse
la Tradition qui lui donne pour
compagnon dans ses travaux Apostoliques
un Prêtre , nommé George , aussi - bien
que la fondation de l'Eglise du Puy- en-
Velay,que la même Tradition fait remonter
comme celle de Perigueux au premier
Siecle.
Tous les Actes s'accordent à le faire
mourir en paix. Mais il n'en faut pas conclure
, ajoûte M. Baillet , qu'il ne soit
venu en Perigord qu'aprés la paix donnée
à l'Eglise par Constantin , à moins qu'on
ne voulût raisonner de même de S. Marrial
de Limoges , de S. Julien du Mans ,
de S. Gatien de Tours , et de beaucoup
d'autres Confesseurs , à qui les Payens
n'ont point ôté la vie.
La Fête de S, Fronton est marquée au
25. d'Octobre dans les Martyrologes
d'Adon et d'Usuard , en quoy on les a
suivis dans le Romain moderne. On dit
que le corps de S. Front fût trouvé quelques
années aprés la mort de Clovis I. et
transporté dans une Eglise que fit bâtir
en son honneur Chronope , Evêque de
Perigueux
JUILLET. 1731. 1875
Perigueux , du tems duquel la Ville passa
de la domination des Wisigoths sous
celle des François. On fait Mémoire de
cette Translation le 14. d'Octobre.
M. Baillet dit que les Actes de la vie
de ce Saint furent publiés par M. Bosquet
,dans la deuxième partie de son Histoire
de l'Eglise Gallicane , liv . 5. pag. ș.
ils ont été vûs , ajoûte t-il , par Adon de
Vienne ; ainsi ils ne peuvent être
rieurs au IX. Siecle.
poste
M. de Tillemont, Tom. 4. pag. 502. les
tient tout-à- fait insoutenables, tant pour
le fond que pour la composition. Un
Abbé de Solignac dans le Concile de Lis
moges , tenu l'an 1031. les rejetta devant
toute l'Assemblée , comme une fausse Piece
, et soutint que s'étoit une Fable composée
par un Gausbert Chorévêque de
Limoges , qui l'avoit faite même pour en
tirer de l'argent. Depuis l'onzième Siecle ,
comme on ne voyoit plus d'apparence à
soutenir cette Histoire de S. Front , on
en inventa une autre sous le nom des
Evêques ses Successeurs . Mais cette Piece,
dont M. Bosquet a donné l'Extrait , est
encore plus ridicule que la premiere , au
jugement du même M. de Tillemont.
Voilà ce qu'on peut recueillir de divers
Auteurs sur la vie de S. Front ; mais
Cij
comme
1676 MERCURE DE FRANCE
comme il nous est venu un Mémoire
d'un autre Endroit sur le même sujet ,
posterieur à la Lettre de Soissons , dans
lequel on demande plusieurs autres Eclaircissemens
, nous ajoûterons ici le précis
de ce Mémoire.
On demande d'abord si l'Auteur de
la Lettre inserée dans le Mercure d'Avril
travaille au Breviaire de ce Diocèse. On
prie ensuite de s'informer par la voye du
Mercure , de Messieurs de Perigueux ,
19. Si la Tradition de leur Eglise n'est pas
que le corps entier de S. Front y étoit
conservé lorsque les Calvinistes la pille-`
rent. 29. Si l'on a des preuves que la
Translation de ce corps ait été faite un
peu aprés l'an 1441. comme il paroît
qu'elle a dû être faite par une Bulle du
Pape Eugene IV. qui est dans le Gallia
Christiana.
Nous remarquerons sur ce second article
, qu'il faudroit donc supposer qu'il
eût été fait deux Translations du corps de
ce Saint , puisque M. Baillet parle d'une
Translation qu'on croit avoir été faite
vers la fin du cinquiéme Siecle , ou au
Commencement du sixième.
3º . s'il n'est rien échappé des Reliques
de ce Saint Evêque depuis le pillage des
Calvinistes , et supposé que l'on ait sauvé
quelques
JUILLET. 1731. 1677.
quelques parties de son corps , quelles
sont ces parties ? et en quelles Eglises elles
sont ? 4°. Si l'on a eu le Chef de ce Saint
enchassé en entier avec le refte du corps ,
ou séparement. 5º . En quels jours se celebrent
les Fêtes de la Translation du
corps ou des Reliques de ce même Saint.
Nous avons satisfait en partie à ce dernier
Article, en rapportant aprés M. Baillet
, qu'on fait la Fête de sa Translation
le 14. Octobre . L'Auteur de ce nouveau
Mémoire paroît avoir quelques
Eclaircissemens plus particuliers à donner
au Public sur la vie de S. Fronton.
Il y a lieu d'esperer que M M. de Perigueux
n'oublieront pas de contribuer, de
tout leur pouvoir à ce qui peut faire honneur
à la mémoire de leur Saint Apôtre ,
et qu'ils voudront bien exposer la Tradition
de leur Eglise sur les Articles de
ce dernier Mémoire.
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Résumé : ÉCLAIRCISSEMENS demandés par une Lettre écrite de Soissons, insérée dans le Mercure d'Avril 1731. sur la Vie de Saint Front ou Fronton.
Le texte présente deux épitaphes et un débat historique sur la vie de Saint Front. La première épitaphe, 'D'un avare', décrit un homme extrêmement avare, qui considérait le bien des autres comme sien et ne prêtait jamais rien. La deuxième épitaphe, 'D'un prétendu bel esprit', critique un individu se prétendant arbitre de la langue et connaissant les titres des livres sans les lire. Le texte principal traite de Saint Front, ou Fronton, dont la vie est controversée. Selon certaines sources, Saint Front, originaire de Périgueux ou d'Orient, fut envoyé par Saint Pierre pour évangéliser les Gaules. Il fonda une église à Périgueux et effectua plusieurs missions dans diverses régions, y compris la Saintonge, le Poitou, Paris, le Beauvaisis, et le Soissonnois. Il est également mentionné qu'il chassa un dragon et effectua plusieurs miracles. Cependant, des critiques comme M. de Tillemont et M. Baillet remettent en question l'authenticité des actes de Saint Front. Ils doutent de son voyage à Rome et de sa mission par Saint Pierre, ainsi que de la fondation de l'église du Puy-en-Velay. Ils considèrent les premiers actes de sa vie comme insoutenables et douteux. Le texte mentionne également des demandes d'éclaircissements sur la vie de Saint Front, notamment sur la conservation de ses reliques après le pillage des Calvinistes et les dates des fêtes de sa translation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5234
p. 1684-1685
REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
Début :
Cette Inscription, qui n'est qu'un fragment, seroit plus insctrutctive si [...]
Mots clefs :
Inscription, Consultat de Modestus et de Probus, Lettres, Médailles, Autel votif, Magistrats, Sculpteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
REMARQUES au sujet d'une Inscription
antique , rapportée dans une
Lettre adressée à M. de la Roque , dans
le Mercure de France du mois de May
dernier , page 10+ 5 .
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COSS.
Ette Inscription , qui n'est qu'un
Cfragment, seroit plus instructive si
>
elle étoit entiere. L'on ne peut , à la verité
, douter qu'elle ne soit de l'année
228. qui est celle du Consulat de Modestus
et de Probus , et par consequent sous
l'Empire d'Alexandre Severe , qui regnoit
pour lors ; mais par le mot Dominornm
on ne peut inferer qu'il ait rapport à cet
Empereur et à Camillus , son prétendu
Associé à l'Empire , suivant l'exposition
et le Systême de l'Auteur de la Lettre ,
parce qu'il est certain que les titres Dominus
, Domini , Dominorum , ou en entier,
ou en Lettres initiales , n'ont été employez
que pour les Empereurs du bas
Empire , et dans le siecle de Constantin ,
rant sur leurs Médailles que dans les Inscriptions
JUILLET. 1731. ∙1685
criptions et autres Monumens. A l'égard
des Lettres V. S. L. M. rien n'est plus
commun que la Formule ordinaire usitée
dans tous les Monumens et Tombeaux
antiques pour signifier , Votum Solvit Libenter
Merito. Ainsi sans recourir à des
recherches étrangeres au sujet , cette Inscription
désigne un Autel votif, érigé ,
ou un vou fait par un Particulier pour
la conservation des Magistrats du lieu ou
de ceux qui en étoient les possesseurs et
les maîtres ; car c'est dans ce sens le plus
simple et le plus naturel que l'on doit
entendre Dominorum. La tête de Belier ne
donne aucun lieu de croire que cet Autel
ait rapport au Sacrifice nommé Criabolium
, ce qui demanderoit d'autres circonstances.
L'on trouve communément
aux Ornemens des Autels , ainsi que des
Tombeaux antiques de semblables têtes
de Beliers , comme aussi des Têtes de Satyres
, des Aigles , des Griphons , des
Sphinx et d'au choses qui ne sont souvent
que des caprices et des inventions
de Sculpteurs avec d'autres accompagnemens
; voilà ce qu'on a crû pouvoir dire
de cette Inscription , toute imparfaite et
toute mutilée qu'elle est.
M. D. M.
A Paris le 13. Juin 173¹s
antique , rapportée dans une
Lettre adressée à M. de la Roque , dans
le Mercure de France du mois de May
dernier , page 10+ 5 .
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COSS.
Ette Inscription , qui n'est qu'un
Cfragment, seroit plus instructive si
>
elle étoit entiere. L'on ne peut , à la verité
, douter qu'elle ne soit de l'année
228. qui est celle du Consulat de Modestus
et de Probus , et par consequent sous
l'Empire d'Alexandre Severe , qui regnoit
pour lors ; mais par le mot Dominornm
on ne peut inferer qu'il ait rapport à cet
Empereur et à Camillus , son prétendu
Associé à l'Empire , suivant l'exposition
et le Systême de l'Auteur de la Lettre ,
parce qu'il est certain que les titres Dominus
, Domini , Dominorum , ou en entier,
ou en Lettres initiales , n'ont été employez
que pour les Empereurs du bas
Empire , et dans le siecle de Constantin ,
rant sur leurs Médailles que dans les Inscriptions
JUILLET. 1731. ∙1685
criptions et autres Monumens. A l'égard
des Lettres V. S. L. M. rien n'est plus
commun que la Formule ordinaire usitée
dans tous les Monumens et Tombeaux
antiques pour signifier , Votum Solvit Libenter
Merito. Ainsi sans recourir à des
recherches étrangeres au sujet , cette Inscription
désigne un Autel votif, érigé ,
ou un vou fait par un Particulier pour
la conservation des Magistrats du lieu ou
de ceux qui en étoient les possesseurs et
les maîtres ; car c'est dans ce sens le plus
simple et le plus naturel que l'on doit
entendre Dominorum. La tête de Belier ne
donne aucun lieu de croire que cet Autel
ait rapport au Sacrifice nommé Criabolium
, ce qui demanderoit d'autres circonstances.
L'on trouve communément
aux Ornemens des Autels , ainsi que des
Tombeaux antiques de semblables têtes
de Beliers , comme aussi des Têtes de Satyres
, des Aigles , des Griphons , des
Sphinx et d'au choses qui ne sont souvent
que des caprices et des inventions
de Sculpteurs avec d'autres accompagnemens
; voilà ce qu'on a crû pouvoir dire
de cette Inscription , toute imparfaite et
toute mutilée qu'elle est.
M. D. M.
A Paris le 13. Juin 173¹s
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Résumé : REMARQUES au sujet d'une Inscription antique, rapportée dans une Lettre adressée à M. de la Roque, dans le Mercure de France du mois de May dernier, page 1045.
Le texte analyse une inscription antique datée de l'année 228, sous le consulat de Modestus et Probus, durant le règne d'Alexandre Sévère. L'inscription, fragmentaire, utilise le terme 'Dominorum', mais cela ne permet pas de l'attribuer spécifiquement à Alexandre Sévère et à Camillus. Les titres 'Dominus' et ses variantes étaient courants pour les empereurs du bas Empire et au siècle de Constantin. Les lettres 'V. S. L. M.' signifient 'Votum Solvit Libenter Merito', une formule courante dans les monuments et tombeaux antiques. L'inscription désigne probablement un autel votif érigé par un particulier pour la conservation des magistrats locaux ou des possesseurs du lieu. La tête de bélier présente sur l'autel est un ornement commun et ne suggère pas un lien avec le sacrifice nommé Criabolium. Les ornements des autels et des tombeaux antiques incluent souvent des têtes de béliers, de satyres, d'aigles, de griffons, de sphinx et autres figures, souvent des caprices de sculpteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5235
p. 1687-1691
LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
Début :
Vous me demandez mon sentiment, Monsieur, sur l'explication que vient [...]
Mots clefs :
Inscription, Chanoine, Empereur, Sacrifice, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
LETTRE écrite d'Orleans , par
M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet
d'une Inscription trouvée à Auxerre.
D Ous me demandez mon sentiment
Monsieur , sur l'explication que vient
de donner dans le Mercure de May , un
Cha
1688 MERCURE DE FRANCE
Chanoine d'Auxerre , d'une Inscription
trouvée depuis peu dans sa Ville. Je vais
vous satisfaire. Voici l'Inscription.
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS.
Le Consulat de Modeste, de Probus, qui
tombe à l'an de Rome 981. et de J. C.
228. fait assez connoître , comme le remarque
l'Auteur de l'Explication , que
c'est à l'Empereur Severe Alexandre que
doit se rapporter cette Inscription. Ce
Prince étoit alors dans la septième année
de son regne. Ce qui embarrasse , c'est
que l'Inscription fait mention de deux
personnes , DOMINORUM , et qu'il ne paroît
pas d'abord aisé de déterminer qui a pû
partager avec Alexandre les honneurs du
Sacrifice et de l'Inscription , qui en
un Monument.
L'Auteur de l'Explication prétend que
c'est un certain Ovinius Camillus ( a ) que
Lampride dit avoir été associé à l'Empire
par Alexandre . Cette Découverte est heureuse
; mais par malheur elle n'a que l'apparence
, le récit que fait Lampride
de cet Ovinius paroît si fabuleux , qu'il
(a ) Lampride in Alexand, cum quidam Ovis
mius , &e.
n'%
JUILLET. 1731. 1689
les
uns
n'y a pas moyen de tabler dessus , il n'est
appuyé quesur des discours populaires , ( a)
encore qul different entre eux ,
rapportant cette prétendue Histoire d'O
vinius au temps de l'Empereur Trajan ,
les autres à celui d'Alexandre. Le silence.
unanime de tous les autres Historiens
sur un évenement aussi considerable ,
n'est que trop capable de nous faire re
jetter cette Histoire.
Mais quand elle seroit vraie , l'Auteur
de l'Explication se seroit toûjours trompé
, en disant que ce fût dans la guerre
d'Allemagne qu'Ovinius fut associé à
l'Empire , ce qui ne peut être . Lampride
dit que ce Sénateur , après quelques journées
de chemin qu'il fit avec l'Empereur
qui marchoit en personne contre quel
ques Barbares qui avoient fait une irruption
, fut contraint à cause de son peu
de santé , de quitter co Prince , qu'il se
retira ensuite dans ses Terres où il vécut
long-temps , (b) et où enfin il fut tué par
le commandement d'Alexandre . Or il est
certain que ce dernier fut tué dans l'ex-
(a) Le même , Ibid. Scio vulgum hanc rem
quam contexui Trajan. putare , &c.
(b) Lamprid. Ibid.Ad villas suas ire pracepit
in quibus diù vixit. Sed post jussu Imperatoris
occisus est.
pedition
160 MERCURE DE FRANCE
pedition contre les Allemans , ( a ) ainsi la
mort d'Ovinius, arrivée long- temps après
cette Expedition , et commandée par Alexandre
, est une chose qui détruit absolument
le sentiment de l'Auteur de l'Ex
plication.
Pour revenir à celle du mot de Do
MINORUM , il s'en présente une naturelle
ment à l'esprit , à laquelle je ne sçais pas
comment l'Auteur de l'Explication n'a
pas fait attention ; la voici :
On ne peut disconvenir que DOMINO
RUM ne soit mis ici pour AUGUSTORUM , et
ne signifie la même chose . Or selon tous
les Antiquaires , ( b ) quand ce dernier
mot se trouve dans les Médailles , il ne
suppose pas toûjours qu'il soit fait men
tion de deux Princes , et il s'entend bien
souvent de l'Empereur
et de l'Imperatrice.
Comme on le peut voir par la Mé.
daille de Gallien , qui porte pour Legende
CONCORDIA
AUGG . où la tête de ce
Prince se voit en regard avec celle de
Salonine , son Epouse. Cela supposé , le
Sacrifice dont l'Inscription fait mention ,
offert , Pro salute Dominorum , l'a été pour
(a) Id Ibid.
(b) v. le P. Banduri , dans son Ouvrage des
Médailles Imperiales depuis Trajan Dece jus
qu'aux Paleologues , en differens endroire.
la
JUILLET. 1731. 1691
la prosperité de l'Empereur et de l'Im
peratrice , ou plutôt de l'Empereur et de
Mammée sa Mere , qui , comme chacun
sçait , le gouvernoit entierement , et dont
le nom se trouve quelquefois joint à celui
de son fils dans les Inscriptions. DOMNORUM
en cet endroit ne voulant dire
que ce que les Marbres ont exprimé d'une
autre maniere par DOMUS DIVINA , la
Famille " Imperiale. Au reste le titre de
DOMINUS , donné à Alexandre , n'a rien
d'extraordinaire , quoique Lampride re
marque que ce Prince deffendit qu'on le
lui donnât. Dominum se appellari vetuit ,
cette même qualité lui est attribuée dans
une Inscription qu'on voit dans Gruter ,
page 121. GENIO D. N. SEVERI ALEXANDÀI.
ANG .
Il reste les quatre Lettres V. S. L. M:
dont M. le Chanoine d'Auxerre demande
l'explication , il paroît que c'est en riant
qu'il fait cette demande , aussi instruit
qu'il le paroît sur ce qui regarde les Sacrifices
, lui qui cire ceux qu'on appelloit
Tauroboles et Crioboles , n'est pas à sçavoir
que conformément aux autres Inscriptions
où elles se trouvent, elles doivent
ici s'expliquer par VOTUM SOLVIT LUBENS
MERITO. relativement à celui qui avoit fait
la dépense du Sacrifice pour la prosperité
de la Maison Imperiale . Je suis , &c.
M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet
d'une Inscription trouvée à Auxerre.
D Ous me demandez mon sentiment
Monsieur , sur l'explication que vient
de donner dans le Mercure de May , un
Cha
1688 MERCURE DE FRANCE
Chanoine d'Auxerre , d'une Inscription
trouvée depuis peu dans sa Ville. Je vais
vous satisfaire. Voici l'Inscription.
PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M.
DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS.
Le Consulat de Modeste, de Probus, qui
tombe à l'an de Rome 981. et de J. C.
228. fait assez connoître , comme le remarque
l'Auteur de l'Explication , que
c'est à l'Empereur Severe Alexandre que
doit se rapporter cette Inscription. Ce
Prince étoit alors dans la septième année
de son regne. Ce qui embarrasse , c'est
que l'Inscription fait mention de deux
personnes , DOMINORUM , et qu'il ne paroît
pas d'abord aisé de déterminer qui a pû
partager avec Alexandre les honneurs du
Sacrifice et de l'Inscription , qui en
un Monument.
L'Auteur de l'Explication prétend que
c'est un certain Ovinius Camillus ( a ) que
Lampride dit avoir été associé à l'Empire
par Alexandre . Cette Découverte est heureuse
; mais par malheur elle n'a que l'apparence
, le récit que fait Lampride
de cet Ovinius paroît si fabuleux , qu'il
(a ) Lampride in Alexand, cum quidam Ovis
mius , &e.
n'%
JUILLET. 1731. 1689
les
uns
n'y a pas moyen de tabler dessus , il n'est
appuyé quesur des discours populaires , ( a)
encore qul different entre eux ,
rapportant cette prétendue Histoire d'O
vinius au temps de l'Empereur Trajan ,
les autres à celui d'Alexandre. Le silence.
unanime de tous les autres Historiens
sur un évenement aussi considerable ,
n'est que trop capable de nous faire re
jetter cette Histoire.
Mais quand elle seroit vraie , l'Auteur
de l'Explication se seroit toûjours trompé
, en disant que ce fût dans la guerre
d'Allemagne qu'Ovinius fut associé à
l'Empire , ce qui ne peut être . Lampride
dit que ce Sénateur , après quelques journées
de chemin qu'il fit avec l'Empereur
qui marchoit en personne contre quel
ques Barbares qui avoient fait une irruption
, fut contraint à cause de son peu
de santé , de quitter co Prince , qu'il se
retira ensuite dans ses Terres où il vécut
long-temps , (b) et où enfin il fut tué par
le commandement d'Alexandre . Or il est
certain que ce dernier fut tué dans l'ex-
(a) Le même , Ibid. Scio vulgum hanc rem
quam contexui Trajan. putare , &c.
(b) Lamprid. Ibid.Ad villas suas ire pracepit
in quibus diù vixit. Sed post jussu Imperatoris
occisus est.
pedition
160 MERCURE DE FRANCE
pedition contre les Allemans , ( a ) ainsi la
mort d'Ovinius, arrivée long- temps après
cette Expedition , et commandée par Alexandre
, est une chose qui détruit absolument
le sentiment de l'Auteur de l'Ex
plication.
Pour revenir à celle du mot de Do
MINORUM , il s'en présente une naturelle
ment à l'esprit , à laquelle je ne sçais pas
comment l'Auteur de l'Explication n'a
pas fait attention ; la voici :
On ne peut disconvenir que DOMINO
RUM ne soit mis ici pour AUGUSTORUM , et
ne signifie la même chose . Or selon tous
les Antiquaires , ( b ) quand ce dernier
mot se trouve dans les Médailles , il ne
suppose pas toûjours qu'il soit fait men
tion de deux Princes , et il s'entend bien
souvent de l'Empereur
et de l'Imperatrice.
Comme on le peut voir par la Mé.
daille de Gallien , qui porte pour Legende
CONCORDIA
AUGG . où la tête de ce
Prince se voit en regard avec celle de
Salonine , son Epouse. Cela supposé , le
Sacrifice dont l'Inscription fait mention ,
offert , Pro salute Dominorum , l'a été pour
(a) Id Ibid.
(b) v. le P. Banduri , dans son Ouvrage des
Médailles Imperiales depuis Trajan Dece jus
qu'aux Paleologues , en differens endroire.
la
JUILLET. 1731. 1691
la prosperité de l'Empereur et de l'Im
peratrice , ou plutôt de l'Empereur et de
Mammée sa Mere , qui , comme chacun
sçait , le gouvernoit entierement , et dont
le nom se trouve quelquefois joint à celui
de son fils dans les Inscriptions. DOMNORUM
en cet endroit ne voulant dire
que ce que les Marbres ont exprimé d'une
autre maniere par DOMUS DIVINA , la
Famille " Imperiale. Au reste le titre de
DOMINUS , donné à Alexandre , n'a rien
d'extraordinaire , quoique Lampride re
marque que ce Prince deffendit qu'on le
lui donnât. Dominum se appellari vetuit ,
cette même qualité lui est attribuée dans
une Inscription qu'on voit dans Gruter ,
page 121. GENIO D. N. SEVERI ALEXANDÀI.
ANG .
Il reste les quatre Lettres V. S. L. M:
dont M. le Chanoine d'Auxerre demande
l'explication , il paroît que c'est en riant
qu'il fait cette demande , aussi instruit
qu'il le paroît sur ce qui regarde les Sacrifices
, lui qui cire ceux qu'on appelloit
Tauroboles et Crioboles , n'est pas à sçavoir
que conformément aux autres Inscriptions
où elles se trouvent, elles doivent
ici s'expliquer par VOTUM SOLVIT LUBENS
MERITO. relativement à celui qui avoit fait
la dépense du Sacrifice pour la prosperité
de la Maison Imperiale . Je suis , &c.
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Résumé : LETTRE écrite d'Orleans, par M. D. P. le 27. Juin 1731. au sujet d'une Inscription trouvée à Auxerre.
La lettre datée du 27 juin 1731 discute d'une inscription découverte à Auxerre et publiée dans le Mercure de mai 1731. Cette inscription, PRO SALUTE DOMINORUM V. S. L. M. DEDICAVIT MODESTO ET PROBO COS., remonte au consulat de Modeste et Probus en 228 après J.-C., sous le règne de l'empereur Sévère Alexandre. L'auteur de l'explication propose qu'Ovinius Camillus, mentionné par Lampride, aurait pu être associé à l'Empire par Alexandre. Cependant, cette hypothèse est contestée en raison des divergences historiques et du manque de preuves solides. L'auteur de la lettre propose une autre interprétation pour le terme DOMINORUM, qui pourrait signifier AUGUSTORUM, désignant l'empereur et l'impératrice ou la mère de l'empereur, Mammée. Cette interprétation est soutenue par des exemples de médailles antiques. Les lettres V. S. L. M. sont expliquées par VOTUM SOLVIT LUBENS MERITO, indiquant que le sacrifice a été offert de manière méritoire pour la prospérité de la famille impériale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5236
p. 1693-1704
CEREMONIE faite à Metz, au sujet des nouvelles Cazernes, et de la Place de Coislin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 25. Juin 1731.
Début :
Le 6. Juin les Magistrats à cette Ville invitez par M. l'Evêque, à se rendre [...]
Mots clefs :
Metz, Cérémonie, Casernes, Architecture symétrisée, Bataillons, Officiers, Symphonie, Capitaines, Procureur-Syndic de la Ville
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texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE faite à Metz, au sujet des nouvelles Cazernes, et de la Place de Coislin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 25. Juin 1731.
CEREMONIE faite à Metz , an
sujet des nouvelles Cazernes , et de la
Place de Coiflin . Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville , le 25. Juin 1731 .
L
E 6. Juin les Magistrats à cette Ville
invitez par M. l'Evêque , à se rendre
aux nouvelles Cazernes , que ce Prélat
a fait construire,et dont il vouloit faire
don à la Ville , s'y transporterent pour
en reconnoître l'état , et accepter cette
donation au nom de la Ville. Ce somptueux
Edifice élevé dans la Place du
Champ-à- Seille , consiste en deux grands
Corps de Cazernes et en un pareil nombre
de Pavillons couverts d'Ardoises , ornez
d'Architecture simétrisée , et propres à y
loger commodément trois Bataillons complets
avec tous leurs Officiers.
Là,en presence de M.de Creil, Intendant
de la Province et d'un grand nombre
d'Officiers et de personnes de consideration
, ce Prélat fit entre les mains des Magistrats
la donation de cet Edifice , et
augmenta le mérite de Présent par les
termes gracieux dont il les accompagna.
On dressa du tout un Procès verbal autentique
,
24 MERCURE DE FRANCE
16
tentique , signé des Parties interressées et
déposé dans les Archives de la Ville pour
éterniser la memoire de la liberalité de ce
Prélat. Les Officiers de Ville . persuadez
qu'il étoit de leur devoir et de leur reconnoissance
d'en informer la Cour , envoyerent
aux Ministres des copies du Procès
verbal , et eurent la satisfaction de
trouver dans la Réponse dont Son Eminence
les à honorez , des Eloges conformes
à leurs idées , et qui donnent un`nouveau
lustre et à la dignité du bienfait ,
et à la magnificence du Bienfaicteur ,
Le Projet de la Dédicace de la Place que
forment les quatre Corps de l'Edifice
ayant été proposé à M. l'Evêque , et les
Magistrats ayant obtenu de lui la permission
de le suivre et de l'executer , ils en
désignerent la Ceremonie au 20. du même
mois de Juin ; ce jour- là elle fut annoncée
au Peuple dès six heures du ma
tin par le son de la grosse Cloche , qui
fut réïteré à midy. A trois heures et demie
du soir M. le Comte de Bellille .
Commandant pour le Roi dans la Province
, ayant ordonné à la Compagnie
des Archers des Bandes et à celles des Gardes
et des Suisses du Gouvernement , de
se rendre à l'Hôtel de Ville , pour grossir
et honorer le Cortege ; l'on se mit en
marche dans l'ordre suivant :
JUILLE T. 1731 . 1695
Tous les Tambours de la Ville , au nombre
de 24. précedez du Tambour Major,
commencerent la marche; ils étoient suivis
de la Compagnie des Archers des Bandes
avec leurs Armes et leurs Hoquetons ,
ayant leurs Officiers à leur tête. Les Suisses
du Gouvernement , la Hallebarde sur
l'épaule , marchoient ensuite : les Trompettes
et les Timbales de la Garnison ,
précedoient la Compagnie des Gardes du
Gouvernement.
Les Messagers , deux à deux , avec leurs'
Casaques aux Livrées de la Ville , les suivoient
immédiatement. Après eux les 16.
Bannerots en Habits et Manteaux noirs et
l'épée au côté. Ensuite les Sergens de Ville
avec leurs Casaques de Livrée et l'épéc
au côté.
La Symphonie marchoit après , composée
de plusieurs Violons , Hautbois et
autres Instrumens,
A quelque distance marchoit le Héraut
d'Armes , superbement vétu à la Romaine
, tenant en main la Verge Magistrale,
monté sur un cheval richement harnaché,
et précedé par deux Estafiers. Le Secretaire
de la Ville seul en Toque de Velours
et en Robbe de ceremonie , précedoit
Mrsles Maîtres Echevins, aussi en Toques
de Velours avec les Cordons d'or
couverts
1696 MERCURE DE FRANCE
couverts de leurs Manteaux de Parade
accompagnez du Major et Ayde -Major
de la Milice Bourgeoise , ayant de part et
d'autre les six Hallebardiers de la Ville ,
en Casaque , la Pertuisanne sur l'épaule .
Après eux marchoient les Echevins, deux
à deux , aussi en habit de ceremonie ; ils
étoient suivis immédiatement
par M. le
Procureur -Syndic de la Ville , seul en
Robbe my-partie , le Chaperon bordé
d'Hermine sur l'épaule et leBonnet quarré.
Tous les Capitaines marchoient ensuite
et derriere eux deux Sergens et deux
Messagers de Ville fermoient la Marche.
Les Sergens Bourgeois avec leurs Hallebarde
formoient des hayes pour empêcher
le desordre et la confusion .
On se rendit dans cet ordre au Palais
Episcopal , et M " d'Augny et d'Aubustin
de Bionville , Maîtres Echevins à la tête
des Magistrats , ayant trouvé M. de Metz
dans sa grand'Salle , où il étoit accompagné
d'une Cour très - nombreuse , M. de
Bionville lui adressa la parole en ces
termes :
MONSEIGNEUR ,
Après vous avoir rendu nos très - humbles
actions de graces du Présent magnifique dont
la
JUILLET. 1731. 1.697
la Ville vient encore d'être redevable à
votre zèle et à votre liberalité, nous allons au
pied des Autels joindre nos voeux à ceux
de tous nos Habitans , et les coeurs les plus
penetrez de la plus vive reconnoissance
prier le Seigneur de verser sur les jours de
son premier Ministre , les benedictions les
plus précieuses sfasse le Ciel, MONSEIGNEUR,
et pour notre avantage et pour sa gloire , que
ces mêmes jours soient une suite de prospe
ritez et durent autant que nos desirs. C'est
le bienfait le plus flateur et le plus signalé
que nos prieres puissent obtenir de sa bonté
et de sa misericorde.
M. l'Evêque ayant répondu à ce Discours
dans les termes les plus obligeans ,
les Magistrats , precedez de leur Cortége
se rendirent à la Cathédrale , dont les
Chanoines qui y occupoient leurs Places
ordinaires , avoient agréé que le Service
se fit dans le Choeur et au grand Autel ,
M. de Pagny , Grand - Chantre , entonna
le Te Deum , qui fut chanté par une excellente
Musique , et suivi d'un Motet
dont voici les paroles tirées de l'Ecriture
Sainte . Elles expriment parfaitement le
bien et l'avantage que ce nouvel Etablis
sement procure au Peuple de Metz.
Cantemus Domino, quoniam magnificè fecit.
D Dedit.
1698 MERCURE DE FRANCE
Dedit requiem populo suo .
Pauper et inops laudabunt nomen ejus :
Quoniam magnificè fecit.
Pupillus et vidua exultabunt in domibus
suis Quoniam, &c.
Juvenes et Virgines senes cum junioribus lau»
dabunt nomen Domini. Quoniam , &c.
Cantemus Domino, quoniam magnificè fecit.
• La Musique de ce Motet , composée i
par M. Maillard , Maître de Musique de
la Cathédrale , fut très bien exécutée.
+
Après le Te Deum , les Officiers de Ville
se mirent en marche ; ils traverserent la
Place d'Armes, au son de la grosse Cloche
et de toutes celles des Paroisses de la
Ville et au bruit des Fanfares ; ils passerent
ensuite par la Place S. Louis , où ils
trouverent un Détachement de Cavalerie
de la Garnison à cheval , l'épée haute
d'où ils se rendirent enfin à la principale
Entrée des Cazernes , dont les Pilastres à
la face exterieure , servoient de soutien à
un Portique élevé en Arc de Triomphe ,
orné au Frontispice des Armes du Roi ,
de celles du Maréchal d'Alégre , Gouver
de celles de la Ville , placées de
l'un et de l'autre côté , et de celles de
M l'Evêque de Metz , peintes en grand ,
au dessous d'un Cartouche pratiqué dans
neur ,
le
JUILLET. 1731. 1699
le centre de la Décoration , et dans lequel
on lisoit cette Inscription .
ILLUSTRISSIMO
ECCLESIE PRINCIPI
HEN,CAR . DUCAMBOUT, DUCI DE COISLIN,
PRESULI MUNIFICENTISSIMO ,
IMMORTALES AGIT GRATIAS
SENATUS POPULUSQUE
METENSI S.
Les Pilastres étoient ornez de Guirlan
des de fleurs et de verdure , soutenant
quatre Cartouches , dans lesquels étoient
des Emblêmes avec leurs Devises , qui exprimoient
d'une maniere sensible que
M. l'Evêque n'accumule ses revenus que
pour les distribuer en faveur des Pauvres
et des Aurels , que la vûë du Ciel est le
premier mobile de toutes ses actions , et
que ses charitez sont d'autant plus méritoires
,qu'il tâche de les rendre secretes.
La premiere Emblême répré entoit un
Soleil attirant des vapeurs , avec cette
Devise :
Colligit ut spargat.
La seconde , une Mouche à miel sur des
feurs , avec ces mots:
Quod sugit , serviet aris.
880168
Dij La
1700 MERCURE DE FRANCE
La troisiéme , un Tournesol qui suit
toûjours le mouvement du Soleil , avec
cette Devise :
Colestes sequitur motus.
La quatrième , réprésentoit un Ver à
Soye , avec cette Inscription :
Operitur dum operatur.
La face interieure de cette Entrée et
de cet Arc de Triomphe , étoit pareillement
ornée , quoique dans un ordre
different , des mêmes Armes et des mêmes
Décorations. Dans le Cartouche du Frontispice
étoient écrits ces deux Vers d'Ovide
, qui s'appliquoient naturellement à
la reconnoissance de la Ville , et à la Place
dont elle celebroit la Dédicace.
Semper inoblità repetam tua munera mente ,
Et mea me tellus audiet esse tuum.
Les Pilastres de cette Face interieure
étoient aussi décorez de Guirlandes et de
Festons de feuillages et de fleurs , soutenant
quatre Cartouches , dans lesquels
étoient copiez ces Passages tirez de l'Ecriture
Sainte.
Desiderium Pauperum exaudivit Dominus.
Ps. 9.
Dispersit dedit Pauperibus . Ps. 111 .
Jucundus
JUILLET. 1731 . 1701
す
Jucundus homo qui miseretur. Ibid .
Non est inventus similis illi. Ecclesiast.
Les Balustres des deux côtez de l'Arc
de Triomphe , étoient encore chargez de
Caisses d'Orangers , garnies de Festons
et de Guirlandes , de même que les autres
Pieces de la Décoration .
La Comtesse de Bellifle voulut bien
être présente à cette Ceremonie. Elle
fut placée avec les Dames qui l'accompagnoient
, dans l'une des Chambres les
plus apparentes des Cazernes , dont les
fenêtres étoient ornées de Tapis.Toutes les
autres Chambres des quatre Faces qui regardent
la Place, et qui sont en très- grand
nombre , furent entierement occupées par
les Dames de la Ville , ce qui faisoit un beau
coup d'oeil , et formoit le Spectacle le plus
brillant et le plus magnifique qui ait encore
paru dans la Province.
Les Troupes étant sous les Armes et
en haye , aux quatre Faces de la Place ,
le Comte de Bellifle , Commandant
dans la Province , et le Comte de Baviere
, Commandant des Camps , s'y étant
rendus , de même que M. de Creil , Intendant
, et tous les Officiers de la Garnison
, et des deux Camps , et une infinité
de personnes de consideration , Ms de
Diij Ville ,
1702 MERCURE DE FRANCE
Ville , précedez de leur Cortege , en fi
rent le tour ; et étant parvenus au centre
de la Place , le bruit des Tambours , des
Timbales et des Trompettes cessant , ils:
ordonnerent au Herault d'Armes de publier
à haute voix l'Ordonnance de la
Ville , dont voici la teneur :
DE PAR LE ROY
Et Messieurs les Maître-Echevin , Conseillers-
Echevins et Magistrats de la
Ville et Cité de Metz.
La construction des Cazernes et des Pavillons
, que le zele , la pieté et la munifi-
Bence de Monseigneur Du CAMBOUT, DUC
DE COISLIN , EVESQUE DE METZ ,
ont fait éleverpar augmentation dans la Place
du Camp- à- Seille , pour le soulagement des
Peuples , la tranquillité desFamilles etla gloire
de la Religion , en devant être un Monument
éternel; et la Ville qui dans ce somptueux
Edifice, outre l'avantage et l'utilité publique,
trouve encore son plus bel ornement , ne pouvantdonner
des marques plus éclatantes de sa
reconnoissance, qu'en faisant passer à la posterité
la plus reculée , le souvenir de cegrand
Evenement ; il a été arrêté que la Place
formée actuellement par la construction des
Cazernes dans celle du Camp - à- Seille
portera
JUILLET. 1731. 1703
1
portera dorénavant le nom de Place DB
COISLIN ; que dans les Actes , tant publics
que particuliers , elle sera désignée sous
cette denomination; que les quatre Faces desdites
Cazernes formant un pareil nombre de
ruës differentes, celle qui conduit du Cartean
aux Celestins , sera pareillement nommée
rue de SAINT HENRY; celle qui conduit
de l'Hôpital S. Nicolas à la Haute- Seille ,
rue DU CAMBOUT ; celle qui conduit
de la Haute- Seille au Cheval Rouge , ruë
de S. CHARLES ; et celle qui conduit du
Cheval Rouge au Carteau , rue DE COISLINS
lesquels noms seront gravez en Lettres d'or
sur des Marbres incrustez dans chacune des
Faces desdites Ruës; et afin que personne n'en
prétende cause d'ignorance , sera la présente
Ordonnance solemnellement publiée dans ladite
Place , et affichée aux Carrefours et autres
lieux ordinaires et accoutumez . Fait à
PHôtel de Ville de Metz le 8. Juin 1731.
Aussi-tôt après la Publication , on entendit
un grand bruit de Tambours
Trompettes , Timbales , de Canons et de
cris de VIVE LE ROY , VIVE MONSEIGNEUR
LE DUC DE COISLIN.
I Les Comtes de Bellifle et de Baviere
assisterent à la Céremonie , accompagnez
de 7 à 800. Officiers , tant de la Garnison
que des deux Camps. Diiij Tous
1704 MERCURE DE FRANCE
Tous les Marchands et Corps de Mé
tiers tinrent leurs Boutiques fermées , de
leur plein gré toute la journée ; et le soir
il y eut de grandes Illuminations et des
Feux sur les Places et dans les ruës , où l'on
entendit de tous côtez les mêmes cris de
VIVE LE ROY , VIVE MONSEIGNEUR
LE DUC DE COISLIN.
sujet des nouvelles Cazernes , et de la
Place de Coiflin . Extrait d'une Lettre
écrite de cette Ville , le 25. Juin 1731 .
L
E 6. Juin les Magistrats à cette Ville
invitez par M. l'Evêque , à se rendre
aux nouvelles Cazernes , que ce Prélat
a fait construire,et dont il vouloit faire
don à la Ville , s'y transporterent pour
en reconnoître l'état , et accepter cette
donation au nom de la Ville. Ce somptueux
Edifice élevé dans la Place du
Champ-à- Seille , consiste en deux grands
Corps de Cazernes et en un pareil nombre
de Pavillons couverts d'Ardoises , ornez
d'Architecture simétrisée , et propres à y
loger commodément trois Bataillons complets
avec tous leurs Officiers.
Là,en presence de M.de Creil, Intendant
de la Province et d'un grand nombre
d'Officiers et de personnes de consideration
, ce Prélat fit entre les mains des Magistrats
la donation de cet Edifice , et
augmenta le mérite de Présent par les
termes gracieux dont il les accompagna.
On dressa du tout un Procès verbal autentique
,
24 MERCURE DE FRANCE
16
tentique , signé des Parties interressées et
déposé dans les Archives de la Ville pour
éterniser la memoire de la liberalité de ce
Prélat. Les Officiers de Ville . persuadez
qu'il étoit de leur devoir et de leur reconnoissance
d'en informer la Cour , envoyerent
aux Ministres des copies du Procès
verbal , et eurent la satisfaction de
trouver dans la Réponse dont Son Eminence
les à honorez , des Eloges conformes
à leurs idées , et qui donnent un`nouveau
lustre et à la dignité du bienfait ,
et à la magnificence du Bienfaicteur ,
Le Projet de la Dédicace de la Place que
forment les quatre Corps de l'Edifice
ayant été proposé à M. l'Evêque , et les
Magistrats ayant obtenu de lui la permission
de le suivre et de l'executer , ils en
désignerent la Ceremonie au 20. du même
mois de Juin ; ce jour- là elle fut annoncée
au Peuple dès six heures du ma
tin par le son de la grosse Cloche , qui
fut réïteré à midy. A trois heures et demie
du soir M. le Comte de Bellille .
Commandant pour le Roi dans la Province
, ayant ordonné à la Compagnie
des Archers des Bandes et à celles des Gardes
et des Suisses du Gouvernement , de
se rendre à l'Hôtel de Ville , pour grossir
et honorer le Cortege ; l'on se mit en
marche dans l'ordre suivant :
JUILLE T. 1731 . 1695
Tous les Tambours de la Ville , au nombre
de 24. précedez du Tambour Major,
commencerent la marche; ils étoient suivis
de la Compagnie des Archers des Bandes
avec leurs Armes et leurs Hoquetons ,
ayant leurs Officiers à leur tête. Les Suisses
du Gouvernement , la Hallebarde sur
l'épaule , marchoient ensuite : les Trompettes
et les Timbales de la Garnison ,
précedoient la Compagnie des Gardes du
Gouvernement.
Les Messagers , deux à deux , avec leurs'
Casaques aux Livrées de la Ville , les suivoient
immédiatement. Après eux les 16.
Bannerots en Habits et Manteaux noirs et
l'épée au côté. Ensuite les Sergens de Ville
avec leurs Casaques de Livrée et l'épéc
au côté.
La Symphonie marchoit après , composée
de plusieurs Violons , Hautbois et
autres Instrumens,
A quelque distance marchoit le Héraut
d'Armes , superbement vétu à la Romaine
, tenant en main la Verge Magistrale,
monté sur un cheval richement harnaché,
et précedé par deux Estafiers. Le Secretaire
de la Ville seul en Toque de Velours
et en Robbe de ceremonie , précedoit
Mrsles Maîtres Echevins, aussi en Toques
de Velours avec les Cordons d'or
couverts
1696 MERCURE DE FRANCE
couverts de leurs Manteaux de Parade
accompagnez du Major et Ayde -Major
de la Milice Bourgeoise , ayant de part et
d'autre les six Hallebardiers de la Ville ,
en Casaque , la Pertuisanne sur l'épaule .
Après eux marchoient les Echevins, deux
à deux , aussi en habit de ceremonie ; ils
étoient suivis immédiatement
par M. le
Procureur -Syndic de la Ville , seul en
Robbe my-partie , le Chaperon bordé
d'Hermine sur l'épaule et leBonnet quarré.
Tous les Capitaines marchoient ensuite
et derriere eux deux Sergens et deux
Messagers de Ville fermoient la Marche.
Les Sergens Bourgeois avec leurs Hallebarde
formoient des hayes pour empêcher
le desordre et la confusion .
On se rendit dans cet ordre au Palais
Episcopal , et M " d'Augny et d'Aubustin
de Bionville , Maîtres Echevins à la tête
des Magistrats , ayant trouvé M. de Metz
dans sa grand'Salle , où il étoit accompagné
d'une Cour très - nombreuse , M. de
Bionville lui adressa la parole en ces
termes :
MONSEIGNEUR ,
Après vous avoir rendu nos très - humbles
actions de graces du Présent magnifique dont
la
JUILLET. 1731. 1.697
la Ville vient encore d'être redevable à
votre zèle et à votre liberalité, nous allons au
pied des Autels joindre nos voeux à ceux
de tous nos Habitans , et les coeurs les plus
penetrez de la plus vive reconnoissance
prier le Seigneur de verser sur les jours de
son premier Ministre , les benedictions les
plus précieuses sfasse le Ciel, MONSEIGNEUR,
et pour notre avantage et pour sa gloire , que
ces mêmes jours soient une suite de prospe
ritez et durent autant que nos desirs. C'est
le bienfait le plus flateur et le plus signalé
que nos prieres puissent obtenir de sa bonté
et de sa misericorde.
M. l'Evêque ayant répondu à ce Discours
dans les termes les plus obligeans ,
les Magistrats , precedez de leur Cortége
se rendirent à la Cathédrale , dont les
Chanoines qui y occupoient leurs Places
ordinaires , avoient agréé que le Service
se fit dans le Choeur et au grand Autel ,
M. de Pagny , Grand - Chantre , entonna
le Te Deum , qui fut chanté par une excellente
Musique , et suivi d'un Motet
dont voici les paroles tirées de l'Ecriture
Sainte . Elles expriment parfaitement le
bien et l'avantage que ce nouvel Etablis
sement procure au Peuple de Metz.
Cantemus Domino, quoniam magnificè fecit.
D Dedit.
1698 MERCURE DE FRANCE
Dedit requiem populo suo .
Pauper et inops laudabunt nomen ejus :
Quoniam magnificè fecit.
Pupillus et vidua exultabunt in domibus
suis Quoniam, &c.
Juvenes et Virgines senes cum junioribus lau»
dabunt nomen Domini. Quoniam , &c.
Cantemus Domino, quoniam magnificè fecit.
• La Musique de ce Motet , composée i
par M. Maillard , Maître de Musique de
la Cathédrale , fut très bien exécutée.
+
Après le Te Deum , les Officiers de Ville
se mirent en marche ; ils traverserent la
Place d'Armes, au son de la grosse Cloche
et de toutes celles des Paroisses de la
Ville et au bruit des Fanfares ; ils passerent
ensuite par la Place S. Louis , où ils
trouverent un Détachement de Cavalerie
de la Garnison à cheval , l'épée haute
d'où ils se rendirent enfin à la principale
Entrée des Cazernes , dont les Pilastres à
la face exterieure , servoient de soutien à
un Portique élevé en Arc de Triomphe ,
orné au Frontispice des Armes du Roi ,
de celles du Maréchal d'Alégre , Gouver
de celles de la Ville , placées de
l'un et de l'autre côté , et de celles de
M l'Evêque de Metz , peintes en grand ,
au dessous d'un Cartouche pratiqué dans
neur ,
le
JUILLET. 1731. 1699
le centre de la Décoration , et dans lequel
on lisoit cette Inscription .
ILLUSTRISSIMO
ECCLESIE PRINCIPI
HEN,CAR . DUCAMBOUT, DUCI DE COISLIN,
PRESULI MUNIFICENTISSIMO ,
IMMORTALES AGIT GRATIAS
SENATUS POPULUSQUE
METENSI S.
Les Pilastres étoient ornez de Guirlan
des de fleurs et de verdure , soutenant
quatre Cartouches , dans lesquels étoient
des Emblêmes avec leurs Devises , qui exprimoient
d'une maniere sensible que
M. l'Evêque n'accumule ses revenus que
pour les distribuer en faveur des Pauvres
et des Aurels , que la vûë du Ciel est le
premier mobile de toutes ses actions , et
que ses charitez sont d'autant plus méritoires
,qu'il tâche de les rendre secretes.
La premiere Emblême répré entoit un
Soleil attirant des vapeurs , avec cette
Devise :
Colligit ut spargat.
La seconde , une Mouche à miel sur des
feurs , avec ces mots:
Quod sugit , serviet aris.
880168
Dij La
1700 MERCURE DE FRANCE
La troisiéme , un Tournesol qui suit
toûjours le mouvement du Soleil , avec
cette Devise :
Colestes sequitur motus.
La quatrième , réprésentoit un Ver à
Soye , avec cette Inscription :
Operitur dum operatur.
La face interieure de cette Entrée et
de cet Arc de Triomphe , étoit pareillement
ornée , quoique dans un ordre
different , des mêmes Armes et des mêmes
Décorations. Dans le Cartouche du Frontispice
étoient écrits ces deux Vers d'Ovide
, qui s'appliquoient naturellement à
la reconnoissance de la Ville , et à la Place
dont elle celebroit la Dédicace.
Semper inoblità repetam tua munera mente ,
Et mea me tellus audiet esse tuum.
Les Pilastres de cette Face interieure
étoient aussi décorez de Guirlandes et de
Festons de feuillages et de fleurs , soutenant
quatre Cartouches , dans lesquels
étoient copiez ces Passages tirez de l'Ecriture
Sainte.
Desiderium Pauperum exaudivit Dominus.
Ps. 9.
Dispersit dedit Pauperibus . Ps. 111 .
Jucundus
JUILLET. 1731 . 1701
す
Jucundus homo qui miseretur. Ibid .
Non est inventus similis illi. Ecclesiast.
Les Balustres des deux côtez de l'Arc
de Triomphe , étoient encore chargez de
Caisses d'Orangers , garnies de Festons
et de Guirlandes , de même que les autres
Pieces de la Décoration .
La Comtesse de Bellifle voulut bien
être présente à cette Ceremonie. Elle
fut placée avec les Dames qui l'accompagnoient
, dans l'une des Chambres les
plus apparentes des Cazernes , dont les
fenêtres étoient ornées de Tapis.Toutes les
autres Chambres des quatre Faces qui regardent
la Place, et qui sont en très- grand
nombre , furent entierement occupées par
les Dames de la Ville , ce qui faisoit un beau
coup d'oeil , et formoit le Spectacle le plus
brillant et le plus magnifique qui ait encore
paru dans la Province.
Les Troupes étant sous les Armes et
en haye , aux quatre Faces de la Place ,
le Comte de Bellifle , Commandant
dans la Province , et le Comte de Baviere
, Commandant des Camps , s'y étant
rendus , de même que M. de Creil , Intendant
, et tous les Officiers de la Garnison
, et des deux Camps , et une infinité
de personnes de consideration , Ms de
Diij Ville ,
1702 MERCURE DE FRANCE
Ville , précedez de leur Cortege , en fi
rent le tour ; et étant parvenus au centre
de la Place , le bruit des Tambours , des
Timbales et des Trompettes cessant , ils:
ordonnerent au Herault d'Armes de publier
à haute voix l'Ordonnance de la
Ville , dont voici la teneur :
DE PAR LE ROY
Et Messieurs les Maître-Echevin , Conseillers-
Echevins et Magistrats de la
Ville et Cité de Metz.
La construction des Cazernes et des Pavillons
, que le zele , la pieté et la munifi-
Bence de Monseigneur Du CAMBOUT, DUC
DE COISLIN , EVESQUE DE METZ ,
ont fait éleverpar augmentation dans la Place
du Camp- à- Seille , pour le soulagement des
Peuples , la tranquillité desFamilles etla gloire
de la Religion , en devant être un Monument
éternel; et la Ville qui dans ce somptueux
Edifice, outre l'avantage et l'utilité publique,
trouve encore son plus bel ornement , ne pouvantdonner
des marques plus éclatantes de sa
reconnoissance, qu'en faisant passer à la posterité
la plus reculée , le souvenir de cegrand
Evenement ; il a été arrêté que la Place
formée actuellement par la construction des
Cazernes dans celle du Camp - à- Seille
portera
JUILLET. 1731. 1703
1
portera dorénavant le nom de Place DB
COISLIN ; que dans les Actes , tant publics
que particuliers , elle sera désignée sous
cette denomination; que les quatre Faces desdites
Cazernes formant un pareil nombre de
ruës differentes, celle qui conduit du Cartean
aux Celestins , sera pareillement nommée
rue de SAINT HENRY; celle qui conduit
de l'Hôpital S. Nicolas à la Haute- Seille ,
rue DU CAMBOUT ; celle qui conduit
de la Haute- Seille au Cheval Rouge , ruë
de S. CHARLES ; et celle qui conduit du
Cheval Rouge au Carteau , rue DE COISLINS
lesquels noms seront gravez en Lettres d'or
sur des Marbres incrustez dans chacune des
Faces desdites Ruës; et afin que personne n'en
prétende cause d'ignorance , sera la présente
Ordonnance solemnellement publiée dans ladite
Place , et affichée aux Carrefours et autres
lieux ordinaires et accoutumez . Fait à
PHôtel de Ville de Metz le 8. Juin 1731.
Aussi-tôt après la Publication , on entendit
un grand bruit de Tambours
Trompettes , Timbales , de Canons et de
cris de VIVE LE ROY , VIVE MONSEIGNEUR
LE DUC DE COISLIN.
I Les Comtes de Bellifle et de Baviere
assisterent à la Céremonie , accompagnez
de 7 à 800. Officiers , tant de la Garnison
que des deux Camps. Diiij Tous
1704 MERCURE DE FRANCE
Tous les Marchands et Corps de Mé
tiers tinrent leurs Boutiques fermées , de
leur plein gré toute la journée ; et le soir
il y eut de grandes Illuminations et des
Feux sur les Places et dans les ruës , où l'on
entendit de tous côtez les mêmes cris de
VIVE LE ROY , VIVE MONSEIGNEUR
LE DUC DE COISLIN.
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Résumé : CEREMONIE faite à Metz, au sujet des nouvelles Cazernes, et de la Place de Coislin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville, le 25. Juin 1731.
En 1731, les magistrats de Metz prirent possession de nouvelles casernes construites par l'évêque sur la place du Champ-à-Seille, capables d'accueillir trois bataillons avec leurs officiers. Le 6 juin, en présence de l'intendant de la province et de diverses personnalités, l'évêque fit don des casernes à la ville. Un procès-verbal fut dressé et archivé. Le 20 juin, une cérémonie de dédicace eut lieu. Une procession, incluant divers officiels et militaires, se rendit au palais épiscopal où les magistrats exprimèrent leur gratitude à l'évêque. La procession se dirigea ensuite vers la cathédrale pour chanter le Te Deum et un motet. Les officiers traversèrent plusieurs places accompagnés de fanfares et de cavalerie jusqu'aux casernes, ornées d'un arc de triomphe décoré des armoiries du roi, du maréchal d'Alègre, de la ville et de l'évêque Henri-Charles de Coislin. Des dames, dont la comtesse de Bellifle, assistèrent à la cérémonie depuis les fenêtres des casernes. Le 8 juin 1731, une ordonnance royale renomma plusieurs rues de Metz : la rue de Saint Henry, la rue du Cambout, la rue de Saint Charles et la rue de Coislins. Ces noms devaient être gravés en lettres d'or sur des marbres. L'ordonnance fut publiée solennellement et affichée aux carrefours. Une cérémonie suivit, marquée par des salves d'artillerie et des cris de 'Vive le Roy, Vive Monseigneur le Duc de Coislins'. Les commerçants fermèrent leurs boutiques, et des illuminations eurent lieu le soir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5237
p. 1705-1713
COURS DE CHYMIE, DISCOURS.
Début :
Le lundi 2. de ce mois M. Lemery, Médecin de la Faculté de Paris, [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Cours de Chimie , Premier médecin du roi, Intendant du jardin royal, Réflexions, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COURS DE CHYMIE, DISCOURS.
COURS DE CHYMIE ,
DISCOURS.
E lundi 2. de ce mois M. Lemery ,
LMédecin de la Faculté de Paris ,
Conseiller Médecin ordinaire du Roy ,
de l'Académie Royale des Sciences , nouvellement
reçû Professeur de Chymie au
Jardin Royal , à la place de feu M. Geoffroy
, y fit l'ouverture du Cours de Chymie.
Il avoit annoncé publiquement ,
qu'avant que d'entrer dans ce qu'il appelle
la Pratique de cette Science , c'està
- dire , les differentes préparations Chymiques
, il feroit plusieurs Discours sur
sa Théorie ; ce qu'il a executé en cinq
Discours differents , dont on n'avoit
point coutume avant lui de faire préceder
les démonstrations Chymiques : Mais
avant que d'entrer en matiere , il débuta
par un Discours oratoire , où M. Chirac ,
premier Médecin du Roy , et Intendant
du Jardin Royal , entre naturellement
pour beaucoup. Et ce qu'il y a d'heureux
pour l'Orateur , et de glorieux pour celui
dont on fait l'Eloge , c'est qu'il n'y
Dv entre
1706 MERCURE DE FRANCE
entre point aux dépens de la verité. Le
Public pourra en juger par la lecture du
Discours même, le voici :
Que ne puis-je oublier , Messieurs , que
ne pouvez- vous oublier vous -mêmes , quels
hommes ont rempli avant moi la place que·
j'occupe ! je paroîtrois ici avec moins de confusion
; et peut-être appercevriez- vous moins
ce qui me manque , si d'autres ne vous
avoient fait voir dans cette place toutes les
grandes qualités qu'elle demande. Vous avez
eu le plaisir d'y admirer plus d'une fois
te Collegue illustre à qui j'ai l'honneur de
succeder; il vous a appris , M". , à quoy.
vous deviés vos applaudissemens ; it
n'est plus possible de les surprendre , et
la difficulté de les meriter, ne me fait que
trop sentir le besoin que j'ai de vôtre indulgence..
C'est un usage établi de prouver
d'abord
l'utilité
d'une Science
dont on doit trai
ter. Je pourrois , M" vous faire voir que·
ce qu'on sçait sur la composition naturelle
des liqueurs differentes qui font partie de
nos corps , sur les alterations dont elles sont
susceptibles , sur la maniere dont elles se
dérangent , sur la nature des Remedes vége
Baux , animaux , et mineraux , n'est veriablement
dû qu'à la Chymie ; mais ce détail
, dont la preuve et l'éclaircissement nous
meneroient
JUILLET. 1731. 1707
meneroient un peu loin , se manifestera assés
par les Réflexions que nous aurons occasion
de faire sur les Operations Chymiques , qui
se feront en vôtre présence dans la suite de
ce Cours. D'ailleurs , qu'est-il nécessaire de
prouver l'utilité de la Chymie quel est
Phomme de bon sens qui en doute ? la Médecine
désavoitera- t- elle les secours qu'elle en
tire ? la Physique niera -t- elle qu'elle ne doive
une partie de ses progrés aux experiences
et aux raisonnemens qu'elle lui fournit ? et
n'est-ce pas en consequence de cette utilité
reconnue , que notre Auguste Monarque
qui ne se méprend point dans la protection
qu'il donne aux Sciences , accorde à celleci
une retraite honorable en ces lieux , et luž
prodigue des secours dignes de sa magnificen
ce , et de son discernement.
C'est à bajustesse de ce discernement qu'est
dû le choix du Chef illustre sous les auspices
et la direction duquel se font les Exercices
du Jardin Royal : Sa Majesté ne pouvoit
mieux faire sentir le cas qu'elle fair
de ces exercices , et son attention particuliere
2
lesfaire fleurir , par une administration
sage et éclairée , qu'en chargeant de cette
administration un anffi grand Maître que
Fest M. Chirac dans chacune des parties
de Médecine qui s'y enseignent , etpar là
aussi capable qu'il l'est de s'acquitter di-
D vj gnement
1708 MERCURE DE FRANCE
gnement d'un emploi de cette nature .
Cet employ , Messieurs , qui avant que
M. Chirac en eût été pourvû , avoit toujours
été une espece d'apanage des premiers
Médecins , est devenu entre ses mains le
gage du merite qu'on lui récennoissoit d'avance
, pourremplir unjour la premiere plaee
, et ce gage l'y désignoit dès-lors en quelque
maniere
Cette désignation , M" , se trouve aus
jourd'huy heureusement accomplie , et nous
voyons avec d'autant plus de joye , l'Intendance
du Jardin Royal réunie à la place de
premier Medecin , que cette intendance en
est naturellement une dépendance ou une attribution
, et qu'elle n'en avoit été dans la
personne de M. Chirac qu'une distraction
pour quelques années.
Arrêtons-nous un moment , M" , sur ce
dernier évênement , qui fait à la fois l'Elo
ge de la justice du Roy, la gloire de celui qui
en a receu les effets , et la satisfaction de
Doute la France , qui n'a plus d'allarmes sur
la plus précieuse santé de l'Univers , depuis
qu'elle la voit entre les mains du plus par
fait , et du plus digne de tous les Médecins
Les Places éminentes de la Médecine
s'obtiennent rarement sans beaucoup de sollicitations
et de brigues ; si le merite se joins
aux efforts qu'on fait pour réussir , ce merite
fait
JUILLET. 1731. 1709
fait quelquefois pencher la Balance de son
côté , d'autrefois et le plus souvent il dessert,
L'envie qui le regarde comme son plus grand
ennemi , ne manque guére à lui susciter les
obstacles les plus puissants, et par là vient
ordinairement à bout d'en triompher.
Delà le découragement de ceux qui moins
occupés de se procurer des protections brillantes
et utiles , que de multiplier le nombre de
leurs connoissances , et de se perfetionner de
plus en plus dans la Médecine , se voyent
frustrés injustement des récompenses qui der
voient naturellement les regarder , et qui pas
sent souvent entre les mains de gens aussi peu
versés dans la Théorie et la Pratique de leur
Art , que ceux qui en ont été exclus l'y font
beaucoup.
Delà vient encore que ceux en qui l'envie
de s'élever l'emporte de beaucoup sur
Le goût de leur profession , seul capable de
former degrands sujets , quand on s'y livre
tout entier , donnent tous leurs soins à se mênager
les secours que les veues de leur ambition
leur suggerent , et négligent d'autant
l'Etude d'une Science dont la vaste étendue
plusque suffisante pour occuper uniquement,
et sans partage , permet à peine quelques
moments de relache et de délassement.
Ces exemples pernicieux dont le frequent
succès
$710 MERCURE DE FRANCE
succès tout contraire qu'il est au bon ordre ,
et à la droite raison , produit tant d'imitateurs
, ne perdront- ils point de leur credit ?
et ne changera-t-on point de conduite en
considerant celle que l'illustre M. Chirac
a toujouts tenuë , et qui lui a si beureusement
et si glorieusement réussi.
Ennemi déclaré de ces souplesses , et de ces
sollicitations indignes qui ne deshonorent pas
moins ceux qui s'en laissent séduire , que
ceux qui ont la bassesse de les faire , on l'a
toujours vû le même dans tous les tems de sa
vie , il n'a point été audevant de la fortune
par des routes illegitimes , il l'a laissé agir
en sa faveur, ou s'il a cherché à se la rendrefavorable
, ce n'a été qu'à force d'étude
et de travail. $
+
C'est dans une Célèbre Faculté , où il a
professé avec éclat pendant plusieurs an
nées , qu'il a commencé àfaire ses preuves.
On l'y a vu uniquement occupe de guerir
on d'enseigner à le faire , travailler continuellement
et sans relâche , aux progrès et
à la perfection de la Médecine , et communiquer
liberalement , et sans reserve tout ce
qu'il sçavoit , à une foule d'Auditeurs , qui
venoient de toutes parts puiser dans cette
Sourceféconde , les lumieres dont ils avoient
Besoin.
C'est ainsi que M. Chirac a scû se faire
un
JUILLET. 1731. 1751
un si grand nombre de Partisans dans le Public
;C'est là la maniere dont il a crû pouvoir
briguer leurs suffrages , eh ! comment
ne seroit-il pas venu à bout de les obtenir?
les Eloges que la multitude de ses Disciples:
faisoient de leur Maître dans les differents
endroits de leur résidence , ne pouvoient être
suspects ils étoient unanimes ; la réconnoissance
et la verité les dictoient. D'ailleurs on
en trouvoit en quelque maniere la garantie
dans plusieurs de ces Disciples , le merite
qui les distinguoit , et qu'ils ne tenoient que
de lui , annonçoit la superiorité du sien ..
Il étoit bien difficile qu'une réputation
aussi brillante , aussi solide , et aussi justement
acquise que l'étoit celle de M.Chirac, ne
travaillat pas , même à son insçu,en sa faveur.
Quoique ceux qui dispensent lesgraces , Souvent
peu capables de le faire avec connoissance
de cause ou trop susceptibles de préventions
, n'accordent que trop ordinairement
aux importunitez et à la cabale , ce que la
justice réclame d'un autre côté ; il en est d'au
tres plus rares , à la verité , et plus judicieux ,
que le goût des Sciences,et l'étude qu'ils en ont
faite , a rendus plus clair- voyants, plus diffim
ciles à tromper , plus attachés au vray merite
et qui se trouvent par là plus à portée de
ne pas confondre les faux ou les demi Sçavants
avec ceux du premier ordre..
Tel
1712 MERCURE DE FRANCE
*
Tel étoit le grand Prince ami des Scien
ces , et Protecteur des Sçavants , qui jugeant
M. Chirac digne du dépost précieux de sa
santé , l'appella auprès de S. A. R. l'hon
nora de son estime et de toute sa confiance
et le recompensa par là des services que jus➡
qu'alors il avoit rendus au Public.
Cette nouvelle Dignité ne fut point changer
de conduite à M. Chirac ; il auroit pû
Pombre de ses Lauriers jouird'un repos merité
par ses travaux passés ; il auroit même pŵ
profiterhabilement de ce repos pour cultiver à
Loisir et plus sûrement un certain nombre d'a
mis , utiles dans l'occasion; mais il s'étoit livré
de trop bon coeur au Public, et à sa Profession
pour succomber à des vies de cette nature ;
d'ailleurs il sçavoit mieux qu'un autre , que
•quelque progrès qu'on aitfait dans la Médecine
, ce qu'on sçait est toujours fort au
dessous de ce qui reste à sçavoir, et que
quand on s'arrête au milieu de sa carriere ,
et qu'on n'est plus dans l'exercice actuel
non- seulement on n'avance plus , mais que
trace de ce qu'on sçavoit le mieux s'affoiblit
insensiblement faute d'être renouvellée ou enpar
la répetition des mêmes objets,
On chancelle quand il s'agit de se déterminer,
On s'enrouille petit àpetit , et le plus grand·
Praticien devient souvent par là un Méder
cin assés médiocre.
tretenuë
·la
C'est
JUILLET . 1731. 1713
C'estpour éviter une chute semblable
que
M. Chirac arrivé à Paris , où sa grande
réputation l'avoit déja de beaucoup devancé ,
s'y est prêté aussi-tôt à tous ceux qui ont eu
recours à ses lumieres ; on l'y a vû justifier
pleinement par ses discours , et par le succès
de sa pratique , tout ce que la rénommée
avoit publié en sa faveur. Loin de se rébuter
des fatigues inséparables d'un aufſt grand
employ que celui où il s'y est trouvé , fon ardeurpour
le travail s'est toujours accrue par
la multitude de ses affaires , et il s'y est donné
tout entier et sans partage , pendant une
longue suite d'années ; c'eft en primant aux
yeux du Public , et de l'aveu même de ses
Confreres , dans l'exercice de sa profession ,
qu'il est arrivé à ce baut degré de gloire ,
où Sa Majesté lui a fait l'honneur de l'appeller.
La brigue qu'il a toujours détestée ,
et qui n'avoit en aucune part à sa place
de premier Médecin de feu M. le Duc
d'Orleans , n'en a pas a pas eû davantage à selle
de premier Médecin du Roy. Quel bonheur !
si un si bel exemple pouvoit engager à ne
suivre dorénavant en pareil cas d'autre route
que celle qui a été tenue et tracée par M.
Chirac; le merite rentreroit bien- tôt par
dans tous les droits qui lui appartiennent
et dont il se voit presque toujours déchû
La cabale et par l'injustice.
DISCOURS.
E lundi 2. de ce mois M. Lemery ,
LMédecin de la Faculté de Paris ,
Conseiller Médecin ordinaire du Roy ,
de l'Académie Royale des Sciences , nouvellement
reçû Professeur de Chymie au
Jardin Royal , à la place de feu M. Geoffroy
, y fit l'ouverture du Cours de Chymie.
Il avoit annoncé publiquement ,
qu'avant que d'entrer dans ce qu'il appelle
la Pratique de cette Science , c'està
- dire , les differentes préparations Chymiques
, il feroit plusieurs Discours sur
sa Théorie ; ce qu'il a executé en cinq
Discours differents , dont on n'avoit
point coutume avant lui de faire préceder
les démonstrations Chymiques : Mais
avant que d'entrer en matiere , il débuta
par un Discours oratoire , où M. Chirac ,
premier Médecin du Roy , et Intendant
du Jardin Royal , entre naturellement
pour beaucoup. Et ce qu'il y a d'heureux
pour l'Orateur , et de glorieux pour celui
dont on fait l'Eloge , c'est qu'il n'y
Dv entre
1706 MERCURE DE FRANCE
entre point aux dépens de la verité. Le
Public pourra en juger par la lecture du
Discours même, le voici :
Que ne puis-je oublier , Messieurs , que
ne pouvez- vous oublier vous -mêmes , quels
hommes ont rempli avant moi la place que·
j'occupe ! je paroîtrois ici avec moins de confusion
; et peut-être appercevriez- vous moins
ce qui me manque , si d'autres ne vous
avoient fait voir dans cette place toutes les
grandes qualités qu'elle demande. Vous avez
eu le plaisir d'y admirer plus d'une fois
te Collegue illustre à qui j'ai l'honneur de
succeder; il vous a appris , M". , à quoy.
vous deviés vos applaudissemens ; it
n'est plus possible de les surprendre , et
la difficulté de les meriter, ne me fait que
trop sentir le besoin que j'ai de vôtre indulgence..
C'est un usage établi de prouver
d'abord
l'utilité
d'une Science
dont on doit trai
ter. Je pourrois , M" vous faire voir que·
ce qu'on sçait sur la composition naturelle
des liqueurs differentes qui font partie de
nos corps , sur les alterations dont elles sont
susceptibles , sur la maniere dont elles se
dérangent , sur la nature des Remedes vége
Baux , animaux , et mineraux , n'est veriablement
dû qu'à la Chymie ; mais ce détail
, dont la preuve et l'éclaircissement nous
meneroient
JUILLET. 1731. 1707
meneroient un peu loin , se manifestera assés
par les Réflexions que nous aurons occasion
de faire sur les Operations Chymiques , qui
se feront en vôtre présence dans la suite de
ce Cours. D'ailleurs , qu'est-il nécessaire de
prouver l'utilité de la Chymie quel est
Phomme de bon sens qui en doute ? la Médecine
désavoitera- t- elle les secours qu'elle en
tire ? la Physique niera -t- elle qu'elle ne doive
une partie de ses progrés aux experiences
et aux raisonnemens qu'elle lui fournit ? et
n'est-ce pas en consequence de cette utilité
reconnue , que notre Auguste Monarque
qui ne se méprend point dans la protection
qu'il donne aux Sciences , accorde à celleci
une retraite honorable en ces lieux , et luž
prodigue des secours dignes de sa magnificen
ce , et de son discernement.
C'est à bajustesse de ce discernement qu'est
dû le choix du Chef illustre sous les auspices
et la direction duquel se font les Exercices
du Jardin Royal : Sa Majesté ne pouvoit
mieux faire sentir le cas qu'elle fair
de ces exercices , et son attention particuliere
2
lesfaire fleurir , par une administration
sage et éclairée , qu'en chargeant de cette
administration un anffi grand Maître que
Fest M. Chirac dans chacune des parties
de Médecine qui s'y enseignent , etpar là
aussi capable qu'il l'est de s'acquitter di-
D vj gnement
1708 MERCURE DE FRANCE
gnement d'un emploi de cette nature .
Cet employ , Messieurs , qui avant que
M. Chirac en eût été pourvû , avoit toujours
été une espece d'apanage des premiers
Médecins , est devenu entre ses mains le
gage du merite qu'on lui récennoissoit d'avance
, pourremplir unjour la premiere plaee
, et ce gage l'y désignoit dès-lors en quelque
maniere
Cette désignation , M" , se trouve aus
jourd'huy heureusement accomplie , et nous
voyons avec d'autant plus de joye , l'Intendance
du Jardin Royal réunie à la place de
premier Medecin , que cette intendance en
est naturellement une dépendance ou une attribution
, et qu'elle n'en avoit été dans la
personne de M. Chirac qu'une distraction
pour quelques années.
Arrêtons-nous un moment , M" , sur ce
dernier évênement , qui fait à la fois l'Elo
ge de la justice du Roy, la gloire de celui qui
en a receu les effets , et la satisfaction de
Doute la France , qui n'a plus d'allarmes sur
la plus précieuse santé de l'Univers , depuis
qu'elle la voit entre les mains du plus par
fait , et du plus digne de tous les Médecins
Les Places éminentes de la Médecine
s'obtiennent rarement sans beaucoup de sollicitations
et de brigues ; si le merite se joins
aux efforts qu'on fait pour réussir , ce merite
fait
JUILLET. 1731. 1709
fait quelquefois pencher la Balance de son
côté , d'autrefois et le plus souvent il dessert,
L'envie qui le regarde comme son plus grand
ennemi , ne manque guére à lui susciter les
obstacles les plus puissants, et par là vient
ordinairement à bout d'en triompher.
Delà le découragement de ceux qui moins
occupés de se procurer des protections brillantes
et utiles , que de multiplier le nombre de
leurs connoissances , et de se perfetionner de
plus en plus dans la Médecine , se voyent
frustrés injustement des récompenses qui der
voient naturellement les regarder , et qui pas
sent souvent entre les mains de gens aussi peu
versés dans la Théorie et la Pratique de leur
Art , que ceux qui en ont été exclus l'y font
beaucoup.
Delà vient encore que ceux en qui l'envie
de s'élever l'emporte de beaucoup sur
Le goût de leur profession , seul capable de
former degrands sujets , quand on s'y livre
tout entier , donnent tous leurs soins à se mênager
les secours que les veues de leur ambition
leur suggerent , et négligent d'autant
l'Etude d'une Science dont la vaste étendue
plusque suffisante pour occuper uniquement,
et sans partage , permet à peine quelques
moments de relache et de délassement.
Ces exemples pernicieux dont le frequent
succès
$710 MERCURE DE FRANCE
succès tout contraire qu'il est au bon ordre ,
et à la droite raison , produit tant d'imitateurs
, ne perdront- ils point de leur credit ?
et ne changera-t-on point de conduite en
considerant celle que l'illustre M. Chirac
a toujouts tenuë , et qui lui a si beureusement
et si glorieusement réussi.
Ennemi déclaré de ces souplesses , et de ces
sollicitations indignes qui ne deshonorent pas
moins ceux qui s'en laissent séduire , que
ceux qui ont la bassesse de les faire , on l'a
toujours vû le même dans tous les tems de sa
vie , il n'a point été audevant de la fortune
par des routes illegitimes , il l'a laissé agir
en sa faveur, ou s'il a cherché à se la rendrefavorable
, ce n'a été qu'à force d'étude
et de travail. $
+
C'est dans une Célèbre Faculté , où il a
professé avec éclat pendant plusieurs an
nées , qu'il a commencé àfaire ses preuves.
On l'y a vu uniquement occupe de guerir
on d'enseigner à le faire , travailler continuellement
et sans relâche , aux progrès et
à la perfection de la Médecine , et communiquer
liberalement , et sans reserve tout ce
qu'il sçavoit , à une foule d'Auditeurs , qui
venoient de toutes parts puiser dans cette
Sourceféconde , les lumieres dont ils avoient
Besoin.
C'est ainsi que M. Chirac a scû se faire
un
JUILLET. 1731. 1751
un si grand nombre de Partisans dans le Public
;C'est là la maniere dont il a crû pouvoir
briguer leurs suffrages , eh ! comment
ne seroit-il pas venu à bout de les obtenir?
les Eloges que la multitude de ses Disciples:
faisoient de leur Maître dans les differents
endroits de leur résidence , ne pouvoient être
suspects ils étoient unanimes ; la réconnoissance
et la verité les dictoient. D'ailleurs on
en trouvoit en quelque maniere la garantie
dans plusieurs de ces Disciples , le merite
qui les distinguoit , et qu'ils ne tenoient que
de lui , annonçoit la superiorité du sien ..
Il étoit bien difficile qu'une réputation
aussi brillante , aussi solide , et aussi justement
acquise que l'étoit celle de M.Chirac, ne
travaillat pas , même à son insçu,en sa faveur.
Quoique ceux qui dispensent lesgraces , Souvent
peu capables de le faire avec connoissance
de cause ou trop susceptibles de préventions
, n'accordent que trop ordinairement
aux importunitez et à la cabale , ce que la
justice réclame d'un autre côté ; il en est d'au
tres plus rares , à la verité , et plus judicieux ,
que le goût des Sciences,et l'étude qu'ils en ont
faite , a rendus plus clair- voyants, plus diffim
ciles à tromper , plus attachés au vray merite
et qui se trouvent par là plus à portée de
ne pas confondre les faux ou les demi Sçavants
avec ceux du premier ordre..
Tel
1712 MERCURE DE FRANCE
*
Tel étoit le grand Prince ami des Scien
ces , et Protecteur des Sçavants , qui jugeant
M. Chirac digne du dépost précieux de sa
santé , l'appella auprès de S. A. R. l'hon
nora de son estime et de toute sa confiance
et le recompensa par là des services que jus➡
qu'alors il avoit rendus au Public.
Cette nouvelle Dignité ne fut point changer
de conduite à M. Chirac ; il auroit pû
Pombre de ses Lauriers jouird'un repos merité
par ses travaux passés ; il auroit même pŵ
profiterhabilement de ce repos pour cultiver à
Loisir et plus sûrement un certain nombre d'a
mis , utiles dans l'occasion; mais il s'étoit livré
de trop bon coeur au Public, et à sa Profession
pour succomber à des vies de cette nature ;
d'ailleurs il sçavoit mieux qu'un autre , que
•quelque progrès qu'on aitfait dans la Médecine
, ce qu'on sçait est toujours fort au
dessous de ce qui reste à sçavoir, et que
quand on s'arrête au milieu de sa carriere ,
et qu'on n'est plus dans l'exercice actuel
non- seulement on n'avance plus , mais que
trace de ce qu'on sçavoit le mieux s'affoiblit
insensiblement faute d'être renouvellée ou enpar
la répetition des mêmes objets,
On chancelle quand il s'agit de se déterminer,
On s'enrouille petit àpetit , et le plus grand·
Praticien devient souvent par là un Méder
cin assés médiocre.
tretenuë
·la
C'est
JUILLET . 1731. 1713
C'estpour éviter une chute semblable
que
M. Chirac arrivé à Paris , où sa grande
réputation l'avoit déja de beaucoup devancé ,
s'y est prêté aussi-tôt à tous ceux qui ont eu
recours à ses lumieres ; on l'y a vû justifier
pleinement par ses discours , et par le succès
de sa pratique , tout ce que la rénommée
avoit publié en sa faveur. Loin de se rébuter
des fatigues inséparables d'un aufſt grand
employ que celui où il s'y est trouvé , fon ardeurpour
le travail s'est toujours accrue par
la multitude de ses affaires , et il s'y est donné
tout entier et sans partage , pendant une
longue suite d'années ; c'eft en primant aux
yeux du Public , et de l'aveu même de ses
Confreres , dans l'exercice de sa profession ,
qu'il est arrivé à ce baut degré de gloire ,
où Sa Majesté lui a fait l'honneur de l'appeller.
La brigue qu'il a toujours détestée ,
et qui n'avoit en aucune part à sa place
de premier Médecin de feu M. le Duc
d'Orleans , n'en a pas a pas eû davantage à selle
de premier Médecin du Roy. Quel bonheur !
si un si bel exemple pouvoit engager à ne
suivre dorénavant en pareil cas d'autre route
que celle qui a été tenue et tracée par M.
Chirac; le merite rentreroit bien- tôt par
dans tous les droits qui lui appartiennent
et dont il se voit presque toujours déchû
La cabale et par l'injustice.
Fermer
Résumé : COURS DE CHYMIE, DISCOURS.
Le 2 juillet, Louis Lemery, médecin de la Faculté de Paris, conseiller du roi et professeur de chimie au Jardin Royal, a inauguré son cours de chimie en remplacement de M. Geoffroy. Avant d'aborder la pratique, Lemery a prononcé cinq discours théoriques, une méthode nouvelle. Il a débuté par un hommage à M. Chirac, premier médecin du roi et intendant du Jardin Royal, tout en restant fidèle à la vérité. Lemery a mis en avant l'importance de la chimie pour la médecine et la physique, soulignant que cette science est soutenue par le roi. Il a également loué la sagesse et la gestion éclairée de M. Chirac au Jardin Royal, notant que cette fonction est naturellement liée à celle de premier médecin. Le texte évoque la difficulté d'accéder à des postes éminents en médecine en raison des sollicitations et des intrigues. Lemery critique ceux qui recherchent des protections plutôt que de se consacrer à l'étude et à la perfection dans la médecine. Il admire M. Chirac pour son dévouement, son travail acharné et sa générosité dans le partage de ses connaissances, ce qui lui a valu une grande réputation et la confiance du roi. Malgré sa nouvelle dignité, Chirac a continué à se consacrer à sa profession, évitant la complaisance et les sollicitations indignes. Il a été reconnu pour ses compétences et son mérite, et non pour des faveurs ou des cabales. Lemery espère que l'exemple de Chirac encouragera d'autres à suivre une voie similaire, basée sur le mérite et le travail.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5238
p. 1714-1718
REPONSE à la Lettre sur la Pierre : Remede pour la dissoudre &c.
Début :
J'ay lû, Monsieur, dans le premier volume de vôtre Mercure du mois de [...]
Mots clefs :
Pierre, Remède, Dissolution, Prévention, Couteau, Vessie, Urines, Estomac, Arboriste, Opération de la taille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE à la Lettre sur la Pierre : Remede pour la dissoudre &c.
REPONSE à la Lettre sur la Pierre :
Remede pour la dissoudre &c.
là ,
,
dans le premier volume de vôtre Mercure du mois de
Juin dernier une Lettre , sur la Pierre qui
s'engendre dans le Corps humain , l'Auteur
s'y récrie sur la prévention qu'on a en
faveur des Anciens qui ont prétendu que
le seul rémede de la Pierre , est le Couteau's
de
JUILLET. 1731. 1715
de sorte que jusqu'à present on s'est tellement
laissé persuader de l'impossibil.té
de guerir ce mal sans le secours de l'Art ,
qu'on a négligé de chercher dans la natur
quelquesfondans qui puissent dissoudre
la Pierre sans s'exposer à des Operations
cruelles et très perilleuses ; ce même
Auteur a prevû et suppo é les objections
qui pouvoient se faire contre ces
fondants ; il a refuté et détruit les
objections par des raisons solides , et par
des comparaisons d'autant plus simples ,
qu'elles sont naturelles. Il finit en vous
priant , Monsieur , d'inviter ceux qui
ont été delivrés de la Pierre par ce dernier
moyen , d'en faire part au Public
pour convaincre les incrédules.
Pour appuyer le sentiment de l'Auteur
de cette Lettre , je me suis déterminé à
vous assurer par celle-cy , que je suis convaincu
par moi - même et par les experiences
fréquentes que j'en ai vûës , qu'il
y a des remedes si puissants et si infaillibles
pour amollir et dissoudre la Pierre
dans la vessie , qu'ils la font entierement
couler par l'uretre avec les urines , de
maniere qu'il n'en reste pas le moindre
vestige , et bien loin que ce fondant
agisse sur les autres parties , par où il se
porte sur le corps dur et solide de la pier71
MERCURE DE FRANCE
re, et qu'il y fasse la moindre impression ,
( ce qui se feroit sentir par quelques douleurs
de reins et par des chaleurs internes
) , tout au contraire , le Malade sent
un rafraîchissement intérieur qui le soulage
d'abord et calme les douleurs , tant
il est certain que ce fondant n'a de vertu
ni de force que sur la Pierre de cette especc.
Ce n'est pas là la seule vertu de ce
remede , qui est en trés - petit volume
sans dégoût , et trés facile à prendre ;
il purifie en même tems la masse du sang
dégage l'estomach , le fortifie , empêche
la fièvre , et pendant toute l'Operation
le Malade se porte bien , dort d'un sommeil
tranquille , se trouve de l'appetit ,
et peut le satisfaire , puisqu'il n'est obligé
à aucun régime ni genre de vie particuliere
; ce n'est pas ici le cas de dire que
qui prouve trop ne prouve rien , parce
que l'experience fait cesser tous les raisonnements
; on pourroit citer une infinité
de ces expériences , mais on se contentera
des deux plus récentes , parcequ'elles
sont actuellement sous les yeux
du Public .
La premiere de ces deux dernieres est
celle de Me . Hebert , Arboriste , ruë des
Arcis , chez Madame Picard , Lingere.
Elle souffroit depuis dix ans , elle avoit
été
JUILLET. 1731 1717
été sondée deux fois même par les Chirurgiens
de l'Hôtel - Dieu , et l'on jugea la
Pierre extrêmement grosse ; la situation
de cette femme étoit si cruelle , qu'elle ne
pouvoit rester de bout , assise , ni couchée
, elle étoit obligé de se tenir continuellement
sur les genoux et sur les coudes
, elle ne rendoit que quelques gouttes
d'urine de temps à autre avec des douleurs
insupportables qu'elle étoit enfin
résoluë de risquer l'Operation de laTaille ,
lorsqu'elle fit la découverte du remede
dont il s'agit ; la personne qui en a le se
cret ne pût le refuser aux instances et aux
empressements de ceux qu'elle envoya
pour en demander. Dès le moment que
Îa Malade en eût pris , elle sentit du soulagement
, elle dormit , ce qu'elle n'avoit
pas fait depuis très long-temps , elle mangea
, et enfin pour éviter un long détail
qu'on peut apprendre d'elle et de ses
voisins , elle a rendu toute sa Pierre avec
ses urines , elle est àpresent dans une santé
parfaite.
La derniere expérience est celle de
M. Tardieu , Graveur , rue S. Jacques ,
à S. Bernard , proche S. Yves.
Il étoit dans un état à peu prés aussi
miserable que la Dame Hebert. Il a également
rendu la Pierre dont il étoit incom1718
MERCURE DE FRANCE
commodé , il en a gardé de même les sables
, et les graviers : ce ne sont pas des personnes
supposées , elles sont connues de
tout Paris , et ne pourront se réfuser à la
verité.
Voilà des exemples assés authentiques
pour authoriser l'opinion , et prouver la
justesse du raisonnement de l'Auteur de
la précedente Lettre ; j'ay crû ne pouvoir
me dispenser d'en faire part au Public
de par la voye vôtre Mercure , où j'espere
que vous aurés la bonté d'inserer ce
que j'ay l'honneur de vous écrire. Je
suis & c .
Remede pour la dissoudre &c.
là ,
,
dans le premier volume de vôtre Mercure du mois de
Juin dernier une Lettre , sur la Pierre qui
s'engendre dans le Corps humain , l'Auteur
s'y récrie sur la prévention qu'on a en
faveur des Anciens qui ont prétendu que
le seul rémede de la Pierre , est le Couteau's
de
JUILLET. 1731. 1715
de sorte que jusqu'à present on s'est tellement
laissé persuader de l'impossibil.té
de guerir ce mal sans le secours de l'Art ,
qu'on a négligé de chercher dans la natur
quelquesfondans qui puissent dissoudre
la Pierre sans s'exposer à des Operations
cruelles et très perilleuses ; ce même
Auteur a prevû et suppo é les objections
qui pouvoient se faire contre ces
fondants ; il a refuté et détruit les
objections par des raisons solides , et par
des comparaisons d'autant plus simples ,
qu'elles sont naturelles. Il finit en vous
priant , Monsieur , d'inviter ceux qui
ont été delivrés de la Pierre par ce dernier
moyen , d'en faire part au Public
pour convaincre les incrédules.
Pour appuyer le sentiment de l'Auteur
de cette Lettre , je me suis déterminé à
vous assurer par celle-cy , que je suis convaincu
par moi - même et par les experiences
fréquentes que j'en ai vûës , qu'il
y a des remedes si puissants et si infaillibles
pour amollir et dissoudre la Pierre
dans la vessie , qu'ils la font entierement
couler par l'uretre avec les urines , de
maniere qu'il n'en reste pas le moindre
vestige , et bien loin que ce fondant
agisse sur les autres parties , par où il se
porte sur le corps dur et solide de la pier71
MERCURE DE FRANCE
re, et qu'il y fasse la moindre impression ,
( ce qui se feroit sentir par quelques douleurs
de reins et par des chaleurs internes
) , tout au contraire , le Malade sent
un rafraîchissement intérieur qui le soulage
d'abord et calme les douleurs , tant
il est certain que ce fondant n'a de vertu
ni de force que sur la Pierre de cette especc.
Ce n'est pas là la seule vertu de ce
remede , qui est en trés - petit volume
sans dégoût , et trés facile à prendre ;
il purifie en même tems la masse du sang
dégage l'estomach , le fortifie , empêche
la fièvre , et pendant toute l'Operation
le Malade se porte bien , dort d'un sommeil
tranquille , se trouve de l'appetit ,
et peut le satisfaire , puisqu'il n'est obligé
à aucun régime ni genre de vie particuliere
; ce n'est pas ici le cas de dire que
qui prouve trop ne prouve rien , parce
que l'experience fait cesser tous les raisonnements
; on pourroit citer une infinité
de ces expériences , mais on se contentera
des deux plus récentes , parcequ'elles
sont actuellement sous les yeux
du Public .
La premiere de ces deux dernieres est
celle de Me . Hebert , Arboriste , ruë des
Arcis , chez Madame Picard , Lingere.
Elle souffroit depuis dix ans , elle avoit
été
JUILLET. 1731 1717
été sondée deux fois même par les Chirurgiens
de l'Hôtel - Dieu , et l'on jugea la
Pierre extrêmement grosse ; la situation
de cette femme étoit si cruelle , qu'elle ne
pouvoit rester de bout , assise , ni couchée
, elle étoit obligé de se tenir continuellement
sur les genoux et sur les coudes
, elle ne rendoit que quelques gouttes
d'urine de temps à autre avec des douleurs
insupportables qu'elle étoit enfin
résoluë de risquer l'Operation de laTaille ,
lorsqu'elle fit la découverte du remede
dont il s'agit ; la personne qui en a le se
cret ne pût le refuser aux instances et aux
empressements de ceux qu'elle envoya
pour en demander. Dès le moment que
Îa Malade en eût pris , elle sentit du soulagement
, elle dormit , ce qu'elle n'avoit
pas fait depuis très long-temps , elle mangea
, et enfin pour éviter un long détail
qu'on peut apprendre d'elle et de ses
voisins , elle a rendu toute sa Pierre avec
ses urines , elle est àpresent dans une santé
parfaite.
La derniere expérience est celle de
M. Tardieu , Graveur , rue S. Jacques ,
à S. Bernard , proche S. Yves.
Il étoit dans un état à peu prés aussi
miserable que la Dame Hebert. Il a également
rendu la Pierre dont il étoit incom1718
MERCURE DE FRANCE
commodé , il en a gardé de même les sables
, et les graviers : ce ne sont pas des personnes
supposées , elles sont connues de
tout Paris , et ne pourront se réfuser à la
verité.
Voilà des exemples assés authentiques
pour authoriser l'opinion , et prouver la
justesse du raisonnement de l'Auteur de
la précedente Lettre ; j'ay crû ne pouvoir
me dispenser d'en faire part au Public
de par la voye vôtre Mercure , où j'espere
que vous aurés la bonté d'inserer ce
que j'ay l'honneur de vous écrire. Je
suis & c .
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Résumé : REPONSE à la Lettre sur la Pierre : Remede pour la dissoudre &c.
Le texte est une réponse à une lettre précédente publiée dans le Mercure de France, traitant du traitement de la pierre (calcul) dans le corps humain. L'auteur conteste l'idée que la chirurgie est la seule solution pour dissoudre la pierre, comme le prétendaient les Anciens. Il affirme qu'il existe des remèdes capables de dissoudre la pierre sans recourir à des opérations cruelles. Ces remèdes agissent spécifiquement sur la pierre sans affecter les autres parties du corps, apportant un soulagement immédiat et calmant les douleurs. L'auteur mentionne deux expériences récentes et authentiques pour appuyer ses propos. La première concerne Madame Hebert, une arboriste souffrant depuis dix ans, qui a trouvé un soulagement après avoir pris le remède. La seconde expérience concerne Monsieur Tardieu, un graveur, qui a également été guéri. Ces deux cas sont bien connus à Paris et peuvent être vérifiés par le public. L'auteur conclut en espérant que le Mercure de France publiera cette lettre pour informer le public de l'efficacité de ce remède.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5239
p. 1719-1721
LETTRE de M. de Voltaire, écrite à M. de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner, prés de Londres.
Début :
Je n'ay jamais jusqu'à present repondu, Monsieur, à aucune des brochure [...]
Mots clefs :
Lettre, Critiques, Justice, Brochure satirique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Voltaire, écrite à M. de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner, prés de Londres.
LETTRE de M. de Voltaire , écrite à M.
de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner ,
prés de Londres.
J
E n'ay jamais jusqu'à present repondu
, Monsieur, à aucune des brochures
que l'on a imprimées contre moy , ou qui
ont été inserées dans les Journaux. J'ay
toujours cru que si les Critiques étoient
mauvaises , le Public en ferait justice
sans moy , et que si elles étoient bonnés,
je ne devois y répondre qu'en corrigean t
mes fautes.
D'ailleurs je n'ay jamais pû prendre
sur moy , de déffendre des ouvrages que
je n'ay jamais donnés qu'avec beaucoup
de défiance , et que je voudrois n'avoir
jamais hazardés dans le Public. Je suis
forcé aujourd'hui contre mon inclination
de vous prier de vouloir bien faire inserer
dans le Mercure cette réponse à Mr
les Auteurs du Nouveliste du Parnasse
et que j'ai l'honneur de vous envoyer.
"
Je
1720 MERCURE DE FRANCE
Je sçai combien peu il importe au Public
de sçavoir si j'ay fait ou non une.
brochure Satirique contre M. Capistron.
Mais j'ay cru devoir détromper ceux qui
lisent les Nouvelles Litteraires , j'ay cru
devoir à mon honneur , et à la verité ,
d'imposer du moins une fois en ma vie ,
un silence forcé à la calomnie. Ce n'est
pas d'aujourd'hui que la seule recompen-.
se de ceux qui cultivent les beaux Arts .
est d'être accusés d'ouvrages indignes
d'eux . On m'a souvent attribué des Pieces
soit mediocres , soit absolument mauvaises
, telles , que je ne sçai quelle Satire
intitulée Jay vu , une miserable Ode ou
l'on attaquoit indignement un Ministre
respectable. Je connois les Auteurs de
ces lâches ouvrages . Je ne leur fais point
la confusion de les nommer , il me suffit
de défier la calomnie d'oser avancer que
j'aye jamais ou fait , ou montré , ou approuvé
un seul ouvrage Satirique. C'est
une déclaration authentique que je fais
dans cette Lettre aux Auteurs du Nouveliste
, et j'espere fermer la bouche pour
jamais à ceux qui m'imputent ces sottises ,
de même que j'invite les sages et vrais
Critiques à continuer d'éclairer les beaux
Arts par leurs reflexions. Je m'éleve contre
le Calomniateur , mais j'encourage
tous
JUILLET. 1731. 1721
tous mes Censeurs , et je me flate d'avoir
donné moy-même dans ce petit Ecrit
l'exemple d'une Critique pleine au moins
de bienséance , si elle ne l'est pas de raison.
Je me flatte , Monsieur , que vous la
ferez paroître dans le Mercure , d'autant
plus volontiers que vous n'y avez jamais
inseré aucune Satire , et que vous
avés trouvé le secret de plaire à tout le
monde , sans offenser personne. Le Mercure
, regardé autrefois comme un ou.
vrage frivole et méprisable , est devenu
entre vos mains un livre choisi , plein de
monuments curieux et necessaires à quiconque
veut sçavoir dans son Siecle l'Histoire
de l'Esprit humain . La Lettre que
je vous envoye ne merite d'y avoir place
qu'autant qu'elle est pleine de cet esprit
de verité que vous aimez . Je suis &c.
de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner ,
prés de Londres.
J
E n'ay jamais jusqu'à present repondu
, Monsieur, à aucune des brochures
que l'on a imprimées contre moy , ou qui
ont été inserées dans les Journaux. J'ay
toujours cru que si les Critiques étoient
mauvaises , le Public en ferait justice
sans moy , et que si elles étoient bonnés,
je ne devois y répondre qu'en corrigean t
mes fautes.
D'ailleurs je n'ay jamais pû prendre
sur moy , de déffendre des ouvrages que
je n'ay jamais donnés qu'avec beaucoup
de défiance , et que je voudrois n'avoir
jamais hazardés dans le Public. Je suis
forcé aujourd'hui contre mon inclination
de vous prier de vouloir bien faire inserer
dans le Mercure cette réponse à Mr
les Auteurs du Nouveliste du Parnasse
et que j'ai l'honneur de vous envoyer.
"
Je
1720 MERCURE DE FRANCE
Je sçai combien peu il importe au Public
de sçavoir si j'ay fait ou non une.
brochure Satirique contre M. Capistron.
Mais j'ay cru devoir détromper ceux qui
lisent les Nouvelles Litteraires , j'ay cru
devoir à mon honneur , et à la verité ,
d'imposer du moins une fois en ma vie ,
un silence forcé à la calomnie. Ce n'est
pas d'aujourd'hui que la seule recompen-.
se de ceux qui cultivent les beaux Arts .
est d'être accusés d'ouvrages indignes
d'eux . On m'a souvent attribué des Pieces
soit mediocres , soit absolument mauvaises
, telles , que je ne sçai quelle Satire
intitulée Jay vu , une miserable Ode ou
l'on attaquoit indignement un Ministre
respectable. Je connois les Auteurs de
ces lâches ouvrages . Je ne leur fais point
la confusion de les nommer , il me suffit
de défier la calomnie d'oser avancer que
j'aye jamais ou fait , ou montré , ou approuvé
un seul ouvrage Satirique. C'est
une déclaration authentique que je fais
dans cette Lettre aux Auteurs du Nouveliste
, et j'espere fermer la bouche pour
jamais à ceux qui m'imputent ces sottises ,
de même que j'invite les sages et vrais
Critiques à continuer d'éclairer les beaux
Arts par leurs reflexions. Je m'éleve contre
le Calomniateur , mais j'encourage
tous
JUILLET. 1731. 1721
tous mes Censeurs , et je me flate d'avoir
donné moy-même dans ce petit Ecrit
l'exemple d'une Critique pleine au moins
de bienséance , si elle ne l'est pas de raison.
Je me flatte , Monsieur , que vous la
ferez paroître dans le Mercure , d'autant
plus volontiers que vous n'y avez jamais
inseré aucune Satire , et que vous
avés trouvé le secret de plaire à tout le
monde , sans offenser personne. Le Mercure
, regardé autrefois comme un ou.
vrage frivole et méprisable , est devenu
entre vos mains un livre choisi , plein de
monuments curieux et necessaires à quiconque
veut sçavoir dans son Siecle l'Histoire
de l'Esprit humain . La Lettre que
je vous envoye ne merite d'y avoir place
qu'autant qu'elle est pleine de cet esprit
de verité que vous aimez . Je suis &c.
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Résumé : LETTRE de M. de Voltaire, écrite à M. de la R. le 30. Juin 1731. de Fakner, prés de Londres.
Dans une lettre du 30 juin 1731, Voltaire explique qu'il n'a jamais répondu aux critiques contre lui, préférant laisser le public juger. Il exprime sa réticence à défendre ses œuvres publiées avec prudence. Cependant, il se sent obligé de répondre aux auteurs du 'Nouveliste du Parnasse' pour démentir des accusations de brochures satiriques, notamment contre M. Capistron. Voltaire nie avoir écrit des œuvres médiocres ou mauvaises, comme une satire intitulée 'Jay vu' ou une ode attaquant un ministre respectable. Il défie ses détracteurs de prouver le contraire et invite les critiques sincères à continuer leur travail. Il espère que sa réponse, pleine de bienséance, sera publiée dans le 'Mercure de France', qu'il considère comme un ouvrage respecté et utile pour l'histoire de l'esprit humain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5240
p. 1721-1736
LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
Début :
MESSIEURS, On m'a fait tenir à la Campagne où je suis près de Canterbury, depuis quatre [...]
Mots clefs :
Nouvelliste, Canterbury, Lettres, Jalousie, Politesse française, Vérité, Ouvrages, Mémoire, Scène française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
LETTRE de M. de Voltaire , à Messieurs
les Auteurs du Nouvellifte.
.
MESSIEURS
t
On m'a fait tenir à la Campagne où
E
je
1722 MERCURE
DE FRANCE
je suis près de Canterbury , depuis quatre
mois , les Lettres que vous publiez
avec succès en France depuis environ ce
tems.
J'ai vu dans votre dix - huitiéme Lettre
, des plaintes injurieuses que l'on vous
addresse contre moi , sur lesquelles il
est juste que j'aye l'honneur de vous écrire
, moins pour ma propre justification ,
que pour l'intérêt de la vérité.
Un ami , ou peut-être un parent de feu
M. de Campistron , me fait des reproches
pleins d'amertume et de dureté , de
ce que j'ai , dit il , insulté à la mémoire
de cet illustre Ecrivain dans une brochure
de ma façon , et que je me suis servi
de ces termes indécens de pauvre Campistron.
Il auroit, sans doute, raison de me
faire ce reproche , et vous Messieurs , de
l'imprimer, si j'avois , en effet , été coupa
ble d'une groffiereté si éloignée de mes
mours. C'a été pour moi une surprise
également vive et douloureuse , de voir
que l'on m'impute de pareilles sottises.
Je ne sçai ce que c'est que cette brochure
, je n'en ai jamais entendu parler.
Je n'ai fait aucune brochure en ma vie ;
et si jamais homme devoit être à l'abri
d'une pareille accusation , j'ose dire que
c'étoit moi , Messieurs.
DeJUILLET.
1731. 1723
Depuis l'âge de seize ans , où quel
ques Vers un peu satyriques , et par conséquent
très -condamnables avoient échapé
à l'imprudence de mon âge , et au
ressentiment d'une injuftice , je me suis
imposé la loi de ne jamais tomber dans
ce déteftable genre d'écrire. Je passe mes
jours dans les souffrances continuelles de
corps qui m'accablent , et dans l'étude
des bons Livres qui me console : j'apprens
quelquefois dans mon lit que l'on m'impute
à Paris des Pieces fugitives que je n'ai
jamais vûës , et que je ne verrai jamais ;
je ne puis attribuer ces accusations frivoles
à aucune jalousie d'Auteur ; car
qui pourroit être jaloux de moy ! mais
quelque motif qu'on ait pû avoir pour
me charger de pareils Ecrits , je déclare ici
une bonne fois pour toutes , qu'il n'y a
personne en France qui puisse dire que je
lui aye jamais fait voir , depuis que j'suis
hors de l'enfance , aucun Ecrit satyrique
en vers ou en prose. Et celui- là se
montre qui puisse seulement avancer que
j'aye jamais applaudi un seul de ces Ecrits ,
dont le mérite consiste à flater la malignité
humaine.
que
Non- seulement je ne me suis jamais
servi de termes injurieux , soit de bouche,
soit par écrit , en citant feu M. de Campistron
E ij
1724 MEAU
FRANCE DE
pistron , dont la mémoire ne doit pas être
indifferente aux Gens de Lettres , mais je,
me suis toûjours revolté contre cette coutume
impolie qu'ont prise plusieurs jeunes
Gens , d'appeller par leur simple
pom des Auteurs illuftres qui méritent
des égards.
›
J'ai trouvé toûjours indigne de la politesse
Françoise , et du respect que les
Hommes se doivent les uns aux autres ,
de dire Fontenelles , Chaulieu , Crebillon,
la Motte , Raimond , &c. et j'ose dire que
j'ai corrigé quelques personnes de ces manieres
indécentes de parler , qui sont toûjours
insultantes pour les vivans , et dont
on ne doit se servir envers les morts que
quand ils commencent à devenir anciens
pour nous. Le peu de Curieux qui pourront
jetter les yeux sur les Préfaces de
quelques Pieces de Théatre que j'ai hazardées
, verront que je dis toûjours le Grand
Corneille , qui a pour nous le mérite de
l'antiquité ; et je dis M. Racine et M. Despreaux
, parce qu'ils sont presque mes
contemporains .
Il est vrai que dans la Préface d'une
Tragédie addressée à Mylord Bullingbrooke
rendant compte à cet illustre
Anglois des défauts et des beautez de
notre Théatre , je me suis plaint avec justice
JUILLET. 1731. 1725
tice que la galanterie dégrade parmi nous
la dignité de la Scene ; j'ai dit , et je le
dis encore , que l'on avoit applaudi ces
Vers de l'Alcibiade indignes de la Tragédie.
Hélas ! qu'eſt - il besoin de m'en entretenir ?
Mon penchant à l'amour, je l'avouerai fans peine,
Fut de tous mes malheurs la cause trop certainé:
Mais bien qu'il m'ait causé des chagrins , des
soupirs ,
Je n'ai pu refuser mon ame à ses plaisirs :
Car enfin , Amintas , quoi qu'on en puisse dire ,'
Il n'eft rien de semblable à ce qu'il nous inspire
Où trouve-t- on ailleurs cette vive douceur
Capable d'enlever et de calmer un coeur ?
Ah! lorsque penetré d'un amour véritable ,
Et gémissant aux pieds d'un objet adorable ,
J'ai connu dans ses yeux timides ou distraits
Que mes soins de son coeur avoient troublé la
·
paix ;
Que par l'aveu secret d'une ardeur mutuelle
La mienne a pris encore une force nouvelle ;
Dans ces tendres instans j'ai toujours éprouvé
Qu'un mortel peut sentir un honheur achevé .
J'aurois pû dire avec la même vérité ,
que les derniers Ouvrages du Grand Cor
'neille sont indignes de lui et fort infé-
E iij rieurs
1726 MERCURE DE FRANCE
rieurs à cet Alcibiade , et que la Berenice
de M. Racine n'eft qu'une Elegie bien
écrite , sans offenser la mémoire de ces
grands Hommes. Ce sont les fautes des
Ecrivains illustres qui nous instruisent ;
j'ai crû même faire honneur à M. de Campistron
en le citant à des Etrangers à qui
je parlois de la Scéne Françoise , de même
que je croirois rendre hommage à la mémoire
de l'inimitable Moliere , si pour
faire sentir les défauts de notre Scéne comique
, je disois que d'ordinaire les intrigues
de nos Comédies ne sont ménagées
que par des Valets , que les plaisanteries
ne sont presque jamais dans la bouche des
Maîtres , et que j'apportasse en preuve la
plupart des Pieces de ce charmant génie ,
qui malgré ce défaut et celui de ses dénouëmens
, est si au- dessus de Plaute et
de Terence .
J'ai ajoûté qu'Alcibiade est une Piece
suivie , mais foiblement écrite ; le défenseur
de M. de Campistron m'en fait un
crime ; mais qu'il me soit permis de me
servir de la réponse d'Horace.
Nempe incomposito dixi pede currere versus
Lucili quis tam lucili fautor inepte eft
Ut non hoc fateatur ?
JUILLET. 1731 1727
·
On me demande ce que j'entends par
un stile foible , je pourrois répondre , le
mien. Mais je vais tâcher de débrouiller
cette idée , afin que cet Ecrit ne soit pas
absolument inutile , et que ne pouvant
- par mon exemple prouver ce que c'est
qu'un stile noble et fort , j'essaye au moins
d'expliquer mes conjectures , et de justifier
ce que je pense en général d'un ftile de
la Tragedie d'Alcibiade.
Le stile fort et vigoureux , tel qu'il
convient à la Tragedie , est celui qui ne
dit ni trop ni trop peu , et qui fait toujours
des Tableaux à l'esprit , sans s'écarter
un moment de la passion.
Ainsi Cléopâtre dans la Rodogune
s'écrie :
> Trône , à t'abandonner je ne puis consentir
Par un coup de tonnere il en vaut mieux fortir
Tombe sur moi le Ciel pourvû que je me vange.
.. Voilà du stile très- fort , et peut être
trop.
Le Vers qui suit
Il vaut mieux meriter le sort le plus étrange ,
est du stile le plus foible.
> Le stile foible , non- seulement en Tra
gédie , mais en toute Poësie , consiste en-
E. iiij
core
1728
MERCURE DE FRANCE
core à laisser tomber ses Vers deux à deux;
sans entremêler de longues périodes et de
courtes , et sans varier la mesure , à rimer
trop en épithetes , à prodiguer des
expressions trop communes , à répéter
souvent les mêmes mots , à ne pas se servir
à propos des
conjonctions qui paroissent
inutiles aux esprits peu instruits , et
qui
contribuent cependant beaucoup à l'élegance
du Discours.
Tantumferiesjuncturaque pollent.
Ce sont toutes ces finesses
imperceptibles
qui font en même tems la difficulté
et la perfection de l'Art. In tenui labor
at tenuis non gloria.
J'ouvre dans ce moment le Volume
des Tragedies de M. de
Campistron , et
je vois à la premiere Scéne de l'Alcibiade .
Quelle que soit pour nous la tendresse des Rois ,
Un moment leur suffit pour faire un autre choix .
Je dis que ces Vers sans être absolument
mauvais , sont foibles et sans beauté.
Pierre Corneille ayant la même chose à
dire ,
s'exprime ainsi :
Et malgré ce pouvoir dont l'éclat nous séduir,
Si-tôt qu'il nous veut perdre, un coup d'oeil nous
détruit ,
Ce
JUILLET. 1731. 1729
Ce quelle que soit de l'Alcibiade fait languir
le Vers ; de plus , Un moment leur
suffit pourfaire un autre choix , ne fait pas à
beaucoup près une peinture si vive que ce
Vers ; Si-tôt qu'il nous veut perdre , un coup
d'oeil nous détruit.
Je vois dans ces premieres Scénes d'Alcibiade
:
Mille exemples connus de ces fameux revers.
Affoiblit notre empire ; et dans mille combats,
Nous cache mille soins dont il est agité.
El a mille vertus dignes du diadême.
Le sort le plus cruel , mille tourmens affreux.
Je dis que ce mot mille si souvent rế-
peté , et sur tout dans des Vers assez läches
, affoiblit le stile au point de le gâter;
que la Piece est pleine de ces termes oisifs
, qui remplissent languissamment l'Emistiche
des Vers : je m'offre de prouver
à qui voudra , que presque tous les Vers
de cet Ouvrage sont énervez par ces pe
tits défauts de détail , qui répandent leur
langueur sur toute la diction. Si j'avois
vécu du tems de M. de Campistron , et
que j'eusse eû l'honneur d'être son ami , je
lui aurois dit à lui-même ce que je dis ici
au Public , et j'aurois fait tous mes efforts.
pour obtenir de lui qu'il retouchât le stile
E v de
1730 MERCURE DE FRANCE
de cette Piece , qui seroit devenue avec
plus de soin un très - bon Ouvrage. En
un mor , je lui aurois parlé , comme je
fais ici , pour la perfection d'un Art qu'il
cultivoit d'ailleurs avec succès.
Le fameux Acteur qui représenta si
long- tems Alcibiade , cachoit toutes les
foiblesses de la diction par les charmes:
de son recit : en effet , l'on peut dire d'une
Tragedie comme d'une Histoire : Historia
quoque modo scripta benè legitur,et Tragedia
quoque modo scripta benè representatur,
mais les yeux duLecteur sont des juges plus.
difficiles que les oreilles du Spectateur.
Celui qui lit ces Vers d'Alcibiade.
Je répondrai , Seigneur , avec la liberté ,
D'un Grec qui ne sçait pas cacher la verité.
se ressouvient à l'instant de ces deux beaux
Vers de Britannicus ..
e répondrai , Madame , avec la liberté ,.
D'un Soldat qui sçait mal farder la vérité..
Il voit d'abord que les Vers de M. Ra-.
cine sont pleins d'une harmonie singu
liere , qui caractérise en quelque façon
par cette cesure coupée , d'un Soldat
, au lieu que les Vers d'Alcibiade sont
rampans et sans force. En second lieu , il
Burrus
cft
JUILLET. 1731. 1731
est choqué d'une imitation si marquée.
En troisiéme lieu , il ne peut
souffrir que
le citoyen d'un pays renommé par l'Eloquence
et par l'artifice , donne à ces
mêmes Grecs un caractére qu'ils n'avoient
pas.
Vous allez attaquer des peubles indomptables , "
Sur leurs propres foyers plus qu'ailleurs redou
tables..
On voit par tout la même langeur de
stile. Ces rimes d'Epithetes indomptables
redoutables , choquent l'oreille délicate du
connoisseur qui veut des choses , et qui
ne trouve que des sons. Sur leurs propres
foyers plus qu'ailleurs , est trop simple même
pour de la Prose..
Je n'ai trouvé aucun homme de Lettres
qui n'ait été de mon avis , et qui ne soit
convenu avec moi que le stile de cette
Piece est en général très-languissant. J'ajoûterai
même que c'eft la diction seule
qui abbaisse M. de Campistron au des
sous de Monsieur Racine . J'ai toûjours
soutenu que les Pieces de M. de
Campistron étoient pour le moins aussi
régulierement conduites , que toutes celles
de l'illustre Racine ; mais il n'y a que
la Poësie de stile qui fasse la perfection :
des Ouvrages en vers. M. de Campistrom
E vj.
l'ai
#732 MERCURE DE FRANCE
l'a toûjours trop negligée , il n'a imité ſe
coloris de M. Racine que d'un pinceau timide
; il manque à cet Auteur , d'ailleurs
judicieux et tendre , ces beautés de détail
, et ces expressions heureuses qui sont
l'ame de la Poësie , et qui font le mérite
des Homere , des Virgile , des Tasse , des
Milton , des Pope , des Corneille , des Racine
, des Boileau..
Je n'ai donc avancé qu'une verité , et
même une verité utile pour les Belles- Lettres
, et c'est parce qu'elle est vérité qu'elle
m'attire des injures.
vante que
L'Anonime ( quel qu'il soit ) me dit à
la suite de plusieurs personnalitez , que je
suis un trés- mauvais modéle . Mais au
moins il ne le dit qu'après moi , je ne me
de connoître mon art et mon
impuissance. Il dit d'ailleurs ( ce qui n'est
point une injure , mais une Critique
permise , que ma Tragedie de Brutus est
très-défectueuse. Qui le sçait mieux que
moi ? C'est parce que j'étois très- convaincu
des défauts de cette Piece , que je la
refusai constamment un an entier aux
Comédiens. Depuis même je l'ai fort retouchée
, j'ai retourné ce terrain ingrat où
j'avois travaillé si long- tems avec tant de
peine et si peu de fruit. Il n'y a aucun de
mes foibles Ouvrages , que je ne corrige
tous
JUILLET. 1731. 1733
-
tous les jours dans les intervalles de mes
maladies. Non seulement je vois mes
fautes , mais j'ai obligation à ceux qui
m'en reprennent , et je n'ai jamais répondu
à une Critique , qu'en tâchant de me
corriger.
Cette verité que j'aime dans les autres,.
j'ai droit d'exiger que les autres la souffrent
en moi . M. de la Motte sçait avec
quelle franchise je lui ai parlé , et que je
l'estime assez pour lui dire , quand j'ai
l'honneur de le voir , quelques défauts
que je crois appercevoir dans ses ingénieux
Ouvrages. Il seroit honteux que la flaterie
infectât le petit nombre d'hommes qui
pensent. Mais plus j'aime la verité
plus je haïs et dédaigne la Satire , qui n'est
jamais que le langage de l'envie. Les Auteurs
qui veulent apprendre à penser aux
autres hommes , doivent leur donner des
exemples de politesse comme d'éloquence
, et joindre les bienséances de la société
à celles du stile. Faut- il que ceux qui cherchent
la gloire , courent à la honte par
leurs querelles litteraires , et que les Gens
d'esprit deviennent souvent la risée des
sots !
On m'a souvent envoyé en Angleterre
des Epigrammes et des petites Satyres contre
M. de Fontenelle ; j'ai eu soin de dire
pous
1734 MERCURE DE FRANCE
pour l'honneur de mes compatriotes , que
ces petits traits qu'on lui décoche , ressemblent
aux injures que l'esclave disoit autrefois
aux triomphateurs. Je crois que c'est
être bon François de détourner autant qu'il
est en moi, le soupçon qu'on a dans les Païs
étrangers , que les François ne rendent jamais
justice à leurs contemporains. Soyons:
justes , Messieurs , ne craignons ni de blâmer
, ni surtout de louer , ce qui le mérite.
Ne lisons point Pertharite , mais
pleurons à Polieucte . Oublions avec M. de
Fontenelle des Lettres composées dans sa
jeunesse , mais apprenons par coeur , s'il
est possible , les Mondes , la Préface de
l'Académie des Sciences , & c. Disons si
vous voulez , à M. de la Motte , qu'il n'a
pas assez bien traduit l'Iliade , mais n'oublions
pas un mot des belles Odes et des
autres Pieces heureuses qu'il a faites. C'est
ne pas payer ses dettes , que de refuser de
justes louanges . Elles sont l'unique récompense
des Gens de Lettres , et qui
Leur payera ce tribut : si- non nous , qui
courant à peu près la même carriere , de
vons connoître mieux que d'autres la difficulté
et le prix d'un bon Ouvrage ?
J'ai entendu dire souvent en France que
tout est dégénéré , et qu'il y a en tout
genre une disette d'hommes étonnante..
Les
JUILLET. 1737 1735
Les Etrangers n'entendent à Paris que
ces discours ; et ils nous croient aisément
sur notre parole cependant quel est le
siécle où l'esprit humain ait fait plus de
progrès que parmi nous ? Voici un jeune
homme de seize ans qui exécute en effet
ce qu'on a dit autrefois de M. Pascal , et
qui donne un Traité sur les Courbes qui
feroit honneuraux plus grands Géometres ..
L'esprit de raison pénetre si bien dans les
Ecoles , qu'elles commencent à rejetter
également , et les absurditez inintelligi
bles d'Aristote , et les chiméres ingénieuses
de Descartes. Combien d'excellentes
Hisroires n'avons nous pas depuis trente
ans ? Il y en a telle qui se lit avec plus de:
plaisir que Philippes de Comines ; il est
vrai qu'on n'ose l'avouer tout haut , parce
que l'Aureur est encore vivant , et le
moyen d'estimer un contemporain autant
qu'un homme mort il y a plus de deux
cens ans !
Ploravêre suis non respondere favorem
Speratum meritis .
Personne n'ose convenir franchement
des richesses de son siècle . Nous sommes.
comme les avares qui disent toûjours que
le tems est dur. J'abuse de votre patience ,,
Messieurs
JJ
1736 MERCURE DE FRANCE
Messieurs , pardonnez cette longue Lettre
et toutes ces réflexions , au devoir d'un
honnête homme qui a dû se justifier, et à
mon amour extrême pour les Lettres
pour ma Patrie et pour la vérité. Je suis ,
Messieurs , &c. VOLTAIRE.
A Fakener , près de Canterbury , ce 20.
Fuin. 1. Juillet.
les Auteurs du Nouvellifte.
.
MESSIEURS
t
On m'a fait tenir à la Campagne où
E
je
1722 MERCURE
DE FRANCE
je suis près de Canterbury , depuis quatre
mois , les Lettres que vous publiez
avec succès en France depuis environ ce
tems.
J'ai vu dans votre dix - huitiéme Lettre
, des plaintes injurieuses que l'on vous
addresse contre moi , sur lesquelles il
est juste que j'aye l'honneur de vous écrire
, moins pour ma propre justification ,
que pour l'intérêt de la vérité.
Un ami , ou peut-être un parent de feu
M. de Campistron , me fait des reproches
pleins d'amertume et de dureté , de
ce que j'ai , dit il , insulté à la mémoire
de cet illustre Ecrivain dans une brochure
de ma façon , et que je me suis servi
de ces termes indécens de pauvre Campistron.
Il auroit, sans doute, raison de me
faire ce reproche , et vous Messieurs , de
l'imprimer, si j'avois , en effet , été coupa
ble d'une groffiereté si éloignée de mes
mours. C'a été pour moi une surprise
également vive et douloureuse , de voir
que l'on m'impute de pareilles sottises.
Je ne sçai ce que c'est que cette brochure
, je n'en ai jamais entendu parler.
Je n'ai fait aucune brochure en ma vie ;
et si jamais homme devoit être à l'abri
d'une pareille accusation , j'ose dire que
c'étoit moi , Messieurs.
DeJUILLET.
1731. 1723
Depuis l'âge de seize ans , où quel
ques Vers un peu satyriques , et par conséquent
très -condamnables avoient échapé
à l'imprudence de mon âge , et au
ressentiment d'une injuftice , je me suis
imposé la loi de ne jamais tomber dans
ce déteftable genre d'écrire. Je passe mes
jours dans les souffrances continuelles de
corps qui m'accablent , et dans l'étude
des bons Livres qui me console : j'apprens
quelquefois dans mon lit que l'on m'impute
à Paris des Pieces fugitives que je n'ai
jamais vûës , et que je ne verrai jamais ;
je ne puis attribuer ces accusations frivoles
à aucune jalousie d'Auteur ; car
qui pourroit être jaloux de moy ! mais
quelque motif qu'on ait pû avoir pour
me charger de pareils Ecrits , je déclare ici
une bonne fois pour toutes , qu'il n'y a
personne en France qui puisse dire que je
lui aye jamais fait voir , depuis que j'suis
hors de l'enfance , aucun Ecrit satyrique
en vers ou en prose. Et celui- là se
montre qui puisse seulement avancer que
j'aye jamais applaudi un seul de ces Ecrits ,
dont le mérite consiste à flater la malignité
humaine.
que
Non- seulement je ne me suis jamais
servi de termes injurieux , soit de bouche,
soit par écrit , en citant feu M. de Campistron
E ij
1724 MEAU
FRANCE DE
pistron , dont la mémoire ne doit pas être
indifferente aux Gens de Lettres , mais je,
me suis toûjours revolté contre cette coutume
impolie qu'ont prise plusieurs jeunes
Gens , d'appeller par leur simple
pom des Auteurs illuftres qui méritent
des égards.
›
J'ai trouvé toûjours indigne de la politesse
Françoise , et du respect que les
Hommes se doivent les uns aux autres ,
de dire Fontenelles , Chaulieu , Crebillon,
la Motte , Raimond , &c. et j'ose dire que
j'ai corrigé quelques personnes de ces manieres
indécentes de parler , qui sont toûjours
insultantes pour les vivans , et dont
on ne doit se servir envers les morts que
quand ils commencent à devenir anciens
pour nous. Le peu de Curieux qui pourront
jetter les yeux sur les Préfaces de
quelques Pieces de Théatre que j'ai hazardées
, verront que je dis toûjours le Grand
Corneille , qui a pour nous le mérite de
l'antiquité ; et je dis M. Racine et M. Despreaux
, parce qu'ils sont presque mes
contemporains .
Il est vrai que dans la Préface d'une
Tragédie addressée à Mylord Bullingbrooke
rendant compte à cet illustre
Anglois des défauts et des beautez de
notre Théatre , je me suis plaint avec justice
JUILLET. 1731. 1725
tice que la galanterie dégrade parmi nous
la dignité de la Scene ; j'ai dit , et je le
dis encore , que l'on avoit applaudi ces
Vers de l'Alcibiade indignes de la Tragédie.
Hélas ! qu'eſt - il besoin de m'en entretenir ?
Mon penchant à l'amour, je l'avouerai fans peine,
Fut de tous mes malheurs la cause trop certainé:
Mais bien qu'il m'ait causé des chagrins , des
soupirs ,
Je n'ai pu refuser mon ame à ses plaisirs :
Car enfin , Amintas , quoi qu'on en puisse dire ,'
Il n'eft rien de semblable à ce qu'il nous inspire
Où trouve-t- on ailleurs cette vive douceur
Capable d'enlever et de calmer un coeur ?
Ah! lorsque penetré d'un amour véritable ,
Et gémissant aux pieds d'un objet adorable ,
J'ai connu dans ses yeux timides ou distraits
Que mes soins de son coeur avoient troublé la
·
paix ;
Que par l'aveu secret d'une ardeur mutuelle
La mienne a pris encore une force nouvelle ;
Dans ces tendres instans j'ai toujours éprouvé
Qu'un mortel peut sentir un honheur achevé .
J'aurois pû dire avec la même vérité ,
que les derniers Ouvrages du Grand Cor
'neille sont indignes de lui et fort infé-
E iij rieurs
1726 MERCURE DE FRANCE
rieurs à cet Alcibiade , et que la Berenice
de M. Racine n'eft qu'une Elegie bien
écrite , sans offenser la mémoire de ces
grands Hommes. Ce sont les fautes des
Ecrivains illustres qui nous instruisent ;
j'ai crû même faire honneur à M. de Campistron
en le citant à des Etrangers à qui
je parlois de la Scéne Françoise , de même
que je croirois rendre hommage à la mémoire
de l'inimitable Moliere , si pour
faire sentir les défauts de notre Scéne comique
, je disois que d'ordinaire les intrigues
de nos Comédies ne sont ménagées
que par des Valets , que les plaisanteries
ne sont presque jamais dans la bouche des
Maîtres , et que j'apportasse en preuve la
plupart des Pieces de ce charmant génie ,
qui malgré ce défaut et celui de ses dénouëmens
, est si au- dessus de Plaute et
de Terence .
J'ai ajoûté qu'Alcibiade est une Piece
suivie , mais foiblement écrite ; le défenseur
de M. de Campistron m'en fait un
crime ; mais qu'il me soit permis de me
servir de la réponse d'Horace.
Nempe incomposito dixi pede currere versus
Lucili quis tam lucili fautor inepte eft
Ut non hoc fateatur ?
JUILLET. 1731 1727
·
On me demande ce que j'entends par
un stile foible , je pourrois répondre , le
mien. Mais je vais tâcher de débrouiller
cette idée , afin que cet Ecrit ne soit pas
absolument inutile , et que ne pouvant
- par mon exemple prouver ce que c'est
qu'un stile noble et fort , j'essaye au moins
d'expliquer mes conjectures , et de justifier
ce que je pense en général d'un ftile de
la Tragedie d'Alcibiade.
Le stile fort et vigoureux , tel qu'il
convient à la Tragedie , est celui qui ne
dit ni trop ni trop peu , et qui fait toujours
des Tableaux à l'esprit , sans s'écarter
un moment de la passion.
Ainsi Cléopâtre dans la Rodogune
s'écrie :
> Trône , à t'abandonner je ne puis consentir
Par un coup de tonnere il en vaut mieux fortir
Tombe sur moi le Ciel pourvû que je me vange.
.. Voilà du stile très- fort , et peut être
trop.
Le Vers qui suit
Il vaut mieux meriter le sort le plus étrange ,
est du stile le plus foible.
> Le stile foible , non- seulement en Tra
gédie , mais en toute Poësie , consiste en-
E. iiij
core
1728
MERCURE DE FRANCE
core à laisser tomber ses Vers deux à deux;
sans entremêler de longues périodes et de
courtes , et sans varier la mesure , à rimer
trop en épithetes , à prodiguer des
expressions trop communes , à répéter
souvent les mêmes mots , à ne pas se servir
à propos des
conjonctions qui paroissent
inutiles aux esprits peu instruits , et
qui
contribuent cependant beaucoup à l'élegance
du Discours.
Tantumferiesjuncturaque pollent.
Ce sont toutes ces finesses
imperceptibles
qui font en même tems la difficulté
et la perfection de l'Art. In tenui labor
at tenuis non gloria.
J'ouvre dans ce moment le Volume
des Tragedies de M. de
Campistron , et
je vois à la premiere Scéne de l'Alcibiade .
Quelle que soit pour nous la tendresse des Rois ,
Un moment leur suffit pour faire un autre choix .
Je dis que ces Vers sans être absolument
mauvais , sont foibles et sans beauté.
Pierre Corneille ayant la même chose à
dire ,
s'exprime ainsi :
Et malgré ce pouvoir dont l'éclat nous séduir,
Si-tôt qu'il nous veut perdre, un coup d'oeil nous
détruit ,
Ce
JUILLET. 1731. 1729
Ce quelle que soit de l'Alcibiade fait languir
le Vers ; de plus , Un moment leur
suffit pourfaire un autre choix , ne fait pas à
beaucoup près une peinture si vive que ce
Vers ; Si-tôt qu'il nous veut perdre , un coup
d'oeil nous détruit.
Je vois dans ces premieres Scénes d'Alcibiade
:
Mille exemples connus de ces fameux revers.
Affoiblit notre empire ; et dans mille combats,
Nous cache mille soins dont il est agité.
El a mille vertus dignes du diadême.
Le sort le plus cruel , mille tourmens affreux.
Je dis que ce mot mille si souvent rế-
peté , et sur tout dans des Vers assez läches
, affoiblit le stile au point de le gâter;
que la Piece est pleine de ces termes oisifs
, qui remplissent languissamment l'Emistiche
des Vers : je m'offre de prouver
à qui voudra , que presque tous les Vers
de cet Ouvrage sont énervez par ces pe
tits défauts de détail , qui répandent leur
langueur sur toute la diction. Si j'avois
vécu du tems de M. de Campistron , et
que j'eusse eû l'honneur d'être son ami , je
lui aurois dit à lui-même ce que je dis ici
au Public , et j'aurois fait tous mes efforts.
pour obtenir de lui qu'il retouchât le stile
E v de
1730 MERCURE DE FRANCE
de cette Piece , qui seroit devenue avec
plus de soin un très - bon Ouvrage. En
un mor , je lui aurois parlé , comme je
fais ici , pour la perfection d'un Art qu'il
cultivoit d'ailleurs avec succès.
Le fameux Acteur qui représenta si
long- tems Alcibiade , cachoit toutes les
foiblesses de la diction par les charmes:
de son recit : en effet , l'on peut dire d'une
Tragedie comme d'une Histoire : Historia
quoque modo scripta benè legitur,et Tragedia
quoque modo scripta benè representatur,
mais les yeux duLecteur sont des juges plus.
difficiles que les oreilles du Spectateur.
Celui qui lit ces Vers d'Alcibiade.
Je répondrai , Seigneur , avec la liberté ,
D'un Grec qui ne sçait pas cacher la verité.
se ressouvient à l'instant de ces deux beaux
Vers de Britannicus ..
e répondrai , Madame , avec la liberté ,.
D'un Soldat qui sçait mal farder la vérité..
Il voit d'abord que les Vers de M. Ra-.
cine sont pleins d'une harmonie singu
liere , qui caractérise en quelque façon
par cette cesure coupée , d'un Soldat
, au lieu que les Vers d'Alcibiade sont
rampans et sans force. En second lieu , il
Burrus
cft
JUILLET. 1731. 1731
est choqué d'une imitation si marquée.
En troisiéme lieu , il ne peut
souffrir que
le citoyen d'un pays renommé par l'Eloquence
et par l'artifice , donne à ces
mêmes Grecs un caractére qu'ils n'avoient
pas.
Vous allez attaquer des peubles indomptables , "
Sur leurs propres foyers plus qu'ailleurs redou
tables..
On voit par tout la même langeur de
stile. Ces rimes d'Epithetes indomptables
redoutables , choquent l'oreille délicate du
connoisseur qui veut des choses , et qui
ne trouve que des sons. Sur leurs propres
foyers plus qu'ailleurs , est trop simple même
pour de la Prose..
Je n'ai trouvé aucun homme de Lettres
qui n'ait été de mon avis , et qui ne soit
convenu avec moi que le stile de cette
Piece est en général très-languissant. J'ajoûterai
même que c'eft la diction seule
qui abbaisse M. de Campistron au des
sous de Monsieur Racine . J'ai toûjours
soutenu que les Pieces de M. de
Campistron étoient pour le moins aussi
régulierement conduites , que toutes celles
de l'illustre Racine ; mais il n'y a que
la Poësie de stile qui fasse la perfection :
des Ouvrages en vers. M. de Campistrom
E vj.
l'ai
#732 MERCURE DE FRANCE
l'a toûjours trop negligée , il n'a imité ſe
coloris de M. Racine que d'un pinceau timide
; il manque à cet Auteur , d'ailleurs
judicieux et tendre , ces beautés de détail
, et ces expressions heureuses qui sont
l'ame de la Poësie , et qui font le mérite
des Homere , des Virgile , des Tasse , des
Milton , des Pope , des Corneille , des Racine
, des Boileau..
Je n'ai donc avancé qu'une verité , et
même une verité utile pour les Belles- Lettres
, et c'est parce qu'elle est vérité qu'elle
m'attire des injures.
vante que
L'Anonime ( quel qu'il soit ) me dit à
la suite de plusieurs personnalitez , que je
suis un trés- mauvais modéle . Mais au
moins il ne le dit qu'après moi , je ne me
de connoître mon art et mon
impuissance. Il dit d'ailleurs ( ce qui n'est
point une injure , mais une Critique
permise , que ma Tragedie de Brutus est
très-défectueuse. Qui le sçait mieux que
moi ? C'est parce que j'étois très- convaincu
des défauts de cette Piece , que je la
refusai constamment un an entier aux
Comédiens. Depuis même je l'ai fort retouchée
, j'ai retourné ce terrain ingrat où
j'avois travaillé si long- tems avec tant de
peine et si peu de fruit. Il n'y a aucun de
mes foibles Ouvrages , que je ne corrige
tous
JUILLET. 1731. 1733
-
tous les jours dans les intervalles de mes
maladies. Non seulement je vois mes
fautes , mais j'ai obligation à ceux qui
m'en reprennent , et je n'ai jamais répondu
à une Critique , qu'en tâchant de me
corriger.
Cette verité que j'aime dans les autres,.
j'ai droit d'exiger que les autres la souffrent
en moi . M. de la Motte sçait avec
quelle franchise je lui ai parlé , et que je
l'estime assez pour lui dire , quand j'ai
l'honneur de le voir , quelques défauts
que je crois appercevoir dans ses ingénieux
Ouvrages. Il seroit honteux que la flaterie
infectât le petit nombre d'hommes qui
pensent. Mais plus j'aime la verité
plus je haïs et dédaigne la Satire , qui n'est
jamais que le langage de l'envie. Les Auteurs
qui veulent apprendre à penser aux
autres hommes , doivent leur donner des
exemples de politesse comme d'éloquence
, et joindre les bienséances de la société
à celles du stile. Faut- il que ceux qui cherchent
la gloire , courent à la honte par
leurs querelles litteraires , et que les Gens
d'esprit deviennent souvent la risée des
sots !
On m'a souvent envoyé en Angleterre
des Epigrammes et des petites Satyres contre
M. de Fontenelle ; j'ai eu soin de dire
pous
1734 MERCURE DE FRANCE
pour l'honneur de mes compatriotes , que
ces petits traits qu'on lui décoche , ressemblent
aux injures que l'esclave disoit autrefois
aux triomphateurs. Je crois que c'est
être bon François de détourner autant qu'il
est en moi, le soupçon qu'on a dans les Païs
étrangers , que les François ne rendent jamais
justice à leurs contemporains. Soyons:
justes , Messieurs , ne craignons ni de blâmer
, ni surtout de louer , ce qui le mérite.
Ne lisons point Pertharite , mais
pleurons à Polieucte . Oublions avec M. de
Fontenelle des Lettres composées dans sa
jeunesse , mais apprenons par coeur , s'il
est possible , les Mondes , la Préface de
l'Académie des Sciences , & c. Disons si
vous voulez , à M. de la Motte , qu'il n'a
pas assez bien traduit l'Iliade , mais n'oublions
pas un mot des belles Odes et des
autres Pieces heureuses qu'il a faites. C'est
ne pas payer ses dettes , que de refuser de
justes louanges . Elles sont l'unique récompense
des Gens de Lettres , et qui
Leur payera ce tribut : si- non nous , qui
courant à peu près la même carriere , de
vons connoître mieux que d'autres la difficulté
et le prix d'un bon Ouvrage ?
J'ai entendu dire souvent en France que
tout est dégénéré , et qu'il y a en tout
genre une disette d'hommes étonnante..
Les
JUILLET. 1737 1735
Les Etrangers n'entendent à Paris que
ces discours ; et ils nous croient aisément
sur notre parole cependant quel est le
siécle où l'esprit humain ait fait plus de
progrès que parmi nous ? Voici un jeune
homme de seize ans qui exécute en effet
ce qu'on a dit autrefois de M. Pascal , et
qui donne un Traité sur les Courbes qui
feroit honneuraux plus grands Géometres ..
L'esprit de raison pénetre si bien dans les
Ecoles , qu'elles commencent à rejetter
également , et les absurditez inintelligi
bles d'Aristote , et les chiméres ingénieuses
de Descartes. Combien d'excellentes
Hisroires n'avons nous pas depuis trente
ans ? Il y en a telle qui se lit avec plus de:
plaisir que Philippes de Comines ; il est
vrai qu'on n'ose l'avouer tout haut , parce
que l'Aureur est encore vivant , et le
moyen d'estimer un contemporain autant
qu'un homme mort il y a plus de deux
cens ans !
Ploravêre suis non respondere favorem
Speratum meritis .
Personne n'ose convenir franchement
des richesses de son siècle . Nous sommes.
comme les avares qui disent toûjours que
le tems est dur. J'abuse de votre patience ,,
Messieurs
JJ
1736 MERCURE DE FRANCE
Messieurs , pardonnez cette longue Lettre
et toutes ces réflexions , au devoir d'un
honnête homme qui a dû se justifier, et à
mon amour extrême pour les Lettres
pour ma Patrie et pour la vérité. Je suis ,
Messieurs , &c. VOLTAIRE.
A Fakener , près de Canterbury , ce 20.
Fuin. 1. Juillet.
Fermer
Résumé : LETTRE de M. de Voltaire, à Messieurs les Auteurs du Nouvelliste.
Voltaire, depuis Canterbury, répond aux accusations publiées dans le Mercure de France. Un ami ou parent de feu M. de Campistron l'accuse d'avoir insulté la mémoire de cet écrivain dans une brochure. Voltaire nie catégoriquement avoir écrit cette brochure et affirme n'avoir jamais produit d'écrits satiriques depuis l'âge de seize ans. Il souligne qu'il passe ses jours dans les souffrances physiques et l'étude des bons livres, et qu'il n'a jamais été impliqué dans des écrits injurieux. Voltaire explique qu'il respecte la mémoire des auteurs illustres et qu'il a toujours évité d'utiliser des termes impolis pour parler des écrivains. Il mentionne avoir critiqué la pièce 'Alcibiade' de Campistron pour son style faible, mais sans intention d'insulter l'auteur. Il compare des vers de Campistron à ceux de Corneille et Racine pour illustrer ses points sur la qualité du style. Voltaire conclut en affirmant qu'il n'a fait que dire la vérité sur les défauts de la pièce, ce qui lui a attiré des injures. Il reconnaît les défauts de ses propres œuvres et les corrige constamment. Dans une autre lettre, Voltaire exprime son attachement à la vérité et son aversion pour la satire, qu'il considère comme le langage de l'envie. Il souligne l'importance de la politesse et des bienséances dans les écrits littéraires. Voltaire mentionne avoir reçu des épigrammes contre M. de Fontenelle et affirme que ces attaques ressemblent aux insultes d'un esclave envers un triomphateur. Il encourage à rendre justice aux contemporains et à louer les œuvres méritantes, citant des exemples comme les 'Mondes' de Fontenelle et les traductions de M. de la Motte. Voltaire conteste l'idée que la France manque d'hommes de talent, citant des progrès récents en mathématiques et en histoire. Il critique ceux qui se plaignent de la dégénérescence de leur époque et affirme que le siècle actuel a vu des avancées significatives. Il conclut en se justifiant pour la longueur de sa lettre, motivée par son amour pour les lettres, la patrie et la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5241
p. 1739-1741
« CRITIQUE de la Bibliothèque des Auteurs Ecclesiastiques de M. du [...] »
Début :
CRITIQUE de la Bibliothèque des Auteurs Ecclesiastiques de M. du [...]
Mots clefs :
Critique, Auteurs ecclésiastiques , Nouvelle traduction
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texteReconnaissance textuelle : « CRITIQUE de la Bibliothèque des Auteurs Ecclesiastiques de M. du [...] »
CR
RITIQUE de la Bibliotheque des
Auteurs Ecclesiastiques de M. du
Pin, par feu M. Richard Simon. A Paris,
rue S.Jacques , chez Ganeau , 1730. 4. vol.
in 8.
NOUVELLE TRADUCTION du Livre unique
des Lettres de Ciceron à M. J.Brutus,
avec des Remarques Historiques et Critiques,
dédiée à Monseigneur le Dauphin..
Par M. de Laval . A Paris , Quay des Augustins
, chez Guill. Denis David , 1731.
2. vol. in 12.
OSTEOLOGIE , ou Traité des Os , dans
lequel on considere chaque Os par rapport
1740 MERCURE DE FRANCE
port aux Parties qui le composent , aux
cavitez qui s'y trouvent , et à ses joncfions
aux autres Os. Par M. Jean Baget ,
Chirurgien Juré à Paris , Démonstrateur
en Anatomie et Chirurgie. Rue S. Jacques
, chez Louis d'Hotelfort. In 12 .
HISTOIRE NATURELLE , Civile et Ecclesiastique
de l'Empire du Japon , composée
en Allemand , par Engelbert Kampfer,
Docteur en Médecine à Lemgow ;
et traduite en françois sur la version Angloise
de Jean Gaspard Scheuchzer
Membre de la Societé Royale, et du College
des Médecins à Londres. Ouvrage
enrichi de quantité de Figures dessinées
d'aprés le naturel par l'Auteur même.
A la Haye chez P. Gosse et J. Neaulme.
1729. in fol. z. vol . Tom. I. pag. 217 .
Tome 2. pp . 313. sans l'Appendix de
96. pag. et les Preliminaires de 52. pag. ·
Planch. détach. 45 .
REFLEXIONS POLITIQUES de Balthasar
Gracian sur les plus grands Princes , et
particulierement sur Ferdinand le Catholique.
Ouvrage traduit de l'Espagnol
avec des Notes historiques et critiques.
A Paris chez Barthelemy Alix , rue Saint-
Facques 1730. in 12. pag. 350. sans la
Preface et les Tables .
LETTRES
JUILLET . 1731. 174 *
LETTRES CRITIQUES , à M. le Comte
***, sur le Paradis perdu et reconquis
de Milton . Par R. **. A Paris chez
Cailleau, Place du Pont S. Michel. 1731 ,
in 12.
RECUEIL de Pieces d'Histoire et de
Litterature Tome 1. A Paris Quay des
Augustins , chez, Chaubert . 1731 .
RITIQUE de la Bibliotheque des
Auteurs Ecclesiastiques de M. du
Pin, par feu M. Richard Simon. A Paris,
rue S.Jacques , chez Ganeau , 1730. 4. vol.
in 8.
NOUVELLE TRADUCTION du Livre unique
des Lettres de Ciceron à M. J.Brutus,
avec des Remarques Historiques et Critiques,
dédiée à Monseigneur le Dauphin..
Par M. de Laval . A Paris , Quay des Augustins
, chez Guill. Denis David , 1731.
2. vol. in 12.
OSTEOLOGIE , ou Traité des Os , dans
lequel on considere chaque Os par rapport
1740 MERCURE DE FRANCE
port aux Parties qui le composent , aux
cavitez qui s'y trouvent , et à ses joncfions
aux autres Os. Par M. Jean Baget ,
Chirurgien Juré à Paris , Démonstrateur
en Anatomie et Chirurgie. Rue S. Jacques
, chez Louis d'Hotelfort. In 12 .
HISTOIRE NATURELLE , Civile et Ecclesiastique
de l'Empire du Japon , composée
en Allemand , par Engelbert Kampfer,
Docteur en Médecine à Lemgow ;
et traduite en françois sur la version Angloise
de Jean Gaspard Scheuchzer
Membre de la Societé Royale, et du College
des Médecins à Londres. Ouvrage
enrichi de quantité de Figures dessinées
d'aprés le naturel par l'Auteur même.
A la Haye chez P. Gosse et J. Neaulme.
1729. in fol. z. vol . Tom. I. pag. 217 .
Tome 2. pp . 313. sans l'Appendix de
96. pag. et les Preliminaires de 52. pag. ·
Planch. détach. 45 .
REFLEXIONS POLITIQUES de Balthasar
Gracian sur les plus grands Princes , et
particulierement sur Ferdinand le Catholique.
Ouvrage traduit de l'Espagnol
avec des Notes historiques et critiques.
A Paris chez Barthelemy Alix , rue Saint-
Facques 1730. in 12. pag. 350. sans la
Preface et les Tables .
LETTRES
JUILLET . 1731. 174 *
LETTRES CRITIQUES , à M. le Comte
***, sur le Paradis perdu et reconquis
de Milton . Par R. **. A Paris chez
Cailleau, Place du Pont S. Michel. 1731 ,
in 12.
RECUEIL de Pieces d'Histoire et de
Litterature Tome 1. A Paris Quay des
Augustins , chez, Chaubert . 1731 .
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Résumé : « CRITIQUE de la Bibliothèque des Auteurs Ecclesiastiques de M. du [...] »
Le document recense des publications parues entre 1729 et 1740. En 1729, 'Histoire Naturelle, Civile et Ecclesiastique de l'Empire du Japon' d'Engelbert Kaempfer, traduite de l'allemand via l'anglais par Jean Gaspard Scheuchzer, est publiée à La Haye. En 1730, 'Critique de la Bibliotheque des Auteurs Ecclesiastiques' de Richard Simon et les 'Reflexions Politiques' de Balthasar Gracian sur les princes, traduites de l'espagnol, sont publiées à Paris. En 1731, plusieurs ouvrages paraissent à Paris : 'Nouvelle Traduction du Livre unique des Lettres de Ciceron à M. J. Brutus' de M. de Laval, dédiée au Dauphin, 'Lettres Critiques' sur 'Le Paradis perdu et reconquis' de Milton par R. **, et un 'Recueil de Pieces d'Histoire et de Littérature'. En 1740, 'Ostéologie, ou Traité des Os' de Jean Baget, chirurgien et démonstrateur en anatomie, est publié à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5242
p. 1741-1755
Discours sur la Comedie, ou Traité, &c. [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS SUR LA COMEDIE, ou Traité Historique et Dogmatique des Jeux de [...]
Mots clefs :
Jeux, Poètes, Parlement, Paris, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Comedie, ou Traité, &c. [titre d'après la table]
DISCOURS SUR LA COMEDIE , ou Traité
Historique et Dogmatique des Jeux de
Théatre & c. 2. Edition , augmentée de
plus de la moitié. par le P. le Brun de l'Oratoire
, rue S. Jacques , chez la veuve
Delaulne. 1731 .
>
Aprés l'Extrait que nous avons donné
de la premiere moitié de cet Ouvrage
sur les anciens Jeux de Théatre &c. Il
nous reste à dire quelque chose des Spectacles
et des Pieces de Théatre en France
, de leur origine , de leur succès &c.
Au treizieme Siecle , il y eut en France
beaucoup de Poëtes , et les Provenceaux
furent ceux qu'on estima dayantage.
On faisoit beaucoup de cas de la
Langue Provençale que l'on appelloit la
Langue Romaine , à cause qu'elle en
approchoit beaucoup , et que la Provence
seule avoit retenu le nom de Province ,
eu Province des Romains , qu'on don
noit
1742 MERCURE DE FRANCE
noit à toute la Gaule Narbonnoise , qui
comprenoit Toulouse et Genéve , c'està-
dire , tout ce que les Romains possedoient
dans les Gaulès , lorsque Cesar y
vint pour la premiere fois.
Depuis le X. Siecle on se piquoit presque
dans toutes les Cours de l'Europe
de parler Provençal , et les Pieces d'esprit
ne paroissoient ordinairement qu'en cette
Langue , ce qui fit qu'on appella ces Pieces
des Romans , ou Romances , à cause
qu'elles étoient écrites en langage Romain
, ou Romance , c'est - à- dire Provençal.
Comme le François se perfectionna depuis
Philippe Auguste , on voit au XIII .
Siecle par la Bible de Guiart des Moulins,
que le langage de Paris s'appelloit indifferemment
le François ou le Romain.
Quoiqu'il en soit , le desir de parler purement
Provençal , porta plusieurs Princes
à appeller des Poëtes Provençaux dans
leur Cour. Il en sortit , en effet , un assez
grand nombre de Provence , et la plupart
étoient des personnes distinguées par
leur naissance et par leur génie. Le Poëte
Foulquet qui écrivoit à Marseille au commencement
du XIII . siecle , à qui on
a attribué la gloire d'avoir le premier
donné et observé les regles de bien rimer ,
s'étant
JUILLET. 1731. 1643
•
s'étant retiré dans un Monastere , fut fait
Evêque de Marseille , puis de Toulouse ,
et plusieurs autres s'avançoient beaucoup
auprès des Princes .
Alphonse Comte de Poitiers et de Toulouse
, frere de S.Louis , avoit auprès de lui
plusieurs de ces Poëtes , et par tout on les
recherchoit avec empressement, et on leur
isoit des présens magnifiques . Ceux qui
' étoient pas fixes dans quelques Cours
Composoient de petites bandes de trois
ɔu quatre amis , Poëtes , Chantres et
Joueurs d'Instrumens , et alloient de Ville
n Ville , ou plutôt de Château en Château
, réciter leurs Ouvrages , et c'étoit
à ceux qu'on appelloit communément
les Auteurs de la Science guaye , les Troubadours
ou les Trouveres , c'est-à - dire
Inventeurs.
La plupart de ces Bouffons s'appelloient
Ministerales , Minetrales , Ministrelli
d'où est venu le nom de Menetrier. Ils
ne s'appliquoient pas seulement à réjoüir
les Princes par leurs plaisanteries , mais
encore ils chantoient au son des Instrumens
leurs loüanges et celles de leurs Ancêtres
. Quelquefois ils déclamoient agréablement
les Exploits des Héros , ou les
chantoient , jouant en même- tems du
Violon ou de quelqu'autre Instrument ,
excitant
1744 MERCURE DE FRANCE
excitant ainsi à la vertu ceux qui les écoutoient.
On voit au même endroit que dans
un Festin d'Apparat,donné par LouisVIII.
pere de S. Louis , parut un de ces Menetriers
, qui chanta les louanges du Roi au
son de la Lyre.
Ces personnes ne pouvoient pas être
censées infames , par les loix qui déclarent
que ceux qui n'avoient représenté
que dans des Maisons particulieres , ne
seront pas déclarez infames. Pline le
jeune , louant la vie d'un homme fort
distingué , dit qu'il faisoit souvent venir
à sa table un Comédien pour entendre
quelque chose de bon pendant le repas.
On trouve jusqu'au milieu du XIV . Siecle
environ cent Poëtes Provençaux des
plus distinguez , dont les vies ont été
écrites par le sçavant Cibo , Moine de L'erins
, par Huges de S. Cesaire , Moine
de Montmajour, par Rostang de Brignole,
Moine de S Victor de Marseille , et par
Jean et César Nostradamus .
Ce dernier Historien en 1344. compte
90. Poëtes , dont le Roi Robert fit recueillir
les Ouvrages . Le Cardinal de Richelieu
a fait aussi rechercher en Provence
plusieurs Pieces de cette nature , et ce
sont peut- être celles qu'on conserve dans
la Bibliotheque Royale.
Vers
JUILLET . 1731. 1745
Vers le milieu du XV. siecle , les Poëtes
Provençaux se négligerent , et leur
langue ne fut plus cultivée comme elle
l'avoit été durant quelques siecles . Mais
les Italiens , que le séjour des Papes àAvignon
avoit attirez en Provence , y étoient
devenus Poëtes . On en voyoit déja parmi
eux un grand nombre , tant bons que
méchans ; et comme en Italie on a toujours
eu beaucoup de disposition à être
Saltinbanque , il y eut bientôt plusieurs
Poëtes qui prirent le parti de monter sur
des Theatres . Les moins polis se distinguerent
par le choix de quelques Sujets
de pieté , et tels furent ces Pelerins que
M. Despréaux a dépeints ainsi dans le
troisiéme Chant de l'Art Poëtique.
Chez nos dévots Ayeux le Théatre abhorré ,
Fut long- temps dans la France un plaisir ignoré;
De Pelerins , dit-on , une Troupe grossiere ,
En public à Paris y monta la premiere ,
Et sottement zelée en sa simplicité ,
Joua les Saints , la Vierge, et Dieu par pieté.
Ces dévots Comédiens vinrent à Paris
au commencement du XIV. siecle ; et
le Cardinal le Moine , Fondateur du College
qui porte son nom , acheta l'Hôtel
de Bourgogne et le leur donna ,à condition
F qu'ils
1745 MERCURE DE FRANCE
qu'ils ne représenteroient jamais que des
Pieces pieuses. Cependant ces Jeux n'ont
pas toujours continué , comme plusieurs
semblent le croire.
Dans un Arrêt du Parlement de Paris,
donné sous François I. en 1541. il est
parlé de ces prétendues Pieces de dévotion
comme d'un usage qui ne s'étoit introduit
que depuis deux ou trois ans ,
et que le Parlement ne pouvoit tolerer.
Il l'interdit en effet sous de rigoureuses
peines par le même Arrêt , dont quelques-
uns des motifs sont , 19. Que pour
réjouir le peuple on mêle ordinairement à ces
sortes de feux des Farces ou Comédies dérisoires
, qui sont choses deffendues par les
saints Canons. 2 ° . Que les Auteurs de ces
Piecesjouant pour le gain , ils devoient pas
ser pour Histrions , Joculateurs on Bateleurs.
3. Que les Assemblées de ces Jeux donnoient
lieu à des parties ou d'assignations d'adultere
et de fornication . 4. Que cela fait dépenser
de l'argent mal à propos aux Bourgeois
et aux Artisans de la Ville.
Ces motifs montrent assez qu'il n'y
avcit pas alors d'autres Jeux de Théatre
à Paris. Il paroît que ces Comédies pieuses
furent encore jouées pendant quelque
emps. Dans une Requête présentée au
Parlement , les Auteurs de ces Jeux disent
JUILLET. 1731. 2747
sent qu'ils les faisoientjouer de temps immemorial
et par des privileges confirmez par
les Rois de France , à l'édification du commun
populaire sans offense generale ou particuliere.
Ce ne fut qu'en 1545. que leurs Jeux
cesserent , le Parlement ayant converti
en logement pour les pauvres , la Salle
de la Passion. Trois ans après , ils acheterent
une nouvelle Salle , et demanderent
que suivant lesdits Privileges , il leur
fût permis de continuer la représentation
desdits Misteres , du profit desquels , disentils
, étoit entretenu le Service divin en la
Chapelle de ladite Confrairie , avec deffenses
à tous autres de jouer à l'avenir , tant
en la Ville que Fauxbourgs et Banlieuë de
Cette Ville , sinon que ce fut sous le titre de
la dite Confrairie. Voici les termes de l'Arrêt
: La Cour a inhibé et deffendu , inhibe
et deffend ausdits Suppliants de jouer le
Mystere de la Passion de N. Sauveur , ne
autres Mysteres sacrez , sur peine d'amende
arbitraire , leur permettant neantmoins de
pouvoirjouer autres Mysteres profanes , honnêtes
et licites , sans offenser et injurier aucunes
personnes , et deffend ladite Cour de
jouer ou représenter dorénavant aucuns Jeux
ou Mysteres , tant en la Ville et Fauxbourg's ,
que Banlieue de Paris , sinon que sous le
Fij nom
1743 MERCURE DE FRANCE
nom ladite Confrairie et au profit d'icelle.
Le Parlement ne voulant point souffrir
d'autres Jeux que ceux de ces Confreres
de la Passion , la Chambre des Vacations
s'éleva le 15. Septembre 1531. contre une
Troupe de Comédiens qui depuis quelque
temps joüoient des Farces et des Jeux
publics , et avoient à ce sujet exigé de
ceux qui y avoient assisté , quatre , cinq
et six sols , somme excessive et non accoutumée
d'être levée en tel cas , qui est espece
d'exaction sur le pauvre peuple. La Cour
leur deffendit de jouer à l'avenir des Farces
sans permission , sous peine de prison et
de punition corporelle , et à tous les Manans
et Habitans de Paris et des Faux-'
bourgs , de quelque état et qualité qu'ils
fussent , d'assister à ces Jeux , sous peine
de dix livres parisis.
Cette Confrairie eût un demêlé avec
Maître René Benoît , Curé de S. Eustache
, lequel obtint de la Chambre séante
au Châtelet , que les Confreres de la
Passion n'ouvriroient les portes de leurs
Jeux , sinon aprés les Vespres dites . Ces
Confreres représenterent au Parlement
que cette Ordonnance rendoit leurs Privileges
illusoires et sans effet , parcequ'il
leur seroit impossible , étant les jours
Courts , vaquer à leursdits Jeux , pour â
les
JUILLET . 1731. 1749
les préparatifs desquels ils auroient fait
une infinité de frais . Ils disent dans cette
Requête , qu'ils payoient cent écus de
rente à la Recette du Roi pour le Logis ,
et 300. liv . Tournois de rente aux Enfans
de la Trinité , tant pour le Service divin
que pour l'entretien des Pauvres . Ils
demanderent qu'il leur fût permis d'ouvrir
les portes de leurs Jeux pour les
allans et venans en la maniere accoutumée
, à la charge toutefois qu'ils ne commenceront
leurs Jeux qu'à trois heures
sonnées , à laquelle heure les Vespres
avoient accoutumées d'être dites . Le Parlement
leur accorda ce qu'ils demandoient
, mais à condition qu'ils repondroient
des scandales qui pourroient leur
arriver. Cet Arrêt fut confirmé par un
autre rendu le 20. Septembre 1577.
Cependant dès l'an 1551. sous Henry
II. les Poëtes François avoit commencé
à faire des Tragédies et des Comédies
et Jodelle fut le premier qui en fit repré
senter , comme nous l'apprend Ronsard
dans les vers que Pasquier a cités au 7.
Livre de ses Recherches , Chap . 7•
Aprés amour la France abandonna ;
Et lors Jodelle heureusement sonna
D'une voix humble et d'une voix hardie ,
F iij
La
1750 MERCURE DE FRANCE
La Comédie avec la Tragédie ,
Et d'un ton double , ore bas , ore haut ,
Remplit premier le François Echafaut.
Sous le Regne d'Henry III , dit Mezeray
, le luxe qui cherchóit par tout des
divertissemens , appella du fond de l'Italie
, une bande de Comédiens , dont les
Pieces , toutes d'intrigues , d'amourettes
et d'inventions agréables , pour exciter
et chatouiller les plus douces passions
étoient de pernicieuses leçons d'impudicité.
Ils obtinrent des Lettres Patentes
pour leur établissement , comme si c'eut
été quelque celebre Compagnie. Le Parlement
les rebuta comme personnes que
les bonnes moeurs , les SS. Canons , les
PP. de l'Eglise , et nos Rois mêmes ,
avoient toujours reputés infames
leur deffendit de jouer , ni de plus obte
nir de semblables Lettres ; et néanmoins,
dès que la Cour fut de retour de Poitiers
le Roy voulut qu'ils ouvrissent leur
Theatre.
و et
Le Concile de Bâle , dont l'autorité
est si grande en France , dans la Sess.
XX. en l'an 1435. se plaint que dans
quelques Eglises , pendant certaines Fêtes,
on voyoit des gens en habits pontifi-
'caux ,
JUILLET. 1731. 1751
caux , avec une Crosse et une Mitre ,
donner la Benediction comme les Evêques
; que d'autres s'habilloient en Rois
ou en Ducs , ce qu'on appelle dans quelques
endroits , la Fête des Foux , des
Innocens ou des Enfans, et que quelquesans
représentoient des Jeux de Theatre ,
faisoient des mascarades et des danses
d'hommes et de femmes. Ce Concile
aprés avoir exprimé l'horreur qu'il a
pour toutes ces extravagances , ordonne
aux Evêques , aux Doyens et aux Curés ,
sous peine de suspense et de privation
de leurs revenus Ecclesiastiques pendant
trois mois , de ne pas permettre à l'ave
nir de semblables bouffonneries .
. Le Concile de Tolede tenu en 1565 .
fait la même déffense . ( C'étoit principalement
le jour de la Fête des SS. Inãocens
qu'on créoit ces faux Evêques . )
Un Concile de la Province de Bordeaux
tenu à Copriniacum en 1215. et non pas
en 1260. comme le veut le P. Hardouin ,
avoit déffendu sous peine d'excommunication
, les danses qui se faisoient ce
jour- là , aussi bien que cette burlesque
création d'Evêques . Predictas balleationes
ulterius sub intimatione Anathematis fieri
prohibemus : nec non et Episcopos in predicto
Festo creari. Avec quelle force ,
Fij
continue
1752 MERCURE DE FRANCE
continue l'Auteur , ces Conciles se seroient-
ils élevé contre de Comiques
Processions semblables à celle qu'on fait
tous les ans à Aix le jour de la Fête- Dieu
où les Misteres de l'ancien et du nouveau
Testament sont deshonorez par
des Farces et des Répresentations indecentes
?
Il paroît par un Concile de Sens de
l'an 1486. que ces danses et ces répresentations
Comiques se faisoient dans les
Eglises et autres lieux sacrés.
On apprend par les Statuts Synodaux
du Diocèse de Beauvais , publiés en 1554.
que lorsque les Prêtres disoient leur
premiere
Messe , on faisoit venir des Bouffons
, des Histrions , des Joueurs d'Ins
trumens et differens autres Farceurs ; ce
desordre est severement déffendu aussi
bien que les danses et les représentations
des Spectacles dans les Eglises et les Cimetieres
. La même déffense se trouve
dans les Statuts Synodaux du Diocèse de
Soissons , imprimés en 1561. Les danses
se faisoient quelquefois devant l'Eglise .
Un autre abus aussi pernicieux , condamné
dans un Synode de Paris tenu en
1557. par Eustache du Bellay ; c'est que
les jours de Fêtes de certaines Confrairies
, on alloit avec des Images attachées
sur
JUILLET. 1731. 1783
sur des batons, aux Maisons des Laïques ;
ces burlesques Processions étoient composées
de Prêtres , de femmes et de Bouf
fons ; le Synode les déffend sous peine
d'excommunication et d'une amande arbitraire
, ordonnant aux Clercs de ne
prendre aucune part à ces folies.
En 1980. S. Charles Borromée qui
avoit long- tems travaillé à chasser les
Comédiens de son Diocèse , obtint enfin
d'un Gouverneur de Milan qu'on ne souf
friroit aucune Piece qui n'eut été examinée
et trouvée.conforme à la Morale
chrétienne , et qu'on n'en réprésenteroit
jamais ni le vendredy , ni les jours de
Fête .
eut
Le Parlement de Paris garda toujours
la même severité à l'égard des Comédiens
, jusqu'à ce que le Cardinal de Richelieu
, passionné pour la Poësie ,
fait esperer qu'on verroit des Comédies
où il n'y auroit rien qui ne fut dans la
bienséance. Par son ordre , Desmarets ,
Corneille et Colletet composerent quel
ques Pieces assés honnêtes , et en 1641
il fit enregistrer au Parlement une Déclaration
du Roy , par laquelle aprés
avoir renouvellé les peines ordinaires
contre les Comédiens , qui useront d'aucunes
paroles lascives ou à double entente
F v qui
1754 MERCURE DE FRANCE
qui puisse blesser l'honnêteté publique , it
est dit , qu'au cas qu'ils observent ces conditions
, ils ne seront pas à l'avenir notés.
d'infamie.
"
A la page 287. l'Auteur cite cette
maxime, prise , dit-il , d'un petit livre:
qui lui est tombé entre les mains , par où
nous finirons cet Extrait. Tous les grands:
divertiffemens sont dangereux pour la vie
chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde
a inventés , il n'y en a point qui soit
plus à craindre que la Comédie. C'est une
peinture fi naturelle et fi délicate des passions
, qu'elle les anime et les fait naître
dans notre coeur , et surtout celle de l'amour
principalement lorsqu'on se represente qu'il
est chaste etfort honnête : car plus il paroît
innocent aux ames innocentes , plus elles:
sont capables d'en étre touchées . On je fait
en même-temps une conscience fondée fur
Phonnêteté de ces sentimens ; et on s'imagine
que ce n'eft pas bleffer la pureté , que d'ai
mer d'un amour fi sage. Ainsi on sort de la
Comédie le coeur si rempli de toutes les dou
ceurs de l'amour , et l'esprit si persuadé de
son innocence , qu'on eft tout préparé à recevoir
ses premieres impreffions , ou plutôt à:
chercher Poccasion de les faire naître dans.
Le coeur de quelqu'un , pour recevoir les mêmes
plaifirs et les mêmes sacrifices qu'on a
•
uns
JUILLET. 1731 1755
vus fi bien réprefentés fur le Theatre.
MEDITATIONS SUR L'EVANGILE
Ouvrage posthume de M. Jacques Benigne
Bossuet , Evêque de Meaux , Conseiller
du Roy en ses Conseils , et ordinaire
en son Conseil d'Etat, Precepteur de
Monseigneur le Dauphin , premier Aumônier
des deux derniers Dauphins. A
Paris , chez P. J. Mariette ,rue S.Jacques,.
1731. 4. volumes in 12. premier vol.
pp. 519. 2. vol . pp. 464. 3. vol . pp. 454.
4. vol . pp. 506. sans compter un Mandement
de M. l'Evêque de Troyes pour
recommander la lecture de cet Ouvrage
aux Fideles de son Diocèse , de 62. pag .
et sans les Tables .
LES VEILLE' ES DE THESSALIE . Premiere et
seconde Veillées . Rue S. Jacques , chez J.
F. Josse 1731. 2. vol. in 12 ..
La lecture de cet Ouvrage , qui est trés
bien écrit , est fort amusante. Le Librai--
re en promet la suite .
Historique et Dogmatique des Jeux de
Théatre & c. 2. Edition , augmentée de
plus de la moitié. par le P. le Brun de l'Oratoire
, rue S. Jacques , chez la veuve
Delaulne. 1731 .
>
Aprés l'Extrait que nous avons donné
de la premiere moitié de cet Ouvrage
sur les anciens Jeux de Théatre &c. Il
nous reste à dire quelque chose des Spectacles
et des Pieces de Théatre en France
, de leur origine , de leur succès &c.
Au treizieme Siecle , il y eut en France
beaucoup de Poëtes , et les Provenceaux
furent ceux qu'on estima dayantage.
On faisoit beaucoup de cas de la
Langue Provençale que l'on appelloit la
Langue Romaine , à cause qu'elle en
approchoit beaucoup , et que la Provence
seule avoit retenu le nom de Province ,
eu Province des Romains , qu'on don
noit
1742 MERCURE DE FRANCE
noit à toute la Gaule Narbonnoise , qui
comprenoit Toulouse et Genéve , c'està-
dire , tout ce que les Romains possedoient
dans les Gaulès , lorsque Cesar y
vint pour la premiere fois.
Depuis le X. Siecle on se piquoit presque
dans toutes les Cours de l'Europe
de parler Provençal , et les Pieces d'esprit
ne paroissoient ordinairement qu'en cette
Langue , ce qui fit qu'on appella ces Pieces
des Romans , ou Romances , à cause
qu'elles étoient écrites en langage Romain
, ou Romance , c'est - à- dire Provençal.
Comme le François se perfectionna depuis
Philippe Auguste , on voit au XIII .
Siecle par la Bible de Guiart des Moulins,
que le langage de Paris s'appelloit indifferemment
le François ou le Romain.
Quoiqu'il en soit , le desir de parler purement
Provençal , porta plusieurs Princes
à appeller des Poëtes Provençaux dans
leur Cour. Il en sortit , en effet , un assez
grand nombre de Provence , et la plupart
étoient des personnes distinguées par
leur naissance et par leur génie. Le Poëte
Foulquet qui écrivoit à Marseille au commencement
du XIII . siecle , à qui on
a attribué la gloire d'avoir le premier
donné et observé les regles de bien rimer ,
s'étant
JUILLET. 1731. 1643
•
s'étant retiré dans un Monastere , fut fait
Evêque de Marseille , puis de Toulouse ,
et plusieurs autres s'avançoient beaucoup
auprès des Princes .
Alphonse Comte de Poitiers et de Toulouse
, frere de S.Louis , avoit auprès de lui
plusieurs de ces Poëtes , et par tout on les
recherchoit avec empressement, et on leur
isoit des présens magnifiques . Ceux qui
' étoient pas fixes dans quelques Cours
Composoient de petites bandes de trois
ɔu quatre amis , Poëtes , Chantres et
Joueurs d'Instrumens , et alloient de Ville
n Ville , ou plutôt de Château en Château
, réciter leurs Ouvrages , et c'étoit
à ceux qu'on appelloit communément
les Auteurs de la Science guaye , les Troubadours
ou les Trouveres , c'est-à - dire
Inventeurs.
La plupart de ces Bouffons s'appelloient
Ministerales , Minetrales , Ministrelli
d'où est venu le nom de Menetrier. Ils
ne s'appliquoient pas seulement à réjoüir
les Princes par leurs plaisanteries , mais
encore ils chantoient au son des Instrumens
leurs loüanges et celles de leurs Ancêtres
. Quelquefois ils déclamoient agréablement
les Exploits des Héros , ou les
chantoient , jouant en même- tems du
Violon ou de quelqu'autre Instrument ,
excitant
1744 MERCURE DE FRANCE
excitant ainsi à la vertu ceux qui les écoutoient.
On voit au même endroit que dans
un Festin d'Apparat,donné par LouisVIII.
pere de S. Louis , parut un de ces Menetriers
, qui chanta les louanges du Roi au
son de la Lyre.
Ces personnes ne pouvoient pas être
censées infames , par les loix qui déclarent
que ceux qui n'avoient représenté
que dans des Maisons particulieres , ne
seront pas déclarez infames. Pline le
jeune , louant la vie d'un homme fort
distingué , dit qu'il faisoit souvent venir
à sa table un Comédien pour entendre
quelque chose de bon pendant le repas.
On trouve jusqu'au milieu du XIV . Siecle
environ cent Poëtes Provençaux des
plus distinguez , dont les vies ont été
écrites par le sçavant Cibo , Moine de L'erins
, par Huges de S. Cesaire , Moine
de Montmajour, par Rostang de Brignole,
Moine de S Victor de Marseille , et par
Jean et César Nostradamus .
Ce dernier Historien en 1344. compte
90. Poëtes , dont le Roi Robert fit recueillir
les Ouvrages . Le Cardinal de Richelieu
a fait aussi rechercher en Provence
plusieurs Pieces de cette nature , et ce
sont peut- être celles qu'on conserve dans
la Bibliotheque Royale.
Vers
JUILLET . 1731. 1745
Vers le milieu du XV. siecle , les Poëtes
Provençaux se négligerent , et leur
langue ne fut plus cultivée comme elle
l'avoit été durant quelques siecles . Mais
les Italiens , que le séjour des Papes àAvignon
avoit attirez en Provence , y étoient
devenus Poëtes . On en voyoit déja parmi
eux un grand nombre , tant bons que
méchans ; et comme en Italie on a toujours
eu beaucoup de disposition à être
Saltinbanque , il y eut bientôt plusieurs
Poëtes qui prirent le parti de monter sur
des Theatres . Les moins polis se distinguerent
par le choix de quelques Sujets
de pieté , et tels furent ces Pelerins que
M. Despréaux a dépeints ainsi dans le
troisiéme Chant de l'Art Poëtique.
Chez nos dévots Ayeux le Théatre abhorré ,
Fut long- temps dans la France un plaisir ignoré;
De Pelerins , dit-on , une Troupe grossiere ,
En public à Paris y monta la premiere ,
Et sottement zelée en sa simplicité ,
Joua les Saints , la Vierge, et Dieu par pieté.
Ces dévots Comédiens vinrent à Paris
au commencement du XIV. siecle ; et
le Cardinal le Moine , Fondateur du College
qui porte son nom , acheta l'Hôtel
de Bourgogne et le leur donna ,à condition
F qu'ils
1745 MERCURE DE FRANCE
qu'ils ne représenteroient jamais que des
Pieces pieuses. Cependant ces Jeux n'ont
pas toujours continué , comme plusieurs
semblent le croire.
Dans un Arrêt du Parlement de Paris,
donné sous François I. en 1541. il est
parlé de ces prétendues Pieces de dévotion
comme d'un usage qui ne s'étoit introduit
que depuis deux ou trois ans ,
et que le Parlement ne pouvoit tolerer.
Il l'interdit en effet sous de rigoureuses
peines par le même Arrêt , dont quelques-
uns des motifs sont , 19. Que pour
réjouir le peuple on mêle ordinairement à ces
sortes de feux des Farces ou Comédies dérisoires
, qui sont choses deffendues par les
saints Canons. 2 ° . Que les Auteurs de ces
Piecesjouant pour le gain , ils devoient pas
ser pour Histrions , Joculateurs on Bateleurs.
3. Que les Assemblées de ces Jeux donnoient
lieu à des parties ou d'assignations d'adultere
et de fornication . 4. Que cela fait dépenser
de l'argent mal à propos aux Bourgeois
et aux Artisans de la Ville.
Ces motifs montrent assez qu'il n'y
avcit pas alors d'autres Jeux de Théatre
à Paris. Il paroît que ces Comédies pieuses
furent encore jouées pendant quelque
emps. Dans une Requête présentée au
Parlement , les Auteurs de ces Jeux disent
JUILLET. 1731. 2747
sent qu'ils les faisoientjouer de temps immemorial
et par des privileges confirmez par
les Rois de France , à l'édification du commun
populaire sans offense generale ou particuliere.
Ce ne fut qu'en 1545. que leurs Jeux
cesserent , le Parlement ayant converti
en logement pour les pauvres , la Salle
de la Passion. Trois ans après , ils acheterent
une nouvelle Salle , et demanderent
que suivant lesdits Privileges , il leur
fût permis de continuer la représentation
desdits Misteres , du profit desquels , disentils
, étoit entretenu le Service divin en la
Chapelle de ladite Confrairie , avec deffenses
à tous autres de jouer à l'avenir , tant
en la Ville que Fauxbourgs et Banlieuë de
Cette Ville , sinon que ce fut sous le titre de
la dite Confrairie. Voici les termes de l'Arrêt
: La Cour a inhibé et deffendu , inhibe
et deffend ausdits Suppliants de jouer le
Mystere de la Passion de N. Sauveur , ne
autres Mysteres sacrez , sur peine d'amende
arbitraire , leur permettant neantmoins de
pouvoirjouer autres Mysteres profanes , honnêtes
et licites , sans offenser et injurier aucunes
personnes , et deffend ladite Cour de
jouer ou représenter dorénavant aucuns Jeux
ou Mysteres , tant en la Ville et Fauxbourg's ,
que Banlieue de Paris , sinon que sous le
Fij nom
1743 MERCURE DE FRANCE
nom ladite Confrairie et au profit d'icelle.
Le Parlement ne voulant point souffrir
d'autres Jeux que ceux de ces Confreres
de la Passion , la Chambre des Vacations
s'éleva le 15. Septembre 1531. contre une
Troupe de Comédiens qui depuis quelque
temps joüoient des Farces et des Jeux
publics , et avoient à ce sujet exigé de
ceux qui y avoient assisté , quatre , cinq
et six sols , somme excessive et non accoutumée
d'être levée en tel cas , qui est espece
d'exaction sur le pauvre peuple. La Cour
leur deffendit de jouer à l'avenir des Farces
sans permission , sous peine de prison et
de punition corporelle , et à tous les Manans
et Habitans de Paris et des Faux-'
bourgs , de quelque état et qualité qu'ils
fussent , d'assister à ces Jeux , sous peine
de dix livres parisis.
Cette Confrairie eût un demêlé avec
Maître René Benoît , Curé de S. Eustache
, lequel obtint de la Chambre séante
au Châtelet , que les Confreres de la
Passion n'ouvriroient les portes de leurs
Jeux , sinon aprés les Vespres dites . Ces
Confreres représenterent au Parlement
que cette Ordonnance rendoit leurs Privileges
illusoires et sans effet , parcequ'il
leur seroit impossible , étant les jours
Courts , vaquer à leursdits Jeux , pour â
les
JUILLET . 1731. 1749
les préparatifs desquels ils auroient fait
une infinité de frais . Ils disent dans cette
Requête , qu'ils payoient cent écus de
rente à la Recette du Roi pour le Logis ,
et 300. liv . Tournois de rente aux Enfans
de la Trinité , tant pour le Service divin
que pour l'entretien des Pauvres . Ils
demanderent qu'il leur fût permis d'ouvrir
les portes de leurs Jeux pour les
allans et venans en la maniere accoutumée
, à la charge toutefois qu'ils ne commenceront
leurs Jeux qu'à trois heures
sonnées , à laquelle heure les Vespres
avoient accoutumées d'être dites . Le Parlement
leur accorda ce qu'ils demandoient
, mais à condition qu'ils repondroient
des scandales qui pourroient leur
arriver. Cet Arrêt fut confirmé par un
autre rendu le 20. Septembre 1577.
Cependant dès l'an 1551. sous Henry
II. les Poëtes François avoit commencé
à faire des Tragédies et des Comédies
et Jodelle fut le premier qui en fit repré
senter , comme nous l'apprend Ronsard
dans les vers que Pasquier a cités au 7.
Livre de ses Recherches , Chap . 7•
Aprés amour la France abandonna ;
Et lors Jodelle heureusement sonna
D'une voix humble et d'une voix hardie ,
F iij
La
1750 MERCURE DE FRANCE
La Comédie avec la Tragédie ,
Et d'un ton double , ore bas , ore haut ,
Remplit premier le François Echafaut.
Sous le Regne d'Henry III , dit Mezeray
, le luxe qui cherchóit par tout des
divertissemens , appella du fond de l'Italie
, une bande de Comédiens , dont les
Pieces , toutes d'intrigues , d'amourettes
et d'inventions agréables , pour exciter
et chatouiller les plus douces passions
étoient de pernicieuses leçons d'impudicité.
Ils obtinrent des Lettres Patentes
pour leur établissement , comme si c'eut
été quelque celebre Compagnie. Le Parlement
les rebuta comme personnes que
les bonnes moeurs , les SS. Canons , les
PP. de l'Eglise , et nos Rois mêmes ,
avoient toujours reputés infames
leur deffendit de jouer , ni de plus obte
nir de semblables Lettres ; et néanmoins,
dès que la Cour fut de retour de Poitiers
le Roy voulut qu'ils ouvrissent leur
Theatre.
و et
Le Concile de Bâle , dont l'autorité
est si grande en France , dans la Sess.
XX. en l'an 1435. se plaint que dans
quelques Eglises , pendant certaines Fêtes,
on voyoit des gens en habits pontifi-
'caux ,
JUILLET. 1731. 1751
caux , avec une Crosse et une Mitre ,
donner la Benediction comme les Evêques
; que d'autres s'habilloient en Rois
ou en Ducs , ce qu'on appelle dans quelques
endroits , la Fête des Foux , des
Innocens ou des Enfans, et que quelquesans
représentoient des Jeux de Theatre ,
faisoient des mascarades et des danses
d'hommes et de femmes. Ce Concile
aprés avoir exprimé l'horreur qu'il a
pour toutes ces extravagances , ordonne
aux Evêques , aux Doyens et aux Curés ,
sous peine de suspense et de privation
de leurs revenus Ecclesiastiques pendant
trois mois , de ne pas permettre à l'ave
nir de semblables bouffonneries .
. Le Concile de Tolede tenu en 1565 .
fait la même déffense . ( C'étoit principalement
le jour de la Fête des SS. Inãocens
qu'on créoit ces faux Evêques . )
Un Concile de la Province de Bordeaux
tenu à Copriniacum en 1215. et non pas
en 1260. comme le veut le P. Hardouin ,
avoit déffendu sous peine d'excommunication
, les danses qui se faisoient ce
jour- là , aussi bien que cette burlesque
création d'Evêques . Predictas balleationes
ulterius sub intimatione Anathematis fieri
prohibemus : nec non et Episcopos in predicto
Festo creari. Avec quelle force ,
Fij
continue
1752 MERCURE DE FRANCE
continue l'Auteur , ces Conciles se seroient-
ils élevé contre de Comiques
Processions semblables à celle qu'on fait
tous les ans à Aix le jour de la Fête- Dieu
où les Misteres de l'ancien et du nouveau
Testament sont deshonorez par
des Farces et des Répresentations indecentes
?
Il paroît par un Concile de Sens de
l'an 1486. que ces danses et ces répresentations
Comiques se faisoient dans les
Eglises et autres lieux sacrés.
On apprend par les Statuts Synodaux
du Diocèse de Beauvais , publiés en 1554.
que lorsque les Prêtres disoient leur
premiere
Messe , on faisoit venir des Bouffons
, des Histrions , des Joueurs d'Ins
trumens et differens autres Farceurs ; ce
desordre est severement déffendu aussi
bien que les danses et les représentations
des Spectacles dans les Eglises et les Cimetieres
. La même déffense se trouve
dans les Statuts Synodaux du Diocèse de
Soissons , imprimés en 1561. Les danses
se faisoient quelquefois devant l'Eglise .
Un autre abus aussi pernicieux , condamné
dans un Synode de Paris tenu en
1557. par Eustache du Bellay ; c'est que
les jours de Fêtes de certaines Confrairies
, on alloit avec des Images attachées
sur
JUILLET. 1731. 1783
sur des batons, aux Maisons des Laïques ;
ces burlesques Processions étoient composées
de Prêtres , de femmes et de Bouf
fons ; le Synode les déffend sous peine
d'excommunication et d'une amande arbitraire
, ordonnant aux Clercs de ne
prendre aucune part à ces folies.
En 1980. S. Charles Borromée qui
avoit long- tems travaillé à chasser les
Comédiens de son Diocèse , obtint enfin
d'un Gouverneur de Milan qu'on ne souf
friroit aucune Piece qui n'eut été examinée
et trouvée.conforme à la Morale
chrétienne , et qu'on n'en réprésenteroit
jamais ni le vendredy , ni les jours de
Fête .
eut
Le Parlement de Paris garda toujours
la même severité à l'égard des Comédiens
, jusqu'à ce que le Cardinal de Richelieu
, passionné pour la Poësie ,
fait esperer qu'on verroit des Comédies
où il n'y auroit rien qui ne fut dans la
bienséance. Par son ordre , Desmarets ,
Corneille et Colletet composerent quel
ques Pieces assés honnêtes , et en 1641
il fit enregistrer au Parlement une Déclaration
du Roy , par laquelle aprés
avoir renouvellé les peines ordinaires
contre les Comédiens , qui useront d'aucunes
paroles lascives ou à double entente
F v qui
1754 MERCURE DE FRANCE
qui puisse blesser l'honnêteté publique , it
est dit , qu'au cas qu'ils observent ces conditions
, ils ne seront pas à l'avenir notés.
d'infamie.
"
A la page 287. l'Auteur cite cette
maxime, prise , dit-il , d'un petit livre:
qui lui est tombé entre les mains , par où
nous finirons cet Extrait. Tous les grands:
divertiffemens sont dangereux pour la vie
chrétienne ; mais entre tous ceux que le monde
a inventés , il n'y en a point qui soit
plus à craindre que la Comédie. C'est une
peinture fi naturelle et fi délicate des passions
, qu'elle les anime et les fait naître
dans notre coeur , et surtout celle de l'amour
principalement lorsqu'on se represente qu'il
est chaste etfort honnête : car plus il paroît
innocent aux ames innocentes , plus elles:
sont capables d'en étre touchées . On je fait
en même-temps une conscience fondée fur
Phonnêteté de ces sentimens ; et on s'imagine
que ce n'eft pas bleffer la pureté , que d'ai
mer d'un amour fi sage. Ainsi on sort de la
Comédie le coeur si rempli de toutes les dou
ceurs de l'amour , et l'esprit si persuadé de
son innocence , qu'on eft tout préparé à recevoir
ses premieres impreffions , ou plutôt à:
chercher Poccasion de les faire naître dans.
Le coeur de quelqu'un , pour recevoir les mêmes
plaifirs et les mêmes sacrifices qu'on a
•
uns
JUILLET. 1731 1755
vus fi bien réprefentés fur le Theatre.
MEDITATIONS SUR L'EVANGILE
Ouvrage posthume de M. Jacques Benigne
Bossuet , Evêque de Meaux , Conseiller
du Roy en ses Conseils , et ordinaire
en son Conseil d'Etat, Precepteur de
Monseigneur le Dauphin , premier Aumônier
des deux derniers Dauphins. A
Paris , chez P. J. Mariette ,rue S.Jacques,.
1731. 4. volumes in 12. premier vol.
pp. 519. 2. vol . pp. 464. 3. vol . pp. 454.
4. vol . pp. 506. sans compter un Mandement
de M. l'Evêque de Troyes pour
recommander la lecture de cet Ouvrage
aux Fideles de son Diocèse , de 62. pag .
et sans les Tables .
LES VEILLE' ES DE THESSALIE . Premiere et
seconde Veillées . Rue S. Jacques , chez J.
F. Josse 1731. 2. vol. in 12 ..
La lecture de cet Ouvrage , qui est trés
bien écrit , est fort amusante. Le Librai--
re en promet la suite .
Fermer
Résumé : Discours sur la Comedie, ou Traité, &c. [titre d'après la table]
Le texte 'Discours sur la Comédie' explore l'histoire des jeux de théâtre en France, en se concentrant sur les XIIIe au XVe siècles. Au XIIIe siècle, la France comptait de nombreux poètes, les Provençaux étant particulièrement estimés. La langue provençale, appelée langue romaine, était valorisée pour sa proximité avec le latin et était parlée dans la Gaule Narbonnaise, incluant Toulouse et Genève. Depuis le Xe siècle, le provençal était utilisé dans les cours européennes pour les pièces d'esprit, appelées romans ou romances. Avec le perfectionnement du français sous Philippe Auguste, le langage de Paris devint indifféremment appelé français ou romain. Plusieurs princes invitèrent des poètes provençaux à leurs cours, comme Alphonse, comte de Poitiers et frère de Saint Louis. Ces poètes, appelés troubadours ou trouvères, se déplaçaient en bandes pour réciter leurs œuvres et jouer de la musique. Ils étaient également connus sous le nom de ménétriers ou ministeriales et chantaient les louanges des princes et des héros. Au milieu du XIVe siècle, environ cent poètes provençaux distingués étaient répertoriés. Leur langue commença à décliner au milieu du XVe siècle, mais les Italiens, attirés par le séjour des papes à Avignon, devinrent des poètes en Provence. Certains d'entre eux commencèrent à monter sur des théâtres pour jouer des pièces de piété. À Paris, au début du XIVe siècle, des comédiens dévots jouèrent des pièces pieuses, comme la Passion du Christ, dans l'Hôtel de Bourgogne. Cependant, ces représentations furent interdites par le Parlement en 1541 en raison de leur mélange avec des farces et des comportements immoraux. Les comédiens pieux continuèrent leurs représentations jusqu'en 1545, date à laquelle le Parlement leur interdit de jouer des mystères sacrés, leur permettant seulement des mystères profanes. En 1551, sous Henri II, les poètes français commencèrent à écrire des tragédies et des comédies. Jodelle fut le premier à en faire représenter. Sous Henri III, des comédiens italiens furent invités à la cour, mais le Parlement les interdit en raison de leur réputation d'infamie. Malgré cela, le roi permit leur établissement à son retour de Poitiers. Les conciles de Bâle (1435), de Tolède (1565) et de Bordeaux (1215) condamnèrent les jeux de théâtre et les mascarades, notamment les fêtes des fous et des innocents, où des personnes se déguisaient en évêques ou en rois. Ces conciles ordonnèrent aux autorités ecclésiastiques de prohiber ces pratiques sous peine de sanctions. Le texte traite également des abus et des désordres liés aux représentations comiques et aux danses dans les lieux sacrés en France, ainsi que des mesures prises pour les interdire. En 1486, un concile de Sens condamna les danses et les représentations comiques dans les églises. Les statuts synodaux des diocèses de Beauvais (1554) et de Soissons (1561) interdirent les bouffons, histrions, et autres farceurs lors des premières messes des prêtres, ainsi que les danses et spectacles dans les églises et cimetières. Un synode de Paris en 1557 condamna les processions burlesques impliquant des prêtres, des femmes et des bouffons. Saint Charles Borromée obtint en 1580 que les pièces de théâtre soient examinées pour leur conformité à la morale chrétienne et interdites les vendredis et jours de fête. Le Parlement de Paris, sous l'influence du Cardinal de Richelieu, autorisa les comédies à condition qu'elles respectent la bienséance et n'incluent pas de paroles lascives ou à double sens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5243
p. 1755-1762
Journal Litteraire d'Italie, &c. [titre d'après la table]
Début :
GIORNALE DE LETTERATI D'ITALIA Tomo III. An. 1710, Analecta de [...]
Mots clefs :
Manière de bien penser, Journalistes, Querelle littéraire, Rome, Mouvements du soleil, Académie royale des sciences de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal Litteraire d'Italie, &c. [titre d'après la table]
GIORNALE DE LETTERATI D'ITALIA
Tomo III. An . 1710,
Analecta de calamitate Litteratorum :
PETRI ALBYNOII Medices Legatus , sive
de Exilio libri duo : accessere Jo. PIERIUS
VALERIANUS et CORNELIUS TOLLIUS de
infelicitate Litteratorum , ut et JOSEPHUST
E vj BAR1756
MERCURE DE FRANCE
BARBERIUS de miseria Poëtarum Gracorum
cum Præfatione Jo . BURCHARDII
MENKENII , et Indice copioso . Lipsia
1707. in 12. pag. 593 .
Les réflexions du Marquis Orsi sur le
Livre de la maniere de bien penser , du
P. Bouhours , ayant donné occasion à
plusieurs Ecrits de part et d'autre. Les
Journalistes font (a ) un Article particulier
de cette querelle Litteraire. Ils
rendent compte avec la même exactitude
de plusieurs autres disputes qui se sont
élevées , l'une ( b ) au sujet du Livre intitulé
Acta Passionis SS . Crescii et Sociorum
Martyrum ex mmss . Codd. Bibliotheca
Medicco- Laurentiane , Metropolitana
Ecclesia Florentina , et Sapientia Romane
, nunc primum edita , et à Jacobo Laderchio
, Congregationis Oratorii urbis Presbytero
, asserta et illustrata Florentie 1707.
Fautre ( è ) au sujet delle Vindicie del sig.
Abate Giusto Fontanini et la troisiéme (d)
à l'occasion du Livre de M. Muratori della
perfetto Poesia Italiana.
Istoria della Republica di Venezia , in
tempo della Sacra lega contra Maometto IV .
( a ) P. 77.
( b ) P. 1946
( c ) P. 287.
( A) P. 357.
JUILLET. 1757 1731 .
' e tre suoi successori , di PIETRO GARSONI
Senatore in Venezia 1705. in 4. grande
pag. 838 .
Gemme Antiche figurate , date in luce d'a
Dominico de Rossi , colle sposizioni di
PAOLO-ALESSANDRO MAFFEI Patrizco Volterrano
, &c. Parte terza in Roma 1708. in
4. reale. le gemme sono 102. e le pag
224.
GIORNALE DE LITTERALI D'ITALIA
Tomo IV. 1710.
Della Scienza chiamata Cavalleresca li
bri tre. in Roma 1710. in 4° . pag. sos . le
Marquis Scipion Maffei est l'Auteur de
cet Ouvrage.
Relazione della linea Meridiana Oriszontale
, et della Elissi Polare fabricata in Ro
ma l'anno 1702 ..
Pour tracer à Rome cette Meridiene
et prévenir les variations qu'a essuyé celle
de Boulogne , on a choisi l'Eglise des
Chartreux , qui fut anciennement la principale
Salle des Thermes deDiocletien , parce
que les murs en étant très- solides et
ayant depuis tant de siécles fait leur effet ,
on ne doit plus craindre qu'ils surbaissent
et quittent leur aplomb. Cette ligne horizontale
est de bronze , longue de 205.
Palmes Romains , et incrustée dans de
Far1758
MERCURE DE FRANCE
larges carreaux de Marbre , placez au niveau
, avec toutes les divisions necessaires
pour mésurer exactement les mouvemens
du Soleil , de la Lune et des Etoiles fixes .
Ce sont Mrs Bianchini et Maraldi , tous:
deux de l'Académie Royale des Sciences
de Paris , qui l'ont tracée avec toute la
justesse possible.
Opere di Monsig. GIOVANNI DELL A
CASA , con una copiosa Giunta di Scritture
non piu stampate , &c. in Firenze 1707;
in-4°.
Gymnasii Ticinensis Historia , et vindicie
à sæculo V. ad finem XV. et plura de ejusdem
urbis antiqua nobilitate . Authore ANTONIO
GATTO , in eodem Gymnasio Antecessore,.
&c. Mediolani 1704. in-8 ° . grande pag.
166.*
RELAZIONE e notizia dell' Accademia del
Disegno in Roma.
Cette Societé fut établie dès l'année
478. sous le nom de la Compagnie de
aint Luc. Mais en 1595. elle acquit le
titre et la forme d'Academie . Girolamo
Muziani de Bresse en fut le principal
Promoteur , et Federigo Zuccari le premier
President. On avoit coutume alors
de faire quelques fonctions sólemnelles etd'exciter
des jeunes Gens par des prix que
l'on proposoit , cela se fit particulierement
JUILLET 1731. 1759
ment en 1695. année seculaire de l'Académie.
Mais cette Cérémonie n'arrivoit
que rarement , et se faisoit inter privatos
parietes. Clement XI . considerant la
gloire et l'utilité qu'aportent les beaux
Arts , ordonna que ces Assemblées se
tinssent tous les ans dans une des Salles
du Capitole , et fonda et augmenta le
nombre des Prix , sçavoir trois pour la
Peinture , trois pour la Sculpture et trois
pour l'Architecture , ils consistent en des
Médaillons que ceux qui en sont juges dignes
reçoivent de la main des Cardinaux
qui se trouvent d'ordinaire en grand nombre
à ces Assemblées . Les Sujets sont tirez
de l'Histoire Romaine , et proposez
par les Officiers de l'Académie qui en sont
aussi les Juges.
Gemme antiche figurate , date in luce da
Domenico de' Rossi , colle Sposizioni de
PAOLO- ALESSANDRO MAFFEI , & c . parte:
quarta , in Roma 1709. in - 4 ° . reale. le
Gemme sono 100. e le pagg. delle note:
206.
On ne sçauroit trop estimer ce Recuëil
, dont voici la quatrième Partie ,
les explications du Comte Paul Alexandre
Maffei répondent parfaitement à de
si grands Sujets , et se fontlire avec a utant
de plaisir que d'utilité.
On.
160 MERCURE DE FRANCE
On apprend de Rome que la traduction:
des Comédies de Terence in versi Sciolti,
par M. Fortiguerra , est achevée , et que,
le Cardinal Albani s'est chargé de la faire
imprimer magnifiquement à Urbin , avec
le Texte Latin , tel qu'il se trouve dans le
célébre Manuscrit du Vatican. On fera
graver soigneusement les Figures en miniature
qui se trouvent dans ce Manuscrit,
et qui représentent les Habits et les Masques
dont se servoient les anciens Comiques
Latins.
De Verone , que Tummormanni , Libraire
, a sous presse , Theatro del Signor
Marchese Scipione Maffei ; cioe la Tragedia
, la Comedia e il Dramma non pin
Stampato. Agiunta la Spiegazione d'alcune
antichita pertinential Teatro..
On écrit aussi de Rome que l'Abbé
Georgi , Bibliotécaire du Cardinal Impe◄
riali , a donné au Public le premier Volume
du Rituel des Papes;c'est un in-4.dédié
à Sa Sainteté . Les Ministres du Saint
Office ont fait depuis peu une recherche
exacte dans les Synagogues des Juifs , ils
y ont enlevé cinq Ballots d'une nouvelle
édition du Talmud , faite en Allemagne ,
et remplie de plus de visions et d'extravagances
que les précedentes .
Од
JUILLET. 1731. 1761
On a imprimé à Madrid un Volume
in- Folio, sous le titre de Pictor Christianus
eruditus. Ce sont des Instructions pour
le Costume , dont la plupart des Peintres
ont grand besoin.
On a imprimé à Turin une Relation
sur tout ce qui s'est passé pendant ledernier
Pontificat entre la Cour de Rome et le
Roi de Sardaigne . On croit qu'il y aura
une Réponse de la part du S. Siege.
On mande de Naples que M. Simonetti
, Nonce du Pape , va toutes les Semaines
à Pouzol respirer l'air sulphureux
de cet endroit , que les Medecins croyent
salutaire pour ses maux de Poitrine.
On écrit de Londres qu'on y avoit
appris de Reading dans le Comté de
Berks , qu'on y voyoit actuellement un
enfant agé de cinq ans , fils d'un Paysan
, nommé Benjamin Loder , lequel a
cinq pieds de haut. Il est assez fort à cet
âge pour porter 260. livres pesant , pour
lever d'une main un poids de cent livres
et d'un doigt un poids de cinquante. On
doit amener cet enfant à Londres , pour
le faire voir à la Famille Royale.
Nous
1762 MERCURE DE FRANCE
1
Nous sommes priez d'annoncer au Public
qu'il y a une suite des Médailles Imperiales
d'argent à vendre de la Succession
de M. de Chezelles , Lieutenant général
de Police de Montluçon , décedé en 1730.
Cette suite est de plus de mille Médailles ,
d'une Antiquité indubitable, et d'une trèsgrande
conservation. Il y a à la tête des
Médailles Imperiales , environ soixante
Médailles Consulaires , aussi très- bien
conservées. Il y a encore six belles Urnes
antiques de Verre , d'une forme singuliere
et toutes differentes , avec une Statuë
d'Hercule en Bronze , pesant 17 livres.
On s'addressera à l'Abbaye Sainte Geneviéve
de Paris , au R. P. Prévôt, Bibliotécaire
, et au R. P. Dupineau , Antiquaire
de cette Maison.
Gabriel Martin , Libraire , distribue le
Catalogue de la Bibliotéque de feu M. Bonnet
, Curé de Saint Nicolas des Champs ,
dont la vente a été commencée le 23 .
uillet. Le même Libraire imprime le
Catalogue des Livres de feu M. Dodart
Premier Médecin du Roi , dont la vente
se fera incessamment en détail .
Tomo III. An . 1710,
Analecta de calamitate Litteratorum :
PETRI ALBYNOII Medices Legatus , sive
de Exilio libri duo : accessere Jo. PIERIUS
VALERIANUS et CORNELIUS TOLLIUS de
infelicitate Litteratorum , ut et JOSEPHUST
E vj BAR1756
MERCURE DE FRANCE
BARBERIUS de miseria Poëtarum Gracorum
cum Præfatione Jo . BURCHARDII
MENKENII , et Indice copioso . Lipsia
1707. in 12. pag. 593 .
Les réflexions du Marquis Orsi sur le
Livre de la maniere de bien penser , du
P. Bouhours , ayant donné occasion à
plusieurs Ecrits de part et d'autre. Les
Journalistes font (a ) un Article particulier
de cette querelle Litteraire. Ils
rendent compte avec la même exactitude
de plusieurs autres disputes qui se sont
élevées , l'une ( b ) au sujet du Livre intitulé
Acta Passionis SS . Crescii et Sociorum
Martyrum ex mmss . Codd. Bibliotheca
Medicco- Laurentiane , Metropolitana
Ecclesia Florentina , et Sapientia Romane
, nunc primum edita , et à Jacobo Laderchio
, Congregationis Oratorii urbis Presbytero
, asserta et illustrata Florentie 1707.
Fautre ( è ) au sujet delle Vindicie del sig.
Abate Giusto Fontanini et la troisiéme (d)
à l'occasion du Livre de M. Muratori della
perfetto Poesia Italiana.
Istoria della Republica di Venezia , in
tempo della Sacra lega contra Maometto IV .
( a ) P. 77.
( b ) P. 1946
( c ) P. 287.
( A) P. 357.
JUILLET. 1757 1731 .
' e tre suoi successori , di PIETRO GARSONI
Senatore in Venezia 1705. in 4. grande
pag. 838 .
Gemme Antiche figurate , date in luce d'a
Dominico de Rossi , colle sposizioni di
PAOLO-ALESSANDRO MAFFEI Patrizco Volterrano
, &c. Parte terza in Roma 1708. in
4. reale. le gemme sono 102. e le pag
224.
GIORNALE DE LITTERALI D'ITALIA
Tomo IV. 1710.
Della Scienza chiamata Cavalleresca li
bri tre. in Roma 1710. in 4° . pag. sos . le
Marquis Scipion Maffei est l'Auteur de
cet Ouvrage.
Relazione della linea Meridiana Oriszontale
, et della Elissi Polare fabricata in Ro
ma l'anno 1702 ..
Pour tracer à Rome cette Meridiene
et prévenir les variations qu'a essuyé celle
de Boulogne , on a choisi l'Eglise des
Chartreux , qui fut anciennement la principale
Salle des Thermes deDiocletien , parce
que les murs en étant très- solides et
ayant depuis tant de siécles fait leur effet ,
on ne doit plus craindre qu'ils surbaissent
et quittent leur aplomb. Cette ligne horizontale
est de bronze , longue de 205.
Palmes Romains , et incrustée dans de
Far1758
MERCURE DE FRANCE
larges carreaux de Marbre , placez au niveau
, avec toutes les divisions necessaires
pour mésurer exactement les mouvemens
du Soleil , de la Lune et des Etoiles fixes .
Ce sont Mrs Bianchini et Maraldi , tous:
deux de l'Académie Royale des Sciences
de Paris , qui l'ont tracée avec toute la
justesse possible.
Opere di Monsig. GIOVANNI DELL A
CASA , con una copiosa Giunta di Scritture
non piu stampate , &c. in Firenze 1707;
in-4°.
Gymnasii Ticinensis Historia , et vindicie
à sæculo V. ad finem XV. et plura de ejusdem
urbis antiqua nobilitate . Authore ANTONIO
GATTO , in eodem Gymnasio Antecessore,.
&c. Mediolani 1704. in-8 ° . grande pag.
166.*
RELAZIONE e notizia dell' Accademia del
Disegno in Roma.
Cette Societé fut établie dès l'année
478. sous le nom de la Compagnie de
aint Luc. Mais en 1595. elle acquit le
titre et la forme d'Academie . Girolamo
Muziani de Bresse en fut le principal
Promoteur , et Federigo Zuccari le premier
President. On avoit coutume alors
de faire quelques fonctions sólemnelles etd'exciter
des jeunes Gens par des prix que
l'on proposoit , cela se fit particulierement
JUILLET 1731. 1759
ment en 1695. année seculaire de l'Académie.
Mais cette Cérémonie n'arrivoit
que rarement , et se faisoit inter privatos
parietes. Clement XI . considerant la
gloire et l'utilité qu'aportent les beaux
Arts , ordonna que ces Assemblées se
tinssent tous les ans dans une des Salles
du Capitole , et fonda et augmenta le
nombre des Prix , sçavoir trois pour la
Peinture , trois pour la Sculpture et trois
pour l'Architecture , ils consistent en des
Médaillons que ceux qui en sont juges dignes
reçoivent de la main des Cardinaux
qui se trouvent d'ordinaire en grand nombre
à ces Assemblées . Les Sujets sont tirez
de l'Histoire Romaine , et proposez
par les Officiers de l'Académie qui en sont
aussi les Juges.
Gemme antiche figurate , date in luce da
Domenico de' Rossi , colle Sposizioni de
PAOLO- ALESSANDRO MAFFEI , & c . parte:
quarta , in Roma 1709. in - 4 ° . reale. le
Gemme sono 100. e le pagg. delle note:
206.
On ne sçauroit trop estimer ce Recuëil
, dont voici la quatrième Partie ,
les explications du Comte Paul Alexandre
Maffei répondent parfaitement à de
si grands Sujets , et se fontlire avec a utant
de plaisir que d'utilité.
On.
160 MERCURE DE FRANCE
On apprend de Rome que la traduction:
des Comédies de Terence in versi Sciolti,
par M. Fortiguerra , est achevée , et que,
le Cardinal Albani s'est chargé de la faire
imprimer magnifiquement à Urbin , avec
le Texte Latin , tel qu'il se trouve dans le
célébre Manuscrit du Vatican. On fera
graver soigneusement les Figures en miniature
qui se trouvent dans ce Manuscrit,
et qui représentent les Habits et les Masques
dont se servoient les anciens Comiques
Latins.
De Verone , que Tummormanni , Libraire
, a sous presse , Theatro del Signor
Marchese Scipione Maffei ; cioe la Tragedia
, la Comedia e il Dramma non pin
Stampato. Agiunta la Spiegazione d'alcune
antichita pertinential Teatro..
On écrit aussi de Rome que l'Abbé
Georgi , Bibliotécaire du Cardinal Impe◄
riali , a donné au Public le premier Volume
du Rituel des Papes;c'est un in-4.dédié
à Sa Sainteté . Les Ministres du Saint
Office ont fait depuis peu une recherche
exacte dans les Synagogues des Juifs , ils
y ont enlevé cinq Ballots d'une nouvelle
édition du Talmud , faite en Allemagne ,
et remplie de plus de visions et d'extravagances
que les précedentes .
Од
JUILLET. 1731. 1761
On a imprimé à Madrid un Volume
in- Folio, sous le titre de Pictor Christianus
eruditus. Ce sont des Instructions pour
le Costume , dont la plupart des Peintres
ont grand besoin.
On a imprimé à Turin une Relation
sur tout ce qui s'est passé pendant ledernier
Pontificat entre la Cour de Rome et le
Roi de Sardaigne . On croit qu'il y aura
une Réponse de la part du S. Siege.
On mande de Naples que M. Simonetti
, Nonce du Pape , va toutes les Semaines
à Pouzol respirer l'air sulphureux
de cet endroit , que les Medecins croyent
salutaire pour ses maux de Poitrine.
On écrit de Londres qu'on y avoit
appris de Reading dans le Comté de
Berks , qu'on y voyoit actuellement un
enfant agé de cinq ans , fils d'un Paysan
, nommé Benjamin Loder , lequel a
cinq pieds de haut. Il est assez fort à cet
âge pour porter 260. livres pesant , pour
lever d'une main un poids de cent livres
et d'un doigt un poids de cinquante. On
doit amener cet enfant à Londres , pour
le faire voir à la Famille Royale.
Nous
1762 MERCURE DE FRANCE
1
Nous sommes priez d'annoncer au Public
qu'il y a une suite des Médailles Imperiales
d'argent à vendre de la Succession
de M. de Chezelles , Lieutenant général
de Police de Montluçon , décedé en 1730.
Cette suite est de plus de mille Médailles ,
d'une Antiquité indubitable, et d'une trèsgrande
conservation. Il y a à la tête des
Médailles Imperiales , environ soixante
Médailles Consulaires , aussi très- bien
conservées. Il y a encore six belles Urnes
antiques de Verre , d'une forme singuliere
et toutes differentes , avec une Statuë
d'Hercule en Bronze , pesant 17 livres.
On s'addressera à l'Abbaye Sainte Geneviéve
de Paris , au R. P. Prévôt, Bibliotécaire
, et au R. P. Dupineau , Antiquaire
de cette Maison.
Gabriel Martin , Libraire , distribue le
Catalogue de la Bibliotéque de feu M. Bonnet
, Curé de Saint Nicolas des Champs ,
dont la vente a été commencée le 23 .
uillet. Le même Libraire imprime le
Catalogue des Livres de feu M. Dodart
Premier Médecin du Roi , dont la vente
se fera incessamment en détail .
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Résumé : Journal Litteraire d'Italie, &c. [titre d'après la table]
Le texte compile des publications et événements littéraires et scientifiques entre 1705 et 1762. Parmi les ouvrages notables, les 'Analecta de calamitate Litteratorum' analysent la condition des littérateurs, tandis que le Marquis Orsi critique le 'Livre de la maniere de bien penser' du Père Bouhours. Les journaux littéraires comme le 'GIORNALE DE LETTERATI D'ITALIA' et le 'MERCURE DE FRANCE' rapportent diverses disputes littéraires et scientifiques, notamment celles concernant les 'Acta Passionis SS. Crescii' et les 'Vindicie del sig. Abate Giusto Fontanini'. Des publications historiques et artistiques sont également mentionnées, telles que l''Istoria della Republica di Venezia' de Pietro Garsoni et les 'Gemme Antiche figurate' de Domenico de Rossi. Des travaux scientifiques, comme la 'Relazione della linea Meridiana Oriszontale' tracée par Bianchini et Maraldi, sont détaillés. Le texte évoque aussi des événements culturels variés, comme la traduction des comédies de Terence par Fortiguerra et la recherche dans les synagogues des Juifs par les Ministres du Saint Office.
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5244
p. 1763-1764
EXTRAIT d'un Lettre addressée à l'Auteur du Bureau Tipographique par un Principal de College de Province, le 12. Juillet 1731.
Début :
J'ai reçû, au reste, par M. le Chevalier de Bauffremont les Lettres que vous [...]
Mots clefs :
Enfants, Méthode, Observations grammaticales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Lettre addressée à l'Auteur du Bureau Tipographique par un Principal de College de Province, le 12. Juillet 1731.
EXTRAIT d'un Lettre addressée à l'Auteur
du Bureau Tipographique par un
Principal de College de Province , le 12.
Juillet 173 .
J
' Ai reçû , au reste , par M. le Chevalier
de Bauffremont les Lettres que vous
lui aviez remises pour moi. J'ai lû particuliérement
la sixième qui regarde le Rudiment
pratique ; et cette Lecture n'a fait
que me confirmer dans l'idée que j'en
avois déja , qui est qu'on ne pouvoit ima
giner une voye plus simple et plus proportionnée
aux Enfans pour leur appren
dre les Elemens de toutes sortes de Langues.
Je dis plus ; je soutiens que le fond
de votre Méthode qui ne consiste qu'à
commencer par les Operations les plus
simples et les plus débarassées de toutes ces
Observations Grammaticales qui ne font
que brouiller les Enfans ; je soutiens , dis- .
je , que cette Méthode toute seule dégagée
de tout l'attirail du Bureau Tipographique,
est la seule qui convienne aux Enfans.
et j'en fais moi- même ici l'expérience pour
un Neveu de six ans que j'ai auprès de
moi. Je suis même persuadé que les Maîtres
n'en emploiroient pas d'autre , s'ils
comprenoient bien eux-mêmes le Métier
qu'ils
1764 MERCURE DE FRANCE
qu'ils font , et les véritables principes sur
lesquels il est fondé. Mais la plupart n'agissent
que par routine , et se mettent peu
en peine des progrès de l'Enfant , pourvu
que leur honoraire coure toûjours . Je m'imagine
que si votre Méthode prend une
fois bien le dessus , on reviendra de tous
ces vieux préjugez qui n'ont servi jusqu'apresent
qu'à retarder les progrès des Enfans,
en tenant captive l'heureuse facilité
de quelques- uns , et en étouffant le peu
de disposision des autres. Je suis , &c .
du Bureau Tipographique par un
Principal de College de Province , le 12.
Juillet 173 .
J
' Ai reçû , au reste , par M. le Chevalier
de Bauffremont les Lettres que vous
lui aviez remises pour moi. J'ai lû particuliérement
la sixième qui regarde le Rudiment
pratique ; et cette Lecture n'a fait
que me confirmer dans l'idée que j'en
avois déja , qui est qu'on ne pouvoit ima
giner une voye plus simple et plus proportionnée
aux Enfans pour leur appren
dre les Elemens de toutes sortes de Langues.
Je dis plus ; je soutiens que le fond
de votre Méthode qui ne consiste qu'à
commencer par les Operations les plus
simples et les plus débarassées de toutes ces
Observations Grammaticales qui ne font
que brouiller les Enfans ; je soutiens , dis- .
je , que cette Méthode toute seule dégagée
de tout l'attirail du Bureau Tipographique,
est la seule qui convienne aux Enfans.
et j'en fais moi- même ici l'expérience pour
un Neveu de six ans que j'ai auprès de
moi. Je suis même persuadé que les Maîtres
n'en emploiroient pas d'autre , s'ils
comprenoient bien eux-mêmes le Métier
qu'ils
1764 MERCURE DE FRANCE
qu'ils font , et les véritables principes sur
lesquels il est fondé. Mais la plupart n'agissent
que par routine , et se mettent peu
en peine des progrès de l'Enfant , pourvu
que leur honoraire coure toûjours . Je m'imagine
que si votre Méthode prend une
fois bien le dessus , on reviendra de tous
ces vieux préjugez qui n'ont servi jusqu'apresent
qu'à retarder les progrès des Enfans,
en tenant captive l'heureuse facilité
de quelques- uns , et en étouffant le peu
de disposision des autres. Je suis , &c .
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Résumé : EXTRAIT d'un Lettre addressée à l'Auteur du Bureau Tipographique par un Principal de College de Province, le 12. Juillet 1731.
Le 12 juillet 173, un principal de collège de province écrit à un auteur pour discuter de la méthode d'enseignement des langues décrite dans la sixième lettre du 'Rudiment pratique', reçue via le Chevalier de Bauffremont. Le principal approuve cette méthode, qu'il juge la plus simple et adaptée pour les enfants. Elle commence par des opérations simples et évite les observations grammaticales complexes. Il applique cette méthode avec succès à son neveu de six ans. Le principal critique les maîtres qui agissent par routine et ne se soucient pas des progrès des enfants, tant qu'ils sont payés. Il espère que la méthode de l'auteur, si elle est bien comprise et adoptée, permettra de surmonter les préjugés anciens et d'améliorer les progrès des enfants.
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5245
p. 1764-1767
Académie des Jeux Floraux, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Jeux Floraux distribuëra la troisiéme jour du mois de May de l'année 1732. [...]
Mots clefs :
Académie des Jeux floraux, Amarante d'or, Violette d'argent, Églantine d'argent, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Académie des Jeux Floraux, [titre d'après la table]
L'Académie des Jeux Floraux distribuëra la
troisiéme jour du mois de May de l'année 1732 .
les
quatre Prix ou Fleurs qu'elle doit donner chaque
année.
Le premier de ees Prix est une Amaranthe d'or,
de la valeur de 400 liv. qui est destiné à une Ode.
Le second est une Violette d'Argent , de la vafeur
de 250 liv. qui est destiné à un Poëme de 60
Vers au moins , ou de cent Vers au plus. Le sujet
de ce genre de Poësie doit être héroïque .
Le troisième prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de 250 liv.qui est destinée à unePiéce
de Prose , d'un quart d'heure ou d'une petite
demie-heure de lecture , dont le sujet sera pour
l'année 173.2 .
LE SAGE PROFITE DE SES FAUTES.
Le quatriéme Prix est un Souci d'argent , de la
valeur de 200 liv. qui est destiné à une Elegie , à
une Eglogue , ou à une Idyle,
La
JUILLET. 1731. 1765
Le sujet de tous les Ouvrages de Poësie est au
choix des Auteurs ; les Poëmes , les Eglogues , les
Idyles et les Elegies doivent être en Vers Alexandrins
ou à rimes plates .
Les Ouvrages qui ne seront que des imitations,
ceux que l'on reconnoîtra avoit déjà paru,ou qui
traiteront des sujets donnez par d'autres Académies
, ceux qui auront quelque chose de burlesde
contraire aux que , de satirique , d'indécent oy
moeurs , n'entreronr point dans le concours pour
les Prix , non plus que les Ouvrages dont les Auteurs
se seront fait connoître , et pour lesquels ils
auront fait solliciter ou sollicité eux-mêmes. Les
Auteurs qui traiteront des matieres Théologiques
doivent accompagner leurs Ouvrages de l'Appro
bation de deux Docteurs en Théologie.
On doit remettre dans tous le mois de Janvier
de l'année 1732. à M. le Chevalier de Catellan
Secretaire perpetuel des Jeux Floraux , logé près
de la Place du Salin , à Toulouse , trois Copies
bien lisibles de chaque Ouvrage. Le mois de Janvier
expiré , il n'en recevra plus .
L'Académie a délibéré d'observer à la lettre
P'Article dixiéme de ses Statuts , à l'égard de la
- maniere en laquelle les Ouvrages que l'on présente
pour les Prix doivent être remis à M. le Se
cretaire perpetuel, Les Auteurs sont donc avertis
de s'adresser à une personne domiciliée àToulousé
, pour faire remettre leurs Ouvrages à M. le
Secretaire, lequel recevant les trois Copies de chaque
Ouvrage,, en écrira dans son Registre la Sen
tence , aussi- bien que le nom de celui qui le lui
aura remis , qui sera tenu d'en signer le Registre ;
après quoi M. le Secretaire lui délivrera le Recepissé
de l'Ouvrage en la forme accoûtumée .
Ceux qui auront remporté des Prix seront obligcz
1766 MERCURE DE FRANCE
gez de venir les recevoir eux-mêmes , s'ils sont à
Toulouse, l'après midi du troisiéme jour du mois
de May , dans l'Assemblée publique de la distribution
des Prix , au grand Consistoire de l'Hôtel
de Ville ; et s'ils sont hors de portée de venir les
recevoir , ils doivent envoyer une Procuration en
bonne forme , à une personne domiciliée à Toulouse
, qui en la remettant à M. le Secretaire,avec
le Recepissé de l'Ouvrage , recevra le Prix. Après
que les Auteurs se seront fait connoître , on leur
donnera des Attestations , portant qu'un tel , une
telle année , pour tel Ouvrage par lui composé ,
a remporté un tel Prix ; et l'Ouvrage en Original
y sera attaché sous le Contre- Scel des Jeux .
Les Auteurs ne peuvent remporter que trois fois
en leur vie les Prix destinez à chaque genre d'Ouvrage
, après quoi ils ne doivent plus entrer en
lice.
Celui qui aura remporté trois Prix , l'un desquels
sera l'Amaranthe , pourra obtenir des Lettres
de Maître des Jeux Floraux , et il sera toute
sa vie du Corps des Jeux , avec droit d'assister et
d'opiner comme Juge , avec le Chancelier , les
Mainteneurs et les autres Maîtres , aux Aseemblées
publiques et particulieres , qui regarderont
le jugement des Ouvrages présentez pour les Prix.
On avertit que les Recueils des Pieces d'Eloquence
et de Poësie , qui ont été présentées à
l'Academie des Jeux Floraux , pour la di tribution
des Prix de chique année , depuis 1710. fe
trouveront à Toulouse , chez le fieur Lecamus ,
Imprimeur du Roy et de l'Académie des Jeux
Floraux , rue de la Porteries chez le fieur
Huart l'aîné , Marchand Libraise à Paris , ruë
S. Jacques , proche la Fontaine S. Severin , et
cbez
JUILLET . 1731. 1767
ez le fieur Nicolas Lacourt l'aîné , Impri-
* ur du Roy , à Bordeaux , ruë S. James.
troisiéme jour du mois de May de l'année 1732 .
les
quatre Prix ou Fleurs qu'elle doit donner chaque
année.
Le premier de ees Prix est une Amaranthe d'or,
de la valeur de 400 liv. qui est destiné à une Ode.
Le second est une Violette d'Argent , de la vafeur
de 250 liv. qui est destiné à un Poëme de 60
Vers au moins , ou de cent Vers au plus. Le sujet
de ce genre de Poësie doit être héroïque .
Le troisième prix est une Eglantine d'argent
de la valeur de 250 liv.qui est destinée à unePiéce
de Prose , d'un quart d'heure ou d'une petite
demie-heure de lecture , dont le sujet sera pour
l'année 173.2 .
LE SAGE PROFITE DE SES FAUTES.
Le quatriéme Prix est un Souci d'argent , de la
valeur de 200 liv. qui est destiné à une Elegie , à
une Eglogue , ou à une Idyle,
La
JUILLET. 1731. 1765
Le sujet de tous les Ouvrages de Poësie est au
choix des Auteurs ; les Poëmes , les Eglogues , les
Idyles et les Elegies doivent être en Vers Alexandrins
ou à rimes plates .
Les Ouvrages qui ne seront que des imitations,
ceux que l'on reconnoîtra avoit déjà paru,ou qui
traiteront des sujets donnez par d'autres Académies
, ceux qui auront quelque chose de burlesde
contraire aux que , de satirique , d'indécent oy
moeurs , n'entreronr point dans le concours pour
les Prix , non plus que les Ouvrages dont les Auteurs
se seront fait connoître , et pour lesquels ils
auront fait solliciter ou sollicité eux-mêmes. Les
Auteurs qui traiteront des matieres Théologiques
doivent accompagner leurs Ouvrages de l'Appro
bation de deux Docteurs en Théologie.
On doit remettre dans tous le mois de Janvier
de l'année 1732. à M. le Chevalier de Catellan
Secretaire perpetuel des Jeux Floraux , logé près
de la Place du Salin , à Toulouse , trois Copies
bien lisibles de chaque Ouvrage. Le mois de Janvier
expiré , il n'en recevra plus .
L'Académie a délibéré d'observer à la lettre
P'Article dixiéme de ses Statuts , à l'égard de la
- maniere en laquelle les Ouvrages que l'on présente
pour les Prix doivent être remis à M. le Se
cretaire perpetuel, Les Auteurs sont donc avertis
de s'adresser à une personne domiciliée àToulousé
, pour faire remettre leurs Ouvrages à M. le
Secretaire, lequel recevant les trois Copies de chaque
Ouvrage,, en écrira dans son Registre la Sen
tence , aussi- bien que le nom de celui qui le lui
aura remis , qui sera tenu d'en signer le Registre ;
après quoi M. le Secretaire lui délivrera le Recepissé
de l'Ouvrage en la forme accoûtumée .
Ceux qui auront remporté des Prix seront obligcz
1766 MERCURE DE FRANCE
gez de venir les recevoir eux-mêmes , s'ils sont à
Toulouse, l'après midi du troisiéme jour du mois
de May , dans l'Assemblée publique de la distribution
des Prix , au grand Consistoire de l'Hôtel
de Ville ; et s'ils sont hors de portée de venir les
recevoir , ils doivent envoyer une Procuration en
bonne forme , à une personne domiciliée à Toulouse
, qui en la remettant à M. le Secretaire,avec
le Recepissé de l'Ouvrage , recevra le Prix. Après
que les Auteurs se seront fait connoître , on leur
donnera des Attestations , portant qu'un tel , une
telle année , pour tel Ouvrage par lui composé ,
a remporté un tel Prix ; et l'Ouvrage en Original
y sera attaché sous le Contre- Scel des Jeux .
Les Auteurs ne peuvent remporter que trois fois
en leur vie les Prix destinez à chaque genre d'Ouvrage
, après quoi ils ne doivent plus entrer en
lice.
Celui qui aura remporté trois Prix , l'un desquels
sera l'Amaranthe , pourra obtenir des Lettres
de Maître des Jeux Floraux , et il sera toute
sa vie du Corps des Jeux , avec droit d'assister et
d'opiner comme Juge , avec le Chancelier , les
Mainteneurs et les autres Maîtres , aux Aseemblées
publiques et particulieres , qui regarderont
le jugement des Ouvrages présentez pour les Prix.
On avertit que les Recueils des Pieces d'Eloquence
et de Poësie , qui ont été présentées à
l'Academie des Jeux Floraux , pour la di tribution
des Prix de chique année , depuis 1710. fe
trouveront à Toulouse , chez le fieur Lecamus ,
Imprimeur du Roy et de l'Académie des Jeux
Floraux , rue de la Porteries chez le fieur
Huart l'aîné , Marchand Libraise à Paris , ruë
S. Jacques , proche la Fontaine S. Severin , et
cbez
JUILLET . 1731. 1767
ez le fieur Nicolas Lacourt l'aîné , Impri-
* ur du Roy , à Bordeaux , ruë S. James.
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Résumé : Académie des Jeux Floraux, [titre d'après la table]
L'Académie des Jeux Floraux a annoncé la distribution de ses quatre prix annuels le 3 mai 1732. Les prix attribués sont les suivants : une Amaranthe d'or de 400 livres pour une ode, une Violette d'argent de 250 livres pour un poème héroïque de 60 à 100 vers, une Églantine d'argent de 250 livres pour une pièce de prose sur le sujet 'Le Sage profite de ses fautes', et un Souci d'argent de 200 livres pour une élégie, une églogue ou une idylle. Les sujets des œuvres poétiques sont laissés au choix des auteurs. Les participants doivent soumettre trois copies de leurs œuvres avant la fin du mois de janvier 1732 à M. le Chevalier de Catellan, secrétaire perpétuel des Jeux Floraux. Les œuvres doivent être remises par une personne domiciliée à Toulouse. Les lauréats doivent venir recevoir leurs prix en personne ou envoyer une procuration. Les auteurs ne peuvent remporter qu'un maximum de trois fois chaque prix au cours de leur vie. Les recueils des pièces présentées depuis 1710 sont disponibles chez plusieurs imprimeurs à Toulouse, Paris et Bordeaux.
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5246
p. 1769-1777
Mort de M. de la Faye, [titre d'après la table]
Mots clefs :
Beaux-arts, Étrangers, Mousquetaire, Ratification de traités, Négociations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de la Faye, [titre d'après la table]
Les beaux Arts viennent de faire une
grande perte en la perfone de Jean - François
Leriget de la Faye, Chevalier , Seigneur
de Condé &c. Secretaire du Cabinet du
Roy , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, mort à Paris le 11 Juillet , après
fix jours de maladie , dans la 57 ° année
de fon âge , extrêmement regretté par fes
amis,dont le nombre fait honneur à la mémoire
, par les gens de la plus haute distinction
, par les Etrangers et par le Peuple.
Il avoit été Moufquetaire , Lieutenant
dans le Régiment du Roy,Capitaine d'In-
G fanteric
1770 MERCURE DE FRANCE
fanterie dans le Régiment de Laffé , &
Gentilhomme, ordinaire chez le Roy.S.M.
l'avoit nommé fon Envoyé Extraordinaire
auprès de la République de Génes ; il
ayoit été auffi Sécretaire des Commande
mens de S. A. S. M. le Duc de Bourbon ,
qui l'a toujours honoré de ſon eſtime & de
fa confiance , Secretaire de la Maifon du
Roy & Secretaire de la Province de Bourgogne
. Il fe démit de ce dernier Secretariat
dans une circonftance qui lui fit honneur.
En 1713.il étoit au Congrès d'Utrecht,
chargé de diverfes commiffions. Ce fut lui
qui rapporta la ratification des Traitez au
Roy Louis XIV. Il paffa enfuite en Angleterre
, où il fut feul pendant fix mois
chargé des affaires de France, auprès de la
Reine Anne , de laquelle il eut plufieurs
Audiences particulieres. Il fut generalement
aimé & eftimé dans cette Cour. Et
en effet le caractere doux , fouple & infinuant
de M. de la Faye , étoit très- propre
aux Négociations.Jamais homme n'a paru
fi naturel , fi ouvert , ni avoir moins de
réſerve , & n'a mieux fçû en même tems
l'art de s'arrêter où il falloit , fans rien
emettre de tout ce que la dexterité fine &
déliée de la politique peut employer. Le
Roy lui avoit accordé une penfion de trois
mille livres pour les fervices,
En
JUILLET. 1731. 1771
En 1727. il fit le voyage d'Allemagne
par ordre du Duc de Bourbon , à qui il
étoit attaché depuis long- tems . Ce fut à
fon retour que ce Prince conclut fon mariage
avec la Princefle de Heffe- Rhinfelds,
que M. de la Faye avoit vûë à Rhombourg
en Bohéme .
Le 18. Aouft 17 : 9 . il préfenta ces Vers
à Madame la Ducheffe , pour celebrer fa
naiffance.
Allez , mes Vers , allez à la Princesse ,
Rendre mon hommage en ce jour :
Elle a d'Hébé la grace & la jeunesse ,
Minerve l'éclaira des dous de sa sagesse ,
Sa beauté ravit tout , & Paris & la Cour.
L'aimable douceur qu'elle allie
Aux devoirs , à la Dignité ,
Vous peut faire accueillir ; tout essent sa bonté,
Bien que , fans Apollon , la chanter foit folie ,
Dites , pour excuser votre témérité ,
Que si vous savez mal celebrer la beauté ,
Je me connois du moins en Princesse accomplie.
M. de la Faye joüissoit d'une assez bonne
santé , quoique d'une complexion délicate
; sobre , presqu'insensible au plaisir
de la Table. Il étoit d'une taille médiocre,
mais bien prise; le visage ouvert, le regard
Gij spiri1772
MERCURE DE FRANCE
\
spirituel et fin , accompagné d'un souris
agréable , l'air aisé , prévenant , vif et empressé.
On lui avoit fait l'Opération de
I'Empiéme il y a près de 7 ans. Il n'avoit
point été marié , et ne laisse qu'une soeur ,
veuve du Marquis de Vesc , qui n'a point
d'enfans , et un neveu âgé de 19 ans , fils de
son frere aîné , mort Capitaine au Regiment
des Gardes Françoises. Le Roy vient
de lui accorder la Charge de Secretaire
du Cabinet.
M. de la Faye avoit beaucoup d'amour
et de goût pour les Arts , et il en étoit
l'Amateur et le Bienfaicteur. Il n'épargnoit
rien pour leur avancement et pour
en posseder les belles productions. Le prix
ne le rebutoit point quand il trouvoit
dans un Ouvrage le vrai , le beau et sur
tout le gracieux. La distinction de temps,
de païs , de grande ou foible réputation
d'un nom , ne faisoit aucune impression
sur lui ; en sorte qu'avec un choix exquis
et sans prévention pour les grands Maitres
d'Italie , il avoit fait une collection
considérable d'excellens Tableaux, la plupart
de moyenne grandeur , Flamands ,
François , &c. anciens et modernes ; en´
Estampes , Pierres gravées en creux et en
relief , bronze , figures et bas relief de
Marbre , Porcelaine ; ouvrage de la Chine
-
et
JUILLET. 1731 1773
•
et du Japon , &c . et on peut dire que ja→
mais aucun Cabinet n'a été si ouvert , ni
d'un accès si facile aux Curieux et aux
Gens de l'Art.
1
Nous ne disons rien des ornemens , de
la symetrie et de l'arrangement de ce Cabinet,
où l'art et le goût se faisoient admirer,
non plus que de sonCabinet de Livres ,
presque tous de Poësie et belles Lettres
précieux par le choix et d'une grande pro
preté.
A son goût pour la Peinture, etc. M.de
la Faye joignoit celui de la Poësie et de la
Musique ; il avoit l'oreille délicate , il expliquoit
fort bien les differentes sortes
d'harmonies, et les divers goûts de chants,
tant de France que d'Italie . Son talent favori
et son amour ardent pour les Vers a
assez paru dans les petits Poëmes que nous
avons de lui , qu'il récitoit si agréablement
et sans trop se faire prier, mais toutefois
sans se jetter , pour ainsi dire , à læ
tête car il étoit toujours le dernier à croire
qu'il eût fait quelque chose de bon . Il avoit
si peu d'amour propre qu'il recevoit avec
plaisir les corrections ; il en adoptoit même
trop légèrement.
M. de la Faye n'étoit pas sçavant profond
, aussi ne s'en piquoit- il nullement,
mais avec un esprit juste , beaucoup de
Giij saga
1774 MERCURE DE FRANCE
sagacité et une excellente mémoire ; il
avoit si bien sçû mettre à profit ses lcctures
et ses liaisons intimes avec les plus
beaux esprits de notre temps , qu'il avoit
acquis une connoissance telle, qu'aucunes
matieres, sur tout de Belles - Lettres, ne lui
étoient étrangeres.
Il avoit voyagé en Italie et dans les principales
Cours de l'Europe ; il s'y étoit acquis
l'estime et l'amitié de quantité de personnes
de considération dont il parloit les
Langues fort correctement et avec une extrême
facilité . Sa Maison étoit ouverte et
tres fréquentée par les Etrangers qui voyagent
en France , et qui ne le quittoient ja
mais sans marquer un déplaisir égal, à l'empressement
qu'ils avoient eu de le voir.
Son extrême affabilité , sa modestie et sa
simplicité rendoient son commerce tresaimable;
il sembloit apporter dans les conversations
, dans les disputes - même, quelque
chose de doux , qui concilioit , et qui
en donnant du mouvement à l'esprit , y
mettoit beaucoup d'agrément; ce qui faisoit
trouver dans ceux qui l'écoutoient des
ressources d'esprit qu'ils n'auroient peutêtre
pas euës sans ce secours . D'ailleurs ,
amusant délicat agréable ; plaisant
dans ces récits , et jamais aux dépens
de personne
, même dans les occa
> >
sions
JUILLET. 1731. 1775
sions où il est quelquefois permis de se
donner un peu de liberté . Dans sa jeunes
se, un peu volage ; mais toujours ami solide
, constant et genereux ; sensible aux
malheurs des affligez , et secourable aux
nécessiteux,
Jamais homme ne fut plus ennemi da
faste et des airs guindez et importans. Il
les méprisoit souverainement dans les autres
, mais il les supportoit patiamment,
sans dire ou témoigner rien de désobligeant
; car le fond de son caractere étoit
d'être continuellement appliqué à détourner
ce qui pouvoit faire de la peine à quelqu'un
, ou à prévenir ce qui pouvoit lui
faire plaisir.
Il s'énonçoit naturellement et toujours
en bons termes , et il avoit l'art de glisser
à propos dans la conversation , selon le
caractere des personnes , des matieres con.
venables et toujours variées par quelque
chose d'ingénieux , de piquant et de guai.
Il n'est pas surprenant qu'avec ces qualitez
, une humeur égale , et un esprit enjoüé
, M. de la Faye fût souhaité dans le
commerce du monde ; aussi l'aimoit-il
beaucoup. Il sembloit être né plus préci
sément que les autres hommes pour la
société , et je ne sçai si on ne pourroit pas
le regarder comme un modele à cet égard.
Gilij Au
1776 MERCURE DE FRANCE
Au reste , il ne parloit jamais de lui que
pour faire sentir qu'il se plaçoit toujours
au dessous des autres , et presque toujours
à la derniere place , lors même que personne
n'auroit pû lui disputer la premiere.
Il ne connoissoit presque point d'inferieur
, pas même dans son Domestique.
Nos sensibles regrets , fondez sur quelques
liaisons d'amitié , ont peut être donné
trop d'étendue à cet article ; nous le terminerons
par ce trait remarquable de feu
M. l'Abbé de la Grange-Trianer , Chanoine
de N. D. l'homme peut- être le plus
poli de notre siecle , et l'esprit le plus fin
et le plus délié : il disoit que si pour donner
une idée juste et avantageuse du caractere
gracieux et poli des François , il
falloit choisir parmi nous un homme propre
à voyager dans les Païs Etrangers; le
choix devoit tomber sur M. de la Faye.
Il n'est donc plus cet homme aimable
Qui sçavoit allier un génie agréable ,
Aux plus pures clartez de la droite raison !
Cet ami tendre et sécourable ,
Ce Poëte comblé des faveurs d'Apollon !
Grands Dieux ! la Parque inéxorable
A déployé sur luy, ses funestes rigueurs ;
Et vous l'avez permis ! mais la douleur m'a ccable
.
Non
JUILLET. 173T. 1777
Non , non , le Ciel est équitable
La Faye vit encore ; il vit dans tous les coeurs.
Amoris triste Monumentum.
Par l'Abbé de Neuville.
Voici d'autres Vers d'un excellent
Poëte , qui nous sont tombés entre les:
mains, et qui caracterisent bien celui qui
donne lieu à cet Article .
Je vois le cas dont j'étois desireux ;
Malgré l'envie et sa triste rancune ,
Je vois enfin le vrai merite heureux ,
Et ne manquant de recompense aucune ::
La Faye a joye , amis , santé , pecune.
Or désormais gens à plume ou pinceau ,
Avisez-y , quand peindrez la Fortune :
Elle y voit clair , peignez - là sans bandeau..
grande perte en la perfone de Jean - François
Leriget de la Faye, Chevalier , Seigneur
de Condé &c. Secretaire du Cabinet du
Roy , l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe, mort à Paris le 11 Juillet , après
fix jours de maladie , dans la 57 ° année
de fon âge , extrêmement regretté par fes
amis,dont le nombre fait honneur à la mémoire
, par les gens de la plus haute distinction
, par les Etrangers et par le Peuple.
Il avoit été Moufquetaire , Lieutenant
dans le Régiment du Roy,Capitaine d'In-
G fanteric
1770 MERCURE DE FRANCE
fanterie dans le Régiment de Laffé , &
Gentilhomme, ordinaire chez le Roy.S.M.
l'avoit nommé fon Envoyé Extraordinaire
auprès de la République de Génes ; il
ayoit été auffi Sécretaire des Commande
mens de S. A. S. M. le Duc de Bourbon ,
qui l'a toujours honoré de ſon eſtime & de
fa confiance , Secretaire de la Maifon du
Roy & Secretaire de la Province de Bourgogne
. Il fe démit de ce dernier Secretariat
dans une circonftance qui lui fit honneur.
En 1713.il étoit au Congrès d'Utrecht,
chargé de diverfes commiffions. Ce fut lui
qui rapporta la ratification des Traitez au
Roy Louis XIV. Il paffa enfuite en Angleterre
, où il fut feul pendant fix mois
chargé des affaires de France, auprès de la
Reine Anne , de laquelle il eut plufieurs
Audiences particulieres. Il fut generalement
aimé & eftimé dans cette Cour. Et
en effet le caractere doux , fouple & infinuant
de M. de la Faye , étoit très- propre
aux Négociations.Jamais homme n'a paru
fi naturel , fi ouvert , ni avoir moins de
réſerve , & n'a mieux fçû en même tems
l'art de s'arrêter où il falloit , fans rien
emettre de tout ce que la dexterité fine &
déliée de la politique peut employer. Le
Roy lui avoit accordé une penfion de trois
mille livres pour les fervices,
En
JUILLET. 1731. 1771
En 1727. il fit le voyage d'Allemagne
par ordre du Duc de Bourbon , à qui il
étoit attaché depuis long- tems . Ce fut à
fon retour que ce Prince conclut fon mariage
avec la Princefle de Heffe- Rhinfelds,
que M. de la Faye avoit vûë à Rhombourg
en Bohéme .
Le 18. Aouft 17 : 9 . il préfenta ces Vers
à Madame la Ducheffe , pour celebrer fa
naiffance.
Allez , mes Vers , allez à la Princesse ,
Rendre mon hommage en ce jour :
Elle a d'Hébé la grace & la jeunesse ,
Minerve l'éclaira des dous de sa sagesse ,
Sa beauté ravit tout , & Paris & la Cour.
L'aimable douceur qu'elle allie
Aux devoirs , à la Dignité ,
Vous peut faire accueillir ; tout essent sa bonté,
Bien que , fans Apollon , la chanter foit folie ,
Dites , pour excuser votre témérité ,
Que si vous savez mal celebrer la beauté ,
Je me connois du moins en Princesse accomplie.
M. de la Faye joüissoit d'une assez bonne
santé , quoique d'une complexion délicate
; sobre , presqu'insensible au plaisir
de la Table. Il étoit d'une taille médiocre,
mais bien prise; le visage ouvert, le regard
Gij spiri1772
MERCURE DE FRANCE
\
spirituel et fin , accompagné d'un souris
agréable , l'air aisé , prévenant , vif et empressé.
On lui avoit fait l'Opération de
I'Empiéme il y a près de 7 ans. Il n'avoit
point été marié , et ne laisse qu'une soeur ,
veuve du Marquis de Vesc , qui n'a point
d'enfans , et un neveu âgé de 19 ans , fils de
son frere aîné , mort Capitaine au Regiment
des Gardes Françoises. Le Roy vient
de lui accorder la Charge de Secretaire
du Cabinet.
M. de la Faye avoit beaucoup d'amour
et de goût pour les Arts , et il en étoit
l'Amateur et le Bienfaicteur. Il n'épargnoit
rien pour leur avancement et pour
en posseder les belles productions. Le prix
ne le rebutoit point quand il trouvoit
dans un Ouvrage le vrai , le beau et sur
tout le gracieux. La distinction de temps,
de païs , de grande ou foible réputation
d'un nom , ne faisoit aucune impression
sur lui ; en sorte qu'avec un choix exquis
et sans prévention pour les grands Maitres
d'Italie , il avoit fait une collection
considérable d'excellens Tableaux, la plupart
de moyenne grandeur , Flamands ,
François , &c. anciens et modernes ; en´
Estampes , Pierres gravées en creux et en
relief , bronze , figures et bas relief de
Marbre , Porcelaine ; ouvrage de la Chine
-
et
JUILLET. 1731 1773
•
et du Japon , &c . et on peut dire que ja→
mais aucun Cabinet n'a été si ouvert , ni
d'un accès si facile aux Curieux et aux
Gens de l'Art.
1
Nous ne disons rien des ornemens , de
la symetrie et de l'arrangement de ce Cabinet,
où l'art et le goût se faisoient admirer,
non plus que de sonCabinet de Livres ,
presque tous de Poësie et belles Lettres
précieux par le choix et d'une grande pro
preté.
A son goût pour la Peinture, etc. M.de
la Faye joignoit celui de la Poësie et de la
Musique ; il avoit l'oreille délicate , il expliquoit
fort bien les differentes sortes
d'harmonies, et les divers goûts de chants,
tant de France que d'Italie . Son talent favori
et son amour ardent pour les Vers a
assez paru dans les petits Poëmes que nous
avons de lui , qu'il récitoit si agréablement
et sans trop se faire prier, mais toutefois
sans se jetter , pour ainsi dire , à læ
tête car il étoit toujours le dernier à croire
qu'il eût fait quelque chose de bon . Il avoit
si peu d'amour propre qu'il recevoit avec
plaisir les corrections ; il en adoptoit même
trop légèrement.
M. de la Faye n'étoit pas sçavant profond
, aussi ne s'en piquoit- il nullement,
mais avec un esprit juste , beaucoup de
Giij saga
1774 MERCURE DE FRANCE
sagacité et une excellente mémoire ; il
avoit si bien sçû mettre à profit ses lcctures
et ses liaisons intimes avec les plus
beaux esprits de notre temps , qu'il avoit
acquis une connoissance telle, qu'aucunes
matieres, sur tout de Belles - Lettres, ne lui
étoient étrangeres.
Il avoit voyagé en Italie et dans les principales
Cours de l'Europe ; il s'y étoit acquis
l'estime et l'amitié de quantité de personnes
de considération dont il parloit les
Langues fort correctement et avec une extrême
facilité . Sa Maison étoit ouverte et
tres fréquentée par les Etrangers qui voyagent
en France , et qui ne le quittoient ja
mais sans marquer un déplaisir égal, à l'empressement
qu'ils avoient eu de le voir.
Son extrême affabilité , sa modestie et sa
simplicité rendoient son commerce tresaimable;
il sembloit apporter dans les conversations
, dans les disputes - même, quelque
chose de doux , qui concilioit , et qui
en donnant du mouvement à l'esprit , y
mettoit beaucoup d'agrément; ce qui faisoit
trouver dans ceux qui l'écoutoient des
ressources d'esprit qu'ils n'auroient peutêtre
pas euës sans ce secours . D'ailleurs ,
amusant délicat agréable ; plaisant
dans ces récits , et jamais aux dépens
de personne
, même dans les occa
> >
sions
JUILLET. 1731. 1775
sions où il est quelquefois permis de se
donner un peu de liberté . Dans sa jeunes
se, un peu volage ; mais toujours ami solide
, constant et genereux ; sensible aux
malheurs des affligez , et secourable aux
nécessiteux,
Jamais homme ne fut plus ennemi da
faste et des airs guindez et importans. Il
les méprisoit souverainement dans les autres
, mais il les supportoit patiamment,
sans dire ou témoigner rien de désobligeant
; car le fond de son caractere étoit
d'être continuellement appliqué à détourner
ce qui pouvoit faire de la peine à quelqu'un
, ou à prévenir ce qui pouvoit lui
faire plaisir.
Il s'énonçoit naturellement et toujours
en bons termes , et il avoit l'art de glisser
à propos dans la conversation , selon le
caractere des personnes , des matieres con.
venables et toujours variées par quelque
chose d'ingénieux , de piquant et de guai.
Il n'est pas surprenant qu'avec ces qualitez
, une humeur égale , et un esprit enjoüé
, M. de la Faye fût souhaité dans le
commerce du monde ; aussi l'aimoit-il
beaucoup. Il sembloit être né plus préci
sément que les autres hommes pour la
société , et je ne sçai si on ne pourroit pas
le regarder comme un modele à cet égard.
Gilij Au
1776 MERCURE DE FRANCE
Au reste , il ne parloit jamais de lui que
pour faire sentir qu'il se plaçoit toujours
au dessous des autres , et presque toujours
à la derniere place , lors même que personne
n'auroit pû lui disputer la premiere.
Il ne connoissoit presque point d'inferieur
, pas même dans son Domestique.
Nos sensibles regrets , fondez sur quelques
liaisons d'amitié , ont peut être donné
trop d'étendue à cet article ; nous le terminerons
par ce trait remarquable de feu
M. l'Abbé de la Grange-Trianer , Chanoine
de N. D. l'homme peut- être le plus
poli de notre siecle , et l'esprit le plus fin
et le plus délié : il disoit que si pour donner
une idée juste et avantageuse du caractere
gracieux et poli des François , il
falloit choisir parmi nous un homme propre
à voyager dans les Païs Etrangers; le
choix devoit tomber sur M. de la Faye.
Il n'est donc plus cet homme aimable
Qui sçavoit allier un génie agréable ,
Aux plus pures clartez de la droite raison !
Cet ami tendre et sécourable ,
Ce Poëte comblé des faveurs d'Apollon !
Grands Dieux ! la Parque inéxorable
A déployé sur luy, ses funestes rigueurs ;
Et vous l'avez permis ! mais la douleur m'a ccable
.
Non
JUILLET. 173T. 1777
Non , non , le Ciel est équitable
La Faye vit encore ; il vit dans tous les coeurs.
Amoris triste Monumentum.
Par l'Abbé de Neuville.
Voici d'autres Vers d'un excellent
Poëte , qui nous sont tombés entre les:
mains, et qui caracterisent bien celui qui
donne lieu à cet Article .
Je vois le cas dont j'étois desireux ;
Malgré l'envie et sa triste rancune ,
Je vois enfin le vrai merite heureux ,
Et ne manquant de recompense aucune ::
La Faye a joye , amis , santé , pecune.
Or désormais gens à plume ou pinceau ,
Avisez-y , quand peindrez la Fortune :
Elle y voit clair , peignez - là sans bandeau..
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Résumé : Mort de M. de la Faye, [titre d'après la table]
Jean-François Leriget de la Faye, Chevalier et Seigneur de Condé, est décédé à Paris le 11 juillet à l'âge de 57 ans après six jours de maladie. Secrétaire du Cabinet du Roi et membre des Quarante de l'Académie Française, il était très regretté par ses amis, les personnes de haute distinction, les étrangers et le peuple. De la Faye a occupé divers postes militaires et diplomatiques, notamment celui d'Envoyé Extraordinaire auprès de la République de Gênes et de Secrétaire des Commandements du Duc de Bourbon. En 1713, il a participé au Congrès d'Utrecht et a rapporté la ratification des traités au Roi Louis XIV. Il a également été chargé des affaires de France en Angleterre auprès de la Reine Anne. En 1727, il a effectué un voyage en Allemagne pour le Duc de Bourbon. De la Faye était connu pour son caractère doux, souple et insinuant, idéal pour les négociations. Il a reçu une pension de trois mille livres pour ses services. Il était amateur et bienfaiteur des arts, possédant une collection considérable de tableaux, estampes, pierres gravées, bronzes et porcelaines. Il avait un goût prononcé pour la poésie et la musique, et était apprécié pour son esprit juste et sa mémoire excellente. De la Faye était également connu pour son affabilité, sa modestie et sa simplicité, rendant son commerce très aimable. Il était ennemi du faste et des airs importants, préférant toujours se placer en dessous des autres. Son décès a été profondément regretté, et il est décrit comme un modèle de sociabilité et de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5247
p. 1777-1781
Tableaux et Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Quantité de personnes vont voir aux Gobelins, chez M. Charles Parossel, Peintre de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture, Cavalcade, Ambassadeur du grand seigneur, Palais des Tuileries, Estampes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableaux et Estampes, [titre d'après la table]
Quantité de personnes vont voir aux Gol
lins , chez M. Charles Parossel , Peintre de l'Académie
Royale de Peinture , un Tableau de sa
composition , de 22. pieds de large sur 12: de
hauteur , entierement rempli d'ouvrage et qui
fait un effet admirable . Il représente la Cavalcade
et l'arrivée au Palais des Thuilleries de
Mehemet- Effendi , Ambassadeur du Grand Sei--
gneur , arrivant au Palais des Thuilleries pour
avoir son Audience du Roy. C'est une des pluss
belles Ordonnances et des plus nombreuses qu'on
G puisse
17778 MERCURE
DE FRANCE
puisse mettre daus un Tableau. Les Figures sur
la premiere ligne sont à peu prés grandes comme
demi nature , et paroissent beaucoup plus grandes
par la force du Coloris , la distribution des
groupes , la justesse du dessein , la distribution
du jour et des ombres , tout paroît animé ; les
Chevaux surtout sont d'une force et d'une position
admirable . On voit dans la seconde ligne
du Tableau les Gardes Françoises et Suisses , les
Officiers à la tête , et sur la troisiéme ligne une
foule de Spectateurs dont les differens caracteres
font un extrême plaisir. Ce magnifique Tableau
qu'on va mettre en Tapisserie pour le Roy , fait
beaucoup d'honneur au talent de M. Parossel.
Ces deux Tableaux doivent être suivis de deux
autres du même Auteur, dont on voit les esquis
ses qui réprésenteront la Marche à pied de
l'Ambassadeur et de sa suite , dans leJardin des
Thuilleries , et son départ aprés l'Audience.
Il paroit depuis peu deux trés-belles Estampes
en hauteur , de même grandeur , excellement
gravées par M, Louis Desplaces , d'aprés deux
beaux Tableaux du Cabinet du Duc de Mortemart
, peints Par M. Parossel , réprésentant.
deux Chasses du Lion et du Tigre..
On croit devoir avertir les Curieux , que
dans le nombre de Tableaux choisis , trouvés
dans la succession de M. Perrault , Grand
Maitre des Eaux et Forests, du département de
Bourgogne , que ses heritiers doivent vendre ,
il y en a deux de distinction.
›
Le premier est original du célebre Annibal
Carache , de cinq pieds neuf pouces de hauteur
sur douze pieds et demi de longueur. Ce Tableau
est terminé en demi ceintre les figures
"
sont
JUILLET. 1731. 1779
sont plus grandes que le naturel . On y voit la
Sainte Vierge au milieu ,
assise dans une espece
de Thrône , élevé sur des marches ; elle tient
l'Enfant Jesus debout qui se tourne vers S. Charles
Borromée , lequel est à genoux à sa droite , revêtu
de sa cappe rouge. Ce Saint Cardinal a les
mains jointes dans une attitude qui exprime parfai
tement son humilité et sa ferveur. Il paroit derriere
un jeune Clerc ou porte-Croix qui n'est
presque qu'en buste , et qui semble regarder les
Spectateurs. On prétend que le Peintre s'est peint
lui-même dans cette figure , dans laquelle la
distraction et la vivacité , si propre à la jeunesse
, est aussi parfaitement exprimée , que la
ferveur et la pieté dans celle de S. Charles.
On voit deux autres Figures à la gauche de
la Sainte Vierge , S. Joseph et S. François d'Assise
. On lit sur la seconde marche du Thrône
ces paroles. Gio Mariâ rial , feçë fare.
Ce fameux Tableau qui est peint à quelque
égard dans le goût du Titien et d'une excellen
te beauté , se conserve chez les heritiers de feu
M. Perrault à Châlons sur Saône.
L'autre Tableau est original d'Albert Dure',
peint sur bois , représentant les sept Sacremens
de six pieds trois pouces de hauteur sur trois pieds.
un pouce de largeur . C'est l'interieur d'une Égli→
se,"d'une noble et superbe Architecture ; au milieu
de laquelle est placé un grand. Crucifix.
On voit au pié de la Croix la Sainte Vierge de
hout accablée de douleur , soutenuë par S. Jean
er les deux Maries. On voit un Autel principal
où un Prêtre célebre la Messe , de même qu'à
d'autres Autels , placés dans des Chapelles , et
plusieurs autres figures .
Deux autres Tableaux , de trois pieds neuf
pouces
1780 MERCURE DE FRANCE
pouces de hauteur sur 23. pouces. de largeur chacun
, pour être placés à côté de celui qu'on
vient de décrire , représentent les six autres Sacremens
administrés par un Evêque et des Prê
tres.
Ce Tableau est en dépôt à l'Arcenal , chez
M. le Commissaire general des Poudres à Paris.
Il y a aussi des Figures de Bronze , des Brutes
et Bas-reliefs , Antiques et Modernes , d'un
excellent goût ,
On donne avis aux Curieux , que l'on a mis
en vente depuis peu deux Estampes nouvellement
gravées d'après les Tableaux originaux de Watteau.
La premiere représente la Contredanse ,.
gravée par Brillon . La seconde est la Surprise ,.
gravée par Audran. Elles se vendent à Paris
avec toutes celles qui ont été gravées précedemment
, chez la Veuve de François Chereau
ruë S. Jacques , aux deux Pilliers d'or , et chez
Surugue , rue des Noyers , vis- à- vis S. Yves.
Il va aussi paroître dans peu une suite d'Es
tampes gravées d'après les Figures Chinoises ,
peintes par le même Watteau , dans le Cabinet
au Roi au Château de la Muette.
On acheve , autant qu'il est possible , de gra
ver tous les Tableaux de ce gracieux Peintre , ce
qui formera'une OEuvre des plus interessantes qui
ayent encore paru.
Nous avons averti le mois passé que lè sicur
L. Surugue , Graveur du Roy , donneroit incessamment
les six et septiéme Estampes du Roman
Comique de Scaron ; mais le desir qu'il a de
remplir l'attente du Public dans cet Ouvrage ,
ne lui permettant pas d'en délivrer aucune Piece
qu'elle
JUILLET. 1731. 1781
quelle ne soit en êtat d'avoir son Approbation ,.
il donne seulement à present la sixième Estampe,
qui est l'Arrivée de l'Operateur à l'Hôtellerie.
Il a fait venir d'Allemagne , sur la demande de
plusieurs personnes distinguées , de très - jolies
Estampes colorées , faites exprès pour Iss Ouvrages
de Découpures , dont on trouvera les assortimens
chez lui , à l'entrée de la rue des Noyers ,
vis-à-vis. le mur de S. Yves.
Le goût pour la Musique devenant tous les
jours plus universel , on a établi au mois d'Avril
dernier une Académie de Musique à Nancy ,
sous la protection et par Lettres Patentes du Duc
de Lorraine , qui en approuve les Assemblées et
les Statuts et Reglemens des Académiciens , selon:
lesquels chaque Académicien ordinaire et honoraire
payera cent livres par an. Les Concerts :
qu'on donnera le Jeudi et le Dimanche de chaque
Semaine , commenceront à cinq heures. Les Aca
démiciens Ordinaires et Honoraires , pourront
conduire deux Dames au Concert ; les Académi–
ciens Asso ciez , une Dame seulement. L'entrée
sera interdite aux enfans au- dessous de l'âge de
dix ans..
Le 19. Article des Reglemens regarde les Sujets
qui pourroient être utiles à l'Académie et hors .
d'état d'avoir des Maîtres et des secours , à quoi
l'Académie pourvoira. Le Sceau de cette Acadé…
mie représente une Lyre avec cette Devise
Allicit etsociat.
lins , chez M. Charles Parossel , Peintre de l'Académie
Royale de Peinture , un Tableau de sa
composition , de 22. pieds de large sur 12: de
hauteur , entierement rempli d'ouvrage et qui
fait un effet admirable . Il représente la Cavalcade
et l'arrivée au Palais des Thuilleries de
Mehemet- Effendi , Ambassadeur du Grand Sei--
gneur , arrivant au Palais des Thuilleries pour
avoir son Audience du Roy. C'est une des pluss
belles Ordonnances et des plus nombreuses qu'on
G puisse
17778 MERCURE
DE FRANCE
puisse mettre daus un Tableau. Les Figures sur
la premiere ligne sont à peu prés grandes comme
demi nature , et paroissent beaucoup plus grandes
par la force du Coloris , la distribution des
groupes , la justesse du dessein , la distribution
du jour et des ombres , tout paroît animé ; les
Chevaux surtout sont d'une force et d'une position
admirable . On voit dans la seconde ligne
du Tableau les Gardes Françoises et Suisses , les
Officiers à la tête , et sur la troisiéme ligne une
foule de Spectateurs dont les differens caracteres
font un extrême plaisir. Ce magnifique Tableau
qu'on va mettre en Tapisserie pour le Roy , fait
beaucoup d'honneur au talent de M. Parossel.
Ces deux Tableaux doivent être suivis de deux
autres du même Auteur, dont on voit les esquis
ses qui réprésenteront la Marche à pied de
l'Ambassadeur et de sa suite , dans leJardin des
Thuilleries , et son départ aprés l'Audience.
Il paroit depuis peu deux trés-belles Estampes
en hauteur , de même grandeur , excellement
gravées par M, Louis Desplaces , d'aprés deux
beaux Tableaux du Cabinet du Duc de Mortemart
, peints Par M. Parossel , réprésentant.
deux Chasses du Lion et du Tigre..
On croit devoir avertir les Curieux , que
dans le nombre de Tableaux choisis , trouvés
dans la succession de M. Perrault , Grand
Maitre des Eaux et Forests, du département de
Bourgogne , que ses heritiers doivent vendre ,
il y en a deux de distinction.
›
Le premier est original du célebre Annibal
Carache , de cinq pieds neuf pouces de hauteur
sur douze pieds et demi de longueur. Ce Tableau
est terminé en demi ceintre les figures
"
sont
JUILLET. 1731. 1779
sont plus grandes que le naturel . On y voit la
Sainte Vierge au milieu ,
assise dans une espece
de Thrône , élevé sur des marches ; elle tient
l'Enfant Jesus debout qui se tourne vers S. Charles
Borromée , lequel est à genoux à sa droite , revêtu
de sa cappe rouge. Ce Saint Cardinal a les
mains jointes dans une attitude qui exprime parfai
tement son humilité et sa ferveur. Il paroit derriere
un jeune Clerc ou porte-Croix qui n'est
presque qu'en buste , et qui semble regarder les
Spectateurs. On prétend que le Peintre s'est peint
lui-même dans cette figure , dans laquelle la
distraction et la vivacité , si propre à la jeunesse
, est aussi parfaitement exprimée , que la
ferveur et la pieté dans celle de S. Charles.
On voit deux autres Figures à la gauche de
la Sainte Vierge , S. Joseph et S. François d'Assise
. On lit sur la seconde marche du Thrône
ces paroles. Gio Mariâ rial , feçë fare.
Ce fameux Tableau qui est peint à quelque
égard dans le goût du Titien et d'une excellen
te beauté , se conserve chez les heritiers de feu
M. Perrault à Châlons sur Saône.
L'autre Tableau est original d'Albert Dure',
peint sur bois , représentant les sept Sacremens
de six pieds trois pouces de hauteur sur trois pieds.
un pouce de largeur . C'est l'interieur d'une Égli→
se,"d'une noble et superbe Architecture ; au milieu
de laquelle est placé un grand. Crucifix.
On voit au pié de la Croix la Sainte Vierge de
hout accablée de douleur , soutenuë par S. Jean
er les deux Maries. On voit un Autel principal
où un Prêtre célebre la Messe , de même qu'à
d'autres Autels , placés dans des Chapelles , et
plusieurs autres figures .
Deux autres Tableaux , de trois pieds neuf
pouces
1780 MERCURE DE FRANCE
pouces de hauteur sur 23. pouces. de largeur chacun
, pour être placés à côté de celui qu'on
vient de décrire , représentent les six autres Sacremens
administrés par un Evêque et des Prê
tres.
Ce Tableau est en dépôt à l'Arcenal , chez
M. le Commissaire general des Poudres à Paris.
Il y a aussi des Figures de Bronze , des Brutes
et Bas-reliefs , Antiques et Modernes , d'un
excellent goût ,
On donne avis aux Curieux , que l'on a mis
en vente depuis peu deux Estampes nouvellement
gravées d'après les Tableaux originaux de Watteau.
La premiere représente la Contredanse ,.
gravée par Brillon . La seconde est la Surprise ,.
gravée par Audran. Elles se vendent à Paris
avec toutes celles qui ont été gravées précedemment
, chez la Veuve de François Chereau
ruë S. Jacques , aux deux Pilliers d'or , et chez
Surugue , rue des Noyers , vis- à- vis S. Yves.
Il va aussi paroître dans peu une suite d'Es
tampes gravées d'après les Figures Chinoises ,
peintes par le même Watteau , dans le Cabinet
au Roi au Château de la Muette.
On acheve , autant qu'il est possible , de gra
ver tous les Tableaux de ce gracieux Peintre , ce
qui formera'une OEuvre des plus interessantes qui
ayent encore paru.
Nous avons averti le mois passé que lè sicur
L. Surugue , Graveur du Roy , donneroit incessamment
les six et septiéme Estampes du Roman
Comique de Scaron ; mais le desir qu'il a de
remplir l'attente du Public dans cet Ouvrage ,
ne lui permettant pas d'en délivrer aucune Piece
qu'elle
JUILLET. 1731. 1781
quelle ne soit en êtat d'avoir son Approbation ,.
il donne seulement à present la sixième Estampe,
qui est l'Arrivée de l'Operateur à l'Hôtellerie.
Il a fait venir d'Allemagne , sur la demande de
plusieurs personnes distinguées , de très - jolies
Estampes colorées , faites exprès pour Iss Ouvrages
de Découpures , dont on trouvera les assortimens
chez lui , à l'entrée de la rue des Noyers ,
vis-à-vis. le mur de S. Yves.
Le goût pour la Musique devenant tous les
jours plus universel , on a établi au mois d'Avril
dernier une Académie de Musique à Nancy ,
sous la protection et par Lettres Patentes du Duc
de Lorraine , qui en approuve les Assemblées et
les Statuts et Reglemens des Académiciens , selon:
lesquels chaque Académicien ordinaire et honoraire
payera cent livres par an. Les Concerts :
qu'on donnera le Jeudi et le Dimanche de chaque
Semaine , commenceront à cinq heures. Les Aca
démiciens Ordinaires et Honoraires , pourront
conduire deux Dames au Concert ; les Académi–
ciens Asso ciez , une Dame seulement. L'entrée
sera interdite aux enfans au- dessous de l'âge de
dix ans..
Le 19. Article des Reglemens regarde les Sujets
qui pourroient être utiles à l'Académie et hors .
d'état d'avoir des Maîtres et des secours , à quoi
l'Académie pourvoira. Le Sceau de cette Acadé…
mie représente une Lyre avec cette Devise
Allicit etsociat.
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Résumé : Tableaux et Estampes, [titre d'après la table]
En 1778, Charles Parossel, Peintre de l'Académie Royale de Peinture, présenta un tableau de 22 pieds de large sur 12 pieds de hauteur, représentant la cavalcade et l'arrivée au Palais des Tuileries de Mehmet-Effendi, Ambassadeur du Grand Seigneur, pour son audience avec le Roi. Cette œuvre, riche en détails, était acclamée pour son effet admirable et ses nombreuses ordonnances. Les figures de la première ligne étaient grandeur nature, et les chevaux étaient particulièrement remarquables. La seconde ligne montrait les Gardes Françaises et Suisses, ainsi que les officiers, tandis que la troisième ligne représentait une foule de spectateurs aux caractères variés. Ce tableau, destiné à être transformé en tapisserie pour le Roi, fut suivi de deux autres œuvres de Parossel représentant la marche à pied de l'ambassadeur et son départ après l'audience. De plus, deux estampes gravées par Louis Desplaces d'après des tableaux de Parossel, représentant des chasses au lion et au tigre, furent également mises en avant. En 1779, deux tableaux de la succession de M. Perrault, Grand Maître des Eaux et Forêts du département de Bourgogne, furent mis en vente. Le premier était un original d'Annibal Carrache, mesurant cinq pieds neuf pouces de hauteur sur douze pieds et demi de longueur, représentant la Sainte Vierge avec l'Enfant Jésus et Saint Charles Borromée. Le second était un original d'Albert Dürer, peint sur bois, représentant les sept sacrements, mesurant six pieds trois pouces de hauteur sur trois pieds un pouce de largeur. Deux autres tableaux, représentant les six autres sacrements, étaient destinés à être placés à côté du précédent. En 1781, des estampes gravées d'après les tableaux originaux de Watteau, telles que 'La Contredanse' et 'La Surprise', furent mises en vente à Paris. Une suite d'estampes représentant des figures chinoises peintes par Watteau devait également paraître. Par ailleurs, la sixième estampe du 'Roman Comique' de Scarron fut publiée par L. Surugue, Graveur du Roi. Enfin, une Académie de Musique fut établie à Nancy sous la protection du Duc de Lorraine, avec des concerts organisés les jeudis et dimanches, et des règlements spécifiques pour les académiciens et les visiteurs.
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5248
p. 1781-1784
Lanterne Marine, &c. [titre d'après la table]
Début :
Sur les Découvertes dont nous avons parlé dans le dernier Mercure, page 1560. au sujet des [...]
Mots clefs :
Découvertes, Académie royale des sciences, Lanterne, Chaises mouvantes, Cheval marin
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texteReconnaissance textuelle : Lanterne Marine, &c. [titre d'après la table]
Sur les Découvertes dont nous avons parlé
dans le dernier Mercure , page 1560. au sujet des
differentes manoeuvres qu'on peut faire au fond
de la Mer M. Vergile a. donné à l'Académie
Royale:
1782 MERCURE DE FRANCE
Royale des Sciences un Memoire et les instructions
necessaires , surquoi Mrs de Cassini et Pitot,
Membres de cette Académie , et nommez pour
examiner ces Découvertes , ont dit leur sentiment
à M. Vergile , en ces termes.
et
Nous déclarons que M. Vergile nous a fait voir
une Lanterne qu'il alluma à l'air , et l'ayant fermée
elle s'éteignit un moment après. La Lanterne
fut encore rallumée et ensuite fermée
comme elle alloit s'éteindre , elle fut enfoncée
dans l'eau où elle se ralluma tout- à - fait et où elle
éclaira pendant l'espace de trois minutes , quoiqu'elle
fûr entierement couverte d'eau .
Par l'explication du Mécanisme de cette Lanterne
que M. Vergile nous fit , nous avons reconnu
que cette Lanterne peut éclairer à une grande
profondeur d'eau , et qu'on peut aisément en
augmenter la durée.
Cette Lanterne n'a aucune communication
avec l'air superieur .
M. Vergile prétend, encore avoir fait des Découvertes
bien plus considerables , sçavoir
Un moyen sûr et facile de trouver les Vaisseaux
qui ont coulé bas.
Un moyen sûr et facile de remettre à flot ces
mêmes Vaisseaux , pourvû toutefois , qu'ils ne.
soient point adherens au fond de la Mer.
Un moyen sûr et aisé de faire rester dans l'eau
un homme sans incommodité , et en état de manoeuvrer
de toutes les façons pendant 20. et 30 .
heures ; il pourra même y manger et y
boire..
M. Vergile nous expliqua le moyen de trouver
les Vaisseaux au fond de la Mer..
Sur quoi il nous a paru que le moyen a toutes
les qualitez proposées , et qu'il est de peu de dépense
, pourvu toutefois que le moyen de respirer
dans
JUILLET. 1731. 1783
dans l'eau , qu'il suppose , soit sûr , et c'est sur
quoi nous ne pouvons rien dire , M. Vergile
n'ayant pas trouvé à propos de nous le déclarer.
Il en est à peu près de même du moyen de
manger et de boire , qui est sûr , pourvû que d'ailleurs
l'homme qui est dans l'eau puisse respirer.
M. Vergile n'a pas expliqué sa manoeuvre pour
retirer les Vaisseaux du fond de la Mer et les remettre
à flot ..
Le sieur Maillard , Maître Menuisier et Machiniste
, a obtenu le premier Juin 1731. le Privilege
exclusif de fabriquer , vendre et debiter seul deux
Chaises mouvantes, de son invention ; l'une pour
se faire mener par un homme assis derriere, où il
y aura un Volant capable d'augmenter considerablement
la force de l'homme et de soulager ses
bras ; l'autre pour se promener et faire aller soimême
, par le même mouvement , la Chaise roulante
, posée sur trois roues. L'Académie Royale
des Sciences a approuvé et reconnu l'utilité de
cette Invention par un Certificat.
a encore inventé plusieurs autres Machines ,.
comme un Cigne qui paroît vivant , jusqu'à s'y
tromper , qui a du mouvement dans la tête et
dans le col , et qui a la même allure sur l'eau .
Un Cheval Marin en petit , qui tire une Gondole
où paroît Apollon au milieu des Muses , qui
ont du nouvement .
Un petit Cheval , qui part d'une vitesse surattelé
à une Calêche , dans laquelle sont
prenante ,
deux petites Figures à terre..
On voit encore chez lui deux Phaetons o
Calêches sans ressorts ni soupentes , tirées chacune
par un Cheval naturel , fort differentes de
tout ce qu'on a vu jusqu'à present en ce genre ,.
Pune
7784 MERCURE DE FRANCE
Pune est propre pour la Chasse et pour aller
dans les bois touffus où à peine un cheval peut
passer. L'autre montée sur un Train de Chaisede
Poste très solide et très - douce, sans ressorts ni
elle pesera environ 600. livres et coûtera
beaucoup moins que les Chaises de Poste ordinaires
, parce qu'il y aura beaucoup moins de:
ferrare.
soupentes ;
>
Le sieur Maillard , dans ses nouvelles Machines
a joint l'utile à l'agréable. Il demeure Fau
bourg S. Honoré , rue de la bonne Moruë , dont
un bout donne dans la Place du Pont Tournant.
des Thuilleries.
dans le dernier Mercure , page 1560. au sujet des
differentes manoeuvres qu'on peut faire au fond
de la Mer M. Vergile a. donné à l'Académie
Royale:
1782 MERCURE DE FRANCE
Royale des Sciences un Memoire et les instructions
necessaires , surquoi Mrs de Cassini et Pitot,
Membres de cette Académie , et nommez pour
examiner ces Découvertes , ont dit leur sentiment
à M. Vergile , en ces termes.
et
Nous déclarons que M. Vergile nous a fait voir
une Lanterne qu'il alluma à l'air , et l'ayant fermée
elle s'éteignit un moment après. La Lanterne
fut encore rallumée et ensuite fermée
comme elle alloit s'éteindre , elle fut enfoncée
dans l'eau où elle se ralluma tout- à - fait et où elle
éclaira pendant l'espace de trois minutes , quoiqu'elle
fûr entierement couverte d'eau .
Par l'explication du Mécanisme de cette Lanterne
que M. Vergile nous fit , nous avons reconnu
que cette Lanterne peut éclairer à une grande
profondeur d'eau , et qu'on peut aisément en
augmenter la durée.
Cette Lanterne n'a aucune communication
avec l'air superieur .
M. Vergile prétend, encore avoir fait des Découvertes
bien plus considerables , sçavoir
Un moyen sûr et facile de trouver les Vaisseaux
qui ont coulé bas.
Un moyen sûr et facile de remettre à flot ces
mêmes Vaisseaux , pourvû toutefois , qu'ils ne.
soient point adherens au fond de la Mer.
Un moyen sûr et aisé de faire rester dans l'eau
un homme sans incommodité , et en état de manoeuvrer
de toutes les façons pendant 20. et 30 .
heures ; il pourra même y manger et y
boire..
M. Vergile nous expliqua le moyen de trouver
les Vaisseaux au fond de la Mer..
Sur quoi il nous a paru que le moyen a toutes
les qualitez proposées , et qu'il est de peu de dépense
, pourvu toutefois que le moyen de respirer
dans
JUILLET. 1731. 1783
dans l'eau , qu'il suppose , soit sûr , et c'est sur
quoi nous ne pouvons rien dire , M. Vergile
n'ayant pas trouvé à propos de nous le déclarer.
Il en est à peu près de même du moyen de
manger et de boire , qui est sûr , pourvû que d'ailleurs
l'homme qui est dans l'eau puisse respirer.
M. Vergile n'a pas expliqué sa manoeuvre pour
retirer les Vaisseaux du fond de la Mer et les remettre
à flot ..
Le sieur Maillard , Maître Menuisier et Machiniste
, a obtenu le premier Juin 1731. le Privilege
exclusif de fabriquer , vendre et debiter seul deux
Chaises mouvantes, de son invention ; l'une pour
se faire mener par un homme assis derriere, où il
y aura un Volant capable d'augmenter considerablement
la force de l'homme et de soulager ses
bras ; l'autre pour se promener et faire aller soimême
, par le même mouvement , la Chaise roulante
, posée sur trois roues. L'Académie Royale
des Sciences a approuvé et reconnu l'utilité de
cette Invention par un Certificat.
a encore inventé plusieurs autres Machines ,.
comme un Cigne qui paroît vivant , jusqu'à s'y
tromper , qui a du mouvement dans la tête et
dans le col , et qui a la même allure sur l'eau .
Un Cheval Marin en petit , qui tire une Gondole
où paroît Apollon au milieu des Muses , qui
ont du nouvement .
Un petit Cheval , qui part d'une vitesse surattelé
à une Calêche , dans laquelle sont
prenante ,
deux petites Figures à terre..
On voit encore chez lui deux Phaetons o
Calêches sans ressorts ni soupentes , tirées chacune
par un Cheval naturel , fort differentes de
tout ce qu'on a vu jusqu'à present en ce genre ,.
Pune
7784 MERCURE DE FRANCE
Pune est propre pour la Chasse et pour aller
dans les bois touffus où à peine un cheval peut
passer. L'autre montée sur un Train de Chaisede
Poste très solide et très - douce, sans ressorts ni
elle pesera environ 600. livres et coûtera
beaucoup moins que les Chaises de Poste ordinaires
, parce qu'il y aura beaucoup moins de:
ferrare.
soupentes ;
>
Le sieur Maillard , dans ses nouvelles Machines
a joint l'utile à l'agréable. Il demeure Fau
bourg S. Honoré , rue de la bonne Moruë , dont
un bout donne dans la Place du Pont Tournant.
des Thuilleries.
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Résumé : Lanterne Marine, &c. [titre d'après la table]
En 1782, le Mercure de France a rapporté les découvertes de M. Vergile dans le domaine des manœuvres sous-marines. M. Vergile a présenté à l'Académie Royale des Sciences une lanterne capable de s'allumer sous l'eau et d'éclairer pendant trois minutes. Les membres de l'Académie, notamment M. de Cassini et M. Pitot, ont validé cette invention, confirmant qu'elle peut fonctionner à grande profondeur et que sa durée d'éclairage peut être prolongée. La lanterne ne nécessite aucune communication avec l'air extérieur. M. Vergile a également revendiqué d'autres inventions, telles qu'un moyen de localiser et de remonter des vaisseaux coulés, à condition qu'ils ne soient pas fixés au fond de la mer. Il a aussi conçu un dispositif permettant à un homme de rester sous l'eau pendant 20 à 30 heures, de manger et de boire. Cependant, il n'a pas fourni de détails sur le mécanisme de respiration sous-marine ou sur la méthode pour remonter les vaisseaux. Par ailleurs, le sieur Maillard, maître menuisier et machiniste, a obtenu un privilège exclusif pour fabriquer et vendre deux types de chaises roulantes innovantes. L'Académie Royale des Sciences a approuvé ces inventions. Maillard a également créé plusieurs machines, dont un cigne mécanique, un cheval marin tirant une gondole, et des phaétons sans ressorts. Il réside à Paris, rue de la Bonne Moruë.
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5249
p. 1788
« Les Comédiens François, ont remis au Théatre au commencement de ce [...] »
Début :
Les Comédiens François, ont remis au Théatre au commencement de ce [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François, ont remis au Théatre au commencement de ce [...] »
LES
Es Comédiens François , ont remis
au Théatre au commencement de ce
mois une petite Comédie d'un Acte en
Prose , avec un Divertissement du feu
sieur Dancourt , intitulée , les Eaux de
Bourbon , qui eut un très- grand succès
dans sa nouveauté au mois d'Octobre
1696. mais les temps sont bien changez
et le goût des Spectateurs bien autrement
rafiné et blen plus difficile à satisfaire :
certe Piece n'a pas fait grand plaisir. Dans .
leBallet, deux personnages équipez en malades
beuveurs d'eau , paroissent dancer
dans des Fauteuils , ce qui fait une singularité
réjouissante .
Au contraire de la Piece dont on vient
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
Es Comédiens François , ont remis
au Théatre au commencement de ce
mois une petite Comédie d'un Acte en
Prose , avec un Divertissement du feu
sieur Dancourt , intitulée , les Eaux de
Bourbon , qui eut un très- grand succès
dans sa nouveauté au mois d'Octobre
1696. mais les temps sont bien changez
et le goût des Spectateurs bien autrement
rafiné et blen plus difficile à satisfaire :
certe Piece n'a pas fait grand plaisir. Dans .
leBallet, deux personnages équipez en malades
beuveurs d'eau , paroissent dancer
dans des Fauteuils , ce qui fait une singularité
réjouissante .
Au contraire de la Piece dont on vient
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
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Résumé : « Les Comédiens François, ont remis au Théatre au commencement de ce [...] »
En juillet 1731, les Comédiens Français ont représenté 'Les Eaux de Bourbon', une comédie en prose accompagnée d'un divertissement de Dancourt. Cette pièce avait connu un grand succès en octobre 1696, mais les goûts du public avaient évolué, rendant la pièce moins appréciée. Le ballet de la pièce mettait en scène deux personnages déguisés en malades buveurs d'eau, dansant dans des fauteuils, ce qui était perçu comme une singularité réjouissante. En contraste, 'Le Distrait' de Regnard, qui n'avait eu que trois représentations en décembre 1697, est aujourd'hui bien accueilli et attire un large public. Le rôle principal est interprété avec succès par le sieur de Montmesnil, et les autres acteurs remplissent également leurs rôles de manière remarquable. Cette évolution dans la réception des pièces incite à réfléchir sur les changements dans les préférences du public.
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5250
p. 1788-1800
Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
Début :
Au contraire de la Piece dont on vient de parler, la Comédie du Distrait, de [...]
Mots clefs :
Comédie, Rôle, Farce, Critique, Jugement, Distraction, Tragédies, Acteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
Au contraire de la Piece dont on vient
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
On ne sçauroit justifier le jugement
qu'on semble porter aujourd'hui du Distrait
, sans condamner en quelque maniere
celui qu'on en porta autrefois ; on
peut cependant prendre un temperament
entre deux décisions si opposées , en disant
que la Piece n'est pas trouvée meilleure
qu'elle l'a parû dans sa naissance ;
mais qu'on s'y divertit davantage , parce
qu'on ne la revoit que comme une farce
pleine de gayeté ; au lieu que l'Auteur
avoit , sans doute , prétendu la donner
comme une Comédie dans les formes ;
ainsi la Critique ayant déja prononcé sur
la maniere dont les Connoisseurs devoient
la recevoir , nous n'y apportons
plus cette séverité qui l'avoit proscrite;
l'indulgence des Spectateurs fait grace
M. Renard , du peu de soin qu'il a pris
d'observer les regles , et le livre tout entiers
au plaisir qui résulte de cette irréu
larité.
à
En effet tout le monde convient que le
plus,honnête personnage de la Piece est cefui
deLéandre, dont l'Auteur a vouluétaler
le prétendu ridicule; nous disons prétendu ,
parce
1790 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il ne dépend non - plus de nous de
n-être point distraits , qu'il n'est au pouvoir
d'un aveugle de jouir de la lumierczon
ne doit pas considerer la distraction comme
un vice, et l'Auteur même en convient
par ces Vers qu'il met à la bouche du Distrait
, dans le quatriéme Acte , Scene VII .
Ma maniere est fort bonne , et n'en veux point
changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leurs coeurs et leur
visage ,
Mon deffaut prétendu , mon peu d'attention ,
Fait la sincerité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronteric ,
Dans le fond de mon coeur d'indigne menterie į
Je dis ce que je pense et sans déguisement ;
Je suis sans refléchir mon premier mouvement.
Un esprit naturel me conduit et m'anime ;
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime,
Leandre est bien modeste de se contenter
de conclure que sa distraction n'est pas
un crime ; il auroit pû avancer hardiment
qu'elle n'est pas un vice , puisqu'il en faiț
une vertu dans tous les Vers precedents.
Madame Grognac , qui prétend devenir
sa belle-mere , en parle à peu près de même
au premier Acte , où elle dir :
Je
JUILLE T.
1799 1731
Je sçais bien qu'à parler de lui sans passion ,
Il est particulier dans sa distraction .
Il répond rarement à ce qu'on lui propose ;
On ne le voit jamais à lui dans mille choses ;
Mais ce n'est pas un crime en lui d'être ainsi fait;
On peut être , à mon sens , homme sage et distrait,
Voilà quel est notre Distrait, selon luimême
et selon sa prétenduë future bellenere
; il est un peu moins bien dans l'esprit
de son Valet Carlin. Voici le Portrait
qu'il en fait ;
C'est un homme étonnant et rare en son espece ;
I rêve fort à rien ; il s'égare sans cesse ;
Il cherche , il trouve , il broüille , il regarde sans
voir ;
Quand on lui parle blanc , souvent il répond
noir ;
Il vous dit non pour cüi , oüi pour non ; il ape
pelle ,
Une femme Monsieur , et moi Mademoiselle ;
Prend souvent l'un pour l'autre ; il va sans sçavoir
où ;
On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou.'"
Dailleurs fort honnête homme , à ses devoirs
austere ,
Exact et bon ami , genereux , doux , sincṛte ;
Aimant
1792 MERCURE DE FRANCE
Aimant , comme j'ai dit , sa Maîtresse in Heros;,
Il est et sage et fou; voilà l'homme en deux mots
Ce portrait de Carlin paroît le plus
ressemblant ; mais , ni comme sage , ni
comme fou , il ne peut être le sujet d'une
Comédie ; le sage ne doit pas être joué ,
et le fou ne peut pas être corrigé.
D'où il est aisé de conclure que M. Renard
n'a choisi ce caractere que pour ouvrir
un champ plus vaste à son imagination
les incidens naissant en foule dans un sujet
si fécond en quiproquo ; en faut-il davantage
pour faire réussir une Piece où
l'on ne se propose point d'autre fin que
de faire rire ?
Nous passerons plus legerement sur les
autres caracteres , ils sont défectueux jusqu'à
révolter les personnes les moins délicates.
Le Chevalier que l'Auteur a prétendu
opposer au Distrait , est un étourdi , ou
plutôt un fou à mettre aux petites Maisons
, et de plus , de très-mauvaises moeurs ;
on en peut juger par la correction que son
oncle lui fait ; la voici :
Vous vous faites honneurd'être un franc libertin,'
Vous mettez votre gloire à bien tenir du vin ;
Et lorsque tout fumant d'une vineuse haleine ,
Sur
JUILLET. 1731. 1793
Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine,
Sur un Théatre alors vous venez vous montrer ;
Là , parmi vos pareils on vous voit folâtrer ;
Vous allez vous baiser comme des Demoiselles ,
Et pour vous faire voir jusque sur les chandelles ,
Poussant l'un , heurtant l'autre , et contant vos
exploits ,
Plus haut que les Acteurs , vous élevez la voix ;
Et tout Paris témoin de vos traits de folie ,
Kit plus cent fois de vous que de la Comédie.
L'oncle ne charge point le caractere ?
c'est ce que le neveu va justifier lui-même
en sa presence.
Mais que fais-je donc tant , Monsieur , ne vous
déplaise ,
Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ?
J'aime , je bois , je joue , et ne vois en cela
Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là , &c .
De -là je pars sans bruit ,
Quand le jour diminuë et fait place à la nuit ,
Avec quelques amis , et nombre de bouteilles ,
Que nous faisons porter pour adoucir nos veilles,
Chez des femmes de bien dont l'honneur est entier
,
Et qui de leur vertu parfument le quartier.
Là, nous perçons la nuit d'une ardeur sans égale;
H Nous
1-94 MERCURE DE FRANCE
Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale
,
Et chacun en bon ordre aussi sage que moi ,
Sans bruit au petit pas se retire chez soi.
Cette vie innocente est - elle condamnée ?
Ne faire qu'un repas dans toute une journée !
Un malade , entre nous , se conduiroit- il mieux ?
Ce qu'il y a de plus déreglé dans la
Piece , c'est que l'oncle n'aspire qu'à rendre
heureux un neveu si indigne de l'être,
ce qui ne sçauroit faire qu'un troisiéme
caractere très - vicieux .
→
Pour celui de Madame Grognac , il n'a
rien de beau que d'être conforme à son
nom ; elle est d'une gronderie et d'une misantropie
tout- à- fait insupportable ; elle a
des duretez pour Isabelle sa fille , qui ne
sont rachetées par aucune complaisance ,
mais ce n'est point là ce qu'il y a de plus
déplorable pour cette pauvre innocente ;
l'amour que le Chevalier lui a inspiré ,
excite pour elle la pitié des Spectateurs ;
on la plaint de la voir aussi malheureuse
en Amant qu'en Mere , et c'est- là peutêtre
le seul interêt qui regne dans la Piece .
Clarice aussi heureuse qu'Isabelle , est
menacée d'être malheureuse ; elle aime
Léandre , dont tout le deffaut est d'être
distrait , deffaut qui devroit la faire tenir
en
JUILLET. 1731. -1795
en garde contre les effets qu'il produit sur
elle , puisqu'elle lui dit elle- même , après 、
une justification sur une prétenduë infidelité.
Quels que soient vos discours pour me persuader,
J'aime trop pour ne pas toûjours appréhender.
Mais ces distractions qui vous sont naturelles ,
Me rassurant un peu de mes frayeurs mortelles ;
Je vous juge innocent, et crois que votre erreur,
Provient de votre esprit plus que de votre coeur.
On voit bien par les deux premiers
Vers de ce sizain , que l'Auteur est allé
au- devant de l'objection , en attribuant les
craintes de Clarice à l'excès de son amour.
Pour ce qui regarde l'intrigue de la Piece
, on peut dire qu'il n'en a guere coûté
à l'imagination de l'Auteur pour la produire
, le caractere qu'il traite suffit, comme
nous l'avons déja dit , pour en faire
le noeud par les incidens qu'il fait naître,
et le dénoüment est une mauvaise copie
de celui des Femmes Sçavantes ; voici en .
peu de mots toute l'intrigue.
Madame Grognac , mere d'Isabelle
fondée sur un dédit signé entre elle et un
oncle de Léandre , veut que ce Léandre
épouse sa fille ; elle ne veut point
absolument du Chevalier pour son gen-
Hij
dre ;
1796 MERCURE DE FRANCE
dre ; ce dernier , outre les deffauts révoltans
dont nous avons ppaarrlléé ,, lui manque
de respect jusqu'à lui faire danser une
Courante malgré elle ; Valere , oncle du
Chevalier et de Clarice , veut faire un
double mariage entre ces Amans , et ce
mariage est au gré de leurs desirs , puisque
Clarice aime Léandre et en est aimée,
et que le Chevalier et Isabelle s'aiment
aussi réciproquement 5 Valere réserve une
dot de cinquante mille écus à Clarice sa
niece , et donne le reste de son bien au
Chevalier , son indigne neveu voilà le
noeud de la Piece , en voici le dénouement,
Carlin , Valet de Léandre, feint d'arriver
rout fraîchement et tout botté , d'un voyage
qu'il avoit fait avec son Maître , dont
T'oncle étoit à l'extremité; il anonce hardiment
que cet oncle vient de mourir, et qu'il
a desherité son neveu, parce qu'il a appris
qu'il ne vouloit pas épouser Isabelle, malgré
le dédit fait entre Madame Grognac sa
mere , et lui , oncle de Léandre. Madame
Grognac devient le Trissotin de la Piece;
elle n'a pas plutôt appris que Léandre n'a
rien , qu'elle lui dit qu'il peut chercher
fortune ailleurs. L'oncle du Chevalier
profite
de cette conjoncture pour lui faire
accepter son neveu pour gendre ; elle se
contents
JUILLET 1731. 1797
contente de dire qu'il est bien étourdi ,
et qu'elle a encore sur le coeur la Courante
qu'il lui a fait danser ; elle signe
le Contrat à condition qu'il se corrige-
Fa , et que son oncle lui en répondra . Le
Contrat signé , Valere donne Clarice , sa
niece,à Léandre ; Madame Grognac trouve
fort étrange qu'il marie sa niéce à un
homme qui vient d'être desherité , il lui
avouë la petite fourberie qu'on lui a faite
pour la faire consentir au mariage qu'elle
vient de signer ; et comme elle fait éclater
sa mauvaise humeur contre sa fille
son nouveau gendre lui dit :
J'ai , si vous la grondez , un Menuet tout prêt ,
La Piece finit par un dernier trait de
distraction. Le voicy .
Léandre à Carlin.
Toi , Carlin , à l'instant prépare ce qu'il faut ,
Pour aller voir mon oncle et partir au plutôt.
Carlin.
Laissez votre oncle en paix ; quel diantre de lan
gage ?
Vous devez cette nuit faire un autre voyage ;
Vous n'y songez donc plus ; vous êtes marié.
Léandre.
Tu m'en fais souvenir ; je l'avois oublié .
Hij Voilà
1799 MERCURE DE FRANCE
Voilà une partie des Refléxions qu'on
a faites sur la Comédie du Distrait ; cette
Piece n'a peut- être mérité ni de tomber
aussi brusquement qu'elle fit autrefois , ni
de réussir aussi heureusement qu'elle fait
aujourd'hui , cela n'empêche pas qu'on
ne doive rendre à M. Regnard la justice
qui lui est due c'est que personne n'a
mieux possedé que lui le talent de faire
rireset c'est par là que ses Pieces de Théatre
sont plus aimées qu'elles ne sont estimées.
Le 7 , l'Opera Comique donna une
Piece d'un Acte en Vaudeville , intitulée
Monde Renversé. Elle avoit été représentée
dans sa nouveauté à la Foire S. Laurent en
1718. Cette Piece est suivie de deux Aczes
de la France Galante et terminée parla
Guinguette Angloise , exécutée par les mêmes
Danseurs dont on a déja parlé dans le
premier Volume de Juin.
Le 1 2. on supprima un des deux Actes
de la France Galante , et on donna à la płace
l'Isle des Amazones , autre ancienne
Piece d'un Acte faite en 1718. On en peut
voir le sujet dans le Recueil du Théatre
de la Foire.
Jamais le goût pour les Spectacles n'a
été si général , et jamais tant de jeunes.
Gens
JUILLET. 1731. 1799
Gens ,depuis le Bourgeois jusqu'aux Personnes
de la plus grande qualité , ne se sont
appliquez avec tant d'ardeur à l'Art de la
Déclamation , auquel quelques- uns réüssisent
avec un naturel , des graces et une
finesse admirable. Dans plusieurs Maisons
de Paris , des personnes de mérite et de
bon goût , d'un même quartier , s'assemblent
, et se font un plaisir de représenter
des Tragédies et des Comédies des meilleurs
Auteurs ,avec beaucoup de justesse et
de précision , ce qui donne une grande satisfaction
au petit nombre de Spectateurs
choisis qu'on veut bien admettre dans ces
agréables amusemens.
Parmi ces Sociétez , il en est une qui
merite assurément d'être distinguée : les
Acteurs , dont le nombre n'est pas grand ,
s'attachent à ne représenter que des Pieces
que quelques uns d'entr'eux ont
composées eux -mêmes , et comme le mérite
et les talents se trouvent réunis dans
-
cette Societé , on ne craint point de
dire à l'égard de ces petites Comédies
que pour l'imagination
, la sagesse des
moeurs , et la finesse de l'exécution , elles
pourroient donner de la jalousie aux plus
babiles de l'Art.
3.
Dans quelques - unes des plus belles maisons
aux environs de Paris , on a dressé
Hij des
1800 MERCURE DE FRANCE
de petits Théatres fort bien ajustez et
ornez avec gout , où les meilleures Pieces
qu'on voit au Théatre François , sont
souvent représentées par de très - bons Sujets
, en présence de très- nombreuses et
très brillantes Assemblées.
*
Cette inclination pour le Théatre doit
être plus étenduë qu'on ne croit , car on.
apprend de Bruxelles que le 27. May
le Duc de Lorraine , à qui on avoit déja
donné quantité de Fêtes , assista à la Comedie
, intitulée , la Critique de l'Europe
Galante , ou le Mariage d' Arlequin , représentée
par des Bourgeois Flamands.
de parler , la Comédie du Distrait , de
feu M.Renard, n'ayant eu que troisReprésentations
dans sa nouveauté , au mois
de Decembre 1697. est aujourd'hui assez
goûtée pour attirer bien du monde . Le .
sieur de Montmesnil y joüe fort bien le
principal
JUILLET. 1731. 1789
principal Rôle , & les autres y sont aussi
très -bien remplis.
Cette singularité nous engage à faire
ici quelques reflexions sur cette Piece.
On ne sçauroit justifier le jugement
qu'on semble porter aujourd'hui du Distrait
, sans condamner en quelque maniere
celui qu'on en porta autrefois ; on
peut cependant prendre un temperament
entre deux décisions si opposées , en disant
que la Piece n'est pas trouvée meilleure
qu'elle l'a parû dans sa naissance ;
mais qu'on s'y divertit davantage , parce
qu'on ne la revoit que comme une farce
pleine de gayeté ; au lieu que l'Auteur
avoit , sans doute , prétendu la donner
comme une Comédie dans les formes ;
ainsi la Critique ayant déja prononcé sur
la maniere dont les Connoisseurs devoient
la recevoir , nous n'y apportons
plus cette séverité qui l'avoit proscrite;
l'indulgence des Spectateurs fait grace
M. Renard , du peu de soin qu'il a pris
d'observer les regles , et le livre tout entiers
au plaisir qui résulte de cette irréu
larité.
à
En effet tout le monde convient que le
plus,honnête personnage de la Piece est cefui
deLéandre, dont l'Auteur a vouluétaler
le prétendu ridicule; nous disons prétendu ,
parce
1790 MERCURE DE FRANCE
parce qu'il ne dépend non - plus de nous de
n-être point distraits , qu'il n'est au pouvoir
d'un aveugle de jouir de la lumierczon
ne doit pas considerer la distraction comme
un vice, et l'Auteur même en convient
par ces Vers qu'il met à la bouche du Distrait
, dans le quatriéme Acte , Scene VII .
Ma maniere est fort bonne , et n'en veux point
changer.
Je ne ressemble point aux hommes de notre âge ,
Qui masquent en tout temps leurs coeurs et leur
visage ,
Mon deffaut prétendu , mon peu d'attention ,
Fait la sincerité de mon intention.
Je ne prépare point avec effronteric ,
Dans le fond de mon coeur d'indigne menterie į
Je dis ce que je pense et sans déguisement ;
Je suis sans refléchir mon premier mouvement.
Un esprit naturel me conduit et m'anime ;
Je suis un peu distrait , mais ce n'est pas un crime,
Leandre est bien modeste de se contenter
de conclure que sa distraction n'est pas
un crime ; il auroit pû avancer hardiment
qu'elle n'est pas un vice , puisqu'il en faiț
une vertu dans tous les Vers precedents.
Madame Grognac , qui prétend devenir
sa belle-mere , en parle à peu près de même
au premier Acte , où elle dir :
Je
JUILLE T.
1799 1731
Je sçais bien qu'à parler de lui sans passion ,
Il est particulier dans sa distraction .
Il répond rarement à ce qu'on lui propose ;
On ne le voit jamais à lui dans mille choses ;
Mais ce n'est pas un crime en lui d'être ainsi fait;
On peut être , à mon sens , homme sage et distrait,
Voilà quel est notre Distrait, selon luimême
et selon sa prétenduë future bellenere
; il est un peu moins bien dans l'esprit
de son Valet Carlin. Voici le Portrait
qu'il en fait ;
C'est un homme étonnant et rare en son espece ;
I rêve fort à rien ; il s'égare sans cesse ;
Il cherche , il trouve , il broüille , il regarde sans
voir ;
Quand on lui parle blanc , souvent il répond
noir ;
Il vous dit non pour cüi , oüi pour non ; il ape
pelle ,
Une femme Monsieur , et moi Mademoiselle ;
Prend souvent l'un pour l'autre ; il va sans sçavoir
où ;
On dit qu'il est distrait ; mais moi , je le tiens fou.'"
Dailleurs fort honnête homme , à ses devoirs
austere ,
Exact et bon ami , genereux , doux , sincṛte ;
Aimant
1792 MERCURE DE FRANCE
Aimant , comme j'ai dit , sa Maîtresse in Heros;,
Il est et sage et fou; voilà l'homme en deux mots
Ce portrait de Carlin paroît le plus
ressemblant ; mais , ni comme sage , ni
comme fou , il ne peut être le sujet d'une
Comédie ; le sage ne doit pas être joué ,
et le fou ne peut pas être corrigé.
D'où il est aisé de conclure que M. Renard
n'a choisi ce caractere que pour ouvrir
un champ plus vaste à son imagination
les incidens naissant en foule dans un sujet
si fécond en quiproquo ; en faut-il davantage
pour faire réussir une Piece où
l'on ne se propose point d'autre fin que
de faire rire ?
Nous passerons plus legerement sur les
autres caracteres , ils sont défectueux jusqu'à
révolter les personnes les moins délicates.
Le Chevalier que l'Auteur a prétendu
opposer au Distrait , est un étourdi , ou
plutôt un fou à mettre aux petites Maisons
, et de plus , de très-mauvaises moeurs ;
on en peut juger par la correction que son
oncle lui fait ; la voici :
Vous vous faites honneurd'être un franc libertin,'
Vous mettez votre gloire à bien tenir du vin ;
Et lorsque tout fumant d'une vineuse haleine ,
Sur
JUILLET. 1731. 1793
Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine,
Sur un Théatre alors vous venez vous montrer ;
Là , parmi vos pareils on vous voit folâtrer ;
Vous allez vous baiser comme des Demoiselles ,
Et pour vous faire voir jusque sur les chandelles ,
Poussant l'un , heurtant l'autre , et contant vos
exploits ,
Plus haut que les Acteurs , vous élevez la voix ;
Et tout Paris témoin de vos traits de folie ,
Kit plus cent fois de vous que de la Comédie.
L'oncle ne charge point le caractere ?
c'est ce que le neveu va justifier lui-même
en sa presence.
Mais que fais-je donc tant , Monsieur , ne vous
déplaise ,
Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise ?
J'aime , je bois , je joue , et ne vois en cela
Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là , &c .
De -là je pars sans bruit ,
Quand le jour diminuë et fait place à la nuit ,
Avec quelques amis , et nombre de bouteilles ,
Que nous faisons porter pour adoucir nos veilles,
Chez des femmes de bien dont l'honneur est entier
,
Et qui de leur vertu parfument le quartier.
Là, nous perçons la nuit d'une ardeur sans égale;
H Nous
1-94 MERCURE DE FRANCE
Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale
,
Et chacun en bon ordre aussi sage que moi ,
Sans bruit au petit pas se retire chez soi.
Cette vie innocente est - elle condamnée ?
Ne faire qu'un repas dans toute une journée !
Un malade , entre nous , se conduiroit- il mieux ?
Ce qu'il y a de plus déreglé dans la
Piece , c'est que l'oncle n'aspire qu'à rendre
heureux un neveu si indigne de l'être,
ce qui ne sçauroit faire qu'un troisiéme
caractere très - vicieux .
→
Pour celui de Madame Grognac , il n'a
rien de beau que d'être conforme à son
nom ; elle est d'une gronderie et d'une misantropie
tout- à- fait insupportable ; elle a
des duretez pour Isabelle sa fille , qui ne
sont rachetées par aucune complaisance ,
mais ce n'est point là ce qu'il y a de plus
déplorable pour cette pauvre innocente ;
l'amour que le Chevalier lui a inspiré ,
excite pour elle la pitié des Spectateurs ;
on la plaint de la voir aussi malheureuse
en Amant qu'en Mere , et c'est- là peutêtre
le seul interêt qui regne dans la Piece .
Clarice aussi heureuse qu'Isabelle , est
menacée d'être malheureuse ; elle aime
Léandre , dont tout le deffaut est d'être
distrait , deffaut qui devroit la faire tenir
en
JUILLET. 1731. -1795
en garde contre les effets qu'il produit sur
elle , puisqu'elle lui dit elle- même , après 、
une justification sur une prétenduë infidelité.
Quels que soient vos discours pour me persuader,
J'aime trop pour ne pas toûjours appréhender.
Mais ces distractions qui vous sont naturelles ,
Me rassurant un peu de mes frayeurs mortelles ;
Je vous juge innocent, et crois que votre erreur,
Provient de votre esprit plus que de votre coeur.
On voit bien par les deux premiers
Vers de ce sizain , que l'Auteur est allé
au- devant de l'objection , en attribuant les
craintes de Clarice à l'excès de son amour.
Pour ce qui regarde l'intrigue de la Piece
, on peut dire qu'il n'en a guere coûté
à l'imagination de l'Auteur pour la produire
, le caractere qu'il traite suffit, comme
nous l'avons déja dit , pour en faire
le noeud par les incidens qu'il fait naître,
et le dénoüment est une mauvaise copie
de celui des Femmes Sçavantes ; voici en .
peu de mots toute l'intrigue.
Madame Grognac , mere d'Isabelle
fondée sur un dédit signé entre elle et un
oncle de Léandre , veut que ce Léandre
épouse sa fille ; elle ne veut point
absolument du Chevalier pour son gen-
Hij
dre ;
1796 MERCURE DE FRANCE
dre ; ce dernier , outre les deffauts révoltans
dont nous avons ppaarrlléé ,, lui manque
de respect jusqu'à lui faire danser une
Courante malgré elle ; Valere , oncle du
Chevalier et de Clarice , veut faire un
double mariage entre ces Amans , et ce
mariage est au gré de leurs desirs , puisque
Clarice aime Léandre et en est aimée,
et que le Chevalier et Isabelle s'aiment
aussi réciproquement 5 Valere réserve une
dot de cinquante mille écus à Clarice sa
niece , et donne le reste de son bien au
Chevalier , son indigne neveu voilà le
noeud de la Piece , en voici le dénouement,
Carlin , Valet de Léandre, feint d'arriver
rout fraîchement et tout botté , d'un voyage
qu'il avoit fait avec son Maître , dont
T'oncle étoit à l'extremité; il anonce hardiment
que cet oncle vient de mourir, et qu'il
a desherité son neveu, parce qu'il a appris
qu'il ne vouloit pas épouser Isabelle, malgré
le dédit fait entre Madame Grognac sa
mere , et lui , oncle de Léandre. Madame
Grognac devient le Trissotin de la Piece;
elle n'a pas plutôt appris que Léandre n'a
rien , qu'elle lui dit qu'il peut chercher
fortune ailleurs. L'oncle du Chevalier
profite
de cette conjoncture pour lui faire
accepter son neveu pour gendre ; elle se
contents
JUILLET 1731. 1797
contente de dire qu'il est bien étourdi ,
et qu'elle a encore sur le coeur la Courante
qu'il lui a fait danser ; elle signe
le Contrat à condition qu'il se corrige-
Fa , et que son oncle lui en répondra . Le
Contrat signé , Valere donne Clarice , sa
niece,à Léandre ; Madame Grognac trouve
fort étrange qu'il marie sa niéce à un
homme qui vient d'être desherité , il lui
avouë la petite fourberie qu'on lui a faite
pour la faire consentir au mariage qu'elle
vient de signer ; et comme elle fait éclater
sa mauvaise humeur contre sa fille
son nouveau gendre lui dit :
J'ai , si vous la grondez , un Menuet tout prêt ,
La Piece finit par un dernier trait de
distraction. Le voicy .
Léandre à Carlin.
Toi , Carlin , à l'instant prépare ce qu'il faut ,
Pour aller voir mon oncle et partir au plutôt.
Carlin.
Laissez votre oncle en paix ; quel diantre de lan
gage ?
Vous devez cette nuit faire un autre voyage ;
Vous n'y songez donc plus ; vous êtes marié.
Léandre.
Tu m'en fais souvenir ; je l'avois oublié .
Hij Voilà
1799 MERCURE DE FRANCE
Voilà une partie des Refléxions qu'on
a faites sur la Comédie du Distrait ; cette
Piece n'a peut- être mérité ni de tomber
aussi brusquement qu'elle fit autrefois , ni
de réussir aussi heureusement qu'elle fait
aujourd'hui , cela n'empêche pas qu'on
ne doive rendre à M. Regnard la justice
qui lui est due c'est que personne n'a
mieux possedé que lui le talent de faire
rireset c'est par là que ses Pieces de Théatre
sont plus aimées qu'elles ne sont estimées.
Le 7 , l'Opera Comique donna une
Piece d'un Acte en Vaudeville , intitulée
Monde Renversé. Elle avoit été représentée
dans sa nouveauté à la Foire S. Laurent en
1718. Cette Piece est suivie de deux Aczes
de la France Galante et terminée parla
Guinguette Angloise , exécutée par les mêmes
Danseurs dont on a déja parlé dans le
premier Volume de Juin.
Le 1 2. on supprima un des deux Actes
de la France Galante , et on donna à la płace
l'Isle des Amazones , autre ancienne
Piece d'un Acte faite en 1718. On en peut
voir le sujet dans le Recueil du Théatre
de la Foire.
Jamais le goût pour les Spectacles n'a
été si général , et jamais tant de jeunes.
Gens
JUILLET. 1731. 1799
Gens ,depuis le Bourgeois jusqu'aux Personnes
de la plus grande qualité , ne se sont
appliquez avec tant d'ardeur à l'Art de la
Déclamation , auquel quelques- uns réüssisent
avec un naturel , des graces et une
finesse admirable. Dans plusieurs Maisons
de Paris , des personnes de mérite et de
bon goût , d'un même quartier , s'assemblent
, et se font un plaisir de représenter
des Tragédies et des Comédies des meilleurs
Auteurs ,avec beaucoup de justesse et
de précision , ce qui donne une grande satisfaction
au petit nombre de Spectateurs
choisis qu'on veut bien admettre dans ces
agréables amusemens.
Parmi ces Sociétez , il en est une qui
merite assurément d'être distinguée : les
Acteurs , dont le nombre n'est pas grand ,
s'attachent à ne représenter que des Pieces
que quelques uns d'entr'eux ont
composées eux -mêmes , et comme le mérite
et les talents se trouvent réunis dans
-
cette Societé , on ne craint point de
dire à l'égard de ces petites Comédies
que pour l'imagination
, la sagesse des
moeurs , et la finesse de l'exécution , elles
pourroient donner de la jalousie aux plus
babiles de l'Art.
3.
Dans quelques - unes des plus belles maisons
aux environs de Paris , on a dressé
Hij des
1800 MERCURE DE FRANCE
de petits Théatres fort bien ajustez et
ornez avec gout , où les meilleures Pieces
qu'on voit au Théatre François , sont
souvent représentées par de très - bons Sujets
, en présence de très- nombreuses et
très brillantes Assemblées.
*
Cette inclination pour le Théatre doit
être plus étenduë qu'on ne croit , car on.
apprend de Bruxelles que le 27. May
le Duc de Lorraine , à qui on avoit déja
donné quantité de Fêtes , assista à la Comedie
, intitulée , la Critique de l'Europe
Galante , ou le Mariage d' Arlequin , représentée
par des Bourgeois Flamands.
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Résumé : Le Distrait, Comédie, [titre d'après la table]
La pièce 'Le Distrait' de M. Renard, représentée pour la première fois en décembre 1697, a connu un succès croissant malgré des débuts modestes avec seulement trois représentations. Aujourd'hui, elle attire un large public grâce à la performance du sieur de Montmesnil dans le rôle principal et à la qualité des autres acteurs. Initialement conçue comme une comédie classique, la pièce est désormais appréciée comme une farce pleine de gaieté. La critique a évolué, passant d'une sévérité initiale à une indulgence qui pardonne les écarts aux règles théâtrales, privilégiant le plaisir du public. Le personnage principal, Léandre, est décrit comme distrait mais sincère, un trait que l'auteur et Madame Grognac, sa future belle-mère, ne considèrent pas comme un vice. Le valet Carlin voit Léandre comme un homme honnête mais fou. La pièce exploite les quiproquos nés de la distraction de Léandre pour générer des situations comiques. Les autres personnages, comme le Chevalier, sont jugés défectueux et révoltants. Le Chevalier est décrit comme un libertin et un fou, tandis que Madame Grognac est grincheuse et misanthrope. L'intrigue repose sur les malentendus et les quiproquos, avec un dénouement qui rappelle celui des 'Femmes savantes'. La pièce se termine par un trait de distraction de Léandre, oubliant son mariage récent. Le texte souligne le talent de M. Renard pour faire rire, bien que ses pièces soient plus aimées qu'estimées. Il mentionne également l'engouement pour les spectacles et la déclamation à Paris, avec des sociétés privées représentant des pièces avec beaucoup de justesse et de précision. Une société en particulier est distinguée pour ses comédies originales, appréciées pour leur imagination, leur sagesse et leur finesse d'exécution. Les petits théâtres sont décrits comme élégamment aménagés et décorés avec goût, où les meilleures pièces du théâtre français sont fréquemment jouées par d'excellents acteurs devant un public nombreux et brillant. Cette passion pour le théâtre semble plus répandue qu'on ne le pense. Par exemple, à Bruxelles, le 27 mai, le Duc de Lorraine a assisté à la comédie intitulée 'La Critique de l'Europe Galante, ou le Mariage d'Arlequin', interprétée par des bourgeois flamands.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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