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651
p. 91-109
REPONSE du sieur Vojeu de Brunem aux observations du P. Laugier, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
Début :
Une sage critique ne peut qu'être utile à la véritable histoire des nations [...]
Mots clefs :
Conquête de la Chine, Chine, Histoire, Empire, Empereur, Observateur, Tartares, Conquête, Jean-Baptiste Du Halde, Joseph-Anne-Marie de Moyria de Maillat
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE du sieur Vojeu de Brunem aux observations du P. Laugier, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
REPONSE du fieur Vojeu de Brunem
aux obfervations du P. Laugier , fur la
nouvelle Hiftoire de la conquête de la
Chine.
NE fage critique ne peut qu'être
tions , & mérite à ce prix un accueil gracieux
de la part des gens de Lettres. Les
obfervations du P. Laugier , inférées dans
le Mercure de France (a ) , font- elles bien
marquées à ce coin de fageffe , qui rend
précieufe la cenfure des vrais fçavans , &
dont un homme de fon état ne s'écarta jamais
fans nuire à coup fûr à la réputation ?
c'eft au public d'en juger : je me préfente
avec confiance à fon tribunal , & j'attends
en paix fa décifion .
Dans la nouvelle hiftoire de la conquête
( a ) Janvier, pag. 147.
92 MERCURE DE FRANCE .
de la Chine , il eft dit que la nation des
Tartares Mancheoux étoit peu connue à la
fin du feizieme fiécle ; que le Prince Taitfong
, le premier des Rois Mancheoux qui
ait pris le titre d'Empereur des Chinois ,
mourut fans laiffer aucun fils qui lui fuccedât
; que la conquête enfin de ce vaſte
empire n'eut proprement lieu que huit ans
après la mort de ce Monarque , à l'occafion
des fuccès du rebelle Lyftching. Or
le P. Laugier emploie environ une vingtaine
de pages d'écriture à combattre vivement
ces trois points . Le défaut de vraifemblance
dans le récit de ce grand événement
eft la premiere raifon qu'il fait valoir
, & cette raifon devient péremptoire ,
felon lui , appuyée de l'autorité du P. Duhalde.
Direz- vous à l'obfervateur que le P. Dahalde
n'a pas été à portée de puifer dans
les fources ? qu'il n'a point lû les auteurs
originaux , Chinois & Tartares ? que fa
magnifique defcription de la Chine , excellente
à bien des égards , n'eft au fond
qu'une compilation des divers mémoires
qui lui étoient envoyés à Paris par fes
confreres de Pekin , où , fans miracle , il
peut s'être gliffé plus d'une erreur ? que la
partie hiftorique fur-tout de ce bel ouvrage
y eft traitée affez légerement , vû la
MARS. 1755.
93
prodigieufe étendue des annales chinoifes?
prierez-vous ce nouveau défenfeur de l'infaillibilité
du P. Duhalde , d'accorder au
moins quelque audience au P. de Mailla ,
célebre Miffionnaire de la Société , qui a
vécu plus de quarante- cinq ans à la Chine
dans l'enceinte du Palais impérial , ou dans
des voyages entrepris par ordre de l'Empereur
exhorterez-vous enfin ce redoutable
juge d'un manufcrit qu'il n'a jamais
lu , à vouloir au moins le parcourir une
fois fans paffion & fans préjugé ? Sa réponfe
eft toute prête & finguliere s'il en fut
jamais la voici. ( b ) Le peu de méthode qui
regne dans fon manufcrit ne nous invitegueres
à le croire. Et d'où fçait-il qu'il manque
de méthode ? on avoue que le ftyle
en eft fort négligé , & l'élocution peu correcte
; mais la méthode y eft à peu - près
telle qu'on a droit de l'attendre .
:
Le P. Obfervateur continue ainfi l'avis
qu'il nous donne fur l'auteur du manuf
crit : ( c ) Le jugement qu'il eft naturel d'en
-porter ( fans avoir lû fon ouvrage , capable
de former plufieurs volumes in - folio )
·le met au rang de ces efprits indulgens , qui
par un excès de bonne foi ne sçauroient avoir
ni certains fcrupules fur la certitude de leurs
(b ) Obferv. pag. 162 .
(c ) Obferv. ibid. & p. 163 , &c .
94 MERCURE DE FRANCE.
garans , ni de grandes attentions dans leurs
recherches , ni beaucoup de délicateffe fur les
preuves d'où notre critique conclut ( d )
qu'il réfulte au moins un doute bien fonde
contre l'exactitude de l'hiftoire manufcrite
qu'on vient d'imprimer à Lyon.
Je laiffe à qui le voudra le foin d'examiner
à loifir fi le P. Laugier mérite ou
non d'être mis au rang des efprits indulgens
, & s'il peche ici par un excès de bonne
foi. Mon deffein eft uniquement de
faire fentir au lecteur combien ce critique
eft lui-même peu fcrupuleux fur fes garans
, peu attentif dans fes recherches , peu
délicat fur fes preuves ; d'où réfulte néceffairement
une forte d'évidence de la frivolité
de fes remarques , tant fur la nouvelle
hiftoire imprimée à Lyon , que fur le
manufcrit dont cette hiftoire eft extraite
comme une centieme partie de fon tout.
Venons au fait.
Une des plus confidérables obfervations
du P. Laugier a pour objet la foibleffe &
l'obfcurité qu'on attribue au peuple Mancheoux
fur la fin du feizieme fiècle . Comment
croire ici le P. de Mailla , s'il réfulte
des faftes du P. Duhalde que les Tartares
ont toujours été plufieurs fiécles , même
( d ) Obfery, pag. 164 .
MARS. $755.
95
avant Jefus-Chrift , autant d'ennemis irréconciliables
des Chinois ? que les Mancheoux
ne font réellement que les Tartares
orientaux , & que ces orientaux , au
commencement du dixieme fiécle ( e ) enrent
la gloire de contraindre un Empereur
à leur céder plufieurs villes & à leur payer
tribut ?
L'objection , j'en conviens , paroîtra
forte à ceux qui n'ont jamais lu , ou qui
n'ont fait que parcourir légerement les faftes
du P. Duhalde , & l'Obſervateur eft
apparemment de ce nombre : mais une
lecture férieufe de ces faftes àuroit appris
au P. Laugier à mieux diftinguer les différentes
nations Tartares , & à ne pas confondre
les nouveaux Mancheoux avec les
anciens , appellés Kins , dont l'empire en
effet fut très- étendu . Il auroit vû de plus
que fur la fin du treizieme fiécle , non feulement
la domination de ces Kins fut ,
comme il le dit (f) , entierement abolie à la
Chine , mais qu'ils furent eux-mêmes prefque
tous exterminés ( par les Mongoux ) : ce
font les termes du P. Duhalde . (g ) Or , en
fuppofantmême comme certain que les nouveaux
Mancheoux defcendoient des Kins ,
( e ) Obferv. pag. 153 .
(f) Obferv. pag. 155 .
(g ) Duhalde , t . 1. pag. 491 ; t . 3. p. 62.5
96 MERCURE DE FRANCE.
ce qui paroît au moins douteux au P. de
Mailla , n'eft- il pas évident qu'une nation
presque toute exterminée vers la fin du treizieme
fiécle , ne pouvoit être un peuple
confidérable au feizieme ? Voilà donc le
P. de Mailla juftifié en ce point par le P.
Duhalde , & , fi je ne me trompe , le critique
confondu par fon oracle même .
Autre preuve fenfible des recherches du
P. Laugier , & de fes connoiffances en fait
d'hiftoire. Il ne peut fe perfuader qu'un
peuple , encore foible & méprifé des Chinois
au feizieme fiécle , ait pu ſe révolter
avec fuccès & faire des conquêtes au fiécle
fuivant. Non , dit le fçavant Obſervateur ,
les hiftoires anciennes & modernes ne nous
apprennent rien qui puiffe accréditer la réalité
d'un pareil foulevement. ( h ) Eft- ce bien en
France ou chez les Hurons qu'on ofe avancer
une auffi étrange propofition ? Que
l'hiftoire ancienne & moderne n'ait rien
appris de pareil au P. Laugier , je veux l'en
croire : mais nos jeunes gens , à peine fortis
du Collége , ignorent - ils le fond du
charmant récit que fait Hérodote du fou-
- levement & des rapides progrès des Perfes
? Cette nation peu connue avant Cyrus ,
ne vint-elle pas à bout , fous la conduite
( b ) Obferv. pag. 150,
de
MARS. 1755. 97
de ce héros , de vaincre les Médes , & de
conquérir leur vaîte Empire ? Les moins
verſés dans l'hiſtoire n'ont- ils pas quelque
idée de l'expédition des Cymbres , qui for
tirent tout-à- coup du Jutland , inonderent
la Germanie & les Gaules , & firent trembler
l'Italie ? Ils n'étoient pas feuls , direz
-vous , ils fe liguerent avec les Teutons.
Mais les Mancheoux firent de même
; ils s'affocierent les Mongoux , anciens
conquérans de la Chine. J'avoue que les
Cymbres furent arrêtés dans leur courfe.
Pourquoi ? parce qu'ils eurent en tête des
Romains , & que les Mancheoux à la Chine
ne furent aux prifes qu'avec des Chinois.
Le P. Laugier lui-même peut- il ne
pas fçavoir ce qu'entreprit Mahomet au
feptiéme fiécle , avec une poignée d'Arabes
, & jufqu'où les premiers Califes , fes
fucceffeurs , étendirent leur domination.
A-t-il oublié ce qui de nos jours eft arrivé
en Perfe , la conquête de cet Empire par
la nation des Aghvans ?
»
Cependant , pourfuit l'élégant Obfer-
» vateur ( i ) , je conviens que la chofe
» n'eft pas phyfiquement impoffible , &
» que fi l'on s'en tenoit toujours à la vraifemblance
, on feroit en danger de re
(i ) Obferv, pag. 150.
E
S MERCURE DE FRANCE.
jetter plus d'une vérité. Mais dès que je
vois la chofe racontée très- différemment
» par un autre auteur , je ne fçaurois fouf
» crire aveuglément à un témoignage qui ,
quoique poftérieur, n'a certainement rien
qui doive lui faire adjuger la préférence.
"
23
Les exemples qu'on vient d'indiquer &
bien d'autres auffi remarquables dans l'hiftoire
ancienne & moderne , prouvent évidemment
que le moral de la chofe va ici
de pair avec le phyfique , c'eſt-à- dire qu'il
n'eft point moralement impoffible qu'une
nation traitée avec mépris par le peuple
dominant , fe fouleve tout-à-coup , & fubjugue
à la fin fes anciens maîtres . Refte à
prononcer fur le fait particulier dont il s'agit
, après avoir pefé dans la balance d'une
critique exemte de paffion les deux autorités
du P. de Mailla & du P. Duhalde. Or , foit
dit encore une fois , il paroît que celle du
premier l'emporte fur l'autre : celui - là
ayant compofé fon hiſtoire chinoiſe fur les
lieux , ayant mis plus de vingt ans à per
fectionner fon ouvrage, ayant lû , analyfé,
confronté les auteurs originaux dans lear
propre langue , fans parler de la facilité
qu'il avoit de fe redreffer en cas de méprife
, par l'examen refléchi qu'il a fait des
quatre volumes du P. Duhalde , fur lefquels
il dit fon fentiment.
M AR S. 1755 99 .
La préfomption deviendra encore plus
forte en faveur du P. de Mailla , fi on veut
bien faire attention à ce qu'il écrit aux fupérieurs
de la province de Lyon & à fes
amis. J'ai ces lettres actuellement fous mes
yeux , & j'y vois qu'un des grands motifs
de ce laborieux Jéfuite dans la compofi
tion de fon hiftoire , fut de communiquer
aux nouveaux Miffionnaires de fa Compa
gnie une vraie érudition chinoife , rien
n'étant plus propre , felon lui , à furprendre
agréablement les Mandarins que de
paroître au fait des différentes révolutions
de l'Empire , & de montrer à propos qu'on
connoît les grands hommes des deux nations
chinoife & tartare. Il eft donc bien
à préfumer que le P. de Mailla mit tous
fes foins à ne rien inférer dans fon ouvrage
qui pût être raisonnablement contefté.
Jugeons- en par l'impreffion que feroit
fur nos François une érudition foible
ou mal digérée fur les antiquités de notre
Monarchie , fur nos Rois & nos héros.
Réuniffons ces circonftances : n'en ré
fulte-t-il pas que l'autorité du P. de Mailla
doit être naturellement préférée à celle du
P. Duhalde , par-tout où l'on voit quelque
différence dans la narration de ces
deux auteurs ? Le P. Laugier néanmoins
interdit à qui que ce foit cette préférence
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
& il l'interdit en maître. Franchement
peut il fe promettre qu'on lui obéira fans
murmurer ?
Murmure injufte , dira- t -on , fi malgré
le long féjour de votre Pere de Mailla å la
Chine , malgré fon application conftante
& toute la bonne volonté que vous lui
fuppofez , ce Miffionnaire fut tel à peuprès
que nous l'a dépeint le Pere Obfervateur
, c'est-à-dire un écrivain indulgent
à l'excès , & ce qu'on appelle en France
un bon homme. C'eft très - bien dit : mais fi
ce portrait eft de pure imagination , que
doit- on penfer du peintre ou du deffinateur
qui l'a croqué ?
Je m'adreffe ici au public , en prenant
la liberté de lui demander s'il eft avantageux
au progrès des connoiffances humaines
, conforme aux loix de l'humanité
& de l'honneur , de deshonorer à fon gré
un auteur illuſtre , également diftingué
par fa naiffance & par les travaux , par fon
caractere & par fes vertus ? de décrier fon
ouvrage fans l'avoir lû , ouvrage intéref
fant pour toute l'Europe , & unique dans
nos climats de jetter une affez forte couche
de ridicule fur les poffeffeurs de fon
manufcrit , gens de lettres par état , & , ffi
on ofe le dire , un peu connoiffeurs , qui
depuis bien des années ne ceffent de mon
?
MARS. :* 1755. 701
trer aux fçavans cette production chinoife ,
comme un des précieux ornemens de leur
magnifique bibliothèque ?
Car enfin , pour revenir à la critique du
P. Laugier , fur quoi eft fondé , je vous
prie , ce terrible arrêt de profcription dont
on appelle ? Qu'on parcoure exactement
les dix-fept pages inférées dans le Mercure
de Janvier , on n'y trouvera aucun grief
folidement établi ; on y entaffe périodes
fur périodes : on y prône le P. Duhalde ,
on y cenfure le P. de Mailla , on y déclame,
& puis c'est tout.
Mais fuis - je moi-même bien en garde
contre l'air de déclamation que je reproche
à l'Obfervateur ? Si fa critique eft des
plus frivoles , ma réponſe l'eft-elle moins ?
Le Lecteur eft ici mon juge , je le fupplie
de m'honorer encore un moment de fon
attention .
Pour déprimer le P. de Mailla , mis en
parallele avec le P. Duhalde , notre critique
affure que ce dernier forma fa defcription
de la Chine fur des mémoires recueillis
avec toutes fortes de foins par les plus
accrédités & les plus capables des Miffionnaires
Chinois. ( k ) Le fait eft certain ; mais
file P. Obfervateur avoit feulement ouvert
( k ) Obferv. p. 163.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
le premier volume du P. Duhalde , il auroit
vû le nom du P. de Mailla dans la lifte
de ces Miffionnaires les plus accrédités ¿
les plus capables . Ce n'étoit donc pas un
homme fans conféquence , au jugement
du P. Duhalde , cru infaillible par le Pere
Laugier.
J'ajoûterai que le même P. Duhalde ,
fçavant & modefte , & par là vrai fçavant ,
étoit auffi éloigné de s'attribuer quelque
forte d'infaillibilité que de manquer de
confidération à l'égard du P. de Mailla.
Ecoutons - le dans l'extrait que voici d'une
de fes lettres aux PP . Regis & de Mailla ,
datée de Paris le 7 Octobre 1736. » Quoi-
» que j'aie pris toutes les précautions ima
ginables pour ne rien avancer que d'exac-
» tement vrai , fi par la lecture de l'ouvrage,
vous trouvez que je fois tombé
dans quelques méprifes , vous m'obli-
» gerez de me le faire connoître , & je me
» ferai un plaifir d'en inftruire le public ,
» en fuivant vos , corrections , ce qui de-
و ر
viendra une nouvelle preuve de mon
» exactitude. Depuis quinze mois que cette
hiftoire paroît , on me demande déja s'il
» ne m'eft pas venu affez de mémoires
» pour faire un fupplément. Si vous & nos
»autres RR. Peres avez des écrits fur les
» matieres que j'ai traitées , ou fur d'autres
MARS. 1755. 103
» concernant la Chine & la Tartarie , qui
donnent de nouvelles connoiffances , &
» que vous vouliez bien m'en faire part ,
» je ferai ce fupplément . J'y pourrai mettre
la nouvelle carte de la Tartarie , fi
vous jugez à propos de la faire , & j'y
joindrai les raifons qu'on a eues de la
» donner de nouveau , que je tirerai des
» obfervations du P. de Mailla & de celles
>>
que vous m'enverrez. Je fuis avec bien
» du refpect , &c. Duhalde , Jéfuite. Je
laiffe à l'Obfervateur le foin de commenter
intérieurement la fin de cette lettre , &
je paffe à un autre garant bien für du génie
& de la fagacité du P. de Mailla : c'eft
le grand Kang- hi .
Lorfqu'en 1711 ce Monarque ( le Louis
le Grand des Chinois ) eut formé le deffein
de faire lever une carte exacte de fes
Etats , quatre des plus belles & des plus
riches provinces de l'Empire , avec la fameufe
ifle de Formofe , furent affignées aux
Peres Regis , de Mailla & Hinderer ; ils
s'acquitterent en habiles gens de cette importante
commiffion ( 1 ) , & l'Empereur
fut pleinement fatisfait. Ce Prince étoit
donc bien éloigné des fentimens du Pere
Laugier au fujet du P. de Mailla.
(1)Lettres édifiantes , vol . 14.
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
Au fuffrage de l'immortel Kang-hi joignons
celui d'un des Miffionnaires que je
viens de nommer , le fçavant P. Regis,
qui a eu tant de part à la collection du P.
Duhalde. J'ouvre le premier porte-feuille
du manufcrit odieux à l'Obfervateur , &
j'y lis l'atteftation fuivante , écrite & fignée
de la propre main du P. Regis. J'ai lu
» avec foin le manufcrit intitulé : Hiftoire
» générale de la Chine. Cet ouvrage tra
duit du texte chinois des annales , con-
» fronté avec les verfions tartares , faites
» par ordre du dernier Empereur , contient
» non feulement les révolutions arrivées
» au- dedans de l'Empire , & les guerres
» qu'il a eues à foutenir avec les Royaumes
» voiſins , mais encore les maximes de politique
qui ont toujours été les principes
du gouvernement de cette Monarchie.
Il renferme de plus l'ancien livre
» Chou-king , dont on fouhaitoit la tra-
» duction , & le Tchun - tfiou , écrit par
» Confucius , pour l'inftruction des Prin-
» ces : de forte qu'on a dans ce feul ou
vrage prefque tout ce qu'on pouvoit fouhaiter
de fçavoir fur ce vafte Empire :
ainfi je le juge digne de l'attention du
public. Fait à Peking , ce 2 Juin 1727 .
J. Bapt . Regis , de la Compagnie de Je-
» fus.
MARS. 1755. 105
Feu M. Freret , Secrétaire perpétuel de
l'Académie royale des Belles- Lettres , fut
de l'aveu de fes illuftres confreres , & , ce
qui revient au même , de l'aveu de tous
les fçavans , un de ces critiques confommés
qui font honneur à leur fiécle. Jufte appréciateur
des ouvrages qui lui tomboient
fous la main , il en découvroit bientôt le
fort & le foible ; j'ofe même dire que fon
caractere franc & loyal ne lui permit jamais
de diffimuler fes fentimens , quand
l'intérêt des lettres ou quelqu'autre pareil
devoir exigeoit de lui qu'il les fit connoître.
Sa politeffe , à la vérité , étoit extrême
: c'est l'efprit dominant de fa compagnie
; mais un beau génie , un coeur
droit , un fçavant du premier ordre fçut
toujours allier l'amour du vrai avec les
regles de la politeffe la plus exacte.
Or deux lettres de ce célébre Académieien
, que je fuis en état de produire ent
original , font foi des démarches qu'il fai
foit actuellement , par lui - même ou par fes
amis , auprès de M. le Duc d'Antin , pour
procurer l'honneur de l'impreffion royale
à l'hiftoire du P. de Mailla. Voici fes propres
termes dans la lettre du 29 Août
1735 , adreffée au P. Morand , Prefet des
hautes études du Collège de Lyon. » Je
me préparois à yous renvoyer le manuf
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» crit du P. de Mailla , après en avoir tiré
» un extrait ( de la préface ) . J'y ai trouvé
», une notice excellente des différentes hif-
» toires générales de la Chine . Quoique
» j'euſſe déja connoiffance d'une partie de
» ces chofes , j'y ai trouvé un détail qui
» m'a fait un très-grand plaifir. Je vois
par la lettre de M. le Prévôt des Marchands
( Camille Perrichon , Confeiller
» d'Etat , nom à jamais immortel dans le
» coeur des Lyonnois ) , que le fieur de
» Tournes paroît avoir deffein de fe char-
» ger de l'impreffion de cet ouvrage. Ce
fera un grand avantage que la chofe fe
» faffe fous vos yeux ; mais à l'égard des
» cartes & des figures , je crois qu'il fau
droit les faire graver ici , & je me chargerois
de conduire l'ouvrage , & de choi
» fir les Graveurs ... . La publication de
» cette hiftoire autentique devroit cepen-
" dant être revêtue ici d'une autorité
» femblable à celle avec laquelle elle a
paru à la Chine par les ordres de Kang-
» hi ..... C'eft une difficulté qui n'eſt pas
»infurmontable , fi l'on pouvoit infpirer
cette envie à la Cour , au Cardinal de
» Fleuri , au Garde des Sceaux , & c. «
En parlant du Profpectus qu'il vouloit faire
lui-même , il dit ; je crois , fauf meilleur
» avis , qu'il feroit à propos de le mettre
»
"
MAR S. 1755. 107
» dans le Mercure de France : cet ouvrage
» va par-tout , & tout le monde le lit ; ce
» n'eft plus le Mercure galant d'autrefois .
La 2 lettre du 23 Novembre témoigne
le même empreffement pour faire honneur
au P. de Mailla . On y voit auſſi un
trait remarquable de la critique exacte &
févere de M. Freret. » J'ai écrit au R. P.
» de Mailla pour le remercier la diffi-
» culté que je propofois au fujet de la maniere
dont il parle de la chronologie ,
» ne tombe pas fur le fond même de cette
chronologie ; mais la certitude parfaite
qu'il femble lui attribuer , fans parler
» des controverfes qui font parmi les fça-
» vans Chinois , au fujet des tems anté-
» rieurs au huitiéme fiècle avant J. C.
"
Quoique le tribunal ait pris un parti ,
» qui eft celui que fuit le texte traduit par
» le R. P. de Mailla , il y a de grandes va-
» riétés là- deflus , & je voudrois que le
» R. P. de Mailla l'eût fait fentir.
Ne pourrois je pas ajouter ici un affez
bon nombre d'autres fuffrages favorables à
l'hiftoire du P. de Mailla ? 1 °. Les termes
dont fe fervit , il y a environ dix ans , un
grand Miniftre qui paffoit à Lyon , & à
qui j'eus l'honneur de préfenter le manuf
crit en queftion : Je connois cet ouvrage ,
me dit- il avec bonté , ilfaut penfer férieuseÉ
vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ment à le donner au public : mais prenez -J
garde , l'écriture paroit s'effacer en quelques
endroits ; ayez foin d'enfaire tirer une copie.
2 °. L'eitime finguliere qu'en faifoit ,
après l'avoir lu en partie , un de nos anciens
Prévôts des Marchands *, fils & pere
de Prévôt des Marchands , d'un vafte fçavoir
& d'un goût exquis , auffi habile Académicien
que Magiftrat refpectable à tous
égards , qui n'a ceflé de cultiver les lettres
& de nous édifier par fes vertus
qu'en ceffant de vivre.
de Paris
3 ° . Les lettres que j'ai reçues
depuis la publication des deux petits volumes
de la conquête de la Chine , qui
toutes m'exhortent vivement à travailler
fur le manufcrit du P. de Mailla , ainfi
que fur l'accord de chronologie du P. Regis.
Parmi ces lettres il en eft une fur- tout
d'un fçavant Académicien à qui j'étois abfolument
inconnu . Il m'affure prendre
beaucoup d'intérêt à la grande hiftoire de
Ja Chine déposée au Collège de Lyon , &
veut bien m'encourager à en pourfuivre l'édition
, finon en gros , du moins en détail .
Les traits obligeans dont il m'honore font
moins flateurs mei pour que les offres qu'il
me fait de fon fecours. Tout le contenu
Feu M. le Préfident Dugas.
MAR S. 1755. 109
de fa lettre eft une expreffion vive de la
bonté de fon coeur , & de ce zéle ardent
pour le progrès des lettres qui l'anime ,
lui & fes illuftres collégues ; auffi ne doutai
-je pas qu'en profitant des lumieres de
ces Meffieurs , je ne puffe rendre mes extraits
du P. de Mailla propres à mériter
l'attention du public.
Au reste , les lettres qu'on a rapportées
ou indiquées dans cette réponſe , peuvent
fe voir aisément dans la bibliotheque du
grand College de Lyon.
aux obfervations du P. Laugier , fur la
nouvelle Hiftoire de la conquête de la
Chine.
NE fage critique ne peut qu'être
tions , & mérite à ce prix un accueil gracieux
de la part des gens de Lettres. Les
obfervations du P. Laugier , inférées dans
le Mercure de France (a ) , font- elles bien
marquées à ce coin de fageffe , qui rend
précieufe la cenfure des vrais fçavans , &
dont un homme de fon état ne s'écarta jamais
fans nuire à coup fûr à la réputation ?
c'eft au public d'en juger : je me préfente
avec confiance à fon tribunal , & j'attends
en paix fa décifion .
Dans la nouvelle hiftoire de la conquête
( a ) Janvier, pag. 147.
92 MERCURE DE FRANCE .
de la Chine , il eft dit que la nation des
Tartares Mancheoux étoit peu connue à la
fin du feizieme fiécle ; que le Prince Taitfong
, le premier des Rois Mancheoux qui
ait pris le titre d'Empereur des Chinois ,
mourut fans laiffer aucun fils qui lui fuccedât
; que la conquête enfin de ce vaſte
empire n'eut proprement lieu que huit ans
après la mort de ce Monarque , à l'occafion
des fuccès du rebelle Lyftching. Or
le P. Laugier emploie environ une vingtaine
de pages d'écriture à combattre vivement
ces trois points . Le défaut de vraifemblance
dans le récit de ce grand événement
eft la premiere raifon qu'il fait valoir
, & cette raifon devient péremptoire ,
felon lui , appuyée de l'autorité du P. Duhalde.
Direz- vous à l'obfervateur que le P. Dahalde
n'a pas été à portée de puifer dans
les fources ? qu'il n'a point lû les auteurs
originaux , Chinois & Tartares ? que fa
magnifique defcription de la Chine , excellente
à bien des égards , n'eft au fond
qu'une compilation des divers mémoires
qui lui étoient envoyés à Paris par fes
confreres de Pekin , où , fans miracle , il
peut s'être gliffé plus d'une erreur ? que la
partie hiftorique fur-tout de ce bel ouvrage
y eft traitée affez légerement , vû la
MARS. 1755.
93
prodigieufe étendue des annales chinoifes?
prierez-vous ce nouveau défenfeur de l'infaillibilité
du P. Duhalde , d'accorder au
moins quelque audience au P. de Mailla ,
célebre Miffionnaire de la Société , qui a
vécu plus de quarante- cinq ans à la Chine
dans l'enceinte du Palais impérial , ou dans
des voyages entrepris par ordre de l'Empereur
exhorterez-vous enfin ce redoutable
juge d'un manufcrit qu'il n'a jamais
lu , à vouloir au moins le parcourir une
fois fans paffion & fans préjugé ? Sa réponfe
eft toute prête & finguliere s'il en fut
jamais la voici. ( b ) Le peu de méthode qui
regne dans fon manufcrit ne nous invitegueres
à le croire. Et d'où fçait-il qu'il manque
de méthode ? on avoue que le ftyle
en eft fort négligé , & l'élocution peu correcte
; mais la méthode y eft à peu - près
telle qu'on a droit de l'attendre .
:
Le P. Obfervateur continue ainfi l'avis
qu'il nous donne fur l'auteur du manuf
crit : ( c ) Le jugement qu'il eft naturel d'en
-porter ( fans avoir lû fon ouvrage , capable
de former plufieurs volumes in - folio )
·le met au rang de ces efprits indulgens , qui
par un excès de bonne foi ne sçauroient avoir
ni certains fcrupules fur la certitude de leurs
(b ) Obferv. pag. 162 .
(c ) Obferv. ibid. & p. 163 , &c .
94 MERCURE DE FRANCE.
garans , ni de grandes attentions dans leurs
recherches , ni beaucoup de délicateffe fur les
preuves d'où notre critique conclut ( d )
qu'il réfulte au moins un doute bien fonde
contre l'exactitude de l'hiftoire manufcrite
qu'on vient d'imprimer à Lyon.
Je laiffe à qui le voudra le foin d'examiner
à loifir fi le P. Laugier mérite ou
non d'être mis au rang des efprits indulgens
, & s'il peche ici par un excès de bonne
foi. Mon deffein eft uniquement de
faire fentir au lecteur combien ce critique
eft lui-même peu fcrupuleux fur fes garans
, peu attentif dans fes recherches , peu
délicat fur fes preuves ; d'où réfulte néceffairement
une forte d'évidence de la frivolité
de fes remarques , tant fur la nouvelle
hiftoire imprimée à Lyon , que fur le
manufcrit dont cette hiftoire eft extraite
comme une centieme partie de fon tout.
Venons au fait.
Une des plus confidérables obfervations
du P. Laugier a pour objet la foibleffe &
l'obfcurité qu'on attribue au peuple Mancheoux
fur la fin du feizieme fiècle . Comment
croire ici le P. de Mailla , s'il réfulte
des faftes du P. Duhalde que les Tartares
ont toujours été plufieurs fiécles , même
( d ) Obfery, pag. 164 .
MARS. $755.
95
avant Jefus-Chrift , autant d'ennemis irréconciliables
des Chinois ? que les Mancheoux
ne font réellement que les Tartares
orientaux , & que ces orientaux , au
commencement du dixieme fiécle ( e ) enrent
la gloire de contraindre un Empereur
à leur céder plufieurs villes & à leur payer
tribut ?
L'objection , j'en conviens , paroîtra
forte à ceux qui n'ont jamais lu , ou qui
n'ont fait que parcourir légerement les faftes
du P. Duhalde , & l'Obſervateur eft
apparemment de ce nombre : mais une
lecture férieufe de ces faftes àuroit appris
au P. Laugier à mieux diftinguer les différentes
nations Tartares , & à ne pas confondre
les nouveaux Mancheoux avec les
anciens , appellés Kins , dont l'empire en
effet fut très- étendu . Il auroit vû de plus
que fur la fin du treizieme fiécle , non feulement
la domination de ces Kins fut ,
comme il le dit (f) , entierement abolie à la
Chine , mais qu'ils furent eux-mêmes prefque
tous exterminés ( par les Mongoux ) : ce
font les termes du P. Duhalde . (g ) Or , en
fuppofantmême comme certain que les nouveaux
Mancheoux defcendoient des Kins ,
( e ) Obferv. pag. 153 .
(f) Obferv. pag. 155 .
(g ) Duhalde , t . 1. pag. 491 ; t . 3. p. 62.5
96 MERCURE DE FRANCE.
ce qui paroît au moins douteux au P. de
Mailla , n'eft- il pas évident qu'une nation
presque toute exterminée vers la fin du treizieme
fiécle , ne pouvoit être un peuple
confidérable au feizieme ? Voilà donc le
P. de Mailla juftifié en ce point par le P.
Duhalde , & , fi je ne me trompe , le critique
confondu par fon oracle même .
Autre preuve fenfible des recherches du
P. Laugier , & de fes connoiffances en fait
d'hiftoire. Il ne peut fe perfuader qu'un
peuple , encore foible & méprifé des Chinois
au feizieme fiécle , ait pu ſe révolter
avec fuccès & faire des conquêtes au fiécle
fuivant. Non , dit le fçavant Obſervateur ,
les hiftoires anciennes & modernes ne nous
apprennent rien qui puiffe accréditer la réalité
d'un pareil foulevement. ( h ) Eft- ce bien en
France ou chez les Hurons qu'on ofe avancer
une auffi étrange propofition ? Que
l'hiftoire ancienne & moderne n'ait rien
appris de pareil au P. Laugier , je veux l'en
croire : mais nos jeunes gens , à peine fortis
du Collége , ignorent - ils le fond du
charmant récit que fait Hérodote du fou-
- levement & des rapides progrès des Perfes
? Cette nation peu connue avant Cyrus ,
ne vint-elle pas à bout , fous la conduite
( b ) Obferv. pag. 150,
de
MARS. 1755. 97
de ce héros , de vaincre les Médes , & de
conquérir leur vaîte Empire ? Les moins
verſés dans l'hiſtoire n'ont- ils pas quelque
idée de l'expédition des Cymbres , qui for
tirent tout-à- coup du Jutland , inonderent
la Germanie & les Gaules , & firent trembler
l'Italie ? Ils n'étoient pas feuls , direz
-vous , ils fe liguerent avec les Teutons.
Mais les Mancheoux firent de même
; ils s'affocierent les Mongoux , anciens
conquérans de la Chine. J'avoue que les
Cymbres furent arrêtés dans leur courfe.
Pourquoi ? parce qu'ils eurent en tête des
Romains , & que les Mancheoux à la Chine
ne furent aux prifes qu'avec des Chinois.
Le P. Laugier lui-même peut- il ne
pas fçavoir ce qu'entreprit Mahomet au
feptiéme fiécle , avec une poignée d'Arabes
, & jufqu'où les premiers Califes , fes
fucceffeurs , étendirent leur domination.
A-t-il oublié ce qui de nos jours eft arrivé
en Perfe , la conquête de cet Empire par
la nation des Aghvans ?
»
Cependant , pourfuit l'élégant Obfer-
» vateur ( i ) , je conviens que la chofe
» n'eft pas phyfiquement impoffible , &
» que fi l'on s'en tenoit toujours à la vraifemblance
, on feroit en danger de re
(i ) Obferv, pag. 150.
E
S MERCURE DE FRANCE.
jetter plus d'une vérité. Mais dès que je
vois la chofe racontée très- différemment
» par un autre auteur , je ne fçaurois fouf
» crire aveuglément à un témoignage qui ,
quoique poftérieur, n'a certainement rien
qui doive lui faire adjuger la préférence.
"
23
Les exemples qu'on vient d'indiquer &
bien d'autres auffi remarquables dans l'hiftoire
ancienne & moderne , prouvent évidemment
que le moral de la chofe va ici
de pair avec le phyfique , c'eſt-à- dire qu'il
n'eft point moralement impoffible qu'une
nation traitée avec mépris par le peuple
dominant , fe fouleve tout-à-coup , & fubjugue
à la fin fes anciens maîtres . Refte à
prononcer fur le fait particulier dont il s'agit
, après avoir pefé dans la balance d'une
critique exemte de paffion les deux autorités
du P. de Mailla & du P. Duhalde. Or , foit
dit encore une fois , il paroît que celle du
premier l'emporte fur l'autre : celui - là
ayant compofé fon hiſtoire chinoiſe fur les
lieux , ayant mis plus de vingt ans à per
fectionner fon ouvrage, ayant lû , analyfé,
confronté les auteurs originaux dans lear
propre langue , fans parler de la facilité
qu'il avoit de fe redreffer en cas de méprife
, par l'examen refléchi qu'il a fait des
quatre volumes du P. Duhalde , fur lefquels
il dit fon fentiment.
M AR S. 1755 99 .
La préfomption deviendra encore plus
forte en faveur du P. de Mailla , fi on veut
bien faire attention à ce qu'il écrit aux fupérieurs
de la province de Lyon & à fes
amis. J'ai ces lettres actuellement fous mes
yeux , & j'y vois qu'un des grands motifs
de ce laborieux Jéfuite dans la compofi
tion de fon hiftoire , fut de communiquer
aux nouveaux Miffionnaires de fa Compa
gnie une vraie érudition chinoife , rien
n'étant plus propre , felon lui , à furprendre
agréablement les Mandarins que de
paroître au fait des différentes révolutions
de l'Empire , & de montrer à propos qu'on
connoît les grands hommes des deux nations
chinoife & tartare. Il eft donc bien
à préfumer que le P. de Mailla mit tous
fes foins à ne rien inférer dans fon ouvrage
qui pût être raisonnablement contefté.
Jugeons- en par l'impreffion que feroit
fur nos François une érudition foible
ou mal digérée fur les antiquités de notre
Monarchie , fur nos Rois & nos héros.
Réuniffons ces circonftances : n'en ré
fulte-t-il pas que l'autorité du P. de Mailla
doit être naturellement préférée à celle du
P. Duhalde , par-tout où l'on voit quelque
différence dans la narration de ces
deux auteurs ? Le P. Laugier néanmoins
interdit à qui que ce foit cette préférence
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
& il l'interdit en maître. Franchement
peut il fe promettre qu'on lui obéira fans
murmurer ?
Murmure injufte , dira- t -on , fi malgré
le long féjour de votre Pere de Mailla å la
Chine , malgré fon application conftante
& toute la bonne volonté que vous lui
fuppofez , ce Miffionnaire fut tel à peuprès
que nous l'a dépeint le Pere Obfervateur
, c'est-à-dire un écrivain indulgent
à l'excès , & ce qu'on appelle en France
un bon homme. C'eft très - bien dit : mais fi
ce portrait eft de pure imagination , que
doit- on penfer du peintre ou du deffinateur
qui l'a croqué ?
Je m'adreffe ici au public , en prenant
la liberté de lui demander s'il eft avantageux
au progrès des connoiffances humaines
, conforme aux loix de l'humanité
& de l'honneur , de deshonorer à fon gré
un auteur illuſtre , également diftingué
par fa naiffance & par les travaux , par fon
caractere & par fes vertus ? de décrier fon
ouvrage fans l'avoir lû , ouvrage intéref
fant pour toute l'Europe , & unique dans
nos climats de jetter une affez forte couche
de ridicule fur les poffeffeurs de fon
manufcrit , gens de lettres par état , & , ffi
on ofe le dire , un peu connoiffeurs , qui
depuis bien des années ne ceffent de mon
?
MARS. :* 1755. 701
trer aux fçavans cette production chinoife ,
comme un des précieux ornemens de leur
magnifique bibliothèque ?
Car enfin , pour revenir à la critique du
P. Laugier , fur quoi eft fondé , je vous
prie , ce terrible arrêt de profcription dont
on appelle ? Qu'on parcoure exactement
les dix-fept pages inférées dans le Mercure
de Janvier , on n'y trouvera aucun grief
folidement établi ; on y entaffe périodes
fur périodes : on y prône le P. Duhalde ,
on y cenfure le P. de Mailla , on y déclame,
& puis c'est tout.
Mais fuis - je moi-même bien en garde
contre l'air de déclamation que je reproche
à l'Obfervateur ? Si fa critique eft des
plus frivoles , ma réponſe l'eft-elle moins ?
Le Lecteur eft ici mon juge , je le fupplie
de m'honorer encore un moment de fon
attention .
Pour déprimer le P. de Mailla , mis en
parallele avec le P. Duhalde , notre critique
affure que ce dernier forma fa defcription
de la Chine fur des mémoires recueillis
avec toutes fortes de foins par les plus
accrédités & les plus capables des Miffionnaires
Chinois. ( k ) Le fait eft certain ; mais
file P. Obfervateur avoit feulement ouvert
( k ) Obferv. p. 163.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
le premier volume du P. Duhalde , il auroit
vû le nom du P. de Mailla dans la lifte
de ces Miffionnaires les plus accrédités ¿
les plus capables . Ce n'étoit donc pas un
homme fans conféquence , au jugement
du P. Duhalde , cru infaillible par le Pere
Laugier.
J'ajoûterai que le même P. Duhalde ,
fçavant & modefte , & par là vrai fçavant ,
étoit auffi éloigné de s'attribuer quelque
forte d'infaillibilité que de manquer de
confidération à l'égard du P. de Mailla.
Ecoutons - le dans l'extrait que voici d'une
de fes lettres aux PP . Regis & de Mailla ,
datée de Paris le 7 Octobre 1736. » Quoi-
» que j'aie pris toutes les précautions ima
ginables pour ne rien avancer que d'exac-
» tement vrai , fi par la lecture de l'ouvrage,
vous trouvez que je fois tombé
dans quelques méprifes , vous m'obli-
» gerez de me le faire connoître , & je me
» ferai un plaifir d'en inftruire le public ,
» en fuivant vos , corrections , ce qui de-
و ر
viendra une nouvelle preuve de mon
» exactitude. Depuis quinze mois que cette
hiftoire paroît , on me demande déja s'il
» ne m'eft pas venu affez de mémoires
» pour faire un fupplément. Si vous & nos
»autres RR. Peres avez des écrits fur les
» matieres que j'ai traitées , ou fur d'autres
MARS. 1755. 103
» concernant la Chine & la Tartarie , qui
donnent de nouvelles connoiffances , &
» que vous vouliez bien m'en faire part ,
» je ferai ce fupplément . J'y pourrai mettre
la nouvelle carte de la Tartarie , fi
vous jugez à propos de la faire , & j'y
joindrai les raifons qu'on a eues de la
» donner de nouveau , que je tirerai des
» obfervations du P. de Mailla & de celles
>>
que vous m'enverrez. Je fuis avec bien
» du refpect , &c. Duhalde , Jéfuite. Je
laiffe à l'Obfervateur le foin de commenter
intérieurement la fin de cette lettre , &
je paffe à un autre garant bien für du génie
& de la fagacité du P. de Mailla : c'eft
le grand Kang- hi .
Lorfqu'en 1711 ce Monarque ( le Louis
le Grand des Chinois ) eut formé le deffein
de faire lever une carte exacte de fes
Etats , quatre des plus belles & des plus
riches provinces de l'Empire , avec la fameufe
ifle de Formofe , furent affignées aux
Peres Regis , de Mailla & Hinderer ; ils
s'acquitterent en habiles gens de cette importante
commiffion ( 1 ) , & l'Empereur
fut pleinement fatisfait. Ce Prince étoit
donc bien éloigné des fentimens du Pere
Laugier au fujet du P. de Mailla.
(1)Lettres édifiantes , vol . 14.
Eiv
104 MERCURE DE FRANCE.
"
Au fuffrage de l'immortel Kang-hi joignons
celui d'un des Miffionnaires que je
viens de nommer , le fçavant P. Regis,
qui a eu tant de part à la collection du P.
Duhalde. J'ouvre le premier porte-feuille
du manufcrit odieux à l'Obfervateur , &
j'y lis l'atteftation fuivante , écrite & fignée
de la propre main du P. Regis. J'ai lu
» avec foin le manufcrit intitulé : Hiftoire
» générale de la Chine. Cet ouvrage tra
duit du texte chinois des annales , con-
» fronté avec les verfions tartares , faites
» par ordre du dernier Empereur , contient
» non feulement les révolutions arrivées
» au- dedans de l'Empire , & les guerres
» qu'il a eues à foutenir avec les Royaumes
» voiſins , mais encore les maximes de politique
qui ont toujours été les principes
du gouvernement de cette Monarchie.
Il renferme de plus l'ancien livre
» Chou-king , dont on fouhaitoit la tra-
» duction , & le Tchun - tfiou , écrit par
» Confucius , pour l'inftruction des Prin-
» ces : de forte qu'on a dans ce feul ou
vrage prefque tout ce qu'on pouvoit fouhaiter
de fçavoir fur ce vafte Empire :
ainfi je le juge digne de l'attention du
public. Fait à Peking , ce 2 Juin 1727 .
J. Bapt . Regis , de la Compagnie de Je-
» fus.
MARS. 1755. 105
Feu M. Freret , Secrétaire perpétuel de
l'Académie royale des Belles- Lettres , fut
de l'aveu de fes illuftres confreres , & , ce
qui revient au même , de l'aveu de tous
les fçavans , un de ces critiques confommés
qui font honneur à leur fiécle. Jufte appréciateur
des ouvrages qui lui tomboient
fous la main , il en découvroit bientôt le
fort & le foible ; j'ofe même dire que fon
caractere franc & loyal ne lui permit jamais
de diffimuler fes fentimens , quand
l'intérêt des lettres ou quelqu'autre pareil
devoir exigeoit de lui qu'il les fit connoître.
Sa politeffe , à la vérité , étoit extrême
: c'est l'efprit dominant de fa compagnie
; mais un beau génie , un coeur
droit , un fçavant du premier ordre fçut
toujours allier l'amour du vrai avec les
regles de la politeffe la plus exacte.
Or deux lettres de ce célébre Académieien
, que je fuis en état de produire ent
original , font foi des démarches qu'il fai
foit actuellement , par lui - même ou par fes
amis , auprès de M. le Duc d'Antin , pour
procurer l'honneur de l'impreffion royale
à l'hiftoire du P. de Mailla. Voici fes propres
termes dans la lettre du 29 Août
1735 , adreffée au P. Morand , Prefet des
hautes études du Collège de Lyon. » Je
me préparois à yous renvoyer le manuf
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
» crit du P. de Mailla , après en avoir tiré
» un extrait ( de la préface ) . J'y ai trouvé
», une notice excellente des différentes hif-
» toires générales de la Chine . Quoique
» j'euſſe déja connoiffance d'une partie de
» ces chofes , j'y ai trouvé un détail qui
» m'a fait un très-grand plaifir. Je vois
par la lettre de M. le Prévôt des Marchands
( Camille Perrichon , Confeiller
» d'Etat , nom à jamais immortel dans le
» coeur des Lyonnois ) , que le fieur de
» Tournes paroît avoir deffein de fe char-
» ger de l'impreffion de cet ouvrage. Ce
fera un grand avantage que la chofe fe
» faffe fous vos yeux ; mais à l'égard des
» cartes & des figures , je crois qu'il fau
droit les faire graver ici , & je me chargerois
de conduire l'ouvrage , & de choi
» fir les Graveurs ... . La publication de
» cette hiftoire autentique devroit cepen-
" dant être revêtue ici d'une autorité
» femblable à celle avec laquelle elle a
paru à la Chine par les ordres de Kang-
» hi ..... C'eft une difficulté qui n'eſt pas
»infurmontable , fi l'on pouvoit infpirer
cette envie à la Cour , au Cardinal de
» Fleuri , au Garde des Sceaux , & c. «
En parlant du Profpectus qu'il vouloit faire
lui-même , il dit ; je crois , fauf meilleur
» avis , qu'il feroit à propos de le mettre
»
"
MAR S. 1755. 107
» dans le Mercure de France : cet ouvrage
» va par-tout , & tout le monde le lit ; ce
» n'eft plus le Mercure galant d'autrefois .
La 2 lettre du 23 Novembre témoigne
le même empreffement pour faire honneur
au P. de Mailla . On y voit auſſi un
trait remarquable de la critique exacte &
févere de M. Freret. » J'ai écrit au R. P.
» de Mailla pour le remercier la diffi-
» culté que je propofois au fujet de la maniere
dont il parle de la chronologie ,
» ne tombe pas fur le fond même de cette
chronologie ; mais la certitude parfaite
qu'il femble lui attribuer , fans parler
» des controverfes qui font parmi les fça-
» vans Chinois , au fujet des tems anté-
» rieurs au huitiéme fiècle avant J. C.
"
Quoique le tribunal ait pris un parti ,
» qui eft celui que fuit le texte traduit par
» le R. P. de Mailla , il y a de grandes va-
» riétés là- deflus , & je voudrois que le
» R. P. de Mailla l'eût fait fentir.
Ne pourrois je pas ajouter ici un affez
bon nombre d'autres fuffrages favorables à
l'hiftoire du P. de Mailla ? 1 °. Les termes
dont fe fervit , il y a environ dix ans , un
grand Miniftre qui paffoit à Lyon , & à
qui j'eus l'honneur de préfenter le manuf
crit en queftion : Je connois cet ouvrage ,
me dit- il avec bonté , ilfaut penfer férieuseÉ
vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ment à le donner au public : mais prenez -J
garde , l'écriture paroit s'effacer en quelques
endroits ; ayez foin d'enfaire tirer une copie.
2 °. L'eitime finguliere qu'en faifoit ,
après l'avoir lu en partie , un de nos anciens
Prévôts des Marchands *, fils & pere
de Prévôt des Marchands , d'un vafte fçavoir
& d'un goût exquis , auffi habile Académicien
que Magiftrat refpectable à tous
égards , qui n'a ceflé de cultiver les lettres
& de nous édifier par fes vertus
qu'en ceffant de vivre.
de Paris
3 ° . Les lettres que j'ai reçues
depuis la publication des deux petits volumes
de la conquête de la Chine , qui
toutes m'exhortent vivement à travailler
fur le manufcrit du P. de Mailla , ainfi
que fur l'accord de chronologie du P. Regis.
Parmi ces lettres il en eft une fur- tout
d'un fçavant Académicien à qui j'étois abfolument
inconnu . Il m'affure prendre
beaucoup d'intérêt à la grande hiftoire de
Ja Chine déposée au Collège de Lyon , &
veut bien m'encourager à en pourfuivre l'édition
, finon en gros , du moins en détail .
Les traits obligeans dont il m'honore font
moins flateurs mei pour que les offres qu'il
me fait de fon fecours. Tout le contenu
Feu M. le Préfident Dugas.
MAR S. 1755. 109
de fa lettre eft une expreffion vive de la
bonté de fon coeur , & de ce zéle ardent
pour le progrès des lettres qui l'anime ,
lui & fes illuftres collégues ; auffi ne doutai
-je pas qu'en profitant des lumieres de
ces Meffieurs , je ne puffe rendre mes extraits
du P. de Mailla propres à mériter
l'attention du public.
Au reste , les lettres qu'on a rapportées
ou indiquées dans cette réponſe , peuvent
fe voir aisément dans la bibliotheque du
grand College de Lyon.
Fermer
Résumé : REPONSE du sieur Vojeu de Brunem aux observations du P. Laugier, sur la nouvelle Histoire de la conquête de la Chine.
Vojeu de Brunem répond aux observations du Père Laugier concernant la 'Nouvelle Histoire de la conquête de la Chine'. Il commence par souligner l'importance d'accueillir gracieusement toute critique et d'évaluer les observations du Père Laugier, publiées dans le Mercure de France, par le public. L'histoire en question affirme que la nation des Tartares Mancheoux était peu connue à la fin du XVIIe siècle, que le Prince Taitfong, premier Empereur des Chinois de cette nation, est mort sans héritier, et que la conquête de l'empire chinois a eu lieu huit ans après sa mort, à l'occasion des succès du rebelle Lyftching. Le Père Laugier conteste ces points dans environ vingt pages, arguant du manque de vraisemblance du récit. Vojeu de Brunem remet en question la fiabilité des sources du Père Duhalde, sur lesquelles s'appuie le Père Laugier. Il suggère que le Père Duhalde n'a peut-être pas eu accès aux sources originales et que son ouvrage est une compilation de mémoires envoyés par ses confrères à Paris. Vojeu de Brunem critique également la méthode et le style du manuscrit du Père Laugier, tout en défendant la méthode et l'érudition du Père de Mailla. Ce dernier a vécu plus de quarante-cinq ans en Chine et a composé son histoire sur place. Il souligne que le Père de Mailla a eu accès aux auteurs originaux et a confronté ses sources, ce qui lui donne une autorité supérieure à celle du Père Duhalde. Le texte se termine par une défense de l'œuvre du Père de Mailla, soulignant son importance pour les missionnaires et les lettrés. Vojeu de Brunem critique l'attitude du Père Laugier, qui décrierait un ouvrage sans l'avoir lu. Il appelle le public à juger de la validité des critiques du Père Laugier et à reconnaître la valeur de l'œuvre du Père de Mailla. Le Père Duhalde, reconnu pour son jugement et son érudition, considère le Père de Mailla comme un auteur de confiance. Dans une lettre datée du 7 octobre 1736, Duhalde exprime son désir de corriger toute erreur potentielle dans son ouvrage et de publier un supplément si des informations supplémentaires sont fournies par des collègues comme les Pères Régis et de Mailla. L'empereur Kang-hi, en 1711, avait chargé les Pères Régis, de Mailla et Hinderer de créer une carte précise de ses États, ce qu'ils accomplirent avec succès. Le Père Régis, dans une attestation datée du 2 juin 1727, loue l'œuvre de Mailla pour sa précision et son exhaustivité. Plusieurs personnalités, dont des ministres et des académiciens, ont également exprimé leur soutien et leur admiration pour l'œuvre de Mailla.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
652
p. 109-115
LETTRE DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
Début :
Le nom que vous vous faites dans les Lettres, Monsieur, plus encore que le remerciment [...]
Mots clefs :
Régale, Couronne, Abbé, Roi, Églises, Bénéfices, Suzerain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
LETTRE DE M. LE P. H.
A M. L'A B BE' V.
LE
E nom que vous vous faites dans les Lettres
, Monfieur , plus encore que le re
merciment que je vous dois de l'extrême politeffe
que vous me marquez dans votre ouvrage
, mérite bien que je me défende fur un article
où nous penfons tous deux differemment ,
c'est la Régale *. Si ma nouvelle édition n'étoit
pas trop avancée , j'y aurois inferé cente
réponse ; pour y fuppléer , je vous l'adreſſe à
vous-même,, & je me fais l'honneur d'en
prendre le public pour témoin : j'efpere que
* Je prie ceux qui liront cette réponſe, de jetter
les yeuxfur ce que j'ai écrit à l'année 511 .
110 MERCURE DE FRANCE.
cela me vaudra quelque nouvelle obfervation
de votre part , & ce genre de combat littéraire
, quand les armes font en des mains
auffi polies que les vôtres , fert merveillenfement
à éclaircir la vérité . Nous femmes d'ailleurs
tropfouvent d'accord fur des faits auſſi
curieux qu'importans , pour que l'on doive
êtrefurpris fi nous différons quelquefois.
M. l'Abbé Velly prétend que l'on ne
doit chercher l'origine de la Régale que
dans le droit féodal ; & moi , je crois qu'elle
eft antérieure aux fiefs : les fiefs , fuivant
moi , tels que nous les connoiffons aujourd'hui
, n'ont commencé qu'avec l'ufurpation
des fujers , vers le regne de Charles
le Simple . La Régale , auffi ancienne que la
couronne , eft donc plus ancienne que les
fiefs , dont elle ne vient pas . Pinfon , dans
fon traité de la Régale , la compare au Nil ,
dont la fource eft inconnue. Celle des fiefs
l'eft-elle ? Les Gens du Roi , dans un difcours
du 24 Juillet 1633 , difent que la
Régale eft auffi ancienne que la Couronne :
peut-on en dire autant des fiefs ? les Francs
les ont- ils apportés , ou les ont-ils trouvés
dans les Gaules ? Les feuls Rois de Francè
ont le droit de Régale , & les fiefs font de
tous les pays : les fiefs n'ont donc pas produit
la Régale ? Les fiefs , dit M. l'Abbé
Velly,fe nommoient Regalia , dont ils ont,
MARS 1755 : III
moi je
felon lui , donné ce nom à la Régale ; &
dis que les fiefs ont pris en France
le nom de Regalia , qui n'appartenoit alors
qu'à la Régale , parce que la Régale eſt le
plus noble droit de la Couronne . C'étoit
bien ainfi que s'exprimoit Philippe de Valois
en 1334. La collation des prében-
» des en régale nous appartient , à cauſe
» de la nobleffe de la Couronne de Fran-
» ce « . Enfin , & c'eſt là la grande objection
, j'ai dit que les vrais principes de la
Régale fe trouvoient dans le concile d'Orléans
( canon VII . ) , car je n'ai pas dit
que le canon d'Orléans foit le titre qui ait
conféré la Régale à nos Rois , à Dieu ne
plaife : c'eût été faire dépendre ce droit
d'une autorité dont il ne dépend pas . Mais
je dis qu'à la maniere dont les Evêques
reconnoiffent dans ce Concile que l'Eglife
poffède les biens temporels , qui n'eft
qu'un fimple ufufruit , iis caractériſent la
nature de ces biens , qui ne font que viagers
, de même qu'ils reconnoiffent le droit
de celui qui les confere , & qui par la
force de la dureté les réunit à chaque vacance
, ce qui n'eft autre chofe que la Ré
gale : auffi les Juges laïcs en font ils feuls
les juges. Baronius avoit bien fenti la force
de ce canon , puifqu'il ne trouve d'autre
moyen de l'éluder qu'en le changeant , &
112 MERCURE DE FRANCE.
ود
qu'au lieu de lire quicquid in fructibus , il a
écrit quicquid in faventibus : ce qui donne
une nouvelle force au véritable texte . Mais
enfin , dit M. l'Abbé Velly , il y avoit des
Eglifes qui ne vaquoient point en Régale :
quelle en peut être la raiſon , finon que
ces Eglifes ne tenoient aucun fief du Roi ?
Voici la réponſe par où je termine cet article.
Les Gens du Roi , dans leur avis au
Parlement , figné Mollé , en 1633 , que j'ai
déja cité , difent » qu'il doit être tenu
» pour conftant que la Régale eft univer-
» felle , & a lieu dans toutes les Eglifes
du royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais aufli uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec
» elle «. C'eſt ce qu'on trouve encore dans
le fameux plaidoyer, de Jerôme Bignon ,
de 1638. Aucun cas d'exemption n'eſt donc
prévu , aucune Eglife n'en eft exceptée.
Celles qui prétendent cette exception ne la
peuvent donc jamais prétendre par la nature
des biens qu'elles poffèdent , mais feulement
par des conceffions particulieres ,
qui n'étant que des exceptions , confirment
la regle. Pour achever de fe convaincre ,
il n'y a qu'à lire la troifiéme partie du livre
III. du Traité de l'origine de la Régale , par
M. Audoul. Cet ouvrage parut en 1708
MARS. 1755. 113
fous les yeux de M. Dagueffeau , auquel
ce célebre Avocat étoit attaché ; & voici
l'extrait de l'approbation donnée par M.-
Ifali , cet oracle du barreau. » M. Audoul
» a fait voir que ce droit éminent de la
» Régale tire fa fource du canon VII . du
» concile I. d'Orléans , ce qu'il a prouvé
"par des faits fi certains , & par de fi bons
» principes , qu'il n'eft pas poffible d'y ré-
» fifter . Voilà d'après qui j'ai écrit .
Il refulte de ce qui vient d'être dit , que
nous différons , M. l'Abbé Velly & moi ,
non feulement fur la Régale , mais même
fur l'origine des fiefs , puifque les fiefs
fuivant moi , tels qu'ils font ajourd'hui ,
ne remontent pas plus haut que le tems
de Charles le Simple , & que la Régale étant
auffi ancienne que la monarchie , j'ai eu
raifon de conclure que la Régale ne pouvoit
pas venir des fiefs . Mais cette preuve ,
qui eft fans replique fuivant mes principes
, ne fatisfera point M. l'Abbé V. puifqu'il
fait commencer les fiefs avec la monarchie
; auffi n'eft- ce qu'une des preuves
que j'ai alléguées : refte donc la queftion
de l'ancienneté des fiefs , & on fent dans
quelle difcuffion cela nous entraîneroit ,
Une des preuves qu'en rapporte M. l'Abbé
V. qui eft l'inveftiture de la Seigneurie de
Melun , pourroit être contredite , & l'auto114
MERCURE DE FRANCE.
auparavant.
torité d'Aimoin , écrivain du onzième fiécle
, ne feroit pas d'un grand poids , quand
il dépofe d'un fait arrivé au fixiéme . D'ail
leurs il faut avoir de bons yeux pour reconnoître
les fiefs dans les bénéfices mili
taires . On trouve , à la vérité , dès la premiere
race , des exemples de bénéfices accordés
fous de certaines redevances , dont
la principale devoit être le fervice militaire
; mais font-ce bien là des fiefs ? ces béné
fices étoient viagers , & ont continué de
l'être jufqu'au tems de l'ufurpation , &
alors , en effet , ils peuvent être devenus
des fiefs , fans qu'ils le fuffent
On pourroit ajouter que les bénéfices ont
été inftitués d'après les terres faliques ,
fans courir le rifque que l'on en tirât des
conféquences pour les fiefs. Le Seigneur
de fief avoit un fuzerain , le bénéficier
n'avoit qu'un fouverain . Le feigneur de
fief avoit des vaffaux , dont il étoit à fon
tour le fuzerain ; mot , dit Loifeau , qui
eft auffi étranger que cette efpéce de Seigneurie
eft abfurde ( ce qui prouve en
paffant qu'il ne regardoit le fief que comme
une innovation ) . Quelle fimilitude ,
en effet , peut-on trouver entre ces deux
qualités de bénéficier & de fuzerain ? Mais
abandonnons cette queftion qui a fait le
tourment de tant d'écrivains. Le fentiment
MARS. 1755.
de M. l'Abbé V. peut fort bien fe foutenir
fans que, felon moi , il influe fur la queftion
de la Régale , où j'aurois plus de peine
à me rendre.
Voilà , Monfieur , ce que je me fuis fait un
devoir de vous expofer , pour répondre à l'ef
time que vous avez bien voulu me témoigner ,
& en même tems pour faire connoître les fentimens
avec lesquelsj'ai l'honneur d'être , &c.
A M. L'A B BE' V.
LE
E nom que vous vous faites dans les Lettres
, Monfieur , plus encore que le re
merciment que je vous dois de l'extrême politeffe
que vous me marquez dans votre ouvrage
, mérite bien que je me défende fur un article
où nous penfons tous deux differemment ,
c'est la Régale *. Si ma nouvelle édition n'étoit
pas trop avancée , j'y aurois inferé cente
réponse ; pour y fuppléer , je vous l'adreſſe à
vous-même,, & je me fais l'honneur d'en
prendre le public pour témoin : j'efpere que
* Je prie ceux qui liront cette réponſe, de jetter
les yeuxfur ce que j'ai écrit à l'année 511 .
110 MERCURE DE FRANCE.
cela me vaudra quelque nouvelle obfervation
de votre part , & ce genre de combat littéraire
, quand les armes font en des mains
auffi polies que les vôtres , fert merveillenfement
à éclaircir la vérité . Nous femmes d'ailleurs
tropfouvent d'accord fur des faits auſſi
curieux qu'importans , pour que l'on doive
êtrefurpris fi nous différons quelquefois.
M. l'Abbé Velly prétend que l'on ne
doit chercher l'origine de la Régale que
dans le droit féodal ; & moi , je crois qu'elle
eft antérieure aux fiefs : les fiefs , fuivant
moi , tels que nous les connoiffons aujourd'hui
, n'ont commencé qu'avec l'ufurpation
des fujers , vers le regne de Charles
le Simple . La Régale , auffi ancienne que la
couronne , eft donc plus ancienne que les
fiefs , dont elle ne vient pas . Pinfon , dans
fon traité de la Régale , la compare au Nil ,
dont la fource eft inconnue. Celle des fiefs
l'eft-elle ? Les Gens du Roi , dans un difcours
du 24 Juillet 1633 , difent que la
Régale eft auffi ancienne que la Couronne :
peut-on en dire autant des fiefs ? les Francs
les ont- ils apportés , ou les ont-ils trouvés
dans les Gaules ? Les feuls Rois de Francè
ont le droit de Régale , & les fiefs font de
tous les pays : les fiefs n'ont donc pas produit
la Régale ? Les fiefs , dit M. l'Abbé
Velly,fe nommoient Regalia , dont ils ont,
MARS 1755 : III
moi je
felon lui , donné ce nom à la Régale ; &
dis que les fiefs ont pris en France
le nom de Regalia , qui n'appartenoit alors
qu'à la Régale , parce que la Régale eſt le
plus noble droit de la Couronne . C'étoit
bien ainfi que s'exprimoit Philippe de Valois
en 1334. La collation des prében-
» des en régale nous appartient , à cauſe
» de la nobleffe de la Couronne de Fran-
» ce « . Enfin , & c'eſt là la grande objection
, j'ai dit que les vrais principes de la
Régale fe trouvoient dans le concile d'Orléans
( canon VII . ) , car je n'ai pas dit
que le canon d'Orléans foit le titre qui ait
conféré la Régale à nos Rois , à Dieu ne
plaife : c'eût été faire dépendre ce droit
d'une autorité dont il ne dépend pas . Mais
je dis qu'à la maniere dont les Evêques
reconnoiffent dans ce Concile que l'Eglife
poffède les biens temporels , qui n'eft
qu'un fimple ufufruit , iis caractériſent la
nature de ces biens , qui ne font que viagers
, de même qu'ils reconnoiffent le droit
de celui qui les confere , & qui par la
force de la dureté les réunit à chaque vacance
, ce qui n'eft autre chofe que la Ré
gale : auffi les Juges laïcs en font ils feuls
les juges. Baronius avoit bien fenti la force
de ce canon , puifqu'il ne trouve d'autre
moyen de l'éluder qu'en le changeant , &
112 MERCURE DE FRANCE.
ود
qu'au lieu de lire quicquid in fructibus , il a
écrit quicquid in faventibus : ce qui donne
une nouvelle force au véritable texte . Mais
enfin , dit M. l'Abbé Velly , il y avoit des
Eglifes qui ne vaquoient point en Régale :
quelle en peut être la raiſon , finon que
ces Eglifes ne tenoient aucun fief du Roi ?
Voici la réponſe par où je termine cet article.
Les Gens du Roi , dans leur avis au
Parlement , figné Mollé , en 1633 , que j'ai
déja cité , difent » qu'il doit être tenu
» pour conftant que la Régale eft univer-
» felle , & a lieu dans toutes les Eglifes
du royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais aufli uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec
» elle «. C'eſt ce qu'on trouve encore dans
le fameux plaidoyer, de Jerôme Bignon ,
de 1638. Aucun cas d'exemption n'eſt donc
prévu , aucune Eglife n'en eft exceptée.
Celles qui prétendent cette exception ne la
peuvent donc jamais prétendre par la nature
des biens qu'elles poffèdent , mais feulement
par des conceffions particulieres ,
qui n'étant que des exceptions , confirment
la regle. Pour achever de fe convaincre ,
il n'y a qu'à lire la troifiéme partie du livre
III. du Traité de l'origine de la Régale , par
M. Audoul. Cet ouvrage parut en 1708
MARS. 1755. 113
fous les yeux de M. Dagueffeau , auquel
ce célebre Avocat étoit attaché ; & voici
l'extrait de l'approbation donnée par M.-
Ifali , cet oracle du barreau. » M. Audoul
» a fait voir que ce droit éminent de la
» Régale tire fa fource du canon VII . du
» concile I. d'Orléans , ce qu'il a prouvé
"par des faits fi certains , & par de fi bons
» principes , qu'il n'eft pas poffible d'y ré-
» fifter . Voilà d'après qui j'ai écrit .
Il refulte de ce qui vient d'être dit , que
nous différons , M. l'Abbé Velly & moi ,
non feulement fur la Régale , mais même
fur l'origine des fiefs , puifque les fiefs
fuivant moi , tels qu'ils font ajourd'hui ,
ne remontent pas plus haut que le tems
de Charles le Simple , & que la Régale étant
auffi ancienne que la monarchie , j'ai eu
raifon de conclure que la Régale ne pouvoit
pas venir des fiefs . Mais cette preuve ,
qui eft fans replique fuivant mes principes
, ne fatisfera point M. l'Abbé V. puifqu'il
fait commencer les fiefs avec la monarchie
; auffi n'eft- ce qu'une des preuves
que j'ai alléguées : refte donc la queftion
de l'ancienneté des fiefs , & on fent dans
quelle difcuffion cela nous entraîneroit ,
Une des preuves qu'en rapporte M. l'Abbé
V. qui eft l'inveftiture de la Seigneurie de
Melun , pourroit être contredite , & l'auto114
MERCURE DE FRANCE.
auparavant.
torité d'Aimoin , écrivain du onzième fiécle
, ne feroit pas d'un grand poids , quand
il dépofe d'un fait arrivé au fixiéme . D'ail
leurs il faut avoir de bons yeux pour reconnoître
les fiefs dans les bénéfices mili
taires . On trouve , à la vérité , dès la premiere
race , des exemples de bénéfices accordés
fous de certaines redevances , dont
la principale devoit être le fervice militaire
; mais font-ce bien là des fiefs ? ces béné
fices étoient viagers , & ont continué de
l'être jufqu'au tems de l'ufurpation , &
alors , en effet , ils peuvent être devenus
des fiefs , fans qu'ils le fuffent
On pourroit ajouter que les bénéfices ont
été inftitués d'après les terres faliques ,
fans courir le rifque que l'on en tirât des
conféquences pour les fiefs. Le Seigneur
de fief avoit un fuzerain , le bénéficier
n'avoit qu'un fouverain . Le feigneur de
fief avoit des vaffaux , dont il étoit à fon
tour le fuzerain ; mot , dit Loifeau , qui
eft auffi étranger que cette efpéce de Seigneurie
eft abfurde ( ce qui prouve en
paffant qu'il ne regardoit le fief que comme
une innovation ) . Quelle fimilitude ,
en effet , peut-on trouver entre ces deux
qualités de bénéficier & de fuzerain ? Mais
abandonnons cette queftion qui a fait le
tourment de tant d'écrivains. Le fentiment
MARS. 1755.
de M. l'Abbé V. peut fort bien fe foutenir
fans que, felon moi , il influe fur la queftion
de la Régale , où j'aurois plus de peine
à me rendre.
Voilà , Monfieur , ce que je me fuis fait un
devoir de vous expofer , pour répondre à l'ef
time que vous avez bien voulu me témoigner ,
& en même tems pour faire connoître les fentimens
avec lesquelsj'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
La lettre de M. le P. H. à M. l'Abbé Velly traite de la Régale, un droit royal. M. le P. H. conteste l'origine féodale de la Régale, affirmant qu'elle est antérieure aux fiefs. Selon lui, les fiefs ont commencé avec l'usurpation des suzerains sous le règne de Charles le Simple. Il soutient que la Régale est aussi ancienne que la couronne et ne provient pas des fiefs. M. l'Abbé Velly, en revanche, pense que la Régale trouve son origine dans le droit féodal. Pour appuyer son argumentation, M. le P. H. cite divers documents historiques, tels que le discours des Gens du Roi en 1633 et le traité de Pinfon. Il mentionne également le concile d'Orléans et le canon VII, qui reconnaissent la nature temporelle des biens de l'Église et le droit royal de la Régale. M. le P. H. conclut en affirmant que la Régale est un droit universel et inhérent à la couronne, indépendamment des biens possédés par les églises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
653
p. 115-123
MEMOIRE CRITIQUE.
Début :
Les éloges que vous avez donnés, Monsieur, à l'Armorial général de France, [...]
Mots clefs :
Seigneurs, Juge d'armes, Traduction, Recherches, Ermite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE CRITIQUE.
GENEALOGI E.
MEMOIRE CRITIQUE. ·
Es éloges que vous avez donnés , Monfieur
, à l'Armorial général de France
, & la confiance que j'ai en vos lumieres
, m'ont donné la curiofité la plus vive
pour cet ouvrage , en convenant avec vous
des talens de M. de Serigny , & de l'eſtime
qui leur eftdûe : je ne croirois pas la pouffer
affez loin , fi je ne foupçonnois qu'il
vit avec peine quelques obfervations que
j'ai faites à la lecture de l'article d'Alès
de Corber , & que diverſes circonftances
m'ont empêché de vous communiquer plutôt.
Quand il n'auroit pas indiqué cet article
comme un des plus curieux & des
mieux travaillés , il fe feroit attiré mon
attention par lui - même , non feulement
116 MERCURE DE FRANCE.
mais
comme faifant la tête du volume ,
par fa prodigieufe longueur , le nombre de
citations , d'extraits , de monumens &
d'anciennes chartres , le travail & l'art
qui paroiffent dans les differtations. Il
femble l'avoir préféré à tous les autres ,
en le choififfant pour donner au public ,
dans tous les ouvrages périodiques , un
effai de fes recherches. J'efpere , Monfieur,
qu'ayant bien voulu en faire ufage dans
le vôtre , vous ne me refuferez pas d'y inférer
mes objections.
L'article d'Alès eft précédé d'un autre
intitulé d'Alluye . C'eſt d'abord un recueil
de différentes pieces , dans l'arrangement
defquelles on a principalement confulté
l'ordre des tems. Il contient enfuite des
differtations fur l'application qu'on en doit
faire.
Le premier deffein de l'auteur étoit
de n'en faire aucune , & de laiffer ainfi au
public la liberté de prononcer fur le nom
qu'ont dû porter les anciens Seigneurs à
qui ces chartres font relatives. Mais ayant
depuis médité plus profondément fur ce
fujet , & fes recherches l'ayant conduit
jufqu'au point de s'affurer pleinement de
leur véritable nom , c'eft - à- dire de celui
* Armor. gén. p. 35 .
MARS. 1755. 117
qu'ils portoient de leur vivant , il s'eft enfin
déterminé , ( comme il en a le droit )
à leur donner celui d'Alluye.
Si le Juge d'Armes s'étoit contenté de
propofer l'interprétation qu'il donne de
tous les noms latins employés dans fes chartres
pour les Seigneurs de Saint- Chriftophe
& de Châteaux , comme une fimple
conjecture , comme une opinion ; fi en rejettant
toutes les autorités qui combattent
fon nouveau fentiment , il ne l'eût préfenté
que comme plus vraisemblable , par les
divers raifonnemens dont il l'appuye ; fi
par ce projet il eût continué de laiffer le
public juge de cette question , peut- être
n'eût- on pas pris la peine de l'examiner
après lui , & eût - on regardé comme infoluble
un problème généalogique qu'il
n'eût pas réfolu . Mais il décide pleinement,
il décide ex cathedra , en vertu du droit
de fa charge , non feulement de la traduction
françoife qu'il faut faire maintenant
des noms dont il s'agit , mais encore du
nom même que ces Seigneurs portoient
effectivement de leur vivant. Il n'eft plus
permis aux Grammairiens de traduire autrement
ces noms , quelque analogie qu'ils
trouvaflent avec d'autres de même genre :
On ne doit plus faire d'attention , ni à l'autorité
, ni aux recherches de dix ou douy
118 MERCURE DE FRANCE.
ze écrivains précédens ; on doit croire
qu'ils fe font copiés fervilement , & que
les méditations du Juge d'Armes font bien
plus certaines en effet dans la littérature
les fuffrages ne fe comptent pas , ils ſe peſent.
Le public même n'a plus la liberté de penfer
autrement : nul appel de ce nouveau tribunal
fouverain , il n'eſt pas poſſible de leur
donner d'autres noms , pag. 1 2.
Le doute même eft interdit , il n'eft pas
permis de douter un feul moment.
J'avoue , Monfieur , que ce doute qui
m'eft interdit , ne dépend pas de moi. S'il
eft criminel , puis-je mieux faire que de
m'adreffer par votre canal à celui qui peut
d'un coup de lumieres diffiper mes téné
bres ... J'entre en matiere , & voici le
plan de mes obfervations. Je commencerai
par examiner les raifons du jeune auteur ,
& faire voir que les conféquences qu'il en
tire ,font bien plus précifes que fes principes
: enfuite j'en propoferai d'autres, que
je foumettrai à votre jugement , au fien &
à celui du public : enfin je hazarderai mes
propres conjectures , aufquelles je pourrois
peut-être donner un autre nom , fi
mon autorité étoit d'un plus grand poids
dans la littérature , ou que j'euffe l'hon
neur d'être revêtu d'une charge qui confé
rât l'infaillibilité , même pour les faits.
MARS. 1755. 119
Le Juge d'Armes * fait l'hiftoire des anciens
Seigneurs de Châteaux & de Saint-
Chriftophe , ( les deux premieres Baronnies
d'Anjou & de Touraine ) depuis le
dixieme fiécle jufques vers la fin du treizie
me. Il appuie tout ce qu'il raconte , de
chartres autentiques , ou d'extraits d'anciens
auteurs , la plupart Latins. Il penfe
avec raifon que les huit noms latins fous
lefquels ils paroiffent , ne font en effet
que le même , différemment orthographié,
fuivant les tems , les lieux , le plus ou
moins de fçavoir ou de goût des Ecrivains ;
ou , ce qui revient au même , que tous ces
mots latins ne font que l'expreffion & la
traduction du nom unique qu'ils portoient
en françois , encore qu'il ait pu lui-même
effuyer quelque variation , comme tant
d'autres , ne fût - ce que par l'ignorance
des Notaires ou Ecrivains , ou par la faute
des copiſtes ; il s'agit donc de fixer ou de
deviner quel eft ce nom françois que portoient
ces Seigneurs. M. de Serigny com-.
mence par établir que celui d'Alés ou d'Alais
, qu'on auroit été plus tenté de leur
donner , & qui leur a effectivement été
donné par la plupart des auteurs qui en
ont parlé , comme il leur eft confervé par
Premiere partie . Examen des raifons.
120 MERCURE DE FRANCE.
la tradition de leur pays , n'est point le
leur , & ne leur convient pas enfuite il
entreprend , ( & y réuffit , felon lui , aſſez
bien d'en fubftituer un autre qui eft ce-
)
lui d'Alluye .
Dans la premiere partie de cette differtation
il n'emploie que des preuves négatives
. Il paffe en revûe la plupart des auteurs
qui l'ont précédé , & qui ont interprété
, de Aleia , de Aloya , de Alluya , de
Alogia , de Alea , par Dalés. 1 ° . Le Chevalier
de l'Hermite Souliers , Gentilhomme
de Touraine , qui donna en 1665 la
généalogie de la maifon d'Alés . Il étoit ,
felon lui , peu exact , & manquoit de
critique ; heureufement il n'ajoute pas
qu'il fût de mauvaife foi , ni capable
par intérêt & par adulation , de faire
des fuppofitions & d'inventer une tradition
: fa naiffance même le met. audeffus
de ce reproche , & on obfervera
que , felon le Juge d'Armes lui - même ,
Mrs d'Alés de Corbet n'habitant plus fa
province , & ne paroiffant entr'eux de
liaifon , ni de fang , ni d'amitié , on n'a
pas de raifons de le foupçonner plus à leur
égard que pour d'autres maifons.
Au demeurant , quoiqu'il ait fans doute
bien fait des fautes , fon fçavoir ne
paſſe pas pour fi mépriſable. Il n'a pu faire
fon
MAR S. 1755. 121
fon livre fans faire d'affez grandes recherches
en Touraine , & dans les provin
ces circonvoifines. Il lui étoit aifé de tirer
des fumieres de l'Abbé de Marolles , Abbé
de Villeloing , qui en avoit beaucoup dans
ces matieres , & qui indépendamment des
ouvrages imprimés , qui font apparemment
dans le cabinet du Juge d'Armes , en avoit
compofé quatre volumes in-fol. qu'il ne
paroît pas connoître. L'Hermite cite en ,
core quelques autres fources où il a puifé ,
qui ne font pas plus familieres au jeune
auteur , entr'autres les Mémoires généalo
giques d'Anjou , de la Ménardiere , auteur
affez ancien.
Il paffe à la Roque qui parle du nom
d'Alés dans fon Traité du ban : il en parle
auffi dans fon Traité de la nobleffe , & l'or
tographie de même ; mais il eft queſtion
ici du premier , imprimé en 1667. Joannes
de Aleia , d'Alés * , au nombre des Chevaliers
Bannerets de Touraine , convoqués
en 1214. Le Juge d'Armes a raifon de le
reconnoître pour le même Jean ,pere d'Hugues
enterré avec fon fils , felon l'Hermite
& Mrs de Sainte Marthe , à l'Abbaye
* M. de Serigny nous donne lui - même un
exemple d'un acte latin du treizieme fiécle , où
il fe trouve du françois ... Alloye dans le fecond
aveu de la Reine de Jéruſalem.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
de la Clarté , où l'on voit encore leurs
maufolées , ainfi que celui d'un autre de
leur famille , qui avoit fait les principales
fondations de cette Abbaye.
Cette traduction du de Aleia , par d'Alés
, n'eft pas du goût du Juge d'Armes ;
il convient pourtant plus bas qu'elle eft
affez naturelle ; & en effet , comment traduit-
il lui-même Ufetia , fi ce n'eſt par
d'Ufés, & Saya fi ce n'eft par Sées ou Sais ?
Mais il fe contente de dire que c'eſt là
une fourrure de la façon de la Roque. Il en
donne des raifons affez plaufibles , quoique
la proteftation qu'avoit faite cet auteur
, de donner ces regiftres fans y rien
ajouter ou retrancher , méritât peut - être
que le Juge d'Armes , avant de l'accufer
de cette infraction à fa promeffe , la vérifiât
au moins par l'examen des registres
même , comme il a pris la peine de le
faire pour quatre extraits du cabinet de M.
de Clerambault , qui regardoient des gens
du néant , qui avoient peut - être pris le
nom de leur village , comme il arrivoit
fouvent autrefois . ) Quoiqu'il en foit , il rejette
la traduction de la Roque , ſans lui
donner le moindre éloge qu'il devoit à
fon érudition , & à la critique qu'il a des
premiers introduit dans ce travail. Il vient
à Carreau , Ecrivain Tourangeau , qui a
M AR S. 1753. 123
compofé le fiècle dernier une hiftoire de
Touraine , dont le manufcrit fe conferve à
l'Abbaye de Marmoutiers , & dans laquelle
on trouve * , dit - il , une généalogie affez
fautive des Seigneurs de Saint- Christophe
( quoique le P. le Long lui rende le témoignage
que cette hiftoire ait été travaillée
avec beaucoup de foin). Carreau avoit vû
beaucoup de pieces inférées dans l'Armorial
, & appelle par-tout ces Seigneurs
d'Alais. C'eft fans preuve , dit le Juge
d'Armes , & il n'a point eu d'autre guide
que l'Hermite. Quoique l'ortographe différente
de l'un & de l'autre , dût , ce femble
, faire fuppofer que s'ils n'ont point
vû de titres différens , ce qui n'eſt rien
moins que certain , au moins ils ne fe font
pas copiés.
On donnera la fuite le Mercure prochain.
MEMOIRE CRITIQUE. ·
Es éloges que vous avez donnés , Monfieur
, à l'Armorial général de France
, & la confiance que j'ai en vos lumieres
, m'ont donné la curiofité la plus vive
pour cet ouvrage , en convenant avec vous
des talens de M. de Serigny , & de l'eſtime
qui leur eftdûe : je ne croirois pas la pouffer
affez loin , fi je ne foupçonnois qu'il
vit avec peine quelques obfervations que
j'ai faites à la lecture de l'article d'Alès
de Corber , & que diverſes circonftances
m'ont empêché de vous communiquer plutôt.
Quand il n'auroit pas indiqué cet article
comme un des plus curieux & des
mieux travaillés , il fe feroit attiré mon
attention par lui - même , non feulement
116 MERCURE DE FRANCE.
mais
comme faifant la tête du volume ,
par fa prodigieufe longueur , le nombre de
citations , d'extraits , de monumens &
d'anciennes chartres , le travail & l'art
qui paroiffent dans les differtations. Il
femble l'avoir préféré à tous les autres ,
en le choififfant pour donner au public ,
dans tous les ouvrages périodiques , un
effai de fes recherches. J'efpere , Monfieur,
qu'ayant bien voulu en faire ufage dans
le vôtre , vous ne me refuferez pas d'y inférer
mes objections.
L'article d'Alès eft précédé d'un autre
intitulé d'Alluye . C'eſt d'abord un recueil
de différentes pieces , dans l'arrangement
defquelles on a principalement confulté
l'ordre des tems. Il contient enfuite des
differtations fur l'application qu'on en doit
faire.
Le premier deffein de l'auteur étoit
de n'en faire aucune , & de laiffer ainfi au
public la liberté de prononcer fur le nom
qu'ont dû porter les anciens Seigneurs à
qui ces chartres font relatives. Mais ayant
depuis médité plus profondément fur ce
fujet , & fes recherches l'ayant conduit
jufqu'au point de s'affurer pleinement de
leur véritable nom , c'eft - à- dire de celui
* Armor. gén. p. 35 .
MARS. 1755. 117
qu'ils portoient de leur vivant , il s'eft enfin
déterminé , ( comme il en a le droit )
à leur donner celui d'Alluye.
Si le Juge d'Armes s'étoit contenté de
propofer l'interprétation qu'il donne de
tous les noms latins employés dans fes chartres
pour les Seigneurs de Saint- Chriftophe
& de Châteaux , comme une fimple
conjecture , comme une opinion ; fi en rejettant
toutes les autorités qui combattent
fon nouveau fentiment , il ne l'eût préfenté
que comme plus vraisemblable , par les
divers raifonnemens dont il l'appuye ; fi
par ce projet il eût continué de laiffer le
public juge de cette question , peut- être
n'eût- on pas pris la peine de l'examiner
après lui , & eût - on regardé comme infoluble
un problème généalogique qu'il
n'eût pas réfolu . Mais il décide pleinement,
il décide ex cathedra , en vertu du droit
de fa charge , non feulement de la traduction
françoife qu'il faut faire maintenant
des noms dont il s'agit , mais encore du
nom même que ces Seigneurs portoient
effectivement de leur vivant. Il n'eft plus
permis aux Grammairiens de traduire autrement
ces noms , quelque analogie qu'ils
trouvaflent avec d'autres de même genre :
On ne doit plus faire d'attention , ni à l'autorité
, ni aux recherches de dix ou douy
118 MERCURE DE FRANCE.
ze écrivains précédens ; on doit croire
qu'ils fe font copiés fervilement , & que
les méditations du Juge d'Armes font bien
plus certaines en effet dans la littérature
les fuffrages ne fe comptent pas , ils ſe peſent.
Le public même n'a plus la liberté de penfer
autrement : nul appel de ce nouveau tribunal
fouverain , il n'eſt pas poſſible de leur
donner d'autres noms , pag. 1 2.
Le doute même eft interdit , il n'eft pas
permis de douter un feul moment.
J'avoue , Monfieur , que ce doute qui
m'eft interdit , ne dépend pas de moi. S'il
eft criminel , puis-je mieux faire que de
m'adreffer par votre canal à celui qui peut
d'un coup de lumieres diffiper mes téné
bres ... J'entre en matiere , & voici le
plan de mes obfervations. Je commencerai
par examiner les raifons du jeune auteur ,
& faire voir que les conféquences qu'il en
tire ,font bien plus précifes que fes principes
: enfuite j'en propoferai d'autres, que
je foumettrai à votre jugement , au fien &
à celui du public : enfin je hazarderai mes
propres conjectures , aufquelles je pourrois
peut-être donner un autre nom , fi
mon autorité étoit d'un plus grand poids
dans la littérature , ou que j'euffe l'hon
neur d'être revêtu d'une charge qui confé
rât l'infaillibilité , même pour les faits.
MARS. 1755. 119
Le Juge d'Armes * fait l'hiftoire des anciens
Seigneurs de Châteaux & de Saint-
Chriftophe , ( les deux premieres Baronnies
d'Anjou & de Touraine ) depuis le
dixieme fiécle jufques vers la fin du treizie
me. Il appuie tout ce qu'il raconte , de
chartres autentiques , ou d'extraits d'anciens
auteurs , la plupart Latins. Il penfe
avec raifon que les huit noms latins fous
lefquels ils paroiffent , ne font en effet
que le même , différemment orthographié,
fuivant les tems , les lieux , le plus ou
moins de fçavoir ou de goût des Ecrivains ;
ou , ce qui revient au même , que tous ces
mots latins ne font que l'expreffion & la
traduction du nom unique qu'ils portoient
en françois , encore qu'il ait pu lui-même
effuyer quelque variation , comme tant
d'autres , ne fût - ce que par l'ignorance
des Notaires ou Ecrivains , ou par la faute
des copiſtes ; il s'agit donc de fixer ou de
deviner quel eft ce nom françois que portoient
ces Seigneurs. M. de Serigny com-.
mence par établir que celui d'Alés ou d'Alais
, qu'on auroit été plus tenté de leur
donner , & qui leur a effectivement été
donné par la plupart des auteurs qui en
ont parlé , comme il leur eft confervé par
Premiere partie . Examen des raifons.
120 MERCURE DE FRANCE.
la tradition de leur pays , n'est point le
leur , & ne leur convient pas enfuite il
entreprend , ( & y réuffit , felon lui , aſſez
bien d'en fubftituer un autre qui eft ce-
)
lui d'Alluye .
Dans la premiere partie de cette differtation
il n'emploie que des preuves négatives
. Il paffe en revûe la plupart des auteurs
qui l'ont précédé , & qui ont interprété
, de Aleia , de Aloya , de Alluya , de
Alogia , de Alea , par Dalés. 1 ° . Le Chevalier
de l'Hermite Souliers , Gentilhomme
de Touraine , qui donna en 1665 la
généalogie de la maifon d'Alés . Il étoit ,
felon lui , peu exact , & manquoit de
critique ; heureufement il n'ajoute pas
qu'il fût de mauvaife foi , ni capable
par intérêt & par adulation , de faire
des fuppofitions & d'inventer une tradition
: fa naiffance même le met. audeffus
de ce reproche , & on obfervera
que , felon le Juge d'Armes lui - même ,
Mrs d'Alés de Corbet n'habitant plus fa
province , & ne paroiffant entr'eux de
liaifon , ni de fang , ni d'amitié , on n'a
pas de raifons de le foupçonner plus à leur
égard que pour d'autres maifons.
Au demeurant , quoiqu'il ait fans doute
bien fait des fautes , fon fçavoir ne
paſſe pas pour fi mépriſable. Il n'a pu faire
fon
MAR S. 1755. 121
fon livre fans faire d'affez grandes recherches
en Touraine , & dans les provin
ces circonvoifines. Il lui étoit aifé de tirer
des fumieres de l'Abbé de Marolles , Abbé
de Villeloing , qui en avoit beaucoup dans
ces matieres , & qui indépendamment des
ouvrages imprimés , qui font apparemment
dans le cabinet du Juge d'Armes , en avoit
compofé quatre volumes in-fol. qu'il ne
paroît pas connoître. L'Hermite cite en ,
core quelques autres fources où il a puifé ,
qui ne font pas plus familieres au jeune
auteur , entr'autres les Mémoires généalo
giques d'Anjou , de la Ménardiere , auteur
affez ancien.
Il paffe à la Roque qui parle du nom
d'Alés dans fon Traité du ban : il en parle
auffi dans fon Traité de la nobleffe , & l'or
tographie de même ; mais il eft queſtion
ici du premier , imprimé en 1667. Joannes
de Aleia , d'Alés * , au nombre des Chevaliers
Bannerets de Touraine , convoqués
en 1214. Le Juge d'Armes a raifon de le
reconnoître pour le même Jean ,pere d'Hugues
enterré avec fon fils , felon l'Hermite
& Mrs de Sainte Marthe , à l'Abbaye
* M. de Serigny nous donne lui - même un
exemple d'un acte latin du treizieme fiécle , où
il fe trouve du françois ... Alloye dans le fecond
aveu de la Reine de Jéruſalem.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
de la Clarté , où l'on voit encore leurs
maufolées , ainfi que celui d'un autre de
leur famille , qui avoit fait les principales
fondations de cette Abbaye.
Cette traduction du de Aleia , par d'Alés
, n'eft pas du goût du Juge d'Armes ;
il convient pourtant plus bas qu'elle eft
affez naturelle ; & en effet , comment traduit-
il lui-même Ufetia , fi ce n'eſt par
d'Ufés, & Saya fi ce n'eft par Sées ou Sais ?
Mais il fe contente de dire que c'eſt là
une fourrure de la façon de la Roque. Il en
donne des raifons affez plaufibles , quoique
la proteftation qu'avoit faite cet auteur
, de donner ces regiftres fans y rien
ajouter ou retrancher , méritât peut - être
que le Juge d'Armes , avant de l'accufer
de cette infraction à fa promeffe , la vérifiât
au moins par l'examen des registres
même , comme il a pris la peine de le
faire pour quatre extraits du cabinet de M.
de Clerambault , qui regardoient des gens
du néant , qui avoient peut - être pris le
nom de leur village , comme il arrivoit
fouvent autrefois . ) Quoiqu'il en foit , il rejette
la traduction de la Roque , ſans lui
donner le moindre éloge qu'il devoit à
fon érudition , & à la critique qu'il a des
premiers introduit dans ce travail. Il vient
à Carreau , Ecrivain Tourangeau , qui a
M AR S. 1753. 123
compofé le fiècle dernier une hiftoire de
Touraine , dont le manufcrit fe conferve à
l'Abbaye de Marmoutiers , & dans laquelle
on trouve * , dit - il , une généalogie affez
fautive des Seigneurs de Saint- Christophe
( quoique le P. le Long lui rende le témoignage
que cette hiftoire ait été travaillée
avec beaucoup de foin). Carreau avoit vû
beaucoup de pieces inférées dans l'Armorial
, & appelle par-tout ces Seigneurs
d'Alais. C'eft fans preuve , dit le Juge
d'Armes , & il n'a point eu d'autre guide
que l'Hermite. Quoique l'ortographe différente
de l'un & de l'autre , dût , ce femble
, faire fuppofer que s'ils n'ont point
vû de titres différens , ce qui n'eſt rien
moins que certain , au moins ils ne fe font
pas copiés.
On donnera la fuite le Mercure prochain.
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Résumé : MEMOIRE CRITIQUE.
Le texte est une critique de l'article sur Alès de Corber dans l'Armorial général de France, rédigé par M. de Serigny. L'auteur du mémoire exprime son intérêt pour cet ouvrage mais émet des doutes sur certaines observations de M. de Serigny concernant l'article sur Alès de Corber. Il souligne la longueur et la richesse de cet article, qui contient de nombreuses citations, extraits, monuments et anciennes chartes. L'article sur Alès est précédé par celui sur Alluye, qui rassemble diverses pièces et propose des différentiations sur leur application. Initialement, l'auteur de l'article n'avait pas l'intention de donner une interprétation définitive, mais après des recherches approfondies, il a décidé de nommer les anciens seigneurs d'Alluye. Le mémoire critique reproche au Juge d'Armes de présenter ses interprétations des noms latins comme des décisions définitives, sans laisser de place au doute ou à d'autres opinions. L'auteur du mémoire souhaite examiner les raisons de M. de Serigny et proposer ses propres conjectures. L'article de M. de Serigny traite de l'histoire des anciens seigneurs de Châteaux et de Saint-Christophe, depuis le dixième siècle jusqu'à la fin du treizième siècle, en s'appuyant sur des chartes authentiques et des extraits d'anciens auteurs. Il affirme que plusieurs noms latins utilisés pour ces seigneurs sont en réalité des variations orthographiques d'un seul nom français. M. de Serigny rejette le nom d'Alés ou d'Alais, souvent attribué à ces seigneurs, et propose à la place le nom d'Alluye. Il critique plusieurs auteurs précédents, comme le Chevalier de l'Hermite Souliers et la Roque, pour leurs interprétations et leurs erreurs. Il passe en revue leurs travaux et les sources qu'ils ont utilisées, tout en soulignant les lacunes et les erreurs de leurs recherches.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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654
p. 79-82
« EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
Début :
EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...]
Mots clefs :
Histoire universelle, Histoire, Tableau, Époques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'hiftoire univerfelle , fuivant la chronologie
vulgaire , efpéce d'a b c hiftorique
, en cinquante- huit leçons , dont une
pour chaque fiécle , d'après les auteurs
méthodistes en trois tableaux dédiés à
Mgr le Prince Louis de Salm- Salm . Par M.
Mahaux.
2
Quand on confidere attentivement le
vafte champ de l'hiftoire de tous les tems
& de tous les lieux , & que l'on fe pro-.
pofe de le faire parcourir fur-tout à un
enfant pour aggrandir fon imagination ,
former fon jugement & regler fes idées , cé
n'eft pas fans raifon que l'on fe trouve embarraffé
; non que les livres , les cahiers ,
les tables chronologiques , les méthodes ,
les livres , les extraits , les abrégés , les bons
maîtres manquent pour cette entrepriſe ;.
mais il s'agit de fixer une jeune tête , de
mettre l'étude à fa portée , & de la lui
rendre facile & agréable en ne fatiguant
ni les yeux ni la mémoire par trop de leçons
& de lecture. En voici un moyen que
le fieur Mahaux nous préfente , & qui nous
a paru très- clair , très- fimple , très- naturel
, & qui produit les plus grands fuccès.
Ses tableaux d'élémens hiftoriques font
un plan diftribué , économifé de maniere
qu'au premier coup d'oeil on y peut faire
toutes les opérations arithmétiques de la
AVRIL.. 1755 81
durée & de la diftance des tems. L'hiftoire
ancienne , fur le premier tableau , offre à
la vûe quarante fiécles , féparés par des lignes
horizontales , & formant quatre colonnes
, dont chacune devient millenaire
, ou contient dix fiécles , tous étiquetés
, & portant une dénomination qui les
caractérife & les diftingue les uns des autres.
Onze grandes époques , entre toutes
les autres , y font en lettres romaines , ce
qui les rend remarquables , & fait fentir,
d'abord & divifer les intervalles . Plus à
chaque fiècle , toutes les divifions ufitées
& des notices très- courtes de ce qu'il y a
de plus effentiel à fçavoir fur les grands
événemens , les Empires & Etats du monde
, les perfonnages illuftres , les loix ,
les religions & les meurs , &c. Le deuxiéme
tableau pour l'hiftoire moderne eft
dans le même arrangement , & ne contient
que dix-huit fiécles ou environ , avec
huit grandes époques dans le goût des
onze premieres ; ainfi l'un fert à comparer.
l'autre , & ils établiffent refpectivement
une forte de balance de tous les tems. Un
troifiéme & quatriéme petit tableau fur
une feule feuille , une explication alphabérique
des abréviations & des mots peu
familiers répandus dans la totalité , & une
petite inftruction fur la maniere de s'en fer-
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
vir , femblent ne rien laiffer à defirer pour
-ce procédé vraiment élémentaire, acceffible
à tous ceux qui veulent enſeigner , s'inſtruire
eux -mêmes , ou fe rappeller ce qu'ils
ont déja appris. C'eft une affaire de deux
heures de lecture tout au plus ; point de
difcuffions chronologiques . L'Eglife & les
fçavans de nos derniers tems ont décidé
celle qui eft expofée dans le louable ouvrage
que nous annonçons , & dont nous
confeillons l'acquifition à toutes les perfonnes
qui aiment les bonnes nouveautés
littéraires. On peut au refte s'affurer par
foi-même de l'effet de cette méthode , en
fe donnant la peine d'aller voir l'école de
MM. Viard & Mahaux , qui demeurent
rue de Seine , fauxbourg Saint Victor ,
Académie des enfans. On y verra avec
plaifir qu'on y enfeigne la Géographie par
des moyens femblables : peu de préceptes
& beaucoup d'ufage ; pratique excellente ,
même pour l'étude des langues. Cet ouvrage
fe trouve chez l'auteur , au lieu déja
indiqué ; & chez les Libraires , Piffots
quai de Conti ; & Lambert , rue de la
Comédie. On le vend trois livres.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'hiftoire univerfelle , fuivant la chronologie
vulgaire , efpéce d'a b c hiftorique
, en cinquante- huit leçons , dont une
pour chaque fiécle , d'après les auteurs
méthodistes en trois tableaux dédiés à
Mgr le Prince Louis de Salm- Salm . Par M.
Mahaux.
2
Quand on confidere attentivement le
vafte champ de l'hiftoire de tous les tems
& de tous les lieux , & que l'on fe pro-.
pofe de le faire parcourir fur-tout à un
enfant pour aggrandir fon imagination ,
former fon jugement & regler fes idées , cé
n'eft pas fans raifon que l'on fe trouve embarraffé
; non que les livres , les cahiers ,
les tables chronologiques , les méthodes ,
les livres , les extraits , les abrégés , les bons
maîtres manquent pour cette entrepriſe ;.
mais il s'agit de fixer une jeune tête , de
mettre l'étude à fa portée , & de la lui
rendre facile & agréable en ne fatiguant
ni les yeux ni la mémoire par trop de leçons
& de lecture. En voici un moyen que
le fieur Mahaux nous préfente , & qui nous
a paru très- clair , très- fimple , très- naturel
, & qui produit les plus grands fuccès.
Ses tableaux d'élémens hiftoriques font
un plan diftribué , économifé de maniere
qu'au premier coup d'oeil on y peut faire
toutes les opérations arithmétiques de la
AVRIL.. 1755 81
durée & de la diftance des tems. L'hiftoire
ancienne , fur le premier tableau , offre à
la vûe quarante fiécles , féparés par des lignes
horizontales , & formant quatre colonnes
, dont chacune devient millenaire
, ou contient dix fiécles , tous étiquetés
, & portant une dénomination qui les
caractérife & les diftingue les uns des autres.
Onze grandes époques , entre toutes
les autres , y font en lettres romaines , ce
qui les rend remarquables , & fait fentir,
d'abord & divifer les intervalles . Plus à
chaque fiècle , toutes les divifions ufitées
& des notices très- courtes de ce qu'il y a
de plus effentiel à fçavoir fur les grands
événemens , les Empires & Etats du monde
, les perfonnages illuftres , les loix ,
les religions & les meurs , &c. Le deuxiéme
tableau pour l'hiftoire moderne eft
dans le même arrangement , & ne contient
que dix-huit fiécles ou environ , avec
huit grandes époques dans le goût des
onze premieres ; ainfi l'un fert à comparer.
l'autre , & ils établiffent refpectivement
une forte de balance de tous les tems. Un
troifiéme & quatriéme petit tableau fur
une feule feuille , une explication alphabérique
des abréviations & des mots peu
familiers répandus dans la totalité , & une
petite inftruction fur la maniere de s'en fer-
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
vir , femblent ne rien laiffer à defirer pour
-ce procédé vraiment élémentaire, acceffible
à tous ceux qui veulent enſeigner , s'inſtruire
eux -mêmes , ou fe rappeller ce qu'ils
ont déja appris. C'eft une affaire de deux
heures de lecture tout au plus ; point de
difcuffions chronologiques . L'Eglife & les
fçavans de nos derniers tems ont décidé
celle qui eft expofée dans le louable ouvrage
que nous annonçons , & dont nous
confeillons l'acquifition à toutes les perfonnes
qui aiment les bonnes nouveautés
littéraires. On peut au refte s'affurer par
foi-même de l'effet de cette méthode , en
fe donnant la peine d'aller voir l'école de
MM. Viard & Mahaux , qui demeurent
rue de Seine , fauxbourg Saint Victor ,
Académie des enfans. On y verra avec
plaifir qu'on y enfeigne la Géographie par
des moyens femblables : peu de préceptes
& beaucoup d'ufage ; pratique excellente ,
même pour l'étude des langues. Cet ouvrage
fe trouve chez l'auteur , au lieu déja
indiqué ; & chez les Libraires , Piffots
quai de Conti ; & Lambert , rue de la
Comédie. On le vend trois livres.
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Résumé : « EPOQUES ÉLEMENTAIRES principales d'histoire universelle, suivant la chronologie [...] »
Le texte décrit une méthode d'enseignement de l'histoire universelle, conçue par M. Mahaux et dédiée à Mgr le Prince Louis de Salm-Salm. Cette méthode utilise trois tableaux pour structurer l'apprentissage de manière accessible et agréable, notamment pour les enfants. Le premier tableau couvre l'histoire ancienne, divisée en quarante siècles répartis en quatre colonnes millénaires. Chaque siècle est caractérisé par des événements majeurs, des empires, des personnages illustres, des lois, des religions et des mœurs. Onze grandes époques sont mises en évidence. Le deuxième tableau traite de l'histoire moderne, structuré de manière similaire avec dix-huit siècles et huit grandes époques, permettant une comparaison facile entre les périodes anciennes et modernes. Un troisième et un quatrième tableau expliquent les abréviations et les mots peu familiers, ainsi que l'utilisation des tableaux. Cette méthode est conçue pour être accessible à tous et nécessite deux heures de lecture au maximum. L'ouvrage est disponible chez l'auteur et chez les libraires Pissot et Lambert, et est recommandé pour son approche élémentaire et pratique, applicable également à l'enseignement de la géographie et des langues.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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655
p. 82-86
« DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
Début :
DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...]
Mots clefs :
Description géographique, Héliopolis, Memphis, Histoire, Géographie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique
des plaines d'Héliopolis & de
Memphis. A Paris , chez Briaſſon , à lai
I
1
AVRI L. 1755 83
Science ; & Duchefne , au Temple du Goût,
rue S. Jacques. 1755. in- 12 , petit format,
264 pag.
M. Fourmont , Interpréte du Roi pour
les Langues orientales , eft l'auteur de cet
ouvrage. Il nous apprend que c'eft le fruit
de quelques- unes des obfervations qu'il
a eu occafion de faire pendant un féjour
de près de quatre ans au Caire. De retour
en France , fes premiers foins ont été de
dreffer une carte topographique de toute
cette étendue de pays comprife entre les
plaines d'Héliopolis & de Memphis , ces
anciennes villes , que leurs ruines rendent
encore célebres. Il a eu la précaution d'y
joindre la pofition des lieux qu'il a été à
portée de vifiter ; il a préfumé que pour
rendre plus fenfible l'avantage & l'utilité
de cette carte , il falloit néceffairement
l'accompagner d'une explication géographique
des lieux anciens & modernes qu'elle
contient ; c'eft ce qu'il nous paroît avoir
exécuté avec fuccès dans l'ouvrage qu'il
donne au public. Quelque court qu'il fait ,
nous ofons affurer que les perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire & de la
Géographie , en pourront tirer de nouvel
les lumieres ; car l'auteur a eu principalement
en vûe la réunion de ces deux objets
fi propres à fixer les recherches des fçavans.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Il n'a pourtant pas tout-à - fait négligé les
moyens d'intéreffer le commun des lecteurs,
par le récit des moeurs & des ufages qui
caracterifent les habitans du pays qu'il a
vifité. On ne fera pas fâché de fçavoir
comment notre auteur s'explique lui - même
fur cet article dans fa préface. » Je
» n'ai point voulu , dit-il , me borner à
» un détail purement géographique ; j'ai
» préfumé que la féchereffe qui en réfulte ,'
» y répandroit de l'ennui , fi elle n'étoit
»compenfée par le détail plus amufant
quoiqu'abrégé , des particularités qui
» m'ont le plus frappé , en recherchant les
» ufages du pays où j'ai réfidé quelques
années , & en approfondiffant les moeurs
de fes habitans . J'avoue que mon inter-
» tion n'a point été d'apprendre des chofes
tout-à-fait nouvelles dans cette partie ,
que d'autres voyageurs ont déja traitée
à fond : cependant il y a quelques - unes
de celles que j'ai rapportées , qu'on s'efforceroit
inutilement de trouver détaillées
avec autant d'exactitude dans leurs
relations mais après tout il n'en faut
" juger que comme d'un acceffoire , qui
» par la liaifon qu'il occafionne , m'a paru
»propre à donner une forme fuivie &
» en même tems plus variée à cette def
≫cription , où mon principal but a été de
AVRIL. 1755- 85
"
jetter quelque jour fur un des morceaux
» les plus effentiels de l'ancienne Géographie
«. M. Fourmont finit par avouer
qu'il y auroit de la témérité à annoncer
l'ouvrage qu'il publie › autrement que
comme un fimple effai , où il a feulement
eu deffein d'infinuer au lecteur éclairé les
inftructions qu'il pourroit tirer d'un voyage
fait dans les vûes qu'il a pris foin de
fpécifier.
Les bornes d'un précis ne me permettent
pas d'entrer dans un plus grand détail ; je
me reftreins à dire l'auteur ne fe conque
tente d'être l'héritier d'un nom , que
pas
MM . fes oncles ont fait connoître d'une
maniere glorieufe dans la république des
Lettres , il afpire encore à l'honneur de
marcher fur leurs traces.
ESSAI D'UNE NOUVELLE CARTE DE LA
MER CASPIENNE ; par M. d'Anville , de
l'Académie royale des Infcriptions & Belles
Lettres , & de celles des Sciences de
Petersbourg . Quoique cette carte fe diftingue
des précédentes par de notables
changemens & une plus grande précifion
dans le détail , l'auteur ne l'intitule néanmoins
qu'Effai , dans la perfuafion où il
eft que ce fujet doit encore acquerir plus
de perfection : mais ce qui fera plus par
86 MERCURE DE FRANCE.
fait pouvant tarder à paroître , c'eft fer
vir le public que de lui donner actuelle
ment quelque chofe de mieux que ce qu'ik
avoit eu jufqu'à préfent.
des plaines d'Héliopolis & de
Memphis. A Paris , chez Briaſſon , à lai
I
1
AVRI L. 1755 83
Science ; & Duchefne , au Temple du Goût,
rue S. Jacques. 1755. in- 12 , petit format,
264 pag.
M. Fourmont , Interpréte du Roi pour
les Langues orientales , eft l'auteur de cet
ouvrage. Il nous apprend que c'eft le fruit
de quelques- unes des obfervations qu'il
a eu occafion de faire pendant un féjour
de près de quatre ans au Caire. De retour
en France , fes premiers foins ont été de
dreffer une carte topographique de toute
cette étendue de pays comprife entre les
plaines d'Héliopolis & de Memphis , ces
anciennes villes , que leurs ruines rendent
encore célebres. Il a eu la précaution d'y
joindre la pofition des lieux qu'il a été à
portée de vifiter ; il a préfumé que pour
rendre plus fenfible l'avantage & l'utilité
de cette carte , il falloit néceffairement
l'accompagner d'une explication géographique
des lieux anciens & modernes qu'elle
contient ; c'eft ce qu'il nous paroît avoir
exécuté avec fuccès dans l'ouvrage qu'il
donne au public. Quelque court qu'il fait ,
nous ofons affurer que les perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire & de la
Géographie , en pourront tirer de nouvel
les lumieres ; car l'auteur a eu principalement
en vûe la réunion de ces deux objets
fi propres à fixer les recherches des fçavans.
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Il n'a pourtant pas tout-à - fait négligé les
moyens d'intéreffer le commun des lecteurs,
par le récit des moeurs & des ufages qui
caracterifent les habitans du pays qu'il a
vifité. On ne fera pas fâché de fçavoir
comment notre auteur s'explique lui - même
fur cet article dans fa préface. » Je
» n'ai point voulu , dit-il , me borner à
» un détail purement géographique ; j'ai
» préfumé que la féchereffe qui en réfulte ,'
» y répandroit de l'ennui , fi elle n'étoit
»compenfée par le détail plus amufant
quoiqu'abrégé , des particularités qui
» m'ont le plus frappé , en recherchant les
» ufages du pays où j'ai réfidé quelques
années , & en approfondiffant les moeurs
de fes habitans . J'avoue que mon inter-
» tion n'a point été d'apprendre des chofes
tout-à-fait nouvelles dans cette partie ,
que d'autres voyageurs ont déja traitée
à fond : cependant il y a quelques - unes
de celles que j'ai rapportées , qu'on s'efforceroit
inutilement de trouver détaillées
avec autant d'exactitude dans leurs
relations mais après tout il n'en faut
" juger que comme d'un acceffoire , qui
» par la liaifon qu'il occafionne , m'a paru
»propre à donner une forme fuivie &
» en même tems plus variée à cette def
≫cription , où mon principal but a été de
AVRIL. 1755- 85
"
jetter quelque jour fur un des morceaux
» les plus effentiels de l'ancienne Géographie
«. M. Fourmont finit par avouer
qu'il y auroit de la témérité à annoncer
l'ouvrage qu'il publie › autrement que
comme un fimple effai , où il a feulement
eu deffein d'infinuer au lecteur éclairé les
inftructions qu'il pourroit tirer d'un voyage
fait dans les vûes qu'il a pris foin de
fpécifier.
Les bornes d'un précis ne me permettent
pas d'entrer dans un plus grand détail ; je
me reftreins à dire l'auteur ne fe conque
tente d'être l'héritier d'un nom , que
pas
MM . fes oncles ont fait connoître d'une
maniere glorieufe dans la république des
Lettres , il afpire encore à l'honneur de
marcher fur leurs traces.
ESSAI D'UNE NOUVELLE CARTE DE LA
MER CASPIENNE ; par M. d'Anville , de
l'Académie royale des Infcriptions & Belles
Lettres , & de celles des Sciences de
Petersbourg . Quoique cette carte fe diftingue
des précédentes par de notables
changemens & une plus grande précifion
dans le détail , l'auteur ne l'intitule néanmoins
qu'Effai , dans la perfuafion où il
eft que ce fujet doit encore acquerir plus
de perfection : mais ce qui fera plus par
86 MERCURE DE FRANCE.
fait pouvant tarder à paroître , c'eft fer
vir le public que de lui donner actuelle
ment quelque chofe de mieux que ce qu'ik
avoit eu jufqu'à préfent.
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Résumé : « DESCRIPTION HISTORIQUE & géographique des plaines d'Héliopolis & de [...] »
Le texte présente un ouvrage de M. Fourmont, interprète du Roi pour les langues orientales, publié en 1755. Cet ouvrage est le résultat des observations de Fourmont lors d'un séjour de quatre ans au Caire. À son retour en France, il a réalisé une carte topographique des plaines d'Héliopolis et de Memphis, incluant la position des lieux visités. Pour enrichir cette carte, il l'a accompagnée d'une explication géographique des lieux anciens et modernes qu'elle contient. Bien que court, l'ouvrage apporte de nouvelles informations aux étudiants en histoire et en géographie en combinant ces deux disciplines. Fourmont a également inclus des descriptions des mœurs et des usages des habitants du pays visité pour intéresser un public plus large. Dans la préface, il explique avoir évité un détail purement géographique pour éviter l'ennui, préférant ajouter des particularités amusantes et abrégées. Il reconnaît que son ouvrage n'apporte pas de nouvelles informations révolutionnaires, mais il espère qu'il sera utile comme complément. Fourmont se présente comme l'héritier d'un nom illustre, aspirant à suivre les traces de ses oncles glorieux dans la république des Lettres. Le texte mentionne également un essai de carte de la mer Caspienne par M. d'Anville, distinguée par des changements notables et une plus grande précision, bien que l'auteur la considère comme un essai perfectible.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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656
p. 208-211
MORTS.
Début :
On a mis dans le Mercure de Mars, à l'article des morts, [...]
Mots clefs :
Marquise d'Osmond, Françoise d'Osmond, Charles de Hallebout, Seigneur de Blondemare, Prévoté de France
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Na mis dans le Mercure de Mars , à l'arti-
ONe amis dans leMerruler au lieu de Dame
Jeanne -Lazare Thiroux , époufe de Michel Larcher
, Marquis d'Arcy , Confeiller du Roi en fes
Confeils , Maître des Requêtes ordinaire de fon
Hôtel.
Françoife Ofmond , Marquife d'Oſmond , eft
morte dans fes terres de Normandie le 14 Février
1755 , âgée de quatre- vingt - deux ans & fix mois .
Elle étoit veuve depuis le is Août 1731 , de Henri
Ofmond , Marquis d'Ofmond , fon coufin germain
, Chevalier de l'Ordre royal & militaire de
S. Louis , Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, dont elle laiffe cinq enfans ; fçavoir , Jean
Ofmond , Marquis d'Ofmond , Chevalier de l'Ordre
royal & militaire de S. Louis , à qui le Roi
vient d'accorder le gouvernement de la ville d'Argentan.
}
Euftache Ofmond , Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem .
Louiſe-Aimée Ofmond , mariée au Comte de
Sainte-Croix .
AVRIL 1755 1 209
Charlotte -Françoife , mariée au Baron de Perrochel.
Et Marie- Cecile , reçue au Chapitre de Remiremont
en 1750.
La maison d'Ofmond eft une des plus illuftrée
& des plus ancienne de la province de Normandie,
où elle paroît avec éclat dès fon établiſſement
dont les Hiftoriens placent l'époque vers l'an
900 , tems où Charles le Simple céda la Neuftrie
à Raoul , premier Duc de Normandie , qui avoit
un Ofmond pour un de fes Généraux.
Mezerai , Dumoulin , Manneville , & autres
Hiftoriens, rapportent que vers l'an 944 , Guillaume
, fecond Duc de Normandie , ayant été affaffiné
, les Etats de la province nommerent pour
Gouverneur du jeune Duc Richard , Rainophle Of
mond , Seigneur de Centeville , dont le fils époufa
l'an, 990 la niece dudit Richard.
Don Michel Félibien , dans fon hiftoire de l'Ab
baye de S. Denis , page 211 , fait mention d'une
chartre du Duc Richard , en date du 18 Mars 968,
fignée de Hugues , Duc des François ; de Richard,
Duc de Normandie ; de Hugues , Archevêque de
Rouen , & de Rainophle Ofmond.
Pierre Giannoné , dans fon hiftoire de Naples ;
tome fecond , page 10 & fuivantes , rapporte que
Dringot Olmond paffa en Italie vers l'an 1015 ,
avec quatre de fes freres nommés , Rainophle , Afclittin
, Rodolphe , Ofmond , accompagnés d'une
troupe de Normands , qu'ils furent fort bien recus
des Princes de Salerne & de Benevent , à qui ils
rendirent de grands fervices dans la guèrre que
ces Princes avoient contre les Sarrafins.
Peu de tems après , Rainophle Ofmond fonda la
ville d'Averfe , & en prit le titre de Comte . Afclittin
lui fuccéda , & fon fils Richard s'empara de
210 MERCURE DE FRANCE.
la Principauté de Capoue , dont fes defcendans ont
joui pendant plus d'un fiécle.
Plufieurs Hiftoriens font encore mention d'un
Ofmond , Seigneur de Guepré , qui fut tué l'an .
1088 , au fiége du château de Balon , que faifoit
en perfonne le Duc Robert , qui fit apporter le
corps dudit Ofmond dans l'Abbaye de S. Evroult
où il lui fit élever un tombeau qui fubfifte encore.
On voit un autre Ofmond qui affifta de fes ar
mes Louis le Gros à la bataille de Brenneville , qui
fe donna l'an 1119.
•
L'hiftoire chronique de Normandie , imprimée
à Rouen , parle d'un Ofmond , Seigneur du Pont
qui combattit toujours aux côtés du Duc Guillau
me dans la bataille qu'il donna en arrivant en Angleterre
, contre Harald qui lui diſputoit la Couronne.
Il y a un livre imprimé en Angleterre , fous le
titre de Monafterium Anglicanum , qui traite de
toutes les Eglifes d'Angleterre & de Normandie
: au feuillet 1 10 il parle d'un Oſmond , Evêque
de Saliſbury.
Enfin , dans le catalogue des Seigneurs renommés
en Normandie , depuis Raoul jufqu'en l'an
1212 , que ledit catalogue fut fait par l'ordre de
Philippe Augufte , qui conquit le Duché de Normandie
, l'on voit plufieurs Seigneurs Ofmond
qui fe font fignalés ; & depuis ce tems là qu'ils
produisent leur filiation , par contrats de mariages
& autres titres jufqu'à ce moment ici , l'on remar
que qu'ils ont occupé des charges confidérables
dans le militaire , & qu'ils ne fe font jamais mef
alliés , ayant pris des alliances dans les meilleures
Maifons , comme dans celles de Bouquetor , de
Franqueville , de Bures ,de Tournebut , de Dreux
de Ronferolles , de Sabrevois , de Hautemer ,. de
AVRIL. 1755. 211
Clinchamp , de Tillieres , de Rouxel de Medavi ,
& de Laval- Montmorenci.
Le 18 Février , eft mort à l'Hôtel royal des Invalides
, Meffire Charles de Hallebout , Chevalier
, Seigneur de Blondemare , âgé de foixantefeize
ans , qui laiffe par la mort, à Marc-Antoine
de Hallebout , fon neveu , Colonel d'infanterie ,
commandant le fecond bataillon du Régiment de
la Tour-Dupin , fa terre poffédée par leurs aïeuls
depuis plus de trois cens ans : il étoit le chef de
cette ancienne famille , dont Michel , le huitiéme
aïeul , a mérité de Charles VII une récompenfe
que poffede encore Marc-Antoine de Hallebout.
Ce dernier n'a de Marie de Hallebout fa femme ,
qu'un fils , Capitaine au même Régiment , dont
le grand- pere , Charles de Hallebout de Tourville ,
a été Commandant de Bataillon jufqu'en 1734.
Le Mars , mourut à Verſailles , M. Otho ,
Exempt-vétérant des Gardes de la P évôté de
l'Hôtel , grande Prévôté de France , âgé de quatievingt-
quatorze ans ; il étoit né le premier Novembre
1661 , le même jour que Monfeigneur le
Grand Dauphin , fils de Louis XIV.
Na mis dans le Mercure de Mars , à l'arti-
ONe amis dans leMerruler au lieu de Dame
Jeanne -Lazare Thiroux , époufe de Michel Larcher
, Marquis d'Arcy , Confeiller du Roi en fes
Confeils , Maître des Requêtes ordinaire de fon
Hôtel.
Françoife Ofmond , Marquife d'Oſmond , eft
morte dans fes terres de Normandie le 14 Février
1755 , âgée de quatre- vingt - deux ans & fix mois .
Elle étoit veuve depuis le is Août 1731 , de Henri
Ofmond , Marquis d'Ofmond , fon coufin germain
, Chevalier de l'Ordre royal & militaire de
S. Louis , Maréchal des camps & armées de Sa Majefté
, dont elle laiffe cinq enfans ; fçavoir , Jean
Ofmond , Marquis d'Ofmond , Chevalier de l'Ordre
royal & militaire de S. Louis , à qui le Roi
vient d'accorder le gouvernement de la ville d'Argentan.
}
Euftache Ofmond , Chevalier de l'Ordre de S.
Jean de Jerufalem .
Louiſe-Aimée Ofmond , mariée au Comte de
Sainte-Croix .
AVRIL 1755 1 209
Charlotte -Françoife , mariée au Baron de Perrochel.
Et Marie- Cecile , reçue au Chapitre de Remiremont
en 1750.
La maison d'Ofmond eft une des plus illuftrée
& des plus ancienne de la province de Normandie,
où elle paroît avec éclat dès fon établiſſement
dont les Hiftoriens placent l'époque vers l'an
900 , tems où Charles le Simple céda la Neuftrie
à Raoul , premier Duc de Normandie , qui avoit
un Ofmond pour un de fes Généraux.
Mezerai , Dumoulin , Manneville , & autres
Hiftoriens, rapportent que vers l'an 944 , Guillaume
, fecond Duc de Normandie , ayant été affaffiné
, les Etats de la province nommerent pour
Gouverneur du jeune Duc Richard , Rainophle Of
mond , Seigneur de Centeville , dont le fils époufa
l'an, 990 la niece dudit Richard.
Don Michel Félibien , dans fon hiftoire de l'Ab
baye de S. Denis , page 211 , fait mention d'une
chartre du Duc Richard , en date du 18 Mars 968,
fignée de Hugues , Duc des François ; de Richard,
Duc de Normandie ; de Hugues , Archevêque de
Rouen , & de Rainophle Ofmond.
Pierre Giannoné , dans fon hiftoire de Naples ;
tome fecond , page 10 & fuivantes , rapporte que
Dringot Olmond paffa en Italie vers l'an 1015 ,
avec quatre de fes freres nommés , Rainophle , Afclittin
, Rodolphe , Ofmond , accompagnés d'une
troupe de Normands , qu'ils furent fort bien recus
des Princes de Salerne & de Benevent , à qui ils
rendirent de grands fervices dans la guèrre que
ces Princes avoient contre les Sarrafins.
Peu de tems après , Rainophle Ofmond fonda la
ville d'Averfe , & en prit le titre de Comte . Afclittin
lui fuccéda , & fon fils Richard s'empara de
210 MERCURE DE FRANCE.
la Principauté de Capoue , dont fes defcendans ont
joui pendant plus d'un fiécle.
Plufieurs Hiftoriens font encore mention d'un
Ofmond , Seigneur de Guepré , qui fut tué l'an .
1088 , au fiége du château de Balon , que faifoit
en perfonne le Duc Robert , qui fit apporter le
corps dudit Ofmond dans l'Abbaye de S. Evroult
où il lui fit élever un tombeau qui fubfifte encore.
On voit un autre Ofmond qui affifta de fes ar
mes Louis le Gros à la bataille de Brenneville , qui
fe donna l'an 1119.
•
L'hiftoire chronique de Normandie , imprimée
à Rouen , parle d'un Ofmond , Seigneur du Pont
qui combattit toujours aux côtés du Duc Guillau
me dans la bataille qu'il donna en arrivant en Angleterre
, contre Harald qui lui diſputoit la Couronne.
Il y a un livre imprimé en Angleterre , fous le
titre de Monafterium Anglicanum , qui traite de
toutes les Eglifes d'Angleterre & de Normandie
: au feuillet 1 10 il parle d'un Oſmond , Evêque
de Saliſbury.
Enfin , dans le catalogue des Seigneurs renommés
en Normandie , depuis Raoul jufqu'en l'an
1212 , que ledit catalogue fut fait par l'ordre de
Philippe Augufte , qui conquit le Duché de Normandie
, l'on voit plufieurs Seigneurs Ofmond
qui fe font fignalés ; & depuis ce tems là qu'ils
produisent leur filiation , par contrats de mariages
& autres titres jufqu'à ce moment ici , l'on remar
que qu'ils ont occupé des charges confidérables
dans le militaire , & qu'ils ne fe font jamais mef
alliés , ayant pris des alliances dans les meilleures
Maifons , comme dans celles de Bouquetor , de
Franqueville , de Bures ,de Tournebut , de Dreux
de Ronferolles , de Sabrevois , de Hautemer ,. de
AVRIL. 1755. 211
Clinchamp , de Tillieres , de Rouxel de Medavi ,
& de Laval- Montmorenci.
Le 18 Février , eft mort à l'Hôtel royal des Invalides
, Meffire Charles de Hallebout , Chevalier
, Seigneur de Blondemare , âgé de foixantefeize
ans , qui laiffe par la mort, à Marc-Antoine
de Hallebout , fon neveu , Colonel d'infanterie ,
commandant le fecond bataillon du Régiment de
la Tour-Dupin , fa terre poffédée par leurs aïeuls
depuis plus de trois cens ans : il étoit le chef de
cette ancienne famille , dont Michel , le huitiéme
aïeul , a mérité de Charles VII une récompenfe
que poffede encore Marc-Antoine de Hallebout.
Ce dernier n'a de Marie de Hallebout fa femme ,
qu'un fils , Capitaine au même Régiment , dont
le grand- pere , Charles de Hallebout de Tourville ,
a été Commandant de Bataillon jufqu'en 1734.
Le Mars , mourut à Verſailles , M. Otho ,
Exempt-vétérant des Gardes de la P évôté de
l'Hôtel , grande Prévôté de France , âgé de quatievingt-
quatorze ans ; il étoit né le premier Novembre
1661 , le même jour que Monfeigneur le
Grand Dauphin , fils de Louis XIV.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate plusieurs décès et événements historiques concernant des familles nobles françaises. Françoise Osmond, Marquise d'Osmond, est décédée le 14 février 1755 à l'âge de 82 ans. Veuve depuis le 11 août 1731, elle laisse cinq enfants : Jean Osmond, Marquis d'Osmond et Chevalier de l'Ordre royal de Saint-Louis, Eustache Osmond, Chevalier de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Louise-Aimée Osmond, mariée au Comte de Sainte-Croix, Charlotte-Françoise, mariée au Baron de Perrochel, et Marie-Cécile, reçue au Chapitre de Remiremont en 1750. La maison d'Osmond est l'une des plus illustres et anciennes de Normandie, remontant à l'an 900. Plusieurs historiens mentionnent les exploits des Osmond, notamment Rainulf Osmond, Gouverneur du jeune Duc Richard en 944, et Dringot Osmond, qui fonda la ville d'Aversa en Italie vers 1015. Le texte mentionne également la mort de Charles de Hallebout, Chevalier et Seigneur de Blondemare, décédé le 18 février à l'Hôtel royal des Invalides à l'âge de 62 ans. Il laisse ses terres à son neveu, Marc-Antoine de Hallebout, Colonel d'infanterie. Enfin, le texte rapporte la mort de M. Otho, Exempt-vétérant des Gardes de la Prévôté de l'Hôtel, décédé en mars à Versailles à l'âge de 84 ans.
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657
p. 39-57
HISTOIRE ANGLOISE. PAR MLLE DE L. A MADAME LA C... DE G....
Début :
Je vous devois une dédicace, pourrois-je mieux la placer qu'en vous adressant [...]
Mots clefs :
Kylemore, Château, Comte, Homme, Femme, Honneur, Vertu, Plaisir, Irlande, Histoire anglaise, Amour, Angleterre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE ANGLOISE. PAR MLLE DE L. A MADAME LA C... DE G....
HISTOIRE ANGLOISE.
PAR MLLE DE L.
A MADAME LA C ... DE G ....
E vous devois une dédicace , pourrois-
Jje micus la placer qu'en vous adreffant
une hiftoire que vous avez defiré de voir
écrite il eft jufte de fervir vos defirs .
Ah ! peut-on vous dédier un ouvrage qui
vous foit plus propre que celui qui fait
l'éloge d'une femme qui a mérité toute la
confidération & toute l'eftime de fon mari
, vous qui faites la félicité du vôtre , &
le bonheur de tous vos amis ? Vous aimez
ce qui peint la vertu & l'amour honnête ;
j'ai écrit ce que vous avez bien voulu
m'en apprendre : heureuſe de vous écouter
quand je vous vois , & de m'occuper de
ce que vous m'avez dit quand je vous
perds de vûe. S'il vous eût plû de me dicter
cette hiftoire , j'aurois eu plus de plaifir
à l'écrire , & l'on en auroit eu davantage
à la lire ; recevez- la donc telle que je
l'ai reçue de vous , comme un gage de ma
complaifance pour ce qui peut vous plaire ,
& un hommage de ma tendre amitié.
40 MERCURE DE FRANCE.
Les Comtes de Kilmore , originairement
Irlandois , s'établirent en Angleterre
dès que ce royaume eut réuni fous les mêmes
loix l'Ecoffe & l'Irlande. Les grandes
alliances qu'ils firent dans l'Angleterre les
en rendirent comme citoyens. Poffeffeurs
de grandes terres dans ce royaume , elles
fe trouverent réunies fur la tête d'un feul
fous ce dernier regne. Le Comte de Kilmore
, unique héritier de tant de riches
fucceffions , ne fe fentit point flaté du defir
de conferver fon nom , prêt à s'éteindre .
Un dégoût univerfel pour tout ce pour tout ce qui peut
charmer un homme de fon âge & de fon
rang , lui fit envifager la Cour avec la
plus profonde indifférence ; il ne voulut
y entendre parler d'aucun établiſſement.
Uniquement occupé de l'étude en tous
genres , où la fagacité de fon efprit lui
faifoit faire chaque jour de nouvelles découvertes
, il réfolut de s'y livier tout entier
, & fe retira dans le Caernarvand , où
il avoit une fort belle terre . C'étoit un
château fort noble & fort ancien , fitué fur
le bord du canal de Menay , dont on découvroit
de loin la fameufe ifle d'Anglefei.
Lorfque le ciel étoit ferein , la mer ,
par fa vafte étendue , rendoit ce lieu trifte
, mais analogue aux penfées du Comte ;
de hautes montagnes couvertes de bois ou
MA I. 1755. 41
de petits villages , terminoient la vue de
l'autre côté , & offroient dans leurs gorges
de jolies prairies entrecoupées de petits
ruiffeaux. Cette fituation terrible &
fauvage parut fort agréable au Comte , il
s'y établit avec un plaifir d'autant plus
fenfible qu'il crut avec raifon qu'il ne ſeroit
point interrompu dans fes fçavantes
méditations.
Kilmore avoit déja paffé dix années
dans le château ; la philofophié le foutenoit
contre l'ennui de la folitude : un feul
ami lui étoit refté , qui de temps en tems
venoit partager la retraite ou ranimer la
converfation du Comte. Cet ami fe nommoit
Laflei.
Un jour que Kilmore & lui fe promenoient
fur une grande terraffe qui s'élevoit
au- deffus de la mer , & que Kilmore
admiroit avec fon ami la vaſte étendue
de cet élément , Laflei prit la parole :
j'approuve avec vous , Milord , lui ditil
, que les beautés de la nature , toutes
admirables & toutes diverfifiées qu'elles
font , portent l'ame à la trifteffe la plus
profonde. Cette mer , cette ifle que nous
appercevons là-bas , ces prairies , ces jolis
villages qui couvrent ces montagnes dont
la cime perce les nûes , tout cela , mon
cher Kilmore , eft au premier coup d'oeil
42 MERCURE DE FRANCE..
d'une beauté fans pareille ; mais cette
beauté eſt toujours la même : encore fi ,
comme dans les tems où les ténébres du
paganifme enveloppoient la terre , nous
voyions dans les bois des dryades , des
nymphes dans les prairies , des nayades
dans les fontaines , fur cette vafte mer
Neptune dans un char entouré de tritons
& de fes charmantes fyrenes , dont les
chants mélodieux raviffoient les mortels ,
tout cela , dis- je , animéroit votre folitu
de. Mais votre fage religion a fait mainbaffe
fur tous ces êtres divertiffans ; la
philofophie chrétienne nous a rendu la
nature fimple & dénuée de ces agrémens
que la folie des anciens avoit divinifés ;
un férieux noble & majeftueux en a pris
la place , & je ne conçois pas comment
depuis dix ans vous refiftez à la langueur
que cette folitude doit jetter dans.
votre ame. Kilmore fourit de l'enthoufiafme
de fon ami ; j'avoue , dit- il , qu'il
eft très- malheureux que votre univers foit
privé de tous les objets que vous venez de
décrire ; mais comme je ne fuis pas accoutumé
à les trouver , je ne me fuis pas
avifé de les regretter. Une fleur qui fe
développe , fon progrès , fa deftruction
un fruit que je cultive , un arbre que j'émonde
, & qui s'éleve à vûe d'oeil , me
3
M A I. 1755. 43
tiennent lieu de vos nymphes & de vos
dryades ; la république des oifeaux , celle
des fourmis ou des mouches à miel me
conduifent à des réflexions folides que vos
fyrenes dérangeroient fans doute ainfi ,
mon cher Laffei , je vis tranquille , &
mon ennui eft fi doux qu'il ne me pefe
point du tout. Il eft vrai qu'il me vient
quelquefois en penfée d'avoir quelques
témoins de mes découvertes , & par un
refte d'amitié pour le genre humain , je
fens que je ne ferois point fâché d'avoir
quelques amis , ou qui partageaffent mon
goût & mes connoiffances , ou qui me
donnaffent les leurs.
Après que ces deux amis eurent longtems
cherché les moyens de rendre la folitude
de Kilmore plus animée fans qu'il
lui en coutât le chagrin de changer de
vie , celui-ci dit à Laflei qu'il avoit envie
d'écrire à quelques- uns des amis qu'il avoit
laiffés à Londres dans le tems qu'il y vivoit
, & de les prier de venir paffer avec
lui le tems qu'ils auroient de libre dans
l'année.
Cette idée , reprit Laflei , ne s'accorde
point du tout avec votre philofophie ; &
où, Milord , avez vous connu des hommes
qui fe fouviennent d'un ami qu'ils
n'ont pas vû depuis dix ans peut-être un
+
44 MERCURE DE FRANCE.
de ceux- là s'en fouvient , cela peut être ;
mais comptez-vous fur le refte , en bonne
foi ? avouez qu'en approfondiffant la nature
vous avez oublié les défauts de l'humanité
; d'ailleurs je veux que tous ceux qui
ont été vos amis en foient les chef-d'oeuvres
: croyez- vous , Milord , qu'après avoir
fait cent vingt- huit milles pour venir vous
voir par curiofité , ils y reviennent affidument
, & s'accommodent de ne vous voir
que des inftans dans la journée ? n'y comptez
pas mais mariez- vous ; voilà ce que
je crois plus poffible : ayez une femme
aimable qui tienne votre maiſon , annoncez-
le à vos amis , alors ils y viendront ,
& vous , maître de vous livrer à vos férieufes
occupations , vous le ferez auffi de
revenir chez votre femme aux heures qui
vous conviendront , & d'y trouver des
de vous délaffer , par une converfation
agréable , de la fatigue de votre camoyens
binet.
Il faut convenir , dit Kilmore , que
cette idée eft très -jufte & plus raifonnable
que la mienne . Je conviens , mon cher
Laflei , que vous avez raifon , & que c'eft
le feul parti que j'aie à prendre : choififfez-
moi une femme telle qu'il me la faut
je vous en ferai très -obligé.
Moi , choifir ! dit Laflei , vous n'y penMA
I. 1755. 45
fez
pas , Milord : je pourrois à peine en
choifir une pour moi-même ; jugez ſi je
le rifquerois pour vous. D'ailleurs j'ignore
ce qui vous convient ... Ah ! Milord , reprit
Kilmore , ni le bien , ni la naiffance
ne peuvent me déterminer . Pour le premier
article , vous fçavez que je fuis affez
riche pour me paffer des biens qu'une
femme m'apporteroit ; quant au fecond ,
je crois que ce n'eft pas toujours dans la
plus haute nobleffe qu'on trouve les femmes
les mieux nées ; cela arrive quelque
fois j'en conviens , mais les préjugés
qu'on a là - deffus font impertinens , & Dieu
merci , je m'en fuis garanti. Je fçai que
l'éducation peut beaucoup fur une belle'
ame ; mais qu'avance -t-elle fur celle qui
eft née fans vertu ?
>
Ces belles ames ont- elles le droit d'animer
feulement les filles de qualité ? elles
dérivent du même principe , & font départies
dans nos corps au hazard ; ainfi
l'on trouve également la vertu avec l'éducation
, comme la vertu fans éducation ;
fouvent même ces principes ne fervenţ
qu'à mafquer les défauts d'une jeune perfonne
, elle fe contraint inceffamment
les cacher au public , tandis qu'un mal- i
heureux mari eft le martyr de fa difcrette
moitié , qui fe fait un jeu de le deshopour
46 MERCURE DE FRANCE.
norer. Je ne veux donc point , mon cher
Laflei , de ces filles élevées avec tant de
foin , & qui en prendroient fi peu
de me.
rendre heureux. Je fçai qu'un homme fage,
ne fait pas dépendre fon honneur d'une
femme folle & imprudente ; mais le préjugé
eft contre lui , & tout homme raifonnable
doit éviter ce malheur : cherchez-
moi donc une fille fage & honnête ,
fur tout que fon humeur fympatife avec
la mienne , que vous fçavez n'être pas
bien extraordinaire.
Milord , reprit Laflei , je ne doute pas
qu'il n'y ait des femmes telles que vous
les defirez , mais je n'en connois point ,
& me garderois bien de vous confeiller
en pareil cas. Mais puifque vous êtes affez
philofophe pour paffer par-deffus le bien
& la qualité , voyez vous même autour
de vous : votre pafteur , par exemple , a
trois filles élevées fous fes yeux ; la fimplicité
de fes moeurs , la fageffe de fon
caractere répondent que fes filles n'ont
point reçu cette éducation redoutable qui
mafque l'art fous les traits de la nature.
Confultez votre coeur , & choififfez parmi
les jeunes filles laquelle il vous dictera de
prendre.
Ce n'eft point ici une affaire de coeur ,
reprit Kilmore , ne vous y trompez pas;
MA I. 1755. 47
c'eft une affaire jufte & raiſonnable : vous
avez bien imaginé , j'irai demain voir M.
Humfroy , & je lui demanderai une de
fes filles. Kilmore ayant pris ce parti
n'en parla plus de la foirée à fon ami , qui
le quitta après fouper pour retourner au
château qu'il avoit dans le voifinage , où
quelques affaires le demandoient.
Kilmore , ſuivant fon caractere , ne fe
leva pas le lendemain plutôt qu'à l'ordinaire.
Quand il fut habillé , il fit mettre
fes chevaux à une chaife pour aller à fon
village , diftant d'environ deux milles de
fon château , & fut defcendre droit au
prefbytere. Il trouva M. Humfroy corrigeant
un fermon qu'il devoit prêcher le
lendemain .
Surpris de voir fon Seigneur chez lui ,
honneur qu'il ne lui avoit jamais fait , M."
Humfroy le reçut avec toutes les marques
d'un profond refpect ; il cherchoit
dans fa tête de quoi il pourroit dignement
l'entretenir , lorfque Kilmore arrêta brufquement
la confufion de fes penfées , en
lui déclarant clairement le fujet qui l'amenoit
chez lui.
Si M. Humfroy avoit été étonné de
voir Kilmore , il le fut bien davantage
quand il apprit ce qui l'y amenoit. Comme
il étoit homme de bon fens , il ne fit
pas
48 MERCURE DE FRANCE.
d'autre réponſe que de lui demander s'il
avoit bien fongé à ce qu'il faifoit , & s'il
étoit poffible de croire qu'un homme de fa
naiffance voulût s'abaiffer jufqu'à faire une
pareille alliance ?
J'y ai très-fort fongé , reprit Kilmore ;
vos bonnes moeurs , votre vertu , m'ont fait
penfer que vos filles vous reffemblent ; je
ne veux pas pourtant contraindre leurs volontés
, je veux qu'un choix libre les détermine
faites-les venir , expofez leur le
fujer pour lequel vous les appellez : je
vous ai dit la façon dont je vis ; fi l'une
d'elles n'a aucune répugnance à partager
ma folitude , je fuis prêt à lui donner ma
foi tout à l'heure.
M. Humfroy ne douta plus que tout ce
que difoit Kilmore ne fûr certain ; il appella
fes filles qui , fimplement vêtues ,
mais très-proprement , vinrent aux ordres
de leur pere. M. Humfroy les fit affeoir
felon l'ordre de l'âge en face du Milord ,
il leur expofa nettement le fujet de fa vifite.
Ces trois filles , dont l'aînée avoit à
peine dix -huit ans , & les deux autres environ
feize & dix- fept , écouterent en grand
filence ce que difoit leur pere ; elles le
garderent même encore affez long- tems
après qu'il eut parlé : elles fe regarderent
les
MAI. 1755 . 49
les unes & les autres , & refterent les
yeux baiffés en attendant que leur pere les
interrogeât. Dès que M. Humfroy crut
leur avoir laiffé affez de tems pour refléchir
, il s'adreffa à l'aînée : Laure , lui ditil
, c'étoit le nom de cette belle fille , avez
vous penfé à ce que je viens de vous dire ?
& fi vous m'avez entendu , y confentezvous
? dites votre avis naturellement , fans'
crainte de me déplaire.
›
L'honneur que Milord nous fait , reprit
modeftement Laure me flate fenfiblement
; mais , mon pere , puifque vous me
permettez que je dife mon fentiment , je
n'ai point encore affez de connoiffance
des chofes du monde pour trouver qu'un
mariage fi honorable me rende plus heureufe
; je fuis contente de mon état , &
je vous fupplie de ne pas trouver mauvais
que je vous demande d'y refter .
Cette réponſe de la belle Laure fâcha
Kilmore ; il trouva qu'une perfonne qui
penfoit fi fagement , méritoit qu'on la regrettât
. Et vous , ma fille , dit M. Humfroy
à Julie , la feconde de fes filles , penfez-
vous comme votre foeur ? répondez ,
mais répondez felon ce que vous penfez.
Non , mon pere , répondit la jeune Julie
, je trouve ce mariage au- deffus de mon
attente ; mais je l'accepte dans l'idée où je
C
So MERCURE DE FRANCE.
fuis que Milord me rendra heureufe ;:
puifqu'il vient choifir parmi nous , & que.
vous l'agréez .
M. Humfroy prit alors fa fille par la
main , & la préfenta à Kilmore, qui l'affura ,
qu'il tâcheroit par toutes fortes de bons
procédés de juftifier les idées avantageufes
qu'elle avoit prife de lui. Alors il fut,
queftion d'appeller un Notaire ; M. Humfroy
y alla lui -même , & l'amena fur le
champ , avec un ancien Alderman qui avoit
une maifon dans le village , & qui voulut
bien fervir de témoin.
M. Humfroy étoit fi tranfporté du bonheur
qui arrivoit à fa fille , qu'il ne fe
connoiffoit plus ; il nommoit fes trois
filles à tous propos , embraffoit le Milord
& l'Alderman tour à tour fans fonger
qu'il troubloit le Notaire dans fa fonction.
Kilmore de fon côté voulant paroître
aimable à Julie , lui difoit, quelques
mots polis , & caufoit avec fes fours qui
avoient l'air plus gai & moins embarraſſe
qu'elle. Elimais fur- tout la plus jeune de
difoit mille chofes agréables à Julie
, qui fembloit enfevelie dans une profonde
rêverie.
toutes ,
Quand il fut queftion de lire le contrat,
il fe trouva qu'au lieu du nom de Julie le
Notaire y avoit fubftitué celui d'Elimaïs.
MAI 1755 SI
Ce contre-tems embarraffa fort le Milord,
qui avoit trouvé déja cet ouvrage fort
long , & qui s'impatientoit de ce qu'il
falloit le recommencer de point en point.
Cette difcuffion avoit arrêté toute la joie ;
chacun difoit fon avis , & perfonne no
convainquoit le Notaire , qui prouvoit
invinciblement qu'il falloit recommencer.
On alloit enfin céder à la vérité de cette
repréſentation , lorfque Julie fe leva , &
s'avançant vers fon pere ; cette affaire , lui
dit-elle avec un rouge modefte qui lui
couvrit les joues , peut aifément s'accommoder
; permettez , mon pere , que je céde
mes droits & l'honneur que me fait Milord
à ma foeur Elimaïs , tout fera dit alors,
& il n'y aura plus d'embarras. Comment
Julie , dit M. Humfroy , penfez- vous bien
à ce que vous faites ? oui , mon pere , reprit-
elle,; un engagement auffi grand me
fait peur , & je vous fupplie de permettre
que je m'en défifte. Elimaïs eft plus jeune ,
& par conféquent elle fera moins de réflexions
, d'ailleurs elle aura moins de tems
pour les écouter & .....Je n'entens point
cela , interrompit brufquement M. Humfroy
, vous avez donné votre parole de
bonne grace ; ainfi , Julie , je veux .....
Non , Monfieur , interrompit à fon tour
Kilmore , ma propofition n'eft faite qu'à
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elle fera acceptée fans nulle
répugnance. Julie la refufe , je vous prie
de ne la pas contraindre : interrogez la
belle Elimaïs , fi elle penfe comme fes
foeurs , rien ne fera fait , & je me retirerai
en vous remerciant de votre bonne volonté.
Eh bien , Elimaïs ! dit le bon Minif
refufes- tu comme Laure & Julie
Phonneur que Milord veut nous faire ?
répons , ma fille , & ne te troubles point
mais répons comine tu penfes ? Elimaïs
ne balança pas , elle répondit de trèsbonne
grace qu'elle fe faifoit un plaifir
d'obéir à fon pere ; alors jettant fur lui
un regard timide pour fçavoir fi ce qu'elle
avoit dit lui avoit plû ou non ; comme
elle le vit fourire , elle fe jetta à fon col
avec une grace enfantine & fi tendre que
les larmes en vinrent aux yeux du bon
homme ; Kilmore même fut ému , & ne
put s'empêcher de baifer la main de la
jeune Elimaïs , que M. Humfroy lui préfenta
. Milord prit au plus vite la plume &
la pria de vouloir ne pas différer de figner
fon bonheur. Elimaïs figna tout de fuite ;
tout le monde ayant figné à fon tour , Kilmore
& Elimaïs furent conduits à l'Eglife ,
où ils recurent la bénédiction nuptiale de
M. Humfroy , qui ne fe fentoit pas de joig
de voir Elimais fi bien établie .
M -A I
1755. 33
En fortant de la paroiffe , M. Humfroy
dit à fon gendre qu'il efpéroit qu'il voudroit
bien recevoir de lui un repas fimple
& frugal , n'ayant pas eu le tems de lui en
faire préparer un plus digne de lui.
Monfieur , dit Kilmore , j'accepterois
volontiers ce que vous voulez bien m'offrir
fi je n'étois preffé de mener ma femme
dans fon château , elle & moi aurons
cet honneur une autre fois , mais je vous
fupplie de ne pas vous oppofer en ce moment
-ci à l'empreffement que j'ai de la
rendre maîtreffe de mon château , ni elle
ni moi ne tarderons pas à venir vous rendre
ce que nous vous devons , & je vous
prie d'être perfuadé qu'en mon particulier
je n'y manquerai jamais . Cela dit , Kilmore
embraffa fon beau -pere & fes bellesfours.
M. Humfroy n'infifta pas davantage
fit une courte exhortation à Elimaïs
fur fes devoirs , & Milord lui donna la
main pour monter dans la chaife , où montant
après elle ils fortirent du village , &
arriverent bientôt chez lui.is , Hood brib
A
Le premier foin de Kilmore en arrivant,
fut de faire ouvrir le plus bel appartement
& d'y conduire Elimais voilà , dit- il
l'appartement que j'ai toujours deſtiné à
mon époufe , & j'efpere que vous voudrez
bien que je le partage feulement la nuit
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
*
avec vous. Elimaïs répondit naïvement
qu'il en étoit le maître. Madame , lui ditil
, vous voyez que je n'ai pas eu le tems
de me préparer à vous recevoir , ainfi je
n'ai à vous offrir ni bijoux , ni diamans ,
en un mot tout ce qui pourroit vous
plaire , mais vous ferez la maîtreffe d'en
faire l'emplette à votre goût , & comme il
vous plaira l'argent néceffaire vous fera
donné auffi-tôt que vous le voudrez . Milord
, reprit Elimaïs , je n'ai jamais conçu
que ces bagatelles puffent faire le vrai
bonheur , & par conféquent je ne les ai
jamais defirées : fi cependant elles doivent
m'aider à foutenir l'éclat du rang ou
Vous venez de m'élever , je ne refuſerai
rien de ce qui me pourra fervir à vous faire
honneur Kilmore trouva beaucoup de
bon fens & de fentiment honnête à cette
réponſes iben loua fon époufe , qui fur
étonnée qu'on louât une chofe qu'elle
Groyoit que tout le monde devoit penfer
naturellement. On vint leur dire que le
ils fe mirent à table , la
confervation ne fut pas fört animée. Après
qu'ils en furent fortis , Kilmore apporta
un petit rouet à fa femme. Vous aimez
peut-être à travailler , lui dit- il , je vous
apporte ce rouet pour vous prévenir contre
l'ennui de la defoccupation: Vous me
"
2
dîné étoit fer . Op m
MASI. 1755.
55
faites plaifir , lui dit- elle , je penfois déja
que j'aurois été bien aife d'envoyer chez
mon pere chercher ma quenouille ; alors
Elimaïs , d'une main adroite , mit en train
fon rouet , & fila de la meilleure grace du
monde.
Pendant ce tems Milord lut , écrivit ,
l'interrogea quelquefois fur fes goûts , fur
fes amufemens , fur la vie qu'elle menoit
chez fon pere ; à quoi elle répondit trèsjufte
, très-fenfément & en peu de mots.
Le foleil étant couché , Kilmore propofa
de s'aller promener , ce qu'Elimaïs accepta
avec plaifir. Ils entrerent enſemble dans le
jardin , elle en loua les beautés avec difcernement
; ce qui lui parut moins agréable
, elle le dit avec la même franchiſe ,
donnant des raifons très- conféquentes de
ce qu'elle difoit : elle prouva à Kilmore
qu'elle avoit autant d'efprit que de goût.
Comme la foirée étoit belle , les deux
époux le promenerent jufqu'à l'heure du
fouper ; en rentrant ils fe mirent à table.
Comme la journée n'avoit pas produit
de grands événemens , ils ne parlerent
gueres plus à fouper qu'ils avoient
fait à dîner. La. converfation d'après ne
fut pas plus intéreffante : quelques quefftions
entrecoupées , des réponfes laconiques
, voilà à quoi cela fe termina .
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Les femmes d'Elimaïs entrerent , fon mari
paffa dans un cabinet pour fe deshabiller
tandis qu'elle fe mettoit au lit ; & quand
on vint l'avertir qu'elle y étoit , il congédia
fes domeftiques , & vint fe mettre auprès
d'elle.
Il y étoit à peine , que fe mettant fur fon
féant , il fonna fes gens avec un grand
empreffement. Que vous plaît- il , Milord
lui demanda Elimaïs ? C'eft , dit- il , que j'ai
oublié quelque chofe : un valet entra dans
le moment ; ouvre mon rideau, dit Kilmore
à cet homme , allume mon bougeoir , &
m'apporte ma grande Bible & mes lunettes
: le domeftique obéit & fe retira.
Kilmore mit effectivement fes lunettes
& ouvrit fa grande Bible , où il fe mit à lire
apparemment tout haut. Elimaïs ne marqua
aucun étonnement de cette façon extraordinaire
de fe comporter : elle écouta paiſiblement
pendant une grande demi -heure
cette férieufe lecture ; mais à fon tour fe
mettant fur fon féant , elle fonna fes femmes.
Que voulez- vous , Madame , lui dit
Kilmore ? Ce n'eft rien , Milord , dit-elle ,
ne vous interrompez pas pour cela ; donnezmoi
mon rouet , dit- elle à fa fille qui entra.
Kilmore , à cette demande , éclata de
rire , & jettant la Bible , les lunettes & foufflant
le bougeoir , il renvoya la femme de
M A 57
*
I. 1755.
་
chambre avec le rouet & la lumiere ; &
fe jettant au col de fa femme , ma chere
Elimaïs , lui dit- il en l'embraffant , vous
êtes une perfonne charmante , ce dernier
trait d'efprit & d'attention pour moi vous
donne mon coeur à jamais ; je vous ai
éprouvé toute la journée ; vous n'êtes
fufceptible ni d'ennui , ni d'humeur ; vous
êtes celle qui devoit me rendre le plus
heureux des hommes ; ma chere Elimaïs ,
je vous adore. Alors Milord ferma fon rideau
, & nous le tirerons auffi fur le refte
de l'hiſtoire , pour ne point troubler les
myſteres de l'amour conjugal , dont la décence
& la modeſtie doivent faire l'appanage..
On a appris depuis cette relation écrite ,
très-vraie dans toutes fes circonstances , que
Milord Kilmore , enchanté de ſon choix &
des vertus de fa femme , ainfi de fes
que
agrémens , a abandonné fon goût pour la
retraite & pour la Philofophie. Uniquement
occupé de plaire à Elimaïs , il eft"
revenu à Londres avec elle ; leur union
fait l'envie & l'admiration de cette ville.
Ils y tiennent un grand état , & tout ce
qu'il y a de confidérable & d'aimable dans
l'un & l'autre fexe s'y raflemble journellement.
PAR MLLE DE L.
A MADAME LA C ... DE G ....
E vous devois une dédicace , pourrois-
Jje micus la placer qu'en vous adreffant
une hiftoire que vous avez defiré de voir
écrite il eft jufte de fervir vos defirs .
Ah ! peut-on vous dédier un ouvrage qui
vous foit plus propre que celui qui fait
l'éloge d'une femme qui a mérité toute la
confidération & toute l'eftime de fon mari
, vous qui faites la félicité du vôtre , &
le bonheur de tous vos amis ? Vous aimez
ce qui peint la vertu & l'amour honnête ;
j'ai écrit ce que vous avez bien voulu
m'en apprendre : heureuſe de vous écouter
quand je vous vois , & de m'occuper de
ce que vous m'avez dit quand je vous
perds de vûe. S'il vous eût plû de me dicter
cette hiftoire , j'aurois eu plus de plaifir
à l'écrire , & l'on en auroit eu davantage
à la lire ; recevez- la donc telle que je
l'ai reçue de vous , comme un gage de ma
complaifance pour ce qui peut vous plaire ,
& un hommage de ma tendre amitié.
40 MERCURE DE FRANCE.
Les Comtes de Kilmore , originairement
Irlandois , s'établirent en Angleterre
dès que ce royaume eut réuni fous les mêmes
loix l'Ecoffe & l'Irlande. Les grandes
alliances qu'ils firent dans l'Angleterre les
en rendirent comme citoyens. Poffeffeurs
de grandes terres dans ce royaume , elles
fe trouverent réunies fur la tête d'un feul
fous ce dernier regne. Le Comte de Kilmore
, unique héritier de tant de riches
fucceffions , ne fe fentit point flaté du defir
de conferver fon nom , prêt à s'éteindre .
Un dégoût univerfel pour tout ce pour tout ce qui peut
charmer un homme de fon âge & de fon
rang , lui fit envifager la Cour avec la
plus profonde indifférence ; il ne voulut
y entendre parler d'aucun établiſſement.
Uniquement occupé de l'étude en tous
genres , où la fagacité de fon efprit lui
faifoit faire chaque jour de nouvelles découvertes
, il réfolut de s'y livier tout entier
, & fe retira dans le Caernarvand , où
il avoit une fort belle terre . C'étoit un
château fort noble & fort ancien , fitué fur
le bord du canal de Menay , dont on découvroit
de loin la fameufe ifle d'Anglefei.
Lorfque le ciel étoit ferein , la mer ,
par fa vafte étendue , rendoit ce lieu trifte
, mais analogue aux penfées du Comte ;
de hautes montagnes couvertes de bois ou
MA I. 1755. 41
de petits villages , terminoient la vue de
l'autre côté , & offroient dans leurs gorges
de jolies prairies entrecoupées de petits
ruiffeaux. Cette fituation terrible &
fauvage parut fort agréable au Comte , il
s'y établit avec un plaifir d'autant plus
fenfible qu'il crut avec raifon qu'il ne ſeroit
point interrompu dans fes fçavantes
méditations.
Kilmore avoit déja paffé dix années
dans le château ; la philofophié le foutenoit
contre l'ennui de la folitude : un feul
ami lui étoit refté , qui de temps en tems
venoit partager la retraite ou ranimer la
converfation du Comte. Cet ami fe nommoit
Laflei.
Un jour que Kilmore & lui fe promenoient
fur une grande terraffe qui s'élevoit
au- deffus de la mer , & que Kilmore
admiroit avec fon ami la vaſte étendue
de cet élément , Laflei prit la parole :
j'approuve avec vous , Milord , lui ditil
, que les beautés de la nature , toutes
admirables & toutes diverfifiées qu'elles
font , portent l'ame à la trifteffe la plus
profonde. Cette mer , cette ifle que nous
appercevons là-bas , ces prairies , ces jolis
villages qui couvrent ces montagnes dont
la cime perce les nûes , tout cela , mon
cher Kilmore , eft au premier coup d'oeil
42 MERCURE DE FRANCE..
d'une beauté fans pareille ; mais cette
beauté eſt toujours la même : encore fi ,
comme dans les tems où les ténébres du
paganifme enveloppoient la terre , nous
voyions dans les bois des dryades , des
nymphes dans les prairies , des nayades
dans les fontaines , fur cette vafte mer
Neptune dans un char entouré de tritons
& de fes charmantes fyrenes , dont les
chants mélodieux raviffoient les mortels ,
tout cela , dis- je , animéroit votre folitu
de. Mais votre fage religion a fait mainbaffe
fur tous ces êtres divertiffans ; la
philofophie chrétienne nous a rendu la
nature fimple & dénuée de ces agrémens
que la folie des anciens avoit divinifés ;
un férieux noble & majeftueux en a pris
la place , & je ne conçois pas comment
depuis dix ans vous refiftez à la langueur
que cette folitude doit jetter dans.
votre ame. Kilmore fourit de l'enthoufiafme
de fon ami ; j'avoue , dit- il , qu'il
eft très- malheureux que votre univers foit
privé de tous les objets que vous venez de
décrire ; mais comme je ne fuis pas accoutumé
à les trouver , je ne me fuis pas
avifé de les regretter. Une fleur qui fe
développe , fon progrès , fa deftruction
un fruit que je cultive , un arbre que j'émonde
, & qui s'éleve à vûe d'oeil , me
3
M A I. 1755. 43
tiennent lieu de vos nymphes & de vos
dryades ; la république des oifeaux , celle
des fourmis ou des mouches à miel me
conduifent à des réflexions folides que vos
fyrenes dérangeroient fans doute ainfi ,
mon cher Laffei , je vis tranquille , &
mon ennui eft fi doux qu'il ne me pefe
point du tout. Il eft vrai qu'il me vient
quelquefois en penfée d'avoir quelques
témoins de mes découvertes , & par un
refte d'amitié pour le genre humain , je
fens que je ne ferois point fâché d'avoir
quelques amis , ou qui partageaffent mon
goût & mes connoiffances , ou qui me
donnaffent les leurs.
Après que ces deux amis eurent longtems
cherché les moyens de rendre la folitude
de Kilmore plus animée fans qu'il
lui en coutât le chagrin de changer de
vie , celui-ci dit à Laflei qu'il avoit envie
d'écrire à quelques- uns des amis qu'il avoit
laiffés à Londres dans le tems qu'il y vivoit
, & de les prier de venir paffer avec
lui le tems qu'ils auroient de libre dans
l'année.
Cette idée , reprit Laflei , ne s'accorde
point du tout avec votre philofophie ; &
où, Milord , avez vous connu des hommes
qui fe fouviennent d'un ami qu'ils
n'ont pas vû depuis dix ans peut-être un
+
44 MERCURE DE FRANCE.
de ceux- là s'en fouvient , cela peut être ;
mais comptez-vous fur le refte , en bonne
foi ? avouez qu'en approfondiffant la nature
vous avez oublié les défauts de l'humanité
; d'ailleurs je veux que tous ceux qui
ont été vos amis en foient les chef-d'oeuvres
: croyez- vous , Milord , qu'après avoir
fait cent vingt- huit milles pour venir vous
voir par curiofité , ils y reviennent affidument
, & s'accommodent de ne vous voir
que des inftans dans la journée ? n'y comptez
pas mais mariez- vous ; voilà ce que
je crois plus poffible : ayez une femme
aimable qui tienne votre maiſon , annoncez-
le à vos amis , alors ils y viendront ,
& vous , maître de vous livrer à vos férieufes
occupations , vous le ferez auffi de
revenir chez votre femme aux heures qui
vous conviendront , & d'y trouver des
de vous délaffer , par une converfation
agréable , de la fatigue de votre camoyens
binet.
Il faut convenir , dit Kilmore , que
cette idée eft très -jufte & plus raifonnable
que la mienne . Je conviens , mon cher
Laflei , que vous avez raifon , & que c'eft
le feul parti que j'aie à prendre : choififfez-
moi une femme telle qu'il me la faut
je vous en ferai très -obligé.
Moi , choifir ! dit Laflei , vous n'y penMA
I. 1755. 45
fez
pas , Milord : je pourrois à peine en
choifir une pour moi-même ; jugez ſi je
le rifquerois pour vous. D'ailleurs j'ignore
ce qui vous convient ... Ah ! Milord , reprit
Kilmore , ni le bien , ni la naiffance
ne peuvent me déterminer . Pour le premier
article , vous fçavez que je fuis affez
riche pour me paffer des biens qu'une
femme m'apporteroit ; quant au fecond ,
je crois que ce n'eft pas toujours dans la
plus haute nobleffe qu'on trouve les femmes
les mieux nées ; cela arrive quelque
fois j'en conviens , mais les préjugés
qu'on a là - deffus font impertinens , & Dieu
merci , je m'en fuis garanti. Je fçai que
l'éducation peut beaucoup fur une belle'
ame ; mais qu'avance -t-elle fur celle qui
eft née fans vertu ?
>
Ces belles ames ont- elles le droit d'animer
feulement les filles de qualité ? elles
dérivent du même principe , & font départies
dans nos corps au hazard ; ainfi
l'on trouve également la vertu avec l'éducation
, comme la vertu fans éducation ;
fouvent même ces principes ne fervenţ
qu'à mafquer les défauts d'une jeune perfonne
, elle fe contraint inceffamment
les cacher au public , tandis qu'un mal- i
heureux mari eft le martyr de fa difcrette
moitié , qui fe fait un jeu de le deshopour
46 MERCURE DE FRANCE.
norer. Je ne veux donc point , mon cher
Laflei , de ces filles élevées avec tant de
foin , & qui en prendroient fi peu
de me.
rendre heureux. Je fçai qu'un homme fage,
ne fait pas dépendre fon honneur d'une
femme folle & imprudente ; mais le préjugé
eft contre lui , & tout homme raifonnable
doit éviter ce malheur : cherchez-
moi donc une fille fage & honnête ,
fur tout que fon humeur fympatife avec
la mienne , que vous fçavez n'être pas
bien extraordinaire.
Milord , reprit Laflei , je ne doute pas
qu'il n'y ait des femmes telles que vous
les defirez , mais je n'en connois point ,
& me garderois bien de vous confeiller
en pareil cas. Mais puifque vous êtes affez
philofophe pour paffer par-deffus le bien
& la qualité , voyez vous même autour
de vous : votre pafteur , par exemple , a
trois filles élevées fous fes yeux ; la fimplicité
de fes moeurs , la fageffe de fon
caractere répondent que fes filles n'ont
point reçu cette éducation redoutable qui
mafque l'art fous les traits de la nature.
Confultez votre coeur , & choififfez parmi
les jeunes filles laquelle il vous dictera de
prendre.
Ce n'eft point ici une affaire de coeur ,
reprit Kilmore , ne vous y trompez pas;
MA I. 1755. 47
c'eft une affaire jufte & raiſonnable : vous
avez bien imaginé , j'irai demain voir M.
Humfroy , & je lui demanderai une de
fes filles. Kilmore ayant pris ce parti
n'en parla plus de la foirée à fon ami , qui
le quitta après fouper pour retourner au
château qu'il avoit dans le voifinage , où
quelques affaires le demandoient.
Kilmore , ſuivant fon caractere , ne fe
leva pas le lendemain plutôt qu'à l'ordinaire.
Quand il fut habillé , il fit mettre
fes chevaux à une chaife pour aller à fon
village , diftant d'environ deux milles de
fon château , & fut defcendre droit au
prefbytere. Il trouva M. Humfroy corrigeant
un fermon qu'il devoit prêcher le
lendemain .
Surpris de voir fon Seigneur chez lui ,
honneur qu'il ne lui avoit jamais fait , M."
Humfroy le reçut avec toutes les marques
d'un profond refpect ; il cherchoit
dans fa tête de quoi il pourroit dignement
l'entretenir , lorfque Kilmore arrêta brufquement
la confufion de fes penfées , en
lui déclarant clairement le fujet qui l'amenoit
chez lui.
Si M. Humfroy avoit été étonné de
voir Kilmore , il le fut bien davantage
quand il apprit ce qui l'y amenoit. Comme
il étoit homme de bon fens , il ne fit
pas
48 MERCURE DE FRANCE.
d'autre réponſe que de lui demander s'il
avoit bien fongé à ce qu'il faifoit , & s'il
étoit poffible de croire qu'un homme de fa
naiffance voulût s'abaiffer jufqu'à faire une
pareille alliance ?
J'y ai très-fort fongé , reprit Kilmore ;
vos bonnes moeurs , votre vertu , m'ont fait
penfer que vos filles vous reffemblent ; je
ne veux pas pourtant contraindre leurs volontés
, je veux qu'un choix libre les détermine
faites-les venir , expofez leur le
fujer pour lequel vous les appellez : je
vous ai dit la façon dont je vis ; fi l'une
d'elles n'a aucune répugnance à partager
ma folitude , je fuis prêt à lui donner ma
foi tout à l'heure.
M. Humfroy ne douta plus que tout ce
que difoit Kilmore ne fûr certain ; il appella
fes filles qui , fimplement vêtues ,
mais très-proprement , vinrent aux ordres
de leur pere. M. Humfroy les fit affeoir
felon l'ordre de l'âge en face du Milord ,
il leur expofa nettement le fujet de fa vifite.
Ces trois filles , dont l'aînée avoit à
peine dix -huit ans , & les deux autres environ
feize & dix- fept , écouterent en grand
filence ce que difoit leur pere ; elles le
garderent même encore affez long- tems
après qu'il eut parlé : elles fe regarderent
les
MAI. 1755 . 49
les unes & les autres , & refterent les
yeux baiffés en attendant que leur pere les
interrogeât. Dès que M. Humfroy crut
leur avoir laiffé affez de tems pour refléchir
, il s'adreffa à l'aînée : Laure , lui ditil
, c'étoit le nom de cette belle fille , avez
vous penfé à ce que je viens de vous dire ?
& fi vous m'avez entendu , y confentezvous
? dites votre avis naturellement , fans'
crainte de me déplaire.
›
L'honneur que Milord nous fait , reprit
modeftement Laure me flate fenfiblement
; mais , mon pere , puifque vous me
permettez que je dife mon fentiment , je
n'ai point encore affez de connoiffance
des chofes du monde pour trouver qu'un
mariage fi honorable me rende plus heureufe
; je fuis contente de mon état , &
je vous fupplie de ne pas trouver mauvais
que je vous demande d'y refter .
Cette réponſe de la belle Laure fâcha
Kilmore ; il trouva qu'une perfonne qui
penfoit fi fagement , méritoit qu'on la regrettât
. Et vous , ma fille , dit M. Humfroy
à Julie , la feconde de fes filles , penfez-
vous comme votre foeur ? répondez ,
mais répondez felon ce que vous penfez.
Non , mon pere , répondit la jeune Julie
, je trouve ce mariage au- deffus de mon
attente ; mais je l'accepte dans l'idée où je
C
So MERCURE DE FRANCE.
fuis que Milord me rendra heureufe ;:
puifqu'il vient choifir parmi nous , & que.
vous l'agréez .
M. Humfroy prit alors fa fille par la
main , & la préfenta à Kilmore, qui l'affura ,
qu'il tâcheroit par toutes fortes de bons
procédés de juftifier les idées avantageufes
qu'elle avoit prife de lui. Alors il fut,
queftion d'appeller un Notaire ; M. Humfroy
y alla lui -même , & l'amena fur le
champ , avec un ancien Alderman qui avoit
une maifon dans le village , & qui voulut
bien fervir de témoin.
M. Humfroy étoit fi tranfporté du bonheur
qui arrivoit à fa fille , qu'il ne fe
connoiffoit plus ; il nommoit fes trois
filles à tous propos , embraffoit le Milord
& l'Alderman tour à tour fans fonger
qu'il troubloit le Notaire dans fa fonction.
Kilmore de fon côté voulant paroître
aimable à Julie , lui difoit, quelques
mots polis , & caufoit avec fes fours qui
avoient l'air plus gai & moins embarraſſe
qu'elle. Elimais fur- tout la plus jeune de
difoit mille chofes agréables à Julie
, qui fembloit enfevelie dans une profonde
rêverie.
toutes ,
Quand il fut queftion de lire le contrat,
il fe trouva qu'au lieu du nom de Julie le
Notaire y avoit fubftitué celui d'Elimaïs.
MAI 1755 SI
Ce contre-tems embarraffa fort le Milord,
qui avoit trouvé déja cet ouvrage fort
long , & qui s'impatientoit de ce qu'il
falloit le recommencer de point en point.
Cette difcuffion avoit arrêté toute la joie ;
chacun difoit fon avis , & perfonne no
convainquoit le Notaire , qui prouvoit
invinciblement qu'il falloit recommencer.
On alloit enfin céder à la vérité de cette
repréſentation , lorfque Julie fe leva , &
s'avançant vers fon pere ; cette affaire , lui
dit-elle avec un rouge modefte qui lui
couvrit les joues , peut aifément s'accommoder
; permettez , mon pere , que je céde
mes droits & l'honneur que me fait Milord
à ma foeur Elimaïs , tout fera dit alors,
& il n'y aura plus d'embarras. Comment
Julie , dit M. Humfroy , penfez- vous bien
à ce que vous faites ? oui , mon pere , reprit-
elle,; un engagement auffi grand me
fait peur , & je vous fupplie de permettre
que je m'en défifte. Elimaïs eft plus jeune ,
& par conféquent elle fera moins de réflexions
, d'ailleurs elle aura moins de tems
pour les écouter & .....Je n'entens point
cela , interrompit brufquement M. Humfroy
, vous avez donné votre parole de
bonne grace ; ainfi , Julie , je veux .....
Non , Monfieur , interrompit à fon tour
Kilmore , ma propofition n'eft faite qu'à
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elle fera acceptée fans nulle
répugnance. Julie la refufe , je vous prie
de ne la pas contraindre : interrogez la
belle Elimaïs , fi elle penfe comme fes
foeurs , rien ne fera fait , & je me retirerai
en vous remerciant de votre bonne volonté.
Eh bien , Elimaïs ! dit le bon Minif
refufes- tu comme Laure & Julie
Phonneur que Milord veut nous faire ?
répons , ma fille , & ne te troubles point
mais répons comine tu penfes ? Elimaïs
ne balança pas , elle répondit de trèsbonne
grace qu'elle fe faifoit un plaifir
d'obéir à fon pere ; alors jettant fur lui
un regard timide pour fçavoir fi ce qu'elle
avoit dit lui avoit plû ou non ; comme
elle le vit fourire , elle fe jetta à fon col
avec une grace enfantine & fi tendre que
les larmes en vinrent aux yeux du bon
homme ; Kilmore même fut ému , & ne
put s'empêcher de baifer la main de la
jeune Elimaïs , que M. Humfroy lui préfenta
. Milord prit au plus vite la plume &
la pria de vouloir ne pas différer de figner
fon bonheur. Elimaïs figna tout de fuite ;
tout le monde ayant figné à fon tour , Kilmore
& Elimaïs furent conduits à l'Eglife ,
où ils recurent la bénédiction nuptiale de
M. Humfroy , qui ne fe fentoit pas de joig
de voir Elimais fi bien établie .
M -A I
1755. 33
En fortant de la paroiffe , M. Humfroy
dit à fon gendre qu'il efpéroit qu'il voudroit
bien recevoir de lui un repas fimple
& frugal , n'ayant pas eu le tems de lui en
faire préparer un plus digne de lui.
Monfieur , dit Kilmore , j'accepterois
volontiers ce que vous voulez bien m'offrir
fi je n'étois preffé de mener ma femme
dans fon château , elle & moi aurons
cet honneur une autre fois , mais je vous
fupplie de ne pas vous oppofer en ce moment
-ci à l'empreffement que j'ai de la
rendre maîtreffe de mon château , ni elle
ni moi ne tarderons pas à venir vous rendre
ce que nous vous devons , & je vous
prie d'être perfuadé qu'en mon particulier
je n'y manquerai jamais . Cela dit , Kilmore
embraffa fon beau -pere & fes bellesfours.
M. Humfroy n'infifta pas davantage
fit une courte exhortation à Elimaïs
fur fes devoirs , & Milord lui donna la
main pour monter dans la chaife , où montant
après elle ils fortirent du village , &
arriverent bientôt chez lui.is , Hood brib
A
Le premier foin de Kilmore en arrivant,
fut de faire ouvrir le plus bel appartement
& d'y conduire Elimais voilà , dit- il
l'appartement que j'ai toujours deſtiné à
mon époufe , & j'efpere que vous voudrez
bien que je le partage feulement la nuit
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
*
avec vous. Elimaïs répondit naïvement
qu'il en étoit le maître. Madame , lui ditil
, vous voyez que je n'ai pas eu le tems
de me préparer à vous recevoir , ainfi je
n'ai à vous offrir ni bijoux , ni diamans ,
en un mot tout ce qui pourroit vous
plaire , mais vous ferez la maîtreffe d'en
faire l'emplette à votre goût , & comme il
vous plaira l'argent néceffaire vous fera
donné auffi-tôt que vous le voudrez . Milord
, reprit Elimaïs , je n'ai jamais conçu
que ces bagatelles puffent faire le vrai
bonheur , & par conféquent je ne les ai
jamais defirées : fi cependant elles doivent
m'aider à foutenir l'éclat du rang ou
Vous venez de m'élever , je ne refuſerai
rien de ce qui me pourra fervir à vous faire
honneur Kilmore trouva beaucoup de
bon fens & de fentiment honnête à cette
réponſes iben loua fon époufe , qui fur
étonnée qu'on louât une chofe qu'elle
Groyoit que tout le monde devoit penfer
naturellement. On vint leur dire que le
ils fe mirent à table , la
confervation ne fut pas fört animée. Après
qu'ils en furent fortis , Kilmore apporta
un petit rouet à fa femme. Vous aimez
peut-être à travailler , lui dit- il , je vous
apporte ce rouet pour vous prévenir contre
l'ennui de la defoccupation: Vous me
"
2
dîné étoit fer . Op m
MASI. 1755.
55
faites plaifir , lui dit- elle , je penfois déja
que j'aurois été bien aife d'envoyer chez
mon pere chercher ma quenouille ; alors
Elimaïs , d'une main adroite , mit en train
fon rouet , & fila de la meilleure grace du
monde.
Pendant ce tems Milord lut , écrivit ,
l'interrogea quelquefois fur fes goûts , fur
fes amufemens , fur la vie qu'elle menoit
chez fon pere ; à quoi elle répondit trèsjufte
, très-fenfément & en peu de mots.
Le foleil étant couché , Kilmore propofa
de s'aller promener , ce qu'Elimaïs accepta
avec plaifir. Ils entrerent enſemble dans le
jardin , elle en loua les beautés avec difcernement
; ce qui lui parut moins agréable
, elle le dit avec la même franchiſe ,
donnant des raifons très- conféquentes de
ce qu'elle difoit : elle prouva à Kilmore
qu'elle avoit autant d'efprit que de goût.
Comme la foirée étoit belle , les deux
époux le promenerent jufqu'à l'heure du
fouper ; en rentrant ils fe mirent à table.
Comme la journée n'avoit pas produit
de grands événemens , ils ne parlerent
gueres plus à fouper qu'ils avoient
fait à dîner. La. converfation d'après ne
fut pas plus intéreffante : quelques quefftions
entrecoupées , des réponfes laconiques
, voilà à quoi cela fe termina .
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Les femmes d'Elimaïs entrerent , fon mari
paffa dans un cabinet pour fe deshabiller
tandis qu'elle fe mettoit au lit ; & quand
on vint l'avertir qu'elle y étoit , il congédia
fes domeftiques , & vint fe mettre auprès
d'elle.
Il y étoit à peine , que fe mettant fur fon
féant , il fonna fes gens avec un grand
empreffement. Que vous plaît- il , Milord
lui demanda Elimaïs ? C'eft , dit- il , que j'ai
oublié quelque chofe : un valet entra dans
le moment ; ouvre mon rideau, dit Kilmore
à cet homme , allume mon bougeoir , &
m'apporte ma grande Bible & mes lunettes
: le domeftique obéit & fe retira.
Kilmore mit effectivement fes lunettes
& ouvrit fa grande Bible , où il fe mit à lire
apparemment tout haut. Elimaïs ne marqua
aucun étonnement de cette façon extraordinaire
de fe comporter : elle écouta paiſiblement
pendant une grande demi -heure
cette férieufe lecture ; mais à fon tour fe
mettant fur fon féant , elle fonna fes femmes.
Que voulez- vous , Madame , lui dit
Kilmore ? Ce n'eft rien , Milord , dit-elle ,
ne vous interrompez pas pour cela ; donnezmoi
mon rouet , dit- elle à fa fille qui entra.
Kilmore , à cette demande , éclata de
rire , & jettant la Bible , les lunettes & foufflant
le bougeoir , il renvoya la femme de
M A 57
*
I. 1755.
་
chambre avec le rouet & la lumiere ; &
fe jettant au col de fa femme , ma chere
Elimaïs , lui dit- il en l'embraffant , vous
êtes une perfonne charmante , ce dernier
trait d'efprit & d'attention pour moi vous
donne mon coeur à jamais ; je vous ai
éprouvé toute la journée ; vous n'êtes
fufceptible ni d'ennui , ni d'humeur ; vous
êtes celle qui devoit me rendre le plus
heureux des hommes ; ma chere Elimaïs ,
je vous adore. Alors Milord ferma fon rideau
, & nous le tirerons auffi fur le refte
de l'hiſtoire , pour ne point troubler les
myſteres de l'amour conjugal , dont la décence
& la modeſtie doivent faire l'appanage..
On a appris depuis cette relation écrite ,
très-vraie dans toutes fes circonstances , que
Milord Kilmore , enchanté de ſon choix &
des vertus de fa femme , ainfi de fes
que
agrémens , a abandonné fon goût pour la
retraite & pour la Philofophie. Uniquement
occupé de plaire à Elimaïs , il eft"
revenu à Londres avec elle ; leur union
fait l'envie & l'admiration de cette ville.
Ils y tiennent un grand état , & tout ce
qu'il y a de confidérable & d'aimable dans
l'un & l'autre fexe s'y raflemble journellement.
Fermer
Résumé : HISTOIRE ANGLOISE. PAR MLLE DE L. A MADAME LA C... DE G....
L'œuvre 'Histoire Anglaise' est dédiée par Mlle de L. à Madame la C... de G..., qui apprécie les récits mettant en avant la vertu et l'amour honnête. L'histoire commence avec la famille des Comtes de Kilmore, une famille irlandaise installée en Angleterre après l'unification des lois entre l'Écosse et l'Irlande. Le Comte de Kilmore, unique héritier de vastes terres, se retire dans un château à Caernarvand pour se consacrer à l'étude, loin des plaisirs de la cour. Il y vit en solitaire, accompagné seulement de son ami Laflei. Un jour, en se promenant, Laflei exprime son admiration pour la beauté de la nature mais regrette l'absence de divinités païennes qui l'animaient autrefois. Kilmore, quant à lui, trouve du plaisir dans l'observation de la nature et des petites choses de la vie. Il avoue cependant ressentir parfois le besoin de partager ses découvertes avec des amis. Laflei suggère alors à Kilmore de se marier pour animer sa solitude. Kilmore accepte l'idée et demande à Laflei de lui trouver une femme sage et honnête, dont l'humeur soit compatible avec la sienne. Laflei propose que Kilmore choisisse parmi les filles de son pasteur, M. Humfroy, connues pour leur simplicité et leur sagesse. Kilmore décide de rendre visite à M. Humfroy pour lui demander la main de l'une de ses filles. Lors de cette visite, Kilmore expose son désir de mariage à M. Humfroy, qui est surpris mais accepte de présenter ses filles. Les trois filles, Laure, Julie et Henriette, écoutent en silence la proposition de leur père. Laure, l'aînée, décline poliment l'offre, préférant rester dans son état actuel. Kilmore est impressionné par la sagesse de Laure mais attend la réponse des autres sœurs. L'histoire se poursuit avec Julie et Elimaïs, filles de M. Humfroy, et Milord Kilmore. Julie accepte initialement un mariage avec Milord Kilmore, mais lors de la signature du contrat, une erreur du notaire révèle que le nom d'Elimaïs est inscrit à la place de celui de Julie. Julie, effrayée par l'engagement, propose de céder sa place à Elimaïs. Milord Kilmore accepte cette solution à condition que la jeune fille accepte de son plein gré. Elimaïs accepte avec grâce et tendresse, émouvant ainsi son père et Milord Kilmore. Le mariage est alors célébré, et le couple part pour le château de Milord. À leur arrivée, Milord Kilmore montre à Elimaïs l'appartement destiné à son épouse et lui offre de l'argent pour acheter des bijoux. Elimaïs répond qu'elle ne désire pas ces objets, mais accepte de les acquérir pour maintenir l'éclat de son rang. La journée se passe calmement, avec des conversations modérées. Le soir, après une promenade, Milord Kilmore simule une lecture de la Bible pour tester Elimaïs, qui reste imperturbable et demande son rouet. Touché par son attitude, Milord Kilmore lui avoue son amour et son admiration. Par la suite, on apprend que Milord Kilmore, enchanté par les vertus et les agréments d'Elimaïs, abandonne sa retraite et sa philosophie pour se consacrer à elle. Ils vivent à Londres dans l'opulence et reçoivent régulièrement des visiteurs distingués.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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658
p. 201-213
NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
Début :
Le 21 Mars, Angélique-Louise de la Rochefoucauld, épouse de Jean-Alexandre-Romée [...]
Mots clefs :
Comte, Seigneur, Mariages, Général, Capitaine, Duc, Marquis, Alliances, Mort, Naissance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
NAISSANCE , MARIAGES
& Morts.
E 21 Mars , Angélique- Louife de la Rochefoncauld
, époufe de Jean- Alexandre- Romée de
Villeneuve , Vicomte de Vence , Colonel en fecond
& commandant le Régiment Royal- Corfe ,
eft accouchée à Aix d'un fils qui a été nommé
Jules-Alexandre Romée.
202 MERCURE DE FRANCE..
Le 11 de Janvier fut célebré le mariage de
Louis-Léon-Félicité , Comte de Lauraguais , fils
de Louis de Brancas , Duc de Lauraguais , & d'Elifabeth-
Pauline d'Itanguien.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de
l'Hôtel de Biron , par M. le Cardinal de la Rochefoucauld.
La maifon de Brancas eft affez connue par fon
ancienneté , fon illuftration & fes grandes alliances
,fans qu'il foit néceffaire ici d'en faire l'éloge.
Son hiſtoire a été imprimée par beaucoup d'Auteurs
, elle fe trouve dans celle des grands Officiers
de la Couronne , article du Duché- Pairie de
Villars , t . V. p. 277. On y voit que cette Maiſon
eft originaire de Naples , où elle a poffedé les
premieres Charges de cette Couronne , & que le
premier qui s'établit en Provence y vint avec deux
Cardinaux c'étoit Bufille de Brancas , Comte
d'Agnano , au Royaume de Naples , & Seigneur
d'Oife & de Vilofe , aux Diocèfes de Digne , & de
Sifteron , Maréchal de la Cour Romaine , vers la
fin du quatorzieme fiecle .
Le 1 Février , Louis d'Etampes , Marquis
d'Etampes , fils de Louis Roger , Marquis d'Etampes
, & de Marguerite Lidie de Becdelievres de
Cany, époufa Adélaïde- Godefroi-Julie de Fouilleufe
de Flavacourt , fille de François - Marie de
Fouilleufe , Marquis de Flavacourt , Maréchal des
Camps & armées du Roi , & Lieutenant de Roi de
Normandie , & de Hortenfe-Félicité de Mailly de
Nefle.
La maifon d'Etampes , illuftre par les premieres
dignités de l'Eglife & de l'Etat , à eu des alliances
avec les maifons de Montmorenci , de Beauvilliers
, de Gouffier , de Regnier , de Guerchy , de
la Châtre , de Brulart de Sillery , de Choifeul , de
, י
MAI. 1755- 203
Becdelievres , de Béthune , d'Ailly , de Fiennes ,
de Monchy, de Chavagnac , de Rochechouart , &
autres.
Cette maifon a formé quatre branches : la
branche de la Ferté- Imbault , celle de la Mottelez-
Ennordre , de Valençay , & celle d'Autry.
La branche de la Motte- lez-Ennordre defcend
de Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté- Imbault ,
lequel de fon mariage avec Blanche d'Ailly , fille
de Waleran d'Ailly , de la branche de Sains , Seigneur
de Marigny , Bailli de Senlis , & de Jacqueline
de Rouvroy-Saint- Simon, eut plufieurs enfans,
entr'autres Louis d'Etampes , Seigneur de la Ferté-
Imbault , qui a continué la branche aînée , & qui
eft le fixieme ayeul du Marquis d'Etampes qui
donne lieu à cet article , & François d'Etampes
auteur de la branche de la Motte- lez- Ennordre.
La branche de Valençay & celle d'Autry
defcendent de Robert III . d'Etampes , Seigneur
de Sallebris , d'Ardreloup & de Tillay , Maréchal
& Sénéchal du Bourbonnois , lequel eut trois garçons
de fon mariage avec Louife Levraud , fçavoir
Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté-Imbault
dont on a parlé plus haut ; Louis d'Etampes , Seigneur
de Valençay , & Robert d'Etampes , Seigneur
d'Autry. Voyez les Tablettes hiftoriques ,
généalogiques & chronologiques , quat. Partie ,
P. 395. & Gr. Off. tome 7. p . 543 .
La maifon de Fouilleufe de Flavacourt , une des
plus anciennes du Vexin François , a pris alliance
dans le 13 fiecle avec la maiſon de Crevecoeur ,
& depuis avec celle de Gaucourt , de Boves , du
Bec- Crefpin , de Dampont , de Suzanne de Cerny,
de Gaudechart , de Ligny , de Rouffé d'Alembon ,
de Rouxel de Médavy , de Mailly , & autres. Voyez
Tab. Généal. 4. part. p. 77.´.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Le 10 Mars , Milord Clare , Comte de Tho
mond , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général de fes armées , & Infpecteur général ,
époufa Marie- Genevieve- Louife de Chiffreville ,
fille unique du Marquis de Chiffreville , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , & premier
Sous-Lieutenant de la feconde Compagnie des
Moufquetaires , & de Dame Marie- Genevieve le
Tonnellier de Charmeaux .
Ce mariage a été fait dans la Chapelle de
l'Hôtel de Machault , par l'Abbé de Breteuil , ancien
Agent général du Clergé.
Le 14 Février 1755 mourut à Paris Marie-
'Anne de Gouffier de Thois , âgée de foixante-huit,
ans fept jours , veuve depuis le 14 Avril 1724 , de
Louis de Bourbon , fecond du nom , Comte de
Buffet & de Châlus , Baron de Piégut , de Vezigneux
, & de Saint - Martin du Puis , &c . qu'elle
avoit épousé par contrat du 31 Décembre 1719.
Elle étoit fille de Thimoléon de Gouffier , Marquis
de Thois , & autres lieux , Gouverneur de
Blois , & d'Henriette de Penancoët de Keroualle ,
veuve de Philippe Herbert , Comte de Pembrock
en Angleterre ; & foeur cadette de Louife-Renée
de Penancoët de Keroualle , Ducheffe de Portsmouth.
Madame la Comteffe de Bourbon- Buffet
laiffe de fon mariage trois enfans , fçavoir ,
2
1. François-Louis Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet , dont on va parler.
2. Louife -Claude de Bourbon- Buffet , Religieufe
Bénédictine au Monaftere du Cherche -midi , Fauxbourg
faint Germain , à Paris , où elle a fait profeffion
le 17 Septembre 1740 .
3. Et Henriette- Antoinette de Bourbon-Buffet ,
yeuve fans enfans depuis le 2 Novembre 1752 , de
MA I. 1755. 205
Paul de Grivel de Groffove , Comte d'Auroy , Seigneur
de Groffove , &c. ancien Meftre de camp
du Régiment d'Anjou , Cavalerie , avec lequel
elle avoit été mariée par contrat du 22 Août 1747.
François-Louis-Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet & de Châlus , Baron de Vezigneux & de
Saint-Martin du Puis , Seigneur des Creuziers
&c. Meftre de camp du Régiment de Bourbon-
Buffet , Cavalerie , & Chevalier de l'Ordre militaire
de faint Louis , époufa le 23 Avril 1743 ,
Magdeleine- Louife-Jeanne de Clermont - Tonnerre
, fille de Gafpard de Clermont - Tonnerre ,
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du Roi,
Gouverneur de Béfort , Marquis de Vauvillars ,
Comte d'Efpinac & de Thoury , & de feue Antoinette
Potier de Novion . De cette alliance font
fortis les enfans qui fuivent .
1. Gafpard- Louis de Bourbon - Buffet , Comte
de Châlus , mort à Paris le 8 Décembre 1751 , âgé
de fix ans & demi.
2.
Louis-François-Jofeph de Bourbon- Buffer ,
aujourd'hui Comte de Châlus , né au Château, de
Buffet en Auvergne , le 1 Juin 1749.
I
3. Artus Charles - Thimoléon de Bourbon-
Buffet , né à Paris le 21 Septembre 1752 .
4. N.... de Bourbon- Buffet , né au Château de
Buffet , le 11 Novembre 1753 , non encore nom
mé..
S. N...de Bourbon-Buffet , née à Buffet , lé 20
Juillet 1746 , auffi non nommée.
6. Marie-Anne-Julie -Louife de Bourbon- Buf
fet , Demoifelle de Châfus , née au Château de Buffet
le 16 Septembre 1747.
7. Et N. de Bourbon- Buffet , morte au Château
de Buffet , le 23 Mars 1751 , fans avoir été nommée,
âgée de deux jours ..
206 MERCURE DE FRANCE.
Voyez ce qui eft dit de la maiſon de Gouffier ;
dans le volume V. p. 605. & fuiv . de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne ; & le Mercure
du mois de Juin 1754. premiere Partie , à l'occa
fion de la mort de M. le Marquis de Thois , frere
aîné de Madame la Comteffe de Bourbon - Buffet ;
& la quatrieme Partie des Tablettes hiftoriques ,
pages 114 & 115 .
François de Mailly , Comte de Mailly , mourut
le 21 de Février au château de Saint - Leger
près d'Abbeville , âgé de foixante- treize ans ;
il étoit oncle du Comte de Mailly , Lieutenant
général des armées du Roi , & de la province de
Rouffillon , Infpecteur de la Cavalerie , à qui il
a laiffé les terres de fa branche.
La Maiſon de Mailly eft trop connue pour
qu'il foit néceffaire d'entrer ici dans aucun détail
fur l'ancienneté de fon origine , & fur la
grandeur de fes alliances. Il fuffira de rappeller
qu'en 1070 Anfelme de Mailly
doit l'armée de la Comteffe de Flandre , &
gouvernoit fes Etats comme tuteur & le plus
proche parent du Comte fon fils .
* comman-
Colard de Mailly ** fut appellé au gouvernement
du Royaume fous Charles VF , & cette
illuftration a tranfmis dans cette Maifon une
Couronne perfonnelle entremêlée de fleurs de
lys , qu'elle porte depuis ce tems . L'on fçait
auffi que cette Maifon a été revêtue dans tous
* Chronique de Flandre , par Dom de Gherit , 13
91. Hiftoire des Châtelains de Lille , par Floris
Vander- Vaher. Malbrancq. dans ce qu'il a écrit
fur la Flandre.
** Monftrelet , tom. 1. p.77 130. Hift . de Charles
VI. par Le Laboureur , liv . 30. p. 755..
MA I. 1755. 207
*
les tems des Ordres & des plus grandes Charges de
la Couronne .
Le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , étoit de
la branche des Comtes de Mailly , Seigneurs
d'Haucourt , féparée en 1503 par le mariage
qu'Adrien de Mailly , fecond fils de Jean , Sire
de Mailly , Chambellan de Charles VIII & de
Louis XII , & d'Ifabeau d'Ailly , fille de Jean ,
Vidame d'Amiens , & d'Iolande de Bourgogne ,
fit avec Françoife de Bailleul , fille d'Adrien de
Bailleul & de Jeanne d'Haucourt , par contrat
du 18 Octobre 1503 : c'est par cette alliance
que la terre d'Haucourt eft entrée dans cette
branche de la Maifon de Mailly. L'on voit à
ce fujet un acte paffé devant le Roi François I ,
qui donne à Adrien de Mailly le titre de coufin
, & qui lui remet en faveur dudit mariage
tous les droits qui lui étoient dûs fur la Maifon
de Bailleul ; il ratifia le 3 Mai 1513
tranfaction paffée entre lui & le Comte de Vendôme
, fur les droits réciproques qu'ils avoient
fur la terre de Ravenfberg , à caufe de la Maifon
de Bailleul , dont étoit iffu par fa mere le
Comte de Vendôme.
la
Adrien de Mailly eut entr'autres enfans Edme
de Mailly , qui continua la postérité , &
Jean de Mailly , Seigneur de Belleville , Chevalier
de l'Ordre du Roi , qui n'eut d'Antoinette
de Baudeuil , Dame d'Abancourt , qu'une fille
mariée à Robert de Roncherolles , Baron de
Pont- Saint- Pierre , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Gentilhomme ordinaire de fa Chambre , & premier
Baron de Normandie.
Edine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint-Leger , étoit Gouverneur d'Ivoy , & Ca208
MERCURE DE FRANCE.
pitaine de mille hommes de pied fous les re
gnes de François I & de Henri II . Il fut l'un
des ôtages de la capitulation de Thionville en
1558. Il époufa en premieres nôces , par con
trat du 16 Avril 1536 , Marie de Boulan , dont
il laiffa François de Mailly qui fuit ; & en fecondes
nôces , par contrat du 24 Avril 1550 ,
Gabrielle d'Ougnies , Dame du Quefnoy en Flandre
elle fur mere de Louis de Mailly , auteur
de la branche du Qefnoy qui , par fes alliances ,
a l'honneur d'appartenir à plufieurs Maifons fouveraines
de l'Europe , & tient à celles de Montmorenci
, de Melun , d'Ifenghien , de Crequi ,
de Berg , d'Aremberg , de Croy , de Longueval ,
de Leide , & c. & c .
:
François de Mailly , premier du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint -Leger , fut un des Seigneurs
qui fe diftinguerent le plus par leur fidélité
envers le Roi Henri III , durant les guerres
de la ligue. Il fe fignala au fiege de la Rochelle
en 1573 , au combat de Dormans , à la
prife d'Iffoire en 1577 , & fut tué d'un coup
de canon au fiege de la Fere en 1579. Le Roi
Henri III écrivit à cette occafion à la Dame
de Mailly fa veuve , que fi elle avoit perdu un
mari il avoit perdu un bon ferviteur & ami ,
& lui promit qu'il auroit foin de fes enfans.
Il avoit épousé par contrat du 6 Août 1573 ,
Marie d'Hallencourt , fille de N. d'Hallencourt ,
Marquis de Drofmefnil , Seigneur de Canteville .
Il eut de ce mariage :
François de Mailly , II du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint-Leger , fait Capitaine de
cinquante hommes d'armes , des ordonnances
du Roi. Il fe . diftingua au fiege d'Amiens en
1597 , & mourut à Paris le 30 Mars 1621
.. MA I. 1755. 209
avoit époufé par contrat du 22 Janvier 1607 ,
Marie Turpin , fille de Guillaume Turpin , Seigneur
d'Aligny , & de Françoile de Pellevé ,
laquelle étoit fille de Genevieve de Montmorency
, & niece du Cardinal de Pellevé . Il naquit
de ce mariage , 10 Philippe de Mailly qui
fuit. 20 Antoine de Mailly , Chevalier de Malthe
mort en 1670. 3 ° Nicolas de Mailly , tué
au fiege de Dixnude en 1677
>
Philippe de Mailly , Seigneur d'Haucourt &
'de Saint - Leger , Capitaine d'une compagnie de
cent hommes, dits de Chevaux - Legers , qu'il com-
'mandoit à la bataille d'Avein en 1635, fe trouva à la
fanglante journée de la Marfée en 1641 , & au ſiege
de Nanci en 1633 , invité par deux lettres du Cardinal
de la Valette , commandant l'armée du fiége
, qui lui marquoit que le Roi lui fçauroit gré
d'y venir avec fa compagnie . Il avoit épousé par
contrat da 8 Janvier 1631 , Guillaine Dubié
petite fille du Maréchal de France de ce nom. I
laiffa
Antoine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint- Leger , marié par contrat du 6 Février 1678
à Françoife de Canutfon de Berlifontaine , dont
vinrent le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , & le Marquis
de Mailly, Seigneur d'Haucourt , Page du Roi
en 1694 , pere du Comte de Mailly , dont la fille
a époufé le Marquis de Voyer , & dont le fils ,
Louis-Marie de Mailly, eft Capitaine- Lieutenant,
en furvivance de fon pere , de la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois , fixième de fon nom revêtu
de cette charge.
Cette branche appartient par fes alliances aux
Maifons de Lorraine, de Moy, de Montmorenci, de
Chaulnes, de S.Simon, d'Harcourt, d'Eſpinai- Saint210
MERCURE DE FRANCE.
Luc , de Mornai Monchevreuil , de Gouffier , d'E
trade , d'Aumont , de Boufflers , d'Auxi , de Roncherolles
, de Brulart , de Vieux- pont , de Moflé ,
de Marcatel , des Effarts , d'Hangeft , de Montmorenci-
Laval , de la Force , de Milli , Le Tellier-
Louvois , d'Ecquevilli , de Colbert , d'Efclainvilliers
, de Voyer d'Argenfon & autres.
La Maiſon de Mailly a produit un grand nombre
de branches , & elle fe trouve réduite aujourd'hui
aux cinq feules fuivantes , qualifiées felon les
titres qui leur ont été affectés.
Celle de Louis , Sire & Marquis de Mailly ' ,
chef du nom , Brigadier des armées du Roi , &
Colonel du régiment d'infanterie de fon nom .
Celle du Marquis de Nefle , Chevalier des Ordres
du Roi , féparée en 1648 , en faveur de laquelle
le Marquifat de Mailly-Moncavrel a été
érigé , & qui a produit
Celle de Louis de Mailly , auffi Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant- Général de fes armées ,
& premier Ecuyer de Madame la Dauphine' , féparée
de celle de Nefle en 1687.
Celle d'Alexandre - Louis de Mailly , Seigneur
de Fecamp , né en 1744 , fils de feu Louis - Alexandre
de Mailly , & de Louife de Saint - Chamans
, féparée en 1600 .
Et celle du Comte de Mailly , Lieutenant -Général
des armées du Roi & du Rouffillon , Infpecteur
de la cavalerie , en faveur de laquelle le
Comté de Mailly a été érigé , féparée en 1503 ,
d'où eft forti celle des Marquis du Quefnoi en
Flandre , féparée de celle - ci en 1596.
Voyez fur cette maifon les grands Officiers de
la Couronne , tome VIII. & les Tablettes hiftoriques
, tom . IV & tom . V.
L'on travaille actuellement à donner une hifMAI.
1755 .
211
toire de cette grande Maiſon dans toute fon
étendue.
1
Claude-Marie , Comte de Bellegarde & d'An
tremont , Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe à la Cour de France , eft
mort à Paris le 26 Février , laiffant deux enfans de
Dame Anne Rutouska , ſon épouſe , foeur de Maurice
, Comte de Saxe , Maréchal de France . Ce
grand homme avoit par fon teftament nommé le
feu Comte de Bellegarde fon héritier univerfel.
La Maiſon de Bellegarde originaire de Flan
dres , eft depuis long-tems établie en Savoye , où
elle eft fort diftinguée par fon ancienneté & par
fes illuftrations. Jean Noël , Seigneur de Bellegarde
, Maître d'Hôtel de Charles III , Duc de
Savoye en 1304 , eut de Claudine de Saint- Trivier,
Dame de Monts , fa femine :
-
François Noël de Bellegarde , Seigneur de
Monts & des Marches , Gouverneur de Nice ,
Ambaffadeur du Duc de Savoye , près de l'Empereur
Charles-Quint , marié le 4 Octobre 1546 à
Gafparde de Menthon , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Colonel des Gardes de
Charles- Emanuel , Duc de Savoye , marié à Florentine
de Perrache. Par fon teſtament du 3 Août
1597 , il inftitua pour héritier fon fils
Claude-André de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , marié à Gafparde de Doncieux
, dont il eut Jean- François , qui fuit :
Pierre de Bellegarde , Abbé de S. Sixte ; Guillaume
de Bellegarde , Comte d'Antremont , marié
à Anne-Françoife de Loche ; Claire de Bellegarde ,
mariée le 27 Août 1646 à Charles de Broffes , Baron
de Montfalcon , Seigneur de Tournay , Grand
Bailli de Gex , dont postérité.
212 MERCURE DE FRANCE.
Jean-François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Capitaine de Cavalerie ,
marié le 13 Avril 1632 , à Magdeleine Portier de
Micudry , dont
>
Janus de Bellegarde Comte d'Antremont
>
Marquis des Marches , Chancelier de Savoye &
Miniftre d'Etat , marié les Mai 1659 , à Anne du
Prayet , Dame de Veynes , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , Ambaffadeur du Roi de
Sicile , Duc de Savoye, à la Cour de France , marié
le 23 Avril 1687 à Catherine- Françoiſe de Regard
de Vars , dont Jofeph - François qui fuit
Claude-Marie qui a donné lieu à cet article , &
deux autres fils , Pun Chambellan du Roi de Pologne
, marié à Drefde , l'autre établi & marié à
Prague.
Jofeph-François de Bellegarde , Marquis des
Marches & de Curfinge , Comte d'Antremont ,
Commandeur de l'Ordre de Saint Maurice , Gentilhomme
de la Chambre du Roi de Sardaigne
marié à Françoife Charlotte Ogletorpe , dont il
a un fils Colonel au fervice d'Angleterre , & deux
filles , l'une mariée au Seigneur de Maffingy, Marquis
de la Pierre ; l'autre , Charlotte-Eléonore ,
Chanoineffe en Lorraine.
Dame Marguerite Defcreux de Sainte- Croix
époufe du Comte de Duglas , Capitaine au Régiment
royal Ecoffois , eft morte au Château de
Montréal en Bugey , le 27 de Février , âgée d'environ
30 ans ; elle étoit l'unique héritiere de la
famille Defcreux de Sainte- Croix , une des meilleures
maifons de la Breffe. Le Comte de Duglas
eft d'une branche de l'ancienne maifon de Duglas
en Ecoffe , établie en ce pays là depuis près d'un .
fiecle. Il a trois freres , l'un Capitaine dans le
MA I. 1755. 213
même Régiment que lui , l'autre Capitaine dans
celui de Languedoc infanterie , & le troifieme
Eccléfiaftique , qui eft au Séminaire de S. Sulpice.
& Morts.
E 21 Mars , Angélique- Louife de la Rochefoncauld
, époufe de Jean- Alexandre- Romée de
Villeneuve , Vicomte de Vence , Colonel en fecond
& commandant le Régiment Royal- Corfe ,
eft accouchée à Aix d'un fils qui a été nommé
Jules-Alexandre Romée.
202 MERCURE DE FRANCE..
Le 11 de Janvier fut célebré le mariage de
Louis-Léon-Félicité , Comte de Lauraguais , fils
de Louis de Brancas , Duc de Lauraguais , & d'Elifabeth-
Pauline d'Itanguien.
La cérémonie fut faite dans la Chapelle de
l'Hôtel de Biron , par M. le Cardinal de la Rochefoucauld.
La maifon de Brancas eft affez connue par fon
ancienneté , fon illuftration & fes grandes alliances
,fans qu'il foit néceffaire ici d'en faire l'éloge.
Son hiſtoire a été imprimée par beaucoup d'Auteurs
, elle fe trouve dans celle des grands Officiers
de la Couronne , article du Duché- Pairie de
Villars , t . V. p. 277. On y voit que cette Maiſon
eft originaire de Naples , où elle a poffedé les
premieres Charges de cette Couronne , & que le
premier qui s'établit en Provence y vint avec deux
Cardinaux c'étoit Bufille de Brancas , Comte
d'Agnano , au Royaume de Naples , & Seigneur
d'Oife & de Vilofe , aux Diocèfes de Digne , & de
Sifteron , Maréchal de la Cour Romaine , vers la
fin du quatorzieme fiecle .
Le 1 Février , Louis d'Etampes , Marquis
d'Etampes , fils de Louis Roger , Marquis d'Etampes
, & de Marguerite Lidie de Becdelievres de
Cany, époufa Adélaïde- Godefroi-Julie de Fouilleufe
de Flavacourt , fille de François - Marie de
Fouilleufe , Marquis de Flavacourt , Maréchal des
Camps & armées du Roi , & Lieutenant de Roi de
Normandie , & de Hortenfe-Félicité de Mailly de
Nefle.
La maifon d'Etampes , illuftre par les premieres
dignités de l'Eglife & de l'Etat , à eu des alliances
avec les maifons de Montmorenci , de Beauvilliers
, de Gouffier , de Regnier , de Guerchy , de
la Châtre , de Brulart de Sillery , de Choifeul , de
, י
MAI. 1755- 203
Becdelievres , de Béthune , d'Ailly , de Fiennes ,
de Monchy, de Chavagnac , de Rochechouart , &
autres.
Cette maifon a formé quatre branches : la
branche de la Ferté- Imbault , celle de la Mottelez-
Ennordre , de Valençay , & celle d'Autry.
La branche de la Motte- lez-Ennordre defcend
de Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté- Imbault ,
lequel de fon mariage avec Blanche d'Ailly , fille
de Waleran d'Ailly , de la branche de Sains , Seigneur
de Marigny , Bailli de Senlis , & de Jacqueline
de Rouvroy-Saint- Simon, eut plufieurs enfans,
entr'autres Louis d'Etampes , Seigneur de la Ferté-
Imbault , qui a continué la branche aînée , & qui
eft le fixieme ayeul du Marquis d'Etampes qui
donne lieu à cet article , & François d'Etampes
auteur de la branche de la Motte- lez- Ennordre.
La branche de Valençay & celle d'Autry
defcendent de Robert III . d'Etampes , Seigneur
de Sallebris , d'Ardreloup & de Tillay , Maréchal
& Sénéchal du Bourbonnois , lequel eut trois garçons
de fon mariage avec Louife Levraud , fçavoir
Jean d'Etampes , Seigneur de la Ferté-Imbault
dont on a parlé plus haut ; Louis d'Etampes , Seigneur
de Valençay , & Robert d'Etampes , Seigneur
d'Autry. Voyez les Tablettes hiftoriques ,
généalogiques & chronologiques , quat. Partie ,
P. 395. & Gr. Off. tome 7. p . 543 .
La maifon de Fouilleufe de Flavacourt , une des
plus anciennes du Vexin François , a pris alliance
dans le 13 fiecle avec la maiſon de Crevecoeur ,
& depuis avec celle de Gaucourt , de Boves , du
Bec- Crefpin , de Dampont , de Suzanne de Cerny,
de Gaudechart , de Ligny , de Rouffé d'Alembon ,
de Rouxel de Médavy , de Mailly , & autres. Voyez
Tab. Généal. 4. part. p. 77.´.
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
Le 10 Mars , Milord Clare , Comte de Tho
mond , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant
général de fes armées , & Infpecteur général ,
époufa Marie- Genevieve- Louife de Chiffreville ,
fille unique du Marquis de Chiffreville , Lieutenant
général des armées de Sa Majeſté , & premier
Sous-Lieutenant de la feconde Compagnie des
Moufquetaires , & de Dame Marie- Genevieve le
Tonnellier de Charmeaux .
Ce mariage a été fait dans la Chapelle de
l'Hôtel de Machault , par l'Abbé de Breteuil , ancien
Agent général du Clergé.
Le 14 Février 1755 mourut à Paris Marie-
'Anne de Gouffier de Thois , âgée de foixante-huit,
ans fept jours , veuve depuis le 14 Avril 1724 , de
Louis de Bourbon , fecond du nom , Comte de
Buffet & de Châlus , Baron de Piégut , de Vezigneux
, & de Saint - Martin du Puis , &c . qu'elle
avoit épousé par contrat du 31 Décembre 1719.
Elle étoit fille de Thimoléon de Gouffier , Marquis
de Thois , & autres lieux , Gouverneur de
Blois , & d'Henriette de Penancoët de Keroualle ,
veuve de Philippe Herbert , Comte de Pembrock
en Angleterre ; & foeur cadette de Louife-Renée
de Penancoët de Keroualle , Ducheffe de Portsmouth.
Madame la Comteffe de Bourbon- Buffet
laiffe de fon mariage trois enfans , fçavoir ,
2
1. François-Louis Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet , dont on va parler.
2. Louife -Claude de Bourbon- Buffet , Religieufe
Bénédictine au Monaftere du Cherche -midi , Fauxbourg
faint Germain , à Paris , où elle a fait profeffion
le 17 Septembre 1740 .
3. Et Henriette- Antoinette de Bourbon-Buffet ,
yeuve fans enfans depuis le 2 Novembre 1752 , de
MA I. 1755. 205
Paul de Grivel de Groffove , Comte d'Auroy , Seigneur
de Groffove , &c. ancien Meftre de camp
du Régiment d'Anjou , Cavalerie , avec lequel
elle avoit été mariée par contrat du 22 Août 1747.
François-Louis-Antoine de Bourbon , Comte
de Buffet & de Châlus , Baron de Vezigneux & de
Saint-Martin du Puis , Seigneur des Creuziers
&c. Meftre de camp du Régiment de Bourbon-
Buffet , Cavalerie , & Chevalier de l'Ordre militaire
de faint Louis , époufa le 23 Avril 1743 ,
Magdeleine- Louife-Jeanne de Clermont - Tonnerre
, fille de Gafpard de Clermont - Tonnerre ,
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du Roi,
Gouverneur de Béfort , Marquis de Vauvillars ,
Comte d'Efpinac & de Thoury , & de feue Antoinette
Potier de Novion . De cette alliance font
fortis les enfans qui fuivent .
1. Gafpard- Louis de Bourbon - Buffet , Comte
de Châlus , mort à Paris le 8 Décembre 1751 , âgé
de fix ans & demi.
2.
Louis-François-Jofeph de Bourbon- Buffer ,
aujourd'hui Comte de Châlus , né au Château, de
Buffet en Auvergne , le 1 Juin 1749.
I
3. Artus Charles - Thimoléon de Bourbon-
Buffet , né à Paris le 21 Septembre 1752 .
4. N.... de Bourbon- Buffet , né au Château de
Buffet , le 11 Novembre 1753 , non encore nom
mé..
S. N...de Bourbon-Buffet , née à Buffet , lé 20
Juillet 1746 , auffi non nommée.
6. Marie-Anne-Julie -Louife de Bourbon- Buf
fet , Demoifelle de Châfus , née au Château de Buffet
le 16 Septembre 1747.
7. Et N. de Bourbon- Buffet , morte au Château
de Buffet , le 23 Mars 1751 , fans avoir été nommée,
âgée de deux jours ..
206 MERCURE DE FRANCE.
Voyez ce qui eft dit de la maiſon de Gouffier ;
dans le volume V. p. 605. & fuiv . de l'Hiſtoire des
Grands Officiers de la Couronne ; & le Mercure
du mois de Juin 1754. premiere Partie , à l'occa
fion de la mort de M. le Marquis de Thois , frere
aîné de Madame la Comteffe de Bourbon - Buffet ;
& la quatrieme Partie des Tablettes hiftoriques ,
pages 114 & 115 .
François de Mailly , Comte de Mailly , mourut
le 21 de Février au château de Saint - Leger
près d'Abbeville , âgé de foixante- treize ans ;
il étoit oncle du Comte de Mailly , Lieutenant
général des armées du Roi , & de la province de
Rouffillon , Infpecteur de la Cavalerie , à qui il
a laiffé les terres de fa branche.
La Maiſon de Mailly eft trop connue pour
qu'il foit néceffaire d'entrer ici dans aucun détail
fur l'ancienneté de fon origine , & fur la
grandeur de fes alliances. Il fuffira de rappeller
qu'en 1070 Anfelme de Mailly
doit l'armée de la Comteffe de Flandre , &
gouvernoit fes Etats comme tuteur & le plus
proche parent du Comte fon fils .
* comman-
Colard de Mailly ** fut appellé au gouvernement
du Royaume fous Charles VF , & cette
illuftration a tranfmis dans cette Maifon une
Couronne perfonnelle entremêlée de fleurs de
lys , qu'elle porte depuis ce tems . L'on fçait
auffi que cette Maifon a été revêtue dans tous
* Chronique de Flandre , par Dom de Gherit , 13
91. Hiftoire des Châtelains de Lille , par Floris
Vander- Vaher. Malbrancq. dans ce qu'il a écrit
fur la Flandre.
** Monftrelet , tom. 1. p.77 130. Hift . de Charles
VI. par Le Laboureur , liv . 30. p. 755..
MA I. 1755. 207
*
les tems des Ordres & des plus grandes Charges de
la Couronne .
Le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , étoit de
la branche des Comtes de Mailly , Seigneurs
d'Haucourt , féparée en 1503 par le mariage
qu'Adrien de Mailly , fecond fils de Jean , Sire
de Mailly , Chambellan de Charles VIII & de
Louis XII , & d'Ifabeau d'Ailly , fille de Jean ,
Vidame d'Amiens , & d'Iolande de Bourgogne ,
fit avec Françoife de Bailleul , fille d'Adrien de
Bailleul & de Jeanne d'Haucourt , par contrat
du 18 Octobre 1503 : c'est par cette alliance
que la terre d'Haucourt eft entrée dans cette
branche de la Maifon de Mailly. L'on voit à
ce fujet un acte paffé devant le Roi François I ,
qui donne à Adrien de Mailly le titre de coufin
, & qui lui remet en faveur dudit mariage
tous les droits qui lui étoient dûs fur la Maifon
de Bailleul ; il ratifia le 3 Mai 1513
tranfaction paffée entre lui & le Comte de Vendôme
, fur les droits réciproques qu'ils avoient
fur la terre de Ravenfberg , à caufe de la Maifon
de Bailleul , dont étoit iffu par fa mere le
Comte de Vendôme.
la
Adrien de Mailly eut entr'autres enfans Edme
de Mailly , qui continua la postérité , &
Jean de Mailly , Seigneur de Belleville , Chevalier
de l'Ordre du Roi , qui n'eut d'Antoinette
de Baudeuil , Dame d'Abancourt , qu'une fille
mariée à Robert de Roncherolles , Baron de
Pont- Saint- Pierre , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Gentilhomme ordinaire de fa Chambre , & premier
Baron de Normandie.
Edine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint-Leger , étoit Gouverneur d'Ivoy , & Ca208
MERCURE DE FRANCE.
pitaine de mille hommes de pied fous les re
gnes de François I & de Henri II . Il fut l'un
des ôtages de la capitulation de Thionville en
1558. Il époufa en premieres nôces , par con
trat du 16 Avril 1536 , Marie de Boulan , dont
il laiffa François de Mailly qui fuit ; & en fecondes
nôces , par contrat du 24 Avril 1550 ,
Gabrielle d'Ougnies , Dame du Quefnoy en Flandre
elle fur mere de Louis de Mailly , auteur
de la branche du Qefnoy qui , par fes alliances ,
a l'honneur d'appartenir à plufieurs Maifons fouveraines
de l'Europe , & tient à celles de Montmorenci
, de Melun , d'Ifenghien , de Crequi ,
de Berg , d'Aremberg , de Croy , de Longueval ,
de Leide , & c. & c .
:
François de Mailly , premier du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint -Leger , fut un des Seigneurs
qui fe diftinguerent le plus par leur fidélité
envers le Roi Henri III , durant les guerres
de la ligue. Il fe fignala au fiege de la Rochelle
en 1573 , au combat de Dormans , à la
prife d'Iffoire en 1577 , & fut tué d'un coup
de canon au fiege de la Fere en 1579. Le Roi
Henri III écrivit à cette occafion à la Dame
de Mailly fa veuve , que fi elle avoit perdu un
mari il avoit perdu un bon ferviteur & ami ,
& lui promit qu'il auroit foin de fes enfans.
Il avoit épousé par contrat du 6 Août 1573 ,
Marie d'Hallencourt , fille de N. d'Hallencourt ,
Marquis de Drofmefnil , Seigneur de Canteville .
Il eut de ce mariage :
François de Mailly , II du nom , Seigneur
d'Haucourt & de Saint-Leger , fait Capitaine de
cinquante hommes d'armes , des ordonnances
du Roi. Il fe . diftingua au fiege d'Amiens en
1597 , & mourut à Paris le 30 Mars 1621
.. MA I. 1755. 209
avoit époufé par contrat du 22 Janvier 1607 ,
Marie Turpin , fille de Guillaume Turpin , Seigneur
d'Aligny , & de Françoile de Pellevé ,
laquelle étoit fille de Genevieve de Montmorency
, & niece du Cardinal de Pellevé . Il naquit
de ce mariage , 10 Philippe de Mailly qui
fuit. 20 Antoine de Mailly , Chevalier de Malthe
mort en 1670. 3 ° Nicolas de Mailly , tué
au fiege de Dixnude en 1677
>
Philippe de Mailly , Seigneur d'Haucourt &
'de Saint - Leger , Capitaine d'une compagnie de
cent hommes, dits de Chevaux - Legers , qu'il com-
'mandoit à la bataille d'Avein en 1635, fe trouva à la
fanglante journée de la Marfée en 1641 , & au ſiege
de Nanci en 1633 , invité par deux lettres du Cardinal
de la Valette , commandant l'armée du fiége
, qui lui marquoit que le Roi lui fçauroit gré
d'y venir avec fa compagnie . Il avoit épousé par
contrat da 8 Janvier 1631 , Guillaine Dubié
petite fille du Maréchal de France de ce nom. I
laiffa
Antoine de Mailly , Seigneur d'Haucourt & de
Saint- Leger , marié par contrat du 6 Février 1678
à Françoife de Canutfon de Berlifontaine , dont
vinrent le Comte de Mailly , Seigneur de Saint-
Leger , qui donne lieu à cet article , & le Marquis
de Mailly, Seigneur d'Haucourt , Page du Roi
en 1694 , pere du Comte de Mailly , dont la fille
a époufé le Marquis de Voyer , & dont le fils ,
Louis-Marie de Mailly, eft Capitaine- Lieutenant,
en furvivance de fon pere , de la Compagnie des
Gendarmes Ecoffois , fixième de fon nom revêtu
de cette charge.
Cette branche appartient par fes alliances aux
Maifons de Lorraine, de Moy, de Montmorenci, de
Chaulnes, de S.Simon, d'Harcourt, d'Eſpinai- Saint210
MERCURE DE FRANCE.
Luc , de Mornai Monchevreuil , de Gouffier , d'E
trade , d'Aumont , de Boufflers , d'Auxi , de Roncherolles
, de Brulart , de Vieux- pont , de Moflé ,
de Marcatel , des Effarts , d'Hangeft , de Montmorenci-
Laval , de la Force , de Milli , Le Tellier-
Louvois , d'Ecquevilli , de Colbert , d'Efclainvilliers
, de Voyer d'Argenfon & autres.
La Maiſon de Mailly a produit un grand nombre
de branches , & elle fe trouve réduite aujourd'hui
aux cinq feules fuivantes , qualifiées felon les
titres qui leur ont été affectés.
Celle de Louis , Sire & Marquis de Mailly ' ,
chef du nom , Brigadier des armées du Roi , &
Colonel du régiment d'infanterie de fon nom .
Celle du Marquis de Nefle , Chevalier des Ordres
du Roi , féparée en 1648 , en faveur de laquelle
le Marquifat de Mailly-Moncavrel a été
érigé , & qui a produit
Celle de Louis de Mailly , auffi Chevalier des
Ordres du Roi , Lieutenant- Général de fes armées ,
& premier Ecuyer de Madame la Dauphine' , féparée
de celle de Nefle en 1687.
Celle d'Alexandre - Louis de Mailly , Seigneur
de Fecamp , né en 1744 , fils de feu Louis - Alexandre
de Mailly , & de Louife de Saint - Chamans
, féparée en 1600 .
Et celle du Comte de Mailly , Lieutenant -Général
des armées du Roi & du Rouffillon , Infpecteur
de la cavalerie , en faveur de laquelle le
Comté de Mailly a été érigé , féparée en 1503 ,
d'où eft forti celle des Marquis du Quefnoi en
Flandre , féparée de celle - ci en 1596.
Voyez fur cette maifon les grands Officiers de
la Couronne , tome VIII. & les Tablettes hiftoriques
, tom . IV & tom . V.
L'on travaille actuellement à donner une hifMAI.
1755 .
211
toire de cette grande Maiſon dans toute fon
étendue.
1
Claude-Marie , Comte de Bellegarde & d'An
tremont , Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne
, Electeur de Saxe à la Cour de France , eft
mort à Paris le 26 Février , laiffant deux enfans de
Dame Anne Rutouska , ſon épouſe , foeur de Maurice
, Comte de Saxe , Maréchal de France . Ce
grand homme avoit par fon teftament nommé le
feu Comte de Bellegarde fon héritier univerfel.
La Maiſon de Bellegarde originaire de Flan
dres , eft depuis long-tems établie en Savoye , où
elle eft fort diftinguée par fon ancienneté & par
fes illuftrations. Jean Noël , Seigneur de Bellegarde
, Maître d'Hôtel de Charles III , Duc de
Savoye en 1304 , eut de Claudine de Saint- Trivier,
Dame de Monts , fa femine :
-
François Noël de Bellegarde , Seigneur de
Monts & des Marches , Gouverneur de Nice ,
Ambaffadeur du Duc de Savoye , près de l'Empereur
Charles-Quint , marié le 4 Octobre 1546 à
Gafparde de Menthon , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Colonel des Gardes de
Charles- Emanuel , Duc de Savoye , marié à Florentine
de Perrache. Par fon teſtament du 3 Août
1597 , il inftitua pour héritier fon fils
Claude-André de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , marié à Gafparde de Doncieux
, dont il eut Jean- François , qui fuit :
Pierre de Bellegarde , Abbé de S. Sixte ; Guillaume
de Bellegarde , Comte d'Antremont , marié
à Anne-Françoife de Loche ; Claire de Bellegarde ,
mariée le 27 Août 1646 à Charles de Broffes , Baron
de Montfalcon , Seigneur de Tournay , Grand
Bailli de Gex , dont postérité.
212 MERCURE DE FRANCE.
Jean-François de Bellegarde , Marquis d'Antre
mont & des Marches , Capitaine de Cavalerie ,
marié le 13 Avril 1632 , à Magdeleine Portier de
Micudry , dont
>
Janus de Bellegarde Comte d'Antremont
>
Marquis des Marches , Chancelier de Savoye &
Miniftre d'Etat , marié les Mai 1659 , à Anne du
Prayet , Dame de Veynes , dont
Jean- François de Bellegarde , Marquis d'Antremont
& des Marches , Ambaffadeur du Roi de
Sicile , Duc de Savoye, à la Cour de France , marié
le 23 Avril 1687 à Catherine- Françoiſe de Regard
de Vars , dont Jofeph - François qui fuit
Claude-Marie qui a donné lieu à cet article , &
deux autres fils , Pun Chambellan du Roi de Pologne
, marié à Drefde , l'autre établi & marié à
Prague.
Jofeph-François de Bellegarde , Marquis des
Marches & de Curfinge , Comte d'Antremont ,
Commandeur de l'Ordre de Saint Maurice , Gentilhomme
de la Chambre du Roi de Sardaigne
marié à Françoife Charlotte Ogletorpe , dont il
a un fils Colonel au fervice d'Angleterre , & deux
filles , l'une mariée au Seigneur de Maffingy, Marquis
de la Pierre ; l'autre , Charlotte-Eléonore ,
Chanoineffe en Lorraine.
Dame Marguerite Defcreux de Sainte- Croix
époufe du Comte de Duglas , Capitaine au Régiment
royal Ecoffois , eft morte au Château de
Montréal en Bugey , le 27 de Février , âgée d'environ
30 ans ; elle étoit l'unique héritiere de la
famille Defcreux de Sainte- Croix , une des meilleures
maifons de la Breffe. Le Comte de Duglas
eft d'une branche de l'ancienne maifon de Duglas
en Ecoffe , établie en ce pays là depuis près d'un .
fiecle. Il a trois freres , l'un Capitaine dans le
MA I. 1755. 213
même Régiment que lui , l'autre Capitaine dans
celui de Languedoc infanterie , & le troifieme
Eccléfiaftique , qui eft au Séminaire de S. Sulpice.
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Résumé : NAISSANCE, MARIAGES, & Morts.
En 1755, plusieurs événements familiaux et décès ont marqué l'aristocratie française. Le 21 mars, Angélique-Louise de La Rochefoucauld, épouse de Jean-Alexandre Romée de Villeneuve, Vicomte de Vence, a donné naissance à un fils nommé Jules-Alexandre Romée. Le 11 janvier, Louis-Léon-Félicité, Comte de Lauraguais, fils de Louis de Brancas, Duc de Lauraguais, et d'Élisabeth-Pauline d'Itanguien, s'est marié avec la bénédiction du Cardinal de La Rochefoucauld. La maison de Brancas, originaire de Naples et établie en Provence au XIVe siècle, est connue pour son ancienneté et ses grandes alliances. Le 1er février, Louis d'Etampes, Marquis d'Etampes, a épousé Adélaïde-Godefroi-Julie de Fouilleuse de Flavacourt. La maison d'Etampes est illustre par ses dignités ecclésiastiques et étatiques, avec des alliances prestigieuses et compte quatre branches principales. Le 10 mars, Milord Clare, Comte de Thomond, a épousé Marie-Geneviève-Louise de Chiffreville, fille unique du Marquis de Chiffreville, dans la chapelle de l'Hôtel de Machault par l'Abbé de Breteuil. Plusieurs décès ont également été enregistrés. Le 14 février, Marie-Anne de Gouffier de Thois, veuve de Louis de Bourbon, Comte de Buffet, est décédée à Paris à l'âge de soixante-huit ans, laissant trois enfants, dont François-Louis-Antoine de Bourbon, Comte de Buffet. Le 21 février, François de Mailly, Comte de Mailly, est mort au château de Saint-Leger près d'Abbeville à l'âge de soixante-treize ans. La maison de Mailly est renommée pour son ancienneté et ses alliances illustres, avec des membres ayant occupé des postes importants dans l'armée et la cour. Le texte mentionne également deux maisons nobles distinctes : la Maison de Mailly et la Maison de Bellegarde. La Maison de Mailly est liée par alliance à plusieurs familles illustres, telles que les maisons de Lorraine, de Montmorenci, d'Harcourt, de Colbert, et d'autres. Elle compte cinq branches principales, chacune ayant des titres et des fonctions spécifiques. La Maison de Bellegarde, originaire de Flandres et établie en Savoie, est distinguée par son ancienneté et ses illustrations. Claude-Marie, Comte de Bellegarde et d'Antrémont, Envoyé extraordinaire du Roi de Pologne, est décédé à Paris le 26 février, laissant deux enfants. La famille compte des membres ayant servi dans diverses fonctions militaires et diplomatiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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659
p. 28-34
EXTRAIT de la vie du Professeur Saunderson, tiré d'un Journal anglois, qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
Début :
Le pere de ce grand Mathématicien jouissoit d'un bien médiocre dans la [...]
Mots clefs :
Journal anglais, Nicholas Saunderson, Connaissances, Cambridge, Université, Aveugle, Université de Cambridge, Mathématiques, Mathématicien
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la vie du Professeur Saunderson, tiré d'un Journal anglois, qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
EXTRAIT de la vie du Profeffeur
Saunderson , tiré d'un Journal anglois
qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
Ljuffit d'un bien médiocre dans la
E pere de ce grand Mathématicien
province d'York en Angleterre . Il eut
plufieurs enfans. Nicolas Saunderfon fut
l'aîné de tous ; il naquit au mois de
Janvier en 1682. A l'âge d'un an il fut
privé de la vûe par la petite vérole , &
fe trouva dans le cas d'un aveugle de
naiffance . Il ne lui reftoit pas la moindre
idée d'avoir jamais vû la lumiere ; il n'en
avoit aucune perception non plus que des
couleurs . On l'envoya de bonne heure aux
écoles des humanités , où il fit , en écoutant
les autres , un progrès des plus rapides.
Euclide , Archimede & Diophante
étoient les auteurs Grecs qu'il étudioit par
préférence en fe les faifant lire. Il apprit
de fon pere l'arithmétique , & fe trouva
bientôt en état de faire de pénibles calculs.
Il inventa , par la feule force de l'imagination
& de la mémoire , de nouvelles regles
pour réfoudre les problêmes de cette fcience
, faifant toutes les opérations avec auJUIN.
17553 29
tant de promptitude que de jufteffe.
C'eft ainfi que l'efprit actif & pénétrant ,
quand le malheur a fermé quelques- unes
de fes portes , redoublant d'effort & d'attention
, veille aux autres avenues de fes
connoiffances qu'il élargit , pour ainfi dire,
comme pour fe dédommager de fa perte.
Deux Gentilshommes du voisinage amis
de fa famille , enchantés des grands talens
de notre aveugle , fe firent un plaifir de
lui apprendre l'algébre & la géométrie.
Son pere , quelque zélé qu'il fût pour faire
cultiver de fi rares talens , étant chargé
d'une nombreuſe famille , ſe vit hors d'état
d'envoyer fon fils à l'Univerfité d'Oxford
ou de Cambridge : il prit donc le parti de
le mettre dans une petite Académie du
village d'Attercliff. Ayant bientôt épuisé
le fond des connoiffances de cette école ,
où il ne lui reftoit plus rien à apprendre ,
il fe retira dans la maifon paternelle . Ré
duit à fes propres reffources , il y continua
fes études, & à l'aide d'un lecteur qu'il avoit
inftruit lui -même , il y fit de nouveaux
progrès. Au bout de quelque tems , on
réfolut de l'envoyer à Cambridge pour y
profeffer la philofophie. Il y parut fous
un caractere fingulier , puifqu'il eft peutêtre
le feul qui foit entré pour la premiere
fois dans une Univerfité , non pour acque
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
7
rir , mais pour communiquer des connoiffances.
La Société charmée de l'acquifition d'un
fi bon fujet , lui affigna un appartement, lui
permit l'ufage de la bibliothèque , lui donna
un lecteur en conféquence , & l'adinit à tous
les privileges d'un Membre de l'Univerfité,
à l'exception du titre qu'il ne pouvoit prendre
, n'étant pas gradué . Malgré ces avantages
, il lui reftoit encore bien des difficultés
à furmonter : âgé de vingt - cinq ans
fans fortune , aveugle , & deſtiné à enfeigner
la philofophie en concurrence avec
M. Whifton , ce grand Mathématicien
qui occupoit une chaire dans la même
'Univerfité .
›
Toutes ces circonftances qui fembloient
devoir renverfer fon projet , en hâterent
au contraire le fuccès. Il dut fa fortune à
la générofité de M. Whifton , qui fe fit
une gloire de fervir ce nouveau concurrent.
M. Whifton réunifoit à un profond
fçavoir , à toutes les lumieres de l'efprit ,
les qualités du coeur qui rendent les grands
hommes encore plus refpectables , un heureux
naturel , beaucoup d'humanité , une
eftime & une amitié fincere pour ceux en
qui il voyoit le talent & les connoiffances
qui le diftinguoient fi fort lui -même. Loin
JUIN. T 1755.
3-1
de s'opposer aux deffeins de M. Saunderfon ,
comme il étoit de fon intérêt & en fon
pouvoir de le faire , il lui accorda non
feulement une permiffion expreffe de donner
des leçons de phyfique , mais il le feconda
encore de fon crédit dans toutes les
Joccafions.
A l'ouverture de fes leçons , il y vint
une telle affluence d'auditeurs qu'il en
étoit embarraffé lui - même . Il débuta pár
f'optique de Newton , effai auffi hardi que
fingulier dans un homme privé de la vie
prefqu'en naifant ; il falloit voir ce prodige
pour le croire.
Qu'un aveugle traite parfaitement des
fons , de leur nature & de leurs effets , cela
eft dans l'ordre ; mais qu'il raifonne en
philofophe fur les objets d'un fens qu'il
en'a pas , voilà qui tient du miracle . Il eft
cependant de notoriété publique qu'il expliquoit
les principes d'optique avec autant
de précifion que de clarté. A la fuite de ces
leçons , il procédoit régulierement aux
autres ouvrages de Newton, dont il devint
Pami particulier.
Peu de tems après , M. Whifton ayant
été remercié pour avoir refufé de remplir
certaines formalités , aufquelles fes principes
avoués d'arianifme ne lui permettoient
pas de fe foumettre , toutes les voix fe
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
réunirent en faveur de M. Saunderfon
pour occuper la place de ce grand philofophe.
Comme les ftatuts de l'Univerfité exigoient
dans un Profeffeur en titre le grade
de Maître- ès- Arts , on fit une démarche
fans exemple pour le lui faire déferer. Les
principaux de tous les Colleges , de l'aveu
& au nom du corps entier , préfenterent un
placet au Duc de Somerfet , pour lors
Chancelier. Ce Seigneur accompagné du
Chevalier Newton & d'autres perfonnes
de rang , s'étant rendu auprès de la Reine
Anne , obtint un ordre
pour faire expédier
à notre aveugle le grade requis , & il fut
en conféquence nommé & inſtallé Profeſfeur
de Mathématique au mois de Novembre
1711. Il fit à fa réception un difcours
plein d'efprit & d'élégance , le prononça
avec tant de nobleffe & de grace ,
qu'il eut l'applaudiffement univerfel. Il
finit ce difcours par l'éloge des mathématiques
qu'il mit bien au-deffus de toute
autre méthode de raifonner.
En 1723 il époufa la fille de M. Dickfon
, Miniftre-Curé de Bofworth dans le
Comté de Cambridge . De ce mariage il
eut un garçon & une fille , tous deux aujourd'hui
vivans.
En 1728 le Roi regnant , dans un
voyage fait à Newmarket , ayant honoré
JUIN. 1733 53
l'Univerfité d'une vifite , defira voir le
Profeffeur Saunderfon , qui s'étant rendu
aux ordres du Roi , l'accompagna au Sénat.
Là , par ordre exprès de Sa Majefté , & en
fa préfence , Saunderfon fut créé Docteurès-
Loix par le Chancelier en perfonne.
Il continua pendant onze ans à donner
des lecons qui le comblerent d'honneur &
de biens , & il mourut d'une gangrene au
pied le 11 Avril 1739 dans la 57 ° année
de fon âge.
Il étoit d'un tempéramment fort & vigoureux;
comme il aimoit paffionnément
l'exercice du cheval , il fuivoit une meutte
de chiens courans avec autant d'ardeur
que de péril pour fa perfonne . C'étoit &
à tous égards un homme de bonne compagnie.
Son difcours étoit toujours fi rempli
de traits relatifs aux objets de la vûe ,
qu'il faifoit prefque oublier qu'il fût aveugle.
Avec fes difciples , il étoit familier
& amufant ; mais lorsqu'on manquoit
de prêter à fes leçons l'attention qu'il
falloit , il s'emportoit à l'excès. Comme
les penfionnaires de qualité lui en don-:
noient de fréquens fujets , il dit un
jour tranſporté de colere : s'il me faut aller
en enfer , que pour mes péchés on m'y
condamne à donner des leçons de mathé
matiques aux jeunes Seigneurs penfion-
By
34 MERCURE DE FRANCE.
naires de l'Univerfité de Cambridge !
Il avoit imaginé plufieurs moyens pour
fuppléer au défaut de la vûe , entr'autres
une planche percée de trous . A la diſtance
égale d'un pouce , dans chaque trou étoit
une cheville. La ficelle qu'il faifoit aller à
fon gré autour de ces chevilles , lui traçoit
les figures dont il avoit befoin pour faire
fes démonftrations , & cette opération fe
faifoit en moins de tems & avec plus de
facilité que l'on ne la fait avec la plume
ou le crayon . Une feconde planche &
d'autres chevilles de grandeurs inégales ,
lui fervoient pour les opérations de calcul.
Il avoit l'oreille & le tact de la derniere
fineffe ; les moindres objets de ces deux
fens , imperceptibles à tout autre , étoient
pour lui très-fenfibles . Il diftinguoit la
cinquieme partie d'une note , jouoit de la
flûte admirablement bien ; il ne lui falloit
que frapper du pied fur le plancher , le
bruit lui fervoit de regle sûre pour donner
fur le champ toutes les dimenfions d'une
chambre , de quelque façon qu'elle fût conftruite.
Saunderson , tiré d'un Journal anglois
qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
Ljuffit d'un bien médiocre dans la
E pere de ce grand Mathématicien
province d'York en Angleterre . Il eut
plufieurs enfans. Nicolas Saunderfon fut
l'aîné de tous ; il naquit au mois de
Janvier en 1682. A l'âge d'un an il fut
privé de la vûe par la petite vérole , &
fe trouva dans le cas d'un aveugle de
naiffance . Il ne lui reftoit pas la moindre
idée d'avoir jamais vû la lumiere ; il n'en
avoit aucune perception non plus que des
couleurs . On l'envoya de bonne heure aux
écoles des humanités , où il fit , en écoutant
les autres , un progrès des plus rapides.
Euclide , Archimede & Diophante
étoient les auteurs Grecs qu'il étudioit par
préférence en fe les faifant lire. Il apprit
de fon pere l'arithmétique , & fe trouva
bientôt en état de faire de pénibles calculs.
Il inventa , par la feule force de l'imagination
& de la mémoire , de nouvelles regles
pour réfoudre les problêmes de cette fcience
, faifant toutes les opérations avec auJUIN.
17553 29
tant de promptitude que de jufteffe.
C'eft ainfi que l'efprit actif & pénétrant ,
quand le malheur a fermé quelques- unes
de fes portes , redoublant d'effort & d'attention
, veille aux autres avenues de fes
connoiffances qu'il élargit , pour ainfi dire,
comme pour fe dédommager de fa perte.
Deux Gentilshommes du voisinage amis
de fa famille , enchantés des grands talens
de notre aveugle , fe firent un plaifir de
lui apprendre l'algébre & la géométrie.
Son pere , quelque zélé qu'il fût pour faire
cultiver de fi rares talens , étant chargé
d'une nombreuſe famille , ſe vit hors d'état
d'envoyer fon fils à l'Univerfité d'Oxford
ou de Cambridge : il prit donc le parti de
le mettre dans une petite Académie du
village d'Attercliff. Ayant bientôt épuisé
le fond des connoiffances de cette école ,
où il ne lui reftoit plus rien à apprendre ,
il fe retira dans la maifon paternelle . Ré
duit à fes propres reffources , il y continua
fes études, & à l'aide d'un lecteur qu'il avoit
inftruit lui -même , il y fit de nouveaux
progrès. Au bout de quelque tems , on
réfolut de l'envoyer à Cambridge pour y
profeffer la philofophie. Il y parut fous
un caractere fingulier , puifqu'il eft peutêtre
le feul qui foit entré pour la premiere
fois dans une Univerfité , non pour acque
Biij
30 MERCURE DE FRANCE.
7
rir , mais pour communiquer des connoiffances.
La Société charmée de l'acquifition d'un
fi bon fujet , lui affigna un appartement, lui
permit l'ufage de la bibliothèque , lui donna
un lecteur en conféquence , & l'adinit à tous
les privileges d'un Membre de l'Univerfité,
à l'exception du titre qu'il ne pouvoit prendre
, n'étant pas gradué . Malgré ces avantages
, il lui reftoit encore bien des difficultés
à furmonter : âgé de vingt - cinq ans
fans fortune , aveugle , & deſtiné à enfeigner
la philofophie en concurrence avec
M. Whifton , ce grand Mathématicien
qui occupoit une chaire dans la même
'Univerfité .
›
Toutes ces circonftances qui fembloient
devoir renverfer fon projet , en hâterent
au contraire le fuccès. Il dut fa fortune à
la générofité de M. Whifton , qui fe fit
une gloire de fervir ce nouveau concurrent.
M. Whifton réunifoit à un profond
fçavoir , à toutes les lumieres de l'efprit ,
les qualités du coeur qui rendent les grands
hommes encore plus refpectables , un heureux
naturel , beaucoup d'humanité , une
eftime & une amitié fincere pour ceux en
qui il voyoit le talent & les connoiffances
qui le diftinguoient fi fort lui -même. Loin
JUIN. T 1755.
3-1
de s'opposer aux deffeins de M. Saunderfon ,
comme il étoit de fon intérêt & en fon
pouvoir de le faire , il lui accorda non
feulement une permiffion expreffe de donner
des leçons de phyfique , mais il le feconda
encore de fon crédit dans toutes les
Joccafions.
A l'ouverture de fes leçons , il y vint
une telle affluence d'auditeurs qu'il en
étoit embarraffé lui - même . Il débuta pár
f'optique de Newton , effai auffi hardi que
fingulier dans un homme privé de la vie
prefqu'en naifant ; il falloit voir ce prodige
pour le croire.
Qu'un aveugle traite parfaitement des
fons , de leur nature & de leurs effets , cela
eft dans l'ordre ; mais qu'il raifonne en
philofophe fur les objets d'un fens qu'il
en'a pas , voilà qui tient du miracle . Il eft
cependant de notoriété publique qu'il expliquoit
les principes d'optique avec autant
de précifion que de clarté. A la fuite de ces
leçons , il procédoit régulierement aux
autres ouvrages de Newton, dont il devint
Pami particulier.
Peu de tems après , M. Whifton ayant
été remercié pour avoir refufé de remplir
certaines formalités , aufquelles fes principes
avoués d'arianifme ne lui permettoient
pas de fe foumettre , toutes les voix fe
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
réunirent en faveur de M. Saunderfon
pour occuper la place de ce grand philofophe.
Comme les ftatuts de l'Univerfité exigoient
dans un Profeffeur en titre le grade
de Maître- ès- Arts , on fit une démarche
fans exemple pour le lui faire déferer. Les
principaux de tous les Colleges , de l'aveu
& au nom du corps entier , préfenterent un
placet au Duc de Somerfet , pour lors
Chancelier. Ce Seigneur accompagné du
Chevalier Newton & d'autres perfonnes
de rang , s'étant rendu auprès de la Reine
Anne , obtint un ordre
pour faire expédier
à notre aveugle le grade requis , & il fut
en conféquence nommé & inſtallé Profeſfeur
de Mathématique au mois de Novembre
1711. Il fit à fa réception un difcours
plein d'efprit & d'élégance , le prononça
avec tant de nobleffe & de grace ,
qu'il eut l'applaudiffement univerfel. Il
finit ce difcours par l'éloge des mathématiques
qu'il mit bien au-deffus de toute
autre méthode de raifonner.
En 1723 il époufa la fille de M. Dickfon
, Miniftre-Curé de Bofworth dans le
Comté de Cambridge . De ce mariage il
eut un garçon & une fille , tous deux aujourd'hui
vivans.
En 1728 le Roi regnant , dans un
voyage fait à Newmarket , ayant honoré
JUIN. 1733 53
l'Univerfité d'une vifite , defira voir le
Profeffeur Saunderfon , qui s'étant rendu
aux ordres du Roi , l'accompagna au Sénat.
Là , par ordre exprès de Sa Majefté , & en
fa préfence , Saunderfon fut créé Docteurès-
Loix par le Chancelier en perfonne.
Il continua pendant onze ans à donner
des lecons qui le comblerent d'honneur &
de biens , & il mourut d'une gangrene au
pied le 11 Avril 1739 dans la 57 ° année
de fon âge.
Il étoit d'un tempéramment fort & vigoureux;
comme il aimoit paffionnément
l'exercice du cheval , il fuivoit une meutte
de chiens courans avec autant d'ardeur
que de péril pour fa perfonne . C'étoit &
à tous égards un homme de bonne compagnie.
Son difcours étoit toujours fi rempli
de traits relatifs aux objets de la vûe ,
qu'il faifoit prefque oublier qu'il fût aveugle.
Avec fes difciples , il étoit familier
& amufant ; mais lorsqu'on manquoit
de prêter à fes leçons l'attention qu'il
falloit , il s'emportoit à l'excès. Comme
les penfionnaires de qualité lui en don-:
noient de fréquens fujets , il dit un
jour tranſporté de colere : s'il me faut aller
en enfer , que pour mes péchés on m'y
condamne à donner des leçons de mathé
matiques aux jeunes Seigneurs penfion-
By
34 MERCURE DE FRANCE.
naires de l'Univerfité de Cambridge !
Il avoit imaginé plufieurs moyens pour
fuppléer au défaut de la vûe , entr'autres
une planche percée de trous . A la diſtance
égale d'un pouce , dans chaque trou étoit
une cheville. La ficelle qu'il faifoit aller à
fon gré autour de ces chevilles , lui traçoit
les figures dont il avoit befoin pour faire
fes démonftrations , & cette opération fe
faifoit en moins de tems & avec plus de
facilité que l'on ne la fait avec la plume
ou le crayon . Une feconde planche &
d'autres chevilles de grandeurs inégales ,
lui fervoient pour les opérations de calcul.
Il avoit l'oreille & le tact de la derniere
fineffe ; les moindres objets de ces deux
fens , imperceptibles à tout autre , étoient
pour lui très-fenfibles . Il diftinguoit la
cinquieme partie d'une note , jouoit de la
flûte admirablement bien ; il ne lui falloit
que frapper du pied fur le plancher , le
bruit lui fervoit de regle sûre pour donner
fur le champ toutes les dimenfions d'une
chambre , de quelque façon qu'elle fût conftruite.
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Résumé : EXTRAIT de la vie du Professeur Saunderson, tiré d'un Journal anglois, qui a pour titre le Magazin du Gentilhomme.
Nicolas Saunderson, mathématicien aveugle, naquit en janvier 1682 dans la province d'York en Angleterre. À l'âge d'un an, il perdit la vue à cause de la petite vérole, ne connaissant jamais la lumière ou les couleurs. Malgré ce handicap, il fit des progrès rapides en mathématiques, apprenant l'arithmétique de son père et étudiant les œuvres d'Euclide, Archimède et Diophante. Il inventa des méthodes pour résoudre des problèmes mathématiques en utilisant son imagination et sa mémoire. Deux gentilshommes voisins, impressionnés par ses talents, lui enseignèrent l'algèbre et la géométrie. En raison de la situation financière de sa famille, Saunderson fut envoyé dans une petite académie à Attercliff, où il épuisa rapidement les connaissances disponibles. Il retourna ensuite chez ses parents et continua ses études avec l'aide d'un lecteur formé par lui-même. En 1711, il fut envoyé à l'Université de Cambridge pour enseigner la philosophie. Bien qu'il ne puisse obtenir le titre de gradué, il fut accueilli favorablement et reçut divers privilèges. Saunderson dut affronter plusieurs difficultés, notamment la concurrence avec le mathématicien M. Whifton. Ce dernier, admirant ses talents, l'aida à obtenir une permission pour donner des leçons de physique. Ses cours attirèrent une grande affluence et il devint un expert des œuvres de Newton. En 1711, après le départ de M. Whifton, Saunderson fut nommé professeur de mathématiques à Cambridge. Il se maria en 1723 et eut deux enfants. En 1728, il fut créé Docteur ès-Lois en présence du roi. Saunderson continua d'enseigner pendant onze ans avant de mourir d'une gangrène au pied le 11 avril 1739, à l'âge de 57 ans. Il était connu pour son tempérament vigoureux et son amour pour l'exercice. Il inventa des moyens pour suppléer à son handicap, comme des planches percées de trous pour tracer des figures et effectuer des calculs. Son oreille et son tact extrêmement sensibles lui permettaient de distinguer des sons et des dimensions imperceptibles pour d'autres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 134-159
REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
Début :
Il n'est pas étonnant que le plus grand nombre des relations des Voyageurs [...]
Mots clefs :
Cap de Bonne-Espérance, Hottentots, Europe, Montagne, Européens, Jardin, Europe, Mémoires, Pierre Kolbe, Voyageurs, Relations de Voyageurs, Habitants, Histoire, Relations
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
HISTOIRE.
REMARQUES fur la defcription du
Cap de Bonne- Efperante , dreffée fur les
Mémoires de Pierre Kolbe.
I nombre des relations des Voyageurs
L n'eft pas étonnant que le plus grand
foient remplies de defcriptions imparfaites
& de faits apocryphes. La plupart de
ceux qui les ont faites n'ont eu ni le
tems fuffifant , ni les facilités néceffaires
ni même affez de critique & de connoiffances
philofophiques pour faire quelque
chofe de complet & d'exact : mais il
eft bien fâcheux de voir mettre au nombre
des relations les plus fufpectes la defcrip
tion du Cap de Bonne- Efpérance qui a été
faite par un homme de Lettres , envoyé
exprès fur les lieux , & qui y a féjourné
pendant fept années enrietes. C'eft cependant
ce que l'intérêt de la vérité m'oblige
de faire aujourd'hui.
Feu M. le Baron de Krofick , Seigneur
fort zélé pour les fciences , avoit conçu le
deffein de procurer au public. un grand
nombre d'obſervations aftronomiques fort
intéreffantes , avec une hiftoire du Cap de
1
JUIN. 1755 138'
Bonne - Efpérance auffi parfaite qu'il eft
poffible. Pour cet effet il y fit paffer à fes
frais Pierre Kolbe , l'un de fes Secrétaires ,
qui s'étoit chargé d'y faire toutes les obfer
vations poffibles d'aftronomie , de phyſi❤
que & d'histoire naturelle. Il n'eft pas né
ceffaire de dire ici ce qui empêcha Kolbe
de travailler férieufement à remplir fes
engagemens. C'est un fait conftant parmi
tous ceux qui l'ont connu dans cette colo
nie , qu'il n'a fait aucune des démarches
néceffaires , ni amaffé des matériaux pour
faire la defcription qu'il a publiée après
fon retour en Europe. Un examen médiocrement
critique de cette defcription fuf
firoit pour en convaincre un lecteur attentif
& inftruit je n'aurois donc pas entre
pris de relever ici quelques- unes des fautes
groffieres dont elle eſt remplie , fi la plûpart
de ceux qui l'ont lue n'avoient été
féduits par un air d'ingénuité , qui faiſant
prendre pour de petites négligences les
endroits évidemment faux , infpire une
certaine confiance fur la certitude des chofes
fingulieres qu'on y trouve comme rapportées
par un témoin oculaire , & qui
d'ailleurs ne peuvent être vérifiées que fur
Weidler , dans fon hiftoire de l'Aftronomie
l'appelle Jean-Michel
+
136 MERCURE DE FRANCE.
les lieux. C'eft ainfi que plufieurs perfont
nes fenfées fe font laiffé furprendre , &
entr'autres les Auteurs de la Collection des
Voyages , quoiqu'ils fe foient facilement
apperçus que les cartes inférées dans le
livre de Kolbe ne s'accordoient pas avec
la defcription du pays , qu'on trouve dans
la même livre.
Bien loin d'avoir été étudier les Hottentots
chez eux , Kolbe n'a pas même voyagé
fuffifamment dans l'intérieur de la colonie
pour en faire une . defcription paffable.
Sans avoir recours au témoignage unanime
des anciens habitans , qui affurent que
tous les voyages de Kolbe fe font réduits
à aller quelquefois de la ville du Cap aux
Paroiffes de Stellenbosch & de Drakeſtein,
& une feule fois de la ville aux eaux minérales
, qui en font à 25 lieues du côté du
canton appellé Hottentot Holland ; il fuffic
de comparer les cartes topographiques
qu'il a données , avec celles que j'ai fait
graver pour les Mémoires dé l'Académie
des Sciences de 175i , & dont les principaux
points ont été affujettis à des opérations
géométriques faites pour la meſure
d'un dégré du méridien , & l'on verra qu'il
n'eft pas poflible qu'un homme éclairé ait
parcouru un pays & l'ait fi mal repréfenté.
JUIN. 1755
"
Voici donc fur quoi Kolbe a fondé fa
defcription. Kolbe n'ayant plus de relation
avec fon protecteur , étoit hors d'état de
fubfifter au Cap , & même de retourner en
fon pays. Toute la colonie avoit alors de
grandes plaintes à porter en Europe contre
le gouvernement. Par les précautions que
les Gouverneurs avoient prifes , il étoit
prefque impoffible que ces plaintes parvinflent
en Hollande , ou qu'elles y produififfent
quelque effet. Les principaux
habitans s'adrefferent à Kolbe : ils lui of
frirent abondamment de quoi faire fon
-voyage , à condition d'en faire une relation
, dans laquelle il inféréroit , par forme
d'hiftoire , des griefs des habitans & les
principales pieces qu'ils avoient intérêt de
faire connoître au public . Pour fuppléer aúx
matériaux que Kolbe avoit négligé d'amaſfer
, ils lui remirent la lifte des plantes que
Oldenlanden , habile Botanifte , avoit obfervées
au Cap , & dont la plupart avoient
été cultivées dans un des jardins de la
Compagnie , par un nommé Hertog. ( Cette
même lifte eft rapportée dans le Thefaurus
Zeylanicus , fous le nom de fon véritable
auteur ) . Ils lui donnerent auffi des mémoires
qu'un Greffier de la Chambre de
Juftice au Cap , nommé Grevenbroeck ,
avoit écrits avec affez peu de critique für
738 MERCURE DE FRANCE.
l'hiftoire des Hottentots ; ils ne contenoient
, pour la plupart , que des réponſes
aux queftions que ce curieux avoit faites à
ceux de cette nation qu'il avoit rencontrés
dans l'intérieur de la Colonie, Cés
Hottentots avoient appris à leurs dépens à
fe défier de leurs hôtes.
C'eft fur ces pieces , & fur ce que Kolbe
a pû tirer de fa mémoire fur ce qu'il avoit
vu ou entendu dire pendant fon féjour au
Cap , que la defcription dont il s'agit ici a
été faite. Dans l'extrait que nous en avons
en françois en 3 vol. in- 12 , on a retranché
-le procès des habitans du Cap , & on a rédigé
en affez bon ordre tout le refte du
livre de Kolbe , qui eft fort confus.piti
Je n'entrerai point ici dans un grand
détail : je mettrai feulement quelques notes
-fur les principales chofes que j'ai vérifiées
par moi-même , n'approuvant ni ne defapprouvant
le refte dont je n'ai pas eu de
connoiffance certaine. Je fuis ici l'édition
de 1742 , à Amfterdam, chez Jean Catuffe.
Remarques fur le Tome I.
Préface , p. v. Kolbe n'a pas appris le
langage Hottentot ; il avoue lui - même
p. 51. ) qu'il n'a pu faire de grands progrès
dans la prononciation de cette langue.
Or une bonne partie de la connoiffance de
JUIN. 1755 . 139
3
&
6
ce langage confifte dans la prononciation ,
comme on le va voir bientôt.
Chap. III . n° . 4. Les Hollandois ne firent,
ni ne purentfaire un traité en forme avec
les Hottentots , peuples errans , & qui n'avoient
aucune idée de traités. Van Riebeck
les voyant affemblés autour de fon camp ,
leur donnoit quelques grains de verre , quelques
morceaux de fer & de cuivre rouges
il leur donnoit de l'eau de vie & de l'arack,
en les amufant ainfi jufqu'à ce qu'il eût
conftruit un fort. Mais en rendant compte
à fa Compagnie de ce qu'il avoit fait
s'affurer de la poffeffion du pays , il lui dit
qu'il avoit acheté l'amitié des habitans &
le droit de demeurer au Cap pour 40000
florins. Les Hollandois ont bien vû depuis
que les Hottentots n'avoient pas prétendu
faire de traité , & ils peuvent bien dire que
le pays ne leur appartient qu'à titre de
conquête.
pour
Chap. IV. Ce que Kolbe dit ici fur la
longitude & fur la latitude du Cap , ne
mérite pas d'être réfuté : pour ôter toute
équivoque, la longitude de la ville du Cap,
& en même tems celle de la pointe des
terres qui a donné ce nom à la ville , eſt de
35 dégrés 2 min . à l'eft du méridien de
Tenerif: la latitude de la ville eft de 33
dég. 59 min. & celle de la pointe des terres
140 MERCURE DE FRANCE.
qui forme le vrai Cap , eft de 34 dég. 24
min. En comparant ces déterminations ,
qui font fûres , avec celles de Kolbe , on
pourra juger de fa fuffifance ou de fon
exactitude fur ces matieres.
Chap. V. Ce que l'Auteur dit nomb. 2.
de l'origine des Hottentots , de leur tradition
fur Noh & fur le déluge , doit paroître
plus que fufpect après ce que j'ai dit cideffus
de l'autenticité des mémoires fur
lefquels Kolbe a fait l'hiſtoire de ces peuples.
N. 3. La langue Hottentote eft affez
douce dans la prononciation , elle n'a pas
d'afpiration forte , de fifflement , ni de fons
gutturaux : ce qu'elle a d'extraordinaire ,
ce font deux voyelles de plus que n'en
ont les langues d'Europe. Ces deux
voyelles font deux fons fort nets , exprimés
d'un par un froiffement de l'air entre le
bout de la langue & la partie fupérieure
du palais , tel que l'on a coutume de le
faire pour exciter les chevaux à marcher ;
l'autre fon eft un claquement de la langue
appliquée fortement à la partie fupérieure
du palais , puis détachée preftement. Par
différentes queftions que j'ai faites à un
Hottentot de bon fens , je me fuis affuré
que ces fons étoient des voyelles , parce
qu'étant prononcés tous feuls, ils Oonntt.uunnee
JUN. 17551 141
Ignification à peu près comme en françois
a, o , y, & en latin a , e , o , & forment feuls
des mots ; le fecond de ces fons eft ordinairement
fuivi d'une m ou de mm. Et
comme ces fons , en qualité de voyelles ,
reviennent néceffairement prefque à cha
que mot , cette langue paroît fort fingulie
re , mais ce n'eft rien moins qu'un bégaye
ment , quoiqu'en dife Kolbe.
Chap. VI. n. 3. Comment les Hotten
tots peuvent - ils entendre l'agriculture
mieux que les Européens , puifque c'eſt un
art dont ils n'ont jamais eu d'idée , &
qu'on ne peut les engager à pratiquer ,
quoique l'expérience leur air appris mille
fois qu'ils font réduits à la derniere difette
pendant les mois de Février & Mars , faute
de cultiver quelques- unes des plantes , dont
les bulbes font leur nourriture ordinaire ?
* N. 4. Les Hottentots qui font répandus
dans la colonie ne font pas plus fages que
les Efclaves négres des habitans. Les filles
des Hottentots qui font hors des limites
des habitations hollandoifes , s'échappent
en grand nombre de leurs maiſons paternelles
pour venir au fervice des Européens
, qui les retiennent pour aider à la
cuifine , & pour fervir d'amufements aux
Noirs. Ces filles ne font pas naturellement
voleuſes ; cependant il faut bien tenir fous
C
142 MERCURE DE FRANCE.
la clef le vin & l'eau de vie , dont elles
font extrêmement friandes .
Chap. VII. n. 5. Il eft certain qu'il y a›
à 150 lieues à l'Eft-nord-eft du Cap une
nation blanche. Ces peuples ont les cheveux
longs , & font de la même couleur & à
peu près de la même figure que les Chinois
de Batavia , qui font bannis au Cap. C'eft
ce qui fait qu'on les appelle au Cap les
petits Chinois.e
Chap. VIII . Les Hottentots qui font aut
fervice des Européens ne gardent leurs
peaux de mouton que lorfque l'on ne leur
donne pas d'habits ; ils font fort glorieux
d'être couverts de haillons bleus de toile
ou de gros drap noir ; les femmes fe cou+
vrent plus volontiers la tête d'un mouchoir
, à la mode des Negreffes , que de
leur bonnet de peau de chat.
No. 2. Les plus belles franges font des
grains de verre coloré , enfilés à un brin de
jonc attaché par un bout. Il n'y a pas longtems
que nous avions adopté cette mode
Hottentote. ·
Les ornemens des Hottentots , par exemple
, leurs bracelets , leurs colliers , les
courrois des jambes des femmes font groffierement
faits & fans goût : il faut rayer
bien des hiperboles dans ce chapitre de
Kolbe.
JUIN . 1755. 143
• N°. 3. L'auteur fe contredit au fujet des
pendans d'oreille ; j'en ai vû de réels , non
pas de nacre de perle véritables , car il
n'y en a pas au Cap , mais compofés de
petits cauris.
*
Chap. IX. Les noms des diverfes nations
Hottentores qui font rapportées ici ,
ont pu exifter du tems de Grevenbroek ,
qui écrivoit fur la fin du fiécle dernier
aujourd'hui on n'en connoît plus que deux
ou trois. La multiplication des colons eu
ropéens en a fait retirer un grand nombre.
Une furicufe maladie , qui étoit une efpéce
de petite vérole , enleva en 1713
profque tous les Hottentots reftés parmi
les Européens ; elle fit périr un très- grand
nombre d'efclaves noirs , & même beau
coup de blancs. Depuis ce tems- là aucune
nation Hottentote n'a fait corps , ou n'a eus
de gouvernement régulier dans toute l'étendue
de la colonie. Ceux qu'on y trouve
font , ou au fervice des Européens pour
faire paître les troupeaux , ou pour cou❤
rir devant les charriots ; ou ce font quelques
'familles raffemblées à qui ces Eu
ropéens permettent de refter fur le terrein
dont ils font en poffeffion.
Il paroît au refte qu'il y a beaucoup d'e
xagération dans ce chapitre. Tout le pays
depuis le Cap en allant au nord , jufques
144 MERCURE DE FRANCE.
bien loin au-delà de la Baye de Sainte
Heleine , eft fec , fablonneux , couvert de
brouffailles , très-peu propre aux pâturages
, & prefque inhabitables. Comment
donc neuf ou dix nations Hottentores y
pouvoient - elles fubfifter ? vû la connoiffance
que j'ai de ces lieux , que j'ai parcourus
plufieurs fois pour y mefurer un
dégré cela me paroît impoffible , à moins
que chacune de ces nations ne confiftât
qu'en un feul kraal , ou village.
No. 17. Les Bufchiefmans font , pour la
plupart , ceux des Hottentots à qui les Européens
ont enlevé, des beftiaux ; ils s'entendent
quelquefois avec les Hottentots
qui font au fervice des Européens , pour
ufer de repréſailles
Je n'ai pas eu d'éclairciffemens fur les
chapitres X & XI .
Chap. XII. Il paroît conſtant par le rap
port unanime de tous ceux du Cap . qui
connoiffent les Hottentots , que ces peu
ples n'ont aucune idée de culte à rendre à
un être fuprême ; ils ne craignent que
quelques puiffances malfaifantes , aufquel
les ils attribuent les maladies & les malheurs
qui leur arrivent ; ils croyent qu'il
y a des forciers d'intelligence avec elles.
Il y a grande apparence que leur extrême
indolence leur a fait oublier les traditions
*de
JUIN. 1755-
145
de leurs ancêtres fur cet article. Un Hottentot
met fon fouverain bien à ne rien
faire , même à ne penfer à rien.
黎
N°. 3. Les danfes des Hottentots à la
pleine Lune ne font pas un culte . C'eft
an ufage commun à la plus grande partie
des nations méridionales de l'Afrique , à
celles de Madagaſcar , & même à plufieurs
nations indiennes , foit idolâtres , foit ma-
-hometanes .
que
x
N". 4. Ce que Kolbe dit ici fur l'infecte
que les Hottentots adorent , n'eft fondé
que fur un bruit populaire , & fur le nom
les premiers habitans du Cap ont donné
à cet infecte , que les Hottentots regardent
feulement comme un animal de
mauvais augure. Il eft affez rare dans lès
campagnes , & plus commun dans les jardins
des Européens : c'eft une espèce de demoifelle
, que j'ai retrouvée dans l'Ile de
France , où elle n'eft pas rare.
No. 6. Kolbe s'attribue ici un artifice
dont fe fervit Adrien Vanderftel , Gouverneur
du Cap , pour fe faire reſpecter &
craindre des Hottentots affemblés autour
de lui. 1
Je n'ai point eu d'éclairciffement fur les
chap. XIII. XIV. & XV.
*
Chap . XVI . N°. 1. Les Babouins ne
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
quittent pas les montagnes qui leur fervent
de retraite. Je ne fçais pas ce qui a
fait dire à Kolbe que les Hottentots
diftinguoient d'après eux les plantes & les
fruits qu'on peut manger fans danger.
N°. 2. Le Kanna eft totalement différent
du Gin-feng ; ils n'ont aucun rapport
enfemble.
No. 7. Pendant les mois de Novembre
& de Décembre , les Hottentots font infufer
, puis fermenter avec du miel , une
tertaine racine , ce qui leur fait une liqueur
fi forte qu'ils font dans une ivreffe
continuelle tant que la provifion dure , ils
en restent long-tems malades lorfqu'elle
eft épuifée , & qu'ils ne peuvent plus s'étourdir
par une nouvelle ivreffe .
Chap. XXII . Il n'y a aucun métier par
ticulier parmi les Hottentots , chacun y
fait ce qu'il juge néceffaire pour foi : aufſi
quoiqu'en dife Kolbe , les chef- d'oeuvres
qui fortent de leurs mains ne font-ils rien
moins qu'admirables. Leurs nattes , par
exemple , ne font qu'une enfilade d'une
efpéce de jonc , dont chaque brin eft placé
parallelement à côté d'un autre ; ils font
Lous traversés dans leur épaiffeur , & de
diſtance en diſtance , par cinq ou fix fils du
même jonc.
J
JUIN. 1755 147
Il n'eft pas vrat que les Hottentots fondent
du fer : le procédé rapporté par Kolbe
eft en ufage à Madagaſcar.
Chap . XXIV. n°. 4. Ce font les eſcla
ves Indiens qui s'appliquent les ventoufes
, comme Kolbe le dit ici des Hottenqui
n'y avoient jamais fongé.
tots ,
Remarques fur le tome II.
Chap. I. n° . 4. Les maifons de la ville
du Cap font bâties en briques , les fondemens
font de groffes roches brutes , les
toîts font d'un jonc long & menu , ou
bien ils font algamacés de deux couches de
brique & de chaux ; très-peu ont des jardins
, ce ne font gueres que celles qui font
hors de la ville ou fur les limites.
N. 6º. La maiſon de Conftantia eſt au
fud de la ville , à trois grandes lieues françoiſes
; elle eft dans un fond & fans aucune
vûe. Il n'eft peut- être pas inutile de dire
ici que le vin qui croît près de cette maifon
, & qui eft fi connu fous le nom de
vin du Cap , y eft en affez petite quantité.
Dans les meilleures années tout le terroir
de Conftance , qui confifte en deux habitations
contiguës , ne peut produire plus de
so à 60 lecres de vin rouge , qui y eft beaucoup
plus eftimé que le blanc , ni plus de
80 à 90 lecres de vin blanc ; la lecre
peut
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
contenir 550 pintes de Paris. La Compagnie
des Indes de Hollande oblige les propriétaires
de ces vignes de lui livrer tout le
vin qu'ils en recueillent .
ཛཱན
No. 7. Ce que Kolbe dit du nuage qui
couvre les montagnes du Tygre eft abfolument
faux . Ces montagnes font fort
baffes , & comme celles des environs de
Paris ; les nuages ne s'y arrêtent gueres.
La montagne bleue eft à quatre petites
lieues du Cap ; il y en a une autre de cè
nom à fix lieues du Cap : ces deux montagnes
font fort baffes , ifolées & petites ;
elles font trop peu fpacieufes pour avoir
pû fervir de retraites aux éléphans.
N° . 10. La fauffe baye eft bornée au
nord , dans une étendue de plus de fix
lieues , d'une plage de fable marécageufe
& fans montagne, quoiqu'en dife l'Auteur.
Les montagnes de pierres ne font qu'à la
partie occidentale.
N°. 12. La hauteur de la montagne de
la Table eft de plus de 3350 pieds du
Rhin , prefque double de ce que l'Auteur
dit avoir mefuré avec foin . Dans l'ouverture
qui eft au milieu de la face feptentrionale
de cette montagne, il n'y a que
quelques chétifs arbriffeaux. Ce creux né
fe forme pas par la chute des eaux , puifqu'il
eft couvert de plantes & d'arbustes .
JUIN. 1755 149
?
il n'y a qu'un ruiffeau qui s'y précipite.
No. 15. Ce qu'on appelle le Paradis &
' Enfer ne font pas deux grottes , mais
deux vallons affez profonds au midi de la
montagne ; ils font remplis de bois réſervé
pour la Compagnie : la difficulté d'aller
chercher ce bois dans l'un de ces vallons ,
l'a fait appeller l'Enfer ; l'autre s'eft appellé
Paradis par une raifon contraire. A l'entrée
de celui- ci , la Compagnie a une mai
fon & un beau jardin.
No. 16. Voyez fur le vent de Sud- eft
& fur le nuage de la Table ce que j'en ai
dit dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences , année 1751 .
No. 17, Le monument dont parle Kolbe
n'a été élevé que fur la croupe du Lion ,
où la montagne eft baffe & fort facile à
monter ; la tête du Lion eft comme inaccef
fible. Ce monument eft abattu , & la pierre
de l'infcription enlevée.
No. 22. La montagne du Diable n'eft
féparée de celle de la Table que par une
gorge peu profonde : fon pied eft à près
d'un quart de lieue de la mer , & fon fommet
n'eft plus bas que le fommet voiſin de
la Table que de 31.toifes.
Chap. II. n°. 15. Ce que l'auteur dit
du nuage & des vents par rapport aux
montagnes de Stellenbosch, eft imaginaire :
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tout s'y paffe comme fur les montagnes
voifines de la ville du Cap .
Chap. II. n° . 6. Tout cet article fur la
riviere appellée Bergrivier , eft abfolument
faux. Il y a quelques bonnes habitations
vers le commencement de fon cours , &
aux environs de l'Eglife de Drakeſtein ;
mais elle traverſe enfuite une vaſte pleine
de fable prefque inhabitable , & va fe décharger
dans la partie méridionale de la
baye de Sainte- Heleine , & non pas en un
point de la côte au nord de la baye , comme
l'auteur l'a mis fur fa carte : fon cours
eft tout au plus de 40 lieues , & non de
100 , comme Kolbe le dit n° . 12.
N° . 10. La tour de Babylone eſt le nom
'd'une habitation contigue à un affez bas
monticule. Kolbe en fait une haute montagne.
N°: 13 . Riebeckſcaftel eft une montagne
ainfi appellée parce qu'elle a été le
terme des découvertes de Van Riebeck ,
premier Gouverneur du Cap. On n'y a jamais
bâti de fort , ni placé de canon : il y
a quelques habitations au pied de cette
montagné , qui a 480 toifes de hauteur.
No. 16. La montagne du Piquet n'eft
qu'à trois petites journées du Cap , on y
peut aller à pied très- facilement en deux
jours. Kolbe la met à huit journées du Cap
JU. IN. 1755 IST
No. 20. Les deux aventures de Kolbe
racontées dans cet article me paroiffent
fort fufpectes , fur- tout celle des lions qui
vont rarement en troupe.
Chap. V. n°. 1. Les Hottentots n'ont
jamais eu des troupeaux fort nombreux en
comparaifon de ceux des Européens : ce
qu'un Européen un peu aifé en poffede ,
fuffiroit pour un kraal Hottentot de plus
de trente familles.
No. 5. Les queues de mouton du Cap
font de figure triangulaire , c'eft- à - dire
qu'elles font fort larges par le haut , & vont
en diminuant vers le bout ; elles ne font
pas plus longues que celles des moutons
d'Europe à proportion de leur groffeur. Le
poids ordinaire d'une de ces queues de
mouton du Cap , eft de 3 à 4 livres , au
plus 5 ou 6. On en voit par extraordinaire.
de 10 à 12 livres ; mais alors la chair du
mouton n'eft plus eftimée . Kolbe fait les
communes de 15 livres , & les moins come
munes de 30 livres au moins.
Chap. VIII. n°. 1. Il y a peu de graines
d'Europe qui dégénerent au Cap : au contraire
celles du Cap font plus eftimées à
nos lles que celles qui viennent d'Europe.
N°. 3. Il n'y a au Cap que très-peu de
fruits des Indes. Le plus commun eft la
G iiij
132. MERCURE DE FRANCE.
gouyave ; les bananes n'y valent rien , ni
les ananas. Des fruits d'Europe , il n'y a
que la pêche , l'abricot , la figue , le coing
& le raifin , qui foient auffi bons qu'on en
puiffe trouver en Europe .Les autres, comme
les pommes , les poires , les prunes , les
noix , les cerifes , les oranges , &c. ne valent
pas grand'chofe.
pas
No. 4. Je ne m'amuferai pas à réfuter
en détail ce que Kolbe dit ici du jardin de
la Compagnie qui eft au Cap : tout y eft
exageré à outrance. Il paroît cependant
qu'il a été autrefois plus rempli de productions
curieufes qu'il ne l'eft à préfent , parce
que dans les commencemens de l'établiffement
de la colonie , on a eſſayé d'y
faire venir le plus grand nombre poffible.
des fruits de l'Europe & des deux Indes .
Cependant Kolbe ne doit l'avoir vû
dans ce premier état , puifque vers Fan
1706 , c'est- à- dire pendant la premiere ou
la feconde année du féjour de Kolbe au
Cap , M. Maxwell qui l'y a vû , & qui a
fait une defcription de cette colonie ( voyez
les Tranfactions philofophiques , année
1707 , n° . 310 . ) ,, dit expreffément que ce
jardin n'étoit plus dans un fi bel ordre
mais bien plus négligé que du tems du
pere du Gouverneur d'alors , & qu'il n'y
avoit plus rien d'extraordinaire. Il paroît
.
JUIN.
153 1755.
donc que Kolbe a fait fa defcription d'imagination
, fur ce qu'il avoit entendu dire
que ce jardin étoit autrefois. C'eft aujourd'hui
un affez beau potager. de mille pas
communs de long fur 260 de large , partagé
en 44 quarrés , entourés d'une haute
charmille de chêne ou de laurier. Deux de
ces quarrés font deſtinés à fervir de
parterre
à un pavillon fitué vers le milieu de
la face orientale de ce jardin , & un autre
quarré attenant eft rempli par trois berceaux
d'ombre : le refte contient des légumes
& affez peu d'arbres fruitiers. Ce jardin
eft prefque entouré d'un large foffe
d'eau vive , & arrofé par quelques rigoles
pratiquées le long des quarrés : ces quarrés
font formés par cinq avenues paralleles &
dans toute la longueur du jardin , & par
onze avenues perpendiculaires.
Chap. IX. no. 1o. Je n'ai pas entendu
parler de maux d'yeux pendant mon ſéjour
au Cap.
No. 18. J'ai vu au Cap beaucoup de
goutteux ; la pierre & la gravelle y font fort
communes.
N° . 19. Les habitans de la ville du Cap
ne fe donnent prefque jamais de repas :
leur ufage eft de s'affembler tous les foits
depuis cinq heures jufqu'à neuf ,
pour fu
mer , jouer, & boire du vin & de la
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
bierre fans manger quoi que ce foit.
Chap . XI. On n'a pas encore reconnut
au Cap de mine riche en quelque métal.
Chap. XIV . Kolbe raifonne ridiculement
fur la couleur de la mer. Tous les marins
fçavent que par-tout où la mer eft profonde
, ou fans fond comme ils difent , elle
a une couleur bleue- noire : fur les bancs &
près des côtes où l'eau eft peu profonde ,
elle a une couleur verd- fale ; celle- ci eft
même une marque sûre que l'on a fond ..
N°. 5. Le phénomene rapporté ici paroît
fort fufpect , & les circonftances des tems
y font mifes avec une préciſion ridicule.
A peine s'apperçoit- on au Cap de la différence
des marées hautes & baffes ; elle
ne va jamais à trois pieds , quand elle eft
la plus grande.
Chap. XV. Tout ce chapitre eft fi plein
de bévûes , qu'il eft impoffible de les détailler
je fuis obligé de renvoyer le lecteur
aux obfervations météorologiques ,
que j'ai inferées dans les Mémoires de l'Académie
royale des Sciences , année 175.1 .
Remarquesfur le tome .III.
L'hiftoire des animaux du Cap n'a été
faite par Kolbe fur aucun mémoire particulier
; il s'en eft rapporté à ce qu'il avoit
entendu dire , & a mis quelques defcrip
JUIN. 17536 155
tions tirées de quelques naturaliftes modernes
& de Pline . Je ne fuis pas affez
fçavant fur cette matiere pour relever les
bévûes de notre auteur : je me contenterai
d'indiquer quelques faits dont je me fuis.
affuré par moi-même .
Chap. III . n° . 17. J'ai vu la dent d'un
des plus gros hippopotames du Cap : elle
avoit fept à huit pouces de long fur près.
de deux pouces d'épaiffeur , elle m'a
pefer moins que quatre livres.
paru
Chap. IV. n . 3. Les élans du Cap pefent
jufques à huit cens livres , & il n'y a
prefque pas d'arbres dans la colonie : de
là on peut juger s'il eft poffible de prendre
les élans , comme l'auteur le dit. A la
vérité cette rufe fe pratique pour prendre
une efpece de daim affez petite , qu'on.
appelle Steinbock , mais une branche d'arbres
ou un arbriffeau fuffit pour cela..
Chap. VI . n ° . 3. On voit ici un conte
puéril fur les vols des babouins ; il eſt
d'autant moins vraisemblable que ces animaux
ne s'écartent jamais des montagnes
où ils ont leur retraite. J'ai bien oui dire
qu'ils pilloient quelquefois les jardins en
troupe , mais je n'ai vû perfonne qui aiɛ
dit avoir été témoin des circonftances qu'on
en raconte ici .
No. 13. Le blaireau puant reffemble fore
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à un baffet , & point du tout à un furet ;
il ne put pas quand il eſt mort ,
qu'il ne fe corrompe.
à moins
N°. 19. On ne mange pas les tortues de
térre du Cap , qui font fort petites ; elles
pefent rarement trois livres. Quelques
Noirs en mangent , quelquefois auffi des
voyageurs qui fe trouvent dans la néceflité.
Les tortues de terre de l'ifle Rodrigue font
excellentes , & pefent trente , quarante ou
cinquante livres : j'en ai vû une qui ne
pefoit gueres moins que cent cinquante
livres.
Chap. XV. n°. 3. Ce qu'on dit des
fquelettes nettoyés par les aigles eft fort
exagéré. J'ai vu des carcaffes rongées par
des aigles , où ils avoient laiffé feulement
une partie de la peau qui recouvroit les os
décharnés .
Nº. 20. Je n'ai vû aucune espece d'hirondelle
au Cap pendant les deux hivers
que j'y ai paffés. Elles y arrivent en Septembre
, & partent en Avril ,
Chap. XIX . n° . 3. Les alouettes du
Cap font d'une efpece différente des nôtres
. L'alouette s'éleve perpendiculairement
à dix ou douze pieds de hauteur feulement,
en faifant beaucoup de bruit par le battement
de fes aîles , puis elle retombe fubitement
comme une maffe , en jettant un peJUIN.
1755
$5.7
tit cri : elle ne refte jamais en l'air.
No. 14. Le corrhan eft une espece de
gelinotte qui a coutume de crier pendant
le tems de fon vol , qui eft affez pefant.
Son cri n'eſt pas tel qu'on le dit ici , il reffemble
à ce mot repeté cococahia : il ne
fait pas fuir le gibier , parce qu'il ne fe leve
prefque jamais qu'on ne foit fort près
de lui. Sa chair eft affez bonne , fur- tout
faire de la foupe. pour
No. 20. L'endroit du Cap où l'auteur
prétend que les grues s'affemblent ordinairement
, eft fi peu pierreux , qu'il faut
faire plufieurs lieues , & s'approcher des
montagnes pour trouver une pierre groffe
comme une noiſette.
Chap. XXII . N ° . 1. Le fapin n'a pu
encore réuffir au Cap .
>
N°. 29. L'afperge eft chetive toute
blanche , fans goût , & pareille à celles
qu'on fait venir à Paris dans les caves pendant
l'hiver.
No. 13. Il y a peu de chanvre au Cap ;
fa tige y devient ligneufe : le peu qu'il y
en a fert de tabac aux Noirs .
Nº. 19. Le noiſetier eft tout en bois ;
fa coque eft toujours vuide ou fans fruit
No. 35. 11 eft rare de manger un bon
melon au Cap ; la graine y a dégéneré dès
la troifieme année qu'elle eft arrivée d'Europe.
15 MERCURE DE FRANCE.
No. 40. Les citrouilles ou giromons da
Cap font plas ppeettiitteess qquuee les citrouilles
communes en France .
No. 52. Quoique le climat du Cap foit
affez propre en général pour la production..
des végétaux d'un grand nombre d'efpeces
communes en Europe & dans les Indes ,
cependant il s'en faut de beaucoup que ce
ne foit un auffi bon pays que Kolbe le dit
ici d'après Meifter . Par exemple , le grand
jardin de la Compagnie au Cap ne produit
prefque rien pendant les mois de Decembre
., Janvier , Fevrier & Mars . On
doit l'abondance des vivres qu'on trouve
au Cap , 1 ° . au choix qu'on a fait des
meilleurs terreins dans la vafte étendue de
cette colonie . 2º. A la température du climat
, où il n'y a rien à craindre de la pars
de la gelée & de la grêle . 3 ° . A l'engrais
des terres , facilité par le nombre confidérable
des beftiaux . 4º, A la nouveauté de
ces terres , qui ne font pas encore épuifées
& qu'on laiffe repofer comme en Europe.
Le pays par lui-même ne produifoit aucun
fruit avant l'arrivée des Européens , & ceux
que l'on y a portés ne réuffiffent que dans
le voifinage des montagnes , où l'on trou
ve de la terre franche ; les plaines font
recouvertes d'un fable ſterile , remplies de
brouffailles , prefque impratiquables : la
JUIN. 1755. 159
plupart des habitations font fans eau &
fans bois , du moins dans prefque toute la
partie de la colonie que j'ai vûe. J'ai cependant
entendu dire que la partie de la
colonie qui s'étend fort au loin à l'eft des
montagnes du Stellenbosch eft beaucoup
mieux arrofée , de bonne terre & bien boifée.
*
REMARQUES fur la defcription du
Cap de Bonne- Efperante , dreffée fur les
Mémoires de Pierre Kolbe.
I nombre des relations des Voyageurs
L n'eft pas étonnant que le plus grand
foient remplies de defcriptions imparfaites
& de faits apocryphes. La plupart de
ceux qui les ont faites n'ont eu ni le
tems fuffifant , ni les facilités néceffaires
ni même affez de critique & de connoiffances
philofophiques pour faire quelque
chofe de complet & d'exact : mais il
eft bien fâcheux de voir mettre au nombre
des relations les plus fufpectes la defcrip
tion du Cap de Bonne- Efpérance qui a été
faite par un homme de Lettres , envoyé
exprès fur les lieux , & qui y a féjourné
pendant fept années enrietes. C'eft cependant
ce que l'intérêt de la vérité m'oblige
de faire aujourd'hui.
Feu M. le Baron de Krofick , Seigneur
fort zélé pour les fciences , avoit conçu le
deffein de procurer au public. un grand
nombre d'obſervations aftronomiques fort
intéreffantes , avec une hiftoire du Cap de
1
JUIN. 1755 138'
Bonne - Efpérance auffi parfaite qu'il eft
poffible. Pour cet effet il y fit paffer à fes
frais Pierre Kolbe , l'un de fes Secrétaires ,
qui s'étoit chargé d'y faire toutes les obfer
vations poffibles d'aftronomie , de phyſi❤
que & d'histoire naturelle. Il n'eft pas né
ceffaire de dire ici ce qui empêcha Kolbe
de travailler férieufement à remplir fes
engagemens. C'est un fait conftant parmi
tous ceux qui l'ont connu dans cette colo
nie , qu'il n'a fait aucune des démarches
néceffaires , ni amaffé des matériaux pour
faire la defcription qu'il a publiée après
fon retour en Europe. Un examen médiocrement
critique de cette defcription fuf
firoit pour en convaincre un lecteur attentif
& inftruit je n'aurois donc pas entre
pris de relever ici quelques- unes des fautes
groffieres dont elle eſt remplie , fi la plûpart
de ceux qui l'ont lue n'avoient été
féduits par un air d'ingénuité , qui faiſant
prendre pour de petites négligences les
endroits évidemment faux , infpire une
certaine confiance fur la certitude des chofes
fingulieres qu'on y trouve comme rapportées
par un témoin oculaire , & qui
d'ailleurs ne peuvent être vérifiées que fur
Weidler , dans fon hiftoire de l'Aftronomie
l'appelle Jean-Michel
+
136 MERCURE DE FRANCE.
les lieux. C'eft ainfi que plufieurs perfont
nes fenfées fe font laiffé furprendre , &
entr'autres les Auteurs de la Collection des
Voyages , quoiqu'ils fe foient facilement
apperçus que les cartes inférées dans le
livre de Kolbe ne s'accordoient pas avec
la defcription du pays , qu'on trouve dans
la même livre.
Bien loin d'avoir été étudier les Hottentots
chez eux , Kolbe n'a pas même voyagé
fuffifamment dans l'intérieur de la colonie
pour en faire une . defcription paffable.
Sans avoir recours au témoignage unanime
des anciens habitans , qui affurent que
tous les voyages de Kolbe fe font réduits
à aller quelquefois de la ville du Cap aux
Paroiffes de Stellenbosch & de Drakeſtein,
& une feule fois de la ville aux eaux minérales
, qui en font à 25 lieues du côté du
canton appellé Hottentot Holland ; il fuffic
de comparer les cartes topographiques
qu'il a données , avec celles que j'ai fait
graver pour les Mémoires dé l'Académie
des Sciences de 175i , & dont les principaux
points ont été affujettis à des opérations
géométriques faites pour la meſure
d'un dégré du méridien , & l'on verra qu'il
n'eft pas poflible qu'un homme éclairé ait
parcouru un pays & l'ait fi mal repréfenté.
JUIN. 1755
"
Voici donc fur quoi Kolbe a fondé fa
defcription. Kolbe n'ayant plus de relation
avec fon protecteur , étoit hors d'état de
fubfifter au Cap , & même de retourner en
fon pays. Toute la colonie avoit alors de
grandes plaintes à porter en Europe contre
le gouvernement. Par les précautions que
les Gouverneurs avoient prifes , il étoit
prefque impoffible que ces plaintes parvinflent
en Hollande , ou qu'elles y produififfent
quelque effet. Les principaux
habitans s'adrefferent à Kolbe : ils lui of
frirent abondamment de quoi faire fon
-voyage , à condition d'en faire une relation
, dans laquelle il inféréroit , par forme
d'hiftoire , des griefs des habitans & les
principales pieces qu'ils avoient intérêt de
faire connoître au public . Pour fuppléer aúx
matériaux que Kolbe avoit négligé d'amaſfer
, ils lui remirent la lifte des plantes que
Oldenlanden , habile Botanifte , avoit obfervées
au Cap , & dont la plupart avoient
été cultivées dans un des jardins de la
Compagnie , par un nommé Hertog. ( Cette
même lifte eft rapportée dans le Thefaurus
Zeylanicus , fous le nom de fon véritable
auteur ) . Ils lui donnerent auffi des mémoires
qu'un Greffier de la Chambre de
Juftice au Cap , nommé Grevenbroeck ,
avoit écrits avec affez peu de critique für
738 MERCURE DE FRANCE.
l'hiftoire des Hottentots ; ils ne contenoient
, pour la plupart , que des réponſes
aux queftions que ce curieux avoit faites à
ceux de cette nation qu'il avoit rencontrés
dans l'intérieur de la Colonie, Cés
Hottentots avoient appris à leurs dépens à
fe défier de leurs hôtes.
C'eft fur ces pieces , & fur ce que Kolbe
a pû tirer de fa mémoire fur ce qu'il avoit
vu ou entendu dire pendant fon féjour au
Cap , que la defcription dont il s'agit ici a
été faite. Dans l'extrait que nous en avons
en françois en 3 vol. in- 12 , on a retranché
-le procès des habitans du Cap , & on a rédigé
en affez bon ordre tout le refte du
livre de Kolbe , qui eft fort confus.piti
Je n'entrerai point ici dans un grand
détail : je mettrai feulement quelques notes
-fur les principales chofes que j'ai vérifiées
par moi-même , n'approuvant ni ne defapprouvant
le refte dont je n'ai pas eu de
connoiffance certaine. Je fuis ici l'édition
de 1742 , à Amfterdam, chez Jean Catuffe.
Remarques fur le Tome I.
Préface , p. v. Kolbe n'a pas appris le
langage Hottentot ; il avoue lui - même
p. 51. ) qu'il n'a pu faire de grands progrès
dans la prononciation de cette langue.
Or une bonne partie de la connoiffance de
JUIN. 1755 . 139
3
&
6
ce langage confifte dans la prononciation ,
comme on le va voir bientôt.
Chap. III . n° . 4. Les Hollandois ne firent,
ni ne purentfaire un traité en forme avec
les Hottentots , peuples errans , & qui n'avoient
aucune idée de traités. Van Riebeck
les voyant affemblés autour de fon camp ,
leur donnoit quelques grains de verre , quelques
morceaux de fer & de cuivre rouges
il leur donnoit de l'eau de vie & de l'arack,
en les amufant ainfi jufqu'à ce qu'il eût
conftruit un fort. Mais en rendant compte
à fa Compagnie de ce qu'il avoit fait
s'affurer de la poffeffion du pays , il lui dit
qu'il avoit acheté l'amitié des habitans &
le droit de demeurer au Cap pour 40000
florins. Les Hollandois ont bien vû depuis
que les Hottentots n'avoient pas prétendu
faire de traité , & ils peuvent bien dire que
le pays ne leur appartient qu'à titre de
conquête.
pour
Chap. IV. Ce que Kolbe dit ici fur la
longitude & fur la latitude du Cap , ne
mérite pas d'être réfuté : pour ôter toute
équivoque, la longitude de la ville du Cap,
& en même tems celle de la pointe des
terres qui a donné ce nom à la ville , eſt de
35 dégrés 2 min . à l'eft du méridien de
Tenerif: la latitude de la ville eft de 33
dég. 59 min. & celle de la pointe des terres
140 MERCURE DE FRANCE.
qui forme le vrai Cap , eft de 34 dég. 24
min. En comparant ces déterminations ,
qui font fûres , avec celles de Kolbe , on
pourra juger de fa fuffifance ou de fon
exactitude fur ces matieres.
Chap. V. Ce que l'Auteur dit nomb. 2.
de l'origine des Hottentots , de leur tradition
fur Noh & fur le déluge , doit paroître
plus que fufpect après ce que j'ai dit cideffus
de l'autenticité des mémoires fur
lefquels Kolbe a fait l'hiſtoire de ces peuples.
N. 3. La langue Hottentote eft affez
douce dans la prononciation , elle n'a pas
d'afpiration forte , de fifflement , ni de fons
gutturaux : ce qu'elle a d'extraordinaire ,
ce font deux voyelles de plus que n'en
ont les langues d'Europe. Ces deux
voyelles font deux fons fort nets , exprimés
d'un par un froiffement de l'air entre le
bout de la langue & la partie fupérieure
du palais , tel que l'on a coutume de le
faire pour exciter les chevaux à marcher ;
l'autre fon eft un claquement de la langue
appliquée fortement à la partie fupérieure
du palais , puis détachée preftement. Par
différentes queftions que j'ai faites à un
Hottentot de bon fens , je me fuis affuré
que ces fons étoient des voyelles , parce
qu'étant prononcés tous feuls, ils Oonntt.uunnee
JUN. 17551 141
Ignification à peu près comme en françois
a, o , y, & en latin a , e , o , & forment feuls
des mots ; le fecond de ces fons eft ordinairement
fuivi d'une m ou de mm. Et
comme ces fons , en qualité de voyelles ,
reviennent néceffairement prefque à cha
que mot , cette langue paroît fort fingulie
re , mais ce n'eft rien moins qu'un bégaye
ment , quoiqu'en dife Kolbe.
Chap. VI. n. 3. Comment les Hotten
tots peuvent - ils entendre l'agriculture
mieux que les Européens , puifque c'eſt un
art dont ils n'ont jamais eu d'idée , &
qu'on ne peut les engager à pratiquer ,
quoique l'expérience leur air appris mille
fois qu'ils font réduits à la derniere difette
pendant les mois de Février & Mars , faute
de cultiver quelques- unes des plantes , dont
les bulbes font leur nourriture ordinaire ?
* N. 4. Les Hottentots qui font répandus
dans la colonie ne font pas plus fages que
les Efclaves négres des habitans. Les filles
des Hottentots qui font hors des limites
des habitations hollandoifes , s'échappent
en grand nombre de leurs maiſons paternelles
pour venir au fervice des Européens
, qui les retiennent pour aider à la
cuifine , & pour fervir d'amufements aux
Noirs. Ces filles ne font pas naturellement
voleuſes ; cependant il faut bien tenir fous
C
142 MERCURE DE FRANCE.
la clef le vin & l'eau de vie , dont elles
font extrêmement friandes .
Chap. VII. n. 5. Il eft certain qu'il y a›
à 150 lieues à l'Eft-nord-eft du Cap une
nation blanche. Ces peuples ont les cheveux
longs , & font de la même couleur & à
peu près de la même figure que les Chinois
de Batavia , qui font bannis au Cap. C'eft
ce qui fait qu'on les appelle au Cap les
petits Chinois.e
Chap. VIII . Les Hottentots qui font aut
fervice des Européens ne gardent leurs
peaux de mouton que lorfque l'on ne leur
donne pas d'habits ; ils font fort glorieux
d'être couverts de haillons bleus de toile
ou de gros drap noir ; les femmes fe cou+
vrent plus volontiers la tête d'un mouchoir
, à la mode des Negreffes , que de
leur bonnet de peau de chat.
No. 2. Les plus belles franges font des
grains de verre coloré , enfilés à un brin de
jonc attaché par un bout. Il n'y a pas longtems
que nous avions adopté cette mode
Hottentote. ·
Les ornemens des Hottentots , par exemple
, leurs bracelets , leurs colliers , les
courrois des jambes des femmes font groffierement
faits & fans goût : il faut rayer
bien des hiperboles dans ce chapitre de
Kolbe.
JUIN . 1755. 143
• N°. 3. L'auteur fe contredit au fujet des
pendans d'oreille ; j'en ai vû de réels , non
pas de nacre de perle véritables , car il
n'y en a pas au Cap , mais compofés de
petits cauris.
*
Chap. IX. Les noms des diverfes nations
Hottentores qui font rapportées ici ,
ont pu exifter du tems de Grevenbroek ,
qui écrivoit fur la fin du fiécle dernier
aujourd'hui on n'en connoît plus que deux
ou trois. La multiplication des colons eu
ropéens en a fait retirer un grand nombre.
Une furicufe maladie , qui étoit une efpéce
de petite vérole , enleva en 1713
profque tous les Hottentots reftés parmi
les Européens ; elle fit périr un très- grand
nombre d'efclaves noirs , & même beau
coup de blancs. Depuis ce tems- là aucune
nation Hottentote n'a fait corps , ou n'a eus
de gouvernement régulier dans toute l'étendue
de la colonie. Ceux qu'on y trouve
font , ou au fervice des Européens pour
faire paître les troupeaux , ou pour cou❤
rir devant les charriots ; ou ce font quelques
'familles raffemblées à qui ces Eu
ropéens permettent de refter fur le terrein
dont ils font en poffeffion.
Il paroît au refte qu'il y a beaucoup d'e
xagération dans ce chapitre. Tout le pays
depuis le Cap en allant au nord , jufques
144 MERCURE DE FRANCE.
bien loin au-delà de la Baye de Sainte
Heleine , eft fec , fablonneux , couvert de
brouffailles , très-peu propre aux pâturages
, & prefque inhabitables. Comment
donc neuf ou dix nations Hottentores y
pouvoient - elles fubfifter ? vû la connoiffance
que j'ai de ces lieux , que j'ai parcourus
plufieurs fois pour y mefurer un
dégré cela me paroît impoffible , à moins
que chacune de ces nations ne confiftât
qu'en un feul kraal , ou village.
No. 17. Les Bufchiefmans font , pour la
plupart , ceux des Hottentots à qui les Européens
ont enlevé, des beftiaux ; ils s'entendent
quelquefois avec les Hottentots
qui font au fervice des Européens , pour
ufer de repréſailles
Je n'ai pas eu d'éclairciffemens fur les
chapitres X & XI .
Chap. XII. Il paroît conſtant par le rap
port unanime de tous ceux du Cap . qui
connoiffent les Hottentots , que ces peu
ples n'ont aucune idée de culte à rendre à
un être fuprême ; ils ne craignent que
quelques puiffances malfaifantes , aufquel
les ils attribuent les maladies & les malheurs
qui leur arrivent ; ils croyent qu'il
y a des forciers d'intelligence avec elles.
Il y a grande apparence que leur extrême
indolence leur a fait oublier les traditions
*de
JUIN. 1755-
145
de leurs ancêtres fur cet article. Un Hottentot
met fon fouverain bien à ne rien
faire , même à ne penfer à rien.
黎
N°. 3. Les danfes des Hottentots à la
pleine Lune ne font pas un culte . C'eft
an ufage commun à la plus grande partie
des nations méridionales de l'Afrique , à
celles de Madagaſcar , & même à plufieurs
nations indiennes , foit idolâtres , foit ma-
-hometanes .
que
x
N". 4. Ce que Kolbe dit ici fur l'infecte
que les Hottentots adorent , n'eft fondé
que fur un bruit populaire , & fur le nom
les premiers habitans du Cap ont donné
à cet infecte , que les Hottentots regardent
feulement comme un animal de
mauvais augure. Il eft affez rare dans lès
campagnes , & plus commun dans les jardins
des Européens : c'eft une espèce de demoifelle
, que j'ai retrouvée dans l'Ile de
France , où elle n'eft pas rare.
No. 6. Kolbe s'attribue ici un artifice
dont fe fervit Adrien Vanderftel , Gouverneur
du Cap , pour fe faire reſpecter &
craindre des Hottentots affemblés autour
de lui. 1
Je n'ai point eu d'éclairciffement fur les
chap. XIII. XIV. & XV.
*
Chap . XVI . N°. 1. Les Babouins ne
1. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
quittent pas les montagnes qui leur fervent
de retraite. Je ne fçais pas ce qui a
fait dire à Kolbe que les Hottentots
diftinguoient d'après eux les plantes & les
fruits qu'on peut manger fans danger.
N°. 2. Le Kanna eft totalement différent
du Gin-feng ; ils n'ont aucun rapport
enfemble.
No. 7. Pendant les mois de Novembre
& de Décembre , les Hottentots font infufer
, puis fermenter avec du miel , une
tertaine racine , ce qui leur fait une liqueur
fi forte qu'ils font dans une ivreffe
continuelle tant que la provifion dure , ils
en restent long-tems malades lorfqu'elle
eft épuifée , & qu'ils ne peuvent plus s'étourdir
par une nouvelle ivreffe .
Chap. XXII . Il n'y a aucun métier par
ticulier parmi les Hottentots , chacun y
fait ce qu'il juge néceffaire pour foi : aufſi
quoiqu'en dife Kolbe , les chef- d'oeuvres
qui fortent de leurs mains ne font-ils rien
moins qu'admirables. Leurs nattes , par
exemple , ne font qu'une enfilade d'une
efpéce de jonc , dont chaque brin eft placé
parallelement à côté d'un autre ; ils font
Lous traversés dans leur épaiffeur , & de
diſtance en diſtance , par cinq ou fix fils du
même jonc.
J
JUIN. 1755 147
Il n'eft pas vrat que les Hottentots fondent
du fer : le procédé rapporté par Kolbe
eft en ufage à Madagaſcar.
Chap . XXIV. n°. 4. Ce font les eſcla
ves Indiens qui s'appliquent les ventoufes
, comme Kolbe le dit ici des Hottenqui
n'y avoient jamais fongé.
tots ,
Remarques fur le tome II.
Chap. I. n° . 4. Les maifons de la ville
du Cap font bâties en briques , les fondemens
font de groffes roches brutes , les
toîts font d'un jonc long & menu , ou
bien ils font algamacés de deux couches de
brique & de chaux ; très-peu ont des jardins
, ce ne font gueres que celles qui font
hors de la ville ou fur les limites.
N. 6º. La maiſon de Conftantia eſt au
fud de la ville , à trois grandes lieues françoiſes
; elle eft dans un fond & fans aucune
vûe. Il n'eft peut- être pas inutile de dire
ici que le vin qui croît près de cette maifon
, & qui eft fi connu fous le nom de
vin du Cap , y eft en affez petite quantité.
Dans les meilleures années tout le terroir
de Conftance , qui confifte en deux habitations
contiguës , ne peut produire plus de
so à 60 lecres de vin rouge , qui y eft beaucoup
plus eftimé que le blanc , ni plus de
80 à 90 lecres de vin blanc ; la lecre
peut
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
contenir 550 pintes de Paris. La Compagnie
des Indes de Hollande oblige les propriétaires
de ces vignes de lui livrer tout le
vin qu'ils en recueillent .
ཛཱན
No. 7. Ce que Kolbe dit du nuage qui
couvre les montagnes du Tygre eft abfolument
faux . Ces montagnes font fort
baffes , & comme celles des environs de
Paris ; les nuages ne s'y arrêtent gueres.
La montagne bleue eft à quatre petites
lieues du Cap ; il y en a une autre de cè
nom à fix lieues du Cap : ces deux montagnes
font fort baffes , ifolées & petites ;
elles font trop peu fpacieufes pour avoir
pû fervir de retraites aux éléphans.
N° . 10. La fauffe baye eft bornée au
nord , dans une étendue de plus de fix
lieues , d'une plage de fable marécageufe
& fans montagne, quoiqu'en dife l'Auteur.
Les montagnes de pierres ne font qu'à la
partie occidentale.
N°. 12. La hauteur de la montagne de
la Table eft de plus de 3350 pieds du
Rhin , prefque double de ce que l'Auteur
dit avoir mefuré avec foin . Dans l'ouverture
qui eft au milieu de la face feptentrionale
de cette montagne, il n'y a que
quelques chétifs arbriffeaux. Ce creux né
fe forme pas par la chute des eaux , puifqu'il
eft couvert de plantes & d'arbustes .
JUIN. 1755 149
?
il n'y a qu'un ruiffeau qui s'y précipite.
No. 15. Ce qu'on appelle le Paradis &
' Enfer ne font pas deux grottes , mais
deux vallons affez profonds au midi de la
montagne ; ils font remplis de bois réſervé
pour la Compagnie : la difficulté d'aller
chercher ce bois dans l'un de ces vallons ,
l'a fait appeller l'Enfer ; l'autre s'eft appellé
Paradis par une raifon contraire. A l'entrée
de celui- ci , la Compagnie a une mai
fon & un beau jardin.
No. 16. Voyez fur le vent de Sud- eft
& fur le nuage de la Table ce que j'en ai
dit dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences , année 1751 .
No. 17, Le monument dont parle Kolbe
n'a été élevé que fur la croupe du Lion ,
où la montagne eft baffe & fort facile à
monter ; la tête du Lion eft comme inaccef
fible. Ce monument eft abattu , & la pierre
de l'infcription enlevée.
No. 22. La montagne du Diable n'eft
féparée de celle de la Table que par une
gorge peu profonde : fon pied eft à près
d'un quart de lieue de la mer , & fon fommet
n'eft plus bas que le fommet voiſin de
la Table que de 31.toifes.
Chap. II. n°. 15. Ce que l'auteur dit
du nuage & des vents par rapport aux
montagnes de Stellenbosch, eft imaginaire :
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
tout s'y paffe comme fur les montagnes
voifines de la ville du Cap .
Chap. II. n° . 6. Tout cet article fur la
riviere appellée Bergrivier , eft abfolument
faux. Il y a quelques bonnes habitations
vers le commencement de fon cours , &
aux environs de l'Eglife de Drakeſtein ;
mais elle traverſe enfuite une vaſte pleine
de fable prefque inhabitable , & va fe décharger
dans la partie méridionale de la
baye de Sainte- Heleine , & non pas en un
point de la côte au nord de la baye , comme
l'auteur l'a mis fur fa carte : fon cours
eft tout au plus de 40 lieues , & non de
100 , comme Kolbe le dit n° . 12.
N° . 10. La tour de Babylone eſt le nom
'd'une habitation contigue à un affez bas
monticule. Kolbe en fait une haute montagne.
N°: 13 . Riebeckſcaftel eft une montagne
ainfi appellée parce qu'elle a été le
terme des découvertes de Van Riebeck ,
premier Gouverneur du Cap. On n'y a jamais
bâti de fort , ni placé de canon : il y
a quelques habitations au pied de cette
montagné , qui a 480 toifes de hauteur.
No. 16. La montagne du Piquet n'eft
qu'à trois petites journées du Cap , on y
peut aller à pied très- facilement en deux
jours. Kolbe la met à huit journées du Cap
JU. IN. 1755 IST
No. 20. Les deux aventures de Kolbe
racontées dans cet article me paroiffent
fort fufpectes , fur- tout celle des lions qui
vont rarement en troupe.
Chap. V. n°. 1. Les Hottentots n'ont
jamais eu des troupeaux fort nombreux en
comparaifon de ceux des Européens : ce
qu'un Européen un peu aifé en poffede ,
fuffiroit pour un kraal Hottentot de plus
de trente familles.
No. 5. Les queues de mouton du Cap
font de figure triangulaire , c'eft- à - dire
qu'elles font fort larges par le haut , & vont
en diminuant vers le bout ; elles ne font
pas plus longues que celles des moutons
d'Europe à proportion de leur groffeur. Le
poids ordinaire d'une de ces queues de
mouton du Cap , eft de 3 à 4 livres , au
plus 5 ou 6. On en voit par extraordinaire.
de 10 à 12 livres ; mais alors la chair du
mouton n'eft plus eftimée . Kolbe fait les
communes de 15 livres , & les moins come
munes de 30 livres au moins.
Chap. VIII. n°. 1. Il y a peu de graines
d'Europe qui dégénerent au Cap : au contraire
celles du Cap font plus eftimées à
nos lles que celles qui viennent d'Europe.
N°. 3. Il n'y a au Cap que très-peu de
fruits des Indes. Le plus commun eft la
G iiij
132. MERCURE DE FRANCE.
gouyave ; les bananes n'y valent rien , ni
les ananas. Des fruits d'Europe , il n'y a
que la pêche , l'abricot , la figue , le coing
& le raifin , qui foient auffi bons qu'on en
puiffe trouver en Europe .Les autres, comme
les pommes , les poires , les prunes , les
noix , les cerifes , les oranges , &c. ne valent
pas grand'chofe.
pas
No. 4. Je ne m'amuferai pas à réfuter
en détail ce que Kolbe dit ici du jardin de
la Compagnie qui eft au Cap : tout y eft
exageré à outrance. Il paroît cependant
qu'il a été autrefois plus rempli de productions
curieufes qu'il ne l'eft à préfent , parce
que dans les commencemens de l'établiffement
de la colonie , on a eſſayé d'y
faire venir le plus grand nombre poffible.
des fruits de l'Europe & des deux Indes .
Cependant Kolbe ne doit l'avoir vû
dans ce premier état , puifque vers Fan
1706 , c'est- à- dire pendant la premiere ou
la feconde année du féjour de Kolbe au
Cap , M. Maxwell qui l'y a vû , & qui a
fait une defcription de cette colonie ( voyez
les Tranfactions philofophiques , année
1707 , n° . 310 . ) ,, dit expreffément que ce
jardin n'étoit plus dans un fi bel ordre
mais bien plus négligé que du tems du
pere du Gouverneur d'alors , & qu'il n'y
avoit plus rien d'extraordinaire. Il paroît
.
JUIN.
153 1755.
donc que Kolbe a fait fa defcription d'imagination
, fur ce qu'il avoit entendu dire
que ce jardin étoit autrefois. C'eft aujourd'hui
un affez beau potager. de mille pas
communs de long fur 260 de large , partagé
en 44 quarrés , entourés d'une haute
charmille de chêne ou de laurier. Deux de
ces quarrés font deſtinés à fervir de
parterre
à un pavillon fitué vers le milieu de
la face orientale de ce jardin , & un autre
quarré attenant eft rempli par trois berceaux
d'ombre : le refte contient des légumes
& affez peu d'arbres fruitiers. Ce jardin
eft prefque entouré d'un large foffe
d'eau vive , & arrofé par quelques rigoles
pratiquées le long des quarrés : ces quarrés
font formés par cinq avenues paralleles &
dans toute la longueur du jardin , & par
onze avenues perpendiculaires.
Chap. IX. no. 1o. Je n'ai pas entendu
parler de maux d'yeux pendant mon ſéjour
au Cap.
No. 18. J'ai vu au Cap beaucoup de
goutteux ; la pierre & la gravelle y font fort
communes.
N° . 19. Les habitans de la ville du Cap
ne fe donnent prefque jamais de repas :
leur ufage eft de s'affembler tous les foits
depuis cinq heures jufqu'à neuf ,
pour fu
mer , jouer, & boire du vin & de la
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
bierre fans manger quoi que ce foit.
Chap . XI. On n'a pas encore reconnut
au Cap de mine riche en quelque métal.
Chap. XIV . Kolbe raifonne ridiculement
fur la couleur de la mer. Tous les marins
fçavent que par-tout où la mer eft profonde
, ou fans fond comme ils difent , elle
a une couleur bleue- noire : fur les bancs &
près des côtes où l'eau eft peu profonde ,
elle a une couleur verd- fale ; celle- ci eft
même une marque sûre que l'on a fond ..
N°. 5. Le phénomene rapporté ici paroît
fort fufpect , & les circonftances des tems
y font mifes avec une préciſion ridicule.
A peine s'apperçoit- on au Cap de la différence
des marées hautes & baffes ; elle
ne va jamais à trois pieds , quand elle eft
la plus grande.
Chap. XV. Tout ce chapitre eft fi plein
de bévûes , qu'il eft impoffible de les détailler
je fuis obligé de renvoyer le lecteur
aux obfervations météorologiques ,
que j'ai inferées dans les Mémoires de l'Académie
royale des Sciences , année 175.1 .
Remarquesfur le tome .III.
L'hiftoire des animaux du Cap n'a été
faite par Kolbe fur aucun mémoire particulier
; il s'en eft rapporté à ce qu'il avoit
entendu dire , & a mis quelques defcrip
JUIN. 17536 155
tions tirées de quelques naturaliftes modernes
& de Pline . Je ne fuis pas affez
fçavant fur cette matiere pour relever les
bévûes de notre auteur : je me contenterai
d'indiquer quelques faits dont je me fuis.
affuré par moi-même .
Chap. III . n° . 17. J'ai vu la dent d'un
des plus gros hippopotames du Cap : elle
avoit fept à huit pouces de long fur près.
de deux pouces d'épaiffeur , elle m'a
pefer moins que quatre livres.
paru
Chap. IV. n . 3. Les élans du Cap pefent
jufques à huit cens livres , & il n'y a
prefque pas d'arbres dans la colonie : de
là on peut juger s'il eft poffible de prendre
les élans , comme l'auteur le dit. A la
vérité cette rufe fe pratique pour prendre
une efpece de daim affez petite , qu'on.
appelle Steinbock , mais une branche d'arbres
ou un arbriffeau fuffit pour cela..
Chap. VI . n ° . 3. On voit ici un conte
puéril fur les vols des babouins ; il eſt
d'autant moins vraisemblable que ces animaux
ne s'écartent jamais des montagnes
où ils ont leur retraite. J'ai bien oui dire
qu'ils pilloient quelquefois les jardins en
troupe , mais je n'ai vû perfonne qui aiɛ
dit avoir été témoin des circonftances qu'on
en raconte ici .
No. 13. Le blaireau puant reffemble fore
G. vj
156 MERCURE DE FRANCE.
à un baffet , & point du tout à un furet ;
il ne put pas quand il eſt mort ,
qu'il ne fe corrompe.
à moins
N°. 19. On ne mange pas les tortues de
térre du Cap , qui font fort petites ; elles
pefent rarement trois livres. Quelques
Noirs en mangent , quelquefois auffi des
voyageurs qui fe trouvent dans la néceflité.
Les tortues de terre de l'ifle Rodrigue font
excellentes , & pefent trente , quarante ou
cinquante livres : j'en ai vû une qui ne
pefoit gueres moins que cent cinquante
livres.
Chap. XV. n°. 3. Ce qu'on dit des
fquelettes nettoyés par les aigles eft fort
exagéré. J'ai vu des carcaffes rongées par
des aigles , où ils avoient laiffé feulement
une partie de la peau qui recouvroit les os
décharnés .
Nº. 20. Je n'ai vû aucune espece d'hirondelle
au Cap pendant les deux hivers
que j'y ai paffés. Elles y arrivent en Septembre
, & partent en Avril ,
Chap. XIX . n° . 3. Les alouettes du
Cap font d'une efpece différente des nôtres
. L'alouette s'éleve perpendiculairement
à dix ou douze pieds de hauteur feulement,
en faifant beaucoup de bruit par le battement
de fes aîles , puis elle retombe fubitement
comme une maffe , en jettant un peJUIN.
1755
$5.7
tit cri : elle ne refte jamais en l'air.
No. 14. Le corrhan eft une espece de
gelinotte qui a coutume de crier pendant
le tems de fon vol , qui eft affez pefant.
Son cri n'eſt pas tel qu'on le dit ici , il reffemble
à ce mot repeté cococahia : il ne
fait pas fuir le gibier , parce qu'il ne fe leve
prefque jamais qu'on ne foit fort près
de lui. Sa chair eft affez bonne , fur- tout
faire de la foupe. pour
No. 20. L'endroit du Cap où l'auteur
prétend que les grues s'affemblent ordinairement
, eft fi peu pierreux , qu'il faut
faire plufieurs lieues , & s'approcher des
montagnes pour trouver une pierre groffe
comme une noiſette.
Chap. XXII . N ° . 1. Le fapin n'a pu
encore réuffir au Cap .
>
N°. 29. L'afperge eft chetive toute
blanche , fans goût , & pareille à celles
qu'on fait venir à Paris dans les caves pendant
l'hiver.
No. 13. Il y a peu de chanvre au Cap ;
fa tige y devient ligneufe : le peu qu'il y
en a fert de tabac aux Noirs .
Nº. 19. Le noiſetier eft tout en bois ;
fa coque eft toujours vuide ou fans fruit
No. 35. 11 eft rare de manger un bon
melon au Cap ; la graine y a dégéneré dès
la troifieme année qu'elle eft arrivée d'Europe.
15 MERCURE DE FRANCE.
No. 40. Les citrouilles ou giromons da
Cap font plas ppeettiitteess qquuee les citrouilles
communes en France .
No. 52. Quoique le climat du Cap foit
affez propre en général pour la production..
des végétaux d'un grand nombre d'efpeces
communes en Europe & dans les Indes ,
cependant il s'en faut de beaucoup que ce
ne foit un auffi bon pays que Kolbe le dit
ici d'après Meifter . Par exemple , le grand
jardin de la Compagnie au Cap ne produit
prefque rien pendant les mois de Decembre
., Janvier , Fevrier & Mars . On
doit l'abondance des vivres qu'on trouve
au Cap , 1 ° . au choix qu'on a fait des
meilleurs terreins dans la vafte étendue de
cette colonie . 2º. A la température du climat
, où il n'y a rien à craindre de la pars
de la gelée & de la grêle . 3 ° . A l'engrais
des terres , facilité par le nombre confidérable
des beftiaux . 4º, A la nouveauté de
ces terres , qui ne font pas encore épuifées
& qu'on laiffe repofer comme en Europe.
Le pays par lui-même ne produifoit aucun
fruit avant l'arrivée des Européens , & ceux
que l'on y a portés ne réuffiffent que dans
le voifinage des montagnes , où l'on trou
ve de la terre franche ; les plaines font
recouvertes d'un fable ſterile , remplies de
brouffailles , prefque impratiquables : la
JUIN. 1755. 159
plupart des habitations font fans eau &
fans bois , du moins dans prefque toute la
partie de la colonie que j'ai vûe. J'ai cependant
entendu dire que la partie de la
colonie qui s'étend fort au loin à l'eft des
montagnes du Stellenbosch eft beaucoup
mieux arrofée , de bonne terre & bien boifée.
*
Fermer
Résumé : REMARQUES sur la description du Cap de Bonne-Espérante, dressée sur les Mémoires de Pierre Kolbe.
Le texte critique la description du Cap de Bonne-Espérance rédigée par Pierre Kolbe, envoyé par le Baron de Krosigk pour recueillir des observations astronomiques, physiques et d'histoire naturelle. Malgré un séjour de sept ans au Cap, Kolbe n'a pas accompli sa mission de manière sérieuse et a publié une œuvre remplie de fautes et d'informations apocryphes. Les habitants du Cap, mécontents du gouvernement, ont financé son retour en Europe en échange de la rédaction d'une relation incluant leurs plaintes. Kolbe a utilisé des documents fournis par les habitants pour compléter son ouvrage, mais son travail est marqué par des incohérences et des exagérations. Le texte contredit plusieurs affirmations de Kolbe, notamment sur la langue hottentote, les relations entre les Hollandais et les Hottentots, et la géographie du Cap. Les Hottentots ne possèdent pas de culte dédié à un être suprême et craignent seulement des puissances malfaisantes. Leurs danses à la pleine lune ne constituent pas un culte et sont partagées par plusieurs nations africaines et indiennes. Kolbe a également commis des erreurs sur les pratiques des Hottentots, comme la fabrication d'une liqueur forte à partir d'une racine fermentée avec du miel. Le texte décrit divers aspects de la vie quotidienne des Hottentots, comme l'absence de métiers spécifiques et la fabrication de nattes simples. Il corrige plusieurs erreurs de Kolbe sur la géographie et les ressources naturelles du Cap, comme la hauteur de la montagne de la Table et la description des vallons appelés Paradis et Enfer. Les habitudes alimentaires des habitants du Cap sont également mentionnées, ainsi que la présence de certaines maladies comme la goutte et la pierre. Concernant la faune et la flore, le texte mentionne des animaux comme le Steinbock, les babouins, le blaireau puant, les tortues de terre, les alouettes, le corrhane, et les grues. Les observations sur les babouins sont jugées peu crédibles. Les tortues de terre du Cap sont petites et rarement consommées. Les aigles nettoient les squelettes mais laissent souvent des parties de peau. Les hirondelles arrivent au Cap en septembre et partent en avril. Le corrhane est une espèce de gelinotte avec un cri spécifique. En ce qui concerne la flore, le texte note que le sapin n'a pas réussi à s'implanter au Cap. L'asperge y est blanche et sans goût. Le chanvre est rare et utilisé pour le tabac. Le noisetier est stérile. Les melons ont dégénéré après quelques années. Les citrouilles sont plus petites que celles en France. Le climat du Cap est généralement propice à la production végétale, mais certaines périodes de l'année sont moins productives. L'abondance des vivres est due au choix des terrains, à la température, à l'engrais des terres, et à la nouveauté des sols. Avant l'arrivée des Européens, le pays ne produisait aucun fruit. Les terres fertiles se trouvent principalement près des montagnes, tandis que les plaines sont stériles et couvertes de broussailles. Certaines parties de la colonie, comme celles à l'est des montagnes de Stellenbosch, sont mieux arrosées et ont une meilleure terre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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661
p. 46-56
REFLEXIONS De M. de Marivaux.
Début :
Il n'est point question ici d'un ouvrage régulierement suivi ; il ne s'agit pas [...]
Mots clefs :
Esprit, Idées, Esprits, Hommes, Nation, Moeurs, Coutume, Thucydide, Traduction, Traduction de Thucydide
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS De M. de Marivaux.
REFLEXIONS
De M. de Marivaux.
L n'eft point queftion ici d'un ouvrage
I régulierement fuivi ; il ne s'agit pas
ici
non plus de penfées détachées , celles-.
ci ont toujours une certaine liaiſon les
unes avec les autres ; elles vont toutes au
même but . Je dis feulement qu'elles n'y
vont pas avec autant d'ordre , avec autant
d'exactitude , qu'un plus habile homme
que moi auroit pû y en mettre.
Auffi ne leur ai- je point donné d'autre
titre que celui de réflexions ? Chacune d'elles
en a infenfiblement fait naître une autre
, & tout cela avec fi peu de deffein de
ma part , que lorfque la premiere me vint
dans l'efprit , je ne fçavois pas moi- même
qu'elle en ameneroit une feconde. En
effet, comment aurois- je foupçonné qu'une
fimple obfervation fur une remarque de
d'Ablancourt me meneroit fi loin ? Voici
ce que c'eft .
D'Ablancourt en commençant fa traduction
de Thucidide , au lieu de dire litté
ralement comme l'auteur grec , Thucidide
Athénien , écrit la guerre, & c, le fait comJUN.
1755. 47
mencer ainfi J'entreprens d'écrire l'hiftoire
, & le refte .
Et dans fes remarques for fa traduction
il dit pour raifon du changement qu'il
fait , qu'une traduction plus littérale feroit
plate , & feroit tort à Thucidide.
Mais par- là , peut- on lui répondre , vous
nous faites tort à nous , lecteurs , qui ferions
charmés de connoître Thucidide tel
qu'il eft. Nous croyons voir l'auteur grec ,
l'auteur ancien avec le tour d'efprit qu'on
avoit de fon tems , & vous le traveſtiſſez ,
vous lui ôtez fon âge ; ce n'eſt plus là Thucidide.
Il feroit plat , dites vous , fi vous
ne le corrigiez pas . Eh , qu'importe ! nous
aimerions mieux fa platitude même que
vos corrections , que nous ne demandons
point dans cette occafion- ci .
Quand vous travaillerez fur un fujet
que vous aurez imaginé , ôtez les platitudes
qui vous feront échappées , vous ferez
fort bien , & nous ne les regrettons point ;
elles ne pourroient être que des platitu
des de notre fiecle , & celles - là nous les
connoiffons , nous n'en fommes pas curieux
.
Mais de celles de Thucidide , ou de
tout autre auteur d'une antiquité auffi reculée
, il n'eft pas de même. En les retranchant
vous nous privez d'un ſpectacle qui
48 MERCURE DE FRANCE..
feroit neuf pour nous ; car il y a apparen
ce qu'elles ne reffemblent point aux nôtres
, & fuppofé qu'elles y reffemblaffent ,
ce feroit encore une fingularité que nous
verrions avec plaifir .
:
En un mot , c'est l'hiftoire de l'efprit
humain que vous nous dérobez dans cette
partie- là nous n'en avons que la moitié
quand vous ne nous rendez que les beautés
des anciens , & que vous fupprimez
leurs défauts.
C'estpour l'honneur des anciens que vous
prenez cette précaution - là , dites - vous ;
mais dans le fond leur honneur doit nous
être affez indifférent : il nous feroit bien
auffi agréable de les connoître que de les
eftimer plus qu'ils ne valent.
Votre maniere de traduire Thucidide ,
& votre attention pour fa gloire , direzvous
, n'ôtent rien à l'hiftoire des faits
qu'il raconte. Je n'en fçais rien . On peut
encore vous arrêter là- deffus : s'il eft vrai
qu'il y ait un rapport entre les événemens,
les moeurs , les coutumes d'un certain tems,
& la maniere de penſer , de fentir & de
s'exprimer de ce tems-là ; ce rapport que
je crois indubitable , fe trouve affurément
dans ce que Thucidide a penſé , a fenti , a
exprimé.
Vous ne pouvez donc altérer ſa façon
de
JUIN. 1755. 49,
de raconter fans nuire à ce rapport , fans
altérer ces faits même , fans changer un
peu la forte d'impreffion qu'ils nous feroient.
Je ferois tenté de croire qu'ils
perdent quelque chofe de leur air étranger
, & que vos tours modernes en 'affoi
bliffent le caractere..
Je n'infifte pourtant pas fur ce que jo
dis là , je me contenter de penfer qu'on
peut le dire. Je veux bien auffi que d'A
blancourt ait eu raifon d'en uſer comme
il a fait dans fon Thucidide. Une traduce
tion trop littérale en pareil cas rebuteroit
peut- être la plupart des lecteurs : on auroit
beau leur conferver une fimplicité à
la grecque , ils ne fe foucieroient guere
de les trois mille ans d'antiquité , & ne la
trouveroient pas meilleure qu'une fimplicité
de nos jours. Je dis ici fimplicité , &
non pas platitude ; car je ne fuis pas du
fentiment de d'Ablancourt fur l'endroit
de Thucidide qu'il a corrigé.
Thucidide , Athénien , écrit la guerre ,
ne me paroît point plat , je n'y vois. que
du fimple & du naïf. A la vérité ce n'eſt
ni le fimple ni le naïf de notre tems , &
il feroit prefque impoffible que ce fût la
même chofe.c
Voyons les raifons de cette impoffibilité
, elles ne feront pas difficiles à fentir,
II. Vol. C
to MERCURE DE FRANCE.
quoiqu'elles demandent un peu d'atten
Mon.
-Sans remonter plus haur que Thucidide,
le monde , depuis cet auteur grec juf
qu'à nous , a fi fouvent changé de face , les
paffions des hommes , leurs vices & leurs
vertus fe font déployés en tant de manie,
res différentes ; des hommes ont fucceffivement
paffe par tant d'efpeces de corrup
tion , de fageffe & de folie ; ils ont été
tant de fois & fi différemment polis &
groffiers , bons & méchans , fociables: &
féroces , fi differemment raifonnables &
fots , fi différemment hommes & enfans ;
ils fe font vus par tant de côtés , qu'il doit
aujourd'hui leur en refter un fonds d'idées
confidérablement augmenté.
En un mot , l'efprit que nous avons à
préfent nousivient de trop loin ,il a trop
fermenté avant que d'arriver jufqu'à nous
pour n'être pas très différent de ce qu'il a
été.
C Je ne parle pas feulement de ce qu'on
appelle bet efprit , de l'efprit de Belles-
Lettres , mais de l'efprit des nations en gé
néral.
J. Tous les pay's
reffentent
de la
de l'humanité
du monde à cet égard fe
durée & des événemens
de la diverfité des loix ,
des coutumes & des gouvernemens qu'elle
UNIT
JUI N. 1755.
fr
aéprouvés , du nombre infini de guerres ,
de ravages & d'invafions qu'elle a effuyés .
Sefoftris , Cyrus , Alexandre , les fucceffeurs
de ce dernier , & fur-tout les Romains
même , n'ont pû troubler ni agirer
la terre , ni lui donner de fi violentes fé
couffes , fans y jetter de nouvelles idées ,
fans caufer de nouveaux développemens
dans la capacité de penfer & de fentiv
des hommes.
Je ne compte pas une infinité de moindres
événemens qui fe font paffés dans les
intervalles de ces grandes révolutions ,
mais qui infenfiblement
ont porté coup , &
dont l'impreffion , quoique plus lente , eft
encore venus accroître , nourrir ce fonds
d'idées dont je parle , & n'a peut- être nulle
parr laiffé les hommes dans un état d'efprit
& de moeurs uniforme.
Il est vrai que nous n'avons pas toute la
fuite des idées des hommes , le fonds qui
nous en refte eft bien au - deffous de ce
qu'ilpourroit être ; chaque révolution arri
vée fur la terre , en y excitant de nouvel
les idées , en a diffipé , éteint , & comme
anéanti beaucoup de celles qui y étoient.
-Les conquerans que nous venons de ciser
& les peuples conquis , les uns avant
que de foumettre , les autres avant que
d'être foumis, avoient eu des moeurs , des
f
!
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
coutumes & des façons de penfer différen
tes de celles qu'ils eurent après.
Les vainqueurs en prirent de conformes
à l'orgueil & à la profpérité de leur état
les vaincus en reçurent de conformes à
leur abaiffement & à la volonté de leurs
nouveaux maîtres ; & de ces loix , tant anciennes
que nouvelles , de ces moeurs , de
cés coutumes & du tour d'imagination
qui en réfultoit , nous n'en avons pas , je
l'avoue , une connoiffance bien complette ,
mais enfin tout n'en a pas été perdu , la
tradition , les monumens & l'hiſtoire nous
en ont confervé d'affez amples détails &
quelquefois la plus grande partie.
•
Comparons ce qui nous refte à de fim
ples débris. Jamais l'amas de ces débris n'a
été fi grand qu'il l'eft aujourd'hui , à comp
ter depuis les Grecs , ou même dépuis les
Affyriens jufqu'à nous..
Nous avons donc par conféquent plus
de rélations de l'humanité que les Affyriens,
les Grecs & les Romains n'en avoient,
& par conféquent auffi un plus grand fonds
d'idées qu'eux tous , & un fonds en vertu
duquel nous ne devons être ni naïfs , ni
fimples , ni plats , comme on l'étoit autrefois.
Ce que je dis là ne paroît pas dou
reux. Voici cependant ce qu'on peut m'ob
jecter , c'est que les faits ne s'accordent
pas avec mon raifonnement.
JUIN. 1755
33
Jettons les yeux fur les nations les plus
célebres , me dira- t on . Les Grecs & parmi
eux les Athéniens , lorfqu'ils commencerent
à s'affembler , dûrent , felon vous ,
trouver un affez grand fonds d'efprit &
d'idées déja tout amaffé , car fans doute le
monde avoit déja éprouvé beaucoup d'aventures
que nous ne fçavons pas.
Ce même fonds d'idées devoit être confidérablement
groffi quand il parvint aux
Romains ; il a dû être immenfe quand
nous l'avons reçu .
Cependant voyons l'avantage que les
premiers Athéniens & les premiers Ro
mains en retirerent , & à quoi il nous a
fervi à nous-mêmes.
C
7
que Qu'est- ce que c'étoit
les Athéniens
malgré les avantages
que vous leur fuppofez
? des fauvages
, des hommes
brutes &
féroces , qui fçurent
à peine ſe bâtir des
cabanes , & à qui il fallut que Cecrops ,
Egyptien
, apprit à avoir des loix & des
Dieux.
Reconnoiffez - vous à cela des hommes
qui devoient avoir hérité de cette fucceffion
d'idées dont vous parlez ? & ces aventuriers
qui fonderent Rome , qui n'ont
d'abord ni loix civiles ni Magiftrats , qui
font brutalement confifter tout leur mérite
à être féroces & braves , font- ils ce qu'ils
C iij
34 MERCURE DE FRANCE .
doivent être dans les tems où ils arrivent ?
Diroit-on à les voir que la fageffe d'Egyp
te & même l'efprit d'Athénes ont déja
paru fur la terre ?
Nous - mêmes qui fommes venus bien
plus tard , nous à qui l'univers agité de
puis fi long- tems devoit avoir tranfmis une
fi vafte & fi profonde expérience , quel ufage
avons- nous fait de cette prodigieufe
collection d'idées , qui , felon vous , nous
étoit échue en partage ? nos commencemens
font- ils dignes de tout l'efprit que le
monde avoit en avant nous ? fe reffententils
, comme vous le dites , de la durée de
l'humanité & du paffage des Egyptiens ,
des Grecs & des Romains ? en avons-nous
eu moins de barbarie dans nos moeurs
moins d'ignorance , moins de groffiereré
dans nos préjugés ?
2:
>
S'il a donc fallu que les hommes recommençaffent
à fe former fur nouveaux
frais , fi tout le développement de l'efprit
qui s'étoit fait avant eux , ne les a fauvés
nulle part de la néceffité d'effuyer la même
enfance & les mêmes miferes d'efprit ,
il faut bien que ce fonds d'efprit venu de
fi loin , que cette fucceffion d'idées que
les hommes fe tranfmettent , à ce que vous
prétendez , ne foit pas vraie , & qu'en tout
tems les révolutions Payent rendue impof
fible.
JUIN 17532 33
Elle n'est pas même plus fenfible dans
nos progrès que dans nos commencemens.
Notre efprit eft bien inférieur à ce qu'il
devroit être , il n'y a point de proportion
entre ce que nous en avons & ce que nous
en aurions reçu , fi cette fucceffion étoit
vraie . N'y cherchons donc point tant de
myftere, & convenons que les hommes
en tout pays fe forment eux-mêmes , qu'ils
peuvent bien recevoir quelque chofe de
leurs voisins , ou de leurs contemporains
mais qu'à cela près ils tirent tout de la
fociété qui les unit , & du commerce que
des efprits mis en commun y ont enfemble.
Ainfi l'école d'une nation c'eft la nation
même , ainfi chaque peuple a la fienne ,
où il fait d'âge en âge plus ou moins de
progrès , où il acquiert plus ou moins
d'idées , de fineffe & de goût , fuivant
qu'il fort plus ou moins de lumiere de
la totalité des efprits qui forment fon école.
Car c'eft de ce nombre infini de jugemens
, de réflexions , d'idées folles & fenfées
que la totalité des efprits répand dans
la nation ; c'eſt de la diverfité d'opinions
vraies ou fauffes qu'elle y verfe , que chaque
particulier tire la matiere des nouvelles
idées qu'il a lui-même , & qui vont à leur
tour s'ajoûter à la fource dont elles lui
Civ
36 MERCURE DE FRANCE .
viennent. Oui , vous dites vrai ; l'école
d'une nation , en fait d'efprit , eft la nation
même; mais cette fucceffion d'idées
dont nous parlons n'en eft pas moins fûre.
*
Car le choc.continuel des efprits qui
compofent cette nation , fuffiroit feul pour
accroître infenfiblement la meſure d'efprit
qui s'y trouve ; fuffiroit, de votre propre
aveu , pour y jetter la matiere de nouvelles
idées , pour y produire de nouveaux
accidens de lumiere & de connoiffance ;
mais ce n'eft pas là tout.
Cette nation n'eft pas féparée des autres
par des barrieres impénétrables , & ce
que vous appellez fon école fe fortifie continuellement
de ce que des hommes d'une
autre nation y portent, & s'augmente encore
de la différence de l'efprit étranger
qui vient fe mêler au fien.
De M. de Marivaux.
L n'eft point queftion ici d'un ouvrage
I régulierement fuivi ; il ne s'agit pas
ici
non plus de penfées détachées , celles-.
ci ont toujours une certaine liaiſon les
unes avec les autres ; elles vont toutes au
même but . Je dis feulement qu'elles n'y
vont pas avec autant d'ordre , avec autant
d'exactitude , qu'un plus habile homme
que moi auroit pû y en mettre.
Auffi ne leur ai- je point donné d'autre
titre que celui de réflexions ? Chacune d'elles
en a infenfiblement fait naître une autre
, & tout cela avec fi peu de deffein de
ma part , que lorfque la premiere me vint
dans l'efprit , je ne fçavois pas moi- même
qu'elle en ameneroit une feconde. En
effet, comment aurois- je foupçonné qu'une
fimple obfervation fur une remarque de
d'Ablancourt me meneroit fi loin ? Voici
ce que c'eft .
D'Ablancourt en commençant fa traduction
de Thucidide , au lieu de dire litté
ralement comme l'auteur grec , Thucidide
Athénien , écrit la guerre, & c, le fait comJUN.
1755. 47
mencer ainfi J'entreprens d'écrire l'hiftoire
, & le refte .
Et dans fes remarques for fa traduction
il dit pour raifon du changement qu'il
fait , qu'une traduction plus littérale feroit
plate , & feroit tort à Thucidide.
Mais par- là , peut- on lui répondre , vous
nous faites tort à nous , lecteurs , qui ferions
charmés de connoître Thucidide tel
qu'il eft. Nous croyons voir l'auteur grec ,
l'auteur ancien avec le tour d'efprit qu'on
avoit de fon tems , & vous le traveſtiſſez ,
vous lui ôtez fon âge ; ce n'eſt plus là Thucidide.
Il feroit plat , dites vous , fi vous
ne le corrigiez pas . Eh , qu'importe ! nous
aimerions mieux fa platitude même que
vos corrections , que nous ne demandons
point dans cette occafion- ci .
Quand vous travaillerez fur un fujet
que vous aurez imaginé , ôtez les platitudes
qui vous feront échappées , vous ferez
fort bien , & nous ne les regrettons point ;
elles ne pourroient être que des platitu
des de notre fiecle , & celles - là nous les
connoiffons , nous n'en fommes pas curieux
.
Mais de celles de Thucidide , ou de
tout autre auteur d'une antiquité auffi reculée
, il n'eft pas de même. En les retranchant
vous nous privez d'un ſpectacle qui
48 MERCURE DE FRANCE..
feroit neuf pour nous ; car il y a apparen
ce qu'elles ne reffemblent point aux nôtres
, & fuppofé qu'elles y reffemblaffent ,
ce feroit encore une fingularité que nous
verrions avec plaifir .
:
En un mot , c'est l'hiftoire de l'efprit
humain que vous nous dérobez dans cette
partie- là nous n'en avons que la moitié
quand vous ne nous rendez que les beautés
des anciens , & que vous fupprimez
leurs défauts.
C'estpour l'honneur des anciens que vous
prenez cette précaution - là , dites - vous ;
mais dans le fond leur honneur doit nous
être affez indifférent : il nous feroit bien
auffi agréable de les connoître que de les
eftimer plus qu'ils ne valent.
Votre maniere de traduire Thucidide ,
& votre attention pour fa gloire , direzvous
, n'ôtent rien à l'hiftoire des faits
qu'il raconte. Je n'en fçais rien . On peut
encore vous arrêter là- deffus : s'il eft vrai
qu'il y ait un rapport entre les événemens,
les moeurs , les coutumes d'un certain tems,
& la maniere de penſer , de fentir & de
s'exprimer de ce tems-là ; ce rapport que
je crois indubitable , fe trouve affurément
dans ce que Thucidide a penſé , a fenti , a
exprimé.
Vous ne pouvez donc altérer ſa façon
de
JUIN. 1755. 49,
de raconter fans nuire à ce rapport , fans
altérer ces faits même , fans changer un
peu la forte d'impreffion qu'ils nous feroient.
Je ferois tenté de croire qu'ils
perdent quelque chofe de leur air étranger
, & que vos tours modernes en 'affoi
bliffent le caractere..
Je n'infifte pourtant pas fur ce que jo
dis là , je me contenter de penfer qu'on
peut le dire. Je veux bien auffi que d'A
blancourt ait eu raifon d'en uſer comme
il a fait dans fon Thucidide. Une traduce
tion trop littérale en pareil cas rebuteroit
peut- être la plupart des lecteurs : on auroit
beau leur conferver une fimplicité à
la grecque , ils ne fe foucieroient guere
de les trois mille ans d'antiquité , & ne la
trouveroient pas meilleure qu'une fimplicité
de nos jours. Je dis ici fimplicité , &
non pas platitude ; car je ne fuis pas du
fentiment de d'Ablancourt fur l'endroit
de Thucidide qu'il a corrigé.
Thucidide , Athénien , écrit la guerre ,
ne me paroît point plat , je n'y vois. que
du fimple & du naïf. A la vérité ce n'eſt
ni le fimple ni le naïf de notre tems , &
il feroit prefque impoffible que ce fût la
même chofe.c
Voyons les raifons de cette impoffibilité
, elles ne feront pas difficiles à fentir,
II. Vol. C
to MERCURE DE FRANCE.
quoiqu'elles demandent un peu d'atten
Mon.
-Sans remonter plus haur que Thucidide,
le monde , depuis cet auteur grec juf
qu'à nous , a fi fouvent changé de face , les
paffions des hommes , leurs vices & leurs
vertus fe font déployés en tant de manie,
res différentes ; des hommes ont fucceffivement
paffe par tant d'efpeces de corrup
tion , de fageffe & de folie ; ils ont été
tant de fois & fi différemment polis &
groffiers , bons & méchans , fociables: &
féroces , fi differemment raifonnables &
fots , fi différemment hommes & enfans ;
ils fe font vus par tant de côtés , qu'il doit
aujourd'hui leur en refter un fonds d'idées
confidérablement augmenté.
En un mot , l'efprit que nous avons à
préfent nousivient de trop loin ,il a trop
fermenté avant que d'arriver jufqu'à nous
pour n'être pas très différent de ce qu'il a
été.
C Je ne parle pas feulement de ce qu'on
appelle bet efprit , de l'efprit de Belles-
Lettres , mais de l'efprit des nations en gé
néral.
J. Tous les pay's
reffentent
de la
de l'humanité
du monde à cet égard fe
durée & des événemens
de la diverfité des loix ,
des coutumes & des gouvernemens qu'elle
UNIT
JUI N. 1755.
fr
aéprouvés , du nombre infini de guerres ,
de ravages & d'invafions qu'elle a effuyés .
Sefoftris , Cyrus , Alexandre , les fucceffeurs
de ce dernier , & fur-tout les Romains
même , n'ont pû troubler ni agirer
la terre , ni lui donner de fi violentes fé
couffes , fans y jetter de nouvelles idées ,
fans caufer de nouveaux développemens
dans la capacité de penfer & de fentiv
des hommes.
Je ne compte pas une infinité de moindres
événemens qui fe font paffés dans les
intervalles de ces grandes révolutions ,
mais qui infenfiblement
ont porté coup , &
dont l'impreffion , quoique plus lente , eft
encore venus accroître , nourrir ce fonds
d'idées dont je parle , & n'a peut- être nulle
parr laiffé les hommes dans un état d'efprit
& de moeurs uniforme.
Il est vrai que nous n'avons pas toute la
fuite des idées des hommes , le fonds qui
nous en refte eft bien au - deffous de ce
qu'ilpourroit être ; chaque révolution arri
vée fur la terre , en y excitant de nouvel
les idées , en a diffipé , éteint , & comme
anéanti beaucoup de celles qui y étoient.
-Les conquerans que nous venons de ciser
& les peuples conquis , les uns avant
que de foumettre , les autres avant que
d'être foumis, avoient eu des moeurs , des
f
!
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
coutumes & des façons de penfer différen
tes de celles qu'ils eurent après.
Les vainqueurs en prirent de conformes
à l'orgueil & à la profpérité de leur état
les vaincus en reçurent de conformes à
leur abaiffement & à la volonté de leurs
nouveaux maîtres ; & de ces loix , tant anciennes
que nouvelles , de ces moeurs , de
cés coutumes & du tour d'imagination
qui en réfultoit , nous n'en avons pas , je
l'avoue , une connoiffance bien complette ,
mais enfin tout n'en a pas été perdu , la
tradition , les monumens & l'hiſtoire nous
en ont confervé d'affez amples détails &
quelquefois la plus grande partie.
•
Comparons ce qui nous refte à de fim
ples débris. Jamais l'amas de ces débris n'a
été fi grand qu'il l'eft aujourd'hui , à comp
ter depuis les Grecs , ou même dépuis les
Affyriens jufqu'à nous..
Nous avons donc par conféquent plus
de rélations de l'humanité que les Affyriens,
les Grecs & les Romains n'en avoient,
& par conféquent auffi un plus grand fonds
d'idées qu'eux tous , & un fonds en vertu
duquel nous ne devons être ni naïfs , ni
fimples , ni plats , comme on l'étoit autrefois.
Ce que je dis là ne paroît pas dou
reux. Voici cependant ce qu'on peut m'ob
jecter , c'est que les faits ne s'accordent
pas avec mon raifonnement.
JUIN. 1755
33
Jettons les yeux fur les nations les plus
célebres , me dira- t on . Les Grecs & parmi
eux les Athéniens , lorfqu'ils commencerent
à s'affembler , dûrent , felon vous ,
trouver un affez grand fonds d'efprit &
d'idées déja tout amaffé , car fans doute le
monde avoit déja éprouvé beaucoup d'aventures
que nous ne fçavons pas.
Ce même fonds d'idées devoit être confidérablement
groffi quand il parvint aux
Romains ; il a dû être immenfe quand
nous l'avons reçu .
Cependant voyons l'avantage que les
premiers Athéniens & les premiers Ro
mains en retirerent , & à quoi il nous a
fervi à nous-mêmes.
C
7
que Qu'est- ce que c'étoit
les Athéniens
malgré les avantages
que vous leur fuppofez
? des fauvages
, des hommes
brutes &
féroces , qui fçurent
à peine ſe bâtir des
cabanes , & à qui il fallut que Cecrops ,
Egyptien
, apprit à avoir des loix & des
Dieux.
Reconnoiffez - vous à cela des hommes
qui devoient avoir hérité de cette fucceffion
d'idées dont vous parlez ? & ces aventuriers
qui fonderent Rome , qui n'ont
d'abord ni loix civiles ni Magiftrats , qui
font brutalement confifter tout leur mérite
à être féroces & braves , font- ils ce qu'ils
C iij
34 MERCURE DE FRANCE .
doivent être dans les tems où ils arrivent ?
Diroit-on à les voir que la fageffe d'Egyp
te & même l'efprit d'Athénes ont déja
paru fur la terre ?
Nous - mêmes qui fommes venus bien
plus tard , nous à qui l'univers agité de
puis fi long- tems devoit avoir tranfmis une
fi vafte & fi profonde expérience , quel ufage
avons- nous fait de cette prodigieufe
collection d'idées , qui , felon vous , nous
étoit échue en partage ? nos commencemens
font- ils dignes de tout l'efprit que le
monde avoit en avant nous ? fe reffententils
, comme vous le dites , de la durée de
l'humanité & du paffage des Egyptiens ,
des Grecs & des Romains ? en avons-nous
eu moins de barbarie dans nos moeurs
moins d'ignorance , moins de groffiereré
dans nos préjugés ?
2:
>
S'il a donc fallu que les hommes recommençaffent
à fe former fur nouveaux
frais , fi tout le développement de l'efprit
qui s'étoit fait avant eux , ne les a fauvés
nulle part de la néceffité d'effuyer la même
enfance & les mêmes miferes d'efprit ,
il faut bien que ce fonds d'efprit venu de
fi loin , que cette fucceffion d'idées que
les hommes fe tranfmettent , à ce que vous
prétendez , ne foit pas vraie , & qu'en tout
tems les révolutions Payent rendue impof
fible.
JUIN 17532 33
Elle n'est pas même plus fenfible dans
nos progrès que dans nos commencemens.
Notre efprit eft bien inférieur à ce qu'il
devroit être , il n'y a point de proportion
entre ce que nous en avons & ce que nous
en aurions reçu , fi cette fucceffion étoit
vraie . N'y cherchons donc point tant de
myftere, & convenons que les hommes
en tout pays fe forment eux-mêmes , qu'ils
peuvent bien recevoir quelque chofe de
leurs voisins , ou de leurs contemporains
mais qu'à cela près ils tirent tout de la
fociété qui les unit , & du commerce que
des efprits mis en commun y ont enfemble.
Ainfi l'école d'une nation c'eft la nation
même , ainfi chaque peuple a la fienne ,
où il fait d'âge en âge plus ou moins de
progrès , où il acquiert plus ou moins
d'idées , de fineffe & de goût , fuivant
qu'il fort plus ou moins de lumiere de
la totalité des efprits qui forment fon école.
Car c'eft de ce nombre infini de jugemens
, de réflexions , d'idées folles & fenfées
que la totalité des efprits répand dans
la nation ; c'eſt de la diverfité d'opinions
vraies ou fauffes qu'elle y verfe , que chaque
particulier tire la matiere des nouvelles
idées qu'il a lui-même , & qui vont à leur
tour s'ajoûter à la fource dont elles lui
Civ
36 MERCURE DE FRANCE .
viennent. Oui , vous dites vrai ; l'école
d'une nation , en fait d'efprit , eft la nation
même; mais cette fucceffion d'idées
dont nous parlons n'en eft pas moins fûre.
*
Car le choc.continuel des efprits qui
compofent cette nation , fuffiroit feul pour
accroître infenfiblement la meſure d'efprit
qui s'y trouve ; fuffiroit, de votre propre
aveu , pour y jetter la matiere de nouvelles
idées , pour y produire de nouveaux
accidens de lumiere & de connoiffance ;
mais ce n'eft pas là tout.
Cette nation n'eft pas féparée des autres
par des barrieres impénétrables , & ce
que vous appellez fon école fe fortifie continuellement
de ce que des hommes d'une
autre nation y portent, & s'augmente encore
de la différence de l'efprit étranger
qui vient fe mêler au fien.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS De M. de Marivaux.
Dans le texte 'Réflexions', Marivaux examine la traduction de Thucydide réalisée par d'Ablancourt. Il critique la méthode de d'Ablancourt, qui ne traduit pas littéralement le texte grec, estimant que cette approche prive les lecteurs de l'expérience authentique de l'auteur ancien. Marivaux considère que les défauts et la simplicité du style de Thucydide sont précieux car ils offrent un aperçu unique de l'esprit humain de l'époque. Il souligne que l'esprit humain a évolué au fil des siècles, influencé par divers événements et cultures, rendant impossible la reproduction exacte des idées anciennes. Marivaux compare les nations modernes aux anciennes, notant que malgré un fonds d'idées accru, les progrès ne sont pas proportionnels. Il conclut que chaque nation forme son propre esprit à travers le commerce et l'interaction des individus, et que cette succession d'idées est inévitable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
662
p. 78-84
Lettre de M. Gentil en réponse à la Lettre de M. le Tellier, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE de M. Gentil, Docteur en Médecine de la Faculté de Paris, en réponse [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Histoire universelle, Académie des enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. Gentil en réponse à la Lettre de M. le Tellier, [titre d'après la table]
LETTRE ETTRE de M. Gentil , Docteur en
Médecine de la Faculté de Paris , en réponſe
à la Lettre de M. le Thellier , Docteur
en Médecine de la Faculté de Montpellier
, réfidant à Peronne , au fujet d'un
ouvrage nouveau , intitulé Epoques élémentaires
d'hiftoire univerſelle ſuivant la chronologie
vulgaire; par le Sr Mahaux , Maître
affocié de la maifon nommée Académie des
Enfans , rue de Seine , Fauxbourg S.Victor.
En conféquence de ce que vous avez lû ,
Monfieur & cher Confrere , dans la feuille
34° de l'Année littéraire du 18 Décembre
1754 , & dans le Mercure de France d'Avril
1755 , au fujet de l'ouvrage de M.
Mahaux , vous vous êtes adreffé à moi
pour vous déterminer au jugement que
vous en devez porter , & fçavoir fi cet
ouvrage mérite effectivement le bien qu'on
en a dit , fur-tout quels progrès il fait faire
JUIN. 1755. 79
aux enfans dans la maifon des fieurs Viart
& Mahaux , annoncée , il y a plus de deux
ans , par un Profpectus qui a fait beaucoup
de bruit dans fon tems ; enfin fi cette Académie
eft telle qu'il foit raifonnable d'y
envoyer des enfans du fond d'une province
, comment ils y font tenus & nourris ,
& fi l'on y exécute ponctuellement tout ce
qui a été promis à ces différens égards ,
le tout parce que vous fçavez que je fuis
l'ami & le médecin de cette maifon. 1 °.
Je vous crois fort en état de juger par vousmême
de l'ouvrage en queftion ; je vous
l'ai envoyé , effaiez -en fur des enfans qui
yous font chers , & fuivez exactement la
méthode aifée qui y eft prefcrite : vous
verrez bientôt qu'il n'y a rien d'exagéré
dans les éloges qu'on lui a donnés à Paris ,
& qu'il en obtient de plus grands à meſure
qu'il eft plus connu & pratiqué. 2 ° . Je ne
puis ni ne dois refufer mon témoignage
en pareille occafion à quiconque me le
demande , encore moins à vous , Monfieur,
qui m'honorez de votre confiance. Sans
être juge né de cette partie de la littérature
& des méthodes d'éducation en général ,
je conviendrai fans peine que rien n'empêchant
un Médecin de connoître & de
fuivre les différens progrès des arts & des
fciences , il est toujours cenfé n'en fçavoir
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
pas affez peu dans ces fortes de chofes
pour y être trompé , du moins à un certain
point , ou fe laiffer aveugler par trop
de prévention. Ce que j'ai vu depuis deux
ans ne me permet pas de le déclarer foiblement.
Il y a dans cette maiſon , qui eſt
dans l'air le plus pur , & dont le bâtiment
eft magnifique & fpacieux , féparé feulement
par un mur du Jardin du Roi , fecond
avantage qui fe fait affez fentir fans le dire ,
deux Maîtres en chef , fçavoir le Sr Viart ,
Avocat en Parlement , qui donne des notions
de jurifprudence romaine & françoife
; le Sr Mahaux des leçons d'hiftoire ,
de chronologie , géographie , généalogie 5
blafon , & c. trois Précepteurs pour le
latin ; un Maître de mathématique & de
phyfique expérimentale ; un pour la langue
allemande ; un de deffein , de danfe ,
pour les armes , exercices & évolutions
militaires , de mufique & pour les inftrumens
; enfin un Prêtre de la Paroiffe pour
le catéchifme. La nourriture y est trèsbonne
& très-faine : on accoutume les enfans
à la plus grande propreté , & à avoir
toujours l'air arrangé comme s'ils étoient
dans le monde , fur- tout à une très- grande
politeſſe entr'eux ; ' jamais de termes durs
& choquans , même de la part des Maîtres
lorfqu'ils font forcés d'employer la répri-
-
JUIN. 17556 SE
mande ; le plus grand châtiment eft la
privation des exercices ordinaires qui fervent
toujours de récompenfe de l'un à
l'autre . Ces enfans ne montrent jamais
plus de gaieté & d'empreffement que lorfqu'on
les y appelle ; ils quittent leurs jeux
& fe plaignent ordinairement du peu de
tems que durent les inftructions. Il n'y a
gueres de femaines où il n'ayent à parler
trois ou quatre fois devant des compagnies
nombreufes que la curiofité attire ,
d'où il arrive que ce font des efpeces
d'actes publics qu'ils foutiennent fans
autre préparation , & que fans rien per
dre du côté de l'émulation , ils ne tombent
pas dans l'inconvénient de la préfomption
& de la vaine gloire C'eſt tout
vous dire , Monfieur , que je ne fors jamais
de cette maiſon fans en être comme
enchanté , & vous fçavez que je ne fuis
pas de caractere à commettre légerement
mon eftime & mon fuffrage . Ce que j'y
dois ajouter , & qui peut vous engager le
plus à ne pas y refufer le vôtre , c'est que,
je ne vous écris ceci de concert
pas tout
avec eux ; je les regarde comme des gens
vraiment modeftes , animés du motif de
l'honneur véritable, & nullement avides de
plus de gain & de confidération qu'il ne leur
en eft dû s'ils craignent quelque chofe
Dv
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
c'eft de donner à penfer à bien des gens
qu'ils ayent voulu s'annoncer comme plus
capables que tous leurs confreres . La grace
qu'ils demandent , eft que l'on daigne fe
fouvenir de ce qu'ils ont déclaré dans leur
Profpectus ; fçavoir que leur but unique eft
de mettre en ufage tous les bons moyens ,
tant anciens que nouveaux, qu'ils ont trouvés
établis dans les colleges , les penfions ,
& lieux publics & particuliers où l'on
éleve avec fuccès la jeuneffe , marque non
équivoque du vrai mérite & du noble
defir de bien fervir la fociété . Ainfi ils
ufent de la typographie de feu M. Dumas ,
de la méthode de MM . Rollin , Dumarfais
, Pluche & autres ; outre cela , d'une
méthode hiftorique dont les époques élémentaires
principales font partie ; mais
fur- tout de la géographie féculaire , ouvrage
tout neuf de leur façon , & que j'ai
déja vû applaudir hautement des connoiffeurs.
Imaginez-vous autant de cartes ou
de mappe - mondes que les fujets d'histoire
en comportent à chaque fiecle , & où le
point d'intérêt principal & particulier
s'offre auffi- tôt à la vue par la différente
colorifation , & met en état de borner ,
confronter & comparer tous les lieux de
chaque fcène , avec les noms qu'elle avoit
en différens tems , ce qui fait retenir fans
JUIN. 1755.
83
peine la géographie ancienne & moderne.
A l'égard des trois feuilles d'Époques élémentaires
qui ont donné lieu à votre lettre
& à ma réponſe , tout ce que je me contenterai
d'en dire , c'eft qu'il n'y a perfonne
à qui je ne confeillaffe d'en avoir
dans fon cabinet , comme le moyen le plus
propre à mettre fans aucun effort un vrai
plan dans l'efprit en moins de deux heures
de lecture . J'ai l'honneur d'être , &c.
On fçait que cet ouvrage ne fe vend
que 3 liv . & qu'on le trouve à Paris , chez
l'Auteur , & les Libraires Piffot , quai de
Conti , & Lambert , rue de la Comédie .
DICTIONNAIRE D'ARCHITECTURE
civile & hydraulique , & des arts qui en
dépendent ; comme la maçonnerie , la
charpenterie , la menuiferie , la ferrurerie ,
le jardinage , &c. la conftruction des ponts
& chauffées , des éclufes , & de tous les
ouvrages hydrauliques ; par Aug. Charles
d'Aviler ouvrage fervant de fuite au
cours d'architecture du même auteur .
Nouvelle édition , corrigée , & confidérablement
augmentée. A Paris , chez Ch . A.
Jombert, Imprimeur- Libraire du Roi pour
l'Artillerie & pour le Génie , rue Dauphi
ne , à l'Image Notre- Dame. 1755. 1 vol.
in-4°.grand papier. Prix 15 liv . relié.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
RECUEIL de divers ouvrages fur la
peinture & le coloris ; par M. de Piles ,
de l'Académie royale de Peinture & de
Sculpture . A Paris , chez le même Libraire
, i vol . in- 12 . 2 liv . 10 fols.
Le TRIOMPHE DES DAMES , ou le
nouvel Empire littéraire . A Paris , 1755.
Cette brochure , qui ne contient que 22
pages , fe trouve chez Prault , quai des
Auguftins. Pour montrer dans quel goût
elle eft écrite , il fuffit de citer la prédic
tion qui fonde ce triomphe.
J'étois , dit l'auteur , à l'Obfervatoire ...
je vis une nouvelle conftellation conçue en
ces termes : les hommes abufent de l'empire
des lettres , les femmes le partageront au moins
avec eux dès la rentrée des claffes , c'eſt- àdire
qu'elles régenteront dans les colleges.
Rien n'eft plus galant.
Médecine de la Faculté de Paris , en réponſe
à la Lettre de M. le Thellier , Docteur
en Médecine de la Faculté de Montpellier
, réfidant à Peronne , au fujet d'un
ouvrage nouveau , intitulé Epoques élémentaires
d'hiftoire univerſelle ſuivant la chronologie
vulgaire; par le Sr Mahaux , Maître
affocié de la maifon nommée Académie des
Enfans , rue de Seine , Fauxbourg S.Victor.
En conféquence de ce que vous avez lû ,
Monfieur & cher Confrere , dans la feuille
34° de l'Année littéraire du 18 Décembre
1754 , & dans le Mercure de France d'Avril
1755 , au fujet de l'ouvrage de M.
Mahaux , vous vous êtes adreffé à moi
pour vous déterminer au jugement que
vous en devez porter , & fçavoir fi cet
ouvrage mérite effectivement le bien qu'on
en a dit , fur-tout quels progrès il fait faire
JUIN. 1755. 79
aux enfans dans la maifon des fieurs Viart
& Mahaux , annoncée , il y a plus de deux
ans , par un Profpectus qui a fait beaucoup
de bruit dans fon tems ; enfin fi cette Académie
eft telle qu'il foit raifonnable d'y
envoyer des enfans du fond d'une province
, comment ils y font tenus & nourris ,
& fi l'on y exécute ponctuellement tout ce
qui a été promis à ces différens égards ,
le tout parce que vous fçavez que je fuis
l'ami & le médecin de cette maifon. 1 °.
Je vous crois fort en état de juger par vousmême
de l'ouvrage en queftion ; je vous
l'ai envoyé , effaiez -en fur des enfans qui
yous font chers , & fuivez exactement la
méthode aifée qui y eft prefcrite : vous
verrez bientôt qu'il n'y a rien d'exagéré
dans les éloges qu'on lui a donnés à Paris ,
& qu'il en obtient de plus grands à meſure
qu'il eft plus connu & pratiqué. 2 ° . Je ne
puis ni ne dois refufer mon témoignage
en pareille occafion à quiconque me le
demande , encore moins à vous , Monfieur,
qui m'honorez de votre confiance. Sans
être juge né de cette partie de la littérature
& des méthodes d'éducation en général ,
je conviendrai fans peine que rien n'empêchant
un Médecin de connoître & de
fuivre les différens progrès des arts & des
fciences , il est toujours cenfé n'en fçavoir
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
pas affez peu dans ces fortes de chofes
pour y être trompé , du moins à un certain
point , ou fe laiffer aveugler par trop
de prévention. Ce que j'ai vu depuis deux
ans ne me permet pas de le déclarer foiblement.
Il y a dans cette maiſon , qui eſt
dans l'air le plus pur , & dont le bâtiment
eft magnifique & fpacieux , féparé feulement
par un mur du Jardin du Roi , fecond
avantage qui fe fait affez fentir fans le dire ,
deux Maîtres en chef , fçavoir le Sr Viart ,
Avocat en Parlement , qui donne des notions
de jurifprudence romaine & françoife
; le Sr Mahaux des leçons d'hiftoire ,
de chronologie , géographie , généalogie 5
blafon , & c. trois Précepteurs pour le
latin ; un Maître de mathématique & de
phyfique expérimentale ; un pour la langue
allemande ; un de deffein , de danfe ,
pour les armes , exercices & évolutions
militaires , de mufique & pour les inftrumens
; enfin un Prêtre de la Paroiffe pour
le catéchifme. La nourriture y est trèsbonne
& très-faine : on accoutume les enfans
à la plus grande propreté , & à avoir
toujours l'air arrangé comme s'ils étoient
dans le monde , fur- tout à une très- grande
politeſſe entr'eux ; ' jamais de termes durs
& choquans , même de la part des Maîtres
lorfqu'ils font forcés d'employer la répri-
-
JUIN. 17556 SE
mande ; le plus grand châtiment eft la
privation des exercices ordinaires qui fervent
toujours de récompenfe de l'un à
l'autre . Ces enfans ne montrent jamais
plus de gaieté & d'empreffement que lorfqu'on
les y appelle ; ils quittent leurs jeux
& fe plaignent ordinairement du peu de
tems que durent les inftructions. Il n'y a
gueres de femaines où il n'ayent à parler
trois ou quatre fois devant des compagnies
nombreufes que la curiofité attire ,
d'où il arrive que ce font des efpeces
d'actes publics qu'ils foutiennent fans
autre préparation , & que fans rien per
dre du côté de l'émulation , ils ne tombent
pas dans l'inconvénient de la préfomption
& de la vaine gloire C'eſt tout
vous dire , Monfieur , que je ne fors jamais
de cette maiſon fans en être comme
enchanté , & vous fçavez que je ne fuis
pas de caractere à commettre légerement
mon eftime & mon fuffrage . Ce que j'y
dois ajouter , & qui peut vous engager le
plus à ne pas y refufer le vôtre , c'est que,
je ne vous écris ceci de concert
pas tout
avec eux ; je les regarde comme des gens
vraiment modeftes , animés du motif de
l'honneur véritable, & nullement avides de
plus de gain & de confidération qu'il ne leur
en eft dû s'ils craignent quelque chofe
Dv
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
c'eft de donner à penfer à bien des gens
qu'ils ayent voulu s'annoncer comme plus
capables que tous leurs confreres . La grace
qu'ils demandent , eft que l'on daigne fe
fouvenir de ce qu'ils ont déclaré dans leur
Profpectus ; fçavoir que leur but unique eft
de mettre en ufage tous les bons moyens ,
tant anciens que nouveaux, qu'ils ont trouvés
établis dans les colleges , les penfions ,
& lieux publics & particuliers où l'on
éleve avec fuccès la jeuneffe , marque non
équivoque du vrai mérite & du noble
defir de bien fervir la fociété . Ainfi ils
ufent de la typographie de feu M. Dumas ,
de la méthode de MM . Rollin , Dumarfais
, Pluche & autres ; outre cela , d'une
méthode hiftorique dont les époques élémentaires
principales font partie ; mais
fur- tout de la géographie féculaire , ouvrage
tout neuf de leur façon , & que j'ai
déja vû applaudir hautement des connoiffeurs.
Imaginez-vous autant de cartes ou
de mappe - mondes que les fujets d'histoire
en comportent à chaque fiecle , & où le
point d'intérêt principal & particulier
s'offre auffi- tôt à la vue par la différente
colorifation , & met en état de borner ,
confronter & comparer tous les lieux de
chaque fcène , avec les noms qu'elle avoit
en différens tems , ce qui fait retenir fans
JUIN. 1755.
83
peine la géographie ancienne & moderne.
A l'égard des trois feuilles d'Époques élémentaires
qui ont donné lieu à votre lettre
& à ma réponſe , tout ce que je me contenterai
d'en dire , c'eft qu'il n'y a perfonne
à qui je ne confeillaffe d'en avoir
dans fon cabinet , comme le moyen le plus
propre à mettre fans aucun effort un vrai
plan dans l'efprit en moins de deux heures
de lecture . J'ai l'honneur d'être , &c.
On fçait que cet ouvrage ne fe vend
que 3 liv . & qu'on le trouve à Paris , chez
l'Auteur , & les Libraires Piffot , quai de
Conti , & Lambert , rue de la Comédie .
DICTIONNAIRE D'ARCHITECTURE
civile & hydraulique , & des arts qui en
dépendent ; comme la maçonnerie , la
charpenterie , la menuiferie , la ferrurerie ,
le jardinage , &c. la conftruction des ponts
& chauffées , des éclufes , & de tous les
ouvrages hydrauliques ; par Aug. Charles
d'Aviler ouvrage fervant de fuite au
cours d'architecture du même auteur .
Nouvelle édition , corrigée , & confidérablement
augmentée. A Paris , chez Ch . A.
Jombert, Imprimeur- Libraire du Roi pour
l'Artillerie & pour le Génie , rue Dauphi
ne , à l'Image Notre- Dame. 1755. 1 vol.
in-4°.grand papier. Prix 15 liv . relié.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
RECUEIL de divers ouvrages fur la
peinture & le coloris ; par M. de Piles ,
de l'Académie royale de Peinture & de
Sculpture . A Paris , chez le même Libraire
, i vol . in- 12 . 2 liv . 10 fols.
Le TRIOMPHE DES DAMES , ou le
nouvel Empire littéraire . A Paris , 1755.
Cette brochure , qui ne contient que 22
pages , fe trouve chez Prault , quai des
Auguftins. Pour montrer dans quel goût
elle eft écrite , il fuffit de citer la prédic
tion qui fonde ce triomphe.
J'étois , dit l'auteur , à l'Obfervatoire ...
je vis une nouvelle conftellation conçue en
ces termes : les hommes abufent de l'empire
des lettres , les femmes le partageront au moins
avec eux dès la rentrée des claffes , c'eſt- àdire
qu'elles régenteront dans les colleges.
Rien n'eft plus galant.
Fermer
Résumé : Lettre de M. Gentil en réponse à la Lettre de M. le Tellier, [titre d'après la table]
M. Gentil, Docteur en Médecine de la Faculté de Paris, répond à M. Thellier, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier, concernant l'ouvrage 'Époques élémentaires d'histoire universelle' du Sr Mahaux et l'Académie des Enfants, dirigée par les Srs Viart et Mahaux, située rue de Seine, Faubourg Saint-Victor. M. Thellier avait demandé l'avis de M. Gentil sur ces sujets. M. Gentil confirme la qualité de l'ouvrage et des méthodes éducatives de l'Académie. Il décrit les installations et les méthodes pédagogiques, soulignant la propreté, la politesse et la discipline des élèves. Les enseignements couvrent divers domaines, tels que la jurisprudence, l'histoire, la chronologie, la géographie, les mathématiques, les langues, la musique, et les exercices militaires. La nourriture est bonne et saine, et les enfants sont encouragés à la propreté et à la politesse. M. Gentil mentionne les méthodes pédagogiques utilisées, telles que celles de MM. Rollin, Dumarsais, et Pluche, ainsi qu'une méthode historique et une géographie séculaire nouvellement développée. Il recommande vivement l'ouvrage 'Époques élémentaires' pour sa capacité à structurer rapidement les connaissances historiques. Enfin, M. Gentil assure que son témoignage est indépendant et qu'il considère les directeurs de l'Académie comme des personnes modestes et honorables, motivées par le désir de bien servir la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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663
p. 221-229
MORTS ET MARIAGES.
Début :
Le 6 février, Charles-René de Maillé Latour-Landry, Comte de Maillé, [...]
Mots clefs :
Morts, Mariages, Marquis, Comte, Chevalier, Lieutenant, Prince, Gentilhomme ordinaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS ET MARIAGES.
MORTS ET MARIAGES. #
E 6 Février , Charles-René de Maillé Latour
Landry ,Comte de Maille , Capitaine de Dra
>
gons , fils de Charles-Louis de Maillé , Comte de
Latour- Landry , Baron d'Antraíme , & de Dame
Marie-Françoife de Savonnieres , Dame de Meaune
, a été marié avec Marie-Renée-Bonne - Félicité
de Savary-Breves de Jarzé. L'Evêque de Senlis
leur a donné la bénédiction nuptiale dans la Chapelle
de l'Hôtel de Condé , en préſence de leurs
A. A. S. S. Monfeigneur le Prince & Madame la
Princeffe de Conde.
La Maiſon de Maillé étoit floriflante dès le
douziéme fiécle . L'an 1233 , les Vicomtes de
Rohan & de Leon appellerent à leurs fecours ,
contre Pierre de Dreux , Duc de Bretagne , Hardouin
V , Baron de Maillé , Seigneur puiffant .
Ce qui releve infiniment le luftre de toutes les
grandes alliances de cette Maifon , c'eft l'honnenr
qu'elle a d'être alliée à la Maifon de Bourbon.
L'an 1510 , Hardouin X. de Maillé tranfigea
avec Louis de Bourbon , Prince de la Roche-fur-
Yon , de la fucceffion de leur oncle commun ,
André de Chauvigny , héritier des Princes de
Deols ; Hardouin de Maillé eut au nombre des
grandes Terres qui lui revinrent de cette fucceffion
, le Comté de Châteauroux en Berri.
L'an 1641 , Louis de Bourbon , Prince de Con
dé ,furnommé le grand Condé , époufa Claire-
Clémence de Maillé , fille d'Urbain de Maillé ,"
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du
Kj
272 MERCURE DE FRANCE.
Rot , Gouverneur d'Anjou , & foeur d'Armand de
Maillé , Marquis de Brezé , Duc de Fronſac , Pair
de France , tué à 27, ans , Commandant la flotte
de France devant Orbitelle , c'en de cette Brite
ceffe que defcendent tous les Princes & Princeffe
de la Maifon de Condé.
La Maifon de Maillé s'eft divifée en plufieurs
branches , l'aînée a joint au nom de Maillé celui
de Latour-Landry , à caufe de l'héritiere de cette
ancienne Maiſon fondue dans cette branche ; aujourd'hui
les chefs & aînés de toute la Maifon de
Maillé , font Charles - Hardouin de Maillé - Latour-
Landry , Marquis de Jalefnes , Baron de Gaftines ,
Colonel d'infanterie , & Charles- Louis de Maillé ,
Comte de Latour-Landry , Baron d'Antrafme.
Le fils unique du Marquis de Maillé a épousé le
premier Mars 1713 , la fille aînée du Comte de
Latour-Landry fa coufine germaine , & foeur du
Comte de Maillé qui donne lieu à cet article.
> La Comteffe de Latour - Landry mere du
Comte de Maillé , eft héritiere de la branche
aînée de la Maiſon de Savonnieres , originaire
d'Anjou , & connue dès l'an 1100 parmi les premieres
de cette province ; elle a donné nombre
de Chevaliers de l'ordre de Saint- Michel , & un
Evêque de Bayeux : elle s'eft diftinguée dans l'Ordre
de Malthe dès les premiers tems ; de nos jours
Charles de Savonnieres , grand oncle de Madame
la Comteffe de Latour-Landry , étoit grand Bailli
de la Morée , Chef d'Eſcadre & Commandant les
Galeres de France.
La Maiſon de Savonnieres eft alliée à celles de
Mattefelon , de Beauveau , de Villequier , du
Bellay , de Froulay & de Montecler , & c.
La Maiſon de Savary , originaire de Touraine ,
afervi nos Rois & l'Etat fans difcontinuation dès
JUIN. 1755. 223.
le douzième fiécle , qu'elle eft connue entre les
plus nobles de cette province , par des alliances
illuftres , par des dons faits à des Abbayes du tems
des Croisades , par la poffeffion de fiefs mouvans
directement de la Couronne , & enfin par la pof-,
feffion de la Seigneurie de Lancofine depuis 400
ans.
L'aîné & le chef du nom & armes de cette Maifon
, eft Louis-François- Alexandre de Savary ,
Seigneur & Marquis de Lancofme en Touraine ,
& autres terres en Berri , Chevalier de l'Ordre
royal & militaire de Saint-Louis , ci- devant Capitaine
de grenadiers au régiment de Richelieu :
fon frere N..... de Savary-Lancofme , Chevalier
de Saint- Louis , Seigneur de Nozieres , a été tué
en 1734 au fiége de Philisbourg , étant Capitaine
de grenadiers au même régiment.
N... de Savary-Lancofme ( autre frere du
Marquis de Laacofme ) Chevalier Profès de l'Ordre
de Saint- Jean de Jerufalem , eut le bras droit
emporté en 1734 au même fiége , étant Sous-
Lieutenant de grenadiers au régiment des Gardes-
Françoifes , & a quitté étant Lieutenant au même
régiment.
N..... de Savary - Lancofme , Seigneur de
Bauché , fils aîné du Marquis de Lancofme , âgé
de 27 ans , Capitaine de cavalerie au régiment de
Bourgogne , fert le Roi depuis 14 ans : il a épousé
N..... de Ronçay , & a des enfans.
Marie- Renée-Bonne Félicité de Savary - Breves
de Jarzé , Comteffe de Maillé , qui donne lieu à
cet article , a pour fixiéme ayeul paternel , noble
Seigneur Denis de Savary , Ecuyer , Seigneur de
Ligny & de Breves , cadet de la Maiſon de Savary-
Lancofme , qui époufa le 19 Décembre 1544 ,
Françoife de Damas , fille de François de Damas
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Chevalier , Seigneur de Breves en Nivernois , &
d'Ifabeau d'Arces : Françoife de Damas devint par
la mort d'Antoine de Damas fon neveu , héritiere
de la terre de Breves , qui a fervi de titre distinctif
à cette branche de Savary. Elle fut mere de Franfois
de Savary , Seigneur de Breves , Marquis de
Maulevrier , &c. Il fuivit à Conftantinople Jacques
de Savary- Lancofme fon parent , ci- devant
Meftre de Camp d'un régiment d'infanterie
nommé en 1582 par Henri III. Ambaſſadeur à la
Porte Ottomane , où étant mort en 1591 , la
Seigneur de Breves fut nommé à fa place. Il y
refta jufqu'à l'année 1606 , après avoir conclu le
20 Mai 1604 avec le Sultan Achmet un Traité
très-avantageux à la Nation Françoife & à la religion
: il fut reçu en 1607 Confeiller d'Etat d'épée
& Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi,
il en prêta le fermet le 6 Janvier 1607. Il fur
nommé en 1608 Ambaffadeur à Rome , où il fou
tint au contentement de Sa Majeſté & de la Reine
Régente , la dignité de la couronne contre l'Ambaffadeur
d'Efpagne , comme il paroît par leurs
lettres des 31 Août & 4 Juin 1610. Le Roi le
choifit & nomma par Brevets & Lettres Patentes
fcellées du grand Sceau des 18 Décembre 1610 ,
& 4 Juillet 1614 , Gouverneur de la perfonne de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , frere unique du
Roi , premier Gentilhomme de fa Chambre
Lieutenant de fa Compagnie de 200 hommes
d'armes , & Surintendant de fa Maifon par
Brevet du Confeil des affaires de Sa Majefté du 29
Septembre 1614 , l'entrée près de fa perfonne lui
étoit permife même aux heures les plus fecretes
: la Reine mere du Roi , par Brevet du 21
Octobre 1624 , lui donna l'état & charge de fon
premier Ecuyer , il en prêta le ferment le même
JUIN. 1755. 225
jour. Par Lettres Patentes du mois de Mai 1625 ,
le Roi érigea la terre de Breves en titre de Comté
pour lui & fes defcendans de fon nom : il fut
nommé Chevalier de l'Ordre du Saint- Esprit par
Brevet du 13 Novembre 1725 , & fes preuves admifes
pardevant François de Silly , Duc de la Rocheguyon
, & Louis de la Marck , Marquis de Mofny,
Chevaliers dudit Ordre , Commiflaires nommés
à cet effet par Sa Majefté. Il fut invité par lettres
du Roi du 15 Novembre 1626 , à fe trouver à
l'ouverture de l'affemblée des Notables du Royaume,
indiquée à Saint -Germain- en - Laye ; & par Brevet
du 28 Août 1627 ; le Roi le retint Confeiller
en fon Confeil des Dépêches . Il avoit épousé par
contrat du 27 Février 1607 Anne de Thou ,
fille de Christophe-Augufte de Thou , Chevalier ,
Seigneur du Pleffis de Placy , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi , & d'Anne de Neufville-
Villeroy , dont il eut trois fils ; fçavoir , Camille
de Savary-Breves , premier du nom , qui a
continué la postérité , Cofine de Savary- Breves
Marqui de Maulevrier , Maître de la Garde- robe
de S. A. R. Monfieur Gafton de France , frere
unique du Roi , décedé fans avoir été marié , &
Gafton-Jean- Baptifte de Savary- Breves , Abbé de
Montmajour , de Greftin , de Saint- Gildas de
Ruis , & de Gifmont , Aumônier du Roi.
>
Camille de Savary , premier du nom , Chevalier
, Comte de Breves , Seigneur Dauvours , &c.
Maître de la Garde-robe de S. A. R. Monfieur
Gafton de France , frere unique du Roi , par Bre
vet du 12 Novembre 1616. , fur la démiffion
d'Annibal d'Eftrées , Marqui de Coeuvres , pour
exercer ladite charge conjointement ou par femeftre
avec Cofme de Savary , Marquis de Mau
levrier fon frere puifné , épaufa par contrat du
226 MERCURE DE FRANCE.
>
22 Février 1634 , Catherine du Pleffis-Jarzé , fille
de François du Pleffis , Chevalier , Seigneur &
Marquis de Jarzé , Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roi , Capitaine d'une Compagnie
de so Chevaux-Légers , & de Catherine de Beaumanoir
- Lavardin. Catherine du Pleffis-Jarzé
étoit foeur de René du Pleffis , Marquis de Jarzé
Capitaine d'une Compagnie de 90 Chevaux-Légers
en 1638. Cornette des 200 Chevaux- Légers
de la garde du Roi en 1643. Maréchal de Camp
& Capitaine d'une Compagnie des Gardes da
Corps de Sa Majefté en 1648. Ils étoient tous.
deux iffus de René , Seigneur de Jarzé , appellé
le brave Jarzé , tué en 1588 , à l'attaque des fauxbourgs
de Tours , pendant les guerres de la Ligue,
étant Meftre de Camp d'un régiment d'infanterie
pour le fervice du Roi ; ce René étoit fils de François
, Seigneur de Jarzé , & de Marie de Maillé-
Brezé la Maifon du Pleffis-Jarzé , originaire de
la province du Maine , eft éteinte en 1723 , par le
décès fans enfans de Marie-Urbain - René du Pleffis
, Marquis de Jarzé , Chevalier de Saint- Louis ;
il avoit eu une main emportée au fiége de Philisbourg
en 1688 , étant Colonel d'un régiment
d'infanterie de fon nom , la branche de Savary.
Breves a hérité de fes biens paternels , & le Marquilat
de Jarzé eft échu en partage à Camille de
Savary- Breves , troifiéme du nom , grand-pere de
la Comteffe de Maillé .
Camille de Savary , fecond du nom , Chevalier ,
Comte de Breves , &c . fils de Camille premier &
de Catherine du Pleffis- Jarzé : il fut fucceffivement
Capitaine & Lieutenant- Colonel du régiment
d'infanterie du fieur de Ferron , & Colonel
d'un régiment d'infanterie fuivant les Brevets des
31 Janvier 1637 , & 18 Mars 1658. Il époufa par
JUIN. 1755. 227
contrat du 29 Septembre 1661 , Hélene de Bar-,
tholy , fille unique de François de Bartholy , Che-,
valier , Comte de Saint- Bonnet , & d'Edmée de
Damas d'Anlezy ; de ce mariage eft iffu entr'autres
enfans ,
Camille de Savary , troifiéme du nom , Marquis,
de Breves & de Jarzé , &c. Capitaine de cavalerie ,
bleffé dangereufement en 1691 , au combat de
Leufe , qui de fon fecond mariage du 30 Avril
1717 , avec Marie- Magdelaine Cholet , a eu
Paul-Louis-Jean - Baptifte- Camille de Savary-
Breves , Marquis de Jarzé , qui a épousé par contrat
du 24 Avril 1739 , Bonne Damaris de Briqueville
de la Luzerne , fille de Jean- François de-
Briqueville , Seigneur & Comte de la Luzerne , &
de Françoife-Philberte de Froulay de Teffé , fille
dur feu Maréchal de Teffé : de ce mariage eft iffu
Marie-Frauçois- Camille de Savary , Comte de
Breves , Marie-Renée- Bonne-Félicité de Savary-
Breves de Jarzé , qui donne lieu à cet article , &
Marie-Louife de Savary-Breves .
Françoife -Alexandrine de Savary- Breves , four
du Marquis de Jarzé , a épousé en 1746 , François-
Philbert de Briqueville de la Luzerne , appellé le
Comte de Briqueville , Brigadier des armées du
Roi , Enfeigne des Gardes du Corps de Sa Majesté »
if eft frere de la Marquife de Jarzé.
La Maifon de Savary porte pour armes ,
d'argent & defable.
écartelé
Voyez les Mémoires de l'Abbé de Marolles , tom.
2. p. 230 ; le Mercure François , tom. 1. p. 29. tom ..
2. p. 262 ; l'Histoire de Louis XIII. par Michel le
Vaffor tom. 3. premiere part . d . 6 ; les Mémoires
Hiftoire , de Critique de Littérature , par
M.ľAbbé d'Artigny , tom . 4. p . 345 , ¿co
K vi
228 MERCURE DE FRANCE.
Le 2 Janvier eft mort à Paris Meffire François-
Vincent Durand de Villegagnon , Marquis de
Villegagnon , âgé de 72 ans.
Le 7 Février eft mort Meffire Galiot Mandat ;
Maître des Requêtes.
Melfire Pierre de Meſmes de Ravignan , ancien
Colonel d'Infanterie , mourut le même jour âgé
de 81 ans.
Meffire Jacques- Gabriel de Chapt , Comte de
Raftignac , Baron de Luzech , eft mort le 9 à
Sarlat en Périgord dans fa 78 ° année .
ג
Meffire Charles de Secondat , Baron de Montefquieu
ancien Préfident du Parlement de
Guyenne , & l'un des quarante de l'Académie
Françoife , dont il étoit un des principaux ornemens
, mourut à Paris le 10 , âgé de 65 ans, IL
étoit de la Société royale de Londres & de l'Académie
de Berlin .
Dame Louiſe- Claire de Lamoignon , veuve de
Meffire Armand -Pierre -Marc - Antoine de Gourgues
, Maître des Requêtes , mourut à Paris le 17.
Meffire Jofeph-Nicolas Millet , Chanoine &
ancien Doyen de l'Eglife Métropolitaine de
Rheims , eft mort à Rheims le 18 dans fa 97e
année.
Damoiſelle Jeanne-Hippolite - Charlote-Marine
PEriget de la Faye , fille de feu Meffire Jean- Franfois
l'Eriget , Marquis de la Faye , eft morte le
19 au Couvent de Belle- Chaffe.
Dame Magdeleine- Henriette de Caze , veuve
de Meffire Jean- Louis Rouillé d'Orfeuil , Maître
des Requêtes , eft morte à Paris le 23.
Dame Marie Robert , veuve de Meffire François
Dauvet , Comte Defmareft , Grand Fauconnier
de France , mourut le 24 âgée de 71 ans .
Dame Magdeleine -Elizabeth Haillet , époufe
JUIN. 1755. 2.29
de Meffire Aimeri de Caffagnet , Marquis de Fi
marcon , Lieutenant général des Armées du Roi ,
eft morte le 28 dans fa 45 ° année .
Dame Genevieve Pecquot , veuve de Meflire
Charles Sevin , Marquis de Quinci , Brigadier des
Armées du Roi , Lieutenant général d'Artillerie ,
& Lieutenant du Roi dans la province d'Auvergne
, eft morte au Monaftere des Dames de fainte
Marie de Meaux , dans fa 77° année.
Pierre -Guillaume Monpefat Tremolety de Bucelly
, Marquis de Monpefat , Lieutenant de Roi
de Languedoc , eft décédé dans fon château de
Monpefat le 24 d'Avril ; il étoit devenu le chef &
l'aîné des anciens Monpefat du bas- Languedoc : il
a laiffé deux fils , l'aîné connu fous le nom de
Marquis de Monpefat , eft Lieutenant de Roi de
Languedoc , & l'un des quatre premiers Baron du
Dauphiné le fecond , eft Doyen du Chapitre de
Tarrafcon ; leur four unique avoit épousé le Marquis
de Nicolay : il y a eu de leur mariage deux
fils ; & le Marquis de Monpefat , aujourd'hui repréfentant
fon pere , a de fon mariage avec la fille
unique du Marquis d'Ugoult-Montmaur des en.
fans.
E 6 Février , Charles-René de Maillé Latour
Landry ,Comte de Maille , Capitaine de Dra
>
gons , fils de Charles-Louis de Maillé , Comte de
Latour- Landry , Baron d'Antraíme , & de Dame
Marie-Françoife de Savonnieres , Dame de Meaune
, a été marié avec Marie-Renée-Bonne - Félicité
de Savary-Breves de Jarzé. L'Evêque de Senlis
leur a donné la bénédiction nuptiale dans la Chapelle
de l'Hôtel de Condé , en préſence de leurs
A. A. S. S. Monfeigneur le Prince & Madame la
Princeffe de Conde.
La Maiſon de Maillé étoit floriflante dès le
douziéme fiécle . L'an 1233 , les Vicomtes de
Rohan & de Leon appellerent à leurs fecours ,
contre Pierre de Dreux , Duc de Bretagne , Hardouin
V , Baron de Maillé , Seigneur puiffant .
Ce qui releve infiniment le luftre de toutes les
grandes alliances de cette Maifon , c'eft l'honnenr
qu'elle a d'être alliée à la Maifon de Bourbon.
L'an 1510 , Hardouin X. de Maillé tranfigea
avec Louis de Bourbon , Prince de la Roche-fur-
Yon , de la fucceffion de leur oncle commun ,
André de Chauvigny , héritier des Princes de
Deols ; Hardouin de Maillé eut au nombre des
grandes Terres qui lui revinrent de cette fucceffion
, le Comté de Châteauroux en Berri.
L'an 1641 , Louis de Bourbon , Prince de Con
dé ,furnommé le grand Condé , époufa Claire-
Clémence de Maillé , fille d'Urbain de Maillé ,"
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du
Kj
272 MERCURE DE FRANCE.
Rot , Gouverneur d'Anjou , & foeur d'Armand de
Maillé , Marquis de Brezé , Duc de Fronſac , Pair
de France , tué à 27, ans , Commandant la flotte
de France devant Orbitelle , c'en de cette Brite
ceffe que defcendent tous les Princes & Princeffe
de la Maifon de Condé.
La Maifon de Maillé s'eft divifée en plufieurs
branches , l'aînée a joint au nom de Maillé celui
de Latour-Landry , à caufe de l'héritiere de cette
ancienne Maiſon fondue dans cette branche ; aujourd'hui
les chefs & aînés de toute la Maifon de
Maillé , font Charles - Hardouin de Maillé - Latour-
Landry , Marquis de Jalefnes , Baron de Gaftines ,
Colonel d'infanterie , & Charles- Louis de Maillé ,
Comte de Latour-Landry , Baron d'Antrafme.
Le fils unique du Marquis de Maillé a épousé le
premier Mars 1713 , la fille aînée du Comte de
Latour-Landry fa coufine germaine , & foeur du
Comte de Maillé qui donne lieu à cet article.
> La Comteffe de Latour - Landry mere du
Comte de Maillé , eft héritiere de la branche
aînée de la Maiſon de Savonnieres , originaire
d'Anjou , & connue dès l'an 1100 parmi les premieres
de cette province ; elle a donné nombre
de Chevaliers de l'ordre de Saint- Michel , & un
Evêque de Bayeux : elle s'eft diftinguée dans l'Ordre
de Malthe dès les premiers tems ; de nos jours
Charles de Savonnieres , grand oncle de Madame
la Comteffe de Latour-Landry , étoit grand Bailli
de la Morée , Chef d'Eſcadre & Commandant les
Galeres de France.
La Maiſon de Savonnieres eft alliée à celles de
Mattefelon , de Beauveau , de Villequier , du
Bellay , de Froulay & de Montecler , & c.
La Maiſon de Savary , originaire de Touraine ,
afervi nos Rois & l'Etat fans difcontinuation dès
JUIN. 1755. 223.
le douzième fiécle , qu'elle eft connue entre les
plus nobles de cette province , par des alliances
illuftres , par des dons faits à des Abbayes du tems
des Croisades , par la poffeffion de fiefs mouvans
directement de la Couronne , & enfin par la pof-,
feffion de la Seigneurie de Lancofine depuis 400
ans.
L'aîné & le chef du nom & armes de cette Maifon
, eft Louis-François- Alexandre de Savary ,
Seigneur & Marquis de Lancofme en Touraine ,
& autres terres en Berri , Chevalier de l'Ordre
royal & militaire de Saint-Louis , ci- devant Capitaine
de grenadiers au régiment de Richelieu :
fon frere N..... de Savary-Lancofme , Chevalier
de Saint- Louis , Seigneur de Nozieres , a été tué
en 1734 au fiége de Philisbourg , étant Capitaine
de grenadiers au même régiment.
N... de Savary-Lancofme ( autre frere du
Marquis de Laacofme ) Chevalier Profès de l'Ordre
de Saint- Jean de Jerufalem , eut le bras droit
emporté en 1734 au même fiége , étant Sous-
Lieutenant de grenadiers au régiment des Gardes-
Françoifes , & a quitté étant Lieutenant au même
régiment.
N..... de Savary - Lancofme , Seigneur de
Bauché , fils aîné du Marquis de Lancofme , âgé
de 27 ans , Capitaine de cavalerie au régiment de
Bourgogne , fert le Roi depuis 14 ans : il a épousé
N..... de Ronçay , & a des enfans.
Marie- Renée-Bonne Félicité de Savary - Breves
de Jarzé , Comteffe de Maillé , qui donne lieu à
cet article , a pour fixiéme ayeul paternel , noble
Seigneur Denis de Savary , Ecuyer , Seigneur de
Ligny & de Breves , cadet de la Maiſon de Savary-
Lancofme , qui époufa le 19 Décembre 1544 ,
Françoife de Damas , fille de François de Damas
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
Chevalier , Seigneur de Breves en Nivernois , &
d'Ifabeau d'Arces : Françoife de Damas devint par
la mort d'Antoine de Damas fon neveu , héritiere
de la terre de Breves , qui a fervi de titre distinctif
à cette branche de Savary. Elle fut mere de Franfois
de Savary , Seigneur de Breves , Marquis de
Maulevrier , &c. Il fuivit à Conftantinople Jacques
de Savary- Lancofme fon parent , ci- devant
Meftre de Camp d'un régiment d'infanterie
nommé en 1582 par Henri III. Ambaſſadeur à la
Porte Ottomane , où étant mort en 1591 , la
Seigneur de Breves fut nommé à fa place. Il y
refta jufqu'à l'année 1606 , après avoir conclu le
20 Mai 1604 avec le Sultan Achmet un Traité
très-avantageux à la Nation Françoife & à la religion
: il fut reçu en 1607 Confeiller d'Etat d'épée
& Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi,
il en prêta le fermet le 6 Janvier 1607. Il fur
nommé en 1608 Ambaffadeur à Rome , où il fou
tint au contentement de Sa Majeſté & de la Reine
Régente , la dignité de la couronne contre l'Ambaffadeur
d'Efpagne , comme il paroît par leurs
lettres des 31 Août & 4 Juin 1610. Le Roi le
choifit & nomma par Brevets & Lettres Patentes
fcellées du grand Sceau des 18 Décembre 1610 ,
& 4 Juillet 1614 , Gouverneur de la perfonne de
Monſeigneur le Duc d'Anjou , frere unique du
Roi , premier Gentilhomme de fa Chambre
Lieutenant de fa Compagnie de 200 hommes
d'armes , & Surintendant de fa Maifon par
Brevet du Confeil des affaires de Sa Majefté du 29
Septembre 1614 , l'entrée près de fa perfonne lui
étoit permife même aux heures les plus fecretes
: la Reine mere du Roi , par Brevet du 21
Octobre 1624 , lui donna l'état & charge de fon
premier Ecuyer , il en prêta le ferment le même
JUIN. 1755. 225
jour. Par Lettres Patentes du mois de Mai 1625 ,
le Roi érigea la terre de Breves en titre de Comté
pour lui & fes defcendans de fon nom : il fut
nommé Chevalier de l'Ordre du Saint- Esprit par
Brevet du 13 Novembre 1725 , & fes preuves admifes
pardevant François de Silly , Duc de la Rocheguyon
, & Louis de la Marck , Marquis de Mofny,
Chevaliers dudit Ordre , Commiflaires nommés
à cet effet par Sa Majefté. Il fut invité par lettres
du Roi du 15 Novembre 1626 , à fe trouver à
l'ouverture de l'affemblée des Notables du Royaume,
indiquée à Saint -Germain- en - Laye ; & par Brevet
du 28 Août 1627 ; le Roi le retint Confeiller
en fon Confeil des Dépêches . Il avoit épousé par
contrat du 27 Février 1607 Anne de Thou ,
fille de Christophe-Augufte de Thou , Chevalier ,
Seigneur du Pleffis de Placy , Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi , & d'Anne de Neufville-
Villeroy , dont il eut trois fils ; fçavoir , Camille
de Savary-Breves , premier du nom , qui a
continué la postérité , Cofine de Savary- Breves
Marqui de Maulevrier , Maître de la Garde- robe
de S. A. R. Monfieur Gafton de France , frere
unique du Roi , décedé fans avoir été marié , &
Gafton-Jean- Baptifte de Savary- Breves , Abbé de
Montmajour , de Greftin , de Saint- Gildas de
Ruis , & de Gifmont , Aumônier du Roi.
>
Camille de Savary , premier du nom , Chevalier
, Comte de Breves , Seigneur Dauvours , &c.
Maître de la Garde-robe de S. A. R. Monfieur
Gafton de France , frere unique du Roi , par Bre
vet du 12 Novembre 1616. , fur la démiffion
d'Annibal d'Eftrées , Marqui de Coeuvres , pour
exercer ladite charge conjointement ou par femeftre
avec Cofme de Savary , Marquis de Mau
levrier fon frere puifné , épaufa par contrat du
226 MERCURE DE FRANCE.
>
22 Février 1634 , Catherine du Pleffis-Jarzé , fille
de François du Pleffis , Chevalier , Seigneur &
Marquis de Jarzé , Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roi , Capitaine d'une Compagnie
de so Chevaux-Légers , & de Catherine de Beaumanoir
- Lavardin. Catherine du Pleffis-Jarzé
étoit foeur de René du Pleffis , Marquis de Jarzé
Capitaine d'une Compagnie de 90 Chevaux-Légers
en 1638. Cornette des 200 Chevaux- Légers
de la garde du Roi en 1643. Maréchal de Camp
& Capitaine d'une Compagnie des Gardes da
Corps de Sa Majefté en 1648. Ils étoient tous.
deux iffus de René , Seigneur de Jarzé , appellé
le brave Jarzé , tué en 1588 , à l'attaque des fauxbourgs
de Tours , pendant les guerres de la Ligue,
étant Meftre de Camp d'un régiment d'infanterie
pour le fervice du Roi ; ce René étoit fils de François
, Seigneur de Jarzé , & de Marie de Maillé-
Brezé la Maifon du Pleffis-Jarzé , originaire de
la province du Maine , eft éteinte en 1723 , par le
décès fans enfans de Marie-Urbain - René du Pleffis
, Marquis de Jarzé , Chevalier de Saint- Louis ;
il avoit eu une main emportée au fiége de Philisbourg
en 1688 , étant Colonel d'un régiment
d'infanterie de fon nom , la branche de Savary.
Breves a hérité de fes biens paternels , & le Marquilat
de Jarzé eft échu en partage à Camille de
Savary- Breves , troifiéme du nom , grand-pere de
la Comteffe de Maillé .
Camille de Savary , fecond du nom , Chevalier ,
Comte de Breves , &c . fils de Camille premier &
de Catherine du Pleffis- Jarzé : il fut fucceffivement
Capitaine & Lieutenant- Colonel du régiment
d'infanterie du fieur de Ferron , & Colonel
d'un régiment d'infanterie fuivant les Brevets des
31 Janvier 1637 , & 18 Mars 1658. Il époufa par
JUIN. 1755. 227
contrat du 29 Septembre 1661 , Hélene de Bar-,
tholy , fille unique de François de Bartholy , Che-,
valier , Comte de Saint- Bonnet , & d'Edmée de
Damas d'Anlezy ; de ce mariage eft iffu entr'autres
enfans ,
Camille de Savary , troifiéme du nom , Marquis,
de Breves & de Jarzé , &c. Capitaine de cavalerie ,
bleffé dangereufement en 1691 , au combat de
Leufe , qui de fon fecond mariage du 30 Avril
1717 , avec Marie- Magdelaine Cholet , a eu
Paul-Louis-Jean - Baptifte- Camille de Savary-
Breves , Marquis de Jarzé , qui a épousé par contrat
du 24 Avril 1739 , Bonne Damaris de Briqueville
de la Luzerne , fille de Jean- François de-
Briqueville , Seigneur & Comte de la Luzerne , &
de Françoife-Philberte de Froulay de Teffé , fille
dur feu Maréchal de Teffé : de ce mariage eft iffu
Marie-Frauçois- Camille de Savary , Comte de
Breves , Marie-Renée- Bonne-Félicité de Savary-
Breves de Jarzé , qui donne lieu à cet article , &
Marie-Louife de Savary-Breves .
Françoife -Alexandrine de Savary- Breves , four
du Marquis de Jarzé , a épousé en 1746 , François-
Philbert de Briqueville de la Luzerne , appellé le
Comte de Briqueville , Brigadier des armées du
Roi , Enfeigne des Gardes du Corps de Sa Majesté »
if eft frere de la Marquife de Jarzé.
La Maifon de Savary porte pour armes ,
d'argent & defable.
écartelé
Voyez les Mémoires de l'Abbé de Marolles , tom.
2. p. 230 ; le Mercure François , tom. 1. p. 29. tom ..
2. p. 262 ; l'Histoire de Louis XIII. par Michel le
Vaffor tom. 3. premiere part . d . 6 ; les Mémoires
Hiftoire , de Critique de Littérature , par
M.ľAbbé d'Artigny , tom . 4. p . 345 , ¿co
K vi
228 MERCURE DE FRANCE.
Le 2 Janvier eft mort à Paris Meffire François-
Vincent Durand de Villegagnon , Marquis de
Villegagnon , âgé de 72 ans.
Le 7 Février eft mort Meffire Galiot Mandat ;
Maître des Requêtes.
Melfire Pierre de Meſmes de Ravignan , ancien
Colonel d'Infanterie , mourut le même jour âgé
de 81 ans.
Meffire Jacques- Gabriel de Chapt , Comte de
Raftignac , Baron de Luzech , eft mort le 9 à
Sarlat en Périgord dans fa 78 ° année .
ג
Meffire Charles de Secondat , Baron de Montefquieu
ancien Préfident du Parlement de
Guyenne , & l'un des quarante de l'Académie
Françoife , dont il étoit un des principaux ornemens
, mourut à Paris le 10 , âgé de 65 ans, IL
étoit de la Société royale de Londres & de l'Académie
de Berlin .
Dame Louiſe- Claire de Lamoignon , veuve de
Meffire Armand -Pierre -Marc - Antoine de Gourgues
, Maître des Requêtes , mourut à Paris le 17.
Meffire Jofeph-Nicolas Millet , Chanoine &
ancien Doyen de l'Eglife Métropolitaine de
Rheims , eft mort à Rheims le 18 dans fa 97e
année.
Damoiſelle Jeanne-Hippolite - Charlote-Marine
PEriget de la Faye , fille de feu Meffire Jean- Franfois
l'Eriget , Marquis de la Faye , eft morte le
19 au Couvent de Belle- Chaffe.
Dame Magdeleine- Henriette de Caze , veuve
de Meffire Jean- Louis Rouillé d'Orfeuil , Maître
des Requêtes , eft morte à Paris le 23.
Dame Marie Robert , veuve de Meffire François
Dauvet , Comte Defmareft , Grand Fauconnier
de France , mourut le 24 âgée de 71 ans .
Dame Magdeleine -Elizabeth Haillet , époufe
JUIN. 1755. 2.29
de Meffire Aimeri de Caffagnet , Marquis de Fi
marcon , Lieutenant général des Armées du Roi ,
eft morte le 28 dans fa 45 ° année .
Dame Genevieve Pecquot , veuve de Meflire
Charles Sevin , Marquis de Quinci , Brigadier des
Armées du Roi , Lieutenant général d'Artillerie ,
& Lieutenant du Roi dans la province d'Auvergne
, eft morte au Monaftere des Dames de fainte
Marie de Meaux , dans fa 77° année.
Pierre -Guillaume Monpefat Tremolety de Bucelly
, Marquis de Monpefat , Lieutenant de Roi
de Languedoc , eft décédé dans fon château de
Monpefat le 24 d'Avril ; il étoit devenu le chef &
l'aîné des anciens Monpefat du bas- Languedoc : il
a laiffé deux fils , l'aîné connu fous le nom de
Marquis de Monpefat , eft Lieutenant de Roi de
Languedoc , & l'un des quatre premiers Baron du
Dauphiné le fecond , eft Doyen du Chapitre de
Tarrafcon ; leur four unique avoit épousé le Marquis
de Nicolay : il y a eu de leur mariage deux
fils ; & le Marquis de Monpefat , aujourd'hui repréfentant
fon pere , a de fon mariage avec la fille
unique du Marquis d'Ugoult-Montmaur des en.
fans.
Fermer
Résumé : MORTS ET MARIAGES.
Le texte relate divers événements familiaux et historiques concernant les maisons nobles de Maillé, Savonnières, et Savary. Le 6 février, Charles-René de Maillé Latour Landry, comte de Maillé et capitaine de dragons, a épousé Marie-Renée-Bonne-Félicité de Savary-Breves de Jarzé. La bénédiction nuptiale a été donnée par l'évêque de Senlis dans la chapelle de l'Hôtel de Condé, en présence du prince et de la princesse de Condé. La maison de Maillé est mentionnée comme florissante dès le douzième siècle. En 1233, les vicomtes de Rohan et de Léon ont appelé à leur secours Hardouin V de Maillé contre Pierre de Dreux, duc de Bretagne. La maison de Maillé s'est distinguée par ses alliances, notamment avec la maison de Bourbon. En 1510, Hardouin X de Maillé a hérité du comté de Châteauroux en Berry. En 1641, Louis de Bourbon, prince de Condé, a épousé Claire-Clémence de Maillé, fille d'Urbain de Maillé, maréchal de France. La maison de Maillé s'est divisée en plusieurs branches, l'aînée ayant ajouté le nom de Latour-Landry. Les chefs actuels sont Charles-Hardouin de Maillé-Latour-Landry et Charles-Louis de Maillé, comte de Latour-Landry. Le fils unique du marquis de Maillé a épousé en 1713 la fille aînée du comte de Latour-Landry, sa cousine germaine. La comtesse de Latour-Landry, mère du comte de Maillé, est héritière de la branche aînée de la maison de Savonnières, connue dès l'an 1100. La maison de Savonnières est alliée à plusieurs familles nobles et a fourni des chevaliers de l'ordre de Saint-Michel et un évêque de Bayeux. La maison de Savary, originaire de Touraine, a servi les rois et l'État depuis le douzième siècle. L'aîné de cette maison est Louis-François-Alexandre de Savary, seigneur et marquis de Lancosme, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. Marie-Renée-Bonne-Félicité de Savary-Breves de Jarzé, comtesse de Maillé, descend de Denis de Savary, écuyer, seigneur de Ligny et de Breves, qui a épousé Françoise de Damas en 1544. Le texte mentionne également plusieurs décès notables, dont celui de François-Vincent Durand de Villegagnon, marquis de Villegagnon, le 2 janvier à Paris, et de Charles de Secondat, baron de Montesquieu, ancien président du Parlement de Guyenne, le 10 février à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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664
p. 75-89
« HISTOIRE de Louis XII, 3 vol. A Paris, Chez Lottin, rue S. Jacques, au [...] »
Début :
HISTOIRE de Louis XII, 3 vol. A Paris, Chez Lottin, rue S. Jacques, au [...]
Mots clefs :
Louis XII, Histoire, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de Louis XII, 3 vol. A Paris, Chez Lottin, rue S. Jacques, au [...] »
HISTOIRE de Louis XII , 3 vol. A
Paris , chez Lottin , rue S. Jacques , au
Coq , 1755
mens ,
Elle est précédée d'une préface , où l'auteur
nous dit que I hiftoire eft un pédagogue
agréable , un cenfeur poli & un prédi
sateur perfuafif, tout muet qu'il eft. Il
ajoûte que l'hiftoire générale du monde
nous préfente pour l'ordinaire des événedont
la plupart nous font tout- àfait
étrangers , des perfonnages que nous
n'avons que peu ou point d'intérêt de connoître
, & des moeurs fouvent incompatibles
avec les nôtres : que l'hiftoire de notre
pays au contraire nous met fous les yeux
une fuite de faits qui nous touchent , des
perfonnages avec lesquels nous partageons
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
la gloire ou le deshonneur , & des moeurs
qui deviennent la régle des nôtres. C'eſt
une vérité fenfible qu'on ne peut conteſter ;
mais ce qu'il hazarde dans une note au
commencement de fon premier livre , me
paroît plus difficile à accorder. On ne
trouve , dit-il , dans aucun auteur le tems
» de la naiffance de Louis XII ; mais il eft
» certain qu'il eft né au mois de Mars 1462 .
Si aucun écrivain n'en a parlé , fur quoi
fonde-t- il fa certitude ?
و ر
On fera peut- être bien aife de voir le
portrait qu'il fait d'un Monarque que fa
bonté a rendu fi intéreffant. Le voici :
Les exercices du corps rendirent ce
Prince fi nerveux , qu'il n'y avoit point de
jeunes Seigneurs de fon âge qu'il ne terrafsâr
. Pour ceux qui étoient d'un âge plus
avancé & d'un tempéramment plus vigoureux
, il entroit volontiers en lice contre
eux ; & s'il n'avoit pas la gloire de remporter
la victoire , il avoit celle de n'être
vaincu & de fortir du combat à armes
pas
égales. Au jeu , il étoit charmant ; il regardoit
la perte & le gain avec la même
indifférence ... Il lui étoit ordinaire de
remettre à ceux qui jouoient contre lui la
perte qu'ils faifoient , ou de diftribuer aux
affiftans. le gain provenant du jeu. A ces
avantages , Louis réuniffoit une phifionoJUILLE
T.
1755 77
mie peu commune . Il avoit les yeux écine
cellans comme le feu , le nez un peu long
& retrouffé , les traits du vifage tels qu'u
ne femme touchée des charmes de la beau
té pourroit les fouhaiter. Il étoit de moyenne
taille , mais extrêmement fort & robuftes
Par la conftitution de fon corps , qui étoit
bonne & faine , il jouiffoit d'une fanté
parfaite , dont il étoit fans doute redevable
à fa tempérance , au travail & aux exercices
du corps.
A cette peinture de Louis XII , je vais
joindre le portrait de Louis XI , par Mile
de Luffan . Par la comparaifon , le lecteur
fera mieux en état de décider lequel des
deux auteurs a mieux faifi la reffemblance
& le vrai coloris , c'eft - à-dire cette élégante
fimplicité , & cette vérité précife que l'hif
toire demande. C'eſt à lui de prononcer
je m'en rapporte à fon jugement.
Louis XI , dit Mlle de Luffan , n'avoit
pas reçu de la nature les mêmes avantages
que Monfieur ; il étoit grand fans avoir
bon air, Il fe courboit un peu & affectoit
de ne porter que des habits fimples ; il n'en
mettoit de riches que les jours de cérémonie.
Alors on ne pouvoir difconvenir qu'il
n'eût l'air d'un Prince..
L'inégalité de fes traits fembloit marquer
les variations de fon caractere. Sa tête
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit ni groffe , ni petite , & s'élevoit un
peu en pointe. Il avoit le front petir , les
yeux gros , à fleur de tête & vacillans , le
teint blanc & uni , les cheveux courts , les
narrines larges , les levres groffes & vermeilles
, les dents belles , le menton pointu
, le cou délié & un peu court , la poitrine
étroite , les mains & les bras longs
& menus , les cuiffes maigres ; la jambe
bienfaite , quoiqu'il marchất mal.
Le DICTIONNAIRE APOSTOLIQUE
à l'ufage de MM. les Curés des villes & de
la campagne , & de tous ceux qui fe deftinent
à la chaire , par le P. Hyacinte de
Montargon , Auguftin de Notre - Dame
des Victoires , Prédicateur du Roi , Aumônier
& Prédicateur du Roi de Pologne.
Duc de Lorraine & de Bar , tome 8 , & 2°
& dernier des myfteres , vol. in- 8 ° . 4 liv .
en blanc & s liv. relié.
Il comprend la Réfurrection & l'Afcenfion
de N. S. J. C. la defcente du S. Efprie
fur les Apôtres , le Myftete de la Trinité ,
l'Euchariftie en tant que Sacrificè & confidérée
comme Sacrement. Le neuvieme volume
eft fous preffe , & il comprendra les
fêtes de la Sainte Vierge , & paroîtra à la
Touffaints . Chez Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , où fe trouvent tous les livres à
Pufage du Diocèfe de Paus les livres à
JUILLET. 1735 79
La troifieme partie des TABLETTES DE
THEMIS , dont j'ai annoncé les premieres
parties dans le Mercure précédent , vient
de paroître , & fe vend chez les mêmes
Libraires. Elle contient la chronologie des
Préfidens , Chevaliers d'honneur , Avocats
& Procureurs généraux des Chambres des
Comptes de France & de Lorraine , des
Cours des Aides & de celles des Monnoies ;
les Prevôts des Marchands de Paris & de
Lyon , & la lifte des Bureaux des Finances ,
Préfidiaux , Bailliages , Sénéchauffées &
Prevôtés , avec une table alphabétique des
noms de famille.
L'auteur invite de nouveau ceux qui
poffedent des terres érigées en titre de
Marquifat , Comté , Vicomté & Baronie ,
de lui envoyer copie des lettres patentes
d'érection , ou au moins des extraits avec
des mémoires inftructifs tant fur lefdites
terres , que fur la généalogie de leur famille,
dont on marquera exactement l'état actuel
avec le blafon des armes , obfervant de
faire écrire ces mémoires très-lifiblement ,
fur-tout les noms propres , & de les adreffer
francs de port , à M. Chafot , rue des
Canettes , près S. Sulpice , à Paris .
TELLIAMED , ou entretiens d'un Philofophe
Indien avec un Miffionnaire Fran-
Diiij
80
MERCURE DE FRANCE.
çois fur la
diminution de la mer , par M.
de Maillet. Nouvelle édition , revûe , corrigée
& augmentée fur les originaux de
l'auteur , avec une vie de M. de Maillet ,
2 vol. in-12. Ce livre fingulier fe trouve
chez Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
HISTOIRE de Simonide & du fiécle
où il a vêcu , avec des éclairciffemens chronologiques
, par M. de Boiffy fils , 2 vol .
in- 12 , prix 2 liv. 1o fols broché . A Paris ,
chez Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût , 1755.
Cet ouvrage eft précédé d'une préface
raifonnée. Nous en donnerons l'extrait le
mois prochain .
ELEMENS DE
DORIMASTIQUE *,
ou de l'art des effais , divifés en deux
par
ties , la premiere théorique & la feconde
pratique , 4 vol. in- 12 . A Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Sciencé.
* Ce livre eft traduit du latin de M. Cramer
, & le traducteur eft du choix de M.
Par , élémens de Dorimaftique , on entend
cette partie de la chymie qui concerne l'effai
des minéraux , lequel n'eft autre choſe qu'un
examen rigoureux de ces mêmes fubftances fait
en petit.
JUILLET51 1755 83
ز ا
Rouelle. On ne peut faire un plus grand
éloge de l'un & de l'autre . M. de V. dans
fon avertiffement déclare modeftement
que c'eft à M. Rouelle qu'il doit le peu
qu'il fçait en chymie. Non content , dit - il ,
de me fournir les éclairciffemens qui m'étoient
néceſſaires , fur ce que j'avois appris
dans fes leçons particulieres , que j'ai eu
le bonheur de fuivre plufieurs années , il
a bien voulu auffi m'apprendre à en faire
ufage. Ces remarques étoient néceffaires ;
elles feront au public un garant du mérite
de l'ouvrage qu'on lui préfente & de
l'exactitude de ma traduction , & elles me
fourniffent l'occafion de témoigner, ma
teconnoiffance à mon illuftre maître & de
la rendre publique.
Un pareil aveu le loue plus que tout
-ce que nous pourrions dire en fa faveur.
20: 1
VOYAGE de Paris à la Rocheguion
en vers burlesques , divifé en fix chants ,
par M. M ***. Se, trouve à Paris , chez
Caillean quai des Auguftins , & Chardon
fils , rue S. Jacques près la fontaine S. Severin
, à la Couronne d'or , 1 liv . broché.
Ce poëme eft dédié à l'ombre de Scarron .
Je crois qu'il ne le fera pas revivre.
02 2301 :
ESSAL HISTORIQUE , critique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
philologique , politique , moral , littéraire
& galant , fur les lanternes , leur origine ,
Feur forme , leur utilité , &c . par une fociété
de gens de Lettres .
Cette brochure en profe fe trouve
chez Ganeau , rue S. Severin , & peut
fervir de pendant au Voyage en vers cideffus
indiqué. Elle eft adreffée au Docteur
Swift ; mais je doute qu'il veuille y
mettre fon attache pour la faire paffer á la
poftérité , comme l'auteur l'en prie.
HUDIBRAS , poëme héroïcomiques,
tité de l'Anglois de M. Samuel Butler ,
avec des notes & des figures . Se vend chez
Despilly Libraire , rue S. Jacques goabla
vieille Pofte. Cap duq 9 busi ni
La guerre civile & la fecte des Puritains
tournée én ridicule , font le fuiser de
ce poëme qui eft compofé de neuf chants.
On n'en a publié que le premier avec une
préface & la vie de l'auteur. Qu'on juge
par ce début de l'élégance de la traduction.
» Le noir démon dés guerres civiles & la
pâle difcorde , fa fdent bien- aimée , avoit
» lâché parmi nous leurs plus gros ferpens ;
» l'envie aux yeux verons & fournois ,
» nous échauffoit la bile par fes mauvais
"propos ; déja nous commencions à nous
quereller fans trop fçavoir pourquoi ,
JUILLET. 1755 * 81
» femblables à des gens ivres qui balbutient
» de colere , & fe gourment pour exalter
" une fille de théâtre , nous nous battions
» déja comme des fous & des enragés pour
❤le fimulacre de la religion... Nos épaules
» devenues les tambours de l'Eglife rece-
» voient au heu de coups de baguettes ,
» une grêle de coups de poings & c. Je
m'arrête là , je ne puis aller plus loin. Sur
cet échantillon , je crois qu'on dira (com
me M. de Voltaire ) que ce poëme eft intraduifible
, ou du moins qu'il est mal
traduit. C
Le tome cinquieme des LEGONS DE
PHYSIQUE EXPERIMENTALE, par
M. l'Abbé Nollet , de l'Académie royale
des Sciences , de la Société royale de Londres
, Maître de Phyfique de Monfeigneur
le Dauphin , & Profeffeur de Phyfique expérimentale
, vient de paroître , & le vend
à Paris , chez Guérin & Delatour , rue S.
Jacqués , à Saint Thomas d'Aquin
8 liv. en feuilles , & 3 liv. 2 f. 6 den.
broché.
Il eft augmenté de 10 fols attendu qu'il
a cent pages , & quatre ou cinq planches
en taille douce plus que les tomes précédens
; mais l'auteur déclare qu'il n'a confenti
à cette augmentation que pour ce
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
volume feulement. Il fe plaint dans le
même avertiffement qu'il fe répand en
France & dans les pays étrangers des exemplaires
contrefaits qui fourmillent de fautes.
Il defavoue ces éditions furtives , &
ne reconnoît pour fon ouvrage que ce qui
eft contenu dans celles qui fe font fous fes
yeux à Paris , chez les fieurs - Guerin &
Delatour.
2
Ce ' volume contient la quinzieme , la
feizieme & la dix- feptieme leçons fur la
lumiere & fur fes propriétés . Nous en
parlerons une autrefois plus au long. On
ne peut faire trop fouvent mention d'un
auffi excellent ouvrage , ni donner de
chaque partie un précis trop foigné.
TABLETTES GEOGRAPHIQUES
pour l'intelligence des hiftoriens & des
poëtes latins , 2 vol . Chez Lottin , rue S.
Jacques au Coq , 1755.
Elles font de M. Philippe de Pretot qui
a fi bien mis à profit les fages confeils de
fon illuftre pere , & qui a hérité de fon
fçavoir. Elles font imprimées fur le
même papier , & dans le même format
que les poëtes & les hiftoriens , dont il
nous a donné une édition fi juftement efti
mée , & peuvent leur fervir de notes.
JUILLET . 1755. 8 ¢
TRAITÉ du beau effentiel dans les
arts , appliqué particulierement à l'architecture
, & démontré physiquement & par
l'expérience. Avec un traité des proportions
harmoniques , où l'on fait voir que
c'eft de ces feules proportions que les
édifices généralement approuvés empruntent
leur beauté invariable . On y a joint
les deffeins de ces édifices & de plufieurs
autres , compofés par l'auteur fur les proportions
& leurs différentes divifions har
moniques tracées à côté de chaque deffein,
pour une plus facile intelligence. Les cinq
Ordres d'architecture des plus célebres Ar
chitectes , & l'on démontre qu'il font reglés
par les proportions. Plufieurs effais
de l'auteur fur chacun de ces Ordres , avec
la maniere de les exécuter fuivant fes principes
, & un abregé de l'hiſtoire de l'architecture
.
Par le S. C. E. Brifeux , Architecte ,
auteur de l'art de bâtir les maifons de
campagne , 2 vol . en un in -fol. 1752. Les
deux volumes au burin avec 98 planches ,
fervant de fuite à l'art de bâtir les maifons
de campagne. Ce traité fe trouve chez la
veuve Gandouin , Libraire , quai des Au+
guftins , à la Belle Image , la premiere
boutique du côté des Auguftins , à la def
cente du Pont-Neuf.
86 MERCURE DE FRANCE.
MANUEL DES DAMES DE CHARITÉ ,
troifieme édition , revûe , corrigée & augmentée
de plufieurs remedes choifis , extraits
des Ephémérides d'Allemagne. A Paris
, chez de Bure l'aîné , quai des Auguf
tins , à l'image S. Paul . 1755 .
*
Ce livre utile contient plufieurs formules
de médicamens faciles à préparer ,
dreffées en faveur des perfonnes charitables
, qui diftribuent des remedes aux pauvres
dans les villes & dans les campagnes ,
avec des remarques néceffaires pour faci
liter la jufte application des remedes qui
font contenus.
Y
>
Dans l'annonce que nous avons faite de
P'Oryctologie qui fe vend chez le même
Libraire , il nous eft échappé une erreur
que nous devons corriger nous avons
fait honneur de tous les frais de l'impreffion
à M. le Baron de Sparre , qui n'a contribué
que pour la dépenfe de la premiere
planche. C'eſt de Bure feul- qui a fait celle
du livre entier.
LE TRIOMPHE DE JESUS- CHRIST
dans le defert. Poëme facré , traduction libre
en vers françois du Paradis reconquis
de Milton ; Par M. Lancelin. A Paris
chez Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais ; & chez Lambert , rue de la Comédie
françoiſe , au Parnaſſe.
JUILLET. 1755 87
Quoique M. Lancelin ait mis en vers
le Poëme le moins parfait de Milton , on
doit toujours lui fçavoir gré de fon effort.
Il s'eft peut-être ellayé par le plus foible
pour tenter un jour le plus fort. On peut
même dire à la rigueur qu'il a commencé
par le plus difficile. Le Paradis perdu réunit
tout ce qui peut élever l'efptit & lui
fervir de reffource , le fublime des idées !
la variété des images , & la chaleur de
l'action. Le Paradis reconquis eft admira
ble par fa morale , mais le fonds en eefkt
trifte & monotone; il ne peut fe foutenir
que par la beauté des détails , & par un
coloris fupérieurs qui eft peut-être la partie
dans tout original la plus malaifée à
traduire. C'eft au public , connoiffeur en
Poëfie , à décider fi M , Lancelin ya réuffr.
Pour moi je me borne au devoir de Journalifte
: j'indique fimplement fa traduction
. w insta
mennti fol ach sein.. who egokia ok ag
SPOT BOver, Tragédie en cinq
actes , avec préface. Prix 1 livre 4 folo; fe
vend chez Duchesne , rue S. Jacques.
Cette Tragédie, dont le héros eft un frorteur
& l'héroïne une foubrette , paroît une
imitation d'Arcagambis , avec cette diffe
rence qu'Arcagambis parodie le Cothar
ne dansle noble , & que Pilotboufi le tra
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
veftit dans le plus bas. Ce drame m'a paru
très-bienfait pour amufer l'antichambre ,
mais peu digne de pénétrer jufqu'à l'appar
tement. Je ne puis me flater d'être lû de la
livrée ; cette raifon me difpenfe d'en don
ner l'extrait.
-1.
3'1 SOULS
slit baig s
REPONSE à la réfutation que M. Dibon
vient de faire de deux écrits publiés ,
il y a un an , en faveur de M. de Torrès ,
& dont nous avons parlé dans le premier
Mercure de Juin.
M. Carboneil , Docteur en Médecine , eft
l'auteur de cette réponſe. Il eſt d'abord trèsfcandalife
que M. Dibon doute de fon exifftence
, ainfi que de celle de M. Bertrand ,
Médecin comme lui . Vous affurez , lui dit- il,
que nous ne fommes que des Eires de raiſon ,
dans le tems que votre ouvrage paroît , on
nous voit tous deux , l'on apprend que M.
Bertrand eft fur le point d'obtenir une charge
de Médecin ordinaire du Roi . L'auteur
Le plaint enfuite de ce que M. Dibon traite
de chimerique la guérison de ce dernier
qui la publie & la certifie lui- même . M.
Carboneil ajoute que MM . Morand ,
Dieuxaide & Fernandès ont conftaté l'état
de ce malade , & que c'eft fous les yeux
de MM. Falconnet , Vernage , Lavirote &
Sanchez qu'il a été radicalement guério Il
T
JUILLET. 1755. 89
forme une autre plainte au ſujet de la lettre
du malade de cent cinquante lieues
que M. Dibon a rapportée feule , fans faire
mention de celle que ce malade écrivit à
fon pere avant fon départ . Pour la juftification
& la gloire de M. de Torrès , M. Carboneil
a inféré cette derniere lettre dans
fa réponſe. Elle contient l'éloge le plus
grand de fon ami , & la reconnoiffance la
plus vive du malade qui fe trouve guéri
après huit ans de fouffrances.
Nous rapportons les faits tels qu'on les
expofe de part & d'autre ; c'eft aux Maîtres
de l'art à les vérifier & à prononcer d'après
eux. Nous nous tenons àcet égard dans une
parfaite neutralité , comme nous l'avons
promis , &' comme il convient à tout Journaliſte,
Paris , chez Lottin , rue S. Jacques , au
Coq , 1755
mens ,
Elle est précédée d'une préface , où l'auteur
nous dit que I hiftoire eft un pédagogue
agréable , un cenfeur poli & un prédi
sateur perfuafif, tout muet qu'il eft. Il
ajoûte que l'hiftoire générale du monde
nous préfente pour l'ordinaire des événedont
la plupart nous font tout- àfait
étrangers , des perfonnages que nous
n'avons que peu ou point d'intérêt de connoître
, & des moeurs fouvent incompatibles
avec les nôtres : que l'hiftoire de notre
pays au contraire nous met fous les yeux
une fuite de faits qui nous touchent , des
perfonnages avec lesquels nous partageons
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
la gloire ou le deshonneur , & des moeurs
qui deviennent la régle des nôtres. C'eſt
une vérité fenfible qu'on ne peut conteſter ;
mais ce qu'il hazarde dans une note au
commencement de fon premier livre , me
paroît plus difficile à accorder. On ne
trouve , dit-il , dans aucun auteur le tems
» de la naiffance de Louis XII ; mais il eft
» certain qu'il eft né au mois de Mars 1462 .
Si aucun écrivain n'en a parlé , fur quoi
fonde-t- il fa certitude ?
و ر
On fera peut- être bien aife de voir le
portrait qu'il fait d'un Monarque que fa
bonté a rendu fi intéreffant. Le voici :
Les exercices du corps rendirent ce
Prince fi nerveux , qu'il n'y avoit point de
jeunes Seigneurs de fon âge qu'il ne terrafsâr
. Pour ceux qui étoient d'un âge plus
avancé & d'un tempéramment plus vigoureux
, il entroit volontiers en lice contre
eux ; & s'il n'avoit pas la gloire de remporter
la victoire , il avoit celle de n'être
vaincu & de fortir du combat à armes
pas
égales. Au jeu , il étoit charmant ; il regardoit
la perte & le gain avec la même
indifférence ... Il lui étoit ordinaire de
remettre à ceux qui jouoient contre lui la
perte qu'ils faifoient , ou de diftribuer aux
affiftans. le gain provenant du jeu. A ces
avantages , Louis réuniffoit une phifionoJUILLE
T.
1755 77
mie peu commune . Il avoit les yeux écine
cellans comme le feu , le nez un peu long
& retrouffé , les traits du vifage tels qu'u
ne femme touchée des charmes de la beau
té pourroit les fouhaiter. Il étoit de moyenne
taille , mais extrêmement fort & robuftes
Par la conftitution de fon corps , qui étoit
bonne & faine , il jouiffoit d'une fanté
parfaite , dont il étoit fans doute redevable
à fa tempérance , au travail & aux exercices
du corps.
A cette peinture de Louis XII , je vais
joindre le portrait de Louis XI , par Mile
de Luffan . Par la comparaifon , le lecteur
fera mieux en état de décider lequel des
deux auteurs a mieux faifi la reffemblance
& le vrai coloris , c'eft - à-dire cette élégante
fimplicité , & cette vérité précife que l'hif
toire demande. C'eſt à lui de prononcer
je m'en rapporte à fon jugement.
Louis XI , dit Mlle de Luffan , n'avoit
pas reçu de la nature les mêmes avantages
que Monfieur ; il étoit grand fans avoir
bon air, Il fe courboit un peu & affectoit
de ne porter que des habits fimples ; il n'en
mettoit de riches que les jours de cérémonie.
Alors on ne pouvoir difconvenir qu'il
n'eût l'air d'un Prince..
L'inégalité de fes traits fembloit marquer
les variations de fon caractere. Sa tête
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit ni groffe , ni petite , & s'élevoit un
peu en pointe. Il avoit le front petir , les
yeux gros , à fleur de tête & vacillans , le
teint blanc & uni , les cheveux courts , les
narrines larges , les levres groffes & vermeilles
, les dents belles , le menton pointu
, le cou délié & un peu court , la poitrine
étroite , les mains & les bras longs
& menus , les cuiffes maigres ; la jambe
bienfaite , quoiqu'il marchất mal.
Le DICTIONNAIRE APOSTOLIQUE
à l'ufage de MM. les Curés des villes & de
la campagne , & de tous ceux qui fe deftinent
à la chaire , par le P. Hyacinte de
Montargon , Auguftin de Notre - Dame
des Victoires , Prédicateur du Roi , Aumônier
& Prédicateur du Roi de Pologne.
Duc de Lorraine & de Bar , tome 8 , & 2°
& dernier des myfteres , vol. in- 8 ° . 4 liv .
en blanc & s liv. relié.
Il comprend la Réfurrection & l'Afcenfion
de N. S. J. C. la defcente du S. Efprie
fur les Apôtres , le Myftete de la Trinité ,
l'Euchariftie en tant que Sacrificè & confidérée
comme Sacrement. Le neuvieme volume
eft fous preffe , & il comprendra les
fêtes de la Sainte Vierge , & paroîtra à la
Touffaints . Chez Lottin , rue S. Jacques ,
au Coq , où fe trouvent tous les livres à
Pufage du Diocèfe de Paus les livres à
JUILLET. 1735 79
La troifieme partie des TABLETTES DE
THEMIS , dont j'ai annoncé les premieres
parties dans le Mercure précédent , vient
de paroître , & fe vend chez les mêmes
Libraires. Elle contient la chronologie des
Préfidens , Chevaliers d'honneur , Avocats
& Procureurs généraux des Chambres des
Comptes de France & de Lorraine , des
Cours des Aides & de celles des Monnoies ;
les Prevôts des Marchands de Paris & de
Lyon , & la lifte des Bureaux des Finances ,
Préfidiaux , Bailliages , Sénéchauffées &
Prevôtés , avec une table alphabétique des
noms de famille.
L'auteur invite de nouveau ceux qui
poffedent des terres érigées en titre de
Marquifat , Comté , Vicomté & Baronie ,
de lui envoyer copie des lettres patentes
d'érection , ou au moins des extraits avec
des mémoires inftructifs tant fur lefdites
terres , que fur la généalogie de leur famille,
dont on marquera exactement l'état actuel
avec le blafon des armes , obfervant de
faire écrire ces mémoires très-lifiblement ,
fur-tout les noms propres , & de les adreffer
francs de port , à M. Chafot , rue des
Canettes , près S. Sulpice , à Paris .
TELLIAMED , ou entretiens d'un Philofophe
Indien avec un Miffionnaire Fran-
Diiij
80
MERCURE DE FRANCE.
çois fur la
diminution de la mer , par M.
de Maillet. Nouvelle édition , revûe , corrigée
& augmentée fur les originaux de
l'auteur , avec une vie de M. de Maillet ,
2 vol. in-12. Ce livre fingulier fe trouve
chez Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût.
HISTOIRE de Simonide & du fiécle
où il a vêcu , avec des éclairciffemens chronologiques
, par M. de Boiffy fils , 2 vol .
in- 12 , prix 2 liv. 1o fols broché . A Paris ,
chez Duchefne , rue S. Jacques , au Temple
du Goût , 1755.
Cet ouvrage eft précédé d'une préface
raifonnée. Nous en donnerons l'extrait le
mois prochain .
ELEMENS DE
DORIMASTIQUE *,
ou de l'art des effais , divifés en deux
par
ties , la premiere théorique & la feconde
pratique , 4 vol. in- 12 . A Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Sciencé.
* Ce livre eft traduit du latin de M. Cramer
, & le traducteur eft du choix de M.
Par , élémens de Dorimaftique , on entend
cette partie de la chymie qui concerne l'effai
des minéraux , lequel n'eft autre choſe qu'un
examen rigoureux de ces mêmes fubftances fait
en petit.
JUILLET51 1755 83
ز ا
Rouelle. On ne peut faire un plus grand
éloge de l'un & de l'autre . M. de V. dans
fon avertiffement déclare modeftement
que c'eft à M. Rouelle qu'il doit le peu
qu'il fçait en chymie. Non content , dit - il ,
de me fournir les éclairciffemens qui m'étoient
néceſſaires , fur ce que j'avois appris
dans fes leçons particulieres , que j'ai eu
le bonheur de fuivre plufieurs années , il
a bien voulu auffi m'apprendre à en faire
ufage. Ces remarques étoient néceffaires ;
elles feront au public un garant du mérite
de l'ouvrage qu'on lui préfente & de
l'exactitude de ma traduction , & elles me
fourniffent l'occafion de témoigner, ma
teconnoiffance à mon illuftre maître & de
la rendre publique.
Un pareil aveu le loue plus que tout
-ce que nous pourrions dire en fa faveur.
20: 1
VOYAGE de Paris à la Rocheguion
en vers burlesques , divifé en fix chants ,
par M. M ***. Se, trouve à Paris , chez
Caillean quai des Auguftins , & Chardon
fils , rue S. Jacques près la fontaine S. Severin
, à la Couronne d'or , 1 liv . broché.
Ce poëme eft dédié à l'ombre de Scarron .
Je crois qu'il ne le fera pas revivre.
02 2301 :
ESSAL HISTORIQUE , critique
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
philologique , politique , moral , littéraire
& galant , fur les lanternes , leur origine ,
Feur forme , leur utilité , &c . par une fociété
de gens de Lettres .
Cette brochure en profe fe trouve
chez Ganeau , rue S. Severin , & peut
fervir de pendant au Voyage en vers cideffus
indiqué. Elle eft adreffée au Docteur
Swift ; mais je doute qu'il veuille y
mettre fon attache pour la faire paffer á la
poftérité , comme l'auteur l'en prie.
HUDIBRAS , poëme héroïcomiques,
tité de l'Anglois de M. Samuel Butler ,
avec des notes & des figures . Se vend chez
Despilly Libraire , rue S. Jacques goabla
vieille Pofte. Cap duq 9 busi ni
La guerre civile & la fecte des Puritains
tournée én ridicule , font le fuiser de
ce poëme qui eft compofé de neuf chants.
On n'en a publié que le premier avec une
préface & la vie de l'auteur. Qu'on juge
par ce début de l'élégance de la traduction.
» Le noir démon dés guerres civiles & la
pâle difcorde , fa fdent bien- aimée , avoit
» lâché parmi nous leurs plus gros ferpens ;
» l'envie aux yeux verons & fournois ,
» nous échauffoit la bile par fes mauvais
"propos ; déja nous commencions à nous
quereller fans trop fçavoir pourquoi ,
JUILLET. 1755 * 81
» femblables à des gens ivres qui balbutient
» de colere , & fe gourment pour exalter
" une fille de théâtre , nous nous battions
» déja comme des fous & des enragés pour
❤le fimulacre de la religion... Nos épaules
» devenues les tambours de l'Eglife rece-
» voient au heu de coups de baguettes ,
» une grêle de coups de poings & c. Je
m'arrête là , je ne puis aller plus loin. Sur
cet échantillon , je crois qu'on dira (com
me M. de Voltaire ) que ce poëme eft intraduifible
, ou du moins qu'il est mal
traduit. C
Le tome cinquieme des LEGONS DE
PHYSIQUE EXPERIMENTALE, par
M. l'Abbé Nollet , de l'Académie royale
des Sciences , de la Société royale de Londres
, Maître de Phyfique de Monfeigneur
le Dauphin , & Profeffeur de Phyfique expérimentale
, vient de paroître , & le vend
à Paris , chez Guérin & Delatour , rue S.
Jacqués , à Saint Thomas d'Aquin
8 liv. en feuilles , & 3 liv. 2 f. 6 den.
broché.
Il eft augmenté de 10 fols attendu qu'il
a cent pages , & quatre ou cinq planches
en taille douce plus que les tomes précédens
; mais l'auteur déclare qu'il n'a confenti
à cette augmentation que pour ce
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
volume feulement. Il fe plaint dans le
même avertiffement qu'il fe répand en
France & dans les pays étrangers des exemplaires
contrefaits qui fourmillent de fautes.
Il defavoue ces éditions furtives , &
ne reconnoît pour fon ouvrage que ce qui
eft contenu dans celles qui fe font fous fes
yeux à Paris , chez les fieurs - Guerin &
Delatour.
2
Ce ' volume contient la quinzieme , la
feizieme & la dix- feptieme leçons fur la
lumiere & fur fes propriétés . Nous en
parlerons une autrefois plus au long. On
ne peut faire trop fouvent mention d'un
auffi excellent ouvrage , ni donner de
chaque partie un précis trop foigné.
TABLETTES GEOGRAPHIQUES
pour l'intelligence des hiftoriens & des
poëtes latins , 2 vol . Chez Lottin , rue S.
Jacques au Coq , 1755.
Elles font de M. Philippe de Pretot qui
a fi bien mis à profit les fages confeils de
fon illuftre pere , & qui a hérité de fon
fçavoir. Elles font imprimées fur le
même papier , & dans le même format
que les poëtes & les hiftoriens , dont il
nous a donné une édition fi juftement efti
mée , & peuvent leur fervir de notes.
JUILLET . 1755. 8 ¢
TRAITÉ du beau effentiel dans les
arts , appliqué particulierement à l'architecture
, & démontré physiquement & par
l'expérience. Avec un traité des proportions
harmoniques , où l'on fait voir que
c'eft de ces feules proportions que les
édifices généralement approuvés empruntent
leur beauté invariable . On y a joint
les deffeins de ces édifices & de plufieurs
autres , compofés par l'auteur fur les proportions
& leurs différentes divifions har
moniques tracées à côté de chaque deffein,
pour une plus facile intelligence. Les cinq
Ordres d'architecture des plus célebres Ar
chitectes , & l'on démontre qu'il font reglés
par les proportions. Plufieurs effais
de l'auteur fur chacun de ces Ordres , avec
la maniere de les exécuter fuivant fes principes
, & un abregé de l'hiſtoire de l'architecture
.
Par le S. C. E. Brifeux , Architecte ,
auteur de l'art de bâtir les maifons de
campagne , 2 vol . en un in -fol. 1752. Les
deux volumes au burin avec 98 planches ,
fervant de fuite à l'art de bâtir les maifons
de campagne. Ce traité fe trouve chez la
veuve Gandouin , Libraire , quai des Au+
guftins , à la Belle Image , la premiere
boutique du côté des Auguftins , à la def
cente du Pont-Neuf.
86 MERCURE DE FRANCE.
MANUEL DES DAMES DE CHARITÉ ,
troifieme édition , revûe , corrigée & augmentée
de plufieurs remedes choifis , extraits
des Ephémérides d'Allemagne. A Paris
, chez de Bure l'aîné , quai des Auguf
tins , à l'image S. Paul . 1755 .
*
Ce livre utile contient plufieurs formules
de médicamens faciles à préparer ,
dreffées en faveur des perfonnes charitables
, qui diftribuent des remedes aux pauvres
dans les villes & dans les campagnes ,
avec des remarques néceffaires pour faci
liter la jufte application des remedes qui
font contenus.
Y
>
Dans l'annonce que nous avons faite de
P'Oryctologie qui fe vend chez le même
Libraire , il nous eft échappé une erreur
que nous devons corriger nous avons
fait honneur de tous les frais de l'impreffion
à M. le Baron de Sparre , qui n'a contribué
que pour la dépenfe de la premiere
planche. C'eſt de Bure feul- qui a fait celle
du livre entier.
LE TRIOMPHE DE JESUS- CHRIST
dans le defert. Poëme facré , traduction libre
en vers françois du Paradis reconquis
de Milton ; Par M. Lancelin. A Paris
chez Defaint & Saillant , rue S. Jean de
Beauvais ; & chez Lambert , rue de la Comédie
françoiſe , au Parnaſſe.
JUILLET. 1755 87
Quoique M. Lancelin ait mis en vers
le Poëme le moins parfait de Milton , on
doit toujours lui fçavoir gré de fon effort.
Il s'eft peut-être ellayé par le plus foible
pour tenter un jour le plus fort. On peut
même dire à la rigueur qu'il a commencé
par le plus difficile. Le Paradis perdu réunit
tout ce qui peut élever l'efptit & lui
fervir de reffource , le fublime des idées !
la variété des images , & la chaleur de
l'action. Le Paradis reconquis eft admira
ble par fa morale , mais le fonds en eefkt
trifte & monotone; il ne peut fe foutenir
que par la beauté des détails , & par un
coloris fupérieurs qui eft peut-être la partie
dans tout original la plus malaifée à
traduire. C'eft au public , connoiffeur en
Poëfie , à décider fi M , Lancelin ya réuffr.
Pour moi je me borne au devoir de Journalifte
: j'indique fimplement fa traduction
. w insta
mennti fol ach sein.. who egokia ok ag
SPOT BOver, Tragédie en cinq
actes , avec préface. Prix 1 livre 4 folo; fe
vend chez Duchesne , rue S. Jacques.
Cette Tragédie, dont le héros eft un frorteur
& l'héroïne une foubrette , paroît une
imitation d'Arcagambis , avec cette diffe
rence qu'Arcagambis parodie le Cothar
ne dansle noble , & que Pilotboufi le tra
$ 8 MERCURE DE FRANCE.
veftit dans le plus bas. Ce drame m'a paru
très-bienfait pour amufer l'antichambre ,
mais peu digne de pénétrer jufqu'à l'appar
tement. Je ne puis me flater d'être lû de la
livrée ; cette raifon me difpenfe d'en don
ner l'extrait.
-1.
3'1 SOULS
slit baig s
REPONSE à la réfutation que M. Dibon
vient de faire de deux écrits publiés ,
il y a un an , en faveur de M. de Torrès ,
& dont nous avons parlé dans le premier
Mercure de Juin.
M. Carboneil , Docteur en Médecine , eft
l'auteur de cette réponſe. Il eſt d'abord trèsfcandalife
que M. Dibon doute de fon exifftence
, ainfi que de celle de M. Bertrand ,
Médecin comme lui . Vous affurez , lui dit- il,
que nous ne fommes que des Eires de raiſon ,
dans le tems que votre ouvrage paroît , on
nous voit tous deux , l'on apprend que M.
Bertrand eft fur le point d'obtenir une charge
de Médecin ordinaire du Roi . L'auteur
Le plaint enfuite de ce que M. Dibon traite
de chimerique la guérison de ce dernier
qui la publie & la certifie lui- même . M.
Carboneil ajoute que MM . Morand ,
Dieuxaide & Fernandès ont conftaté l'état
de ce malade , & que c'eft fous les yeux
de MM. Falconnet , Vernage , Lavirote &
Sanchez qu'il a été radicalement guério Il
T
JUILLET. 1755. 89
forme une autre plainte au ſujet de la lettre
du malade de cent cinquante lieues
que M. Dibon a rapportée feule , fans faire
mention de celle que ce malade écrivit à
fon pere avant fon départ . Pour la juftification
& la gloire de M. de Torrès , M. Carboneil
a inféré cette derniere lettre dans
fa réponſe. Elle contient l'éloge le plus
grand de fon ami , & la reconnoiffance la
plus vive du malade qui fe trouve guéri
après huit ans de fouffrances.
Nous rapportons les faits tels qu'on les
expofe de part & d'autre ; c'eft aux Maîtres
de l'art à les vérifier & à prononcer d'après
eux. Nous nous tenons àcet égard dans une
parfaite neutralité , comme nous l'avons
promis , &' comme il convient à tout Journaliſte,
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Résumé : « HISTOIRE de Louis XII, 3 vol. A Paris, Chez Lottin, rue S. Jacques, au [...] »
En juillet 1755, le Mercure de France présente divers ouvrages et articles. L'ouvrage principal est l''Histoire de Louis XII' en trois volumes, publiée chez Lottin à Paris. L'auteur voit l'histoire comme un pédagogue agréable et un censeur poli, soulignant que l'histoire nationale présente des faits et des personnages qui touchent directement les lecteurs, contrairement à l'histoire générale du monde. Louis XII est décrit comme un prince nerveux, bon joueur et charmant, doté d'une santé parfaite grâce à sa tempérance et ses exercices physiques. Le portrait de Louis XI, par Mlle de Luffan, est comparé à celui de Louis XII pour permettre au lecteur de juger de la ressemblance et de la vérité des descriptions. D'autres ouvrages mentionnés incluent le 'Dictionnaire Apostolique' du Père Hyacinte de Montargon, les 'Tablettes de Thémis' contenant des chronologies et des listes de fonctionnaires, et 'Telliamed' de M. de Maillet, un livre sur la diminution de la mer. Le texte évoque également des œuvres sur Simonide, la dorimastique, un voyage en vers burlesques, un essai sur les lanternes, une traduction de 'Hudibras', les 'Leçons de Physique Expérimentale' de l'Abbé Nollet, des 'Tablettes Géographiques' de M. Philippe de Pretot, et un 'Traité du beau essentiel dans les arts' de l'architecte S. C. E. Briseux. Enfin, le 'Manuel des Dames de Charité' est mentionné pour ses formules de médicaments utiles aux personnes charitables. Le texte corrige également une erreur concernant les frais d'impression d'un ouvrage d'oryctologie, attribuant les coûts à Bure plutôt qu'au Baron de Sparre. Il mentionne la traduction en vers français du poème sacré 'Le Paradis reconquis' de Milton, réalisée par M. Lancelin. Bien que ce poème soit considéré comme moins parfait que 'Le Paradis perdu', l'effort de traduction est apprécié. La tragédie 'Spot Bover' par Pilotboufi est jugée appropriée pour divertir dans l'antichambre mais moins digne d'être lue dans les appartements. Enfin, une controverse médicale entre M. Carboneil et M. Dibon concernant la guérison de M. de Torrès est rapportée. M. Carboneil réfute les doutes de M. Dibon en fournissant des témoignages et des lettres à l'appui, tout en rappelant la neutralité du journaliste face à cette controverse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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665
p. 139-146
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie royal de Nismes.
Début :
L'Académie s'étant assemblée le 15 May 1755, M. de Massip, avocat du Roi au [...]
Mots clefs :
Académie royale de Nîmes, Lettres, Voyageurs, Romains, Grecs, Hospitalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE de l'Académie royal de Nismes.
SEANCE PUBLIQUE
de l'Académie royale de Nifmes .
L'Académie s'étant affemblée le 15 May
1755 , M. de Maffip , avocat du Roi an
préfidial de Nifmes , & directeur , ouvrit
la feance par un Difcoursfur les avantages
que procurent les Lettres à ceux qui les
cultivent.
A plupart des hommes , dit- il , cherchent
leur avantage dans des bien's
fragiles & périffables qui leur font étrangers
, & ne fçauroient jamais les faire par.
venir au folide bonheur & à la véritable
gloire. L'on eft affuré de trouver l'un &
l'autre en s'attachant à l'étude des belleslettres
, en faifant fervir les divers talens
que la Providence nous a départis à
la perfection des fciences & des beaux.
arts , c'eft la maniere la plus noble dont
nous puiffions payer cette obligation naturelle
, le fervice perfonnel que tout citoyen
doit à la patrie , c'eft la voye la plus
fure pour parvenir à la véritable gloire ,
gloire d'autant plus flatteufe qu'on ne la
partage avec perfonne comme celle qui
140 MERCURE DE FRANCE.
vient des faccès militaires , & qu'on la tire
toure entiere de fon propre fonds ; à ces
premiers avantages fe joignent ceux d'être
exempts de ces paffions cruelles & tumultueufes
auxquelles les hommes vulgaires
font livrés , qui tirannifent leur coeur fans
pouvoirjamais le fatisfaire , l'homme de lettres
au contraire trouve dans le commerce
des mufes & la douceur de fa folitude une
tranquillité inaltérable. Content de fes
études & de foi-même , il cherche à augmenter
fes connoiffances à perfectionner
fes talens. Il jouit dans l'une & l'autre fortune
d'une égalité d'ame qui eft autant le
fruit de fa vertu que de fes lumieres . Elle
regle tous les mouvemens de fon coeur , en
fixe tous les defirs , enforte qu'elle paroît
comme affranchie des liens du corps , &
habiter déja cette région fupérieure du ciel
dont les vents & les tempêtes ne troublent
jamais le calme & la férénité. C'eſt à la faveur
de ce fecours qu'il eft inébranlable &
comme impaffible dans ces fameux revers
aufquels l'humanité eft fujette & qu'il
fupporte avec un courage invincible les
difgraces , les perfécutions , l'exil , la mort
même , foutenu par l'efpérance qu'il ne
meurt pas tout entier , & que fa réputa
tion échappera aux ténebres de l'oubli tant
que l'empire des lettres fubfiftera .
AOUST. 1755. 141
Divers exemples des grands hommes de
Lantiquité.
Quelques travaux , quelques veilles qu'il
en coute , les grands exemples de ces ames
fupérieures , de ces génies fublimes qui
ent rendu la carriere fi brillante , font bien
propres à enflammer nos coeurs d'une géné
reufe émulation . Nous en avons contracté
une obligation plus étroite en prenant
féance dans cette compagnie recommandable
par les grands hommes qu'elle a donnés
à la république des lettres , & qui en for
merent le premier établiſſement , leurs talens
diftingués n'ont pas moins fait d'honneur
à l'académie qu'à la patrie ; quel engagement
pour conferver ce précieux héritage
, ce dépôt de gloire qu'ils nous ont laif
fé & le tranfmettre à nos fucceffeurs.
M. le Beau de Schofne , affocié , lut enfuite
un poëme en deux chants fur l'harmonie.
M. Meynier lut un mémoire fur l'hofpitalité
ancienne. Il ne doute pas que cette
pratique fondée fur le befoin mutuel des
hommes ne foit auffi ancienne que le monde.
Du moins les Patriarches qui vêcurent
d'abord après le déluge exercerent l'hofpitalité
, Abraham & Lot accueillirent les
142 MERCURE DE FRANCE .
anges qui alloient à Sodome & qu'ils prenoient
pour des voyageurs. Il diftingua
trois fortes d'hofpitalités. La premiere ,
celle que la piété faifoit exercer envers les
étrangers , voyageurs , inconnus , telle que
celle d'Abraham envers les anges , & celle
d'Alcinous envers Ulyffe. La feconde étoit
une fuite de la précédente ; ceux qui avoient
logé chez une perfonne étoient dès - lors
liés avec elle par les liens de l'hofpitalité,
ils étoient obligés de fe loger & de ſe ſecourir
mutuellement , & ce droit paffoit à
leur poftérité ; telle eft l'hofpitalité exercée
par Raguel envers le jeune Tobie , & celle
de Neftor & de Menelas enversTélémaque .
On contractoit la troisieme forte d'hofpitalité
fans avoir vu les hôtes , on envoyoit
un préfent à une perfonne & on lui demandoit
de fe lier par le droit d'hofpitalité,
fi elle renvoyoit un autre préfent , & qu'elle
acceptat les offres , dès -lors les droits
étoient également facrés , telle eft l'hofpi
talité que Cyniras , roi de Chypre , contracte
avec Agamemnon dans l'Illiade. On
pourroit encore conter une quatrieme
forte de droit également facré , c'eſt le
droit du fuppliant . Le même principe de
religion obligeoit les payens à refpecter
& regarder comme un dépôt inviolable
dont on devoit rendre compte à la divi
1
A O UST. 1755. 143
nité , un homme réduit par fes malheurs à
prendre leur maifon pour refuge , fut- il
d'ailleurs leur plus grand ennemi . Le malheureux
s'affeyoit fur la cendre du foyer ,
& imploroit les dieux protecteurs de l'hofpitalité
, tel parut Themiftocle chez Admere
, roi des Moloffes , & tel encore le
fier Coriolan fe confia à Tullus , général
des Volfques fon ennemi capital . La maniere
d'exercer l'hospitalité étoit peu différente
dans les fiecles héroïques entre les
Hébreux & les Grecs ; M. M*** cite deux
exemples de ces deux nations & en fait
voir les rapports , une coutume commune
entre les nations étoit de ne point demander
le nom de fes hôtes avant la fin du repas.
On trouve même un exemple plus
tard , c'eft celui de Bellérophon à la cour
de Proetus , à qui on ne le demande que le
dixieme jour après fon arrivée.
On lavoit les pieds des voyageurs , cette
coutume ne fe pratiquoit gueres que pour
ceux qui voyageoient à pied , une femme
de la maifon s'acquittoit de cet emploi ;
dans la Grèce les voyageurs plus diftingués
étoient mis dans le bain par les filles
de l'hôte , les filles du roi même s'acquittoient
de cet emploi ; la plus jeune des filles
de Neftor , la belle Polycafte , met Télémaque
aux bains & le parfume d'effences:
144 MERCURE DE FRANCE.
tel étoit l'ufage de ces bons temps héroïques
, & tout fe paffoit avec fagelle . L'on
a remarqué avec raifon que nos moeurs
gagnent du côté de la délicareffe ce qu'elles
perdent du côté de la pureté.
Les préfens d'hofpitalité venoient enfuite
, ils fervoient de témoignage perpétuel
du lien qui uniffoit les familles , la
générofité des fiecles héroïques finit avec
les fiecles mêmes ; au lieu de ces préfens
on fe contenta de rompre en deux une
piece de monnoye dont chacun des deux
hôtes gardoit une portion , ou plus communement
de ſcier en deux un bâton d'yvoire
qu'ou nommoit teffera hofpitalis , on
en trouve encore dans les cabinets des
curieux .
Des villes entieres accordoient l'hofpitalité
, les Romains agirent ainfi envers
Timafithée chef des corfaires de Lipari.
Le droit d'hofpitalité étoit imprefcriptible
, & à moins d'y avoir renoncé ea
bonne forme par un acte devant les Magiftrats
, rien ne pouvoit y porter atteinte ,
dans la guerre même , les combattans
étoient obligés de fe refpecter. Le brave
Diomede dans le fixieme chapitre de l'Illiade
, n'ofe point porter une main facrilege
fur Glaucus fon hôte , tandis qu'Hector
& Teucer unis par les liens de la plus
proche
AOUST. 1755. 145
proche parenté combattent avec chaleur.
Les Dieux de l'hofpitalité étoient Jupiter,
ir , Venus , Minerve , Caftor &
Pollux , un Apollon furnommé bécğeri☺ ,
& fur-tout les Dieux Lares , les fables les
plus anciennes & les plus facrées contribuoient
à faire reſpecter le caractere d'hôte
comme facré. Jupiter & Mercure voya
geant parmi les hommes , puniffent Lycaon
pour avoir violé ce droit , récompenfant
Philemon & Baucis . Les Grecs ont pu avoir
quelque connoiffance indirecte par les
Egyptiens du voyage des Anges fur la terre
, du moins Homere fait dire fouvent à
fes perfonnages , que peut- être la perfonne
de l'étranger cache un des Dieux immortels.
M. Meynier finit par examiner
pourquoi l'hofpitalité n'eſt plus pratiquée
parmi nous ? il en tire la raifon de l'excellent
ouvrage de ce Sage , dont nous
déplorons encore la perte , l'illuftre Montefquieu.
La perte de cette vértu vient
de l'efprit de commerce qui s'eft établi
parmi nous , il produit , dit- il , un certain
fentiment de juftice exacte , oppofé d'un
côté au brigandage , & de l'autre à ces
vertus morales qui font qu'on ne diſcute
pas toujours fes intérêts avec rigueur , &
qu'on les néglige pour ceux des autres.
Les Grecs & les Romains , dès que leuc
G
146 MERCURE DE FRANCE.
empire fut étendu , n'exercerent plus l'hof
pitalité de la maniere généreufe que nous
admirons dans les fiécles héroïques ; ils
n'oferent renoncer à une coutume confervée
par leur religion & par leurs ancêtres
; mais ils reftreignirent l'hofpitalité
au logement & à l'uftenfile. L'étranger
fourniffoit la nourriture de fes chevaux ,
& fouvent même achetoit la fienne. La
charité du Chriftianifme a fuppléé au befoin
que les pauvres pourroient en avoir.
Nos voyageurs ont peu à defirer des
moeurs anciennes fur l'hofpitalité.
On donnera la fuite de cette féance dans
le Mercure du mois prochain.
de l'Académie royale de Nifmes .
L'Académie s'étant affemblée le 15 May
1755 , M. de Maffip , avocat du Roi an
préfidial de Nifmes , & directeur , ouvrit
la feance par un Difcoursfur les avantages
que procurent les Lettres à ceux qui les
cultivent.
A plupart des hommes , dit- il , cherchent
leur avantage dans des bien's
fragiles & périffables qui leur font étrangers
, & ne fçauroient jamais les faire par.
venir au folide bonheur & à la véritable
gloire. L'on eft affuré de trouver l'un &
l'autre en s'attachant à l'étude des belleslettres
, en faifant fervir les divers talens
que la Providence nous a départis à
la perfection des fciences & des beaux.
arts , c'eft la maniere la plus noble dont
nous puiffions payer cette obligation naturelle
, le fervice perfonnel que tout citoyen
doit à la patrie , c'eft la voye la plus
fure pour parvenir à la véritable gloire ,
gloire d'autant plus flatteufe qu'on ne la
partage avec perfonne comme celle qui
140 MERCURE DE FRANCE.
vient des faccès militaires , & qu'on la tire
toure entiere de fon propre fonds ; à ces
premiers avantages fe joignent ceux d'être
exempts de ces paffions cruelles & tumultueufes
auxquelles les hommes vulgaires
font livrés , qui tirannifent leur coeur fans
pouvoirjamais le fatisfaire , l'homme de lettres
au contraire trouve dans le commerce
des mufes & la douceur de fa folitude une
tranquillité inaltérable. Content de fes
études & de foi-même , il cherche à augmenter
fes connoiffances à perfectionner
fes talens. Il jouit dans l'une & l'autre fortune
d'une égalité d'ame qui eft autant le
fruit de fa vertu que de fes lumieres . Elle
regle tous les mouvemens de fon coeur , en
fixe tous les defirs , enforte qu'elle paroît
comme affranchie des liens du corps , &
habiter déja cette région fupérieure du ciel
dont les vents & les tempêtes ne troublent
jamais le calme & la férénité. C'eſt à la faveur
de ce fecours qu'il eft inébranlable &
comme impaffible dans ces fameux revers
aufquels l'humanité eft fujette & qu'il
fupporte avec un courage invincible les
difgraces , les perfécutions , l'exil , la mort
même , foutenu par l'efpérance qu'il ne
meurt pas tout entier , & que fa réputa
tion échappera aux ténebres de l'oubli tant
que l'empire des lettres fubfiftera .
AOUST. 1755. 141
Divers exemples des grands hommes de
Lantiquité.
Quelques travaux , quelques veilles qu'il
en coute , les grands exemples de ces ames
fupérieures , de ces génies fublimes qui
ent rendu la carriere fi brillante , font bien
propres à enflammer nos coeurs d'une géné
reufe émulation . Nous en avons contracté
une obligation plus étroite en prenant
féance dans cette compagnie recommandable
par les grands hommes qu'elle a donnés
à la république des lettres , & qui en for
merent le premier établiſſement , leurs talens
diftingués n'ont pas moins fait d'honneur
à l'académie qu'à la patrie ; quel engagement
pour conferver ce précieux héritage
, ce dépôt de gloire qu'ils nous ont laif
fé & le tranfmettre à nos fucceffeurs.
M. le Beau de Schofne , affocié , lut enfuite
un poëme en deux chants fur l'harmonie.
M. Meynier lut un mémoire fur l'hofpitalité
ancienne. Il ne doute pas que cette
pratique fondée fur le befoin mutuel des
hommes ne foit auffi ancienne que le monde.
Du moins les Patriarches qui vêcurent
d'abord après le déluge exercerent l'hofpitalité
, Abraham & Lot accueillirent les
142 MERCURE DE FRANCE .
anges qui alloient à Sodome & qu'ils prenoient
pour des voyageurs. Il diftingua
trois fortes d'hofpitalités. La premiere ,
celle que la piété faifoit exercer envers les
étrangers , voyageurs , inconnus , telle que
celle d'Abraham envers les anges , & celle
d'Alcinous envers Ulyffe. La feconde étoit
une fuite de la précédente ; ceux qui avoient
logé chez une perfonne étoient dès - lors
liés avec elle par les liens de l'hofpitalité,
ils étoient obligés de fe loger & de ſe ſecourir
mutuellement , & ce droit paffoit à
leur poftérité ; telle eft l'hofpitalité exercée
par Raguel envers le jeune Tobie , & celle
de Neftor & de Menelas enversTélémaque .
On contractoit la troisieme forte d'hofpitalité
fans avoir vu les hôtes , on envoyoit
un préfent à une perfonne & on lui demandoit
de fe lier par le droit d'hofpitalité,
fi elle renvoyoit un autre préfent , & qu'elle
acceptat les offres , dès -lors les droits
étoient également facrés , telle eft l'hofpi
talité que Cyniras , roi de Chypre , contracte
avec Agamemnon dans l'Illiade. On
pourroit encore conter une quatrieme
forte de droit également facré , c'eſt le
droit du fuppliant . Le même principe de
religion obligeoit les payens à refpecter
& regarder comme un dépôt inviolable
dont on devoit rendre compte à la divi
1
A O UST. 1755. 143
nité , un homme réduit par fes malheurs à
prendre leur maifon pour refuge , fut- il
d'ailleurs leur plus grand ennemi . Le malheureux
s'affeyoit fur la cendre du foyer ,
& imploroit les dieux protecteurs de l'hofpitalité
, tel parut Themiftocle chez Admere
, roi des Moloffes , & tel encore le
fier Coriolan fe confia à Tullus , général
des Volfques fon ennemi capital . La maniere
d'exercer l'hospitalité étoit peu différente
dans les fiecles héroïques entre les
Hébreux & les Grecs ; M. M*** cite deux
exemples de ces deux nations & en fait
voir les rapports , une coutume commune
entre les nations étoit de ne point demander
le nom de fes hôtes avant la fin du repas.
On trouve même un exemple plus
tard , c'eft celui de Bellérophon à la cour
de Proetus , à qui on ne le demande que le
dixieme jour après fon arrivée.
On lavoit les pieds des voyageurs , cette
coutume ne fe pratiquoit gueres que pour
ceux qui voyageoient à pied , une femme
de la maifon s'acquittoit de cet emploi ;
dans la Grèce les voyageurs plus diftingués
étoient mis dans le bain par les filles
de l'hôte , les filles du roi même s'acquittoient
de cet emploi ; la plus jeune des filles
de Neftor , la belle Polycafte , met Télémaque
aux bains & le parfume d'effences:
144 MERCURE DE FRANCE.
tel étoit l'ufage de ces bons temps héroïques
, & tout fe paffoit avec fagelle . L'on
a remarqué avec raifon que nos moeurs
gagnent du côté de la délicareffe ce qu'elles
perdent du côté de la pureté.
Les préfens d'hofpitalité venoient enfuite
, ils fervoient de témoignage perpétuel
du lien qui uniffoit les familles , la
générofité des fiecles héroïques finit avec
les fiecles mêmes ; au lieu de ces préfens
on fe contenta de rompre en deux une
piece de monnoye dont chacun des deux
hôtes gardoit une portion , ou plus communement
de ſcier en deux un bâton d'yvoire
qu'ou nommoit teffera hofpitalis , on
en trouve encore dans les cabinets des
curieux .
Des villes entieres accordoient l'hofpitalité
, les Romains agirent ainfi envers
Timafithée chef des corfaires de Lipari.
Le droit d'hofpitalité étoit imprefcriptible
, & à moins d'y avoir renoncé ea
bonne forme par un acte devant les Magiftrats
, rien ne pouvoit y porter atteinte ,
dans la guerre même , les combattans
étoient obligés de fe refpecter. Le brave
Diomede dans le fixieme chapitre de l'Illiade
, n'ofe point porter une main facrilege
fur Glaucus fon hôte , tandis qu'Hector
& Teucer unis par les liens de la plus
proche
AOUST. 1755. 145
proche parenté combattent avec chaleur.
Les Dieux de l'hofpitalité étoient Jupiter,
ir , Venus , Minerve , Caftor &
Pollux , un Apollon furnommé bécğeri☺ ,
& fur-tout les Dieux Lares , les fables les
plus anciennes & les plus facrées contribuoient
à faire reſpecter le caractere d'hôte
comme facré. Jupiter & Mercure voya
geant parmi les hommes , puniffent Lycaon
pour avoir violé ce droit , récompenfant
Philemon & Baucis . Les Grecs ont pu avoir
quelque connoiffance indirecte par les
Egyptiens du voyage des Anges fur la terre
, du moins Homere fait dire fouvent à
fes perfonnages , que peut- être la perfonne
de l'étranger cache un des Dieux immortels.
M. Meynier finit par examiner
pourquoi l'hofpitalité n'eſt plus pratiquée
parmi nous ? il en tire la raifon de l'excellent
ouvrage de ce Sage , dont nous
déplorons encore la perte , l'illuftre Montefquieu.
La perte de cette vértu vient
de l'efprit de commerce qui s'eft établi
parmi nous , il produit , dit- il , un certain
fentiment de juftice exacte , oppofé d'un
côté au brigandage , & de l'autre à ces
vertus morales qui font qu'on ne diſcute
pas toujours fes intérêts avec rigueur , &
qu'on les néglige pour ceux des autres.
Les Grecs & les Romains , dès que leuc
G
146 MERCURE DE FRANCE.
empire fut étendu , n'exercerent plus l'hof
pitalité de la maniere généreufe que nous
admirons dans les fiécles héroïques ; ils
n'oferent renoncer à une coutume confervée
par leur religion & par leurs ancêtres
; mais ils reftreignirent l'hofpitalité
au logement & à l'uftenfile. L'étranger
fourniffoit la nourriture de fes chevaux ,
& fouvent même achetoit la fienne. La
charité du Chriftianifme a fuppléé au befoin
que les pauvres pourroient en avoir.
Nos voyageurs ont peu à defirer des
moeurs anciennes fur l'hofpitalité.
On donnera la fuite de cette féance dans
le Mercure du mois prochain.
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE de l'Académie royal de Nismes.
Le 15 mai 1755, l'Académie royale de Nifmes organisa une séance publique. M. de Maffip, avocat du Roi et directeur, inaugura la séance par un discours sur les avantages des lettres. Il souligna que la plupart des hommes recherchent des biens éphémères, tandis que les lettres offrent un véritable bonheur et une gloire authentique. Cultiver les lettres permet de servir la patrie et d'atteindre une gloire personnelle inaliénable, exemptée des passions tumultueuses. L'homme de lettres trouve dans l'étude et la solitude une tranquillité inaltérable, une égalité d'âme et une résistance aux revers de la vie. M. de Maffip insista également sur l'importance des grands exemples de l'Antiquité pour enflammer l'émulation et rappela l'héritage des grands hommes ayant formé l'Académie, ainsi que l'obligation de conserver et transmettre ce précieux dépôt de gloire. Par la suite, M. le Beau de Schoffne lut un poème en deux chants sur l'harmonie. M. Meynier présenta un mémoire sur l'hospitalité ancienne, explorant les différentes formes pratiquées par les Patriarches, les Hébreux et les Grecs. Il souligna l'ancienneté et la sacralité de cette vertu, distinguant trois types d'hospitalité : celle envers les étrangers, celle entre personnes ayant déjà logé ensemble, et celle contractée par échange de présents. Il mentionna également le droit du suppliant, où un homme en détresse trouvait refuge et protection. M. Meynier conclut en attribuant la perte de cette vertu à l'esprit de commerce, qui privilégie la justice exacte au détriment des vertus morales. Il nota que les Grecs et les Romains avaient restreint l'hospitalité à mesure que leur empire s'étendait, et que la charité chrétienne avait suppléé aux besoins des pauvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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666
p. 148-158
Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte-Foy. 1755.
Début :
Selon toute apparence, Alger, ainsi que toute la côte de Barbarie, fut peuplée [...]
Mots clefs :
Vaisseaux, Guerre, Algériens, États généraux, Ennemis, Espagnols, Roi d'Espagne, Barbarie, Hollandais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte-Foy. 1755.
Hiftoire abrégée des guerres des Algériens avec
les Hollandois , traduite de l'Allemand ,
par M. Radix de Sainte- Foy . 1755 .
Elon toute apparence , Alger, ainfi que
toute la côte de Barbarie , fut peuplée
d'abord par les Egyptiens . Les Pheniciens
y établirent enfuite des colonies , & y bâtirent
Utique & Carthage. Depuis, tous les
petits Princes de la côte furent fubjugués
par les Carthaginois , ou devinrent leurs
tributaires : mais ces Princes , las enfin de
la domination Garthaginoife , s'offrirent
aux Romains pour leur aider à foumettre
Carthage. Ceux- ci refterent maîtres de la
côte jufqu'au cinquiéme fiécle , que les
Vandales s'en emparerent. Les Barbares
furent obligés dans la fuite de rendre leur
AOUST. 1755. 149
conquête aux Empereurs Romains , ou
pour mieux dire , aux Empereurs Grecs ,
qui poffederent cette côte , jufqu'à ce que
les Califes Sarrazins , fucceffeurs de Mahomet
envahirent dans le feptiéme fiécle
toute la partie feptentrionale de l'Afrique,
auquel tems l'Alger que nous connoiffons
devint la ville capitale de la Mauritanie .
Alger dépendit enfuite , premierement de
la ville de Conftantine , & fucceffivement
de Bugie , d'Hyppone , & enfin de Tremecen
, ou Telencin , jufqu'à l'incurfion
des Barbares Mahométans , qui diviferent
la côte de Barbarie en plufieurs royaumes ,
entre lefquels étoient Alger , Tunis & Tripoli
. Quelques fiécles après , la ville d'Alger
devint tributaire du Roi de Tunis ,
qui promit de lui laiffer , comme à une
République , la jouiffance de fes privileges.
L'an 1510 , Alger fe foumit par crainte
du Roi d'Espagne à un riche More ,
nommé Sélim Eutimi ; cependant quelques
années après , Ferdinand , Roi d'Efpagne ,
la prit , bâtit une forte citadelle fur la place
où eft à préfent le port , & y mit une
nombreuſe garnifon. Après la mort de
Ferdinand , les Algériens chercherent à fecouer
le joug des Efpagnols , & vers l'an
1516 ils appellerent à leur fecours le fameux
Pirate Barberouffe qui vint , maffa-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
cra Eutimi , s'érigea lui - même en Roid'Alger
, & regna jufqu'en l'année 1517 ,
qu'il fut tué dans un combat. Les Algériens
élurent pour leur Roi Héreddin Barberouffe
fon frere ; mais comme il n'étoit
pas en état de faire tête à fes ennemis , &
fur tout aux Efpagnols , il eut recours à
la Porte , & rendit tributaire du Grand
Seigneur Alger , & une grande partie de
la côte de Barbarie .
Les Algériens enflés d'une telle protection
, en devinrent plus audacieux à pillerles
vaiffeaux Chrétiens ; l'on vit de jour
en jour accroître leur infolence. L'Empereur
Charlequint irrité de leurs pirateries,
vint affiéger Alger l'an 1 541 , avec cent
gros vaiffeaux , & dix- huit grandes galeres
qui portoient en tout vingt- deux mille
hommes : mais une tempête violente & un
ouragan terrible qui s'éleverent le 20 Octobre
, firent couler à fond tous les vaiffeaux
& quinze galeres , pendant que les
troupes de débarquement furent pourfuivies
dans leur retraite précipitée . La plus
grande partie fut paffée au fil de l'épée , &
l'Empereur lui -même eût bien de la peine
à regagner la Sicile avec une feule galere.
De ce moment , Alger devint une retraite
formidable de Pirates , & un nid de voleurs
. Sa marine augmenta , & les courfes
A O UST. 1755 15 !
de fes Barbares habitans , firent un grand
tort aux Chrétiens , principalement aux
habitans des Pays-Bas , fur- tout depuis
l'année 1590 que ceux - ci commencerent
à étendre leur commerce par le Détroit de
Gibraltar en Italie , & même jufqu'au Levant.
Enfin au commencement du dix-feptiéme
fiécle le mal devint fi grand que les
Etats Généraux fe déterminerent en 1612
à envoyer à Conftantinople , en qualité
d'Ambaſſadeur , le fieur Cornelius Hage
pour obtenir par un traité , à l'exemple des
autres nations , un commerce libre dans
toutes les provinces dépendantes de la Porte.
Cette Ambaffade eut un fuccès fi heureux
, que les Turcs dans le vingt & unié-.
me article du traité défendirent aux Algé
riens de jamais faire le moindre tort aux
vaiffeaux hollandois , fous quelque prétexte
que ce put être : Mais ceux - ci fe
conformerent mal à cette défenſe , foit
que l'autorité des Turcs fut affez peu refpectée
dans la Barbarie , foit que la Porte
ne pût donner affez de fecours à ceux
d'Alger & de Tunis contre les infultes des
Efpagnols établis à Oran : d'ailleurs , les
premiers repréfenterent que fi on les em →
pêchoit d'aller en courfe , il leur étoit abe
folument impoffible d'entretenir le nombre
G
iiij
152 MERCURE DE FRANCE .
néceſſaire de Janiffaires. La Porte fut donc
obligée de fermer les yeux fur leurs procé
dés , & ils continuerent d'attaquer indifféremment
amis & ennemis.
Cependant en 1617 , à la follicitation
de Cornelius Hage , la Porte renouvella la
défenfe faite aux Algériens , de prendre
les bâtimens hollandois ; mais ils continuerent
à les arrêter , & à s'emparer de
toutes les marchandiſes appartenantes aux
Efpagnols & aux Italiens ; & fur les plaintes
réitérées , en 1619 ils écrivirent aux
Etats Genéraux une lettre , dans laquelle
ils leurs faifoient connoître » qu'ils ne
pouvoient nullement ceffer de vifiter
leurs navires , & d'en enlever toutes les
" marchandiſes des Efpagnols & des Ita
» liens , mais qu'afin qu'ils n'en fouffrif
fent aucun tort , ils leurs promettoient
de leur en payer exactement le fret .
و و
-
Les Etats Généraux leur objecterent
que cette propofition étoit formellement
oppofée au traité fait en 1612 , avec le
Grand Seigneur , & ils les menacerent ,
s'ils refufoient plus long- tems de s'y conformer
, de les traiter en ennemis . En effet
en l'année 1619 leurs Hautes Puiffances
commencerent contre ces Corfaires des
hoftilités ouvertes.
Les Algériens , dans l'efpace de treize
A O UST. 1755. 153
mois,prirent aux Hollandois cent quarantetrois
vaiſſeaux , ceux-ci leur en prirent auffi
plufieurs ; & leur animofité étoit fi forte
contre ces Pirates , que tous ceux qu'ils
prenoient étoient incontinent jettés à la
mer ; mais les Hollandois virent bientôt
que la guerre ne conduifoit pas à leur objet
; ils firent de nouvelles propofitions
aufquelles les Algériens répondirent » que
» leurs Hautes Puiffances pouvoient en-
» voyer quelqu'un avec des vaiffeaux de
»guerre pour emmener les efclaves , &
qu'ils verroient alors que » leur paix
feroit une véritable paix , leur parole une
parole inviolable , & leurs affurances des
furetés. Cependant la fauffeté de cette promeffe
s'eft foutenue jufqu'à préfent.
39
Dans le mois de Juin 1622 , les Etats
Généraux envoyerent le fieur Pinacker
Profeffeur dans l'Univerfité de Groningue,
à Alger , où il arriva le 3 Septembre ; il
fit tant par fes négociations qu'il obtint
que la vifite des vaiffeaux hollandois cefferoit
, & que les prifonniers feroient mis
en liberté & afin d'ôter tout prétexte aux
Pirates , leurs Hautes Puiffances ordonnerent
que tous leurs vaiffeaux deftinés pour
le Détroit de Gibraltar ou pour le Levant ,
feroient munis d'un paffeport , qui déclareroit
que les Capitaines étoient vé-
,
:
»
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
و ر
ritablement Hollandois , & qu'ils avoient
» fait ferment que leurs vaiffeaux , auffi-
» bien que leur chargement , n'apparte-
» noient ni en entier ni en partie aux en-
» nemis du Grand Seigneur.
Leurs Hautes Puiffances publierent dans
la même année une défenfe aux vaiffeaux
marchands de ne plus fortir fans eſcorte.
Malgré ces précautions la paix fut encore
rompue par les Algériens , dont la puiffance
augmenta tellement , qu'en l'année
1659 ils mirent en mer , en différentes
efcadres , feize vaiffeaux de guerre de
vingt quatre à trente- fix piéces de canon ,
de quatre à cinq cens hommes d'équipage
, & deux galeres de vingt- deux à vingthuit
paires de rames , ayant à bord un pareil
nombre d'hommes ; alors les vaiffeaux
de guerre hollandois coururent eux - mêmes
rifque d'être enlevés avec les marchands
auxquels ils fervoient d'efcorte .
On avoit déja employé plufieurs moyens
pour détruire cette ville corfaire , & le fameux
Amiral Ruiter fut envoyé en 1655
pour brûler ces Barbarefques dans leur
port ; cependant ce projet échoua à cauſe
d'un trop grand calme , & c'eft alors que
ce grand Amiral dit , que celui qui voudroit
attaquer la ville ou le port d'Alger , devroit
avoir pour lui le foleil & la lune , le jour &
A O UST. 1755. 155
la nuit , le vent & le tems ; le vent favoiable
pour s'approcher de la ville & pour
s'en éloigner , le tems clair & ferein pour
découvrir l'entrée de la rade , ou au moins
un Pilote habile à qui la fituation des lieux
fut entierement connue fans compter
qu'il faudroit que les habitans de la ville
ignoraflent abfolument ce deffein , parce
que pour peu qu'ils fuffent fur leurs gardes
, il leur feroit facile d'empêcher l'entrée
des vaiffeaux dans leur port.
›
Cependant perfonne n'a attaqué ces
Corfaires avec plus d'avantage , perfonne
ne leur a fait plus de tort que le méme
Amiral Ruiter , & n'a fçu mieux les combattre.
Il les ferra de fi près , & jetta fi
fort l'allarme parmi eux ; que leurs foldats
refufoient de s'embarquer : deforte
qu'en l'année 1662 ils furent obligés de
demander le rétabliffement de la paix aux
mêmes conditions qu'ils venoient de la renouveller
avec les Anglois, c'est- à- dire que
»leurs armateurs, lorfqu'ils rencontreroient
» un vaiffeau Hollandois , feroient obligés
d'envoyer à fon bord deux hommes de leur
Ȏquipage pour demander amiablement s'il
» n'avoit pas des hommes ou des marchan-
» difes qui appartiendroient à leurs ennemis.
Cette ftipulation fut rejettée , &
ils furent fort heureux d'obtenir des Hol
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
landois la paix le 16 Novembre 1662 fous
cette condition : Vaiffeau libre , marchandifes
libres , nulle vifite .
"
La ville d'Alger & fes châteaux étoient
alors garnis de fept cens quatre - vingtcinq
pieces de canon , dont toutes les bouches
étoient tournées vers la mer , & les
rénégats difoient fecrettement à l'Amiral
Ruiter , que fi les Etats Généraux vou-
» loient que la paix fut bien obſervée , ils
» ne devoient jamais laiffer fortir aucun
vaiffeau marchand fans efcorte , "qu'ils
» devoient avoir un bon nombre de vaif-
"feaux de guerre dans la Méditerranée , &
» les faire voir quelquefois fur la rade d'Alfous
prétexte de faire de l'eau , pour
tenir dans la crainte les ennemis , parce
» que fans cela les Algériens pourroient
facilement enfreindre les traités.
» ger ,
Dans la paix de 662 , la Régence d'Alger
ftipula deux ou trois articles pour prévenir
dans la fuite des tems toute occafion
de différens fâcheux : 1 ° . » Qu'il fe-
» roit défendu à tous les Hollandois de
tirer fur les vaiffeaux algériens qu'ils
» pourroient rencontrer. 2 °. Que les Etats
» Généraux feroient faire un fceau particulier
pour les paffeports de mer , qu'ils
l'enverroient au Conful d'Alger , qui
l'imprimeroit fur tous les pleins pouvoirs
» des Armateurs algériens , afin que ceux-
39
X
AOUST. 1755. 157
ci puffent conftater la vérité des paffe-
» ports , en confrontant le fceau des Hollandois
avec le leur. 3 ° . Que les Etats
» Généraux auroient feuls le droit d'accor-
» der les paffeports de mer.
Ceci eft d'autant plus remarquable que
l'Amiral Ruiter écrivit peu de tems après
aux Etats Généraux , que les Hambour
geois avoient des correfpondans à Amfterdam
, qui pour de l'argent faifoient ferment
que les vaiffeaux appartenoient à des
négocians de cette ville , & qu'il avoit auffi
découvert que plufieurs Confuls ne faifoient
nul fcrupule de délivrer des paſſeports
à des Capitaines de vaiffeaux étrangers
.
Quoiqu'il en foit , la paix ne
ne dura
pas
long- tems ; car dès l'année fuivante 1663 ,
les Algériens vifiterent de nouveau quelques
vaiffeaux hollandois , ils rompirent
par conféquent le traité , & enleverent
diverfes marchandifes , fous le prétexte
qu'elles appartenoient à leurs ennemis , &
que la ratification du traité des Etats Géneraux
, ainfi que le payement de la rançon
des Efclaves hollandois , avoit tardé
trop long tems .
La guerre recommença donc encore
une fois , & l'Amiral Tromp prit le 10
Janvier 1664 deux vaiffeaux algériens
+18 MERCURE DE FRANCE.
qui emmenoient deux prifes avec eux.
Cette perte fit un fi grand tort à ces Pirates
qu'ils promirent de » rendre toutes
» les marchandifes qu'ils avoient enlevées
» fur mer , d'exécuter à l'avenir religieufement
le traité , & même de rompre la
"
paix avec les Anglois , fi les Etats Gé-
» néraux étoient bien difpofés à la faire
» avec eux . Leurs Hautes Puiffances ,
bien loin de prêter l'oreille à ces propoftions
captieufes , propoferent à la France ,
à l'Efpagne & à l'Angleterre de fe joindre
à eux pour envoyer une flotte qui pourfuivroit
par- tour ces Barbares , bloqueroit
leurs ports , & empêcheroit abfolument
leurs croifieres & leurs pirateries , fans
jamais entendre à aucune propofition de
paix de leurs part , mais aucune de ces
trois Puiffances ne voulut s'y prêter ; cependant
les Hollandois envoyerent l'Amiral
Ruiter avec une flotte de douze vaiffeaux
de guerre dans la Méditerranée , &
à Alger pour hâter la conclufion du traité
avec la Régence ; mais les Algériens le
retinrent long- tems fans fujet , & l'amuferent
fous des prétextes frivoles ; deſorte
qu'il fe vit obligé de leur déclarer la guerre
par ordre de leurs Hautes Puiffances.
On donnera lafuite dans le Mercure du
mois prochain.
les Hollandois , traduite de l'Allemand ,
par M. Radix de Sainte- Foy . 1755 .
Elon toute apparence , Alger, ainfi que
toute la côte de Barbarie , fut peuplée
d'abord par les Egyptiens . Les Pheniciens
y établirent enfuite des colonies , & y bâtirent
Utique & Carthage. Depuis, tous les
petits Princes de la côte furent fubjugués
par les Carthaginois , ou devinrent leurs
tributaires : mais ces Princes , las enfin de
la domination Garthaginoife , s'offrirent
aux Romains pour leur aider à foumettre
Carthage. Ceux- ci refterent maîtres de la
côte jufqu'au cinquiéme fiécle , que les
Vandales s'en emparerent. Les Barbares
furent obligés dans la fuite de rendre leur
AOUST. 1755. 149
conquête aux Empereurs Romains , ou
pour mieux dire , aux Empereurs Grecs ,
qui poffederent cette côte , jufqu'à ce que
les Califes Sarrazins , fucceffeurs de Mahomet
envahirent dans le feptiéme fiécle
toute la partie feptentrionale de l'Afrique,
auquel tems l'Alger que nous connoiffons
devint la ville capitale de la Mauritanie .
Alger dépendit enfuite , premierement de
la ville de Conftantine , & fucceffivement
de Bugie , d'Hyppone , & enfin de Tremecen
, ou Telencin , jufqu'à l'incurfion
des Barbares Mahométans , qui diviferent
la côte de Barbarie en plufieurs royaumes ,
entre lefquels étoient Alger , Tunis & Tripoli
. Quelques fiécles après , la ville d'Alger
devint tributaire du Roi de Tunis ,
qui promit de lui laiffer , comme à une
République , la jouiffance de fes privileges.
L'an 1510 , Alger fe foumit par crainte
du Roi d'Espagne à un riche More ,
nommé Sélim Eutimi ; cependant quelques
années après , Ferdinand , Roi d'Efpagne ,
la prit , bâtit une forte citadelle fur la place
où eft à préfent le port , & y mit une
nombreuſe garnifon. Après la mort de
Ferdinand , les Algériens chercherent à fecouer
le joug des Efpagnols , & vers l'an
1516 ils appellerent à leur fecours le fameux
Pirate Barberouffe qui vint , maffa-
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
cra Eutimi , s'érigea lui - même en Roid'Alger
, & regna jufqu'en l'année 1517 ,
qu'il fut tué dans un combat. Les Algériens
élurent pour leur Roi Héreddin Barberouffe
fon frere ; mais comme il n'étoit
pas en état de faire tête à fes ennemis , &
fur tout aux Efpagnols , il eut recours à
la Porte , & rendit tributaire du Grand
Seigneur Alger , & une grande partie de
la côte de Barbarie .
Les Algériens enflés d'une telle protection
, en devinrent plus audacieux à pillerles
vaiffeaux Chrétiens ; l'on vit de jour
en jour accroître leur infolence. L'Empereur
Charlequint irrité de leurs pirateries,
vint affiéger Alger l'an 1 541 , avec cent
gros vaiffeaux , & dix- huit grandes galeres
qui portoient en tout vingt- deux mille
hommes : mais une tempête violente & un
ouragan terrible qui s'éleverent le 20 Octobre
, firent couler à fond tous les vaiffeaux
& quinze galeres , pendant que les
troupes de débarquement furent pourfuivies
dans leur retraite précipitée . La plus
grande partie fut paffée au fil de l'épée , &
l'Empereur lui -même eût bien de la peine
à regagner la Sicile avec une feule galere.
De ce moment , Alger devint une retraite
formidable de Pirates , & un nid de voleurs
. Sa marine augmenta , & les courfes
A O UST. 1755 15 !
de fes Barbares habitans , firent un grand
tort aux Chrétiens , principalement aux
habitans des Pays-Bas , fur- tout depuis
l'année 1590 que ceux - ci commencerent
à étendre leur commerce par le Détroit de
Gibraltar en Italie , & même jufqu'au Levant.
Enfin au commencement du dix-feptiéme
fiécle le mal devint fi grand que les
Etats Généraux fe déterminerent en 1612
à envoyer à Conftantinople , en qualité
d'Ambaſſadeur , le fieur Cornelius Hage
pour obtenir par un traité , à l'exemple des
autres nations , un commerce libre dans
toutes les provinces dépendantes de la Porte.
Cette Ambaffade eut un fuccès fi heureux
, que les Turcs dans le vingt & unié-.
me article du traité défendirent aux Algé
riens de jamais faire le moindre tort aux
vaiffeaux hollandois , fous quelque prétexte
que ce put être : Mais ceux - ci fe
conformerent mal à cette défenſe , foit
que l'autorité des Turcs fut affez peu refpectée
dans la Barbarie , foit que la Porte
ne pût donner affez de fecours à ceux
d'Alger & de Tunis contre les infultes des
Efpagnols établis à Oran : d'ailleurs , les
premiers repréfenterent que fi on les em →
pêchoit d'aller en courfe , il leur étoit abe
folument impoffible d'entretenir le nombre
G
iiij
152 MERCURE DE FRANCE .
néceſſaire de Janiffaires. La Porte fut donc
obligée de fermer les yeux fur leurs procé
dés , & ils continuerent d'attaquer indifféremment
amis & ennemis.
Cependant en 1617 , à la follicitation
de Cornelius Hage , la Porte renouvella la
défenfe faite aux Algériens , de prendre
les bâtimens hollandois ; mais ils continuerent
à les arrêter , & à s'emparer de
toutes les marchandiſes appartenantes aux
Efpagnols & aux Italiens ; & fur les plaintes
réitérées , en 1619 ils écrivirent aux
Etats Genéraux une lettre , dans laquelle
ils leurs faifoient connoître » qu'ils ne
pouvoient nullement ceffer de vifiter
leurs navires , & d'en enlever toutes les
" marchandiſes des Efpagnols & des Ita
» liens , mais qu'afin qu'ils n'en fouffrif
fent aucun tort , ils leurs promettoient
de leur en payer exactement le fret .
و و
-
Les Etats Généraux leur objecterent
que cette propofition étoit formellement
oppofée au traité fait en 1612 , avec le
Grand Seigneur , & ils les menacerent ,
s'ils refufoient plus long- tems de s'y conformer
, de les traiter en ennemis . En effet
en l'année 1619 leurs Hautes Puiffances
commencerent contre ces Corfaires des
hoftilités ouvertes.
Les Algériens , dans l'efpace de treize
A O UST. 1755. 153
mois,prirent aux Hollandois cent quarantetrois
vaiſſeaux , ceux-ci leur en prirent auffi
plufieurs ; & leur animofité étoit fi forte
contre ces Pirates , que tous ceux qu'ils
prenoient étoient incontinent jettés à la
mer ; mais les Hollandois virent bientôt
que la guerre ne conduifoit pas à leur objet
; ils firent de nouvelles propofitions
aufquelles les Algériens répondirent » que
» leurs Hautes Puiffances pouvoient en-
» voyer quelqu'un avec des vaiffeaux de
»guerre pour emmener les efclaves , &
qu'ils verroient alors que » leur paix
feroit une véritable paix , leur parole une
parole inviolable , & leurs affurances des
furetés. Cependant la fauffeté de cette promeffe
s'eft foutenue jufqu'à préfent.
39
Dans le mois de Juin 1622 , les Etats
Généraux envoyerent le fieur Pinacker
Profeffeur dans l'Univerfité de Groningue,
à Alger , où il arriva le 3 Septembre ; il
fit tant par fes négociations qu'il obtint
que la vifite des vaiffeaux hollandois cefferoit
, & que les prifonniers feroient mis
en liberté & afin d'ôter tout prétexte aux
Pirates , leurs Hautes Puiffances ordonnerent
que tous leurs vaiffeaux deftinés pour
le Détroit de Gibraltar ou pour le Levant ,
feroient munis d'un paffeport , qui déclareroit
que les Capitaines étoient vé-
,
:
»
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
و ر
ritablement Hollandois , & qu'ils avoient
» fait ferment que leurs vaiffeaux , auffi-
» bien que leur chargement , n'apparte-
» noient ni en entier ni en partie aux en-
» nemis du Grand Seigneur.
Leurs Hautes Puiffances publierent dans
la même année une défenfe aux vaiffeaux
marchands de ne plus fortir fans eſcorte.
Malgré ces précautions la paix fut encore
rompue par les Algériens , dont la puiffance
augmenta tellement , qu'en l'année
1659 ils mirent en mer , en différentes
efcadres , feize vaiffeaux de guerre de
vingt quatre à trente- fix piéces de canon ,
de quatre à cinq cens hommes d'équipage
, & deux galeres de vingt- deux à vingthuit
paires de rames , ayant à bord un pareil
nombre d'hommes ; alors les vaiffeaux
de guerre hollandois coururent eux - mêmes
rifque d'être enlevés avec les marchands
auxquels ils fervoient d'efcorte .
On avoit déja employé plufieurs moyens
pour détruire cette ville corfaire , & le fameux
Amiral Ruiter fut envoyé en 1655
pour brûler ces Barbarefques dans leur
port ; cependant ce projet échoua à cauſe
d'un trop grand calme , & c'eft alors que
ce grand Amiral dit , que celui qui voudroit
attaquer la ville ou le port d'Alger , devroit
avoir pour lui le foleil & la lune , le jour &
A O UST. 1755. 155
la nuit , le vent & le tems ; le vent favoiable
pour s'approcher de la ville & pour
s'en éloigner , le tems clair & ferein pour
découvrir l'entrée de la rade , ou au moins
un Pilote habile à qui la fituation des lieux
fut entierement connue fans compter
qu'il faudroit que les habitans de la ville
ignoraflent abfolument ce deffein , parce
que pour peu qu'ils fuffent fur leurs gardes
, il leur feroit facile d'empêcher l'entrée
des vaiffeaux dans leur port.
›
Cependant perfonne n'a attaqué ces
Corfaires avec plus d'avantage , perfonne
ne leur a fait plus de tort que le méme
Amiral Ruiter , & n'a fçu mieux les combattre.
Il les ferra de fi près , & jetta fi
fort l'allarme parmi eux ; que leurs foldats
refufoient de s'embarquer : deforte
qu'en l'année 1662 ils furent obligés de
demander le rétabliffement de la paix aux
mêmes conditions qu'ils venoient de la renouveller
avec les Anglois, c'est- à- dire que
»leurs armateurs, lorfqu'ils rencontreroient
» un vaiffeau Hollandois , feroient obligés
d'envoyer à fon bord deux hommes de leur
Ȏquipage pour demander amiablement s'il
» n'avoit pas des hommes ou des marchan-
» difes qui appartiendroient à leurs ennemis.
Cette ftipulation fut rejettée , &
ils furent fort heureux d'obtenir des Hol
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
landois la paix le 16 Novembre 1662 fous
cette condition : Vaiffeau libre , marchandifes
libres , nulle vifite .
"
La ville d'Alger & fes châteaux étoient
alors garnis de fept cens quatre - vingtcinq
pieces de canon , dont toutes les bouches
étoient tournées vers la mer , & les
rénégats difoient fecrettement à l'Amiral
Ruiter , que fi les Etats Généraux vou-
» loient que la paix fut bien obſervée , ils
» ne devoient jamais laiffer fortir aucun
vaiffeau marchand fans efcorte , "qu'ils
» devoient avoir un bon nombre de vaif-
"feaux de guerre dans la Méditerranée , &
» les faire voir quelquefois fur la rade d'Alfous
prétexte de faire de l'eau , pour
tenir dans la crainte les ennemis , parce
» que fans cela les Algériens pourroient
facilement enfreindre les traités.
» ger ,
Dans la paix de 662 , la Régence d'Alger
ftipula deux ou trois articles pour prévenir
dans la fuite des tems toute occafion
de différens fâcheux : 1 ° . » Qu'il fe-
» roit défendu à tous les Hollandois de
tirer fur les vaiffeaux algériens qu'ils
» pourroient rencontrer. 2 °. Que les Etats
» Généraux feroient faire un fceau particulier
pour les paffeports de mer , qu'ils
l'enverroient au Conful d'Alger , qui
l'imprimeroit fur tous les pleins pouvoirs
» des Armateurs algériens , afin que ceux-
39
X
AOUST. 1755. 157
ci puffent conftater la vérité des paffe-
» ports , en confrontant le fceau des Hollandois
avec le leur. 3 ° . Que les Etats
» Généraux auroient feuls le droit d'accor-
» der les paffeports de mer.
Ceci eft d'autant plus remarquable que
l'Amiral Ruiter écrivit peu de tems après
aux Etats Généraux , que les Hambour
geois avoient des correfpondans à Amfterdam
, qui pour de l'argent faifoient ferment
que les vaiffeaux appartenoient à des
négocians de cette ville , & qu'il avoit auffi
découvert que plufieurs Confuls ne faifoient
nul fcrupule de délivrer des paſſeports
à des Capitaines de vaiffeaux étrangers
.
Quoiqu'il en foit , la paix ne
ne dura
pas
long- tems ; car dès l'année fuivante 1663 ,
les Algériens vifiterent de nouveau quelques
vaiffeaux hollandois , ils rompirent
par conféquent le traité , & enleverent
diverfes marchandifes , fous le prétexte
qu'elles appartenoient à leurs ennemis , &
que la ratification du traité des Etats Géneraux
, ainfi que le payement de la rançon
des Efclaves hollandois , avoit tardé
trop long tems .
La guerre recommença donc encore
une fois , & l'Amiral Tromp prit le 10
Janvier 1664 deux vaiffeaux algériens
+18 MERCURE DE FRANCE.
qui emmenoient deux prifes avec eux.
Cette perte fit un fi grand tort à ces Pirates
qu'ils promirent de » rendre toutes
» les marchandifes qu'ils avoient enlevées
» fur mer , d'exécuter à l'avenir religieufement
le traité , & même de rompre la
"
paix avec les Anglois , fi les Etats Gé-
» néraux étoient bien difpofés à la faire
» avec eux . Leurs Hautes Puiffances ,
bien loin de prêter l'oreille à ces propoftions
captieufes , propoferent à la France ,
à l'Efpagne & à l'Angleterre de fe joindre
à eux pour envoyer une flotte qui pourfuivroit
par- tour ces Barbares , bloqueroit
leurs ports , & empêcheroit abfolument
leurs croifieres & leurs pirateries , fans
jamais entendre à aucune propofition de
paix de leurs part , mais aucune de ces
trois Puiffances ne voulut s'y prêter ; cependant
les Hollandois envoyerent l'Amiral
Ruiter avec une flotte de douze vaiffeaux
de guerre dans la Méditerranée , &
à Alger pour hâter la conclufion du traité
avec la Régence ; mais les Algériens le
retinrent long- tems fans fujet , & l'amuferent
fous des prétextes frivoles ; deſorte
qu'il fe vit obligé de leur déclarer la guerre
par ordre de leurs Hautes Puiffances.
On donnera lafuite dans le Mercure du
mois prochain.
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Résumé : Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois, traduite de l'Allemand, par M. Radix de Sainte-Foy. 1755.
Le texte 'Histoire abrégée des guerres des Algériens avec les Hollandois' décrit les conflits entre les Algériens et les Hollandais, en situant les événements dans un contexte historique riche. Alger et la côte de Barbarie ont été successivement peuplées par les Égyptiens, les Phéniciens, les Carthaginois, les Romains, les Vandales, les Byzantins, et enfin les Arabes musulmans. Alger est devenue la capitale de la Mauritaine sous les Califes Sarrazins. Au XVIe siècle, Alger est passée sous la domination espagnole avant de se libérer avec l'aide du pirate Barberousse. Sous la protection de l'Empire ottoman, les Algériens ont intensifié leurs attaques contre les navires chrétiens, notamment ceux des Pays-Bas. En 1612, les États Généraux des Provinces-Unies ont envoyé un ambassadeur à Constantinople pour obtenir un traité garantissant la sécurité de leurs navires. Cependant, les Algériens ont continué leurs attaques, menant à des hostilités ouvertes en 1619. Les conflits ont culminé avec des prises de navires des deux côtés. En 1622, un accord a été négocié pour cesser les visites des navires hollandais et libérer les prisonniers. Malgré des précautions, la paix a été rompue à plusieurs reprises. En 1659, la puissance navale algérienne a atteint son apogée, forçant les Hollandais à renforcer leur escorte. L'amiral Ruiter a tenté de détruire Alger en 1655, mais sans succès. En 1662, une paix a été conclue avec des conditions strictes pour éviter les différends futurs. Cependant, la paix n'a pas duré, et les Algériens ont repris leurs attaques en 1663. La guerre a repris, et l'amiral Tromp a capturé des navires algériens en 1664. Les Algériens ont proposé de rendre les marchandises et de respecter le traité, mais les Hollandais ont refusé, préférant une alliance avec d'autres puissances pour contrer les pirates. Par ailleurs, les Algériens ont retenu des individus pendant une longue période sans motif valable, en utilisant des prétextes futiles. Cette situation a conduit à une déclaration de guerre par ordre des autorités supérieures de la partie retenue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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667
p. 159-163
Discours préliminaire d'un abregé chronologique de l'histoire de la ville de Paris, à l'imitation de l'abregé chronologique de l'histoire de France, de M. le Présid. Hénault.
Début :
Paris que nous connoissons aujourd'hui comme la ville la plus considérable & [...]
Mots clefs :
Histoire de la ville de Paris, Histoire de France, Paris
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texteReconnaissance textuelle : Discours préliminaire d'un abregé chronologique de l'histoire de la ville de Paris, à l'imitation de l'abregé chronologique de l'histoire de France, de M. le Présid. Hénault.
Difcours préliminaire d'un abregé chronologique
de l'hiftoire de la ville de Paris , à
Timitation de l'abregé chronologique de l'hiftoire
de France, de M. le Préfid, Hénault .
P
Aris que nous connoiffons aujourd'hui
comme la ville la plus confidérable &
la plus floriflante de l'Europe , n'étoit dans
fon originé qu'une très- petite bourgade
renfermée dans l'étendue connue aujour
d'hui fous le nom d'ifle du Palais , les maifons
à un feul étage , & conftruites pour
la plupart en bois & terre , étoient couvertes
de paille ou chaume , des fourneaux
de terre fervoient dans l'ufage ordinaire
pour échauffer les appartemens , & pour
préparer les chofes néceffaires à la vie . Nos
prédéceffeurs ne connoiffoient pas les cheminées
ni les fuperfluités dont nous nous
faifons une néceffité . Leur petit bourg entouré
de collines charmantes procuroit à
leur famille fous des toits ruftiques un
afyle heureux & tranquille ; fans ambition
& fans vanité leur goût étoit fatisfait
des productions de leurs terres , & le vin qui
croiffoit fur leurs petites montagnes étoit
leur boiffon ordinaire. A l'ombre d'un tilleul
ou affis au pied d'un chêne , nos ayeux
couloient des jours purs & ferreins , ces
160 MERCURE DE FRANCE.
tems font bien changés , & les fauxbourgs .
Montmartre , S. Jacques , S. Marceau , S.
Victor , & Sainte Genevieve ne produiſent
affurément pas le même effet.
Jules- Céfar vint porter le trouble dans
un féjour fi fortuné ; il fe rendit le maître
de Paris , & fes habitans virent alors pour
la premiere fois élever fur les bords de
leur fleuve des forts dont ils ne connoiffoient
pas l'ufage . Leur ville entourée de
fortes murailles par ce conquerant ne leur
parut plus qu'une prifon. Quoique leur
nouveau maître , pour adoucir l'efpece de
fervitude fous laquelle il les réduifoit
fit conftruire dans l'intérieur nombre d'édifices
confidérablés .
A Jules- Céfar fuccéderent les Empereurs
romains. Ils hériterent de ce grand homme
le goût le plus décidé pour Paris ; ils
y paffoient tous leurs quartiers d'hiver , &
firent commencer les fauxbourgs immenfes
que nous voyons de nos jours .
Les Francs chafferent les Romains , &
foumirent Paris à leur domination. Elle
devint la capitale de leurs Etats fous Clovis
I. En 508 ce Prince y fixa fon féjour ,
& l'augmenta confidérablement. Les Rois.
de la feconde race ne furent pas fes imitateurs
, ils y firent très - peu de féjour
& leur abfence enhardit les Normands à
AOUST. 1755. 161
s'approcher de Paris ; ils ravagerent fes environs
, & en firent plufieurs fois le fiége ,
que les habitans de la campagne refugiés
dans la ville , de concert avec les Parifiens,
foutinrent avec beaucoup de valeur & de
conftance .
Les Souverains de la troifiéme race
n'ont pas imité ceux de la feconde . Paris
a toujours été leur féjour ordinaire jufqu'à
Louis XIV , qui a transferé la demeure de
nos Rois au château de Verfailles. Ils ont
augmenté considérablement cette ville par
la jonction de plufieurs bourgades qui s'étoient
formées prefque fous fes murs , &t
lui ont prodigué des embelliffemens de
toutes les efpeces.
En 1184 , Philippe - Augufte fit paver
les rues & les places. En 1199 , il fit commencer
une enceinte d'un mur très - fort ;
douze années fuffirent pour terminer un
ouvrage fi confidérable , & ce Prince eut
la fatisfaction de le voir parfait avant ſa
mort,
Charles V fit conftruire une nouvelle
enceinte en 1367 ; & Charles VI fon fils &
fon fucceffeur , fit mettre la derniere main
à ce que fon pere avoit commencé .
François I , le reftaurateur des Lettres
en France , embellit confidérablement Paris
, & c.
162 MERCURE DE FRANCE.
Charles IX pofa le 11 Juillet 1566 la
premiere pierre d'une nouvelle enceinte
Henri IV , le pere de la patrie , fit conftruire
nombre d'édifices .
Louis XIII fon fils , fit commencer une
nouvelle enceinte en 1634 ; & le 15 Janvier
1638 il fit rendre en fon Confeil un
Arrêt , par lequel il fut ordonné de placer
des bornes de diſtance en diſtance dans
toute la circonférence de la ville , au-delà
defquelles il fut défendu de bâtir fans permiflion.
Louis XIV a porté Paris à ce haut dégré
de fplendeur où nous le voyons , &
nos neveux pourront à peine ajouter foi au
trait de notre hiftoire qui contient l'énu ,
mération des changemens arrivés fous fon
regne .
Louis XV furpaffera fans doute tous fes
prédéceffeurs , fi , comme il y a lieu de
l'efperer , il fait exécuter le projet de l'embelliffement
de Paris , actuellement fous
preffe , chez Duchefne , rue S. Jacques.
les
Voilà à peu-près , mais exactement ,
changemens arrivés dans la ville de Paris ,
depuis fon origine . Je me propofe d'en
donner un détail qui ne laiffera rien à de
firer , quoique renfermé en un feul volume
in 12. Je dirai même dès à préfent
que ces divers accroiffemens donnerent
-
AOUST. 1755. 163
d'abord lieu à la divifion de cette ville en
quartiers.
Philippe- Augufte la divifa en quatre
parties.
Ses fucceffeurs , jufqu'à Charles VI , en
doublerent le nombre. Ce dernier les por--
ta jufqu'à feize . Louis XIII , la derniere
année de fon regne , en joignant le fauxbourg
S. Germain à Paris , en forma le
dix- feptième. Louis XIV enfin , en 1702 ,
en fixa le nombre à vingt , par une déclaration
du 14 Janvier , confirmée par
une autre , du 12 Septembre de la même
année , registrée au Parlement les Janvier
1703.
Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
de l'hiftoire de la ville de Paris , à
Timitation de l'abregé chronologique de l'hiftoire
de France, de M. le Préfid, Hénault .
P
Aris que nous connoiffons aujourd'hui
comme la ville la plus confidérable &
la plus floriflante de l'Europe , n'étoit dans
fon originé qu'une très- petite bourgade
renfermée dans l'étendue connue aujour
d'hui fous le nom d'ifle du Palais , les maifons
à un feul étage , & conftruites pour
la plupart en bois & terre , étoient couvertes
de paille ou chaume , des fourneaux
de terre fervoient dans l'ufage ordinaire
pour échauffer les appartemens , & pour
préparer les chofes néceffaires à la vie . Nos
prédéceffeurs ne connoiffoient pas les cheminées
ni les fuperfluités dont nous nous
faifons une néceffité . Leur petit bourg entouré
de collines charmantes procuroit à
leur famille fous des toits ruftiques un
afyle heureux & tranquille ; fans ambition
& fans vanité leur goût étoit fatisfait
des productions de leurs terres , & le vin qui
croiffoit fur leurs petites montagnes étoit
leur boiffon ordinaire. A l'ombre d'un tilleul
ou affis au pied d'un chêne , nos ayeux
couloient des jours purs & ferreins , ces
160 MERCURE DE FRANCE.
tems font bien changés , & les fauxbourgs .
Montmartre , S. Jacques , S. Marceau , S.
Victor , & Sainte Genevieve ne produiſent
affurément pas le même effet.
Jules- Céfar vint porter le trouble dans
un féjour fi fortuné ; il fe rendit le maître
de Paris , & fes habitans virent alors pour
la premiere fois élever fur les bords de
leur fleuve des forts dont ils ne connoiffoient
pas l'ufage . Leur ville entourée de
fortes murailles par ce conquerant ne leur
parut plus qu'une prifon. Quoique leur
nouveau maître , pour adoucir l'efpece de
fervitude fous laquelle il les réduifoit
fit conftruire dans l'intérieur nombre d'édifices
confidérablés .
A Jules- Céfar fuccéderent les Empereurs
romains. Ils hériterent de ce grand homme
le goût le plus décidé pour Paris ; ils
y paffoient tous leurs quartiers d'hiver , &
firent commencer les fauxbourgs immenfes
que nous voyons de nos jours .
Les Francs chafferent les Romains , &
foumirent Paris à leur domination. Elle
devint la capitale de leurs Etats fous Clovis
I. En 508 ce Prince y fixa fon féjour ,
& l'augmenta confidérablement. Les Rois.
de la feconde race ne furent pas fes imitateurs
, ils y firent très - peu de féjour
& leur abfence enhardit les Normands à
AOUST. 1755. 161
s'approcher de Paris ; ils ravagerent fes environs
, & en firent plufieurs fois le fiége ,
que les habitans de la campagne refugiés
dans la ville , de concert avec les Parifiens,
foutinrent avec beaucoup de valeur & de
conftance .
Les Souverains de la troifiéme race
n'ont pas imité ceux de la feconde . Paris
a toujours été leur féjour ordinaire jufqu'à
Louis XIV , qui a transferé la demeure de
nos Rois au château de Verfailles. Ils ont
augmenté considérablement cette ville par
la jonction de plufieurs bourgades qui s'étoient
formées prefque fous fes murs , &t
lui ont prodigué des embelliffemens de
toutes les efpeces.
En 1184 , Philippe - Augufte fit paver
les rues & les places. En 1199 , il fit commencer
une enceinte d'un mur très - fort ;
douze années fuffirent pour terminer un
ouvrage fi confidérable , & ce Prince eut
la fatisfaction de le voir parfait avant ſa
mort,
Charles V fit conftruire une nouvelle
enceinte en 1367 ; & Charles VI fon fils &
fon fucceffeur , fit mettre la derniere main
à ce que fon pere avoit commencé .
François I , le reftaurateur des Lettres
en France , embellit confidérablement Paris
, & c.
162 MERCURE DE FRANCE.
Charles IX pofa le 11 Juillet 1566 la
premiere pierre d'une nouvelle enceinte
Henri IV , le pere de la patrie , fit conftruire
nombre d'édifices .
Louis XIII fon fils , fit commencer une
nouvelle enceinte en 1634 ; & le 15 Janvier
1638 il fit rendre en fon Confeil un
Arrêt , par lequel il fut ordonné de placer
des bornes de diſtance en diſtance dans
toute la circonférence de la ville , au-delà
defquelles il fut défendu de bâtir fans permiflion.
Louis XIV a porté Paris à ce haut dégré
de fplendeur où nous le voyons , &
nos neveux pourront à peine ajouter foi au
trait de notre hiftoire qui contient l'énu ,
mération des changemens arrivés fous fon
regne .
Louis XV furpaffera fans doute tous fes
prédéceffeurs , fi , comme il y a lieu de
l'efperer , il fait exécuter le projet de l'embelliffement
de Paris , actuellement fous
preffe , chez Duchefne , rue S. Jacques.
les
Voilà à peu-près , mais exactement ,
changemens arrivés dans la ville de Paris ,
depuis fon origine . Je me propofe d'en
donner un détail qui ne laiffera rien à de
firer , quoique renfermé en un feul volume
in 12. Je dirai même dès à préfent
que ces divers accroiffemens donnerent
-
AOUST. 1755. 163
d'abord lieu à la divifion de cette ville en
quartiers.
Philippe- Augufte la divifa en quatre
parties.
Ses fucceffeurs , jufqu'à Charles VI , en
doublerent le nombre. Ce dernier les por--
ta jufqu'à feize . Louis XIII , la derniere
année de fon regne , en joignant le fauxbourg
S. Germain à Paris , en forma le
dix- feptième. Louis XIV enfin , en 1702 ,
en fixa le nombre à vingt , par une déclaration
du 14 Janvier , confirmée par
une autre , du 12 Septembre de la même
année , registrée au Parlement les Janvier
1703.
Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
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Résumé : Discours préliminaire d'un abregé chronologique de l'histoire de la ville de Paris, à l'imitation de l'abregé chronologique de l'histoire de France, de M. le Présid. Hénault.
Le texte offre un aperçu historique de la ville de Paris, de ses origines jusqu'au XVIIIe siècle. À l'origine, Paris était une petite bourgade située sur l'île du Palais, composée de maisons en bois et en terre couvertes de paille ou de chaume. Les habitants vivaient de manière simple, subsistant grâce aux productions de leurs terres et au vin local. Jules César initia des transformations en construisant des fortifications et des édifices, transformant Paris en une ville fortifiée. Les empereurs romains qui lui succédèrent apprécièrent Paris comme lieu de résidence hivernale et développèrent ses faubourgs. En 508, les Francs, sous Clovis I, firent de Paris la capitale de leurs États. Les rois de la deuxième race furent moins présents, permettant aux Normands de ravager la ville. Les souverains de la troisième race, jusqu'à Louis XIV, résidèrent fréquemment à Paris, contribuant à son expansion et à son embellissement. Philippe Auguste pava les rues et construisit une enceinte en 1184. Charles V et Charles VI ajoutèrent des fortifications. François I et Henri IV participèrent également à l'embellissement de la ville. Louis XIII commença une nouvelle enceinte en 1634 et régula l'urbanisation. Louis XIV porta Paris à un haut degré de splendeur. Louis XV avait des projets d'embellissement en cours. Le texte mentionne également la division de Paris en quartiers, passant de quatre sous Philippe Auguste à vingt sous Louis XIV en 1702. L'auteur, Poncet de la Grave, avocat au Parlement, se propose de détailler ces changements dans un volume.
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668
p. 255-261
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Louis-Gabriel de Conflans, Marquis de Conflans, Mestre de Camp - [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Maison de Conflans, Maison de Courtarvel, Comte, Maréchal, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
Ouis- Gabriel de Conflans , Marquis de Conflans
, Meſtre de Camp - Lieutenant du Régiment
de Cavalerie d'Orléans , fut marié le 20 Mai
à Demoiſelle Antoinette-Magdeleine-Jeanne Portail
, fille de Meffire Jean- Louis Portail , Préfident
honoraire du Parlement ,& de Dame Marthe- Antoinette
Aubery de Vaſtan. La Bénédiction Nuptiale
leur fut donnée dans la chapelle particuliere
de l'hôtel de Rothelin , par l'Archevêque de Narbonne.
Leur contrat de mariage avoit été figné le
17 par leurs Majeſtés & par la Famille royale. Le
Marquis de Conflans eft fils de Louis de Conflans,
Marquis d'Armentieres , Chevalier des Ordres du
Roi & Lieutenant Général des Armées de Sa Majefté
; & de feue Dame Adélaïde -Jeanne-Françoiſe
Boutroue d'Aubigny.
La Maifon de CONFLANS eft fans contredit une
des plus illuftres du Royaume étant une branche
cadette de celle de BRIENNE , de laquelle , outre trois
Connétables de France , & des Ducs fouverains
d'Athènes , font fortis un Roi de Sicile dans la perfonne
de Gauthier III . du nom , & un Roi de Jérufalem
& Empereur de Conftantinople , dans celle
de Jean de Brienne , dont la fille Yoland , née de
fa premiere femme Marie de Montferrat , Reine
de Jérufalem , fut mariée l'an 1223 à l'Empereur
Fré deric II.
Engilbert de Brienne , troifieme fils de Gauthier I
du nom , Comte de Brienne , qui vivoit en 1068 ;
& d'Euftache , Comteffe de Bar fur- Seine , ayant
eu en partage la feigneurie de Conflans , en prit le
nom fuivant l'ufage du tems , & le tranſmit à ſa
256 MERCURE DE FRANCE.
à
poftérité , laquelle a toujours confervé les armes
de Brienne. Engilbert qui fit en 1138 plufieurs
dons avec fa femme , en préfence de fes fils ,
l'Abbaye de Molefmes pour l'ame du Comte Gauthier
fon pere , fut le cinquieme ayeul de Jean de
Conflans ,feigneur de Vezilly en Champagne , du
chef de N ... de Bazoches , fon ayeule maternelle.
Jean de Conflans eut de fa feconde femme Pé→
ronne de Jouvengues , Dame d'Armentieres , Jean
II . qui vivoit en 1415. pere par Magdeleine de
Hornes de Baucignies de Barthelemi de Conflans ,
feigneur de Vezilly, d'Armentieres , vicomte d'Ouchy
, &c. allié à Marie de Cramailles , Dame de
Saponnay , de laquelle nâquit Jean III . de Confans
, qui époufa Marguerite de Bournonville , &
mourut en 1507. Son troifieme fils Antoine de
Conflans , qui a continué la postérité eut les feigneuries
de Vezilly , d'Armentieres , & c. & épou
fa en Décembre 1525. Barbe de Rouy , mere
d'Euftache , d'Antoine & de Robert de Conflans
qui ont fait trois branches .
La poftérité d'Euftache , dont le fils de même nom
fut en 1597. Chevalier des Ordres du Roi & Lieutenant
Géneral de fes armées , s'eft éteinte en 1690
Antoine de Conflans II . du nom , feigneur de
S. Remi , &c. époufa en 1559. Françoiſe Boulart
, Dame d'Ennancourt- le - Sec. Leur fils aîné ,
Antoine de Conflans III du nom , feigneur de
S. Remi & d'Ennancourt , s'allia en 1597. à
Magdeleine de Ravenel , Damé de Fouilleufe , de
laquelle vint entr'autres , Michel de Conflans ,
Marquis de S. Remi , Gentilhomme ordinaire de
la chambre du Roi , Colonel d'un Régiment de
Cavalerie étrangere en 1635. Celui - ci eut de fon
fecond mariage avec Louiſe de Carvoifin , Michel
de Conflans II du nom , qui devint le chef de fa
A O UST. 1755% 257
maifon en 1690. & mourut le 22 Janvier 1712. Il
avoit époufé en 1667. Marguerite d'Agueffeau ,
qui fut mere de Michel de Conflans III. du nom
Marquis d'Armentieres , Vicomte d'Ouchy-le-
Châtel , feigneur de Breci , &c. premier Gentil
homme de la Chambre du Duc d'Orléans Régent,
mort le 5 Avril 1717. Il avoit épousé le 11 Janvier
1709. Diane- Gabrielle de Juffac , Dame du
Palais de la Ducheffe de Berry . De ce mariage il a
eu Louis de Conflans , Marquis d'Armentieres ,
pere de Louis- Gabriel qui donne lieu à cet article,
& de Louis-Charles , appellé le chevalier de Conflans
, qui eft né le 5 Décembre 1737.
Les armes de la Maiſon de Conflans , font d'azur
au lion d'or , l'écu femé de billettes de même.
Meffire Joachim Dreux , Marquis de Brézé ;
Maréchal des Camps & Armées du Roy , Grand-
Maître des cérémonies de France , Gouverneur des
Villes & château de Loudun , & du Loudunnois ,
époufa le 27 du même mois Dlle Louife Jeanne-
Marie de Courtarvel de Pézé ; elle eft fille de feu
Meffire Louis - René de Courtarvel , Marquis de
· Pézé , & de Dame Louiſe - Charlotte de Thibault
de la Rochetulon , & niece de Hubert de Courtarvel
dit le Marquis de Pezé , Colonel du Régiment
du Roi infanterie , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majeſté , mort le 28 Novembre
1734. à Guaftalla , des bleffures qu'il avoit reçues
à la bataille de ce nom , ayant été nommé le 28
Octobre précédent , Chevalier des Ordres du Roy,
lequel n'a laiffé de fon mariage avec Lidie- Nicole
de Beringhen , qu'une fille unique Louife-Magdeleine
de Courtarvel de Pezé , mariée le 24 Mai
1743. à Armand-Mathurin , Marquis de Vaſſé ,
fon coufin-germain
La Maifon de COURTARVEL eft originaire du
258 MERCURE DE FRANCE.
Maine où elle eft connue dès le quatorzieme fiecle.
Foulque, feigneur de Courtarvel, époufa en 1390.
Anne , Dame de la Lucaziere , & fut bifayeul
d'Ambroise de Courtarvel , mariée en 1480 avec
Anne de Pézé , Dame du Boucher & de Pézé. Anne
de Pézé fut mere de Foulques de Courtarvel IV.
du nom , dont l'arriere petit- fils René II de Courtarvel
, fut créé Marquis de Pézé en 1658. Il fut
pere de Charles , Marquis de Pézé qui par fa femme
Marie-Magdeleine de Vaffan eft ayeul de
Louife-Jeanne- Marie de Courtarvel de laquelle
nous annonçons le mariage.
Le Marquis de BRÉZÉ eft fecond fils de Meffire
Thomas Dreux , Marquis de Brézé , Lieutenant
général des Armées de Sa Majefté , Grand- maître
des cérémonies de France , Gouverneur des villes
& château de Loudun & du Loudunois , ainsi que
des Iles de Sainte-Marguerite & de S. Honorat
de Lerins , & de Dame Catherine-Angélique Chamillart
de Cani , & avoit pour frere ainé Michel
Dreux , Marquis de Brézé , Baron de Beric , &c.
Lieutenant-général des Armées du Roy , Infpecteur-
général d'infanterie , Grand-maître des céré-
-monies de France , Prevôt & Maître des cérémo-
-nies des Ordres du Roi , Gouverneur de Loudun
& des Illes de Saint - Marguerite & de S. Honorat ,
mort le 17 Février 1754. fans enfans de fes deux
femmes Elifabeth-Claire- Eugénie Dreux de Nancré
, morte le 22 Avril 1748 , & Louiſe - Elifabeth
de la Châtre de Nançay.
Le Marquis de Brézé , appellé du vivant de fon
frere aîné , le Chevalier de Dreux a d'abord été
¿Colonel du régiment de Guyenne , infanterie , le
16 Avril 1738. Brigadier des Armées du Roi , le
premier Mai 1745. Colonel- lieutenant du Régiment
Royal de la Marine , le 26 du même mois,
A O UST. 1755. 259
Maréchal des Camps & Armées du Roy , le 10
May 1746. Grand- maître des cérémonies de France
& Gouverneur des ville & château de Loudun ,
au mois de Février 1754.
-
-
François-Martial de Montiers , Vicomte de Merinville
, Brigadier de cavalerie , & Capitaine-
Sous lieutenant de la compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy , époufa le 4 Juin ,
Charlotte Elifabeth Galluci de l'Hôpital , fille
de Paul Galluci , Marquis de l'Hôpital , Chevalier
des ordres de Sa Majefté & de celui de S. Janvier ,
Lieutenant - général des Armées du Roy , Inf
pecteur Général de la cavalerie & des dragons ,
& premier Ecuyer de Madame Adelaïde , cidevant
Ambaffadeur Extraordinaire de Sa Majefté
, auprès du Roi des deux Siciles ; & de Dame
Louife- Elifabeth de Boullongne . La Bénédiction.
Nuptiale leur a été donnée à la Thuillerie , par le
Nonce du Pape dans la chapelle du fieur de Boullongue
, Confeiller d'Etat , Intendant des Finances.
Le Vicomte de Merinville eft fils de Meffire
François - Louis -Martial de Montiers , Marquis de
Merinville , Maréchal des Camps & Armées du
Roy, & de Dame Marguerite-Françoile de Jaucen,
& petit-fils de François de Montiers , Comte de
Merinville , & de Rieux en Languedoc , créé Chevalier
des Ordres du Roi , le 31 Décembre 1661 ,
& de Marguerite de la Jugie , Comteffe de Rieux.
Meffire Louis-Gaſpart Řouillé d'Orfeuil , Maître
des Requêtes , fils de feu Meffire Jean- Louis
Rouillé auffi Maître des Requêtes , & petit fils de
Jean Rouillé , feigneur de Fontaine - Guerin , Intendant
de Limoges , neveu de Meffire Antoine-
Louis Rouillé , Comte de Jouy , Miniftre d'Etat
au département des Affaires étrangeres , a épousé
le 18 Juin à S. Roch , Demoiſelle Anne-Charlotte
260 MERCURE DE FRANCE.
+
"
Bernard de Montigny , fille de Meffire Charles
de Montigny , receveur général des finances de la
province de Picardie , & de Dame Claude - Anne-
Jeanne Brochet de Pontcharoft , fille de feu Meffire
Pierre Richard Brochet de Pontcharoft , tréforier
général des Ponts & Chauffées de France.
Elle eft coufine germaine de Meffire Simon - Charles-
Sébastien Bernard de Balinvilliers , Préfident
du Grand- Cónfeil .
On a oublié dans le Mercure précédent à l'ar
ticle de M. l'Evêque de Marfeille , en parlant de
ce qui refte de la branche de cet illuftre Prêlat ,
fes deux niéces , filles du feu Marquis de Caftel-
´moron , l'aînée , Cécile- Génevieve de Belſunce®
de Caftelmoron , Abbeffe de l'Abbaye royale de
Sainte Trinité de Caen par la nomination du Roy
du 18 Février 1754. & la cadette , Sufanne-
Gabrielle de Bellunçe de Caftelmoron , mariée
en May 1740. à N ..... Comte d'Arcuffia , d'une
des plus anciennes & des plus illuftres maiſons de
Provence.
Meffire Michel-André Hennequin d'Ecquevilly,
"Abbé de l'Abbaye de Notre- Dame de Maifieres ,
Ordre de Câteaux , Diocèfe de Chalons-fur-Saone,
´eft mort à Paris le 9 Juin âgé de 72 ans .
Meffire Jean - Alexandre Dutot , Marquis de
Varneville , Maréchal des Camps & Armées du
Roy , & Enfeigne des Gardes du Corps dans la
Compagnie de Villeroi , eft mort à Paris le 15 ,
âgé de 57 ans.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & ci -devant Meftre de Camp , Lieutenant
du Régiment des Carabiniers , mourut à
Paris le 17 , âge de 64 ans,
A O UST. • 261 1755
Dame Anne - Dorothée du Hautoy , Marquife
de Béon-Luxembourg , eft morte en fon château
de Tichémont en Lorraine le 17 Juin : elle étoit
veuve du Marquis de Béon dont le pere avoit époufé
l'aînée , héritiere de la maifon de Luxembourg,
& en avoit partagé les biens avec M. le Marquis
de Montmorency qui en avoit époufé la cadette.
M. le Marquis de Béon n'a point laiffé d'enfans ,
& la moitié de fa fucceffion revient à deux petites
niéces , filles du feu Marquis de Chemault dont la
mere étoit foeur du Marquis de Béon . L'aînée eft
Hyacinthe-Louife-Augufte de Béraut de Chemault
encore fille. La feconde eft Hyacinthe- Ifa- :
belle Bétaut de Chemault , mariée depuis trois ans
à Meffire Pierre- François de Courcy , Capitaine .
au Régiment de Cavalerie- Bourgogne , fecond fils
de Meffire François - Jean - Antoine de Courcy
Lieutenant pour le Roy & de Noffeigneurs les .
Maréchaux de France à Verneuil au Perche.
Meffire Maximilien Chaluet de Rochemonteix
Comte de la Roche-Vernaffal , Lieutenant- Genéral
des Armées du Roy , Gouverneur de Rocroy ,
& Commandeur de l'Ordre royal & militaire de
$. Louis , mourut le 18 dans fa 96 ° année,
Ouis- Gabriel de Conflans , Marquis de Conflans
, Meſtre de Camp - Lieutenant du Régiment
de Cavalerie d'Orléans , fut marié le 20 Mai
à Demoiſelle Antoinette-Magdeleine-Jeanne Portail
, fille de Meffire Jean- Louis Portail , Préfident
honoraire du Parlement ,& de Dame Marthe- Antoinette
Aubery de Vaſtan. La Bénédiction Nuptiale
leur fut donnée dans la chapelle particuliere
de l'hôtel de Rothelin , par l'Archevêque de Narbonne.
Leur contrat de mariage avoit été figné le
17 par leurs Majeſtés & par la Famille royale. Le
Marquis de Conflans eft fils de Louis de Conflans,
Marquis d'Armentieres , Chevalier des Ordres du
Roi & Lieutenant Général des Armées de Sa Majefté
; & de feue Dame Adélaïde -Jeanne-Françoiſe
Boutroue d'Aubigny.
La Maifon de CONFLANS eft fans contredit une
des plus illuftres du Royaume étant une branche
cadette de celle de BRIENNE , de laquelle , outre trois
Connétables de France , & des Ducs fouverains
d'Athènes , font fortis un Roi de Sicile dans la perfonne
de Gauthier III . du nom , & un Roi de Jérufalem
& Empereur de Conftantinople , dans celle
de Jean de Brienne , dont la fille Yoland , née de
fa premiere femme Marie de Montferrat , Reine
de Jérufalem , fut mariée l'an 1223 à l'Empereur
Fré deric II.
Engilbert de Brienne , troifieme fils de Gauthier I
du nom , Comte de Brienne , qui vivoit en 1068 ;
& d'Euftache , Comteffe de Bar fur- Seine , ayant
eu en partage la feigneurie de Conflans , en prit le
nom fuivant l'ufage du tems , & le tranſmit à ſa
256 MERCURE DE FRANCE.
à
poftérité , laquelle a toujours confervé les armes
de Brienne. Engilbert qui fit en 1138 plufieurs
dons avec fa femme , en préfence de fes fils ,
l'Abbaye de Molefmes pour l'ame du Comte Gauthier
fon pere , fut le cinquieme ayeul de Jean de
Conflans ,feigneur de Vezilly en Champagne , du
chef de N ... de Bazoches , fon ayeule maternelle.
Jean de Conflans eut de fa feconde femme Pé→
ronne de Jouvengues , Dame d'Armentieres , Jean
II . qui vivoit en 1415. pere par Magdeleine de
Hornes de Baucignies de Barthelemi de Conflans ,
feigneur de Vezilly, d'Armentieres , vicomte d'Ouchy
, &c. allié à Marie de Cramailles , Dame de
Saponnay , de laquelle nâquit Jean III . de Confans
, qui époufa Marguerite de Bournonville , &
mourut en 1507. Son troifieme fils Antoine de
Conflans , qui a continué la postérité eut les feigneuries
de Vezilly , d'Armentieres , & c. & épou
fa en Décembre 1525. Barbe de Rouy , mere
d'Euftache , d'Antoine & de Robert de Conflans
qui ont fait trois branches .
La poftérité d'Euftache , dont le fils de même nom
fut en 1597. Chevalier des Ordres du Roi & Lieutenant
Géneral de fes armées , s'eft éteinte en 1690
Antoine de Conflans II . du nom , feigneur de
S. Remi , &c. époufa en 1559. Françoiſe Boulart
, Dame d'Ennancourt- le - Sec. Leur fils aîné ,
Antoine de Conflans III du nom , feigneur de
S. Remi & d'Ennancourt , s'allia en 1597. à
Magdeleine de Ravenel , Damé de Fouilleufe , de
laquelle vint entr'autres , Michel de Conflans ,
Marquis de S. Remi , Gentilhomme ordinaire de
la chambre du Roi , Colonel d'un Régiment de
Cavalerie étrangere en 1635. Celui - ci eut de fon
fecond mariage avec Louiſe de Carvoifin , Michel
de Conflans II du nom , qui devint le chef de fa
A O UST. 1755% 257
maifon en 1690. & mourut le 22 Janvier 1712. Il
avoit époufé en 1667. Marguerite d'Agueffeau ,
qui fut mere de Michel de Conflans III. du nom
Marquis d'Armentieres , Vicomte d'Ouchy-le-
Châtel , feigneur de Breci , &c. premier Gentil
homme de la Chambre du Duc d'Orléans Régent,
mort le 5 Avril 1717. Il avoit épousé le 11 Janvier
1709. Diane- Gabrielle de Juffac , Dame du
Palais de la Ducheffe de Berry . De ce mariage il a
eu Louis de Conflans , Marquis d'Armentieres ,
pere de Louis- Gabriel qui donne lieu à cet article,
& de Louis-Charles , appellé le chevalier de Conflans
, qui eft né le 5 Décembre 1737.
Les armes de la Maiſon de Conflans , font d'azur
au lion d'or , l'écu femé de billettes de même.
Meffire Joachim Dreux , Marquis de Brézé ;
Maréchal des Camps & Armées du Roy , Grand-
Maître des cérémonies de France , Gouverneur des
Villes & château de Loudun , & du Loudunnois ,
époufa le 27 du même mois Dlle Louife Jeanne-
Marie de Courtarvel de Pézé ; elle eft fille de feu
Meffire Louis - René de Courtarvel , Marquis de
· Pézé , & de Dame Louiſe - Charlotte de Thibault
de la Rochetulon , & niece de Hubert de Courtarvel
dit le Marquis de Pezé , Colonel du Régiment
du Roi infanterie , Lieutenant Général des
Armées de Sa Majeſté , mort le 28 Novembre
1734. à Guaftalla , des bleffures qu'il avoit reçues
à la bataille de ce nom , ayant été nommé le 28
Octobre précédent , Chevalier des Ordres du Roy,
lequel n'a laiffé de fon mariage avec Lidie- Nicole
de Beringhen , qu'une fille unique Louife-Magdeleine
de Courtarvel de Pezé , mariée le 24 Mai
1743. à Armand-Mathurin , Marquis de Vaſſé ,
fon coufin-germain
La Maifon de COURTARVEL eft originaire du
258 MERCURE DE FRANCE.
Maine où elle eft connue dès le quatorzieme fiecle.
Foulque, feigneur de Courtarvel, époufa en 1390.
Anne , Dame de la Lucaziere , & fut bifayeul
d'Ambroise de Courtarvel , mariée en 1480 avec
Anne de Pézé , Dame du Boucher & de Pézé. Anne
de Pézé fut mere de Foulques de Courtarvel IV.
du nom , dont l'arriere petit- fils René II de Courtarvel
, fut créé Marquis de Pézé en 1658. Il fut
pere de Charles , Marquis de Pézé qui par fa femme
Marie-Magdeleine de Vaffan eft ayeul de
Louife-Jeanne- Marie de Courtarvel de laquelle
nous annonçons le mariage.
Le Marquis de BRÉZÉ eft fecond fils de Meffire
Thomas Dreux , Marquis de Brézé , Lieutenant
général des Armées de Sa Majefté , Grand- maître
des cérémonies de France , Gouverneur des villes
& château de Loudun & du Loudunois , ainsi que
des Iles de Sainte-Marguerite & de S. Honorat
de Lerins , & de Dame Catherine-Angélique Chamillart
de Cani , & avoit pour frere ainé Michel
Dreux , Marquis de Brézé , Baron de Beric , &c.
Lieutenant-général des Armées du Roy , Infpecteur-
général d'infanterie , Grand-maître des céré-
-monies de France , Prevôt & Maître des cérémo-
-nies des Ordres du Roi , Gouverneur de Loudun
& des Illes de Saint - Marguerite & de S. Honorat ,
mort le 17 Février 1754. fans enfans de fes deux
femmes Elifabeth-Claire- Eugénie Dreux de Nancré
, morte le 22 Avril 1748 , & Louiſe - Elifabeth
de la Châtre de Nançay.
Le Marquis de Brézé , appellé du vivant de fon
frere aîné , le Chevalier de Dreux a d'abord été
¿Colonel du régiment de Guyenne , infanterie , le
16 Avril 1738. Brigadier des Armées du Roi , le
premier Mai 1745. Colonel- lieutenant du Régiment
Royal de la Marine , le 26 du même mois,
A O UST. 1755. 259
Maréchal des Camps & Armées du Roy , le 10
May 1746. Grand- maître des cérémonies de France
& Gouverneur des ville & château de Loudun ,
au mois de Février 1754.
-
-
François-Martial de Montiers , Vicomte de Merinville
, Brigadier de cavalerie , & Capitaine-
Sous lieutenant de la compagnie des Gendarmes
de la Garde du Roy , époufa le 4 Juin ,
Charlotte Elifabeth Galluci de l'Hôpital , fille
de Paul Galluci , Marquis de l'Hôpital , Chevalier
des ordres de Sa Majefté & de celui de S. Janvier ,
Lieutenant - général des Armées du Roy , Inf
pecteur Général de la cavalerie & des dragons ,
& premier Ecuyer de Madame Adelaïde , cidevant
Ambaffadeur Extraordinaire de Sa Majefté
, auprès du Roi des deux Siciles ; & de Dame
Louife- Elifabeth de Boullongne . La Bénédiction.
Nuptiale leur a été donnée à la Thuillerie , par le
Nonce du Pape dans la chapelle du fieur de Boullongue
, Confeiller d'Etat , Intendant des Finances.
Le Vicomte de Merinville eft fils de Meffire
François - Louis -Martial de Montiers , Marquis de
Merinville , Maréchal des Camps & Armées du
Roy, & de Dame Marguerite-Françoile de Jaucen,
& petit-fils de François de Montiers , Comte de
Merinville , & de Rieux en Languedoc , créé Chevalier
des Ordres du Roi , le 31 Décembre 1661 ,
& de Marguerite de la Jugie , Comteffe de Rieux.
Meffire Louis-Gaſpart Řouillé d'Orfeuil , Maître
des Requêtes , fils de feu Meffire Jean- Louis
Rouillé auffi Maître des Requêtes , & petit fils de
Jean Rouillé , feigneur de Fontaine - Guerin , Intendant
de Limoges , neveu de Meffire Antoine-
Louis Rouillé , Comte de Jouy , Miniftre d'Etat
au département des Affaires étrangeres , a épousé
le 18 Juin à S. Roch , Demoiſelle Anne-Charlotte
260 MERCURE DE FRANCE.
+
"
Bernard de Montigny , fille de Meffire Charles
de Montigny , receveur général des finances de la
province de Picardie , & de Dame Claude - Anne-
Jeanne Brochet de Pontcharoft , fille de feu Meffire
Pierre Richard Brochet de Pontcharoft , tréforier
général des Ponts & Chauffées de France.
Elle eft coufine germaine de Meffire Simon - Charles-
Sébastien Bernard de Balinvilliers , Préfident
du Grand- Cónfeil .
On a oublié dans le Mercure précédent à l'ar
ticle de M. l'Evêque de Marfeille , en parlant de
ce qui refte de la branche de cet illuftre Prêlat ,
fes deux niéces , filles du feu Marquis de Caftel-
´moron , l'aînée , Cécile- Génevieve de Belſunce®
de Caftelmoron , Abbeffe de l'Abbaye royale de
Sainte Trinité de Caen par la nomination du Roy
du 18 Février 1754. & la cadette , Sufanne-
Gabrielle de Bellunçe de Caftelmoron , mariée
en May 1740. à N ..... Comte d'Arcuffia , d'une
des plus anciennes & des plus illuftres maiſons de
Provence.
Meffire Michel-André Hennequin d'Ecquevilly,
"Abbé de l'Abbaye de Notre- Dame de Maifieres ,
Ordre de Câteaux , Diocèfe de Chalons-fur-Saone,
´eft mort à Paris le 9 Juin âgé de 72 ans .
Meffire Jean - Alexandre Dutot , Marquis de
Varneville , Maréchal des Camps & Armées du
Roy , & Enfeigne des Gardes du Corps dans la
Compagnie de Villeroi , eft mort à Paris le 15 ,
âgé de 57 ans.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des Camps & Armées
du Roy , & ci -devant Meftre de Camp , Lieutenant
du Régiment des Carabiniers , mourut à
Paris le 17 , âge de 64 ans,
A O UST. • 261 1755
Dame Anne - Dorothée du Hautoy , Marquife
de Béon-Luxembourg , eft morte en fon château
de Tichémont en Lorraine le 17 Juin : elle étoit
veuve du Marquis de Béon dont le pere avoit époufé
l'aînée , héritiere de la maifon de Luxembourg,
& en avoit partagé les biens avec M. le Marquis
de Montmorency qui en avoit époufé la cadette.
M. le Marquis de Béon n'a point laiffé d'enfans ,
& la moitié de fa fucceffion revient à deux petites
niéces , filles du feu Marquis de Chemault dont la
mere étoit foeur du Marquis de Béon . L'aînée eft
Hyacinthe-Louife-Augufte de Béraut de Chemault
encore fille. La feconde eft Hyacinthe- Ifa- :
belle Bétaut de Chemault , mariée depuis trois ans
à Meffire Pierre- François de Courcy , Capitaine .
au Régiment de Cavalerie- Bourgogne , fecond fils
de Meffire François - Jean - Antoine de Courcy
Lieutenant pour le Roy & de Noffeigneurs les .
Maréchaux de France à Verneuil au Perche.
Meffire Maximilien Chaluet de Rochemonteix
Comte de la Roche-Vernaffal , Lieutenant- Genéral
des Armées du Roy , Gouverneur de Rocroy ,
& Commandeur de l'Ordre royal & militaire de
$. Louis , mourut le 18 dans fa 96 ° année,
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs mariages et décès de personnalités nobles françaises. Le 20 mai, Ouis-Gabriel de Conflans, Marquis de Conflans et Mestre de Camp, épousa Demoiselle Antoinette-Magdeleine-Jeanne Portail. Leur bénédiction nuptiale fut donnée par l'Archevêque de Narbonne dans la chapelle de l'hôtel de Rothelin. Leur contrat de mariage avait été signé le 17 mai par leurs Majestés et la Famille royale. Le Marquis de Conflans est le fils de Louis de Conflans, Marquis d'Armentieres, et de Dame Adélaïde-Jeanne-Françoise Boutroue d'Aubigny. La Maison de Conflans est une branche cadette de la Maison de Brienne, qui compte parmi ses membres des Connétables de France, des Ducs souverains d'Athènes, un Roi de Sicile, et un Roi de Jérusalem et Empereur de Constantinople. Le Marquis Joachim Dreux de Brézé, Maréchal des Camps et Armées du Roi, épousa le 27 mai Demoiselle Louise-Jeanne-Marie de Courtarvel de Pézé. Elle est la fille de Louis-René de Courtarvel, Marquis de Pézé, et de Dame Louise-Charlotte de Thibault de la Rochetulon. La Maison de Courtarvel est originaire du Maine et connue depuis le quatorzième siècle. Le Vicomte de Merinville, François-Martial de Montiers, épousa le 4 juin Charlotte-Élisabeth Galluci de l'Hôpital. Leur bénédiction nuptiale fut donnée par le Nonce du Pape. Le Vicomte est le fils de François-Louis-Martial de Montiers, Marquis de Merinville, et de Dame Marguerite-Françoise de Jaucen. Louis-Gaspard Rouillé d'Orfeuil, Maître des Requêtes, épousa le 18 juin Demoiselle Anne-Charlotte Bernard de Montigny. Elle est la fille de Charles de Montigny, receveur général des finances de la province de Picardie, et de Dame Claude-Anne-Jeanne Brochet de Pontcharost. Le texte mentionne également plusieurs décès, notamment ceux de Michel-André Hennequin d'Ecquevilly, Abbé de l'Abbaye de Notre-Dame de Maizières, Jean-Alexandre Dutot, Marquis de Varneville, César-Antoine de La Luzerne, Comte de Beuzeville, Anne-Dorothée du Hautoy, Marquise de Béon-Luxembourg, et Maximilien Chaluet de Rochemonteix, Comte de la Roche-Vernassal. Le décès de Louis, survenu le 18 du 96e année, est également mentionné.
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669
p. 94-97
« C. JULII CAESARIS qua exstant opera. Cum A. Hirtii, sive Oppii commentariis de [...] »
Début :
C. JULII CAESARIS qua exstant opera. Cum A. Hirtii, sive Oppii commentariis de [...]
Mots clefs :
César, Auteurs latins, Historiens latins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « C. JULII CAESARIS qua exstant opera. Cum A. Hirtii, sive Oppii commentariis de [...] »
C. JULII CÆSARIS que exftant opera.
Cum A. Hirtii , five Oppii commentariis de
Bellis Gallic. Alexand. Afric. & Hifpanienfi.
Accefferunt ejufdem Cafaris fragmenta ,
nec non& nomina populorum , oppidorum ,
&fluviorum, qua apud Cafarem reperiuntur.
Parifiis , Typis Jofephi Barbou , viâ
Jacobaâ, fub Ciconiis , in- 12 . 2 tomi. C'eſtà-
dire , Euvres de Céfar , qui confiftent en
fes commentaires & en des fragmens de
SEPTEMBRE. 1755. 95
quelques-uns de fes autres écrits qui font
perdus. 2 vol. in- 12 . pag. 360 & 455.
Cette édition que Barbou , Libraire , rue
S. Jacques , vient de mettre au jour , a
tout ce qu'il faut pour lui mériter l'accueil
des perfonnes qui s'occupent de la lecture
des Auteurs Latins par état ou par goût.
La beauté du papier , la netteté des caracteres
, une planche dont elle eft ornée au
frontispice , concourent à la rendre trèsélégante
. Elle peut affurement aller de pair
avec les belles éditions de plufieurs Hiftoriens
Latins , qui ont paru depuis quelques
années dans le même format. On y
trouve des cartes particulieres de la Gaule,
de l'Italie , & de l'Eſpagne , où les lieux
qui font partie de ces trois différens pays ,
font marqués felon leur ancienne pofition .
Il y a auffi une notice alphabétique des
noms , des peuples , des villes , & des fleuves,
&c. dont il eft parlé dans Céfar. Mais
ce qui contribue fur- tout à en augmenter
le prix , eft une differtation latine , qui eft
inferée à la fuite des 8 livres de laguerre
des Gaules. Comme il n'y en a que fept qui
appartiennent véritablement à Céfar , on y
recherche quel eft précisément l'Auteur du
huitiéme , ainfi que des autres livres qui
traitent de la guerre d'Alexandrie , d'Afrique
& d'Espagne. Il fuffit de dire qu'elle
96 MERCURE DE FRANCE.
eft du célebre Henri Dodwel , pour faire
fon éloge . Il eſt aifé de le reconnoître à cẹ
grand fond d'érudition , & cette exactitude
de critique qui caractériſent prefque
toutes les productions , dont ce fçavant Anglois
a enrichi la République des Lettres.
C'eſt une raifon de plus qui la fera rechercher
des Sçavans. Nous ajouterons encore
que le même Libraire promet de donner
dans un pareil format les Auteurs fuivans ,
qui font indiqués à la fin du premier volume
, Quinte- Curce , Ovide , Pline ( du
P. Hardouin ) & Juftin. S'il apporte les
mêmes foins pour les éditions qu'il prépacelle
que nous annonçons
actuellement, il peut être perfuadé qu'elles
feront également bien reçues du public .
re , que pour
CATALOGUE des livres de feu M. R.....
dont la vente fera indiquée par affiches. Il
fe trouve chez G. Martin Libraire
S. Jacques. 1755 .
> rue
EXPÉRIENCES & RÉFLEXIONS
fur la ftructure & l'ufage des vifceres , fuivies
d'une explication Phyfico - méchanique
de la plupart des maladies ; par M.
Raimond Vieuffens , Confeiller , & Médecin
ordinaire du Roi , de l'Académie
des Sciences de Paris , & de la Société
royale
SEPTEMBRE. 1755. 97
royale de Londres. A Paris , chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à faint
Paul , & à S. Hilaire.
Cum A. Hirtii , five Oppii commentariis de
Bellis Gallic. Alexand. Afric. & Hifpanienfi.
Accefferunt ejufdem Cafaris fragmenta ,
nec non& nomina populorum , oppidorum ,
&fluviorum, qua apud Cafarem reperiuntur.
Parifiis , Typis Jofephi Barbou , viâ
Jacobaâ, fub Ciconiis , in- 12 . 2 tomi. C'eſtà-
dire , Euvres de Céfar , qui confiftent en
fes commentaires & en des fragmens de
SEPTEMBRE. 1755. 95
quelques-uns de fes autres écrits qui font
perdus. 2 vol. in- 12 . pag. 360 & 455.
Cette édition que Barbou , Libraire , rue
S. Jacques , vient de mettre au jour , a
tout ce qu'il faut pour lui mériter l'accueil
des perfonnes qui s'occupent de la lecture
des Auteurs Latins par état ou par goût.
La beauté du papier , la netteté des caracteres
, une planche dont elle eft ornée au
frontispice , concourent à la rendre trèsélégante
. Elle peut affurement aller de pair
avec les belles éditions de plufieurs Hiftoriens
Latins , qui ont paru depuis quelques
années dans le même format. On y
trouve des cartes particulieres de la Gaule,
de l'Italie , & de l'Eſpagne , où les lieux
qui font partie de ces trois différens pays ,
font marqués felon leur ancienne pofition .
Il y a auffi une notice alphabétique des
noms , des peuples , des villes , & des fleuves,
&c. dont il eft parlé dans Céfar. Mais
ce qui contribue fur- tout à en augmenter
le prix , eft une differtation latine , qui eft
inferée à la fuite des 8 livres de laguerre
des Gaules. Comme il n'y en a que fept qui
appartiennent véritablement à Céfar , on y
recherche quel eft précisément l'Auteur du
huitiéme , ainfi que des autres livres qui
traitent de la guerre d'Alexandrie , d'Afrique
& d'Espagne. Il fuffit de dire qu'elle
96 MERCURE DE FRANCE.
eft du célebre Henri Dodwel , pour faire
fon éloge . Il eſt aifé de le reconnoître à cẹ
grand fond d'érudition , & cette exactitude
de critique qui caractériſent prefque
toutes les productions , dont ce fçavant Anglois
a enrichi la République des Lettres.
C'eſt une raifon de plus qui la fera rechercher
des Sçavans. Nous ajouterons encore
que le même Libraire promet de donner
dans un pareil format les Auteurs fuivans ,
qui font indiqués à la fin du premier volume
, Quinte- Curce , Ovide , Pline ( du
P. Hardouin ) & Juftin. S'il apporte les
mêmes foins pour les éditions qu'il prépacelle
que nous annonçons
actuellement, il peut être perfuadé qu'elles
feront également bien reçues du public .
re , que pour
CATALOGUE des livres de feu M. R.....
dont la vente fera indiquée par affiches. Il
fe trouve chez G. Martin Libraire
S. Jacques. 1755 .
> rue
EXPÉRIENCES & RÉFLEXIONS
fur la ftructure & l'ufage des vifceres , fuivies
d'une explication Phyfico - méchanique
de la plupart des maladies ; par M.
Raimond Vieuffens , Confeiller , & Médecin
ordinaire du Roi , de l'Académie
des Sciences de Paris , & de la Société
royale
SEPTEMBRE. 1755. 97
royale de Londres. A Paris , chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à faint
Paul , & à S. Hilaire.
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Résumé : « C. JULII CAESARIS qua exstant opera. Cum A. Hirtii, sive Oppii commentariis de [...] »
Le texte présente une édition des œuvres de Jules César, réalisée par Joseph Barbou. Cette édition inclut les commentaires de César sur les guerres des Gaules, d'Alexandrie, d'Afrique et d'Espagne, ainsi que des fragments de ses autres écrits perdus. Elle se compose de deux volumes in-12, totalisant 360 et 455 pages. L'édition se distingue par la qualité du papier, la netteté des caractères et une planche ornant le frontispice. Elle comprend également des cartes de la Gaule, de l'Italie et de l'Espagne, marquant les lieux selon leurs anciennes positions, ainsi qu'une notice alphabétique des noms des peuples, villes et fleuves mentionnés par César. Une dissertation latine, attribuée à Henri Dodwell, examine l'auteur du huitième livre de la guerre des Gaules et des autres livres traitant des guerres d'Alexandrie, d'Afrique et d'Espagne. Dodwell est reconnu pour son érudition et son exactitude critique. Le libraire Barbou prévoit de publier d'autres auteurs, tels que Quinte-Curce, Ovide, Pline et Justin, dans le même format. Le texte mentionne également la vente des livres de feu M. R., annoncée par affiches chez G. Martin, libraire rue Saint-Jacques. Enfin, il est fait référence à un ouvrage de M. Raimond Vieussens sur la structure et l'usage des viscères, publié chez Jean-Thomas Hérissant.
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670
p. 156-171
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Jules-César. L'Ancienneté de la ville de Paris ne sçauroit [...]
Mots clefs :
Histoire de la ville de Paris, Jules César, Parisiens, Romains, Rois de France, Évêque, Église, Jovien, Julien, Valentinien, Gratien, Théodose, Childebert Ier, Clotaire Ier, Roi, Royaume, Chapelle, Abbaye, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE
De l'hiftoire de la ville de Paris , contenant ce
qui s'eft paffe de plus remarquable dans fon
enceinte, ou aux environs ; par M. Poncet
de la Grave , Avocat au Parlement .
SOUVERAINS .
Jules- Céfar.
'Ancienneté de la ville de Paris ne fçauroit
être mieux prouvée que par l'obfcurité
répandue fur fon origine.
Jules Céfar , (a) qui le premier en a fait
mention , l'appelle Lutetia , plufieurs Auteurs
, après lui , l'ont nommée différemment.
Elle fut affujettie aux Romains vers l'an
704 de la fondation de Rome , environ
cinquante ans avant la naiffance de Jeſus-
Chriſt. Jules - Céfar après en avoir fait la
conquête , y forma l'affemblée générale de
fes troupes , & partit enfuite pour l'Italie.
Les Parifiens profitent de fon abfence pour
fecouer le joug des Romains (b) .
(a) Comment. L. 6. (b ) Céfar , L. 7.
SEPTEMBRE. 1755. 157
Célar apprend leur révolte , rentre dans
les Gaules , fait le fiége de Gergovie , &
dépêche Labienus un de fes Lieutenans ,
contre les Parifiens . Ces derniers , inftruits
de fon retour , & de l'approche de Labićnus
, mettent le feu à leur ville , & vont
au-devant de lui fous le commandement
de Camulogene , vieillard d'une expérienconfommée
; leur armée eft défaite , &
Paris rentre pour la feconde fois fous la
domination des Romains.
Vers l'an 250 , faint Denis qui avoit été
fait prêtre à Rome , arrive à Paris , en eft
le premier Evêque , & après y avoir prêché
la Religion Chrétienne avec le prêtre
Ruftique & le Diacre Eleuthere . Il y reçoit
la couronne du martyre avec fes compagnons
fur le mont Martre , où ils eurent
tous les trois la tête tranchée. Leurs corps
furent enlevés par des perfonnes pieufes qui
les enterrerent dans un champ écarté de la
ville , fur lequel a depuis été bâtie l'égliſe
de l'Abbaye de faint Denis , actuellement
exiftante .
360-1-2 .
Julien proconful des Gaules , fait affembler
un concile à Paris ( c ) , auquel Victorin
Evêque & fucceffeur de faint Denis
(c) Premier concile de Paris,
158 MERCURE DE FRANCE.
préfida. Il y arrive lui-même , y féjourne
deux ans , & manque d'y périr par la vapeur
da charbon qu'on avoit allumé dans
fa chambre dans une urne de terre , fuivant
la coutume de ce tems - là .
Julien.
Julien eft proclamé Empereur à Paris
par les capitaines & foldats de fon armée ,
campée aux environs.
On fixe au regne de Julien la conftruction
du palais des Thermes , ou bains ,
dont on voit encore quelque refte dans
une maifon de la rue de la Harpe.
Jovien.
363 - 4 - 5 •
Jovien ayant fuccédé à Julien qui avoit
renoncé à la Religion chrétienne , caffe
toutes les loix que fon prédéceffeur avoit
faites contre les Chrétiens , & ne regne
que huit mois.
Valentinien I.
Valentinien I. arrive à Paris à la fin du
mois d'Octobre 365 , & y paffe l'hyver. ,
Nous avons de lui trois loix (d) dattées de
cette ville ; la premiere , pour la diftribution
des vivres ; la deuxieme pour l'or , l'ar-
(d) Cod. Theod. Tom. 2. chro. p, 76.
SEPTEMBRE. 1755 .
159
gent , & les autres métaux ; la troifiéme ,
pour les Officiers des monnoies.
Valens affocié à l'Empire.
366 , & c.
Valens défait en Age Procope qui s'étoit
fait proclamer Empereur ( e ) , & envoie fa
tête à Paris , à Valentinien fon frere.
Gratien.
Gratien , fils de Valentinien , fait quelque
féjour à Paris , y livre aux environs
une bataille à Maxime , qui avoit ufurpé
le titre d'Empereur ; il l'a perd , & eft
maffacré par fes ennemis.
Théodofe.
Saint Marcel , natif de Paris , occupe
le Siége Pontifical ; il meurt & fon corps
eft inhumé hors la ville dans une petite
chapelle dédiée à faint Clément .
ROIS DE FRANCE .
Pharamond. Clodion . Mérovée.
45.1--2--3 .
Les conquêtes d'Attila roi des Huns ,
& les ravages que fon armée faifoit aux
environs de Paris , allarment les Parifiens .
Sainte Genevieve effaye de calmer les ef-
( e ) Amm. Marcell . L. 27.
160 MERCURE DE FRANCE.
prits , les exhorte à mettre leur confiance
en Dieu , & leur prédit que ce Prince qui
fe faifoit appeller le fléau de Dieu , ne
paffera pas par Paris ; la chofe arriva comme
elle l'avoit dit , mais plufieurs en profirerent
pour l'accufer de fortilege. On alla
même jufqu'à délibérer de quel genre de
mort on la feroit mourir. Sur ces entrefaites
, l'Archidiacre d'Auxerre arriva à
Paris , & diffipa le complot.
454 , & c.
Les Francs fous la conduite de Mérovée ,
s'avancent vers la Seine ; traverfent la
Seine fous Childéric fon fucceffeur , &
ravagent les environs de Paris.
Childeric 1.
476 , &c.
Les François affiégent Paris , la ville
manque de vivres , & les affiégés font réduits
à la derniere extrêmité. Génevieve
(f) s'expofe feule pour le falut de la patrie ,
elle va elle -même à Arci fur Aube & à
Troyes , d'où elle revient avec plufieurs
batteaux chargés de bled . Childéric , malgré
ce fecours , fe rend maître de Paris ,
& en chaffe les Romains.
Clovis I.
Le Clergé & le Corps de Ville , à la fol-
(f) Vitafanita Genovefa. p. 146.
SEPTEMBRE. 1755. 161
licitation de fainte Génevieve , font batir
une Chapelle fur le tombeau de S. Denis.
507-8.
Clovis , premier Roi Chrétien , vient à
Paris après la fameufe bataille de Vouille
en Poitou , il y fixe le Siége principal de
fon Empire ; habite le Palais des Thermes ,
& fait bâtir l'Eglife de Saint Pierre & Saint
Paul , aujourd'hui Sainte Génevieve .
509-19.
Sainte Génevieve , déja très - avancée en
âge , meurt à Paris le trois Janvier 509. &
eft enterrée hors la ville du côté du Midi.
Les Parifiens remplis de vénération pour
cette Sainte , élevent une petite chapelle
fur fon tombeau .
511 , & c.
Rédaction de la Loi par Clovis ; ce prince
fonde l'abbaye Sainte Génevieve , meurt
& eft enterré dans l'églife qui étoit alors
fous l'invocation de S. Pierre & S. Paul.
Childebert.
Les quatre fils de Clovis , partagent le
royaume entr'eux . Thieri regne en Auftrafie
, Clodomir à Orléans , Childebert à
Paris , & Clotaire à Soiffons . Clodomir eft
tué dans une bataille contre les Bourguignons
& laiffe trois fils.
162 MERCURE DE FRANCE.
533, &c.
Clotaire inftruit de cet évenement ,
vient à Paris & délibere avec Childebert
fon frere , de priver leurs neveux du royaume
de leur pere , la réfolution prife , ils
font venir les trois princes , & Clotaire en
malfacre deux de fa propre main , le troifieme
, nommé Clodoalde fe fauve , & eft
rafé . On l'invoque fous le nom de faint
Cloud.
Childebert , Thieri & Clotaire partagent
entr'eux le royaume d'Orléans .
Clotilde fait inhumer les jeunes princes
Theobalde & Gonthier dans l'Eglife de
S. Pierre & S. Paul , & quitte enfuite
Paris pour revenir à Tours,
$43 , & c.
Mort de Clotilde , veuve de Clovis , à
Tours ; fon corps eft apporté à Paris , où
par les foins de Childebert & de Clotaire ,
elle eft enterrée à Sainte Génevieve auprès
de Clovis , & à côté de Clotilde fa fille
femme d'Amalaric , roi des Vifigoths .
Elle a été mife au nombre des Saints.
551-2-3-4 .
;
Childebert affemble un concile à Paris
(g ) les Evêques au nombre de vingt-fept , y
( g ) Deuxieme Concile de Paris.
SEPTEMBRE. 1755. 163
épofent Safaraque Evêque de cette capiale
, & le releguent dans un Monaftere.
Le feu prend à quelques maifons de
bois , & les flammes pouffées avec violence
font craindre un incendie général . Saint
Lubin Evêque de Chartres alors à Paris ,
fe met en prieres & l'embrafement ceffe .
555-6-7.
Childebert ( b ) par les confeils de
Saint Germain Evêque de Paris , fait rebâtir
la cathédrale , & lui donne de grands
biens.
Célebre ordonnance de Childebert ( i ) ,
qui ordonne le renversement de toutes les
idoles , & punition de cent coups de fouet
contre les efclaves qui profaneront le Dimanche
, & contre les perfonnes libres ,
d'une amande pécuniaire.
Troifieme concile de Paris ( k ) fous le
pontificat de Saint Germain. Ce concile
(1) auquel Probien Archevêque de Bourges
préfida , fit dix canons tendant à la
confervation des biens eccléfiaftiques & à
la liberté des élections des Evêques.
Childebert fonde l'abbaye S. Vincent ,
connue aujourd'huy fous le nom de Saint
(h) Apud Duch. tom. I. p . 464. ( i) Balut. capit.
Reg. Fr. L. I. p. 6. ( k ) Troiſieme concile de Paris.
( 1 ) Concile , tom. 5. p. 814.
164 MERCURE DE FRANCE.
Germain des Prés , & y dépofe outre l'étole
de ce premier titulaire , quantité de vafes
précieux qu'il avoit apportés de Tolede,
la dotte d'amples revenus , & lui accorde
de grands privileges. L'églife finie le 23
Décembre eft dédiée , & la regle de Saint
Benoît eft introduite dans cette Abbaye
peu de tems après.
S. Germain l'Auxerrois fondé par Childebert
, dont on voit la figure avec celle
de la reine Ultrogothe fa femme , au grand
portail de cette églife.
558.
Mort de Childebert enterré à Paris dans
l'égliſe de S. Germain des Prés , on voit
encore fon tombeau au milieu de cette
églife.
Premier exemple de la Loi fondamentale
qui n'admet que les mâles à la couronne.
Clotaire fuccede à fon frere à l'exclufion
de fes deux nieces .
Clotaire I.
559-60-61
.
Clotaire arrive à Paris , enleve tous les
tréfors de fon prédécefleur , y fait trèspeu
de féjour , retourne à Soiffons , & y
meurt laiffant quatre fils.
562-3-4-5 .
Chilpéric quoique le plus jeune , veut
<
SEPTEMBRE. 1755. 165
avoir Paris pour fon partage , fes trois
freres s'y oppofent , on tire au fort les
quatre royaumes , & il eft roi de Soiffons ,
Caribert.
Caribert a Paris en partage , & fait
gouter à fes fujets la douceur de la paix.
Interregne.
566.
Caribert meurt & eft enterré à S. Germain
des Prés , fes freres partagent fa fucceffion
, mais comme chacun vouloit avoir
la ville de Paris (m) , ils conviennent de la
pofféder tous trois par indivis fous la condition
qu'aucun des trois n'y entreroit fant
le confentement des deux autres , & que
celui qui violeroit le ferment perdroit dès
ce moment la part qu'il y auroit.
567 , &c.
Quatrième Concile de Paris ( n ) , convoqué
par Gontran , Roi d'Orléans & de
Bourgogne , dans l'églife S. Pierre & S.
Paul. Les Evêques du Royaume affemblés ,
au nombre de trente ( ) deux , propoſent
plufieurs voyes d'accommodement pour
(m ) Préfident Henault , Abrégé de l'Hiftoire de
France , page 12. (n ) Quatrieme concile de Paris.
(9) Concile , tom . V. p . 918 .
166 MERCURE DE FRANCE.
terminer les différends des deux Rois , Sigebert
& Chilperic , ce qui ne réuffic
574.
pas.
Sigebert paffe la Seine , à la tête d'une
puiffante armée, force Chilperic à demander
la paix, ravage les environs de Paris, &
fes foldats portent leursmains facriléges fur
le tombeau de S. Denis, qu'ils dépouillent
de fes ornemens.
575.
La paix eft conclue entre les deux Rois ;
mais à peine Sigebert s'eft- il retiré , que
Chilperic la viole. Sigebert indigné , s'avance
vers Paris , en ravage tous les environs
, fe rend maître de Rouen & de toute
la Neuftrie , & vient à Paris avec la Reine
Brunehaut & fes enfans.
Chilperic épouvanté de ce malheur &
de la mort de fon fils Théodebert , fe fauve
dans Tournai ; Sigebert l'y pourfuit ,
& met le fiége devant la ville . Il eſt aſſaſfiné
dans fon camp , & Chilperic revient
à Paris , où ayant trouvé la femme de fon
frere , il pille tous fes tréfors , & l'exile
à Rouen.
576.
Mort de S. Germain , Evêque de Paris ,
âgé d'environ quatre-vingt ans . Il eſt enterré
dans la chapelle de S. Symphorien ,
SEPTEMBRE . 1755. 167
au bas de l'églife S. Vincent , à préfent S.
Germain des Prés , au côté droit du veftibule.
577
Cinquiéme Concile de Paris ( p ) , tenu
dans l'églife S. Pierre & S. Paul , compofé
de quarante- cinq Evêques ( q ) affemblés
par ordre du Roi Chilperic pour juger la
caufe de Prétextat , Evêque de Rouen ,
accufé de trahifon . Ce Prélat , quoiqu'innocent
, s'avoua coupable , pour appaiſer
le Roi , qui lui avoit fait infinuer ce moyen
de le fléchir ; il fut néanmoins dépofé &
exilé dans l'ifle de Jerfai , où il demeura
jufqu'à la mort de Chilperic.
579,80 , 81 .
( r ) Le crime d'adultere alors puni de
mort à Paris. Etabliſſement de l'égliſe Saint
Julien le Pauvre , place Maubert.
582.
Il tombe à Paris une pluie de fang (S)
qui infecte tout ce qu'elle touche .
Chilperic laffé de l'infolence des Juifs
qui habitoient la rue de la Juiverie , entre
le pont Notre- Dame & le petit Pont ,
veut les forcer d'embraffer la Religion(t )
(p ) Cinquiéme Concile de Paris. ( 9 ) Greg.
Tur. liv. s . chap. 19. ( r ) Idem , liv. 5. chap. 35 .
(S ) Idem , liv. 16. c. § . ( t ) Idem , c . 17.
163 MERCURE DE FRANCE.
Chrétienne , quelques uns fe foumettent ,
les autres quittent le Royaume.
583.
La Seine & la Marne débordent confidérablement
. Plufieurs perfonnes font
noyées entre la cité & S. Laurent.
La veille de Pâques , Chilperic fort
brufquement de Paris , & y rentre à la fuite
d'une proceffion de reliques . Fait baptifer
fon fils par Ragncmode , Evêque de
Paris , qui fut fon parrein , & le nomma
Thiery. Chilperic (u) fait à cette occafion
des aumônes confidérables , & rend la
liberté aux prifonniers.
Ce Prince fort une feconde fois de Paris
, fait un traité avec les Ambaffadeurs
du Roi Childebert , contre Gontran , Roi
d'Orléans ; rentre enfuite dans la ville , en
fort de nouveau pour affembler fon armée
près de Melun , brûle & pille tout ce qui
fe trouve fur fon paffage , livre la bataille
à Gontran , la perd , demande la
paix , l'obtient , & rentre dans Paris.
$ 84.
Chilperic part pour Soiffons , d'où la
mort de fon fils Thieri le rappelle bientôt
à Paris. A peine y eft il arrivé , que la
Reine lui apprend qu'un bruit populaire
(1 ) Greg. Tur. ch. 25.
-
fait
SEPTEMBRE . 1755 169
fait foupçonner des femmes d'avoir fait
mourir le jeune Prince par des fortileges.
Le Roi les fait arrêter ; elles avouent leur
crime à la queſtion , & font punies de mort.
Monmole , Préfêt de Paris , compris
dans leur dépofition , avoue avoir reçu un
breuvage de leurs mains ; il eft chargé de
chaînes , & conduit en prifon , on lui fait
fon procès ; & lorfqu'il alloit être condamné
à perdre la tête , la Reine le fauve ,
& le fait conduire à Bordeaux , lieu de fa
naiffance , où il mourut de douleur en
arrivant .
Chilperic reçoit à Paris les Ambaſſadeurs
de l'Euvigilde , Roi des Vifigoths ,
qui lui demandent Rigonte fa fille en mariage
, pour Ricarede , fecond fils de leur
Roi.
Chilperic agrée cette alliance , fait préparer
un train magnifique pour conduire
Rigonte en Espagne. Il prend par force
des efclaves ou ferfs dans les villages voifins
pour groffir la fuite de la Princeffe.
Childebert II dépêche des An.baffadeurs
à Chilperic pour s'en plaindre.
Rigonte part , & le chariot caffe aux
portes de Paris. On prend cet accident à
mauvais augure. Effectivement la Princeffe
ne va que jufqu'à Toulouſe , parce
que Ricarede inftruit de la mort de Chil-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
peric affaffiné à Chelles en revenant de la
chaffe , fait une autre alliance.
Prétextat , Evêque de Rouen, qui avoit
été déposé au cinquième Concile de Paris ,
& exilé dans l'ifle de Jerfai , eft rappellé
& rétabli fur fon fiége , la Reine Frédegonde
, devenue veuve , fe retire auprès
de l'Evêque de Paris , & fe foumet avec
Clotaire fon fils à Gontran , frere de Chilperic
arrivé à Paris , avec une armée formidable.
Childebert arrive quelque tems après ,
& les Parifiens lui refufent l'entrée de leur
ville .
585.
Gontran eft feul maître de Paris. Il
compoſe un Confeil pour le jeune Clotaire
, & oblige Frédegonde à quitter Paris
: elle fe retire au Vaudrueil , où elle
fouffre impatiemment de fe voir fans autorité.
Gontran tient une affemblée à Paris.
Les Amballadeurs du Roi Childebert s'y
rendent , & y font maltraités ; ils n'obtiennent
ni portion du Royaume de Paris ,
qu'ils demandent , ni la liberté de Frédegonde
, veuve du feu Roi Chilperic.
Le même Prince craignant d'être affaffiné
, fe retire à Châlons- fur-Saone , & reSEPTEMBRE.
1755. 171
vient l'année d'après à Paris , pour tenir
fur les fonts de baptême Clotaire fon
neveu. Il envoie à cet effet les Evêques
de Lyon , d'Autun & de Châlons , avec
plufieurs Officiers de fa maifon pour conduire
fon Neveu à Ruel , où il étoit alors.
Delà il part pour Nanterre , où la cérémonie
fut faite .
Childebert envoie des Ambaffadeurs
pour fe plaindre de l'infraction au dernier
traité. Gontran leur promet de nouveau
de l'exécuter.
Les corps de Clovis & de Mérouée font
trouvés & tranfportés dans l'églife de S.
Vincent , par ordre du Roi.
Un incendie confume prefque toute la
ville à l'exception des églifes.
Childebert & Gontran fe promettent
une fincere amitié dans l'affemblée d'Andelot
fur les confins du Royaume de Bourgogne
, près de Langres . Par ce traité , la
troifiéme partie de Paris & du territoire
qui avoit appartenu au Roi Sigebert
refta à Gontran , avec Châteaudun , Vendôme
, le pays d'Eftampes , & celui de
Chartres.
Gontran meurt.
On donnera la fuite le mois prochain.
* Greg. liv. 8 , chap. 33 .
De l'hiftoire de la ville de Paris , contenant ce
qui s'eft paffe de plus remarquable dans fon
enceinte, ou aux environs ; par M. Poncet
de la Grave , Avocat au Parlement .
SOUVERAINS .
Jules- Céfar.
'Ancienneté de la ville de Paris ne fçauroit
être mieux prouvée que par l'obfcurité
répandue fur fon origine.
Jules Céfar , (a) qui le premier en a fait
mention , l'appelle Lutetia , plufieurs Auteurs
, après lui , l'ont nommée différemment.
Elle fut affujettie aux Romains vers l'an
704 de la fondation de Rome , environ
cinquante ans avant la naiffance de Jeſus-
Chriſt. Jules - Céfar après en avoir fait la
conquête , y forma l'affemblée générale de
fes troupes , & partit enfuite pour l'Italie.
Les Parifiens profitent de fon abfence pour
fecouer le joug des Romains (b) .
(a) Comment. L. 6. (b ) Céfar , L. 7.
SEPTEMBRE. 1755. 157
Célar apprend leur révolte , rentre dans
les Gaules , fait le fiége de Gergovie , &
dépêche Labienus un de fes Lieutenans ,
contre les Parifiens . Ces derniers , inftruits
de fon retour , & de l'approche de Labićnus
, mettent le feu à leur ville , & vont
au-devant de lui fous le commandement
de Camulogene , vieillard d'une expérienconfommée
; leur armée eft défaite , &
Paris rentre pour la feconde fois fous la
domination des Romains.
Vers l'an 250 , faint Denis qui avoit été
fait prêtre à Rome , arrive à Paris , en eft
le premier Evêque , & après y avoir prêché
la Religion Chrétienne avec le prêtre
Ruftique & le Diacre Eleuthere . Il y reçoit
la couronne du martyre avec fes compagnons
fur le mont Martre , où ils eurent
tous les trois la tête tranchée. Leurs corps
furent enlevés par des perfonnes pieufes qui
les enterrerent dans un champ écarté de la
ville , fur lequel a depuis été bâtie l'égliſe
de l'Abbaye de faint Denis , actuellement
exiftante .
360-1-2 .
Julien proconful des Gaules , fait affembler
un concile à Paris ( c ) , auquel Victorin
Evêque & fucceffeur de faint Denis
(c) Premier concile de Paris,
158 MERCURE DE FRANCE.
préfida. Il y arrive lui-même , y féjourne
deux ans , & manque d'y périr par la vapeur
da charbon qu'on avoit allumé dans
fa chambre dans une urne de terre , fuivant
la coutume de ce tems - là .
Julien.
Julien eft proclamé Empereur à Paris
par les capitaines & foldats de fon armée ,
campée aux environs.
On fixe au regne de Julien la conftruction
du palais des Thermes , ou bains ,
dont on voit encore quelque refte dans
une maifon de la rue de la Harpe.
Jovien.
363 - 4 - 5 •
Jovien ayant fuccédé à Julien qui avoit
renoncé à la Religion chrétienne , caffe
toutes les loix que fon prédéceffeur avoit
faites contre les Chrétiens , & ne regne
que huit mois.
Valentinien I.
Valentinien I. arrive à Paris à la fin du
mois d'Octobre 365 , & y paffe l'hyver. ,
Nous avons de lui trois loix (d) dattées de
cette ville ; la premiere , pour la diftribution
des vivres ; la deuxieme pour l'or , l'ar-
(d) Cod. Theod. Tom. 2. chro. p, 76.
SEPTEMBRE. 1755 .
159
gent , & les autres métaux ; la troifiéme ,
pour les Officiers des monnoies.
Valens affocié à l'Empire.
366 , & c.
Valens défait en Age Procope qui s'étoit
fait proclamer Empereur ( e ) , & envoie fa
tête à Paris , à Valentinien fon frere.
Gratien.
Gratien , fils de Valentinien , fait quelque
féjour à Paris , y livre aux environs
une bataille à Maxime , qui avoit ufurpé
le titre d'Empereur ; il l'a perd , & eft
maffacré par fes ennemis.
Théodofe.
Saint Marcel , natif de Paris , occupe
le Siége Pontifical ; il meurt & fon corps
eft inhumé hors la ville dans une petite
chapelle dédiée à faint Clément .
ROIS DE FRANCE .
Pharamond. Clodion . Mérovée.
45.1--2--3 .
Les conquêtes d'Attila roi des Huns ,
& les ravages que fon armée faifoit aux
environs de Paris , allarment les Parifiens .
Sainte Genevieve effaye de calmer les ef-
( e ) Amm. Marcell . L. 27.
160 MERCURE DE FRANCE.
prits , les exhorte à mettre leur confiance
en Dieu , & leur prédit que ce Prince qui
fe faifoit appeller le fléau de Dieu , ne
paffera pas par Paris ; la chofe arriva comme
elle l'avoit dit , mais plufieurs en profirerent
pour l'accufer de fortilege. On alla
même jufqu'à délibérer de quel genre de
mort on la feroit mourir. Sur ces entrefaites
, l'Archidiacre d'Auxerre arriva à
Paris , & diffipa le complot.
454 , & c.
Les Francs fous la conduite de Mérovée ,
s'avancent vers la Seine ; traverfent la
Seine fous Childéric fon fucceffeur , &
ravagent les environs de Paris.
Childeric 1.
476 , &c.
Les François affiégent Paris , la ville
manque de vivres , & les affiégés font réduits
à la derniere extrêmité. Génevieve
(f) s'expofe feule pour le falut de la patrie ,
elle va elle -même à Arci fur Aube & à
Troyes , d'où elle revient avec plufieurs
batteaux chargés de bled . Childéric , malgré
ce fecours , fe rend maître de Paris ,
& en chaffe les Romains.
Clovis I.
Le Clergé & le Corps de Ville , à la fol-
(f) Vitafanita Genovefa. p. 146.
SEPTEMBRE. 1755. 161
licitation de fainte Génevieve , font batir
une Chapelle fur le tombeau de S. Denis.
507-8.
Clovis , premier Roi Chrétien , vient à
Paris après la fameufe bataille de Vouille
en Poitou , il y fixe le Siége principal de
fon Empire ; habite le Palais des Thermes ,
& fait bâtir l'Eglife de Saint Pierre & Saint
Paul , aujourd'hui Sainte Génevieve .
509-19.
Sainte Génevieve , déja très - avancée en
âge , meurt à Paris le trois Janvier 509. &
eft enterrée hors la ville du côté du Midi.
Les Parifiens remplis de vénération pour
cette Sainte , élevent une petite chapelle
fur fon tombeau .
511 , & c.
Rédaction de la Loi par Clovis ; ce prince
fonde l'abbaye Sainte Génevieve , meurt
& eft enterré dans l'églife qui étoit alors
fous l'invocation de S. Pierre & S. Paul.
Childebert.
Les quatre fils de Clovis , partagent le
royaume entr'eux . Thieri regne en Auftrafie
, Clodomir à Orléans , Childebert à
Paris , & Clotaire à Soiffons . Clodomir eft
tué dans une bataille contre les Bourguignons
& laiffe trois fils.
162 MERCURE DE FRANCE.
533, &c.
Clotaire inftruit de cet évenement ,
vient à Paris & délibere avec Childebert
fon frere , de priver leurs neveux du royaume
de leur pere , la réfolution prife , ils
font venir les trois princes , & Clotaire en
malfacre deux de fa propre main , le troifieme
, nommé Clodoalde fe fauve , & eft
rafé . On l'invoque fous le nom de faint
Cloud.
Childebert , Thieri & Clotaire partagent
entr'eux le royaume d'Orléans .
Clotilde fait inhumer les jeunes princes
Theobalde & Gonthier dans l'Eglife de
S. Pierre & S. Paul , & quitte enfuite
Paris pour revenir à Tours,
$43 , & c.
Mort de Clotilde , veuve de Clovis , à
Tours ; fon corps eft apporté à Paris , où
par les foins de Childebert & de Clotaire ,
elle eft enterrée à Sainte Génevieve auprès
de Clovis , & à côté de Clotilde fa fille
femme d'Amalaric , roi des Vifigoths .
Elle a été mife au nombre des Saints.
551-2-3-4 .
;
Childebert affemble un concile à Paris
(g ) les Evêques au nombre de vingt-fept , y
( g ) Deuxieme Concile de Paris.
SEPTEMBRE. 1755. 163
épofent Safaraque Evêque de cette capiale
, & le releguent dans un Monaftere.
Le feu prend à quelques maifons de
bois , & les flammes pouffées avec violence
font craindre un incendie général . Saint
Lubin Evêque de Chartres alors à Paris ,
fe met en prieres & l'embrafement ceffe .
555-6-7.
Childebert ( b ) par les confeils de
Saint Germain Evêque de Paris , fait rebâtir
la cathédrale , & lui donne de grands
biens.
Célebre ordonnance de Childebert ( i ) ,
qui ordonne le renversement de toutes les
idoles , & punition de cent coups de fouet
contre les efclaves qui profaneront le Dimanche
, & contre les perfonnes libres ,
d'une amande pécuniaire.
Troifieme concile de Paris ( k ) fous le
pontificat de Saint Germain. Ce concile
(1) auquel Probien Archevêque de Bourges
préfida , fit dix canons tendant à la
confervation des biens eccléfiaftiques & à
la liberté des élections des Evêques.
Childebert fonde l'abbaye S. Vincent ,
connue aujourd'huy fous le nom de Saint
(h) Apud Duch. tom. I. p . 464. ( i) Balut. capit.
Reg. Fr. L. I. p. 6. ( k ) Troiſieme concile de Paris.
( 1 ) Concile , tom. 5. p. 814.
164 MERCURE DE FRANCE.
Germain des Prés , & y dépofe outre l'étole
de ce premier titulaire , quantité de vafes
précieux qu'il avoit apportés de Tolede,
la dotte d'amples revenus , & lui accorde
de grands privileges. L'églife finie le 23
Décembre eft dédiée , & la regle de Saint
Benoît eft introduite dans cette Abbaye
peu de tems après.
S. Germain l'Auxerrois fondé par Childebert
, dont on voit la figure avec celle
de la reine Ultrogothe fa femme , au grand
portail de cette églife.
558.
Mort de Childebert enterré à Paris dans
l'égliſe de S. Germain des Prés , on voit
encore fon tombeau au milieu de cette
églife.
Premier exemple de la Loi fondamentale
qui n'admet que les mâles à la couronne.
Clotaire fuccede à fon frere à l'exclufion
de fes deux nieces .
Clotaire I.
559-60-61
.
Clotaire arrive à Paris , enleve tous les
tréfors de fon prédécefleur , y fait trèspeu
de féjour , retourne à Soiffons , & y
meurt laiffant quatre fils.
562-3-4-5 .
Chilpéric quoique le plus jeune , veut
<
SEPTEMBRE. 1755. 165
avoir Paris pour fon partage , fes trois
freres s'y oppofent , on tire au fort les
quatre royaumes , & il eft roi de Soiffons ,
Caribert.
Caribert a Paris en partage , & fait
gouter à fes fujets la douceur de la paix.
Interregne.
566.
Caribert meurt & eft enterré à S. Germain
des Prés , fes freres partagent fa fucceffion
, mais comme chacun vouloit avoir
la ville de Paris (m) , ils conviennent de la
pofféder tous trois par indivis fous la condition
qu'aucun des trois n'y entreroit fant
le confentement des deux autres , & que
celui qui violeroit le ferment perdroit dès
ce moment la part qu'il y auroit.
567 , &c.
Quatrième Concile de Paris ( n ) , convoqué
par Gontran , Roi d'Orléans & de
Bourgogne , dans l'églife S. Pierre & S.
Paul. Les Evêques du Royaume affemblés ,
au nombre de trente ( ) deux , propoſent
plufieurs voyes d'accommodement pour
(m ) Préfident Henault , Abrégé de l'Hiftoire de
France , page 12. (n ) Quatrieme concile de Paris.
(9) Concile , tom . V. p . 918 .
166 MERCURE DE FRANCE.
terminer les différends des deux Rois , Sigebert
& Chilperic , ce qui ne réuffic
574.
pas.
Sigebert paffe la Seine , à la tête d'une
puiffante armée, force Chilperic à demander
la paix, ravage les environs de Paris, &
fes foldats portent leursmains facriléges fur
le tombeau de S. Denis, qu'ils dépouillent
de fes ornemens.
575.
La paix eft conclue entre les deux Rois ;
mais à peine Sigebert s'eft- il retiré , que
Chilperic la viole. Sigebert indigné , s'avance
vers Paris , en ravage tous les environs
, fe rend maître de Rouen & de toute
la Neuftrie , & vient à Paris avec la Reine
Brunehaut & fes enfans.
Chilperic épouvanté de ce malheur &
de la mort de fon fils Théodebert , fe fauve
dans Tournai ; Sigebert l'y pourfuit ,
& met le fiége devant la ville . Il eſt aſſaſfiné
dans fon camp , & Chilperic revient
à Paris , où ayant trouvé la femme de fon
frere , il pille tous fes tréfors , & l'exile
à Rouen.
576.
Mort de S. Germain , Evêque de Paris ,
âgé d'environ quatre-vingt ans . Il eſt enterré
dans la chapelle de S. Symphorien ,
SEPTEMBRE . 1755. 167
au bas de l'églife S. Vincent , à préfent S.
Germain des Prés , au côté droit du veftibule.
577
Cinquiéme Concile de Paris ( p ) , tenu
dans l'églife S. Pierre & S. Paul , compofé
de quarante- cinq Evêques ( q ) affemblés
par ordre du Roi Chilperic pour juger la
caufe de Prétextat , Evêque de Rouen ,
accufé de trahifon . Ce Prélat , quoiqu'innocent
, s'avoua coupable , pour appaiſer
le Roi , qui lui avoit fait infinuer ce moyen
de le fléchir ; il fut néanmoins dépofé &
exilé dans l'ifle de Jerfai , où il demeura
jufqu'à la mort de Chilperic.
579,80 , 81 .
( r ) Le crime d'adultere alors puni de
mort à Paris. Etabliſſement de l'égliſe Saint
Julien le Pauvre , place Maubert.
582.
Il tombe à Paris une pluie de fang (S)
qui infecte tout ce qu'elle touche .
Chilperic laffé de l'infolence des Juifs
qui habitoient la rue de la Juiverie , entre
le pont Notre- Dame & le petit Pont ,
veut les forcer d'embraffer la Religion(t )
(p ) Cinquiéme Concile de Paris. ( 9 ) Greg.
Tur. liv. s . chap. 19. ( r ) Idem , liv. 5. chap. 35 .
(S ) Idem , liv. 16. c. § . ( t ) Idem , c . 17.
163 MERCURE DE FRANCE.
Chrétienne , quelques uns fe foumettent ,
les autres quittent le Royaume.
583.
La Seine & la Marne débordent confidérablement
. Plufieurs perfonnes font
noyées entre la cité & S. Laurent.
La veille de Pâques , Chilperic fort
brufquement de Paris , & y rentre à la fuite
d'une proceffion de reliques . Fait baptifer
fon fils par Ragncmode , Evêque de
Paris , qui fut fon parrein , & le nomma
Thiery. Chilperic (u) fait à cette occafion
des aumônes confidérables , & rend la
liberté aux prifonniers.
Ce Prince fort une feconde fois de Paris
, fait un traité avec les Ambaffadeurs
du Roi Childebert , contre Gontran , Roi
d'Orléans ; rentre enfuite dans la ville , en
fort de nouveau pour affembler fon armée
près de Melun , brûle & pille tout ce qui
fe trouve fur fon paffage , livre la bataille
à Gontran , la perd , demande la
paix , l'obtient , & rentre dans Paris.
$ 84.
Chilperic part pour Soiffons , d'où la
mort de fon fils Thieri le rappelle bientôt
à Paris. A peine y eft il arrivé , que la
Reine lui apprend qu'un bruit populaire
(1 ) Greg. Tur. ch. 25.
-
fait
SEPTEMBRE . 1755 169
fait foupçonner des femmes d'avoir fait
mourir le jeune Prince par des fortileges.
Le Roi les fait arrêter ; elles avouent leur
crime à la queſtion , & font punies de mort.
Monmole , Préfêt de Paris , compris
dans leur dépofition , avoue avoir reçu un
breuvage de leurs mains ; il eft chargé de
chaînes , & conduit en prifon , on lui fait
fon procès ; & lorfqu'il alloit être condamné
à perdre la tête , la Reine le fauve ,
& le fait conduire à Bordeaux , lieu de fa
naiffance , où il mourut de douleur en
arrivant .
Chilperic reçoit à Paris les Ambaſſadeurs
de l'Euvigilde , Roi des Vifigoths ,
qui lui demandent Rigonte fa fille en mariage
, pour Ricarede , fecond fils de leur
Roi.
Chilperic agrée cette alliance , fait préparer
un train magnifique pour conduire
Rigonte en Espagne. Il prend par force
des efclaves ou ferfs dans les villages voifins
pour groffir la fuite de la Princeffe.
Childebert II dépêche des An.baffadeurs
à Chilperic pour s'en plaindre.
Rigonte part , & le chariot caffe aux
portes de Paris. On prend cet accident à
mauvais augure. Effectivement la Princeffe
ne va que jufqu'à Toulouſe , parce
que Ricarede inftruit de la mort de Chil-
H
170 MERCURE DE FRANCE.
peric affaffiné à Chelles en revenant de la
chaffe , fait une autre alliance.
Prétextat , Evêque de Rouen, qui avoit
été déposé au cinquième Concile de Paris ,
& exilé dans l'ifle de Jerfai , eft rappellé
& rétabli fur fon fiége , la Reine Frédegonde
, devenue veuve , fe retire auprès
de l'Evêque de Paris , & fe foumet avec
Clotaire fon fils à Gontran , frere de Chilperic
arrivé à Paris , avec une armée formidable.
Childebert arrive quelque tems après ,
& les Parifiens lui refufent l'entrée de leur
ville .
585.
Gontran eft feul maître de Paris. Il
compoſe un Confeil pour le jeune Clotaire
, & oblige Frédegonde à quitter Paris
: elle fe retire au Vaudrueil , où elle
fouffre impatiemment de fe voir fans autorité.
Gontran tient une affemblée à Paris.
Les Amballadeurs du Roi Childebert s'y
rendent , & y font maltraités ; ils n'obtiennent
ni portion du Royaume de Paris ,
qu'ils demandent , ni la liberté de Frédegonde
, veuve du feu Roi Chilperic.
Le même Prince craignant d'être affaffiné
, fe retire à Châlons- fur-Saone , & reSEPTEMBRE.
1755. 171
vient l'année d'après à Paris , pour tenir
fur les fonts de baptême Clotaire fon
neveu. Il envoie à cet effet les Evêques
de Lyon , d'Autun & de Châlons , avec
plufieurs Officiers de fa maifon pour conduire
fon Neveu à Ruel , où il étoit alors.
Delà il part pour Nanterre , où la cérémonie
fut faite .
Childebert envoie des Ambaffadeurs
pour fe plaindre de l'infraction au dernier
traité. Gontran leur promet de nouveau
de l'exécuter.
Les corps de Clovis & de Mérouée font
trouvés & tranfportés dans l'églife de S.
Vincent , par ordre du Roi.
Un incendie confume prefque toute la
ville à l'exception des églifes.
Childebert & Gontran fe promettent
une fincere amitié dans l'affemblée d'Andelot
fur les confins du Royaume de Bourgogne
, près de Langres . Par ce traité , la
troifiéme partie de Paris & du territoire
qui avoit appartenu au Roi Sigebert
refta à Gontran , avec Châteaudun , Vendôme
, le pays d'Eftampes , & celui de
Chartres.
Gontran meurt.
On donnera la fuite le mois prochain.
* Greg. liv. 8 , chap. 33 .
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Résumé : ABRÉGÉ CHRONOLOGIQUE De l'histoire de la ville de Paris, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans son enceinte, ou aux environs, par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
L'ouvrage 'Abrégé chronologique de l'histoire de la ville de Paris' de M. Poncet de la Grave retrace les événements marquants de l'histoire de Paris. Jules César mentionne Paris sous le nom de Lutetia et la conquiert vers 704 avant J.-C. Après son départ, les Parisiens se révoltent mais sont vaincus et la ville est détruite. Saint Denis, premier évêque de Paris, prêche la religion chrétienne et est martyrisé vers 250. Julien, proclamé empereur à Paris, y construit le palais des Thermes. Valentinien I y séjourne en 365 et promulgue des lois. Gratien, fils de Valentinien, livre une bataille près de Paris. Sainte Geneviève calme les Parisiens lors des invasions d'Attila en 451. Clovis, après la bataille de Vouillé en 507, fixe sa capitale à Paris et y construit des églises. Childebert, fils de Clovis, règne à Paris et y organise plusieurs conciles. Clotaire I succède à Childebert et meurt en 561. Chilpéric, son frère, obtient Paris après un partage des royaumes. Le texte mentionne également des événements impliquant les rois francs Chilperic, Gontran, et Childebert II. Près de Melun, un personnage non nommé brûle et pille tout sur son passage, livre bataille à Gontran, la perd, demande la paix, l'obtient, et retourne à Paris. Chilperic part pour Soissons, mais la mort de son fils Thieri le rappelle à Paris. La reine informe Chilperic que des femmes sont soupçonnées d'avoir tué le jeune prince par sorcellerie. Ces femmes avouent leur crime sous la torture et sont exécutées. Monmole, préfet de Paris, est impliqué et exilé à Bordeaux, où il meurt. Chilperic reçoit des ambassadeurs du roi des Wisigoths, Euvigilde, qui demandent la main de Rigonte, fille de Chilperic, pour Ricarede. Chilperic accepte et prépare un cortège somptueux, mais Rigonte meurt en chemin. Prétextat, évêque de Rouen, est rappelé et rétabli. La reine Frédegonde, veuve de Chilperic, se retire auprès de l'évêque de Paris et se soumet à Gontran avec son fils Clotaire. Gontran devient maître de Paris et compose un conseil pour Clotaire, obligeant Frédegonde à quitter la ville. Childebert arrive plus tard et les Parisiens lui refusent l'entrée. Gontran tient une assemblée à Paris où les ambassadeurs de Childebert sont maltraités. Gontran se retire à Châlons-sur-Saône par crainte d'un assassinat. Il revient l'année suivante pour le baptême de Clotaire. Un incendie détruit presque toute la ville, sauf les églises. Childebert et Gontran se promettent amitié lors de l'assemblée d'Andelot, partageant une partie du territoire parisien. Gontran meurt ensuite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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671
p. 233
ITALIE.
Début :
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne Herculanum un Groupe [...]
Mots clefs :
Naples, Herculanum, Statues, Satyres, Antiquité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 17 Juillet .
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne
Herculanum un Groupe de trois Statues , qui repréfentent
des Satyres . Elles font d'un Sculpteur
Grec ; & elles égalent tout ce que l'antiquité a produit
de plus beau en ce genre.
DE NAPLES , le 17 Juillet .
On vient de trouver dans les ruines de l'ancienne
Herculanum un Groupe de trois Statues , qui repréfentent
des Satyres . Elles font d'un Sculpteur
Grec ; & elles égalent tout ce que l'antiquité a produit
de plus beau en ce genre.
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672
p. 77-108
« HISTOIRE DE SIMONIDE, & du siécle où il a vêcu, avec des éclaircissemens [...] »
Début :
HISTOIRE DE SIMONIDE, & du siécle où il a vêcu, avec des éclaircissemens [...]
Mots clefs :
Simonide, Histoire, Poète, Hipparque, Auteur, Athènes, Perses, Grecs, Grèce, Peinture, Prince, Marbres, Hippias, Écrivains, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE DE SIMONIDE, & du siécle où il a vêcu, avec des éclaircissemens [...] »
HISTOIRE DE SIMONIDE , &
du fiécle'où il a vêcu , avec des éclairciffemens
chronologiques ; par M. de Boiffy
fils , un volume in -12 , d'environ quatre
cens pages, Chez Duchefne , rue Saint
Diij
78
MERCURE DE
FRANCE.
Jacques , au Temple du Goût.
Nous avons promis de donner l'extrait
de cet ouvrage , en l'annonçant dans les
nouvelles du mois de Juillet. C'est ce que
nous allons exécuter ici . Comme la préface
qui fe
trouve à la tête
comporte cent
pages ; on s'attend bien qu'elle pourra rebuter
le commun des lecteurs dont le dégoût
pour les longs
préambules eft trop
connu pour ne pas menager leur délicateffe
fur cet article ; mais on les prie de
vouloir bien
confidérer que l'auteur ne
s'eft rien moins que propofé de traiter un
fujet de pur agrément , où l'on court rifque
d'ennuyer , pour peu que l'on paffe
les bornes qu'il est
néceffaire de s'y prefcrire.
Il n'en eft pas ainfi de la
préface
dont il s'agit .
Comme elle tient à un ouvrage
qui eft de la nature de ceux où il
entre une infinité de
difcuffions , elle fuppofe
par cela même beaucoup de détails
raifonnés , qui
demandent une
certaine
étendue de forte qu'elle fait partie effentielle
de
l'ouvrage auquel elle fert d'introduction
.
Quoi qu'il en foit , on y a pris foin
d'avertir qu'on ne s'eftpas
uniquement attaché
à écrire la vie de
Simonide .
L'étroite
les
circonftances rélatives à ce
Union
que
Poëte
, ont
avec
la
piûpart
des
événemens
OCTOBRE. 1755. 79
remarquables de fon tenis , a été un motif
fuffifant pour engager l'auteur à en
compofer l'hiftoire.
C'eſt un avantage d'autant plus réel
d'avoir joint leur détail au corps de la
narration , qu'il a pour objet un fiécle où
la Gréce offre le tableau de fréquentes révolutions
les plus propres à exciter notre
curiofité. Outre que cet enchaînement de
fairs concourt à lier la rélation des chofes
qui compofent cet ouvrage : il tend encore
à le rendre plus important par les accelloires
qui entrent dans fon plan ; en
même tems qu'il y jette une variété capable
d'intéreffer davantage les amateurs de
l'antiquité , qui recherchent leur inftruction
. On a cru devoir le divifer en deux
parties pour mettre plus d'ordre dans la
fuite des événemens qu'on raconte. La
premiere contient le récit de tout ce qui
s'eft paffé de plus mémorable depuis que
Simonide vint à Athénes pour y jouir des
libéralités d'Hipparque , l'aîné des fils de
Pififtrate , & fon fucceffeur , jufqu'au
voyage qu'il fit à Syracufe , où les préfens
d'Hieron , premier du nom , qui y regnoit
alors , avoient fçu l'attirer. La feconde
comprend tout ce qui eft arrivé à ce
poëte dans les dernieres années de fa vie ,
qu'il a paffées à la cour de ce Prince , où
Div
So MERCURE DE FRANCE.
>
il a joué un rôle affez confidérable. Comme
l'auteur a eu particuliérement en vûe
l'utilité que les Sçavans de profeflion pourroient
tirer de fon travail , il s'eft propofé
de répandre quelque jour fur certains
événemens qui y trouvent leur place
lorfqu'ils lui ont paru n'avoir pas été débrouillés
, ou fuffi famment éclaircis . Toutes
les fois qu'il s'eft apperçu du peu d'accord
qu'il y a entre les anciens dans la maniere
de les conftater , il a pris à tâche de
concilier la diverfité de leurs rapports ,
autant que cela a pu fe pratiquer fans nuire
à la vérité hiftorique . On fent bien que
cette méthode qu'il a employée en traitant
fon fujet , eft inféparable des difcuffions
de critique & de chronologie qui en font
la bafe. Elle exigeoit aufli qu'il indiquât
les fources où il a puifé pour faciliter à
ceux de fes lecteurs qui voudront les confulter
les moyens d'y recourir. Il a donc eu
la précaution de citer exactement au bas
des pages tous les écrivains du témoignage
defquels il s'eft autorifé dans ce qu'il a
rapporté & dans le cours de fes remarques
. Nous allons extraire les principaux
faits que cette hiftoire renferme , afin de
donner une idée de la marche que l'on y a
fuivie , & de mettre à portée de juger des
recherches dont elle eft fufceptible .
OCTORRE. 1755 . 84
Simonide nâquit 55 8 ans avant J.C. à Joulis
, ville de l'ifle de Cée , l'une des Cyclades ,
fituée dans le voisinage de l'Attique.Leoprépés
étoit le nom de fon pere. Il a fallu entrer
dans un calcul chronologique pour déterminer
la date de fa naiffance , conformément
à la fupputation que fourniffent les
marbres d'Arondel. Il ne paroît pas que ce
poëte ait beaucoup fait parler de lui avant
fon arrivée à Athènes , où il n'alla qu'après
avoir paffé fes premieres années dans
fa patrie. C'est là que la beauté de fan génie
& fon talent pour les vers , commencerent
à fe produire au grand jour , & le
firent connoître affez avantageufement à
la Cour d'Hipparque pour avoir part à fes
bonnes graces . Ce Prince qui étoit l'aîné
des fils de Pififtrate lui avoit fuccédé au trône
d'Athénes . Comme le récit de Thucydide
touchant Hipparque , differe de
celui des autres Ecrivains , on examine les
preuves fur lesquelles il l'appuie . On conclut
qu'elles ne fuffifent pas pour détruire
la commune opinion . Le feul moyen d'accorder
Thucydide avec les Ecrivains dont .
il combat le fentiment , eft l'affociation
d'Hippias à la Royauté. On fe fert des
raifons qu'apporte cet Hiftorien pour confirmer
la vérité de ce que l'on remarque
ce fujet. On s'attache enfuite à faire conà
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
noître le caractere d'Hipparque qui avoit
hérité des vertus de fon pere , & de fon
amour pour les Lettres . Il ne contribua pas .
peu à leur progrès par les récompenfes
qu'il fçavoit diftribuer à propos. Sa générofité
s'étendoit à toutes les perfonnes qui
fe diftinguoient dans cette carriere . Il en
donna des marques éclatantes à l'égard du
poëte Anacréon , à qui il envoya une galere
à cinquante rames , avec des lettres
d'invitation pour venir à Athenes . Les
poëfies d'Homere mériterent principalement
fes foins ; & en cela il fuivit l'exemple
de Pifiſtrate ſon pere qui paffe pour
les avoir recueillies le premier en un corps,
& en l'état que nous les avons aujourd'hui
. Elles avoient couru par pieces détachées
dans les différentes parties de la
Gréce avant que Lycurgue les eût apportés
complettes d'Ionie. Il introduifit la
coutume de faire chanter alternativement
par les Rhapsodes l'Iliade & l'Odyffée , à
la fête des Panathénées. Platon nous apprend
que cet ufage fubfiftoit encore de
fon tems. On parle à cette occafion de la
folemnité de cette fête qui fe célébroit à
Athénes, & qui avoit été inftituée en l'honneur
de Minerve protectrice de cette
ville. On fixe le tems de fa premiere inftitution.
On marque les changemens qu'y
OCTOBRE . 1755 . 83
fit dans la fuite Théfée qui donna une
nouvelle forme à la célébration de ces
Panathénées . On fpécifie les prix qu'on y
propofoit pour toutes fortes d'exercices.
On obferve auffi qu'elles ont été confondues
mal - à - propos avec les Jeux Eleufiniens
, dont la fondation eft poftérieure de
près de deux cens ans à celle des Panathénées.
Hipparque ne fe borna point au titre
de fimple protecteur des Lettres , il les
cultiva lui -même avec fuccès. C'eſt ce qui
parut par des vers élegiaques de fa façon ,
qu'il compofa en forme d'infcriptions qui
renfermoient des fentences morales. Il eut
foin de les faire graver au bas des ftatues
de Mercure , qui avoient été érigées par
fon ordre dans tous les cantons de l'Attique
, pour infpirer à quiconque les liroit
des fentimens vertueux. Ses libéralités
pour Simonide qui avoit un penchant
fingulier à l'avarice , attacherent d'autant
plus volontiers ce Poëte à fa Cour, qu'elles
le mirent à portée de fatisfaire fon humeur
intéreffée. Il en jouit jufqu'à la mort de
ce Prince qui fut affaffiné par Ariftogiton ,
& par Harmodius , Chefs d'une conjuration
qu'ils avoient tramée contre lui. On
en expofe les circonstances dont on pourra
lire le détail dans l'ouvrage même. Le
meurtre d'Hipparque laiffa Hippias fon
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
frere feul en poffeffion de l'autorité abfolue
qu'il partageoit avec lui.
Si les vertus de ce Prince lui furent
communes pendant tout le tems qu'ils regnerent
enfemble , elles s'éclipferent depuis
fa mort , & furent remplacées par les
pratiques odieufes & criminelles qu'emploient
ordinairement ceux qui fe perfuadent
qu'elles font un moyen plus fûr que
la voie de la douceur pour fe maintenir
fur le thrône qu'ils ufurpent , & pour conferver
leur vie. La douleur fenfible que
lui caufa la perte de fon frere , & la crainte
qu'il eut d'éprouver le même fort , aigrirent
fans doute fon caractere . Ces deux
caufes réunies concoururent à en faire un
tyran dans toutes les formes . Ariftogiton ,
l'un des meurtriers d'Hipparque , ayant
été arrêté , fut conduit en préfence d'Hippias
qui le fit expirer au milieu des
fupplices , fans avoir pû le contraindre à
avouer aucun de fes complices. Il n'y avoit
rien que de naturel & de jufte dans la
punition du coupable ; mais il falloit
qu'Hippias bornât là les effets de fon reffentiment
qui pour être pouffé trop loin
dégénéra en cruauté . Une Courtifane, maîtreffe
d'Ariftogiton , nommée Léene fut
une des premieres victimes de fes foupçons.
Elle fouffrit la mort avec une conf..
OCTOBRE. 1795. 85
tance admirable ; & ce qui montre la
force de fon courage au- deffus des perfonnes
de fon fexe , & qui plus eft de fon
état , c'eft qu'elle fe coupa la langue avec
les dents , & la cracha au vifage du Tyran
, appréhendant que la rigueur des
tourmens n'agit affez fur elle pour lui
faire trahir le fecret qu'on vouloit tirer.
de fa bouche. Quoique l'on foit généralement
imbû de l'hiftoire de cette Courtifane
, elle peut fort bien n'être pas connue
dans toute l'étendue des particularités
que l'on rapporte.
pas
Athénes ayant changé de face par ces
funeftes révolutions qu'elle éprouva , Simonide
qui n'avoit lieu de fe promettre
les mêmes avantages fous un regne
où la tyrannie déployoit fes violences ,
abandonna vraisemblablement cette ville .
Il fe retira à la Cour d'Alevas , & de fes
trois fils Rois de Theffalie , qui avoient
déja , fur le bruit de fa réputation , taché
de l'attirer auprès d'eux par des préfens
confidérables . C'eft dans cette contrée que
lui arriva une aventure très finguliere ,
pour ne rien dire de plus , qui nous a été
tranfmife par différens auteurs , dans le
récit defquels on remarque quelque variété.
Pendant fon féjour à Cranon , ville
de la Theffalie , il fut invité à un fuperbe
86 MERCURE DE FRANCE.
feltin chez Scopas , homme riche & puiffant
, qui fortoit d'une des nobles familles
du pays. Il y récita des vers à la louange
du Theffalien déclaré depuis peu vainqueur
aux Jeux du Pugilat. Comme il avoit
mêlé dans le poëme en queftion une digreflion
en l'honneur de Caftor & de Pollux
, Scopas refufa de donner en entier la
récompenfe qu'il avoit promife à Simonide,
& allégua pour prétexte qu'il étoit juſte
que les Tyndarides payaffent la moitié ,
puifqu'ils partageoient avec lui la moitié
de l'éloge. Un moment après on avertit
notre Poëte que deux jeunes gens qui demandoient
à l'entretenir étoient à la porte.
Il fe leva de table auffi-tôt , & fortit; mais
il ne trouva plus perfonne. Dans cet intervalle
le plafond de l'appartement où
l'on mangeoit alors étant tombé fur Scopas
& les conviés , ils furent tous écrafés
fous les ruines . On prétend que ces deux
jeunes gens étoient Caftor & Pollux euxmêmes
, qui pour lui témoigner leur reconnoiffance
, le fauverent de cette maniere.
On ne nie pas que le fait quant au
fond ne puiffe être vrai , mais il le faut
dépouiller de ces dernieres circonstances
qui tiennent trop du merveilleux , pour
n'être pas mifes au rang des chofes abfurdes
, dont la croyance groffiere des Grecs.
OCTOBRE. 1755. 87
avoit coutume de fe repaître . Il eſt certain
que cette apparition des Tyndarides choque
étrangement le fens commun ; jufques
là que Quintilien ne balance point à la
traiter de fable ; & la preuve qu'il produit
pour appuyer le jugement qu'il en porte ,
eft que Simonide n'en fait aucune mention
dans fes ouvrages . Quoiqu'il en foit ,
on veut que Simonide ait laiffé dans cette
occafion des marques d'une mémoire excellente
; de forte qu'il paffe pour avoir
inventé celle que l'on appelle locale , en
montrant le premier l'ufage qu'on en devoit
faire. Scopas & les conviés avoient
été défigurés au point d'être devenus entierement
méconnoiffables . Heureufement
Simonide ſe reſſouvenant encore de la place
que chacun d'eux avoit occupée , difcerna
parfaitement leur corps au milieu
des débris de la maifon , & les indiqua
aux parens des conviés pour les enterrer.
Enfuite réfléchiffant fur la néceffité effentielle
de l'ordre par rapport à l'entretien
de la mémoire , il apperçut qu'on ne pouvoit
mieux l'exercer qu'en marquant les
lieux avec exactitude , & en fe les imprimant
fi bien dans l'efprit qu'on fçut fe
rappeller les objets qui l'auroient déja
frappé. Il la conferva jufqu'à fa mort , &
il nous apprend dans un diftique de fa
88 MERCURE DE FRANCE.
compofition qu'étant âgé de quatre- vinge
ans , perfonne ne l'égaloit pour la mémoire.
Si l'on s'attachoit à l'interprétation
que Selden a donnée de l'un des divers
paffages des Marbres d'Arondel , où ils
parlent de Simonide ; il s'enfuivtoit que
l'invention de la mémoire locale ne devroit
point être attribuée à notre poëte , mais à
un autre Simonide , petit - fils de celui - ci
par fa mere , & également poëte , à qui
ils donneroient Léoprépés pour pere : ce
qui mettroit une différence fenfible entre
eux & ceux des Anciens , qui font unanimement
de ce Léoprépés le pere de l'ayeul
lui - même. Cette contrariété manifefte qui
réfulteroit de leur témoignage , comparée
avec le récit des Ecrivains que l'on cite ,
entraîneroit après elle des difficultés qu'il
feroit d'autant plus difficile de réfoudre
qu'il n'y auroit pas moyen de procéder
aux voies de conciliation. Comme l'ancienneté
de ce monument le rend le plus
authentique qu'il y ait en ce genre , il n'y
en a point qui puiffe nous guider avec
autant de certitude pour la chronologie
grecque. Sa nature l'a garanti des fautes
î communes aux Copiftes , dont la négligence
n'a été que trop préjudiciable aux
ouvrages des Anciens : car c'eft fur des
marbres, & conféquemment c'est l'Autogra-
1
OCTOBRE . 1755 . 89
phe de l'Auteur anonyme , qui l'a dreffé
par autorité publique , pour fervir d'archives
à toute fa nation . Il eft fâcheux
que
l'infcription grecque gravée fur ces marbres
endommagés par le tems , offre des
lacunes affez fréquentes dans la fuite des
LXXIX époques, ou l'efpace d'environ 1 300
ans qu'elle renferme . Ce qui nous prive
de bien des éclairciffemens , qu'il y auroit
eu lieu de répandre par leur moyen fur
plufieurs points embrouillés de l'hiftoire
grecque. Sa date capitale commence au
regne de Cécrops , Roi d'Athénes , qu'eile
fait concourir avec l'an 1318 de l'Ere Attique;
& elle ne deſcend point plus bas que
le tems de l'Archontat de Diognete ›
quel tombe entre les années 264 & 263
avant Jefus Chrift. Le fameux Selden
après l'avoir copiée , la publia fous le nom
deMarbres d' Arondel, parce qu'ils apparte
noient à Thomas Howard , Comte d'Arondel
, qui les avoit fait venir du Levant
à grands frais. Il en accompagna le texte
d'une verfion latine , à laquelle il ajouta
un Apparat chronologique , & des notes
hiftoriques . Comme Henri Howard , Duc
de Norfolk , petit fils du Comte d'Aron .
del , fit préfent de ces marbres à la célébre
Univerfité d'Oxford , il en parut depuis
une feconde édition , fous le titre de Mari
90 MERCURE DE FRANCE.
bres d'Oxford , par les foins du Docteur
Prideaux , qui joignit fes commentaires &
ceux de quelques autres Critiques aux remarques
de Selden. Il eſt aifé de voir parlà
qu'on ne fçauroit négliger leur témoignage
dans un fait de cette nature , fans
donner atteinte à la vérité historique ;
puifque fi l'on refufe d'y déférer il n'y a
point d'entiere certitude à fonder fur le
rapport des autres : cela a été un motif
plus que
fuffifant pour engager à confidé
rer de près le Texte Original dont on a rapproché
les paffages qui concernent le poëte
Simonide . On s'eft apperçu par la combinaifon
approfondie qu'on en a faite , que
cette contradiction apparente avoit uniquement
fa caufe dans une méprife de Selden
, commune à M. Prideaux qui bien
loin de relever l'erreur que ce premier Editeur
a commiſe à ce fujet , l'a confirmée
lui-même dans une de fes notes. Nos deux
fçavans Anglois fe font imaginés mal - àpropos
que les termes de l'Infcription défignoient
deux Simonides différens l'un de
l'autre : En conféquence de cette diftinction
, ils ont cru que le poète de ce nom
dont il eft queftion dans le premier paffage
, étoit l'ayeul de celui dont il s'agit
dans le fecond , pour n'avoir pas vraifemblablement
apporté un examen affez réflé
OCTOBRE. 1755. 91
chi dans la lecture des paroles du Texte.
Il auroit fervi à les convaincre que dans
tous les endroits où ils faifoient mention
de Simonide , ils avoient en vûe la même
perfonne qui eft celle dont on expoſe
Î'hiftoire , & ne difoient rien par
confé
quent qui ne fût conforme à ce que rapportent
les autres Ecrivains . On s'eft donc
vû par là dans l'obligation de développer
leur véritable fens , qu'on ne fçache point
avoir été faifi par aucun de ceux qui les
ont commentés , ou qui ont traité de la
vie de Simonide . On a pour cet effet difcuté
les raifons , qui ont autorifé à leur
donner cette explication abfolument néceffaire.
On fe flate que les preuves qu'on
a produites , afin d'en établir la folidité ,
paroîtront inconteftables à quiconque voudra
juger fans prévention. Le Docteur
Bentlei avoit déja fenti que le fens dans
lequel Selden & Prideaux ont entendu
ce que les Marbres contiennent touchant
Simonide , ne pouvoit avoir lieu ;
c'eft pourquoi il a propofé une autre interprétation
dont il naîtroit de plus grands
inconvéniens , fi on venoit à l'admettre :
de forte qu'on a encore eu moins de peine
à réfuter le paradoxe qu'il avance à ce fujet.
Les aventures furprenantes n'interviennent
pas pour une fois dans la vie de
92 MERCURE DE FRANCE.
notre poëte : c'est ce qui paroît dans une
autre conjoncture , où la protection des
Dieux paffe pour s'être manifeftée en fa
faveur d'une façon bien marquée . Il falloit
affurement qu'ils priffent un intérêt
tout particulier à fa perfonne , puifque
les miracles étoient mis en ufage prefque
coup fur coup pour conferver fes jours.
Voici de quoi il s'agit ; ayant rencontré
fur le rivage de la mer le cadavre d'un
inconnu , il fut touché de compaffion pour
ce malheureux privé de fépulture ; & il'l'inhuma.
Les Dieux lui fçurent gré de cet
acte d'humanité , qu'ils récompenferent
en permettant que le même homme à qui
il avoit rendu ce bon office , l'avertit en
fonge de ne point s'embarquer le lendemain
, comme c'étoit fon deffein . Il fuivit
cet avis , & vit effectivement périr le même
jour le vaiffeau qui devoit le porter.
Il confacra par un poëme la mémoire de
cet événement , & compofa pour fon libérateur
une épitaphe qui confifte en deux
vers rapportés par Tzetzes . Ici repofe la
cendre d'un homme qui fauva les jours de
Simonide , né dans l'ifle de Cée , & qui, quoique
mort , obligea un vivant .
Dans cet intervalle Athénes changea de
gouvernement. Ses habitans ne purent fupporter
davantage le joug de la tyrannie
OCTOBRE. 1755. 93
qui s'aggravoit de plus en plus par les violences
continuelles d'Hippias. Ils fe fouleverent
contre lui, & parvinrent fous la conduite
des Alcméonides fecourus des Lacedémoniens
, à le chaffer de leur Ville , an
bout de trois ans de regne depuis la mort
de fon frere. Ils rétablirent alors la forme
de leur République. Le tems qu'a duré la
Monarchie des Pifiitratides eft une époque
affez remarquable dans l'Hiftoire Grecque
pour donner lieu à un calcul qui fert à la
conftater d'une maniere précife. On l'établit
conformément aux dates que fournif
fent les Marbres fur lefquels on appuie
l'ordre chronologique qui a dirigé dans
l'arrangement des faits qui entrent dans la
compofition de cet ouvrage. On s'eft furtout
appliqué à montrer combien ils s'ac
cordent dans la fixation de l'époque en
queſtion avec ceux des Anciens fur le récit
de qui on fe fonde pour la determiner. On
releve une faute de Meurfius qui a prolon
gé la durée de cette monarchie au- delà du
terme qui lui eft propre ; & cela pour
s'être fié à des Auteurs , qui ne font rien
moins qu'exacts dans leurs fupputations
chronologiques. Le retour de Simonide à
Athenes fut marqué par tous les tranſports
de joie qu'infpiroit au peuple le recouvrement
de fa liberté, Notre Poëte vit hono94
MERCURE DE FRANCE.
rer de tous les témoignages de l'eftime
publique la mémoire d'Ariftogiton &
d'Harmodius, qui étoient regardés comme
les deux premiers libérateurs de la tyrannie.
Leur action fut confacrée par des monumens
que les Athéniens éleverent dans
le deffein de la tranfmettre à la postérité.
On ne peut décider , s'il crut qu'il lui feroit
honteux de ne point partager le bonheur
de fes Concitoyens , ou bien s'il craiguit
que fon filence dans une circonstance
pareille , ne fut pris pour un effet de quelque
attachement au parti de la tyrannie :
ce qu'il y a de vrai , c'eſt qu'il compofa
une infcription en vers à la louange des
meurtriers d'Hipparque. Quelles qu'aient
été les vûes qui l'aient pouffé à agir de la
forte ; elles ne font pas moins blamables ,
puifqu'il ne fçauroit avoir de raifon qui
ait pû le difpenfer des devoirs de la reconnoiffance
pour la perfonne de fon bienfaiteur.
Hippias qui s'étoit retiré après
fon banniffement à Sigée ville de la Troade,
tenta inutilement les moyens de rentrer
dans Athenes . Comme il étoit parvenu à
mettre dans fes intérêts Artapherne , gouverneur
de Sardes ; il abufa des difpofitions
favorables où il le voyoit à ſon égard,
pour perdre les Athéniens dans l'efprit de
ce Satrape. Il y réuffit contre l'attente de
OCTOBRE . 1755. 95
ceux- ci qui furent inftruits des mauvais
fervices qu'il leur rendoit auprès d'Artapherne.
Ils envoyerent à Sardes des Ambaffadeurs
pour le prier de ne point écouter
les difcours defavantageux que leurs
Profcrits tenoient fur leur compte. Artapherne
leur répondit féchement que le
rappel d'Hippias feroit ce qu'ils pourroient
alléguer de mieux pour leur juftification .
Les Athéniens eurent lieu d'être indignés
de la fierté avec laquelle on reçut leur amballade
, & encore plus de la condition
qu'on leur impofoit . Auffi leur reffentiment
ne manqua pas d'éclater : ils fe déclarercnt
de ce moment les ennemis des Perfes. C'eft
à ce tems que doit fe rapporter l'origine
des guerres fréquentes que ces deux Nations
fe firent entr'elles avec beaucoup de
chaleur , & qui fe terminerent enfin par la
deftruction entiere de l'Empire des Perfes.
Les Athéniens fournirent vingt vaiffeaux
pour aller au fecours des loniens qui
avoient puiffamment armé par terre &
par mer contre Darius fils d'Hyftafpe ,
Roi de Perfe. Ils les aiderent à s'emparer
de Sardes , & eurent part à l'incendie de
cette ville. Il n'en fallut pas davantage pour
irriter Darius contr'eux , & la maniere
dont ils l'avoient offenfé depuis peu dans
la perfonne de fes héraults qu'ils avoient
96 MERCURE DE FRANCE.
fait mourir indignement , accrut cette
animofité qui affura à Hippias le fuccès de
fes intrigues . Darius voulut à quelque prix
que ce fut , fe venger des Athéniens. II
leva pour cet effet une armée de trois
cens mille hommes , & équippa une flotte
de fix cens vaiffeaux , dont il donna le
commandement à Datis , Mede de nation ,
& à Artapherne , fils d'Artapherne fon
frere. Ces deux Généraux embarquerent
leurs troupes , & firent voile vers Samos ;
de-là ils fe rendirent à Naxe , où ils brûlerent
la capitale & tous les temples . Ils
foumirent toutes les autres ifles de la mer
Egée , aujourd'hui l'Archipel . Ils dirigerent
enfuite leur route vers Eretrie ville
méridionale de l'Eubée. Ils l'emporterent
après un fiége de fept jours , la réduifirent
en cendres , & mirent aux fers tous les
habitans qu'ils y trouverent. Ils pafferent
après cette expédition dans l'Attique où
Hippias qui étoit leur conducteur les fit
defcendre dans la plaine de Marathon .
C'eft-là que fe livra cette célebre bataille
dont les fuites furent fi malheureuſes pour
les Perfes. Dix mille Athéniens commandés
par des chefs , à la tête defquels étoit
Miltiade , fecourus d'un renfort de mille
Platéens , foutinrent vigoureufement leurs
attaques. Si l'inégalité du nombre fe trouvoit
i
OCTOBRE . 1755. 1 97
voit du côté des Grecs , le courage fuppléoit
à ce défaut. On peut dire qu'ils
firent des prodiges de valeur , puifqu'ils
vinrent à bout de battre les Perfes qu'ils.
contraignirent à abandonner leur camp ,
& à fe retirer fur leurs vaiffeaux pour
chercher leur falut dans une prompte.
fuite. Cette défaite de leurs ennemis les
couvroit de gloire autant qu'elle couvroit.
de honte les Perfes qui combattoient dix
contre un. On auroit même affez de peine
à fe perfuader qu'une poignée de monde
eût été feulement en état de faire tête aux
troupes nombreufes qui rendoient l'armée
de Darius formidable , fi l'expérience ne
nous apprenoit l'avantage réel qu'un petit
nombre de gens bien agguéri & de plus
animés par la défenfe de leur liberté , a
fur une multitude mal difciplinée & énervée
par la molleffe , comme l'étoient aſſurément
les Perfes . Il eſt à propos d'obſerver
qu'il s'eft gliffé un zéro de trop dans les
chiffres arabes employés pour défigner le
nombre d'hommes dont le corps d'armée
des Grecs étoit compofé ; car on lit cent
dix ;mille , au lieu de onze mille . Quoique
cette faute d'impreffion ne foir pas
marquée dans l'Errata , on fe flatte qu'on
voudra bien ne l'a pas impurer à l'Auteur.
Il ne faut que réfléchir fur ce
Б
98 MERCURE DE FRANCEJ
qui précede , & fur ce qui fuit , pour s'ap
percevoir qu'elle eft de la nature de celles
que commettent fréquemment les Imprimeurs
à qui il arrive fouvent de fubftituer
un chiffre à l'autre , d'ajouter ou d'omettre
en cette partie. D'ailleurs les Hiftoriens
que l'on cite pour garants du fait en queftion
, fixent préciſement l'armée des Grecs
au nombre dont il s'agit : ce qui montre
évidemment que la faute n'appartient pas
à l'Auteur , à qui on ne fçauroit l'attribuer ;
puifqu'il n'eft pas vraisemblable , qu'il eût
lui-même produit une citation qui contrediroit
manifeftement cet endroit de fon
texte , dont elle eft ici le fondement : par
bonheur elle fert à en rétablir l'altération .
Quelques foins que l'on ait pris pour
indiquer
dans l'Errata , les fautes groffieres
d'impreffion qui fe rencontrent dans cet
ouvrage ( car pour celles qui font moins
confidérables , il fera facile aux Lecteurs
de les corriger elles s'étoient tellement
multipliées par la négligence de l'Imprimeur,
qu'il n'eft pas étonnant qu'il y en ait
encore quelques- unes d'importantes qui
foient échappées à la vigilance de l'Auteur
dont l'attention fatiguée a du fuccomber
dans un travail auffi dégoutant. Avant que
de décider qu'il s'eft trompé , il prie de
diftinguer les fautes qui peuvent lui être
OCTOBRE . 1755 99
propres , de celles qui lui font étrangeres.
Il croit cet avertiffement d'autant plus néceffaire
, qu'il ne diffimule pas que l'édition
de fon livre eft défigurée par beaucoup
d'imperfections typographiques. Il eft
ans doute difgracieux pour lui de fe voir
réduit à la trifte néceffité de la déprimer.
Hippias qui avoit été le principal au
tear de cette guerre , y perdit la vie
Comme Simonide écrivit l'hiftoire du
regne de Datius , il y a apparence que ce
Poëte y fit valoir la victoire que fes Concitoyens
avoient remportée fur les Perfes.
Deux ans après la journée de Marathon
lorfque la tranquillité publique eut permis
de recommencer l'exercice des Jeux publics,
Simonide & Efchyle y difputerent enfemble
le prix de l'Elégie par un Poëme que
l'un & l'autre compoferent en l'honneur
des Grecs qui avoient glorieufement fuccombé
dans la mêlée . Simonide triompha
de fon concurrent qui ne paroiffoit pas
propre à traiter ce genre de poefie. La gloire
que fes fuccès littéraires lui acquirent ,
ne manqua pas d'exciter la jaloufie de quelques
Poëtes envieux qui ne laifferent
échapper aucune occafion de le décrier dans
leurs vers. S'il affect de marquer du mépris
pour leurs traits fatyriques , it ne conferva
pas moins de reffentiment contre
E ij
335289
100 MERCURE DE FRANCE.
(
leur perfonne . C'est ce qui paroît par l'épi ;
taphe qu'il fit d'un Poëte comique nommé
Timocréon qui avoit été fon plus violent
ennemi. Voici la maniere dont celuici
y eft dépeint. Ici repofe la cendre de Timocréon
de Rhodes , qui paffa toute sa vie à.
boire , à manger , & médire du & à genre:
bumain.
Le fçavoir de Simonide & la fageffe de
fes moeurs contribuerent pour le moins autant
que fon mérite poétique à fonder fa
grande réputation. C'eft ce qui vraifemblablement
a donné lieu à un Pere de l'Eglife
de le mettre au nombre des fept Sages
de la Grece : mais ce fentiment lui eft particulier.
Plutarque nous parle d'une circonftance
où Simonide ne foutint pas affurément
le caractere qu'on lui attribue . Il
y auroit fans doute de la témérité à conclure
de-là que ce Poëte reffembloit à
ceux qui démentent par leur conduite les
fages maximes étalées dans leurs ouvrages
, où ils fe font un devoir de recommander
la pratique de la vertu . Tout ce
qu'on peut dire de plus plaufible ; c'eft qu'il
paya dans cette occafion un tribut aux foibleffes
qui ne font que trop ordinaires à
l'humanité.
Comme
Thémistocle lui témoignoit
beaucoup d'amitié , il s'autorifa du crédit
OCTOBRE. 1755. 101
qu'elle lui procuroit auprès de ce grand
Capitaine qui étoit alors Archonte , pour
demander une injuftice. Il s'attira cette
réponſe qui fait honneur à Thémistocle :
Tu ne ferois pas bon Poëte , fi tu faifois des
vers contre les regles de la poësie ; ni moi
bon Magiftrat , fi je t'accordois quelque
chofe contre les Loix . Darius , fils d'Hyf
tafpe , laiffa en mourant pour fucceffeur
Xerxès , dont on conftate l'avénement au
thrône de la Perfe. La défaite de fon armée
n'avoit pas tellement abattu fa fierté
, qu'il ne fongeât aux moyens de réparer
cet échec en renouvellant la guerre
contre la Grece , qu'il vouloit abfolument
foumettre à fes armes . Mais la mort l'ayant
furpris , avant que de pouvoir exécuter ce
projet qu'il avoit formé , Xerxès fon fils .
quelque tems après qu'il fut parvenu à la
couronne réfolut d'effectuer l'intention de
fon pere. Il travailla pendant trois ans
aux préparatifs néceffaires pour la guerre
qu'il fit en perfonne contre les Grecs. L'expédition
de ce Monarque étant fans contredit
un des principaux événemens qui
appartiennent à l'hiftoire ancienne ; on
produit quelques calculs dont la combinaifon
fert à en fixer l'époque précife . On
montre que le temps qui lui eft affigné par
tes Hiftoriens de l'Antiquité les plus exacts
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
concourt juftement avec l'année de l'Ere
Attique , fous laquelle les Marbres rangent
le paffage de Xerxès dans la Grece.
Comme le P. Petau a jugé à propos de le
placer un an plus tard qu'on ne le marque,
on examine le fondement fur lequel ce
fçavant Chronologifte appuie la fupputation
qu'il a fuivie. On la combat par des
preuves qui fuffifent pour la ruiner . Cela
engage conféquemment dans une diſcuſfion
qui pourra fournir des éclairciffemens
fur cette époque. Perfonne n'ignore le
mauvais fuccès qu'eut l'expédition de Xerxès
qui repafla tout couvert de honte &
de confufion , l'Hellefpont, après la déroute
entiere de fa flotte. Le nombre prodigieux
des troupes qui l'accompagnerent , n'empêcha
pas que les Grecs n'euffent toujours
l'avantage dans les combats confécutifs
qu'ils foutintent contre les Perfes qu'ils
taillerent en pieces. On ne s'arrêtera point
au détail de ces chofes affez généralement
connues on en peut lire la defcription
dans l'ouvrage où elles trouvent place ;
parce que leur récit entre naturellement
dans fon plan . Car Simonide ayant célébré
dans des Poëmes particuliers les victoires
remportées par les Grecs dans toutes
ces occafions , ou compofé des Epitaphes
en l'honneur de ceux de fa nation , qui y
OCTOBRE. 1755. 103
périrent les armes à la main ; on ne pouvoit
guere fe difpenfer d'en parler . Il falloit
bien donner une idée de ce qui s'eft
paffé de mémorable dans cet intervalle du
fiecle où il écrivoit pour lier plus aifément
les parties de l'hiftoire de fa vie. Au
refte , on ne s'y eft étendu qu'autant que
cette liaiſon a paru néceffaire pour entretenir
le fil de la narration ; on s'eft même
attaché à décrire certaines particularités
que ceux d'entre les modernes , qui ont
fait l'hiftoire de ce tems - là , n'ont pas rapportées.
On infiftera feulement ici fur le
réfultat d'une converfation que Simonide
eut avec Paufanias Roi de Lacédémone ,
dans un voyage qu'il fit à Sparte quelque
tems après la bataille de Plárée . Ce Prince
qui avoit commandé en chef l'armée des
Grecs dans cette journée fi glorieufe pour
eux , s'étant trouvé un jour à un repas
avec ce Poëte , le pria de lui débiter quelque
fentence qui confirmât l'opinion qu'on
avoit de fa profonde fageffe. Simonide lui
répondit en fouriant , Souviens-toi que tu
es homme. Paufanias ne fut point touché
du grand fens renfermé dans cette réponſe
qui venoit fort à propos dans la circonftance
où Paufanias faifoit cette demande . Car
l'orgueil l'aveugloit , & les projets ambitieux
qu'il rouloit alors dans fa tête, furent
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
la caufe de fa perte. Ils ne tendoient rien
moins qu'à affèrvir la Grece la Patrie , qu'il
s'étoit engagé à livrer en la puiffance de
Xerzès , à condition qu'il épouferoit une
des filles de ce Monarque , dont il s'attendoit
vraisemblablement par cette alliance à
partager la grandeur. Xerxès n'eut point
de peine à confentir à un traité qui lui étoit
auffi avantageux. Quelques fourds que
fuffent les moyens que Paufanias employa
pour exécuter l'engagement qu'il avoit
contracté avec les Perfes , ils percerent
affez pour rendre fa conduite fufpecte aux
Ephores de Lacédémone, qui épierent toutes
fes démarches . Son complot fut découvert
par celui qu'il avoit chargé de porter
ane lettre à Artabaze Gouverneur de la
Propontide , avec qui il entretenoit des
correfpondances fecrettes ; & fon imprudence
aida encore à le décéler . Comme il
s'apperçut qu'on vouloit l'arrêter , il ſe réfugia
dans le Temple de Minerve , dont
l'afyle paffoit pour être inviolabe : ainfi
on ne pouvoit l'en arracher de force fans
manquer de refpect pour ce lieu . Mais il
n'évita pas pour cela la peine de fon crime.
Les Ephores trouverent un expédient pour
mettre à mort le coupable fans recourir à
la violence. Ils firent murer les portes du
Temple pour l'empêcher de fortir, & fr
OCTOBRE . 1755 . 1755. 105
rent en même- tems démolir le toit , afin
qu'il mourût plutôt , étant expofé aux injures
de l'air. Ce fut là que luttant avec la
faim , il fe reffouvint des paroles de Simonide
, & les accompagna de cette réflexion
tardive , en s'écriant par trois fois : C'est en
ce moment illuftre Poëte de Cée , que je fens la
vérité de ton difcours , qu'un imprudent
orgueil m'a fait dedaigner ! Ce retour de
Paufanias fur lui -même témoigne affez
qu'il étoit du nombre de ces perfonnes qui
fentent la folidité des bons avis qu'ils ont
reçus , lorsqu'il n'eft plus temps d'en profiter.
Le grand âge de Simonide n'avoit
point affoibli la force de fon efprit que
l'expérience des années avoit fervi à mûrir;
parce qu'elle apprend à juger des chofes
felon leur jufte valeur. Il n'eft pas étonnant
que fa converfation aufli inftructive
qu'agréable , le fit rechercher des Princes
de fon temps qui aimoient les Sçavans .
Hieron Tyran de Siracufe , affez connu par
le goût qu'il avoit pour eux , ne marqua
pas peu d'empreffement de pofféder à fa
Cour un perfonnage de cette célébrité . 11
l'invita à s'y rendre pour y jouir de tous
les honneurs , & des récompenfes que for
mérite devoit lui faire efpérer . Cette invitation
de la part de ce Prince , éroir d'une
nature à déterminer ce Poëte , que fa paf
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
fion dominante pour l'acquifition des ri
chelles rendoit fort attentif à fes intérêts.
Elle avoit affurément de quoi être flattée
par les avantages que Simonide avoit lieu
de fe promettre de l'humeur libérale d'Hieron
qui l'appelloit auprès de lui . Auffi
ne balancerent ils point les confidérations
qui auroient pû l'empêcher d'entreprendre
un voyage dont fon extrême vieillefle fuffifoit
fans doute pour le détourner ; fi l'on
obferve qu'il étoit âgé alors de quatrevingt-
fept ans . li pafa le refte de fes jours
à la Cour d'Hieron , où il joua un rôle des
plus importans ; on peut même dire qu'elle
fut le théatre de fa gloire car il y brilla
non -feulement comme Bel- efprit , mais
encore comme Philofophe , & comme Politique
. La connexion que les dernieres
années de fa vie ont avec l'hiſtoire de ce
Prince , a obligé de détailler les circonftances
qui y font relatives . Pour en avoir une
parfaite connoiffance , il a fallu reprendre
les chofes d'un peu plus haut , en offrant
un récit fuccinct de ce qui appartient à
l'hiftoire de Gelon fon frere , & fon prédéceffeur
au thrône de Syracufe , à laquelle
la fienne eft liée trop
intimement pour
pouvoir en être féparée. C'eft par le dérail
des particularités qui en dépendent , que
commence la feconde partie , dont nous
OCTOBRE. 1755. 107
entretiendrons une autrefois nos Lecteurs,
parce que nous ne fçaurions nous permettre
la même étendue dans l'Analyfe des
faits qu'elle renferme , fans occuper ici
trop de place. Cela nous met dans l'obligation
de renvoyer la fuite de cet Extrait
au mois prochain.
MÉMOIRE SUR LA PEINTURE à
l'encaustique & fur la peinture à la cire ;
par M. le Comte de Caylus , de l'Académie
des Belles - Lettres ; & M. Majault ,
Docteur de la Faculté de Médecine en l'Univerfité
de Paris , & ancien Médecin des
armées du Roi . A Genéve; & fe vend à Paris
, chez Piffot , à la Croix d'or , Quai de
Conty. 1755.
L'avis de l'Imprimeur nous apprend que
le 29 Juillet 1755 , M. le Comte de Câylus
lut à l'Académie des Belles - Lettres fon
mémoire fur la peinture à l'encauftique ,
& la premiere partie de cet ouvrage , qui
contient les procédés de cette peinture.
L'Académie a permis que l'on tirât ces
deux ouvrages de fes regiftres , & qu'on
les imprimat , parce qu'elle a cru qu'ils
pouvoient être utiles aux artiftes . On y a
joint les procédés de la peinture de la cire,
qui font la feconde partie : ce font les
propres termes de l'avis . Voilà le mystere
E vj
108
MERCURE DE
FRANCE.
enfin dévoilé ; & graces à M. le Comte de
Caylus , la peinture voit étendre fa carriere
, & vient
d'acquérir de
nouveaux
tréfors. On voit déja fix
tableaux peints
à
l'encaustique , par M. Vien. Ils font expofés
au fallon.
ESSAI fur la police générale des
grains , fur leur prix & fur les effets de
l'agriculture . Qui operatur terram fuam ,faturabitur
panibus . Prov. cap. 12. v. 15. A
Berlin ; & fe trouve à Paris , chez Piſſot ,
quai de Conty.
Cet ouvrage qui eſt dédié à M. de Maupertuis
, de l'Académie Françoife , & Préfident
de celle de Berlin , nous paroît auffi
utile que bien fait.
EXAMEN des avantages & des defavantages
de la prohibition des toiles peintes.
On trouve cette brochure in- 12 , de
127 pages , chez Guerin & Delatour , rue
S. Jacques , à S. Thomas d'Aquin ; & chez
Lambert , rue de la Comédie Françoife.
Elle nous paroît l'ouvrage d'un citoyen
impartial , qui veut le bien de l'Etat &
d'un Négociant inftruit , qui fçait écrire .
du fiécle'où il a vêcu , avec des éclairciffemens
chronologiques ; par M. de Boiffy
fils , un volume in -12 , d'environ quatre
cens pages, Chez Duchefne , rue Saint
Diij
78
MERCURE DE
FRANCE.
Jacques , au Temple du Goût.
Nous avons promis de donner l'extrait
de cet ouvrage , en l'annonçant dans les
nouvelles du mois de Juillet. C'est ce que
nous allons exécuter ici . Comme la préface
qui fe
trouve à la tête
comporte cent
pages ; on s'attend bien qu'elle pourra rebuter
le commun des lecteurs dont le dégoût
pour les longs
préambules eft trop
connu pour ne pas menager leur délicateffe
fur cet article ; mais on les prie de
vouloir bien
confidérer que l'auteur ne
s'eft rien moins que propofé de traiter un
fujet de pur agrément , où l'on court rifque
d'ennuyer , pour peu que l'on paffe
les bornes qu'il est
néceffaire de s'y prefcrire.
Il n'en eft pas ainfi de la
préface
dont il s'agit .
Comme elle tient à un ouvrage
qui eft de la nature de ceux où il
entre une infinité de
difcuffions , elle fuppofe
par cela même beaucoup de détails
raifonnés , qui
demandent une
certaine
étendue de forte qu'elle fait partie effentielle
de
l'ouvrage auquel elle fert d'introduction
.
Quoi qu'il en foit , on y a pris foin
d'avertir qu'on ne s'eftpas
uniquement attaché
à écrire la vie de
Simonide .
L'étroite
les
circonftances rélatives à ce
Union
que
Poëte
, ont
avec
la
piûpart
des
événemens
OCTOBRE. 1755. 79
remarquables de fon tenis , a été un motif
fuffifant pour engager l'auteur à en
compofer l'hiftoire.
C'eſt un avantage d'autant plus réel
d'avoir joint leur détail au corps de la
narration , qu'il a pour objet un fiécle où
la Gréce offre le tableau de fréquentes révolutions
les plus propres à exciter notre
curiofité. Outre que cet enchaînement de
fairs concourt à lier la rélation des chofes
qui compofent cet ouvrage : il tend encore
à le rendre plus important par les accelloires
qui entrent dans fon plan ; en
même tems qu'il y jette une variété capable
d'intéreffer davantage les amateurs de
l'antiquité , qui recherchent leur inftruction
. On a cru devoir le divifer en deux
parties pour mettre plus d'ordre dans la
fuite des événemens qu'on raconte. La
premiere contient le récit de tout ce qui
s'eft paffé de plus mémorable depuis que
Simonide vint à Athénes pour y jouir des
libéralités d'Hipparque , l'aîné des fils de
Pififtrate , & fon fucceffeur , jufqu'au
voyage qu'il fit à Syracufe , où les préfens
d'Hieron , premier du nom , qui y regnoit
alors , avoient fçu l'attirer. La feconde
comprend tout ce qui eft arrivé à ce
poëte dans les dernieres années de fa vie ,
qu'il a paffées à la cour de ce Prince , où
Div
So MERCURE DE FRANCE.
>
il a joué un rôle affez confidérable. Comme
l'auteur a eu particuliérement en vûe
l'utilité que les Sçavans de profeflion pourroient
tirer de fon travail , il s'eft propofé
de répandre quelque jour fur certains
événemens qui y trouvent leur place
lorfqu'ils lui ont paru n'avoir pas été débrouillés
, ou fuffi famment éclaircis . Toutes
les fois qu'il s'eft apperçu du peu d'accord
qu'il y a entre les anciens dans la maniere
de les conftater , il a pris à tâche de
concilier la diverfité de leurs rapports ,
autant que cela a pu fe pratiquer fans nuire
à la vérité hiftorique . On fent bien que
cette méthode qu'il a employée en traitant
fon fujet , eft inféparable des difcuffions
de critique & de chronologie qui en font
la bafe. Elle exigeoit aufli qu'il indiquât
les fources où il a puifé pour faciliter à
ceux de fes lecteurs qui voudront les confulter
les moyens d'y recourir. Il a donc eu
la précaution de citer exactement au bas
des pages tous les écrivains du témoignage
defquels il s'eft autorifé dans ce qu'il a
rapporté & dans le cours de fes remarques
. Nous allons extraire les principaux
faits que cette hiftoire renferme , afin de
donner une idée de la marche que l'on y a
fuivie , & de mettre à portée de juger des
recherches dont elle eft fufceptible .
OCTORRE. 1755 . 84
Simonide nâquit 55 8 ans avant J.C. à Joulis
, ville de l'ifle de Cée , l'une des Cyclades ,
fituée dans le voisinage de l'Attique.Leoprépés
étoit le nom de fon pere. Il a fallu entrer
dans un calcul chronologique pour déterminer
la date de fa naiffance , conformément
à la fupputation que fourniffent les
marbres d'Arondel. Il ne paroît pas que ce
poëte ait beaucoup fait parler de lui avant
fon arrivée à Athènes , où il n'alla qu'après
avoir paffé fes premieres années dans
fa patrie. C'est là que la beauté de fan génie
& fon talent pour les vers , commencerent
à fe produire au grand jour , & le
firent connoître affez avantageufement à
la Cour d'Hipparque pour avoir part à fes
bonnes graces . Ce Prince qui étoit l'aîné
des fils de Pififtrate lui avoit fuccédé au trône
d'Athénes . Comme le récit de Thucydide
touchant Hipparque , differe de
celui des autres Ecrivains , on examine les
preuves fur lesquelles il l'appuie . On conclut
qu'elles ne fuffifent pas pour détruire
la commune opinion . Le feul moyen d'accorder
Thucydide avec les Ecrivains dont .
il combat le fentiment , eft l'affociation
d'Hippias à la Royauté. On fe fert des
raifons qu'apporte cet Hiftorien pour confirmer
la vérité de ce que l'on remarque
ce fujet. On s'attache enfuite à faire conà
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
noître le caractere d'Hipparque qui avoit
hérité des vertus de fon pere , & de fon
amour pour les Lettres . Il ne contribua pas .
peu à leur progrès par les récompenfes
qu'il fçavoit diftribuer à propos. Sa générofité
s'étendoit à toutes les perfonnes qui
fe diftinguoient dans cette carriere . Il en
donna des marques éclatantes à l'égard du
poëte Anacréon , à qui il envoya une galere
à cinquante rames , avec des lettres
d'invitation pour venir à Athenes . Les
poëfies d'Homere mériterent principalement
fes foins ; & en cela il fuivit l'exemple
de Pifiſtrate ſon pere qui paffe pour
les avoir recueillies le premier en un corps,
& en l'état que nous les avons aujourd'hui
. Elles avoient couru par pieces détachées
dans les différentes parties de la
Gréce avant que Lycurgue les eût apportés
complettes d'Ionie. Il introduifit la
coutume de faire chanter alternativement
par les Rhapsodes l'Iliade & l'Odyffée , à
la fête des Panathénées. Platon nous apprend
que cet ufage fubfiftoit encore de
fon tems. On parle à cette occafion de la
folemnité de cette fête qui fe célébroit à
Athénes, & qui avoit été inftituée en l'honneur
de Minerve protectrice de cette
ville. On fixe le tems de fa premiere inftitution.
On marque les changemens qu'y
OCTOBRE . 1755 . 83
fit dans la fuite Théfée qui donna une
nouvelle forme à la célébration de ces
Panathénées . On fpécifie les prix qu'on y
propofoit pour toutes fortes d'exercices.
On obferve auffi qu'elles ont été confondues
mal - à - propos avec les Jeux Eleufiniens
, dont la fondation eft poftérieure de
près de deux cens ans à celle des Panathénées.
Hipparque ne fe borna point au titre
de fimple protecteur des Lettres , il les
cultiva lui -même avec fuccès. C'eſt ce qui
parut par des vers élegiaques de fa façon ,
qu'il compofa en forme d'infcriptions qui
renfermoient des fentences morales. Il eut
foin de les faire graver au bas des ftatues
de Mercure , qui avoient été érigées par
fon ordre dans tous les cantons de l'Attique
, pour infpirer à quiconque les liroit
des fentimens vertueux. Ses libéralités
pour Simonide qui avoit un penchant
fingulier à l'avarice , attacherent d'autant
plus volontiers ce Poëte à fa Cour, qu'elles
le mirent à portée de fatisfaire fon humeur
intéreffée. Il en jouit jufqu'à la mort de
ce Prince qui fut affaffiné par Ariftogiton ,
& par Harmodius , Chefs d'une conjuration
qu'ils avoient tramée contre lui. On
en expofe les circonstances dont on pourra
lire le détail dans l'ouvrage même. Le
meurtre d'Hipparque laiffa Hippias fon
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
frere feul en poffeffion de l'autorité abfolue
qu'il partageoit avec lui.
Si les vertus de ce Prince lui furent
communes pendant tout le tems qu'ils regnerent
enfemble , elles s'éclipferent depuis
fa mort , & furent remplacées par les
pratiques odieufes & criminelles qu'emploient
ordinairement ceux qui fe perfuadent
qu'elles font un moyen plus fûr que
la voie de la douceur pour fe maintenir
fur le thrône qu'ils ufurpent , & pour conferver
leur vie. La douleur fenfible que
lui caufa la perte de fon frere , & la crainte
qu'il eut d'éprouver le même fort , aigrirent
fans doute fon caractere . Ces deux
caufes réunies concoururent à en faire un
tyran dans toutes les formes . Ariftogiton ,
l'un des meurtriers d'Hipparque , ayant
été arrêté , fut conduit en préfence d'Hippias
qui le fit expirer au milieu des
fupplices , fans avoir pû le contraindre à
avouer aucun de fes complices. Il n'y avoit
rien que de naturel & de jufte dans la
punition du coupable ; mais il falloit
qu'Hippias bornât là les effets de fon reffentiment
qui pour être pouffé trop loin
dégénéra en cruauté . Une Courtifane, maîtreffe
d'Ariftogiton , nommée Léene fut
une des premieres victimes de fes foupçons.
Elle fouffrit la mort avec une conf..
OCTOBRE. 1795. 85
tance admirable ; & ce qui montre la
force de fon courage au- deffus des perfonnes
de fon fexe , & qui plus eft de fon
état , c'eft qu'elle fe coupa la langue avec
les dents , & la cracha au vifage du Tyran
, appréhendant que la rigueur des
tourmens n'agit affez fur elle pour lui
faire trahir le fecret qu'on vouloit tirer.
de fa bouche. Quoique l'on foit généralement
imbû de l'hiftoire de cette Courtifane
, elle peut fort bien n'être pas connue
dans toute l'étendue des particularités
que l'on rapporte.
pas
Athénes ayant changé de face par ces
funeftes révolutions qu'elle éprouva , Simonide
qui n'avoit lieu de fe promettre
les mêmes avantages fous un regne
où la tyrannie déployoit fes violences ,
abandonna vraisemblablement cette ville .
Il fe retira à la Cour d'Alevas , & de fes
trois fils Rois de Theffalie , qui avoient
déja , fur le bruit de fa réputation , taché
de l'attirer auprès d'eux par des préfens
confidérables . C'eft dans cette contrée que
lui arriva une aventure très finguliere ,
pour ne rien dire de plus , qui nous a été
tranfmife par différens auteurs , dans le
récit defquels on remarque quelque variété.
Pendant fon féjour à Cranon , ville
de la Theffalie , il fut invité à un fuperbe
86 MERCURE DE FRANCE.
feltin chez Scopas , homme riche & puiffant
, qui fortoit d'une des nobles familles
du pays. Il y récita des vers à la louange
du Theffalien déclaré depuis peu vainqueur
aux Jeux du Pugilat. Comme il avoit
mêlé dans le poëme en queftion une digreflion
en l'honneur de Caftor & de Pollux
, Scopas refufa de donner en entier la
récompenfe qu'il avoit promife à Simonide,
& allégua pour prétexte qu'il étoit juſte
que les Tyndarides payaffent la moitié ,
puifqu'ils partageoient avec lui la moitié
de l'éloge. Un moment après on avertit
notre Poëte que deux jeunes gens qui demandoient
à l'entretenir étoient à la porte.
Il fe leva de table auffi-tôt , & fortit; mais
il ne trouva plus perfonne. Dans cet intervalle
le plafond de l'appartement où
l'on mangeoit alors étant tombé fur Scopas
& les conviés , ils furent tous écrafés
fous les ruines . On prétend que ces deux
jeunes gens étoient Caftor & Pollux euxmêmes
, qui pour lui témoigner leur reconnoiffance
, le fauverent de cette maniere.
On ne nie pas que le fait quant au
fond ne puiffe être vrai , mais il le faut
dépouiller de ces dernieres circonstances
qui tiennent trop du merveilleux , pour
n'être pas mifes au rang des chofes abfurdes
, dont la croyance groffiere des Grecs.
OCTOBRE. 1755. 87
avoit coutume de fe repaître . Il eſt certain
que cette apparition des Tyndarides choque
étrangement le fens commun ; jufques
là que Quintilien ne balance point à la
traiter de fable ; & la preuve qu'il produit
pour appuyer le jugement qu'il en porte ,
eft que Simonide n'en fait aucune mention
dans fes ouvrages . Quoiqu'il en foit ,
on veut que Simonide ait laiffé dans cette
occafion des marques d'une mémoire excellente
; de forte qu'il paffe pour avoir
inventé celle que l'on appelle locale , en
montrant le premier l'ufage qu'on en devoit
faire. Scopas & les conviés avoient
été défigurés au point d'être devenus entierement
méconnoiffables . Heureufement
Simonide ſe reſſouvenant encore de la place
que chacun d'eux avoit occupée , difcerna
parfaitement leur corps au milieu
des débris de la maifon , & les indiqua
aux parens des conviés pour les enterrer.
Enfuite réfléchiffant fur la néceffité effentielle
de l'ordre par rapport à l'entretien
de la mémoire , il apperçut qu'on ne pouvoit
mieux l'exercer qu'en marquant les
lieux avec exactitude , & en fe les imprimant
fi bien dans l'efprit qu'on fçut fe
rappeller les objets qui l'auroient déja
frappé. Il la conferva jufqu'à fa mort , &
il nous apprend dans un diftique de fa
88 MERCURE DE FRANCE.
compofition qu'étant âgé de quatre- vinge
ans , perfonne ne l'égaloit pour la mémoire.
Si l'on s'attachoit à l'interprétation
que Selden a donnée de l'un des divers
paffages des Marbres d'Arondel , où ils
parlent de Simonide ; il s'enfuivtoit que
l'invention de la mémoire locale ne devroit
point être attribuée à notre poëte , mais à
un autre Simonide , petit - fils de celui - ci
par fa mere , & également poëte , à qui
ils donneroient Léoprépés pour pere : ce
qui mettroit une différence fenfible entre
eux & ceux des Anciens , qui font unanimement
de ce Léoprépés le pere de l'ayeul
lui - même. Cette contrariété manifefte qui
réfulteroit de leur témoignage , comparée
avec le récit des Ecrivains que l'on cite ,
entraîneroit après elle des difficultés qu'il
feroit d'autant plus difficile de réfoudre
qu'il n'y auroit pas moyen de procéder
aux voies de conciliation. Comme l'ancienneté
de ce monument le rend le plus
authentique qu'il y ait en ce genre , il n'y
en a point qui puiffe nous guider avec
autant de certitude pour la chronologie
grecque. Sa nature l'a garanti des fautes
î communes aux Copiftes , dont la négligence
n'a été que trop préjudiciable aux
ouvrages des Anciens : car c'eft fur des
marbres, & conféquemment c'est l'Autogra-
1
OCTOBRE . 1755 . 89
phe de l'Auteur anonyme , qui l'a dreffé
par autorité publique , pour fervir d'archives
à toute fa nation . Il eft fâcheux
que
l'infcription grecque gravée fur ces marbres
endommagés par le tems , offre des
lacunes affez fréquentes dans la fuite des
LXXIX époques, ou l'efpace d'environ 1 300
ans qu'elle renferme . Ce qui nous prive
de bien des éclairciffemens , qu'il y auroit
eu lieu de répandre par leur moyen fur
plufieurs points embrouillés de l'hiftoire
grecque. Sa date capitale commence au
regne de Cécrops , Roi d'Athénes , qu'eile
fait concourir avec l'an 1318 de l'Ere Attique;
& elle ne deſcend point plus bas que
le tems de l'Archontat de Diognete ›
quel tombe entre les années 264 & 263
avant Jefus Chrift. Le fameux Selden
après l'avoir copiée , la publia fous le nom
deMarbres d' Arondel, parce qu'ils apparte
noient à Thomas Howard , Comte d'Arondel
, qui les avoit fait venir du Levant
à grands frais. Il en accompagna le texte
d'une verfion latine , à laquelle il ajouta
un Apparat chronologique , & des notes
hiftoriques . Comme Henri Howard , Duc
de Norfolk , petit fils du Comte d'Aron .
del , fit préfent de ces marbres à la célébre
Univerfité d'Oxford , il en parut depuis
une feconde édition , fous le titre de Mari
90 MERCURE DE FRANCE.
bres d'Oxford , par les foins du Docteur
Prideaux , qui joignit fes commentaires &
ceux de quelques autres Critiques aux remarques
de Selden. Il eſt aifé de voir parlà
qu'on ne fçauroit négliger leur témoignage
dans un fait de cette nature , fans
donner atteinte à la vérité historique ;
puifque fi l'on refufe d'y déférer il n'y a
point d'entiere certitude à fonder fur le
rapport des autres : cela a été un motif
plus que
fuffifant pour engager à confidé
rer de près le Texte Original dont on a rapproché
les paffages qui concernent le poëte
Simonide . On s'eft apperçu par la combinaifon
approfondie qu'on en a faite , que
cette contradiction apparente avoit uniquement
fa caufe dans une méprife de Selden
, commune à M. Prideaux qui bien
loin de relever l'erreur que ce premier Editeur
a commiſe à ce fujet , l'a confirmée
lui-même dans une de fes notes. Nos deux
fçavans Anglois fe font imaginés mal - àpropos
que les termes de l'Infcription défignoient
deux Simonides différens l'un de
l'autre : En conféquence de cette diftinction
, ils ont cru que le poète de ce nom
dont il eft queftion dans le premier paffage
, étoit l'ayeul de celui dont il s'agit
dans le fecond , pour n'avoir pas vraifemblablement
apporté un examen affez réflé
OCTOBRE. 1755. 91
chi dans la lecture des paroles du Texte.
Il auroit fervi à les convaincre que dans
tous les endroits où ils faifoient mention
de Simonide , ils avoient en vûe la même
perfonne qui eft celle dont on expoſe
Î'hiftoire , & ne difoient rien par
confé
quent qui ne fût conforme à ce que rapportent
les autres Ecrivains . On s'eft donc
vû par là dans l'obligation de développer
leur véritable fens , qu'on ne fçache point
avoir été faifi par aucun de ceux qui les
ont commentés , ou qui ont traité de la
vie de Simonide . On a pour cet effet difcuté
les raifons , qui ont autorifé à leur
donner cette explication abfolument néceffaire.
On fe flate que les preuves qu'on
a produites , afin d'en établir la folidité ,
paroîtront inconteftables à quiconque voudra
juger fans prévention. Le Docteur
Bentlei avoit déja fenti que le fens dans
lequel Selden & Prideaux ont entendu
ce que les Marbres contiennent touchant
Simonide , ne pouvoit avoir lieu ;
c'eft pourquoi il a propofé une autre interprétation
dont il naîtroit de plus grands
inconvéniens , fi on venoit à l'admettre :
de forte qu'on a encore eu moins de peine
à réfuter le paradoxe qu'il avance à ce fujet.
Les aventures furprenantes n'interviennent
pas pour une fois dans la vie de
92 MERCURE DE FRANCE.
notre poëte : c'est ce qui paroît dans une
autre conjoncture , où la protection des
Dieux paffe pour s'être manifeftée en fa
faveur d'une façon bien marquée . Il falloit
affurement qu'ils priffent un intérêt
tout particulier à fa perfonne , puifque
les miracles étoient mis en ufage prefque
coup fur coup pour conferver fes jours.
Voici de quoi il s'agit ; ayant rencontré
fur le rivage de la mer le cadavre d'un
inconnu , il fut touché de compaffion pour
ce malheureux privé de fépulture ; & il'l'inhuma.
Les Dieux lui fçurent gré de cet
acte d'humanité , qu'ils récompenferent
en permettant que le même homme à qui
il avoit rendu ce bon office , l'avertit en
fonge de ne point s'embarquer le lendemain
, comme c'étoit fon deffein . Il fuivit
cet avis , & vit effectivement périr le même
jour le vaiffeau qui devoit le porter.
Il confacra par un poëme la mémoire de
cet événement , & compofa pour fon libérateur
une épitaphe qui confifte en deux
vers rapportés par Tzetzes . Ici repofe la
cendre d'un homme qui fauva les jours de
Simonide , né dans l'ifle de Cée , & qui, quoique
mort , obligea un vivant .
Dans cet intervalle Athénes changea de
gouvernement. Ses habitans ne purent fupporter
davantage le joug de la tyrannie
OCTOBRE. 1755. 93
qui s'aggravoit de plus en plus par les violences
continuelles d'Hippias. Ils fe fouleverent
contre lui, & parvinrent fous la conduite
des Alcméonides fecourus des Lacedémoniens
, à le chaffer de leur Ville , an
bout de trois ans de regne depuis la mort
de fon frere. Ils rétablirent alors la forme
de leur République. Le tems qu'a duré la
Monarchie des Pifiitratides eft une époque
affez remarquable dans l'Hiftoire Grecque
pour donner lieu à un calcul qui fert à la
conftater d'une maniere précife. On l'établit
conformément aux dates que fournif
fent les Marbres fur lefquels on appuie
l'ordre chronologique qui a dirigé dans
l'arrangement des faits qui entrent dans la
compofition de cet ouvrage. On s'eft furtout
appliqué à montrer combien ils s'ac
cordent dans la fixation de l'époque en
queſtion avec ceux des Anciens fur le récit
de qui on fe fonde pour la determiner. On
releve une faute de Meurfius qui a prolon
gé la durée de cette monarchie au- delà du
terme qui lui eft propre ; & cela pour
s'être fié à des Auteurs , qui ne font rien
moins qu'exacts dans leurs fupputations
chronologiques. Le retour de Simonide à
Athenes fut marqué par tous les tranſports
de joie qu'infpiroit au peuple le recouvrement
de fa liberté, Notre Poëte vit hono94
MERCURE DE FRANCE.
rer de tous les témoignages de l'eftime
publique la mémoire d'Ariftogiton &
d'Harmodius, qui étoient regardés comme
les deux premiers libérateurs de la tyrannie.
Leur action fut confacrée par des monumens
que les Athéniens éleverent dans
le deffein de la tranfmettre à la postérité.
On ne peut décider , s'il crut qu'il lui feroit
honteux de ne point partager le bonheur
de fes Concitoyens , ou bien s'il craiguit
que fon filence dans une circonstance
pareille , ne fut pris pour un effet de quelque
attachement au parti de la tyrannie :
ce qu'il y a de vrai , c'eſt qu'il compofa
une infcription en vers à la louange des
meurtriers d'Hipparque. Quelles qu'aient
été les vûes qui l'aient pouffé à agir de la
forte ; elles ne font pas moins blamables ,
puifqu'il ne fçauroit avoir de raifon qui
ait pû le difpenfer des devoirs de la reconnoiffance
pour la perfonne de fon bienfaiteur.
Hippias qui s'étoit retiré après
fon banniffement à Sigée ville de la Troade,
tenta inutilement les moyens de rentrer
dans Athenes . Comme il étoit parvenu à
mettre dans fes intérêts Artapherne , gouverneur
de Sardes ; il abufa des difpofitions
favorables où il le voyoit à ſon égard,
pour perdre les Athéniens dans l'efprit de
ce Satrape. Il y réuffit contre l'attente de
OCTOBRE . 1755. 95
ceux- ci qui furent inftruits des mauvais
fervices qu'il leur rendoit auprès d'Artapherne.
Ils envoyerent à Sardes des Ambaffadeurs
pour le prier de ne point écouter
les difcours defavantageux que leurs
Profcrits tenoient fur leur compte. Artapherne
leur répondit féchement que le
rappel d'Hippias feroit ce qu'ils pourroient
alléguer de mieux pour leur juftification .
Les Athéniens eurent lieu d'être indignés
de la fierté avec laquelle on reçut leur amballade
, & encore plus de la condition
qu'on leur impofoit . Auffi leur reffentiment
ne manqua pas d'éclater : ils fe déclarercnt
de ce moment les ennemis des Perfes. C'eft
à ce tems que doit fe rapporter l'origine
des guerres fréquentes que ces deux Nations
fe firent entr'elles avec beaucoup de
chaleur , & qui fe terminerent enfin par la
deftruction entiere de l'Empire des Perfes.
Les Athéniens fournirent vingt vaiffeaux
pour aller au fecours des loniens qui
avoient puiffamment armé par terre &
par mer contre Darius fils d'Hyftafpe ,
Roi de Perfe. Ils les aiderent à s'emparer
de Sardes , & eurent part à l'incendie de
cette ville. Il n'en fallut pas davantage pour
irriter Darius contr'eux , & la maniere
dont ils l'avoient offenfé depuis peu dans
la perfonne de fes héraults qu'ils avoient
96 MERCURE DE FRANCE.
fait mourir indignement , accrut cette
animofité qui affura à Hippias le fuccès de
fes intrigues . Darius voulut à quelque prix
que ce fut , fe venger des Athéniens. II
leva pour cet effet une armée de trois
cens mille hommes , & équippa une flotte
de fix cens vaiffeaux , dont il donna le
commandement à Datis , Mede de nation ,
& à Artapherne , fils d'Artapherne fon
frere. Ces deux Généraux embarquerent
leurs troupes , & firent voile vers Samos ;
de-là ils fe rendirent à Naxe , où ils brûlerent
la capitale & tous les temples . Ils
foumirent toutes les autres ifles de la mer
Egée , aujourd'hui l'Archipel . Ils dirigerent
enfuite leur route vers Eretrie ville
méridionale de l'Eubée. Ils l'emporterent
après un fiége de fept jours , la réduifirent
en cendres , & mirent aux fers tous les
habitans qu'ils y trouverent. Ils pafferent
après cette expédition dans l'Attique où
Hippias qui étoit leur conducteur les fit
defcendre dans la plaine de Marathon .
C'eft-là que fe livra cette célebre bataille
dont les fuites furent fi malheureuſes pour
les Perfes. Dix mille Athéniens commandés
par des chefs , à la tête defquels étoit
Miltiade , fecourus d'un renfort de mille
Platéens , foutinrent vigoureufement leurs
attaques. Si l'inégalité du nombre fe trouvoit
i
OCTOBRE . 1755. 1 97
voit du côté des Grecs , le courage fuppléoit
à ce défaut. On peut dire qu'ils
firent des prodiges de valeur , puifqu'ils
vinrent à bout de battre les Perfes qu'ils.
contraignirent à abandonner leur camp ,
& à fe retirer fur leurs vaiffeaux pour
chercher leur falut dans une prompte.
fuite. Cette défaite de leurs ennemis les
couvroit de gloire autant qu'elle couvroit.
de honte les Perfes qui combattoient dix
contre un. On auroit même affez de peine
à fe perfuader qu'une poignée de monde
eût été feulement en état de faire tête aux
troupes nombreufes qui rendoient l'armée
de Darius formidable , fi l'expérience ne
nous apprenoit l'avantage réel qu'un petit
nombre de gens bien agguéri & de plus
animés par la défenfe de leur liberté , a
fur une multitude mal difciplinée & énervée
par la molleffe , comme l'étoient aſſurément
les Perfes . Il eſt à propos d'obſerver
qu'il s'eft gliffé un zéro de trop dans les
chiffres arabes employés pour défigner le
nombre d'hommes dont le corps d'armée
des Grecs étoit compofé ; car on lit cent
dix ;mille , au lieu de onze mille . Quoique
cette faute d'impreffion ne foir pas
marquée dans l'Errata , on fe flatte qu'on
voudra bien ne l'a pas impurer à l'Auteur.
Il ne faut que réfléchir fur ce
Б
98 MERCURE DE FRANCEJ
qui précede , & fur ce qui fuit , pour s'ap
percevoir qu'elle eft de la nature de celles
que commettent fréquemment les Imprimeurs
à qui il arrive fouvent de fubftituer
un chiffre à l'autre , d'ajouter ou d'omettre
en cette partie. D'ailleurs les Hiftoriens
que l'on cite pour garants du fait en queftion
, fixent préciſement l'armée des Grecs
au nombre dont il s'agit : ce qui montre
évidemment que la faute n'appartient pas
à l'Auteur , à qui on ne fçauroit l'attribuer ;
puifqu'il n'eft pas vraisemblable , qu'il eût
lui-même produit une citation qui contrediroit
manifeftement cet endroit de fon
texte , dont elle eft ici le fondement : par
bonheur elle fert à en rétablir l'altération .
Quelques foins que l'on ait pris pour
indiquer
dans l'Errata , les fautes groffieres
d'impreffion qui fe rencontrent dans cet
ouvrage ( car pour celles qui font moins
confidérables , il fera facile aux Lecteurs
de les corriger elles s'étoient tellement
multipliées par la négligence de l'Imprimeur,
qu'il n'eft pas étonnant qu'il y en ait
encore quelques- unes d'importantes qui
foient échappées à la vigilance de l'Auteur
dont l'attention fatiguée a du fuccomber
dans un travail auffi dégoutant. Avant que
de décider qu'il s'eft trompé , il prie de
diftinguer les fautes qui peuvent lui être
OCTOBRE . 1755 99
propres , de celles qui lui font étrangeres.
Il croit cet avertiffement d'autant plus néceffaire
, qu'il ne diffimule pas que l'édition
de fon livre eft défigurée par beaucoup
d'imperfections typographiques. Il eft
ans doute difgracieux pour lui de fe voir
réduit à la trifte néceffité de la déprimer.
Hippias qui avoit été le principal au
tear de cette guerre , y perdit la vie
Comme Simonide écrivit l'hiftoire du
regne de Datius , il y a apparence que ce
Poëte y fit valoir la victoire que fes Concitoyens
avoient remportée fur les Perfes.
Deux ans après la journée de Marathon
lorfque la tranquillité publique eut permis
de recommencer l'exercice des Jeux publics,
Simonide & Efchyle y difputerent enfemble
le prix de l'Elégie par un Poëme que
l'un & l'autre compoferent en l'honneur
des Grecs qui avoient glorieufement fuccombé
dans la mêlée . Simonide triompha
de fon concurrent qui ne paroiffoit pas
propre à traiter ce genre de poefie. La gloire
que fes fuccès littéraires lui acquirent ,
ne manqua pas d'exciter la jaloufie de quelques
Poëtes envieux qui ne laifferent
échapper aucune occafion de le décrier dans
leurs vers. S'il affect de marquer du mépris
pour leurs traits fatyriques , it ne conferva
pas moins de reffentiment contre
E ij
335289
100 MERCURE DE FRANCE.
(
leur perfonne . C'est ce qui paroît par l'épi ;
taphe qu'il fit d'un Poëte comique nommé
Timocréon qui avoit été fon plus violent
ennemi. Voici la maniere dont celuici
y eft dépeint. Ici repofe la cendre de Timocréon
de Rhodes , qui paffa toute sa vie à.
boire , à manger , & médire du & à genre:
bumain.
Le fçavoir de Simonide & la fageffe de
fes moeurs contribuerent pour le moins autant
que fon mérite poétique à fonder fa
grande réputation. C'eft ce qui vraifemblablement
a donné lieu à un Pere de l'Eglife
de le mettre au nombre des fept Sages
de la Grece : mais ce fentiment lui eft particulier.
Plutarque nous parle d'une circonftance
où Simonide ne foutint pas affurément
le caractere qu'on lui attribue . Il
y auroit fans doute de la témérité à conclure
de-là que ce Poëte reffembloit à
ceux qui démentent par leur conduite les
fages maximes étalées dans leurs ouvrages
, où ils fe font un devoir de recommander
la pratique de la vertu . Tout ce
qu'on peut dire de plus plaufible ; c'eft qu'il
paya dans cette occafion un tribut aux foibleffes
qui ne font que trop ordinaires à
l'humanité.
Comme
Thémistocle lui témoignoit
beaucoup d'amitié , il s'autorifa du crédit
OCTOBRE. 1755. 101
qu'elle lui procuroit auprès de ce grand
Capitaine qui étoit alors Archonte , pour
demander une injuftice. Il s'attira cette
réponſe qui fait honneur à Thémistocle :
Tu ne ferois pas bon Poëte , fi tu faifois des
vers contre les regles de la poësie ; ni moi
bon Magiftrat , fi je t'accordois quelque
chofe contre les Loix . Darius , fils d'Hyf
tafpe , laiffa en mourant pour fucceffeur
Xerxès , dont on conftate l'avénement au
thrône de la Perfe. La défaite de fon armée
n'avoit pas tellement abattu fa fierté
, qu'il ne fongeât aux moyens de réparer
cet échec en renouvellant la guerre
contre la Grece , qu'il vouloit abfolument
foumettre à fes armes . Mais la mort l'ayant
furpris , avant que de pouvoir exécuter ce
projet qu'il avoit formé , Xerxès fon fils .
quelque tems après qu'il fut parvenu à la
couronne réfolut d'effectuer l'intention de
fon pere. Il travailla pendant trois ans
aux préparatifs néceffaires pour la guerre
qu'il fit en perfonne contre les Grecs. L'expédition
de ce Monarque étant fans contredit
un des principaux événemens qui
appartiennent à l'hiftoire ancienne ; on
produit quelques calculs dont la combinaifon
fert à en fixer l'époque précife . On
montre que le temps qui lui eft affigné par
tes Hiftoriens de l'Antiquité les plus exacts
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
concourt juftement avec l'année de l'Ere
Attique , fous laquelle les Marbres rangent
le paffage de Xerxès dans la Grece.
Comme le P. Petau a jugé à propos de le
placer un an plus tard qu'on ne le marque,
on examine le fondement fur lequel ce
fçavant Chronologifte appuie la fupputation
qu'il a fuivie. On la combat par des
preuves qui fuffifent pour la ruiner . Cela
engage conféquemment dans une diſcuſfion
qui pourra fournir des éclairciffemens
fur cette époque. Perfonne n'ignore le
mauvais fuccès qu'eut l'expédition de Xerxès
qui repafla tout couvert de honte &
de confufion , l'Hellefpont, après la déroute
entiere de fa flotte. Le nombre prodigieux
des troupes qui l'accompagnerent , n'empêcha
pas que les Grecs n'euffent toujours
l'avantage dans les combats confécutifs
qu'ils foutintent contre les Perfes qu'ils
taillerent en pieces. On ne s'arrêtera point
au détail de ces chofes affez généralement
connues on en peut lire la defcription
dans l'ouvrage où elles trouvent place ;
parce que leur récit entre naturellement
dans fon plan . Car Simonide ayant célébré
dans des Poëmes particuliers les victoires
remportées par les Grecs dans toutes
ces occafions , ou compofé des Epitaphes
en l'honneur de ceux de fa nation , qui y
OCTOBRE. 1755. 103
périrent les armes à la main ; on ne pouvoit
guere fe difpenfer d'en parler . Il falloit
bien donner une idée de ce qui s'eft
paffé de mémorable dans cet intervalle du
fiecle où il écrivoit pour lier plus aifément
les parties de l'hiftoire de fa vie. Au
refte , on ne s'y eft étendu qu'autant que
cette liaiſon a paru néceffaire pour entretenir
le fil de la narration ; on s'eft même
attaché à décrire certaines particularités
que ceux d'entre les modernes , qui ont
fait l'hiftoire de ce tems - là , n'ont pas rapportées.
On infiftera feulement ici fur le
réfultat d'une converfation que Simonide
eut avec Paufanias Roi de Lacédémone ,
dans un voyage qu'il fit à Sparte quelque
tems après la bataille de Plárée . Ce Prince
qui avoit commandé en chef l'armée des
Grecs dans cette journée fi glorieufe pour
eux , s'étant trouvé un jour à un repas
avec ce Poëte , le pria de lui débiter quelque
fentence qui confirmât l'opinion qu'on
avoit de fa profonde fageffe. Simonide lui
répondit en fouriant , Souviens-toi que tu
es homme. Paufanias ne fut point touché
du grand fens renfermé dans cette réponſe
qui venoit fort à propos dans la circonftance
où Paufanias faifoit cette demande . Car
l'orgueil l'aveugloit , & les projets ambitieux
qu'il rouloit alors dans fa tête, furent
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
la caufe de fa perte. Ils ne tendoient rien
moins qu'à affèrvir la Grece la Patrie , qu'il
s'étoit engagé à livrer en la puiffance de
Xerzès , à condition qu'il épouferoit une
des filles de ce Monarque , dont il s'attendoit
vraisemblablement par cette alliance à
partager la grandeur. Xerxès n'eut point
de peine à confentir à un traité qui lui étoit
auffi avantageux. Quelques fourds que
fuffent les moyens que Paufanias employa
pour exécuter l'engagement qu'il avoit
contracté avec les Perfes , ils percerent
affez pour rendre fa conduite fufpecte aux
Ephores de Lacédémone, qui épierent toutes
fes démarches . Son complot fut découvert
par celui qu'il avoit chargé de porter
ane lettre à Artabaze Gouverneur de la
Propontide , avec qui il entretenoit des
correfpondances fecrettes ; & fon imprudence
aida encore à le décéler . Comme il
s'apperçut qu'on vouloit l'arrêter , il ſe réfugia
dans le Temple de Minerve , dont
l'afyle paffoit pour être inviolabe : ainfi
on ne pouvoit l'en arracher de force fans
manquer de refpect pour ce lieu . Mais il
n'évita pas pour cela la peine de fon crime.
Les Ephores trouverent un expédient pour
mettre à mort le coupable fans recourir à
la violence. Ils firent murer les portes du
Temple pour l'empêcher de fortir, & fr
OCTOBRE . 1755 . 1755. 105
rent en même- tems démolir le toit , afin
qu'il mourût plutôt , étant expofé aux injures
de l'air. Ce fut là que luttant avec la
faim , il fe reffouvint des paroles de Simonide
, & les accompagna de cette réflexion
tardive , en s'écriant par trois fois : C'est en
ce moment illuftre Poëte de Cée , que je fens la
vérité de ton difcours , qu'un imprudent
orgueil m'a fait dedaigner ! Ce retour de
Paufanias fur lui -même témoigne affez
qu'il étoit du nombre de ces perfonnes qui
fentent la folidité des bons avis qu'ils ont
reçus , lorsqu'il n'eft plus temps d'en profiter.
Le grand âge de Simonide n'avoit
point affoibli la force de fon efprit que
l'expérience des années avoit fervi à mûrir;
parce qu'elle apprend à juger des chofes
felon leur jufte valeur. Il n'eft pas étonnant
que fa converfation aufli inftructive
qu'agréable , le fit rechercher des Princes
de fon temps qui aimoient les Sçavans .
Hieron Tyran de Siracufe , affez connu par
le goût qu'il avoit pour eux , ne marqua
pas peu d'empreffement de pofféder à fa
Cour un perfonnage de cette célébrité . 11
l'invita à s'y rendre pour y jouir de tous
les honneurs , & des récompenfes que for
mérite devoit lui faire efpérer . Cette invitation
de la part de ce Prince , éroir d'une
nature à déterminer ce Poëte , que fa paf
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
fion dominante pour l'acquifition des ri
chelles rendoit fort attentif à fes intérêts.
Elle avoit affurément de quoi être flattée
par les avantages que Simonide avoit lieu
de fe promettre de l'humeur libérale d'Hieron
qui l'appelloit auprès de lui . Auffi
ne balancerent ils point les confidérations
qui auroient pû l'empêcher d'entreprendre
un voyage dont fon extrême vieillefle fuffifoit
fans doute pour le détourner ; fi l'on
obferve qu'il étoit âgé alors de quatrevingt-
fept ans . li pafa le refte de fes jours
à la Cour d'Hieron , où il joua un rôle des
plus importans ; on peut même dire qu'elle
fut le théatre de fa gloire car il y brilla
non -feulement comme Bel- efprit , mais
encore comme Philofophe , & comme Politique
. La connexion que les dernieres
années de fa vie ont avec l'hiſtoire de ce
Prince , a obligé de détailler les circonftances
qui y font relatives . Pour en avoir une
parfaite connoiffance , il a fallu reprendre
les chofes d'un peu plus haut , en offrant
un récit fuccinct de ce qui appartient à
l'hiftoire de Gelon fon frere , & fon prédéceffeur
au thrône de Syracufe , à laquelle
la fienne eft liée trop
intimement pour
pouvoir en être féparée. C'eft par le dérail
des particularités qui en dépendent , que
commence la feconde partie , dont nous
OCTOBRE. 1755. 107
entretiendrons une autrefois nos Lecteurs,
parce que nous ne fçaurions nous permettre
la même étendue dans l'Analyfe des
faits qu'elle renferme , fans occuper ici
trop de place. Cela nous met dans l'obligation
de renvoyer la fuite de cet Extrait
au mois prochain.
MÉMOIRE SUR LA PEINTURE à
l'encaustique & fur la peinture à la cire ;
par M. le Comte de Caylus , de l'Académie
des Belles - Lettres ; & M. Majault ,
Docteur de la Faculté de Médecine en l'Univerfité
de Paris , & ancien Médecin des
armées du Roi . A Genéve; & fe vend à Paris
, chez Piffot , à la Croix d'or , Quai de
Conty. 1755.
L'avis de l'Imprimeur nous apprend que
le 29 Juillet 1755 , M. le Comte de Câylus
lut à l'Académie des Belles - Lettres fon
mémoire fur la peinture à l'encauftique ,
& la premiere partie de cet ouvrage , qui
contient les procédés de cette peinture.
L'Académie a permis que l'on tirât ces
deux ouvrages de fes regiftres , & qu'on
les imprimat , parce qu'elle a cru qu'ils
pouvoient être utiles aux artiftes . On y a
joint les procédés de la peinture de la cire,
qui font la feconde partie : ce font les
propres termes de l'avis . Voilà le mystere
E vj
108
MERCURE DE
FRANCE.
enfin dévoilé ; & graces à M. le Comte de
Caylus , la peinture voit étendre fa carriere
, & vient
d'acquérir de
nouveaux
tréfors. On voit déja fix
tableaux peints
à
l'encaustique , par M. Vien. Ils font expofés
au fallon.
ESSAI fur la police générale des
grains , fur leur prix & fur les effets de
l'agriculture . Qui operatur terram fuam ,faturabitur
panibus . Prov. cap. 12. v. 15. A
Berlin ; & fe trouve à Paris , chez Piſſot ,
quai de Conty.
Cet ouvrage qui eſt dédié à M. de Maupertuis
, de l'Académie Françoife , & Préfident
de celle de Berlin , nous paroît auffi
utile que bien fait.
EXAMEN des avantages & des defavantages
de la prohibition des toiles peintes.
On trouve cette brochure in- 12 , de
127 pages , chez Guerin & Delatour , rue
S. Jacques , à S. Thomas d'Aquin ; & chez
Lambert , rue de la Comédie Françoife.
Elle nous paroît l'ouvrage d'un citoyen
impartial , qui veut le bien de l'Etat &
d'un Négociant inftruit , qui fçait écrire .
Fermer
Résumé : « HISTOIRE DE SIMONIDE, & du siécle où il a vêcu, avec des éclaircissemens [...] »
Le texte présente l'ouvrage 'Histoire de Simonide' de M. de Boiffy fils, publié en 1755, qui relate la vie du poète Simonide. L'ouvrage, d'environ quatre cents pages, est divisé en deux parties. La première partie couvre la vie de Simonide depuis son arrivée à Athènes, où il fut protégé par Hipparque, fils de Pisistrate, jusqu'à son voyage à Syracuse. La seconde partie traite des dernières années de Simonide à la cour d'Hieron. L'auteur s'efforce de concilier les divergences entre les anciens écrivains pour offrir une narration historique précise et traite des événements marquants du siècle de Simonide, caractérisé par de fréquentes révolutions en Grèce. Simonide, né en 558 avant J.-C. à Ioulis, une ville des Cyclades, se distingua par son talent poétique à Athènes. Après l'assassinat d'Hipparque, il quitta Athènes pour la cour des rois de Thessalie. Une anecdote célèbre raconte comment Simonide, sauvé d'un effondrement, inventa la mémoire locale en se rappelant les places des convives décédés. L'ouvrage inclut des discussions critiques et chronologiques, avec des références précises aux sources utilisées, visant à instruire les savants et les amateurs de l'antiquité. Le texte aborde également l'interprétation des Marbres d'Arondel, un monument ancien pour la chronologie grecque. Selon Selden, l'invention de la mémoire locale ne serait pas attribuée au poète Simonide, mais à un autre Simonide, petit-fils du premier. Les Marbres d'Arondel, endommagés par le temps, couvrent une période d'environ 1300 ans, de l'époque de Cécrops, roi d'Athènes, jusqu'à l'archontat de Diognete. Selden et Prideaux ont publié ces marbres, mais une erreur d'interprétation a été relevée par le Docteur Bentlei. Simonide est également connu pour ses œuvres littéraires et ses rôles dans des événements historiques, comme la bataille de Marathon. Il a composé des vers en l'honneur des libérateurs de la tyrannie, Aristogiton et Harmodius, et a célébré les victoires grecques dans ses poèmes. Le texte mentionne des erreurs typographiques et des discussions sur la sagesse et les mœurs de Simonide, ainsi que des anecdotes sur sa vie et ses interactions avec des figures historiques comme Thémistocle et Pausanias. Simonide a passé ses dernières années à la cour d'Hieron, tyran de Syracuse, jouissant de la reconnaissance et des honneurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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673
p. 108-112
« HISTOIRE DE FRANCE, depuis l'établissement de la Monarchie Françoise [...] »
Début :
HISTOIRE DE FRANCE, depuis l'établissement de la Monarchie Françoise [...]
Mots clefs :
Histoire, Monarchie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE DE FRANCE, depuis l'établissement de la Monarchie Françoise [...] »
HISTOIRE DE
FRANCE , depuis
l'établiſſement de la
Monarchie Françoiſe
OCTOBRE . 1755. 10
dans les Gaules ; par le P. Daniel , de la
Compagnie de Jefus. Nouvelle Edition ,
augmentée de notes , de differtations critiques
& hiftoriques , de l'hiftoire du regne
de Louis XIII , & d'un journal , de
celui de Louis XIV , 16 vol . in-4° , propofés
par foufcriptions .
Le prix de feize volumes en feuilles ,
fera , pour ceux qui n'auront pas foufcrit ,
de deux cens livres en petit papier , & de
deux cens foixante livres en grand papier.
Mais pour favorifer ceux qui voudront
dès - à - préfent en affurer un exemplaire ,
les Libraires ci- après nommés ont fixé le
prix defdits ſeize volumes en petit papier
à 162 livres , & en grand papier à 204 liv.
qu'on payera felon l'ordre qui fuit :
Petit papier . On payera àpréfent48 liv.
En retirant les tomes I , II , III ,
IV , V , en Septembre 1755 42
En retirant les tomes VI , VII ,
VIII , IX , X , en Janvier 1756 · 36
En retirant les tomes XI , XII ,
XIII , XIV , XV , en Juin 1756 36
En retirant le tome XVI & dernier
, en Novembre 1756
·
Total 162 liv .
110 MERCURE DE FRANCE.
Grand papier . Les Soufcripteurs
payeront d'avance
·
En retirant les tomes I , II , III ,
IV , V , en Septembre 1755 •
En retirant les tomes VI , VII ,
VIII, IX , X , en Janvier .
En retirant les tomes XI , XII ,
72 liv.
48
42
XIII , XIV , XV , en Juin 1756 42
En retirant le tome XVI & dernier
, en Novembre 1756
Total
204
On ne recevra des affurances pour ces
feize volumes que jufqu'au mois de Septembre
1755 inclufivement .
Les Soufcripteurs font priés de faire retirer
leurs exemplaires dans le courant de
1757 , paffé lequel tems les avances feront
perdues pour eux . Sans cette condition
on n'auroit pas propofé l'avantage de
la
foufcription .
On pourra foufcrire à Paris ,
Chez Le Mercier , Defaint & Saillant ,
De Hanfy , Jean- Th. Heriffant , Boudet
Bauche , Durand , Claude- J. B. Heriffant ,
d'Houry fils , Defprez , & Le Prieur.
ANACREON vengé , ou Lettres au
fujet de la nouvelle traduction d'AnaOCTOBRE.
1755 .
IPE
créon , annoncée dans l'année littéraire ,
qui contient 117 pages .
On trouve cette brochure chez Duchefne
, rue S. Jacques ; au Palais , chez Knapen
, Morel & Le Gras ; & chez l'auteur ,
rue de la Perle , au Marais , au coin de la
Vieille rue du Temple . Elle eft de Mme.
de la Manfeliere David.
NOUVEAU TRAITÉ de la Sphere ,
où l'on explique d'une maniere claire &
fimple tout ce qui a rapport à cette fcience
, avec un difcours fur les éclipfes , tant
du foleil & de la lune , que des autres
aftres. A Paris , chez Debure l'aîné , quai
des Auguftins , à l'image S. Paul 1755 .
LES Commentaires de Céfar , traduction
nouvelle , avec le latin à côté , 2 vol.
in- 12 . A Paris , chez Jofeph Barbon , rue
S. Jacques aux Cicognes . 1755 .
RELATION de la vie & de la mort
de quélques Religieux de l'Abbaye de la
Trape , nouvelle édition , augmentée de
plufieurs vies qui n'avoient pas encore paru
, avec une differtation abrégée de cette
Abbaye. 5 vol . A Paris , chez Guillaume
Defprez Imprimeur du Roi & du Clergé .
de France , rue S. Jacques à S. Profper ,
& aux trois vertus.
112 MERCURE DE FRANCE.
ESSAT fur la nature du commerce en
général , traduit de l'Anglois .
Cet ouvrage qui n'eft pas une traduction,
mais qui au contraire a été traduit du
François en Anglois , eft un des meilleurs
qui aient été faits fur le commerce , peutêtre
même eft- il le premier , puifqu'il y a
plus de vingt ans qu'il a été compofé par
M. Cantillon , lors Banquier à Paris , &
lié particuliérement avec Milord Bolinbroke.
Il eft furprenant qu'on ait attendu
fi tard à le mettre au jour. Nous fomines
toujours très- obligés à ceux qui nous le
donnent aujourd'hui . C'eft un vrai préfent
fait au public. Il eft divifé en trois parties
, & chaque partie en plufieurs chapitres.
Il fe trouve chez Barrois , quai des
Auguftins.
FRANCE , depuis
l'établiſſement de la
Monarchie Françoiſe
OCTOBRE . 1755. 10
dans les Gaules ; par le P. Daniel , de la
Compagnie de Jefus. Nouvelle Edition ,
augmentée de notes , de differtations critiques
& hiftoriques , de l'hiftoire du regne
de Louis XIII , & d'un journal , de
celui de Louis XIV , 16 vol . in-4° , propofés
par foufcriptions .
Le prix de feize volumes en feuilles ,
fera , pour ceux qui n'auront pas foufcrit ,
de deux cens livres en petit papier , & de
deux cens foixante livres en grand papier.
Mais pour favorifer ceux qui voudront
dès - à - préfent en affurer un exemplaire ,
les Libraires ci- après nommés ont fixé le
prix defdits ſeize volumes en petit papier
à 162 livres , & en grand papier à 204 liv.
qu'on payera felon l'ordre qui fuit :
Petit papier . On payera àpréfent48 liv.
En retirant les tomes I , II , III ,
IV , V , en Septembre 1755 42
En retirant les tomes VI , VII ,
VIII , IX , X , en Janvier 1756 · 36
En retirant les tomes XI , XII ,
XIII , XIV , XV , en Juin 1756 36
En retirant le tome XVI & dernier
, en Novembre 1756
·
Total 162 liv .
110 MERCURE DE FRANCE.
Grand papier . Les Soufcripteurs
payeront d'avance
·
En retirant les tomes I , II , III ,
IV , V , en Septembre 1755 •
En retirant les tomes VI , VII ,
VIII, IX , X , en Janvier .
En retirant les tomes XI , XII ,
72 liv.
48
42
XIII , XIV , XV , en Juin 1756 42
En retirant le tome XVI & dernier
, en Novembre 1756
Total
204
On ne recevra des affurances pour ces
feize volumes que jufqu'au mois de Septembre
1755 inclufivement .
Les Soufcripteurs font priés de faire retirer
leurs exemplaires dans le courant de
1757 , paffé lequel tems les avances feront
perdues pour eux . Sans cette condition
on n'auroit pas propofé l'avantage de
la
foufcription .
On pourra foufcrire à Paris ,
Chez Le Mercier , Defaint & Saillant ,
De Hanfy , Jean- Th. Heriffant , Boudet
Bauche , Durand , Claude- J. B. Heriffant ,
d'Houry fils , Defprez , & Le Prieur.
ANACREON vengé , ou Lettres au
fujet de la nouvelle traduction d'AnaOCTOBRE.
1755 .
IPE
créon , annoncée dans l'année littéraire ,
qui contient 117 pages .
On trouve cette brochure chez Duchefne
, rue S. Jacques ; au Palais , chez Knapen
, Morel & Le Gras ; & chez l'auteur ,
rue de la Perle , au Marais , au coin de la
Vieille rue du Temple . Elle eft de Mme.
de la Manfeliere David.
NOUVEAU TRAITÉ de la Sphere ,
où l'on explique d'une maniere claire &
fimple tout ce qui a rapport à cette fcience
, avec un difcours fur les éclipfes , tant
du foleil & de la lune , que des autres
aftres. A Paris , chez Debure l'aîné , quai
des Auguftins , à l'image S. Paul 1755 .
LES Commentaires de Céfar , traduction
nouvelle , avec le latin à côté , 2 vol.
in- 12 . A Paris , chez Jofeph Barbon , rue
S. Jacques aux Cicognes . 1755 .
RELATION de la vie & de la mort
de quélques Religieux de l'Abbaye de la
Trape , nouvelle édition , augmentée de
plufieurs vies qui n'avoient pas encore paru
, avec une differtation abrégée de cette
Abbaye. 5 vol . A Paris , chez Guillaume
Defprez Imprimeur du Roi & du Clergé .
de France , rue S. Jacques à S. Profper ,
& aux trois vertus.
112 MERCURE DE FRANCE.
ESSAT fur la nature du commerce en
général , traduit de l'Anglois .
Cet ouvrage qui n'eft pas une traduction,
mais qui au contraire a été traduit du
François en Anglois , eft un des meilleurs
qui aient été faits fur le commerce , peutêtre
même eft- il le premier , puifqu'il y a
plus de vingt ans qu'il a été compofé par
M. Cantillon , lors Banquier à Paris , &
lié particuliérement avec Milord Bolinbroke.
Il eft furprenant qu'on ait attendu
fi tard à le mettre au jour. Nous fomines
toujours très- obligés à ceux qui nous le
donnent aujourd'hui . C'eft un vrai préfent
fait au public. Il eft divifé en trois parties
, & chaque partie en plufieurs chapitres.
Il fe trouve chez Barrois , quai des
Auguftins.
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Résumé : « HISTOIRE DE FRANCE, depuis l'établissement de la Monarchie Françoise [...] »
Le document présente plusieurs publications et offres de souscription. L'ouvrage principal est une histoire de France depuis l'établissement de la monarchie françoise dans les Gaules, rédigée par le Père Daniel de la Compagnie de Jésus. Cette nouvelle édition, enrichie de notes critiques et historiques, ainsi que des histoires des règnes de Louis XIII et Louis XIV, est proposée en seize volumes in-4°. Le prix des seize volumes en feuilles est de deux cents livres en petit papier et deux cents soixante livres en grand papier pour les non-souscripteurs. Les souscripteurs bénéficient d'un tarif réduit à 162 livres en petit papier et 204 livres en grand papier, avec des paiements échelonnés jusqu'en novembre 1756. Les souscriptions sont acceptées jusqu'en septembre 1755 et les exemplaires doivent être retirés en 1757. D'autres publications mentionnées incluent 'Anacreon vengé', un 'Nouveau Traité de la Sphère', une nouvelle traduction des 'Commentaires de César', une 'Relation de la vie & de la mort de quelques Religieux de l'Abbaye de la Trappe', et un essai sur la nature du commerce traduit de l'anglais, initialement écrit en français par M. Cantillon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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674
p. 133-163
Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Interregne. 593-4-5 & 6 Childebert II, Roi d'Austrasie, se [...]
Mots clefs :
Paris, Histoire de la ville de Paris, Histoire, Roi, Childebert II, Normands, Parisiens, Évêque de Paris, Clotaire II, Clovis II, Clovis III, Empereur, Charles Martel, Troupes, Tombeau, Abbaye, Royaume, Charlemagne, Dagobert II, Clovis III, Thierry Ier, Clotaire IV, Louis Ier, Louis II le Bègue, Louis III, Carloman II, Charles III le Gros
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
HISTOIRE.
Suite de l'abrégé hiftorique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avo- .
cat au Parlement .
CH
SOUVERAIN S.
Interregne.
593-4-5
& 6.
Hildebert II , Roi d'Auftrafie , fe
rend maître de Paris , & des autres
villes qui avoient appartenues au ( a ) Roi
Sigebert fon pere ; mais il ne jouit pas
long - tems de fes conquêtes. Une mort
précipitée l'enleve à la fleur de fon âge.
Frédégonde fe rend à ſon tour maîtreffe
de Paris , (b ) brûle & faccage tout ce qui
fe trouve fur fon paffage ; fait marcher
des troupes contre Théodebert , Roi d'Auftrafie
, & Thieri Roi de Bourgogne , en-
16.
( a ) Frédegon. chronol. c. 14. ( b ) Idem , c.
134 MERCURE DE FRANCE.
core jeunes. La bataille s'engage en préfence
des trois Rois. (c ) Clothaire demeure
victorieux , & s'affermit fur le thrône de
Paris.
Ordonnance de Childebert concernant
le Guet à pied , qui rend refponfables les.
foldats des vols ou affaffinats faits dans le
quartier où ils font de garde , & qui fait
un réglement à ce fujet. 11 feroit à fou--
haiter que cette ( d ) Ordonnance fut actuellement
en vigueur.
Respectivement à Paris.
597 & 8:
La Reine Frédegonde au plus haut point
de fes profpérités , meurt à Paris , & fon:
corps eft inhumé dans l'Eglife de S. Vincent
à côté de celui du Roi Chilperic font
mari on voit encore fon tombeau dans
S. Germain des Prez , monument de la reconnoiffance
de Clothaire II fon fils .
Interregne.
5.99 & 603.
Les affaires de Clothaire changent de
face. Il eft attaqué par Théodebert , &
Thieri unis enfemble près d'un village ,
nommé Ormeille en Gatinois. Il perd la
bataille ( e ) , fe réfugie dans Paris , en eſt
(c ) Idem. c. 17. ( d ) Capit. Reg. Fr. to . 1. p.
20. Hift. de l'Apolog, to , 1. pag . 236. ( e ) Geſt
Reg. Fr. c. 37.
OCTOBRE. 1755 133
chaffe par les vainqueurs , & forcé de demander
la paix , qui ne lui fut accordée
qu'en perdant une partie de fes Etats.
604 & 612.
Clothaire (f) voulant réparer fes pertes,
met deux armées fur pied , donne le commandement
de l'une à Landri , Maire du
Palais , & marche à la tête de l'autre..
Landri eft battu près d'Etampes par Thieri
, qui rentre victorieux dans Paris ; &
Clothaire obligé de prendre la fuite , de
mande la paix pour la feconde fois.
Clothaire II.
613 & 14.
Clothaire réunit dans fa perfonne toute
la Monarchie Françoife..
615-16 & 17
Sixiéme ( g ) Concile de Paris , compo
fé d'Evêques & de Seigneurs. Il s'en eft
tenu fouvent de pareils depuis Charlelemagne
& les Rois fuivans , où l'on fit
des Ordonnances pour tout le royaume ,
qui portent le nom de Capitulaires , comme
ayant été faites dans les affemblées de.
la nation.
618 & 21 .
(b ) La Reine Gertrude meurt' , & eft
enterrée dans l'Abbaye S. Vincent , aujourd'hui
S. Germain des Prez..
(f)Fredeg. c. 26. ( g ) Conc. to . 5. p. 1649″
( b) Fredeg. c. 46.
136 MERCURE DE FRANCE.
622 & 27.
Clothaire fait fa réfidence ordinaire à
Paris.
628 & 29.
Il meurt âgé de 45 ans , & eft enterré à
Paris dans l'Eglife S. Germain des Prez.
Dagobert I.
Dagobert , Roi d'Auftrafie, lui fuccede,
fixe fon féjour à Paris , s'abandonne à toutes
fortes d'excès , pille le bien de fes fujets,
& ne refpecte même pas les chofes faintes.
Pour racheter en quelque façon fes pechés
, il fonde de nouveau , & dote la célébre
Abbaye de S. Denis.
630 & 37.
S. Eloi , depuis Evêque de Paris , Garde
des Sceaux , engage Judicaël , Prince des
Bretons , à faire au ( i ) Roi fatisfaction
des courfes qu'il avoit faites fur les frontieres
, & à le reconnoître pour fon Seigneur.
638-39-40 & 5o.
Fondation d'un couvent de Filles par S.
Eloi , dont St Aure eft la premiere Abbeffe.
( k) Le circuit de cet ancien monaftere ,
autrefois entouré de murailles , s'appelle
(i ) Préf. Henault , pag. 25. ( k ) Curiof. & antiq.
fr. 35.
OCTOBRE. 1755. 137
encore aujourd'hui la ceinture de S. Elci ,
& comprend les rues de la Cité , où font à
préfent Ste Croix , S. Pierre des Arcis &
S. Martial.
S. Eloi ( 1 ) fonde l'Eglife de S. Paul ,
autrefois appellée des Champs , & S. Martial
dans la Cité fait chaffer de Paris un
Apoftat qui féduifoit le peuple , & bannir
de France un autre fourbe , qui fe difoit
Evêque.
Paris fouffre un incendie confidérable ,
qui confume la plupart des maifons.
Dagobert malade à Epinai -fur- Seine ,
fe fait tranfporter à S. Denis , pour implo
rer la protection de ce faint martyr ; ( m ) il
y meurt quelques jours après , âgé de 36
ans , & y eft enterré. On célébre tous les
ans l'anniverfaire de fa mort à S. Denis ,
le 19 Janvier.
Clovis II.
Clovis II. monte fur le thrône , & fait
fa réfidence ordinaire à Paris.
Les Maires du Palais abforbent l'autorité
royale.
651 & 59.
La famine qui défoloit tout le Royaume
, fe fait fentir dans la capitale. Il pa-
( 1) Vita Sancti Eligii , 1. 1. c. 13. ( m ) Free
deg. chron. c . 79.
738 MERCURE DE FRANCE.
roit qu'elle fut extrême , puifque pour fub
venir aux befoins des pauvres , le Roi fut
obligé de dépouiller le tombeau de S. Denis
des richeſſes dont ( n ) Dagobert l'avoit
enrichi S. Landri , alors Evêque de Paris
, vendit fa vaiffelle & fes meubles pour
foulager la mifere publique. Les vaſes facrés
ne furent même pas épargnés.
Fondation ( o ) de l'Hôtel-Dieu par S.
Landri. Erchinoald , Maire & Comte de
Paris , donna le terrein fur lequel il eft
bâti , & contribua à ſon établiſſement par
d'autres largeffes.
S. Landri meurt , (p) & eft enterré dans
l'Eglife S. Germain- l'Auxerrois .
Clothaire III.
660 & 65.
Clovis II . meurt la dix- neuvième année
de fon regne , & la vingt- troifiéme de fon
âge. Il eft inhumé à S. Denis.
Clothaire III . commence à regner fous
la Régence de Baltilde fa mere. Le Confeil
eft compofé de S. Ouen , de S. Eloi ,
& de quelques autres Evêques.
Abolition d'un tribut par tête , qui réduifoit
fouvent les chefs d'une nombreuſe
famille au défefpoir.
( n ) Dubois , Hift . Eccl . Par. tom. 1. p . 179.
(o ) Le Maire , Par. anc. & nouv. to . 3. pag. 127.
(p ) Malingue..
OCTOBRE. 1755. 139
Baltilde fe retire dans le Monaftere de
Chelles qu'elle avoit fondé , & laiffe le
royaume , & le Roi âgé de quatorze ans ,
à la merci d'Ebroin , Maire du Palais , dont
elle avoit jufques- là réprimé les violences.
665-6-7 & 8.'\
Sigobrand , Evêque de Paris , maffacré
par les Grands , malgré les défenfes de la
Reine.
Elle meurt à Chelles vers l'an 680 , Le
30 Janvier.
La peſte ( q ) dépeuple une partie de
la ville de Paris , & la contagion fe fair
fentir jufques dans les maifons religieufes.
Clothaire III. meurt , & Thieri fon
frere lui fuccéde par les foins d'Ebroin
Maire du Palais ; mais la haine qu'on
avoit pour ce Miniftre , réjaillit fur le
Roi même , & Thieri eft enfermé dans
l'Abbaye de S. Denis ..
Childeric II.
669 & 680 .
Childeric II. fe voit maître de toute la
France par la mort de Clothaire III , &
par la retraite forcée de Thieri.
Il eſt maffacré avec la Reine Blichilde
& Dagobert fon fils , dans la forêt de Li-
( 2 ) Vita S. Eligiil. z .
140 MERCURE DE FRANCE.
vri par Bodille. Il eft enterré dans l'églife
de S. Germain des Prez , où l'on voit encore
fon tombeau .
Thieri I.
Thieri fort de l'Abbaye S. Denis , &
commence à regner. Ebroin , le même qui
avoit été Maire du Palais fous Clothaire
III , contraint par les armes Thieri à le
recevoir de nouveau pour fon Maire du
Palais.
681 & 90.
Ebrouin eft tué d'un coup d'épée un
Dimanche matin avant le jour , lorſqu'il
alloit à Matines , felon l'ufage de ce temslà.
A Ebrouin fuccede Warathon , qui eft
Maire du Palais , de Neuftrie & de Bourgogne.
Pepin le fut de l'Auftrafie , s'en fit
nommer Duc & Gouverneur.
La difcorde s'allume entre les deux Maires
, & les François mécontens ſe retirent
en Auftrafie Berthier fuccede à Warathon,
& époufe fa haine contre Pepin. Ce dernier
leve des troupes , & s'avance vers
Péronne. Berthier va au- devant de lui avec
le Roi Thieri . On en vient aux mains , &
Thieri vaincu fe retire à la hâte dans Paris
. Pepin s'avance vers cette capitale , rue
Berthier échappé au carnage , fait le frége
i
OCTOBRE. 1755 . 141
de Paris , s'en rend le maître , s'empare
de la perfonne de Thieri & de tous fes
thréfors ; il lui laiffe le nom de Roi , &
fous celui de Maire du Palais, a toute l'autorité
, rend la paix à la France , & fait
fleurir le commerce.
691 & 710.
Thieri meurt , âgé de trente- neuf ans ,
après en avoir regné dix - fept. ( r ) Sa mort
ne fait pas plus de bruit que celle d'un particulier.
Un Seigneur , nommé Vandemir , fait
de grandes largeffes à plufieurs églifes de
Paris , de concert avec fa femme Ercamberte.
Clovis 111.
Clovis III fuccede à Thieri , & Pepin
continue de regner fous le nom de ce Roi .
S. Meri où Mederic vient à Paris , fe
loge dans un Monaftere contigu à la Chapelle
de S. Pierre. (f) Il y meurt le 29
Août. Deux ans & neuf mois après il eft
enterré dans la Chapelle voifine , connue
aujourd'hui fous le nom de S. Meri , égliſe
paroiffiale & collégiale foumise à la Jurifdiction
du chapitre de Notre Dame.
Son corps eft levé de terre pour la
pre-
(r ) Pref. Henault. (S) Inventaire du thréfor.
Hift. eccl. par. to. 1. p. 579.
142 MERCURE DE FRANCE.
miere fois en 884 , par Gozlin , Evêque de
Paris. Il eft confervé dans une magnifique
châffe , élevée fur le maître autel' , par les
foins de M. l'Abbé Artaud , Curé actuel ,
dont la piété & le zéle pour la maifon du
Seigneur font connus de tout le monde.
L'églife qui fubfifte , fut fondée fous
François I. On voit au milieu du choeur
cette infcription.
Hic jacet bone memoria Odo Falconarius ,
fundator bujus Ecclefia . ( t )
On conferve dans la même églife le
corps de S. Frou , difciple de S. Meri .
Clovis III meurt , après cinq ans de
regne.
Childebert 11.
711-12-13 & 14.
Childebert II , frere de Clovis III ,
monte fur le thrône. Pepin continue de
regner , & fait fon fils aîné , Duc de Bourgogne
, & fon cadet Maire du Palais.
Dagobert II.
Childebert meurt. Dagobert II lui fuc-
'cede. Pepin qui a toujours toute l'autorité
, fait fon petit- fils Théodebalde Maire
du Palais.
(6) Du Breuil , antiq. 1. 3.
OCTOBRE . 1755 143
714.
Pepin meurt après avoir joui de toute
l'autorité fous quatre Rois , qui n'eurent
qu'un vain nom. ( ) Ces Princes au reſte
ne demeurerent guere à Paris. Les maiſons
de plaifance qu'ils avoient aux environs ,
furent leur féjour ordinaire .
La mere de Théodebalde , Maire du Pa
lais , ambitionne le commandement , &
fait arrêter Charles Martel , fils naturel de
Pepin. Le peuple fe révolte contre le gouvernement
injufte de cette femme ; Théodebalde
ſe ſauve , & Rainfroi le remplace.
Charles Martel s'évade de la prifon dans
laquelle il étoit retenu , va en Neuftrie ,
& en eft reconnu Duc.
Chilperic II.
715 & 20.
Dagobert II meurt . Daniel fils de Childeric
II lui fuccede fous le nom de Chilperic
II.
Il
Clothaire IV.
porte la guerre en Auftrafie , eft dé-'
fait par Charles Martel , & fe réfugie dans
Paris. Il tente une feconde fois de s'oppofer
aux entrepriſes de ce Duc , lui livre
une bataille près de Soiffons , & la perd ; il
(# ) Geft. Reg. Fr. cap. 49.
144 MERCURE DE FRANCE.
rentre dans Paris, enleve tous les thréfors
& fe réfugie en Aquitaine. Charles Martel
arrive à Paris avec un Roi poftiche , qu'il
fait nommer ( x ) Clothaire , & qui mourut
la même année . On rappelle Chilperic
, qui mourut deux ans après.
Thieri 11.
721 & 36.
Thieri II , dit de Chelles , monte fur le
thrône , & Charles Martel , Maire du Palais
, a toute l'autorité . ( y ) Ce dernier fejourne
peu à Paris , toujours en courfe
contre les ennemis de l'Etat ; il n'y revient
qu'en 732 , chargé de riches dépouilles
prifes fur les Sarrafins. Thieri meurt , & fa
mort eft fuivie d'un interregne de dix-fept
ans.
Interregne.
737 & 41.
Charles Martel va à l'Abbaye S. Denis,
revient enfuite à Paris , & partage le royaume
de France entre fes deux fils Carloman
& Pepin , fe fait enfuite tranfporter à
Quierci-fur-Oife où il meurt le 22 Octobre
741. Il fut enterré à S. Denis , dans le
tombeau des Rois , quoiqu'il n'en eût jamais
porté le titre.
(x ) Geft. Reg. Fr. ( y ) Geft. Reg. Fr. cap. ult.
annal Fuld. &c.
742.
OCTOBRE. 1755. 145
742 .
Carloman & Pepin unis gouvernent le
Toyaume , pacifient les défordres , affemblent
des Conciles ( z ) , & font plufieurs
réglemens pour la réformation des moeurs.
Childeric III.
743.4 & 5.
Pepin croit qu'il eft plus avantageux de
faire ceffer l'interregne ; il fait proclamer
Roi Childeric III dans la Neuftrie , la
Bourgogne , & la Provence. Carloman
gouverne l'Auftrafie .
746-7-8 & 9 .
Carloman quitte le gouvernement de
l'Auftrafie , & fe retire à Rome , où il embraffe
la vie religieufe. Pepin devient feul
maître en France.
750.
Childeric III eſt détrôné , rafé & enfermé
dans un monaftere .
Pepin le Bref. Seconde race.
751-2 & 3.
Pepin fils de Charles Martel , eſt proclamé
Roi de France. Ce changement ne
cauſe aucun trouble à Paris , parce que le
peuple accoutumé à fon gouvernement
( z ) Concil . to. 1. p . 1534-37 & 52.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
fon Prin- n'avoit aucun attachement pource
légitime .
754-5-6 & 7.
Tranflation du corps de S. Germain , le
25 Juillet 754 , par Lanfroi , Abbé de S.
Vincent. Pepin affifte à la cérémonie avec
fes deux fils , un grand nombre d'Evêques
& Seigneurs. On peut fixer à cette époque
le changement du nom de cette Abbaye
dite de S. Vincent en celui de S. Ger-
'main des Prez.
758 & 769 .
( a ) Taffilon , Duc de Baviere , après
avoir fait ferment de fidelité au Roi à
Compiegne , vient le renouveller à Paris
fur le tombeau de S. Germain .
fe
( b ) Pepin tombe malade à Poitiers ,
fait tranfporter à Paris , & enfuite au tombeau
de S. Denis ; il partage la France entre
fes deux fils Charles & Carloman , &
meurt le 24 Septembre 768 , âgé de cinquante-
quatre ans.
Charlemagne.
Charles , dit Charlemagne , & Carloman
fon frere , partagent le Royaume.
Paris demeure à Charles.
,
770 , & inclufivement 778 .
La mort de Carloman rend Charlema-
( a ) Annal. not. ( b ) Hift. de S. Denis , p . 54
OCTOBRE . 1755 . 147
gne maître de toute la Monarchie Françoife.
Il vient rarement à Paris.
(c ) En 775 il affifte à la dédicace de
l'églife de l'Abbaye S. Denis .
779.
Charlemagne établit une école publique
à Paris dans fon propre Palais. Établiffement
qui lui mérita le furnom de reftaurateur
des Lettres en France .
800 .
Il vient à Paris au mois de Juillet , &
en part peu de jours après pour Aix- la-
Chapelle.
802 & inclufivement 812 .
Ordonnances ajoutées à la loi falique ,
publiées à Paris.
813.
( d) Ordonnance de l'an 813 , inférée
dans les capitulaires pour la fûreté des
Bourgeois de Paris pendant la nuit.
814 & inclufivement 823 .
Charlemagne meurt d'une pleuréfic le
28 Janvier 814 dans la foixante - onzieme
année de fon âge . Le Palais & le Châtelet
vaquent tous les ans ce jour- là.
(e ) Hift. de S. Denis , 1, 2. n. 10. ( d ) Capit
40. 2. pag. $ 14
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
Louis I.
Louis I lui fuccede , & confirme la Jurifdiction
de l'Evêque de Paris fur la terre
de Ste Marie dans l'Iffe , fur la rue S. Germain-
l'Auxerrois & autres , avec défenſe à
tous autres Officiers qu'à ceux de l'Evêque
, de lever ni cens ni droits dans l'étende
fa juriſdiction .
824-5-6-7 & 8 .
(e ) Septieme Concile de Paris , convoqué
par Louis I , pour délibérer concernant
le culte des images.
les
Il fut décidé qu'il ne falloit pas
brifer ni les adorer , mais les conferver
l'inftruction des fideles , fur - tout des pour
ignorans.
829.
(f) Le huitieme Concile de Paris fut
ouvert le 6 de Juin de l'an 829 dans l'églife
de S. Etienne le vieux , qui étoit à
côté de la cathédrale, auquel affifterent 25
Evêques. Les actes de ce Concile font divifés
en trois livres : Le premier contient
cinquante- quatre articles fur la dignité &
le devoir des Evêques & Paſteurs,
Le fecond en treize articles , traite des
principaux devoirs . des Rois. Le troifiéme
( e ) Concil. to. 7. p. 1648. (f ) Conc.to: 731
p. 1598.
OCTOBRE . 1755. 149
compofé de vingt- fept articles , traite des
conciles & des écoles publiques . On y fit
auffi un réglement pour le partage des
biens eccléfiaftiques
.
(g ) Inftitution d'un chapitre de Chanoines
de l'églife de Paris. On fait pour eux
une régle par ordre du Roi .
Partage des biens de l'Abbaye S. Germain
des Prez , entre l'Abbé & les Moines
, par Hilduin Archichapelain du
palais de l'Empereur , & Abbé de Saint
Germain .
830 & inclufivement 839. •
L'Empereur fe fentant infirme , fait un
nouveau partage entre fes enfans . Paris
avec toute la France occidentale , tombe
à Charles.
840.
Louis I , dit le Débonnaire , meurt dans
une ifle du Rhin , près de Mayence, le 23
Juin 840 , après quarante jours de mala-
-die. Charles II , dit le Chauve , lui fuc-
- cede.
Charles II.
La ville de Paris devient le centre des
guerres civiles. Lothaire frere du Roi ,
paroît fur la Seine avec une puiffante armée.
Gerard , Comte de Paris , va au-de-
(g) Hift. eccl Par . to . 2. p. 561.
C iij
150 MERCURE DE FRANCE.
vant de lui au mépris de l'autorité royale .
Charles ayant appris cette nouvelle , remonte
la Seine , de Rouen à Paris , avec
trente -huit barques chargées de troupes ,
& défait Gerard , Comte de Paris , qui
vouloit s'opposer à fon paffage.
841-2-3 & 4
Charles- le - Chauve va faire fa priere à
S. Germain des Prez , d'où il part incon
tinent pour aller à Troyes , delà à Châlonsfur-
Saone , où ayant reçu un renfort de
troupes il gagne avec Louis de Baviere
für Lothaire & Pepin fon neveu , la
fameufe bataille de Fontenai , un famedi
25 Juin 841 .
(b ) La nouvelle en parvient jufqu'à
Paris , & le peuple croit le Roi Charles.
mort. Pour détromper les Parifiens & foumettre
le Comte Gerard , il vient lui-même
à Paris , & delà fe rend à l'affemblée
de Langres. Il revient à Paris joindre Louis
de Baviere fon frere avec fes troupes. Lothaire
en eft inftruit , & arrive à S. Denis
avec une puiffante armée. D'un autre
côté Charles-le - Chauve campe à S. Cloud .
Les pluies furviennent ; on parle d'accomdement
fans rien conclure . L'hyver fépare
les deux armées . Lothaire fe retire à Sens,
(b ) Nit. to. 3,
OCTOBRE. 1755 . 151
.
& défole tous les environs. Charles quitte
Paris , & va à Châlons fur- Saône.
845-6 & 7.
Les Normans entrés en France ( i ) depuis
environ quatre ans à la faveur des
guerres civiles , remontent la Seine avec
fix vingts bâtimens , s'approchent de Paris
& y entrent fans réfiftance . Les Parifiens à
leur arrivée abandonnent la ville , & les
Religieux leurs monafteres ; chargés des
reliques qu'ils poffedoient , ils vont chercher
un afyle dans les villes voifines.
Charles accourt pour fecourir Paris. Il
arrive à S. Denis , où les chefs des Normans
vont le trouver. La paix y eft conclue
au moyen d'une fomme de 7000 livres
qu'on leur donne. Ils quittent Paris , &
emportent avec eux un riche butin. Les
Religieux de Saint Germain rapportent le
corps de ce Saint , & le dépofent fur l'autel
de l'Abbaye S. Vincent.
Nouveau Concile ( k ) tenu à Paris le
14 Février 846.
Ebbon , Archevêque de Reims , déposé
depuis quelques années , y eft cité , ne
comparoît pas , & fa dépofition eft confirmée.
(i ) Chron. Fontenel , apud Duch. tom. 2. p .
388. ( k ) Concil . to . 7. p . 1812 .
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
848 & inclufivement 860.
Autre Concile ( 1 ) tenu à Paris au mois
de Novembre 848 , compofé de vingtdeux
Evêques.
Les Normans entrent dans Paris pour
la feconde fois , & y mettent le feu . L'incendie
fut fi général , que toute la ville
fut réduite en cendres , les églifes même
ne furent pas épargnées ; il n'y eut que
S. Etienne (m ) , aujourd'hui Notre Dame ,
& S. Germain des Prez qui furent confervées
, parce que les Moines les racheterent
à force d'argent.
Un de leurs partis revient à la charge ,
& pille l'Abbaye S. Germain des Prez . Les
Religieux effrayés fe fauvent, quelques- uns
font tués avec plufieurs domeftiques. Les
Normans mettent le feu au monaftere.
Les Normans (n) continuent leurs courfes
, & enlevent le Chancelier , Louis , Abbé
de S. Denis , & Gozlin fon frere Abbé
de S. Germain des Prez. Il en coute des
fommes confidérables pour les racheter.
861-2-3 & 4
Nouvelle irruption des Normans dans
Paris. Ils brûlent l'églife S. Germain des
( 1 ) Duch. to . 2. pag . 388. ( m ) Geſta Normand.
Duch . to. 2. pag. 525. ( n ) Mabill , ann,
Bened. 1. 25. n°. 33•
OCTOBRE.
1755. 153
Prez qu'ils avoient jufqu'alors refpectée .
Charles les pourfuit , & les défait enfin
près de Meaux . Cette victoire rend la tranquillité
à Paris .
Pour ( o ) arrêter les incurfions des Normans
, Charles le Chauve fait conftruire
-un grand pont , & le foumet à la jurifdiction
de l'Evêque de Paris ; c'eft aujour
d'hui le pont au Change.
Le corps de S. Germain eft rapporté à
Paris , & dépofé dans la chapelle S. Sym-
-phorien , lieu de fa premiere fépulture.
865-6-7 & 8.
Par une chartre du Roi Charles ( p ) , du
22 Avril 867 , il donne à l'églife de Notre
Dame l'ifle de Notre Dame , aujourd'hui
appellée de S. Louis , qui lui avoit été
ufurpée par les Comtes de Paris .
869 & 70.
L'églife de S. Germain des Prez ruinée
par les Normans eft entierement réparée ,
& le corps de ce Saint y eft tranfporté avec
beaucoup de pompe. Charles le Chauve ,
la Reine Richilde & S. Ingelrin affiftent à
cette cérémonie .
(e ) Baluz. opp, ad capitul. p. 1491 , ex parvo
cartul. ecclefiæ Parif. ( P ) Hift . ecclef. Parif.
to. 1. p. 46.1 . 1. 2, n. 34.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
C
871 & inclufivement 877 .
Le Roi donne l'Abbaye de S. Eloi ( q )
en propriété à l'Evêque de Paris & à fon
églife , aux conditions portées dans la donation.
Nouveau partage des biens ( r ) de l'abbaye
S. Germain des Prez , entre l'Abbé
& les Religieux .
Les Normans reparoiffent aux environs
de Paris , entrent dans S. Denis , dont les
Religieux étoient fortis ; mais ils n'y font
aucun mal , parce que le Roi traita avec
eux , & les renvoya en leur donnant une
fomme d'argent.
Le Pape envoie des Légats à Charles le
Chauve , pour le folliciter de fecourir
Rome contre les Sarrafins. Charles part
pour l'Italie , & laiffe l'adminiftration du
royaume à fon fils Louis , déja âgé de plus
de trente- trois ans . Il lui recommande de
faire continuer les fortifications ( ſ) de
Paris , de S. Denis , & autres néceffaires
pour arrêter les incurfions des Normans.
Inftitution de la foire du Landi . Charles
le Chauve ( 1 ) meurt ; & Louis II , dit le
Begue , lui fuccede .
( q ) Baluz. opp. ad capit . p. 149 .
(7 ) Debouil. hift . de l'Abb . S. Germ. des Prez,
P. 46. n°. 22. (S) Ann. Bened. (1) Chron. Nang.
OCTOBRE. 1755- 755
Louis II , dit le Begue.
878 & inclufivement 884 .
Louis ( u ) confirme la donation de
l'abbaye de S. Eloi faite par
fon l'Evêque
de Paris
& à fon
églife
.
pere
a
Mort de Louis II ; Louis III & Carloman
lui fuccedent.
Tranflation du corps de S. Meri ( x)
dans l'églife de fon nom , le 29 Août
$ 84 . Tout le Clergé de Paris affifta à cette
cérémonie.
Louis 111 , & Carloman .
Hildebrand , Evêque de Séez , fe réfugie
à Paris avec partie de fon Clergé. Le
Roi (y ) lui donne l'hermitage de Notre-
Dame des Bois , fitué dans une forêt près
Paris . Il y fait tranfporter les Reliques de
Sainte Opportune , Abbeffe d'Almenefche.
Elles font d'abord dépofées dans la
maifon d'un particulier ; mais la dévotion
des fideles la convertit bientôt en une églife
collégiale , où partie de fes reliques
font confervées .
Fondation de l'Hôpital Sainte Catheri
ne , rue St Denis .
(u) Baluz. opp . ad cap. p. 1501. ( x ) Hift . eccl.
Par. to. 1. p. 502. ( y ) Goffet , vie de Sainte Opportune
, fec. 3. Benedict . part. 2. pag. 220, hift.
ecel. to. 1. p. 514. ·
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Louis III meurt fans enfans. Carloman
le fuit de près.
Charles le Gras.
Charles le Gras Empereur leur fuccede ,
& donne le Gouvernement de Paris à Eudes
Comte de Paris , & à Gozlin Evêque
de la même ville .
$ 85.
Sigefroi , l'un des Rois Normans , fe
montre devant Paris avec une armée de
quarante mille hommes (z ) , & une flotte
compofée de fept cens voiles , fans y comprendre
les petites barques . Il entre dans
Paris avec une eſcorte , va trouver l'Evêque
Gozlin , & lui demande le paffage à travers
la ville , lui promettant de ne rien
entreprendre contre les habitans. L'Evêque
le refufe. Sigefroi infifte , & irrité
de fa réfiftance menace de faccager Paris.
En effet il vient l'attaquer le lendemain .
Eudes & Robert qui furent depuis Rois
de France , défendoient la ville . L'attaque
commença au Pont- an- Change , appellé
alors le grand Pont. Les alliégés firent une
fortie , & reponfferent les ennemis. La nuit
furvint , & fervit à réparer les pertes du
jour. Les Parifiens rehaufferent la tour du
pont de plufieurs étages en bois , pour y
( z Abb, de bello Par. 1. 1 .
OCTOBRE . 1755. 157
placer plus de foldats pour la défendre .
Le lendemain l'attaque recommença.Les
Normans parvinrent même, malgré l'huile
bouillante qu'on leur jettoit du haut de la
tour , à faire une bréche , mais ils furent
répouffés pour la feconde fois , avec perte
de trois cens hommes.
Sigefroi furpris de tant de réfiftance ,
emploie deux mois à fortifier fon camp
placé autour de St Germain - l'Auxerrois.
Il fait ravager avec des cruautés inouies
pendant tout ce tems -là les environs de
Paris.
886.
Pendant que tout cédoit à l'impétuofité
des Normans ( a ) , la feule ville de Paris
leur réfiftoit. Expofés à une nouvelle attaque
mieux conçue & foutenue avec plus
de force que les autres , les Parifiens fe
défendirent avec une valeur extraordinaire.
Les Normans irrités forment un nouveau
fiége ; ils partagent leurs forces , &
attaquent le pont & la tour en même
tems.
Toutes les machines de guerre font mifes
en ufage . Ils font pleuvoir une grêle
de pierres & de fléches , mais rien ne ralentit
l'ardeur des Parifiens .
( a ) Frod. 1. 4.
35S MERCURE DE FRANCE.
1
Le Comte Eudes & Robert fon frere fe
multiplient pour fa défenfe. En vain trois
mille Normans attaquent- ils la tour , leurs
efforts font inutiles , ils font contraints de
fe retirer avec perte.
Ils reviennent le lendemain à la charge
, battent la tour avec des beliers , ont
la cruauté d'égorger les prifonniers pour
combler les foffés ; mais voyant leurs tentatives
inutiles , ils rempliffent trois bateaux
de matieres combuſtibles , & les approchent
de la tour & du pont qui n'étoit
que de bois. Les Parifiens effrayés ont
recours aux reliques de St Germain , &.
par l'interceffion de ce Saint , les barques
déja enflammées donnent contre une pile
du pont , & font coulées à fond.
Les Normans rébutés fe retirent le 1
3.1
Janvier 886 , & fe contentent de tenir la
place bloquée. Quelques uns entrent dans
St Germain , en profanent l'églife , & font
punis de Dieu par une mort fubite .
Le 6 Février la Seine déborde , & l'impétuofité
( b ) des eaux renverfe le petit
pont. Les normans tentent de profiter de
cette occafion pour fe faifir de la tour défendue
par douze hommes feulement. Ces
derniers font une vigoureufe réfiftance :
(b ) Chron. S. Vedaſti.
OCTOBRE . 1755. 159
en vain les Normans leur crient- ils de fe
rendre , une défenſe opiniâtre eft leur réponfe.
On les preffe de nouveau , & on
leur promet la vie. Réduits à l'extrêmité
ils fe foumettent fur la parole des Normans
; mais ces Barbares fans refpect pour
d'auffi braves foldats , fauffent leur parole
, & les égorgent tous à l'exception d'un
feul nommé Ervé , qu'ils conferverent à
caufe de fa bonne mine.
La ville demeure bloquée , & les Normans
donnent de nouveaux affauts . L'Empereur
envoie Henri , Duc de Saxe , (c) au
fecours des Parifiens , les Normans reçoivent
un échec dans leur camp.
Eudes , Comte de Paris , fait une fortie
qui manque à lui coûter la vie , mais fa valeur
& celle de fes gens le fauvent. Il ren
tre dans Paris , & Sigefroi admire fon courage
, vent perfuader aux Normans de
lever le fiége , ils le refufent , donnent un
nouvel affaut à la ville , & font repouffés
avec perte de deux de leurs Rois . Sigefroi
fe mocque d'eux , accepte une fomme de
foixante livres d'argent que Gozlin , évêque
de Paris , lui donne , & fe retire . Gozlin
meurt quelques jours après.
Les Normans qui ne fuivirent pas Sigefroid
, continuent le fiege , la ville fe trou-
(c) Abb. 1. 2. Chron. S. Vedafti.
160 MERCURE DE FRANCE.
ve réduite à l'extrêmité : affiégée au-dehors
, la pefte ravageoit le dedans . Les Parifiens
ont recours aux prieres publiques ;
on fait des proceffions , & la châffe de
S. Germain eft portée dans les rues .
D'un autre côté , le Comte Eudes va
demander du fecours au Roi Charles , Empereur.
L'Abbé Eblé commande en fon
abfence ( d ) , & fait des forties glorieufes.
Le Comte Eudes revient avec trois
corps de cavalerie ; il paroît fur la montagne
de Mars ou Montmartre. Les ennemis
veulent s'opposer à fon paffage , ils font
-repouffés , & le Comte entre dans Paris .
la
( e ) Henti , Duc de Saxe , vient pour
feconde fois au fecours des Parifiens , eft
attiré au combat par les Normans , & périt
miférablement dans un piége qu'ils lui
avoient tendu ; après la mort , fes troupes
ne fongerent plus qu'à la retraite.
Les Normans fiers de cet avantage ,
donnent un affauit général à la ville , les
Parifiens effrayés , courent à la défenſe , on
porte le corps de fainte Génevieve à la
pointe de l'Ile derriere Notre - Dame , &
la victoire fe déclare pour les affiégés ; il
n'en eft pas de même des autres attaques ,
les Normans ont partout l'avantage ; la
terreur commence à fe répandre dans la
(d) Chron. S. Tedafti. ( ) Abb. Ann. met,
OCTOBR E. 1755. 161
ville , la confternation devient générale ,
le clergé & le peuple reclament la protection
de S. Germain . On apporte fon corps ,
& fa feule préfence ranime les Parifiens ,
donne de la terreur aux ennemis , & la
victoire n'eft plus douteufe , les affiégeans
font partout repouffés , ils mettent le feu à
la tour & fe retirent .
L'Empereur vient au fecours de Paris
& fait un traité honteux avec les Normans
auxquels il accorde le paffage de la
Seine , & fept cens livres d'argent : il fe
retire enfuite en Allemagne.
887 & $ 3 .
Les Normans reparoiffent devant Paris,
l'Abbé Eblé les attaque vigoureufement ,
leur tue cinq cens hommes , & les force
de fe retirer.
Charles le Begue , Roi de France & Empereur
, meurt , & Eudes , Comte de Paris
, eft proclamé Roi dans l'affemblée de
Compiegne.
Endes
Les Normans honteux- d'avoir levé le
fiége de Paris , après avoir été deux ans
devant cette place , reparoiffent aux environs.
Le Roi Eudes , fecondé de l'Evêque
Anſchrie , fucceffeur du brave Gozlin , bat
162 MERCURE DE FRANCE.
N
les Normans , en fait plufieurs prifonniers,
& les renvoie enfuite fur leur parole .
Anfchrie défait fix cens Normans &
rentre triomphant dans Paris.
Le Roi Eudes gagne une victoire fignalée
fur les Normans le jour de la faint Jean
de l'an 888 , près du Montfaucon , petite
butte à préfent à un quart de lieue de
Paris .
889 inclufivement 891 .
La ville de Paris eft encore affiégée
deux fois en 889. Les Parifiens fe défendent
avec valeur & les Normans fe retirent .
(f)Les Parifiens qui avoient eu feuls l'avantage
de réfifter aux Normans , en attribuent
toute la gloire à fainte Génevieve &
à faint Germain : ils rapportent leurs reliques
dans leurs églifes à l'exception d'un
bras de faint Germain qui fut laiffé à faint
Germain le vieux au Marché- neuf , en reconnoiffance
de l'hofpitalité accordée à ſes
reliques pendant le fiége.
892 & inclufiv. 897.
L'Abbé Eblé , grand Chancelier du Roi ,
qui avoit défendu la ville de Paris avec
tant de valeur , meurt le 10 Octobre 886 .
(f) Chron. S. Vedaftis
OCTOBRE. 1755. 163
898.
Le Roi Eudes quitte la Neuftrie , revient
à Paris où il fait fon féjour ordinaire , fait
un voyage à la Fere fur Oife , & y meurt
le 13 Janvier 898. âgé de quarante ans .
Charles le fimple , déja proclamé Roi en
893 , lui fuccede.
La fuite de cette Hiftoire pour le mois prochain.
Suite de l'abrégé hiftorique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avo- .
cat au Parlement .
CH
SOUVERAIN S.
Interregne.
593-4-5
& 6.
Hildebert II , Roi d'Auftrafie , fe
rend maître de Paris , & des autres
villes qui avoient appartenues au ( a ) Roi
Sigebert fon pere ; mais il ne jouit pas
long - tems de fes conquêtes. Une mort
précipitée l'enleve à la fleur de fon âge.
Frédégonde fe rend à ſon tour maîtreffe
de Paris , (b ) brûle & faccage tout ce qui
fe trouve fur fon paffage ; fait marcher
des troupes contre Théodebert , Roi d'Auftrafie
, & Thieri Roi de Bourgogne , en-
16.
( a ) Frédegon. chronol. c. 14. ( b ) Idem , c.
134 MERCURE DE FRANCE.
core jeunes. La bataille s'engage en préfence
des trois Rois. (c ) Clothaire demeure
victorieux , & s'affermit fur le thrône de
Paris.
Ordonnance de Childebert concernant
le Guet à pied , qui rend refponfables les.
foldats des vols ou affaffinats faits dans le
quartier où ils font de garde , & qui fait
un réglement à ce fujet. 11 feroit à fou--
haiter que cette ( d ) Ordonnance fut actuellement
en vigueur.
Respectivement à Paris.
597 & 8:
La Reine Frédegonde au plus haut point
de fes profpérités , meurt à Paris , & fon:
corps eft inhumé dans l'Eglife de S. Vincent
à côté de celui du Roi Chilperic font
mari on voit encore fon tombeau dans
S. Germain des Prez , monument de la reconnoiffance
de Clothaire II fon fils .
Interregne.
5.99 & 603.
Les affaires de Clothaire changent de
face. Il eft attaqué par Théodebert , &
Thieri unis enfemble près d'un village ,
nommé Ormeille en Gatinois. Il perd la
bataille ( e ) , fe réfugie dans Paris , en eſt
(c ) Idem. c. 17. ( d ) Capit. Reg. Fr. to . 1. p.
20. Hift. de l'Apolog, to , 1. pag . 236. ( e ) Geſt
Reg. Fr. c. 37.
OCTOBRE. 1755 133
chaffe par les vainqueurs , & forcé de demander
la paix , qui ne lui fut accordée
qu'en perdant une partie de fes Etats.
604 & 612.
Clothaire (f) voulant réparer fes pertes,
met deux armées fur pied , donne le commandement
de l'une à Landri , Maire du
Palais , & marche à la tête de l'autre..
Landri eft battu près d'Etampes par Thieri
, qui rentre victorieux dans Paris ; &
Clothaire obligé de prendre la fuite , de
mande la paix pour la feconde fois.
Clothaire II.
613 & 14.
Clothaire réunit dans fa perfonne toute
la Monarchie Françoife..
615-16 & 17
Sixiéme ( g ) Concile de Paris , compo
fé d'Evêques & de Seigneurs. Il s'en eft
tenu fouvent de pareils depuis Charlelemagne
& les Rois fuivans , où l'on fit
des Ordonnances pour tout le royaume ,
qui portent le nom de Capitulaires , comme
ayant été faites dans les affemblées de.
la nation.
618 & 21 .
(b ) La Reine Gertrude meurt' , & eft
enterrée dans l'Abbaye S. Vincent , aujourd'hui
S. Germain des Prez..
(f)Fredeg. c. 26. ( g ) Conc. to . 5. p. 1649″
( b) Fredeg. c. 46.
136 MERCURE DE FRANCE.
622 & 27.
Clothaire fait fa réfidence ordinaire à
Paris.
628 & 29.
Il meurt âgé de 45 ans , & eft enterré à
Paris dans l'Eglife S. Germain des Prez.
Dagobert I.
Dagobert , Roi d'Auftrafie, lui fuccede,
fixe fon féjour à Paris , s'abandonne à toutes
fortes d'excès , pille le bien de fes fujets,
& ne refpecte même pas les chofes faintes.
Pour racheter en quelque façon fes pechés
, il fonde de nouveau , & dote la célébre
Abbaye de S. Denis.
630 & 37.
S. Eloi , depuis Evêque de Paris , Garde
des Sceaux , engage Judicaël , Prince des
Bretons , à faire au ( i ) Roi fatisfaction
des courfes qu'il avoit faites fur les frontieres
, & à le reconnoître pour fon Seigneur.
638-39-40 & 5o.
Fondation d'un couvent de Filles par S.
Eloi , dont St Aure eft la premiere Abbeffe.
( k) Le circuit de cet ancien monaftere ,
autrefois entouré de murailles , s'appelle
(i ) Préf. Henault , pag. 25. ( k ) Curiof. & antiq.
fr. 35.
OCTOBRE. 1755. 137
encore aujourd'hui la ceinture de S. Elci ,
& comprend les rues de la Cité , où font à
préfent Ste Croix , S. Pierre des Arcis &
S. Martial.
S. Eloi ( 1 ) fonde l'Eglife de S. Paul ,
autrefois appellée des Champs , & S. Martial
dans la Cité fait chaffer de Paris un
Apoftat qui féduifoit le peuple , & bannir
de France un autre fourbe , qui fe difoit
Evêque.
Paris fouffre un incendie confidérable ,
qui confume la plupart des maifons.
Dagobert malade à Epinai -fur- Seine ,
fe fait tranfporter à S. Denis , pour implo
rer la protection de ce faint martyr ; ( m ) il
y meurt quelques jours après , âgé de 36
ans , & y eft enterré. On célébre tous les
ans l'anniverfaire de fa mort à S. Denis ,
le 19 Janvier.
Clovis II.
Clovis II. monte fur le thrône , & fait
fa réfidence ordinaire à Paris.
Les Maires du Palais abforbent l'autorité
royale.
651 & 59.
La famine qui défoloit tout le Royaume
, fe fait fentir dans la capitale. Il pa-
( 1) Vita Sancti Eligii , 1. 1. c. 13. ( m ) Free
deg. chron. c . 79.
738 MERCURE DE FRANCE.
roit qu'elle fut extrême , puifque pour fub
venir aux befoins des pauvres , le Roi fut
obligé de dépouiller le tombeau de S. Denis
des richeſſes dont ( n ) Dagobert l'avoit
enrichi S. Landri , alors Evêque de Paris
, vendit fa vaiffelle & fes meubles pour
foulager la mifere publique. Les vaſes facrés
ne furent même pas épargnés.
Fondation ( o ) de l'Hôtel-Dieu par S.
Landri. Erchinoald , Maire & Comte de
Paris , donna le terrein fur lequel il eft
bâti , & contribua à ſon établiſſement par
d'autres largeffes.
S. Landri meurt , (p) & eft enterré dans
l'Eglife S. Germain- l'Auxerrois .
Clothaire III.
660 & 65.
Clovis II . meurt la dix- neuvième année
de fon regne , & la vingt- troifiéme de fon
âge. Il eft inhumé à S. Denis.
Clothaire III . commence à regner fous
la Régence de Baltilde fa mere. Le Confeil
eft compofé de S. Ouen , de S. Eloi ,
& de quelques autres Evêques.
Abolition d'un tribut par tête , qui réduifoit
fouvent les chefs d'une nombreuſe
famille au défefpoir.
( n ) Dubois , Hift . Eccl . Par. tom. 1. p . 179.
(o ) Le Maire , Par. anc. & nouv. to . 3. pag. 127.
(p ) Malingue..
OCTOBRE. 1755. 139
Baltilde fe retire dans le Monaftere de
Chelles qu'elle avoit fondé , & laiffe le
royaume , & le Roi âgé de quatorze ans ,
à la merci d'Ebroin , Maire du Palais , dont
elle avoit jufques- là réprimé les violences.
665-6-7 & 8.'\
Sigobrand , Evêque de Paris , maffacré
par les Grands , malgré les défenfes de la
Reine.
Elle meurt à Chelles vers l'an 680 , Le
30 Janvier.
La peſte ( q ) dépeuple une partie de
la ville de Paris , & la contagion fe fair
fentir jufques dans les maifons religieufes.
Clothaire III. meurt , & Thieri fon
frere lui fuccéde par les foins d'Ebroin
Maire du Palais ; mais la haine qu'on
avoit pour ce Miniftre , réjaillit fur le
Roi même , & Thieri eft enfermé dans
l'Abbaye de S. Denis ..
Childeric II.
669 & 680 .
Childeric II. fe voit maître de toute la
France par la mort de Clothaire III , &
par la retraite forcée de Thieri.
Il eſt maffacré avec la Reine Blichilde
& Dagobert fon fils , dans la forêt de Li-
( 2 ) Vita S. Eligiil. z .
140 MERCURE DE FRANCE.
vri par Bodille. Il eft enterré dans l'églife
de S. Germain des Prez , où l'on voit encore
fon tombeau .
Thieri I.
Thieri fort de l'Abbaye S. Denis , &
commence à regner. Ebroin , le même qui
avoit été Maire du Palais fous Clothaire
III , contraint par les armes Thieri à le
recevoir de nouveau pour fon Maire du
Palais.
681 & 90.
Ebrouin eft tué d'un coup d'épée un
Dimanche matin avant le jour , lorſqu'il
alloit à Matines , felon l'ufage de ce temslà.
A Ebrouin fuccede Warathon , qui eft
Maire du Palais , de Neuftrie & de Bourgogne.
Pepin le fut de l'Auftrafie , s'en fit
nommer Duc & Gouverneur.
La difcorde s'allume entre les deux Maires
, & les François mécontens ſe retirent
en Auftrafie Berthier fuccede à Warathon,
& époufe fa haine contre Pepin. Ce dernier
leve des troupes , & s'avance vers
Péronne. Berthier va au- devant de lui avec
le Roi Thieri . On en vient aux mains , &
Thieri vaincu fe retire à la hâte dans Paris
. Pepin s'avance vers cette capitale , rue
Berthier échappé au carnage , fait le frége
i
OCTOBRE. 1755 . 141
de Paris , s'en rend le maître , s'empare
de la perfonne de Thieri & de tous fes
thréfors ; il lui laiffe le nom de Roi , &
fous celui de Maire du Palais, a toute l'autorité
, rend la paix à la France , & fait
fleurir le commerce.
691 & 710.
Thieri meurt , âgé de trente- neuf ans ,
après en avoir regné dix - fept. ( r ) Sa mort
ne fait pas plus de bruit que celle d'un particulier.
Un Seigneur , nommé Vandemir , fait
de grandes largeffes à plufieurs églifes de
Paris , de concert avec fa femme Ercamberte.
Clovis 111.
Clovis III fuccede à Thieri , & Pepin
continue de regner fous le nom de ce Roi .
S. Meri où Mederic vient à Paris , fe
loge dans un Monaftere contigu à la Chapelle
de S. Pierre. (f) Il y meurt le 29
Août. Deux ans & neuf mois après il eft
enterré dans la Chapelle voifine , connue
aujourd'hui fous le nom de S. Meri , égliſe
paroiffiale & collégiale foumise à la Jurifdiction
du chapitre de Notre Dame.
Son corps eft levé de terre pour la
pre-
(r ) Pref. Henault. (S) Inventaire du thréfor.
Hift. eccl. par. to. 1. p. 579.
142 MERCURE DE FRANCE.
miere fois en 884 , par Gozlin , Evêque de
Paris. Il eft confervé dans une magnifique
châffe , élevée fur le maître autel' , par les
foins de M. l'Abbé Artaud , Curé actuel ,
dont la piété & le zéle pour la maifon du
Seigneur font connus de tout le monde.
L'églife qui fubfifte , fut fondée fous
François I. On voit au milieu du choeur
cette infcription.
Hic jacet bone memoria Odo Falconarius ,
fundator bujus Ecclefia . ( t )
On conferve dans la même églife le
corps de S. Frou , difciple de S. Meri .
Clovis III meurt , après cinq ans de
regne.
Childebert 11.
711-12-13 & 14.
Childebert II , frere de Clovis III ,
monte fur le thrône. Pepin continue de
regner , & fait fon fils aîné , Duc de Bourgogne
, & fon cadet Maire du Palais.
Dagobert II.
Childebert meurt. Dagobert II lui fuc-
'cede. Pepin qui a toujours toute l'autorité
, fait fon petit- fils Théodebalde Maire
du Palais.
(6) Du Breuil , antiq. 1. 3.
OCTOBRE . 1755 143
714.
Pepin meurt après avoir joui de toute
l'autorité fous quatre Rois , qui n'eurent
qu'un vain nom. ( ) Ces Princes au reſte
ne demeurerent guere à Paris. Les maiſons
de plaifance qu'ils avoient aux environs ,
furent leur féjour ordinaire .
La mere de Théodebalde , Maire du Pa
lais , ambitionne le commandement , &
fait arrêter Charles Martel , fils naturel de
Pepin. Le peuple fe révolte contre le gouvernement
injufte de cette femme ; Théodebalde
ſe ſauve , & Rainfroi le remplace.
Charles Martel s'évade de la prifon dans
laquelle il étoit retenu , va en Neuftrie ,
& en eft reconnu Duc.
Chilperic II.
715 & 20.
Dagobert II meurt . Daniel fils de Childeric
II lui fuccede fous le nom de Chilperic
II.
Il
Clothaire IV.
porte la guerre en Auftrafie , eft dé-'
fait par Charles Martel , & fe réfugie dans
Paris. Il tente une feconde fois de s'oppofer
aux entrepriſes de ce Duc , lui livre
une bataille près de Soiffons , & la perd ; il
(# ) Geft. Reg. Fr. cap. 49.
144 MERCURE DE FRANCE.
rentre dans Paris, enleve tous les thréfors
& fe réfugie en Aquitaine. Charles Martel
arrive à Paris avec un Roi poftiche , qu'il
fait nommer ( x ) Clothaire , & qui mourut
la même année . On rappelle Chilperic
, qui mourut deux ans après.
Thieri 11.
721 & 36.
Thieri II , dit de Chelles , monte fur le
thrône , & Charles Martel , Maire du Palais
, a toute l'autorité . ( y ) Ce dernier fejourne
peu à Paris , toujours en courfe
contre les ennemis de l'Etat ; il n'y revient
qu'en 732 , chargé de riches dépouilles
prifes fur les Sarrafins. Thieri meurt , & fa
mort eft fuivie d'un interregne de dix-fept
ans.
Interregne.
737 & 41.
Charles Martel va à l'Abbaye S. Denis,
revient enfuite à Paris , & partage le royaume
de France entre fes deux fils Carloman
& Pepin , fe fait enfuite tranfporter à
Quierci-fur-Oife où il meurt le 22 Octobre
741. Il fut enterré à S. Denis , dans le
tombeau des Rois , quoiqu'il n'en eût jamais
porté le titre.
(x ) Geft. Reg. Fr. ( y ) Geft. Reg. Fr. cap. ult.
annal Fuld. &c.
742.
OCTOBRE. 1755. 145
742 .
Carloman & Pepin unis gouvernent le
Toyaume , pacifient les défordres , affemblent
des Conciles ( z ) , & font plufieurs
réglemens pour la réformation des moeurs.
Childeric III.
743.4 & 5.
Pepin croit qu'il eft plus avantageux de
faire ceffer l'interregne ; il fait proclamer
Roi Childeric III dans la Neuftrie , la
Bourgogne , & la Provence. Carloman
gouverne l'Auftrafie .
746-7-8 & 9 .
Carloman quitte le gouvernement de
l'Auftrafie , & fe retire à Rome , où il embraffe
la vie religieufe. Pepin devient feul
maître en France.
750.
Childeric III eſt détrôné , rafé & enfermé
dans un monaftere .
Pepin le Bref. Seconde race.
751-2 & 3.
Pepin fils de Charles Martel , eſt proclamé
Roi de France. Ce changement ne
cauſe aucun trouble à Paris , parce que le
peuple accoutumé à fon gouvernement
( z ) Concil . to. 1. p . 1534-37 & 52.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
fon Prin- n'avoit aucun attachement pource
légitime .
754-5-6 & 7.
Tranflation du corps de S. Germain , le
25 Juillet 754 , par Lanfroi , Abbé de S.
Vincent. Pepin affifte à la cérémonie avec
fes deux fils , un grand nombre d'Evêques
& Seigneurs. On peut fixer à cette époque
le changement du nom de cette Abbaye
dite de S. Vincent en celui de S. Ger-
'main des Prez.
758 & 769 .
( a ) Taffilon , Duc de Baviere , après
avoir fait ferment de fidelité au Roi à
Compiegne , vient le renouveller à Paris
fur le tombeau de S. Germain .
fe
( b ) Pepin tombe malade à Poitiers ,
fait tranfporter à Paris , & enfuite au tombeau
de S. Denis ; il partage la France entre
fes deux fils Charles & Carloman , &
meurt le 24 Septembre 768 , âgé de cinquante-
quatre ans.
Charlemagne.
Charles , dit Charlemagne , & Carloman
fon frere , partagent le Royaume.
Paris demeure à Charles.
,
770 , & inclufivement 778 .
La mort de Carloman rend Charlema-
( a ) Annal. not. ( b ) Hift. de S. Denis , p . 54
OCTOBRE . 1755 . 147
gne maître de toute la Monarchie Françoife.
Il vient rarement à Paris.
(c ) En 775 il affifte à la dédicace de
l'églife de l'Abbaye S. Denis .
779.
Charlemagne établit une école publique
à Paris dans fon propre Palais. Établiffement
qui lui mérita le furnom de reftaurateur
des Lettres en France .
800 .
Il vient à Paris au mois de Juillet , &
en part peu de jours après pour Aix- la-
Chapelle.
802 & inclufivement 812 .
Ordonnances ajoutées à la loi falique ,
publiées à Paris.
813.
( d) Ordonnance de l'an 813 , inférée
dans les capitulaires pour la fûreté des
Bourgeois de Paris pendant la nuit.
814 & inclufivement 823 .
Charlemagne meurt d'une pleuréfic le
28 Janvier 814 dans la foixante - onzieme
année de fon âge . Le Palais & le Châtelet
vaquent tous les ans ce jour- là.
(e ) Hift. de S. Denis , 1, 2. n. 10. ( d ) Capit
40. 2. pag. $ 14
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
Louis I.
Louis I lui fuccede , & confirme la Jurifdiction
de l'Evêque de Paris fur la terre
de Ste Marie dans l'Iffe , fur la rue S. Germain-
l'Auxerrois & autres , avec défenſe à
tous autres Officiers qu'à ceux de l'Evêque
, de lever ni cens ni droits dans l'étende
fa juriſdiction .
824-5-6-7 & 8 .
(e ) Septieme Concile de Paris , convoqué
par Louis I , pour délibérer concernant
le culte des images.
les
Il fut décidé qu'il ne falloit pas
brifer ni les adorer , mais les conferver
l'inftruction des fideles , fur - tout des pour
ignorans.
829.
(f) Le huitieme Concile de Paris fut
ouvert le 6 de Juin de l'an 829 dans l'églife
de S. Etienne le vieux , qui étoit à
côté de la cathédrale, auquel affifterent 25
Evêques. Les actes de ce Concile font divifés
en trois livres : Le premier contient
cinquante- quatre articles fur la dignité &
le devoir des Evêques & Paſteurs,
Le fecond en treize articles , traite des
principaux devoirs . des Rois. Le troifiéme
( e ) Concil. to. 7. p. 1648. (f ) Conc.to: 731
p. 1598.
OCTOBRE . 1755. 149
compofé de vingt- fept articles , traite des
conciles & des écoles publiques . On y fit
auffi un réglement pour le partage des
biens eccléfiaftiques
.
(g ) Inftitution d'un chapitre de Chanoines
de l'églife de Paris. On fait pour eux
une régle par ordre du Roi .
Partage des biens de l'Abbaye S. Germain
des Prez , entre l'Abbé & les Moines
, par Hilduin Archichapelain du
palais de l'Empereur , & Abbé de Saint
Germain .
830 & inclufivement 839. •
L'Empereur fe fentant infirme , fait un
nouveau partage entre fes enfans . Paris
avec toute la France occidentale , tombe
à Charles.
840.
Louis I , dit le Débonnaire , meurt dans
une ifle du Rhin , près de Mayence, le 23
Juin 840 , après quarante jours de mala-
-die. Charles II , dit le Chauve , lui fuc-
- cede.
Charles II.
La ville de Paris devient le centre des
guerres civiles. Lothaire frere du Roi ,
paroît fur la Seine avec une puiffante armée.
Gerard , Comte de Paris , va au-de-
(g) Hift. eccl Par . to . 2. p. 561.
C iij
150 MERCURE DE FRANCE.
vant de lui au mépris de l'autorité royale .
Charles ayant appris cette nouvelle , remonte
la Seine , de Rouen à Paris , avec
trente -huit barques chargées de troupes ,
& défait Gerard , Comte de Paris , qui
vouloit s'opposer à fon paffage.
841-2-3 & 4
Charles- le - Chauve va faire fa priere à
S. Germain des Prez , d'où il part incon
tinent pour aller à Troyes , delà à Châlonsfur-
Saone , où ayant reçu un renfort de
troupes il gagne avec Louis de Baviere
für Lothaire & Pepin fon neveu , la
fameufe bataille de Fontenai , un famedi
25 Juin 841 .
(b ) La nouvelle en parvient jufqu'à
Paris , & le peuple croit le Roi Charles.
mort. Pour détromper les Parifiens & foumettre
le Comte Gerard , il vient lui-même
à Paris , & delà fe rend à l'affemblée
de Langres. Il revient à Paris joindre Louis
de Baviere fon frere avec fes troupes. Lothaire
en eft inftruit , & arrive à S. Denis
avec une puiffante armée. D'un autre
côté Charles-le - Chauve campe à S. Cloud .
Les pluies furviennent ; on parle d'accomdement
fans rien conclure . L'hyver fépare
les deux armées . Lothaire fe retire à Sens,
(b ) Nit. to. 3,
OCTOBRE. 1755 . 151
.
& défole tous les environs. Charles quitte
Paris , & va à Châlons fur- Saône.
845-6 & 7.
Les Normans entrés en France ( i ) depuis
environ quatre ans à la faveur des
guerres civiles , remontent la Seine avec
fix vingts bâtimens , s'approchent de Paris
& y entrent fans réfiftance . Les Parifiens à
leur arrivée abandonnent la ville , & les
Religieux leurs monafteres ; chargés des
reliques qu'ils poffedoient , ils vont chercher
un afyle dans les villes voifines.
Charles accourt pour fecourir Paris. Il
arrive à S. Denis , où les chefs des Normans
vont le trouver. La paix y eft conclue
au moyen d'une fomme de 7000 livres
qu'on leur donne. Ils quittent Paris , &
emportent avec eux un riche butin. Les
Religieux de Saint Germain rapportent le
corps de ce Saint , & le dépofent fur l'autel
de l'Abbaye S. Vincent.
Nouveau Concile ( k ) tenu à Paris le
14 Février 846.
Ebbon , Archevêque de Reims , déposé
depuis quelques années , y eft cité , ne
comparoît pas , & fa dépofition eft confirmée.
(i ) Chron. Fontenel , apud Duch. tom. 2. p .
388. ( k ) Concil . to . 7. p . 1812 .
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
848 & inclufivement 860.
Autre Concile ( 1 ) tenu à Paris au mois
de Novembre 848 , compofé de vingtdeux
Evêques.
Les Normans entrent dans Paris pour
la feconde fois , & y mettent le feu . L'incendie
fut fi général , que toute la ville
fut réduite en cendres , les églifes même
ne furent pas épargnées ; il n'y eut que
S. Etienne (m ) , aujourd'hui Notre Dame ,
& S. Germain des Prez qui furent confervées
, parce que les Moines les racheterent
à force d'argent.
Un de leurs partis revient à la charge ,
& pille l'Abbaye S. Germain des Prez . Les
Religieux effrayés fe fauvent, quelques- uns
font tués avec plufieurs domeftiques. Les
Normans mettent le feu au monaftere.
Les Normans (n) continuent leurs courfes
, & enlevent le Chancelier , Louis , Abbé
de S. Denis , & Gozlin fon frere Abbé
de S. Germain des Prez. Il en coute des
fommes confidérables pour les racheter.
861-2-3 & 4
Nouvelle irruption des Normans dans
Paris. Ils brûlent l'églife S. Germain des
( 1 ) Duch. to . 2. pag . 388. ( m ) Geſta Normand.
Duch . to. 2. pag. 525. ( n ) Mabill , ann,
Bened. 1. 25. n°. 33•
OCTOBRE.
1755. 153
Prez qu'ils avoient jufqu'alors refpectée .
Charles les pourfuit , & les défait enfin
près de Meaux . Cette victoire rend la tranquillité
à Paris .
Pour ( o ) arrêter les incurfions des Normans
, Charles le Chauve fait conftruire
-un grand pont , & le foumet à la jurifdiction
de l'Evêque de Paris ; c'eft aujour
d'hui le pont au Change.
Le corps de S. Germain eft rapporté à
Paris , & dépofé dans la chapelle S. Sym-
-phorien , lieu de fa premiere fépulture.
865-6-7 & 8.
Par une chartre du Roi Charles ( p ) , du
22 Avril 867 , il donne à l'églife de Notre
Dame l'ifle de Notre Dame , aujourd'hui
appellée de S. Louis , qui lui avoit été
ufurpée par les Comtes de Paris .
869 & 70.
L'églife de S. Germain des Prez ruinée
par les Normans eft entierement réparée ,
& le corps de ce Saint y eft tranfporté avec
beaucoup de pompe. Charles le Chauve ,
la Reine Richilde & S. Ingelrin affiftent à
cette cérémonie .
(e ) Baluz. opp, ad capitul. p. 1491 , ex parvo
cartul. ecclefiæ Parif. ( P ) Hift . ecclef. Parif.
to. 1. p. 46.1 . 1. 2, n. 34.
Gv
154 MERCURE DE FRANCE.
C
871 & inclufivement 877 .
Le Roi donne l'Abbaye de S. Eloi ( q )
en propriété à l'Evêque de Paris & à fon
églife , aux conditions portées dans la donation.
Nouveau partage des biens ( r ) de l'abbaye
S. Germain des Prez , entre l'Abbé
& les Religieux .
Les Normans reparoiffent aux environs
de Paris , entrent dans S. Denis , dont les
Religieux étoient fortis ; mais ils n'y font
aucun mal , parce que le Roi traita avec
eux , & les renvoya en leur donnant une
fomme d'argent.
Le Pape envoie des Légats à Charles le
Chauve , pour le folliciter de fecourir
Rome contre les Sarrafins. Charles part
pour l'Italie , & laiffe l'adminiftration du
royaume à fon fils Louis , déja âgé de plus
de trente- trois ans . Il lui recommande de
faire continuer les fortifications ( ſ) de
Paris , de S. Denis , & autres néceffaires
pour arrêter les incurfions des Normans.
Inftitution de la foire du Landi . Charles
le Chauve ( 1 ) meurt ; & Louis II , dit le
Begue , lui fuccede .
( q ) Baluz. opp. ad capit . p. 149 .
(7 ) Debouil. hift . de l'Abb . S. Germ. des Prez,
P. 46. n°. 22. (S) Ann. Bened. (1) Chron. Nang.
OCTOBRE. 1755- 755
Louis II , dit le Begue.
878 & inclufivement 884 .
Louis ( u ) confirme la donation de
l'abbaye de S. Eloi faite par
fon l'Evêque
de Paris
& à fon
églife
.
pere
a
Mort de Louis II ; Louis III & Carloman
lui fuccedent.
Tranflation du corps de S. Meri ( x)
dans l'églife de fon nom , le 29 Août
$ 84 . Tout le Clergé de Paris affifta à cette
cérémonie.
Louis 111 , & Carloman .
Hildebrand , Evêque de Séez , fe réfugie
à Paris avec partie de fon Clergé. Le
Roi (y ) lui donne l'hermitage de Notre-
Dame des Bois , fitué dans une forêt près
Paris . Il y fait tranfporter les Reliques de
Sainte Opportune , Abbeffe d'Almenefche.
Elles font d'abord dépofées dans la
maifon d'un particulier ; mais la dévotion
des fideles la convertit bientôt en une églife
collégiale , où partie de fes reliques
font confervées .
Fondation de l'Hôpital Sainte Catheri
ne , rue St Denis .
(u) Baluz. opp . ad cap. p. 1501. ( x ) Hift . eccl.
Par. to. 1. p. 502. ( y ) Goffet , vie de Sainte Opportune
, fec. 3. Benedict . part. 2. pag. 220, hift.
ecel. to. 1. p. 514. ·
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
Louis III meurt fans enfans. Carloman
le fuit de près.
Charles le Gras.
Charles le Gras Empereur leur fuccede ,
& donne le Gouvernement de Paris à Eudes
Comte de Paris , & à Gozlin Evêque
de la même ville .
$ 85.
Sigefroi , l'un des Rois Normans , fe
montre devant Paris avec une armée de
quarante mille hommes (z ) , & une flotte
compofée de fept cens voiles , fans y comprendre
les petites barques . Il entre dans
Paris avec une eſcorte , va trouver l'Evêque
Gozlin , & lui demande le paffage à travers
la ville , lui promettant de ne rien
entreprendre contre les habitans. L'Evêque
le refufe. Sigefroi infifte , & irrité
de fa réfiftance menace de faccager Paris.
En effet il vient l'attaquer le lendemain .
Eudes & Robert qui furent depuis Rois
de France , défendoient la ville . L'attaque
commença au Pont- an- Change , appellé
alors le grand Pont. Les alliégés firent une
fortie , & reponfferent les ennemis. La nuit
furvint , & fervit à réparer les pertes du
jour. Les Parifiens rehaufferent la tour du
pont de plufieurs étages en bois , pour y
( z Abb, de bello Par. 1. 1 .
OCTOBRE . 1755. 157
placer plus de foldats pour la défendre .
Le lendemain l'attaque recommença.Les
Normans parvinrent même, malgré l'huile
bouillante qu'on leur jettoit du haut de la
tour , à faire une bréche , mais ils furent
répouffés pour la feconde fois , avec perte
de trois cens hommes.
Sigefroi furpris de tant de réfiftance ,
emploie deux mois à fortifier fon camp
placé autour de St Germain - l'Auxerrois.
Il fait ravager avec des cruautés inouies
pendant tout ce tems -là les environs de
Paris.
886.
Pendant que tout cédoit à l'impétuofité
des Normans ( a ) , la feule ville de Paris
leur réfiftoit. Expofés à une nouvelle attaque
mieux conçue & foutenue avec plus
de force que les autres , les Parifiens fe
défendirent avec une valeur extraordinaire.
Les Normans irrités forment un nouveau
fiége ; ils partagent leurs forces , &
attaquent le pont & la tour en même
tems.
Toutes les machines de guerre font mifes
en ufage . Ils font pleuvoir une grêle
de pierres & de fléches , mais rien ne ralentit
l'ardeur des Parifiens .
( a ) Frod. 1. 4.
35S MERCURE DE FRANCE.
1
Le Comte Eudes & Robert fon frere fe
multiplient pour fa défenfe. En vain trois
mille Normans attaquent- ils la tour , leurs
efforts font inutiles , ils font contraints de
fe retirer avec perte.
Ils reviennent le lendemain à la charge
, battent la tour avec des beliers , ont
la cruauté d'égorger les prifonniers pour
combler les foffés ; mais voyant leurs tentatives
inutiles , ils rempliffent trois bateaux
de matieres combuſtibles , & les approchent
de la tour & du pont qui n'étoit
que de bois. Les Parifiens effrayés ont
recours aux reliques de St Germain , &.
par l'interceffion de ce Saint , les barques
déja enflammées donnent contre une pile
du pont , & font coulées à fond.
Les Normans rébutés fe retirent le 1
3.1
Janvier 886 , & fe contentent de tenir la
place bloquée. Quelques uns entrent dans
St Germain , en profanent l'églife , & font
punis de Dieu par une mort fubite .
Le 6 Février la Seine déborde , & l'impétuofité
( b ) des eaux renverfe le petit
pont. Les normans tentent de profiter de
cette occafion pour fe faifir de la tour défendue
par douze hommes feulement. Ces
derniers font une vigoureufe réfiftance :
(b ) Chron. S. Vedaſti.
OCTOBRE . 1755. 159
en vain les Normans leur crient- ils de fe
rendre , une défenſe opiniâtre eft leur réponfe.
On les preffe de nouveau , & on
leur promet la vie. Réduits à l'extrêmité
ils fe foumettent fur la parole des Normans
; mais ces Barbares fans refpect pour
d'auffi braves foldats , fauffent leur parole
, & les égorgent tous à l'exception d'un
feul nommé Ervé , qu'ils conferverent à
caufe de fa bonne mine.
La ville demeure bloquée , & les Normans
donnent de nouveaux affauts . L'Empereur
envoie Henri , Duc de Saxe , (c) au
fecours des Parifiens , les Normans reçoivent
un échec dans leur camp.
Eudes , Comte de Paris , fait une fortie
qui manque à lui coûter la vie , mais fa valeur
& celle de fes gens le fauvent. Il ren
tre dans Paris , & Sigefroi admire fon courage
, vent perfuader aux Normans de
lever le fiége , ils le refufent , donnent un
nouvel affaut à la ville , & font repouffés
avec perte de deux de leurs Rois . Sigefroi
fe mocque d'eux , accepte une fomme de
foixante livres d'argent que Gozlin , évêque
de Paris , lui donne , & fe retire . Gozlin
meurt quelques jours après.
Les Normans qui ne fuivirent pas Sigefroid
, continuent le fiege , la ville fe trou-
(c) Abb. 1. 2. Chron. S. Vedafti.
160 MERCURE DE FRANCE.
ve réduite à l'extrêmité : affiégée au-dehors
, la pefte ravageoit le dedans . Les Parifiens
ont recours aux prieres publiques ;
on fait des proceffions , & la châffe de
S. Germain eft portée dans les rues .
D'un autre côté , le Comte Eudes va
demander du fecours au Roi Charles , Empereur.
L'Abbé Eblé commande en fon
abfence ( d ) , & fait des forties glorieufes.
Le Comte Eudes revient avec trois
corps de cavalerie ; il paroît fur la montagne
de Mars ou Montmartre. Les ennemis
veulent s'opposer à fon paffage , ils font
-repouffés , & le Comte entre dans Paris .
la
( e ) Henti , Duc de Saxe , vient pour
feconde fois au fecours des Parifiens , eft
attiré au combat par les Normans , & périt
miférablement dans un piége qu'ils lui
avoient tendu ; après la mort , fes troupes
ne fongerent plus qu'à la retraite.
Les Normans fiers de cet avantage ,
donnent un affauit général à la ville , les
Parifiens effrayés , courent à la défenſe , on
porte le corps de fainte Génevieve à la
pointe de l'Ile derriere Notre - Dame , &
la victoire fe déclare pour les affiégés ; il
n'en eft pas de même des autres attaques ,
les Normans ont partout l'avantage ; la
terreur commence à fe répandre dans la
(d) Chron. S. Tedafti. ( ) Abb. Ann. met,
OCTOBR E. 1755. 161
ville , la confternation devient générale ,
le clergé & le peuple reclament la protection
de S. Germain . On apporte fon corps ,
& fa feule préfence ranime les Parifiens ,
donne de la terreur aux ennemis , & la
victoire n'eft plus douteufe , les affiégeans
font partout repouffés , ils mettent le feu à
la tour & fe retirent .
L'Empereur vient au fecours de Paris
& fait un traité honteux avec les Normans
auxquels il accorde le paffage de la
Seine , & fept cens livres d'argent : il fe
retire enfuite en Allemagne.
887 & $ 3 .
Les Normans reparoiffent devant Paris,
l'Abbé Eblé les attaque vigoureufement ,
leur tue cinq cens hommes , & les force
de fe retirer.
Charles le Begue , Roi de France & Empereur
, meurt , & Eudes , Comte de Paris
, eft proclamé Roi dans l'affemblée de
Compiegne.
Endes
Les Normans honteux- d'avoir levé le
fiége de Paris , après avoir été deux ans
devant cette place , reparoiffent aux environs.
Le Roi Eudes , fecondé de l'Evêque
Anſchrie , fucceffeur du brave Gozlin , bat
162 MERCURE DE FRANCE.
N
les Normans , en fait plufieurs prifonniers,
& les renvoie enfuite fur leur parole .
Anfchrie défait fix cens Normans &
rentre triomphant dans Paris.
Le Roi Eudes gagne une victoire fignalée
fur les Normans le jour de la faint Jean
de l'an 888 , près du Montfaucon , petite
butte à préfent à un quart de lieue de
Paris .
889 inclufivement 891 .
La ville de Paris eft encore affiégée
deux fois en 889. Les Parifiens fe défendent
avec valeur & les Normans fe retirent .
(f)Les Parifiens qui avoient eu feuls l'avantage
de réfifter aux Normans , en attribuent
toute la gloire à fainte Génevieve &
à faint Germain : ils rapportent leurs reliques
dans leurs églifes à l'exception d'un
bras de faint Germain qui fut laiffé à faint
Germain le vieux au Marché- neuf , en reconnoiffance
de l'hofpitalité accordée à ſes
reliques pendant le fiége.
892 & inclufiv. 897.
L'Abbé Eblé , grand Chancelier du Roi ,
qui avoit défendu la ville de Paris avec
tant de valeur , meurt le 10 Octobre 886 .
(f) Chron. S. Vedaftis
OCTOBRE. 1755. 163
898.
Le Roi Eudes quitte la Neuftrie , revient
à Paris où il fait fon féjour ordinaire , fait
un voyage à la Fere fur Oife , & y meurt
le 13 Janvier 898. âgé de quarante ans .
Charles le fimple , déja proclamé Roi en
893 , lui fuccede.
La fuite de cette Hiftoire pour le mois prochain.
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Résumé : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Le texte présente un abrégé historique de la ville de Paris entre les années 593 et 900, couvrant plusieurs règnes et événements marquants. Hildebert II, roi d'Austrasie, prend le contrôle de Paris mais meurt prématurément. Frédégonde incendie et saccage la ville avant d'être vaincue par Clothaire II, qui s'affirme sur le trône de Paris. Clothaire II doit faire face à plusieurs batailles et pertes territoriales, notamment contre Théodebert et Thieri. Il meurt en 628 et est enterré à Paris. Son fils Dagobert I lui succède, mais son règne est marqué par des excès et des pillages. Dagobert fonde l'abbaye de Saint-Denis et meurt en 639. Clovis II lui succède et doit affronter une famine sévère à Paris. Saint Landri, évêque de Paris, vend ses biens pour soulager la misère publique. Clothaire III succède à Clovis II sous la régence de sa mère, Baltilde. La peste dépeuple une partie de Paris, et Clothaire III meurt en 673. Thieri III lui succède mais est rapidement renversé par Childeric II, qui est assassiné en 675. Thieri III revient au pouvoir mais est tué en 691. Clovis III et Childebert III se succèdent brièvement avant que Dagobert II ne monte sur le trône. Charles Martel, maire du palais, exerce une autorité significative, notamment en battant Chilperic II et en installant Clothaire IV comme roi fantoche. Thieri III succède à Clothaire IV mais meurt en 737. Charles Martel partage le royaume entre ses fils Carloman et Pepin, qui gouvernent conjointement. Childeric III est proclamé roi mais est rapidement détrôné par Pepin le Bref, fils de Charles Martel, en 751. En 754, l'abbaye de Saint-Vincent change de nom pour devenir Saint-Germain-des-Prés. En 768, Pépin le Bref meurt et laisse le royaume à ses fils Charles et Carloman. Charles, dit Charlemagne, devient seul maître après la mort de Carloman en 771. Il établit une école publique à Paris en 779 et promulgue plusieurs ordonnances entre 802 et 812. Charlemagne meurt en 814 et est remplacé par son fils Louis I, qui confirme les juridictions de l'évêque de Paris. En 829, un concile à Paris décide de conserver les images pour l'instruction des fidèles. Louis I meurt en 840 et Charles II, dit le Chauve, lui succède. Paris devient le centre de guerres civiles, notamment contre Lothaire. En 845, les Normands pillent Paris, mais sont repoussés. Charles le Chauve fait construire un pont pour défendre la ville. En 869, l'église Saint-Germain-des-Prés est réparée. Charles le Chauve meurt en 877 et Louis II lui succède. Les Normands continuent leurs incursions, et Paris est souvent assiégée. En 885, Sigefroi, roi des Normands, attaque Paris mais est repoussé par Eudes et Robert. Les Parisiens montrent une grande résistance face aux attaques normandes. En 885-886, les Normands assiègent Paris. Ils tentent de brûler la tour et le pont en utilisant des bateaux remplis de matières combustibles, mais les Parisiens, aidés par l'intervention de Saint Germain, réussissent à couler les barques enflammées. Les Normands se retirent le 13 janvier 886 mais continuent de bloquer la ville. Ils profanent l'église de Saint Germain, et ceux qui commettent ce sacrilège sont frappés par une mort subite. Le 6 février, la Seine déborde et renverse le petit pont, permettant aux Normands de tenter une attaque sur la tour défendue par douze hommes. Malgré leur résistance, les défenseurs se rendent sur la promesse des Normands, qui les égorgent ensuite, à l'exception d'un nommé Ervé. La ville reste bloquée, et les Normands lancent de nouveaux assauts. L'empereur envoie Henri, Duc de Saxe, pour secourir les Parisiens, mais il est tué par les Normands. Eudes, Comte de Paris, mène une sortie et est sauvé par sa bravoure. Sigefroi, un chef normand, refuse de lever le siège malgré une somme d'argent offerte par Gozlin, évêque de Paris.
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675
p. 221-223
DU NORD.
Début :
L'Impératrice, toujours attentive à soulager les malheureux, a fait remettre [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Grad Varazdin, Dresde, Cologne, Impératrice, Tombeau royal, Sauterelles, Borax, Accident, Jean-Pierre de Herwegh
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texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DU NORD.
DE PETERSBOURG , le 15 Août.
L'Impératrice , toujours attentive à foulager
les malheureux , a fait remettre cent mille roubles
au Gouverneur de Mofcou , pour être diftria
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
bués aux habitans de cette ville , qui ont le plus
fouffert par les derniers incendies.
Les lettres de Belogorodfled marquent que des
fauterelles , d'une efpece qui n'eſt connue en
Ruffie que depuis quelques années , ont ravagé
une grande étendue de pays dans le diftrict de
Nowoskolski , & qu'enfuite elles ont été prefque
toutes dévorées par des fauterelles d'une autre
espece.
DU GRAND VARADIN , le 22 Août.
Des ouvriers en creufant la terre , ont trouvé
un tombeau de brique , couvert de trois pierres
de taille , dans lequel étoient un globe de vermeil
, une couronne à fleurons auffi d'argent doré,
garnie de rubis & d'éméraudes , un manteau d'une
riche étoffe , & une agrafe d'or maffif. Ces différens
indices font juger que ce Monument eft un
tombeau royal . En effet , l'hiftoire nous apprend
que dans l'endroit où il a été découvert , Saint
Ladiflas Roi de Hongrie, a bâti une églife , & que
ce Prince qui eft mort en 1995 , y a été inhumé ,
ainsi que le Roi André , mort en 1235 ; & la Reine
Marie , morte en 1392. Les offemens qu'on a
tirés de ce monument étant petits & grêles , on
préfume que ce tombeau eft celui de la Reine
Marie. On a demandé à l'Impératrice la permiffion
de fouiller dans les environs pour chercher
les tombeaux de S. Ladiflas & du Roi André.
DE DRESDE , le 31 Août
.
Un particulier a découvert dans cet électorat ,
une terre minérale , dont on compofe un borax ,
qui s'emploie avec fuccès pour fondre l'or &
l'argent , ainfi que pour la foudure . Les CommifOCTOBRE.
1755. 223'
faires que le Gouvernement a chargés d'en faire
l'examen , ont jugé que ce borax avoit toutes les
propriétés que celui de Venife.
On a arrêté dans la Luface une voiture , qui
conduifoit en pays étranger plufieurs quintaux
de la terre , dont on fe fert pour fabriquer la porcelaine
de Saxe . Les lettres de Græfenhain font
mention d'un cruel accident . Un effain étranger
s'étant introduit dans une ruche du Juge du lieu ,
les abeilles domeftiques font entrées en fureur.
Elles fe fopt jettées fur tout ce qu'elles ont rencontré
dans la cour de la maiſon entr'autres
fur un cocher qui y rentroit avec les chevaux
& elles ne l'ont point quitté qu'elles ne Payent
laiffé mort fur la place .
,
DE COLOGNE , le 25 Août.
"
M. Jean -Pierre de Herwegh étant mort le 15
de ce mois , après avoir été trente-quatre ans à
la tête de la Régence , le Sénat s'affembla le zi
pour lui donner un fucceffeur. Tous les fuffrages
fe font réunis en faveur de M. Jean-Gafpard - Tofeph
Zum de Putz.
DE PETERSBOURG , le 15 Août.
L'Impératrice , toujours attentive à foulager
les malheureux , a fait remettre cent mille roubles
au Gouverneur de Mofcou , pour être diftria
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
bués aux habitans de cette ville , qui ont le plus
fouffert par les derniers incendies.
Les lettres de Belogorodfled marquent que des
fauterelles , d'une efpece qui n'eſt connue en
Ruffie que depuis quelques années , ont ravagé
une grande étendue de pays dans le diftrict de
Nowoskolski , & qu'enfuite elles ont été prefque
toutes dévorées par des fauterelles d'une autre
espece.
DU GRAND VARADIN , le 22 Août.
Des ouvriers en creufant la terre , ont trouvé
un tombeau de brique , couvert de trois pierres
de taille , dans lequel étoient un globe de vermeil
, une couronne à fleurons auffi d'argent doré,
garnie de rubis & d'éméraudes , un manteau d'une
riche étoffe , & une agrafe d'or maffif. Ces différens
indices font juger que ce Monument eft un
tombeau royal . En effet , l'hiftoire nous apprend
que dans l'endroit où il a été découvert , Saint
Ladiflas Roi de Hongrie, a bâti une églife , & que
ce Prince qui eft mort en 1995 , y a été inhumé ,
ainsi que le Roi André , mort en 1235 ; & la Reine
Marie , morte en 1392. Les offemens qu'on a
tirés de ce monument étant petits & grêles , on
préfume que ce tombeau eft celui de la Reine
Marie. On a demandé à l'Impératrice la permiffion
de fouiller dans les environs pour chercher
les tombeaux de S. Ladiflas & du Roi André.
DE DRESDE , le 31 Août
.
Un particulier a découvert dans cet électorat ,
une terre minérale , dont on compofe un borax ,
qui s'emploie avec fuccès pour fondre l'or &
l'argent , ainfi que pour la foudure . Les CommifOCTOBRE.
1755. 223'
faires que le Gouvernement a chargés d'en faire
l'examen , ont jugé que ce borax avoit toutes les
propriétés que celui de Venife.
On a arrêté dans la Luface une voiture , qui
conduifoit en pays étranger plufieurs quintaux
de la terre , dont on fe fert pour fabriquer la porcelaine
de Saxe . Les lettres de Græfenhain font
mention d'un cruel accident . Un effain étranger
s'étant introduit dans une ruche du Juge du lieu ,
les abeilles domeftiques font entrées en fureur.
Elles fe fopt jettées fur tout ce qu'elles ont rencontré
dans la cour de la maiſon entr'autres
fur un cocher qui y rentroit avec les chevaux
& elles ne l'ont point quitté qu'elles ne Payent
laiffé mort fur la place .
,
DE COLOGNE , le 25 Août.
"
M. Jean -Pierre de Herwegh étant mort le 15
de ce mois , après avoir été trente-quatre ans à
la tête de la Régence , le Sénat s'affembla le zi
pour lui donner un fucceffeur. Tous les fuffrages
fe font réunis en faveur de M. Jean-Gafpard - Tofeph
Zum de Putz.
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Résumé : DU NORD.
Le texte relate divers événements historiques et découvertes en Europe. À Saint-Pétersbourg, le 15 août, l'Impératrice a alloué cent mille roubles au Gouverneur de Moscou pour aider les habitants touchés par des incendies récents. À Belogorod, des sauterelles ont ravagé le district de Nowoskolski avant d'être détruites par une autre espèce. À Grand Varadin, le 22 août, des ouvriers ont découvert un tombeau de brique contenant un globe de vermeil, une couronne d'argent doré garnie de rubis et d'émeraudes, un manteau richement orné, et une agrafe d'or massif. Ce tombeau est présumé appartenir à la Reine Marie, morte en 1392. Des recherches sont autorisées pour localiser les tombeaux de Saint Ladislas et du Roi André. À Dresde, le 31 août, un particulier a découvert une terre minérale permettant de composer un borax utilisé pour fondre l'or et l'argent, ainsi que pour la soudure. Cette découverte a été validée par les commissaires du Gouvernement. Par ailleurs, une voiture transportant de la terre pour fabriquer la porcelaine de Saxe a été arrêtée en Lusace. Un accident tragique est également rapporté à Græfenhain, où un essaim d'abeilles a tué un cocher après avoir été perturbé par un étranger. À Cologne, le 25 août, M. Jean-Pierre de Herwegh est décédé après trente-quatre ans à la tête de la Régence. Le Sénat s'est réuni pour élire M. Jean-Gaspard-Joseph Zum de Putz comme successeur.
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676
p. 77-124
Eloge de M. le Président de Montesquieu.
Début :
L'intérêt que les bons citoyens prennent à l'Encyclopédie, & le grand nombre de [...]
Mots clefs :
Montesquieu, Encyclopédie, Gloire, Moeurs, Ouvrage, Auteur, Esprit, Hommes, Académie, Parlement de Bordeaux, Académie française, Éloge, De l'esprit des lois, Lettres persanes, Amour, Nations, Malheur, Commerce, Intérêt, Honneur, Étude, Citoyen, Philosophie, Religion, Gouvernement, Roi, Sciences, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : Eloge de M. le Président de Montesquieu.
Ous ne pouvons mieux ouvrir cet arpar
volume de l'Encyclopédie. Qui ſe diſtribue
depuis quelques jours chez Briaffon , David
l'aîné , le Breton , & Durand. Il doit être
d'autant plus intéreffant que M. de Voltaire
y a travaillé les mots , efprit , éloquence
, élégance. Qui pouvoit mieux en
parler ? Le morceau qui paroît à la tête du
même volume , acheve de le rendre précieux
. C'eſt l'éloge de M. de Montesquieu
par M. d'Alembert . On peut dire fans
fadeur que le Panégyrifte eft digne du
héros . Cet éloge nous a paru d'une fi grande
beauté , que nous croyons obliger le
Lecteur de l'inférer ici dans fon entier.
Quant à la note qui fe trouve à la page
huit , comme elle contient elle - feule une
excellente analyſe de l'Efprit des Loix ,
nous avons craint de prodiguer à la fois
tant de richeffes , & par une jufte économie,
nous l'avons réfervée pour en décorer
le premier Mercure de Décembre . Ceux
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
qui n'auront pas le Dictionnaire , feront
charmés de trouver cette piece complette
dans mon Journal , où ils pourront même
la lire plus commodément , puifqu'il eſt
portatif.
Eloge de M. le Préſident de Montefquien.
L'intérêt que les bons citoyens prennent
à l'Encyclopédie, & le grand nombre de
gens de Lettres qui lui confacrent leurs
travaux , femblent nous permettre de la
regarder comme un des monumens les
plus propres à être dépofitaires des fentimens
de la patrie , & des hommages
qu'elle doit aux hommes célebres qui l'ont
honorée . Perfuadés néanmoins que M.
de Montesquieu étoit en droit d'attendre
d'autres Panégyriftes que nous , & que la
douleur publique eût mérité des interpretes
plus éloquens , nous euflions renfermé
au- dedans de nous-mêmes nos juftes
regrets & notre refpect pour fa mémoire ;
mais l'aveu de ce que nous lui devons ,
nous eft trop précieux pour en laiffer le
foin à d'autres. Bienfaicteur de l'humanité
par fes écrits , il a daigné l'être auffi de
cet ouvrage , & notre reconnoiffance ne
veut que tracer quelques lignes au pied de
fa ftatue .
Charles de Secondat , Baron de la Brede
NOVEMBRE. 1755. 79
& de Montesquieu , ancien Préfident à
Mortier au Parlement de Bordeaux , de
l'Académie Françoife, de l'Académie royale
des Sciences & des Belles - Lettres de
Pruffe , & de la Société de Londres , naquit
au Château de la Brede , près de Bordeaux
, le 18 Janvier 1689 , d'une famille
noble de Guyenne. Son trifayeul , Jean de
Secondat , Maître d'Hôtel de Henri II ,
Roi de Navarre , & enfuite de Jeanne ,
fille de ce Roi , qui époufa Antoine de
Bourbon , acquit la terre de Montesquieu
d'une fomme de 10000 livres que cette
Princeffe lui donna par un acte authentique
, en récompenfe de fa probité & de
fes fervices. Henri III , Roi de Navarre ,
depuis Henri IV , Roi de France , érigea
en Baronie la terre de Montefquieu , en
faveur de Jacob de Secondat , fils de Jean ,
d'abord Gentilhomme ordinaire de la
Chambre de ce Prince , & enfuite Meftre
de camp du Régiment de Châtillon.
Jean Gafton de Secondat , fon fecond fils ,
ayant époufé la fille du Premier Préfident
du Parlement de Bordeaux , acquit dans
cette Compagnie une charge de Préfident
à Mortier. Il eut plufieurs enfans , dont
un entra dans le fervice , s'y diftingua ,
& le quitta de fort bonne heure. Ce fut
pere de Charles de Secondat , auteur Le
Div
So MERCURE DE FRANCE.
de l'Efprit des Loix . Ces détails paroîtront
peut- être déplacés à la tête de l'éloge
d'un philofophe dont le nom a fi peu
befoin d'ancêtres ; mais n'envions point
à leur mémoire l'éclat que ce nom répand
fur elle.
Les fuccès de l'enfance préfage quelquefois
fi trompeur , ne le furent point
dans Charles de Secondat : il annonça de
bonne heure ce qu'il devoit être ; & fon
pere donna tous fes foins à cultiver ce génie
naiffant , objet de fon efpérance &
de fa tendreſſe . Dès l'âge de vingt ans , le
jeune Montefquieu préparoit déja les matériaux
de l'Esprit des Loix , par un extrait
raifonné des immenfes volumes qui compofent
le corps du Droit civil ; ainfi autrefois
Newton avoit jetté dès fa premiere
jeuneffe les fondemens des ouvrages qui
l'ont rendu immortel . Cependant l'étude
de la Jurifprudence , quoique moins aride
pour M. de Montefquieu que pour la
plupart de ceux qui s'y livrent , parce qu'il
la cultivoit en philofophe , ne fuffifoit pas
à l'étendue & à l'activité de fon génie ; il
approfondiffoit dans le même temps des
matieres encore plus importantes & plus
délicates , & les difcutoit dans le filence
avec la fageffe , la décence , & l'équité
qu'il a depuis montrées dans fes ouvrages .
NOVEMBRE. 1755 . 81
Un oncle paternel , Préfident à Mortier
au Parlement de Bordeaux , Juge éclairé
& citoyen vertueux , l'oracle de fa compagnie
& de fa province , ayant perdu un
fils unique , & voulant conferver dans fon
Corps l'efprit d'élevation qu'il avoit tâché
d'y répandre , laiffa fes biens & fa charge
à M. de Montefquieu ; il étoit Confeiller
au Parlement de Bordeaux , depuis le 24
Février 1714 , & fut reçu Préſident à
Mortier le 13 Juillet 1716. Quelques années
après , en 1722 , pendant la minorité
du Roi , fa Compagnie le chargea de préfenter
des remontrances à l'occafion d'un
nouvel impôt. Placé entre le thrône & le
peuple , il remplit en fujet refpectueux &
en Magiftrat plein de courage , l'emploi fi
noble & fi peu envié , de faire parvenir
au Souverain le cri des malheureux ; & la
mifere publique repréfentée avec autant
d'habileté que de force , obtint la justice.
qu'elle demandoit . Ce fuccès , il eft vrai ,
par malheur l'Etat bien plus que pour
pour
lui , fut auffi paffager que s'il eût été injufte
; à peine la voix des peuples eût- elle
ceffé de le faire entendre , que l'impôt
fupprimé fut remplacé par un autre ; mais
le citoyen avoit fait fon devoir.
Il fut reçu le 3 Avril 1716 dans l'Académie
de Bordeaux , qui ne faifoit que de
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
naître . Le gout pour la Mufique & pour
les ouvrages de pur agrément , avoit d'abord
raflemblé les membres qui la for
moient. M. de Montefquieu crut avec raifon
que l'ardeur naiffante & les talens de
fes confieres pourroient s'exercer avec encore
plus d'avantage fur les objets de la
Phyfique. Il étoit perfuadé que la nature ,
digne d'être obfervée par -tout , trouvoit
aufli par tout des yeux dignes de la voir ;
qu'au contraire les ouvrages de goût ne
fouffrant point de médiocrité , & la Capitale
étant en ce genre le centre des lumieres
& des fecours , il étoit trop difficile de
rafferobler loin d'elle un affez grand nombre
d'écrivains diftingués ; il regardoit les
Sociétés de bel efprit , fi étrangement multipliées
dans nos provinces , comme une
efpece , ou plutôt comme une ombre de
luxe littéraire qui nuit à l'opulence réelle
fans même en offrir l'apparence . Heureufement
M. le Duc de la Force , par un prix
qu'il venoit de fonder à Bordeaux , avoit
fecondé des vues fi éclairées & fi juftes.
On jugea qu'une expérience bien faite
feront préférable à un difcours foible , ou
à un mauvais poëme ; & Bordeaux eut
une Académie des Sciences .
M. de Montefquieu nullement empreffé
de fe montrer au public , fembloit attenNOVEMBRE.
1755. 83
dre , felon l'expreffion d'un grand génie ,
un âge mur pour écrire ; ce ne fut qu'en
1721 , c'eft -à- dire âgé de trente - deux ans,
qu'il mit au jour les Lettres Perfannes. Le
Siamois des amufemens ferieux & comiques
pouvoit lui en avoir fourni l'idée ; mais
il furpaffa fon modele . La peinture des
moeurs orientales réelles ou fuppofées , de
l'orgueil & du flegme de l'amour aliatique
, n'eft que le moindre objet de ces
Lettres ; elle n'y fert , pour ainfi dire , que
de prétexte à une fatyre fine de nos moeurs,
& à des matieres importantes que l'Auteur
approfondit en paroiffant gliffer fur
elles. Dans cette efpèce de tableau mouvant
, Ufbek expofe fur-tout avec autant
de légereté que d'énergie ce qui a le plus
frappé parmi nous fes yeux pénétrans ;
notre habitude de traiter férieufement les
chofes les plus futiles , & de tourner les
plus importantes en plaifanterie ; nos converfations
fi bruyantes & fi frivoles ; notre
ennui dans le fein du plaifir même ;
nos préjugés & nos actions en contradiction
continuelle avec nos lumieres ; tant
d'amour pour la gloire joint à tant de
refpect pour l'idole de la faveur ; nos
Courtifans fi rampans & fi vains ; notre
politeffe extérieure & notre mépris réel
pour les étrangers , ou notre prédilection
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
affectée pour eux ; la bifarrerie de nos
gouts , qui n'a rien au- deffous d'elle que
l'empreffement de toute l'Europe à les
adopter ; notre dédain barbare pour deux
des plus refpectables occupations d'un citoyen
, le commerce & la magiftrature ;
nos difputes littéraires fi vives & fi inuti
les ; notre fureur d'écrire avant que de
penfer , & de juger avant que de connoître.
A cette peinture vive , mais fans
fiel , il oppofe dans l'apologue des Troglodites
, le tableau d'un peuple vertueux ,
devenu fage par le malheur , morceau
digne du Portique : ailleurs il montre la
philofophie long-tems étouffée , reparoiffant
tout-à- coup , regagnant par les progrès
le tems qu'elle a perdu , pénétrant
jufques chez les Ruffes à la voix d'un génie
qui l'appelle , tandis que chez d'autres
peuples de l'Europe , la fuperftition , femblable
à une atmoſphere épaiffe , empêche
la lumiere qui les environne de toutes
parts d'arriver jufqu'à eux. Enfin , par les
principes qu'il établit fur la nature des
gouvernemens anciens & modernes , il
préfente le germe de ces idées lumineufes
développées depuis par l'Auteur dans fon
grand ouvrage.
Ces différens fujets , privés aujourd'hui
des graces de la nouveauté qu'ils avoient
8
NOVEMBRE. 1755. 85
dans la naiffance des Lettres Perfannes , y
conferveront toujours le mérite du caractere
original qu'on a fçu leur donner ;
mérite d'autant plus réel , qu'il vient ici
du génie feul de l'écrivain , & non du
voile étranger dont il s'eft couvert ; car
Ufbek a pris durant fon féjour en France ,
non feulement une connoiffance fi parfaite
de nos moeurs , mais une fi forte teinture
de nos manieres mêmes , que fon
ftyle fait fouvent oublier fon pays . Ce
léger défaut de vraisemblance peut n'être
fans deffein & fans adreffe : en relevant
nos ridicules & nos vices , il a voulu
fans doute auffi rendre juftice à nos
avantages ; il a fenti toute la fadeur d'un
éloge direct & il s'en eft plus finement
acquitté , en prenant fi fouvent notre ton
pour médire plus agréablement de nous.
pas
Malgré le fuccès de cet ouvrage , M.
de Montefquieu ne s'en étoit point déclaré
ouvertement l'auteur. Peut - être
croyoit- il échapper plus aifément par ce
moyen à la fatyre littéraire , qui épargne
plus volontiers les écrits anonymes , parce
que c'est toujours la perfonne & non l'ouvrage
qui eft le but de fes traits ; peut- être
craignoit- il d'être attaqué fur le prétendu
contrafte des Lettres Perfannes avec l'auférité
de fa place ; efpece de reproche ,
86 MERCURE DE FRANCE.
difoit il , que les critiques ne manquent
jamais, parce qu'il ne demande aucun effort
d'efprit. Mais fon fecret étoit découvert ,
& déja le public le montroit à l'Académie
Françoife. L'événement fit voir combien
le filence de M. de Montefquieu avoit été
fage . Ufbek s'exprime quelquefois affez
librement , non fur le fonds du Chriftianiſme
, mais fur des matieres que trop de
perfonnes affectent de confondre avec le
Chriftianifme même , fur l'efprit de
perfécution
dont tant de Chrétiens ont été
animés ; fur les ufurpations temporelles
de la puiffance eccléfiaftique ; fur la multiplication
exceffive des monafteres , qui
enleve des fujets à l'Etat , fans donner à
Dieu des adorateurs ; fur quelques opinions
qu'on a vainement tenté d'ériger
en dogmes ; fur nos difputes de religion ,
toujours violentes , & fouvent funeftes.
S'il paroît toucher ailleurs à des questions
plus délicates , & qui intéreffent de plus
près la religion chrétienne , fes réflexions
appréciées avec juftice , font en effet trèsfavorables
à la révélation , puifqu'il fe
borne à montrer combien la raifon humaine
, abandonnée à elle-même , eft peu
éclairée fur ces objets. Enfin , parmi les
véritables lettres de M. de Montefquieu ,
l'Imprimeur étranger en avoit inféré quel
NOVEMBRE. 1755. 87
ques -unes d'une autre main , & il eût
fallu du moins , avant que de condamner
l'auteur , démêler ce qui lui appartenoit
en propre. Sans égard à ces confidérations
, d'un côté la haine fous le rom
de zéle , de l'autre le zéle fans difcernement
ou fans lumieres , fe fouleverent &
fe réunirent contre les Lettres Perfannes.
Des délateurs , efpece d'hommes dangereufe
& lâche , que même dans un gouvernement
fage on a quelquefois le malheur
d'écouter , allarmerent par un extrait
infidele la piété du miniftere. M. de Montefquieu
, par le confeil de fes amis , foutenu
de la voix publique , s'étant préſenté
pour la place de l'Académie Françoiſe vacante
par la mort de M. de Sacy , le Miniftre
écrivit à cette Compagnie qué S. M.
ne donneroit jamais fon agrément à l'auteur
des Lettres Perfannes ; qu'il n'avoit
point lu ce livre , mais que des perfonnes
en qui il avoit confiance , lui en avoient
fait connoître le poifon & le danger . M.
de Montefquieu fentit le coup qu'une pareille
accufation pouvoit porter à fa perfonne
, à la famille , à la tranquillité de
fa vie. Il n'attachoit pas affez de prix aux
honneurs littéraires , ni pour les rechercher
avec avidité , ni pour affecter de les
dédaigner quand ils fe préfentoient à lui ,
88 MERCURE DE FRANCE.
:
ni enfin pour en regarder la fimple privation
comme un malheur ; mais l'exclufion
perpétuelle , & fur - tout les motifs de
l'exclufion lui paroiffoient une injure. Il vit
le Miniftre , lui déclara que par des raifons
particulieres il n'avouoit point les
Lettres Perfannes , mais qu'il étoit encore
plus éloigné de defavouer un ouvrage
dont il croyoit n'avoir point à rougir , &
qu'il devoit être jugé d'après une lecture ,
& non fur une délation le Miniftre prit
enfin le parti par où il auroit dû commencer
; il lut le livre , aima l'Auteur , & apprit
à mieux placer fa confiance ; l'Académie
Françoife ne fut point privée d'un de
fes plus beaux ornemens , & la France eut
le bonheur de conferver un fujet que la fuperftition
ou la calomnie étoient prêtes à
lui faire perdre : car M. de Montefquieu
avoit déclaré au Gouvernement qu'après
l'efpece d'outrage qu'on alloit lui faire ,
il iroit chercher chez les étrangers qui lui
tendoient les bras , la fureté , le repos , &
peut-être les recompenfes qu'il auroit dû
efperer dans fon pays. La nation eût déploré
cette perte , & la honte en fut pourtant
retombée fur elle.
Feu M. le Maréchal d'Eftrées , alors Directeur
de l'Académie Françoife , fe conduifit
dans cette circonftance en courtiſan
NOVEMBRE . 1755 . 89
vertueux , & d'une ame vraiment élevée ;
il ne craignit ni d'abufer de fon crédit ni
de le compromettre ; il foutint fon ami &
juftifia Socrate. Ce trait de courage fi précieux
aux Lettres , fi digne d'avoir aujourd'hui
des imitateurs , & fi honorable à
la mémoire de M. le Maréchal d'Eftrées ,
n'auroit pas dû être oublié dans fon éloge.
M. de Montefquieu fut reçu le 24 Janvier
1728. Son difcours eft un des meilleurs
qu'on ait prononcés dans une pareille
occafion ; le mérite en eft d'autant
plus grand , que les Récipiendaires gênés
jufqu'alors par ces formules & ces éloges
d'ufage auxquels une efpece de prefcription
les affujettit , n'avoient encore ofé
franchir ce cercle pour traiter d'autres fujets
, ou n'avoient point penfé du moins à
les y renfermer ; dans cet état même de
contrainte il eut l'avantage de réuffir . Entre
plufieurs traits dont brille fon difcours ,
on reconnoîtroit l'écrivain qui penſe , au
feul portrait du Cardinal de Richelieu
qui apprit à la France le fecret de fes forces ,
& à l'Espagne celui de fa foibleffe , qui ôta
à l'Allemagne fes chaînes , & lui en donna
de nouvelles. Il faut admirer M. de Montefquieu
d'avoir fçu vaincre la difficulté
de fon fujet, & pardonner à ceux qui n'ont
pas eu le même fuccès .
›
90 MERCURE DE FRANCE.
Le nouvel Académicien étoit d'autant
plus digne de ce titre , qu'il avoit peu de
tems auparavant renoncé à tout autre travail
, pour fe livrer entierement à fon
génie & à fon goût . Quelque importante
que fût la place qu'il occupoit , avec quelques
lumieres & quelque intégrité qu'il
en eût rempli les devoirs , il fentoit qu'il
y avoit des objets plus dignes d'occuper
fes talens ; qu'un citoyen eft redevable à
fa nation & à l'humanité de tout le bien
qu'il peut leur faire ; & qu'il feroit plus
utile à l'une & à l'autre , en les éclairant
par fes écrits , qu'il ne pouvoit l'être en
difcutant quelques conteftations particulieres
dans l'obfcurité . Toutes ces réflexions
le déterminerent à vendre fa charge
; il ceffa d'être Magiftrat , & ne fut plus
qu'homme de Lettres .
Mais pour fe rendre utile par fes ouvra
ges aux différentes nations , il étoit néceffaire
qu'il les connût ; ce fut dans cette
vue qu'il entreprit de voyager. Son but
étoit d'examiner partout le phyfique & le
moral , d'étudier les loix & la conftitution
de chaque pays , de vifiter les fçavans , les
écrivains , les artiftes célebres , de chercher
fur- tout ces hommes rares & finguliers
dont le commerce fupplée quelquefois à
plufieurs années d'obfervations & de féNOVEMBRE.
1755. 91
jour. M. de Montefquieu eût pu dire comme
Démocrite. Je n'ai rien oublié pour
» m'inftruire ; j'ai quitté mon pays , & parcouru
l'univers pour mieux connoître
» la vérité : j'ai vu tous les perfonnages
» illuftres de mon tems ; mais il y eût
cette différence entre le Démocrite François
& celui d'Abdere , que le premier
voyageoit pour inftruire les hommes , &
le fecond pour s'en moquer,
Il alla d'abord à Vienne , où il vit fouvent
le célebre Prince Eugene ; ce Héros
fi funefte à la France ( à laquelle il auroit
pû être fi utile ) , après avoir balancé la
fortune de Louis XIV. & humilié la fierté
Ottomane , vivoit fans fafte durant la paix,
aimant & cultivant les Lettres dans une
Cour où elles font peu en honneur , &
donnant à ſes maîtres l'exemple de les protéger.
M. de Montefquieu crut entrevoir
dans fes difcours quelques reftes d'intérêt
pour fon ancienne patrie ; le Prince Eugene
en laiffoit voir furtout , autant que le
peut faire un ennemi , für les fuites funeftes
de cette divifion inteftine qui trouble
depuis fi longtems l'Eglife de France :
l'Homme d'Etat en prévoyoit la durée &
les effets , & les prédit au Philofophe.
M. de Montefquieu partit de Vienne
pour voir la Hongrie , contrée opulente &
92 MERCURE DE FRANCE.
fertile, habitée par une nation fiere & généreufe
, le fléau de fes Tyrans & l'appui de
fes Souverains. Comme peu de perfonnes
connoiffent bien ce pays , il a écrit avec
foin cette partie de fes voyages.
D'Allemagne , il paffa en Italie ; il vit à
Venife le fameux Law , à qui il ne reftoit
de fa grandeur paffée que des projets heureufement
deftinés à mourir dans fa tête ,
& un diamant qu'il engageoit pour jouer
aux jeux de hafard . Un jour la converfation
rouloit fur le fameux fyftème que Law
avoit inventé ; époque de tant de malheurs
& de fortunes , & furtout d'une dépravation
remarquable dans nos moeurs . Comme
le Parlement de Paris , dépofitaire immédiat
des Loix dans les tems de minorité ,
avoit fait éprouver au Miniftre Ecoffois
quelque réfiftance dans cette occafion
M. de Montefquieu lui demanda pourquoi
on n'avoit pas effayé de vaincre cette réfiftance
par un moyen prefque toujours infaillible
en Angleterre , par le grand mobile
des actions des hommes , en un mot
par l'argent : Ce ne font pas , répondit Law,
desgénies auffi ardens & auf dangereux que
mes compatriotes , mais ils font beaucoup plus
incorruptibles. Nous ajouterons fans aucun
préjugé de vanité nationale , qu'un Corps
libre pour quelques inftans , doit mieux
NOVEMBRE. 1755. 93
résister à la corruption que celui qui l'eft
toujours ; le premier , en vendant fa liberté,
la perd ; le fecond ne fait , pour ainfi
dire , que la prêter , & l'exerce même en
l'engageant ; ainfi les circonftances & la
nature du Gouvernement font les vices &
les vertus des Nations.
Un autre perfonnage non moins fameux
que M. de Montefquieu vit encore plus .
fouvent à Venife , fut le Comte de Bonneval
. Cet homme fi connu par fes aventures
, qui n'étoient pas encore à leur terme,
& flatté de converfer avec un juge digne
de l'entendre , lui faifoit avec plaifir le détail
fingulier de fa vie , le récit des actions.
militaires où il s'étoit trouvé , le portrait
des Généraux & des Miniftres qu'il avoit
connus . M. de Montefquieu fe rappelloit,
fouvent ces converfations & en racontoit
différens traits à fes amis.
Il alla de Venife à Rome : dans cette ancienne
Capitale du monde , qui l'eft encore
à certains égards , il s'appliqua furtour
à examiner ce qui la diftingue aujourd'hui
le plus , les ouvrages des Raphaëls ,
des Titiens , & des Michel- Anges : il n'avoit
point fait une étude particuliere des
beaux arts ; mais l'expreffion dont brillent
les chef-d'oeuvres en ce genre , faifit infailliblement
tout homme de génie . Accoutu94
MERCURE DE FRANCE.
mé à étudier la nature , il la reconnoît
quand elle eft imitée , comme un portrait
reffemblant frappe tous ceux à qui l'original
eft familier : malheur aux productions
de l'art dont toute la beauté n'eſt que
pour les Artiſtes.
Après avoir parcouru l'Italie , M. de
Montefquieu vint en Suiffe ; il examina
foigneufement les vaſtes pays arrofés par
le Rhin ; & il ne lui refta plus rien à voir
en Allemagne ; car Frédéric ne regnoit pas
encore. Il s'arrêta enfuite quelque tems
dans les Provinces-Unies , monument admirable
de ce que peut l'induftrie humaine
animée par l'amour de la liberté. Enfin il
fe rendit en Angleterre où il demeura deux
ans : digne de voir & d'entretenir les plus
grands hommes , il n'eut à regretter que
de n'avoir pas fait plutôt ce voyage : Locke
& Newton étoient morts. Mais il eut fouvent
l'honneur de faire fa cour à leur protectrice
, la célebre Reine d'Angleterre ,
qui cultivoit la Philofophie fur le thrône ,
& qui goûta , comme elle devoit , M. de
Montefquieu. Il ne fut pas moins accueilli
par la Nation , qui n'avoit pas befoin fur
cela de prendre le ton de fes maîtres . Il
forma à Londres des liaifons intimes avec
des hommes exercés à méditer , & à ſe préparer
aux grandes chofes par des études
NOVEMBRE. 1755. 95
profondes ; il s'inftruifit avec eux de la nature
du Gouvernement , & parvint à le
bien connoître. Nous parlons ici d'après
les témoignages publics que lui en ont rendu
les Anglois eux-mêmes , fi jaloux de
nos avantages , & fi peu difpofés à reconnoître
en nous aucune fupériorité.
Comme il n'avoit rien examiné ni avec
la prévention d'un enthouſiaſte , ni avec
l'austérité d'un Cynique , il n'avoit rapporté
de les voyages ni un dédain outrageant
pour les étrangers , ni un mépris
encore plus déplacé pour fon propre pays.
Il réfultoit de fes obfervations que l'Allemagne
étoit faite pour y voyager , l'Italie
pour y féjourner , l'Angleterre pour y penfer
, & la France pour y vivre.
De retour enfin dans fa Patrie , M de
Montefquieu fe retira pendant deux ans à
fa terre de la Brede : il y jouit en paix de
cette folitude que le fpectacle & le tumulte
du monde fert à rendre plus agréable ;
il vécut avec lui-même , après en être forti
fi long-tems ; & ce qui nous intéreſſe le
plus , il mit la derniere main à fon ouvrage
fur la caufe de la grandeur & de la déca
dence des Romains , qui parut en 1734.
Les Empires , ainfi que les hommes
doivent croître , dépérir & s'éteindre ; mais
cette révolution néceffaire a fouvent des
96 MERCURE DE FRANCE.
caufes cachées que la nuit des tems nous
dérobe , & que le myftere où leur petiteffe
apparente a même quelquefois voilées aux
yeux des contemporains ; rien ne reſſemble
plus fur ce point à l'Hiftoire moderne
que l'Hiftoire ancienne. Celle des Romains
mérite néanmoins à cet égard quelque exception
; elle préfente une politique raifonnée
, un fyftème fuivi d'aggrandiffement
, qui ne permet pas d'attribuer la
fortune de ce peuple à des refforts obfcurs
& fubalternes. Les caufes de la grandeur
Romaine fe trouvent donc dans l'Hiftoire ,
& c'eft au Philofophe à les y découvrir.
D'ailleurs il n'en eft pas des fyftêmes dans
cette étude comme dans celle de la Phyfique
; ceux-ci font prefque toujours précipités
, parce qu'une obfervation nouvelle
& imprévue peut les renverfer en un inftant
; au contraire , quand on recueille
avec foin les faits que nous tranfmet l'Hif
toire ancienne d'un pays , fi on ne raffemble
pas toujours tous les matériaux qu'on
peut défirer , on ne fçauroit du moins ef
pérer d'en avoir un jour davantage . L'étude
réfléchie de l'Hiftoire , étude fi importante
& fi difficile , confifte à combiner
de la maniere la plus parfaite , ces matériaux
défectueux : tel feroit le métire d'un
Architecte , qui , fur des ruines fçavantes ,
traceroit ,
NOVEMBRE. 1755 . 97
traceroit , de la maniere la plus vraiſemblable
, le plan d'un édifice antique , en
fuppléant , par le génie & par d'heureuſes
conjectures , à des reftes informes & tronqués.
C'eſt fous ce point de vue qu'il faut envifager
l'ouvrage de M. de Montefquieu :
il trouve les caufes de la grandeur des Romains
dans l'amour de la liberté , du travail
& de la patrie , qu'on leur infpiroit
dès l'enfance ; dans la févérité de la difcipline
militaire ; dans ces diffenfions intef
tines qui donnoient du reffort aux efprits ,
& qui ceffoient tout -à coup à la vue de
l'ennemi ; dans cette conftance après le
malheur qui ne défefpéroit jamais de la
république dans le principe où ils furent
toujours de ne faire jamais la paix qu'après
des victoires ; dans l'honneur du triomphe,
fujet d'émulation pour les Généraux ; dans
la protection qu'ils accordoient aux peuples
révoltés contre leurs Rois ; dans l'excellente
politique de laiffer aux vaincus leurs
Dieux & leurs coutumes ; dans celle de
n'avoir jamais deux puiffans ennemis fur
les bras , & de tout fouffrir de l'un juſqu'à
ce qu'ils euffent anéanti l'autre . Il trouve les
caufes de leur décadence dans l'agrandiffement
même de l'Etat , qui changea en
guerres civiles les tumultes populaires ;
E
98 MERCURE DE FRANCE.
dans les guerres éloignées qui forçant les
citoyens à une trop longue abfence , leur
faifoient perdre infenfiblement l'efprit républicain
; dans le droit de Bourgeoifie
accordé à tant de Nations , & qui ne fit
plus du peuple Romain qu'une espece de
monftre à plufieurs têtes ; dans la corrup
tion introduite par le luxe de l'Afie ; dans
les profcriptions de Sylla qui avilirent l'efprit
de la Nation , & la préparerent à l'eſclavage
; dans la néceflité où les Romains
fe trouverent de fouffrir des maîtres , lorfque
leur liberté leur fut devenue à charge ;
dans l'obligation où ils furent de changer
de maximes , en changeant de gouvernement
; dans cette fuite de monftres qui
régnerent , prefque fans interruption , depuis
Tibere jufqu'à Nerva , & depuis Commode
jufqu'à Conftantin ; enfin , dans la
tranflation & le partage de l'Empire , qui
périt d'abord en Occident par la puiffance
des Barbares , & qui après avoir langui plufieurs
ficcles en Orient fous des Empereurs
imbéciles ou féroces , s'anéantit infenfiblement
comme ces fleuves qui difparoiffent
dans des fables.
Un affez petit volume a fuffi à M. de
Montefquieu pour développer un tableau
fi intérellant & fi vafte. Comme l'Auteur
ne s'appefantit point fur les détails , & ne
NOVEMBRE. 1755. 92
faifit que les branches fécondes de fon
ſujet , il a ſçu renfermer en très - peu d'efpace
un grand nombre d'objets diftinctement
apperçus & rapidement préfentés fans
fatigue pour le Lecteur ; en laiffant beaucoup
voir , il laifle encore plus à penſer ,
& il auroit pu intituler fon Livre , Hiftoire
Romaine à l'ufage des Hommes d'Etat & des
Philofophes.
Quelque réputation que M. de Montefquieu
fe fût acquife par ce dernier ouvrage
& par ceux qui l'avoient précédé , il
n'avoit fait que fe frayer le chemin à une
plus grande entreprife , à celle qui doit
immortalifer fon nom & le rendre refpectable
aux fiecles futurs. Il en avoit dès
longtems formé le deffein , il en médita
pendant vingt ans l'exécution ; ou , pour
parler plus exactement , toute fa vie en
avoit été la méditation continuelle . D'abord
il s'étoit fait en quelque façon étranger
dans fon propre pays , afin de le mieux
connoître ; il avoit enfuite parcouru toute
l'Europe , & profondément étudié les différens
peuples qui l'habitent . L'Ifle fameufe
qui fe glorifie tant de fes loix , &
qui en profite fi mal , avoit été pour lui
dans ce long voyage , ce que l'ifle de Crete
fut autrefois pour Lycurgue , une école
où il avoit fçu s'inftruire fans tout approu-
E ij
100
MERCURE DE
FRANCE.
ver ; enfin , il avoit , fi on peut parler ainfi ,
interrogé & jugé les nations & les hommes
célebres qui
n'exiftent plus aujour
d'hui que dans les annales du monde. Ce
fut ainfi qu'il s'éleva par dégrés au plus
beau titre qu'un fage puiffe mériter , celui
de Légiflateur des Nations .
S'il étoit animé par
l'importance de la
matiere , il étoit effrayé en même tems par
fon
étendue il
l'abandonna , & y revint
:
à plufieurs repriſes ; il fentit plus d'une fois,
comme il l'avoue lui- même , tomber les
mains
paternelles .
Encouragé enfin
amis , il ramaffa toutes fes forces , & donfes
par
na l'Esprit des Loix.
Dans cet important ouvrage , M. de
Montefquieu , fans
s'appefantir , à l'exemple
de ceux qui l'ont précédé , fur des difcuffions
métaphyfiques relatives à l'hom
me fuppofé dans un état
d'abſtraction ,
fans fe borner , comme d'autres , à confidérer
certains peuples dans quelques relations
ou
circonftances
particulieres , envifage
les habitans de l'univers dans l'état réel
où ils font , & dans tous les rapports qu'ils
peuvent avoir entr'eux. La plupart des
autres Ecrivains en ce genre font prefque
toujours ou de fimples Moraliftes , ou de
fimples
Jurifconfultes , ou même quelquefois
de fimples
Théologiens;pour lui, l'hom
NOVEMBRE. 1755 . ΙΟΥ
perme
de tous les Pays & de toutes les Nations,
il s'occupe moins de ce que le devoir exige
de nous , que des moyens par lefquels on
peut nous obliger de le remplir , de la
fection métaphyfique des loix , que de celle
dont la nature humaine les rend fufceptibles
, des loix qu'on a faites que de celles
qu'on a dû faire , des loix d'un peuple particulier
que de celles de tous les peuples,
Ainfi en fe comparant lui -mêine à ceux
qui ont couru avant lui cette grande &
noble carriere , il a pu dire comme le Correge
, quand il eut vu les ouvrages de fes
rivaux , & moi auffi je fuis Peintre.
Rempli & pénétré de fon objet , l'Auteur
de l'Efprit des Loix y embraſſe un fi
grand nombre de matieres , & les traite
avec tant de brieveté & de profondeur ,
qu'une lecture affidue & méditée peut feule
faire fentir le mérite ce livre . Elle fervira
fur- tout , nous ofons le dire , à faire difparoître
le prétendu défaut de méthode
dont quelques lecteurs ont accufé M. de
Montefquieu ; avantage qu'ils n'auroient
pas dû le taxer légerement d'avoir négligé
dans une matiere philofophique & dans
un ouvrage de vingt années . Il faut diftinguer
le défordre réel de celui qui n'eft
qu'apparent. Le défordre eft réel , quand
l'analogie & la fuite des idées n'eft point
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
obfervée ; quand les conclufions font érigées
en principes , ou les précedent ; quand
le lecteur , après des détours fans nombre ,
fe retrouve au point d'où il eft parti . Le
defordre n'eft qu'apparent , quand l'Auteur
mettant à leur véritable place les idées dont
il fait ufage , laiffe à fuppléer aux lecteurs
les idées intermédiaires : & c'eſt ainfi que
M. de Montefquieu a cru pouvoir & devoir
en ufer dans un livre deſtiné à des
hommes qui penfent , dont le génie doit
fuppléer à des omiffions volontaires & raifonnées
.
L'ordre qui fe fait appercevoir dans les
grandes parties de l'Efprit des Loix , ne
regne pas moins dans les détails : nous
croyons que plus on approfondira l'ouvrage
, plus on en fera convaincu . Fidele à
fes divifions générales , l'Auteur rapporte
à chacune les objets qui lui appartiennent
exclufivement ; & à l'égard de ceux qui
par différentes branches appartiennent à
plufieurs divifions à la fois , il a placé fous
chaque divifion la branche qui lui appartient
en propre ; par- là on apperçoit ailément
& fans confufion , l'influence que
les différentes parties du fujet ont les unes
fur les autres , comme dans un arbre qu
fyftême bien entendu des connoiffances
humaines , on peut voir le rapport mutuel
NOVEMBRE. 1755. 103
des Sciences & des Arts. Cette comparaifon
d'ailleurs eft d'autant plus jufte , qu'il
en eft du plan qu'on peut fe faire dans
l'examen philofophique des Loix , comme
de l'ordre qu'on peut obferver dans un
arbre Encyclopédique des Sciences : il y
reftera toujours de l'arbitraire ; & tout ce
qu'on peut exiger de l'Auteur , c'eſt qu'il
fuive fans détour & fans écart le fyfteme
qu'il s'eft une fois formé.
Nous dirons de l'obfcurité qu'on peut
fe permetrre dans un tel ouvrage , la même
chofe que du défaut d'ordre ; ce qui feroit
obfcur pour les lecteurs vulgaires , ne l'eft
pas pour ceux que l'Auteur a eu en vue.
D'ailleurs l'obfcurité volontaire n'en eft
point une M. de Montefquieu ayant à
préfenter quelquefois des vérités impor
tantes , dont l'énoncé abfolu & direct auroit
pu
bleffer fans fruit , a eu la prudence
louable de les envelopper , & par cet innocent
artifice , les a voilées à ceux à qui
elles feroient nuifibles , fans qu'elles fuffent
perdues pour les fages.
Parmi les ouvrages qui lui ont fourni
des fecours , & quelquefois des vues pour
le fien , on voit qu'il a furtout profité des
deux hiftoriens qui ont penfé le plus ,
Tacite & Plutarque ; mais quoiqu'un Philofophe
qui a fait ces deux lectures , foit
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
difpenfé de beaucoup d'autres , il n'avoit
pas cru devoir en ce genre rien négliger ni
dédaigner de ce qui pouvoit être utile à
fon objet . La lecture que fuppofe l'Espric
des Loix , eft immenſe ; & l'ufage raiſonné
que l'Auteur a fait de cette multitude pro
digieufe de matériaux , paroîtra encore
plus furprenant , quand on fçaura qu'il
étoit prefqu'entierement privé de la vue ,
& obligé d'avoir recours à des yeux étrangers.
Cette vafte lecture contribue nonfeulement
à l'utilité , mais à l'agrément de
l'ouvrage fans déroger à la majefté de fon
fujet. M. de Montefquieu fçait en tempérer
l'austérité , & procurer aux lecteurs
des momens de repos , foit par des faits
finguliers & peu connus , foit par des allufions
délicates , foit par ces coups de pinceau
énergiques & brillans , qui peignent
d'un feul trait les peuples & les hommes .
Enfin , car nous ne voulons pas jouer ici
le rôle des Commentateurs d'Homere , il
y a fans doute des fautes dans l'efprit des
Loix , comme il y en a dans tout ouvrage
de génie , dont l'Auteur a le premier ofé
fe frayer des routes nouvelles. M. de Montefquieu
a été parmi nous , pour l'étude
des loix , ce que Defcartes a été pour la
Philofophie ; il éclaire fouvent , & fe trompe
quelquefois , & en fe trompant même ,
NOVEMBRE. 1755. 105
il inftruit ceux qui fçavent lire. La pouvelle
édition qu'on prépare , montrera par
les additions & corrections qu'il y a faites,
que s'il eft tombé de tems en tems , il a
fçu le reconnoître & fe relever ; par- là , il
acquerra du moins le droit à un nouvel
examen , dans les endroits où il n'aura pas
été de l'avis de fes cenfeurs ; peut- être
même ce qu'il aura jugé le plus digne de
correction , leur a - t-il abfolument échappé
, tant l'envie de nuire eft ordinairement
aveugle.
Mais ce qui eft à la portée de tout le
monde dans l'Eſprit des Loix , ce qui doit
rendre l'Auteur cher à toutes les Nations ,
ce qui ferviroit même à couvrir des fautes
plus grandes que les fiennes , c'eft l'efprit
de citoyen qui l'a dicté. L'amour du bien
public , le defir de voir les hommes heureux
s'y montrent de toutes parts ; & n'eûtil
que ce mérite fi rare & fi précieux , il
feroit digne par cet endroit feul , d'être
la lecture des peuples & des Rois . Nous
voyons déja , par une heureuſe expérience,
que les fruits de cet ouvrage ne fe bornent
pas dans fes lecteurs à des fentimens ſtériles.
Quoique M. de Montefquieu ait peu
furvécu à la publication de l'Efprit des
Loix , il a eu la fatisfaction d'entrevoir
les effets qu'il commence à produire parmi
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
nous ; l'amour naturel des François pour
leur patrie , tourné vers fon véritable objet
; ce goût pour le Commerce , pour l'Agriculture
, & pour les Arts utiles , qui
fe répand infenfiblement dans notre Nation
; cette lumiere générale fur les principes
du gouvernement , qui rend les peuples
plus attachés à ce qu'ils doivent aimer .
Ceux qui ont fi indécemment attaqué cet
ouvrage , lui doivent peut-être plus qu'ils
ne s'imaginent l'ingratitude , au refte ,
eft le moindre reproche qu'on ait à leur
faire. Ce n'eft pas fans regret , & fans
honte pour notre fiecle , que nous allons
les dévoiler ; mais cette hiftoire importe
trop à la gloire de M. de Montefquieu , &
à l'avantage de la Philofophie , pour être
paffée fous filence. Puiffe l'opprobre qui
couvre enfin fes ennemis , leur devenir
falutaire !
A peine l'Efprit des Loix parut- il , qu'il
fut recherché avec empreffement , fur la
réputation de l'Auteur ; mais quoique
M. de Montesquieu eût écrit pour le bien
du peuple , il ne devoit pas avoir le peuple
pour juge ; la profondeur de l'objet
étoit une fuite de fon importance même.
Cependant les traits qui étoient répandus
dans l'ouvrage , & qui auroient été déplacés
s'ils n'étoient pas nés du fond du fuNOVEMBRE.
1755. 107
jet , perfuaderent à trop de perfonnes qu'il
étoit écrit pour elles : on cherchoit un
Livre agréable , & on ne trouvoit qu'un
Livre utile , dont on ne pouvoit d'ailleurs
fans quelque attention faifir l'enſemble &
les détails. On traita légerement l'Esprit
des Loix ; le titre même fut un fujet de
plaifanterie enfin l'un des plus beaux
monumens littéraires qui foient fortis de
notre Nation, fut regardé d'abord par elle
avec affez d'indifférence. Il fallut que les
véritables juges euffent eu le tems de lire :
bientôt ils ramenerent la multitude toujours
prompte à changer d'avis ; la partie
du Public qui enfeigne , dicta à la partie
qui écoute ce qu'elle devoit penfer & dire ;
& le fuffrage des hommes éclairés , joint
aux échos qui le répéterent , ne forma plus
qu'une voix dans toute l'Europe.
Ce fut alors que les ennemis publics &
fecrets des Lettres & de la Philofophie ( car
elles en ont de ces deux efpeces ) réunirent
leurs traits contre l'ouvrage. De-là cette
foule de brochures qui lui furent lancées
de toutes parts , & que nous ne tirerons
pas de l'oubli où elles font déja plongées.
Sisleurs auteurs n'avoient pas pris de bonnes
mefures pour être inconnus à la poftérité
, elle croiroit que l'Efprit des Loix a
été écrit au milieu d'un peuple de barbares.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
M. de Montefquieu méprifa fans peine
les Critiques ténébreufes de ces auteurs
fans talent , qui foit par une jaloufie qu'ils
n'ont pas droit d'avoir , foit pour fatisfaire
la malignité du Public qui aime la fatyre
& la méprife , outragent ce qu'ils ne peuvent
atteindre ; & plus odieux par le mal
qu'ils veulent faire , que
redoutables par
celui qu'ils font , ne réuffiffent pas même
dans un genre d'écrire que fa facilité &
fon objet rendent également vil. Il mettoit
les ouvrages de cette efpece fur la
même ligne que ces Nouvelles hebdomadaires
de l'Europe , dont les éloges font
fans autorité & les traits fans effet , que
des Lecteurs oififs parcourent fans y ajouter
foi , & dans lefquelles les Souverains.
font infultés fans le fçavoir , ou fans daigner
fe venger. IIll nnee ffuutt pas auffi indifférent
fur les principes d'irréligion qu'on
l'accufa d'avoir femé dans l'Eſprit des Loix .
En méprifant de pareils reproches , il auroit
cru les mériter , & l'importance de
l'objet lui ferma les yeux fur la valeur de
fes adverfaires. Ces hommes également
dépourvus de zele & également empreffés
d'en faire paroître , également effrayés de
la lumiere que les Lettres répandent , non
au préjudice de la Religion , mais à leur
défavantage , avoient pris différentes forNOVEMBRE.
1755. 109
mes pour lui porter atteinte. Les uns , par
unftratagême auffi puérile que pufillanime,
s'étoient écrit à eux- mêmes ; les autres ,
après l'avoir déchiré fous le mafque de
P'Anonyme , s'étoient enfuite déchirés entr'eux
à fon occafion . M. de Montesquieu,
quoique jaloux de les confondre , ne jugea
pas à propos de perdre un tems précieux à
les combattre les uns après les autres : il fe
contenta de faire un exemple fut celui qui
s'étoit le plus fignalé par fes excès.
par
C'étoit l'auteur d'une feuille anonyme
& périodique , qui croit avoir fuccédé à
Pafcal , parce qu'il a fuccédé à fes opinions;
panégyrifte d'ouvrages que perfonne ne
lit , & apologiſte de miracles que l'autorité
féculiere a fait ceffer dès qu'elle l'a
voulu ; qui appelle impiété & fcandale le
peu
d'intérêt que les gens de Lettres prennent
à fes querelles , & s'eft aliéné ,
une adreffe digne de lui , la partie de la
Nation qu'il avoit le plus d'intérêt de ménager.
Les coups de ce redoutable athlete
furent dignes des vues qui l'infpirerent ; il
accufa M. de Montefquieu & de Spinoffme
& de Déifine ( deux imputations incompatibles
) ; d'avoir fuivi le ſyſtème de
Pope ( dont il n'y avoit pas un mot dans
l'ouvrage ) ; d'avoir cité Plutarque qui n'eft
pas un Auteur Chrétiens de n'avoir point
110 MERCURE DE FRANCE.
parlé du péché originel & de la Grace , Il
prétendit enfin que l'Efprit des Loix étoit
une production de la Conftitution Unigenitus;
idée qu'on nous foupçonnera peut-être
de prêter par dérifion au critique. Ceux
qui ont connu M. de Montefquieu , l'ouvrage
de Clément XI & le fien , peuvent
juger par cette accufation de toutes les
autres.
Le malheur de cet écrivain dut bien le
décourager : il vouloit perdre un fage par
l'endroit le plus fenfible à tout citoyen , il
ne fit que lui procurer une nouvelle gloire
comme homme de Lettres ; la Défense de
l'Esprit des Loix parut. Cet ouvrage , par
la modération , la vérité , la fineffe de
plaifanterie qui y regnent , doit être regardé
comme un modele en ce genre. M.
de Montefquieu , chargé par fon adverfaire
d'imputations atroces , pouvoit le
rendrejodieux fans peine ; il fit mieux , il
le rendit ridicule . S'il faut tenir compte à
l'agreffeur d'un bien qu'il a fait fans le
vouloir , nous lui devons une éternelle
reconnoiffance de nous avoir procuré ce
chef-d'oeuvre : Mais ce qui ajoute encore
au mérite de ce morceau précieux , c'eſt
que l'auteur s'y eft peint lui- même fans y
penfer ; ceux qui l'ont connu , croyent
Î'entendre , & la poſtérité s'affurera , en
NOVEMBRE. 1755 111
lifant fa Défenfe , que fa converfation n'étoit
pas inférieure à fes écrits ; éloge que
bien peu de grands hommes ont mérité.
Une autre circonftance lui affure pleinement
l'avantage dans cette difpute : le
critique qui , pour preuve de fon attachement
à la religion , en déchire les Miniftres
, accufoit hautement le Clergé de
France , & fur-tout la Faculté de Théolo
gie , d'indifférence pour la caufe de Dieu ,
en ce qu'ils ne profcrivoient pas authentiquement
un fi pernicieux ouvrage . La Faculté
étoit en droit de méprifer le repro
che d'un écrivain fans aveu ; mais il s'agif
foit de la religion ; une délicateffe louable
lui a fait prendre le parti d'examiner l'Ef
prit des Loix. Quoiqu'elle s'en occupe depuis
plufieurs années , elle n'a rien prononcé
jufqu'ici ; & fût- il échappé à M. de
Montefquieu quelques inadvertences lé--
geres , prefque inevitables dans une carriere
fi vafte , l'attention longue & fcrupuleufe
qu'elles auroient demandée de la
part du Corps le plus éclairé de l'Eglife ,
prouveroit au moins combien elles feroient
excufables. Mais ce Corps , plein de prudence
, ne précipitera rien dans une fi
importante matiere : il connoit les bornes
de la raifon & de la foi ; il fçait que l'ouvrage
d'un homme de lettres ne doit point
112 MERCURE DE FRANCE.
être examiné comme celui d'un Théologien
que les mauvaifes conféquences
auxquelles une propofition peut donner
lieu par des interprétations odieufes , ne
rendent point blamable la propofition en
elle -même ; que d'ailleurs nous vivons
dans un fiécle malheureux , où les intérêts
de la religion ont befoin d'être ménagés ,
& qu'on peut lui nuire auprès des fimples,
en répandant mal - à - propos fur des genies
du premier ordre le foupçon d'incrédulité;
qu'enfin , malgré cette accufation injuſte ,
M. de Montefquien fut toujours eſtimé ,
recherché & accueilli par tout ce que l'Eglife
a de plus refpectable & de plus grand ;
eût-il confervé auprès des gens de bien la
confidération dont il jouiffoit , s'ils l'euffent
regardé comme un écrivain dangéreux
?
Pendant que des infectes le tourmentoient
dans fon propre pays , l'Angleterre
élevoit un monument à fa gloire. En 1752 ,
M. Daffier , célebre par les médailles qu'il
a frappées à l'honneur de plufieurs hommes
illuftres , vint de Londres à Paris pour
frapper la fienne. M. de la Tour , cet attifte
fi fupérieur par fon talent , & fi eftimable
par fon defintéreffement & l'élévation
de fon ame , avoit ardemment defiré
de donner un nouveau luftre à fon pinNOVEMBRE.
1755. 113
ceau , en tranfmettant à la poftérité le
portrait de l'auteur de l'Efprit des Loix ;
il ne vouloit que la fatisfaction de le peindre
, & il méritoit , comme Apelle , que
cet honneur lui fût réfervé ; mais M. de
Montefquieu , d'autant plus avare du tems
de M. de la Tour que celui - ci en étoit plus
prodigue , fe refufa conftamment & poliment
à fes preffantes follicitations. M. Daf
fier effuya d'abord des difficultés femblables
: Croyez-vous , dit-il enfin à M. de
Montefquieu , » qu'il n'y ait pas autant
d'orgueil à refufer ma propofition qu'à
» l'accepter » ? Defarmé par cette plaifanterie
, il laiffa faire à M. Daflier tout ce
qu'il voulut.
»
L'auteur de l'Esprit des Loix jouiffoit
enfin paisiblement de fa gloire , lorfqu'il
tomba malade au commencement de Février.
Sa fanté , naturellement délicate ,
commençoit à s'altérer depuis long- tems
par l'effet lent & prefque infaillible des
études profondes , par les chagrins qu'on
avoit cherché à lui fufciter fur fon ouvra- ge ; enfin
par le genre
de vie qu'on
le forçoit
de mener
à Paris
, & qu'il
fentoit
lui
être
funefte
. Mais
l'empreffement
avec
le-`
quel
on recherchoit
fa focieté
, étoit
trop
vif pour
n'être
pas
quelquefois
indifcret
on vouloit
, fans
s'en
appercevoir
, jouir
114 MERCURE DE FRANCE.
de lui aux dépens de lui -même. A peine la
nouvelle du danger où il étoit fe fût- elle
répandue , qu'elle devint l'objet des converfations
& de l'inquiétude publique ; fa
maifon ne défempliffoit point de perfonnes
de tout rang qui venoient s'informer
de fon état , les unes par un intérêt véritable
, les autres pour s'en donner l'apparence
, ou pour fuivre la foule. Sa Majefté ,
pénétrée de la ppeerrttee qquuee fon royaume alloit
faire , en demanda plufieurs fois des
nouvelles ; témoignage de bonté & de juftice
qui n'honore pas moins le Monarque
que le fujet. La fin de M. de Montefquieu
ne fut point indigne de fa vie. Accablé de
douleurs cruelles , éloigné d'une famille
à qui il étoit cher , & qui n'a pas eu la
confolation de lui fermer les yeux , entouré
de quelque amis & d'un plus grand
nombre de fpectateurs , il conferva jufqu'au
dernier moment la paix & l'égalité
de fon ame. Enfin , après avoir fatisfait
avec décence à tous fes devoirs , plein de
confiance en l'Etre éternel auquel il alloit.
fe rejoindre , il mourut avec la tranquillité
d'un homme de bien , qui n'avoit jamais
confacré fes talens qu'à l'avantage.
de la vertu & de l'humanité. La France &
l'Europe le perdirent le 10 Février 1755 ,
à l'âge de foixante- fix ans révolus.
NOVEMBRE 1755. 115
Toutes les nouvelles publiques ont annoncé
cet événement comme une calamité.
On pourroit appliquer à M. de Montefquieu
ce qui a été dit autrefois d'un
illuftre Romain ; que perfonne en apprenant
fa mort n'en témoigna de joie , que
perfonne même ne l'oublia dès qu'il ne fut
plus. Les étrangers s'emprefferent de faire
éclater leurs regrets ; & Milord Chefterfield
, qu'il fuffit de nommer , fit imprimer
dans un des papiers publics de Londres
un article à fon honneur , article digne
de l'un & de l'autre ; c'eft le portrait
d'Anaxagore tracé par Périclès . L'Académie
royale des Sciences & des Belles -Lettres
de Pruffe , quoiqu'on n'y foit point
dans l'ufage de prononcer l'éloge des affociés
étrangers , a cru devoir lui faire cet
honneur , qu'elle n'a fait encore qu'à l'illuftre
Jean Bernouilli ; M. de Maupertuis,
tout malade qu'il étoit , a rendu lui-même
à fon ami ce dernier devoir , & n'a voulu
fe repofer fur perfonne d'un foin fi cher &
fi trifte. A tant de fuffrages éclatans en faveur
de M. de Montefquieu , nous croyons
pouvoir joindre fans indifcrétion les éloges
que lui a donné , en préfence de l'un
de nous , le Monarque même auquel cette.
Académie célebre doit fon luftre , Prince
fait pour fentir les pertes de la Philofa116
MERCURE DE FRANCE.
phie , & pour l'en confoler.
Le 17 Février , l'Académie Françoiſe
lui fit , felon l'ufage , un fervice folemnel
, auquel , malgré la rigueur de la faifon
, prefque tous les gens de Lettres de
ce Corps , qui n'étoient point abfens de
Paris , fe firent un devoir d'affifter. On
auroit dû dans cette trifte cérémonie placer
l'Esprit des Loix fur fon cercueil , comme
on expofa autrefois vis - à-vis le cercueil
de Raphaël fon dernier tableau de la
Transfiguration . Cet appareil fimple &
touchant eût été une belle oraifon funébre.
Jufqu'ici nous n'avons confidéré M. de
Montefquieu que comme écrivain & philofophe
; ce feroit lui dérober la moitié
de fa gloire que de paffer fous filence fes
agrémens & fes qualités perfonnelles.
Il étoit dans le commerce d'une douceur
& d'une gaieté toujours égale . Sa
converfation étoit légere , agréable , &
instructive par le grand nombre d'hommes
& de peuples qu'il avoit connus. Elle étoit
coupée comme fon ftyle , pleine de fel &
de faillies , fans amertunie & fans fatyre
; perfonne ne racontoit plus vivement ,
plus promptement , avec plus de grace &
moins d'apprêt. Il fçavoit que la fin d'une
hiftoire plaifante en eft toujours le but ;-
NOVEMBRE. 1755. 117
il fe hâtoit donc d'y arriver , & produifoit
l'effet fans l'avoir promis.
Ses fréquentes diftractions ne le rendoient
que plus aimable ; il en fortoit
toujours par quelque trait inattendu qui
réveilloit la converfation languiffante ;
d'ailleurs elles n'étoient jamais , ni jouées,
ni choquantes , ni importunes : le feu de
fon efprit , le grand nombre d'idées dont
il étoit plein , les faifoient naître , mais il
n'y tomboit jamais au milieu d'un entretien
intéreffant ou férieux ; le defir de
plaire à ceux avec qui il fe trouvoit , le
rendoit alors à eux fans affectation & fans
effort.
Les agrémens de fon commerce tenoient
non feulement à fon caractere & à
fon efprit , mais à l'efpece de régime qu'il
obfervoit dans l'étude. Quoique capable
d'une méditation profonde & long- tems
foutenue , il n'épuifoit jamais fes forces , il
quitroit toujours le travail avant que d'en
reffentir la moindre impreffion de fatigue.
Il étoit fenfible à la gloire , mais il ne
vouloit y parvenir qu'en la méritant ; jamais
il n'a cherché à augmenter la fienne
par ces manoeuvres fourdes , par ces voyes
obfcures & honteufes, qui deshonorent la
perfonne fans ajouter au nom de l'auteur .
Digne de toutes les diftinctions & de
IIS MERCURE DE FRANCE.
toutes les récompenfes , il ne demandoit
rien , & ne s'étonnoit point d'être oublié ;
mais il a ofé , même dans des circonftances
délicates, protéger à la Cour des hommes
de Lettres perfécutés , célebres &
malheureux , & leur a obtenu des graces.
Quoiqu'il vecût avec les grands , foit
par néceffité , foit par convenance , foit
par gout , leur fociété n'étoit pas néceffaire
à fon bonheur. Il fuyoit dès qu'il le
pouvoit à fa terre ; il y retrouvoit avec
joie fa philofophie , fes livres & le repos.
Entouré de gens de la campagne dans fes
heures de loifir , après avoir étudié l'homme
dans le commerce du monde & dans
l'hiftoire des nations , il l'étudioit encore
dans ces ames fimples que la nature feule
a inftruites , & il y trouvoit à apprendre ;
il converfoit gayement avec eux ; il leur
cherchoit de l'efprit comme Socrate ; il
paroiffoit fe plaire autant dans leur entretien
que dans les fociétés les plus brillantes
, furtout quand il terminoit leurs différends
, & foulageoit leurs peines par fes
bienfaits.
Rien n'honore plus fa mémoire que
l'économie avec laquelle il vivoit , &
qu'on a ofé trouver exceffive dans un
monde avare & faftueux , peu fait pour
en pénétrer les motifs , & encore moins
NOVEMBRE. 1755. 119
pour les fentir. Bienfaifant , & par conféqnent
jufte, M. de Montesquieu ne vouloit
rien prendre fur fa famille , ni des
fecours qu'il donnoit aux malheureux ,
ni des dépenfes confidérables auxquels fes
longs voyages , la foibleffe de fa vue &
l'impreffion de fes ouvrages l'avoient
obligé . Il a tranfmis à fes enfans , fans
diminution ni augmentation , l'héritage
qu'il avoit reçu de fes peres ; il n'y a rien
ajouté que la gloire de fon nom & l'exemple
de fa vie.
Il avoit époufé en 1715 Demoifelle
Jeanne de Lartigue, fille de Pierre de Lartigue
, Lieutenant Colonel au Régiment
de Maulévrier ; il en a eu deux filles &
un fils , qui par fon caractere , fes moeurs
& fes ouvrages s'eft montré digne d'un
tel pere.
Ĉeux qui aiment la vérité & la patrie,
ne feront pas fâchés de trouver ici quelques
unes de fes maximes : il penfoit ,
Que chaque portion de l'Etat doit être
également foumife aux loix , mais que
les privileges de chaque portion de l'Etat
doivent être respectés , lorfque leurs effets
n'ont rien de contraire au droit naturel
, qui oblige tous les citoyens à concourir
également au bien public ; que la
poffellion ancienne étoit en ce genre le
120 MERCURE DE FRANCE.
premier des titres & le plus inviolable des
droits , qu'il étoit toujours injufte & quel
quefois dangereux de vouloir ébranler ;
Que les Magiftrats , dans quelque circonftance
& pour quelque grand intérêt
de corps que ce puiffe être , ne doivent
jamais être que Magiftrats , fans parti &
fans paffion , comme les Loix , qui abſolvent
& puniffent fans aimer ni hair.
Il difoit enfin à l'occafion des difputes
eccléfiaftiques qui ont tant occupé les Empereurs
& les Chrétiens Grecs , que les
querelles théologiques, lorfqu'elles ceffent
d'être renfermées dans les écoles , deshonorent
infailliblement une nation aux
yeux des autres en effet , le mépris même
des fages pour ces querelles ne la juftifie
pas , parce que les fages faifant partout
le moins de bruit & le plus petit
nombre , ce n'est jamais fur eux qu'une
nation eft jugée .
L'importance des ouvrages dont nous
avons eu à parler dans cet éloge , nous
en a fait paffer fous filence de moins confidérables
, qui fervoient à l'auteur comme
de délaffement , & qui auroient fuffi
l'éloge d'un autre ; le plus remarquable
eft le Temple de Gnide , qui fuivit d'affez
près les Lettres Perfannes. M. de Montefquieu
, après avoir été dans celle- ci Hopour
race ,
NOVEMBRE . 1755. 121
race , Théophrafte & Lucien , fut Ovide
& Anacréon dans ce nouvel effai : ce n'eſt
plus l'amour defpotique de l'Orient qu'il
fe propofe de peindre , c'eft la délicateffe
& la naïveté de l'amour paftoral , tel qu'il
eſt dans une ame neuve, que le commerce
des hommes n'a point encore corrompue.
L'Auteur craignant peut - être qu'un tableau
fi étrangerà nos moeurs ne parût
trop languiffant & trop uniforme , a cherché
à l'animer par les peintures les plus
riantes ; il tranfporte le lecteur dans des
lieux enchantés , dont à la vérité le fpectacle
intéreffe peu l'amant heureux , mais
dont la defcription flatte encore l'imagination
quand les defirs font fatisfaits . Emporté
par fon fujet , il a répandu dans ſa
profe ce ftyle animé , figuré & poétique ,
dont le roman de Thélemaque a fourni
parmi nous le premier modele. Nous ignorons
pourquoi quelques cenfeurs du temple
de Gnide ont dit à cette occaſion , qu'il
auroit eu befoin d'être en vers. Le ſtyle
poétique , fi on entend , comme on le
doit , par ce mot , un ftyle plein de chaleur
& d'images , n'a pas befoin , pour être
agréable , de la marche uniforme & cadencée
de la verfification ; mais fi on ne
fait confifter ce ftyle que dans une diction
chargée d'épithetes oifives , dans les pein
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tures froides & triviales des aîles & du
carquois de l'amour , & de femblables
objets , la verfication n'ajoutera prefqu'aucun
mérite à ces ornemens ufés ; on
y cherchera toujours en vain l'ame & la
vie. Quoiqu'il en foit , le Temple de Gnide
étant une espece de poëme en profe
c'est à nos écrivains les plus célebres en ce
genre à fixer le rang qu'il doit occuper :
il merite de pareils juges ; nous croyons
du moins que les peintures de cet ouvrage
foutiendroient avec fuccès une des
principales épreuves des defcriptions poétiques
, celle de les repréfenter fur la toile.
Mais ce qu'on doit fur- tout remarquer
dans le Temple de Gnide , c'eft qu'Anacréon
même y est toujours obfervateur &
philofophe. Dans le quatrieme chant , il
paroît décrire les moeurs des Sibarites , &
on s'apperçoit aifément que ces moeurs
font les nôtres. La préface porte fur - tout
l'empreinte de l'auteur des Lettres Perfannes.
En préfentant le Temple de Gnide
comme la traduction d'un manufcrit grec ,
plaifanterie défigurée depuis par tant de
mauvais copiſtes , il en prend occafion de
peindre d'un trait de plume l'ineptie des
critiques & le pédantifme des traducteurs,
& finit par ces paroles dignes d'être rapportées
» Si les gens graves defiroient
NOVEMBRE. 1755. 123
33
de moi quelque ouvrage moins frivole ,
je fuis en état de les fatisfaire : il y a
» trente ans que je travaille à un livre de
» douze pages , qui doit contenir tout ce
que nous fçavons fur la Métaphyfique ,
» la Politique & la Morale , & tout ce
que de très grands auteurs ont oublié
» dans les volumes qu'ils ont publiés fur
» ces matieres » .
Nous regardons comme une des plus
honorables récompenfes de notre travail
l'intérêt particulier que M. de Monteſquieu
prenoit à ce dictionnaire , dont toutes
les reffources ont été jufqu'à préfent
dans le courage & l'émulation de fes auteurs
. Tous les gens de Lettres , felon lui,
devoient s'empreffer de concourir à l'exécution
de cette entrepriſe utile ; il en a
donné l'exemple avec M. de Voltaire , &
plufieurs autres écrivains célebres. Peutêtre
les traverfes que cet ouvrage a ef
fuyées , & qui lui rappelloient les fiennes
propres , l'intéreffoient-elles en notre faveur,
Peut-être étoit- il fenfible , fans s'en
appercevoir , à la juftice que nous avions
ofé lui rendre dans le premier volume de
l'Encyclopédie , lorfque perfonne n'ofoit
encore élever fa voix pour le défendre.
Il nous deftinoit un article fur le Goût, qui
a été trouvé imparfait dans fes papiers ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
nous le donnerons en cet état au public ,
& nous le traiterons avec le même refpect
que l'antiquité témoigna autrefois pour
les dernieres paroles de Séneque . La mort
l'a empêché d'étendre plus loin fes bienfaits
à notre égard ; & en joignant nos
propres regrets à ceux de l'Europe entiere ,
nous pourrions écrire fur fon tombeau :
Finis vita cjus nobis luctuofus , Patriæ
triftis , extraneis etiam ignotifque non fine
curâ fuit.
Tacit. in Agricol. c. 43 .
volume de l'Encyclopédie. Qui ſe diſtribue
depuis quelques jours chez Briaffon , David
l'aîné , le Breton , & Durand. Il doit être
d'autant plus intéreffant que M. de Voltaire
y a travaillé les mots , efprit , éloquence
, élégance. Qui pouvoit mieux en
parler ? Le morceau qui paroît à la tête du
même volume , acheve de le rendre précieux
. C'eſt l'éloge de M. de Montesquieu
par M. d'Alembert . On peut dire fans
fadeur que le Panégyrifte eft digne du
héros . Cet éloge nous a paru d'une fi grande
beauté , que nous croyons obliger le
Lecteur de l'inférer ici dans fon entier.
Quant à la note qui fe trouve à la page
huit , comme elle contient elle - feule une
excellente analyſe de l'Efprit des Loix ,
nous avons craint de prodiguer à la fois
tant de richeffes , & par une jufte économie,
nous l'avons réfervée pour en décorer
le premier Mercure de Décembre . Ceux
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
qui n'auront pas le Dictionnaire , feront
charmés de trouver cette piece complette
dans mon Journal , où ils pourront même
la lire plus commodément , puifqu'il eſt
portatif.
Eloge de M. le Préſident de Montefquien.
L'intérêt que les bons citoyens prennent
à l'Encyclopédie, & le grand nombre de
gens de Lettres qui lui confacrent leurs
travaux , femblent nous permettre de la
regarder comme un des monumens les
plus propres à être dépofitaires des fentimens
de la patrie , & des hommages
qu'elle doit aux hommes célebres qui l'ont
honorée . Perfuadés néanmoins que M.
de Montesquieu étoit en droit d'attendre
d'autres Panégyriftes que nous , & que la
douleur publique eût mérité des interpretes
plus éloquens , nous euflions renfermé
au- dedans de nous-mêmes nos juftes
regrets & notre refpect pour fa mémoire ;
mais l'aveu de ce que nous lui devons ,
nous eft trop précieux pour en laiffer le
foin à d'autres. Bienfaicteur de l'humanité
par fes écrits , il a daigné l'être auffi de
cet ouvrage , & notre reconnoiffance ne
veut que tracer quelques lignes au pied de
fa ftatue .
Charles de Secondat , Baron de la Brede
NOVEMBRE. 1755. 79
& de Montesquieu , ancien Préfident à
Mortier au Parlement de Bordeaux , de
l'Académie Françoife, de l'Académie royale
des Sciences & des Belles - Lettres de
Pruffe , & de la Société de Londres , naquit
au Château de la Brede , près de Bordeaux
, le 18 Janvier 1689 , d'une famille
noble de Guyenne. Son trifayeul , Jean de
Secondat , Maître d'Hôtel de Henri II ,
Roi de Navarre , & enfuite de Jeanne ,
fille de ce Roi , qui époufa Antoine de
Bourbon , acquit la terre de Montesquieu
d'une fomme de 10000 livres que cette
Princeffe lui donna par un acte authentique
, en récompenfe de fa probité & de
fes fervices. Henri III , Roi de Navarre ,
depuis Henri IV , Roi de France , érigea
en Baronie la terre de Montefquieu , en
faveur de Jacob de Secondat , fils de Jean ,
d'abord Gentilhomme ordinaire de la
Chambre de ce Prince , & enfuite Meftre
de camp du Régiment de Châtillon.
Jean Gafton de Secondat , fon fecond fils ,
ayant époufé la fille du Premier Préfident
du Parlement de Bordeaux , acquit dans
cette Compagnie une charge de Préfident
à Mortier. Il eut plufieurs enfans , dont
un entra dans le fervice , s'y diftingua ,
& le quitta de fort bonne heure. Ce fut
pere de Charles de Secondat , auteur Le
Div
So MERCURE DE FRANCE.
de l'Efprit des Loix . Ces détails paroîtront
peut- être déplacés à la tête de l'éloge
d'un philofophe dont le nom a fi peu
befoin d'ancêtres ; mais n'envions point
à leur mémoire l'éclat que ce nom répand
fur elle.
Les fuccès de l'enfance préfage quelquefois
fi trompeur , ne le furent point
dans Charles de Secondat : il annonça de
bonne heure ce qu'il devoit être ; & fon
pere donna tous fes foins à cultiver ce génie
naiffant , objet de fon efpérance &
de fa tendreſſe . Dès l'âge de vingt ans , le
jeune Montefquieu préparoit déja les matériaux
de l'Esprit des Loix , par un extrait
raifonné des immenfes volumes qui compofent
le corps du Droit civil ; ainfi autrefois
Newton avoit jetté dès fa premiere
jeuneffe les fondemens des ouvrages qui
l'ont rendu immortel . Cependant l'étude
de la Jurifprudence , quoique moins aride
pour M. de Montefquieu que pour la
plupart de ceux qui s'y livrent , parce qu'il
la cultivoit en philofophe , ne fuffifoit pas
à l'étendue & à l'activité de fon génie ; il
approfondiffoit dans le même temps des
matieres encore plus importantes & plus
délicates , & les difcutoit dans le filence
avec la fageffe , la décence , & l'équité
qu'il a depuis montrées dans fes ouvrages .
NOVEMBRE. 1755 . 81
Un oncle paternel , Préfident à Mortier
au Parlement de Bordeaux , Juge éclairé
& citoyen vertueux , l'oracle de fa compagnie
& de fa province , ayant perdu un
fils unique , & voulant conferver dans fon
Corps l'efprit d'élevation qu'il avoit tâché
d'y répandre , laiffa fes biens & fa charge
à M. de Montefquieu ; il étoit Confeiller
au Parlement de Bordeaux , depuis le 24
Février 1714 , & fut reçu Préſident à
Mortier le 13 Juillet 1716. Quelques années
après , en 1722 , pendant la minorité
du Roi , fa Compagnie le chargea de préfenter
des remontrances à l'occafion d'un
nouvel impôt. Placé entre le thrône & le
peuple , il remplit en fujet refpectueux &
en Magiftrat plein de courage , l'emploi fi
noble & fi peu envié , de faire parvenir
au Souverain le cri des malheureux ; & la
mifere publique repréfentée avec autant
d'habileté que de force , obtint la justice.
qu'elle demandoit . Ce fuccès , il eft vrai ,
par malheur l'Etat bien plus que pour
pour
lui , fut auffi paffager que s'il eût été injufte
; à peine la voix des peuples eût- elle
ceffé de le faire entendre , que l'impôt
fupprimé fut remplacé par un autre ; mais
le citoyen avoit fait fon devoir.
Il fut reçu le 3 Avril 1716 dans l'Académie
de Bordeaux , qui ne faifoit que de
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
naître . Le gout pour la Mufique & pour
les ouvrages de pur agrément , avoit d'abord
raflemblé les membres qui la for
moient. M. de Montefquieu crut avec raifon
que l'ardeur naiffante & les talens de
fes confieres pourroient s'exercer avec encore
plus d'avantage fur les objets de la
Phyfique. Il étoit perfuadé que la nature ,
digne d'être obfervée par -tout , trouvoit
aufli par tout des yeux dignes de la voir ;
qu'au contraire les ouvrages de goût ne
fouffrant point de médiocrité , & la Capitale
étant en ce genre le centre des lumieres
& des fecours , il étoit trop difficile de
rafferobler loin d'elle un affez grand nombre
d'écrivains diftingués ; il regardoit les
Sociétés de bel efprit , fi étrangement multipliées
dans nos provinces , comme une
efpece , ou plutôt comme une ombre de
luxe littéraire qui nuit à l'opulence réelle
fans même en offrir l'apparence . Heureufement
M. le Duc de la Force , par un prix
qu'il venoit de fonder à Bordeaux , avoit
fecondé des vues fi éclairées & fi juftes.
On jugea qu'une expérience bien faite
feront préférable à un difcours foible , ou
à un mauvais poëme ; & Bordeaux eut
une Académie des Sciences .
M. de Montefquieu nullement empreffé
de fe montrer au public , fembloit attenNOVEMBRE.
1755. 83
dre , felon l'expreffion d'un grand génie ,
un âge mur pour écrire ; ce ne fut qu'en
1721 , c'eft -à- dire âgé de trente - deux ans,
qu'il mit au jour les Lettres Perfannes. Le
Siamois des amufemens ferieux & comiques
pouvoit lui en avoir fourni l'idée ; mais
il furpaffa fon modele . La peinture des
moeurs orientales réelles ou fuppofées , de
l'orgueil & du flegme de l'amour aliatique
, n'eft que le moindre objet de ces
Lettres ; elle n'y fert , pour ainfi dire , que
de prétexte à une fatyre fine de nos moeurs,
& à des matieres importantes que l'Auteur
approfondit en paroiffant gliffer fur
elles. Dans cette efpèce de tableau mouvant
, Ufbek expofe fur-tout avec autant
de légereté que d'énergie ce qui a le plus
frappé parmi nous fes yeux pénétrans ;
notre habitude de traiter férieufement les
chofes les plus futiles , & de tourner les
plus importantes en plaifanterie ; nos converfations
fi bruyantes & fi frivoles ; notre
ennui dans le fein du plaifir même ;
nos préjugés & nos actions en contradiction
continuelle avec nos lumieres ; tant
d'amour pour la gloire joint à tant de
refpect pour l'idole de la faveur ; nos
Courtifans fi rampans & fi vains ; notre
politeffe extérieure & notre mépris réel
pour les étrangers , ou notre prédilection
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
affectée pour eux ; la bifarrerie de nos
gouts , qui n'a rien au- deffous d'elle que
l'empreffement de toute l'Europe à les
adopter ; notre dédain barbare pour deux
des plus refpectables occupations d'un citoyen
, le commerce & la magiftrature ;
nos difputes littéraires fi vives & fi inuti
les ; notre fureur d'écrire avant que de
penfer , & de juger avant que de connoître.
A cette peinture vive , mais fans
fiel , il oppofe dans l'apologue des Troglodites
, le tableau d'un peuple vertueux ,
devenu fage par le malheur , morceau
digne du Portique : ailleurs il montre la
philofophie long-tems étouffée , reparoiffant
tout-à- coup , regagnant par les progrès
le tems qu'elle a perdu , pénétrant
jufques chez les Ruffes à la voix d'un génie
qui l'appelle , tandis que chez d'autres
peuples de l'Europe , la fuperftition , femblable
à une atmoſphere épaiffe , empêche
la lumiere qui les environne de toutes
parts d'arriver jufqu'à eux. Enfin , par les
principes qu'il établit fur la nature des
gouvernemens anciens & modernes , il
préfente le germe de ces idées lumineufes
développées depuis par l'Auteur dans fon
grand ouvrage.
Ces différens fujets , privés aujourd'hui
des graces de la nouveauté qu'ils avoient
8
NOVEMBRE. 1755. 85
dans la naiffance des Lettres Perfannes , y
conferveront toujours le mérite du caractere
original qu'on a fçu leur donner ;
mérite d'autant plus réel , qu'il vient ici
du génie feul de l'écrivain , & non du
voile étranger dont il s'eft couvert ; car
Ufbek a pris durant fon féjour en France ,
non feulement une connoiffance fi parfaite
de nos moeurs , mais une fi forte teinture
de nos manieres mêmes , que fon
ftyle fait fouvent oublier fon pays . Ce
léger défaut de vraisemblance peut n'être
fans deffein & fans adreffe : en relevant
nos ridicules & nos vices , il a voulu
fans doute auffi rendre juftice à nos
avantages ; il a fenti toute la fadeur d'un
éloge direct & il s'en eft plus finement
acquitté , en prenant fi fouvent notre ton
pour médire plus agréablement de nous.
pas
Malgré le fuccès de cet ouvrage , M.
de Montefquieu ne s'en étoit point déclaré
ouvertement l'auteur. Peut - être
croyoit- il échapper plus aifément par ce
moyen à la fatyre littéraire , qui épargne
plus volontiers les écrits anonymes , parce
que c'est toujours la perfonne & non l'ouvrage
qui eft le but de fes traits ; peut- être
craignoit- il d'être attaqué fur le prétendu
contrafte des Lettres Perfannes avec l'auférité
de fa place ; efpece de reproche ,
86 MERCURE DE FRANCE.
difoit il , que les critiques ne manquent
jamais, parce qu'il ne demande aucun effort
d'efprit. Mais fon fecret étoit découvert ,
& déja le public le montroit à l'Académie
Françoife. L'événement fit voir combien
le filence de M. de Montefquieu avoit été
fage . Ufbek s'exprime quelquefois affez
librement , non fur le fonds du Chriftianiſme
, mais fur des matieres que trop de
perfonnes affectent de confondre avec le
Chriftianifme même , fur l'efprit de
perfécution
dont tant de Chrétiens ont été
animés ; fur les ufurpations temporelles
de la puiffance eccléfiaftique ; fur la multiplication
exceffive des monafteres , qui
enleve des fujets à l'Etat , fans donner à
Dieu des adorateurs ; fur quelques opinions
qu'on a vainement tenté d'ériger
en dogmes ; fur nos difputes de religion ,
toujours violentes , & fouvent funeftes.
S'il paroît toucher ailleurs à des questions
plus délicates , & qui intéreffent de plus
près la religion chrétienne , fes réflexions
appréciées avec juftice , font en effet trèsfavorables
à la révélation , puifqu'il fe
borne à montrer combien la raifon humaine
, abandonnée à elle-même , eft peu
éclairée fur ces objets. Enfin , parmi les
véritables lettres de M. de Montefquieu ,
l'Imprimeur étranger en avoit inféré quel
NOVEMBRE. 1755. 87
ques -unes d'une autre main , & il eût
fallu du moins , avant que de condamner
l'auteur , démêler ce qui lui appartenoit
en propre. Sans égard à ces confidérations
, d'un côté la haine fous le rom
de zéle , de l'autre le zéle fans difcernement
ou fans lumieres , fe fouleverent &
fe réunirent contre les Lettres Perfannes.
Des délateurs , efpece d'hommes dangereufe
& lâche , que même dans un gouvernement
fage on a quelquefois le malheur
d'écouter , allarmerent par un extrait
infidele la piété du miniftere. M. de Montefquieu
, par le confeil de fes amis , foutenu
de la voix publique , s'étant préſenté
pour la place de l'Académie Françoiſe vacante
par la mort de M. de Sacy , le Miniftre
écrivit à cette Compagnie qué S. M.
ne donneroit jamais fon agrément à l'auteur
des Lettres Perfannes ; qu'il n'avoit
point lu ce livre , mais que des perfonnes
en qui il avoit confiance , lui en avoient
fait connoître le poifon & le danger . M.
de Montefquieu fentit le coup qu'une pareille
accufation pouvoit porter à fa perfonne
, à la famille , à la tranquillité de
fa vie. Il n'attachoit pas affez de prix aux
honneurs littéraires , ni pour les rechercher
avec avidité , ni pour affecter de les
dédaigner quand ils fe préfentoient à lui ,
88 MERCURE DE FRANCE.
:
ni enfin pour en regarder la fimple privation
comme un malheur ; mais l'exclufion
perpétuelle , & fur - tout les motifs de
l'exclufion lui paroiffoient une injure. Il vit
le Miniftre , lui déclara que par des raifons
particulieres il n'avouoit point les
Lettres Perfannes , mais qu'il étoit encore
plus éloigné de defavouer un ouvrage
dont il croyoit n'avoir point à rougir , &
qu'il devoit être jugé d'après une lecture ,
& non fur une délation le Miniftre prit
enfin le parti par où il auroit dû commencer
; il lut le livre , aima l'Auteur , & apprit
à mieux placer fa confiance ; l'Académie
Françoife ne fut point privée d'un de
fes plus beaux ornemens , & la France eut
le bonheur de conferver un fujet que la fuperftition
ou la calomnie étoient prêtes à
lui faire perdre : car M. de Montefquieu
avoit déclaré au Gouvernement qu'après
l'efpece d'outrage qu'on alloit lui faire ,
il iroit chercher chez les étrangers qui lui
tendoient les bras , la fureté , le repos , &
peut-être les recompenfes qu'il auroit dû
efperer dans fon pays. La nation eût déploré
cette perte , & la honte en fut pourtant
retombée fur elle.
Feu M. le Maréchal d'Eftrées , alors Directeur
de l'Académie Françoife , fe conduifit
dans cette circonftance en courtiſan
NOVEMBRE . 1755 . 89
vertueux , & d'une ame vraiment élevée ;
il ne craignit ni d'abufer de fon crédit ni
de le compromettre ; il foutint fon ami &
juftifia Socrate. Ce trait de courage fi précieux
aux Lettres , fi digne d'avoir aujourd'hui
des imitateurs , & fi honorable à
la mémoire de M. le Maréchal d'Eftrées ,
n'auroit pas dû être oublié dans fon éloge.
M. de Montefquieu fut reçu le 24 Janvier
1728. Son difcours eft un des meilleurs
qu'on ait prononcés dans une pareille
occafion ; le mérite en eft d'autant
plus grand , que les Récipiendaires gênés
jufqu'alors par ces formules & ces éloges
d'ufage auxquels une efpece de prefcription
les affujettit , n'avoient encore ofé
franchir ce cercle pour traiter d'autres fujets
, ou n'avoient point penfé du moins à
les y renfermer ; dans cet état même de
contrainte il eut l'avantage de réuffir . Entre
plufieurs traits dont brille fon difcours ,
on reconnoîtroit l'écrivain qui penſe , au
feul portrait du Cardinal de Richelieu
qui apprit à la France le fecret de fes forces ,
& à l'Espagne celui de fa foibleffe , qui ôta
à l'Allemagne fes chaînes , & lui en donna
de nouvelles. Il faut admirer M. de Montefquieu
d'avoir fçu vaincre la difficulté
de fon fujet, & pardonner à ceux qui n'ont
pas eu le même fuccès .
›
90 MERCURE DE FRANCE.
Le nouvel Académicien étoit d'autant
plus digne de ce titre , qu'il avoit peu de
tems auparavant renoncé à tout autre travail
, pour fe livrer entierement à fon
génie & à fon goût . Quelque importante
que fût la place qu'il occupoit , avec quelques
lumieres & quelque intégrité qu'il
en eût rempli les devoirs , il fentoit qu'il
y avoit des objets plus dignes d'occuper
fes talens ; qu'un citoyen eft redevable à
fa nation & à l'humanité de tout le bien
qu'il peut leur faire ; & qu'il feroit plus
utile à l'une & à l'autre , en les éclairant
par fes écrits , qu'il ne pouvoit l'être en
difcutant quelques conteftations particulieres
dans l'obfcurité . Toutes ces réflexions
le déterminerent à vendre fa charge
; il ceffa d'être Magiftrat , & ne fut plus
qu'homme de Lettres .
Mais pour fe rendre utile par fes ouvra
ges aux différentes nations , il étoit néceffaire
qu'il les connût ; ce fut dans cette
vue qu'il entreprit de voyager. Son but
étoit d'examiner partout le phyfique & le
moral , d'étudier les loix & la conftitution
de chaque pays , de vifiter les fçavans , les
écrivains , les artiftes célebres , de chercher
fur- tout ces hommes rares & finguliers
dont le commerce fupplée quelquefois à
plufieurs années d'obfervations & de féNOVEMBRE.
1755. 91
jour. M. de Montefquieu eût pu dire comme
Démocrite. Je n'ai rien oublié pour
» m'inftruire ; j'ai quitté mon pays , & parcouru
l'univers pour mieux connoître
» la vérité : j'ai vu tous les perfonnages
» illuftres de mon tems ; mais il y eût
cette différence entre le Démocrite François
& celui d'Abdere , que le premier
voyageoit pour inftruire les hommes , &
le fecond pour s'en moquer,
Il alla d'abord à Vienne , où il vit fouvent
le célebre Prince Eugene ; ce Héros
fi funefte à la France ( à laquelle il auroit
pû être fi utile ) , après avoir balancé la
fortune de Louis XIV. & humilié la fierté
Ottomane , vivoit fans fafte durant la paix,
aimant & cultivant les Lettres dans une
Cour où elles font peu en honneur , &
donnant à ſes maîtres l'exemple de les protéger.
M. de Montefquieu crut entrevoir
dans fes difcours quelques reftes d'intérêt
pour fon ancienne patrie ; le Prince Eugene
en laiffoit voir furtout , autant que le
peut faire un ennemi , für les fuites funeftes
de cette divifion inteftine qui trouble
depuis fi longtems l'Eglife de France :
l'Homme d'Etat en prévoyoit la durée &
les effets , & les prédit au Philofophe.
M. de Montefquieu partit de Vienne
pour voir la Hongrie , contrée opulente &
92 MERCURE DE FRANCE.
fertile, habitée par une nation fiere & généreufe
, le fléau de fes Tyrans & l'appui de
fes Souverains. Comme peu de perfonnes
connoiffent bien ce pays , il a écrit avec
foin cette partie de fes voyages.
D'Allemagne , il paffa en Italie ; il vit à
Venife le fameux Law , à qui il ne reftoit
de fa grandeur paffée que des projets heureufement
deftinés à mourir dans fa tête ,
& un diamant qu'il engageoit pour jouer
aux jeux de hafard . Un jour la converfation
rouloit fur le fameux fyftème que Law
avoit inventé ; époque de tant de malheurs
& de fortunes , & furtout d'une dépravation
remarquable dans nos moeurs . Comme
le Parlement de Paris , dépofitaire immédiat
des Loix dans les tems de minorité ,
avoit fait éprouver au Miniftre Ecoffois
quelque réfiftance dans cette occafion
M. de Montefquieu lui demanda pourquoi
on n'avoit pas effayé de vaincre cette réfiftance
par un moyen prefque toujours infaillible
en Angleterre , par le grand mobile
des actions des hommes , en un mot
par l'argent : Ce ne font pas , répondit Law,
desgénies auffi ardens & auf dangereux que
mes compatriotes , mais ils font beaucoup plus
incorruptibles. Nous ajouterons fans aucun
préjugé de vanité nationale , qu'un Corps
libre pour quelques inftans , doit mieux
NOVEMBRE. 1755. 93
résister à la corruption que celui qui l'eft
toujours ; le premier , en vendant fa liberté,
la perd ; le fecond ne fait , pour ainfi
dire , que la prêter , & l'exerce même en
l'engageant ; ainfi les circonftances & la
nature du Gouvernement font les vices &
les vertus des Nations.
Un autre perfonnage non moins fameux
que M. de Montefquieu vit encore plus .
fouvent à Venife , fut le Comte de Bonneval
. Cet homme fi connu par fes aventures
, qui n'étoient pas encore à leur terme,
& flatté de converfer avec un juge digne
de l'entendre , lui faifoit avec plaifir le détail
fingulier de fa vie , le récit des actions.
militaires où il s'étoit trouvé , le portrait
des Généraux & des Miniftres qu'il avoit
connus . M. de Montefquieu fe rappelloit,
fouvent ces converfations & en racontoit
différens traits à fes amis.
Il alla de Venife à Rome : dans cette ancienne
Capitale du monde , qui l'eft encore
à certains égards , il s'appliqua furtour
à examiner ce qui la diftingue aujourd'hui
le plus , les ouvrages des Raphaëls ,
des Titiens , & des Michel- Anges : il n'avoit
point fait une étude particuliere des
beaux arts ; mais l'expreffion dont brillent
les chef-d'oeuvres en ce genre , faifit infailliblement
tout homme de génie . Accoutu94
MERCURE DE FRANCE.
mé à étudier la nature , il la reconnoît
quand elle eft imitée , comme un portrait
reffemblant frappe tous ceux à qui l'original
eft familier : malheur aux productions
de l'art dont toute la beauté n'eſt que
pour les Artiſtes.
Après avoir parcouru l'Italie , M. de
Montefquieu vint en Suiffe ; il examina
foigneufement les vaſtes pays arrofés par
le Rhin ; & il ne lui refta plus rien à voir
en Allemagne ; car Frédéric ne regnoit pas
encore. Il s'arrêta enfuite quelque tems
dans les Provinces-Unies , monument admirable
de ce que peut l'induftrie humaine
animée par l'amour de la liberté. Enfin il
fe rendit en Angleterre où il demeura deux
ans : digne de voir & d'entretenir les plus
grands hommes , il n'eut à regretter que
de n'avoir pas fait plutôt ce voyage : Locke
& Newton étoient morts. Mais il eut fouvent
l'honneur de faire fa cour à leur protectrice
, la célebre Reine d'Angleterre ,
qui cultivoit la Philofophie fur le thrône ,
& qui goûta , comme elle devoit , M. de
Montefquieu. Il ne fut pas moins accueilli
par la Nation , qui n'avoit pas befoin fur
cela de prendre le ton de fes maîtres . Il
forma à Londres des liaifons intimes avec
des hommes exercés à méditer , & à ſe préparer
aux grandes chofes par des études
NOVEMBRE. 1755. 95
profondes ; il s'inftruifit avec eux de la nature
du Gouvernement , & parvint à le
bien connoître. Nous parlons ici d'après
les témoignages publics que lui en ont rendu
les Anglois eux-mêmes , fi jaloux de
nos avantages , & fi peu difpofés à reconnoître
en nous aucune fupériorité.
Comme il n'avoit rien examiné ni avec
la prévention d'un enthouſiaſte , ni avec
l'austérité d'un Cynique , il n'avoit rapporté
de les voyages ni un dédain outrageant
pour les étrangers , ni un mépris
encore plus déplacé pour fon propre pays.
Il réfultoit de fes obfervations que l'Allemagne
étoit faite pour y voyager , l'Italie
pour y féjourner , l'Angleterre pour y penfer
, & la France pour y vivre.
De retour enfin dans fa Patrie , M de
Montefquieu fe retira pendant deux ans à
fa terre de la Brede : il y jouit en paix de
cette folitude que le fpectacle & le tumulte
du monde fert à rendre plus agréable ;
il vécut avec lui-même , après en être forti
fi long-tems ; & ce qui nous intéreſſe le
plus , il mit la derniere main à fon ouvrage
fur la caufe de la grandeur & de la déca
dence des Romains , qui parut en 1734.
Les Empires , ainfi que les hommes
doivent croître , dépérir & s'éteindre ; mais
cette révolution néceffaire a fouvent des
96 MERCURE DE FRANCE.
caufes cachées que la nuit des tems nous
dérobe , & que le myftere où leur petiteffe
apparente a même quelquefois voilées aux
yeux des contemporains ; rien ne reſſemble
plus fur ce point à l'Hiftoire moderne
que l'Hiftoire ancienne. Celle des Romains
mérite néanmoins à cet égard quelque exception
; elle préfente une politique raifonnée
, un fyftème fuivi d'aggrandiffement
, qui ne permet pas d'attribuer la
fortune de ce peuple à des refforts obfcurs
& fubalternes. Les caufes de la grandeur
Romaine fe trouvent donc dans l'Hiftoire ,
& c'eft au Philofophe à les y découvrir.
D'ailleurs il n'en eft pas des fyftêmes dans
cette étude comme dans celle de la Phyfique
; ceux-ci font prefque toujours précipités
, parce qu'une obfervation nouvelle
& imprévue peut les renverfer en un inftant
; au contraire , quand on recueille
avec foin les faits que nous tranfmet l'Hif
toire ancienne d'un pays , fi on ne raffemble
pas toujours tous les matériaux qu'on
peut défirer , on ne fçauroit du moins ef
pérer d'en avoir un jour davantage . L'étude
réfléchie de l'Hiftoire , étude fi importante
& fi difficile , confifte à combiner
de la maniere la plus parfaite , ces matériaux
défectueux : tel feroit le métire d'un
Architecte , qui , fur des ruines fçavantes ,
traceroit ,
NOVEMBRE. 1755 . 97
traceroit , de la maniere la plus vraiſemblable
, le plan d'un édifice antique , en
fuppléant , par le génie & par d'heureuſes
conjectures , à des reftes informes & tronqués.
C'eſt fous ce point de vue qu'il faut envifager
l'ouvrage de M. de Montefquieu :
il trouve les caufes de la grandeur des Romains
dans l'amour de la liberté , du travail
& de la patrie , qu'on leur infpiroit
dès l'enfance ; dans la févérité de la difcipline
militaire ; dans ces diffenfions intef
tines qui donnoient du reffort aux efprits ,
& qui ceffoient tout -à coup à la vue de
l'ennemi ; dans cette conftance après le
malheur qui ne défefpéroit jamais de la
république dans le principe où ils furent
toujours de ne faire jamais la paix qu'après
des victoires ; dans l'honneur du triomphe,
fujet d'émulation pour les Généraux ; dans
la protection qu'ils accordoient aux peuples
révoltés contre leurs Rois ; dans l'excellente
politique de laiffer aux vaincus leurs
Dieux & leurs coutumes ; dans celle de
n'avoir jamais deux puiffans ennemis fur
les bras , & de tout fouffrir de l'un juſqu'à
ce qu'ils euffent anéanti l'autre . Il trouve les
caufes de leur décadence dans l'agrandiffement
même de l'Etat , qui changea en
guerres civiles les tumultes populaires ;
E
98 MERCURE DE FRANCE.
dans les guerres éloignées qui forçant les
citoyens à une trop longue abfence , leur
faifoient perdre infenfiblement l'efprit républicain
; dans le droit de Bourgeoifie
accordé à tant de Nations , & qui ne fit
plus du peuple Romain qu'une espece de
monftre à plufieurs têtes ; dans la corrup
tion introduite par le luxe de l'Afie ; dans
les profcriptions de Sylla qui avilirent l'efprit
de la Nation , & la préparerent à l'eſclavage
; dans la néceflité où les Romains
fe trouverent de fouffrir des maîtres , lorfque
leur liberté leur fut devenue à charge ;
dans l'obligation où ils furent de changer
de maximes , en changeant de gouvernement
; dans cette fuite de monftres qui
régnerent , prefque fans interruption , depuis
Tibere jufqu'à Nerva , & depuis Commode
jufqu'à Conftantin ; enfin , dans la
tranflation & le partage de l'Empire , qui
périt d'abord en Occident par la puiffance
des Barbares , & qui après avoir langui plufieurs
ficcles en Orient fous des Empereurs
imbéciles ou féroces , s'anéantit infenfiblement
comme ces fleuves qui difparoiffent
dans des fables.
Un affez petit volume a fuffi à M. de
Montefquieu pour développer un tableau
fi intérellant & fi vafte. Comme l'Auteur
ne s'appefantit point fur les détails , & ne
NOVEMBRE. 1755. 92
faifit que les branches fécondes de fon
ſujet , il a ſçu renfermer en très - peu d'efpace
un grand nombre d'objets diftinctement
apperçus & rapidement préfentés fans
fatigue pour le Lecteur ; en laiffant beaucoup
voir , il laifle encore plus à penſer ,
& il auroit pu intituler fon Livre , Hiftoire
Romaine à l'ufage des Hommes d'Etat & des
Philofophes.
Quelque réputation que M. de Montefquieu
fe fût acquife par ce dernier ouvrage
& par ceux qui l'avoient précédé , il
n'avoit fait que fe frayer le chemin à une
plus grande entreprife , à celle qui doit
immortalifer fon nom & le rendre refpectable
aux fiecles futurs. Il en avoit dès
longtems formé le deffein , il en médita
pendant vingt ans l'exécution ; ou , pour
parler plus exactement , toute fa vie en
avoit été la méditation continuelle . D'abord
il s'étoit fait en quelque façon étranger
dans fon propre pays , afin de le mieux
connoître ; il avoit enfuite parcouru toute
l'Europe , & profondément étudié les différens
peuples qui l'habitent . L'Ifle fameufe
qui fe glorifie tant de fes loix , &
qui en profite fi mal , avoit été pour lui
dans ce long voyage , ce que l'ifle de Crete
fut autrefois pour Lycurgue , une école
où il avoit fçu s'inftruire fans tout approu-
E ij
100
MERCURE DE
FRANCE.
ver ; enfin , il avoit , fi on peut parler ainfi ,
interrogé & jugé les nations & les hommes
célebres qui
n'exiftent plus aujour
d'hui que dans les annales du monde. Ce
fut ainfi qu'il s'éleva par dégrés au plus
beau titre qu'un fage puiffe mériter , celui
de Légiflateur des Nations .
S'il étoit animé par
l'importance de la
matiere , il étoit effrayé en même tems par
fon
étendue il
l'abandonna , & y revint
:
à plufieurs repriſes ; il fentit plus d'une fois,
comme il l'avoue lui- même , tomber les
mains
paternelles .
Encouragé enfin
amis , il ramaffa toutes fes forces , & donfes
par
na l'Esprit des Loix.
Dans cet important ouvrage , M. de
Montefquieu , fans
s'appefantir , à l'exemple
de ceux qui l'ont précédé , fur des difcuffions
métaphyfiques relatives à l'hom
me fuppofé dans un état
d'abſtraction ,
fans fe borner , comme d'autres , à confidérer
certains peuples dans quelques relations
ou
circonftances
particulieres , envifage
les habitans de l'univers dans l'état réel
où ils font , & dans tous les rapports qu'ils
peuvent avoir entr'eux. La plupart des
autres Ecrivains en ce genre font prefque
toujours ou de fimples Moraliftes , ou de
fimples
Jurifconfultes , ou même quelquefois
de fimples
Théologiens;pour lui, l'hom
NOVEMBRE. 1755 . ΙΟΥ
perme
de tous les Pays & de toutes les Nations,
il s'occupe moins de ce que le devoir exige
de nous , que des moyens par lefquels on
peut nous obliger de le remplir , de la
fection métaphyfique des loix , que de celle
dont la nature humaine les rend fufceptibles
, des loix qu'on a faites que de celles
qu'on a dû faire , des loix d'un peuple particulier
que de celles de tous les peuples,
Ainfi en fe comparant lui -mêine à ceux
qui ont couru avant lui cette grande &
noble carriere , il a pu dire comme le Correge
, quand il eut vu les ouvrages de fes
rivaux , & moi auffi je fuis Peintre.
Rempli & pénétré de fon objet , l'Auteur
de l'Efprit des Loix y embraſſe un fi
grand nombre de matieres , & les traite
avec tant de brieveté & de profondeur ,
qu'une lecture affidue & méditée peut feule
faire fentir le mérite ce livre . Elle fervira
fur- tout , nous ofons le dire , à faire difparoître
le prétendu défaut de méthode
dont quelques lecteurs ont accufé M. de
Montefquieu ; avantage qu'ils n'auroient
pas dû le taxer légerement d'avoir négligé
dans une matiere philofophique & dans
un ouvrage de vingt années . Il faut diftinguer
le défordre réel de celui qui n'eft
qu'apparent. Le défordre eft réel , quand
l'analogie & la fuite des idées n'eft point
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
obfervée ; quand les conclufions font érigées
en principes , ou les précedent ; quand
le lecteur , après des détours fans nombre ,
fe retrouve au point d'où il eft parti . Le
defordre n'eft qu'apparent , quand l'Auteur
mettant à leur véritable place les idées dont
il fait ufage , laiffe à fuppléer aux lecteurs
les idées intermédiaires : & c'eſt ainfi que
M. de Montefquieu a cru pouvoir & devoir
en ufer dans un livre deſtiné à des
hommes qui penfent , dont le génie doit
fuppléer à des omiffions volontaires & raifonnées
.
L'ordre qui fe fait appercevoir dans les
grandes parties de l'Efprit des Loix , ne
regne pas moins dans les détails : nous
croyons que plus on approfondira l'ouvrage
, plus on en fera convaincu . Fidele à
fes divifions générales , l'Auteur rapporte
à chacune les objets qui lui appartiennent
exclufivement ; & à l'égard de ceux qui
par différentes branches appartiennent à
plufieurs divifions à la fois , il a placé fous
chaque divifion la branche qui lui appartient
en propre ; par- là on apperçoit ailément
& fans confufion , l'influence que
les différentes parties du fujet ont les unes
fur les autres , comme dans un arbre qu
fyftême bien entendu des connoiffances
humaines , on peut voir le rapport mutuel
NOVEMBRE. 1755. 103
des Sciences & des Arts. Cette comparaifon
d'ailleurs eft d'autant plus jufte , qu'il
en eft du plan qu'on peut fe faire dans
l'examen philofophique des Loix , comme
de l'ordre qu'on peut obferver dans un
arbre Encyclopédique des Sciences : il y
reftera toujours de l'arbitraire ; & tout ce
qu'on peut exiger de l'Auteur , c'eſt qu'il
fuive fans détour & fans écart le fyfteme
qu'il s'eft une fois formé.
Nous dirons de l'obfcurité qu'on peut
fe permetrre dans un tel ouvrage , la même
chofe que du défaut d'ordre ; ce qui feroit
obfcur pour les lecteurs vulgaires , ne l'eft
pas pour ceux que l'Auteur a eu en vue.
D'ailleurs l'obfcurité volontaire n'en eft
point une M. de Montefquieu ayant à
préfenter quelquefois des vérités impor
tantes , dont l'énoncé abfolu & direct auroit
pu
bleffer fans fruit , a eu la prudence
louable de les envelopper , & par cet innocent
artifice , les a voilées à ceux à qui
elles feroient nuifibles , fans qu'elles fuffent
perdues pour les fages.
Parmi les ouvrages qui lui ont fourni
des fecours , & quelquefois des vues pour
le fien , on voit qu'il a furtout profité des
deux hiftoriens qui ont penfé le plus ,
Tacite & Plutarque ; mais quoiqu'un Philofophe
qui a fait ces deux lectures , foit
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
difpenfé de beaucoup d'autres , il n'avoit
pas cru devoir en ce genre rien négliger ni
dédaigner de ce qui pouvoit être utile à
fon objet . La lecture que fuppofe l'Espric
des Loix , eft immenſe ; & l'ufage raiſonné
que l'Auteur a fait de cette multitude pro
digieufe de matériaux , paroîtra encore
plus furprenant , quand on fçaura qu'il
étoit prefqu'entierement privé de la vue ,
& obligé d'avoir recours à des yeux étrangers.
Cette vafte lecture contribue nonfeulement
à l'utilité , mais à l'agrément de
l'ouvrage fans déroger à la majefté de fon
fujet. M. de Montefquieu fçait en tempérer
l'austérité , & procurer aux lecteurs
des momens de repos , foit par des faits
finguliers & peu connus , foit par des allufions
délicates , foit par ces coups de pinceau
énergiques & brillans , qui peignent
d'un feul trait les peuples & les hommes .
Enfin , car nous ne voulons pas jouer ici
le rôle des Commentateurs d'Homere , il
y a fans doute des fautes dans l'efprit des
Loix , comme il y en a dans tout ouvrage
de génie , dont l'Auteur a le premier ofé
fe frayer des routes nouvelles. M. de Montefquieu
a été parmi nous , pour l'étude
des loix , ce que Defcartes a été pour la
Philofophie ; il éclaire fouvent , & fe trompe
quelquefois , & en fe trompant même ,
NOVEMBRE. 1755. 105
il inftruit ceux qui fçavent lire. La pouvelle
édition qu'on prépare , montrera par
les additions & corrections qu'il y a faites,
que s'il eft tombé de tems en tems , il a
fçu le reconnoître & fe relever ; par- là , il
acquerra du moins le droit à un nouvel
examen , dans les endroits où il n'aura pas
été de l'avis de fes cenfeurs ; peut- être
même ce qu'il aura jugé le plus digne de
correction , leur a - t-il abfolument échappé
, tant l'envie de nuire eft ordinairement
aveugle.
Mais ce qui eft à la portée de tout le
monde dans l'Eſprit des Loix , ce qui doit
rendre l'Auteur cher à toutes les Nations ,
ce qui ferviroit même à couvrir des fautes
plus grandes que les fiennes , c'eft l'efprit
de citoyen qui l'a dicté. L'amour du bien
public , le defir de voir les hommes heureux
s'y montrent de toutes parts ; & n'eûtil
que ce mérite fi rare & fi précieux , il
feroit digne par cet endroit feul , d'être
la lecture des peuples & des Rois . Nous
voyons déja , par une heureuſe expérience,
que les fruits de cet ouvrage ne fe bornent
pas dans fes lecteurs à des fentimens ſtériles.
Quoique M. de Montefquieu ait peu
furvécu à la publication de l'Efprit des
Loix , il a eu la fatisfaction d'entrevoir
les effets qu'il commence à produire parmi
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
nous ; l'amour naturel des François pour
leur patrie , tourné vers fon véritable objet
; ce goût pour le Commerce , pour l'Agriculture
, & pour les Arts utiles , qui
fe répand infenfiblement dans notre Nation
; cette lumiere générale fur les principes
du gouvernement , qui rend les peuples
plus attachés à ce qu'ils doivent aimer .
Ceux qui ont fi indécemment attaqué cet
ouvrage , lui doivent peut-être plus qu'ils
ne s'imaginent l'ingratitude , au refte ,
eft le moindre reproche qu'on ait à leur
faire. Ce n'eft pas fans regret , & fans
honte pour notre fiecle , que nous allons
les dévoiler ; mais cette hiftoire importe
trop à la gloire de M. de Montefquieu , &
à l'avantage de la Philofophie , pour être
paffée fous filence. Puiffe l'opprobre qui
couvre enfin fes ennemis , leur devenir
falutaire !
A peine l'Efprit des Loix parut- il , qu'il
fut recherché avec empreffement , fur la
réputation de l'Auteur ; mais quoique
M. de Montesquieu eût écrit pour le bien
du peuple , il ne devoit pas avoir le peuple
pour juge ; la profondeur de l'objet
étoit une fuite de fon importance même.
Cependant les traits qui étoient répandus
dans l'ouvrage , & qui auroient été déplacés
s'ils n'étoient pas nés du fond du fuNOVEMBRE.
1755. 107
jet , perfuaderent à trop de perfonnes qu'il
étoit écrit pour elles : on cherchoit un
Livre agréable , & on ne trouvoit qu'un
Livre utile , dont on ne pouvoit d'ailleurs
fans quelque attention faifir l'enſemble &
les détails. On traita légerement l'Esprit
des Loix ; le titre même fut un fujet de
plaifanterie enfin l'un des plus beaux
monumens littéraires qui foient fortis de
notre Nation, fut regardé d'abord par elle
avec affez d'indifférence. Il fallut que les
véritables juges euffent eu le tems de lire :
bientôt ils ramenerent la multitude toujours
prompte à changer d'avis ; la partie
du Public qui enfeigne , dicta à la partie
qui écoute ce qu'elle devoit penfer & dire ;
& le fuffrage des hommes éclairés , joint
aux échos qui le répéterent , ne forma plus
qu'une voix dans toute l'Europe.
Ce fut alors que les ennemis publics &
fecrets des Lettres & de la Philofophie ( car
elles en ont de ces deux efpeces ) réunirent
leurs traits contre l'ouvrage. De-là cette
foule de brochures qui lui furent lancées
de toutes parts , & que nous ne tirerons
pas de l'oubli où elles font déja plongées.
Sisleurs auteurs n'avoient pas pris de bonnes
mefures pour être inconnus à la poftérité
, elle croiroit que l'Efprit des Loix a
été écrit au milieu d'un peuple de barbares.
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
M. de Montefquieu méprifa fans peine
les Critiques ténébreufes de ces auteurs
fans talent , qui foit par une jaloufie qu'ils
n'ont pas droit d'avoir , foit pour fatisfaire
la malignité du Public qui aime la fatyre
& la méprife , outragent ce qu'ils ne peuvent
atteindre ; & plus odieux par le mal
qu'ils veulent faire , que
redoutables par
celui qu'ils font , ne réuffiffent pas même
dans un genre d'écrire que fa facilité &
fon objet rendent également vil. Il mettoit
les ouvrages de cette efpece fur la
même ligne que ces Nouvelles hebdomadaires
de l'Europe , dont les éloges font
fans autorité & les traits fans effet , que
des Lecteurs oififs parcourent fans y ajouter
foi , & dans lefquelles les Souverains.
font infultés fans le fçavoir , ou fans daigner
fe venger. IIll nnee ffuutt pas auffi indifférent
fur les principes d'irréligion qu'on
l'accufa d'avoir femé dans l'Eſprit des Loix .
En méprifant de pareils reproches , il auroit
cru les mériter , & l'importance de
l'objet lui ferma les yeux fur la valeur de
fes adverfaires. Ces hommes également
dépourvus de zele & également empreffés
d'en faire paroître , également effrayés de
la lumiere que les Lettres répandent , non
au préjudice de la Religion , mais à leur
défavantage , avoient pris différentes forNOVEMBRE.
1755. 109
mes pour lui porter atteinte. Les uns , par
unftratagême auffi puérile que pufillanime,
s'étoient écrit à eux- mêmes ; les autres ,
après l'avoir déchiré fous le mafque de
P'Anonyme , s'étoient enfuite déchirés entr'eux
à fon occafion . M. de Montesquieu,
quoique jaloux de les confondre , ne jugea
pas à propos de perdre un tems précieux à
les combattre les uns après les autres : il fe
contenta de faire un exemple fut celui qui
s'étoit le plus fignalé par fes excès.
par
C'étoit l'auteur d'une feuille anonyme
& périodique , qui croit avoir fuccédé à
Pafcal , parce qu'il a fuccédé à fes opinions;
panégyrifte d'ouvrages que perfonne ne
lit , & apologiſte de miracles que l'autorité
féculiere a fait ceffer dès qu'elle l'a
voulu ; qui appelle impiété & fcandale le
peu
d'intérêt que les gens de Lettres prennent
à fes querelles , & s'eft aliéné ,
une adreffe digne de lui , la partie de la
Nation qu'il avoit le plus d'intérêt de ménager.
Les coups de ce redoutable athlete
furent dignes des vues qui l'infpirerent ; il
accufa M. de Montefquieu & de Spinoffme
& de Déifine ( deux imputations incompatibles
) ; d'avoir fuivi le ſyſtème de
Pope ( dont il n'y avoit pas un mot dans
l'ouvrage ) ; d'avoir cité Plutarque qui n'eft
pas un Auteur Chrétiens de n'avoir point
110 MERCURE DE FRANCE.
parlé du péché originel & de la Grace , Il
prétendit enfin que l'Efprit des Loix étoit
une production de la Conftitution Unigenitus;
idée qu'on nous foupçonnera peut-être
de prêter par dérifion au critique. Ceux
qui ont connu M. de Montefquieu , l'ouvrage
de Clément XI & le fien , peuvent
juger par cette accufation de toutes les
autres.
Le malheur de cet écrivain dut bien le
décourager : il vouloit perdre un fage par
l'endroit le plus fenfible à tout citoyen , il
ne fit que lui procurer une nouvelle gloire
comme homme de Lettres ; la Défense de
l'Esprit des Loix parut. Cet ouvrage , par
la modération , la vérité , la fineffe de
plaifanterie qui y regnent , doit être regardé
comme un modele en ce genre. M.
de Montefquieu , chargé par fon adverfaire
d'imputations atroces , pouvoit le
rendrejodieux fans peine ; il fit mieux , il
le rendit ridicule . S'il faut tenir compte à
l'agreffeur d'un bien qu'il a fait fans le
vouloir , nous lui devons une éternelle
reconnoiffance de nous avoir procuré ce
chef-d'oeuvre : Mais ce qui ajoute encore
au mérite de ce morceau précieux , c'eſt
que l'auteur s'y eft peint lui- même fans y
penfer ; ceux qui l'ont connu , croyent
Î'entendre , & la poſtérité s'affurera , en
NOVEMBRE. 1755 111
lifant fa Défenfe , que fa converfation n'étoit
pas inférieure à fes écrits ; éloge que
bien peu de grands hommes ont mérité.
Une autre circonftance lui affure pleinement
l'avantage dans cette difpute : le
critique qui , pour preuve de fon attachement
à la religion , en déchire les Miniftres
, accufoit hautement le Clergé de
France , & fur-tout la Faculté de Théolo
gie , d'indifférence pour la caufe de Dieu ,
en ce qu'ils ne profcrivoient pas authentiquement
un fi pernicieux ouvrage . La Faculté
étoit en droit de méprifer le repro
che d'un écrivain fans aveu ; mais il s'agif
foit de la religion ; une délicateffe louable
lui a fait prendre le parti d'examiner l'Ef
prit des Loix. Quoiqu'elle s'en occupe depuis
plufieurs années , elle n'a rien prononcé
jufqu'ici ; & fût- il échappé à M. de
Montefquieu quelques inadvertences lé--
geres , prefque inevitables dans une carriere
fi vafte , l'attention longue & fcrupuleufe
qu'elles auroient demandée de la
part du Corps le plus éclairé de l'Eglife ,
prouveroit au moins combien elles feroient
excufables. Mais ce Corps , plein de prudence
, ne précipitera rien dans une fi
importante matiere : il connoit les bornes
de la raifon & de la foi ; il fçait que l'ouvrage
d'un homme de lettres ne doit point
112 MERCURE DE FRANCE.
être examiné comme celui d'un Théologien
que les mauvaifes conféquences
auxquelles une propofition peut donner
lieu par des interprétations odieufes , ne
rendent point blamable la propofition en
elle -même ; que d'ailleurs nous vivons
dans un fiécle malheureux , où les intérêts
de la religion ont befoin d'être ménagés ,
& qu'on peut lui nuire auprès des fimples,
en répandant mal - à - propos fur des genies
du premier ordre le foupçon d'incrédulité;
qu'enfin , malgré cette accufation injuſte ,
M. de Montefquien fut toujours eſtimé ,
recherché & accueilli par tout ce que l'Eglife
a de plus refpectable & de plus grand ;
eût-il confervé auprès des gens de bien la
confidération dont il jouiffoit , s'ils l'euffent
regardé comme un écrivain dangéreux
?
Pendant que des infectes le tourmentoient
dans fon propre pays , l'Angleterre
élevoit un monument à fa gloire. En 1752 ,
M. Daffier , célebre par les médailles qu'il
a frappées à l'honneur de plufieurs hommes
illuftres , vint de Londres à Paris pour
frapper la fienne. M. de la Tour , cet attifte
fi fupérieur par fon talent , & fi eftimable
par fon defintéreffement & l'élévation
de fon ame , avoit ardemment defiré
de donner un nouveau luftre à fon pinNOVEMBRE.
1755. 113
ceau , en tranfmettant à la poftérité le
portrait de l'auteur de l'Efprit des Loix ;
il ne vouloit que la fatisfaction de le peindre
, & il méritoit , comme Apelle , que
cet honneur lui fût réfervé ; mais M. de
Montefquieu , d'autant plus avare du tems
de M. de la Tour que celui - ci en étoit plus
prodigue , fe refufa conftamment & poliment
à fes preffantes follicitations. M. Daf
fier effuya d'abord des difficultés femblables
: Croyez-vous , dit-il enfin à M. de
Montefquieu , » qu'il n'y ait pas autant
d'orgueil à refufer ma propofition qu'à
» l'accepter » ? Defarmé par cette plaifanterie
, il laiffa faire à M. Daflier tout ce
qu'il voulut.
»
L'auteur de l'Esprit des Loix jouiffoit
enfin paisiblement de fa gloire , lorfqu'il
tomba malade au commencement de Février.
Sa fanté , naturellement délicate ,
commençoit à s'altérer depuis long- tems
par l'effet lent & prefque infaillible des
études profondes , par les chagrins qu'on
avoit cherché à lui fufciter fur fon ouvra- ge ; enfin
par le genre
de vie qu'on
le forçoit
de mener
à Paris
, & qu'il
fentoit
lui
être
funefte
. Mais
l'empreffement
avec
le-`
quel
on recherchoit
fa focieté
, étoit
trop
vif pour
n'être
pas
quelquefois
indifcret
on vouloit
, fans
s'en
appercevoir
, jouir
114 MERCURE DE FRANCE.
de lui aux dépens de lui -même. A peine la
nouvelle du danger où il étoit fe fût- elle
répandue , qu'elle devint l'objet des converfations
& de l'inquiétude publique ; fa
maifon ne défempliffoit point de perfonnes
de tout rang qui venoient s'informer
de fon état , les unes par un intérêt véritable
, les autres pour s'en donner l'apparence
, ou pour fuivre la foule. Sa Majefté ,
pénétrée de la ppeerrttee qquuee fon royaume alloit
faire , en demanda plufieurs fois des
nouvelles ; témoignage de bonté & de juftice
qui n'honore pas moins le Monarque
que le fujet. La fin de M. de Montefquieu
ne fut point indigne de fa vie. Accablé de
douleurs cruelles , éloigné d'une famille
à qui il étoit cher , & qui n'a pas eu la
confolation de lui fermer les yeux , entouré
de quelque amis & d'un plus grand
nombre de fpectateurs , il conferva jufqu'au
dernier moment la paix & l'égalité
de fon ame. Enfin , après avoir fatisfait
avec décence à tous fes devoirs , plein de
confiance en l'Etre éternel auquel il alloit.
fe rejoindre , il mourut avec la tranquillité
d'un homme de bien , qui n'avoit jamais
confacré fes talens qu'à l'avantage.
de la vertu & de l'humanité. La France &
l'Europe le perdirent le 10 Février 1755 ,
à l'âge de foixante- fix ans révolus.
NOVEMBRE 1755. 115
Toutes les nouvelles publiques ont annoncé
cet événement comme une calamité.
On pourroit appliquer à M. de Montefquieu
ce qui a été dit autrefois d'un
illuftre Romain ; que perfonne en apprenant
fa mort n'en témoigna de joie , que
perfonne même ne l'oublia dès qu'il ne fut
plus. Les étrangers s'emprefferent de faire
éclater leurs regrets ; & Milord Chefterfield
, qu'il fuffit de nommer , fit imprimer
dans un des papiers publics de Londres
un article à fon honneur , article digne
de l'un & de l'autre ; c'eft le portrait
d'Anaxagore tracé par Périclès . L'Académie
royale des Sciences & des Belles -Lettres
de Pruffe , quoiqu'on n'y foit point
dans l'ufage de prononcer l'éloge des affociés
étrangers , a cru devoir lui faire cet
honneur , qu'elle n'a fait encore qu'à l'illuftre
Jean Bernouilli ; M. de Maupertuis,
tout malade qu'il étoit , a rendu lui-même
à fon ami ce dernier devoir , & n'a voulu
fe repofer fur perfonne d'un foin fi cher &
fi trifte. A tant de fuffrages éclatans en faveur
de M. de Montefquieu , nous croyons
pouvoir joindre fans indifcrétion les éloges
que lui a donné , en préfence de l'un
de nous , le Monarque même auquel cette.
Académie célebre doit fon luftre , Prince
fait pour fentir les pertes de la Philofa116
MERCURE DE FRANCE.
phie , & pour l'en confoler.
Le 17 Février , l'Académie Françoiſe
lui fit , felon l'ufage , un fervice folemnel
, auquel , malgré la rigueur de la faifon
, prefque tous les gens de Lettres de
ce Corps , qui n'étoient point abfens de
Paris , fe firent un devoir d'affifter. On
auroit dû dans cette trifte cérémonie placer
l'Esprit des Loix fur fon cercueil , comme
on expofa autrefois vis - à-vis le cercueil
de Raphaël fon dernier tableau de la
Transfiguration . Cet appareil fimple &
touchant eût été une belle oraifon funébre.
Jufqu'ici nous n'avons confidéré M. de
Montefquieu que comme écrivain & philofophe
; ce feroit lui dérober la moitié
de fa gloire que de paffer fous filence fes
agrémens & fes qualités perfonnelles.
Il étoit dans le commerce d'une douceur
& d'une gaieté toujours égale . Sa
converfation étoit légere , agréable , &
instructive par le grand nombre d'hommes
& de peuples qu'il avoit connus. Elle étoit
coupée comme fon ftyle , pleine de fel &
de faillies , fans amertunie & fans fatyre
; perfonne ne racontoit plus vivement ,
plus promptement , avec plus de grace &
moins d'apprêt. Il fçavoit que la fin d'une
hiftoire plaifante en eft toujours le but ;-
NOVEMBRE. 1755. 117
il fe hâtoit donc d'y arriver , & produifoit
l'effet fans l'avoir promis.
Ses fréquentes diftractions ne le rendoient
que plus aimable ; il en fortoit
toujours par quelque trait inattendu qui
réveilloit la converfation languiffante ;
d'ailleurs elles n'étoient jamais , ni jouées,
ni choquantes , ni importunes : le feu de
fon efprit , le grand nombre d'idées dont
il étoit plein , les faifoient naître , mais il
n'y tomboit jamais au milieu d'un entretien
intéreffant ou férieux ; le defir de
plaire à ceux avec qui il fe trouvoit , le
rendoit alors à eux fans affectation & fans
effort.
Les agrémens de fon commerce tenoient
non feulement à fon caractere & à
fon efprit , mais à l'efpece de régime qu'il
obfervoit dans l'étude. Quoique capable
d'une méditation profonde & long- tems
foutenue , il n'épuifoit jamais fes forces , il
quitroit toujours le travail avant que d'en
reffentir la moindre impreffion de fatigue.
Il étoit fenfible à la gloire , mais il ne
vouloit y parvenir qu'en la méritant ; jamais
il n'a cherché à augmenter la fienne
par ces manoeuvres fourdes , par ces voyes
obfcures & honteufes, qui deshonorent la
perfonne fans ajouter au nom de l'auteur .
Digne de toutes les diftinctions & de
IIS MERCURE DE FRANCE.
toutes les récompenfes , il ne demandoit
rien , & ne s'étonnoit point d'être oublié ;
mais il a ofé , même dans des circonftances
délicates, protéger à la Cour des hommes
de Lettres perfécutés , célebres &
malheureux , & leur a obtenu des graces.
Quoiqu'il vecût avec les grands , foit
par néceffité , foit par convenance , foit
par gout , leur fociété n'étoit pas néceffaire
à fon bonheur. Il fuyoit dès qu'il le
pouvoit à fa terre ; il y retrouvoit avec
joie fa philofophie , fes livres & le repos.
Entouré de gens de la campagne dans fes
heures de loifir , après avoir étudié l'homme
dans le commerce du monde & dans
l'hiftoire des nations , il l'étudioit encore
dans ces ames fimples que la nature feule
a inftruites , & il y trouvoit à apprendre ;
il converfoit gayement avec eux ; il leur
cherchoit de l'efprit comme Socrate ; il
paroiffoit fe plaire autant dans leur entretien
que dans les fociétés les plus brillantes
, furtout quand il terminoit leurs différends
, & foulageoit leurs peines par fes
bienfaits.
Rien n'honore plus fa mémoire que
l'économie avec laquelle il vivoit , &
qu'on a ofé trouver exceffive dans un
monde avare & faftueux , peu fait pour
en pénétrer les motifs , & encore moins
NOVEMBRE. 1755. 119
pour les fentir. Bienfaifant , & par conféqnent
jufte, M. de Montesquieu ne vouloit
rien prendre fur fa famille , ni des
fecours qu'il donnoit aux malheureux ,
ni des dépenfes confidérables auxquels fes
longs voyages , la foibleffe de fa vue &
l'impreffion de fes ouvrages l'avoient
obligé . Il a tranfmis à fes enfans , fans
diminution ni augmentation , l'héritage
qu'il avoit reçu de fes peres ; il n'y a rien
ajouté que la gloire de fon nom & l'exemple
de fa vie.
Il avoit époufé en 1715 Demoifelle
Jeanne de Lartigue, fille de Pierre de Lartigue
, Lieutenant Colonel au Régiment
de Maulévrier ; il en a eu deux filles &
un fils , qui par fon caractere , fes moeurs
& fes ouvrages s'eft montré digne d'un
tel pere.
Ĉeux qui aiment la vérité & la patrie,
ne feront pas fâchés de trouver ici quelques
unes de fes maximes : il penfoit ,
Que chaque portion de l'Etat doit être
également foumife aux loix , mais que
les privileges de chaque portion de l'Etat
doivent être respectés , lorfque leurs effets
n'ont rien de contraire au droit naturel
, qui oblige tous les citoyens à concourir
également au bien public ; que la
poffellion ancienne étoit en ce genre le
120 MERCURE DE FRANCE.
premier des titres & le plus inviolable des
droits , qu'il étoit toujours injufte & quel
quefois dangereux de vouloir ébranler ;
Que les Magiftrats , dans quelque circonftance
& pour quelque grand intérêt
de corps que ce puiffe être , ne doivent
jamais être que Magiftrats , fans parti &
fans paffion , comme les Loix , qui abſolvent
& puniffent fans aimer ni hair.
Il difoit enfin à l'occafion des difputes
eccléfiaftiques qui ont tant occupé les Empereurs
& les Chrétiens Grecs , que les
querelles théologiques, lorfqu'elles ceffent
d'être renfermées dans les écoles , deshonorent
infailliblement une nation aux
yeux des autres en effet , le mépris même
des fages pour ces querelles ne la juftifie
pas , parce que les fages faifant partout
le moins de bruit & le plus petit
nombre , ce n'est jamais fur eux qu'une
nation eft jugée .
L'importance des ouvrages dont nous
avons eu à parler dans cet éloge , nous
en a fait paffer fous filence de moins confidérables
, qui fervoient à l'auteur comme
de délaffement , & qui auroient fuffi
l'éloge d'un autre ; le plus remarquable
eft le Temple de Gnide , qui fuivit d'affez
près les Lettres Perfannes. M. de Montefquieu
, après avoir été dans celle- ci Hopour
race ,
NOVEMBRE . 1755. 121
race , Théophrafte & Lucien , fut Ovide
& Anacréon dans ce nouvel effai : ce n'eſt
plus l'amour defpotique de l'Orient qu'il
fe propofe de peindre , c'eft la délicateffe
& la naïveté de l'amour paftoral , tel qu'il
eſt dans une ame neuve, que le commerce
des hommes n'a point encore corrompue.
L'Auteur craignant peut - être qu'un tableau
fi étrangerà nos moeurs ne parût
trop languiffant & trop uniforme , a cherché
à l'animer par les peintures les plus
riantes ; il tranfporte le lecteur dans des
lieux enchantés , dont à la vérité le fpectacle
intéreffe peu l'amant heureux , mais
dont la defcription flatte encore l'imagination
quand les defirs font fatisfaits . Emporté
par fon fujet , il a répandu dans ſa
profe ce ftyle animé , figuré & poétique ,
dont le roman de Thélemaque a fourni
parmi nous le premier modele. Nous ignorons
pourquoi quelques cenfeurs du temple
de Gnide ont dit à cette occaſion , qu'il
auroit eu befoin d'être en vers. Le ſtyle
poétique , fi on entend , comme on le
doit , par ce mot , un ftyle plein de chaleur
& d'images , n'a pas befoin , pour être
agréable , de la marche uniforme & cadencée
de la verfification ; mais fi on ne
fait confifter ce ftyle que dans une diction
chargée d'épithetes oifives , dans les pein
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tures froides & triviales des aîles & du
carquois de l'amour , & de femblables
objets , la verfication n'ajoutera prefqu'aucun
mérite à ces ornemens ufés ; on
y cherchera toujours en vain l'ame & la
vie. Quoiqu'il en foit , le Temple de Gnide
étant une espece de poëme en profe
c'est à nos écrivains les plus célebres en ce
genre à fixer le rang qu'il doit occuper :
il merite de pareils juges ; nous croyons
du moins que les peintures de cet ouvrage
foutiendroient avec fuccès une des
principales épreuves des defcriptions poétiques
, celle de les repréfenter fur la toile.
Mais ce qu'on doit fur- tout remarquer
dans le Temple de Gnide , c'eft qu'Anacréon
même y est toujours obfervateur &
philofophe. Dans le quatrieme chant , il
paroît décrire les moeurs des Sibarites , &
on s'apperçoit aifément que ces moeurs
font les nôtres. La préface porte fur - tout
l'empreinte de l'auteur des Lettres Perfannes.
En préfentant le Temple de Gnide
comme la traduction d'un manufcrit grec ,
plaifanterie défigurée depuis par tant de
mauvais copiſtes , il en prend occafion de
peindre d'un trait de plume l'ineptie des
critiques & le pédantifme des traducteurs,
& finit par ces paroles dignes d'être rapportées
» Si les gens graves defiroient
NOVEMBRE. 1755. 123
33
de moi quelque ouvrage moins frivole ,
je fuis en état de les fatisfaire : il y a
» trente ans que je travaille à un livre de
» douze pages , qui doit contenir tout ce
que nous fçavons fur la Métaphyfique ,
» la Politique & la Morale , & tout ce
que de très grands auteurs ont oublié
» dans les volumes qu'ils ont publiés fur
» ces matieres » .
Nous regardons comme une des plus
honorables récompenfes de notre travail
l'intérêt particulier que M. de Monteſquieu
prenoit à ce dictionnaire , dont toutes
les reffources ont été jufqu'à préfent
dans le courage & l'émulation de fes auteurs
. Tous les gens de Lettres , felon lui,
devoient s'empreffer de concourir à l'exécution
de cette entrepriſe utile ; il en a
donné l'exemple avec M. de Voltaire , &
plufieurs autres écrivains célebres. Peutêtre
les traverfes que cet ouvrage a ef
fuyées , & qui lui rappelloient les fiennes
propres , l'intéreffoient-elles en notre faveur,
Peut-être étoit- il fenfible , fans s'en
appercevoir , à la juftice que nous avions
ofé lui rendre dans le premier volume de
l'Encyclopédie , lorfque perfonne n'ofoit
encore élever fa voix pour le défendre.
Il nous deftinoit un article fur le Goût, qui
a été trouvé imparfait dans fes papiers ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
nous le donnerons en cet état au public ,
& nous le traiterons avec le même refpect
que l'antiquité témoigna autrefois pour
les dernieres paroles de Séneque . La mort
l'a empêché d'étendre plus loin fes bienfaits
à notre égard ; & en joignant nos
propres regrets à ceux de l'Europe entiere ,
nous pourrions écrire fur fon tombeau :
Finis vita cjus nobis luctuofus , Patriæ
triftis , extraneis etiam ignotifque non fine
curâ fuit.
Tacit. in Agricol. c. 43 .
Fermer
Résumé : Eloge de M. le Président de Montesquieu.
Le texte présente un volume de l'Encyclopédie, dans lequel Voltaire a travaillé sur les articles concernant les mots 'esprit', 'éloquence' et 'élégance'. Ce volume inclut également un éloge de Montesquieu écrit par d'Alembert, jugé d'une grande beauté. Une note analysant 'L'Esprit des Lois' est réservée pour le premier Mercure de décembre. Montesquieu, bienfaiteur de l'humanité par ses écrits, a contribué à cet ouvrage, motivant ainsi la reconnaissance des auteurs. Charles de Secondat, Baron de la Brede et de Montesquieu, naquit au Château de la Brede près de Bordeaux le 18 janvier 1689. Sa famille, noble de Guyenne, acquit la terre de Montesquieu grâce à des services rendus à la couronne. Dès son jeune âge, Montesquieu montra des aptitudes remarquables, cultivées par son père. Il préparait déjà les matériaux de 'L'Esprit des Lois' à vingt ans. En parallèle de ses études juridiques, il approfondissait des matières philosophiques. En 1716, il devint Président à Mortier au Parlement de Bordeaux et se distingua par ses remontrances courageuses contre un nouvel impôt. Il fut également membre de l'Académie de Bordeaux et contribua à la création de l'Académie des Sciences. En 1721, il publia les 'Lettres persanes', un ouvrage satirique des mœurs françaises sous le prétexte de la peinture des mœurs orientales. Malgré le succès de cet ouvrage, Montesquieu resta discret sur son authorship pour éviter les critiques littéraires. Les 'Lettres persanes' furent attaquées pour leurs réflexions sur des sujets religieux et ecclésiastiques, provoquant des réactions hostiles. Montesquieu fut accusé et réhabilité concernant ses 'Lettres persanes'. Il rencontra le ministre, déclarant qu'il n'avouait pas les 'Lettres persanes' mais ne les désavouait pas non plus, et demanda que l'ouvrage soit jugé sur sa lecture plutôt que sur des délations. Le ministre lut le livre, apprécia l'auteur et permit à Montesquieu d'être reçu à l'Académie française. Le maréchal d'Estrées soutint Montesquieu avec courage et intégrité. Montesquieu fut reçu à l'Académie le 24 janvier 1728 avec un discours remarquable, où il évita les formules conventionnelles pour traiter de sujets plus larges. Il entreprit des voyages pour étudier les lois et constitutions de divers pays, rencontrer des savants et des artistes célèbres. Ses voyages l'amenèrent en Autriche, en Hongrie, en Italie, en Suisse, aux Provinces-Unies et en Angleterre. De retour en France, Montesquieu se retira à la Brede pour achever son ouvrage sur 'La grandeur et la décadence des Romains', publié en 1734. Il analysa les causes de la grandeur et de la décadence de Rome, mettant en avant des facteurs comme l'amour de la liberté, la discipline militaire et la politique d'expansion. Le texte loue ensuite l'œuvre de Montesquieu, notamment 'L'Esprit des Lois', qui offre une analyse approfondie et vaste de la politique et des lois. Montesquieu a préparé cet ouvrage pendant vingt ans, étudiant divers peuples et lois à travers l'Europe. 'L'Esprit des Lois' est présenté comme un livre destiné aux hommes d'État et aux philosophes, embrassant un grand nombre de matières avec brièveté et profondeur. Le texte défend la structure et la clarté de l'ouvrage, affirmant que l'apparente absence de méthode est en réalité une invitation à la réflexion. Il souligne également l'importance des sources utilisées par Montesquieu, notamment Tacite et Plutarque, et la manière dont il a su rendre l'ouvrage à la fois utile et agréable. Enfin, le texte mentionne les critiques et les attaques subies par 'L'Esprit des Lois' lors de sa publication, mais note que l'œuvre a finalement été reconnue pour sa valeur et son impact sur la pensée politique et philosophique. Montesquieu est accusé d'irréligion et de semer des principes d'irréligion dans son œuvre. Il est comparé à des auteurs de nouvelles hebdomadaires sans autorité ni effet. Ses adversaires, dépourvus de zèle mais cherchant à en montrer, ont utilisé diverses stratégies pour le discréditer. Montesquieu décide de répondre à l'un de ses critiques les plus virulents, auteur d'une feuille anonyme périodique, en le rendant ridicule plutôt que furieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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677
p. 154-165
Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Charles le Simple. 899 & 906. Les Religieux de S. Leufroi au Diocèse [...]
Mots clefs :
Souverains, Ville de Paris, Roi, Charles le Simple, Raoul, Louis IV d'Outremer, Lothaire, Louis V, Hugues Capet, Robert II
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Suite de l'abrégé historique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
L
SOUVERAINS.
Charles le Simple.
899 & 906.
Es Religieux de S. Leufroi au Diocèle
d'Evreux , viennent fe réfugier avec
leurs reliques dans l'abbaye S. Germain
des Prez , pour éviter la fureur des Normans
( a) . Ils s'uniffent aux Religieux de
cette abbaye , & ne font qu'un même corps.
Le Roi Charles le fimple , confirme cette
union par une chartre datée de Compiegne
: cependant après la paix , les Moines de
S. Leufroi retournerent dans leur monaftere
, & remporterent les corps de S. Ouen
& de S. Agofroi , frere de S. Leufroi , qu'ils
avoient mis en dépôt dans l'églife de l'abbaye
S. Germain des Prez , & laifferent à
cette abbaye les reliques de S. Leufroi &
de S. Thuriau , en reconnoiffance de la
retraite qu'on leur avoit accordée .
(a) Sec. 3. Bened. part. 1. p. 593.
NOVEMBRE. 1755 155
Le Comte Robert , abbé de S. Germain
des Prez & de S. Denis , fut le premier qui
joignit ces deux qualités fi oppofées d'abbé
& d'homme marié ( b ) . Il fit confirmer
par Charles le fimple le partage des biens
de la premiere abbaye entre l'abbé & les
religieux .
907 & 908.
Réunion de l'abbaye de Rebais , anciennement
nommée Jérufalem , à l'évêché de
Paris , le 22 Mai 907 ( c ) . Elle en a été
féparée à la fin du dixieme fiecle.
909.
Charles le fimple confirme la donation
du grand Pont ( d ) , ( c'eft aujourd'hui le
Pont au Change, ) & des moulins contigus ,
faite aux Chanoines de Notre- Dame par
Charles le chauve .
910.
Rollon , un des plus fameux chefs des
Normans , remonte la feine ; faccage les
environs de Paris , & en fait trois fois le
fiege avec toutes fes forces , mais il ne peut
(b) Mab, ann. Bened . 1. 41. n . 18. (c) Hift. Eccl.
Parif, to . 1. p. 116. (d) Traité des Ecoles. p . 205-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
réuffit à s'en rendre le maître ( e ) . Il leve
le fiege , paffe en Angleterre , & après fon
expédition , il revient pour la quatrieme
fois afliéger Paris.
911.
Il accorde une treve de trois mois aux
Parifiens , mais à peine cft - elle expirée que
ces derniers recommencent eux-mêmes la
guerre à la follicitation de Richard , Duc
de Bourgogne , & d'Eble Comte de Poitiers
. Rollon de fon côté , continue fes
ravages & défole les environs ; enfin les
Parifiens demandent une feconde treve
pendant laquelle Charles le fimple ayant
eu une entrevue avec Rollon à S. Clair fur
Epte , il conclut la paix avec lui , & fit ce
faineux traité (f) par lequel , en lui cédant
une partie de la Neuftrie en fief de la
couronne de France , il lui donna fa fille
Gizelle en mariage .
912 & 917.
Rollon embraffe la Religion chrétienne
avec un nombre confidérable de fes fujets.
Il eft baptifé à Paris par l'archevêque François
, tenu fur les fonts par Robert , comte
(e ) Dudo. de Act. Norm. (f) Anfelme , Hift.
des grands Offic, de la couronne.
NOVEMBRE. 1755. 157
de Paris , & appellé Robert ; il eft connu
depuis fous le nom de Robert , Comte ou
Duc de Normandie.
918
.
Gerard , feigneur de Brogne , vient à
Paris en qualité d'envoié du comte de Namur
auprès du comte Robert (g) . Il paffe à
S. Denis. Edifié de la vie des Religieux.
Il forme le deffein d'en prendre l'habit , ce
qu'il exécute peu de tems après .
919-20 & 21.
Le roi donne Surefne & plufieurs autres
héritages à l'abbaye S. Germain des Prez.
923 & incluf. 935 .
d'autorité
Charles le fimple donne trop
à Haganon fon favori . Les feigneurs de fa
cour en font jaloux & fe révoltent contre
leur Prince . Charles fe fauve en Allemagne
& de-là chez Herbert , Comte de Vermandois
, qui l'enferme au château de
Péronne , où il mourut quelques années
après . L'an 929 , Raoul , Duc de Bourgogne
, eft élu roi à la place . Epoque de
l'établiffement des fiéfs.
(8 ) Sec. 5. Bened. p . 248 .
158 MERCURE DE FRANCE.
Raoul.
La femme de Charles le fimple fe fauve
en Angleterre & y mene fon fils Louis qui
a été furnommé d'Outremer .
936-37 & incluf. 942 .
Raoul décede fans enfans le 15 Janvier
936 (b) , & Hugues le grand , Comte de
Paris , fils de Robert ( i ) , de concert avec
les autres feigneurs du royaume , rappelle
Louis d'Outremer , le fait facrer à Laon
& couronner à Reims ; il le conduit enfuite
à Paris.
Louis d'Outremer.
Hugues a toute l'autorité. Le Roi Louis
lui donne plufieurs villes avec le titre de
Duc de France.
pour
Le comté de Paris eft rendu héréditaire,
Hugues nomme Grimaldus être Viz
comte de cette ville ( k ) , titre jufqu'alors
inconnu. Fin des Vicomtes de Paris en
1032. Salco fut le dernier qui eut cette
qualité , celle de Comte avoit fini quelque
tems auparavant.
Le Prevôt de Paris occupe aujourd'hui
(b) Chro. Frod. (i) Item, Hift . Rem, L. 4. c. 26,
(k) Tr. de la Pol. te ….1 . p. 99%
NOVEMBRE 1755. 159
fous ce nom les deux places , & en fait
toutes les fonctions.
943 .
Louis d'Outremer féjourne à Paris , & il
y eft malade pendant tout l'Eté.
944.
Un orage des plus furieux ravage toute
la campagne , & notamment le mont Martre
(1) , où l'églife avec une maifon fort
ancienne furent renverfées.
945 & 953.
Il y eut cette année une mortalité confidérable
dans Paris & aux environs ; c'étoit
un feu qui prenoit & qui confumoit le
malade avec des douleurs très - aigues. On
remarqua que ceux qui furent atteints de
ce mal , & qui purent aller à Notre - Dame,
furent guéris (m) Hugues le grand donna
dans cette occafion une preuve non équivoque
de fa charité , en entretenant à fes
dépens un nombre conſidérable de pauvres.
954 & 955 .
Lothaire.
Louis d'Outremer meurt à Reims d'une
( 1) Chron. frod. ( m) Ibidy
• 1
160 MERCURE DE FRANCE.
chute de cheval , le 10 Septembre 954
Lothaire fon fils lui fuccede & vient incontinent
fe montrer à Paris avec la reine
Gerberge fa mere. Le Comte Hugues à qui
leRoi venoit de donner les duchés deBourgogne
& d'Aquitaine , leur fic une réception
des plus magnifiques . Le Roi paffa les
fêtes de Pâques dans cette ville , & partit
enfuite avec Hugues pour l'Aquitaine .
956 & 64.
Hugues le Grand meurt , & eft enterré
à S. Denis dans le tombeau des Rois (n ). Il
laiffe trois fils , Othon , Hugues , & Henri.
Hugues , dit Capet , eft fait Comte de
Paris , & Duc de France.
965 & .977.
Salvator , Evêque d'Aleth , qu'on nomme
aujourd'hui S. Malo , plufieurs Moines
des Evêchés de Dal , de Bayeux & de
Léon , près de Dinan , effrayés par les
Normans appellés en France par le Duc
de Normandie , fe refugient dans Paris
avec les Reliques de S. Magloire , S. Samfon
, S. Malo , S. Senateur ou Sinier , de
S. Leonard , de S. Levier , & autres , au
nombre de dix- neuf. Ces faintes Reliques
( a ) Ord. Vital. aim, &c. /
NOVEMBRE. 1755. 161
furent reçues par les Parifiens avec beaucoup
de refpect , & dépofées du confente
ment de Hugues , dans l'Eglife de S. Barthelemi
dans la Cité , où ce Comte porta
lui - même le Corps de S. Magloire fur fes
épaules. Cette céremonie fut faite avec
beaucoup d'appareil le 16 Octobre .
Après la paix , ces Religieux voulurent
retourner dans leur monaftere . Hugues le
leur permit , mais il retint le corps de S.
Magloire avec une portion des Reliques de
S. Samfon , S. Malo , S. Sinier & autres.
Hugues fait rebâtir l'églife de S. Barthelemi
, & la dedie à faint Barthelemi &
à Saint Magloire , l'érige en Abbaye , & y
établit une Communauté de Religieux de
l'Ordre de S. Benoît , lui donne de grands
biens , & fait confirmer la donation ( o )
le Roi Lothaire.
par
La Chapelle S. George , autrefois donnée
aux Chanoines de S. Barthelemi ( p ),
eft unie à l'Abbaye . Elle étoit fituée du côté
de S. Laurent , dans l'endroit où eft à
préfent le Couvent de S. Magloire , dit des
Filles Pénitentes , rue S. Denis , dans lequel
les Religieux Bénedictins , trop refferrés
dans la Maifon de S. Magloire &
S. Barthelemi dans la Cité , furent loger
( 0 ) Opp. ann. bened . to. 3. n. 63. p. 719.
( P ) Martenne , aned. to. I , P. 344 , 37I¿
162 MERCURE DE FRANCE.
en 1138 , & y apporterent le corps de S.
Magloire.
A l'occafion de ce changement , l'églife
de S. Barthelemi reprit fon ancien nom ,
& devint paroiffiale. Il y demeura feulement
un Moine , avec le titre de Prieur ,
fous la dépendance de faint Magloire. La
maifon qu'il occupoit fert encore de logement
aux Soeurs de la Charité de cette paroiffe.
Le Comte Hugues qui jouiffoit des Abbayes
( q ) de S. Denis & de S. Germain des
Prez , comme d'un bien héreditaire dans
fa famille , les abandonna aux Religieux
qui les remirent dans la regle ordinaire ,
c'est- à- dire qu'ils choifirent entr'eux des
Abbés reguliers. ( r ) Galon fut le premier
Abbé de S. Germain que nous connoiffons.
Il rétablit la difcipline dans ce Monaftere,
qui étoit dans un état déplorable.
978 & 79.
Hugues Capet ( s ) , fucceffeur de fon
oncle dans la dignité de Comte de Paris ,
eut occafion de marcher fur fes traces , en
défendant les Parifiens affiegés dans leur
ville par l'Empereur Othon II.
( q ) Concil. to. 9. p . 520. ( r ) De Bouillard ,
hift. de S. Germ. p. 69-70. ( 1 ) Duch, to. 7. p .
626. Babder Lambert , & c.
NOVEMBRE. 1755. 163
Louis V.
980 & 86 .
Mort de Lothaire , âgé de quarantecinq
ans , après trente- un de regne . Le
Roi Louis V , couronné de fon vivant , lui
fuccede , & meurt quinze mois après lui ,
le 22 Juin 987 , fans enfans. Hugues Capet
, Comte de Paris , fils de Hugues le
Grand , eft élu Roi de France , au préjudice
de Charles Duc de Lorraine , frere
puîné de Lothaire & oncle de Louis V.
En lui commença la troifieme race de nos
Rois , dont les defcendans occupent les
deux plus puiffans trônes de l'Europe , la
France & l'Espagne.
Hugues Capet.
988 & 994.
Guillaume Abbé , de S. Germain des
Prez , y rétablit la regle ( 1 ) degenerée en
une vanité toute mondaine , & obtient du
Roi l'exemption de certaines charges fort
onereufes , aufquelles on vouloit affujertir
la plupart des terres de l'Abbaye.
(+ ) D. Bouill. hift. S. Germ. p. 73 , &c . Du Bois,
to, I. p. 628 .
1
164 MERCURE DE FRANCE.
995.
Les Religieux de Marmontier viennent
s'établir à Paris dans le Prieuré de Notre
Dame des Champs ( ) , occupé aujourd'hui
par les Religieufes Carmelites
de la reforme de Ste Therefe. Ils y demeurent
jufques en 1604 , tems auquel
leur ordre a été éteint . L'hiftoire nous apprend
que l'églife qui fubfifte , eft trèsancienne
, & eft du moins du tems de
Robert fils d'Hugues Capet. Charles Patin
, Ecrivain moderne , prétend qu'une
figure placée au haut du pignon de cette
églife eft celle de Cerès , qui étoit honorée
dans ce lieu , mais il eft dans l'erreur ,
puifqu'il eft certain que la figure ( x ) dont
il eft queftion , eft un S. Michel qui peſe
les ames dans une balance .
996 & 97.
Mort de Hugues Capet , après neuf années
de regne , le 23 Octobre 997. Robert
fon fils qu'il avoit déja fait couronner
, lui fuccede.
Robert
998 & 1003 .
Robert ( y ) fait fa refidence ordinaire
(x) Ann. Bened. 1. 50. n . 92. ( x ) Moreau de
Mautour, Obfervations. ( y ) Dipl. p. 578.
NOVEMBRE. 1755. 165
à Paris , & confirme les donations faites
par fon pere au couvent de S. Magloire ,
par une lettre donnée à Paris , le 19 Avril
998.
Il fait auffi augmenter le palais où le
Parlement tient fes feances , appellé alors
le Palais royal , & y fait conftruire une
chapelle fous l'invocation de S. Nicolas .
1008 & 1031 .
Le Roi Robert confirme la donation de
quelques terres faite par Anfold & Reitrude
à l'églife de S. Denis de la Chartre
dont ils étoient fondateurs . Il donna auffi
à cette églife une prébende dans la cathédrale
de Notre Dame , comme il paroit
par une chartre d'Estienne , Evêque de Paris
, de l'an 1133 , par laquelle on voit
auffi que S. Denis de la Chartre tomba
d'abord dans les mains des laïques , delà
dans celles du Roi , & enfin fut donné à
S. Martin des Champs.
1031 & 32 .
Mort du Roi Robert le 20 Juillet 1031 ,
âgé de foixante ans , Henri I fon fils couronné
quatre ans auparavant , lui fuccede.
La fuite au prochain Mercure,
Les embelliffemens de la ville de Paris en
'deux volumes in- 12 du même auteur parośront
incessamment
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
L
SOUVERAINS.
Charles le Simple.
899 & 906.
Es Religieux de S. Leufroi au Diocèle
d'Evreux , viennent fe réfugier avec
leurs reliques dans l'abbaye S. Germain
des Prez , pour éviter la fureur des Normans
( a) . Ils s'uniffent aux Religieux de
cette abbaye , & ne font qu'un même corps.
Le Roi Charles le fimple , confirme cette
union par une chartre datée de Compiegne
: cependant après la paix , les Moines de
S. Leufroi retournerent dans leur monaftere
, & remporterent les corps de S. Ouen
& de S. Agofroi , frere de S. Leufroi , qu'ils
avoient mis en dépôt dans l'églife de l'abbaye
S. Germain des Prez , & laifferent à
cette abbaye les reliques de S. Leufroi &
de S. Thuriau , en reconnoiffance de la
retraite qu'on leur avoit accordée .
(a) Sec. 3. Bened. part. 1. p. 593.
NOVEMBRE. 1755 155
Le Comte Robert , abbé de S. Germain
des Prez & de S. Denis , fut le premier qui
joignit ces deux qualités fi oppofées d'abbé
& d'homme marié ( b ) . Il fit confirmer
par Charles le fimple le partage des biens
de la premiere abbaye entre l'abbé & les
religieux .
907 & 908.
Réunion de l'abbaye de Rebais , anciennement
nommée Jérufalem , à l'évêché de
Paris , le 22 Mai 907 ( c ) . Elle en a été
féparée à la fin du dixieme fiecle.
909.
Charles le fimple confirme la donation
du grand Pont ( d ) , ( c'eft aujourd'hui le
Pont au Change, ) & des moulins contigus ,
faite aux Chanoines de Notre- Dame par
Charles le chauve .
910.
Rollon , un des plus fameux chefs des
Normans , remonte la feine ; faccage les
environs de Paris , & en fait trois fois le
fiege avec toutes fes forces , mais il ne peut
(b) Mab, ann. Bened . 1. 41. n . 18. (c) Hift. Eccl.
Parif, to . 1. p. 116. (d) Traité des Ecoles. p . 205-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
réuffit à s'en rendre le maître ( e ) . Il leve
le fiege , paffe en Angleterre , & après fon
expédition , il revient pour la quatrieme
fois afliéger Paris.
911.
Il accorde une treve de trois mois aux
Parifiens , mais à peine cft - elle expirée que
ces derniers recommencent eux-mêmes la
guerre à la follicitation de Richard , Duc
de Bourgogne , & d'Eble Comte de Poitiers
. Rollon de fon côté , continue fes
ravages & défole les environs ; enfin les
Parifiens demandent une feconde treve
pendant laquelle Charles le fimple ayant
eu une entrevue avec Rollon à S. Clair fur
Epte , il conclut la paix avec lui , & fit ce
faineux traité (f) par lequel , en lui cédant
une partie de la Neuftrie en fief de la
couronne de France , il lui donna fa fille
Gizelle en mariage .
912 & 917.
Rollon embraffe la Religion chrétienne
avec un nombre confidérable de fes fujets.
Il eft baptifé à Paris par l'archevêque François
, tenu fur les fonts par Robert , comte
(e ) Dudo. de Act. Norm. (f) Anfelme , Hift.
des grands Offic, de la couronne.
NOVEMBRE. 1755. 157
de Paris , & appellé Robert ; il eft connu
depuis fous le nom de Robert , Comte ou
Duc de Normandie.
918
.
Gerard , feigneur de Brogne , vient à
Paris en qualité d'envoié du comte de Namur
auprès du comte Robert (g) . Il paffe à
S. Denis. Edifié de la vie des Religieux.
Il forme le deffein d'en prendre l'habit , ce
qu'il exécute peu de tems après .
919-20 & 21.
Le roi donne Surefne & plufieurs autres
héritages à l'abbaye S. Germain des Prez.
923 & incluf. 935 .
d'autorité
Charles le fimple donne trop
à Haganon fon favori . Les feigneurs de fa
cour en font jaloux & fe révoltent contre
leur Prince . Charles fe fauve en Allemagne
& de-là chez Herbert , Comte de Vermandois
, qui l'enferme au château de
Péronne , où il mourut quelques années
après . L'an 929 , Raoul , Duc de Bourgogne
, eft élu roi à la place . Epoque de
l'établiffement des fiéfs.
(8 ) Sec. 5. Bened. p . 248 .
158 MERCURE DE FRANCE.
Raoul.
La femme de Charles le fimple fe fauve
en Angleterre & y mene fon fils Louis qui
a été furnommé d'Outremer .
936-37 & incluf. 942 .
Raoul décede fans enfans le 15 Janvier
936 (b) , & Hugues le grand , Comte de
Paris , fils de Robert ( i ) , de concert avec
les autres feigneurs du royaume , rappelle
Louis d'Outremer , le fait facrer à Laon
& couronner à Reims ; il le conduit enfuite
à Paris.
Louis d'Outremer.
Hugues a toute l'autorité. Le Roi Louis
lui donne plufieurs villes avec le titre de
Duc de France.
pour
Le comté de Paris eft rendu héréditaire,
Hugues nomme Grimaldus être Viz
comte de cette ville ( k ) , titre jufqu'alors
inconnu. Fin des Vicomtes de Paris en
1032. Salco fut le dernier qui eut cette
qualité , celle de Comte avoit fini quelque
tems auparavant.
Le Prevôt de Paris occupe aujourd'hui
(b) Chro. Frod. (i) Item, Hift . Rem, L. 4. c. 26,
(k) Tr. de la Pol. te ….1 . p. 99%
NOVEMBRE 1755. 159
fous ce nom les deux places , & en fait
toutes les fonctions.
943 .
Louis d'Outremer féjourne à Paris , & il
y eft malade pendant tout l'Eté.
944.
Un orage des plus furieux ravage toute
la campagne , & notamment le mont Martre
(1) , où l'églife avec une maifon fort
ancienne furent renverfées.
945 & 953.
Il y eut cette année une mortalité confidérable
dans Paris & aux environs ; c'étoit
un feu qui prenoit & qui confumoit le
malade avec des douleurs très - aigues. On
remarqua que ceux qui furent atteints de
ce mal , & qui purent aller à Notre - Dame,
furent guéris (m) Hugues le grand donna
dans cette occafion une preuve non équivoque
de fa charité , en entretenant à fes
dépens un nombre conſidérable de pauvres.
954 & 955 .
Lothaire.
Louis d'Outremer meurt à Reims d'une
( 1) Chron. frod. ( m) Ibidy
• 1
160 MERCURE DE FRANCE.
chute de cheval , le 10 Septembre 954
Lothaire fon fils lui fuccede & vient incontinent
fe montrer à Paris avec la reine
Gerberge fa mere. Le Comte Hugues à qui
leRoi venoit de donner les duchés deBourgogne
& d'Aquitaine , leur fic une réception
des plus magnifiques . Le Roi paffa les
fêtes de Pâques dans cette ville , & partit
enfuite avec Hugues pour l'Aquitaine .
956 & 64.
Hugues le Grand meurt , & eft enterré
à S. Denis dans le tombeau des Rois (n ). Il
laiffe trois fils , Othon , Hugues , & Henri.
Hugues , dit Capet , eft fait Comte de
Paris , & Duc de France.
965 & .977.
Salvator , Evêque d'Aleth , qu'on nomme
aujourd'hui S. Malo , plufieurs Moines
des Evêchés de Dal , de Bayeux & de
Léon , près de Dinan , effrayés par les
Normans appellés en France par le Duc
de Normandie , fe refugient dans Paris
avec les Reliques de S. Magloire , S. Samfon
, S. Malo , S. Senateur ou Sinier , de
S. Leonard , de S. Levier , & autres , au
nombre de dix- neuf. Ces faintes Reliques
( a ) Ord. Vital. aim, &c. /
NOVEMBRE. 1755. 161
furent reçues par les Parifiens avec beaucoup
de refpect , & dépofées du confente
ment de Hugues , dans l'Eglife de S. Barthelemi
dans la Cité , où ce Comte porta
lui - même le Corps de S. Magloire fur fes
épaules. Cette céremonie fut faite avec
beaucoup d'appareil le 16 Octobre .
Après la paix , ces Religieux voulurent
retourner dans leur monaftere . Hugues le
leur permit , mais il retint le corps de S.
Magloire avec une portion des Reliques de
S. Samfon , S. Malo , S. Sinier & autres.
Hugues fait rebâtir l'églife de S. Barthelemi
, & la dedie à faint Barthelemi &
à Saint Magloire , l'érige en Abbaye , & y
établit une Communauté de Religieux de
l'Ordre de S. Benoît , lui donne de grands
biens , & fait confirmer la donation ( o )
le Roi Lothaire.
par
La Chapelle S. George , autrefois donnée
aux Chanoines de S. Barthelemi ( p ),
eft unie à l'Abbaye . Elle étoit fituée du côté
de S. Laurent , dans l'endroit où eft à
préfent le Couvent de S. Magloire , dit des
Filles Pénitentes , rue S. Denis , dans lequel
les Religieux Bénedictins , trop refferrés
dans la Maifon de S. Magloire &
S. Barthelemi dans la Cité , furent loger
( 0 ) Opp. ann. bened . to. 3. n. 63. p. 719.
( P ) Martenne , aned. to. I , P. 344 , 37I¿
162 MERCURE DE FRANCE.
en 1138 , & y apporterent le corps de S.
Magloire.
A l'occafion de ce changement , l'églife
de S. Barthelemi reprit fon ancien nom ,
& devint paroiffiale. Il y demeura feulement
un Moine , avec le titre de Prieur ,
fous la dépendance de faint Magloire. La
maifon qu'il occupoit fert encore de logement
aux Soeurs de la Charité de cette paroiffe.
Le Comte Hugues qui jouiffoit des Abbayes
( q ) de S. Denis & de S. Germain des
Prez , comme d'un bien héreditaire dans
fa famille , les abandonna aux Religieux
qui les remirent dans la regle ordinaire ,
c'est- à- dire qu'ils choifirent entr'eux des
Abbés reguliers. ( r ) Galon fut le premier
Abbé de S. Germain que nous connoiffons.
Il rétablit la difcipline dans ce Monaftere,
qui étoit dans un état déplorable.
978 & 79.
Hugues Capet ( s ) , fucceffeur de fon
oncle dans la dignité de Comte de Paris ,
eut occafion de marcher fur fes traces , en
défendant les Parifiens affiegés dans leur
ville par l'Empereur Othon II.
( q ) Concil. to. 9. p . 520. ( r ) De Bouillard ,
hift. de S. Germ. p. 69-70. ( 1 ) Duch, to. 7. p .
626. Babder Lambert , & c.
NOVEMBRE. 1755. 163
Louis V.
980 & 86 .
Mort de Lothaire , âgé de quarantecinq
ans , après trente- un de regne . Le
Roi Louis V , couronné de fon vivant , lui
fuccede , & meurt quinze mois après lui ,
le 22 Juin 987 , fans enfans. Hugues Capet
, Comte de Paris , fils de Hugues le
Grand , eft élu Roi de France , au préjudice
de Charles Duc de Lorraine , frere
puîné de Lothaire & oncle de Louis V.
En lui commença la troifieme race de nos
Rois , dont les defcendans occupent les
deux plus puiffans trônes de l'Europe , la
France & l'Espagne.
Hugues Capet.
988 & 994.
Guillaume Abbé , de S. Germain des
Prez , y rétablit la regle ( 1 ) degenerée en
une vanité toute mondaine , & obtient du
Roi l'exemption de certaines charges fort
onereufes , aufquelles on vouloit affujertir
la plupart des terres de l'Abbaye.
(+ ) D. Bouill. hift. S. Germ. p. 73 , &c . Du Bois,
to, I. p. 628 .
1
164 MERCURE DE FRANCE.
995.
Les Religieux de Marmontier viennent
s'établir à Paris dans le Prieuré de Notre
Dame des Champs ( ) , occupé aujourd'hui
par les Religieufes Carmelites
de la reforme de Ste Therefe. Ils y demeurent
jufques en 1604 , tems auquel
leur ordre a été éteint . L'hiftoire nous apprend
que l'églife qui fubfifte , eft trèsancienne
, & eft du moins du tems de
Robert fils d'Hugues Capet. Charles Patin
, Ecrivain moderne , prétend qu'une
figure placée au haut du pignon de cette
églife eft celle de Cerès , qui étoit honorée
dans ce lieu , mais il eft dans l'erreur ,
puifqu'il eft certain que la figure ( x ) dont
il eft queftion , eft un S. Michel qui peſe
les ames dans une balance .
996 & 97.
Mort de Hugues Capet , après neuf années
de regne , le 23 Octobre 997. Robert
fon fils qu'il avoit déja fait couronner
, lui fuccede.
Robert
998 & 1003 .
Robert ( y ) fait fa refidence ordinaire
(x) Ann. Bened. 1. 50. n . 92. ( x ) Moreau de
Mautour, Obfervations. ( y ) Dipl. p. 578.
NOVEMBRE. 1755. 165
à Paris , & confirme les donations faites
par fon pere au couvent de S. Magloire ,
par une lettre donnée à Paris , le 19 Avril
998.
Il fait auffi augmenter le palais où le
Parlement tient fes feances , appellé alors
le Palais royal , & y fait conftruire une
chapelle fous l'invocation de S. Nicolas .
1008 & 1031 .
Le Roi Robert confirme la donation de
quelques terres faite par Anfold & Reitrude
à l'églife de S. Denis de la Chartre
dont ils étoient fondateurs . Il donna auffi
à cette églife une prébende dans la cathédrale
de Notre Dame , comme il paroit
par une chartre d'Estienne , Evêque de Paris
, de l'an 1133 , par laquelle on voit
auffi que S. Denis de la Chartre tomba
d'abord dans les mains des laïques , delà
dans celles du Roi , & enfin fut donné à
S. Martin des Champs.
1031 & 32 .
Mort du Roi Robert le 20 Juillet 1031 ,
âgé de foixante ans , Henri I fon fils couronné
quatre ans auparavant , lui fuccede.
La fuite au prochain Mercure,
Les embelliffemens de la ville de Paris en
'deux volumes in- 12 du même auteur parośront
incessamment
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Résumé : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Entre 899 et 1032, plusieurs événements marquants se déroulent à Paris sous divers souverains. Sous Charles le Simple (899-906), des religieux de l'abbaye de Saint-Leufroi à Évreux se réfugient à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés pour échapper aux Normands. Charles le Simple confirme leur union avec les moines de Saint-Germain-des-Prés, mais après la paix, les moines de Saint-Leufroi retournent dans leur monastère, emportant certaines reliques. Le comte Robert, abbé de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Denis, est le premier à cumuler les fonctions d'abbé et d'homme marié. Il fait confirmer par Charles le Simple le partage des biens de l'abbaye entre l'abbé et les religieux. En 907, l'abbaye de Rebais est réunie à l'évêché de Paris. En 909, Charles le Simple confirme la donation du grand Pont et des moulins contigus aux chanoines de Notre-Dame. Rollon, chef normand, assiège Paris entre 910 et 911. Après une trêve et des négociations, Charles le Simple conclut la paix avec Rollon en lui cédant une partie de la Neustrie et en lui donnant sa fille Gisèle en mariage. En 912, Rollon et ses sujets se convertissent au christianisme. Rollon est baptisé à Paris et devient connu sous le nom de Robert, comte ou duc de Normandie. En 918, Gérard, seigneur de Brogne, se rend à Paris et décide de devenir moine à Saint-Denis. En 919-920, le roi donne plusieurs héritages à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. Charles le Simple est déposé en 923 et meurt en captivité en 929. Raoul, duc de Bourgogne, lui succède. En 936, Raoul meurt sans héritier, et Hugues le Grand, comte de Paris, rappelle Louis d'Outremer, fils de Charles le Simple, pour le couronner roi. Louis d'Outremer règne de 936 à 954, mais Hugues le Grand détient réellement le pouvoir. En 943, Louis d'Outremer est malade à Paris. En 944, un orage dévaste le mont Martre. En 945-953, une épidémie frappe Paris, et Hugues le Grand montre sa charité en aidant les pauvres. Lothaire succède à Louis d'Outremer en 954 et meurt en 986. Hugues Capet, comte de Paris, est élu roi en 987, marquant le début de la troisième race des rois de France. Sous le règne de Hugues Capet (987-996), des religieux de Marmontier s'installent à Paris dans le prieuré de Notre-Dame-des-Champs. Hugues Capet meurt en 997, et son fils Robert lui succède. Robert règne de 998 à 1031 et confirme plusieurs donations aux églises de Paris. Il meurt en 1031, et son fils Henri Ier lui succède.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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678
p. 229-236
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Louis-Hubert, Comte de Champagne & de la Roussiere, veuf de Dame [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Comte de la Suze, Comte de Champagne, Louise Julie Sylvie de Maridort, Magdeleine Françoise de Champagne, Seigneur, Marquis, Louis de Champagne, Evêque de Dijon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
Louis-Hubert ,
Ouis- Hubert , Comte de Champagne & de la
Rouffiere, veufde Dame Bonne -Judith de Lopriac
de Donges , époufa le 24 Juin Dlle Louife- Julie-
Sylvie de Maridort, fille de Meffire Charles - Louis-
Augufte , Comte de Maridort , Baron du Bourgle-
Roi , Grand Sénéchal de la Province du Maine ;
& de Dame Julie -Hortenfe Colbert de Linieres ,
fille de Louis Comte de Linieres , & de Marie-
Louiſe du Bouchet de Sourches .
La Maiſon du Comte de Champagne eft contée
à jufte titre parmi les plus illuftres du Royaume
, tant par l'ancienneté de fon origine que par
le luftre de fes alliances & de fes dignités. Elle
eft fortie de la Maifon de Mathefelon , connue
dès le onzième fiécle , auquel vivoit Hubert , Seigneur
de Mathefelon & de Duretal . Il reçut cette
derniere Seigneurie l'an 1059 , de la libéralté de
Geoffroi Martel , Comte d'Anjou , qui dans l'Acte
de donation le qualifie fon coulin . Hugues
Seigneur de Mathefelon & de Duretal , fon fils
époufa Jeanne de Sablé , & fut pere de Thibaud
& de Brandelis de Mathefelon. Thibaud continua
la branche de Mathefelon , & Brandelis ayant
eu en partage la Seigneurie de Champagne de
Parcé au Maine , il prit ce dernier nom & le
ds
230 MERCURE DE FRANCE.
tranfmit à fa poftérité . De Brandelis qui vivoit
fous le regne de S. Louis , defcendoit au feptiéme
dégré , Baudouin de Champagne , Seigneur de la
Suze au Maine , Confeiller Chambellan des Rois
Louis XII & François I , pere de Nicolas de
Champagne , créé Comte de la Suze en 1566 ,
tué à la bataille de S. Denis l'année fuivante. Il
avoit épousé Françoife de Laval -Loué ; & de ce
mariage fortirent Louis de Champagne , Comte
de la Suze , & Brandelis , Marquis de Villaines ,
qui furent tous deux Chevaliers des ordres du Roi,
& formerent les deux branches de la Suze & de
Villaines.
Louis de Champagne , Comte de la Suze , fut
Confeiller d'Etat , Capitaine de cinquante hommes
d'armes , reçu Chevalier des ordres du Roi
dans la promotion de 1585 , & mourut à la ba→
taille de Coutras en 1 587. Il avoit époufé , par
contrat du 2 Mars 1572 , Magdeleine de Melun ,
fille de Charles , Seigneur de Normanville , de
laquelle il laila Louis de Champagne , 11 du
nom , Comte de la Suze , Maréchal de camp ès
armées du Roi , mort en 1636 , laiffant de fa
femme Charlotte de Roye de la Rochefoucauld ,
fille de Charles Comte de Rouci , entr'autres enfans
Gafpard de Champagne , Comte de la Suze .
allié à Henriette de Coligny , de laquelle il
fut féparé. 2 ° . A Louife de Clermont- Gallerande.
De ce cernier mariage nâquit Thibaut de
Champagne , Comte de la Suze , mort fans pofté
rité ; & trois filles dont la cadette Magdeleine-
Françoife de Champagne la Suze , étoit mere de
Louis- Hubert Comte de Champagne.
Brandelis de Champagne , Marquis de Villaines
, fecond fils de Nicolas Comte de la Suze
fut Confeiller d'Etat , & Capitaine de cinquante
NOVEMBRE. 1755. 231
hommes d'armes des Ordonnances du Roi , &
honoré en 1599 du collier des Ordres de Sa Majefté
. Il épousa Anne de Fefchal , Dame de Tucé ,
de laquelle il eut Hubert de Champagne , Marquis
de Villaines , marié 1. à Louiſe d'Arconna. 2°.
Par contrat du 29 Décembre 1644 à Catherine
Fouquet de la Varenne , fille de René , Marquis
de laVarenne , & de Jeanne de Girard de la Rouffiere.
Du premier lit vint Louife-Marie de Champagne
, femme de Claude de Talaru , Marquis
de Chalmazel , dont deſcend le Chevalier des Or
dres. Du fecond lit il laiffa deux garçons , René-
Brandelis , & Hubert - Jerôme de Champagne.
René-Brandelis de Champagne , Marquis deVillaines
& de la Varenne , mort le s Avril 1723 ,
n'ayant laiffé de fon mariage avec Catherine-
Thérefe le Royer que deux filles , dont la feconde
nommée Catherine de Champagne qui avoit été
mariée en 17394 Louis- Céfar ( le Tellier ) Comte
d'Eftrées , eft morte fans enfans le 19 Juillet 1742.
Sa foeur aînée , Marie de Champagne , a épousé
le 30 Avril 1732 , Céfar.Gabriel de Choifeul ,
Comte de Chevigni & de la Riviere , dont font
nés un fils & une fille.
Hubert - Jérôme de Champagne , Comte de
Villaines , frere cadet de René- Brandelis , avoit
épousé en 1700 , Magdeleine- Françoife de Champagne-
la-Suze , fille de Gafpard de Champagne ,
Comte de la Suze , & de Louife de Clermont- Gallerande.
Il eft pere de Louis-Hubert , Comte de
Champagne , qui donne lieu à cet article.
Quant à la famille du Comte de Maridort qui
porte pour armes d'azur , à 3 gerbes d'or , elle eft
connue dans le Maine parmi les plus nobles de
cette province depuis près de 400 ans. Jacques de
Maridor qui vivoit au commencement du quin-
{
232 MERCURE DE FRANCE.
zieme fiecle , fut feigneur des terres des Epinays
& de la Freflonniere , du chef de fa femme Françoile
Bocquet. Son fils Jacques de Maridort II . du
nom , feigneur de la Freflonniere , fut pere de
Jacques III. feigneur de la Freflonniere , allié avec
Laurette de Coainon , dame de S. Ouen , fille du ~
feigneur de la Roche-Coainon. De ce mariage
fortit Jean de Maridort , Seigneur de la Freflonniere
, de S. Ouen & de Château - Sénéchal , marié
en 15-10 à Marguerite de Maulay , dame de
Bretefin en Anjou, & de l'Artuzier, fille unique de
Foulques de Maulay & de Jeanne Lenfant de Varennes.
Il en eut Jacqueline de Maridort , alliée à
Guy d'Aflé , feigneur de Montfaucon & de l'Efpinay,
& deux fils qui eurent poftérité : fçavoir , Guillaume
& Hercules. L'aîné , feigneur châtelain de
Vaulx , époufa Renée de Mauny , dame de Verron,
de Vaulx , Courchardie dans le Maine & l'Anjou ,
fille de Pierre de Mauny, feigneur de S. Aiguan , &
de Françoile de Beaumanoir. Il eut de ce mariage
trois enfans : 1 °. Olivier, qui fuit ; 2 °. Radegonde,
mariée à Louis Frefneau , feigneur d'Aviré & de
Créance ; 3 °. Magdeleine de Maridort , alliée en
1561. à Joachim de Caradreux , Vicomte de Neuville,
fire de Chaftenay . Olivier de Maridort , feigneur
de la Freflonniere & de Vaulx , époufa en
1552 , Anne de Matignon , Dame d'honneur de
Jeanne d'Albret , Reine de Navarre , foeur du Maréchal
de Matignon , & fille de Jacques , Comte
de Matignon , & de Françoise de Silly. De cette
alliance il n'eut que trois filles : fçavoir , 1 ° . Françoiſe
de Maridort , Dame de la Freflonniere , mariée
en premieres nôces à Jean de Coefme , Baron
de Lucé- Bonneftable ; duquel elle n'eut point d'enfans
, & en fecondes nôces à Charles de Chambes ,
Comte de Montforcau , Marquis d'Avoir . 2°. AnNOVEMBRE.
1755. 233
I
he de Maridort , qui époufa Antoine de Longueval
, feigneur de Haraucourt . 3º. Philippe de Maridort
alliée à Yves de Lifcouet , feigneur de Lifcouet
& du Bois de la Roche.
Hercules de Maridort , par lequel la postérité
s'eft continuée jufqu'à préfent , fut feigneur de
S. Ouen , Bourg-le- Roi , Doucet , du Breuil , de
Mélangé & les Garnifons , du chef de fa femme ,
Guillelmine de Mauny , qu'il avoit épousée le dernier
Février 1532. Elle étoit niéce de Renée de
Mauny , femme de fon frere , & fille de François
de Mauny & d'Hélène de Villeblanche . Leur fils
Jean de Maridort , feigneur de S. Ouen , Bourgle-
Roi , Doucet , &c . fut marié par contrat du
19 Octobre 1566. à Claude de Tillon , Dame de
Groflé , fille d'Urbain de Tillon , feigneur de Sacé ,
& de Charlotte de Villeblanche . Il en eut David ,
qui fuit , & Jean de Maridort, feigneur du Bourgle-
Roi , Gentilhomme ordinaire de la chambre du
Roi , & Confeiller d'Etat , mort fans enfans de fes
deux femmes Hélene le Grand, & Barbe de S.Denis.
David de Maridort , feigneur de S. Ouen , &c.
décédé le 27 Septembre 1606. avoit épousé le s
Juin 1583 , Germaine de Riant , fille de Gilles de
Riant , Préfident du Parlement de Paris & de Magdeleine
Formel . Leur fils , Gilles de Maridor , feigneur
châtelain de S. Ouen , &c fut Centilhomme
ordinaire de la chambre du Roi , & marié le 13
Octobre 1613 , à Françoife de Vignolles , fille de
Pompée de Vignolles, Ecuyer, Seigneur de la Roche
& du Boudin, & de Louife de Lude. De ce mariage,
fortirent, 1 °. Louis, qui-fuit , 2º. Pompée qui a laiffé
postérité, & Marie de Maridort , femme de Charles
des Guets , feigneur de la Pinardiere.
Louis de Maridort, feigneur châtelain de Saint-
Quen , du Bourg- le-Roi , &c. fe maria en 1663 à
234 MERCURE DE FRANCE.
Sufanne de Crocelai , fille de Michel , feigneur de
Crocelai en Bretagne, & d'Anne Bitaud. De ce mariage
fortit , Louis - Charles de Maridor , feigneur
du Bourg- le- Roi , qui n'ayant point eu d'enfans
de fa femme N. de Riant , fe remaria en 1703. à
Elifabeth-Louife- Charlotte de Perochelle , fille
de Charles - François de Perochelle , feigneur de
Grandchamp , & de Marie- Françoife de Fontenay,
il eft pere de Charles- Louis - Augufte , Comte de
Maridort , & ayeul de Louife -Julie- Sylvie de Maridort
, Comteffe de Champagne.
René-Mans , Sire de Froullay , Comte de Teffé,
Marquis de Lavardin , Baron d'Ambriere , Comte
de Verny , de Froullay , &c , Grand d'Espagne, de
la premiere claffe , Lieutenant-Général pour le
Roi dans les provinces du Maine & du Perche ,
ainfi que dans le Comté de Laval , premier Ecuyer
de la Reine , & Colonel du régiment des Cravates
, fut marié le 26 Juin , dans l'Eglife paroiffiale
de S. Roch , à Adrienne - Catherine de
Noailles , fille de Louis de Noailles , Duc d'Ayen ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant - Général
des armées de Sa Majefté , Capitaine de la
Compagnie Ecofloife des Gardes du Corps ;
Gouverneur de la province de Rouffillon en
furvivance du Maréchal Duc de Noailles , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Saint Germain-
en- Laye; & de Catherine-Françoiſe - Charlotte
de Coffé - Briffac . La bénédiction nuptiale
leur a été donnée par le Curé de la paroiffe. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 du même
mois par leurs Majeftés & par la Famille royale .
Le Comte de Teffé eft fils de feu René- Mans , Sire
de Froullay , Marquis de Teffé , Grand d'Efpagne
, de la premiere claffe , Brigadier , Colonel
NOVEMBRE. 1755
235
Lieutenant du Régiment de la Reine- Infanterie,
& fon premier Ecuyer ; & de Marie - Charlotte
de Bethune- Charoft .
·
Le 16 Octobre fut célébré par l'Evêque de
Lefcars , dans la Chapelle de l'hôtel de Rothelin ,
rue du Cherche - midi , le mariage entre Meffire
Pons Fréderic de Pierre Chevalier , Seigneur
des Ports en Languedoc , Comte de Bernis , aîné
de la Maifon de Pierre ( en latin Petri ) connue
dès le onzieme fiecle ; fils de feu Meffire André de
Pierre, Chevalier , Seigneur des Ports , & de Dame
Anne- Therefe de Nigry , iffue d'une ancienne &
illuftre race.
Et Damoifelle-Marie- Helene-Elizabeth- Hyacinthe
de Narbonne- Pelet , fille de Meffire Clau
de de Narbonne- Pelet , Chevalier , Seigneur de
Verbron , Salgas , Rouffes , la Carriere , Montaigu
, & autres places ; chef de la quatrieme branche
de la Maifon de Narbonne-Pelet , laquelle
rapporte fon origine aux anciens Vicomtes de
Narbonne ; & de Dame Françoife - Heléne de Pierre
de Bernis , foeur du Marquis de ce nom , & de
l'Abbé de Bernis , Comte de Lyon , Ambaſſadeur
extraordinaire , & Miniftre Plénipotentiaire du
Roi à la Cour d'Espagne .
En faveur de ce mariage , le Roi a accordé au
Comte de Bernis un bon pour avoir un Régiment.
à fon tour.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des camps & armées du
Roi , & ci-devant Meftre de camp - Lieutenant .
du Régiment des Cuiraffers , mourut à Paris le
17 Juin , âgé de foixante- quatre ans.
Meffire Louis-Antoine de la Roche- Fontenille ,
Marquis de Rambures , auffi Maréchal de camp ,
236 MERCURE DE FRANCE:
eft mort à Paris dans le même mois , dans fa
cinquante-neuvieme année
Meffire Claude Bouhier , Evêque de Dijon , Abbé
de l'Abbaye de Fontaine- Daniel , Ordre de Cîteaux
, Diocèle du Mans , & Prieur de Pontarlier ,
Ordre du Val des Ecoliers , Diocèſe de Langres ,
mourut à Dijon le 21 Juin , dans fa foixante- onzieme
année.
Louis-Hubert ,
Ouis- Hubert , Comte de Champagne & de la
Rouffiere, veufde Dame Bonne -Judith de Lopriac
de Donges , époufa le 24 Juin Dlle Louife- Julie-
Sylvie de Maridort, fille de Meffire Charles - Louis-
Augufte , Comte de Maridort , Baron du Bourgle-
Roi , Grand Sénéchal de la Province du Maine ;
& de Dame Julie -Hortenfe Colbert de Linieres ,
fille de Louis Comte de Linieres , & de Marie-
Louiſe du Bouchet de Sourches .
La Maiſon du Comte de Champagne eft contée
à jufte titre parmi les plus illuftres du Royaume
, tant par l'ancienneté de fon origine que par
le luftre de fes alliances & de fes dignités. Elle
eft fortie de la Maifon de Mathefelon , connue
dès le onzième fiécle , auquel vivoit Hubert , Seigneur
de Mathefelon & de Duretal . Il reçut cette
derniere Seigneurie l'an 1059 , de la libéralté de
Geoffroi Martel , Comte d'Anjou , qui dans l'Acte
de donation le qualifie fon coulin . Hugues
Seigneur de Mathefelon & de Duretal , fon fils
époufa Jeanne de Sablé , & fut pere de Thibaud
& de Brandelis de Mathefelon. Thibaud continua
la branche de Mathefelon , & Brandelis ayant
eu en partage la Seigneurie de Champagne de
Parcé au Maine , il prit ce dernier nom & le
ds
230 MERCURE DE FRANCE.
tranfmit à fa poftérité . De Brandelis qui vivoit
fous le regne de S. Louis , defcendoit au feptiéme
dégré , Baudouin de Champagne , Seigneur de la
Suze au Maine , Confeiller Chambellan des Rois
Louis XII & François I , pere de Nicolas de
Champagne , créé Comte de la Suze en 1566 ,
tué à la bataille de S. Denis l'année fuivante. Il
avoit épousé Françoife de Laval -Loué ; & de ce
mariage fortirent Louis de Champagne , Comte
de la Suze , & Brandelis , Marquis de Villaines ,
qui furent tous deux Chevaliers des ordres du Roi,
& formerent les deux branches de la Suze & de
Villaines.
Louis de Champagne , Comte de la Suze , fut
Confeiller d'Etat , Capitaine de cinquante hommes
d'armes , reçu Chevalier des ordres du Roi
dans la promotion de 1585 , & mourut à la ba→
taille de Coutras en 1 587. Il avoit époufé , par
contrat du 2 Mars 1572 , Magdeleine de Melun ,
fille de Charles , Seigneur de Normanville , de
laquelle il laila Louis de Champagne , 11 du
nom , Comte de la Suze , Maréchal de camp ès
armées du Roi , mort en 1636 , laiffant de fa
femme Charlotte de Roye de la Rochefoucauld ,
fille de Charles Comte de Rouci , entr'autres enfans
Gafpard de Champagne , Comte de la Suze .
allié à Henriette de Coligny , de laquelle il
fut féparé. 2 ° . A Louife de Clermont- Gallerande.
De ce cernier mariage nâquit Thibaut de
Champagne , Comte de la Suze , mort fans pofté
rité ; & trois filles dont la cadette Magdeleine-
Françoife de Champagne la Suze , étoit mere de
Louis- Hubert Comte de Champagne.
Brandelis de Champagne , Marquis de Villaines
, fecond fils de Nicolas Comte de la Suze
fut Confeiller d'Etat , & Capitaine de cinquante
NOVEMBRE. 1755. 231
hommes d'armes des Ordonnances du Roi , &
honoré en 1599 du collier des Ordres de Sa Majefté
. Il épousa Anne de Fefchal , Dame de Tucé ,
de laquelle il eut Hubert de Champagne , Marquis
de Villaines , marié 1. à Louiſe d'Arconna. 2°.
Par contrat du 29 Décembre 1644 à Catherine
Fouquet de la Varenne , fille de René , Marquis
de laVarenne , & de Jeanne de Girard de la Rouffiere.
Du premier lit vint Louife-Marie de Champagne
, femme de Claude de Talaru , Marquis
de Chalmazel , dont deſcend le Chevalier des Or
dres. Du fecond lit il laiffa deux garçons , René-
Brandelis , & Hubert - Jerôme de Champagne.
René-Brandelis de Champagne , Marquis deVillaines
& de la Varenne , mort le s Avril 1723 ,
n'ayant laiffé de fon mariage avec Catherine-
Thérefe le Royer que deux filles , dont la feconde
nommée Catherine de Champagne qui avoit été
mariée en 17394 Louis- Céfar ( le Tellier ) Comte
d'Eftrées , eft morte fans enfans le 19 Juillet 1742.
Sa foeur aînée , Marie de Champagne , a épousé
le 30 Avril 1732 , Céfar.Gabriel de Choifeul ,
Comte de Chevigni & de la Riviere , dont font
nés un fils & une fille.
Hubert - Jérôme de Champagne , Comte de
Villaines , frere cadet de René- Brandelis , avoit
épousé en 1700 , Magdeleine- Françoife de Champagne-
la-Suze , fille de Gafpard de Champagne ,
Comte de la Suze , & de Louife de Clermont- Gallerande.
Il eft pere de Louis-Hubert , Comte de
Champagne , qui donne lieu à cet article.
Quant à la famille du Comte de Maridort qui
porte pour armes d'azur , à 3 gerbes d'or , elle eft
connue dans le Maine parmi les plus nobles de
cette province depuis près de 400 ans. Jacques de
Maridor qui vivoit au commencement du quin-
{
232 MERCURE DE FRANCE.
zieme fiecle , fut feigneur des terres des Epinays
& de la Freflonniere , du chef de fa femme Françoile
Bocquet. Son fils Jacques de Maridort II . du
nom , feigneur de la Freflonniere , fut pere de
Jacques III. feigneur de la Freflonniere , allié avec
Laurette de Coainon , dame de S. Ouen , fille du ~
feigneur de la Roche-Coainon. De ce mariage
fortit Jean de Maridort , Seigneur de la Freflonniere
, de S. Ouen & de Château - Sénéchal , marié
en 15-10 à Marguerite de Maulay , dame de
Bretefin en Anjou, & de l'Artuzier, fille unique de
Foulques de Maulay & de Jeanne Lenfant de Varennes.
Il en eut Jacqueline de Maridort , alliée à
Guy d'Aflé , feigneur de Montfaucon & de l'Efpinay,
& deux fils qui eurent poftérité : fçavoir , Guillaume
& Hercules. L'aîné , feigneur châtelain de
Vaulx , époufa Renée de Mauny , dame de Verron,
de Vaulx , Courchardie dans le Maine & l'Anjou ,
fille de Pierre de Mauny, feigneur de S. Aiguan , &
de Françoile de Beaumanoir. Il eut de ce mariage
trois enfans : 1 °. Olivier, qui fuit ; 2 °. Radegonde,
mariée à Louis Frefneau , feigneur d'Aviré & de
Créance ; 3 °. Magdeleine de Maridort , alliée en
1561. à Joachim de Caradreux , Vicomte de Neuville,
fire de Chaftenay . Olivier de Maridort , feigneur
de la Freflonniere & de Vaulx , époufa en
1552 , Anne de Matignon , Dame d'honneur de
Jeanne d'Albret , Reine de Navarre , foeur du Maréchal
de Matignon , & fille de Jacques , Comte
de Matignon , & de Françoise de Silly. De cette
alliance il n'eut que trois filles : fçavoir , 1 ° . Françoiſe
de Maridort , Dame de la Freflonniere , mariée
en premieres nôces à Jean de Coefme , Baron
de Lucé- Bonneftable ; duquel elle n'eut point d'enfans
, & en fecondes nôces à Charles de Chambes ,
Comte de Montforcau , Marquis d'Avoir . 2°. AnNOVEMBRE.
1755. 233
I
he de Maridort , qui époufa Antoine de Longueval
, feigneur de Haraucourt . 3º. Philippe de Maridort
alliée à Yves de Lifcouet , feigneur de Lifcouet
& du Bois de la Roche.
Hercules de Maridort , par lequel la postérité
s'eft continuée jufqu'à préfent , fut feigneur de
S. Ouen , Bourg-le- Roi , Doucet , du Breuil , de
Mélangé & les Garnifons , du chef de fa femme ,
Guillelmine de Mauny , qu'il avoit épousée le dernier
Février 1532. Elle étoit niéce de Renée de
Mauny , femme de fon frere , & fille de François
de Mauny & d'Hélène de Villeblanche . Leur fils
Jean de Maridort , feigneur de S. Ouen , Bourgle-
Roi , Doucet , &c . fut marié par contrat du
19 Octobre 1566. à Claude de Tillon , Dame de
Groflé , fille d'Urbain de Tillon , feigneur de Sacé ,
& de Charlotte de Villeblanche . Il en eut David ,
qui fuit , & Jean de Maridort, feigneur du Bourgle-
Roi , Gentilhomme ordinaire de la chambre du
Roi , & Confeiller d'Etat , mort fans enfans de fes
deux femmes Hélene le Grand, & Barbe de S.Denis.
David de Maridort , feigneur de S. Ouen , &c.
décédé le 27 Septembre 1606. avoit épousé le s
Juin 1583 , Germaine de Riant , fille de Gilles de
Riant , Préfident du Parlement de Paris & de Magdeleine
Formel . Leur fils , Gilles de Maridor , feigneur
châtelain de S. Ouen , &c fut Centilhomme
ordinaire de la chambre du Roi , & marié le 13
Octobre 1613 , à Françoife de Vignolles , fille de
Pompée de Vignolles, Ecuyer, Seigneur de la Roche
& du Boudin, & de Louife de Lude. De ce mariage,
fortirent, 1 °. Louis, qui-fuit , 2º. Pompée qui a laiffé
postérité, & Marie de Maridort , femme de Charles
des Guets , feigneur de la Pinardiere.
Louis de Maridort, feigneur châtelain de Saint-
Quen , du Bourg- le-Roi , &c. fe maria en 1663 à
234 MERCURE DE FRANCE.
Sufanne de Crocelai , fille de Michel , feigneur de
Crocelai en Bretagne, & d'Anne Bitaud. De ce mariage
fortit , Louis - Charles de Maridor , feigneur
du Bourg- le- Roi , qui n'ayant point eu d'enfans
de fa femme N. de Riant , fe remaria en 1703. à
Elifabeth-Louife- Charlotte de Perochelle , fille
de Charles - François de Perochelle , feigneur de
Grandchamp , & de Marie- Françoife de Fontenay,
il eft pere de Charles- Louis - Augufte , Comte de
Maridort , & ayeul de Louife -Julie- Sylvie de Maridort
, Comteffe de Champagne.
René-Mans , Sire de Froullay , Comte de Teffé,
Marquis de Lavardin , Baron d'Ambriere , Comte
de Verny , de Froullay , &c , Grand d'Espagne, de
la premiere claffe , Lieutenant-Général pour le
Roi dans les provinces du Maine & du Perche ,
ainfi que dans le Comté de Laval , premier Ecuyer
de la Reine , & Colonel du régiment des Cravates
, fut marié le 26 Juin , dans l'Eglife paroiffiale
de S. Roch , à Adrienne - Catherine de
Noailles , fille de Louis de Noailles , Duc d'Ayen ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant - Général
des armées de Sa Majefté , Capitaine de la
Compagnie Ecofloife des Gardes du Corps ;
Gouverneur de la province de Rouffillon en
furvivance du Maréchal Duc de Noailles , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Saint Germain-
en- Laye; & de Catherine-Françoiſe - Charlotte
de Coffé - Briffac . La bénédiction nuptiale
leur a été donnée par le Curé de la paroiffe. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 du même
mois par leurs Majeftés & par la Famille royale .
Le Comte de Teffé eft fils de feu René- Mans , Sire
de Froullay , Marquis de Teffé , Grand d'Efpagne
, de la premiere claffe , Brigadier , Colonel
NOVEMBRE. 1755
235
Lieutenant du Régiment de la Reine- Infanterie,
& fon premier Ecuyer ; & de Marie - Charlotte
de Bethune- Charoft .
·
Le 16 Octobre fut célébré par l'Evêque de
Lefcars , dans la Chapelle de l'hôtel de Rothelin ,
rue du Cherche - midi , le mariage entre Meffire
Pons Fréderic de Pierre Chevalier , Seigneur
des Ports en Languedoc , Comte de Bernis , aîné
de la Maifon de Pierre ( en latin Petri ) connue
dès le onzieme fiecle ; fils de feu Meffire André de
Pierre, Chevalier , Seigneur des Ports , & de Dame
Anne- Therefe de Nigry , iffue d'une ancienne &
illuftre race.
Et Damoifelle-Marie- Helene-Elizabeth- Hyacinthe
de Narbonne- Pelet , fille de Meffire Clau
de de Narbonne- Pelet , Chevalier , Seigneur de
Verbron , Salgas , Rouffes , la Carriere , Montaigu
, & autres places ; chef de la quatrieme branche
de la Maifon de Narbonne-Pelet , laquelle
rapporte fon origine aux anciens Vicomtes de
Narbonne ; & de Dame Françoife - Heléne de Pierre
de Bernis , foeur du Marquis de ce nom , & de
l'Abbé de Bernis , Comte de Lyon , Ambaſſadeur
extraordinaire , & Miniftre Plénipotentiaire du
Roi à la Cour d'Espagne .
En faveur de ce mariage , le Roi a accordé au
Comte de Bernis un bon pour avoir un Régiment.
à fon tour.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des camps & armées du
Roi , & ci-devant Meftre de camp - Lieutenant .
du Régiment des Cuiraffers , mourut à Paris le
17 Juin , âgé de foixante- quatre ans.
Meffire Louis-Antoine de la Roche- Fontenille ,
Marquis de Rambures , auffi Maréchal de camp ,
236 MERCURE DE FRANCE:
eft mort à Paris dans le même mois , dans fa
cinquante-neuvieme année
Meffire Claude Bouhier , Evêque de Dijon , Abbé
de l'Abbaye de Fontaine- Daniel , Ordre de Cîteaux
, Diocèle du Mans , & Prieur de Pontarlier ,
Ordre du Val des Ecoliers , Diocèſe de Langres ,
mourut à Dijon le 21 Juin , dans fa foixante- onzieme
année.
Fermer
Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs événements de mariages et de décès au sein de la noblesse française. Louis-Hubert, Comte de Champagne et de la Rouffiere, veuf de Bonne-Judith de Lopriac de Donges, a épousé le 24 juin Louise-Julie-Sylvie de Maridort. Cette dernière est la fille de Charles-Louis-Auguste, Comte de Maridort, Baron du Bourg-Roi, Grand Sénéchal de la Province du Maine, et de Julie-Hortense Colbert de Linieres. La Maison du Comte de Champagne est l'une des plus illustres du Royaume, remontant à la Maison de Mathefelon au onzième siècle. Hubert, Seigneur de Mathefelon et de Duretal, reçut la Seigneurie de Duretal en 1059 de Geoffroi Martel, Comte d'Anjou. La lignée se poursuit avec Hugues, Thibaud et Brandelis de Mathefelon, ce dernier prenant le nom de Champagne et transmettant ce nom à sa postérité. Le texte détaille également les alliances et les dignités de la famille de Champagne, mentionnant des personnages comme Baudouin de Champagne et Nicolas de Champagne, ainsi que leurs descendants, qui ont occupé des postes prestigieux à la cour des rois de France. La famille de Maridort, connue dans le Maine depuis près de 400 ans, est également décrite. Jacques de Maridort, vivant au quinzième siècle, fut seigneur des terres des Epinays et de la Freslonnière. La lignée se poursuit avec Jacques II et III, et leurs descendants, jusqu'à Charles-Louis-Auguste, Comte de Maridort, père de Louise-Julie-Sylvie de Maridort. Le texte mentionne aussi d'autres mariages et décès notables, comme celui de René-Mans, Sire de Froullay, Comte de Tessé, et d'Adrienne-Catherine de Noailles, ainsi que le mariage de Pons Frédéric de Pierre, Chevalier, Seigneur des Ports en Languedoc, Comte de Bernis, et de Marie-Hélène-Élisabeth-Hyacinthe de Narbonne-Pelet. Enfin, le texte rapporte les décès de César-Antoine de la Luzerne, Comte de Beuzeville, Maréchal des camps et armées du Roi, de Louis-Antoine de la Roche-Fontenille, Marquis de Rambures, et de Claude Bouhier, Evêque de Dijon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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679
p. 146-153
Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
Début :
VOTRE projet d'un Nobiliaire de Lorraine annonce, mon R. Pere, un ouvrage [...]
Mots clefs :
Nobiliaire, Nobiliaire de Lorraine, Histoire, Recueil, Lettres
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texteReconnaissance textuelle : Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
Lettre adreffée au R. P. Dom Pelletier , Bénédictin
de Senones , auteur d'un Nobiliaire
de Lorraine , annoncé & propafe
par ſouſcription
.
VOTRE
projet d'un Nobiliaire
de
Lorraine
annonce
, mon R. Pere , un ouDECEMBRE.
1755. 147
vrage curieux , utile & fçavant ; mais permettez-
moi de vous propofer mes regrets
fur la forme alphabétique que vous voulez
donner à ce recueil précieux.
Je fçais que vous fuivez en cela des
exemples illuftres ; & fans fortir de l'Abbaye
de Senones , vous avez devant les
yeux le refpectable Auteur de l'Hiſtoire de
Lorraine , qui dans la bibliothéque de cette
province , a confondu tous les hommes
célebres , fans diftinction de tems , de profeffion
ni de facultés .
N'auroit-on pas été bien plus fatisfait
en trouvant dans cet ouvrage chaque fçavant
, artiſte , ou homme de lettres , placé
felon le tems , où il a honoré fon pays ;
difpofition qui préfenteroit un tableau
gracieux & inftructif de l'état des fciences
& des arts dans la Lorraine en chaque
fiécle & c'est même le deffein que Dom
Calmet annonce dans fa préface , comme
c'eft auffi le feul but raifonnable qu'on
puiffe fe propofer en donnant au public
une hiftoire littéraire.
: Ce que je viens de dire , mon R. Pere ,
doit s'appliquer à votre Nobiliaire. Il deviendroit
une hiftoire héraldique & généalogique
de laLorraine, & un tableau des
illuftrations & des accroiffemens de la
nobleffe , fi vous vouliez difpofer toutes
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
les maiſons & familles nobles & ennoblies
par ordre chronologique ; fçavoir les anciennes
maifons du pays , fuivant le tems
où leurs auteurs fe font le plus illuftrés ,
& les familles étrangeres dans celui où elles
ont commencé à paroître avec éclat en
Lorraine , & les ennoblis fuivant la date de
leurs Lettres.
Par cet arrangement on auroit une gallerie
héroïque qui rappelleroit l'hiftoire
du pays en même tems que celle des familles
,
, par l'attention avec laquelle on
citeroit (lorfqu'il y auroit lieu ) les fervices
qui auroient fait connoître le chef &
les defcendans du nom dont il feroit queftion
.
C'eft la feule méthode qui puiffe réunir
l'utilité & l'agrément , & rendre un ou
vrage digne de la curiofité des lecteurs de
gout , qui , cherchant dans toute lecture à
fe former un plan de la matiere traitée ,
font fatigués & rebutés par des tranſlations
fubites & continuelles d'un fiécle à
un autre.
A l'égard de ceux qui n'ont befoin que
de quelques recherches ifolées , une table
alphabétique les met auffi à portée de fe
fatisfaire , que fi tout l'ouvrage étoit dans
cette forme.
Un autre avantage de la méthode chro
1
DECEMBRE. 1755. 149
nologique , c'eft de fe prêter aux additions
que l'on eft obligé de faire à tout ce qui
dépend de la fucceffion des tems , & com
ment coudre un fupplément à un recueil
alphabétique fans fuivre un autre ordre ,
ce qui indique par foi - même le défaut de
l'ouvrage primitif , dont l'Auteur eft quelquefois
bientôt oublié & effacé par un
nouveau venu qui s'approprie le travail
entier au moyen d'une refonte qui lui coute
peu , au lieu que la facilité de joindre
des fupplémens à un ouvrage chronologique
, en conferve & maintient long- tems
le fonds & la gloire.
Il feroit à fouhaiter que cet inconvénient
ranimât un peu l'émulation des Auteurs
qui fe livrent aujourd'hui par une
fantaifie de mode à mettre tout en décou
pures , fous le nom de Dictionnaires ou
d'Almanachs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
L'OBSERVATEUR HOLLANDOIS , OU
Lettres de M. de Van ** à M. H ** de la
Haye, fur l'état préfent des affaires de l'Eu .
rope ; à la Haye 1755 ; & fe trouve à Paris
, chez Defaint & Saillant . Il a déja paru
trois de ces Lettres , & il en paroîtra une
réguliérement tous les quinze jours.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
Nous croyons devoir à ce fujet rappeller
un ouvrage juftement eftimé , qui a
pour titre Hiftoire & Commerce des Colonies
Angloifes , & c. On y trouve des notions
générales fur ces matieres. Ce livre
eft même le feul qui ait donné fur les Colonies
en question des détails, & des détails
furs .
EXAMEN PHYSIQUE ET CHIMIQUE
d'une eau minerale , trouvée chez M. de
Calfabigi à Paffy , comparée aux eaux du
même côteau , connues fous le nom des
nouvelles eaux minerales de Madame Belami
,,
par le Sr de Machy , Apothicaire ,
gagnant maîtriſe à l'Hôtel-Dieu . On trou
vera dans l'article des fciences , des réflexions
fur l'utilité du bleu de Pruffe , tiré
des eaux de M. de Calfabigi , en réponſe à
ce que le Sr de Machy en dit dans cet examen.'
CATALOGUE DES LIVRES , tant de
France que des pays étrangers , imprimés ,
ou qui fe trouvent à Paris , chez Guillyn ,
quai des Auguftins , au lys d'or . 1755 .
Nous allons annoncer aujourd'hui plufieurs
de ces livres que nous continuerons
à indiquer fucceffivement dans les Mercures
qui fuivront. Le Libraire promet de
DECEMBRE. 1755. 151
donner chaque année un nouveau Catalogue
dans le même gout.
ADOLPHI (Chrifto. Michael . ) Tractatus
de Fontibus quibufdam Soteriis . Vratif
lavia , in- 8 ° . Albini ( Bernardi Siegfried )
Hiftoria Mufculorum Hominum , 1734.
in-4°.figures Allen. Synopfis univerfæ Medicine
practica , five doctiffimorum Virorum
de Morbis , eorumque caufis , ac remediis
judicia. 1753 - in- 8 ° . Alpinus ( Profperus
) de præfagiendâ vitâ & morte Agrotantium
, ex editione Hieronym . Dav.
Gaubii. 1754. 1 vol in-4°. Annales d'Efpagne
& de Portugal , &c . par Jean Alvart
de Colmenar. 1741. 2 vol. in-4°. grand
papier. figures. Architecture de Philippe
Vingboons , in fol. figures. Arrêts remarquables
du Parlement de Toulouſe , par
Catellan , in-4° . 3 vol. Ayreri ( Georgii-
Henrici ) Opufcula varii argumenti ; Juridica
fcilicet & Hiftorica , ex editione Joan .
Henrici Jurigii . 1746. trois parties in- 8 ° .
Bible par M. le Cene , in -fol. 2 vol. Idem . par
Martin. Idem par Offervald , in-fol . Idem .
par Defimarets , in fol. 2 vol. gr. papier.
Idem , par Luyken , in -fol. grand papier.
Breviarium Romanum fans renvois
Avenione, 4 vol . in - 12 . 17 50. Bibliotheque
des Prédicateurs , par le P. Houdry , Jéfuite
, 22. vol . in-4° .
>
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
AVERTISSEMENT au fujet du Recueil
périodique d'Obfervations de Médecine ,
Chirurgie , Pharmacie , &c. par M. Vandermonde
, Docteur , Régent de la Faculré
de Paris , chez Vincent , rue S. Severin ,
1755.
Ce Journal , comme l'avertiffement
nous l'annonce , n'eft pas fondé fur la
fimple curiofité. Il eft moins fait pour
plaire que pour inftruire . On n'y trouvera
pas , dit l'Auteur , ce qui peut uniquement
orner l'efprit , on y verra les moyens
d'abréger les fouffrances des hommes , ou
de prolonger leur vie . Ce Recueil par
objet doit être fupérieur & préférable à
tous les autres. Quel intérêt peut entrer
en comparaifon avec celui qui réfulte du
bien- être & de la confervation du genre
humain !
fon
On avertit ceux qui voudront foufcrire ,
que le Libraire a reçu par forme de foufcription
dans le courant de Novembre dernier,
& recevra en Décembre & Janvier prochains
, 7 liv. 4 fols , pour le prix de douze
Recueils de l'année. Les Soufcripteurs
qui lui donneront leur adreffe dans cette
ville , recevront ce Journal le premier jour
de chaque mois. Les Provinces pourront
auffi s'arranger avec leurs Libraires , &
DECEMBRE. 1755. 153
même le faire venir par la pofte. Il n'en
coûtera que fix fols de port. Le prix de
chaque Journal fera fixé à 12 fols pour
ceux qui ne foufcriront point.
de Senones , auteur d'un Nobiliaire
de Lorraine , annoncé & propafe
par ſouſcription
.
VOTRE
projet d'un Nobiliaire
de
Lorraine
annonce
, mon R. Pere , un ouDECEMBRE.
1755. 147
vrage curieux , utile & fçavant ; mais permettez-
moi de vous propofer mes regrets
fur la forme alphabétique que vous voulez
donner à ce recueil précieux.
Je fçais que vous fuivez en cela des
exemples illuftres ; & fans fortir de l'Abbaye
de Senones , vous avez devant les
yeux le refpectable Auteur de l'Hiſtoire de
Lorraine , qui dans la bibliothéque de cette
province , a confondu tous les hommes
célebres , fans diftinction de tems , de profeffion
ni de facultés .
N'auroit-on pas été bien plus fatisfait
en trouvant dans cet ouvrage chaque fçavant
, artiſte , ou homme de lettres , placé
felon le tems , où il a honoré fon pays ;
difpofition qui préfenteroit un tableau
gracieux & inftructif de l'état des fciences
& des arts dans la Lorraine en chaque
fiécle & c'est même le deffein que Dom
Calmet annonce dans fa préface , comme
c'eft auffi le feul but raifonnable qu'on
puiffe fe propofer en donnant au public
une hiftoire littéraire.
: Ce que je viens de dire , mon R. Pere ,
doit s'appliquer à votre Nobiliaire. Il deviendroit
une hiftoire héraldique & généalogique
de laLorraine, & un tableau des
illuftrations & des accroiffemens de la
nobleffe , fi vous vouliez difpofer toutes
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
les maiſons & familles nobles & ennoblies
par ordre chronologique ; fçavoir les anciennes
maifons du pays , fuivant le tems
où leurs auteurs fe font le plus illuftrés ,
& les familles étrangeres dans celui où elles
ont commencé à paroître avec éclat en
Lorraine , & les ennoblis fuivant la date de
leurs Lettres.
Par cet arrangement on auroit une gallerie
héroïque qui rappelleroit l'hiftoire
du pays en même tems que celle des familles
,
, par l'attention avec laquelle on
citeroit (lorfqu'il y auroit lieu ) les fervices
qui auroient fait connoître le chef &
les defcendans du nom dont il feroit queftion
.
C'eft la feule méthode qui puiffe réunir
l'utilité & l'agrément , & rendre un ou
vrage digne de la curiofité des lecteurs de
gout , qui , cherchant dans toute lecture à
fe former un plan de la matiere traitée ,
font fatigués & rebutés par des tranſlations
fubites & continuelles d'un fiécle à
un autre.
A l'égard de ceux qui n'ont befoin que
de quelques recherches ifolées , une table
alphabétique les met auffi à portée de fe
fatisfaire , que fi tout l'ouvrage étoit dans
cette forme.
Un autre avantage de la méthode chro
1
DECEMBRE. 1755. 149
nologique , c'eft de fe prêter aux additions
que l'on eft obligé de faire à tout ce qui
dépend de la fucceffion des tems , & com
ment coudre un fupplément à un recueil
alphabétique fans fuivre un autre ordre ,
ce qui indique par foi - même le défaut de
l'ouvrage primitif , dont l'Auteur eft quelquefois
bientôt oublié & effacé par un
nouveau venu qui s'approprie le travail
entier au moyen d'une refonte qui lui coute
peu , au lieu que la facilité de joindre
des fupplémens à un ouvrage chronologique
, en conferve & maintient long- tems
le fonds & la gloire.
Il feroit à fouhaiter que cet inconvénient
ranimât un peu l'émulation des Auteurs
qui fe livrent aujourd'hui par une
fantaifie de mode à mettre tout en décou
pures , fous le nom de Dictionnaires ou
d'Almanachs.
J'ai l'honneur d'être , & c .
L'OBSERVATEUR HOLLANDOIS , OU
Lettres de M. de Van ** à M. H ** de la
Haye, fur l'état préfent des affaires de l'Eu .
rope ; à la Haye 1755 ; & fe trouve à Paris
, chez Defaint & Saillant . Il a déja paru
trois de ces Lettres , & il en paroîtra une
réguliérement tous les quinze jours.
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
Nous croyons devoir à ce fujet rappeller
un ouvrage juftement eftimé , qui a
pour titre Hiftoire & Commerce des Colonies
Angloifes , & c. On y trouve des notions
générales fur ces matieres. Ce livre
eft même le feul qui ait donné fur les Colonies
en question des détails, & des détails
furs .
EXAMEN PHYSIQUE ET CHIMIQUE
d'une eau minerale , trouvée chez M. de
Calfabigi à Paffy , comparée aux eaux du
même côteau , connues fous le nom des
nouvelles eaux minerales de Madame Belami
,,
par le Sr de Machy , Apothicaire ,
gagnant maîtriſe à l'Hôtel-Dieu . On trou
vera dans l'article des fciences , des réflexions
fur l'utilité du bleu de Pruffe , tiré
des eaux de M. de Calfabigi , en réponſe à
ce que le Sr de Machy en dit dans cet examen.'
CATALOGUE DES LIVRES , tant de
France que des pays étrangers , imprimés ,
ou qui fe trouvent à Paris , chez Guillyn ,
quai des Auguftins , au lys d'or . 1755 .
Nous allons annoncer aujourd'hui plufieurs
de ces livres que nous continuerons
à indiquer fucceffivement dans les Mercures
qui fuivront. Le Libraire promet de
DECEMBRE. 1755. 151
donner chaque année un nouveau Catalogue
dans le même gout.
ADOLPHI (Chrifto. Michael . ) Tractatus
de Fontibus quibufdam Soteriis . Vratif
lavia , in- 8 ° . Albini ( Bernardi Siegfried )
Hiftoria Mufculorum Hominum , 1734.
in-4°.figures Allen. Synopfis univerfæ Medicine
practica , five doctiffimorum Virorum
de Morbis , eorumque caufis , ac remediis
judicia. 1753 - in- 8 ° . Alpinus ( Profperus
) de præfagiendâ vitâ & morte Agrotantium
, ex editione Hieronym . Dav.
Gaubii. 1754. 1 vol in-4°. Annales d'Efpagne
& de Portugal , &c . par Jean Alvart
de Colmenar. 1741. 2 vol. in-4°. grand
papier. figures. Architecture de Philippe
Vingboons , in fol. figures. Arrêts remarquables
du Parlement de Toulouſe , par
Catellan , in-4° . 3 vol. Ayreri ( Georgii-
Henrici ) Opufcula varii argumenti ; Juridica
fcilicet & Hiftorica , ex editione Joan .
Henrici Jurigii . 1746. trois parties in- 8 ° .
Bible par M. le Cene , in -fol. 2 vol. Idem . par
Martin. Idem par Offervald , in-fol . Idem .
par Defimarets , in fol. 2 vol. gr. papier.
Idem , par Luyken , in -fol. grand papier.
Breviarium Romanum fans renvois
Avenione, 4 vol . in - 12 . 17 50. Bibliotheque
des Prédicateurs , par le P. Houdry , Jéfuite
, 22. vol . in-4° .
>
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
AVERTISSEMENT au fujet du Recueil
périodique d'Obfervations de Médecine ,
Chirurgie , Pharmacie , &c. par M. Vandermonde
, Docteur , Régent de la Faculré
de Paris , chez Vincent , rue S. Severin ,
1755.
Ce Journal , comme l'avertiffement
nous l'annonce , n'eft pas fondé fur la
fimple curiofité. Il eft moins fait pour
plaire que pour inftruire . On n'y trouvera
pas , dit l'Auteur , ce qui peut uniquement
orner l'efprit , on y verra les moyens
d'abréger les fouffrances des hommes , ou
de prolonger leur vie . Ce Recueil par
objet doit être fupérieur & préférable à
tous les autres. Quel intérêt peut entrer
en comparaifon avec celui qui réfulte du
bien- être & de la confervation du genre
humain !
fon
On avertit ceux qui voudront foufcrire ,
que le Libraire a reçu par forme de foufcription
dans le courant de Novembre dernier,
& recevra en Décembre & Janvier prochains
, 7 liv. 4 fols , pour le prix de douze
Recueils de l'année. Les Soufcripteurs
qui lui donneront leur adreffe dans cette
ville , recevront ce Journal le premier jour
de chaque mois. Les Provinces pourront
auffi s'arranger avec leurs Libraires , &
DECEMBRE. 1755. 153
même le faire venir par la pofte. Il n'en
coûtera que fix fols de port. Le prix de
chaque Journal fera fixé à 12 fols pour
ceux qui ne foufcriront point.
Fermer
Résumé : Lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, Bénédictin de Senones, auteur d'un Nobiliaire de Lorraine, annoncé & proposé par souscription.
La lettre adressée au R. P. Dom Pelletier, bénédictin de Senones, traite du projet de ce dernier pour un 'Nobiliaire de Lorraine'. L'auteur exprime ses regrets concernant l'organisation alphabétique choisie pour cet ouvrage, qu'il considère comme curieux, utile et savant. Il suggère que les savants, artistes ou hommes de lettres devraient être classés chronologiquement, suivant le temps où ils ont honoré leur pays. Cette méthode permettrait de présenter un tableau instructif de l'état des sciences et des arts en Lorraine à chaque siècle, comme l'a annoncé Dom Calmet dans sa préface. L'auteur propose que le 'Nobiliaire' soit organisé de manière chronologique, en commençant par les anciennes maisons du pays, suivies des familles étrangères et des ennoblis selon la date de leurs lettres. Cette disposition permettrait de créer une galerie héroïque rappelant l'histoire du pays et des familles, tout en citant les services rendus par les chefs et descendants des noms mentionnés. L'organisation chronologique faciliterait également les additions futures et éviterait les inconvénients des ouvrages alphabétiques, souvent oubliés et remplacés par des refontes. L'auteur espère que cette réflexion encouragera les auteurs à éviter la mode des dictionnaires ou almanachs en découpures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
680
p. 165-178
Lettre de M. L. R. Desh. P. R. sur la Chronologie de M. Newton.
Début :
COMME j'ai peu approfondi l'étude de la Chronologie, & que cet oeil de [...]
Mots clefs :
Chronologie, Newton, Règne, Rois, Roi, Expédition, Chiron, Sésostris, Égypte, Argonautes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. L. R. Desh. P. R. sur la Chronologie de M. Newton.
Lettre de M. L. R. Desh . P. R. fur la Chronologie
de M. Newton.
Cde la
Chronologie , & que cet oeil de OMME j'ai peu approfondi
l'étude
l'Hiftoire , graces à nos écrivains & à l'injure
des tems , eft couvert d'un nuage qui
nous en dérobe la clarté , mes opinions
pour ou contre M. Newton , ne peuvent
lui être ni favorables ni préjudiciables :
ainfi , Monfieur , je hazarde quelques reflexions
fur fa chronologie . Soyez perfuadé
le feul motif de vous obliger
m'a mis la plume à la main .
que
J'ai toujours penfé que l'Aftronomie
n'avoit été d'aucun fecours à l'Hiſtoire , &
cela pour deux raifons principales. 1 °.
Parce que nous ne fommes nullement furs
ni des Obfervateurs ni de la juſteſſe des
obfervations. 2 ° . Parce qu'il nous refte fi
peu de ces obfervations , qu'en les fuppo
166 MERCURE DE FRANCE.
1
fant très - exactes nous n'en ferions pas plus
avancés. Ce que je dis ici ne regarde que
les habitans de notre hémisphere. Les peuples
de la haute Afie font infiniment plus
avantagés que nous à cet égard. L'Afromie
a fleuri chez les Chinois dès le berceau
de leur empire : & quoique les annales
de la Chine ayent été endommagées
confidérablement par la tyrannie d'un Empereur
( 1 ) , il eft vrai néanmoins que le
feul Tchuntficou qui commence à l'an
722 avant Jeſus - Chrift , & finit à l'an
480 , contient trente - fix éclipfes de foleil .
En voilà certainement plus que tous les
livres des Grecs & des Romains ne nous
en ont tranfmis. Le dénombrement de ces
éclipfes fe trouve accompagné de la date
de l'année , du mois & de la note cyclique
du jour où chacune d'elles a parues ; mais
on n'a marqué ni l'heure , ni les minutes ,
ni la grandeur & la durée de chaque éclipfe.
Au refte elles font revêtues de toute
l'autorité poffible , parce qu'on fçait qu'il
y a eu de tout tems à la Chine un tribunal
d'Hiftoire , & que le calcul de chaque
éclipfe étoit remis au commencement de
(1 ) Chi-hoang - ti fondateur de la Dynaftie de
Thine. Son regne qui fut de 37 ans , commençe
l'an 246 avant Jeſus - Chriſt.
DECEMBRE . 1755. 167
l'année dans les archives de ce tribunal .
Je viens à M. N.
Pour fixer la date de l'expédition des
Argonautes , il eft obligé d'avoir recours
à un paffage d'Hipparque , qui porte en
fubftance , qu'Eudoxe fit paffer le colure des
équinoxes à travers la tête de la baleine , de
la croupe du belier , &c. Mais 1 ° . ce paffage
ne dit point fi le colure paffoit au centre
de la tête de la baleine & de la croupe
du belier , ce qu'il feroit important de fçavoir
avant que de paffer au calcul , & de
rien fixer. M. Newton avoue lui - même
que ces obfervations font imparfaites. ( 1 ) Si
ces obfervations font réellement imparfaites
, s'il eft libre de fuppofer que le colure
, au tems d'Eudoxe , paffoit plus ou
moins près du centre de la tête de la baleine
& de la croupe du belier , quelle
conféquence n'en tirera - t-on point contre
le fyftême adopté par M. Newton ? Le R.
P. Souciet a bien fait voir la prodigieufe
différence qui peut s'y trouver , lorsqu'il
fixe d'après ce même paffage d'Hipparque
une époque qui furpaffe de 533 ans celle
que donne M. Newton .
20. Je fuppofe avec M. Newton , qu'au
tems d'Eudoxe le colure des équinoxes
paffoit par le centre de la tête de la balei-
( 1 ) Newton , pag. 94,
168 MERCURE DE FRANCE.
ne , & c. quel rapport ceci aura - t - il avec
l'expédition des Argonautes ? M. N. va
nous l'apprendre. Il affure que Chiron le
Centaure fixa les colures dans l'ancienne
fphere aux mêmes lieux qu'Hipparque
nous dit qu'Eudoxe les avoit fuppofés plufieurs
fiecles après Chiron. M. Newton dit
de plus , qu'il femble que Chiron & Muſee
firent cettefphere pour l'ufage des Argonautes.
Je trouve que M. Newton a fagement
fait de ne point prendre ici le ton affirmatif.
En effet les raifons qu'il emploie à prouver
la conftruction & la deftination de cette
fphere font très foibles ; elles peuvent
même contribuer à établir un fentiment
tout oppofé. Il lui femble que cette ancienne
fphere a été faite pour l'ufage des
Argonautes , parce qu'il y rencontre des
noms qui ont rapport à leur expédition :
( 1 ) Les noms de belier d'or , le taureau aux
pieds d'airain dompté par Jaſon, les gemeaux
Caftor & Pollux , tous deux Argonautes , anprès
du cygne de Leda leur mere . Là étoient
repréſentés le navire Argo , & l'hydre ce dragon
fi vigilant ; enfuite la coupe de Médée ,
·
c. Je ne vois pas d'autre conféquence à
tirer de ceci , finon que cette fphere a été
faite certainement après l'expédition des
Argonautes. Ce n'eft donc point pour leur
(1) Newton , pag. 87.
ufage ,
DECEMBRE . 1755. 169
ufage , ni avant ou pendant leur expédition
qu'elle a été fabriquée ; il eft même
très -probable qu'elle ne l'a été qu'affez
long- tems après , & lorfque tous ces noms
furent devenus refpectables aux Grecs . Or
ils devinrent plus refpectables , à proportion
qu'ils furent envifagés dans un certain
dégré d'éloignement.
"
Cette réflexion qui feule détruit le ſyſtême
de M. N. réfulte naturellement de
l'examen de cette fphere . Elle n'a point
échappé à M. l'Abbé Bannier , puifqu'en
parlant de Chiron , ce fçavant Académicien
dit « De fçavoir maintenant dans
quel point du ciel il fixa les points des
équinoxes & des folftices , c'eft ce qui
eft inutile à mon fujet ; je laiffe cet article
à ceux qui ont attaqué ou défendu .
le célebre M. Mewton ( 1 ) , qui fait de ce
point le fondement de fa nouvelle chronologie.
Je remarquerai feulement que
» le Calendrier de Chiron devoit avoir
d'autres noms pour la plupart des conftellations
, que ceux qui parurent dans
les Calendriers qui eurent cours dans la
fuite , puifque l'expédition des Argo-
» nautes s'y trouve marquée par plufieurs
traces ; il s'y trouve même des noms
"
( 1 ) Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres,
to. ix , p. 95.
A. Feh H
170 MERCURE DE FRANCE.
"
qui la fuppofent faite , comme celui de
la coupe de Médée , & celui de Chiron
» lui-même. »
3. Si Chiron le Centaure fixa dans fa
fphere les colures aux mêmes lieux où
Eudoxe les fuppofa plufieurs fiecles après ,
il faut de nécellité avouer , ou qu'Eudoxe
n'a fait que copier Chiron , ou que l'un
de ces Aftronomes , & peut- être tous les
deux étoient de mauvais obfervateurs
auxquels on ne peut s'en rapporter en aucine
maniere,
Voilà cependant le pivot fur lequel M.
N. fait rouler fa nouvelle chronologie,
Eft -il étonnant qu'un fyftême bâti fur des
fondemens auffi mal affurés , ait trouvé
peu de partifans , malgré la célébrité de ce
grand homme ? Devoit - on par le refpect
dû à fa mémoire , ne pas attaquer une opinion
qui fronde les antiquités de toutes
les nations , & qui jette un vernis d'ignorance
, ou d'infidélité fur tous ceux qui
fe font mêlés d'écrire l'hiftoire.
Outre cette fixation de l'époque des
Argonautes , voici un fecond principe que
M. N. établit comme un point effentiel à
fa chronologie.
» Les Egyptiens eftimoient , dit-il ( 1 ) ,
» les regnes des Rois équivalens aux gé-
(1) Newton , pag. 53 .
1
DECEMBRE. 1755. 171
"
nérations des hommes : cependant trois
générations font cent aus , ainfi qu'on a
déja dit : Les Grecs & les Latins firent la
" même chofe , & c.
33
On voit par cet échantillon que je n'ai
point exageré en avançant que M. N. fappoit
toutes les hiftoires dans leurs fondemens.
Il fait entendre que ces nations ,
pour relever leur antiquité , ont allongé
les regnes de leurs Rois. Tout ce que M.
N. allegue pour foutenir cette accufation ,
eft contenu dans ce raifonnement . " (1)
» Selon le cours de la nature , les Rois
39 regnent , l'un portant l'autre , environ
18. ou 20 ans , chacun ; & fi on a des
exemples de ceux qui ont regné , l'un
» portant l'autre , 5 ou 6 années de plus ,
» on en a d'autres qui ont regné 5 ou 6
Dannées de moins ; 18 ou 20 ans font un
» juſte milieu .
Mais M. N. n'a-t- il pas penfé que ceci
ne pouvoit jamais être regardé comme
une regle générale ? Sur une très - longue
lifte des Rois il fe peut faire que le total
des regnes donnera à chacun d'eux environ
18 ou 20 ans. Que l'on prenne un
petit nombre de Rois , & qu'on évalue
leurs regnes , on verra qu'ils feront por-
( 1 ) Newton , pag. 54.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE:
tés , ou beaucoup plus haut , ou infini
ment au - deffous.
M. N. cite lui- même quelques exemples
de ces regnes qui , comptés par portion
égale , vont les uns à 11 ans , les autres
à 22. Je joindrai ici cinq à fix exemples
pour
faire voir combien cette maniere
de compter
certaine.
les regnes eft arbitraire & in-
Les huit derniers Rois de France , depuis
François I , jufqu'à Louis XIV inclufivement
, ont regné 201 ans 3 mois & 10
à 12 jours , c'est pour chaque regne 25 ans
mois & quelques jours.
Les 18 premiers Empereurs de la Dynaftie
des Tcheou , ont regné 504 ans ;
c'eft pour chacun d'eux 28 ans.
Les 20 premiers Princes de Thfine , Dynaftie
collatérale de celle de Tcheou , ont
regné sos ans ; c'eft 25 ans 3 mois pour
chaque regne.
Les 20 premiers Rois de Lou , Dynaſtie
collatérale des deux précédentes , ont regné
également sos ans , ce qui donnera
pour chacun d'eux le même nombre de 25
ans & 3 mois.
Les 10 Rois d'Affyrie depuis Nabonaffar
jufqu'à Mefeffimordac , ont regné 67
ans ; ce n'eft pour chacun d'eux que 6 ans
$ mois & 6 jours ; & je comprends enco
DECEMBRE. 1755. 173
re dans ce calcul 10 ans d'interregne .
Les 10 Rois Lombards d'Italie , depuis
Odoacre jufqu'à Narfés , ont regné 91 ans
& I mois , c'eft pour chaque regne 9 ans
1 mois & quelques jours.
Qu'on calcule tous ces regnes , fuivant
l'hypothèſe de M. N. on aura à compter
fur le pied de 20 ans , 41 ans 3 mois de
moins pour les 8 derniers Rois de France ;
144 ans de moins pour les 18 Empereurs
de Tcheou ; 145 ans de moins pour les
Princes des Dynafties de Thfine & de Lou.
133 ans de plus pour les Rois d'Affyrie ,
109 ans environ de plus pour les 10 Rois
d'Italie.
On court donc rifque avec la méthode
de M. N. d'errer au point d'augmenter
ou de diminuer les regnes de plus de la
moitié.
Cependant avec cette méthode qu'il
s'eft faite , & l'époque de l'expédition des
Argonautes qu'il croit avoir prouvée d'une
maniere folide , M. Newton ne trouve
plus de difficulté dans la Chronologie
, parce qu'il fe réferve le droit d'ajouter
ou de retrancher aux anciennes
époques , felon que fon fyftême l'exigera .
N'eft-il pas fingulier , après de tels principes
, d'entendre monfieur Newton nous
avertir férieufement dans une introduc
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
tion qui fe voit à la tête de ſon ouvrage ,
qu'il ne prétend pas porter l'exactitude
jufqu'à une année près ? « Je ne prétends
» pas porter l'exactitude jufqu'à une année
» près , dit - il ( 1 ) , il peut y avoir des
» erreurs de cinq , de dix , & quelquefois
de vingt ans ; mais cela ne va pas
plus loin ».
ע
Parcourons fon ouvrage , & voyons s'il
nous a tenu parole. « (2 ) L'Egypte fut
» d'abord partagée en différens petits
» royaumes comme les autres Etats , & ne
»forma que par dégrés une Monarchie ».
J'ofe affurer que ce fait eft totalement
faux : l'Egypte fut réunie d'abord fous
un feul Roi ; dans la fuite ce royaume fut
démembré , & devint le partage de plufieurs
Princes . Le Chevalier Marsham que
M. Newton paroît avoir confulté très-fouvent
, l'a jetté dans cette erreur ; en effet ,
Marsham dit dans un endroit , ( 3 ) Non
enim primis iftis temporibus , omnis Ægyptus
unius fuberat imperio , fed regiones diverſæ
diverfos habuerunt reges . M. N. a vu fans
doute ce paffage , mais il n'a pas pris garde
que Marsham dit ailleurs de Menès ,
premier Roi d'Egypte , qu'il commanda à
*
( 1 ) Introduction , p. 8. ( 2 ) Newton , p. 72 .
( 3 ) Chronicus Canon Egyptiacus . Edit . de Londres
, 1672. p. 23.
DECEMBRE. 1755. 173
Toute l'Egypte. ( 1 ) Nimirum ille Agyp-
10 omniprafuit. Les fils de Menès , après la
mort de leur pere , partagerent fon royaume
entr'eux. Ejus autem pofteri , diverfis potiti
Dynaftiis , illum communem omnium parentem
venerantur. Cette opinion n'eft
point particuliere au Chevalier Marsham ;
elle eft commune à tous les anciens Hiſtoriens
; & il ne faut que jetter un coup
d'oeil fur les différentes liftes des Rois d'Egypte
pour l'embraffer. Hérodote , Diodore
de Sicile , Eratofthenes , Manethon ,
Eufebe , Jule Africain , George le Syncelle
&c. voilà les garants fur l'autorité defquels
cette opinion eſt établie .
39
"( 2 ) Durant tout le tems que l'Egypte
fut partagée en plufieurs royaumes
>> on ne fçauroit , dit M. Newton , placer
» un Roi de toute l'Egypte , tel qu'étoit
Séfoftris ; il n'y a point d'Hiſtorien qui
le faffe plus moderne que Séfac : c'eſt
pourquoi ce Roi d'Egypte appellé Séfoftris
, eft le même que Séfac. Cette opi-
» nion n'eft point nouvelle ; Jofephe l'a infinuée
en affurant qu'Hérodote fe trom
»pe en attribuant les actions de Séfac à
» Séfoftris , & que la méprife vient feule-
>> ment du nom du Roi » .
(1 ) Idem. pag. 30. ( 2 ) Newton , p. 73.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Confondre les actions de deux Conqué
rans qui ont entr'elles de la reffemblance ,
attribuer à l'un ce que l'autre a fait , eft- celà
les identifier Hérodote a pu fe tromper
de la maniere que Jofephe le rapporte ,
mais jamais il n'a dit ou fait entendre que
Séfoftris & Séfac fuffent un feul & même
Prince. Ce n'est point non plus l'opinion
de Jofephe. Le fens de ce paffage deJofephe
eft , qu'Hérodote fe trompe en attribuant à
Séfoftris les actions de Séfac ; & c'eſt ainfi
que l'ont rendu les interpretes de cet Hiftorien
; M. N. lui-même ne l'a pas entendu
autrement ; mais ce qu'il ajoute , & que
la
méprise vient feulement du nom du Roi , eft
un commentaire qui ne fe voit pas dans le
texte de Jofephe. Ainfiloin d'infinuer que
Séfac foit le même que Séfoftris , Jofephe
fait entendre qu'ils font différens l'un de
l'autre. Au refte , M. Newton n'eft pas le
feul qui ait attribué cette erreur à Jofephe.
Bochart , Stillingfleet , Scaliger , Marsham,
Charpentier , & quelques autres l'ont cru
de même , ou plutôt fans examen , ils ſe
font copiés réciproquement. Sed pace dixerint
Virorum infignium , dit Perizonius , ( 1 )
omnes in eo errant , dùm hunc errorem Jofepho
tribuunt , qui longè aliud fenfit , & probè
fcivit diverfos fuiffe bos
reges. Perizonius
( 1 ) Perizonius dans fes
3, 5, 8.
origines facrées
DECEMBRE. 1755. 177
cite le palfage contefté. Περὶ & πλανήθεις
Ηρόδοτος τὰς πραξεις Σεσοςρει προσάπτει ,
qu'il traduit , & qu'il a raifon de traduire
ainfi : De
quo in errorem lapfus eft Herododum
ejus ( Sefak ) res geftas Sefoftridi
tribuit.
,
Mais que veut dire ce raifonnement de
M. Newton. Il n'y a point d'Historien qui
faffe Séfoftris plus moderne que Séfac , c'est
pourquoi ce Roi d'Egypte appellé Séfoftris , eft
le même que Séfac . Je demande fi cette maniere
de raiſonner ne revient point à celleci.
Il n'y a point d'Hiftorien qui faffe Hen .
ri IV. plus moderne que Louis XIV. donc
ce Roi de France appellé Henri IV . eft le
le même que Louis XIV. Comment les
Hiftoriens auroient- ils fait Séfoftris plus
moderne que Séfac , pendant qu'il l'a précédé
Je le répete , je penfe avec Usher &
Perizonius qu'on ne doit pas confondre
Séfoftris & Séfac. Pour s'en convaincre ,
il ne faut que jetter un coup d'oeil fur les
différentes liftes des Dynafties Egyptiennes.
Ces deux Princes y font marqués chacun
à fon rang , & diftingués par les années
de leur regne , par leur nom , & par
leurs actions .
Sefoftris y porte les noms de Séthos , Sefoofis
, Séthofis ; Séfac porte ceux de Séfonchofis
, Séfochris , Géfongofes ou Séfonchoris
, Séfenchofis. Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
On convient que la finale is , ris , a été
ajoutée par les Grecs. Or dans Séfoftris
Sefoofis , Séthofis , Séthos , il faut convenir
avec M. Fourmont ( 1 ) l'aîné , que le
nom le mieux orthographié ou le moins
corrompu eft celui de Séthos . Le changement
du T , en TS , & en S, eft commun
chez les Orientaux : de maniere que les
uns pouvoient écrire Séthos , pendant que
d'autres prononçoient Setfos ou Séfos.
Quant aux différens noms de Séfac , le
plus corrompu eft celui de Gefongofes :
tous les autres , quoique altérés , ont les
trois lettres radicales qui compofent le
nom de Séfac. Le Noun ou l'N inférée, ne
doit point faire de peine , c'eſt encore un
ufage familier aux Orientaux , & M. Newton
en avertit lui- même lorfqu'il dit , « (2 )
» Sefonchofis & Séfac , ne different pas
plus que Memphis & Moph , qui font
deux noms de la même ville » .
"
Séfac foumit Jerufalem ; voilà tout ce
que l'Ecriture Sainte nous en dit : pourquoi
donc lui attribuer toutes les conquêtes
de Séfoftris ?
( 1 ) Réflexions Critiques , Tom. II . p. 156.
(2 ) Newton , p. 72.
Lafuite pour le mois prochain.
de M. Newton.
Cde la
Chronologie , & que cet oeil de OMME j'ai peu approfondi
l'étude
l'Hiftoire , graces à nos écrivains & à l'injure
des tems , eft couvert d'un nuage qui
nous en dérobe la clarté , mes opinions
pour ou contre M. Newton , ne peuvent
lui être ni favorables ni préjudiciables :
ainfi , Monfieur , je hazarde quelques reflexions
fur fa chronologie . Soyez perfuadé
le feul motif de vous obliger
m'a mis la plume à la main .
que
J'ai toujours penfé que l'Aftronomie
n'avoit été d'aucun fecours à l'Hiſtoire , &
cela pour deux raifons principales. 1 °.
Parce que nous ne fommes nullement furs
ni des Obfervateurs ni de la juſteſſe des
obfervations. 2 ° . Parce qu'il nous refte fi
peu de ces obfervations , qu'en les fuppo
166 MERCURE DE FRANCE.
1
fant très - exactes nous n'en ferions pas plus
avancés. Ce que je dis ici ne regarde que
les habitans de notre hémisphere. Les peuples
de la haute Afie font infiniment plus
avantagés que nous à cet égard. L'Afromie
a fleuri chez les Chinois dès le berceau
de leur empire : & quoique les annales
de la Chine ayent été endommagées
confidérablement par la tyrannie d'un Empereur
( 1 ) , il eft vrai néanmoins que le
feul Tchuntficou qui commence à l'an
722 avant Jeſus - Chrift , & finit à l'an
480 , contient trente - fix éclipfes de foleil .
En voilà certainement plus que tous les
livres des Grecs & des Romains ne nous
en ont tranfmis. Le dénombrement de ces
éclipfes fe trouve accompagné de la date
de l'année , du mois & de la note cyclique
du jour où chacune d'elles a parues ; mais
on n'a marqué ni l'heure , ni les minutes ,
ni la grandeur & la durée de chaque éclipfe.
Au refte elles font revêtues de toute
l'autorité poffible , parce qu'on fçait qu'il
y a eu de tout tems à la Chine un tribunal
d'Hiftoire , & que le calcul de chaque
éclipfe étoit remis au commencement de
(1 ) Chi-hoang - ti fondateur de la Dynaftie de
Thine. Son regne qui fut de 37 ans , commençe
l'an 246 avant Jeſus - Chriſt.
DECEMBRE . 1755. 167
l'année dans les archives de ce tribunal .
Je viens à M. N.
Pour fixer la date de l'expédition des
Argonautes , il eft obligé d'avoir recours
à un paffage d'Hipparque , qui porte en
fubftance , qu'Eudoxe fit paffer le colure des
équinoxes à travers la tête de la baleine , de
la croupe du belier , &c. Mais 1 ° . ce paffage
ne dit point fi le colure paffoit au centre
de la tête de la baleine & de la croupe
du belier , ce qu'il feroit important de fçavoir
avant que de paffer au calcul , & de
rien fixer. M. Newton avoue lui - même
que ces obfervations font imparfaites. ( 1 ) Si
ces obfervations font réellement imparfaites
, s'il eft libre de fuppofer que le colure
, au tems d'Eudoxe , paffoit plus ou
moins près du centre de la tête de la baleine
& de la croupe du belier , quelle
conféquence n'en tirera - t-on point contre
le fyftême adopté par M. Newton ? Le R.
P. Souciet a bien fait voir la prodigieufe
différence qui peut s'y trouver , lorsqu'il
fixe d'après ce même paffage d'Hipparque
une époque qui furpaffe de 533 ans celle
que donne M. Newton .
20. Je fuppofe avec M. Newton , qu'au
tems d'Eudoxe le colure des équinoxes
paffoit par le centre de la tête de la balei-
( 1 ) Newton , pag. 94,
168 MERCURE DE FRANCE.
ne , & c. quel rapport ceci aura - t - il avec
l'expédition des Argonautes ? M. N. va
nous l'apprendre. Il affure que Chiron le
Centaure fixa les colures dans l'ancienne
fphere aux mêmes lieux qu'Hipparque
nous dit qu'Eudoxe les avoit fuppofés plufieurs
fiecles après Chiron. M. Newton dit
de plus , qu'il femble que Chiron & Muſee
firent cettefphere pour l'ufage des Argonautes.
Je trouve que M. Newton a fagement
fait de ne point prendre ici le ton affirmatif.
En effet les raifons qu'il emploie à prouver
la conftruction & la deftination de cette
fphere font très foibles ; elles peuvent
même contribuer à établir un fentiment
tout oppofé. Il lui femble que cette ancienne
fphere a été faite pour l'ufage des
Argonautes , parce qu'il y rencontre des
noms qui ont rapport à leur expédition :
( 1 ) Les noms de belier d'or , le taureau aux
pieds d'airain dompté par Jaſon, les gemeaux
Caftor & Pollux , tous deux Argonautes , anprès
du cygne de Leda leur mere . Là étoient
repréſentés le navire Argo , & l'hydre ce dragon
fi vigilant ; enfuite la coupe de Médée ,
·
c. Je ne vois pas d'autre conféquence à
tirer de ceci , finon que cette fphere a été
faite certainement après l'expédition des
Argonautes. Ce n'eft donc point pour leur
(1) Newton , pag. 87.
ufage ,
DECEMBRE . 1755. 169
ufage , ni avant ou pendant leur expédition
qu'elle a été fabriquée ; il eft même
très -probable qu'elle ne l'a été qu'affez
long- tems après , & lorfque tous ces noms
furent devenus refpectables aux Grecs . Or
ils devinrent plus refpectables , à proportion
qu'ils furent envifagés dans un certain
dégré d'éloignement.
"
Cette réflexion qui feule détruit le ſyſtême
de M. N. réfulte naturellement de
l'examen de cette fphere . Elle n'a point
échappé à M. l'Abbé Bannier , puifqu'en
parlant de Chiron , ce fçavant Académicien
dit « De fçavoir maintenant dans
quel point du ciel il fixa les points des
équinoxes & des folftices , c'eft ce qui
eft inutile à mon fujet ; je laiffe cet article
à ceux qui ont attaqué ou défendu .
le célebre M. Mewton ( 1 ) , qui fait de ce
point le fondement de fa nouvelle chronologie.
Je remarquerai feulement que
» le Calendrier de Chiron devoit avoir
d'autres noms pour la plupart des conftellations
, que ceux qui parurent dans
les Calendriers qui eurent cours dans la
fuite , puifque l'expédition des Argo-
» nautes s'y trouve marquée par plufieurs
traces ; il s'y trouve même des noms
"
( 1 ) Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres,
to. ix , p. 95.
A. Feh H
170 MERCURE DE FRANCE.
"
qui la fuppofent faite , comme celui de
la coupe de Médée , & celui de Chiron
» lui-même. »
3. Si Chiron le Centaure fixa dans fa
fphere les colures aux mêmes lieux où
Eudoxe les fuppofa plufieurs fiecles après ,
il faut de nécellité avouer , ou qu'Eudoxe
n'a fait que copier Chiron , ou que l'un
de ces Aftronomes , & peut- être tous les
deux étoient de mauvais obfervateurs
auxquels on ne peut s'en rapporter en aucine
maniere,
Voilà cependant le pivot fur lequel M.
N. fait rouler fa nouvelle chronologie,
Eft -il étonnant qu'un fyftême bâti fur des
fondemens auffi mal affurés , ait trouvé
peu de partifans , malgré la célébrité de ce
grand homme ? Devoit - on par le refpect
dû à fa mémoire , ne pas attaquer une opinion
qui fronde les antiquités de toutes
les nations , & qui jette un vernis d'ignorance
, ou d'infidélité fur tous ceux qui
fe font mêlés d'écrire l'hiftoire.
Outre cette fixation de l'époque des
Argonautes , voici un fecond principe que
M. N. établit comme un point effentiel à
fa chronologie.
» Les Egyptiens eftimoient , dit-il ( 1 ) ,
» les regnes des Rois équivalens aux gé-
(1) Newton , pag. 53 .
1
DECEMBRE. 1755. 171
"
nérations des hommes : cependant trois
générations font cent aus , ainfi qu'on a
déja dit : Les Grecs & les Latins firent la
" même chofe , & c.
33
On voit par cet échantillon que je n'ai
point exageré en avançant que M. N. fappoit
toutes les hiftoires dans leurs fondemens.
Il fait entendre que ces nations ,
pour relever leur antiquité , ont allongé
les regnes de leurs Rois. Tout ce que M.
N. allegue pour foutenir cette accufation ,
eft contenu dans ce raifonnement . " (1)
» Selon le cours de la nature , les Rois
39 regnent , l'un portant l'autre , environ
18. ou 20 ans , chacun ; & fi on a des
exemples de ceux qui ont regné , l'un
» portant l'autre , 5 ou 6 années de plus ,
» on en a d'autres qui ont regné 5 ou 6
Dannées de moins ; 18 ou 20 ans font un
» juſte milieu .
Mais M. N. n'a-t- il pas penfé que ceci
ne pouvoit jamais être regardé comme
une regle générale ? Sur une très - longue
lifte des Rois il fe peut faire que le total
des regnes donnera à chacun d'eux environ
18 ou 20 ans. Que l'on prenne un
petit nombre de Rois , & qu'on évalue
leurs regnes , on verra qu'ils feront por-
( 1 ) Newton , pag. 54.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE:
tés , ou beaucoup plus haut , ou infini
ment au - deffous.
M. N. cite lui- même quelques exemples
de ces regnes qui , comptés par portion
égale , vont les uns à 11 ans , les autres
à 22. Je joindrai ici cinq à fix exemples
pour
faire voir combien cette maniere
de compter
certaine.
les regnes eft arbitraire & in-
Les huit derniers Rois de France , depuis
François I , jufqu'à Louis XIV inclufivement
, ont regné 201 ans 3 mois & 10
à 12 jours , c'est pour chaque regne 25 ans
mois & quelques jours.
Les 18 premiers Empereurs de la Dynaftie
des Tcheou , ont regné 504 ans ;
c'eft pour chacun d'eux 28 ans.
Les 20 premiers Princes de Thfine , Dynaftie
collatérale de celle de Tcheou , ont
regné sos ans ; c'eft 25 ans 3 mois pour
chaque regne.
Les 20 premiers Rois de Lou , Dynaſtie
collatérale des deux précédentes , ont regné
également sos ans , ce qui donnera
pour chacun d'eux le même nombre de 25
ans & 3 mois.
Les 10 Rois d'Affyrie depuis Nabonaffar
jufqu'à Mefeffimordac , ont regné 67
ans ; ce n'eft pour chacun d'eux que 6 ans
$ mois & 6 jours ; & je comprends enco
DECEMBRE. 1755. 173
re dans ce calcul 10 ans d'interregne .
Les 10 Rois Lombards d'Italie , depuis
Odoacre jufqu'à Narfés , ont regné 91 ans
& I mois , c'eft pour chaque regne 9 ans
1 mois & quelques jours.
Qu'on calcule tous ces regnes , fuivant
l'hypothèſe de M. N. on aura à compter
fur le pied de 20 ans , 41 ans 3 mois de
moins pour les 8 derniers Rois de France ;
144 ans de moins pour les 18 Empereurs
de Tcheou ; 145 ans de moins pour les
Princes des Dynafties de Thfine & de Lou.
133 ans de plus pour les Rois d'Affyrie ,
109 ans environ de plus pour les 10 Rois
d'Italie.
On court donc rifque avec la méthode
de M. N. d'errer au point d'augmenter
ou de diminuer les regnes de plus de la
moitié.
Cependant avec cette méthode qu'il
s'eft faite , & l'époque de l'expédition des
Argonautes qu'il croit avoir prouvée d'une
maniere folide , M. Newton ne trouve
plus de difficulté dans la Chronologie
, parce qu'il fe réferve le droit d'ajouter
ou de retrancher aux anciennes
époques , felon que fon fyftême l'exigera .
N'eft-il pas fingulier , après de tels principes
, d'entendre monfieur Newton nous
avertir férieufement dans une introduc
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
tion qui fe voit à la tête de ſon ouvrage ,
qu'il ne prétend pas porter l'exactitude
jufqu'à une année près ? « Je ne prétends
» pas porter l'exactitude jufqu'à une année
» près , dit - il ( 1 ) , il peut y avoir des
» erreurs de cinq , de dix , & quelquefois
de vingt ans ; mais cela ne va pas
plus loin ».
ע
Parcourons fon ouvrage , & voyons s'il
nous a tenu parole. « (2 ) L'Egypte fut
» d'abord partagée en différens petits
» royaumes comme les autres Etats , & ne
»forma que par dégrés une Monarchie ».
J'ofe affurer que ce fait eft totalement
faux : l'Egypte fut réunie d'abord fous
un feul Roi ; dans la fuite ce royaume fut
démembré , & devint le partage de plufieurs
Princes . Le Chevalier Marsham que
M. Newton paroît avoir confulté très-fouvent
, l'a jetté dans cette erreur ; en effet ,
Marsham dit dans un endroit , ( 3 ) Non
enim primis iftis temporibus , omnis Ægyptus
unius fuberat imperio , fed regiones diverſæ
diverfos habuerunt reges . M. N. a vu fans
doute ce paffage , mais il n'a pas pris garde
que Marsham dit ailleurs de Menès ,
premier Roi d'Egypte , qu'il commanda à
*
( 1 ) Introduction , p. 8. ( 2 ) Newton , p. 72 .
( 3 ) Chronicus Canon Egyptiacus . Edit . de Londres
, 1672. p. 23.
DECEMBRE. 1755. 173
Toute l'Egypte. ( 1 ) Nimirum ille Agyp-
10 omniprafuit. Les fils de Menès , après la
mort de leur pere , partagerent fon royaume
entr'eux. Ejus autem pofteri , diverfis potiti
Dynaftiis , illum communem omnium parentem
venerantur. Cette opinion n'eft
point particuliere au Chevalier Marsham ;
elle eft commune à tous les anciens Hiſtoriens
; & il ne faut que jetter un coup
d'oeil fur les différentes liftes des Rois d'Egypte
pour l'embraffer. Hérodote , Diodore
de Sicile , Eratofthenes , Manethon ,
Eufebe , Jule Africain , George le Syncelle
&c. voilà les garants fur l'autorité defquels
cette opinion eſt établie .
39
"( 2 ) Durant tout le tems que l'Egypte
fut partagée en plufieurs royaumes
>> on ne fçauroit , dit M. Newton , placer
» un Roi de toute l'Egypte , tel qu'étoit
Séfoftris ; il n'y a point d'Hiſtorien qui
le faffe plus moderne que Séfac : c'eſt
pourquoi ce Roi d'Egypte appellé Séfoftris
, eft le même que Séfac. Cette opi-
» nion n'eft point nouvelle ; Jofephe l'a infinuée
en affurant qu'Hérodote fe trom
»pe en attribuant les actions de Séfac à
» Séfoftris , & que la méprife vient feule-
>> ment du nom du Roi » .
(1 ) Idem. pag. 30. ( 2 ) Newton , p. 73.
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Confondre les actions de deux Conqué
rans qui ont entr'elles de la reffemblance ,
attribuer à l'un ce que l'autre a fait , eft- celà
les identifier Hérodote a pu fe tromper
de la maniere que Jofephe le rapporte ,
mais jamais il n'a dit ou fait entendre que
Séfoftris & Séfac fuffent un feul & même
Prince. Ce n'est point non plus l'opinion
de Jofephe. Le fens de ce paffage deJofephe
eft , qu'Hérodote fe trompe en attribuant à
Séfoftris les actions de Séfac ; & c'eſt ainfi
que l'ont rendu les interpretes de cet Hiftorien
; M. N. lui-même ne l'a pas entendu
autrement ; mais ce qu'il ajoute , & que
la
méprise vient feulement du nom du Roi , eft
un commentaire qui ne fe voit pas dans le
texte de Jofephe. Ainfiloin d'infinuer que
Séfac foit le même que Séfoftris , Jofephe
fait entendre qu'ils font différens l'un de
l'autre. Au refte , M. Newton n'eft pas le
feul qui ait attribué cette erreur à Jofephe.
Bochart , Stillingfleet , Scaliger , Marsham,
Charpentier , & quelques autres l'ont cru
de même , ou plutôt fans examen , ils ſe
font copiés réciproquement. Sed pace dixerint
Virorum infignium , dit Perizonius , ( 1 )
omnes in eo errant , dùm hunc errorem Jofepho
tribuunt , qui longè aliud fenfit , & probè
fcivit diverfos fuiffe bos
reges. Perizonius
( 1 ) Perizonius dans fes
3, 5, 8.
origines facrées
DECEMBRE. 1755. 177
cite le palfage contefté. Περὶ & πλανήθεις
Ηρόδοτος τὰς πραξεις Σεσοςρει προσάπτει ,
qu'il traduit , & qu'il a raifon de traduire
ainfi : De
quo in errorem lapfus eft Herododum
ejus ( Sefak ) res geftas Sefoftridi
tribuit.
,
Mais que veut dire ce raifonnement de
M. Newton. Il n'y a point d'Historien qui
faffe Séfoftris plus moderne que Séfac , c'est
pourquoi ce Roi d'Egypte appellé Séfoftris , eft
le même que Séfac . Je demande fi cette maniere
de raiſonner ne revient point à celleci.
Il n'y a point d'Hiftorien qui faffe Hen .
ri IV. plus moderne que Louis XIV. donc
ce Roi de France appellé Henri IV . eft le
le même que Louis XIV. Comment les
Hiftoriens auroient- ils fait Séfoftris plus
moderne que Séfac , pendant qu'il l'a précédé
Je le répete , je penfe avec Usher &
Perizonius qu'on ne doit pas confondre
Séfoftris & Séfac. Pour s'en convaincre ,
il ne faut que jetter un coup d'oeil fur les
différentes liftes des Dynafties Egyptiennes.
Ces deux Princes y font marqués chacun
à fon rang , & diftingués par les années
de leur regne , par leur nom , & par
leurs actions .
Sefoftris y porte les noms de Séthos , Sefoofis
, Séthofis ; Séfac porte ceux de Séfonchofis
, Séfochris , Géfongofes ou Séfonchoris
, Séfenchofis. Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
On convient que la finale is , ris , a été
ajoutée par les Grecs. Or dans Séfoftris
Sefoofis , Séthofis , Séthos , il faut convenir
avec M. Fourmont ( 1 ) l'aîné , que le
nom le mieux orthographié ou le moins
corrompu eft celui de Séthos . Le changement
du T , en TS , & en S, eft commun
chez les Orientaux : de maniere que les
uns pouvoient écrire Séthos , pendant que
d'autres prononçoient Setfos ou Séfos.
Quant aux différens noms de Séfac , le
plus corrompu eft celui de Gefongofes :
tous les autres , quoique altérés , ont les
trois lettres radicales qui compofent le
nom de Séfac. Le Noun ou l'N inférée, ne
doit point faire de peine , c'eſt encore un
ufage familier aux Orientaux , & M. Newton
en avertit lui- même lorfqu'il dit , « (2 )
» Sefonchofis & Séfac , ne different pas
plus que Memphis & Moph , qui font
deux noms de la même ville » .
"
Séfac foumit Jerufalem ; voilà tout ce
que l'Ecriture Sainte nous en dit : pourquoi
donc lui attribuer toutes les conquêtes
de Séfoftris ?
( 1 ) Réflexions Critiques , Tom. II . p. 156.
(2 ) Newton , p. 72.
Lafuite pour le mois prochain.
Fermer
Résumé : Lettre de M. L. R. Desh. P. R. sur la Chronologie de M. Newton.
L'auteur de la lettre, M. L. R. Desh. P. R., examine la chronologie proposée par Isaac Newton, soulignant les difficultés liées à l'obscurité de l'histoire due aux écrits endommagés par le temps. Il note que l'astronomie n'a pas significativement éclairci les événements historiques en raison de l'incertitude et de la rareté des observations. Par exemple, les annales chinoises des éclipses solaires manquent de précisions sur l'heure et la durée. L'auteur critique la méthode de Newton pour fixer la date de l'expédition des Argonautes, basée sur des observations astronomiques imparfaites. Il mentionne que le Père Souciet a proposé une date différente, mettant en lumière les incohérences. Il conteste également l'idée que les anciens astronomes, comme Chiron, aient pu créer des sphères célestes pour les Argonautes, arguant que ces sphères ont probablement été fabriquées bien après l'expédition. L'auteur remet en question la méthode de Newton pour estimer la durée des règnes des rois, notant que cette méthode est arbitraire et peut conduire à des erreurs significatives. Il cite plusieurs exemples de règnes royaux pour illustrer cette variabilité. Enfin, il critique Newton pour avoir affirmé que l'Égypte était initialement divisée en petits royaumes, alors que les historiens anciens s'accordent à dire que l'Égypte était unifiée sous un seul roi dès le début. Le texte discute également de la distinction entre Séfoftris et Séfac, deux princes égyptiens mentionnés par différents historiens. Joseph ne considère pas Séfoftris et Séfac comme une seule et même personne, contrairement à Hérodote. Plusieurs interprètes, dont Newton, Bochart, Stillingfleet, Scaliger, Marsham et Charpentier, ont attribué cette erreur à Joseph, mais Perizonius conteste cette interprétation. Selon Perizonius, Joseph a clairement distingué les deux rois. Séfoftris et Séfac sont marqués différemment dans les listes des dynasties égyptiennes par leurs noms, leurs années de règne et leurs actions. Séfoftris porte les noms de Séthos, Sefoofis, Séthofis, tandis que Séfac porte ceux de Séfonchofis, Séfochris, Géfongofes ou Séfonchoris. Le texte mentionne également que la finale 'is' ou 'ris' a été ajoutée par les Grecs et que le nom le mieux orthographié pour Séfoftris est Séthos. Enfin, le texte critique l'attribution des conquêtes de Séfoftris à Séfac, soulignant que l'Écriture Sainte ne mentionne que la soumission de Jérusalem par Séfac.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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681
p. 179-192
Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Henri premier. 1033 & 1034. La famine se fait sentir à Paris (I), [...]
Mots clefs :
Ville de Paris, Paris, Abbaye, Roi, Église, Abbé, Évêques, Henri Ier, Philippe Ier, Louis VI, Pape, Monastère, Corps, Chanoines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Suite de l'abrégé historique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
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Résumé : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Le texte relate des événements historiques concernant Paris sous les règnes de Henri Ier et Philippe Ier, ainsi que des figures religieuses et monastiques notables. En 1033 et 1034, Paris est frappée par une famine sévère, où le prix du blé atteint soixante fois sa valeur normale. Cette crise entraîne une épidémie et un incendie majeur. En 1035, un concile se tient à Paris pour condamner Bérenger, accusé d'hérésie contre l'Eucharistie. Henri Ier accorde à l'évêque Imbert et à ses chanoines quatre églises situées dans les faubourgs de Paris. En 1059, Henri Ier fait sacrer et couronner son fils Philippe Ier à Reims, nommant Baudouin de Flandre comme tuteur. Henri Ier meurt en 1060 et fonde le monastère de Saint-Martin-des-Champs. Philippe Ier continue les travaux du monastère et le consacre en 1067. Sous son règne, les prévôts apparaissent, avec Étienne comme premier prévôt de Paris. En 1092, un concile se tient à Paris, et en 1093, l'abbaye Saint-Magloire est réformée. Guillaume, évêque de Paris, fait plusieurs donations aux chanoines et au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. En 1104, un concile à Paris voit Philippe Ier renoncer publiquement à une relation scandaleuse. En 1107, l'abbaye Saint-Éloi est supprimée, et plusieurs paroisses sont créées à sa place. Philippe Ier meurt en 1108 et est enterré à Saint-Benoît-sur-Loire. Son fils Louis VI lui succède. Sous Louis VI, des chartes sont données pour protéger les serfs de l'église de Paris. L'évêque Galon reçoit une relique de la vraie Croix. Guillaume de Champeaux fonde l'abbaye Saint-Victor, où Abélard obtient une chaire de professeur. Louis VI dote l'abbaye de revenus et de privilèges. Gilduin devient le premier abbé de Saint-Victor, et l'abbaye reçoit plusieurs donations et privilèges. Le texte mentionne également des événements liés à des monastères et des figures religieuses. En décembre 1755, des voyageurs de Cantorbéry se sont arrêtés dans un monastère en se rendant à Paris. Ce monastère conservait des reliques, notamment la cape de voyage d'un saint abbé et le cilice d'un saint archevêque. L'abbaye est devenue une congrégation comptant quarante abbayes et plus de cent monastères, comme mentionné dans le testament du roi Louis VIII en 1225. Cependant, cette congrégation a été dissoute en raison des malheurs des temps et du relâchement de la discipline monastique. Le texte évoque également la vie d'Abbélard, un théologien qui enseignait à Paris. Sa relation avec Héloïse, nièce de Fulbert, chanoine de Paris, est bien connue. Condamné pour sa doctrine sur la Trinité lors d'un concile à Soissons, Abbélard a trouvé refuge auprès de Thibaud, Comte de Champagne. Il a construit une chapelle près de Troyes et est devenu abbé de Saint-Gildas en Bretagne. Il a ensuite cédé son ermitage du Paraclet à Héloïse, qui s'y est retirée avec des religieuses. Abbélard a été de nouveau condamné lors du concile de Sens, mais a reçu l'absolution du pape Innocent II. Il est mort à Châlons-sur-Saône le 21 avril 1142 à l'âge de 63 ans. L'école d'Abbélard à Paris, située près de la cathédrale, se concentrait sur l'étude des Écritures saintes, contribuant ainsi à l'émergence de la théologie scolastique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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682
p. 7-17
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
Début :
Rappellez-vous, Monsieur, notre conversation sur les Mémoires de Madame [...]
Mots clefs :
Madame de Staal, Mémoires, Plaisir, Style, Comédies, Théâtre, Ministre, Homme, Hommes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE .
Sur les Mémoires de Madame DE STAAL ;
à Paris , 16 Octobre 1755.
Relationfur les Mémoires de Mada-
Appellez-vous , Monfieur , notre conme
de Staal. Il y avoit un tiers. Chacun y
dit fon fentiment . Je fis enfuite mes réflexions.
Je les ai écrites. Permettez - moi de .
vous les adreffer.
pas
Il y a peu de livres que j'aime autant
que les Mémoires ; je dis les Mémoires hiftoriques
, lorfque j'ai lieu de les croire
vrais , ou du moins finceres ; & je ne parle
feulement des Mémoires des hommes
d'Etat , Miniftres , Négociateurs , Généraux
d'armée , & c. en un mot , de ces
hommes qui , employées à de grandes cho-:
fes ; & , pour ainfi dire , Acteurs dans des
Tragédies , dans des Drames héroïques
ou du moins fpectateurs , & à portée de
bien voir , ont écrit ce qu'ils ont fait ou vu :
je parle des Mémoires de fimples particuliers
, hommes d'efprit , du moins de bon:
fens , hommes de réflexion , qui , fans emploi
conſidérable , Acteurs ou Spectateurs
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
de Comédies , de Drames Bourgeois , n'ont
joué ni vu jouer de rôle important & impofant
fur le Théâtre du monde. Mais il y
a fort
peu de ces Mémoires ; & j'en fuis
bien fâché.
Au refte , je ne fuis pas le feul ; &
M. l'Abbé Trublet formoit fans doute les
mêmes regrets , lorfqu'il a dit ( 1 ) à
l'occafion du reproche tant répété contre
Montaigne , d'avoir trop parlé de luimême
dans fes Effais , « Qu'il feroit à fouhaiter
qu'à l'exemple de Montaigne ,
» tant de grands Aureurs qui ont compofé
de fi beaux ouvrages , nous euffent laif-
» fé dans des Mémoires bien finceres , une
peinture fidelle de leur coeur & de leur
efprit. Il y a des Lecteurs Philofophes ,
» ajoute M. l'Abbé Trublet , qui feroient
» plus de cas de ces Mémoires que
de tous
"»leurs autres écrits ».
Philofophe ou non , je fuis de ces Lecteurs
là . Auffi ai - je lu avec le plus grand
plaifir les Mémoires de Madame de Staal.
Mais je fouhaite plus que M. l'Abbé Trublet.
Il n'invite que les grands Auteurs à écrire
des Mémoires ; j'en voudrois de tout homme
vrai & fenfé qui s'est bien connu luimême
, ne fût- il capable de les écrire que
( 1 ) Effais de Littérature & de Morale , tom. Ni
P. 77. de la derniere Edition.
DECEMBRE. 1755 9
du ftyle le plus médiocre ; & , par exemple
, je vous avoue que j'ai lu avec plaifir
jufqu'à ceux de l'Abbé de Marolles , cet
Ecrivain fi fameux par la multitude de fes
mauvaiſes traductions . On vient de réimprimer
fes Mémoires , & j'en fçais bon gré
à l'Editeur. Devenus rares , ils ne m'étoient
point tombés entre les mains ; & je
ne les connoiffois que pour en avoir entendu
parler , ou les avoir vu cités avec
éloge dans quelques livres .
Quelle idée prendrez- vous là - deſſus de
mon goût , Monfieur ? mais ne vous hâtez
pas d'en prendre une mauvaiſe ; car je vous
avertis qu'ayant avoué à plufieurs gens
d'efprit le plaifir que j'avois pris à lire ces
Mémoires de l'Abbé de Marolles , ils m'ont
fait de leur côté le même aveu ( 1 ) .
Mais puifque ces Mémoires ont plu il y
a environ cent ans , & plaiſent encore aujourd'hui
, quoique fi foiblement écrits
quels mémoires ne plairont pas , pourvu
qu'on y trouve du bon fens & de la fincérité
, fur-tout une fincérité naïve ? Mais
d'un autre côté , quels mémoires ne roulant
que fur les petits faits d'une vie pri-
( 1 ) On peut voir ce qu'en difent les Journaliftes
de Trévoux dans les Nouvelles Littéraires du
fecond tome du Journal d'Octobre 1755. page
2647.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
vée , plairont après ceux de Madame de
Staal , fi bien écrits , fi beaux & fi agréables
à la fois par l'union la plus parfaite de
l'élégance & de la fimplicité , du foigné &
du naturel , de l'efprit & du goût ? Si les
Mémoires de l'Abbé de Marolles peuvent
être un encouragement pour de fimples
particuliers qui voudroient écrire auffi
leur vie tout fimplement , ceux de Madame
de Staal doivent leur infpirer beaucoup
de crainte , d'autant plus qu'on a dit
affez généralement qu'ils ne plaifoient que
par le ftyle , & que fans cet agrément , on
ne pourroit en foutenir la lecture , tant ils
font vuides de chofes . Mais je crois qu'on
s'eft trompé en parlant ainfi . Je crois que
cas petites chofes , ces menus faits , ces
riens perfonnels ou domeftiques , en un
mot , toutes ces prétendues minuties fe
font lire avec autant & plus de plaifir que
de grands faits . Je crois que les Mémoires
de fimples particuliers , homme ou
femme , attacheroient autant & plus , à
mérite égal , du moins les Lecteurs fimples
particuliers auffi ( & c'eft le grand nombre
) que les Mémoires d'un Général d'armée
, d'un Miniftre d'Etat , & c . Tout homme
eft homme , mais tout homme n'eft pas
Général d'armée , Miniftre d'Etat ; ou plutôt
la plupart des hommes ne font rien
DECEMBRE. 1755. 1 I
>
d'aprochant . Donc , tout ce qui montrera
bien l'homme , attachera plus que ce qui
ne montrera que le Général , le Miniftre ,
le Négociateur , ou même le Sçavant &
l'Homme de lettres ; & la preuve en eſt ,
que dans les Mémoires même du Général;
du Miniftre , du Négociateur , du Sçavant ,
ou dans leur hiftoire , par exemple dans
les Vies de Plutarque , dans les Eloges de
M. de Fontenelle , ce qui plaît davantage ,
c'eft , non leurs exploits , leurs négociations
, leurs travaux fçavans , mais les détails
de leur vie privée , leurs qualités fociales
, bonnes & mauvaiſes . En un mot
on fe plaît à y voir l'Homme bien plus encore
que le Général , le Négociateur , le
Sçavant , & c . Et voilà pourquoi encore on
aime tant leurs lettres , leurs lettres les plus
familieres , les lettres de l'homme , indépendamment
des anecdotes militaires
politiques & littéraires qu'on y trouve .
Je crois donc que les Mémoires de Madame
de Staal plaifent par le fonds des chofes
, auffi bien que par le ftyle ; qu'ainfi ils
ne tomberont point , & d'autant moins ,
qu'ils feront foutenus par l'un & par
l'autre
à la fois ; car je conviens que l'agrément
du ftyle y ajoute beaucoup à celui des
chofes ; mais je foutiens qu'il n'y étoit pas
auffi néceffaire qu'on le dit , & même qu'on
>
A vj
MERCURE DE FRANCE.
le croit ; & qu'on en conviendra , fi on fe
confulte , fi on s'interroge foi - même de
bonne foi , fur les caufes du plaifir avec
lequel on a lu ces Mémoires.
Mais levons une équivoque. Il n'y a
point de chofes , dit on , dans les Mémoires
de Madame de Staal , ou du moins it
y en a peu.
Cela eft vrai , fi par chofes on entend de
grands faits , des faits relatifs aux évenemens
politiques & militaires ;
Res gefta Regumque Ducumque , & triflia
bella.
Mais des faits qui peignent , outre l'Auteur
, des perfonnes de tout état , condition
, & fexe , & qui les peignent d'autant
mieux que ces faits font plus petits ,
que ce ne font que des riens ; de pareils
faits , dis- je , font des chofes , & des chofes
très agréables , très utiles même , parce
que la plus utile & la plus agréable de toutes
les connoiffances , c'eft celle de l'homme
, & des hommes relativement à la fociété
que nous avons journellement avec
eux .
Tout livre qui fait dire au Lecteur : Voilà
les hommes ; voilà ce qu'ils font , ce qu'ils
difent , & pourquoi ils le difent & le font ;
voilà le jeu de leurs petites & miférables pafDECEMBRE
. 1755. 12
fions ; les voilà au vrai & au naturel ; je
crois les voir & les entendre ; bien plus , je
vois le fond de leur ame , le dedans de la
machine , les RESSORTS DU JEU ; Tout
livre pareil intéreffe , attache , de quelque
maniere qu'il foit écrit. C'eft fur tout
de cette forte d'hiftoire qu'eft vrai le mot
de Ciceron ; Hiftoria quoquo modo fcripta delectat
. En la lifant , on croit voir ce qu'on
voit tous les jours dans le monde ; on croit
y être. Mais retourné dans ce monde après
fa lecture , on y voit bien mieux tout ce
qu'on y avoit vu auparavant. Alors on fe
rappelle le livre , & par réflexion on le
trouve encore meilleur & plus vrai .
Mais revenons à Madame de Staal. Si
ſes avantures ne font pas grandes , elles
font affez fingulieres . Son caractere perfonnel
ne l'eft pas moins . C'eft un caractere
mêlé & compofé de qualités affez
oppofées ; il en eft plus pittorefque . De
cette double fingularité , celle du caractere
& celle des circonftances dans lefquelles
Madame de Staal s'eft trouvée dès
fon enfance , il a du réfulter une vie peu
ordinaire , & qui dès lors méritoit d'être
écrite.
Je ne lui pardonne pourtant point fes
amours , ni même de les avoir écrits , du
moins dans un fi grand détail. Tout Pla
14 MERCURE DE FRANCE.
toniques que je veuille les croire , ils n'en
font pas plus innocens aux yeux des vrais
fages , des vertueux , & n'en font peutêtre
que plus ridicules aux yeux d'un certain
monde. Ils aviliffent l'Amoureuſe , &
l'ouvrage en doit fouffrir . Tout ce qui
infpire du mépris pour un Ecrivain de
Mémoires diminue le plaifir qu'on prend
à les lire , ne fût- ce qu'en diminuant l'intérêt
qu'on prend à fa perfonne. Cependant
, car il faut tout dire , les Amours de
Madame de Staal , font un trait de plus à
fon caractere. Si je l'eftime moins , par - là
je la connois mieux ; je la connois toute
entiere. D'ailleurs , ce mêlange de raifon
& de foibleffe , de grandeur , à certains
égards , & de petiteffe à d'autres , eft piquant
par le contrafte , utile même à confidérer
, & peut faire faire de bonnes réflexions
. On dira : Qu'est ce donc
que l'ef
prit contre le coeur , fur - tout chez les femmes !
Paffez-moi , Monfieur , l'application de
cette morale . Votre Mercure n'est plus le
Mercure Galant.
Les Amours de Madame Staal eurent gran
de part aux chagrins de fa vie. Tantôt elle
aima fans êtreaimée ; tantôt elle fut aimée
fans aimer. En général , on apprend dans
l'hiftoire, fur-tout dans les Mémoires , & en
particulier dans ceux de Madame de Staal,
DECEMBRE . 1755 .
combien il y a de malheureux , même parmi
les prétendus heureux ; & cela confole.
On le voit tant d'égaux en infortune
même de fupérieurs ; & on dit :
J'en connois de plus miferables.
Mais on voit encore que la principale
fource du malheur eft dans les paffions ,
dans des fautes , dans des torts , & c. Le
malheureux fe reconnoît dans ce qu'il lit ,
& fe condamne. Il n'a que ce qu'il a mérité
, & il pouvoit ne le point mériter. Il
peut même ne le mériter plus ; il peut fe
corriger & être heureux.
gran-
Si l'Hiftoire & für-tout les Mémoires
des Grands Hommes , des Hommes à
des qualités , à grands talens , font pleins
de leurs malheurs , & de malheurs bien
mérités , c'eft que les grands Hommes ont
prefque toujours de fortes paffions , fouvent
de grands vices , rarement beaucoup
de fageffe & de conduite , hors de leur
métier.
Tel Général qui n'a jamais donné aucune
prife fur lui au Général de l'armée
ennemie , en a donné mille aux ennemis
qu'il avoit dans fon armée & à la Cour de
fon Maître .
Tel beau génie a forcé fes amis d'avouer
de fa perfonne plus de mal que
fes enne16
MERCURE DE FRANCE.
mis n'en difoient de fes ouvrages , & d'abandonner
l'homme en défendant l'Auteur.
Il s'en faut bien que tous les Héros &
tous les beaux efprits foient des Sages , des
Turenne , & des Fontenelle.
La poftérité qui ne connoît ces illuftres
malheureux que par ce qu'ils avoient d'admirable
, les plaint , & en les plaignant ,
les en admire encore davantage. Leur
fiecle qui les connoiffoit mieux , ne les
plaignoit point.
Mais finiffons une lettre qui feroit bientôt
un livre , autant par le ftyle que par fa
longueur , & difons encore un mot fur
Madame de Staal.
Elle étoit Auteur , & tout le monde le
fçavoit. On fçavoit en particulier qu'elle
avoit fait des Comédies. Beaucoup de
gens les connoiffoient , & en avoient parlé
avec éloge à ceux qui ne les connoiffoient
pas. On fçavoit moins généralement
qu'elle eût écrit des Mémoires. Le Public
défiroit donc beaucoup l'impreffion de ces
Comédies. C'eft par- là qu'il falloit commencer
, & annoncer en même- tems les
Mémoires. Elles les euffent fait encore
plus défirer qu'on ne les défiroit ellesmêmes.
J'ajoute que lues les premieres ,
elles l'auroient été avec plus de plaifir.
Elles ont été moins critiquées , on en a
DECEMBRE. 1755. 17
moins parlé , elles ont moins affecté , elles
ont moins plu que les Mémoires. Eft- ce
qu'elles font moins bonnes en leur genre ?
Je le crois je n'en fçais pourtant rien ; &
je me recufe là- deffus. Mais je fçais que
les Mémoires font un genre plus agréable ,
c'est-à- dire , plus piquant , plus attachant
que les Comédies , du moins fi on ne fait
que lire celles - ci . Dans les uns , c'eſt du
vrai réel , du vrai hiftorique , dans les autres
, ce n'eft que du vrai imité , du vrai
poétique , feulement un peu réalisé par
l'illufion du Théâtre. D'ailleurs j'ai trouvé
trop de charge dans les deux pieces de Madame
de Staal. Enfin , fi elle dialogue bien,
à mon avis elle raconte encore mieux .
Quant à ce qu'on appelle action , &
unité d'action , intrigue bien liée & bien
fuivie , dépendance néceffaire des évenemens
, &c. j'ai entendu dire que tout cela
manque aux deux pieces , & qu'ainfi elles
ne réuffiroient point au Théâtre , du
moins au Théâtre public. Mais encore une
fois , je me récufe ; je m'en rapporte aux
connoiffeurs , fur- tour à vous , Monfieur ,
qu'ils ont fi fouvent applaudi ; & je fuis
très-parfaitement , &c.
A L'AUTEUR DU MERCURE .
Sur les Mémoires de Madame DE STAAL ;
à Paris , 16 Octobre 1755.
Relationfur les Mémoires de Mada-
Appellez-vous , Monfieur , notre conme
de Staal. Il y avoit un tiers. Chacun y
dit fon fentiment . Je fis enfuite mes réflexions.
Je les ai écrites. Permettez - moi de .
vous les adreffer.
pas
Il y a peu de livres que j'aime autant
que les Mémoires ; je dis les Mémoires hiftoriques
, lorfque j'ai lieu de les croire
vrais , ou du moins finceres ; & je ne parle
feulement des Mémoires des hommes
d'Etat , Miniftres , Négociateurs , Généraux
d'armée , & c. en un mot , de ces
hommes qui , employées à de grandes cho-:
fes ; & , pour ainfi dire , Acteurs dans des
Tragédies , dans des Drames héroïques
ou du moins fpectateurs , & à portée de
bien voir , ont écrit ce qu'ils ont fait ou vu :
je parle des Mémoires de fimples particuliers
, hommes d'efprit , du moins de bon:
fens , hommes de réflexion , qui , fans emploi
conſidérable , Acteurs ou Spectateurs
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
de Comédies , de Drames Bourgeois , n'ont
joué ni vu jouer de rôle important & impofant
fur le Théâtre du monde. Mais il y
a fort
peu de ces Mémoires ; & j'en fuis
bien fâché.
Au refte , je ne fuis pas le feul ; &
M. l'Abbé Trublet formoit fans doute les
mêmes regrets , lorfqu'il a dit ( 1 ) à
l'occafion du reproche tant répété contre
Montaigne , d'avoir trop parlé de luimême
dans fes Effais , « Qu'il feroit à fouhaiter
qu'à l'exemple de Montaigne ,
» tant de grands Aureurs qui ont compofé
de fi beaux ouvrages , nous euffent laif-
» fé dans des Mémoires bien finceres , une
peinture fidelle de leur coeur & de leur
efprit. Il y a des Lecteurs Philofophes ,
» ajoute M. l'Abbé Trublet , qui feroient
» plus de cas de ces Mémoires que
de tous
"»leurs autres écrits ».
Philofophe ou non , je fuis de ces Lecteurs
là . Auffi ai - je lu avec le plus grand
plaifir les Mémoires de Madame de Staal.
Mais je fouhaite plus que M. l'Abbé Trublet.
Il n'invite que les grands Auteurs à écrire
des Mémoires ; j'en voudrois de tout homme
vrai & fenfé qui s'est bien connu luimême
, ne fût- il capable de les écrire que
( 1 ) Effais de Littérature & de Morale , tom. Ni
P. 77. de la derniere Edition.
DECEMBRE. 1755 9
du ftyle le plus médiocre ; & , par exemple
, je vous avoue que j'ai lu avec plaifir
jufqu'à ceux de l'Abbé de Marolles , cet
Ecrivain fi fameux par la multitude de fes
mauvaiſes traductions . On vient de réimprimer
fes Mémoires , & j'en fçais bon gré
à l'Editeur. Devenus rares , ils ne m'étoient
point tombés entre les mains ; & je
ne les connoiffois que pour en avoir entendu
parler , ou les avoir vu cités avec
éloge dans quelques livres .
Quelle idée prendrez- vous là - deſſus de
mon goût , Monfieur ? mais ne vous hâtez
pas d'en prendre une mauvaiſe ; car je vous
avertis qu'ayant avoué à plufieurs gens
d'efprit le plaifir que j'avois pris à lire ces
Mémoires de l'Abbé de Marolles , ils m'ont
fait de leur côté le même aveu ( 1 ) .
Mais puifque ces Mémoires ont plu il y
a environ cent ans , & plaiſent encore aujourd'hui
, quoique fi foiblement écrits
quels mémoires ne plairont pas , pourvu
qu'on y trouve du bon fens & de la fincérité
, fur-tout une fincérité naïve ? Mais
d'un autre côté , quels mémoires ne roulant
que fur les petits faits d'une vie pri-
( 1 ) On peut voir ce qu'en difent les Journaliftes
de Trévoux dans les Nouvelles Littéraires du
fecond tome du Journal d'Octobre 1755. page
2647.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
vée , plairont après ceux de Madame de
Staal , fi bien écrits , fi beaux & fi agréables
à la fois par l'union la plus parfaite de
l'élégance & de la fimplicité , du foigné &
du naturel , de l'efprit & du goût ? Si les
Mémoires de l'Abbé de Marolles peuvent
être un encouragement pour de fimples
particuliers qui voudroient écrire auffi
leur vie tout fimplement , ceux de Madame
de Staal doivent leur infpirer beaucoup
de crainte , d'autant plus qu'on a dit
affez généralement qu'ils ne plaifoient que
par le ftyle , & que fans cet agrément , on
ne pourroit en foutenir la lecture , tant ils
font vuides de chofes . Mais je crois qu'on
s'eft trompé en parlant ainfi . Je crois que
cas petites chofes , ces menus faits , ces
riens perfonnels ou domeftiques , en un
mot , toutes ces prétendues minuties fe
font lire avec autant & plus de plaifir que
de grands faits . Je crois que les Mémoires
de fimples particuliers , homme ou
femme , attacheroient autant & plus , à
mérite égal , du moins les Lecteurs fimples
particuliers auffi ( & c'eft le grand nombre
) que les Mémoires d'un Général d'armée
, d'un Miniftre d'Etat , & c . Tout homme
eft homme , mais tout homme n'eft pas
Général d'armée , Miniftre d'Etat ; ou plutôt
la plupart des hommes ne font rien
DECEMBRE. 1755. 1 I
>
d'aprochant . Donc , tout ce qui montrera
bien l'homme , attachera plus que ce qui
ne montrera que le Général , le Miniftre ,
le Négociateur , ou même le Sçavant &
l'Homme de lettres ; & la preuve en eſt ,
que dans les Mémoires même du Général;
du Miniftre , du Négociateur , du Sçavant ,
ou dans leur hiftoire , par exemple dans
les Vies de Plutarque , dans les Eloges de
M. de Fontenelle , ce qui plaît davantage ,
c'eft , non leurs exploits , leurs négociations
, leurs travaux fçavans , mais les détails
de leur vie privée , leurs qualités fociales
, bonnes & mauvaiſes . En un mot
on fe plaît à y voir l'Homme bien plus encore
que le Général , le Négociateur , le
Sçavant , & c . Et voilà pourquoi encore on
aime tant leurs lettres , leurs lettres les plus
familieres , les lettres de l'homme , indépendamment
des anecdotes militaires
politiques & littéraires qu'on y trouve .
Je crois donc que les Mémoires de Madame
de Staal plaifent par le fonds des chofes
, auffi bien que par le ftyle ; qu'ainfi ils
ne tomberont point , & d'autant moins ,
qu'ils feront foutenus par l'un & par
l'autre
à la fois ; car je conviens que l'agrément
du ftyle y ajoute beaucoup à celui des
chofes ; mais je foutiens qu'il n'y étoit pas
auffi néceffaire qu'on le dit , & même qu'on
>
A vj
MERCURE DE FRANCE.
le croit ; & qu'on en conviendra , fi on fe
confulte , fi on s'interroge foi - même de
bonne foi , fur les caufes du plaifir avec
lequel on a lu ces Mémoires.
Mais levons une équivoque. Il n'y a
point de chofes , dit on , dans les Mémoires
de Madame de Staal , ou du moins it
y en a peu.
Cela eft vrai , fi par chofes on entend de
grands faits , des faits relatifs aux évenemens
politiques & militaires ;
Res gefta Regumque Ducumque , & triflia
bella.
Mais des faits qui peignent , outre l'Auteur
, des perfonnes de tout état , condition
, & fexe , & qui les peignent d'autant
mieux que ces faits font plus petits ,
que ce ne font que des riens ; de pareils
faits , dis- je , font des chofes , & des chofes
très agréables , très utiles même , parce
que la plus utile & la plus agréable de toutes
les connoiffances , c'eft celle de l'homme
, & des hommes relativement à la fociété
que nous avons journellement avec
eux .
Tout livre qui fait dire au Lecteur : Voilà
les hommes ; voilà ce qu'ils font , ce qu'ils
difent , & pourquoi ils le difent & le font ;
voilà le jeu de leurs petites & miférables pafDECEMBRE
. 1755. 12
fions ; les voilà au vrai & au naturel ; je
crois les voir & les entendre ; bien plus , je
vois le fond de leur ame , le dedans de la
machine , les RESSORTS DU JEU ; Tout
livre pareil intéreffe , attache , de quelque
maniere qu'il foit écrit. C'eft fur tout
de cette forte d'hiftoire qu'eft vrai le mot
de Ciceron ; Hiftoria quoquo modo fcripta delectat
. En la lifant , on croit voir ce qu'on
voit tous les jours dans le monde ; on croit
y être. Mais retourné dans ce monde après
fa lecture , on y voit bien mieux tout ce
qu'on y avoit vu auparavant. Alors on fe
rappelle le livre , & par réflexion on le
trouve encore meilleur & plus vrai .
Mais revenons à Madame de Staal. Si
ſes avantures ne font pas grandes , elles
font affez fingulieres . Son caractere perfonnel
ne l'eft pas moins . C'eft un caractere
mêlé & compofé de qualités affez
oppofées ; il en eft plus pittorefque . De
cette double fingularité , celle du caractere
& celle des circonftances dans lefquelles
Madame de Staal s'eft trouvée dès
fon enfance , il a du réfulter une vie peu
ordinaire , & qui dès lors méritoit d'être
écrite.
Je ne lui pardonne pourtant point fes
amours , ni même de les avoir écrits , du
moins dans un fi grand détail. Tout Pla
14 MERCURE DE FRANCE.
toniques que je veuille les croire , ils n'en
font pas plus innocens aux yeux des vrais
fages , des vertueux , & n'en font peutêtre
que plus ridicules aux yeux d'un certain
monde. Ils aviliffent l'Amoureuſe , &
l'ouvrage en doit fouffrir . Tout ce qui
infpire du mépris pour un Ecrivain de
Mémoires diminue le plaifir qu'on prend
à les lire , ne fût- ce qu'en diminuant l'intérêt
qu'on prend à fa perfonne. Cependant
, car il faut tout dire , les Amours de
Madame de Staal , font un trait de plus à
fon caractere. Si je l'eftime moins , par - là
je la connois mieux ; je la connois toute
entiere. D'ailleurs , ce mêlange de raifon
& de foibleffe , de grandeur , à certains
égards , & de petiteffe à d'autres , eft piquant
par le contrafte , utile même à confidérer
, & peut faire faire de bonnes réflexions
. On dira : Qu'est ce donc
que l'ef
prit contre le coeur , fur - tout chez les femmes !
Paffez-moi , Monfieur , l'application de
cette morale . Votre Mercure n'est plus le
Mercure Galant.
Les Amours de Madame Staal eurent gran
de part aux chagrins de fa vie. Tantôt elle
aima fans êtreaimée ; tantôt elle fut aimée
fans aimer. En général , on apprend dans
l'hiftoire, fur-tout dans les Mémoires , & en
particulier dans ceux de Madame de Staal,
DECEMBRE . 1755 .
combien il y a de malheureux , même parmi
les prétendus heureux ; & cela confole.
On le voit tant d'égaux en infortune
même de fupérieurs ; & on dit :
J'en connois de plus miferables.
Mais on voit encore que la principale
fource du malheur eft dans les paffions ,
dans des fautes , dans des torts , & c. Le
malheureux fe reconnoît dans ce qu'il lit ,
& fe condamne. Il n'a que ce qu'il a mérité
, & il pouvoit ne le point mériter. Il
peut même ne le mériter plus ; il peut fe
corriger & être heureux.
gran-
Si l'Hiftoire & für-tout les Mémoires
des Grands Hommes , des Hommes à
des qualités , à grands talens , font pleins
de leurs malheurs , & de malheurs bien
mérités , c'eft que les grands Hommes ont
prefque toujours de fortes paffions , fouvent
de grands vices , rarement beaucoup
de fageffe & de conduite , hors de leur
métier.
Tel Général qui n'a jamais donné aucune
prife fur lui au Général de l'armée
ennemie , en a donné mille aux ennemis
qu'il avoit dans fon armée & à la Cour de
fon Maître .
Tel beau génie a forcé fes amis d'avouer
de fa perfonne plus de mal que
fes enne16
MERCURE DE FRANCE.
mis n'en difoient de fes ouvrages , & d'abandonner
l'homme en défendant l'Auteur.
Il s'en faut bien que tous les Héros &
tous les beaux efprits foient des Sages , des
Turenne , & des Fontenelle.
La poftérité qui ne connoît ces illuftres
malheureux que par ce qu'ils avoient d'admirable
, les plaint , & en les plaignant ,
les en admire encore davantage. Leur
fiecle qui les connoiffoit mieux , ne les
plaignoit point.
Mais finiffons une lettre qui feroit bientôt
un livre , autant par le ftyle que par fa
longueur , & difons encore un mot fur
Madame de Staal.
Elle étoit Auteur , & tout le monde le
fçavoit. On fçavoit en particulier qu'elle
avoit fait des Comédies. Beaucoup de
gens les connoiffoient , & en avoient parlé
avec éloge à ceux qui ne les connoiffoient
pas. On fçavoit moins généralement
qu'elle eût écrit des Mémoires. Le Public
défiroit donc beaucoup l'impreffion de ces
Comédies. C'eft par- là qu'il falloit commencer
, & annoncer en même- tems les
Mémoires. Elles les euffent fait encore
plus défirer qu'on ne les défiroit ellesmêmes.
J'ajoute que lues les premieres ,
elles l'auroient été avec plus de plaifir.
Elles ont été moins critiquées , on en a
DECEMBRE. 1755. 17
moins parlé , elles ont moins affecté , elles
ont moins plu que les Mémoires. Eft- ce
qu'elles font moins bonnes en leur genre ?
Je le crois je n'en fçais pourtant rien ; &
je me recufe là- deffus. Mais je fçais que
les Mémoires font un genre plus agréable ,
c'est-à- dire , plus piquant , plus attachant
que les Comédies , du moins fi on ne fait
que lire celles - ci . Dans les uns , c'eſt du
vrai réel , du vrai hiftorique , dans les autres
, ce n'eft que du vrai imité , du vrai
poétique , feulement un peu réalisé par
l'illufion du Théâtre. D'ailleurs j'ai trouvé
trop de charge dans les deux pieces de Madame
de Staal. Enfin , fi elle dialogue bien,
à mon avis elle raconte encore mieux .
Quant à ce qu'on appelle action , &
unité d'action , intrigue bien liée & bien
fuivie , dépendance néceffaire des évenemens
, &c. j'ai entendu dire que tout cela
manque aux deux pieces , & qu'ainfi elles
ne réuffiroient point au Théâtre , du
moins au Théâtre public. Mais encore une
fois , je me récufe ; je m'en rapporte aux
connoiffeurs , fur- tour à vous , Monfieur ,
qu'ils ont fi fouvent applaudi ; & je fuis
très-parfaitement , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
La lettre datée du 16 octobre 1755 traite des Mémoires de Madame de Staal. L'auteur exprime son admiration pour les mémoires historiques sincères, en particulier ceux des hommes d'État, négociateurs et généraux. Il regrette le manque de mémoires de simples particuliers, bien que ceux-ci soient rares. L'abbé Trublet partage ce regret, souhaitant que des auteurs célèbres écrivent des mémoires sincères. L'auteur apprécie les Mémoires de Madame de Staal et souhaite que tout homme sincère et réfléchissant écrive ses mémoires, indépendamment de son style. Il cite les Mémoires de l'abbé de Marolles comme exemple de mémoires appréciés malgré un style médiocre. Il affirme que les mémoires de simples particuliers peuvent être aussi intéressants que ceux des grands hommes, car ils montrent l'homme dans sa vie quotidienne. L'auteur conteste l'idée que les Mémoires de Madame de Staal plaisent seulement par leur style. Il soutient que les petits faits de la vie privée sont tout aussi intéressants que les grands événements. Il admire le caractère unique de Madame de Staal et les circonstances de sa vie, bien qu'il critique ses amours détaillées dans les mémoires. La lettre se termine par une réflexion sur les malheurs des grands hommes et l'importance des mémoires pour comprendre la nature humaine. L'auteur suggère que les comédies de Madame de Staal auraient dû être publiées avant ses mémoires pour susciter plus d'intérêt. Il conclut en préférant le style narratif des mémoires à celui des comédies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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683
p. 36-47
Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
Début :
Ecuyer, Daniel-René Montaudouin naquit à Nantes, le 21 Janvier 1715. [...]
Mots clefs :
Commerce, Angleterre, Écuyer, Nantes, Académie des sciences, Société royale de Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
Mémoire fur feu M. Montaudouin , de ta
Société Royale de Londres ,
Correfpondant
de l'Académie des Sciences , & Négociant.
Cuyer , Daniel - René Montaudouin
naquit à Nantes , le 21 Janvier 1715 .
Sa famille s'eft fait un nom par l'étendue
de fon commerce , & par fa grande probité.
Il alla de bonne heure au College de
la Fleche ; mais fa vivacité le rendit incapable
de la moindre application , & on ne
put jamais difcipliner fon efprit. On lui
fit quitter des études qui n'en étoient pas
pour lui , & on l'envoya à Rouen où il
n'apprit pas davantage à s'appliquer. La
tendreffe ou plutôt la foibleffe d'une grand'
mere chez qui il demeuroit , donna un
nouvel effor à fa vivacité , & à l'indépendance
de fon efprit. On prit le parti
de le faire paffer en Angleterre. Il y fit un
féjour affez long , & il en rapporta des
fentimens d'admiration pour ce peuple
penfeur ; cependant fa jeuneffe continuoit
d'être vive , impétueufe & inappliquée
lorfque tout- à- coup , il fe fit en lui une de
ces révolutions étonnantes dont jufqu'à
préfent on n'avoit vu d'exemple que dans
l'ordre de la Religion. Jamais converfion
DECEMBRE . 1755 37
1
ne fut plus éclatante. Il alla trouver le
R. P. Giraud , Prêtre de l'Oratoire , aujourd'hui
Bibliothécaire de la ville , homme
d'un mérite rare. Il le fupplia de lui
donner des leçons de Mathématiques. Le
P. Giraud qui ne le connoiffoit point du
tout , & qui n'étoit pas fur le pied de
prendre des écoliers , chercha à le détourner
de fon deffein. Il vouloit fans doute
éprouver la vocation. Le difciple revint à
la charge , & le maître fut obligé de fe
rendre. Cette complaifance fut fentie comme
un bienfait fignalé ; on chercha à la
payer par un travail affidu . L'éleve fit de
très grands progrès fous la direction de
cet habile homme. Une application extraordinaire
remplaça les avantages que le
fecours des premieres études & d'une mémoire
plus heureufe auroit pu donner.
Après plufieurs années confacrées à l'Algebre
& à la Géométrie , où les connoiffances
furent portées fort loin , on dirigea fa
marche vers la Métaphyfique , fcience à la
fois immenſe , fi l'on confidere fon objet ,
& bornée , fi l'on s'en tient aux vérités inconteftables
qu'elle contient , mais fcience
toujours honorable pour l'efprit humain
& qui mérite toute l'attention d'un être
penfant , parce que c'eft celle qui met fans
38 MERCURE DE FRANCE.
doute le plus grand intervalle entre la raifon
& l'instinct après la faculté de parler
qui en fait partie. M. Montaudouin entra
dans ce nouveau champ avec une nouvelle
ardeur. Après avoir forcé des broffailles
épailles , il découvrit un partere délicieux
, où la beauté raviffante de quelque
fleurs épanouies , lui faifoit fouhaiter
avec la plus vive impatience d'en voir
éclorre une multitude d'autres qui y font
plantées dans l'ordre le plus régulier , &
qui femblent fe refufer à la bonté du climat
, à la fertilité du fol , & à l'habileté
- des cultivateurs.
A la paix de 1748. il entreprit un nouveau
voyage en Angleterre. La principale
raifon qui l'y détermina fut l'efpérance d'y
trouver beaucoup d'iées exactes . D'ail
leurs ayant paffé plufieurs années dans l'étude
des fciences abftraites , il crut qu'il
lui feroit utile de fe répandre pendant quelque
tems dans le monde , parce que c'eft
le meilleur moyen de bien connoître les
hommes , & de fe connoître bien foimême.
Il ne fe borna pas , comme la plûpart
des voyageurs , à voir la ville de Londres
: il voulut connoître l'Angleterre
même ; & il donna une attention particuliere
à tout ce qui intéreffoit les Sciences
DECEMBRE. 1755. 39
& le Commerce , & à tout ce qui pouvoit
être utile à fon pays ( 1 ) . A Oxford , il faifoit
fa cour aux fçavans Profeffeurs ; à
Porftmouth , aux Conftructeurs habiles ; à
Liverpool & à Bristol , aux Négocians éclairés.
De retour à Londres , il vit tout ce
que cette grande ville renferme . Il examina
tout. Il fréquenta un grand nombre de Sçavans
en tout genre ; mais principalement
Meffieurs Folkes , Robins , Mitchell , de
Moivre , Bradley , Watfon , Tremblay ,
Graham , Smith , Mortimer , Maſſon ,
King , Knith , Blin , Ray , Beker , Stwart ,
Mead , &c. Il fut comblé d'honnêtetés par
M. le Duc de Richmond , & par Meffieurs
Ch. Stanhope & Ch . Cavendish : il contracta
une amitié intime avec Don Pedro
Maldonado , Gouverneur de la Province
des Emeraudes , illuftre Américain , qui
lui avoit été recommandé par M. Bouguer
de l'Académie des Sciences . A la premiere
nouvelle qu'il eut de fa maladie , il fit porter
fon lit chez lui , & il ne le quitta ni
jour ni nuit. Il lui fit adminiftrer tous les
fecours temporels & fpirituels. Les Doc-
(1 ) Il fe donna des foins infinis pour faire reftituer
les papiers pris fur les François pendant la
guerre , & il vint à bout d'en recouvrer un grand
nombre qu'il fit remettre en France à ceux à qui
ils appartenoient.
40 MERCURE DE FRANCE .
teurs Watfon & Wisbraham , ni le célebre
Docteur Mead , malgré toute leur capacité
, & leur zele ne purent dompter la violence
du mal qui emporta le malade en
peu de jours.
Au mois de Novembre , M. Montaudouin
fut proposé par plufieurs Membres
de la Société Royale , entr'autres par Meſfieurs
Folkes , Wafton & Graham pour être
admis dans cet illuftre corps ; ce qui s'effectua
au terme ordinaire. Enfin après un
an de féjour en Angleterre , comblé d'honneurs
& de politeffes , il s'arracha à tous les
agrémens qu'il goutoit dans ce pays. Il prit
fa route par la Hollande. Il alla voir à
Leyde Meffieurs Allemand & Mufchenbroek
, qui lui firent mille amitiés . Il reçut
à la Haie des marques d'attention de
M. le Comte de Bentheim .
Il retrouva à Paris M. le Marquis de
Croifmare , l'homme de France le plus curieux
, le plus obligeant & le plus aimable,
avec qui il s'étoit lié dans un précédent
voyage. Ils ne fe quitterent plus. Ils recommencerent
leurs courfes dans cette
grande ville. On y revit tout ce qui méritoit
d'être vu . Rien n'échappa. On voyoit
fouvent les illuftres Membres de l'Acadé
mie des Sciences , Meffieurs de Fontenelle
, de Reaumur , Juffieu , Duhamel , de
1
DECEMBRE. 1755 41
> la Condamine de Buffon , Rouelle ,
l'Abbé Nollet , & principalement M. Bouguer
pour qui M. Montaudouin avoit depuis
longtems la plus parfaite amitié. Pendant
fon féjour à Paris , l'Académie le
nomma fon Correſpondant , il avoit toujours
eu des fentimens d'admiration & de
refpect pour ce Sénat littéraire qui compte
parmi fes Membres tant de Souverains
dans le monde fçavant.
A fon retour à Nantes , il entreprit de
faire conftruire un Navire fur les principes
de M. Bouguer. Il fallut lutter contre
tous les préjugés du public marin. Les préventions
furent portées fi loin qu'on s'opiniâtra
à foutenir que le Navire feroit capot
en allant à l'eau . Il fut lancé , & il conferva
mieux fa direction qu'aucun navire.
On foutint enfuite qu'il ne pourroit pas
naviguer. On eut de la peine à trouver un
Capitaine & un équipage . Cependant il a
fait plufieurs voyages à S. Domingue. La
prévention ne fe décourage jamais ; elle
s'eft dédommagée de fes premieres erreurs
fur la marche de ce Navire : il eft vrai
qu'il n'a pas eu d'avantage de ce côté - là
fur les navires ordinaires ; ce n'eft point la
faute du fyftême du célebre Académicien.
La folidité de fes principes n'en eft point
affectée , & fa découverte conſerve toute
42 MERCURE DE FRANCE.
port ,
fa beauté , & mérite les plus grands éloges.
Le Problême confiftoit à trouver le navire
de la plus grande vitelle , du plus grand
& du moindre tirant d'eau . Pour
bien faire cette expérience , il eût fallu
être en place. Un particulier ne peut pas
rifquer la dépenfe d'une niachine auffi couteufe.
C'est ce que repréfentoit fortement
M. Bouguer qui n'étant pas fur
les lieux , ne pouvoit ni voir les chofes par
lui- même , ni donner tous les confeils qu'il
étoit naturel d'attendre de lui . M. Montaudouin
n'eut pour intéreffé dans cette
entreprife que fon frere. Il en auroit cherché
inutilement un autre . Cette confidération
importante fit faire des changemens.
Le constructeur n'exécuta pas toutes les parties
avec la même attention . Les frayeurs
du Capitaine obligerent de faire la mâture
trop courte ; & ces frayeurs ont encore
augmenté la longueur des traverfées.
Ainfi il n'eft point décidé que l'objet
de la marche foit manqué dans cette conftruction
, & il eft démontré que les deux
autres conditions du problème font parfaitement
remplies. Ce navire porte beaucoup
à raifon de fa grandeur , & il tire
près de trois pieds d'eau moins que les navires
ordinaires de fa capacité .
En 1753 , M. Montaudouin fut éla
DECEMBRE. 1755. 43
Conful. Cette place eft très - importante à
Nantes , parce qu'outre l'adminiſtration
de la juftice , elle embraffe la direction
des affaires générales du Commerce . Le
Confulat totalement diftinct dans fon origine
du Bureau de Ville , fe trouvoit par
une longue fuite d'abus , dans une dépendance
abfolue des Maire & Echevins . Ils
avoient la plus grande part aux élections ,
& y préfidoient . Le fiege du Confulat
étoit placé à l'Hôtel de Ville , c'est - à - dire ,
dans un éloignement extrême des Juges &
des parties. C'étoit - là la caufe principalede
l'abus . M. Montaudouin forma le projet
de remettre les chofes dans l'ordre . Il
avoit vu fur quel pied les Négocians
étoient en Angleterre & en Hollande Il
étoit fâché pour l'honneur de fon pays , &
de la raifon humaine , que les citoyens les
plus utiles fuflent regardés comme les plus
petits citoyens. Il y avoit de grands obſtacles
à combattre. La chofe avoit été tentée
plufieurs fois fans fuccès. L'abus étoit
ancien , & par conféquent refpectable pour
la multitude . La prévention affez répandue
dans le Royaume contre le commerce,
eft extrême en Bretagne ,
, & . fur-tout à
Nantes , quoique cette ville doive fa célébrité
& fon aifance au commerce . Ces
44 MERCURE DE FRANCE
difficultés , loin de le rebuter , l'animerent
davantage à la pourfuite de fon projer.
Ceux qui crurent devoir le traverſer , firent
les plus grands efforts ; ils fe permirent
même des excès que l'urbanité du
dix-huitieme fiecle ne comporte pas . On
ne leur oppofa que des raifons. Le Confeil
en fentit toute la folidité. Les chofes
font à préfent dans l'ordre. Le Tribunal
devant qui les affaires de commerce font
portées eft placé dans le bâtiment même
où les affaires du commerce fe font tous
les jours ; & le commerce élit paifiblement
ceux qui doivent le juger & le défendre.
M. Montaudouin remplit les différentes
fonctions attachées au Confulat avec le
plus grand éclat. Il traita plufieurs grandes
parties du commerce dans de fçavans
mémoires. Son grand talent étoit une aptitude
merveilleufe à trouver des raifons
folides , & il les ramenoit toujours à des
principes fimples & lumineux. Sa fanté
étoit très- délicate , l'application trop forte
qu'il donna aux affaires publiques , renverfa
bientôt cette foible fanté , qui ne fe
foutenoit que par un régime auftere ; il ne
buvoir que de l'eau , & ne foupoit point ;
mais l'excès du travail rendit fa fobriété
inutile . Il fut attaqué d'une fievre mali-
វ
DECEMBRE. 1755. 45
gne , qui l'emporta le 11 Septembre 1754,
l'âge de trente - neuf ans fept mois vingt
jours ( 1 ) . Jamais un fimple particulier
ne fut fi généralement regretté . Cette perte
fut regardée comme un malheur public .
Il est vrai qu'on ne vit jamais un meilleur
citoyen. Il dirigeoit toutes fes vues vers
le bien de fon pays. Il eftimoit moins
dans le commerce les avantages perfonnels
qui peuvent en réfulter , que les
moyens infinis que cette profeffion donne
d'être utile aux autres hommes , & d'exercer
fans ceffe la bienfaiſance , Son extérieur
étoit fort fimple. Son abord étoit facile ,
quoiqu'un peu froid , mais jamais ami ne
fut plus chaud. Il étoit parvenu, en aguerriffant
fans ceffe fa raifon , à conferver fon
ame dans une grande tranquillité : il ne s'en
écartoit guere , que quand il falloit lutter
contre de mauvais raifonnemens. La vérité
trouva en lui un défenſeur toujours zelé ,
mais jamais paffionné . Sa modeftie l'empêchoit
de s'appercevoir de ce qu'il valoit.
Il n'a rien donné au Public. On a trouvé
dans fes papiers un journal de fon voyage
en Angleterre , qui renferme des détails
utiles & curieux. Il avoit entrepris un
(1 ) La Gazette d'Avignon du 27 Septembra
1754 , en rapportant cette mort à l'article de Pa
ris , lui donne mal à propos 41 ans .
'
46 MERCURE DE FRANCE.
grand ouvrage fur les affurances maritimes.
Perfuadé que l'empire du hazard n'a
d'appui que dans la pareffe des hommes ,
il s'étoit propofé de déterminer la valeur
réelle des affurances fur le commerce maritime
de la ville de Nantes avec la Guinée
& les colonies en tems de paix . Il
étoit queſtion d'avoir la fomme des voyages
, & celle des pertes pendant un affez
long efpace de tems. Il embraffa dans fa
recherche trente années. Le grand embarras
confiftoit à avoir exactement les
états des pertes partielles ou avaries , parce
que ces objets ne font inférés fur aucun
regiftre public. Il entreprit d'en venir à
bout , & il en raffembla un grand nombre.
Pour rendre cet ouvrage d'une plus
grande utilité , il additionna le nombre de
jours de toutes les traverfées des navires
: par-là il avoit furement les traversées
moyennes ; mais cela ne le contenta pas
encore il vouloit avoir les traversées
moyennes dans les différens tems de l'année
, & il comptoit additionner à cet effet
toutes les traverfées des mêmes mois. Par
ce moyen , le jour de départ , & la prime
d'une traverfée ordinaire étant connus , on
peut déterminer l'augmentation de la prime
pour chaque jour qui excede la traverfée
ordinaire. La prime eft la fomme
DECEMBRE. 1755. 47
des dégrés de probabilité de perte , plus le
profit de l'affureur.
Il a auffi commencé un traité des Avaries.
Il vouloit établir un certain nombre
de formules qui puffent embraffer tous les
cas , & ôter tout l'arbitraire dans cette
partie , la plus difficile du commerce maritime.
On ne peut mieux terminer ce Mémoire
qu'en obfervant que M. le Duc d'Aiguillon
avoit une eftime particuliere pour
M. Montaudouin . Il a dit plufieurs fois
publiquement qu'il regardoit fa mort comme
une perte confidérable. On fçait que
ce refpectable Seigneur , fecond créateur
de la ville de Nantes & de fa navigation ,
n'eſt pas moins exercé dans la connoiffance
des hommes que dans la bienfaiſance.
Société Royale de Londres ,
Correfpondant
de l'Académie des Sciences , & Négociant.
Cuyer , Daniel - René Montaudouin
naquit à Nantes , le 21 Janvier 1715 .
Sa famille s'eft fait un nom par l'étendue
de fon commerce , & par fa grande probité.
Il alla de bonne heure au College de
la Fleche ; mais fa vivacité le rendit incapable
de la moindre application , & on ne
put jamais difcipliner fon efprit. On lui
fit quitter des études qui n'en étoient pas
pour lui , & on l'envoya à Rouen où il
n'apprit pas davantage à s'appliquer. La
tendreffe ou plutôt la foibleffe d'une grand'
mere chez qui il demeuroit , donna un
nouvel effor à fa vivacité , & à l'indépendance
de fon efprit. On prit le parti
de le faire paffer en Angleterre. Il y fit un
féjour affez long , & il en rapporta des
fentimens d'admiration pour ce peuple
penfeur ; cependant fa jeuneffe continuoit
d'être vive , impétueufe & inappliquée
lorfque tout- à- coup , il fe fit en lui une de
ces révolutions étonnantes dont jufqu'à
préfent on n'avoit vu d'exemple que dans
l'ordre de la Religion. Jamais converfion
DECEMBRE . 1755 37
1
ne fut plus éclatante. Il alla trouver le
R. P. Giraud , Prêtre de l'Oratoire , aujourd'hui
Bibliothécaire de la ville , homme
d'un mérite rare. Il le fupplia de lui
donner des leçons de Mathématiques. Le
P. Giraud qui ne le connoiffoit point du
tout , & qui n'étoit pas fur le pied de
prendre des écoliers , chercha à le détourner
de fon deffein. Il vouloit fans doute
éprouver la vocation. Le difciple revint à
la charge , & le maître fut obligé de fe
rendre. Cette complaifance fut fentie comme
un bienfait fignalé ; on chercha à la
payer par un travail affidu . L'éleve fit de
très grands progrès fous la direction de
cet habile homme. Une application extraordinaire
remplaça les avantages que le
fecours des premieres études & d'une mémoire
plus heureufe auroit pu donner.
Après plufieurs années confacrées à l'Algebre
& à la Géométrie , où les connoiffances
furent portées fort loin , on dirigea fa
marche vers la Métaphyfique , fcience à la
fois immenſe , fi l'on confidere fon objet ,
& bornée , fi l'on s'en tient aux vérités inconteftables
qu'elle contient , mais fcience
toujours honorable pour l'efprit humain
& qui mérite toute l'attention d'un être
penfant , parce que c'eft celle qui met fans
38 MERCURE DE FRANCE.
doute le plus grand intervalle entre la raifon
& l'instinct après la faculté de parler
qui en fait partie. M. Montaudouin entra
dans ce nouveau champ avec une nouvelle
ardeur. Après avoir forcé des broffailles
épailles , il découvrit un partere délicieux
, où la beauté raviffante de quelque
fleurs épanouies , lui faifoit fouhaiter
avec la plus vive impatience d'en voir
éclorre une multitude d'autres qui y font
plantées dans l'ordre le plus régulier , &
qui femblent fe refufer à la bonté du climat
, à la fertilité du fol , & à l'habileté
- des cultivateurs.
A la paix de 1748. il entreprit un nouveau
voyage en Angleterre. La principale
raifon qui l'y détermina fut l'efpérance d'y
trouver beaucoup d'iées exactes . D'ail
leurs ayant paffé plufieurs années dans l'étude
des fciences abftraites , il crut qu'il
lui feroit utile de fe répandre pendant quelque
tems dans le monde , parce que c'eft
le meilleur moyen de bien connoître les
hommes , & de fe connoître bien foimême.
Il ne fe borna pas , comme la plûpart
des voyageurs , à voir la ville de Londres
: il voulut connoître l'Angleterre
même ; & il donna une attention particuliere
à tout ce qui intéreffoit les Sciences
DECEMBRE. 1755. 39
& le Commerce , & à tout ce qui pouvoit
être utile à fon pays ( 1 ) . A Oxford , il faifoit
fa cour aux fçavans Profeffeurs ; à
Porftmouth , aux Conftructeurs habiles ; à
Liverpool & à Bristol , aux Négocians éclairés.
De retour à Londres , il vit tout ce
que cette grande ville renferme . Il examina
tout. Il fréquenta un grand nombre de Sçavans
en tout genre ; mais principalement
Meffieurs Folkes , Robins , Mitchell , de
Moivre , Bradley , Watfon , Tremblay ,
Graham , Smith , Mortimer , Maſſon ,
King , Knith , Blin , Ray , Beker , Stwart ,
Mead , &c. Il fut comblé d'honnêtetés par
M. le Duc de Richmond , & par Meffieurs
Ch. Stanhope & Ch . Cavendish : il contracta
une amitié intime avec Don Pedro
Maldonado , Gouverneur de la Province
des Emeraudes , illuftre Américain , qui
lui avoit été recommandé par M. Bouguer
de l'Académie des Sciences . A la premiere
nouvelle qu'il eut de fa maladie , il fit porter
fon lit chez lui , & il ne le quitta ni
jour ni nuit. Il lui fit adminiftrer tous les
fecours temporels & fpirituels. Les Doc-
(1 ) Il fe donna des foins infinis pour faire reftituer
les papiers pris fur les François pendant la
guerre , & il vint à bout d'en recouvrer un grand
nombre qu'il fit remettre en France à ceux à qui
ils appartenoient.
40 MERCURE DE FRANCE .
teurs Watfon & Wisbraham , ni le célebre
Docteur Mead , malgré toute leur capacité
, & leur zele ne purent dompter la violence
du mal qui emporta le malade en
peu de jours.
Au mois de Novembre , M. Montaudouin
fut proposé par plufieurs Membres
de la Société Royale , entr'autres par Meſfieurs
Folkes , Wafton & Graham pour être
admis dans cet illuftre corps ; ce qui s'effectua
au terme ordinaire. Enfin après un
an de féjour en Angleterre , comblé d'honneurs
& de politeffes , il s'arracha à tous les
agrémens qu'il goutoit dans ce pays. Il prit
fa route par la Hollande. Il alla voir à
Leyde Meffieurs Allemand & Mufchenbroek
, qui lui firent mille amitiés . Il reçut
à la Haie des marques d'attention de
M. le Comte de Bentheim .
Il retrouva à Paris M. le Marquis de
Croifmare , l'homme de France le plus curieux
, le plus obligeant & le plus aimable,
avec qui il s'étoit lié dans un précédent
voyage. Ils ne fe quitterent plus. Ils recommencerent
leurs courfes dans cette
grande ville. On y revit tout ce qui méritoit
d'être vu . Rien n'échappa. On voyoit
fouvent les illuftres Membres de l'Acadé
mie des Sciences , Meffieurs de Fontenelle
, de Reaumur , Juffieu , Duhamel , de
1
DECEMBRE. 1755 41
> la Condamine de Buffon , Rouelle ,
l'Abbé Nollet , & principalement M. Bouguer
pour qui M. Montaudouin avoit depuis
longtems la plus parfaite amitié. Pendant
fon féjour à Paris , l'Académie le
nomma fon Correſpondant , il avoit toujours
eu des fentimens d'admiration & de
refpect pour ce Sénat littéraire qui compte
parmi fes Membres tant de Souverains
dans le monde fçavant.
A fon retour à Nantes , il entreprit de
faire conftruire un Navire fur les principes
de M. Bouguer. Il fallut lutter contre
tous les préjugés du public marin. Les préventions
furent portées fi loin qu'on s'opiniâtra
à foutenir que le Navire feroit capot
en allant à l'eau . Il fut lancé , & il conferva
mieux fa direction qu'aucun navire.
On foutint enfuite qu'il ne pourroit pas
naviguer. On eut de la peine à trouver un
Capitaine & un équipage . Cependant il a
fait plufieurs voyages à S. Domingue. La
prévention ne fe décourage jamais ; elle
s'eft dédommagée de fes premieres erreurs
fur la marche de ce Navire : il eft vrai
qu'il n'a pas eu d'avantage de ce côté - là
fur les navires ordinaires ; ce n'eft point la
faute du fyftême du célebre Académicien.
La folidité de fes principes n'en eft point
affectée , & fa découverte conſerve toute
42 MERCURE DE FRANCE.
port ,
fa beauté , & mérite les plus grands éloges.
Le Problême confiftoit à trouver le navire
de la plus grande vitelle , du plus grand
& du moindre tirant d'eau . Pour
bien faire cette expérience , il eût fallu
être en place. Un particulier ne peut pas
rifquer la dépenfe d'une niachine auffi couteufe.
C'est ce que repréfentoit fortement
M. Bouguer qui n'étant pas fur
les lieux , ne pouvoit ni voir les chofes par
lui- même , ni donner tous les confeils qu'il
étoit naturel d'attendre de lui . M. Montaudouin
n'eut pour intéreffé dans cette
entreprife que fon frere. Il en auroit cherché
inutilement un autre . Cette confidération
importante fit faire des changemens.
Le constructeur n'exécuta pas toutes les parties
avec la même attention . Les frayeurs
du Capitaine obligerent de faire la mâture
trop courte ; & ces frayeurs ont encore
augmenté la longueur des traverfées.
Ainfi il n'eft point décidé que l'objet
de la marche foit manqué dans cette conftruction
, & il eft démontré que les deux
autres conditions du problème font parfaitement
remplies. Ce navire porte beaucoup
à raifon de fa grandeur , & il tire
près de trois pieds d'eau moins que les navires
ordinaires de fa capacité .
En 1753 , M. Montaudouin fut éla
DECEMBRE. 1755. 43
Conful. Cette place eft très - importante à
Nantes , parce qu'outre l'adminiſtration
de la juftice , elle embraffe la direction
des affaires générales du Commerce . Le
Confulat totalement diftinct dans fon origine
du Bureau de Ville , fe trouvoit par
une longue fuite d'abus , dans une dépendance
abfolue des Maire & Echevins . Ils
avoient la plus grande part aux élections ,
& y préfidoient . Le fiege du Confulat
étoit placé à l'Hôtel de Ville , c'est - à - dire ,
dans un éloignement extrême des Juges &
des parties. C'étoit - là la caufe principalede
l'abus . M. Montaudouin forma le projet
de remettre les chofes dans l'ordre . Il
avoit vu fur quel pied les Négocians
étoient en Angleterre & en Hollande Il
étoit fâché pour l'honneur de fon pays , &
de la raifon humaine , que les citoyens les
plus utiles fuflent regardés comme les plus
petits citoyens. Il y avoit de grands obſtacles
à combattre. La chofe avoit été tentée
plufieurs fois fans fuccès. L'abus étoit
ancien , & par conféquent refpectable pour
la multitude . La prévention affez répandue
dans le Royaume contre le commerce,
eft extrême en Bretagne ,
, & . fur-tout à
Nantes , quoique cette ville doive fa célébrité
& fon aifance au commerce . Ces
44 MERCURE DE FRANCE
difficultés , loin de le rebuter , l'animerent
davantage à la pourfuite de fon projer.
Ceux qui crurent devoir le traverſer , firent
les plus grands efforts ; ils fe permirent
même des excès que l'urbanité du
dix-huitieme fiecle ne comporte pas . On
ne leur oppofa que des raifons. Le Confeil
en fentit toute la folidité. Les chofes
font à préfent dans l'ordre. Le Tribunal
devant qui les affaires de commerce font
portées eft placé dans le bâtiment même
où les affaires du commerce fe font tous
les jours ; & le commerce élit paifiblement
ceux qui doivent le juger & le défendre.
M. Montaudouin remplit les différentes
fonctions attachées au Confulat avec le
plus grand éclat. Il traita plufieurs grandes
parties du commerce dans de fçavans
mémoires. Son grand talent étoit une aptitude
merveilleufe à trouver des raifons
folides , & il les ramenoit toujours à des
principes fimples & lumineux. Sa fanté
étoit très- délicate , l'application trop forte
qu'il donna aux affaires publiques , renverfa
bientôt cette foible fanté , qui ne fe
foutenoit que par un régime auftere ; il ne
buvoir que de l'eau , & ne foupoit point ;
mais l'excès du travail rendit fa fobriété
inutile . Il fut attaqué d'une fievre mali-
វ
DECEMBRE. 1755. 45
gne , qui l'emporta le 11 Septembre 1754,
l'âge de trente - neuf ans fept mois vingt
jours ( 1 ) . Jamais un fimple particulier
ne fut fi généralement regretté . Cette perte
fut regardée comme un malheur public .
Il est vrai qu'on ne vit jamais un meilleur
citoyen. Il dirigeoit toutes fes vues vers
le bien de fon pays. Il eftimoit moins
dans le commerce les avantages perfonnels
qui peuvent en réfulter , que les
moyens infinis que cette profeffion donne
d'être utile aux autres hommes , & d'exercer
fans ceffe la bienfaiſance , Son extérieur
étoit fort fimple. Son abord étoit facile ,
quoiqu'un peu froid , mais jamais ami ne
fut plus chaud. Il étoit parvenu, en aguerriffant
fans ceffe fa raifon , à conferver fon
ame dans une grande tranquillité : il ne s'en
écartoit guere , que quand il falloit lutter
contre de mauvais raifonnemens. La vérité
trouva en lui un défenſeur toujours zelé ,
mais jamais paffionné . Sa modeftie l'empêchoit
de s'appercevoir de ce qu'il valoit.
Il n'a rien donné au Public. On a trouvé
dans fes papiers un journal de fon voyage
en Angleterre , qui renferme des détails
utiles & curieux. Il avoit entrepris un
(1 ) La Gazette d'Avignon du 27 Septembra
1754 , en rapportant cette mort à l'article de Pa
ris , lui donne mal à propos 41 ans .
'
46 MERCURE DE FRANCE.
grand ouvrage fur les affurances maritimes.
Perfuadé que l'empire du hazard n'a
d'appui que dans la pareffe des hommes ,
il s'étoit propofé de déterminer la valeur
réelle des affurances fur le commerce maritime
de la ville de Nantes avec la Guinée
& les colonies en tems de paix . Il
étoit queſtion d'avoir la fomme des voyages
, & celle des pertes pendant un affez
long efpace de tems. Il embraffa dans fa
recherche trente années. Le grand embarras
confiftoit à avoir exactement les
états des pertes partielles ou avaries , parce
que ces objets ne font inférés fur aucun
regiftre public. Il entreprit d'en venir à
bout , & il en raffembla un grand nombre.
Pour rendre cet ouvrage d'une plus
grande utilité , il additionna le nombre de
jours de toutes les traverfées des navires
: par-là il avoit furement les traversées
moyennes ; mais cela ne le contenta pas
encore il vouloit avoir les traversées
moyennes dans les différens tems de l'année
, & il comptoit additionner à cet effet
toutes les traverfées des mêmes mois. Par
ce moyen , le jour de départ , & la prime
d'une traverfée ordinaire étant connus , on
peut déterminer l'augmentation de la prime
pour chaque jour qui excede la traverfée
ordinaire. La prime eft la fomme
DECEMBRE. 1755. 47
des dégrés de probabilité de perte , plus le
profit de l'affureur.
Il a auffi commencé un traité des Avaries.
Il vouloit établir un certain nombre
de formules qui puffent embraffer tous les
cas , & ôter tout l'arbitraire dans cette
partie , la plus difficile du commerce maritime.
On ne peut mieux terminer ce Mémoire
qu'en obfervant que M. le Duc d'Aiguillon
avoit une eftime particuliere pour
M. Montaudouin . Il a dit plufieurs fois
publiquement qu'il regardoit fa mort comme
une perte confidérable. On fçait que
ce refpectable Seigneur , fecond créateur
de la ville de Nantes & de fa navigation ,
n'eſt pas moins exercé dans la connoiffance
des hommes que dans la bienfaiſance.
Fermer
Résumé : Mémoire sur feu M. Montaudouin, de la Société Royale de Londres, Correspondant de l'Académie des Sciences, & Négociant.
René Montaudouin naquit à Nantes le 21 janvier 1715 dans une famille réputée pour son commerce et sa probité. Après des études infructueuses au Collège de la Flèche et à Rouen, il fut envoyé en Angleterre, où il admira le peuple pensant. De retour en France, il connut une conversion religieuse et se consacra aux mathématiques et à la métaphysique sous la direction du Père Giraud. En 1748, il retourna en Angleterre pour approfondir ses connaissances scientifiques et commerciales. Il fréquenta de nombreux savants et fut honoré par des personnalités influentes. De retour en France, il fut nommé correspondant de l'Académie des Sciences et construisit un navire selon les principes de Bouguer, malgré les préjugés du public marin. En 1753, il devint consul à Nantes, réformant le système judiciaire et commercial. Sa santé fragile, due à un régime austère et à un travail excessif, le conduisit à une mort prématurée le 11 septembre 1754 à l'âge de 39 ans. Montaudouin était respecté pour son dévouement au bien public et sa modestie. Il avait entrepris un ouvrage sur les assurances maritimes, mais il n'a rien publié de son vivant. Montaudouin a travaillé à améliorer l'utilité d'un ouvrage en calculant les traversées moyennes des navires. Il a d'abord additionné les jours de toutes les traversées pour obtenir une moyenne, puis cherché à déterminer les traversées moyennes pour différents moments de l'année en additionnant les traversées des mêmes mois. Cela permettrait, connaissant le jour de départ et la prime d'une traversée ordinaire, de déterminer l'augmentation de la prime pour chaque jour dépassant la traversée ordinaire. La prime est définie comme la somme des degrés de probabilité de perte et du profit de l'assureur. Montaudouin a également commencé un traité sur les avaries, visant à établir des formules pour embrasser tous les cas et éliminer l'arbitraire dans cette partie difficile du commerce maritime. Le Duc d'Aiguillon, seigneur respecté et bienfaiteur de la ville de Nantes, avait une grande estime pour Montaudouin, le considérant comme une perte considérable après sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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684
p. 59-112
SUITE De l'Extrait de l'Histoire de Simonide, & du siecle où il a vécu, &c.
Début :
Nous avons rendu compte de la premiere partie de cet Ouvrage dans les [...]
Mots clefs :
Simonide, Auteur, Poète, Histoire, Prince, Règne, Témoignage, Carthaginois, Juifs, Sacrifices, Syracusains, Syracuse, Hippocrate, Écrivains, Guerre, Reine, Armée, Pythagore, Sacrifices humains, République, Ruines, Royauté, Nature, Hommes, Jéhovah, Coutume, Livres, Avarice, Habitants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE De l'Extrait de l'Histoire de Simonide, & du siecle où il a vécu, &c.
SUIT E
De l'Extrait de l'Hiftoire de Simonide ;
& dufiecle où il a vécu , &c .
Ous avons rendu de la
Nmierepartie de cet Ouvrage dans les
Nouvelles du mois d'Octobre. Nous nous
engageâmes alors à donner l'Extrait de la
feconde pour le mois fuivant ; mais des raifons
particulieres nous ont mis dans le cas
de différer plus longtems que nous ne penfions
à remplir notre engagement. Quoiqu'il
en foit , nous y fatisfaifons aujourd'hui
; & nous allons parler de ce que contient
cette feconde partie , qui commence
par un expofé de la conduite que tint
Gelon après avoir triomphé des Carthaginois.
Pour peu que l'on veuille fe fouvenir
du titre de cette hiftoire , & de fon
objet , l'on ceffera d'être furpris de voir
difparoître Simonide pour quelque temps
de deffus la fcene . Il faut d'abord fçavoir
que les Carthaginois étoient entrés en con
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
fédération avec Xerxès qui les avoit attirés
dans fon parti , & étoit convenu avec eux
que tandis qu'il envahiroit la Grece , ils
feroient une irruption en Sicile & en Italie,
pour empêcher ceux qui habitoient ces
contrées de venir au fecours les uns des autres
. Ils choifirent pour Général Hamilcar
qui ayant affemblé une armée de trois cens
mille hommes , & équipé des vaiffeaux à
proportion pour le tranfport de fes troupes
, fit voile vers la Sicile . Il vint débarquer
à Panorme , un des Ports de cette Ifle,
& mit le fiege devant Himéré , ville maritime
du voisinage. Mais les chofes tournerent
au défavantage des Carthaginois
que défirent ceux de cette Ifle fous la conduite
de Gelon qui commandoit l'armée
qu'ils avoient levée à la nouvelle de cette
invafion fubite. Un gros de fa cavalerie
brûla la flotte d'Hamilcar qui fut tué dans
la mêlée ; cent cinquante mille hommes
demeurerent fur le champ de bataille : le
refte fut fait prifonnier & vendu comme
efclave . Une infcription en vers que l'opinion
commune attribue à Simonide , apprend
que Gelon fut aidé dans cette conjoncture
par fes trois freres , Hieron , Polyzele
& Thrafibule , qui contribuerent
par leur courage au fuccès de fes armes.
Le bruit de cette défaite répandit l'allarme
DECEMBRE. 1755. 61 .
dans Carthage , & il ne fut malheureuſement
que trop confirmé par le petit nombre
de ceux qui avoient eu le bonheur de
fe fauver dans un efquif. Il jetta la confternation
dans l'efprit de fes habitans qui
appréhendoient déja que Gelon ufant de fa
victoire , ne portât à fon tour la guerre jufque
dans leurs murs. Ils députerent auffitôt
des Amballadeurs à Syracufe pour im-.
plorer la clémence du vainqueur , & le
folliciter par les plus vives inftances à procurer
la paix. La modération qui étoit naturelle
à Gelon , lui fit écouter leurs propofitions.
Il n'abufa point de la malheureufe
circonftance qui réduifoit les Carthaginois
à la néceflité de paffer par toutes
les conditions qu'il lui auroit plu de leur
impofer. Celles qu'il exigea ne démentirent
point l'équité de fon caractere . Il y
- en eut une entr'autres qui témoigne qu'il
étoit auffi attentif à remplir les devoirs de
l'humanité que ceux de grand Capitaine ;
deux qualités qui le rendoient d'autant
plus eftimable , qu'elles ne fe trouvent
pas toujours réunies. Avant que de foufcrire
à aucun accommodement avec les
Carthaginois , il voulut que l'abolition
des facrifices humains qu'ils faifoient à
leur dieu Saturne , entrât dans la conclufion
du traité de paix qu'il s'agiffoit de
62 MERCURE DE FRANCE.
ratifier. Il ne pouvoit fans doute concevoir
fans horreur qu'ils lui facrifiaffent
jufqu'à leurs propres enfans ; & qu'ils
fiffent de cette barbare coutume une pratique
religieufe qui armoit leurs mains
contre ce qu'ils avoient de plus cher au
monde . Tout engagé qu'étoit Gelon dans
les erreurs groffieres du Paganifme , il lui
fuffifoit de faire ufage de fa raifon guidée
par les lumieres naturelles , pour fe convaincre
qu'un femblable culte étoit nonfeulement
injurieux & contraire à l'inſtitution
des Loix Divines , mais répugnoit
même à l'idée qu'il eft convenable de ſe
former de la Divinité . En effet , de l'invoquer
de cette façon , c'étoit la croire altérée
du fang humain , & qui plus eft du
fang innocent. C'étoit par conféquent faire
plutôt un monftre qu'un Dieu dont on
anéantiffoit par - là les attributs les plus
effentiels , tels que la fouveraine bonté &
la fouveraine juftice , en un mot toutes les
perfections morales , en vertu defquelles
il ne doit vouloir que ce qui eft abfolument
digne de lui. Il falloit affurément
pouffer l'extravagance auffi loin que la
cruauté , pour s'imaginer que la colere
divine ne fût capable d'être appaifée que
par ces fortes de facrifices qui eurent cours
à Carthage & dans plufieurs autres conDECEMBRE
1755. 63
trées. Il y avoit dans cette ville un Temple
élevé à Saturne , où étoit ſa ſtatue d'airain
, dont la défcription qu'en donnent
Diodore de Sicile & Eufebe , reffemble
beaucoup à celle que des Ecrivains Juifs.
font de la ftatue de Moloch , cette fameufe
idole dont l'Ecriture parle en divers endroits
. On fçait qu'elle étoit l'objet du
culte des Ammonites & de quelques nations
voifines : de- là vient que la plupart
des Critiques font perfuadés que Saturne
& Moloch n'étoient qu'une même Divinité
, qui avoit été adorée fous des dénominations
différentes. Les perfonnes curieufes
de vérifier cette remarque , peuvent
confulter ce qu'ont écrit à ce fujet , Selden ,
Beyer , Voffius , Goodwin , les PP . Kircher
& Calmet qui font ceux aufquels on
renvoie pour s'inftruire de ces chofes. Les
facrifices humains paffent communément
pour avoir pris naiffance chez les Phéniciens
, dont les Carthaginois étoient une
colonie . Il n'eft donc pas furprenant que
ces derniers ayent marqué autant d'attachement
qu'ils en avoient pour un ufage
qu'ils tenoient d'origine , & qui s'étoit
introduit chez plufieurs peuples qui l'avoient
reçu d'eux , ou immédiatement des
Phéniciens , comme on le prouve par le
rapport d'une foule d'écrivains que l'on cite
64 MERCURE DE FRANCE.
pour garantir la vérité de ce fait. Un paffage
de Porphyre dont on produit les paroles
fondées fur le témoignage de Sanchoniaton
, apprend quelles étoient les circonftances
où ceux- ci offroient à Saturne
des facrifices fanglans . La maniere dont la
chofe eft atteftée par Sanchoniaton , montre
affez que le culte qu'on rendoit à cette
fauffe divinité étoit très ancien. On infifte
particulierement fur cet Auteur Phénicien
que Porphyre fait contemporain de Sémiramis
Reine d'Affyrie , & dit avoir approché
du tems où vivoit Moyfe. Il avoit
compofé une histoire des antiquités de
fon pays , qu'il avoit dédiée à Abibal , Roi
de Beryte fa patrie , & que Philon de Byblos
avoit traduite en Grec fous l'empire
d'Adrien . Il n'en refte plus qu'un fragment
qui nous a été confervé par Eufebe. Comme
l'efpece de Synchroniſme que le récit
de Porphyre tend à établir , fe trouve liée à
deux Époques incompatibles l'une avec
l'autre , & qui feroient par cela même plus
propres à le détruire qu'à le conftater , on
pourroit croire que la cenfure de Scaliger ,
de Voffius & de Bochart , n'eft pas dépourvue
de fondement , lorfqu'ils le qualifient
d'erreur groffiere , qu'ils jugent à propos
d'imputer au peu d'exactitude de Porphyre
en matiere de chronologie. Ils auroient
DECEMBRE . 1755 65
fans doute raifon , fi l'on entendoit par
Sémiramis la fameufe Reine d'Affyrie de
ce nom , qui fut femme de Ninus , & qui
gouverna avec beaucoup d'habileté let
royaume dont fon mari avoit été le Fondateur
, & dont il l'avoit laiffée en poffeffion
par fa mort. En effet , le regne de cette
Sémiramis eft antérieur de plus de Soo ans
à la prife de Troye ; date qui eft affurément
fort éloignée de confirmer la proximité
de tems que Porphyre met entre
cette Reine & Moyfe de qui la mort ne
précede la ruine de cette ville que d'environ
d'eux fiecles & demi , felon la chrono-'
logie du Texte Hébreu. Il faut avouer que
fi les chofes étoient fur le pied que le pren
nent les Sçavans modernes que nous avons
cités , la faute feroit fenfible : mais le devoir
d'un Critique étant d'interpréter ce'
que dit un Auteur dans le fens le plus favorable
, on faifit l'occafion qui s'offre naturellement
de juftifier Porphyre du reproche
qu'il s'eft attiré de leur part. On fait
donc voir qu'il ne s'agit point ici de la
Sémiramis dont nous venons de parler ,
mais d'une autre Reine d'Affyrie , qui a
porté le même nom , & qui eft venue plufieurs
fiecles après la premiere . Elle eft auffi
connue fous celui d'Atoffe , & elle eut
pour pere Beloch II . Roi d'Affyrie , qui'
66 MERCURE DE FRANCE.
l'affocia à l'Empire dans la douzieme année
de fon regne , & avec qui elle régna
conjointement treize ans. Eufebe qui nous
apprend qu'elle fut également appellée Sémiramis
, ne nous inftruit pas de la caufe
qui lui mérita un pareil furnom. Il y a
apparence que des traits de reffemblance
qu'elle put avoir dans les actions de fa vie
avec la Sémiramis femme de Ninus , que
fes grandes qualités & fes vices ont rendue
fi célebre dans l'Hiftoire , fuffirent
pour le lui faire donner . L'identité d'un
nom qui a été commun à deux Reines , qui
ont eu les mêmes Etats fous leur dépendance
, les aura fait confondre enfemble ;
en attribuant à l'une ce qui appartient à
l'autre. C'eft ce qui avoit été déja très - bien
rémarqué par Photius , qui a repris un ancien
Ecrivain dont il a extrait l'Ouvrage
pour être tombé dans une femblable confufion
. On traite incidemment cette queftion
de chronologie , que l'on éclaircit
par un calcul qui fert à prouver que le rapport
de Porphyre ne péche en aucune façon
contre l'ordre exact des temps. Les facrifices
humains ne cefferent que pour un
temps à Carthage . Quoique leur abolition
fit une partie eflentielle du traité que Gelon
avoit conclu avec ceux de cette République
, il femble pourtant qu'elle n'eut
DECEMBRE. 1755. 67
lieu qu'autant que ce Prince vécut depuis
ce traité. Ils les renouvellerent après fa
mort , qui vraisemblablement leur parut
une raifon fuffifante pour rompre l'engagement
qu'ils avoient contracté. C'est ce
que prouve évidemment une circonstance ,
où étant réduits au défefpoir par Agatocle
Tyran de Syracufe , qui les avoit battus ,
ils facrifierent à leur dieu Saturne deux
cens d'entre les fils de leurs plus illuftres
concitoyens , afin de fe le rendre propice.
Tertullien nous apprend que cette abominable
coutume fe perpétua en Afrique , &
dura publiquement jufqu'au temps du Proconfulat
de Tibere qui fit mettre en croix
les Prêtres auteurs d'une femblable impiété.
Il eft à propos de remarquer qu'il ne
faut pas confondre ce Tibere Proconful
d'Afrique avec l'Empereur du même nom,
lequel fut fucceffeur d'Augufte . Celui dont
il eft question , eft poftérieur à ce Prince
d'environ un fiecle , & ne doit avoir vécu
que fous Adrien qui l'avoit revêtu de la
dignité Proconfulaire. Cette remarque eft
fortifiée par le témoignage de Porphyre
, de Lactance & d'Eufebe , qui rappor
tent la ceffation des facrifices humains au
temps d'Adrien , fous le regne duquel
ils furent abolis dans prefque tous les
lieux où ils étoient en ufage. Au cas qu'on
68 MERCURE DE FRANCE.
fouhaite des preuves plus directes de ce
que nous venons de dire à ce fujer , on n'a
qu'à confulter Saumaiſe ( 1 ) Henri de Valois
( 2 ) , & le P. Pagi ( 3) , qui ont fait
l'obfervation dont nous parlons , & qui
ont très- bien difcuté ce point de critique.
Si le traitement rigoureux dont on avoit
ufé en Afrique envers les Prêtres qui
avoient prêté leur ministère à de pareils
crimes , fervit d'abord à intimider les autres
, il ne put pourtant pas réprimer leur
penchant pour ces fortes de facrifices qui
fe continuerent fecrétement dans la fuite ;
& cela fe pratiquoit ainfi au commencement
du troifieme fiecle , comme le témoigne
Tertullien qui écrivoit vers ce tempsla
fon Apologétique . La victoire que ceux
de la Sicile avoient remportée fur les Carthaginois
, avoit été le fruit de l'habileté
de Gelon , & de fon expérience dans l'art
de la guerre. Auffi avoit- elle contribué à
redoubler l'affection que les Syracufains
avoit pour lui. Il avoit fçu la mériter par
fon humeur populaire , & furtout par la
fagelle avec laquelle il fe conduifoit dans
l'adminiftration des affaires de la Républi-
( 1 ) Cl. Salmafi. Not. in Spartian. ( 2 ) Henric.
Valefi. Annotation . in oration . Eufeb. de Laudib.
Conftantin. pag. 287. ( 3) Pag . Critic, in Annal.
Baron. fub ann. c. 11. n . 14. p . 12 .
DECEMBRE 1755 . 69
que , qui ne pouvoit tomber en de meilleures
mains que les fiennes. Ces motifs
réunis concoururent à affermir l'autorité
dont il jouiffoir longtems avant la défaite
de la flotte des Carthaginois, Le ſervice
important qu'il venoit de rendre à ſa patrie
, trouva dans les Syracufains un peuple
reconnoiffant qui confentit à le payer
du facrifice de fa liberté , en lui déférant
alors la royauté. Quoique le pouvoir de
Gelon fût déja très- abfolu , il lui manquoit
encore la qualité de Roi pour le confirmers
ce n'eft pas qu'il n'eût pu l'ufurper , à
l'exemple de bien d'autres , s'il avoit eu
deffein d'employer comme eux les voies
de la force & de la violence pour l'acquérir
: mais content de gouverner à Syracufe
fous le nom de Généraliffime ou de Préteur
, il ne fe mit pas fort en peine d'afpirer
à un titre qui auroit fans doute indifpofé
les efprits , & lui auroit attiré l'indignation
de fes concitoyens , s'il eût ofé
le prendre fans leur aveu , & qui d'ailleurs
n'eût pas augmenté davantage fa puiffance.
Les traits fous lefquels on nous le repréfente
dans le rang où il fe vit élevé ,
font l'éloge de fon caractere ; ce Prince ,
bien loin d'affecter la pompe qui en paroît
inféparable , & d'abufer du pouvoir attaché
à fa nouvelle dignité , fembloit ne l'a
70 MERCURE DE FRANCE.
•
voir acceptée que pour obliger fes concitoyens
, & céder à leurs inftances réitérées
qui ne purent le diſpenſer de fe foumettre
à leur volonté. C'eft pourquoi il difoit
que l'intention des Syracuſains, en lui mettant
la couronne fur la tête , avoit été de
l'engager par une faveur auffi marquée à
protéger la juftice & l'innocence. Le foin
de maintenir entr'eux la paix & l'union , &
de gagner le coeur de fes fujets par fes manieres
affables & pleines d'humanité , faifoit
fon unique occupation . C'eft ainfi que
fes vertus lui frayerent le chemin du trône,
dont perfonne ne s'étoit vu en poffeffion
depuis la mort d'Archias fondateur de
Syracufe. Ce dernier étoit né à Corinthe
& iffu de la race des Bacchiades , famille
diftinguée & puiffante dans cette ville. Une
aventure finguliere que l'on pourra voir
détaillée dans l'ouvrage , l'ayant contraint
d'abandonner les lieux de fa naiſſance , il
fe retira en Sicile , où s'étant établi avec une
colonie de fes compatriotes qui l'avoient
fuivi , il bâtit Syracufe. Après y avoir
regné plufieurs années , il fut tué par un
jeune homme pour qui il avoit eu une
tendreffe criminelle , & dont il avoit abufé
dans l'enfance : le temps où tombe la
fondation de cette ville , forme une Epoque
affez curieufe pour mériter qu'on s'arDECEMBRE.
1755. 71
rête à la déterminer conformément à la
fupputation qui réfulte d'une particularité
que fourniffent les Marbres. On touche
auffi un mot de la grandeur de Syracufe ,
qui comprenoit dans fon enceinte quatre
villes voifines l'une de l'autre , & dont
Archias n'en compofa qu'une feule. La
forme de fon gouvernement éprouva du
changement depuis la mort de celui qui en
avoit jetté les fondemens. Les Syracufains
abolirent l'Etat Monarchique pour lui fubftituer
le Démocratique qui fe maintint
fort longtems. Hippocrate Tyran de Gele,
tenta dans la fuite de leur ravir la liberté.
Après avoir réduit divers Peuples de la
Sicile fous fon obéiffance , il tourna fes armes
contre les Syracufains qu'il défit auprès
du fleuve Elore. Ceux ci n'auroient
point évité la fervitude qui les ménaçoit ,
s'ils n'avoient été fecourus des Corinthiens
& des Corcyréens qui prirent leur défenfe,
à condition qu'ils céderoient à Hippocrate
la ville de Camarine qui avoit été jufqueslà
fous leur dépendance. Dans le temps
qu'Hippocrate continuoit à faire la guerre,
il mourut devant la ville d'Hybla . Gelon ,
dont les ancêtres avoient depuis bien des
années leur établiſſement dans Gele , &
defcendu du Sacrificateur Telinès , ayant
reçu d'Hippocrate le commandement de la
72 MERCURE DE FRANCE.
cavalerie s'étoit fignalé par fon courage
dans toutes ces occafions. Les Gelois las de
fe voir opprimés par la tyrannie , refuſerent
de reconnoître pour leurs Souverains
Euclide & Cléandre , les deux fils qu'Hippocrate
avoit laiffés. Gelon , fous prétexte
de réprimer la révolte des Gelois , envahit
la domination , & en priva les enfans
d'Hippocrate , dès qu'il eut fait rentrer les
rebelles dans leur devoir. Gelon ramena
enfuite de Cafmene dans Syracufe quelques
uns de fes habitans nommés Gamores
, qui en avoient été chaffés. Les Syracufains
qui le virent approcher , livrerent
en fon pouvoir leur ville & leurs perfonnes.
On ne fçauroit dire s'ils crurent qu'il
leur feroit plus avantageux d'agir de la
forte que de s'expofer aux maux que les
fuites d'un fiege ont coutume d'occafionner.
Ce qu'il y a de vrai , c'eſt que Gelon
devint maître abfolu de cette ville fans
qu'il lui en coutât le moindre combat . Il
abandonna la principauté de Gele à fon
frere Hieron , & fe réferva celle de Syracufe
qu'il peupla de nouveaux habitans ,
& qu'il rendit plus que jamais floriffante.
Une réflexion très - naturelle porte l'Auteur
à conclure que la conduite de Gelon
en cette circonftance dément le caractere
qu'on lui attribue. Il y auroit fans doute
de
DECEMBRE 1755. 73
pour
de l'injuftice à le juger fur cette feule
action ; qui , quoiqu'elle ne foit pas à la
vérité fort honorable à fa mémoire , ne
doit pourtant point influer fur le refte de
fa vie : au moins c'eſt ce qu'on eft en droit
d'inférer du témoignage des Ecrivains de
l'antiquité qui ont parlé de lui . Il paroît
feulement par- là que Gelon , tout vertueux
qu'on nous le dépeint d'ailleurs , ne fut
pas toujours exempt de la paffion de dominer
, qui le fit ufer de perfidie envers
les héritiers légitimes , en les dépouillant
de l'autorité fouveraine , & l'engagea dans
des pratiques criminelles fatisfaire
fon ambition. Comme les Anciens qui ont
déterminé le tems de fon regne , varient
confidérablement entr'eux , lorfqu'il s'agit
d'en conftater la durée , qu'ils étendent
plus ou moins , felon la fupputation à
laquelle ils s'attachent , on infifte conféquemment
fur les contradictions apparentes
qui naiffent de la différence de leur calcul
, & afin d'être en état de les concilier
on recherche la caufe qui a produit ces
variétés. Il fuffit pour la découvrir de
comparer exactement leur rapport ,
dont
la diverfité vient de ce que le commencement
de la domination de Gelon pouvant
fe fixer à différentes dates , cela à donné
lieu à la différente maniere d'en compter
II.Vol. Ꭰ
7 MERCURE DE FRANCE.
les années. Les uns ont daté l'Epoque de
fon regne, dumoment qu'il fut maître dans
Syracufe dont les habitans s'étoient foumis
à lui ; parce qu'il y avoit un pouvoir
prefque aufli abfolu que celui qui eft affecté
à la Royauté . Les autres qui ont niarqué
les chofes avec plus de précifion , re
l'ont commencé que depuis qu'il fut proclané
Roi , titre que lui mériterent l'importance
de fes fervices & fon dévouement
au bien de la République. Nous ferions
trop longs , s'il nous falloit entrer dans
le détail de preuves qui fervent à établir
la vérité de cette remarque que nous ne
faifons qu'indiquer. C'eft pourquoi nous
aimons mieux renvoyer les Lecteurs curieux
d'approfondir les matieres de cette
nature à l'ouvrage même , où il leur fera
plus facile de prendre une idée jufte &
précife des calculs qui accompagnent cette
difcuffion chronologique. Gelon mourut
après avoir gouverné Syracufe fept
ans , avec la qualité de Roi. Il laiffa pour
fon fucceffeur Hieron , le plus âgé de fes
deux freres qui reftoient. Il ordonna en
mourant , à Damareté fa femme & fille de
Theron Tyran d'Agrigente , d'époufer
Polyzele qui fut pourvu du commandement
de l'armée , que l'on avoit fans doute
foin de tenir toujours prête à marcher
DECEMBRE. 1755- 75
en cas que le peuple de Syracufe fût inquieté
par fes voifins , ou attaqué par
des nations étrangeres. Hieron parvenu
à jouir de la Royauté , fe comporta bien
différemment de fon prédéceffeur. Il hérita
du rang de fon frere , mais non pas
de fes vertus . Il étoit avare , violent &
auffi éloigné de la probité de Gelon que
de fa candeur. Son humeur cruelle &
fanguinaire n'auroit pas manqué d'exciter
un foulevement général parmi les Syracufains
, fi le fouvenir des bienfaits de Gelon
, dont la mémoire leur étoit par conféquent
très -chere n'eût été un motif
capable de les retenir. Les foupçons & la
défiance , vices inféparables d'une conduite
tyrannique , l'armerent contre fes propres
fujets , dont il craignoit les complots,
Il s'imagina que pour mettre fa vie en fureté
, la force feroit une voie moins douteufe
que leur affection qu'il auroit fallu
captiver. Il leva pour cet effet des troupes
mercenaires , & compofa fa garde de
foldats étrangers. Comme il s'apperçut de
l'attachement des Syracufains pour Polyzele
qu'ils cheriffoient autant qu'ils le
haïffoient , ce fut affez pour lui faire foupçonner
fon frere d'afpirer à la Royauté , &
pour lui rendre toutes fes démarches fufpectes.
Il ne vit plus en lui qu'un rival
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
dangereux , qu'il étoit de fon intérêt de
perdre. Un événement parut favorable à
les deffeins . Il s'agiffoit de prendre la défenfe
des Sybarites qui avoient imploré
fon fecours contre les Crotoniates, par qui
ils étoient affiégés . Il faifit cette occafion
de fe défaire de fon frere qui étant chargé
du commandement de l'armée , reçut ordre
de lui de les aller fecourir.
Il avoit , felon toutes les apparences ,
travaillé aux moyens de le faire périr dans
le combat . Au moins c'eft ce que crut
Polyzele qui , pénétrant fes intentions , &
connoiffant d'ailleurs fa jaloufie , refuſa
d'obeir. Hieron irrité de fe voir fruftré
dans fes projets , éclata en menaces. Polyzele
n'auroit certainement pas tardé à
éprouver les effets de fon reffentiment ,
s'il n'avoit pris le parti de s'en garantir
en fe refugiant à la Cour de Theron dont
il avoit épousé la fille . Il n'en fallut pas
davantage pour brouiller ces deux Princes
, qui auparavant étoient amis . Hieron
reclama Polyzele comme un rebelle qu'il
vouloit punir , & fut indigné de ce que le
Roi d'Agrigente lui donnoit une retraite
dans fes Etats. D'un autre côté , la violence
que l'on faifoit à Polyzele , touchoit
trop Theron pour ne pas l'engager à foutenir
la cauſe de ſon gendre , & à le déDECEMBRE.
1755, 77
fendre des injuftes pourfuites de fon frere.
On fe difpofoit déja de part & d'autre à
la guerre , lorfque Hieron tomba dangereufement
malade . Ce qu'il y a de fingulier
, c'eft que cette maladie toute fâcheufe
qu'elle devoit être pour ce Prince , lui
fut pourtant néceffaire , puifqu'elle occafionna
un changement dans fa perfonne ,
auquel on n'avoit pas lieu de s'attendre.
Pour adoucir l'ennui que lui caufoit la
longueur de fa convalefcence , il invita
par fes largeffes les plus fameux Poëtes de
fon tems à fe rendre auprès de lui . Il efperoit
trouver dans leurs entretiens un remede
à fes chagrins domeftiques. On peut
croire que Simonide , de qui Pindare luimême
avoit appris les principes de fon
art , ne fut pas oublié dans le nombre de
ceux qu'Hieron attira à fa Cour. Il fut celui
qui fçut le mieux s'infinuer dans l'efprit
de ce Prince , & obtenir fa confiance.
Ce Prince eut l'obligation au commerce
qu'il lia avec les Sçavans qu'il avoit
fait venir , d'avoir poli fes moeurs & orné
fon efprit qui étoit naturellement capable
des plus grandes chofes , mais qu'une
application continuelle aux exercices militaires
ne lui avoit pas permis jufques là
de cultiver. Il profita beaucoup dans les
fréquentes converfations qu'il avoit avec
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Simonide . Elles furent autant de leçons
qui lui infpirerent l'amour de la vertu , &
l'accoutumerent par dégrés à en remplir
les devoirs . Elles lui firent ouvrir les yeux
fur fes égaremens , & fentir toute l'injuftice
de la guerre qu'il alloit fe mettre fur
les bras . Les confeils de notre Poëte lui furent
d'une grande reffource pour tourner
les chofes vers la pacification . Voici de
quoi il eft queftion. Theron ayant donné
Thrafydée fon fils pour maître aux Himerens
, celui-ci rendit fa domination infupportable
par fon orgueil & par fes violences
, qui les contraignirent de fe foulever
contre lui . Ils n'oferent fe plaindre de fa
conduite à Theron , parce qu'ils craignirent
que l'oppreflion devînt encore plus
forte , en cas que le pere fe montrât juge
peu équitable dans la caufe de fon fils.
C'est pourquoi ils fe déterminerent à envoyer
des Députés à Hieron pour lui offrir
du fecours contre Theron , & lui déclarer
en même tems qu'ils fouhaitoient à l'avcnir
dépendre de lui . Cette conjoncture
fournir à Simonide les moyens de remettre
la paix entre les deux Princes , & de faire
l'office de médiateur. Ce fut par fes avis
que Hieron inftruifit le Roi d'Agrigente
du complot formé par les habitans d'Himere
, & l'avertit de prendre fes mesures
pour le faire avorter.
DECEMBRE. 1755. 79
La reconnoiffance de Theron fut égale
à la générosité du procedé d'Hieron , avec
qui il ne fongea plus qu'à fe réconcilier ,
& leurs démêlés mutuels furent dès- lors
pacifiés. Hieron , pour affermir davantage
cette union , époufa la foeur de ce Prince .
Il rendit fon amitié à Polyzele , & les deux
freres vécurent depuis en bonne intelligence.
« Hieron commença ( dit l'Auteur )
à facrifier fes intérêts au bien public. Il
38
ne s'occupa plus que du foin d'acquerir,
» à l'exemple de Gelon , par fes manieres
» affables & par fa clémence , le coeur &
» l'eftime de fes fujets . Ses libéralités qu'ils
» éprouverent dans la fuite , effacerent
» entierement de leur mémoire les traits
" d'avarice qu'ils avoient d'abord remar-
» qués en lui . Sa Cour devint l'afyle des
» fciences , par la protection qu'il accor-
» doit aux perfonnes qui les cultivoient
» avec fuccès. Il montroit plus d'ardeur à
» les prévenir par des récompenfes , que
» les autres n'en avoient à les obtenir.
و د
L'Auteur accompagne fon récit de cette
réflexion qui fe préfente naturellement .
» Comme il réjaillit autant de gloire fur
le Prince qui répand fes bienfaits , que
» fur le particulier qui les reçoit , com-
" bien de Souverains ne font un accueil
» favorable au mérite , peut - être moins
Div
80 MERCURE DE FRANCE .
"3
» pour l'honorer , que pour fatisfaire euxmêmes
leur vanité ! Si l'on compare cet-
» te derniere conduite d'Hieron avec celle
qu'il avoit tenue en premier lieu , on
» fera furpris d'un contrafte auffi frappant.
Il devoit du moins avoir un fond de
» vertu ; car les fciences toutes feules ne
produifent point de pareils changemens.
» Elles perfectionnent à la vérité un heu-
» reux naturel ; mais il eft rare qu'elles
» réforment un coeur vicieux . >>
ود
Nous avons déja infinué quelque chofe
de l'avarice de Simonide . On peut affurer
qu'il n'y a point d'endroit où elle parut
plus à découvert qu'à la Cour d'Hieron .
Elle s'eft caractérisée jufques dans les reparties
qu'on lui attribue . Nous allons citer
quelques - unes de celles que l'on a recueillies.
On apprend d'Ariftote que la
femme d'Hieron ayant demandé à ce Poëte
, lequel étoit le plus à défirer , d'être riche
on fçavant ? il répondit , qu'il préferoit les
richeſſes , puisqu'on ne voyoit tous les jours
à la porte de riches que des fçavans . Hieron
avoit donné ordre qu'on lui fournît
chaque jour les provifions néceffaires pour
le faire vivre dans l'abondance , & Simonide
pouffoit l'épargne jufqu'à en vendre
la principale partie. Lorfqu'on voulut fçavoir
pourquoi il fe comportoit de la forte.
DECEMBRE. 1755. 81
C'est ( reprit- il auffi - tôt ) pour montrer en
public la magnificence du Prince , & ma
grande frugalité. Cette réponſe paroit à
M. Bayle un pauvre fubterfuge , & l'on
ne peut nier que fa remarque ne foit jufte.
Mais c'eft affez l'ordinaire des Beaux-
Efprits de payer de traits ingénieux pour
excufer les défauts qui choquent en eux
& fur lefquels on les preffe de s'expliquer ,
quand ils n'ont point de bonnes raifons à
alléguer pour leur juftification. Toutes
les fois que l'avarice infatiable de ce Poëte
l'expofoit à des railleries & à des reproches
, il avoit fon excufe prête , en difant
, qu'il aimoit mieux enrichir fes ennemis
après fa mort , qu'avoir besoin de fes
amis pendant fa vie. Auffi n'étoit - il rien
moins que difpofé à écrire gratuitement :
c'eft ce qu'il fit fentir à un homme qui
l'avoit follicité à compofer des vers à fa
louange , en fe contentant de l'affurer qu'il
lui en auroit des obligations infinies. Une
pareille propofition fatisfit peu Simonide ,
qui lui répondit , qu'il avoit chez lui deux
caffettes , l'une pour les payemens qu'il exigeoit,
& l'autre pour les obligations qu'on pouvoit
lui avoir, que la premiere reftoit toujours
vuide , au lieu que celle- ci ne ceffoit jamais
d'être pleine. On conçoit aifément que fon
humeur intéreffée devoit rendre fa plume
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
fort venale . Ce qu'il y a de certain , c'est
qu'il a la réputation d'avoir été le premier
des Poëtes Grecs qui ayent mis les Mufes
à louage. On ne fçauroit difconvenir que
cette tache n'obfcurciffe la gloire qu'il s'eft
acquife par la beauté de fon génie. L'indigne
trafic qu'il faifoit de fes ouvrages
donna naiffance à un proverbe honteux à
fa mémoire . Il fuffifoit que des vers fuffent
vendus au plus offrant pour porter le nom
de vers de Simonide. Comme le mot grec
dont fe font fervis des Auteurs anciens ,
pour exprimer l'avarice de Simonide , reçoit
des acceptions différentes , felon l'ufage
auquel on l'applique , il a induit en
erreur Lilio Giraldi , qui à attaché à ce terme
une fignification contraire à fon analogie
, quelle que foit la racine d'où on
veuille le dériver , & dont , à plus forte
raifon , il ne peut être fufceptible dans
l'occafion où il fe trouve employé. C'eſt
ce qui eft fpécifié plus particuliérement
dans l'ouvrage auquel il faut recourir , fi
l'on fouhaite s'en inftruire. Nous ajouterons
encore à ce que nous venons de dire
de ce Poëte , une circonftance qui dévoile
entierement l'exceffive paffion qu'il avoit
de thefaurifer. Un Athlete vainqueur à la
courfe des Mules , ayant voulu l'engager
a célébrer la victoire , lui offroit une fomDECEMBRE.
1755 .
83
me trop modique
, Simonide
refufa de le
fatisfaire
fur fa demande
, fous prétexte
qu'il
à un homme
comme lui
conviendroit
peu
de louer des Mules . Mais l'autre ayant pre- pofé un prix raifonnable
, notre Poëte
confentit
à faire l'éloge de ces Mules, qu'il
qualifia de filles de chevaux
aux pieds légers, expreffion
emphatique
qui a été défapprouvée
avec juftice par des Critiques
. Nous ne croyons
pas devoir nous arrêter à une
autre repartie
à peu-près du même genre, qui lui eft attribuée
par Tzetzes
, Auteur
peu exact en fait de narration
hiftorique
, parce qu'elle porte fur une fuppofition
évidemment
fauffe qui rend fon récit fufpect
, pour ne rien dire de plus. Il faut
confulter
l'ouvrage
pour avoir une pleine
conviction
de ce que nous remarquons
à ce fujet. Simonide
poffeda jufqu'à la mort
les bonnes graces d'Hieron
, dans lefquelles
il étoit entré fort avant . Il ne fut point confideré
à la Cour comme
un homme
dont le talent confiftoit
uniquement
à faire
des vers , & à donner
quelques
leçons
de morale ; ce Prince le jugea capable
de l'aider de fes confeils
dans le gouverne- ment des affaires , & il eut lieu de s'en louer
dans plus d'une occafion
. Auffi s'ouvroitil
familiérement
à ce Poëte , dont il connoiffoit
la prudence
, & il ne faifoit au-
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
cune difficulté de lui communiquer fes
penfées les plus fecrétes. Les entretiens
qu'ils avoient enſemble là - deffus , ont fans
doute fourni à Xenophon le fujet d'un
Dialogue de fa façon , où les introduifant
l'un & l'autre pour interlocuteurs , il produit
lui-même fous ces noms empruntés ,
fes réflexions politiques. C'est une excellente
piece qui renferme un parallele entre
la condition des Rois & celle des Particuliers.
Comme Hieron avoit paffé par ces
deux états , cet ingénieux Ecrivain ne pouvoit
choifir perfonne qui fût censé être
mieux à portée que ce Prince d'en apprécier
les différences. La maniere dont il
fait parler Simonide , eft analogue au caractere
de ce Poëte qui foutient par la
folidité des avis qu'Hieron reçoit de lui ,
la réputation de fage qu'il a méritée
par l'honnêteté de fes moeurs : En effet ,
quelques légeres taches répandues fur fa
vie , que l'on devroit taxer plutôt de foibleffes
inféparables de l'humanité , ne
pourroient balancer toutes les belles qualités
que la nature lui avoit accordées , s'il
n'avoit témoigné dans fes actions un penchant
trop marqué pour l'avarice la plus
fordide , vice fi honteux qu'il fuffit lui
feul pour diminuer l'éclat des vertus qui
l'ont rendu d'ailleurs recommandable.
DECEMBRE. 1755 . 85
da ce
que
Les fréquentes converfations d'Hieron
& de Simonide ne rouloient point feulement
fur des matieres de pure politique ;
elles avoient encore pour objet l'examen
des queftions les plus philofophiques . C'eſt
ce qui paroît par la célebre réponſe que
notre Poëte fit à ce Prince , qui lui demanc'étoit
que Dien ? Il faut convenir
que la queftion étoit des plus épineufes ,
& par conféquent très- propre à embarraffer.
Auffi Simonide ne manqua pas de
prétexte pour juftifier l'impuiffance où il
fe voyoit d'y fatisfaire fur le champ , &
il obtint du tems pour y rêver plus à fon
aiſe. Le terme étant expiré , Hieron étonné
de tous les délais dont ce Poëte ufoit
pour éluder l'explication qu'on exigeoit
de lui , en voulut apprendre la caufe . Simonide
avoua ingénuement , que plus il
approfondiffoit la chofe , plus elle lui fembloit
difficile à réfoudre.
Si l'on inféroit de fa réponſe à Hieron ,
que ce Poëte avoit formé quelque doute
fur l'existence d'un Etre Suprême, ce feroit
non-feulement étendre la conclufion beaucoup
plus loin que ne l'eft la prémiffe ; mais
ce feroit déduire une conféquence trèsfauffe.
Car Simonide étoit fi peu porté à
nier qu'il y eût une Divinité , que jamais.
Poëte Payen n'a peut -être eu une perfuaS6
MERCURE DE FRANCE.
fion plus vive des effets de fa puiffance ;
c'est ce que témoignent affez les fragmens
qui nous reftent de fes Poélies , & principalement
quelques vers de lui , qui font
cités par Théophile d'Antioche . « Il y eft
dit , qu'il n'arrive aux hommes aucun
" mal inopiné : que Dieu fait en un feul
» moment changer de face à toutes chofes,
» & que perfonne ne fçauroit fe flatter
d'acquérir la vertu fans une affiftance
» particuliere de fa part ».
Simonide termina fa vie à l'âge de quatre
-vingt-dix ans , dont il paffa les trois
derniers à la Cour d'Hieron. Le tombeau
qu'on lui avoit élevé à Syracufe , fut dans
la fuite du temps démoli par un Général
des Agrigentins , appellé Phoenix , qui en
fit fervir les matériaux à la conftruction
d'une tour. On marque le temps dont fa
mort précede celle d'Hieron , & pour le
conftater d'une maniere préciſe , il a fallu
néceffairement fixer celui où tombe le
commencement & la fin du regne de cè
Prince , duquel on détermine conféquemment
la durée. On fent bien que tout celá
eft accompagné de détails chronologiques
dans lesquels nous évitons ici de nous engager
parce qu'ils n'intéreffent qu'un
très -petit nombre de Sçavans exercés à ce
genre d'étude. L'Auteur conduit plus loin
DECEMBRE. 1755. $7
que la mort de notre Poëte , le fil de fa
narration qui offre en raccourci l'hiftoire
de Syracufe . Il parcourt avec rapidité les
révolutions qui arriverent à cette République
depuis l'expulfion de Thrafybule
frere & fucceffeur d'Hieron , que fa conduite
violente avoit fait chaffer de Syra--
cufe , jufqu'au temps qu'elle éprouva le
fort ordinaire aux Villes que les Romain's
foumettoient
à leurs armes . Comme le récit
de ces chofes femble au premier coup
d'oeil ne tenir en aucune façon au plan général
de l'Ouvrage , on ne manquera pas
de le trouver abfolument hors d'oeuvre.
En tout cas , l'Auteur a prévenu lui-même
l'objection qui peut avoir lieu . «< Ayant ,
» dit-il , donné la plus grande partie de
» l'histoire de cette fameufe République ,
» que j'ai eu occafion de prendre dès fon
» origine , je me ferois reproché mon peu
» d'attention à procurer au Lecteur une
» entiere fatisfaction , fi je n'avois rendu
fon inftruction complette , en mettant
» devant fes yeux un précis de la fuite
» des affaires de Syracufe , jufqu'au temps
» qu'elle tomba au pouvoir des Romains ,
"
"
qui l'affujettirent à leur Empire. Je pen-
» fe avoir été d'autant plus fondé à le
faire , qu'un des derniers de ceux qui
ont gouverné defpotiquement en cette
Ville , étoit defcendu de Gélon , &
1
88 MERCURE DE FRANCE.
و ر
porté le nom d'Hieron , ainfi que le
» frere de ce Prince. Il marcha fi parfaite-
» tement fur les traces du premier , que
» de Préteur qu'il étoit auparavant à Sy-
» racufe , il s'ouvrit également par fes
» vertus un chemin à la royauté. Il eft
» furtout célebre par fes démêlés avec les
» Romains qui le défirent plus d'une fois :
» ce qui l'obligea de contracter avec eux
» une alliance dans laquelle il perfifta le
» refte de fes jours . Il étoit donc naturel
» de toucher légerement ce qui regarde ce
» Monarque de qui l'hiftoire ne doit pas
» être détachée de celle de fes Ancêtres ,
» dont il n'a point démenti les belles actions.
Enfin quand on trouveroit que
» la relation de ces chofes fort des bornes
» que mon principal fujet me prefcrivoit ,
» s'il réfulte pour le Lecteur quelque avan-
» tage de voir réunies dans un feul point de
» vue toutes les différentes révolutions
particulieres à l'état de cette Républi-
» que , depuis l'époque de fa fondation ,
jufqu'à celle de fa ruine ; c'eft lui feul
» qui fera mon apologie
"3
L'Auteur , après avoir fait l'hiftoire de
Simonide & celle de fon Siecle , paffe enfuite
au détail de fes Poéfies. Quoiqu'il en
eût compofé un grand nombre , il en refte
à peine des fragmens qui font comme des
débris échappés aux injures du temps. Ils
DECEMBRE. 1755 . 89
ont été recueillis par Fulvius Urfinus , &
en partie par Leo Allatius. Le premier les
a accompagnés de notes de fa façon . Il
n'eftfouvent parvenu jufqu'à nous que les
titres de plufieurs de ces Poéfies qui ont
tranfmis avec honneur le nom de Simonide
à la postérité. Les perfonnes curieufes
de les connoître , n'auront qu'à recourir
à la Bibliotheque Grecque du fçavant
M. Fabricius. Comme fon objet principal
eft d'y offrir une notice des ouvrages
des Auteurs Grecs , & d'y détailler les circonftances
qui en dépendent , il a dreffé
avec fon exactitude ordinaire un catalogue
de toutes les différentes fortes de Poëmes
qu'avoit écrits Simonide , autant qu'il
a pu en avoir connoiffance , en feuilletant
ceux d'entre les Anciens qui ont eu occafion
de les indiquer , lorfqu'ils ont cité des
vers de ce Poëte . On n'a pas cru devoir
s'arrêter dans cette Hiftoire à ces fortes de
détails , dont on ne tire d'autre fruit que
celui de fatisfaire fa curiofité. Ils peuvent
être fupportables en Latin , où l'on n'affecte
pas la même délicateffe qu'en notre Langue
, lorfqu'il s'agit de chofes auffi feches :
elles caufent de l'ennui & du dégout au
Lecteur François qui s'attend à des inftructions
plus folides. Quand on confidere la
perte de beaucoup de bons ouvrages que
90 MERCURE DE FRANCE.
le temps nous a ravis , tandis qu'il a épargné
tant de foibles productions qui , bien
loin d'être enviées , ne méritoient pas même
de voir le jour , on ne fçauroit s'empêcher
d'avouer que c'eft -là un de ces caprices du
fort qui prend plaifir à fe jouer de tous les
moyens que l'induftrie humaine peut imaginer
pour fe garantir de fes injuftices.
Si on demande à l'Auteur pourquoi il ne
s'eft point fait un devoir de traduire en
notre langue ces fragmens poétiques , ( car
quelques imparfaits que foient les morceaux
qu'ils renferment , ils ferviroient du
moins à donner une idée de la beauté du
génie de Simonide ) il répondra que la
défunion des parties qui forment l'enchaînement
du difcours , rend trop difparates les
chofes qui font énoncées dans les vers de
ce Poëte : comme elles n'ont aucune relation
les unes avec les autres , elles font par
cela même incapables d'offrir un fens fuivi
; « de forte que ce feroit , ( dit-il , ) per-
» dre fes peines , que d'expofer ces frag-
» mens en l'état actuel où ils font , fous
les yeux du Lecteur François qui aime
qu'on ne lui préfente que des idées bien
afforties , & parfaitement liées enſem-
» ble . On trouve dans un recueil qu'on
a fait de ces fragmens , deux pieces écrites
en vers ïambes , qui ont été mises à ce
DECEMBRE. 1755. 91
qu'il paroît , fur le compre de notre Simo
nide : c'eft ce qu'il y a de plus entier de
tout ce qui eft venu jufqu'à nous de fes
Poéfies. L'une roule fur le peu de durée de
la vie humaine , & l'autre eft une efpece
de fatyre ridicule contre les femmes , où
F'on ne produit que des injures groffieres
pour reprendre les défauts qu'on peut leur
reprocher. On y fait une application continuelle
des vices de ce fexe , aux diverfes
propriétés attachées à la nature des animaux
defquels on feint qu'il a été formé.
On y fuppofe que l'origine de l'ame des
femmes eft différente felon la diverfité de
leur humeur ; que l'ame des unes est tirée
d'un cheval , ou d'un renard , ou d'un finge
, 8 que celle des autres vient de la
terre & de la mer. Elien cite un vers qui
a rapport aux femmes qui aiment la parure.
On reconnoît difficilement Simonide
à ces traits qui font indignes de lui , &
affurément certe piece n'eft pas marquée
au coin qui caractérife communement fes
productions. Enfin il eft inconteſtable que
ces deux Poëmes n'appartiennent en aucune
maniere au Simonide dont on écrit
la vie; puifque les Anciens ne nous appren
nent point qu'il fe foit jamais exercé dans
ce genre de poéfie . Il les faut reftituer à
un autre Simonide qui a précédé le nôtre
92 MERCURE DE FRANCE.
de plus de deux fiecles. C'est lui qui doit
en être regardé comme le véritable auteur.
Il ne feroit pas étonnant que l'identité de
nom eût fait confondre enfemble ces deux
Poëtes , qui font du refte très- différens l'un
de l'autre. C'est ce que l'on confirme par
une preuve que fournit le témoignage des
Anciens qui ont pris foin de les diftinguer,
l'un , par la qualité de Poëte Lyrique , &
l'autre , par celle de Poëte Iambique. Celui
qui eft renommé dans l'antiquité par la
compofition de fes ïambes , étoit né à
Minoa , ville de l'ifle Amorgos. Suidas le
dit fils d'un certain Crinée qui ne nous
eft pas autrement connu . Ses travaux poétiques
ont eu le même fort que ceux de
notre Simonide. Il n'en fubfifte plus que
des fragmens qui confiftent uniquement
en ces deux poëmes dont nous venons de
parler , & en quelques vers détachés qui
nous ont été confervés par Athénée , Galien
, Clément d'Alexandrie & Stobée .
On recherche le temps où il vivoit ; &
comme une date que produit Suidas , conconcourt
à le déterminer par celle de la
ruine de Troye , l'Auteur piend de-là occafion
d'entrer dans un examen chronologique
des différentes Epoques que les Anciens
affignent à la prife de cette Ville.
Nous nous bornerons à en expofer ici le
DECEMBRE . 1755 . +3
"
"3
réſultat qu'il en donne lui - même dans fa
préface. Quelque foit le calcul auquel on
veuille s'attacher , « il eft conftant , (dit-il)
» que celui du LexicographeGrec eft fautif,
» à moins qu'on ne fubftitue dans fon
» texteune lettre numérale à l'autre , ainfi
que Voffius l'a parfaitement obfervé. Il
»y a d'autant plus d'apparence qu'il aura
fouffert en cela de l'inadvertance des
Copiftes qui font fujets à commettre de
» femblables mépriſes ; que la validité de
» la leçon qu'on propofe fe peut inférer
» d'un paffage formel qui fe tire de Tatien.
C'eft par-là feulement qu'on vient à bout
» de fauver la contradiction fenfible qui
» naîtroit de fon témoignage , & de celui
» de quelques - uns des Anciens , qui font
» ce Simonide contemporain d'Archiloque
, & par conféquent le renvoyent
» bien en- deça du fiecle où il le place.
» Comme il s'accorde à dire qu'Archilo-
» que fleuriffoit fous Gygès Roi de Lydie,
» dans la perfonne duquel commence la
» Dynaſtie des Mermnades , il s'enfuit de-
>> là que le temps du Simonide en queftion
»fe trouve étroitement lié à celui du regne
» de ce Prince & de fes fucceffeurs. C'eſt
pourquoi il réfulte des moyens que j'ai
employés pour fixer l'un par l'autre , une
» difcuffion qui m'a paru propre à répan-
"
39
94 MERCURE DE FRANCE.
» dre une nouvelle clarté fur la Chronolo-
» gie des Rois de Lydie ». Nous ajouterons
que la matiere eft affez importante
par elle-même pour fixer la curiofité des
Sçavans que leur propre expérience a mis
en état de fe convaincre de l'obſcurité qui
regne fur cette partie de l'Hiftoire ancienne.
La maniere avantageufe dont on nous
parle du Simonide fameux par fes productions
Lyriques , ne permet pas d'hésiter à
le placer au rang des meilleuts Poëtes de
l'Antiquité ce qu'on ne fçauroit dire
également de celui qui a écrit des vers
iambes. Il eft certain qu'il n'a pas joui de
la même célébrité , & que notre Simonide
l'emporte à tous égards fur l'autre. D'ailleurs
fon talent s'étendoit plus loin qu'à
faire des vers. C'est ce qu'on a été à portée
de voir plus d'une fois dans le cours
de cet Extrait. Cela paroît encore par l'invention
des quatre Lettres Grecques ( ou
,, » & , qui lui eft communément
attribuée. Il faut pourtant avouer qu'elle
lui eft conteſtée par quelques- uns qui en
font honneur à Epicharme né en Sicile .
Tzetzes balance même auquel des deux il
doit la rapporter , ou à notre Simonide ,
ou à Simonide le Samien qu'il dit être fils
d'un certain Amorgus. Il n'eft pas douteux
que ce dernier ne foit le même que
DECEMBRE. 1755.
95
le Poëte iambique de ce nom , à qui quelques
anciens Ecrivains donnent Samos
pour patrie , quoique le plus grand nombre
le faffe naître à Amorgos . Il n'eft pas
difficile de s'appercevoir de la méprife
grolliere de Tzetzes , qui transforme le
nom du lieu de la naiffance de ce Simonide
, en celui du pere de ce Poëte. On
n'infifte point fur cesLettres qui auroient
pu fournir le fujet d'une difcuffion , fi
Scaliger , Saumaife , Samuel Petit , Voffius
, Bochart , Ezéchiel Spanheim , Etienne
Morin , & le P. Montfaucon , n'avoient
déja épuifé tout ce que l'on peut produire
fur l'origine de l'Alphabeth Grec. On a
cru qu'il étoit plus à propos de renvoyer
à ces doctes Critiques , en citant au bas
de la page les endroits de leurs ouvrages ,
où ils ont traité cette matiere , que de redire
en gros des chofes qu'ils ont fi bien approfondies
en détail . Notre Simonide paffe
encore pour avoir ajouté une huitième
corde à la Lyre dont il fe propofa par- là
de perfectionner l'ufage , comme nous
l'apprenons expreffément de Pline . On
trouve parmi les fragmens de fes Poéfies
quelques vers qui ont été allégués par Platon
, Lucien , Athenée , Clément d'Alexandrie
, & Théodoret. Ils valent bien
la peine d'être cités pour leur fingularité.
96 MERCURE DE FRANCE.
Leur objet eft de définir quels font les biens
préférables de la vie. Voici ce qu'ils renferment.
« De tous les biens dont les hommes
peuvent jouir , le premier eft la fan-
»té , le fecond la beauté , le troiſieme les
richeffes amaffées fans fraude , & le
quatrieme la jeuneſſe qu'on paffe avec
» fes amis ».
22.
De tous les ouvrages que Simonide
avoit compofés , il n'y en a point afſurément
qui l'ait plus illuftré , & lui ait attiré
plus de louanges des Anciens , que ceux
qui portoient le titre de Threnes ou de
Lamentations. Ce font elles que Catulle
défigne par cette expreffion , mæftius lacrymis
Simonideis. Horace les a également en
vue , lorfqu'il dit pour repréfenter des
Mufes plaintives , Cea retractes munera
Nama. Son talent principal étoit d'émouvoir
la pitié ; & l'on peut affurer qu'il excelloit
dans le genre pathétique. Au moins
c'est l'aveu que fait Denys d'Halicarnaffe ,
qui le préfere à tous les Poëtes qui avoient
travaillé dans la même partie , après l'avoir
d'ailleurs regardé comme un modele
dans le choix des mots. La leçon de cet
endroit du Traité de l'Auteur Grec dont
on cite les paroles , eft d'autant plus défectueufe
, qu'elle forme un fens tout contraire
à celui que cet ancien Critique veut
exprimer.
DECEMBRE. 1755. 97
exprimer. Cela paroît avoir été occafionné
par la tranfpofition de deux mots qu'il s'agit
de remettre à la place qui leur eft propre
, pour réduire l'énoncé de la phraſe
grecque à un fens naturel & raifonnable.
C'est ce que l'Hiftorien a entrepris dans
une note dont le but est de rectifier ce paffage
qui a été étrangement altéré par l'inadvertence
des Copiftes. Le jugement que
Quintilien porte de Simonide confirme
celui de Denys d'Halicarnaffe , qui rapporte
un morceau d'une de ces Lamentations
de notre Poëte. Danaë déplorant fes malheurs
en faifoit le fujer . On fçait que fuivant
la fable , cette Princeffe infortunée
fut enfermée par l'ordre d'Acrifius fon
pere , dans un coffre d'airain avec l'enfant
qu'elle avoit mis au jour pour être jettée
dans la mer. Simonide fuppofe que dans
le temps qu'elle erroit au gré des vents &
des flots , elle parla en ces termes à Perfée.
" O mon fils , de combien de maux tà
» mere eft accablée . Tu te mets peu en
peine du fifflement des vents , & de l'im-
» pétuofité des vagues qui roulent fur ta
» tête : Ah ! fi tu pouvois connoître la
grandeur du péril qui nous menace , tu
prêterois fans doute l'oreille à mes dif-
» cours. Mais non . Dors, cher enfant , dors ,
je l'ordonne. Ainfi que lui, puiffiez- vous
"
"
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
éprouver le même calme , flots d'une
» mer agitée , & vous auffi mes maux dont
la mefure ne fçauroit être comblée » .
C'eft relativement à ce don d'attendrir
que Grotius a cru pouvoir lui comparer le
Prophéte Jéremie. Ces fortes de paralleles
qu'on établit entre des Ecrivains Sacrés
& des Auteurs Profanes , femblent avoir
d'abord quelque chofe de choquant : mais
pour peu qu'on veuille faire un moment
abstraction du caractere de prophéte qui
appartient à ce dernier , & qui par conféquent
le met hors de toute comparaifon
avec un Poëte Payen , il ne fera plus queftion
que de les envisager l'un & l'autre du
côté du mérite perfonnel . On ne pourra
s'empêcher pour lors de convenit que le
parallele ne foit jufte . En effet , on ne doit
pas ignorer que Jéremie ait réuni toutes
les qualités effentielles à la poéfie dans fes
Lamentations , qui offrent le tableau le plus
touchant de la défolation & de la ruine
de Jérutalem .
Simonide ne réuffiffoit pas moins dans
la peinture des images ; c'eft le témoignage
que lui rend Longin , ce célebre Critique
de l'antiquité , dont la déciſion eſt
d'un fi grand poids en pareil cas . Aucun
Poëte n'avoit , felon ce Rhéteur , décrit
plus vivement l'apparition d'Achille fur
DECEMBRE. 1755. 99
fon tombeau , dans le tems que les Grecs
fe préparoient à partir . Nous finirons par
dire que la douceur qui regnoit dans fes
vers ,l'avoit fait furnommer Melicerie , &
cependant il avoit employé en écrivant le-
Dialecte Dorique , qui paroît être le moins
fufceptible de cette douceur qui caractérifoit
fes Poéfies.
On a renvoyé à la fin de cette Hiſtoire
deux Remarques qui valent deux Differtations
: Quoiqu'elles ne femblent avoir
qu'une liaifon fort indirecte avec fon
plan , elles ne laiffent pas de fervir d'éclairciffement
à deux endroits de fon texte .
L'une eft deftinée à examiner fi le nom de
Jao cité dans un paffage de Porphyre que
l'on rapporte , eft le même que celui de
Jehovah ufité particuliérement chez les
Juifs pour défigner Dieu : A cet égard la
chofe eft hors de conteftation. Il s'agit
feulement de fçavoir laquelle de ces deux
différentes prononciations attachées à un
même nom , doit être réputée pour l'anciemne
, & par conféquent pour la véritable.
C'est une matiere qui a déja exercé
d'habiles Critiques , tels que Genebrard ,
Fuller , Louis Cappel , Drufius , Sixtinus
'Amama , Buxtorfe le fils , Gataker & Leufden.
Cette queftion entraîne néceffairement
dans une difcuffion grammaticale ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
qui n'est à portée d'être bien entendue que
des perfonnes qui ont acquis quelque intelligence
de l'Hébreu . On a mis en un,
caractere lifible pour tout le monde les
paffages qu'on a été obligé de produire
dans cette Langue , & cela pour des motifs
que l'Auteur a eu foin d'expliquer dans
fa préface. Les Sçavans fe partagent fur
çet article. Les uns, comme Cappel, Walton
& M. Le Clerc fe déclarent pour la
prononciation de Jao ou Jauoh , & rejertent
celle de Jehovah , qu'ils difent n'avoir
prévalu que depuis la ponctuation de
la Maffore , d'après laquelle Galatin Ecriyain
du feizieme fiecle , a le premier introduit
parmi nous cette Leçon du nom de
Dieu , qui eft actuellement la feule accréditée
. Ils penfent être d'autant plus difpenfés
d'acquiefcer à l'autorité de la Maffore
, qu'ils la combattent par des raifons
que leur fournit la nouveauté de fon invention
, qui , felon la plupart d'entr'eux ,
ne remonte pas au - delà du fixieme fiecle ,
& dont quelques - uns reculent l'époque
jufqu'au onzieme. Il y en a d'autres au
contraire qui demeurent attachés à la Lede
Jehovah dont ils foutiennent la validité
, parce qu'elle leur paroît beaucoup
mieux conferver l'analogie de l'Hébreu ;
ils s'efforcent de la défendre contre toutes
çon
DECEMBRE. 1755. ioi
les objections qui peuvent avoir lieu , &
ils ne balancent pas à croire que les Grecs
à qui les Phéniciens avoient tranfmis ce
nom , ne l'ayent ainfi altéré par une maniere
défectueuse de le prononcer. Il faut
avouer qu'ils font valoir des argumens (pécieux
pour fortifier leur opinion : cependant
, comme ce n'eft point ici un fujer
qui foit capable de recevoir ce dégré de
certitude que communiquent des preuves
qui mettent l'état des chofes dans la derniere
évidence , on ne doit s'attendre qu'à de
fimples conjectures qui ont de part & d'autre
une égale probabilité : ainfi le parti le
plus fage eft de ne point décider affirmati
vement dans de pareilles matieres. En effet,
comment vouloir déterminer pofitivement
l'ancienne prononciation de ce nom , s'il
eft conftant par le témoignage de Philon
& de Jofephe , qu'elle avoit été interdite
aux Juifs avant que J. C. vînt au monde
. Le premier la reftreint aux bornes du
Sanctuaire , où les Prêtres , fpécialement
le fouverain Sacrificateur , avoient le privilege
exclufif de le prononcer tous les ans
le jour que fe célébroit la fête des Expiations
. Ce nom n'étant donc point d'ufage
hors du Sanctuaire , où la maniere de le
proférer fe maintenoit par tradition , &
la permiffion de le prononcer étant une
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des prérogatives affectées à la Sacrificature
, elle n'a pas dû fubfifter plus long-tems
que le Temple , & la tradition de ce nom
s'eft affurément perdue à travers tant de
fiecles qui fe font écoulés depuis la ruine
de Jérufalem. Peut on après cela fe flatter
d'en fixer aujourd'hui la prononciation.Les
Docteurs Juifs poftérieurs à cet événement
ont encore encheri fur la vénération que
leurs ancêtres avoient pour ce nom de
Dieu , & fur l'idée qu'ils fe formoient de
fa fainteté qui le rendoit ineffable à leur
égard. Ceux qui font venus après , felon
leur louable coutume d'outrer les fentimens
de leurs peres , ont pouffé les chofes
fi loin que cette vénération eft dégénérée
en une fuperftition exceffive qui fe
perpétue chez cette nation . Des Rabbins
ont étrangement raffiné fur les propriétés de
ce nom , & fur l'analogie grammaticale de
trois de fes lettres , qu'ils difent réunir les
trois différentes manieres d'exifter qui
n'appartiennent qu'à Dieu . Quiconque
ofoit violer cette défenfe de proférer le
nom Jehovah étoit puni de mort , s'il falloit
croire tout ce qu'ils nous débitent
hardiment à ce fujer. Ils ont fait plus , ils
l'ont érigée en article de foi , & menacent
les infracteurs de l'exclufion de la
vie éternelle . Toutes les fois que le Texte
DECEMBRE. 1755. 103
,
Hébreu porte la Leçon de Jehovah , ils lui
fubftituent le nom Adonaï , & tantôt celui
d'Elohim , lorfqu'il arrive que le Jehovah
eft précédé d'Adonai , & alors ces deux
noms fe trouvent joints enſemble . Il leur
eft auffi ordinaire d'ufer de mots compofés
pour caracterifer ce nom ineffable
comme ceux de Schem Hammiouchad , ou
de Schem Hamphorafch , le nom propre de
Dieu , & de Schern Schel arba othioth , le
nom formé de quatre lettres. Quand on les
preffe de dire fur quoi ils fondent cette
interdiction , ils alléguent en leur faveur
des paffages de l'Exode & du Lévitique
dont ils détournent ou changent le fens
pour la pouvoir autorifer. Les paroles de
l'Ecriture qu'ils nous oppofent , ne fignifient
pourtant rien moins que ce qu'ils
veulent leur faire fignifier. Il n'en a pas
fallu davantage pour les expofer au reproche
de falfification , qui leur a été intenté
par
Galatin . On entre relativement à cet
objet dans quelques détails hiftoriques ,
qui pourront compenfer ce qu'il y a de
fec dans un travail de cette nature.
On obferve que ce nom de Dieu n'a pas
été inconnu dans les premiers tems . aux
nations étrangeres , & furtout à celles qui
étoient voifines de la Judée . C'est ce qui
paroît confirmé par plufieurs exemples que
trop
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
par
Selden & M. Ferrand ont apportés , & qui
mettent ce fait hors de doute. Le Critique
Anglois & M. Huet foupçonnent même
que Pythagore pourroit avoir tiré l'idée
des propriétés mystérieuses de fa Quaternité
de celles que renferment les quatre
lettres qui conftituent le nom Jehovah. On
n'ignore pas que les Sectateurs du Philofophe
Grec , quand il s'agiffoit de fe lier
un ferment inviolable , juroient par cette
Quaternité à laquelle ils attribuoient toutes
les perfections , & qu'ils nommoient la
fource de vie , & le fondement de l'éternité,
Ils ne vouloient exprimer autre choſe parlà
que Dieu lui- même appellé par Pyihagore
le nombre des nombres . Ce Philofophe
paffe pour avoir emprunté des Juifs
plufieurs Dogmes " importans qu'il s'étoit
appropriés. C'est une circonftance dont la
vérité eft atteftée par Hermippus Hiftorien
Grec qui Heuriffoit du tems de Prolemée
Evergere, & par le Juif Ariftobule qui
vivoit à la Cour de Ptolemée Philometor,
Jofephe témoigne expreffément qu'il affecta
de fe montrer en bien des chofes zelé
imitateur des rites de fa nation . S. Ambroife
le fait même Juif d'origine : mais
on ne fçait où ce Pere de l'Eglife peut
avoir puifé cette particularité qui eft deftituée
de fondement . On reprend Lactan-
L
DECEMBRE . 1755. 105
ce d'avoir nié mal - à - propos que Pythagore
ait jamais eu aucun commerce avec les
Juifs , fans donner des raifons folides de
ce qu'il avançoit. On infifte particuliérement
fur fon voyage à Babylone , où il
s'offrit affez d'occafions qui mirent ce Phifofophe
à portée de s'entretenir avec plufieurs
d'entre ce peuple , dont une partie
y réfidoit encore pendant le féjour de Pythagore
en cette ville. Il y conféra fréquemment
avec les Mages dont il fçur fi
bien gagner l'amitié , qu'ils lui firent part
de leurs connoiffances , & l'initierent dans
leurs mysteres. Porphyre rapporte qu'il y
devint difciple d'un certain Zabratus ,
duquel il apprit tout ce qui concerne la
nature & les principes de l'univers . Il y a
eu dès les premiers tems du Chriftianif
me des Ecrivains qui fe font imaginés que
ce Zabratus ou Zaratus , & que Clement
d'Alexandrie appelle Nazaratus , étoit
le même que le Prophète Ezechiel , comme
le certifie ce Pere Grec qui écrivoit fur
la fin du fecond fiecle , & qui rejette
d'ailleurs l'opinion de ces gens là : néanmoins
Ménaffeh Ben - Ifraël , & quelques
autres , n'ont pas laiffé d'avoir une feniblable
penſée . Ce qu'il y a de plus éton -
nant , c'eft qu'un auffi habile homme que
l'étoit Selden , ait pu pencher vers ce fen-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
timent d'autant plus infoutenable , qu'il
eft incompatible avec l'exacte chronologie.
C'eft ce qu'il n'a pas été fort difficile
de prouver. MM. Hyde & Prideaux ont entendu
par ce Zabratus le fameux Zoroaf
tre. Ils fe font fondés fur un paffage
d'Apulée qui veut que Pythagore ait été
difciple de ce Législateur des Mages ; ce
qui eft pourtant fujet à un grand nombre
de difficultés , comme de célebres Modernes
l'ont fuffifamment démontré . On
pourroit peut-être les lever , en fuppofant
deux perfonnages de ce nom qui auront
fleuri à différens tems l'un de l'autre , &
dont le premier aura été le fondateur de
la Secte des Mages, & le fecond le réformateur
de leur religion ; fuppofition que l'on
peut d'un côté appuyer fur le témoignage
des Hiftoriens Orientaux , qui font vivre
un Zoroastre fous le regne de Darius fils
d'Hyftafpe , & de l'autre fur le récit d'Agathias
qui avoue que de fon tems ( c'eſtà-
dire dans le fixieme fiecle ) les Perfans
étoient dans cette perfuafion . Au refte , ce
n'est là qu'une conjecture, qu'on fe contente
d'infinuer , & l'on laiffe à chacun
la liberté de penfer à cet égard ce qu'il
voudra. Quant à l'autre Differtation , elle
traite des moyens qu'il y a de concilier les
différences qui fe rencontrent entre les AnDECEMBRE.
1755. 107
ciens au fujet des dates qui tendent à
fixer , foit le commencement
ou la durée
du regne de divers Princes. Les regnes de
Prolemée Soter , de Seleucus Nicator , &
de l'Empereur Julien fourniffent les exemples
que l'on produit . On leur a joint encore
celui du regne de Dagobert I , fur la
date duquel les Hiftoriens varient , afin de
rendre la vérité de cette remarque plus
fenfible aux perfonnes qui fe font rendues
l'Hiftoire de France plus familiere que
l'Hiftoire Ancienne . Ces exemples réunis
fous un même point de vue , concourent
à confirmer tout ce qui a été dit
touchant la maniere d'accorder les différentes
Epoques d'où l'on a compté les années
de la fouveraineté deGelon à Syracufe.
L'ouvrage eft terminé par le Projet d'une
Hiftoire des Juifs à laquelle travaille l'Auteur
, & qu'il a annoncée dans fa préface.
Elle comprendra
l'expofition de toutes
les révolutions
qui font arrivées à ce peuple
dans l'Orient depuis la ruine de Jérufalem
jufqu'au douzieme fiecle , où l'établiffement
qu'il s'y étoit fait , fût entièrement
ruiné. Comme l'Auteur s'eft livré
aux Etudes Théologiques
qu'il a pris à tâche
de fortifier par l'intelligence
des Langues
Sçavantes, les recherches où elles l'ont
néceffairement
engagé , l'ont mis en état
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
d'affembler les matériaux qui ferviront à la
compofition de cet ouvrage, On le deftine
à éclaircir les points les plus embarraffés
de l'Histoire Judaïque , & à difcuter
quelques - uns des Rites & des Dogmes de
cette nation , furtout lorsqu'ils lui font
communs avec les Chretiens. On y parlera
auffi des cérémonies , & en général des
affaires de difcipline que l'Eglife peut avoir
empruntées de la Synagogue. Elles ont
routes deux , par rapport à leur Hiſtoire. ,
une influence d'autant plus réciproque que
l'une eft fortie de l'autre , & par conféquent
on ne fçauroit approfondir l'Hiftoire
de l'Eglife , qu'on ne foit en mêmetems
obligé d'approfondir celle des Juifs ,
qui lui eft intimément unie. On fe flatte
qu'on ne fera pas fâché de voir inferé ici
en entier ce Projet , qui fert à donner une
idée de la grandeur de l'entreprife , du
but
que l'on s'y propofe , & de la méthode
à laquelle on doit s'attacher dans l'exécution
: mais la longueur que comporte
déja cet extrait , eft une raifon plus que
fuffifante pour renvoyer la chofe au mois
prochain . Si l'on fe récrie fur l'étendue de
cette analyfe , qui paffe de beaucoup les
bornes dans lesquelles nous avons coutume
de refferrer nos extraits , nous répon
drons que comme cette hiftoire de SimoDECEMBRE.
1755 109
nide eft remplie d'un grand nombre de difcuffions,
qui , quoiqu'effentielles aux vues
dans lesquelles on l'a compofée, font pourtant
de nature à rebuter bien des Lecteurs
pour qui elles ont quelque chofe de trop
épineux , on a profité de la voie de ce
Journal pour mettre tout le monde à portée
de connoître les faits dont le récit entre
dans le plan de l'Hiftoire . Pour cet
effet , on a retracé ici dans le même ordre
qui a été obfervé dans fa marche les différens
traits de la vie de ce Poëre , avec les
événemens de fon tems qui y font liés , &
l'on n'a fait qu'indiquer fimplement les
détails chronologiques qui en conftituent
le fonds : Ainfi cette analyfe doit être confiderée
moins comme un extrait que comme
un abregé de l'Ouvrage.
Delaguene , Libraire - Imprimeur de
l'Académie Royale de Chirurgie , rue faint
Jacques , à l'Olivier d'or , diftribue un
Mémoire auffi nouveau par fon objet que
par fa publication . Il eft intitulé Témoi
gnage public rendu à M. Dibon , Chirurgien
ordinaire du Roi dans la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde du Corps de Sa
Majefte ; par Pierre Dedyn d'Anvers . On
ya joint les preuves de la Cure avec quel
ques Réflexions concernant M. de Torrès
110 MERCURE DE FRANCE.
par qui le Malade avoit été manqué. L'Avertiffement
qu'on a mis à la tête de ce
Mémoire , nous en fournira la notice.
« Cet écrit , dit - on , eft l'ouvrage d'un
» Malade jugé incurable par de célebres
» Praticiens, & qui , contre toute efpéran-
» ce , a été guéri radicalement par le re-
» mede de M. Dibon . C'eft une espece de
و د
.30
confeffion publique dictée par la recon-
>> noiffance ; une defcription vraie & naïve
» de la maladie de l'Auteur , & des mal-
» heureuſes épreuves par lefquelles il a
» paffé jufqu'à fa parfaite guérifon . On a
» cru devoir conferver fon langage & fon
ortographe , moitié Wallon , & moitié
François ils pourront amufer quelques
" Lecteurs. Mais on a traduit toute la
» piece pour
la faire entendre des autres ,
» & on a mis la verfion à côté du texte ,
» pour n'y pas laiffer foupçonner la plus
légere altération. Ce Mémoire eft fuivi
» des Certificats de Meffieurs Goulard Mé-
» decin ordinaire du Roi , Le Dran , Henriques
, Morand , & Hebrard , Maîtres
» en Chirurgie ».
""
On trouve chez le même Libraire un
autre écrit qui a pour titre : Lettre à M. de
Torrès ,fervant de réponse , &c. Cette Lettre
contient un témoignage pareil à celui
de Pierre Dedyn , & publié par un BourDECEMBRE
, 1755 .
geois de Paris dont le nom & la demeure
y font défignés. Nous ne prononçons rien
là- deffus. Comme fimples Hiftoriens nous
en laiffons le jugement aux Maîtres de
l'Art.
CATALOGUE DES ESTAMPES &
livres nouveaux d'Italie , la plupart de
Rome , qui fe trouvent chez N. Tilliard ,
quai des Auguftins. 1755.
CATALOGUE DE LIVRES DE PIETE ,
de morale & d'éducation ; livres d'hiftoire
, de belles lettres , fciences & arts ; livres
de droit & de finances , livres amufans
& de théatres , qui fe vendent à Paris
, chez Prault pere , quai de Gèvres ,
1755.
L'ENFANT GRAMMAIRIEN , ouvrage
qui contient des principes de grammaire
génerale , mis à la portée des enfans.
Une Grammaire latine , & une Méthode
françoife- latine , ou maniere de traduire
le françois en latin . A Blois , chez Pierre-
Paul Charles ; & fe vend à Paris , chez la
veuve Robinot , quai des grands Auguftins.
<
FRAGMENS CHOISIS d'éloquence , efpece
de Rhétorique moins en préceptes qu'en
112 MERCURE DE FRANCE.
exemples , également utile aux Gens de
lettres , & à tous ceux qui veulent fe former
à l'éloquence de la chaire , par M. de
Gerard de Benat , 2 vol . A Avignon , chez
Jofeph Payen , Imprimeur Libraire , place
S. Didier. A Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Combriere : & à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais.
Nous croyons que cette maniere d'écrire
fur l'éloquence , eft une des plus utiles.
Les exemples frappent bien plus , &
en conféquence perfuadent mieux que les
préceptes. Ceux ci ne peuvent même être
bien développés & bien fentis que par le
fecours des premiers. L'Auteur nous paroît
montrer du goût dans le choix , &
nous penfons que fon travail mérite des
louanges.
RAISON ou idée de la Poéfie Grecque ,
Latine & Italienne , ouvrage traduit de
l'Italien de Gravina , par M. Reguier. 2 vol .
petit in- 12 , à Paris , chez Lottin , rue S. Jacques
, au Coq ; & chez J. B. Defpilly , rue
S. Jacques , à la vieille Pofte.
De l'Extrait de l'Hiftoire de Simonide ;
& dufiecle où il a vécu , &c .
Ous avons rendu de la
Nmierepartie de cet Ouvrage dans les
Nouvelles du mois d'Octobre. Nous nous
engageâmes alors à donner l'Extrait de la
feconde pour le mois fuivant ; mais des raifons
particulieres nous ont mis dans le cas
de différer plus longtems que nous ne penfions
à remplir notre engagement. Quoiqu'il
en foit , nous y fatisfaifons aujourd'hui
; & nous allons parler de ce que contient
cette feconde partie , qui commence
par un expofé de la conduite que tint
Gelon après avoir triomphé des Carthaginois.
Pour peu que l'on veuille fe fouvenir
du titre de cette hiftoire , & de fon
objet , l'on ceffera d'être furpris de voir
difparoître Simonide pour quelque temps
de deffus la fcene . Il faut d'abord fçavoir
que les Carthaginois étoient entrés en con
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
fédération avec Xerxès qui les avoit attirés
dans fon parti , & étoit convenu avec eux
que tandis qu'il envahiroit la Grece , ils
feroient une irruption en Sicile & en Italie,
pour empêcher ceux qui habitoient ces
contrées de venir au fecours les uns des autres
. Ils choifirent pour Général Hamilcar
qui ayant affemblé une armée de trois cens
mille hommes , & équipé des vaiffeaux à
proportion pour le tranfport de fes troupes
, fit voile vers la Sicile . Il vint débarquer
à Panorme , un des Ports de cette Ifle,
& mit le fiege devant Himéré , ville maritime
du voisinage. Mais les chofes tournerent
au défavantage des Carthaginois
que défirent ceux de cette Ifle fous la conduite
de Gelon qui commandoit l'armée
qu'ils avoient levée à la nouvelle de cette
invafion fubite. Un gros de fa cavalerie
brûla la flotte d'Hamilcar qui fut tué dans
la mêlée ; cent cinquante mille hommes
demeurerent fur le champ de bataille : le
refte fut fait prifonnier & vendu comme
efclave . Une infcription en vers que l'opinion
commune attribue à Simonide , apprend
que Gelon fut aidé dans cette conjoncture
par fes trois freres , Hieron , Polyzele
& Thrafibule , qui contribuerent
par leur courage au fuccès de fes armes.
Le bruit de cette défaite répandit l'allarme
DECEMBRE. 1755. 61 .
dans Carthage , & il ne fut malheureuſement
que trop confirmé par le petit nombre
de ceux qui avoient eu le bonheur de
fe fauver dans un efquif. Il jetta la confternation
dans l'efprit de fes habitans qui
appréhendoient déja que Gelon ufant de fa
victoire , ne portât à fon tour la guerre jufque
dans leurs murs. Ils députerent auffitôt
des Amballadeurs à Syracufe pour im-.
plorer la clémence du vainqueur , & le
folliciter par les plus vives inftances à procurer
la paix. La modération qui étoit naturelle
à Gelon , lui fit écouter leurs propofitions.
Il n'abufa point de la malheureufe
circonftance qui réduifoit les Carthaginois
à la néceflité de paffer par toutes
les conditions qu'il lui auroit plu de leur
impofer. Celles qu'il exigea ne démentirent
point l'équité de fon caractere . Il y
- en eut une entr'autres qui témoigne qu'il
étoit auffi attentif à remplir les devoirs de
l'humanité que ceux de grand Capitaine ;
deux qualités qui le rendoient d'autant
plus eftimable , qu'elles ne fe trouvent
pas toujours réunies. Avant que de foufcrire
à aucun accommodement avec les
Carthaginois , il voulut que l'abolition
des facrifices humains qu'ils faifoient à
leur dieu Saturne , entrât dans la conclufion
du traité de paix qu'il s'agiffoit de
62 MERCURE DE FRANCE.
ratifier. Il ne pouvoit fans doute concevoir
fans horreur qu'ils lui facrifiaffent
jufqu'à leurs propres enfans ; & qu'ils
fiffent de cette barbare coutume une pratique
religieufe qui armoit leurs mains
contre ce qu'ils avoient de plus cher au
monde . Tout engagé qu'étoit Gelon dans
les erreurs groffieres du Paganifme , il lui
fuffifoit de faire ufage de fa raifon guidée
par les lumieres naturelles , pour fe convaincre
qu'un femblable culte étoit nonfeulement
injurieux & contraire à l'inſtitution
des Loix Divines , mais répugnoit
même à l'idée qu'il eft convenable de ſe
former de la Divinité . En effet , de l'invoquer
de cette façon , c'étoit la croire altérée
du fang humain , & qui plus eft du
fang innocent. C'étoit par conféquent faire
plutôt un monftre qu'un Dieu dont on
anéantiffoit par - là les attributs les plus
effentiels , tels que la fouveraine bonté &
la fouveraine juftice , en un mot toutes les
perfections morales , en vertu defquelles
il ne doit vouloir que ce qui eft abfolument
digne de lui. Il falloit affurément
pouffer l'extravagance auffi loin que la
cruauté , pour s'imaginer que la colere
divine ne fût capable d'être appaifée que
par ces fortes de facrifices qui eurent cours
à Carthage & dans plufieurs autres conDECEMBRE
1755. 63
trées. Il y avoit dans cette ville un Temple
élevé à Saturne , où étoit ſa ſtatue d'airain
, dont la défcription qu'en donnent
Diodore de Sicile & Eufebe , reffemble
beaucoup à celle que des Ecrivains Juifs.
font de la ftatue de Moloch , cette fameufe
idole dont l'Ecriture parle en divers endroits
. On fçait qu'elle étoit l'objet du
culte des Ammonites & de quelques nations
voifines : de- là vient que la plupart
des Critiques font perfuadés que Saturne
& Moloch n'étoient qu'une même Divinité
, qui avoit été adorée fous des dénominations
différentes. Les perfonnes curieufes
de vérifier cette remarque , peuvent
confulter ce qu'ont écrit à ce fujet , Selden ,
Beyer , Voffius , Goodwin , les PP . Kircher
& Calmet qui font ceux aufquels on
renvoie pour s'inftruire de ces chofes. Les
facrifices humains paffent communément
pour avoir pris naiffance chez les Phéniciens
, dont les Carthaginois étoient une
colonie . Il n'eft donc pas furprenant que
ces derniers ayent marqué autant d'attachement
qu'ils en avoient pour un ufage
qu'ils tenoient d'origine , & qui s'étoit
introduit chez plufieurs peuples qui l'avoient
reçu d'eux , ou immédiatement des
Phéniciens , comme on le prouve par le
rapport d'une foule d'écrivains que l'on cite
64 MERCURE DE FRANCE.
pour garantir la vérité de ce fait. Un paffage
de Porphyre dont on produit les paroles
fondées fur le témoignage de Sanchoniaton
, apprend quelles étoient les circonftances
où ceux- ci offroient à Saturne
des facrifices fanglans . La maniere dont la
chofe eft atteftée par Sanchoniaton , montre
affez que le culte qu'on rendoit à cette
fauffe divinité étoit très ancien. On infifte
particulierement fur cet Auteur Phénicien
que Porphyre fait contemporain de Sémiramis
Reine d'Affyrie , & dit avoir approché
du tems où vivoit Moyfe. Il avoit
compofé une histoire des antiquités de
fon pays , qu'il avoit dédiée à Abibal , Roi
de Beryte fa patrie , & que Philon de Byblos
avoit traduite en Grec fous l'empire
d'Adrien . Il n'en refte plus qu'un fragment
qui nous a été confervé par Eufebe. Comme
l'efpece de Synchroniſme que le récit
de Porphyre tend à établir , fe trouve liée à
deux Époques incompatibles l'une avec
l'autre , & qui feroient par cela même plus
propres à le détruire qu'à le conftater , on
pourroit croire que la cenfure de Scaliger ,
de Voffius & de Bochart , n'eft pas dépourvue
de fondement , lorfqu'ils le qualifient
d'erreur groffiere , qu'ils jugent à propos
d'imputer au peu d'exactitude de Porphyre
en matiere de chronologie. Ils auroient
DECEMBRE . 1755 65
fans doute raifon , fi l'on entendoit par
Sémiramis la fameufe Reine d'Affyrie de
ce nom , qui fut femme de Ninus , & qui
gouverna avec beaucoup d'habileté let
royaume dont fon mari avoit été le Fondateur
, & dont il l'avoit laiffée en poffeffion
par fa mort. En effet , le regne de cette
Sémiramis eft antérieur de plus de Soo ans
à la prife de Troye ; date qui eft affurément
fort éloignée de confirmer la proximité
de tems que Porphyre met entre
cette Reine & Moyfe de qui la mort ne
précede la ruine de cette ville que d'environ
d'eux fiecles & demi , felon la chrono-'
logie du Texte Hébreu. Il faut avouer que
fi les chofes étoient fur le pied que le pren
nent les Sçavans modernes que nous avons
cités , la faute feroit fenfible : mais le devoir
d'un Critique étant d'interpréter ce'
que dit un Auteur dans le fens le plus favorable
, on faifit l'occafion qui s'offre naturellement
de juftifier Porphyre du reproche
qu'il s'eft attiré de leur part. On fait
donc voir qu'il ne s'agit point ici de la
Sémiramis dont nous venons de parler ,
mais d'une autre Reine d'Affyrie , qui a
porté le même nom , & qui eft venue plufieurs
fiecles après la premiere . Elle eft auffi
connue fous celui d'Atoffe , & elle eut
pour pere Beloch II . Roi d'Affyrie , qui'
66 MERCURE DE FRANCE.
l'affocia à l'Empire dans la douzieme année
de fon regne , & avec qui elle régna
conjointement treize ans. Eufebe qui nous
apprend qu'elle fut également appellée Sémiramis
, ne nous inftruit pas de la caufe
qui lui mérita un pareil furnom. Il y a
apparence que des traits de reffemblance
qu'elle put avoir dans les actions de fa vie
avec la Sémiramis femme de Ninus , que
fes grandes qualités & fes vices ont rendue
fi célebre dans l'Hiftoire , fuffirent
pour le lui faire donner . L'identité d'un
nom qui a été commun à deux Reines , qui
ont eu les mêmes Etats fous leur dépendance
, les aura fait confondre enfemble ;
en attribuant à l'une ce qui appartient à
l'autre. C'eft ce qui avoit été déja très - bien
rémarqué par Photius , qui a repris un ancien
Ecrivain dont il a extrait l'Ouvrage
pour être tombé dans une femblable confufion
. On traite incidemment cette queftion
de chronologie , que l'on éclaircit
par un calcul qui fert à prouver que le rapport
de Porphyre ne péche en aucune façon
contre l'ordre exact des temps. Les facrifices
humains ne cefferent que pour un
temps à Carthage . Quoique leur abolition
fit une partie eflentielle du traité que Gelon
avoit conclu avec ceux de cette République
, il femble pourtant qu'elle n'eut
DECEMBRE. 1755. 67
lieu qu'autant que ce Prince vécut depuis
ce traité. Ils les renouvellerent après fa
mort , qui vraisemblablement leur parut
une raifon fuffifante pour rompre l'engagement
qu'ils avoient contracté. C'est ce
que prouve évidemment une circonstance ,
où étant réduits au défefpoir par Agatocle
Tyran de Syracufe , qui les avoit battus ,
ils facrifierent à leur dieu Saturne deux
cens d'entre les fils de leurs plus illuftres
concitoyens , afin de fe le rendre propice.
Tertullien nous apprend que cette abominable
coutume fe perpétua en Afrique , &
dura publiquement jufqu'au temps du Proconfulat
de Tibere qui fit mettre en croix
les Prêtres auteurs d'une femblable impiété.
Il eft à propos de remarquer qu'il ne
faut pas confondre ce Tibere Proconful
d'Afrique avec l'Empereur du même nom,
lequel fut fucceffeur d'Augufte . Celui dont
il eft question , eft poftérieur à ce Prince
d'environ un fiecle , & ne doit avoir vécu
que fous Adrien qui l'avoit revêtu de la
dignité Proconfulaire. Cette remarque eft
fortifiée par le témoignage de Porphyre
, de Lactance & d'Eufebe , qui rappor
tent la ceffation des facrifices humains au
temps d'Adrien , fous le regne duquel
ils furent abolis dans prefque tous les
lieux où ils étoient en ufage. Au cas qu'on
68 MERCURE DE FRANCE.
fouhaite des preuves plus directes de ce
que nous venons de dire à ce fujer , on n'a
qu'à confulter Saumaiſe ( 1 ) Henri de Valois
( 2 ) , & le P. Pagi ( 3) , qui ont fait
l'obfervation dont nous parlons , & qui
ont très- bien difcuté ce point de critique.
Si le traitement rigoureux dont on avoit
ufé en Afrique envers les Prêtres qui
avoient prêté leur ministère à de pareils
crimes , fervit d'abord à intimider les autres
, il ne put pourtant pas réprimer leur
penchant pour ces fortes de facrifices qui
fe continuerent fecrétement dans la fuite ;
& cela fe pratiquoit ainfi au commencement
du troifieme fiecle , comme le témoigne
Tertullien qui écrivoit vers ce tempsla
fon Apologétique . La victoire que ceux
de la Sicile avoient remportée fur les Carthaginois
, avoit été le fruit de l'habileté
de Gelon , & de fon expérience dans l'art
de la guerre. Auffi avoit- elle contribué à
redoubler l'affection que les Syracufains
avoit pour lui. Il avoit fçu la mériter par
fon humeur populaire , & furtout par la
fagelle avec laquelle il fe conduifoit dans
l'adminiftration des affaires de la Républi-
( 1 ) Cl. Salmafi. Not. in Spartian. ( 2 ) Henric.
Valefi. Annotation . in oration . Eufeb. de Laudib.
Conftantin. pag. 287. ( 3) Pag . Critic, in Annal.
Baron. fub ann. c. 11. n . 14. p . 12 .
DECEMBRE 1755 . 69
que , qui ne pouvoit tomber en de meilleures
mains que les fiennes. Ces motifs
réunis concoururent à affermir l'autorité
dont il jouiffoir longtems avant la défaite
de la flotte des Carthaginois, Le ſervice
important qu'il venoit de rendre à ſa patrie
, trouva dans les Syracufains un peuple
reconnoiffant qui confentit à le payer
du facrifice de fa liberté , en lui déférant
alors la royauté. Quoique le pouvoir de
Gelon fût déja très- abfolu , il lui manquoit
encore la qualité de Roi pour le confirmers
ce n'eft pas qu'il n'eût pu l'ufurper , à
l'exemple de bien d'autres , s'il avoit eu
deffein d'employer comme eux les voies
de la force & de la violence pour l'acquérir
: mais content de gouverner à Syracufe
fous le nom de Généraliffime ou de Préteur
, il ne fe mit pas fort en peine d'afpirer
à un titre qui auroit fans doute indifpofé
les efprits , & lui auroit attiré l'indignation
de fes concitoyens , s'il eût ofé
le prendre fans leur aveu , & qui d'ailleurs
n'eût pas augmenté davantage fa puiffance.
Les traits fous lefquels on nous le repréfente
dans le rang où il fe vit élevé ,
font l'éloge de fon caractere ; ce Prince ,
bien loin d'affecter la pompe qui en paroît
inféparable , & d'abufer du pouvoir attaché
à fa nouvelle dignité , fembloit ne l'a
70 MERCURE DE FRANCE.
•
voir acceptée que pour obliger fes concitoyens
, & céder à leurs inftances réitérées
qui ne purent le diſpenſer de fe foumettre
à leur volonté. C'eft pourquoi il difoit
que l'intention des Syracuſains, en lui mettant
la couronne fur la tête , avoit été de
l'engager par une faveur auffi marquée à
protéger la juftice & l'innocence. Le foin
de maintenir entr'eux la paix & l'union , &
de gagner le coeur de fes fujets par fes manieres
affables & pleines d'humanité , faifoit
fon unique occupation . C'eft ainfi que
fes vertus lui frayerent le chemin du trône,
dont perfonne ne s'étoit vu en poffeffion
depuis la mort d'Archias fondateur de
Syracufe. Ce dernier étoit né à Corinthe
& iffu de la race des Bacchiades , famille
diftinguée & puiffante dans cette ville. Une
aventure finguliere que l'on pourra voir
détaillée dans l'ouvrage , l'ayant contraint
d'abandonner les lieux de fa naiſſance , il
fe retira en Sicile , où s'étant établi avec une
colonie de fes compatriotes qui l'avoient
fuivi , il bâtit Syracufe. Après y avoir
regné plufieurs années , il fut tué par un
jeune homme pour qui il avoit eu une
tendreffe criminelle , & dont il avoit abufé
dans l'enfance : le temps où tombe la
fondation de cette ville , forme une Epoque
affez curieufe pour mériter qu'on s'arDECEMBRE.
1755. 71
rête à la déterminer conformément à la
fupputation qui réfulte d'une particularité
que fourniffent les Marbres. On touche
auffi un mot de la grandeur de Syracufe ,
qui comprenoit dans fon enceinte quatre
villes voifines l'une de l'autre , & dont
Archias n'en compofa qu'une feule. La
forme de fon gouvernement éprouva du
changement depuis la mort de celui qui en
avoit jetté les fondemens. Les Syracufains
abolirent l'Etat Monarchique pour lui fubftituer
le Démocratique qui fe maintint
fort longtems. Hippocrate Tyran de Gele,
tenta dans la fuite de leur ravir la liberté.
Après avoir réduit divers Peuples de la
Sicile fous fon obéiffance , il tourna fes armes
contre les Syracufains qu'il défit auprès
du fleuve Elore. Ceux ci n'auroient
point évité la fervitude qui les ménaçoit ,
s'ils n'avoient été fecourus des Corinthiens
& des Corcyréens qui prirent leur défenfe,
à condition qu'ils céderoient à Hippocrate
la ville de Camarine qui avoit été jufqueslà
fous leur dépendance. Dans le temps
qu'Hippocrate continuoit à faire la guerre,
il mourut devant la ville d'Hybla . Gelon ,
dont les ancêtres avoient depuis bien des
années leur établiſſement dans Gele , &
defcendu du Sacrificateur Telinès , ayant
reçu d'Hippocrate le commandement de la
72 MERCURE DE FRANCE.
cavalerie s'étoit fignalé par fon courage
dans toutes ces occafions. Les Gelois las de
fe voir opprimés par la tyrannie , refuſerent
de reconnoître pour leurs Souverains
Euclide & Cléandre , les deux fils qu'Hippocrate
avoit laiffés. Gelon , fous prétexte
de réprimer la révolte des Gelois , envahit
la domination , & en priva les enfans
d'Hippocrate , dès qu'il eut fait rentrer les
rebelles dans leur devoir. Gelon ramena
enfuite de Cafmene dans Syracufe quelques
uns de fes habitans nommés Gamores
, qui en avoient été chaffés. Les Syracufains
qui le virent approcher , livrerent
en fon pouvoir leur ville & leurs perfonnes.
On ne fçauroit dire s'ils crurent qu'il
leur feroit plus avantageux d'agir de la
forte que de s'expofer aux maux que les
fuites d'un fiege ont coutume d'occafionner.
Ce qu'il y a de vrai , c'eſt que Gelon
devint maître abfolu de cette ville fans
qu'il lui en coutât le moindre combat . Il
abandonna la principauté de Gele à fon
frere Hieron , & fe réferva celle de Syracufe
qu'il peupla de nouveaux habitans ,
& qu'il rendit plus que jamais floriffante.
Une réflexion très - naturelle porte l'Auteur
à conclure que la conduite de Gelon
en cette circonftance dément le caractere
qu'on lui attribue. Il y auroit fans doute
de
DECEMBRE 1755. 73
pour
de l'injuftice à le juger fur cette feule
action ; qui , quoiqu'elle ne foit pas à la
vérité fort honorable à fa mémoire , ne
doit pourtant point influer fur le refte de
fa vie : au moins c'eſt ce qu'on eft en droit
d'inférer du témoignage des Ecrivains de
l'antiquité qui ont parlé de lui . Il paroît
feulement par- là que Gelon , tout vertueux
qu'on nous le dépeint d'ailleurs , ne fut
pas toujours exempt de la paffion de dominer
, qui le fit ufer de perfidie envers
les héritiers légitimes , en les dépouillant
de l'autorité fouveraine , & l'engagea dans
des pratiques criminelles fatisfaire
fon ambition. Comme les Anciens qui ont
déterminé le tems de fon regne , varient
confidérablement entr'eux , lorfqu'il s'agit
d'en conftater la durée , qu'ils étendent
plus ou moins , felon la fupputation à
laquelle ils s'attachent , on infifte conféquemment
fur les contradictions apparentes
qui naiffent de la différence de leur calcul
, & afin d'être en état de les concilier
on recherche la caufe qui a produit ces
variétés. Il fuffit pour la découvrir de
comparer exactement leur rapport ,
dont
la diverfité vient de ce que le commencement
de la domination de Gelon pouvant
fe fixer à différentes dates , cela à donné
lieu à la différente maniere d'en compter
II.Vol. Ꭰ
7 MERCURE DE FRANCE.
les années. Les uns ont daté l'Epoque de
fon regne, dumoment qu'il fut maître dans
Syracufe dont les habitans s'étoient foumis
à lui ; parce qu'il y avoit un pouvoir
prefque aufli abfolu que celui qui eft affecté
à la Royauté . Les autres qui ont niarqué
les chofes avec plus de précifion , re
l'ont commencé que depuis qu'il fut proclané
Roi , titre que lui mériterent l'importance
de fes fervices & fon dévouement
au bien de la République. Nous ferions
trop longs , s'il nous falloit entrer dans
le détail de preuves qui fervent à établir
la vérité de cette remarque que nous ne
faifons qu'indiquer. C'eft pourquoi nous
aimons mieux renvoyer les Lecteurs curieux
d'approfondir les matieres de cette
nature à l'ouvrage même , où il leur fera
plus facile de prendre une idée jufte &
précife des calculs qui accompagnent cette
difcuffion chronologique. Gelon mourut
après avoir gouverné Syracufe fept
ans , avec la qualité de Roi. Il laiffa pour
fon fucceffeur Hieron , le plus âgé de fes
deux freres qui reftoient. Il ordonna en
mourant , à Damareté fa femme & fille de
Theron Tyran d'Agrigente , d'époufer
Polyzele qui fut pourvu du commandement
de l'armée , que l'on avoit fans doute
foin de tenir toujours prête à marcher
DECEMBRE. 1755- 75
en cas que le peuple de Syracufe fût inquieté
par fes voifins , ou attaqué par
des nations étrangeres. Hieron parvenu
à jouir de la Royauté , fe comporta bien
différemment de fon prédéceffeur. Il hérita
du rang de fon frere , mais non pas
de fes vertus . Il étoit avare , violent &
auffi éloigné de la probité de Gelon que
de fa candeur. Son humeur cruelle &
fanguinaire n'auroit pas manqué d'exciter
un foulevement général parmi les Syracufains
, fi le fouvenir des bienfaits de Gelon
, dont la mémoire leur étoit par conféquent
très -chere n'eût été un motif
capable de les retenir. Les foupçons & la
défiance , vices inféparables d'une conduite
tyrannique , l'armerent contre fes propres
fujets , dont il craignoit les complots,
Il s'imagina que pour mettre fa vie en fureté
, la force feroit une voie moins douteufe
que leur affection qu'il auroit fallu
captiver. Il leva pour cet effet des troupes
mercenaires , & compofa fa garde de
foldats étrangers. Comme il s'apperçut de
l'attachement des Syracufains pour Polyzele
qu'ils cheriffoient autant qu'ils le
haïffoient , ce fut affez pour lui faire foupçonner
fon frere d'afpirer à la Royauté , &
pour lui rendre toutes fes démarches fufpectes.
Il ne vit plus en lui qu'un rival
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
dangereux , qu'il étoit de fon intérêt de
perdre. Un événement parut favorable à
les deffeins . Il s'agiffoit de prendre la défenfe
des Sybarites qui avoient imploré
fon fecours contre les Crotoniates, par qui
ils étoient affiégés . Il faifit cette occafion
de fe défaire de fon frere qui étant chargé
du commandement de l'armée , reçut ordre
de lui de les aller fecourir.
Il avoit , felon toutes les apparences ,
travaillé aux moyens de le faire périr dans
le combat . Au moins c'eft ce que crut
Polyzele qui , pénétrant fes intentions , &
connoiffant d'ailleurs fa jaloufie , refuſa
d'obeir. Hieron irrité de fe voir fruftré
dans fes projets , éclata en menaces. Polyzele
n'auroit certainement pas tardé à
éprouver les effets de fon reffentiment ,
s'il n'avoit pris le parti de s'en garantir
en fe refugiant à la Cour de Theron dont
il avoit épousé la fille . Il n'en fallut pas
davantage pour brouiller ces deux Princes
, qui auparavant étoient amis . Hieron
reclama Polyzele comme un rebelle qu'il
vouloit punir , & fut indigné de ce que le
Roi d'Agrigente lui donnoit une retraite
dans fes Etats. D'un autre côté , la violence
que l'on faifoit à Polyzele , touchoit
trop Theron pour ne pas l'engager à foutenir
la cauſe de ſon gendre , & à le déDECEMBRE.
1755, 77
fendre des injuftes pourfuites de fon frere.
On fe difpofoit déja de part & d'autre à
la guerre , lorfque Hieron tomba dangereufement
malade . Ce qu'il y a de fingulier
, c'eft que cette maladie toute fâcheufe
qu'elle devoit être pour ce Prince , lui
fut pourtant néceffaire , puifqu'elle occafionna
un changement dans fa perfonne ,
auquel on n'avoit pas lieu de s'attendre.
Pour adoucir l'ennui que lui caufoit la
longueur de fa convalefcence , il invita
par fes largeffes les plus fameux Poëtes de
fon tems à fe rendre auprès de lui . Il efperoit
trouver dans leurs entretiens un remede
à fes chagrins domeftiques. On peut
croire que Simonide , de qui Pindare luimême
avoit appris les principes de fon
art , ne fut pas oublié dans le nombre de
ceux qu'Hieron attira à fa Cour. Il fut celui
qui fçut le mieux s'infinuer dans l'efprit
de ce Prince , & obtenir fa confiance.
Ce Prince eut l'obligation au commerce
qu'il lia avec les Sçavans qu'il avoit
fait venir , d'avoir poli fes moeurs & orné
fon efprit qui étoit naturellement capable
des plus grandes chofes , mais qu'une
application continuelle aux exercices militaires
ne lui avoit pas permis jufques là
de cultiver. Il profita beaucoup dans les
fréquentes converfations qu'il avoit avec
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Simonide . Elles furent autant de leçons
qui lui infpirerent l'amour de la vertu , &
l'accoutumerent par dégrés à en remplir
les devoirs . Elles lui firent ouvrir les yeux
fur fes égaremens , & fentir toute l'injuftice
de la guerre qu'il alloit fe mettre fur
les bras . Les confeils de notre Poëte lui furent
d'une grande reffource pour tourner
les chofes vers la pacification . Voici de
quoi il eft queftion. Theron ayant donné
Thrafydée fon fils pour maître aux Himerens
, celui-ci rendit fa domination infupportable
par fon orgueil & par fes violences
, qui les contraignirent de fe foulever
contre lui . Ils n'oferent fe plaindre de fa
conduite à Theron , parce qu'ils craignirent
que l'oppreflion devînt encore plus
forte , en cas que le pere fe montrât juge
peu équitable dans la caufe de fon fils.
C'est pourquoi ils fe déterminerent à envoyer
des Députés à Hieron pour lui offrir
du fecours contre Theron , & lui déclarer
en même tems qu'ils fouhaitoient à l'avcnir
dépendre de lui . Cette conjoncture
fournir à Simonide les moyens de remettre
la paix entre les deux Princes , & de faire
l'office de médiateur. Ce fut par fes avis
que Hieron inftruifit le Roi d'Agrigente
du complot formé par les habitans d'Himere
, & l'avertit de prendre fes mesures
pour le faire avorter.
DECEMBRE. 1755. 79
La reconnoiffance de Theron fut égale
à la générosité du procedé d'Hieron , avec
qui il ne fongea plus qu'à fe réconcilier ,
& leurs démêlés mutuels furent dès- lors
pacifiés. Hieron , pour affermir davantage
cette union , époufa la foeur de ce Prince .
Il rendit fon amitié à Polyzele , & les deux
freres vécurent depuis en bonne intelligence.
« Hieron commença ( dit l'Auteur )
à facrifier fes intérêts au bien public. Il
38
ne s'occupa plus que du foin d'acquerir,
» à l'exemple de Gelon , par fes manieres
» affables & par fa clémence , le coeur &
» l'eftime de fes fujets . Ses libéralités qu'ils
» éprouverent dans la fuite , effacerent
» entierement de leur mémoire les traits
" d'avarice qu'ils avoient d'abord remar-
» qués en lui . Sa Cour devint l'afyle des
» fciences , par la protection qu'il accor-
» doit aux perfonnes qui les cultivoient
» avec fuccès. Il montroit plus d'ardeur à
» les prévenir par des récompenfes , que
» les autres n'en avoient à les obtenir.
و د
L'Auteur accompagne fon récit de cette
réflexion qui fe préfente naturellement .
» Comme il réjaillit autant de gloire fur
le Prince qui répand fes bienfaits , que
» fur le particulier qui les reçoit , com-
" bien de Souverains ne font un accueil
» favorable au mérite , peut - être moins
Div
80 MERCURE DE FRANCE .
"3
» pour l'honorer , que pour fatisfaire euxmêmes
leur vanité ! Si l'on compare cet-
» te derniere conduite d'Hieron avec celle
qu'il avoit tenue en premier lieu , on
» fera furpris d'un contrafte auffi frappant.
Il devoit du moins avoir un fond de
» vertu ; car les fciences toutes feules ne
produifent point de pareils changemens.
» Elles perfectionnent à la vérité un heu-
» reux naturel ; mais il eft rare qu'elles
» réforment un coeur vicieux . >>
ود
Nous avons déja infinué quelque chofe
de l'avarice de Simonide . On peut affurer
qu'il n'y a point d'endroit où elle parut
plus à découvert qu'à la Cour d'Hieron .
Elle s'eft caractérisée jufques dans les reparties
qu'on lui attribue . Nous allons citer
quelques - unes de celles que l'on a recueillies.
On apprend d'Ariftote que la
femme d'Hieron ayant demandé à ce Poëte
, lequel étoit le plus à défirer , d'être riche
on fçavant ? il répondit , qu'il préferoit les
richeſſes , puisqu'on ne voyoit tous les jours
à la porte de riches que des fçavans . Hieron
avoit donné ordre qu'on lui fournît
chaque jour les provifions néceffaires pour
le faire vivre dans l'abondance , & Simonide
pouffoit l'épargne jufqu'à en vendre
la principale partie. Lorfqu'on voulut fçavoir
pourquoi il fe comportoit de la forte.
DECEMBRE. 1755. 81
C'est ( reprit- il auffi - tôt ) pour montrer en
public la magnificence du Prince , & ma
grande frugalité. Cette réponſe paroit à
M. Bayle un pauvre fubterfuge , & l'on
ne peut nier que fa remarque ne foit jufte.
Mais c'eft affez l'ordinaire des Beaux-
Efprits de payer de traits ingénieux pour
excufer les défauts qui choquent en eux
& fur lefquels on les preffe de s'expliquer ,
quand ils n'ont point de bonnes raifons à
alléguer pour leur juftification. Toutes
les fois que l'avarice infatiable de ce Poëte
l'expofoit à des railleries & à des reproches
, il avoit fon excufe prête , en difant
, qu'il aimoit mieux enrichir fes ennemis
après fa mort , qu'avoir besoin de fes
amis pendant fa vie. Auffi n'étoit - il rien
moins que difpofé à écrire gratuitement :
c'eft ce qu'il fit fentir à un homme qui
l'avoit follicité à compofer des vers à fa
louange , en fe contentant de l'affurer qu'il
lui en auroit des obligations infinies. Une
pareille propofition fatisfit peu Simonide ,
qui lui répondit , qu'il avoit chez lui deux
caffettes , l'une pour les payemens qu'il exigeoit,
& l'autre pour les obligations qu'on pouvoit
lui avoir, que la premiere reftoit toujours
vuide , au lieu que celle- ci ne ceffoit jamais
d'être pleine. On conçoit aifément que fon
humeur intéreffée devoit rendre fa plume
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
fort venale . Ce qu'il y a de certain , c'est
qu'il a la réputation d'avoir été le premier
des Poëtes Grecs qui ayent mis les Mufes
à louage. On ne fçauroit difconvenir que
cette tache n'obfcurciffe la gloire qu'il s'eft
acquife par la beauté de fon génie. L'indigne
trafic qu'il faifoit de fes ouvrages
donna naiffance à un proverbe honteux à
fa mémoire . Il fuffifoit que des vers fuffent
vendus au plus offrant pour porter le nom
de vers de Simonide. Comme le mot grec
dont fe font fervis des Auteurs anciens ,
pour exprimer l'avarice de Simonide , reçoit
des acceptions différentes , felon l'ufage
auquel on l'applique , il a induit en
erreur Lilio Giraldi , qui à attaché à ce terme
une fignification contraire à fon analogie
, quelle que foit la racine d'où on
veuille le dériver , & dont , à plus forte
raifon , il ne peut être fufceptible dans
l'occafion où il fe trouve employé. C'eſt
ce qui eft fpécifié plus particuliérement
dans l'ouvrage auquel il faut recourir , fi
l'on fouhaite s'en inftruire. Nous ajouterons
encore à ce que nous venons de dire
de ce Poëte , une circonftance qui dévoile
entierement l'exceffive paffion qu'il avoit
de thefaurifer. Un Athlete vainqueur à la
courfe des Mules , ayant voulu l'engager
a célébrer la victoire , lui offroit une fomDECEMBRE.
1755 .
83
me trop modique
, Simonide
refufa de le
fatisfaire
fur fa demande
, fous prétexte
qu'il
à un homme
comme lui
conviendroit
peu
de louer des Mules . Mais l'autre ayant pre- pofé un prix raifonnable
, notre Poëte
confentit
à faire l'éloge de ces Mules, qu'il
qualifia de filles de chevaux
aux pieds légers, expreffion
emphatique
qui a été défapprouvée
avec juftice par des Critiques
. Nous ne croyons
pas devoir nous arrêter à une
autre repartie
à peu-près du même genre, qui lui eft attribuée
par Tzetzes
, Auteur
peu exact en fait de narration
hiftorique
, parce qu'elle porte fur une fuppofition
évidemment
fauffe qui rend fon récit fufpect
, pour ne rien dire de plus. Il faut
confulter
l'ouvrage
pour avoir une pleine
conviction
de ce que nous remarquons
à ce fujet. Simonide
poffeda jufqu'à la mort
les bonnes graces d'Hieron
, dans lefquelles
il étoit entré fort avant . Il ne fut point confideré
à la Cour comme
un homme
dont le talent confiftoit
uniquement
à faire
des vers , & à donner
quelques
leçons
de morale ; ce Prince le jugea capable
de l'aider de fes confeils
dans le gouverne- ment des affaires , & il eut lieu de s'en louer
dans plus d'une occafion
. Auffi s'ouvroitil
familiérement
à ce Poëte , dont il connoiffoit
la prudence
, & il ne faifoit au-
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
cune difficulté de lui communiquer fes
penfées les plus fecrétes. Les entretiens
qu'ils avoient enſemble là - deffus , ont fans
doute fourni à Xenophon le fujet d'un
Dialogue de fa façon , où les introduifant
l'un & l'autre pour interlocuteurs , il produit
lui-même fous ces noms empruntés ,
fes réflexions politiques. C'est une excellente
piece qui renferme un parallele entre
la condition des Rois & celle des Particuliers.
Comme Hieron avoit paffé par ces
deux états , cet ingénieux Ecrivain ne pouvoit
choifir perfonne qui fût censé être
mieux à portée que ce Prince d'en apprécier
les différences. La maniere dont il
fait parler Simonide , eft analogue au caractere
de ce Poëte qui foutient par la
folidité des avis qu'Hieron reçoit de lui ,
la réputation de fage qu'il a méritée
par l'honnêteté de fes moeurs : En effet ,
quelques légeres taches répandues fur fa
vie , que l'on devroit taxer plutôt de foibleffes
inféparables de l'humanité , ne
pourroient balancer toutes les belles qualités
que la nature lui avoit accordées , s'il
n'avoit témoigné dans fes actions un penchant
trop marqué pour l'avarice la plus
fordide , vice fi honteux qu'il fuffit lui
feul pour diminuer l'éclat des vertus qui
l'ont rendu d'ailleurs recommandable.
DECEMBRE. 1755 . 85
da ce
que
Les fréquentes converfations d'Hieron
& de Simonide ne rouloient point feulement
fur des matieres de pure politique ;
elles avoient encore pour objet l'examen
des queftions les plus philofophiques . C'eſt
ce qui paroît par la célebre réponſe que
notre Poëte fit à ce Prince , qui lui demanc'étoit
que Dien ? Il faut convenir
que la queftion étoit des plus épineufes ,
& par conféquent très- propre à embarraffer.
Auffi Simonide ne manqua pas de
prétexte pour juftifier l'impuiffance où il
fe voyoit d'y fatisfaire fur le champ , &
il obtint du tems pour y rêver plus à fon
aiſe. Le terme étant expiré , Hieron étonné
de tous les délais dont ce Poëte ufoit
pour éluder l'explication qu'on exigeoit
de lui , en voulut apprendre la caufe . Simonide
avoua ingénuement , que plus il
approfondiffoit la chofe , plus elle lui fembloit
difficile à réfoudre.
Si l'on inféroit de fa réponſe à Hieron ,
que ce Poëte avoit formé quelque doute
fur l'existence d'un Etre Suprême, ce feroit
non-feulement étendre la conclufion beaucoup
plus loin que ne l'eft la prémiffe ; mais
ce feroit déduire une conféquence trèsfauffe.
Car Simonide étoit fi peu porté à
nier qu'il y eût une Divinité , que jamais.
Poëte Payen n'a peut -être eu une perfuaS6
MERCURE DE FRANCE.
fion plus vive des effets de fa puiffance ;
c'est ce que témoignent affez les fragmens
qui nous reftent de fes Poélies , & principalement
quelques vers de lui , qui font
cités par Théophile d'Antioche . « Il y eft
dit , qu'il n'arrive aux hommes aucun
" mal inopiné : que Dieu fait en un feul
» moment changer de face à toutes chofes,
» & que perfonne ne fçauroit fe flatter
d'acquérir la vertu fans une affiftance
» particuliere de fa part ».
Simonide termina fa vie à l'âge de quatre
-vingt-dix ans , dont il paffa les trois
derniers à la Cour d'Hieron. Le tombeau
qu'on lui avoit élevé à Syracufe , fut dans
la fuite du temps démoli par un Général
des Agrigentins , appellé Phoenix , qui en
fit fervir les matériaux à la conftruction
d'une tour. On marque le temps dont fa
mort précede celle d'Hieron , & pour le
conftater d'une maniere préciſe , il a fallu
néceffairement fixer celui où tombe le
commencement & la fin du regne de cè
Prince , duquel on détermine conféquemment
la durée. On fent bien que tout celá
eft accompagné de détails chronologiques
dans lesquels nous évitons ici de nous engager
parce qu'ils n'intéreffent qu'un
très -petit nombre de Sçavans exercés à ce
genre d'étude. L'Auteur conduit plus loin
DECEMBRE. 1755. $7
que la mort de notre Poëte , le fil de fa
narration qui offre en raccourci l'hiftoire
de Syracufe . Il parcourt avec rapidité les
révolutions qui arriverent à cette République
depuis l'expulfion de Thrafybule
frere & fucceffeur d'Hieron , que fa conduite
violente avoit fait chaffer de Syra--
cufe , jufqu'au temps qu'elle éprouva le
fort ordinaire aux Villes que les Romain's
foumettoient
à leurs armes . Comme le récit
de ces chofes femble au premier coup
d'oeil ne tenir en aucune façon au plan général
de l'Ouvrage , on ne manquera pas
de le trouver abfolument hors d'oeuvre.
En tout cas , l'Auteur a prévenu lui-même
l'objection qui peut avoir lieu . «< Ayant ,
» dit-il , donné la plus grande partie de
» l'histoire de cette fameufe République ,
» que j'ai eu occafion de prendre dès fon
» origine , je me ferois reproché mon peu
» d'attention à procurer au Lecteur une
» entiere fatisfaction , fi je n'avois rendu
fon inftruction complette , en mettant
» devant fes yeux un précis de la fuite
» des affaires de Syracufe , jufqu'au temps
» qu'elle tomba au pouvoir des Romains ,
"
"
qui l'affujettirent à leur Empire. Je pen-
» fe avoir été d'autant plus fondé à le
faire , qu'un des derniers de ceux qui
ont gouverné defpotiquement en cette
Ville , étoit defcendu de Gélon , &
1
88 MERCURE DE FRANCE.
و ر
porté le nom d'Hieron , ainfi que le
» frere de ce Prince. Il marcha fi parfaite-
» tement fur les traces du premier , que
» de Préteur qu'il étoit auparavant à Sy-
» racufe , il s'ouvrit également par fes
» vertus un chemin à la royauté. Il eft
» furtout célebre par fes démêlés avec les
» Romains qui le défirent plus d'une fois :
» ce qui l'obligea de contracter avec eux
» une alliance dans laquelle il perfifta le
» refte de fes jours . Il étoit donc naturel
» de toucher légerement ce qui regarde ce
» Monarque de qui l'hiftoire ne doit pas
» être détachée de celle de fes Ancêtres ,
» dont il n'a point démenti les belles actions.
Enfin quand on trouveroit que
» la relation de ces chofes fort des bornes
» que mon principal fujet me prefcrivoit ,
» s'il réfulte pour le Lecteur quelque avan-
» tage de voir réunies dans un feul point de
» vue toutes les différentes révolutions
particulieres à l'état de cette Républi-
» que , depuis l'époque de fa fondation ,
jufqu'à celle de fa ruine ; c'eft lui feul
» qui fera mon apologie
"3
L'Auteur , après avoir fait l'hiftoire de
Simonide & celle de fon Siecle , paffe enfuite
au détail de fes Poéfies. Quoiqu'il en
eût compofé un grand nombre , il en refte
à peine des fragmens qui font comme des
débris échappés aux injures du temps. Ils
DECEMBRE. 1755 . 89
ont été recueillis par Fulvius Urfinus , &
en partie par Leo Allatius. Le premier les
a accompagnés de notes de fa façon . Il
n'eftfouvent parvenu jufqu'à nous que les
titres de plufieurs de ces Poéfies qui ont
tranfmis avec honneur le nom de Simonide
à la postérité. Les perfonnes curieufes
de les connoître , n'auront qu'à recourir
à la Bibliotheque Grecque du fçavant
M. Fabricius. Comme fon objet principal
eft d'y offrir une notice des ouvrages
des Auteurs Grecs , & d'y détailler les circonftances
qui en dépendent , il a dreffé
avec fon exactitude ordinaire un catalogue
de toutes les différentes fortes de Poëmes
qu'avoit écrits Simonide , autant qu'il
a pu en avoir connoiffance , en feuilletant
ceux d'entre les Anciens qui ont eu occafion
de les indiquer , lorfqu'ils ont cité des
vers de ce Poëte . On n'a pas cru devoir
s'arrêter dans cette Hiftoire à ces fortes de
détails , dont on ne tire d'autre fruit que
celui de fatisfaire fa curiofité. Ils peuvent
être fupportables en Latin , où l'on n'affecte
pas la même délicateffe qu'en notre Langue
, lorfqu'il s'agit de chofes auffi feches :
elles caufent de l'ennui & du dégout au
Lecteur François qui s'attend à des inftructions
plus folides. Quand on confidere la
perte de beaucoup de bons ouvrages que
90 MERCURE DE FRANCE.
le temps nous a ravis , tandis qu'il a épargné
tant de foibles productions qui , bien
loin d'être enviées , ne méritoient pas même
de voir le jour , on ne fçauroit s'empêcher
d'avouer que c'eft -là un de ces caprices du
fort qui prend plaifir à fe jouer de tous les
moyens que l'induftrie humaine peut imaginer
pour fe garantir de fes injuftices.
Si on demande à l'Auteur pourquoi il ne
s'eft point fait un devoir de traduire en
notre langue ces fragmens poétiques , ( car
quelques imparfaits que foient les morceaux
qu'ils renferment , ils ferviroient du
moins à donner une idée de la beauté du
génie de Simonide ) il répondra que la
défunion des parties qui forment l'enchaînement
du difcours , rend trop difparates les
chofes qui font énoncées dans les vers de
ce Poëte : comme elles n'ont aucune relation
les unes avec les autres , elles font par
cela même incapables d'offrir un fens fuivi
; « de forte que ce feroit , ( dit-il , ) per-
» dre fes peines , que d'expofer ces frag-
» mens en l'état actuel où ils font , fous
les yeux du Lecteur François qui aime
qu'on ne lui préfente que des idées bien
afforties , & parfaitement liées enſem-
» ble . On trouve dans un recueil qu'on
a fait de ces fragmens , deux pieces écrites
en vers ïambes , qui ont été mises à ce
DECEMBRE. 1755. 91
qu'il paroît , fur le compre de notre Simo
nide : c'eft ce qu'il y a de plus entier de
tout ce qui eft venu jufqu'à nous de fes
Poéfies. L'une roule fur le peu de durée de
la vie humaine , & l'autre eft une efpece
de fatyre ridicule contre les femmes , où
F'on ne produit que des injures groffieres
pour reprendre les défauts qu'on peut leur
reprocher. On y fait une application continuelle
des vices de ce fexe , aux diverfes
propriétés attachées à la nature des animaux
defquels on feint qu'il a été formé.
On y fuppofe que l'origine de l'ame des
femmes eft différente felon la diverfité de
leur humeur ; que l'ame des unes est tirée
d'un cheval , ou d'un renard , ou d'un finge
, 8 que celle des autres vient de la
terre & de la mer. Elien cite un vers qui
a rapport aux femmes qui aiment la parure.
On reconnoît difficilement Simonide
à ces traits qui font indignes de lui , &
affurément certe piece n'eft pas marquée
au coin qui caractérife communement fes
productions. Enfin il eft inconteſtable que
ces deux Poëmes n'appartiennent en aucune
maniere au Simonide dont on écrit
la vie; puifque les Anciens ne nous appren
nent point qu'il fe foit jamais exercé dans
ce genre de poéfie . Il les faut reftituer à
un autre Simonide qui a précédé le nôtre
92 MERCURE DE FRANCE.
de plus de deux fiecles. C'est lui qui doit
en être regardé comme le véritable auteur.
Il ne feroit pas étonnant que l'identité de
nom eût fait confondre enfemble ces deux
Poëtes , qui font du refte très- différens l'un
de l'autre. C'est ce que l'on confirme par
une preuve que fournit le témoignage des
Anciens qui ont pris foin de les diftinguer,
l'un , par la qualité de Poëte Lyrique , &
l'autre , par celle de Poëte Iambique. Celui
qui eft renommé dans l'antiquité par la
compofition de fes ïambes , étoit né à
Minoa , ville de l'ifle Amorgos. Suidas le
dit fils d'un certain Crinée qui ne nous
eft pas autrement connu . Ses travaux poétiques
ont eu le même fort que ceux de
notre Simonide. Il n'en fubfifte plus que
des fragmens qui confiftent uniquement
en ces deux poëmes dont nous venons de
parler , & en quelques vers détachés qui
nous ont été confervés par Athénée , Galien
, Clément d'Alexandrie & Stobée .
On recherche le temps où il vivoit ; &
comme une date que produit Suidas , conconcourt
à le déterminer par celle de la
ruine de Troye , l'Auteur piend de-là occafion
d'entrer dans un examen chronologique
des différentes Epoques que les Anciens
affignent à la prife de cette Ville.
Nous nous bornerons à en expofer ici le
DECEMBRE . 1755 . +3
"
"3
réſultat qu'il en donne lui - même dans fa
préface. Quelque foit le calcul auquel on
veuille s'attacher , « il eft conftant , (dit-il)
» que celui du LexicographeGrec eft fautif,
» à moins qu'on ne fubftitue dans fon
» texteune lettre numérale à l'autre , ainfi
que Voffius l'a parfaitement obfervé. Il
»y a d'autant plus d'apparence qu'il aura
fouffert en cela de l'inadvertance des
Copiftes qui font fujets à commettre de
» femblables mépriſes ; que la validité de
» la leçon qu'on propofe fe peut inférer
» d'un paffage formel qui fe tire de Tatien.
C'eft par-là feulement qu'on vient à bout
» de fauver la contradiction fenfible qui
» naîtroit de fon témoignage , & de celui
» de quelques - uns des Anciens , qui font
» ce Simonide contemporain d'Archiloque
, & par conféquent le renvoyent
» bien en- deça du fiecle où il le place.
» Comme il s'accorde à dire qu'Archilo-
» que fleuriffoit fous Gygès Roi de Lydie,
» dans la perfonne duquel commence la
» Dynaſtie des Mermnades , il s'enfuit de-
>> là que le temps du Simonide en queftion
»fe trouve étroitement lié à celui du regne
» de ce Prince & de fes fucceffeurs. C'eſt
pourquoi il réfulte des moyens que j'ai
employés pour fixer l'un par l'autre , une
» difcuffion qui m'a paru propre à répan-
"
39
94 MERCURE DE FRANCE.
» dre une nouvelle clarté fur la Chronolo-
» gie des Rois de Lydie ». Nous ajouterons
que la matiere eft affez importante
par elle-même pour fixer la curiofité des
Sçavans que leur propre expérience a mis
en état de fe convaincre de l'obſcurité qui
regne fur cette partie de l'Hiftoire ancienne.
La maniere avantageufe dont on nous
parle du Simonide fameux par fes productions
Lyriques , ne permet pas d'hésiter à
le placer au rang des meilleuts Poëtes de
l'Antiquité ce qu'on ne fçauroit dire
également de celui qui a écrit des vers
iambes. Il eft certain qu'il n'a pas joui de
la même célébrité , & que notre Simonide
l'emporte à tous égards fur l'autre. D'ailleurs
fon talent s'étendoit plus loin qu'à
faire des vers. C'est ce qu'on a été à portée
de voir plus d'une fois dans le cours
de cet Extrait. Cela paroît encore par l'invention
des quatre Lettres Grecques ( ou
,, » & , qui lui eft communément
attribuée. Il faut pourtant avouer qu'elle
lui eft conteſtée par quelques- uns qui en
font honneur à Epicharme né en Sicile .
Tzetzes balance même auquel des deux il
doit la rapporter , ou à notre Simonide ,
ou à Simonide le Samien qu'il dit être fils
d'un certain Amorgus. Il n'eft pas douteux
que ce dernier ne foit le même que
DECEMBRE. 1755.
95
le Poëte iambique de ce nom , à qui quelques
anciens Ecrivains donnent Samos
pour patrie , quoique le plus grand nombre
le faffe naître à Amorgos . Il n'eft pas
difficile de s'appercevoir de la méprife
grolliere de Tzetzes , qui transforme le
nom du lieu de la naiffance de ce Simonide
, en celui du pere de ce Poëte. On
n'infifte point fur cesLettres qui auroient
pu fournir le fujet d'une difcuffion , fi
Scaliger , Saumaife , Samuel Petit , Voffius
, Bochart , Ezéchiel Spanheim , Etienne
Morin , & le P. Montfaucon , n'avoient
déja épuifé tout ce que l'on peut produire
fur l'origine de l'Alphabeth Grec. On a
cru qu'il étoit plus à propos de renvoyer
à ces doctes Critiques , en citant au bas
de la page les endroits de leurs ouvrages ,
où ils ont traité cette matiere , que de redire
en gros des chofes qu'ils ont fi bien approfondies
en détail . Notre Simonide paffe
encore pour avoir ajouté une huitième
corde à la Lyre dont il fe propofa par- là
de perfectionner l'ufage , comme nous
l'apprenons expreffément de Pline . On
trouve parmi les fragmens de fes Poéfies
quelques vers qui ont été allégués par Platon
, Lucien , Athenée , Clément d'Alexandrie
, & Théodoret. Ils valent bien
la peine d'être cités pour leur fingularité.
96 MERCURE DE FRANCE.
Leur objet eft de définir quels font les biens
préférables de la vie. Voici ce qu'ils renferment.
« De tous les biens dont les hommes
peuvent jouir , le premier eft la fan-
»té , le fecond la beauté , le troiſieme les
richeffes amaffées fans fraude , & le
quatrieme la jeuneſſe qu'on paffe avec
» fes amis ».
22.
De tous les ouvrages que Simonide
avoit compofés , il n'y en a point afſurément
qui l'ait plus illuftré , & lui ait attiré
plus de louanges des Anciens , que ceux
qui portoient le titre de Threnes ou de
Lamentations. Ce font elles que Catulle
défigne par cette expreffion , mæftius lacrymis
Simonideis. Horace les a également en
vue , lorfqu'il dit pour repréfenter des
Mufes plaintives , Cea retractes munera
Nama. Son talent principal étoit d'émouvoir
la pitié ; & l'on peut affurer qu'il excelloit
dans le genre pathétique. Au moins
c'est l'aveu que fait Denys d'Halicarnaffe ,
qui le préfere à tous les Poëtes qui avoient
travaillé dans la même partie , après l'avoir
d'ailleurs regardé comme un modele
dans le choix des mots. La leçon de cet
endroit du Traité de l'Auteur Grec dont
on cite les paroles , eft d'autant plus défectueufe
, qu'elle forme un fens tout contraire
à celui que cet ancien Critique veut
exprimer.
DECEMBRE. 1755. 97
exprimer. Cela paroît avoir été occafionné
par la tranfpofition de deux mots qu'il s'agit
de remettre à la place qui leur eft propre
, pour réduire l'énoncé de la phraſe
grecque à un fens naturel & raifonnable.
C'est ce que l'Hiftorien a entrepris dans
une note dont le but est de rectifier ce paffage
qui a été étrangement altéré par l'inadvertence
des Copiftes. Le jugement que
Quintilien porte de Simonide confirme
celui de Denys d'Halicarnaffe , qui rapporte
un morceau d'une de ces Lamentations
de notre Poëte. Danaë déplorant fes malheurs
en faifoit le fujer . On fçait que fuivant
la fable , cette Princeffe infortunée
fut enfermée par l'ordre d'Acrifius fon
pere , dans un coffre d'airain avec l'enfant
qu'elle avoit mis au jour pour être jettée
dans la mer. Simonide fuppofe que dans
le temps qu'elle erroit au gré des vents &
des flots , elle parla en ces termes à Perfée.
" O mon fils , de combien de maux tà
» mere eft accablée . Tu te mets peu en
peine du fifflement des vents , & de l'im-
» pétuofité des vagues qui roulent fur ta
» tête : Ah ! fi tu pouvois connoître la
grandeur du péril qui nous menace , tu
prêterois fans doute l'oreille à mes dif-
» cours. Mais non . Dors, cher enfant , dors ,
je l'ordonne. Ainfi que lui, puiffiez- vous
"
"
11. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
éprouver le même calme , flots d'une
» mer agitée , & vous auffi mes maux dont
la mefure ne fçauroit être comblée » .
C'eft relativement à ce don d'attendrir
que Grotius a cru pouvoir lui comparer le
Prophéte Jéremie. Ces fortes de paralleles
qu'on établit entre des Ecrivains Sacrés
& des Auteurs Profanes , femblent avoir
d'abord quelque chofe de choquant : mais
pour peu qu'on veuille faire un moment
abstraction du caractere de prophéte qui
appartient à ce dernier , & qui par conféquent
le met hors de toute comparaifon
avec un Poëte Payen , il ne fera plus queftion
que de les envisager l'un & l'autre du
côté du mérite perfonnel . On ne pourra
s'empêcher pour lors de convenit que le
parallele ne foit jufte . En effet , on ne doit
pas ignorer que Jéremie ait réuni toutes
les qualités effentielles à la poéfie dans fes
Lamentations , qui offrent le tableau le plus
touchant de la défolation & de la ruine
de Jérutalem .
Simonide ne réuffiffoit pas moins dans
la peinture des images ; c'eft le témoignage
que lui rend Longin , ce célebre Critique
de l'antiquité , dont la déciſion eſt
d'un fi grand poids en pareil cas . Aucun
Poëte n'avoit , felon ce Rhéteur , décrit
plus vivement l'apparition d'Achille fur
DECEMBRE. 1755. 99
fon tombeau , dans le tems que les Grecs
fe préparoient à partir . Nous finirons par
dire que la douceur qui regnoit dans fes
vers ,l'avoit fait furnommer Melicerie , &
cependant il avoit employé en écrivant le-
Dialecte Dorique , qui paroît être le moins
fufceptible de cette douceur qui caractérifoit
fes Poéfies.
On a renvoyé à la fin de cette Hiſtoire
deux Remarques qui valent deux Differtations
: Quoiqu'elles ne femblent avoir
qu'une liaifon fort indirecte avec fon
plan , elles ne laiffent pas de fervir d'éclairciffement
à deux endroits de fon texte .
L'une eft deftinée à examiner fi le nom de
Jao cité dans un paffage de Porphyre que
l'on rapporte , eft le même que celui de
Jehovah ufité particuliérement chez les
Juifs pour défigner Dieu : A cet égard la
chofe eft hors de conteftation. Il s'agit
feulement de fçavoir laquelle de ces deux
différentes prononciations attachées à un
même nom , doit être réputée pour l'anciemne
, & par conféquent pour la véritable.
C'est une matiere qui a déja exercé
d'habiles Critiques , tels que Genebrard ,
Fuller , Louis Cappel , Drufius , Sixtinus
'Amama , Buxtorfe le fils , Gataker & Leufden.
Cette queftion entraîne néceffairement
dans une difcuffion grammaticale ,
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
qui n'est à portée d'être bien entendue que
des perfonnes qui ont acquis quelque intelligence
de l'Hébreu . On a mis en un,
caractere lifible pour tout le monde les
paffages qu'on a été obligé de produire
dans cette Langue , & cela pour des motifs
que l'Auteur a eu foin d'expliquer dans
fa préface. Les Sçavans fe partagent fur
çet article. Les uns, comme Cappel, Walton
& M. Le Clerc fe déclarent pour la
prononciation de Jao ou Jauoh , & rejertent
celle de Jehovah , qu'ils difent n'avoir
prévalu que depuis la ponctuation de
la Maffore , d'après laquelle Galatin Ecriyain
du feizieme fiecle , a le premier introduit
parmi nous cette Leçon du nom de
Dieu , qui eft actuellement la feule accréditée
. Ils penfent être d'autant plus difpenfés
d'acquiefcer à l'autorité de la Maffore
, qu'ils la combattent par des raifons
que leur fournit la nouveauté de fon invention
, qui , felon la plupart d'entr'eux ,
ne remonte pas au - delà du fixieme fiecle ,
& dont quelques - uns reculent l'époque
jufqu'au onzieme. Il y en a d'autres au
contraire qui demeurent attachés à la Lede
Jehovah dont ils foutiennent la validité
, parce qu'elle leur paroît beaucoup
mieux conferver l'analogie de l'Hébreu ;
ils s'efforcent de la défendre contre toutes
çon
DECEMBRE. 1755. ioi
les objections qui peuvent avoir lieu , &
ils ne balancent pas à croire que les Grecs
à qui les Phéniciens avoient tranfmis ce
nom , ne l'ayent ainfi altéré par une maniere
défectueuse de le prononcer. Il faut
avouer qu'ils font valoir des argumens (pécieux
pour fortifier leur opinion : cependant
, comme ce n'eft point ici un fujer
qui foit capable de recevoir ce dégré de
certitude que communiquent des preuves
qui mettent l'état des chofes dans la derniere
évidence , on ne doit s'attendre qu'à de
fimples conjectures qui ont de part & d'autre
une égale probabilité : ainfi le parti le
plus fage eft de ne point décider affirmati
vement dans de pareilles matieres. En effet,
comment vouloir déterminer pofitivement
l'ancienne prononciation de ce nom , s'il
eft conftant par le témoignage de Philon
& de Jofephe , qu'elle avoit été interdite
aux Juifs avant que J. C. vînt au monde
. Le premier la reftreint aux bornes du
Sanctuaire , où les Prêtres , fpécialement
le fouverain Sacrificateur , avoient le privilege
exclufif de le prononcer tous les ans
le jour que fe célébroit la fête des Expiations
. Ce nom n'étant donc point d'ufage
hors du Sanctuaire , où la maniere de le
proférer fe maintenoit par tradition , &
la permiffion de le prononcer étant une
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
des prérogatives affectées à la Sacrificature
, elle n'a pas dû fubfifter plus long-tems
que le Temple , & la tradition de ce nom
s'eft affurément perdue à travers tant de
fiecles qui fe font écoulés depuis la ruine
de Jérufalem. Peut on après cela fe flatter
d'en fixer aujourd'hui la prononciation.Les
Docteurs Juifs poftérieurs à cet événement
ont encore encheri fur la vénération que
leurs ancêtres avoient pour ce nom de
Dieu , & fur l'idée qu'ils fe formoient de
fa fainteté qui le rendoit ineffable à leur
égard. Ceux qui font venus après , felon
leur louable coutume d'outrer les fentimens
de leurs peres , ont pouffé les chofes
fi loin que cette vénération eft dégénérée
en une fuperftition exceffive qui fe
perpétue chez cette nation . Des Rabbins
ont étrangement raffiné fur les propriétés de
ce nom , & fur l'analogie grammaticale de
trois de fes lettres , qu'ils difent réunir les
trois différentes manieres d'exifter qui
n'appartiennent qu'à Dieu . Quiconque
ofoit violer cette défenfe de proférer le
nom Jehovah étoit puni de mort , s'il falloit
croire tout ce qu'ils nous débitent
hardiment à ce fujer. Ils ont fait plus , ils
l'ont érigée en article de foi , & menacent
les infracteurs de l'exclufion de la
vie éternelle . Toutes les fois que le Texte
DECEMBRE. 1755. 103
,
Hébreu porte la Leçon de Jehovah , ils lui
fubftituent le nom Adonaï , & tantôt celui
d'Elohim , lorfqu'il arrive que le Jehovah
eft précédé d'Adonai , & alors ces deux
noms fe trouvent joints enſemble . Il leur
eft auffi ordinaire d'ufer de mots compofés
pour caracterifer ce nom ineffable
comme ceux de Schem Hammiouchad , ou
de Schem Hamphorafch , le nom propre de
Dieu , & de Schern Schel arba othioth , le
nom formé de quatre lettres. Quand on les
preffe de dire fur quoi ils fondent cette
interdiction , ils alléguent en leur faveur
des paffages de l'Exode & du Lévitique
dont ils détournent ou changent le fens
pour la pouvoir autorifer. Les paroles de
l'Ecriture qu'ils nous oppofent , ne fignifient
pourtant rien moins que ce qu'ils
veulent leur faire fignifier. Il n'en a pas
fallu davantage pour les expofer au reproche
de falfification , qui leur a été intenté
par
Galatin . On entre relativement à cet
objet dans quelques détails hiftoriques ,
qui pourront compenfer ce qu'il y a de
fec dans un travail de cette nature.
On obferve que ce nom de Dieu n'a pas
été inconnu dans les premiers tems . aux
nations étrangeres , & furtout à celles qui
étoient voifines de la Judée . C'est ce qui
paroît confirmé par plufieurs exemples que
trop
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
par
Selden & M. Ferrand ont apportés , & qui
mettent ce fait hors de doute. Le Critique
Anglois & M. Huet foupçonnent même
que Pythagore pourroit avoir tiré l'idée
des propriétés mystérieuses de fa Quaternité
de celles que renferment les quatre
lettres qui conftituent le nom Jehovah. On
n'ignore pas que les Sectateurs du Philofophe
Grec , quand il s'agiffoit de fe lier
un ferment inviolable , juroient par cette
Quaternité à laquelle ils attribuoient toutes
les perfections , & qu'ils nommoient la
fource de vie , & le fondement de l'éternité,
Ils ne vouloient exprimer autre choſe parlà
que Dieu lui- même appellé par Pyihagore
le nombre des nombres . Ce Philofophe
paffe pour avoir emprunté des Juifs
plufieurs Dogmes " importans qu'il s'étoit
appropriés. C'est une circonftance dont la
vérité eft atteftée par Hermippus Hiftorien
Grec qui Heuriffoit du tems de Prolemée
Evergere, & par le Juif Ariftobule qui
vivoit à la Cour de Ptolemée Philometor,
Jofephe témoigne expreffément qu'il affecta
de fe montrer en bien des chofes zelé
imitateur des rites de fa nation . S. Ambroife
le fait même Juif d'origine : mais
on ne fçait où ce Pere de l'Eglife peut
avoir puifé cette particularité qui eft deftituée
de fondement . On reprend Lactan-
L
DECEMBRE . 1755. 105
ce d'avoir nié mal - à - propos que Pythagore
ait jamais eu aucun commerce avec les
Juifs , fans donner des raifons folides de
ce qu'il avançoit. On infifte particuliérement
fur fon voyage à Babylone , où il
s'offrit affez d'occafions qui mirent ce Phifofophe
à portée de s'entretenir avec plufieurs
d'entre ce peuple , dont une partie
y réfidoit encore pendant le féjour de Pythagore
en cette ville. Il y conféra fréquemment
avec les Mages dont il fçur fi
bien gagner l'amitié , qu'ils lui firent part
de leurs connoiffances , & l'initierent dans
leurs mysteres. Porphyre rapporte qu'il y
devint difciple d'un certain Zabratus ,
duquel il apprit tout ce qui concerne la
nature & les principes de l'univers . Il y a
eu dès les premiers tems du Chriftianif
me des Ecrivains qui fe font imaginés que
ce Zabratus ou Zaratus , & que Clement
d'Alexandrie appelle Nazaratus , étoit
le même que le Prophète Ezechiel , comme
le certifie ce Pere Grec qui écrivoit fur
la fin du fecond fiecle , & qui rejette
d'ailleurs l'opinion de ces gens là : néanmoins
Ménaffeh Ben - Ifraël , & quelques
autres , n'ont pas laiffé d'avoir une feniblable
penſée . Ce qu'il y a de plus éton -
nant , c'eft qu'un auffi habile homme que
l'étoit Selden , ait pu pencher vers ce fen-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
timent d'autant plus infoutenable , qu'il
eft incompatible avec l'exacte chronologie.
C'eft ce qu'il n'a pas été fort difficile
de prouver. MM. Hyde & Prideaux ont entendu
par ce Zabratus le fameux Zoroaf
tre. Ils fe font fondés fur un paffage
d'Apulée qui veut que Pythagore ait été
difciple de ce Législateur des Mages ; ce
qui eft pourtant fujet à un grand nombre
de difficultés , comme de célebres Modernes
l'ont fuffifamment démontré . On
pourroit peut-être les lever , en fuppofant
deux perfonnages de ce nom qui auront
fleuri à différens tems l'un de l'autre , &
dont le premier aura été le fondateur de
la Secte des Mages, & le fecond le réformateur
de leur religion ; fuppofition que l'on
peut d'un côté appuyer fur le témoignage
des Hiftoriens Orientaux , qui font vivre
un Zoroastre fous le regne de Darius fils
d'Hyftafpe , & de l'autre fur le récit d'Agathias
qui avoue que de fon tems ( c'eſtà-
dire dans le fixieme fiecle ) les Perfans
étoient dans cette perfuafion . Au refte , ce
n'est là qu'une conjecture, qu'on fe contente
d'infinuer , & l'on laiffe à chacun
la liberté de penfer à cet égard ce qu'il
voudra. Quant à l'autre Differtation , elle
traite des moyens qu'il y a de concilier les
différences qui fe rencontrent entre les AnDECEMBRE.
1755. 107
ciens au fujet des dates qui tendent à
fixer , foit le commencement
ou la durée
du regne de divers Princes. Les regnes de
Prolemée Soter , de Seleucus Nicator , &
de l'Empereur Julien fourniffent les exemples
que l'on produit . On leur a joint encore
celui du regne de Dagobert I , fur la
date duquel les Hiftoriens varient , afin de
rendre la vérité de cette remarque plus
fenfible aux perfonnes qui fe font rendues
l'Hiftoire de France plus familiere que
l'Hiftoire Ancienne . Ces exemples réunis
fous un même point de vue , concourent
à confirmer tout ce qui a été dit
touchant la maniere d'accorder les différentes
Epoques d'où l'on a compté les années
de la fouveraineté deGelon à Syracufe.
L'ouvrage eft terminé par le Projet d'une
Hiftoire des Juifs à laquelle travaille l'Auteur
, & qu'il a annoncée dans fa préface.
Elle comprendra
l'expofition de toutes
les révolutions
qui font arrivées à ce peuple
dans l'Orient depuis la ruine de Jérufalem
jufqu'au douzieme fiecle , où l'établiffement
qu'il s'y étoit fait , fût entièrement
ruiné. Comme l'Auteur s'eft livré
aux Etudes Théologiques
qu'il a pris à tâche
de fortifier par l'intelligence
des Langues
Sçavantes, les recherches où elles l'ont
néceffairement
engagé , l'ont mis en état
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
d'affembler les matériaux qui ferviront à la
compofition de cet ouvrage, On le deftine
à éclaircir les points les plus embarraffés
de l'Histoire Judaïque , & à difcuter
quelques - uns des Rites & des Dogmes de
cette nation , furtout lorsqu'ils lui font
communs avec les Chretiens. On y parlera
auffi des cérémonies , & en général des
affaires de difcipline que l'Eglife peut avoir
empruntées de la Synagogue. Elles ont
routes deux , par rapport à leur Hiſtoire. ,
une influence d'autant plus réciproque que
l'une eft fortie de l'autre , & par conféquent
on ne fçauroit approfondir l'Hiftoire
de l'Eglife , qu'on ne foit en mêmetems
obligé d'approfondir celle des Juifs ,
qui lui eft intimément unie. On fe flatte
qu'on ne fera pas fâché de voir inferé ici
en entier ce Projet , qui fert à donner une
idée de la grandeur de l'entreprife , du
but
que l'on s'y propofe , & de la méthode
à laquelle on doit s'attacher dans l'exécution
: mais la longueur que comporte
déja cet extrait , eft une raifon plus que
fuffifante pour renvoyer la chofe au mois
prochain . Si l'on fe récrie fur l'étendue de
cette analyfe , qui paffe de beaucoup les
bornes dans lesquelles nous avons coutume
de refferrer nos extraits , nous répon
drons que comme cette hiftoire de SimoDECEMBRE.
1755 109
nide eft remplie d'un grand nombre de difcuffions,
qui , quoiqu'effentielles aux vues
dans lesquelles on l'a compofée, font pourtant
de nature à rebuter bien des Lecteurs
pour qui elles ont quelque chofe de trop
épineux , on a profité de la voie de ce
Journal pour mettre tout le monde à portée
de connoître les faits dont le récit entre
dans le plan de l'Hiftoire . Pour cet
effet , on a retracé ici dans le même ordre
qui a été obfervé dans fa marche les différens
traits de la vie de ce Poëre , avec les
événemens de fon tems qui y font liés , &
l'on n'a fait qu'indiquer fimplement les
détails chronologiques qui en conftituent
le fonds : Ainfi cette analyfe doit être confiderée
moins comme un extrait que comme
un abregé de l'Ouvrage.
Delaguene , Libraire - Imprimeur de
l'Académie Royale de Chirurgie , rue faint
Jacques , à l'Olivier d'or , diftribue un
Mémoire auffi nouveau par fon objet que
par fa publication . Il eft intitulé Témoi
gnage public rendu à M. Dibon , Chirurgien
ordinaire du Roi dans la Compagnie des
Cent Suiffes de la Garde du Corps de Sa
Majefte ; par Pierre Dedyn d'Anvers . On
ya joint les preuves de la Cure avec quel
ques Réflexions concernant M. de Torrès
110 MERCURE DE FRANCE.
par qui le Malade avoit été manqué. L'Avertiffement
qu'on a mis à la tête de ce
Mémoire , nous en fournira la notice.
« Cet écrit , dit - on , eft l'ouvrage d'un
» Malade jugé incurable par de célebres
» Praticiens, & qui , contre toute efpéran-
» ce , a été guéri radicalement par le re-
» mede de M. Dibon . C'eft une espece de
و د
.30
confeffion publique dictée par la recon-
>> noiffance ; une defcription vraie & naïve
» de la maladie de l'Auteur , & des mal-
» heureuſes épreuves par lefquelles il a
» paffé jufqu'à fa parfaite guérifon . On a
» cru devoir conferver fon langage & fon
ortographe , moitié Wallon , & moitié
François ils pourront amufer quelques
" Lecteurs. Mais on a traduit toute la
» piece pour
la faire entendre des autres ,
» & on a mis la verfion à côté du texte ,
» pour n'y pas laiffer foupçonner la plus
légere altération. Ce Mémoire eft fuivi
» des Certificats de Meffieurs Goulard Mé-
» decin ordinaire du Roi , Le Dran , Henriques
, Morand , & Hebrard , Maîtres
» en Chirurgie ».
""
On trouve chez le même Libraire un
autre écrit qui a pour titre : Lettre à M. de
Torrès ,fervant de réponse , &c. Cette Lettre
contient un témoignage pareil à celui
de Pierre Dedyn , & publié par un BourDECEMBRE
, 1755 .
geois de Paris dont le nom & la demeure
y font défignés. Nous ne prononçons rien
là- deffus. Comme fimples Hiftoriens nous
en laiffons le jugement aux Maîtres de
l'Art.
CATALOGUE DES ESTAMPES &
livres nouveaux d'Italie , la plupart de
Rome , qui fe trouvent chez N. Tilliard ,
quai des Auguftins. 1755.
CATALOGUE DE LIVRES DE PIETE ,
de morale & d'éducation ; livres d'hiftoire
, de belles lettres , fciences & arts ; livres
de droit & de finances , livres amufans
& de théatres , qui fe vendent à Paris
, chez Prault pere , quai de Gèvres ,
1755.
L'ENFANT GRAMMAIRIEN , ouvrage
qui contient des principes de grammaire
génerale , mis à la portée des enfans.
Une Grammaire latine , & une Méthode
françoife- latine , ou maniere de traduire
le françois en latin . A Blois , chez Pierre-
Paul Charles ; & fe vend à Paris , chez la
veuve Robinot , quai des grands Auguftins.
<
FRAGMENS CHOISIS d'éloquence , efpece
de Rhétorique moins en préceptes qu'en
112 MERCURE DE FRANCE.
exemples , également utile aux Gens de
lettres , & à tous ceux qui veulent fe former
à l'éloquence de la chaire , par M. de
Gerard de Benat , 2 vol . A Avignon , chez
Jofeph Payen , Imprimeur Libraire , place
S. Didier. A Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Combriere : & à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais.
Nous croyons que cette maniere d'écrire
fur l'éloquence , eft une des plus utiles.
Les exemples frappent bien plus , &
en conféquence perfuadent mieux que les
préceptes. Ceux ci ne peuvent même être
bien développés & bien fentis que par le
fecours des premiers. L'Auteur nous paroît
montrer du goût dans le choix , &
nous penfons que fon travail mérite des
louanges.
RAISON ou idée de la Poéfie Grecque ,
Latine & Italienne , ouvrage traduit de
l'Italien de Gravina , par M. Reguier. 2 vol .
petit in- 12 , à Paris , chez Lottin , rue S. Jacques
, au Coq ; & chez J. B. Defpilly , rue
S. Jacques , à la vieille Pofte.
Fermer
Résumé : SUITE De l'Extrait de l'Histoire de Simonide, & du siecle où il a vécu, &c.
Le texte présente un extrait de l'histoire de Simonide, se concentrant sur les événements après la victoire de Gelon sur les Carthaginois en Sicile. Gelon, aidé par ses frères Hieron, Polyzele et Thrasibule, défit les Carthaginois à Himère, détruisit leur flotte et captura de nombreux prisonniers. Cette victoire renforça son autorité à Syracuse, où il fut offert la royauté en reconnaissance de ses services. Bien que son pouvoir fût déjà absolu, cette offre officialisa son statut de roi. Les Carthaginois, alliés de Xerxès, avaient envahi la Sicile sous le commandement d'Hamilcar avec une armée de trois cents mille hommes. Après leur défaite, Carthage envoya des ambassadeurs à Syracuse pour négocier la paix. Gelon, connu pour sa modération, accepta les propositions de paix et imposa l'abolition des sacrifices humains à Saturne, une pratique barbare et contraire à l'humanité. Les sacrifices humains étaient une pratique ancienne attribuée aux Phéniciens, dont les Carthaginois étaient une colonie. Ces sacrifices persistaient à Carthage même après le traité avec Gelon et furent renouvelés après sa mort. Tertullien rapporte que ces sacrifices continuèrent secrètement jusqu'au temps de Tibère, proconsul d'Afrique sous Adrien. Le texte mentionne également la vie et les œuvres de Simonide, un poète grec, et sa relation avec le tyran Hieron de Syracuse. La cour de Hieron devint un centre des sciences grâce à sa protection des savants et des récompenses qu'il offrait. Simonide, connu pour son avarice, fut un favori de Hieron et jouit de sa protection malgré ses défauts. Il refusa souvent de travailler gratuitement et vendait ses poèmes, ce qui lui valut une réputation de poète mercenaire. Simonide était également conseiller de Hieron et participait à des discussions politiques et philosophiques. Il termina sa vie à la cour de Hieron et fut enterré à Syracuse. Le texte discute également de la chronologie et des époques attribuées à la prise de Troie, en se basant sur des témoignages anciens. Il souligne la supériorité du Simonide lyrique, connu pour ses threnes ou lamentations, qui ont ému la pitié et illustré son talent pathétique. Denys d'Halicarnaffe et Quintilien louent son choix des mots et son émotion. Le texte mentionne également des fragments de ses poèmes, cités par des auteurs anciens, et son invention supposée des quatre lettres grecques. Enfin, le texte traite d'une question grammaticale et historique concernant la prononciation du nom de Dieu en hébreu, débattue par plusieurs érudits. Cette question est complexe et nécessite une connaissance approfondie de l'hébreu. Les savants sont divisés sur la prononciation correcte, certains préférant 'Jao' ou 'Jauoh' et rejetant 'Jehovah', tandis que d'autres soutiennent 'Jehovah', arguant qu'elle conserve mieux l'analogie de l'hébreu. Le texte souligne que la prononciation exacte est difficile à déterminer, car elle était interdite aux Juifs avant la venue de Jésus-Christ et n'était connue que des prêtres dans le sanctuaire. Après la destruction du Temple, cette tradition s'est perdue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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685
p. 112-124
« MÉMOIRE & Dissertation critique sur un des plus considérables articles des trois [...] »
Début :
MÉMOIRE & Dissertation critique sur un des plus considérables articles des trois [...]
Mots clefs :
Seigneurs, Mémoire, Noblesse, Armorial, Chevalier, Armes, Tradition, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉMOIRE & Dissertation critique sur un des plus considérables articles des trois [...] »
MÉMOIRE & Differtation critique fur
un des plus confidérables articles des trois
derniers volumes de l'Armorial Général ,
( ou Regiftres de la Nobleffe ) de M. d'HoDECEMBRE.
1755. 113
zier de Sérigny , Juge d'Armes de France
en furvivance , dont on a parlé dans
prefque tous les ouvrages périodiques.
Nous avons annoncé ce Mémoire dans
le Mercure du mois de Novembre , &
nous en avions même employé le commencement
dans celui de Mars de cette.
même année . Des raifons particulieres qui
ne nous ont point permis d'en donner la
fuite , font l'objet des plaintes éxagerées
de l'Auteur dans fon avertiffement. On
a imprimé à la fuite la réponſe d'un Irlandois
, à qui le premier Mémoire avoit
été envoyé en manufcrit , & qui défend
avec chaleur les antiquités , les généalogies
Irlandoifes , & un illuftre compatriote
attaqué par M. de Sérigny. Nous
ne nous croyons pas permis de nous ériger
en Juge de ces deux procès ; nous
nous contenterons d'en être les Rapporteurs.
M. Sérigny a travaillé avec foin un
article qui fe trouve à la tête du troifiéme
Regiftre de l'Armorial Général de
France , & qui lui a paru fans doute
mériter une difcuffion exacte . Cet arti
cle eft celui d'Alès de Corbet. Puifqu'il
en eft fait mention dans différens Journaux
, il y a apparence qu'on a cru que le
Public feroit content des recherches pé114
MERCURE DE FRANCE.
nibles que cet article a dû coûter à M.
de Sérigny ; mais le Public eft plus aifé
à contenter que les intéreffés ; & l'Auteur
du Mémoire en queftion a bien l'air
d'être quelqu'un de ceux- ci.
Les noms des Seigneurs de Châteaux
& de Saint Chriftophe ( les deux premieres
Baronnies d'Anjou & de Touraine),
font exprimés dans les anciennes chartes
fous une terminaifon latine , par les
mots de luia , de Aloya , de Aludia ,
de Alodia , de Alea , de Aleia , & c . MM .
d'Alés de Corbet qui prétendent defcendre
de cette illuftre maiſon , traduifent ,
après plufieurs ( 1 ) Auteurs modernes , ces
noms latins par celui d'Alés . M. de Sérigny
les traduit par celui d'Alluye qu'il
dit être celui d'une maifon illuftre à qui
la terre qui porte aujourd'hui ce nom ,
a du appartenir. C'eft- là le fujet de la
rixe .
Paffons aux raifons du Critique. 11
examine les motifs qui ont fait rejetter
( 1 ) Le chevalier de l'Hermite- Soliers , la Roque
, Carreau , Ménage , le Comte de Boullainvilliers
, M. de Miroménil , Intendant de Tours , la
Martiniere , le Dictionnaire Univerfel de France ,
Dom Eperon , Prieur de la Clarté en 1733 , Dom
Defchamps , & Dom Caffard , dont le premier
étoit chargé il y a dix ans , de travailler à PHIL
toire de Touraine.
DECEMBRE. 1755. 115
par M. de Sérigny , ceux fur lefquels les
Auteurs modernes qu'on vient de nommer
ont appuyé l'opinion qu'il défend ;
il effaye de prouver que M. de Sérigny
n'entreprend d'affoiblir leur autorité ,
que par des conjectures & des poffibilités
, dont il tire enfuite des conclufions
pofitives , & finit ainfi cette difcuffion .
"
n
Reprenons les dix ou onze Auteurs
» qui ont appellé les Seigneurs de Saint
Chriftophe d'Alés ou d'Alais , ont pu
» fe copier fucceffivement ; quelques-uns
» n'avoient pas toute la critique défira-
» ble ; d'autres étoient trop hardis , com-
» me la Roque ; d'autres trop irréfolus ,
» comme Ménage ; le Comte de Boullain-
» villiers tiroit toutes fes lumieres à cet
égard de M. de Miroménil Intendant de
» Touraine , comme Ménage les fiennes
» de Carreau , & la Roque de l'Her-
» mite ; que plufieurs fuffent du Pays ,
travaillaffent fur les lieux mêmes , d'après
les titres , les monumens & la
tradition , cela n'empêche pas qu'ils
n'ayent pu fe tromper & comme Gram-
» mairiens , & comme Critiques , & com-
» me mauvais Juges d'une tradition qui
» pouvoit bien n'être pas affez établie ,
» affez ancienne pour leur fervir d'ap-
"pui. Qui fçait même fi le Chevalier de
ور
33
K
116 MERCURE DE FRANCE.
20
» l'Hermite n'eft pas tout à la fois ,
» & l'inventeur de ce furnom , & l'au-
» teur de cette tradition ? Les la Mar-
» tinieres , les Piganiols de la Force s'en
» font rapportés au Comte de Boulainvil-
» liers , qui paffoit pour fçavant & pour
» connoiffeur en Nobleffe . Les Bénédic-
» tins fe feront eux-mêmes laiffés pren-
» dre à ce piége : enfin aucun d'eux ne
» démontre la néceffité de leur traduc-
» tion , ni qu'il faille fuivre leur exemple
dans leur confiance pour cette tra-
» dition . Donc cette traduction eſt non-
» feulement hazardée , mais fauffe , mais
» infoutenable ; donc cette tradition n'eft
" pas moins à rejetter , & doit néceffairement
être regardée comme moderne ,
encore qu'on n'en voye pas clairement
» la naiffance. »
» Telle eft la conféquence abfolue &
» décifive que M. de Sérigny tire de fes
» principes.
13
Le Critique attaque à fon tour , les
raifons fur lefquelles M. de Sérigny appuie
la traduction des mots latins déja
cités , par celui d'Alluye. La premiere qu'il
ellaye de réfuter , eft l'identité que fon
adverfaire croit trouver entre les noms
latins qui expriment dans les anciennes
chartes le nom de la terre d'Alluye , &
DECEMBRE. 1755. 117
les noms latins des Seigneurs de Saint
Chriftophe & de Châteaux . On lui oppofe
fon propre raifonnement , & l'on
prétend qu'il pourroit auffi bien fervir
à prouver que la terre d'Alluye s'appelle
actuellement d'Alés , qu'à prouver que le
nom d'Alluye étoit en ce temps - là celui
des Seigneurs de Saint Chriftophe , &c .
Après avoir fait fentir plufieurs différences
contradictoires à l'identité prétendue
par M. de Sérigny , il ajoute qu'en
fuppofant même cette identité entre les
Seigneurs de cette terre , & ceux de Saint
Chriftophe , il feroit auffi poffible qu'ils
euffent donné leur nom à cette même
terre , que de l'avoir emprunté d'elle ; il
foutient enfin que quand les Seigneurs
de Saint Chriftophe ne fe feroient appellés
ni d'Allés ni d'Alluye
> par le
différent idiôme des Provinces où les defcendans
de ces Seigneurs ont habités depuis
la féparation des différentes bran
ches de leur Maifon , il auroit arripu
yer que le nom françois qu'ils portoient
alors , eût produit celui d'Alés pour la
branche qui étoit en Anjou & en Touraine
, & celui d'Alluye pour la terre
qui étoit en Beauce , d'autant que certe
rerre étant fortie très -peu de temps après
de leur Maifon , ceux à qui elle a appartenu
depuis , ont pu en laiffer cor-
&
118 MERCURE DE FRANCE.
rompre plus aifément le nom , n'ayant
pas le même intérêt à le lui conferver.
Après avoir attaqué les preuves de M.
de Sérigny par des preuves négatives , on
lui en oppofe de pofitives ; on convient
que l'analogie des noms latins des Seigneurs
de Saint Chriftophe & de la terre
d'Alluye , pourroit autorifer à la traduire
par le même mot françois , fi l'on n'avoit
pour guide que ces mots latins ,
quoique le mot de Aleia , la plus commune
dénomination de la maifon de Saint
Chriſtophe , fe traduife plus naturellement
par d'Alés , que par d'Alluye. Mais
fans conter tous les Auteurs qui ont traduits
ces mots latins par le mot d'Alés ,
toutes les fois qu'il s'eft agi des Seigneurs
de Saint Chriſtophe, on cite d'anciens actes
françois , des actes du tems où ces Seigneurs
étoient dans leur plus grand luftre
, des actes où ils parlent eux-mêmes ,
& où ils prennent des noms très - analogues
à celui d'Alés , & très-éloignés de
celui d'Alluye ; on en cite d'autres par lefquels
ont veut prouver que long - temps
après que la terre d'Alluye fut fortie de la
maifon de S. Chriftophe , felon la fuppofttion
de M. de Sérigny , elle ne s'appelloit
point encore d'Alluye. Par quel hazard
( conclut-on ) les Seigneurs de Châ-
-teaux , qu'on en fuppofe fortis 300 ans
A
DECEMBRE. 1755 .
119
auparavant , auroient - ils deviné qu'elle
viendroit enfin à fe nommer de la forte ,
& en auroient ils pris d'avance le nom ?
- Le Critique , en difcutant la defcendance
de la Maifon d'Alluye , telle que
la fuppofe M. de Sérigny , prérend que
ce dernier leur attribue encore le don de
prophétie d'une façon plus finguliere ,
puifqu'il y a toute apparence , fi l'on en
veut croire ce même Critique , que la
terre n'étoit point encore entrée dans la
maifon des Goët , dont M. de Sérigny
fait fortir la maifon d'Alluye , quand
celle- ci en prit le nom , au lieu de garder
le nom illuftre de fon origine , uniquement
parce que cette terre devoit appartenir
dans so ou 60 ans à la branche
aînée qui ne la conferva pas long- tems ,
& qu'elle devoit porter 500 ans après ce
même nom d'Alluye . Je vais encore
» plus loin ( continue- t'il ) , & je dis pofi
» tivement qu'il n'y en a jamais ett ( de
» maifon d'Alluye ) . Ce n'eft pas affez de
» dire qu'une maifon , à qui on fuppofe
» une origine illuftre , de grandes allian-
» ces & de puiffantes richeffes, aexifté. Elle
<<
ne fe fût pas tellement enterrée qu'on
» n'en trouvat quelques veftiges dans l'hiſ
»ftoire , dans des fondations , dans quel-
» ques monumens ; au moins on trou
i
110 MERCURE DE FRANCE.
» veroit ces Seigneurs cités dans quelques
rôles du ban ; on verroit les aveux
» qu'ils auroient rendus de leurs terres ,
& ceux que des vaffaux très- diftingués
& en grand nombre , leur rendoient
; rien de tout cela , on ne voit
pas un Chevalier , un écuyer , un hom-
» me d'armes , un fimple archer de cette
» maifon. On ne la trouve dans aucun
» catalogue de Nobleffe ; on ne voit fes
» armes empreintes nulle part , & perfonne
n'a pris la peine de nous les tranf-
» mettre. On n'avoit garde ; car la Mai-
» fon même n'a jamais exifté ; en voici
» une preuve complette.
" On connoît diftinctement tous les Sei-
» gneurs qui ont poffédé cette terre , & c . »
Il entre ici dans un dérail où nous ne
le fuivrons point . C'eſt à ceux qui voudront
connoître de ce différend , d'examiner
les preuves à charge & à décharge.
Après-avoir effayé d'anéantir la Maifon
d'Alluye , l'Auteur du Mémoire s'éfforce
d'établir l'identité des noms latins ;
donnés dans les chartes aux Seigneurs de
Saint Chriftophe , avec celui que portent
MM. d'Alés de Corbet ; c'eft le fujet
du dernier article qu'il commence ainfi .
» Le nom des Seigneurs de S. Chriftophe
& Châteaux eft véritablement
d'Ales
DECEMBRE. 1755. 121
»
>> d'Alés . 1 ° . Celui d'Alluye ( le feul qui
peut le lui difputer avec quelque apparence
) une fois exclu , on voit aifé-
» ment que c'eft celui-là qui doit le remplacer,
& reprendre une place que l'autre
» a tenté vainement d'ufurper . »
"
»
Secondement , l'Auteur s'appuie du témoignage
des écrivains modernes dont
il a été parlé ci - deffus : « Nous ſommes
» en droit , dit - il ) , de pefer leurs
fuffrages , puifqu'on nous défend do
» les compter ; mais notre condition
» n'en eft pas pire. Un la Roque feul ,
» un Ménage font plus que capable de
» faire pencher la balance , & comme
» Grammairiens , & comme Critiques
» & comme ayant le tact fin en fait de
Nobleffe , & comme très-verfés dans
» les recherches qui la regardent ; ajoutons
les Hiftoriens & les Annaliſtes de
» ces Provinces même , les Auteurs de
tous nos grands Dictionnaires géographiques
, ceux des Mémoires faits par
» ordre de la Cour , & rédigés par
» un Comte de Boullainvilliers ; enfin
» les fçavans Bénédictins qui ont encore
» travaillé depuis à l'hiftoire de Tou-
» raine ».
و د
La troifiéme preuve eft tirée du nom
de trois Chevaliers , cités dans la Baillie
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
d'Orléans & qui fe fuccédent dans un
temps fort court & dans la même Province
; ces noms font de Aloia , de Allogia
, d'Alés ; & l'Auteur en infere que les
deux premiers , qui étoient néceſſairement
de la maifon de Saint Chriftophe , ne
pouvant cependant être de la Maifon
d'Alluye , qui felon lui , n'a jamais exifté ,
étoient parconféquent les prédéceffeurs
du troifiéme , d'autant que fans cela on
ne trouveroit aucuns rejettons de la Maifon
des Seigneurs de Saint Chriftophe ,
dont un grand nombre de collatéraux ont
été mariés , ni d'origine à ce Chevalier
d'Alés qui fembleroit fortir fubitement de
deffous terre , dans un temps où les Maifons
ne paroiffoient & ne difparoiffoient
pas dans un inftant , & où la Nobleffe
n'étoit pas encore un effet commerçable .
Le défenfeur de la Maifon d'Alés
écarte enfuite les analogies tirées des mots
latins ; & après en avoir montré l'incer
titude , il en vient à difcuter la preuve
qu'il a déja touchée ailleurs , celle des
actes françois concernant les Seigneurs
de Saint Chriftophe , où des noms trèsanalogues
à celui que portent aujourd'hui
MM . d'Alés de Corbet fe rencontrent
très-fréquemment. L'Auteur a fçu
donner un air de vraisemblance à cette
DECEMBRE. 1755. 123
derniere partie de fon Mémoire . Ce n'eft
pas à nous à juger fi la vérité y eft auffi
refpectée qu'elle le devroit être. Nous
en dirons autant de la differtation , fur
les antiquités d'Irlande. Mais c'en eft
affez les bornes de notre Journal ne
nous permettent point de nous étendre
davantage fur ce fujet .
:
COLLECTION de décifions nouvelles
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente , par M. J. B. Denifart, Procureur
au Châtelet de Paris , tom. iv .
Ce quatrieme volume de l'ouvrage de
M. Denifart eft abfolument femblable aux
précédens. On y trouve plufieurs articles
qui inftruifent en amufant , tels font ceux
où l'Auteur traite du Mariage , de la Nobleffe
, de la Naiflance , des Noms & Armes
, &c. Les articles qui ne font pas fufceptibles
du même agrément , n'en font
pas moins utiles . M. Denifart n'y emploie
les termes barbares de la chicane que dans
une extrême néceffité , & en général ce
livre peut être lu avec plaifir , même par
le Lecteur le plus frivole : ce quatrieme
volume fera principalement néceffaire aux
Notaires , aux Curés , & aux Officiaux . Il
contient des inftructions qu'ils ne doivent
point ignorer : elles font détaillées aux
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
mots Mariage , Minutes , Notaires , &
Official.
Les articles où M. Denifart traite de la
légitimité & des offices font auffi très inftructifs
& très- étendus ; & l'on trouve dans
tour cet ouvrage une fi grande quantité
d'Arrêts & de Loix nouvelles , qui ne fe
trouvent point ailleurs , qu'il ne peut qu'être
infiniment utile , furtout aux Jurifconfultes
de provinces qui ignorent fouvent
les queftions difficiles qui fe préſentent
journellement au Parlement de Paris ,
& les Arrêts qui les décident.
REGLES ET OBSERVATIONS trèsimportantes
pour les perfonnes attaquées
des hernies , auxquelles on a joint une petite
differtation fur l'ufage des bottines
pour les enfans ; Par M. Dejean recu à S.
Côme , pour les Hernies ou Defcentes . A
Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoife. 17.55 .
un des plus confidérables articles des trois
derniers volumes de l'Armorial Général ,
( ou Regiftres de la Nobleffe ) de M. d'HoDECEMBRE.
1755. 113
zier de Sérigny , Juge d'Armes de France
en furvivance , dont on a parlé dans
prefque tous les ouvrages périodiques.
Nous avons annoncé ce Mémoire dans
le Mercure du mois de Novembre , &
nous en avions même employé le commencement
dans celui de Mars de cette.
même année . Des raifons particulieres qui
ne nous ont point permis d'en donner la
fuite , font l'objet des plaintes éxagerées
de l'Auteur dans fon avertiffement. On
a imprimé à la fuite la réponſe d'un Irlandois
, à qui le premier Mémoire avoit
été envoyé en manufcrit , & qui défend
avec chaleur les antiquités , les généalogies
Irlandoifes , & un illuftre compatriote
attaqué par M. de Sérigny. Nous
ne nous croyons pas permis de nous ériger
en Juge de ces deux procès ; nous
nous contenterons d'en être les Rapporteurs.
M. Sérigny a travaillé avec foin un
article qui fe trouve à la tête du troifiéme
Regiftre de l'Armorial Général de
France , & qui lui a paru fans doute
mériter une difcuffion exacte . Cet arti
cle eft celui d'Alès de Corbet. Puifqu'il
en eft fait mention dans différens Journaux
, il y a apparence qu'on a cru que le
Public feroit content des recherches pé114
MERCURE DE FRANCE.
nibles que cet article a dû coûter à M.
de Sérigny ; mais le Public eft plus aifé
à contenter que les intéreffés ; & l'Auteur
du Mémoire en queftion a bien l'air
d'être quelqu'un de ceux- ci.
Les noms des Seigneurs de Châteaux
& de Saint Chriftophe ( les deux premieres
Baronnies d'Anjou & de Touraine),
font exprimés dans les anciennes chartes
fous une terminaifon latine , par les
mots de luia , de Aloya , de Aludia ,
de Alodia , de Alea , de Aleia , & c . MM .
d'Alés de Corbet qui prétendent defcendre
de cette illuftre maiſon , traduifent ,
après plufieurs ( 1 ) Auteurs modernes , ces
noms latins par celui d'Alés . M. de Sérigny
les traduit par celui d'Alluye qu'il
dit être celui d'une maifon illuftre à qui
la terre qui porte aujourd'hui ce nom ,
a du appartenir. C'eft- là le fujet de la
rixe .
Paffons aux raifons du Critique. 11
examine les motifs qui ont fait rejetter
( 1 ) Le chevalier de l'Hermite- Soliers , la Roque
, Carreau , Ménage , le Comte de Boullainvilliers
, M. de Miroménil , Intendant de Tours , la
Martiniere , le Dictionnaire Univerfel de France ,
Dom Eperon , Prieur de la Clarté en 1733 , Dom
Defchamps , & Dom Caffard , dont le premier
étoit chargé il y a dix ans , de travailler à PHIL
toire de Touraine.
DECEMBRE. 1755. 115
par M. de Sérigny , ceux fur lefquels les
Auteurs modernes qu'on vient de nommer
ont appuyé l'opinion qu'il défend ;
il effaye de prouver que M. de Sérigny
n'entreprend d'affoiblir leur autorité ,
que par des conjectures & des poffibilités
, dont il tire enfuite des conclufions
pofitives , & finit ainfi cette difcuffion .
"
n
Reprenons les dix ou onze Auteurs
» qui ont appellé les Seigneurs de Saint
Chriftophe d'Alés ou d'Alais , ont pu
» fe copier fucceffivement ; quelques-uns
» n'avoient pas toute la critique défira-
» ble ; d'autres étoient trop hardis , com-
» me la Roque ; d'autres trop irréfolus ,
» comme Ménage ; le Comte de Boullain-
» villiers tiroit toutes fes lumieres à cet
égard de M. de Miroménil Intendant de
» Touraine , comme Ménage les fiennes
» de Carreau , & la Roque de l'Her-
» mite ; que plufieurs fuffent du Pays ,
travaillaffent fur les lieux mêmes , d'après
les titres , les monumens & la
tradition , cela n'empêche pas qu'ils
n'ayent pu fe tromper & comme Gram-
» mairiens , & comme Critiques , & com-
» me mauvais Juges d'une tradition qui
» pouvoit bien n'être pas affez établie ,
» affez ancienne pour leur fervir d'ap-
"pui. Qui fçait même fi le Chevalier de
ور
33
K
116 MERCURE DE FRANCE.
20
» l'Hermite n'eft pas tout à la fois ,
» & l'inventeur de ce furnom , & l'au-
» teur de cette tradition ? Les la Mar-
» tinieres , les Piganiols de la Force s'en
» font rapportés au Comte de Boulainvil-
» liers , qui paffoit pour fçavant & pour
» connoiffeur en Nobleffe . Les Bénédic-
» tins fe feront eux-mêmes laiffés pren-
» dre à ce piége : enfin aucun d'eux ne
» démontre la néceffité de leur traduc-
» tion , ni qu'il faille fuivre leur exemple
dans leur confiance pour cette tra-
» dition . Donc cette traduction eſt non-
» feulement hazardée , mais fauffe , mais
» infoutenable ; donc cette tradition n'eft
" pas moins à rejetter , & doit néceffairement
être regardée comme moderne ,
encore qu'on n'en voye pas clairement
» la naiffance. »
» Telle eft la conféquence abfolue &
» décifive que M. de Sérigny tire de fes
» principes.
13
Le Critique attaque à fon tour , les
raifons fur lefquelles M. de Sérigny appuie
la traduction des mots latins déja
cités , par celui d'Alluye. La premiere qu'il
ellaye de réfuter , eft l'identité que fon
adverfaire croit trouver entre les noms
latins qui expriment dans les anciennes
chartes le nom de la terre d'Alluye , &
DECEMBRE. 1755. 117
les noms latins des Seigneurs de Saint
Chriftophe & de Châteaux . On lui oppofe
fon propre raifonnement , & l'on
prétend qu'il pourroit auffi bien fervir
à prouver que la terre d'Alluye s'appelle
actuellement d'Alés , qu'à prouver que le
nom d'Alluye étoit en ce temps - là celui
des Seigneurs de Saint Chriftophe , &c .
Après avoir fait fentir plufieurs différences
contradictoires à l'identité prétendue
par M. de Sérigny , il ajoute qu'en
fuppofant même cette identité entre les
Seigneurs de cette terre , & ceux de Saint
Chriftophe , il feroit auffi poffible qu'ils
euffent donné leur nom à cette même
terre , que de l'avoir emprunté d'elle ; il
foutient enfin que quand les Seigneurs
de Saint Chriftophe ne fe feroient appellés
ni d'Allés ni d'Alluye
> par le
différent idiôme des Provinces où les defcendans
de ces Seigneurs ont habités depuis
la féparation des différentes bran
ches de leur Maifon , il auroit arripu
yer que le nom françois qu'ils portoient
alors , eût produit celui d'Alés pour la
branche qui étoit en Anjou & en Touraine
, & celui d'Alluye pour la terre
qui étoit en Beauce , d'autant que certe
rerre étant fortie très -peu de temps après
de leur Maifon , ceux à qui elle a appartenu
depuis , ont pu en laiffer cor-
&
118 MERCURE DE FRANCE.
rompre plus aifément le nom , n'ayant
pas le même intérêt à le lui conferver.
Après avoir attaqué les preuves de M.
de Sérigny par des preuves négatives , on
lui en oppofe de pofitives ; on convient
que l'analogie des noms latins des Seigneurs
de Saint Chriftophe & de la terre
d'Alluye , pourroit autorifer à la traduire
par le même mot françois , fi l'on n'avoit
pour guide que ces mots latins ,
quoique le mot de Aleia , la plus commune
dénomination de la maifon de Saint
Chriſtophe , fe traduife plus naturellement
par d'Alés , que par d'Alluye. Mais
fans conter tous les Auteurs qui ont traduits
ces mots latins par le mot d'Alés ,
toutes les fois qu'il s'eft agi des Seigneurs
de Saint Chriſtophe, on cite d'anciens actes
françois , des actes du tems où ces Seigneurs
étoient dans leur plus grand luftre
, des actes où ils parlent eux-mêmes ,
& où ils prennent des noms très - analogues
à celui d'Alés , & très-éloignés de
celui d'Alluye ; on en cite d'autres par lefquels
ont veut prouver que long - temps
après que la terre d'Alluye fut fortie de la
maifon de S. Chriftophe , felon la fuppofttion
de M. de Sérigny , elle ne s'appelloit
point encore d'Alluye. Par quel hazard
( conclut-on ) les Seigneurs de Châ-
-teaux , qu'on en fuppofe fortis 300 ans
A
DECEMBRE. 1755 .
119
auparavant , auroient - ils deviné qu'elle
viendroit enfin à fe nommer de la forte ,
& en auroient ils pris d'avance le nom ?
- Le Critique , en difcutant la defcendance
de la Maifon d'Alluye , telle que
la fuppofe M. de Sérigny , prérend que
ce dernier leur attribue encore le don de
prophétie d'une façon plus finguliere ,
puifqu'il y a toute apparence , fi l'on en
veut croire ce même Critique , que la
terre n'étoit point encore entrée dans la
maifon des Goët , dont M. de Sérigny
fait fortir la maifon d'Alluye , quand
celle- ci en prit le nom , au lieu de garder
le nom illuftre de fon origine , uniquement
parce que cette terre devoit appartenir
dans so ou 60 ans à la branche
aînée qui ne la conferva pas long- tems ,
& qu'elle devoit porter 500 ans après ce
même nom d'Alluye . Je vais encore
» plus loin ( continue- t'il ) , & je dis pofi
» tivement qu'il n'y en a jamais ett ( de
» maifon d'Alluye ) . Ce n'eft pas affez de
» dire qu'une maifon , à qui on fuppofe
» une origine illuftre , de grandes allian-
» ces & de puiffantes richeffes, aexifté. Elle
<<
ne fe fût pas tellement enterrée qu'on
» n'en trouvat quelques veftiges dans l'hiſ
»ftoire , dans des fondations , dans quel-
» ques monumens ; au moins on trou
i
110 MERCURE DE FRANCE.
» veroit ces Seigneurs cités dans quelques
rôles du ban ; on verroit les aveux
» qu'ils auroient rendus de leurs terres ,
& ceux que des vaffaux très- diftingués
& en grand nombre , leur rendoient
; rien de tout cela , on ne voit
pas un Chevalier , un écuyer , un hom-
» me d'armes , un fimple archer de cette
» maifon. On ne la trouve dans aucun
» catalogue de Nobleffe ; on ne voit fes
» armes empreintes nulle part , & perfonne
n'a pris la peine de nous les tranf-
» mettre. On n'avoit garde ; car la Mai-
» fon même n'a jamais exifté ; en voici
» une preuve complette.
" On connoît diftinctement tous les Sei-
» gneurs qui ont poffédé cette terre , & c . »
Il entre ici dans un dérail où nous ne
le fuivrons point . C'eſt à ceux qui voudront
connoître de ce différend , d'examiner
les preuves à charge & à décharge.
Après-avoir effayé d'anéantir la Maifon
d'Alluye , l'Auteur du Mémoire s'éfforce
d'établir l'identité des noms latins ;
donnés dans les chartes aux Seigneurs de
Saint Chriftophe , avec celui que portent
MM. d'Alés de Corbet ; c'eft le fujet
du dernier article qu'il commence ainfi .
» Le nom des Seigneurs de S. Chriftophe
& Châteaux eft véritablement
d'Ales
DECEMBRE. 1755. 121
»
>> d'Alés . 1 ° . Celui d'Alluye ( le feul qui
peut le lui difputer avec quelque apparence
) une fois exclu , on voit aifé-
» ment que c'eft celui-là qui doit le remplacer,
& reprendre une place que l'autre
» a tenté vainement d'ufurper . »
"
»
Secondement , l'Auteur s'appuie du témoignage
des écrivains modernes dont
il a été parlé ci - deffus : « Nous ſommes
» en droit , dit - il ) , de pefer leurs
fuffrages , puifqu'on nous défend do
» les compter ; mais notre condition
» n'en eft pas pire. Un la Roque feul ,
» un Ménage font plus que capable de
» faire pencher la balance , & comme
» Grammairiens , & comme Critiques
» & comme ayant le tact fin en fait de
Nobleffe , & comme très-verfés dans
» les recherches qui la regardent ; ajoutons
les Hiftoriens & les Annaliſtes de
» ces Provinces même , les Auteurs de
tous nos grands Dictionnaires géographiques
, ceux des Mémoires faits par
» ordre de la Cour , & rédigés par
» un Comte de Boullainvilliers ; enfin
» les fçavans Bénédictins qui ont encore
» travaillé depuis à l'hiftoire de Tou-
» raine ».
و د
La troifiéme preuve eft tirée du nom
de trois Chevaliers , cités dans la Baillie
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
d'Orléans & qui fe fuccédent dans un
temps fort court & dans la même Province
; ces noms font de Aloia , de Allogia
, d'Alés ; & l'Auteur en infere que les
deux premiers , qui étoient néceſſairement
de la maifon de Saint Chriftophe , ne
pouvant cependant être de la Maifon
d'Alluye , qui felon lui , n'a jamais exifté ,
étoient parconféquent les prédéceffeurs
du troifiéme , d'autant que fans cela on
ne trouveroit aucuns rejettons de la Maifon
des Seigneurs de Saint Chriftophe ,
dont un grand nombre de collatéraux ont
été mariés , ni d'origine à ce Chevalier
d'Alés qui fembleroit fortir fubitement de
deffous terre , dans un temps où les Maifons
ne paroiffoient & ne difparoiffoient
pas dans un inftant , & où la Nobleffe
n'étoit pas encore un effet commerçable .
Le défenfeur de la Maifon d'Alés
écarte enfuite les analogies tirées des mots
latins ; & après en avoir montré l'incer
titude , il en vient à difcuter la preuve
qu'il a déja touchée ailleurs , celle des
actes françois concernant les Seigneurs
de Saint Chriftophe , où des noms trèsanalogues
à celui que portent aujourd'hui
MM . d'Alés de Corbet fe rencontrent
très-fréquemment. L'Auteur a fçu
donner un air de vraisemblance à cette
DECEMBRE. 1755. 123
derniere partie de fon Mémoire . Ce n'eft
pas à nous à juger fi la vérité y eft auffi
refpectée qu'elle le devroit être. Nous
en dirons autant de la differtation , fur
les antiquités d'Irlande. Mais c'en eft
affez les bornes de notre Journal ne
nous permettent point de nous étendre
davantage fur ce fujet .
:
COLLECTION de décifions nouvelles
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente , par M. J. B. Denifart, Procureur
au Châtelet de Paris , tom. iv .
Ce quatrieme volume de l'ouvrage de
M. Denifart eft abfolument femblable aux
précédens. On y trouve plufieurs articles
qui inftruifent en amufant , tels font ceux
où l'Auteur traite du Mariage , de la Nobleffe
, de la Naiflance , des Noms & Armes
, &c. Les articles qui ne font pas fufceptibles
du même agrément , n'en font
pas moins utiles . M. Denifart n'y emploie
les termes barbares de la chicane que dans
une extrême néceffité , & en général ce
livre peut être lu avec plaifir , même par
le Lecteur le plus frivole : ce quatrieme
volume fera principalement néceffaire aux
Notaires , aux Curés , & aux Officiaux . Il
contient des inftructions qu'ils ne doivent
point ignorer : elles font détaillées aux
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
mots Mariage , Minutes , Notaires , &
Official.
Les articles où M. Denifart traite de la
légitimité & des offices font auffi très inftructifs
& très- étendus ; & l'on trouve dans
tour cet ouvrage une fi grande quantité
d'Arrêts & de Loix nouvelles , qui ne fe
trouvent point ailleurs , qu'il ne peut qu'être
infiniment utile , furtout aux Jurifconfultes
de provinces qui ignorent fouvent
les queftions difficiles qui fe préſentent
journellement au Parlement de Paris ,
& les Arrêts qui les décident.
REGLES ET OBSERVATIONS trèsimportantes
pour les perfonnes attaquées
des hernies , auxquelles on a joint une petite
differtation fur l'ufage des bottines
pour les enfans ; Par M. Dejean recu à S.
Côme , pour les Hernies ou Defcentes . A
Paris , chez Lambert , rue de la Comédie
Françoife. 17.55 .
Fermer
Résumé : « MÉMOIRE & Dissertation critique sur un des plus considérables articles des trois [...] »
Le mémoire critique rédigé par M. de Sérigny, Juge d'Armes de France en survivance, porte sur un article de l'Armorial Général de France. Ce mémoire, annoncé dans le Mercure de France, a suscité des réponses, notamment celle d'un Irlandois défendant les antiquités et généalogies irlandaises. M. de Sérigny a examiné l'article des Alès de Corbet, une famille prétendant descendre d'une illustre maison d'Anjou et de Touraine. La controverse principale concerne la traduction des noms latins des seigneurs de Châteaux et de Saint-Christophe. Les Alès de Corbet traduisent ces noms par 'Alès', tandis que M. de Sérigny les traduit par 'Alluye'. Le critique du mémoire de M. de Sérigny examine les motifs et les arguments des auteurs modernes qui soutiennent la traduction 'Alès'. Il conteste l'autorité de ces auteurs, soulignant leurs erreurs possibles et l'absence de preuves solides. Il affirme que la traduction 'Alluye' est également plausible et que les seigneurs de Saint-Christophe auraient pu donner leur nom à la terre d'Alluye plutôt que l'inverse. Le mémoire critique attaque également les preuves de M. de Sérigny en opposant des actes français anciens où les seigneurs de Saint-Christophe utilisent des noms proches de 'Alès'. Il conclut que la maison d'Alluye n'a jamais existé, faute de vestiges historiques ou de mentions dans les rôles du ban et les aveux de terres. Le texte se termine sans jugement définitif, laissant aux lecteurs le soin d'examiner les preuves présentées. Par ailleurs, le texte mentionne un ouvrage de M. Denifart, qui se distingue par ses articles instructifs et amusants. Parmi les sujets traités, on trouve le mariage, la noblesse, la naiveté, les noms et armes. L'auteur évite les termes techniques complexes sauf en cas de nécessité absolue, rendant le livre accessible même aux lecteurs les plus frivoles. Ce quatrième volume est particulièrement destiné aux notaires, curés et officiels, contenant des instructions détaillées sur des mots-clés tels que mariage, minutes, notaires et officiels. Les articles sur la légitimité et les offices sont également très instructifs et étendus. L'ouvrage inclut une grande quantité d'arrêts et de lois nouvelles, absents d'autres sources, ce qui le rend particulièrement utile pour les juristes de province, souvent ignorants des questions difficiles traitées au Parlement de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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686
p. 149-168
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
Début :
M. Newton (1) confond aussi Sésac avec Osiris, mais il est aisé de montrer en [...]
Mots clefs :
Chronologie, Newton, Égypte, Hercule, Phéniciens, Égyptiens, Grèce, Peuples, Sésostris, Jupiter
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texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
CHRONOLOGIE.
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh . P. R.
fur la Chronologie de M. Newton.
M. Newton (1) confond auffi Séſac avec
Ofiris , mais il eft aifé de montrer en
deux mots qu'il fe trompe. Selon lui , Séfac
monta fur le trône d'Egypte pendant le
regne de Salomon : or il eft certain , &
tous les habiles gens en conviennent , que
le boeuf, fymbole d'Ofiris , étoit adoré dès
les tems de Moïfe. Le Géographe Eftienne
dit
que la ville de Thebes , cette fameuſe
Diofpolis appellée No-Hammon dans l'Ecriture
Sainte , avoir été bâtie par Ofiris
& Ifis. Krigua Crígid& vyù l'ord . Diodore
dit la même choſe. Or fi les peuples
de la Thébaïde font les plus anciens habitans
de l'Egypte , comme ( 2 ) les Hiftoriens
en conviennent , fi Thebes fut d'a-
( 1 ) Newton , p. 83. (2) Diodore , L. 1 .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
bord le fiege des Rois d'Egypte , où en
fera M. Newton avec fon Séfac ?
Les Hiftoriens ( 1 ) nous diſent encore
qu'Ofiris enfeigna l'Agriculture aux Egyptiens
, que fon époufe leur donna l'ufage
du froment & de l'orge qui croiffoient auparavant
comme des plantes inconnues &
négligées . En un mot , ils conviennent
qu'Oficis fut le Légiflateur des Egyptiens.
Ya- t'il làquelque chofe qui puiffe regarder
Séfac ? Eft- ce que l'Egypte n'étoit pas dès
les temps de Jofeph , le grenier de tous les
peuples circonvoifins ? Cet Empire n'étoitil
pas gouverné par d'excellentes loix ? L'Ecriture
elle- même loue le
gouvernement
& la fageffe des Egyptiens dans ces temps
reculés , &c . Ces objections & plufieurs
autres que je pourrois accumuler ici , fe
préfentent naturellement à l'efprit ; pourquoi
M. Newton n'en a-t'il point fait ufage,
les croyoit- il peu dignes de fon attention
?
<< (2 ) Sous le regne d'Ammon , pere
» d'Ofiris ou Séfac, & ayeul d'Orus & de
» Bubafte , les Thébains
commencerent à
s'appliquer à la navigation & à l'Aftro-
» nomie , & par le lever & le coucher Hé-
"
(1 ) Diodore , L. 1. Plutarque dans fon Traité
d'Oliris & d'Ifis. ( 2) Newton , p. 83 .
DECEMBRE . 1755. 151
ל כ
» liaque des Etoiles , ils déterminerent la
longueur de l'année folaire ; ils ajouterent
» à la vieille année du Calendrier , cinq
» jours qu'ils confacrerent à fes cinq enfans
, & c. » .
و د
Cette détermination de l'année folaire ,
doit être attribuée à Ofiris , Prince éclairé
& très-inftruit. J'en ai de bonnes preuves ,
& fi mes réflexions donnent lieu à une réponſe
, j'aurai occafion de développer ce
poin: d'hiftoire que je ne mets point ici
pour ne pas trop m'étendre.
66
(1 ) Car il n'eft pas vraisemblable que
l'équation du mouvement du foleil ait
» été connue des l'enfance de l'Aftrono-
» mie ». Mais l'Aftronomie avoit pris fon
origine dans les plaines de Sennaar , avant
la difperfion des peuples , & il eft conftant
que cette équation a été connue & fixée
par le fondateur de la Monarchie Egyptienne.
Elle a été connue auffi des Chinois
fous leur Empereur Yao dont le regne paſſe
l'an 2000 avant Jefus-Chrift .
of
(2 ) Jules Céfar la corrigea , en y ajou
» tant un jour tous les quatre ans , & en
» fit l'année Romaine »
Cette correction étoit faite dès le tems
d'Oficis , & c'eft ce qu'il eft très- aifé de
(1 ) Newton , p. 84. (2 ) Ibid.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prouver par la compofition de la grande
période de 36525 ans qui fut dès- lors en
ufage.
( 1 ) Quand Amenophis eut fixé à l'équinoxe
du printems le commencement
» de la nouvelle année Egyptienne de 365
» jours , il mérita le monument dont on a
» parlé ci- deffus » . ( 2 ) Ce monument étoit
un cercle d'or de 365 coudées de circonférence
, divifé en 395 parties égales , pour
repréſenter tous les jours de l'année ; on
avoit auffi décrit fur chaque partie , le
lever & le coucher héliaque des étoiles .
Si l'on prouve que cet Amenophis n'eſt
pas différent du Prince Manoph ou Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne ,
& que Menès & Ofiris font deux noms
différens du même Prince , il fe trouvera
que M. Newton parle ici contre fon propre
fentiment. (3 ) Le Chevalier Marsham
fait voir qu'il y a eu plufieurs Amenophis ;
il dit de plus & avec raifon , que ce nom
d'Amenophis , comme celui de Memnon
ne different point du nom de Menès. Phamenophis
itaque , five Amenophis , Thebanis
is eft , qui Gracis Memnon , nomen ex Menis
, primi Regis , nómine componi videtur.
Memnoph Gracis , Euphonia gratiâ. Men-
(1 ) Newton , p. 69. ( 2 ) Diodore , L. I 、
(3 ) Marsham , P. 401 .
DECEMBRE. 1755. 153
non five Memnon. Je crois donc que cet
Amenophis dont la ftatue étoit à Thebes
dans les Syringes , & auquel on dédia le
riche monument dont on vient de parler
n'eft point différent de Menès auquel étoit
due la fixation de l'année Egyptienne . Il
eft aifé même de le faire voir
par les propres
paroles de M. Newton qui dit
104 , qu'Amenophis bâtit la ville qu'il
appella de fon nom , Amenoph ou Memphis.
Or ( 1 ) Memphis fut bâtie par Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne .
Amenophis & Menès font donc un feul &
même Prince.
page
« (2) Plufieurs nations célebrerent fous
» des noms différens , les louanges de Sé-
» foftris , à caufe de fes grandes conquêtes.
Les Chaldéens l'appelloient Belus , qui
» en leur langue veut dire Seigneur : les
» Arabes le nommoient Bacchus qui en
leur langue fignifie grand : les Phrygiens
& les Thraces lui donnoient le
» nom de Mafors , Mavors , Mars , qui
» veut dire vaillant , & c » .
23
Le culte de Belus exiftoit chez les Chaldéens
plufieurs fiecles avant Séfac & Séfoftris.
Je n'ignore pas auffi qu'il y a eu
plufieurs Belus , mais ils font tous anté-
( 1 ) Hérodote , L. z. ( 2) Newton , p. 101 ,
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
rieurs aux deux Princes Egyptiens. Sans
fçavoit fi le nom de Bacchus fignifie grand
dans la langue des Arabes , je ne doute pas
que Bacchus ne foit le même qu'Oficis ,
mais non point que Bel & Séfac. Quant
au Mavors , Ares , Marts , je crois qu'il
eft le Nemrod de l'Ecriture Sainte , connu
des Grecs fous le nom de Ninus , & adoré
des Chaldéens fous le titre générique de
Baal. Ces quatre noms Ares ou Arets ,
Marts , Ninus & Nemrod , paroiffent fort
différens , il font formés cependant de la
même racine. Arats , fignifie violentiâ ufus
fuit , fortem aut violentum fe exhibuit. D'Arats
vint Arets , Tyran , Conquérant , &
avec le même du participe Marets ou Mavorts.
On remarquera que chez les Latins,
Mars fait au génitif Martis , ce qui prouve
qu'on a du prononcer dans l'origine
Marts au lieu de Mars , qui eft plus doux à
la prononciation , & que pour cette raifon
on a préferé. Dans mes réflexions fur
page 73 de M. Newton , j'ai déja remar
la
qué que le changement des lettres S , TS ,
T, étoit fort communs. Ainfi on prononçoit
indifféremment Agns , Mavorts , &
Mars ou Marts.
Dans Nemrod , nom que je crois un peu
corrompu , il doit y avoir l'n . Cette infertion
de l'n eft commune ; on en a vu un
DECEMBRE. 1755 155
exemple dans Noph , Moph , & Manoph
qui expriment la ville de Memphis . Avec
cette n inférée , on aura donc Ninmrod ,
ce qui doit être interprêté Nin , le Conquérant
ou le Tyran. On peut confulter la Dif
fertation d'un fçavant ( 1 ) Académicien ,
dans laquelle on établit un parallele auffi
ingénieux que folide entre les deux Conquérans
Ninus & Nemrod. Quelqu'un a
déja remarqué que le nom de Baal ou Bel ,
a formé le bellum des Latins , parce que
Mars eft le premier qui fe foit fervi des armes
, & qu'il eft réputé le dieu des guer
riers.
a ( 2) Les Egyptiens l'appelloient Héro
ou Hercule.
Je ne connois point ce nom de Héro ; je
ne crois point non plus que quelque Ancien
ait dit que les Egyptiens donnerent à
Ofiris le nom d'Hercule . Je pense que cet
Hercule n'eft point différent de Canaan
frere de Mifor ou Mefraim , frere par con
féquent d'Ofitis. On peut voir à cette occafion
une Differtation imprimée dans la
Bibliotheque choifie de M. le Clerc , dans
laquelle on établit ce fentiment.
( 3 ) En le déïfiant , ils lui donnerent les
(1) M. Gibert de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres . ( 2 ) Newton , p. 102. ( 3) Ibid,
P. 102.00 10:
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
»noms de ce fleuve ( du Nil ) , Sihor ,
» Nilus & Ægyptus " .
Sicher fignifie noir , & ce nom n'eſt
qu'une traduction ou épithete de celui de
Ham. Les Egyptiens avoient donné ce nom
de Ham , à leur royaume , à leur fleuve &
à Thebes leur ville capitale . Le nom d'Ægyptus
eft bien plus récent , il exprime en
grec un espece de Vautour extrêmement
noir il n'eft donc que la traduction du
nom de Ham .
"3
a ( 1 ) Les Grecs ayant entendu les
» Egyptiens s'exprimer ainfi dans leurs
» cantiques lugubres : O Sihor , Bou Sihor,
prirent delà occafion de l'appeller Ofiris
» & Bufiris ».
Le nom d'Ofiris ne dérive pas de Sihor ;
une lettre afpirée telle que le Cheth ne
s'éclipfe pas ainfi ; Ofiris & Siris viennent
d'une autre fource . Quant aux noms de
Bufiris , Tapofiris , on peut confulter faint
Clément d'Alexandrie.
(2) Ofiris fut donc tué la cinquieme
» année d'Afa par fon frere Japet , que les
» Egyptiens appelloient Typhon , Python
» & Neptune ce fut alors que les Lybiens
fous la conduite de Japet & de fon
fils Atlas , envahirent l'Egypte , & exci-
(1) Newton , p. 102. ( 2 ) Ibid. p . 103 .
1
DECEMBRE . 1755. 157
» terent la fameufe guerre des Dieux &
» des Géants ".
Comme M. Newton lui- même fait Japet
frere d'Ofiris , on peut juger delà ſi j'ai
eu tort de dire qu'Hammon étoit Ham ,
qu'Oficis étoit le fondateur de la Monarchie
Egyptienne ou Mefraïm . Mais Japet
qu'on ne peut méconnoître ici pour le
Patriarche Japhet étoit oncle d'Ofiris &
non point fon frere : les Grecs ont jetté
M. Newton dans cette méprife parce qu'ils
font Japet frere de Chronos ; mais il y a
eu deux Chronos comme on peut le voir
par le fragment de Sanchoniathon ancien
auteur Phénicien . Le premier Chronos eft
Noë , le fecond eſt Ham ; le Poëte Nonnus
dit auffi que le nom d'Hammon chez les
Arabes étoit Chronos. Il eft donc vrai que
Japet étoit frere du fecond Chronos &
fils du premier , par conféquent oncle
d'Ofiris.
Je penfe auffi comme M. Newton que
ce même Japet eft Neptune , mais non
point Python ou Typhon. Eft- il donc fi
difficile de reconnoître ce Python dans
Phuth , frere de Mefraïm . Ham avoit eu
l'Afrique en partage , il la diftribua à ſes
enfans. Chus eut l'Ethiopie , & depuis on
a toujours appellé les Ethiopiens des Chufites
; Mefr , Mifor , ou comme l'appelle
158 MERCURE DE FRANCE.
l'Écriture Sainte , Mefraïm , eur l'Egypte
qui porte encore aujourd'hui fon nom ;
Canaan eut le païs de ce nom , & enfin
Phuth cut les païs qui font à l'occident
de l'Egypte.
(1) Sur ces entrefaites , Amenophis
» quitta la Baffe-Egypte , & vint à Mem-
" phis fuivi par les reftes de l'armée Ethio-
»pienne de fon pere ; étant arrivé dans
» ce païs , il fit paffer le Nil dans un autre
» canal , fous un Pont neuf qu'il bâtit en-
» tre deux montagnes ; en même- tems if
»bâtit & fortifia cette ville contre Ofarfiphus
, & l'appella de fon nom Amenoph
» ou Memphis ».
Cet Amenophis comme nous l'avons
déja infinué eſt le même que Menès fondateur
de la Monarchie Egyptienne . Le nom
bien orthographié eft Manof on Menouf
comme les Arabes prononcent. Les Grecs
ont étrangement corrompu ce nom . Ils
l'ont écrit tantôt Menevis , Mnevis , Memphis
, tantôt Menophis Minevis , Meneus ,
Menes , Menon , & c . car on le trouve écrit
de toutes ces manieres. Ce nom fignifie
ville , habitation . Ainfi on appelloit MenoufMefr
ou la ville de Mefraim , celle
que les Grecs appellerent toujours Memphis
, mais que les Orientaux nomment
(1) Newton , p. 103.
DECEMBRE . 1755. 159
encore aujourd'hui Manof , Monf & Mefr.
Hérodote & Jofephe attribuent fa fondation
à Menès . En un mot , Menès n'a été
appellé ainfi que du nom de la ville qu'il
avoit fait bâtir ; car fon véritable nom
étoit Mefr , ou Mifor, comme il eft appellé
dans le fragment de Sanchoniathon .
M. Newton place cette expédition d'Amenophis
fept ans après celle des Argonautes
, c'eſt - à - dire , l'an 930. Eft- il vraifemblable
que la ville de Memphis ait été
bâtie fi tard ?
« (1 ) Il eft für que cet Hercule de Tyr
»ne fçauroit être plus ancien que la guerre
» de Troye , parce que les Tyriens ne
» commencerent à voyager fur la Médi
terranée , qu'après cette guerre..... ( 2)
Jofephe fait mention d'un autre Hercule
» plus ancien , en l'honneur duquel Hiram
fit bâtir un Temple à Tyr : peut- être y
» avoit-il auffi avant lui un Hercule de
» Tyr qui avoit établi le commerce des
Tyriens fur la Mer Rouge , du tems de
David & de Salomon »..
Sans doute il y avoit un ancien Hercule,
& bien antérieur à Salomon & à David.
Il y en avoit un comtemporain d'Oficis.
Il étoit fils du Nil , felon Ciceron , c'eſt-
( 1 ) Newton , p. 118. (2 ) Ibid. p. 119.
160 MERCURE DE FRANCE.
à - dire , fils de Ham , frere par conféquent
d'Ofiris ou Mefr .
Je dis qu'Hercule étant qualifié fils du
Ni , on doit entendre par là qu'il étoit fils
de Cham ; on en peut voir la raifon dans
la réflexion que j'ai faite précédemment
fur la page 102 de M. Newton . Le nom
d'Hercule ne fe trouve point parmi les enfans
de Ham , auffi n'étoit-ce là qu'une
épithete qui , felon la remarque ingénieufe
de M. le Clerc , paroît ne fignifier rien
autre chofe que Marchand , Négociant
Harokel . Mais écoutons l'Auteur de l'Etymologicon
Megad : Tìv H'ganaŭv qasì , x 1à
των λουπλέων διαλεκτον , ΧΩΝΑ λέγεθαι .
Hercule eft appellé Cona dans le Dialecle
1 Egyptien. Méconnoîtra t'on ici Canaan ou
Cna frere d'Ofiris ? Eufebe à la fuite du
fragment de Sanchoniathon , qualifie Ofiris
, frere de XNA , le premier , dit- il ,
qui ait été appellé Phénicien par les étrangers.
Hercule eft donc Canaan fils de Ham:
auffi les Grecs font -ils Hercule fils de Jupiter
, & en Egypte on ne connoiffoit
point d'autre Jupiter qu'Hammon ou Ham.
Quant à l'épithète d'Harokel , Marchand ,
elle n'a rien de ridicule. Canaan fe diftingua
par fon grand commerce , au point
que dans l'Ecriture même Cnani fignifie
un Marchand. Dans Etienne de Byzance
DECEMBRE. 1755. 161
XNA exprime la Phénicie , & xv un
Phénicien , ainfi on ne doit point ranget
cette étymologie au nombre des conjectures.
Hercule a été encore appellé Mélicerte
, mais ce nom ne fignifie que Roi de
la ville .
»(1 ) Après que les Phéniciens & les Grecs
» eurent reçu des Egyptiens l'art de naviger
, & la maniere de faire de longs
» vaiffeaux à voiles & à un rang de rames ,
» les Sidoniens porterent leur commerce
» dans la Gréce , & le continuerent pen-
» dant 50 ans.
Ce que dit ici M. Newton manque
d'exactitude. Les Phéniciens font les plus
anciens commerçans , & les premiers navigateurs
non -feulement ils ont les premiers
trouvé l'art de la navigation (2 ) , mais
encore ils ont appris aux autres peuples à
donner des batailles fur mer , à ufer du
droit de la royauté , & à foumettre les
peuples voifins. Le nom feul d'Hercule
qui a fait tant de bruit parmi les Grecs ,
prouve bien que les Phéniciens ont fçu
profiter d'abord de la fituation avantageufe
de leur païs pour le commerce maritime.
Marsham , page 109 , cite un paſſage
de Jofephe , qui fait voir que les Egyptiens
(1 ) Newton, p. 121. ( 2 ) Sanchoniathon . Stra
bon , L. 16. Pline , L. s . c. 12, Jofeph . Antiq.
162 MERCURE DE FRANCE.
n'ont été connus des Grecs que par le canal
des Phéniciens .
( 1 ) Du tems d'Erechthée , Roi d'A-
» thenes , & de Celeus , Roi d'Eleufis ,
» Cerès vint dans l'Attique , éleva Tripto-
» leme , fils de Celeus , & lui apprit à femer
» des grains ; elle coucha avec Jafon , &c.
Comment M. Newton n'a-t'il point vu
que cette Cerès étoit Egyptienne , & femme
d'Oɓiris , conféquemment qu'il ne s'agit
ici que de l'introduction de fon culte
dans la Grece ? (2) Erechthée étoit Egyp
tien; pendant une famine qui défoloit la
Grece , il y tranfporta des blés : il fut établi
Roi par les Athéniens en reconnoiffance
de ce bienfait. Erechthtée leur enfeigna les
facrifices de Cerès , & établit à Eleufis les
myfteres de cette Décffe , & des Prêtres
pour en obferver les pratiques fur le mo
dele de ceux d'Egypte.
Cette époque de l'introduction des myf
teres de Ĉerès dans la Grece eft fixée par
les Interprêtes des marbres d'Arondel à
Fan 1426 avant J.C. environ 280 ans avant
la guerre de Troye. M. Newton la fixe à
Pan rozo , la différence eft de 396 : est- ce
là ce qu'il appelle ne pas porrer l'exactitude
jufqu'à une année près ?
(1) Newton, p. 141. ( 2 ) Diodore.
DECEMBRE. 1755. 163
ود
» (1) Au retour de Séfoftris en Egypte ,
» fon frere Danaus attenta non-feulement
» à fa vie , comme on a déja dit , mais
» commanda encore à fes cinquante filles
qui épouferent les fils de Séfoftris , de
» tuer leurs maris , après quoi il fe fauva
d'Egypte fur un long vaiffeau , & c .
"
و ر
Dans la chronique abrégée à l'époque
956 , M. Newton dit » Séfac eft tué par
» fon frere Japet .
Si l'on fuppofe , avec M. Newton , que
Séfoftris foit le même que Séfac & qu'O
firis , il faudra dire auffi que ce Prince a
été tué par un de fes freres. Après avoir
prouvé plus haut la fauffeté de cette prétendue
identité , fi le fait fe trouvoit être
le même , ce ne pourroit être qu'un effet
du pur hazard ; mais comme il eft entiérement
faux , & que Diodore nous dit ,
» que Séfoftris ayant perdu la vue après un
>>regne de 33 ans , fe donna volontairement
» la mort » (2 ) , il eft vifible que M. Newton
ne marque cet affaffinat que pour foutenir
le parallele qu'il a établi entre Séfoftris
, Oficis & Séfac. Pourquoi tromper
fes Lecteurs , altérer les faits , & jetter de
l'obfcurité où il n'y en a point?
"
En lifant ces paffages dans M. Newton ,
( 1) Newton , p. 144. ( 2 ) Diodore , L. 1.
164 MERCURE DE FRANCE.
il me femble entendre quelqu'un qui dit ,
Louis XIV qui eft le même que Philippe
Augufte & que Clovis , eft tué par fon
frere Pharamond ; les Anachronismes de
M. Newton ne font guere moins violens.
(1 ) Hérodote dit que les Phéniciens
qui fuivirent Cadmus , introduisirent
» plufieurs fciences dans la Grece ; car il y
» avoit parmi ces Phéniciens des gens ap-
» pellés Curetes , qui étoient plus verfés
» dans les Arts & dans les fciences de la
Phénicie que d'autres les uns s'établi
» rent dans la Phrygie , où ils furent appellés
Corybantes , les autres dans la
» Crete , où on leur donna le nom d'Idoi
» Dactyli , &c.
Ces gens , appellés Curetes , Corybantes,
&c. étoient des Prêtres Phéniciens , comme
les noms qu'ils portent nous l'apprennent .
Curete , fignifie châtré , parce que ces Prêtres
, comme l'on fçait , étoient prefque
tous eunuques. Corybante fignifie Sacrificateur,
Prêtre , de Corban , facrifice , obla
tion les Chretiens Orientaux fe fervent
encore aujourd'hui de ce terme pour exprimer
le facrifice de la Meffe.
:
» (2 ) Les deux premiers Rois de Crete
qui regnerent après l'arrivée des Cure-
(1 ) Newton, p. 154. (1 ) Ibid. p . 158 .
DECEMBRE. 1755. 169
» tes , furent Afterius & Minos. Europe
» fut femme d'Afterius & mere de Minos :
» les Curetes du mont Ida furent fes compatriotes
, & vinrent avec elle ; .... par
» conféquent il faut qu'Afterius , Europe ,
» & Minos foyent le Saturne , la Rhea , &
» le Jupiter des Crétois .
Je doute que ce raifonnement foit bien
conféquent , puifque les Curetes & les Corybantes
qui fuivirent Cadmus en Grece ,
étoient des Prêtres Phéniciens : il eft , ce
me femble , plus naturel de penfer qu'a
vec la connoiffance des Arts & des fciences
, ils porterent encore celle des Divinités
qui étoient adorées dans la Phénicie ,
& dont ils étoient les Miniftres .
» ( 1 ) Car les Phéniciens dans leur pre-
» premier voyage en Grece donnoient le
» nom de Jaopater , Jupiter à tous les
» Rois.
Je doute très-fort que le nom de Jupiter
ait été connu des Phéniciens ; il n'étoit
feulement pas en ufage en Grece . Je ne
connois que les Latins qui l'aient employé
pour exprimer des Princes , fondateurs de
quelques Empires , des Héros qui par leurs
belles actions avoient mérité la déïfication
; mais jamais il n'a été un nom géné
rique de tous les Rois.
(1 ) Newton , p. 158.
166 MERCURE DE FRANCE.
Ce nom de Jupiter ne vient pas de Jaopater
, il vient du Cevs des Grecs , & le gus
des Grecs vient lui -même du Dzew des
Orientaux, qui fignifie Poffeffeur , Maître ,
Seigneur.
Les Grecs donnoient affez indiftinctement
le nom de Zeus à tous leurs Dieux ,
comme les Phéniciens donnoient aux leurs
celui de Baal , Bel .
( 1 ) Macrobe dit qu'après la mort de
» Saturne , Janus lui dreffa un autel com-
» me à un Dieu , établit des cérémonies fa-
» crées , & inftitua les Saturnales , & qu'on
» lui facrifioit des hommes , jufqu'à ce
qu'Hercule emmenant en Italie les bef-
» tiaux de Geryon , y abolît cette coutu-
» me ; on peut voir par ces facrifices hu-
» mains que Janus étoit un defcendant de
» Lycaon ; ce caractere a quelque rapport
» à notrus.
Ce que M. Newton dit ici n'eſt pas juſte :
ces facrifices inhumains qu'on faifoit en
l'honneur de Molok ou Saturne , ou Chronos
, ( car c'eft le même Dieu fous différens
noms ) avoient pris leur origine dans la
Phénicie , & n'avoient aucun rapport aux
Rois d'Italie ou de Grece . Les Phéniciens ,
Hercule lui-même , fondateur du Royau-
(1 ) Newton , p. 164.
!
:
DECEMBRE 1755. 167
me de Phénicie , porterent ces facrifices
partout où leur religion put prendre racine
, de même que Didon les porta en Afrique
, lorfqu'elle y alla fonder Carthage.
Âu refte la religion Phénicienne pouvoit
être connue en Afrique avant l'arrivée de
Didon , puifqu'Hercule avoit pouffé fes
découvertes par mer jufqu'au détroit de
Gades , où il fit élever ces fameufes colonnes
connues fous fon nom. M. Newton
convient lui-même , page 171 , que l'idolâtrie
commença dans la Chaldée & l'Egypte
, d'où elle s'étendit dans la Phénicie
& les pays voifins longtems avant qu'elle
eût été introduite en Europe.
( 1 ) Cependant du tems de Moyfe ,
» tous les charriots de l'Egypte , avec lef-
» quels Pharaon pourfuivit Ifraël , ne
» montoient qu'à 600.
"
Cela eft vrai : mais en doit-on conclure
que l'Egypte n'en poffédoit pas un nombre
beaucoup plus confiderable ? Pharaon dans
la pourfuite des Ifraelites , à laquelle il ne
pas, ne put fe fervir
charriots qui pouvoient être alors à Tanis
& dans les environs ; il n'eut pas le tems
d'en raffembler davantage.
s'attendoit
que
des
Voilà , Monfieur , les obfervations que
(1 ) Newton , p . 178 .
168 MERCURE DE FRANCE.
j'avois à faire fur la Chronologie des Grecs,
par M. Newton. Je n'ai relevé que les
Anachronifmes qui m'ont paru les plus
hardis : j'aurois pu en relever un plus grand
nombre , puifque tout eft Anachronisme
dans un ſyſtème fondé fur de pareils principes.
Je fuis réellement fâché qu'un auffi
grand homme fe foit trop prévenu en faveur
de l'obfervation d'Eudoxe pour la fixation
de l'époque des Argonautes. Avec une
lecture vafte , il étoit en état de faire d'importantes
découvertes en fait de Chronologie
: j'en juge par ce fyftême , que je crois
faux , mais qui par là même a demandé un
effort de génie d'autant plus grand . La
vérité ne coute pas tant de peines à dévoiler.
Suite de la Lettre de M. L. R. Desh . P. R.
fur la Chronologie de M. Newton.
M. Newton (1) confond auffi Séſac avec
Ofiris , mais il eft aifé de montrer en
deux mots qu'il fe trompe. Selon lui , Séfac
monta fur le trône d'Egypte pendant le
regne de Salomon : or il eft certain , &
tous les habiles gens en conviennent , que
le boeuf, fymbole d'Ofiris , étoit adoré dès
les tems de Moïfe. Le Géographe Eftienne
dit
que la ville de Thebes , cette fameuſe
Diofpolis appellée No-Hammon dans l'Ecriture
Sainte , avoir été bâtie par Ofiris
& Ifis. Krigua Crígid& vyù l'ord . Diodore
dit la même choſe. Or fi les peuples
de la Thébaïde font les plus anciens habitans
de l'Egypte , comme ( 2 ) les Hiftoriens
en conviennent , fi Thebes fut d'a-
( 1 ) Newton , p. 83. (2) Diodore , L. 1 .
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
bord le fiege des Rois d'Egypte , où en
fera M. Newton avec fon Séfac ?
Les Hiftoriens ( 1 ) nous diſent encore
qu'Ofiris enfeigna l'Agriculture aux Egyptiens
, que fon époufe leur donna l'ufage
du froment & de l'orge qui croiffoient auparavant
comme des plantes inconnues &
négligées . En un mot , ils conviennent
qu'Oficis fut le Légiflateur des Egyptiens.
Ya- t'il làquelque chofe qui puiffe regarder
Séfac ? Eft- ce que l'Egypte n'étoit pas dès
les temps de Jofeph , le grenier de tous les
peuples circonvoifins ? Cet Empire n'étoitil
pas gouverné par d'excellentes loix ? L'Ecriture
elle- même loue le
gouvernement
& la fageffe des Egyptiens dans ces temps
reculés , &c . Ces objections & plufieurs
autres que je pourrois accumuler ici , fe
préfentent naturellement à l'efprit ; pourquoi
M. Newton n'en a-t'il point fait ufage,
les croyoit- il peu dignes de fon attention
?
<< (2 ) Sous le regne d'Ammon , pere
» d'Ofiris ou Séfac, & ayeul d'Orus & de
» Bubafte , les Thébains
commencerent à
s'appliquer à la navigation & à l'Aftro-
» nomie , & par le lever & le coucher Hé-
"
(1 ) Diodore , L. 1. Plutarque dans fon Traité
d'Oliris & d'Ifis. ( 2) Newton , p. 83 .
DECEMBRE . 1755. 151
ל כ
» liaque des Etoiles , ils déterminerent la
longueur de l'année folaire ; ils ajouterent
» à la vieille année du Calendrier , cinq
» jours qu'ils confacrerent à fes cinq enfans
, & c. » .
و د
Cette détermination de l'année folaire ,
doit être attribuée à Ofiris , Prince éclairé
& très-inftruit. J'en ai de bonnes preuves ,
& fi mes réflexions donnent lieu à une réponſe
, j'aurai occafion de développer ce
poin: d'hiftoire que je ne mets point ici
pour ne pas trop m'étendre.
66
(1 ) Car il n'eft pas vraisemblable que
l'équation du mouvement du foleil ait
» été connue des l'enfance de l'Aftrono-
» mie ». Mais l'Aftronomie avoit pris fon
origine dans les plaines de Sennaar , avant
la difperfion des peuples , & il eft conftant
que cette équation a été connue & fixée
par le fondateur de la Monarchie Egyptienne.
Elle a été connue auffi des Chinois
fous leur Empereur Yao dont le regne paſſe
l'an 2000 avant Jefus-Chrift .
of
(2 ) Jules Céfar la corrigea , en y ajou
» tant un jour tous les quatre ans , & en
» fit l'année Romaine »
Cette correction étoit faite dès le tems
d'Oficis , & c'eft ce qu'il eft très- aifé de
(1 ) Newton , p. 84. (2 ) Ibid.
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
prouver par la compofition de la grande
période de 36525 ans qui fut dès- lors en
ufage.
( 1 ) Quand Amenophis eut fixé à l'équinoxe
du printems le commencement
» de la nouvelle année Egyptienne de 365
» jours , il mérita le monument dont on a
» parlé ci- deffus » . ( 2 ) Ce monument étoit
un cercle d'or de 365 coudées de circonférence
, divifé en 395 parties égales , pour
repréſenter tous les jours de l'année ; on
avoit auffi décrit fur chaque partie , le
lever & le coucher héliaque des étoiles .
Si l'on prouve que cet Amenophis n'eſt
pas différent du Prince Manoph ou Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne ,
& que Menès & Ofiris font deux noms
différens du même Prince , il fe trouvera
que M. Newton parle ici contre fon propre
fentiment. (3 ) Le Chevalier Marsham
fait voir qu'il y a eu plufieurs Amenophis ;
il dit de plus & avec raifon , que ce nom
d'Amenophis , comme celui de Memnon
ne different point du nom de Menès. Phamenophis
itaque , five Amenophis , Thebanis
is eft , qui Gracis Memnon , nomen ex Menis
, primi Regis , nómine componi videtur.
Memnoph Gracis , Euphonia gratiâ. Men-
(1 ) Newton , p. 69. ( 2 ) Diodore , L. I 、
(3 ) Marsham , P. 401 .
DECEMBRE. 1755. 153
non five Memnon. Je crois donc que cet
Amenophis dont la ftatue étoit à Thebes
dans les Syringes , & auquel on dédia le
riche monument dont on vient de parler
n'eft point différent de Menès auquel étoit
due la fixation de l'année Egyptienne . Il
eft aifé même de le faire voir
par les propres
paroles de M. Newton qui dit
104 , qu'Amenophis bâtit la ville qu'il
appella de fon nom , Amenoph ou Memphis.
Or ( 1 ) Memphis fut bâtie par Menès
fondateur de la Monarchie Egyptienne .
Amenophis & Menès font donc un feul &
même Prince.
page
« (2) Plufieurs nations célebrerent fous
» des noms différens , les louanges de Sé-
» foftris , à caufe de fes grandes conquêtes.
Les Chaldéens l'appelloient Belus , qui
» en leur langue veut dire Seigneur : les
» Arabes le nommoient Bacchus qui en
leur langue fignifie grand : les Phrygiens
& les Thraces lui donnoient le
» nom de Mafors , Mavors , Mars , qui
» veut dire vaillant , & c » .
23
Le culte de Belus exiftoit chez les Chaldéens
plufieurs fiecles avant Séfac & Séfoftris.
Je n'ignore pas auffi qu'il y a eu
plufieurs Belus , mais ils font tous anté-
( 1 ) Hérodote , L. z. ( 2) Newton , p. 101 ,
GY
154 MERCURE DE FRANCE.
rieurs aux deux Princes Egyptiens. Sans
fçavoit fi le nom de Bacchus fignifie grand
dans la langue des Arabes , je ne doute pas
que Bacchus ne foit le même qu'Oficis ,
mais non point que Bel & Séfac. Quant
au Mavors , Ares , Marts , je crois qu'il
eft le Nemrod de l'Ecriture Sainte , connu
des Grecs fous le nom de Ninus , & adoré
des Chaldéens fous le titre générique de
Baal. Ces quatre noms Ares ou Arets ,
Marts , Ninus & Nemrod , paroiffent fort
différens , il font formés cependant de la
même racine. Arats , fignifie violentiâ ufus
fuit , fortem aut violentum fe exhibuit. D'Arats
vint Arets , Tyran , Conquérant , &
avec le même du participe Marets ou Mavorts.
On remarquera que chez les Latins,
Mars fait au génitif Martis , ce qui prouve
qu'on a du prononcer dans l'origine
Marts au lieu de Mars , qui eft plus doux à
la prononciation , & que pour cette raifon
on a préferé. Dans mes réflexions fur
page 73 de M. Newton , j'ai déja remar
la
qué que le changement des lettres S , TS ,
T, étoit fort communs. Ainfi on prononçoit
indifféremment Agns , Mavorts , &
Mars ou Marts.
Dans Nemrod , nom que je crois un peu
corrompu , il doit y avoir l'n . Cette infertion
de l'n eft commune ; on en a vu un
DECEMBRE. 1755 155
exemple dans Noph , Moph , & Manoph
qui expriment la ville de Memphis . Avec
cette n inférée , on aura donc Ninmrod ,
ce qui doit être interprêté Nin , le Conquérant
ou le Tyran. On peut confulter la Dif
fertation d'un fçavant ( 1 ) Académicien ,
dans laquelle on établit un parallele auffi
ingénieux que folide entre les deux Conquérans
Ninus & Nemrod. Quelqu'un a
déja remarqué que le nom de Baal ou Bel ,
a formé le bellum des Latins , parce que
Mars eft le premier qui fe foit fervi des armes
, & qu'il eft réputé le dieu des guer
riers.
a ( 2) Les Egyptiens l'appelloient Héro
ou Hercule.
Je ne connois point ce nom de Héro ; je
ne crois point non plus que quelque Ancien
ait dit que les Egyptiens donnerent à
Ofiris le nom d'Hercule . Je pense que cet
Hercule n'eft point différent de Canaan
frere de Mifor ou Mefraim , frere par con
féquent d'Ofitis. On peut voir à cette occafion
une Differtation imprimée dans la
Bibliotheque choifie de M. le Clerc , dans
laquelle on établit ce fentiment.
( 3 ) En le déïfiant , ils lui donnerent les
(1) M. Gibert de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres . ( 2 ) Newton , p. 102. ( 3) Ibid,
P. 102.00 10:
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
»noms de ce fleuve ( du Nil ) , Sihor ,
» Nilus & Ægyptus " .
Sicher fignifie noir , & ce nom n'eſt
qu'une traduction ou épithete de celui de
Ham. Les Egyptiens avoient donné ce nom
de Ham , à leur royaume , à leur fleuve &
à Thebes leur ville capitale . Le nom d'Ægyptus
eft bien plus récent , il exprime en
grec un espece de Vautour extrêmement
noir il n'eft donc que la traduction du
nom de Ham .
"3
a ( 1 ) Les Grecs ayant entendu les
» Egyptiens s'exprimer ainfi dans leurs
» cantiques lugubres : O Sihor , Bou Sihor,
prirent delà occafion de l'appeller Ofiris
» & Bufiris ».
Le nom d'Ofiris ne dérive pas de Sihor ;
une lettre afpirée telle que le Cheth ne
s'éclipfe pas ainfi ; Ofiris & Siris viennent
d'une autre fource . Quant aux noms de
Bufiris , Tapofiris , on peut confulter faint
Clément d'Alexandrie.
(2) Ofiris fut donc tué la cinquieme
» année d'Afa par fon frere Japet , que les
» Egyptiens appelloient Typhon , Python
» & Neptune ce fut alors que les Lybiens
fous la conduite de Japet & de fon
fils Atlas , envahirent l'Egypte , & exci-
(1) Newton , p. 102. ( 2 ) Ibid. p . 103 .
1
DECEMBRE . 1755. 157
» terent la fameufe guerre des Dieux &
» des Géants ".
Comme M. Newton lui- même fait Japet
frere d'Ofiris , on peut juger delà ſi j'ai
eu tort de dire qu'Hammon étoit Ham ,
qu'Oficis étoit le fondateur de la Monarchie
Egyptienne ou Mefraïm . Mais Japet
qu'on ne peut méconnoître ici pour le
Patriarche Japhet étoit oncle d'Ofiris &
non point fon frere : les Grecs ont jetté
M. Newton dans cette méprife parce qu'ils
font Japet frere de Chronos ; mais il y a
eu deux Chronos comme on peut le voir
par le fragment de Sanchoniathon ancien
auteur Phénicien . Le premier Chronos eft
Noë , le fecond eſt Ham ; le Poëte Nonnus
dit auffi que le nom d'Hammon chez les
Arabes étoit Chronos. Il eft donc vrai que
Japet étoit frere du fecond Chronos &
fils du premier , par conféquent oncle
d'Ofiris.
Je penfe auffi comme M. Newton que
ce même Japet eft Neptune , mais non
point Python ou Typhon. Eft- il donc fi
difficile de reconnoître ce Python dans
Phuth , frere de Mefraïm . Ham avoit eu
l'Afrique en partage , il la diftribua à ſes
enfans. Chus eut l'Ethiopie , & depuis on
a toujours appellé les Ethiopiens des Chufites
; Mefr , Mifor , ou comme l'appelle
158 MERCURE DE FRANCE.
l'Écriture Sainte , Mefraïm , eur l'Egypte
qui porte encore aujourd'hui fon nom ;
Canaan eut le païs de ce nom , & enfin
Phuth cut les païs qui font à l'occident
de l'Egypte.
(1) Sur ces entrefaites , Amenophis
» quitta la Baffe-Egypte , & vint à Mem-
" phis fuivi par les reftes de l'armée Ethio-
»pienne de fon pere ; étant arrivé dans
» ce païs , il fit paffer le Nil dans un autre
» canal , fous un Pont neuf qu'il bâtit en-
» tre deux montagnes ; en même- tems if
»bâtit & fortifia cette ville contre Ofarfiphus
, & l'appella de fon nom Amenoph
» ou Memphis ».
Cet Amenophis comme nous l'avons
déja infinué eſt le même que Menès fondateur
de la Monarchie Egyptienne . Le nom
bien orthographié eft Manof on Menouf
comme les Arabes prononcent. Les Grecs
ont étrangement corrompu ce nom . Ils
l'ont écrit tantôt Menevis , Mnevis , Memphis
, tantôt Menophis Minevis , Meneus ,
Menes , Menon , & c . car on le trouve écrit
de toutes ces manieres. Ce nom fignifie
ville , habitation . Ainfi on appelloit MenoufMefr
ou la ville de Mefraim , celle
que les Grecs appellerent toujours Memphis
, mais que les Orientaux nomment
(1) Newton , p. 103.
DECEMBRE . 1755. 159
encore aujourd'hui Manof , Monf & Mefr.
Hérodote & Jofephe attribuent fa fondation
à Menès . En un mot , Menès n'a été
appellé ainfi que du nom de la ville qu'il
avoit fait bâtir ; car fon véritable nom
étoit Mefr , ou Mifor, comme il eft appellé
dans le fragment de Sanchoniathon .
M. Newton place cette expédition d'Amenophis
fept ans après celle des Argonautes
, c'eſt - à - dire , l'an 930. Eft- il vraifemblable
que la ville de Memphis ait été
bâtie fi tard ?
« (1 ) Il eft für que cet Hercule de Tyr
»ne fçauroit être plus ancien que la guerre
» de Troye , parce que les Tyriens ne
» commencerent à voyager fur la Médi
terranée , qu'après cette guerre..... ( 2)
Jofephe fait mention d'un autre Hercule
» plus ancien , en l'honneur duquel Hiram
fit bâtir un Temple à Tyr : peut- être y
» avoit-il auffi avant lui un Hercule de
» Tyr qui avoit établi le commerce des
Tyriens fur la Mer Rouge , du tems de
David & de Salomon »..
Sans doute il y avoit un ancien Hercule,
& bien antérieur à Salomon & à David.
Il y en avoit un comtemporain d'Oficis.
Il étoit fils du Nil , felon Ciceron , c'eſt-
( 1 ) Newton , p. 118. (2 ) Ibid. p. 119.
160 MERCURE DE FRANCE.
à - dire , fils de Ham , frere par conféquent
d'Ofiris ou Mefr .
Je dis qu'Hercule étant qualifié fils du
Ni , on doit entendre par là qu'il étoit fils
de Cham ; on en peut voir la raifon dans
la réflexion que j'ai faite précédemment
fur la page 102 de M. Newton . Le nom
d'Hercule ne fe trouve point parmi les enfans
de Ham , auffi n'étoit-ce là qu'une
épithete qui , felon la remarque ingénieufe
de M. le Clerc , paroît ne fignifier rien
autre chofe que Marchand , Négociant
Harokel . Mais écoutons l'Auteur de l'Etymologicon
Megad : Tìv H'ganaŭv qasì , x 1à
των λουπλέων διαλεκτον , ΧΩΝΑ λέγεθαι .
Hercule eft appellé Cona dans le Dialecle
1 Egyptien. Méconnoîtra t'on ici Canaan ou
Cna frere d'Ofiris ? Eufebe à la fuite du
fragment de Sanchoniathon , qualifie Ofiris
, frere de XNA , le premier , dit- il ,
qui ait été appellé Phénicien par les étrangers.
Hercule eft donc Canaan fils de Ham:
auffi les Grecs font -ils Hercule fils de Jupiter
, & en Egypte on ne connoiffoit
point d'autre Jupiter qu'Hammon ou Ham.
Quant à l'épithète d'Harokel , Marchand ,
elle n'a rien de ridicule. Canaan fe diftingua
par fon grand commerce , au point
que dans l'Ecriture même Cnani fignifie
un Marchand. Dans Etienne de Byzance
DECEMBRE. 1755. 161
XNA exprime la Phénicie , & xv un
Phénicien , ainfi on ne doit point ranget
cette étymologie au nombre des conjectures.
Hercule a été encore appellé Mélicerte
, mais ce nom ne fignifie que Roi de
la ville .
»(1 ) Après que les Phéniciens & les Grecs
» eurent reçu des Egyptiens l'art de naviger
, & la maniere de faire de longs
» vaiffeaux à voiles & à un rang de rames ,
» les Sidoniens porterent leur commerce
» dans la Gréce , & le continuerent pen-
» dant 50 ans.
Ce que dit ici M. Newton manque
d'exactitude. Les Phéniciens font les plus
anciens commerçans , & les premiers navigateurs
non -feulement ils ont les premiers
trouvé l'art de la navigation (2 ) , mais
encore ils ont appris aux autres peuples à
donner des batailles fur mer , à ufer du
droit de la royauté , & à foumettre les
peuples voifins. Le nom feul d'Hercule
qui a fait tant de bruit parmi les Grecs ,
prouve bien que les Phéniciens ont fçu
profiter d'abord de la fituation avantageufe
de leur païs pour le commerce maritime.
Marsham , page 109 , cite un paſſage
de Jofephe , qui fait voir que les Egyptiens
(1 ) Newton, p. 121. ( 2 ) Sanchoniathon . Stra
bon , L. 16. Pline , L. s . c. 12, Jofeph . Antiq.
162 MERCURE DE FRANCE.
n'ont été connus des Grecs que par le canal
des Phéniciens .
( 1 ) Du tems d'Erechthée , Roi d'A-
» thenes , & de Celeus , Roi d'Eleufis ,
» Cerès vint dans l'Attique , éleva Tripto-
» leme , fils de Celeus , & lui apprit à femer
» des grains ; elle coucha avec Jafon , &c.
Comment M. Newton n'a-t'il point vu
que cette Cerès étoit Egyptienne , & femme
d'Oɓiris , conféquemment qu'il ne s'agit
ici que de l'introduction de fon culte
dans la Grece ? (2) Erechthée étoit Egyp
tien; pendant une famine qui défoloit la
Grece , il y tranfporta des blés : il fut établi
Roi par les Athéniens en reconnoiffance
de ce bienfait. Erechthtée leur enfeigna les
facrifices de Cerès , & établit à Eleufis les
myfteres de cette Décffe , & des Prêtres
pour en obferver les pratiques fur le mo
dele de ceux d'Egypte.
Cette époque de l'introduction des myf
teres de Ĉerès dans la Grece eft fixée par
les Interprêtes des marbres d'Arondel à
Fan 1426 avant J.C. environ 280 ans avant
la guerre de Troye. M. Newton la fixe à
Pan rozo , la différence eft de 396 : est- ce
là ce qu'il appelle ne pas porrer l'exactitude
jufqu'à une année près ?
(1) Newton, p. 141. ( 2 ) Diodore.
DECEMBRE. 1755. 163
ود
» (1) Au retour de Séfoftris en Egypte ,
» fon frere Danaus attenta non-feulement
» à fa vie , comme on a déja dit , mais
» commanda encore à fes cinquante filles
qui épouferent les fils de Séfoftris , de
» tuer leurs maris , après quoi il fe fauva
d'Egypte fur un long vaiffeau , & c .
"
و ر
Dans la chronique abrégée à l'époque
956 , M. Newton dit » Séfac eft tué par
» fon frere Japet .
Si l'on fuppofe , avec M. Newton , que
Séfoftris foit le même que Séfac & qu'O
firis , il faudra dire auffi que ce Prince a
été tué par un de fes freres. Après avoir
prouvé plus haut la fauffeté de cette prétendue
identité , fi le fait fe trouvoit être
le même , ce ne pourroit être qu'un effet
du pur hazard ; mais comme il eft entiérement
faux , & que Diodore nous dit ,
» que Séfoftris ayant perdu la vue après un
>>regne de 33 ans , fe donna volontairement
» la mort » (2 ) , il eft vifible que M. Newton
ne marque cet affaffinat que pour foutenir
le parallele qu'il a établi entre Séfoftris
, Oficis & Séfac. Pourquoi tromper
fes Lecteurs , altérer les faits , & jetter de
l'obfcurité où il n'y en a point?
"
En lifant ces paffages dans M. Newton ,
( 1) Newton , p. 144. ( 2 ) Diodore , L. 1.
164 MERCURE DE FRANCE.
il me femble entendre quelqu'un qui dit ,
Louis XIV qui eft le même que Philippe
Augufte & que Clovis , eft tué par fon
frere Pharamond ; les Anachronismes de
M. Newton ne font guere moins violens.
(1 ) Hérodote dit que les Phéniciens
qui fuivirent Cadmus , introduisirent
» plufieurs fciences dans la Grece ; car il y
» avoit parmi ces Phéniciens des gens ap-
» pellés Curetes , qui étoient plus verfés
» dans les Arts & dans les fciences de la
Phénicie que d'autres les uns s'établi
» rent dans la Phrygie , où ils furent appellés
Corybantes , les autres dans la
» Crete , où on leur donna le nom d'Idoi
» Dactyli , &c.
Ces gens , appellés Curetes , Corybantes,
&c. étoient des Prêtres Phéniciens , comme
les noms qu'ils portent nous l'apprennent .
Curete , fignifie châtré , parce que ces Prêtres
, comme l'on fçait , étoient prefque
tous eunuques. Corybante fignifie Sacrificateur,
Prêtre , de Corban , facrifice , obla
tion les Chretiens Orientaux fe fervent
encore aujourd'hui de ce terme pour exprimer
le facrifice de la Meffe.
:
» (2 ) Les deux premiers Rois de Crete
qui regnerent après l'arrivée des Cure-
(1 ) Newton, p. 154. (1 ) Ibid. p . 158 .
DECEMBRE. 1755. 169
» tes , furent Afterius & Minos. Europe
» fut femme d'Afterius & mere de Minos :
» les Curetes du mont Ida furent fes compatriotes
, & vinrent avec elle ; .... par
» conféquent il faut qu'Afterius , Europe ,
» & Minos foyent le Saturne , la Rhea , &
» le Jupiter des Crétois .
Je doute que ce raifonnement foit bien
conféquent , puifque les Curetes & les Corybantes
qui fuivirent Cadmus en Grece ,
étoient des Prêtres Phéniciens : il eft , ce
me femble , plus naturel de penfer qu'a
vec la connoiffance des Arts & des fciences
, ils porterent encore celle des Divinités
qui étoient adorées dans la Phénicie ,
& dont ils étoient les Miniftres .
» ( 1 ) Car les Phéniciens dans leur pre-
» premier voyage en Grece donnoient le
» nom de Jaopater , Jupiter à tous les
» Rois.
Je doute très-fort que le nom de Jupiter
ait été connu des Phéniciens ; il n'étoit
feulement pas en ufage en Grece . Je ne
connois que les Latins qui l'aient employé
pour exprimer des Princes , fondateurs de
quelques Empires , des Héros qui par leurs
belles actions avoient mérité la déïfication
; mais jamais il n'a été un nom géné
rique de tous les Rois.
(1 ) Newton , p. 158.
166 MERCURE DE FRANCE.
Ce nom de Jupiter ne vient pas de Jaopater
, il vient du Cevs des Grecs , & le gus
des Grecs vient lui -même du Dzew des
Orientaux, qui fignifie Poffeffeur , Maître ,
Seigneur.
Les Grecs donnoient affez indiftinctement
le nom de Zeus à tous leurs Dieux ,
comme les Phéniciens donnoient aux leurs
celui de Baal , Bel .
( 1 ) Macrobe dit qu'après la mort de
» Saturne , Janus lui dreffa un autel com-
» me à un Dieu , établit des cérémonies fa-
» crées , & inftitua les Saturnales , & qu'on
» lui facrifioit des hommes , jufqu'à ce
qu'Hercule emmenant en Italie les bef-
» tiaux de Geryon , y abolît cette coutu-
» me ; on peut voir par ces facrifices hu-
» mains que Janus étoit un defcendant de
» Lycaon ; ce caractere a quelque rapport
» à notrus.
Ce que M. Newton dit ici n'eſt pas juſte :
ces facrifices inhumains qu'on faifoit en
l'honneur de Molok ou Saturne , ou Chronos
, ( car c'eft le même Dieu fous différens
noms ) avoient pris leur origine dans la
Phénicie , & n'avoient aucun rapport aux
Rois d'Italie ou de Grece . Les Phéniciens ,
Hercule lui-même , fondateur du Royau-
(1 ) Newton , p. 164.
!
:
DECEMBRE 1755. 167
me de Phénicie , porterent ces facrifices
partout où leur religion put prendre racine
, de même que Didon les porta en Afrique
, lorfqu'elle y alla fonder Carthage.
Âu refte la religion Phénicienne pouvoit
être connue en Afrique avant l'arrivée de
Didon , puifqu'Hercule avoit pouffé fes
découvertes par mer jufqu'au détroit de
Gades , où il fit élever ces fameufes colonnes
connues fous fon nom. M. Newton
convient lui-même , page 171 , que l'idolâtrie
commença dans la Chaldée & l'Egypte
, d'où elle s'étendit dans la Phénicie
& les pays voifins longtems avant qu'elle
eût été introduite en Europe.
( 1 ) Cependant du tems de Moyfe ,
» tous les charriots de l'Egypte , avec lef-
» quels Pharaon pourfuivit Ifraël , ne
» montoient qu'à 600.
"
Cela eft vrai : mais en doit-on conclure
que l'Egypte n'en poffédoit pas un nombre
beaucoup plus confiderable ? Pharaon dans
la pourfuite des Ifraelites , à laquelle il ne
pas, ne put fe fervir
charriots qui pouvoient être alors à Tanis
& dans les environs ; il n'eut pas le tems
d'en raffembler davantage.
s'attendoit
que
des
Voilà , Monfieur , les obfervations que
(1 ) Newton , p . 178 .
168 MERCURE DE FRANCE.
j'avois à faire fur la Chronologie des Grecs,
par M. Newton. Je n'ai relevé que les
Anachronifmes qui m'ont paru les plus
hardis : j'aurois pu en relever un plus grand
nombre , puifque tout eft Anachronisme
dans un ſyſtème fondé fur de pareils principes.
Je fuis réellement fâché qu'un auffi
grand homme fe foit trop prévenu en faveur
de l'obfervation d'Eudoxe pour la fixation
de l'époque des Argonautes. Avec une
lecture vafte , il étoit en état de faire d'importantes
découvertes en fait de Chronologie
: j'en juge par ce fyftême , que je crois
faux , mais qui par là même a demandé un
effort de génie d'autant plus grand . La
vérité ne coute pas tant de peines à dévoiler.
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Résumé : Suite de la Lettre de M. L. R. Desh. P. R. Sur la Chronologie de M. Newton.
Le texte critique la chronologie de M. Newton, notamment son identification de Sésac avec Osiris. Newton affirme que Sésac monta sur le trône d'Égypte pendant le règne de Salomon, mais le texte conteste cette affirmation en soulignant que le culte du bœuf, symbole d'Osiris, existait déjà du temps de Moïse. Des historiens comme Diodore et Plutarque sont cités pour montrer que les habitants de la Thébaïde étaient les plus anciens Égyptiens et que Thèbes était leur capitale. Le texte met en avant que les historiens attribuent à Osiris l'enseignement de l'agriculture aux Égyptiens et son rôle de législateur. Il souligne également que l'Égypte était déjà un grenier pour les peuples voisins du temps de Joseph et que son gouvernement était loué dans l'Écriture Sainte. Le texte discute de la détermination de l'année solaire par Osiris et de la correction du calendrier par Jules César. Il mentionne Amenophis, qui aurait fixé l'année égyptienne à 365 jours, et le compare à Menès, fondateur de la monarchie égyptienne. Le texte explore les différentes appellations d'Osiris dans diverses cultures et les confusions possibles entre les noms de Belus, Bacchus, Mars et Nemrod. Le texte aborde également la guerre des Dieux et des Géants, impliquant Japet et Atlas, et la fondation de Memphis par Amenophis, identifié comme Menès. Il conclut en discutant de l'ancienneté d'Hercule et de ses liens avec Osiris et Ham. Le texte critique les inexactitudes de M. Newton concernant les relations entre les Égyptiens, les Grecs et les Phéniciens. Il mentionne que les mystères de Cérès en Grèce proviennent d'Égypte et que les Phéniciens ont introduit diverses sciences en Grèce. Les Curetes, Corybantes et autres prêtres phéniciens sont décrits comme ayant joué un rôle clé dans la transmission des connaissances et des pratiques religieuses. Enfin, le texte conteste les affirmations de M. Newton sur les sacrifices humains et l'origine de l'idolâtrie, affirmant que ces pratiques proviennent de la Phénicie et de l'Égypte, bien avant leur introduction en Europe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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687
p. 228-235
NAISSANCES ET MORTS.
Début :
Le 11 Novembre, l'Abbé de Lorraine, & Mademoiselle de Brionne, au nom [...]
Mots clefs :
Naissances, Morts, Chauvelin, Lieutenant général des armées, Charlotte de Lorraine, Duc de Rochechouart, Baron de Veuilli Hautevesnes, Grands officiers de la couronne, Brigadier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCES ET MORTS.
NAISSANCE
ET MORTS..
LE 11 Novembre , l'Abbé de Lorraine , &
Mademoiſelle de Brionnė , au nom du Prince
Charles de Lorraine , Gouverneur des Pays- bas ;
& de la Princeſſe Charlotte de Lorraine , tinrent
fur les Fonts dans l'égliſe de S. Germain-l'Auxerrois
une fille du Comte de Brionne, Grand Ecuyer
de France , laquelle fut nommée Anne-Charlotte,
La cérémonie fut fuivie d'une fête que donna
J'Abbé de Lorraine, ..
5
Jacques-Nompar de Caumont , Duc de Caumont
, Pair de France , fils de M. le Duc de la
Force , eft décédé à Bagnieres le 14 Juiller, 175.5: 1 âgé de quarante-un ans. Il avoit épousé Dame
Marie-Louife de Noailles , fille de M. le Maréchal
de Noailles. La maison de Caumont -la korce eft
fi connue par fon ancienneté , qu'il eft inutile
d'en dire davantage, an
Le 25
I
Août mourut en ſon château du Grand,
val fous Sucy , Meflire Nicolas Daine , Confeile
ler , Secrétaire du Roi , Maifon - Couronne de
France & de fes Finances , Syndic de fa Compagnie
, ancien premier Secrétaire au département
de la guerre , fils de feu Marius-Bafile Daine ,
Infpecteur Général de l'habillement des troupes
de Sa Majefté ; & de défunte Damoiselle Marie-
Magdeleine de Montigny. Illaifle de fon mariage
avec Dainoifelle Sufanne de Wefterbourg un fils ,
Meffire Marius - Jean - Baptifte - Nicolas Daine
JANVIER. 1756. 229
Confeiller du Roi , fon Procureur au Bureau ,
Chambre des Finances & Voyerie de la Généralité
de Paris , Affocié de l'Académie Royale des
Sciences & Belles - Lettres de Pruffe; & deux filles.
Dame Marie- Marthe Landry , veuve de Meffire
Pierre-Gui-Baltazard Emé de Guiffrey de Monteynard
, Comte de Marcieu , Marquis de Boultieres
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Gouverneur des ville & citadelle de Grenoble , &
fous Lieutenant des Gendarmes de la Garde ordinaire
de Sa Majefté , mourut à Paris. le premier
Octobre , âgée de vingt- un ans.
Voyez le Mercure d'Octobre de l'année 1753 .
Dame Anne- Elifabeth Filleul , veuve de Paul
de Montefquiou , Comte d'Artagnan , Brigadier
de Cavalerie , eft morte le 2 à Paris dans la cinquante-
cinquieme année.
Voyez fur Pilluftre Maifon de Montefquiou les
Tablettes biftoriques , VIIe partie , pag. 30s , &
Les grands Officiers de la Couronne , tome VII ,
pag. 262.
"
Meffire Jean- Antoine-François de S. Simon de
Courtomer ; Comte de la Noue , connu fous le
nom de Chevalier de Courtomer , Brigadier d'In
fanterie, ci- devant Capitaine d'une Compagnie de
Grenadiers dans le Régiment des Gardes Françoifes
, mourut le 6 Octobre au Château de Mezy en
bafle Normandie , dans la cinquante -'feptiemé
année de fon âge .
Armande -Amélie Du Plaffis - Richelieu – d'Aiguillon
, fille d'Emmanuel - Armand - Louis dur
Pleflis -Richelieu , Duc d'Aiguillon , Pair de Fran
ce, Maréchal des Camps & Armées du Roi , Lieutenant
Général pour Sa Majeſté dans le Comté
Nantois, & Commandant en Bretagne, nommé Che
valier des Ordres du Roi le 1 Janvier 1756 ; & de
-
230 MERCURE DE FRANCE .
Louife- Félicité de Brebant-Mauron , eft morte
à Paris le 13 Octobre , âgée de trois ans.
Meffire Bernard Chauvelin , Seigneur de Beauféjour
, Confeiller d'Etat ordinaire , eft mort à
Paris le 16 dans fa quatre- vingt-troifiéme année.
Il étoit veuf depuis le 21 Juillet 1735 , de
Catherine Martin , de laquelle il a faillé pour
enfans.
1º. Jacques- Bernard Chauvelin , d'abord Confeiller
au Parlement en 1725 , Maître des Requê
tes en 1728 , Intendant d'Amiens en 1731 , &
actuellement Confeiller d'Etat & Intendant des
Finances depuis 1751. Il a époufé le 16 Février
1719 , Marie , fille de Jean Ourfin , Secrétaire du
Roi & Receveur Général des Finances de la
généralité de Caen , de laquelle il a eu un fils ,
mort en 1737 , & cinq filles actuellement vi
vantes.
2º, Louis-Germain Chauvelin , Abbé de Saint
Jouin , Diocéfe de Poitiers , Doyen de l'Eglife
du Mans , & Chanoine honoraire de celle de
Paris.
3. Bernard- Louis , appellé le Chevalier de
Chauvelin , Commandeur de l'Ordre de Sain
Louis , Lieutenant général des armées du Roi ,
nommé Ambaffadeur auprès du Roi de Sardaigne
en 1753.
4. Henri-Pierre Chauvelin , Abbé Commen
dataire de Montiere-Ramey , Chanoine Hono
raire de l'Eglife de Paris , & Confeiller- Clerc
au Parlement.
5. Marie-Reine Chauvelin , morte en 1739 ,
ayant été mariée en 1734 à Gui Chartraire , Seigneur
de Ragny , & c.
M. Chauvelin dont nous annonçons la mort ,
avoit été fucceffivement Confeiller au Parlement,
JANVIE R. 1756. 23 ?
Maître des Requêtes , Intendant de Tours , d'Alençon
& d'Amiens , & Confeiller d'Erat & Maître
des Requêtes honoraire ; il étoit iffu de Jacques
Chauvelin , Treforier de France en la Généralité
de Paris , frere du célébre François Chauvelin,
reçu en 1562 Avocat au Parlement de Paris,
dont il fut la lumiere & l'oracle ; ce même François
Chauvelin, fut depuis Intendant des affaires en
France , de Marie Stuart Reine d'Ecoffe , & femme
de François II , enfuite Maître des Requêtes
de la Reine Catherine de Médicis , & Procureur
Général de Marie de Médicis , feconde femme de
Henri IV. Il fat bifayeul de Louis Chauvelin , Seignear
de Crifenoi , Maître des Requêtes & Confeiller
d'Etat ordinaire , mort en 1719 ; ce dernier
cut pour enfans.
I. Louis Chauvelin , mort le z Août 1715 , Avocat
Général au Parlement , & Grand Tréforier ,
Commandeur des Ordres du Roi ; laiffant pour
'enfans , 1 °. Louis Chauvelin , Seigneur de Crifenoi
, &c. aujourd'hui Préfident du Parlement de
Paris , lequel a épousé le 25 Novembre 1729
Marie-Renée , fille d'Antoine Jacomel , Seigneur
d'Atis & de Bienaffife , Capitaine de Grenadiers
dans le régiment de Souppa ; de cette alliance if
n'y a point d'enfans. 20. Magdeleine-Françoife
Chauvelin , veuve da Mars 1744 , de . Denis-
Louis Talon , Marquis du Tremblai , Préſident da
Parlement de Paris.
- II. Germain Louis Chauvelin , Marquis de
Grofbois , &c. Succeffivement Confeiller au Grand
Confeil , Maître des Requêtes , Avocat Général
au Parlement , Préfident à Mortier en 1718 ,
dont il s'eft demis en 1746 , Garde des Sceaux de
France en 1727 , qu'il a remis en 1737 , avec la
charge de Secrétaire d'Etat au département des
232 MERCURE DE FRANCE.
affaires étrangeres , dont il avoit été pourvu la
même année 1727 ; & Secrétaire - Commandeur
des ordres du Roi en 1736. Il a été marié le 12
Août 1718 à Anne , fille de Claude Cahouet , Seigneur
de Beauvais , premier Préfident des Tréforiers
de France , en la Généralité d'Orleans , &
'de N... Fontaines - des - Montées. De cette alliance
font fortis. 1 °. Claude - Louis Chauvelin , mort
Gouverneur de Brie - Comte - Robert en 1750 .
2º. Anne-Germain Chauvelin , mort jeune. 3°.
Anne-Efpérance Chauvelin , née en 1725 , veuve
fans enfans depuis 1748 , de Henri -François-
René Edouard Colbert , Comte de Maulevrier ,
Sous-Lieutenant des Gendarmes Anglois. 4° . Anne-
Magdeleine Chauvelin , née le 19 Novembre
1727, femme de Louis - Michel Chamillart , Comte
de la Suze , &c . Lieutenant général des armées
du Roi , & Grand Maréchal des Logis de ſa Maifon.
5. Anne -Sabine - Rofalie Chauvelin , née en
1732 , époufe de Jean - François de la Rochefou
cauld , Comte de Surgeres , Cornette des Gendarmes
de Flandres.
III. Angelique-Henriette Chauvelin , qui a été
mariée le 1 Mai 1712 , à Anne - Claude de Thiard .
Marquis de Biffy , Lieutenant général des Armées
du Roi.
Chauvelin, porte pour armes, d'argent au choux
pommé arraché de finople entouré par la tige
d'unferpent d'or , la tête en haut .
Anne- Charlotte de Conflans , fille de Hubert ,
Comte de Conflans , Lieutenant - Général des
armées navales , eft décédée à Paris , & a été inhumée
le 18 Octobre à S. Sulpice .
Damoiſelle Thérefe Charron de Menars de Neuville
, morte à Paris , âgée de quatre-vingt ans
futinhumée le 21 à S. Euftache.
JANVIER. 1756. 233
Marie -Magdeleine- Jofephe de Croy -Havre,
veuve de Paſcal - Gaëtan d'Aragon , Comte d'Aliffe
, de la branche des Ducs de Laurenzano
mourut à Bruxelles le 27 Octobre , âgée de foixante-
quinze ans. Elle étoit fille de Ferdinand-
François- Jofeph de Croy , Duc d'Havré , Prince
& Maréchal de l'Empire , Grand d'Eſpagne de la
premiere claffe , & Chevalier de l'Ordre de la toifon
d'or , & de Jofephe - Barbe de Hallewin ,
derniere de fa maiſon.
Meffire Michel-Antoine Barberie de Courteille ,
Abbé de l'Abbaye de Beaulieu , Ordre de faint
Auguftin , Diocèle de Boulogne , eft mort le
28 , âgé d'environ foixante- dix ans.
Auguftin- François de Rochechouart-Mortem art,
Comte de Vihiers,eft mort à Paris le 31 Octobre,
âgé de quatorze ans , étant né le 21 Juin 1741 .
Il étoit unique fils de Jean- Baptifte - Victor de
Rochechouart-Mortemart, Duc de Rochechouart,
Pair de France , & Brigadier d'Infanterie ; & de
fa premiere femme Eléonore - Gabrielle- Louife-
Françoile de Crux , morte le 3 Octobre 1742. Le
Duc de Rochechouart avoit époufé en fecondes
noces le 13 Janvier 1749 , Marie- Therefe- Sophie
de Rouvroy , de laquelle il eft refté veuf fans
enfans , le 21 Février 1750. Il a été marié en troifiemes
noces le premier Mai 1751 , avec Charlotte-
Natalie de Manneville , fille de Henri- Jofeph
, Comte de Manneville , Gouverneur de
Dieppe , de laquelle il a pour fils Victurnien-
Jean -Baptifte - Marie de Rochechouart , né le g
Février 1752
N
Voyez fur la Maifon de Rochechouart les
grands Officiers de la Couronne , tom. IV. p. 649.
Dom Honoré, Abbé de l'Abbaye Régulière, de
S. Amand , Ordre de S. Benoît, Diocèle de Tour234
MERCURE DE FRANCE.
nay , eft mort dans le mois d'Octobre en fon
Abbaye.
Charles-Louis de Lorraine , Prince de Pons &
de Mortagne , Comte de Marfan , Souverain de
Bedeilles , Marquis de Mirambeau , Chevalier des
Ordres du Roi , & Lieutenant- Général des armées
de Sa Majeſté , mourut à Paris le 1 Novembre
, âgé de cinquante-neuf ans onze mois
& treize jours , étant né le 19 Novembre 1696.
Il étoit fils de Charles de Lorraine , Comte dé
Marfan , mort le 13 Novembre 1708 , & de
Catherine-Théréfe de Goyon - Matignon , morte le
7 Décembre 1699. De fon mariage avec feue
Elizabeth de Roquelaure , il a eu Gafton-Jean-
Baptifte de Lorraine , Comte de Marfan , Brigadier
d'infanterie , & Colonel du Régiment de
fon nom , marié en 1736 à Marie - Louiſe de
Roban- Soubize , aujourd'hui Gouvernante des
enfans de France , lequel mourut le 2 Mai 1743 ;
Louis-Jofeph de Lorraine , Chevalier de l'Ordre
de Saint Jean de Jérufalem , mort le 13 Janvier
1727 ; Camille-Louis de Loraine , connu fous le
nom de Prince Camille , Maréchal des camps
& armées du Roi ; Léopoldine- Elizabeth -Charlotte
de Lorraine , d'abord Chanoineffe de l'Abbaye
de Remiremont , enfuite mariée le i Mars
1733 , à Joachim de Zuniga Soto - Mayor , Comte
de Bejar , Grand d'Efpagne ; Louife-Henriette
Gabrielle de Lorraine , mariée à Godefroi- Charles-
Henri de la Tour d'Auvergne , Prince de
Turenne , Maréchal de camp , Colonel général
de la Cavalerie de France ; & Marguerite- Louiſe-
Elizabeth de Lorraine , Chanoineffe de Remiremont.
Le 26 Novembre 1755 , eft morte à Château,
Thieri , Dame Marianne de Valfan , veuve deJANVIER.
1756 . 1756. 235
puis les Novembre 1745 , de Pierre de Cugnac ,
Chevalier Seigneur Baron de Veuilli , Hautevefnes,
Lici- lez -Chanoines & autres lieux , âgée de
foixante-onze ans trois mois & vingt- cinq jours;
elle étoit fille de François de Vaffan , d'une ancienne
nobleffe du Valois , & d'Anne Provoſt.
Elle avoit pour fils unique , Anne- Gabriel
Marquis de Cugnac , Chevalier Seigneur Baron de
Veuilli , Hautevefnes , Lici-lez- Chanoines , Bezale-
Gueri & autres lieux , décedé au Château de
Veuilli , le 28 Novembre 1755 , âgé de quarantefept
ans & neuf mois ; il avoit fervi Lieutenant
dans le régiment des Gardes Françoiſes , & avoit
épousé en 1728 , Jeanne -Marie-Jofeph Guyon ,
fille d'Armand-Jacque Guyon , & de Marie de
Bauoncle , duquel mariage il laiffe trois filles ,
fçavoir Jeanne- Anne-Magdeleine de Cugnac ,
Marie-Louife de Cugnac , mariée à N ... Forget ,
Capitaine général des Fauconneries du cabinet
du Roi , & Henriette-Diane de Cugnac.
Voyez pour la généalogie de cette mailon ,
le Mercure de Décembre 1745 , & l'Hiftoire
généalogique des Grands Officiers de la Couronne
, du Pere Anfelme , chapitre des grands Mattes
des eaux & forêts de France , & des Chevaliers
du Saint-Elprit.
ET MORTS..
LE 11 Novembre , l'Abbé de Lorraine , &
Mademoiſelle de Brionnė , au nom du Prince
Charles de Lorraine , Gouverneur des Pays- bas ;
& de la Princeſſe Charlotte de Lorraine , tinrent
fur les Fonts dans l'égliſe de S. Germain-l'Auxerrois
une fille du Comte de Brionne, Grand Ecuyer
de France , laquelle fut nommée Anne-Charlotte,
La cérémonie fut fuivie d'une fête que donna
J'Abbé de Lorraine, ..
5
Jacques-Nompar de Caumont , Duc de Caumont
, Pair de France , fils de M. le Duc de la
Force , eft décédé à Bagnieres le 14 Juiller, 175.5: 1 âgé de quarante-un ans. Il avoit épousé Dame
Marie-Louife de Noailles , fille de M. le Maréchal
de Noailles. La maison de Caumont -la korce eft
fi connue par fon ancienneté , qu'il eft inutile
d'en dire davantage, an
Le 25
I
Août mourut en ſon château du Grand,
val fous Sucy , Meflire Nicolas Daine , Confeile
ler , Secrétaire du Roi , Maifon - Couronne de
France & de fes Finances , Syndic de fa Compagnie
, ancien premier Secrétaire au département
de la guerre , fils de feu Marius-Bafile Daine ,
Infpecteur Général de l'habillement des troupes
de Sa Majefté ; & de défunte Damoiselle Marie-
Magdeleine de Montigny. Illaifle de fon mariage
avec Dainoifelle Sufanne de Wefterbourg un fils ,
Meffire Marius - Jean - Baptifte - Nicolas Daine
JANVIER. 1756. 229
Confeiller du Roi , fon Procureur au Bureau ,
Chambre des Finances & Voyerie de la Généralité
de Paris , Affocié de l'Académie Royale des
Sciences & Belles - Lettres de Pruffe; & deux filles.
Dame Marie- Marthe Landry , veuve de Meffire
Pierre-Gui-Baltazard Emé de Guiffrey de Monteynard
, Comte de Marcieu , Marquis de Boultieres
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Gouverneur des ville & citadelle de Grenoble , &
fous Lieutenant des Gendarmes de la Garde ordinaire
de Sa Majefté , mourut à Paris. le premier
Octobre , âgée de vingt- un ans.
Voyez le Mercure d'Octobre de l'année 1753 .
Dame Anne- Elifabeth Filleul , veuve de Paul
de Montefquiou , Comte d'Artagnan , Brigadier
de Cavalerie , eft morte le 2 à Paris dans la cinquante-
cinquieme année.
Voyez fur Pilluftre Maifon de Montefquiou les
Tablettes biftoriques , VIIe partie , pag. 30s , &
Les grands Officiers de la Couronne , tome VII ,
pag. 262.
"
Meffire Jean- Antoine-François de S. Simon de
Courtomer ; Comte de la Noue , connu fous le
nom de Chevalier de Courtomer , Brigadier d'In
fanterie, ci- devant Capitaine d'une Compagnie de
Grenadiers dans le Régiment des Gardes Françoifes
, mourut le 6 Octobre au Château de Mezy en
bafle Normandie , dans la cinquante -'feptiemé
année de fon âge .
Armande -Amélie Du Plaffis - Richelieu – d'Aiguillon
, fille d'Emmanuel - Armand - Louis dur
Pleflis -Richelieu , Duc d'Aiguillon , Pair de Fran
ce, Maréchal des Camps & Armées du Roi , Lieutenant
Général pour Sa Majeſté dans le Comté
Nantois, & Commandant en Bretagne, nommé Che
valier des Ordres du Roi le 1 Janvier 1756 ; & de
-
230 MERCURE DE FRANCE .
Louife- Félicité de Brebant-Mauron , eft morte
à Paris le 13 Octobre , âgée de trois ans.
Meffire Bernard Chauvelin , Seigneur de Beauféjour
, Confeiller d'Etat ordinaire , eft mort à
Paris le 16 dans fa quatre- vingt-troifiéme année.
Il étoit veuf depuis le 21 Juillet 1735 , de
Catherine Martin , de laquelle il a faillé pour
enfans.
1º. Jacques- Bernard Chauvelin , d'abord Confeiller
au Parlement en 1725 , Maître des Requê
tes en 1728 , Intendant d'Amiens en 1731 , &
actuellement Confeiller d'Etat & Intendant des
Finances depuis 1751. Il a époufé le 16 Février
1719 , Marie , fille de Jean Ourfin , Secrétaire du
Roi & Receveur Général des Finances de la
généralité de Caen , de laquelle il a eu un fils ,
mort en 1737 , & cinq filles actuellement vi
vantes.
2º, Louis-Germain Chauvelin , Abbé de Saint
Jouin , Diocéfe de Poitiers , Doyen de l'Eglife
du Mans , & Chanoine honoraire de celle de
Paris.
3. Bernard- Louis , appellé le Chevalier de
Chauvelin , Commandeur de l'Ordre de Sain
Louis , Lieutenant général des armées du Roi ,
nommé Ambaffadeur auprès du Roi de Sardaigne
en 1753.
4. Henri-Pierre Chauvelin , Abbé Commen
dataire de Montiere-Ramey , Chanoine Hono
raire de l'Eglife de Paris , & Confeiller- Clerc
au Parlement.
5. Marie-Reine Chauvelin , morte en 1739 ,
ayant été mariée en 1734 à Gui Chartraire , Seigneur
de Ragny , & c.
M. Chauvelin dont nous annonçons la mort ,
avoit été fucceffivement Confeiller au Parlement,
JANVIE R. 1756. 23 ?
Maître des Requêtes , Intendant de Tours , d'Alençon
& d'Amiens , & Confeiller d'Erat & Maître
des Requêtes honoraire ; il étoit iffu de Jacques
Chauvelin , Treforier de France en la Généralité
de Paris , frere du célébre François Chauvelin,
reçu en 1562 Avocat au Parlement de Paris,
dont il fut la lumiere & l'oracle ; ce même François
Chauvelin, fut depuis Intendant des affaires en
France , de Marie Stuart Reine d'Ecoffe , & femme
de François II , enfuite Maître des Requêtes
de la Reine Catherine de Médicis , & Procureur
Général de Marie de Médicis , feconde femme de
Henri IV. Il fat bifayeul de Louis Chauvelin , Seignear
de Crifenoi , Maître des Requêtes & Confeiller
d'Etat ordinaire , mort en 1719 ; ce dernier
cut pour enfans.
I. Louis Chauvelin , mort le z Août 1715 , Avocat
Général au Parlement , & Grand Tréforier ,
Commandeur des Ordres du Roi ; laiffant pour
'enfans , 1 °. Louis Chauvelin , Seigneur de Crifenoi
, &c. aujourd'hui Préfident du Parlement de
Paris , lequel a épousé le 25 Novembre 1729
Marie-Renée , fille d'Antoine Jacomel , Seigneur
d'Atis & de Bienaffife , Capitaine de Grenadiers
dans le régiment de Souppa ; de cette alliance if
n'y a point d'enfans. 20. Magdeleine-Françoife
Chauvelin , veuve da Mars 1744 , de . Denis-
Louis Talon , Marquis du Tremblai , Préſident da
Parlement de Paris.
- II. Germain Louis Chauvelin , Marquis de
Grofbois , &c. Succeffivement Confeiller au Grand
Confeil , Maître des Requêtes , Avocat Général
au Parlement , Préfident à Mortier en 1718 ,
dont il s'eft demis en 1746 , Garde des Sceaux de
France en 1727 , qu'il a remis en 1737 , avec la
charge de Secrétaire d'Etat au département des
232 MERCURE DE FRANCE.
affaires étrangeres , dont il avoit été pourvu la
même année 1727 ; & Secrétaire - Commandeur
des ordres du Roi en 1736. Il a été marié le 12
Août 1718 à Anne , fille de Claude Cahouet , Seigneur
de Beauvais , premier Préfident des Tréforiers
de France , en la Généralité d'Orleans , &
'de N... Fontaines - des - Montées. De cette alliance
font fortis. 1 °. Claude - Louis Chauvelin , mort
Gouverneur de Brie - Comte - Robert en 1750 .
2º. Anne-Germain Chauvelin , mort jeune. 3°.
Anne-Efpérance Chauvelin , née en 1725 , veuve
fans enfans depuis 1748 , de Henri -François-
René Edouard Colbert , Comte de Maulevrier ,
Sous-Lieutenant des Gendarmes Anglois. 4° . Anne-
Magdeleine Chauvelin , née le 19 Novembre
1727, femme de Louis - Michel Chamillart , Comte
de la Suze , &c . Lieutenant général des armées
du Roi , & Grand Maréchal des Logis de ſa Maifon.
5. Anne -Sabine - Rofalie Chauvelin , née en
1732 , époufe de Jean - François de la Rochefou
cauld , Comte de Surgeres , Cornette des Gendarmes
de Flandres.
III. Angelique-Henriette Chauvelin , qui a été
mariée le 1 Mai 1712 , à Anne - Claude de Thiard .
Marquis de Biffy , Lieutenant général des Armées
du Roi.
Chauvelin, porte pour armes, d'argent au choux
pommé arraché de finople entouré par la tige
d'unferpent d'or , la tête en haut .
Anne- Charlotte de Conflans , fille de Hubert ,
Comte de Conflans , Lieutenant - Général des
armées navales , eft décédée à Paris , & a été inhumée
le 18 Octobre à S. Sulpice .
Damoiſelle Thérefe Charron de Menars de Neuville
, morte à Paris , âgée de quatre-vingt ans
futinhumée le 21 à S. Euftache.
JANVIER. 1756. 233
Marie -Magdeleine- Jofephe de Croy -Havre,
veuve de Paſcal - Gaëtan d'Aragon , Comte d'Aliffe
, de la branche des Ducs de Laurenzano
mourut à Bruxelles le 27 Octobre , âgée de foixante-
quinze ans. Elle étoit fille de Ferdinand-
François- Jofeph de Croy , Duc d'Havré , Prince
& Maréchal de l'Empire , Grand d'Eſpagne de la
premiere claffe , & Chevalier de l'Ordre de la toifon
d'or , & de Jofephe - Barbe de Hallewin ,
derniere de fa maiſon.
Meffire Michel-Antoine Barberie de Courteille ,
Abbé de l'Abbaye de Beaulieu , Ordre de faint
Auguftin , Diocèle de Boulogne , eft mort le
28 , âgé d'environ foixante- dix ans.
Auguftin- François de Rochechouart-Mortem art,
Comte de Vihiers,eft mort à Paris le 31 Octobre,
âgé de quatorze ans , étant né le 21 Juin 1741 .
Il étoit unique fils de Jean- Baptifte - Victor de
Rochechouart-Mortemart, Duc de Rochechouart,
Pair de France , & Brigadier d'Infanterie ; & de
fa premiere femme Eléonore - Gabrielle- Louife-
Françoile de Crux , morte le 3 Octobre 1742. Le
Duc de Rochechouart avoit époufé en fecondes
noces le 13 Janvier 1749 , Marie- Therefe- Sophie
de Rouvroy , de laquelle il eft refté veuf fans
enfans , le 21 Février 1750. Il a été marié en troifiemes
noces le premier Mai 1751 , avec Charlotte-
Natalie de Manneville , fille de Henri- Jofeph
, Comte de Manneville , Gouverneur de
Dieppe , de laquelle il a pour fils Victurnien-
Jean -Baptifte - Marie de Rochechouart , né le g
Février 1752
N
Voyez fur la Maifon de Rochechouart les
grands Officiers de la Couronne , tom. IV. p. 649.
Dom Honoré, Abbé de l'Abbaye Régulière, de
S. Amand , Ordre de S. Benoît, Diocèle de Tour234
MERCURE DE FRANCE.
nay , eft mort dans le mois d'Octobre en fon
Abbaye.
Charles-Louis de Lorraine , Prince de Pons &
de Mortagne , Comte de Marfan , Souverain de
Bedeilles , Marquis de Mirambeau , Chevalier des
Ordres du Roi , & Lieutenant- Général des armées
de Sa Majeſté , mourut à Paris le 1 Novembre
, âgé de cinquante-neuf ans onze mois
& treize jours , étant né le 19 Novembre 1696.
Il étoit fils de Charles de Lorraine , Comte dé
Marfan , mort le 13 Novembre 1708 , & de
Catherine-Théréfe de Goyon - Matignon , morte le
7 Décembre 1699. De fon mariage avec feue
Elizabeth de Roquelaure , il a eu Gafton-Jean-
Baptifte de Lorraine , Comte de Marfan , Brigadier
d'infanterie , & Colonel du Régiment de
fon nom , marié en 1736 à Marie - Louiſe de
Roban- Soubize , aujourd'hui Gouvernante des
enfans de France , lequel mourut le 2 Mai 1743 ;
Louis-Jofeph de Lorraine , Chevalier de l'Ordre
de Saint Jean de Jérufalem , mort le 13 Janvier
1727 ; Camille-Louis de Loraine , connu fous le
nom de Prince Camille , Maréchal des camps
& armées du Roi ; Léopoldine- Elizabeth -Charlotte
de Lorraine , d'abord Chanoineffe de l'Abbaye
de Remiremont , enfuite mariée le i Mars
1733 , à Joachim de Zuniga Soto - Mayor , Comte
de Bejar , Grand d'Efpagne ; Louife-Henriette
Gabrielle de Lorraine , mariée à Godefroi- Charles-
Henri de la Tour d'Auvergne , Prince de
Turenne , Maréchal de camp , Colonel général
de la Cavalerie de France ; & Marguerite- Louiſe-
Elizabeth de Lorraine , Chanoineffe de Remiremont.
Le 26 Novembre 1755 , eft morte à Château,
Thieri , Dame Marianne de Valfan , veuve deJANVIER.
1756 . 1756. 235
puis les Novembre 1745 , de Pierre de Cugnac ,
Chevalier Seigneur Baron de Veuilli , Hautevefnes,
Lici- lez -Chanoines & autres lieux , âgée de
foixante-onze ans trois mois & vingt- cinq jours;
elle étoit fille de François de Vaffan , d'une ancienne
nobleffe du Valois , & d'Anne Provoſt.
Elle avoit pour fils unique , Anne- Gabriel
Marquis de Cugnac , Chevalier Seigneur Baron de
Veuilli , Hautevefnes , Lici-lez- Chanoines , Bezale-
Gueri & autres lieux , décedé au Château de
Veuilli , le 28 Novembre 1755 , âgé de quarantefept
ans & neuf mois ; il avoit fervi Lieutenant
dans le régiment des Gardes Françoiſes , & avoit
épousé en 1728 , Jeanne -Marie-Jofeph Guyon ,
fille d'Armand-Jacque Guyon , & de Marie de
Bauoncle , duquel mariage il laiffe trois filles ,
fçavoir Jeanne- Anne-Magdeleine de Cugnac ,
Marie-Louife de Cugnac , mariée à N ... Forget ,
Capitaine général des Fauconneries du cabinet
du Roi , & Henriette-Diane de Cugnac.
Voyez pour la généalogie de cette mailon ,
le Mercure de Décembre 1745 , & l'Hiftoire
généalogique des Grands Officiers de la Couronne
, du Pere Anfelme , chapitre des grands Mattes
des eaux & forêts de France , & des Chevaliers
du Saint-Elprit.
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Résumé : NAISSANCES ET MORTS.
En 1755 et début 1756, plusieurs naissances et décès notables ont été enregistrés. Le 11 novembre 1755, Anne-Charlotte, fille du Comte de Brionne, Grand Écuyer de France, est née et baptisée dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois. La cérémonie a été suivie d'une fête organisée par l'Abbé de Lorraine. Parmi les décès, Jacques-Nompar de Caumont, Duc de Caumont et Pair de France, est mort à Bagnères le 14 juillet 1755 à l'âge de quarante-et-un ans. Il était marié à Dame Marie-Louise de Noailles, fille du Maréchal de Noailles. Le 25 août, Meffire Nicolas Daine, Conseiller et Secrétaire du Roi, est décédé dans son château du Grand Val sous Sucy, laissant un fils et deux filles. Dame Marie-Marthe Landry, veuve de Meffire Pierre-Gui-Baltazard Emé de Guiffrey de Monteynard, est morte à Paris le 1er octobre à l'âge de vingt-et-un ans. Dame Anne-Élisabeth Filleul, veuve de Paul de Montesquiou, Comte d'Artagnan, est décédée à Paris le 2 octobre à l'âge de cinquante-cinq ans. Meffire Jean-Antoine-François de Saint Simon de Courtomer, Chevalier de Courtomer, est mort le 6 octobre au Château de Mezy en Basse-Normandie à l'âge de cinquante-sept ans. Armande-Amélie Du Plessis-Richelieu d'Aiguillon, fille du Duc d'Aiguillon, est décédée à Paris le 13 octobre à l'âge de trois ans. Bernard Chauvelin, Seigneur de Beauféjour et Conseiller d'État, est mort à Paris le 16 octobre à l'âge de quatre-vingt-trois ans, laissant plusieurs enfants, dont Jacques-Bernard Chauvelin, Conseiller d'État et Intendant des Finances, et Louis-Germain Chauvelin, Abbé de Saint-Jouin. D'autres décès notables incluent Dame Anne-Élisabeth de Conflans, fille du Comte de Conflans, décédée le 18 octobre, et Damoiselle Thérèse Charron de Menars de Neuville, morte à Paris à l'âge de quatre-vingts ans. Marie-Magdeleine-Joseph de Croy-Havré, veuve du Comte d'Aliffe, est décédée à Bruxelles le 27 octobre à l'âge de soixante-quinze ans. Meffire Michel-Antoine Barberie de Courteille, Abbé de l'Abbaye de Beaulieu, est mort le 28 octobre à l'âge d'environ soixante-dix ans. Augustin-François de Rochechouart-Mortemart, Comte de Vihiers, est décédé à Paris le 31 octobre à l'âge de quatorze ans. Dom Honoré, Abbé de l'Abbaye Régulière de Saint-Amand, est mort en octobre dans son abbaye. Charles-Louis de Lorraine, Prince de Pons et de Mortagne, est décédé à Paris le 1er novembre à l'âge de cinquante-neuf ans, laissant plusieurs enfants, dont Gaston-Jean-Baptiste de Lorraine, Comte de Marfan, et Louise-Henriette-Gabrielle de Lorraine, mariée au Prince de Turenne. Enfin, Dame Marianne de Valfan, veuve de Pierre de Cugnac, est morte à Château-Thierry le 26 novembre 1755 à l'âge de soixante-onze ans. Son fils unique, Anne-Gabriel Marquis de Cugnac, est décédé le 28 novembre 1755 à l'âge de quarante-sept ans, laissant trois filles.
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688
p. 101-102
LOGOGRYPHE.
Début :
Né du plus horrible adultere, [...]
Mots clefs :
Minotaure
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Né du plus horrible adultere ,
É
A peine eus-je reçu le jour
Que l'on me ravit à ma mere ,
Et qu'on m'éloigna de la Cour.
Dans mes neuf pieds , je donne un Patriarche ;
Connu par la vigre & par l'Arche ,.
Et la fille d'Eréfichton.
Une ville ou jadis régnoit Pigmalion :
Une autre dont Homere a chanté la défaite.
La femme de l'Erebe , & le fameux Poëte ;
Qui de nos jours chanta le grand Henri ;
Ce que fille à quinze ans préfere au nom d'ami .
Un fleuve en Allemagne , une riviere en France ,
Le Dieu , qui met fous fa puiffance
yeux,
Les mortels ainfi que les dieux ;
Un mal à craindre pour les
Un ami de Céfar qui fuivit Cléopâtre ,
Une couleur oppofée à l'albâtre ,
Un Poëte lyrique , un arbre , une faiſon ,
Ce que l'on voit fouvent contraire à la raiſon ,
La fille de Cadmus , mere de Mélicerte ;
Un ennemi des Juifs qui confpira leur perte ;
Deux des rois d'Ifraël , deux pronoms , un métal
Qui caufe des Mortels ou le bien ou le mal ;
Un fameux miſantrope , un mont de l'Italie ,
Un autre dans la Grece , un Roi de Theffalie ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Deux Muſes ; je finis , ce n'eft pourtant pas tout ,
Mais je crains d'ennuyer , fi je vais jufqu'au bout.
Par Mademoiselle Moniſeau.
Né du plus horrible adultere ,
É
A peine eus-je reçu le jour
Que l'on me ravit à ma mere ,
Et qu'on m'éloigna de la Cour.
Dans mes neuf pieds , je donne un Patriarche ;
Connu par la vigre & par l'Arche ,.
Et la fille d'Eréfichton.
Une ville ou jadis régnoit Pigmalion :
Une autre dont Homere a chanté la défaite.
La femme de l'Erebe , & le fameux Poëte ;
Qui de nos jours chanta le grand Henri ;
Ce que fille à quinze ans préfere au nom d'ami .
Un fleuve en Allemagne , une riviere en France ,
Le Dieu , qui met fous fa puiffance
yeux,
Les mortels ainfi que les dieux ;
Un mal à craindre pour les
Un ami de Céfar qui fuivit Cléopâtre ,
Une couleur oppofée à l'albâtre ,
Un Poëte lyrique , un arbre , une faiſon ,
Ce que l'on voit fouvent contraire à la raiſon ,
La fille de Cadmus , mere de Mélicerte ;
Un ennemi des Juifs qui confpira leur perte ;
Deux des rois d'Ifraël , deux pronoms , un métal
Qui caufe des Mortels ou le bien ou le mal ;
Un fameux miſantrope , un mont de l'Italie ,
Un autre dans la Grece , un Roi de Theffalie ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Deux Muſes ; je finis , ce n'eft pourtant pas tout ,
Mais je crains d'ennuyer , fi je vais jufqu'au bout.
Par Mademoiselle Moniſeau.
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689
p. 216-217
ITALIE.
Début :
Depuis trois semaines on a essuyé dans toute la partie méridionale de [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Milan, Orages violents, Découverte archéologique, Tremblement de terre, Dégâts, Incendie, Guerre Tunis - Alger
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI
E.
DE NAPLES , le 6 Décembre.
Depuis trois ſemaines on a effuyé dans toute
la partie méridionale de l'Italie des orages auffi
fréquens que violens , qui ont caufe de grands
dommages , tant à la campagne que dans les villes
,& beaucoup de naufrages fur les côtes.
DE ROME , le 16 Décembre.
avec
En creufant la terre près d'Orte , on a trouvé
un chandelier de la hauteur d'un homme ,
un grand piedeſtal en forme de pupitre . Ce chandelier
eft d'un métal de compoſition. Sa Sainteté
a ordonné de fouiller dans l'endroit d'où l'on a
tiré cette antiquité , pour voir ſi l'on n'en découvrira
pas quelques autres,
DE
FEVRIER. 1756. 217
DE MILAN , le 26 Décembre.
1 2
Le tremblement de terre qu'on a fenti ici le
de ce mois , a été plus effrayant que celui du premier
Novembre. La bibliothéque Ambrofienne a
éprouvé de fi rudes fecouffes , qu'on l'a crue fur
le point d'être renversée. Les murs du Collége
de Breve ont été confidérablement ébranlés , & la
façade de la falle des exercices publics s'eft entr'-
ouverte.
Le feu a pris ici le 28 du mois dernier , &
tout le quartier de la porte du Tefin a été confumé
par les flammes. Diverfes lettres affurent
qu'il y a eu au Grand Caire un incendie encore
plus terrible. Que plus de fix mille maiſons ont
été brulées , & que la perte causée par cet embrafement
monte à vingt millions . Selon les nouvelles
des côtes de Barbarie , la guerre continue
vivement entre la Régence de Tunis & celle d'Alger.
La Régence de Tripoli s'eft jointe aux Tunifiens.
E.
DE NAPLES , le 6 Décembre.
Depuis trois ſemaines on a effuyé dans toute
la partie méridionale de l'Italie des orages auffi
fréquens que violens , qui ont caufe de grands
dommages , tant à la campagne que dans les villes
,& beaucoup de naufrages fur les côtes.
DE ROME , le 16 Décembre.
avec
En creufant la terre près d'Orte , on a trouvé
un chandelier de la hauteur d'un homme ,
un grand piedeſtal en forme de pupitre . Ce chandelier
eft d'un métal de compoſition. Sa Sainteté
a ordonné de fouiller dans l'endroit d'où l'on a
tiré cette antiquité , pour voir ſi l'on n'en découvrira
pas quelques autres,
DE
FEVRIER. 1756. 217
DE MILAN , le 26 Décembre.
1 2
Le tremblement de terre qu'on a fenti ici le
de ce mois , a été plus effrayant que celui du premier
Novembre. La bibliothéque Ambrofienne a
éprouvé de fi rudes fecouffes , qu'on l'a crue fur
le point d'être renversée. Les murs du Collége
de Breve ont été confidérablement ébranlés , & la
façade de la falle des exercices publics s'eft entr'-
ouverte.
Le feu a pris ici le 28 du mois dernier , &
tout le quartier de la porte du Tefin a été confumé
par les flammes. Diverfes lettres affurent
qu'il y a eu au Grand Caire un incendie encore
plus terrible. Que plus de fix mille maiſons ont
été brulées , & que la perte causée par cet embrafement
monte à vingt millions . Selon les nouvelles
des côtes de Barbarie , la guerre continue
vivement entre la Régence de Tunis & celle d'Alger.
La Régence de Tripoli s'eft jointe aux Tunifiens.
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Résumé : ITALIE.
En décembre 1755, l'Italie méridionale a subi des orages violents, provoquant des dommages dans les campagnes et les villes, ainsi que des naufrages sur les côtes. À Rome, une découverte archéologique a été réalisée près d'Orte, incluant un chandelier et un piédestal en métal. Le pape a ordonné des fouilles supplémentaires. À Milan, un tremblement de terre le 26 décembre a endommagé la bibliothèque Ambrosienne et le Collège de Brève, tandis qu'un incendie a ravagé le quartier de la porte du Tessin. Par ailleurs, un incendie au Grand Caire a détruit plus de six mille maisons, causant une perte estimée à vingt millions. Des combats intenses se poursuivaient entre les régences de Tunis, Alger et Tripoli sur les côtes de Barbarie.
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690
p. 217-234
MARIAGES ET MORTS. AVERTISSEMENT.
Début :
On a imprimé dans quelques ouvrages modernes, (I) que le Comte de [...]
Mots clefs :
Comtes, Marquis, Seigneurs, Mariages, Morts, Chevalier, Gentilhomme, Barons, Régiments, Ducs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS. AVERTISSEMENT.
MARIAGES ET MORTS.
AVERTISSEMENT.
On a imprimé dans quelques ouvrages modèrnes,
( 1 ) que le Comte de Rupelmonde tué à l'action
paffée près de Paffenhoven en Baviere , le 15
Avril 1745 , étoit le dernier rejetton de fa maiſon.
Ceux qui ont avancé cette anecdote généalogique
, paroiffent avoir ignoré que la Branche
ainée de cette maifon eft continuée en la perfonne
de Ferdinand -Gillon de Recourt-de- Lens-de-
Licques , des Comtes de Boulogne , Seigneur &
Marquis de Licques , & c. c'eft un fait dont on
peut fe convaincre par les éclairciffemens fuivans ,
que l'on a cru devoir donner au public pour le défabufer
des impreffions qu'une pareille erreur
pourroit lui laiffer.
•
Philippes de Recourt-de- Lens- de- Licques , des
Comtes de Boulogne , Chevalier , Baron de Licques
, & de Boninghe , Chaſtelain héréditaire de
Lens , &c. Gouverneur de Cambray & du Cambréfis,
d'Harlem, de Louvain , de Lille , de Tournay ,
de Douay & d'Orchies , fut commis par le Roy
d'Efpagne , le 12 May 1586 , pour régler avec les
Commiffaires du Roy Henry III , tous les différens
qui pouvoient naître fur l'interprétation & l'exécution
des articles de la treve , conclue à Cambray le
23 Décemb. 1585. Ce Seigneur qui s'acquit la réputation
d'un des grands Capitaines de fon fiècle ,
(1 ) Poëme de Fontenoy , & Hiftoire de la guerre
de 1741.
II. Vol. K
218 MERCURÉ DE FRANCE.
mourut à Bruxelles le Vendredi Saint 1588 , lorqu'il
alloit être nommé Chevalier de l'ordre de la
Toifon d'Or. Il avoit fait fon teftament le premier
jour de Mars 1587 , & avoit été marié du confentement
de l'Empereur & de fon Confeil , le 3 Juin
1554 , avec Jeanne de Witthem , d'une illuftre
Maifon de Brabant , fortie par bâtardiſe des anciens
fouverains de cette Province , & alliée aux maifons
les plus confidérables des pays-Bas . De ce mariage
fortirent Gabriel , Baron de Licques qui fuit , &
Philippes de Recours - de - Lens- de - Licques, des
Comte de Boulogne , Baron de Wiskerque , &c .
qui a fait la branche des Comtes de Rupel
monde.
Gabriel de Recourt- de- Lens-de- Licques des
Comtes de Boulogne , Chevalier , Baron de Licques
& de Boninghe , &c . gouverneur de Charlemont
, & Colonel d'un Régiment de dix Compagnies
de gens de pieds , mourut à la fleur de fon
age en 1589 , ayant eu de fon mariage , qu'il avoit
contracté le 8 Juillet 1581 , avec Helene de
Mérode , d'une maiſon auffi illustre par fon ancienneté
que par fes alliances & fes fervices , fille de
Jean de Mérode , Seigneur de Moriamez & de
Philippote de Montfort , Philippes Baron de Licques
qui fuit :
i
Philippe de Recourt - de-Lens- de- Licques des
Comtes de Boulogne , Chevalier Baron de-Licques
& de Boninghe , &c. Gouverneur de Bourbourg
, Grand Bailli des Bois du Comté de Hainaut
, & de la Forêt de Mormal , & Confeiller du
Confeil de Guerre du Roi d'Efpagne , mourut le
28 May 1657 , & époula en premiere nôces , en
1614 , Sufane de Langlée , d'une branche cadette
de l'illuftre Maifon de Wavrin , dont il n'eut que
des filles ; il fe remaria en fecondes nôces , le 13
Juin 1630 à Louiſe de Cruninghe , Baronne de
AVRIL. 1736. 219
Cruninghe , & Vicomteffe de Zélande , héritiere
de fa maiſon , une des plus grandes des Pays-Bas ;
& cette alliance le fit tenir à toutes les têtes couronnées
de l'Europe . Elle étoit fille & héritiere de
Maximilien , Baron de Cruninghe , Vicomte de
Zélande , &c. & d'Eve Baronne de Kniphaufen-
Inhaufen , & petite-fille de Jean Baron de Cruninghe
, Vicomte de Zélande , &c ; & de Jacqueline'
de Bourgogne , fille d'Adolphe de Bourgogne , Seigneur
de Bevres & de la Vere, Amiral de Flandres,
& Chevalier de la Toifon d'Or ; & d'Anne de
Berghes-glimes; & petite- fille de Philippes de Bourgogne
, Seigneur de Bevres & de la Vere , Amiral
de Flandre , Gouverneur d'Artois , & Chevalier de
la Toiſon d'Or ; & d'Anne de Borfelle , fille de
Wolfard de Borfelle , Seigneur de la Verre, Comte
de Grandpré , Maréchal de France Chevalier de la
Toifon d'Or , &c ; & de charlotte de Bourbon ,
fille de Louis de Bourbon , Comte de Montpenfier
, Dauphin d'Auvergne , &c ; & de Gabriele de
la Tour ; de ce deuxieme mariage vint Philippes-
Charles-Bartholomé , Marquis de Licques qui fuit ;
& c'eft à caufe de cette alliance que MM. de
Licques portent en écartelure dans le grand cachet
de leurs armes , celles de l'augufte Maiſon de
Bourbon.
Philippes-Charles- Bartholomé de Recourt-de-
Lens-de- Licques , des Comtes de Boulogne , Che
valier Marquis de Licques , Baron de Boninghe &
de Cruninghe , Vicomte de Zélande , & c. Grand
Bailli des bois du Comté de Hainaut , Capitaine
d'une Compagnie franche, puis de cent chevaux de
Cuiraffiers , & gentilhomme de la chambre du
Prince de Baviere , électeur de Cologne , époufa
le 23 Janvier 1659 , Marguerite-Caroline - Gertrude
de Berlo , Chanoinefle de Mouftier , d'une
2.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
illuftre Maiſon du pays de Liege , & fille de Paul ;
Baron de Berlo & de Bruff; & de Marie de L
Fontaine ; & eut de cette alliance un fils unique
nommé Ferdinand-Roch-Jean , Marquis de Lic
ques qui fuit ;
Ferdinand - Roch - Jean de Recourt- de- Lensde-
Licques des Comtes de Boulogne , Cheva
lier , Marquis de Licques, Baron de Boninghe ,
Vicomte de Zélande , &c . époufa le 23 Janvier
1700 , Anne-Michel- Alexandrine le Sart , mere.
d'un fils unique , nommé Ferdinand-Gillon , Marquis
de Licques qui fuit:
Ferdinand- Gillon de Recourt-de-Lens- de-Lic
ques des Comtes de Boulogne , Chevalier , Seigneur
& Marquis de Licques , Vicomte de Zélande
, Baron de Boninghe , &c . dernier hoir mâle
de fa maifon depuis la mort du Comte de Rupelmonde
, a épousé en 1730 Elifabeth de Lefpinayde
Marteville d'une ancienne maifon de Picardie ,
fille de Jacques , Marquis de Marteville , Maré
chal des Camps & Armées du Roi , & de Françoife
Abancourt. De ce mariage il n'a que trois filles ;
fçavoir :
?
1º. Catherine- Elifabeth-Henriette de Recourt
de-Lens-de-Licques des Comtes de Boulogne ,
mariée , en 1748 , à Louis - Eugene-Marie de
Beauffort, Comte de Beauffort , & de Moulle , & c.
d'une des plus anciennes & des plus illuftrés Mai
fons de la province d'Artois , fils de feu Chriftophe
- Louis de Beauffort , Comte de Beauffort , & cs
& de Marie-Anne-Françoife - Jofephe de Croix ;
2°. Louife- Aimée dite Mademoiſelle de
Lens ;,
>
3°. Marie-Gabriele-Victoire- Nymphe , dite
Mademoiſelle de Licques.
Philippe de Recourt- de- Lens- de - Licques des
AVRIL 1756. 22X
Comtes de Boulogne , Seigneur & Baron de Wifkerque
, & c. frere cadet de Gabriel Baron de Lic
ques , cité ci-deffus , & comme lui fils de Philippes,
Baron de Licques , & de Jeanne de Witthem ,
fut Colonel d'Infanterie Wallone , & Grand Bailli
du pays de Waes. Il épousa le 11 Juin 1590 ,
Marguerite de Steelan , d'une très -ancienne maifon
de Flandres , & tefta le 14 Juin 1630 ; de ce
mariage vint Servat Baron de Wiskerque qui
fuit :
Servat de Recourt - de - Lens- de - Licques des
Comte de Boulogne , Baron de Wiskerque, Grand
Bailli du pays de Wau , &c. époufa le 20 Septembre
1624 , Marguerite de Robles d'une illuftre mai .
fon originaire d'Efpagne, fille de Jean de Robles ,
Comte d'Annapes , Gouverneur de Lille , Douay
& Orchies & c. & de Marie de Liedekerque. De ce
mariage vint Philippes , Baron de Wiskerque &
Comte de Rupelmonde qui fuit :
Philippes de Recourt- de- Lens- de- Licques des
Comtes de Boulogne , Baron de Wiskerque , Seigneur
& Comte de Rupelmonde , &c . époufa le 3
Juillet 1655 , Marguerite de Baerlandt , d'une
ancienne maison des Pays-Bas ; il mourat fore
jeune, & laila pour fils unique Philippes Comte de
Rupelmonde , qui fuit :
Philippes de Recourt- de- Lens- de - Licques des
Comtes de Boulogne , Comte de Rupelmonde ,
Baron de Wiskerque &c. époufa le 21 Avril 1677 ,
Marie- Anne -Euſebe Truchfes , née Comteffe de
Wolfegg , d'une grande maifon d'Allemagne , &
fille de Guillaume , Truchfes Comte de Wolfegg ,
Gouverneur d'Amberg en Baviere , & d'Iſabelle-
Claire de Ligne- d'Aremberg & d'Arfchoft ; il
eut de ce mariage Maximilien- Philippes- Jofeph
Comte de Rupelmonde qui fuit :
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
Maximilien-Philippes-Jofeph de Recourt- de
Lens-de-Licques des Comtes de Boulogne , Comté
de Rupelmonde , Baron de Wiskerque , &c. Maréchal
des Camps & Armées du Roi d'Eſpagne ,
fut tué au Siege de Brihuega en Eſpagne le i 1 Décemb.
1710 , & avoit épousé le 24 Janvier 1705,
Marie-Marguerite d'Alegre, Dame du Palais de la
Reine , d'une illuftre maifon d'Auvergne , fille
d'Yves , Marquis d'Alegre , Maréchal de France &
Chevalier des ordres du Roi : il en eut pour fils
unique Yves - Marie Comte de Rupelmonde qui
fuit :
24
Yves-Marie de Recourt -de - Lens - de- Licques des
Comtes de Boulogne , Comte de Rupelmonde ,
Baron de Wiskerque , & c. Maréchal des camps &
armées du Roi , fut tué à la fleur de fon âge à l'acsion
paffée près de Paffenhoven en Baviere , le 1
Avril 1745. De fon mariage , dont le contrat fut
paffé en 1731 avec Marie- Chrétienne - Christine
de Gramont, dame du Palais de la Reine & fille de
Louis, Duc de Gramont , Pair de France, Chevalier
des ordres du Roi , Lieutenant général de fes Armées
, & Colonel du Régiment des gardes , & de-
Géneviève de Gontault de Biron , naquit le
Avril 1740 , un fils nommé Louis , mort peur de
temps avant fon Pere , en la perfonne de quis'éteignit
la feule branche cadette de la maifon de
Recourt- de-Lens- de- Licques , dont la branche
aînée feule fubfifte aujourd'hui dans la perfonne
du Marquis de Licques & de fes trois filles . Voyez
pour cette maifon qui par fon ancienneté,fes fervices
& fes alliances va de pair avec les plus grandes
du Royaume , l'Hiftoire des grands Officiers de la
Couronne , VII . vol . page 827 , où la Généalogie
eft rapportée ( affez imparfaitement ) à l'article des
Amiraux de France , à l'occafion de Charles de Re
AVRIL. 1756. 223
court-de Lens , & c. fait Amiral de France en 1418 .
Voyez auffi les tablettes Hiftoriques , Généalogiques
& Chronologiques , volume V. l'Armorial
Général de France de M. d'Hozier , premier Regiftre
, où il en eft parlé à l'occaſion de Ferdinand-
Roch -Jean , & de Ferdinand Gillon , Marquis
de Licques , fon fils , reçus Pages du Roi
dans fa grande écurie , l'un le 5 Août 1684 , &
l'autre le 21 Septembre 1722 , & ce que nous
avons dit de cette maifon dans les Mercures de:
France des mois de Juin 1731 , & 1745 , premier
volume , & c.
Jacques-François , Vicomte de CAMBIS , Colonel
du Régiment d'Infanterie de fon nom , fut marié le
18 Novemb. 1755. dans la Chapelle du Château de
Bellevue , avec Louife-Françoife- Gabriele de HENNIN
- LIETARD - DE - CHIMAY , fille d'Alexandre-
Gabriel de Hennin- Lietard , Prince de Chimay
Lieutenant Général des Armées du Roi , Lieutenant
-Feldt-Maréchal des Armées de l'Empereur ,
Grand d'Espagne de la premiere claffe , &c . mort:
le 18 Février 1745 , & de Gabriele- Françoife de
Beauvau , aujourd'hui Princeffe Douairiere de
Chimay. Le Curé de Meudon leur donna la Bénédiction
nuptiale . Leur Contrat de mariage avoit
été figné le 16 du même mois de Novembre , par
Leurs Majeftés & par la Famille Royale.
La Maifon de Cambis , originaire de Florence ,
a produit plufieurs grands hommes , entr'autres
Ludovifio Cambi , vivant en 1245 , lequel rendit
de grands fervices aux Papes Grégoire IX & Innocent
IV. Dante Cambi , Prieur de la Liberté de
Florence , qui vivoit en 1290 & 1300. Nero Cambi
, Gonfanonier de la République en 1421. Victor
Cambi , un des plus fameux partifans de la
faction Guelfe en 1450. François Cambi , qui
K.iiij.
224 MERCURE DE FRANCE.
époufa en 1492 Fiamette Corfini , &c. D'eux def
cendoit Luc Cambi , auquel cette Maiſon doit
fon établiſſement en France. Il quitta Florence
avec Marie de Pazzis , fon époufe , & Guy de
Cambi , fon frere , qui mourut fans enfans , pour
venir à Avignon , où il pofféda de grandes richeffes.
Il y fit fon Teftament le 13 Juin 1502 , &
laiffa douze enfans , fept garçons , dont trois ont
eu postérité , & cinq filles . Son fils aîné , Dominique
de Cambis , fut Baron d'Alais , Seigneur de
Saint-Paul , Saint-Martin - Malcap , &c. & tefta le
16 Janvier 1520. Il laiffa de fa femme Marguerite
Damians , entr'autres enfans Louis de Cambis
, Baron d'Alais , de Fons & de Sérignac , Seigneur
de Souftelles , &c. qui fut allié avec Marguerite
de Pluviers. De ce mariage vinrent entr'autres
, François de Cambis , Baron d'Alais , qui fuit ::
Jean de Cambis , Gentilhomme ordinaire du Prince
de Condé , Gouverneur de la Vignerie d'Alais ,
& Lieutenant de Roi au Gouvernement de Languedoc
, dont la poftérité fubfifte dans l'Orléa-.
nois , & Théodore de Cambis , Baron de Fons &
de Sérignac , qui forma une branche qui exifte
aujourd'hui en Languedoc.
François de Cambis , Baron d'Alais , fils aîné de-
Louis , fut Chevalier de l'Ordre du Roi , & époufa
Magdeleine de Villeneuve , fille de Claude , Marquis
de Trans , & d'Ifabelle de Feltres , de laquelle
il eut Georges de Cambis , Baron d'Alais , marié
à Itabelle de Thezan , fille d'Olivier , Vicomte du
Pujols & de Caffandre de Cenamy. De cette allian-.
ce fortirent quatre garçons , l'aîné defquels nommé
Jacques , époufa Catherine d'André , qui le
rendit pere de Jacques de Cambis , mort en 1653
fans poftérité . Sa foeur Ifabelle de Cambis , avoit
époufé Jacques de Berard , Seigneur de Montaler ,
AVRIL. 1756. 225
qui à caufe d'elle devint Baron d'Alais , Seigneur
de Souftelles , & c . Sa feconde foeur Ifabelle de
Cambis , époufa en 1655 Jean - François de la
Fare , Baron de la Salle , Meftre de Camp de
Cavalerie.
Nicolas de Cambis , cinquieme fils de Luc &
de Marie de Pazzis , fut auteur de la branche des
Seigneurs d'Auvaro en Provence , éteinte vers le
milieu du 16 fiecle .
Pierre de Cambis , fixieme fils de Luc , fut fait
Conful d'Avignon , du rang des Nobles de la
premiere claffe en 1547. Il avoit époufé dès le
28 Octobre 1525 , Françoiſe de Perruzzis , Dame
d'Orfan , au Diocèfe d'Uzès. Elle fut mere entr'autres
de Jéan de Cambis , Seigneur d'Orfan , Chevalier
de l'Ordre du Roi & de celui du Pape ,
premier Conful & Viguier de la Ville d'Avignon ,
au nom de laquelle il fut Ambaffadeur près du
Roi Henri III , qui le fit Chevalier de fa propre
main , & près du Pape . Il épouſa le 16 Avril 15552
Françoile de Clericis , qui le rendit pere de trois
garçons qui ont laiffé poftérité. Celle de Richard ,
qui étoit l'aîné , finit vers la fin du dernier fiecle.
Le ſecond nommé Louis , fit la branche des Seigneurs
d'Orfan dont on va parler ; & le troisieme ,
qui s'appelloit Antoine , fut auteur de celle des
Seigneurs d'Hortes , éteinte depuis environ cent
ans.
>
Louis de Cambis , fecond fils de Jean & de
Françoife de Clericis , fut Seigneur d'Orfan , &c.
premier Conful & Viguier d'Avignon , Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux- Légers , & Chevalier
de l'Ordre du Roi. Il époufa par contrat du
16 Mai 1583 , Georgette de la Falêche , fille
d'Antoine , Chevalier de l'Ordre du Roi , & de
Françoife de Riccis. Il eut de ce mariage , 1º
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
f
t
Jean de Cambis , qui continua la ligne directe ;
2º. Paul de Cambis , auteur de la branche des
Marquis de Velleron , qui feront rapportés enfuite
; 3 ° . Octave de Cambis , Camerier du Pape
Urbain VIII.
I
Jean de Cambis , Seigneur d'Orfan , &c. fils
aîné de Louis & de Georgette de la Falêche , fut
allié par Contrat du 1 Mai 1616 , à Marguerite.
de Simiane , Dame de Cairane , qui le rendit pere
> entr'autres de Louis de Cambis , Seigneur d'Orfan
, &c. marié par Contrat du 13 Avril 1638 ,
avec Magdeleine de Baumefort. De cette alliance
vint entr'autres Charles de Cambis , Seigneur
d'Orfan & de Lagnes , qui époufa par Contrat du
30 Août 1674 , Marie- Anne Pilchotte de la Pape
dont vint Jacques de Cambis , Seigneur d'Orfan
&c. allié en 1690 , à Magdeleine de Guilhens de
Puy-Laval , qui fut mere de Louis - Charles de
: Cambis , Seigneur d'Orfan & de Lagnes , marié
en 1723 ´à Anne - Elifabeth de Pierne , fille de
Marc- Antoine , Seigneur d'Arenes & de Sufanne .
de Bafchi du Cayla. De ce mariage eft né le
7 Mars 1727 , Jacques- François de Cambis qui
donne lieu à cet article .
Paul de Cambis , fecond fils de Louis & de
Georgette de la Falêche , fut Baron de Brantes ,
Seigneur de Cairane , & Co- Seigneur de Velleron ,
Chevalier de l'Ordre du Roi , Capitaine- Lieutenant
du Régiment de Normandie , & Syndic de
la Nobleffe du Comté- Venaiffin , & en cette qualité
député au Roi Louis XIII . Il fut marié le 21
Février 1621 , à Gabriele de Rodulf, fille de Louis,
Seigneur de Limans , &c. & de Marthe de Grimoard
du Roure. De cette alliance vint François
de Cambis , Baron de Brantes , créé Marquis de
Velleron , par Bulle du Pape Clément IX. Il époufaAVRIL.
1756. 227
en 1653 Jeanne de Forbin , foeur du Cardinal de
Janfon, de laquelle il eut entr'autres Jofeph de
Cambis , & Louis-Dominique de Cambis qui ont :
laiffé postérité.
eft Jofeph de Cambis , Marquis de Velleron ,
mort le 6 Janvier 1736 , chef d'Efcadre des Galeres
du Roi , & Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de S. Louis. H avoit épousé Angélique
de Cambis de Fargues , de laquelle il a laiffé
1º. Jofeph-Louis-Dominique de Cambis , Marquis
de Velleron , dit le Comte de Cambis , né en
Novembre 1706 , Colonel de l'Infanterie du
Comté- Vénaiffin , marié le 13 Avril 1741 , avec :
Anne- Louiſe de la Queille de Châteaugué , dont
eft née Marie Jofephine - Louife Sophie de
Cambis ;
-
2º. Angélique-Touffaint de Cambis , allié le
16 Mars 1716, à Louis - Joſeph Gras, Seigneur de
Préville ;
3°. Jeanne de Cambis , mariée le 16 Avril 1719 ,.
à Antoine Hoftager , Seigneur de Roquetaillade.
Louis- Dominique , Comte de Cambis , Lieutenant
général des Armées de Sa Majeſté , ſecond
fils de François & de Jeanne de Forbin , eft mort
à Londres , où il étoit Ambaffadeur du Roi , le
12 Février 1740 , laiffant de fa femme Catherine
Nicole Gruin , morte en 1754 ;
1º. Louis-Jofeph-Nicolas , Marquis de Cambis
, né le 1 Mars 1725 , Brigadier de Cavalerie en
Décembre 1748 , Meftre de Camp du Régiment :
de Bourbon, & Gouverneur de Sifteron...
2 % Anne-Victoire de Cambis , née à Turin ou
fon pere étoit Ambaffadeur , le 1 Juin 1726 , mariée
en Avril 1746 au Marquis d'Herbouville ,
Capitaine de Gendarmerie.
CAMBIS porte pour Armes d'azur au chêne d'or ,
22S MERCURE DE FRANCE.
mouvant d'une montagne à fix copeaux de même ,
foutenus par deux lions auffi d'or.
Le 2 Novembre 1755 ,mourut en fon Château
d'Andechy en Picardie , François- Simon de Riencourt
, Comte d'Andechy, marié le 2 Mai 1695 , à
Jeanne- Jule de Guerin de Tarnaut , fille de Robert
de Guerin de Tarnaut ,. & de Jeanne Huaut
de Montmagny , dont il eut Jeanne- Jule Dame
de S. Cyr ; Anne- Françoife , mariée les Mai
1728 , à Pierre de Guerin de Tarnaut , fon oncle
maternel , ancien Colonel d'un Régiment d'Infanterie
de fon nom & René-Léonor , Chevalier
Comte d'Andechy,marié le 23 Juin 1719 , à Jeanne
de Forceville , fille de Charles , Chevalier Seigneur
de Forceville , & d'Antoinette du Mouchet
de Vauffelles ; dont Barbe Simon Comte de Riencourt
, Capitaine de Cavalerie au Régiment d'Archyac
; Pierre de Riencourt, Prêtre ; Louis-François
, d'abord Page de Madame la Dauphine , puis
Lieutenant au Régiment d'Archyac , & trois filles
à S. Cyr
La Maifon de Riencourt alliée à celles . de
Mailloc , Montmorency , Amiens , Bournel , Ailly ,
Lamet , Rellencourt , Desfriches- Doria , Forceville
, la Fontaine , Guerin de Tarnaut , d'Angennes,
Fiercelin, Mareuil , Saiffeval , Saint Georges-
Verac , Joyeuse , &c..eft une des plus anciennes
de Picardie , où elle eft connue dès le commencement
du treizieme fiecle , comme on le
voit par les Cartulaires de différentes Abbayes.
En 1206 Thomas de Riencourt qualifié Chevalier ,
foufcrit à la donation de plufieurs biens que fait.
Enguerran de Pequigny Vidame d'Amiens , à l'Eglife
de Sainte Marie de Moliens . En 1223 Jean
de Riencourt fon fils tranfige avec les Religieux
de l'Abbaye du Gard, en préfence du Vidame d'A-
&
AVRIL. 1756. 229
"
miens , & leur laiffe quelques droits qu'il tenoit
d'Amelius de Bouelles fon ayeul , touchant les
marais de Croy. Hugues de Riencourt , fon fils ,
dans le dénombrement des terres de Riencourt &
Saint Leger , qu'il donne en 1259 , à Jean , Baron
de Pequigny, Vidame d'Amiens , prend les qualités
de Haut Puiffant Seigneur Meffire Hugues ,
Seigneur de Riencourt , Franqueville , Saint Leger,
Drueulfous Moliens le Vidame, Orival, Bergicourt ,
Tilloloy Vaux; ainfi il y a 500 ans que ces quatre
dernieres terres font dans la maifon de- Riencourt.
On trouve à la Chambre des Comptes de Paris
un Bref daté de Lyon , du Pape Innocent IV, à
P'Evêque d'Amiens , par lequel il accorde à Jeande
Ricncourt & à Hugues fon fils , dont on vient
de parler , les mêmes Indulgences que s'ils s'étoient
croifés pour la Terre Sainte , parce qu'ils
étoient difpofés à aller au fecours de l'Eglife Uni-
-verfelle contre les habitans d'Aix - la - Chapelle
{ contra Aquenſes } *;
" La Maifon s'eſt d'abord diviſée en deux bran→
ches formées par les deux enfans d'Enguerran ,
Seigneur de Riencourt , décedé en 1380. La branche
aînée eft tombée avec la Terre de ce nom
dans la maifon d'AUDENFORT , d'ou en celle de
TIERCELIN , par le mariage de Marguerite de Riencourt
, fille de Hugues, Seigneur de Riencourt , &
de Marie de Lamet , & petite- fille de Jean , Seigneur
de Riencourt , & de Márie de Montmorency,
* Comme le Pape étoit alors obligé de se fauver
de Rome a caufe de la guerre que lui faifoit l'Empereur
Frédéric II , qu'il avoit excommunié , le
Pape les engagea à lui prêter fecours , & à aller contre
les habitans d'Aix- la Chapelle , en leur promet
tant l'abſolution générale de leurs péchés..
230 MERCURE DE FRANCE.
*
de la branche de Bours , fille de Hugués de Monte
morency , Chevalier Seigneur de Bours , & de
Marie d'Ognies.
La branche de Riencourt d'Orival devenue aî→
née , s'eft fubdivifée en deux autres branches formées
par Raoul de Riencourt, Seigneur d'Orival ,.
Bergicourt , &c. & par Thomas de Riencourt-
Seigneur de Tilloloy , Vaux , &c. tous deux enfans
de Matthieu de Riencourt , vivant en 1430 .
Raoul de Riencourt , Chevalier Seigneur d'Orival
, Bergicourt , du Qefnel & Linas , vivoit en
1476 avec Jeanne de Borgeau fon épouſe , fille de
Jacques de Borgeau Seigneur dudit lieu , dont
deux enfans ; le cadet a formé la branche de Parfondru
près Laon. François de Riencourt , Chevalier
Seigneur de Parfondru & Drouay , fils de
Pierre de Riencourt , Chevalier , Seigneur defdits
lieux , & d'Ifabelle de Sons , marié en 1639, à Ju--
dith-Anne de Joyeuse de la branche de Montgobert
, fille de Robert de Joyeuſe , Baron de Verpeil
& de Montgobert , & de Judith Hennequin ,., .
étoit de cette branche , qui fubfifte encore aujour
d'hui près de Rhetel en Champagne .
Antoine de Rien court , Chevalier , Seigneur
d'Orival dont on vient de parler , eut de fa femme
Marie de Saquefpée , Adrien , Seigneur d'Orival
, marié à Charlotte de la Motte , fille de Char--
les de la Motte , Chevalier , Seigneur de Ville &
Montigny , & de Jeanne d'Abbeville ; dont
François , Seigneur d'Orival , Bergicourt , Morvillier
, Graville , &c. Gentilhomme de la Chambre
du Duc d'Anjou , frere d'Henri III , qui de
Dianne de Maillor fa femme , fille de Nicolas-
Baron de Mailloc , & de Charlotte de Monchy, eut
François, Seigneur deſdits lieux , marié 1º . en 1642,
à Catherine de Sennemon , fille de Jean de SenneAVRIL.
1756. 232
mon , & de Gabriele de Tier celin ; 2 ° à Marie de
Moreuil , fille d'Artus de Moreuil , Chevalier de
l'Ordre du Roi , & de Charlotte de Halluyn. Du
fecond lit vinrent deux filles , l'une mariée dans la
maifon du Blaifel en Boulenois , l'autre , dans
celle de Venoix en Normandie , & Jean- Auguſtin
de Riencourt , Marquis d'Orival , marié le 4 Janvier
1683 à Marie-Anne Desfriches -Doria, fille de
Charles Desfriches , Baron de Braffeufe, & d'Annedes
Etangs ; dont un Chevalier de Malte mort ;
le Comte d'Orival , ancien Capitaine aux Gardes ,
& Charles- François de Riencourt , Marquis d'Orival
, ancien Colonel du Régiment de la Reine-
Dragons ; lequel de Marie d'Angennes fa femme,
fille de Charles- François d'Augennes , Chevalier
Seigneur de Maintenon , Commandant des Ifles
Saint Pierre & Guadeloupe en la Martinique , eut
Marie-Adelaïde de Riencourt, mariée le 2 Janvier
1742 , à Pierre- Cefar de Saint Georges , Marquis de
Verac , Lieutenant- Général de Poitou , qui n'ont
laiffé à leur mort qu'un fils unique appellé le
Marquis de Verac.
La branche de Tilloloy vient , comme nous l'a.
vons dit , de Thomas de Riencourt , Chevalier
Seigneur de Tilloloy , Vaux , Arleux , S. Severin ,
marié à N. Deamont ; dont Hugues marié en fe
condes nôces à N. de Jalaife, avec laquelle il vivoit
en 1550 ; dont Chriftophe de Riencourt marié le
11 Août 1561 , à Claude le Hochart , fille de Benoît
le Hochart , Seigneur de Lepinay, & de Guil
lemette de Bournel ; dont Nicolas de Riencourt
Chevalier , Seigneur de Tilloloy , Vaux , Arleux ,
Saint Severin , marié le 9 Avril 1589 , avec Anne
d'Ailly , de la branche d'Annery , fille de Claude
d'Ailly, Chevalier , Seigneur de Montgerout, Lau
Bay , Clerfon , Montcornel &c. Chevalier de
232 MERCURE DE FRANCE.
l'Ordre du Roi , un des cent Gentilshommes de
la Maifon de Sa Majefté , Gentilhomme d'honneur
de la Reine , Enfeigne de la Compagnie des.
Gendarmes de M. de Villebon d'Eftouteville , &
de Jeanne de Joigny -Blondet fa premiere femme ,
veuve de Martin de Bournonville , Chevalier Seigneur
de Châteauregnaud , Gouverneur de Montreuil
. Heut de ce mariage Dianne de Riencourt ,
mariée à Charles de la Rue , Chevalier ; Anne
mariée en 1614 à François de Saiffeval , Chevalier
, Seigneur de Blerancourt ; Claude de Riencourt
qui a formé la branche de Boisgeffroy en
Normandie , où elle fubfifte encore ; marié 1º . à
Renée de l'Epinay ; 2 °. à Marie de Conveloire ; &
François de Riencourt,Chevalier, Seigneur de Til
loloy , marié le 16 Juin 1618 , à Marguerite de la
Fontaine , fille de Louis de la Fontaine , Chevalier
, Seigneur de Candore , & d'Ifabcau de Lan ;
dont trois enfans.
Le dernier , Leonor- René de Riencourt , Chevalier
Seigneur d'Andechy , Commandant du
fecond bataillon du Régiment de Lyonnois, marié
le 11 Septembre 1674 , à Catherine de Vinet ; dont
le Comte d'Andechy qui donne lieu à cet article.
Le fecond, Henri de Riencourt , Chevalier, Seigneur
de Ligneres , marié le 21 Décembre 1659 ,
à Marguerite de Hanffart , fille de Claude de Hanffart,
Seigneur d'Efcoquerre, & de Charlotte de l'Etoile
;
dont Louis de Riencourt qui , d'Elifabeth
d'Urre fa femme , à eu 1º . Louis- Claude de Rien
court , Seigneur de Ligneres , vivant actuellement
avec Catherine Gaillard fa femme , dont un fils
Page de la Reine , & plufieurs autres enfans. 2º .
Charles-Henri de Riencourt , qui a laidé à fà mort
plufieurs enfans d'Elifabeth de Cacheleu de Maifoncelle,
fa femme ; 3 ° . Louis,Chanoine d'Amiens ;
AVRIL. 1756. 233
4. Une fille mariée à Charles de Létoile, Seigneur
de Preville , & une autre mariée à Simon de Lana
glois, Chevalier, Capitaine au Régiment de Cham
pagne , Directeur des Fortifications du Soiffonmois.
Le fils aîné de François de Riencourt, & de Marguerite
de la Fontaine, nommé Louis de Riencourt;
Chevalier , Seigneur de Tilloloy , Vaux , Arleux ,
&c. eut de Marguerite Forestier fa- femme , une
fille mariée le 7 Janvier 1667 , à François de Forceville
, Chevalier , Seigneur de Forceville , Fontaines
, & c. & Ferdinand-Laurent de Riencourt ,
Capitaine de Cavalerie , marié le 4 Décembre
1684 , à Marie-Anne de Gaude , fille de Jean de
Gaude , Chevalier, Seigneur de Martainneville , &
de Marguerite de Croze ; dont Charles- Pierre- Paul
marié à N. de Bonnet ; Leonor-René , ancien Capitaine
de Cavalerie , & plufieurs autres enfans :
l'aîné de tous eft Louis- François de Riencourt, ancien
Officier au Régiment de Royal Piémont Cavalerie
, marié à Marguerite de Ternifien veuve
de N. de Sarcus , Chevalier , Seigneur de Courcelies
, dont deux enfans dans le fervice & deux
filles.
Les Armes de la Maifon de Riencourt font
d'argent à trois faces de gueules fretées d'or.
Catherine - Dorothée , née Princeffe Jablonouska
, époufe de Maximilien -François de Tenezyn
Duc Offolinski , Chevalier des Ordres du Roi ,
Grand Maître de la Maifon du Roi de Pologne
Duc de Lorraine , eft décédée fans enfans le s Janvier
1756. Elle étoit fille de Jean Staniflas , Palatin
de Ruffie , frere de Madame Royale , mere da
Roi de Pologne , & de Jeanne- Cafimire de Be
thune , niece de la Reine de Pologne , femme de
Jean LIL
234
Les deux illuftres Maifons de Jablonouski &
d'Offolinsky , des premieres de Pologne , font
connues & également recommendables par l'ancienneté
, l'illuftration & les grandes alliances
-par lefquelles elles appartiennent ou font alliées à
prefque tous les Souverains de l'Europe.
AVERTISSEMENT.
On a imprimé dans quelques ouvrages modèrnes,
( 1 ) que le Comte de Rupelmonde tué à l'action
paffée près de Paffenhoven en Baviere , le 15
Avril 1745 , étoit le dernier rejetton de fa maiſon.
Ceux qui ont avancé cette anecdote généalogique
, paroiffent avoir ignoré que la Branche
ainée de cette maifon eft continuée en la perfonne
de Ferdinand -Gillon de Recourt-de- Lens-de-
Licques , des Comtes de Boulogne , Seigneur &
Marquis de Licques , & c. c'eft un fait dont on
peut fe convaincre par les éclairciffemens fuivans ,
que l'on a cru devoir donner au public pour le défabufer
des impreffions qu'une pareille erreur
pourroit lui laiffer.
•
Philippes de Recourt-de- Lens- de- Licques , des
Comtes de Boulogne , Chevalier , Baron de Licques
, & de Boninghe , Chaſtelain héréditaire de
Lens , &c. Gouverneur de Cambray & du Cambréfis,
d'Harlem, de Louvain , de Lille , de Tournay ,
de Douay & d'Orchies , fut commis par le Roy
d'Efpagne , le 12 May 1586 , pour régler avec les
Commiffaires du Roy Henry III , tous les différens
qui pouvoient naître fur l'interprétation & l'exécution
des articles de la treve , conclue à Cambray le
23 Décemb. 1585. Ce Seigneur qui s'acquit la réputation
d'un des grands Capitaines de fon fiècle ,
(1 ) Poëme de Fontenoy , & Hiftoire de la guerre
de 1741.
II. Vol. K
218 MERCURÉ DE FRANCE.
mourut à Bruxelles le Vendredi Saint 1588 , lorqu'il
alloit être nommé Chevalier de l'ordre de la
Toifon d'Or. Il avoit fait fon teftament le premier
jour de Mars 1587 , & avoit été marié du confentement
de l'Empereur & de fon Confeil , le 3 Juin
1554 , avec Jeanne de Witthem , d'une illuftre
Maifon de Brabant , fortie par bâtardiſe des anciens
fouverains de cette Province , & alliée aux maifons
les plus confidérables des pays-Bas . De ce mariage
fortirent Gabriel , Baron de Licques qui fuit , &
Philippes de Recours - de - Lens- de - Licques, des
Comte de Boulogne , Baron de Wiskerque , &c .
qui a fait la branche des Comtes de Rupel
monde.
Gabriel de Recourt- de- Lens-de- Licques des
Comtes de Boulogne , Chevalier , Baron de Licques
& de Boninghe , &c . gouverneur de Charlemont
, & Colonel d'un Régiment de dix Compagnies
de gens de pieds , mourut à la fleur de fon
age en 1589 , ayant eu de fon mariage , qu'il avoit
contracté le 8 Juillet 1581 , avec Helene de
Mérode , d'une maiſon auffi illustre par fon ancienneté
que par fes alliances & fes fervices , fille de
Jean de Mérode , Seigneur de Moriamez & de
Philippote de Montfort , Philippes Baron de Licques
qui fuit :
i
Philippe de Recourt - de-Lens- de- Licques des
Comtes de Boulogne , Chevalier Baron de-Licques
& de Boninghe , &c. Gouverneur de Bourbourg
, Grand Bailli des Bois du Comté de Hainaut
, & de la Forêt de Mormal , & Confeiller du
Confeil de Guerre du Roi d'Efpagne , mourut le
28 May 1657 , & époula en premiere nôces , en
1614 , Sufane de Langlée , d'une branche cadette
de l'illuftre Maifon de Wavrin , dont il n'eut que
des filles ; il fe remaria en fecondes nôces , le 13
Juin 1630 à Louiſe de Cruninghe , Baronne de
AVRIL. 1736. 219
Cruninghe , & Vicomteffe de Zélande , héritiere
de fa maiſon , une des plus grandes des Pays-Bas ;
& cette alliance le fit tenir à toutes les têtes couronnées
de l'Europe . Elle étoit fille & héritiere de
Maximilien , Baron de Cruninghe , Vicomte de
Zélande , &c. & d'Eve Baronne de Kniphaufen-
Inhaufen , & petite-fille de Jean Baron de Cruninghe
, Vicomte de Zélande , &c ; & de Jacqueline'
de Bourgogne , fille d'Adolphe de Bourgogne , Seigneur
de Bevres & de la Vere, Amiral de Flandres,
& Chevalier de la Toifon d'Or ; & d'Anne de
Berghes-glimes; & petite- fille de Philippes de Bourgogne
, Seigneur de Bevres & de la Vere , Amiral
de Flandre , Gouverneur d'Artois , & Chevalier de
la Toiſon d'Or ; & d'Anne de Borfelle , fille de
Wolfard de Borfelle , Seigneur de la Verre, Comte
de Grandpré , Maréchal de France Chevalier de la
Toifon d'Or , &c ; & de charlotte de Bourbon ,
fille de Louis de Bourbon , Comte de Montpenfier
, Dauphin d'Auvergne , &c ; & de Gabriele de
la Tour ; de ce deuxieme mariage vint Philippes-
Charles-Bartholomé , Marquis de Licques qui fuit ;
& c'eft à caufe de cette alliance que MM. de
Licques portent en écartelure dans le grand cachet
de leurs armes , celles de l'augufte Maiſon de
Bourbon.
Philippes-Charles- Bartholomé de Recourt-de-
Lens-de- Licques , des Comtes de Boulogne , Che
valier Marquis de Licques , Baron de Boninghe &
de Cruninghe , Vicomte de Zélande , & c. Grand
Bailli des bois du Comté de Hainaut , Capitaine
d'une Compagnie franche, puis de cent chevaux de
Cuiraffiers , & gentilhomme de la chambre du
Prince de Baviere , électeur de Cologne , époufa
le 23 Janvier 1659 , Marguerite-Caroline - Gertrude
de Berlo , Chanoinefle de Mouftier , d'une
2.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
illuftre Maiſon du pays de Liege , & fille de Paul ;
Baron de Berlo & de Bruff; & de Marie de L
Fontaine ; & eut de cette alliance un fils unique
nommé Ferdinand-Roch-Jean , Marquis de Lic
ques qui fuit ;
Ferdinand - Roch - Jean de Recourt- de- Lensde-
Licques des Comtes de Boulogne , Cheva
lier , Marquis de Licques, Baron de Boninghe ,
Vicomte de Zélande , &c . époufa le 23 Janvier
1700 , Anne-Michel- Alexandrine le Sart , mere.
d'un fils unique , nommé Ferdinand-Gillon , Marquis
de Licques qui fuit:
Ferdinand- Gillon de Recourt-de-Lens- de-Lic
ques des Comtes de Boulogne , Chevalier , Seigneur
& Marquis de Licques , Vicomte de Zélande
, Baron de Boninghe , &c . dernier hoir mâle
de fa maifon depuis la mort du Comte de Rupelmonde
, a épousé en 1730 Elifabeth de Lefpinayde
Marteville d'une ancienne maifon de Picardie ,
fille de Jacques , Marquis de Marteville , Maré
chal des Camps & Armées du Roi , & de Françoife
Abancourt. De ce mariage il n'a que trois filles ;
fçavoir :
?
1º. Catherine- Elifabeth-Henriette de Recourt
de-Lens-de-Licques des Comtes de Boulogne ,
mariée , en 1748 , à Louis - Eugene-Marie de
Beauffort, Comte de Beauffort , & de Moulle , & c.
d'une des plus anciennes & des plus illuftrés Mai
fons de la province d'Artois , fils de feu Chriftophe
- Louis de Beauffort , Comte de Beauffort , & cs
& de Marie-Anne-Françoife - Jofephe de Croix ;
2°. Louife- Aimée dite Mademoiſelle de
Lens ;,
>
3°. Marie-Gabriele-Victoire- Nymphe , dite
Mademoiſelle de Licques.
Philippe de Recourt- de- Lens- de - Licques des
AVRIL 1756. 22X
Comtes de Boulogne , Seigneur & Baron de Wifkerque
, & c. frere cadet de Gabriel Baron de Lic
ques , cité ci-deffus , & comme lui fils de Philippes,
Baron de Licques , & de Jeanne de Witthem ,
fut Colonel d'Infanterie Wallone , & Grand Bailli
du pays de Waes. Il épousa le 11 Juin 1590 ,
Marguerite de Steelan , d'une très -ancienne maifon
de Flandres , & tefta le 14 Juin 1630 ; de ce
mariage vint Servat Baron de Wiskerque qui
fuit :
Servat de Recourt - de - Lens- de - Licques des
Comte de Boulogne , Baron de Wiskerque, Grand
Bailli du pays de Wau , &c. époufa le 20 Septembre
1624 , Marguerite de Robles d'une illuftre mai .
fon originaire d'Efpagne, fille de Jean de Robles ,
Comte d'Annapes , Gouverneur de Lille , Douay
& Orchies & c. & de Marie de Liedekerque. De ce
mariage vint Philippes , Baron de Wiskerque &
Comte de Rupelmonde qui fuit :
Philippes de Recourt- de- Lens- de- Licques des
Comtes de Boulogne , Baron de Wiskerque , Seigneur
& Comte de Rupelmonde , &c . époufa le 3
Juillet 1655 , Marguerite de Baerlandt , d'une
ancienne maison des Pays-Bas ; il mourat fore
jeune, & laila pour fils unique Philippes Comte de
Rupelmonde , qui fuit :
Philippes de Recourt- de- Lens- de - Licques des
Comtes de Boulogne , Comte de Rupelmonde ,
Baron de Wiskerque &c. époufa le 21 Avril 1677 ,
Marie- Anne -Euſebe Truchfes , née Comteffe de
Wolfegg , d'une grande maifon d'Allemagne , &
fille de Guillaume , Truchfes Comte de Wolfegg ,
Gouverneur d'Amberg en Baviere , & d'Iſabelle-
Claire de Ligne- d'Aremberg & d'Arfchoft ; il
eut de ce mariage Maximilien- Philippes- Jofeph
Comte de Rupelmonde qui fuit :
K iij
222 MERCURE DE FRANCE.
Maximilien-Philippes-Jofeph de Recourt- de
Lens-de-Licques des Comtes de Boulogne , Comté
de Rupelmonde , Baron de Wiskerque , &c. Maréchal
des Camps & Armées du Roi d'Eſpagne ,
fut tué au Siege de Brihuega en Eſpagne le i 1 Décemb.
1710 , & avoit épousé le 24 Janvier 1705,
Marie-Marguerite d'Alegre, Dame du Palais de la
Reine , d'une illuftre maifon d'Auvergne , fille
d'Yves , Marquis d'Alegre , Maréchal de France &
Chevalier des ordres du Roi : il en eut pour fils
unique Yves - Marie Comte de Rupelmonde qui
fuit :
24
Yves-Marie de Recourt -de - Lens - de- Licques des
Comtes de Boulogne , Comte de Rupelmonde ,
Baron de Wiskerque , & c. Maréchal des camps &
armées du Roi , fut tué à la fleur de fon âge à l'acsion
paffée près de Paffenhoven en Baviere , le 1
Avril 1745. De fon mariage , dont le contrat fut
paffé en 1731 avec Marie- Chrétienne - Christine
de Gramont, dame du Palais de la Reine & fille de
Louis, Duc de Gramont , Pair de France, Chevalier
des ordres du Roi , Lieutenant général de fes Armées
, & Colonel du Régiment des gardes , & de-
Géneviève de Gontault de Biron , naquit le
Avril 1740 , un fils nommé Louis , mort peur de
temps avant fon Pere , en la perfonne de quis'éteignit
la feule branche cadette de la maifon de
Recourt- de-Lens- de- Licques , dont la branche
aînée feule fubfifte aujourd'hui dans la perfonne
du Marquis de Licques & de fes trois filles . Voyez
pour cette maifon qui par fon ancienneté,fes fervices
& fes alliances va de pair avec les plus grandes
du Royaume , l'Hiftoire des grands Officiers de la
Couronne , VII . vol . page 827 , où la Généalogie
eft rapportée ( affez imparfaitement ) à l'article des
Amiraux de France , à l'occafion de Charles de Re
AVRIL. 1756. 223
court-de Lens , & c. fait Amiral de France en 1418 .
Voyez auffi les tablettes Hiftoriques , Généalogiques
& Chronologiques , volume V. l'Armorial
Général de France de M. d'Hozier , premier Regiftre
, où il en eft parlé à l'occaſion de Ferdinand-
Roch -Jean , & de Ferdinand Gillon , Marquis
de Licques , fon fils , reçus Pages du Roi
dans fa grande écurie , l'un le 5 Août 1684 , &
l'autre le 21 Septembre 1722 , & ce que nous
avons dit de cette maifon dans les Mercures de:
France des mois de Juin 1731 , & 1745 , premier
volume , & c.
Jacques-François , Vicomte de CAMBIS , Colonel
du Régiment d'Infanterie de fon nom , fut marié le
18 Novemb. 1755. dans la Chapelle du Château de
Bellevue , avec Louife-Françoife- Gabriele de HENNIN
- LIETARD - DE - CHIMAY , fille d'Alexandre-
Gabriel de Hennin- Lietard , Prince de Chimay
Lieutenant Général des Armées du Roi , Lieutenant
-Feldt-Maréchal des Armées de l'Empereur ,
Grand d'Espagne de la premiere claffe , &c . mort:
le 18 Février 1745 , & de Gabriele- Françoife de
Beauvau , aujourd'hui Princeffe Douairiere de
Chimay. Le Curé de Meudon leur donna la Bénédiction
nuptiale . Leur Contrat de mariage avoit
été figné le 16 du même mois de Novembre , par
Leurs Majeftés & par la Famille Royale.
La Maifon de Cambis , originaire de Florence ,
a produit plufieurs grands hommes , entr'autres
Ludovifio Cambi , vivant en 1245 , lequel rendit
de grands fervices aux Papes Grégoire IX & Innocent
IV. Dante Cambi , Prieur de la Liberté de
Florence , qui vivoit en 1290 & 1300. Nero Cambi
, Gonfanonier de la République en 1421. Victor
Cambi , un des plus fameux partifans de la
faction Guelfe en 1450. François Cambi , qui
K.iiij.
224 MERCURE DE FRANCE.
époufa en 1492 Fiamette Corfini , &c. D'eux def
cendoit Luc Cambi , auquel cette Maiſon doit
fon établiſſement en France. Il quitta Florence
avec Marie de Pazzis , fon époufe , & Guy de
Cambi , fon frere , qui mourut fans enfans , pour
venir à Avignon , où il pofféda de grandes richeffes.
Il y fit fon Teftament le 13 Juin 1502 , &
laiffa douze enfans , fept garçons , dont trois ont
eu postérité , & cinq filles . Son fils aîné , Dominique
de Cambis , fut Baron d'Alais , Seigneur de
Saint-Paul , Saint-Martin - Malcap , &c. & tefta le
16 Janvier 1520. Il laiffa de fa femme Marguerite
Damians , entr'autres enfans Louis de Cambis
, Baron d'Alais , de Fons & de Sérignac , Seigneur
de Souftelles , &c. qui fut allié avec Marguerite
de Pluviers. De ce mariage vinrent entr'autres
, François de Cambis , Baron d'Alais , qui fuit ::
Jean de Cambis , Gentilhomme ordinaire du Prince
de Condé , Gouverneur de la Vignerie d'Alais ,
& Lieutenant de Roi au Gouvernement de Languedoc
, dont la poftérité fubfifte dans l'Orléa-.
nois , & Théodore de Cambis , Baron de Fons &
de Sérignac , qui forma une branche qui exifte
aujourd'hui en Languedoc.
François de Cambis , Baron d'Alais , fils aîné de-
Louis , fut Chevalier de l'Ordre du Roi , & époufa
Magdeleine de Villeneuve , fille de Claude , Marquis
de Trans , & d'Ifabelle de Feltres , de laquelle
il eut Georges de Cambis , Baron d'Alais , marié
à Itabelle de Thezan , fille d'Olivier , Vicomte du
Pujols & de Caffandre de Cenamy. De cette allian-.
ce fortirent quatre garçons , l'aîné defquels nommé
Jacques , époufa Catherine d'André , qui le
rendit pere de Jacques de Cambis , mort en 1653
fans poftérité . Sa foeur Ifabelle de Cambis , avoit
époufé Jacques de Berard , Seigneur de Montaler ,
AVRIL. 1756. 225
qui à caufe d'elle devint Baron d'Alais , Seigneur
de Souftelles , & c . Sa feconde foeur Ifabelle de
Cambis , époufa en 1655 Jean - François de la
Fare , Baron de la Salle , Meftre de Camp de
Cavalerie.
Nicolas de Cambis , cinquieme fils de Luc &
de Marie de Pazzis , fut auteur de la branche des
Seigneurs d'Auvaro en Provence , éteinte vers le
milieu du 16 fiecle .
Pierre de Cambis , fixieme fils de Luc , fut fait
Conful d'Avignon , du rang des Nobles de la
premiere claffe en 1547. Il avoit époufé dès le
28 Octobre 1525 , Françoiſe de Perruzzis , Dame
d'Orfan , au Diocèfe d'Uzès. Elle fut mere entr'autres
de Jéan de Cambis , Seigneur d'Orfan , Chevalier
de l'Ordre du Roi & de celui du Pape ,
premier Conful & Viguier de la Ville d'Avignon ,
au nom de laquelle il fut Ambaffadeur près du
Roi Henri III , qui le fit Chevalier de fa propre
main , & près du Pape . Il épouſa le 16 Avril 15552
Françoile de Clericis , qui le rendit pere de trois
garçons qui ont laiffé poftérité. Celle de Richard ,
qui étoit l'aîné , finit vers la fin du dernier fiecle.
Le ſecond nommé Louis , fit la branche des Seigneurs
d'Orfan dont on va parler ; & le troisieme ,
qui s'appelloit Antoine , fut auteur de celle des
Seigneurs d'Hortes , éteinte depuis environ cent
ans.
>
Louis de Cambis , fecond fils de Jean & de
Françoife de Clericis , fut Seigneur d'Orfan , &c.
premier Conful & Viguier d'Avignon , Capitaine
d'une Compagnie de Chevaux- Légers , & Chevalier
de l'Ordre du Roi. Il époufa par contrat du
16 Mai 1583 , Georgette de la Falêche , fille
d'Antoine , Chevalier de l'Ordre du Roi , & de
Françoife de Riccis. Il eut de ce mariage , 1º
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
f
t
Jean de Cambis , qui continua la ligne directe ;
2º. Paul de Cambis , auteur de la branche des
Marquis de Velleron , qui feront rapportés enfuite
; 3 ° . Octave de Cambis , Camerier du Pape
Urbain VIII.
I
Jean de Cambis , Seigneur d'Orfan , &c. fils
aîné de Louis & de Georgette de la Falêche , fut
allié par Contrat du 1 Mai 1616 , à Marguerite.
de Simiane , Dame de Cairane , qui le rendit pere
> entr'autres de Louis de Cambis , Seigneur d'Orfan
, &c. marié par Contrat du 13 Avril 1638 ,
avec Magdeleine de Baumefort. De cette alliance
vint entr'autres Charles de Cambis , Seigneur
d'Orfan & de Lagnes , qui époufa par Contrat du
30 Août 1674 , Marie- Anne Pilchotte de la Pape
dont vint Jacques de Cambis , Seigneur d'Orfan
&c. allié en 1690 , à Magdeleine de Guilhens de
Puy-Laval , qui fut mere de Louis - Charles de
: Cambis , Seigneur d'Orfan & de Lagnes , marié
en 1723 ´à Anne - Elifabeth de Pierne , fille de
Marc- Antoine , Seigneur d'Arenes & de Sufanne .
de Bafchi du Cayla. De ce mariage eft né le
7 Mars 1727 , Jacques- François de Cambis qui
donne lieu à cet article .
Paul de Cambis , fecond fils de Louis & de
Georgette de la Falêche , fut Baron de Brantes ,
Seigneur de Cairane , & Co- Seigneur de Velleron ,
Chevalier de l'Ordre du Roi , Capitaine- Lieutenant
du Régiment de Normandie , & Syndic de
la Nobleffe du Comté- Venaiffin , & en cette qualité
député au Roi Louis XIII . Il fut marié le 21
Février 1621 , à Gabriele de Rodulf, fille de Louis,
Seigneur de Limans , &c. & de Marthe de Grimoard
du Roure. De cette alliance vint François
de Cambis , Baron de Brantes , créé Marquis de
Velleron , par Bulle du Pape Clément IX. Il époufaAVRIL.
1756. 227
en 1653 Jeanne de Forbin , foeur du Cardinal de
Janfon, de laquelle il eut entr'autres Jofeph de
Cambis , & Louis-Dominique de Cambis qui ont :
laiffé postérité.
eft Jofeph de Cambis , Marquis de Velleron ,
mort le 6 Janvier 1736 , chef d'Efcadre des Galeres
du Roi , & Commandeur de l'Ordre Royal &
Militaire de S. Louis. H avoit épousé Angélique
de Cambis de Fargues , de laquelle il a laiffé
1º. Jofeph-Louis-Dominique de Cambis , Marquis
de Velleron , dit le Comte de Cambis , né en
Novembre 1706 , Colonel de l'Infanterie du
Comté- Vénaiffin , marié le 13 Avril 1741 , avec :
Anne- Louiſe de la Queille de Châteaugué , dont
eft née Marie Jofephine - Louife Sophie de
Cambis ;
-
2º. Angélique-Touffaint de Cambis , allié le
16 Mars 1716, à Louis - Joſeph Gras, Seigneur de
Préville ;
3°. Jeanne de Cambis , mariée le 16 Avril 1719 ,.
à Antoine Hoftager , Seigneur de Roquetaillade.
Louis- Dominique , Comte de Cambis , Lieutenant
général des Armées de Sa Majeſté , ſecond
fils de François & de Jeanne de Forbin , eft mort
à Londres , où il étoit Ambaffadeur du Roi , le
12 Février 1740 , laiffant de fa femme Catherine
Nicole Gruin , morte en 1754 ;
1º. Louis-Jofeph-Nicolas , Marquis de Cambis
, né le 1 Mars 1725 , Brigadier de Cavalerie en
Décembre 1748 , Meftre de Camp du Régiment :
de Bourbon, & Gouverneur de Sifteron...
2 % Anne-Victoire de Cambis , née à Turin ou
fon pere étoit Ambaffadeur , le 1 Juin 1726 , mariée
en Avril 1746 au Marquis d'Herbouville ,
Capitaine de Gendarmerie.
CAMBIS porte pour Armes d'azur au chêne d'or ,
22S MERCURE DE FRANCE.
mouvant d'une montagne à fix copeaux de même ,
foutenus par deux lions auffi d'or.
Le 2 Novembre 1755 ,mourut en fon Château
d'Andechy en Picardie , François- Simon de Riencourt
, Comte d'Andechy, marié le 2 Mai 1695 , à
Jeanne- Jule de Guerin de Tarnaut , fille de Robert
de Guerin de Tarnaut ,. & de Jeanne Huaut
de Montmagny , dont il eut Jeanne- Jule Dame
de S. Cyr ; Anne- Françoife , mariée les Mai
1728 , à Pierre de Guerin de Tarnaut , fon oncle
maternel , ancien Colonel d'un Régiment d'Infanterie
de fon nom & René-Léonor , Chevalier
Comte d'Andechy,marié le 23 Juin 1719 , à Jeanne
de Forceville , fille de Charles , Chevalier Seigneur
de Forceville , & d'Antoinette du Mouchet
de Vauffelles ; dont Barbe Simon Comte de Riencourt
, Capitaine de Cavalerie au Régiment d'Archyac
; Pierre de Riencourt, Prêtre ; Louis-François
, d'abord Page de Madame la Dauphine , puis
Lieutenant au Régiment d'Archyac , & trois filles
à S. Cyr
La Maifon de Riencourt alliée à celles . de
Mailloc , Montmorency , Amiens , Bournel , Ailly ,
Lamet , Rellencourt , Desfriches- Doria , Forceville
, la Fontaine , Guerin de Tarnaut , d'Angennes,
Fiercelin, Mareuil , Saiffeval , Saint Georges-
Verac , Joyeuse , &c..eft une des plus anciennes
de Picardie , où elle eft connue dès le commencement
du treizieme fiecle , comme on le
voit par les Cartulaires de différentes Abbayes.
En 1206 Thomas de Riencourt qualifié Chevalier ,
foufcrit à la donation de plufieurs biens que fait.
Enguerran de Pequigny Vidame d'Amiens , à l'Eglife
de Sainte Marie de Moliens . En 1223 Jean
de Riencourt fon fils tranfige avec les Religieux
de l'Abbaye du Gard, en préfence du Vidame d'A-
&
AVRIL. 1756. 229
"
miens , & leur laiffe quelques droits qu'il tenoit
d'Amelius de Bouelles fon ayeul , touchant les
marais de Croy. Hugues de Riencourt , fon fils ,
dans le dénombrement des terres de Riencourt &
Saint Leger , qu'il donne en 1259 , à Jean , Baron
de Pequigny, Vidame d'Amiens , prend les qualités
de Haut Puiffant Seigneur Meffire Hugues ,
Seigneur de Riencourt , Franqueville , Saint Leger,
Drueulfous Moliens le Vidame, Orival, Bergicourt ,
Tilloloy Vaux; ainfi il y a 500 ans que ces quatre
dernieres terres font dans la maifon de- Riencourt.
On trouve à la Chambre des Comptes de Paris
un Bref daté de Lyon , du Pape Innocent IV, à
P'Evêque d'Amiens , par lequel il accorde à Jeande
Ricncourt & à Hugues fon fils , dont on vient
de parler , les mêmes Indulgences que s'ils s'étoient
croifés pour la Terre Sainte , parce qu'ils
étoient difpofés à aller au fecours de l'Eglife Uni-
-verfelle contre les habitans d'Aix - la - Chapelle
{ contra Aquenſes } *;
" La Maifon s'eſt d'abord diviſée en deux bran→
ches formées par les deux enfans d'Enguerran ,
Seigneur de Riencourt , décedé en 1380. La branche
aînée eft tombée avec la Terre de ce nom
dans la maifon d'AUDENFORT , d'ou en celle de
TIERCELIN , par le mariage de Marguerite de Riencourt
, fille de Hugues, Seigneur de Riencourt , &
de Marie de Lamet , & petite- fille de Jean , Seigneur
de Riencourt , & de Márie de Montmorency,
* Comme le Pape étoit alors obligé de se fauver
de Rome a caufe de la guerre que lui faifoit l'Empereur
Frédéric II , qu'il avoit excommunié , le
Pape les engagea à lui prêter fecours , & à aller contre
les habitans d'Aix- la Chapelle , en leur promet
tant l'abſolution générale de leurs péchés..
230 MERCURE DE FRANCE.
*
de la branche de Bours , fille de Hugués de Monte
morency , Chevalier Seigneur de Bours , & de
Marie d'Ognies.
La branche de Riencourt d'Orival devenue aî→
née , s'eft fubdivifée en deux autres branches formées
par Raoul de Riencourt, Seigneur d'Orival ,.
Bergicourt , &c. & par Thomas de Riencourt-
Seigneur de Tilloloy , Vaux , &c. tous deux enfans
de Matthieu de Riencourt , vivant en 1430 .
Raoul de Riencourt , Chevalier Seigneur d'Orival
, Bergicourt , du Qefnel & Linas , vivoit en
1476 avec Jeanne de Borgeau fon épouſe , fille de
Jacques de Borgeau Seigneur dudit lieu , dont
deux enfans ; le cadet a formé la branche de Parfondru
près Laon. François de Riencourt , Chevalier
Seigneur de Parfondru & Drouay , fils de
Pierre de Riencourt , Chevalier , Seigneur defdits
lieux , & d'Ifabelle de Sons , marié en 1639, à Ju--
dith-Anne de Joyeuse de la branche de Montgobert
, fille de Robert de Joyeuſe , Baron de Verpeil
& de Montgobert , & de Judith Hennequin ,., .
étoit de cette branche , qui fubfifte encore aujour
d'hui près de Rhetel en Champagne .
Antoine de Rien court , Chevalier , Seigneur
d'Orival dont on vient de parler , eut de fa femme
Marie de Saquefpée , Adrien , Seigneur d'Orival
, marié à Charlotte de la Motte , fille de Char--
les de la Motte , Chevalier , Seigneur de Ville &
Montigny , & de Jeanne d'Abbeville ; dont
François , Seigneur d'Orival , Bergicourt , Morvillier
, Graville , &c. Gentilhomme de la Chambre
du Duc d'Anjou , frere d'Henri III , qui de
Dianne de Maillor fa femme , fille de Nicolas-
Baron de Mailloc , & de Charlotte de Monchy, eut
François, Seigneur deſdits lieux , marié 1º . en 1642,
à Catherine de Sennemon , fille de Jean de SenneAVRIL.
1756. 232
mon , & de Gabriele de Tier celin ; 2 ° à Marie de
Moreuil , fille d'Artus de Moreuil , Chevalier de
l'Ordre du Roi , & de Charlotte de Halluyn. Du
fecond lit vinrent deux filles , l'une mariée dans la
maifon du Blaifel en Boulenois , l'autre , dans
celle de Venoix en Normandie , & Jean- Auguſtin
de Riencourt , Marquis d'Orival , marié le 4 Janvier
1683 à Marie-Anne Desfriches -Doria, fille de
Charles Desfriches , Baron de Braffeufe, & d'Annedes
Etangs ; dont un Chevalier de Malte mort ;
le Comte d'Orival , ancien Capitaine aux Gardes ,
& Charles- François de Riencourt , Marquis d'Orival
, ancien Colonel du Régiment de la Reine-
Dragons ; lequel de Marie d'Angennes fa femme,
fille de Charles- François d'Augennes , Chevalier
Seigneur de Maintenon , Commandant des Ifles
Saint Pierre & Guadeloupe en la Martinique , eut
Marie-Adelaïde de Riencourt, mariée le 2 Janvier
1742 , à Pierre- Cefar de Saint Georges , Marquis de
Verac , Lieutenant- Général de Poitou , qui n'ont
laiffé à leur mort qu'un fils unique appellé le
Marquis de Verac.
La branche de Tilloloy vient , comme nous l'a.
vons dit , de Thomas de Riencourt , Chevalier
Seigneur de Tilloloy , Vaux , Arleux , S. Severin ,
marié à N. Deamont ; dont Hugues marié en fe
condes nôces à N. de Jalaife, avec laquelle il vivoit
en 1550 ; dont Chriftophe de Riencourt marié le
11 Août 1561 , à Claude le Hochart , fille de Benoît
le Hochart , Seigneur de Lepinay, & de Guil
lemette de Bournel ; dont Nicolas de Riencourt
Chevalier , Seigneur de Tilloloy , Vaux , Arleux ,
Saint Severin , marié le 9 Avril 1589 , avec Anne
d'Ailly , de la branche d'Annery , fille de Claude
d'Ailly, Chevalier , Seigneur de Montgerout, Lau
Bay , Clerfon , Montcornel &c. Chevalier de
232 MERCURE DE FRANCE.
l'Ordre du Roi , un des cent Gentilshommes de
la Maifon de Sa Majefté , Gentilhomme d'honneur
de la Reine , Enfeigne de la Compagnie des.
Gendarmes de M. de Villebon d'Eftouteville , &
de Jeanne de Joigny -Blondet fa premiere femme ,
veuve de Martin de Bournonville , Chevalier Seigneur
de Châteauregnaud , Gouverneur de Montreuil
. Heut de ce mariage Dianne de Riencourt ,
mariée à Charles de la Rue , Chevalier ; Anne
mariée en 1614 à François de Saiffeval , Chevalier
, Seigneur de Blerancourt ; Claude de Riencourt
qui a formé la branche de Boisgeffroy en
Normandie , où elle fubfifte encore ; marié 1º . à
Renée de l'Epinay ; 2 °. à Marie de Conveloire ; &
François de Riencourt,Chevalier, Seigneur de Til
loloy , marié le 16 Juin 1618 , à Marguerite de la
Fontaine , fille de Louis de la Fontaine , Chevalier
, Seigneur de Candore , & d'Ifabcau de Lan ;
dont trois enfans.
Le dernier , Leonor- René de Riencourt , Chevalier
Seigneur d'Andechy , Commandant du
fecond bataillon du Régiment de Lyonnois, marié
le 11 Septembre 1674 , à Catherine de Vinet ; dont
le Comte d'Andechy qui donne lieu à cet article.
Le fecond, Henri de Riencourt , Chevalier, Seigneur
de Ligneres , marié le 21 Décembre 1659 ,
à Marguerite de Hanffart , fille de Claude de Hanffart,
Seigneur d'Efcoquerre, & de Charlotte de l'Etoile
;
dont Louis de Riencourt qui , d'Elifabeth
d'Urre fa femme , à eu 1º . Louis- Claude de Rien
court , Seigneur de Ligneres , vivant actuellement
avec Catherine Gaillard fa femme , dont un fils
Page de la Reine , & plufieurs autres enfans. 2º .
Charles-Henri de Riencourt , qui a laidé à fà mort
plufieurs enfans d'Elifabeth de Cacheleu de Maifoncelle,
fa femme ; 3 ° . Louis,Chanoine d'Amiens ;
AVRIL. 1756. 233
4. Une fille mariée à Charles de Létoile, Seigneur
de Preville , & une autre mariée à Simon de Lana
glois, Chevalier, Capitaine au Régiment de Cham
pagne , Directeur des Fortifications du Soiffonmois.
Le fils aîné de François de Riencourt, & de Marguerite
de la Fontaine, nommé Louis de Riencourt;
Chevalier , Seigneur de Tilloloy , Vaux , Arleux ,
&c. eut de Marguerite Forestier fa- femme , une
fille mariée le 7 Janvier 1667 , à François de Forceville
, Chevalier , Seigneur de Forceville , Fontaines
, & c. & Ferdinand-Laurent de Riencourt ,
Capitaine de Cavalerie , marié le 4 Décembre
1684 , à Marie-Anne de Gaude , fille de Jean de
Gaude , Chevalier, Seigneur de Martainneville , &
de Marguerite de Croze ; dont Charles- Pierre- Paul
marié à N. de Bonnet ; Leonor-René , ancien Capitaine
de Cavalerie , & plufieurs autres enfans :
l'aîné de tous eft Louis- François de Riencourt, ancien
Officier au Régiment de Royal Piémont Cavalerie
, marié à Marguerite de Ternifien veuve
de N. de Sarcus , Chevalier , Seigneur de Courcelies
, dont deux enfans dans le fervice & deux
filles.
Les Armes de la Maifon de Riencourt font
d'argent à trois faces de gueules fretées d'or.
Catherine - Dorothée , née Princeffe Jablonouska
, époufe de Maximilien -François de Tenezyn
Duc Offolinski , Chevalier des Ordres du Roi ,
Grand Maître de la Maifon du Roi de Pologne
Duc de Lorraine , eft décédée fans enfans le s Janvier
1756. Elle étoit fille de Jean Staniflas , Palatin
de Ruffie , frere de Madame Royale , mere da
Roi de Pologne , & de Jeanne- Cafimire de Be
thune , niece de la Reine de Pologne , femme de
Jean LIL
234
Les deux illuftres Maifons de Jablonouski &
d'Offolinsky , des premieres de Pologne , font
connues & également recommendables par l'ancienneté
, l'illuftration & les grandes alliances
-par lefquelles elles appartiennent ou font alliées à
prefque tous les Souverains de l'Europe.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS. AVERTISSEMENT.
Le texte traite des mariages et des décès au sein de la famille Recourt-de-Lens-de-Licques, des Comtes de Boulogne. Il corrige une erreur selon laquelle le Comte de Rupelmonde, tué en 1745, était le dernier descendant de sa maison. En réalité, la branche aînée continue avec Ferdinand-Gillon de Recourt-de-Lens-de-Licques. Le texte détaille les mariages et les décès de plusieurs membres de cette famille. Philippes de Recourt-de-Lens-de-Licques, gouverneur de plusieurs villes, a joué un rôle dans la régulation des différends entre le Roi d'Espagne et le Roi Henry III en 1586. Il est mort à Bruxelles en 1588. Son fils Gabriel est décédé en 1589, laissant un fils, Philippes, qui a continué la branche des Comtes de Rupelmonde. Philippe de Recourt-de-Lens-de-Licques, gouverneur de Bourbourg, a épousé Suzanne de Langlée en 1614 et Louise de Cruninghe en 1630. De ce second mariage est né Philippes-Charles-Bartholomé, Marquis de Licques. Ferdinand-Roch-Jean, fils de Philippes-Charles-Bartholomé, a épousé Anne-Michel-Alexandrine le Sart en 1700. Leur fils Ferdinand-Gillon a épousé Élisabeth de Lefpinay de Marteville en 1730, mais ils ont eu trois filles, Catherine-Élisabeth-Henriette, Louise-Aimée et Marie-Gabriele-Victoire-Nymphe. Le texte mentionne également Philippe de Recourt-de-Lens-de-Licques, Colonel d'Infanterie Wallone, et ses descendants, dont Maximilien-Philippe-Joseph, tué en 1710, et Yves-Marie, tué en 1745. Yves-Marie a laissé un fils, Louis, mort peu après son père, marquant la fin de la branche cadette de la famille. Enfin, le texte mentionne le mariage de Jacques-François, Vicomte de Cambis, avec Louise-Françoise-Gabriele de Hennin-Lietard de Chimay en 1755, et l'histoire de la maison de Cambis, originaire de Florence, avec plusieurs figures notables. Le texte présente également la généalogie et les alliances de la famille Riencourt. Louis de Riencourt, marié à Élisabeth d'Urre, a eu plusieurs enfants, dont Louis-Claude, Seigneur de Ligneres, marié à Catherine Gaillard, et Charles-Henri, qui a eu plusieurs enfants avec Élisabeth de Cacheleu de Maifoncelle. Louis de Riencourt a également eu un fils chanoine à Amiens, une fille mariée à Charles de Létoile, Seigneur de Preville, et une autre mariée à Simon de Langlois, Chevalier et Capitaine au Régiment de Champagne. Le fils aîné de François de Riencourt et Marguerite de la Fontaine, nommé Louis de Riencourt, Chevalier et Seigneur de Tilloloy, Vaux, et Arleux, a eu une fille mariée en 1667 à François de Forceville et Ferdinand-Laurent de Riencourt, Capitaine de Cavalerie, marié en 1684 à Marie-Anne de Gaude. Ferdinand-Laurent a eu plusieurs enfants, dont Charles-Pierre-Paul, marié à N. de Bonnet, et Léonor-René, ancien Capitaine de Cavalerie. Louis-François de Riencourt, ancien Officier au Régiment de Royal Piémont Cavalerie, marié à Marguerite de Ternisien, veuve de N. de Sarcus, a eu deux fils dans le service et deux filles. Les armes de la maison Riencourt sont d'argent à trois faces de gueules fretées d'or.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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691
p. 257-261
MORTS.
Début :
Joseph de Mailly, Marquis de Mailly-Hancourt, mourut le 7 Décembre dernier [...]
Mots clefs :
Morts, Marquis, Seigneur, Chevalier, Maison de Lostanges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
Correction pour le premier volume de Janvier
1756.
L'articlefuivant ayant été donné peu exactement
dans le premier volume de Janvier, on le répétera ici
en entier.
Jofeph de Mailly , Marquis de Mailly-Haucourt
, mourut le 7 Décembre dernier au Château
de la Roche d'Evaux , dans le Maine , âgé de 75
ans . Il avoit été Page de la Petite Ecurie , enfuite
Moufquetaire Gris , d'où il paffa dans le Régiment
du Roi , qu'il ne quitta après plufieurs campagnes
que pour le marier en 1704 , à N.... de la Riviere
d'Evaux , de laquelle il a eu fix enfans , defquels
deux font morts en bas- âge,un étant Chevalier de
Malte , deux autres font morts plus âgés , l'un
Chevalier de Malte , & l'autre Eccléfiaftique . Lès
deux qui reftent font le Comte de Mailly , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Infpecteur de
Cavalerie , & Demoiſelle Marie- Jofephe- Magdeleine
de Mailly domiciliée à Paris depuis plufieurs
années.
Correction pour le second volume de Janvier
1756.
p. 231 , lig. 21, aujourd'hui Préſident du Parlement,
effacez aujourd'hui , & lifez Préfident du Parlement
de Paris , mort à Soiffons le 29 Avril 1754
lequel avoit époufé le 25 Novembre 1729 , 1729 , &c.
2
Meffire Louis - Antoine- Charles de Saint
Simon , appellé le Chevalier de Courtomer
Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jéruſalem,.
eft mort au Château de la Motte - Fouqué en
258 MERCURE DE FRANCE.
Normandie , âgé de vingt-un ans. Il étoit fils de
feu Meffire Gui- Antoine de Saint Simon , Marquis
de Courtomer, Meftre de Camp de Cavalerie,
& Capitaine des Gardes de feue Madame la Ducheffe
de Berri .
Meffire Jean-Louis de Loflanges , Marquis de
Beduer, Comte de Corn , Goudon, & c . Seigneur de
Sainte Neboule , Saint Laurens , Camboufie , Patron
de Liflac , eft mort le 27 Décembre dans fon
Château de Beduer en Querci , & a été inhumé le
lendemain dans l'Eglife du Monaftere des Religieufes
de Liffac. Il ne laiffe pas d'enfans de Marie
Pulcherie - Anaftafie de Foucaud - d'Alzon
Dame de Jonnac , Mandens , &c . fon épouse
qu'il a inftituée héritiere de tous fes biens , à la
charge de les rendre à fon choix à un Loftanges.
-
·
>
La Maiſon de Loftanges tire fon nom du Châ
teau de Loftanges , dans le Bas-Limofin , où elle
étoit confidérable dès le douzieme fiecle. La branche
des Marquis de Beduer eft fortie de celle de
Saint Alvaire , laquelle avoit été formée par
Jean-Aimar de Loftanges , Chevalier , qui époufa
le 27 Septembre 1446 , Antoinette de Vayrines ,
dite de Limeuil , Dame de Saint - Alvaire en Périgord
, de laquelle il eut entr'autres , Jean , dit
Janicor de Loftanges , Seigneur de Saint - Alvaire ,
allié par contrat , du 3 Janvier 1508 , à Marie
fille de Jean de Salagnac , Seigneur de la Motte-
Fenelon , Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , & de
Catherine de Lauzieres-Themines. De ce mariage
fortirent, entr'autres , Bertrand , dont nous allons
parler ; & François , Auteur de la branche des Seigneurs
de Palliez en Saintonge.
Bertrand de Loftanges , Seigneur de Saint- Alvaire
, fut pere par Marie de Montberon de Hugues
, Seigneur de Saint - Alvaire , Chevalier de
ΜΑΙ . 1796. 259
l'ordre du Roi , Gentilhomme de la Chambre ,
Capitaine de cinquante hommes d'Armes de fes
Ordonnances , marié à Galiotte de Gourdon de
Genouillac , fille de Jean , Baron de Vaillac , Chevalier
de l'ordre du Roi , Gouverneur du Château-
Trompette , &c ; & de Jeanne le Brun , Dame
de Boiffet. Il eut de certe alliance , 1º . Jean-
Louis , qui a continué la branche de Saint- Alvaire.
2. Louis-François , qui a formé celle des
Marquis de Beduer , que nous rapporterons enfuite.
.
Jean-Louis de Loftanges , Baron de Saint - Alvaire
, fut allié à Elifabeth , fille de Jacques de
Cruffol , Duc d'Uzès , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & de Françoile de Clermont-
Tonnerre. Il eut de ce mariage , entr'autres , Emmanuel-
Galliot de Loftanges , Marquis de Saint-
Alvaire , Sénéchal , & Gouverneur de Querci ,
qui de fa femme Claude - Simonne Eberard de
Saint-Sulpice , Dame du Vigan , a eu, entr'autres,
Louis de Loftanges qui fuit : Emmanuel , dit le
Comte de Saint-Alvaire , Gouverneur & Sénéchal
de Querci ; Louis , Seigneur d'Uffel ; & François ,
dit le Chevalier de Saint- Alvaire .
Louis de Loftanges , Marquis de Saint- Alvaire
, Baron du Vigan , Sénéchal & Gouverneur de
Querci , Chevalier de Saint Louis , perdit un ceil
à la Bataille de Senef , & fut noyé dans la Dordogne
en Décembre 1705. Il avoit épousé Roſe ,
fille de Louis , Marquis de Cadrieu , & de Marie
de Saint- Nectaire de Veyrieres , de laquelle il a eu ,
entr'autres , Armand - Louis - Claude - Simon de
Loftanges , Marquis de Sainte Alvaire , Sénéchal
& Gouverneur de Querci , allié en 1719 à Marie
de Larmandie de Longua. Leurs enfans font ,
1º. Armand - Louis - Marie , Marquis de Lof
tanges , Meftre de Camp du Régiment des Cui
260 MERCURE DE FRANCE..
raffiers du Roi , premier Ecuyer de Madame Adelaïde
, marié le 8 Mai 1754 , à Marie -Elizabeth-
Charlotte-Pauline de Galucci de l'Hôpital. Voyez
le Mercure du mois de Juin 1754 , fecond volume
pag. 197.
2º. Alexandre- Rofe de Loftanges , Marquis de
Cadrieu , né le 18 Octobre 1723 , Capitaine de
Dragons.
A
3. N ... de Loftanges , dit le Vicomte de
Saint - Alvaire , né en 1733 .
4°. Marie-Julie de Loftanges.
5º , 6º & 7°. Trois autres filles.
Louis-François de Loftanges , fecond fils de
Flugues , Seigneur de Saint- Alvaire & de Galiotte
de Gourdon de Genouillac , fut Colonel d'un Régiment
d'Infanterie dans les Armées des Rois Henri
IV & Louis XIII . II forma la branche des
Marquis de Beduer. Il époufa , 19. Jeanne de Luzech
, veuve & donataire de Jean de Narbonnez
Baron de Puillaunez & de Beduer , de laquelle il
n'eut point d'enfans. 2 ° Jeanne de Marqueyssac,
yeuve de N.... de Saint Aftier , Seigneur de Borie
, dont vint , entr'autres , Jean- Louis de Loftanges
, Comte de Beduer , Capitaine Commandant
le Régiment de Candale Cavalerie , député
de la Nobleffe de Guyenne , puis de celle de
Périgord. Il fut marié à Françoiſe de Gourdon de
Genouillac , fille de Jean , Seigneur de Reillac ,
& en eut deux fils , Francois- Louis qui fuit , &
Jean - Marguerit de Loftanges , Auteur de la
Branche de Cuxac , qui fera rapportée.
François-Louis -de Loftanges , Comte de Beduer
, qui mourut en 1692 , eut de fa femme
Marie-Renée Menardeau , entr'autres Louis- Henri
& Laurent de Loftanges. Louis - Henri- de
Loftanges , Comte de Beduer , fut marié à Fran
soife du Mont de laquelle il eut
>
MA I. 1756.
261
1. Louis de Loftanges , Marquis de Beduer ,
mort en Septembre 1746 , fans enfans de N..
du Maine du Bourg , petite fille du Maréchal du
Bourg , actuellement vivante.
..
20. Jean Louis , qui donne lieu à cet article ,
3°. Renée de Loſtanges , aujourd'hui Prieure de
Liffac.
Laurent de Loftanges , frere de Louis- Henri ,
a laiffé un fils nommé Louis de Loftanges , Seigneur
de Jarmons , Cornette de Cavaleriiee ,, àà préfent
Chefde la Branche de Beduer.
-
Jean Marguerit de Loftanges , fecond fils de
Jean-Louis, Comte de Beduer ; & de Françoife de
Gourdon de Genouillac , fut Marquis de Felains ,
Seigneur de Cufac ou Cuxac , en Rouergue , &
mourut en 1691. Il avoit épousé Marguerite de
Corn-d'Ampare dont il eut , entr'autres enfans ,
Jean-François de Loftanges , Seigneur de Cuxac ,
marié le 10 Août 1711 , à Françoiſe de la Mothe.
La Maifon de Loftanges porte pour Armes
d'argent au Lion de gueules courronné , accompagné
de cinq étoiles de même en orle.
Meffire François- Edouard le Gras de Vauberfey,
Chevalier , Seigneur de Montgenot , Lieute
nant des Maréchaux de France au département de
Champagne & de Brie , eft mort le 7 Mars dans
fon Château de Montgenot en Champagne , âgé
de 54 ans. Il avoit époufé le 11 Septembre dernier
Demoiſelle Marie Claire de Relongue - de la
Louptiere.
Correction pour le premier volume de Janvier
1756.
L'articlefuivant ayant été donné peu exactement
dans le premier volume de Janvier, on le répétera ici
en entier.
Jofeph de Mailly , Marquis de Mailly-Haucourt
, mourut le 7 Décembre dernier au Château
de la Roche d'Evaux , dans le Maine , âgé de 75
ans . Il avoit été Page de la Petite Ecurie , enfuite
Moufquetaire Gris , d'où il paffa dans le Régiment
du Roi , qu'il ne quitta après plufieurs campagnes
que pour le marier en 1704 , à N.... de la Riviere
d'Evaux , de laquelle il a eu fix enfans , defquels
deux font morts en bas- âge,un étant Chevalier de
Malte , deux autres font morts plus âgés , l'un
Chevalier de Malte , & l'autre Eccléfiaftique . Lès
deux qui reftent font le Comte de Mailly , Lieutenant
Général des Armées du Roi , Infpecteur de
Cavalerie , & Demoiſelle Marie- Jofephe- Magdeleine
de Mailly domiciliée à Paris depuis plufieurs
années.
Correction pour le second volume de Janvier
1756.
p. 231 , lig. 21, aujourd'hui Préſident du Parlement,
effacez aujourd'hui , & lifez Préfident du Parlement
de Paris , mort à Soiffons le 29 Avril 1754
lequel avoit époufé le 25 Novembre 1729 , 1729 , &c.
2
Meffire Louis - Antoine- Charles de Saint
Simon , appellé le Chevalier de Courtomer
Chevalier de l'Ordre de Saint Jean de Jéruſalem,.
eft mort au Château de la Motte - Fouqué en
258 MERCURE DE FRANCE.
Normandie , âgé de vingt-un ans. Il étoit fils de
feu Meffire Gui- Antoine de Saint Simon , Marquis
de Courtomer, Meftre de Camp de Cavalerie,
& Capitaine des Gardes de feue Madame la Ducheffe
de Berri .
Meffire Jean-Louis de Loflanges , Marquis de
Beduer, Comte de Corn , Goudon, & c . Seigneur de
Sainte Neboule , Saint Laurens , Camboufie , Patron
de Liflac , eft mort le 27 Décembre dans fon
Château de Beduer en Querci , & a été inhumé le
lendemain dans l'Eglife du Monaftere des Religieufes
de Liffac. Il ne laiffe pas d'enfans de Marie
Pulcherie - Anaftafie de Foucaud - d'Alzon
Dame de Jonnac , Mandens , &c . fon épouse
qu'il a inftituée héritiere de tous fes biens , à la
charge de les rendre à fon choix à un Loftanges.
-
·
>
La Maiſon de Loftanges tire fon nom du Châ
teau de Loftanges , dans le Bas-Limofin , où elle
étoit confidérable dès le douzieme fiecle. La branche
des Marquis de Beduer eft fortie de celle de
Saint Alvaire , laquelle avoit été formée par
Jean-Aimar de Loftanges , Chevalier , qui époufa
le 27 Septembre 1446 , Antoinette de Vayrines ,
dite de Limeuil , Dame de Saint - Alvaire en Périgord
, de laquelle il eut entr'autres , Jean , dit
Janicor de Loftanges , Seigneur de Saint - Alvaire ,
allié par contrat , du 3 Janvier 1508 , à Marie
fille de Jean de Salagnac , Seigneur de la Motte-
Fenelon , Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , & de
Catherine de Lauzieres-Themines. De ce mariage
fortirent, entr'autres , Bertrand , dont nous allons
parler ; & François , Auteur de la branche des Seigneurs
de Palliez en Saintonge.
Bertrand de Loftanges , Seigneur de Saint- Alvaire
, fut pere par Marie de Montberon de Hugues
, Seigneur de Saint - Alvaire , Chevalier de
ΜΑΙ . 1796. 259
l'ordre du Roi , Gentilhomme de la Chambre ,
Capitaine de cinquante hommes d'Armes de fes
Ordonnances , marié à Galiotte de Gourdon de
Genouillac , fille de Jean , Baron de Vaillac , Chevalier
de l'ordre du Roi , Gouverneur du Château-
Trompette , &c ; & de Jeanne le Brun , Dame
de Boiffet. Il eut de certe alliance , 1º . Jean-
Louis , qui a continué la branche de Saint- Alvaire.
2. Louis-François , qui a formé celle des
Marquis de Beduer , que nous rapporterons enfuite.
.
Jean-Louis de Loftanges , Baron de Saint - Alvaire
, fut allié à Elifabeth , fille de Jacques de
Cruffol , Duc d'Uzès , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & de Françoile de Clermont-
Tonnerre. Il eut de ce mariage , entr'autres , Emmanuel-
Galliot de Loftanges , Marquis de Saint-
Alvaire , Sénéchal , & Gouverneur de Querci ,
qui de fa femme Claude - Simonne Eberard de
Saint-Sulpice , Dame du Vigan , a eu, entr'autres,
Louis de Loftanges qui fuit : Emmanuel , dit le
Comte de Saint-Alvaire , Gouverneur & Sénéchal
de Querci ; Louis , Seigneur d'Uffel ; & François ,
dit le Chevalier de Saint- Alvaire .
Louis de Loftanges , Marquis de Saint- Alvaire
, Baron du Vigan , Sénéchal & Gouverneur de
Querci , Chevalier de Saint Louis , perdit un ceil
à la Bataille de Senef , & fut noyé dans la Dordogne
en Décembre 1705. Il avoit épousé Roſe ,
fille de Louis , Marquis de Cadrieu , & de Marie
de Saint- Nectaire de Veyrieres , de laquelle il a eu ,
entr'autres , Armand - Louis - Claude - Simon de
Loftanges , Marquis de Sainte Alvaire , Sénéchal
& Gouverneur de Querci , allié en 1719 à Marie
de Larmandie de Longua. Leurs enfans font ,
1º. Armand - Louis - Marie , Marquis de Lof
tanges , Meftre de Camp du Régiment des Cui
260 MERCURE DE FRANCE..
raffiers du Roi , premier Ecuyer de Madame Adelaïde
, marié le 8 Mai 1754 , à Marie -Elizabeth-
Charlotte-Pauline de Galucci de l'Hôpital. Voyez
le Mercure du mois de Juin 1754 , fecond volume
pag. 197.
2º. Alexandre- Rofe de Loftanges , Marquis de
Cadrieu , né le 18 Octobre 1723 , Capitaine de
Dragons.
A
3. N ... de Loftanges , dit le Vicomte de
Saint - Alvaire , né en 1733 .
4°. Marie-Julie de Loftanges.
5º , 6º & 7°. Trois autres filles.
Louis-François de Loftanges , fecond fils de
Flugues , Seigneur de Saint- Alvaire & de Galiotte
de Gourdon de Genouillac , fut Colonel d'un Régiment
d'Infanterie dans les Armées des Rois Henri
IV & Louis XIII . II forma la branche des
Marquis de Beduer. Il époufa , 19. Jeanne de Luzech
, veuve & donataire de Jean de Narbonnez
Baron de Puillaunez & de Beduer , de laquelle il
n'eut point d'enfans. 2 ° Jeanne de Marqueyssac,
yeuve de N.... de Saint Aftier , Seigneur de Borie
, dont vint , entr'autres , Jean- Louis de Loftanges
, Comte de Beduer , Capitaine Commandant
le Régiment de Candale Cavalerie , député
de la Nobleffe de Guyenne , puis de celle de
Périgord. Il fut marié à Françoiſe de Gourdon de
Genouillac , fille de Jean , Seigneur de Reillac ,
& en eut deux fils , Francois- Louis qui fuit , &
Jean - Marguerit de Loftanges , Auteur de la
Branche de Cuxac , qui fera rapportée.
François-Louis -de Loftanges , Comte de Beduer
, qui mourut en 1692 , eut de fa femme
Marie-Renée Menardeau , entr'autres Louis- Henri
& Laurent de Loftanges. Louis - Henri- de
Loftanges , Comte de Beduer , fut marié à Fran
soife du Mont de laquelle il eut
>
MA I. 1756.
261
1. Louis de Loftanges , Marquis de Beduer ,
mort en Septembre 1746 , fans enfans de N..
du Maine du Bourg , petite fille du Maréchal du
Bourg , actuellement vivante.
..
20. Jean Louis , qui donne lieu à cet article ,
3°. Renée de Loſtanges , aujourd'hui Prieure de
Liffac.
Laurent de Loftanges , frere de Louis- Henri ,
a laiffé un fils nommé Louis de Loftanges , Seigneur
de Jarmons , Cornette de Cavaleriiee ,, àà préfent
Chefde la Branche de Beduer.
-
Jean Marguerit de Loftanges , fecond fils de
Jean-Louis, Comte de Beduer ; & de Françoife de
Gourdon de Genouillac , fut Marquis de Felains ,
Seigneur de Cufac ou Cuxac , en Rouergue , &
mourut en 1691. Il avoit épousé Marguerite de
Corn-d'Ampare dont il eut , entr'autres enfans ,
Jean-François de Loftanges , Seigneur de Cuxac ,
marié le 10 Août 1711 , à Françoiſe de la Mothe.
La Maifon de Loftanges porte pour Armes
d'argent au Lion de gueules courronné , accompagné
de cinq étoiles de même en orle.
Meffire François- Edouard le Gras de Vauberfey,
Chevalier , Seigneur de Montgenot , Lieute
nant des Maréchaux de France au département de
Champagne & de Brie , eft mort le 7 Mars dans
fon Château de Montgenot en Champagne , âgé
de 54 ans. Il avoit époufé le 11 Septembre dernier
Demoiſelle Marie Claire de Relongue - de la
Louptiere.
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Résumé : MORTS.
En 1756, plusieurs décès et corrections de généalogie ont été enregistrés. Joseph de Mailly, Marquis de Mailly-Haucourt, est décédé le 7 décembre 1755 au Château de la Roche d'Evaux à l'âge de 75 ans. Il a occupé divers postes militaires et a eu six enfants. Deux sont décédés en bas âge, deux sont Chevaliers de Malte, un est ecclésiastique, et deux survivants sont le Comte de Mailly et Demoiselle Marie-Josèphe-Madeleine de Mailly. Le texte mentionne également des corrections pour le second volume de janvier 1756. Louis-Antoine-Charles de Saint Simon, Chevalier de Courtomer, est décédé à l'âge de 21 ans au Château de la Motte-Fouqué en Normandie. Jean-Louis de Loflanges, Marquis de Beduer, est décédé le 27 décembre 1755 dans son Château de Beduer en Quercy et a été inhumé le lendemain. Il n'a laissé aucun enfant et a institué son épouse héritière de tous ses biens. La Maison de Loflanges, tirant son nom du Château de Loflanges en Bas-Limousin, est mentionnée comme étant considérable dès le douzième siècle. Le texte détaille la généalogie des Marquis de Beduer, incluant plusieurs générations et alliances matrimoniales. François-Édouard le Gras de Vauberfey, Chevalier et Seigneur de Montgenot, est décédé le 7 mars 1756 à l'âge de 54 ans dans son Château de Montgenot en Champagne. Il avait épousé Demoiselle Marie Claire de Relongue-de-la-Louptiere.
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692
p. 225-227
NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Monsieur, j'ai vu dans le second volume du Mercure de Janvier, [...]
Mots clefs :
Naissances, Mariages, Morts, François d'Halluin, Maison d'Halluin, Antoine de Courteville, Corrections
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
NAISSANCES , MARIAGES
ET MORTS.
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Monfieur , j'ai vu dans le fecond volume du
Mercure de Janvier , pag. 233 ( 1 ) , à l'article de
Marie-Magdeleine de Croi- Havré , que Jofephe-
Barbe d'Halluin , veuve de Ferdinand- François-
Jofeph de Croi étoit la derniere de fa Maifon . Je
ferois bien obligé à ceux qui ont fait inférer cette
particularité s'ils vouloient me trouver l'origine
de Françoife d'Halluin veuve d'Antoine de
Courteville , Chevalier , Seigneur d'Hodicq , mes
pere & mere , laquelle porte pour armes , d'argent
a trois lions de gueules , armés , couronnés & lampallés
d'or , & defcend de Charles d'Halluin & de
Françoile de Braque , lequel étoit fils d'Alexandre
d'Halluin & d'Antoinette Monet lequel étoit
( 1) On auroit pu d'abord le voir dans la Gazette
de France , que le Mercure en cette occafion n'a
fait que répéter. Suppofé que ce qu'elle a avancé
ne foit pas exact il faudroit d'autres preuves
pour le décider ) , c'est fon Auteur qui a été induit
en erreur le premier par les mémoires qui lui ont
été adreffis . On feroit bien obligé à ceux qui fe
chargent du foin d'en envoyer foit pour le Mercure
foit pour la Gazette , d'y mettre un peu plus d'exactitude..
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
fils de Claude d'Halluin & de Marguerite du
Mefghen , lequel étoit fils de Céfar d'Halluin &"
de Marie de Rofe , lequel étoit fils de François
d'Halluin & de Claude de Becourt , lequel étoit
fils de Céfar d'Halluin & de Marie du Hamel ,
lequel étoit fils de Louis d'Halluin & d'Antoinet
te Maillard , lequel étoit fils puîné de Louis d'Hal-
Juin & de Jeanne de Ghiftelle , lequel étoit fils
de Nicolas d'Halluin on ignore quelle fut fa
femme ; lequel étoit fils de Joffe d'Hallain &
de Jeanne de la Trimouille , lequel étoit fils de
Jean d'Halluin & de Jacqueline de Ghiſtelle , lequel
étoit fils de Gautier d'Halluin & de Péronne
de Saint - Omer , lequel étoit fils de Roland d'Hal-
Juin & de Marie de la Gruthufe , lequel étoit fils
de Gautier d'Halluin & d'Alix d'Eftawelle , lequel
étoit fils de Jacques d'Halluin & d'Ifabeau d'Ants-
Berghe , lequel étoit fils de Roger d'Halluin & de
Jeanne de Gavre , lequel étoit fils de Gautier
d'Halluin & de Marie de Haulte-Berg , lequel étoit
fils de Gautier d'Halluin & de Magdeleine de Soif.
fons , lequel étoit fils de Hachet Brunet d'Halluin
dont on ignore qu'elle fut la femme , mais qui eut
pour pere Charles d'Halluin & pour mere Magdeleine
de Lannoi , lequel étoit fils de Meffire
François d'Halluin , Seigneur dudit lieu , Souverain
ou Gouverneur de Flandres & de Jeanne de
Melun.
Non feulement Jofephe - Barbe d'Halluin n'étoit
pas la derniere de fa Maifon , puifque Fran
çoife d'Halluin vit ; mais je dirai ici qu'il y en a
encore une branche en Hollande près de la
Haye ( 1 ).
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
(1 ) Cette branche ne paffe pas pour légitime
JUIN. 1756. 227
Mercure ce que j'ai l'honneur de vous envoyer ;
je fuis furpris que l'on vous ait envoyé une choſe
auffi fauffe que de dire que cette d'Halluin étoit
la derniere de fa Maifon. J'efpere , Monfieur , par
ce que j'ai l'honneur de vous envoyer prouver
tout le contraire ; j'ai tout extrait de pieces authentiques
que j'ai entre les mains.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Signé , Courteville d'Hodicq.
ET MORTS.
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Monfieur , j'ai vu dans le fecond volume du
Mercure de Janvier , pag. 233 ( 1 ) , à l'article de
Marie-Magdeleine de Croi- Havré , que Jofephe-
Barbe d'Halluin , veuve de Ferdinand- François-
Jofeph de Croi étoit la derniere de fa Maifon . Je
ferois bien obligé à ceux qui ont fait inférer cette
particularité s'ils vouloient me trouver l'origine
de Françoife d'Halluin veuve d'Antoine de
Courteville , Chevalier , Seigneur d'Hodicq , mes
pere & mere , laquelle porte pour armes , d'argent
a trois lions de gueules , armés , couronnés & lampallés
d'or , & defcend de Charles d'Halluin & de
Françoile de Braque , lequel étoit fils d'Alexandre
d'Halluin & d'Antoinette Monet lequel étoit
( 1) On auroit pu d'abord le voir dans la Gazette
de France , que le Mercure en cette occafion n'a
fait que répéter. Suppofé que ce qu'elle a avancé
ne foit pas exact il faudroit d'autres preuves
pour le décider ) , c'est fon Auteur qui a été induit
en erreur le premier par les mémoires qui lui ont
été adreffis . On feroit bien obligé à ceux qui fe
chargent du foin d'en envoyer foit pour le Mercure
foit pour la Gazette , d'y mettre un peu plus d'exactitude..
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
fils de Claude d'Halluin & de Marguerite du
Mefghen , lequel étoit fils de Céfar d'Halluin &"
de Marie de Rofe , lequel étoit fils de François
d'Halluin & de Claude de Becourt , lequel étoit
fils de Céfar d'Halluin & de Marie du Hamel ,
lequel étoit fils de Louis d'Halluin & d'Antoinet
te Maillard , lequel étoit fils puîné de Louis d'Hal-
Juin & de Jeanne de Ghiftelle , lequel étoit fils
de Nicolas d'Halluin on ignore quelle fut fa
femme ; lequel étoit fils de Joffe d'Hallain &
de Jeanne de la Trimouille , lequel étoit fils de
Jean d'Halluin & de Jacqueline de Ghiſtelle , lequel
étoit fils de Gautier d'Halluin & de Péronne
de Saint - Omer , lequel étoit fils de Roland d'Hal-
Juin & de Marie de la Gruthufe , lequel étoit fils
de Gautier d'Halluin & d'Alix d'Eftawelle , lequel
étoit fils de Jacques d'Halluin & d'Ifabeau d'Ants-
Berghe , lequel étoit fils de Roger d'Halluin & de
Jeanne de Gavre , lequel étoit fils de Gautier
d'Halluin & de Marie de Haulte-Berg , lequel étoit
fils de Gautier d'Halluin & de Magdeleine de Soif.
fons , lequel étoit fils de Hachet Brunet d'Halluin
dont on ignore qu'elle fut la femme , mais qui eut
pour pere Charles d'Halluin & pour mere Magdeleine
de Lannoi , lequel étoit fils de Meffire
François d'Halluin , Seigneur dudit lieu , Souverain
ou Gouverneur de Flandres & de Jeanne de
Melun.
Non feulement Jofephe - Barbe d'Halluin n'étoit
pas la derniere de fa Maifon , puifque Fran
çoife d'Halluin vit ; mais je dirai ici qu'il y en a
encore une branche en Hollande près de la
Haye ( 1 ).
Je vous prie , Monfieur , d'inférer dans votre
(1 ) Cette branche ne paffe pas pour légitime
JUIN. 1756. 227
Mercure ce que j'ai l'honneur de vous envoyer ;
je fuis furpris que l'on vous ait envoyé une choſe
auffi fauffe que de dire que cette d'Halluin étoit
la derniere de fa Maifon. J'efpere , Monfieur , par
ce que j'ai l'honneur de vous envoyer prouver
tout le contraire ; j'ai tout extrait de pieces authentiques
que j'ai entre les mains.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Signé , Courteville d'Hodicq.
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Résumé : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Dans une lettre, l'auteur conteste une information parue dans le Mercure de Janvier, affirmant que Joséphine-Barbe d'Halluin, veuve de Ferdinand-François-Joseph de Croi, serait la dernière de sa maison. Il précise que Françoise d'Halluin, veuve d'Antoine de Courteville, est encore en vie et descend de Charles d'Halluin et Françoise de Braque. L'auteur fournit une généalogie détaillée remontant à Hachet Brunet d'Halluin, seigneur de Flandres. Il souligne que Joséphine-Barbe d'Halluin n'est pas la dernière de sa maison, car une branche de la famille existe encore en Hollande près de La Haye. L'auteur exprime sa surprise face à l'erreur publiée et assure que ses informations proviennent de pièces authentiques. La lettre est signée Courteville d'Hodicq.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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693
p. 232-235
MARIAGES ET MORTS.
Début :
François-Saturnin de Galard, Marquis de Terraube, épousa à Moissac en [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Marquis de Terraube, Maison de Terraube, Maison de Courtivron
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
François- Saturnin de Galard , Marquis de Terraube
, époufa à Moiffac en Quercy , le 23 Fé-,
vrier 1756 , Demoiſelle Marie -Julie de Loftanges:
de Sainte Alvaire , fille d'Armand- Louis - Claude-
Simon de Loftanges , Marquis de Sainte- Alvaire
Grand Sénéchal & Gouverneur de Quercy , & c.
& foeur du Marquis de Loftanges , premier Ecuyer
de Madame Adelaïde..
fon
Le Marquis de Terraube eft de la même maique
les Comtes de Braffac . Cette maiſon l'une
des plus illuftres & autrefois des plus riches de la
Guienne , a pris fon nom de la terre de Galard
près de Condom . La confidération où elle étoit
dès le onzieme fiecle favorife la tradition de fon
origine qu'on rapporte aux Comtes du Condomois.
On trouve plufieurs Seigneurs de ce nom dès
l'an 1062 , parmi les bienfaiteurs de l'Abbaye de
Condom , & ce fut en faveur de Raimond de Galard
, que ce Monaftere fut érigé en Evêché par
le Pape Jean XXII en 13.17. Ces faits font tirés
de la Chronique de Condom , imprimée dans le
fpécilége de Dom Luc d'Acheri , tome 1.3. Voyez
auffi le Gallia Chriftiana , Edition nouvelle , tome
2 , page 970 &Suivantes.
Cette maifon s'eft divifée en plufieurs branches
dont l'une a donné un Grand Maître des Arbalêtriers
de France , nommé Pierre de Galard qui
exerça cette charge depuis l'an 1310 jufqu'en
1331. Il eut de Nauda de Caumont-Sainte -Baf
sille fa femme , Jean de Galard un des plus puiffans
feigneursde Guienne. Il poffédoit les terres
JUILLET. 1756 . 233
de Limeuil , de Miremont & autres grandes terres .
Un Traité que le Prince de Galles fit avec lui
pour l'attirer à fon parti contre le Roi de France ,
prouve la haute confidération dont il jouiffoit.
On apprend par ce Traité que le mariage de fa
fille avoit été arrêté avec le fils de Bernard- Ezy ,
fire d'Albret . Le Roi Edouard III , pere de ce Prince
, confirma le Traité par Lettres datées de
Weftminſter le 30 Juillet 1358 , rapportées dans
le Recueil des Actes publics d'Angleterre par Rymer
, tome 6, page 98. Le mariage de la fille de
Jean de Galard avec le fils du fire d'Albret , n'eut
point lieu , & elle epoufa Nicolas de Beaufort ,
frere du Pape Grégoire XI, & neveu du Pape Clément
VI. C'est par cette alliance que les biens de
cette branche pafferent dans la maiſon de Beau
fort , & de celle- ci dans celle de la Tour-Bouillon.
Les autres branches fe font également diftinguées.
On peut voir dans le Recueil de Rymer
déja cité , qu'elles figuroient avec les grands Vaffaux
de Guyenne dans les temps que cette Provin
ce obéiffoit aux Anglois.
Ses armes font d'or à trois Corneilles de fables ,
les pieds & les becs de gueules , ( ce font les mêines
que portoit Pierre de Galard , Grand-Maître des
Arbaleſtriers ).
La branche de Terraube eft féparée depuis
l'an 1300 de celle des Comtes de Braffac qui eft
l'aînée , & laquelle s'eft établie en Quercy vers l'an
1280 , à cause de l'alliance d'Eléonore d'Armagnac
qui leur apporta la Baronnie de Braffac. Cette
branche de Braffac porte fes armes écartelées de
de celles de Bearn qui font d'or à deux vaches paffantes
de gueules accollées & clarinées d'azur , pour
fatisfaire à une claufe du Contrat de mariage de
1508 de Jeanne de Bearn , Dame de S. Maurice,
234 MERCURE DE FRANCE.
avec François de Galard , Chevalier , feigneur de
Braffac , par laquelle il fut enjoint à leurs defcendans
de joindre les nom & armes de Bearn à ceux
de Galard. {
A l'égard de la maifon de Loftanges , l'une des
plus anciennes & des mieux alliées du Bas-Limofin
& du Périgord , voyez ce qui en eft dit dans
ce Journal à l'article de la mort du Marquis de
Loftanges -Beduer dans le Volume du mois de Mai
de cette année , page 258. -
Le 3 Novembre 1755 , eft décédée à Paris , dansla
quatre-vingt- quatorzieme année de fon âge ,
Dame Marie- Anne Deſchiens , veuve de Meſſire
Jean-Pierre de Cormis , Comte de S. Georges
Meftre de Camp de Cavalerie . Elle a été inhumée
aux Auguftins de la Place des Victoires , après
avoir été préfentée à S. Roch.
>
Dame Catherine -Henriette de Rageren , époufe
de Meffire Nicolas-Jofeph Foucault , Marquis
de Magny , Lieutenant Général des Armées du
Roi d'Espagne , eft morte à Paris, le 6 Novembre,
âgée de 72 ans , & a été inhumée le lendemain à
S. Sulpice.
Le 19 Mars 1756 , eft morte dans la foixantetreizieme
année de fon âge , Marie Pierrette- Fran
çoife Charlotte de Clermont- Tonnerre, foeur du Ma
réchal de Tonnerre , veuve depuis 1729 , de Jean
le Compaffeur-de Crequi- Monfort , Marquis de
Courtivron & de Tarfut , &c . auquel finifloit la
fubftitution faite en 1595 , des terres de Courtivron
& de Tarfut , par Claude le Compaffeur de
Courtivron , frere de fon bifayeul , qui réuniffoit
à fes droits ceux de Françoiſe de Malain , foeur du
Baron de Lux , veuve en 1592 , de Claude- François
le Compaffeur-de Crequi- Monfort , fieur de
Vitrey fon oncle.
JUILLET. 1756. 235
Les enfans de la Marquife de Courtivron
font, 1 ° . Gafpard le Compaffeur-de Crequi-Montfort
, Marquis de Courtivron , ci-devant Aide-
Maréchal Général des Logis de la Cavalerie des
Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , qui par fon mariage
avec Marie-Rofe- Louiſe de S.- Cir- de Celi , décé- -
dée en 1753 , eft pere d'un fils en bas âge.
2° Marie- Therefe le Compaffeur de Courtivron
, alliée en 1724 , à Meffire Antoine Joli ,
Marquis de Blaifi , dont elle n'a point d'enfans.
3 °. Jeanne-Claude-Madeleine le Compaffeur de
Courtivron , alliée en 1733 , au Comte de Brancion,
duquel elle a une fille Gafparde de Brancion ,
mariée en 1749 , au Comte de Clermont-Mont-S..
Jean.
Voyez fur le nom de le Compaffeur , la Roque
Blanchard, les coutumes de Champagne , Paliot ,
& les grands Officiers de la Couronne.
François- Saturnin de Galard , Marquis de Terraube
, époufa à Moiffac en Quercy , le 23 Fé-,
vrier 1756 , Demoiſelle Marie -Julie de Loftanges:
de Sainte Alvaire , fille d'Armand- Louis - Claude-
Simon de Loftanges , Marquis de Sainte- Alvaire
Grand Sénéchal & Gouverneur de Quercy , & c.
& foeur du Marquis de Loftanges , premier Ecuyer
de Madame Adelaïde..
fon
Le Marquis de Terraube eft de la même maique
les Comtes de Braffac . Cette maiſon l'une
des plus illuftres & autrefois des plus riches de la
Guienne , a pris fon nom de la terre de Galard
près de Condom . La confidération où elle étoit
dès le onzieme fiecle favorife la tradition de fon
origine qu'on rapporte aux Comtes du Condomois.
On trouve plufieurs Seigneurs de ce nom dès
l'an 1062 , parmi les bienfaiteurs de l'Abbaye de
Condom , & ce fut en faveur de Raimond de Galard
, que ce Monaftere fut érigé en Evêché par
le Pape Jean XXII en 13.17. Ces faits font tirés
de la Chronique de Condom , imprimée dans le
fpécilége de Dom Luc d'Acheri , tome 1.3. Voyez
auffi le Gallia Chriftiana , Edition nouvelle , tome
2 , page 970 &Suivantes.
Cette maifon s'eft divifée en plufieurs branches
dont l'une a donné un Grand Maître des Arbalêtriers
de France , nommé Pierre de Galard qui
exerça cette charge depuis l'an 1310 jufqu'en
1331. Il eut de Nauda de Caumont-Sainte -Baf
sille fa femme , Jean de Galard un des plus puiffans
feigneursde Guienne. Il poffédoit les terres
JUILLET. 1756 . 233
de Limeuil , de Miremont & autres grandes terres .
Un Traité que le Prince de Galles fit avec lui
pour l'attirer à fon parti contre le Roi de France ,
prouve la haute confidération dont il jouiffoit.
On apprend par ce Traité que le mariage de fa
fille avoit été arrêté avec le fils de Bernard- Ezy ,
fire d'Albret . Le Roi Edouard III , pere de ce Prince
, confirma le Traité par Lettres datées de
Weftminſter le 30 Juillet 1358 , rapportées dans
le Recueil des Actes publics d'Angleterre par Rymer
, tome 6, page 98. Le mariage de la fille de
Jean de Galard avec le fils du fire d'Albret , n'eut
point lieu , & elle epoufa Nicolas de Beaufort ,
frere du Pape Grégoire XI, & neveu du Pape Clément
VI. C'est par cette alliance que les biens de
cette branche pafferent dans la maiſon de Beau
fort , & de celle- ci dans celle de la Tour-Bouillon.
Les autres branches fe font également diftinguées.
On peut voir dans le Recueil de Rymer
déja cité , qu'elles figuroient avec les grands Vaffaux
de Guyenne dans les temps que cette Provin
ce obéiffoit aux Anglois.
Ses armes font d'or à trois Corneilles de fables ,
les pieds & les becs de gueules , ( ce font les mêines
que portoit Pierre de Galard , Grand-Maître des
Arbaleſtriers ).
La branche de Terraube eft féparée depuis
l'an 1300 de celle des Comtes de Braffac qui eft
l'aînée , & laquelle s'eft établie en Quercy vers l'an
1280 , à cause de l'alliance d'Eléonore d'Armagnac
qui leur apporta la Baronnie de Braffac. Cette
branche de Braffac porte fes armes écartelées de
de celles de Bearn qui font d'or à deux vaches paffantes
de gueules accollées & clarinées d'azur , pour
fatisfaire à une claufe du Contrat de mariage de
1508 de Jeanne de Bearn , Dame de S. Maurice,
234 MERCURE DE FRANCE.
avec François de Galard , Chevalier , feigneur de
Braffac , par laquelle il fut enjoint à leurs defcendans
de joindre les nom & armes de Bearn à ceux
de Galard. {
A l'égard de la maifon de Loftanges , l'une des
plus anciennes & des mieux alliées du Bas-Limofin
& du Périgord , voyez ce qui en eft dit dans
ce Journal à l'article de la mort du Marquis de
Loftanges -Beduer dans le Volume du mois de Mai
de cette année , page 258. -
Le 3 Novembre 1755 , eft décédée à Paris , dansla
quatre-vingt- quatorzieme année de fon âge ,
Dame Marie- Anne Deſchiens , veuve de Meſſire
Jean-Pierre de Cormis , Comte de S. Georges
Meftre de Camp de Cavalerie . Elle a été inhumée
aux Auguftins de la Place des Victoires , après
avoir été préfentée à S. Roch.
>
Dame Catherine -Henriette de Rageren , époufe
de Meffire Nicolas-Jofeph Foucault , Marquis
de Magny , Lieutenant Général des Armées du
Roi d'Espagne , eft morte à Paris, le 6 Novembre,
âgée de 72 ans , & a été inhumée le lendemain à
S. Sulpice.
Le 19 Mars 1756 , eft morte dans la foixantetreizieme
année de fon âge , Marie Pierrette- Fran
çoife Charlotte de Clermont- Tonnerre, foeur du Ma
réchal de Tonnerre , veuve depuis 1729 , de Jean
le Compaffeur-de Crequi- Monfort , Marquis de
Courtivron & de Tarfut , &c . auquel finifloit la
fubftitution faite en 1595 , des terres de Courtivron
& de Tarfut , par Claude le Compaffeur de
Courtivron , frere de fon bifayeul , qui réuniffoit
à fes droits ceux de Françoiſe de Malain , foeur du
Baron de Lux , veuve en 1592 , de Claude- François
le Compaffeur-de Crequi- Monfort , fieur de
Vitrey fon oncle.
JUILLET. 1756. 235
Les enfans de la Marquife de Courtivron
font, 1 ° . Gafpard le Compaffeur-de Crequi-Montfort
, Marquis de Courtivron , ci-devant Aide-
Maréchal Général des Logis de la Cavalerie des
Armées du Roi , & Chevalier de l'Ordre Royal
& Militaire de Saint Louis , qui par fon mariage
avec Marie-Rofe- Louiſe de S.- Cir- de Celi , décé- -
dée en 1753 , eft pere d'un fils en bas âge.
2° Marie- Therefe le Compaffeur de Courtivron
, alliée en 1724 , à Meffire Antoine Joli ,
Marquis de Blaifi , dont elle n'a point d'enfans.
3 °. Jeanne-Claude-Madeleine le Compaffeur de
Courtivron , alliée en 1733 , au Comte de Brancion,
duquel elle a une fille Gafparde de Brancion ,
mariée en 1749 , au Comte de Clermont-Mont-S..
Jean.
Voyez fur le nom de le Compaffeur , la Roque
Blanchard, les coutumes de Champagne , Paliot ,
& les grands Officiers de la Couronne.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs événements et informations historiques concernant des mariages et des décès au XVIIIe siècle. Le 23 février 1756, François-Saturnin de Galard, Marquis de Terraube, épousa Demoiselle Marie-Julie de Loftanges de Sainte-Alvaire, fille d'Armand-Louis-Claude-Simon de Loftanges, Marquis de Sainte-Alvaire, Grand Sénéchal et Gouverneur de Quercy, et sœur du Marquis de Loftanges, premier Écuyer de Madame Adelaïde. La maison de Galard, dont est issu le Marquis de Terraube, est l'une des plus illustres et riches de la Guyenne. Elle tire son nom de la terre de Galard près de Condom et remonte au moins au XIe siècle. Plusieurs seigneurs de ce nom sont mentionnés dès 1062 parmi les bienfaiteurs de l'Abbaye de Condom. La famille s'est divisée en plusieurs branches, dont une a donné un Grand Maître des Arbalétriers de France, Pierre de Galard, qui exerça cette charge de 1310 à 1331. Une autre branche notable est celle des Comtes de Braffac, établie en Quercy vers 1280. Le texte mentionne également plusieurs décès notables. Le 3 novembre 1755, Dame Marie-Anne Deschiens, veuve de Jean-Pierre de Cormis, Comte de Saint-Georges, décéda à Paris à l'âge de 84 ans. Dame Catherine-Henriette de Rageren, épouse de Nicolas-Joseph Foucault, Marquis de Magny, décéda à Paris le 6 novembre à l'âge de 72 ans. Marie Pierrette-Françoise Charlotte de Clermont-Tonnerre, veuve de Jean le Compasseur de Crequi-Monfort, Marquis de Courtivron, décéda le 19 mars 1756 à l'âge de 73 ans. Les enfants de la Marquise de Courtivron sont également mentionnés : Gaspard le Compasseur de Crequi-Montfort, Marie-Thérèse le Compasseur de Courtivron, et Jeanne-Claude-Madeleine le Compasseur de Courtivron.
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694
p. 232-236
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Messire Philippe-Christophe-Amateur de Gallisset, Comte de Gallisset, Baron de [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Comte de Gallisset, Maison de Gallisset
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
MEffire Philippe-Chriſtophe- Amateur de Galliffet
, Comte de Galliffet , Baron de Dampierre ,
Brigadier de Cavalerie , Lieutenant-Général de la
Province de Bourgogne , Gouverneur de Mâcon ,
& Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment de
la Reine , époufa le 22 Janvier 1756 , Marie de
Levis- Lugny , fille de Marc- Antoine de Levis-
Lugny , appellé Marquis de Levis , & de Marie-
Françoile de Gelas de Leberon , niéce du Comte
de Lautrec , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de fes Armées , & c. La Bénédiction
Nuptiale leur fut donnée à S. Ouen dans la
chapelle particuliere du Comte de Jarnac , par
l'Abbé d'Harbouft , Vicaire Général de l'Evêché
de Meaux. Leur Contrat de mariage avoit été
figné par le Roi le 19 du même mois.
Le Comte de Galliffet ett d'une famille noble
& ancienne , originaire de S. Laurent-du- Pont en
Dauphiné , & qui s'eft répandue dans le Comtat ,
en Savoye , en Provence , dans le Pays d'Aunis &
à Paris . Elle s'eft également diftinguée dans l'épée
& dans la robe. La perte de la plus grande partie
des titres de cette famille , occafionnée par
guerres avec la Savoye , eft caufe qu'elle ne peut
remonter avec certitude que jufqu'à Guillaume
de Galliffet , qualifié Noble , qui vivoit en 1489.
Ce Guillaume fut pere de Georges & de Jacques
de Gallifer ; celui- ci eft la tige d'une branche qui
les
JUILLET . 1756. 233
a toujours fervi , foit en France , foit en Savoye ,
où elle eft établie .
Georges de Galliffet , fils aîné de Guillaume ,
fut Capitaine & Châtelain de S. Laurent-du-Pont ,
& de la Marche d'Antremont. Claude de Galliffer,
Archer de la Garde du Roi , & Georges II , deux
de fes fils furent auffi Capitaines & Châtelains ,
l'un de S. Laurent- du- Pont , & l'autre de la Marche
d'Antremont. Genton , le feptieme de fes enfans
fut un des cent Gentilshommes de la Chambre
de Henri II . Ils furent tous compris dans les
montres des Gentilshommes des années 1518
1524 , & 1549. Jacques de Galliffet , fils aîné de
Georges I , s'établit à Avignon , & fut pere d'Alexandre
I , dont une fille épousa Claude d'Eyguieres.
Ses preuves furent admifes à Malte à la
réception de fes petits- fils Jacques de Meyran en
1643 , & Claude d'Eyguieres en 1666. Alexandre
II , fils aîné d'Alexandre I , entra dans le Parlement
de Provence , & fut Préfident aux Enquêtes en
1615 , & Confeiller d'Etat en 1648. Il eut entr'autres
enfans Pierre & Jacques , qui ont formé
deux branches .
Pierre , fut pere de quatre
filles & de quatre
garçons qui tous fervirent ainfi que leurs Ancêtres
. Alexandre
III, l'aîné , Capitaine dans le Régiment
de Picardie , a laiffé pour fils unique Louis-
François de Galliffet, Baron de Preuilly , Enfeigne
au Régiment
des Gardes-Françoifes
, allié en
1730 à Marie-Deniſe- Elifabeth Pucelle . Jofeph ,
le fecond , eft mort en 1706 , ayant été Gouverneur
de l'Ile de Sainte- Croix , & commandant
les Colonies Françoifes aux Quartiers du Cap &
Côtes de S. Domingue. François , troifieme fils
de Pierre , Chevalier de S. Louis , Gouverneur
de
la Ville des Trois Rivieres en Canada , a eu pour
234 MERCURE DE FRANCE.
enfans Charles- François de Galliffet , mort en
1748 , Capitaine au Régiment des Gardes- Fran
Coifes , & Chevalier de S Louis , & Marie de Galliffet
vivante. Philippe de Galliffet , quatrieme fils
de Pierre , Chevalier de S. Louis , Lieutenant de
Vaiffeaux du Roi , eft pere par fa femme Marie-
Marguerite- Sufanne Huet , 1º . du Comte de Galliffet
, qui donne heu à cet article . 2°. De Louis-
Gabriel de Galliffet , Abbé de Fontaine-Danicl &
de S. Cheron , & Grand Vicaire du Diocèſe d'Air.
3°. De Paul -Alexandre , mort en 1741 , Chevalier
de Malte , & Capitaine dans le Régiment de
la Couronne.
Jacques de Galliffet , fecond fils d'Alexandre II,
eft Auteur de la branche établie en Provence. Il
fut Préfident aux Enquêtes du Parlement d'Aix ,
de même qu'Alexandre un de fes fils , dont le frere
Gabriel fut admis à Malte en 1695. Un de fes
autres enfans nommé Nicolas , eft mort en 1744,
Chevalier de S. Louis & Chef d'Efcadre des Armées
Navales du Roi , laiffant entr'autres enfans
Simon-Alexandre -Jean de Galliffet , feigneur du
Tholonet & de Montbijoux , Préfident aux Enquêtes
du Parlement de Provence , qui de ſon mariage
avec Magdeleine de Léotard , a un garçon
& une fille , & Louis de Galliffet , dit le Chevalier
de Gallifet , Capitaine dans le Régiment de la
Reine.
GALLIFFET porte pour armes, de gueules au chevron
d'argent , accompagné de trois treffles d'or.
Dame Marie- Sufanne le Berfeur de Fontenay ,
Abbeffe de Cordillon , eft morte en fon Abbaye
le 9 Novembre 1755 , dans fa foixante- douxieme
année. Son tendre attachement pour cette maifon
,luiavoit fait refufer l'Abbaye - aux- Bois, fituée
dans Paris , à laquelle le Roi la nomma en.1745.
JUILLET. 1756. 235
L'Abbaye de Cordillon ayant vaqué en 1751 , par
la mort de la Dame de Froulay , toute la Communauté
fit de vives inftances , afin d'avoir la Dame
de Fontenay pour Abbeffe., & Sa Majefté accorda
cette grace aux voeux unanimes des Religieufes.
Melfire Philibert- François Thiroux de Gerfeuil
Confeiller Honoraire de la Cour des Aides , &
Intendant Général des Poftes & Relais de France ,
âgé de près de 64 ans, eft mort le 11 Novembre,à
Vermanton près d'Auxerre , où il a été inhumé.
Dom Etienne- Gabriel Brice , natif de Paris ,
Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint
Maur , eft décédé le 13 à l'Abbaye S. Germain
des Prés , âgé d'environ 60 ans. Il travailloit de
puis plufieurs années conjointement avec Dom
Felix Hodin & Dom Tachereau au grand ouvrage
du Gallia Chriftiana , dont ils avoient déja donnés
fix volumes in-folio , les quatre précédens
ayant été publiés par Dom de Sainte -Marthe .
Meffire Jean-Omer Joly de Fleury , Abbé de
l'Abbaye d'Aumale , Ordre de S. Benoît , diocèſe de
Rouen ; & de celle de Chezi , même Ordre , diacè
e de Soiffons , & Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de Paris , mourut en cette Ville le 27 ,
âgé de 5 ans.
N... de Carbonieres , Marquis de la Capelle , eft
mort au mois de Novembre en fon Château de la
Capelle en Agenois , âgé de 63 ans . Il laiffe veuve
fans enfans fon époufe Angélique- Céfarine de
Foix, fille de François- Gafton , Comte de Foix ,
& de fa feconde femme Claude du Faur de Saint-
Jory. Il a ordonné par fon Teftament que fes
biens après la mort de la Marquife de la Capelle ,
qui en a la jouiffance , pafferont au Comte de Sa
bran , petit fils de Louife- Charlotte de Foix , veuve
de Jean -Honoré , Comte de Sabran , & foeur consanguine de la Marquise de la Capelle
,
étant
fille du même François-Gaston
,
Comte de Foix,
& de sa troisieme femme Dorothée-Théodore de
Poudenas-de fillepinte
,
actuellement vivante.
Dame Marie-Anne-Eléonore-Dreusede Rouffelet
de Château -Renaud
, veuve de Louis-Jean-
Baptiste de Matignon, Comte de Gacé & de
Montmartin, Baron de Gié
,
appelle le Comte
de Matignon
,
Chevalier des Ordres du Roi
, Lieutenant-Général des Armées de Sa Majesté,
Gouverneur & Lieutenant-Général du Paysd'Aunis
,
Ville & Gouvernement de la Rocheile
,
Isles
de Ré & d'Oléron
,
Brouage
,
Pays, Côtes &
Forteresses adjacentes, mourut à Paris le 17 Décembre
,
âgée de soixante-trois ans.
Elle étoit fille de François-Louis de Rousselet,
Marquis de Château-Renaud, Maréchal & Vice-
Amiral de France
,
Chevalier des Ordres du Roi,
& de Marie-Anne-Renée de la Porte-d'Artois.
' Anne-Errard
,
Marquis d'Avaugour
,
le plus
ancien des Brigadiers de cavalerie
,
est mort à
Paris
,
le 18
,
dans la quatre-vingt-quatrième
année de son âge.
MEffire Philippe-Chriſtophe- Amateur de Galliffet
, Comte de Galliffet , Baron de Dampierre ,
Brigadier de Cavalerie , Lieutenant-Général de la
Province de Bourgogne , Gouverneur de Mâcon ,
& Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment de
la Reine , époufa le 22 Janvier 1756 , Marie de
Levis- Lugny , fille de Marc- Antoine de Levis-
Lugny , appellé Marquis de Levis , & de Marie-
Françoile de Gelas de Leberon , niéce du Comte
de Lautrec , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de fes Armées , & c. La Bénédiction
Nuptiale leur fut donnée à S. Ouen dans la
chapelle particuliere du Comte de Jarnac , par
l'Abbé d'Harbouft , Vicaire Général de l'Evêché
de Meaux. Leur Contrat de mariage avoit été
figné par le Roi le 19 du même mois.
Le Comte de Galliffet ett d'une famille noble
& ancienne , originaire de S. Laurent-du- Pont en
Dauphiné , & qui s'eft répandue dans le Comtat ,
en Savoye , en Provence , dans le Pays d'Aunis &
à Paris . Elle s'eft également diftinguée dans l'épée
& dans la robe. La perte de la plus grande partie
des titres de cette famille , occafionnée par
guerres avec la Savoye , eft caufe qu'elle ne peut
remonter avec certitude que jufqu'à Guillaume
de Galliffet , qualifié Noble , qui vivoit en 1489.
Ce Guillaume fut pere de Georges & de Jacques
de Gallifer ; celui- ci eft la tige d'une branche qui
les
JUILLET . 1756. 233
a toujours fervi , foit en France , foit en Savoye ,
où elle eft établie .
Georges de Galliffet , fils aîné de Guillaume ,
fut Capitaine & Châtelain de S. Laurent-du-Pont ,
& de la Marche d'Antremont. Claude de Galliffer,
Archer de la Garde du Roi , & Georges II , deux
de fes fils furent auffi Capitaines & Châtelains ,
l'un de S. Laurent- du- Pont , & l'autre de la Marche
d'Antremont. Genton , le feptieme de fes enfans
fut un des cent Gentilshommes de la Chambre
de Henri II . Ils furent tous compris dans les
montres des Gentilshommes des années 1518
1524 , & 1549. Jacques de Galliffet , fils aîné de
Georges I , s'établit à Avignon , & fut pere d'Alexandre
I , dont une fille épousa Claude d'Eyguieres.
Ses preuves furent admifes à Malte à la
réception de fes petits- fils Jacques de Meyran en
1643 , & Claude d'Eyguieres en 1666. Alexandre
II , fils aîné d'Alexandre I , entra dans le Parlement
de Provence , & fut Préfident aux Enquêtes en
1615 , & Confeiller d'Etat en 1648. Il eut entr'autres
enfans Pierre & Jacques , qui ont formé
deux branches .
Pierre , fut pere de quatre
filles & de quatre
garçons qui tous fervirent ainfi que leurs Ancêtres
. Alexandre
III, l'aîné , Capitaine dans le Régiment
de Picardie , a laiffé pour fils unique Louis-
François de Galliffet, Baron de Preuilly , Enfeigne
au Régiment
des Gardes-Françoifes
, allié en
1730 à Marie-Deniſe- Elifabeth Pucelle . Jofeph ,
le fecond , eft mort en 1706 , ayant été Gouverneur
de l'Ile de Sainte- Croix , & commandant
les Colonies Françoifes aux Quartiers du Cap &
Côtes de S. Domingue. François , troifieme fils
de Pierre , Chevalier de S. Louis , Gouverneur
de
la Ville des Trois Rivieres en Canada , a eu pour
234 MERCURE DE FRANCE.
enfans Charles- François de Galliffet , mort en
1748 , Capitaine au Régiment des Gardes- Fran
Coifes , & Chevalier de S Louis , & Marie de Galliffet
vivante. Philippe de Galliffet , quatrieme fils
de Pierre , Chevalier de S. Louis , Lieutenant de
Vaiffeaux du Roi , eft pere par fa femme Marie-
Marguerite- Sufanne Huet , 1º . du Comte de Galliffet
, qui donne heu à cet article . 2°. De Louis-
Gabriel de Galliffet , Abbé de Fontaine-Danicl &
de S. Cheron , & Grand Vicaire du Diocèſe d'Air.
3°. De Paul -Alexandre , mort en 1741 , Chevalier
de Malte , & Capitaine dans le Régiment de
la Couronne.
Jacques de Galliffet , fecond fils d'Alexandre II,
eft Auteur de la branche établie en Provence. Il
fut Préfident aux Enquêtes du Parlement d'Aix ,
de même qu'Alexandre un de fes fils , dont le frere
Gabriel fut admis à Malte en 1695. Un de fes
autres enfans nommé Nicolas , eft mort en 1744,
Chevalier de S. Louis & Chef d'Efcadre des Armées
Navales du Roi , laiffant entr'autres enfans
Simon-Alexandre -Jean de Galliffet , feigneur du
Tholonet & de Montbijoux , Préfident aux Enquêtes
du Parlement de Provence , qui de ſon mariage
avec Magdeleine de Léotard , a un garçon
& une fille , & Louis de Galliffet , dit le Chevalier
de Gallifet , Capitaine dans le Régiment de la
Reine.
GALLIFFET porte pour armes, de gueules au chevron
d'argent , accompagné de trois treffles d'or.
Dame Marie- Sufanne le Berfeur de Fontenay ,
Abbeffe de Cordillon , eft morte en fon Abbaye
le 9 Novembre 1755 , dans fa foixante- douxieme
année. Son tendre attachement pour cette maifon
,luiavoit fait refufer l'Abbaye - aux- Bois, fituée
dans Paris , à laquelle le Roi la nomma en.1745.
JUILLET. 1756. 235
L'Abbaye de Cordillon ayant vaqué en 1751 , par
la mort de la Dame de Froulay , toute la Communauté
fit de vives inftances , afin d'avoir la Dame
de Fontenay pour Abbeffe., & Sa Majefté accorda
cette grace aux voeux unanimes des Religieufes.
Melfire Philibert- François Thiroux de Gerfeuil
Confeiller Honoraire de la Cour des Aides , &
Intendant Général des Poftes & Relais de France ,
âgé de près de 64 ans, eft mort le 11 Novembre,à
Vermanton près d'Auxerre , où il a été inhumé.
Dom Etienne- Gabriel Brice , natif de Paris ,
Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint
Maur , eft décédé le 13 à l'Abbaye S. Germain
des Prés , âgé d'environ 60 ans. Il travailloit de
puis plufieurs années conjointement avec Dom
Felix Hodin & Dom Tachereau au grand ouvrage
du Gallia Chriftiana , dont ils avoient déja donnés
fix volumes in-folio , les quatre précédens
ayant été publiés par Dom de Sainte -Marthe .
Meffire Jean-Omer Joly de Fleury , Abbé de
l'Abbaye d'Aumale , Ordre de S. Benoît , diocèſe de
Rouen ; & de celle de Chezi , même Ordre , diacè
e de Soiffons , & Chanoine de l'Eglife Métropolitaine
de Paris , mourut en cette Ville le 27 ,
âgé de 5 ans.
N... de Carbonieres , Marquis de la Capelle , eft
mort au mois de Novembre en fon Château de la
Capelle en Agenois , âgé de 63 ans . Il laiffe veuve
fans enfans fon époufe Angélique- Céfarine de
Foix, fille de François- Gafton , Comte de Foix ,
& de fa feconde femme Claude du Faur de Saint-
Jory. Il a ordonné par fon Teftament que fes
biens après la mort de la Marquife de la Capelle ,
qui en a la jouiffance , pafferont au Comte de Sa
bran , petit fils de Louife- Charlotte de Foix , veuve
de Jean -Honoré , Comte de Sabran , & foeur consanguine de la Marquise de la Capelle
,
étant
fille du même François-Gaston
,
Comte de Foix,
& de sa troisieme femme Dorothée-Théodore de
Poudenas-de fillepinte
,
actuellement vivante.
Dame Marie-Anne-Eléonore-Dreusede Rouffelet
de Château -Renaud
, veuve de Louis-Jean-
Baptiste de Matignon, Comte de Gacé & de
Montmartin, Baron de Gié
,
appelle le Comte
de Matignon
,
Chevalier des Ordres du Roi
, Lieutenant-Général des Armées de Sa Majesté,
Gouverneur & Lieutenant-Général du Paysd'Aunis
,
Ville & Gouvernement de la Rocheile
,
Isles
de Ré & d'Oléron
,
Brouage
,
Pays, Côtes &
Forteresses adjacentes, mourut à Paris le 17 Décembre
,
âgée de soixante-trois ans.
Elle étoit fille de François-Louis de Rousselet,
Marquis de Château-Renaud, Maréchal & Vice-
Amiral de France
,
Chevalier des Ordres du Roi,
& de Marie-Anne-Renée de la Porte-d'Artois.
' Anne-Errard
,
Marquis d'Avaugour
,
le plus
ancien des Brigadiers de cavalerie
,
est mort à
Paris
,
le 18
,
dans la quatre-vingt-quatrième
année de son âge.
Fermer
Résumé : MARIAGES ET MORTS.
En 1755 et 1756, plusieurs événements familiaux et décès de personnalités notables ont marqué l'actualité. Le 22 janvier 1756, Philippe-Christophe de Galliffet, Comte de Galliffet, épousa Marie de Lévis-Lugny. Leur contrat de mariage fut signé par le Roi le 19 janvier, et la cérémonie eut lieu à S. Ouen dans la chapelle particulière du Comte de Jarnac. La famille de Galliffet, noble et ancienne, est originaire de S. Laurent-du-Pont en Dauphiné et s'est distinguée dans les domaines militaire et judiciaire. La lignée remonte à Guillaume de Galliffet, vivant en 1489. Plusieurs décès notables ont également été enregistrés. Dame Marie-Suzanne Le Berseur de Fontenay, Abbesse de Cordillon, décéda le 9 novembre 1755 à l'âge de 62 ans. Messire Philibert-François Thiroux de Gerfeuil, Intendant Général des Postes et Relais de France, mourut le 11 novembre à Vermanton, près d'Auxerre, à l'âge de 64 ans. Dom Étienne-Gabriel Brice, Religieux Bénédictin, décéda le 13 novembre à l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés à l'âge de 60 ans. Messire Jean-Omer Joly de Fleury, Abbé de l'Abbaye d'Aumale, mourut à Paris le 27 novembre à l'âge de 55 ans. N... de Carbonières, Marquis de la Capelle, décéda en novembre à l'âge de 63 ans, laissant veuve son épouse Angélique-Césarine de Foix. Dame Marie-Anne-Éléonore-Dreusede Rousselet de Château-Renaud, veuve du Comte de Matignon, décéda à Paris le 17 décembre à l'âge de 63 ans. Enfin, Anne-Erard, Marquis d'Avaugour, Brigadier de cavalerie, décéda à Paris le 18 décembre à l'âge de 84 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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695
p. 228-234
NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
Début :
Nous avons annoncé dans le volume du Mercure du mois d'Août, [...]
Mots clefs :
Naissances, Mariages, Morts, M. Guillaume, Mensonge, Avertissement de l'auteur , Maison de Clerel, Maison Faudoas, Maison de Mastin, Maison de Riencourt, Corrections du volume d'Avril 1756
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texteReconnaissance textuelle : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
NAISSANCES , MARIAGES
ET MORTS.
79 T
Nous avons annoncé dans le volume du t
Mercure du mois d'Août , le mariage de M. Guillaume
, fur la foi d'une lettre qui nous a été
écrite de Befançon le 13 Février 1756. Nous n'avons
point confervé cette lettre , n'imaginant pas
qu'elle dût nous être de quelque utilité.
Qui en effet , auroit pu fe perfuader que l'on
abuferoit de la facilité avec laquelle les différens
Auteurs du Mercure fe font toujours prêtés à inf
truire le Public des événemens qui intéreffent les
Maifons illuftres & les Familles diftinguées du
Royaume , & de notre empreffement particulier
fatisfaire nos Lecteurs fur cet article ! Qui eût
penfé que l'on trouveroit dans cette facilité un
moyen pour jetter du ridicule fur les plus konnêtes
gens ! Je veux bien croire que l'Auteur de cette
lettre n'a pas eu un plus mauvais deffein .
Quoiqu'il en foit , la modeftie de M. Guillau
me auroit dû le mettre à l'abri de la mauvaiſe
plaifanterie , & lui fauver le ridicule qu'a voulu
lui donner l'Anonyme qui nous a écrit . Quoique
la lettre fût fignée , l'Auteur n'en eft pas moins
OCTOBRE . 1756. 229
inconnu , parce qu'il s'eft fans doute fervi d'un
nom fuppofé.
Pour prévenir de pareils inconvéniens , j'avertis
que dorénavant nous ne ferons aucun ufage
dans le Mercure des Mémoires qui nous feront
adreffés , fi les lettres ne font fignées d'une perfonne
de la famille qu'ils concerneront , cachetées
du cachet de fes armes , & datées du lieu
d'où elles auront été ecrites. -
Voici la lettre que nous avons reçue de M. Guillaume
au fujet de l'article qui a été mis dans notre
recueil...
ABefançon , le 15 Août 1756.
Vous jouiffez , Monfieur , d'une trop belle
réputation , pour que j'ofe vous foupçonner d'avoir
eu quelque part au ridicule que me donne
votre Mercure du mois d'Août à l'article des mariages.
C'eft l'ouvrage, je n'en doute point , de quel
que jaloux ou mauvais plaifant. J'en ai été extrê
mement mortifié parce que l'on y compromes
M. l'Archevêque que l'on fuppofe avoir donné la
Bénédiction Nuptiale à mon fils en l'Eglife Métropolitaine
, & quantité d'autres faits également
faux.
Je mene ici une vie privée qui n'auroit pas dû
exciter une femblable dérifion . Je n'ai d'autre
qualité que celle de Confeiller Auditeur en la
Chambre & Cour des Comptes de cette Province ,
& mon fils celle d'Avocat . Vous pouvez juger delà
, Monfieur , que nous ne fommes point faits
pour être mis dans le Mercure .
Rien n'a été plus fimple que la cérémonie du
mariage de mon fils , Elle a été faite dans l'E
glife de S. Jean-Baptifte , Paroiffe de Demoiselle
130 MERCURE DE FRANCE.
Magdeleine Richer, à 8 heures du foir,fans aucune
oftentation .
Je vous crois , Monfieur , intéreffé comme
moi , à découvrir l'Auteur de cette mauvaiſe plaifanterie
: c'eft pourquoi je vous prie , s'il eft poffible
, de m'envoyer la mémoire qui vous a été
adreflé à cette occafion : vous m'obligerez infiniment.
J'ai l'honneur d'être , & c.
GUILLAUME.
Dame Marie-Thérèle de Faudoas , époufe de
Meflire George Réné de Clerel , fieur de Tocque
ville & d'Auville , Capitaine de Cavalerie au Régiment
de Chabriliant , eft accouchée à Bayeux ,
le 14 Juillet d'un fils qui a été baptifé le même
jour , & nommé Georges - Léonard- Bonaventure . Il
a eu pour parrain Meffire Bernard Bonaventure de
Clerel-de Tocqueville fon oncle, & pour marraine
Dame Elizabeth Thérele Senot- de Morfalines ,
Dame & Marquife de Caftilly, fa bifayeule.
+
Le nom de Clerel est très ancien en Normandie
, comme on le voit par les recherches de Meffieurs
de Montfaoucq de Roiffy & de Chamil-
Jard. L'hiftoire fait mention de plufieurs Seigneurs
de ce nom , qui ont fervi avec diftinction fous les
Ducs de Normandie. Cette famille porte pour
armes d'argent à la face de fable , accompagnée
de merlettes de même en chef, & de 3 tourteaux
d'azur en pointe."´
3
La maifon de Fau doas eft originaire de Guyenne
, où les premiers feigneurs de ce nom prenoient
la qualité de premiers Barons Chrétiens
de Guyenne . François de Faudoas , un des defcendans
de ces feigneurs , vint s'établir au Maine , à
Poccafion de l'ilia ce qu'il contracta le 6 Novembre
1592 , avec Renée de Brie , héritiere de fa
OCTOBRE. 1756. 231
maifon & de plufieurs terres dans le Maine . François
de Faudoas fut pere de Jean , en faveur duquel
les terres qu'il poffédoit au Maine , furent
unies & érigées en Comté fous le nom de Serillac.
Jean époufa Marguerite de Piedefer de laquelle
il eut Pierre de Faudoas , Comte de Serillac
, allié en 1679. à Marie- Charlotte de Courtarvel-
de Pezé qui fut mere d'Antoine de Faudoas ,
Comte de Serillac , lequel quitta le Maine pour
venir s'établir en Normandie à cauſe du mariage
qu'il y contracta le 25 Septembre 1709 , avec
Françoife-Hervée de Carbonel , fille & héritiere
d'Hervé , Marquis de Canify , Lieutenant de Roi
en Baffe-Normandie. De cette alliance il a eu :
1º. Marie- Charles- Antoine de Faudoas de Canify,
Comte de Serillac , Baron du Hommet ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , Lieutenant de Roi en Baffe-Normandie
& Gouverneur des Ville & Château d'Avranches ,
pere par Marie- Thérefe de Boran- de Cafiilly , de
la Dame de Clerel.
2º. Renée-Bonne- Françoife de Faudoas.
3º. N.... de Faudoas .
Meffire Pierre Augufte- Anne- Céfar le Maftin,
Comte de Nuaillé , dit le Comte de Maſtin , a
épousé en fecondes ôces , par contrat du 23 Février
1756 , Demoifelle Marie- Magdeleine le
Franc des Elarts , fille de feu Meflire Louis le
Franc-des Effarts & de Demoiſelle N... Mignot.
Le Comte de Maftin eft iffu de Gilles le Maftin,
Ecuyer , feigneur de la Roche- Jaquelin en Bas-
Poitou , vivant en 1320 , lequel avoit épousé
Marie- Anne de Beaumanoir , qui fut mere de
Pierre le Maftin qui rendit hommage en 1351 ,
pour fa feigneurie de la Roche - Jaquelin . On croit
qu'il eut pour femme Valere de Château-Briant ,
232 MERCURE DE FRANCE.
à
qui le rendit pere de Jean le Maftin qualifié Var
let , dans un acte qu'il paffa le 19 Juillet 1375. H
époufa en 1382 , Colette de Marzoles , de laquelle
il eut Gilles le Maftin , marié le 12 Mai 1399 ,
Jeanne de Beaumont- Breffuyres. De cette allian
ce vint Jean le Matin , Ecuyer , feigneur de la
Roche-Jaquelin , allié 10. à Jeanne de Jouffaulme,
dont le fils Jean mourut fans enfans mâles . 2 °. En
1466 , à Jeanne de Sanzay , fille de Jean , Vicomte
héréditaire & Parageur de Poitou , laquelle
étoit le 8 Juillet 1487 , mere & tutrice entr'autres
de René le Maftin , feigneur de la Favriere ,
qui époula Simonne de Villeneuve-Vence. Celleci
tranfigea à Thouars le 5 Décembre 1525 , comme
ayant la garde- noble de fon fils Gabriel le
Maftin , qui , de fon mariage contracté le 18 Mai
1535 avec Jeanne le Roux - de la Roche- des -Aubiers
, eut Claude le Maftin , feigneur de la Fa
vriere du Chatelier- Berle , de Champagné , &c.
Chevalier de l'Ordre du Roi , Gentilhomme de
fa Chambre , & Gentilhomme d'honneur de la
Reine Catherine de Médicis . Il époufa le 17 Décembre
1575 , Jeanne de Barbefieres , fille aînée
& principale héritiere de Sébastien , Baron de
Nuaillé , de Bourgon en Angoumois , de Ferieres
, Beauregard , Cramahé , Čourfon , la Mothe ,
&c. & de Jacquette de Parthenay , Dame d'honneur
de la Reine Catherine de Médicis. De cette
alliance , vint Charles le Maſtin , Baron de Nuaillé
, &c. marié le 12 Octobre 1609 , à Jeanne
Tuflaud de Maifontiers , de laquelle il eut Henri
le Maftin , Baron de Nuaillé , allié le 30 Novembre
1734 , Anne Chefnel d'Efcoyeux , qui fut mere
de Claude le Maftin , dit le Marquis de Nuaillé ,
mort le 13 Février 1692. Il avoit époulé le 26
Octobre 1665. Marie-Anne Tuffet. De ce mariag
ge fortirent :
OCTOBRE. 1756. 235
1º. Charles- Gemanicq le Maftin , Comte de
Nuaillé , mort Brigadier des Armées du Roi , &
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fon nom .
Il avoit époufé en 17 : 4 , Amé- Louife de la Rochefoucaud-
Surgeres , remariée au Marquis de
Nieul , ayant eu de fon premier mariage , Marie-
Anne-Françoife - Félicité le Maftin , veuve du 8
Juin 1748 , de François du Pouget de Nadaillac ,
Baron de S. Pardoux , qui en a laiflé cinq enfanst
2°. Philippe-Augufte le Maftin allié le 30 Novembre
1718 , à Catherine de Viaud qui l'a ren
du pere de Pierre- Augufte- Anne- Célar , dit le
Comte de Maſtin , duquel nous annoncons le fecond
mariage. Il avoit époufé en premieres noces
par Contrat du 21 Avril 1748 , Marie-Françoife
de Boulainvilliers , de laquelle il a eu Louis-Sylveftre
de Maftin , né le 17 Janvier 1752 .
La famille de le Mafin ou le Maftain ( comme
on le trouve en beaucoup d'endroits , ) prétend
être originaire d'Italie , & avoit autrefois
poffédé la principauté de Vérone , & elle porte
pour armes d'argent à fix fleurs de lys d'azur ,
abouttées , mifes en bande à la cotice de gueules ,
brochante fur le tout.
Meffire Charles de Maffo , Marquis de la Ferriere
, Baron de Chaffelay , Lifieu , du Plantin, &
autres lieux , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , Enſeigne , Aide - Major des Gardes du Corps
de Sa Majefté , Sénéchal de Lyon , & de la Province
de Lyonnois , fut mariée le 2 Mars à Dame
Marie- Magdeleine Mazade , veuve du fieur Gafpard
Grimod-de la Reiniere , un des Fermiers Généraux
de Sa Majesté.
Le 16 Mars , Meflire Barbe - Simon , Comté
de Riencourt , Capitaine de Cavalerie au Régiment
d'Archiac , époufa Demoiſelle N... Tiercelin-
de Broffe , fille unique de Meffire Etienne ,
234 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Tiercelin -de Broffe , & de Marie-Auguf
tine-Alexandrine de Crequy. La Bénédiction Nuptiale
leur a été donnée par l'Evêque d'Amiens
dans la Chapelle du Château de Beaucourt. Voyez
pour la Maifon de Riencourt , le fecond volume
du mois d'Avril de ce Journal , pag. 128 &ſuiv.
& corrigez-y ce qui fuit .
Pag. 230 ligne 7. & par Thomas , lifez, &
par Flamene. Lig. 12. avec Jeanne de Borgeau ,
fon époufe , lifez avec Jeanne d'Orgeau , fon
époufe , fille de Jacques , feigneur d'Orgeau ,
& de Jacqueline de Moy , dont deux enfans
fçavoir Antoine de Riencourt , feigneur d'Orival
, qui fuit , & Jacques , 1 quel a formé la
branche de Parfondrue , près Laon.
Pag. 231 , lig. 24. de Thomas de Riencourt ,
lif. de Flamene de Riencourt .. Lig. 26. marié à
N. Dumont , dont , & c. lif. marié par contrat du
2 Septembre 1493 , à Agathe Roubault , fille de
Joachim , Maréchal de France . De cette alliance
vint Thomas de Riencourt , feigneur de Tilloloy
, Vaux , & c . allié à Marie , fille du Seigneur
d'aucourt , dont Hugues , marié , & le refte
comme il eft.
ET MORTS.
79 T
Nous avons annoncé dans le volume du t
Mercure du mois d'Août , le mariage de M. Guillaume
, fur la foi d'une lettre qui nous a été
écrite de Befançon le 13 Février 1756. Nous n'avons
point confervé cette lettre , n'imaginant pas
qu'elle dût nous être de quelque utilité.
Qui en effet , auroit pu fe perfuader que l'on
abuferoit de la facilité avec laquelle les différens
Auteurs du Mercure fe font toujours prêtés à inf
truire le Public des événemens qui intéreffent les
Maifons illuftres & les Familles diftinguées du
Royaume , & de notre empreffement particulier
fatisfaire nos Lecteurs fur cet article ! Qui eût
penfé que l'on trouveroit dans cette facilité un
moyen pour jetter du ridicule fur les plus konnêtes
gens ! Je veux bien croire que l'Auteur de cette
lettre n'a pas eu un plus mauvais deffein .
Quoiqu'il en foit , la modeftie de M. Guillau
me auroit dû le mettre à l'abri de la mauvaiſe
plaifanterie , & lui fauver le ridicule qu'a voulu
lui donner l'Anonyme qui nous a écrit . Quoique
la lettre fût fignée , l'Auteur n'en eft pas moins
OCTOBRE . 1756. 229
inconnu , parce qu'il s'eft fans doute fervi d'un
nom fuppofé.
Pour prévenir de pareils inconvéniens , j'avertis
que dorénavant nous ne ferons aucun ufage
dans le Mercure des Mémoires qui nous feront
adreffés , fi les lettres ne font fignées d'une perfonne
de la famille qu'ils concerneront , cachetées
du cachet de fes armes , & datées du lieu
d'où elles auront été ecrites. -
Voici la lettre que nous avons reçue de M. Guillaume
au fujet de l'article qui a été mis dans notre
recueil...
ABefançon , le 15 Août 1756.
Vous jouiffez , Monfieur , d'une trop belle
réputation , pour que j'ofe vous foupçonner d'avoir
eu quelque part au ridicule que me donne
votre Mercure du mois d'Août à l'article des mariages.
C'eft l'ouvrage, je n'en doute point , de quel
que jaloux ou mauvais plaifant. J'en ai été extrê
mement mortifié parce que l'on y compromes
M. l'Archevêque que l'on fuppofe avoir donné la
Bénédiction Nuptiale à mon fils en l'Eglife Métropolitaine
, & quantité d'autres faits également
faux.
Je mene ici une vie privée qui n'auroit pas dû
exciter une femblable dérifion . Je n'ai d'autre
qualité que celle de Confeiller Auditeur en la
Chambre & Cour des Comptes de cette Province ,
& mon fils celle d'Avocat . Vous pouvez juger delà
, Monfieur , que nous ne fommes point faits
pour être mis dans le Mercure .
Rien n'a été plus fimple que la cérémonie du
mariage de mon fils , Elle a été faite dans l'E
glife de S. Jean-Baptifte , Paroiffe de Demoiselle
130 MERCURE DE FRANCE.
Magdeleine Richer, à 8 heures du foir,fans aucune
oftentation .
Je vous crois , Monfieur , intéreffé comme
moi , à découvrir l'Auteur de cette mauvaiſe plaifanterie
: c'eft pourquoi je vous prie , s'il eft poffible
, de m'envoyer la mémoire qui vous a été
adreflé à cette occafion : vous m'obligerez infiniment.
J'ai l'honneur d'être , & c.
GUILLAUME.
Dame Marie-Thérèle de Faudoas , époufe de
Meflire George Réné de Clerel , fieur de Tocque
ville & d'Auville , Capitaine de Cavalerie au Régiment
de Chabriliant , eft accouchée à Bayeux ,
le 14 Juillet d'un fils qui a été baptifé le même
jour , & nommé Georges - Léonard- Bonaventure . Il
a eu pour parrain Meffire Bernard Bonaventure de
Clerel-de Tocqueville fon oncle, & pour marraine
Dame Elizabeth Thérele Senot- de Morfalines ,
Dame & Marquife de Caftilly, fa bifayeule.
+
Le nom de Clerel est très ancien en Normandie
, comme on le voit par les recherches de Meffieurs
de Montfaoucq de Roiffy & de Chamil-
Jard. L'hiftoire fait mention de plufieurs Seigneurs
de ce nom , qui ont fervi avec diftinction fous les
Ducs de Normandie. Cette famille porte pour
armes d'argent à la face de fable , accompagnée
de merlettes de même en chef, & de 3 tourteaux
d'azur en pointe."´
3
La maifon de Fau doas eft originaire de Guyenne
, où les premiers feigneurs de ce nom prenoient
la qualité de premiers Barons Chrétiens
de Guyenne . François de Faudoas , un des defcendans
de ces feigneurs , vint s'établir au Maine , à
Poccafion de l'ilia ce qu'il contracta le 6 Novembre
1592 , avec Renée de Brie , héritiere de fa
OCTOBRE. 1756. 231
maifon & de plufieurs terres dans le Maine . François
de Faudoas fut pere de Jean , en faveur duquel
les terres qu'il poffédoit au Maine , furent
unies & érigées en Comté fous le nom de Serillac.
Jean époufa Marguerite de Piedefer de laquelle
il eut Pierre de Faudoas , Comte de Serillac
, allié en 1679. à Marie- Charlotte de Courtarvel-
de Pezé qui fut mere d'Antoine de Faudoas ,
Comte de Serillac , lequel quitta le Maine pour
venir s'établir en Normandie à cauſe du mariage
qu'il y contracta le 25 Septembre 1709 , avec
Françoife-Hervée de Carbonel , fille & héritiere
d'Hervé , Marquis de Canify , Lieutenant de Roi
en Baffe-Normandie. De cette alliance il a eu :
1º. Marie- Charles- Antoine de Faudoas de Canify,
Comte de Serillac , Baron du Hommet ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , Lieutenant de Roi en Baffe-Normandie
& Gouverneur des Ville & Château d'Avranches ,
pere par Marie- Thérefe de Boran- de Cafiilly , de
la Dame de Clerel.
2º. Renée-Bonne- Françoife de Faudoas.
3º. N.... de Faudoas .
Meffire Pierre Augufte- Anne- Céfar le Maftin,
Comte de Nuaillé , dit le Comte de Maſtin , a
épousé en fecondes ôces , par contrat du 23 Février
1756 , Demoifelle Marie- Magdeleine le
Franc des Elarts , fille de feu Meflire Louis le
Franc-des Effarts & de Demoiſelle N... Mignot.
Le Comte de Maftin eft iffu de Gilles le Maftin,
Ecuyer , feigneur de la Roche- Jaquelin en Bas-
Poitou , vivant en 1320 , lequel avoit épousé
Marie- Anne de Beaumanoir , qui fut mere de
Pierre le Maftin qui rendit hommage en 1351 ,
pour fa feigneurie de la Roche - Jaquelin . On croit
qu'il eut pour femme Valere de Château-Briant ,
232 MERCURE DE FRANCE.
à
qui le rendit pere de Jean le Maftin qualifié Var
let , dans un acte qu'il paffa le 19 Juillet 1375. H
époufa en 1382 , Colette de Marzoles , de laquelle
il eut Gilles le Maftin , marié le 12 Mai 1399 ,
Jeanne de Beaumont- Breffuyres. De cette allian
ce vint Jean le Matin , Ecuyer , feigneur de la
Roche-Jaquelin , allié 10. à Jeanne de Jouffaulme,
dont le fils Jean mourut fans enfans mâles . 2 °. En
1466 , à Jeanne de Sanzay , fille de Jean , Vicomte
héréditaire & Parageur de Poitou , laquelle
étoit le 8 Juillet 1487 , mere & tutrice entr'autres
de René le Maftin , feigneur de la Favriere ,
qui époula Simonne de Villeneuve-Vence. Celleci
tranfigea à Thouars le 5 Décembre 1525 , comme
ayant la garde- noble de fon fils Gabriel le
Maftin , qui , de fon mariage contracté le 18 Mai
1535 avec Jeanne le Roux - de la Roche- des -Aubiers
, eut Claude le Maftin , feigneur de la Fa
vriere du Chatelier- Berle , de Champagné , &c.
Chevalier de l'Ordre du Roi , Gentilhomme de
fa Chambre , & Gentilhomme d'honneur de la
Reine Catherine de Médicis . Il époufa le 17 Décembre
1575 , Jeanne de Barbefieres , fille aînée
& principale héritiere de Sébastien , Baron de
Nuaillé , de Bourgon en Angoumois , de Ferieres
, Beauregard , Cramahé , Čourfon , la Mothe ,
&c. & de Jacquette de Parthenay , Dame d'honneur
de la Reine Catherine de Médicis. De cette
alliance , vint Charles le Maſtin , Baron de Nuaillé
, &c. marié le 12 Octobre 1609 , à Jeanne
Tuflaud de Maifontiers , de laquelle il eut Henri
le Maftin , Baron de Nuaillé , allié le 30 Novembre
1734 , Anne Chefnel d'Efcoyeux , qui fut mere
de Claude le Maftin , dit le Marquis de Nuaillé ,
mort le 13 Février 1692. Il avoit époulé le 26
Octobre 1665. Marie-Anne Tuffet. De ce mariag
ge fortirent :
OCTOBRE. 1756. 235
1º. Charles- Gemanicq le Maftin , Comte de
Nuaillé , mort Brigadier des Armées du Roi , &
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fon nom .
Il avoit époufé en 17 : 4 , Amé- Louife de la Rochefoucaud-
Surgeres , remariée au Marquis de
Nieul , ayant eu de fon premier mariage , Marie-
Anne-Françoife - Félicité le Maftin , veuve du 8
Juin 1748 , de François du Pouget de Nadaillac ,
Baron de S. Pardoux , qui en a laiflé cinq enfanst
2°. Philippe-Augufte le Maftin allié le 30 Novembre
1718 , à Catherine de Viaud qui l'a ren
du pere de Pierre- Augufte- Anne- Célar , dit le
Comte de Maſtin , duquel nous annoncons le fecond
mariage. Il avoit époufé en premieres noces
par Contrat du 21 Avril 1748 , Marie-Françoife
de Boulainvilliers , de laquelle il a eu Louis-Sylveftre
de Maftin , né le 17 Janvier 1752 .
La famille de le Mafin ou le Maftain ( comme
on le trouve en beaucoup d'endroits , ) prétend
être originaire d'Italie , & avoit autrefois
poffédé la principauté de Vérone , & elle porte
pour armes d'argent à fix fleurs de lys d'azur ,
abouttées , mifes en bande à la cotice de gueules ,
brochante fur le tout.
Meffire Charles de Maffo , Marquis de la Ferriere
, Baron de Chaffelay , Lifieu , du Plantin, &
autres lieux , Maréchal des Camps & Armées du
Roi , Enſeigne , Aide - Major des Gardes du Corps
de Sa Majefté , Sénéchal de Lyon , & de la Province
de Lyonnois , fut mariée le 2 Mars à Dame
Marie- Magdeleine Mazade , veuve du fieur Gafpard
Grimod-de la Reiniere , un des Fermiers Généraux
de Sa Majesté.
Le 16 Mars , Meflire Barbe - Simon , Comté
de Riencourt , Capitaine de Cavalerie au Régiment
d'Archiac , époufa Demoiſelle N... Tiercelin-
de Broffe , fille unique de Meffire Etienne ,
234 MERCURE DE FRANCE.
Comte de Tiercelin -de Broffe , & de Marie-Auguf
tine-Alexandrine de Crequy. La Bénédiction Nuptiale
leur a été donnée par l'Evêque d'Amiens
dans la Chapelle du Château de Beaucourt. Voyez
pour la Maifon de Riencourt , le fecond volume
du mois d'Avril de ce Journal , pag. 128 &ſuiv.
& corrigez-y ce qui fuit .
Pag. 230 ligne 7. & par Thomas , lifez, &
par Flamene. Lig. 12. avec Jeanne de Borgeau ,
fon époufe , lifez avec Jeanne d'Orgeau , fon
époufe , fille de Jacques , feigneur d'Orgeau ,
& de Jacqueline de Moy , dont deux enfans
fçavoir Antoine de Riencourt , feigneur d'Orival
, qui fuit , & Jacques , 1 quel a formé la
branche de Parfondrue , près Laon.
Pag. 231 , lig. 24. de Thomas de Riencourt ,
lif. de Flamene de Riencourt .. Lig. 26. marié à
N. Dumont , dont , & c. lif. marié par contrat du
2 Septembre 1493 , à Agathe Roubault , fille de
Joachim , Maréchal de France . De cette alliance
vint Thomas de Riencourt , feigneur de Tilloloy
, Vaux , & c . allié à Marie , fille du Seigneur
d'aucourt , dont Hugues , marié , & le refte
comme il eft.
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Résumé : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
Le texte traite de divers événements familiaux et clarifications concernant des informations précédemment publiées. En août 1756, le Mercure a annoncé le mariage de M. Guillaume, mais une lettre anonyme a ridiculisé cet événement. M. Guillaume a répondu en affirmant que la cérémonie de mariage de son fils avait été simple et discrète, et qu'il n'avait aucune qualité notable pour être mentionné dans le Mercure. Il a également demandé l'identité de l'auteur de la lettre anonyme. Le texte mentionne plusieurs naissances et mariages dans des familles nobles. Dame Marie-Thérèse de Faudoas a accouché d'un fils à Bayeux. La famille de Clerel, originaire de Normandie, et la famille de Faudoas, originaire de Guyenne, sont décrites avec leurs armoiries et leurs alliances. Parmi les mariages notables, le Comte de Mastin a épousé Demoiselle Marie-Magdeleine le Franc des Elarts, le Marquis de la Ferrière a épousé Dame Marie-Magdeleine Mazade, et le Comte de Riencourt a épousé Demoiselle Tiercelin-de Broffe. Enfin, le texte se conclut par des corrections et des ajouts concernant les généalogies des familles nobles mentionnées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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696
p. 219-221
ITALIE.
Début :
Les chaleurs excessives qu'on a essuyées ici depuis le 15 du mois [...]
Mots clefs :
Messine, Rome, Livourne, Chaleurs excessives, Maladies, Fièvre épidémique, Fouilles archéologiques, Pape, Charge de secrétaire d'État, Cardinaux, Siège, Navire, Tunis
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE MESSINES , le 24 Août.
Les chaleurs exceffives qu'on a effuyées ici depuis
le 15 du mois de Juin , ont produit des maladies
dont les fymptômes & les fuites ont caufé
d'abord beaucoup d'effroi. Toutes les perfonnes
qui en étoient attaquées , tomboient au bout de
quelques heures dans une violente phrénéfie . Leur
tête s'enfloit extraordinairement ; elles perdoient
l'ufage de leurs organes , & bientôt une fievre violente
les emportoit. On a trouvé le moyen de
prévenir ces funeftes effets , en baignant la tête
du malade dans de l'eau froide.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
DE ROME , le 11 Septembre.
En fouillant la terre dans un jardin du Comte
perucchi , on a découvert une Úrne qui , felon
Pinfcription gravée deffus , content les cendres
du Maitre de la Garde-robe de P'Empereur Auguf
te. On a trouvé auffi fous terre , dans l'endroit où
le Duc de Zagarola fe propofe de faire conftruire
un nouveau Palais , une petite Chapelle dont les
peintures font bien confervées.
Le Pape a difpofé de la charge de Secretaire
d'Etat , & de celle de Vice -Chancelier en faveur
du Cardinal Aubri Archinto , Gouverneur de
Rome. Sa Sainteté a accordé au Cardinal Jérôme
Colonne , qui étoit Vice -Chancelier , celle de
Camerlingue du Saint Siege, à laquelle eft attaché
le titre de Président de la Chambre Apoftolique.
La place de Préfet de la Congrégation de Prapaganda
Fide a été donnée au Cardinal Jofeph
Spinelli , & le Cardinal Fortuné Tamburini a été
déclaré Protecteur de la Congrégation du Mont
Caffin . Les Cardinaux Jean - Jacques Millo & Clément
Hargenvilliers ont été mis au nombre des
Commiffaires de la Congrégation établie pour les
affaires du Comtat Vénaiffin. Le fieur Corneille
Caprara , frere du Marquis de Monti , Maréchal
des Camps & Armées de Sa Majeſté Très Chrétienne
, a été nommé Gouverneur de Rome , & il
eft remplacé dans la Chambre de la Rote par le
fieur Alexandre Ratta . Le Saint Pere a conféré à
un fils du Marquis Cavalieri un Canonicat de
Saint Pierre du Vatican , dont l'Evêque de Col
tanza s'eft démis .
OCTOBRE. 1756. 227
DE LIVOURNE , le 13 Septembre.
Un Navire , arrivé de l'Ile du Goze , a rapporté
que les Algériens ayant mis le fiege devant
Tunis , le Bey, pour ne pas tomber entre leurs
mains , s'elt fauvé avec les tréfors & trente- deux
Eſclaves , & qu'il s'eft retiré à Malte .
DE MESSINES , le 24 Août.
Les chaleurs exceffives qu'on a effuyées ici depuis
le 15 du mois de Juin , ont produit des maladies
dont les fymptômes & les fuites ont caufé
d'abord beaucoup d'effroi. Toutes les perfonnes
qui en étoient attaquées , tomboient au bout de
quelques heures dans une violente phrénéfie . Leur
tête s'enfloit extraordinairement ; elles perdoient
l'ufage de leurs organes , & bientôt une fievre violente
les emportoit. On a trouvé le moyen de
prévenir ces funeftes effets , en baignant la tête
du malade dans de l'eau froide.
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
DE ROME , le 11 Septembre.
En fouillant la terre dans un jardin du Comte
perucchi , on a découvert une Úrne qui , felon
Pinfcription gravée deffus , content les cendres
du Maitre de la Garde-robe de P'Empereur Auguf
te. On a trouvé auffi fous terre , dans l'endroit où
le Duc de Zagarola fe propofe de faire conftruire
un nouveau Palais , une petite Chapelle dont les
peintures font bien confervées.
Le Pape a difpofé de la charge de Secretaire
d'Etat , & de celle de Vice -Chancelier en faveur
du Cardinal Aubri Archinto , Gouverneur de
Rome. Sa Sainteté a accordé au Cardinal Jérôme
Colonne , qui étoit Vice -Chancelier , celle de
Camerlingue du Saint Siege, à laquelle eft attaché
le titre de Président de la Chambre Apoftolique.
La place de Préfet de la Congrégation de Prapaganda
Fide a été donnée au Cardinal Jofeph
Spinelli , & le Cardinal Fortuné Tamburini a été
déclaré Protecteur de la Congrégation du Mont
Caffin . Les Cardinaux Jean - Jacques Millo & Clément
Hargenvilliers ont été mis au nombre des
Commiffaires de la Congrégation établie pour les
affaires du Comtat Vénaiffin. Le fieur Corneille
Caprara , frere du Marquis de Monti , Maréchal
des Camps & Armées de Sa Majeſté Très Chrétienne
, a été nommé Gouverneur de Rome , & il
eft remplacé dans la Chambre de la Rote par le
fieur Alexandre Ratta . Le Saint Pere a conféré à
un fils du Marquis Cavalieri un Canonicat de
Saint Pierre du Vatican , dont l'Evêque de Col
tanza s'eft démis .
OCTOBRE. 1756. 227
DE LIVOURNE , le 13 Septembre.
Un Navire , arrivé de l'Ile du Goze , a rapporté
que les Algériens ayant mis le fiege devant
Tunis , le Bey, pour ne pas tomber entre leurs
mains , s'elt fauvé avec les tréfors & trente- deux
Eſclaves , & qu'il s'eft retiré à Malte .
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Résumé : ITALIE.
En août 1756, à Messine, des chaleurs extrêmes depuis mi-juin ont provoqué des maladies caractérisées par une phrénésie violente, un gonflement de la tête, une perte des fonctions corporelles et une fièvre mortelle. Un remède a été trouvé en baignant la tête des malades dans de l'eau froide. À Rome, en septembre 1756, une urne contenant les cendres du maître de la garde-robe de l'empereur Auguste a été découverte dans un jardin du Comte Perucchi. Une chapelle bien conservée a également été trouvée sur le site de construction d'un nouveau palais du Duc de Zagarola. Le Pape a nommé plusieurs cardinaux à des postes clés : le Cardinal Aubri Archinto aux postes de Secrétaire d'État et de Vice-Chancelier, le Cardinal Jérôme Colonne au poste de Camerlingue du Saint-Siège, le Cardinal Joseph Spinelli comme Préfet de la Congrégation de Propaganda Fide, et le Cardinal Fortuné Tamburini comme Protecteur de la Congrégation du Mont Cassin. Les Cardinaux Jean-Jacques Millo et Clément Hargenvilliers ont été nommés commissaires pour les affaires du Comtat Venaissin. Corneille Caprara a été nommé Gouverneur de Rome, et un fils du Marquis Cavalieri a reçu un canonicat de Saint-Pierre du Vatican. À Livourne, en septembre 1756, un navire en provenance de l'île de Gozo a rapporté que les Algériens avaient mis le siège devant Tunis. Le Bey s'est enfui avec les trésors et trente-deux esclaves, se réfugiant à Malte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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697
p. 228-234
NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
Début :
Dame de Rivié, l'une des Dames nommées pour accompagner Madame, épouse [...]
Mots clefs :
Naissances, Mariages, Morts, Marquis, Dames, Maison de Canonville, Maison Cailhou-Désignac, Comte de Sourches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
NAISSANCES, MARIAGES
ET MORTS.
DAme Ame de Rivié , l'une des Dames nommées
pour accompagner Madame , épouſe du Marquis
de Gouy-d'Arey , Brigadier d'Infanterie , & Colonel-
Lieutenant du Régiment dela Reine , eft accouchée
d'un fils qui a été tenu fur les fonts le 17
Juillet , dans la Chapelle du Château de Compiegne
, par Monfeigneur le Dauphin & Madame ,
& nommée François . L'Abbé de Sainte- Aldegonde
, Aumônier du Roi , fuppléa les cérémonies du
Baptême à cet enfant.
Marie-Jeanne Olimpe de Bonnevie , époufe de
Marie- rançois - Henri de Franquetot , Comte de
Coigny , Meftre de Camp- Général de Dragons ,
OCTOBRE. 1756. 229
& Gouverneur du Château de Choifi , eft accou
chée le 2 Septembre , d'un fils qui a été baptifé le
même jour à S. Euftache , & a eu pour parrain le
Maréchal Duc de Coigny, fon bifayeul paternel
& pour marraine la Préfidente de Naffigny fa
bifayeule maternelle.
Le ... 1756 , N. Trudaine de Montigni , Maître
des Requêtes & Intendant des Finances , en ſurvivance
de Daniel- Charles- Trudaine fon pere , depuis
le mois d'Août 1754 , époula N. Gagne de
Perigni , fille d'Antoine-Jean Gagne de Perigni
Maître des Requêtes. Leur contrat avoit été figné
-par Leurs Majeftés le 21 Mars.
Charles-Louis-Jofeph- Alexandre de Canonville,
Marquis de Raffetot , Meftre de Camp de Cavalerie
, Sous- Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
légers de Monfeigneur le Dauphin , fils de
Louis- Auguftin , Marquis de Canonville , & de
Conftance-Geneviève- Catherine- Louife de Par
dieu-d'Avremenil , époufa le 18 Mai , Dame Ma
rie Magdeleine- Louife de Barberie- de S. Contest,
veuve de Louis - Henri - Felix du Pleffis- Chatillon
Marquis du Pleflis - Châtillon , de S. Gelais & de
Nonant , Comte de Château- Meillien , & fille de
feu Mefire François - Dominique de Barberie
Marquis de S. Conteft , Miniftre & Secretaire
d'Etat , ayant le Département des Affaires Etran-
-geres , & de Jeanne-Monique des Vieux. La Bénédiction
Nuptiale leur fut donnée par l'Evêque
de Metz. Leur contrat de mariage avoit été
figné le 16 du même mois par Leurs Majeftés.
& la Famille Royale.
9
La maifon de Canonville eft comptée à jufte
titre parmi les plus diftinguées de la Province de
Normandie , où elle eft connue depuis l'an 1066'
qu'un Seigneur de ce nom accompagna Guillau
230 MERCURE DE FRANCE .
me le Conquérant. Duchêne , Hift . de Normandie,
pag. 1116 , Chron . de Brompton , pag. 964 du Recueil
des Hiftoriens Anglois. Raoul , feigneur de
Canonville , Manneville & Veneſville , un de fes
defcendans , vivant en 1157 , eft le quinzieme
ayeul du Marquis de Raffetot duquel nous annonçons
le mariage.
Richard de Canonville eft nommé avec les plus
grands feigneurs de Normandie , dans deux chartes
de Henri II , Roi d'Angleterre & Duc de Normandie
, l'une qui accorde des privileges aux
Habitans de Rouen , donnée vers l'an 1175 , &
l'autre accordée environ le même temps à l'Abbaye
de Jumieges.
Cette maifon qui eft alliée à celles de Blainville
, Fefcamps , Villequier , Cailletot , Gueures ,
Rouvroi-S.-Simon , Hautemer-Fervaques , Choifeul,
Gramont , Perthuis , Pardieu , &c. poffede
la terre de Raffetot depuis l'an 1355 qu'elle lui
eft venue par le mariage de Pierre III , feigneur de
Canonville , avec Laurence de Cailletot , Dame
de Raffetor.
Canonville de Raffetot porte pour armes , de
gueules , à 3 molettes d'éperon d'or , 2 & 1.
-
Meffire Louis - Gabriel des Acres , Comte de
Laigle , Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
veuf de Dame Françoife Gillette Loquet - de
Grandville , époufa le 19 Mai , Demoiſelle Anne-
Salomé Jofephine de Waës , fille de feu Meffire
Jean Guillaume- Anne Baron de Waes , & de
Dame Catherine de Limingue.
Demoiselle Catherine- Virginie Cailhou -Desgnac
eft décédé le 28 Février , âgée de 66 ans , &
a été inhumée à S. Sulpice . Elle étoit fille de Meffire
Charles Cailhou- Défignac , premier Ecuyer
de fon Alteffe Séréniffime Henri de Bourbon ,
OCTOBRE . 1756. 231
Duc de Verneuil , mort le 8 Mars 1736 ( 1 ) , âgé
de 94 ans , & de Dame Jeanne Gallois -de Vaudricourt
, morte le 6 Janvier de la même année 1736,
( 2 ) âgée de 88 ans , fceur de feu M. de Vaudricourt
, mort Chef d'Eſcadre .
La demoiſelle dont nous annonçons la mort
eft la derniere de fa famille , une des plus anciennes
du Poitou , alliée aux Maifons de Coué , de
Chaftaigner , de Mauléon , &c. & par elles à celle
de Voyer d'Argenfon . Elle avoit une foeur aînée
qui eft morte le 8 Novembre 1738 , ( 3 ) du mariage
de laquelle avec N. de Launay , il refte
1º. Meffire Charles- Pierre de Launay , Prêtre ,
Prieur Commendataire du Prieuré Royal d'Argenteuil.
2 °. Meffire Ambroife Henri de
Launay , appellé le Chevalier de Vaudricourt
Chevalier de Saint - Louis , qui a fervi dans la
Marine. 3 ° . Meflire Jofeph - François de Launay
, Capitaine de Grenadiers dans le Régiment
de Champagne , auffi Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis . 4° . Demoiſelle
Henriette-Virginie de Launay , fille.
·
"
Dame Marie- Marguerite Chaillon , épouse de
Mefire André-Jean Lalouette-de Vernicourt, Maréchal
des Camps & Armées du Roi , mourut le
12 Mars , à Paris .
Dame Etiennette-Louife d'Hallencourt , veuve
de Melfire Etienne , Comte de Graffe , eft morte
en cette ville le 13 , âgée de 65 ans .
Meffire Henri-François- de- Paule le Fevre-d'Ormeffon
, Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil
Royal , Intendant des Finances , eft mort le 20
(1 ) Voyez le Mercure de Mars 1736 .
(2) Voyez le Mercure de Janvier 1736.
(3) Voyez le Mercure de Novembre 1738.
232 MERCURE DE FRANCE:
Mars , en cette Ville , dans la foixante-feizieme
année de fon âge.
Dame Barbe-Magdeleine Maynon , veuve de
Meffire Nicolas- Etienne Roujaukt , Maître des Requêtes
Honoraire , & Confeiller au Confeil du
dedans du Royaume & de commerce, eft morte le
même jour , âgée de 88 ans .
Meffire Pierre de Malezieu , Lieutenant -Général
des Armées du Roi , & Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , mourut la
nuit du 21 au 22.
Meffire Etienne Croufet , Abbé de l'Abbaye de
Pleine-Selve , Ordre de Prémontré , Dioceſe de
Bordeaux , & Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , eft mort le 26 Mars , âgé de 88 ans , & a
été inhumé le lendemain en l'Eglife de l'Abbaye
de S. Victor.
Louis-François de Boufchet , d'abord Chevalier
de Malte , dit le Chevalier , puis le Comte de
Sourches , feigneur de la Ronce , & c. Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , & de celui de s.
Lazare , eft mort en cette ville , le 29 Mars 1756,
dans la quatre- vingt- cinquieme année de fon âge ,
étant né le 9 Juillet 1671. Il étoit troisieme fils
de Louis- François de Boufchet , Marquis de Sourches
, Confeiller d'Etat , Prevôt de l'Hôtel du Roi,
& Grand Prevôt de France , Gouverneur des Provinces
& Comtés du Maine , de Laval & du Perche
, & de Marie- Géneviève de Chambes , Comteffe
de Montforeau.
Le Comte de Sourches avoit fervi avec diſtinetion
dans les guerres d'Italie , enfuite dans celles
d'Espagne , & avoit été fucceffivement Moufquetaire
du Roi dans la premiere Compagnie en 1690 ;
Enfeigne au Régiment des Gardes Françoifes en
OCTOBRE. 1756. 233
1691 ; Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fon
nom en 1695 , lequel étant réformé en 1701 ,
obtint fa réforme à la fuite de la garniſon d'Amiens.
Le 3 Mars de la même année , le Roi le
nomma Colonel à la faite du Régiment de Sourches
, dont le Comte de Montforeau fon frere
aîné , étoit Colonel. Il fut fait Brigadier des Armées
du Roi le 26 Octobre 1704 , & Colonel du
Régiment ci- devant Sourches , le 5 Septembre
1706 , après la mort du Marquis de Vaudreuil.
En 1715 , le Grand- Maî re de Malte , lui accorda
la permiffion de porter la Croix de l'Ordre , quoique
marié : il la quitta cette même année pour
celles des Ordres de S. Louis & de S. Lazare ; fut
fait Maréchal de Camp le 8 Mars 1718 , & Lieu
tenant Général le 20 Février 1734. Il avoit époufé
le 23 Octobre 1715 , Hilaire- Urfule de Thier
fault ; de ce mariage eft né Louis-Hilaire de Boufchet
, dit le Comte de Sourches , ci- devant Capitaine
de Dragons au Régiment de Languedoc ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , marié
le 18 Janvier 1747 , à Louiſe- Françoife le Vayer,
Voyez pour cette Maiſon , l'Hift. des Grands Officiers
de la Couronne , vol. 9 , pag. 197 ; le qua
trieme & fixieme vol. des Tablettes Généalogiques
, pag. 116 & 10 ; les Mercures de France de
Juin 1746 ; le deuxieme vol. de Décembre 1747 ;
Juin 1748 le deuxieme vol. de 1750 ; Février &
Octobre 1753.
Marie-Emmanuelle d'Alegre , fille de feu Yves
d'Alegre , Marquis d'Alegre , Baron de Tourze ,
Maréchal de France , &c. & époufe de Jean- Baprifte-
François Defmaretz , Marquis de Maillebois,
Maréchal de France , Capitaine- Général des Armées
de Sa Majesté Catholique , Grand d'Espagne ,
Chevalier des Ordres du Roi , & Maître de la Gar234
MERCURE DE FRANCE.
de- Robe de Sa Majefté , eft morte le premier Avril,
à Versailles , dans la foixante- fixieme année de
fon âge , & a été inhumée le 6 , dans l'ancienne
Eglife de la Paroiffe du Château de Verſailles . Elle
étoit une des Dames nommées pour accompagner
Madame.
Dame Marie - Hélene - Elizabeth - Hyacinthe
de Narbonne-Pelet , épouse de Meffire Pons - Frédéric
de Pierre , feigneur des Ports en Languedoc
, Comte de Bernis , eft morte le 10 Avril.
Elle avoit été mariée le 16 Octobre dernier. Voyez
le mois de Novembre 1755 de ce Journal , page
235.
ET MORTS.
DAme Ame de Rivié , l'une des Dames nommées
pour accompagner Madame , épouſe du Marquis
de Gouy-d'Arey , Brigadier d'Infanterie , & Colonel-
Lieutenant du Régiment dela Reine , eft accouchée
d'un fils qui a été tenu fur les fonts le 17
Juillet , dans la Chapelle du Château de Compiegne
, par Monfeigneur le Dauphin & Madame ,
& nommée François . L'Abbé de Sainte- Aldegonde
, Aumônier du Roi , fuppléa les cérémonies du
Baptême à cet enfant.
Marie-Jeanne Olimpe de Bonnevie , époufe de
Marie- rançois - Henri de Franquetot , Comte de
Coigny , Meftre de Camp- Général de Dragons ,
OCTOBRE. 1756. 229
& Gouverneur du Château de Choifi , eft accou
chée le 2 Septembre , d'un fils qui a été baptifé le
même jour à S. Euftache , & a eu pour parrain le
Maréchal Duc de Coigny, fon bifayeul paternel
& pour marraine la Préfidente de Naffigny fa
bifayeule maternelle.
Le ... 1756 , N. Trudaine de Montigni , Maître
des Requêtes & Intendant des Finances , en ſurvivance
de Daniel- Charles- Trudaine fon pere , depuis
le mois d'Août 1754 , époula N. Gagne de
Perigni , fille d'Antoine-Jean Gagne de Perigni
Maître des Requêtes. Leur contrat avoit été figné
-par Leurs Majeftés le 21 Mars.
Charles-Louis-Jofeph- Alexandre de Canonville,
Marquis de Raffetot , Meftre de Camp de Cavalerie
, Sous- Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-
légers de Monfeigneur le Dauphin , fils de
Louis- Auguftin , Marquis de Canonville , & de
Conftance-Geneviève- Catherine- Louife de Par
dieu-d'Avremenil , époufa le 18 Mai , Dame Ma
rie Magdeleine- Louife de Barberie- de S. Contest,
veuve de Louis - Henri - Felix du Pleffis- Chatillon
Marquis du Pleflis - Châtillon , de S. Gelais & de
Nonant , Comte de Château- Meillien , & fille de
feu Mefire François - Dominique de Barberie
Marquis de S. Conteft , Miniftre & Secretaire
d'Etat , ayant le Département des Affaires Etran-
-geres , & de Jeanne-Monique des Vieux. La Bénédiction
Nuptiale leur fut donnée par l'Evêque
de Metz. Leur contrat de mariage avoit été
figné le 16 du même mois par Leurs Majeftés.
& la Famille Royale.
9
La maifon de Canonville eft comptée à jufte
titre parmi les plus diftinguées de la Province de
Normandie , où elle eft connue depuis l'an 1066'
qu'un Seigneur de ce nom accompagna Guillau
230 MERCURE DE FRANCE .
me le Conquérant. Duchêne , Hift . de Normandie,
pag. 1116 , Chron . de Brompton , pag. 964 du Recueil
des Hiftoriens Anglois. Raoul , feigneur de
Canonville , Manneville & Veneſville , un de fes
defcendans , vivant en 1157 , eft le quinzieme
ayeul du Marquis de Raffetot duquel nous annonçons
le mariage.
Richard de Canonville eft nommé avec les plus
grands feigneurs de Normandie , dans deux chartes
de Henri II , Roi d'Angleterre & Duc de Normandie
, l'une qui accorde des privileges aux
Habitans de Rouen , donnée vers l'an 1175 , &
l'autre accordée environ le même temps à l'Abbaye
de Jumieges.
Cette maifon qui eft alliée à celles de Blainville
, Fefcamps , Villequier , Cailletot , Gueures ,
Rouvroi-S.-Simon , Hautemer-Fervaques , Choifeul,
Gramont , Perthuis , Pardieu , &c. poffede
la terre de Raffetot depuis l'an 1355 qu'elle lui
eft venue par le mariage de Pierre III , feigneur de
Canonville , avec Laurence de Cailletot , Dame
de Raffetor.
Canonville de Raffetot porte pour armes , de
gueules , à 3 molettes d'éperon d'or , 2 & 1.
-
Meffire Louis - Gabriel des Acres , Comte de
Laigle , Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
veuf de Dame Françoife Gillette Loquet - de
Grandville , époufa le 19 Mai , Demoiſelle Anne-
Salomé Jofephine de Waës , fille de feu Meffire
Jean Guillaume- Anne Baron de Waes , & de
Dame Catherine de Limingue.
Demoiselle Catherine- Virginie Cailhou -Desgnac
eft décédé le 28 Février , âgée de 66 ans , &
a été inhumée à S. Sulpice . Elle étoit fille de Meffire
Charles Cailhou- Défignac , premier Ecuyer
de fon Alteffe Séréniffime Henri de Bourbon ,
OCTOBRE . 1756. 231
Duc de Verneuil , mort le 8 Mars 1736 ( 1 ) , âgé
de 94 ans , & de Dame Jeanne Gallois -de Vaudricourt
, morte le 6 Janvier de la même année 1736,
( 2 ) âgée de 88 ans , fceur de feu M. de Vaudricourt
, mort Chef d'Eſcadre .
La demoiſelle dont nous annonçons la mort
eft la derniere de fa famille , une des plus anciennes
du Poitou , alliée aux Maifons de Coué , de
Chaftaigner , de Mauléon , &c. & par elles à celle
de Voyer d'Argenfon . Elle avoit une foeur aînée
qui eft morte le 8 Novembre 1738 , ( 3 ) du mariage
de laquelle avec N. de Launay , il refte
1º. Meffire Charles- Pierre de Launay , Prêtre ,
Prieur Commendataire du Prieuré Royal d'Argenteuil.
2 °. Meffire Ambroife Henri de
Launay , appellé le Chevalier de Vaudricourt
Chevalier de Saint - Louis , qui a fervi dans la
Marine. 3 ° . Meflire Jofeph - François de Launay
, Capitaine de Grenadiers dans le Régiment
de Champagne , auffi Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis . 4° . Demoiſelle
Henriette-Virginie de Launay , fille.
·
"
Dame Marie- Marguerite Chaillon , épouse de
Mefire André-Jean Lalouette-de Vernicourt, Maréchal
des Camps & Armées du Roi , mourut le
12 Mars , à Paris .
Dame Etiennette-Louife d'Hallencourt , veuve
de Melfire Etienne , Comte de Graffe , eft morte
en cette ville le 13 , âgée de 65 ans .
Meffire Henri-François- de- Paule le Fevre-d'Ormeffon
, Confeiller d'Etat ordinaire & au Confeil
Royal , Intendant des Finances , eft mort le 20
(1 ) Voyez le Mercure de Mars 1736 .
(2) Voyez le Mercure de Janvier 1736.
(3) Voyez le Mercure de Novembre 1738.
232 MERCURE DE FRANCE:
Mars , en cette Ville , dans la foixante-feizieme
année de fon âge.
Dame Barbe-Magdeleine Maynon , veuve de
Meffire Nicolas- Etienne Roujaukt , Maître des Requêtes
Honoraire , & Confeiller au Confeil du
dedans du Royaume & de commerce, eft morte le
même jour , âgée de 88 ans .
Meffire Pierre de Malezieu , Lieutenant -Général
des Armées du Roi , & Commandeur de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , mourut la
nuit du 21 au 22.
Meffire Etienne Croufet , Abbé de l'Abbaye de
Pleine-Selve , Ordre de Prémontré , Dioceſe de
Bordeaux , & Docteur en Théologie de la Faculté
de Paris , eft mort le 26 Mars , âgé de 88 ans , & a
été inhumé le lendemain en l'Eglife de l'Abbaye
de S. Victor.
Louis-François de Boufchet , d'abord Chevalier
de Malte , dit le Chevalier , puis le Comte de
Sourches , feigneur de la Ronce , & c. Lieutenant-
Général des Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre
Royal & Militaire de S. Louis , & de celui de s.
Lazare , eft mort en cette ville , le 29 Mars 1756,
dans la quatre- vingt- cinquieme année de fon âge ,
étant né le 9 Juillet 1671. Il étoit troisieme fils
de Louis- François de Boufchet , Marquis de Sourches
, Confeiller d'Etat , Prevôt de l'Hôtel du Roi,
& Grand Prevôt de France , Gouverneur des Provinces
& Comtés du Maine , de Laval & du Perche
, & de Marie- Géneviève de Chambes , Comteffe
de Montforeau.
Le Comte de Sourches avoit fervi avec diſtinetion
dans les guerres d'Italie , enfuite dans celles
d'Espagne , & avoit été fucceffivement Moufquetaire
du Roi dans la premiere Compagnie en 1690 ;
Enfeigne au Régiment des Gardes Françoifes en
OCTOBRE. 1756. 233
1691 ; Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fon
nom en 1695 , lequel étant réformé en 1701 ,
obtint fa réforme à la fuite de la garniſon d'Amiens.
Le 3 Mars de la même année , le Roi le
nomma Colonel à la faite du Régiment de Sourches
, dont le Comte de Montforeau fon frere
aîné , étoit Colonel. Il fut fait Brigadier des Armées
du Roi le 26 Octobre 1704 , & Colonel du
Régiment ci- devant Sourches , le 5 Septembre
1706 , après la mort du Marquis de Vaudreuil.
En 1715 , le Grand- Maî re de Malte , lui accorda
la permiffion de porter la Croix de l'Ordre , quoique
marié : il la quitta cette même année pour
celles des Ordres de S. Louis & de S. Lazare ; fut
fait Maréchal de Camp le 8 Mars 1718 , & Lieu
tenant Général le 20 Février 1734. Il avoit époufé
le 23 Octobre 1715 , Hilaire- Urfule de Thier
fault ; de ce mariage eft né Louis-Hilaire de Boufchet
, dit le Comte de Sourches , ci- devant Capitaine
de Dragons au Régiment de Languedoc ,
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , marié
le 18 Janvier 1747 , à Louiſe- Françoife le Vayer,
Voyez pour cette Maiſon , l'Hift. des Grands Officiers
de la Couronne , vol. 9 , pag. 197 ; le qua
trieme & fixieme vol. des Tablettes Généalogiques
, pag. 116 & 10 ; les Mercures de France de
Juin 1746 ; le deuxieme vol. de Décembre 1747 ;
Juin 1748 le deuxieme vol. de 1750 ; Février &
Octobre 1753.
Marie-Emmanuelle d'Alegre , fille de feu Yves
d'Alegre , Marquis d'Alegre , Baron de Tourze ,
Maréchal de France , &c. & époufe de Jean- Baprifte-
François Defmaretz , Marquis de Maillebois,
Maréchal de France , Capitaine- Général des Armées
de Sa Majesté Catholique , Grand d'Espagne ,
Chevalier des Ordres du Roi , & Maître de la Gar234
MERCURE DE FRANCE.
de- Robe de Sa Majefté , eft morte le premier Avril,
à Versailles , dans la foixante- fixieme année de
fon âge , & a été inhumée le 6 , dans l'ancienne
Eglife de la Paroiffe du Château de Verſailles . Elle
étoit une des Dames nommées pour accompagner
Madame.
Dame Marie - Hélene - Elizabeth - Hyacinthe
de Narbonne-Pelet , épouse de Meffire Pons - Frédéric
de Pierre , feigneur des Ports en Languedoc
, Comte de Bernis , eft morte le 10 Avril.
Elle avoit été mariée le 16 Octobre dernier. Voyez
le mois de Novembre 1755 de ce Journal , page
235.
Fermer
Résumé : NAISSANCES, MARIAGES ET MORTS.
En 1756, plusieurs événements familiaux marquants ont été enregistrés. Dame Ame de Rivié et Madame, épouse du Marquis de Gouy-d'Arey, ont donné naissance à un fils nommé François, baptisé le 17 juillet à la Chapelle du Château de Compiègne par Monseigneur le Dauphin et Madame. Marie-Jeanne Olimpe de Bonnevie, épouse du Comte de Coigny, a également accouché d'un fils, baptisé le 2 septembre à Saint-Eustache. N. Trudaine de Montigni, Maître des Requêtes et Intendant des Finances, a épousé N. Gagne de Perigni, fille d'Antoine-Jean Gagne de Perigni, également Maître des Requêtes. Charles-Louis-Joseph-Alexandre de Canonville, Marquis de Raffetot, a épousé Dame Marie Magdeleine-Louise de Barberie de Saint-Contest, veuve du Marquis du Plessis-Châtillon. La maison de Canonville est distinguée en Normandie depuis 1066. Plusieurs décès ont également été rapportés cette année-là. Demoiselle Catherine-Virginie Cailhou-Desgnac, âgée de 66 ans, est décédée. Dame Marie-Marguerite Chaillon, épouse de André-Jean Lalouette-de Vernicourt, ainsi que Dame Etiennette-Louise d'Hallencourt, veuve du Comte de Graffe, sont également décédées. Meffire Henri-François de Paule le Fevre-d'Ormeffon, Conseiller d'État, et Dame Barbe-Magdeleine Maynon, veuve de Nicolas-Étienne Roujaukt, ont également perdu la vie. Meffire Pierre de Malezieu, Lieutenant-Général des Armées du Roi, et Meffire Étienne Croufet, Abbé de l'Abbaye de Pleine-Selve, sont décédés. Louis-François de Boufchet, Comte de Sourches, Marie-Emmanuelle d'Alegre, épouse du Marquis de Maillebois, et Dame Marie-Hélène-Elisabeth-Hyacinthe de Narbonne-Pelet, épouse du Comte de Bernis, ont également été mentionnés parmi les défunts.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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698
p. 216-234
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Messire Louis-Georges de Johanne de la Carre, Marquis de Saumeri, [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Maison de Montaynard, Maison de Chambrai, Maison de Villeneuve, Maison de Chamborant, Duc, Comte, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
MEffire Louis- Georges de Johanne de la Carre,
Marquis de Saumeri , Gouverneur & grand Bailli
de Blois , & Gouverneur en ſurvivance du Château
Royal de Chambord , époufa le 2 Juin Demoiselle
Henriette -Françoife de Menou , fille de Meffire
Louis-Jofeph , Comte de Menou , Baron de Pontchâteau
, Maréchal des Camps & Armées du
Roi , & de feue Dame Marie - Louiſe de Charitte.
La bénédiction nuptiale leur a été donné dans
l'Eglife paroiffiale de Saint Sulpice par l'Abbé
de Menou. Leur contrat de mariage avoit été
figné le 16 Mai précédent par leurs Majeftés &
la Famille Royale.
François , Comte de Montaynard , épousa le
21 Juin , dans la Chapelle du Château de Bellevue
, Henriette - Lucie-Magdeleine de Bafchi ,
troisieme fille de Francois , des Comtes de Bafchi ,
Comte de Bafchi- Saint -Efteve , Chevalier des Ordres
du Roi , Confeiller d'Etat d'épée , Ambaſſadeur
de Sa Majefté à la Cour de Portugal , & de
Dame Charlotte- Victoire Le Normant. L'Evêque
de Digne leur donna la bénédiction nuptiale.
Leur contrat de mariage avoit été figné le 15
dx
NOVEMBRE. 1756. 217
du même mois par Leurs Majeftés & par la Famille
Royale.
- La Maifon de Montaynard, qui eft une des plus
anciennes & des plus illuftres du Royaume, eft trop
connue pour qu'il foit befoin d'en donner un détail
fort étendu. Il fuffit de dire que cette Maifon
ale rare avantage de prouver fa filiation depuis
Rodolphe , l'un des plus grands Seigneurs du Gréfivaudan
, qui vivoit vers l'an 969 , jufqu'à nos
jours. Ce Rodolphe fut pere d'Ainard , qui fonda
vers l'an 1027, dans la terre de Domene un Prieuré
qui fubfifte encore aujourd'hui. Sa postérité prit
le nom d'Ainard jufqu'à Pierre , fon ſeptieme defcendant
, qui le premier prit le nom de Montagnard
, d'une de les terres près Grenoble , de laquelle
il fit hommage au Dauphin Guigue l'an
1329. Sa postérité a confervé le nom de Montaynard.
Il eut pour fils Raimond , qui fut ayeul de
Raimond III , Lieutenant Général de la Province
de Dauphiné en 1445 , pere d'Hector de Montaynard
, Gouverneur du Comté d'Afti pour le Roi
Louis XII, qui fut affaffiné en 1501. Il avoit époufé
Marguerite , fille de Boniface , Marquis de
Montferrat , de laquelle il eut Louis de Montaynard
, bifayeul de Marie de Montaynard , qui devint
Seigneur de Montfrin par la donation que lui
en fit en 1598, fa coufine Marguerite d'Arpajon.
Marie de Montaynard eut pour petit fils Hector
de Montaynard , Marquis de Montfrin , mort
Maréchal de Camp le 7 Janvier 1687. Il avoit
époufé Chriftine- Marguerite de la Gorée , dont naquit
François de Montaynard , Marquis de Montfrin
, décède le 12 Juillet 1728 , laiffant de fa femme
Louiſe Lottet-de Cauviffon , Jofeph de Montaynard
, Marquis de Montfrin , Comte de Souternon
, Grand Sénéchal de Niſmes & de Beau-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
caire , né le 14 Février 1703 , marié le 9 Juin
1732 , à Diane - Henriette de Baſchi- d' . ubais .
morte le 18 Mars 1755. fille de Charles des Comtes
de Bafchi , Marquis d'Aubais , Baron du Cayla,
& de Diane de Rofel, Dame de Cors & de Beaumont.
De ce mariage font fortis :
1º. François , Marquis de Montaynard , né le
28 Août 1735 , qui donne lieu à cet article.
2º. Françoife-Marie de Montaynard , née le 29
Avril 1734
3°. Marie-Henriette de Montaynard , née le
14 Juin 1750.
Meffire Erneft- Louis , Comte de Mortaigne ;
Lieutenant-général des armées du Roi , & Commandant
dans les trois Evêches , fut marié le s
Août à Demoiſelle Françoife- Félicité de Montmorillon
, ci- devant Chanoineffe du chapitre de
Sainte-Marie de Metz . La bénédiction nuptiale
leur fut donnée dans la chapelle du château de
Begny , par l'Abbé de Montmorillon , Comte de
Lyon.
Marie-Sophie de Courcillon , veuve de Hercules-
Meriadec de Rohan , Duc de Rohan- Rohan , Pair
de France , Prince de Soubife & de Maubuiffon ,
Marquis d'Annonay , Comte de la Voute & de
Tournon , Lieutenant Général des Armées du
Roi , ci- devant Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Garde de Sa Majeſté , & Gouverneur des
Provinces de Champagne & de Brie , mourut à
Paris le 4 Avril , âgée de 43 ans. La Princeffe
Douairiere de Rohan étoit fille unique de Philippe-
Egon de Courcillon , Marquis de Dangeau ,
Baron de Lucé , &c , Gouverneur de Touraine ,
&c , & de Françoile de Pompadour, Dame du Duché
de la Vallette. Elle avoit époufé en premieres
noces le 20 Janvier 1717 , Charles-François d'AlNOVEMBRE.
1756. 219
bert d'Ailly , Duc de Picquigni , mort le 14 Juin
1731. De ce mariage il n'y a point d'enfans . Elle
s'étoit remariée au Prince de Rohan le 2 Septembre
1732 , & en étoit restée veuve fans enfans le
26 Janvier 1749.
Frere Jacques -François de Chambrai , Grand-
Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Commandeur
des Commanderies de Sainte Vaubourg
dans le Grand Prieuré de France , de Virecourt
dans celui de Champagne , & de la Commanderie
Magiftrale de Metz au même Grand Prieuré , ci
devant Lieutenant Général & Commandant des
vaiffeaux de la Religion , eft mort à Malte le 8
Avril . Le Bailli de Chambrai a été un des plus
grands hommes de mer de ce fiecle. Il a pris
fur les ennemis de la Religion la Sultane neuve
commandée par le Contre - Amiral , & portant
pavillon du Grand Seigneur , la Patrone de Tripoli
, & neuf autres Bâtimens. Après s'être figna
lé par fes exploits , il a fait conftruire à fes frais
dans l'Ile du Goze une Fortereffe qui porte le nom
de Cité neuve de Chambrai. Cet ouvrage impor
tant qui met les Gozetins à l'abri des infultes des
Barbarefques , eft prefque achevé . Le Grand Maî
tre de Malte a réſolu de fubvenir aux dépenfes des
travaux qui restent encore à faire pour conduire
cet ouvrage à fa perfection , & en confidération
des fervices du Bailli de Chambrai , il a accordé
au Marquis de Chambrai , petit neven de
cet homme illuftre , la permiffion de porter la
Croix de l'Ordre.
La Maiſon de Chambrai eft une branche de
celle de la Ferté- Fresnel , qui eft connue dès le
onzieme fiecle . Richard II du nom , Baron de la
Ferté- Fresnel , qui vivoit dans le douzieme , épou
fa Emmeline , fille de Richard II du nom , Baron
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
de l'Aigle , & en eut pour fecond fils, Simon de la
Ferté Frefnel, qui eut en partage la terre de Chambrai-
fur Yton , en Normandie , Baillage d'Evreux,
de laquelle il prit le nom qu'il tranſmit à fa poftérité.
De lui defcendit Jean de Chambrai , Chambellan
du Roi Charles le Bel , lequel fut pere de
Roger de Chambrai & ayeul de François , Bailli &
Capitaine d'Evreux en 1379 , mort en 1399. Ce
dernier eut pour fils Roger de Chambrai II du
nom , marié à Catherine , Dame de Ménille & de
Thévrai , qui le rendit pere de Jean III , lequel fit
rentrer par échange dans fa maifon la terre de
Chambrai, qui avoit été portée dans une autre par
une fille héritiere d'une branche aînée. Le Roi
Chales VII, en confidération de fa fidélité à fon
fervice , & de celle de fes prédéceffeurs, le rétablit
en 1450 , avec fes freres Simon & Gui dans les
biens de leur famille , qui avoient été confifqués
en 1430 , par Henri VI , Roi d'Angleterre. Jean
de Chambrai mourut en 1460 , ayant eu pour enfans
de fa femme Gillette Chollet, Dame d'Urbois,
Guerville, Bretoncelles , la Roche - Turpin en Vendômois,
& c , Jean IV du nom qui fuit, & Jacques
de Chambrai. Ce dernier fut Chevalier de l'Ordre
du Roi , fon Chambellan , Grand Bailli &
Gouverneur d'Evreux , & l'un des députés pour la
ratification de la paix à Eſtaple en 1499. & décéda
le 4 Mars 1504.
Jean IV du nom , Chevalier , Seigneur de
Chambrai , Châtelain de Ponfcei , Baron de la Roche-
Turpin , &c , époufa Françoife de Tillai ,
Baronne d'Auffay au pays de Caux , & Dame d'Afpiftres
& de S. Remi - des-Landes , dont naquit
entr'autres Nicolas , Seigneur de Chambrai , Baron
d'Auffay , & c , allié les Janvier 1530 , à
Bonaventure de Prunelé. Leur fils Gabriel , SeiNOVEMBRE
. 1756. 221
gneur de Chambrai , député de la Nobleffe du
Bailliage d'Evreux aux EtatsGénéraux du Royaume,
tenus à Blois en 1976, futfait par Henri III , Chevalier
de fon Ordre & Gentilhomme de fa Cham
bre , le 17 Mai 1587 , & en 1590 Capitaine de
cinquante hommes d'armes par Henri IV. Sa fe
conde femme Jeanne d'Angenne , qui fut Dame du
Palais de la Reine , le fit pere de Tannegui , Baron de
Chambrai , mort Maréchal de Camp en 1645.
Celui- ci avoit eu de fon fecond mariage , fait en
1636, avec Helene Baignart , Nicolas II du nom ,
Baron de Chambrai , Capitaine ès Armées navales
, qui époufa le 10 Septembre 1669 , Anne
le Doux de Melleville. Il en lailla , entr'autres enfans
, François-Nicolas & Jacques - François de
Chambrai , dont nous annonçons la mort.
*
Son Frere aîné François Nicolas , Baron de
Chambrai , Colonel d'Infanterie en 1702 , fut allié
le 1 Avril 1704 , avec Marie - Louife de Folloville
de Manancourt , de laquelle il a eu :
I. Louis , Marquis de Chambrai & de Conflans,
né le 16 Juin 1713 , `marié 1 ° . le 6 Avril 1734 , à
Françoife de Bonnigalle , morte le 17: Mai 1737 :
20. en 1741 , à Anne-Catherine d'Aubenton-de
Malicorne , décédée au mois de Juillet 1743 : 3 °.
le 9 Juillet 1747 , à Jacqueline - Anne- Magdeleine
de Bernard, Dame & Patrone de la Befliere , Francheville-
le- Moncel, Rofnay , &c . Ses enfans font
du premier lit :
i. Louis- François de Chambrai , né le 23. Mai
1737.
Du fecond lit :
2. François- Nicolas de Chambrai , né en Juin
1742.
Du troisieme lit :
3. Bernard , né le 19 Mai 1752.
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
4. Helene-Marthe- Cécile , née le 3 Novem
bre 1749.
5. Louife-Françoise-Charlotte , née le 22 Noyembre
1750.
II. Marie-Anne de Chambrai , mariée en 1725 ,
à Charles-Gabriel du Four, Ecuyer , Seigneur de
S. Léger , fon coufin germain.
III . Clémence-Renée de Chambrai , née le 6
Août 1706 , Prieure Royale de Bellefond à Rouen.
IV. Marthe -Gabrielle de Chambrai , née le 6
Mars 1709 , Abbeffe de l'Abbaye Royale d'Almanefches
, dioceſe de Seez ; c'eít la troifieme Abbeffe
de fon nom en cette Abbaye.
V. Marie-Henriette de Chambrai , née le 1
Mars 1711. Religieufe à l'Abbaye Royale de S.
Sauveur à Evreux.
Dame Claude Canablin , époufe de N.....
Comte de Salvert – Montrognon , eft morte le 9
Avril dans la quarante- huitieme année de fon âge.
Dom Jofeph Vaiffette , Religieux Bénédictin ,
célebre par fon Hiftoire de Languedoc , & par une
Géographie univerfelle qu'il venoit de donner
au public , mourut le 10 à l'Abbaye de S. Germain
des Prez .
Dom Jean-Bernard Senfarie du même Ordre,
& Prédicateur ordinaire du Roi , eft mort le même
jour dans la même Abbaye.
Dame Elizabeth - Olive de Saint- Georges-de-
Verac , veuve de Meffire Benjamin- Louis Fratsier
, Marquis de la Meffeliere , mourut à Paris le
23 Avril âgé de 87 ans.
Frere Thomas de Villeneuve -Trans , Chevalier
profès de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Commandeur
de la Commanderie de Montfrin en
Languedoc , & Meftre de camp réformé de Dragons
, mourut à Paris le 30 Avril , âgé de 74 ans.
NOVEMBRE . 1756. 223
Le Chevalier de Villeneuve étoit fils de Pierre-
Jean de Villeneuve , Marquis de Trans , lequel
avoit épousé en 1665 , Marie- Françoile de Bitand,
& étoit iffu de Raimond de Villeneuve , Général
des troupes d'Aragon , qui vint en Provence avec
le Comte de Barcelone , vers l'an 1114 , & s'y établit
ayant eu la terre de Gandelet , appellée depuis
Villeneuve . Ce Raimond fut pere de Geraud
de Villeneuve , Gouverneur de Tarafcon , auquel
Alphonfe Comte de Provence fit don l'an 1201
de la Baronie de Trans. Geraud fut pere de Romée
de Villeneuve , fi connu dans l'Hiftoire de
Provence , & de Geraud II . de Villeneuve , defquels
la poftérité ſubſiſte .
Romée de Villeneuve , Connétable de Provence ,
reçut en 1230 , la Seigneurie de Vence de Raimond-
Bérenger , Comte de Provence , dont il
étoit Miniftre , & qui le nomma Régent de fes
états , & un des Tuteurs de fa fille Béatrix , qui
par fes négociations fut mariée avec Clales I ,
Comte d'Anjou . Ce Seigneur qui mourut en 1250,
fut le onzieme ayeul de Claude de Villeneuve
créé Marquis de Vence ; celui - ci fut pere d'Alexandre
& de Jean- Baptifte de Villeneuve .
Alexandre de Villeneuve , Marquis de Vence ,
eft l'ayeul d'Alexandre -Gafpard de Villeneuve ,
Marquis de Vence , qui de fon mariage fait en
Juin 1723 , avec Magdeleine-Sophie de Simiane ,
a pour enfans :
1º. Jean - Alexandre-Romée, Vicomte de Vence,
Colonel en fecond du régiment Royal Corfe , par
brevet du premier Février 1749 , né le 7 Novembre
1727 , marié à Angélique- Louiſe de la Rochefoucaud-
de Surgeres , dont 10. Jules- Alexandre-
Romée de Villeneuve , né le 21 Mars 1755. 2º.
Alexandrine - Charlotte- Adélaïde , née le 14 Jan-
K iy
vier 1793.
224 MERCURE DE FRANCE.
2º. Pauline de Villeneuve , mariée en 1741 à
Jofeph-Ours de Villeneuve , Marquis de Floyofc.
Jean Baptifte de Villeneuve , Comte de Vence,
frere d'Alexandre , Marquis de Vence , mourut en
1724 capitaine de vaiffeau . Il avoit été allié en
1700 , à Françoife de Graffe , morte le 10 Septem
bre 1748 , de laquelle il eut : 1 ° . Claude - Alexandre
, Comte de Vence , né en Novembre 1701 ,
Colonel du régiment Royal Corfe en 1739 , Brigadier
des armées du Roi le premier Mai 1745 ,
Maréchal de camp le 10 Mai 1748 : 2 ° . Jacques
de Villeneuve, dit le Chevalier de Vence , Lieute
nant de vaiffeau en 1744 : 3º . Claudine de Villeneuve
, née le 13 Juillet 1701 , veuve d'Antoine-
Jofeph d'Arcy , Comte de la Varenne.
Geraud de Villeneuve , deuxieme du nom , frere
du fameux Romée , fat Baron de Trans , des Arcs,
&c. Son petit- fils Geraud , troifieme du nom ,
époufa , 1º. Aigline d'Uzès : 2º . Philippe Dame
d'Efclapons & de Tourette , iffue des Princes de
Callian. Il eut du premier mariage : Arnaud II
de Villeneuve qui fuit , & Hugues - Raimond de
Villeneuve , Baron de Tourette , dont il fera parlé
après fon frere.
Arnaud de Villeneuve , deuxieme du nom , fut
bifayeul d'Arnaud quatrieme du nom . Chambellan
de la Reine Jeanne , & Gouverneur d'Avignon,
dit le Grand , tant à caufe de fes grar des qualités
qu'à caufe des grands biens qu'il poffeda , ayant
été Seigneur , en tout ou en partie , de quatrevingt-
deux terres nobles , foit en Provence , foit
au royaume de Naples . Il eut de fon mariage avec
Philippe de Caftellane de Salernes , trois enfans ,
fçavoir : 1 ° . Giraud , dont la poftérité s'eft éteinte
en 1672 ; de lui , defcendoit Louis de Villeneuve,
Comte d'Aveline , Ambaffadeur de Louis XII , à
1
NOVEMBRE . 1756. 225
Rome , en faveur duquel la Baronie de Trans fur
érigée en Marquifat Pan 1505. 2º . Hélion , duquel
la postérité n'a pas duré. 3°. Antoine , qui
fut Baron de Flayofc. Alexandre- François de
Villeneuve , Baron de Flayofc , un des defcendans
de ce dernier , eft ayeul de Joſeph- Ours de Villeneuve
, Marquis de Flayofc , marié en 1741 , à
Pauline de Villeneuve , foeur du Vicomte de Vence
, Colonel en fecond du régiment Royal - Corfe.
Leurs enfans font :
1º. Alexandre- Gaſpard - Balthaſar de Villeneu
ve , né en 1745 .
2º. Claude -Alexandre - Romée de Villeneuve ,
né en 1746 .
3°. Martin de Villeneuve , né en Décembre
1750.
4°. Sophie de Villeneuve .
Le Marquis de Flayofc a pour foeur Julie de
Villeneuve , qui a épousé le 31 Mai 1746 , Julės-
François de Fauris , Seigneur de Saint - Vincent ,
Préfident du Parlement de Provence.
Hugues- Raimond de Villeneuve , fils du fecond
lit de Geraud , troifieme du nom , Baron de Trans ,
fat Baron de Tourette , & époufa Béatrix de Savoye
, de laquelle il eut Raimond de Villeneuve ,
marié avec Alix des Baux , des Princes d'Orange ,
laquelle fut mere de Pons -Albert , mort avant
l'an 1321 celui- ci eut d'Andalafie de Mujols ,
Bertrand de Villeneuve , allié , vers l'an 1331 , à
Sancie de Signe , des Vicomtes de Marſeille , dont
vint Jean mort en 1361 , ayant été marié à Dracone
Ricavi. Leur fecond fils , Pons de Villeneuve
, Seigneur de Barjemont , époufa en 1380 , Catherine
Dame de Vauclaufe , mere de Jean de
Villeneuve , auteur de la branche de Villeneuve-
Barjemont , & d'Antoine de Villeneuve , Baron
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
de Tourette en 1445 , lequel époufa en 1455 , Pau
line du Puget , de laquelle il eut Honoré de Villeneuve
, qui tefta en 1502. Celui - ci fut pere par
Blanche Grimaldi- de Monaco , de Jean de Villeneuve
, Baron de Tourette , Chevalier de P'Ordre
du Roi , Capitaine de cinquante hommes d'armes,
allié eenn 1922 , à Marguerite de Foix- Meille , dont
naquit Jean II de Villeneuve , Chevalier de l'Ordre
du Roi Gouverneur de Frejus , mort en 1586.
Il avoit épousé en 1562 Perette d'Oraiſon , qui
le fit père de Jean de Villeneuve , troifieme du
nom , lequel fut nommé àl'Ordre du Saint- Elprit,
& mourut en 1631 , laiffant de Baptiftine de la
Lande , Gafpard de Villeneuve , Comte de Tourette,
mort le 29 Novembre 1649. Celui- ci époufa
Marguerite de Graffe , de laquelle il eut Pierre
de Villeneuve , allié en 1665 à Marie-Françoife
de Bitaud , qui fut mere de Pierre-Jean de Villeneuve
qui fuit , & de Thomas de Villeneuve dont
nous annonçons la mort.
Pierre-Jean de Villeneuve , Marquis de Trans,
mourut le 17 Février 1730 , laillant de Marie-
Thérefe de Barthelemi Sainte- Croix , qu'il avoit
épousée en 1711 , Louis de Villeneuve , Marquis
de Trans , Comte de Tourette , Enſeigne de galeres
en 1733 , mort le 13 Juin 1753. Il avoit
époufé le 29 Octobre 1738 , Louiſe- Catherine
Pernot - du-Buat , morte le 11 Mars 1751. Ils ont
eu de leur mariage :
1º. Louis -Henri de Villeneuve , né le 18 Octo
bre 1739:
2º. Thomas- Alexandre - Balthafar de Villeneu
ve , né le 18 Mars 1742 .
3 °. Rofaline- Victoire-Martial de Villeneuve,
né le 18 Mai 1744.
4. Alexandre-Marie de Villeneuve , né le s
Février 1748.
NOVEMBRE. 1756. 227
Pauline- Nicole de Villeneuve , née le 18
Octobre 1745 .
Dame Félice -Marie de Roque de Garceival ,
épouse de Meffire Philibert- Louis , Comte de Saint.
Jal- de Laftic , Brigadier de cavalerie , & Meftre
de camp d'un régiment de fon nom , mourut en
- Rouergue le 20 Avril , âgée de 27 ans .
Le Marquis de Ceberet , Lieutenant général des
armées du Roi , Grand Croix de l'Ordre royal &
militaire de Saint Louis , Gouverneur des ville
fort & château d'Aire , & Commandant en chef
dans la province d'Artois , eft mort , le 25 Avril , à
Aire , dans la quatre - vingt- quatrieme année de fon
âge. La Marquife de Ceberet , la mere , qui vit encore
, a eu au mois de Juillet dernier 100 ans
accomplis, & elle ne fe reffent d'aucune infirmité.
Le Roi a donné fon gouvernement au Sieur de
Cremille , Lieutenant général des armées de Sa
Majefté , Commandeur de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , & Infpecteur général des
troupes du Roi,
Meffire Charles- Louis de Rogres de Lufignan ,
Marquis de Champignelles , eft mort le 27 Avril
dans une de ſes terres , âgé de 81 ans. Il avoit été
premier Maître - d'hôtel de Monfeigneur le Duc
de Berry.
eft
Meffire Louis - Jacques - François de Vocance ,
Evêque de Senez , & Abbé de l'Abbaye de Simorre
, Ordre de faint Benoît , dioceſe d'Auch ,
mort à Riez , au commencement du mois de Mai ,
dans la foixante & quinzieme année de fon âge.
Claude de Chamborant , Comte de la Claviere ,
Lieutenant général des armées du Roi , Gonverneur
du Pont d'Arlos & de Mont- Medi, & premier
Gentilhomme de la chambre du Comte de la Marche
, Prince du fang , de la perfonne duquel il
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
avoit été Gouverneur , mourut à Paris le 18 Mai ,
âgé de 65 ans. Il a fervi avec beaucoup de réputatation
, & il s'eft diftingué à la tête des brigades de
Limofin & de Bretagne , ainfi qu'à la défenſe d'Egra,
en Boheme .
Le Comte de la Claviere avoit époufé , le 18 Juin
1728 , Marie-Anne Moret- de Bournonville, de laquelle
il a eu :
1º. André- Claude de Chamborant , né le 23 Février
1732 , Capitaine de cavalerie .
2º. Marie-Anne- Therefe de Chamborant , née
le 14 Septembre 1734.
La maison de Chamborant tient un rang diſtingué
dans la nobleffe de France , tant par l'ancienneté
de fon origine , que par fes alliances & fes
emplois honorables , foit à la cour , ſoit dans les
armées. Elle tire fon origine de la terre de Chamborant
, premier Fief & Baronie du Vicomté de
Bridiers en Poitou . L'Abbaye de Bénévent , diocefe
de Limoges , compte parmi fes bienfaiteurs
les Seigneurs de Chamborant , qui fe trouvent qualifiés
Chevaliers , dès le onzieme fiecle . Gosfrid
de Chamborant eft nommé avec les Chevaliers ,
qui fignerent une charte en faveur de l'églife de
Limoges , fous l'épiſcopat de l'Evêque Ithier , vers
l'an 1060.
Cette Maifon s'eſt partagée en deux branches
principales celle de Droux , & celle de la Claviere
, deux terres , la premiere en Limofin , l'autre
dans la haute Marche , que Marguerite de Forges
porta en dot, vers l'an 1330 , à Pierre de Chamborant
, Chevalier , Seigneur de Chamborant
frere de Guillaume de Chamborant , Ecuyer du
corps du Roi , Baron d'Afnebec & de Rannes en
Normandie , qu'il vendit en 1383. Du mariage
de Pierre de Chamborant , & de Marguerite de
NOVEMBRE. 1756. 229
Forges , vint Foucaud , Seigneur de Chamborant ,
de Droux & de la Claviere , qui fut pere par Jaquette
de Clays-de Gui , Seigneur de Chamborant
, & de Jacques de Chamborant , qui de Marguerite
Chauvet- de Sampnac , eut pour fecond fils
Gui de Chamborant , Seigneur de Droux & de la
Claviere , allié avec Françoife de Salagnac , dont
les deux fils Pierre & Gafpard ont formé les deux
branches de Droux & de la Claviere.
L'aîné eut de Philippe de Loube , pour ſecond
fils , Pierre Chamborant , fecond du nom , Baron
de Neuvi-Saint- Sépulchre, Lieutenant Général de
la province de Berri , Gouverneur de la groffe tour
de Bourges , Chevalier de l'Ordre du Roi , Chambellan
& Colonel des Gardes étrangeres du Duc
d'Anjou. Il épouſa Anne de la Foreft, qui fut Gouvernante
des Dames de France , foeurs du Roi
Louis XIII , & eut pour enfans Marguerite de
Chamborant , fille d'honneur de la Reine Marie
de Médicis , & Louis de Chamborant , Baron de
Neuvi - Saint - Sépulchre , mort à Madrid le 19
Avril 1615 , en odeur de fainteté. Son oncle Jean
de Chamborant , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Seigneur de Droux , fut pere , par fa feconde femme
Catherine de Châteauvieux , de Gafpard de
Chamborant , dont l'arriere - petite fille Marie-
Anne de Chamborant, Dame de Droux, a épousé,
en 1728 , Jean de Chamborant, Seigneur de Villevert
, fon parent.
Gafpard de Chamborant , Seigneur de la Claviere
, fecond fils de Gui & de Françoife de Salagnac
, devint Seigneur d'Azai - le - Feron en Touraine
, par fon mariage avec Louife de Reilhac , des
Vicomtes de Brigueuil , qui fut mere de Jean de
Chamborant , Seigneur de la Claviere , Chevalier
de l'Ordre du Roi, marié en 1571 , à Anne Razès.
230 MERCURE DE FRANCE.
Leur fils Pierre de Chamborant , Seigneur de la
Claviere , qui époufa Diane de Gentils , fut Lieutenant
de la compagnie des cent Gentilhommes ordinaires
de la Maifon du Roi , appellés les cent
Gentilshommes à bec de Corbin , charge dans laquelle
lui fuccéda , en 1660 , fon fils Etienne de
Chamborant , Seigneur de la Claviere , d'Aiguzon,
de Lavye & de Puilaurent , Confeiller d'Etat d'épée
, qui avoit été fait en 1647 Maréchal de
Camp, en gardant par une diftinction particuliere
fes deux régimens, l'un de cavalerie , & l'autre d'infanterie
, & en 1650 Gouverneur de Philisbourg ,
ayant commandé la cavalerie légere fous M. le
Prince. Il avoit époufé en 1639 , Marie Phelipes,
de laquelle il eut Pierre de Chamborant , Seigneur
de la Claviere , de Puilaurent , &c. mort en 1714 ,
ayant été allié à Marie- Anne le Fort-de Villemandor
, fille de Georges le Fort , Baron de Cernoi ,
& Seigneur de Villemander. Il laiffa pour enfans.
1º. Alexandre- Etienne de Chamborant , appellé
le Marquis de Puilaurent , né le 26 Novembre
1685 , Lieutenant de vaiffeau en 1728 , & Chevalier
de l'Ordre royal & militaire de faint Louis.
2º. Claude de Chamborant, Comte de la Claviere
, qui donne lieu à cet article.
3°. Henri de Chamborant , reçu Chevalier de
Malte de minorité en 1704.
4°. Marie-Anne de Chamborant,mariée le 14 Novembre
1721 , à André Hébert, Seigneur , Baron de
Chateldon , alors Introducteur des Ambaffadeurs.
Pierre-Emmanuel - Jofeph-Timoleon de Coffé-
Briffac , Marquis de Briffac , fils de Jean- Paul
Timoleon de Coffé, Duc de Briffac, Pair & grand
Pannetier de France, Chevalier des Ordres du Roi,
& Lieutenant général des armées de Sa Majesté ,
NOVEMBRE . 1756. 23
mourut à Paris le 27 Mai , âgé de 14 ans . Marie-
Jofephe Durey de Sauroy, une des Dames nommées
pour accompagner Madame , épouse du Duc de
Briffac , & mere du Marquis de Briffac , eft morte
le 18 Juin fuivant , dans la quarantieme année de
fon âge.
Meffire N.... Comte de Crefnay , Vice- Amiral
de France , dans les mers du Ponent , & Grand-
Croix de l'Ordre de faint Louis , eft mort le 31
Mai , au château de la Riviere , près Fontainebleau ,
âgé de 65 ans. Il étoit entré dans la marine en
1705, & s'étoit diftingué dans les différens grades
de ce fervice .
Agnès Miotte de Ravane , époufe de Charles-
Anne-Sigifmond de Montmorenci - Luxembourg ,
Duc d'Olonne, Maréchal des camps & armées du
Roi , mourut à Paris le 1 Jain , âgée de 31 ans.
Elle avoit épousé le Duc d'Olonne le 2 Juin 1753,
étant veuve de Matthieu - Roch de la Rochefoucauld,
Marquis de Bayers.
Dame Magdeleine- Elizabeth de Rieux de Far
gis , veuve de Meffire Pierre-Eléonor de la Ville ,
Marquis de Ferolles , Gouverneur des Ifle & terre
ferme de Cayenne en Amérique , eft morte à Paris
le 2 Juin , dans la foixante & dix-huitieme année
de fon âge.
Jean-Louis Mocénigo, Noble Vénitien , Chevalier
de l'Ordre de l'Etole d'or , l'un des fix Sages
grands , d'abord Ambaffadeur de la République
de Venise à la Cour d'Eſpagne en 1747 , à celle
de France en 1751 , & nommé en 1754 pour
PAmbaffade de Rome , eft mort à Paris le 12 Juin
dans fa quarante-fixieme année.
De fon mariage contracté en 1737, avec Blanche
Morofini , fille de Louis , Noble Vénitien , &
l'un des Membres du Sénat , il laiffe pour enfans ,
232 MERCURE DE FRANCE.
1º. Jean- Louis Mocénigo , né en 1738. 2 ° . Jean-
Louis , né en 1744. 3 °. Marie Mocénigo , née en
1739. 4º . Hélene Mocénigo , née en 1743.
Meffire Henri -Charles Arnauld de Pomponne ,
Abbé de Saint-Médard de Soiffons , Ordre de
Saint Benoît , Doyen du Confeil d'Etat , Commandeur-
Chancelier , Garde des Sceaux & Sur-
Intendant des Finances des Ordres du Roi , &
honoraire de l'Académie Royale des Belles - Lettres
, eft mort à Paris le 26 Juin , âgé de 87 ans
moins 14 jours.
Armand de Rohan-Soubife , Cardinal Prêtre ,
Evêque- Prince de Strasbourg , Abbé de l'Abbaye
de la Chaife-Dieu , Ordre de S. Benoit , Dioceſe
de Clermont , Grand Aumonier de France, Commandeur
des Ordres du Roi , & l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , mourut à Saverne le
28 Juin , âgé de 38 ans , 6 mois & 27 jours. Le
Pape l'avoit créé Cardinal à la nomination du Chevalier
de S. Georges , dans la promotion faite en
1747, pour les Couronnes. Il étoit fils de Jules-
François de Rohan- Rohan , Prince de Soubife ,
mort le 6 Mai 1724. & d'Anne- Julie- Adélaïde de
Melun , décédée le 18 Mai de la même année
1724.
Meffire Charles Beaupoil de Saint Aulaire ;
Abbé de l'Abbaye de Mortemer, Ordre de Citeaux,
Dioceſe de Rouen , & de celle de S. Jean de Falaife
, Ordre de Prémontré , Diocefe de Seez , &
Aumonier ordinaire de la Reine , eft mort le 29 ,
âgé de près de 87. ans .
Agnès- Marie de la Rochefoucauld de Lafcaris
d'Urfé , veuve de Meffire Paul-Edouard Colbert ,
Comte de Creuilly , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , décédé le 28 Février de cette année,
eft morte à Paris le 1 Juillet , dans la vingt- cinNOVEMBRE.
1756 . 233
quieme année de fon âge. Elle avoit épousé le
Comte de Creuilly le 4 Avril 1754.
François - Maximilien de Tenczin - Offolinski ,
Duc d'Offolinski , Prince du Saint Empire , Chevalier
des Ordres du Roi & de l'Ordre de l'Aigle
blanc , Grand Maître de la Maiſon du Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar ; & Gouvelneur
des Château & Ville de Lunéville , mourut
au Château de la Malgrange près de Nanci , le 1
Juillet , âgé de 80. ans .
En 1725 il fut Maréchal de la Diete générale
de Pologne ; il a été enfuite Grand- Tréforier de la
Couronne. Il fuivit le Roi Staniflas en France ,
dans l'année 1736 , & le Roi cette même année lui
accorda un brevet de Duc. Sa Majefté , l'année
fuivante , le nomma Chevalier de fes Ordres ..
Il étoit fils de Maximilien , Comte de Tenczin-
Offolinski , Grand Veneur du Palatinat de Podlachie
, & de Théodore , Comteffe de Kraffouska.
Il avoit été marié en premieres nôces à N... fille
de N... Comte de Méviézinski , Palatin de Vo-
Ihinie en Pologne ; & en fecondes nôces à Catherine
Jablonowska , fille de Jean né Prince Jablonowski
, Grand Enfeigne de la Couronne de Pologne
, Palatin de Volhinie & de la petite Ruffie ,
& foeur du Prince Jablonowski , Chevalier des
Ordres du Roi , & de la Princeffe de Talmont.
Il a eu de fa premiere femme :
1º. Jofeph , dit le Comte de Tenczin - Offolinf
ki , Starofte de Sandomir , qui eft marié en Pologne.
2 Thomas , dit auffi Comte de Tenczin - Offolinski
, ci- devant Chevalier d'honneur de la Reine
de Pologne , Ducheffe de Lorraine & de Bar.
3°. Anne de Tenczin - Offolinski , alliée à Jofaphat
, Comte de Zamewski , Grand Sous - Pannetier
du Royaume de Pologne.
234 MERCURE DE FRANCE.
4° . Thérefe de Tenczin- Offolinski.
Dame Conftance de Harville , veuve de Meffire
Nicolas-Simon Arnauld, Marquis de Pomponne ,
Brigadier des armées du Roi , & ancien Lieutenant
Général au Gouvernement de l'Ile de France , eft
morte en cette Ville le 4 Juillet , âgée de 84 ans.
Dame Michele- Gabriele Dugué- de Bagnols ,
veave de Meffire Jacques Tannegui le Veneur,
Comte de Tillieres, eft morte à Paris le 22 Juillet,
âgée de 83 ans.
Charles- Armand de Gontaut , Duc de Biron ,
Pair & premier Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & ci - devant Gouverneur des
Ville & Citadelle de Landau , mourut en cette
Ville le 23 Juillet , âgé de 93 ans moins quelques
Jours.
Au mois de Juin 1598 , la Baronie de Biron avoit
été érigée en Duché- Pairie pour Charles de Gontaut-
de Biron , Maréchal & Amiral de France ,
Maréchal Général des Camps & Armées du Roi ,
Gouverneur & Lieutenant- Général du Duché de
Bourgogne & du pays de Breffe , & Chevalier des
Ordres du Roi. Ce Seigneur étant mort en 1602 ,
& n'ayant point laiffé de postérité, le Duché- Pairie
de Biron fut éteint . Le Roi a de nouveau érigé à
perpétuité pour le Maréchal de Biron qui vient de
mourir , la Baronie de Biron en Duche-Pairie par
Lettres du Mois de Février 1723. Le 22 du même
mois ce nouveau Duc , arriere petit neveu du
premier Duc de Biron , prit féance au Parlement ,
Sa Majesté y tenant fon lit de juftice , pour la déclaration
de fa Majorité.
Par la mort du Maréchal Duc de Biron , le Maréchal
Duc de Noailles devient premier Maréchal
de France.
MEffire Louis- Georges de Johanne de la Carre,
Marquis de Saumeri , Gouverneur & grand Bailli
de Blois , & Gouverneur en ſurvivance du Château
Royal de Chambord , époufa le 2 Juin Demoiselle
Henriette -Françoife de Menou , fille de Meffire
Louis-Jofeph , Comte de Menou , Baron de Pontchâteau
, Maréchal des Camps & Armées du
Roi , & de feue Dame Marie - Louiſe de Charitte.
La bénédiction nuptiale leur a été donné dans
l'Eglife paroiffiale de Saint Sulpice par l'Abbé
de Menou. Leur contrat de mariage avoit été
figné le 16 Mai précédent par leurs Majeftés &
la Famille Royale.
François , Comte de Montaynard , épousa le
21 Juin , dans la Chapelle du Château de Bellevue
, Henriette - Lucie-Magdeleine de Bafchi ,
troisieme fille de Francois , des Comtes de Bafchi ,
Comte de Bafchi- Saint -Efteve , Chevalier des Ordres
du Roi , Confeiller d'Etat d'épée , Ambaſſadeur
de Sa Majefté à la Cour de Portugal , & de
Dame Charlotte- Victoire Le Normant. L'Evêque
de Digne leur donna la bénédiction nuptiale.
Leur contrat de mariage avoit été figné le 15
dx
NOVEMBRE. 1756. 217
du même mois par Leurs Majeftés & par la Famille
Royale.
- La Maifon de Montaynard, qui eft une des plus
anciennes & des plus illuftres du Royaume, eft trop
connue pour qu'il foit befoin d'en donner un détail
fort étendu. Il fuffit de dire que cette Maifon
ale rare avantage de prouver fa filiation depuis
Rodolphe , l'un des plus grands Seigneurs du Gréfivaudan
, qui vivoit vers l'an 969 , jufqu'à nos
jours. Ce Rodolphe fut pere d'Ainard , qui fonda
vers l'an 1027, dans la terre de Domene un Prieuré
qui fubfifte encore aujourd'hui. Sa postérité prit
le nom d'Ainard jufqu'à Pierre , fon ſeptieme defcendant
, qui le premier prit le nom de Montagnard
, d'une de les terres près Grenoble , de laquelle
il fit hommage au Dauphin Guigue l'an
1329. Sa postérité a confervé le nom de Montaynard.
Il eut pour fils Raimond , qui fut ayeul de
Raimond III , Lieutenant Général de la Province
de Dauphiné en 1445 , pere d'Hector de Montaynard
, Gouverneur du Comté d'Afti pour le Roi
Louis XII, qui fut affaffiné en 1501. Il avoit époufé
Marguerite , fille de Boniface , Marquis de
Montferrat , de laquelle il eut Louis de Montaynard
, bifayeul de Marie de Montaynard , qui devint
Seigneur de Montfrin par la donation que lui
en fit en 1598, fa coufine Marguerite d'Arpajon.
Marie de Montaynard eut pour petit fils Hector
de Montaynard , Marquis de Montfrin , mort
Maréchal de Camp le 7 Janvier 1687. Il avoit
époufé Chriftine- Marguerite de la Gorée , dont naquit
François de Montaynard , Marquis de Montfrin
, décède le 12 Juillet 1728 , laiffant de fa femme
Louiſe Lottet-de Cauviffon , Jofeph de Montaynard
, Marquis de Montfrin , Comte de Souternon
, Grand Sénéchal de Niſmes & de Beau-
K
218 MERCURE DE FRANCE.
caire , né le 14 Février 1703 , marié le 9 Juin
1732 , à Diane - Henriette de Baſchi- d' . ubais .
morte le 18 Mars 1755. fille de Charles des Comtes
de Bafchi , Marquis d'Aubais , Baron du Cayla,
& de Diane de Rofel, Dame de Cors & de Beaumont.
De ce mariage font fortis :
1º. François , Marquis de Montaynard , né le
28 Août 1735 , qui donne lieu à cet article.
2º. Françoife-Marie de Montaynard , née le 29
Avril 1734
3°. Marie-Henriette de Montaynard , née le
14 Juin 1750.
Meffire Erneft- Louis , Comte de Mortaigne ;
Lieutenant-général des armées du Roi , & Commandant
dans les trois Evêches , fut marié le s
Août à Demoiſelle Françoife- Félicité de Montmorillon
, ci- devant Chanoineffe du chapitre de
Sainte-Marie de Metz . La bénédiction nuptiale
leur fut donnée dans la chapelle du château de
Begny , par l'Abbé de Montmorillon , Comte de
Lyon.
Marie-Sophie de Courcillon , veuve de Hercules-
Meriadec de Rohan , Duc de Rohan- Rohan , Pair
de France , Prince de Soubife & de Maubuiffon ,
Marquis d'Annonay , Comte de la Voute & de
Tournon , Lieutenant Général des Armées du
Roi , ci- devant Capitaine- Lieutenant des Gendarmes
de la Garde de Sa Majeſté , & Gouverneur des
Provinces de Champagne & de Brie , mourut à
Paris le 4 Avril , âgée de 43 ans. La Princeffe
Douairiere de Rohan étoit fille unique de Philippe-
Egon de Courcillon , Marquis de Dangeau ,
Baron de Lucé , &c , Gouverneur de Touraine ,
&c , & de Françoile de Pompadour, Dame du Duché
de la Vallette. Elle avoit époufé en premieres
noces le 20 Janvier 1717 , Charles-François d'AlNOVEMBRE.
1756. 219
bert d'Ailly , Duc de Picquigni , mort le 14 Juin
1731. De ce mariage il n'y a point d'enfans . Elle
s'étoit remariée au Prince de Rohan le 2 Septembre
1732 , & en étoit restée veuve fans enfans le
26 Janvier 1749.
Frere Jacques -François de Chambrai , Grand-
Croix de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Commandeur
des Commanderies de Sainte Vaubourg
dans le Grand Prieuré de France , de Virecourt
dans celui de Champagne , & de la Commanderie
Magiftrale de Metz au même Grand Prieuré , ci
devant Lieutenant Général & Commandant des
vaiffeaux de la Religion , eft mort à Malte le 8
Avril . Le Bailli de Chambrai a été un des plus
grands hommes de mer de ce fiecle. Il a pris
fur les ennemis de la Religion la Sultane neuve
commandée par le Contre - Amiral , & portant
pavillon du Grand Seigneur , la Patrone de Tripoli
, & neuf autres Bâtimens. Après s'être figna
lé par fes exploits , il a fait conftruire à fes frais
dans l'Ile du Goze une Fortereffe qui porte le nom
de Cité neuve de Chambrai. Cet ouvrage impor
tant qui met les Gozetins à l'abri des infultes des
Barbarefques , eft prefque achevé . Le Grand Maî
tre de Malte a réſolu de fubvenir aux dépenfes des
travaux qui restent encore à faire pour conduire
cet ouvrage à fa perfection , & en confidération
des fervices du Bailli de Chambrai , il a accordé
au Marquis de Chambrai , petit neven de
cet homme illuftre , la permiffion de porter la
Croix de l'Ordre.
La Maiſon de Chambrai eft une branche de
celle de la Ferté- Fresnel , qui eft connue dès le
onzieme fiecle . Richard II du nom , Baron de la
Ferté- Fresnel , qui vivoit dans le douzieme , épou
fa Emmeline , fille de Richard II du nom , Baron
Kij
220 MERCURE DE FRANCE.
de l'Aigle , & en eut pour fecond fils, Simon de la
Ferté Frefnel, qui eut en partage la terre de Chambrai-
fur Yton , en Normandie , Baillage d'Evreux,
de laquelle il prit le nom qu'il tranſmit à fa poftérité.
De lui defcendit Jean de Chambrai , Chambellan
du Roi Charles le Bel , lequel fut pere de
Roger de Chambrai & ayeul de François , Bailli &
Capitaine d'Evreux en 1379 , mort en 1399. Ce
dernier eut pour fils Roger de Chambrai II du
nom , marié à Catherine , Dame de Ménille & de
Thévrai , qui le rendit pere de Jean III , lequel fit
rentrer par échange dans fa maifon la terre de
Chambrai, qui avoit été portée dans une autre par
une fille héritiere d'une branche aînée. Le Roi
Chales VII, en confidération de fa fidélité à fon
fervice , & de celle de fes prédéceffeurs, le rétablit
en 1450 , avec fes freres Simon & Gui dans les
biens de leur famille , qui avoient été confifqués
en 1430 , par Henri VI , Roi d'Angleterre. Jean
de Chambrai mourut en 1460 , ayant eu pour enfans
de fa femme Gillette Chollet, Dame d'Urbois,
Guerville, Bretoncelles , la Roche - Turpin en Vendômois,
& c , Jean IV du nom qui fuit, & Jacques
de Chambrai. Ce dernier fut Chevalier de l'Ordre
du Roi , fon Chambellan , Grand Bailli &
Gouverneur d'Evreux , & l'un des députés pour la
ratification de la paix à Eſtaple en 1499. & décéda
le 4 Mars 1504.
Jean IV du nom , Chevalier , Seigneur de
Chambrai , Châtelain de Ponfcei , Baron de la Roche-
Turpin , &c , époufa Françoife de Tillai ,
Baronne d'Auffay au pays de Caux , & Dame d'Afpiftres
& de S. Remi - des-Landes , dont naquit
entr'autres Nicolas , Seigneur de Chambrai , Baron
d'Auffay , & c , allié les Janvier 1530 , à
Bonaventure de Prunelé. Leur fils Gabriel , SeiNOVEMBRE
. 1756. 221
gneur de Chambrai , député de la Nobleffe du
Bailliage d'Evreux aux EtatsGénéraux du Royaume,
tenus à Blois en 1976, futfait par Henri III , Chevalier
de fon Ordre & Gentilhomme de fa Cham
bre , le 17 Mai 1587 , & en 1590 Capitaine de
cinquante hommes d'armes par Henri IV. Sa fe
conde femme Jeanne d'Angenne , qui fut Dame du
Palais de la Reine , le fit pere de Tannegui , Baron de
Chambrai , mort Maréchal de Camp en 1645.
Celui- ci avoit eu de fon fecond mariage , fait en
1636, avec Helene Baignart , Nicolas II du nom ,
Baron de Chambrai , Capitaine ès Armées navales
, qui époufa le 10 Septembre 1669 , Anne
le Doux de Melleville. Il en lailla , entr'autres enfans
, François-Nicolas & Jacques - François de
Chambrai , dont nous annonçons la mort.
*
Son Frere aîné François Nicolas , Baron de
Chambrai , Colonel d'Infanterie en 1702 , fut allié
le 1 Avril 1704 , avec Marie - Louife de Folloville
de Manancourt , de laquelle il a eu :
I. Louis , Marquis de Chambrai & de Conflans,
né le 16 Juin 1713 , `marié 1 ° . le 6 Avril 1734 , à
Françoife de Bonnigalle , morte le 17: Mai 1737 :
20. en 1741 , à Anne-Catherine d'Aubenton-de
Malicorne , décédée au mois de Juillet 1743 : 3 °.
le 9 Juillet 1747 , à Jacqueline - Anne- Magdeleine
de Bernard, Dame & Patrone de la Befliere , Francheville-
le- Moncel, Rofnay , &c . Ses enfans font
du premier lit :
i. Louis- François de Chambrai , né le 23. Mai
1737.
Du fecond lit :
2. François- Nicolas de Chambrai , né en Juin
1742.
Du troisieme lit :
3. Bernard , né le 19 Mai 1752.
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
4. Helene-Marthe- Cécile , née le 3 Novem
bre 1749.
5. Louife-Françoise-Charlotte , née le 22 Noyembre
1750.
II. Marie-Anne de Chambrai , mariée en 1725 ,
à Charles-Gabriel du Four, Ecuyer , Seigneur de
S. Léger , fon coufin germain.
III . Clémence-Renée de Chambrai , née le 6
Août 1706 , Prieure Royale de Bellefond à Rouen.
IV. Marthe -Gabrielle de Chambrai , née le 6
Mars 1709 , Abbeffe de l'Abbaye Royale d'Almanefches
, dioceſe de Seez ; c'eít la troifieme Abbeffe
de fon nom en cette Abbaye.
V. Marie-Henriette de Chambrai , née le 1
Mars 1711. Religieufe à l'Abbaye Royale de S.
Sauveur à Evreux.
Dame Claude Canablin , époufe de N.....
Comte de Salvert – Montrognon , eft morte le 9
Avril dans la quarante- huitieme année de fon âge.
Dom Jofeph Vaiffette , Religieux Bénédictin ,
célebre par fon Hiftoire de Languedoc , & par une
Géographie univerfelle qu'il venoit de donner
au public , mourut le 10 à l'Abbaye de S. Germain
des Prez .
Dom Jean-Bernard Senfarie du même Ordre,
& Prédicateur ordinaire du Roi , eft mort le même
jour dans la même Abbaye.
Dame Elizabeth - Olive de Saint- Georges-de-
Verac , veuve de Meffire Benjamin- Louis Fratsier
, Marquis de la Meffeliere , mourut à Paris le
23 Avril âgé de 87 ans.
Frere Thomas de Villeneuve -Trans , Chevalier
profès de l'Ordre de S. Jean de Jérufalem , Commandeur
de la Commanderie de Montfrin en
Languedoc , & Meftre de camp réformé de Dragons
, mourut à Paris le 30 Avril , âgé de 74 ans.
NOVEMBRE . 1756. 223
Le Chevalier de Villeneuve étoit fils de Pierre-
Jean de Villeneuve , Marquis de Trans , lequel
avoit épousé en 1665 , Marie- Françoile de Bitand,
& étoit iffu de Raimond de Villeneuve , Général
des troupes d'Aragon , qui vint en Provence avec
le Comte de Barcelone , vers l'an 1114 , & s'y établit
ayant eu la terre de Gandelet , appellée depuis
Villeneuve . Ce Raimond fut pere de Geraud
de Villeneuve , Gouverneur de Tarafcon , auquel
Alphonfe Comte de Provence fit don l'an 1201
de la Baronie de Trans. Geraud fut pere de Romée
de Villeneuve , fi connu dans l'Hiftoire de
Provence , & de Geraud II . de Villeneuve , defquels
la poftérité ſubſiſte .
Romée de Villeneuve , Connétable de Provence ,
reçut en 1230 , la Seigneurie de Vence de Raimond-
Bérenger , Comte de Provence , dont il
étoit Miniftre , & qui le nomma Régent de fes
états , & un des Tuteurs de fa fille Béatrix , qui
par fes négociations fut mariée avec Clales I ,
Comte d'Anjou . Ce Seigneur qui mourut en 1250,
fut le onzieme ayeul de Claude de Villeneuve
créé Marquis de Vence ; celui - ci fut pere d'Alexandre
& de Jean- Baptifte de Villeneuve .
Alexandre de Villeneuve , Marquis de Vence ,
eft l'ayeul d'Alexandre -Gafpard de Villeneuve ,
Marquis de Vence , qui de fon mariage fait en
Juin 1723 , avec Magdeleine-Sophie de Simiane ,
a pour enfans :
1º. Jean - Alexandre-Romée, Vicomte de Vence,
Colonel en fecond du régiment Royal Corfe , par
brevet du premier Février 1749 , né le 7 Novembre
1727 , marié à Angélique- Louiſe de la Rochefoucaud-
de Surgeres , dont 10. Jules- Alexandre-
Romée de Villeneuve , né le 21 Mars 1755. 2º.
Alexandrine - Charlotte- Adélaïde , née le 14 Jan-
K iy
vier 1793.
224 MERCURE DE FRANCE.
2º. Pauline de Villeneuve , mariée en 1741 à
Jofeph-Ours de Villeneuve , Marquis de Floyofc.
Jean Baptifte de Villeneuve , Comte de Vence,
frere d'Alexandre , Marquis de Vence , mourut en
1724 capitaine de vaiffeau . Il avoit été allié en
1700 , à Françoife de Graffe , morte le 10 Septem
bre 1748 , de laquelle il eut : 1 ° . Claude - Alexandre
, Comte de Vence , né en Novembre 1701 ,
Colonel du régiment Royal Corfe en 1739 , Brigadier
des armées du Roi le premier Mai 1745 ,
Maréchal de camp le 10 Mai 1748 : 2 ° . Jacques
de Villeneuve, dit le Chevalier de Vence , Lieute
nant de vaiffeau en 1744 : 3º . Claudine de Villeneuve
, née le 13 Juillet 1701 , veuve d'Antoine-
Jofeph d'Arcy , Comte de la Varenne.
Geraud de Villeneuve , deuxieme du nom , frere
du fameux Romée , fat Baron de Trans , des Arcs,
&c. Son petit- fils Geraud , troifieme du nom ,
époufa , 1º. Aigline d'Uzès : 2º . Philippe Dame
d'Efclapons & de Tourette , iffue des Princes de
Callian. Il eut du premier mariage : Arnaud II
de Villeneuve qui fuit , & Hugues - Raimond de
Villeneuve , Baron de Tourette , dont il fera parlé
après fon frere.
Arnaud de Villeneuve , deuxieme du nom , fut
bifayeul d'Arnaud quatrieme du nom . Chambellan
de la Reine Jeanne , & Gouverneur d'Avignon,
dit le Grand , tant à caufe de fes grar des qualités
qu'à caufe des grands biens qu'il poffeda , ayant
été Seigneur , en tout ou en partie , de quatrevingt-
deux terres nobles , foit en Provence , foit
au royaume de Naples . Il eut de fon mariage avec
Philippe de Caftellane de Salernes , trois enfans ,
fçavoir : 1 ° . Giraud , dont la poftérité s'eft éteinte
en 1672 ; de lui , defcendoit Louis de Villeneuve,
Comte d'Aveline , Ambaffadeur de Louis XII , à
1
NOVEMBRE . 1756. 225
Rome , en faveur duquel la Baronie de Trans fur
érigée en Marquifat Pan 1505. 2º . Hélion , duquel
la postérité n'a pas duré. 3°. Antoine , qui
fut Baron de Flayofc. Alexandre- François de
Villeneuve , Baron de Flayofc , un des defcendans
de ce dernier , eft ayeul de Joſeph- Ours de Villeneuve
, Marquis de Flayofc , marié en 1741 , à
Pauline de Villeneuve , foeur du Vicomte de Vence
, Colonel en fecond du régiment Royal - Corfe.
Leurs enfans font :
1º. Alexandre- Gaſpard - Balthaſar de Villeneu
ve , né en 1745 .
2º. Claude -Alexandre - Romée de Villeneuve ,
né en 1746 .
3°. Martin de Villeneuve , né en Décembre
1750.
4°. Sophie de Villeneuve .
Le Marquis de Flayofc a pour foeur Julie de
Villeneuve , qui a épousé le 31 Mai 1746 , Julės-
François de Fauris , Seigneur de Saint - Vincent ,
Préfident du Parlement de Provence.
Hugues- Raimond de Villeneuve , fils du fecond
lit de Geraud , troifieme du nom , Baron de Trans ,
fat Baron de Tourette , & époufa Béatrix de Savoye
, de laquelle il eut Raimond de Villeneuve ,
marié avec Alix des Baux , des Princes d'Orange ,
laquelle fut mere de Pons -Albert , mort avant
l'an 1321 celui- ci eut d'Andalafie de Mujols ,
Bertrand de Villeneuve , allié , vers l'an 1331 , à
Sancie de Signe , des Vicomtes de Marſeille , dont
vint Jean mort en 1361 , ayant été marié à Dracone
Ricavi. Leur fecond fils , Pons de Villeneuve
, Seigneur de Barjemont , époufa en 1380 , Catherine
Dame de Vauclaufe , mere de Jean de
Villeneuve , auteur de la branche de Villeneuve-
Barjemont , & d'Antoine de Villeneuve , Baron
Kv
226 MERCURE DE FRANCE.
de Tourette en 1445 , lequel époufa en 1455 , Pau
line du Puget , de laquelle il eut Honoré de Villeneuve
, qui tefta en 1502. Celui - ci fut pere par
Blanche Grimaldi- de Monaco , de Jean de Villeneuve
, Baron de Tourette , Chevalier de P'Ordre
du Roi , Capitaine de cinquante hommes d'armes,
allié eenn 1922 , à Marguerite de Foix- Meille , dont
naquit Jean II de Villeneuve , Chevalier de l'Ordre
du Roi Gouverneur de Frejus , mort en 1586.
Il avoit épousé en 1562 Perette d'Oraiſon , qui
le fit père de Jean de Villeneuve , troifieme du
nom , lequel fut nommé àl'Ordre du Saint- Elprit,
& mourut en 1631 , laiffant de Baptiftine de la
Lande , Gafpard de Villeneuve , Comte de Tourette,
mort le 29 Novembre 1649. Celui- ci époufa
Marguerite de Graffe , de laquelle il eut Pierre
de Villeneuve , allié en 1665 à Marie-Françoife
de Bitaud , qui fut mere de Pierre-Jean de Villeneuve
qui fuit , & de Thomas de Villeneuve dont
nous annonçons la mort.
Pierre-Jean de Villeneuve , Marquis de Trans,
mourut le 17 Février 1730 , laillant de Marie-
Thérefe de Barthelemi Sainte- Croix , qu'il avoit
épousée en 1711 , Louis de Villeneuve , Marquis
de Trans , Comte de Tourette , Enſeigne de galeres
en 1733 , mort le 13 Juin 1753. Il avoit
époufé le 29 Octobre 1738 , Louiſe- Catherine
Pernot - du-Buat , morte le 11 Mars 1751. Ils ont
eu de leur mariage :
1º. Louis -Henri de Villeneuve , né le 18 Octo
bre 1739:
2º. Thomas- Alexandre - Balthafar de Villeneu
ve , né le 18 Mars 1742 .
3 °. Rofaline- Victoire-Martial de Villeneuve,
né le 18 Mai 1744.
4. Alexandre-Marie de Villeneuve , né le s
Février 1748.
NOVEMBRE. 1756. 227
Pauline- Nicole de Villeneuve , née le 18
Octobre 1745 .
Dame Félice -Marie de Roque de Garceival ,
épouse de Meffire Philibert- Louis , Comte de Saint.
Jal- de Laftic , Brigadier de cavalerie , & Meftre
de camp d'un régiment de fon nom , mourut en
- Rouergue le 20 Avril , âgée de 27 ans .
Le Marquis de Ceberet , Lieutenant général des
armées du Roi , Grand Croix de l'Ordre royal &
militaire de Saint Louis , Gouverneur des ville
fort & château d'Aire , & Commandant en chef
dans la province d'Artois , eft mort , le 25 Avril , à
Aire , dans la quatre - vingt- quatrieme année de fon
âge. La Marquife de Ceberet , la mere , qui vit encore
, a eu au mois de Juillet dernier 100 ans
accomplis, & elle ne fe reffent d'aucune infirmité.
Le Roi a donné fon gouvernement au Sieur de
Cremille , Lieutenant général des armées de Sa
Majefté , Commandeur de l'Ordre royal & militaire
de Saint Louis , & Infpecteur général des
troupes du Roi,
Meffire Charles- Louis de Rogres de Lufignan ,
Marquis de Champignelles , eft mort le 27 Avril
dans une de ſes terres , âgé de 81 ans. Il avoit été
premier Maître - d'hôtel de Monfeigneur le Duc
de Berry.
eft
Meffire Louis - Jacques - François de Vocance ,
Evêque de Senez , & Abbé de l'Abbaye de Simorre
, Ordre de faint Benoît , dioceſe d'Auch ,
mort à Riez , au commencement du mois de Mai ,
dans la foixante & quinzieme année de fon âge.
Claude de Chamborant , Comte de la Claviere ,
Lieutenant général des armées du Roi , Gonverneur
du Pont d'Arlos & de Mont- Medi, & premier
Gentilhomme de la chambre du Comte de la Marche
, Prince du fang , de la perfonne duquel il
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
avoit été Gouverneur , mourut à Paris le 18 Mai ,
âgé de 65 ans. Il a fervi avec beaucoup de réputatation
, & il s'eft diftingué à la tête des brigades de
Limofin & de Bretagne , ainfi qu'à la défenſe d'Egra,
en Boheme .
Le Comte de la Claviere avoit époufé , le 18 Juin
1728 , Marie-Anne Moret- de Bournonville, de laquelle
il a eu :
1º. André- Claude de Chamborant , né le 23 Février
1732 , Capitaine de cavalerie .
2º. Marie-Anne- Therefe de Chamborant , née
le 14 Septembre 1734.
La maison de Chamborant tient un rang diſtingué
dans la nobleffe de France , tant par l'ancienneté
de fon origine , que par fes alliances & fes
emplois honorables , foit à la cour , ſoit dans les
armées. Elle tire fon origine de la terre de Chamborant
, premier Fief & Baronie du Vicomté de
Bridiers en Poitou . L'Abbaye de Bénévent , diocefe
de Limoges , compte parmi fes bienfaiteurs
les Seigneurs de Chamborant , qui fe trouvent qualifiés
Chevaliers , dès le onzieme fiecle . Gosfrid
de Chamborant eft nommé avec les Chevaliers ,
qui fignerent une charte en faveur de l'églife de
Limoges , fous l'épiſcopat de l'Evêque Ithier , vers
l'an 1060.
Cette Maifon s'eſt partagée en deux branches
principales celle de Droux , & celle de la Claviere
, deux terres , la premiere en Limofin , l'autre
dans la haute Marche , que Marguerite de Forges
porta en dot, vers l'an 1330 , à Pierre de Chamborant
, Chevalier , Seigneur de Chamborant
frere de Guillaume de Chamborant , Ecuyer du
corps du Roi , Baron d'Afnebec & de Rannes en
Normandie , qu'il vendit en 1383. Du mariage
de Pierre de Chamborant , & de Marguerite de
NOVEMBRE. 1756. 229
Forges , vint Foucaud , Seigneur de Chamborant ,
de Droux & de la Claviere , qui fut pere par Jaquette
de Clays-de Gui , Seigneur de Chamborant
, & de Jacques de Chamborant , qui de Marguerite
Chauvet- de Sampnac , eut pour fecond fils
Gui de Chamborant , Seigneur de Droux & de la
Claviere , allié avec Françoife de Salagnac , dont
les deux fils Pierre & Gafpard ont formé les deux
branches de Droux & de la Claviere.
L'aîné eut de Philippe de Loube , pour ſecond
fils , Pierre Chamborant , fecond du nom , Baron
de Neuvi-Saint- Sépulchre, Lieutenant Général de
la province de Berri , Gouverneur de la groffe tour
de Bourges , Chevalier de l'Ordre du Roi , Chambellan
& Colonel des Gardes étrangeres du Duc
d'Anjou. Il épouſa Anne de la Foreft, qui fut Gouvernante
des Dames de France , foeurs du Roi
Louis XIII , & eut pour enfans Marguerite de
Chamborant , fille d'honneur de la Reine Marie
de Médicis , & Louis de Chamborant , Baron de
Neuvi - Saint - Sépulchre , mort à Madrid le 19
Avril 1615 , en odeur de fainteté. Son oncle Jean
de Chamborant , Chevalier de l'Ordre du Roi ,
Seigneur de Droux , fut pere , par fa feconde femme
Catherine de Châteauvieux , de Gafpard de
Chamborant , dont l'arriere - petite fille Marie-
Anne de Chamborant, Dame de Droux, a épousé,
en 1728 , Jean de Chamborant, Seigneur de Villevert
, fon parent.
Gafpard de Chamborant , Seigneur de la Claviere
, fecond fils de Gui & de Françoife de Salagnac
, devint Seigneur d'Azai - le - Feron en Touraine
, par fon mariage avec Louife de Reilhac , des
Vicomtes de Brigueuil , qui fut mere de Jean de
Chamborant , Seigneur de la Claviere , Chevalier
de l'Ordre du Roi, marié en 1571 , à Anne Razès.
230 MERCURE DE FRANCE.
Leur fils Pierre de Chamborant , Seigneur de la
Claviere , qui époufa Diane de Gentils , fut Lieutenant
de la compagnie des cent Gentilhommes ordinaires
de la Maifon du Roi , appellés les cent
Gentilshommes à bec de Corbin , charge dans laquelle
lui fuccéda , en 1660 , fon fils Etienne de
Chamborant , Seigneur de la Claviere , d'Aiguzon,
de Lavye & de Puilaurent , Confeiller d'Etat d'épée
, qui avoit été fait en 1647 Maréchal de
Camp, en gardant par une diftinction particuliere
fes deux régimens, l'un de cavalerie , & l'autre d'infanterie
, & en 1650 Gouverneur de Philisbourg ,
ayant commandé la cavalerie légere fous M. le
Prince. Il avoit époufé en 1639 , Marie Phelipes,
de laquelle il eut Pierre de Chamborant , Seigneur
de la Claviere , de Puilaurent , &c. mort en 1714 ,
ayant été allié à Marie- Anne le Fort-de Villemandor
, fille de Georges le Fort , Baron de Cernoi ,
& Seigneur de Villemander. Il laiffa pour enfans.
1º. Alexandre- Etienne de Chamborant , appellé
le Marquis de Puilaurent , né le 26 Novembre
1685 , Lieutenant de vaiffeau en 1728 , & Chevalier
de l'Ordre royal & militaire de faint Louis.
2º. Claude de Chamborant, Comte de la Claviere
, qui donne lieu à cet article.
3°. Henri de Chamborant , reçu Chevalier de
Malte de minorité en 1704.
4°. Marie-Anne de Chamborant,mariée le 14 Novembre
1721 , à André Hébert, Seigneur , Baron de
Chateldon , alors Introducteur des Ambaffadeurs.
Pierre-Emmanuel - Jofeph-Timoleon de Coffé-
Briffac , Marquis de Briffac , fils de Jean- Paul
Timoleon de Coffé, Duc de Briffac, Pair & grand
Pannetier de France, Chevalier des Ordres du Roi,
& Lieutenant général des armées de Sa Majesté ,
NOVEMBRE . 1756. 23
mourut à Paris le 27 Mai , âgé de 14 ans . Marie-
Jofephe Durey de Sauroy, une des Dames nommées
pour accompagner Madame , épouse du Duc de
Briffac , & mere du Marquis de Briffac , eft morte
le 18 Juin fuivant , dans la quarantieme année de
fon âge.
Meffire N.... Comte de Crefnay , Vice- Amiral
de France , dans les mers du Ponent , & Grand-
Croix de l'Ordre de faint Louis , eft mort le 31
Mai , au château de la Riviere , près Fontainebleau ,
âgé de 65 ans. Il étoit entré dans la marine en
1705, & s'étoit diftingué dans les différens grades
de ce fervice .
Agnès Miotte de Ravane , époufe de Charles-
Anne-Sigifmond de Montmorenci - Luxembourg ,
Duc d'Olonne, Maréchal des camps & armées du
Roi , mourut à Paris le 1 Jain , âgée de 31 ans.
Elle avoit épousé le Duc d'Olonne le 2 Juin 1753,
étant veuve de Matthieu - Roch de la Rochefoucauld,
Marquis de Bayers.
Dame Magdeleine- Elizabeth de Rieux de Far
gis , veuve de Meffire Pierre-Eléonor de la Ville ,
Marquis de Ferolles , Gouverneur des Ifle & terre
ferme de Cayenne en Amérique , eft morte à Paris
le 2 Juin , dans la foixante & dix-huitieme année
de fon âge.
Jean-Louis Mocénigo, Noble Vénitien , Chevalier
de l'Ordre de l'Etole d'or , l'un des fix Sages
grands , d'abord Ambaffadeur de la République
de Venise à la Cour d'Eſpagne en 1747 , à celle
de France en 1751 , & nommé en 1754 pour
PAmbaffade de Rome , eft mort à Paris le 12 Juin
dans fa quarante-fixieme année.
De fon mariage contracté en 1737, avec Blanche
Morofini , fille de Louis , Noble Vénitien , &
l'un des Membres du Sénat , il laiffe pour enfans ,
232 MERCURE DE FRANCE.
1º. Jean- Louis Mocénigo , né en 1738. 2 ° . Jean-
Louis , né en 1744. 3 °. Marie Mocénigo , née en
1739. 4º . Hélene Mocénigo , née en 1743.
Meffire Henri -Charles Arnauld de Pomponne ,
Abbé de Saint-Médard de Soiffons , Ordre de
Saint Benoît , Doyen du Confeil d'Etat , Commandeur-
Chancelier , Garde des Sceaux & Sur-
Intendant des Finances des Ordres du Roi , &
honoraire de l'Académie Royale des Belles - Lettres
, eft mort à Paris le 26 Juin , âgé de 87 ans
moins 14 jours.
Armand de Rohan-Soubife , Cardinal Prêtre ,
Evêque- Prince de Strasbourg , Abbé de l'Abbaye
de la Chaife-Dieu , Ordre de S. Benoit , Dioceſe
de Clermont , Grand Aumonier de France, Commandeur
des Ordres du Roi , & l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , mourut à Saverne le
28 Juin , âgé de 38 ans , 6 mois & 27 jours. Le
Pape l'avoit créé Cardinal à la nomination du Chevalier
de S. Georges , dans la promotion faite en
1747, pour les Couronnes. Il étoit fils de Jules-
François de Rohan- Rohan , Prince de Soubife ,
mort le 6 Mai 1724. & d'Anne- Julie- Adélaïde de
Melun , décédée le 18 Mai de la même année
1724.
Meffire Charles Beaupoil de Saint Aulaire ;
Abbé de l'Abbaye de Mortemer, Ordre de Citeaux,
Dioceſe de Rouen , & de celle de S. Jean de Falaife
, Ordre de Prémontré , Diocefe de Seez , &
Aumonier ordinaire de la Reine , eft mort le 29 ,
âgé de près de 87. ans .
Agnès- Marie de la Rochefoucauld de Lafcaris
d'Urfé , veuve de Meffire Paul-Edouard Colbert ,
Comte de Creuilly , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , décédé le 28 Février de cette année,
eft morte à Paris le 1 Juillet , dans la vingt- cinNOVEMBRE.
1756 . 233
quieme année de fon âge. Elle avoit épousé le
Comte de Creuilly le 4 Avril 1754.
François - Maximilien de Tenczin - Offolinski ,
Duc d'Offolinski , Prince du Saint Empire , Chevalier
des Ordres du Roi & de l'Ordre de l'Aigle
blanc , Grand Maître de la Maiſon du Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar ; & Gouvelneur
des Château & Ville de Lunéville , mourut
au Château de la Malgrange près de Nanci , le 1
Juillet , âgé de 80. ans .
En 1725 il fut Maréchal de la Diete générale
de Pologne ; il a été enfuite Grand- Tréforier de la
Couronne. Il fuivit le Roi Staniflas en France ,
dans l'année 1736 , & le Roi cette même année lui
accorda un brevet de Duc. Sa Majefté , l'année
fuivante , le nomma Chevalier de fes Ordres ..
Il étoit fils de Maximilien , Comte de Tenczin-
Offolinski , Grand Veneur du Palatinat de Podlachie
, & de Théodore , Comteffe de Kraffouska.
Il avoit été marié en premieres nôces à N... fille
de N... Comte de Méviézinski , Palatin de Vo-
Ihinie en Pologne ; & en fecondes nôces à Catherine
Jablonowska , fille de Jean né Prince Jablonowski
, Grand Enfeigne de la Couronne de Pologne
, Palatin de Volhinie & de la petite Ruffie ,
& foeur du Prince Jablonowski , Chevalier des
Ordres du Roi , & de la Princeffe de Talmont.
Il a eu de fa premiere femme :
1º. Jofeph , dit le Comte de Tenczin - Offolinf
ki , Starofte de Sandomir , qui eft marié en Pologne.
2 Thomas , dit auffi Comte de Tenczin - Offolinski
, ci- devant Chevalier d'honneur de la Reine
de Pologne , Ducheffe de Lorraine & de Bar.
3°. Anne de Tenczin - Offolinski , alliée à Jofaphat
, Comte de Zamewski , Grand Sous - Pannetier
du Royaume de Pologne.
234 MERCURE DE FRANCE.
4° . Thérefe de Tenczin- Offolinski.
Dame Conftance de Harville , veuve de Meffire
Nicolas-Simon Arnauld, Marquis de Pomponne ,
Brigadier des armées du Roi , & ancien Lieutenant
Général au Gouvernement de l'Ile de France , eft
morte en cette Ville le 4 Juillet , âgée de 84 ans.
Dame Michele- Gabriele Dugué- de Bagnols ,
veave de Meffire Jacques Tannegui le Veneur,
Comte de Tillieres, eft morte à Paris le 22 Juillet,
âgée de 83 ans.
Charles- Armand de Gontaut , Duc de Biron ,
Pair & premier Maréchal de France , Chevalier
des Ordres du Roi , & ci - devant Gouverneur des
Ville & Citadelle de Landau , mourut en cette
Ville le 23 Juillet , âgé de 93 ans moins quelques
Jours.
Au mois de Juin 1598 , la Baronie de Biron avoit
été érigée en Duché- Pairie pour Charles de Gontaut-
de Biron , Maréchal & Amiral de France ,
Maréchal Général des Camps & Armées du Roi ,
Gouverneur & Lieutenant- Général du Duché de
Bourgogne & du pays de Breffe , & Chevalier des
Ordres du Roi. Ce Seigneur étant mort en 1602 ,
& n'ayant point laiffé de postérité, le Duché- Pairie
de Biron fut éteint . Le Roi a de nouveau érigé à
perpétuité pour le Maréchal de Biron qui vient de
mourir , la Baronie de Biron en Duche-Pairie par
Lettres du Mois de Février 1723. Le 22 du même
mois ce nouveau Duc , arriere petit neveu du
premier Duc de Biron , prit féance au Parlement ,
Sa Majesté y tenant fon lit de juftice , pour la déclaration
de fa Majorité.
Par la mort du Maréchal Duc de Biron , le Maréchal
Duc de Noailles devient premier Maréchal
de France.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
En 1756, plusieurs événements familiaux et décès ont marqué la noblesse française. Le marquis Louis-Georges de Johanne de la Carre, gouverneur de Blois et de Chambord, a épousé Henriette-Françoise de Menou le 2 juin. Leur contrat de mariage a été signé le 16 mai par la famille royale. Le comte François de Montaynard a épousé Henriette-Lucie-Magdeleine de Baschi le 21 juin. Leur contrat de mariage a été signé le 15 juin par la famille royale. La maison de Montaynard est l'une des plus anciennes et illustres du royaume, remontant à Rodolphe, seigneur du Grésivaudan au Xe siècle. Le comte Ernest-Louis de Mortaigne, lieutenant-général des armées du roi, a épousé Françoise-Félicité de Montmorillon, ancienne chanoinesse du chapitre de Sainte-Marie de Metz. Marie-Sophie de Courcillon, veuve du duc de Rohan-Rohan, est décédée à Paris le 4 avril à l'âge de 43 ans. Elle avait été mariée en premières noces au duc de Picquigny et en secondes noces au prince de Rohan. Le frère Jacques-François de Chambrai, grand-croix de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, est décédé à Malte le 8 avril. Il est connu pour ses exploits maritimes et la construction d'une forteresse à Gozo. Plusieurs autres décès notables sont mentionnés, notamment ceux de Dom Joseph Vaissette, historien du Languedoc, de Dom Jean-Bernard Sensarie, prédicateur du roi, de Dame Elizabeth-Olive de Saint-Georges-de-Vérac, veuve du marquis de la Messelière, et du chevalier de Villeneuve-Trans, commandeur de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Le texte présente également une généalogie détaillée de la famille de Villeneuve et de Chamborant. Géraud de Villeneuve, deuxième du nom, fut Baron de Trans et des Arcs. Son petit-fils, Géraud, troisième du nom, épousa Aigline d'Uzès et Philippe Dame d'Escoublons et de Tourette. Arnaud de Villeneuve, deuxième du nom, fut chambellan de la Reine Jeanne et Gouverneur d'Avignon. Il posséda quatre-vingt-deux terres nobles en Provence et au royaume de Naples. Il eut trois enfants : Giraud, Hélion et Antoine. Alexandre-François de Villeneuve, Baron de Flayosc, est l'aïeul de Joseph-Ours de Villeneuve, Marquis de Flayosc, marié en 1741 à Pauline de Villeneuve. Ils eurent quatre enfants : Alexandre-Gaspard-Balthasar, Claude-Alexandre-Romée, Martin et Sophie de Villeneuve. Le Marquis de Flayosc a également une sœur, Julie, mariée à Jules-François de Fauris. Hugues-Raimond de Villeneuve, fils du second lit de Géraud, troisième du nom, fut Baron de Tourette et épousa Béatrix de Savoie. Leur descendance inclut Raimond de Villeneuve, marié à Alix des Baux, et Pons-Albert, mort avant 1321. La lignée continue avec Bertrand de Villeneuve, allié à Sancie de Signe, et Jean, mort en 1361. Pons de Villeneuve, Seigneur de Barjemont, épousa Catherine Dame de Vauclause. Leur fils, Jean de Villeneuve, est l'auteur de la branche de Villeneuve-Barjemont. Antoine de Villeneuve, Baron de Tourette en 1445, épousa Pauline du Puget et eut Honoré de Villeneuve, qui testa en 1502. Jean de Villeneuve, Chevalier de l'Ordre du Roi, fut Gouverneur de Fréjus et mourut en 1586. Jean II de Villeneuve, Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit, mourut en 1631. Gaspard de Villeneuve, Comte de Tourette, mourut en 1649. Pierre-Jean de Villeneuve, Marquis de Trans, mourut en 1730. Louis de Villeneuve, Marquis de Trans, mourut en 1753. Ils eurent quatre enfants : Louis-Henri, Thomas-Alexandre-Balthasar, Rosaline-Victoire-Martial et Alexandre-Marie de Villeneuve, ainsi qu'une fille, Pauline-Nicole.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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699
p. 229-237
MARIAGE ET MORT.
Début :
Messire Charles-François-Marie Comte d'Aumale, Colonel dans le Corps [...]
Mots clefs :
Marquis, Comtes, Maison de Chastellard, Maison d'Hauterive, Marquis de Salieres
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGE ET MORT.
MARIAGE ET MORT.
MESSIRE Charles- François - Marie Comte d'Aumale
, Colonel dans le Corps d'Artillerie & du
Génie , fut marié le 23 Août 1756 , à Dame Génévieve
de Caulincourt , veuve de Meffire Benoît de la
Verde- des Vallons, Colonel d'Infanterie , Directeur
des Fortifications du Cambrefis. L'Abbé d'Aumale
fit la cérémonie du mariage dans la Chapelle
du Château d'Orfay. Leur contrat avoit été figné
le jour précédent par Leurs Majeftés . Le Comte
d'Aumale eft fils de feu Meffire Charles Comte
d'Aumale , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , & Directeur des Fortifications des places
d'Artois , & de Dame Marie - Marguerite- Jofephe
de Blocquet-de Croix.
230 MERCURE DE FRANCE.
Meffire Alexis- Antoine de Chastellard , appellé
le Marquis de Salieres , né à Salins en 1687 ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , Infpecteur général de l'Infanterie , Gouverneur
d'Ardres , de Dieppe , & de l'Hôtel de
l'Ecole Royale- Militaire en 1752 , place dont il
donna fa démiffion en 1754 , mourut à Paris le
29 Février 1756.
D'Hauterive eft le premier nom de la maiſon
de Chaftellard en Dauphiné , qui a l'avantage
peu commun de juftifier une filiation exactement
fuivie depuis cinq fiecles. On trouve une preuve
bien authentique de la haute ancienneté du nom
d'Hauterive dans la vie d'Amédée d'Hauterive , Religieux
de l'Abbaye de Bonnevaux , Ordre de Cîteaux
, diocèfe de Vienne , où l'on conferve en
Original un Manuſcrit du treizieme fiecle, qui contient
cette vie écrite vers l'an 1185 par un Moine
de la même Abbaye.Amédée d'Hauterive , Seigneur
d'Hauterive en Viennois , de Planefe , de Charmes ,
de Lemps , de Clermont , de Saint - Geoire , & cor
Seigneur de plufieurs autres Terres , mérita par la
fainteté de fa vie le furnom de Vénérable. Il avoit
pour oncle maternel Guigues - Dauphin , Comte
d'Albon : Guigo ( 1 ) Delphinus , Comes Albioninfis,
ejus avunculusfuit , & ex illußri Conradi Imperatoris
profapia originis propaginem duxit. Le goût
pour la retraite le conduifit à l'Abbaye de Bonnevaux
, où il embraffa la vie Religeufe avec feize
Chevaliers de diftinction , qui s'étoient joints à lui.
Il quitta depuis ce Monaftere pour le retirer avec
Amédée fon fils dans la célebre Abbaye de Cluni ,
où les Lettres étoient en honneur & où on les cultivoit
avec fuccès. Les Religieux de Cluni perfuadés
(1) Vie d'Amédée-d'Hauterive , ch. 1 & 7.
JANVIER. 1757. 231
)
que l'inftruction qu'ils pouvoient donner à un fi
digne éleve ( Amédée le fils ) , quelque bonne
qu'elle pût être en foi , feroit bien au deffous de
celle qui lui convenoit à tous égards , crurent ne
pouvoir faire rien de mieux que de s'en décharger
promptement fur l'Empereur Conrad fon parent ,
qui en effet ne négligea rien pour l'élever d'une
maniere qui répondît dignement à la nobleffe de
fon extraction , & qui prit de lui le même foin
pendant plufieurs années , que s'il eût été fon
propre fils filium ( 1 ) quoque ( Amedeum ) ipfius
( Amedei ) cum gaudio fufcipientes , poft dies aliquot
in Germaniam ad confanguineum fuum Con-.
radum Imperatorem delegárunt , qui eum gratanter
fufcipiens , eruditiffimis Doctoribus erudiendum
tradidit, multoque tempore curam illius, ac veluti fi
fpecialiter ejus filius effet, ita peregit . Cependant le
Vénérable Amédée fe reprochant de n'avoir pas
perfévéré conftamment dans fa premiere voca
tion , fonda quatre Monafteres qu'il foumit à celui
de Bonnevaux où il étoit retourné , & où il
mourut plein de mérite & de bonnes oeuvres le
14 Janvier , vers l'an 1150. Les Religieux de
l'Ordre de Cîteaux le mettent au nombre de leurs
Saints .
Amédée fils du précédent , prit l'habit Reli
gieux dans l'Abbaye de Clairvaux , & fut enfuite
Abbé de Hautecombe en Savoye , puis Evêque de
Lauſanne. Il eſt mis auffi au nombre des Saints de
POrdre de Câteaux
Berlion d'Hauterive ou de Chaftellard, I. du nom
Damoiſeau , eft celui où commence la filiation
fuivie de cette maifon de Chaftellard . Il époufa
d'abord Elifabeth ; & étoit remarié en 1262 avec
Blanchette Gaudin , fille de Guillaume Gaudin
( 1 ) Ibidem , chap. § .
1
232 MERCURE DE FRANCE.
Chevalier , & de Dame Girine ; fit fon teſtament
dans fa maifon d'Hauterive , en Viennois , le Vendredi
avant la Fête de Saint- Luc 1295 , & en
nomma éxécuteurs Pons ou Poncet , Seigneur
d'Hauterive, dont il étoit vaffal, & Aymard de Rovoire,
Chevalier , fon parent. Du premier lit il eut
Guigonne,qui époufa en 1279 , Antelme - Aynier , Danofeau
; & de l'un des deux lits , Nicolas qui fuit.
Nicolas d'Hauterive ou de Caftellard , Damoiſeau
, demanda en mariage le Jeudi après la Fête
de Sainte- Luce 1292 , Guillemette de Givort , fille
Guillaume de Givort, Chevalier; époufa depuis Catherine
de Clavayfon , fille de Guillaume de Clavayfon
, Chevalier , par contrat du mardi après la Fête
de la Magdeleine 1295 paffé en préfence de Pons
Seigneur d'Hauterive , & vivoit encore en 1335.
Pierre d'Hauterive ou de Chaſtellard ſon fils ,
Damoifeau , eut pour femme Agnès Roftain , &
fit fon teftament à Hauterive le 23 Mars 1341 ,
c'eſt- à - dire 1342 , par lequel entr'autres difpofitions
il donna fa maison d'Hauterive , avec ce qui
lui appartenoit dans la Seigneurie d'Hauterive ,
à Pierre & à Humbert d'Hauterive -Damoiſeaux .
Il eut entr'autres enfans 1. Berlion qui fuit , &
2. Catherine , femme de Hugues Maugiron , Chevalier.
Berlion d'Hauterive ou de Chaftellard , deuxieme
du nom , Chevalier , qualifié noble & puiſſant
homme en 1351 , époufa en 1362 , Françoile de
Quincieu , fille de noble Aymaron de Quincieu ,
fit hommage en 1375 à Joachim de Clermont
Seigneur d'Hauterive , pour tout ce qu'il poffédoit
dans l'étendue de la Seigneurie d'Hauterive ; vivoir
encore le 15 Août 1395 ; & mourut avant le
9 Décembre 1398. Il eut pour enfans , 1. Pierre
de Chaftellard, qui époula en 1394, Marguerite de
JANVIER. 1757. 233
la Baftie,fille de noble & puiffant homme Rolland
de la Baftie , Chevalier Seigneur de Saint -Roman ,
& qui fit fon teftament en 1398 , par lequel il
voulut être enterré dans le Cimetiere de l'Eglife de
Saint Martin-d'Auferin à Hauterive , au tombeau
de fon pere ; & 2. Guillaume , qui fuit .
Guillaume de Chaftellard , Chevalier , époufa
en 1395 , Béatrix de Murinais, fille de noble Odobert
de Murinais . La qualité de noble & puiffant
lui eft donnée dans une fentence rendue à fon profit
en 1439 , contre noble Humbert de Buffevant ,
par le Vice-Juge - Mage des appellations de tout
le Dauphiné ; & on la lui donne encore dans un
acte de l'an 1450 ; mais il ne vivoit plus alors . Il
eut deux enfans , 1. Pierre de Chaftellard qui épou
fa Catherine d'Urre , ſuivant un mémoire domeftique
dreffé récemment , lequel ajoute que ce Pierre
a fait la branche de Saint Lattier qui eſt éteinte ;
& 2. Antoine qui fuit.
Antoine de Chaftellard , Damoifeau , donataire
d'Antoine de Clermont , Chevalier , Seigneur
d'Hauterive, pour la troisieme partie des revenus de
la Châtellenie d'Hauterive , par acte du 9 Août
1442 , époufa peu de temps après Anne Ollanier ,
fille de noble Pons Ollanier ; déclara le 20 No- .
vembre 1450 , qu'il devoit & qu'il vouloit tenir
dorénavant du Dauphin de Viennois tous les biens
qu'il avoit poffédés jufque- là en franc - aleu dans
le mandement de Moras ; & tefta le 13 ..... de
la même année 1450. On lui connoît un fils qui
fuit & une fille appellée Catherine de Chaftellard
femme de noble Antoine du Palais.
Claude de Chaftellard premier du nom Damoifeau
, époufa par contrat du 8 Fevrier 1472 , c'eftà-
dire 1473 , Louiſe de Breffieu , fille de puiffant
homme François de Breffieu , Chevalier , Seigneur
234 MERCURE DE FRANCE.
de Beaucroiffant & de Quincenet. Il eut entr'autres
enfans , 1. Aynard qui fuit ; & 2. Françoise
de Chaftellard, qui époufa en 1492, noble Jean Salignon
. Dans le même temps paroiffent Philippe de
Chaftellard , Abbeffe de Saint André le haut à
Vienne en 1525 , date d'un acte où pend un fceau
fur lequel on voit les trois chevrons qui défignent
les Armes de la maifon de Chaftellard ; & Louiſe
de Chaftellard, élue Abbeffe de Sainte Claire d'Annonay
le premier Novembre 1538.
Aynard de Chaftellard, Seigneur de Chaftellard
dans le mandement d'Hauterive , époufa en 1515
Catherine de Chavanes , fille de noble Jean de
Chavanes , & tefta en 1556. On lui connoît entr'autres
enfans 1. Simon qui fuit, & 2. Antoine de
Chaftellard , Seigneur de Vaux , qui époufa Fleurie
de Chapponay , & qui ( fuivant un mémoire
domeftique drefflé récemment ) a formé les bran
ches de Vaux , de Levaux & d'Herpieu , qui font
éteintes.
Simon de Chaftellard , Seigneur de Chaftellardlès-
Hauterive & de Levaux , époufa Antoinette
Barbier , & tefta en 1588. Ses enfans furent entr'autres
, 1. Claude qui fuit , & 2. Antoinette
de Chaftellard , veuve en 1588 , de noble Imbaud
du Cros.
Claude de Chaftellard , fecond du nom , Seigneur
de Chaftellard - lès - Hauterive , inftitué
héritier univerfel de fon pere en 1588 , pour tous
les biens qu'il poffédoit dans le mandement d'Hauterive
& de Moras , époufa en 1593 , Jeanne Mufy
, foeur de Simon Mufy, Maître & Auditeur en
la Chambre des Comptes de Dauphiné ; & tefta
en 1611. Il eut entr'autres enfans , 1. Alexandre
qui fuit ; 2. Melchior de Chaftellard , Capitaine
d'Infanterie en 1632 ; 3. Henry qui a formé la
JANVIER. 1757. 235
Branche de Chaftellard- Salieres , rapportée ciaprés
; & 4. Claude de Caftellard , femme de noble
Balthafar de Fotte , Sieur de la Freidiere.
Alexandre de Chaftellard , Seigneur de Chaſtellard-
lès-Hauterive , Capitaine dans le Régiment
de Nereftang , marié en 1624 , avec Catherine
de Legue , ou de Laigue , fille de Noble Claude
de Legue, Seigneur de Legue & de la Sabliere ,
& de Louiſe du Peloux , fit fon teftament en 1659,
dans lequel il rappelle tous fes enfans au nombre
de neuf, qui fuivent . 1. Chriftophe de Chaftellard
Seigneur de Chaſtellard- lès- Hauterive , commanda
le Régiment de Bourbonnois , & mourut fans
poftérité ; 2. Georges de Chaftellard , Sieur de la
Contamine , Capitaine dans le Régiment de Bourbonnois
; 3. François a continué la defcendance ;
4. Antoine de Chaſtellard , Chanoine de Saint André
le Bas, à Vienne , & Prieur de Saint Pierre - de
Chandieu ; s . Charles de Chaftellard , Oratorien ,
6. Marie de Chaſtellard , Abbeffe de Notre- Dame
de Bons en Bugey ; 7. Reine de Chaftellard , Urfeline
à Romans , fous le nom de Soeur de Saint
Joachim; 8. Louife Magdeleine de Chaftellard,femme
de noble Charles de Gruel, Seigneur de Fonta
gier ; & 9. Claudine de Chaftellard , Abbeffe de
Bons en Bugey , après Marie de Chaftellard fa
foeur.
François de Chaftellard , Seigneur de Chastellardlès
-Hauterive, époufa en 1690 ,Virgine de Virieude
Beauvoir , fille d'Andréde Virieu - de Beauvoir ,
Seigneur & Baron de Faverges , & de Marguerite
de Virieu -de Beauvoir. Il eut quatre enfans , 1.
Christophe qui fuit ; 2. 3. & 4. Marie de Chastellard
, Marie-Anne de Chaftellard , Catherine de
Chaftellard , Religieufes de la Vifitation à Saint
Marcellin , dont deux font mortes.
236 MERCURE DE FRANCE.
Christophe de Chaftellard , Seigneur de Chatellard-
lès -Hauterive , de la Maifonblanche , de Fontagé
, &c . appellé le Comte de Chastellard , a
époufé en 1716 , Marguerite Roux-Deageant , fille
de François Roux- Deageant, Seigneur de Morges,
& de Marguerite de Virieu -de-l'onterrey . Ses
enfans font au nombre de trois . 1. François de
Chaftellard , appellé le Marquis de Chastellard ,
Brigadier des Armées du Roi , Colonel d'Infanterie
, & Lieutenant Colonel du Régiment des
Gardes de Lorraine , a époufé le 18 Décembre
1755 , Marie- Thérefe de la Morte-de Laval, Dame
de la Morte- Chalencon , de Vors , & c . fille de
Jean-René de la Morte , Seigneur des mêmes Terres
, & de Marie- Louiſe de Manent- de Montaux .
2. Pierre-Jacques de Chaftellard , appellé le Chevalier
de Chaftellard , Major du Régiment des
Gardes de Lorraine . 3. Antoine -Claude de Chaſtellard
, Chanoine du Chapitre Noble de Saint
Pierre de Vienne.
Branche des Marquis de Salieres.
Henry de Chaftellard , appellé le Marquis de
Salieres , Colonel d'Infanterie , Commandant le
Régiment de Carignan en 1664 , commandoit en
1670, ce même Regiment pour le fervice de S. M.
en Canada. Il étoit auffi Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi ; & il eut pour femme
Honorée de Maty , dont il eut 1. François -Balthafar
qui fuit , & 2. Claudine de Chaſtellard qui
époufa en 1670 , Noble Jean de Rignac.
François- Balthafar de Chaftellard appellé le
Marquis de Salieres , Colonel d'Infanterie , Com
mandant des forts & Ville de Salins , marié en
1681 , avec Anne- Louiſe d'Affigny , fille de Noble
Pierre d'Affigny, Seigneur de Préaumont, & de JeanJANVIER.
1757. 237
ne du Coclet , mourut en 1720. Il fut pere d'Alexis-
Antoine, qui a donné lieu à cet article , & de
Louife - Henriette de Chaftellard qui époufa en
1712 , Claude - Raimond Comte de Narbonne-
Pelet , & mourut en 1751.
La maifon de Chaftellard porte pour Armes .
d'or à trois chevrons d'Azur ; & le détail qu'on
vient d'en donner eft tiré de fon Hiftoire Généalogique
certifiée véritable le 10 Mai 1756 , par
M. d'Hozier- de Sérigny , Juge d'Armes de
France en furvivance , & imprimée ( in-folio )
avec un corps de preuves ou pieces juftificatives ,
depuis l'an 1262 , fuivies de la vie en latin du Vénérable
Amédée d'Hauterive dont on a parlé au
commencement de cet article.
MESSIRE Charles- François - Marie Comte d'Aumale
, Colonel dans le Corps d'Artillerie & du
Génie , fut marié le 23 Août 1756 , à Dame Génévieve
de Caulincourt , veuve de Meffire Benoît de la
Verde- des Vallons, Colonel d'Infanterie , Directeur
des Fortifications du Cambrefis. L'Abbé d'Aumale
fit la cérémonie du mariage dans la Chapelle
du Château d'Orfay. Leur contrat avoit été figné
le jour précédent par Leurs Majeftés . Le Comte
d'Aumale eft fils de feu Meffire Charles Comte
d'Aumale , Lieutenant - Général des Armées du
Roi , & Directeur des Fortifications des places
d'Artois , & de Dame Marie - Marguerite- Jofephe
de Blocquet-de Croix.
230 MERCURE DE FRANCE.
Meffire Alexis- Antoine de Chastellard , appellé
le Marquis de Salieres , né à Salins en 1687 ,
Lieutenant Général des Armées du Roi , Grand-
Croix de l'Ordre Royal & Militaire de Saint-
Louis , Infpecteur général de l'Infanterie , Gouverneur
d'Ardres , de Dieppe , & de l'Hôtel de
l'Ecole Royale- Militaire en 1752 , place dont il
donna fa démiffion en 1754 , mourut à Paris le
29 Février 1756.
D'Hauterive eft le premier nom de la maiſon
de Chaftellard en Dauphiné , qui a l'avantage
peu commun de juftifier une filiation exactement
fuivie depuis cinq fiecles. On trouve une preuve
bien authentique de la haute ancienneté du nom
d'Hauterive dans la vie d'Amédée d'Hauterive , Religieux
de l'Abbaye de Bonnevaux , Ordre de Cîteaux
, diocèfe de Vienne , où l'on conferve en
Original un Manuſcrit du treizieme fiecle, qui contient
cette vie écrite vers l'an 1185 par un Moine
de la même Abbaye.Amédée d'Hauterive , Seigneur
d'Hauterive en Viennois , de Planefe , de Charmes ,
de Lemps , de Clermont , de Saint - Geoire , & cor
Seigneur de plufieurs autres Terres , mérita par la
fainteté de fa vie le furnom de Vénérable. Il avoit
pour oncle maternel Guigues - Dauphin , Comte
d'Albon : Guigo ( 1 ) Delphinus , Comes Albioninfis,
ejus avunculusfuit , & ex illußri Conradi Imperatoris
profapia originis propaginem duxit. Le goût
pour la retraite le conduifit à l'Abbaye de Bonnevaux
, où il embraffa la vie Religeufe avec feize
Chevaliers de diftinction , qui s'étoient joints à lui.
Il quitta depuis ce Monaftere pour le retirer avec
Amédée fon fils dans la célebre Abbaye de Cluni ,
où les Lettres étoient en honneur & où on les cultivoit
avec fuccès. Les Religieux de Cluni perfuadés
(1) Vie d'Amédée-d'Hauterive , ch. 1 & 7.
JANVIER. 1757. 231
)
que l'inftruction qu'ils pouvoient donner à un fi
digne éleve ( Amédée le fils ) , quelque bonne
qu'elle pût être en foi , feroit bien au deffous de
celle qui lui convenoit à tous égards , crurent ne
pouvoir faire rien de mieux que de s'en décharger
promptement fur l'Empereur Conrad fon parent ,
qui en effet ne négligea rien pour l'élever d'une
maniere qui répondît dignement à la nobleffe de
fon extraction , & qui prit de lui le même foin
pendant plufieurs années , que s'il eût été fon
propre fils filium ( 1 ) quoque ( Amedeum ) ipfius
( Amedei ) cum gaudio fufcipientes , poft dies aliquot
in Germaniam ad confanguineum fuum Con-.
radum Imperatorem delegárunt , qui eum gratanter
fufcipiens , eruditiffimis Doctoribus erudiendum
tradidit, multoque tempore curam illius, ac veluti fi
fpecialiter ejus filius effet, ita peregit . Cependant le
Vénérable Amédée fe reprochant de n'avoir pas
perfévéré conftamment dans fa premiere voca
tion , fonda quatre Monafteres qu'il foumit à celui
de Bonnevaux où il étoit retourné , & où il
mourut plein de mérite & de bonnes oeuvres le
14 Janvier , vers l'an 1150. Les Religieux de
l'Ordre de Cîteaux le mettent au nombre de leurs
Saints .
Amédée fils du précédent , prit l'habit Reli
gieux dans l'Abbaye de Clairvaux , & fut enfuite
Abbé de Hautecombe en Savoye , puis Evêque de
Lauſanne. Il eſt mis auffi au nombre des Saints de
POrdre de Câteaux
Berlion d'Hauterive ou de Chaftellard, I. du nom
Damoiſeau , eft celui où commence la filiation
fuivie de cette maifon de Chaftellard . Il époufa
d'abord Elifabeth ; & étoit remarié en 1262 avec
Blanchette Gaudin , fille de Guillaume Gaudin
( 1 ) Ibidem , chap. § .
1
232 MERCURE DE FRANCE.
Chevalier , & de Dame Girine ; fit fon teſtament
dans fa maifon d'Hauterive , en Viennois , le Vendredi
avant la Fête de Saint- Luc 1295 , & en
nomma éxécuteurs Pons ou Poncet , Seigneur
d'Hauterive, dont il étoit vaffal, & Aymard de Rovoire,
Chevalier , fon parent. Du premier lit il eut
Guigonne,qui époufa en 1279 , Antelme - Aynier , Danofeau
; & de l'un des deux lits , Nicolas qui fuit.
Nicolas d'Hauterive ou de Caftellard , Damoiſeau
, demanda en mariage le Jeudi après la Fête
de Sainte- Luce 1292 , Guillemette de Givort , fille
Guillaume de Givort, Chevalier; époufa depuis Catherine
de Clavayfon , fille de Guillaume de Clavayfon
, Chevalier , par contrat du mardi après la Fête
de la Magdeleine 1295 paffé en préfence de Pons
Seigneur d'Hauterive , & vivoit encore en 1335.
Pierre d'Hauterive ou de Chaſtellard ſon fils ,
Damoifeau , eut pour femme Agnès Roftain , &
fit fon teftament à Hauterive le 23 Mars 1341 ,
c'eſt- à - dire 1342 , par lequel entr'autres difpofitions
il donna fa maison d'Hauterive , avec ce qui
lui appartenoit dans la Seigneurie d'Hauterive ,
à Pierre & à Humbert d'Hauterive -Damoiſeaux .
Il eut entr'autres enfans 1. Berlion qui fuit , &
2. Catherine , femme de Hugues Maugiron , Chevalier.
Berlion d'Hauterive ou de Chaftellard , deuxieme
du nom , Chevalier , qualifié noble & puiſſant
homme en 1351 , époufa en 1362 , Françoile de
Quincieu , fille de noble Aymaron de Quincieu ,
fit hommage en 1375 à Joachim de Clermont
Seigneur d'Hauterive , pour tout ce qu'il poffédoit
dans l'étendue de la Seigneurie d'Hauterive ; vivoir
encore le 15 Août 1395 ; & mourut avant le
9 Décembre 1398. Il eut pour enfans , 1. Pierre
de Chaftellard, qui époula en 1394, Marguerite de
JANVIER. 1757. 233
la Baftie,fille de noble & puiffant homme Rolland
de la Baftie , Chevalier Seigneur de Saint -Roman ,
& qui fit fon teftament en 1398 , par lequel il
voulut être enterré dans le Cimetiere de l'Eglife de
Saint Martin-d'Auferin à Hauterive , au tombeau
de fon pere ; & 2. Guillaume , qui fuit .
Guillaume de Chaftellard , Chevalier , époufa
en 1395 , Béatrix de Murinais, fille de noble Odobert
de Murinais . La qualité de noble & puiffant
lui eft donnée dans une fentence rendue à fon profit
en 1439 , contre noble Humbert de Buffevant ,
par le Vice-Juge - Mage des appellations de tout
le Dauphiné ; & on la lui donne encore dans un
acte de l'an 1450 ; mais il ne vivoit plus alors . Il
eut deux enfans , 1. Pierre de Chaftellard qui épou
fa Catherine d'Urre , ſuivant un mémoire domeftique
dreffé récemment , lequel ajoute que ce Pierre
a fait la branche de Saint Lattier qui eſt éteinte ;
& 2. Antoine qui fuit.
Antoine de Chaftellard , Damoifeau , donataire
d'Antoine de Clermont , Chevalier , Seigneur
d'Hauterive, pour la troisieme partie des revenus de
la Châtellenie d'Hauterive , par acte du 9 Août
1442 , époufa peu de temps après Anne Ollanier ,
fille de noble Pons Ollanier ; déclara le 20 No- .
vembre 1450 , qu'il devoit & qu'il vouloit tenir
dorénavant du Dauphin de Viennois tous les biens
qu'il avoit poffédés jufque- là en franc - aleu dans
le mandement de Moras ; & tefta le 13 ..... de
la même année 1450. On lui connoît un fils qui
fuit & une fille appellée Catherine de Chaftellard
femme de noble Antoine du Palais.
Claude de Chaftellard premier du nom Damoifeau
, époufa par contrat du 8 Fevrier 1472 , c'eftà-
dire 1473 , Louiſe de Breffieu , fille de puiffant
homme François de Breffieu , Chevalier , Seigneur
234 MERCURE DE FRANCE.
de Beaucroiffant & de Quincenet. Il eut entr'autres
enfans , 1. Aynard qui fuit ; & 2. Françoise
de Chaftellard, qui époufa en 1492, noble Jean Salignon
. Dans le même temps paroiffent Philippe de
Chaftellard , Abbeffe de Saint André le haut à
Vienne en 1525 , date d'un acte où pend un fceau
fur lequel on voit les trois chevrons qui défignent
les Armes de la maifon de Chaftellard ; & Louiſe
de Chaftellard, élue Abbeffe de Sainte Claire d'Annonay
le premier Novembre 1538.
Aynard de Chaftellard, Seigneur de Chaftellard
dans le mandement d'Hauterive , époufa en 1515
Catherine de Chavanes , fille de noble Jean de
Chavanes , & tefta en 1556. On lui connoît entr'autres
enfans 1. Simon qui fuit, & 2. Antoine de
Chaftellard , Seigneur de Vaux , qui époufa Fleurie
de Chapponay , & qui ( fuivant un mémoire
domeftique drefflé récemment ) a formé les bran
ches de Vaux , de Levaux & d'Herpieu , qui font
éteintes.
Simon de Chaftellard , Seigneur de Chaftellardlès-
Hauterive & de Levaux , époufa Antoinette
Barbier , & tefta en 1588. Ses enfans furent entr'autres
, 1. Claude qui fuit , & 2. Antoinette
de Chaftellard , veuve en 1588 , de noble Imbaud
du Cros.
Claude de Chaftellard , fecond du nom , Seigneur
de Chaftellard - lès - Hauterive , inftitué
héritier univerfel de fon pere en 1588 , pour tous
les biens qu'il poffédoit dans le mandement d'Hauterive
& de Moras , époufa en 1593 , Jeanne Mufy
, foeur de Simon Mufy, Maître & Auditeur en
la Chambre des Comptes de Dauphiné ; & tefta
en 1611. Il eut entr'autres enfans , 1. Alexandre
qui fuit ; 2. Melchior de Chaftellard , Capitaine
d'Infanterie en 1632 ; 3. Henry qui a formé la
JANVIER. 1757. 235
Branche de Chaftellard- Salieres , rapportée ciaprés
; & 4. Claude de Caftellard , femme de noble
Balthafar de Fotte , Sieur de la Freidiere.
Alexandre de Chaftellard , Seigneur de Chaſtellard-
lès-Hauterive , Capitaine dans le Régiment
de Nereftang , marié en 1624 , avec Catherine
de Legue , ou de Laigue , fille de Noble Claude
de Legue, Seigneur de Legue & de la Sabliere ,
& de Louiſe du Peloux , fit fon teftament en 1659,
dans lequel il rappelle tous fes enfans au nombre
de neuf, qui fuivent . 1. Chriftophe de Chaftellard
Seigneur de Chaſtellard- lès- Hauterive , commanda
le Régiment de Bourbonnois , & mourut fans
poftérité ; 2. Georges de Chaftellard , Sieur de la
Contamine , Capitaine dans le Régiment de Bourbonnois
; 3. François a continué la defcendance ;
4. Antoine de Chaſtellard , Chanoine de Saint André
le Bas, à Vienne , & Prieur de Saint Pierre - de
Chandieu ; s . Charles de Chaftellard , Oratorien ,
6. Marie de Chaſtellard , Abbeffe de Notre- Dame
de Bons en Bugey ; 7. Reine de Chaftellard , Urfeline
à Romans , fous le nom de Soeur de Saint
Joachim; 8. Louife Magdeleine de Chaftellard,femme
de noble Charles de Gruel, Seigneur de Fonta
gier ; & 9. Claudine de Chaftellard , Abbeffe de
Bons en Bugey , après Marie de Chaftellard fa
foeur.
François de Chaftellard , Seigneur de Chastellardlès
-Hauterive, époufa en 1690 ,Virgine de Virieude
Beauvoir , fille d'Andréde Virieu - de Beauvoir ,
Seigneur & Baron de Faverges , & de Marguerite
de Virieu -de Beauvoir. Il eut quatre enfans , 1.
Christophe qui fuit ; 2. 3. & 4. Marie de Chastellard
, Marie-Anne de Chaftellard , Catherine de
Chaftellard , Religieufes de la Vifitation à Saint
Marcellin , dont deux font mortes.
236 MERCURE DE FRANCE.
Christophe de Chaftellard , Seigneur de Chatellard-
lès -Hauterive , de la Maifonblanche , de Fontagé
, &c . appellé le Comte de Chastellard , a
époufé en 1716 , Marguerite Roux-Deageant , fille
de François Roux- Deageant, Seigneur de Morges,
& de Marguerite de Virieu -de-l'onterrey . Ses
enfans font au nombre de trois . 1. François de
Chaftellard , appellé le Marquis de Chastellard ,
Brigadier des Armées du Roi , Colonel d'Infanterie
, & Lieutenant Colonel du Régiment des
Gardes de Lorraine , a époufé le 18 Décembre
1755 , Marie- Thérefe de la Morte-de Laval, Dame
de la Morte- Chalencon , de Vors , & c . fille de
Jean-René de la Morte , Seigneur des mêmes Terres
, & de Marie- Louiſe de Manent- de Montaux .
2. Pierre-Jacques de Chaftellard , appellé le Chevalier
de Chaftellard , Major du Régiment des
Gardes de Lorraine . 3. Antoine -Claude de Chaſtellard
, Chanoine du Chapitre Noble de Saint
Pierre de Vienne.
Branche des Marquis de Salieres.
Henry de Chaftellard , appellé le Marquis de
Salieres , Colonel d'Infanterie , Commandant le
Régiment de Carignan en 1664 , commandoit en
1670, ce même Regiment pour le fervice de S. M.
en Canada. Il étoit auffi Gentilhomme ordinaire
de la Chambre du Roi ; & il eut pour femme
Honorée de Maty , dont il eut 1. François -Balthafar
qui fuit , & 2. Claudine de Chaſtellard qui
époufa en 1670 , Noble Jean de Rignac.
François- Balthafar de Chaftellard appellé le
Marquis de Salieres , Colonel d'Infanterie , Com
mandant des forts & Ville de Salins , marié en
1681 , avec Anne- Louiſe d'Affigny , fille de Noble
Pierre d'Affigny, Seigneur de Préaumont, & de JeanJANVIER.
1757. 237
ne du Coclet , mourut en 1720. Il fut pere d'Alexis-
Antoine, qui a donné lieu à cet article , & de
Louife - Henriette de Chaftellard qui époufa en
1712 , Claude - Raimond Comte de Narbonne-
Pelet , & mourut en 1751.
La maifon de Chaftellard porte pour Armes .
d'or à trois chevrons d'Azur ; & le détail qu'on
vient d'en donner eft tiré de fon Hiftoire Généalogique
certifiée véritable le 10 Mai 1756 , par
M. d'Hozier- de Sérigny , Juge d'Armes de
France en furvivance , & imprimée ( in-folio )
avec un corps de preuves ou pieces juftificatives ,
depuis l'an 1262 , fuivies de la vie en latin du Vénérable
Amédée d'Hauterive dont on a parlé au
commencement de cet article.
Fermer
Résumé : MARIAGE ET MORT.
Le texte présente plusieurs événements et généalogies historiques. Le comte Charles-François-Marie d'Aumale, colonel dans le Corps d'Artillerie et du Génie, s'est marié le 23 août 1756 avec Dame Génévieve de Caulincourt, veuve de Messire Benoît de la Verde-des Vallons. La cérémonie a eu lieu dans la Chapelle du Château d'Orfay, célébrée par l'Abbé d'Aumale. Leur contrat de mariage avait été signé la veille par Leurs Majestés. Le comte d'Aumale est le fils de feu Messire Charles Comte d'Aumale, Lieutenant-Général des Armées du Roi et Directeur des Fortifications des places d'Artois, et de Dame Marie-Marguerite-Josèphe de Blocquet-de Croix. Le marquis Alexis-Antoine de Chastellard, né à Salins en 1687, Lieutenant Général des Armées du Roi, Grand-Croix de l'Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, Inspecteur général de l'Infanterie, Gouverneur d'Ardres, de Dieppe, et de l'Hôtel de l'École Royale Militaire en 1752, est décédé à Paris le 29 février 1756. La maison de Chastellard en Dauphiné, dont le premier nom est Hauterive, a une filiation suivie depuis cinq siècles. Une preuve de son ancienneté est fournie par la vie d'Amédée d'Hauterive, religieux de l'Abbaye de Bonnevaux, dont un manuscrit du treizième siècle conserve la biographie écrite vers 1185. Amédée d'Hauterive, seigneur de plusieurs terres, a fondé quatre monastères et est mort en 1150. Son fils, également nommé Amédée, a été abbé de Hautecombe en Savoie et évêque de Lausanne. Le texte détaille également la généalogie des seigneurs d'Hauterive et de Chastellard, mentionnant leurs mariages, testaments, et descendants. Parmi les figures notables, on trouve Berlion d'Hauterive, Nicolas d'Hauterive, Pierre d'Hauterive, et plusieurs autres membres de la famille, chacun avec des détails sur leurs alliances et leurs possessions. La maison de Chastellard porte pour armes 'd'or à trois chevrons d'Azur'. L'ouvrage 'France en furvivance, & imprimée' est publié en format in-folio et comprend des preuves ou pièces justificatives couvrant une période débutant en 1262. Il inclut également la vie en latin du Vénérable Amédée d'Hauterive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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700
p. 205-210
MORTS.
Début :
Dame Susanne de Damas, Doyenne des Chanoinesses, & Comtesse de [...]
Mots clefs :
Morts, Comtesse, Chanoine, Comte, Maison de Wignacours, Chevalier, Maison d'Archeries
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
DAME Sufanne de Damas , Doyenne des Cha
noineffes , & Comteffe de Neuville , en Breffe ,
Dioceſe de Lyon , mourut à Neuville le 17 Septembre
1756. Le Chapitre ayant été tenu par
Madame de Broffes , Grand- Chantre , le 26 Octobre
fuivant , Dame Françoiſe de Tenay- de Saint-
Chriftophe fut élue unaniment pour lui fuccéder ,
& le 16 Novembre , elle a prêté ferment pour
fa
nouvelle Dignité entre les mains de S. E. M. le
Cardinal de Tencin , Archevêque & Comte de
Lyon. Les tente , & grande tente de Madame de
Saint- Chryftophe , ont été à la tête de ce Chapitre.
Elle eft fille du Marquis de Saint - Chryftophe
, ci devant Capitaine , Lieutenant des
Gendarmes d'Orleans.
Meffire Emé-Claude- François Gagne- de Perigny
, Chanoine honoraire de l'Eglife Métropolitaine
de Paris , & Abbé de l'Abbaye de Châtillonfur-
Seine , Ordre de Saint Auguftin , Congréga
tion de France , Diocefe de Langres , & de l'Abbaye
de Livry , même Ordre & même Congrégation
, Dioceſe de Paris , eft mort à Paris le 4 Oc¬
tobre dans fa foixante-onzieme année .
Robert Antoine , Comte de Wignacours , Ba
ron de Saint- Loup , Seigneur des terres & fiefs
nobles de Warnecourt , Charbogne , Chevenie ,
Verrieres , Briquemaux , les Auches , les Crelles ,
Maiſonnettes , les grand & petit Vivier , Toulie ,
le Griffon -Bromville , la Hamelle , Evignie ,
Mondignie , Sanglie , Sufanne , Ecordal , Bruncha
mel , &c, eft mort en fon château de Charbogne en
206 MERGURE DE FRANCE.
Champagne le 30 Octobre 1756 , âgé de 18 ans
trois mois & quinze jours. Il étoit Chef de l'ancienne
Maiſon de fon nom , qui tient rang entre
les plus grandes & les plus illuftres , & qui a donné
dans le dernier fiecle deux grands maîtres à
l'Ordre de Malte ( Alof de Wignacourt , élu
avec le concours général & unanime de tout
l'Ordre , & l'applaudiffement univerfel , en 1601,
& Adrien de Wignacourt en 1690 , ) & fils d'Antoine
, Marquis de Wignacourt , Seigneur de
Warnecourt , Evignie , Charbogne , &c. Gouverneur
de la ville de Donchery , & de Marie- Heleine-
Magdeleine de Villelongue , Dame de Brumehamel
, morts tous deux en 1736. Il avoit été
marié à Marie-Louiſe de Goujon Condé , morte le
jour de Pâques 1729 , de laquelle il a laiffé pour
fils unique Charles - Antoine - François Marie ,
Marquis de Wignacourt , Baron de Saint-Loup ,
Seigneur de Warnecourt , Brunehamel , Charbogne
, Evignie , Ecordal , &c. Chef actuel de la
maifon de Wignacourt , né le 30 Juillet 1727 ,
veuf du 7 Décembre 1754 , de Conftance Françoiſe
Duffon-de Bonnac , petite fille du feu Maréchal-
Duc de Biron , Pair de France , dont il a
une fille , Marie- Charlotte-Antoinette- Conftance-
Louife-Françoiſe de Wignacourt , née le 30 Octobre
1750.
Dame Marie-Jofephe- Charlotte - Henriette de
Gironde-de Buron , époufe d'Antoine de Chabannes
, Marquis de Curton , ancien Colonel d'Infanterie
, mourut le 12 Novembre au château du
Palais en Forez.
Le 22 Novembre 1756 , eft décédé au Château
d'Archeries en Normandie , dans la 91º année de
fon âge , Meffire François- Céfar -Augufte Charlemagne
, Comte d'Archeries, Chevalier , Barom
AVRIL. 1757. 207
F
d'Affre , Chevalier de Saint Louis , ancien Lieurenant
Colonel du Régiment de Champagne. Il
laiffe de fon mariage , fait en 1702 avec Dame
Claude-Françoife - Luce- Ingelberte de Vauché ,
d'une très-illuftre Maifon de l'Ile de France , trois
enfans : 1. Louis- Charles-Dagobert Célar , Comte
d'Archeries , né en 1711 , Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de Touraine , marié en
1751 avec Claude- Françoife- Etiennette d'Albes ,
de laquelle il a deux garçons ; 2 ° . Charles-Lothaire-
Claude d'Archeries , Chevalier de Malte , né en
1720 , Lieutenant dans le Régiment de fon frere :
3°. Mélanie - Pierrette - Jeanne - Amable Marie ,
marié en 1730 avec Claude-François-Etienne de
Villermot , Préfident au Parlement de Besançon ,
mort en 1741 .
La Maifon d'Archeries l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de Normandie ( dont une branche
étoit établie en Bugey en 1590 , fuivant Guichenon
dans fon Hiftoire de Breffe de Bugey,
t. I ) , tire fon nom de la terre d'Archeries , fituée
dans l'élection d'Alençon à fix lieues de cette
Ville , qu'elle poffede dès le commencement du
enzieme fiecle qu'elle commence à paroître dans
l'hiftoire . On voit un Philippe , Chevalier , Seigneur
d'Archeries , qui en 1035 accompagne Robert
fecond , Duc de Normandie , dans fon Pélerinage
de Jérufalem. On trouve un autre Philippe
, Chevalier , Seigneur d'Archeries , qui commande
un corps de troupes dans la guerre que
Guillaume le Conquérant , Duc de Normandie ,
entreprit contre Philippe premier , Roi de France ,
vers l'an 1076. Mais la filiation n'eft exactement
fuivie que depuis Charles , Chevalier , Seigneur
d'Archeries , Capitaine de mille hommes de pied
en 1190 , pour le fervice de Richard Coeur - de208
MERCURE DE FRANCE.
Lion , Duc de Normandie. Ce Seigneur avoit
époufé une femme nommé Richilde , dont il eut
pour fils Charles , fecond du nom , Chevalier ,
Seigneur d'Archeries , dont le nom de la femme
eft inconnu , ainfi que celui de celle de fon fils
Guillaume , Seigneur d'Archeries , Gouverneur
de la ville de Rouen pour le Roi Philippe le
Hardi , qui le fit Chevalier en 1280. Jean , premier
du nom , Chevalier , Seigneur d'Archeries ,
fils de Guillaume , fut Capitaine d'une Compagnie
de trois cens Lances , fous Philippe le Bel en
1295 : celui-ci époufa Marguerite d'Ifles , qui fut
mere de Jean fecond , Chevalier , Seigneur d'Ascheries
, Capitaine de cent Lances , & Gouverneur
du Pont de l'Arche , fous Philippe de Valois en
1330 & 1350, marié en 1341 , à Ide Dame de Breches
, fille de Guillaume , Seigneur de Breches , &
de Jeanne de Malleville . De ce mariage il eur
entr'autres enfans Jean , troifieme du nom , Chevalier
, Seigneur d'Archeries , auquel le Roi Charles
VI en 1390 , fit don de mille livres tournois
en confidération de la belle défenfe qu'il fit au
fiege de la ville d'Alençon dont il étoit Gouverneur
; il avoit époufé dès le 8 Janvier 1381 ( vieux
ftyle ) Perrette de Stainville, Dame de Liville-Sanville
, &c. Il fut tué à la bataille d'Azincourt en
1415 , & fut pere de Jacques , Chevalier , Seigneur
d'Archeries-Brechen , Sanville , & c. Capitaine de
fix cens Lances pour le fervice du Roi , mort le
s Février 1460 ( vieux ftyle ) laiffant de fa femme
Jeannette de Boudeville , morte en 1463 , pour fils
aîné Charles , troifieme du nom , Chevalier , Seigneur
d'Archeries , &c. Gouverneur pour le Roi
Louis XI , du Pontau-de-Mer , mort en 1f08 ,
ayant épousé en 1464 Louife de Pontette , qui le
rendit pere de François , Chevalier , Seigneur
AVRIL 1757. 200
d'Archeries , Capitaine de cinquante hommes
d'Armes pour le Roi François premier , marié en
1500 à Claudine de Mandreville , dont le fils
Charles , quatrieme du nom , fut fait Chevalier
de l'Ordre du Roi en 1547. Il avoit épousé le 6
Juillet 1540 Jeanne de Mailli , fille de Louis ,
Seigneur d'Haucourt & de Saint- Léger , & d'Alphonfe
du Quefnoy ; ils eurent pour fils Louis ,
Chevalier , Seigneur d'Archeries , en faveur duquel
le Roi Henri quatre érigea la terre d'Archeries
en Comté , avec union des terres de Breche
& de Sanville , par Lettres Patentes du 10 Janvier
1596. Il époufa en 1590 Jeanne de Bifthelles ,
qui le rendit pere de François Philippe , Comte
d'Archeries , tué à la bataille de Caffel en 1677.
Il avoit épousé en 1630 le 10 Janvier , Claudine-
Charlotte de Bonneries , qui le rendit pere de
deux enfans ; à fçavoir , Louis -Jacques qui fuit ,
& Charles Augufte , dont la postérité a fini en
1730.
Louis- Jacques , Comte d'Archeries , Chevalier ,
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment d'Enghien
, époufa en 1649 Charlotte de Solleville ,
& en eut Jacques - Charles , Comte d'Archeries ,
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , mort en
1689 , ayant époufé en 1660 Jeanne-Claude
d'Eftinfec , qui fut mere de deux filles , & du
Comte d'Archeries qui donne lieu à cet article.
Dame Louife des Marets , époufe de Louis-
Pierre - Maximilien de Bethune , Duc de Sully ,
Pair de France , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or , ci - devant premier Gentilhomme de la
chambre de feu Monfeigneur le Duc de Berry ,
& Colonel - Lieutenant du Regiment de la Reine
Infanterie , mourut à Paris le 28 Novembre , dans
fa foixante- douzieme année.
110 MERCURE DE FRANCE.
"
Henriette-Agathe de Lorraine , appellée Mile
de Brionne , mourut à Paris le 30 Novembre
âgée de vingt- cinq ans , quatre mois & dix- huit
jours. Elle étoit fille de feu Louis de Lorraine ,
Prince de Lambeſc , Comte de Brionne & de
Braine , Brigadier de Cavalerie , grand Sénéchal
héréditaire de Bourgogne , Gouverneur d'Anjou ,
des Ville & Château d'Anjeſt & de Pont-de-Cé , &
de feue Jeanne-Henriette-Marguerite de Durfors.
DAME Sufanne de Damas , Doyenne des Cha
noineffes , & Comteffe de Neuville , en Breffe ,
Dioceſe de Lyon , mourut à Neuville le 17 Septembre
1756. Le Chapitre ayant été tenu par
Madame de Broffes , Grand- Chantre , le 26 Octobre
fuivant , Dame Françoiſe de Tenay- de Saint-
Chriftophe fut élue unaniment pour lui fuccéder ,
& le 16 Novembre , elle a prêté ferment pour
fa
nouvelle Dignité entre les mains de S. E. M. le
Cardinal de Tencin , Archevêque & Comte de
Lyon. Les tente , & grande tente de Madame de
Saint- Chryftophe , ont été à la tête de ce Chapitre.
Elle eft fille du Marquis de Saint - Chryftophe
, ci devant Capitaine , Lieutenant des
Gendarmes d'Orleans.
Meffire Emé-Claude- François Gagne- de Perigny
, Chanoine honoraire de l'Eglife Métropolitaine
de Paris , & Abbé de l'Abbaye de Châtillonfur-
Seine , Ordre de Saint Auguftin , Congréga
tion de France , Diocefe de Langres , & de l'Abbaye
de Livry , même Ordre & même Congrégation
, Dioceſe de Paris , eft mort à Paris le 4 Oc¬
tobre dans fa foixante-onzieme année .
Robert Antoine , Comte de Wignacours , Ba
ron de Saint- Loup , Seigneur des terres & fiefs
nobles de Warnecourt , Charbogne , Chevenie ,
Verrieres , Briquemaux , les Auches , les Crelles ,
Maiſonnettes , les grand & petit Vivier , Toulie ,
le Griffon -Bromville , la Hamelle , Evignie ,
Mondignie , Sanglie , Sufanne , Ecordal , Bruncha
mel , &c, eft mort en fon château de Charbogne en
206 MERGURE DE FRANCE.
Champagne le 30 Octobre 1756 , âgé de 18 ans
trois mois & quinze jours. Il étoit Chef de l'ancienne
Maiſon de fon nom , qui tient rang entre
les plus grandes & les plus illuftres , & qui a donné
dans le dernier fiecle deux grands maîtres à
l'Ordre de Malte ( Alof de Wignacourt , élu
avec le concours général & unanime de tout
l'Ordre , & l'applaudiffement univerfel , en 1601,
& Adrien de Wignacourt en 1690 , ) & fils d'Antoine
, Marquis de Wignacourt , Seigneur de
Warnecourt , Evignie , Charbogne , &c. Gouverneur
de la ville de Donchery , & de Marie- Heleine-
Magdeleine de Villelongue , Dame de Brumehamel
, morts tous deux en 1736. Il avoit été
marié à Marie-Louiſe de Goujon Condé , morte le
jour de Pâques 1729 , de laquelle il a laiffé pour
fils unique Charles - Antoine - François Marie ,
Marquis de Wignacourt , Baron de Saint-Loup ,
Seigneur de Warnecourt , Brunehamel , Charbogne
, Evignie , Ecordal , &c. Chef actuel de la
maifon de Wignacourt , né le 30 Juillet 1727 ,
veuf du 7 Décembre 1754 , de Conftance Françoiſe
Duffon-de Bonnac , petite fille du feu Maréchal-
Duc de Biron , Pair de France , dont il a
une fille , Marie- Charlotte-Antoinette- Conftance-
Louife-Françoiſe de Wignacourt , née le 30 Octobre
1750.
Dame Marie-Jofephe- Charlotte - Henriette de
Gironde-de Buron , époufe d'Antoine de Chabannes
, Marquis de Curton , ancien Colonel d'Infanterie
, mourut le 12 Novembre au château du
Palais en Forez.
Le 22 Novembre 1756 , eft décédé au Château
d'Archeries en Normandie , dans la 91º année de
fon âge , Meffire François- Céfar -Augufte Charlemagne
, Comte d'Archeries, Chevalier , Barom
AVRIL. 1757. 207
F
d'Affre , Chevalier de Saint Louis , ancien Lieurenant
Colonel du Régiment de Champagne. Il
laiffe de fon mariage , fait en 1702 avec Dame
Claude-Françoife - Luce- Ingelberte de Vauché ,
d'une très-illuftre Maifon de l'Ile de France , trois
enfans : 1. Louis- Charles-Dagobert Célar , Comte
d'Archeries , né en 1711 , Capitaine de Cavalerie
dans le Régiment de Touraine , marié en
1751 avec Claude- Françoife- Etiennette d'Albes ,
de laquelle il a deux garçons ; 2 ° . Charles-Lothaire-
Claude d'Archeries , Chevalier de Malte , né en
1720 , Lieutenant dans le Régiment de fon frere :
3°. Mélanie - Pierrette - Jeanne - Amable Marie ,
marié en 1730 avec Claude-François-Etienne de
Villermot , Préfident au Parlement de Besançon ,
mort en 1741 .
La Maifon d'Archeries l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de Normandie ( dont une branche
étoit établie en Bugey en 1590 , fuivant Guichenon
dans fon Hiftoire de Breffe de Bugey,
t. I ) , tire fon nom de la terre d'Archeries , fituée
dans l'élection d'Alençon à fix lieues de cette
Ville , qu'elle poffede dès le commencement du
enzieme fiecle qu'elle commence à paroître dans
l'hiftoire . On voit un Philippe , Chevalier , Seigneur
d'Archeries , qui en 1035 accompagne Robert
fecond , Duc de Normandie , dans fon Pélerinage
de Jérufalem. On trouve un autre Philippe
, Chevalier , Seigneur d'Archeries , qui commande
un corps de troupes dans la guerre que
Guillaume le Conquérant , Duc de Normandie ,
entreprit contre Philippe premier , Roi de France ,
vers l'an 1076. Mais la filiation n'eft exactement
fuivie que depuis Charles , Chevalier , Seigneur
d'Archeries , Capitaine de mille hommes de pied
en 1190 , pour le fervice de Richard Coeur - de208
MERCURE DE FRANCE.
Lion , Duc de Normandie. Ce Seigneur avoit
époufé une femme nommé Richilde , dont il eut
pour fils Charles , fecond du nom , Chevalier ,
Seigneur d'Archeries , dont le nom de la femme
eft inconnu , ainfi que celui de celle de fon fils
Guillaume , Seigneur d'Archeries , Gouverneur
de la ville de Rouen pour le Roi Philippe le
Hardi , qui le fit Chevalier en 1280. Jean , premier
du nom , Chevalier , Seigneur d'Archeries ,
fils de Guillaume , fut Capitaine d'une Compagnie
de trois cens Lances , fous Philippe le Bel en
1295 : celui-ci époufa Marguerite d'Ifles , qui fut
mere de Jean fecond , Chevalier , Seigneur d'Ascheries
, Capitaine de cent Lances , & Gouverneur
du Pont de l'Arche , fous Philippe de Valois en
1330 & 1350, marié en 1341 , à Ide Dame de Breches
, fille de Guillaume , Seigneur de Breches , &
de Jeanne de Malleville . De ce mariage il eur
entr'autres enfans Jean , troifieme du nom , Chevalier
, Seigneur d'Archeries , auquel le Roi Charles
VI en 1390 , fit don de mille livres tournois
en confidération de la belle défenfe qu'il fit au
fiege de la ville d'Alençon dont il étoit Gouverneur
; il avoit époufé dès le 8 Janvier 1381 ( vieux
ftyle ) Perrette de Stainville, Dame de Liville-Sanville
, &c. Il fut tué à la bataille d'Azincourt en
1415 , & fut pere de Jacques , Chevalier , Seigneur
d'Archeries-Brechen , Sanville , & c. Capitaine de
fix cens Lances pour le fervice du Roi , mort le
s Février 1460 ( vieux ftyle ) laiffant de fa femme
Jeannette de Boudeville , morte en 1463 , pour fils
aîné Charles , troifieme du nom , Chevalier , Seigneur
d'Archeries , &c. Gouverneur pour le Roi
Louis XI , du Pontau-de-Mer , mort en 1f08 ,
ayant épousé en 1464 Louife de Pontette , qui le
rendit pere de François , Chevalier , Seigneur
AVRIL 1757. 200
d'Archeries , Capitaine de cinquante hommes
d'Armes pour le Roi François premier , marié en
1500 à Claudine de Mandreville , dont le fils
Charles , quatrieme du nom , fut fait Chevalier
de l'Ordre du Roi en 1547. Il avoit épousé le 6
Juillet 1540 Jeanne de Mailli , fille de Louis ,
Seigneur d'Haucourt & de Saint- Léger , & d'Alphonfe
du Quefnoy ; ils eurent pour fils Louis ,
Chevalier , Seigneur d'Archeries , en faveur duquel
le Roi Henri quatre érigea la terre d'Archeries
en Comté , avec union des terres de Breche
& de Sanville , par Lettres Patentes du 10 Janvier
1596. Il époufa en 1590 Jeanne de Bifthelles ,
qui le rendit pere de François Philippe , Comte
d'Archeries , tué à la bataille de Caffel en 1677.
Il avoit épousé en 1630 le 10 Janvier , Claudine-
Charlotte de Bonneries , qui le rendit pere de
deux enfans ; à fçavoir , Louis -Jacques qui fuit ,
& Charles Augufte , dont la postérité a fini en
1730.
Louis- Jacques , Comte d'Archeries , Chevalier ,
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment d'Enghien
, époufa en 1649 Charlotte de Solleville ,
& en eut Jacques - Charles , Comte d'Archeries ,
Colonel d'un Régiment d'Infanterie , mort en
1689 , ayant époufé en 1660 Jeanne-Claude
d'Eftinfec , qui fut mere de deux filles , & du
Comte d'Archeries qui donne lieu à cet article.
Dame Louife des Marets , époufe de Louis-
Pierre - Maximilien de Bethune , Duc de Sully ,
Pair de France , Chevalier de l'Ordre de la Toifon
d'Or , ci - devant premier Gentilhomme de la
chambre de feu Monfeigneur le Duc de Berry ,
& Colonel - Lieutenant du Regiment de la Reine
Infanterie , mourut à Paris le 28 Novembre , dans
fa foixante- douzieme année.
110 MERCURE DE FRANCE.
"
Henriette-Agathe de Lorraine , appellée Mile
de Brionne , mourut à Paris le 30 Novembre
âgée de vingt- cinq ans , quatre mois & dix- huit
jours. Elle étoit fille de feu Louis de Lorraine ,
Prince de Lambeſc , Comte de Brionne & de
Braine , Brigadier de Cavalerie , grand Sénéchal
héréditaire de Bourgogne , Gouverneur d'Anjou ,
des Ville & Château d'Anjeſt & de Pont-de-Cé , &
de feue Jeanne-Henriette-Marguerite de Durfors.
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Résumé : MORTS.
En 1756 et au début de 1757, plusieurs décès notables ont été enregistrés. Dame Suzanne de Damas, Doyenne des Chanoinesses et Comtesse de Neuville, est décédée à Neuville le 17 septembre 1756. Dame Françoise de Tenay-Saint-Christophe a été élue pour lui succéder et a prêté serment le 16 novembre devant le Cardinal de Tencin. Messire Emé-Claude-François Gagne de Perigny, Chanoine honoraire de l'Église Métropolitaine de Paris et Abbé de l'Abbaye de Châtillon-sur-Seine, est mort à Paris le 4 octobre à l'âge de 61 ans. Robert Antoine, Comte de Wignacourt, est décédé le 30 octobre 1756 à l'âge de 18 ans et trois mois. Il était Chef de la Maison de Wignacourt et fils d'Antoine, Marquis de Wignacourt, et de Marie-Hélène-Madeleine de Villelongue. Dame Marie-Josèphe-Charlotte-Henriette de Gironde-de Buron, épouse d'Antoine de Chabannes, Marquis de Curton, est morte le 12 novembre au château du Palais en Forez. Messire François-César-Auguste Charlemagne, Comte d'Archeries, est décédé le 22 novembre 1756 à l'âge de 91 ans. Il laisse trois enfants de son mariage avec Dame Claude-Françoise-Luce-Ingelberte de Vauché. Dame Louise des Marets, épouse de Louis-Pierre-Maximilien de Béthune, Duc de Sully, est morte à Paris le 28 novembre à l'âge de 62 ans. Henriette-Agathe de Lorraine, appelée Mlle de Brionne, est décédée à Paris le 30 novembre à l'âge de 25 ans, 4 mois et 18 jours. Elle était fille de Louis de Lorraine, Prince de Lambesc, et de Jeanne-Henriette-Marguerite de Durfort.
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