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101
p. 224-225
PAYS-BAS.
Début :
On publia le 21 de ce mois, par ordre de leurs [...]
Mots clefs :
La Haye, Aix-la-Chapelle, Prince, Marquis de Grimaldi, Ambassadeur du roi d'Espagne, Thèse de logique
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texteReconnaissance textuelle : PAYS-BAS.
PATS BAS.
15
DE LA HAYE , le 25 Avril.
21
On publia le 21 de ce mois , par ordre de leurs
Hautes Puiffances , un decret , qui établit des réJUI
N. 1755. 225
compenfes pour les prifes faites par mer fur les
Sujets ou la Régence d'Alger , & qui ftatue les
formalités néceffaires pour les recevoir.
Le Marquis de Grimaldi , Ambaffadeur du Roi
d'Efpagne , fe rendit le 2 de ce mois à la Cour ,
avec un cortège de trois carroffes à fix chevaux
& une nombreufe fuite ,pour faire fa premiere vifite
au Prince Stadhouder. Le Prince , accompagné
de fon grand Maréchal , de fon grand Ecuyer , &
des autres principaux Officiers de fa maiſon , reçut
le Marquis de Grimaldi à la portiere de fon
carroffe , & lui donnant la droite le conduifit
à fon cabinet : on y avoit préparé deux fauteuils,
Le Prince laiffa la place d'honneur à l'Ambaffadeur
, & prit le fauteuil le plus proche de la porte.
Après les complimens ordinaires il reconduifit le
Marquis de Grimaldi jufqu'à la portiere de fon
carroffe. Le lendemain , fe Stadhouder rendit la
vifite à ce Miniftre , qui obferva à l'égard de ce
Prince le même cérémonial que le Prince avoit
obfervé la veille avec lui.
D'AIX-LA- CHAPELLE , le 4 Mai.
Un phénomene littéraire a excité ces jours- ci
Fadmiration du public. La Dlle Marie - Magdeleine-
Bernardine de Witte , âgée de dix -fept ans
a foutenu en latin deux thefes de Logique , & elle
a répondu avec autant de jufteffe & de netteté que
de graces à tous les argumens qui lui ont été,
propofés par les plus fameux Profeffeurs de cette
ville.
15
DE LA HAYE , le 25 Avril.
21
On publia le 21 de ce mois , par ordre de leurs
Hautes Puiffances , un decret , qui établit des réJUI
N. 1755. 225
compenfes pour les prifes faites par mer fur les
Sujets ou la Régence d'Alger , & qui ftatue les
formalités néceffaires pour les recevoir.
Le Marquis de Grimaldi , Ambaffadeur du Roi
d'Efpagne , fe rendit le 2 de ce mois à la Cour ,
avec un cortège de trois carroffes à fix chevaux
& une nombreufe fuite ,pour faire fa premiere vifite
au Prince Stadhouder. Le Prince , accompagné
de fon grand Maréchal , de fon grand Ecuyer , &
des autres principaux Officiers de fa maiſon , reçut
le Marquis de Grimaldi à la portiere de fon
carroffe , & lui donnant la droite le conduifit
à fon cabinet : on y avoit préparé deux fauteuils,
Le Prince laiffa la place d'honneur à l'Ambaffadeur
, & prit le fauteuil le plus proche de la porte.
Après les complimens ordinaires il reconduifit le
Marquis de Grimaldi jufqu'à la portiere de fon
carroffe. Le lendemain , fe Stadhouder rendit la
vifite à ce Miniftre , qui obferva à l'égard de ce
Prince le même cérémonial que le Prince avoit
obfervé la veille avec lui.
D'AIX-LA- CHAPELLE , le 4 Mai.
Un phénomene littéraire a excité ces jours- ci
Fadmiration du public. La Dlle Marie - Magdeleine-
Bernardine de Witte , âgée de dix -fept ans
a foutenu en latin deux thefes de Logique , & elle
a répondu avec autant de jufteffe & de netteté que
de graces à tous les argumens qui lui ont été,
propofés par les plus fameux Profeffeurs de cette
ville.
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Résumé : PAYS-BAS.
Le 21 avril, un décret des Hautes Puissances institua des compensations pour les prises en mer sur les sujets ou la Régence d'Alger, détaillant les formalités nécessaires pour les recevoir. Le 2 avril, le Marquis de Grimaldi, ambassadeur du Roi d'Espagne, se présenta à la Cour avec un cortège de trois carrosses à six chevaux et une suite nombreuse pour sa première visite au Prince Stadhouder. Le Prince, accompagné de ses principaux officiers, accueillit l'ambassadeur à la portière de son carrosse et lui offrit la place d'honneur dans son cabinet. Le lendemain, le Stadhouder rendit la visite à l'ambassadeur, suivant le même cérémonial. À Aix-la-Chapelle, le 4 mai, Marie-Madeleine-Bernardine de Witte, âgée de dix-sept ans, soutint en latin deux thèses de logique et répondit avec justesse et netteté aux arguments des plus célèbres professeurs de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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102
p. 78-84
Lettre de M. Gentil en réponse à la Lettre de M. le Tellier, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE de M. Gentil, Docteur en Médecine de la Faculté de Paris, en réponse [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Histoire universelle, Académie des enfants
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. Gentil en réponse à la Lettre de M. le Tellier, [titre d'après la table]
LETTRE ETTRE de M. Gentil , Docteur en
Médecine de la Faculté de Paris , en réponſe
à la Lettre de M. le Thellier , Docteur
en Médecine de la Faculté de Montpellier
, réfidant à Peronne , au fujet d'un
ouvrage nouveau , intitulé Epoques élémentaires
d'hiftoire univerſelle ſuivant la chronologie
vulgaire; par le Sr Mahaux , Maître
affocié de la maifon nommée Académie des
Enfans , rue de Seine , Fauxbourg S.Victor.
En conféquence de ce que vous avez lû ,
Monfieur & cher Confrere , dans la feuille
34° de l'Année littéraire du 18 Décembre
1754 , & dans le Mercure de France d'Avril
1755 , au fujet de l'ouvrage de M.
Mahaux , vous vous êtes adreffé à moi
pour vous déterminer au jugement que
vous en devez porter , & fçavoir fi cet
ouvrage mérite effectivement le bien qu'on
en a dit , fur-tout quels progrès il fait faire
JUIN. 1755. 79
aux enfans dans la maifon des fieurs Viart
& Mahaux , annoncée , il y a plus de deux
ans , par un Profpectus qui a fait beaucoup
de bruit dans fon tems ; enfin fi cette Académie
eft telle qu'il foit raifonnable d'y
envoyer des enfans du fond d'une province
, comment ils y font tenus & nourris ,
& fi l'on y exécute ponctuellement tout ce
qui a été promis à ces différens égards ,
le tout parce que vous fçavez que je fuis
l'ami & le médecin de cette maifon. 1 °.
Je vous crois fort en état de juger par vousmême
de l'ouvrage en queftion ; je vous
l'ai envoyé , effaiez -en fur des enfans qui
yous font chers , & fuivez exactement la
méthode aifée qui y eft prefcrite : vous
verrez bientôt qu'il n'y a rien d'exagéré
dans les éloges qu'on lui a donnés à Paris ,
& qu'il en obtient de plus grands à meſure
qu'il eft plus connu & pratiqué. 2 ° . Je ne
puis ni ne dois refufer mon témoignage
en pareille occafion à quiconque me le
demande , encore moins à vous , Monfieur,
qui m'honorez de votre confiance. Sans
être juge né de cette partie de la littérature
& des méthodes d'éducation en général ,
je conviendrai fans peine que rien n'empêchant
un Médecin de connoître & de
fuivre les différens progrès des arts & des
fciences , il est toujours cenfé n'en fçavoir
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
pas affez peu dans ces fortes de chofes
pour y être trompé , du moins à un certain
point , ou fe laiffer aveugler par trop
de prévention. Ce que j'ai vu depuis deux
ans ne me permet pas de le déclarer foiblement.
Il y a dans cette maiſon , qui eſt
dans l'air le plus pur , & dont le bâtiment
eft magnifique & fpacieux , féparé feulement
par un mur du Jardin du Roi , fecond
avantage qui fe fait affez fentir fans le dire ,
deux Maîtres en chef , fçavoir le Sr Viart ,
Avocat en Parlement , qui donne des notions
de jurifprudence romaine & françoife
; le Sr Mahaux des leçons d'hiftoire ,
de chronologie , géographie , généalogie 5
blafon , & c. trois Précepteurs pour le
latin ; un Maître de mathématique & de
phyfique expérimentale ; un pour la langue
allemande ; un de deffein , de danfe ,
pour les armes , exercices & évolutions
militaires , de mufique & pour les inftrumens
; enfin un Prêtre de la Paroiffe pour
le catéchifme. La nourriture y est trèsbonne
& très-faine : on accoutume les enfans
à la plus grande propreté , & à avoir
toujours l'air arrangé comme s'ils étoient
dans le monde , fur- tout à une très- grande
politeſſe entr'eux ; ' jamais de termes durs
& choquans , même de la part des Maîtres
lorfqu'ils font forcés d'employer la répri-
-
JUIN. 17556 SE
mande ; le plus grand châtiment eft la
privation des exercices ordinaires qui fervent
toujours de récompenfe de l'un à
l'autre . Ces enfans ne montrent jamais
plus de gaieté & d'empreffement que lorfqu'on
les y appelle ; ils quittent leurs jeux
& fe plaignent ordinairement du peu de
tems que durent les inftructions. Il n'y a
gueres de femaines où il n'ayent à parler
trois ou quatre fois devant des compagnies
nombreufes que la curiofité attire ,
d'où il arrive que ce font des efpeces
d'actes publics qu'ils foutiennent fans
autre préparation , & que fans rien per
dre du côté de l'émulation , ils ne tombent
pas dans l'inconvénient de la préfomption
& de la vaine gloire C'eſt tout
vous dire , Monfieur , que je ne fors jamais
de cette maiſon fans en être comme
enchanté , & vous fçavez que je ne fuis
pas de caractere à commettre légerement
mon eftime & mon fuffrage . Ce que j'y
dois ajouter , & qui peut vous engager le
plus à ne pas y refufer le vôtre , c'est que,
je ne vous écris ceci de concert
pas tout
avec eux ; je les regarde comme des gens
vraiment modeftes , animés du motif de
l'honneur véritable, & nullement avides de
plus de gain & de confidération qu'il ne leur
en eft dû s'ils craignent quelque chofe
Dv
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
c'eft de donner à penfer à bien des gens
qu'ils ayent voulu s'annoncer comme plus
capables que tous leurs confreres . La grace
qu'ils demandent , eft que l'on daigne fe
fouvenir de ce qu'ils ont déclaré dans leur
Profpectus ; fçavoir que leur but unique eft
de mettre en ufage tous les bons moyens ,
tant anciens que nouveaux, qu'ils ont trouvés
établis dans les colleges , les penfions ,
& lieux publics & particuliers où l'on
éleve avec fuccès la jeuneffe , marque non
équivoque du vrai mérite & du noble
defir de bien fervir la fociété . Ainfi ils
ufent de la typographie de feu M. Dumas ,
de la méthode de MM . Rollin , Dumarfais
, Pluche & autres ; outre cela , d'une
méthode hiftorique dont les époques élémentaires
principales font partie ; mais
fur- tout de la géographie féculaire , ouvrage
tout neuf de leur façon , & que j'ai
déja vû applaudir hautement des connoiffeurs.
Imaginez-vous autant de cartes ou
de mappe - mondes que les fujets d'histoire
en comportent à chaque fiecle , & où le
point d'intérêt principal & particulier
s'offre auffi- tôt à la vue par la différente
colorifation , & met en état de borner ,
confronter & comparer tous les lieux de
chaque fcène , avec les noms qu'elle avoit
en différens tems , ce qui fait retenir fans
JUIN. 1755.
83
peine la géographie ancienne & moderne.
A l'égard des trois feuilles d'Époques élémentaires
qui ont donné lieu à votre lettre
& à ma réponſe , tout ce que je me contenterai
d'en dire , c'eft qu'il n'y a perfonne
à qui je ne confeillaffe d'en avoir
dans fon cabinet , comme le moyen le plus
propre à mettre fans aucun effort un vrai
plan dans l'efprit en moins de deux heures
de lecture . J'ai l'honneur d'être , &c.
On fçait que cet ouvrage ne fe vend
que 3 liv . & qu'on le trouve à Paris , chez
l'Auteur , & les Libraires Piffot , quai de
Conti , & Lambert , rue de la Comédie .
DICTIONNAIRE D'ARCHITECTURE
civile & hydraulique , & des arts qui en
dépendent ; comme la maçonnerie , la
charpenterie , la menuiferie , la ferrurerie ,
le jardinage , &c. la conftruction des ponts
& chauffées , des éclufes , & de tous les
ouvrages hydrauliques ; par Aug. Charles
d'Aviler ouvrage fervant de fuite au
cours d'architecture du même auteur .
Nouvelle édition , corrigée , & confidérablement
augmentée. A Paris , chez Ch . A.
Jombert, Imprimeur- Libraire du Roi pour
l'Artillerie & pour le Génie , rue Dauphi
ne , à l'Image Notre- Dame. 1755. 1 vol.
in-4°.grand papier. Prix 15 liv . relié.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
RECUEIL de divers ouvrages fur la
peinture & le coloris ; par M. de Piles ,
de l'Académie royale de Peinture & de
Sculpture . A Paris , chez le même Libraire
, i vol . in- 12 . 2 liv . 10 fols.
Le TRIOMPHE DES DAMES , ou le
nouvel Empire littéraire . A Paris , 1755.
Cette brochure , qui ne contient que 22
pages , fe trouve chez Prault , quai des
Auguftins. Pour montrer dans quel goût
elle eft écrite , il fuffit de citer la prédic
tion qui fonde ce triomphe.
J'étois , dit l'auteur , à l'Obfervatoire ...
je vis une nouvelle conftellation conçue en
ces termes : les hommes abufent de l'empire
des lettres , les femmes le partageront au moins
avec eux dès la rentrée des claffes , c'eſt- àdire
qu'elles régenteront dans les colleges.
Rien n'eft plus galant.
Médecine de la Faculté de Paris , en réponſe
à la Lettre de M. le Thellier , Docteur
en Médecine de la Faculté de Montpellier
, réfidant à Peronne , au fujet d'un
ouvrage nouveau , intitulé Epoques élémentaires
d'hiftoire univerſelle ſuivant la chronologie
vulgaire; par le Sr Mahaux , Maître
affocié de la maifon nommée Académie des
Enfans , rue de Seine , Fauxbourg S.Victor.
En conféquence de ce que vous avez lû ,
Monfieur & cher Confrere , dans la feuille
34° de l'Année littéraire du 18 Décembre
1754 , & dans le Mercure de France d'Avril
1755 , au fujet de l'ouvrage de M.
Mahaux , vous vous êtes adreffé à moi
pour vous déterminer au jugement que
vous en devez porter , & fçavoir fi cet
ouvrage mérite effectivement le bien qu'on
en a dit , fur-tout quels progrès il fait faire
JUIN. 1755. 79
aux enfans dans la maifon des fieurs Viart
& Mahaux , annoncée , il y a plus de deux
ans , par un Profpectus qui a fait beaucoup
de bruit dans fon tems ; enfin fi cette Académie
eft telle qu'il foit raifonnable d'y
envoyer des enfans du fond d'une province
, comment ils y font tenus & nourris ,
& fi l'on y exécute ponctuellement tout ce
qui a été promis à ces différens égards ,
le tout parce que vous fçavez que je fuis
l'ami & le médecin de cette maifon. 1 °.
Je vous crois fort en état de juger par vousmême
de l'ouvrage en queftion ; je vous
l'ai envoyé , effaiez -en fur des enfans qui
yous font chers , & fuivez exactement la
méthode aifée qui y eft prefcrite : vous
verrez bientôt qu'il n'y a rien d'exagéré
dans les éloges qu'on lui a donnés à Paris ,
& qu'il en obtient de plus grands à meſure
qu'il eft plus connu & pratiqué. 2 ° . Je ne
puis ni ne dois refufer mon témoignage
en pareille occafion à quiconque me le
demande , encore moins à vous , Monfieur,
qui m'honorez de votre confiance. Sans
être juge né de cette partie de la littérature
& des méthodes d'éducation en général ,
je conviendrai fans peine que rien n'empêchant
un Médecin de connoître & de
fuivre les différens progrès des arts & des
fciences , il est toujours cenfé n'en fçavoir
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
pas affez peu dans ces fortes de chofes
pour y être trompé , du moins à un certain
point , ou fe laiffer aveugler par trop
de prévention. Ce que j'ai vu depuis deux
ans ne me permet pas de le déclarer foiblement.
Il y a dans cette maiſon , qui eſt
dans l'air le plus pur , & dont le bâtiment
eft magnifique & fpacieux , féparé feulement
par un mur du Jardin du Roi , fecond
avantage qui fe fait affez fentir fans le dire ,
deux Maîtres en chef , fçavoir le Sr Viart ,
Avocat en Parlement , qui donne des notions
de jurifprudence romaine & françoife
; le Sr Mahaux des leçons d'hiftoire ,
de chronologie , géographie , généalogie 5
blafon , & c. trois Précepteurs pour le
latin ; un Maître de mathématique & de
phyfique expérimentale ; un pour la langue
allemande ; un de deffein , de danfe ,
pour les armes , exercices & évolutions
militaires , de mufique & pour les inftrumens
; enfin un Prêtre de la Paroiffe pour
le catéchifme. La nourriture y est trèsbonne
& très-faine : on accoutume les enfans
à la plus grande propreté , & à avoir
toujours l'air arrangé comme s'ils étoient
dans le monde , fur- tout à une très- grande
politeſſe entr'eux ; ' jamais de termes durs
& choquans , même de la part des Maîtres
lorfqu'ils font forcés d'employer la répri-
-
JUIN. 17556 SE
mande ; le plus grand châtiment eft la
privation des exercices ordinaires qui fervent
toujours de récompenfe de l'un à
l'autre . Ces enfans ne montrent jamais
plus de gaieté & d'empreffement que lorfqu'on
les y appelle ; ils quittent leurs jeux
& fe plaignent ordinairement du peu de
tems que durent les inftructions. Il n'y a
gueres de femaines où il n'ayent à parler
trois ou quatre fois devant des compagnies
nombreufes que la curiofité attire ,
d'où il arrive que ce font des efpeces
d'actes publics qu'ils foutiennent fans
autre préparation , & que fans rien per
dre du côté de l'émulation , ils ne tombent
pas dans l'inconvénient de la préfomption
& de la vaine gloire C'eſt tout
vous dire , Monfieur , que je ne fors jamais
de cette maiſon fans en être comme
enchanté , & vous fçavez que je ne fuis
pas de caractere à commettre légerement
mon eftime & mon fuffrage . Ce que j'y
dois ajouter , & qui peut vous engager le
plus à ne pas y refufer le vôtre , c'est que,
je ne vous écris ceci de concert
pas tout
avec eux ; je les regarde comme des gens
vraiment modeftes , animés du motif de
l'honneur véritable, & nullement avides de
plus de gain & de confidération qu'il ne leur
en eft dû s'ils craignent quelque chofe
Dv
$ 2 MERCURE DE FRANCE.
c'eft de donner à penfer à bien des gens
qu'ils ayent voulu s'annoncer comme plus
capables que tous leurs confreres . La grace
qu'ils demandent , eft que l'on daigne fe
fouvenir de ce qu'ils ont déclaré dans leur
Profpectus ; fçavoir que leur but unique eft
de mettre en ufage tous les bons moyens ,
tant anciens que nouveaux, qu'ils ont trouvés
établis dans les colleges , les penfions ,
& lieux publics & particuliers où l'on
éleve avec fuccès la jeuneffe , marque non
équivoque du vrai mérite & du noble
defir de bien fervir la fociété . Ainfi ils
ufent de la typographie de feu M. Dumas ,
de la méthode de MM . Rollin , Dumarfais
, Pluche & autres ; outre cela , d'une
méthode hiftorique dont les époques élémentaires
principales font partie ; mais
fur- tout de la géographie féculaire , ouvrage
tout neuf de leur façon , & que j'ai
déja vû applaudir hautement des connoiffeurs.
Imaginez-vous autant de cartes ou
de mappe - mondes que les fujets d'histoire
en comportent à chaque fiecle , & où le
point d'intérêt principal & particulier
s'offre auffi- tôt à la vue par la différente
colorifation , & met en état de borner ,
confronter & comparer tous les lieux de
chaque fcène , avec les noms qu'elle avoit
en différens tems , ce qui fait retenir fans
JUIN. 1755.
83
peine la géographie ancienne & moderne.
A l'égard des trois feuilles d'Époques élémentaires
qui ont donné lieu à votre lettre
& à ma réponſe , tout ce que je me contenterai
d'en dire , c'eft qu'il n'y a perfonne
à qui je ne confeillaffe d'en avoir
dans fon cabinet , comme le moyen le plus
propre à mettre fans aucun effort un vrai
plan dans l'efprit en moins de deux heures
de lecture . J'ai l'honneur d'être , &c.
On fçait que cet ouvrage ne fe vend
que 3 liv . & qu'on le trouve à Paris , chez
l'Auteur , & les Libraires Piffot , quai de
Conti , & Lambert , rue de la Comédie .
DICTIONNAIRE D'ARCHITECTURE
civile & hydraulique , & des arts qui en
dépendent ; comme la maçonnerie , la
charpenterie , la menuiferie , la ferrurerie ,
le jardinage , &c. la conftruction des ponts
& chauffées , des éclufes , & de tous les
ouvrages hydrauliques ; par Aug. Charles
d'Aviler ouvrage fervant de fuite au
cours d'architecture du même auteur .
Nouvelle édition , corrigée , & confidérablement
augmentée. A Paris , chez Ch . A.
Jombert, Imprimeur- Libraire du Roi pour
l'Artillerie & pour le Génie , rue Dauphi
ne , à l'Image Notre- Dame. 1755. 1 vol.
in-4°.grand papier. Prix 15 liv . relié.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
RECUEIL de divers ouvrages fur la
peinture & le coloris ; par M. de Piles ,
de l'Académie royale de Peinture & de
Sculpture . A Paris , chez le même Libraire
, i vol . in- 12 . 2 liv . 10 fols.
Le TRIOMPHE DES DAMES , ou le
nouvel Empire littéraire . A Paris , 1755.
Cette brochure , qui ne contient que 22
pages , fe trouve chez Prault , quai des
Auguftins. Pour montrer dans quel goût
elle eft écrite , il fuffit de citer la prédic
tion qui fonde ce triomphe.
J'étois , dit l'auteur , à l'Obfervatoire ...
je vis une nouvelle conftellation conçue en
ces termes : les hommes abufent de l'empire
des lettres , les femmes le partageront au moins
avec eux dès la rentrée des claffes , c'eſt- àdire
qu'elles régenteront dans les colleges.
Rien n'eft plus galant.
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Résumé : Lettre de M. Gentil en réponse à la Lettre de M. le Tellier, [titre d'après la table]
M. Gentil, Docteur en Médecine de la Faculté de Paris, répond à M. Thellier, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier, concernant l'ouvrage 'Époques élémentaires d'histoire universelle' du Sr Mahaux et l'Académie des Enfants, dirigée par les Srs Viart et Mahaux, située rue de Seine, Faubourg Saint-Victor. M. Thellier avait demandé l'avis de M. Gentil sur ces sujets. M. Gentil confirme la qualité de l'ouvrage et des méthodes éducatives de l'Académie. Il décrit les installations et les méthodes pédagogiques, soulignant la propreté, la politesse et la discipline des élèves. Les enseignements couvrent divers domaines, tels que la jurisprudence, l'histoire, la chronologie, la géographie, les mathématiques, les langues, la musique, et les exercices militaires. La nourriture est bonne et saine, et les enfants sont encouragés à la propreté et à la politesse. M. Gentil mentionne les méthodes pédagogiques utilisées, telles que celles de MM. Rollin, Dumarsais, et Pluche, ainsi qu'une méthode historique et une géographie séculaire nouvellement développée. Il recommande vivement l'ouvrage 'Époques élémentaires' pour sa capacité à structurer rapidement les connaissances historiques. Enfin, M. Gentil assure que son témoignage est indépendant et qu'il considère les directeurs de l'Académie comme des personnes modestes et honorables, motivées par le désir de bien servir la société.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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103
p. 133-138
« METHODE ou maniere d'enseigner à lire par le moyen des cartes imprimées. C'est une [...] »
Début :
METHODE ou maniere d'enseigner à lire par le moyen des cartes imprimées. C'est une [...]
Mots clefs :
Bureau, Lecture, Enseigner à lire, Cartes imprimées, Méthode, Enfants, Enfant, Vocabulaire latin-français, Études latines
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « METHODE ou maniere d'enseigner à lire par le moyen des cartes imprimées. C'est une [...] »
METHODE on maniere d'enſeigner à lire
par le moyen des cartes imprimées. C'est une
deuxieme édition quoique la brochure ne
le porte pas.
Ce que nous annonçons paroît mériter
l'attention des perfonnes qui s'intéreſſent
aux premiers élémens des enfans. La méthode
dont il s'agit , connue déja depuis
long- tems , & très - mal à propos combattue
par ceux qui ne l'entendent pas ou qui ne
l'examinent pas fincerement , produit des
effets furprenans dans les mains de ceux
qui l'entendent. En rendant juftice à feu
M. Dumas , auteur de cette méthode , on
a toujours fouhaité d'en voir diminuer
l'attirail fans s'écarter de ce qu'il a enfei
gné. Un des partifans de ce fyftême a heureufement
réduit avec netteté & précision
le bureau pour la lecture feulement , en
une boëte de la groffeur & de la forme d'un
volume infolio , où font renfermés , par
134 MERCURE DE FRANCE.
ordre alphabétique , tous les caracteres
imprimés fur des cartes . Par ce moyen , un
enfant exécute tout ce qu'on lui demande ,
auffitôt qu'il connoît & qu'il fçait la dénomination
des lettres & des fons ; de forte
qu'il apprend agréablement à lire fans
ennui & en très - peu de tems. Il n'y a rien
de plus aifé & de plus commode. Les peres
& meres , faute de maîtres qui s'y appliquent
, y réuffiffent à fouhait. On n'a rien
changé au fond de la doctrine de M. Dumas
que l'e muet qu'on met à la place de l'é
fermé , pour prononcer les confonnes ;
mais l'inventeur eft toujours refpecté , &
c'eft ainfi qu'on devroit s'appliquer à perfectionner
ce qui eft bon , & non à le détruire.
Il ne s'agit pas ici par conféquent
d'une méthode nouvelle . C'en est une excellente
très - connue qu'on rend plus pratiquable
, ,
que les méthodes nouvelles annoncées
dans le Mercure de Juillet ; fur
quoi l'on peut obferver que , quelques inconvéniens
qu'il y ait dans notre langue ,
( & l'auteur des méthodes nouvelles en a
remarqué judicieufement un très - grand
nombre dans fon livre. ) on peut , dis-je ,
remarquer que les étrangers ne fe rebutent
pas de l'apprendre telle qu'elle eft . Les
cédilles , les points capitaux , &c. que le
réformateur voudroit qu'on introduifit ,
A O UST. 1755 T39
霉
ne l'embelliroient pas aux yeux accoutu →
més à lire tant d'excellens ouvrages que
nous avons. Les moindres abus n'échappent
pas à M. le Curé de .... l'auteur des
nouvelles méthodes : mais s'il s'appuie de
quelques autorités refpectables , if cite des
écrivains plus propres à décréditer fes réformes
qu'à les établir. A force de regles
on multiplie les difficultés. Il faut avoir
bien du courage pour mettre en pratique
fes fyllabaires. C'eft aux connoiffeurs à
juger s'il enfeigne le chemin le plus court.
Les partifans de M. Dumas n'y font pas
tant de façon . Il est démontré dans l'expofition
de la méthode par les cartes imprimées
, que les principes de toute lecture
confiftent en une quarantaine de leçons
fur quarante cartes & non en deux cens
cinquante d'une part , cent fix d'une autre,
& cinquante encore d'une autre , comme
l'ont avancé des écrivains qui n'entendent
pas le fiftême de M. Dumas , approuvé juridiquement
depuis plus de trente ans
Lorfqu'on a voulu compofer un chapitre
de l'expofition de la méthode qui accompagne
le petit bureau , on auroit dû prendre
la nouvelle édition beaucoup plus mé
thodique que la premiere , & ne pas prêter
à l'un des inventions , qui appartiennent à
d'autres , comme la lame de cuivre gravée
136 MERCURE DE FRANCE.
à jour pour enfeigner à écrire. Au reste ;
toutes ces nouvelles méthodes qu'on public
chaque jour , font des démembremens ,
pour la plupart falfifiés , du ſyſtême de
M. Dumas. En approuvant cette admirable
invention , on fe fait plus d'honneur
qu'en la blâmant . Il faut avouer que
les
cartes imprimées du petit bureau , tiennent
lieu par leur mobilité de tous les fyllabaires
immobiles : & le premier jeu élémentaire
des quarante cartes qui le précede ,
renferme les principes de toute lecture poffible
fans embarras & à la portée de tout le
monde.
L'avantage de ce petit bureau , eft de
pouvoir le tranfporter fur une table , fur
un fauteuil , à la portée des enfans , felon
leur âge , & où l'on veut. Cette efpece
d'imprimerie , accompagnée de deux jeux
élémentaires avant que d'ouvrir le bureau ,
& la petite brochure qui donne lieu à cet
article pour guider ceux qui veulent en
faire ufage , fe vendent vingt - quatre livres,
avec privilege & approbation . Il faut s'adreffer
à M. Chompré fils , rue des Carmes ,
à Paris. On y en trouve de plus ornés les
uns que les autres felon la dépense qu'on
veut faire.
A O UST. 1755. 137
Petit cours d'études latines.
Nous ajoutons , comme une fuite de ce
que nous annonçons , que , lorfqu'un enfant
fait lire & écrire on peut le mener
très-loin avec l'Introduction à la langue latine
par la voie de la traduction , dont l'Avertiffement
mérite d'être lu , principalement
par les gens du métier , & avec la collection
des extraits des auteurs connus fous le
titre de felecta latini fermonis exemplaria ,
en fix petites parties latines , dont on a
déja fait plufieurs éditions chez Guérin &
Delatour , à Paris , rue S. Jacques , à S. Tho
mas d'Aquin. La traduction fe vend à part.
Il réſulte , de tout ce qui vient de la même
main , un plan formé avec difcernement
pour commencer agréablement les premieres
études des lettres humaines , fans
s'éloigner de ce qu'on pratique ordinairement
jufqu'aux humanités . On a dans ces
recueils des échantillons non- feulement des
auteurs d'ufage , mais encore des auteurs
prefque totalement abandonnés . On fçait
cependant que ceux- ci , quoique peu lus ,
contiennent la plus grande partie des tréfors
de la plus précieufe latinité , comme
un Plaute , un Columelle , un Vitruve , & c.
qu'on lit ici avec plaifir & fans rifque pour
les bonnes moeurs
138 MERCURE DE FRANCE.
/
Vocabulaire univerfel latin -françois , &C.
Le vocabulaire univerſel , latin - françóis,
achevé d'être imprimé l'année derniere , &
qu'on trouve chez les mêmes libraires ,
procure un fecours qu'on ne peut avoir
d'ailleurs qu'à grands frais.Les amateurs des
belles -lettres latines ont , dans cette espece
de Veni mecum , la fignification des mots
de l'ancienne & de la baffe latinité par le
moyen de la clef qu'en donne l'avertiffement.
Ce travail a du coûter des recherches
de longue difcuffion , & il faudroit être
de mauvaiſe humeur pour ne pas fçavoir
gré , de leurs travaux , aux hommes qui fe
confacrent ainfi à l'utilité publique.
ÉLÉMENS DE LA PHILOSOPHIE NEWTONIENNE
, par M. Pemberton , traduit de
l'anglois , 1 vol. in- 8° avec figures , 1755,
6 liv . relié . A Paris , chez Jombert , rue
Dauphine , à l'image Notre-Dame.
Le même Libraire vient de recevoir
quelques exemplaires de la magnifique
HISTOIRE MILITAIRE du Prince Eugene de
Savoye , du Duc de Malborough , & du
Prince d'Orange & de Naffau- Frife ; enrichie
des cartes & plans néceffaires , en trois
volumes , grand in-folio. Prix 150 livres
reliés.
par le moyen des cartes imprimées. C'est une
deuxieme édition quoique la brochure ne
le porte pas.
Ce que nous annonçons paroît mériter
l'attention des perfonnes qui s'intéreſſent
aux premiers élémens des enfans. La méthode
dont il s'agit , connue déja depuis
long- tems , & très - mal à propos combattue
par ceux qui ne l'entendent pas ou qui ne
l'examinent pas fincerement , produit des
effets furprenans dans les mains de ceux
qui l'entendent. En rendant juftice à feu
M. Dumas , auteur de cette méthode , on
a toujours fouhaité d'en voir diminuer
l'attirail fans s'écarter de ce qu'il a enfei
gné. Un des partifans de ce fyftême a heureufement
réduit avec netteté & précision
le bureau pour la lecture feulement , en
une boëte de la groffeur & de la forme d'un
volume infolio , où font renfermés , par
134 MERCURE DE FRANCE.
ordre alphabétique , tous les caracteres
imprimés fur des cartes . Par ce moyen , un
enfant exécute tout ce qu'on lui demande ,
auffitôt qu'il connoît & qu'il fçait la dénomination
des lettres & des fons ; de forte
qu'il apprend agréablement à lire fans
ennui & en très - peu de tems. Il n'y a rien
de plus aifé & de plus commode. Les peres
& meres , faute de maîtres qui s'y appliquent
, y réuffiffent à fouhait. On n'a rien
changé au fond de la doctrine de M. Dumas
que l'e muet qu'on met à la place de l'é
fermé , pour prononcer les confonnes ;
mais l'inventeur eft toujours refpecté , &
c'eft ainfi qu'on devroit s'appliquer à perfectionner
ce qui eft bon , & non à le détruire.
Il ne s'agit pas ici par conféquent
d'une méthode nouvelle . C'en est une excellente
très - connue qu'on rend plus pratiquable
, ,
que les méthodes nouvelles annoncées
dans le Mercure de Juillet ; fur
quoi l'on peut obferver que , quelques inconvéniens
qu'il y ait dans notre langue ,
( & l'auteur des méthodes nouvelles en a
remarqué judicieufement un très - grand
nombre dans fon livre. ) on peut , dis-je ,
remarquer que les étrangers ne fe rebutent
pas de l'apprendre telle qu'elle eft . Les
cédilles , les points capitaux , &c. que le
réformateur voudroit qu'on introduifit ,
A O UST. 1755 T39
霉
ne l'embelliroient pas aux yeux accoutu →
més à lire tant d'excellens ouvrages que
nous avons. Les moindres abus n'échappent
pas à M. le Curé de .... l'auteur des
nouvelles méthodes : mais s'il s'appuie de
quelques autorités refpectables , if cite des
écrivains plus propres à décréditer fes réformes
qu'à les établir. A force de regles
on multiplie les difficultés. Il faut avoir
bien du courage pour mettre en pratique
fes fyllabaires. C'eft aux connoiffeurs à
juger s'il enfeigne le chemin le plus court.
Les partifans de M. Dumas n'y font pas
tant de façon . Il est démontré dans l'expofition
de la méthode par les cartes imprimées
, que les principes de toute lecture
confiftent en une quarantaine de leçons
fur quarante cartes & non en deux cens
cinquante d'une part , cent fix d'une autre,
& cinquante encore d'une autre , comme
l'ont avancé des écrivains qui n'entendent
pas le fiftême de M. Dumas , approuvé juridiquement
depuis plus de trente ans
Lorfqu'on a voulu compofer un chapitre
de l'expofition de la méthode qui accompagne
le petit bureau , on auroit dû prendre
la nouvelle édition beaucoup plus mé
thodique que la premiere , & ne pas prêter
à l'un des inventions , qui appartiennent à
d'autres , comme la lame de cuivre gravée
136 MERCURE DE FRANCE.
à jour pour enfeigner à écrire. Au reste ;
toutes ces nouvelles méthodes qu'on public
chaque jour , font des démembremens ,
pour la plupart falfifiés , du ſyſtême de
M. Dumas. En approuvant cette admirable
invention , on fe fait plus d'honneur
qu'en la blâmant . Il faut avouer que
les
cartes imprimées du petit bureau , tiennent
lieu par leur mobilité de tous les fyllabaires
immobiles : & le premier jeu élémentaire
des quarante cartes qui le précede ,
renferme les principes de toute lecture poffible
fans embarras & à la portée de tout le
monde.
L'avantage de ce petit bureau , eft de
pouvoir le tranfporter fur une table , fur
un fauteuil , à la portée des enfans , felon
leur âge , & où l'on veut. Cette efpece
d'imprimerie , accompagnée de deux jeux
élémentaires avant que d'ouvrir le bureau ,
& la petite brochure qui donne lieu à cet
article pour guider ceux qui veulent en
faire ufage , fe vendent vingt - quatre livres,
avec privilege & approbation . Il faut s'adreffer
à M. Chompré fils , rue des Carmes ,
à Paris. On y en trouve de plus ornés les
uns que les autres felon la dépense qu'on
veut faire.
A O UST. 1755. 137
Petit cours d'études latines.
Nous ajoutons , comme une fuite de ce
que nous annonçons , que , lorfqu'un enfant
fait lire & écrire on peut le mener
très-loin avec l'Introduction à la langue latine
par la voie de la traduction , dont l'Avertiffement
mérite d'être lu , principalement
par les gens du métier , & avec la collection
des extraits des auteurs connus fous le
titre de felecta latini fermonis exemplaria ,
en fix petites parties latines , dont on a
déja fait plufieurs éditions chez Guérin &
Delatour , à Paris , rue S. Jacques , à S. Tho
mas d'Aquin. La traduction fe vend à part.
Il réſulte , de tout ce qui vient de la même
main , un plan formé avec difcernement
pour commencer agréablement les premieres
études des lettres humaines , fans
s'éloigner de ce qu'on pratique ordinairement
jufqu'aux humanités . On a dans ces
recueils des échantillons non- feulement des
auteurs d'ufage , mais encore des auteurs
prefque totalement abandonnés . On fçait
cependant que ceux- ci , quoique peu lus ,
contiennent la plus grande partie des tréfors
de la plus précieufe latinité , comme
un Plaute , un Columelle , un Vitruve , & c.
qu'on lit ici avec plaifir & fans rifque pour
les bonnes moeurs
138 MERCURE DE FRANCE.
/
Vocabulaire univerfel latin -françois , &C.
Le vocabulaire univerſel , latin - françóis,
achevé d'être imprimé l'année derniere , &
qu'on trouve chez les mêmes libraires ,
procure un fecours qu'on ne peut avoir
d'ailleurs qu'à grands frais.Les amateurs des
belles -lettres latines ont , dans cette espece
de Veni mecum , la fignification des mots
de l'ancienne & de la baffe latinité par le
moyen de la clef qu'en donne l'avertiffement.
Ce travail a du coûter des recherches
de longue difcuffion , & il faudroit être
de mauvaiſe humeur pour ne pas fçavoir
gré , de leurs travaux , aux hommes qui fe
confacrent ainfi à l'utilité publique.
ÉLÉMENS DE LA PHILOSOPHIE NEWTONIENNE
, par M. Pemberton , traduit de
l'anglois , 1 vol. in- 8° avec figures , 1755,
6 liv . relié . A Paris , chez Jombert , rue
Dauphine , à l'image Notre-Dame.
Le même Libraire vient de recevoir
quelques exemplaires de la magnifique
HISTOIRE MILITAIRE du Prince Eugene de
Savoye , du Duc de Malborough , & du
Prince d'Orange & de Naffau- Frife ; enrichie
des cartes & plans néceffaires , en trois
volumes , grand in-folio. Prix 150 livres
reliés.
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Résumé : « METHODE ou maniere d'enseigner à lire par le moyen des cartes imprimées. C'est une [...] »
Le texte décrit une méthode d'enseignement de la lecture utilisant des cartes imprimées, développée initialement par M. Dumas. Cette méthode, bien que critiquée, produit des résultats positifs lorsqu'elle est correctement appliquée. Un partisan de cette méthode a simplifié le matériel nécessaire en le réduisant à une boîte contenant des cartes alphabétiques, permettant aux enfants d'apprendre à lire rapidement et sans ennui. La méthode respecte les principes originaux de M. Dumas, avec une modification concernant la prononciation des consonnes. Le texte critique également les nouvelles méthodes de lecture, soulignant que les étrangers apprennent le français tel qu'il est, malgré ses inconvénients. Il met en garde contre les réformes qui compliqueraient l'apprentissage. La méthode par cartes imprimées est jugée supérieure aux syllabaires traditionnels et permet une grande mobilité et adaptabilité. En outre, le texte mentionne des ressources pour l'étude du latin, notamment une introduction à la langue latine par la traduction et une collection d'extraits d'auteurs latins. Il loue également un vocabulaire universel latin-français, fruit de longues recherches, et signale la disponibilité de traductions d'ouvrages scientifiques comme les 'Éléments de la philosophie newtonienne' et une 'Histoire militaire' enrichie de cartes et plans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
104
p. 172-184
Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Début :
Jamais le siécle n'a été plus éclairé que celui dans lequel nous vivons. L'esprit géométrique [...]
Mots clefs :
Enseigner le droit, Étudier le droit, Réflexions, Étude, Droit, Science
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Réflexions fur la maniere d'enfeigner &
d'étudier le Droit.
J
de
Amais fiécle n'a été plus éclairé que celui
dans lequel nous vivons. L'efprit géométrique
qui y regne , a porté la lumiere
dans les fciences & dans les arts. On ne fe
contente plus de connoiffances légeres &
fuperficielles , la Philofophie dans fes commencemens
, enveloppée des plus épaifes
ténébres , dans la fuite éclairée par
fauffes lueurs , eft aujourd'hui une ſcience
où l'on n'admet que ce qu'on comprend ,
& où l'on ne fe conduit que par des principes
connus. La Médecine long- tems fondée
fur les préjugés & fur l'expérience , eft
en état de rendre raifon de toutes fes opérations.
Les arts qui dépendent du goût &
de l'intelligence ne s'apprennent plus par
la feule pratique , mais encore par la méthode.
En tout on fe conduit d'une maniere
également prompte & fûre : on rend
raifon de tout , on démontre tout juſqu'aux
beautés de ftyle , jufqu'aux beautés de
fentiment .
Une ſcience feule femble n'avoir aucuSEPTEMBRE
1755. 173
ne part à ces progrès & à ces avantages ;
c'eft la fcience du droit , la plus belle néanmoins
par l'origine de fes maximes , la
plus intéreffante pour le bien de la fociété
, la plus fatisfaifante peut-être fi elle
étoit connue & pratiquée par des efprits
dignes de s'y appliquer. Nous avons vû
paroître de nos jours quelque compilation,
quelques éditions nouvelles augmentées
de notes , quelques abrégés d'ordinaire
fecs & décharnés , mais du refte aucun
ouvrage de génie en cette matiere ,
aucun ouvrage.
d'un caractere nouveau .
Plufieurs cauſes , il eft vrai , peuvent
produire cet inconvénient. Défauts dans
les difpofitions de ceux qui étudient cette
fcience ; défauts dans les livres qui la
renferment ; défaut dans la méthode de
l'enfeigner dans les Univerfités ; difcrédit
où elle eft dans l'efprit du public.
Les perfonnes qui étudient cette fcience
, font quelquefois celles qui l'envifagent
le moins dans fon objet & dans fes
principes. Les uns la regardent fimplement
comme l'inftrument de leur fortune , les
autres comme une occupation attachée à
leur état , & ce n'eft ni le befoin ni l'état
qui déterminent les qualités de l'efprit.
Les livres qui la renferment , font des
livres très-imparfaits. Le recueil des loix
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
compofé par Tribonien , eft un véritable
chaos plein d'obfcurités & de contradictions
vraies ou apparentes , où les vrais
principes font noyés dans la décifion des
cas particuliers répandus en des endroits
tout- à - fait différens , où ce qui eft préfenté
comme principe , n'eft fouvent
qu'une décifion d'un cas particulier , &
où le moindre défaut , quoique par luimême
très-conſidérable , eft le défaut de
méthode .
Malgré l'étendue de ce recueil , il s'en
faut bien qu'il contienne la décifion d'une
infinité de cas , c'eſt ce qui a donné lieu
à plufieurs Auteurs en différens tems de
ramaffer les décifions de ceux qui fe font
préfentés. Ces décifions n'ont pas toujours
été les mêmes fur les mêmes cas , le tems
donne des vûes & diffipe bien des erreurs.
Des réglemens d'ailleurs bons dans de cer
taines circonftances demandent d'être
changés ou modifiés dans d'autres ; mais
fi l'on continue ces fortes d'ouvrages ,
comment n'en fera-t-on pas accablé dans
les fuites ?
›
On trouve bien peu de reffources pour
réfoudre les difficultés dans certains auteurs
qui ont travaillé fur le droit , aucun
d'eux n'a guere connu la vraie méthode .
La plupart de ces interprêtes nés fans goût
SEPTEMBR E. 1755. 175
naturel , & écrivant dans un tems d'ignorance
& de ténébres ont rempli leurs écrits
des plus grandes inepties & des plus grandes
fadaifes. Ceux qui ont travaillé le plus
fenfément , ne ſe font point mis en peine
d'aider les commençans.
Il y en a qui ont travaillé d'une maniere
folide & profonde , on en convient
mais comme ils ne font point législateurs
eux-mêmes , & qu'ils n'ont fouvent que
leur opinion , quoique refpectable . Pour
les bien comprendre , & pour faire un
ufage affuré de leurs découvertes il fau
droit avoir étudié prefque autant qu'eux ,
& bien peu de perfonnes font dans le goût
& la fituation néceffaires pour cela . Au
furplus , ce peu de perfonnes ne feroient
pas , du moins de leur vivant , fort utiles
à la fociété.
Les Profeffeurs de cette fcience , foit
qu'ils n'ayent à faire qu'à une jeuneffe indocile
& ignorante , foit que leur ambition
fe trouve bornée par la place qu'ils
occupent , font fujets à enfeigner le Droit
d'une maniere peu noble & affez infructueufe.
Les fubtilités du Droit romain , &
plufieurs autres inutilités rempliffent leurs
cayers , ils acquierent par là plus de gloire,
& il y en a parmi eux qui ne font que trop
fouvent regardés que comme de vains dif-
Hiiij coureurs.
176 MERCURE DE FRANCE .
On fe contente aujourd'hui , comme on
s'eft prefque toujours contenté dans les
Univerfités , de dicter la premiere année
des études du droit des commentaires fur
les inftitutes de Juftinien , que chacun
compofe à fa fantaisie ; on y fuit communément
le même ordre qui s'y trouve , &
cet ordre n'eft point du tout méthodique.
Il n'y a point de page qui , pour être bien
comprife , n'ait beſoin de la page fuivante.
On eft réduit à expliquer ce qu'il y a
d'obfcur par des citations accablantes des
loix du Digefte , que la jeuneffe comprend
encore moins. C'eft porter un flambeau
éteint dans l'obfcurité de la nuit. On eft
fujet à y mêler une infinité de chofes inutiles
& hors d'ufage , qui font perdre de
vûe ce qu'il feroit utile de retenir.
Les autres années on explique quelques
titres du Digeſte , où il n'y a pas plus d'ordre
; on fe fatigue à concilier les contradictions
des loix par le fentiment des Interprêtes
, qui ne font pas toujours d'accord
entr'eux . On confond l'étude du
Droit romain avec l'étude du droit de fon
pays ; & comme chacun a des principes
différens , au lieu d'employer utilement
fon tems on le perd réellement , & on
n'apprend ni l'un ni l'autre .
Dans ces circonftances , l'expérience fait
1
SEPTEMRE. 1755. 177
voir , qu'il eft difficile a prendre le goût
de cette fcience ; & faute de l'avoir pris ,
le premier ufage qu'on fait de fa liberté ,
après ces études, eft d'oublier tout ce qu'on
a appris , & de fe féliciter de l'avoir oublié.
Il faut pourtant convenir , que malgré
ces difficultés , il fe trouve des perfonnes
qui s'appliquent à l'étude du droit , & qui
font en état de donner leur décifion fur
tous les différens qui fe rencontrent. Il s'en
trouve fans doute , & il s'en trouvera toujours.
Mais à la réferve d'un bien petit nombre
que l'amour de la gloire peut faire agir,
fi l'on confulte les autres , ou qu'on examine
de près leur conduite , on verra que
ce n'eft qu'un intérêt vil & méprifable en
pareil cas qui les conduit. La néceffité leur
fait furmonter les dégoûts inféparables du
commencement de cette étude , & dès
qu'ils en fçavent aſſez
décider ce qui
fe préfente , ils ne vont pas plus loin , &
n'approfondiffent pas.
pour
Il est aisé de voir combien le peu d'élévation
dans les fentimens chez des perfonnes
qui fe deſtinent à cette étude entraîne
d'inconvéniens , leurs lumieres en
deviennent fufpectes , les Juges en deviennent
incertains & irréfolus , les plaideurs
en deviennent capricieux & obſtinés.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE
Toutes ces miferes font tomber cette
fcience dans le difcrédit , les perfonnes
éclairées , les amateurs des autres fciences
qui n'en jugent que dans ceux qui la pratiquent
, en prennent de fauffes idées . Ils
voyent que certains ne la cultivent que
par un intérêt fordide , & s'ils penfent noblement
ne la regardent que comme un
métier. Ils la voyent pratiquée par des efprits
médiocres , fans goût & fans talens ,
& la regardent par- là comme une fcience
peu fatisfaifante , peu digne des recherches
d'un homme curieux & pénétrant. Ils
font confufément inftruits des longueurs
& des fombres détours de la chicane , de
la fauffe interprétation qu'on peut faire
des loix , & regardent comme effentiel à
cette fcience un abus qui lui eft entierement
étranger. C'eft ainfi que penfent des
connoiffeurs fenfés & judicieux en toute
autre rencontre. D'autre côté , une infinité
de gens oififs qui cherchent néanmoins
à orner leur efprit & à bien conduire leurs
affaires , regardent la plus légere étude du
droit comme quelque chofe entierement
au- deffus de leur portée , héfitent dans les
moindres chofes qui y ont rapport , & ont
toujours befoin des lumieres d'autrui
dans des chofes qu'ils auroient pû , fans
beaucoup de peine , voir diftinctement
par leurs propres yeux.
SEPTEMBRE. 1755. 179
Ainfi cette, fcience ne trouve prefque
plus perfonne qui l'étudie pour elle- même
tandis que plufieurs autres fciences
moins utiles trouvent des amateurs fideles
qui s'y attachent , qui y entrent , qui les
approfondiffent. Auffi eft elle fuivie de
bien peu d'honneur & de bien peu de gloi
re , fi l'on examine celle à laquelle elle
pourroit prétendre , & qui lui a été autrefois
accordée .
Quelle gloire en effet de faire fon occupation
de ce qui fait la vraie utilité
pu
blique , fi on la fait avec les talens , les
motifs , la dignité convénables ? Quelle
gloire n'ont pas eu parmi les Grecs ceux
qui les premiers ont travaillé à écrire & à
faire pratiquer des loix ? Quelle gloire
n'acqueroient pas les Jurifconfultes parmi
les Romains ? La fcience du Droit élevoit
anx emplois les plus brillans , aux poftes
les plus diftingués , & affuroit à ceux qui
la pratiquoient une vénération publique .
Seroit- il avantageux de remédier à l'inconvénient
dont on vient de parler : &
feroit-il impoffible d'y réuffir
Il femble qu'on ne peut méconnoître
les avantages qu'il y auroit de rendre l'étude
du Droit en même tems plus fami
liere & plus recommandable. Sans parler
de l'excellence du droit naturel , qu'on ne
1
>
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
peut méconnoître , qu'en n'étant homme
qu'à demi , fans rapporter les pompeux
éloges qui en font faits , fans parler du
droit public dont , quiconque prend intérêt
au bien de fa patrie , devroit defirer
d'être inftruit , l'étude elle - même du droit
civil n'eft pas fans utilité , ne fut - ce que
pour conduire fes propres affaires , pour
abandonner à propos des prétentions injuftes
, ou incertaines . Pour y parvenir , il
ne feroit pas néceffaire d'être Jurifconfulte
par état , ou Avocat confultant ; il fuffiroit
d'apprendre quelques principes & quelques
régles , dont le détail pourroit être
rendu intéreffant , & qui n'eft pas infini ,
d'y apporter une difpofition & une attention
qu'on emploie pour plufieurs chofes
qui entrent dans une éducation au- deffus
de la commune.
Il feroit donc à fouhaiter qu'on enſeignât
le droit avec la dignité & la méthode
convénables pour en faire naître le
goût de plus en plus , & pour en affurer
le progrès. Pour cet effet il conviendroit
peur- être que ceux qui font prépofés à cet
exercice , fuffent parfaitement inftruits
du droit de la nature & des gens , & qu'ils
viffent clairement dans ce droit le fondement
de tous les autres. On fçait qu'il y
a dans des états voifins , des Univerfités
SEPTEMBRE . 1755. 181
où il y a une chaire particuliere pour le
Droit de la nature & des gens. Il feroit à
fouhaiter qu'on fe départît de l'ancienne
forme d'enſeigner le droit , & qu'on s'appliquât
à donner les vrais élémens de cette
fcience , autant qu'elle en eft fufceptible .
Qu'on divifât les matieres , qu'on fît bien
fentir en chacune ce qui eft d'un droit immuable
d'avec ce qui n'eft que d'un droit
pofitif , qu'un avantage public a néanmoins
fait introduire ; qu'on fçût faire
comprendre ce que c'eft que la rigueur du
droit , & dans quel cas il eft permis d'y
apporter du tempérament. Il feroit fans
doute infiniment plus avantageux d'inftruire
la jeuneffe de ces principes , que de
leur apprendre le détail des régles , ils les
apprendroient affez enfuite d'eux-mêmes.
Les anciens Jurifconfultes qui ont compofé
des inftitutes du Droit romain , fembloient
avoir reconnu la néceffité de fe
fervir de principes dans l'étude de cette
fcience. Ils en avoient pofé au commencement
de leur ouvrage , mais principes fi
primitifs , fi généraux , que l'application
n'en peut pas beaucoup fervir dans le
détail , & d'ailleurs on n'en voit point
dans la fuite de cet ouvrage.
Suivant cette méthode , on pourroit enfeigner
la premiere année ce qui regarde
182 MERCURE DE FRANCE.
les conventions , & les autres engagemens
qui en font les fuites . Dans la feconde , ce
qui regarde les fucceffions & les matieres
teftamentaires. Dans la troifiéme , quelques
matieres qui ont une origine particuliere
, comme les matieres des fiefs , ou
quelques matieres du droit public.
Il eft à préfumer qu'en fuivant ce plan
avec foin , peu à peu le goût de cette fcience
prendroit ; on verroit les perfonnes même
qui ne fe deftinent pas à s'y appliquer
toute leur vie aimer à fe remplir de principes
qui feroient d'ufage dans la conduite
de leurs affaires ; on verroit des perfonnes
qui fe deſtinent à l'état eccléfiaftique
fe rendre capables par ce moyen d'être
dans la fociété d'une utilité infinie.
Un des foins principaux des Profeffeurs
devroit être de difcerner parmi ceux qui
étudient fous eux , ceux qui fe trouvent
avoir le génie de la fcience qu'on leur enfeigne.
On fçait qu'on entend par génie
l'aptitude naturelle que des perfonnes ont
de faire bien au prix d'une légere étude
ce que d'autres avec une étude pénible ne
parviennent à faire qu'imparfaitement . On
ne doit pas douter qu'il ne faille un génie
particulier pour l'étude des loix , un caractere
d'efprit fingulier une heurenfe pofition
de coeur. L'inſtruction ſeule & l'apSEPTEMBRE
. 1755. 183
plication ne fuffifent pas , l'expérience ie
démontre . Où font les compagnies un peu
nombreuſes où l'on ne voie bien fouvent
des Magiftrats qui , fans étude , mais par
une droiture d'efprit qui leur eft naturelle ,
vont au but & à la vraie décifion , tandis
qu'on en voit , qui ayant forcé leurs talens
, & s'étant remplis de connoiffances
femblent ne s'en fervir que pour donner à
gauche avec plus d'obftination .
Ce difcernement mériteroit d'autant
plus d'attention , que parmi ceux qui s'appliquent
à l'étude du droit , c'eft prefque
un hazard s'il en eft quelqu'un qui ait .
pour cette étude les difpofitions naturelles
. Sur cent écoliers qui prendront une
année des dégrés dans une Univerſité de
Droit , c'eft beaucoup s'il y en a trois qui
en faffent dans la fuite leur objet. Les autres
Gradués le négligent entierement. Ce
petit nombre dont on parle , ne fe détermine
que par des circonftances particulie
res où il fe trouve , comme la néceffité
de remplir quelque érat , ou de pourvoir
aux befoins de la vie. Difpofitions infuffifantes
, & avec lefquelles on ne va pas
loin.
Ce difcernement ainfi fait , ce feroit à
des Profeffeurs habiles & zélés pour la
gloire de leur art d'encourager les jeunes
་།
184 MERCURE DE FRANCE.
éleves en qui ils verroient luire les étincelles
de ce génie. Il ne le pourroient gueres
que par leurs exhortations , & par leurs
exemples : mais quand il y auroit dans
l'état quelque diftinction & quelque récompenfe
pour les génies peu communs ,
cela ne paroît pas devoir tirer à une grande
conféquence.
De Ville-Franche , de Rouergue ,
ce 15 Juillet 1755 .
d'étudier le Droit.
J
de
Amais fiécle n'a été plus éclairé que celui
dans lequel nous vivons. L'efprit géométrique
qui y regne , a porté la lumiere
dans les fciences & dans les arts. On ne fe
contente plus de connoiffances légeres &
fuperficielles , la Philofophie dans fes commencemens
, enveloppée des plus épaifes
ténébres , dans la fuite éclairée par
fauffes lueurs , eft aujourd'hui une ſcience
où l'on n'admet que ce qu'on comprend ,
& où l'on ne fe conduit que par des principes
connus. La Médecine long- tems fondée
fur les préjugés & fur l'expérience , eft
en état de rendre raifon de toutes fes opérations.
Les arts qui dépendent du goût &
de l'intelligence ne s'apprennent plus par
la feule pratique , mais encore par la méthode.
En tout on fe conduit d'une maniere
également prompte & fûre : on rend
raifon de tout , on démontre tout juſqu'aux
beautés de ftyle , jufqu'aux beautés de
fentiment .
Une ſcience feule femble n'avoir aucuSEPTEMBRE
1755. 173
ne part à ces progrès & à ces avantages ;
c'eft la fcience du droit , la plus belle néanmoins
par l'origine de fes maximes , la
plus intéreffante pour le bien de la fociété
, la plus fatisfaifante peut-être fi elle
étoit connue & pratiquée par des efprits
dignes de s'y appliquer. Nous avons vû
paroître de nos jours quelque compilation,
quelques éditions nouvelles augmentées
de notes , quelques abrégés d'ordinaire
fecs & décharnés , mais du refte aucun
ouvrage de génie en cette matiere ,
aucun ouvrage.
d'un caractere nouveau .
Plufieurs cauſes , il eft vrai , peuvent
produire cet inconvénient. Défauts dans
les difpofitions de ceux qui étudient cette
fcience ; défauts dans les livres qui la
renferment ; défaut dans la méthode de
l'enfeigner dans les Univerfités ; difcrédit
où elle eft dans l'efprit du public.
Les perfonnes qui étudient cette fcience
, font quelquefois celles qui l'envifagent
le moins dans fon objet & dans fes
principes. Les uns la regardent fimplement
comme l'inftrument de leur fortune , les
autres comme une occupation attachée à
leur état , & ce n'eft ni le befoin ni l'état
qui déterminent les qualités de l'efprit.
Les livres qui la renferment , font des
livres très-imparfaits. Le recueil des loix
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
compofé par Tribonien , eft un véritable
chaos plein d'obfcurités & de contradictions
vraies ou apparentes , où les vrais
principes font noyés dans la décifion des
cas particuliers répandus en des endroits
tout- à - fait différens , où ce qui eft préfenté
comme principe , n'eft fouvent
qu'une décifion d'un cas particulier , &
où le moindre défaut , quoique par luimême
très-conſidérable , eft le défaut de
méthode .
Malgré l'étendue de ce recueil , il s'en
faut bien qu'il contienne la décifion d'une
infinité de cas , c'eſt ce qui a donné lieu
à plufieurs Auteurs en différens tems de
ramaffer les décifions de ceux qui fe font
préfentés. Ces décifions n'ont pas toujours
été les mêmes fur les mêmes cas , le tems
donne des vûes & diffipe bien des erreurs.
Des réglemens d'ailleurs bons dans de cer
taines circonftances demandent d'être
changés ou modifiés dans d'autres ; mais
fi l'on continue ces fortes d'ouvrages ,
comment n'en fera-t-on pas accablé dans
les fuites ?
›
On trouve bien peu de reffources pour
réfoudre les difficultés dans certains auteurs
qui ont travaillé fur le droit , aucun
d'eux n'a guere connu la vraie méthode .
La plupart de ces interprêtes nés fans goût
SEPTEMBR E. 1755. 175
naturel , & écrivant dans un tems d'ignorance
& de ténébres ont rempli leurs écrits
des plus grandes inepties & des plus grandes
fadaifes. Ceux qui ont travaillé le plus
fenfément , ne ſe font point mis en peine
d'aider les commençans.
Il y en a qui ont travaillé d'une maniere
folide & profonde , on en convient
mais comme ils ne font point législateurs
eux-mêmes , & qu'ils n'ont fouvent que
leur opinion , quoique refpectable . Pour
les bien comprendre , & pour faire un
ufage affuré de leurs découvertes il fau
droit avoir étudié prefque autant qu'eux ,
& bien peu de perfonnes font dans le goût
& la fituation néceffaires pour cela . Au
furplus , ce peu de perfonnes ne feroient
pas , du moins de leur vivant , fort utiles
à la fociété.
Les Profeffeurs de cette fcience , foit
qu'ils n'ayent à faire qu'à une jeuneffe indocile
& ignorante , foit que leur ambition
fe trouve bornée par la place qu'ils
occupent , font fujets à enfeigner le Droit
d'une maniere peu noble & affez infructueufe.
Les fubtilités du Droit romain , &
plufieurs autres inutilités rempliffent leurs
cayers , ils acquierent par là plus de gloire,
& il y en a parmi eux qui ne font que trop
fouvent regardés que comme de vains dif-
Hiiij coureurs.
176 MERCURE DE FRANCE .
On fe contente aujourd'hui , comme on
s'eft prefque toujours contenté dans les
Univerfités , de dicter la premiere année
des études du droit des commentaires fur
les inftitutes de Juftinien , que chacun
compofe à fa fantaisie ; on y fuit communément
le même ordre qui s'y trouve , &
cet ordre n'eft point du tout méthodique.
Il n'y a point de page qui , pour être bien
comprife , n'ait beſoin de la page fuivante.
On eft réduit à expliquer ce qu'il y a
d'obfcur par des citations accablantes des
loix du Digefte , que la jeuneffe comprend
encore moins. C'eft porter un flambeau
éteint dans l'obfcurité de la nuit. On eft
fujet à y mêler une infinité de chofes inutiles
& hors d'ufage , qui font perdre de
vûe ce qu'il feroit utile de retenir.
Les autres années on explique quelques
titres du Digeſte , où il n'y a pas plus d'ordre
; on fe fatigue à concilier les contradictions
des loix par le fentiment des Interprêtes
, qui ne font pas toujours d'accord
entr'eux . On confond l'étude du
Droit romain avec l'étude du droit de fon
pays ; & comme chacun a des principes
différens , au lieu d'employer utilement
fon tems on le perd réellement , & on
n'apprend ni l'un ni l'autre .
Dans ces circonftances , l'expérience fait
1
SEPTEMRE. 1755. 177
voir , qu'il eft difficile a prendre le goût
de cette fcience ; & faute de l'avoir pris ,
le premier ufage qu'on fait de fa liberté ,
après ces études, eft d'oublier tout ce qu'on
a appris , & de fe féliciter de l'avoir oublié.
Il faut pourtant convenir , que malgré
ces difficultés , il fe trouve des perfonnes
qui s'appliquent à l'étude du droit , & qui
font en état de donner leur décifion fur
tous les différens qui fe rencontrent. Il s'en
trouve fans doute , & il s'en trouvera toujours.
Mais à la réferve d'un bien petit nombre
que l'amour de la gloire peut faire agir,
fi l'on confulte les autres , ou qu'on examine
de près leur conduite , on verra que
ce n'eft qu'un intérêt vil & méprifable en
pareil cas qui les conduit. La néceffité leur
fait furmonter les dégoûts inféparables du
commencement de cette étude , & dès
qu'ils en fçavent aſſez
décider ce qui
fe préfente , ils ne vont pas plus loin , &
n'approfondiffent pas.
pour
Il est aisé de voir combien le peu d'élévation
dans les fentimens chez des perfonnes
qui fe deſtinent à cette étude entraîne
d'inconvéniens , leurs lumieres en
deviennent fufpectes , les Juges en deviennent
incertains & irréfolus , les plaideurs
en deviennent capricieux & obſtinés.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE
Toutes ces miferes font tomber cette
fcience dans le difcrédit , les perfonnes
éclairées , les amateurs des autres fciences
qui n'en jugent que dans ceux qui la pratiquent
, en prennent de fauffes idées . Ils
voyent que certains ne la cultivent que
par un intérêt fordide , & s'ils penfent noblement
ne la regardent que comme un
métier. Ils la voyent pratiquée par des efprits
médiocres , fans goût & fans talens ,
& la regardent par- là comme une fcience
peu fatisfaifante , peu digne des recherches
d'un homme curieux & pénétrant. Ils
font confufément inftruits des longueurs
& des fombres détours de la chicane , de
la fauffe interprétation qu'on peut faire
des loix , & regardent comme effentiel à
cette fcience un abus qui lui eft entierement
étranger. C'eft ainfi que penfent des
connoiffeurs fenfés & judicieux en toute
autre rencontre. D'autre côté , une infinité
de gens oififs qui cherchent néanmoins
à orner leur efprit & à bien conduire leurs
affaires , regardent la plus légere étude du
droit comme quelque chofe entierement
au- deffus de leur portée , héfitent dans les
moindres chofes qui y ont rapport , & ont
toujours befoin des lumieres d'autrui
dans des chofes qu'ils auroient pû , fans
beaucoup de peine , voir diftinctement
par leurs propres yeux.
SEPTEMBRE. 1755. 179
Ainfi cette, fcience ne trouve prefque
plus perfonne qui l'étudie pour elle- même
tandis que plufieurs autres fciences
moins utiles trouvent des amateurs fideles
qui s'y attachent , qui y entrent , qui les
approfondiffent. Auffi eft elle fuivie de
bien peu d'honneur & de bien peu de gloi
re , fi l'on examine celle à laquelle elle
pourroit prétendre , & qui lui a été autrefois
accordée .
Quelle gloire en effet de faire fon occupation
de ce qui fait la vraie utilité
pu
blique , fi on la fait avec les talens , les
motifs , la dignité convénables ? Quelle
gloire n'ont pas eu parmi les Grecs ceux
qui les premiers ont travaillé à écrire & à
faire pratiquer des loix ? Quelle gloire
n'acqueroient pas les Jurifconfultes parmi
les Romains ? La fcience du Droit élevoit
anx emplois les plus brillans , aux poftes
les plus diftingués , & affuroit à ceux qui
la pratiquoient une vénération publique .
Seroit- il avantageux de remédier à l'inconvénient
dont on vient de parler : &
feroit-il impoffible d'y réuffir
Il femble qu'on ne peut méconnoître
les avantages qu'il y auroit de rendre l'étude
du Droit en même tems plus fami
liere & plus recommandable. Sans parler
de l'excellence du droit naturel , qu'on ne
1
>
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
peut méconnoître , qu'en n'étant homme
qu'à demi , fans rapporter les pompeux
éloges qui en font faits , fans parler du
droit public dont , quiconque prend intérêt
au bien de fa patrie , devroit defirer
d'être inftruit , l'étude elle - même du droit
civil n'eft pas fans utilité , ne fut - ce que
pour conduire fes propres affaires , pour
abandonner à propos des prétentions injuftes
, ou incertaines . Pour y parvenir , il
ne feroit pas néceffaire d'être Jurifconfulte
par état , ou Avocat confultant ; il fuffiroit
d'apprendre quelques principes & quelques
régles , dont le détail pourroit être
rendu intéreffant , & qui n'eft pas infini ,
d'y apporter une difpofition & une attention
qu'on emploie pour plufieurs chofes
qui entrent dans une éducation au- deffus
de la commune.
Il feroit donc à fouhaiter qu'on enſeignât
le droit avec la dignité & la méthode
convénables pour en faire naître le
goût de plus en plus , & pour en affurer
le progrès. Pour cet effet il conviendroit
peur- être que ceux qui font prépofés à cet
exercice , fuffent parfaitement inftruits
du droit de la nature & des gens , & qu'ils
viffent clairement dans ce droit le fondement
de tous les autres. On fçait qu'il y
a dans des états voifins , des Univerfités
SEPTEMBRE . 1755. 181
où il y a une chaire particuliere pour le
Droit de la nature & des gens. Il feroit à
fouhaiter qu'on fe départît de l'ancienne
forme d'enſeigner le droit , & qu'on s'appliquât
à donner les vrais élémens de cette
fcience , autant qu'elle en eft fufceptible .
Qu'on divifât les matieres , qu'on fît bien
fentir en chacune ce qui eft d'un droit immuable
d'avec ce qui n'eft que d'un droit
pofitif , qu'un avantage public a néanmoins
fait introduire ; qu'on fçût faire
comprendre ce que c'eft que la rigueur du
droit , & dans quel cas il eft permis d'y
apporter du tempérament. Il feroit fans
doute infiniment plus avantageux d'inftruire
la jeuneffe de ces principes , que de
leur apprendre le détail des régles , ils les
apprendroient affez enfuite d'eux-mêmes.
Les anciens Jurifconfultes qui ont compofé
des inftitutes du Droit romain , fembloient
avoir reconnu la néceffité de fe
fervir de principes dans l'étude de cette
fcience. Ils en avoient pofé au commencement
de leur ouvrage , mais principes fi
primitifs , fi généraux , que l'application
n'en peut pas beaucoup fervir dans le
détail , & d'ailleurs on n'en voit point
dans la fuite de cet ouvrage.
Suivant cette méthode , on pourroit enfeigner
la premiere année ce qui regarde
182 MERCURE DE FRANCE.
les conventions , & les autres engagemens
qui en font les fuites . Dans la feconde , ce
qui regarde les fucceffions & les matieres
teftamentaires. Dans la troifiéme , quelques
matieres qui ont une origine particuliere
, comme les matieres des fiefs , ou
quelques matieres du droit public.
Il eft à préfumer qu'en fuivant ce plan
avec foin , peu à peu le goût de cette fcience
prendroit ; on verroit les perfonnes même
qui ne fe deftinent pas à s'y appliquer
toute leur vie aimer à fe remplir de principes
qui feroient d'ufage dans la conduite
de leurs affaires ; on verroit des perfonnes
qui fe deſtinent à l'état eccléfiaftique
fe rendre capables par ce moyen d'être
dans la fociété d'une utilité infinie.
Un des foins principaux des Profeffeurs
devroit être de difcerner parmi ceux qui
étudient fous eux , ceux qui fe trouvent
avoir le génie de la fcience qu'on leur enfeigne.
On fçait qu'on entend par génie
l'aptitude naturelle que des perfonnes ont
de faire bien au prix d'une légere étude
ce que d'autres avec une étude pénible ne
parviennent à faire qu'imparfaitement . On
ne doit pas douter qu'il ne faille un génie
particulier pour l'étude des loix , un caractere
d'efprit fingulier une heurenfe pofition
de coeur. L'inſtruction ſeule & l'apSEPTEMBRE
. 1755. 183
plication ne fuffifent pas , l'expérience ie
démontre . Où font les compagnies un peu
nombreuſes où l'on ne voie bien fouvent
des Magiftrats qui , fans étude , mais par
une droiture d'efprit qui leur eft naturelle ,
vont au but & à la vraie décifion , tandis
qu'on en voit , qui ayant forcé leurs talens
, & s'étant remplis de connoiffances
femblent ne s'en fervir que pour donner à
gauche avec plus d'obftination .
Ce difcernement mériteroit d'autant
plus d'attention , que parmi ceux qui s'appliquent
à l'étude du droit , c'eft prefque
un hazard s'il en eft quelqu'un qui ait .
pour cette étude les difpofitions naturelles
. Sur cent écoliers qui prendront une
année des dégrés dans une Univerſité de
Droit , c'eft beaucoup s'il y en a trois qui
en faffent dans la fuite leur objet. Les autres
Gradués le négligent entierement. Ce
petit nombre dont on parle , ne fe détermine
que par des circonftances particulie
res où il fe trouve , comme la néceffité
de remplir quelque érat , ou de pourvoir
aux befoins de la vie. Difpofitions infuffifantes
, & avec lefquelles on ne va pas
loin.
Ce difcernement ainfi fait , ce feroit à
des Profeffeurs habiles & zélés pour la
gloire de leur art d'encourager les jeunes
་།
184 MERCURE DE FRANCE.
éleves en qui ils verroient luire les étincelles
de ce génie. Il ne le pourroient gueres
que par leurs exhortations , & par leurs
exemples : mais quand il y auroit dans
l'état quelque diftinction & quelque récompenfe
pour les génies peu communs ,
cela ne paroît pas devoir tirer à une grande
conféquence.
De Ville-Franche , de Rouergue ,
ce 15 Juillet 1755 .
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Résumé : Réflexions sur la maniere d'enseigner & d'étudier le Droit.
Le texte 'Réflexions sur la manière d'enseigner et d'étudier le Droit' met en lumière le retard de la science juridique par rapport aux autres disciplines, telles que la philosophie et la médecine, qui ont progressé grâce à des méthodes rigoureuses et à la raison. Plusieurs facteurs expliquent ce retard, notamment les défauts des étudiants, les imperfections des livres de droit et les méthodes d'enseignement inefficaces dans les universités. Les étudiants voient souvent le droit comme un moyen de fortune ou une obligation professionnelle, plutôt que comme une science à étudier pour elle-même. Les livres de droit, comme le recueil des lois compilé par Tribonien, sont décrits comme chaotiques et pleins de contradictions. Les auteurs de ces ouvrages sont critiqués pour leur manque de méthode et de clarté. Les professeurs, quant à eux, enseignent de manière peu noble et infructueuse, se concentrant sur des subtilités inutiles et des inutilités. L'enseignement du droit dans les universités est critiqué pour son manque de méthode et d'ordre. Les étudiants sont souvent submergés par des citations et des explications obscures, ce qui rend l'apprentissage difficile et inefficace. En conséquence, beaucoup d'étudiants perdent rapidement l'intérêt pour cette science après leurs études. Le texte suggère que l'étude du droit pourrait être rendue plus attrayante et utile en adoptant une méthode d'enseignement plus structurée et en se concentrant sur les principes fondamentaux. Il propose de diviser les matières en sections distinctes, comme les conventions, les successions et les matières testamentaires, et d'enseigner les principes immuables du droit naturel et des gens. Cela permettrait aux étudiants de mieux comprendre et d'appliquer les règles juridiques dans leur vie quotidienne et professionnelle. Le texte insiste également sur l'importance pour les professeurs de distinguer les étudiants dotés d'un génie particulier pour la science qu'ils enseignent. Le génie est défini comme une aptitude naturelle permettant de réussir avec peu d'efforts, contrairement à ceux qui nécessitent des études pénibles pour obtenir des résultats imparfaits. Cette aptitude est particulièrement cruciale dans l'étude des lois, où l'instruction et l'application seules ne suffisent pas. Le texte observe que dans certaines compagnies, des magistrats sans étude approfondie mais avec une droiture d'esprit naturelle parviennent à des décisions justes, tandis que d'autres, malgré leurs connaissances, les utilisent de manière inefficace. Le texte souligne que parmi les étudiants en droit, il est rare de trouver ceux ayant des dispositions naturelles pour cette étude. Sur cent écoliers obtenant un diplôme en droit, seulement trois environ poursuivront cette carrière par la suite. Les autres négligent cette voie, souvent poussés par des circonstances spécifiques comme la nécessité de subvenir à leurs besoins. Après avoir identifié ces étudiants talentueux, les professeurs devraient les encourager par leurs exhortations et leurs exemples. Cependant, l'instauration de distinctions ou de récompenses pour ces génies dans l'état semble avoir une portée limitée.
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105
p. 143-144
ETABLISSEMENT d'un College Royal dans le ville neuve de Metz sous le nom de S. Louis confié à perpétuité aux Chanoines Réguliers de la Congrégation de N. Sauveur, établis en cette Ville.
Début :
Monseigneur le Maréchal Duc de Belle-Isle, Gouverneur Général des [...]
Mots clefs :
Collège, Chanoines, Metz, Collège royal, Jeune noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETABLISSEMENT d'un College Royal dans le ville neuve de Metz sous le nom de S. Louis confié à perpétuité aux Chanoines Réguliers de la Congrégation de N. Sauveur, établis en cette Ville.
ETABLISSEMENT d'un College
Royal dans la ville neuve de Merz fous le
nom de S. Louis confié à perpétuité aux
Chanoines Réguliers de la
Congrégation de
N. Sauveur , établis en cette Ville.
Monfeigneur le Maréchal Duc de
Belle- Ifle ,
Gouverneur Général des
trois Evêchés , ayant attiré les Chanoines
Réguliers de Lorraine dans la ville neuve
de Metz bâtie par fes foins , ils y ont formé
une penfion pour l'éducation de la
jeune Nobleffe qui a mérité la confiance
des
Nationaux & des Etrangers . Leurs
fuccès ont engagé M. Pillevel alors Abbé
Régulier de S. Pierremont , depuis élevé
au
Généralat de la
Congrégation ,
avoit fait les frais de tous les bâtimens &
qui
pourvu jufques-là à l'entretien de cet établiffement
, à chercher les moyens de lui
procurer des fonds pour l'avenir. Dans
cette vue , par un exemple unique de défintéreffement
& de zele pour le bien
blic , il s'est démis
volontairement de fon
pu144
MERCURE DE FRANCE.
Abbaye entre les mains du Roi fans aucune
referve demandant que le titre de fon
Abbaye fût fupprimé , & que tous les
biens & revenus en fuffent unis à la maifon
qu'il avoit fait bâtir à Metz.
En conféquence , par la protection &
les bons offices de Monfeigneur le Maréchal
Duc de Belle - Ifle , le Roi informé des
progrès de cet établiſſement , a donné ſon
confentement pour l'union des biens de la
menfe abbatiale de S. Pierremont dont le
titre a été fupprimé , à ladite maifon des
Chanoines Réguliers de la ville neuve de
Metz , laquelle union eft confommée . Le
Roi charge ladite Maifon à perpétuité de
loger , nourrir , & enfeigner douze jeunes
Gentilshommes à fa nomination. Il l'a décorée
du titre de College Royal de S. Louis ,
lui a donné pour cachet ordinaire l'écuffon
de fes armes , qui doit auffi être placé
fur l'entrée principale , & lui a accordé
tous les privileges utiles & bonorables que
pouvoit défirer cet établiſſement .
A Metz , le 14 Novembre 1755.
Royal dans la ville neuve de Merz fous le
nom de S. Louis confié à perpétuité aux
Chanoines Réguliers de la
Congrégation de
N. Sauveur , établis en cette Ville.
Monfeigneur le Maréchal Duc de
Belle- Ifle ,
Gouverneur Général des
trois Evêchés , ayant attiré les Chanoines
Réguliers de Lorraine dans la ville neuve
de Metz bâtie par fes foins , ils y ont formé
une penfion pour l'éducation de la
jeune Nobleffe qui a mérité la confiance
des
Nationaux & des Etrangers . Leurs
fuccès ont engagé M. Pillevel alors Abbé
Régulier de S. Pierremont , depuis élevé
au
Généralat de la
Congrégation ,
avoit fait les frais de tous les bâtimens &
qui
pourvu jufques-là à l'entretien de cet établiffement
, à chercher les moyens de lui
procurer des fonds pour l'avenir. Dans
cette vue , par un exemple unique de défintéreffement
& de zele pour le bien
blic , il s'est démis
volontairement de fon
pu144
MERCURE DE FRANCE.
Abbaye entre les mains du Roi fans aucune
referve demandant que le titre de fon
Abbaye fût fupprimé , & que tous les
biens & revenus en fuffent unis à la maifon
qu'il avoit fait bâtir à Metz.
En conféquence , par la protection &
les bons offices de Monfeigneur le Maréchal
Duc de Belle - Ifle , le Roi informé des
progrès de cet établiſſement , a donné ſon
confentement pour l'union des biens de la
menfe abbatiale de S. Pierremont dont le
titre a été fupprimé , à ladite maifon des
Chanoines Réguliers de la ville neuve de
Metz , laquelle union eft confommée . Le
Roi charge ladite Maifon à perpétuité de
loger , nourrir , & enfeigner douze jeunes
Gentilshommes à fa nomination. Il l'a décorée
du titre de College Royal de S. Louis ,
lui a donné pour cachet ordinaire l'écuffon
de fes armes , qui doit auffi être placé
fur l'entrée principale , & lui a accordé
tous les privileges utiles & bonorables que
pouvoit défirer cet établiſſement .
A Metz , le 14 Novembre 1755.
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Résumé : ETABLISSEMENT d'un College Royal dans le ville neuve de Metz sous le nom de S. Louis confié à perpétuité aux Chanoines Réguliers de la Congrégation de N. Sauveur, établis en cette Ville.
Le texte décrit la création d'un collège royal à Metz, dédié à Saint Louis. Cette initiative a été confiée aux Chanoines Réguliers de la Congrégation de Notre Sauveur. Le Maréchal Duc de Belle-Isle, Gouverneur Général des trois Évêchés, a invité ces chanoines à s'installer dans la ville neuve de Metz, où ils ont fondé une pension pour l'éducation des jeunes nobles. Le succès de cette pension a poussé M. Pillevel, Abbé Régulier de Saint-Pierremont et Général de la Congrégation, à chercher des financements. Il a cédé son abbaye au Roi, demandant que ses biens et revenus soient intégrés à la maison des chanoines de Metz. Informé par le Maréchal Duc de Belle-Isle, le Roi a accepté cette union et a chargé les chanoines de loger, nourrir et instruire douze jeunes gentilshommes choisis par lui. Le collège a été nommé Collège Royal de Saint Louis et a reçu divers privilèges. Cette décision a été officialisée à Metz le 14 novembre 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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106
p. 200-201
Avertissement.
Début :
Le sieur Keyser avertit le Public que quoique son plus grand desir [...]
Mots clefs :
M. Keyser, Remède, Bien commun, Lettres accablantes, Enseignement de sa méthode, Traitements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avertissement.
Avertiffement.
Le fieur Keyfer avertit le Public que quoique
fon plus grand defir & fon unique objet foit de
contribuer au bien général de l'humanité par l'extenfion
de fon remede dans les Provinces & les
pays étrangers ; cependant comme ce remede ,
ainfi qu'il l'a déja annoncé plufieurs fois , demande
une certaine adminiſtration , que l'on ne peut
apprendre fans avoir vu & fuivi un certain nombre
de malades traités par fa méthode , il ne fe
réfoudra jamais d'en envoyer au dehors pour être
adminiftré au hazard par des mains inhabiles , &
que parconféquent il eft inutile qu'on l'accable
tous les jours , & de toutes parts , de lettres à ce
fujet pour lui en demander. Que toutefois étant
férieufement occupé des moyens de le participer ,
'il eft poffible , à toute la terre , il inftruit actuellement
de fa méthode différens Maîtres en Chiurgie
de diverfes Provinces , qui font venus le
JUIN. 1757. 201
trouver , & qui jugeant fans prévention & fans
partialité , par leurs propres yeux , fuivent avec
exactitude les maladies , les traitemens , & apprennent
l'adminiftration , en fe convainquant
par les expériences qu'ils voient & qu'ils font
eux-mêmes , de la vérité & de la fupériorité de
fon remede. Qu'il fe fera le plus grand plaifir de
recevoir également tous ceux qui voudront ou
pourront venir paffer quelque mois à en apprendre
l'adminiftration , & qu'alors au bout d'un
temps fuffifant , mais qui ne fera jamais long ,
quand il fera certain que ceux qui auront fuivi &
adminiftré fous fes yeux , feront parfaitement inftruits
; il le leur confiera pour aller par euxmêmes
l'adminiftrer en quelque endroit que ce
foit , & ne les en laiffera jamais manquer ; & afin
que le Public ne puiffe être la dupe & la victime
de ceux qui pourroient fe vanter fauffement d'en
avoir , il aura foin de donner tous les ans , par la
voie du Mercure de France , les noms. exacts des
perfonnes à qui il l'aura confié fucceffivement , &
il commence conféquemment aujourd'hui à annoncer
qu'il vient de le donner à M. Ray, Maître
en Chirurgie, demeurant rue Turpin, à Lyon , qui
étant venu à Paris fuivre fes traitemens , voir l'administration
, & adminiftrer lui-même , eft parfaitement
inftruft , & en état de traiter avec fon
remede & par fa méthode , toutes les maladies vénériennes
quelconques.
Il en partira inceffamment d'autres pour plu
fieurs principales Villes du Royaume.
Le fieur Keyfer avertit le Public que quoique
fon plus grand defir & fon unique objet foit de
contribuer au bien général de l'humanité par l'extenfion
de fon remede dans les Provinces & les
pays étrangers ; cependant comme ce remede ,
ainfi qu'il l'a déja annoncé plufieurs fois , demande
une certaine adminiſtration , que l'on ne peut
apprendre fans avoir vu & fuivi un certain nombre
de malades traités par fa méthode , il ne fe
réfoudra jamais d'en envoyer au dehors pour être
adminiftré au hazard par des mains inhabiles , &
que parconféquent il eft inutile qu'on l'accable
tous les jours , & de toutes parts , de lettres à ce
fujet pour lui en demander. Que toutefois étant
férieufement occupé des moyens de le participer ,
'il eft poffible , à toute la terre , il inftruit actuellement
de fa méthode différens Maîtres en Chiurgie
de diverfes Provinces , qui font venus le
JUIN. 1757. 201
trouver , & qui jugeant fans prévention & fans
partialité , par leurs propres yeux , fuivent avec
exactitude les maladies , les traitemens , & apprennent
l'adminiftration , en fe convainquant
par les expériences qu'ils voient & qu'ils font
eux-mêmes , de la vérité & de la fupériorité de
fon remede. Qu'il fe fera le plus grand plaifir de
recevoir également tous ceux qui voudront ou
pourront venir paffer quelque mois à en apprendre
l'adminiftration , & qu'alors au bout d'un
temps fuffifant , mais qui ne fera jamais long ,
quand il fera certain que ceux qui auront fuivi &
adminiftré fous fes yeux , feront parfaitement inftruits
; il le leur confiera pour aller par euxmêmes
l'adminiftrer en quelque endroit que ce
foit , & ne les en laiffera jamais manquer ; & afin
que le Public ne puiffe être la dupe & la victime
de ceux qui pourroient fe vanter fauffement d'en
avoir , il aura foin de donner tous les ans , par la
voie du Mercure de France , les noms. exacts des
perfonnes à qui il l'aura confié fucceffivement , &
il commence conféquemment aujourd'hui à annoncer
qu'il vient de le donner à M. Ray, Maître
en Chirurgie, demeurant rue Turpin, à Lyon , qui
étant venu à Paris fuivre fes traitemens , voir l'administration
, & adminiftrer lui-même , eft parfaitement
inftruft , & en état de traiter avec fon
remede & par fa méthode , toutes les maladies vénériennes
quelconques.
Il en partira inceffamment d'autres pour plu
fieurs principales Villes du Royaume.
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Résumé : Avertissement.
Le fieur Keyfer exprime son intention de diffuser son remède pour le bien général de l'humanité, mais insiste sur la nécessité d'une expertise pour son administration. Il refuse d'envoyer son remède à des personnes non qualifiées et se consacre à former des maîtres en chirurgie de diverses provinces. Ces derniers, après avoir suivi ses traitements sous sa supervision, sont jugés compétents pour administrer le remède. Keyfer accepte de former ceux qui souhaitent apprendre et promet de les recommander une fois formés. Pour éviter les abus, il publiera annuellement les noms des personnes autorisées. Il annonce que M. Ray, maître en chirurgie à Lyon, est désormais autorisé à traiter les maladies vénériennes avec son remède. D'autres maîtres en chirurgie partiront bientôt vers plusieurs villes principales du royaume.
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107
p. 213
AUTRE.
Début :
Le sieur Chinon enseigne l'ordre des Ecritures du Commerce maritime, [...]
Mots clefs :
Enseignement, Connaissances générales, Colons, Marchands, Navigateurs, Finances
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fieur Chinon enfeigne l'ordre des Ecritu
res du Commerce maritime , la formation des
Comptes d'armemens & des défarmemens , Cargaifons
pour l'Amérique & la Guinée , Décomptes
d'Equipages , Traite des Noirs , la difpofition
du Tableau de leurs Ventes , l'ordre que l'on
tient par rapport à l'argent des Ifles , celui des retours
des Navires qui ont fait la Traite , Affrétemens
de Navires , ou Chartepartie , Affurance ,
Prime , Groffes Aventures , Cambie de Groffe ,
Eret , Pacotilles , Avaries ordinaires & extraordi
naires , la Tenue des Livres , les Changes , enfin
toutes les Regles & les Instructions qui en dépen
dent , & qui font abfolument néceffaires aux perfonnes
qui ont deffein de paffer à l'Amérique ,
pour s'y établir , ou de travailler chez les Habitans,
Négocians, Armateurs & Marchands , même
pour ceux qui navigent, & qui defireroient entrer
au fervice de la Compagnie des Indes . Sa demeure
eftrue des Vieux Auguſtins, du côté de celle Montmartre
, au coin de la rue , chez le fieur Château ,
vis-à-vis la Croix d'Or. On le trouvera dans fa
Claffe , depuis huit heures du matin, jufqu'à midi.
E fieur Chinon enfeigne l'ordre des Ecritu
res du Commerce maritime , la formation des
Comptes d'armemens & des défarmemens , Cargaifons
pour l'Amérique & la Guinée , Décomptes
d'Equipages , Traite des Noirs , la difpofition
du Tableau de leurs Ventes , l'ordre que l'on
tient par rapport à l'argent des Ifles , celui des retours
des Navires qui ont fait la Traite , Affrétemens
de Navires , ou Chartepartie , Affurance ,
Prime , Groffes Aventures , Cambie de Groffe ,
Eret , Pacotilles , Avaries ordinaires & extraordi
naires , la Tenue des Livres , les Changes , enfin
toutes les Regles & les Instructions qui en dépen
dent , & qui font abfolument néceffaires aux perfonnes
qui ont deffein de paffer à l'Amérique ,
pour s'y établir , ou de travailler chez les Habitans,
Négocians, Armateurs & Marchands , même
pour ceux qui navigent, & qui defireroient entrer
au fervice de la Compagnie des Indes . Sa demeure
eftrue des Vieux Auguſtins, du côté de celle Montmartre
, au coin de la rue , chez le fieur Château ,
vis-à-vis la Croix d'Or. On le trouvera dans fa
Claffe , depuis huit heures du matin, jufqu'à midi.
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Résumé : AUTRE.
Le texte présente un ouvrage intitulé 'E fieur Chinon enfeigne l'ordre des Ecritures du Commerce maritime'. Cet ouvrage traite divers aspects du commerce maritime, incluant la formation des comptes d'armement et de désarmement, les cargaisons pour l'Amérique et la Guinée, les décomptes d'équipages, la traite des Noirs, la gestion de l'argent des îles, les retours des navires ayant effectué la traite, les affrétements de navires, les assurances, les primes, les grosses aventures, le change de grosse, les effets, les pacotilles, les avaries ordinaires et extraordinaires, la tenue des livres et les changes. Ces règles et instructions sont destinées aux personnes souhaitant s'établir ou travailler en Amérique, ainsi qu'aux négociants, armateurs, marchands et aux personnes naviguant et désirant entrer au service de la Compagnie des Indes. L'auteur réside chez le sieur Château, vis-à-vis la Croix d'Or, dans la classe des Vieux Augustins, côté Montmartre, et est disponible de huit heures du matin à midi.
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108
p. 209-214
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 18 Octobre, M. le Marquis de Conflans, Mestre de Camp [...]
Mots clefs :
Prince de Soubise, Divisions, Compagnies, Marquis, Troupes, Bataille, Ennemis, Force, Colonnes milliaires, Cavalerie, Résistance, Perte, Blessés et morts, Duc de Bourgogne, Problèmes de géométrie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
FRANC E.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE 18 Octobre , M. le Marquis de Conflans ,
Meftre de Camp du Régiment d'Orleans , a ap
porté au Roi le détail de la bataille de Lutzelberg ,
gagnée par l'armée de Sa Majefté , commandée
par M. le Prince de Soubiſe.
La divifion de M. de Chevert , compofée de
vingt- cinq bataillons & dix- huit efcadrons , des.
Huffards de Berchiny , de la Légion Royale , & des
Volontaires de Flandre , arriva le 8 au camp fous
Caffel. 3
#1
Le 9 , celle aux ordres de M. le Duc de Filtz-
James , compofée de dix bataillons & de douze
efcadrons ; paffa la Fulde à la fuite de toute l'armée
. ¡ ་ "
M. le Prince de Soubife deftina la divifion dë
M. de Chevert à attaquer la gauche des ennemis ,
& M. le Marquis de Voyer fut détaché avec vingt
compagnies de Grenadiers , vingt Piquets , quatre
cents cinquante Carabiniers de la cavalerie , la Légion
Royale , les Volontaires de Flandre , & lé
corps de M. Fifcher , pour faire l'avant- garde de
cette divifion .
M. le Prince de Soubife fe propofant de faire
paffer à toute l'armée le ruiffeau de Benthenlagen ,,
& de la faire camper au- delà , chargea M. le Mar
210 MERCURE DE FRANCE.
quis de Voyer de faire fes difpofitions pour atta
quer le village d'Heligenrode ; mais les mouvemens
de l'ennemi déciderent M. le Prince de Soubife
à le faire tourner par fa gauche , & M. le Marquis
de Voyer fe porta en conféquence jufques fur
les hauteurs qui dominent le village d'Halem. Il
fut renforcé pendant la nuit de dix compagnies de
Grenadiers , de la Brigade des Palatins , & de celle
de Dauphin , cavalerie.
Le 10 , à la pointe du jour , on s'apperçut que
l'armée ennemie abandonnoit fon camp , pour occuper
une pofition plus reculée , fur des hauteurs
& dans des bois , qui couvroient également fon
front & fon flanc gauche , M. le Marquis de Voyer,
à la tête de fon avant- garde , palla dans ce même
inſtant le ravin de Dalem , & gagna les hauteurs
de Fifchenſtein ; il fit attaquer , par les Troupes
legeres , le hameau de Breck , & un bois de hautefutaye
qui eft en avant , dans le deffein d'avoir une
connoiffance exacte de la nouvelle pofition des
ennemis : il y eut un feu de moufqueterie fort vif,
& M. le Comte de Chabot repouffa Pennemi.
M. le Prince de Soubife , après avoir fait fes dif
pofitions , fit déboucher toutes les troupes. M. le
Duc de Broglie , à qui il avoit donné l'avant - garde
à commander , canonna l'armée ennemie & la
força de fe mettre en bataille.
x
5
Les troupes , qui avant l'arrivée de M. de Che
vert & de M. le Duc de Filtz James , compofoient
l'armée de M. le Prince de Soubife , fu ent defti¬
nées à attaquer le front de l'ennemi , tandis que
M. le Duc de Filtz- James en attaqueroit la gaus
che , & que M. de Chevert en tourneroit
flanc.
Toutes les troupes étant arrivées à leur point
de déboucher , les avant- gardes de M. le Duc de
NOVEMBRE. 1758. 217
Broglie , & de M. le Marquis de Voyer , rentrerent
dans les colonnes.
A deux heures trois quarts après midi , M. de
Chevert donna , par quatre coups de canon , le
fignal de l'attaque générale , ainfi qu'il en avoit
reçu l'ordre de M. le Prince de Soubife , & il dé❤
boucha en même temps pour marcher à l'ennemi.
Toutes les colonnes s'ébranlerent enfemble ; mais
ayant eu plus de chemin , ou plus d'obſtacles à furmonter
, le plus grand effort du combat fe fit à la
divifion de M. de Chevert.
Les ennemis le voyant entré dans le bois qui
couvroit leur flanc , & craignant , avec raiſon ,
pour leurs derrieres , dégarnirent leur droite , &
porterent la plus grande partie de leurs troupes
en équerre de ce côté là.
Ils fe préfenterent en force à la fortie du bois ,
que les troupes de M. de Chevert avoient traverfé
fur trois colonnes , dont deux d'infanterie , & la
cavalerie dans le centre.
Les ennemis fe voyant preffés par cette difpofition
, pritent le parti de faire avancer une colonne
nombreuſe , pour nous attaquer , & nous
empêcher de déboucher dans la plaine.
M. de Chevert , après l'a oir fait canonner par
fon artillerie , qui a été fervie pendant tout le courant
de la journée avec la plus grande vivacité &
le plus à propos , donna ordre à M. le Marquis de
Voyer , & à M,le Comte de Bellefont , qui étoient
à la tête de la Cavalerie , de charger cette colonne
; dans le moment elle fut attaquée & culbutée .
C'eſt à cette charge que M. le Marquis de Voyer
a été bleffé.
Il y avoit à la tête de chacune de ces colonnes
d'infanterie , une avant- garde de dix compagnies
de Grenadiers , commandée , fgavoir , celle de la
212 MERCURE DE FRANCE.
gauche , par M. le Comte de Salm , & celle de la
droite , par M. le Vicomte de Belfunce. Ce dernier
ayant été dangereufement bleffé , fut remplacé
par M. le Chevalier de Groflier.
La cavalerie , après ce premier combat , déboucha
dans la plaine, & s'y mit en bataille, pour
faire face à celle des ennemis , qui s'avançoit en
bon ordre , afin de favorifer la retraite de la colonne
d'infanterie , & de rétablir le combat ;
cette cavalerie fut bientôt pliée , & tant que la
bataille a duré , elle a toujours eu le même fort
à plufieurs repriſes différentes. Pendant ce temps,
M. le Comte de Luface , à la tête des Saxons ,
qui formoient la colonne de la gauche , attaqua
un gros corps d'ennemis poftés fur une hauteur ,
où ils avoient placé pluffeurs batteries , d'où ils
dominoient la plaine par laquelle nos colonnes
débouchoient. M. le Comte de Luface chargea
M : le Baron d'Hirne de prendre la hauteur à re
vers , tandis qu'il attaqueroit les ennemis de
front. La réfiftance de ceux-ci fut très - opiniâtre ;
mais M. le Comte de Luſace manoeuvra aveċ
tant d'habileté , & preffa l'attaque fi vivement ,
qu'il fe rendit maître de la hauteur , & du canon
que les ennemis y avoient établi . Alors la victoire
ne fut plus balancée , quoique les ennemis
fiffent encore plufieurs tentatives pour nous arrêter
, & favorifer leur retraite. Ils ont pris la
fuite par le village de Lutzelberg , & n'ont fauvé
les débris de leur armée , qu'à la faveur de la nuit.
Au premier moment de l'attaque de M. de Che
vert , M. le Prince de Soubife marcha de front à
l'ennemi , à la tête de fon armée , & la mit , par
la célérité de fes mouvemens , à portée de faire
un feu d'artillerie très-vif & très - fuivi fur l'àr
mée ennemie , qui fut contrainte de ſe jetter ,en
NOVEMBRE . 1758. 215
•
défordre , dans les bois qui bordent la Véra. Ce
Général fit marcher plufieurs détachemens de la
gauche de l'armée , qui ont pourfuivi les ennemis
jufqu'à trois heures du matin .
On ne peut encore rien dire de certain fur
leur perte, qui ne peut être moindre que de trois
à quatre mille hommes. Les troupes de notre
droite ont pris onze pieces de canon , & les Huf
fard de Berchiny , qui étoient fur le flanc gauche
de l'armée , en ont pris treize , avec plufieurs
drapeaux & étendards , & beaucoup de
bagages.
On ne fçait pas encore au jufte le nombre des
prifonniers ,, parce qu'on en amene à tous mo
momens , parmi lefquels il y a des Officiers de
tout grade. Notre perte ne paroît pas confidérable
on ne compte jufqu'à préfent qu'environ
cinq à fix cents hommes tués ou bleſſés . Les ennemis
fe font enfui dans le plus grand défordre ;
lorfqu'ils ont traverfé Munden , leur cavalerie
étoit confondue avec leur infanterie , & ils n'avoient
pas une feule piece de canon > ce qui fait
croire , qu'ils ont abandonné dans les bois ce qui
leur en reftoit.
Ce détail a été fait trop promptement , pour
pouvoir nommer tous ceux qui fe font diftingués
dans cette journée . On peut dire en général , que
toutes les troupes ont montré , à l'envi , une ardeur
& une fermeté digne des Saxons , des Palatins
, & des François ; tous les Commandans
généraux & particuliers leur ont montré l'exemple.
M. le Marquis de Crillon a été détaché avec
trois Brigades d'infanterie , & les troupes légeres
, pour fuivre les ennemis dans leur retraite,
Il s'eft porté jufqu'à Munden , où il a déja fait
quatre cents prifonniers. On ne fçauroit trop
. 114 MERCURE DE FRANCE.
louer les difpofitions générales de M. le Prince
de Soubife .
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , âgé de fix
ans onze mois , a préſenté au Roi un Livre des
Problêmes de Géométrie , qu'il a conftruit luimême
, & mis au trait. Il y a ajouté le premier
trait d'un exagone fortifié avec le tracé dù foffé ,
du chemin couvert & du glacis . Ce Livre forme un
un petit in-4°.
Il feroit difficile de fe perfuader, vu l'exactitude
& la netteté avec laquelle ces Problêmes font exécutés,
qu'ils font abfolument l'ouvrage d'un Prince
à peine âgé de fept ans , fi l'on n'avoit des témoins
qu'on ne peut récufer . Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , qui avoit travaillé à former ce petit
Ouvrage , dans le deffein de le préfenter au Roi ,
le lui a dédié. L'Epitre Dédicatoire eft de fa compofition
, & elle eft écrite de ſa main .
Ilya long- temps qu'on fçait que ce jeune Prince
s'amule beaucoup de la Géométrie. On a fçu lui
faire une espece de jeu des premieres opérations de
cette ſcience . Les marques fingulieres de jugement
& de pénétration qu'il donne dans un âge anffi
tendre , en font concevoir les plus flatteufes efpérances.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE 18 Octobre , M. le Marquis de Conflans ,
Meftre de Camp du Régiment d'Orleans , a ap
porté au Roi le détail de la bataille de Lutzelberg ,
gagnée par l'armée de Sa Majefté , commandée
par M. le Prince de Soubiſe.
La divifion de M. de Chevert , compofée de
vingt- cinq bataillons & dix- huit efcadrons , des.
Huffards de Berchiny , de la Légion Royale , & des
Volontaires de Flandre , arriva le 8 au camp fous
Caffel. 3
#1
Le 9 , celle aux ordres de M. le Duc de Filtz-
James , compofée de dix bataillons & de douze
efcadrons ; paffa la Fulde à la fuite de toute l'armée
. ¡ ་ "
M. le Prince de Soubife deftina la divifion dë
M. de Chevert à attaquer la gauche des ennemis ,
& M. le Marquis de Voyer fut détaché avec vingt
compagnies de Grenadiers , vingt Piquets , quatre
cents cinquante Carabiniers de la cavalerie , la Légion
Royale , les Volontaires de Flandre , & lé
corps de M. Fifcher , pour faire l'avant- garde de
cette divifion .
M. le Prince de Soubife fe propofant de faire
paffer à toute l'armée le ruiffeau de Benthenlagen ,,
& de la faire camper au- delà , chargea M. le Mar
210 MERCURE DE FRANCE.
quis de Voyer de faire fes difpofitions pour atta
quer le village d'Heligenrode ; mais les mouvemens
de l'ennemi déciderent M. le Prince de Soubife
à le faire tourner par fa gauche , & M. le Marquis
de Voyer fe porta en conféquence jufques fur
les hauteurs qui dominent le village d'Halem. Il
fut renforcé pendant la nuit de dix compagnies de
Grenadiers , de la Brigade des Palatins , & de celle
de Dauphin , cavalerie.
Le 10 , à la pointe du jour , on s'apperçut que
l'armée ennemie abandonnoit fon camp , pour occuper
une pofition plus reculée , fur des hauteurs
& dans des bois , qui couvroient également fon
front & fon flanc gauche , M. le Marquis de Voyer,
à la tête de fon avant- garde , palla dans ce même
inſtant le ravin de Dalem , & gagna les hauteurs
de Fifchenſtein ; il fit attaquer , par les Troupes
legeres , le hameau de Breck , & un bois de hautefutaye
qui eft en avant , dans le deffein d'avoir une
connoiffance exacte de la nouvelle pofition des
ennemis : il y eut un feu de moufqueterie fort vif,
& M. le Comte de Chabot repouffa Pennemi.
M. le Prince de Soubife , après avoir fait fes dif
pofitions , fit déboucher toutes les troupes. M. le
Duc de Broglie , à qui il avoit donné l'avant - garde
à commander , canonna l'armée ennemie & la
força de fe mettre en bataille.
x
5
Les troupes , qui avant l'arrivée de M. de Che
vert & de M. le Duc de Filtz James , compofoient
l'armée de M. le Prince de Soubife , fu ent defti¬
nées à attaquer le front de l'ennemi , tandis que
M. le Duc de Filtz- James en attaqueroit la gaus
che , & que M. de Chevert en tourneroit
flanc.
Toutes les troupes étant arrivées à leur point
de déboucher , les avant- gardes de M. le Duc de
NOVEMBRE. 1758. 217
Broglie , & de M. le Marquis de Voyer , rentrerent
dans les colonnes.
A deux heures trois quarts après midi , M. de
Chevert donna , par quatre coups de canon , le
fignal de l'attaque générale , ainfi qu'il en avoit
reçu l'ordre de M. le Prince de Soubife , & il dé❤
boucha en même temps pour marcher à l'ennemi.
Toutes les colonnes s'ébranlerent enfemble ; mais
ayant eu plus de chemin , ou plus d'obſtacles à furmonter
, le plus grand effort du combat fe fit à la
divifion de M. de Chevert.
Les ennemis le voyant entré dans le bois qui
couvroit leur flanc , & craignant , avec raiſon ,
pour leurs derrieres , dégarnirent leur droite , &
porterent la plus grande partie de leurs troupes
en équerre de ce côté là.
Ils fe préfenterent en force à la fortie du bois ,
que les troupes de M. de Chevert avoient traverfé
fur trois colonnes , dont deux d'infanterie , & la
cavalerie dans le centre.
Les ennemis fe voyant preffés par cette difpofition
, pritent le parti de faire avancer une colonne
nombreuſe , pour nous attaquer , & nous
empêcher de déboucher dans la plaine.
M. de Chevert , après l'a oir fait canonner par
fon artillerie , qui a été fervie pendant tout le courant
de la journée avec la plus grande vivacité &
le plus à propos , donna ordre à M. le Marquis de
Voyer , & à M,le Comte de Bellefont , qui étoient
à la tête de la Cavalerie , de charger cette colonne
; dans le moment elle fut attaquée & culbutée .
C'eſt à cette charge que M. le Marquis de Voyer
a été bleffé.
Il y avoit à la tête de chacune de ces colonnes
d'infanterie , une avant- garde de dix compagnies
de Grenadiers , commandée , fgavoir , celle de la
212 MERCURE DE FRANCE.
gauche , par M. le Comte de Salm , & celle de la
droite , par M. le Vicomte de Belfunce. Ce dernier
ayant été dangereufement bleffé , fut remplacé
par M. le Chevalier de Groflier.
La cavalerie , après ce premier combat , déboucha
dans la plaine, & s'y mit en bataille, pour
faire face à celle des ennemis , qui s'avançoit en
bon ordre , afin de favorifer la retraite de la colonne
d'infanterie , & de rétablir le combat ;
cette cavalerie fut bientôt pliée , & tant que la
bataille a duré , elle a toujours eu le même fort
à plufieurs repriſes différentes. Pendant ce temps,
M. le Comte de Luface , à la tête des Saxons ,
qui formoient la colonne de la gauche , attaqua
un gros corps d'ennemis poftés fur une hauteur ,
où ils avoient placé pluffeurs batteries , d'où ils
dominoient la plaine par laquelle nos colonnes
débouchoient. M. le Comte de Luface chargea
M : le Baron d'Hirne de prendre la hauteur à re
vers , tandis qu'il attaqueroit les ennemis de
front. La réfiftance de ceux-ci fut très - opiniâtre ;
mais M. le Comte de Luſace manoeuvra aveċ
tant d'habileté , & preffa l'attaque fi vivement ,
qu'il fe rendit maître de la hauteur , & du canon
que les ennemis y avoient établi . Alors la victoire
ne fut plus balancée , quoique les ennemis
fiffent encore plufieurs tentatives pour nous arrêter
, & favorifer leur retraite. Ils ont pris la
fuite par le village de Lutzelberg , & n'ont fauvé
les débris de leur armée , qu'à la faveur de la nuit.
Au premier moment de l'attaque de M. de Che
vert , M. le Prince de Soubife marcha de front à
l'ennemi , à la tête de fon armée , & la mit , par
la célérité de fes mouvemens , à portée de faire
un feu d'artillerie très-vif & très - fuivi fur l'àr
mée ennemie , qui fut contrainte de ſe jetter ,en
NOVEMBRE . 1758. 215
•
défordre , dans les bois qui bordent la Véra. Ce
Général fit marcher plufieurs détachemens de la
gauche de l'armée , qui ont pourfuivi les ennemis
jufqu'à trois heures du matin .
On ne peut encore rien dire de certain fur
leur perte, qui ne peut être moindre que de trois
à quatre mille hommes. Les troupes de notre
droite ont pris onze pieces de canon , & les Huf
fard de Berchiny , qui étoient fur le flanc gauche
de l'armée , en ont pris treize , avec plufieurs
drapeaux & étendards , & beaucoup de
bagages.
On ne fçait pas encore au jufte le nombre des
prifonniers ,, parce qu'on en amene à tous mo
momens , parmi lefquels il y a des Officiers de
tout grade. Notre perte ne paroît pas confidérable
on ne compte jufqu'à préfent qu'environ
cinq à fix cents hommes tués ou bleſſés . Les ennemis
fe font enfui dans le plus grand défordre ;
lorfqu'ils ont traverfé Munden , leur cavalerie
étoit confondue avec leur infanterie , & ils n'avoient
pas une feule piece de canon > ce qui fait
croire , qu'ils ont abandonné dans les bois ce qui
leur en reftoit.
Ce détail a été fait trop promptement , pour
pouvoir nommer tous ceux qui fe font diftingués
dans cette journée . On peut dire en général , que
toutes les troupes ont montré , à l'envi , une ardeur
& une fermeté digne des Saxons , des Palatins
, & des François ; tous les Commandans
généraux & particuliers leur ont montré l'exemple.
M. le Marquis de Crillon a été détaché avec
trois Brigades d'infanterie , & les troupes légeres
, pour fuivre les ennemis dans leur retraite,
Il s'eft porté jufqu'à Munden , où il a déja fait
quatre cents prifonniers. On ne fçauroit trop
. 114 MERCURE DE FRANCE.
louer les difpofitions générales de M. le Prince
de Soubife .
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , âgé de fix
ans onze mois , a préſenté au Roi un Livre des
Problêmes de Géométrie , qu'il a conftruit luimême
, & mis au trait. Il y a ajouté le premier
trait d'un exagone fortifié avec le tracé dù foffé ,
du chemin couvert & du glacis . Ce Livre forme un
un petit in-4°.
Il feroit difficile de fe perfuader, vu l'exactitude
& la netteté avec laquelle ces Problêmes font exécutés,
qu'ils font abfolument l'ouvrage d'un Prince
à peine âgé de fept ans , fi l'on n'avoit des témoins
qu'on ne peut récufer . Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , qui avoit travaillé à former ce petit
Ouvrage , dans le deffein de le préfenter au Roi ,
le lui a dédié. L'Epitre Dédicatoire eft de fa compofition
, & elle eft écrite de ſa main .
Ilya long- temps qu'on fçait que ce jeune Prince
s'amule beaucoup de la Géométrie. On a fçu lui
faire une espece de jeu des premieres opérations de
cette ſcience . Les marques fingulieres de jugement
& de pénétration qu'il donne dans un âge anffi
tendre , en font concevoir les plus flatteufes efpérances.
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 18 octobre, le Marquis de Conflans informa le roi de la victoire française à la bataille de Lutzelberg, dirigée par le Prince de Soubise. Le 8 octobre, la division de Chevert, composée de 25 bataillons et 18 escadrons, arriva au camp sous Cassel. Le 9 octobre, la division du Duc de Fitz-James, formée de 10 bataillons et 12 escadrons, traversa la Fulde. Le Prince de Soubise ordonna à Chevert d'attaquer la gauche ennemie et à Voyer de former l'avant-garde avec des grenadiers, des carabiniers, la Légion Royale et les Volontaires de Flandre. Le 10 octobre, l'armée ennemie se retira vers une position plus reculée. Voyer traversa le ravin de Dalem et atteignit les hauteurs de Fifchenstein, attaquant le hameau de Breck. À 14h30, le Prince de Soubise ordonna une attaque générale. Les ennemis, voyant Chevert dans le bois, renforcèrent leur gauche en dégarnissant leur droite. Chevert lança une charge de cavalerie, blessant le Marquis de Voyer. La cavalerie ennemie fut repoussée à plusieurs reprises. Le Comte de Lusace captura une hauteur stratégique, assurant la victoire. Les ennemis fuirent par Lutzelberg, abandonnant canons, drapeaux et bagages. Les pertes ennemies furent estimées entre 3 000 et 4 000 hommes, contre 500 à 600 pour les Français. Le Marquis de Crillon poursuivit les ennemis et captura 400 prisonniers à Munden. Par ailleurs, le Duc de Bourgogne, âgé de 6 ans, présenta au roi un livre de géométrie qu'il avait rédigé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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109
p. 212-214
AUTRE.
Début :
Dans le mois de Décembre dernier, M. Philippe a ouvert un cours d'histoire [...]
Mots clefs :
Cours, Histoire, Premiers peuples, Grands Empires, Lectures, Vies des princes, Éducation à la citoyenneté, Bien public, Royaume de France
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
DANS le mois de Décembre dernier , M. Philippe
a ouvert un cours d'hiftoire qu'il a diviſé en
deux parties. L'hiftoire ancienne & la moderne ' ;
la premiere l'a occupé jufqu'au mois de Septembre
de cette année . Il y a fuivi le développement
des premiers peuples , dès l'origine & la décadence
des quatre grands empires , celui des Babyloniens
, des Perfes , des Grecs , & enfin celui des
DECEMBRE . 1758. 213
Bomains. Que de chofes à apprendre que de
réflexions à faire ! fauffement le perfuaderoit- on
que de bonnes lectures fuffifent pour apprendre
l'hiftoire . Après des lectures immenfes , on n'a
aucune idée nette ; la mémoire eft chargée de
beaucoup de faits , & on les confond. I eft
donc néceffaire d'être conduit par un Mentor
fage & éclairé , qui fcache préfenter des époques
fixes à l'efprit de fon éleve. Pour aller fans gui
de , il faudroit lire les différentes hiftoires du
même fiecle toute à la fois ; les mémoires , les
gazettes , les relations , les vies des Princes , des
particuliers , iroient de pair avec les faites les
plus authentiques . Eh ! qui pouvoit entreprendre
une étude aufli pénible , auffi rebutante.
La feconde partie de ce cours dont le projet
mérite les éloges qu'on peut donner à un bon
Citoyen , & dont l'exécution doit attirer les regards
de ceux qui s'intéreffent le plus au bien public
, commencera le 19 Novembre à 10 heures;
du matin , chez M. Philippe , rue de la Harpe
vis -à - vis la rue des Deux - Portes. Il y traitera
l'hiftoire moderne , les incurfions des Barbares
defcendus du Nord , la Religion de Mahomet
qui , comme un torrent , s'eft répandue fur l'Europe
, l'Afie & l'Afrique ; le démembrement total
de l'Empire Romain l'occuperont quelque temps.
Puis parcourant l'hiftoire de tous les Peuples exiftans
, il s'arrêtera fur celle du Royaume de Fran ,
ce. Que de chofes n'aura-t'il pas à dire ? Nos
moeurs , hos ufages anciens , de religion , de gou
vernement , de fociété , la perfection des Arts , les
grands Hommes en tout genre .... Quelle mul
titude étonnante de faits , de victoires , de vertus
n'aura-t'il pas à raconter ? Heureux s'il pouvoit
paffer fous filence l'entrevue du pont de Monte
r14 MERCURE DE FRANCE.
reau , les duels , le traité de Madrid , la paix de
Cambrai , la Ligue , la S. Barthelemi , la Fronde ,
&c. & c.
DANS le mois de Décembre dernier , M. Philippe
a ouvert un cours d'hiftoire qu'il a diviſé en
deux parties. L'hiftoire ancienne & la moderne ' ;
la premiere l'a occupé jufqu'au mois de Septembre
de cette année . Il y a fuivi le développement
des premiers peuples , dès l'origine & la décadence
des quatre grands empires , celui des Babyloniens
, des Perfes , des Grecs , & enfin celui des
DECEMBRE . 1758. 213
Bomains. Que de chofes à apprendre que de
réflexions à faire ! fauffement le perfuaderoit- on
que de bonnes lectures fuffifent pour apprendre
l'hiftoire . Après des lectures immenfes , on n'a
aucune idée nette ; la mémoire eft chargée de
beaucoup de faits , & on les confond. I eft
donc néceffaire d'être conduit par un Mentor
fage & éclairé , qui fcache préfenter des époques
fixes à l'efprit de fon éleve. Pour aller fans gui
de , il faudroit lire les différentes hiftoires du
même fiecle toute à la fois ; les mémoires , les
gazettes , les relations , les vies des Princes , des
particuliers , iroient de pair avec les faites les
plus authentiques . Eh ! qui pouvoit entreprendre
une étude aufli pénible , auffi rebutante.
La feconde partie de ce cours dont le projet
mérite les éloges qu'on peut donner à un bon
Citoyen , & dont l'exécution doit attirer les regards
de ceux qui s'intéreffent le plus au bien public
, commencera le 19 Novembre à 10 heures;
du matin , chez M. Philippe , rue de la Harpe
vis -à - vis la rue des Deux - Portes. Il y traitera
l'hiftoire moderne , les incurfions des Barbares
defcendus du Nord , la Religion de Mahomet
qui , comme un torrent , s'eft répandue fur l'Europe
, l'Afie & l'Afrique ; le démembrement total
de l'Empire Romain l'occuperont quelque temps.
Puis parcourant l'hiftoire de tous les Peuples exiftans
, il s'arrêtera fur celle du Royaume de Fran ,
ce. Que de chofes n'aura-t'il pas à dire ? Nos
moeurs , hos ufages anciens , de religion , de gou
vernement , de fociété , la perfection des Arts , les
grands Hommes en tout genre .... Quelle mul
titude étonnante de faits , de victoires , de vertus
n'aura-t'il pas à raconter ? Heureux s'il pouvoit
paffer fous filence l'entrevue du pont de Monte
r14 MERCURE DE FRANCE.
reau , les duels , le traité de Madrid , la paix de
Cambrai , la Ligue , la S. Barthelemi , la Fronde ,
&c. & c.
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Résumé : AUTRE.
En décembre dernier, M. Philippe a lancé un cours d'histoire en deux parties. La première partie, terminée en septembre, a traité des premiers peuples et de la décadence des empires babylonien, perse, grec et romain. M. Philippe a insisté sur la nécessité d'un guide pour structurer l'apprentissage historique, les lectures seules étant souvent confuses et inefficaces. La seconde partie débutera le 19 novembre à 10 heures chez M. Philippe, rue de la Harpe. Elle se concentrera sur l'histoire moderne, couvrant les invasions des Barbares, la religion de Mahomet, le démembrement de l'Empire Romain et l'histoire des peuples existants, avec un accent sur le Royaume de France. Le cours abordera les mœurs, les usages anciens, les aspects religieux, gouvernementaux et sociaux, ainsi que les arts et les grands hommes. M. Philippe évitera les sujets controversés tels que l'entrevue du pont de Montereau, les duels, le traité de Madrid, la paix de Cambrai, la Ligue, la Saint-Barthélemy et la Fronde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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110
p. 92-120
MELANGES de Littérature, d'Histoire & de Philosophie. Nouvelle édition.
Début :
Ce Recueil de quelques Ouvrages de M. Dalembert contient nombre de morceaux [...]
Mots clefs :
Jean Le Rond d'Alembert, Traduction, Lettres, Homme, Caractère, Morceaux, Genève, Hommes, Langues, Spectacles, Théâtre, Gens de lettres, Vie, Génie, Sentiments, Philosophie, Traduire, Religion, Écrivains, Langue, Lois, Écrivain, Jean-Jacques Rousseau, Moeurs, Manière, Poètes, Pères, Femmes, Éloges, Essai
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texteReconnaissance textuelle : MELANGES de Littérature, d'Histoire & de Philosophie. Nouvelle édition.
MELANGES de Littérature , d'Hiftoire
& de Philofophie . Nouvelle édition.
CE Recueil de quelques Ouvrages de
M. Dalembert contient nombre de morceaux
déjà connus ; tels font le difcours
préliminaire de l'Encyclopédie , & la Préface
du troifième Volume de ce Dictionnaire
; l'Effai fur la Société des Gens de
Lettres & des Grands ; les Eloges académiques
de M. Bernoulli , de M. l'Abbé
JUILLET. 1759. 93
Terraffon , de M. le Préſident de Montefquieu,
avec l'Analyſe de l'Eſprit des Loix ;
celui de M. l'Abbé Mallet, & celui de M.
Dumarſais ; les Mémoires de Chriſtine, le
Difcours de réception de M. Dalembert
à l'Académie Françoife , avec des réflexions
fur l'élocution oratoire & fur le ſtyle
en général ; une Deſcription abrégée du
Gouvernement de Genève , & un Effai de
traduction de quelques morceaux de Tacite.
M. Dalembert nous avertit que parmi
ces morceaux déjà foumis au jugement du
Public , il en eft plufieurs qui reparoiffent
avec des augmentations & des changemens
, comme l'Eſſai de traduction des
morceaux de Tacite , le difcours fur l'élocution
&c.
Il a retouché de même l'Effai fur les
Gens de Lettres , & il y a fait quelques
additions relatives à l'état préfent de la
République Littéraire. Il fçait que la liberté
avec laquelle il s'eft exprimé dans
cet Eſſai , a excité quelques murmures ;
» mais a-t-il dit la vérité ? Voilà ce qui
» importe au Public. A- t- il attaqué ou
» même défigné quelqu'un ? Voilà ce qui
» importe aux Particuliers.
Je ferai cependant une obſervation fur
cette franchife philofophique dont per
94 MERCURE DE FRANCE .
fonne n'a droit de s'offenfer & dont fi peu
de gens s'accommodent. On la pardonne à
un Auteur qui n'eft plus , on l'admire dans
fes écrits comme portant le cara & ere
d'une ame libre & courageufe ; mais elle
choque dans un Auteur vivant , & la raifon
en eft bien naturelle. On regarde celui-
ci comme ufurpateur d'une autorité
que l'on veut n'accorder à perſonne ; expofé
à vivre avec lui , on exige qu'il fe
foumette aux loix de cette complaifance
fociale qui épargne la vanité des uns en
cachant la fupériorité des autres. Le plus
inévitable de tous les afcendans , & par
conféquent le plus importun
le plus
odieux pour les ames vaines , c'est l'empire
de la raiſon. Celui qui le fait fentir
fans égards , fans ménagement , eft donc
affuré de déplaire .
,
C'eft à l'homme qui penfe & qui juge
mieux que la multitude , à voir s'il a le
courage de faire des mécontens pendant
fa vie , pour avoir des admirateurs après
fa mort. On propofe un parti modéré :
ce feroit non feulement d'éviter les perfonalités
offenfantes , mais encore de préfenter
les vérités générales avec une circonfpection
timide. Mais la vérité fous
le voile en eft beaucoup moins frappante;
elle languit dans les détours ; la politeffe
JUILLET. 1759. 95 .
l'amollit & l'énerve ; & fouvent en fait
de morale l'éloquence perd de fa force
en perdant de fon âpreté , pareille à ces
remèdes dont on affoiblit la vertu fi on
leur ôte leur amertume . Un Ecrivain
brafque & tranchant doit donc renoncer
à la faveur des gens du monde ; mais fon
parti pris fur cette privation , il n'a plus
qu'un mot à dire: Lecteurs , fuppofez
que je fuis mort , & que j'écrivois il y
» a mille ans. » C'eft au moins dans ce
point de vue que l'on doit confidérer un
Ecrivain Philofophe lorfqu'on veut le
Juger équitablement . On doit l'ifoler de
la fociété , écarter toutes les confidéra
tions perfonnelles , oublier l'homme &
peler les écrits .
Les morceaux dont M. Dalembert a
nouvellement enrichi fes Mélanges , font
des réfléxions fur les éloges Académiques
; une réponse à la Lettre de M.
Rouffeau , Citoven de Genève , fur l'Article
Genève de l'Encyclopédie ; des Ob
fervations fur l'art de traduire ; un Effai
fur les Elémens de Philofophie , ou fur les
principes des connoiffances humaines ; des
réflexions
fur l'ufage & fur l'abus de la
Philofophie
en matière de goût , fur l'abus
en matière de Religion ; fur
dela
critique
la liberté dela
Mufique.
1
96 MERCURE DE FRANCE.
Parmi les additions faites aux morceaux
déjà connus & qui font en trèsgrand
nombre , ( furtout dans les effais
de traduction de Tacite ) je ne citerai
qu'un endroit de l'effai fur la fociété des
Gens de Lettres avec les Grands. Il s'agit
des protecteurs . » Ce qu'il y a de plus
honteux , pour les Grands & pour la
» Littérature , c'eft que des Ecrivains qui
» deshonorent leur état par la fatyre ,
» trouvent des protecteurs encore plus
» méprifables qu'eux. L'homme de Lettres
"
و د
digne de ce nom dédaigne également
»& de fe plaindre des uns & de répon-
» dre aux autres ; mais quelque peu ſen-
» fible qu'il doive- être aux injures prifes
» en elles-mêmes , il ne doit pas fermer
» les yeux fur l'appui qu'on leur prête ,
»ne fût ce que pour fe former une idée
jufte de ceux qui daignent les favori-
» fer. Dans les pays où la preffe n'eft pas
» libre , la licence d'infulter les Gens de
» Lettres par des fatyres , n'eft qu'une
»preuve du peu de confidération réelle
» qu'on a pour eux , du plaifir même
» qu'on prend à les voir infultés. Et pourquoi
eft-il plus permis d'outrager un
» homme de Lettres qui honore ſa na-
»tion , que de rendre ridicule un homme
» en place qui avilit la fienne ?... Je ne
و ر
» puis
JUILLET. 1759. 97
puisme difpenfer de rapporter à cette
» occafion une anecdote bien propre à
» faire connoître le caractère & l'injufti-
» ce des hommes dont je parle. Un d'entr'eux
tournoit en ridicule la délicateffe
»> exceffive d'un Ecrivain célèbre, qui avoit
» témoigné un chagrin ( trop grand fans
doute ) de quelques fatyres publiées.
» contre lui : l'Ecrivain célèbre fit une
» Chanfon où l'homme en place étoit
» effleuré très- légèrement. Si on eût cru
" l'offenfé , les Loix n'avoient pas affez
»de fupplices pour punir l'injure qu'on
» lui avoit faite. »
Je vais parcourir auffi rapidement qu'il
me fera poffible les morceaux nouvellement
ajoutés à ce Recueil ; mais il en
eft qui demandent une férieufe attention,
Dans les réfléxions fur les éloges académiques
, M. Dalembert ne diffimule
pas les abus de l'ufage où l'on eft de
célébrer des hommes qui ne méritent
que l'oubli ; mais ces abus lui paroiffent
légers en comparaifon des avantages.
»Si les anciens qui élevoient des Statues
aux grands hommes , avoient eu le
"même foin que nous , d'écrire la vie
"des gens de Lettres ; nous aurions , il
eft vrai , quelques Mémoires inutiles ,
I, Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
و د
mais nous ferions plus inftruits fur les
progrès des fciences & des arts & fur les
» découvertes de tous les âges ; hiſtoire
» plus intéreffante pour nous que celle
» d'une foule de Souverains qui n'ont
» fait que du mal aux hommes. >>
Il ne veut pas que l'on fe borne à dire
ce que l'homme de Lettres a fait ; il croit
auffi utile de faire connoître ce qu'il a
été , & de peindre l'homme en mêmetemps
que l'Ecrivain . » Cependant le but
» des éloges littéraires eft de rendre les
» Lettres refpectables , & non de les avi-
» lir. Si donc la conduite a deshonoré
» les ouvrages , quel parti prendre ? Louer
» les ouvrages . Et fi d'un autre côté la
» conduite eft fans reproches & les ou-
» vrages fans mérite , que dire alors ? Se
» taire. » C'eſt en effet le parti le plus
fage & le plus décent : car il me paroît
bien difficile d'obferver dans la peinture
morale des caractères cette diſtinction
délicate que prefcrit M. Dalembert entre
les traits défectueux que l'on peut relever
& ceux qu'on doit paffer fous filence ;
& quand les limites font auffi peu marquées
, en approcher de trop près , c'eſt
s'expofer à les franchir. Ainfi la liberté
que peut fe donner à cet égard un Ecrivain
fûr de lui-même , ne doit jamais tirer
JUILLET. 1759 99
à conféquence , encore moins paffer en
régle, & le plaifir d'obferver le contraſte
ou l'accord des écrits & des moeurs d'un
homme de Lettres qui n'eft plus , ne doit
pas l'emporter fur le danger d'introduire
dans les Sociétés littéraires la fatyre perfonnelle.
» Le ton d'un éloge hiftorique ne doit
» être ni celui d'un Difcours oratoire , ni
» celui d'une narration aride. Les réflexions
philofophiques font l'ame & la
fubitance de ce genre d'écrits .... Ceft
en cela que l'illuftre Secrétaire de l'Académie
des Sciences ( M. de Fonte-
» nelle ) a furtout excellé : c'eſt par-là
» qu'il fera principalement époque dans
» l'Hiſtoire de la Philofophie : c'eſt par- là
» enfin qu'il a rendu fi dangereufe à occu-
» per aujourd'hui la place qu'il a remplie
» avec tant de fuccès. Si on peut lui re-
» procher de légers défauts , c'eft quel-
» quefois trop de familiarité dans le ftyle,
quelquefois trop de recherches & de
>> rafinement dans les idées ; ici une forte
» d'affectation à montrer en petit les
» grandes choſes ; là quelques détails pué-
» rils peu dignes de la gravité d'un ouvrage
philofophique. Voilà pourtant ,
» qui le croiroit ? en quoi la plupart de
E ij
535004
}
Too
MERCURE
DE
FRANCE
. " nos faifeurs d'éloges ont cherché à lu
>> reffembler. >>
»
Les obfervations de M. D. fur l'art de
traduire font pleines de Philofophie & de
goût. De quelque côté qu'on le tourne
» dans les Beaux-arts, dit M , Dalembert ,
» on voit partout la médiocrité dictant les
» Loix , & le génie s'abaiſſant à lui obéir.
C'eſt un Souverain empriſonné par des
» efclaves ; cependant s'il ne doit pas fe
» laiffer fubjuguer , il ne doit
ود
"
pas non
L'art
de la traduction
eft foumis
à cette
régle comme
toutes
les parties.de la littérature
: l'Auteur
en examine
les Loix ; 1.° eu égard
au génie
des Langues
;
2.º relativement
au génie
des Auteurs
; 3. par rapport
aux principes
qu'on
peut
fe faire dans
ce genre
d'écrire
.
plus tout fe permettre. »
Il femble que plus le caractère d'une
Langue approche de celui d'une autre ,
plus il eft facile de bien traduire ; mais
cette même facilité donneroit , felon M.
Dalembert , plus de Traducteurs médiocres
& moins d'excellens. Satisfait du
mérite de la reflemblance , on néglige-
Foit les graces de la diction : or une des
grandes difficultés de l'art d'écrire , &
principalement des traductions , eft , ditil
, de fçavoir jufqu'à quel point on peut
JUILLET. 1759.
101
facrifier l'énergie à la nobleffe , la correction
à la facilité , la juſteſſe rigoureuſe à
la méchanique du ftyle , & une imitation
froide & fervile eft une mauvaiſe traduction.
D'un autre côté , la différence de caractère
des Langues , laiffe au Traducteur
une liberté dangereufe. Ne pouvant donner
à la copie une parfaite reffemblance ,
il doit craindre de ne lui pas donner toute
celle qu'elle peut avoir.
Si l'on étoit difpenfé de bien connoître
le génie & les fineffes des Langues , ce
devroit être des Langues anciennes : cependant
les Traducteurs des Anciens font
traités plus févèrement que les autres.
La fuperftition en faveur de l'antiquité
nous fait fuppofer que les Anciens fe font
toujours exprimés de la manière la plus
heureufe ; c'eft à qui leur trouvera plus
de fineffe & de beautés.
On a prétendu que les Langues n'avoient
point de caractere particulier. M.
Dalembert convient qu'entre les mains
d'un homme de génie chaque Langue ſe
prête à tous les ftyles.
» Mais fi toutes font également propres
à chaque genre d'ouvrage , elles ne le
font pas également à exprimer une
" même idée : c'eft en quoi confifte la
diverfité de leur génie. E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
» Les Langues , dit -il , en conféquence
» de cette diverfité , doivent avoir les
» unes fur les autres des avantages réci-
» proques.
Mais leurs avantages feront en
général d'autant plus grands qu'elles
» auront plus de variété dans les tours
» & de brièveté dans la conftruction , de
» licences, & de richeffes . » De toutes les
Langues cultivées par les gens de Lettres ,
F'Italienne eft, felon M. Dalembert, celle
qui réunit ces avantages au plus haut
degré. La Langué Françoife au contraire ,
celle qui met le plus à la gêne les Tra
ducteurs comme les Poëtes.
و د
Si les Langues ont leur génie , les
» Ecrivains ont auffi le leur. Le caractere
de l'original doit donc paffer auffi dans
la copie. Sans cette qualité les tra-
» ductions font des beautés régulieres ,
» fans ame & fans phyfionomie. Repré
» fenter de la même maniere des Au-
» teurs différens , c'eft l'efpéce de contrefens
qui fait le plus de tort à une
» Traduction ; les autres font paffagers
» & fe corrigent .
و د
Le caractère des Ecrivains eft ou dans
la penfée, ou dans le ftyle , ou dans
l'un & dans l'autre. Les Ecrivains dont
le caractère eft dans la penſée , font ceux
qui paffent le moins dans une Langue
JUILLET. 1759. 103
étrangère. Corneille , conclut M. Dalembert
, doit donc être plus facile à traduire
que Racine , & Tacite plus que Sallufte.
» Les Ecrivains les plus intraitables à
» la traduction , font ceux dont la maniere
» d'écrire eſt à eux. Les Anglois ont affez
» bien traduit quelques Tragédies de Ra-
» cine ; je doute , dit M. D. qu'ils tradui-
» fiffent avec le même fuccès les Fables
» de la Fontaine , l'ouvrage peut - être le
plus original que la Langue Françoiſs
» ait produit. "
Les Poëtes peuvent- ils être traduits en
Vers ? Doit - on ne les traduire qu'en
Profe ? M. Dalembert prouve très- bien
que l'un & l'autre eft impoffible . En
Profe l'original eſt dénué du nombre &
de l'harmonie ; en Vers il prend un nombre
& une harmonie nouvelle ; & il faut
avouer que les Poëtes anciens perdent au
change , dans quelque Langue qu'on les
traduife. La gêne du Vers oblige de plus
le Traducteur à dénaturer fouvent l'original
en fubftituant une fentence à une image
, une image à un ſentiment : ce qui
donne beaucoup d'avantage à la traduction
en Profe ; mais dans les Vers la régularité
de la cadence eft une beauté
pour l'oreille , à laquelle la Profe ne peut
E iv
104
MERCURE DE FRANCE.
fuppléer. Ainfi la traduction en Profe
eft une copie reffemblante mais foible :
» la
traduction en Vers eft un ouvrage
» fur le même fujet , plutôt qu'une copie.»
M. Dalembert veut qu'un Traducteur
ofe fe permettre de corriger les traits défectueux
de l'original , qu'il fçache riſquer
au befoin des expreffions nouvelles qu'il
appelle expreffions de génie , & par-là
il entend la réunion néceffaire & adroite
de quelques termes connus , mais qui
n'ont pas encore été mis enfemble. « C'eft,
» dit- il , prefque la feule maniere d'in-
»nover qui foit permife en écrivant. »
Il en donne pour exemple les termes
énergiques & finguliers
qu'employent des
Etrangers de beaucoup d'efprit qui parlent
facilement &
hardiment le françois.
Leur maniere de penfer dans leur Langue
& de s'exprimer dans la nôtre , eft, dit- il,
l'image d'une bonne traduction ; & il prétend
avec raifon que des
traductions bien
faites feroient le moyen le plus fûr & le
plus prompt d'enrichir les Langues. Elles
feront plus , » elles
multiplieront les bons
» modeles ; elles aideront à connoître le
» caractere des Ecrivains , des fiécles &
» des peuples ; elles feront
appercevoir
les nuances qui
diftinguent le goût uni-
» verfel & abfolu du goût national. »
JUILLET. 1759. 105
M. Dalembert invite les Traducteurs à
s'affranchir de l'obligation de traduire un
Auteur d'un bout à l'autre. J'avoue qu'il
feroit avantageux d'abréger en traduifant ,
mais fans laiſſer de lacune , & à condition
qu'on garderoit le fil du récit dans les
Hiftoriens , du raifonnement dans les Philofophes
, & de l'action dans les Poëtes .
C'eft ainfi que je defire depuis longtemps
qu'on ofe traduire le Poëme de Lucain
où je trouve , comme M. Dalembert , de
la déclamation & de la monotonie ; mais
que je ne crois pas auffi dénué d'images
que M. Dalembert le prétend. Les principes
qu'il vient d'expofer font ceux qu'il
a cru devoir fuivre dans la traduction de
différents morceaux de Tacite ; & la maniere
dont il rend compte de fon travail ,
en donneroit feule la plushaute idée. Il faut
en avoir fenti , comme il a fait , toutes les
difficultés pour être en état de les vaincre.
Un des morceaux les plus curieux de
ce Recueil eft la réponſe de M. Dalembert
à M. Rouſſeau , Citoyen de Genêve. Si
j'avois pû la prévoir je n'aurois pas pris
fur moi de juftifier nos Spectacles : ils ont
dans M. Dalembert un Apologifte bien
plus éloquent que moi . J'ai eu le bonheur
de me rencontrer avec lui en bien des
points . Les vérités fimples fe préfentent
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
à tout le monde ; mais il n'eft pas donné
à tout le monde de les rendre avec certe
force que leur donne le ftyle de M. D.
و د
Pourquoi des amusemens dit M.
Rouffeau , la vie eft fi courte & le temps
» eft fi précieux ! Qui en doute ? répond
» M. Dalembert . Mais en même temps
» la vie eft fi malheureufe & le plaifir fi
» rare ! Pourquoi envier aux hommes ,
» deftinés prefqu'uniquement par la na-
» ture à pleurer & à mourir, quelques délaffemens
paffagers qui les aident à fup-
» porter l'amertume ou l'infipidité de leur
» exiſtence !... Sans doute tous nos divertiffemens
forcés & factices , inventés &
» mis en ufage par l'oifiveté, font bien au-
» deffous des plaifirs fi purs & fimples
» que devroient nous offrir les devoirs de
» citoyen , d'ami , d'époux , de fils , &
» de pere : mais rendez- nous donc , fi vous
le pouvez , ces devoirs moins pénibles
» & moins triftes ; ou fouffrez qu'après les
» avoir remplis de notre mieux nous nous
» confolions de notre mieux auffi des
chagrins qui les accompagnent. Rendez
» les peuples plus heureux , & par conféquent
les Citoyens moins rares
» amis plus fenfibles & plus conftans ,
» les peres plus juftes , les enfans plus
» tendres , les femmes plus fidèles & plus
ود
"
"
»
ود
les
JUILLET. 1759. 107
vraies : nous ne chercherons point alors
» d'autres plaifirs que ceux qu'on goûte
» au fein de l'amitié , de la Patrie , de la
» nature & de l'amour. »
M. Dalembert avoue que l'eftime pu→
blique eft le but principal des Poëtes
dramatiques comme de tous les Ecrivains,
fans en excepter les Philofophes , qui déclament
contr'elle , & qui femblent la
dédaigner. » L'indifference fe taît , & ne
» fait point tant de bruit ; les injures
» même dites à une nation , ne font quel-
» quefois qu'un moyen plus piquant de
» fe rappeller à fon fouvenir. Et le fa-
» meux Cynique.de la Grèce eût bientôt
» quitté ce tonneau d'où il bravoit les
» préjugés & les Rois , fi les Athéniens
» euffent paffé leur chemin fans le regarder
& fans l'entendre . La vraie Philofophie
ne confifte point à fouler aux
pieds la gloire , & encore moins à le
» dire ; mais à n'en pas faire dépendre
» fon bonheur , même en tâchant de la
» mériter. >>
Mais fi la gloire eft le premier objet
des Poëtes , l'utilité publique peut être au
moins le fecond : or » l'effet de la morale
»du théâtre eſt moins d'opérer un chan-
"gement fubit dans les coeurs corrompus,
que de prémunir contre le vice les ames
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
foibles par l'exercice des fentimens
" honnêtes , & d'affermir dans ces mê
» mes fentimens les ames vertueuſes.
و ر
M. Rouffeau voudroit bannir du théâtre
la Tragédie de Mahomet. » Plût à
» Dieu , dit M. Dalembert , qu'elle y fût
» plus ancienne de deux cens ans ! L'efprit
philofophique qui l'a dictée feroit
» de même date parmi nous , & peut-être
» eût épargné à la Nation Françoife ,
» d'ailleurs fi paifible & fi douce , les
» horreurs & les atrocités religieufes auxquelles
elle s'eft livrée. Si cette Tragédie
laiffe quelque chofe à regretter aux
Sages ,, c'eft de n'y voir que les forfaits
» caufés par le zèle d'une fauffe Religion,
» & non les malheurs encore plus déplo-
» rables , où le zèle aveugle pour une
Religion vraie , peut quelquefois en-
» traîner les hommes.
4
و د
ود
"
و د
A l'égard de l'Amour » Voudriez-vous
» le bannir de la fociété ? demande M.
» Dalembert à M. Rouffeau. Ce feroit ,
» je crois , pour elle , un grand bien &
» un grand mal ; mais vous chercheriez
» en vain à détruire cette paffion... Or fi
» on ne peut & fi on ne doit peut - être
» pas étouffer l'amour dans le coeur des
» hommes , que reste- t-il à faire finon de
» le diriger vers une fin honnête , & de
JUILLET. 1759: 109
» nous montrer dans des exemples illuftres
fes fureurs & fes foibleffes , pour
» nous en défaire ou nous en guérir ?
A l'égard de la Comédie , M. Dalembert
convient que nous fommes plus
frappés du ridicule qu'elle joue que des
vices dont ce ridicule eft la fource ; mais
il obferve avec raifon qu'elle fuppofe
déjà le vice déteſté comme il doit l'être ,
& que c'est le ridicule qu'elle s'attache à
faire fentir. Il eft donc tout fimple ;
» dit-il , que le fentiment qu'elle fuppofe ,
" nous affecte moins ( dans le moment
» de la repréſentation ) que celui qu'elle
» cherche à exciter en nous, fans que pour
» cela elle nous falſe prendre le change
»fur celui de ces deux fentimens qui doit
» dominer dans notre ame. »
En réfutant la critique de M. Roufſeau
fur le caractère du Miſantrope , il en
fait une beaucoup plus jufte à ce qui me
ſemble, du caractère de Philinte. Il trouve
que dans la Scène du Sonnet , Philinte
devoit attendre qu'Oronte lui demandât
fon avis , & fe borner à une approbation
foible. » La colère du Mifantrope fur la
» complaifance de Philinte , n'en eût été
» que plus plaifante , parce qu'elle eût
» été moins fondée ; & la fituation des
» perſonnages eût produit un jeu de théâTO
MERCURE DE FRANCE .
tre d'autant plus grand , que Philinte
" eût été partagé entre l'embarras de
» contredire Alcefte & la crainte de cho-
"quer Oronte. »
M. Dalembert regarde avec raifon la
Comédie attendriffante dont l'Enfant Prodigue
eft le modèle , comme plus intéreffante
pour nous que la Tragédie ellemême.
Les malheurs de la vie privée
» font , dit-il , l'image fidelle des peines
» qui nous affligent ou qui nous mena-
» cent ; un Roi n'eft prefque pas notre
» femblable , & le fort de nos pareils a
bien plus de droits à nos larmes. »
Sur l'Article des Comédiens » com
» ment n'avez-vous pas fenti, demandeM.
D. à M. R. que fi ceux qui repréfentent
» nos pièces méritent d'être deshonorés ,
» ceux qui les compofent mériteroient
auffi de l'être ; & qu'ainfi en élevant
les uns & en aviliffant les autres , nous
» avons été tout à la fois bien inconfé-
» quens & bien barbares , »
Avant que d'aller plus loin , qu'il me
foit permis derépondre un mot à ce qu'ont
dit de moi & de mon Apologie du Théâtre
des Journaliſtes avec lefquels je ferai
toujours fort aife de difcuter mes opinions
itera 5.Luci
On m'a reproché ( Journal de TrévouK,
) JUILLET 17599 III
Avril 1759 , page 859 & fuivantes ) d'être
du nombre de ceux qui arment l'erreur
» de tant de fophifmes, qu'il n'eft prefque
plus poffible de reconnoître ce qu'il
faut croire. Si dans la controverfe des
» Spectacles on n'infifte pas fur les preuves
tirées de la Religion , les Partiſans du
" Théâtre fe fauveront toujours , dit- on ,
» dans le nuage dont ils fçavent fi bien
» s'envelopper. »
»
Rien n'est plus aifé que de démêler
le vice d'un Sophifme ; fi j'en ai employé
quelqu'un en faveur des Spectacles,
il étoit juſte de m'en convaincre & voilà
ce qu'on n'a pas fait . Les preuves tirées
de la Religion décident une queftion
que je n'ai pas révoquée en doute ;
fçavoir que les Spectacles dangereux pour
les moeurs , tels que les ont condamnés
les Peres & les Docteurs de l'Egliſe ,
font en effet condamnables & doivent
être profcrits. Mais peut-il y avoir des
Spectacles utiles aux moeurs ? Et ceux-là
doivent- ils être confervés ? Le Théâtre
François eft-il dans le cas de cette exception
, confidéré feulement comme
compofé de nos Tragédies les plus eftjmées
& de nos meilleures Comédies ?
Voilà de quoi il s'agiffoit dans mes analyfes
de la Lettre de M. Rouſſeau. Sur
11½ MERCURE DE FRANCE.
و د
la Scene Françoife , ai-je dit , » toutes
» les inclinations pernicieufes font con-
» damnées , toutes les paffions funeftes y
infpirent l'horreur , toutes les foibleffes
» malheureuſes y font naître la pitié &
la crainte. Les fentimens qui de leur
>> nature peuvent être dirigés au bien &
» au mal , comme l'ambition & l'amour ,
"y font peints avec des couleurs inté-
» reffantes ou odieufes , felon les cir-
» conftancès qui les décident ou vertueux
» ou criminels. Telle eft la régle inva-
» riable de la ſcène tragique , & le Poëte
qui l'auroit violée révolteroit tous les
39
efprits. Ceft-là le fait que j'ai tâché
de prouver à l'égard de la Tragédie : fi
ce fait eft vrai, il eſt évident que le Théâtre
Tragique François n'eft pas du nombre
des Spectacles que l'Evangile & les
Peres de l'Eglife ont condamnés ; mais
que ce fait foit vrai ou non , c'est une
queftion qu'ils n'ont pas décidée , & que
j'ai eu par conféquent la liberté d'exa
miner.
Al'égard de la Comédie , j'ai reconnu
» que le Théâtre , quoique purgé de fon
» ancienne indécence , n'eft pas encore
» affez châtié ; que Dancourt , Monfleury
» & leurs femblables devroient en être
à jamais bannis ; qu'en un mot le feul
JUILLET. 1959. 113
» comique honnête & moral doit être
» donné en ſpectacle. » Il s'agiffoit donc
d'examiner, non pas s'il y avoit des Comédies
répréhensibles du côté des moeurs :
j'en tombois d'accord ; mais s'il y avoit
des Comédies dont les moeurs fuffent bonnes
& les leçons utiles . Et c'eft fur quoi
je croyois que l'Evargile ni les Peres de
l'Eglife n'avoient rien décidé pour le fiécle
préfent.
L'Evangile , difent les Journaliſtes de
Trévoux , condamne tout fans modification
ni reftriction quelconque. Il condamneroit
don cauffi les Tragédies de Collège. Mais
c'eft ce que je ne crois pas. C'est ce que ne
croyoit pas M. Boffuet lorsqu'il répondit
indirectement fur cette queſtion des
Spectacles :qu'il y avoit de grands exemples
pour , & de grandes raifons contre :
car il eft certain qu'il n'eût pas biaifé
fur un point formellement décidé par
l'Evangile. C'eft ce que ne croyoit pas
non plus le Pere Porée , cet homme
pieux , lorfqu'en attaquant les Spectacles
tels qu'ils étoient , il les approuvoit tels
qu'ils pouvoient être. C'eft ce qu'on ne
croit pas à Rome où les Spectacles font
permis & fréquentés par des perfonnes
d'une vie très-édifiante ; ni en France
dans les fociétés chargées de l'éducation
114 MERCURE DE FRANCE.
de la ieuneffe qui prefque toutes , depuis
le Collège de Louis le Grand jufqu'à S.
Cyr , font entrer l'exercice de la déclamation
Théâtrale dans l'inftitution des
jeunes perfonnes de l'un & de l'autre
féxe , comme un moyen de leur former
l'efprit & le coeur. Il eft vrai qu'on choifit
pour cela les piéces les plus épurées ;
mais il ne s'enfuit pas moins qu'un Spectacle
dont les moeurs font bonnes eft
un amuſement permis & utile ; & quant
à la queftion particulière , fi les niceurs
de telle ou de telle de nos piéces font
bonnes ou mauvaiſes , ni l'Evangile ni
les Peres n'ont vraisemblalement rien
prononcé là-deffus. J'ai donc pû entrer
dans cette difcuffion avec M. Rouffeau ,
fans m'expofer à d'autres reproches qu'à
celui de m'être trompé , encore faut- il
qu'on le prouve. Du refte je fuis trèsfenfible
à ce que les mêmes Journaliſtes
ont bien voulu dire d'obligeant fur mes
analyſes ; mais ils me font l'honneur d'y
fuppofer un art que je n'y ai pas mis ;
& je ferois bien plus reconnoiffant s'ils
euffent voulu y appercevoir la fimplicité
& la bonne foi avec lefquelles je dis ce
que je penſe.
K
Revenons à M. Dalembert. Après avoir
juſtifié le Théâtre François , il fait en
JUILLET. 1759. 115
paffant l'apologie des femmes que M. R.:
a fi violemment attaquées. » Le genre:
» humain feroit bien à plaindre , lui ditil
, » fi l'objet le plus digne de nos hom-
» mages étoit en effet auffi rare que
vous le dites. Mais fi par malheur vous
» aviez raifon , quelle en feroit la trifte
caufe ? L'esclavage & l'efpéce d'avilif-
» fement où nous avons mis les femmes.
»Nous traitons la Nature en elles comme
» nous la traitons dans nos jardins : nous
» cherchons à l'orner en l'étouffant. Si la
plupart des Nations ont agi comme
nous à leur égard , c'eft que partout
>> les hommes ont été les plus forts , &
» que partout le plus fort eft l'oppref-
»feur & le tyran du plus foible. Je ne
fçai fi je me trompe , mais il me fem-
» ble que l'éloignement où nous tenons
» les femmes , de tout ce qui peut les
» éclairer & leur élever l'ame , eſt bien
capable , en mettant leur vanité à la
gêne , de flatter leur amour-propre. On
»diroit que nous fentons leurs avanta-
»ges , & que nous voulons les empê¬
cher d'en profiter.
"
Il s'élève contre l'éducation puérile
qu'on leur donne ; & ce morceau plein
d'éloquence ne ſçauroit être affez connu.
Nous avons éprouvé tant de fois , dit-il ,
116 MERCURE DE FRANCE:
SIZEA
co
esc
» combien la culture de l'efprit & l'exer-
» cice des talens font propres à nous dif-
» traire de nos maux , & à nous conſoler
dans nos peines ! pourquoi refufer à la
» plus aimable moitié du genre humain ,
» deftinée à partager avec nous le malheur
d'être , le foulagement le plus pro-
» pre à le lui faire fupporter ? Philofophes
"" que la Nature a répandus fur la ſurface , d
» de la terre , c'eſt à vous à détruire , s'il
vous eft poffible , un préjugé fi funefte ;
c'eft à ceux d'entre vous qui éprouvent
la douceur ou le chagrin d'être peres ,
» d'ofer les premiers fecouer le joug d'un
» barbare uſage , en donnant à leurs filless for
la même éducation qu'à leurs autres
enfans. Qu'elles apprennent feulement
»de vous en recevant cette éducation , el
précieuſe , à la regarder uniquement
» comme un préfervatif contre l'oifivété ,
un rempart contre les malheurs ; & non
»comme l'aliment d'une curiofité vaine
» & le fujet d'une oftentation frivole.o
» Voilà tout ce que vous devez & tout &pasl'id
» ce qu'elles doivent à l'opinion publique , les aux
qui peut les condamner à paroître igno- que
❤rantes , mais non pas les forcer à l'être.quile
» On vous a vu fi
fouvent
pour des motifs esfer
» très-légers , par vanité , ou par humeur ,
»
22 heurter de front les idées de votre
ble
qui
les
les
le
fermet
ful
roient
JUILLET. 1759 117
"
33
-
la´vie
fiécle ;pour quel intérêt plus grand pou-
» vez-vous le braver , que pour l'avantage
de ce que vous devez avoir de plus
cher au monde , pour rendre la vie
» moins amère à ceux qui la tiennent de
» vous , & que la Nature a deſtinés à vous
»furvivre & à fouffrir ; pour leur procurer
» dans l'infortune , dans les maladies , dans
la pauvreté , dans la vieilleffe , des ref-
»fourcesdont notre injuftice les a privées?
» on regarde communément , Monfieur ,
» les femmes comme très fenfibles &
"très foibles ; je les crois au contraire ou
» moins fenfibles ou moins foibles que
» nous. Sans force de corps , fans talens ,
»fans étude qui puiffe les arracher à leurs
" peines , & les leur faire oublier quelques
» momens , elles les fupportent néan-
» moins , elles les dévorent , & fçavent
» quelquefois les cacher mieux que nous :
» cette fermeté fuppofe en elles , ou une
"ame peu fufceptible d'impreffions pro-
» fondes , ou un courage dont nous n'a-
" vons pas l'idée. Combien de fituations
cruelles auxquelles les hommes ne réfiftent
que par le tourbillon d'occupa-
" tions qui les entraîne : les chagrins des
» femmes feroient- ils moins pénétrans &
» moins vifs que les nôtres ? Ils ne le
» devroient pas être. Leurs peines vien-
»
18 MERCURE DE FRANCE.
» nent ordinairement du coeur ; les nôtres
»n'ont fouvent pour principe que la vanité
& l'ambition . Mais ces fentimens
étrangers que l'éducation a portés dans
notre ame , que l'habitude y a gravés ,
»& que l'exemple fortifie , deviennent
( à la honte de l'humanité ) plus puif
fants fur nous que les fentimens naturels;
la douleur fait plus périr de Miniftres
déplacés que d'Amans malheureux. »
و د
M. Dalembert a réfervé pour la fin de
fa Lettre l'Article qui intéreffe Genêve ,
& cet Article a deux objets : le fpectacle,
& le dogme des Miniftres. Quant au premier
, il avoue que la Comédie feroit au
moins inutile aux Génévois s'ils en étoient
encore à l'âge d'or ; mais ils m'ont paru ,
dit-il , affez avancés , ou fi vous voulez
affez pervertis pour pouvoir entendre
Brutus & Rome fauvée , fans avoir à
craindre d'en devenir pires.
A l'égard de la dépenſe , » la Ville de
» Genêve eft , à proportion de fon éten-
» due , une des plus riches de l'Europe , »
& M. Dalembert dit avoir lieu de croire
que plufieurs Citoyens opulens de cette
Ville , qui defireroient y avoir un théâtre
, fourniroient fans peine une partie
de la dépenfe. Un ou deux jours de la
femaine fuffiroient à cet amuſement , &
JUILLET. 1759 . 119
"
on pourroit prendre pour l'un de ces
jours celui où le Peuple fe repofe. Du
refte , dans un état auffi petit , où l'oeil
vigilant des Magiftrats peut s'étendre au
même inftant d'une frontiere à l'autre , il
feroit facile d'éclairer la conduite des
Comédiens , & de maintenir les loix
fomptuaires. » Il ne falloit pas moins ,
pourfuit M. Dalembert , » qu'un Philofophe
exercé comme vous aux paradoxes,
» pour nous foutenir qu'il y a moins de
» mal à s'enyvrer & à médire , qu'à voir
repréſenter Cinna & Polieucte . Il ajoute
que les Citoyens de Genêve ſe récrient
» fort contre cette peinture que M. R. a
» faite de leur vie journalière , qu'ils fe
plaignent que le peu de féjour qu'a
» fait M. R. parmi eux , ne lui ayant
pas laiffé le temps de les connoître
» ni d'en fréquenter affez les différens
» états , il a repréſenté comme l'efprit
général de cette fage République , ce
» qui n'eft tout au plus que le vice obfcur
& méprifé de quelques Sociétés
>> particulières.
A l'égard des fentimens que M. Dālembert
a attribué aux Miniftres de Genêve
en matiere de Religion , il dit en
avoir parlé , non d'après un fecret confié
mais d'après leurs ouvrages , & d'après
120 MERCURE DE FRANCE.
des converfations publiques. Moyens que
M. Rouffeau n'avoit pas compris dans
fon énumération . » Si je me ſuis trompé ,
» ajoute M. Dalembert , tout autre que
» moi , j'oſe le dire , eût été trompé
» de même. Il obferve de plus que les
fentimens qu'il attribue aux Miniftres de
Genêve font une fuite néceffaire de leurs
principes , d'après lefquels il prétend
que quand ils ne feroient pas Sociniens
, il faudroit qu'ils le devinffent ,
non pour l'honneur de leur Religion ,
» mais pour celui de leur Philofophie.
( Je réserve l'Extrait du quatrième Volume
pour le Mercure prochain . )
& de Philofophie . Nouvelle édition.
CE Recueil de quelques Ouvrages de
M. Dalembert contient nombre de morceaux
déjà connus ; tels font le difcours
préliminaire de l'Encyclopédie , & la Préface
du troifième Volume de ce Dictionnaire
; l'Effai fur la Société des Gens de
Lettres & des Grands ; les Eloges académiques
de M. Bernoulli , de M. l'Abbé
JUILLET. 1759. 93
Terraffon , de M. le Préſident de Montefquieu,
avec l'Analyſe de l'Eſprit des Loix ;
celui de M. l'Abbé Mallet, & celui de M.
Dumarſais ; les Mémoires de Chriſtine, le
Difcours de réception de M. Dalembert
à l'Académie Françoife , avec des réflexions
fur l'élocution oratoire & fur le ſtyle
en général ; une Deſcription abrégée du
Gouvernement de Genève , & un Effai de
traduction de quelques morceaux de Tacite.
M. Dalembert nous avertit que parmi
ces morceaux déjà foumis au jugement du
Public , il en eft plufieurs qui reparoiffent
avec des augmentations & des changemens
, comme l'Eſſai de traduction des
morceaux de Tacite , le difcours fur l'élocution
&c.
Il a retouché de même l'Effai fur les
Gens de Lettres , & il y a fait quelques
additions relatives à l'état préfent de la
République Littéraire. Il fçait que la liberté
avec laquelle il s'eft exprimé dans
cet Eſſai , a excité quelques murmures ;
» mais a-t-il dit la vérité ? Voilà ce qui
» importe au Public. A- t- il attaqué ou
» même défigné quelqu'un ? Voilà ce qui
» importe aux Particuliers.
Je ferai cependant une obſervation fur
cette franchife philofophique dont per
94 MERCURE DE FRANCE .
fonne n'a droit de s'offenfer & dont fi peu
de gens s'accommodent. On la pardonne à
un Auteur qui n'eft plus , on l'admire dans
fes écrits comme portant le cara & ere
d'une ame libre & courageufe ; mais elle
choque dans un Auteur vivant , & la raifon
en eft bien naturelle. On regarde celui-
ci comme ufurpateur d'une autorité
que l'on veut n'accorder à perſonne ; expofé
à vivre avec lui , on exige qu'il fe
foumette aux loix de cette complaifance
fociale qui épargne la vanité des uns en
cachant la fupériorité des autres. Le plus
inévitable de tous les afcendans , & par
conféquent le plus importun
le plus
odieux pour les ames vaines , c'est l'empire
de la raiſon. Celui qui le fait fentir
fans égards , fans ménagement , eft donc
affuré de déplaire .
,
C'eft à l'homme qui penfe & qui juge
mieux que la multitude , à voir s'il a le
courage de faire des mécontens pendant
fa vie , pour avoir des admirateurs après
fa mort. On propofe un parti modéré :
ce feroit non feulement d'éviter les perfonalités
offenfantes , mais encore de préfenter
les vérités générales avec une circonfpection
timide. Mais la vérité fous
le voile en eft beaucoup moins frappante;
elle languit dans les détours ; la politeffe
JUILLET. 1759. 95 .
l'amollit & l'énerve ; & fouvent en fait
de morale l'éloquence perd de fa force
en perdant de fon âpreté , pareille à ces
remèdes dont on affoiblit la vertu fi on
leur ôte leur amertume . Un Ecrivain
brafque & tranchant doit donc renoncer
à la faveur des gens du monde ; mais fon
parti pris fur cette privation , il n'a plus
qu'un mot à dire: Lecteurs , fuppofez
que je fuis mort , & que j'écrivois il y
» a mille ans. » C'eft au moins dans ce
point de vue que l'on doit confidérer un
Ecrivain Philofophe lorfqu'on veut le
Juger équitablement . On doit l'ifoler de
la fociété , écarter toutes les confidéra
tions perfonnelles , oublier l'homme &
peler les écrits .
Les morceaux dont M. Dalembert a
nouvellement enrichi fes Mélanges , font
des réfléxions fur les éloges Académiques
; une réponse à la Lettre de M.
Rouffeau , Citoven de Genève , fur l'Article
Genève de l'Encyclopédie ; des Ob
fervations fur l'art de traduire ; un Effai
fur les Elémens de Philofophie , ou fur les
principes des connoiffances humaines ; des
réflexions
fur l'ufage & fur l'abus de la
Philofophie
en matière de goût , fur l'abus
en matière de Religion ; fur
dela
critique
la liberté dela
Mufique.
1
96 MERCURE DE FRANCE.
Parmi les additions faites aux morceaux
déjà connus & qui font en trèsgrand
nombre , ( furtout dans les effais
de traduction de Tacite ) je ne citerai
qu'un endroit de l'effai fur la fociété des
Gens de Lettres avec les Grands. Il s'agit
des protecteurs . » Ce qu'il y a de plus
honteux , pour les Grands & pour la
» Littérature , c'eft que des Ecrivains qui
» deshonorent leur état par la fatyre ,
» trouvent des protecteurs encore plus
» méprifables qu'eux. L'homme de Lettres
"
و د
digne de ce nom dédaigne également
»& de fe plaindre des uns & de répon-
» dre aux autres ; mais quelque peu ſen-
» fible qu'il doive- être aux injures prifes
» en elles-mêmes , il ne doit pas fermer
» les yeux fur l'appui qu'on leur prête ,
»ne fût ce que pour fe former une idée
jufte de ceux qui daignent les favori-
» fer. Dans les pays où la preffe n'eft pas
» libre , la licence d'infulter les Gens de
» Lettres par des fatyres , n'eft qu'une
»preuve du peu de confidération réelle
» qu'on a pour eux , du plaifir même
» qu'on prend à les voir infultés. Et pourquoi
eft-il plus permis d'outrager un
» homme de Lettres qui honore ſa na-
»tion , que de rendre ridicule un homme
» en place qui avilit la fienne ?... Je ne
و ر
» puis
JUILLET. 1759. 97
puisme difpenfer de rapporter à cette
» occafion une anecdote bien propre à
» faire connoître le caractère & l'injufti-
» ce des hommes dont je parle. Un d'entr'eux
tournoit en ridicule la délicateffe
»> exceffive d'un Ecrivain célèbre, qui avoit
» témoigné un chagrin ( trop grand fans
doute ) de quelques fatyres publiées.
» contre lui : l'Ecrivain célèbre fit une
» Chanfon où l'homme en place étoit
» effleuré très- légèrement. Si on eût cru
" l'offenfé , les Loix n'avoient pas affez
»de fupplices pour punir l'injure qu'on
» lui avoit faite. »
Je vais parcourir auffi rapidement qu'il
me fera poffible les morceaux nouvellement
ajoutés à ce Recueil ; mais il en
eft qui demandent une férieufe attention,
Dans les réfléxions fur les éloges académiques
, M. Dalembert ne diffimule
pas les abus de l'ufage où l'on eft de
célébrer des hommes qui ne méritent
que l'oubli ; mais ces abus lui paroiffent
légers en comparaifon des avantages.
»Si les anciens qui élevoient des Statues
aux grands hommes , avoient eu le
"même foin que nous , d'écrire la vie
"des gens de Lettres ; nous aurions , il
eft vrai , quelques Mémoires inutiles ,
I, Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
و د
mais nous ferions plus inftruits fur les
progrès des fciences & des arts & fur les
» découvertes de tous les âges ; hiſtoire
» plus intéreffante pour nous que celle
» d'une foule de Souverains qui n'ont
» fait que du mal aux hommes. >>
Il ne veut pas que l'on fe borne à dire
ce que l'homme de Lettres a fait ; il croit
auffi utile de faire connoître ce qu'il a
été , & de peindre l'homme en mêmetemps
que l'Ecrivain . » Cependant le but
» des éloges littéraires eft de rendre les
» Lettres refpectables , & non de les avi-
» lir. Si donc la conduite a deshonoré
» les ouvrages , quel parti prendre ? Louer
» les ouvrages . Et fi d'un autre côté la
» conduite eft fans reproches & les ou-
» vrages fans mérite , que dire alors ? Se
» taire. » C'eſt en effet le parti le plus
fage & le plus décent : car il me paroît
bien difficile d'obferver dans la peinture
morale des caractères cette diſtinction
délicate que prefcrit M. Dalembert entre
les traits défectueux que l'on peut relever
& ceux qu'on doit paffer fous filence ;
& quand les limites font auffi peu marquées
, en approcher de trop près , c'eſt
s'expofer à les franchir. Ainfi la liberté
que peut fe donner à cet égard un Ecrivain
fûr de lui-même , ne doit jamais tirer
JUILLET. 1759 99
à conféquence , encore moins paffer en
régle, & le plaifir d'obferver le contraſte
ou l'accord des écrits & des moeurs d'un
homme de Lettres qui n'eft plus , ne doit
pas l'emporter fur le danger d'introduire
dans les Sociétés littéraires la fatyre perfonnelle.
» Le ton d'un éloge hiftorique ne doit
» être ni celui d'un Difcours oratoire , ni
» celui d'une narration aride. Les réflexions
philofophiques font l'ame & la
fubitance de ce genre d'écrits .... Ceft
en cela que l'illuftre Secrétaire de l'Académie
des Sciences ( M. de Fonte-
» nelle ) a furtout excellé : c'eſt par-là
» qu'il fera principalement époque dans
» l'Hiſtoire de la Philofophie : c'eſt par- là
» enfin qu'il a rendu fi dangereufe à occu-
» per aujourd'hui la place qu'il a remplie
» avec tant de fuccès. Si on peut lui re-
» procher de légers défauts , c'eft quel-
» quefois trop de familiarité dans le ftyle,
quelquefois trop de recherches & de
>> rafinement dans les idées ; ici une forte
» d'affectation à montrer en petit les
» grandes choſes ; là quelques détails pué-
» rils peu dignes de la gravité d'un ouvrage
philofophique. Voilà pourtant ,
» qui le croiroit ? en quoi la plupart de
E ij
535004
}
Too
MERCURE
DE
FRANCE
. " nos faifeurs d'éloges ont cherché à lu
>> reffembler. >>
»
Les obfervations de M. D. fur l'art de
traduire font pleines de Philofophie & de
goût. De quelque côté qu'on le tourne
» dans les Beaux-arts, dit M , Dalembert ,
» on voit partout la médiocrité dictant les
» Loix , & le génie s'abaiſſant à lui obéir.
C'eſt un Souverain empriſonné par des
» efclaves ; cependant s'il ne doit pas fe
» laiffer fubjuguer , il ne doit
ود
"
pas non
L'art
de la traduction
eft foumis
à cette
régle comme
toutes
les parties.de la littérature
: l'Auteur
en examine
les Loix ; 1.° eu égard
au génie
des Langues
;
2.º relativement
au génie
des Auteurs
; 3. par rapport
aux principes
qu'on
peut
fe faire dans
ce genre
d'écrire
.
plus tout fe permettre. »
Il femble que plus le caractère d'une
Langue approche de celui d'une autre ,
plus il eft facile de bien traduire ; mais
cette même facilité donneroit , felon M.
Dalembert , plus de Traducteurs médiocres
& moins d'excellens. Satisfait du
mérite de la reflemblance , on néglige-
Foit les graces de la diction : or une des
grandes difficultés de l'art d'écrire , &
principalement des traductions , eft , ditil
, de fçavoir jufqu'à quel point on peut
JUILLET. 1759.
101
facrifier l'énergie à la nobleffe , la correction
à la facilité , la juſteſſe rigoureuſe à
la méchanique du ftyle , & une imitation
froide & fervile eft une mauvaiſe traduction.
D'un autre côté , la différence de caractère
des Langues , laiffe au Traducteur
une liberté dangereufe. Ne pouvant donner
à la copie une parfaite reffemblance ,
il doit craindre de ne lui pas donner toute
celle qu'elle peut avoir.
Si l'on étoit difpenfé de bien connoître
le génie & les fineffes des Langues , ce
devroit être des Langues anciennes : cependant
les Traducteurs des Anciens font
traités plus févèrement que les autres.
La fuperftition en faveur de l'antiquité
nous fait fuppofer que les Anciens fe font
toujours exprimés de la manière la plus
heureufe ; c'eft à qui leur trouvera plus
de fineffe & de beautés.
On a prétendu que les Langues n'avoient
point de caractere particulier. M.
Dalembert convient qu'entre les mains
d'un homme de génie chaque Langue ſe
prête à tous les ftyles.
» Mais fi toutes font également propres
à chaque genre d'ouvrage , elles ne le
font pas également à exprimer une
" même idée : c'eft en quoi confifte la
diverfité de leur génie. E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
» Les Langues , dit -il , en conféquence
» de cette diverfité , doivent avoir les
» unes fur les autres des avantages réci-
» proques.
Mais leurs avantages feront en
général d'autant plus grands qu'elles
» auront plus de variété dans les tours
» & de brièveté dans la conftruction , de
» licences, & de richeffes . » De toutes les
Langues cultivées par les gens de Lettres ,
F'Italienne eft, felon M. Dalembert, celle
qui réunit ces avantages au plus haut
degré. La Langué Françoife au contraire ,
celle qui met le plus à la gêne les Tra
ducteurs comme les Poëtes.
و د
Si les Langues ont leur génie , les
» Ecrivains ont auffi le leur. Le caractere
de l'original doit donc paffer auffi dans
la copie. Sans cette qualité les tra-
» ductions font des beautés régulieres ,
» fans ame & fans phyfionomie. Repré
» fenter de la même maniere des Au-
» teurs différens , c'eft l'efpéce de contrefens
qui fait le plus de tort à une
» Traduction ; les autres font paffagers
» & fe corrigent .
و د
Le caractère des Ecrivains eft ou dans
la penfée, ou dans le ftyle , ou dans
l'un & dans l'autre. Les Ecrivains dont
le caractère eft dans la penſée , font ceux
qui paffent le moins dans une Langue
JUILLET. 1759. 103
étrangère. Corneille , conclut M. Dalembert
, doit donc être plus facile à traduire
que Racine , & Tacite plus que Sallufte.
» Les Ecrivains les plus intraitables à
» la traduction , font ceux dont la maniere
» d'écrire eſt à eux. Les Anglois ont affez
» bien traduit quelques Tragédies de Ra-
» cine ; je doute , dit M. D. qu'ils tradui-
» fiffent avec le même fuccès les Fables
» de la Fontaine , l'ouvrage peut - être le
plus original que la Langue Françoiſs
» ait produit. "
Les Poëtes peuvent- ils être traduits en
Vers ? Doit - on ne les traduire qu'en
Profe ? M. Dalembert prouve très- bien
que l'un & l'autre eft impoffible . En
Profe l'original eſt dénué du nombre &
de l'harmonie ; en Vers il prend un nombre
& une harmonie nouvelle ; & il faut
avouer que les Poëtes anciens perdent au
change , dans quelque Langue qu'on les
traduife. La gêne du Vers oblige de plus
le Traducteur à dénaturer fouvent l'original
en fubftituant une fentence à une image
, une image à un ſentiment : ce qui
donne beaucoup d'avantage à la traduction
en Profe ; mais dans les Vers la régularité
de la cadence eft une beauté
pour l'oreille , à laquelle la Profe ne peut
E iv
104
MERCURE DE FRANCE.
fuppléer. Ainfi la traduction en Profe
eft une copie reffemblante mais foible :
» la
traduction en Vers eft un ouvrage
» fur le même fujet , plutôt qu'une copie.»
M. Dalembert veut qu'un Traducteur
ofe fe permettre de corriger les traits défectueux
de l'original , qu'il fçache riſquer
au befoin des expreffions nouvelles qu'il
appelle expreffions de génie , & par-là
il entend la réunion néceffaire & adroite
de quelques termes connus , mais qui
n'ont pas encore été mis enfemble. « C'eft,
» dit- il , prefque la feule maniere d'in-
»nover qui foit permife en écrivant. »
Il en donne pour exemple les termes
énergiques & finguliers
qu'employent des
Etrangers de beaucoup d'efprit qui parlent
facilement &
hardiment le françois.
Leur maniere de penfer dans leur Langue
& de s'exprimer dans la nôtre , eft, dit- il,
l'image d'une bonne traduction ; & il prétend
avec raifon que des
traductions bien
faites feroient le moyen le plus fûr & le
plus prompt d'enrichir les Langues. Elles
feront plus , » elles
multiplieront les bons
» modeles ; elles aideront à connoître le
» caractere des Ecrivains , des fiécles &
» des peuples ; elles feront
appercevoir
les nuances qui
diftinguent le goût uni-
» verfel & abfolu du goût national. »
JUILLET. 1759. 105
M. Dalembert invite les Traducteurs à
s'affranchir de l'obligation de traduire un
Auteur d'un bout à l'autre. J'avoue qu'il
feroit avantageux d'abréger en traduifant ,
mais fans laiſſer de lacune , & à condition
qu'on garderoit le fil du récit dans les
Hiftoriens , du raifonnement dans les Philofophes
, & de l'action dans les Poëtes .
C'eft ainfi que je defire depuis longtemps
qu'on ofe traduire le Poëme de Lucain
où je trouve , comme M. Dalembert , de
la déclamation & de la monotonie ; mais
que je ne crois pas auffi dénué d'images
que M. Dalembert le prétend. Les principes
qu'il vient d'expofer font ceux qu'il
a cru devoir fuivre dans la traduction de
différents morceaux de Tacite ; & la maniere
dont il rend compte de fon travail ,
en donneroit feule la plushaute idée. Il faut
en avoir fenti , comme il a fait , toutes les
difficultés pour être en état de les vaincre.
Un des morceaux les plus curieux de
ce Recueil eft la réponſe de M. Dalembert
à M. Rouſſeau , Citoyen de Genêve. Si
j'avois pû la prévoir je n'aurois pas pris
fur moi de juftifier nos Spectacles : ils ont
dans M. Dalembert un Apologifte bien
plus éloquent que moi . J'ai eu le bonheur
de me rencontrer avec lui en bien des
points . Les vérités fimples fe préfentent
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
à tout le monde ; mais il n'eft pas donné
à tout le monde de les rendre avec certe
force que leur donne le ftyle de M. D.
و د
Pourquoi des amusemens dit M.
Rouffeau , la vie eft fi courte & le temps
» eft fi précieux ! Qui en doute ? répond
» M. Dalembert . Mais en même temps
» la vie eft fi malheureufe & le plaifir fi
» rare ! Pourquoi envier aux hommes ,
» deftinés prefqu'uniquement par la na-
» ture à pleurer & à mourir, quelques délaffemens
paffagers qui les aident à fup-
» porter l'amertume ou l'infipidité de leur
» exiſtence !... Sans doute tous nos divertiffemens
forcés & factices , inventés &
» mis en ufage par l'oifiveté, font bien au-
» deffous des plaifirs fi purs & fimples
» que devroient nous offrir les devoirs de
» citoyen , d'ami , d'époux , de fils , &
» de pere : mais rendez- nous donc , fi vous
le pouvez , ces devoirs moins pénibles
» & moins triftes ; ou fouffrez qu'après les
» avoir remplis de notre mieux nous nous
» confolions de notre mieux auffi des
chagrins qui les accompagnent. Rendez
» les peuples plus heureux , & par conféquent
les Citoyens moins rares
» amis plus fenfibles & plus conftans ,
» les peres plus juftes , les enfans plus
» tendres , les femmes plus fidèles & plus
ود
"
"
»
ود
les
JUILLET. 1759. 107
vraies : nous ne chercherons point alors
» d'autres plaifirs que ceux qu'on goûte
» au fein de l'amitié , de la Patrie , de la
» nature & de l'amour. »
M. Dalembert avoue que l'eftime pu→
blique eft le but principal des Poëtes
dramatiques comme de tous les Ecrivains,
fans en excepter les Philofophes , qui déclament
contr'elle , & qui femblent la
dédaigner. » L'indifference fe taît , & ne
» fait point tant de bruit ; les injures
» même dites à une nation , ne font quel-
» quefois qu'un moyen plus piquant de
» fe rappeller à fon fouvenir. Et le fa-
» meux Cynique.de la Grèce eût bientôt
» quitté ce tonneau d'où il bravoit les
» préjugés & les Rois , fi les Athéniens
» euffent paffé leur chemin fans le regarder
& fans l'entendre . La vraie Philofophie
ne confifte point à fouler aux
pieds la gloire , & encore moins à le
» dire ; mais à n'en pas faire dépendre
» fon bonheur , même en tâchant de la
» mériter. >>
Mais fi la gloire eft le premier objet
des Poëtes , l'utilité publique peut être au
moins le fecond : or » l'effet de la morale
»du théâtre eſt moins d'opérer un chan-
"gement fubit dans les coeurs corrompus,
que de prémunir contre le vice les ames
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
foibles par l'exercice des fentimens
" honnêtes , & d'affermir dans ces mê
» mes fentimens les ames vertueuſes.
و ر
M. Rouffeau voudroit bannir du théâtre
la Tragédie de Mahomet. » Plût à
» Dieu , dit M. Dalembert , qu'elle y fût
» plus ancienne de deux cens ans ! L'efprit
philofophique qui l'a dictée feroit
» de même date parmi nous , & peut-être
» eût épargné à la Nation Françoife ,
» d'ailleurs fi paifible & fi douce , les
» horreurs & les atrocités religieufes auxquelles
elle s'eft livrée. Si cette Tragédie
laiffe quelque chofe à regretter aux
Sages ,, c'eft de n'y voir que les forfaits
» caufés par le zèle d'une fauffe Religion,
» & non les malheurs encore plus déplo-
» rables , où le zèle aveugle pour une
Religion vraie , peut quelquefois en-
» traîner les hommes.
4
و د
ود
"
و د
A l'égard de l'Amour » Voudriez-vous
» le bannir de la fociété ? demande M.
» Dalembert à M. Rouffeau. Ce feroit ,
» je crois , pour elle , un grand bien &
» un grand mal ; mais vous chercheriez
» en vain à détruire cette paffion... Or fi
» on ne peut & fi on ne doit peut - être
» pas étouffer l'amour dans le coeur des
» hommes , que reste- t-il à faire finon de
» le diriger vers une fin honnête , & de
JUILLET. 1759: 109
» nous montrer dans des exemples illuftres
fes fureurs & fes foibleffes , pour
» nous en défaire ou nous en guérir ?
A l'égard de la Comédie , M. Dalembert
convient que nous fommes plus
frappés du ridicule qu'elle joue que des
vices dont ce ridicule eft la fource ; mais
il obferve avec raifon qu'elle fuppofe
déjà le vice déteſté comme il doit l'être ,
& que c'est le ridicule qu'elle s'attache à
faire fentir. Il eft donc tout fimple ;
» dit-il , que le fentiment qu'elle fuppofe ,
" nous affecte moins ( dans le moment
» de la repréſentation ) que celui qu'elle
» cherche à exciter en nous, fans que pour
» cela elle nous falſe prendre le change
»fur celui de ces deux fentimens qui doit
» dominer dans notre ame. »
En réfutant la critique de M. Roufſeau
fur le caractère du Miſantrope , il en
fait une beaucoup plus jufte à ce qui me
ſemble, du caractère de Philinte. Il trouve
que dans la Scène du Sonnet , Philinte
devoit attendre qu'Oronte lui demandât
fon avis , & fe borner à une approbation
foible. » La colère du Mifantrope fur la
» complaifance de Philinte , n'en eût été
» que plus plaifante , parce qu'elle eût
» été moins fondée ; & la fituation des
» perſonnages eût produit un jeu de théâTO
MERCURE DE FRANCE .
tre d'autant plus grand , que Philinte
" eût été partagé entre l'embarras de
» contredire Alcefte & la crainte de cho-
"quer Oronte. »
M. Dalembert regarde avec raifon la
Comédie attendriffante dont l'Enfant Prodigue
eft le modèle , comme plus intéreffante
pour nous que la Tragédie ellemême.
Les malheurs de la vie privée
» font , dit-il , l'image fidelle des peines
» qui nous affligent ou qui nous mena-
» cent ; un Roi n'eft prefque pas notre
» femblable , & le fort de nos pareils a
bien plus de droits à nos larmes. »
Sur l'Article des Comédiens » com
» ment n'avez-vous pas fenti, demandeM.
D. à M. R. que fi ceux qui repréfentent
» nos pièces méritent d'être deshonorés ,
» ceux qui les compofent mériteroient
auffi de l'être ; & qu'ainfi en élevant
les uns & en aviliffant les autres , nous
» avons été tout à la fois bien inconfé-
» quens & bien barbares , »
Avant que d'aller plus loin , qu'il me
foit permis derépondre un mot à ce qu'ont
dit de moi & de mon Apologie du Théâtre
des Journaliſtes avec lefquels je ferai
toujours fort aife de difcuter mes opinions
itera 5.Luci
On m'a reproché ( Journal de TrévouK,
) JUILLET 17599 III
Avril 1759 , page 859 & fuivantes ) d'être
du nombre de ceux qui arment l'erreur
» de tant de fophifmes, qu'il n'eft prefque
plus poffible de reconnoître ce qu'il
faut croire. Si dans la controverfe des
» Spectacles on n'infifte pas fur les preuves
tirées de la Religion , les Partiſans du
" Théâtre fe fauveront toujours , dit- on ,
» dans le nuage dont ils fçavent fi bien
» s'envelopper. »
»
Rien n'est plus aifé que de démêler
le vice d'un Sophifme ; fi j'en ai employé
quelqu'un en faveur des Spectacles,
il étoit juſte de m'en convaincre & voilà
ce qu'on n'a pas fait . Les preuves tirées
de la Religion décident une queftion
que je n'ai pas révoquée en doute ;
fçavoir que les Spectacles dangereux pour
les moeurs , tels que les ont condamnés
les Peres & les Docteurs de l'Egliſe ,
font en effet condamnables & doivent
être profcrits. Mais peut-il y avoir des
Spectacles utiles aux moeurs ? Et ceux-là
doivent- ils être confervés ? Le Théâtre
François eft-il dans le cas de cette exception
, confidéré feulement comme
compofé de nos Tragédies les plus eftjmées
& de nos meilleures Comédies ?
Voilà de quoi il s'agiffoit dans mes analyfes
de la Lettre de M. Rouſſeau. Sur
11½ MERCURE DE FRANCE.
و د
la Scene Françoife , ai-je dit , » toutes
» les inclinations pernicieufes font con-
» damnées , toutes les paffions funeftes y
infpirent l'horreur , toutes les foibleffes
» malheureuſes y font naître la pitié &
la crainte. Les fentimens qui de leur
>> nature peuvent être dirigés au bien &
» au mal , comme l'ambition & l'amour ,
"y font peints avec des couleurs inté-
» reffantes ou odieufes , felon les cir-
» conftancès qui les décident ou vertueux
» ou criminels. Telle eft la régle inva-
» riable de la ſcène tragique , & le Poëte
qui l'auroit violée révolteroit tous les
39
efprits. Ceft-là le fait que j'ai tâché
de prouver à l'égard de la Tragédie : fi
ce fait eft vrai, il eſt évident que le Théâtre
Tragique François n'eft pas du nombre
des Spectacles que l'Evangile & les
Peres de l'Eglife ont condamnés ; mais
que ce fait foit vrai ou non , c'est une
queftion qu'ils n'ont pas décidée , & que
j'ai eu par conféquent la liberté d'exa
miner.
Al'égard de la Comédie , j'ai reconnu
» que le Théâtre , quoique purgé de fon
» ancienne indécence , n'eft pas encore
» affez châtié ; que Dancourt , Monfleury
» & leurs femblables devroient en être
à jamais bannis ; qu'en un mot le feul
JUILLET. 1959. 113
» comique honnête & moral doit être
» donné en ſpectacle. » Il s'agiffoit donc
d'examiner, non pas s'il y avoit des Comédies
répréhensibles du côté des moeurs :
j'en tombois d'accord ; mais s'il y avoit
des Comédies dont les moeurs fuffent bonnes
& les leçons utiles . Et c'eft fur quoi
je croyois que l'Evargile ni les Peres de
l'Eglife n'avoient rien décidé pour le fiécle
préfent.
L'Evangile , difent les Journaliſtes de
Trévoux , condamne tout fans modification
ni reftriction quelconque. Il condamneroit
don cauffi les Tragédies de Collège. Mais
c'eft ce que je ne crois pas. C'est ce que ne
croyoit pas M. Boffuet lorsqu'il répondit
indirectement fur cette queſtion des
Spectacles :qu'il y avoit de grands exemples
pour , & de grandes raifons contre :
car il eft certain qu'il n'eût pas biaifé
fur un point formellement décidé par
l'Evangile. C'eft ce que ne croyoit pas
non plus le Pere Porée , cet homme
pieux , lorfqu'en attaquant les Spectacles
tels qu'ils étoient , il les approuvoit tels
qu'ils pouvoient être. C'eft ce qu'on ne
croit pas à Rome où les Spectacles font
permis & fréquentés par des perfonnes
d'une vie très-édifiante ; ni en France
dans les fociétés chargées de l'éducation
114 MERCURE DE FRANCE.
de la ieuneffe qui prefque toutes , depuis
le Collège de Louis le Grand jufqu'à S.
Cyr , font entrer l'exercice de la déclamation
Théâtrale dans l'inftitution des
jeunes perfonnes de l'un & de l'autre
féxe , comme un moyen de leur former
l'efprit & le coeur. Il eft vrai qu'on choifit
pour cela les piéces les plus épurées ;
mais il ne s'enfuit pas moins qu'un Spectacle
dont les moeurs font bonnes eft
un amuſement permis & utile ; & quant
à la queftion particulière , fi les niceurs
de telle ou de telle de nos piéces font
bonnes ou mauvaiſes , ni l'Evangile ni
les Peres n'ont vraisemblalement rien
prononcé là-deffus. J'ai donc pû entrer
dans cette difcuffion avec M. Rouffeau ,
fans m'expofer à d'autres reproches qu'à
celui de m'être trompé , encore faut- il
qu'on le prouve. Du refte je fuis trèsfenfible
à ce que les mêmes Journaliſtes
ont bien voulu dire d'obligeant fur mes
analyſes ; mais ils me font l'honneur d'y
fuppofer un art que je n'y ai pas mis ;
& je ferois bien plus reconnoiffant s'ils
euffent voulu y appercevoir la fimplicité
& la bonne foi avec lefquelles je dis ce
que je penſe.
K
Revenons à M. Dalembert. Après avoir
juſtifié le Théâtre François , il fait en
JUILLET. 1759. 115
paffant l'apologie des femmes que M. R.:
a fi violemment attaquées. » Le genre:
» humain feroit bien à plaindre , lui ditil
, » fi l'objet le plus digne de nos hom-
» mages étoit en effet auffi rare que
vous le dites. Mais fi par malheur vous
» aviez raifon , quelle en feroit la trifte
caufe ? L'esclavage & l'efpéce d'avilif-
» fement où nous avons mis les femmes.
»Nous traitons la Nature en elles comme
» nous la traitons dans nos jardins : nous
» cherchons à l'orner en l'étouffant. Si la
plupart des Nations ont agi comme
nous à leur égard , c'eft que partout
>> les hommes ont été les plus forts , &
» que partout le plus fort eft l'oppref-
»feur & le tyran du plus foible. Je ne
fçai fi je me trompe , mais il me fem-
» ble que l'éloignement où nous tenons
» les femmes , de tout ce qui peut les
» éclairer & leur élever l'ame , eſt bien
capable , en mettant leur vanité à la
gêne , de flatter leur amour-propre. On
»diroit que nous fentons leurs avanta-
»ges , & que nous voulons les empê¬
cher d'en profiter.
"
Il s'élève contre l'éducation puérile
qu'on leur donne ; & ce morceau plein
d'éloquence ne ſçauroit être affez connu.
Nous avons éprouvé tant de fois , dit-il ,
116 MERCURE DE FRANCE:
SIZEA
co
esc
» combien la culture de l'efprit & l'exer-
» cice des talens font propres à nous dif-
» traire de nos maux , & à nous conſoler
dans nos peines ! pourquoi refufer à la
» plus aimable moitié du genre humain ,
» deftinée à partager avec nous le malheur
d'être , le foulagement le plus pro-
» pre à le lui faire fupporter ? Philofophes
"" que la Nature a répandus fur la ſurface , d
» de la terre , c'eſt à vous à détruire , s'il
vous eft poffible , un préjugé fi funefte ;
c'eft à ceux d'entre vous qui éprouvent
la douceur ou le chagrin d'être peres ,
» d'ofer les premiers fecouer le joug d'un
» barbare uſage , en donnant à leurs filless for
la même éducation qu'à leurs autres
enfans. Qu'elles apprennent feulement
»de vous en recevant cette éducation , el
précieuſe , à la regarder uniquement
» comme un préfervatif contre l'oifivété ,
un rempart contre les malheurs ; & non
»comme l'aliment d'une curiofité vaine
» & le fujet d'une oftentation frivole.o
» Voilà tout ce que vous devez & tout &pasl'id
» ce qu'elles doivent à l'opinion publique , les aux
qui peut les condamner à paroître igno- que
❤rantes , mais non pas les forcer à l'être.quile
» On vous a vu fi
fouvent
pour des motifs esfer
» très-légers , par vanité , ou par humeur ,
»
22 heurter de front les idées de votre
ble
qui
les
les
le
fermet
ful
roient
JUILLET. 1759 117
"
33
-
la´vie
fiécle ;pour quel intérêt plus grand pou-
» vez-vous le braver , que pour l'avantage
de ce que vous devez avoir de plus
cher au monde , pour rendre la vie
» moins amère à ceux qui la tiennent de
» vous , & que la Nature a deſtinés à vous
»furvivre & à fouffrir ; pour leur procurer
» dans l'infortune , dans les maladies , dans
la pauvreté , dans la vieilleffe , des ref-
»fourcesdont notre injuftice les a privées?
» on regarde communément , Monfieur ,
» les femmes comme très fenfibles &
"très foibles ; je les crois au contraire ou
» moins fenfibles ou moins foibles que
» nous. Sans force de corps , fans talens ,
»fans étude qui puiffe les arracher à leurs
" peines , & les leur faire oublier quelques
» momens , elles les fupportent néan-
» moins , elles les dévorent , & fçavent
» quelquefois les cacher mieux que nous :
» cette fermeté fuppofe en elles , ou une
"ame peu fufceptible d'impreffions pro-
» fondes , ou un courage dont nous n'a-
" vons pas l'idée. Combien de fituations
cruelles auxquelles les hommes ne réfiftent
que par le tourbillon d'occupa-
" tions qui les entraîne : les chagrins des
» femmes feroient- ils moins pénétrans &
» moins vifs que les nôtres ? Ils ne le
» devroient pas être. Leurs peines vien-
»
18 MERCURE DE FRANCE.
» nent ordinairement du coeur ; les nôtres
»n'ont fouvent pour principe que la vanité
& l'ambition . Mais ces fentimens
étrangers que l'éducation a portés dans
notre ame , que l'habitude y a gravés ,
»& que l'exemple fortifie , deviennent
( à la honte de l'humanité ) plus puif
fants fur nous que les fentimens naturels;
la douleur fait plus périr de Miniftres
déplacés que d'Amans malheureux. »
و د
M. Dalembert a réfervé pour la fin de
fa Lettre l'Article qui intéreffe Genêve ,
& cet Article a deux objets : le fpectacle,
& le dogme des Miniftres. Quant au premier
, il avoue que la Comédie feroit au
moins inutile aux Génévois s'ils en étoient
encore à l'âge d'or ; mais ils m'ont paru ,
dit-il , affez avancés , ou fi vous voulez
affez pervertis pour pouvoir entendre
Brutus & Rome fauvée , fans avoir à
craindre d'en devenir pires.
A l'égard de la dépenſe , » la Ville de
» Genêve eft , à proportion de fon éten-
» due , une des plus riches de l'Europe , »
& M. Dalembert dit avoir lieu de croire
que plufieurs Citoyens opulens de cette
Ville , qui defireroient y avoir un théâtre
, fourniroient fans peine une partie
de la dépenfe. Un ou deux jours de la
femaine fuffiroient à cet amuſement , &
JUILLET. 1759 . 119
"
on pourroit prendre pour l'un de ces
jours celui où le Peuple fe repofe. Du
refte , dans un état auffi petit , où l'oeil
vigilant des Magiftrats peut s'étendre au
même inftant d'une frontiere à l'autre , il
feroit facile d'éclairer la conduite des
Comédiens , & de maintenir les loix
fomptuaires. » Il ne falloit pas moins ,
pourfuit M. Dalembert , » qu'un Philofophe
exercé comme vous aux paradoxes,
» pour nous foutenir qu'il y a moins de
» mal à s'enyvrer & à médire , qu'à voir
repréſenter Cinna & Polieucte . Il ajoute
que les Citoyens de Genêve ſe récrient
» fort contre cette peinture que M. R. a
» faite de leur vie journalière , qu'ils fe
plaignent que le peu de féjour qu'a
» fait M. R. parmi eux , ne lui ayant
pas laiffé le temps de les connoître
» ni d'en fréquenter affez les différens
» états , il a repréſenté comme l'efprit
général de cette fage République , ce
» qui n'eft tout au plus que le vice obfcur
& méprifé de quelques Sociétés
>> particulières.
A l'égard des fentimens que M. Dālembert
a attribué aux Miniftres de Genêve
en matiere de Religion , il dit en
avoir parlé , non d'après un fecret confié
mais d'après leurs ouvrages , & d'après
120 MERCURE DE FRANCE.
des converfations publiques. Moyens que
M. Rouffeau n'avoit pas compris dans
fon énumération . » Si je me ſuis trompé ,
» ajoute M. Dalembert , tout autre que
» moi , j'oſe le dire , eût été trompé
» de même. Il obferve de plus que les
fentimens qu'il attribue aux Miniftres de
Genêve font une fuite néceffaire de leurs
principes , d'après lefquels il prétend
que quand ils ne feroient pas Sociniens
, il faudroit qu'ils le devinffent ,
non pour l'honneur de leur Religion ,
» mais pour celui de leur Philofophie.
( Je réserve l'Extrait du quatrième Volume
pour le Mercure prochain . )
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Résumé : MELANGES de Littérature, d'Histoire & de Philosophie. Nouvelle édition.
Le document présente une nouvelle édition des 'Mélanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie' de Diderot, incluant des œuvres telles que le discours préliminaire de l'Encyclopédie et des éloges académiques de figures comme Montesquieu et Dumarsais. Diderot aborde la liberté d'expression philosophique, suggérant de présenter les vérités générales sans offenser et de juger les écrits philosophiques comme s'ils étaient écrits par un auteur décédé. Les nouvelles contributions couvrent divers sujets, notamment les éloges académiques, la traduction, la philosophie et la critique musicale. Dalembert, dans ses réflexions, reconnaît les abus dans les éloges académiques mais en souligne les avantages pour l'instruction. Il critique les écrivains qui introduisent la satire personnelle dans les sociétés littéraires et valorise les traductions en prose. Le texte traite également des rôles du théâtre. D'Alembert défend la tragédie 'Mahomet' de Voltaire et critique le personnage de Philinte dans 'Le Misanthrope'. Il répond aux critiques de Rousseau sur les comédiens, affirmant que les auteurs de pièces méritent autant de respect que les acteurs. L'auteur examine la moralité des spectacles théâtraux, reconnaissant la nécessité de proscrire les spectacles nuisibles aux mœurs tout en discutant des bénéfices potentiels des tragédies et comédies. Concernant l'éducation des femmes, le texte critique les préjugés et l'oisiveté imposées aux femmes, plaidant pour une éducation égale pour les filles et les garçons. À Genève, D'Alembert discute de l'utilité d'un théâtre, estimant que les Genevois sont suffisamment évolués pour en bénéficier sans risque moral.
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111
p. 223-224
« Le nouveau Systême que j'ai déja annoncé au mois de Novembre 1758, pour apprendre la Langue [...] »
Début :
Le nouveau Systême que j'ai déja annoncé au mois de Novembre 1758, pour apprendre la Langue [...]
Mots clefs :
Apprentissage, Latin, Raisonnement, Jeux, Entretien, Méthode, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : « Le nouveau Systême que j'ai déja annoncé au mois de Novembre 1758, pour apprendre la Langue [...] »
Le nouveau Syſtême que j'ai déja annoncé au
224 MERCURE DE FRANCE.
mois de Novembre 1758 , pour apprendre la
Langue Latine de trois manieres différentes ,
par raifonnement , par jeux , & par entretiens ,
&c. Se vend actuellement à Paris chez Defpilly
Libraire , rue Saint Jacques , ' à la vieille
Pofte , vis-a- vis la rue du Plâtre; & à Troyes chez
Jean Garnier , Imprimeur Libraire rue du Temple.
Je parlerai dans la fuite plus amplement de
cette méthode , en faiſant part au Public d'une
differtation que M. le Roux Auteur de ce Syſtême
m'a remiſe , & dont il a fait mention dans la
réponſe à la critique de fon Livre.
224 MERCURE DE FRANCE.
mois de Novembre 1758 , pour apprendre la
Langue Latine de trois manieres différentes ,
par raifonnement , par jeux , & par entretiens ,
&c. Se vend actuellement à Paris chez Defpilly
Libraire , rue Saint Jacques , ' à la vieille
Pofte , vis-a- vis la rue du Plâtre; & à Troyes chez
Jean Garnier , Imprimeur Libraire rue du Temple.
Je parlerai dans la fuite plus amplement de
cette méthode , en faiſant part au Public d'une
differtation que M. le Roux Auteur de ce Syſtême
m'a remiſe , & dont il a fait mention dans la
réponſe à la critique de fon Livre.
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Résumé : « Le nouveau Systême que j'ai déja annoncé au mois de Novembre 1758, pour apprendre la Langue [...] »
Le texte présente un nouveau système pour apprendre le latin par raisonnement, jeux et entretiens. Il est disponible à Paris chez Defpilly, rue Saint Jacques, et à Troyes chez Jean Garnier, rue du Temple. L'auteur prévoit de détailler cette méthode via une dissertation de M. le Roux.
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112
p. 206-208
Ecole Latine & Grecque, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnole, Angloise & Allemande.
Début :
L'Abbé Choquart, par une longue étude de tout ce qui peut abréger [...]
Mots clefs :
Abbé, Éducation morale, Éducation politique, Élèves, Essais, Expériences, Exercices, Attention, Leçons, Emploi du temps, Connaissances
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texteReconnaissance textuelle : Ecole Latine & Grecque, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnole, Angloise & Allemande.
Ecole Latine & Grecque , où l'on enfeigne les Lan
gues Françoife , Italienne , Eſpagnole , Angloife
& Allemande.
L'Abbé Chocquart , par une longue étude de
tout ce qui peut abréger l'éducation morale &
politique de l'homme , par les divers Effais qu'il
a fait fur les Eléves qu'il a formés , a trouvé le
moyen d'ouvrir une route facile vers les Vertus
M'AR S. 1760 . 207
C
& les Sciences. La conduite que tenoient certains
Peuples , pour rendre chez eux l'amour de la
gloire , comme héréditaire , a facilité les recherches
qu'il a faites pour infpirer plus efficacement
à la jeunelle l'amour du vrai bien : & la nature ,
dont la marche eſt toujours heureuſe & rapide , lui
fert de guide dans les Belles- Lettres & les Beaux-
Arts. Si l'Enfant , fous les yeux de la Nourrice ,
apprend fans peine la langue qu'elle parle , pourquoi
faudroit- il confacrer tant d'années à l'uſage
d'une langue fouvent plus facile ? Les oreilles ontelles
plus d'empire fur l'ame , que les yeux ?
Convaincu d'ailleurs par l'experience , que rien
ne retarde tant nos études que le dégoût & l'ennui
qui les accompagnent ; il fait évanouir l'un &
l'autre , en diverfifiant tellement les exercices de la
journée , qu'une leçon devient comme le délaffement
de celle qui l'a précédée. Les premieres
heures de l'une & l'autre partie du jour , font don
nées aux études qui demandent le plus d'application
: des objets capables de réveiller l'attention
leur fuccédent , & font eux- mêmes fuivis par des
leçons plus amufantes. Ainfi les Langues Latine
& Françoife , le Calcul Numérique , la Mufiqué
& tous les exercices du Corps , qui peuvent entrer
dans une éducation noble & polie , occupent fuc
ceffivement les matinées.
Après la récréation qui fuit le dîné , l'Algébre ,
la Géométrie & les Fortifications , fous une même
marche ; les loix de l'Optique & le Deffein ; les
proportions des Méchaniques démontrées , conformes
aux Loix de l'Univers , & aux Expériences de
Phyfique ; la Géographie enfin & l'Hiftoire , réunies
par le moyen de Cartes pliées : de forte que
les faits & les lieux fe rappellent mutuellement ,
occupent toutes les heures de l'après -dîné .
Les leçons de Langue Françoife , d'Arithméti
208 MERCURE DE FRANCE.
que , de Géographie & d'Hiftoire , n'employant
que fort peu de temps dans le cours d'études ,
on donne les heures qu'elles occupoient , aux Langues
Allemande , Italienne , Angloife ou Efpagnoles
ou l'on s'occupe à des exercices militaires ,
ou à conftruire des Plans de Villes avec des pićces
rapportées , ou l'on s'exerce à des travaux du
Tour , de la Lime , &c. ou même à quelque
ſcience relative à l'état auquel on eſt deſtiné.
L'ufage , accompagnant partout la fpéculation ,
& l'Harmonie difpenfant tous les travaux , il eſt
facile de concevoir combien les jeunes gens deviennent
avides du fçavoir & quelle doit être la rapidité
de leurs progrès.
Pour les externes & tous ceux qui feront encore
dans le cas d'aller au Collége , on donnera des
leçons à part.
Les Maîtres, en chaque partie, font tous des hommes
choifis & connus.
- Les Curieux trouveront auffi chez l'Abbé Chocquart
, des machines de Phylique & furtout d'Optique
.
Il demeure dans la grande rue Taranne,Fauxbourg
S. Germain , entre la rue du Sépulchre &
le Carrefour S. Benoît à Paris.
gues Françoife , Italienne , Eſpagnole , Angloife
& Allemande.
L'Abbé Chocquart , par une longue étude de
tout ce qui peut abréger l'éducation morale &
politique de l'homme , par les divers Effais qu'il
a fait fur les Eléves qu'il a formés , a trouvé le
moyen d'ouvrir une route facile vers les Vertus
M'AR S. 1760 . 207
C
& les Sciences. La conduite que tenoient certains
Peuples , pour rendre chez eux l'amour de la
gloire , comme héréditaire , a facilité les recherches
qu'il a faites pour infpirer plus efficacement
à la jeunelle l'amour du vrai bien : & la nature ,
dont la marche eſt toujours heureuſe & rapide , lui
fert de guide dans les Belles- Lettres & les Beaux-
Arts. Si l'Enfant , fous les yeux de la Nourrice ,
apprend fans peine la langue qu'elle parle , pourquoi
faudroit- il confacrer tant d'années à l'uſage
d'une langue fouvent plus facile ? Les oreilles ontelles
plus d'empire fur l'ame , que les yeux ?
Convaincu d'ailleurs par l'experience , que rien
ne retarde tant nos études que le dégoût & l'ennui
qui les accompagnent ; il fait évanouir l'un &
l'autre , en diverfifiant tellement les exercices de la
journée , qu'une leçon devient comme le délaffement
de celle qui l'a précédée. Les premieres
heures de l'une & l'autre partie du jour , font don
nées aux études qui demandent le plus d'application
: des objets capables de réveiller l'attention
leur fuccédent , & font eux- mêmes fuivis par des
leçons plus amufantes. Ainfi les Langues Latine
& Françoife , le Calcul Numérique , la Mufiqué
& tous les exercices du Corps , qui peuvent entrer
dans une éducation noble & polie , occupent fuc
ceffivement les matinées.
Après la récréation qui fuit le dîné , l'Algébre ,
la Géométrie & les Fortifications , fous une même
marche ; les loix de l'Optique & le Deffein ; les
proportions des Méchaniques démontrées , conformes
aux Loix de l'Univers , & aux Expériences de
Phyfique ; la Géographie enfin & l'Hiftoire , réunies
par le moyen de Cartes pliées : de forte que
les faits & les lieux fe rappellent mutuellement ,
occupent toutes les heures de l'après -dîné .
Les leçons de Langue Françoife , d'Arithméti
208 MERCURE DE FRANCE.
que , de Géographie & d'Hiftoire , n'employant
que fort peu de temps dans le cours d'études ,
on donne les heures qu'elles occupoient , aux Langues
Allemande , Italienne , Angloife ou Efpagnoles
ou l'on s'occupe à des exercices militaires ,
ou à conftruire des Plans de Villes avec des pićces
rapportées , ou l'on s'exerce à des travaux du
Tour , de la Lime , &c. ou même à quelque
ſcience relative à l'état auquel on eſt deſtiné.
L'ufage , accompagnant partout la fpéculation ,
& l'Harmonie difpenfant tous les travaux , il eſt
facile de concevoir combien les jeunes gens deviennent
avides du fçavoir & quelle doit être la rapidité
de leurs progrès.
Pour les externes & tous ceux qui feront encore
dans le cas d'aller au Collége , on donnera des
leçons à part.
Les Maîtres, en chaque partie, font tous des hommes
choifis & connus.
- Les Curieux trouveront auffi chez l'Abbé Chocquart
, des machines de Phylique & furtout d'Optique
.
Il demeure dans la grande rue Taranne,Fauxbourg
S. Germain , entre la rue du Sépulchre &
le Carrefour S. Benoît à Paris.
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Résumé : Ecole Latine & Grecque, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnole, Angloise & Allemande.
L'école dirigée par l'Abbé Chocquart enseigne les langues française, italienne, espagnole, anglaise et allemande. L'Abbé Chocquart a élaboré une méthode pédagogique pour l'éducation morale et scientifique des élèves, s'inspirant des pratiques de certains peuples pour inculquer l'amour de la gloire et du bien. L'école diversifie les exercices quotidiens pour éviter le dégoût et l'ennui. Les matinées sont dédiées aux langues latine et française, au calcul numérique, à la musique et aux exercices physiques. L'après-midi, après la récréation, les élèves étudient l'algèbre, la géométrie, les fortifications, l'optique, le dessin, les mécaniques, la géographie et l'histoire. Le programme inclut également les langues étrangères, les exercices militaires, la construction de plans de villes et divers travaux manuels. Les enseignants sont des hommes choisis et reconnus. L'Abbé Chocquart propose des machines de physique et d'optique. L'école est située dans la grande rue Taranne, Faubourg Saint-Germain, à Paris.
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113
p. 206
« M. Maclot commencera le 16 Novembre 1760, à trois heures après-midi, un nouveau [...] »
Début :
M. Maclot commencera le 16 Novembre 1760, à trois heures après-midi, un nouveau [...]
Mots clefs :
Cours, Géographie, Tout public, Gratuité
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texteReconnaissance textuelle : « M. Maclot commencera le 16 Novembre 1760, à trois heures après-midi, un nouveau [...] »
M. MACLOT commencera le 16 Novembre
1760 , à trois heures après-midi , un nouveau
Cours de Géographie public & gratuit , qu'il continuera
Fêtes & Dimanches depuis pareille heure
jufqu'à celle de quatre & demie. Sa demeure actuelle
eft au Caffé du Fort , qui fait le coin des
rues de la Verrerie & des Arcis , & face à celle des
Lombards. Il fe fervira pour ces Leçons des Inftitutions
abrégées de Géographie qu'il a données au
Public l'année derniere , & dont nous avons dans
le temps rendu compte. Il donne des Leçons particuliéres
, tant de Géographie que de Mathémati
ques. Les Inftitutions abrégées de Géographie fe
trouvent à Paris , chez Vincent , rue & vis- à- vis.
Saint Severin , àl'Ange.
1760 , à trois heures après-midi , un nouveau
Cours de Géographie public & gratuit , qu'il continuera
Fêtes & Dimanches depuis pareille heure
jufqu'à celle de quatre & demie. Sa demeure actuelle
eft au Caffé du Fort , qui fait le coin des
rues de la Verrerie & des Arcis , & face à celle des
Lombards. Il fe fervira pour ces Leçons des Inftitutions
abrégées de Géographie qu'il a données au
Public l'année derniere , & dont nous avons dans
le temps rendu compte. Il donne des Leçons particuliéres
, tant de Géographie que de Mathémati
ques. Les Inftitutions abrégées de Géographie fe
trouvent à Paris , chez Vincent , rue & vis- à- vis.
Saint Severin , àl'Ange.
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Résumé : « M. Maclot commencera le 16 Novembre 1760, à trois heures après-midi, un nouveau [...] »
M. Maclot lancera un cours de géographie gratuit le 16 novembre 1760 à 15 heures, les jours fériés et dimanches jusqu'à 16h30. Il réside au Café du Fort et utilise ses 'Institutions abrégées de Géographie'. Il propose aussi des leçons particulières en géographie et mathématiques. Son ouvrage est disponible chez Vincent, rue Saint-Séverin.
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114
p. 205-208
COURS DE GEOGRAPHIE, contenant des Principes généraux, Mathématiques & Physiques, sur cette Science. Par M. BONNE, Maitre de Mathématiques, & de la Société Littéraire-Militaire.
Début :
Ce Cours a été donné pour la premiere fois, dans le mois de Juin & de [...]
Mots clefs :
Géographie, Cours, Éducation, Terre, Ciel, Soleil, Mouvement des astres, Rotation de la terre, Couches terrestres, Matières, Cartes géographiques, Navigation, Capitales, États, Séances
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texteReconnaissance textuelle : COURS DE GEOGRAPHIE, contenant des Principes généraux, Mathématiques & Physiques, sur cette Science. Par M. BONNE, Maitre de Mathématiques, & de la Société Littéraire-Militaire.
COURS DE GEOGRAPHIE , contenant des Principes
généraux , Mathématiques & Physiques ,
fur cette Science . Par M. BONNE , Maitre de
Mathématiques , & de la Société Littéraire-
Militaire.
Ce Cours a été donné pour la premiere fois ,
dans le mois de Juin & de Juillet dernier . L'accueil
favorable qu'il a reçu , engage à l'annoncer
de nouveau dans un temps où beaucoup de monde
eſt toujours hors de la Capitale , il a été
rempli bien au- delà de l'attente de l'Auteur ; &
depuis on le fait entrer dans l'éducation de plufeurs
jeunes perfonnes de l'un & de l'autre fexe.
Ainfi l'Auteur ne peut que fe féliciter de ce qu'il
s'eft occupé d'objets que le Public trouve agréa
bles & intéreffans .
La premiere Leçon de ce Cours , ſera remplie
par des Obfervations générales fur les principaux
objets de la furface de la Terre , afin de reconnoître
ces mêmes objets , qui doivent fournir la
matière de nos entretiens . Nous nous occuperons
enfuite de la figure qu'on a dû attribuer à la
Terre , & de fa fituation par rapport au Ciel ;
puis il fera traité des mouvemens du Soleil &
des mouvemens de la Lune , de même que ceux
des autres Corps Céleftes. En un mot , aucun
principe utile de la Sphère , relativement à la
Géographie , ne fera oublié.
Après avoir expofé les mouvemens des Aſtres,
tels que les apparences nous les montrent, nous
ferons voir qu'ils s'expliquent avec beaucoup de
facilité , dans le fyftême qui fait mouvoir la Terre
autour du Soleil en un an , & fur elle -même en
vingt - quatre heures. Cette hypothèſe , ſi ç'en eſt
ane,paroît contenir levrai Méchanifme des moi
206 MERCURE DE FRANCE.
vemens Céleftes ; ainfi elle nous occupera d'une
manière intérellante & avantageufe. D'ailleurs ,
nous aurons recours par la fuite aux mouvemens
de notre globe,pour expliquer fon applatiſſement.
La Géographie Phyfique commencera par un
examen réfléchi des couches de la terre & de leur
nature , des Coquillages & des autres corps étrangers
renfermés dans ces couches. Enfuite nous
nous occuperons des montagnes & des vallées,
des carriéres & des mines , de l'origine des fontaines
& du mouvement des eaux des fleuves : puis
fuivra le détail des principaux effets que les eaux
courantes produiſent ſur la ſurface de la terre .
Après ces chofes , l'enchaînement des matiéres
demande que nous nous entretenions des lacs , de
même que les eaux de la mer & de leur nature.
Avant que d'abandonner ce fujet , nous explique
rons comment l'action de la Lune & celle du Soleil
, produifent le flux & le reflux de la mer . Les
courans , les vents réglés , les vents variables , les
ouragans , &c , feront auffi un des objets de nos
Leçons. Et comme les Vents influent confidérablement
fur la température des climats , ils nous
donneront occafion d'expliquer les cauſes des dif
férences qui fe font reffentir dans le froid , en
divers endroits fitués fur le même parallèle. Enfuite
nous décrirons les principales altérations
que les mouvemens de la Mer & les vents produifent
fur notre globe. De là nous pafférons aux
effets des Volcans & à leur caufe : puis il fera
parlé des tremblemens de Terre fur lefquels
nous expoferons les différentes explications que
les Phyficiens donnent de ces terribles agitations,
qui femblent vouloir détruire notre séjour.
Nous développerons enfuite la caufe des diverfes
longueurs du Pendule aux différentes latisudes.
Après viendra la détermination des die
DECEMBRE. 1760. 207
menfions de la Tèrre , tant par le raiſonnement
que d'après les mefures . La diminution des de
grés des parallèles , aux différentes latitudes , fera
auffi donnée , de même que les inégalités des
degrés des Méridiens , qui fur un globe exact ,
feroient tous égaux entr'eux .
La Leçon précédente nous conduira avec ordre
à la manière de dreffer les Cartes ; chacun fe ferr
de ces repréſentations des Contrées de la Terre ,
& peu de perfonnes foupçonnent l'art avec lequel
elles font faites. L'avantage des Cartes dont les
Parallèles font des Courbes , qui coupent les Mé
ridiens perpendiculairement , fera mis dans tout
fon jour. La projection des Mappemondes que
nous expliquerons , fera celle où les degrés des
Méridiens & ceux des parallèles , font partout
exactement dans le rapport qu'ils ont fur le globe.
Enfin , la manière de dreffer les Cartes Marines
ou réduites , ne fera pas oubliée.
Avec la folution des Problèmes du pilotage ,
qui entre naturellement dans le plan de ce Cours ;
feront exposés fuccinctement & clairement , les
divers moyens que les Marins employent pour fe
conduire fur l'Elément liquide , prèſque auffi fûrement
que s'ils voyageoient fur la Terre. L'art de
fe diriger en Mer nous fera parler de la Bouffole
de la déclinaifon de l'aiguille aimantée , & de fon
inclinaison : ce qui donnera lieu d'expliquer com
ment on peut avec cet inftrument , trouver àpeu-
près les longitudes fur Mer.
Ce Cours fera terminé par une Analyfe de la
Géographie Politique , qui contiendra les Capi
tales des principaux Etats , les moeurs des habitans
de chaque contrée , les principales produc
tions qui s'y trouvent , & le commerce qu'on y
Fait. On arrête ordinairement fur ce fujet feul
qui nous occupera quelques jours , les jeunes gens
208 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs mois de fuite. Pour cela , on les oblige
de retenir quantité de noms de lieux peu contidérables
, qu'ils oublient prèſque auffitôt , & on
s'amufe à leur expliquer nombre de chofes , qui
pour les bien entendre , exigent à peine d'être
lues. Il nous a paru qu'il fuftifoit dans ce cas
d'avoir l'intelligence de la matière & la manière
de l'étudier. C'eft au defir de fçavoir , joint à la
lecture de quelques bons ouvrages fur la Géographie
, & furtout à celle des Voyageurs & des
Hiftoriens , qu'il faut laiffer faire le refte.
Dans l'explication des différens effets de la Nature
,qui feront l'objet de ces Leçons , nous n'embrafferons
aucun fyftême , & il ne fera employé ,
que des raifonnemens familiers , palpables , & à
fa portée de tout le monde. Les faits connus ,
analyfés & difcutés , feront les feuls guides que
nous nous permettrons de fuivre ; ainfi nos entretiens
feront plus vrais que brillants , plus utiles
que merveilleux. La peine des calculs , lorfque la
matière l'a exigée , n'a point été épargnée : comme
ils pourroient n'être point à la portée des Auditeurs
, nous n'en donnerons que les réfultats ,
en laiffant voir les principes fur lesquels ils font
fondés ; ce qui mettra en état de jouir du fruit de
ces Calculs , fans avoir eu la peine d'en effuyer
les difficultés.
Ce Cours fera compofé de vingt féances , qui
fe tiendront les Mardi , Jeudi & Samedi de chaque
femaine. Nous prendrons l'heure la plus
commode au plus grand nombre de Soufcripreurs.
L'ouverture s'en fera le Jeudi 8 Janvier
1761 , & il continuera jufqu'au 24 ou 26 Fevrier.
Il en coûtera 48 livres pour chaque perfonne ,
On fe fera infcrire avant que le Cours commence
, chez M. BONNE , Maître en Mathémariques
, rue Mazarine , près la rue Guénégaud
à'Hôtel Saint Jofeph,
généraux , Mathématiques & Physiques ,
fur cette Science . Par M. BONNE , Maitre de
Mathématiques , & de la Société Littéraire-
Militaire.
Ce Cours a été donné pour la premiere fois ,
dans le mois de Juin & de Juillet dernier . L'accueil
favorable qu'il a reçu , engage à l'annoncer
de nouveau dans un temps où beaucoup de monde
eſt toujours hors de la Capitale , il a été
rempli bien au- delà de l'attente de l'Auteur ; &
depuis on le fait entrer dans l'éducation de plufeurs
jeunes perfonnes de l'un & de l'autre fexe.
Ainfi l'Auteur ne peut que fe féliciter de ce qu'il
s'eft occupé d'objets que le Public trouve agréa
bles & intéreffans .
La premiere Leçon de ce Cours , ſera remplie
par des Obfervations générales fur les principaux
objets de la furface de la Terre , afin de reconnoître
ces mêmes objets , qui doivent fournir la
matière de nos entretiens . Nous nous occuperons
enfuite de la figure qu'on a dû attribuer à la
Terre , & de fa fituation par rapport au Ciel ;
puis il fera traité des mouvemens du Soleil &
des mouvemens de la Lune , de même que ceux
des autres Corps Céleftes. En un mot , aucun
principe utile de la Sphère , relativement à la
Géographie , ne fera oublié.
Après avoir expofé les mouvemens des Aſtres,
tels que les apparences nous les montrent, nous
ferons voir qu'ils s'expliquent avec beaucoup de
facilité , dans le fyftême qui fait mouvoir la Terre
autour du Soleil en un an , & fur elle -même en
vingt - quatre heures. Cette hypothèſe , ſi ç'en eſt
ane,paroît contenir levrai Méchanifme des moi
206 MERCURE DE FRANCE.
vemens Céleftes ; ainfi elle nous occupera d'une
manière intérellante & avantageufe. D'ailleurs ,
nous aurons recours par la fuite aux mouvemens
de notre globe,pour expliquer fon applatiſſement.
La Géographie Phyfique commencera par un
examen réfléchi des couches de la terre & de leur
nature , des Coquillages & des autres corps étrangers
renfermés dans ces couches. Enfuite nous
nous occuperons des montagnes & des vallées,
des carriéres & des mines , de l'origine des fontaines
& du mouvement des eaux des fleuves : puis
fuivra le détail des principaux effets que les eaux
courantes produiſent ſur la ſurface de la terre .
Après ces chofes , l'enchaînement des matiéres
demande que nous nous entretenions des lacs , de
même que les eaux de la mer & de leur nature.
Avant que d'abandonner ce fujet , nous explique
rons comment l'action de la Lune & celle du Soleil
, produifent le flux & le reflux de la mer . Les
courans , les vents réglés , les vents variables , les
ouragans , &c , feront auffi un des objets de nos
Leçons. Et comme les Vents influent confidérablement
fur la température des climats , ils nous
donneront occafion d'expliquer les cauſes des dif
férences qui fe font reffentir dans le froid , en
divers endroits fitués fur le même parallèle. Enfuite
nous décrirons les principales altérations
que les mouvemens de la Mer & les vents produifent
fur notre globe. De là nous pafférons aux
effets des Volcans & à leur caufe : puis il fera
parlé des tremblemens de Terre fur lefquels
nous expoferons les différentes explications que
les Phyficiens donnent de ces terribles agitations,
qui femblent vouloir détruire notre séjour.
Nous développerons enfuite la caufe des diverfes
longueurs du Pendule aux différentes latisudes.
Après viendra la détermination des die
DECEMBRE. 1760. 207
menfions de la Tèrre , tant par le raiſonnement
que d'après les mefures . La diminution des de
grés des parallèles , aux différentes latitudes , fera
auffi donnée , de même que les inégalités des
degrés des Méridiens , qui fur un globe exact ,
feroient tous égaux entr'eux .
La Leçon précédente nous conduira avec ordre
à la manière de dreffer les Cartes ; chacun fe ferr
de ces repréſentations des Contrées de la Terre ,
& peu de perfonnes foupçonnent l'art avec lequel
elles font faites. L'avantage des Cartes dont les
Parallèles font des Courbes , qui coupent les Mé
ridiens perpendiculairement , fera mis dans tout
fon jour. La projection des Mappemondes que
nous expliquerons , fera celle où les degrés des
Méridiens & ceux des parallèles , font partout
exactement dans le rapport qu'ils ont fur le globe.
Enfin , la manière de dreffer les Cartes Marines
ou réduites , ne fera pas oubliée.
Avec la folution des Problèmes du pilotage ,
qui entre naturellement dans le plan de ce Cours ;
feront exposés fuccinctement & clairement , les
divers moyens que les Marins employent pour fe
conduire fur l'Elément liquide , prèſque auffi fûrement
que s'ils voyageoient fur la Terre. L'art de
fe diriger en Mer nous fera parler de la Bouffole
de la déclinaifon de l'aiguille aimantée , & de fon
inclinaison : ce qui donnera lieu d'expliquer com
ment on peut avec cet inftrument , trouver àpeu-
près les longitudes fur Mer.
Ce Cours fera terminé par une Analyfe de la
Géographie Politique , qui contiendra les Capi
tales des principaux Etats , les moeurs des habitans
de chaque contrée , les principales produc
tions qui s'y trouvent , & le commerce qu'on y
Fait. On arrête ordinairement fur ce fujet feul
qui nous occupera quelques jours , les jeunes gens
208 MERCURE DE FRANCE.
plufieurs mois de fuite. Pour cela , on les oblige
de retenir quantité de noms de lieux peu contidérables
, qu'ils oublient prèſque auffitôt , & on
s'amufe à leur expliquer nombre de chofes , qui
pour les bien entendre , exigent à peine d'être
lues. Il nous a paru qu'il fuftifoit dans ce cas
d'avoir l'intelligence de la matière & la manière
de l'étudier. C'eft au defir de fçavoir , joint à la
lecture de quelques bons ouvrages fur la Géographie
, & furtout à celle des Voyageurs & des
Hiftoriens , qu'il faut laiffer faire le refte.
Dans l'explication des différens effets de la Nature
,qui feront l'objet de ces Leçons , nous n'embrafferons
aucun fyftême , & il ne fera employé ,
que des raifonnemens familiers , palpables , & à
fa portée de tout le monde. Les faits connus ,
analyfés & difcutés , feront les feuls guides que
nous nous permettrons de fuivre ; ainfi nos entretiens
feront plus vrais que brillants , plus utiles
que merveilleux. La peine des calculs , lorfque la
matière l'a exigée , n'a point été épargnée : comme
ils pourroient n'être point à la portée des Auditeurs
, nous n'en donnerons que les réfultats ,
en laiffant voir les principes fur lesquels ils font
fondés ; ce qui mettra en état de jouir du fruit de
ces Calculs , fans avoir eu la peine d'en effuyer
les difficultés.
Ce Cours fera compofé de vingt féances , qui
fe tiendront les Mardi , Jeudi & Samedi de chaque
femaine. Nous prendrons l'heure la plus
commode au plus grand nombre de Soufcripreurs.
L'ouverture s'en fera le Jeudi 8 Janvier
1761 , & il continuera jufqu'au 24 ou 26 Fevrier.
Il en coûtera 48 livres pour chaque perfonne ,
On fe fera infcrire avant que le Cours commence
, chez M. BONNE , Maître en Mathémariques
, rue Mazarine , près la rue Guénégaud
à'Hôtel Saint Jofeph,
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Résumé : COURS DE GEOGRAPHIE, contenant des Principes généraux, Mathématiques & Physiques, sur cette Science. Par M. BONNE, Maitre de Mathématiques, & de la Société Littéraire-Militaire.
Le texte présente un cours de géographie intitulé 'COURS DE GEOGRAPHIE, contenant des Principes généraux, Mathématiques & Physiques', dispensé par M. Bonne, maître de mathématiques et membre de la Société Littéraire-Militaire. Ce cours a été bien accueilli et intégré à l'éducation de plusieurs jeunes personnes. La première leçon couvre les observations générales sur la surface terrestre, la figure et la situation de la Terre par rapport au ciel, ainsi que les mouvements des astres. Le cours explique ensuite les mouvements des astres dans le système où la Terre tourne autour du Soleil et sur elle-même. La géographie physique examine les couches de la terre, les montagnes, les vallées, les carrières, les mines, les fontaines, et les mouvements des eaux. Il traite également des lacs, des eaux de la mer, du flux et reflux, des courants, des vents, et des effets des volcans et des tremblements de terre. Le cours aborde ensuite la détermination des dimensions de la Terre, la manière de dresser les cartes, et l'art de se diriger en mer. Il se termine par une analyse de la géographie politique, incluant les capitales des principaux États, les mœurs des habitants, les productions, et le commerce. Le cours est composé de vingt séances, se tenant les mardi, jeudi et samedi, à partir du 8 janvier 1761 jusqu'au 24 ou 26 février 1761, au coût de 48 livres par personne.
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115
p. 209-210
ECOLE LATINE & GRECQUE, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnolle, Angloise & Allemande.
Début :
L'Abbé Chocquart, par une longue étude de tout ce qui peut abréger l'éducation morale [...]
Mots clefs :
Essais, Amour, Expérience, Étude, Leçon, Exercices, Attention, Langues, Calculs, Géographie et histoire, Maîtres
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texteReconnaissance textuelle : ECOLE LATINE & GRECQUE, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnolle, Angloise & Allemande.
ECOLE LATINE & GRECQUE , où l'on enfeigne
les Langues Françoife , Italienne , Efpagnolle ,
Angleife & Allemande.
L'ABBÉ CHOCQUART , par une longue étude de
tout ce qui peut abréger l'éducation morale & politique
de l'homme par les différens Ellais qu'il a
faits fur les Éléves qu'il a formés , a trouvé le
moyen , d'ouvrir une route facile vers les Vertus &
les Sciences. La conduite que tenoient certains
Peuples pour rendre chez eux l'amour de la gloire .,
comme héréditaire , a facilité les recherches qu'il
a faites pour infpirer plus éfficacement à la jeunelfe
l'amour da vrai bien : & la Nature dont la marche
eft toujours heureuſe & rapide , lui fert de guide
dans les Belles- Lettres & les Beaux-Arts.Si l'enfant
fous les yeux de fa Nourrice , apprend fans peine
la langue qu'elle parle , pourquoi faudroit- il confacrer
tant d'années à l'ufage d'une langue fouvent
plus facile? Les oreilles ont elles plus d'eme
pire fur l'âme que les yeux ?
Convaincu d'ailleurs , par l'expérience , que rien
ne retarde tant nos études que le dégoût & l'ennui
qui les accompagnent ; il fait évanouir l'un & l'au
tre en diverfifiant tellement les execices de la
journée , qu'une leçon devient comme le télaffement
de celle qui l'a précédée. Les premieres heures
de l'une & l'autre partie du jour font données
aux études qui demandent le plus d'application :
des objets capables de réveiller l'attention leur
fuccédent & font eux-mêmes fuivis par des leçons
plus amufantes. Ainfi les Langues Latine &
Françoife , le Calcul Numérique , la Mufique &
tous les Exercices du Corps qui peuvent entrer
dans une éducation noble & polie , occupent
fucceffivement les matinées,
210 MERCURE DE FRANCE.
Après la récréation qui fuit le dîné , l'Algébre,
la Géométrie & les Fortifications fous une mêmě
marche ; les loix de l'Optique & le Deffein , les
proportions des Méchaniques démontrées conformesaur
Loix de l'Univers & aux expériences de
Phyfique la Géographie enfin & l'Hiftoire , réunies
par le moyen de Cartes pliées ; de forte que
les faits & les lieux le rappellent mutuellement
occupent toutes les heures de l'après-dîné.
Les leçons de Langue Françoife,d'Arithmétique,
de Géographie & d'Hiftoire , n'employant que fore
peu de tems dans le cours d'études , on donne les
heures qu'elles occupoient , aux Langues Allemande
, Italienne , Angloife ou Efpagnoles où l'on
s'occupe à des exercices Militaires , ou à conftruire
des Plans de Villes avec des piéces rapportées , ou
l'on s'exerce à des travaux du Tour , de la Linie,
& c. ou même à quelque fcience relative à l'état au
quel on eft deftiné .
L'ufage accompagnant partout la fpéculation ,
& l'Harmonie difpenfant tous les travaux , il eſt
facile de concevoir , combien les jeunes gens deviennent
avides de fçavoir & quelle doit être la
rapidité de leurs progrès.
Pour les Externes & tous ceux qui feront encore
dans le cas d'aller au College , on donnera des
leçons à part.
Les Maitres en chaque partie font tous des hommes
choifis & connus.
Les curieux trouveront auffi chez l'Abbé Chocquart
, des machines de Phyfique & furtout d'Optique.
Il demeure rue des SS . Peres , Fauxbourg S
Germain , vis- à- vis le Portail de la Charité , dans
un Hôtel où il y a un très-beau Jardin. La pen
fon alimentaire eft de soo liv..
les Langues Françoife , Italienne , Efpagnolle ,
Angleife & Allemande.
L'ABBÉ CHOCQUART , par une longue étude de
tout ce qui peut abréger l'éducation morale & politique
de l'homme par les différens Ellais qu'il a
faits fur les Éléves qu'il a formés , a trouvé le
moyen , d'ouvrir une route facile vers les Vertus &
les Sciences. La conduite que tenoient certains
Peuples pour rendre chez eux l'amour de la gloire .,
comme héréditaire , a facilité les recherches qu'il
a faites pour infpirer plus éfficacement à la jeunelfe
l'amour da vrai bien : & la Nature dont la marche
eft toujours heureuſe & rapide , lui fert de guide
dans les Belles- Lettres & les Beaux-Arts.Si l'enfant
fous les yeux de fa Nourrice , apprend fans peine
la langue qu'elle parle , pourquoi faudroit- il confacrer
tant d'années à l'ufage d'une langue fouvent
plus facile? Les oreilles ont elles plus d'eme
pire fur l'âme que les yeux ?
Convaincu d'ailleurs , par l'expérience , que rien
ne retarde tant nos études que le dégoût & l'ennui
qui les accompagnent ; il fait évanouir l'un & l'au
tre en diverfifiant tellement les execices de la
journée , qu'une leçon devient comme le télaffement
de celle qui l'a précédée. Les premieres heures
de l'une & l'autre partie du jour font données
aux études qui demandent le plus d'application :
des objets capables de réveiller l'attention leur
fuccédent & font eux-mêmes fuivis par des leçons
plus amufantes. Ainfi les Langues Latine &
Françoife , le Calcul Numérique , la Mufique &
tous les Exercices du Corps qui peuvent entrer
dans une éducation noble & polie , occupent
fucceffivement les matinées,
210 MERCURE DE FRANCE.
Après la récréation qui fuit le dîné , l'Algébre,
la Géométrie & les Fortifications fous une mêmě
marche ; les loix de l'Optique & le Deffein , les
proportions des Méchaniques démontrées conformesaur
Loix de l'Univers & aux expériences de
Phyfique la Géographie enfin & l'Hiftoire , réunies
par le moyen de Cartes pliées ; de forte que
les faits & les lieux le rappellent mutuellement
occupent toutes les heures de l'après-dîné.
Les leçons de Langue Françoife,d'Arithmétique,
de Géographie & d'Hiftoire , n'employant que fore
peu de tems dans le cours d'études , on donne les
heures qu'elles occupoient , aux Langues Allemande
, Italienne , Angloife ou Efpagnoles où l'on
s'occupe à des exercices Militaires , ou à conftruire
des Plans de Villes avec des piéces rapportées , ou
l'on s'exerce à des travaux du Tour , de la Linie,
& c. ou même à quelque fcience relative à l'état au
quel on eft deftiné .
L'ufage accompagnant partout la fpéculation ,
& l'Harmonie difpenfant tous les travaux , il eſt
facile de concevoir , combien les jeunes gens deviennent
avides de fçavoir & quelle doit être la
rapidité de leurs progrès.
Pour les Externes & tous ceux qui feront encore
dans le cas d'aller au College , on donnera des
leçons à part.
Les Maitres en chaque partie font tous des hommes
choifis & connus.
Les curieux trouveront auffi chez l'Abbé Chocquart
, des machines de Phyfique & furtout d'Optique.
Il demeure rue des SS . Peres , Fauxbourg S
Germain , vis- à- vis le Portail de la Charité , dans
un Hôtel où il y a un très-beau Jardin. La pen
fon alimentaire eft de soo liv..
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Résumé : ECOLE LATINE & GRECQUE, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnolle, Angloise & Allemande.
L'École Latine & Grecque, dirigée par l'Abbé Chocquart, enseigne plusieurs langues, dont le français, l'italien, l'espagnol, l'anglais et l'allemand. L'Abbé Chocquart a développé une méthode pour l'éducation morale et politique des élèves, s'inspirant des pratiques de certains peuples et utilisant les Belles-Lettres et les Beaux-Arts. L'école diversifie les exercices quotidiens pour éviter le dégoût et l'ennui. Les matinées sont consacrées aux langues latine et française, au calcul, à la musique et aux exercices physiques. L'après-midi inclut l'algèbre, la géométrie, les fortifications, l'optique, le dessin, la mécanique, la géographie et l'histoire, illustrées par des cartes pliées. Les élèves apprennent également des langues supplémentaires, des exercices militaires, la construction de plans de villes et des travaux manuels. L'harmonie et la pratique accompagnent la théorie, rendant les élèves avides de savoir. L'école propose des leçons spécifiques pour les externes et ceux qui fréquentent encore le collège. Les maîtres sont des hommes choisis et reconnus. L'Abbé Chocquart possède des machines de physique et d'optique. Il réside rue des SS. Pères, Faubourg Saint-Germain, face au Portail de la Charité, dans un hôtel avec un beau jardin. La pension alimentaire est fixée à 500 livres.
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116
p. 97
« RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...] »
Début :
RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...]
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texteReconnaissance textuelle : « RÉFUTATION du nouvel Ouvrage de Jean-Jacques Rousseau, intitulé [...] »
RÉFUTATION du nouvel Ouvrage
de Jean - Jacques Rouffeau , intitulé
Emile , ou de l'Education . In- 8° . Paris ,
1762. Chez Defaint & Saillant Libraires
, rue S. Jean de Beauvais , visà-
vis le Collége.
de Jean - Jacques Rouffeau , intitulé
Emile , ou de l'Education . In- 8° . Paris ,
1762. Chez Defaint & Saillant Libraires
, rue S. Jean de Beauvais , visà-
vis le Collége.
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117
p. 66-67
LOGOGRYPHE.
Début :
Sept lettres peignent ma figure : [...]
Mots clefs :
Écolier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
SEPT
EPT lettres peignent ma figure :
Voici toute ma découpure.
Ecueil en mers très -dangereux ;
Métal dont on eſt amoureux ;
Source où l'on puiſe les Sciences ;
Séjour des pures confciences ;
Un nom refpecté des François ,
Mais moins connu chez les Génois ;
Un Saint révéré dans l'Eglite ;
Fleuve qu'en France on préconiſe ;
Mets de mode à la Saint Martin ,
AVRIL. 1763 : 67
Qui du Peuple fait le feftin ;
Un Prophéte ; un ton de la game ;
Un brillant ornement de femme ;
Organe utile & des plus apparens ;
Deux Inftrumens de fons bien différens ;
Mais , Ciel ! qu'entends- je ? une cloche maudite
M'appelle , il faut que je te quitte.
SEPT
EPT lettres peignent ma figure :
Voici toute ma découpure.
Ecueil en mers très -dangereux ;
Métal dont on eſt amoureux ;
Source où l'on puiſe les Sciences ;
Séjour des pures confciences ;
Un nom refpecté des François ,
Mais moins connu chez les Génois ;
Un Saint révéré dans l'Eglite ;
Fleuve qu'en France on préconiſe ;
Mets de mode à la Saint Martin ,
AVRIL. 1763 : 67
Qui du Peuple fait le feftin ;
Un Prophéte ; un ton de la game ;
Un brillant ornement de femme ;
Organe utile & des plus apparens ;
Deux Inftrumens de fons bien différens ;
Mais , Ciel ! qu'entends- je ? une cloche maudite
M'appelle , il faut que je te quitte.
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118
p. 103-106
PHILOSOPHIA, Adusum scholarum accommodata, authore Antonio SEGUY facræ Facultatis Parisiensis Licentiato Theologo, atque in studii Parisiensis Universitate Philosophiae Professore, docente in Collegio Marchiano. Logica. Parisiis, apud Dessaint & Saillant, viâ Sancti Joannis Bellovaci, Savoye, Barbou, Duchesne, Brocas, viâ Jacobeâ ; 1763 ; vol. in-12.
Début :
Depuis quelque tems le Public est inondé d'une multitude de projets sur [...]
Mots clefs :
Auteur, Logique, Règles, Érudition, Métaphysique
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texteReconnaissance textuelle : PHILOSOPHIA, Adusum scholarum accommodata, authore Antonio SEGUY facræ Facultatis Parisiensis Licentiato Theologo, atque in studii Parisiensis Universitate Philosophiae Professore, docente in Collegio Marchiano. Logica. Parisiis, apud Dessaint & Saillant, viâ Sancti Joannis Bellovaci, Savoye, Barbou, Duchesne, Brocas, viâ Jacobeâ ; 1763 ; vol. in-12.
PHILOSOPHIA , Adufum fcholarum
accommodata , authore Antonio SEGUY
facræ Facultatis Parifienfis
Licentiato Theologo , atque in ftudii
Parifienfis Univerfitate Philofophiae
Profeffore , docente in Collegio Mar
chiano . Logica. Parifiis , apud Deffaint
& Saillant , vid Sancti Joannis Bellovaci,
Savoye, Barbou, Duchefne, Brocas
, via Jacobea ; 1763 ; vol. in- 12:
Depuis quelque tems le Public eft
inondé d'une multitude de projets fur
l'enfeignement public & particulier ,
E iv
704 MERCURE DE FRANCE.
dans lefquels on propoſe de faire appren
dre aux enfans différentes parties de
la Philofophie. Les favans en rient ,
parce que les Auteurs de ces projets
fuppofent dans les enfans autant de
difpofitions & de force de raiſonnement
, qu'ils en ont eux-mêmes.
Quand on a enfeigné longtemps , on
fait par expérience , que ceux qui commencent
leur cours de Philofophie ,
n'y font prefque rien s'ils font trop jeunes
; & que les meilleurs efprits ont de
la peine , dans les commencements , à
faifir les raifonnemens les plus fimples ;
qu'il faut les former peu-à-peu à lier
deux idées enfemble , à concevoir leurs
rapports ; & c.
M. l'Abbé Seguy connu par fa
Métaphyfique en 2 vol . in 12 , dont
nos prédeceffeurs & les autres journaliftes
firent dans le tems beaucoup d'éloges
, & que les favans continuent à
eftimer & à rechercher , a donné une
Logique dans laquelle il fuit la méthode
la plus propre à l'inftruction des jeunes
gens . Il les prépare au raifonnement
par des définitions claires , 1 ° . fur les
idées , 2º . fur le langage , & les différentes
fortes de mots , 3 ° . fur le juge_
ment , 4° . fur les différentes fortes de
propofitions, où il explique ce qui eft n
FORAVRIL. 1763 105
ceffaire pour leur vérité , leur fauffeté ,
leur contradictoire. Cette partie fi né
ceffaire à la clarté & à la jufteffe de l'ef
prit, l'Auteur la traite avec plus d'exactitude
que
la Logique de Port- Royal ,
qu'on eftime fi fort par cet endroit.
Après ces notions néceffaires , il démontre
les régles des fyllogifmes fimples
& compofés , fait voir en peu de mots
quoi fe réduifent les régles d'Ariftote ,
celle de l'Art de penfer , & du P. Buffier.
Il finit cette première partie par
des régles de la méthode.
La fecondes Partie contient i quatre
Differtations : la premiére fur les fenfations
dans laquelle fes Sçavans trou
veront beaucoup de chofes qui leur
feront plaifir , entre- autres la réfutation
du Livre de l'Efpris & du Traité des
fenfations , avec beaucoup de queſtions
importantes & curieufes. La feconde
differtation eft fur les idées innées ,
vraies fauffes , claires , diftin &tes & c,
& fur l'évidence, La troifième fur tousles
-motifs de certitude , & fur la probabilité.
La quatriéme fur le doute et
Voilà une Logique complette , d'où
Auteur a banni les questions inutiles
qui dégoutoient les meilleurs efprits,
Tout y elt traité avec beaucoup de
E v
106 MERCURE DE FRANCE,
clarté , de précifion , & d'érudition. Cer
Ouvrage foutient la réputation que l'Auteur
a méritée par fa niétaphyfique .
Les trois volumes in -12 fe vendent
thez l'Auteur & chez les Libraires ci-
: it empls nomo
deffus nommés.
accommodata , authore Antonio SEGUY
facræ Facultatis Parifienfis
Licentiato Theologo , atque in ftudii
Parifienfis Univerfitate Philofophiae
Profeffore , docente in Collegio Mar
chiano . Logica. Parifiis , apud Deffaint
& Saillant , vid Sancti Joannis Bellovaci,
Savoye, Barbou, Duchefne, Brocas
, via Jacobea ; 1763 ; vol. in- 12:
Depuis quelque tems le Public eft
inondé d'une multitude de projets fur
l'enfeignement public & particulier ,
E iv
704 MERCURE DE FRANCE.
dans lefquels on propoſe de faire appren
dre aux enfans différentes parties de
la Philofophie. Les favans en rient ,
parce que les Auteurs de ces projets
fuppofent dans les enfans autant de
difpofitions & de force de raiſonnement
, qu'ils en ont eux-mêmes.
Quand on a enfeigné longtemps , on
fait par expérience , que ceux qui commencent
leur cours de Philofophie ,
n'y font prefque rien s'ils font trop jeunes
; & que les meilleurs efprits ont de
la peine , dans les commencements , à
faifir les raifonnemens les plus fimples ;
qu'il faut les former peu-à-peu à lier
deux idées enfemble , à concevoir leurs
rapports ; & c.
M. l'Abbé Seguy connu par fa
Métaphyfique en 2 vol . in 12 , dont
nos prédeceffeurs & les autres journaliftes
firent dans le tems beaucoup d'éloges
, & que les favans continuent à
eftimer & à rechercher , a donné une
Logique dans laquelle il fuit la méthode
la plus propre à l'inftruction des jeunes
gens . Il les prépare au raifonnement
par des définitions claires , 1 ° . fur les
idées , 2º . fur le langage , & les différentes
fortes de mots , 3 ° . fur le juge_
ment , 4° . fur les différentes fortes de
propofitions, où il explique ce qui eft n
FORAVRIL. 1763 105
ceffaire pour leur vérité , leur fauffeté ,
leur contradictoire. Cette partie fi né
ceffaire à la clarté & à la jufteffe de l'ef
prit, l'Auteur la traite avec plus d'exactitude
que
la Logique de Port- Royal ,
qu'on eftime fi fort par cet endroit.
Après ces notions néceffaires , il démontre
les régles des fyllogifmes fimples
& compofés , fait voir en peu de mots
quoi fe réduifent les régles d'Ariftote ,
celle de l'Art de penfer , & du P. Buffier.
Il finit cette première partie par
des régles de la méthode.
La fecondes Partie contient i quatre
Differtations : la premiére fur les fenfations
dans laquelle fes Sçavans trou
veront beaucoup de chofes qui leur
feront plaifir , entre- autres la réfutation
du Livre de l'Efpris & du Traité des
fenfations , avec beaucoup de queſtions
importantes & curieufes. La feconde
differtation eft fur les idées innées ,
vraies fauffes , claires , diftin &tes & c,
& fur l'évidence, La troifième fur tousles
-motifs de certitude , & fur la probabilité.
La quatriéme fur le doute et
Voilà une Logique complette , d'où
Auteur a banni les questions inutiles
qui dégoutoient les meilleurs efprits,
Tout y elt traité avec beaucoup de
E v
106 MERCURE DE FRANCE,
clarté , de précifion , & d'érudition. Cer
Ouvrage foutient la réputation que l'Auteur
a méritée par fa niétaphyfique .
Les trois volumes in -12 fe vendent
thez l'Auteur & chez les Libraires ci-
: it empls nomo
deffus nommés.
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Résumé : PHILOSOPHIA, Adusum scholarum accommodata, authore Antonio SEGUY facræ Facultatis Parisiensis Licentiato Theologo, atque in studii Parisiensis Universitate Philosophiae Professore, docente in Collegio Marchiano. Logica. Parisiis, apud Dessaint & Saillant, viâ Sancti Joannis Bellovaci, Savoye, Barbou, Duchesne, Brocas, viâ Jacobeâ ; 1763 ; vol. in-12.
Le texte présente 'Philosophia, Adufum fcholarum accommodata', un ouvrage de logique écrit par Antonio Seguy, licencié en théologie et professeur de philosophie à l'Université de Paris, enseignant au Collège Marchian. Publié en 1763, ce livre vise à instruire les jeunes en philosophie. Seguy critique les projets éducatifs qui surestiment les capacités des enfants et propose une méthode progressive pour les initier au raisonnement. L'ouvrage se distingue par des définitions claires sur les idées, le langage, le jugement et les propositions. Il traite des règles des syllogismes et des méthodes de pensée, simplifiant celles d'Aristote, de l'Art de penser et du Père Buffier. La première partie se conclut par des règles méthodologiques. La seconde partie comprend quatre dissertations : la première réfute des ouvrages sur les sensations, la seconde traite des idées innées et de l'évidence, la troisième aborde les motifs de certitude et la probabilité, et la quatrième explore le doute. L'ouvrage est loué pour sa clarté, sa précision et son érudition, renforçant la réputation de Seguy, déjà connue grâce à sa 'Métaphysique'. Les trois volumes sont disponibles chez l'auteur et chez plusieurs libraires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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118
PHILOSOPHIA, Adusum scholarum accommodata, authore Antonio SEGUY facræ Facultatis Parisiensis Licentiato Theologo, atque in studii Parisiensis Universitate Philosophiae Professore, docente in Collegio Marchiano. Logica. Parisiis, apud Dessaint & Saillant, viâ Sancti Joannis Bellovaci, Savoye, Barbou, Duchesne, Brocas, viâ Jacobeâ ; 1763 ; vol. in-12.
119
p. 112-116
DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE ; avec cette Epigraphe : Populus sapiens, gens magna. Deut. 4. A Amsterdam, 1763, volume in-12. d'environ 250 pages.
Début :
IL faut une éducation publique ; l'affaire est de voir si la nôtre est bonne, pour [...]
Mots clefs :
Auteur, Connaissances, École, Éducation, Sciences
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texteReconnaissance textuelle : DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE ; avec cette Epigraphe : Populus sapiens, gens magna. Deut. 4. A Amsterdam, 1763, volume in-12. d'environ 250 pages.
DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE; avec
cette Epigraphe : Populus fapiens ,gens
magna. Deut. 4. A Amfterdam, 1763,
volume in- 12. d'environ 250 pages.
IL faut une éducation publique ; l'affaire
eft de voir fi la nôtre eft bonne, pour
la foutenir ; ou fi elle est défectueuſe ,
pour la corriger : & il paroît que c'eft
là le but que s'eft propofé l'Auteur de
la brochure que nous annonçons. Il la
divife en trois parties précédées de quelques
obfervations fur l'éducation en général.
La première partie offre un tableau
méthodique des connoiffances humaines.
La feconde , qui dérive de la première
, contient une diftribution graduelle
des études fcholaftiques . Enfin ,
cherchant les moyens d'étendre & d'affurer
l'éducation publique , il établit
l'ordre & la difcipline des écoles.
Une fous-divifion de ces trois parties
donne lieu à plufieurs paragraphes que
nous ne devons qu'indiquer & percourir.
Dans le tableau des connoiffances
humaines , qui fait le fujet de la pre-
"
MA I. 1763. 113
mière partie de cet Ouvrage philofophique
, on diftingue trois fortes de connoiffances
; les unes font fimplement
inftrumentales ; il y en a d'effentielles ,
& d'autres de convenance. Les premières.
ne font que des moyens d'apprendre ou
de produire ce qu'on fait , tels font la
Grammaire , l'Arithmétique , la Logique
, la Géométrie , & c. L'Auteur définit
ces différentes Sciences , & en fait
voir l'utilité ; les connoiffances effentielles
font la Religion , la Morale & la
Phyfique ; celles de convenances ne font
que les mêmes chofes , mais pouffées
plus loin , & plus ou moins approfondies
, fuivant les états ou les perfonnes.
Toutes les vraies Sciences ont chacu
ne trois parties bien diftinctes , dont la
première eft le fondement de la feconde
, & celle- ci le principe de la troifiéme
, fçavoir l'Hiftoire , c'est- à - dire
le recueil des faits relatifs à la chofe ;
la Théorie qui combine les faits & en
cherche les raifons ; la pratique qui ,
munie des ces fecours , opère avec lumière
, & doit être le principal but de
toute étude .
Cette première partie ainfi divifée &
fous-divifée , forme une espéce d'Encyclopédie
abrégée , où toutes les Sciences
114 MERCURE DE FRANCE.
fontrangées dans l'ordre leplus naturel, ou
du moins dans celui qui s'ajuste le mieux
avec le plan général de l'Auteur. On
fent aisément que la feconde partie
n'entraîne pas dans moins de détails que
la première. L'Auteur prend à huit ou
neuf ans l'enfant qu'il veut élever ; &
revenant fur toutes les connoiffances
dont il a parlé plus haut , il enfeigne la
manière de les apprendre à fon éleve
jufqu'à l'âge de feize ans. Il marque
pour chaque année les livres qu'il lui convient
de lire pour s'inftruire dans chacune
des Sciences indiquées , & le temps qu'il
doit y employer.
Dans la partie qui traite de la difcipline
des écoles , on en diftingue de
plufieurs efpéces. Les unes font pour les
habitans des campagnes , auxquels il
fuffira d'apprendre à lire & à écrire , un
peu d'Arithmétique vulgaire , le Cathéchifme
& un petit Code ruftique , qui
contiendra ce qu'il eft effentiel que des
payfans connoiffent. Les autres font
pour les Bourgs , d'autres pour les petites
Villes , pour les Villes moyennes , pour
les grandes Villes , pour les Capitales ,
De là l'Auteur paffe aux bâtimens des
écoles qu'il veut que l'on place dans des
jours favorables , un air pur , & que.
M. A I. 1763. 115
l'on y entretienne la plus foigneufe
propreté. » Si ce font des maifons de
penfion , il me paroît indifpenfable
» qu'il y ait des couverts d'arbres pour
les récréations des beaux jours , affez
fpacieux pour s'y exercer à l'aife ,
affez bornés pour y être vus de pár
" tout , fans bofquets , fans eaux , fans
» réduits ; & pour les mauvais temps ,
des
» falles fuffifamment vaftes , élevées
» bien percées , accompagnées de quel-
» ques cabinets pour les exercices qui.
» ne fe font pas en commun. Combien
» d'écoles reffemblent à de miférables.
» prifons ! On est étonné furtout à Pa-
" ris de voir prèfque tous les Colléges .
» entaffés parmi des Hôpitaux énormes,
» dans le quartier le plus ferré de cette
» vafte Capitale ; & l'élite de notre jeune
Nobleffe , enfermée pour tout plaifir ,
» entre quatre murs hauts & étroits , &
» obligée au premier rayon de foleil
» ainfi qu'à la première goute de pluie ,
» de fe réfugier dans des chambres fou-
2 vent obfcures & infectes. "
23
La direction des écoles , le choix des
Maîtres , la conduite des éléves donnent
encore bien de détails qui fuppofent,
dans l'Auteur , des vues utiles qu'il feroit
à defirer qu'on exécutât dans toute
116 MERCURE DE FRANCE.
l'étendue du Royaume. L'Ouvrage entier
eft d'un homine inftruit , & qui paroit
defirer bien fincèrement que les autres
hommes le fuffent également.
cette Epigraphe : Populus fapiens ,gens
magna. Deut. 4. A Amfterdam, 1763,
volume in- 12. d'environ 250 pages.
IL faut une éducation publique ; l'affaire
eft de voir fi la nôtre eft bonne, pour
la foutenir ; ou fi elle est défectueuſe ,
pour la corriger : & il paroît que c'eft
là le but que s'eft propofé l'Auteur de
la brochure que nous annonçons. Il la
divife en trois parties précédées de quelques
obfervations fur l'éducation en général.
La première partie offre un tableau
méthodique des connoiffances humaines.
La feconde , qui dérive de la première
, contient une diftribution graduelle
des études fcholaftiques . Enfin ,
cherchant les moyens d'étendre & d'affurer
l'éducation publique , il établit
l'ordre & la difcipline des écoles.
Une fous-divifion de ces trois parties
donne lieu à plufieurs paragraphes que
nous ne devons qu'indiquer & percourir.
Dans le tableau des connoiffances
humaines , qui fait le fujet de la pre-
"
MA I. 1763. 113
mière partie de cet Ouvrage philofophique
, on diftingue trois fortes de connoiffances
; les unes font fimplement
inftrumentales ; il y en a d'effentielles ,
& d'autres de convenance. Les premières.
ne font que des moyens d'apprendre ou
de produire ce qu'on fait , tels font la
Grammaire , l'Arithmétique , la Logique
, la Géométrie , & c. L'Auteur définit
ces différentes Sciences , & en fait
voir l'utilité ; les connoiffances effentielles
font la Religion , la Morale & la
Phyfique ; celles de convenances ne font
que les mêmes chofes , mais pouffées
plus loin , & plus ou moins approfondies
, fuivant les états ou les perfonnes.
Toutes les vraies Sciences ont chacu
ne trois parties bien diftinctes , dont la
première eft le fondement de la feconde
, & celle- ci le principe de la troifiéme
, fçavoir l'Hiftoire , c'est- à - dire
le recueil des faits relatifs à la chofe ;
la Théorie qui combine les faits & en
cherche les raifons ; la pratique qui ,
munie des ces fecours , opère avec lumière
, & doit être le principal but de
toute étude .
Cette première partie ainfi divifée &
fous-divifée , forme une espéce d'Encyclopédie
abrégée , où toutes les Sciences
114 MERCURE DE FRANCE.
fontrangées dans l'ordre leplus naturel, ou
du moins dans celui qui s'ajuste le mieux
avec le plan général de l'Auteur. On
fent aisément que la feconde partie
n'entraîne pas dans moins de détails que
la première. L'Auteur prend à huit ou
neuf ans l'enfant qu'il veut élever ; &
revenant fur toutes les connoiffances
dont il a parlé plus haut , il enfeigne la
manière de les apprendre à fon éleve
jufqu'à l'âge de feize ans. Il marque
pour chaque année les livres qu'il lui convient
de lire pour s'inftruire dans chacune
des Sciences indiquées , & le temps qu'il
doit y employer.
Dans la partie qui traite de la difcipline
des écoles , on en diftingue de
plufieurs efpéces. Les unes font pour les
habitans des campagnes , auxquels il
fuffira d'apprendre à lire & à écrire , un
peu d'Arithmétique vulgaire , le Cathéchifme
& un petit Code ruftique , qui
contiendra ce qu'il eft effentiel que des
payfans connoiffent. Les autres font
pour les Bourgs , d'autres pour les petites
Villes , pour les Villes moyennes , pour
les grandes Villes , pour les Capitales ,
De là l'Auteur paffe aux bâtimens des
écoles qu'il veut que l'on place dans des
jours favorables , un air pur , & que.
M. A I. 1763. 115
l'on y entretienne la plus foigneufe
propreté. » Si ce font des maifons de
penfion , il me paroît indifpenfable
» qu'il y ait des couverts d'arbres pour
les récréations des beaux jours , affez
fpacieux pour s'y exercer à l'aife ,
affez bornés pour y être vus de pár
" tout , fans bofquets , fans eaux , fans
» réduits ; & pour les mauvais temps ,
des
» falles fuffifamment vaftes , élevées
» bien percées , accompagnées de quel-
» ques cabinets pour les exercices qui.
» ne fe font pas en commun. Combien
» d'écoles reffemblent à de miférables.
» prifons ! On est étonné furtout à Pa-
" ris de voir prèfque tous les Colléges .
» entaffés parmi des Hôpitaux énormes,
» dans le quartier le plus ferré de cette
» vafte Capitale ; & l'élite de notre jeune
Nobleffe , enfermée pour tout plaifir ,
» entre quatre murs hauts & étroits , &
» obligée au premier rayon de foleil
» ainfi qu'à la première goute de pluie ,
» de fe réfugier dans des chambres fou-
2 vent obfcures & infectes. "
23
La direction des écoles , le choix des
Maîtres , la conduite des éléves donnent
encore bien de détails qui fuppofent,
dans l'Auteur , des vues utiles qu'il feroit
à defirer qu'on exécutât dans toute
116 MERCURE DE FRANCE.
l'étendue du Royaume. L'Ouvrage entier
eft d'un homine inftruit , & qui paroit
defirer bien fincèrement que les autres
hommes le fuffent également.
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Résumé : DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE ; avec cette Epigraphe : Populus sapiens, gens magna. Deut. 4. A Amsterdam, 1763, volume in-12. d'environ 250 pages.
La brochure 'De l'éducation publique', publiée à Amsterdam en 1763, vise à évaluer et améliorer l'éducation publique. Elle est structurée en trois parties, précédées d'observations générales sur l'éducation. La première partie propose un tableau méthodique des connaissances humaines, distinguant trois types de connaissances : instrumentales (comme la grammaire et l'arithmétique), essentielles (comme la religion et la morale) et de convenance (approfondissements selon les états ou personnes). Chaque science est structurée en trois parties : histoire, théorie et pratique. La seconde partie décrit une distribution graduelle des études scolaires de huit à seize ans, avec des livres et des temps d'étude spécifiques pour chaque année. La troisième partie traite de l'organisation et de la discipline des écoles, adaptées aux différents types de populations (campagnes, bourgs, villes, capitales). L'auteur insiste sur l'importance des bâtiments scolaires, recommandant des lieux sains et propres, avec des espaces pour les récréations. Le texte mentionne également la direction des écoles, le choix des maîtres et la conduite des élèves, soulignant des vues utiles pour l'ensemble du royaume. L'auteur apparaît comme une personne instruite, désirant sincèrement l'amélioration de l'éducation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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120
p. 68-84
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
Début :
Le but de votre Journal, Monsieur, étant d'annoncer les productions nouvelles [...]
Mots clefs :
Physique systématique, Abrégé, Solidité de la matière, Physique expérimentale, Opinion, Système, Révolutions célestes , Éclipses, Électricité, Attraction
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
LETTRE A L'AUTEUR DU
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
La lettre critique le 'Traité abrégé de Physique à l'usage des Écoliers' de M. de Saintignon, membre de la Société Royale des Sciences et Arts de Metz. L'auteur évalue la qualité de cet ouvrage destiné aux élèves, en vérifiant s'il est précis et utile ou s'il risque de nuire aux étudiants par ses inexactitudes. L'auteur reconnaît que M. de Saintignon a principalement copié des œuvres existantes, notamment le traité de physique expérimentale de l'Abbé Nollet, mais critique les modifications apportées, jugées inexactes et peu claires. La lettre déplore l'absence de planches illustratives et note que les expériences sont mal décrites. Le traité combine la physique systématique et expérimentale, mais l'auteur trouve le système de M. de la Perière, utilisé par M. de Saintignon, difficile à comprendre et incompatible avec les principes de la mécanique. La lettre mentionne également une réfutation du système de Newton, jugée inintéressante et non pertinente. M. de Saintignon critique les théories de Newton sur le mécanisme du monde et les phénomènes célestes, affirmant que les calculs n'expliquent pas nécessairement le mécanisme exact du monde. Il attaque l'électricité et l'attraction sans proposer de solutions alternatives solides, répétant des objections déjà formulées. Le texte souligne l'incohérence de M. de Saintignon, qui commet des erreurs conceptuelles comme confondre inertie et pesanteur, et ignore les principes de la mécanique. L'ouvrage contient des explications obscures et mal démontrées sur la dureté des corps et des digressions sur des sujets comme les odeurs et la cuisine moderne. Les explications sur des concepts physiques élémentaires, comme la mesure de la quantité de mouvement et la pesanteur, sont jugées imprécises et incohérentes. L'auteur conclut que l'ouvrage nécessite de nombreuses corrections avant de pouvoir être utilisé de manière appropriée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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121
p. 181
ÉCRITURE.
Début :
LE Sr ROCHON, Maître Écrivain à Versailles, donne avis au Public que [...]
Mots clefs :
Maître Écrivain, Planches, Principes d'écriture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCRITURE.
ÉCRITURE.
LE ST ROCHON , Maître Écrivain
Verſailles , donne avis au Public que
les deux Planches de Principes d'Ecriture
qu'il vient de lui donner , ſe trouvent
chez lui & à Paris chez le ſieur de la
Bare , rue du Perche au Marais , chez
un Serrurier. Prix , 2 liv. chaque 'Piéce.
Il donne auffi avis qu'il prend des
Penſionnaires d'âge raisonnable , &
que l'on aura chez lui tous les Maîtres
que l'on defirera.
LE ST ROCHON , Maître Écrivain
Verſailles , donne avis au Public que
les deux Planches de Principes d'Ecriture
qu'il vient de lui donner , ſe trouvent
chez lui & à Paris chez le ſieur de la
Bare , rue du Perche au Marais , chez
un Serrurier. Prix , 2 liv. chaque 'Piéce.
Il donne auffi avis qu'il prend des
Penſionnaires d'âge raisonnable , &
que l'on aura chez lui tous les Maîtres
que l'on defirera.
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122
p. 207-210
LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Début :
Monsieur, Une personne de ma connoissance que je ne puis vous nommer [...]
Mots clefs :
Éducation, Livres, Paroisse, Bienfaisance, Dons, Écoliers, Titre, Prix, Récompenses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
LETTRE intéreſſante pour les bons
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
Citoyens , à M. DE LA PLACE.
MONSIEUR ,
Une perfonne de ma connoiffance que je ne puis
vous nommer , attendu qu'elle a voulu refter inconnue
à ceux même qu'elle oblige ; née dans une
Campagne éloignée des Villes , n'a eu d'autres
Maîtres pour apprendre à lire & à écrire que le
Magifter du Village. Quoiqu'elle ait affez bien profité
de tout ce que ce Maître pouvoit enfeigner ,
elle croit qu'elle auroit beaucoup mieux fait s'il y
avoit eu quelque motif d'émulation , quelques livres
, heures ou autres , donnés en prix , & auchentiquement
à ceux qui faifoient le mieux.
Cette confidération l'a portée à procurer à fes
jeunes compatriotes ce qu'elle voudroit avoir eu ,
& en conféquence elle a pris la réfolution de donner
à l'école où elle a été élevée , quatre prix par ':
an; & pour cela elle a envoyé une Caille de livres
au Curé de la Paroiffe , pour en diftribuer quatre ›
par an aux Ecoliers qui feront le mieur dans
chaque ordre , lui promettant de ne l'en pas laiffer
manquer tant qu'elle vivra , & même encore .
un nombre d'années après la mort , & elle a eu la
fatisfaction d'apprendre que ces prix font l'effet
qu'elle en attendoit.
Cet exemple , digne d'être fuivi , l'a déja été par
différentes perfonnes pieufes & très-respectables
par les qualités de leurs coeurs , il y a encore des
gens qui aiment leur patrie & leurs femblables ,
208 MERCURE DE FRANCE.
malgré l'indifférence de plufieurs : fouvent le biert
refte à faire faute d'y penfer ou d'y faire penfer les
autres. Vous vous plaiſez à publier tout ce qui peut
être utile à la fociété , & c'eſt par cette railon que
je vous envoye cette note . Il y a certainement des
ames bienfaifantes dans les Campagnes comme
dans les Villes ; -Seigneurs de Paroille , Curés ou,
habitans ailés qui imiteront ces zélés patriotes ;
plufieurs feront même fâchés de n'y avoir pas -
pensé plutôt , vu que pour très-peu de chofe on
peut produire un très-grand bien , par l'émulation
qu'on peut jetter parmi les enfans , & en
faire fortir plus de Sujets penfans & utiles.
Cette perfonne a cru que l'amour - propre des
enfans feroit bien plus piqué & l'émulation augmentée
, fi les livres mérités par leur application ,
portoient une marque diftinctive de tout autre livre,
comme ceux qu'on donne dans la plupart des
Colleges & pour cela , elle a fait faire de petits
imprimés , laiffant en blanc les noms & années à
remplir ; ils ont coûté fort peu de chofe ; on les
cole contre la couverture en dedans ; tous ces imprimés
font les mêmes , au titre près.
Ces titres font affez entendre ce qu'on demande
dés Ecoliers , pour mériter le prix : je dirai néan
moins ce qu'on exige pour le premier , por lequel
on deftine Telemaque ou l'abrégé dé l'ancien
& nouveau Teftament , ou autre plus convenable
à l'enfant , fi le Curé le juge tel ; ceux qui
ont ce bon efprit , méritent qu'on les flate davantage.
Les conditions qu'on demande pour mériter
le premier prix , peuvent accoutumer les enfans
de bonne heure à pratiquer & aimer la vertu , & les
autres bonnes qualités qu'on exige pour mériter
le prix , & ils peuvent prendre en même temps
de l'horreur ou au moins de la répugnance pour
le.vice.
1
AOUST. 1763. 209 :
On exclut de concourir pour les prix , tout en
fant qui auroit contracté la malheureuſe habitude
de mentir s'il ne s'en corrige pas.
Le premier prix intitulé de bonnes qualités , eft
deftiné pour l'enfant qui fera le plus refpectueux
peur fes pere & mere & fupérieurs , le plus vrai ,
le plus honnête , le plus doux , le plus exact à fes
devoirs; enfin pour celui qui fçaura le mieux ſe
faire aimer de tout le monde , ou qui fera paroître
les commencemens d'une plus belle âme , ou qui ..
réunira le plus de ces qualités eftimables ; on ne
donne ce prix qu'à un enfant déja un peu avancé
qui fçache lire & écrire pour avoir le tems de
mieux démêler fon caractère & fon efprit ; on ne
donne pas deux fois le prix du même titre au
même Ecolier quoiqu'en des années différentes.
Les livres que cetre perfonne a jugé a propos de
donner , font pour le premier prix.
Telemaque en un vol.
Ou l'abrégé du vieux ou nouveau Teftament.
Où l'Inftruction de la jeuneſſe de M. Gobinet.
Pour le 2 , les Confeils de la Sageffe.
Ou le Cathéchifme Hiftorique de M. Fleury.
Ou l'Inſtruction de la Jeuneſſe ci - deſſus .
Pour le troifiéme prix le Traité d'Arithmétique
de M. le Gendre ou recueil d'exemples d'écriture
ou des heures.
Enfin pour le quatrième , le Catéchiſme Hiſtori
que , le Manuel du Chrétien , ou des heures de
moindre prix , plufieurs de ces Livres en abrégé
& de moindre prix . Ainfi on peut faire du
bien à très-grand marché , & mettre un premier
& fecond prix s'il y a beaucoup d'Ecoliers.
Le Cure adjuge les prix conjointement , ou
aidé des avis du Vicaire & du Maître d'école ,
& la diftribution s'en fait dans l'Eglife un
I
210 MERCURE DE FRANCE.
Dimanche ou Fête après la Grande- Meffe větš
la fin de l'année ; on annonce en même temps
ceux de l'année prochaine , comme on avoir an
noncé ceux - la l'année d'auparavant , en exhortant
les Peres & Meres a veiller à l'affiduité de
leurs enfans , à les encourager à mériter l'hon
neur d'avoir un prix & a les rendre fenfibles à
cette diftinction.
On trouve tous les Livres ci-deſſus chez Ma
Herillant , Libraire , rue Saint Jacques.
J'ai l'honneur d'être & c.
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Résumé : LETTRE intéressante pour les bons Citoyens, à M. DE LA PLACE.
Une lettre décrit une initiative philanthropique dans une campagne éloignée. Une personne anonyme, ayant reçu une éducation modeste, souhaite encourager les élèves méritants en leur offrant des prix. Elle décide de financer quatre prix annuels pour l'école de son village. Ces prix sont destinés aux élèves les plus performants dans chaque catégorie. La donatrice assure le financement de cette initiative jusqu'à sa mort et même au-delà. Cette initiative a déjà été imitée par d'autres personnes pieuses et respectables. Les prix visent à encourager des qualités telles que le respect, l'honnêteté et la douceur. Les livres offerts incluent des œuvres comme 'Télémaque', des abréviés de la Bible et des manuels éducatifs. Les prix sont attribués en présence de la communauté lors d'une cérémonie religieuse, et les parents sont encouragés à soutenir leurs enfants dans cette démarche. Les livres peuvent être obtenus chez un libraire nommé Ma Herillant, situé rue Saint Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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123
p. 133-134
« On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...] »
Début :
On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On lui annonce de Turin un Ouvrage intitulé : Réfléxions sur la théorie [...] »
On lui annonce de Turin un Ouvrage
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
intitulé : Réflexions ſur la théorie
-& la pratique de l'Education , contre les
Principes de M. Rousseau , par le P.
134 MERCURE DE FRANCE.
G. B. Imprimé à Turin chez les frères
Reycens & Guibert , Libraires , au coin
de la rue neuve à Turin. Vol . in-8. de
douze feuilles .
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124
p. 108-113
LETTRE à M. DE LA PLACE, au sujet des Exercices du COLLEGE ROYAL sur la construction & la Manoeuvre des VAISSEAUX.
Début :
L'ÉTABLISSEMENT du Collége Royal de France, Monsieur, est un [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, au sujet des Exercices du COLLEGE ROYAL sur la construction & la Manoeuvre des VAISSEAUX.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
au sujet des Exercices du COLLEGE
ROYAL sur la construction & la
Manoeuvre des VAISSEAUX.
L'ÉTABLISSEMENT du Collége
Royal de France, Monsieur, est un
des plus beaux Etabliffemens qu'il y
ait en Europe pour l'Etude des hautes
Sciences , & de la profonde Littérature ;
il a été l'école des hommes les plus cé-
lébres dans la France , & peut-être la
fource du progrès rapide des Lettres.
Chaque année l'on voit recommencer
ces éxercices fur les objets les plus in-
téreffans , & qu'il feroit difficile de trou-
ver ailleurs , fans y faire toute l'atten-
tion qu'ils méritent. Un petit nombre
de jeunes gens plus ftudieux & plus appli-
JANVIER. 1764.
100
qués fréquentent ces Ecoles fi célébres
autrefois , où l'on accouroit en foule
des extrémités de l'Europe , dans un
temps même , où la Philofophie fcho-
laftique régnoit encore , & ofoit avoir
quelquefois la préféance fur les Sciences
éxactes ; aujourd'hui ces mêmes Ecoles
font peu fréquentées. Ce n'eft pas que
les Profeffeurs qui y enfeignent méri-
tent moins d'être fuivis ,
il fuffiroit de
les nommer pour détruire le moindre
doute. Les Anciens , Thalès , Pythagore,
Platon & plufieurs autres , entraînés par
l'Amour des Sciences , parcouroient
des Régions immenfes pour aller s'inf-
truire en Egypte fur la Géométrie &
fur l'Aftronomie ; on vit même dans
le dixiéme fiécle , le moine Gerbert ,
que fon mérite éleva dans la fuite au
Pontificat , quitter fon Couvent , & aller
chercher chez les Arabes les Sciences
qui s'y étoient refugiées. Lucas de Bur-
gos & quelques autres , durent au même.
goût pour l'étude & aux voyages qui en
furent la fuite , l'honneur de fixer en
Italie la Géométrie fugitive ; par quelle
fatalité arrive-t-il donc aujourd'hui , que
les mêmes fecours , & des fecours plus
grands encore , qui font entre nos ma-
rins foient négligés parmi nous ? Quoi-
110 MERCURE DE FRANCE.
qu'il en foit , le Collége Royal étant le
feul endroit public dans Paris , où l'on
enfeigne les Traités de Mathématique
d'une certaine force , feroit peut-être
plus fréquentée , fi l'on connoiffoit affez
ces fortes d'éxercices. C'eft à cet effet ,
que je vous prie , Monfieur , de vou-
loir bien publier cette Lettre .
Je ne rappellerai pas ici , en détail
les Cours annoncés par les 19Profeffeurs
du Collége Royal : les uns ont pour
objet l'étude des Langues fçavantes ,
les autres accoutument les Elèves à pui-
fer dans la fource même les beautés des
Anciens , & c ; mais je crois devoir nom →
mer la claffe des Mathématiques où l'on
trouve certainement tous les fecours
pour s'inftruire fur leurs parties les plus
difficiles , & citer pour exemple les le-
çons de M. de la Lande fur la conftruc-
tion & la manoeuvre des Vaiffeaux qui
commencerent l'année dernière , & doi-
vent continuer cette année.
La marine
>
cet objet effentiel des
foins de Sully , de Colbert , de Cromwel
& de tous les grands Miniftres , la ma-
rine fi néceffaire à la France , & dont on
s'occupe fi fort aujourd'hui , éxige l'at-
tention des Mathématiciens autant que
celle des Politiques ; la conftruction &
JANVIER . 1764.
III
le mouvement des Vaiffeaux font des
problêmes de la plus fine Géométrie, que
l'on traite fouvent fans fçavoir les élé-
mens d'Euclide. Auffi quelle imperfec-
tion ne trouve-t-on pas dans dans cet
art ? Que de Vaiffeaux manqués ! Que
d'Officiers qui voyent leurs Navires aller
mieux ou plus mal fans en fçavoir la
raifon !
La conftruction des Vaiffeaux renfer-
me trois branches effentielles, 1º. La ma-
nière de leur donner de la ftabilité.
2º. De leur procurer la viteffe. 3°. De
les rendre fenfibles au Gouvernail. La
premiere , renferme la théorie de l'ar-
rimage ; celle du premier roulis , celle
du tangage , & la propriété de bien
orter la voile . La deuxiéme renferme
porter
la théorie de leur figure , de la gran-
deur des voiles & de leurs difpofitions.
La troifiéme comprend la figure & la
grandeur du Gouvernail ; la figure de la
Poupe , la proportion de la longueur
& la largeur du Vaiffeau : toutes ces
propriétés influent les unes fur les au-
tres , rentrent les unes dans les
autres.
Cette théorie plus compliquée que je
ne fçaurois le dire , eft cependant ab-
folument néceffaire à ceux qui par état
ont la conduite de la conftruction ou
-
112 MERCURE DE FRANCE.
de la mañœuvre des Vaiffeaux , & cette
théorie ne s'acquiert pas partout.
Paris eft la fource des lumières , le
centre d'où partent les rayons qui éclai-
rent les Provinces , & le lieu où les Ma-
rins viennent fe former ; du moins , ils
trouvent la multitude des fecours né.
ceffaires à cet art qui fixe l'attention
du Miniftre. C'est donc dans Paris où
l'on doit trouver des éxercices fur l'ar-
chitecture navale & où ils feront les
plus utiles. Nous avons à la vérité de
bons livres fur cette matière , de MM.
Euler , Bouguer , Bernoulli , fans comp-
ter ce qui eft répandu dans les Mé-
moires des différentes Académies , &
dans les Ouvrages de plufieurs grands
Géomêtres qu'il feroit long de nommer.
Mais il eft bien difficile fans maître de
faire un choix dans ces Auteurs , d'en
fentir les fineſſes
d'en faifir l'efprit
d'en apprécier le mérite , d'en appliquer
les réſultats , d'en bien pofféder les mé-
thodes , & d'en bien apprendre l'ufage.
C'est à quoi M. de la Lande s'applique
dans les leçons qu'il donne avec autant
d'éxactitude que d'aménité. Tout Ci-
toyen a droit d'élever la voix lorsqu'il
eft queftion du bien public & de l'in-
térêt des Sciences ; j'ai cru en confé-
JANVIER. 1764.
113
quence qu'il m'étoit permis de donner
une preuve de ma reconnoiffance pour
le College Royal , & que le Profef-
feur que j'ai pris la liberté de nommer
voudroit bien pardonner au zéle du
moindre de fes Élèves la publication de
cette Lettre ; j'efpére même que ceux
qui affifteront aux leçons que je viens
d'indiquer , me fçauront quelque gré de
les avoir avertis.
J'ai l'honneur d'être & c.
R..... Ingénieur-Géographe du Roi, &
Maître de Mathématiques.
au sujet des Exercices du COLLEGE
ROYAL sur la construction & la
Manoeuvre des VAISSEAUX.
L'ÉTABLISSEMENT du Collége
Royal de France, Monsieur, est un
des plus beaux Etabliffemens qu'il y
ait en Europe pour l'Etude des hautes
Sciences , & de la profonde Littérature ;
il a été l'école des hommes les plus cé-
lébres dans la France , & peut-être la
fource du progrès rapide des Lettres.
Chaque année l'on voit recommencer
ces éxercices fur les objets les plus in-
téreffans , & qu'il feroit difficile de trou-
ver ailleurs , fans y faire toute l'atten-
tion qu'ils méritent. Un petit nombre
de jeunes gens plus ftudieux & plus appli-
JANVIER. 1764.
100
qués fréquentent ces Ecoles fi célébres
autrefois , où l'on accouroit en foule
des extrémités de l'Europe , dans un
temps même , où la Philofophie fcho-
laftique régnoit encore , & ofoit avoir
quelquefois la préféance fur les Sciences
éxactes ; aujourd'hui ces mêmes Ecoles
font peu fréquentées. Ce n'eft pas que
les Profeffeurs qui y enfeignent méri-
tent moins d'être fuivis ,
il fuffiroit de
les nommer pour détruire le moindre
doute. Les Anciens , Thalès , Pythagore,
Platon & plufieurs autres , entraînés par
l'Amour des Sciences , parcouroient
des Régions immenfes pour aller s'inf-
truire en Egypte fur la Géométrie &
fur l'Aftronomie ; on vit même dans
le dixiéme fiécle , le moine Gerbert ,
que fon mérite éleva dans la fuite au
Pontificat , quitter fon Couvent , & aller
chercher chez les Arabes les Sciences
qui s'y étoient refugiées. Lucas de Bur-
gos & quelques autres , durent au même.
goût pour l'étude & aux voyages qui en
furent la fuite , l'honneur de fixer en
Italie la Géométrie fugitive ; par quelle
fatalité arrive-t-il donc aujourd'hui , que
les mêmes fecours , & des fecours plus
grands encore , qui font entre nos ma-
rins foient négligés parmi nous ? Quoi-
110 MERCURE DE FRANCE.
qu'il en foit , le Collége Royal étant le
feul endroit public dans Paris , où l'on
enfeigne les Traités de Mathématique
d'une certaine force , feroit peut-être
plus fréquentée , fi l'on connoiffoit affez
ces fortes d'éxercices. C'eft à cet effet ,
que je vous prie , Monfieur , de vou-
loir bien publier cette Lettre .
Je ne rappellerai pas ici , en détail
les Cours annoncés par les 19Profeffeurs
du Collége Royal : les uns ont pour
objet l'étude des Langues fçavantes ,
les autres accoutument les Elèves à pui-
fer dans la fource même les beautés des
Anciens , & c ; mais je crois devoir nom →
mer la claffe des Mathématiques où l'on
trouve certainement tous les fecours
pour s'inftruire fur leurs parties les plus
difficiles , & citer pour exemple les le-
çons de M. de la Lande fur la conftruc-
tion & la manoeuvre des Vaiffeaux qui
commencerent l'année dernière , & doi-
vent continuer cette année.
La marine
>
cet objet effentiel des
foins de Sully , de Colbert , de Cromwel
& de tous les grands Miniftres , la ma-
rine fi néceffaire à la France , & dont on
s'occupe fi fort aujourd'hui , éxige l'at-
tention des Mathématiciens autant que
celle des Politiques ; la conftruction &
JANVIER . 1764.
III
le mouvement des Vaiffeaux font des
problêmes de la plus fine Géométrie, que
l'on traite fouvent fans fçavoir les élé-
mens d'Euclide. Auffi quelle imperfec-
tion ne trouve-t-on pas dans dans cet
art ? Que de Vaiffeaux manqués ! Que
d'Officiers qui voyent leurs Navires aller
mieux ou plus mal fans en fçavoir la
raifon !
La conftruction des Vaiffeaux renfer-
me trois branches effentielles, 1º. La ma-
nière de leur donner de la ftabilité.
2º. De leur procurer la viteffe. 3°. De
les rendre fenfibles au Gouvernail. La
premiere , renferme la théorie de l'ar-
rimage ; celle du premier roulis , celle
du tangage , & la propriété de bien
orter la voile . La deuxiéme renferme
porter
la théorie de leur figure , de la gran-
deur des voiles & de leurs difpofitions.
La troifiéme comprend la figure & la
grandeur du Gouvernail ; la figure de la
Poupe , la proportion de la longueur
& la largeur du Vaiffeau : toutes ces
propriétés influent les unes fur les au-
tres , rentrent les unes dans les
autres.
Cette théorie plus compliquée que je
ne fçaurois le dire , eft cependant ab-
folument néceffaire à ceux qui par état
ont la conduite de la conftruction ou
-
112 MERCURE DE FRANCE.
de la mañœuvre des Vaiffeaux , & cette
théorie ne s'acquiert pas partout.
Paris eft la fource des lumières , le
centre d'où partent les rayons qui éclai-
rent les Provinces , & le lieu où les Ma-
rins viennent fe former ; du moins , ils
trouvent la multitude des fecours né.
ceffaires à cet art qui fixe l'attention
du Miniftre. C'est donc dans Paris où
l'on doit trouver des éxercices fur l'ar-
chitecture navale & où ils feront les
plus utiles. Nous avons à la vérité de
bons livres fur cette matière , de MM.
Euler , Bouguer , Bernoulli , fans comp-
ter ce qui eft répandu dans les Mé-
moires des différentes Académies , &
dans les Ouvrages de plufieurs grands
Géomêtres qu'il feroit long de nommer.
Mais il eft bien difficile fans maître de
faire un choix dans ces Auteurs , d'en
fentir les fineſſes
d'en faifir l'efprit
d'en apprécier le mérite , d'en appliquer
les réſultats , d'en bien pofféder les mé-
thodes , & d'en bien apprendre l'ufage.
C'est à quoi M. de la Lande s'applique
dans les leçons qu'il donne avec autant
d'éxactitude que d'aménité. Tout Ci-
toyen a droit d'élever la voix lorsqu'il
eft queftion du bien public & de l'in-
térêt des Sciences ; j'ai cru en confé-
JANVIER. 1764.
113
quence qu'il m'étoit permis de donner
une preuve de ma reconnoiffance pour
le College Royal , & que le Profef-
feur que j'ai pris la liberté de nommer
voudroit bien pardonner au zéle du
moindre de fes Élèves la publication de
cette Lettre ; j'efpére même que ceux
qui affifteront aux leçons que je viens
d'indiquer , me fçauront quelque gré de
les avoir avertis.
J'ai l'honneur d'être & c.
R..... Ingénieur-Géographe du Roi, &
Maître de Mathématiques.
Fermer
125
p. 139-148
« INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
Début :
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...]
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texteReconnaissance textuelle : « INTRODUCTION à la lecture des Auteurs Allemands, pour l'usage de l'Ecole [...] »
INTRODUCTION à la lecture des Auteurs
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
Allemands, pour l'usage de l'Ecole
Royale Militaire ; ſervant de ſuite
aux nouveaux principes de la Langue
Allemande , publiés parM. Junker,Doc-
teur en Philofophie , Profeſſeur de la
Langue Allemande à l'Ecole Royale
Militaire , Membre ordinaire de l'Aca-
démie Royale Allemande de Gottingue.
AParis, chez Mufier, Fils , Libraire ,
quai des Auguſtins , au coin de la rue
pavée, à S. Etienne. Avec approbation
& privilège du Roi; 1763. Vol. in-12.
Avec le ſecours de ce Livre , on ap-
prendra aisément & en peu de temps,
la Langue Allemande: On y léve toutes
les difficultés qui arrêtent les commen-
cans; & avec la ſeule connoiſſance de
140 MERCURE DE FRANCE.
ladéclinaiſon &dela conjugaison , cet
Ouvrage menera fort loin ceux qui le
prendrontpourguide. L'Auteur a choiſi
pourtexte les Fables & Contes deGel-
lert, Auteur très-eſtimable par l'élé-
gance & la pureté de ſon ſtyle , ainfi
que par les grâces de ſon eſprit. Il a mis
au bas de chaque page des notes qui
facilitent le ſens littéral du Texte.
LES Révolutions de l'Univers repré-
ſentées en 30 Cartes géographiques
chacune de deux feuilles , avec des re-
marques & des obſervations fur chacu-
ned'elles : Ouvrage deſtiné à facilter la
lecture & l'étude de l'Histoire Générale.
Paris, 1763. in-fol. forme d'Atlas.
:
Cet Ouvrage fe débite chez le fieur
JulienGéographe , Cour de l'Hôtel de
Soubife. Il ſe vend 60 liv. en blanc ,
c'eſt àdire enluminé & non relié.
L'Auteur a faittirer un petit nombre
desRemarquesdans la forme in-12. On
en trouverades éxemplaires chez Cave-
lier, Libraire , rue Saint Jacques , au
Lys d'Or , chacun ſevend 36ſols bro-
ché.
Le fieur Monier , relieur , rue Saint
Jean de Beauvais , proche le paſſage
de Saint Jean de Latran , aſſemble &
FEVRIER. 1764.
141
relie ces Cartes d'une manière com-
mode& propre.
LES JEUX D'ENFANS , Poëme tiré
du Hollandois ; par M. Feutry , avec
cetteEpigraphe : Non meræ nuga ; à
la Haye ,& ſe trouve à Paris , chez
Durand , neveu , Libraire , rue S. Jac-:
ques, à la Sageſſe; 1764; très-petitebro-
chure in-16.
M. Feutry n'a pris que le titre& l'i-
dée générale d'une piéce qui ſe trouve
dans un Recueilde Poëſies Hollandoiſes
du célébre Carız. Quelques mots de ce
Poëme en feront connoître le ſujet.
»Attiré par le charme d'un beau jour ,
>une foule d'enfans aimables s'échap-
» pent de la triſte enceinte d'une Ville,
»& vient ſe répandre au loin ſurle ga-
>>zon fleuri. Là,ſemblables à de tendres
» agneaux , ces enfans bondiffent ; ils
>>ſe diſperſent par petites bandes que
>> forment naturellement leurs inclina-
>>>tions & leurs goûts ; & ils commen-
> cent bientôt leurs jeux différens. Ce
font ces jeux , tels que le Colin-mail-
lard, le Balon , le Cerf-volant , &c. &c.
que décrit M. Feutry. Chaque jeu eſt
accompagné d'une moralité qui rend
ceLivretauffi utile qu'agréable.
142 MERCURE DE FRANCE.
DICTIONNAIRE médicinal portatif,
contenant une méthode ſure pour con-
noître & guérir les maladies critiques &
chroniques , par des remédes ſimples &
proportionnés à la connoiſſance de tout
le monde ; & pluſieurs remédes parti-
culiers: on y a joint un Dictionnaire
abrégé des plantes uſuelles. Par M. ***
Docteur en Médecine ; à Paris , chez
d'Houry , Imprimeur-Libraire de Mgr
le Duc d'Orléans , rue de la vieille Bou-
clerie ; 1763 ; avec approbation & pri-
vilége du Roi. Vol. in-12 de 600 pages.
Prix , 3 liv. relié.
Le titre de ce Livre en fait ſuffifa-
ment connoître l'objet & l'utilité , &
nous difpenfe d'entrer dans d'autres dé .
tails.
HISTOIRE de Dannemarck , par M.
Mallet ; à Genève , & ſe trouve à Paris
chez Robustel& Charpentier , Libraires,
quai des Auguſtins , 6 vol. in- 12.
Avant que nous entreprenions de
rendre un compte plus détaillé de cet
Ouvrage curieux , nous indiquerons ce
que contient chaque volume. Le pre-
mier est une introduction à l'Hiſtoire
du Dannemarck , où l'on traite de la re-
ligion , des loix , des mœurs &des ufa-
FEVRIER. 1764.
143
ges des anciens Danois. Cette partie
avoit déja été imprimée , & nous en
avions parlé dans quelques-uns de nos
Mercures. Il en eſt de même du ſecond
volume , qui contientles monumens de
laMythologie & de la Poëfie des anciens
Peuples du Nord. Le troiſième tome
commence à l'établiſſement de la Mo-
narchie Danoiſe , juſqu'à la mort de
Valdmar le Victorieux en 1241. Le
quatrième eſt depuis la mort de Vald-
mar, juſqu'à l'avénement de la Maiſon
d'Oldenbourg au Trône , en 1448. Le
cinquième , depuis cet avènement , juf-
qu'à la dépoſition de Chrétien II. Le
fixiéme s'étend depuis cette dépofition ,
juſqu'à la Paix de Stetin.
MÉMOIRES hiſtoriques , critiques , &
Anecdotes des Reines & Régentes de
France , avec ces Epigraphes : Copia
judiciumfæpe morata meum eft. Ovid.....
Nec in cunctis fervat fortuna tenorem.
Manil..... Utile quidfit , profpiciunt. Ju-
ven. Sat. 6 ; à Amſterdam , chez Néaul-
me , Libraire , & ſe trouvent, à Paris,
chez les mêmes Libraires que l'Ouvrage
précédent ; 1764 ; 7. vol. in-12.
Nous nous contenterons aujourd'hui
de cette fimple annonce ; l'Ouvrage eſt
144 MERCURE DE FRANCE.
de nature à fournir plus d'un Extrait :
nous pourrons donc y revenir pluſieurs
fois.
APPEL des Étrangers dansnos Co-
lonies; à Paris, chez Deſſainjunior,
Libraire , quai des Auguſtins ; 1763 ,
brochure in-12.
L'Auteur , qui ne ſe nomme point ,
nous apprend qu'il a déja donné au Pu-
blicun TraitéfurlerappeldesProteftans
en France ; & un autre Ouvrage relati-
vementà la Police ſur les Mendians , les
Vagabonds , les Filles proſtituées ,& les
gens fans aveu. L'objet qu'il ſe propoſe
eſt de rendre notre population plus
nombreuſe & plus robuſte , en chaf-
fant l'oiſiveté & le libertinage. Son
but aujourd'hui eſt de prouverla nécef-
fité où nous ſommesd'appeller dansnos
Colonies , & même parmi nous , dans
nos Provinces , autant de Peuplades
étrangèresque nous pourrons eny atti
rer de l'un & de l'autre ſéxe ; & de les
y inviter même par des établiſſemens
avantageux.
MÉMOIRES ſur les Manufactures de
Draps & autres étoffes de Laine ; à Pa-
ris , chez Saugrain le jeune , rue du
Hurepoix ,
FEVRIER. 1764.
145
Hurepoix, a la Fleur de Lys d'or, 1764 ,
brochure in-12.
CeLivreeftdiviſéendeuxparties.Dans
la première , l'Auteur parle des Laines
d'Eſpagne , & de la manière de les met-
treen œuvre: Dans la ſeconde, de celles
de France , & de la façon de les em-
ployer. Il commence par les plus petites
opérations de la Fabrique des Draps.
Il
prend les Laines immédiatement après
qu'elles fontcoupées; il continuejuſqu'à
la parfaite réduction de ces laines en
étoffes. Il joint des remarques fur cha-
que opération , ſoit pour les perfection-
ner , ſoit pour en corriger les défauts, &
il faitdes deſcriptions ſuccinctes des ma-
chines & inftrumens néceſſaires.
LES Intrigues hiſtoriques & galantes
du Serrail ,ſous le Règne del'Empereur
Selim; à la Haye , & se trouvent à
Paris, chez Duchefne , rue S. Jacques',
au Temple du Goût , 1764 , brochure
in-12 , en deux parties.
Cet agréable Roman eſt écrit avec
eſprit, & préſente des détails de mœurs
Turques & Françoiſes , qui ont beau-
coup de rapport avec ce qu'on trouve
dans le Conte de Soliman II.
G
1
146 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLE Traduction de divers
morceaux choiſis des Œuvres de Plutar
que ; par M. l'Abbé Lambert ; à Paris,
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoiſe ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; 1764 , I vol, in- 12,
Les divers morceaux de Plutarque ,
traduits par M. l'Abbé Lambert , font un
Traité ſur l'Ame des Bêtes , l'Examen du
Syſtème d'Epicure , les Faits mémora-
bles des Dames illuſtres de l'ancienne
Gréce,les moyens de réprimer la colère ,
le Traité de l'Avarice, & un autreTraité
fur le Contentement de l'Eſprit.
L'OPTIQUE , ou le Chinois à Mem-
phis , Eſſais traduits de l'Egyptien ; à
Londres , chez Michel Rey , Libraire ;
1763 , deux parties in 12 , dont nous
ne tarderons pas de donner un Extrait.
On en trouve des Exemplaires à Paris ,
chez Nyon , quai des Auguſtins , &
chez Knapen , au Palais.
TRAITÉ de Paix entre Descartes &
Newton; précédé des Vies littéraires de
ces deux Chefs de la Phyſique moderne ;
par le P. Aimé-Henri Pauliam , Profef-
ſeurde Phyſique au Colleged'Avignon,
de la Compagnie de Jeſus ; àAvignon ,
FEVRIER. 1764.
147
chez Girard , Imprimeur-Libraire , à la
Place S. Didier ; 1763 ; avec permiffion
des Supérieurs : trois volumes in-12.
Nous parlerons plus amplementde cet
Ouvrage.
L'ÉLEVE de la Nature; avec cette
Epigraphe : Meare de cælo ad terram , de
terra adfidera mundi. Lucrece , liv. 1 , à
Amsterdam , & ſe trouve à Par is chez
Panckoucke , rue & à côté de la Comé-
die Françoiſe; 1764; 2parties , formant
un vol. in- 12.
L'Auteur ſe propoſe dans la première
partie de cette eſpèce de Roman , de
former un honnête homme , heureux
par lui-même ; & dans la ſeconde , de
rendre cet honnête homme encore plus
heureux , en en faiſant un bon citoyen.
HISTOIRE de la Réunion de la Bre-
tagne à la France, où l'on trouve des
Anecdotes fur la Princeſſe Anne, fille de
François II, dernier Duc de Bretagne ,
femme des Rois Charles VIII & Louis
XII; par l'Abbé Irail: avec cette Epi-
graphe : Connubiojungamftabili , pro-
priamque dicabo. Vig. Eneid. Lib. 1. à
Paris , chez P. E. Germ. Durandneveu,
ue S. Jacques , àla Sageſſe; 1764; avec
(
Gij
1
148 MERCURE DE FRANCE.
approbation & permiffion , 2vol. in-12.
prix des deux volumes reliés en un, 21,
10 f. Nous enpromettons unExtrait.
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126
p. 104-114
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
Début :
NOUS n'avions encore aucun Cours complet de Belles-Lettres ; aucun qui [...]
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texteReconnaissance textuelle : ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils,
Libraire, quai des Augustins, entre les
rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, &
chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq.
au-dessus de la rue des Mathurins, au
Chef S. Jean ; avec approbation &
privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien
exécutés quant à la partie typographique :
beau papier, beaux caractères.
Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume,
& 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux
volumes brochés, & 6 liv. reliés.
NOUS n'avions encore aucun Cours
complet de Belles-Lettres ; aucun qui
renfermât des Régles pour compoſer des
MARS. 1764.
105
Ouvrages dans tous les genres de Lit-
térature. Nous n'en avions point dont
les Auteurs , joignant la pratique à la
théorie ,euffent fournià la fois lesmo-
dèles & les préceptes. Enfin , ceux qui
nous ont donné juſqu'ici des Règles
& des Principes , n'ont pas toujours été
de ces hommes de génie , dont les lu-
mières ont éclairé leur fiécle & honoré
leur Nation. Un Livre qui raſſembleroit
tous ces avantages ; un Recueil qui con-
tiendroit autant de Traités particuliers ,
qu'il y a de différensOuvrages dans tou-
tes les langues ; qui ſeroit compofé par
les Ecrivains les plus diſtingués , &dont
les préceptes auroient été confirmés par
des chefs -d'œuvre de l'art , ſeroit ſans
contredit la collection la plus utile pour
les gens du monde , & la plus néceſſaire
aux gens de Lettres. Les uns y puiſe-
roient des règles fûres pour juger avec
Intelligence de toutes fortes d'Ouvrages ;
les autres pour les compoſer avec goût :
& c'eſt ce que nous croyons que l'on
trouvera dans cette nouvelle ECOLE DE
LITTÉRATURE , comme nous allons le
faire voir.
3 Nous avons dit d'abord qu'elle con-
tient des préceptes pourtous les genres ;
une liste des articles renfermés dans ces
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
deux volumes , indiquera au premier
coup d'œil,la multitude des objets qui
entrent dans cette collection. La pre-
mière partie , qui comprend l'artd'écrire
en général , traire de lafignification , du
choix & de l'arrangement des mots ; des
desſynonimes , des tropes , desfigures ,
de l'éloquence , duſtyle & du goût. La
feconde partie traite des règles particu
lières de chaque genre de Littérature en
profe & en vers; tels que les Lettres , le
Dialogue , la Critique , les Journaux ,
les Romans , l'Histoire , le Discours ora-
toire , les Sermons , le Panegyrique ,
V'Oraiſonfunebre , l'Eloquence du Bar-
rean , l'Art de traduire ; la Poësie engé-
néral ,la Versification , l'Epopée, la Tra-
gédie,la Comédie, le Comique larmoyant,
le Comique bourgeois , 'Opéra , 'Opéra-
Comique , la Parodie , la Farce , la Pa-
rade , l'Eglogue , la Fable , l'ode , la
Chanfon , la Cantate , l'Elégie , la Sa-
tyre , l'Epitre , le Poëme didactique ,
Epithalame , les Stances , l'Enigme , le
Logogryphe , l'Epigramme , la Devise ,
les autres petits Poëmes , juſqu'à l'Inf-
cription & l'Impromptu. Voilà donc
2
comme nous l'avons dit , des Traités fur
tous lesgenres. Ces Traités ont été four-
nis pardes Auteurs célébres , qui ontfou
1
MAR S. 1764.
107
joindre à la ſcience des règles ,le méri-
te , plus difficile & plus rare , d'en four-
nir des éxemples. Tels font , par éxem-
ple , M. de Voltaire pour le Poëme épi-
que , Corneille pour la Tragédie , Fon-
tenelle pour l'Eglogue , la Mothe pour
l'Ode & pour la Fable , Boileau pour la
Satyre,M.Favart pour l'OpéraComique,
Fuzelier pour la Parodie , Rémond de
Cinqmars pour le Dialogue, l'Abbé Des-
fontainespourla Critique , &c. &c.Enun
mot,nous ne trouvons,à chaque article,
que des noms diftinguéstels queFenelon,
Bouhours , Godeau , Fraguier, d'Olivet ,
BrumoyduMarſais,Nivernois, d'Allem-
bert , Diderot , Marmontel , &c. &c. &c.
Ce ne fontdonc point les idées d'un ſeul
homme,que l'on offre au Public dans ce
nouveau Cours de Belles - Lettres ; c'eft
une Ecole complette de Littérature ,
compoſée par tout ce que nous avons
eu de meilleurs Ecrivains ; c'eft, pour
ainſi dire , l'efprit de tous nos grands
hommes réunis , pour former d'autres
grands hommes dans tous les genres où
ils ont excellé. Nous pourrions citer
beaucoup de morceaux , pris de chacun
desArt. qui compoſentcette Collection
précieuſe & eftimable. Nous nous con--
tenterons , pour aujourd'hui , de rappør-
E vj
4
108 MERCURE DE FRANCE.
ter les Règles du Goût , par M. Poncet
dela Riviere , ancien Evêque de Troyes.
» Qu'est-ce que le goût ? Une qua-
>> lité qu'un génie médiocre regarde
>> comme la fienne , qu'un eſprit criti-
» que croit n'être celle de perſonne ,
>> dont tout le monde parle , que peu
» d'hommes connoiffent , & qui à force
>> d'être définie , eſt devenue prèſque
>> indéfiniſſable. Ce terme ne préſente
>> à l'eſprit qu'une facilité à voir d'un
>> coup d'œil , & à faifir dans l'inſtant
>> le point de beauté propre à chaque
» Sujet que l'on traite. Mais qu'est-ce
»que beauté dans les Ouvrages ? Force
» & vivacité du génie , liaiſon exacte
» de toutes les parties , rapport immé-
>> diat des unes avec les autres , juſteſſe
>> dans ces rapports , & même dans les
>> contraſtes , degré de nuance , ton de
>> couleurs , aſſortiment & aſſemblage
>> de tout ce qui enléve d'abord le fuf-
>> frage & fixe l'admiration. Par exem-
» ple, dans les pensées , rien de beau
>> ſans le noble & le vrai ; le faux & le
» rampant doivent en être bannis. Dans
>> les ſentimens , rien de beau ſans l'é-
» lévation & le touchant; le décent &
>> le pathétique font leur mérite. Dans
>>les expreffions , rien de beau fans le
MARS. 1764.
109
>>naturel & le gracieux ; l'obscur &
>> l'affecté ſont leurs défauts eſſentiels.
>> La hardieſſe, mais ſans écarts dans les
>>idées ; les ornemens , mais fans paru-
>> re dans le ſtyle ; la variété , mais fans
>>bigarrure dans les tours ; une richeſſe,
>> mais fobre & fans fafte ; une ſageſſé ,
>>mais égayée ſans indifcrétion ; une
» abondance , mais meſuréeſans profu-
>> fion ; une facilité qui ne ſoit point
» négligence ; une fineſſe qui ne ſoit
>> point affectation ; une méthode qui
>>>ſoit ſans contrainte ; l'art enfin , mais
» déguiſé ; qui ſemble n'avoir étudié
>> tout, que pour tout dire ſans étude ,
» & ne travailler que pour diffimuler
>>les efforts du travail. Telles font les
>> qualités avantageuſes qui nous faifif-
>> fent d'abord dans les Ouvrages d'ef-
» prit.
>> Le goût conſidéré dans le cœur ne
» ſe définit pas , parce qu'il eſt ſenti-
>> ment ; il ne s'acquiert pas ,parce qu'il
>>eſt qualité : la Nature le donne. Re-
• >> gardé comme faculté d'eſprit & prom-
>> ptitude à bien juger , il ſe forme par
>> la lecture ; il s'épure par les comparai-
>>fons; les réfléxions l'affurent; les exem-
>> ples l'étendent , & l'imitation l'affer-
mit. Sentiment du vrai , droiture de
NO MERCURE DE FRANCE.
>> raiſon , ce ſont ſes principes : juſteffe
>>de penſées , netteté d'expreffions , ce
>>font ſes régles; foupleſſe d'un eſprit
»qui ſçait obéir à la loi des bienféan-
>>ces ; ſageſſe de détail qui ſçait adop-
>> ter le néceffaire & retrancher le fu-
>> perflu ; économie des régles qui pré-
>> fident à l'Ordonnance , ce ſont ſes
>>qualités : tableaux naturels , images
>> animées , peintures juſtes , ſaillies me-
>>>ſurées ; à leur ſuite, ſaiſiſſementd'ad-
>>miration , fuffrages auffitôt obtenus
>> que demandés , eſprits à peine atta-
>>qués que fubjugués; ce ſontſes effets.
>>Pour prouver la néceffitédu goût ,
>>j'oſe avancer que fans lui legénie le
>>plus fublime eſt ſouvent plus dange-
>> reux pour les Arts , qu'il ne leur eft
>>>utile. Naturellement hardi , il s'éléve
>> au-deſſus du vrai comme au-deffus du
» commun. Sa paffion eſt le nouveau.
>>Toujours avide de distinctions , il
>> prend fon vol ; ce qui eſt naturelaux
>>autres , eft étranger pour lui ; une ré-
>>gion fupérieure d'où il puiſſe domi-
>>ner , voilà fon centre. L'imagination ,
>>guide inſenſé lorſqu'elle n'eſt pas
>> guidée elle-même, lui prête ſes aîles ;
» nouvel Icare , il va dans la région du
feu ,& tandis qu'il ſe livre àun nou-
MARS. 1764.
IFF
»vel éffor dans des plages inconnues ,
>>>les nues qu'il a percées ſe rejoignent;
>>leur ombre le dérobe aux regards des
>> Mortels ; & il ne leur eſt rendu que
>> par fa chûte. L'eſprit qui ne peut at-
>>teindre à la hauteur du génie, le laiſſe
» s'élever , ſe contente de marcher; mais
>ſa marche irrégulière ne le conduit
>> point à fon but; un goût frivole
» s'empare de lui ; il tourne ſans ceſſe
>>dans le tourbillon de la mode ; c'eſt
>> un papillon qui cherche une lueur
> favorable pour faire briller les cou-
>>> leurs dont ſes aîles font nuancées. Là
>ſe borne ſon ambition. Il plaît aux
>>>Lecteurs légers comme le papillon
>> aux enfans. Son éclat dure autant que
>>>la lueur autour de laquelle il voltige ;
» l'aîle ſe déſſéche , ſe brûle enfuite ,&
➤ l'inſecte rampe.
>> Ce portrait n'eſt que trop véritable
>> même dans la Littérature ; & l'image
» n'eſt que d'après des modéles. En efe
» fet , parcourez les Ouvrages divers
>>dont le déluge inonde aujourd'hui
>>plus que jamais la République des
>> Lettres : untitre fingulier ,des avan-
tures imaginées , un ſtyle marqueté ,
>>>une Sentence hardie , un tour de
>> penſées biſarres , un aſſemblage d'ex
112 MERCURE DE FRANCE.
>>preffions colorées , un jargon obfcur
» & précieux; diſons tout,une barbarie
>>de langage ornée & parée de faux
>>brillans & de clinquans où le vernis
>> eſt ſubſtitué à la peinture , la décou-
>> pure au tableau , & au ſérieux du bon
>>>ſens , le frivole de l'affectation. N'est-
>>ce pas là le fond , ou du moins le
>>> courant de la Littérature moderne:
>> Que fait le goût ? Il ſoutient le gé-
>>nie dans fon éffor, & le rappelle de
>> ſes écarts; lui marque fa route dans
>> les airs , & lui preſcrit ſes bornes ; ne
>>>l'affranchit du commerce des hom-
>>>mes , que pour l'aſſocier à celui des
>> Dieux ; lui permet de s'élever quand
>> il peut; l'oblige à marcher quand il
>>>le doit; & en lui laiſſant toute la li-
>> berté que l'imagination defire, le re-
>>tient dans les limites que la raiſon a
>>marquées. Il ouvre toutes les routes
>> du labyrinthedans lequel l'eſprit fri-
>> vole s'égare ; lui laiſſe la fineſſe du
>> langage, mais en bannit l'obſcurité;
>> retranche la parure qui eſt étrangère ,
>>pour ne laiſſer que l'ornement qui
» eſt propre ; admet les grâces , mais
> veutque lesvertus les reconnoiffent ,
>>que les Muſes les conduiſent , & ne
>>ſouffre pas qu'un amour aveugle les
MARS. 1764.
•
113
» égare ; à l'étincelle enfin qui ne ré-
>> pand qu'une lueur afſez ſemblable à
>>la nuit , legoût ſubſtitue le flambeau
>> qui produit la lumière , & enfante ou
>> remplace le jour.
>>C'eſt par lui , c'eſt par ce goût fa-
>> ge & hardi , que furent inſpirés ces
>>génies puiſſans qui dans un fiécle af-
>> fez peu éloigné du nôtre , rallume-
>> rent dans le Temple des Arts , ce feu
>>ſacré que la moleſſe avoit laiſſé étein-
>> dre , diſſipérent les ténébres dont l'i-
>> gnorance avoit couvert le Parnaffe ,
>> rappellérent l'Antiquité plus défigurée
>> encore par le pinceau de la nouveau-
>>té, que par ſes propres rides , ouvrí-
>> rent à des Lecteurs curieux d'appren-
>>dre , les tréfors littéraires que les ſfié-
>>>cles nous ont conſervés , comme l'hé-
>> ritage des eſprits , & nous montérent
>>enfin à ce degré d'intelligence qui a
>>fixé les Lettres parmi nous. Juſques-
>>>là les Muſes errantes avoient en vain
>> cherché un aſyle
Elles
avoient
>> franchi quelques montagnes , par-
>>couru quelques Provinces
,
éclairé
>>quelques Nations : le hafard ou la
>> curiofité leur ménagérentde temps en
>> temps des protecteurs afſez zélés pour
» les défendre ; mais il étoit réſervé au
114 MERCURE DE FRANCE:
>>goût de leur fufciter des Connoif-
>> feurs intelligens , capables de les ac-
>> créditer en les cultivant , de profiter
>>>de leurs richeſſes , & de leur en don-
»nerr, de ſe pénétrer de leurs précep-
» tes , & de les tranſmettre aux autres.
>> C'eſt de ces Reſtaurateurs des Scien-
>> ces , que nous avons reçu le goût ſage
» & heureux qui les maintient encore
>>malgré la conſpiration des préjugés.
>> Puiffions-nous ſentir toujours le prix
>>d'un tel avantage , & nous conferver
>>la poffeffion glorieuſe où nous fom-
>>mes depuis fi longtemps , de ſervir
>> dans ce genre , comme dans prèf-
>> que tous les autres , de modéles aux..
>> autres Peuples.
Nous finirons l'Extrait de l'Ecole de
Littérature dans le prochain Mercure.
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126
ECOLE de Littérature, tirée des meilleurs Ecrivains ; à Paris, chez Babuty fils, Libraire, quai des Augustins, entre les rues Gît-le-coeur & Pavée, à l'Etoile, & chez Brocas & Humblot, rue S. Jacq. au-dessus de la rue des Mathurins, au Chef S. Jean ; avec approbation & privilége du Roi, deux vol. in-12 très-bien exécutés quant à la partie typographique : beau papier, beaux caractères. Prix, 2 liv. 10 s. chaque volume, & 3 liv. relié ; ou 5 liv. les deux volumes brochés, & 6 liv. reliés.
127
p. 131
« LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
Début :
LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Lettres, Philosophe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
LETTRES à M. Rousseau , pour fervir
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
de réponſe à fon Emile , & à ſes autres
ouvrages ; in- 8°. chez Panckoucke
, rue & à côté de la Comédie
Françoiſe ; au Bureau du Mercure , au
Palais Royal & chez l'Auteur. Le
prix des deux premières Lettres eſt de
3 liv. 6 fols brochées.
,
L'Ouvrage deſtiné à combattre M.
Rousseau , fuivant le Plan qui en a été
trace dans la Préface , a été circonfcrit
dans quinze Lettres , dont chacune formera
un volume d'environ quinze feuilles.
La réfutation des Ecrits de ce Philoſophe
a été regardée par pluſieurs Prélats
comme d'autant plus néceſſaire ,
qu'à la faveur du ſtyle le plus féduisant ,
il a frappé du même coup fur la Religion
& fur le Gouvernement. On pourra
juger par les deux premieres Lettres , du
tour que doit prendre entre les mains de
l'Auteur, une controverſe , que l'intempérance
du génie a rendue malheureuſement
trop néceſſaire dans ce ſiècle.
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Résumé : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à son Emile, & à ses autres [...] »
L'ouvrage 'Lettres à M. Rousseau' vise à réfuter les écrits de Jean-Jacques Rousseau, jugés dangereux pour la religion et le gouvernement. Composé de quinze lettres, chaque lettre forme un volume d'environ quinze feuilles. Les deux premières lettres sont disponibles au prix de 3 livres 6 sols. Plusieurs prélats ont approuvé cette réfutation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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128
p. 135-144
« PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
Début :
PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
PROSPECTUS d'une Diplomatique
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
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129
p. 221-222
SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
Début :
L'Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture [...]
Mots clefs :
Peinture, Académie, Sculpture, Anatomie, Organes, Enseignement, Curiosité
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
SupplÉm ENT aux Beaux-Ans* PEINTURE, L’Académie de S. Luc, toujours attentive au progrès des Arts de Peinture & de Sculpture , fait faire un Cours d'Anatomie relative aux connoiflances indifpenlablesà ces Ans. On y parte même à l’expofition & à la démonilration des Organes qui y ont un rapport moins direél, afin de fatisfaire les Curieux & les Sçavans que ce Cours attire. li a recommencé le a8 Janvier dernier , pour durer jufqu’à la fin de Mars, & fera continué exactement tous les ans pen-
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
• • • K ii]
ziz MERCURE DE FRANCE, dant trois mois, dans l’Amphithéâtre de l’Académie , rue du Haut-Moulin, près S.Denis delà Chartre.il commence à fept heures du fuir, apiès la levée du Modèle.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Beaux-Arts. PEINTURE.
L'Académie de Saint-Luc organise un cours d'anatomie pour les arts de la peinture et de la sculpture. Ce cours, débuté le 18 janvier, se poursuit jusqu'à fin mars et inclut des démonstrations d'organes. Les sessions se tiennent à sept heures du matin dans l'amphithéâtre de l'Académie, rue du Haut-Moulin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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130
p. 84-90
SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
Début :
PLUS nous avançons dans la lecture de cet Ouvrage estimable, plus [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Extrait de l'Ecole de Littérature.
SUITE de l'Extrait de l'Ecole
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
lières de l'Ode.
de Littérature.
PLUS nous avançons dans la lecture
de cet Ouvrage estimable, plus
nous fentons combien il eſt ſupérieur
à toutes les autres productions de ce
genre. Les cinquante Articles qui le
compoſent font , pour la plupart , au-
tantde morceaux de génie , qui exci-
tent dans l'âme du Lecteur des étincel-
les du beau feu qui les a produits. Non
ſeulement on y apprend les régles de
la Poëfie , de l'Eloquence , de l'Hiſtoire,
&c ; mais on croit encore ſentir
naître en ſoi le defir d'être Poëte ,
Orateur, Hiſtorien , &d'en acquérit les
talens. Nous ne citerons aujourd'hui que
le morceau fur l'Ode , pour ne pas oc-
cuper trop de placedans leMercure de ce
mois , où nous avons encore un grand
(
AVRIL. 1764.
85
nombre d'autres Livres à annoncer.
» S'il y a eu peu de bonnes Odes
>> juſqu'à préſent, c'eſt que la plupartde
>> ceux qui en ont fait , connoiffent peu
>> ce genre de Poëme. Il ſuppoſe deux
>> qualités qu'on pofféde rarement fé-
» parées , & qu'on réunit plus rarement
>> encore : un grand ſens dans le plan ,
»& toute la fureur de l'enthouſiaſme
>> dans l'éxécution. Demandez à un Fai-
>> feur d'Odes quelle différence il y a
>>> entre une Ode & des Stances fur
>> un même ſujet? Je ſuis für qu'il fera
>> très-embarraſſe de ſatifaire à votre
>>queſtion. Je vais donc tâcher d'éclair-
> cir ce point de littérature.
» Un Poëte ſe propoſe décrire ſur un
>>Sujet , tel que l'inconſtance de l'A-
>> mour ou de la fortune , la perte d'un
» ami , ſon éloignement , le malheur
» de la condition des hommes ; &c.
>> Il lui vient une penſée qu'il renferme
dans un certain nombre de vers dé-
>>terminé , dont le mêlange des rimes ,
>> le repos & la meſure ſont fixés ; &
>> il a fait une Stance. Il lui vient une
>> ſeconde penſée qu'il rend de la même
>> manière ; une troiſieme , une qua-
» triéme de même ; & il a fait une
» ſeconde , une troifiéme , une qua
86 MERCURE DE FRANCE.
>> triéme Stance , & ainſi de ſuite. Il
>> compoſe autant de Stances qu'il lui
» vient d'idées , ſans que ſon Poëme
>>>aitd'autres limites , que la fécondité
» ou la ſtériilté de ſon eſprit. On peut
» ajouter à ces Stances , on en peut
retrancher , fans que le Poëme en ſoit
>> aucunement altéré
ce qui montre
>>que fesdifférentesparties ne ſontpoint
>> liées par une vue générale , qui ait
>>dirigé le Poëte tandis qu'il compofoit.
» Si après la première Strophe on lui
» eût demandé quelle étoit celle qui
>>devoit fuccéder , il n'auroit pas pû le
>> dire. C'eſt ainſi qu'il faut juger de la
>>plûpart de nos Odes , qui en portentle
» titre , & qui n'en ſont point. Qu'est-
>> ce donc qu'une Ode ? Un ouvrage
>> diftingué du Poëme en Stances par
>> la fublimité des idées ? Point du tout
➡ il y a des Stances très-fublimes , très-
» élevées. Par la chaleur & par l'enthou-
>> ſiaſme ? Ce n'eſt point encore cela : it
» y a des Stances qui font au plushaut
» degré de ces deux qualités. Par le fu-
» jet ? Nullement : on peut compoſer
» des Stances ou une Ode ſur le même
>> ſujet. Tout Poëme a ſon but , & l'Ode
>> a le ſien , mais auquel elle s'avance
>>d'une manière qui lui eſt propre.
AVRIL. 1764.
87
» C'eſt , ou un fimple & unique raiſon-
> nement , qui aſes différens membres ,
» & qu'on pourroittoujours réduire à la
>> forme du fyllogifme; ou une ſuite de
>>
raiſonnemens , enchaînés les uns aux
>> autres , & dirigés à la même confé-
>> quence. Voilà ce qui forme le plande
» l'Ode : il exiſte dans la tête du Poëte ,
>> avant qu'il prenne la plume. Voilà le
>> fil qui le conduira ſecrettement à tra-
» vers le dédale où l'enthouſiaſme le
>>précipitera. Ce fil qui doit être pré-
>>paré de fang froid , ſuppoſe beaucoup
>>de dialectique , un jugement ſain ,un
>> grand ſens , unepleine & entière con-
>>noiſſancede ſon objet. Tout ceci pré-
>>ſuppoſé , quel eſt enſuite le travail du
>> Poëte ? C'eſt de s'emparer des dif
> férens membres de fon raiſonnement ,
» de les prouver , de les rendre ſenſi-
>> bles , de les vivifier par les comparai-
>> fons , les apostrophes , les figures , les
>> images , les traits hiſtoriques , les é-
carts mêmes ,& les rentrées heureuſes
» & de génie : c'eſt de ſe porter tantôt
» ſur un lieu , tantôt ſur un autre : c'eſt
>dediſpoſerſes preuves dela manière la
>>plus rapide& la plus frappante : c'eſtde
>> quitter un moyen, de lereprendre avec
>> plus de force , de le quitter encore , &
>>de paſſer à un ſecond : c'eſtde ſe mon-
1
88 MERCURE DE FRANCE.
» trer Logicien quelquefois , plus fou-
>>ventde dérober ſa logique : c'eſtd'é-
>>taler toutle luxe,toutelamagnificence,
>> toute la pompe de fon imagination ,
>> de ſe livrer à toute la hardieſſe de l'ex-
>>preffion , d'éprouver &de faire éprou-
>> ver aux autres toute la violence du ſen-
>> timent & de la paffion ; toujours in-
>> certain dans ſa marche ,jamais égaré.
>> Comme tous les détails font attachés
» à une baſe , on ne peut rien ajouter ,
>> rien retrancher à ſon Poëme ſans le
>>mutiler. Les parties tiennent toutes
>>les unes aux autres par une chaîne
>> réfléchie & raiſonnée;& les acceffoi-
>> res ne font que des embelliſſemens
>> proportionnés par leur étendue à l'ou-
>> vrage entier. Imaginez le Poëte lyri-
» que , porté ſur Pégaſe à travers les
>>>airs : l'animal aîle & fougueux ſe
>> perd quelquefois dans la nue ; quel-
>>>quefois il plane , quelquefois il def-
>> cend ,& ſe jette à droite ou à gauche
» de ſon chemin ;
il rentre dans ſa
>> route & la fuit avec une rapidité in-
>>croyable. On lui remarque une foule
>> de mouvemens divers ; mais il a un
>> chemin tracé , interrompu , ſur lequel
>> il s'arrête , revient ou ferpente ; mais
» qu'il fuit , & qui lemène à un terme.
AVRIL. 1764.
89
Les Romains ſembloient incliner ,
>>par inconſtance , à tranſporter le fié-
>>ge de l'Empire de Rome à Troye.Ho-
>> race ſe propoſe de leur faire ſentir la
>> folie & même l'impiété de ce projet.
>> Comment s'y prend-ildans ſon ode ,
>> Firmum & tenacempropofiti virum ? II
>>débute par un éloge fublime de la
>> conſtance. C'eſt par cette vertu que
» Romulus , Fondateur de Rome , mé-
>> rita d'être admis au rangdes Dieux ,
>> malgré les obſtacles qui s'oppofoient
> à ſonApothéoſe. Il falloit vaincre la
>> haine cruelle que Junon portoit de
>> tout temps aux Troyens & à leurs
>> reſtes malheureux. Ce ne fut pas fans
>> peine qu'on y réuſſit ; mais fléchie
>>malgréelle , elle jura dans ſon reffen-
>> timent, que fi l'on achevoit de man-
>> quer à la fatisfaction qui lui étoit due ;
>> que ſi Romulus inſpiroit jamais à ſes
>> fiers deſcendans de relever les murs
»de la ville qu'elle haïſſoit , elle reffuf-
>> citeroit ſes Grecs ;qu'ils ſe raſſemble-
>> roient de rechef ; qu'ils ſe préſente-
>> roient devant la nouvelle Troye; que
>> ſes murs ſeroient renverſés , ſes Sou-
>> verains égorgés , ſes maiſons brulées ;
>>que la cendre en ſeroit arrofée du
>>>fang de ſes habitans ; que les hom-
90 MERCURE DE FRANCE.
>> mes mis à mort ſous les yeux de leurs
>> femmes & de leurs enfans leur ten-
>>> droient inutilement les bras ; & que
>>>les reſtes de ce Peuple infortuné ſe-
>>> roient conduits dans une captivité qui
» n'auroit point de fin. Ce fut ainſi
» que Junon parla ; ou plutôt ce fut
>> ainſi que le Poëte intimida ſes Con-
>>citoyens par la bouche d'une Déeffe
>>>irritée & jalouſe; & qu'il compofa
>> une Ode où tout ſe tientfi intime-
» ment , qu'on ne peut ni y ajouter ,
>> ni en retrancher une ſeule phrase.
» Malherbe l'a bien imité , & a bien
>> ſenti ce que c'étoit qu'une Ode , lorf-
>> qu'il invitoit Louis XIII à marcher
>> contre les rebelles Rochelois. Dans
» ce Poëme , le Monarque eſt Jupiter..
» Les rebelles ſont les Titans foulevés
» contre le Ciel. Le Poëte s'embarque
>> dans la guerre des Titans. Il la peint:
>>on le croit égaré , perdu; on ne ſyait
> comment il reviendra à ſon ſujet ; &
>>> tout-à-coup , par une heureuſe tran-
>> fition, on s'apperçoit qu'il ne l'a pas
» perdu de vue un inftant ,&c, &c,&c.
Après ces principes généraux , on
entre dans le détail des régles particu-
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131
p. 93-113
« ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
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ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ABRÉGÉ des Principes de Morale, & des Règles de conduite qu'un Prêtre [...] »
ABRÉGÉ des Principes de Morale, &
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
des Règles de conduite qu'un Prêtre
doit fuivre pour bien adminiſtrer le
Sacrement de Pénitence ; par unEcclé-
ſiaſtique du Diocèce de B.... ; à Poi-
tiers, chez J. Felix Faucon , Imprimeur
de Mgr l'Evêque & du Clergé , place&
vis-à-vis l'Eglife Notre-Dame la Gran-
de; & à Paris , chez Ganeau , Libraire ,
rue & près de l'Egliſe de S. Severin ; un
vol. in-12 de 380 pages , 1763 ; avec
approbation & privilége du Roi.
Il paroît que le pieux Eccléſiaſtique
qui a compoſé cet Ouvrage , a connu
par expérience les maximes qu'on doit
obſerver dans le redoutable ministère du
94 MERCURE DE FRANCE.
Sacrement de Pénitence , & qu'il eſt
parfaitement inſtruit de tout ce qui eſt
requis pour éxercer utilement cette fonc-
tion. Il a raſſemblé dans cet Ecrit les
principes de la faine Morale ; il ena tiré
les plus juſtes conféquences ; il a facilité
aux jeunes Prêtres , qui travaillent dans
le ſacré Tribunal,les moyens de les met-
tre en pratique. Il eſt aiſé de compren-
dre combien ce Livre pourra être utile
aux Confeffeurs & aux Pénitens. Ceux-
ci y verront leurs devoirs clairement
expliqués ; ceux-là auront un guide für
pour ſe conduire eux-mêmes , & pour
faire marcher leurs Pénitens dans la voie
du ſalut , après les avoir tirés de l'état du
péché , par une abſolution falutaire. Les
matières de pratique y font traitées avec
autant de ſolidité que de préciſion ; on y
a recueilli avec ordre les points les plus
importans de la Morale.
RÉFLEXIONS militaires , par M. de
Bouffanelle , Chevalier de l'Ordre Royal
&Militaire de S. Louis, Mestre de Camp
de Cavalerie , Capitaine au Régiment du
Commiſſaire-Général , Membre de l'A-
cadémie des Sciences & Beaux-Arts de
la Ville de Béſiers ; à Paris , chez Du-
chefne , Libraire , rue S. Jacques , au
AVRIL. 1764.
95
Temple du Goût , & chez Durand ne-
veu , Libraire , rue S. Jacques , à la Sa-
geffe; 1764; avec approbation & pri-
vilége du Roi; brochure in-12 de 200
pages.
Les ſujets fur leſquels roulent ces Ré-
fléxions , font la Cavalerie , l'Officier
de Cavalerie , de Dragons , de Huſſards
&de toutes les Troupes à cheval , les
nouvelles Conſtitutions de la Cavalerie ,
l'éducation militaire , la Religion des
Anciens dans leurs Armées , la peine &
la récompenfe , le luxe dans le Militaire ,
l'amour de la gloire , la fubordination ,
la gaîté & l'enthouſiaſme néceſſaires aux
Gens de Guerre , le mariage des Offi-
ciers , les habits uniformes , les châti-
mens militaires , les connoiſſances mili-
taires des Anciens , les uſages & les ar-
mes des Anciens , les anciennes Cavale-
ries de différentes Nations , le cheval ,
le courage , la fauſſe émulation ou l'en-
vie. Tous ces différens Sujets nous ont
parus traités avec intelligence , & femés
de pluſieurs traits hiſtoriques , qui ren-
dent cette lecture très-curieuſe & très-
intéreſſante.
LESÉLÉMENS primitifs des Langues,
découverts par la comparaiſondes Raci-
96 MERCURE DE FRANCE.
nes de l'Hébreu avec celles du Grec , du
Latin & du François. Ouvrage dans le-
quel on éxamine la manière dont les
Langues ontpu ſe former , &ce qu'elles
peuvent avoir de commun; par M. Ber-
gier,Docteur en Théologie , Curédans
le Diocèſe de Besançon , à Paris , chez
Brocas & Humblot , rue S. Jacques , au
Chef S. Jean ; brochure in-12 de 350
pages; avec approbation & privilége
du Roi ; 1764.
Pluſieurs Sçavans avoient déja ſoup-
çonné que les Racines des Langues an-
ciennes pourroient bien être les mêmes
que cellesdes Langues modernes; mais
perſonnen'avoit encore tenté dele véri-
fier par un parallèle éxact & ſuivi,& c'eſt
cequ'entreprend M. Bergier , dans les
huit Differtations qui forment ce Re-
cueil , & qui traitent du changement
des Lettres dans la prononciation , de la
compofition des Mots , du Verbe ſub-
ſtantif, des Verbes hébreux & de leurs
Conjugaiſons, des différentes parties du
Diſcours , de la Syntaxe , du mêlange &
dela dérivation des Langues,& de l'uſa-
ge qu'onpeut fairedes racines.CetOuvra
ge nousparoît auſſi ingénieux que ſça-
vant,&propre à répandre beaucoup de
lumière ſur la ſcience de la Grammaire,
LES
AVRIL. 1764.
97
LES LOISIRS & Amusemens de ma
Solitude , Ouvrage moral ; à Laufane ,
& ſe trouve à Paris , chez Duchesne ,
Libraire , rue S. Jacques , au Temple du
Goût ; 1764 ; brochure in- 12 .
Cette Brochure contient des Penſées
détachées ſur divers ſujets de Morale , &
cinq ou fix Contes qui nous ont paru
très-bien écrits , & très- intéreſſans. On
dit que l'Ouvrage eſt d'un Militaire , qui
l'a compoſé dans ſes momens de loiſir.
Les Penſées & les Réfléxions qu'il pré-
ſente , ne font dictées , ni par une fauſſe
Philofophie , ni par un eſprit de Miſan-
tropie & de cauſticité. Tout y reſpire
l'honneur , la ſageſſe , l'humanité & l'a-
ménité des mœurs. Les gens de goût ne
trouveront d'autre défaut dans ce recueil
que d'être trop peu volumineux.
•DISSERTATION fur les Origines de
Toulouſe ; avec cette Epigraphe : Jam
feges eft ubi Trojafuit. Ovid. Ep. Penel.
Ulyf. à Avignon , chez Jean - Louis
Chambeau , Libraire - Imprimeur ; & fe
vend à Toulouse , chez Biroffe , Libraire,
à la Bible d'or ; 1764 ; brochure in-8°.
de 70 pages.
Cet Ecrit, plein de recherches ſça-
vantes , & qui préſente des vues nou-
I. Vol.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
velles , méritoit , par ce double titre,
d'être dédié à M. l'Abbé Barthelemy
qui a fait lui-même des découvertes fi
ſcavantes dans l'Antiquité. L'Auteur ,
M. Audibert , Vicaire de Verfeil , nous
paroît avoir examiné avec la plus ſcru-
puleuſe attention , les Monumens anti-
ques qui fontaux environs de Toulouſe ,
&dans Toulouſe même ; & compa-
rant enſuite ces reſtes de l'Antiquité ,
avec ce qu'ont dit d'anciens Ecrivains
,
il en tire des conféquences fûres , qui
jettent le plus grand jour fur pluſieurs
pointsdenotre Hiſtoire.
REMARQUES fur pluſieurs branches
de Commerce & de Navigation ; nou-
velle Edition , ſans nom d'Auteur , ni de
Ville , ni d'Imprimeur ; 1764 ; brochure
in- 12 , en deux parties. *
L'Auteur nous paroît très-inſtruit des
divers objets qui font la matière de cet
Ouvrage; & nous croyons que l'intérêt
public demande que l'on fafle fur-tout
attention à l'endroit où il eſt parlé de la
fortiedes grains hors du Royaume, fans
lalibertéde laquelle il eſt impoffible , dit
l'Auteur , que l'Agriculteur ſe relèvede
l'étatd'abattement ſous lequel il languit,
* Nous venons d'apprendre quel'on en trouve
des Exemplaires ,chez M. Simon , rue S. Jacques.
AVRIL. 1764.
THEQUELEL
LYON
*
par les impôts dont il le croit cha
Les Pêcheries méritent auſſi l'attention
du Lecteur ; & l'on ne sçauroit affez
recommander l'exemption de tous les
droits de conſommation ſur l'entrée du
Poiffon dans le Royaume.
VOLTAIRE , Poëme en vers libres ,
par M. le Clerc de Mont-Merci , Avocar
au Parlement , avec cette Epigraphe :
Omnia transformatfefe in miracula re-
rum. Virg. Georg. Sans nomde Ville ni
de Libraire ; mais on en trouve des
Exemplaires partout où ſe diſtribuent
les Nouveautés. Brochure in-8°. de 76
pages ; 1764.
Un Poëme dont M. de Voltaire eft
le Sujet & le Héros , eſt un objet trop
intéreſſant pour nous en tenir à une
fimple annonce ; nous en donnerons
donc un Extrait détaillé dans le Mer-
cure prochain , l'abondance des matiè-
res ne nous permettant pas de l'inférer
dans celui-ci.
LES SAISONS & les Jours , Poëmes ;
1764. On trouve des Exemplaires de
cetteBrochure in-12, chez Bauche , Li-
braire , quai des Auguſtins.
On a réuni ſous un titre très-court ,
de très-jolies Piéces qui traitent des mê-
E ij
*
TOO MERCURE DE FRANCE.
mes matières , qui avoient couru manuf
crites , & dont quelques -unes même
avoient déja été imprimées. On connoît
depuis longtemps les quatre parties du
Jour de M. de B..... Les quatre Saiſons
du même Auteur n'étoient pas auſſi pu-
bliques. Celles de M. Bernard & les
deux points du jour de M. de S. L.
étoient diſperſés dans divers volumes ,
& n'avoientparu que défigurés pardes
lacunes ou des fautes conſidérables. On
doit donc ſçavoir gré au Libraire qui
les a réunis en un ſeul volume , en
les réimprimant très - correctement &
fur du beau papier. Nous ne dirons
rien du mérite de ces différens mor- /
ceaux de Poësie , que tout homme de
goût ne peut ſe diſpenſer d'avoir dans
fon cabinet.
DICTIONNAIRE de Titres
originaux pour les Fiefs , les Domaines
du Roi , l'Hiſtoire , la Généalogie , &
généralement tous les objets qui con-
cernentle Gouvernementde l'Etat ; ou
inventaire général du Cabinet du Che-
valier Blondeau de Charnage , ci-devant
Lieutenant d'Infanterie , demeurant à
Paris Faubourg S. Germain , rue Gué-
négaud , à la porte cochère à côté de
AVRIL. 1764.
IOT
PHotel d'Artois , à Paris , de l'impri-
merie de Michel Lambert , rue & à
côté de la Comédie Françoiſe ; 1764;
avec approbation & privilége du Roi.
Brochure in- 12 , de 200 pages.
Le Cabinet de M. Blondeau est com-
poſé de foixante-dix mille Titres , dont
environ foixante mille en originaux. Il
eſt diſtribué en 26 parties. Ce Diction-
naire commence par les Fiefs ; on don-
nera enfuite l'inventaire des Titres féo-
daux concernantles Archevêchés , Evê
chés , Abbayes , Prieurés , Chapitres ,
Cures, Communautés Religieuſes , &c.
On paffera enſuite à l'inventaire des
Titres concernant le Domaine ; & l'on
continuera celui des autres parties du
Cabinet; felon que les objets ſe pré-
fenteront. Tous les titres font rangés
par ordre alphabétique des noms des
Seigneuries pourles Fiefs,&desnoms de
Familles pour les Titres généalogiques.
TARIFS , ou comptes faits , con-
cernant les alliages & les bonifications
d'or & d'argent; par M. J. Xhrouet ;
à Paris , chez Guillyn , Libraire , Quai
des Auguſtins ; 1763 ; volume in-12.
La partie la plus délicate de l'Or-
févrerie étant les titres des matières
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
d'or & d'argent ; & leurs calculs , par
la grande juſteffe qu'ils éxigent , de-
venant extrêmement longs& difficiles ,
il n'est pas douteux qu'on ne les voie
avec plaifir réduits à une ſimple addi-
tion. C'eſt-là l'objet que l'Auteur s'eſt
propofé de remplir dans l'ouvrage que
nous annonçons. On y trouvera une
grande facilité pour mettre quelque Or
que ce puiffe être à 20 ,21 ,22 , 23 Ка-
rats ; & c. Le Livre est dédié à M. de
Gouve , Procreur Général en la Cour
des Monnoies. L'étendue de ſes lu-
mières dans cette partie , la juſteſſe de
fon difcernement , la place qu'il occu-
pe forment un préjugé favorable pour
çetOuvrage,qui ne peut être que d'une
très-grande utilité pour les Artiſtes qui
travaillent en or & en argent.
NÉCESSITÉ de penser à la mort, ou
Inftructions chrétiennes pour le temps
de la maladie ; Ouvrage non ſeulement
utile à ceux qui adminiſtrent les der-
niers Sacremens , & qui ont le ſoin
fpirituel des malades , mais encore aux
malades mêmes , & àceux qui leur don-
nentles ſecours temporels. On y a joint
l'Ordinaire de la Sainte Meſſe ,une
courte explication de l'Oraifon Domi
AVRIL. 1764.
103
nicale , une paraphraſe ſur les ſept
Pſeaumes de la Pénitence , les Prières
de l'adminiſtration du faint Viatique &
de l'Extrême- Onction, & les Prières des
Agonifans , en Latin & en François,ſe-
conde édition , revue , corrigée & aug-
mentée. A Senlis , & ſe vend à Paris
chez Desaint & Saillant , Libraires,rue
S. Jeande Beauvais ; Claude Hériſſant ,
Libraire-Imprimeur, rue Neuve Notre-
Dame , à la Croix d'Or ; & Hériſſant ,
rue S. Jacques , Imprimeur du Cabinet
duRoi 1764. AvecApprobation & Pri
vil. du Roi , Vol. in- 12 , d'environ 600
pages. Prix,21. broché & 2 1. 10 f. relié.
Ce Titre qui fait connoître ſuffifam-
ment l'objet & l'utilité de cet Ouvrage
édifiant , nous diſpenſe d'entrer dans
un plus grand détail.
INSTRUCTIONS familières en forme
d'entretiens , ſur les principaux objets
qui concernent la culture des Terres ;
Ouvrage à la fin duquel on trouvera
deux Mémoires fort intéreſſans ſur les
Bois ; par M. Thierriat , Conſeiller du
Roi , Garde-Marteau de la Maîtriſe des
Eaux & Forêts de Chaulny : avec cette
Epigraphe : Beatus ille qui procul nego-
tiis &c. Hor. A Paris, chez Mufierfils,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , quai des Auguſtins , au coin
de la rue Pavée , à S. Etienne ; 1763.
Brochure in-12. de 140 pages.
En faveur des enfans qu'on deſtine à
la culture des Terres , ce Livre est
par demandes & par réponſes. Les Maî
tres d'Ecole de Village pourront s'en
fervir pour leur apprendre à lire.
bien de l'Etat,
Ils
pourront même leur faire apprendre
par cœur les réponſes aux différentes
queſtions. Par ce moyen les enfans goû-
teront peu-à-peu-les principes de l'Au-
teur, connoîtront ce qu'ily a de mieux
dans les anciennes pratiques , & tra-
vailleront utilement pour eux & pour les
MÉMOIRES d'Azéma , contenant di-
verſes Anecdotes des régnes de Pierre-
lc- Grand , Empereur de Ruffie , & de
l'Impératrice Catherine ſon épouse , tra-
duits de Ruffe par M. Contant d'Orvil
le ; à Amſterdam , 1764 ; & fe trouvent
à Paris au Palais Royal , chez Mde la
Marche. Brochure en 2 parties in- 12.
Prix , 2 liv. 8 f.
Nous pourrons donnerun jour l'Ex-
trait de ce Roman nouveau.
LEÇONS de Phyſique Expérimentale,,
1
AVRIL. 1764 .
toutes les langues.
1ος
Tome VI. par M. l'Abbé Nollet, de l'A-
cadémie Royale des Sciences & Maître
de Phyſique & d'Hiſtoire Naturelle des
Enfans de France. Vol. in-12. de 527
pages , orné de 20 Planches en Taille-
douce bien déffinées & bien gravées.
A Paris , chez Hippolyte-LouisGuerin
& Louis-François Delatour, rue S. Jac-
ques , à S. Thomas d'Aquin ; 1764. Се
Volume contient quatre leçons , ſca-
voir la 18 , la 19,la 20 & la 21 qui eft
lå dernièrede cet Ouvrage.
La première de ces quatre leçons a
pour objet les mouvemens des.Aftres
& les phénomènes qui en réſultent ; la
2º traite des aimans tant naturels qu'ar-
tificiels; dans la 3 & dans la 4ª M. Lo
N. expoſeméthodiquement les phéno-
mènes de l'électricité , & fait voir par
un grand nombre d'exemples , qu'on
peutmaintenant rendre raiſon de toutes
ces merveilles , que bien des gens
croyent inexpliquables.
Il y a tout lieu de juger que ce volu
meaura lefort des autres qui ont été forr
accueillis du Public tant en France
que dans les païs étrangers. Ce Livre eff
८
devenu claſſique ;
il eſt traduit dans
Nous avons remarqué en parcou
Ey
31
106 MERCURE DE FRANCE .
rant le volume que nous annonçons,
que M. l'Abbé Nollet promet un Sup-
plément. En parlant de certaines quef-
tions , qu'il a été obligé d'omettre,
ou qu'il croit avoir un peu trop reſſer-
rées; mon deſſein , dit-il , eſt d'y reve-
>> nir ; ce fera dequoi former le Sup-
>> plément quej'ai promis dans ma Pré-
>>face , & que je regarde comme un en-
>> gagement que j'ai contracté , & dont
>> jedefire fort de pouvoir m'acquitter.
NOUVELLE Méthode pour aprendre
la langue Latine, par un ſyſtême ſi facile ,
qu'il eſt à la portée d'un enfant de cinq
àfix ans qui ſçait lire : & fi prompt qu'on
y fait plus de progrès en deux ou trois
années , qu'en huit ou dix , en ſuivant
la route ordinaire. Par M. Delaunai. 4
volumes in-8°. Prix , 18 liv. en feuilles,
A Paris , chez Gogué, Libraire , quai
desAuguſtins , au coin de la rue Pavée.
Et chez l'Auteur , Cloître S. Germain-
l'Auxerrois ; 1763 ; avec approbation &
pri ilége du Roi.
On délivre aux Souſcripteurs de cer
Ouvrage ces 4 volumes depuis le 15
Septembre 1761 : cependant l'Auteur
reçoit encore actuellement des plaintes
des Soufcripteurs des Provinces , qui
....
AVRIL. 1764.
107
diſent par leurs lettres qu'ils n'ont encore
que le premier Volume , quoiqu'ils ayent
payéletout , dès enſouſcrivant. Ce n'eſt
point la faute de l'Auteur , mais celle
des Commiffionnaires qui n'ont pas
retiré leurs volumes dans les temps in-
diqués. Néanmoins , comme il faut une
fin à tout , on avertit ici
les Souf-
cripteurs de faire retirer leurs volumes,
d'ici à la fin de Mars 1764
car ſans
cela ,& paffé ledit temps , leurs Souf-
criptions n'auront plus de valeur , &
ils perdrontce qu'ils auront avancé. En-
fin , pour que ces Souſcripteurs ne
puſſent point ignorerle préſent Avis ,
on l'a affiché pendant les mois de Jan-
vier , de Février & de Mars 1764 : &
on l'indiquera dans les Journaux litté-
raires.
ESSAL fur les Duchés de Lorraine&
de Bar , par M. Charles-LéopoldAn-
dreudeBeliftein , avec cette Epigraphe :
Natalefolum dulcedine cunctos
Ducit , & immemores nonfinit eſſe ſui.
Ovid.
A Amsterdam , & on en trouve des
Exemplaires à Paris chez Jorry , rue
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
& vis-à-vis de la Comédie Françoife.
Brochure , petit in-8°. de 250 pages.
Ce Livre qui n'a point été imprimé
en France , contient 15 Chapitres dans
lesquels on traite de l'état phyſique &
politique , des Finances , de l'Etat Mili-
taire , de l'Agriculture , du Luxe , des
Manufactures
Lorraine.
25
du Commerce de la
L'ESPRIT des Monarques Philoſo-
phes , Marc-Aurele , Julien , Stanislas:
& Frédéric; àAmsterdam , & fe trouve
à Paris chez Vincent , rue S. Severin ;
1764. volume in- 12. de 430 pages.
Depuis Salomon , le Philofophe ,le
Sage par excellence , dont les écrits
font partie des Livres Canoniques ,
Hiſtoire ancienne ne fournit que deux
Monarques , Marc-Auréle & Julien , qui
ayent laiffé des Ouvrages de Philoſo--
phie Morale & Politique. Après tant de
ffécles écoulés depuis le régne de ces
grands hommes , nous avons l'avanta-
ge de les voir revivre dans, Stanislas le
bienfaisant , & Frédéric le Salomon du
Nord. En reuniffant fous un même
point de vue les penſées & les leçons de
ces quatre Monarques , on voit que le
deffein de l'Auteur n'a pas été de less
AVRIL. 1764.
1091
publier toutes. Il s'eſt ſeulement affu-
jetti au titre & à l'objet de ſon Ouvra-
ge; & il n'a extrait de leurs écrits, que
les maximes qui les caractériſent plus
effentiellement comme MonarquesPhi-
lofophes. Il y a dans ce recueil des cho-
fes qui demandent à être connues plus
-ſpécialement , & qui nous fourniront
pour le Mercure prochain , un Extrait
intéreſſant & agréable..
P. VIRGILII Maronis Opera , cum
notis brevioribus , ad ufumfcholarum ;
Parifus , apud Defaint & Saillant , vid
S. Joannis Bellovacenfis , Brocas &
Humblot , viá San-Jacobæá , adinfigne
capitis S. Joannis ; 1764 ; cum privi-
legio Regis. Vol. in- 12 , minorisformæ.
Cette nouvelle édition des œuvres de
Virgile , faite en faveur des écoliers de
tous les Colléges de France , furpaffe
fans contredit , en beauté & en cor.
rection , toutes celles qui juſqu'à pré-
ſent ont été en uſage dans les claffes.
Le caractère en eſt pet,le papier très--
blanc & l'édition très-portative ; voilà
pourla partie Typographique. Les notes
en ſont courtes , claires , & ne diſent
que ce qu'il faut ſçavoir pour l'intel-
ligence du Texte, On a ſuivi d'ailleurs .
110 MERCURE DE FRANCE.
les manufcrits les plus eſtimés , les édi-
tions les plus correctes , & les Com-
mentateurs les plus célébres, pour ne
préfenter que le véritable ſens de l'Au-
teur..
LE MONDE moral , ou Mémoires
pour fervir à l'Hiſtoire du Cœur hu-
main.
On connoît cet Ouvrage qui parut
il y a quatre ans ; c'eſt un Roman en
deux parties de feu M. l'Abbé Prévot :
nous ne le rappellons , que pour dire
qu'on vient d'en donner la fuite dont
nous rendrons compte inceffamment.
LE PHILOSOPHE Négre , & le ſe-
cretdes Grecs. Ouvragetrop néceſſaire;
endeux parties in- 12; Londres , 1764 ,
& à Paris , chez Prault petit-fils , Quai
des Auguſtins , àl'Immortalité.
C'eſt un petit Roman composé par
M. M... dans lequel on dévoile lesma-
nœuvres des Joueurs fripons.
L'HISTOIRE de l'Irlande , ancienne
& moderne , tirée des monumens les
plus authentiques ; par M. l'AbbéMa-
Geoghegan; àParis , chezAntoine Bou-
det, Imprimeur duRoi,rue S. Jacques,
AVRIL . 1764.
FIE
à la Bible d'Or ; avec Approbation &
Privilége du Roi , 3 vol. in-4°.
CetOuvrage qui a été donné volume
par volume , & dont le troifiéme paroît
nouvellement , mérite qu'on en faffe un
ou pluſieurs extraits ; auſſi nous propo-
fons-nous d'y revenir plus d'une fois.
ŒUVRES diverſes de M. l'Abbé Clé-
ment , C. D. S. L. D. L. à Paris , chez
ClaudeHeriffant , rue neuve Notre-Da-
me , à la Croix d'Or; 1764 , avec Appro
bation & Privilége du Roi ; brochure
in-12 de 200 pages.
M. l'Abbé Clément atortde croire ,
dans ſa Préface , qu'il trouvera peude
lecteurs ; ſes Œuvres poëtiques font de
nature à lui en procurer un grand nom-
bres. Premiérement elles sont très va-
riées , & par là très-capables de plaireà
pluſieurs claffes de lecteurs. Elles ont en
fecond lieu , toutes les qualités qui font
le mérite de ces fortes de petites Piéces ;
on y trouve de l'eſprit ,du fentiment ,
du goût & de la Poësie. A la tête du
recueil ſont placées des Odes ſacrées ,
dontle Sujet efſt tiré des Pſeaumes ; elles
fontfuiviesde quelques traductions des
Hymnes du Breviaire de Paris. En
1735 , l'Académie Françoiſe avoit pro-
172 MERCURE DE FRANCE.
poſé pour le prix de l'Ode , les progrès
de la Mufique sous le régne de LOUIS
LE GRAND. M. l'Abbé Clément eut
le prix ; & fon Ode qui tient un rang
diftingué dans ce recueil , exprime , par
des Strophes harmonieuſes , tous les,
charmes de la Muſique. Nous n'in-
diquerons pas tous les Sujets que l'Au-
teur a traités ; il y a dans cette bro-
chure plus de quatre-vingt Pieces , tant
Odes qu'Epîtres , Bouquets , Portraits ,
Etrennes, Placets , Epitaphes , Epithala-
mes , Epigrammes , Cantatilles , Ron-
deaux , Fables , &c. Nous en avons rap-
porté une dans leSupplémentaux Piéces
fugitives du Mercure de Mars dernier..
Elle nous paroiſſoit de ſaiſons alors
2.
&nous nous réſervions d'en faire con-
noître l'Auteur dans le Mercure de ce
mois. Cette Piéce où il eſt queſtion
d'une aventure de bal
,
donner une idée du goût de l'Auteur ,,
&dumérite des autres Piéces qui com-
poſent cette brochure..
<
REQUÊTE au Roi , par la Dame
veuve Calas , feuille in-4° , & in-8° ,
on en trouvedes exemplaires chez les
Libraires du Palais Royal.
fuffit pour
L'Hiſtoire des ſieurs & Dames Ca
AVRIL. 1764.
11.3%
Ins , que tout le monde connoît pré-
ſentement , étoit un Sujet bien propre
à faire naître des vers touchans &
pathétiques: auſſi eſt-celà ce qui diſtin-
gue principalement cette Requête en
Vers , compoſée par un Poëte qui ade
la chaleur & du ſentiment..
GAZETTE Littéraire de l'Europe. A
Paris , au Bureau de la Gazette de Fran
ce. Prix de la Souſcription , 24 liv. par
an , papier ordinaire , & de 30 liv. pa-
pier plus grand & plus fin.
L'objet de cet Ouvrage périodique
eſt d'annoncer tous, les Mercredis de
chaque ſemaine, dans une feuille in-8º
de ſeize pages d'impreſſion , les Livres
qui paroiffent tant en France que dans
les Pays Etrangers. Pour ceux de Fran-
ce onn'en donne que l'annonce & une:
courte notice. A l'égard des Livres
Etrangers , outre cette annonce, on pù-
bliera à la fin de chaque mois quatre
feuilles de fupplément,dans lesquelles on
renverra les Traductions entières & les
Analyfes détaillées des Ouvrages quis
mériteront d'être plus particulièrement
connus.
La première feuille de cette Gazette
aparu le Mercredi 7 du mois de Mars.
Fermer
132
p. 131-136
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
Début :
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de [...]
Mots clefs :
Élèves de l'École royale vétérinaire, Province, Animaux, Qualités, Brebis, Agneaux, Auvergne, Engraisser, Généralité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de
ſe rallentir , ſemblent s'accroître & re-
doubler. La diſtribution du Prix concer-
nant le Bœuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars.
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diſſections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
ſe ſont montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été hono-
ré de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de pluſieurs Membres de
Ja Société d'Agriculture , & d'un nom-
bre confidérable de perſonnes de dif-
tinction .
Dans cette Séance,tenue ſelonl'uſage
ordinaire , les Contendans ont dévelop-
pédes principes & des faits très-intéreſ-
fans fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiſſoit , ſur la connoif-
fance de leur âge , ſur les ſoins qu'ils
exigent fur l'attention que demande la
Fvj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
conſtruction des Etables & des Berge
ries,fur les alimens les plus convenables
dans les différentes ſaiſons , fur la ma-
nière d'apprivoifer les Bœufs & de les
foumettre au joug , ſur le temps & les
moyens de les engraiffer, fur la propa-
gation de cette eſpèce, fur les qualités
d'un bon Taureau , fur la beauté &
bontédes Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le laitqu'elles donnent,
fur les eſpèces que nous pourrions tirer
avecle plus grandavantagedel'Etranger,
particulièrementdeJutland,ſurle régime
àfaire obferver auxVachespleines&prê-
tesà mettre bas , furle choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation desMou-
tons , fur leur toiſon , fur la tonte, fur
les différentes eſpèces connues en Fran-
ce& en Angleterre , ſur leurs produits
comparés , fur l'importance & fur la ma-
nière de faler ces animaux , fur les pâtu-
rages qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , ſur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer, fur les avan-
tages des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
AVRIL. 1764.
133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doitagneler , & àl'Agneau qui vient
de naître , ſoit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foir dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui par-
viennent à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être ſevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
furles obfervations naturellesqui ſe pré-
ſentent à quiconque veut traiter & éle-
ver ces animaux , &c , fur le Bouc com-
paré au Béier , fur les diverſes races
dans l'eſpèce des Chèvres , fur les dif-
férences à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de là Chèvre
deſtinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , ſur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chevroter ,
&aux Chevreaux més, en quelque nom-
bre que ce foit , &c. &c. &c.
A Tous ces points divers ont été ample-
ment difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beau-
mont fils , Greffet , Parnet, de la Provin-
ce de Franche-Comté ; Aima , Leger
Latour, de la Généralité de Bordeaux ,
Bigler, duCanton de Berne ; Boudier
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Treitch & Teillard, de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien
Defavenieres , Deſchaux , Faure l'aîné ,
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture ſe ſont trouvés ,
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être dé-
cerné,a obligé d'en donner deux au lieu
d'un : le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
Lesvuesde cesJuges intégres & éclai-
rés ont été dirigées ſur dix-huit de ces
trente Contendans. Ils ont adjugé le
premier prix aux Sieurs Petite, Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler ,
Beauvais , D'anguien & Thevenet : ce-
lui-ci eſt âgé de douze ans. Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais ſes Concurrens, ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
ſe ſontacquiſe , larécompenſe qui flatte
AVRIL.
1764.
135
leplusdes hommes deſtinés à ſervir uti-
lement leur Patrie .
Le ſecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch, Leger , Def-
chaux , âgé de treize ans , Chanu , Tho-
mas , Faure l'aîné & Defavenieres. Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux ,
fans rien diminuer de l'honneur attaché
auxfuffrages que les autres ontjuſtement
obtenus.
Le Sr Brachet , conſtamment attaché
à ſes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres con-
currens , s'il n'eût été employé au trai-
tement de pluſieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de ſept mois les ſecours les plus
efficaces dans pluſieurs Provinces dont
les Beſtiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette cir-
conſtance ,parce qu'il s'eſt occupé à ré
parer , à certains égards non moins ef-
ſentiels , le temps qu'il avoit employé
ailleurs.
T
Il en eſt de même du Sr Bloufard, en
qui l'expreffion n'est point auffi facile
que l'intelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Didne
1
136 MERCURE DE FRANCE.
Aima , Kamerlet & Boudier ont ſatis-
fait le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eſt avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les ſuccès de ces
Elèves continuentàfaire un honneur in-
fini à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétéri
naire , & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même ſont rede-
vables d'un Etabliſſement fi utile. Nous
diſons l'Europe même; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , prin-
cipalement du Nord, ( parmi lesquels
oncompte le Roi de Prufſe) ont déja
envoyé à M. Bourgelat pluſieurs Elèves
pour ſe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leurapplica
cation & leurs fuccès.
L'ÉMULATION & le zèle des Elèves
de l'Ecole Royale Vétérinaire, loin de
ſe rallentir , ſemblent s'accroître & re-
doubler. La diſtribution du Prix concer-
nant le Bœuf, les Bêtes à laine & les
Chèvres , avoit été fixée au 15 Mars.
Malgré les travaux qu'entraînent l'étude
de l'Anatomie & les diſſections , ils ont
devancé le jour indiqué. Trente Elèves
ſe ſont montrés au Public le Samedi 3
de ce mois , & ce concours a été hono-
ré de la préſence de M. l'Intendant de
la Province , de pluſieurs Membres de
Ja Société d'Agriculture , & d'un nom-
bre confidérable de perſonnes de dif-
tinction .
Dans cette Séance,tenue ſelonl'uſage
ordinaire , les Contendans ont dévelop-
pédes principes & des faits très-intéreſ-
fans fur le choix des uns & des autres
animaux dont il s'agiſſoit , ſur la connoif-
fance de leur âge , ſur les ſoins qu'ils
exigent fur l'attention que demande la
Fvj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
conſtruction des Etables & des Berge
ries,fur les alimens les plus convenables
dans les différentes ſaiſons , fur la ma-
nière d'apprivoifer les Bœufs & de les
foumettre au joug , ſur le temps & les
moyens de les engraiffer, fur la propa-
gation de cette eſpèce, fur les qualités
d'un bon Taureau , fur la beauté &
bontédes Vaches , tant communes que
Flandrines , fur le laitqu'elles donnent,
fur les eſpèces que nous pourrions tirer
avecle plus grandavantagedel'Etranger,
particulièrementdeJutland,ſurle régime
àfaire obferver auxVachespleines&prê-
tesà mettre bas , furle choix des Veaux
à élever par préférence , fur le temps de
les fevrer , fur la conformation desMou-
tons , fur leur toiſon , fur la tonte, fur
les différentes eſpèces connues en Fran-
ce& en Angleterre , ſur leurs produits
comparés , fur l'importance & fur la ma-
nière de faler ces animaux , fur les pâtu-
rages qui leur conviennent , fur ceux
qui leur font nuifibles , ſur l'heure & la
faifon de les conduire aux champs , fur
l'eau dont on doit les abreuver , fur les
moyens de les engraiffer, fur les avan-
tages des parcs pour amender les terres ,
fur les qualités d'un bon Bélier & d'une
Brebis mère , fur le temps de les accou
AVRIL. 1764.
133
pler , fur les foins à donner à la Brebis
qui doitagneler , & àl'Agneau qui vient
de naître , ſoit dans le cas où elle a mis
bas deux jumeaux , foir dans celui où
elle agnèle pour la première fois , foit
enfin eu égard aux Agneaux qui par-
viennent à une certaine force , fur
les Agneaux qui doivent être ſevrés ,
fur les Agneaux à livrer au Boucher ,
furles obfervations naturellesqui ſe pré-
ſentent à quiconque veut traiter & éle-
ver ces animaux , &c , fur le Bouc com-
paré au Béier , fur les diverſes races
dans l'eſpèce des Chèvres , fur les dif-
férences à remarquer entre elles & la
Brebis , fur leurs véritables pâturages ,
fur les qualités du Bouc & de là Chèvre
deſtinés à la propagation , fur le temps
de les accoupler , ſur les attentions à
donner à la Chèvre prête à chevroter ,
&aux Chevreaux més, en quelque nom-
bre que ce foit , &c. &c. &c.
A Tous ces points divers ont été ample-
ment difcutés par les Sieurs d'Auvergne
frères , Petite , Damne , Thomas , Beau-
mont fils , Greffet , Parnet, de la Provin-
ce de Franche-Comté ; Aima , Leger
Latour, de la Généralité de Bordeaux ,
Bigler, duCanton de Berne ; Boudier
1
134 MERCURE DE FRANCE.
Treitch & Teillard, de la Généralité
d'Auvergne ; Barjollin & Dupin , de la
Généralité de Limoges ; Kamerlet , de la
Ville de Nancy ; Beauvais & Didné ,
de la Généralité d'Amiens ; Chanu , de
la Province de Bourgogne ; Brachet , de
celle de Bugey ; Gay & Bethoux , de la
Province de Dauphiné ; D'anguien
Defavenieres , Deſchaux , Faure l'aîné ,
Thevenet & Mathias , de la Généralité
de Lyon.
L'embarras dans lequel MM. de la
Société d'Agriculture ſe ſont trouvés ,
relativement au Jugement qu'ils ont été
obligés de porter fur celui ou fur ceux
des Elèves à qui le Prix devoit être dé-
cerné,a obligé d'en donner deux au lieu
d'un : le premier de 50 liv. & le ſecond
de 48 liv.
Lesvuesde cesJuges intégres & éclai-
rés ont été dirigées ſur dix-huit de ces
trente Contendans. Ils ont adjugé le
premier prix aux Sieurs Petite, Parnet ,
Barjollin , Dupin , Damne , Bigler ,
Beauvais , D'anguien & Thevenet : ce-
lui-ci eſt âgé de douze ans. Ces Elèves
ayant tiré au fort , le Sieur Dupin en a
été favorifé ; mais ſes Concurrens, ne
trouvent pas moins dans la gloire qu'ils
ſe ſontacquiſe , larécompenſe qui flatte
AVRIL.
1764.
135
leplusdes hommes deſtinés à ſervir uti-
lement leur Patrie .
Le ſecond prix a été adjugé aux Sieurs
Gay , Bethoux , Treitch, Leger , Def-
chaux , âgé de treize ans , Chanu , Tho-
mas , Faure l'aîné & Defavenieres. Le
fort a décidé en faveur du Sr Deſchaux ,
fans rien diminuer de l'honneur attaché
auxfuffrages que les autres ontjuſtement
obtenus.
Le Sr Brachet , conſtamment attaché
à ſes devoirs , a mérité des éloges , & il
eût été couronné comme les autres con-
currens , s'il n'eût été employé au trai-
tement de pluſieurs maladies qui l'ont
appellé pendant quelque temps hors de
l'Ecole.
Le Sr Bredin , qui a porté pendant
près de ſept mois les ſecours les plus
efficaces dans pluſieurs Provinces dont
les Beſtiaux étoient frappés d'un fléau
cruel , n'a pu concourir dans cette cir-
conſtance ,parce qu'il s'eſt occupé à ré
parer , à certains égards non moins ef-
ſentiels , le temps qu'il avoit employé
ailleurs.
T
Il en eſt de même du Sr Bloufard, en
qui l'expreffion n'est point auffi facile
que l'intelligence.
Les Srs Latour , Greffet , les Frères
d'Auvergne , Beaumont fils , Didne
1
136 MERCURE DE FRANCE.
Aima , Kamerlet & Boudier ont ſatis-
fait le Public , & n'ont pu être regardés
comme des Sujets médiocres.
C'eſt avec beaucoup de fatisfaction
que nous inférons de pareils Articles
dans notre Journal. Les ſuccès de ces
Elèves continuentàfaire un honneur in-
fini à M. Bourgelat , Correfpondant de
l'Académie des Sciences de Paris , qui a
la Direction de l'Ecole Royale Vétéri
naire , & au Miniſtre ( M. Bertin ) à qui
la France & l'Europe même ſont rede-
vables d'un Etabliſſement fi utile. Nous
diſons l'Europe même; car un grand
nombre d'Etats & de Souverains , prin-
cipalement du Nord, ( parmi lesquels
oncompte le Roi de Prufſe) ont déja
envoyé à M. Bourgelat pluſieurs Elèves
pour ſe former dans cette Ecole ; & ces
Elèves s'y diftinguent par leurapplica
cation & leurs fuccès.
Fermer
133
p. 186-191
De PARIS, le 8 Juin 1764.
Début :
L'affection singulière du Roi pour cette Noblesse illustre qui [...]
Mots clefs :
Noblesse, Illustre, École militaire, Éducation, Collège, Enfants, Édits, Évêque, Lieutenant, Ordonnance du roi, Régiments, Compagnies, Capitaines, Bains chauds, Magistrats, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Loterie de l'école royale militaire, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 8 Juin 1764.
De PARIS , le 8 Juin 1764. -
L'affection fingulière du Roi pour cette Nobleſſe
luftre qui fait la gloire & la force du Royau
JUILLET. 1764. 187
me , & le defir d'en perpétuer l'éclat & l'utilité
ont porté Sa Majesté à inftituer une Ecole Mili
taire pour y élever dans l'art des armes cinq cens
Gentilshommes . L'expérience ayant fait reconnoître
que l'éducation , qui ne fe rapporte qu'à
un feul objet , eſt ſouvent infructueuse , le Roi a
jugé que le cours des Etudes publiques deftinées à
préparer toutes fortes de profeffions devoit être le
fondement de l'éducation de ceux qui feroient
admis à l'Ecole Militaire ; mais ce premier dégré
d'inftitution ne pouvant le trouver que dans une
Ecole célébre & nombreufe , Sa Majefté a jetté
les yeux fur le Collége de le Fléche qui , par
l'étendue de fes bâtimens , la nobleffe de fon établiffement
& les grands biens dont il a été doté ,
a paru remplir l'objet que Sa Majesté le propofe.
En conféquence , le Roi a donné des Lettres - Patentes
, en date du 7 Avril dernier , contenant
quarante-trois Articles dont on donne ici la
fubftance.
y
Le College Royal de la Flêche fera & demeu
rera dorénavant & à perpétuité deſtiné à l'éducation
& à l'inſtruction des enfans de deux cens cinquante
Gentilshommes du Royaume : il ne pourra
être établi aucun autre Penfionnat ; mais toutes
les Claffes y feront publiques , & tous les Externes
feront admis gratuitement dans ces Claffes , ainfi
que dans les autres Colléges de plein exercice.
Lefdits enfans feront nommés par le Roi & choifis
dans la Nobleſſe , fur la préſentation qui lui en
fera faite par le Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Guèrre & de la Marine : ils pour
ront être admis à l'âge de huit à neuf ans jufqu'à
celui de dix à onze , & les orphelins jufqu'à
treize , avec les conditions prefcrites par les Edits
& Déclarations précédens concernant l'Ecole Mi488
MERCURE DE FRANCE .
litaire , tant par rapport aux preuves de Nobleſſe
qu'aux autres qualités qui y font requifes. Il ne
pourra être admis aux deux cens cinquante places
qui resteront à remplir dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire que ceux defdits enfans de Gentilshommes
qui auront fait leuts Etudes dans ledit
College Royal & qui auront quatorze ans accomplis
: ceux d'entr'eux qui , par leurs difpofitions
particulières , fe trouveroient appellés à l'Etat
Eccléfiaftique ou de Magiftrature , ou à d'autres
profeflions nobles , pourront continuer d'y
faire leurs Etudes . Ce Collége fera régi & adminiftré
, fous l'infpection du Secrétaire d'Etat de
la Guerre & de la Marine , par un Bureau compofé
de l'Evêque Diocéfain , qui y préfidera , da
Lieutenant- Général & du Procureur du Roi en la
Sénéchauffée de la Flêche , de deux Notables
ehoifis par Sa Majefté parmi d'anciens Gentilshommes
retirés du ſervice , du Maire de la Ville
& du Principal dudit Collége. Il y fera établi un
Infpecteur chargé de rendre compte des moeurs
du caractère & des talens defdits enfans', & qui
aura féance & voix délibérative dans ledit Bureau
immédiatement après les deuxdits Gentilshommes.
Le College fera deffervi par des perfonnes
Eccléfiaftiques ou Séculières , & compofé d'un
Principal , d'un Sous-Principal , de deux Profeffeurs
de Philofophie , d'un de Rhétorique , de
cing Régens pour les Seconde , Troifiéme , Quatriéme
, Cinquiéme & Sixiéme Claffes , indépendamment
du nombre de Sous -Maîtres que le
Bureau d'Adminiſtration jugera néceffaire . Tous
les biens donnés audit College par les Rois prédéceffeurs
de Sa Majesté & par d'autres perfonnes
, & tous ceux en général qui doivent lui appartenir
au terme des Lettres - Patentes des 14
>
JUILLET. 1764. 189
Juin & 21 Novembre 1763 , & 30 Mars dernier
, lui feront & demeureront confervés , aux
charges portées par leldites Lettres , à l'exception
des rentes fur les Papegaux de Bretagne ,
qui feront employées au foutien des Colléges de
cette Province , & de la Terre de Bonnes , fur laquelle
Sa Majelté expliquera fes intentions. Comme
les revenus de ce Collége ne pourroient ſuffire
aux dépenfes néceffaires pour l'éducation &
l'entretien defdits deux cens cinquante Eléves
Gentilshommes , ce qui y manquera fera fuppléé
annuellement fur les revenus de l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire , fur lefquels il fera auffi
pourvu aux frais nécellaires pour l'ameublemeut
dudit College & pour le premier établiſſement
defdics Eléves. Le College Royal de la Flêche
jouira de toutes les franchiſes , exemptions & immunités
accordées par Sa Majefté à l'Hôtel de
l'Ecole Royale Militaire. Il continuera d'être régi
en la forme portée par l'Edit du mois de Février
1763 jufqu'au premier Octobre prochain. Les
mêmes Lettres Patentes contiennent différentes
difpofitions fur le choix & les appointemens du
Principal , du Sous- Principal , des Profeffeurs ,
Régens , &c . ainfi que des Eccléfiaftiques qui feront
attachés à la Chapelle : elles portent auffi
plufieurs réglemens pour l'adminiſtration des
biens & revenus du Collège.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 10
Février dernier , fuivant laquelle chacun des trois
Régimens de Huffards de Berchény , de Chamborant
& de Royal- Naſſau , actuellement compofés
de douze Compagnies de vingt- neuf hommes
, fera réduit huit Compagnies de vingtcing
hommes , dont fera auffi compofé le qua
triéme Régiment que Sa Majefté à réfolu de
190 MERCURE DE FRANCE .
former , & dont elle a donné le Commandement
au freur d'Efterhafy en qualité de Meſtrede
Camp. Tous les Officiers & Huffards excédens
feront Licenciés : les Capitaines réformés
jouiront de 800 liv. en appointement de réforme,
les Lieutenans de soo liv. & les Sous-Lieutenans
de 400 liv. chacun des Huffards Licenciés retournera
chez lui avec fon habit uniforme , &
un bonnet , & il lui fera donné deux fols par
lieue pour s'y rendre. La même Ordonnance
fixe les divers arrangemens à prendre pour parvenir
à la nouvelle compofition du Régiment
d'Ellerhafy , & en régle l'uniforme.
On mande de Franche -Comté , que la Ville de
Luxeul a pris la réſolution de rétablir les bains
d'eau chaude qui étoient prèfque tombés en ruine:
le fieur de Lacorée , Intendant de la Province
, a fait drefler pour cet objet le plan d'un
bâtiment vafte & commode dont la première
pierre a été polée , avec un grand appareil , le
S de ce mois , par les Officiers du Magiftrat, le
Maire de la Ville étant à leur tête & portant un
rablier de Maçon -garni de rubans . Les bains de
Lexeu font très-anciens & ont été très renommés
; mais depuis Jules Célar en avoit fait réparer
le bâtiment , on avoit négligé de l'entretenir.
Les Prêtres de la Doctrine Chrétienne ont tenu ,
le 30 du mois dernier , dans leur Maiſon de S.
Charles une Aflemblée générale, dans laquelle ils
ont élu pour Supérieur Général de leur Congrégation
le Père Jean -Augufte- Louis Chaftener de
Puységur .
Le quarante & uniéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel -de - Ville s'eft fait , le 24 du mois dernier
, en la manière accoutumée. Le Lot de cinJUILLET.
1764. 191
quante mille livres eft échu au Numéro 76'41 ;
celui de vingt mille livres au Numéro 68786 ;
& les deux de dix mille livres aux Numéros
63983 & 71603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune font 53 , 90 , 48,73 , 65 .
L'affection fingulière du Roi pour cette Nobleſſe
luftre qui fait la gloire & la force du Royau
JUILLET. 1764. 187
me , & le defir d'en perpétuer l'éclat & l'utilité
ont porté Sa Majesté à inftituer une Ecole Mili
taire pour y élever dans l'art des armes cinq cens
Gentilshommes . L'expérience ayant fait reconnoître
que l'éducation , qui ne fe rapporte qu'à
un feul objet , eſt ſouvent infructueuse , le Roi a
jugé que le cours des Etudes publiques deftinées à
préparer toutes fortes de profeffions devoit être le
fondement de l'éducation de ceux qui feroient
admis à l'Ecole Militaire ; mais ce premier dégré
d'inftitution ne pouvant le trouver que dans une
Ecole célébre & nombreufe , Sa Majefté a jetté
les yeux fur le Collége de le Fléche qui , par
l'étendue de fes bâtimens , la nobleffe de fon établiffement
& les grands biens dont il a été doté ,
a paru remplir l'objet que Sa Majesté le propofe.
En conféquence , le Roi a donné des Lettres - Patentes
, en date du 7 Avril dernier , contenant
quarante-trois Articles dont on donne ici la
fubftance.
y
Le College Royal de la Flêche fera & demeu
rera dorénavant & à perpétuité deſtiné à l'éducation
& à l'inſtruction des enfans de deux cens cinquante
Gentilshommes du Royaume : il ne pourra
être établi aucun autre Penfionnat ; mais toutes
les Claffes y feront publiques , & tous les Externes
feront admis gratuitement dans ces Claffes , ainfi
que dans les autres Colléges de plein exercice.
Lefdits enfans feront nommés par le Roi & choifis
dans la Nobleſſe , fur la préſentation qui lui en
fera faite par le Secrétaire d'Etat ayant le Département
de la Guèrre & de la Marine : ils pour
ront être admis à l'âge de huit à neuf ans jufqu'à
celui de dix à onze , & les orphelins jufqu'à
treize , avec les conditions prefcrites par les Edits
& Déclarations précédens concernant l'Ecole Mi488
MERCURE DE FRANCE .
litaire , tant par rapport aux preuves de Nobleſſe
qu'aux autres qualités qui y font requifes. Il ne
pourra être admis aux deux cens cinquante places
qui resteront à remplir dans l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire que ceux defdits enfans de Gentilshommes
qui auront fait leuts Etudes dans ledit
College Royal & qui auront quatorze ans accomplis
: ceux d'entr'eux qui , par leurs difpofitions
particulières , fe trouveroient appellés à l'Etat
Eccléfiaftique ou de Magiftrature , ou à d'autres
profeflions nobles , pourront continuer d'y
faire leurs Etudes . Ce Collége fera régi & adminiftré
, fous l'infpection du Secrétaire d'Etat de
la Guerre & de la Marine , par un Bureau compofé
de l'Evêque Diocéfain , qui y préfidera , da
Lieutenant- Général & du Procureur du Roi en la
Sénéchauffée de la Flêche , de deux Notables
ehoifis par Sa Majefté parmi d'anciens Gentilshommes
retirés du ſervice , du Maire de la Ville
& du Principal dudit Collége. Il y fera établi un
Infpecteur chargé de rendre compte des moeurs
du caractère & des talens defdits enfans', & qui
aura féance & voix délibérative dans ledit Bureau
immédiatement après les deuxdits Gentilshommes.
Le College fera deffervi par des perfonnes
Eccléfiaftiques ou Séculières , & compofé d'un
Principal , d'un Sous-Principal , de deux Profeffeurs
de Philofophie , d'un de Rhétorique , de
cing Régens pour les Seconde , Troifiéme , Quatriéme
, Cinquiéme & Sixiéme Claffes , indépendamment
du nombre de Sous -Maîtres que le
Bureau d'Adminiſtration jugera néceffaire . Tous
les biens donnés audit College par les Rois prédéceffeurs
de Sa Majesté & par d'autres perfonnes
, & tous ceux en général qui doivent lui appartenir
au terme des Lettres - Patentes des 14
>
JUILLET. 1764. 189
Juin & 21 Novembre 1763 , & 30 Mars dernier
, lui feront & demeureront confervés , aux
charges portées par leldites Lettres , à l'exception
des rentes fur les Papegaux de Bretagne ,
qui feront employées au foutien des Colléges de
cette Province , & de la Terre de Bonnes , fur laquelle
Sa Majelté expliquera fes intentions. Comme
les revenus de ce Collége ne pourroient ſuffire
aux dépenfes néceffaires pour l'éducation &
l'entretien defdits deux cens cinquante Eléves
Gentilshommes , ce qui y manquera fera fuppléé
annuellement fur les revenus de l'Hôtel de l'Ecole
Royale Militaire , fur lefquels il fera auffi
pourvu aux frais nécellaires pour l'ameublemeut
dudit College & pour le premier établiſſement
defdics Eléves. Le College Royal de la Flêche
jouira de toutes les franchiſes , exemptions & immunités
accordées par Sa Majefté à l'Hôtel de
l'Ecole Royale Militaire. Il continuera d'être régi
en la forme portée par l'Edit du mois de Février
1763 jufqu'au premier Octobre prochain. Les
mêmes Lettres Patentes contiennent différentes
difpofitions fur le choix & les appointemens du
Principal , du Sous- Principal , des Profeffeurs ,
Régens , &c . ainfi que des Eccléfiaftiques qui feront
attachés à la Chapelle : elles portent auffi
plufieurs réglemens pour l'adminiſtration des
biens & revenus du Collège.
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du 10
Février dernier , fuivant laquelle chacun des trois
Régimens de Huffards de Berchény , de Chamborant
& de Royal- Naſſau , actuellement compofés
de douze Compagnies de vingt- neuf hommes
, fera réduit huit Compagnies de vingtcing
hommes , dont fera auffi compofé le qua
triéme Régiment que Sa Majefté à réfolu de
190 MERCURE DE FRANCE .
former , & dont elle a donné le Commandement
au freur d'Efterhafy en qualité de Meſtrede
Camp. Tous les Officiers & Huffards excédens
feront Licenciés : les Capitaines réformés
jouiront de 800 liv. en appointement de réforme,
les Lieutenans de soo liv. & les Sous-Lieutenans
de 400 liv. chacun des Huffards Licenciés retournera
chez lui avec fon habit uniforme , &
un bonnet , & il lui fera donné deux fols par
lieue pour s'y rendre. La même Ordonnance
fixe les divers arrangemens à prendre pour parvenir
à la nouvelle compofition du Régiment
d'Ellerhafy , & en régle l'uniforme.
On mande de Franche -Comté , que la Ville de
Luxeul a pris la réſolution de rétablir les bains
d'eau chaude qui étoient prèfque tombés en ruine:
le fieur de Lacorée , Intendant de la Province
, a fait drefler pour cet objet le plan d'un
bâtiment vafte & commode dont la première
pierre a été polée , avec un grand appareil , le
S de ce mois , par les Officiers du Magiftrat, le
Maire de la Ville étant à leur tête & portant un
rablier de Maçon -garni de rubans . Les bains de
Lexeu font très-anciens & ont été très renommés
; mais depuis Jules Célar en avoit fait réparer
le bâtiment , on avoit négligé de l'entretenir.
Les Prêtres de la Doctrine Chrétienne ont tenu ,
le 30 du mois dernier , dans leur Maiſon de S.
Charles une Aflemblée générale, dans laquelle ils
ont élu pour Supérieur Général de leur Congrégation
le Père Jean -Augufte- Louis Chaftener de
Puységur .
Le quarante & uniéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel -de - Ville s'eft fait , le 24 du mois dernier
, en la manière accoutumée. Le Lot de cinJUILLET.
1764. 191
quante mille livres eft échu au Numéro 76'41 ;
celui de vingt mille livres au Numéro 68786 ;
& les deux de dix mille livres aux Numéros
63983 & 71603 .
Les de ce mois , on a tiré la Loterie de l'Ecole
Royale Militaire . Les Numéros fortis de la roue
de fortune font 53 , 90 , 48,73 , 65 .
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Résumé : De PARIS, le 8 Juin 1764.
Le 8 juin 1764, le roi de France a créé une École Militaire pour former cinq cents gentilshommes à l'art des armes. Reconnaissant l'importance d'une éducation polyvalente, le roi a décidé que les élèves de cette école devraient d'abord suivre des études publiques destinées à préparer diverses professions. Pour cela, il a choisi le Collège de la Flèche, renommé pour ses bâtiments, son établissement noble et ses grands biens. Par des Lettres Patentes du 7 avril 1764, le Collège Royal de la Flèche a été désigné pour l'éducation de deux cent cinquante enfants de gentilshommes du royaume. Ces enfants seront nommés par le roi sur présentation du Secrétaire d'État de la Guerre et de la Marine et pourront être admis entre huit et treize ans. Ils devront avoir effectué leurs études au Collège Royal de la Flèche pour être admis à l'École Royale Militaire. Le collège sera administré par un bureau composé de l'évêque diocésain, du lieutenant-général, du procureur du roi, de deux notables choisis par le roi, du maire de la ville et du principal du collège. Un inspecteur sera chargé de surveiller les mœurs, le caractère et les talents des élèves. Le collège sera desservi par des personnes ecclésiastiques ou séculières, incluant un principal, un sous-principal, des professeurs de philosophie et de rhétorique, et des régents pour les différentes classes. Les biens du collège seront conservés, et les revenus nécessaires pour l'éducation et l'entretien des élèves seront complétés par les revenus de l'Hôtel de l'École Royale Militaire. Le collège jouira des mêmes franchises et exemptions que l'École Royale Militaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
134
p. 106-109
ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
Début :
CETTE Epitre a principalement pour objet, l'éducation qu'un Père [...]
Mots clefs :
Fils, Vieillard, Éducation, Vertus, Gloire, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
ÉPITRE d'un Père à fon Fils , fur
la naifance d'un Petit - Fils , qui a
remporté le Prix de l'Académie Françoife
en 1764 ; par M. DE CHAMFORT
: avec cette Epigraphe : C'eſt
du Fils de Cefar que Caton fit
Brutus. A Paris , chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoife ,
Grand' - Salle du Palais , & rue
Baffe des Urfins ; 1764 ; brochure
in- 8°.
CETTE
-
ETTE Epitre a principale ment
pour objet , l'éducation qu'un Père
doit donner à fon Fils. C'est l'amour
paternel , c'eft l'expérience de la vieilleffe
qui dicte ces leçons , dont le
but eft de rendre l'homme heureux
autant qu'il eft poffible de l'être . Parmi
les différentes fortes d'éducation
qu'un Père peut donner à fon Enfant ,
OCTOBRE. 1764. 107
l'Auteur , ou plutôt le Vieillard dont
il emprunte l'organe , exclut d'abord
celle des Colleges ou des Penfions .
Loin de lui ces prifons où le hazard raffemble.
Des efprits inégaux qu'on fait ramper enſemble ;
Où le vil préjugé vend d'obſcures erreurs ,
Que la jeunetle achete aux dépens de fes moeurs.
L'homme naît ; l'impofture affiége fon enfance;
On fatigue , on féduit fa crédule ignorance ;
On dégrade fon être ! Ah ! cruels , arrêtez ;
C'eſt uue âme immortelle à qui vous inſultez .
De l'educat'on l'influence fuprême
Subjuguant dans nos coeurs la Nature elles
même ,
Pent créer à fon choix des vices , des vertus.
C'eft du fils de César que Caton fit Brutus .
Un père doit être lui - même l'inftructeur
de fon enfant; c'eft le fyftême de
M. Rouffeau ; c'eft auffi celui de notre
Vieillard ; & voici les Leçons qu'il donne
à fon fils , pour l'éducation de fon
petit- fils.
Mais déja de ton fils la raifon vient d'éclore :
Sache épier , faifir l'inftant de fon aurore ,
Où l'homme ouvrant les yeux frappé d'un
nouveau ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
S'éveille , & regardant autour de fon berceau ,
Etonné de penfer , & fier de fe connoître ,
Ofe s'interroger , s'appércoit de fon être ;
Dévore les objets autour de lui femés ,
Jadis morts à fes yeux , maintenant animés ;
Demande à ces objets leurs rapports à lui-même ,
Et du monde moral veut faifir le fyftême .
A de fages Leçons confacre ces momens ;
De fes vertus alors pofe les fondemens ;
Des vrais biens , des vrais maux trace-lui les li
mites ;
Renferme fes regards dans les bornes prefcrites .
Qu'il fache tour-à- tour fe concentrer en lui ,
Etendre les rapports , & vivre dans autrui , &c.
Le Viellard fuit le jeune Eléve dans
l'âge des paffions.
Parmi tous ces defirs dans notre ame allumés ,
Le Tyran le plus fier de nos fens enflammés ,
C'est ce fougueux inſtinct , fait pour nous reproduire
;
Bienfaîteur des Mortels , & prêt à les détruire .
Qu'un feul objet , mon fils , t'engage fous la loi ,
Te dérobe à fon féxe anéanti pour toi.
Heureux , fans doute , heureux , fi la beauté qui
t'aime ,
Rempliflant tout ton coeur , te rend cher à toi
même ,
Et mêle au tendre amour qu'elle a f;u t'infpirer
Ce charme des vertus qui les fait adorer.
OCTOBRE . 1764 . 109
Noeuds avoués du Ciel , refpectable hyménée ,
De mon fils à tes Loix foumets la deſtinée ;
Que par toi de fon être étendant le lien ,
Mon fils , pour être heureux , foit homme & Citoyen.
Après avoir conduit fon Eléve jufqu'à
l'âge d'un homme fait, après l'avoir engagé
dans les liens du mariage, le Vieillard
inftituteur lui apprend comment il doit
mettre fa gloire à être utile aux hommes
& à la fociété. Il diftingue deux fortes
de gloire ; l'une n'a pour objet que l'avantage
public : l'autre
Que le foible pourfuit , qu'encenſe le pervers ;
Qui ,
fous différens noms fleau de l'Univers ,
Arme le Conquérant , lui commande des crimes ;
Dicte au Sage infenfé de coupables maximes ;
Aiguife le poignard , prépare le poiſon
Pour fauver de l'oubli le fantôme d'un nom !
Préftige d'un inftant , vaine & cruelle Idole ,
Non , ce n'eft point à toi que le Sage s'immole.
C'eft de cette gloire , que notre Vieillard
'veut détourner fon petit - fils.
Le jugement de l'Académie qui a couronné
cette Piéce eft au - deffus de tous
les éloges que nous pourrions lui donner
, & qu'elle mérite par le ton du fentiment
& de la Philoſophie qui y régne .
la naifance d'un Petit - Fils , qui a
remporté le Prix de l'Académie Françoife
en 1764 ; par M. DE CHAMFORT
: avec cette Epigraphe : C'eſt
du Fils de Cefar que Caton fit
Brutus. A Paris , chez Regnard,
Imprimeur de l'Académie Françoife ,
Grand' - Salle du Palais , & rue
Baffe des Urfins ; 1764 ; brochure
in- 8°.
CETTE
-
ETTE Epitre a principale ment
pour objet , l'éducation qu'un Père
doit donner à fon Fils. C'est l'amour
paternel , c'eft l'expérience de la vieilleffe
qui dicte ces leçons , dont le
but eft de rendre l'homme heureux
autant qu'il eft poffible de l'être . Parmi
les différentes fortes d'éducation
qu'un Père peut donner à fon Enfant ,
OCTOBRE. 1764. 107
l'Auteur , ou plutôt le Vieillard dont
il emprunte l'organe , exclut d'abord
celle des Colleges ou des Penfions .
Loin de lui ces prifons où le hazard raffemble.
Des efprits inégaux qu'on fait ramper enſemble ;
Où le vil préjugé vend d'obſcures erreurs ,
Que la jeunetle achete aux dépens de fes moeurs.
L'homme naît ; l'impofture affiége fon enfance;
On fatigue , on féduit fa crédule ignorance ;
On dégrade fon être ! Ah ! cruels , arrêtez ;
C'eſt uue âme immortelle à qui vous inſultez .
De l'educat'on l'influence fuprême
Subjuguant dans nos coeurs la Nature elles
même ,
Pent créer à fon choix des vices , des vertus.
C'eft du fils de César que Caton fit Brutus .
Un père doit être lui - même l'inftructeur
de fon enfant; c'eft le fyftême de
M. Rouffeau ; c'eft auffi celui de notre
Vieillard ; & voici les Leçons qu'il donne
à fon fils , pour l'éducation de fon
petit- fils.
Mais déja de ton fils la raifon vient d'éclore :
Sache épier , faifir l'inftant de fon aurore ,
Où l'homme ouvrant les yeux frappé d'un
nouveau ,
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
S'éveille , & regardant autour de fon berceau ,
Etonné de penfer , & fier de fe connoître ,
Ofe s'interroger , s'appércoit de fon être ;
Dévore les objets autour de lui femés ,
Jadis morts à fes yeux , maintenant animés ;
Demande à ces objets leurs rapports à lui-même ,
Et du monde moral veut faifir le fyftême .
A de fages Leçons confacre ces momens ;
De fes vertus alors pofe les fondemens ;
Des vrais biens , des vrais maux trace-lui les li
mites ;
Renferme fes regards dans les bornes prefcrites .
Qu'il fache tour-à- tour fe concentrer en lui ,
Etendre les rapports , & vivre dans autrui , &c.
Le Viellard fuit le jeune Eléve dans
l'âge des paffions.
Parmi tous ces defirs dans notre ame allumés ,
Le Tyran le plus fier de nos fens enflammés ,
C'est ce fougueux inſtinct , fait pour nous reproduire
;
Bienfaîteur des Mortels , & prêt à les détruire .
Qu'un feul objet , mon fils , t'engage fous la loi ,
Te dérobe à fon féxe anéanti pour toi.
Heureux , fans doute , heureux , fi la beauté qui
t'aime ,
Rempliflant tout ton coeur , te rend cher à toi
même ,
Et mêle au tendre amour qu'elle a f;u t'infpirer
Ce charme des vertus qui les fait adorer.
OCTOBRE . 1764 . 109
Noeuds avoués du Ciel , refpectable hyménée ,
De mon fils à tes Loix foumets la deſtinée ;
Que par toi de fon être étendant le lien ,
Mon fils , pour être heureux , foit homme & Citoyen.
Après avoir conduit fon Eléve jufqu'à
l'âge d'un homme fait, après l'avoir engagé
dans les liens du mariage, le Vieillard
inftituteur lui apprend comment il doit
mettre fa gloire à être utile aux hommes
& à la fociété. Il diftingue deux fortes
de gloire ; l'une n'a pour objet que l'avantage
public : l'autre
Que le foible pourfuit , qu'encenſe le pervers ;
Qui ,
fous différens noms fleau de l'Univers ,
Arme le Conquérant , lui commande des crimes ;
Dicte au Sage infenfé de coupables maximes ;
Aiguife le poignard , prépare le poiſon
Pour fauver de l'oubli le fantôme d'un nom !
Préftige d'un inftant , vaine & cruelle Idole ,
Non , ce n'eft point à toi que le Sage s'immole.
C'eft de cette gloire , que notre Vieillard
'veut détourner fon petit - fils.
Le jugement de l'Académie qui a couronné
cette Piéce eft au - deffus de tous
les éloges que nous pourrions lui donner
, & qu'elle mérite par le ton du fentiment
& de la Philoſophie qui y régne .
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Résumé : ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
L'épître 'd'un Père à son Fils' de Nicolas de Chamfort, publiée en 1764, aborde l'éducation que doit recevoir un enfant de la part de son père. L'auteur, se présentant sous la forme d'un vieillard, critique sévèrement les collèges et pensions, qu'il compare à des prisons où les préjugés et les erreurs sont transmis. Il recommande une éducation dirigée par le père lui-même, en accord avec les idées de Jean-Jacques Rousseau. Le vieillard insiste sur l'importance de profiter des premiers moments de raison de l'enfant pour poser les fondements de ses vertus et lui apprendre à discerner les vrais biens des vrais maux. Il met en garde contre les passions, notamment l'instinct de reproduction, et prône un amour conjugal basé sur les vertus. Après avoir guidé son fils jusqu'au mariage, le vieillard lui enseigne à rechercher la véritable gloire dans l'utilité publique, en distinguant cette forme de gloire de celle qui conduit aux crimes et aux maximes perverses. Cette œuvre a été récompensée par l'Académie Française pour son ton philosophique et sentimental.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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134
ÉPITRE d'un Père à son Fils, sur la naissance d'un Petit-Fils, qui a remporté le Prix de l'Académie Françoise en 1764 ; par M. DE CHAMFORT : avec cette Epigraphe : C'est du Fils de César que Caton fit Brutus. A Paris, chez Regnard, Imprimeur de l'Académie Françoise, Grand'-Salle du Palais, & rue Basse des Ursins ; 1764 ; brochure in-8o.
135
p. 150-151
De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
Début :
Hier, Fête de l'Assomption de la Ste Vierge, Leurs Majestés, [...]
Mots clefs :
Assomption de la Sainte Vierge, Fête, Famille royale, Abbaye royale, Vêpres, Procession, Voeux, Grand prieur, Religieux, Sanctuaires, Officiers, Éducation, Monseigneur le Comte d'Artois, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
De COMPIEGNE , le 16 Août 1764.
HIER , Fête de l'Affomption de la Ste Vierge ,
Leurs Majeftés , accompagnées de Mgr le Dauphin
, de Madame la Dauphine , de Madame
Adélaïde , & de Meldames Victoire , Sophie &
Louife , fe rendirent à l'Eglife de l'Abbaye Royale
de S. Corneille . Leurs Majeftés y affifterent aux
Vêpres & enfuite à la Proceffion qui fe fait
chaque année le même jour dans tout le Royaume
pour l'accompliffement du vou de Louis XIII .
Dom Devis , Grand- Prieur de l'Abbaye , y officia.
Le Chapitre de S. Clément , le Clergé
des deux Paroifles & tout le Clergé Régulier s'y
NOVEMBRE. 1754. 151
trouverent , ainfi que le Bailliage & le Corps de
Ville , qui eurent leur place dans le Choeur ; le
Chapitre de S. Clément & le Clergé des deux
Paroiffes furent placés dans leSanctuaire . Après
la Proceffion qui fe fit dans l'Eglife , Leurs Majeftés
entendirent le Salut ; Elles furent reçues
& reconduites , avec les Cérémonies ordinaires
par le Grand-Prieur de l'Abbaye accompagné de
Les Religieux.
Le Roi, ayant fait choix des Officiers qui doivent
compofer la Maiſon , & être chargés de l'éducation
de Monfeigneur le Comte d'Artois , a nommé
le Duc de la Vauguyon , Gouverneur de la Perfonne
de ce Prince , premier Gentilhomme de fa
Chambre , Grand- Maître de la Garde- Robe , &
Surintendant de fa Maifon ; l'ancien Evêque de
Limoges , Précepteur ; le Chevalier de la Ferrieres
, le Chevalier de Beaujeu , le Marquis de
Sineti & le Marquis de Fougieres , Sous - Gouverneurs
; l'Abbé de Radonvilliers , l'Abbé de Mofrueges
& l'Abbé Gafton , Sous- Précepteurs ; l'Abbé
d'Argentré , Lecteur ; le Comte de Luppé ,
le Marquis de Montefquiou , le Marquis de
Marbeuf , le Comte d'Angivillé , le Comte de
Montaut , le Vicomte de Boifgelin le Baron de
Lieurrai, & le Marquis de Baglion, Gentilshommes
dela Manche.
HIER , Fête de l'Affomption de la Ste Vierge ,
Leurs Majeftés , accompagnées de Mgr le Dauphin
, de Madame la Dauphine , de Madame
Adélaïde , & de Meldames Victoire , Sophie &
Louife , fe rendirent à l'Eglife de l'Abbaye Royale
de S. Corneille . Leurs Majeftés y affifterent aux
Vêpres & enfuite à la Proceffion qui fe fait
chaque année le même jour dans tout le Royaume
pour l'accompliffement du vou de Louis XIII .
Dom Devis , Grand- Prieur de l'Abbaye , y officia.
Le Chapitre de S. Clément , le Clergé
des deux Paroifles & tout le Clergé Régulier s'y
NOVEMBRE. 1754. 151
trouverent , ainfi que le Bailliage & le Corps de
Ville , qui eurent leur place dans le Choeur ; le
Chapitre de S. Clément & le Clergé des deux
Paroiffes furent placés dans leSanctuaire . Après
la Proceffion qui fe fit dans l'Eglife , Leurs Majeftés
entendirent le Salut ; Elles furent reçues
& reconduites , avec les Cérémonies ordinaires
par le Grand-Prieur de l'Abbaye accompagné de
Les Religieux.
Le Roi, ayant fait choix des Officiers qui doivent
compofer la Maiſon , & être chargés de l'éducation
de Monfeigneur le Comte d'Artois , a nommé
le Duc de la Vauguyon , Gouverneur de la Perfonne
de ce Prince , premier Gentilhomme de fa
Chambre , Grand- Maître de la Garde- Robe , &
Surintendant de fa Maifon ; l'ancien Evêque de
Limoges , Précepteur ; le Chevalier de la Ferrieres
, le Chevalier de Beaujeu , le Marquis de
Sineti & le Marquis de Fougieres , Sous - Gouverneurs
; l'Abbé de Radonvilliers , l'Abbé de Mofrueges
& l'Abbé Gafton , Sous- Précepteurs ; l'Abbé
d'Argentré , Lecteur ; le Comte de Luppé ,
le Marquis de Montefquiou , le Marquis de
Marbeuf , le Comte d'Angivillé , le Comte de
Montaut , le Vicomte de Boifgelin le Baron de
Lieurrai, & le Marquis de Baglion, Gentilshommes
dela Manche.
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Résumé : De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
Le 16 août 1764, à Compiègne, les souverains français, accompagnés du Dauphin, de la Dauphine et des princesses Madame Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise, se rendirent à l'église de l'Abbaye Royale de Saint-Corneille. Ils assistèrent aux vêpres et à la procession annuelle en accomplissement du vœu de Louis XIII. Dom Devis, Grand-Prieur de l'Abbaye, officia la cérémonie en présence du Chapitre de Saint-Clément, du clergé des deux paroisses, du clergé régulier, ainsi que du bailliage et du corps de ville. Après la procession, les souverains écoutèrent le salut et furent reçus et reconduits par le Grand-Prieur et les religieux. Par ailleurs, le Roi nomma les officiers chargés de l'éducation du Comte d'Artois. Le Duc de la Vauguyon fut désigné Gouverneur, premier Gentilhomme de la Chambre, Grand-Maître de la Garde-Robe et Surintendant de la Maison. L'ancien Évêque de Limoges devint Précepteur, et les Chevaliers de la Ferrières et de Beaujeu, ainsi que les Marquis de Sineti et de Fougieres, Sous-Gouverneurs. Les Abbés de Radonvilliers, de Mofrueges et Gaston furent nommés Sous-Précepteurs, et l'Abbé d'Argentré, Lecteur. Plusieurs gentilshommes, dont le Comte de Luppé, le Marquis de Montefquiou et le Marquis de Marbeuf, furent désignés Gentilshommes de la Manche.
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136
p. 123
« EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
Début :
EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Éducation chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
EMILE Chrétien , confacré à l'utilité
publique , rédigé par M. Formey , Auteur
du Philofophe Chrétien ; à Berlin ,
chez Jean Néaulme , 1764 ; quatre volumes
in-8°.
On fent que ces quatre Volumes de
M. Formey doivent fervir de préfervatif
contre la Doctrine de M. Rouf
feau de Genève , dans fon Traité de l'Éducation
. C'est tout à la fois , & une
réfutation du Livre de M. Rouffeau , &
un Traité d'Education Chrétienne . On
en trouve des Exemplaires chez de Saint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques ,
Temple du Goût. Et chez Robin , Libiaire
, rue des Cordeliers
publique , rédigé par M. Formey , Auteur
du Philofophe Chrétien ; à Berlin ,
chez Jean Néaulme , 1764 ; quatre volumes
in-8°.
On fent que ces quatre Volumes de
M. Formey doivent fervir de préfervatif
contre la Doctrine de M. Rouf
feau de Genève , dans fon Traité de l'Éducation
. C'est tout à la fois , & une
réfutation du Livre de M. Rouffeau , &
un Traité d'Education Chrétienne . On
en trouve des Exemplaires chez de Saint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais ,
& chez Duchefne , rue S. Jacques ,
Temple du Goût. Et chez Robin , Libiaire
, rue des Cordeliers
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Résumé : « EMILE Chrétien, consacré à l'utilité publique, rédigé par M. Formey, Auteur [...] »
L'ouvrage 'EMILE Chrétien, conféré à l'utilité publique' de M. Formey, publié en 1764 à Berlin, réfute la doctrine de Jean-Jacques Rousseau sur l'éducation. Composé de quatre volumes, il est disponible chez plusieurs libraires à Paris.
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137
p. 111-113
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
L'AMI des jeunes gens, avec cette épigraphe ; .... Petite [...]
Mots clefs :
Journée, Éducation, Jeunes gens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
L'AMI des jeunes gens , avec cette
épigraphe :
•
Petite hinc , juvenefque , fenefque
Finem animo certum , miferifque viatica canis.
Perf. Satyr. V. vers 64. 65.
Par M. G *** ; A Lille , chez Jean-
Baptifte Henri , Imprimeur - Libraire
fur la grand place ; & fe vend à Paris ,
112 MERCURE DE FRANCE.
chez Duchefne , rue S. Jacques ; 1764 , "
avec approbation & privilege ; 2 parties :
in-1 2.
il
Depuis le célebre ouvrage de l'Ami des
hommes , on a vu paroître fucceflivement
lAmi des femmes , l'Ami des filles , l'Ami
des arts , l'Ami de la paix , l'Ani de la
fortune , l'Ami des mufes , & enfin l'Ami
des jeunes gens , que nous annonçons.
L'Auteur ne fe pique pas de dire des
chofes nouvelles fur l'éducation de la jeuneffe
, qui fait l'objet de fon ouvrage ;
n'a pas balancé de prendre par- tout ce qu'il
a cru de plus propre à perfectionner fon;
fujet. Il fe fert quelquefois des mêmes:
expreffions dont les autres fe font fervis.
Platon , Xenophon , Ciceron , Séneque
Quintillien , Plutarque , Bacon
Loke
,
Montaigne , Fleury , Fenelon , Crouzas
Rollin , La Chalotais , Rouſſeau , &c , lui²
ont fourni quantité de matériaux. Il a dònné
à fon Livre la forme d'entretien , & ill
l'a divifé par journées , dont la première
préfente des confidérations fur nos devoirs.
On fait voir dans la feconde journée
combien l'éducation ordinaire eft défectueufe
, & les foins qu'on doit avoir de
former le corps des enfans. La troifiéme
traite de ce qu'on doit faire pour former
le coeur des jeunes gens. La quatriéme eft
و
JANVIER. 1765. H
intitulée de la culture de l'efprit. Les interlocuteurs
font l'Auteur , un Chevalier ,
une Comteffe , &c. La Scène fe paffe à la
campagne.
L'AMI des jeunes gens , avec cette
épigraphe :
•
Petite hinc , juvenefque , fenefque
Finem animo certum , miferifque viatica canis.
Perf. Satyr. V. vers 64. 65.
Par M. G *** ; A Lille , chez Jean-
Baptifte Henri , Imprimeur - Libraire
fur la grand place ; & fe vend à Paris ,
112 MERCURE DE FRANCE.
chez Duchefne , rue S. Jacques ; 1764 , "
avec approbation & privilege ; 2 parties :
in-1 2.
il
Depuis le célebre ouvrage de l'Ami des
hommes , on a vu paroître fucceflivement
lAmi des femmes , l'Ami des filles , l'Ami
des arts , l'Ami de la paix , l'Ani de la
fortune , l'Ami des mufes , & enfin l'Ami
des jeunes gens , que nous annonçons.
L'Auteur ne fe pique pas de dire des
chofes nouvelles fur l'éducation de la jeuneffe
, qui fait l'objet de fon ouvrage ;
n'a pas balancé de prendre par- tout ce qu'il
a cru de plus propre à perfectionner fon;
fujet. Il fe fert quelquefois des mêmes:
expreffions dont les autres fe font fervis.
Platon , Xenophon , Ciceron , Séneque
Quintillien , Plutarque , Bacon
Loke
,
Montaigne , Fleury , Fenelon , Crouzas
Rollin , La Chalotais , Rouſſeau , &c , lui²
ont fourni quantité de matériaux. Il a dònné
à fon Livre la forme d'entretien , & ill
l'a divifé par journées , dont la première
préfente des confidérations fur nos devoirs.
On fait voir dans la feconde journée
combien l'éducation ordinaire eft défectueufe
, & les foins qu'on doit avoir de
former le corps des enfans. La troifiéme
traite de ce qu'on doit faire pour former
le coeur des jeunes gens. La quatriéme eft
و
JANVIER. 1765. H
intitulée de la culture de l'efprit. Les interlocuteurs
font l'Auteur , un Chevalier ,
une Comteffe , &c. La Scène fe paffe à la
campagne.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le texte présente une annonce pour le livre 'L'AMI des jeunes gens', publié en 1764. Disponible à Lille chez Jean-Baptiste Henri et à Paris chez Duchefne, cet ouvrage a obtenu une approbation et un privilège. Il s'inscrit dans une série de publications similaires comme 'L'Ami des hommes' et 'L'Ami des femmes'. L'auteur ne revendique pas d'originalité mais compile des éléments issus de divers auteurs classiques tels que Platon, Sénèque, Montaigne et Rousseau. Le livre est structuré en dialogues répartis sur quatre journées. La première journée traite des devoirs, la deuxième critique l'éducation ordinaire et souligne l'importance de former le corps des enfants, la troisième se concentre sur la formation du cœur des jeunes, et la quatrième aborde la culture de l'esprit. Les personnages principaux sont l'auteur, un chevalier et une comtesse, et l'action se déroule à la campagne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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139
p. 128-129
« LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
Début :
LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...]
Mots clefs :
Éducation, M. Rousseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
LES Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genêve
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
, fur l'éducation ; avec cette épigraphe
:
Grandia verba ubi funt ? Si vir es , ecce nega
Mart. 1. 2. épigr.
D. J. C. B. A La Haye , & fe trouve à
Paris chez Durand , Libraire , rue Saint
Jacques , à la fageffe ; 1766 : un vol in - 12 .
On veut ôter à M. Rouffeau le mérite
de l'invention , & l'on prétend qu'il n'a
rien écrit qui ne foit des répétitions de
tout ce qui fe trouve dans les ouvrages
d'autrui . Nous ne vérifierons pas cette accu
fation , qui nous paroît trop vague & trop
étendue ; mais nous croyons que cette
force de ftyle , cette éloquence vive qui
caractérisent les écrits du Philofophe de
JANVIER 1766. 129
Genêve , eft un bien qu'on ne peut , ni
lui enlever , ni lui conteſter.
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Résumé : « LES Plagiats de M. J. J. Rousseau de Genêve, sur l'éducation ; avec cette épigraphe [...] »
En 1766, une publication accuse Jean-Jacques Rousseau, dit le 'Philosophe de Genève', de plagiat. Les accusations, jugées vagues et générales, proviennent de 'Les Plagiats de M. J. J. Rouffeau de Genève'. Le texte reconnaît cependant le style et l'éloquence distinctifs de Rousseau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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141
p. 78
AUTRE.
Début :
Lecteur, par mes talens connois mon excellence ; [...]
Mots clefs :
Précepteur
143
p. 90-96
Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Début :
Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature, ou abrégé de l'Histoire Naturelle [...]
Mots clefs :
Enfants, Auteur, Petit, Éducation physique, Froid, Nature, Chien, Histoire naturelle, Observations, Expérience, Âge, Mères
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature
, ou abrégé de l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge , à l'ufage
des pères & mères de famille , par M.
de Fourcroy , Confeiller du Roi au
Baillage de Clermont en Beauvoiſis .
Experientia , magifter artium.
Vol. in- 12 , petit format , à Paris ,
chez les Frères Etienne , rue St Jac-
: ques , à la vertu.
Ce bon Ouvrage eft divifé en deux
parties. La première contient tout ce qui
peut être regardé comme hiftorique dans
l'éducation phyfique des enfans. Tels
font la difcuffion des principes que l'Au
teur a adoptés , & de ceux qui l'ont été
par quelques Orthopédistes modernes ;
les objections , les réponſes , les exemples
& les obfervations qui en font une
fuite ; les anecdotes curieufes qui y font
NOVEMBRE. 1774. 91
"
"
1.
relatives , enfin les preuves les plus démonftratives
de la fupériorité de la méthode
de l'Auteur fur tout autre , pour
la confervation & la régénération de
l'efpèce humaine .
L'Auteur , dans la feconde partie
rapporte de fuite ce qu'il y a de plus effentiel
à favoir dans l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge pour la mère
qui les allaite , & pour le père qui ne dédaigne
pas de s'occuper de leur éducation
phyfique.
Ce n'eft point un fimple Théoricien
qui parle ici , c'eſt un Obſervateur attentif,
un père de famille qui a toujours interrogé
la Nature dans l'éducation phyfique
de fes enfans , & a joint aux épreuves
- qu'il a faites dans fa maiſon , celles qu'il
a pu recueillir au dehors. Si l'Auteur
admet quelquefois fur l'objet qu'il traite,
des obfervations publiées par les Naturaliftes
qui l'ont précédé , ce n'eft qu'après
avoir vérifié ces obfervations
par l'expérience
; ainfi l'on peut avoir la plus
grande confiance en cet abrégé pratique
de l'Hiftoire Naturelle de l'enfance .
f
Un des articles les plus effentiels de
l'éducation phyfique que l'Auteur prefcrit
pour l'enfance , eft le lavage à froid
de l'enfant nouveau- né. « Ce n'eft point
92 MERCURE DE FRANCE.
"
"
n
» dit-il , comme on le lit dans l'Emile de
» J.J. Rouſſeau , ni dans tous les Ouvrages
» modernes , où l'on a fuivi fes principes
» par degré & un thermomètre à la
» main , qu'il faut accoutumer les en-
» fans infenfiblement au lavage à froid.
» Tout cet appareil , de pure fiction ,
qui montre le peu de nerf de ceux
» qui l'ont imaginé , n'eft abfolument
» bon qu'à faire perdre un temps pré-
» cieux. Ces lavages tièdes , dont le
» propre eft d'affoiblir les enfans , font
» directement oppofés au bien qu'on a
» de lesfortifier , & c'eft dès le lendemain
» de leur naiflance qu'il faut y procéder
fans tant de myſtères , en les lavant à
froid, quelque temps qu'il faffle, & en
quelque faifon que ce foit. Si on con-
» tinue , au bout de quatre jours on com-
» mencera déjà à s'appercevoir du bien
» qu'on leur fait , & , qui plus eft , du
plaifir qu'ils y prennent. Il ne s'agit
» que d'avoir le courage d'effayer , & celui
de prolonger l'effai pendant ces
» quatre jours ; on fera bientôt convaincu
» des avantages de cette méthode . pourvu
qu'on y joigne les autres attentions
» que j'ai recommandées ».
"
"
"
39
»
39
L'Auteur ajoute dans une note qu'il a
lieu de foupçonner que le lavage d'eau
NOVEMBRE. 1774. 93
froid pourroit bien être également falutaire
dans le premier âge à quelques animaux
domestiques , quoique le froid
femble être oppofé au voeu de la Nature ,
dans leur éducation phyſique ; & c'eſt encore
, d'après l'expérience , que l'Auteur
fe croit bien fonde à porter ce jugement.
On lui avoit fait préfent , au mois de
Mars 1771 , d'un joli chien de chaffe
qui n'avoit que trois femaines , & qui
fortoit de deffous la mère . Il étoit gras
& très - bien portant ; cependant au bout
de huit jours qu'il fut chez lui , il le
trouva prodigieufement fondu , quoiqu'on
lui affurâ : qu'il mangeoit bien & qu'on
en avoir grand foin ; mais on lui dit en
même temps qu'il ne vouloit pas quitter
le coin du feu , & qu'il avoit toujours le
nez dans les tifons . Notre Obfervateur ,
perfuadé que l'action perpétuelle du feu
fur ce petit animal , étoit la véritable
caufe de fon defléchement , ordonna
qu'on le lavâr tous les matins dans un
feau d'eau fraîche , & qu'on le tint enfaite
en plein air , fans le fouffrir aucunement
à la cuifine. Il donna même une
attention fuivie à cette expérience , pour
s'affarer qu'elle étoit exécutée ponctuellement.
Son remède a eu l'effet qu'il s'en
étoit promis. Non feulement le petit
94 MERCURE DE FRANCE.
chien a été , fur trois réſervés de la portée,
le feul qui ne foit pas mort ; mais il a
acquis une telle force , qu'à un an il lui
falloit une chaîne, comme à un chien de
baffe- cour , pour le tenir à l'attache . Sa
gaieté ou plutôt fa folie a été au- deſſus
de ce qu'on peut imaginer , & il eft devenu
d'une taille prodigieufe , quoique
forti d'une affez petite race. M. de F. a
obfervé fur cet animal prefque tout ce
qui eft arrivé à fes enfans. Cet animal, a ,
comme eux , jetté fa gourme par la tête ,
où il a eu des galles & des puftules trèsabondantes
lors de la dentition . Enfin ,
M. de F. leur a trouvé , à beaucoup d'égards
, des rapports qui l'ont déterminé
à faire une feconde épreuve de même
nature fur un petit barbet , quoique ce
petit chien fût le troisième & le plus foible
de fa portée ; il a été auffi le feul qui ſe ſoit
élevé il a jetté , comme le précedent , fa
gourme par la tête , & a acquis la même
vigueur ; en un mot , il lui a été femblable
en tout ; l'on ne peut obtenir de fuccès
plus complet que celui que M. de
F. a eu dans l'éducation phyfique de ces
deux animaux ; enforte qu'il n'y a point
à douter qu'il ne convienne parfaitement
à leur efpèce. Au furplus , ces expériences
NOVEMBRE. 1774 95.
font très- faciles à renouveler ; & notre
Obfervateur invite les curieux à fe convaincre
par eux-mêmes de la vérité de
ces faits qui ne font pas indifférens , vu
les conféquences qu'on en peut tirer contre
les partifans de la chaleur , & contre
ces efprits ſyſtématiques, qui veulent que
nous apprenions des animaux comment
il faut élever nos enfans .
Nous avons rapporté ces épreuves de
l'Auteur , pour mieux faire connoître fon
efprit de recherches & d'obſervations . M.
de F. dans ce même écrit , fe joint à
ceux qui ont prefcrit aux femmes de
nourrir elles- mêmes leurs enfans. Il les
avertit de la conduite qu'il leur eſt avantageux
de tenir pendant leurs couches &
tout le temps qu'elles nourriffent. On
peut donc regarder cet écrit comme un
manuel commode pour les mères , dans
lequel l'Auteur , en leur mettant fous les
yeux un tableau fidèle de tous les états
fucceffifs de l'enfance , cherche à les prévenir
contre ces inquiétudes dangereufes
auxquelles elles fe livrent fouvent fans
raifon , dès que leur enfant crie un peu
fort , ou paroît éprouver quelque vive
douleur. Il leur indique d'ailleurs des
procédés fimples qui les feront réuffic
96 MERCURE DE FRANCE.
dans tout ce qu'elles voudront entreprendre
pour la meilleure éducation
phyfique de leurs enfans. M. de F. croit
même pouvoir avancer , que parmi les
mères qui voudront fuivre avec exactitude
la méthode qu'il a éprouvée fur
fes propres enfans , il y en aura bien
peu qui ne foient étonnées de leurs
fuccès.
, ou abrégé de l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge , à l'ufage
des pères & mères de famille , par M.
de Fourcroy , Confeiller du Roi au
Baillage de Clermont en Beauvoiſis .
Experientia , magifter artium.
Vol. in- 12 , petit format , à Paris ,
chez les Frères Etienne , rue St Jac-
: ques , à la vertu.
Ce bon Ouvrage eft divifé en deux
parties. La première contient tout ce qui
peut être regardé comme hiftorique dans
l'éducation phyfique des enfans. Tels
font la difcuffion des principes que l'Au
teur a adoptés , & de ceux qui l'ont été
par quelques Orthopédistes modernes ;
les objections , les réponſes , les exemples
& les obfervations qui en font une
fuite ; les anecdotes curieufes qui y font
NOVEMBRE. 1774. 91
"
"
1.
relatives , enfin les preuves les plus démonftratives
de la fupériorité de la méthode
de l'Auteur fur tout autre , pour
la confervation & la régénération de
l'efpèce humaine .
L'Auteur , dans la feconde partie
rapporte de fuite ce qu'il y a de plus effentiel
à favoir dans l'Hiftoire Naturelle
des enfans du premier âge pour la mère
qui les allaite , & pour le père qui ne dédaigne
pas de s'occuper de leur éducation
phyfique.
Ce n'eft point un fimple Théoricien
qui parle ici , c'eſt un Obſervateur attentif,
un père de famille qui a toujours interrogé
la Nature dans l'éducation phyfique
de fes enfans , & a joint aux épreuves
- qu'il a faites dans fa maiſon , celles qu'il
a pu recueillir au dehors. Si l'Auteur
admet quelquefois fur l'objet qu'il traite,
des obfervations publiées par les Naturaliftes
qui l'ont précédé , ce n'eft qu'après
avoir vérifié ces obfervations
par l'expérience
; ainfi l'on peut avoir la plus
grande confiance en cet abrégé pratique
de l'Hiftoire Naturelle de l'enfance .
f
Un des articles les plus effentiels de
l'éducation phyfique que l'Auteur prefcrit
pour l'enfance , eft le lavage à froid
de l'enfant nouveau- né. « Ce n'eft point
92 MERCURE DE FRANCE.
"
"
n
» dit-il , comme on le lit dans l'Emile de
» J.J. Rouſſeau , ni dans tous les Ouvrages
» modernes , où l'on a fuivi fes principes
» par degré & un thermomètre à la
» main , qu'il faut accoutumer les en-
» fans infenfiblement au lavage à froid.
» Tout cet appareil , de pure fiction ,
qui montre le peu de nerf de ceux
» qui l'ont imaginé , n'eft abfolument
» bon qu'à faire perdre un temps pré-
» cieux. Ces lavages tièdes , dont le
» propre eft d'affoiblir les enfans , font
» directement oppofés au bien qu'on a
» de lesfortifier , & c'eft dès le lendemain
» de leur naiflance qu'il faut y procéder
fans tant de myſtères , en les lavant à
froid, quelque temps qu'il faffle, & en
quelque faifon que ce foit. Si on con-
» tinue , au bout de quatre jours on com-
» mencera déjà à s'appercevoir du bien
» qu'on leur fait , & , qui plus eft , du
plaifir qu'ils y prennent. Il ne s'agit
» que d'avoir le courage d'effayer , & celui
de prolonger l'effai pendant ces
» quatre jours ; on fera bientôt convaincu
» des avantages de cette méthode . pourvu
qu'on y joigne les autres attentions
» que j'ai recommandées ».
"
"
"
39
»
39
L'Auteur ajoute dans une note qu'il a
lieu de foupçonner que le lavage d'eau
NOVEMBRE. 1774. 93
froid pourroit bien être également falutaire
dans le premier âge à quelques animaux
domestiques , quoique le froid
femble être oppofé au voeu de la Nature ,
dans leur éducation phyſique ; & c'eſt encore
, d'après l'expérience , que l'Auteur
fe croit bien fonde à porter ce jugement.
On lui avoit fait préfent , au mois de
Mars 1771 , d'un joli chien de chaffe
qui n'avoit que trois femaines , & qui
fortoit de deffous la mère . Il étoit gras
& très - bien portant ; cependant au bout
de huit jours qu'il fut chez lui , il le
trouva prodigieufement fondu , quoiqu'on
lui affurâ : qu'il mangeoit bien & qu'on
en avoir grand foin ; mais on lui dit en
même temps qu'il ne vouloit pas quitter
le coin du feu , & qu'il avoit toujours le
nez dans les tifons . Notre Obfervateur ,
perfuadé que l'action perpétuelle du feu
fur ce petit animal , étoit la véritable
caufe de fon defléchement , ordonna
qu'on le lavâr tous les matins dans un
feau d'eau fraîche , & qu'on le tint enfaite
en plein air , fans le fouffrir aucunement
à la cuifine. Il donna même une
attention fuivie à cette expérience , pour
s'affarer qu'elle étoit exécutée ponctuellement.
Son remède a eu l'effet qu'il s'en
étoit promis. Non feulement le petit
94 MERCURE DE FRANCE.
chien a été , fur trois réſervés de la portée,
le feul qui ne foit pas mort ; mais il a
acquis une telle force , qu'à un an il lui
falloit une chaîne, comme à un chien de
baffe- cour , pour le tenir à l'attache . Sa
gaieté ou plutôt fa folie a été au- deſſus
de ce qu'on peut imaginer , & il eft devenu
d'une taille prodigieufe , quoique
forti d'une affez petite race. M. de F. a
obfervé fur cet animal prefque tout ce
qui eft arrivé à fes enfans. Cet animal, a ,
comme eux , jetté fa gourme par la tête ,
où il a eu des galles & des puftules trèsabondantes
lors de la dentition . Enfin ,
M. de F. leur a trouvé , à beaucoup d'égards
, des rapports qui l'ont déterminé
à faire une feconde épreuve de même
nature fur un petit barbet , quoique ce
petit chien fût le troisième & le plus foible
de fa portée ; il a été auffi le feul qui ſe ſoit
élevé il a jetté , comme le précedent , fa
gourme par la tête , & a acquis la même
vigueur ; en un mot , il lui a été femblable
en tout ; l'on ne peut obtenir de fuccès
plus complet que celui que M. de
F. a eu dans l'éducation phyfique de ces
deux animaux ; enforte qu'il n'y a point
à douter qu'il ne convienne parfaitement
à leur efpèce. Au furplus , ces expériences
NOVEMBRE. 1774 95.
font très- faciles à renouveler ; & notre
Obfervateur invite les curieux à fe convaincre
par eux-mêmes de la vérité de
ces faits qui ne font pas indifférens , vu
les conféquences qu'on en peut tirer contre
les partifans de la chaleur , & contre
ces efprits ſyſtématiques, qui veulent que
nous apprenions des animaux comment
il faut élever nos enfans .
Nous avons rapporté ces épreuves de
l'Auteur , pour mieux faire connoître fon
efprit de recherches & d'obſervations . M.
de F. dans ce même écrit , fe joint à
ceux qui ont prefcrit aux femmes de
nourrir elles- mêmes leurs enfans. Il les
avertit de la conduite qu'il leur eſt avantageux
de tenir pendant leurs couches &
tout le temps qu'elles nourriffent. On
peut donc regarder cet écrit comme un
manuel commode pour les mères , dans
lequel l'Auteur , en leur mettant fous les
yeux un tableau fidèle de tous les états
fucceffifs de l'enfance , cherche à les prévenir
contre ces inquiétudes dangereufes
auxquelles elles fe livrent fouvent fans
raifon , dès que leur enfant crie un peu
fort , ou paroît éprouver quelque vive
douleur. Il leur indique d'ailleurs des
procédés fimples qui les feront réuffic
96 MERCURE DE FRANCE.
dans tout ce qu'elles voudront entreprendre
pour la meilleure éducation
phyfique de leurs enfans. M. de F. croit
même pouvoir avancer , que parmi les
mères qui voudront fuivre avec exactitude
la méthode qu'il a éprouvée fur
fes propres enfans , il y en aura bien
peu qui ne foient étonnées de leurs
fuccès.
Fermer
Résumé : Les enfans élevés selon l'ordre de la Nature [titre d'après la table]
Le texte présente 'Les enfans élevés dans l'ordre de la Nature', un ouvrage de M. de Fourcroy, conseiller du roi au Bailliage de Clermont en Beauvoisis. Cet ouvrage est divisé en deux parties. La première partie traite de l'éducation physique des enfants, en s'appuyant sur les principes de l'auteur et des orthopédistes modernes, illustrés par des anecdotes et des preuves. La seconde partie fournit des informations sur l'histoire naturelle des jeunes enfants, destinées aux parents. M. de Fourcroy, en tant qu'observateur attentif et père de famille, base ses recommandations sur des expériences personnelles et des observations vérifiées. Il préconise le lavage à froid des nouveau-nés, contrairement aux méthodes tièdes prônées par Jean-Jacques Rousseau et d'autres auteurs modernes. Selon lui, cette pratique renforce les enfants et leur procure du plaisir après quelques jours. Cette méthode serait également bénéfique pour certains animaux domestiques, comme le montre l'amélioration de la santé et de la vigueur d'un chien de chasse et d'un barbet après des bains à l'eau froide et une exposition à l'air frais. L'ouvrage invite les lecteurs à vérifier les faits exposés, pertinents pour les partisans de la chaleur et ceux qui apprennent des méthodes d'élevage des enfants auprès des animaux. M. de Fourcroy encourage les mères à allaiter leurs enfants elles-mêmes et fournit des conseils sur la conduite à adopter pendant l'accouchement et l'allaitement. Il vise à apaiser les inquiétudes maternelles face aux pleurs ou douleurs des enfants et propose des méthodes simples pour une éducation physique optimale. Les mères suivant sa méthode éprouvée obtiendraient des résultats positifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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144
p. 93-99
Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur l'Education, prononcés au Collége Royal de Rouen, suivis de [...]
Mots clefs :
Éducation, Lois, Élève, Mémoire, Dieu, Discours, Réflexions, Professeur, Jean-Jacques Rousseau, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Difcours fur l'Education , prononcés au
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
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Résumé : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Discours sur l'Éducation' de M. Auger, professeur d'éloquence au Collège de Rouen et membre de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen, vise à guider les parents dans l'éducation de leurs enfants. M. Auger s'inspire de divers auteurs, dont Jean-Jacques Rousseau, dont il apprécie l'œuvre 'Émile'. Rousseau préconise une éducation lacédémonienne axée sur le renforcement physique et l'apprentissage par la conversation. Cependant, M. Auger recommande de développer la mémoire des jeunes élèves dès leur plus jeune âge avec des sujets agréables et utiles, et d'enseigner tôt les principes religieux, contrairement à Rousseau. M. Auger met en avant l'importance de l'autonomie des élèves, capables de travailler seuls et de surmonter les obstacles sans aide extérieure. Il critique l'idée de n'instruire les enfants que par la conversation, estimant nécessaire de remplir leur mémoire de mots, de faits et d'idées dès le jeune âge pour faciliter l'application de l'esprit plus tard. Le texte aborde également la figure du souverain, dont le pouvoir repose sur les lois et l'amour de ses sujets. Les lois sont essentielles pour affirmer la puissance souveraine, et les princes rares sont ceux qui cherchent à les détruire. La corruption des lois provient souvent des sujets, certains voulant s'y soustraire, d'autres aspirant à dominer par leur biais. Pour que les lois soient respectées, il est crucial d'honorer les ministres et les compagnies utiles, comparées à des chaînes solides attachées au trône, unissant toutes les parties d'un vaste empire et liant les membres du corps politique au souverain. Le texte inclut aussi des extraits sur divers plans d'éducation, notamment ceux de Platon, des anciens Perses et de l'institution lacédémonienne, ainsi que des réflexions sur l'amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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145
p. 119-124
Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
Début :
Essai historique & moral sur l'Education Françoise ; par M. de Bury. [...]
Mots clefs :
Éducation, Turenne, Histoire, Richard de Bury, Morale, Officier, Compagnie, Conduite, Jeunes gens, Anecdotes
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texteReconnaissance textuelle : Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
Effai hiftorique & moral fur l'Education
Françoife ; par M. de Bury.
Dic fapientia foror mea es,
voca amicam tuam.
prudentiam
PROV, cap. VII . verf. 4.
20 MERCURE DE FRANCE.
Dites à la fageffe , vous êtes ma four , & à
la prudence , vous êtes ma bien-aimée ».
Volume in- 12 . de 507 pages ; prix 3
liv. relié . A Paris , chez G. Defprez ,
Impr. rue S. Jacques.
L'Auteur trace un plan d'éducation
qu'il divife en trois parties. La première
regarde l'éducation de la jeuneſſe dans
les Penfions ; la feconde a pour objet
fon éducation dans les Colléges . Les
jeunes gens quittent ordinairement , à
l'âge de feize ou dix- fept ans , cette
feconde éducation , pour entrer dans le
monde ; & c'est alors qu'ils ont le plus
befoin de confeils , d'inftructions , &
d'un guide fûr & fidèle . C'eft auffi à
cette troisième époque de l'éducation
que M. de Bury donne toute fon attention.
Il indique les connoiffances néceffaires
à cet âge . Il ne fait cependant point
mention de l'hiftoire naturelle ; & lorfqu'il
parle de la phyfique , c'est pour
détourner les jeunes gens de s'y appliquer.
Quelle fcience cependant plus capable
de les intéreffer & de les inftruire ,
que celle qui , par des expériences curieufes
AVRIL 1777. 121
1
fes & variées , parle continuellement aux
fens ? L'Auteur infifte principalement fur
l'étude de la Religion , de l'Hiftoire &
de la Morale , dont il enfeigne les préceptes
, qu'il a foin , le plus fouvent ,
d'appuyer fur des traits d'hiſtoire ou fur
des faits connus. On pourroit donc regarder
fon Ouvrage comme un Cours
de morale pratique. L'Auteur , à l'article
Duel , blâme , avec raifon , cette politeffe
mal entendue qui nous empêche de dire
un homme qu'il a tort , lorfqu'il l'a
effectivement. Ün Officier , dont M. de
Bury rapporte le trait fuivant , ne penfoit
point ainfi . «Un jour douze perfonnes
avoient dîné enfemble dans une
honnête maiſon ; après le repas on propofa
de jouer , & l'on fit deux parties
différentes , dans l'une defquelles il s'éleva
entre deux Officiers une difpute , fuivie
de quelques propos affez durs . Les autres
perfonnes préfentes s'emprefsèrent de
Pappaifer , en difant aux conteftans
felon la méthode ordinaire , qu'ils avoient
tort tous les deux . Ceux - ci cependant
commençoient à s'échauffer , lorfqu'un
autre Officier de la compagnie , homme
de tête , très-fage & très - fenfé , fut à la
porte de la falle , ferma la ferrure à
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
double tour , & mit la clef dans fa poches
Enfuite fe tournant vers la compagnie ,
il dit ; Perfonne ne fortira d'ici , qu'après
que ces Mellieurs fe feront accommodés.
Il faut que celui qui eft auteur de la ques
-relle , commence ( car c'est lui qui à le
premier tort ) à faire excufe à l'autre de
ce qu'il lui a dits que celui qui fe croit
attaqué , reçoive l'excufe , & témoigne
qu'il eft fâché d'avoir relevé avec trop
de hauteur , l'infulte qu'il croit qu'on
lui a faite , & qu'enfuite ces deux Mef
fieurs s'embraffent , & promettent de ne
fe rien demander davantage. S'ils.refufent
de le faire , j'en porterai mes plain
tes à Meffieurs les Maréchaux de France ,
& je les prierai de donner leurs ordres
pour empêcher un duel entre ces Meffeurs.
La conduite de cet Officier fuc
fort approuvée. La compagnie engagea
les deux conteftans à fe faire des excufes
refpectives, & ils s'embrassèrent
On aime à voir un Héros donner , au
milieu de la fociété & dans fon domeftique
, des exemples de douceur & de
modération , « M. de Turenne regardoit
» un matin par fa fenêtre en déshabillé
vêtu d'une fimple camifole; un de fes
» Domeſtiques vint par derrière, & lai
AVRIL 1777. D23
-1
donna un grand coup fur le dos. M.
» de Turenne s'étant tetourné , le Do-
❤meftique lui demanda pardon , & lai
dit : Monfeigneur, j'ai cru que vous
➡ étiez un tel, mon camarade. Et quand
wc'eût été lui , répliqua M. de Turenne ,
"falloit il frapper fi fort ? » On eſt
un peu fâché que l'Auteur n'ait pas
tranſcrit cette anecdote comme elle fe
trouve dans un Ouvrage très -connu. Un
jour d'été , qu'il faifoit chaud , y eft il
dit , le Vicomte de Turenne , en petite
vefte blanche & en bonnet , étoit à fa
fenêtre dans fon anti-chambre . Un de
fes gens furvient, &, trompé par l'habillement
, le prend pour l'Aide de cuifine ,
avec lequel ce Domestique étoit familier,
Il s'approche doucement par derrière
& d'une main qui n'étoit pas légère , lui
applique un grand coup fur les feffes.
L'homme frappé , ſe retourne à l'inſtant .
Le Valet voit en tremblant le vifage de
fon Maître. Il fe jette à fes genoux tout
éperdu : Monfeigneur , j'ai cru que c'étoit
George. Et quand c'eût été George
s'écrit Turenne en fe frottant le derrière ,
il ne falloit pas frapper fi fort.
Nous ne citerons point d'autres anecdotes
, parce qu'elles ont fouvent été
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rapportées , & parce que l'Auteur , `en
voulant les raconter à fa manière , en a
fouvent altéré ces traits naïfs & originaux
qui les rendoient plus piquantes .
Mais nous applaudirons à fa méthode
d'appuyer les préceptes d'une morale
ardinairement sèche & rebutante , fur
des faits hiftoriques , agréables & intẻ-
reffans. L'Auteur , dans plufieurs endroits
de fon Ouvrage , donne aux Inftituteurs
des confeils généraux fur la conduite
qu'ils doivent tenir pour enfeigner l'hiftoire
à la jeuneffe. Il leur trace même un
plan de cette conduite dans la partie de
fon Effai qui a pour titre : Inftruction fur
L'étude de l'Hiftoire. Cette inftruction eft
fuivie d'une differtation fur l'ordre de
l'ancienne Chevalerie , & fur l'éducation
que les pères & mères faifoient alors
donner à leurs enfans.
Françoife ; par M. de Bury.
Dic fapientia foror mea es,
voca amicam tuam.
prudentiam
PROV, cap. VII . verf. 4.
20 MERCURE DE FRANCE.
Dites à la fageffe , vous êtes ma four , & à
la prudence , vous êtes ma bien-aimée ».
Volume in- 12 . de 507 pages ; prix 3
liv. relié . A Paris , chez G. Defprez ,
Impr. rue S. Jacques.
L'Auteur trace un plan d'éducation
qu'il divife en trois parties. La première
regarde l'éducation de la jeuneſſe dans
les Penfions ; la feconde a pour objet
fon éducation dans les Colléges . Les
jeunes gens quittent ordinairement , à
l'âge de feize ou dix- fept ans , cette
feconde éducation , pour entrer dans le
monde ; & c'est alors qu'ils ont le plus
befoin de confeils , d'inftructions , &
d'un guide fûr & fidèle . C'eft auffi à
cette troisième époque de l'éducation
que M. de Bury donne toute fon attention.
Il indique les connoiffances néceffaires
à cet âge . Il ne fait cependant point
mention de l'hiftoire naturelle ; & lorfqu'il
parle de la phyfique , c'est pour
détourner les jeunes gens de s'y appliquer.
Quelle fcience cependant plus capable
de les intéreffer & de les inftruire ,
que celle qui , par des expériences curieufes
AVRIL 1777. 121
1
fes & variées , parle continuellement aux
fens ? L'Auteur infifte principalement fur
l'étude de la Religion , de l'Hiftoire &
de la Morale , dont il enfeigne les préceptes
, qu'il a foin , le plus fouvent ,
d'appuyer fur des traits d'hiſtoire ou fur
des faits connus. On pourroit donc regarder
fon Ouvrage comme un Cours
de morale pratique. L'Auteur , à l'article
Duel , blâme , avec raifon , cette politeffe
mal entendue qui nous empêche de dire
un homme qu'il a tort , lorfqu'il l'a
effectivement. Ün Officier , dont M. de
Bury rapporte le trait fuivant , ne penfoit
point ainfi . «Un jour douze perfonnes
avoient dîné enfemble dans une
honnête maiſon ; après le repas on propofa
de jouer , & l'on fit deux parties
différentes , dans l'une defquelles il s'éleva
entre deux Officiers une difpute , fuivie
de quelques propos affez durs . Les autres
perfonnes préfentes s'emprefsèrent de
Pappaifer , en difant aux conteftans
felon la méthode ordinaire , qu'ils avoient
tort tous les deux . Ceux - ci cependant
commençoient à s'échauffer , lorfqu'un
autre Officier de la compagnie , homme
de tête , très-fage & très - fenfé , fut à la
porte de la falle , ferma la ferrure à
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
double tour , & mit la clef dans fa poches
Enfuite fe tournant vers la compagnie ,
il dit ; Perfonne ne fortira d'ici , qu'après
que ces Mellieurs fe feront accommodés.
Il faut que celui qui eft auteur de la ques
-relle , commence ( car c'est lui qui à le
premier tort ) à faire excufe à l'autre de
ce qu'il lui a dits que celui qui fe croit
attaqué , reçoive l'excufe , & témoigne
qu'il eft fâché d'avoir relevé avec trop
de hauteur , l'infulte qu'il croit qu'on
lui a faite , & qu'enfuite ces deux Mef
fieurs s'embraffent , & promettent de ne
fe rien demander davantage. S'ils.refufent
de le faire , j'en porterai mes plain
tes à Meffieurs les Maréchaux de France ,
& je les prierai de donner leurs ordres
pour empêcher un duel entre ces Meffeurs.
La conduite de cet Officier fuc
fort approuvée. La compagnie engagea
les deux conteftans à fe faire des excufes
refpectives, & ils s'embrassèrent
On aime à voir un Héros donner , au
milieu de la fociété & dans fon domeftique
, des exemples de douceur & de
modération , « M. de Turenne regardoit
» un matin par fa fenêtre en déshabillé
vêtu d'une fimple camifole; un de fes
» Domeſtiques vint par derrière, & lai
AVRIL 1777. D23
-1
donna un grand coup fur le dos. M.
» de Turenne s'étant tetourné , le Do-
❤meftique lui demanda pardon , & lai
dit : Monfeigneur, j'ai cru que vous
➡ étiez un tel, mon camarade. Et quand
wc'eût été lui , répliqua M. de Turenne ,
"falloit il frapper fi fort ? » On eſt
un peu fâché que l'Auteur n'ait pas
tranſcrit cette anecdote comme elle fe
trouve dans un Ouvrage très -connu. Un
jour d'été , qu'il faifoit chaud , y eft il
dit , le Vicomte de Turenne , en petite
vefte blanche & en bonnet , étoit à fa
fenêtre dans fon anti-chambre . Un de
fes gens furvient, &, trompé par l'habillement
, le prend pour l'Aide de cuifine ,
avec lequel ce Domestique étoit familier,
Il s'approche doucement par derrière
& d'une main qui n'étoit pas légère , lui
applique un grand coup fur les feffes.
L'homme frappé , ſe retourne à l'inſtant .
Le Valet voit en tremblant le vifage de
fon Maître. Il fe jette à fes genoux tout
éperdu : Monfeigneur , j'ai cru que c'étoit
George. Et quand c'eût été George
s'écrit Turenne en fe frottant le derrière ,
il ne falloit pas frapper fi fort.
Nous ne citerons point d'autres anecdotes
, parce qu'elles ont fouvent été
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
rapportées , & parce que l'Auteur , `en
voulant les raconter à fa manière , en a
fouvent altéré ces traits naïfs & originaux
qui les rendoient plus piquantes .
Mais nous applaudirons à fa méthode
d'appuyer les préceptes d'une morale
ardinairement sèche & rebutante , fur
des faits hiftoriques , agréables & intẻ-
reffans. L'Auteur , dans plufieurs endroits
de fon Ouvrage , donne aux Inftituteurs
des confeils généraux fur la conduite
qu'ils doivent tenir pour enfeigner l'hiftoire
à la jeuneffe. Il leur trace même un
plan de cette conduite dans la partie de
fon Effai qui a pour titre : Inftruction fur
L'étude de l'Hiftoire. Cette inftruction eft
fuivie d'une differtation fur l'ordre de
l'ancienne Chevalerie , & fur l'éducation
que les pères & mères faifoient alors
donner à leurs enfans.
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Résumé : Essai sur l'éducation Françoise, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Essai historique & moral sur l'Éducation' de M. de Bury présente un plan d'éducation structuré en trois parties : l'éducation dans les pensions, celle dans les collèges, et l'éducation des jeunes gens lorsqu'ils entrent dans le monde à l'âge de seize ou dix-sept ans. Cette dernière phase est particulièrement soulignée par l'auteur, qui insiste sur l'importance des conseils et des instructions à cet âge. M. de Bury met en avant l'étude de la religion, de l'histoire et de la morale, qu'il illustre souvent par des exemples historiques ou des faits connus. Il critique la pratique des duels et prône la modération et la douceur. Pour appuyer ses propos, il utilise des anecdotes, telles que celle de l'officier qui résout un conflit par des excuses mutuelles et celle du vicomte de Turenne réagissant avec calme à une erreur de son domestique. L'auteur recommande aux instituteurs de rendre l'enseignement de l'histoire plus attrayant et intéressant en s'appuyant sur des faits historiques agréables et instructifs. Il fournit des conseils généraux sur la manière d'enseigner l'histoire et discute de l'ordre de l'ancienne chevalerie ainsi que de l'éducation des enfants à cette époque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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146
p. 7-28
DE J. J. ROUSSEAU.
Début :
Ce seroit une chose également curieuse & intéressante, de suivre, dans tout le [...]
Mots clefs :
Jean-Jacques Rousseau, Homme, Perfectibilité, Hommes, Discours, Lettres, Musique, Société, Paradoxe, Nature, Auteur, Livre, Droit, Vérité, Esprit, Idées, Force, Philosophie, Éloquence, Écrivain, Raison, Chaleur, Émile, Imagination, Sentiment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE J. J. ROUSSEAU.
DE J. J. ROUSSEAU.
CE SEROIT une chofe également curieuſe
& intéreffante , de fuivre , dans tout le
cours de la vie de Rouffeau , les rapports
de fon caractère avec fes Ouvrages , d'étu
dier à la fois l'homme & l'écrivain , d'obferver
à quel point l'humeur & la myfantropie
de l'un a pu influer fur le ftyle de
l'autre , & combien cette fenfibilité d'imagination
qui , dans la conduite , fait fi
fouvent reffembler l'homme à un enfant ,
fert à l'élever au- deffus des autres hommes
dans fes écrits. C'eft fous ce point de vue
que le Philofophe fe plaît à étudier les
perfonnages extraordinaires , & s'il préfère
cette recherche inftructive à la
pompe
menfongère du Panégyrique , ce n'eft pas
que la louange lui foit importune , c'eft que
la vérité lui eft chère. S'il veut être le juge
des hommes célèbres , ce n'eft pas pour en
être le détracteur ; c'eft pour apprendre à
connoître l'humanité , qu'il faut fur- tout
obferver dans ce qu'elle a produit de grand..
Ce n'eft pas par un fentiment d'orgueil ou
d'envie qu'il obferve les fautes & les foibleffes
, c'eft au contraire pour en montrer
la caufe & l'excufe ; & le réfultat de cet
examen , qui fait voir le bien & le mal ,
A iv
8 MERCURE
nés tous deux de la inême fource , eft une
leçon d'indulgence .
Mais quand on feroit sûr d'être exactement
inftruit des faits , & de ne rien don
ner à l'efprit de parti , ( deux conditions
indifpenfables pour toute efpèce de jugement
, & dont pourtant on s'embarraffe
fort peu , tant on eft preffé de juger ) il
ne faudroit pas encore choifir le moment
où l'on vient de perdre un Ecrivain célèbre
, pour foumettre fa mémoire à cet examen
philofophique , qui ne fépare point
la perfonne & les ouvrages. Le talent
comme on l'a dit ailleurs , n'eft jamais plus
intéreffant qu'au moment où il difparoît
pour toujours. Auparavant on fouffroit qu'il
fût déchiré pour l'amufement de la malignité
; à peine alors veut-on permettre qu'il
foit jugé pour l'inftruction ; & fi , pendant
la vie , les torts de l'homme nuifent à la
renommée de l'Écrivain , c'eft tout le contraire
après la mort : cette renommée
couvre tout de fon éclat , & la poftérité qui
jonit des écrits , prend fous fa protection
l'Auteur dont elle a recueilli l'héritage.
D'ailleurs , il faut l'avouer , ce fentiment
eft équitable. A l'inftant où l'homme fupérieur
nous eft enlevé par la mort , il
femble qu'on ne doit rien fentir que fa
perte. La tombe follicite l'indulgence en
infpirant la douleur , & il y a un temps
DE FRANCE. 2
à donner au deuil du Génie , avant de
fonger à le juger.
Bornons - nous donc à jeter un coup - d'oeil
rapide fur les productions du Citoyen de
Genève , devenu l'un des ornemens de la
Littérature françoife.
. Il commença tard à écrire , & ce fut
pour lui un avantage réel qu'il dut à des
circonftances malheureuſes. Condamné depuis
l'enfance à mener une vie pauvre , laborieufe
& agitée, il eut tout le tems d'exercer
fon efprit par l'étude , & fon coeur
par les paffions ; & l'un & l'autre débordoient
, pour ainfi dire , d'idées & de fentimens
, forfqu'il fe préfenta une occafion
de les répandre. Aufli parut- il riche , parce
qu'il avoit amaffé long- temps , & cette terre
qui étoit neuve n'en fut que plus féconde.
Communément on écrit trop tôt ; & , fi
l'on en excepte les ouvrages d'imagination ,
dans lefquels les effais font pardonnables
à la jeuneffe , comme les premières études
à un Peintre , il faudroit d'ailleurs étudier
lorfqu'on eft jeune , & compofer lorſqu'on
eft mûr. L'efprit des jeunes Auteurs n'eft
guères que de la mémoire ; leur jugement
n'eſt pas formé , & leur goût n'eft pas fûr.
Ils affoibliffent les idées d'autrui ou exagèrent
les leurs , parce qu'ils manquent également
de meſure & de choix. Auffi , tandis
qu'il eft affez commun de voir à cet
A v
101 MERCURE
âge du talent pour la poéfie , rien n'eft plus
rare que de voir un jeune homme en état
d'écrire une bonne page de profe.
Le premier ouvrage de Rouffeau eft ce
lui qu'il a le plus élégamment écrit, & c'eſt
le moins eftimable de tous. On fait qu'une
queftion fingulière , propofée par une Académie
, & qui peut-être n'auroit pas dû
l'être , donna lieu à ce fameux Difcours
qui commença la réputation de Rouffeau ,.
& qui ne prouvoit que le talent affez facile.
de mettre de l'efprit dans un paradoxe . Ce
Difcours , où l'on prétendoit que les arts
& les fciences avoient corrompu les incurs
n'étoit qu'un fophifme continuel , fondé fure
cet artifice ſi commun & fiaifé , de ne pré .
fenter qu'un côté des objets & de les mon
trer fous un faux jour. Il eft ridicule d'ima
giner que l'on puiffe corrompre fon âme
en cultivant fa raifon. Le principe d'erreut
qui règne dans tout le Difcours , confifte à
fuppofer que le progrès des arts & la cor
ruption des moeurs , qui vont ordinairement
enfemble , font l'un à l'autre comme lá
caufe eft à l'effet ..Point du tout. L'homme
neft point corrompu parce qu'il eft éclairés ;
mais quand il eft corrompu , il peut fe fer
vir , pour ajouter à fes vices , de ces mêmes
lumières qui pouvoient ajouter à fes vertus
La corruption vient à la fuite de la puif
fance & des richeffes , & la puiflance &c less
1
•
DE FRANCE.
richeffes produifent en même temps les
arts qui embelliffent la fociété . Or , il eft.
de la nature de l'homme d'ufer de fa force
en tout fens . Ainfi les moyens de dépravation
ont dû fe multiplier avec fes connoiffances
, comme la chaleur qui fait circuler
la fève , forme en même temps les
vapeurs qui font naître les orages. Ce fujet ,
ainfi confidéré , pouvoit être très - philoſophique.
Mais l'Auteur ne vouloit être que
fingulier. C'étoit le confeil que lui avoit
donné un Homme de Lettres célèbre , avec
lequel il étoit alors fort lié. Quel parti
prendrez-vous ? dit il au Génevois , qui alloit
compofer pour l'Académie de Dijon .
Celui des Lettres, dit Rouffeau : Non
o'eft le pont aux- ânes. Prenez le parti con
traire , & vous verrez quel bruit vous ferez
Il en fit beaucoup en effet. Il eut l'honneur
affez rare d'être d'abord réfuté par
un Souverain * ; enfuite il ent le bonheur
de trouver dans un Profeffeur de Nancy un
adverfaire très - mal-adroit : ainfi il lui arriva
ce qu'il y a de plus heureux dans une
mauvaife caufe ; fathèfe fut célèbre & mall
combattue. Il battit avec l'arme du ridicule
des Adverfaires qui avoient raifon de mauvaife
grâce. D'ailleurs , la difcuffion valoit
mieux que le difcours , & Rouffeau fee
* Le feu Roi de Pologne , Staniflas
A vjj
12 MERCURE
trouvoit dans fon élément , qui étoit la
controverfe. Il vint pourtant un dernier
Adverfaire , ( M. Bordes , de Lyon ) qui
défendit la vérité avec éloquence ; mais le
Public fit moins d'accueil à fes raiſons qu'aux
paradoxes de Rouleau. La même chofe arriva
depuis, lorfque deux excellens Ecrivains,
réfutèrent , d'une manière victorieufe , fa
· Lettrefur les Spectacles. Malgré tout leur mé
rite , fuffifamment prouvé d'ailleurs par tant
de titres reconnus , le Public, qui aime mieux
être amufé qu'inftruit, & remué que convaincu,
parut goûter plus les écarts & l'enthoufiafme
de Rouffeau, que la raifon fupérieure de
fes Adverfaires. En général, le paradoxe doit
avoir cette eſpèce de vogue , & entre les
mains d'un homme de talent , il offre de
grands attraits à la multitude ; d'abord celui
de la nouveauté ; enfuite il eft affez naturel
que l'Auteur à paradoxe mette plus de
chaleur & d'intérêt dans fa caufe , que n'en
peuvent mettre dans la leur ceux qui le
réfutent. On fe paffionne volontiers pour
T'opinion qu'on a créée ; on la défend comme
fon propre bien ; au - lieu que la vérité eft
à tout le monde.
Cependant , tel fut l'effet de la première
difpute de Rouffeau fur les Arts & les
Sciences , que cette opinion , qui d'abord
n'étoit pas la fienne , & qu'il n'avoit embraffée
que pour être extraordinaire , lui
devint
propre à force de la foutenir . Après
DE FRANCE. ་ 3
avoir commencé par écrire contre les Lettres
, il prit de l'humeur contre ceux qui les
cultivoient. Il étoit poffible qu'il eût déjà
contre eux un levain d'animofité & d'aigreur.
Ce premier fuccès , plus grand qu'il
ne l'avoit attendu , lui avoit fait fentir fa
force , qui ne fe développoit qu'après avoir
été vingt ans étouffée dans l'obfcurité &
la misère . Ces vingt ans paffés à n'être rien ,
pouvoient tourmenter alors fon amour- propre
dans fes premières jouiffances ; car pour
l'homme qui fe fent au- deffus des autres ,
c'eſt un fardeau , fans doute , que d'en être
long-temps méconnu . Rouffeau ne commen
çoit que bien tardà être à fa place , & peutêtre
eft- ce là le principe de cette efpèce de
mifantropie , qui depuis ne fit que s'accroître
& fe fortifier. Il fe fouvenoit ( & cette
anecdote eft auffi certaine qu'elle eft remar
quable ) que lorfqu'il étoit Commis chez
M. D*** , il ne dînoit pas à table le jour
que les Gens de Lettres s'y raffemblaient.
Ainfi , Rouffeau entroit dans le champ de
la Littérature , comme Marius rentroit dans
Rome, refpirant la vengeance , & fe fouvenant
des marais de Minturnes .
Le Difcours fur l'inégalité n'étoit encore
qu'une fuite & un développement de fes
premiers paradoxes , & de la haine qui fembloit
l'animer contre les Lettres & les Arts.
C'est là qu'il foutint cet étrange fophifme
14 MERCURE
que
que
bon
l'homme a contredit la nature en éterre
dant & perfectionnant l'ufage des facul
tés qu'il en a reçues. Cette affertion étoit
d'autant plus extraordinaire , que Rouffeau
lui-même avouoit que la perfectibilité étoit
la différence fpécifique qui diftinguoit l'hom
me des autres animaux. Après cet aveu
comment pouvoit- il avancer que l'homme
qui penfe eft un animal dépravé ? Il n'eft pas
que l'homme foit feul , dit l'Être Suprê
me , dans les livres de Moïfe . Rouſſeau eſt
d'un avis bien différent. Il prétend que
Fhomme a été rébelle à la nature , lorfqu'il
a commencé à vivre en fociété. Il prouve:
Très bien & très-éloquemment qu'en établif
fant de nouveaux rapports avec fes fembla
bles , l'homme s'eft fait de nouveaux be
foins , qui ontproduit de nouveaux crimes ;
mais il oublie que l'homme , en mêmetemps
, s'eft ouvert une fource de nouvelles
jouiffances & de nouvelles vertus. Il oublie
que l'homme ne vit nulle part feul , & que
dans les peuplades les plus ifolées & les
plus fauvages , il y a des rapports néceffaires
& inévitables, d'où il faudroit conclure
que ceux mêmes que nous appelons fauva+
ges , font comme nous hors de la nature..
Aufli eft- il forcé d'en convenir ; mais alors.
comment prouver que l'homme étoit eſſen--
tiellement né pour vivre feul Comment
prouver qu'un état , qui peut-être n'a jamais
DE FRANCE.
eu lieu ,, dont au moins nous n'avons ni
aucun exemple , ni aucune preuve , étoit
Vetar naturel de l'homme ? D'ailleurs , e
mor de nature , qui eft très - oratoire , eft:
très- peu philofophique. Il préfente à l'ima
gination ce qu'on veut , & il échappe trop
à la définition . Il n'eft pas fait pour être
employé lorsqu'on raiforine en rigueur , part
ce qu'alors on s'apperçoit que fon accept
tion eft vague , & que c'eft prefque tou
jours un fynonyme imparfait. Rouffeau ;.
frappé des vices & des malheurs de l'hom
me en fociété , imagina qu'il eût été meil
leur & plus heureux , qu'il eût mieux reme
pli fa deftination , fi la terre eût été couverte
d'individus ifolés. Il n'examine pas
même fi cette fuppofition eft dans l'ordre
des poflibles ; & , dans le fait , fi on l'examioit
, elle fe trouveroit évidemment ab
furde. Il n'examine pas fi l'homme ayant
une tendance irréfiftible à exercer plus ou
moins fes facultés , il eft poffible de mar
quer précisément les limites où cet exercice.
doit s'arrêter , pour n'être pas ce qu'il ap
pelle une dépravation, & f , preffe lui- même:
de tracer le modèle abfolu de l'homme dè :
la nature , il feroit bien sûr d'en venit
about. Rouffeau femble dire : le mal
» eft parmi les hommes : c'eft leur faute.
A
Pourquoi les hommes font-ils enfemble
• Certes , fi chacun étoit feul , il ne feroit,
16 MERCURE
n pas de mal à autrui ». Je demande fi
ce font là des idées raiſonñables ?
Il n'y a de rapine , de brigandage , de
violence , que parce qu'il y a des proprié
tés. Rouffeau , qui veut que ce foit toujours
l'homme qui ait tort , & jamais la
nature ( comme fi , philofophiquement parlant
, l'homme & tout ce qui eft de l'homme
n'étoit
pas dans la nature , c'est- à- dire ,
dans l'ordre effentiel des chofes ) Rouffeau
prétend que la propriété eft un droit de
convention. Certes d'eft un droit naturel >
ou jamais ce mot n'a eu de fens. Quand
il n'y auroit que deux hommes fur la
terre , & que l'un des deux , rencontrant
l'autre , voudroit lui ôter le fruit qu'il auroit
cueilli , le gibier qu'il auroit tué , &
peau de bêre qui le couvriroit , celui
qui défendroit fes propriétés , les défendroit
en vertu d'un droit très- naturel , antérieur
à toute police , & né feulement du
fens intime. Rouffeau démontre très bien
que de la propriété naiffent de très grands
maux ; mais il oublie ce qui eſt tout auffi
évident ,,
que s'il n'y avoit point de propriété
, il y auroit de bien plus grands maux
encore ; que non- feulement toute fociété
feroit diffoute , ce qui , à la vérité , ne ſeroit
pas un très grand mal dans fon fyftême
; mais que les hommes ne fe rencon
treroient plus que pour fe faire la guerre ,
la
DE FRANCE.
17
se qui eft juftement le mal qu'il voudroit
éviter.
Quelle est l'origine de tous ces paradoxes
infoutenables ? L'oubli d'une vérité trèsfimple
, à laquelle ne peuvent pas s'accoutumer
les imaginations ardentes , entêtées
de la chimère d'un optimifme poffible ,
mais à laquelle pourtant la réflexion ramène
toujours : c'eft que l'homme étant à la fois
effentiellement perfectible & effentiellement
imparfait, doit également être porté
à acquérir , & néceffité à abufer. S'il lui
étoit donné d'avoir quelque chofe d'incorruptible
, ce ne feroit plus une qualité humaine
, ce feroit un attribut de la divinité.
Il réfulte que , bien loin de vouloir remédier
à l'abus en détruifant l'ufage , il faut
au contraire effayer de réformer l'abus par
un ufage mieux entendu ; & c'eft l'ouvrage
de la vraie Philofophie , non celle qui égaroit
Rouffeau , lorfqu'il employoit tant
d'art & d'efprit à foutenir fes hypothèſes
brillantes & erronnées ; mais celle qui l'enflammoit
de l'amour du genre humain ,
lorfqu'il compofoit fon chef d'oeuvre d'Emile.
节
Lé monde est bien vieux , difent les
Phyficiens cela peut - être ; mais à confidérer
les révolutions que le globe a dû
éprouver , l'homme eft peut-être encore
bien neuf. A voir combien il y a peu de
48 MERCURE
temps qu'une partie des Nations connues,
eft fortie de la barbarie , combien crow
piffent encore dans l'ignorance ; combien
parmi celles mêmes qui ont fait le plus de
progrès , on s'eft peu occupé jufqu'ici des
moyens de rendre l'homme meilleur &
plus heureux ? On
peut croire que la Philofophie
a beaucoup à efpérer , parce qu'il
lui refte beaucoup à faire.
Au furplus , le Difcours fur l'inégalité,
quoique fondé fur un fyftême d'erreurs ,
comme le Difcours fur les Sciences , étoit
bien fupérieur à ce premier effai de l'Auteur.
Ici fe faifoit fentir une bien plus
grande force d'idées & de ftyle. Le morceau
fur la formation des Sociétés étoit
d'une tête penfante , & l'on appercevait
déjà ce mêlange d'une philofophie vigou
reufe & d'une éloquence entraînante , qui
depuis ont caractérifé les ouvrages de
Rouffeau. A la fuite d'un faux principe , il
amène une foule de vérités particulières ,
dont il porte le fentiment dans l'âme de
fes Lecteurs. En le lifant il faut s'embar
raffer peu du fond de la queftion , & faifir
toutes les beautés qui fe préfentent à l'ene
tour ; & ce feroit le lire comme il a écrit
s'il étoit vrai , comme on le lui a reproché
d'après fes premiers paradoxes , qu'en
effet il fe jouât de la vérité , & qu'il ne
fangeât qu'à faire briller fon efprit; mais
DE FRANCE.
fat peine à fuppofer dans un fi grand
Ecrivain ce défaut de bonne-foi qui diminueroit
trop le plaifir que j'ai à le lire. Il fe
peut qu'en effet l'amour de la fingularité
ait infué fur le choix de fes premières opimions
; mais il eft très- poffible qu'en les
foutenant , il s'y foit fincèrement attaché ,
& que la contradiction même n'ait fervi
qu'à l'y affermir. Pour les têtes auffi vives
que la fienne , s'échauffer , c'eft fe con
vaincre.
N'oublions pas que ce Difcours fur l'inégalité
, quoique fort au- deffus du Dif
cours für les fciences , ne fut point couronné.
Ce fur M. l'Abbé Talbert qui eut le Prix..
Je ne connois point fon ouvrage ; mais
fans vouloir lui rien difputer de fon mérite,
en lifant les Difcours qui lui ont valu des
couronnes dans les Académies de Province
, il eſt difficile de croire qu'il ait fait un
meilleur ouvrage que celui de Rouffeau.
La Lettre fur la Mufique avoit encore
pour bafe un paradoxe. Il y foutenoit que
les François ne pouvoient pas avoir de Mu
fique. Il donnoit en même- temps le Devin:
de Village , petit Drame plein de grâce &
de mélodie , qui , eut un fuccès prodigieux..
On a remarqué que le charme de cet ou
vrage naiffoit furtout de l'accord le plus par
fait entre les paroles & la mufique , accord
qui fembleroit ne pouvoir fe trouver auk
20
MERCURE
même degré que dans un Auteur qui , comme
Rouffeau, auroit conçu à la fois les vers
& le chant ; mais ceux qui favent que le fa
meux duo de Sylvain , l'un des beaux morceaux
d'expreflion dont notre Mufique
Théâtrale puiffe fe glorifier , n'eft pourtant
qu'une parodie , & que le Poëte travailla fur
des notes , ceux- là concevront qu'il eft poffible
que le Poëte & le Muficien n'aient qu'une
même âme , fans être réunis dans la même
perfonne.
1
Quoique la Lettre fur la Mufique eut le
défaut de porter tout à l'extrême ; quoi
que les compofitions de Duni , de Phili
dor , de Monfigni , les chef- d'oeuvres de
Grétri chantés dans toute l'Europe , &
admirés en Italie , & en dernier lieu les
Opéras de M. Gluk , aient réfuté le
fyftême de Rouffeau ; cependant cette
lettre que produifit la querelle des Bouffons
, contribua , ainfi qu'eux , à faire con
noître , en France , les principes de la bonne
Mufique , & les défauts de la nôtre . Elle
excita un grand foulèvement parmi les partifans
de l'Opéra François ; & l'animofité
fut pouffée jufqu'à ôter les entrées de ce
Spectacle à l'Auteur du Devin de Village ,
quoiqu'on n'en eût pas le droit. On fut
fur le point d'intéreffer le Gouvernement
dans la querelle ; & ne pouvant faire traiter
Rouffeau en criminel d'Etat , on le brûla
DE FRANCE. 21
du moins en effigie fur le Théâtre de l'Opéra
, & la haine applaudiffoit à ces farces ,
auffi indécentes que ridicules..
On fait qu'il compofa depuis un Diction
naire de Mufique , dans lequel il refondit
les articles qu'il avoit inférés ſur cette Science
, dans le grand ouvrage de l'Encyclopédie.
Il y prouve en plus d'un endroit que lorf
qu'on a du génie , on en peut mettre même
dans un livre élémentaire. A l'égard de fa
doctrine fur la Mufique Théâtrale , elle eſt
précisément l'oppofé de celle que veulent
introduire aujourd'hui de nouveaux Légiflateurs
, qui n'ont pas tout-à-fait les mêmes
droits ni la même autorité que lui . Il veut
abfolument faire régner fur le Théâtre ce
genre de Mufique qu'ils veulent reléguer
dans les Concerts . Il foutient d'un bout
à l'autre de fon livre , avec toute la cha
leur de la perfuafion intime , que la puif
fance de la Mufique réfide principalement
dans le chant régulier , dans la mélodie
des airs dramatiques . On a prétendu qu'il
s'étoit rétracté depuis ; mais ce qu'il a im
primé eft un peu plus fûr que ce qu'on
lui fait dire.
Après ces différentes excurfions , Rouf
feau parut vouloir raffembler fa Philofo
phie , fes querelles & fes amours dans
l'efpèce d'Ouvrage qu'on lit le plus , dans
Roman ; car en effet la Nouvelle Héloïfe
22 MERCURE
"
fembloit n'être qu'un prétexte pour réunir
dans un même cadre les lambeaux d'un
porte-feuille. Il eft vrai qu'il y en a de
bien précieux ; on yremarque des morceaux
de paflion & de philofophie également ad
mirables ; & M. de Voltaire , grand- maî
tre & grand connoiffeur en fait de pa
thétique , M. de Voltaire , qui ne regardoit
pas la Nouvelle Héloïfe comme un
bon livre , avoit diftingué plufieurs Lettres
qu'il eût voulu , difoit- il , en arracher. J'ai
dir ailleurs * ce que je penfois de cet ou
vrage , confidéré comme Roman. Il fut lu
ou plutôt dévoré avec une extrême avidité .
C'eft de tous ceux de l'Auteur celui qui eut
le plus de vogue , & qui prête le plus à
la critique. Le mariage de l'Héroïne eft
révoltant , le caractère de Mylord Edouard
eft une caricature , & fes amours enItalie
une énigme. La fatyre de l'Opéra de Paris ,
& furtout celle des femmes Françoiſes , eft
outrée , & tombe dans la déclamation.
L'ouvrage en lui - même eft un tout indi
gefte ; mais puifque fes défauts ne l'ont pas
fait oublier , fes beautés le feront vivre.
2
Emile eft d'un ordre plus élevé ; c'eſt- là ,
fur-tout , ( en mettant à part ce que le Chriſtianifme
peut y trouver de répréhenſible }
* Tome III des OEuvres de M. de là Harpe ,
Article des Romans.
DE FRANCE. 23
qu'il a mis le plus de véritable éloquence
& de bonne philofophie . Ce n'eft pas que
fon fyftême d'éducation foit praticable en
tour ; mais dans les diverfes fituations où
il place Emile , depuis l'enfance jufqu'à
la maturité, il donne d'excellentes leçons ,
& par-tout la morale eft en action & animée
de l'intérêt le plus touchant. Son ſtyle
n'eft nulle part plus beau que dans Emile.
Les Prêtres , qui avoient cru voir leur
ennemidans Rouſſeau , s'étoient bien trompés
, & ils s'en font apperçus depuis. Les
imaginations fenfibles font naturellement
religieufes, & Rouffeau l'a prouvé plus que
perfonne. Cette qualité domine dans tous
fes Ecrits. C'eft elle qui , dans la Nouvelle
Héloïfe , donne à l'appareil des cérémonies
& à la fainteté d'un Temple , tant de pouvoir
fur l'âme de Julie ; qui , dans la profeffion
de foi du Vicaire Savoyard , le
ramène fentiment à des mystères que
fa raifon ne peut admettre ; qui , dans tour
ce morceau , répand tant de charmes furles
confolations attachées aux idées d'un avenir.
par
Cette même fenfibilité femble éclairer
fa raifon & la rendre plus puiffante ,
lorfqu'il plaide dans ce même livre la cauſe
de l'enfance trop long-temps opprimée
parmi nous. Quoique j'aye déjà rendu témoignage
ailleurs aux obligations impor
tantes que nous lui avons à cet égard ,
24
MERCURE
je ne puis me refufer au plaifir de rappeler
ici un des titres qui doivent rendre la mémoire
chère & refpectable , & le placer:
parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Il ne
m'arrive jamais de rencontrer de ces enfans
, qui femblent d'autant plus aimables
qu'ils font plus heureux , que je ne béniſſe le
nom de Roulfeau, qui nous a procuré un des
plus doux afpects dont nous puiffions jouir ,;
celui de l'innocence & du bonheur. C'eſt
Rouffeau qui a délivré des plus ridicules
entraves & de la plus trifte contrainte , un
âge qui ne peut avoir toutes fes grâces que
lorfqu'il a toute liberté , & de qui l'on
peut dire ( avec les reftrictions convenables
qu'on peut lui laiffer tout faire , parce qu'il
ne peut pas nuire , & tout dire parce qu'il
ne peut pas tromper.
Emile caufa tous les malheurs de Rouffeau.
Il paroît que le plus fenfible de tous
fut la condamnation de fon livre , & celle
du Contrat Social , par le Confeil de Genève.
Bien des gens mettent ce Contrat,
Social au- deffus de tout ce qu'a fait Rouffeau
, pour la force de tête & la profonfondeur
des idées. Quoi qu'il en foit , ces
deux ouvrages parurent dangereux à la
République dont il étoit Citoyen , & Rouf
feau fe croyant injuftement outragé par fa
Patrie, qu'il fe flattoit , non fans fondement ,
d'avoir honorée, abdiqua fon droit de Bourgeoifie
,
DE FRANCE.
25
geoifie , & fon titre de Citoyen , vengeance
légitime & noble , & qui appartenoit à
un homme fupérieur. Il ne parut pas également
irréprochable , lorfqu'il publia dans
la fuite les Lettres de la Montagne , qui fomentèrent
les troubles de Genève , & aigrirent
des efprits déjà trop échauffés.
Son livre devint l'étendard de la difcorde,
& l'évangile des mécontents. On prétendit
qu'ayant renoncé à fa Patrie , il n'avoit
plus le droit de prendre parti dans les querelles
qui la divifoient. Mais cette interdiction
abfolue n'eft-elle pas un peu rigoureufe
? Si Rouffeau voyoit des vices effentiels
dans l'adminiftration de la République
fi fon livre pouvoit contribuer à la réformation
de l'État, étoit il coupable de l'avoir
publié ? La difcorde eftun mal , fans doute ;
mais quand elle doit produire la liberté
c'eft un mal néceffaire chez les peuples qui
ont le droit d'être libres. Rouffeau écouta
fans doute la vengeance qui l'animoit contre
ceux qui l'avoient condamné ; mais fi
en effet cette condamnation fut illégale ,
fi les Citoyens proteftèrent contre l'Arrêt
du Confeil , fi cet Arrêt & les Lettres de
la Montagne hâtèrent le moment d'une
révolution qui tendoit à améliorer le Gouvernement
, Rouffeau a fait un bien réel ,
& fes Lettres de la Montagne font alors
5 Octobre 1778.
B
26 MERCURE
l'ouvrage que les Genevois doivent le plus
aimer.
Je ne parlerai point de quelques autres
morceaux détachés fur l'imitation Théâtrale
, fur la Paix perpétuelle , fur l'économie
Politique ; d'une Lettre à M. de Voltaire
fur la Providence , &c. Il n'y a rien de ce
qu'a fait Rouffeau qui ne mérite d'être lu ,
& qui ne le foit avec plus ou moins de
plaifir,
Cet Ecrivain dût avoir , & il a encore
beaucoup d'enthoufiaftes parmi les femmes
& les jeunes gens , parce qu'il parle
beaucoup à l'imagination . Il eft jugé plus
févèrement par laraifon des hommes mûrs ;
mais fa place eft belle , même au jugement
de ces derniers, Il plaît aux femmes quoiqu'il
les ait fort maltraitées. Comme elles
ne le font guères que par des hommes trèspaffionnés
pour elles , le pardon eft dans la
faute même. Rouffeau , malgré les injures
qu'il leur dit , a près d'elles le premier de
de tous les mérites , celui de les aimer
& fatisfait le premier de leurs befoins
celui des émotions,
On a voulu comparer Rouffeau à Vol
taire , à qui l'on comparoit auffi , pendant
un temps , Crébillon , Piron & d'autres
Ecrivains. Celui à qui l'on oppoſe tous
les autres , eft inconteftablement le premier.
Laiffons- là cette manie trop commune ,
DE FRANCE.
27
de rapprocher des hommes qui n'ont aucunpoint
de contact. Laiffons Voltaire dans
une place qui fera long - temps unique :
contentons- nous de placer Rouffeau parmi
nos plus grands Profateurs. C'eft au temps ,
à la pofterité , à marquer le rang qu'il doit
occuper dans le petit nombre d'hommes
qui ont joint à une tête penfante une
imagination fenfible , & l'éloquence à la
philofophie.
Les deux Auteurs dont Rouffeau paroît
avoir le plus profité, font Sénèque & Montagne.
Il a quelquefois les tournures franches
& naïves de l'un, & l'ingénieufe abondance
de l'autre ; mais en général , ce qui
diftingue fon ftyle , c'eſt la chaleur & l'énergie
; cette chaleur véritable a fait une
foule de mauvais imitateurs, qui n'en avoient
que l'affectation & la grimace , & qui en
répétant fans ceffe ce mot devenu parafite ,
ne mettoient plus aucune différence entré
la déraifon & la chaleur ; & l'on ne fait
jufqu'où cet abus autoit été porté , fi l'on
n'en eût pas fait fentir le ridicule.
Rouffeau a compofé les mémoires de
fa vie. Beaucoup de gens en ont entendu
la lecture. On dit que plufieurs perfonnes
y font maltraitées ; mais pas une autant que
lui. I fe peut que l'on mette à avouer fes
fautes , l'amour- propre que l'on met communément
à les diffimuler , & médire de
Bij
28 MERCURE
foi eft encore une manière d'être extraordinaire
, concevable dans un homme qui a
voulu être fingulier.
CE SEROIT une chofe également curieuſe
& intéreffante , de fuivre , dans tout le
cours de la vie de Rouffeau , les rapports
de fon caractère avec fes Ouvrages , d'étu
dier à la fois l'homme & l'écrivain , d'obferver
à quel point l'humeur & la myfantropie
de l'un a pu influer fur le ftyle de
l'autre , & combien cette fenfibilité d'imagination
qui , dans la conduite , fait fi
fouvent reffembler l'homme à un enfant ,
fert à l'élever au- deffus des autres hommes
dans fes écrits. C'eft fous ce point de vue
que le Philofophe fe plaît à étudier les
perfonnages extraordinaires , & s'il préfère
cette recherche inftructive à la
pompe
menfongère du Panégyrique , ce n'eft pas
que la louange lui foit importune , c'eft que
la vérité lui eft chère. S'il veut être le juge
des hommes célèbres , ce n'eft pas pour en
être le détracteur ; c'eft pour apprendre à
connoître l'humanité , qu'il faut fur- tout
obferver dans ce qu'elle a produit de grand..
Ce n'eft pas par un fentiment d'orgueil ou
d'envie qu'il obferve les fautes & les foibleffes
, c'eft au contraire pour en montrer
la caufe & l'excufe ; & le réfultat de cet
examen , qui fait voir le bien & le mal ,
A iv
8 MERCURE
nés tous deux de la inême fource , eft une
leçon d'indulgence .
Mais quand on feroit sûr d'être exactement
inftruit des faits , & de ne rien don
ner à l'efprit de parti , ( deux conditions
indifpenfables pour toute efpèce de jugement
, & dont pourtant on s'embarraffe
fort peu , tant on eft preffé de juger ) il
ne faudroit pas encore choifir le moment
où l'on vient de perdre un Ecrivain célèbre
, pour foumettre fa mémoire à cet examen
philofophique , qui ne fépare point
la perfonne & les ouvrages. Le talent
comme on l'a dit ailleurs , n'eft jamais plus
intéreffant qu'au moment où il difparoît
pour toujours. Auparavant on fouffroit qu'il
fût déchiré pour l'amufement de la malignité
; à peine alors veut-on permettre qu'il
foit jugé pour l'inftruction ; & fi , pendant
la vie , les torts de l'homme nuifent à la
renommée de l'Écrivain , c'eft tout le contraire
après la mort : cette renommée
couvre tout de fon éclat , & la poftérité qui
jonit des écrits , prend fous fa protection
l'Auteur dont elle a recueilli l'héritage.
D'ailleurs , il faut l'avouer , ce fentiment
eft équitable. A l'inftant où l'homme fupérieur
nous eft enlevé par la mort , il
femble qu'on ne doit rien fentir que fa
perte. La tombe follicite l'indulgence en
infpirant la douleur , & il y a un temps
DE FRANCE. 2
à donner au deuil du Génie , avant de
fonger à le juger.
Bornons - nous donc à jeter un coup - d'oeil
rapide fur les productions du Citoyen de
Genève , devenu l'un des ornemens de la
Littérature françoife.
. Il commença tard à écrire , & ce fut
pour lui un avantage réel qu'il dut à des
circonftances malheureuſes. Condamné depuis
l'enfance à mener une vie pauvre , laborieufe
& agitée, il eut tout le tems d'exercer
fon efprit par l'étude , & fon coeur
par les paffions ; & l'un & l'autre débordoient
, pour ainfi dire , d'idées & de fentimens
, forfqu'il fe préfenta une occafion
de les répandre. Aufli parut- il riche , parce
qu'il avoit amaffé long- temps , & cette terre
qui étoit neuve n'en fut que plus féconde.
Communément on écrit trop tôt ; & , fi
l'on en excepte les ouvrages d'imagination ,
dans lefquels les effais font pardonnables
à la jeuneffe , comme les premières études
à un Peintre , il faudroit d'ailleurs étudier
lorfqu'on eft jeune , & compofer lorſqu'on
eft mûr. L'efprit des jeunes Auteurs n'eft
guères que de la mémoire ; leur jugement
n'eſt pas formé , & leur goût n'eft pas fûr.
Ils affoibliffent les idées d'autrui ou exagèrent
les leurs , parce qu'ils manquent également
de meſure & de choix. Auffi , tandis
qu'il eft affez commun de voir à cet
A v
101 MERCURE
âge du talent pour la poéfie , rien n'eft plus
rare que de voir un jeune homme en état
d'écrire une bonne page de profe.
Le premier ouvrage de Rouffeau eft ce
lui qu'il a le plus élégamment écrit, & c'eſt
le moins eftimable de tous. On fait qu'une
queftion fingulière , propofée par une Académie
, & qui peut-être n'auroit pas dû
l'être , donna lieu à ce fameux Difcours
qui commença la réputation de Rouffeau ,.
& qui ne prouvoit que le talent affez facile.
de mettre de l'efprit dans un paradoxe . Ce
Difcours , où l'on prétendoit que les arts
& les fciences avoient corrompu les incurs
n'étoit qu'un fophifme continuel , fondé fure
cet artifice ſi commun & fiaifé , de ne pré .
fenter qu'un côté des objets & de les mon
trer fous un faux jour. Il eft ridicule d'ima
giner que l'on puiffe corrompre fon âme
en cultivant fa raifon. Le principe d'erreut
qui règne dans tout le Difcours , confifte à
fuppofer que le progrès des arts & la cor
ruption des moeurs , qui vont ordinairement
enfemble , font l'un à l'autre comme lá
caufe eft à l'effet ..Point du tout. L'homme
neft point corrompu parce qu'il eft éclairés ;
mais quand il eft corrompu , il peut fe fer
vir , pour ajouter à fes vices , de ces mêmes
lumières qui pouvoient ajouter à fes vertus
La corruption vient à la fuite de la puif
fance & des richeffes , & la puiflance &c less
1
•
DE FRANCE.
richeffes produifent en même temps les
arts qui embelliffent la fociété . Or , il eft.
de la nature de l'homme d'ufer de fa force
en tout fens . Ainfi les moyens de dépravation
ont dû fe multiplier avec fes connoiffances
, comme la chaleur qui fait circuler
la fève , forme en même temps les
vapeurs qui font naître les orages. Ce fujet ,
ainfi confidéré , pouvoit être très - philoſophique.
Mais l'Auteur ne vouloit être que
fingulier. C'étoit le confeil que lui avoit
donné un Homme de Lettres célèbre , avec
lequel il étoit alors fort lié. Quel parti
prendrez-vous ? dit il au Génevois , qui alloit
compofer pour l'Académie de Dijon .
Celui des Lettres, dit Rouffeau : Non
o'eft le pont aux- ânes. Prenez le parti con
traire , & vous verrez quel bruit vous ferez
Il en fit beaucoup en effet. Il eut l'honneur
affez rare d'être d'abord réfuté par
un Souverain * ; enfuite il ent le bonheur
de trouver dans un Profeffeur de Nancy un
adverfaire très - mal-adroit : ainfi il lui arriva
ce qu'il y a de plus heureux dans une
mauvaife caufe ; fathèfe fut célèbre & mall
combattue. Il battit avec l'arme du ridicule
des Adverfaires qui avoient raifon de mauvaife
grâce. D'ailleurs , la difcuffion valoit
mieux que le difcours , & Rouffeau fee
* Le feu Roi de Pologne , Staniflas
A vjj
12 MERCURE
trouvoit dans fon élément , qui étoit la
controverfe. Il vint pourtant un dernier
Adverfaire , ( M. Bordes , de Lyon ) qui
défendit la vérité avec éloquence ; mais le
Public fit moins d'accueil à fes raiſons qu'aux
paradoxes de Rouleau. La même chofe arriva
depuis, lorfque deux excellens Ecrivains,
réfutèrent , d'une manière victorieufe , fa
· Lettrefur les Spectacles. Malgré tout leur mé
rite , fuffifamment prouvé d'ailleurs par tant
de titres reconnus , le Public, qui aime mieux
être amufé qu'inftruit, & remué que convaincu,
parut goûter plus les écarts & l'enthoufiafme
de Rouffeau, que la raifon fupérieure de
fes Adverfaires. En général, le paradoxe doit
avoir cette eſpèce de vogue , & entre les
mains d'un homme de talent , il offre de
grands attraits à la multitude ; d'abord celui
de la nouveauté ; enfuite il eft affez naturel
que l'Auteur à paradoxe mette plus de
chaleur & d'intérêt dans fa caufe , que n'en
peuvent mettre dans la leur ceux qui le
réfutent. On fe paffionne volontiers pour
T'opinion qu'on a créée ; on la défend comme
fon propre bien ; au - lieu que la vérité eft
à tout le monde.
Cependant , tel fut l'effet de la première
difpute de Rouffeau fur les Arts & les
Sciences , que cette opinion , qui d'abord
n'étoit pas la fienne , & qu'il n'avoit embraffée
que pour être extraordinaire , lui
devint
propre à force de la foutenir . Après
DE FRANCE. ་ 3
avoir commencé par écrire contre les Lettres
, il prit de l'humeur contre ceux qui les
cultivoient. Il étoit poffible qu'il eût déjà
contre eux un levain d'animofité & d'aigreur.
Ce premier fuccès , plus grand qu'il
ne l'avoit attendu , lui avoit fait fentir fa
force , qui ne fe développoit qu'après avoir
été vingt ans étouffée dans l'obfcurité &
la misère . Ces vingt ans paffés à n'être rien ,
pouvoient tourmenter alors fon amour- propre
dans fes premières jouiffances ; car pour
l'homme qui fe fent au- deffus des autres ,
c'eſt un fardeau , fans doute , que d'en être
long-temps méconnu . Rouffeau ne commen
çoit que bien tardà être à fa place , & peutêtre
eft- ce là le principe de cette efpèce de
mifantropie , qui depuis ne fit que s'accroître
& fe fortifier. Il fe fouvenoit ( & cette
anecdote eft auffi certaine qu'elle eft remar
quable ) que lorfqu'il étoit Commis chez
M. D*** , il ne dînoit pas à table le jour
que les Gens de Lettres s'y raffemblaient.
Ainfi , Rouffeau entroit dans le champ de
la Littérature , comme Marius rentroit dans
Rome, refpirant la vengeance , & fe fouvenant
des marais de Minturnes .
Le Difcours fur l'inégalité n'étoit encore
qu'une fuite & un développement de fes
premiers paradoxes , & de la haine qui fembloit
l'animer contre les Lettres & les Arts.
C'est là qu'il foutint cet étrange fophifme
14 MERCURE
que
que
bon
l'homme a contredit la nature en éterre
dant & perfectionnant l'ufage des facul
tés qu'il en a reçues. Cette affertion étoit
d'autant plus extraordinaire , que Rouffeau
lui-même avouoit que la perfectibilité étoit
la différence fpécifique qui diftinguoit l'hom
me des autres animaux. Après cet aveu
comment pouvoit- il avancer que l'homme
qui penfe eft un animal dépravé ? Il n'eft pas
que l'homme foit feul , dit l'Être Suprê
me , dans les livres de Moïfe . Rouſſeau eſt
d'un avis bien différent. Il prétend que
Fhomme a été rébelle à la nature , lorfqu'il
a commencé à vivre en fociété. Il prouve:
Très bien & très-éloquemment qu'en établif
fant de nouveaux rapports avec fes fembla
bles , l'homme s'eft fait de nouveaux be
foins , qui ontproduit de nouveaux crimes ;
mais il oublie que l'homme , en mêmetemps
, s'eft ouvert une fource de nouvelles
jouiffances & de nouvelles vertus. Il oublie
que l'homme ne vit nulle part feul , & que
dans les peuplades les plus ifolées & les
plus fauvages , il y a des rapports néceffaires
& inévitables, d'où il faudroit conclure
que ceux mêmes que nous appelons fauva+
ges , font comme nous hors de la nature..
Aufli eft- il forcé d'en convenir ; mais alors.
comment prouver que l'homme étoit eſſen--
tiellement né pour vivre feul Comment
prouver qu'un état , qui peut-être n'a jamais
DE FRANCE.
eu lieu ,, dont au moins nous n'avons ni
aucun exemple , ni aucune preuve , étoit
Vetar naturel de l'homme ? D'ailleurs , e
mor de nature , qui eft très - oratoire , eft:
très- peu philofophique. Il préfente à l'ima
gination ce qu'on veut , & il échappe trop
à la définition . Il n'eft pas fait pour être
employé lorsqu'on raiforine en rigueur , part
ce qu'alors on s'apperçoit que fon accept
tion eft vague , & que c'eft prefque tou
jours un fynonyme imparfait. Rouffeau ;.
frappé des vices & des malheurs de l'hom
me en fociété , imagina qu'il eût été meil
leur & plus heureux , qu'il eût mieux reme
pli fa deftination , fi la terre eût été couverte
d'individus ifolés. Il n'examine pas
même fi cette fuppofition eft dans l'ordre
des poflibles ; & , dans le fait , fi on l'examioit
, elle fe trouveroit évidemment ab
furde. Il n'examine pas fi l'homme ayant
une tendance irréfiftible à exercer plus ou
moins fes facultés , il eft poffible de mar
quer précisément les limites où cet exercice.
doit s'arrêter , pour n'être pas ce qu'il ap
pelle une dépravation, & f , preffe lui- même:
de tracer le modèle abfolu de l'homme dè :
la nature , il feroit bien sûr d'en venit
about. Rouffeau femble dire : le mal
» eft parmi les hommes : c'eft leur faute.
A
Pourquoi les hommes font-ils enfemble
• Certes , fi chacun étoit feul , il ne feroit,
16 MERCURE
n pas de mal à autrui ». Je demande fi
ce font là des idées raiſonñables ?
Il n'y a de rapine , de brigandage , de
violence , que parce qu'il y a des proprié
tés. Rouffeau , qui veut que ce foit toujours
l'homme qui ait tort , & jamais la
nature ( comme fi , philofophiquement parlant
, l'homme & tout ce qui eft de l'homme
n'étoit
pas dans la nature , c'est- à- dire ,
dans l'ordre effentiel des chofes ) Rouffeau
prétend que la propriété eft un droit de
convention. Certes d'eft un droit naturel >
ou jamais ce mot n'a eu de fens. Quand
il n'y auroit que deux hommes fur la
terre , & que l'un des deux , rencontrant
l'autre , voudroit lui ôter le fruit qu'il auroit
cueilli , le gibier qu'il auroit tué , &
peau de bêre qui le couvriroit , celui
qui défendroit fes propriétés , les défendroit
en vertu d'un droit très- naturel , antérieur
à toute police , & né feulement du
fens intime. Rouffeau démontre très bien
que de la propriété naiffent de très grands
maux ; mais il oublie ce qui eſt tout auffi
évident ,,
que s'il n'y avoit point de propriété
, il y auroit de bien plus grands maux
encore ; que non- feulement toute fociété
feroit diffoute , ce qui , à la vérité , ne ſeroit
pas un très grand mal dans fon fyftême
; mais que les hommes ne fe rencon
treroient plus que pour fe faire la guerre ,
la
DE FRANCE.
17
se qui eft juftement le mal qu'il voudroit
éviter.
Quelle est l'origine de tous ces paradoxes
infoutenables ? L'oubli d'une vérité trèsfimple
, à laquelle ne peuvent pas s'accoutumer
les imaginations ardentes , entêtées
de la chimère d'un optimifme poffible ,
mais à laquelle pourtant la réflexion ramène
toujours : c'eft que l'homme étant à la fois
effentiellement perfectible & effentiellement
imparfait, doit également être porté
à acquérir , & néceffité à abufer. S'il lui
étoit donné d'avoir quelque chofe d'incorruptible
, ce ne feroit plus une qualité humaine
, ce feroit un attribut de la divinité.
Il réfulte que , bien loin de vouloir remédier
à l'abus en détruifant l'ufage , il faut
au contraire effayer de réformer l'abus par
un ufage mieux entendu ; & c'eft l'ouvrage
de la vraie Philofophie , non celle qui égaroit
Rouffeau , lorfqu'il employoit tant
d'art & d'efprit à foutenir fes hypothèſes
brillantes & erronnées ; mais celle qui l'enflammoit
de l'amour du genre humain ,
lorfqu'il compofoit fon chef d'oeuvre d'Emile.
节
Lé monde est bien vieux , difent les
Phyficiens cela peut - être ; mais à confidérer
les révolutions que le globe a dû
éprouver , l'homme eft peut-être encore
bien neuf. A voir combien il y a peu de
48 MERCURE
temps qu'une partie des Nations connues,
eft fortie de la barbarie , combien crow
piffent encore dans l'ignorance ; combien
parmi celles mêmes qui ont fait le plus de
progrès , on s'eft peu occupé jufqu'ici des
moyens de rendre l'homme meilleur &
plus heureux ? On
peut croire que la Philofophie
a beaucoup à efpérer , parce qu'il
lui refte beaucoup à faire.
Au furplus , le Difcours fur l'inégalité,
quoique fondé fur un fyftême d'erreurs ,
comme le Difcours fur les Sciences , étoit
bien fupérieur à ce premier effai de l'Auteur.
Ici fe faifoit fentir une bien plus
grande force d'idées & de ftyle. Le morceau
fur la formation des Sociétés étoit
d'une tête penfante , & l'on appercevait
déjà ce mêlange d'une philofophie vigou
reufe & d'une éloquence entraînante , qui
depuis ont caractérifé les ouvrages de
Rouffeau. A la fuite d'un faux principe , il
amène une foule de vérités particulières ,
dont il porte le fentiment dans l'âme de
fes Lecteurs. En le lifant il faut s'embar
raffer peu du fond de la queftion , & faifir
toutes les beautés qui fe préfentent à l'ene
tour ; & ce feroit le lire comme il a écrit
s'il étoit vrai , comme on le lui a reproché
d'après fes premiers paradoxes , qu'en
effet il fe jouât de la vérité , & qu'il ne
fangeât qu'à faire briller fon efprit; mais
DE FRANCE.
fat peine à fuppofer dans un fi grand
Ecrivain ce défaut de bonne-foi qui diminueroit
trop le plaifir que j'ai à le lire. Il fe
peut qu'en effet l'amour de la fingularité
ait infué fur le choix de fes premières opimions
; mais il eft très- poffible qu'en les
foutenant , il s'y foit fincèrement attaché ,
& que la contradiction même n'ait fervi
qu'à l'y affermir. Pour les têtes auffi vives
que la fienne , s'échauffer , c'eft fe con
vaincre.
N'oublions pas que ce Difcours fur l'inégalité
, quoique fort au- deffus du Dif
cours für les fciences , ne fut point couronné.
Ce fur M. l'Abbé Talbert qui eut le Prix..
Je ne connois point fon ouvrage ; mais
fans vouloir lui rien difputer de fon mérite,
en lifant les Difcours qui lui ont valu des
couronnes dans les Académies de Province
, il eſt difficile de croire qu'il ait fait un
meilleur ouvrage que celui de Rouffeau.
La Lettre fur la Mufique avoit encore
pour bafe un paradoxe. Il y foutenoit que
les François ne pouvoient pas avoir de Mu
fique. Il donnoit en même- temps le Devin:
de Village , petit Drame plein de grâce &
de mélodie , qui , eut un fuccès prodigieux..
On a remarqué que le charme de cet ou
vrage naiffoit furtout de l'accord le plus par
fait entre les paroles & la mufique , accord
qui fembleroit ne pouvoir fe trouver auk
20
MERCURE
même degré que dans un Auteur qui , comme
Rouffeau, auroit conçu à la fois les vers
& le chant ; mais ceux qui favent que le fa
meux duo de Sylvain , l'un des beaux morceaux
d'expreflion dont notre Mufique
Théâtrale puiffe fe glorifier , n'eft pourtant
qu'une parodie , & que le Poëte travailla fur
des notes , ceux- là concevront qu'il eft poffible
que le Poëte & le Muficien n'aient qu'une
même âme , fans être réunis dans la même
perfonne.
1
Quoique la Lettre fur la Mufique eut le
défaut de porter tout à l'extrême ; quoi
que les compofitions de Duni , de Phili
dor , de Monfigni , les chef- d'oeuvres de
Grétri chantés dans toute l'Europe , &
admirés en Italie , & en dernier lieu les
Opéras de M. Gluk , aient réfuté le
fyftême de Rouffeau ; cependant cette
lettre que produifit la querelle des Bouffons
, contribua , ainfi qu'eux , à faire con
noître , en France , les principes de la bonne
Mufique , & les défauts de la nôtre . Elle
excita un grand foulèvement parmi les partifans
de l'Opéra François ; & l'animofité
fut pouffée jufqu'à ôter les entrées de ce
Spectacle à l'Auteur du Devin de Village ,
quoiqu'on n'en eût pas le droit. On fut
fur le point d'intéreffer le Gouvernement
dans la querelle ; & ne pouvant faire traiter
Rouffeau en criminel d'Etat , on le brûla
DE FRANCE. 21
du moins en effigie fur le Théâtre de l'Opéra
, & la haine applaudiffoit à ces farces ,
auffi indécentes que ridicules..
On fait qu'il compofa depuis un Diction
naire de Mufique , dans lequel il refondit
les articles qu'il avoit inférés ſur cette Science
, dans le grand ouvrage de l'Encyclopédie.
Il y prouve en plus d'un endroit que lorf
qu'on a du génie , on en peut mettre même
dans un livre élémentaire. A l'égard de fa
doctrine fur la Mufique Théâtrale , elle eſt
précisément l'oppofé de celle que veulent
introduire aujourd'hui de nouveaux Légiflateurs
, qui n'ont pas tout-à-fait les mêmes
droits ni la même autorité que lui . Il veut
abfolument faire régner fur le Théâtre ce
genre de Mufique qu'ils veulent reléguer
dans les Concerts . Il foutient d'un bout
à l'autre de fon livre , avec toute la cha
leur de la perfuafion intime , que la puif
fance de la Mufique réfide principalement
dans le chant régulier , dans la mélodie
des airs dramatiques . On a prétendu qu'il
s'étoit rétracté depuis ; mais ce qu'il a im
primé eft un peu plus fûr que ce qu'on
lui fait dire.
Après ces différentes excurfions , Rouf
feau parut vouloir raffembler fa Philofo
phie , fes querelles & fes amours dans
l'efpèce d'Ouvrage qu'on lit le plus , dans
Roman ; car en effet la Nouvelle Héloïfe
22 MERCURE
"
fembloit n'être qu'un prétexte pour réunir
dans un même cadre les lambeaux d'un
porte-feuille. Il eft vrai qu'il y en a de
bien précieux ; on yremarque des morceaux
de paflion & de philofophie également ad
mirables ; & M. de Voltaire , grand- maî
tre & grand connoiffeur en fait de pa
thétique , M. de Voltaire , qui ne regardoit
pas la Nouvelle Héloïfe comme un
bon livre , avoit diftingué plufieurs Lettres
qu'il eût voulu , difoit- il , en arracher. J'ai
dir ailleurs * ce que je penfois de cet ou
vrage , confidéré comme Roman. Il fut lu
ou plutôt dévoré avec une extrême avidité .
C'eft de tous ceux de l'Auteur celui qui eut
le plus de vogue , & qui prête le plus à
la critique. Le mariage de l'Héroïne eft
révoltant , le caractère de Mylord Edouard
eft une caricature , & fes amours enItalie
une énigme. La fatyre de l'Opéra de Paris ,
& furtout celle des femmes Françoiſes , eft
outrée , & tombe dans la déclamation.
L'ouvrage en lui - même eft un tout indi
gefte ; mais puifque fes défauts ne l'ont pas
fait oublier , fes beautés le feront vivre.
2
Emile eft d'un ordre plus élevé ; c'eſt- là ,
fur-tout , ( en mettant à part ce que le Chriſtianifme
peut y trouver de répréhenſible }
* Tome III des OEuvres de M. de là Harpe ,
Article des Romans.
DE FRANCE. 23
qu'il a mis le plus de véritable éloquence
& de bonne philofophie . Ce n'eft pas que
fon fyftême d'éducation foit praticable en
tour ; mais dans les diverfes fituations où
il place Emile , depuis l'enfance jufqu'à
la maturité, il donne d'excellentes leçons ,
& par-tout la morale eft en action & animée
de l'intérêt le plus touchant. Son ſtyle
n'eft nulle part plus beau que dans Emile.
Les Prêtres , qui avoient cru voir leur
ennemidans Rouſſeau , s'étoient bien trompés
, & ils s'en font apperçus depuis. Les
imaginations fenfibles font naturellement
religieufes, & Rouffeau l'a prouvé plus que
perfonne. Cette qualité domine dans tous
fes Ecrits. C'eft elle qui , dans la Nouvelle
Héloïfe , donne à l'appareil des cérémonies
& à la fainteté d'un Temple , tant de pouvoir
fur l'âme de Julie ; qui , dans la profeffion
de foi du Vicaire Savoyard , le
ramène fentiment à des mystères que
fa raifon ne peut admettre ; qui , dans tour
ce morceau , répand tant de charmes furles
confolations attachées aux idées d'un avenir.
par
Cette même fenfibilité femble éclairer
fa raifon & la rendre plus puiffante ,
lorfqu'il plaide dans ce même livre la cauſe
de l'enfance trop long-temps opprimée
parmi nous. Quoique j'aye déjà rendu témoignage
ailleurs aux obligations impor
tantes que nous lui avons à cet égard ,
24
MERCURE
je ne puis me refufer au plaifir de rappeler
ici un des titres qui doivent rendre la mémoire
chère & refpectable , & le placer:
parmi les bienfaiteurs de l'humanité. Il ne
m'arrive jamais de rencontrer de ces enfans
, qui femblent d'autant plus aimables
qu'ils font plus heureux , que je ne béniſſe le
nom de Roulfeau, qui nous a procuré un des
plus doux afpects dont nous puiffions jouir ,;
celui de l'innocence & du bonheur. C'eſt
Rouffeau qui a délivré des plus ridicules
entraves & de la plus trifte contrainte , un
âge qui ne peut avoir toutes fes grâces que
lorfqu'il a toute liberté , & de qui l'on
peut dire ( avec les reftrictions convenables
qu'on peut lui laiffer tout faire , parce qu'il
ne peut pas nuire , & tout dire parce qu'il
ne peut pas tromper.
Emile caufa tous les malheurs de Rouffeau.
Il paroît que le plus fenfible de tous
fut la condamnation de fon livre , & celle
du Contrat Social , par le Confeil de Genève.
Bien des gens mettent ce Contrat,
Social au- deffus de tout ce qu'a fait Rouffeau
, pour la force de tête & la profonfondeur
des idées. Quoi qu'il en foit , ces
deux ouvrages parurent dangereux à la
République dont il étoit Citoyen , & Rouf
feau fe croyant injuftement outragé par fa
Patrie, qu'il fe flattoit , non fans fondement ,
d'avoir honorée, abdiqua fon droit de Bourgeoifie
,
DE FRANCE.
25
geoifie , & fon titre de Citoyen , vengeance
légitime & noble , & qui appartenoit à
un homme fupérieur. Il ne parut pas également
irréprochable , lorfqu'il publia dans
la fuite les Lettres de la Montagne , qui fomentèrent
les troubles de Genève , & aigrirent
des efprits déjà trop échauffés.
Son livre devint l'étendard de la difcorde,
& l'évangile des mécontents. On prétendit
qu'ayant renoncé à fa Patrie , il n'avoit
plus le droit de prendre parti dans les querelles
qui la divifoient. Mais cette interdiction
abfolue n'eft-elle pas un peu rigoureufe
? Si Rouffeau voyoit des vices effentiels
dans l'adminiftration de la République
fi fon livre pouvoit contribuer à la réformation
de l'État, étoit il coupable de l'avoir
publié ? La difcorde eftun mal , fans doute ;
mais quand elle doit produire la liberté
c'eft un mal néceffaire chez les peuples qui
ont le droit d'être libres. Rouffeau écouta
fans doute la vengeance qui l'animoit contre
ceux qui l'avoient condamné ; mais fi
en effet cette condamnation fut illégale ,
fi les Citoyens proteftèrent contre l'Arrêt
du Confeil , fi cet Arrêt & les Lettres de
la Montagne hâtèrent le moment d'une
révolution qui tendoit à améliorer le Gouvernement
, Rouffeau a fait un bien réel ,
& fes Lettres de la Montagne font alors
5 Octobre 1778.
B
26 MERCURE
l'ouvrage que les Genevois doivent le plus
aimer.
Je ne parlerai point de quelques autres
morceaux détachés fur l'imitation Théâtrale
, fur la Paix perpétuelle , fur l'économie
Politique ; d'une Lettre à M. de Voltaire
fur la Providence , &c. Il n'y a rien de ce
qu'a fait Rouffeau qui ne mérite d'être lu ,
& qui ne le foit avec plus ou moins de
plaifir,
Cet Ecrivain dût avoir , & il a encore
beaucoup d'enthoufiaftes parmi les femmes
& les jeunes gens , parce qu'il parle
beaucoup à l'imagination . Il eft jugé plus
févèrement par laraifon des hommes mûrs ;
mais fa place eft belle , même au jugement
de ces derniers, Il plaît aux femmes quoiqu'il
les ait fort maltraitées. Comme elles
ne le font guères que par des hommes trèspaffionnés
pour elles , le pardon eft dans la
faute même. Rouffeau , malgré les injures
qu'il leur dit , a près d'elles le premier de
de tous les mérites , celui de les aimer
& fatisfait le premier de leurs befoins
celui des émotions,
On a voulu comparer Rouffeau à Vol
taire , à qui l'on comparoit auffi , pendant
un temps , Crébillon , Piron & d'autres
Ecrivains. Celui à qui l'on oppoſe tous
les autres , eft inconteftablement le premier.
Laiffons- là cette manie trop commune ,
DE FRANCE.
27
de rapprocher des hommes qui n'ont aucunpoint
de contact. Laiffons Voltaire dans
une place qui fera long - temps unique :
contentons- nous de placer Rouffeau parmi
nos plus grands Profateurs. C'eft au temps ,
à la pofterité , à marquer le rang qu'il doit
occuper dans le petit nombre d'hommes
qui ont joint à une tête penfante une
imagination fenfible , & l'éloquence à la
philofophie.
Les deux Auteurs dont Rouffeau paroît
avoir le plus profité, font Sénèque & Montagne.
Il a quelquefois les tournures franches
& naïves de l'un, & l'ingénieufe abondance
de l'autre ; mais en général , ce qui
diftingue fon ftyle , c'eſt la chaleur & l'énergie
; cette chaleur véritable a fait une
foule de mauvais imitateurs, qui n'en avoient
que l'affectation & la grimace , & qui en
répétant fans ceffe ce mot devenu parafite ,
ne mettoient plus aucune différence entré
la déraifon & la chaleur ; & l'on ne fait
jufqu'où cet abus autoit été porté , fi l'on
n'en eût pas fait fentir le ridicule.
Rouffeau a compofé les mémoires de
fa vie. Beaucoup de gens en ont entendu
la lecture. On dit que plufieurs perfonnes
y font maltraitées ; mais pas une autant que
lui. I fe peut que l'on mette à avouer fes
fautes , l'amour- propre que l'on met communément
à les diffimuler , & médire de
Bij
28 MERCURE
foi eft encore une manière d'être extraordinaire
, concevable dans un homme qui a
voulu être fingulier.
Fermer
Résumé : DE J. J. ROUSSEAU.
Le texte examine l'influence du caractère de Jean-Jacques Rousseau sur ses œuvres, en particulier sa misanthropie et sa sensibilité imaginative. Rousseau avait une préférence pour l'analyse des personnages exceptionnels afin de comprendre l'humanité et évitait les éloges excessifs. Il a commencé à écrire tardivement, accumulant ainsi de nombreuses idées et sentiments. Son premier ouvrage, le 'Discours sur les sciences et les arts', bien que bien écrit, est critiqué pour son sophisme et sa vision partielle des arts et des sciences. Ce discours a suscité des controverses et lui a valu une notoriété grâce à son style provocateur. Le 'Discours sur l'inégalité' de Rousseau affirme que l'homme a corrompu la nature en développant ses facultés, une vision critiquée pour son manque de rigueur. Rousseau, marqué par une jeunesse difficile, cultivait une misanthropie croissante et une animosité envers les lettrés. Ses idées sur la propriété et la société sont également critiquées, bien que ses écrits montrent une grande force d'idées et de style. Il a également contribué à la musique avec des œuvres comme 'Le Devin du village' et a participé à la 'querelle des Bouffons' avec sa 'Lettre sur la musique française'. En littérature, Rousseau est connu pour 'La Nouvelle Héloïse' et 'Émile'. Ce dernier est loué pour son éloquence et sa philosophie éducative, mais a causé des problèmes avec les autorités religieuses. Condamné par la République de Genève pour ses œuvres jugées dangereuses, Rousseau a renoncé à ses droits de bourgeois et de citoyen. Il a publié les 'Lettres de la Montagne', intensifiant les troubles à Genève. 'Du contrat social' est souvent considéré comme son œuvre majeure, appréciée pour sa profondeur et sa force intellectuelle. Rousseau est reconnu pour son style passionné et énergique, influencé par Sénèque et Montaigne. Ses écrits suscitent des opinions diverses et il est comparé à Voltaire, bien qu'il soit recommandé de les considérer séparément. Dans ses 'Confessions', Rousseau se montre critique envers lui-même et d'autres personnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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147
p. 8-9
LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis, Lecteur, ce qu'on est à tout âge, [...]
Mots clefs :
Écolier
148
p. 141-144
ANNONCES ET NOTICES.
Début :
Portrait historié de M. le Marquis de la Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées [...]
Mots clefs :
Portrait, Gilbert du Motier de La Fayette, Nouvelle Bibliothèque de société, Étrennes aux sociétés, Petits contes, Dentiste, Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testaments, Almanach américain, Contes de fées
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES ET NOTICES.
ANNONCES ET NOTICES.
PORTRAIT hiftorié de M. le Marquis de la
Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées
combinées. Ce Portrait , prêté par M. Franklin
fils à M. Lemire , qui en a fait compofer un Tableau
par M. Lepaon , Peintre de Batailles , formera
une Eftampe qui fervira de pendant au Général
Washington. On foufcrit chez M. Lemire , rue
& porte S. Jacques , maifon du Café d'Aubertin ,
n . 122. Le prix de l'Eftampe eft de 9 liv . La foufcription
n'aura lieu que jufqu'à la fin de Janvier
1783. Le temps de la foufcription expiré , l'Etampe
fera de 12 livres . On la délivrera dans le cou
rant de Décembre 1783 .
Nouvelle Bibliothèque de Société, contenant des
faits intéreffans , des mêlanges de Littérature & de
Morale , des variétés hiftoriques ou choix de bons
mots , des Poéfies fugitives , des Contes en vers &
en profe , &c. 4 Vol. in- 12. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques. Cet Ouvrage , très-piquant , eft une
nouvelle Édition , prefque entièrement refondue ,
quoique la première ait eu beaucoup de fuccès. Le
choix eft d'un homme de goût , & doit faire trèsbien
augurer du fuccès.
Étrennes aux Sociétés qui font leur amusement
de jouer la Comédie , ou Catalogue raifonné & inftructif
de toutes les Tragédies , Comédies des Théatres
François & Italien , Actes d'Opéra , Opéra
Comique , Pièces à Ariettes & Proverbes qui pear
142 MERCURE.
went facilement fe repréfenter fur les Théâtres pariculiers.
A Bruxelles ; & fe trouve à Paris , chez Bradel
, Libraire , rue du Théâtre François , & à l'Arfenal
, Cour des Céleftins .
Ce Répertoire , qui ne peut qu'être utile à nom.
bre de Sociétés , eft d'un heureux choix , & les avertiffemens
, les notes & les explications qui l'accompagnent
annoncent un homme qui à paffé fon
temps à faire autre chofe que des Almanachs. A
l'expérience dont il avoit befoin pour ce petit Ou
vrage , on voit qu'il réunit le fecours de la réflexion ,
& que tous les choix font motivés.
Recueilpour fervir de fuite aux lectures pour les
enfans & les jeunes gens , ou choix de petits Contes
également propres à les amufer & à leur infpirer le
goût de la vertu , in- 123 par M. Couret de Villeneuve,
Imprimeur du Roi , à Orléans . Prix , 1 livre
4 fols. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
C'est un choix piquant & fait avec goût de petits
contes , anecdotes , bons mots , idylles , maximes ,
&c. Il nous a paru remplir parfaitement fon titre &
répondre au væru de l'Auteur , qui eft d'amufer utilement
les enfans. Nous croyons même que les perfonnes
de tout âge pourront y trouver le plaifir &
l'inftruction.
L'Art du Dentifte joint à l'anatomie de la bou
che , avec des obfervations pour la confervation des
dents , & des inftructions très-intéreffuntes pour remédier
aux accidens qui accompagnent la fortie des
dents de lait , & auxquels la plupart des enfans
fuccombent faute defecours fuffifans , in- 12 ; par M
D *** , Chirurgien - Dentille à Paris . A Paris ,
chez Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue de la
Harpe
Ce Traité nous a paru complet. L'Auteur entre
DE FRANCE.
143
dans tous les détails de fon Art. Bien convaincu que
le Dentiſte ne doit pas connoître feulement les
parties fur lefquelles il doit opérer, mais encore
celles qui en dépendent ; il a joint à fon Ouvrage
l'anatomie de la bouche. Cette partie manquoit à
tous lesTraités qui avoient para juſqu'ici ſur l'Odontalgie.
Hiftoire de l'Ancien & du Nouveau Teftament ,
& des Juifs , par le P. P. Dom Calmet , Religieux
Bénédictin , Abbé de Senones , pour fervir d'Introduction
à l'Histoire Eccléfiaftique de M. l'Abbé
Fleury , nouvelle Édition , en trois Volumes in-8°.
contenant les cinq Volumes in- 12 des précédentes
Éditions de Paris , à 12 liv. en feuilles , & 15 liv.
reliés , actuellement en vente. A Nifmes , chez
Beaume , Imprimeur - Libraire , & à Paris , ches
Defprez , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
Cet Ouvrage embraffe l'Hiftoire des Juifs , depuis
le commencement du monde jufqu'à la ruine du
Temple de Jérufalem , par les Romains. L'Auteur a
voulu le faire fervir d'Introduction à l'Hiftoire de
l'Eglife , compofée par M. l'Abbé Fleury. Il préfente
un Tableau très- intéreſſant des événemens qui ont
précédé l'établiffement de la Religion Chrétienne,
Almanach Américain , ou Etat phyfique , politi
que , eccléfiaftique & militaire de l'Amérique ; Ouvrage
qui comprend les forces , la population , les
loix , le commerce & l'adminiftration de chaque
Province de cette partie du Monde , &c,; par M.
P. D. L. R. C. A. L. T. de M. P. in- 12 . Prix ,
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur de l'état des
Cours , rue Garancière ; & Lamy , Libraire , quai
des Auguftins.
L'idée de cet Ouvrage ne pouvoit être conçue
dans des temps plus favorables à fon fuccès. L'Amé,
rique fixe aujourd'hui les regards de l'Europe, &
{
144
MERCUREA
Aes détails exacts fur cette moitié du Monde doivent
être reçus avec intérêt. L'Auteur , quoiqu'il paroiffe
n'avoir rien négligé pour fatisfaire à la curioſité de
fes Lecteurs , reconnoît dans un avertiſſement modefte
que fon Ouvrage ne peut arriver du premier
pas à la perfection ; mais comme à titre d'Almanach
il doit être réimprimé tous les ans , il devient fufcep
tible des changemens & des additions néceffaires.
: Contes des Fées , par Ch . Perrault , de l'Acadé
mie Françoife , nouvelle Édition. A Paris , chez
Fournier & Onfroy , Libraires , rue de Hurepoix.
Les nombreuſes Editions de ces Contes nous dif
penfent de tout éloge. Nous nous contenterons de
dire que cette Édition eft la plus complette qu'on
air encore vue. On y a joint trois Contes en vers
qui n'avoient jamais été réunis aux Contes en
profe.
PORTRAIT hiftorié de M. le Marquis de la
Fayette au Siége de la ville d'Yorck par les Armées
combinées. Ce Portrait , prêté par M. Franklin
fils à M. Lemire , qui en a fait compofer un Tableau
par M. Lepaon , Peintre de Batailles , formera
une Eftampe qui fervira de pendant au Général
Washington. On foufcrit chez M. Lemire , rue
& porte S. Jacques , maifon du Café d'Aubertin ,
n . 122. Le prix de l'Eftampe eft de 9 liv . La foufcription
n'aura lieu que jufqu'à la fin de Janvier
1783. Le temps de la foufcription expiré , l'Etampe
fera de 12 livres . On la délivrera dans le cou
rant de Décembre 1783 .
Nouvelle Bibliothèque de Société, contenant des
faits intéreffans , des mêlanges de Littérature & de
Morale , des variétés hiftoriques ou choix de bons
mots , des Poéfies fugitives , des Contes en vers &
en profe , &c. 4 Vol. in- 12. A Londres ; & fe
trouve à Paris , chez Delalain l'aîné , Libraire , rue
S. Jacques. Cet Ouvrage , très-piquant , eft une
nouvelle Édition , prefque entièrement refondue ,
quoique la première ait eu beaucoup de fuccès. Le
choix eft d'un homme de goût , & doit faire trèsbien
augurer du fuccès.
Étrennes aux Sociétés qui font leur amusement
de jouer la Comédie , ou Catalogue raifonné & inftructif
de toutes les Tragédies , Comédies des Théatres
François & Italien , Actes d'Opéra , Opéra
Comique , Pièces à Ariettes & Proverbes qui pear
142 MERCURE.
went facilement fe repréfenter fur les Théâtres pariculiers.
A Bruxelles ; & fe trouve à Paris , chez Bradel
, Libraire , rue du Théâtre François , & à l'Arfenal
, Cour des Céleftins .
Ce Répertoire , qui ne peut qu'être utile à nom.
bre de Sociétés , eft d'un heureux choix , & les avertiffemens
, les notes & les explications qui l'accompagnent
annoncent un homme qui à paffé fon
temps à faire autre chofe que des Almanachs. A
l'expérience dont il avoit befoin pour ce petit Ou
vrage , on voit qu'il réunit le fecours de la réflexion ,
& que tous les choix font motivés.
Recueilpour fervir de fuite aux lectures pour les
enfans & les jeunes gens , ou choix de petits Contes
également propres à les amufer & à leur infpirer le
goût de la vertu , in- 123 par M. Couret de Villeneuve,
Imprimeur du Roi , à Orléans . Prix , 1 livre
4 fols. A Paris , chez Nyon l'aîné , Libraire , rue du
Jardinet.
C'est un choix piquant & fait avec goût de petits
contes , anecdotes , bons mots , idylles , maximes ,
&c. Il nous a paru remplir parfaitement fon titre &
répondre au væru de l'Auteur , qui eft d'amufer utilement
les enfans. Nous croyons même que les perfonnes
de tout âge pourront y trouver le plaifir &
l'inftruction.
L'Art du Dentifte joint à l'anatomie de la bou
che , avec des obfervations pour la confervation des
dents , & des inftructions très-intéreffuntes pour remédier
aux accidens qui accompagnent la fortie des
dents de lait , & auxquels la plupart des enfans
fuccombent faute defecours fuffifans , in- 12 ; par M
D *** , Chirurgien - Dentille à Paris . A Paris ,
chez Guillot , Libraire de MONSIEUR , rue de la
Harpe
Ce Traité nous a paru complet. L'Auteur entre
DE FRANCE.
143
dans tous les détails de fon Art. Bien convaincu que
le Dentiſte ne doit pas connoître feulement les
parties fur lefquelles il doit opérer, mais encore
celles qui en dépendent ; il a joint à fon Ouvrage
l'anatomie de la bouche. Cette partie manquoit à
tous lesTraités qui avoient para juſqu'ici ſur l'Odontalgie.
Hiftoire de l'Ancien & du Nouveau Teftament ,
& des Juifs , par le P. P. Dom Calmet , Religieux
Bénédictin , Abbé de Senones , pour fervir d'Introduction
à l'Histoire Eccléfiaftique de M. l'Abbé
Fleury , nouvelle Édition , en trois Volumes in-8°.
contenant les cinq Volumes in- 12 des précédentes
Éditions de Paris , à 12 liv. en feuilles , & 15 liv.
reliés , actuellement en vente. A Nifmes , chez
Beaume , Imprimeur - Libraire , & à Paris , ches
Defprez , Imprimeur- Libraire , rue S. Jacques,
Cet Ouvrage embraffe l'Hiftoire des Juifs , depuis
le commencement du monde jufqu'à la ruine du
Temple de Jérufalem , par les Romains. L'Auteur a
voulu le faire fervir d'Introduction à l'Hiftoire de
l'Eglife , compofée par M. l'Abbé Fleury. Il préfente
un Tableau très- intéreſſant des événemens qui ont
précédé l'établiffement de la Religion Chrétienne,
Almanach Américain , ou Etat phyfique , politi
que , eccléfiaftique & militaire de l'Amérique ; Ouvrage
qui comprend les forces , la population , les
loix , le commerce & l'adminiftration de chaque
Province de cette partie du Monde , &c,; par M.
P. D. L. R. C. A. L. T. de M. P. in- 12 . Prix ,
2 livres 8 fols. A Paris , chez l'Auteur de l'état des
Cours , rue Garancière ; & Lamy , Libraire , quai
des Auguftins.
L'idée de cet Ouvrage ne pouvoit être conçue
dans des temps plus favorables à fon fuccès. L'Amé,
rique fixe aujourd'hui les regards de l'Europe, &
{
144
MERCUREA
Aes détails exacts fur cette moitié du Monde doivent
être reçus avec intérêt. L'Auteur , quoiqu'il paroiffe
n'avoir rien négligé pour fatisfaire à la curioſité de
fes Lecteurs , reconnoît dans un avertiſſement modefte
que fon Ouvrage ne peut arriver du premier
pas à la perfection ; mais comme à titre d'Almanach
il doit être réimprimé tous les ans , il devient fufcep
tible des changemens & des additions néceffaires.
: Contes des Fées , par Ch . Perrault , de l'Acadé
mie Françoife , nouvelle Édition. A Paris , chez
Fournier & Onfroy , Libraires , rue de Hurepoix.
Les nombreuſes Editions de ces Contes nous dif
penfent de tout éloge. Nous nous contenterons de
dire que cette Édition eft la plus complette qu'on
air encore vue. On y a joint trois Contes en vers
qui n'avoient jamais été réunis aux Contes en
profe.
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Résumé : ANNONCES ET NOTICES.
Le document présente diverses annonces relatives à des publications et des œuvres artistiques. Une estampe représentant le Marquis de Lafayette lors du siège de York, réalisée par M. Lepaon à partir d'un portrait prêté par M. Franklin fils à M. Lemire, est mise en vente. Son prix est fixé à 9 livres jusqu'à la fin de janvier 1783, puis à 12 livres à partir de décembre 1783. La 'Nouvelle Bibliothèque de Société' est une édition refondue comprenant des faits intéressants, des mélanges littéraires et moraux, des variétés historiques, des poèmes et des contes, disponible chez Delalain l'aîné à Paris. Un catalogue des pièces de théâtre françaises et italiennes, des opéras et des comédies est annoncé, disponible à Bruxelles et à Paris chez Bradel. M. Couret de Villeneuve publie un recueil de lectures pour enfants et jeunes gens, composé de contes et d'anecdotes, disponible chez Nyon l'aîné à Paris. Un traité sur l'art dentaire, incluant l'anatomie de la bouche et des observations pour la conservation des dents, est écrit par un chirurgien-dentiste parisien et disponible chez Guillot. L''Histoire de l'Ancien & du Nouveau Testament, & des Juifs' par Dom Calmet est une nouvelle édition en trois volumes, servant d'introduction à l'histoire ecclésiastique de l'Abbé Fleury. L''Almanach Américain' fournit des informations physiques, politiques, ecclésiastiques et militaires sur l'Amérique et est disponible chez l'auteur et Lamy à Paris. Enfin, une nouvelle édition des 'Contes des Fées' de Charles Perrault est annoncée, complète et incluant des contes en vers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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Début :
On voit dans mes six pieds accourir les enfans ; [...]
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