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1
p. 210-214
EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
Début :
J'aurois bien souhaité que la Lettre précedente eut été moins / Beau Damoisel, ne dédaignez ce titre, [...]
Mots clefs :
Damoiselle, Chapitre, Cocuage, Leçon, Discours, Loyauté, Voltaire
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE M. MICHEL. A M ***, à qui il avoit promit le cocuage de M. ARROUET.
J'aurois bien fonhaité qu
la Lettre précedente eut été
moins longue ; fi elle a plu
elle aura parû courte ; en ce
cas là je fuis content mais
j'efpere qu'on ne le fera pas
moins des deux petites piéces
de Vers fuivantesMERCURE.
21 ,
EPITRE ,
DE M. MICHEL
A M ***
à qui il
avoit
promit
le cocuage
de
M. ARROUET.
B
,
Eau Damoifel , ne dédaignez
ce titre
D'autres affez je pourrois
vous donner ;
Mais par trop long en feroit
le Chapitre ,
i2 LE NOUVEAU
Sçavoirfauldroit louange affaifoner
vous , façonner Et comme
une Epitre :
Beau Damoifel adonques ,
vous diray
Qu'à la parfin demain vous
Tivreray
Demain fans plus , le gentil
Cocuage
Qu'avés promis à Dame cointe
, &fage ;
En attendant certes bien avez
pú
Trés
doulcement fur ce point
vous étendre ,
MERCURE. i
213
La mettre au fait s'entend,s´elle
a voulu ,
Pour en aprés la piece mieux,
comprendre :
Or eft ainfi,qu'en cas de telſçavoir
,
Executer convient pour bien.
apprendre.
·Leçon pratique a coûtume d'avoir
Ie ne fçais quoi , que mieuxs
fe fait entendre ;
Mais quefert-il alleguer tel
propos
A vous , Seigneur, qui fçavez
la Rubrique ,
214 LE NOUVEAU
Er qui feriez fur les Rits de
Paphos ,
Glofefubtile , autant que patétique
:
Doncques ne fault tant me
mettre en humeur ;
Ains devant vous m'affiert
humble filence
Plus que difcours , & vaine
pétulance ,
A tant me tais , & fuis vraiment
de coeur ,
Votre petit , mais loyal Serviteur.
la Lettre précedente eut été
moins longue ; fi elle a plu
elle aura parû courte ; en ce
cas là je fuis content mais
j'efpere qu'on ne le fera pas
moins des deux petites piéces
de Vers fuivantesMERCURE.
21 ,
EPITRE ,
DE M. MICHEL
A M ***
à qui il
avoit
promit
le cocuage
de
M. ARROUET.
B
,
Eau Damoifel , ne dédaignez
ce titre
D'autres affez je pourrois
vous donner ;
Mais par trop long en feroit
le Chapitre ,
i2 LE NOUVEAU
Sçavoirfauldroit louange affaifoner
vous , façonner Et comme
une Epitre :
Beau Damoifel adonques ,
vous diray
Qu'à la parfin demain vous
Tivreray
Demain fans plus , le gentil
Cocuage
Qu'avés promis à Dame cointe
, &fage ;
En attendant certes bien avez
pú
Trés
doulcement fur ce point
vous étendre ,
MERCURE. i
213
La mettre au fait s'entend,s´elle
a voulu ,
Pour en aprés la piece mieux,
comprendre :
Or eft ainfi,qu'en cas de telſçavoir
,
Executer convient pour bien.
apprendre.
·Leçon pratique a coûtume d'avoir
Ie ne fçais quoi , que mieuxs
fe fait entendre ;
Mais quefert-il alleguer tel
propos
A vous , Seigneur, qui fçavez
la Rubrique ,
214 LE NOUVEAU
Er qui feriez fur les Rits de
Paphos ,
Glofefubtile , autant que patétique
:
Doncques ne fault tant me
mettre en humeur ;
Ains devant vous m'affiert
humble filence
Plus que difcours , & vaine
pétulance ,
A tant me tais , & fuis vraiment
de coeur ,
Votre petit , mais loyal Serviteur.
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2
p. 1774-1787
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. l'Abbé Foubert, Docteur de Sorbonne, au sujet d'une Prophetie attribuée au Roy David.
Début :
La difficulté que je vous ai proposée, Monsieur, il y a quelque temps, et [...]
Mots clefs :
Texte hébreu, Septante, Anciens, Paroles, Église, Calmet, Version, Auteur, Psautier, David, Vulgate, Génébrard, Justin, Verset, Hymne, Leçon
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. l'Abbé Foubert, Docteur de Sorbonne, au sujet d'une Prophetie attribuée au Roy David.
LETTRE de M. D. L. R. écrite à:
M.l'Abbé Foubert , Docteur de Sorbonne,
au sujet d'une Prophetie attribuée au
Roy David.
1
LA
A difficulté que je vous ai proposée,
y a et
Monsieur , il y a quelque temps ,
que vos occupations ne vous permirent
pas alors de me résoudre , a fait le sujet
de quelques recherches de ma part ; vous.
me demandez ce que j'ai appris là- dessus
; la demande ne sçauroit venir plus
propos ; car d'un côté je suis en état
de vous rendre quelque compte , et de
l'autre nous voila dans le temps où l'Eglise
a commencé de chanter l'Hymne
respectable qui a donné lieu à la diffi
• à
culté .
Il s'agit , comme vous sçavez , d'accorder:
A O UST. 1733. 1775
der l'exacte verité avec les paroles de la
strophe que voici de l'Hymne Vexilla
Regis , &c.
Impleta sunt qua concinit
Davidfideli carmine "
Dicens in Nationibus ,
Regnavit à ligno Deus.
David , selon le pieux Auteur de l'Hym
ne , a donc chanté prophétiquement dans
ses Pseaumes que J. C. regneroit par le
Bois de la Croix , et c'est , Monsieur , ce
que d'abord j'ai été chercher dans ces sacrez
Cantiques dans la Vulgate , ne me
souvenant pas d'y avoir jamais lû rien
de pareil. Il est vrai que dans le Pseaume
XCV. Verset 10. on trouve ces paroles ,
dicite in gentibus quia Dominus regnavit
et rien davantage. Est- ce assez pour attribuer
à David la Prophétie en question?
Cependant c'est Fortunat , Evêque de
Poitiers , selon la plus commune opinion ,
qui a composé cet Hymne au vi . sie
cle , et il y a preuve qu'on l'a chanté en
France , au moins dès le IX.
Comme tout le monde n'a pas chez
soi une Bibliotheque , je n'ai pas été en
état d'abord de voir dans les sources ce
qui peut avoir donné lieu aux paroles de
Fortunat , mais j'ai tiré de Genebrard ,
dont
1776 MERCURE DE FRANCE
dont j'ai le Pseautier dans mon Cabinet ,
autant de lumieres qu'il m'en falloit pour
commencer au moins d'éclaircir ma dif
ficulté.
Vous sçavez que Genebrard , sçavant
Benedictin Docteur de Paris , Professeur
des Langues Saintes au College Royal ,
puis Archevêque d'Aix , a donné une Edition
des Pacaumes , selon la Vulgate, qu'il
a accompagnée de sçavans Commentaires
, Ouvrage dont il étoit plus capable
qu'un autre , et dont il y a eu cinq Editions.
La mienne est d'Anvers 1592. et
toute la derniere ,
Son Commentaire sur ce 10. Verset
du Pseaume 95. est assez long et rempli
d'une pieuse érudition . Voici le précis
de ce qui regarde notre Question . Genebrard
convient que regnavu à ligno n'est
point dans le Texte Hebreu ; mais il prétend
que les Septante l'ont ajoûté par
an esprit prophétique , en traduisant ce
Verset , trois cent ans avant J. C. c'est
ainsi , dit-il , que les Anciens l'ont tou
jours cité , sçavoir , S. Justin Martyr, Lactance
, Tertullien , Arnobe , S. Augustin,
Cassiodore, Théodulphe, (4 ) le Pseautier
Romain , &c. c'étoit , selon lui , la ma
(a) Théodulphe , Evêque d'Orleans , auquel on
attribuë aussi l'Hymne de la Passion.
niere
A O UST. 17335 1777
niere des Anciens , en traduisant l'Ecri
ture , d'insérer quelques mots , en passant
, pour servir à l'intelligence de ce
que la Lettre renferme de mysterieux.
c'est ainsi , continue- t'il , qu'en ont souvent
usé Jonathan et Onkelos , qui pour
cela même ne sont pas tant appellez Traducteurs
que Paraphrastes Chaldéens , en
quoi ils ont été imitcz par les Septante..
Genebrard donne ensuite quelques exemples
de cette maniere de traduire des
Septante , pour éclairer davantage le
Texte , et il paroît si persuadé de ce sentiment
, qu'il traite d'imprudence et de
témerité d'avoir retranché à ligno des
Exemplaires qui ont suivi , ces paroles
ayant , dit- il , été inspirées (a) par le
S. Esprit à ces très saints Prophetes ,
Traducteurs des Livres Sacrez. Il accuse
de ce retranchement les Juifs , comme
S. Justin le leur a effectivement reproché
, ou quelques demi sçavans , pour,
faire montre de leur capacité dans la
Langue Hébraïque , et pour critiquer les
Septante , ce qu'il appelle une vanité et
une méchanceté dont on ne voit , dit- il ,
(a) Male ergo has duas Voculas è nostris Exemplaribus
, qua de industria et per Spiritum Sanctum
a sanctissimis
his Prophetis fuerant interjecta sustlerunt
, sive Judai, &c. Genebr.
que
1778 MERCURE DE FRANCE
que trop d'exemples . Il finit en soute
mant la nécessité de cette Leçon , et en
l'expliquant d'une maniere plausible et
toujours édifiante par rapport à l'appli
cation qu'il en fait.
Je crois , Monsieur qu'en voilà autant
qu'il en faut pour justifier , du moins
pour autoriser l'Auteur de l'Hymne Ve
xilla Regis , d'avoir cité David avec l'addition
à ligno , qui a tant de Deffenseurs
et de si illustres Garants . Mais est- ce
assez , encore une fois , en bonne crititique
pour admettre des paroles qui ne
se trouvent ni dans le Texte Hébreu
qui est l'original , ni dans les Exemplaires
que nous avons aujourd'hui de la
Version des Septante , premiers Auteurs ,
selon Genebrard , de cette Addition ? Ce
qui , à vous dire le vrai , me paroît un
peu embarassant. Vous sçavez qu'on ne
peut jamais prescrire contre la verité
c'est un des plus beaux mots (a) de Tertullien
et une maxime certaine. Vous sçavez
aussi que la Mort du Messie est assez marquée
dans les Prophetes , dans David même
, qui en est lui- même une figure , sans
qu'il soit besoin de la caractériser ici
(a) Veritati nemo prascribere potest , non spatium
temporum , non patrocinia personarum , non privil
Begium regionum . Lib. de Velan. Virginib.
Par
JUILLET. 17337 1779
par des termes qui ne se trouvent pas
dans le Texte original .
it
A
i. Cela supposé , je crois qu'on peut en-
Gore reclamer en faveur de la verité contre
l'addition ou la glose attribuée aux
Septante , que je ne sçaurois encore bien
me persuader venir de la plume de ces
fameux Interpretes ; mais je n'ai pas envie
, Monsieur , pour constater ce fait ,
du moins pour l'éclaircir , d'aller m'enfoncer
dans une Bibliotheque avec une
foule d'Interpretes , de Commentateurs
de Critiques , qui peut- être , après avoir
employé bien du temps , me laisseroient
encore dans le doute où je suis. Je vous
défere cette pénible entreprise , comme
vous convenant mieux qu'à moy , et je
me contente de joindre à ce que j'ai déja
eu l'honneur de vous dire , quelques Remarques
d'un Critique moderne sur le
sujet en question , qui m'ont parâ avoir
de la solidité. Ce Critique est Dom Augustin
Calmet , Auteur d'un Commenraire
Litteral sur tous les Livres de l'Ancien
et du Nouveau Testament , dont
les premiers Volumes ont parû au commencement
de ce siecle. Vous connoissez
Get Ouvrage et vous pouvez en juger
mieux qu'un autre. Pour moi je fais un
sas particulier de son travail sur les Pseaumés,
1780 MERCURE DE FRANCE
mes. Ce Livre publié en 1713. 2. vol. in
4. chez Emery , a mérité l'Approbation
d'un ( 4 ) de vos illustres Confreres , qui
nous assure que les Explications de l'Auteur
, tirées des S S. Peres et des meilleurs
Interpretes , contribuent beaucoup à faire
entendre ce qu'il y a de plus difficile
et de plus obscur dans ce Livre divin .
Dom Calmet , après avoir rapporté le
Verset en question , Commoveatur ....
Dicite in gentibus quia Dominus regnavit
du XCV . Pseaume , et rapporte aussi un
Passage des Paralipomenes , parallele à
ce Verset pour le sens , mais un peu different
pour les expressions , fait voir qu'il
y a là -dessus dans les anciens Peres et
dans quelques anciens Pseautiers , une varieté
encore plus grande et bien plus importante
, qui est de lire regnavit à ligno ,
et il ajoûte aux autoritez citées par Genebrard
, celles de S. Léon Pape , de
l'Auteur de l'Opuscule des Montagnes de
Sina et de Sion. Sous le nom de S. Cyprien
, le Pseautier Gotique, celui de saint.
Germain des Prez , celui de Chartres , tous
Monumens où on lit , Dominus regnavit
àligno. Le P. Calmet auroit pû ajoûter
que cette Leçon se trouve aussi dansa
(a) M. Pastel, Docteur et ancien Professeur
orbonne.
Version
A O UST. 1733. 1781
Version Italique de l'Ecriture , faite sur
le Grec dès le siécle des Apôtres , et dont
toute l'Eglise Latine s'est servie jusqu'à
la Version de S. Jérôme , l'Eglise de Ro
me n'en ayant point eû d'autre dans l'Office
public , jusqu'au Pontificat de Pie V.
qui fit recevoir la Vulgate dans Rome.
C'est D. Calmet * même qui nous donne
cette instruction ; or cette ancienne Version
Italique , publiée de nouveau à
Rome en 1683. par le Cardinal Thomasi,
porte aussi Dominus regnavit à ligno.
Pour ne rien oublier , s'il est possible,
sur ce sujet , notre habile Commentateur
rapporte jusqu'à une conjecture proposée
par Agellius ; sçavoir , que les anciens
Textes Hébreux , au moins dans quelques
Livres , au lieu de Aph , que nous
lisons aujourd'hui après Malac, il a regné,
lisoient He du bois ; ce qui auroit donné
lieu aux Septante de traduire par : Le
Seigneur a regné par le bois . Leçon qui a
subsisté pendant quelques siecles , jusqu'à
ce que les Sçavans en Hébreu s'étant apperçus
que cela ne s'accordoit pas avec
le vrai Original , ils la retrancherent et
conserverent etenim , du . suivant , qui .
répond à Aph de l'Hébreu . Conjecture®
Dissert, sur le Texte et sur les anciennes V´ersions
des Pseaumes. Art. III . p. xxv.
assez
1782 MERCURE DE FRANCE
assez foible et assez mal appuyée , dit
D. Calmet , qui ouvre enfin son sentiment
particulier , et raisonne ainsi sur la
glose en question.
Si cette Leçon étoit autrefois géneralement
dans tous les Exemplaires des Septante
et dans les premieres Traductions.
Latines qui furent faites à l'usage des
Chrétiens , comment ceux - ci ont- ils si
facilement abandonné un Texte qui leur
étoit si favorable ? Si ce sont les Juifs
qui ont fait ce retranchement , pourquoi
les Chrétiens ont- ils eu pour eux la condescendance
d'admettre leur correction
dans leurs Exemplaires. Enfin si quelque
demi sçavant a pû êter de son Livre à
ligno , comment a- t'il pû faire le même
changement dans tous les Exemplaires
du Monde ?
Ces paroles ne sont en effet ni dans
PHébreu, ni dans le Chaldaique , ni dans
le Syriaque , ni dans les anciennes Versions
Grecques , faites sur l'Hébreu , ni
dans la Vulgate , l'Arabe et l'Ethiopienne,
faites sur les Septante ; ni dans la
Version de S. Jerôme , faite sur l'Hebreu.
Personne , que je sçache , continue Dom
Calmet , n'a accusé les Juifs d'avoir ôté
ces termes de leurs Exemplaires Hébreus
on ne les y trouve ni ici , ni dans le
passage
A O UST. 1733. 1783
passage parallele des Paralipomenes. Depuis
S. Justin on ne les a point vûs dans
les Septante.
N'est- il donc pas bien plus probable , com .
me le veut le Févre d'Estaples , et après
lui Justiniani , de Muis et quelques - autres
, que ces paroles à ligno , ayant été
mises par quelqu'un sur la marge de son
Pseautier , à l'endroit de regnavit , furent
ensuite inconsidérément fourrées dans le
Texte ; d'où enfin elles ont été bannies ,
parce qu'on a reconnu qu'elles n'étoient
ni dans les sources hébraïques , ni dans
les anciennes Versions des Grecs .
Il y a beaucoup d'apparence , ajoûtet'il
, que les Hexaples d'Origene servic
rent à arrêter le cours de cette maniere
de lire , en montrant qu'elle n'étoit fondée
ni dans le Texte Hébreu , ni dans
aucune Version ; et en effet , dit D. Calmet
en finissant , je ne sçache que saint
Justin le Martyr parmi les Grecs , qui
l'ait suivie ; tous les autres Peres , qui
ont vécu depuis Origene , et qui sont
en très - grand nombre , ne faisant pas
même mention de cette Leçon . Si elle
subsista plus long- temps parmi les Latins,
c'est que les Hexaples y furent moins
connues et qu'on étoit moins en état de reconnoître
l'erreur de cette Glose ajoutée, et ,
Ε inserée
1984 MERCURE DE FRANCE
inserée dans le Texte , par l'inspection
des Originaux .
Je crois , Monsieur, que ce raisonnement
et la conséquence vous paroîtront
justes. Il peut cependant rester un scrupule
là- dessus , c'est que si d'un côté les
Peres Grecs , à l'exception de S. Justin ,
n'ont point admis , n'ont pas même connû
la glose à ligno ; d'un autre côté l'E
glise Romaine l'a non - seulement admise,
mais elle l'a en quelque façon consacrée ,
en la chantant universellement par tout
dans son Office public , comme elle fait
depuis plus de 700. ans.
On pourroit opposer d'abord à cette
difficulté la grande maxime de Tertullien
, déja rapportée ; mais j'estime qu'il
est plus naturel de la concilier par l'autorité
de S. Jérôme , que vous trouverez ,
je crois , formelle et venir expressément
au sujet que nous traitons . Elle se trou-
·
* Outre S. Justin , on pourroit croire que Les
Heretiques dont il est parlé dans Origane , L. VI,
P. 298. contre Celse , faisoient allusion à ce Passage,
repetant sans cesse dans leurs Ecrits ces paroles
: Ubique autem illic lignum vitæ et Resurrec
tio carnis à ligno. Et en remontant encore plus
haut , l'Auteur de l'Epitre attribuée à S. Barnabé
pouvoit avoir en vûë ce même Passage, lorsqu'il dit.
Regnum Jesu in ligno extitit βασιλεία τοῦ Ἰησοῦ
καὶ τῷ ξύλω,
ve
A OUST. 1733 1785
ve dans l'Epitre à Sunia et à Fréteila
qui est toute remplie de varietez de Leçons
et de Remarques critiques sur le
Texte des Septante et sur la Vulgate. C'est
dans cette Lettre que le S. Docteur propose
une belle Regle dont l'application
se fait ici naturellement. Ilfaut , dit- il ,
réciter et chanter les Pseaumes ainsi que
Eglise les chante , mais aussi il faut sçavoir
, autant que l'on peut , ce que porte
le Texte Hébreu , et qu'autre chose est ce
qu'il faut chanter dans l'Eglise , par respect
pour l'Antiquité ; et autre chose , ce
qu'il faut sçavoir pour la parfaite intelligence
des Ecritures.
Le même S. Docteur qui a proposé cett
Regle , se plaint cependant qu'après avoi
corrigé le Pseautier de l'ancienne Vulgate
qui étoit fort altérée , par l'ordre du
Pape Damase , l'ancienne erreur eût plus
de force qu'à sa nouvelle réformation
plus antiquum errorem , quàm novam emendationem
valere , tant il est difficile d'abolir
certaines choses quand elles ont été
* Sic omninò psallendum ut fit in Ecclesia : es
tamen sciendum quid Hebraica veritas habeat :
atque aliud esse propter vetustatem in Ecclesia
decantandum , aliud sciendum propter eruditionem
scripturarum. S. Hyeron. Epist, ad Sun. es
Fretell.
Eij en
1736 MERCURE DE FRANCE .
en quelque façon consacrées par leur antiquité.
Je finis , .Monsieur , en soumettant à
vos lumieres tout ce que je viens de vous
exposer , et en vous exhortant d'étudier
vous-même cette matiere pour l'éclaircir
encore davantage. Vous trouverez un trèsbeau
Pseautier dans votre Bibliotheque de
Sorbonne, c'est un des plus anciens Manuscrits
de ce genre et des plus curieux. Si ,
quand j'étois au milieu de l'Eglise Marónite
du Mont Liban , la difficulté s'étoit
présentée , j'aurois pû m'assurer de
l'état où sont les anciens Pseautiers des
Maronites par rapport à la glose à
ligno si unis , comme ils se picquent de
l'être de tout temps , à l'Eglise Romaine
, ils l'ont admise , ou si , au contraire,
ils ont suivi la façon de lire le Verset
en question, comme le lit l'Eglise Orientale
, sans addition et conformément au
Texte Hébreu , cela peut avoir sa curiosité.
Je pourrai m'en éclaircir avec le
sçavant M. Assemanni , Maronite, dont
je vous ai parlé plus d'une fois , et à qui
>
Joseph Assemanni , Maronite du Mont Liban ;
Garde de la Bibliotheque du Vatican et Auteur
d'un nouveau Recueil d'anciens Monumens Ecclesiastiques
, sous le titre de Bibiotheque Orientale ,
&c, imprimé à Rome,
AOUST. 1733. 1787
je dois écrire au premier jour sur d'autres
sujets. J'ai l'honneur d'être , &c .
A Paris le 27. Mars 1733 .
M.l'Abbé Foubert , Docteur de Sorbonne,
au sujet d'une Prophetie attribuée au
Roy David.
1
LA
A difficulté que je vous ai proposée,
y a et
Monsieur , il y a quelque temps ,
que vos occupations ne vous permirent
pas alors de me résoudre , a fait le sujet
de quelques recherches de ma part ; vous.
me demandez ce que j'ai appris là- dessus
; la demande ne sçauroit venir plus
propos ; car d'un côté je suis en état
de vous rendre quelque compte , et de
l'autre nous voila dans le temps où l'Eglise
a commencé de chanter l'Hymne
respectable qui a donné lieu à la diffi
• à
culté .
Il s'agit , comme vous sçavez , d'accorder:
A O UST. 1733. 1775
der l'exacte verité avec les paroles de la
strophe que voici de l'Hymne Vexilla
Regis , &c.
Impleta sunt qua concinit
Davidfideli carmine "
Dicens in Nationibus ,
Regnavit à ligno Deus.
David , selon le pieux Auteur de l'Hym
ne , a donc chanté prophétiquement dans
ses Pseaumes que J. C. regneroit par le
Bois de la Croix , et c'est , Monsieur , ce
que d'abord j'ai été chercher dans ces sacrez
Cantiques dans la Vulgate , ne me
souvenant pas d'y avoir jamais lû rien
de pareil. Il est vrai que dans le Pseaume
XCV. Verset 10. on trouve ces paroles ,
dicite in gentibus quia Dominus regnavit
et rien davantage. Est- ce assez pour attribuer
à David la Prophétie en question?
Cependant c'est Fortunat , Evêque de
Poitiers , selon la plus commune opinion ,
qui a composé cet Hymne au vi . sie
cle , et il y a preuve qu'on l'a chanté en
France , au moins dès le IX.
Comme tout le monde n'a pas chez
soi une Bibliotheque , je n'ai pas été en
état d'abord de voir dans les sources ce
qui peut avoir donné lieu aux paroles de
Fortunat , mais j'ai tiré de Genebrard ,
dont
1776 MERCURE DE FRANCE
dont j'ai le Pseautier dans mon Cabinet ,
autant de lumieres qu'il m'en falloit pour
commencer au moins d'éclaircir ma dif
ficulté.
Vous sçavez que Genebrard , sçavant
Benedictin Docteur de Paris , Professeur
des Langues Saintes au College Royal ,
puis Archevêque d'Aix , a donné une Edition
des Pacaumes , selon la Vulgate, qu'il
a accompagnée de sçavans Commentaires
, Ouvrage dont il étoit plus capable
qu'un autre , et dont il y a eu cinq Editions.
La mienne est d'Anvers 1592. et
toute la derniere ,
Son Commentaire sur ce 10. Verset
du Pseaume 95. est assez long et rempli
d'une pieuse érudition . Voici le précis
de ce qui regarde notre Question . Genebrard
convient que regnavu à ligno n'est
point dans le Texte Hebreu ; mais il prétend
que les Septante l'ont ajoûté par
an esprit prophétique , en traduisant ce
Verset , trois cent ans avant J. C. c'est
ainsi , dit-il , que les Anciens l'ont tou
jours cité , sçavoir , S. Justin Martyr, Lactance
, Tertullien , Arnobe , S. Augustin,
Cassiodore, Théodulphe, (4 ) le Pseautier
Romain , &c. c'étoit , selon lui , la ma
(a) Théodulphe , Evêque d'Orleans , auquel on
attribuë aussi l'Hymne de la Passion.
niere
A O UST. 17335 1777
niere des Anciens , en traduisant l'Ecri
ture , d'insérer quelques mots , en passant
, pour servir à l'intelligence de ce
que la Lettre renferme de mysterieux.
c'est ainsi , continue- t'il , qu'en ont souvent
usé Jonathan et Onkelos , qui pour
cela même ne sont pas tant appellez Traducteurs
que Paraphrastes Chaldéens , en
quoi ils ont été imitcz par les Septante..
Genebrard donne ensuite quelques exemples
de cette maniere de traduire des
Septante , pour éclairer davantage le
Texte , et il paroît si persuadé de ce sentiment
, qu'il traite d'imprudence et de
témerité d'avoir retranché à ligno des
Exemplaires qui ont suivi , ces paroles
ayant , dit- il , été inspirées (a) par le
S. Esprit à ces très saints Prophetes ,
Traducteurs des Livres Sacrez. Il accuse
de ce retranchement les Juifs , comme
S. Justin le leur a effectivement reproché
, ou quelques demi sçavans , pour,
faire montre de leur capacité dans la
Langue Hébraïque , et pour critiquer les
Septante , ce qu'il appelle une vanité et
une méchanceté dont on ne voit , dit- il ,
(a) Male ergo has duas Voculas è nostris Exemplaribus
, qua de industria et per Spiritum Sanctum
a sanctissimis
his Prophetis fuerant interjecta sustlerunt
, sive Judai, &c. Genebr.
que
1778 MERCURE DE FRANCE
que trop d'exemples . Il finit en soute
mant la nécessité de cette Leçon , et en
l'expliquant d'une maniere plausible et
toujours édifiante par rapport à l'appli
cation qu'il en fait.
Je crois , Monsieur qu'en voilà autant
qu'il en faut pour justifier , du moins
pour autoriser l'Auteur de l'Hymne Ve
xilla Regis , d'avoir cité David avec l'addition
à ligno , qui a tant de Deffenseurs
et de si illustres Garants . Mais est- ce
assez , encore une fois , en bonne crititique
pour admettre des paroles qui ne
se trouvent ni dans le Texte Hébreu
qui est l'original , ni dans les Exemplaires
que nous avons aujourd'hui de la
Version des Septante , premiers Auteurs ,
selon Genebrard , de cette Addition ? Ce
qui , à vous dire le vrai , me paroît un
peu embarassant. Vous sçavez qu'on ne
peut jamais prescrire contre la verité
c'est un des plus beaux mots (a) de Tertullien
et une maxime certaine. Vous sçavez
aussi que la Mort du Messie est assez marquée
dans les Prophetes , dans David même
, qui en est lui- même une figure , sans
qu'il soit besoin de la caractériser ici
(a) Veritati nemo prascribere potest , non spatium
temporum , non patrocinia personarum , non privil
Begium regionum . Lib. de Velan. Virginib.
Par
JUILLET. 17337 1779
par des termes qui ne se trouvent pas
dans le Texte original .
it
A
i. Cela supposé , je crois qu'on peut en-
Gore reclamer en faveur de la verité contre
l'addition ou la glose attribuée aux
Septante , que je ne sçaurois encore bien
me persuader venir de la plume de ces
fameux Interpretes ; mais je n'ai pas envie
, Monsieur , pour constater ce fait ,
du moins pour l'éclaircir , d'aller m'enfoncer
dans une Bibliotheque avec une
foule d'Interpretes , de Commentateurs
de Critiques , qui peut- être , après avoir
employé bien du temps , me laisseroient
encore dans le doute où je suis. Je vous
défere cette pénible entreprise , comme
vous convenant mieux qu'à moy , et je
me contente de joindre à ce que j'ai déja
eu l'honneur de vous dire , quelques Remarques
d'un Critique moderne sur le
sujet en question , qui m'ont parâ avoir
de la solidité. Ce Critique est Dom Augustin
Calmet , Auteur d'un Commenraire
Litteral sur tous les Livres de l'Ancien
et du Nouveau Testament , dont
les premiers Volumes ont parû au commencement
de ce siecle. Vous connoissez
Get Ouvrage et vous pouvez en juger
mieux qu'un autre. Pour moi je fais un
sas particulier de son travail sur les Pseaumés,
1780 MERCURE DE FRANCE
mes. Ce Livre publié en 1713. 2. vol. in
4. chez Emery , a mérité l'Approbation
d'un ( 4 ) de vos illustres Confreres , qui
nous assure que les Explications de l'Auteur
, tirées des S S. Peres et des meilleurs
Interpretes , contribuent beaucoup à faire
entendre ce qu'il y a de plus difficile
et de plus obscur dans ce Livre divin .
Dom Calmet , après avoir rapporté le
Verset en question , Commoveatur ....
Dicite in gentibus quia Dominus regnavit
du XCV . Pseaume , et rapporte aussi un
Passage des Paralipomenes , parallele à
ce Verset pour le sens , mais un peu different
pour les expressions , fait voir qu'il
y a là -dessus dans les anciens Peres et
dans quelques anciens Pseautiers , une varieté
encore plus grande et bien plus importante
, qui est de lire regnavit à ligno ,
et il ajoûte aux autoritez citées par Genebrard
, celles de S. Léon Pape , de
l'Auteur de l'Opuscule des Montagnes de
Sina et de Sion. Sous le nom de S. Cyprien
, le Pseautier Gotique, celui de saint.
Germain des Prez , celui de Chartres , tous
Monumens où on lit , Dominus regnavit
àligno. Le P. Calmet auroit pû ajoûter
que cette Leçon se trouve aussi dansa
(a) M. Pastel, Docteur et ancien Professeur
orbonne.
Version
A O UST. 1733. 1781
Version Italique de l'Ecriture , faite sur
le Grec dès le siécle des Apôtres , et dont
toute l'Eglise Latine s'est servie jusqu'à
la Version de S. Jérôme , l'Eglise de Ro
me n'en ayant point eû d'autre dans l'Office
public , jusqu'au Pontificat de Pie V.
qui fit recevoir la Vulgate dans Rome.
C'est D. Calmet * même qui nous donne
cette instruction ; or cette ancienne Version
Italique , publiée de nouveau à
Rome en 1683. par le Cardinal Thomasi,
porte aussi Dominus regnavit à ligno.
Pour ne rien oublier , s'il est possible,
sur ce sujet , notre habile Commentateur
rapporte jusqu'à une conjecture proposée
par Agellius ; sçavoir , que les anciens
Textes Hébreux , au moins dans quelques
Livres , au lieu de Aph , que nous
lisons aujourd'hui après Malac, il a regné,
lisoient He du bois ; ce qui auroit donné
lieu aux Septante de traduire par : Le
Seigneur a regné par le bois . Leçon qui a
subsisté pendant quelques siecles , jusqu'à
ce que les Sçavans en Hébreu s'étant apperçus
que cela ne s'accordoit pas avec
le vrai Original , ils la retrancherent et
conserverent etenim , du . suivant , qui .
répond à Aph de l'Hébreu . Conjecture®
Dissert, sur le Texte et sur les anciennes V´ersions
des Pseaumes. Art. III . p. xxv.
assez
1782 MERCURE DE FRANCE
assez foible et assez mal appuyée , dit
D. Calmet , qui ouvre enfin son sentiment
particulier , et raisonne ainsi sur la
glose en question.
Si cette Leçon étoit autrefois géneralement
dans tous les Exemplaires des Septante
et dans les premieres Traductions.
Latines qui furent faites à l'usage des
Chrétiens , comment ceux - ci ont- ils si
facilement abandonné un Texte qui leur
étoit si favorable ? Si ce sont les Juifs
qui ont fait ce retranchement , pourquoi
les Chrétiens ont- ils eu pour eux la condescendance
d'admettre leur correction
dans leurs Exemplaires. Enfin si quelque
demi sçavant a pû êter de son Livre à
ligno , comment a- t'il pû faire le même
changement dans tous les Exemplaires
du Monde ?
Ces paroles ne sont en effet ni dans
PHébreu, ni dans le Chaldaique , ni dans
le Syriaque , ni dans les anciennes Versions
Grecques , faites sur l'Hébreu , ni
dans la Vulgate , l'Arabe et l'Ethiopienne,
faites sur les Septante ; ni dans la
Version de S. Jerôme , faite sur l'Hebreu.
Personne , que je sçache , continue Dom
Calmet , n'a accusé les Juifs d'avoir ôté
ces termes de leurs Exemplaires Hébreus
on ne les y trouve ni ici , ni dans le
passage
A O UST. 1733. 1783
passage parallele des Paralipomenes. Depuis
S. Justin on ne les a point vûs dans
les Septante.
N'est- il donc pas bien plus probable , com .
me le veut le Févre d'Estaples , et après
lui Justiniani , de Muis et quelques - autres
, que ces paroles à ligno , ayant été
mises par quelqu'un sur la marge de son
Pseautier , à l'endroit de regnavit , furent
ensuite inconsidérément fourrées dans le
Texte ; d'où enfin elles ont été bannies ,
parce qu'on a reconnu qu'elles n'étoient
ni dans les sources hébraïques , ni dans
les anciennes Versions des Grecs .
Il y a beaucoup d'apparence , ajoûtet'il
, que les Hexaples d'Origene servic
rent à arrêter le cours de cette maniere
de lire , en montrant qu'elle n'étoit fondée
ni dans le Texte Hébreu , ni dans
aucune Version ; et en effet , dit D. Calmet
en finissant , je ne sçache que saint
Justin le Martyr parmi les Grecs , qui
l'ait suivie ; tous les autres Peres , qui
ont vécu depuis Origene , et qui sont
en très - grand nombre , ne faisant pas
même mention de cette Leçon . Si elle
subsista plus long- temps parmi les Latins,
c'est que les Hexaples y furent moins
connues et qu'on étoit moins en état de reconnoître
l'erreur de cette Glose ajoutée, et ,
Ε inserée
1984 MERCURE DE FRANCE
inserée dans le Texte , par l'inspection
des Originaux .
Je crois , Monsieur, que ce raisonnement
et la conséquence vous paroîtront
justes. Il peut cependant rester un scrupule
là- dessus , c'est que si d'un côté les
Peres Grecs , à l'exception de S. Justin ,
n'ont point admis , n'ont pas même connû
la glose à ligno ; d'un autre côté l'E
glise Romaine l'a non - seulement admise,
mais elle l'a en quelque façon consacrée ,
en la chantant universellement par tout
dans son Office public , comme elle fait
depuis plus de 700. ans.
On pourroit opposer d'abord à cette
difficulté la grande maxime de Tertullien
, déja rapportée ; mais j'estime qu'il
est plus naturel de la concilier par l'autorité
de S. Jérôme , que vous trouverez ,
je crois , formelle et venir expressément
au sujet que nous traitons . Elle se trou-
·
* Outre S. Justin , on pourroit croire que Les
Heretiques dont il est parlé dans Origane , L. VI,
P. 298. contre Celse , faisoient allusion à ce Passage,
repetant sans cesse dans leurs Ecrits ces paroles
: Ubique autem illic lignum vitæ et Resurrec
tio carnis à ligno. Et en remontant encore plus
haut , l'Auteur de l'Epitre attribuée à S. Barnabé
pouvoit avoir en vûë ce même Passage, lorsqu'il dit.
Regnum Jesu in ligno extitit βασιλεία τοῦ Ἰησοῦ
καὶ τῷ ξύλω,
ve
A OUST. 1733 1785
ve dans l'Epitre à Sunia et à Fréteila
qui est toute remplie de varietez de Leçons
et de Remarques critiques sur le
Texte des Septante et sur la Vulgate. C'est
dans cette Lettre que le S. Docteur propose
une belle Regle dont l'application
se fait ici naturellement. Ilfaut , dit- il ,
réciter et chanter les Pseaumes ainsi que
Eglise les chante , mais aussi il faut sçavoir
, autant que l'on peut , ce que porte
le Texte Hébreu , et qu'autre chose est ce
qu'il faut chanter dans l'Eglise , par respect
pour l'Antiquité ; et autre chose , ce
qu'il faut sçavoir pour la parfaite intelligence
des Ecritures.
Le même S. Docteur qui a proposé cett
Regle , se plaint cependant qu'après avoi
corrigé le Pseautier de l'ancienne Vulgate
qui étoit fort altérée , par l'ordre du
Pape Damase , l'ancienne erreur eût plus
de force qu'à sa nouvelle réformation
plus antiquum errorem , quàm novam emendationem
valere , tant il est difficile d'abolir
certaines choses quand elles ont été
* Sic omninò psallendum ut fit in Ecclesia : es
tamen sciendum quid Hebraica veritas habeat :
atque aliud esse propter vetustatem in Ecclesia
decantandum , aliud sciendum propter eruditionem
scripturarum. S. Hyeron. Epist, ad Sun. es
Fretell.
Eij en
1736 MERCURE DE FRANCE .
en quelque façon consacrées par leur antiquité.
Je finis , .Monsieur , en soumettant à
vos lumieres tout ce que je viens de vous
exposer , et en vous exhortant d'étudier
vous-même cette matiere pour l'éclaircir
encore davantage. Vous trouverez un trèsbeau
Pseautier dans votre Bibliotheque de
Sorbonne, c'est un des plus anciens Manuscrits
de ce genre et des plus curieux. Si ,
quand j'étois au milieu de l'Eglise Marónite
du Mont Liban , la difficulté s'étoit
présentée , j'aurois pû m'assurer de
l'état où sont les anciens Pseautiers des
Maronites par rapport à la glose à
ligno si unis , comme ils se picquent de
l'être de tout temps , à l'Eglise Romaine
, ils l'ont admise , ou si , au contraire,
ils ont suivi la façon de lire le Verset
en question, comme le lit l'Eglise Orientale
, sans addition et conformément au
Texte Hébreu , cela peut avoir sa curiosité.
Je pourrai m'en éclaircir avec le
sçavant M. Assemanni , Maronite, dont
je vous ai parlé plus d'une fois , et à qui
>
Joseph Assemanni , Maronite du Mont Liban ;
Garde de la Bibliotheque du Vatican et Auteur
d'un nouveau Recueil d'anciens Monumens Ecclesiastiques
, sous le titre de Bibiotheque Orientale ,
&c, imprimé à Rome,
AOUST. 1733. 1787
je dois écrire au premier jour sur d'autres
sujets. J'ai l'honneur d'être , &c .
A Paris le 27. Mars 1733 .
Fermer
Résumé : LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. l'Abbé Foubert, Docteur de Sorbonne, au sujet d'une Prophetie attribuée au Roy David.
La lettre de M. D. L. R. à l'Abbé Foubert traite d'une prophétie attribuée au roi David, mentionnée dans l'hymne 'Vexilla Regis'. L'auteur cherche à vérifier l'exactitude des paroles 'Regnavit à ligno Deus' (Dieu a régné par le bois de la croix) dans les Psaumes. Ces mots ne figurent pas dans le texte hébreu original mais sont présents dans la version des Septante, traduite trois cents ans avant J.-C. Genebrard, un érudit bénédictin, soutient que les Septante ont ajouté ces mots par esprit prophétique, une pratique confirmée par plusieurs Pères de l'Église. Dom Augustin Calmet rapporte diverses lectures anciennes et suggère que les mots 'à ligno' pourraient avoir été ajoutés en marge et ensuite intégrés dans le texte. Calmet estime que cette glose n'est pas originaire des Septante et a été retirée lorsque les savants ont reconnu son inexactitude. L'auteur conclut en soulignant la difficulté de concilier ces divergences et en se référant à l'autorité de saint Jérôme pour résoudre cette question. Par ailleurs, un saint docteur propose une règle pour la récitation et le chant des Psaumes, recommandant de suivre la tradition de l'Église tout en connaissant le texte hébreu pour une meilleure compréhension des Écritures. Il déplore que, malgré la correction du Psaume par le Pape Damase, l'ancienne erreur ait persisté, soulignant la difficulté de réformer des pratiques anciennes. L'auteur mentionne également un Psaume ancien et curieux dans la bibliothèque de la Sorbonne et évoque une difficulté rencontrée au sein de l'Église Maronite du Mont Liban concernant la glose et la lecture des versets. Il se demande si les Maronites suivent la tradition romaine ou orientale et envisage de consulter Joseph Assemanni, un Maronite savant et gardien de la bibliothèque du Vatican, auteur d'un recueil de monuments ecclésiastiques. La lettre se conclut par une soumission des propos à la lumière du destinataire, l'encourageant à étudier davantage la matière.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 198-207
ARCHITECTURE.
Début :
Nous avons eu plusieurs fois occasion de parler de l'utilité & du progrès de [...]
Mots clefs :
Jacques-François Blondel, Émulation, Leçon, Dessin, Architecture, Progrès, Goût, Art, Cours d'architecture, Élèves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARCHITECTURE.
ARCHITECTURE.
N de parler de Futilité & du progrès de
Ous avons eu plufieurs fois occafion
l'Ecole des Arts , établie à Paris par M."
Blondel, Profeffeur d'Architecture , rue de
ta Harpe ; mais les foins continuels que
fe donne cet Artifte pour le bien public &
la gloire de fon art , nous fourniffent fouvent
de nouveaux fujets de renouveller les
éloges que nous avons donnés au chef &
aux éleves. Les cours publics d'architecture
que M. Blondel donne chez lui gratuitement
les Jeudis , Samedis & DimanJUI
N. 1755
THELLE
J
ches , divifés
en Cours élémentaires
, de
YON
93
*
tique & de théorie , & que nous avons
annoncés dans les Mercures de Juin 17
& Juillet 1754 , n'ont point diminué fes
attentions pour les élèves qui lui font
confiés ; mais pour rendre fes contemporains
témoins des espérances que
l'on
peut
concevoir des talens naiffans de fes difciples
, M. Blondel a diftribué le 26 du mois
d'Octobre dernier , en préfence d'une affemblée
nombreufe & choifie , les prix
qu'il avoit propofés par divers programmes.
>
Les projets admis au concours furent
jugés par les Académiciens & les Artiſtes
les plus célebres , par les amateurs & les
connoiffeurs les plus éclairés , que le Profeffeur
avoit invités chez lui , & qui fe
font fait un plaifir de feconder par leur
préfence l'émulation des éleves & le zéle de
l'auteur. Douze de ces éleves ont concouru
dans quatre différens genres de talens
dont plufieurs d'entr'eux avoient déja remporté
des prix les années précédentes,
Par le premier programme pour les prix
d'architecture , on demandoit un édifice
public contenant diverfes galeries au
premier étage qui devoit être élevé fur
» un foubaſſement ; quelques -unes de ces
y galeries devoient être deftinées en parti,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE .
ور
» culier à contenir une bibliothéque , ainfi
» que la collection des eftampes & des
» deffeins des grands maîtres ; les autres
» devoient fervir de dépôt pour les antiques
; les médailles , &c. Il falloit auffi
» dans cet édifice deux magnifiques fal
» lons ; l'un pour contenir les tableaux des
» différentes écoles de l'Europe ; l'autre
" pour raffenibler les diverfes curiofités
» concernant l'hiftoire naturelle ; enforte
que ce temple des fciences , des arts &
» du goût , diftribué avec fymmétrie , &
compofé de formes régulieres & graves (
» devoit fuppofer pouvoir contenir dans
» un même lieu les livres , les manuf
crits , les eftampes , les médailles & les
bronzes qui fe voient à la Bibliothéque
du Roi , rue de Richelieu ; les antiques
» du Louvre , les tableaux du Luxem
bourg , & les cabinets d'hiftoire naturelle
du Jardin royal. Toutes ces diffé
rentes piéces devoient avoir chacune les
dépendances de leur reffort , & fe communiquer
par de grands efcaliers , auf
quels il falloit arriver à couvert dès la
principale entrée de l'édifice .
3
On diftribua pour ce projet trois prix ,
qui confiftoient en trois médailles d'argent
, la premiere d'un marc , &c. Celleci
fut adjugée à Samuel- Bernard Perron s
JUIN. 1755. 201
le cadet , de Poiffi ; la feconde à Jacques
Dumont , de Limoges , & la troiſieme â
Jean-Baptifte Daubenton de Paris .
ខ
"
Par le fecond programme , on exigebit
le projet d'une fontaine propre à être
R érigée au milieu d'une grande place ,
» telle que l'efplanade du pont tournant.
» Cette fontaine devoit être dans le goût:
de celle de la Place Navonne , à Rome ;
le bas pouvoit être compofé d'une archi
» tecture ferme & ruftique , élevée au mi-
» lieu d'un grand baffin de forme variée ;
» ou bien , au lieu d'architecture , on pouvoit
faire ufage de rochers , dont la plus
grande partie percée à jour laifferoit voirt
» des nappes , ou torrens d'eau d'un aſſez ,
gros volume. Au deffus de cette archi-
» tecture ou rocher pouvoient être pla-
» cées plufieurs figures , telles que celles dé
la ville de Paris , celles du commerce ,
» l'abondance , la Seine , la Marne , des
» Nymphes , des Tritons , &c. au milieu
» defquelles devoit s'élever une grande.
"pyramide ou colonne.coloffale enrichie.
» de fculptures relatives au fujet , & termi-,
» née ( en fuppofant qu'on préférât la co-
» lonne à la pyramide ) de la ftatue pé-
» deftre du Prince , ou autrement de fes
armes & fupports . Biogr
Ce prixa été remporté par Jean Raphaël
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Servandoni , fils du célebre Peintre &
Architecte de ce nom ; il avoit préferé l'o
bélifque à la colonne.
Le troifieme prix étoit deftiné à celui
des douze concourans qui auroit le mieux
imité un fort beau deffein en encre de
la Chine de Gilles Oppenor , repréſentant
un morceau d'architecture mêlé de figures
& de payfages , du cabinet de M. Perronet.
Il fut adjugé à Bernard Jofeph Perron ;
Paîné , de Poiffi .
·
Le quatrieme enfin étoit un Deffein fur
papier bleu, du cabinet de M. d'Argenville,
original de Noël Coypel , repréfentant un
fujet d'hiftoire romaine : il fut décerné à
Jacques Dumont , de Limoges.
Dans les compofitions qui n'ont point
remporté de prix , on en a remarqué plu
fieurs dignes d'applaudiffemens ; ce qui fir
fouhaiter aux amateurs d'avoir une plus
grande quantité de médailles à diftribuer.
De ce nombre étoient les projets de René
Lamboth ; de Paris ; de Charles Gontard
de Bareith , & de Jacques Heumann ,
d'Hanovre , & c .
A propos de la diftribution de ces prix ,
nous allons donner une idée du plan de
cette école des arts : nous croyons qu'on
verra avec plaifir l'ordre & l'enchaînement
des leçons publiques & particulieres qui
JUIN. 1755. 203
4
teur en a dic s'y donnent. Voici à peu près ce que l'au
lui - même dans divers programmes
qu'il a fait imprimer,
Après plufieurs années d'études , dit- il ,
& après avoir formé plufieurs éleves , dont
quelques- uns font penfionnaires de Sa
Majesté à Rome , & d'autres font de retour
en France , il avoit fenti que fon travail
feroit infuffifant s'il ne le portoit plus
loin , parce qu'il entendoit continuellement
ces élèves même s'écrier , que l'étude que
le Profeffeur leur propofoit , ainfi que
la
connoiffance directe de tous les arts, étoient
ignorées de la plupart des perfonnes de la
profeffion ; que Meffieurs tels & tels ne
fçavoient rien ou très - peu de chofe ; que
la plupart de ceux - même qui ont le plus
de réputation , n'avoient aucune teinture
des mathématiques , & qu'ils deffinoient
médiocrement ; que celui - ci ne poffedoir
bien que la diftribution ; que celui - là n'entendoit
que la partie de la décoration intérieure
, l'un la conftruction , l'autre la
partie du jardinage , &c. que d'ailleurs
la plus grande partie des hommes en place
méconnoiffoient les talens , eftimoient peu
les arts , & regardoient avec indifférence
les Artiftes. Ce langage , qui n'eft que trop
commun & qui n'eft pas fans fondement
eft presque toujours celui de la multitude
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
il contribue infenfiblement à déterminer
moins d'excellens fujets ; il amene au relâ
chement de l'étude , & ne nous fournit
que des hommes fuperficiels.
Pour remédier à un abus auffi préjudiciable
au progrès des arts , pour arrêter le
cours d'un propos fi funefte , & exciter une
véritable émulation chez nos citoyens , M.
Blondel a ouvert gratuitement des leçons
publiques mais pour que ces leçons puffent
tourner au profit de la fociété en
général , il les a préfentées fous différentes
faces , fuivant qu'il a reconnu la néceffité
de parler à chacun le langage qui lui convenoit
. Ce moyen lui a réuffi , ainfi que
l'on devoit s'y attendre . En effet , fon cours
élémentaire conduit néceffairement les
hommes bien nés aux connoiffances dur
beau , leur fraye une route sûre pour juger
pertinemment de nos édifices , les accoutume
à fe dépouiller de tout préjugé natio
nal , & leur fait connoître les auteurs &
les Artiftes les plus célebres : ces lumieres
acquifes de la part des amateurs , devien
nent fans doute une faveur de plus pour
l'Artifte qui veut devenir habile , parce
qu'il conçoit par- là que fes talens feront
préconisés par des hommes éclairés , &
que ce fera autant d'obftacles pour les
hommes médiocres qui oferont moins fe
JUIN. 1755. 205-
: montrer au grand jour. D'ailleurs le
nombre des honnêtes gens qui font attirés
à ce cours élémentaire , contribue à l'ému-}
lation qui regne dans cette école : il infpire
aux éleves qui font confiés au Profeffeur
le defir de s'inftruire , les engage à la dé->
cence , & excite en eux l'amour du bien ;
autant de motifs infaillibles pour former à
l'avenir des chefs intelligens..
Son cours de théorie eft deſtiné , non
feulement aux jeunes Architectes , mais
aux Peintres , Sculpteurs , Décorateurs ,
Graveurs , qui fe trouvant ainfi raffemblés , 1
& conférant enfemble à certains jours !
nommés , s'entrecommuniquent leurs dis
verfes connoiffances , leurs découvertes ,
leurs productions , & s'entretiennent utilement
des fciences & des arts. Le Géomé-:
tre acquiert du goût ; l'Artifte regle fes :
idées par le fecours du Mathématicien :>
tous fe réuniffent avec le Profeffeur. pour
vifiter avec fuccès les édifices du fiecle
paffé , & fe procurent une entrée libre
dans les atteliers de nos célebres Artiftes.i
Les bibliothèques , les édifices facrés , les
maifons royales , les cabinets des curieux ,
s'offrent à leurs regards ; en un mot , tout
devient commun entr'eux ; de là la route
des arts plus facile , l'étude plus agréable ,
& les progrès plus sûts.
206 MERCURE DE FRANCE.
Son cours de pratique deſtiné aux ouvriers
du bâtiment , met le comble à l'entrepriſe.
Quatre - vingt hommes tous les
Dimanches & Fêtes occupent pendant la
matinée leur loifir à puifer dans cette,
école les différentes connoiffances dont ils
ont befoin. Le Maçon , le Charpentier , le
Menuifier , le Serrurier , y viennent ap-;.
prendre la géométrie pratique , & les prin- i
cipes relatifs à leur profeffion ; tout l'après-
midi ces mêmes hommes font occupés
à l'exercice du deffein dans différens gen-:
res. Mais pour porter plus loin la perfection
du goût , M. Blondel reçoit auffi dans
fes leçons l'Orfevre , le Bijoutier , le Cifeleur
, & c. on leur communique d'excel
lens originaux , & ils font corrigés exac
tement par des Profeffeurs & par les plus!
anciens éleves reconnus capables ; enforte
que le praticien , le théoricien , l'homme
de goût , font un tout qui encourage le
débutant , affermit l'homme déja capable ,
& donne lieu d'efpérer qu'avant peu d'années
la beauté des formes , l'élégance des
contours , la fymmétrie , reprendront le
deffus & la place des ornemens chiméri- .
ques & hazardés , dont tous les arts de
goût fe font reffentis depuis près de vingt
années *.
* J'ai eu la curiofité d'aller un Dimanche
JUIN. 175.5. 207
En un mot , cette école renouvellant
dans Paris celle d'Athènes , réunit les arts
utiles & les arts agréables : l'architecture ,
les mathématiques , la figure & le deffein
en général , la ſculpture , les fortifications,
la coupe des pierres , font autant de parties
qu'on y enfeigne avec émulation & fuccès.
Quels éloges ne mérite donc pas le fondateur
d'un établiffement fi avantageux à la
fociété ! peut-il être trop préconifé , foutenu
& autorifé ? Le zele infatigable & les
talens décidés de l'Auteur ne font-ils pas
dignes des plus hautes récompenfes & de
la reconnoiffance du public ?
matin fur les dix heures , pour juger par moimême
de l'utilité de ce cours dont on m'avoit
parlé fi avantageufement , & je dois avouer que
j'ai été frappé de l'ordre , de l'exactitude , de l'ardeur
& de l'émulation que j'ai remarquées , tant de
la part des artifans , que de celle des Profeffeurs &
du Chef, dent la capacité , la politeffe & le zele
ne fçauroient être trop applaudis,
N de parler de Futilité & du progrès de
Ous avons eu plufieurs fois occafion
l'Ecole des Arts , établie à Paris par M."
Blondel, Profeffeur d'Architecture , rue de
ta Harpe ; mais les foins continuels que
fe donne cet Artifte pour le bien public &
la gloire de fon art , nous fourniffent fouvent
de nouveaux fujets de renouveller les
éloges que nous avons donnés au chef &
aux éleves. Les cours publics d'architecture
que M. Blondel donne chez lui gratuitement
les Jeudis , Samedis & DimanJUI
N. 1755
THELLE
J
ches , divifés
en Cours élémentaires
, de
YON
93
*
tique & de théorie , & que nous avons
annoncés dans les Mercures de Juin 17
& Juillet 1754 , n'ont point diminué fes
attentions pour les élèves qui lui font
confiés ; mais pour rendre fes contemporains
témoins des espérances que
l'on
peut
concevoir des talens naiffans de fes difciples
, M. Blondel a diftribué le 26 du mois
d'Octobre dernier , en préfence d'une affemblée
nombreufe & choifie , les prix
qu'il avoit propofés par divers programmes.
>
Les projets admis au concours furent
jugés par les Académiciens & les Artiſtes
les plus célebres , par les amateurs & les
connoiffeurs les plus éclairés , que le Profeffeur
avoit invités chez lui , & qui fe
font fait un plaifir de feconder par leur
préfence l'émulation des éleves & le zéle de
l'auteur. Douze de ces éleves ont concouru
dans quatre différens genres de talens
dont plufieurs d'entr'eux avoient déja remporté
des prix les années précédentes,
Par le premier programme pour les prix
d'architecture , on demandoit un édifice
public contenant diverfes galeries au
premier étage qui devoit être élevé fur
» un foubaſſement ; quelques -unes de ces
y galeries devoient être deftinées en parti,
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE .
ور
» culier à contenir une bibliothéque , ainfi
» que la collection des eftampes & des
» deffeins des grands maîtres ; les autres
» devoient fervir de dépôt pour les antiques
; les médailles , &c. Il falloit auffi
» dans cet édifice deux magnifiques fal
» lons ; l'un pour contenir les tableaux des
» différentes écoles de l'Europe ; l'autre
" pour raffenibler les diverfes curiofités
» concernant l'hiftoire naturelle ; enforte
que ce temple des fciences , des arts &
» du goût , diftribué avec fymmétrie , &
compofé de formes régulieres & graves (
» devoit fuppofer pouvoir contenir dans
» un même lieu les livres , les manuf
crits , les eftampes , les médailles & les
bronzes qui fe voient à la Bibliothéque
du Roi , rue de Richelieu ; les antiques
» du Louvre , les tableaux du Luxem
bourg , & les cabinets d'hiftoire naturelle
du Jardin royal. Toutes ces diffé
rentes piéces devoient avoir chacune les
dépendances de leur reffort , & fe communiquer
par de grands efcaliers , auf
quels il falloit arriver à couvert dès la
principale entrée de l'édifice .
3
On diftribua pour ce projet trois prix ,
qui confiftoient en trois médailles d'argent
, la premiere d'un marc , &c. Celleci
fut adjugée à Samuel- Bernard Perron s
JUIN. 1755. 201
le cadet , de Poiffi ; la feconde à Jacques
Dumont , de Limoges , & la troiſieme â
Jean-Baptifte Daubenton de Paris .
ខ
"
Par le fecond programme , on exigebit
le projet d'une fontaine propre à être
R érigée au milieu d'une grande place ,
» telle que l'efplanade du pont tournant.
» Cette fontaine devoit être dans le goût:
de celle de la Place Navonne , à Rome ;
le bas pouvoit être compofé d'une archi
» tecture ferme & ruftique , élevée au mi-
» lieu d'un grand baffin de forme variée ;
» ou bien , au lieu d'architecture , on pouvoit
faire ufage de rochers , dont la plus
grande partie percée à jour laifferoit voirt
» des nappes , ou torrens d'eau d'un aſſez ,
gros volume. Au deffus de cette archi-
» tecture ou rocher pouvoient être pla-
» cées plufieurs figures , telles que celles dé
la ville de Paris , celles du commerce ,
» l'abondance , la Seine , la Marne , des
» Nymphes , des Tritons , &c. au milieu
» defquelles devoit s'élever une grande.
"pyramide ou colonne.coloffale enrichie.
» de fculptures relatives au fujet , & termi-,
» née ( en fuppofant qu'on préférât la co-
» lonne à la pyramide ) de la ftatue pé-
» deftre du Prince , ou autrement de fes
armes & fupports . Biogr
Ce prixa été remporté par Jean Raphaël
1
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
Servandoni , fils du célebre Peintre &
Architecte de ce nom ; il avoit préferé l'o
bélifque à la colonne.
Le troifieme prix étoit deftiné à celui
des douze concourans qui auroit le mieux
imité un fort beau deffein en encre de
la Chine de Gilles Oppenor , repréſentant
un morceau d'architecture mêlé de figures
& de payfages , du cabinet de M. Perronet.
Il fut adjugé à Bernard Jofeph Perron ;
Paîné , de Poiffi .
·
Le quatrieme enfin étoit un Deffein fur
papier bleu, du cabinet de M. d'Argenville,
original de Noël Coypel , repréfentant un
fujet d'hiftoire romaine : il fut décerné à
Jacques Dumont , de Limoges.
Dans les compofitions qui n'ont point
remporté de prix , on en a remarqué plu
fieurs dignes d'applaudiffemens ; ce qui fir
fouhaiter aux amateurs d'avoir une plus
grande quantité de médailles à diftribuer.
De ce nombre étoient les projets de René
Lamboth ; de Paris ; de Charles Gontard
de Bareith , & de Jacques Heumann ,
d'Hanovre , & c .
A propos de la diftribution de ces prix ,
nous allons donner une idée du plan de
cette école des arts : nous croyons qu'on
verra avec plaifir l'ordre & l'enchaînement
des leçons publiques & particulieres qui
JUIN. 1755. 203
4
teur en a dic s'y donnent. Voici à peu près ce que l'au
lui - même dans divers programmes
qu'il a fait imprimer,
Après plufieurs années d'études , dit- il ,
& après avoir formé plufieurs éleves , dont
quelques- uns font penfionnaires de Sa
Majesté à Rome , & d'autres font de retour
en France , il avoit fenti que fon travail
feroit infuffifant s'il ne le portoit plus
loin , parce qu'il entendoit continuellement
ces élèves même s'écrier , que l'étude que
le Profeffeur leur propofoit , ainfi que
la
connoiffance directe de tous les arts, étoient
ignorées de la plupart des perfonnes de la
profeffion ; que Meffieurs tels & tels ne
fçavoient rien ou très - peu de chofe ; que
la plupart de ceux - même qui ont le plus
de réputation , n'avoient aucune teinture
des mathématiques , & qu'ils deffinoient
médiocrement ; que celui - ci ne poffedoir
bien que la diftribution ; que celui - là n'entendoit
que la partie de la décoration intérieure
, l'un la conftruction , l'autre la
partie du jardinage , &c. que d'ailleurs
la plus grande partie des hommes en place
méconnoiffoient les talens , eftimoient peu
les arts , & regardoient avec indifférence
les Artiftes. Ce langage , qui n'eft que trop
commun & qui n'eft pas fans fondement
eft presque toujours celui de la multitude
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
il contribue infenfiblement à déterminer
moins d'excellens fujets ; il amene au relâ
chement de l'étude , & ne nous fournit
que des hommes fuperficiels.
Pour remédier à un abus auffi préjudiciable
au progrès des arts , pour arrêter le
cours d'un propos fi funefte , & exciter une
véritable émulation chez nos citoyens , M.
Blondel a ouvert gratuitement des leçons
publiques mais pour que ces leçons puffent
tourner au profit de la fociété en
général , il les a préfentées fous différentes
faces , fuivant qu'il a reconnu la néceffité
de parler à chacun le langage qui lui convenoit
. Ce moyen lui a réuffi , ainfi que
l'on devoit s'y attendre . En effet , fon cours
élémentaire conduit néceffairement les
hommes bien nés aux connoiffances dur
beau , leur fraye une route sûre pour juger
pertinemment de nos édifices , les accoutume
à fe dépouiller de tout préjugé natio
nal , & leur fait connoître les auteurs &
les Artiftes les plus célebres : ces lumieres
acquifes de la part des amateurs , devien
nent fans doute une faveur de plus pour
l'Artifte qui veut devenir habile , parce
qu'il conçoit par- là que fes talens feront
préconisés par des hommes éclairés , &
que ce fera autant d'obftacles pour les
hommes médiocres qui oferont moins fe
JUIN. 1755. 205-
: montrer au grand jour. D'ailleurs le
nombre des honnêtes gens qui font attirés
à ce cours élémentaire , contribue à l'ému-}
lation qui regne dans cette école : il infpire
aux éleves qui font confiés au Profeffeur
le defir de s'inftruire , les engage à la dé->
cence , & excite en eux l'amour du bien ;
autant de motifs infaillibles pour former à
l'avenir des chefs intelligens..
Son cours de théorie eft deſtiné , non
feulement aux jeunes Architectes , mais
aux Peintres , Sculpteurs , Décorateurs ,
Graveurs , qui fe trouvant ainfi raffemblés , 1
& conférant enfemble à certains jours !
nommés , s'entrecommuniquent leurs dis
verfes connoiffances , leurs découvertes ,
leurs productions , & s'entretiennent utilement
des fciences & des arts. Le Géomé-:
tre acquiert du goût ; l'Artifte regle fes :
idées par le fecours du Mathématicien :>
tous fe réuniffent avec le Profeffeur. pour
vifiter avec fuccès les édifices du fiecle
paffé , & fe procurent une entrée libre
dans les atteliers de nos célebres Artiftes.i
Les bibliothèques , les édifices facrés , les
maifons royales , les cabinets des curieux ,
s'offrent à leurs regards ; en un mot , tout
devient commun entr'eux ; de là la route
des arts plus facile , l'étude plus agréable ,
& les progrès plus sûts.
206 MERCURE DE FRANCE.
Son cours de pratique deſtiné aux ouvriers
du bâtiment , met le comble à l'entrepriſe.
Quatre - vingt hommes tous les
Dimanches & Fêtes occupent pendant la
matinée leur loifir à puifer dans cette,
école les différentes connoiffances dont ils
ont befoin. Le Maçon , le Charpentier , le
Menuifier , le Serrurier , y viennent ap-;.
prendre la géométrie pratique , & les prin- i
cipes relatifs à leur profeffion ; tout l'après-
midi ces mêmes hommes font occupés
à l'exercice du deffein dans différens gen-:
res. Mais pour porter plus loin la perfection
du goût , M. Blondel reçoit auffi dans
fes leçons l'Orfevre , le Bijoutier , le Cifeleur
, & c. on leur communique d'excel
lens originaux , & ils font corrigés exac
tement par des Profeffeurs & par les plus!
anciens éleves reconnus capables ; enforte
que le praticien , le théoricien , l'homme
de goût , font un tout qui encourage le
débutant , affermit l'homme déja capable ,
& donne lieu d'efpérer qu'avant peu d'années
la beauté des formes , l'élégance des
contours , la fymmétrie , reprendront le
deffus & la place des ornemens chiméri- .
ques & hazardés , dont tous les arts de
goût fe font reffentis depuis près de vingt
années *.
* J'ai eu la curiofité d'aller un Dimanche
JUIN. 175.5. 207
En un mot , cette école renouvellant
dans Paris celle d'Athènes , réunit les arts
utiles & les arts agréables : l'architecture ,
les mathématiques , la figure & le deffein
en général , la ſculpture , les fortifications,
la coupe des pierres , font autant de parties
qu'on y enfeigne avec émulation & fuccès.
Quels éloges ne mérite donc pas le fondateur
d'un établiffement fi avantageux à la
fociété ! peut-il être trop préconifé , foutenu
& autorifé ? Le zele infatigable & les
talens décidés de l'Auteur ne font-ils pas
dignes des plus hautes récompenfes & de
la reconnoiffance du public ?
matin fur les dix heures , pour juger par moimême
de l'utilité de ce cours dont on m'avoit
parlé fi avantageufement , & je dois avouer que
j'ai été frappé de l'ordre , de l'exactitude , de l'ardeur
& de l'émulation que j'ai remarquées , tant de
la part des artifans , que de celle des Profeffeurs &
du Chef, dent la capacité , la politeffe & le zele
ne fçauroient être trop applaudis,
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Résumé : ARCHITECTURE.
Jacques-François Blondel a fondé à Paris une École des Arts, où il dispensait des cours publics gratuits les jeudis, samedis et dimanches. Ces cours étaient divisés en trois catégories : élémentaires, de pratique et de théorie. Leur objectif principal était de former des élèves talentueux et de favoriser le progrès des arts. En octobre 1755, Blondel a organisé une assemblée pour distribuer des prix. Douze élèves ont participé à cette compétition, qui était structurée en quatre genres différents. Les projets des élèves ont été évalués par des académiciens, des artistes renommés, des amateurs et des connaisseurs éclairés. Les prix ont été attribués pour divers programmes, incluant la conception d'un édifice public avec des galeries, une fontaine, et des imitations de dessins. L'École des Arts de Blondel visait à combler les lacunes dans la connaissance des arts parmi les professionnels. Elle offrait des leçons publiques et privées, réunissant architectes, peintres, sculpteurs, décorateurs, graveurs et ouvriers du bâtiment. Les cours couvraient divers domaines tels que l'architecture, les mathématiques, la sculpture et les fortifications. L'objectif était de former des artisans compétents et de promouvoir l'excellence dans les arts.
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4
p. 209-210
ECOLE LATINE & GRECQUE, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnolle, Angloise & Allemande.
Début :
L'Abbé Chocquart, par une longue étude de tout ce qui peut abréger l'éducation morale [...]
Mots clefs :
Essais, Amour, Expérience, Étude, Leçon, Exercices, Attention, Langues, Calculs, Géographie et histoire, Maîtres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECOLE LATINE & GRECQUE, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnolle, Angloise & Allemande.
ECOLE LATINE & GRECQUE , où l'on enfeigne
les Langues Françoife , Italienne , Efpagnolle ,
Angleife & Allemande.
L'ABBÉ CHOCQUART , par une longue étude de
tout ce qui peut abréger l'éducation morale & politique
de l'homme par les différens Ellais qu'il a
faits fur les Éléves qu'il a formés , a trouvé le
moyen , d'ouvrir une route facile vers les Vertus &
les Sciences. La conduite que tenoient certains
Peuples pour rendre chez eux l'amour de la gloire .,
comme héréditaire , a facilité les recherches qu'il
a faites pour infpirer plus éfficacement à la jeunelfe
l'amour da vrai bien : & la Nature dont la marche
eft toujours heureuſe & rapide , lui fert de guide
dans les Belles- Lettres & les Beaux-Arts.Si l'enfant
fous les yeux de fa Nourrice , apprend fans peine
la langue qu'elle parle , pourquoi faudroit- il confacrer
tant d'années à l'ufage d'une langue fouvent
plus facile? Les oreilles ont elles plus d'eme
pire fur l'âme que les yeux ?
Convaincu d'ailleurs , par l'expérience , que rien
ne retarde tant nos études que le dégoût & l'ennui
qui les accompagnent ; il fait évanouir l'un & l'au
tre en diverfifiant tellement les execices de la
journée , qu'une leçon devient comme le télaffement
de celle qui l'a précédée. Les premieres heures
de l'une & l'autre partie du jour font données
aux études qui demandent le plus d'application :
des objets capables de réveiller l'attention leur
fuccédent & font eux-mêmes fuivis par des leçons
plus amufantes. Ainfi les Langues Latine &
Françoife , le Calcul Numérique , la Mufique &
tous les Exercices du Corps qui peuvent entrer
dans une éducation noble & polie , occupent
fucceffivement les matinées,
210 MERCURE DE FRANCE.
Après la récréation qui fuit le dîné , l'Algébre,
la Géométrie & les Fortifications fous une mêmě
marche ; les loix de l'Optique & le Deffein , les
proportions des Méchaniques démontrées conformesaur
Loix de l'Univers & aux expériences de
Phyfique la Géographie enfin & l'Hiftoire , réunies
par le moyen de Cartes pliées ; de forte que
les faits & les lieux le rappellent mutuellement
occupent toutes les heures de l'après-dîné.
Les leçons de Langue Françoife,d'Arithmétique,
de Géographie & d'Hiftoire , n'employant que fore
peu de tems dans le cours d'études , on donne les
heures qu'elles occupoient , aux Langues Allemande
, Italienne , Angloife ou Efpagnoles où l'on
s'occupe à des exercices Militaires , ou à conftruire
des Plans de Villes avec des piéces rapportées , ou
l'on s'exerce à des travaux du Tour , de la Linie,
& c. ou même à quelque fcience relative à l'état au
quel on eft deftiné .
L'ufage accompagnant partout la fpéculation ,
& l'Harmonie difpenfant tous les travaux , il eſt
facile de concevoir , combien les jeunes gens deviennent
avides de fçavoir & quelle doit être la
rapidité de leurs progrès.
Pour les Externes & tous ceux qui feront encore
dans le cas d'aller au College , on donnera des
leçons à part.
Les Maitres en chaque partie font tous des hommes
choifis & connus.
Les curieux trouveront auffi chez l'Abbé Chocquart
, des machines de Phyfique & furtout d'Optique.
Il demeure rue des SS . Peres , Fauxbourg S
Germain , vis- à- vis le Portail de la Charité , dans
un Hôtel où il y a un très-beau Jardin. La pen
fon alimentaire eft de soo liv..
les Langues Françoife , Italienne , Efpagnolle ,
Angleife & Allemande.
L'ABBÉ CHOCQUART , par une longue étude de
tout ce qui peut abréger l'éducation morale & politique
de l'homme par les différens Ellais qu'il a
faits fur les Éléves qu'il a formés , a trouvé le
moyen , d'ouvrir une route facile vers les Vertus &
les Sciences. La conduite que tenoient certains
Peuples pour rendre chez eux l'amour de la gloire .,
comme héréditaire , a facilité les recherches qu'il
a faites pour infpirer plus éfficacement à la jeunelfe
l'amour da vrai bien : & la Nature dont la marche
eft toujours heureuſe & rapide , lui fert de guide
dans les Belles- Lettres & les Beaux-Arts.Si l'enfant
fous les yeux de fa Nourrice , apprend fans peine
la langue qu'elle parle , pourquoi faudroit- il confacrer
tant d'années à l'ufage d'une langue fouvent
plus facile? Les oreilles ont elles plus d'eme
pire fur l'âme que les yeux ?
Convaincu d'ailleurs , par l'expérience , que rien
ne retarde tant nos études que le dégoût & l'ennui
qui les accompagnent ; il fait évanouir l'un & l'au
tre en diverfifiant tellement les execices de la
journée , qu'une leçon devient comme le télaffement
de celle qui l'a précédée. Les premieres heures
de l'une & l'autre partie du jour font données
aux études qui demandent le plus d'application :
des objets capables de réveiller l'attention leur
fuccédent & font eux-mêmes fuivis par des leçons
plus amufantes. Ainfi les Langues Latine &
Françoife , le Calcul Numérique , la Mufique &
tous les Exercices du Corps qui peuvent entrer
dans une éducation noble & polie , occupent
fucceffivement les matinées,
210 MERCURE DE FRANCE.
Après la récréation qui fuit le dîné , l'Algébre,
la Géométrie & les Fortifications fous une mêmě
marche ; les loix de l'Optique & le Deffein , les
proportions des Méchaniques démontrées conformesaur
Loix de l'Univers & aux expériences de
Phyfique la Géographie enfin & l'Hiftoire , réunies
par le moyen de Cartes pliées ; de forte que
les faits & les lieux le rappellent mutuellement
occupent toutes les heures de l'après-dîné.
Les leçons de Langue Françoife,d'Arithmétique,
de Géographie & d'Hiftoire , n'employant que fore
peu de tems dans le cours d'études , on donne les
heures qu'elles occupoient , aux Langues Allemande
, Italienne , Angloife ou Efpagnoles où l'on
s'occupe à des exercices Militaires , ou à conftruire
des Plans de Villes avec des piéces rapportées , ou
l'on s'exerce à des travaux du Tour , de la Linie,
& c. ou même à quelque fcience relative à l'état au
quel on eft deftiné .
L'ufage accompagnant partout la fpéculation ,
& l'Harmonie difpenfant tous les travaux , il eſt
facile de concevoir , combien les jeunes gens deviennent
avides de fçavoir & quelle doit être la
rapidité de leurs progrès.
Pour les Externes & tous ceux qui feront encore
dans le cas d'aller au College , on donnera des
leçons à part.
Les Maitres en chaque partie font tous des hommes
choifis & connus.
Les curieux trouveront auffi chez l'Abbé Chocquart
, des machines de Phyfique & furtout d'Optique.
Il demeure rue des SS . Peres , Fauxbourg S
Germain , vis- à- vis le Portail de la Charité , dans
un Hôtel où il y a un très-beau Jardin. La pen
fon alimentaire eft de soo liv..
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Résumé : ECOLE LATINE & GRECQUE, où l'on enseigne les Langues Françoise, Italienne, Espagnolle, Angloise & Allemande.
L'École Latine & Grecque, dirigée par l'Abbé Chocquart, enseigne plusieurs langues, dont le français, l'italien, l'espagnol, l'anglais et l'allemand. L'Abbé Chocquart a développé une méthode pour l'éducation morale et politique des élèves, s'inspirant des pratiques de certains peuples et utilisant les Belles-Lettres et les Beaux-Arts. L'école diversifie les exercices quotidiens pour éviter le dégoût et l'ennui. Les matinées sont consacrées aux langues latine et française, au calcul, à la musique et aux exercices physiques. L'après-midi inclut l'algèbre, la géométrie, les fortifications, l'optique, le dessin, la mécanique, la géographie et l'histoire, illustrées par des cartes pliées. Les élèves apprennent également des langues supplémentaires, des exercices militaires, la construction de plans de villes et des travaux manuels. L'harmonie et la pratique accompagnent la théorie, rendant les élèves avides de savoir. L'école propose des leçons spécifiques pour les externes et ceux qui fréquentent encore le collège. Les maîtres sont des hommes choisis et reconnus. L'Abbé Chocquart possède des machines de physique et d'optique. Il réside rue des SS. Pères, Faubourg Saint-Germain, face au Portail de la Charité, dans un hôtel avec un beau jardin. La pension alimentaire est fixée à 500 livres.
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5
p. 52-61
CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
Début :
QUOIQU'IL y ait déja quelques années que vous soyez ma femme, & [...]
Mots clefs :
Apprendre, Leçon, Religion, Jeunesse, Richesse, Mari, Modération
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
CONSEILS d'un Homme de 80 ans *
à une Demoiselle de neuf ans qu'il
appelloit fa femme.
QuUOIQU'IL y ait déja quelques
années que vous foyez ma femme , &
que vous paroiffiez fatisfaite de votre
fituation ; cet état heureux ne peut durer
encore tout au plus que cinq ou fix
ans, & un autre mari me fuccédera, avec
fequel vous aurez plus longtemps à vivre
qu'avec moi . L'amitié que j'ai pour
vous m'oblige de vous faire part de quelques
réfléxions qui pourront vous être
utiles par la fuite , & qui fuppléront à
celles que la jeuneffe vous empêche de
faire aujourd'hui . Vous devez avoir une
fortune & des biens confidérables ; vous
ferez recherchée d'une infinité de Soupirans
, qui , avant de fe déclarer s'informeront
avec la plus grande éxactitude
de la quantité & de la qualité de
vos richeffes , mais ne s'embarrafferont
nullement ni de votre figure , ni des
qualités de votre efprit : ce n'eft donc
point vous , pour ainfi dire , que votre
mari époufera , ce fera vos biens &
JANVIER. 1763 . 53 1
votre fortune . Penfez bien à cet article
ma chère petire femme ! & comprenez
que fi vous n'aviez que quatre mille liv.
de rente , tous ceux qui fe montreront
fi empreffés de vous pofféder , s'éloigneroient
bien vîte de vous. Vous ignorez
ce que c'eft que la richeffe & quel fond
vous devez faire fur les biens que vous
apporterez en mariage je m'en vais
vous l'expliquer. Votre Contrat ne fera
pas plutôt figné que toutes ces richeſſes
& ces biens ne feront plus en votre difpofition
; ce fera votre mari qui en fera
le maître & l'éconôme. Il eft vrai qu'il
ne pourroit pas manger le fond de votre
bien ; mais qu'est-ce que c'eft qu'un
fond de bien , dont vous ne pourrez faire
aucun ufage fans la permiffion de ce
mari , qui peut prodiguer vos revenus
pour tout autre que pour vous , & qui
vous privera de toutes les douceurs de
la vie pour ne s'attacher qu'à des dépenfes
frivoles & inutiles ? Il faut donc ,
ma chère petite femme , que vous vous
précautionniez de bonne heure contre
un pareil malheur qui n'arrive que trop
fouvent , & que cependant vous pouvez
éviter , fi vous fuivez mes confeils . La
beauté & les talens aimables ne fuffifent
pas pour fixer l'inconftance des maris ;
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
il est des moyens plus fùrs. Le premier
moyen , eft d'avoir un grand fond de religion
; & à mefure que vous avancerez
en âge , de faire férieufement tous
les jours réfléxion que la beauté n'eft
qu'une chofe paffagère ; que la vie eft
fort courte ; & qu'il n'y a rien de folide
, que de travailler dans ce bas - monde
à vous procurer une félicité éternelle .
Ne regardez donc pas , ma chère petite
femme , les pieufes inftru &tions que
l'on vous fait aujourd'hui comme des
leçons d'Hiftoire & de Géographie ; il
n'y a qu'une chofe abfolument néceffaire
, qui eft de fçavoir bien vivre pour
apprendre à bien mourir. Mais fouvenez-
vous bien , que la véritable piété
ne confifte pas dans les fimagrées de la
dévotion , ni dans tout un appareil extérieur
; il faut que votre dévotion foit
douce , éclairée & charitable ; il faut
que vous foyez complaifante pour votre
mari , compâtiffante pour vos femmes
& pour vos domeftiques ; que fi
quelque chofe vous déplaît dans votre
mari , le moyen de le corriger , c'eſt de
fouffrir avec patience ce qui peut vous
déplaire. Vous avez le bonheur d'être
actuellement fous les yeux d'une grandmaman
dont l'efprit , le coeur & l'expéJANVIER.
1763. 55
rience font un tréfor pour vous préférable
à toutes vos richeffes . Ne lui cachez
rien de vos plus fecrettes pensées ,
jafez & caufez avec elle comme les jeunes
perfones font naturellement avec
leurs jeunes compagnes , ne ceffez jamais
de lui débiter vos goûts & vos
imaginations ; & bavardez continuéllement
avec elle , afin d'apprendre à vous
taire. Les premieres années que vous
entrerez dans le monde , quand vous
aurez un âge plus avancé , & que vous
aurez appris à difcerner ce qui eft bon
d'avec ce qui eft mauvais , ce qui eft
décent d'avec ce qui n'eft pas convenable
, profitez de votre difcernement
pour ne point imiter les mauvais exemples
, mais gardez-vous bien de critiquer
perfonne ; évitez les compagnies des
jeunes perfonnes de toutes efpéces autant
que faire fe pourra ; mais attachez
vous à des perfonnes d'un certain âge :
il y a tout gagner avec elles & tout
à perdre avec les autres . Les perfonnes
âgées font quelquefois ennuyeufes &
donneufes de leçons , elles veulent inf
truire la jeuneffe ; mais elles ne font
point leurs rivales , & ne font point affectées
de la jaloufie qui régne ordinairement
parmi les jeunes Dames, N'af
4
C iv
36 MERCURE DE FRANCE.
fectez point dans vos habillemens &
dans votre maniere de vous coeffer ,
certains airs qui ne font aujourd'hui que
trop à la mode ; imitez les jeunes perfonnes
de votre âge qui fe mettent d'une
façon élégante , mais modefte . Ne
foyez jamais affez hardie pour inventer
une nouvelle mode de coëffure ou d'habillement
; abandonnez aux jeunes folles
de votre âge la gloire de l'invention en
pareille chofe. Cependant quand une
nouvelle mode eft établie & fuivie par
les perfonnes de votre caractère & de
votre rang , il faut fuivre cette mode
car il feroit auffi ridicule' de vous voir
coëffée & habillée à l'antique , que d'avoir
la folie de vouloir être la premiere
à inventer & à dominer fur les ufages
& le goût établi parmi les perfonnes de
votre condition . Ce n'eft point la quantité
d'ornemens qui rendent une perfonne
aimable , c'eft la propreté , c'eft
un certain arrangement qui convienne
à votre figure & à votre vifage . Il
faut apprendre à vous coëffer vous-même
; & quand vos femmes feront empreffées
à entourer votre toilette de
n'avoir jamais d'impatience ni d'humeur
: furtout de ne les point apoftropher
des noms de maladroites & d'im-
,
JANVIER. 1763. 57
pertinentes. Apprenez , ma chère petite
femme , que votre réputation publique
dépend en grande partie des difcours
de vos domeftiques . Si vous les
aimez , & que vous les traitiez bien , ils
cacheront vos défauts ; & fi vous en agiffez
autrement , ils groffiront vos imperfections
, & même vous donneront
celles que vous n'aurez pas. Il n'appar
tient qu'aux bons Maîtres d'avoir d'anciens
Domeſtiques. Quand vous ferez
à table , ayez attention de fervir tout
le monde mangez vous -même avec
propreté , & proportionnez la dépenfe
de votre table au nombre & à la qualité
de la compagnie. Soyez de la plus grande
modeftie , même devant vos femmes
lorfque vous vous leverez & que vous
vous coucherez . Témoignez beaucoup
d'amitié & de tendreffe à votre mari
dans le particulier : évitez les minauderies
& les afféteries avec lui dans le Public.
Ces fortes de façons font des façons
bourgeoifes , & ne marquent bien fouvent
que de la fauffeté & de l'indécence.
Ne dites jamais rien que ce que vous
penfez véritablement ; mais gardez -vous
bien de dire indifcrétement tout ce que
Vous pensez .
Ornez votre efprit de bonnes led-
Cy
58 MERCURE DE FRANCE .
ne
res ; foyez attentive aux différentes leçons
que l'on vous donne , tant pour
orner votre efprit que votre corps :
mais ne reffemblez pas à un perroquet
qui ne fait que répéter ce qu'il ne comprend
pas. Quand votre efprit & votre
mémoire feront ornés des plus belles
connoiffances , gardez-vous bien de débiter
mal-à-propos dans le Public ce
que vous aurez appris dans votre jeuneffe
; & lorfque vous trouverez des
perfonnes ignorantes qui débiteront des
chofes contraires à la vérité de l'Hiftoire
, de la Géographie & autres
vous érigez point en Docteur pour réprimer
leurs erreurs ; & fi vous gliffez
quelques paroles , vous pouvez faire
voir adroitement & fans aigreur que
vous êtes mieux inftruite que les autres.
Apprenez que le moyen de vous faire
hair c'eft de vouloir dominer & de vous
attribuer toute efpéce de préférence :
vous deviendrez infupportable dans la
fociété ; & quand réellement vous furpafferiez
les perfonnes que vous fréquentez
dans toutes les efpéces & de toutes
fortes de manieres , les Dames ne vous
pardonneroient jamais cette fupériorité.
Ayez donc attention , ma chere petite
femme , de faire aimer vos talens &
JANVIER. 1763. 59
vos vertus , & de ne vous point faire
haïr à force de mérite. Tâchez de pofféder
réellement tous ces talens fupérieurs ;
mais n'en montrez , avec beaucoup de
difcrétion , que ce qui eft néceffaire pour
vous faire aimer & pour donner bon
exemple aux autres fans affectation .
Mais fur-tout , à l'égard de votre mari
gardez-vous bien de lui faire voir indifcrétement
que vous avez plus d'efprit
que lui ! Ne difputez jamais avec lui dans
les momens où vous lui verrez de l'entêtement
. Prenez bien votre temps , &
attendez le moment pour calmer fa colere
, ou pour lui faire goûter la vérité.
Avec de la patience & de la douceur
vous en viendrez à bout , & avec de
l'arrogance & de l'imprudence , vous
l'irriterez & ne le perfuaderez pas. Soyez
complaifante envers votre mari dans
tout ce qui ne fera pas contraire à la
Religion ; & fi par malheur votre mari
n'en avoit point , gardez-vous bien de
le prêcher mal - à - propos : prêchez- le
d'exemple , & quelquefois bien mieux
par votre filence que par vos exhortations
. Ne regardez le jeu que comme
un amuſement ,, & ne montrez jamais
dans cette occafion ni avidité , ni thuni
difpute . Accoutumez -vous à
meur ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
搏
vous renfermer quelquefois dans votre
cabinet donnez envie à votre mari
d'aller troubler votre petite folitude ; &
quand le cas arrivera , recevez - le avec
amitié , & quittez vos Livres & votre
écriture avec un air de gaîté . Dans les
difputes de Religion , gardez-vous bien
de vous ériger en Docteur : vous n'entendrez
que trop dans la fuite de ces
Femmes-Docteurs qui parlent avec beaucoup
de vivacité fur des matieres qu'elles
n'entendent pas. Quand vous vous trouverez
dans ces occafions , gardez-vous
bien de vous mêler de la converfation ;
& fi l'on vous preffe pour vous faire
parler , dites fimplement que vous vous
en tenez à votre Catéchifme. N'ayez
pas peur que l'on vous prenne pour ignorante
: cette modération vous fera beaucoup
plus d'honneur que fi vous vouliez
régenter la fociété. Ne critiquez jamais
le gouvernement des pays que
vous habiterez. Ayez un petit tribunal
dans vous-même pour prifer ce qui eft
bon & le diftinguer de ce qui eft mauvais
; mais ne communiquez jamais au
Public les Arrêts de votre petite jurifdiction
intérieure ; & apprenez de votre
vieux mari qu'une femme qui décide
toujours , quoique fort bien , qui a touJANVIER.
1763. 61
jours raifon dans le Public , eſt une
femme infupportable ; & que celle qui
décide mal eft impertinente , méprifable
& ridicule .
à une Demoiselle de neuf ans qu'il
appelloit fa femme.
QuUOIQU'IL y ait déja quelques
années que vous foyez ma femme , &
que vous paroiffiez fatisfaite de votre
fituation ; cet état heureux ne peut durer
encore tout au plus que cinq ou fix
ans, & un autre mari me fuccédera, avec
fequel vous aurez plus longtemps à vivre
qu'avec moi . L'amitié que j'ai pour
vous m'oblige de vous faire part de quelques
réfléxions qui pourront vous être
utiles par la fuite , & qui fuppléront à
celles que la jeuneffe vous empêche de
faire aujourd'hui . Vous devez avoir une
fortune & des biens confidérables ; vous
ferez recherchée d'une infinité de Soupirans
, qui , avant de fe déclarer s'informeront
avec la plus grande éxactitude
de la quantité & de la qualité de
vos richeffes , mais ne s'embarrafferont
nullement ni de votre figure , ni des
qualités de votre efprit : ce n'eft donc
point vous , pour ainfi dire , que votre
mari époufera , ce fera vos biens &
JANVIER. 1763 . 53 1
votre fortune . Penfez bien à cet article
ma chère petire femme ! & comprenez
que fi vous n'aviez que quatre mille liv.
de rente , tous ceux qui fe montreront
fi empreffés de vous pofféder , s'éloigneroient
bien vîte de vous. Vous ignorez
ce que c'eft que la richeffe & quel fond
vous devez faire fur les biens que vous
apporterez en mariage je m'en vais
vous l'expliquer. Votre Contrat ne fera
pas plutôt figné que toutes ces richeſſes
& ces biens ne feront plus en votre difpofition
; ce fera votre mari qui en fera
le maître & l'éconôme. Il eft vrai qu'il
ne pourroit pas manger le fond de votre
bien ; mais qu'est-ce que c'eft qu'un
fond de bien , dont vous ne pourrez faire
aucun ufage fans la permiffion de ce
mari , qui peut prodiguer vos revenus
pour tout autre que pour vous , & qui
vous privera de toutes les douceurs de
la vie pour ne s'attacher qu'à des dépenfes
frivoles & inutiles ? Il faut donc ,
ma chère petite femme , que vous vous
précautionniez de bonne heure contre
un pareil malheur qui n'arrive que trop
fouvent , & que cependant vous pouvez
éviter , fi vous fuivez mes confeils . La
beauté & les talens aimables ne fuffifent
pas pour fixer l'inconftance des maris ;
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
il est des moyens plus fùrs. Le premier
moyen , eft d'avoir un grand fond de religion
; & à mefure que vous avancerez
en âge , de faire férieufement tous
les jours réfléxion que la beauté n'eft
qu'une chofe paffagère ; que la vie eft
fort courte ; & qu'il n'y a rien de folide
, que de travailler dans ce bas - monde
à vous procurer une félicité éternelle .
Ne regardez donc pas , ma chère petite
femme , les pieufes inftru &tions que
l'on vous fait aujourd'hui comme des
leçons d'Hiftoire & de Géographie ; il
n'y a qu'une chofe abfolument néceffaire
, qui eft de fçavoir bien vivre pour
apprendre à bien mourir. Mais fouvenez-
vous bien , que la véritable piété
ne confifte pas dans les fimagrées de la
dévotion , ni dans tout un appareil extérieur
; il faut que votre dévotion foit
douce , éclairée & charitable ; il faut
que vous foyez complaifante pour votre
mari , compâtiffante pour vos femmes
& pour vos domeftiques ; que fi
quelque chofe vous déplaît dans votre
mari , le moyen de le corriger , c'eſt de
fouffrir avec patience ce qui peut vous
déplaire. Vous avez le bonheur d'être
actuellement fous les yeux d'une grandmaman
dont l'efprit , le coeur & l'expéJANVIER.
1763. 55
rience font un tréfor pour vous préférable
à toutes vos richeffes . Ne lui cachez
rien de vos plus fecrettes pensées ,
jafez & caufez avec elle comme les jeunes
perfones font naturellement avec
leurs jeunes compagnes , ne ceffez jamais
de lui débiter vos goûts & vos
imaginations ; & bavardez continuéllement
avec elle , afin d'apprendre à vous
taire. Les premieres années que vous
entrerez dans le monde , quand vous
aurez un âge plus avancé , & que vous
aurez appris à difcerner ce qui eft bon
d'avec ce qui eft mauvais , ce qui eft
décent d'avec ce qui n'eft pas convenable
, profitez de votre difcernement
pour ne point imiter les mauvais exemples
, mais gardez-vous bien de critiquer
perfonne ; évitez les compagnies des
jeunes perfonnes de toutes efpéces autant
que faire fe pourra ; mais attachez
vous à des perfonnes d'un certain âge :
il y a tout gagner avec elles & tout
à perdre avec les autres . Les perfonnes
âgées font quelquefois ennuyeufes &
donneufes de leçons , elles veulent inf
truire la jeuneffe ; mais elles ne font
point leurs rivales , & ne font point affectées
de la jaloufie qui régne ordinairement
parmi les jeunes Dames, N'af
4
C iv
36 MERCURE DE FRANCE.
fectez point dans vos habillemens &
dans votre maniere de vous coeffer ,
certains airs qui ne font aujourd'hui que
trop à la mode ; imitez les jeunes perfonnes
de votre âge qui fe mettent d'une
façon élégante , mais modefte . Ne
foyez jamais affez hardie pour inventer
une nouvelle mode de coëffure ou d'habillement
; abandonnez aux jeunes folles
de votre âge la gloire de l'invention en
pareille chofe. Cependant quand une
nouvelle mode eft établie & fuivie par
les perfonnes de votre caractère & de
votre rang , il faut fuivre cette mode
car il feroit auffi ridicule' de vous voir
coëffée & habillée à l'antique , que d'avoir
la folie de vouloir être la premiere
à inventer & à dominer fur les ufages
& le goût établi parmi les perfonnes de
votre condition . Ce n'eft point la quantité
d'ornemens qui rendent une perfonne
aimable , c'eft la propreté , c'eft
un certain arrangement qui convienne
à votre figure & à votre vifage . Il
faut apprendre à vous coëffer vous-même
; & quand vos femmes feront empreffées
à entourer votre toilette de
n'avoir jamais d'impatience ni d'humeur
: furtout de ne les point apoftropher
des noms de maladroites & d'im-
,
JANVIER. 1763. 57
pertinentes. Apprenez , ma chère petite
femme , que votre réputation publique
dépend en grande partie des difcours
de vos domeftiques . Si vous les
aimez , & que vous les traitiez bien , ils
cacheront vos défauts ; & fi vous en agiffez
autrement , ils groffiront vos imperfections
, & même vous donneront
celles que vous n'aurez pas. Il n'appar
tient qu'aux bons Maîtres d'avoir d'anciens
Domeſtiques. Quand vous ferez
à table , ayez attention de fervir tout
le monde mangez vous -même avec
propreté , & proportionnez la dépenfe
de votre table au nombre & à la qualité
de la compagnie. Soyez de la plus grande
modeftie , même devant vos femmes
lorfque vous vous leverez & que vous
vous coucherez . Témoignez beaucoup
d'amitié & de tendreffe à votre mari
dans le particulier : évitez les minauderies
& les afféteries avec lui dans le Public.
Ces fortes de façons font des façons
bourgeoifes , & ne marquent bien fouvent
que de la fauffeté & de l'indécence.
Ne dites jamais rien que ce que vous
penfez véritablement ; mais gardez -vous
bien de dire indifcrétement tout ce que
Vous pensez .
Ornez votre efprit de bonnes led-
Cy
58 MERCURE DE FRANCE .
ne
res ; foyez attentive aux différentes leçons
que l'on vous donne , tant pour
orner votre efprit que votre corps :
mais ne reffemblez pas à un perroquet
qui ne fait que répéter ce qu'il ne comprend
pas. Quand votre efprit & votre
mémoire feront ornés des plus belles
connoiffances , gardez-vous bien de débiter
mal-à-propos dans le Public ce
que vous aurez appris dans votre jeuneffe
; & lorfque vous trouverez des
perfonnes ignorantes qui débiteront des
chofes contraires à la vérité de l'Hiftoire
, de la Géographie & autres
vous érigez point en Docteur pour réprimer
leurs erreurs ; & fi vous gliffez
quelques paroles , vous pouvez faire
voir adroitement & fans aigreur que
vous êtes mieux inftruite que les autres.
Apprenez que le moyen de vous faire
hair c'eft de vouloir dominer & de vous
attribuer toute efpéce de préférence :
vous deviendrez infupportable dans la
fociété ; & quand réellement vous furpafferiez
les perfonnes que vous fréquentez
dans toutes les efpéces & de toutes
fortes de manieres , les Dames ne vous
pardonneroient jamais cette fupériorité.
Ayez donc attention , ma chere petite
femme , de faire aimer vos talens &
JANVIER. 1763. 59
vos vertus , & de ne vous point faire
haïr à force de mérite. Tâchez de pofféder
réellement tous ces talens fupérieurs ;
mais n'en montrez , avec beaucoup de
difcrétion , que ce qui eft néceffaire pour
vous faire aimer & pour donner bon
exemple aux autres fans affectation .
Mais fur-tout , à l'égard de votre mari
gardez-vous bien de lui faire voir indifcrétement
que vous avez plus d'efprit
que lui ! Ne difputez jamais avec lui dans
les momens où vous lui verrez de l'entêtement
. Prenez bien votre temps , &
attendez le moment pour calmer fa colere
, ou pour lui faire goûter la vérité.
Avec de la patience & de la douceur
vous en viendrez à bout , & avec de
l'arrogance & de l'imprudence , vous
l'irriterez & ne le perfuaderez pas. Soyez
complaifante envers votre mari dans
tout ce qui ne fera pas contraire à la
Religion ; & fi par malheur votre mari
n'en avoit point , gardez-vous bien de
le prêcher mal - à - propos : prêchez- le
d'exemple , & quelquefois bien mieux
par votre filence que par vos exhortations
. Ne regardez le jeu que comme
un amuſement ,, & ne montrez jamais
dans cette occafion ni avidité , ni thuni
difpute . Accoutumez -vous à
meur ,
C vj
60 MERCURE DE FRANCE .
搏
vous renfermer quelquefois dans votre
cabinet donnez envie à votre mari
d'aller troubler votre petite folitude ; &
quand le cas arrivera , recevez - le avec
amitié , & quittez vos Livres & votre
écriture avec un air de gaîté . Dans les
difputes de Religion , gardez-vous bien
de vous ériger en Docteur : vous n'entendrez
que trop dans la fuite de ces
Femmes-Docteurs qui parlent avec beaucoup
de vivacité fur des matieres qu'elles
n'entendent pas. Quand vous vous trouverez
dans ces occafions , gardez-vous
bien de vous mêler de la converfation ;
& fi l'on vous preffe pour vous faire
parler , dites fimplement que vous vous
en tenez à votre Catéchifme. N'ayez
pas peur que l'on vous prenne pour ignorante
: cette modération vous fera beaucoup
plus d'honneur que fi vous vouliez
régenter la fociété. Ne critiquez jamais
le gouvernement des pays que
vous habiterez. Ayez un petit tribunal
dans vous-même pour prifer ce qui eft
bon & le diftinguer de ce qui eft mauvais
; mais ne communiquez jamais au
Public les Arrêts de votre petite jurifdiction
intérieure ; & apprenez de votre
vieux mari qu'une femme qui décide
toujours , quoique fort bien , qui a touJANVIER.
1763. 61
jours raifon dans le Public , eſt une
femme infupportable ; & que celle qui
décide mal eft impertinente , méprifable
& ridicule .
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Résumé : CONSEILS d'un Homme de 80 ans, à une Demoiselle de neuf ans qu'il appelloit sa femme.
Un homme de 80 ans adresse un conseil à une jeune fille de neuf ans qu'il appelle sa femme. Il lui rappelle que leur situation actuelle ne durera pas plus de cinq ou six ans et qu'elle aura un autre mari. Il l'avertit que les futurs prétendants s'intéresseront principalement à sa fortune plutôt qu'à sa personne. Après le mariage, les biens de la jeune fille seront sous la gestion de son mari, qui pourra en disposer à sa guise. Pour éviter les désagréments, il lui conseille de développer une forte foi religieuse et de se comporter avec douceur et patience. Il lui recommande également de se confier à sa grand-mère et de suivre ses conseils. La jeune fille doit éviter les critiques et les mauvaises compagnies, et adopter une conduite modeste et respectueuse. Elle doit apprendre à se coiffer et à s'habiller avec élégance mais sans ostentation, et traiter ses domestiques avec bienveillance. À table, elle doit servir tout le monde avec propreté et modération. Elle doit éviter les minauderies et les afféteries en public et ne jamais dire ce qu'elle ne pense pas véritablement. Elle doit orner son esprit de bonnes lectures et éviter de montrer son savoir de manière imprudente. Avec son mari, elle doit faire preuve de patience et de douceur, et ne jamais lui montrer qu'elle a plus d'esprit que lui. Elle doit éviter les disputes et les critiques sur le gouvernement des pays qu'elle habite. Enfin, elle doit se comporter avec modération et discrétion pour éviter d'être perçue comme insupportable ou impertinente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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