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Liste
3051
p. 171-172
« Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...] »
Début :
Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Pantomime, Mlle Puvigné, Mlle Camargo
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texteReconnaissance textuelle : « Le Samedi quatorze, l'Opera Comique a representé sur le Théatre de l'Académie [...] »
Le Samedi quatorze , l'Opera Comique
a repreſenté ſur le Théatre de l'Académie
Royale de Muſique les mêmes
Piéces qui ont amuſé Paris pendant la derniere
Foire de S. Laurent. La charmante
Petite Puvignée s'y eft fait admirer à fon ordinaire.
Cette aimable Terpſicore en Miniature ,
pofféde la perfection & les graces de la
Danſe , dans un âge où les premieres Leçons
embarraffent encore les autres .
On avoit applaudi le mois précédent à la
fuite d'Acis &Galatée , Pastorale reſſuſcitée
par les talens Supérieurs de l'incomparable
Mlle le Maure ,très-bien ſecondés par ceux
172 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Chaffé & de M. Jeliotte , & par
une Pantomime exécutée par Mlle Camargo
&M. Lalli.
Une autre Pantomime danſée par Signor
Pietro Sodi , excellent Danfeur Italien , &
Mlle Mimi Dalmand , n'a pas moins réüffi.
Mlle André, Penſionnaire du Roi de Pologne,
mais Françoiſe de naiſſance, a obtenu
à Paris autant de ſuffrages qu'à Dreſde &
qu'à Varſovie. On a remarque fa legereté&
la ſcience de ſes Pas dans les Caracteres de la
Danse ,& dans le fameux Caprice de M.
Rebel.
Mlle de Romainville a auſſi joiié le rôle
deGalatée.
a repreſenté ſur le Théatre de l'Académie
Royale de Muſique les mêmes
Piéces qui ont amuſé Paris pendant la derniere
Foire de S. Laurent. La charmante
Petite Puvignée s'y eft fait admirer à fon ordinaire.
Cette aimable Terpſicore en Miniature ,
pofféde la perfection & les graces de la
Danſe , dans un âge où les premieres Leçons
embarraffent encore les autres .
On avoit applaudi le mois précédent à la
fuite d'Acis &Galatée , Pastorale reſſuſcitée
par les talens Supérieurs de l'incomparable
Mlle le Maure ,très-bien ſecondés par ceux
172 MERCURE DE FRANCE.
de M. de Chaffé & de M. Jeliotte , & par
une Pantomime exécutée par Mlle Camargo
&M. Lalli.
Une autre Pantomime danſée par Signor
Pietro Sodi , excellent Danfeur Italien , &
Mlle Mimi Dalmand , n'a pas moins réüffi.
Mlle André, Penſionnaire du Roi de Pologne,
mais Françoiſe de naiſſance, a obtenu
à Paris autant de ſuffrages qu'à Dreſde &
qu'à Varſovie. On a remarque fa legereté&
la ſcience de ſes Pas dans les Caracteres de la
Danse ,& dans le fameux Caprice de M.
Rebel.
Mlle de Romainville a auſſi joiié le rôle
deGalatée.
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3052
p. 172-175
« Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...] »
Début :
Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Gloire, Auguste, Roi, Hygie, Convalescence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Dimanche 15 Novembre, l'Académie Royale de Musique a donné la premiere [...] »
Le Dimanche 15 Novembre , l'Académie
Royale de Muſique a donné la premiere
repréſentation d'un Acte en forme de Prologue
, intitulé les Auguſtales. M. Roy ,
Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , eſt
l'Auteur des paroles. M. Rebel & M.
Francoeur , tous les deux Sur- Intendans
de la Muſique du Roi,& Inſpecteurs de l'Académie
Royale de Muſique , les ont miſes
en Muſique , & leur Compofition a parfaitement
foutenu leur réputation. Le ſujet de
cet ingénieux Ouvrage , en publiant la
gloire du Roi , augmente celle de l'Auteur.
C'eſt un choix judicieux d'un trait Hiftorique
, pour exprimer les fentimens de notre
NOVEMBRE .. 1744 . 173
Nation pendant le péril de ſon Roi , & la
vive joye qui a ſuccedé à nos allarmes. Les
François pouvoient ils être peints plus noblement
que ſous le nom célébre des Romains
, & notre Monarque bien aimé pouvoit
- il être plus convenablement déſigné
que par Auguſte , nondans le tems crueldu
Triumvirat , mais dans celui que fa clémence
a illuftré ?
Le ſujet ne peut pas être mieux expliqué
qu'il l'eſt dans l'Avertiſſement. Voici ſes
termes :
Augufte jouiſſoit de toute sa gloire,de l'amour
du peuple qui venoit de lui dreſſer un
Trophée dans les Alpes , ( circonstance heureuſement
appliquée ) de la vénération du
Sénat , lorsqu'une maladie ſubite ménaca ſes
jours. Sa Convalescence fut confacrée par l'inftitution
des FêtesAuguſtales.
Le Théatre repréſente dans le fond le
Temple d'Hygie , fille d'Eſculape , & fur le
devant , un Bocage conſacré à cette Déeſſe.
Ses Prêtres & ſes Prêtreſſes célébrent ſa
puiſſance.
Divinité ſalutaire ,
C'eſt toi qui fais les beaux jours.
La vie , aux Mortelsſi chere
L'eſt-elle ſans ton fecours ?
y
*
174 MERCURE DE FRANCE
:
Tu les ranimes ſans ceſſe;
Tu les fais joüir du tems ;
Sans toi la triſte vieilleſſe
Commence dès le Printems.
Divinité du bel âge !
Que tes dons ſont précieux ,
C'eſt à toi qu'on doit l'uſage
Des préſens des autres Dieux.
La Prêtreffe d'Hygie mêle les loüanges
d'Auguſte aux voeux qu'elle adreſſle pour
lui aux Immortels , & l'Auteur trouve le
ſecret, en foutenant l'Allégorie , d'offrir un
encens mérité à S. A. S. M. le Prince de
Conty.
:
Les Alpes, ces Monts orguëilleux ,
Atteſteront ſa gloire à la Race future ;
Trophée élevé juſque aux Cieux
Pour le Vainqueur de laNature.
>
Un nuage environne la Statuë de laDéefſe.
Le Ciel annonce ſon courroux par le
Tonnerre & les Eclairs . On entend les cris
douloureux des Romains conſternés du péril
d'Auguſte , & la Prêtreſſe déſolée , prononce
ce Vers , qui exprime laconiquement les
malheurs & les fentimens du Peuple .
NOVEMBRE.
1744. 175
Avec ſon Maître Rome expire.
Les voeux ardens des Prêtres & des Romains
font exaucés.Hygie vient elle même
-les en inftruire , & les invite à célébrer ce
jourheureux.
:
:
Chantés le jour de votre gloire ;
Que Rome tous les ans par de célébres jeux
D'Auguſte renaiſſant conſacre la mémoire ;
Il a vaincu la mort ; eſt-il une victoire
Plus utile pour vous, plus digne de vos voeux ?
)
A l'égarddes Auguſtales, les Acteurs& les
Danfeurs qui y ont paru , ont prouvé que
le zéle peut ajouter à l'excellence du talent.
Royale de Muſique a donné la premiere
repréſentation d'un Acte en forme de Prologue
, intitulé les Auguſtales. M. Roy ,
Chevalier de l'Ordre de Saint Michel , eſt
l'Auteur des paroles. M. Rebel & M.
Francoeur , tous les deux Sur- Intendans
de la Muſique du Roi,& Inſpecteurs de l'Académie
Royale de Muſique , les ont miſes
en Muſique , & leur Compofition a parfaitement
foutenu leur réputation. Le ſujet de
cet ingénieux Ouvrage , en publiant la
gloire du Roi , augmente celle de l'Auteur.
C'eſt un choix judicieux d'un trait Hiftorique
, pour exprimer les fentimens de notre
NOVEMBRE .. 1744 . 173
Nation pendant le péril de ſon Roi , & la
vive joye qui a ſuccedé à nos allarmes. Les
François pouvoient ils être peints plus noblement
que ſous le nom célébre des Romains
, & notre Monarque bien aimé pouvoit
- il être plus convenablement déſigné
que par Auguſte , nondans le tems crueldu
Triumvirat , mais dans celui que fa clémence
a illuftré ?
Le ſujet ne peut pas être mieux expliqué
qu'il l'eſt dans l'Avertiſſement. Voici ſes
termes :
Augufte jouiſſoit de toute sa gloire,de l'amour
du peuple qui venoit de lui dreſſer un
Trophée dans les Alpes , ( circonstance heureuſement
appliquée ) de la vénération du
Sénat , lorsqu'une maladie ſubite ménaca ſes
jours. Sa Convalescence fut confacrée par l'inftitution
des FêtesAuguſtales.
Le Théatre repréſente dans le fond le
Temple d'Hygie , fille d'Eſculape , & fur le
devant , un Bocage conſacré à cette Déeſſe.
Ses Prêtres & ſes Prêtreſſes célébrent ſa
puiſſance.
Divinité ſalutaire ,
C'eſt toi qui fais les beaux jours.
La vie , aux Mortelsſi chere
L'eſt-elle ſans ton fecours ?
y
*
174 MERCURE DE FRANCE
:
Tu les ranimes ſans ceſſe;
Tu les fais joüir du tems ;
Sans toi la triſte vieilleſſe
Commence dès le Printems.
Divinité du bel âge !
Que tes dons ſont précieux ,
C'eſt à toi qu'on doit l'uſage
Des préſens des autres Dieux.
La Prêtreffe d'Hygie mêle les loüanges
d'Auguſte aux voeux qu'elle adreſſle pour
lui aux Immortels , & l'Auteur trouve le
ſecret, en foutenant l'Allégorie , d'offrir un
encens mérité à S. A. S. M. le Prince de
Conty.
:
Les Alpes, ces Monts orguëilleux ,
Atteſteront ſa gloire à la Race future ;
Trophée élevé juſque aux Cieux
Pour le Vainqueur de laNature.
>
Un nuage environne la Statuë de laDéefſe.
Le Ciel annonce ſon courroux par le
Tonnerre & les Eclairs . On entend les cris
douloureux des Romains conſternés du péril
d'Auguſte , & la Prêtreſſe déſolée , prononce
ce Vers , qui exprime laconiquement les
malheurs & les fentimens du Peuple .
NOVEMBRE.
1744. 175
Avec ſon Maître Rome expire.
Les voeux ardens des Prêtres & des Romains
font exaucés.Hygie vient elle même
-les en inftruire , & les invite à célébrer ce
jourheureux.
:
:
Chantés le jour de votre gloire ;
Que Rome tous les ans par de célébres jeux
D'Auguſte renaiſſant conſacre la mémoire ;
Il a vaincu la mort ; eſt-il une victoire
Plus utile pour vous, plus digne de vos voeux ?
)
A l'égarddes Auguſtales, les Acteurs& les
Danfeurs qui y ont paru , ont prouvé que
le zéle peut ajouter à l'excellence du talent.
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3053
p. 175-176
« Les Italiens ont donné quelques représentations de l'Esprit Folet, Comédie en trois [...] »
Début :
Les Italiens ont donné quelques représentations de l'Esprit Folet, Comédie en trois [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Lazzis, Coraline, Contes persans
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Italiens ont donné quelques représentations de l'Esprit Folet, Comédie en trois [...] »
Les Italiens ont donné quelques repréſentations
de l'Esprit Folet , Comédie en trois
Actes , pleine de lazzis ; c'eſt le triomphe
de l'aimable Coraline .Ce charmant Prothée
change dix- fept fois d'habit , & danſe près
de douze Caractéres. Sa petite ſoeur ſe fait
applaudir auprès d'elle.
LeSamedi vingt- un Novembre, la Comédie
Italienne a donné une Piéce d'un Acte ,
dont le zéle François eſt encore le ſujet.
Elle eſt intitulée : Le Génie de la France , ou
Amour de la Patrie ; on en parlera dans le
premier Mercure.
176 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi , 30 Novembre, elle a donné la
premiere repréſentation d'une Piéce Italienne
en un Acte, intitulée : Les funerailles
d'Arlequin : c'eſt un ſujet extrêmement Comique
, tiré des Contes Perfans , & quia
réuſſi autrefois à la Comédie Françoiſe , fous
le Titre du Naufrage de Crispin. Le Divertiſſement
& le Ballet font très- amuſans &
traités avec génie.
de l'Esprit Folet , Comédie en trois
Actes , pleine de lazzis ; c'eſt le triomphe
de l'aimable Coraline .Ce charmant Prothée
change dix- fept fois d'habit , & danſe près
de douze Caractéres. Sa petite ſoeur ſe fait
applaudir auprès d'elle.
LeSamedi vingt- un Novembre, la Comédie
Italienne a donné une Piéce d'un Acte ,
dont le zéle François eſt encore le ſujet.
Elle eſt intitulée : Le Génie de la France , ou
Amour de la Patrie ; on en parlera dans le
premier Mercure.
176 MERCURE DE FRANCE.
Le Lundi , 30 Novembre, elle a donné la
premiere repréſentation d'une Piéce Italienne
en un Acte, intitulée : Les funerailles
d'Arlequin : c'eſt un ſujet extrêmement Comique
, tiré des Contes Perfans , & quia
réuſſi autrefois à la Comédie Françoiſe , fous
le Titre du Naufrage de Crispin. Le Divertiſſement
& le Ballet font très- amuſans &
traités avec génie.
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3054
p. 176
« La Comédie Françoise prépare, par ordre de la Cour, Momus Fabuliste, Piéce d'un [...] »
Début :
La Comédie Françoise prépare, par ordre de la Cour, Momus Fabuliste, Piéce d'un [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Vaudeville, Fables, Momus
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Comédie Françoise prépare, par ordre de la Cour, Momus Fabuliste, Piéce d'un [...] »
La Comédie Françoife prépare , par ordre
de la Cour , Momus Fabuliste , Piéce d'un
Acte , qui a été repréſentée la premiere fois
en 1720 , avec un ſuccès remarquable. Elle
a été depuis repriſe ; l'Auteur en a retranché
tout ce qui n'eſt plus Vaudeville, & y a
ajouté deux Fables nouvelles. On la vend
chés la Veuve Piſſot , à la defcente du Pont
Neuf.
de la Cour , Momus Fabuliste , Piéce d'un
Acte , qui a été repréſentée la premiere fois
en 1720 , avec un ſuccès remarquable. Elle
a été depuis repriſe ; l'Auteur en a retranché
tout ce qui n'eſt plus Vaudeville, & y a
ajouté deux Fables nouvelles. On la vend
chés la Veuve Piſſot , à la defcente du Pont
Neuf.
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3055
p. 6-10
ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
Début :
Mr Rigaud étoit un de ces Hommes rares que le Ciel fait naître pour [...]
Mots clefs :
Hyacinthe Rigaud, Beau, Tableau, Belle, Peintre, Peinture, Histoire, Portrait, Peintres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
ESS Al fur la Vie & les Ouvrages de
M. Rigaud, par M. Collin de Vermont,
Peintre ordinaire du Roi ,& Profeffeur en
Son Académie Royale de Peinture.
MR. Rigaud
2
RRigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel fait naître pour
fervir de guide & de modéle aux Artiſtes.
Il reçut en naiſſant un tempéramment affés
fort pour foûtenir les fatigues d'un longue
&conſtante étude de la Nature, qu'il ſe fit
toute ſa vie une loi inviolable d'imiter;
mais s'il a ſçû la rendre ſi parfaitement
dans ſes Ouvrages , ce n'a pas été en la copiant
ſervilement,&telle qu'elle ſe préſente
ſouvent , mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoiſſoit la grande diſtance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vû plus
d'une fois effacer des choſes qui lui avoient
coûté pluſieurs jours de travail, & qui plaifoient
aux plus habiles , pour ſe contenter
lui-même , & parvenir à cet excellent qu'il
s'étoit propoſé.
Un génie fupérieur , né pour la Peinture,
reüffit également dans l'Hiſtoire & dans
le Portrait on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Ra-
,
NOVEMBRE. 1744. 7
phaël , Titien , Rubens , Vandeick , & le
autres
M. Rigaud s'étoit deſtiné pour l'Hiſtoire,
&il y feroit ſans doute parvenu au plus
hautdegré : il eſt aiſé d'en juger par le progrès
rapide qu'il fitdans ſes Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de diſtinction par un
Tableau du Crucifiement , que j'ai entre
les mains; far lequel il fut reçû comme
Hiſtorien , quoiqu'il ne ſoit qu'à moitié
compoſé,& furtout par le précieux Tableau
de la Préſentation ,qu'il a terminé vers la
finde ſa vie ; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dèsfajeuneſſe pour la parfaite
&belle reſſemblance dans les Por
traits augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt ſurchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire , ſans
avoir pû la reprendre , que pour faire par
intervalle ledernier Tableau dont je viens
deparler.
Il prit pour fon modéle dans le Portrait
le fameuxVandeick , dont le beau Pinceau
le charma toujours , & dès les premiers
qu'il a faits on yvoit cette belle exécution&
cette fraicheur de Carnations , qui
ne viennent que d'un Pinceau libre & facile.
Il s'attacha dans la ſuite à finir ſoigneuſement
tout cequ'il peignoit ; mais ſon tra-
1
A iiij
$ MERCURE DE FRANCE.
vail ne fent point la peine ,& quoiqu'il
terminat tout avec amour , on y voit tou
jours une belle façon de peindre ,& une
maniere aifée.
Il a joint à l'aimable naïveté & à la belle
fimplicité de Vandeick une nobleffe dans
fes attitudes ,& un contraſte gracieux , qui
lui ont été particuliers.
Ila , pour ainfi-dire , amplifié & étendu
les Draperies de ce célébre Peintre ,& répandu
dans ſes Compoſitions cette grandeur
& cette magnificence qui caractérifent
la Majeſté des Rois ,& la dignité des Grands
dont il a été le Peintre par prédilection.
- Perfonne n'a pouffé plus loin que lui l'i
mitation de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes , particuliere
ment des Velours. Perſonne n'a ſçû jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un feul morceau par la liaiſon
des plis , ayant remarqué même dans les.
plus grands Maîtres des Draperies qui fembloient
de pluſieurs parties par ce défaut de
liaiſon, que la Gravûre fait mieux ſentir que
le Tableau , parce qu'elle eſt dénuée de
couleur.
Il étoit ennemi de cette fimplicité pauvre
& meſquine , qui n'eſt point celle de
NOVEMBRE.
1744. ,
Vandeick , & juſqu'aux moindres chofes ,
il les ennobliſſoit & leur donnoit de la
grace.
Il a porté au plus haut degré cette partie
ſi conſidérable dans les Tableaux , où fi
peu de Peintres excellent , & où les Con
noiffeurs fixent d'abord leur attention , je
veux dire les mains , qu'il a peintes d'une
beauté & d'une correction parfaite.
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaiſent également de près comme
de loin , parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ſes
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau , & la vérité des
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ſes autres Ouvrages , c'eſt qu'à la
fin les yeux s'affoibliſſent ; eh ! quel eft le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années
qui ſe foit plus maintenu dans la correction
&la pureté du Deſſein ? Pour les Draperies,
Fexpérience & les reflexions continuelles
les lui ont fait compofer encore plus ſçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres , & j'oſe avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait ) il a furpaſſe tous ceux qui l'ont
précédé.
On voit qu'il ſe peignoit dans ſes Ouvra
ges : comme il avoit l'ame grande & less
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens élevés , & que toute ſa perſonne
& ſes manieres avoient un air de diftinction
, de même ſes Tableaux portent un
caractére de nobleſſe qui leur eft propre.
Si les plus fameux Graveurs de ſon tems
ont rendu fon nom & les leurs inmortels
par leurs belles Estampes , on peut dire
qu'ils kui doivent la meilleure partie de
leur gloire , en ce qu'ils ont trouvé des
Originauxoù ils n'ont rien eu à deviner,&
où toutétoit rendu avec ladernierepréciſion .
Un mérite fi extraordinaire a fait ſans
contredit de M.Rigaud undes grands Peintresque
nous ayons en,& ſes qualités perfonnelles
l'ont fait chérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable , il
étoit Epoux tendre , Ami ſincére , utile, effentiel
; d'une générofité peu commune ,
d'une pieté exemplaire, d'une converſation
agréable & instructive : il gagnoit à être
connu , & plus on le pratiquoit , plus on
trouvoit fon commerce aimable ; enfin un
homme qui avoit ſçû joindre àun ſi haut degré
de perfection dans ſonArtune probité fi
reconnuë , meritoit bien pendant fa vie les
distinctions & les honneurs dont la Cour
& toute l'Europe l'ont comblé , & après fa
mort,les regrets de toutes les perſonnes vertueuſes,&
la vénération que les Artiſtes ausont
toujours pour ſa mémoire.
M. Rigaud, par M. Collin de Vermont,
Peintre ordinaire du Roi ,& Profeffeur en
Son Académie Royale de Peinture.
MR. Rigaud
2
RRigaud étoit un de ces Hommes
rares que le Ciel fait naître pour
fervir de guide & de modéle aux Artiſtes.
Il reçut en naiſſant un tempéramment affés
fort pour foûtenir les fatigues d'un longue
&conſtante étude de la Nature, qu'il ſe fit
toute ſa vie une loi inviolable d'imiter;
mais s'il a ſçû la rendre ſi parfaitement
dans ſes Ouvrages , ce n'a pas été en la copiant
ſervilement,&telle qu'elle ſe préſente
ſouvent , mais par un choix exquis qu'il en
a fait. Il connoiſſoit la grande diſtance qu'il
y a du beau à l'excellent ; on l'a vû plus
d'une fois effacer des choſes qui lui avoient
coûté pluſieurs jours de travail, & qui plaifoient
aux plus habiles , pour ſe contenter
lui-même , & parvenir à cet excellent qu'il
s'étoit propoſé.
Un génie fupérieur , né pour la Peinture,
reüffit également dans l'Hiſtoire & dans
le Portrait on le voit dans tous les
Peintres du premier Ordre , comme Ra-
,
NOVEMBRE. 1744. 7
phaël , Titien , Rubens , Vandeick , & le
autres
M. Rigaud s'étoit deſtiné pour l'Hiſtoire,
&il y feroit ſans doute parvenu au plus
hautdegré : il eſt aiſé d'en juger par le progrès
rapide qu'il fitdans ſes Etudes à l'Académie
Royale. Il en remporta tous les
Prix avec beaucoup de diſtinction par un
Tableau du Crucifiement , que j'ai entre
les mains; far lequel il fut reçû comme
Hiſtorien , quoiqu'il ne ſoit qu'à moitié
compoſé,& furtout par le précieux Tableau
de la Préſentation ,qu'il a terminé vers la
finde ſa vie ; mais le talent & la grande réputation
qu'il eut dèsfajeuneſſe pour la parfaite
&belle reſſemblance dans les Por
traits augmentant tous les jours dans Paris
, il fut bien-tôt ſurchargé d'occupations,
& obligé d'abandonner l'Histoire , ſans
avoir pû la reprendre , que pour faire par
intervalle ledernier Tableau dont je viens
deparler.
Il prit pour fon modéle dans le Portrait
le fameuxVandeick , dont le beau Pinceau
le charma toujours , & dès les premiers
qu'il a faits on yvoit cette belle exécution&
cette fraicheur de Carnations , qui
ne viennent que d'un Pinceau libre & facile.
Il s'attacha dans la ſuite à finir ſoigneuſement
tout cequ'il peignoit ; mais ſon tra-
1
A iiij
$ MERCURE DE FRANCE.
vail ne fent point la peine ,& quoiqu'il
terminat tout avec amour , on y voit tou
jours une belle façon de peindre ,& une
maniere aifée.
Il a joint à l'aimable naïveté & à la belle
fimplicité de Vandeick une nobleffe dans
fes attitudes ,& un contraſte gracieux , qui
lui ont été particuliers.
Ila , pour ainfi-dire , amplifié & étendu
les Draperies de ce célébre Peintre ,& répandu
dans ſes Compoſitions cette grandeur
& cette magnificence qui caractérifent
la Majeſté des Rois ,& la dignité des Grands
dont il a été le Peintre par prédilection.
- Perfonne n'a pouffé plus loin que lui l'i
mitation de la Nature dans la couleur locale
& la touche des Etoffes , particuliere
ment des Velours. Perſonne n'a ſçû jetter
les Draperies plus noblement & d'un plus
beau choix.
Il a trouvé le premier l'art de les faire
paroître d'un feul morceau par la liaiſon
des plis , ayant remarqué même dans les.
plus grands Maîtres des Draperies qui fembloient
de pluſieurs parties par ce défaut de
liaiſon, que la Gravûre fait mieux ſentir que
le Tableau , parce qu'elle eſt dénuée de
couleur.
Il étoit ennemi de cette fimplicité pauvre
& meſquine , qui n'eſt point celle de
NOVEMBRE.
1744. ,
Vandeick , & juſqu'aux moindres chofes ,
il les ennobliſſoit & leur donnoit de la
grace.
Il a porté au plus haut degré cette partie
ſi conſidérable dans les Tableaux , où fi
peu de Peintres excellent , & où les Con
noiffeurs fixent d'abord leur attention , je
veux dire les mains , qu'il a peintes d'une
beauté & d'une correction parfaite.
Ses Ouvrages ont cela de remarquable
qu'ils plaiſent également de près comme
de loin , parce que le beau fini n'en ôte
point l'effet. Si dans quelques-uns de ſes
derniers Portraits on ne trouve pas toute
la fermeté dans le Pinceau , & la vérité des
teintes dans les Carnations qu'on a toujours
vû dans ſes autres Ouvrages , c'eſt qu'à la
fin les yeux s'affoibliſſent ; eh ! quel eft le
Peintre à quatre-vingt & tant d'années
qui ſe foit plus maintenu dans la correction
&la pureté du Deſſein ? Pour les Draperies,
Fexpérience & les reflexions continuelles
les lui ont fait compofer encore plus ſçavamment
& d'un plus grand goût que les
premieres , & j'oſe avancer que dans cette
partie de la Peinture (j'entends par rapport
au Portrait ) il a furpaſſe tous ceux qui l'ont
précédé.
On voit qu'il ſe peignoit dans ſes Ouvra
ges : comme il avoit l'ame grande & less
Av
10 MERCURE DE FRANCE.
ſentimens élevés , & que toute ſa perſonne
& ſes manieres avoient un air de diftinction
, de même ſes Tableaux portent un
caractére de nobleſſe qui leur eft propre.
Si les plus fameux Graveurs de ſon tems
ont rendu fon nom & les leurs inmortels
par leurs belles Estampes , on peut dire
qu'ils kui doivent la meilleure partie de
leur gloire , en ce qu'ils ont trouvé des
Originauxoù ils n'ont rien eu à deviner,&
où toutétoit rendu avec ladernierepréciſion .
Un mérite fi extraordinaire a fait ſans
contredit de M.Rigaud undes grands Peintresque
nous ayons en,& ſes qualités perfonnelles
l'ont fait chérir de tous les honnêtes
gens. Il avoit le coeur admirable , il
étoit Epoux tendre , Ami ſincére , utile, effentiel
; d'une générofité peu commune ,
d'une pieté exemplaire, d'une converſation
agréable & instructive : il gagnoit à être
connu , & plus on le pratiquoit , plus on
trouvoit fon commerce aimable ; enfin un
homme qui avoit ſçû joindre àun ſi haut degré
de perfection dans ſonArtune probité fi
reconnuë , meritoit bien pendant fa vie les
distinctions & les honneurs dont la Cour
& toute l'Europe l'ont comblé , & après fa
mort,les regrets de toutes les perſonnes vertueuſes,&
la vénération que les Artiſtes ausont
toujours pour ſa mémoire.
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Résumé : ESSAI sur la Vie & les Ouvrages de M. Rigaud, par M. Collin de Vermont, Peintre ordinaire du Roi, & Professeur en son Académie Royale de Peinture.
Hyacinthe Rigaud, peintre français distingué, est né avec un tempérament robuste et s'est dédié à l'étude et à l'imitation de la nature. Plutôt que de simplement copier la réalité, il faisait des choix judicieux pour atteindre l'excellence. Son talent lui permit de briller tant dans la peinture d'histoire que dans le portrait. Bien qu'il ait initialement été orienté vers la peinture d'histoire, la demande croissante pour les portraits à Paris l'amena à se spécialiser dans ce domaine. Il s'inspira du célèbre peintre Van Dyck, adoptant sa belle exécution et la fraîcheur des carnations. Rigaud apporta une noblesse et une grâce particulières à ses portraits, amplifiant les drapés et ajoutant une grandeur majestueuse. Il excellait dans la représentation des mains et des tissus, notamment les velours. Ses œuvres étaient appréciées autant de près que de loin grâce à leur fini parfait sans perte de l'effet global. Même en fin de carrière, malgré un affaiblissement de la vue, ses dernières œuvres restèrent remarquables. Les graveurs de son époque lui doivent beaucoup, trouvant dans ses tableaux des originaux précis et détaillés. En plus de ses qualités artistiques, Rigaud était reconnu pour ses qualités personnelles : cœur admirable, époux tendre, ami sincère, générosité, piété exemplaire et conversation agréable. Sa probité et son art exceptionnel lui valurent distinctions et honneurs de son vivant, ainsi que regrets et vénération après sa mort.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3056
p. 16-23
RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
Début :
Vous me demandez, Monsieur, si la Priere appellée communément l'Angelus, [...]
Mots clefs :
Ave Maria, Angélus, Cloche, Louis XI, Termes, Origine, Matin, Salutation angélique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
REPONSE du R. P. M. Texte , D. à
la Lettre anonyme , inférée dans le premier
Volume du Mercure de fuin 1744 , ſur l'origine
de réciter trois fois l'Ave Maria , au
fon de la cloche.
V
Ous me demandez , Monfieur , fi
la Priere appellée communément
l'Angelus , a commencé ſous Louis VI , &
ſi Louis XI l'a ordonnée le matin & le
foir , comme à midi .
Je vous dirai , M. qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux , T. IV , p. 1424 , Edition
de 1721 , c'eſt Louis VI , dit le Gros ,
décédé en 1137 , lequel a ordonné le premier
l'Angelus. Voici les termes qui y ſont
inférés.
La Salutation Angélique est une Priere
qu'onfait à la Vierge,qu'on nomme l'Ave Maria
, qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit , quand il lui annonça le Mysterede
Incarnation , Salutatio Angelica ; elle a été
introduite par l'Ordonnance de Louis VI. Ilya
poſitivement Louis VI , fans d'Errata qui
le corrige , comme le dit Robert Gaguin dans
Ses Chroniques. Elle ne ſe fir d'abord qu'à midi
,mais depuis elle s'est faite auſſi au fon de
NOVEMBRE. 1744. 17
la cloche qu'on ſonne au point du jour , & à
Sept heures du soir, qu'on nomme le Couvre
feu , &par corruption Carfou ; ce terme depuis
, infinuë que les Auteurs du Dictionnaire
parlent de Louis VI,puiſqu'il est conf
tant que dès 1300 , 172 ansavant l'Ordonnance
de Louis XI,on diſoit en France l'Angelus
au Couvre- feu, comme je le prouverai.
M. César de Rochefort , Docteur ès
Droits , Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome , Auteur de pluſieurs Ouvrages ,
fondé également ſur une autorité , a mis
dans celui qui a pour titre : Dictionnaire général
& curieux , contenant les principaux
mots, &c. imprimé à Lyon en 1685 , que ce
fut Louis XI , qui en 1472 , ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fair
aujourd'hui ; on y lit p . 24.
Ave Maria , Louis XI ordonna dans ſon
Royaume la Salutation Angélique , qui se dit
le matin , à midi & lefoir. Ce fut le 1 Mat
1472 , Mezeray , dans la vie de Charles
VIII. Jean XXII avoit deja institué cette dévotion
à la Vierge ; ce qu'ily a de plus important,
dit l'Auteur dans ſa Préface, eft que les
Citationsfont fort régulieres.
Un troiſième ſentiment ſur l'origine de
l'Angelus à midi , de la découverte duquel
je vous fuis , M. redevable , & qui efface
les deux premiers , me paroît plus
18 MERCURE DE FRANCE.
folide; il eſt fondé ſur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris , contemporain de Louis XI , & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi , qui ſeroit ſans réplique;
on lit dans cette Chronique : »
1472 هد ,
Etle-
dit premier jour deMai ,un Doc-
>> teurdéclaira que le Roi exhortoit ſonbon
> Populaire ... que doreſenavant à l'heure
»du midi chaſcun feuſt flechi un genoiiil en
> terre en diſantAve Maria.
Vous me permettrez , M. de continuer
cette Réponſe par des découvertes que j'ai
faites depuis ſur le même ſujet de l'Angelus.
Il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI , où l'Angelus a été ordonné.
Le ſçavantDom Martenne en rapporte
deux exemples dans ſes Anecdotes
T. IV.
Le premier ſe liten ces termes ,p. 962 .
Ex ftatutis Domini Simonis , ( a ) quondam
Epifcopi Nannetenſis, art. V.de Ignitegio. Item
precipimus , ut ipsi (b) faciant hora confusta
pulfari campanas in Ecclefiis fuis , ad ignitegium
Gallice Couvre feut precipiant
Parochianis ad pulfationem hujusmodi dicere
genibus flexis , verbum Salutationis ab Angelo
(a) L'année n'eſt pas marquée.
(6) Les Curés..
NOVEMBRE. 1744. 19
gloriofa Virgini Maria Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia .
Ce grand Prélat , ſi dévot à la Vierge
mérite bien d'être connêt; c'eſt Simon de Langres,
uniqueEvêque de Nantes de ce nom
en 1366 ,& enfuite de Vannes , ſelon lep.
Echard,& que Froiffart,L.I.Ch. 211 ,appelle
Homme d'Egliſe d'une grande prudence.
3
Il fut le 21 Général de l'Ordre de S. Dominique
, & un des deux Légats envoyés en
France par Innocent VI, & choiſi, dit le ſçavant
P. Daniel , dans ſon Hift.de France, T.
III, p. 101 ) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume , pour travailler au Traité de
Bretigny, prèsdeChartres,Paroiſſe de Sours,
où j'ai pallé. Mem. de la Chambre des CompresdeParis.
L'autre exemple , tiré du même Livre de
Dom Martenne, p. 1107 , nous donne au fujetde
l'Angelus ,une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia Ecclefia Trecorensis (Treguier
) art. LXVIII. Item pracipit Dominus
Epifcopus omnibus Curatis Dioecefis Trecorenfis,
invirtute obedientiæ , quod de catero pul
fetur Campana in Ecclefiis fuis , ante ignitegium
, & quod fit inter duas pulſationes ſpatium
unius Ave María .
L'année de ce Synode , & le nom de l'Evêque
, ne ſont pas marqués , mais comme
enfuite viennent Stainta Synodalia Alani
1
20 MERCURE DE FRANCE.
EpifcopiTrecorenfis,poft annum M.CCC.XXXIV.
edita , le Synode , qu'on vient de citer ,
doit être néceſſairement plus ancien.
Cette maniere de prier le ſoir fut plus
étenduëdans le Concile de la Province (a)
de Sens , tenu à Paris , dans le Palais alors
Epiſcopal , ſitué ſur le bord de la Seine, (b)
auquel préſida Guillaume de Melun , Archevêque
de Sens ; en voici les termes , Art.
XIII. Item authoritate dicti Concilii pracipimus
ut obfervetur inviolabiliter ordinatio facta
perSancta memoria Joannem Papam XXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii, &c.
Actum in Palatio Epifcopali Parifienfi anno
millefimo trecentefimo quadragefimo ſexto die
XIV Martii.
Quelques Hiſtoriens diſent que cetteBulle
de Jean XXII , donnée le 13 Octobre
1318 , eſt Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus ; mais
outre qu'ils avouent avec Reynal , qu'on
la pratiquoit déja en France,ſçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclefia fufceptus
effet , Pontifex decem dierum Indul-
-(a) La Province Eccleſiaſtique de Sens étoit d'une
vaſte étendue,& contenoit tout un grand Pays
dont lePeuple Belliqueux étoit nommé Romanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b) Sequana , ſubſt f. Fleuve en général m. Dict.
deDanet , mais non pas abſolument m. le Criti
que qui depuis peu l'a avancé s'eſt trompé,
NOVEMBRE 1744. 28
gentiam conceffit , Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je , Bzovius , qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican , par l'or
dre de Paul V , & que perſonne n'a refuté,
amis dans ſes Annales , T. XIII , p. 391 ,
ann. 1239 , quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII , que le Pape Grégoire IX , perſécuté
par l'Empereur Frederic II , avoit or
donné de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le ſoir. Interim cum
fcriptis armis Frederici Gregorius IX, exa
gitarctur , decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo , tum crepusculo , dato ſigno campana,
abomnibus genu flexo ter repeteretur. II
ditpas d'où il a tiré ce fait , comme il cite
Naucler à l'égard du Salve Regina , ordonné
par ce Pape, Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman , Bénédictin, en 1060 ; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Neanmoins , pour ne rien avancer que de
poſitif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus
au couvre-feu avant 1318 , enſuite
Tous Louis XI , à midi en 1472 , & enfin ,
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour, eſt celle
de Léon X , élû en 1513 , lequel
**
* La coûtume de chanter le Salve après Complies
vient des Dominiquains . vers 1237. Martene ,T.
VI.p. 544 ver. Script.
** P, de Breul , Hiſt, de l'Abbaye S. Germain,
z MERCURE DE FRANCE.
à l'inſtance du Cardinal Briçonner , Evêque
de Meaux , & Abbé de S. Germain des Prez
Paris , accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèſe & du Fauxbourg S. Germain ,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le matin
, àmidi & le foir .
De nos jours , Benoît XIII, de ſainte mémoire
a accordé le 14 Septembre 1724 cent
jours d'Indulgence à tous ceux qui réciteroient
àgenoux la même Priere,&il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pratiqueroient
cette dévotion ,&communieroientunjourde
chaque mois, à leur choix.
Bullarium Pradicatorum , T. VI. p. 539.
Il y au reſte , M. une remarque à faire fur
leConcile de Sens, dont je viens de parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche ,
T. I. p. 148 , où ce Concile eſt rapporté , a
misdans le titre , qu'il fut tenu en 1350 ,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on litz
Concilium hoc an. 1346 , celebratum dicitur
infra , atque id verum arbitratus eft Dacherius,
fed hac deinde monuit Balufius , anno
1346. Guillelmus nondum erat Archiepis
copus .... probabilius ergo eft habitam fuiſſe
hanc Synodum an 13.50. Il eſt en effer certain
que Guill. de Melun ne prit (a) poffefſion
perſonnellementde ſon Egliſe de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de Sens; Manuscrit de S, Germain des Prez ,
NOVEMBRE. 1744
:
1
qu'au mois d Octobre 1350, ſtyle ancien,&
il paroît de cette prife de poffeffion qu'il
aſſembla fon Concile au mois de Mars ſuivant,
ſur la finde 1350, plutôt qu'en 1346;
de plus , l'Evêque de Paris s'y trouve ſigné
G. Parifienfis.comnie d'Acheri & les PP,
Labbe & Hardoiüin l'ont mis dans leurs
Editions ; or en 1345 Foulques décédé en
1348 , étoit Evêque de Paris. Je ne fais
que propoſer ici la difficulté , après l'Editeur
du Spicilege , dont je laiſſe à examiner
le fond aux ſçavans Bénédictins, Continuareurs
du Gallia Chriftiana , ne doutant pas
qu'ils ne ſe déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décifion ne ſoit univerſellement
reçûë. La date Actum die 14
Martii , ann. 1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante , afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de ſe tromper.
Je ſuis ,&c.
-
A Paris le 30 Août 1744,
la Lettre anonyme , inférée dans le premier
Volume du Mercure de fuin 1744 , ſur l'origine
de réciter trois fois l'Ave Maria , au
fon de la cloche.
V
Ous me demandez , Monfieur , fi
la Priere appellée communément
l'Angelus , a commencé ſous Louis VI , &
ſi Louis XI l'a ordonnée le matin & le
foir , comme à midi .
Je vous dirai , M. qu'à juger du premier
chef par ce qu'on en lit dans le Dictionnaire
de Trévoux , T. IV , p. 1424 , Edition
de 1721 , c'eſt Louis VI , dit le Gros ,
décédé en 1137 , lequel a ordonné le premier
l'Angelus. Voici les termes qui y ſont
inférés.
La Salutation Angélique est une Priere
qu'onfait à la Vierge,qu'on nomme l'Ave Maria
, qui contient les mêmes paroles que l'Ange
lui dit , quand il lui annonça le Mysterede
Incarnation , Salutatio Angelica ; elle a été
introduite par l'Ordonnance de Louis VI. Ilya
poſitivement Louis VI , fans d'Errata qui
le corrige , comme le dit Robert Gaguin dans
Ses Chroniques. Elle ne ſe fir d'abord qu'à midi
,mais depuis elle s'est faite auſſi au fon de
NOVEMBRE. 1744. 17
la cloche qu'on ſonne au point du jour , & à
Sept heures du soir, qu'on nomme le Couvre
feu , &par corruption Carfou ; ce terme depuis
, infinuë que les Auteurs du Dictionnaire
parlent de Louis VI,puiſqu'il est conf
tant que dès 1300 , 172 ansavant l'Ordonnance
de Louis XI,on diſoit en France l'Angelus
au Couvre- feu, comme je le prouverai.
M. César de Rochefort , Docteur ès
Droits , Aggregé au Collège de la Sapience
de Rome , Auteur de pluſieurs Ouvrages ,
fondé également ſur une autorité , a mis
dans celui qui a pour titre : Dictionnaire général
& curieux , contenant les principaux
mots, &c. imprimé à Lyon en 1685 , que ce
fut Louis XI , qui en 1472 , ordonna de
réciter l'Angelus aux heures qu'on le fair
aujourd'hui ; on y lit p . 24.
Ave Maria , Louis XI ordonna dans ſon
Royaume la Salutation Angélique , qui se dit
le matin , à midi & lefoir. Ce fut le 1 Mat
1472 , Mezeray , dans la vie de Charles
VIII. Jean XXII avoit deja institué cette dévotion
à la Vierge ; ce qu'ily a de plus important,
dit l'Auteur dans ſa Préface, eft que les
Citationsfont fort régulieres.
Un troiſième ſentiment ſur l'origine de
l'Angelus à midi , de la découverte duquel
je vous fuis , M. redevable , & qui efface
les deux premiers , me paroît plus
18 MERCURE DE FRANCE.
folide; il eſt fondé ſur le Texte de la Chronique
d'un Greffier de l'Hôtel de Ville de
Paris , contemporain de Louis XI , & que
vous rapportez au lieu des termes de l'Ordonnance
de ce Roi , qui ſeroit ſans réplique;
on lit dans cette Chronique : »
1472 هد ,
Etle-
dit premier jour deMai ,un Doc-
>> teurdéclaira que le Roi exhortoit ſonbon
> Populaire ... que doreſenavant à l'heure
»du midi chaſcun feuſt flechi un genoiiil en
> terre en diſantAve Maria.
Vous me permettrez , M. de continuer
cette Réponſe par des découvertes que j'ai
faites depuis ſur le même ſujet de l'Angelus.
Il y a eu des Synodes en France avant le
Regne de Louis XI , où l'Angelus a été ordonné.
Le ſçavantDom Martenne en rapporte
deux exemples dans ſes Anecdotes
T. IV.
Le premier ſe liten ces termes ,p. 962 .
Ex ftatutis Domini Simonis , ( a ) quondam
Epifcopi Nannetenſis, art. V.de Ignitegio. Item
precipimus , ut ipsi (b) faciant hora confusta
pulfari campanas in Ecclefiis fuis , ad ignitegium
Gallice Couvre feut precipiant
Parochianis ad pulfationem hujusmodi dicere
genibus flexis , verbum Salutationis ab Angelo
(a) L'année n'eſt pas marquée.
(6) Les Curés..
NOVEMBRE. 1744. 19
gloriofa Virgini Maria Ave Maria,&ex hoc
lucrantur decem dies Indulgentia .
Ce grand Prélat , ſi dévot à la Vierge
mérite bien d'être connêt; c'eſt Simon de Langres,
uniqueEvêque de Nantes de ce nom
en 1366 ,& enfuite de Vannes , ſelon lep.
Echard,& que Froiffart,L.I.Ch. 211 ,appelle
Homme d'Egliſe d'une grande prudence.
3
Il fut le 21 Général de l'Ordre de S. Dominique
, & un des deux Légats envoyés en
France par Innocent VI, & choiſi, dit le ſçavant
P. Daniel , dans ſon Hift.de France, T.
III, p. 101 ) par Charles, Dauphin & Régent
du Royaume , pour travailler au Traité de
Bretigny, prèsdeChartres,Paroiſſe de Sours,
où j'ai pallé. Mem. de la Chambre des CompresdeParis.
L'autre exemple , tiré du même Livre de
Dom Martenne, p. 1107 , nous donne au fujetde
l'Angelus ,une époque plus ancienne.
Satuta Synodalia Ecclefia Trecorensis (Treguier
) art. LXVIII. Item pracipit Dominus
Epifcopus omnibus Curatis Dioecefis Trecorenfis,
invirtute obedientiæ , quod de catero pul
fetur Campana in Ecclefiis fuis , ante ignitegium
, & quod fit inter duas pulſationes ſpatium
unius Ave María .
L'année de ce Synode , & le nom de l'Evêque
, ne ſont pas marqués , mais comme
enfuite viennent Stainta Synodalia Alani
1
20 MERCURE DE FRANCE.
EpifcopiTrecorenfis,poft annum M.CCC.XXXIV.
edita , le Synode , qu'on vient de citer ,
doit être néceſſairement plus ancien.
Cette maniere de prier le ſoir fut plus
étenduëdans le Concile de la Province (a)
de Sens , tenu à Paris , dans le Palais alors
Epiſcopal , ſitué ſur le bord de la Seine, (b)
auquel préſida Guillaume de Melun , Archevêque
de Sens ; en voici les termes , Art.
XIII. Item authoritate dicti Concilii pracipimus
ut obfervetur inviolabiliter ordinatio facta
perSancta memoria Joannem Papam XXII, de
dicendo ter Ave Maria, tempore ignitegii, &c.
Actum in Palatio Epifcopali Parifienfi anno
millefimo trecentefimo quadragefimo ſexto die
XIV Martii.
Quelques Hiſtoriens diſent que cetteBulle
de Jean XXII , donnée le 13 Octobre
1318 , eſt Le commencement & l'origine de
la Priere que nous appellons l'Angelus ; mais
outre qu'ils avouent avec Reynal , qu'on
la pratiquoit déja en France,ſçavoir à Xaintes.
Cum pius mos in Xantonenfi Ecclefia fufceptus
effet , Pontifex decem dierum Indul-
-(a) La Province Eccleſiaſtique de Sens étoit d'une
vaſte étendue,& contenoit tout un grand Pays
dont lePeuple Belliqueux étoit nommé Romanorum
terror. Voyez Baudrand.
(b) Sequana , ſubſt f. Fleuve en général m. Dict.
deDanet , mais non pas abſolument m. le Criti
que qui depuis peu l'a avancé s'eſt trompé,
NOVEMBRE 1744. 28
gentiam conceffit , Reyn. Annal. 1318. Outre
cela, dis-je , Bzovius , qui écrivoit à Rome
dans la Bibliothéque du Vatican , par l'or
dre de Paul V , & que perſonne n'a refuté,
amis dans ſes Annales , T. XIII , p. 391 ,
ann. 1239 , quatre-vingt ans auparavaut
Jean XXII , que le Pape Grégoire IX , perſécuté
par l'Empereur Frederic II , avoit or
donné de réciter trois fois cette Priere à
genoux le matin & le ſoir. Interim cum
fcriptis armis Frederici Gregorius IX, exa
gitarctur , decrevit ut Salutatio Dei parentis
tum diluculo , tum crepusculo , dato ſigno campana,
abomnibus genu flexo ter repeteretur. II
ditpas d'où il a tiré ce fait , comme il cite
Naucler à l'égard du Salve Regina , ordonné
par ce Pape, Priere * qu'il attribuë à Dom
Herman , Bénédictin, en 1060 ; mais ce témoignage
de Bzovius mériteroit quelque
attention.
Neanmoins , pour ne rien avancer que de
poſitif, je dis qu'on a d'abord recité l'Angelus
au couvre-feu avant 1318 , enſuite
Tous Louis XI , à midi en 1472 , & enfin ,
l'époque la plus ancienne que j'aye pû découvrir
pour trois fois par jour, eſt celle
de Léon X , élû en 1513 , lequel
**
* La coûtume de chanter le Salve après Complies
vient des Dominiquains . vers 1237. Martene ,T.
VI.p. 544 ver. Script.
** P, de Breul , Hiſt, de l'Abbaye S. Germain,
z MERCURE DE FRANCE.
à l'inſtance du Cardinal Briçonner , Evêque
de Meaux , & Abbé de S. Germain des Prez
Paris , accorda des Indulgences à ceux de
ce Diocèſe & du Fauxbourg S. Germain ,
qui réciteroient àgenoux cette Priere le matin
, àmidi & le foir .
De nos jours , Benoît XIII, de ſainte mémoire
a accordé le 14 Septembre 1724 cent
jours d'Indulgence à tous ceux qui réciteroient
àgenoux la même Priere,&il ajoûte
une Indulgence pleniere pour ceux qui pratiqueroient
cette dévotion ,&communieroientunjourde
chaque mois, à leur choix.
Bullarium Pradicatorum , T. VI. p. 539.
Il y au reſte , M. une remarque à faire fur
leConcile de Sens, dont je viens de parler;
l'Editeur du Spicilege de Dom Luc Dariche ,
T. I. p. 148 , où ce Concile eſt rapporté , a
misdans le titre , qu'il fut tenu en 1350 ,
anno M. ccc. L. & au bas de la page on litz
Concilium hoc an. 1346 , celebratum dicitur
infra , atque id verum arbitratus eft Dacherius,
fed hac deinde monuit Balufius , anno
1346. Guillelmus nondum erat Archiepis
copus .... probabilius ergo eft habitam fuiſſe
hanc Synodum an 13.50. Il eſt en effer certain
que Guill. de Melun ne prit (a) poffefſion
perſonnellementde ſon Egliſe de Sens
(a) Recueil de Remarques pour la Métropole
de Sens; Manuscrit de S, Germain des Prez ,
NOVEMBRE. 1744
:
1
qu'au mois d Octobre 1350, ſtyle ancien,&
il paroît de cette prife de poffeffion qu'il
aſſembla fon Concile au mois de Mars ſuivant,
ſur la finde 1350, plutôt qu'en 1346;
de plus , l'Evêque de Paris s'y trouve ſigné
G. Parifienfis.comnie d'Acheri & les PP,
Labbe & Hardoiüin l'ont mis dans leurs
Editions ; or en 1345 Foulques décédé en
1348 , étoit Evêque de Paris. Je ne fais
que propoſer ici la difficulté , après l'Editeur
du Spicilege , dont je laiſſe à examiner
le fond aux ſçavans Bénédictins, Continuareurs
du Gallia Chriftiana , ne doutant pas
qu'ils ne ſe déterminent en faveur de la
vérité; & que leur décifion ne ſoit univerſellement
reçûë. La date Actum die 14
Martii , ann. 1346 , me paroît d'un grand
poids; remarque importante , afin que ceux
qui citeront ce Concile évitent de ſe tromper.
Je ſuis ,&c.
-
A Paris le 30 Août 1744,
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Résumé : RÉPONSE du R. P. M. Texte, D. à la Lettre anonyme, insérée dans le premier Volume du Mercure de Juin 1744, sur l'origine de réciter trois fois l'Ave Maria, au son de la cloche.
Le texte examine l'origine et l'évolution de la prière de l'Angelus. Plusieurs sources sont citées pour expliquer son introduction. Selon le Dictionnaire de Trévoux, Louis VI aurait instauré la prière de l'Angelus à midi, mais elle a ensuite été étendue au matin et au soir, notamment au moment du couvre-feu. César de Rochefort et une chronique d'un greffier de l'Hôtel de Ville de Paris attribuent cette pratique à Louis XI en 1472, avec des récitations le matin, à midi et le soir. Des synodes en France, tels que ceux de Nantes en 1366 et de Treguier, ainsi qu'un concile provincial à Paris en 1346 sous l'archevêque Guillaume de Melun, avaient déjà ordonné la récitation de l'Angelus. Certains historiens situent le début de cette pratique avec la bulle de Jean XXII en 1318, bien que cette prière fût déjà observée à Saintes. Le texte mentionne également la prière du Salve Regina et les indulgences accordées par des papes pour sa récitation, comme Benoît XIII en 1724. La première mention de trois récitations quotidiennes de l'Angelus remonte à Léon X en 1513. Enfin, le texte discute de la date exacte d'un concile de Sens, proposant 1350 plutôt qu'en 1346.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3057
p. 31-33
EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
Début :
JE me serois bien gardé, Monsieur, de vous envoyer cette petite découverte, [...]
Mots clefs :
Larme, Gobelet, Poudre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
EXPERIENCES DE PHYSIQUE.
J
Eme ferois bien gardé , Monfieur , de
vous envoyer cette petite découverte ,
ſi des perſonnes très verſées dans les matiéres
Phyſiques , ne m'en euffent affûré la
nouveauté , & fi je n'avois moi-même vifité
la plupart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année 1743
deux différentes explications fur la même
mariére; je ſerois plus que fatisfait s'il vouloit
auſſi nous produire ſelon ces ſyſtêmes
la raiſon à toutes les remarques que j'ai
T'honneur de vous propoſer .
La premiere remarque que j'ai faite , eſt
que ſi on tient une larme entre les doigts ,
&qu'on en applique un à l'extrêmité du
gros bout , on fent contre ce doigt la plus
grande impulfion .
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
gros bout de la larme , & qu'enfuite on
rompe le crochet , la queue ſe briſfe totalement
, & le gros bout reſte entier dans la
main.
3º. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre ſa vertu , il
ne paroît ni plus ni moins de pores , ils pa
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
roiſſent même de la même grandeur, ce qui
eſt contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Phyſiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme envi
ronun demi-quart d'heure , on peut en
rompre la queuë cinq ou fix fois , ſans
qu'on puiſſe s'appercevoir de quelque effet
particulier , mais ſi on la rompt vers le gros
bout , où il paroît de grands vuides , la larme
ſe brife totalement.
59. Ceux qui montrent le plus de curiofité
de connoître la nature de cette larme ,
(b) diſent avoir fait ronger avec de la poudre
d'Emery , une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne ,
fut réduite en poudre ; ils diſent de plus
que ſi on veut ronger une larme ſans qu'elle
ſe briſe , il faut faire une pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la ſeule poudre d'Emery
le plus bruſquement que j'ai pû , à la profondeur
d'environ quatre lignes, ſans qu'elle
ſe ſoit brifée .
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau , que j'ai fait bouillir un jour entier
&la larme a conſervé ſa vertu .
On trouvera encore que la larme eſt un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(b, Mrs Mariote & Rohault , &c,
NOVEMBRE. 1744. 33
moyen affûré pour connoître la péſanteur
reſpective des liqueurs.
1º . J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné d'air , & le gobelet
s'eſt diviſé en pluſieurs parties : ſi le gobelet
eſt plein d'air , il arrive le contraire.
2°. J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné de vin , à la même
hauteur, & le gobelet s'eſt fendu ſans ſe diviſer
totalement : fi la hauteur du vin eſt
moindre , le gobelet fe rompra en pluſieurs
parties ; ſi le vin & l'eau font en raiſon réciproque
de hauteur & de poids , le gobelet
ne ſera ni fendu ni brife.
3º. J'ai caffé une larme dans ungobelet
pleinde mercure , environné d'air , & le
gobelet ne reçoit aucun dommage , mais la
Iarme remonte ſur le mercure, toute percée
de la matiere qui a paſſé au travers , ſans en
pouvoir écarter les parties.
Je fuis ,&c .
Barriere
A Bordeaux chés M. Charretier , ruë S.
James , ce 30 Octobre 1744 .
J
Eme ferois bien gardé , Monfieur , de
vous envoyer cette petite découverte ,
ſi des perſonnes très verſées dans les matiéres
Phyſiques , ne m'en euffent affûré la
nouveauté , & fi je n'avois moi-même vifité
la plupart des Auteurs. Le Journal de
Verdun nous a fourni en l'année 1743
deux différentes explications fur la même
mariére; je ſerois plus que fatisfait s'il vouloit
auſſi nous produire ſelon ces ſyſtêmes
la raiſon à toutes les remarques que j'ai
T'honneur de vous propoſer .
La premiere remarque que j'ai faite , eſt
que ſi on tient une larme entre les doigts ,
&qu'on en applique un à l'extrêmité du
gros bout , on fent contre ce doigt la plus
grande impulfion .
2°. Si on fait chauffer à une chandelle le
gros bout de la larme , & qu'enfuite on
rompe le crochet , la queue ſe briſfe totalement
, & le gros bout reſte entier dans la
main.
3º. Si on fait chauffer une larme autant
qu'il faut pour lui faire perdre ſa vertu , il
ne paroît ni plus ni moins de pores , ils pa
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE.
roiſſent même de la même grandeur, ce qui
eſt contraire à ce qu'ont dit la plupart des
Phyſiciens. (a)
4°. Si on fait chauffer une larme envi
ronun demi-quart d'heure , on peut en
rompre la queuë cinq ou fix fois , ſans
qu'on puiſſe s'appercevoir de quelque effet
particulier , mais ſi on la rompt vers le gros
bout , où il paroît de grands vuides , la larme
ſe brife totalement.
59. Ceux qui montrent le plus de curiofité
de connoître la nature de cette larme ,
(b) diſent avoir fait ronger avec de la poudre
d'Emery , une larme qui ayant été rongée
à la profondeur d'environ une ligne ,
fut réduite en poudre ; ils diſent de plus
que ſi on veut ronger une larme ſans qu'elle
ſe briſe , il faut faire une pâte de poudre
d'Emery & d'Huile; cependant j'en ai fait
ronger une avec la ſeule poudre d'Emery
le plus bruſquement que j'ai pû , à la profondeur
d'environ quatre lignes, ſans qu'elle
ſe ſoit brifée .
6°. J'ai mis une larme dans un pot plein
d'eau , que j'ai fait bouillir un jour entier
&la larme a conſervé ſa vertu .
On trouvera encore que la larme eſt un
(a) Mrs Mariote & Rohault.
(b, Mrs Mariote & Rohault , &c,
NOVEMBRE. 1744. 33
moyen affûré pour connoître la péſanteur
reſpective des liqueurs.
1º . J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné d'air , & le gobelet
s'eſt diviſé en pluſieurs parties : ſi le gobelet
eſt plein d'air , il arrive le contraire.
2°. J'ai caffé une larme dans un gobelet
plein d'eau , environné de vin , à la même
hauteur, & le gobelet s'eſt fendu ſans ſe diviſer
totalement : fi la hauteur du vin eſt
moindre , le gobelet fe rompra en pluſieurs
parties ; ſi le vin & l'eau font en raiſon réciproque
de hauteur & de poids , le gobelet
ne ſera ni fendu ni brife.
3º. J'ai caffé une larme dans ungobelet
pleinde mercure , environné d'air , & le
gobelet ne reçoit aucun dommage , mais la
Iarme remonte ſur le mercure, toute percée
de la matiere qui a paſſé au travers , ſans en
pouvoir écarter les parties.
Je fuis ,&c .
Barriere
A Bordeaux chés M. Charretier , ruë S.
James , ce 30 Octobre 1744 .
Fermer
3058
p. 36-44
DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
Début :
L'engagement que nous avons pris avec le Public de l'informer, non seulement [...]
Mots clefs :
Chartes, Découverte, Histoire, Caractères, Dom Carpentier, Abréviations, Savants
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texteReconnaissance textuelle : DÉCOUVERTE nouvelle sur les Notes des Abbréviations.
DECOUVERTE nouvelle fur les Notes
des Abbréviations.
I 'Engagement que nous avons pris avee
le Publicde l'informer, non -feulement
detout ce qui ſe paſſera d'intéreſſant à la
Cour & à Paris , mais encore de l'inſtruire
exactement de l'état de la République des
Lettres , ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. Carpentier , qui peut être fort utile
àceux qui étudient l'Hiſtoire de France , &
jetter de grandes lumieres ſur cette partie
de notre Littérature .
Perſonne n'ignore de quelle utilité ſont
les anciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Hiſtoire. Elles ſervent de fanal
pour marcher dans ces ſentiers ténébreux ,&
ſi cette lumiere n'eſt pas toujours auſſi éclatantequ'on
le ſouhaiteroit , il n'en eft pas
moins vrai qu'elle est d'un grand fecours.
L'étude de ces Chartes a toujours paflé parmi
les Sçavans pour une étude importante ,
&l'eſt en effet ; mais quelque ſoin que l'on
ait pris , il y en avoit que l'on n'avoit pû
encore parvenir à déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette forme d'Abbréviations , G
NOVEMBRE. 1744. 37
connues des Anciens , où un ſeul ſigne repréfente
un mot ; cette forme ſi commode
pour le Copiſte , devient bien incommode
pluſieurs fiécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténébres.On n'avoit aucune
notion ſur ces Caractéres ; un grand nomhre
deChartes rettoient par-là indéchiffrables
, & les Sçavans avoient le regret de
ſçavoir qu'ils poſſédoient un ample & riche
tréſor, dont il leur étoit impoſſible de faire
uſage. Tritheme , le Cardinal Bembe
Juſte Lipfe , tous les Sçavans ont fenti l'utilité
de cettedécouverte , & la difficultéde
l'execution .
>
Gruter a donné à la ſuite de for Recueil
des Inſcriptions quelques notions de ces
Caractéres; il a fait imprimer un Manufcrit
qui contenoit l'explication des Abbréviations
inventées par Tyron , l'affranchi de
Ciceron , mais c'étoit peu de choſe. La plûpartdes
Notes des Copiſtes du moyen âge
ſont différentes de celles de Tyron ; celles
des différens Copiſtes ne ſont pas même
ſemblables entr'elles; ainſi le travail de Gruter
ne diminuoit pas beaucoup les difficul-
τéς.
D. Mabillon , dans le Supplément à fa
Diplomatique , a fait auſſi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains , la matière pouvoit paffer pour
38 MERCURE DE FRANCE.
neuve ; enfin D. Carpentier vient de trouver
la clefde ce chiffre ſi difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'eſt faite , un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables , & fe prépare
à les donner au Public. Les Caractéres
mystérieux feront gravés ſous les yeux de
l'Auteur , & le Latin ſera mis à côté ligne
pour ligne , ce qui eſt une précaution auſſi
judicieuſe que néceffaire.
Il eſt preſque inutile de vanter l'uſage
dont ces Chartes peuvent être pour notre
Hiſtoire; la plupart ſont très- intereſſantes ;
il n'y en a aucune qui ne nous apprenne
quelque chofe & qui n'éclairciſſe quelque
fait de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire; elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut , & jettent de la lumiere fur ce
qui s'eſt paſſe ſous Pepin ,& ſous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems y eſt
mieux développée, quant à certains points,
quedans les Monumens que nous connoif
fons. On y voit l'application du Prince à
faire fleurir le Commerce , & la protection
dont il honoroit ceux qui l'exerçoient. On
y trouve des noms de Lieux , d'Evêques ,
d'Abbés , de Comtes, &c. ignorés juſqu'aujourd'hui
. Ces Chartes font dans un Ma
nuſcrit cotté 2718 de la Bibliothéque du
Roi. Ceux qui ſçavent combien l'Hif
toire de ce tems eft obfcure , connoîtront
६
NOVEMBRE. 1744. 39
mieux l'importance de cette découverte
& le prix du ſervice que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de patience
pour achever cet Ouvrage , on ſe tromperoit
beaucoup , fi l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareil travail
exige auffi beaucoup de ſagacité , & avec
ces deux talens , il faut encore du bonheur
し
pour réuffir..
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus , où dans un Avertiſſement il
obſerve avec raiſon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres.Quelque important que
foit le.Manufcrit qu'il a déchiffré , on en
peut trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laif
fât pas périr avec ceux que l'ignorance ou
la fuperftition ont déja fait diſparoître...
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charte , telsque
DomCarpentier les préſente au Public dans
fon Profpectus; maisnosoccupationsnenous:
-permettent pas de nous conſacrer au foin
pénible de veiller ſur unGraveur , dont en
pareil cas la moindre faute eſt auſſi eſſentielle
, qu'elle eſt aiſée à commettre , pour
mettre autant qu'il eſt en nous le Public atu
fait , nous allons imprimer le Latin de la
Charte..
40 MERCUREDE FRANCE.
i
Mnibus fidelibus fanctæ Dei Ecclefiæ
&noftris præſentibus fcilicet&faturis.
Si aliquid de rebus proprietatis noftræ
ad loca divino cultui deſtinata conferimus
, hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum , & ſtabilitatem regni
àDeo nobis commiſſi pertinere confidimus .
Idcircò notum fieri volumus omnium veftrum
fidelitati , qualiter vir venerabilis
Wolfgerus Wirciburgenfis Ecclefiæ Epifcopus
, ad noftram veniens præſentiam , indicavit
nobis quod piæ recordationis Dominus
&genitor nofter Karolus Sereniffimus Imperator
Antecefforibus fuis illis,& illis Epifcopis
præcepiffet , ut in terra Sclavorum ,
qui ſtant inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi
, una cum comitibus qui ſuper eofdem
Sclavos conſtituti erant , procurarent
ut inibi , ficut in cæteris Chriſtianorum locis
Ecclefiæ conſtruerentur , quatenus ille
populus paganus ad Chriftianitatem converfus
habere poffet ubi & baptifmum perciperet
, & prædicationem audiret , & ubi
inter eos , ficut inter cæteros Chriſtianos
divinum officium celebrari poffet ; & ita à
memoratis Epifcopis & Comitibus , qui tunc
NOVEMBRE. 1744. 4
temporis eidem populo præpofiti fuerant ,
innotuit effe confectum , & Ecclefias quindecim
ibi fuiſſe conſtructas ; fed eafdem
Eccleſias minimè eo tempore fuiſſe dotatas ,
ſed ſicut primùm conſtructæ fuerunt , fic
ufque ad præfentem diem fine dote remanfiffe.
Idcircò ſuggeſſit atque admonuit manfuetudinem
noftram , ut ad eafdem bafilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis noftræ
in eodem pago dare deberemus. Cujus
admonitioni atque petitioni , quia falubris
eſſe videbatur , adſenſum nobis præbere
placuit. Donamus igitur atque concedimus ,
quod ita donatum atque conceffum in perpetuum
eſſe volumus , ad præfatas bafilicas ,
quæ , ut diximus , juſſu & confilio Domini
&genitoris noſtri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædictorum Sclavorum à
memoratis Epifcopis conſtructæ funt , in
eodem pago de proprio noſtro ad unamquamque
manfos duos , cum ſuperſtantibus
duobus tributariis , excepto illo manſo ſuper
quem primitus unaquæque earumdem
Ecclefiarum ædificata eſt , eo videlicet modo
, ut quidquid iidem tributarii in cenfu
vel tributo folvere debent , hoc totum ad
partem earumdem Ecclefiarum omni tempore
perfolvant , & ipfæ Ecclefiæ , cum omnibus
rebus ad ſe pertinentibus, ſub memorati
viri venerabilis illius & fucceſſorum ejus
:
42 MERCURE DE FRANCE.
curâ ac providentiâ fint , ut divinum in eis
officium perenniter celebretur , & populus
terræ illius jugiter prædicationem habeat ,
& in eis baptifmi Sacramenta percipiat.
Idcircò hanc noftræ auctoritatis præceptionem
concedere juſſimus , per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus , ſive actor imperialis , vel
qualibet poteftate prædita perfona , ab hac
die in poſterùm memorato viro venerabili
illi , vel fuccefforibus ejus pro eifdem Ecclefiis
, vel rebus ad eas noſtra liberalitate
conceffis , repetitionem facere , aut ullam
calumniam ingerere præſumat ; fed licear
illis memoratas Ecclefias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus , abſque ullius perfonæ
&contradictione , vel impedimento tenere
, vel regere , & ficut alias Ecclefias ad
Epiſcopium fuum pertinentes , fecundùm
Canonicam inftitutionem ordinare atque
diſponere. Et ut hæc auctoritas firmior habeatur
, & noftris futuriſque temporibus ab
omnibus meliùs conſervetur , placuit nobis
eam&propriis manibus ſubſcribere , & annulli
noſtri impreſſione ſigillare.
NOVEMBRE. 1744. 43
I
NOTATIO.
Lluſtre eft hoc Hiftoriæ cùm Eccleſiaſticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum , feu Winidorum hacrenus
incognitas appellationes profert ; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis & Radanzwinidis , qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * Auvios
ſitu ita funt appellati . De iis pariter filetHugoGrotius
in Prolegomenis ad Hiftoriam
Gothorum , ubi fingulas earumdem
Gentium portiones fuis nominibus eruditè
diftinguit.
Hinc etiam difcimus quindecim Ecclefias
, jubente Carolo Magno , iis in locis
fuiſſe conſtructas , ut faciliùs Chriſtianis
operibus populus ille recens ad fidemChriſti
converfus , vacare poffet ; quod fummatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Duchefn. to..
2. p. 221. Imperator ( Carolus M. ) pracepit
Arnoni Archiepifcopo pergere in partes
Sclavorum , & prævidere illam omnem regionem
, Eccleſiaſticum Officium more Episcopalê
colere,populoſque in fide &Chriftianitate pradicando
confortare .. Sicut ille pracepit ,fecit
*Rednitz
44 MERCURE DEFRANCE.
illuc veniendo confecravit Ecclefias , ordina
vit Presbyteros , populumque predicando docuit.
Dotem affignat iis Ecclefiis Ludovicus
Pius ad preces Wolsgeri Wirciburgenfis
Epifcopi , fub cujus regimine erant ; quod
àCarolo Magno factum non fuiffe mirum
eſt , cùm ex ftatutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclefiam confecrare , nifi dos
fufficiens Clericis in ea deſervituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id præftitit
Ludovicus Auguſtus ante annum 832 , quo
Wolsgerus , 11 idus Novembris obiit , cùm
ſediſſet annos XXII , menſes VI , dies xi ,
ex Chronico Wirziburg. apud Baluz. tom. r.
Miscell. pag. 504.
Notandum quoque eſt Bafilicas hic appellari
Ecclefias confecratas , quibus Miniftrabant
Clerici.
des Abbréviations.
I 'Engagement que nous avons pris avee
le Publicde l'informer, non -feulement
detout ce qui ſe paſſera d'intéreſſant à la
Cour & à Paris , mais encore de l'inſtruire
exactement de l'état de la République des
Lettres , ne nous permet pas de négliger de
lui rendre compte d'une Découverte faite
par D. Carpentier , qui peut être fort utile
àceux qui étudient l'Hiſtoire de France , &
jetter de grandes lumieres ſur cette partie
de notre Littérature .
Perſonne n'ignore de quelle utilité ſont
les anciennes Chartes pour débrouiller le
cahos de l'Hiſtoire. Elles ſervent de fanal
pour marcher dans ces ſentiers ténébreux ,&
ſi cette lumiere n'eſt pas toujours auſſi éclatantequ'on
le ſouhaiteroit , il n'en eft pas
moins vrai qu'elle est d'un grand fecours.
L'étude de ces Chartes a toujours paflé parmi
les Sçavans pour une étude importante ,
&l'eſt en effet ; mais quelque ſoin que l'on
ait pris , il y en avoit que l'on n'avoit pû
encore parvenir à déchiffrer. Elles étoient
écrites dans cette forme d'Abbréviations , G
NOVEMBRE. 1744. 37
connues des Anciens , où un ſeul ſigne repréfente
un mot ; cette forme ſi commode
pour le Copiſte , devient bien incommode
pluſieurs fiécles après pour l'érudit qui
veut percer ces ténébres.On n'avoit aucune
notion ſur ces Caractéres ; un grand nomhre
deChartes rettoient par-là indéchiffrables
, & les Sçavans avoient le regret de
ſçavoir qu'ils poſſédoient un ample & riche
tréſor, dont il leur étoit impoſſible de faire
uſage. Tritheme , le Cardinal Bembe
Juſte Lipfe , tous les Sçavans ont fenti l'utilité
de cettedécouverte , & la difficultéde
l'execution .
>
Gruter a donné à la ſuite de for Recueil
des Inſcriptions quelques notions de ces
Caractéres; il a fait imprimer un Manufcrit
qui contenoit l'explication des Abbréviations
inventées par Tyron , l'affranchi de
Ciceron , mais c'étoit peu de choſe. La plûpartdes
Notes des Copiſtes du moyen âge
ſont différentes de celles de Tyron ; celles
des différens Copiſtes ne ſont pas même
ſemblables entr'elles; ainſi le travail de Gruter
ne diminuoit pas beaucoup les difficul-
τéς.
D. Mabillon , dans le Supplément à fa
Diplomatique , a fait auſſi quelques tentatives
, mais malgré le travail de ces deux
Ecrivains , la matière pouvoit paffer pour
38 MERCURE DE FRANCE.
neuve ; enfin D. Carpentier vient de trouver
la clefde ce chiffre ſi difficile;il a lû, par la
méthode qu'il s'eſt faite , un grand nombre
de ces Chartes indéchiffrables , & fe prépare
à les donner au Public. Les Caractéres
mystérieux feront gravés ſous les yeux de
l'Auteur , & le Latin ſera mis à côté ligne
pour ligne , ce qui eſt une précaution auſſi
judicieuſe que néceffaire.
Il eſt preſque inutile de vanter l'uſage
dont ces Chartes peuvent être pour notre
Hiſtoire; la plupart ſont très- intereſſantes ;
il n'y en a aucune qui ne nous apprenne
quelque chofe & qui n'éclairciſſe quelque
fait de l'Hiſtoire Eccléſiaſtique,& Civile du
Régne de Louis le Débonnaire; elles reprennent
même quelquefois les évenemens de
plus haut , & jettent de la lumiere fur ce
qui s'eſt paſſe ſous Pepin ,& ſous Charlemagne.
La Jurisprudence du tems y eſt
mieux développée, quant à certains points,
quedans les Monumens que nous connoif
fons. On y voit l'application du Prince à
faire fleurir le Commerce , & la protection
dont il honoroit ceux qui l'exerçoient. On
y trouve des noms de Lieux , d'Evêques ,
d'Abbés , de Comtes, &c. ignorés juſqu'aujourd'hui
. Ces Chartes font dans un Ma
nuſcrit cotté 2718 de la Bibliothéque du
Roi. Ceux qui ſçavent combien l'Hif
toire de ce tems eft obfcure , connoîtront
६
NOVEMBRE. 1744. 39
mieux l'importance de cette découverte
& le prix du ſervice que Dom Carpentier
rend à la République des Lettres.
Quoiqu'il ait fallu beaucoup de patience
pour achever cet Ouvrage , on ſe tromperoit
beaucoup , fi l'on croyoit qu'il n'a fallu
que de la patience ; un pareil travail
exige auffi beaucoup de ſagacité , & avec
ces deux talens , il faut encore du bonheur
し
pour réuffir..
Dom Carpentier a fait imprimer un
Prospectus , où dans un Avertiſſement il
obſerve avec raiſon que cette découverte
mérite l'attention des Amateurs &des Protecteurs
des Lettres.Quelque important que
foit le.Manufcrit qu'il a déchiffré , on en
peut trouver de plus précieux encore. L'intérêt
public demanderoit qu'on ne les laif
fât pas périr avec ceux que l'ignorance ou
la fuperftition ont déja fait diſparoître...
Nous aurions voulu pouvoir donner ici
les Caractéres gravés de la Charte , telsque
DomCarpentier les préſente au Public dans
fon Profpectus; maisnosoccupationsnenous:
-permettent pas de nous conſacrer au foin
pénible de veiller ſur unGraveur , dont en
pareil cas la moindre faute eſt auſſi eſſentielle
, qu'elle eſt aiſée à commettre , pour
mettre autant qu'il eſt en nous le Public atu
fait , nous allons imprimer le Latin de la
Charte..
40 MERCUREDE FRANCE.
i
Mnibus fidelibus fanctæ Dei Ecclefiæ
&noftris præſentibus fcilicet&faturis.
Si aliquid de rebus proprietatis noftræ
ad loca divino cultui deſtinata conferimus
, hoc procul dubio nobis ad æternæ
mercedis augmentum , & ſtabilitatem regni
àDeo nobis commiſſi pertinere confidimus .
Idcircò notum fieri volumus omnium veftrum
fidelitati , qualiter vir venerabilis
Wolfgerus Wirciburgenfis Ecclefiæ Epifcopus
, ad noftram veniens præſentiam , indicavit
nobis quod piæ recordationis Dominus
&genitor nofter Karolus Sereniffimus Imperator
Antecefforibus fuis illis,& illis Epifcopis
præcepiffet , ut in terra Sclavorum ,
qui ſtant inter Moinum & Radanziam fluvios
, qui vocantur Moinwinidi & Radanzwinidi
, una cum comitibus qui ſuper eofdem
Sclavos conſtituti erant , procurarent
ut inibi , ficut in cæteris Chriſtianorum locis
Ecclefiæ conſtruerentur , quatenus ille
populus paganus ad Chriftianitatem converfus
habere poffet ubi & baptifmum perciperet
, & prædicationem audiret , & ubi
inter eos , ficut inter cæteros Chriſtianos
divinum officium celebrari poffet ; & ita à
memoratis Epifcopis & Comitibus , qui tunc
NOVEMBRE. 1744. 4
temporis eidem populo præpofiti fuerant ,
innotuit effe confectum , & Ecclefias quindecim
ibi fuiſſe conſtructas ; fed eafdem
Eccleſias minimè eo tempore fuiſſe dotatas ,
ſed ſicut primùm conſtructæ fuerunt , fic
ufque ad præfentem diem fine dote remanfiffe.
Idcircò ſuggeſſit atque admonuit manfuetudinem
noftram , ut ad eafdem bafilicas
dotandas aliquid de rebus proprietatis noftræ
in eodem pago dare deberemus. Cujus
admonitioni atque petitioni , quia falubris
eſſe videbatur , adſenſum nobis præbere
placuit. Donamus igitur atque concedimus ,
quod ita donatum atque conceffum in perpetuum
eſſe volumus , ad præfatas bafilicas ,
quæ , ut diximus , juſſu & confilio Domini
&genitoris noſtri Karoli Sereniffimi Imperatoris
in terra prædictorum Sclavorum à
memoratis Epifcopis conſtructæ funt , in
eodem pago de proprio noſtro ad unamquamque
manfos duos , cum ſuperſtantibus
duobus tributariis , excepto illo manſo ſuper
quem primitus unaquæque earumdem
Ecclefiarum ædificata eſt , eo videlicet modo
, ut quidquid iidem tributarii in cenfu
vel tributo folvere debent , hoc totum ad
partem earumdem Ecclefiarum omni tempore
perfolvant , & ipfæ Ecclefiæ , cum omnibus
rebus ad ſe pertinentibus, ſub memorati
viri venerabilis illius & fucceſſorum ejus
:
42 MERCURE DE FRANCE.
curâ ac providentiâ fint , ut divinum in eis
officium perenniter celebretur , & populus
terræ illius jugiter prædicationem habeat ,
& in eis baptifmi Sacramenta percipiat.
Idcircò hanc noftræ auctoritatis præceptionem
concedere juſſimus , per quam decernimus
atque jubemus ut nullus comes aut judex
publicus , ſive actor imperialis , vel
qualibet poteftate prædita perfona , ab hac
die in poſterùm memorato viro venerabili
illi , vel fuccefforibus ejus pro eifdem Ecclefiis
, vel rebus ad eas noſtra liberalitate
conceffis , repetitionem facere , aut ullam
calumniam ingerere præſumat ; fed licear
illis memoratas Ecclefias cum omnibus rebus
ad eas pertinentibus , abſque ullius perfonæ
&contradictione , vel impedimento tenere
, vel regere , & ficut alias Ecclefias ad
Epiſcopium fuum pertinentes , fecundùm
Canonicam inftitutionem ordinare atque
diſponere. Et ut hæc auctoritas firmior habeatur
, & noftris futuriſque temporibus ab
omnibus meliùs conſervetur , placuit nobis
eam&propriis manibus ſubſcribere , & annulli
noſtri impreſſione ſigillare.
NOVEMBRE. 1744. 43
I
NOTATIO.
Lluſtre eft hoc Hiftoriæ cùm Eccleſiaſticæ
tùm civilis monumentum : quippe
quod duas Sclavorum , feu Winidorum hacrenus
incognitas appellationes profert ; nihil
enim apud rerum Gallicarum Scriptores
de Moinwinidis & Radanzwinidis , qui ab
illorum inter Moinum & Radanziam * Auvios
ſitu ita funt appellati . De iis pariter filetHugoGrotius
in Prolegomenis ad Hiftoriam
Gothorum , ubi fingulas earumdem
Gentium portiones fuis nominibus eruditè
diftinguit.
Hinc etiam difcimus quindecim Ecclefias
, jubente Carolo Magno , iis in locis
fuiſſe conſtructas , ut faciliùs Chriſtianis
operibus populus ille recens ad fidemChriſti
converfus , vacare poffet ; quod fummatim
tantùm docebat fragmentum de rebus Caroli
Magni cum Sclavis apud Duchefn. to..
2. p. 221. Imperator ( Carolus M. ) pracepit
Arnoni Archiepifcopo pergere in partes
Sclavorum , & prævidere illam omnem regionem
, Eccleſiaſticum Officium more Episcopalê
colere,populoſque in fide &Chriftianitate pradicando
confortare .. Sicut ille pracepit ,fecit
*Rednitz
44 MERCURE DEFRANCE.
illuc veniendo confecravit Ecclefias , ordina
vit Presbyteros , populumque predicando docuit.
Dotem affignat iis Ecclefiis Ludovicus
Pius ad preces Wolsgeri Wirciburgenfis
Epifcopi , fub cujus regimine erant ; quod
àCarolo Magno factum non fuiffe mirum
eſt , cùm ex ftatutis Conciliorum non liceret
Epifcopo Ecclefiam confecrare , nifi dos
fufficiens Clericis in ea deſervituris ab ædificatoribus
priùs conferretur. Id præftitit
Ludovicus Auguſtus ante annum 832 , quo
Wolsgerus , 11 idus Novembris obiit , cùm
ſediſſet annos XXII , menſes VI , dies xi ,
ex Chronico Wirziburg. apud Baluz. tom. r.
Miscell. pag. 504.
Notandum quoque eſt Bafilicas hic appellari
Ecclefias confecratas , quibus Miniftrabant
Clerici.
Fermer
3059
p. 47-78
SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
Début :
L'Académie des Sciences tint une assemblée publique le 14 de ce mois, selon [...]
Mots clefs :
Terre, Équateur, Montagnes, Degrés, Pôle, Diamètre, Pays, Lieues, Axe, Observations, Opérations, Degré, Toises, Quito, Académiciens, Astronomes, Europe, Mer, Distance, Pôles, Sphéroïde, Pérou, Voyage, Cercle, Pesanteur, Zone torride, Point, Indiens , Charles-Marie de La Condamine, Pierre Bouguer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE publique de l'Académie des Sciences.
SEANCE publique de l'Académie
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
des Sciences.
'Académie des Sciences tint une affemblée
publique le 14dece mois , felon
la coûtume. Le Public qui court avidentment
s'inſtruire à ces doctes conférences ,
attendoit le jour de celle-ci avec un nouvel
empreffement; on ſçavoit que M. Bouguer ,
l'un des Académiciens qui ont été envoyés
au Pérou par le Gouvernement pour y déterminer
la figure de la Terre , devoit lire
dans cette affemblée la relation de fon
voyage & le détail de fes opérations Aftronomiques
; ce détail étoit d'autant plus int
téreſſant , qu'il devoir , ou mettreau-deffus
de toutes contradictions la meſure de la
Terre , déterminée par les opérations faites
au Nord , ou fournir de nouvelles idées
&ouvrir un nouvel avis ſur cette impor
tantequeſtion.
M. Bouguer, qui parloit devant une compagnie
continuellement occupée de ces-matieres
,&devant un Public qui les connoît
au moins fuperficiellement, auroit perdus
inutilement un tems précieux s'il ſe fut atsaché
à expoſer l'état de la queſtion dont
48 MERCURE DE FRANCE.
A
tous ſes Auditeurs étoient inſtruits , mais
nous , qui écrivons pour toutes fortes de
Lecteurs , nous devons faire nos efforts.
pour les mettre au fait de la matiere que
nous allons traiter. Si nous ſommes allés
heureux pour y réüſſir , nous nous ſçaurons
bon gré d'avoir travaillé pour la gloire de
M. B. & des Académiciens qui l'ont ac
compagné en augmentant le nombre de
leurs Juges ,& par conféquent de leurs ad
mirateurs..
On a cru long-tems que la Terre étoit
ſphérique ; cette erreur eſt auſſi ancienne
que la Terre même , ou du moins que les
Sciences. Dans cette ſuppoſition il n'étoit
pas difficile d'en connoître la grandeur.
Dès les premiers pas qu'on a fait enGéométrie,
le cercle a été diviſé en 360 parties
égales que l'on a appellées degrés ; il ſuffifoitdonc
de meſurer un degré de la Terre
&de le multiplier par 360 pour avoir le
circuit de notre Globe. La méthode pourmeſurer
ce degré eſt ſimple & facile, on
prend avec un inſtrument la hauteur d'une
Etoile en quelque endroit , par exemple à
Paris , on avance enfuite vers le Pôle ſur le
mêmeMéridien, juſqu'à ce que l'Etoile obſervée
à Paris ait undegré de hauteur de
moins, & quand on eſt arrivé en cet endroit,
on cherche alors par des opérations.
Géo
NOVEMBRE. 1744. 49
y
Géométriques la diſtance de cet endroit à
Paris . Cette diſtance , réduite en toiſes ,
exprimera la valeur d'un degré de la Terre
entoiſes.
C'eſt par cette méthode , ou par d'autres
qui s'y rapportent , qu'on avoit trouvé que
Paris & Amiens , qui ſont ſous le même
Méridien , ſont éloignés d'un degré ou environ
, & l'on avoit conclu de leur diſtance
qui eſt de 25 lieuës , que le degré de la
Terre étoit de 25 lieuës ,& parconféquent
fon circuit de 9০০০ .
En 1672 , M. Richer , étant envoyé à
l'Iſle de Cayenne proche l'Equateur , trouva
que le Pendule qui battoit les ſecondes à
Paris alloit plus lentement à la Cayenne ,
&que ſes vibrations étoient de plus d'une
ſeconde. Cette expérience fit une révolution
dans le Monde Phyficien : il fut aiſé
de conclure que la péſanteur étoit moindre
à l'Equateur qu'à Paris , puiſque les corps
péſans s'y mouvoient plus lentement. M.
Huguens fut le premier qui ouvrit les yeux ,
&il découvrit bien-tôt la cauſe de cette dif
férence. -
LaTerre tournant ſur ſon axe , emporte
avec elle tous les corps qui y font , & ces
corps décrivent des cercles d'autant plus
grands qu'ils font plus éloignés du Pôle ;
ils ont donc une force centrifuge d'autant
II. Vol. C
SO MERCURE DE FRANCE.
plus grande , qu'ils font plus éloignés du
Pôle , & doivent être moins péſans , puifqu'ils
font plus d'effort pour s'éloigner du
centre de la Terre. D'un autre côté , ſi l'on
regarde la Terre comme une maffe fluide
(& il eſt certain qu'elle eſt telle en grande
partie ) on ne peut pas ſuppoſer qu'elle ſoit
parfaitement ſphérique , dès que la péſanteur
eſt plus grande au Pôle qu'à l'Equateur,
En effet , que l'on imagine une colonne
fluide qui aille d'un point de la circonféren
ce de l'Equateur au Centre , & une autre
qui aille du Pôle au même Centre , ces deux
colonnes doivent être en équilibre ; la colonne
de l'Equateur ſera donc plus longue
que celle du Pôle , puiſque ſes parties péſent
moins ; le diamétre de l'Equateur doit
donc être plus grand que l'axe , c'est- à-dire
que la ligne qui joint les deux Pôles : & la
Terre , ſuivant cette idée,doit être un ſphéroïde
applati vers les Pôles.
Voilà ce que la théorie apprit à M. Huguens;
éclairé par le flambeau de la Géométrie
, il oſa entreprendre de déterminer la
difference du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
&trouva qu'elle étoit la même que de 578
à 577 ; mais la théorie ſeule ne pouvoir
donner le degré exact de l'applatiſſement
dela Terre : elle fera plus ou moins applatie
ſuivant les differentes ſuppoſitions que
l'on pourra faire fur la péſanteur& la denſité
NOVEMBRE. 1744. 52
de ſes parties,que pour établir les calculs, on
eft obligé deſuppoſerHomogenes, ce qui sûrement
n'eſt pas vrai. M. Huguens ſuppoſoit
que toutes les parties de la Terre ſont
de même denſité , & péſent toutes vers un
même centre. M. Newton , qui ſuppoſa que
toutes ces parties s'attirent mutuellement ,
ſuivantune certaine loi , trouva que la différence
du diamétre de l'Equateur à l'axe ,
étoit comme de 230 à 229 , ce quidonne la
Terre encore plus applatie vers les Pôles .
Ainſi quoique les théories les plus vraiſemblables
s'accordaſſent à donner à la Terre
la figure d'un ſphéroïde applati , la meſrre
actuelle des degrés pouvoit ſeule déterminer
au juſte cette figure , & ce n'étoit que
par là que l'on pouvoit vérifier ſi ces célébres
Mathématiciens , qui du fond de leur
cabinet avoient meſuré l'immenſité de la
Terre , méritoient l'éloge qu'Horace ne
donne qu'ironiquement au Pilote Architas.
Aërias tentaſſe domos , animoque rotundum
Percurriffe Polum.
Nous venons de dire que tous les degrés
doivent être égaux , ſi la Terre eſt parfaitement
ſphérique , c'est- à-dire , que s'il fant
faire 25 lieuës de Paris à Amiens pour
qu'une Etoile obſervée diminuë de la hauteur
d'un degré , il faudra faire encore 25
Cij
32 MERCURE DEFRANCE.
lieuës depuis Amiens, en avançant vers le
Pôle , pour que cette même Etoile diminuë
encore d'un degré de hauteur ,& ainſi de
fuite.
Il n'en eſt pas de même , ſi la Terre n'eſt
pas exactement ronde : les degrés ſeront
inégaux , & feront plus grands à l'Equateur
qu'au Pôle, ſi la Terre eſt un ſpheroide
allongé , c'est- à-dire , fi le diamétre de l'Equateur
est moindre que l'axe : ils ſeront
au contraire plus grands vers le Pôle , fi la
Terre eſt un ſpheroide applati , c'eſt-à-dire ,
ſi l'axe eſt plus petit que le diamétre de l'Equateur.
Pour en faire ſentir la raiſon par
une idée , peu Géométrique à la vérité
mais palpable pour tous les lecteurs , imaginons
un cerceau de baleine parfaitement
rond , & partagé par deux diamétres , l'un
vertical , qui repréſentera le diamétre de
l'Equateur , l'autre horizontal , qui repréſentera
l'axe , ou la ligne qui joint les Pôles
; ſi on preffe ce cerceau par les deux extrêmités
de ſon diamétre horisontal , le diamétre
qui repréſente l'axe diminuera , l'autre
au contraire , qui repréſente le diametre
de l'Equateur , s'allongera ; or il eſt évident
que ce cerceau aura perdu de ſa courbure
dans l'endroit preſſé , c'est-à-dire , aux deux
extrêmités de ſon diametre horisontal , &
qu'au contraire il ſera devenu d'une plus
NOVEMBRE. 1744. 53
grande courbure à l'extrêmité du diamétre
qui s'eſt allongé.
5 On voit par- là que ſi la Terre eſt un ſphé
roïde applati , elle aura moins de courbure
au Pôle qu'à l'Equateur ; elle fera donc portion
d'un plus grand cercle au Pôle qu'à l'Equateur
, car un grand cerele a moins de
courbure dans le même eſpace qu'un petit ;
ainſi le degré qui eſt toujours
cerele , ſera plus grand au Pôle qu'à l'Equateur.
360 du
Le contraire arrivera ſi l'on preſſe le
cerceau verticalement ; ainſi pour trouver
la figure de la Terre il ſuffit d'en meſurer
deux differens degrés ; mais il y auroit de
l'inconvénient à meſurer deux degrés trop
proches l'un de l'autre ; car ſi la Terre ne
s'éloigne pas beaucoup d'être exactement
ronde , les degrés qui feront voiſins ſeront
à peu près égaux,& la difference qu'on
trouvera ne fera pas affés grande pour déterminer
la figure de la Terre , parce que
cette difference pourra provenir en partic
des erreurs inévitables dans les obſervations
&dans les meſures.
Il étoit donc néceſſaire de meſurer deux
degrés très-éloignés , parce que la difference
de deux degrés voiſins , qui eſt petite ,
ſe trouvera répétée un grand nombre de
fois de l'Equateur au Pôle.
Ciij
54 MERCURE DEFRANCE.
On fent affés de quelle importance if
étoitde décider cette queſtion , & quelle
peut être ſon utilité pour la Géographie
&la Navigation. Si la Terre eſt un ſphéroïde
applati , fi les degrés font inégaux ,
comment connoître exactement la diſtance
des lieux qui font éloignés d'un certain
nombre de degrés , fans connoître
le rapport de ces degrés entr'eux , & combien
cette connoiſſance n'eſt-elle pas utile
pour les Voyageurs & pour les Navigateurs
? D'ailleurs quel objet plus dignede
la curioſité d'un eſprit éclairé , que de connoître
le Globe que nous habirons , & de
percer par quelque endroit ce voile impénétrable
dont la nature a couvert ſes operations
?
C'eſt dans ces vûës que S. M. a envoyé
des Aſtronomes meſurer un degré de la
Terre vers l'Equateur , & d'autres meſurer
un degré vers le Pôle. M. le Comte de Maurepas
, qui honore les Arts d'une protection
auffi éclatante qu'éclairée , a été chargé de
cette entrepriſe. C'eſt par ſes ſoins que les
Académiciens ont trouvé aux deux extrémités
de la Terre des ſecours dignes dela magnificence
du premier Porentat de l'Europe
qui les envoyoit , & de la prévoyance d'un
Miniſtre , qui rappelle à tant d'égards l'idée
de Mécene , comme ſon Maître rappelle
l'idée d'Auguſte.
NOVEMBRE. 1744.55
Mrs de Maupertuis , Clairaut , Camus , &
Lemonier , tous Académiciens , allerent en
Laponie en 1736 , auſſi près du Pôle qu'il
eſt poffible d'avancer .Les Lapons virent fans
doute avec étonnement des gens conduits
par l'amour des Sciencesdans unpays où l'amour
de la Patrie ne peut retenir les naturels
, & d'où les ordres du Gouvernement
les empêchent de fortir , les tenant ainſi exilés
dans le lieu de leur naiſſance. On a ſçu
dequelle conſtance , & de quel courage
ils ont eu beſoin pour réſiſter à l'aprêté de
ce climat. Par des operations faites avec la
plus grande exactitude au milieu des glaces
duNord , ils ont conclu que la Terre étoit
un ſphéroïde applati vers les Pôles , ce que
la difference du diamétre de l'Equateur a
l'axe étoit comme de 178 à 177 , ce qui
donne la Terre plus applatie que les calculs
de Mrs Huguens & Newton.
Les Aſtronomes deſtinés pour aller vers
l'Equateur étoient Mrs Godin , Bouguer ,
& de la Condamine Académiciens , Argonautes
d'une eſpece nouvelle , qui ont été au
Pays de l'or chercher la vérité pour l'honneur
de leur Pays , & le bien général des
Nations.
M. de Juſſien , Docteur Régent de la Faculté
de Medecine , que l'Académie s'eſt
acquis pendant le cours de ce Voyage , les
Ciiij
36 MERCURE DE FRANCE.
a accompagnés pour travailler à l'Hiſtoire
naturelle. M. Seniergues , Chirurgien devoit
l'aider. Les Aſtronomes avoient encore emmené
pluſieurs perſonnes pour deſſiner , vérifier
les calculs & reconnoître le Pays , tels
que Mrs Verguin , Couplet , Defordonnais , de
Morainville & Hugot.
M. B. feul eſt revenu . La difficulté du
trajet a arrêté ſes Compagnons de Voyage ,
qui ont été moins heureux , ou moins hardis
que lui. Cet Académicien partage la relation
en deux parties ; l'une contient le recit
de ce qui lui est arrivé dans ſes differentes
courſes , les obſervations qu'il a faites
ſur la ſituation , la nature des Pays qu'il a
traverſés , ſur le caractere des habitans , &c.
C'eſt une eſpece de voyage , mais c'eſt un
voyage fait par un Philofophe , & qui parconféquent
mérite une attention particuliere.
Le défaut que l'on reproche le plus aux
Voyageurs eſt leur peu de fincerité. Ce
reproche qu'ils ne méritent que trop fouvent
, eſt le moins grave qu'on puiffe leur
faire. La plupart fontdes gens peu inſtruits ,
que l'intérêt & le commerce ont conduits
dans des Pays éloignés ; ceux qui n'ont été
guidés que par la curioſité , n'ont preſque
jamais eu cette curiofité éclairée , qui fait
que l'on connoît la nature fidifferente d'elle
NOVEMBRE . 1744. 57
même dans des climats ſouvent peu éloignés
, & les hommes ſi ſemblables entr'eux
quand on les examine avec des yeux philoſophiques.
Ces Voyageurs ne reſſemblent
pas mal à un homme , qui introduit dans
un Palais examineroit avec une attention
ſcrupuleuſe juſqu'à la moindre colonne , &
négligeroit de connoître le Maître de la maifon.
M. B. a rapporté de ſes longs & pénibles
Voyages des obſervations importantes
fur l'Histoire naturelle , & des remarques
qui ne font pas moins intéreſſantes fur les
hommes qu'il a vûs.
La ſeconde partie de fon Mémoire contient
le recit des operations Aftronomiques,
par leſquelles il a déterminé avec ſes Collégues
la figure de la Terre. Elle eſt , ſuivant.
eux , un ſphéroïde applati vers les Pôles ile
diamétre de l'Equateur & l'axe , font entr'eux
comme 174 à 173 , ce qui revient
au calcul des Aſtronomes du Nord , la legere
difference qui ſe trouve entre les deux
réſultats ne devant être impurée qu'aux erreurs
inévitables dans des operations fr
compliquées & fi difficiles.
Ce fut le 16-Mai 1735 , que les Académiciens
s'embarquerent à la rade de la Rochelle
fur un Vaiſſeau du Roi; ils arriverens
heureuſement à S. Domingue , après avoit
relâché quelques jours à la Martinique.
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
Ils quitterent S. Domingue le 30 d'Oc
bre , & pafferent à Carthagene & à Porto-
Bello ; après avoir traverſe l'Ifthme , ils ſe
rembarquerent à Panama fur la Mer du
Sud , & moüillant dans la rade de Mante le
Mars 1736 ; ils toucherent enfin pour la
premiere fois la côte du Perou.
Ils avoient encore bien des obſtacles à furmonter
& des fatigues à eſſuyer avant que
d'arriver à Quito ,quiétoit le terme de leurs
courſes. Les chemins qui conduiſent à cette
Capitale étoient inondés par les playes ,
&devoient être impraticables juſqu'au mois
de Juin. Le defir de connoître la côte , où
les pluyes avoient déja ceſſé , engagea Mrs
Bouguer & de la Condamine à ſe ſéparer
du reſte de leur Compagnie , & tandis que
M. Godin remettoit à la voile pour aller débarquer
à Gouayaquil , ils ſe diſpoſerent à
parcourir cette côte , qui eſt la partie de
'Amérique Méridionale la plus avancée
vers l'Occident , & la connoiffance exacte
qu'ils en eurent , jointe à pluſieurs obſervations
Aſtronomiques les dédommagea
avantageuſement de leurs peines.
و
Ce Pays eſt de niveau avec la Mer , placé
au milieu de la Zone Torride , & parconféquent
extrêmement chaud. Refferré entre la
Mer & la Cordeliere , qui eſt une chaîne de
montagnes , plus hautes que toutes celles
NOVEMBRE. 1744. Se
que l'on connoît en Europe , il a trente ou
trente-cinq lieuës de largeur : on obſerve
dans la partie quieſt au- delà de Gouayaquil,
un Phénomene bien capable d'embarraffer
les Phyſiciens , c'eſt qu'il n'y pleut jamais ,
quoique fouvent le Ciel y ſoit fort nébuleux.
Le Pays eft fort peu habité , on fair
quelquefois vingt lieuës fans trouver un
Village ,& la nature qui y prodigue les
Phénomenes à l'avide curiofité des naturaliſtes
, n'a pris aucun ſoin de la commodité
des Voyageurs.
Mrs Bouguer & de laCondamine étoient
ſi peu ſenſibles à cet inconvénient , qu'ils
jugerent à propos de prendre differentes
routes pour arriver à Quito , afin de multiplier
davantage leurs obſervations & leurs
richeſſes Philoſophiques.
On verra quelque jour dans la relationm
de M. de la Condamine les peines infinies
qu'il eut à remonter la riviere des Emeraudes.
M. Bouguer prit ſa route vers Gouayaquil
à travers des bois encore inondés
par les eaux , & où un homme monté fur
le plus grand cheval ſe trouvoitdans l'eaus
&dans la bouë juſqu'aux genoux : après
s'être débaraſfé avec peine de ces marais impraticables
, M. B. arriva enfin le 17 Maik
1736 à Caracol , au pied de la Cordeliere..
Il fallut s'arrêter en cet endroit ; les fati
Cvj
60 MERCUREDE FRANCE.
gues d'une route fi pénible avoient confr
derablement alteré la ſanté du Voyageur :
d'ailleurs M. Godin , qui trois jours auparavant
étoit parti de Caracol , avoit emmené
preſque toutes les mules de la Province ;
il avoit cependant laiſſe àCaracol la cinquiéme
partie de fes équipages , mais la
difficulté des chemins oblige de rendre les
charges très-médiocres , & de multiplier le
nombre des bêtes de fomme.
Il fuffit pour donner une idée des peines
qu'eut M. B. à traverſer ces montagnes , de
dire qu'il employa 7 jours à un trajet qui
n'eſt que de & ou lieuës. Le courageux
Aſtronomes fuivoit exactement la même
route que Don Pedro Alvarado avoit priſe ,
lorfqu'il amena à François Pizare un ſecours
confiderable d'Eſpagnols. CeGénéral perdit
foixante-dix de ſes gens dans ce trajet pénible.
Enfin malgré les précipices formés par
les torrens & les ravines , malgré le froid
exceffif qu'on éprouve dans ces montagnes
toujours couvertes de neige &de glace ,M.
B. arriva le 10 de Juin 1736 à Quito , un
an & 24 jours après être parti de la Rochelle.
M. Godin& le reſte de fa Compagnie
étoient arrivés depuis le 29de Mai.
L'on joüit alors d'un ſpectacle bien différent
de celui des montagnes. Après avoir
été expoſé aux ardeurs de la Zone Torride ,
NOVEMBRE. 1744. 61
fur le bord de la Mer , & aux horreurs de
la froide dans les montagnes , on ſe croit
tranſporté tout à coup dans une des Zones
temperées. Il arrive quelque choſe à peu
près ſemblable , lorſqu'on defcend du ſommet
des Alpes dans les Vallées du Piémont.
On découvre un Pays agréable & cultivé ,
un grand nombre de Bourgs ,& de Villages ,
& de petites Villes affés jolies. Les denrées
néceſſaires à la vie n'y ſont pas extrêmement
cheres , parce que le Pays eft abondant, mais
les marchandiſes qui viennent d'Europe ,
les toiles , les draps , les étoffes de ſoye y
ſont d'un prix exceflif. M. B. a été obligé
de payer une piastre pour un morceau de
fer , & 18 à 20 liv. pour un gobelet de
verre. La vallée de Quito , qui eſt large
de 5 à 6 lienës , eſt enfermée des deux côtés
par la Cordeliere. Cette chaîne de montagnes
eſt double , & forme comme deux
murailles , qui font l'enceinte de ce Pays.
M. B. s'eſt allûré par ſes propres yeux que
cette double chaîne continuë juſqu'à 170
lieuës ; il l'a viſitée depuis le Sud de Cuença
jufqu'au Nordde Popayan ,&il a ſçu qu'elle
eſt double encore plus loin vers le Nord.
La largeur ſuffifante de cette vallée, &
fon expoſition à l'égard du Soleil, devroient
y rendre la chaleur inſupportable ; mais
62 MERCURE DE FRANCE.
d'un autre côté le voiſinage de la neige , &
la grande élévation du terrein temperent le
chaud , & ce climat joüit d'une Automne ,
ou ſi l'on veut d'un Printemps continuel.
Les campagnes y font toujours vertes , les
fruits de la Zone Torride & ceux qu'on y
a apportés d'Europe , tels que les poires ,
les pommes , les pêches , y croiffent également
; tous les grains y viennent fort bien
&furtout le froment ; les arbres font toujours
en ſéve , parce que la temperature de
l'air eſt toujours à peu près la même.
Les pluyes ſeules diftinguent les ſaiſons.
Il pleut depuis le mois de Novembre juſqu'au
mois de Mai ; ces pluyes jointes aux
fréquentes éruptions des volcans qui font
engrand nombre , balancent les agrémens
de ce beau Pays. Les Académiciens y ont
éprouvé une autre eſpece d'incommodité ,
caufée par la trop grande fubtilité de l'air.
Quoique la vallée de Quito ſoit entrede
très-hautes montagnes , elle eſt elle-même
plus élevée au-deſſus du niveau de la Mer
que les plus hautes montagnes de l'Europe ,
& les habitans de Quito ont appris de nos
Aſtronomes qu'ils font les peuples les plus
élevés de la Terre , & reſpirent un air plus
fubtil de plus d'un tiers que celui que refpirent
les autres hommes.
M. B. fait une remarque qui mérite une
NOVEMBRE. 1744- 63
attention particuliere , c'eſt qu'il n'a point
été plus incommodé lorſqu'il a monté beaucoup
plus haut que Quito , où l'air étoit
plus fubtil.
Mais ſi cette trop grande fubtilité de
l'air n'étoit pas un obſtacle qui rendit le
fommet des montagnes inacceſſible , les
Aſtronomes y ont trouvé un ennemi plus
redoutable encore , le froid exceffif caufé
par les neiges.
Ils monterent fur Pichincha , au pied de
laquelle eſt ſitué Quito. Leur deffein étoir
de faire les ſtations de leurs triangles fur le
haut des montagnes , dont les fommets trèsélevés
étoient fort avantageux à cet égard
mais le froid y étoit ſi vif , qu'il leur fur
impoffibled'y demeurer. Quelqu'un d'entr'eux
y ſentit bien-tôt des affections ſcorbutiques
, les Indiens qui les ſuivoient &
les autres domeſtiques furent fi incommodés
, qu'il fallut prendre le parti de defcendre
, & après avoir lutté pendant vingt
jours contre la rigueur du climat , ils renoncerent
à prendre des poſtes ſi élevés , & fe
déterminerent à placer leurs fignaux fur le
haut des collines , au pied des pyramides
pierreuſes. Tel étoit le froid que l'on
éprouvoit , que le Pendule à ſecondes y
étoit plus court qu'au bord de la Mer de
lignes.
35
1
1
:.
64 MERCURE DE FRANCE.
Les Aſtronomes étoient preſque continuellement
dans les nuages , quelquefois le
Ciel changeoit trois ou quatre fois en une
demie heure ; une tempête étoit ſuivie du
beau tems , & un inſtant après le tonnerre
recommençoit , d'autant plus terrible , qu'il
étoit plus proche , & fe formoit autour
d'eux.
Le ſommet de ces montagnes,que l'on peut
appeller le Royaume des Météores , offrit
aux Aftronomes un Phénoméne fingulier ,
qui n'avoit encore été vû de perfonne ,
quoique , comme le remarque M. B. il foit
auſſi ancien que le monde.
Les Aftronomes étoientfur la montagnede
Pambamarea ; un nuage , dans lequel ils
étoient enveloppés,leur laiſſa voir en fediffipant
le Soleil qui ſe levoit très éclatant ; le
nuage paſſa de l'autre côté,& fut à peine à 30
pas , que chacun d'eux vit ſon ombre projettée
deſſus , & ne voyoit que la ſienne ,
parce que le nuage n'offroit pas une furface
unie. Le peu de diſtance ne permettoit pas
de diftinguer toutes les parties de l'ombre ,
mais ils remarquerent avec ſurpriſe que
la tête étoit ornée d'une gloire , ou limbe ,
formée de 3 ou 4. petites couronnes
concentriques , d'une couleur très-vive , &
variées comme le premier Arc-en-Ciel , le
rouge étant en dehors. Les intervalles enNOVEMBRE.
1744.
ter tre ces cercles étoient égaux , le d
cercle étoit beaucoup plus foible , & enfin
à une certaine diſtance , on voyoit un
grand cercle blanc qui environnoit le tout.
Ils ont répété pluſieurs fois la même Expérience.
Les diamètres de ces couronnes
changent ſouvent de grandeur d'un moment
à l'autre , mais en obfervant toujours
entre eux l'égalité des intervalles. Ce Phénomene
fingulier ne ſe trace que ſur les
nuages glacés , & non ſur les goutes de
pluye , comme l'Arc-en-Ciel.
Ordinairement le diametre du premier
Iris étoit d'environ 5 degrés 2 tiers ; celui
du ſecond , de 17, & ainſi de ſuite celui du
cercle blanc étoit d'environ 77 degrés . i
Quoique la neige rende les montagnes
inacceffibles , cependant Mrs Bouguer &
de la Condamine n'ont pas craint de monter
fur pluſieurs , tant pour viſiter les
volcans qui ſont en grand nombre fur
ces montagnes , que pour y contenter à
tant d'autres égards leur intrépide curiofité.
Ils ont obfervé que ſur le ſommet de la
montagne de Chouſſalong , ou le Coraçon ,
élevée de 2476 toiſes , le mercure ſe ſoutient
dans le Barometre à 15 pouces 9 lign .
12 pouces 3 lignes plus bas qu'au bord de
laMer.On n'avoit jamais porté cet Inſtru
66 MERCURE DE FRANCE.
ment ſi haut , & il y a même beaucoup
d'apparence que jamais perſonne n'y étoit
allé. Il faut un motif pour entreprendre de
pareils voyages , il faut plus, il faut un courage
qui n'eſt pas moins eſtimable que les
talens qui fourniffent le motif.
Les montagnes offrent de tous côtés de
triſtes monumens des fréquens ravages des
volcans. Quelques-unes juſqu'à une affés
grande profondeur , ne font formées que
de ſcories, de pierres de ponces, & de fragmens
de pierres brulées de toutes les groffeurs.
On n'entendra pas dire ſans admiration
qu'en quelques endroits tout cela
eſt caché fous une couche de terre ordinaire
, qui porte des herbes , & même des arbres.
On voit des pierres de huit à neufpieds
de longueur , & d'une auſſi grande épaifſeur
, qui ont été jettées par le volcan à plus
de trois lieuës de diſtance ; les traînées que
l'on voit encore,& qui indiquent la montagne
d'où elles ont été lancées , ne laiſſent
aucun doute fur ce fait.
Après avoir donné ſes Obſervations ſur
l'Hiſtoire naturelle de ce Pays , M. B. paſſe
au détail des moeurs & des coûtumes du
Pays , détail qui n'eſt pas moins intéreſſant
que ce qui a précédé.
>>>Comme la Zone Torride, dit-il, & les
NOVEMBRE. 1744. 67
> Zones glacées ſont , pour ainſi-dire , mê-
» lées au Pérou , qu'on y trouve les cli-
>>mats les plus contraires , qu'il fuffit de
faire quelques lieuës , d'entrer dans la
>>Cordeliere ou d'en fortir , pour trouver
>>des climats plus differens entre eux , que
>> ſi l'on traverſoit toute l'Europe ; cette ex
>>trême difference ne peut pas manquer
<d'en apporter dans les uſages des Peuples,
>>>&juſques dans leurs inclinations.En bas,
>> ils vivent retirés dans leurs forêts , &
>> forment comme de petites Républiques ,
>>dirigées par leurs Curés , & par leurs
>>>Gouverneurs , aſſiſtés de quelques autres
>> Officiers , qui font auffi Indiens .
La peinture que fait M. B. de l'état de ces
Indiens , reffemble à celte de l'âge d'or.
>> Ils vivent tous dans une auffi grande
>>>union qu'ils paroiffent vivre dans
>>une grande innocence ; ils ſont préve
>>venans & honnêtes ; ils ne font capa-
❤bles d'aucune défiance ; & il ne leur
>> tombe pas même dans l'efprit qu'on puif-
>> ſe avoir intention de les tromper ; les
>> portes de leurs maiſons ſont toûjours ou-
>> vertes , quoiqu'ils ayent du coton , des
>> calebaſſes , de la pire , eſpece d'aloës
>>dont ils tirent du fil , & quelques autres
>>denrées , dont ils font ſouvent quelque
>> trafic. La grande chaleur leur permet d'al-
1
68 MERCURE DE FRANCE.
ler preſque nuds ; ils ſe peignent ordi
>> nairement en rouge avec le rocou , fou-
>>vent ils s'en font une eſpece de parure ,
> & ils s'en mettent jufques fur le viſage. Il
>>paroît qu'ils ont regardé cette coûtume
>> dans ſon origine , comme une précaution
>> contre la piquûre de ces Cousins nommés
» Maringouins ou Moustiques , qu'on trou-
"ve en grand nombre dans tous les en-
>>droits bas de la Zone Torride qui n'ont
>> pas été défrichés. Ces mêmes Indiens font
>> de tous les métiers qui leur font néceſſai-
>> res ; ils font Tifferans , Charpentiers , ils
>>font les Architectes de leurs maifons , les
>> conſtructeurs de leurs Pirogues ; quant
> aux grands ouvrages , ils les font ordi-
>> nairement en commun ; un Indien invite
> tous ſes voiſins , il lui fuffit de les bien
» traiter , & la maiſon , quelque grande
>> qu'elle ſoit , eſt achevée le jour même ,
» & quelquefois en une heure ou deux. Il
>> n'eſt pas étonnant qu'ils menent une vie
>>heureuſe , ils ne font gênés par le mêlan-
>> ge d'aucun Etranger ; outre les fruits de
>> la terre , qui ne leur manquent jamais , la
>> chaſſe & la pêche leur fourniffent d'a-
>> bondantes reffources .
Les Indiens qu'on nomme Guerriers ,
parce qu'ils n'ont pas été founis par les Efpagnols
, ont à peu près les mêmes moeurs.
NOVEMBRE. 1744 . 60
M. B. remarque qu'on n'a point à l'égard
de la couleur de ces Peuples, tirant fur celle
du cuivre , la même difficulté qu'à l'égard
du noir des Negres. Il a même obſervé que
ceux qui vivent au bas de la Cordeliere ,
font auffi blancs que nous , parce qu'ils ne
ſont pas expoſés à un hâle violent & continuel
, qui eſt , ſelon lui , la cauſe de la
carnation des premiers ; cependant ces Indiens
blanes ſont aiſés à diſtinguer des Européens
, par une difference remarquable ,
ils n'ont ni poil ni barbe.
Les moeurs des Indiens , qui vivent en
haut dans la Cordeliere , c'est-à-dire dans
les Plaines de Quito , n'offrent pas un tableau
auſſi riant que le premier.
>>Ils font tous d'une pareſſe extrême , &
>>ſtupides à l'excès;ils paſſeront des jour-
>> nées entieres affisà la même place fur les
»talons , ſans ſe remuer ; ils fervent dans
les Villes , & on les applique aux champs
>> à la culture des terres. L'habillement
>>qu'on leur donne fait partie de leurs ga-
» ges , de-même que les légumes & les
>>grains qu'on leur donne à la campagne
>>pour leur ſubſiſtance. Lorſqu'ils ſe ma-
»rient , les droits du Curé ſont exceffifs ,
>>de-même que les frais funéraires lorf-
>> qu'il meurt quelqu'un de leur petite fa-
»mille, Il arrive de tout cela qu'ils n'ont
70 MERCURE DE FRANCE.
>>jamais rien en leur diſpoſition , & qu'ils
>> font toûjours endettés envers leurs Maîtres.
Leur indolence en eft conſidérable-
»ment augmentée. Onnepeut pas affés dire
>combien ils montrent d'indifference pour
>> les richeſſes, & même pour leurs commo-
>> dités , peut-être parce qu'ils fentent qu'il
>>leur feroit inutile d'y penſer. Acela près
qu'ils aiment un peu trop à boire d'une
>> eſpece de bierre qu'ils font avec le Mais ,
> on peut dire qu'ils forment une Secte de
>>Philoſophes Stoiciens , ou plûtôt Cini-
>> ques. On ne ſçait ſouvent quelle eſpece
>> de motif leur propoſer , lorſqu'on veut
>> en exiger quelque ſervice. On leur offre
>> inutilement quelque piéce d'argent , ils
>> répondent qu'ils n'ont pas faim. On ne
>> ne doit pas s'étonner que de pareilles
•gens n'ayent pas encore imaginé qu'il
Icur étoit utile d'avoir des poches ; lorf
» qu'on les a obligé de recevoir quelque
>>monnoye, ils la ferrent dans leur bouche.
Ils n'ont aucun meuble dans leurs cabanes
, & couchent à terre ſur un cuir ; ils
mangent peu de viande. Ils élevent quekque
volaille pour faire préſent à leur Curé,
ou pour ſe régaler dans les occafions extraordinaires.
Une de ces grandes occafions
eſt la mort de quelqu'un d'entre eux ; ils
s'affemblent alors , font un grand feſtin de
NOVEMBRE. 1744. 71
tout ce qui a échappé auCuré , ils le mangent
en pleurant , & ne ceſſent leur fête lugubre
que lorſqu'il ne reſte plus rien.
M.B. remarque judicieuſement que ceux
qui demeurent hors de la Cordeliere ,
ont conſervé davantage leurs anciennes
moeurs, au lieu que ceux qui vivent en haut
où le Pays eſt plus peuplé , ont plus reſſenti
les effets de la dépendance. Malgré les
ſages précautions qu'à priſes le Gouverne
ment Eſpagnol , ces malheureux font fort
maltraités , furtout par les Métis , qui ſe
plaiſent le plus à appeſantir leur joug fur
cux.
On a peine , en voyant ces Peuples , à
croire ce que les Hiſtoriens ont publié des
Loix , de la Police & des Arts des anciens
Indiens. Tout cela paroîtroit un ſonge , s'il
étoit poſſible de récuſer la foi de tant d'Hiſ
toriens,& les témoignages plus autentiques
de tant de monumes qui ſubſiſtent encore.
Triſte exemple , qui montre combien l'ef
pritdes hommes dépend des circonstances,
&juſqu'à quel point cette partie la plus noble
de notre Etre peut être dégradée par
Peſclavage, la miſere , &c. Qua affigit humi
divina particulam aura. :
Les limites étroites dans leſquelles M. B.
étoit obligé de ſe renfermer , ne lui ont
pas permis de rendre compte au Public d'u
72 MERCURE DE FRANCE .
ne infinité d'Obſervations curieuſes qu'il a
faites , tant dans l'Amérique , que dans les
autres Pays quil a traverſés. Il n'a point
parlé non plus des Obſervations faites par
ſes Collegues , & il leur a laiſſé un moiffon
abondante que le Public recueillera avec
plaiſir , ſi elle contient des faits auſſi intéreſſans
, & préſentés avec autant de clarté
& de préciſion , qu'on en trouve dans la
Relation de M. Bouguer.
Nous voici arrivés à la partie principale
du Mémoire de M Bouguer , c'eſt le détail
des Opérations Aſtronomiques pour déterminer
la figure de la Terre .
M. Bouguer rend compte à l'Aſſemblée de
l'accord parfait qui ſe trouva entre les deux
differentes meſures que les Aſtronomes firent
de leur premiere baſe, qui eſt à environ
cinq lieuës à l'Orient deQuito,mais toûjours
dans cette longue vallée que formelaCordeliere.
Le Sol en eſt extrêmement inégal ; une
des extrêmités eſt plus élevée que l'autre
d'environ 126 toiſes , & nos Académiciens
partagés en deux troupes , furent obligés
dans leur Opération d'avoir continuellement
le niveau à la main , pour ſauver toutes
les inégalités du terrain. M. Bouguer
nous apprend que ce travail dura 2 5jours de
ſon côté,& que quand les deux compagnies
ſe communiquerent leur réſultat , il ne ſe
trouva
NOVEMBRE. 1744. 73
trouva qu'une différence d'environ trois:
pouces , fur 6274 toiſes , qui eſt à peu près
la longueur de cette baſe. Il a le ſoin de
nous avertir qu'il ſupprime pluſieurs particularités
qu'il n'a pas obmiſes dans le rapport
qu'il a déja fait à l'Académie ; rapport
plus étendu , & dans lequel il a rendu juftice
à toutes les perſonnes qui ont eu part
à l'Ouvrage. Il fut queſtion après cela de
travailler à la difpofition des triangles ; le
choix des ſtations les arrêtoit beaucoup ,
car au lieu que la grande hauteur des montagnes
a ordinairement contribué en Europe
à la promptitude de ces fortes d'Opérations
, c'étoit tout le contraire au Pérou ,
les Obfervateurs ſe trouvans preſque contimuellement
plongés dans les nuages , ou expoſés
à des tempêtes qui les obligeoient de
ne s'occuper que du ſeul ſoin de leur propre
conſervation. Ils étoient encore alors
partagés en deux Compagnies qui marchoient
à la vûë l'une de l'autre ſur les deux
chaînes de montagnes oppoſées , & qui en
changoient réciproquement. M. Godin
étoit d'un côté accompagné de pluſieurs
perſonnes ; M, Bouguer étoit de l'autre
avec M. de la Condamine , & un des Officiers
Eſpagnols ſe trouvoit de chaque côté.
Ils ont meſuré généralement tous les angles
de leurs triangles , ils l'ont fait avec diffe-
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
rens quarts de cercle ,& leur Méridienne ,
qui eſt formée de 33 triangles principaux ,
embraffe une longueur de plusde 60 lieuës.
Ces triangles ſont élevés en l'air de 6 à 7
cent toiſes au-deſſus de Quito , & d'environ
2000 toiſes au-deſſus du niveau de la
Mer . Ces mêmes triangles commencent un
peu en-deçà de l'Equateur , mais au lieu
que M. Godin termina les ſiens à la petite
Ville de Cuença , les deux autres Acadé
miciens allerent un peu plus loin , juſqu'à
Tarqui , où une plaine parfaitement unie
leur offroit une ſeconde baſe très-propre à
vérifier l'exactitude de toutes leurs Opérations
précédentes. Ces deux derniers eufſent
bien ſouhaité que tout ſe fit toujours
de concert; ils croyoient voir de grands
inconvéniens à ſe priver volontairement
des conſeils les uns des autres dans la partie
de leur travail qui étoit la plus délicate,
lorſqu'il s'agiſſoit de déterminer par voye
Aſtronomique l'amptitude de l'Arc dont
la meſure géodeſique venoit de leur donner
la longueur en toiſes. M. Bouguer n'affûre
pas que la crainte ne lui ait fait paroître
l'inconvénient un peu plus grand , mais il
ajoûte que c'eſt ce qui l'a obligé de paffer
dans ſon particulier plus de trois ans
au Pérou à courir d'une extrêmité de la
Méridienne à l'autre , afin de revêtir ſes
NOVEMBRE. 1744. 75
Obſervations , en les répétant , d'une autorité
qui ne laiſsât aucun lieu à la moindre
incertitude.
Il n'a eu que cette occupation depuis le
mois d'Août de 1739 , ſi on excepte un voyage
qu'il fit en deſcendant vers la Mer du
Sud , pour découvrir par rapport à fon ni
veau la hauteur abſoluë des montagnes ,
dont ils ne connoiſſoient juſques-là que les
hauteurs relatives. Enfin, quoiqu'il eût déja
ungrand nombre d'Obſervations faites aveć
an Secteur de 12 pieds de rayon dans les
mêmes ſaiſons de différentes années confé
cutives , & qu'il n'eut par conféquent rien
à craindre , ni de la parallaxe de l'orbe annuel,
ni de la nutation de l'axe de la Terre,
ni de l'aberration de la lumiere, il crut qu'il
falloit terminer l'ouvrage par un expédient
qu'on n'avoit encore jamais employé , mais
qui devoit trancher généralement toutes les
difficultés . C'étoit de ſe rendre aux deux
extrêmités de l'arc du Méridien, en ſe ſépa
rant M. de la Condamine & lui , & d'obſerver
en même- tems les mêmes Etoiles.
Les Obſervations ſe faiſant les mêmes nuits,
ou pour mieux dire , les mêmes inſtans , ils
étoient sûrs de ſaiſir les Etoiles dans le mê
me point du Ciel , & de réüffir comme à
Les fixer , malgré tous les mouvemens irréguliers
auſquels elle pouvoient être fu
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
jettes.M.Bouguer vint à l'extrêmité Septen
trionale à Cochesqui , & M. de la Condamine
alla à l'extrêmité Auſtrale à Tarqui. Ces
deux Académiciens vouloient pour s'en
revenir en Europe ſuivre différens chee
mins , afin de multiplier davantage leurs
remarques ; c'eſt ce qui les décida ſur le
choix des poſtes où ils ſe rendirent , car
devenus ménagers de leurs pas, ils ne comptoient
plus avoir de communication dans le
Pays que par les fréquens exprès qu'ils
s'envoyeroient. Ils commencerent le 29 Novembre
1742 a obtenir des Obſervations
parfaitement fimultanées de l'Etoile qui eſt
au milieu du baudrier d'Orion , que Bayer
a déſignée par E , & ils continuerent à obe
ſerver juſqu'au 15 Janvier 1743 ; ils trouverent
l'amplitude de leur Méridienne de
3 dégrés , 7 minutes , a ſecondes , ce qui
ne faiſoit que confirmer les Obſervations
précédentes. Le même Arç étoit de 176940
toiſes , deſorte que le dégré du Méridien
dans le milieu de la Zone Torride auroit
$6762 toiſes de longueur , ſi ce n'est qu'il
faut en retrancher 21 toiſes pour le réduire
au niveau de la Mer à cauſe de la grande
hauteur des montagnes , ce qui le rend de
56741 toiſes,
M. Bouguer finit ſon recit , en remar
1
NOVEMBRE. 1744. 77
quant , qu'on ne peut fans faire violence
auxObſervations, continuer à ſuppoſer que
les accroiſſemens ou les dégrés du Méridien,
par rapport au premier , ſont proportionnels
aux quarrés des ſinus des Latitudes.
Tout contribuë à nous apprendre que la
Terre eſt beaucoup plus applatie vers les
Poles que ne l'a penſé M. Huguens. Les
Expériences ſur la gravité des corps juftifient
la même choſe , en même-tems qu'on
leur doit la nouvelle particularité que la
peſanteur va en diminuant , à meſure qu'on
s'éleve en montant ſur les montagnes. La
péſanteur des corps eſt moindre à Quito
qu'elle n'eſt au bord de la Mer , & fi l'on
parvient au ſommet de Pichincha , qui eſt
plus haut , la péſanteur ſe trouve encore
moindre . M. Bouguer , en comparant les
Opérations faites au Pérou avec celles qu'on
a faites en Europe, trouve enfin que les excès
des dégrés de Latitude ſur le premier, ne
font guères éloignés d'être proportionnels
aux quatrièmes puiſſances des Sinus des Latitudes
, & que l'axe proprement dit eſt
au diamétre de l'Equateur comme 173 à
174 , ou que l'épaiſſeur de la Terre eſt
moindre dans le ſens de ſon axe que dans
celui de l'Equateur d'une 174 partie .
M. de Juffien lût après un Mémoire qui
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
contenoit la deſcription d'uue Plante dela
nouvelle Biſcaye au Mexique. Les Eſpa
gnols ont donné à la racine de cette Plante
le nom de Contrayerva , qui ſembloit ne
convenir qu'à une ancienne Plante de ce
nom dont la réputation est très-grande
chés eux , & même chés nous.
د
M. de Juffieu a obſervé , que quoique
ces deux Plantes portent le même nom ,
qu'elles ayent le même goût aromatique &
preſque les mêmes vertus, elles different
pourtant par la figure de leurs racines &
par leurs ports * reſpectifs : la racine
de l'ancien Contrayerva eſt fibreuſe , &
celle du nouveau eſt ovale & ſemblable
àun petit navet ; de plus , l'ancien a des
feüilles ſimples , arrondies & coupées en
trois ou cinq fegments , au lieu que le nouveau
les a femblables à la petite quintefeiüil
le , & a ſes fleurs legumineufes ;le nou
veau a encore un avantage fur l'ancien ,
c'eſt la facilité de pouvoir être cultivé &
multiplié en toutes fortes de Pays par ſes
graines , comme les Plantes légumineufes.
Fermer
3060
p. 78-80
« L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...] »
Début :
L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...]
Mots clefs :
Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Assemblée publique, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie Royale des Incriptions & Belles-Lettres avoit aussi tenu le Mardi 13 [...] »
L'Académie Royale des Infcriptions &
Belles- Lettres avoit auffi tenu le Mardi 13
de ce mois fon Aſſemblée publique .
M. Freret y lût l'Eloge de M. l'Abbé de
* Le Port d'une Plante eſt ſa figure extérieure.
NOVEMBRE. 1744. 79
Rothelin , & des Obſervations ſur l'utilité
qu'on peut retirer de l'étude des Opinions
Philophiques des Anciens , où l'on admira
la vaſte & judicieuſe érudition de cet Académicien
. M. Belet , nouvellement reçû
dans l'Académie , lût auſſi un Mémoire fur
l'ordre politique des Gaules, qui a occafionné
le changement de nom de pluſieurs Villes
, & cette lecture justifie de la façon la
plus avantageuſe le choix de l'Académie ;
nous parlerons plus au long de cesOuvrages
dans le Volume du mois prochain .
A l'ouverture de l'Aſſemblée de l'Académie
on diſtribua le Programme ſuivant,pour
annoncer le Sujet du Prix Littéraire qu'elle
diſtribuë tous les ans.
L'Académie déſirant que les Auteurs qui
compoſent pour le Prix , ayent tout le tems
d'approfondir les matieres , &de travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter , a réſolu
de les publier beaucoup plutôt ; elle
annonce dès à préfent , que le Sujet qu'elle
a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
diſtribuëra à Pâques 1746 , conſiſte à examiner
& à déterminer , Quel a été l'état des
Sciences en Franceſous les Regnes de Charles
VIO de Charles VII. 1
Le Prix ſera toujours une Médaille d'or
de la valeur de 400 livres .
Toutes perſonnes , de quelque Pays &
Dij
80 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elles foient , excepté celles
qui compoſent l'Académie , feront admiſes
à concourir pour ce Prix , & leurs Ouvrages
pourront être écrits en François ou
en Latin , à leur choix . Il faudra ſeulement
les borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront ſimplement une
Deviſe à leurs Ouvrages , mais pour ſe
faire connoître ils y joindront dans un
papier cacheté & écrit de leur propre
main , leurs nom , demeure & qualités , &
ce papier ne ſera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les Pieces affranchies de tout port ,, ſeront
remiſes entre les mains du Sécretaire
de l'Académie , avant le premier Décem
bre 1745.
Belles- Lettres avoit auffi tenu le Mardi 13
de ce mois fon Aſſemblée publique .
M. Freret y lût l'Eloge de M. l'Abbé de
* Le Port d'une Plante eſt ſa figure extérieure.
NOVEMBRE. 1744. 79
Rothelin , & des Obſervations ſur l'utilité
qu'on peut retirer de l'étude des Opinions
Philophiques des Anciens , où l'on admira
la vaſte & judicieuſe érudition de cet Académicien
. M. Belet , nouvellement reçû
dans l'Académie , lût auſſi un Mémoire fur
l'ordre politique des Gaules, qui a occafionné
le changement de nom de pluſieurs Villes
, & cette lecture justifie de la façon la
plus avantageuſe le choix de l'Académie ;
nous parlerons plus au long de cesOuvrages
dans le Volume du mois prochain .
A l'ouverture de l'Aſſemblée de l'Académie
on diſtribua le Programme ſuivant,pour
annoncer le Sujet du Prix Littéraire qu'elle
diſtribuë tous les ans.
L'Académie déſirant que les Auteurs qui
compoſent pour le Prix , ayent tout le tems
d'approfondir les matieres , &de travailler
les Sujets qu'elle leur donne à traiter , a réſolu
de les publier beaucoup plutôt ; elle
annonce dès à préfent , que le Sujet qu'elle
a arrêté pour le concours au Prix qu'elle
diſtribuëra à Pâques 1746 , conſiſte à examiner
& à déterminer , Quel a été l'état des
Sciences en Franceſous les Regnes de Charles
VIO de Charles VII. 1
Le Prix ſera toujours une Médaille d'or
de la valeur de 400 livres .
Toutes perſonnes , de quelque Pays &
Dij
80 MERCURE DE FRANCE.
condition qu'elles foient , excepté celles
qui compoſent l'Académie , feront admiſes
à concourir pour ce Prix , & leurs Ouvrages
pourront être écrits en François ou
en Latin , à leur choix . Il faudra ſeulement
les borner à une heure de lecture au plus .
Les Auteurs mettront ſimplement une
Deviſe à leurs Ouvrages , mais pour ſe
faire connoître ils y joindront dans un
papier cacheté & écrit de leur propre
main , leurs nom , demeure & qualités , &
ce papier ne ſera ouvert qu'après l'adjudication
du Prix .
Les Pieces affranchies de tout port ,, ſeront
remiſes entre les mains du Sécretaire
de l'Académie , avant le premier Décem
bre 1745.
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3061
p. 120-130
EXTRAIT d'un Ecrit, intitulé : Réfutation des motifs & imputations peu solides, contenus dans la réponse de la Cour de Vienne à la Déclaration faite par le Ministre de Prusse le Comte de Dohna, à Francfort, le 2 Octobre 1744.
Début :
L'objet de la réponse de la Cour de Vienne étoit de montrer, Io. « qu'on [...]
Mots clefs :
Empire, Cour de Vienne, Traité de paix, Traité, Reine de Hongrie, Roi de Prusse, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Ecrit, intitulé : Réfutation des motifs & imputations peu solides, contenus dans la réponse de la Cour de Vienne à la Déclaration faite par le Ministre de Prusse le Comte de Dohna, à Francfort, le 2 Octobre 1744.
EXTRAIT d'un Ecrit , intitulé : Réfutation
des motifs & imputations peu felides .
contenus dans la réponſe de la Cour de Vienne
à la Déclaration faite par le Ministre de
Pruffe le Comte de Dohna , à Francfort le
2 Octobre 1744 .
L'Objet de la réponſe de la Cour de Vienne étoit de montrer , 1 ° . » qu'on
» n'a pû paſſer aux meſures priſes préſente-
» ment par S. M. le Roi de Pruſſe , ſans vio-
» ler le Traité de Paix de Breſlau , & que
>> parconféquent la Paix ſe trouve rompuë
>> pour la troifiéme fois avec S. M. la Reine
>> de Hongrie. 2 °. Que les deſſeins de S. M.
» le Roi de Pruſſe n'étoient pas ſi déſintéreſ-
> ſés qu'on le prétend de ſa part , mais qu'ils
• tendoient à faire des conquêtes ſur S. M.
>> la Reine de Hongrie. 3 °. Que toute la
» conduite que la Cour de Vienne a tenuë
>>jufqu'ici à l'égard de l'Empereur , de
» l'Empire & de ſon ſyſteme , & le refus
» qu'elle a fait paroître de donner les mains
> àun accommodement raiſonnable , con-
>> forme aux Conſtitutions de l'Empire , ne
>> contenoient rien dont on ne pût ſe juſtifier.
Ce
NOVEMBRE. 1211 1744.
: Ce ſont ces trois ſuppoſitions que l'Ecrit
en queſtion ſe propoſe de détruire.
A l'égard du premier article , on obſerve
que pour dire que la Paix a été trois fois
rompuë , il faut ſuppoſer qu'il y a eu deux
Traités de Paix : or on ne connoît point
d'autres Traités que celui dont les préliminaires
ont été ſignés le 11 Juin 1742 à
Breflau , & qui peu de tems après eſt parvenu
à ſa perfection par le Traité définitif
conclu à Berlin le 28 Juillet de la même
année.
C'eſt ſans raiſon que la Cour de Vienne
veut faire regarder comme un Traité de
Paix ce qui ſe paſſa en Octobre 1741 au
Château de Kleinfchnellendorff , & qu'elle
donne le nom de Convention de Kleinfchnellendorff
à l'Acte qui fut remis alors
par le Lord Hindfort, Miniſtre Plénipotentiaire
de la Grande Bretagne. On obferve
que de ſemblables arrêtés n'ont de force
qu'après qu'ils ont été ſignés par les Miniftres
reſpectifs munis de pleins pouvoirs ,
&qu'ils ont été ratifiés par les hauts contractans
. L'Ecrit de Kleinfchnellendorff n'a
aucune de ces qualités , le contenu de cette
piéce montre que les conférences tenuës
alors n'étoient que des pourparlers préparatoires
à la négociation de la Paix : il eſt
même exprimé par l'article 7 que l'ouvra-
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
ge définitif de la Paix étoit differé àdeux
mois de- là , & on faiſoit entendre qu'on
travailleroit pendant l'hyver à la Paix générale
, mais ni l'un ni l'autre de ces points
n'ayant été exécutés , comment peut- on appeller
Traité de Paix ou Convention préliminaire
de ſimples pourparlers qui n'ont
point eu de ſuite ? On ajoute que dans le
tems où la Cour de Vienne s'efforçoit de
peindre avec les couleurs les plus odieuſes
les opérations de S. M. le Roi de Pruſſe ,
elle ne s'eſt jamais prévalu de cette prétenduë
Convention de Kleinfchnellendorff
&qu'il n'en a été fait aucune mention lors
des conférences qui ont précédé le Traité
de Breflau. On prouve enſuite que les démarches
de S. M. le Roi de Pruſſe tendantes
au ſoûtien de l'Empire & de l'Empereur ,
ne portent aucune atteinte au Traité de
Breſlau.
,
Il eſt notoire que ce Traité a pour objet
lacompofition entiere de tous les differends
qui régnoient entre les parties contractanres
; il n'y eſt pas fait la moindre mention
des affaires de l'Empire , cependant les deux
Puiflances contractantes ſont des Etats conſiderables
de l'Empire , & l'on ne peut préfumer
d'eux qu'ils voudront jamais perdre
de vûë ce qu'ils doivent à l'Empire , ni en-*
treprendre rien contre la dignité & l'autoNOVEMBRE.
1744. 125
rité du Chef ſuprême , ou qui tende à brifer
le lien ſacré qui eſt entre le Chef & fes
Membres. Ainſi quand ils s'engagent, comme
il eſt arrivé par le Traité de Breflau ,
d'entretenir une amitié indiſſoluble , de
n'exercer aucune hoftilité,&c.il eſt clair que
cet engagement ne peut aller plus loin que
ne le permettent les devoirs communs ; s'il
arrive de la part de l'un des deux quelque
choſe qui ſoit contraire à ces devoirs , l'illégalité
de l'entrepriſe diſſout le noeud par le
quel ils font unis , & l'autre eſt non-feulement
en liberté , mais même dans l'obligation
de fatisfaire aux devoirs que lui impoſe
la qualité d'Etat de l'Empire , devoirs plus
naturels & plus anciens que nul autre , &
qui doivent l'emporter ſur tous les engagemens
poſtérieurs & volontaires.
Tant que S. M. Pr. a pû regarder les entrepriſes
de S. M. la Reine de Hongrie comme
des ſuites de la guerre qui eſt entre elle
& S. M. Imp. elle eſt reſtée tranquille, mais
lorſqu'elle a vû que la Cour de Vienne enflée
de ſes premiers ſuccès méditoit l'oppreſſion
de l'Empire , il lui a été impoflible
de voir ces mouvemens d'un oeil indifferent
: après avoir averti la Cour de Vienne
d'ufer de plus de moderation , après lui
avoir fait connoître nettement que S. M.
ainſi que d'autres Electeurs & Princes de
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
P'Empire ne pouvoient conniver à l'oppref
fion du Chef & des Membres de l'Empire , &
qu'ils feroient forcés de prendre des meſures
rigoureuſes , déſagréables à lad. Cour ,
S. M. Pr . a été forcée de prendre les réſolutions
exprimées dans le fameux Exposé des
Motifs.
On peut dire avec plus de juſtice que la
Cour de Vienne elle-même , tant publiquement
que fecrettement , a pris de longuemain
toutes fortes de meſures pour énerver
la diſpoſition du Traité de Breſlau. On ſçait
que fon deſſein a toujours été de tomber ſur
la Siléſie , auſſi- tôt qu'elle auroit achevé ſes
expéditions contre l'Empereur & la Couronne
de France,
On eſt nanti à ce ſujet de notices particulieres,
que l'on fupprime par certains égards.
Les deſſeins de la Cour de Vienne ont fuffifamment
éclaté par le Traité de Worms , à
Poccafion duquel on s'eſt aſſes nettement
déclaré de la part de la Grande Bretagne
qu'on étoit dans l'intention de le mettre
pour baſe des négociations de la Paix générale.
Aquelle fin S. M. la Reine de Hongrie
ſe ſeroit- elle fait garantir par les parties
contractantes non ſeulement les Pays
qu'elle poffede aujourd'hui , mais auſſi ceux
qu'elle devoit poſſeder en vertu des Traités
détaillés dans le fecond article , excepté ſeus
د
-
NOVEMBRE. 1744. 125
lement les ceffions faites à S. M. le Roi de
Sardaigne , ſi on n'avoit pas eu en vûë la
revendication de la Siléſie ?
N'auroit- on pas dû uſer de lamême pré--
caution pour S. M. P. & dans ce Traité , &
dans le Pro Memoria que la Cour de Vienne
a fait préſenter à la Diéte par le Baron de
Salm le 26 Juin de cette année , aux fins de
réclamer la garantie de l'Empire en faveur
de la Pragmatique Sanction Caroline ?
Les Miniſtres de la Cour de Vienne ont
dit affés ſouvent à la Haye & ailleurs qu'il
n'y avoit point de paix ſolide à eſperer , à
moins que la Reine de Hongrie ne fut reftituée
dans l'entiere poſſeſſion des Etats Héréditaires
de la Maiſon d'Autriche , & que
la ceſſion de la Siléſie ne pouvoit être regardée
comme une obligation durable.
On paſſe enfuite au fecond article.
La Cour de Vienne prétend que les vûës
de S. M. le Roi de Pruffe ne font pas déſintéreſſées
, & qu'il veut s'enrichir des dépoüilles
de S. M. la Reine de Hongrie ; elle
allegue pour preuve un prétendu article ſéparédu
Traité d'Union de Francfort : on
croit qu'il ſuffit de la part de S. M. Pr. de déclarer
que ce prétendu article ſecret eſt une
piéce manifeſtement fauffe & controuvée.
Le Traité d'Union eſt entre les mains de
tout le monde ; il eſt de néceſſité abſoluë
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
que les hauts contractans , dont trois font
des têtes couronnées , d'autres des Electeurs
&Princes de l'Empire , ſcachent ſi le prétendu
article fecret exiſte , & s'il a été ſigné
par eux : on s'en rapporte hardiment à leur
Témoignage .
Le troifiéme article eſt l'examen de la
conduite que S. M. la Reine de Hongrie a
renuë juſqu'à préſent envers l'Empereur ,&
l'Empire.
Les proteſtations de S. M. la Reine de
Hongrie contre l'Election de l'Empereur ,
font le premier objet qui ſe préſente. On
obſerve que le ſuffrage de Bohéme a été rejetté
par l'avis unanime du College Electoral
, ſeul Juge de la conteſtation qui s'étoit
élevée à ce ſujet;que l'on a judicieuſement
réſervé les droits d'un tiers , & qu'ainfi S.
M. la Reine de Hongrie ne peut fur ce prérexte
proteſter contre l'Election de l'Empereur
, ni s'élever contre un Tribunal , dont
les Empereurs de la Maiſon d'Autriche ont
eux-mêmes reconnu l'autorité. S. M. ne répare
rien en offrant de ſe déporter de for
oppofition , moyennant certaines conditions
, & il n'y a point de véritable moderation
à offrir de ſe prêter ſous condition à
des chofes que fon devoir d'Etat de l'Empire
exige nuëment & fans restriction.
On rappelle enſuite le dur traitement fait
3
NOVEMBRE. 1744 127
à la garniſon de Braunau & à d'autres garniſons
Imperiales contre les articles exprès
des Capitulations accordées , les hoftilités
exercées par l'armée Autrichienne il y a
peude mois ſur les territoires neutres , &
même ſous le canon des Places neutres de
l'Empire , le paſſage de cette même armée
par ces mêmes territoires , l'expulfion du
Chef fuprême de l'Empire de tous ſes Erats
Héréditaires , & l'on s'étonne que la Cour
de Vienne prétende malgré ces violences
que l'Empire jouit d'un plein repos & n'eft
point le théatre de la guerre.
S. M. Pr. s'eſt propofé depuis deux ans
pour but principal , ou plutôt unique de
toutes ſes actions , le rétabliſſement de la
Paix dans l'Empire , mais la Cour de Vienne
a été infléxible , & le Comte de Dohna ,
Miniſtre de S. M. Pr. à la Cour de Vienne a
réiteré vainement les plus grands efforts.
S. M. Imp. ayant agréé la médiation de
l'Empire , la Cour de Vienne a décliné ce
parti. On n'a point encore pû faire expliquer
diſtinctement S. M. la Reine de Hongrie&
ſes Alliés ſur des conditions ſtables
& eſſentielles de paix. Les Miniftres de
Vienne ont toujours répondu lorſqu'on les
a preſſés ſur la reſtitution des Etats Héréditaires
de l'Empereur , que s'il vouloit ſe
prêter aux manieres de penſer de la Cour de
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
Vienne , il ne feroit ni mieux , ni plus mal
poffeffionné qu'auparavant ; le Miniftere ne
vouloit point entendre parler de la reſtitution
de l'Electorat de Baviere , & laiffort
entendre qu'on feroit à l'Empereur un Etabliſſement
hors de l'Empire , en lui donnant
ou les Deux Siciles , ou les Conquêtes
que l'on prétendoit faire ſur la Couronne
de France. Toutes les réponſes de la Cour
de Vienne ſe bornoient à ces expreffions
obfcures , indemnité pour le paffé ,& fécurité
pour l'avenir , expreſſions qu'on n'a pa
parvenir à lui faire expliquer clairement :
on laiſſoit ſeulement entendre qu'indépendamment
de la rétention des Etats de Baviere
, on jettoit principalement ſes regards
ſur l'Election d'un Roi des Romains , telle
qu'elle dût tomber ou fur le jeune Archiduc
ou ſur le Grand Duc de Tofcane , & qu'on
laiſſeroit à l'Empereur la Dignité Imperiale
pendant ſa vie , mais que la Régence Imp.
s'établiroit à Vienne chés le Roi des Romains,&
qu'à cette fin leConſeil Aulique,&
la Chancellerie Imperiale y retourneroient.
: Le miniſtere de Vienne s'eſt encore plus
évidemment découvert par rapport à fes
deſſeins fur la guerre qu'il veut faire intenter
par l'Empire à la Couronne de France.
On a pofé cette guerre comme une conditionfine
quâ non de la réconciliation avec
NOVEMBRE . 1744 . 129
l'Empereur. Cependant on ſçait que de pareilles
guerres entrepriſes dans le dernier
frécle , uniquement pour les intérêts de la
Maiſon d'Autriche , ont fait à la Patrie Germanique
des playes qui ſaignent encore , &
que les cercles antérieurs ſe voyent ſur le
bord de leur ruine , ſi ce projet a lieu.
Dans ces circonstances , S. M. Pr. ne pouvoit
fans manquer à ce qu'elle doit à l'Empire
& à elle-même , ſe diſpenſer d'employer
les forces que Dieu lui a miſes en
main à la défenſede la Patrie , & au maintien
inalterable des Conſtitutions & des Libertés
de l'Empire. S. M. Pr. eſt trop perfuadée
de la magnanimité & de l'équité des
fentimens de S. M. la Reine de Hongrie ;
elle a une trop haute eſtime de ſa perſonne
&de ſes éminentes qualités , pour vouloir
bui imputer des deſſeins ſi pernicieux ; elle
les prend plûtôt pour les fuggeſtions d'un
mauvais Confeil , à qui il importe beaucoup
moins de veiller aux avantages de leur
Souveraine , que de ne pas voir triompher
ledeſpotiſme exercé juſqu'à préſent ſur les
Etats de l'Empire , ſous les aufpices des Empereurs
de la Maiſon d'Autriche. Au furplus
S. M. Pr. eſt prête à contribuer avec
plaifir à la proſpérité de cette Maiſon , en
tout ce qui ne bleſſera point la Juſtice , la
Liberté de l'Empire , & fa propre sûreté
Fy
2
-
130 MERCURE DE FRANCE.
&elle ne perd point l'eſperance que S. M. la
Reine de Hongrie reconnoîtra enfin la Dignité
de l'Empereur , & lui donnera une
fatisfaction entiere ſur tous ſes droits , qui
font ſi bien fondés .
des motifs & imputations peu felides .
contenus dans la réponſe de la Cour de Vienne
à la Déclaration faite par le Ministre de
Pruffe le Comte de Dohna , à Francfort le
2 Octobre 1744 .
L'Objet de la réponſe de la Cour de Vienne étoit de montrer , 1 ° . » qu'on
» n'a pû paſſer aux meſures priſes préſente-
» ment par S. M. le Roi de Pruſſe , ſans vio-
» ler le Traité de Paix de Breſlau , & que
>> parconféquent la Paix ſe trouve rompuë
>> pour la troifiéme fois avec S. M. la Reine
>> de Hongrie. 2 °. Que les deſſeins de S. M.
» le Roi de Pruſſe n'étoient pas ſi déſintéreſ-
> ſés qu'on le prétend de ſa part , mais qu'ils
• tendoient à faire des conquêtes ſur S. M.
>> la Reine de Hongrie. 3 °. Que toute la
» conduite que la Cour de Vienne a tenuë
>>jufqu'ici à l'égard de l'Empereur , de
» l'Empire & de ſon ſyſteme , & le refus
» qu'elle a fait paroître de donner les mains
> àun accommodement raiſonnable , con-
>> forme aux Conſtitutions de l'Empire , ne
>> contenoient rien dont on ne pût ſe juſtifier.
Ce
NOVEMBRE. 1211 1744.
: Ce ſont ces trois ſuppoſitions que l'Ecrit
en queſtion ſe propoſe de détruire.
A l'égard du premier article , on obſerve
que pour dire que la Paix a été trois fois
rompuë , il faut ſuppoſer qu'il y a eu deux
Traités de Paix : or on ne connoît point
d'autres Traités que celui dont les préliminaires
ont été ſignés le 11 Juin 1742 à
Breflau , & qui peu de tems après eſt parvenu
à ſa perfection par le Traité définitif
conclu à Berlin le 28 Juillet de la même
année.
C'eſt ſans raiſon que la Cour de Vienne
veut faire regarder comme un Traité de
Paix ce qui ſe paſſa en Octobre 1741 au
Château de Kleinfchnellendorff , & qu'elle
donne le nom de Convention de Kleinfchnellendorff
à l'Acte qui fut remis alors
par le Lord Hindfort, Miniſtre Plénipotentiaire
de la Grande Bretagne. On obferve
que de ſemblables arrêtés n'ont de force
qu'après qu'ils ont été ſignés par les Miniftres
reſpectifs munis de pleins pouvoirs ,
&qu'ils ont été ratifiés par les hauts contractans
. L'Ecrit de Kleinfchnellendorff n'a
aucune de ces qualités , le contenu de cette
piéce montre que les conférences tenuës
alors n'étoient que des pourparlers préparatoires
à la négociation de la Paix : il eſt
même exprimé par l'article 7 que l'ouvra-
11. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE.
ge définitif de la Paix étoit differé àdeux
mois de- là , & on faiſoit entendre qu'on
travailleroit pendant l'hyver à la Paix générale
, mais ni l'un ni l'autre de ces points
n'ayant été exécutés , comment peut- on appeller
Traité de Paix ou Convention préliminaire
de ſimples pourparlers qui n'ont
point eu de ſuite ? On ajoute que dans le
tems où la Cour de Vienne s'efforçoit de
peindre avec les couleurs les plus odieuſes
les opérations de S. M. le Roi de Pruſſe ,
elle ne s'eſt jamais prévalu de cette prétenduë
Convention de Kleinfchnellendorff
&qu'il n'en a été fait aucune mention lors
des conférences qui ont précédé le Traité
de Breflau. On prouve enſuite que les démarches
de S. M. le Roi de Pruſſe tendantes
au ſoûtien de l'Empire & de l'Empereur ,
ne portent aucune atteinte au Traité de
Breſlau.
,
Il eſt notoire que ce Traité a pour objet
lacompofition entiere de tous les differends
qui régnoient entre les parties contractanres
; il n'y eſt pas fait la moindre mention
des affaires de l'Empire , cependant les deux
Puiflances contractantes ſont des Etats conſiderables
de l'Empire , & l'on ne peut préfumer
d'eux qu'ils voudront jamais perdre
de vûë ce qu'ils doivent à l'Empire , ni en-*
treprendre rien contre la dignité & l'autoNOVEMBRE.
1744. 125
rité du Chef ſuprême , ou qui tende à brifer
le lien ſacré qui eſt entre le Chef & fes
Membres. Ainſi quand ils s'engagent, comme
il eſt arrivé par le Traité de Breflau ,
d'entretenir une amitié indiſſoluble , de
n'exercer aucune hoftilité,&c.il eſt clair que
cet engagement ne peut aller plus loin que
ne le permettent les devoirs communs ; s'il
arrive de la part de l'un des deux quelque
choſe qui ſoit contraire à ces devoirs , l'illégalité
de l'entrepriſe diſſout le noeud par le
quel ils font unis , & l'autre eſt non-feulement
en liberté , mais même dans l'obligation
de fatisfaire aux devoirs que lui impoſe
la qualité d'Etat de l'Empire , devoirs plus
naturels & plus anciens que nul autre , &
qui doivent l'emporter ſur tous les engagemens
poſtérieurs & volontaires.
Tant que S. M. Pr. a pû regarder les entrepriſes
de S. M. la Reine de Hongrie comme
des ſuites de la guerre qui eſt entre elle
& S. M. Imp. elle eſt reſtée tranquille, mais
lorſqu'elle a vû que la Cour de Vienne enflée
de ſes premiers ſuccès méditoit l'oppreſſion
de l'Empire , il lui a été impoflible
de voir ces mouvemens d'un oeil indifferent
: après avoir averti la Cour de Vienne
d'ufer de plus de moderation , après lui
avoir fait connoître nettement que S. M.
ainſi que d'autres Electeurs & Princes de
Fij
124 MERCURE DEFRANCE.
P'Empire ne pouvoient conniver à l'oppref
fion du Chef & des Membres de l'Empire , &
qu'ils feroient forcés de prendre des meſures
rigoureuſes , déſagréables à lad. Cour ,
S. M. Pr . a été forcée de prendre les réſolutions
exprimées dans le fameux Exposé des
Motifs.
On peut dire avec plus de juſtice que la
Cour de Vienne elle-même , tant publiquement
que fecrettement , a pris de longuemain
toutes fortes de meſures pour énerver
la diſpoſition du Traité de Breſlau. On ſçait
que fon deſſein a toujours été de tomber ſur
la Siléſie , auſſi- tôt qu'elle auroit achevé ſes
expéditions contre l'Empereur & la Couronne
de France,
On eſt nanti à ce ſujet de notices particulieres,
que l'on fupprime par certains égards.
Les deſſeins de la Cour de Vienne ont fuffifamment
éclaté par le Traité de Worms , à
Poccafion duquel on s'eſt aſſes nettement
déclaré de la part de la Grande Bretagne
qu'on étoit dans l'intention de le mettre
pour baſe des négociations de la Paix générale.
Aquelle fin S. M. la Reine de Hongrie
ſe ſeroit- elle fait garantir par les parties
contractantes non ſeulement les Pays
qu'elle poffede aujourd'hui , mais auſſi ceux
qu'elle devoit poſſeder en vertu des Traités
détaillés dans le fecond article , excepté ſeus
د
-
NOVEMBRE. 1744. 125
lement les ceffions faites à S. M. le Roi de
Sardaigne , ſi on n'avoit pas eu en vûë la
revendication de la Siléſie ?
N'auroit- on pas dû uſer de lamême pré--
caution pour S. M. P. & dans ce Traité , &
dans le Pro Memoria que la Cour de Vienne
a fait préſenter à la Diéte par le Baron de
Salm le 26 Juin de cette année , aux fins de
réclamer la garantie de l'Empire en faveur
de la Pragmatique Sanction Caroline ?
Les Miniſtres de la Cour de Vienne ont
dit affés ſouvent à la Haye & ailleurs qu'il
n'y avoit point de paix ſolide à eſperer , à
moins que la Reine de Hongrie ne fut reftituée
dans l'entiere poſſeſſion des Etats Héréditaires
de la Maiſon d'Autriche , & que
la ceſſion de la Siléſie ne pouvoit être regardée
comme une obligation durable.
On paſſe enfuite au fecond article.
La Cour de Vienne prétend que les vûës
de S. M. le Roi de Pruffe ne font pas déſintéreſſées
, & qu'il veut s'enrichir des dépoüilles
de S. M. la Reine de Hongrie ; elle
allegue pour preuve un prétendu article ſéparédu
Traité d'Union de Francfort : on
croit qu'il ſuffit de la part de S. M. Pr. de déclarer
que ce prétendu article ſecret eſt une
piéce manifeſtement fauffe & controuvée.
Le Traité d'Union eſt entre les mains de
tout le monde ; il eſt de néceſſité abſoluë
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
que les hauts contractans , dont trois font
des têtes couronnées , d'autres des Electeurs
&Princes de l'Empire , ſcachent ſi le prétendu
article fecret exiſte , & s'il a été ſigné
par eux : on s'en rapporte hardiment à leur
Témoignage .
Le troifiéme article eſt l'examen de la
conduite que S. M. la Reine de Hongrie a
renuë juſqu'à préſent envers l'Empereur ,&
l'Empire.
Les proteſtations de S. M. la Reine de
Hongrie contre l'Election de l'Empereur ,
font le premier objet qui ſe préſente. On
obſerve que le ſuffrage de Bohéme a été rejetté
par l'avis unanime du College Electoral
, ſeul Juge de la conteſtation qui s'étoit
élevée à ce ſujet;que l'on a judicieuſement
réſervé les droits d'un tiers , & qu'ainfi S.
M. la Reine de Hongrie ne peut fur ce prérexte
proteſter contre l'Election de l'Empereur
, ni s'élever contre un Tribunal , dont
les Empereurs de la Maiſon d'Autriche ont
eux-mêmes reconnu l'autorité. S. M. ne répare
rien en offrant de ſe déporter de for
oppofition , moyennant certaines conditions
, & il n'y a point de véritable moderation
à offrir de ſe prêter ſous condition à
des chofes que fon devoir d'Etat de l'Empire
exige nuëment & fans restriction.
On rappelle enſuite le dur traitement fait
3
NOVEMBRE. 1744 127
à la garniſon de Braunau & à d'autres garniſons
Imperiales contre les articles exprès
des Capitulations accordées , les hoftilités
exercées par l'armée Autrichienne il y a
peude mois ſur les territoires neutres , &
même ſous le canon des Places neutres de
l'Empire , le paſſage de cette même armée
par ces mêmes territoires , l'expulfion du
Chef fuprême de l'Empire de tous ſes Erats
Héréditaires , & l'on s'étonne que la Cour
de Vienne prétende malgré ces violences
que l'Empire jouit d'un plein repos & n'eft
point le théatre de la guerre.
S. M. Pr. s'eſt propofé depuis deux ans
pour but principal , ou plutôt unique de
toutes ſes actions , le rétabliſſement de la
Paix dans l'Empire , mais la Cour de Vienne
a été infléxible , & le Comte de Dohna ,
Miniſtre de S. M. Pr. à la Cour de Vienne a
réiteré vainement les plus grands efforts.
S. M. Imp. ayant agréé la médiation de
l'Empire , la Cour de Vienne a décliné ce
parti. On n'a point encore pû faire expliquer
diſtinctement S. M. la Reine de Hongrie&
ſes Alliés ſur des conditions ſtables
& eſſentielles de paix. Les Miniftres de
Vienne ont toujours répondu lorſqu'on les
a preſſés ſur la reſtitution des Etats Héréditaires
de l'Empereur , que s'il vouloit ſe
prêter aux manieres de penſer de la Cour de
Fiiij
128 MERCURE DEFRANCE.
Vienne , il ne feroit ni mieux , ni plus mal
poffeffionné qu'auparavant ; le Miniftere ne
vouloit point entendre parler de la reſtitution
de l'Electorat de Baviere , & laiffort
entendre qu'on feroit à l'Empereur un Etabliſſement
hors de l'Empire , en lui donnant
ou les Deux Siciles , ou les Conquêtes
que l'on prétendoit faire ſur la Couronne
de France. Toutes les réponſes de la Cour
de Vienne ſe bornoient à ces expreffions
obfcures , indemnité pour le paffé ,& fécurité
pour l'avenir , expreſſions qu'on n'a pa
parvenir à lui faire expliquer clairement :
on laiſſoit ſeulement entendre qu'indépendamment
de la rétention des Etats de Baviere
, on jettoit principalement ſes regards
ſur l'Election d'un Roi des Romains , telle
qu'elle dût tomber ou fur le jeune Archiduc
ou ſur le Grand Duc de Tofcane , & qu'on
laiſſeroit à l'Empereur la Dignité Imperiale
pendant ſa vie , mais que la Régence Imp.
s'établiroit à Vienne chés le Roi des Romains,&
qu'à cette fin leConſeil Aulique,&
la Chancellerie Imperiale y retourneroient.
: Le miniſtere de Vienne s'eſt encore plus
évidemment découvert par rapport à fes
deſſeins fur la guerre qu'il veut faire intenter
par l'Empire à la Couronne de France.
On a pofé cette guerre comme une conditionfine
quâ non de la réconciliation avec
NOVEMBRE . 1744 . 129
l'Empereur. Cependant on ſçait que de pareilles
guerres entrepriſes dans le dernier
frécle , uniquement pour les intérêts de la
Maiſon d'Autriche , ont fait à la Patrie Germanique
des playes qui ſaignent encore , &
que les cercles antérieurs ſe voyent ſur le
bord de leur ruine , ſi ce projet a lieu.
Dans ces circonstances , S. M. Pr. ne pouvoit
fans manquer à ce qu'elle doit à l'Empire
& à elle-même , ſe diſpenſer d'employer
les forces que Dieu lui a miſes en
main à la défenſede la Patrie , & au maintien
inalterable des Conſtitutions & des Libertés
de l'Empire. S. M. Pr. eſt trop perfuadée
de la magnanimité & de l'équité des
fentimens de S. M. la Reine de Hongrie ;
elle a une trop haute eſtime de ſa perſonne
&de ſes éminentes qualités , pour vouloir
bui imputer des deſſeins ſi pernicieux ; elle
les prend plûtôt pour les fuggeſtions d'un
mauvais Confeil , à qui il importe beaucoup
moins de veiller aux avantages de leur
Souveraine , que de ne pas voir triompher
ledeſpotiſme exercé juſqu'à préſent ſur les
Etats de l'Empire , ſous les aufpices des Empereurs
de la Maiſon d'Autriche. Au furplus
S. M. Pr. eſt prête à contribuer avec
plaifir à la proſpérité de cette Maiſon , en
tout ce qui ne bleſſera point la Juſtice , la
Liberté de l'Empire , & fa propre sûreté
Fy
2
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130 MERCURE DE FRANCE.
&elle ne perd point l'eſperance que S. M. la
Reine de Hongrie reconnoîtra enfin la Dignité
de l'Empereur , & lui donnera une
fatisfaction entiere ſur tous ſes droits , qui
font ſi bien fondés .
Fermer
3062
p. 133-143
Voyages du Capitaine Lade, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
VOYAGES du Capitaine Robert Lade en differentes parties de l'Afrique, [...]
Mots clefs :
Anglais, Mer, Commerce, Continent, Pays, Lecteurs, Voyages, Europe, Amérique, Colonies, Abbé Prévost, Robert Lade
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyages du Capitaine Lade, Extrait, [titre d'après la table]
V
DES BEAUX- ARTS , &c.
OYAGES du Capitaine Robert Lade
en differentes parties de l'Afrique ,
de l'Afie & de l'Amerique , contenant
l'Histoire de ſa fortune & fes obfervations
fur les colonies & le commerce des Eſpagnols
, des Anglois , des Hollandois , &c.
AParis , chés Didot , Quai des Auguſtins ,
à la Bible d'or , 1744 , 2 vol. in - 12 .
:
Ce Livre eſt traduit de l'Anglois parM.
P'Abbé Prevoſt , Auteur de pluſieurs excellens
Ouvrages. Ce n'eſt pas la premiere fois
que cet Ecrivain célébre enrichit ſon Pays
des tréſors de la Litterature Angloiſe. Le
Public a lû avec plaifir la Vie de Ciceron ,
&pluſieurs autres Traductions que M. Prevoſt
lui a préſentées ; c'eſt ſurtout à l'égard
des relations de Voyages qu'un Traducteur
peut faire chés les Anglois une moiffon:
abondante :la moitié deleurNation eſt ſans
ceffe en mouvement vers les parties du
monde les plus éloignées ,& Londres eſt
la Ville de l'Univers , où il paroît le plus
1
134 MERCURE DE FRANCE.
de Relations & de Journaux de Mer
Notre Litterature le céde donc en ce point
à la Litterature Angloiſe , qui à tout autre
égard ne peut pas lui être comparée. J'ai
remarqué que les Voyages font les Livres
qui intéreſſent plus généralement toutes fortes
de Lecteurs. La curioſité qu'ils piquent
& qu'ils fatisfont ſoûtient l'attention de
ceux qui ne liſent que pour s'amufer ; ceux
qui craindroient de paroître frivoles en ſe
livrant à des lectures purement agréables ,
trouvent dans les Voyageurs dequoi s'inftruire
,& ce prétexte les empêche de dédaigner
l'agrément qu'ils trouvent dans cette
lecture. Quoi de plus digne en effet d'un
eſprit éclairé , que de confiderer les differentes
manieres dont la Nature a traité les
hommes , & combien ces traitemens differens
changent ce qu'elle leur adonné à tous
de ſemblable ? Malheureuſement ce n'eſt
pas dans cet eſprit que liſent la plupart des
hommes , même de ceux qu'on reconnoît
pour gens ſenſes & raisonnables. Des faits
finguliers , des Deſcriptions de Pays , de
Peuples , des Phénoménes extraordinaires ,
ſouvent incroyables , font l'attrait qui engage
le plus grand nombre des lecteurs.
Cependant la lecture des Voyages n'eſt pas
fans utilité pour ceux qui abandonnent les
vûës Philoſophiques ; elle apprend mille
.
NOVEMBRE. 1744. 13
choſes qu'il eſt fort avantageux de ſçavoir
&qu'il feroit honteux d'ignorer ; ſi cette
lecture eſt auſſi utile qu'agréable pour tou
tes fortes de lecteurs , elle est abfolument
néceſſaire à ceux qui ſe deſtinent ou à voyager
eux mêmes , ou à faire de leur cabinet
le commerce de la Mer ; il faut qu'ils connoiſſent
les differentes poſitions des lieux
de commerce , & qu'ils en poſſedent l'Hiftoire
, comme il est néceſſaire à nos Ambaffadeurs
de connoître la Topographie de
l'Europe , & l'Hiſtoire des Traités qui ont
été faits depuis 1 go ans. :
On ne voit point dans les Voyages de
Robert Lade ces fingularités incroyables ,
qui n'exiſtent ſouvent que dans l'imagination
des Voyageurs , plus attentifs à pi
quer la curiofité des lecteurs , qu'à refpecter
la vérité ; mais on y trouve des détails
fort judicieux & fort inſtructifs fur les colonies
Eſpagnoles &Angloiſes. Les ſtratagêmes
dont lesAnglois ſe ſont ſervis fi longtems
pour faire la contrebande dans les Indes
Occidentales,malgré les précautions des
Eſpagnols , font ici peints au naturel , &
l'ony voit les fémences des diffenfions &
des quérelles qui ont enfin allumé entre les
deuxNations une guerre dont l'embrafement
s'eſt communiqué au reſte de l'Europe.
Le ſouvenir de ce qui s'eſt paffé à Car136
MERCURE DE FRANCE.
thagene il y a 3 ans , rend bien intéreſſant
le Mémoire qui eſt inféré ici ſur cette Place
célébre & importante. C'eſt dans le Livre
même qu'il faut lire ce que dit l'Auteur
du Cap de Bonne-Efperance , de Batavia ,
de la Jamaïque , de la Georgie , de la Barbade
, des Bermudes , de Juan d'Ulva , & de
VeraCruz , où les négocians ſont ſi riches
que l'on regarde commepauvre un homme
dont le bien n'excede pas cent mille livres
ſterlings ; c'est- à-dire , environ deux millions
trois cent mille livres de notre monnoye.
2
Robert Lade ne ſe contente pas de donner
au public la relation de ſes voyages ; it
a ramaffé les Mémoires de fon fils , & de
pluſieurs autres , & l'on trouve ici rapprochées
beaucoup de particularités ſur les
tentatives qui ont été faites pour trouver
un paſſage de la Mer Glaciale dans laMer
du Sud ;cette collection forme une eſpece
d'Hiſtoire de cette navigation , qui juſqu'à
préſent a fi peu réüfli , & quoiqu'en diſe le
Voyageur , vraiſemblablement ne réüffira
jamais. Cette recherche importante a longtems
occupé les Anglois & les Hollandois
qui par ce moyen auroient été à la Mer du
Sud fans paffer ſous les Forts des Eſpagnols ,
&parconféquent auroient partagé avec eux
ce riche commerce .
>
3
NOVEMBRE. 1744 . 137
En 1576 , le Capitaine Martin Frobisher
entreprit ſon premier voyage par le Nord-
Eſt , & le 12 de Juin ayant découvert la
Terre de L. brador, à 63 degrés 8 min. il
entra dans le détroit auquel il a donné fon
nom. Il eſſaya fans ſuccès de lier quelque
commerce avec les naturels du Pays , qui
penſerent le faire périr ; cependant il ne fut
point découragé ; trois fois il tenta ce dangereux
voyage , mais toujours avec autant
de danger , & aufli peu de fruit.
Jean David , qui forma fix ans après ,
( en 1585 ) la même entrepriſe ne fut ni
moins conftant , ni plus heureux. Il alla dans
ſon ſecond voyage juſqu'à 66 deg. 26 m.
Ce deffein paroiſſoit abandonné lorfqu'en
1607 le Capitaine Henri Hudfon
s'avança juſqu'à 80 deg. 23 m. il palla encore
cent lieuës plus loin dans un troifiéme
voyage en 1610 ; l'excès du froid & l'abondance
des glaces le forcerent de s'arrêter
; il fallut qu'il paſſât l'hyver dans ces
terribles lieux , mais il y périt enfin avec
tous ſes gens , payant bien cher l'honneur
d'avoir donné fon nom à cette Baye qu'on
appelle la Baye d'Hudſon .
Les Danois ont revendiqué l'honneur de
cette découverte ; ils avoient navigué de ce
côté vers l'entrée du détroit avant Henri
Hudſon , mais celui-ci eſt le premier qui
138 MERCURE DE FRANCE.
ait pénétré au fond de cette Baye.
A l'égard des Danois , ils aborderent la
Terre ferme près d'une riviere que l'on a
nommée riviere Danoiſe , & que les Sau
vages nomment Manotcouſibi ou riviere des
Etrangers , mais ils périrent tous de mifere
&de froid pendant l'hyver ; les Sauvages
qui habitent les terres furent extrêmement
furpris , lorſqu'arrivant dans ce lieu l'Eté
ſuivant , ils virent tant de corps morts , &
des hommes d'une figure ſi differente de la
leur. Malheureuſement il y avoit de la poudre
parmi les proviſions des Danois , dont
les débris ſubſiſtoient encore , ils y mirent
le feu qui les fit tous fauter .
Les Anglois , les Hollandois , & les Danois
ne font pas les ſeuls qui ayent cherché
à paſſer dans la Mer du Sud par le Nord. M.
de la Salle François tenta cette entrepriſe
en 1668 , mais il y périt malheureuſement.
Quelques Anglois de la Virginie ont prétendu
avoir traverſé tout le continent au
travers des terres ; mais ce n'eſt pas là ce
dont il s'agit , il eſt queſtion de trouver une
voye qui ſoit propre au commerce , ſans
quoi il ſert pen de nous apprendre qu'à
force de marches & de fatigues on peut
traverſer le continent de l'Amerique.
Cequ'ils ont raconté de la fertilité des
terres&dela multitude des Nations qu'on
NOVEMBRE. 1744. 139
trouve dans ce Continent doit flater d'autant
plus la curioſité des lecteurs , qu'il
s'accorde parfaitement avec les relations
de pluſieurs autres Voyageurs ; notre Anglois
cite de longs & intéreſſans détails de
celle du P. Hennequin , Miſſionnaire Jefuite.
>>Ce ne ſont point des Pays déſerts &
>>fans culture , tels que les François & les
>>>Anglois ont trouvé ceux où ils ont planté
>>leurs premieres colonies. Des fruits &
>> des grains de toute eſpece y enrichiffent
>>les campagnes ; pluſieurs peuples y font
>>policés juſqu'à ſe vêtir d'étoffes très- fines,
>>ils ont l'uſage des chevaux avec des ſel-
>> les ; leurs Villes font bien bâties & régu-
>>>lierement fortifiées ; enfin la Nouvelle
>> France , la Virginie & la Caroline ſeme
>> blent n'être ſuivant ces relations que des
>> limites ſtériles & défertes d'une immenfe
> étenduë de Pays auquel toutes les fa-
>> veurs de la Nature ont été prodiguées , à
>>peu près comme la Mofcovie & la Tarta-
>>rie à l'égard des autres parties de l'Eu-
>rope.
Entre plufieurs obfervations , nous choifiſſons
celle-ci qui peut donner quelque
idée aux lecteurs de l'intérieur du Conti
nent.
>>On trouva des peuples qui n'ont riende
140 MERCURE DE FRANCE.
Barbare * que le nom : un de ces Sauva
>> ges , qui fut le premier qu'on rencon-
>>>tra , revenoit de la Chaffe avec ſa famille ,
>>>il fit préfent au Chefdes François d'un de
>> fes chevaux , & de quelque viande , le
priant par ſignes d'aller chés lui avec tous
>> ſes gens ; enfin pour les mieux engager ,
il leur laiſſa ſa femme , ſa famille & fa
>> chaffe , comme pour leur ſervir de gages ,
"& cependant il ſe rendit au Village, pour
faire ſçavoir leur arrivée ; au bout de deux
> jours il revint avec des chevaux chargés
>>de proviſions , & pluſieurs Chefs des Sau-
>> vages qui l'accompagnoient ; ils étoient
>> ſuivis de guerriers , habillés fort propre-
>ment de peaux paſſées , & ornées de plu-
>>>mes ; on les rencontra à trois lieuës de
>>l'habitation. Les François y furent reçus
>comme en triomphe & furent logés chés.
>> le grand Capitaine ; c'étoit un concours
• ſurprenant de peuple , dont la jeuneſſe
>>étoit rangée fous les armes. Elle ſe releva
>jour&nuit pour les garder , les comblant
>>de biens , & de toutes fortes de vivres.
Ce Village qu'on appelle le Cenis , eſt un
>>des plus confiderables de l'Amerique par
>>ſa grandeur , & par le nombre de ſes ha-
>>bitans ; il a bien 20 lieuës de long au
*Nous les appellons Sauvages & non pas Barbares.
NOVEMBRE. 1744. 141
moins ; ce n'eſt pas qu'il ſoit contigûment
>>>habité ; les maiſons font diftribuées par
» dix ou douze , qui font comme des Can-
>> tons , & qui ont chacun des noms diffe-
> rens. Elles font belles , longues de 40 ou
» 50 pieds , dreffées en maniere de ruches
» àmiel , & environnées d'arbres qui ſe
» rejoignent en haut par les branches ; nous
>>trouvámes chés ces Cenis pluſieurs chofes
>>qui viennent indubitablement des Eſpa-
>>gnols , comme des piastres , & d'autres
»monnoyes , des cuilliers d'argent , de la
>>dentelle ,des habits , &c. Nous y vîmes
» entr'autres une Bulle du Pape , qui exemp-
» te du jeûne les Eſpagnols du Mexique
>> pendant l'Eté. Les chevaux y ſont ſi com-
>>>muns , qu'on en donnoit un à nos gens
» pour une hache ; un Cenis voulut donner
»un cheval pour le capuchon d'un Récollet
>>de la troupe dont il avoit envie.
Les obſervations que cite l'Auteur ſur les
Ianchus , ne font ni moins curieuſes ni
moins capables de donner une idée avantageuſe
du Continent; ſon deſſein en donnant
ces extraits , a été de faire remarquer
qu'il pourroit bien être du Continent de
>>l'Amerique , comme de celui de l'Europe ,
>>>ouplus ou peut- être plus on trouve d'o-
>>pulence & de politeſſe , deſorte que de
2
l'aveu de tout le monde , la France , l'An
142 MERCURE DE FRANCE.
>>gleterre , la Hollande & l'Allemagne qui
>>font réellement au centre , l'emportent
»affés clairement ſur les autres Nations. Si
cette comparaiſon étoit la ſeule preuve de
l'aſſertion du Voyageur , elle feroit bientôt
renverſée ; en effet , peut-on dire que la
France , l'Italie , la Hollande , &c. font au
centre du Continent de l'Europe , lorſque
cesdifferentes Régions font toutes bordées
par la Mer ? Un Voyageur qui aborderoit à
Veniſe , & qui de-là tirant vers le Nord gagneroit
la Suéde ou la Moſcovie , ſeroit
bien éloigné de trouver plus d'opulence ,
àmeſure qu'il avanceroit dans le Continent
de l'Europe ; cette legere remarque n'empêche
pas que dans le fond la réflexion de
l'Auteur ne foit fort judicieuse ,& il a fans
doute raiſon de dire >> que quand l'eſperan-
> ce de trouver la Mer du Sud par la com-
> municationdes rivieres , comme on a déja
>>>trouvé le Golphe du Mexique par celle
>>d'Ouabache & de Miffiffipi , ne fuffiroit
>> pas pour faire entreprendre ſérieuſement
>>de pénétrer cette vaſte étenduë de Pays.
>D'autres vûës , preſqu'aufli importantes
» pour le commerce ,& la ſeule curiofité
>>même devroient porter les François & les
>>>Anglois , que cette entrepriſe ſemble re-
>garder par la ſituation de leurs colonies
> à pouffer de ce côté-là leurs découvertes.
NOVEMBRE. 1744. 143
On trouve à la ſuite de cette relation une
Deſcription de la Nouvelle Eſpagne , depuis
Panama juſques vers le quarantiéme
degré de Latitude vers le Nord , fort curieuſe
, & bien détaillée. J'obſerverai qu'il
s'y eſt gliſſé une très-legere erreur. Le Voyageur
dit que les pluyes commencent à
Gouayaquil au mois de Janvier & durent
juſqu'aumois deMai ; il auroit dû dire que
ces pluyes commencent en Novembre , c'eſt
ainſi que l'a rapporté M. Bouguer , l'un des
Académiciens qui ont été au Pérou , pour
déterminer la figure de la Terre,
La relation de Robert Lade eſt ornée de
deux Cartes qui étoient néceſſaires pour lire
ce Livre avec fruit , & même avec agrément,
DES BEAUX- ARTS , &c.
OYAGES du Capitaine Robert Lade
en differentes parties de l'Afrique ,
de l'Afie & de l'Amerique , contenant
l'Histoire de ſa fortune & fes obfervations
fur les colonies & le commerce des Eſpagnols
, des Anglois , des Hollandois , &c.
AParis , chés Didot , Quai des Auguſtins ,
à la Bible d'or , 1744 , 2 vol. in - 12 .
:
Ce Livre eſt traduit de l'Anglois parM.
P'Abbé Prevoſt , Auteur de pluſieurs excellens
Ouvrages. Ce n'eſt pas la premiere fois
que cet Ecrivain célébre enrichit ſon Pays
des tréſors de la Litterature Angloiſe. Le
Public a lû avec plaifir la Vie de Ciceron ,
&pluſieurs autres Traductions que M. Prevoſt
lui a préſentées ; c'eſt ſurtout à l'égard
des relations de Voyages qu'un Traducteur
peut faire chés les Anglois une moiffon:
abondante :la moitié deleurNation eſt ſans
ceffe en mouvement vers les parties du
monde les plus éloignées ,& Londres eſt
la Ville de l'Univers , où il paroît le plus
1
134 MERCURE DE FRANCE.
de Relations & de Journaux de Mer
Notre Litterature le céde donc en ce point
à la Litterature Angloiſe , qui à tout autre
égard ne peut pas lui être comparée. J'ai
remarqué que les Voyages font les Livres
qui intéreſſent plus généralement toutes fortes
de Lecteurs. La curioſité qu'ils piquent
& qu'ils fatisfont ſoûtient l'attention de
ceux qui ne liſent que pour s'amufer ; ceux
qui craindroient de paroître frivoles en ſe
livrant à des lectures purement agréables ,
trouvent dans les Voyageurs dequoi s'inftruire
,& ce prétexte les empêche de dédaigner
l'agrément qu'ils trouvent dans cette
lecture. Quoi de plus digne en effet d'un
eſprit éclairé , que de confiderer les differentes
manieres dont la Nature a traité les
hommes , & combien ces traitemens differens
changent ce qu'elle leur adonné à tous
de ſemblable ? Malheureuſement ce n'eſt
pas dans cet eſprit que liſent la plupart des
hommes , même de ceux qu'on reconnoît
pour gens ſenſes & raisonnables. Des faits
finguliers , des Deſcriptions de Pays , de
Peuples , des Phénoménes extraordinaires ,
ſouvent incroyables , font l'attrait qui engage
le plus grand nombre des lecteurs.
Cependant la lecture des Voyages n'eſt pas
fans utilité pour ceux qui abandonnent les
vûës Philoſophiques ; elle apprend mille
.
NOVEMBRE. 1744. 13
choſes qu'il eſt fort avantageux de ſçavoir
&qu'il feroit honteux d'ignorer ; ſi cette
lecture eſt auſſi utile qu'agréable pour tou
tes fortes de lecteurs , elle est abfolument
néceſſaire à ceux qui ſe deſtinent ou à voyager
eux mêmes , ou à faire de leur cabinet
le commerce de la Mer ; il faut qu'ils connoiſſent
les differentes poſitions des lieux
de commerce , & qu'ils en poſſedent l'Hiftoire
, comme il est néceſſaire à nos Ambaffadeurs
de connoître la Topographie de
l'Europe , & l'Hiſtoire des Traités qui ont
été faits depuis 1 go ans. :
On ne voit point dans les Voyages de
Robert Lade ces fingularités incroyables ,
qui n'exiſtent ſouvent que dans l'imagination
des Voyageurs , plus attentifs à pi
quer la curiofité des lecteurs , qu'à refpecter
la vérité ; mais on y trouve des détails
fort judicieux & fort inſtructifs fur les colonies
Eſpagnoles &Angloiſes. Les ſtratagêmes
dont lesAnglois ſe ſont ſervis fi longtems
pour faire la contrebande dans les Indes
Occidentales,malgré les précautions des
Eſpagnols , font ici peints au naturel , &
l'ony voit les fémences des diffenfions &
des quérelles qui ont enfin allumé entre les
deuxNations une guerre dont l'embrafement
s'eſt communiqué au reſte de l'Europe.
Le ſouvenir de ce qui s'eſt paffé à Car136
MERCURE DE FRANCE.
thagene il y a 3 ans , rend bien intéreſſant
le Mémoire qui eſt inféré ici ſur cette Place
célébre & importante. C'eſt dans le Livre
même qu'il faut lire ce que dit l'Auteur
du Cap de Bonne-Efperance , de Batavia ,
de la Jamaïque , de la Georgie , de la Barbade
, des Bermudes , de Juan d'Ulva , & de
VeraCruz , où les négocians ſont ſi riches
que l'on regarde commepauvre un homme
dont le bien n'excede pas cent mille livres
ſterlings ; c'est- à-dire , environ deux millions
trois cent mille livres de notre monnoye.
2
Robert Lade ne ſe contente pas de donner
au public la relation de ſes voyages ; it
a ramaffé les Mémoires de fon fils , & de
pluſieurs autres , & l'on trouve ici rapprochées
beaucoup de particularités ſur les
tentatives qui ont été faites pour trouver
un paſſage de la Mer Glaciale dans laMer
du Sud ;cette collection forme une eſpece
d'Hiſtoire de cette navigation , qui juſqu'à
préſent a fi peu réüfli , & quoiqu'en diſe le
Voyageur , vraiſemblablement ne réüffira
jamais. Cette recherche importante a longtems
occupé les Anglois & les Hollandois
qui par ce moyen auroient été à la Mer du
Sud fans paffer ſous les Forts des Eſpagnols ,
&parconféquent auroient partagé avec eux
ce riche commerce .
>
3
NOVEMBRE. 1744 . 137
En 1576 , le Capitaine Martin Frobisher
entreprit ſon premier voyage par le Nord-
Eſt , & le 12 de Juin ayant découvert la
Terre de L. brador, à 63 degrés 8 min. il
entra dans le détroit auquel il a donné fon
nom. Il eſſaya fans ſuccès de lier quelque
commerce avec les naturels du Pays , qui
penſerent le faire périr ; cependant il ne fut
point découragé ; trois fois il tenta ce dangereux
voyage , mais toujours avec autant
de danger , & aufli peu de fruit.
Jean David , qui forma fix ans après ,
( en 1585 ) la même entrepriſe ne fut ni
moins conftant , ni plus heureux. Il alla dans
ſon ſecond voyage juſqu'à 66 deg. 26 m.
Ce deffein paroiſſoit abandonné lorfqu'en
1607 le Capitaine Henri Hudfon
s'avança juſqu'à 80 deg. 23 m. il palla encore
cent lieuës plus loin dans un troifiéme
voyage en 1610 ; l'excès du froid & l'abondance
des glaces le forcerent de s'arrêter
; il fallut qu'il paſſât l'hyver dans ces
terribles lieux , mais il y périt enfin avec
tous ſes gens , payant bien cher l'honneur
d'avoir donné fon nom à cette Baye qu'on
appelle la Baye d'Hudſon .
Les Danois ont revendiqué l'honneur de
cette découverte ; ils avoient navigué de ce
côté vers l'entrée du détroit avant Henri
Hudſon , mais celui-ci eſt le premier qui
138 MERCURE DE FRANCE.
ait pénétré au fond de cette Baye.
A l'égard des Danois , ils aborderent la
Terre ferme près d'une riviere que l'on a
nommée riviere Danoiſe , & que les Sau
vages nomment Manotcouſibi ou riviere des
Etrangers , mais ils périrent tous de mifere
&de froid pendant l'hyver ; les Sauvages
qui habitent les terres furent extrêmement
furpris , lorſqu'arrivant dans ce lieu l'Eté
ſuivant , ils virent tant de corps morts , &
des hommes d'une figure ſi differente de la
leur. Malheureuſement il y avoit de la poudre
parmi les proviſions des Danois , dont
les débris ſubſiſtoient encore , ils y mirent
le feu qui les fit tous fauter .
Les Anglois , les Hollandois , & les Danois
ne font pas les ſeuls qui ayent cherché
à paſſer dans la Mer du Sud par le Nord. M.
de la Salle François tenta cette entrepriſe
en 1668 , mais il y périt malheureuſement.
Quelques Anglois de la Virginie ont prétendu
avoir traverſé tout le continent au
travers des terres ; mais ce n'eſt pas là ce
dont il s'agit , il eſt queſtion de trouver une
voye qui ſoit propre au commerce , ſans
quoi il ſert pen de nous apprendre qu'à
force de marches & de fatigues on peut
traverſer le continent de l'Amerique.
Cequ'ils ont raconté de la fertilité des
terres&dela multitude des Nations qu'on
NOVEMBRE. 1744. 139
trouve dans ce Continent doit flater d'autant
plus la curioſité des lecteurs , qu'il
s'accorde parfaitement avec les relations
de pluſieurs autres Voyageurs ; notre Anglois
cite de longs & intéreſſans détails de
celle du P. Hennequin , Miſſionnaire Jefuite.
>>Ce ne ſont point des Pays déſerts &
>>fans culture , tels que les François & les
>>>Anglois ont trouvé ceux où ils ont planté
>>leurs premieres colonies. Des fruits &
>> des grains de toute eſpece y enrichiffent
>>les campagnes ; pluſieurs peuples y font
>>policés juſqu'à ſe vêtir d'étoffes très- fines,
>>ils ont l'uſage des chevaux avec des ſel-
>> les ; leurs Villes font bien bâties & régu-
>>>lierement fortifiées ; enfin la Nouvelle
>> France , la Virginie & la Caroline ſeme
>> blent n'être ſuivant ces relations que des
>> limites ſtériles & défertes d'une immenfe
> étenduë de Pays auquel toutes les fa-
>> veurs de la Nature ont été prodiguées , à
>>peu près comme la Mofcovie & la Tarta-
>>rie à l'égard des autres parties de l'Eu-
>rope.
Entre plufieurs obfervations , nous choifiſſons
celle-ci qui peut donner quelque
idée aux lecteurs de l'intérieur du Conti
nent.
>>On trouva des peuples qui n'ont riende
140 MERCURE DE FRANCE.
Barbare * que le nom : un de ces Sauva
>> ges , qui fut le premier qu'on rencon-
>>>tra , revenoit de la Chaffe avec ſa famille ,
>>>il fit préfent au Chefdes François d'un de
>> fes chevaux , & de quelque viande , le
priant par ſignes d'aller chés lui avec tous
>> ſes gens ; enfin pour les mieux engager ,
il leur laiſſa ſa femme , ſa famille & fa
>> chaffe , comme pour leur ſervir de gages ,
"& cependant il ſe rendit au Village, pour
faire ſçavoir leur arrivée ; au bout de deux
> jours il revint avec des chevaux chargés
>>de proviſions , & pluſieurs Chefs des Sau-
>> vages qui l'accompagnoient ; ils étoient
>> ſuivis de guerriers , habillés fort propre-
>ment de peaux paſſées , & ornées de plu-
>>>mes ; on les rencontra à trois lieuës de
>>l'habitation. Les François y furent reçus
>comme en triomphe & furent logés chés.
>> le grand Capitaine ; c'étoit un concours
• ſurprenant de peuple , dont la jeuneſſe
>>étoit rangée fous les armes. Elle ſe releva
>jour&nuit pour les garder , les comblant
>>de biens , & de toutes fortes de vivres.
Ce Village qu'on appelle le Cenis , eſt un
>>des plus confiderables de l'Amerique par
>>ſa grandeur , & par le nombre de ſes ha-
>>bitans ; il a bien 20 lieuës de long au
*Nous les appellons Sauvages & non pas Barbares.
NOVEMBRE. 1744. 141
moins ; ce n'eſt pas qu'il ſoit contigûment
>>>habité ; les maiſons font diftribuées par
» dix ou douze , qui font comme des Can-
>> tons , & qui ont chacun des noms diffe-
> rens. Elles font belles , longues de 40 ou
» 50 pieds , dreffées en maniere de ruches
» àmiel , & environnées d'arbres qui ſe
» rejoignent en haut par les branches ; nous
>>trouvámes chés ces Cenis pluſieurs chofes
>>qui viennent indubitablement des Eſpa-
>>gnols , comme des piastres , & d'autres
»monnoyes , des cuilliers d'argent , de la
>>dentelle ,des habits , &c. Nous y vîmes
» entr'autres une Bulle du Pape , qui exemp-
» te du jeûne les Eſpagnols du Mexique
>> pendant l'Eté. Les chevaux y ſont ſi com-
>>>muns , qu'on en donnoit un à nos gens
» pour une hache ; un Cenis voulut donner
»un cheval pour le capuchon d'un Récollet
>>de la troupe dont il avoit envie.
Les obſervations que cite l'Auteur ſur les
Ianchus , ne font ni moins curieuſes ni
moins capables de donner une idée avantageuſe
du Continent; ſon deſſein en donnant
ces extraits , a été de faire remarquer
qu'il pourroit bien être du Continent de
>>l'Amerique , comme de celui de l'Europe ,
>>>ouplus ou peut- être plus on trouve d'o-
>>pulence & de politeſſe , deſorte que de
2
l'aveu de tout le monde , la France , l'An
142 MERCURE DE FRANCE.
>>gleterre , la Hollande & l'Allemagne qui
>>font réellement au centre , l'emportent
»affés clairement ſur les autres Nations. Si
cette comparaiſon étoit la ſeule preuve de
l'aſſertion du Voyageur , elle feroit bientôt
renverſée ; en effet , peut-on dire que la
France , l'Italie , la Hollande , &c. font au
centre du Continent de l'Europe , lorſque
cesdifferentes Régions font toutes bordées
par la Mer ? Un Voyageur qui aborderoit à
Veniſe , & qui de-là tirant vers le Nord gagneroit
la Suéde ou la Moſcovie , ſeroit
bien éloigné de trouver plus d'opulence ,
àmeſure qu'il avanceroit dans le Continent
de l'Europe ; cette legere remarque n'empêche
pas que dans le fond la réflexion de
l'Auteur ne foit fort judicieuse ,& il a fans
doute raiſon de dire >> que quand l'eſperan-
> ce de trouver la Mer du Sud par la com-
> municationdes rivieres , comme on a déja
>>>trouvé le Golphe du Mexique par celle
>>d'Ouabache & de Miffiffipi , ne fuffiroit
>> pas pour faire entreprendre ſérieuſement
>>de pénétrer cette vaſte étenduë de Pays.
>D'autres vûës , preſqu'aufli importantes
» pour le commerce ,& la ſeule curiofité
>>même devroient porter les François & les
>>>Anglois , que cette entrepriſe ſemble re-
>garder par la ſituation de leurs colonies
> à pouffer de ce côté-là leurs découvertes.
NOVEMBRE. 1744. 143
On trouve à la ſuite de cette relation une
Deſcription de la Nouvelle Eſpagne , depuis
Panama juſques vers le quarantiéme
degré de Latitude vers le Nord , fort curieuſe
, & bien détaillée. J'obſerverai qu'il
s'y eſt gliſſé une très-legere erreur. Le Voyageur
dit que les pluyes commencent à
Gouayaquil au mois de Janvier & durent
juſqu'aumois deMai ; il auroit dû dire que
ces pluyes commencent en Novembre , c'eſt
ainſi que l'a rapporté M. Bouguer , l'un des
Académiciens qui ont été au Pérou , pour
déterminer la figure de la Terre,
La relation de Robert Lade eſt ornée de
deux Cartes qui étoient néceſſaires pour lire
ce Livre avec fruit , & même avec agrément,
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3063
p. 143-149
Dissertations sur la Fondation de Marseille, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
DISSERTATIONS sur la fondation de la Ville de Marseille, sur l'Histoire des Rois [...]
Mots clefs :
Ville, Marseille, Phocéens, Félix Cary, Fondation, Histoire, Médailles, Médaille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dissertations sur la Fondation de Marseille, Extrait, [titre d'après la table]
DISSERTATIONS ſur la fondation de la
Ville de Marſeille , ſur l'Hiſtoire des Rois
du Boſphore Cimmerien , & ſur Leſbonax
Philoſophe de Mytilene ; à Paris , chés Jac
ques Barrois , Quai des Auguſtins , à la
Ville de Nevers , in 12. 1744.
Ce Livre est dédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin , qu'une vaſte érudition , un goût
délicat , & des moeurs auſſi douces que pures
rendoient ſi cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
- L'Epitre dédicatoire nous apprend que
M. Cari eſt l'Auteur de ces Differtations ,
44 MERCURE DE FRANCE.
&dans celle dont l'époque de la fondation
de Marſeille eſt l'objet , il ne laiſſe pas ignorer
qu'il eſt natif de cette Ville ; ainſi c'eſt
l'amour de la Patrie qui lui a mis la plume
à la main. Il eſt certain que la matiere eſt
furtout intéreſſante pour les Marſeillois
quoiqu'elle ne ſoit pas indifferente pour le
reſte des lecteurs. Il étoit néceſſaire d'éclaircir
cette queſtion , ſi l'on veut avoir une
bonne Hiſtoire de Marſeille , travail que
P'Auteur regarde avec raiſon comme digne
de l'émulation de l'Académie de Marseille ;
cet Ouvrage eſt de la nature de ceux qui
peuvent& doivent même être faits en ſociété;
& Mrs de l'Académie de Marſeille
poſſedent tous les talens néceſſaires pour le
conduire à ſa perfection. Deux opinions
diviſent les Chronologiſtes au ſujet de la
fondation de cette Ville , l'une des plus anciennes
de la France ; les uns , & Ufferius
eſt de ce ſentiment , la placent la premiere
année de la quarante-cinquiéme Olimpiade,
l'an de Rome 154 , avant J. C. 599 .
L'Auteur est auli de ce ſentiment. Le P.
Petau a embraſfé l'opinion oppoſée , & renvoye
cette époque à la foixantiéme Olimpiade.
Les Auteurs anciens font auffi partagés
, & s'il ne falloit que compter les fuffrages
, peut- être s'en trouveroit-il plus en faveur
du P. Petau , mais un Critique éclairé
péfe
NOVEMBRE. 1744. 145
péſe les voix , & ne les compte pas ; c'eſt ce
qu'a fait M. Cari , & plufieurs des preuves
qu'il employe , prouvent invinciblement
fonopinion.
L'Hiſtoire de la Fondation de Marſeille
trouvoit ici néceſſairement ſa place. C'eſt le
premier Chapitre d'une Hiſtoire de cette
Ville , qui n'en ſeroit pas le moins intéreſfant.
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mer vinrent juſqu'à l'embouchure du
Rhône ; frappés de la beauté du Pays , lorfqu'ils
furent de retour dans leur Patrie ,
ils engagerent pluſieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux , pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ils avoient découvert
; ils ſe mettent en Mer & au moment
qu'ils abordent au lieu déſiré , ils trouvent
un Pêcheur , à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonftance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appellée Maffilia du mot
Grec μάσσειν , qui fignifie lier , & de celui
de άλιους ; Pêcheur.
Les Phocéens penſerent à ſe mettre ſous
la protection du Peuple qui étoit le plus
voifin , & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus , Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix .
Le jour où ils arriverent , étoit le même
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
1
où ſuivant l'uſage des Segobrigiens , la fille
du Roi choiſiſſoit elle-même ſon époux ;
la cérémonie étoit fingulière ; les Seigneurs
étoient aſſemblés , la Princeſſe promenoit
ſes regards ſur eux , & lorſqu'elle avoit fait
fon choix , elle le déclaroit en allant préſenter
de l'eau à celui que ſon coeur ou ſes
yeux avoient choiſi. Les Phocéens furent
invités à cette Fête , & Protis , l'un de leurs
Chefs , fut le fortuné à qui la Princeſſe préſenta
la Coupe. Ainſi tout ſeconda l'établiſſement
des Phocéens,& ils bâtirent Marſeille
dans l'endroit même où cette Ville eſt
encore aujourd'hui. Soixante ans après , les
Phocéens épouvantés des progrèsde Cyrus ,
abandonnerent leur Pays , & firent ce ſerment
ſi fameux de n'y revenir que lorſqu'une
maſſe de fer qu'ils jetterent au fond de la
Mer furnageroit ; une partie alla chercher
un aſile chés les Marſeillois leurs anciens
Compatriotes , & c'eſt ce qui a donné lieu
àl'erreur ; on a pris cette fuite des Phocéens
vers Marſeille , pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville.
M. Cari a très bien démêlé le principe
de la mépriſe des Auteurs qu'il combat ; le
départ , dit- il , » des Phocéens qui vinrent
>>fonder Marſeille , n'avoit rien de fameux
>> ou de frappant , c'étoit des Ioniens que
• leur Ville ne pouvoit plus contenir , &
NOVEMBRE . 1744 147
qui cherchoient un lieu pour s'établir ,
>>événement ſimple & commun dans ce
>> tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
>> vant Cyrus eſt une époque conſidérable;
>> elle arrive ſous un Prince fameux par ſes
>>>Conquêtes , & qui fixe les yeux del'Uni-
>>v>ers. La crainte de tomber entre les mains
>> des Perfes , fait prendre une réſolution
>> violente aux Phocéens ; ils embarquent
>> leurs femmes , leurs enfans , & tout ce
>> qu'ils poffédent. Ces evenemens & les
>>circonſtances qui les cauſerent , ſont bien
>> autrement frappantes que la ſimple Fon-
>> dation de Marſeille.
Il ſeroit bien avantageux pour les Lettres
que tout lemonde ſuivît la méthode de M.
Cari , & qu'en réfutant des Auteurs , on
cherchat ſoigneuſement par quelle route
ils ſe ſont égarés ; quelle utilité ne procureroient
pas ceux qui démêleroient ainſi le
labyrinthe ou ſe perd ſi ſouvent l'eſprithumain
? On leur devroit bien plus qu'à ces
Pilotes qui ont obſervé exactement les
écueils des Mers , & en ont dreſſé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter . Mais Hoc opus , hic labor est.
Deux Médailles , que M. Cari a décou
vertes , & qui avoient échapé juſqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires , ont
donné licu aux deux autres Differtations..
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Public verra avec plaiſir qu'un homme,
comme M. Cari , qui a de la ſagacité & de
la lecture , s'attache aux Médailles , Genre
que l'on commence à trop négliger .
La premiere des deux Médailles eſt celle
d'unTeiranes Roi du Boſphore , inconnu
juſqu'à préſent , que M. Cari place l'an de
Rome 833 , de JESUS - CHRIST 130 , entre
Rheſcuporis I. & Cotys II .
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots FACΙΛΕΩΣ TΕΙΡΑΝΟΥ & au
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres
re qui ſignifient 573. Cette Médaille
a fourni l'occaſion à M. Cari de donner
une ſuite Chronologique des Rois du Bofphore
, & de combattre pluſieurs fois le
ſentiment de M. Vaillant , qui a fait unbon
Livre ſur cette matiere .
La Médaille qui fait le ſujet de la troi.
fiéme Differtation , eſt une Médaille de
L'eſbonax Philoſophe célébre de Metylene ,
mais moins fameux que Potamon ſon fils ,
dont il eſt beaucoup plus queſtion que du
pere dans la Diſſertation de M. Cari . Ce
Potamon Aoriſſoit ſous Tibere & en
étoit fort aimé. Lorſqu'il retourna dans ſa
Patrie , comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçut une eſpèce de paſſeport conçû
ences termes ſinguliers : Si quelqu'un ose
faire infulte àPotamonfils de Leſbonax , qu'il
د
NOVEMBRE. 1744. 149
confidere auparavant s'il eſt en état de me réfister.
La Médaille repréſente une tête avec ces
mots ΛΕΣΒΩΝΑΞ ΕΡΩΣ ΝΕΟΣ . On voit fur
le revers un homme couvert fimplement
d'un Manteau , tenant un bâton de la main
gauche , & de la droite quelque choſe qu'il
n'eſt pas aiſé de déterminer , avec l'inſcription
ΜΥΤΙΛΗΝΑΙΩΝ .
Ville de Marſeille , ſur l'Hiſtoire des Rois
du Boſphore Cimmerien , & ſur Leſbonax
Philoſophe de Mytilene ; à Paris , chés Jac
ques Barrois , Quai des Auguſtins , à la
Ville de Nevers , in 12. 1744.
Ce Livre est dédié à feu M. l'Abbé de
Rothelin , qu'une vaſte érudition , un goût
délicat , & des moeurs auſſi douces que pures
rendoient ſi cher à la République des
Lettres qui l'a perdu trop tôt.
- L'Epitre dédicatoire nous apprend que
M. Cari eſt l'Auteur de ces Differtations ,
44 MERCURE DE FRANCE.
&dans celle dont l'époque de la fondation
de Marſeille eſt l'objet , il ne laiſſe pas ignorer
qu'il eſt natif de cette Ville ; ainſi c'eſt
l'amour de la Patrie qui lui a mis la plume
à la main. Il eſt certain que la matiere eſt
furtout intéreſſante pour les Marſeillois
quoiqu'elle ne ſoit pas indifferente pour le
reſte des lecteurs. Il étoit néceſſaire d'éclaircir
cette queſtion , ſi l'on veut avoir une
bonne Hiſtoire de Marſeille , travail que
P'Auteur regarde avec raiſon comme digne
de l'émulation de l'Académie de Marseille ;
cet Ouvrage eſt de la nature de ceux qui
peuvent& doivent même être faits en ſociété;
& Mrs de l'Académie de Marſeille
poſſedent tous les talens néceſſaires pour le
conduire à ſa perfection. Deux opinions
diviſent les Chronologiſtes au ſujet de la
fondation de cette Ville , l'une des plus anciennes
de la France ; les uns , & Ufferius
eſt de ce ſentiment , la placent la premiere
année de la quarante-cinquiéme Olimpiade,
l'an de Rome 154 , avant J. C. 599 .
L'Auteur est auli de ce ſentiment. Le P.
Petau a embraſfé l'opinion oppoſée , & renvoye
cette époque à la foixantiéme Olimpiade.
Les Auteurs anciens font auffi partagés
, & s'il ne falloit que compter les fuffrages
, peut- être s'en trouveroit-il plus en faveur
du P. Petau , mais un Critique éclairé
péfe
NOVEMBRE. 1744. 145
péſe les voix , & ne les compte pas ; c'eſt ce
qu'a fait M. Cari , & plufieurs des preuves
qu'il employe , prouvent invinciblement
fonopinion.
L'Hiſtoire de la Fondation de Marſeille
trouvoit ici néceſſairement ſa place. C'eſt le
premier Chapitre d'une Hiſtoire de cette
Ville , qui n'en ſeroit pas le moins intéreſfant.
Les Phocéens accoutumés à courir la
Mer vinrent juſqu'à l'embouchure du
Rhône ; frappés de la beauté du Pays , lorfqu'ils
furent de retour dans leur Patrie ,
ils engagerent pluſieurs de leurs Compatriotes
à venir avec eux , pour fonder une
Colonie dans le Pays qu'ils avoient découvert
; ils ſe mettent en Mer & au moment
qu'ils abordent au lieu déſiré , ils trouvent
un Pêcheur , à qui ils jettent une corde
pour attacher leur Navire. Cette circonftance
donna le nom à la Ville qu'ils fonderent
; elle fut appellée Maffilia du mot
Grec μάσσειν , qui fignifie lier , & de celui
de άλιους ; Pêcheur.
Les Phocéens penſerent à ſe mettre ſous
la protection du Peuple qui étoit le plus
voifin , & les Chefs allerent à la Cour de
Nannus , Roi des Segobrigiens ; on croit
que cette Cour étoit à Aix .
Le jour où ils arriverent , étoit le même
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
1
où ſuivant l'uſage des Segobrigiens , la fille
du Roi choiſiſſoit elle-même ſon époux ;
la cérémonie étoit fingulière ; les Seigneurs
étoient aſſemblés , la Princeſſe promenoit
ſes regards ſur eux , & lorſqu'elle avoit fait
fon choix , elle le déclaroit en allant préſenter
de l'eau à celui que ſon coeur ou ſes
yeux avoient choiſi. Les Phocéens furent
invités à cette Fête , & Protis , l'un de leurs
Chefs , fut le fortuné à qui la Princeſſe préſenta
la Coupe. Ainſi tout ſeconda l'établiſſement
des Phocéens,& ils bâtirent Marſeille
dans l'endroit même où cette Ville eſt
encore aujourd'hui. Soixante ans après , les
Phocéens épouvantés des progrèsde Cyrus ,
abandonnerent leur Pays , & firent ce ſerment
ſi fameux de n'y revenir que lorſqu'une
maſſe de fer qu'ils jetterent au fond de la
Mer furnageroit ; une partie alla chercher
un aſile chés les Marſeillois leurs anciens
Compatriotes , & c'eſt ce qui a donné lieu
àl'erreur ; on a pris cette fuite des Phocéens
vers Marſeille , pour la véritable époque
de la Fondation de cette Ville.
M. Cari a très bien démêlé le principe
de la mépriſe des Auteurs qu'il combat ; le
départ , dit- il , » des Phocéens qui vinrent
>>fonder Marſeille , n'avoit rien de fameux
>> ou de frappant , c'étoit des Ioniens que
• leur Ville ne pouvoit plus contenir , &
NOVEMBRE . 1744 147
qui cherchoient un lieu pour s'établir ,
>>événement ſimple & commun dans ce
>> tems là. Mais la fuite des Phocéens de-
>> vant Cyrus eſt une époque conſidérable;
>> elle arrive ſous un Prince fameux par ſes
>>>Conquêtes , & qui fixe les yeux del'Uni-
>>v>ers. La crainte de tomber entre les mains
>> des Perfes , fait prendre une réſolution
>> violente aux Phocéens ; ils embarquent
>> leurs femmes , leurs enfans , & tout ce
>> qu'ils poffédent. Ces evenemens & les
>>circonſtances qui les cauſerent , ſont bien
>> autrement frappantes que la ſimple Fon-
>> dation de Marſeille.
Il ſeroit bien avantageux pour les Lettres
que tout lemonde ſuivît la méthode de M.
Cari , & qu'en réfutant des Auteurs , on
cherchat ſoigneuſement par quelle route
ils ſe ſont égarés ; quelle utilité ne procureroient
pas ceux qui démêleroient ainſi le
labyrinthe ou ſe perd ſi ſouvent l'eſprithumain
? On leur devroit bien plus qu'à ces
Pilotes qui ont obſervé exactement les
écueils des Mers , & en ont dreſſé des Cartes
pour apprendre aux Navigateurs à les
éviter . Mais Hoc opus , hic labor est.
Deux Médailles , que M. Cari a décou
vertes , & qui avoient échapé juſqu'à ce
jour aux recherches des Antiquaires , ont
donné licu aux deux autres Differtations..
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Public verra avec plaiſir qu'un homme,
comme M. Cari , qui a de la ſagacité & de
la lecture , s'attache aux Médailles , Genre
que l'on commence à trop négliger .
La premiere des deux Médailles eſt celle
d'unTeiranes Roi du Boſphore , inconnu
juſqu'à préſent , que M. Cari place l'an de
Rome 833 , de JESUS - CHRIST 130 , entre
Rheſcuporis I. & Cotys II .
On voit d'un côté la tête de Teiranes
avec ces mots FACΙΛΕΩΣ TΕΙΡΑΝΟΥ & au
revers la tête d'un Empereur avec ces Lettres
re qui ſignifient 573. Cette Médaille
a fourni l'occaſion à M. Cari de donner
une ſuite Chronologique des Rois du Bofphore
, & de combattre pluſieurs fois le
ſentiment de M. Vaillant , qui a fait unbon
Livre ſur cette matiere .
La Médaille qui fait le ſujet de la troi.
fiéme Differtation , eſt une Médaille de
L'eſbonax Philoſophe célébre de Metylene ,
mais moins fameux que Potamon ſon fils ,
dont il eſt beaucoup plus queſtion que du
pere dans la Diſſertation de M. Cari . Ce
Potamon Aoriſſoit ſous Tibere & en
étoit fort aimé. Lorſqu'il retourna dans ſa
Patrie , comblé des bienfaits de ce Prince
il en reçut une eſpèce de paſſeport conçû
ences termes ſinguliers : Si quelqu'un ose
faire infulte àPotamonfils de Leſbonax , qu'il
د
NOVEMBRE. 1744. 149
confidere auparavant s'il eſt en état de me réfister.
La Médaille repréſente une tête avec ces
mots ΛΕΣΒΩΝΑΞ ΕΡΩΣ ΝΕΟΣ . On voit fur
le revers un homme couvert fimplement
d'un Manteau , tenant un bâton de la main
gauche , & de la droite quelque choſe qu'il
n'eſt pas aiſé de déterminer , avec l'inſcription
ΜΥΤΙΛΗΝΑΙΩΝ .
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3064
p. 149
Voyages & Avantures du Comte de, &c. [titre d'après la table]
Début :
VOYAGES & Avantures du Comte de *** & de son fils. 3 Volumes in-12, à [...]
Mots clefs :
Voyages, Aventures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyages & Avantures du Comte de, &c. [titre d'après la table]
VOYAGES & Avantures du Comte de
*** & de fon fils. 3 Volumes in- 12 ,
Amſterdam chés Pierre Marteau , & fe
trouvent à Paris chés Barois fils. On en
parlera plus au long.
*** & de fon fils. 3 Volumes in- 12 ,
Amſterdam chés Pierre Marteau , & fe
trouvent à Paris chés Barois fils. On en
parlera plus au long.
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3065
p. 149
Mémoires de Melvil, [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES de Melvil, traduits de l'Anglois avec des Additions en 3. Volumes [...]
Mots clefs :
Mémoires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires de Melvil, [titre d'après la table]
MEMOIRES de Melvil , traduits de
l'Anglois avec des Additions en 3 Volumes
in - 12 , dont le dernier contient les
Lettres de Marie Stuart. On en parlera dans
le premier Volume.
l'Anglois avec des Additions en 3 Volumes
in - 12 , dont le dernier contient les
Lettres de Marie Stuart. On en parlera dans
le premier Volume.
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3066
p. 149-150
Les Elémens de la Médecine Pratique, [titre d'après la table]
Début :
LES ELEMENS de la Médecine Pratique, tirés des Ecrits d'Hyppocrate & de [...]
Mots clefs :
Béziers, Académie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Elémens de la Médecine Pratique, [titre d'après la table]
LES ELEMENS de la Médecine Pratique
, tirés des Ecrits d'Hyppocrate & de
quelques autres Médecins Anciens &Modernes
, où l'on traite des Maladies les plus
ordinaires à chaque âge , dans les différentes
ſaiſons de l'année , ſelon les différentes
conſtitutions de l'Air , ſous divers climats ,
& en particulier ſous celui de Beziers
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
avec des Remarques de Théorie & de Pratique
, pour fervir de Prodrome à une Hiftoire
Général des Maladies,par M. Bouillet ,
Correfpondant de l'Académie Royale des
Sciences , Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier , Profeffeur Royai des
Mathématiques , Sécrétaire de l'Académie
desSciences & Belles- Lettres de Beziers
& Médecin des Hôpitaux de la même Ville
, à Beziers , chés François Barbut , Imprimeur
du Roi , & de l'Académie des Sciences
& Belles- Lettres. Vol. in-4°. 1744.
>
Nous rendrons compte au Public de cer
Ouvrage , qui fera infiniment utile. On
ne peut donner de trop juſtes éloges à l'étenduë
des connoiſſances de l'Auteur.
, tirés des Ecrits d'Hyppocrate & de
quelques autres Médecins Anciens &Modernes
, où l'on traite des Maladies les plus
ordinaires à chaque âge , dans les différentes
ſaiſons de l'année , ſelon les différentes
conſtitutions de l'Air , ſous divers climats ,
& en particulier ſous celui de Beziers
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
avec des Remarques de Théorie & de Pratique
, pour fervir de Prodrome à une Hiftoire
Général des Maladies,par M. Bouillet ,
Correfpondant de l'Académie Royale des
Sciences , Docteur en Médecine de la Faculté
de Montpellier , Profeffeur Royai des
Mathématiques , Sécrétaire de l'Académie
desSciences & Belles- Lettres de Beziers
& Médecin des Hôpitaux de la même Ville
, à Beziers , chés François Barbut , Imprimeur
du Roi , & de l'Académie des Sciences
& Belles- Lettres. Vol. in-4°. 1744.
>
Nous rendrons compte au Public de cer
Ouvrage , qui fera infiniment utile. On
ne peut donner de trop juſtes éloges à l'étenduë
des connoiſſances de l'Auteur.
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3067
p. 150
Nouveau Livre d'Ecriture, [titre d'après la table]
Début :
NOUVEAU Livre d'Ecriture, d'après les plus belles Piéces de Rossignol, pour [...]
Mots clefs :
Écriture, Louis Rossignol
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Livre d'Ecriture, [titre d'après la table]
NOUVEAU Livre d'Ecriture , d'après
les plus belles Piéces de Roffignol , pour
l'Inſtruction de la jeuneſſe & la fatisfaction
des curieux , gravé par Aubin , ſe vend à
Paris , chés Feffard Graveur , ruë de la
Harpe , vis- à- vis la ruë Serpente ; chés le
Clerc , Libraire au Palais , dans la Grande
Sale ; & chés Poirion , Libraire ruë S. Jacques
, à l'Empereur .
les plus belles Piéces de Roffignol , pour
l'Inſtruction de la jeuneſſe & la fatisfaction
des curieux , gravé par Aubin , ſe vend à
Paris , chés Feffard Graveur , ruë de la
Harpe , vis- à- vis la ruë Serpente ; chés le
Clerc , Libraire au Palais , dans la Grande
Sale ; & chés Poirion , Libraire ruë S. Jacques
, à l'Empereur .
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3068
p. 151
OUVERTURE du Collége Royal.
Début :
LES Professeurs du Collége Royal de France, fondé à Paris par le Roi François I, le Pere & [...]
Mots clefs :
Collège royal de France, Langue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OUVERTURE du Collége Royal.
OUVERTURE du Collège Royal.
L
Es Profeſſeurs du Collége Royal de France ,
fondé à Paris par le Roi François I , le Pere &
le Reſtaurateur des Lettres , reprirent leurs exercices
le Lundi 23 Novembre. Voici les noms des
Sçavans qui rempliffent aujourd'hui lesChaires de
ce fameux College , ſous l'Inſpection de M. l'Abbé
Vatry , de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , Profeſſeur Royal en Langue Grecque.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque .
Mrs Vatry & Capperonier.
Pour les Mathématiques.
Mrs deCury & de Montcarville.
Pour la Philofophie.
Mrs Terraſſon &de Gua de Malves.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Souchay & Piat .
Pour la Médecine. ;
MrsBurette , Aſtruc , Dubois & Ferrein.
Pour la Langue Arabe .
Mrs Fourmont , & Petis de la Croix , Confeiller &
Interpréte ordinaire du Roi pour les Langues
Orientales .
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
Mr l'Abbé Fourmont.
L
Es Profeſſeurs du Collége Royal de France ,
fondé à Paris par le Roi François I , le Pere &
le Reſtaurateur des Lettres , reprirent leurs exercices
le Lundi 23 Novembre. Voici les noms des
Sçavans qui rempliffent aujourd'hui lesChaires de
ce fameux College , ſous l'Inſpection de M. l'Abbé
Vatry , de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , Profeſſeur Royal en Langue Grecque.
Pour la Langue Hébraïque.
Mrs Sallier & Henry.
Pour la Langue Grecque .
Mrs Vatry & Capperonier.
Pour les Mathématiques.
Mrs deCury & de Montcarville.
Pour la Philofophie.
Mrs Terraſſon &de Gua de Malves.
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Souchay & Piat .
Pour la Médecine. ;
MrsBurette , Aſtruc , Dubois & Ferrein.
Pour la Langue Arabe .
Mrs Fourmont , & Petis de la Croix , Confeiller &
Interpréte ordinaire du Roi pour les Langues
Orientales .
Pour le Droit Canon.
Mrs Capon & le Merre.
Pour la Langue Syriaque.
Mr l'Abbé Fourmont.
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3069
p. 152
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
HYACINTE RIGAUD, Ecuyer, Noble Citoyen de Perpignan, Chevalier de l'Ordre de S. [...]
Mots clefs :
Hyacinthe Rigaud, Jean Mabillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLES .
HYACINTE RIGAUD , Ecuyer , Noble
Citoyen de Perpignan , Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , Recteur & ancien Directeur de l'Académie
Rovale de Peinture & Sculpture , né le 25
Juillet 1663 , mort à Paris le 29 Décembre 1744-
Cette Eſtampe eſt gravée par Ficquet , d'après
P'Original peint par M. Rigaud lui - même , dont on
a vú l'éloge au commencement de ce Volume , &
elle ſe vend chés Odieuvre , rue d'Anjou , la derniere
porte cochere en entrant par la ruë Dauphine.
DOM JEAN MABILLON , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , né à Saint
Pierre-Mont Diocèse de Rheims le 23 Novembre
1632 , & mort à Paris à l'Abbaye de S. Germain
Deſprez le 27 Décembre 1707 , âgé de 76 ans.
Les excellens Ouvrages qu'a compoſés ce ſçavant
Bénédictin , font aflés ſon éloge , & nous n'apprendrions
rien aux Lecteurs à cet égard , qu'ils ne
ſcachent depuis long tems .
L'Eſtampe eft gravée par Gaillard , & ſe vend
chés Odieuvre , qui a un très-beau Recueil de toutes
fortes d'Eſtampes.
HYACINTE RIGAUD , Ecuyer , Noble
Citoyen de Perpignan , Chevalier de l'Ordre de S.
Michel , Recteur & ancien Directeur de l'Académie
Rovale de Peinture & Sculpture , né le 25
Juillet 1663 , mort à Paris le 29 Décembre 1744-
Cette Eſtampe eſt gravée par Ficquet , d'après
P'Original peint par M. Rigaud lui - même , dont on
a vú l'éloge au commencement de ce Volume , &
elle ſe vend chés Odieuvre , rue d'Anjou , la derniere
porte cochere en entrant par la ruë Dauphine.
DOM JEAN MABILLON , Religieux Bénédictin
de la Congrégation de S. Maur , né à Saint
Pierre-Mont Diocèse de Rheims le 23 Novembre
1632 , & mort à Paris à l'Abbaye de S. Germain
Deſprez le 27 Décembre 1707 , âgé de 76 ans.
Les excellens Ouvrages qu'a compoſés ce ſçavant
Bénédictin , font aflés ſon éloge , & nous n'apprendrions
rien aux Lecteurs à cet égard , qu'ils ne
ſcachent depuis long tems .
L'Eſtampe eft gravée par Gaillard , & ſe vend
chés Odieuvre , qui a un très-beau Recueil de toutes
fortes d'Eſtampes.
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3070
p. 152-154
Essence Balsamique, [titre d'après la table]
Début :
L'ESSENCE BALSAMIQUE, Aromatique, & Anti-Vermineuse de M. de Pasturel, continuë [...]
Mots clefs :
Maladies, Remède, Vapeurs, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Essence Balsamique, [titre d'après la table]
L'ESSENCE BALSAMIQUE
que, & Anti- Vermineuse de M.de Paſturel , continuë
à ſe diſtribuer avec fuccès ; plusieurs Médecins
qui en ont fait des épreuves dans les Hôpitaux ont
écrit au Miniſtre , pour qu'il leur en procurât , се
qui a déterminé beaucoup d'Officiers de la premiere
diſtinction d'en emporter à l'Armée , & le prenner
Médecin du Roi y en a auſſi porté .
Cette Quinteffence eſt bonne pour prévenir les
NOVEMBRE. 1744. 153
Maladies , fortifier les principales parties du corps ,
ranimer la nature affoiblie ou éteinte , elle paſſe
d'une maniere preſque inſenſible par les premieres
voyes , & guérit les Maladies qui ont leur fiége
dans ces parties ; ce Réméde eſt inmanquable contre
les indigeſtions , qui font l'origine de preſque
toutes les Maladies , contre toutes fortes de coliques
, dégoûts , maux de coeur , diarrhées & cours
de ventre , cette vertu le rend très-utile dans les
Armées, ou ces dernieres Maladies ſont ordinaires
&caufent la mort à beaucoup de braves gens qui
font utiles à l'Etat .
>
Elle eſt ſouveraine contre les Maladies caufées
par les obſtructions des vifceres , contre les pâles
couleurs , la jauniffe , l'hydropiſie , les vapeurs hyfteriques
& hypocondriaques , les palpitations de
coeur, les ventofités , la mauvaiſe halaine caufée
parde mauvaiſes digestions : elle facilire les accouchemens
cau- appaife les ddoouulleurs des reins
ſées par des glaires , ôte les dégoûts qu'on peut
avoir après avoir bû avec excès , abbat les vapeurs
du vin , & c'eſt un très-puiſſant apéritif , & quelque
fois purgatif.
C'eſt un préſervatif contre le mauvais air ,&
dans ce cas il est très-utile pour ceux qui voyagent
tant par Mer que par Terre , parce qu'il empêche
le fang de s'arrêter , ou de ſe corrompre ,& par fon
moyen on peut ſe garantir de la peſte , du ſcorbut
de Mer , & le guérir de la piqûre , on morſure de
toutes bêtes vénimeules ; on peut en toute fûreté en
faire uſage contre les fiévres malignes , putrides ,
vermineuſes & intermittentes.
Ce Reméde eſt également ſouverain contre toutes
les bleſſures , foit de fer , ſoit de feu ,& il les
garantitde la gangrene.
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ſouhaiteront de plus grands éclairciſſemenspourront
écrire à l'Auteur , qui leur fera
exactement réponſe , on aura ſoin d'affranchir les
Lettres ; il demeure à Paris ruë des Gravilliers
chés M. de Clermont ; il y a des Bouteilles de 6
liv. 12 liv. & 24 liv.
On diftribuë avec les Bouteilles un imprimé pour
inſtruire ſur la maniere d'employer le Réméde.
que, & Anti- Vermineuse de M.de Paſturel , continuë
à ſe diſtribuer avec fuccès ; plusieurs Médecins
qui en ont fait des épreuves dans les Hôpitaux ont
écrit au Miniſtre , pour qu'il leur en procurât , се
qui a déterminé beaucoup d'Officiers de la premiere
diſtinction d'en emporter à l'Armée , & le prenner
Médecin du Roi y en a auſſi porté .
Cette Quinteffence eſt bonne pour prévenir les
NOVEMBRE. 1744. 153
Maladies , fortifier les principales parties du corps ,
ranimer la nature affoiblie ou éteinte , elle paſſe
d'une maniere preſque inſenſible par les premieres
voyes , & guérit les Maladies qui ont leur fiége
dans ces parties ; ce Réméde eſt inmanquable contre
les indigeſtions , qui font l'origine de preſque
toutes les Maladies , contre toutes fortes de coliques
, dégoûts , maux de coeur , diarrhées & cours
de ventre , cette vertu le rend très-utile dans les
Armées, ou ces dernieres Maladies ſont ordinaires
&caufent la mort à beaucoup de braves gens qui
font utiles à l'Etat .
>
Elle eſt ſouveraine contre les Maladies caufées
par les obſtructions des vifceres , contre les pâles
couleurs , la jauniffe , l'hydropiſie , les vapeurs hyfteriques
& hypocondriaques , les palpitations de
coeur, les ventofités , la mauvaiſe halaine caufée
parde mauvaiſes digestions : elle facilire les accouchemens
cau- appaife les ddoouulleurs des reins
ſées par des glaires , ôte les dégoûts qu'on peut
avoir après avoir bû avec excès , abbat les vapeurs
du vin , & c'eſt un très-puiſſant apéritif , & quelque
fois purgatif.
C'eſt un préſervatif contre le mauvais air ,&
dans ce cas il est très-utile pour ceux qui voyagent
tant par Mer que par Terre , parce qu'il empêche
le fang de s'arrêter , ou de ſe corrompre ,& par fon
moyen on peut ſe garantir de la peſte , du ſcorbut
de Mer , & le guérir de la piqûre , on morſure de
toutes bêtes vénimeules ; on peut en toute fûreté en
faire uſage contre les fiévres malignes , putrides ,
vermineuſes & intermittentes.
Ce Reméde eſt également ſouverain contre toutes
les bleſſures , foit de fer , ſoit de feu ,& il les
garantitde la gangrene.
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
Ceux qui ſouhaiteront de plus grands éclairciſſemenspourront
écrire à l'Auteur , qui leur fera
exactement réponſe , on aura ſoin d'affranchir les
Lettres ; il demeure à Paris ruë des Gravilliers
chés M. de Clermont ; il y a des Bouteilles de 6
liv. 12 liv. & 24 liv.
On diftribuë avec les Bouteilles un imprimé pour
inſtruire ſur la maniere d'employer le Réméde.
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3071
p. 154
« ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
Début :
ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...]
Mots clefs :
Opéra, Pantomime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON a continué à l'Opera les représentations d'Acis & Galatée précédées des [...] »
0
l'Opera les repréſentations
d'Acis Galatée précédées des
Auguftales. Mlle Romainville , & Mlle
Metz ont alternativement exécuté le rôle
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure..
Cette derniere quitte le Théâtre & ne jouera
point dans Theſée. C'eſt une grande
perte , fur-tout pour les anciens Opera.
Une nouvelle Pantomime exécutée parMlle
André & Mlle Guerardi a terminé agréablement
le Spectacle : on a placé à la fin du
Prologue celle de Mile d'Allemant& du
Signor Pietro Soli , que l'on voit toujours
avec plaiſir .
l'Opera les repréſentations
d'Acis Galatée précédées des
Auguftales. Mlle Romainville , & Mlle
Metz ont alternativement exécuté le rôle
deGalatée en l'absence de Mlle le Maure..
Cette derniere quitte le Théâtre & ne jouera
point dans Theſée. C'eſt une grande
perte , fur-tout pour les anciens Opera.
Une nouvelle Pantomime exécutée parMlle
André & Mlle Guerardi a terminé agréablement
le Spectacle : on a placé à la fin du
Prologue celle de Mile d'Allemant& du
Signor Pietro Soli , que l'on voit toujours
avec plaiſir .
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3072
p. 154-160
« Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...] »
Début :
Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...]
Mots clefs :
Roi, Avocat, M. Argante, Fille, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens François ont toujours continué avec succès les représentations de [...] »
Les Comédiens François ont toujours.
continué avec ſuccès les repréſentations de
Heureux Retour ; les Auteurs de cette PiéNOVEMBRE.
1744. 15.5
ce n'ont point eu deſſein de lui donner la
forme d'une Comédie , leur but étoit d'amener
trois divertiſſemens , & de placer
convenablement pluſieursdétails fur laconvaleſcence
du Roi.On ne peut leur refufer
l'éloge d'avoir ſuivi le précepte d'Horacedans
le choix du fujet , le ſuccès en a été
le prix. Cette piéce n'eſt gueres ſuſceptible
d'une analyſe exacte , ainſi nous nous contenterons
d'en donner une légere idée , &
de rapporter quelques morceaux qui ont le
plus réuffi .
M. Argante , bon Bourgeois , veut fignaler
fon zéle au retour da Roi par une Fête.
Un Officier & un Avocat font amoureux
de ſa fille ; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie
Fête . Au reſte , ces deux Acteurs ne font
pas ſur la Scéne ſeulement pour amener des
divertiſſemens , & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon , c'eſt
le nom de l'Avocat ; voici une des meil
leures , il parle des Médécins.
L'autre ſiècle , la mode
Fut de les ridiculifer .
و Alors apparammentquelque fauſſe méthode
Outeur exterieur pedanteſque , incommode ,,
Donna lieude les mépriſer ;
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré la critique , à nous tromper facile ,
L'Art mérita toujours d'être en foi reſpecté ;
Lorſqu'aux premiers humains le Deſtin irrité
Refufa l'immortalité
IMeur laiſſa du moins cette ſcience utile ,
Qui fait que l'homme , après avoir bien médité ,
Par une conjecture habile ,
De ſa vie entrevoit les cauſes , les refforts ,
Et pour les rétablir va puiſer les tréſors
Qu'offre à ſon docte choix la Nature fertile ,
Cet Art a reçû des Mortels
Tantôt l'exil , & tantôt des Autels ;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeux ſyſtème ,
Mais qu'on ſoit détrompé , puiſque cet Art enfin
A ſervi notre Roi dans ſon péril extrême ,
Il ne reſte plus de problême ,
'Ajamais on dira , c'eſt un Art tout divin.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête . Voici le Vaudeville .
VAUDEVILD E.
Une jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lifette ,
Que j'éprouve ſon dédain ;
Que je perde ſa fleurette ;
L
NOVEMBRE. 1744. 157
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je vois ce que je ſouhaite ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Un jeune Garçon.
Que facile à mes rivaux ,
Liſon pour moi ſoit farouche ,
Ames foupirs , à mes maux
Que fon oreille ſe bouche ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Plus qu'elle mon Roi me touche ,
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une jeune fille.
Que la noce de ma ſoeur
Dans le carnaval ſoit faite ;
Que l'on faffe ſon bonheur ,
Sans fonger à la cadette ,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en ſuis point inquiéte ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Maître d'Ecole.
Que tout mon champ ſoit battu
SS MERCURE DEFRANCE.
Par les vents & par la grêle ;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Ma foi , très-peu je m'en mêle ;
Eh qu'est-ce que ça me fait àmoi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une Vieille.
Bienloinde mes jeunes ans
Je ſens que mon terme arrive ,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la fombre rive ;
Mais qu'est- ce que ça me fait àmoi ,
Pourvû que mon Prince vive ?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets
, & a exigé que pluſieurs fuſſent répétés
, mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du ſecond divertiſſement . II.
a chanté lui-même le refrain , & s'eſt libéralement
applaudi.
Le ſecond divertiſſement , qui eſt celui
que l'Avocat a imaginé , eſt une Entrée de
Bergers & de Bergeres.Une Bergere chante
ce Vaudeville.
NOVEMBRE. 1744. 159
Par nos jeux & par nos chanſons
Témoignons notre allégreſſe ;
LeRoi charmant que nous fervons
Pournous eſt rempli de tendreſſe.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui l'intéreſſe ;
Réuniffons dans le même refrain
Le Roi , la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour eft grandeur ,
Noble orgueil , feu guerrier , vaillance
Chés la Reine tout eſt ardeur
Agrément , bonté , bienveillance ;
Chés le fils tout est ardeur ,
Reſpect & déférence :
Que de raiſons pour célébrer ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
Les jours de ce Roi généreux
Intéreſſent l'Europe entiere ;
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne fi chere;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est néceſſaire ;
Dieux immortels , faites vivre ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
La Fête de l'Officier ne le céde point à
celle de l'Avocat, mais Agathe , c'eſt la fille
60 MERCURE DE FRANCE.
de M. Argante , donne la préférence au
premier ; l'amour de la Patrie dicte ſon
choix , & ne pouvant ſuivre le Roi à la
guerre , je veux du moins , dit- elle ,
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le ſervir.
:
Lucas , Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre raiſon de cette préférence.
Oüi , dit- il ,
Oüi , vive un Officier , ça fait bian plus d'éclat ,
C'eſt plus vif, plus léger, tambour battant ilmene,
Et pis , c'eſt qu'on a tant de peine
A d'venir veur d'un Avocat.
:
Cette Piéce a eu quinze repréſentations;
le rôle de M. Argante étoit rempli par M.
de la Thorilliere ; celui de Liſidor , c'eſt
l'Officier , par M. Roſeli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval ; Aminte, foeur de M. Argante
, par Mlle la Motte ; Agathe, fille de
M. Argante, par Mlle Gauffin ; Lucas, Jardinier
, par M. Paulin ; le Maître d'Ecole ,
par M. Poiffon ; le Carillonneur , par M.
leGrand.
continué avec ſuccès les repréſentations de
Heureux Retour ; les Auteurs de cette PiéNOVEMBRE.
1744. 15.5
ce n'ont point eu deſſein de lui donner la
forme d'une Comédie , leur but étoit d'amener
trois divertiſſemens , & de placer
convenablement pluſieursdétails fur laconvaleſcence
du Roi.On ne peut leur refufer
l'éloge d'avoir ſuivi le précepte d'Horacedans
le choix du fujet , le ſuccès en a été
le prix. Cette piéce n'eſt gueres ſuſceptible
d'une analyſe exacte , ainſi nous nous contenterons
d'en donner une légere idée , &
de rapporter quelques morceaux qui ont le
plus réuffi .
M. Argante , bon Bourgeois , veut fignaler
fon zéle au retour da Roi par une Fête.
Un Officier & un Avocat font amoureux
de ſa fille ; il promet de la donner à
celui des deux qui imaginera la plus jolie
Fête . Au reſte , ces deux Acteurs ne font
pas ſur la Scéne ſeulement pour amener des
divertiſſemens , & l'on a beaucoup applaudi
quelques tirades récitées par Damon , c'eſt
le nom de l'Avocat ; voici une des meil
leures , il parle des Médécins.
L'autre ſiècle , la mode
Fut de les ridiculifer .
و Alors apparammentquelque fauſſe méthode
Outeur exterieur pedanteſque , incommode ,,
Donna lieude les mépriſer ;
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
Mais malgré la critique , à nous tromper facile ,
L'Art mérita toujours d'être en foi reſpecté ;
Lorſqu'aux premiers humains le Deſtin irrité
Refufa l'immortalité
IMeur laiſſa du moins cette ſcience utile ,
Qui fait que l'homme , après avoir bien médité ,
Par une conjecture habile ,
De ſa vie entrevoit les cauſes , les refforts ,
Et pour les rétablir va puiſer les tréſors
Qu'offre à ſon docte choix la Nature fertile ,
Cet Art a reçû des Mortels
Tantôt l'exil , & tantôt des Autels ;
Souvent il n'a paru qu'un hazardeux ſyſtème ,
Mais qu'on ſoit détrompé , puiſque cet Art enfin
A ſervi notre Roi dans ſon péril extrême ,
Il ne reſte plus de problême ,
'Ajamais on dira , c'eſt un Art tout divin.
Les habitans d'Auteuil forment la premiere
Fête . Voici le Vaudeville .
VAUDEVILD E.
Une jeune fille.
Que l'infidele Colin
M'abandonne pour Lifette ,
Que j'éprouve ſon dédain ;
Que je perde ſa fleurette ;
L
NOVEMBRE. 1744. 157
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je vois ce que je ſouhaite ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Un jeune Garçon.
Que facile à mes rivaux ,
Liſon pour moi ſoit farouche ,
Ames foupirs , à mes maux
Que fon oreille ſe bouche ;
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi,
Plus qu'elle mon Roi me touche ,
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une jeune fille.
Que la noce de ma ſoeur
Dans le carnaval ſoit faite ;
Que l'on faffe ſon bonheur ,
Sans fonger à la cadette ,
Eh qu'est-ce que ça me fait à moi ?
Je n'en ſuis point inquiéte ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Maître d'Ecole.
Que tout mon champ ſoit battu
SS MERCURE DEFRANCE.
Par les vents & par la grêle ;
Que l'on trouve la vertu
De notre femme un peu frêle ;
Eh qu'est- ce que ça me fait à moi ,
Ma foi , très-peu je m'en mêle ;
Eh qu'est-ce que ça me fait àmoi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Une Vieille.
Bienloinde mes jeunes ans
Je ſens que mon terme arrive ,
Sans doute dans peu de tems
J'irai voir la fombre rive ;
Mais qu'est- ce que ça me fait àmoi ,
Pourvû que mon Prince vive ?
Mais qu'est-ce que ça me fait à moi ,
Quand je vois notre bon Roi ?
Le Parterre a beaucoup applaudi ces couplets
, & a exigé que pluſieurs fuſſent répétés
, mais il a fait encore plus d'honneur
au Vaudeville du ſecond divertiſſement . II.
a chanté lui-même le refrain , & s'eſt libéralement
applaudi.
Le ſecond divertiſſement , qui eſt celui
que l'Avocat a imaginé , eſt une Entrée de
Bergers & de Bergeres.Une Bergere chante
ce Vaudeville.
NOVEMBRE. 1744. 159
Par nos jeux & par nos chanſons
Témoignons notre allégreſſe ;
LeRoi charmant que nous fervons
Pournous eſt rempli de tendreſſe.
Dans ce beau jour célébrons
Tout ce qui l'intéreſſe ;
Réuniffons dans le même refrain
Le Roi , la Reine & le Dauphin.
Chés notre Roi tour eft grandeur ,
Noble orgueil , feu guerrier , vaillance
Chés la Reine tout eſt ardeur
Agrément , bonté , bienveillance ;
Chés le fils tout est ardeur ,
Reſpect & déférence :
Que de raiſons pour célébrer ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
Les jours de ce Roi généreux
Intéreſſent l'Europe entiere ;
Son fort ne pourroit être heureux
Sans une Compagne fi chere;
Au bonheur de tous les deux
Le fils est néceſſaire ;
Dieux immortels , faites vivre ſans fin
Le Roi , la Reine & le Dauphin !
La Fête de l'Officier ne le céde point à
celle de l'Avocat, mais Agathe , c'eſt la fille
60 MERCURE DE FRANCE.
de M. Argante , donne la préférence au
premier ; l'amour de la Patrie dicte ſon
choix , & ne pouvant ſuivre le Roi à la
guerre , je veux du moins , dit- elle ,
Que la moitié de moi-même
Soit occupée à le ſervir.
:
Lucas , Jardinier de M. Argante, trouve
encore un autre raiſon de cette préférence.
Oüi , dit- il ,
Oüi , vive un Officier , ça fait bian plus d'éclat ,
C'eſt plus vif, plus léger, tambour battant ilmene,
Et pis , c'eſt qu'on a tant de peine
A d'venir veur d'un Avocat.
:
Cette Piéce a eu quinze repréſentations;
le rôle de M. Argante étoit rempli par M.
de la Thorilliere ; celui de Liſidor , c'eſt
l'Officier , par M. Roſeli ; Damon, Avocat,
par M. Grandval ; Aminte, foeur de M. Argante
, par Mlle la Motte ; Agathe, fille de
M. Argante, par Mlle Gauffin ; Lucas, Jardinier
, par M. Paulin ; le Maître d'Ecole ,
par M. Poiffon ; le Carillonneur , par M.
leGrand.
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3073
p. 160-162
« La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
Début :
La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Amour français, Roi, Poète, Musicien, Coraline
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La petite Piéce, intitulée le Génie de la France, s'est soûtenuë avantageusement sur [...] »
La petite Piéce , intitulée le Génie de la
France , s'eſt ſoûtenuë avantageuſement ſur
le Théatre des Italiens ; cette Piéce eſt de la
compoſition de M. Minst, fils , Auteur d'uNOVEMBRE.
1744.
ne autre Piéce fur la Convalefcence du
Roi , repréſentée par les mêmes Comédiens
Ie 17 Septembre dernier ; il n'y a point
d'intrigue noiiée dans celle ci , ce ſont des
divertiſſemens variés & couſus légérement
enſemble. L'Amour François occupe le
Théatre pendant preſque toute la Comédie.
Ce rôle eſt executé avec beaucoup de fineſſe
& d'intelligence par Mlle Aſtrodi , jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût ,
&jouë fortbiendu Violoncelle;ſa ſoeur cadette
eſt auſſi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite .
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie , & M. Rochard y eſt
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Muſicien dans une
Scéne qui est vraiment theatrale. M. Defhayes
, qui le ſeconde bien dans ſes lazzis ,
repréſente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amour François des Vers
qu'il a fraîchement compoſés à la loüange
du Roi. Le Muficien , préſent à cette lecturre,&
entraîné par l'enthouſiaſmede la compoſition
, met les Vers en Muſique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & fingulier donne lieu d'eſperer
beaucoup de l'Auteur , qui eſt encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
de ſes avantages , il a ſçû y placer la brillan162
MERCURE DE FRANCE.
te Coraline , qui y jouë pour la premiere
fois une Scéne entierement Françoiſe , elle
y danſe avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces qu'elle met dans ſon jeu.
La Mufique de cette Piéce eſt fort jolie ,
elle eſt de M. Blaife , accoûtumé à mériter
de pareils éloges ; les rôles de la Piéce font,
Le Génie de la France ,
L'Amour François ,
Carminant , Poëte ,
Arlequin .
Coraline.
Harmonile , Muſicien ,
La Victoire ,
Palés , Déeſſe des Forêts ,
M. Rochard.
Mlle Astrodi.
M.Deshayes.
M. Rochard.
MlleTherese.
Mile Deshayes.
France , s'eſt ſoûtenuë avantageuſement ſur
le Théatre des Italiens ; cette Piéce eſt de la
compoſition de M. Minst, fils , Auteur d'uNOVEMBRE.
1744.
ne autre Piéce fur la Convalefcence du
Roi , repréſentée par les mêmes Comédiens
Ie 17 Septembre dernier ; il n'y a point
d'intrigue noiiée dans celle ci , ce ſont des
divertiſſemens variés & couſus légérement
enſemble. L'Amour François occupe le
Théatre pendant preſque toute la Comédie.
Ce rôle eſt executé avec beaucoup de fineſſe
& d'intelligence par Mlle Aſtrodi , jeune
Actrice qui a dix ans, quichante avec goût ,
&jouë fortbiendu Violoncelle;ſa ſoeur cadette
eſt auſſi applaudie dans un Couplet
unique qu'elle débite .
Il y a autant de chant que de récit dans
cette petite Comédie , & M. Rochard y eſt
fort applaudi & comme Acteur & comme
Chanteur ; il paroît en Muſicien dans une
Scéne qui est vraiment theatrale. M. Defhayes
, qui le ſeconde bien dans ſes lazzis ,
repréſente un Poëte nommé Carminant. Il
vient réciter à l'Amour François des Vers
qu'il a fraîchement compoſés à la loüange
du Roi. Le Muficien , préſent à cette lecturre,&
entraîné par l'enthouſiaſmede la compoſition
, met les Vers en Muſique à mefure
que Carminant les récite. Ce tableau
comique & fingulier donne lieu d'eſperer
beaucoup de l'Auteur , qui eſt encore fort
jeune. Il n'a négligé dans cette Piéce aucun
de ſes avantages , il a ſçû y placer la brillan162
MERCURE DE FRANCE.
te Coraline , qui y jouë pour la premiere
fois une Scéne entierement Françoiſe , elle
y danſe avec beaucoup de légereté & avec
les mêmes graces qu'elle met dans ſon jeu.
La Mufique de cette Piéce eſt fort jolie ,
elle eſt de M. Blaife , accoûtumé à mériter
de pareils éloges ; les rôles de la Piéce font,
Le Génie de la France ,
L'Amour François ,
Carminant , Poëte ,
Arlequin .
Coraline.
Harmonile , Muſicien ,
La Victoire ,
Palés , Déeſſe des Forêts ,
M. Rochard.
Mlle Astrodi.
M.Deshayes.
M. Rochard.
MlleTherese.
Mile Deshayes.
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3074
p. 162
« Le 19 Novembre, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...] »
Début :
Le 19 Novembre, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Cour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 19 Novembre, les Comédiens François représenterent à la Cour la Tragédie [...] »
Le 19 Novembre , les Comédiens François
repréſenterent à la Cour la Tragédie
de Manlius , & la Comédie de l'Etourderie.
Le Mardi 24 , les mêmes Comédiens repréſentérent
l'Andrienne & Crispin bel efprit
, & le Jeudi 26, la Mort de Pompée
& les Précieuses ridicules.
repréſenterent à la Cour la Tragédie
de Manlius , & la Comédie de l'Etourderie.
Le Mardi 24 , les mêmes Comédiens repréſentérent
l'Andrienne & Crispin bel efprit
, & le Jeudi 26, la Mort de Pompée
& les Précieuses ridicules.
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3075
p. 162
« Le 25, les Comédiens Italiens y joüerent l'Esprit Follet, Comédie Italienne, dans [...] »
Début :
Le 25, les Comédiens Italiens y joüerent l'Esprit Follet, Comédie Italienne, dans [...]
Mots clefs :
Comédie-Italienne, Coraline, Majestés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 25, les Comédiens Italiens y joüerent l'Esprit Follet, Comédie Italienne, dans [...] »
Le 25 , les Comédiens Italiens y joüerent
l'Esprit Follet , Comédie Italienne , dans
laquelle Mlle Coraline joüa pour la premiere
fois devant leurs Majestés , qui en
furent très-fatisfaites ,& confirmerent par
leurs fuffrages les applaudiſſemens du Pu
blic.
l'Esprit Follet , Comédie Italienne , dans
laquelle Mlle Coraline joüa pour la premiere
fois devant leurs Majestés , qui en
furent très-fatisfaites ,& confirmerent par
leurs fuffrages les applaudiſſemens du Pu
blic.
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3076
p. 30-38
EXTRAIT d'une Dissertation en forme de Lettre, sur l'effet des Topiques dans les maladies internes, & en particulier sur celui du Sieur Arnoult, écrite par un Médecin de Paris à un Médecin de Province.
Début :
Ceux qui se sont appliqués à l'étude de l'Histoire Naturelle, ont vu dans le [...]
Mots clefs :
Médecin, Effet, Sieur Arnoult, Topiques, Apoplexie, Remèdes, Accidents, Sachet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Dissertation en forme de Lettre, sur l'effet des Topiques dans les maladies internes, & en particulier sur celui du Sieur Arnoult, écrite par un Médecin de Paris à un Médecin de Province.
EXTRAIT d'une Differtation en forme de
Lettre , fur l'effet des Topiques dans les maladies
internes , & en particulier fur celuis
du Sieur Arnoutt , écrite par un Médecin
deParisà un Médecin de Province .
C
Eux qui ſe ſont appliqués à l'étude de
l'Hiſtoire Naturelle , ont vu dans le
cours de leurs recherches tant de Phénoménes
finguliers , & fi peu analogues aux
opérations communes de la Nature , que le
récit de l'expérience la plus extraordinaire
n'excite plus en eux , au lieu d'étonnement ,
que l'envie d'approfondir par un examen fé-
⚫vére la vérité des obſervations qu'on leur
communique. Les autres hommes font moins
traitables à cet égard; avides du merveilleux
quand on ne s'adreſſe qu'à notre imagination
, nous devenons incrédules pour tout
ce qui eft extraordinaire dès qu'on interroge
notre raiſon , les gens peu inſtruits refuſent
de croire ce qu'ils ne comprennent pas , &
cela eſt ſans doute moins embarafſant que
de chercher à l'expliquer , & ils font d'autant
plus affermis dans leur erreur , qu'étant trop
peu inftruits pour difcuter les preuves , il eſt
impoſſible de les convaincre , l'effet des To
DECEMBRE. 1744 . 3 .
piques , leur efficacité , ſoit en bien , foit
en mal , eſt un de ces jeux de la Nature ſi
finguliers , qu'on ajouteroit peu de foi à leur
vertu ſi l'on n'étoit accablé par une foule
depreuves.
L'Auteur de cette Lettre a rafſſemblé un
grand nombre d'expériences , qui font des
témoins autentiques de l'effet des Topiques.
Il ne lui auroit pas été difficile d'en ramaffer
encore un plus grand nombre , mais il
auroit groſſi infructueuſement ſa Lettre , &
il en a dit affez pour perfuader les plus incrédules
. Les garants des faits qu'il rapporte
font de ſçavans Phyficiens , d'habiles Médecins;
M. Boyle le reſtaurateur de la vraie
Phyſique , ordonne pour guérir la crampe ,
de remplir de poudre de racines de Méchoacan
un petit ſachet de damas , & de le
porter pendu au col , enforte qu'il defcende
au creux de l'eſtomac , & qu'il touche
immédiatement à la peau. Diction. Botan .
Pharmaceut.
Cette précaution recommandée de faire
deſcendre le ſachet au creux de l'eſtomac
n'eſt point ſans fondement'; ce vifcere prefque
tout nerveux , a des communications
avec toutes les parties du corps ; les émanations
des remédes pénétrans y parviennent
très- aiſément , & rétabliſſent promptement
la circulation du ſang interrompue dans
Bij
32 MERCURE DE FRANCE,
les défaillances , comme l'application des lis
queurs ſpiritueuſes le prouve évidemment,
fans doute parce que leurs parties volatiles
s'inſinuent dans le fang dont le viſcére eft
arrofé , & rendent aux nerfs la tention qu'ils
avoient perdue.
Le même Boyle, dans ſon Traité De infigni
effluviorum efficacia , donne à tous les
mixtes une atmosphere , dont il prouve l'exiſtence
par beaucoup d'expériences , & notamment
par l'effet des cantharides , qui appliquées
àà des parties éloignées , &méme
tenues dans la main, lui ont caufé de grandes
douleurs dans les conduits urinaires. Les
remédes antihyſteriques , portés ſous le nés ,
ou appliqués ſur le nombril , calment les
accidens vaporeux. On apprend de Bartholin
, que Henri II. ſe préſerva de la peſte ,
en portant au col une coquille d'Aveline
pleine de vif argent .
Quels éloges Vanhelmont n'a-t-il pas donnés
à un autre Amulette contre cette même
maladie ! C'eſt l'Arſenio porté ſur la région
du coeur , ou ſous l'aiſſelle gauche dans un
petit ſachet d'une double étoffe de ſoye. Il
eſt vrai que ſi au ſujet de cet Amulette ,
beaucoup de Naturaliſtes ont été les échos
de Vanhelmont , pluſieurs autres l'ont jugé
dangereux , mais qu'importe cela pour la
queſtion préſente ? les effets bons ou mauDECEMBRE.
1744. 33
vais prouvent également l'efficacité des Topiques.
M. Turner fameux Médecin rapporte
la mort tragique de deux enfans , cauſée par
une ſuperpurgation que produifit un onguent
qu'on leur avoit appliqué fur le nombril , à
deffein de tuer les vers. If croit avec affez
de fondement , que cet onguent eſt celui
qu'on appelle , Arthanila , &on lit en effet
dans Fenel , qu'il purge fortement appliqué
fur le ventre. Cela paroîtra moins étonnant
à ceux qui ſçavent que les Anciens ſe purgeoient
en ſe lavant les pieds dans une décoction
d'Ellebore.
M. Hoffman , premier Médecin du Roi
de Pruffe , & fi eſtimé des Naturaliſtes , a
rapporté que la Confection Hamech , qui
n'eſt pas un purgatif fort violent , adoucie
par le mélange de l'onguent de Guimauve ,
remédie à la conſtipation , étant appliquée
fous les pieds.
Une flanelle trempée dans une décoction
chaude de Menthe , d'Abſynthe , & de quel .
ques Aromates , & appliquée ſur l'eſtomac ,
a guéri des envies de vomir rebelles aux remedes
les plus actifs. Des remedes analogues
font des miracles dans la colique , la
paſſion iliaque , la dyſſenterie. L'Abfynthe
porté ſous les pieds , calme les vomiſſemens
au rapport d'Horftius. M , Turner rapporte
By
34 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a vu une iſchurie opiniâtre céder dan
le moment à une embrocation d'une huile
qui lui eſt inconnue , faite ſur la région de
la veffie , du pubis , & du perinée.
L'Hiſtoire de D. Thomas Taffard , Bénédictin,
eſt l'effet des Topiques le plus fingulier
qu'on ait encore vu ; à l'âge de 29 ans il étoit
déja depuis pluſieurs années devenu d'une
foibleſſe inouie , il étoit tourmenté de convulfions
fréquentes,& ce qu'il ya de remarquable,
il ſe trouvoit plus mal immédiatement après
le repas & le ſommeil. On l'envoya à Bourbon,
mais le foulagement que les eaux lui
apporterent dura peu ; il y alla une feconde
ſaiſon ſans aucun fuccès , & même y
éprouva de nouveaux accidens. On lui conſeilla
de porter une pierre d'Aiman , qu'on
dit bonne contre les convulfions , & on lui
en donna une bonne & bien armée , groſſe
comme un oeuf de pigeon. A peine l'eut-il
dans la main , que ſes convulfions ceſſerent ,
&depuis elles ne font point revenues , quoique
Dom Taflard ait quelquefois été trois
ou quatre jours fans porter ſa pierre d'Aiman.
Le récit de cette finguliere guériſon ſe
trouve dans le Mercure de Juillet 1726.
Dom Nicolas Alexandre , Bénédictin &Auteur
du Dictionnaire Botanique & Pharmaceutique
, conſeilla d'après Ettmuller ce reméde
, auquel il avoit peu de confiance ,
DECEMBRE. 1744. 35
mais qu'il croyoit innocent ; il voulut d'abord
le faire porter ſuſpendu au col, poſé
fur la peau , & tombant fur la foſſette du
coeur , mais il cauſa au malade des inquiétudes
ſi fortes , qu'il fut obligé d'abord de
le mettre par - deſſus ſa chemiſe , puis pardeffus
fa veſte , & enfin par- deſſus ſa robe.
L'Auteur a appris cedétail de D. Alexandre
même.
Après une expérience auſſi bien atteſtée ,
qui peut nier l'efficacité des Topiques , &
quel préjugé avantageux ne doit-on pas fe
former pour celui du Sieur Arnoult , qui ,
de l'aveu de ſes Contradicteurs , ne pou- ..
vant faire de mal , doit par conféquent faire
beaucoup de bien ? En vain objecte - t-on
que le ſpécifique a manqué quelquefois ſon
effet; l'Auteur le juſtifie d'une façon inconteſtable
contre ces imputations calomnieufes
, qui d'ailleurs ne ſuffiroient pas pourdétruire
une foule d'expériences favorables , &
très-bien conſtatées.
M. de Blagnes , & M. Habert , dont on
rapporte la mort pour décrier le ſpécifique ,
n'ont jamais porté le ſachet ; c'eſt ce que
l'Auteur de la Diflertation a vérifié par les
Regiſtres du Sieur Arnoult. M. du Cholet ,
qui le portoit , n'eſt pas mort d'apopléxie ,
mais d'épilepfie , à ce qu'ont décidé Meffieurs
Silva & du Moulin,
Bvj
36 MERCURE DE 1FRANCE.
Enfin on juſtifie le ſieurArnoult à l'égard
du Comte de Froulai d'une façon inconteftable
, en rapportant un Certificat de treis
ce ſes Domeſtiques , qui ne laiſſe aucun
ſcrupule fur cet article. En voici la teneur :
Nous ſouſſignés Guiard , Douillet , &Bizel
, certifions à qui il appartiendra , que moi
Guiard , il y a 40 ans que j'ai l'honneur d'être
attaché à fon E. M. le Comte de Froulai ,
ci-devant Ambassadeur du Roi à Venise ; que
moi Douillet , j'ai le même honneur depuis
30 ans , ainsi que moi Bizel depuis 10 ans ,
que nous ne l'avons point quitté depuis ce tems
jusqu'à sa mort , & que nous avons une parfaite
connoiſſance de deux accidens d'apopléxie
qui lui font arrivés à Venise il y a deux
ans & demi , & qualors il ne faisoit point
d'usage du Sachet du ſieur Arnoult ; que dans
le tems & après ces deux accidens d'apoplexie ,
Son E. M. le Comte de Froulai écrivitàM.
Thieriot , Marchand de drap à Paris , &fon
homme de confiance , qui lui envoya auſſuot
le reméde du ſieur Arnoult , que mondit Seigneur
en a fait usage depuis , & qu'il eſt trèsconftant
que depuis l'uſage qu'il a fait dudit
reméde , il ne lui eſt arrivé aucun accident
d'apopléxie. Nous croyons devoir rendre ce
témoignage en confcience & en honneur , d'antant
plus que le reproche que l'on a fait an
fieur Arnoult dans le Journal des Sçavans ,
DECEMBRE. 1744 .
du mois d'Août 1743 , P. 1529 , par forme
d'Extrait d'une Lettre anonyme , porte préci-
Sément que son E. M. le Comte de Froulai a
eu quatre atteintes d'apoplexie , quoique depuis
la premiére il ait été bien attentifà porter le
Sachet , ce qui est une accusation des ennemis
duſieur Arnoult très -fauffe , & tout àfait contraire
à la vérité. En foi de quoi nous en
donnons la préſente déclaration en notre ame
confcience , & telle que nous la ferions en
Justice , fi nous en étions requis ; le tout pour
Servir & valoir ce que de raiſon . AParis le
17 Mars 1744. Signé Bizel, François Guiard,
&Douillet .
Voilà donc le ſieur Arnoult parfaitement
juſtifié ; mais d'ailleurs combien de fuffrages
reſpectables s'élévent en ſa faveur ! On cite
dans cet Ecrit le feu Cardinal de Polignac,
le Duc de Geſvres , M. Merault , Procureur
Général du Grand Confeil , l'Abbé Franchini
, ci-devant Envoyé de Florence , des
Médecins mêmes , tels que Meſſieurs Garnier
, Médecin de la Faculté de Paris , aujourd'hui
premier Medecin du Roi à la Martinique
, Mauran , Médecin à Bergerac , le
Mercier , Médecin du Roi dans l'Hôpital
d'Huningue.
Les Journaux ont été remplis juſqu'à préfent
d'une multitude de Certificats , par lefquels
il étoit atteſté que de gens attaqués d'a
38 MERCURE DE FRANCE.
poplexie avant que de porter le ſachet , n'a
voient éprouvé ancun accident depuis qu'ils
en faifoient uſage. On cite encore ici pluſieurs
témoignages qui n'ont pas encore été
rendus publics , & qui font de la même natureque
les premiers.
L'Approbateur , qui eſt un Médecin , dé
clare qu'on lui a communiqué les Originaux
de toutes ces Piéces. Il faut donc ſe rendre
à ces preuves , ou ſe déclarer Phyrronien in
corrigible.
Lettre , fur l'effet des Topiques dans les maladies
internes , & en particulier fur celuis
du Sieur Arnoutt , écrite par un Médecin
deParisà un Médecin de Province .
C
Eux qui ſe ſont appliqués à l'étude de
l'Hiſtoire Naturelle , ont vu dans le
cours de leurs recherches tant de Phénoménes
finguliers , & fi peu analogues aux
opérations communes de la Nature , que le
récit de l'expérience la plus extraordinaire
n'excite plus en eux , au lieu d'étonnement ,
que l'envie d'approfondir par un examen fé-
⚫vére la vérité des obſervations qu'on leur
communique. Les autres hommes font moins
traitables à cet égard; avides du merveilleux
quand on ne s'adreſſe qu'à notre imagination
, nous devenons incrédules pour tout
ce qui eft extraordinaire dès qu'on interroge
notre raiſon , les gens peu inſtruits refuſent
de croire ce qu'ils ne comprennent pas , &
cela eſt ſans doute moins embarafſant que
de chercher à l'expliquer , & ils font d'autant
plus affermis dans leur erreur , qu'étant trop
peu inftruits pour difcuter les preuves , il eſt
impoſſible de les convaincre , l'effet des To
DECEMBRE. 1744 . 3 .
piques , leur efficacité , ſoit en bien , foit
en mal , eſt un de ces jeux de la Nature ſi
finguliers , qu'on ajouteroit peu de foi à leur
vertu ſi l'on n'étoit accablé par une foule
depreuves.
L'Auteur de cette Lettre a rafſſemblé un
grand nombre d'expériences , qui font des
témoins autentiques de l'effet des Topiques.
Il ne lui auroit pas été difficile d'en ramaffer
encore un plus grand nombre , mais il
auroit groſſi infructueuſement ſa Lettre , &
il en a dit affez pour perfuader les plus incrédules
. Les garants des faits qu'il rapporte
font de ſçavans Phyficiens , d'habiles Médecins;
M. Boyle le reſtaurateur de la vraie
Phyſique , ordonne pour guérir la crampe ,
de remplir de poudre de racines de Méchoacan
un petit ſachet de damas , & de le
porter pendu au col , enforte qu'il defcende
au creux de l'eſtomac , & qu'il touche
immédiatement à la peau. Diction. Botan .
Pharmaceut.
Cette précaution recommandée de faire
deſcendre le ſachet au creux de l'eſtomac
n'eſt point ſans fondement'; ce vifcere prefque
tout nerveux , a des communications
avec toutes les parties du corps ; les émanations
des remédes pénétrans y parviennent
très- aiſément , & rétabliſſent promptement
la circulation du ſang interrompue dans
Bij
32 MERCURE DE FRANCE,
les défaillances , comme l'application des lis
queurs ſpiritueuſes le prouve évidemment,
fans doute parce que leurs parties volatiles
s'inſinuent dans le fang dont le viſcére eft
arrofé , & rendent aux nerfs la tention qu'ils
avoient perdue.
Le même Boyle, dans ſon Traité De infigni
effluviorum efficacia , donne à tous les
mixtes une atmosphere , dont il prouve l'exiſtence
par beaucoup d'expériences , & notamment
par l'effet des cantharides , qui appliquées
àà des parties éloignées , &méme
tenues dans la main, lui ont caufé de grandes
douleurs dans les conduits urinaires. Les
remédes antihyſteriques , portés ſous le nés ,
ou appliqués ſur le nombril , calment les
accidens vaporeux. On apprend de Bartholin
, que Henri II. ſe préſerva de la peſte ,
en portant au col une coquille d'Aveline
pleine de vif argent .
Quels éloges Vanhelmont n'a-t-il pas donnés
à un autre Amulette contre cette même
maladie ! C'eſt l'Arſenio porté ſur la région
du coeur , ou ſous l'aiſſelle gauche dans un
petit ſachet d'une double étoffe de ſoye. Il
eſt vrai que ſi au ſujet de cet Amulette ,
beaucoup de Naturaliſtes ont été les échos
de Vanhelmont , pluſieurs autres l'ont jugé
dangereux , mais qu'importe cela pour la
queſtion préſente ? les effets bons ou mauDECEMBRE.
1744. 33
vais prouvent également l'efficacité des Topiques.
M. Turner fameux Médecin rapporte
la mort tragique de deux enfans , cauſée par
une ſuperpurgation que produifit un onguent
qu'on leur avoit appliqué fur le nombril , à
deffein de tuer les vers. If croit avec affez
de fondement , que cet onguent eſt celui
qu'on appelle , Arthanila , &on lit en effet
dans Fenel , qu'il purge fortement appliqué
fur le ventre. Cela paroîtra moins étonnant
à ceux qui ſçavent que les Anciens ſe purgeoient
en ſe lavant les pieds dans une décoction
d'Ellebore.
M. Hoffman , premier Médecin du Roi
de Pruffe , & fi eſtimé des Naturaliſtes , a
rapporté que la Confection Hamech , qui
n'eſt pas un purgatif fort violent , adoucie
par le mélange de l'onguent de Guimauve ,
remédie à la conſtipation , étant appliquée
fous les pieds.
Une flanelle trempée dans une décoction
chaude de Menthe , d'Abſynthe , & de quel .
ques Aromates , & appliquée ſur l'eſtomac ,
a guéri des envies de vomir rebelles aux remedes
les plus actifs. Des remedes analogues
font des miracles dans la colique , la
paſſion iliaque , la dyſſenterie. L'Abfynthe
porté ſous les pieds , calme les vomiſſemens
au rapport d'Horftius. M , Turner rapporte
By
34 MERCURE DE FRANCE.
qu'il a vu une iſchurie opiniâtre céder dan
le moment à une embrocation d'une huile
qui lui eſt inconnue , faite ſur la région de
la veffie , du pubis , & du perinée.
L'Hiſtoire de D. Thomas Taffard , Bénédictin,
eſt l'effet des Topiques le plus fingulier
qu'on ait encore vu ; à l'âge de 29 ans il étoit
déja depuis pluſieurs années devenu d'une
foibleſſe inouie , il étoit tourmenté de convulfions
fréquentes,& ce qu'il ya de remarquable,
il ſe trouvoit plus mal immédiatement après
le repas & le ſommeil. On l'envoya à Bourbon,
mais le foulagement que les eaux lui
apporterent dura peu ; il y alla une feconde
ſaiſon ſans aucun fuccès , & même y
éprouva de nouveaux accidens. On lui conſeilla
de porter une pierre d'Aiman , qu'on
dit bonne contre les convulfions , & on lui
en donna une bonne & bien armée , groſſe
comme un oeuf de pigeon. A peine l'eut-il
dans la main , que ſes convulfions ceſſerent ,
&depuis elles ne font point revenues , quoique
Dom Taflard ait quelquefois été trois
ou quatre jours fans porter ſa pierre d'Aiman.
Le récit de cette finguliere guériſon ſe
trouve dans le Mercure de Juillet 1726.
Dom Nicolas Alexandre , Bénédictin &Auteur
du Dictionnaire Botanique & Pharmaceutique
, conſeilla d'après Ettmuller ce reméde
, auquel il avoit peu de confiance ,
DECEMBRE. 1744. 35
mais qu'il croyoit innocent ; il voulut d'abord
le faire porter ſuſpendu au col, poſé
fur la peau , & tombant fur la foſſette du
coeur , mais il cauſa au malade des inquiétudes
ſi fortes , qu'il fut obligé d'abord de
le mettre par - deſſus ſa chemiſe , puis pardeffus
fa veſte , & enfin par- deſſus ſa robe.
L'Auteur a appris cedétail de D. Alexandre
même.
Après une expérience auſſi bien atteſtée ,
qui peut nier l'efficacité des Topiques , &
quel préjugé avantageux ne doit-on pas fe
former pour celui du Sieur Arnoult , qui ,
de l'aveu de ſes Contradicteurs , ne pou- ..
vant faire de mal , doit par conféquent faire
beaucoup de bien ? En vain objecte - t-on
que le ſpécifique a manqué quelquefois ſon
effet; l'Auteur le juſtifie d'une façon inconteſtable
contre ces imputations calomnieufes
, qui d'ailleurs ne ſuffiroient pas pourdétruire
une foule d'expériences favorables , &
très-bien conſtatées.
M. de Blagnes , & M. Habert , dont on
rapporte la mort pour décrier le ſpécifique ,
n'ont jamais porté le ſachet ; c'eſt ce que
l'Auteur de la Diflertation a vérifié par les
Regiſtres du Sieur Arnoult. M. du Cholet ,
qui le portoit , n'eſt pas mort d'apopléxie ,
mais d'épilepfie , à ce qu'ont décidé Meffieurs
Silva & du Moulin,
Bvj
36 MERCURE DE 1FRANCE.
Enfin on juſtifie le ſieurArnoult à l'égard
du Comte de Froulai d'une façon inconteftable
, en rapportant un Certificat de treis
ce ſes Domeſtiques , qui ne laiſſe aucun
ſcrupule fur cet article. En voici la teneur :
Nous ſouſſignés Guiard , Douillet , &Bizel
, certifions à qui il appartiendra , que moi
Guiard , il y a 40 ans que j'ai l'honneur d'être
attaché à fon E. M. le Comte de Froulai ,
ci-devant Ambassadeur du Roi à Venise ; que
moi Douillet , j'ai le même honneur depuis
30 ans , ainsi que moi Bizel depuis 10 ans ,
que nous ne l'avons point quitté depuis ce tems
jusqu'à sa mort , & que nous avons une parfaite
connoiſſance de deux accidens d'apopléxie
qui lui font arrivés à Venise il y a deux
ans & demi , & qualors il ne faisoit point
d'usage du Sachet du ſieur Arnoult ; que dans
le tems & après ces deux accidens d'apoplexie ,
Son E. M. le Comte de Froulai écrivitàM.
Thieriot , Marchand de drap à Paris , &fon
homme de confiance , qui lui envoya auſſuot
le reméde du ſieur Arnoult , que mondit Seigneur
en a fait usage depuis , & qu'il eſt trèsconftant
que depuis l'uſage qu'il a fait dudit
reméde , il ne lui eſt arrivé aucun accident
d'apopléxie. Nous croyons devoir rendre ce
témoignage en confcience & en honneur , d'antant
plus que le reproche que l'on a fait an
fieur Arnoult dans le Journal des Sçavans ,
DECEMBRE. 1744 .
du mois d'Août 1743 , P. 1529 , par forme
d'Extrait d'une Lettre anonyme , porte préci-
Sément que son E. M. le Comte de Froulai a
eu quatre atteintes d'apoplexie , quoique depuis
la premiére il ait été bien attentifà porter le
Sachet , ce qui est une accusation des ennemis
duſieur Arnoult très -fauffe , & tout àfait contraire
à la vérité. En foi de quoi nous en
donnons la préſente déclaration en notre ame
confcience , & telle que nous la ferions en
Justice , fi nous en étions requis ; le tout pour
Servir & valoir ce que de raiſon . AParis le
17 Mars 1744. Signé Bizel, François Guiard,
&Douillet .
Voilà donc le ſieur Arnoult parfaitement
juſtifié ; mais d'ailleurs combien de fuffrages
reſpectables s'élévent en ſa faveur ! On cite
dans cet Ecrit le feu Cardinal de Polignac,
le Duc de Geſvres , M. Merault , Procureur
Général du Grand Confeil , l'Abbé Franchini
, ci-devant Envoyé de Florence , des
Médecins mêmes , tels que Meſſieurs Garnier
, Médecin de la Faculté de Paris , aujourd'hui
premier Medecin du Roi à la Martinique
, Mauran , Médecin à Bergerac , le
Mercier , Médecin du Roi dans l'Hôpital
d'Huningue.
Les Journaux ont été remplis juſqu'à préfent
d'une multitude de Certificats , par lefquels
il étoit atteſté que de gens attaqués d'a
38 MERCURE DE FRANCE.
poplexie avant que de porter le ſachet , n'a
voient éprouvé ancun accident depuis qu'ils
en faifoient uſage. On cite encore ici pluſieurs
témoignages qui n'ont pas encore été
rendus publics , & qui font de la même natureque
les premiers.
L'Approbateur , qui eſt un Médecin , dé
clare qu'on lui a communiqué les Originaux
de toutes ces Piéces. Il faut donc ſe rendre
à ces preuves , ou ſe déclarer Phyrronien in
corrigible.
Fermer
3077
p. 39-50
DISCOURS sur l'utilité des fluides.
Début :
LES Atomes d'Epicure, les parties rameuses, angulaires, ou les globules des Cartésiens [...]
Mots clefs :
Eau, Air, Corps, Fluide, Fluidité, Parties, Mouvement, Fluides, Ballons, Animaux, Poids, Terre, Force, Action, Pores
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur l'utilité des fluides.
DISCOURS fur l'utilité des fluides. "
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
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3078
p. 53-54
A Monsieur DE LA BRUERE, chargé du Mercure de France.
Début :
Ayant sçu, Monsieur, que le Mercure est entre vos mains, tous les Gens de [...]
Mots clefs :
Lettres, Public, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Monsieur DE LA BRUERE, chargé du Mercure de France.
A Monsieur DE LA BRUERE , chargé
du Mercure de France.
A
Yant ſçu , Monfieur , que le Mercure
eſt entre vos mains , tous les Gens de
Lettres ont conçu la juſte eſperance qu'un
eſprit qui ſçait fi bien faire , ſçauroit toujours
bien choiſir , & que le Mercure feroit
un des meilleurs Journaux de l'Europe. Nous
nous flattons tous , Monfieur , que nous n'y
trouverons que des choſes dignes du public
éclairé , & plus il y en aura de vous , plus
le Public fera content. Nous ſeron délivrés
de cette foule de vers indignes de l'impreſfion
, de ces puérilités qui entretiennent le
mauvais gout des Provinces , de ces extraits
infideles des Pieces de Théatre , dans lefquels
on traitoit également l'ouvrage détef
table qui avoit été fiflé , & le bon qui avoit
eu un juſte ſuccès .
C'eſt dans cette confiance que j'ai l'honneur
de vous envoyer , Monfieur , l'Ouvrage
ci - joint qui fut compoſé ſous mes
yeux il y a deux ans par un jeune homme
qui donnoit les plus grandes eſpérances ; il
étoit plein de la lecture des Ouvrages de
M. de Voltaire. Vous vous apercevrez aifé-
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
ment qu'il aprochoit de fon modele. Je ne
ſçai ſi je me trompe , mais il me ſemble que
depuis la fondation des Prix , il n'y a jamais
eu de meilleure Piece que celle que je vous
envoye . C'eſt aux Connoiffeurs comme
vous à enjuger. Je me contente de rendre
au Public le ſervice de publier cet Ouvrage
, & de payer ce tribut à la mémoire du
jeune Auteur qui eft mort il y a quelques
mois. C'eſt une perte bien déplorable pour
les Lettres dans ce tems d'indigence , ou
plutôt d'abondance ſtérile où nous ſommes.
Il avoit commencé une Tragédie écrite
auſſi-bien que la petite Piece que je vous
envoye. Ses vers étoient pleins de génie &
corrects. Ce n'étoit pas une bonne tirade
ſuivie d'une mauvaiſe , une penſée fauſſe à
côté d'une vérité , un foleſciſme auprès d'un
bon vers , des choſes triviales en rimes de
recherche. Mais , Monfieur vous fentirez
mieux que moi le prix de ſon ſtile prix
bien rare , & bien rarement eſtimé ce qu'il
vaut. Il me fuffit de vous donner ce témoignage
de mon eſtime , & de mon ardeur
pour les Lettres.
Je ſuis,
A Strabourg ce premier
Décembre 1744..
du Mercure de France.
A
Yant ſçu , Monfieur , que le Mercure
eſt entre vos mains , tous les Gens de
Lettres ont conçu la juſte eſperance qu'un
eſprit qui ſçait fi bien faire , ſçauroit toujours
bien choiſir , & que le Mercure feroit
un des meilleurs Journaux de l'Europe. Nous
nous flattons tous , Monfieur , que nous n'y
trouverons que des choſes dignes du public
éclairé , & plus il y en aura de vous , plus
le Public fera content. Nous ſeron délivrés
de cette foule de vers indignes de l'impreſfion
, de ces puérilités qui entretiennent le
mauvais gout des Provinces , de ces extraits
infideles des Pieces de Théatre , dans lefquels
on traitoit également l'ouvrage détef
table qui avoit été fiflé , & le bon qui avoit
eu un juſte ſuccès .
C'eſt dans cette confiance que j'ai l'honneur
de vous envoyer , Monfieur , l'Ouvrage
ci - joint qui fut compoſé ſous mes
yeux il y a deux ans par un jeune homme
qui donnoit les plus grandes eſpérances ; il
étoit plein de la lecture des Ouvrages de
M. de Voltaire. Vous vous apercevrez aifé-
C iij
34 MERCURE DE FRANCE.
ment qu'il aprochoit de fon modele. Je ne
ſçai ſi je me trompe , mais il me ſemble que
depuis la fondation des Prix , il n'y a jamais
eu de meilleure Piece que celle que je vous
envoye . C'eſt aux Connoiffeurs comme
vous à enjuger. Je me contente de rendre
au Public le ſervice de publier cet Ouvrage
, & de payer ce tribut à la mémoire du
jeune Auteur qui eft mort il y a quelques
mois. C'eſt une perte bien déplorable pour
les Lettres dans ce tems d'indigence , ou
plutôt d'abondance ſtérile où nous ſommes.
Il avoit commencé une Tragédie écrite
auſſi-bien que la petite Piece que je vous
envoye. Ses vers étoient pleins de génie &
corrects. Ce n'étoit pas une bonne tirade
ſuivie d'une mauvaiſe , une penſée fauſſe à
côté d'une vérité , un foleſciſme auprès d'un
bon vers , des choſes triviales en rimes de
recherche. Mais , Monfieur vous fentirez
mieux que moi le prix de ſon ſtile prix
bien rare , & bien rarement eſtimé ce qu'il
vaut. Il me fuffit de vous donner ce témoignage
de mon eſtime , & de mon ardeur
pour les Lettres.
Je ſuis,
A Strabourg ce premier
Décembre 1744..
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3079
p. 60-86
SEANCE publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres le 13 Novembre 1744.
Début :
Nous avons promis de rendre compte à nos Lecteurs de la séance publique [...]
Mots clefs :
Anciens, Villes, Modernes, Peuple, Peuples, Nicolas Fréret, Terre, Charles d'Orléans de Rothelin, Hommes, Mouvement, Gaules, Gaule, Découvertes, Romains, Éloge, Histoire, Religion, Planètes, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE publique de l'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres le 13 Novembre 1744.
SE'AN CE publique de l'Académie Royale
des Inscriptions & Belles-Lettres le 13
Novembre 1744.
N
Ous avons promis de rendre compte
à nos Lecteurs de la féance publique
de l'Académie des Belles - Lettres du 13.
Novembre dernier. M. Freret Sécretaire
perpétuel de cette Académie lut d'abord
l'Eloge de M. l'Abbé de Rothelin , Académicien
honoraire de l'Académie des Belles-
Lettres, mort le 17 Juillet 1744 .
Nous allons en donner ici l'extrait.
au
CHARLES D'ORLEANS DE ROTHELIN
né à Paris le 5 Août 169 1 étoit le ſixiéme
des enfans de Henri d'Orléans Marquis de
Rothelin , tué le 18 Septembre ſuivant
combat de Leuze à la tête des Gendarmes,
& de Gabrielle - Eléonore de Montaut de
Navailles , ſeconde fille du Maréchal Duc
de Navailles mort dès l'année 1684,
Il ſe trouva dans une eſpece d'indépendance
à l'âge de 9 ans , ayant perdu fucceffivement
dans l'eſpace de deux années la
Marquiſe de Rothelin ſa mere & la Maréchale
de Navailles fon ayeule. Mais une foeur
DECEMBRE. 1744. 6
plus âgée que lui de 14 ans & reſpectable
dès-lors par fon mérite & ſa vertu lui tint
lieu de mere, & le jeune Abbé de Rothelin ,
né avec les plus heureuſes diſpoſitions pour
le coeur comme pour l'eſprit , ſe ſoumit
avec une joye pleine de reconnoiſſance à fon
autorité.
Il fut mis très-jeune en penfion auCollege
d'Harcourt. L'Auteur de l'Eloge fans
s'arrêter au détail de ſes premieres étudesqu'il
fit avec un ſuccès brillant , infifta particulierement
ſur la généroſité remarquable
avec laquelle n'ayant encore que 13 ans
1& cadet d'une Famille nombreuſe , il ſe
chargea ſecrettement de la ſubſiſtance d'un
Précepteur , homme de mérite , que des.
infirmités fâcheuſes avoient obligé d'ôter
d'auprès de lui. Il rendit compte enſuite de
ſes progrès rapides dans l'Etude de laThéologie
à laquelle il ſe livra tout entier , parce
qu'il regardoit cette Etude comme un devoir
* de fon état , & que quelque jeune qu'il ait
été , tout ce qui ſe préſenta à ſes yeux ſous la
forme de devoir fut toujours ſacré pour lui.
Il n'eſt pas poſſible de rappeller ici le
détail intéreſſant dans lequel eſt entré M.
Freret, ſur les ſervices importans que M.
l'Abbé de Rothelin rendit en 1717 à fa
Famille dont il fut l'arbitre dans des affaires
d'une longue & pénible diſcuſſion,fur fon
62 MERCURE DE FRANCE.
voyage & ſon ſéjour en Italie où il puiſa la
connoiffance & legout des Médailles , ſur le
magnifique Cabinet qu'il en forma en aflés
peu de tems , ſur les différentes ſuites qui
compoſent cette riche collection , l'une des
plus belles de l'Europe de l'aveu des Connoiffeurs
, enfin ſur la Bibliotheque qu'il
laiſſe , Bibliotheque nombreuſe formée
avec un gout infini , digne en un mot de
la réputation dont elle jouit , & qui eft
l'aſſemblage non ſeulement des meilleurs
Livres en tout genre , mais encore des plus
rares & des plus finguliers.
Après ces détails circonstanciés , M. Freret
rendit un compte exact de tout le travail
que M. l'Abbé de Rothelin avoit ertrepris
pour mettre le Poëme de l'Anti- Lucrece en
état de paroître. M. le Cardinal de Polignac
avec lequel il étoit lié depuis longtems
par l'amitié la plus intime , le lui avoit
remis en mourant , en lui laiſſant la liberté
de le donner au Public , ou de le ſupprimer.
Arbitre du fort de cet important Ouvrage
, il ne négligea rien pour répondre à
la confiance de ſon Auteur , & s'étant afſuré
par un grand nombre de lectures réfléchies ,
faites avec tous ceux qu'il a cru capables
d'en juger , qu'il méritoit d'être publié , il a
peu de tems avant ſa mort remis le manufcrit
dans l'état où il doit paroître , à un
DECEMBRE. 1744.. 63
homme de mérite qui s'eſt chargé du ſoin
de l'Edition . M. l'Abbé de Rothelin en avoir
commencé la Traduction , mais ſa ſanté ne
lui permettant pas de continuer ce travail ,
il s'eft borné au premier Livre , & a chargé
du reſte un jeune homme qu'il aimoit , &
dont le caractére & les talens méritoient:
cette marque de ſa confiance. La Tiaduction
faite fous ſes yeux ſera en état deparoî--
tre avec le Texte Latin.
* •Il eſt peu d'Auteurs que l'amour de leurs
productions eût pu foutenir dans un travail
auffi long , auſſi fatiguant , & méme auſſi
déſagréable que celui auquel M. l'Abbé de
Rothelin s'étoit engagé pour l'Ouvrage d'un
Ami mort. Auffi étoit-il animé par un motifbien
plus noble , dont on a cru devoir
rendre compte.
つか
» Les premiers momens de la perte d'un
Ami , difoit - il , ne font pas ceux où cette
>> perte eſt plus douloureuſe : on s'empreſſe.
alors de la partager avec nous , on mêle
ſes regrets avec les nôtres. Notre Ami
vit encore dans le ſouvenir de ceux qui
> nous en parlent , mais quand le tems a ef-
৩১
دد
သ
১১ facé fon nom de la mémoire des autres
>> hommes , quand on ne nous en parle plus ,
>> quand il ne vit plus que dans notre coeur,
22 c'eſt alors que nous reſſentons toute l'é-
5. tendue de notre perte. Le ſeul moyen
64 MERCURE DE FRANCE.
১১
ॐ
d'en adoucir l'amertume , ajoutoit- il,
c'eſt de faire revivre notre Ami dans la
mémoire des hommes , c'eſt de les forcer
>> en quelque ſorte de s'en occuper. L'eſpérancé
de rendre ce ſervice au Cardinal de
Polignac avoit foutenu M. l'Abbé de Rothelin.
Une délicateſſe de ſentimens ſi rare fufiroit
pour donner une idée de ſon caractére
; caractére aimable que l'Auteur de l'Eloge
s'eſt attaché principalement à développer ,
&dont il a réuni tous les traits dans un tableau
qui le peint au naturel. Il le repréſente
plein de ſenſibilité pour ſes Amis , extrêmement
attentif à remplir juſqu'aux moindres
devoirs de l'amitié , mais n'exigeant rien
d'eux , & recevant les témoignages de leur
attachement&de leur reconnoiffance , comme
un préſent de leur part. On le voit annonçant
ce qu'il étoit par un air de dignité
&'de décence répandu ſur toute ſa perfonne
, mais qu'une noble ſimplicité rendoit infiniment
aimable. Plein de douceur , mais fans
foibleſſe ; toujours vrai& même très-ferme,
lorſque la raifon , la vertu ou la fidélité à
fes Amis demandoient qu'il le fut : naturellement
ſérieux , mais portant dans le commerce
ordinaire une gayeté douce qui ſe
faiſoit ſentir dans ſes converſations les plus
folides . Enfin un dernier trait qui achevé de
DECEMBRE. 1744. 65
2
le caractériſer , & qui donne un prix réel à
ſes autres qualités , c'étoit un attachement
fincére pour ſa Religion. Une ame comme
la fienne , dont la vertu & la raiſon avoient
toujours réglé tous les mouvemens , étoit
faite , ſuivant la remarque de l'Auteur de l'Eloge
, pour être une ame religieuſe. Lorſque
l'occaſion de défendre la vérité de la Religion
ſe préſentoit , il le faifoit toujours avec
force , mais ſans que la vivacité de ſa
perfuafion altérât jamais la douceur de fon
caractére , il croyoit que c'eût été rendre un
mauvais ſervice à la vérité , que d'employer
pour la défendre le langage de la paffion.
Sa poitrine qui avoit toujours été très-délicate
, fut abfolument attaquée au commencement
de cette année : il prévit des premiers
les ſuites inévitables de ſa maladie :
mais dans le tems même qu'il étoit le plus
occupé des penſées que doit inſpirer la vue
d'une fin prochaine , il cherchoit encore à
épargner cette idée à ſes Amis , & à une Famille
à qui il étoit infiniment cher. Dans ces
fortes de maladies l'ame conferve juſqu'au
dernier moment toute fon activité. Rien ne
la diſtrait du ſpectacle d'une mort qui s'approche
à chaque inftant , & qui s'empare de
nous en détail . C'eſt alors que la patience
devient d'un uſage bien difficile , ſurtout cette
patience continue , tranquille , ſans appareil
& même sans effort, telle qu'a été celle de
M.l'Abbé de Rothelin pour qui l'expression
de posséder son ame en paix sembloit avoc
été faite suivant la reflexion de M. Freret:
M. l'Abbé de Rothelin est mort dans loI
sentimens de Religion dont il avoit toujours
été pénétré. Il conferva jusqu'au dernier info
tant l'usage de sa raison, & dit le dernie
adieu à chacun de ses Amis en particulier!
avec la même fermeté que s'il s'en sut sépar
pour un voyage.
Cet éloge
fut
suivi d'un Mémoir e lu pa.
M. Freret fous lé titre d'Observations Géné
raies sur l'étude de l'ancienne Philosophie.
Une reflexion générale commença ce Mê
moire & annonça le but de l'Auteur.
remarqua que dans le cours des disputes qui
la comparaison des Anciens & des Moden
nes fit naître vers la fin du siécle passé
,
le,
Partisans de l'Antiquité épris du mérite de
Anciens en Poësie & en Eloquence, parCl:
que ce genre de mérite étoit le seul qu'iH
fussent en état de bien sentir, les considés,
t
rerent uniquement commePoëtes ou commu
Orateurs, jamais comme Philosophes; qui
ce silence de leur part sur un point decettéimportance,
a été regardé comme un aveu
formel de la supériorité des Modernes dans
les matieres Philosophiques, & que c'est ;
cette cause qu'il faut principalement attri
.1.
uer le peu de cas que l'on fait aujourd'hui
b la Philosophie ancienne.
M. Freret entreprenoit de prouver comien
ce mépris qu'affectent la plûpart de
eux qui s'appliquent aux sciences exactes,
fl mal fondé; il le fit d'abord par une Obrvation
fort simple. Il leur demanda si ce
'est pas aux Anciens qu'ils doivent les Elemens
de ces Sciences, Elémens nécessaiès
& d'un usage indispensable; s'ils connoisent
dans la Géométrie, dans la Dialeéctilue,
dans l'Astronomie d'autre route que.
celle qui leur a été frayée par les Anciens.
A remarque que ces Elemens qui ne font autre
chose que les vérités primitives, les Principes
fondamentaux de nos connoissances,
ont été le résultat d'une longue fuite d'Observations
& de découvertes, fruit pénible
de Combinaisonsdifficiles, de Méditations
profondes & refléchies, dont des hommes
d'un génie supérieur étoient seuls capables.
D'où il fuit que si nous avons tiré de ces
Principes des conséquences inconnues à ceux
qui nous ont précédé, nous ne sommes pas
en droit de les mépriser, que nous devons
au contraire désirer de nous instruire du
chemin qui les a conduits à de pareilles
connoissances
,
étudeintéressante qui non
feulement apprendroit l'Histoire la plus inftruétive
& la plus agréable de toutes
68 MERCURE DE FRANCE .
celle de l'eſprit humain , mais qui pouroit
occafionner d'utiles découvertes. C'eſt ce
que M. Freret prouva par un exemple célebre
, par celui du ſçavant M. Halley qui
nous apprend lui-méme par un Mémoire
imprimé en 1691 , que c'eſt dans ce que
rapportent Geminus , Pline , Ptolemée , &
même Suidas , des propriétés attribuées par
les Chaldéens à leurs Sares Astronomiques
ou Périodes de 223. lunaiſons qu'il avoit
puiſé l'importante vuë à laquelle l'Aſtronomie
& la Navigation ſont redevables de
ſon travail , pour déterminer le mouvement
de la Lune. Combien de ſemblables découvertes
ne produiroit pas l'Hiſtoire des anciennes
opinions Philofophiques , étudiée
par des hommes du mérite de M. Halley !
C'eſt la conclufion que tira M. Freret , &
que tous ſes Lecteurs tireront avec lui. Il
ajoûte qu'à meſure que l'Hiſtoire naturelle
s'eſt perfectionnée , on a reconnu la vérité
de pluſieurs faits avancés par les Anciens &
traités de fables par les Modernes. Le hazard
ſeul a occaſionné la plupart de ces découvertes.
Un examen attentif qui ſçauroit
mettre à profit les fautes mêmes & les mépriſes
des Anciens , ne rendroit-il pas ces
hazards plns fréquents ? La découverte des
Satellites des Planettes , celle de cet amas
de petites Etoiles qui compoſent la voie
DECEMBRE هو 1744
lactée , font dûs au Teleſcope , préſent du
hazard , perfectionné par l'illuſtre Galilée .
Les Anciens privés de ce ſecours ne pouvoient
deviner les Satellites , mais ils ont
ſoupçonné l'exiſtence des Cometes ; la raiſon
que donnoient les Pythagoriciens de l'apparence
lumineuſe qui les accompagne ne
deshonoreroit pas la Phyſique Moderne ;
pour la voie lactée , le raiſonnement ſeul les
avoit convaincu de ce que le Teleſcope nous
a fait voir ; l'Iſochroniſme eſt une propriété
des vibrations du Pendule dont Galilée &
Riccioli ont les premiers fait uſage parmi les
Modernes , mais les Aſtronomes Arabes la
connoiffoient & l'appliquoient aux Obfervations
Aſtronomiques. Si on ne fit pas alors
ſervir cette découverte aux uſages ordinaires
de la vie , ce fût le défaut d'un certain concours
de circonstances , ſans la réunion defquelles
elle feroit une ſeconde- fois retombée
dans l'oubli dont on l'a préſervée en la faiſant
entrer dans la conſtruction des Horloges.
De tous ces exemples & d'une infinité
d'autres qu'une plus grande familiarité avec
les Anciens nous offriroit , l'Auteur conclud
qu'un grand nombre de découvertes Modernes
& de Siſtemes nouveaux ne ſont au
fond que des opinions anciennes , abandonnées
peut- être & repriſes déja pluſieurs fois ,
& qui ſe ſont préſentées de nouveau à des
70 MERCURE DE FRANCE
hommes qui s'en croyant les Auteurs , ont
mis tout en oeuvre pour les faire valoir. Telle
eſt entre autres le ſyſteme Neutonien qui
dépouillé de l'appareil de ſes calculs , ſe réduit
à celui d'Empédocle : les deux forces
en équilibre à l'action oppoſée deſquelles cet
ancien Philoſophe attribuoit la formation de
l'Univers ,& qu'il défignoit poëtiquement par
les termes figurés d'Amour & de Diſcorde ,
ne font autre choſe que l'attraction Neutoniene
, & le mouvement de tranflation . М.
Freret convient que la ſuite des tems & des
hazards heureux mis à profit ont augmenté
le nombre de nos connoiſſances particulieres
, mais il doute qu'ils ayent fourni de nouvelles
idées générales ; ils n'ont ſouvent fervi
qu'à faire revivre de vieilles opinions décriées
depuis long-tems , comme celle de l'Electricité
univerſelle de tous les corps , des amours
&de la différence du Sexe dans les Plantes ,
&c. Les forces de l'eſprit humain font fi
bornées & les objets de nos connoiffances
ſi peu variés , que le nombre des Combinaifons
poſſibles de nos idées a dû s'étre épuiſé
d'aflés bonne heure , peut-être ajouta-t-il ,
ne faiſons nous depuis affés long-tems que
les repeter.
La comparaiſon détaillée des différents
Syſtêmes , Métaphiſiques des Anciens , & de
leurs opinions ſur la Phyſique particuliere ,
DECEMBRE 1744 71
avec les hypotheſes Modernes , fourniroit
bien des preuves de cette propofition. Mais
M. Freret fans embraſſer cle projet dont les
bornes d'un Mémoire ne font pas fufceptibles
, ſe contenta de donner une idée générale
des trois Syſtêmes Aſtronomiques imaginés
par les Anciens.
Quelque générale que fut cette idée , on
peut dire avec fondement qu'elle renfermoit
un abrégé clair & précis de toute l'ancienne
Aſtronomie dont elle offrit l'Hiſtoire ſous un
point de vuë auſſi intéreſſant qu'il étoit nouveau.
Nous ne pouvons ſuivre l'Auteur dans
cette explication détaillée qu'il faudroit lire
dans l'Ouvrage méme. Nous nous contenterons
de donner en peu de mots l'idée de
chaque Hypothefe.
Premier Systême. La plus ancienne eſt celle
des Egyptiens adoptée par Thales, & par
preſque toutes les branches de la Secte Ionique;
dans ce Syſteme aujourd'huifort peu.
connu la Terre , comme dans celui de Ticobrahé
, occupe le centre du monde , mais elle
y eſtmobile au tour de fon axe & fait en
24heures fa révolution d'Occidenten Orient,
les Planettes placées à différentes diftances de
laTerre font auſſi leur révolution propre dans
le même ſens , mais dans des tems inégaux ,
ſuivant la différence de leur éloignement , les
hommes leur attribuant le mouvement de
72 MERCURE DE FRANCE.
la Terre ſuppoſent que tous les corps céleftes
ont un mouvement général d'Orient
en Occident & un autre mouvement particulier
d'Occident en Orient , autour de cette
Planette , par des raiſons que nous ne pouvons
expoſer ici.
Ce Siſtême ſimple ne ſe trouvant pas fu!.
fiſant pour rendre raiſon de tous les nouveaux
Phénomenes on y fit quelques additions
que M. Freret expoſa en infiftan
particulierement ſur celle de l'obliquité de
l'Ecliptique , & fur l'Hipotheſe des deux mouvemens
de Venus & de Mercure , l'un autour
du Soleil , l'autre autour du centre commun
avec le Soleil même dont ils ſont les Sateltites
, felon l'expreffion des Anciens , double
révolution imaginée pour expliquer les différentes
fituationsde ces deux Planettes , foit
entre elles , ſoit par raport au Soleil , foit par
raport à nous.
Secondſiſtême ; il pafla au ſecond Siftême
attribué vulgairement à Ptolemée , mais qui
étoit celuides Philoſophes Athéniens . Eudoxe
de Cnide l'avoit imaginé pour réfoudre
le Problême propoſé par Platon fon maître.
Dans cette Hypotheſe la Terre eſt immobile
au centre du monde , les Planettes tournent
autour d'elle d'Orient en Occident dans l'efpace
de 24 heures , & chacune eſt de plus
attachée à un cercle particulier qui l'emporte
en
• DECEMBRE 1744 . 73
en même tems dans un ſens contraire. Ce
Cercle lui-meme eſt emporté par un autre.
Enfin Mercure, Venus, Mars , Jupiter & Saturne
ont encore un quatrićme mouvement
qui eſt la cauſe de leur Station, accélération
& rétrogradation apparentes,
Ces Cercles ou ſpheres furent d'abord au
nombre de 26. Inſenſiblement de nouvelles
apparences qui ſe préſentoient à expliquer ,
augmenterent ce nombre d'abord juſqu'à 33 ,
enfuite juſqu'à 50. Enfin pour rendre raiſon
de l'Apogée & du Perigée des Pianettes ,
quelques-uns eurent recours aux Epicycles ,
mais comme cette nouvelle ſuppoſition rerdoit
les révolutions des corps céleftes excentriques
à la Terre, le mouvement concentrique
à la terre étant regardé comme un point
de Religion, pluſieurs la rejetterent; ils aimerent
mieux multiplier les Spheres. Fracaſtor
dans le fiecle paffé en imagina juſqu'à 79 différentes
.
:
Troifiéme Sistême ; Enfin un troifiéme Siftême
, dont M. Freret foupçonne les Chaldéens
d'étre les auteurs , & que ſuivoient
les Diſciples de Pythagore , faiſoit le Soleil
centre immobile de tous les mouvemens céleftes;
il eſt conforme en toutes les parties
àcelui de Copernic , & par confequent n'a
pas beſoin d'être détaillé.
Quelque abſurde que paroiſſe le ſecond
D
74 MERCURE DE FRANCE,
Siftême , il ſeroit injuſte de rejetter cette
abſurdité ſur ſes auteurs , & le mépris qu'on
enfait n'eſt fondé que fur ce qu'on le regarde
comme une Hypotheſe Phyſique , idée fauſſe
& que détruifirent abſolument les Obſervations
de M. Freret. Il prouva clairement &
par des textes formels que ce Sittême n'étoit
donné que pour une Hypotheſe Aftronomique,
uniquement imaginéepour afſujettir
les apparences au calcul , & que les Aſtronomes
Grecs en ſentoient comme nous les
abſurdités Phyſiques , mais qu'ils étoient obligés
de l'employer par la crainte d'irriter la
ſuperſtition populaire , qui avoit fait un dogme
Religieux de l'immobilité de la Terre
au centre du monde. Que c'étoit cette crain
te qui avoit empêché Platon de ſe déclarer
ouvertement pour l'Hypotheſe Pythagori.
cienne qu'il adoptoit fécretement ſuivant
Theophrafte ; qu'Ariſtarque qui avoit ofé la
foutenir s'étoit vû accuſé publiquement d'impiété
par un Stoicien pour avoir violé le
reſpect du à Vesta , c'eſt à dire à la Terre ,
ſuivant l'explication de Plutarque , & pour
avoir troublé ſon repos. Que réduits à chercher
un moyen de concilier les apparences
céleſtes avec les idées du Peuple qu'il étoit
dangereux d'attaquer, les Philoſophes avoient
preféré au fort de Socrate & d'Anaxagore
dont ils euſſent été menacés un , Siftême ab
furde en apparence , capable d'effrayer l'iDECEMBRE
1744 75
magination , de rebuter la patience , embarafſant
pour le calcul , mais qui au fond ne
les empêchoit point de faire des calculs juſtes
& exacts comme ſont les Tables Aſtronomiques
d'Hipparque copiées par Ptolemée &
le modele de toutes celles qu'on a dreſſéesdepuis
, enfin que les Epicycles ajoutés aux
Cercles , n'ont jamais été imaginés que pour
le calcul , comme le dit expreſſément le même
Ptolemée , que cependant ces Epicycles
fontpeut-être encore , ſuivant le célebre M.
Halley , ce qu'il y a de plus ſimple pour
calculer les mouvements irréguliers de la
Lune.
Après avoir cité le malheur du célebre
Galilée , contraint d'abjurer publiquement
l'opinion du mouvement de la Terre comme
une héréfie dangereuſe , évenement qui nous
montre qu'en vieilliſſant le monde n'eſt pas
devenu plus ſage , M. Freret rechercha quelle
étoit la cauſe de cet attachement opiniatre
des Atheniens pour l'immobilité de la
Terre : il en trouve la ſource dans l'idée qu'ils
s'étoient formée de l'Univers dans le tems de
leur barbarie. Incapables alors de concevoir
que la Terre put ſe ſoutenir d'elle-même
ſans un point d'appui , ils ſe l'étoient repréſentée
comme une grande montagne dont
les racines s'étendoient à l'infini dans l'immenſité
de l'eſpace , & dont le ſommet ar
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
rondi en forme de borne étoit la demeure
des hommes. Le reſte du Siſteme céleſte répondoit
à cette idée groſſiere , que par une
fingularité remarquable des voyageurs di.
gnes de foi ont retrouvée abſolument la
même chés les Talapoins de Siam .
Les Philoſophes Athéniens furent longtems
forcés de feindre un ſcrupuleux attachement
à cette opinion. Peuà peu on s'enhardit
& on oſa la combattre , mais ce ne fut
qu'avec de grands ménagemens. La Terre
recut ſucceſſivement diverſes figures qui s'éloignoient
plus oumoins de la premiere. Enfin
les Aftronomes lui donnerent la forme
d'un corps parfaitement Sphérique , les Phyficiens
en'firent un Sphéroïde , mais fans
s'accorder ſur ſa figure , les uns le ſuppoſant
allongé par les Poles , & les autres japplati.
Le premier de ces ſentimens eſt plus ancien
& fervoit à donner raiſon des pluyes & des
neiges des Régions Septentrionales , mais les
voyages des Grecs dans l'Afrique , & leurs
Navigations dans la mer des Indes dont les
conquêtes d'Alexandre leur avoient frayé la
route , occaſionnerent des découvertes qui
firent naître le ſecond Siſtème , celui de l'aplatiſſement
de la Terre vers les Poles ,& de
fon Elevation ſous l'Equateur. Il eſt ſingulier
que la figure de la Terre , qui a fait parmi
les Modernes une Queſtion fameuſe , main.
DECEMBRE 1744 71
tenant à la veille d'être décidée , ait auſſi partagé
les Anciens. Mais ce qui n'eſt pas moins
digne de remarque c'eſt que la Coſmogonie
Egyptienne que fuivoit l'Ecole de Thalés ,
employoit pour rendre ſenſible la raiſon
qu'elle donnoit à la permanence de laTerre
au centre du Tourbillon , une expérience
célebre parmi les Modernes , celle du fluide
mû circulairement autour du centre du vaſe
qui le contient. Platon qui n'oſoit , quoiqu'il
la connût , en faire uſage , parce qu'elle fuppoſoit
le mouvement de la Terre fur ellemême
, qu'il étoit dangereux de foutenir dans
Athenes , expliquoit cette ſituation conftante
de la Terre par un raiſonnement métaphyſique
qui eſt de la même eſpece que le principe
fondamental du,Leibniſianiſme , ou que
celui de la raiſonſuffisante dont les Diſciples
de Leibnitz font aujourd'hui une des baſes
de leur Syſtême.
M. Freret termina cet expoſé général de
quelques-unes des opinions Phi'ofophiques
des Anciens , par pluſieurs réflexions qui conduiſent
à la conféquence qu'on en doit tirer.
Il convient que pour ſe former une juſte
idée de l'ancienne Philoſophie , il faut recueillir
des lambeaux lépars çà & là dans
des Auteurs ſouvent peu inſtruits de ces
matieres , que privés aujourdhui des ouvrages
méme des Philoſophes , nous ignorons
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
quel plan ils avoient ſuivi dans la liaiſonde
leurs idées & de leurs Siftémes , qui font à
notre égard comme ces Statuës antiques
dont il ne nous reſte que des débris.
Nous devons ajouta-t-il , la même juſtice
aux anciens Philoſophes qu'aux anciens Sculpteurs
. Il faut juger des parties que nous
avons perdues par celles qui nous reſtent ,
penſer que leur aſſemblage formoit un tout
& non pas un monftre.
C'eſt tout ce qu'il demanda, Car il ſe déclara
bien éloigné de donner une préférence
abſolue aux Anciens ſur les Modernes , &
de ſe livrer à une prévention aveugle déterminée
à tout admirer. Il n'attaqua que le
mépris qu'on témoigne pour eux. Il fit ſentir
que la différence des fiécles n'enmetpoint
entre les hommes , qu'il faut mefurer leur capacité
& leurs talens moins par le terme
où ils ſont arrivés , que par le point d'où ils
font partis , & par les obſtacles qu'ils ont
eu àvaincre ; que ſi les Modernes ont quelque
avantage ſur les Anciens , c'eſt d'être
venus après eux , c'eſt de marcher fur leurs
traces , & d'être inſtruits , non ſeulement par
leurs découvertes , mais encore par leurs mépriſes,
& qu'ainſi ceux qui dédaignent fi fort
l'étude de l'Antiquité ſe privent de cet avantage
, que bornés à la Génération préſente ,
& ignorans le paffé , il n'est pas étonnant que
tout foit nouveau pour eux,
DECEMBRE. 1944;
De ces réflexions , & du détail intéreſ
ſant qui les précede , ne doit-on pas conclure
que fi une admiration ſans bornes
pour les Anciens eſt une ſuite de la pré
vention , le mépris aujourd'hui ſi commun
qu'on affecte pour eux , eſt de ſon côté
l'effet de l'ignorance , & qu'entre ces deux
excès ſi condamnables , il eſt un juſte milieu
? Mais le juſte milieu eſt un état ſi violent
pour la plupart des hommes , comme
le dit l'Auteur de ce Mémoire , qu'il fera
toujours bien difficile de les y amener.
Monfieur l'Abbé Belley lut enſuite un
Mémoire ſur l'ordre Politique des Gaules
qui a occaſionné le changement de nom
de pluſieurs Villes.
Meſſieurs de Valois & de Longueruë , &
d'autres Ecrivans , même Etrangers , ont
remarqué que pluſieurs Villes de la Gaule
avoient quitté leur nom ancien & s'étoient
approprié le nom du Peuple dont ces Villes
étoient les Capitales ; ainſi Lutetia fut nommée
Parifii ; Durocortorum , Remi ,Agedincum
, Senones , Avaricum , Bituriges , quarante-
cinq Villes dans l'étendue des Gaules
qui furent conquiſes par Jules-Cefar ont
admis ce changement ;il ſe reconnoît à peine
une fois dans la Province Narbonnoiſe . M.
L. B. a crû devoir rechercher la cauſe d'un
changement fi commun dans une partie de__
80 MERCURE DE FRANCE.
la Gaule , & preſque ſans exemple dans l'au
tre ; il s'agit de ſçavoir comment ſe ſont établis
les noms de Paris , de Reims , de Sens ,
de Bourges & de pluſieurs autres Villes de
France. La queſtion devient plus intéreſſante
, fi cette dénomination eſt ſondée ſur l'ancien
gouvernement établi dans ces Villes ,
& fi la différence d'uſage qu'on remarque
dans les parties de la Gaule , vient de la
différente condition des Peuples. La connoiſſance
de l'ancien état des Peuples & des
Villes eſt un des grands objets de l'Hiſtoire ;
les éclairciſſemens que donne M. L. B. répandent
un grand jour ſur le gouvernement
des Romains dans la Gaule , & par une
conféquence néceſſaire ſur les premiers tems
de la Monarchie Françoiſe. Nous ne pouvons
donner qu'un Extrait abregé de ce Mémoire.
Les Romains envoyerent dans la Gaule
pour la défenſe des Marſeillois leurs anciens
Alliés , des armées qui dans l'eſpace de s
ans conquirent le Pays , compris entre la
Mer Mediterranée , les Alpes , le Rhône ,
les Cevennes , la Garonne & les Pyrenées.
Cette guerre ſe fit de la part des Romains
avec animoſité. Domitius & Fabius Maximus
leurs Genéraux, pour perpétuer le ſouvenir
de leurs Victoires , firent élever des
Monumens & des Trophées , contre l'uſage
DECEMBRE 1744, 81
du Peuple Romain , qui ſuivant Florus ,
n'inſulta jamais à l'ennemi vaincu. Le Pays
conquis fut réduit en Province , & nommé
la Province Narbonnoiſe du nom de Narbonne
, ſa ville Metropole, ou ſimplement la
Province de la Gaule. Le Senat lui impoſa
des conditions très-dures ; ſes Peuples
furent dépouillés d'une partie de leurs Villes
& de leurs Terres ; on exigea d'eux des
tributs en argent , de groſſes contributions
de Vivres pour les armées Romaines ; plufieurs
Colonies furent établies ſur leurs Territoires
, & ſe multiplierent dans la ſuite
juſqu'au nombre de vingt. L'ancien habitant
, qui vivoit ſous la Jurisdiction de la
Colonie , avoit perdu ſes meilleures Terres ,
il déploroit la perte de ſa liberté , il n'avoit
plus ni Loix , ni Magiſtrat de ſa Nation.
La condition des Peuples de la Narbonnoiſe
étoit ſi déplorable que Critognate la
répreſente aux Gaulois affiégés dans Aliſe
comme le plus puiſſant motif pour défendre
leur liberté juſqu'à la derniere extrémité.
*
Refpicite finitimam Galliam , quæ in Provinciam
redacta , jure & legibus commutatis ,
Securibus subjecta , perpetua premitur fervitute
.
Les Gaules conquiſes par Jules-Ceſar re-
* De Bello Gall. L. VII.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
çurent un traitement bien différent ; ce Général
dans le cours de huit Campagnes afſujettit
à la domination Romaine la vaſte
étendue des Gaules depuis les frontieres de
la Province juſqu'au Rhin & à l'Ocean ,
& les réduifit en Province. Le Vainqueur
ne leur impoſa aucunes nouvelles charges ,
il ſe contenta d'un tribut de quarante millions
de ſeſterces ( quadringenties ) qui fercient
de notre monnoye au prix actuel du
marc d'argent, environ huit millions ſept cent
cinquante mille livres , ſomme modique , fi
l'on confidere l'étendue & la richeſſe du
Pays , ſur lequel elle fut impoſée ; & ce
tribut ſe leva ſous lenom le moins odieux ,
Stipendii nomine , pour l'entretien des troupes
deſtinées à maintenir la paix & la tranquillité
des Peuples .
Un autre avantage que cette partie des
Gaules conſerva en général au deſſus de la
Province , c'eſt que ſes Peuples ne furent
point troublés dans la poſſeſſion de leurs
Villes& de leurs Terres. Les Romains n'envoyerent
dans leur pays qu'un petit nombre
de Colonies ; on ne connoit que la Colonie
de Lyon dans la GauleCeltique ouLyonnoife
, qui étoit la troifiéme partie des Gaules
; trois Colonies dans le Pays des Helvetiens
, quatre dans la Belgique , une feule
dans toute l'Aquitaine ; ces établiſſemens
DECEMBRE 1744. 83
ne ſe firent point pour châtier ou pour contenir
les Naturels du Pays ; les Colonies
furent preſque toutes placées ſur le Rhin
pour affurer cette frontiere contre les courſes
des Nations Germaniques.
Les Romains enfin conſerverent ou retablirent
dans les Cités de la Gaule l'ancienne
forme de Gouvernement il étoit
Ariftocratique , un Senat compofé d'un certain
nombre de Perſonnes formoit le Confeil
commun de chaque Cité ou de chaque
Peuple ; les Commentaires de Cefar font
mention d'un Senat dans les Cités d'Autun
, de Sens , de Reims , de Beauvais , d'Evreux
, de Liſieux , de Vannes & des Nerviens
; c'étoit l'ordre politique généralement
établi. Cependant au tems de la Con--
quête , les Grands avoient ufurpé dans plufieurs
Cités la puiſſance Souveraine ; la Domination
Romaine chaffa ces Tyrans , & rendit
aux Peuples l'autorité de leurs Senats , cet
ordre fut maintenu par les Empereurs , comme
on le voit par pluſieurs Monumens du
haut & du bas Empire ; il a même ſubſiſté
ſous les premiers Rois de France , on en
trouve encore des veſtiges ſous la troiſieme
Race , preſque juſqu'à notre fiecle.
Ce Parallele fait affés connoître com.
bien la condition de la Narbonnoiſe fut differente
de l'état du reſte des Gaules : les
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Peuples des Gaules ayant conſervé ſous les
Romains l'autorité de leurs Senats , il eſt
facile de concevoir comment les Villes Capitales
auront perdu leurnom primitif, pour
prendre celui du Peuple.
Le Senat étoit le premier ordre du Peuple
, une aſſemblée repréſentative du Peuple,
ſouvent conſidérée comme le Peuple
même,au nom duquel elle agiſſoit ; le Senat
s'aſſembloit dans la Ville Capitale de chaque
Peuple ou Cité , M. L. B. le prouve par
pluſieurs Monumens. Cette Capitale prit ou
plutôt reçut le nom de la Cité & du Peuple.
Il eſt aſſés ordinaire de comprendre
ſous la même denomination les lieux & les
perſonnes : les noms de Senat , de Ville ,
de Province & pluſieurs autres ſont ſouvent
pris dans cette double acception.
Ainfi les Capitales des Peuples Parifii ,
Bellovaci Atrebates , Lemovices , Petrocorii
&c. furent nommées Civitas Parifiorum ,
Bellovacorum . Artrebatum , Lemovicum
Petrocoriorum , la Cité de Paris , de Beauvais
, d'Arras , de Limoges , de Perigueux ,
& l'ancien quartier de ces Villes porte encore
le nom de Cité, on leur donna auffi
fimplement le nom du Peuple , Parifii , Bellovaci
, Atrebates , Lemovices , Petrocorii ,
Paris , Beauvais , Arras , Limoges , Perigueux.
CE DECEMBRE 1744 84
۲۴
Fe
Dans la Narbonnoiſe les Peuples avoient
perdu une partie de leurs Villes , vingt Colonies
furent établies ſur leurs territoires ,
les Senats de ces Colonies n'étoient point
un ordre repréſentatif de l'ancien Peuple ,
&par conséquent l'aſſemblée ou la refidence
du Senat dans une Capitale , n'a pu
donner à cette Capitale le nom du Peuple,
ainſi les Villes de Narbonne , de Toulouſe
de Nimes , d'Arles , d'Avignon , d'Orange ,
de Valence , de Vienne & des autres Colonies
auront conſervé leur nom primitif.
7
M. L. B. examine dans quel tems les
Villes ont pris dans les Gaules le nom du
Peuple ; il trouve peu d'exemples de ce
changement ſous les premiers Empereurs ;
cet uſage eſt plus clairement établi dans
quelques Inſcriptions du troifiéme fiecle ; il
devint plus commun dans le quatriéme ;
on le remarque dans les Reſcrits des Empereurs
, fur des Medailles Imperiales , dans
les Itineraires : le changementne ſe fit que
par dégrés . Alors les Villes portoient deux
noms', l'ancien , & le moderne qui étoit
lenom du Peuple , pendant que les Romains
nommerent la Ville de Paris , Parifii , les
Gaulois lui donnoient encore le nom de
Lutetia ; mais à la fin du quatriéme ſiécle ,
le changement devint preſque général , nous
voyons dans la Notice des Provinces & des
86 MERCURE DE FRANCE.
Cités de la Gaule , qui fut redigée ſous l'Empire
d'Honorius , que quarante-cinq Villes
portoient le nom de leur Peuple. Cependant
les Villes de Rouen , de Bordeaux ,
de Besançon & pluſieurs autres ont confervé
leur ancien nom , M. L. B. examine
pourquoi elles ne ſuivirent pas l'uſage général.
La nouvelle Denomination a fubfifté fous
nos Rois , comme on le voit dans les Hiftoriens
, dans les Chartes , dans les Actes publics
, ſur les anciennes Monnoyes , &dans
les autres Monumens de l'Hiſtoire de France,
uſage qui s'eſt perpetué juſqu'aujourd'hui,
des Inscriptions & Belles-Lettres le 13
Novembre 1744.
N
Ous avons promis de rendre compte
à nos Lecteurs de la féance publique
de l'Académie des Belles - Lettres du 13.
Novembre dernier. M. Freret Sécretaire
perpétuel de cette Académie lut d'abord
l'Eloge de M. l'Abbé de Rothelin , Académicien
honoraire de l'Académie des Belles-
Lettres, mort le 17 Juillet 1744 .
Nous allons en donner ici l'extrait.
au
CHARLES D'ORLEANS DE ROTHELIN
né à Paris le 5 Août 169 1 étoit le ſixiéme
des enfans de Henri d'Orléans Marquis de
Rothelin , tué le 18 Septembre ſuivant
combat de Leuze à la tête des Gendarmes,
& de Gabrielle - Eléonore de Montaut de
Navailles , ſeconde fille du Maréchal Duc
de Navailles mort dès l'année 1684,
Il ſe trouva dans une eſpece d'indépendance
à l'âge de 9 ans , ayant perdu fucceffivement
dans l'eſpace de deux années la
Marquiſe de Rothelin ſa mere & la Maréchale
de Navailles fon ayeule. Mais une foeur
DECEMBRE. 1744. 6
plus âgée que lui de 14 ans & reſpectable
dès-lors par fon mérite & ſa vertu lui tint
lieu de mere, & le jeune Abbé de Rothelin ,
né avec les plus heureuſes diſpoſitions pour
le coeur comme pour l'eſprit , ſe ſoumit
avec une joye pleine de reconnoiſſance à fon
autorité.
Il fut mis très-jeune en penfion auCollege
d'Harcourt. L'Auteur de l'Eloge fans
s'arrêter au détail de ſes premieres étudesqu'il
fit avec un ſuccès brillant , infifta particulierement
ſur la généroſité remarquable
avec laquelle n'ayant encore que 13 ans
1& cadet d'une Famille nombreuſe , il ſe
chargea ſecrettement de la ſubſiſtance d'un
Précepteur , homme de mérite , que des.
infirmités fâcheuſes avoient obligé d'ôter
d'auprès de lui. Il rendit compte enſuite de
ſes progrès rapides dans l'Etude de laThéologie
à laquelle il ſe livra tout entier , parce
qu'il regardoit cette Etude comme un devoir
* de fon état , & que quelque jeune qu'il ait
été , tout ce qui ſe préſenta à ſes yeux ſous la
forme de devoir fut toujours ſacré pour lui.
Il n'eſt pas poſſible de rappeller ici le
détail intéreſſant dans lequel eſt entré M.
Freret, ſur les ſervices importans que M.
l'Abbé de Rothelin rendit en 1717 à fa
Famille dont il fut l'arbitre dans des affaires
d'une longue & pénible diſcuſſion,fur fon
62 MERCURE DE FRANCE.
voyage & ſon ſéjour en Italie où il puiſa la
connoiffance & legout des Médailles , ſur le
magnifique Cabinet qu'il en forma en aflés
peu de tems , ſur les différentes ſuites qui
compoſent cette riche collection , l'une des
plus belles de l'Europe de l'aveu des Connoiffeurs
, enfin ſur la Bibliotheque qu'il
laiſſe , Bibliotheque nombreuſe formée
avec un gout infini , digne en un mot de
la réputation dont elle jouit , & qui eft
l'aſſemblage non ſeulement des meilleurs
Livres en tout genre , mais encore des plus
rares & des plus finguliers.
Après ces détails circonstanciés , M. Freret
rendit un compte exact de tout le travail
que M. l'Abbé de Rothelin avoit ertrepris
pour mettre le Poëme de l'Anti- Lucrece en
état de paroître. M. le Cardinal de Polignac
avec lequel il étoit lié depuis longtems
par l'amitié la plus intime , le lui avoit
remis en mourant , en lui laiſſant la liberté
de le donner au Public , ou de le ſupprimer.
Arbitre du fort de cet important Ouvrage
, il ne négligea rien pour répondre à
la confiance de ſon Auteur , & s'étant afſuré
par un grand nombre de lectures réfléchies ,
faites avec tous ceux qu'il a cru capables
d'en juger , qu'il méritoit d'être publié , il a
peu de tems avant ſa mort remis le manufcrit
dans l'état où il doit paroître , à un
DECEMBRE. 1744.. 63
homme de mérite qui s'eſt chargé du ſoin
de l'Edition . M. l'Abbé de Rothelin en avoir
commencé la Traduction , mais ſa ſanté ne
lui permettant pas de continuer ce travail ,
il s'eft borné au premier Livre , & a chargé
du reſte un jeune homme qu'il aimoit , &
dont le caractére & les talens méritoient:
cette marque de ſa confiance. La Tiaduction
faite fous ſes yeux ſera en état deparoî--
tre avec le Texte Latin.
* •Il eſt peu d'Auteurs que l'amour de leurs
productions eût pu foutenir dans un travail
auffi long , auſſi fatiguant , & méme auſſi
déſagréable que celui auquel M. l'Abbé de
Rothelin s'étoit engagé pour l'Ouvrage d'un
Ami mort. Auffi étoit-il animé par un motifbien
plus noble , dont on a cru devoir
rendre compte.
つか
» Les premiers momens de la perte d'un
Ami , difoit - il , ne font pas ceux où cette
>> perte eſt plus douloureuſe : on s'empreſſe.
alors de la partager avec nous , on mêle
ſes regrets avec les nôtres. Notre Ami
vit encore dans le ſouvenir de ceux qui
> nous en parlent , mais quand le tems a ef-
৩১
دد
သ
১১ facé fon nom de la mémoire des autres
>> hommes , quand on ne nous en parle plus ,
>> quand il ne vit plus que dans notre coeur,
22 c'eſt alors que nous reſſentons toute l'é-
5. tendue de notre perte. Le ſeul moyen
64 MERCURE DE FRANCE.
১১
ॐ
d'en adoucir l'amertume , ajoutoit- il,
c'eſt de faire revivre notre Ami dans la
mémoire des hommes , c'eſt de les forcer
>> en quelque ſorte de s'en occuper. L'eſpérancé
de rendre ce ſervice au Cardinal de
Polignac avoit foutenu M. l'Abbé de Rothelin.
Une délicateſſe de ſentimens ſi rare fufiroit
pour donner une idée de ſon caractére
; caractére aimable que l'Auteur de l'Eloge
s'eſt attaché principalement à développer ,
&dont il a réuni tous les traits dans un tableau
qui le peint au naturel. Il le repréſente
plein de ſenſibilité pour ſes Amis , extrêmement
attentif à remplir juſqu'aux moindres
devoirs de l'amitié , mais n'exigeant rien
d'eux , & recevant les témoignages de leur
attachement&de leur reconnoiffance , comme
un préſent de leur part. On le voit annonçant
ce qu'il étoit par un air de dignité
&'de décence répandu ſur toute ſa perfonne
, mais qu'une noble ſimplicité rendoit infiniment
aimable. Plein de douceur , mais fans
foibleſſe ; toujours vrai& même très-ferme,
lorſque la raifon , la vertu ou la fidélité à
fes Amis demandoient qu'il le fut : naturellement
ſérieux , mais portant dans le commerce
ordinaire une gayeté douce qui ſe
faiſoit ſentir dans ſes converſations les plus
folides . Enfin un dernier trait qui achevé de
DECEMBRE. 1744. 65
2
le caractériſer , & qui donne un prix réel à
ſes autres qualités , c'étoit un attachement
fincére pour ſa Religion. Une ame comme
la fienne , dont la vertu & la raiſon avoient
toujours réglé tous les mouvemens , étoit
faite , ſuivant la remarque de l'Auteur de l'Eloge
, pour être une ame religieuſe. Lorſque
l'occaſion de défendre la vérité de la Religion
ſe préſentoit , il le faifoit toujours avec
force , mais ſans que la vivacité de ſa
perfuafion altérât jamais la douceur de fon
caractére , il croyoit que c'eût été rendre un
mauvais ſervice à la vérité , que d'employer
pour la défendre le langage de la paffion.
Sa poitrine qui avoit toujours été très-délicate
, fut abfolument attaquée au commencement
de cette année : il prévit des premiers
les ſuites inévitables de ſa maladie :
mais dans le tems même qu'il étoit le plus
occupé des penſées que doit inſpirer la vue
d'une fin prochaine , il cherchoit encore à
épargner cette idée à ſes Amis , & à une Famille
à qui il étoit infiniment cher. Dans ces
fortes de maladies l'ame conferve juſqu'au
dernier moment toute fon activité. Rien ne
la diſtrait du ſpectacle d'une mort qui s'approche
à chaque inftant , & qui s'empare de
nous en détail . C'eſt alors que la patience
devient d'un uſage bien difficile , ſurtout cette
patience continue , tranquille , ſans appareil
& même sans effort, telle qu'a été celle de
M.l'Abbé de Rothelin pour qui l'expression
de posséder son ame en paix sembloit avoc
été faite suivant la reflexion de M. Freret:
M. l'Abbé de Rothelin est mort dans loI
sentimens de Religion dont il avoit toujours
été pénétré. Il conferva jusqu'au dernier info
tant l'usage de sa raison, & dit le dernie
adieu à chacun de ses Amis en particulier!
avec la même fermeté que s'il s'en sut sépar
pour un voyage.
Cet éloge
fut
suivi d'un Mémoir e lu pa.
M. Freret fous lé titre d'Observations Géné
raies sur l'étude de l'ancienne Philosophie.
Une reflexion générale commença ce Mê
moire & annonça le but de l'Auteur.
remarqua que dans le cours des disputes qui
la comparaison des Anciens & des Moden
nes fit naître vers la fin du siécle passé
,
le,
Partisans de l'Antiquité épris du mérite de
Anciens en Poësie & en Eloquence, parCl:
que ce genre de mérite étoit le seul qu'iH
fussent en état de bien sentir, les considés,
t
rerent uniquement commePoëtes ou commu
Orateurs, jamais comme Philosophes; qui
ce silence de leur part sur un point decettéimportance,
a été regardé comme un aveu
formel de la supériorité des Modernes dans
les matieres Philosophiques, & que c'est ;
cette cause qu'il faut principalement attri
.1.
uer le peu de cas que l'on fait aujourd'hui
b la Philosophie ancienne.
M. Freret entreprenoit de prouver comien
ce mépris qu'affectent la plûpart de
eux qui s'appliquent aux sciences exactes,
fl mal fondé; il le fit d'abord par une Obrvation
fort simple. Il leur demanda si ce
'est pas aux Anciens qu'ils doivent les Elemens
de ces Sciences, Elémens nécessaiès
& d'un usage indispensable; s'ils connoisent
dans la Géométrie, dans la Dialeéctilue,
dans l'Astronomie d'autre route que.
celle qui leur a été frayée par les Anciens.
A remarque que ces Elemens qui ne font autre
chose que les vérités primitives, les Principes
fondamentaux de nos connoissances,
ont été le résultat d'une longue fuite d'Observations
& de découvertes, fruit pénible
de Combinaisonsdifficiles, de Méditations
profondes & refléchies, dont des hommes
d'un génie supérieur étoient seuls capables.
D'où il fuit que si nous avons tiré de ces
Principes des conséquences inconnues à ceux
qui nous ont précédé, nous ne sommes pas
en droit de les mépriser, que nous devons
au contraire désirer de nous instruire du
chemin qui les a conduits à de pareilles
connoissances
,
étudeintéressante qui non
feulement apprendroit l'Histoire la plus inftruétive
& la plus agréable de toutes
68 MERCURE DE FRANCE .
celle de l'eſprit humain , mais qui pouroit
occafionner d'utiles découvertes. C'eſt ce
que M. Freret prouva par un exemple célebre
, par celui du ſçavant M. Halley qui
nous apprend lui-méme par un Mémoire
imprimé en 1691 , que c'eſt dans ce que
rapportent Geminus , Pline , Ptolemée , &
même Suidas , des propriétés attribuées par
les Chaldéens à leurs Sares Astronomiques
ou Périodes de 223. lunaiſons qu'il avoit
puiſé l'importante vuë à laquelle l'Aſtronomie
& la Navigation ſont redevables de
ſon travail , pour déterminer le mouvement
de la Lune. Combien de ſemblables découvertes
ne produiroit pas l'Hiſtoire des anciennes
opinions Philofophiques , étudiée
par des hommes du mérite de M. Halley !
C'eſt la conclufion que tira M. Freret , &
que tous ſes Lecteurs tireront avec lui. Il
ajoûte qu'à meſure que l'Hiſtoire naturelle
s'eſt perfectionnée , on a reconnu la vérité
de pluſieurs faits avancés par les Anciens &
traités de fables par les Modernes. Le hazard
ſeul a occaſionné la plupart de ces découvertes.
Un examen attentif qui ſçauroit
mettre à profit les fautes mêmes & les mépriſes
des Anciens , ne rendroit-il pas ces
hazards plns fréquents ? La découverte des
Satellites des Planettes , celle de cet amas
de petites Etoiles qui compoſent la voie
DECEMBRE هو 1744
lactée , font dûs au Teleſcope , préſent du
hazard , perfectionné par l'illuſtre Galilée .
Les Anciens privés de ce ſecours ne pouvoient
deviner les Satellites , mais ils ont
ſoupçonné l'exiſtence des Cometes ; la raiſon
que donnoient les Pythagoriciens de l'apparence
lumineuſe qui les accompagne ne
deshonoreroit pas la Phyſique Moderne ;
pour la voie lactée , le raiſonnement ſeul les
avoit convaincu de ce que le Teleſcope nous
a fait voir ; l'Iſochroniſme eſt une propriété
des vibrations du Pendule dont Galilée &
Riccioli ont les premiers fait uſage parmi les
Modernes , mais les Aſtronomes Arabes la
connoiffoient & l'appliquoient aux Obfervations
Aſtronomiques. Si on ne fit pas alors
ſervir cette découverte aux uſages ordinaires
de la vie , ce fût le défaut d'un certain concours
de circonstances , ſans la réunion defquelles
elle feroit une ſeconde- fois retombée
dans l'oubli dont on l'a préſervée en la faiſant
entrer dans la conſtruction des Horloges.
De tous ces exemples & d'une infinité
d'autres qu'une plus grande familiarité avec
les Anciens nous offriroit , l'Auteur conclud
qu'un grand nombre de découvertes Modernes
& de Siſtemes nouveaux ne ſont au
fond que des opinions anciennes , abandonnées
peut- être & repriſes déja pluſieurs fois ,
& qui ſe ſont préſentées de nouveau à des
70 MERCURE DE FRANCE
hommes qui s'en croyant les Auteurs , ont
mis tout en oeuvre pour les faire valoir. Telle
eſt entre autres le ſyſteme Neutonien qui
dépouillé de l'appareil de ſes calculs , ſe réduit
à celui d'Empédocle : les deux forces
en équilibre à l'action oppoſée deſquelles cet
ancien Philoſophe attribuoit la formation de
l'Univers ,& qu'il défignoit poëtiquement par
les termes figurés d'Amour & de Diſcorde ,
ne font autre choſe que l'attraction Neutoniene
, & le mouvement de tranflation . М.
Freret convient que la ſuite des tems & des
hazards heureux mis à profit ont augmenté
le nombre de nos connoiſſances particulieres
, mais il doute qu'ils ayent fourni de nouvelles
idées générales ; ils n'ont ſouvent fervi
qu'à faire revivre de vieilles opinions décriées
depuis long-tems , comme celle de l'Electricité
univerſelle de tous les corps , des amours
&de la différence du Sexe dans les Plantes ,
&c. Les forces de l'eſprit humain font fi
bornées & les objets de nos connoiffances
ſi peu variés , que le nombre des Combinaifons
poſſibles de nos idées a dû s'étre épuiſé
d'aflés bonne heure , peut-être ajouta-t-il ,
ne faiſons nous depuis affés long-tems que
les repeter.
La comparaiſon détaillée des différents
Syſtêmes , Métaphiſiques des Anciens , & de
leurs opinions ſur la Phyſique particuliere ,
DECEMBRE 1744 71
avec les hypotheſes Modernes , fourniroit
bien des preuves de cette propofition. Mais
M. Freret fans embraſſer cle projet dont les
bornes d'un Mémoire ne font pas fufceptibles
, ſe contenta de donner une idée générale
des trois Syſtêmes Aſtronomiques imaginés
par les Anciens.
Quelque générale que fut cette idée , on
peut dire avec fondement qu'elle renfermoit
un abrégé clair & précis de toute l'ancienne
Aſtronomie dont elle offrit l'Hiſtoire ſous un
point de vuë auſſi intéreſſant qu'il étoit nouveau.
Nous ne pouvons ſuivre l'Auteur dans
cette explication détaillée qu'il faudroit lire
dans l'Ouvrage méme. Nous nous contenterons
de donner en peu de mots l'idée de
chaque Hypothefe.
Premier Systême. La plus ancienne eſt celle
des Egyptiens adoptée par Thales, & par
preſque toutes les branches de la Secte Ionique;
dans ce Syſteme aujourd'huifort peu.
connu la Terre , comme dans celui de Ticobrahé
, occupe le centre du monde , mais elle
y eſtmobile au tour de fon axe & fait en
24heures fa révolution d'Occidenten Orient,
les Planettes placées à différentes diftances de
laTerre font auſſi leur révolution propre dans
le même ſens , mais dans des tems inégaux ,
ſuivant la différence de leur éloignement , les
hommes leur attribuant le mouvement de
72 MERCURE DE FRANCE.
la Terre ſuppoſent que tous les corps céleftes
ont un mouvement général d'Orient
en Occident & un autre mouvement particulier
d'Occident en Orient , autour de cette
Planette , par des raiſons que nous ne pouvons
expoſer ici.
Ce Siſtême ſimple ne ſe trouvant pas fu!.
fiſant pour rendre raiſon de tous les nouveaux
Phénomenes on y fit quelques additions
que M. Freret expoſa en infiftan
particulierement ſur celle de l'obliquité de
l'Ecliptique , & fur l'Hipotheſe des deux mouvemens
de Venus & de Mercure , l'un autour
du Soleil , l'autre autour du centre commun
avec le Soleil même dont ils ſont les Sateltites
, felon l'expreffion des Anciens , double
révolution imaginée pour expliquer les différentes
fituationsde ces deux Planettes , foit
entre elles , ſoit par raport au Soleil , foit par
raport à nous.
Secondſiſtême ; il pafla au ſecond Siftême
attribué vulgairement à Ptolemée , mais qui
étoit celuides Philoſophes Athéniens . Eudoxe
de Cnide l'avoit imaginé pour réfoudre
le Problême propoſé par Platon fon maître.
Dans cette Hypotheſe la Terre eſt immobile
au centre du monde , les Planettes tournent
autour d'elle d'Orient en Occident dans l'efpace
de 24 heures , & chacune eſt de plus
attachée à un cercle particulier qui l'emporte
en
• DECEMBRE 1744 . 73
en même tems dans un ſens contraire. Ce
Cercle lui-meme eſt emporté par un autre.
Enfin Mercure, Venus, Mars , Jupiter & Saturne
ont encore un quatrićme mouvement
qui eſt la cauſe de leur Station, accélération
& rétrogradation apparentes,
Ces Cercles ou ſpheres furent d'abord au
nombre de 26. Inſenſiblement de nouvelles
apparences qui ſe préſentoient à expliquer ,
augmenterent ce nombre d'abord juſqu'à 33 ,
enfuite juſqu'à 50. Enfin pour rendre raiſon
de l'Apogée & du Perigée des Pianettes ,
quelques-uns eurent recours aux Epicycles ,
mais comme cette nouvelle ſuppoſition rerdoit
les révolutions des corps céleftes excentriques
à la Terre, le mouvement concentrique
à la terre étant regardé comme un point
de Religion, pluſieurs la rejetterent; ils aimerent
mieux multiplier les Spheres. Fracaſtor
dans le fiecle paffé en imagina juſqu'à 79 différentes
.
:
Troifiéme Sistême ; Enfin un troifiéme Siftême
, dont M. Freret foupçonne les Chaldéens
d'étre les auteurs , & que ſuivoient
les Diſciples de Pythagore , faiſoit le Soleil
centre immobile de tous les mouvemens céleftes;
il eſt conforme en toutes les parties
àcelui de Copernic , & par confequent n'a
pas beſoin d'être détaillé.
Quelque abſurde que paroiſſe le ſecond
D
74 MERCURE DE FRANCE,
Siftême , il ſeroit injuſte de rejetter cette
abſurdité ſur ſes auteurs , & le mépris qu'on
enfait n'eſt fondé que fur ce qu'on le regarde
comme une Hypotheſe Phyſique , idée fauſſe
& que détruifirent abſolument les Obſervations
de M. Freret. Il prouva clairement &
par des textes formels que ce Sittême n'étoit
donné que pour une Hypotheſe Aftronomique,
uniquement imaginéepour afſujettir
les apparences au calcul , & que les Aſtronomes
Grecs en ſentoient comme nous les
abſurdités Phyſiques , mais qu'ils étoient obligés
de l'employer par la crainte d'irriter la
ſuperſtition populaire , qui avoit fait un dogme
Religieux de l'immobilité de la Terre
au centre du monde. Que c'étoit cette crain
te qui avoit empêché Platon de ſe déclarer
ouvertement pour l'Hypotheſe Pythagori.
cienne qu'il adoptoit fécretement ſuivant
Theophrafte ; qu'Ariſtarque qui avoit ofé la
foutenir s'étoit vû accuſé publiquement d'impiété
par un Stoicien pour avoir violé le
reſpect du à Vesta , c'eſt à dire à la Terre ,
ſuivant l'explication de Plutarque , & pour
avoir troublé ſon repos. Que réduits à chercher
un moyen de concilier les apparences
céleſtes avec les idées du Peuple qu'il étoit
dangereux d'attaquer, les Philoſophes avoient
preféré au fort de Socrate & d'Anaxagore
dont ils euſſent été menacés un , Siftême ab
furde en apparence , capable d'effrayer l'iDECEMBRE
1744 75
magination , de rebuter la patience , embarafſant
pour le calcul , mais qui au fond ne
les empêchoit point de faire des calculs juſtes
& exacts comme ſont les Tables Aſtronomiques
d'Hipparque copiées par Ptolemée &
le modele de toutes celles qu'on a dreſſéesdepuis
, enfin que les Epicycles ajoutés aux
Cercles , n'ont jamais été imaginés que pour
le calcul , comme le dit expreſſément le même
Ptolemée , que cependant ces Epicycles
fontpeut-être encore , ſuivant le célebre M.
Halley , ce qu'il y a de plus ſimple pour
calculer les mouvements irréguliers de la
Lune.
Après avoir cité le malheur du célebre
Galilée , contraint d'abjurer publiquement
l'opinion du mouvement de la Terre comme
une héréfie dangereuſe , évenement qui nous
montre qu'en vieilliſſant le monde n'eſt pas
devenu plus ſage , M. Freret rechercha quelle
étoit la cauſe de cet attachement opiniatre
des Atheniens pour l'immobilité de la
Terre : il en trouve la ſource dans l'idée qu'ils
s'étoient formée de l'Univers dans le tems de
leur barbarie. Incapables alors de concevoir
que la Terre put ſe ſoutenir d'elle-même
ſans un point d'appui , ils ſe l'étoient repréſentée
comme une grande montagne dont
les racines s'étendoient à l'infini dans l'immenſité
de l'eſpace , & dont le ſommet ar
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
rondi en forme de borne étoit la demeure
des hommes. Le reſte du Siſteme céleſte répondoit
à cette idée groſſiere , que par une
fingularité remarquable des voyageurs di.
gnes de foi ont retrouvée abſolument la
même chés les Talapoins de Siam .
Les Philoſophes Athéniens furent longtems
forcés de feindre un ſcrupuleux attachement
à cette opinion. Peuà peu on s'enhardit
& on oſa la combattre , mais ce ne fut
qu'avec de grands ménagemens. La Terre
recut ſucceſſivement diverſes figures qui s'éloignoient
plus oumoins de la premiere. Enfin
les Aftronomes lui donnerent la forme
d'un corps parfaitement Sphérique , les Phyficiens
en'firent un Sphéroïde , mais fans
s'accorder ſur ſa figure , les uns le ſuppoſant
allongé par les Poles , & les autres japplati.
Le premier de ces ſentimens eſt plus ancien
& fervoit à donner raiſon des pluyes & des
neiges des Régions Septentrionales , mais les
voyages des Grecs dans l'Afrique , & leurs
Navigations dans la mer des Indes dont les
conquêtes d'Alexandre leur avoient frayé la
route , occaſionnerent des découvertes qui
firent naître le ſecond Siſtème , celui de l'aplatiſſement
de la Terre vers les Poles ,& de
fon Elevation ſous l'Equateur. Il eſt ſingulier
que la figure de la Terre , qui a fait parmi
les Modernes une Queſtion fameuſe , main.
DECEMBRE 1744 71
tenant à la veille d'être décidée , ait auſſi partagé
les Anciens. Mais ce qui n'eſt pas moins
digne de remarque c'eſt que la Coſmogonie
Egyptienne que fuivoit l'Ecole de Thalés ,
employoit pour rendre ſenſible la raiſon
qu'elle donnoit à la permanence de laTerre
au centre du Tourbillon , une expérience
célebre parmi les Modernes , celle du fluide
mû circulairement autour du centre du vaſe
qui le contient. Platon qui n'oſoit , quoiqu'il
la connût , en faire uſage , parce qu'elle fuppoſoit
le mouvement de la Terre fur ellemême
, qu'il étoit dangereux de foutenir dans
Athenes , expliquoit cette ſituation conftante
de la Terre par un raiſonnement métaphyſique
qui eſt de la même eſpece que le principe
fondamental du,Leibniſianiſme , ou que
celui de la raiſonſuffisante dont les Diſciples
de Leibnitz font aujourd'hui une des baſes
de leur Syſtême.
M. Freret termina cet expoſé général de
quelques-unes des opinions Phi'ofophiques
des Anciens , par pluſieurs réflexions qui conduiſent
à la conféquence qu'on en doit tirer.
Il convient que pour ſe former une juſte
idée de l'ancienne Philoſophie , il faut recueillir
des lambeaux lépars çà & là dans
des Auteurs ſouvent peu inſtruits de ces
matieres , que privés aujourdhui des ouvrages
méme des Philoſophes , nous ignorons
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
quel plan ils avoient ſuivi dans la liaiſonde
leurs idées & de leurs Siftémes , qui font à
notre égard comme ces Statuës antiques
dont il ne nous reſte que des débris.
Nous devons ajouta-t-il , la même juſtice
aux anciens Philoſophes qu'aux anciens Sculpteurs
. Il faut juger des parties que nous
avons perdues par celles qui nous reſtent ,
penſer que leur aſſemblage formoit un tout
& non pas un monftre.
C'eſt tout ce qu'il demanda, Car il ſe déclara
bien éloigné de donner une préférence
abſolue aux Anciens ſur les Modernes , &
de ſe livrer à une prévention aveugle déterminée
à tout admirer. Il n'attaqua que le
mépris qu'on témoigne pour eux. Il fit ſentir
que la différence des fiécles n'enmetpoint
entre les hommes , qu'il faut mefurer leur capacité
& leurs talens moins par le terme
où ils ſont arrivés , que par le point d'où ils
font partis , & par les obſtacles qu'ils ont
eu àvaincre ; que ſi les Modernes ont quelque
avantage ſur les Anciens , c'eſt d'être
venus après eux , c'eſt de marcher fur leurs
traces , & d'être inſtruits , non ſeulement par
leurs découvertes , mais encore par leurs mépriſes,
& qu'ainſi ceux qui dédaignent fi fort
l'étude de l'Antiquité ſe privent de cet avantage
, que bornés à la Génération préſente ,
& ignorans le paffé , il n'est pas étonnant que
tout foit nouveau pour eux,
DECEMBRE. 1944;
De ces réflexions , & du détail intéreſ
ſant qui les précede , ne doit-on pas conclure
que fi une admiration ſans bornes
pour les Anciens eſt une ſuite de la pré
vention , le mépris aujourd'hui ſi commun
qu'on affecte pour eux , eſt de ſon côté
l'effet de l'ignorance , & qu'entre ces deux
excès ſi condamnables , il eſt un juſte milieu
? Mais le juſte milieu eſt un état ſi violent
pour la plupart des hommes , comme
le dit l'Auteur de ce Mémoire , qu'il fera
toujours bien difficile de les y amener.
Monfieur l'Abbé Belley lut enſuite un
Mémoire ſur l'ordre Politique des Gaules
qui a occaſionné le changement de nom
de pluſieurs Villes.
Meſſieurs de Valois & de Longueruë , &
d'autres Ecrivans , même Etrangers , ont
remarqué que pluſieurs Villes de la Gaule
avoient quitté leur nom ancien & s'étoient
approprié le nom du Peuple dont ces Villes
étoient les Capitales ; ainſi Lutetia fut nommée
Parifii ; Durocortorum , Remi ,Agedincum
, Senones , Avaricum , Bituriges , quarante-
cinq Villes dans l'étendue des Gaules
qui furent conquiſes par Jules-Cefar ont
admis ce changement ;il ſe reconnoît à peine
une fois dans la Province Narbonnoiſe . M.
L. B. a crû devoir rechercher la cauſe d'un
changement fi commun dans une partie de__
80 MERCURE DE FRANCE.
la Gaule , & preſque ſans exemple dans l'au
tre ; il s'agit de ſçavoir comment ſe ſont établis
les noms de Paris , de Reims , de Sens ,
de Bourges & de pluſieurs autres Villes de
France. La queſtion devient plus intéreſſante
, fi cette dénomination eſt ſondée ſur l'ancien
gouvernement établi dans ces Villes ,
& fi la différence d'uſage qu'on remarque
dans les parties de la Gaule , vient de la
différente condition des Peuples. La connoiſſance
de l'ancien état des Peuples & des
Villes eſt un des grands objets de l'Hiſtoire ;
les éclairciſſemens que donne M. L. B. répandent
un grand jour ſur le gouvernement
des Romains dans la Gaule , & par une
conféquence néceſſaire ſur les premiers tems
de la Monarchie Françoiſe. Nous ne pouvons
donner qu'un Extrait abregé de ce Mémoire.
Les Romains envoyerent dans la Gaule
pour la défenſe des Marſeillois leurs anciens
Alliés , des armées qui dans l'eſpace de s
ans conquirent le Pays , compris entre la
Mer Mediterranée , les Alpes , le Rhône ,
les Cevennes , la Garonne & les Pyrenées.
Cette guerre ſe fit de la part des Romains
avec animoſité. Domitius & Fabius Maximus
leurs Genéraux, pour perpétuer le ſouvenir
de leurs Victoires , firent élever des
Monumens & des Trophées , contre l'uſage
DECEMBRE 1744, 81
du Peuple Romain , qui ſuivant Florus ,
n'inſulta jamais à l'ennemi vaincu. Le Pays
conquis fut réduit en Province , & nommé
la Province Narbonnoiſe du nom de Narbonne
, ſa ville Metropole, ou ſimplement la
Province de la Gaule. Le Senat lui impoſa
des conditions très-dures ; ſes Peuples
furent dépouillés d'une partie de leurs Villes
& de leurs Terres ; on exigea d'eux des
tributs en argent , de groſſes contributions
de Vivres pour les armées Romaines ; plufieurs
Colonies furent établies ſur leurs Territoires
, & ſe multiplierent dans la ſuite
juſqu'au nombre de vingt. L'ancien habitant
, qui vivoit ſous la Jurisdiction de la
Colonie , avoit perdu ſes meilleures Terres ,
il déploroit la perte de ſa liberté , il n'avoit
plus ni Loix , ni Magiſtrat de ſa Nation.
La condition des Peuples de la Narbonnoiſe
étoit ſi déplorable que Critognate la
répreſente aux Gaulois affiégés dans Aliſe
comme le plus puiſſant motif pour défendre
leur liberté juſqu'à la derniere extrémité.
*
Refpicite finitimam Galliam , quæ in Provinciam
redacta , jure & legibus commutatis ,
Securibus subjecta , perpetua premitur fervitute
.
Les Gaules conquiſes par Jules-Ceſar re-
* De Bello Gall. L. VII.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
çurent un traitement bien différent ; ce Général
dans le cours de huit Campagnes afſujettit
à la domination Romaine la vaſte
étendue des Gaules depuis les frontieres de
la Province juſqu'au Rhin & à l'Ocean ,
& les réduifit en Province. Le Vainqueur
ne leur impoſa aucunes nouvelles charges ,
il ſe contenta d'un tribut de quarante millions
de ſeſterces ( quadringenties ) qui fercient
de notre monnoye au prix actuel du
marc d'argent, environ huit millions ſept cent
cinquante mille livres , ſomme modique , fi
l'on confidere l'étendue & la richeſſe du
Pays , ſur lequel elle fut impoſée ; & ce
tribut ſe leva ſous lenom le moins odieux ,
Stipendii nomine , pour l'entretien des troupes
deſtinées à maintenir la paix & la tranquillité
des Peuples .
Un autre avantage que cette partie des
Gaules conſerva en général au deſſus de la
Province , c'eſt que ſes Peuples ne furent
point troublés dans la poſſeſſion de leurs
Villes& de leurs Terres. Les Romains n'envoyerent
dans leur pays qu'un petit nombre
de Colonies ; on ne connoit que la Colonie
de Lyon dans la GauleCeltique ouLyonnoife
, qui étoit la troifiéme partie des Gaules
; trois Colonies dans le Pays des Helvetiens
, quatre dans la Belgique , une feule
dans toute l'Aquitaine ; ces établiſſemens
DECEMBRE 1744. 83
ne ſe firent point pour châtier ou pour contenir
les Naturels du Pays ; les Colonies
furent preſque toutes placées ſur le Rhin
pour affurer cette frontiere contre les courſes
des Nations Germaniques.
Les Romains enfin conſerverent ou retablirent
dans les Cités de la Gaule l'ancienne
forme de Gouvernement il étoit
Ariftocratique , un Senat compofé d'un certain
nombre de Perſonnes formoit le Confeil
commun de chaque Cité ou de chaque
Peuple ; les Commentaires de Cefar font
mention d'un Senat dans les Cités d'Autun
, de Sens , de Reims , de Beauvais , d'Evreux
, de Liſieux , de Vannes & des Nerviens
; c'étoit l'ordre politique généralement
établi. Cependant au tems de la Con--
quête , les Grands avoient ufurpé dans plufieurs
Cités la puiſſance Souveraine ; la Domination
Romaine chaffa ces Tyrans , & rendit
aux Peuples l'autorité de leurs Senats , cet
ordre fut maintenu par les Empereurs , comme
on le voit par pluſieurs Monumens du
haut & du bas Empire ; il a même ſubſiſté
ſous les premiers Rois de France , on en
trouve encore des veſtiges ſous la troiſieme
Race , preſque juſqu'à notre fiecle.
Ce Parallele fait affés connoître com.
bien la condition de la Narbonnoiſe fut differente
de l'état du reſte des Gaules : les
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Peuples des Gaules ayant conſervé ſous les
Romains l'autorité de leurs Senats , il eſt
facile de concevoir comment les Villes Capitales
auront perdu leurnom primitif, pour
prendre celui du Peuple.
Le Senat étoit le premier ordre du Peuple
, une aſſemblée repréſentative du Peuple,
ſouvent conſidérée comme le Peuple
même,au nom duquel elle agiſſoit ; le Senat
s'aſſembloit dans la Ville Capitale de chaque
Peuple ou Cité , M. L. B. le prouve par
pluſieurs Monumens. Cette Capitale prit ou
plutôt reçut le nom de la Cité & du Peuple.
Il eſt aſſés ordinaire de comprendre
ſous la même denomination les lieux & les
perſonnes : les noms de Senat , de Ville ,
de Province & pluſieurs autres ſont ſouvent
pris dans cette double acception.
Ainfi les Capitales des Peuples Parifii ,
Bellovaci Atrebates , Lemovices , Petrocorii
&c. furent nommées Civitas Parifiorum ,
Bellovacorum . Artrebatum , Lemovicum
Petrocoriorum , la Cité de Paris , de Beauvais
, d'Arras , de Limoges , de Perigueux ,
& l'ancien quartier de ces Villes porte encore
le nom de Cité, on leur donna auffi
fimplement le nom du Peuple , Parifii , Bellovaci
, Atrebates , Lemovices , Petrocorii ,
Paris , Beauvais , Arras , Limoges , Perigueux.
CE DECEMBRE 1744 84
۲۴
Fe
Dans la Narbonnoiſe les Peuples avoient
perdu une partie de leurs Villes , vingt Colonies
furent établies ſur leurs territoires ,
les Senats de ces Colonies n'étoient point
un ordre repréſentatif de l'ancien Peuple ,
&par conséquent l'aſſemblée ou la refidence
du Senat dans une Capitale , n'a pu
donner à cette Capitale le nom du Peuple,
ainſi les Villes de Narbonne , de Toulouſe
de Nimes , d'Arles , d'Avignon , d'Orange ,
de Valence , de Vienne & des autres Colonies
auront conſervé leur nom primitif.
7
M. L. B. examine dans quel tems les
Villes ont pris dans les Gaules le nom du
Peuple ; il trouve peu d'exemples de ce
changement ſous les premiers Empereurs ;
cet uſage eſt plus clairement établi dans
quelques Inſcriptions du troifiéme fiecle ; il
devint plus commun dans le quatriéme ;
on le remarque dans les Reſcrits des Empereurs
, fur des Medailles Imperiales , dans
les Itineraires : le changementne ſe fit que
par dégrés . Alors les Villes portoient deux
noms', l'ancien , & le moderne qui étoit
lenom du Peuple , pendant que les Romains
nommerent la Ville de Paris , Parifii , les
Gaulois lui donnoient encore le nom de
Lutetia ; mais à la fin du quatriéme ſiécle ,
le changement devint preſque général , nous
voyons dans la Notice des Provinces & des
86 MERCURE DE FRANCE.
Cités de la Gaule , qui fut redigée ſous l'Empire
d'Honorius , que quarante-cinq Villes
portoient le nom de leur Peuple. Cependant
les Villes de Rouen , de Bordeaux ,
de Besançon & pluſieurs autres ont confervé
leur ancien nom , M. L. B. examine
pourquoi elles ne ſuivirent pas l'uſage général.
La nouvelle Denomination a fubfifté fous
nos Rois , comme on le voit dans les Hiftoriens
, dans les Chartes , dans les Actes publics
, ſur les anciennes Monnoyes , &dans
les autres Monumens de l'Hiſtoire de France,
uſage qui s'eſt perpetué juſqu'aujourd'hui,
Fermer
3080
p. 87-100
Mémoires de Melvil, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Nous avons annoncé dans le second Volume du mois de Novembre les [...]
Mots clefs :
Roi, Angleterre, Marie Stuart, Reine, Régent, Mémoires, Écosse, Parti, Melvil, James Melville de Halhill
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texteReconnaissance textuelle : Mémoires de Melvil, Extrait, [titre d'après la table]
N
Ous avons annoncé dans le ſecond
Volume du mois de Novembre les
Mémoires de Melvil , traduits de l'Anglois ,
avec des additions conſidérables , en z volumes,
dont le troifiéme contient les Lettres de Marie
Stuart. Ce Livre imprimé à Edimbourg chés
Barrows & Young , porte la datte de 1745,
quoique la veuve Barrois ait commencé à le
débiter à Paris dès le mois de Novembre
1744.
Les Mémoires ne ſont pas la partie la
moins curieufe des Monumens Hiſtoriques ,
mais il feroit dangereux de les lire ſans
précaution. Ceux qui font à portée de laifſer
à la pofterité ces fortes d'Ecrits , font
preſque toujours des gens qui ont été toute
leur vie engagés dans les affaires ; la prévention
, l'attachement au parti qu'ils ont fuivi
prévalent ſur l'amour de la vérité , & les empêche
même quelquefois de la connoître.
De-là les contradictions ſi fréquentes entre
tous les Ecrivains de Mémoires. Ce ne font
pasdes témoins qui dépoſent de la vérité
des faits , ce font des Parties qui plaident
1
88 MERCURE DE FRANCE.
leur cauſe , & qui ne négligent rien pour la
faire valoir , & pour tromper leurs Juges.
Un autre défaut ne leur eſt pas moins
ordinaire. Combien en voit-on qui ayant
été employés dans quelque ſubdiviſion d'une
grande affaire , ne preſentent au Lecteur
que cette face , parce que c'eſt la ſeule qu'is
ont apperçue ? La plupart des hommes ne
peuvent conſentir à ſe perdre de vûe , & il
n'y a que les eſprits ſupérieurs qui ſe garantiſſent
ſur cet article des ſéductions de
l'amour propre.
Onne doit cependant pas conclure de
ceci qu'il faut traiter les Mémoiresde fables.
Autant il feroit dangereux de leur accorder
une confiance aveugle , autant ſeroit- il deraiſonnable
de leur refuſer toute créance:
un bon eſprit ſçait difcerner le vrai d'avec
le faux par un examen exact ; il connoît
quand un homme le trompe par défaut de
lumieres après s'être trompé lui-meme , ou
lorſque de deſſein prémédité il lui en impoſe.
La vérité n'échappe guéres à des yeux
éclairés qui la cherchent , & il eſt ſi rare de
trouver des impoſteurs qui ne foient bientôt
reconnus pour tels , que ce vice devroit
être ſans exemple.
Les Mémoires de Melvil font un des plus
précieux Monumens Hiſtoriques de ſon tems,
pour ce qui concerne l'Histoire d'Angleterre
1
1
-----
DECEMBRE. 1744. 8
& d'Ecofle, Il étoit le contemporain , le Miniftre
& l'ami de Marie Stuart : ſa naiſſance
étoit diftinguée, & la confiance que pluſieurs
Princes qu'il fervit eurent en lui , prévient
en faveur de ſa capacité.
Marie Stuart l'employa dans pluſieurs
négociations importantes , juſqu'au tems où
ſes propres Sujets l'empriſonnerent à Lockcleven.
Les quatre Regens qui gouvernerent
fucceſſivement l'Ecoſſe pendant la captivité
de la Reine , traiterent Melvil avec honneur
& avec confiance. Il demeura toujours attaché
au parti du Roi pendant la détention de
Marie , & lorſque Jacques VI commença
de régner , cette Princeſſe lui recommanda
particulierement Melvil comme le plus fidéle
& le plus habile Miniftre qu'il pût employer.
Il ſe maintint en faveur auprès de Jacques
VI , juſqu'au tems où ce Prince alla prendre
poſſeſſion de la Couronne d'Angleterre ,
mais il ne voulut point le ſuivre dans ce Pays,
& malgré les inftances & les offres que le Roi
lui fit ,Melvil reſta en Ecoſſe .
Le ſtile de ces Mémoires eſt ſimple &
naïf , & développe le caractere de l'Auteur
mieux que ne feroient les traits les plus réflechis.
On y voit le modele rare d'un homme
vertueux , qui au milieu de l'agitation
des guerres civiles , parmi les factions &
• MERCURE DE FRANCE.
les intrigues , eſt inacceſſible à l'ambition ,
&n'a en vûe que le bien public , d'un Courtiſan
qui ne craint pas de dire la verité à fon
Maître , enfin d'un ſage qui dans des que
relles de Religion a le courage de ne
haïr ceux qui penſent autrement que 'ui.
pas
Ma politique , dit-il dans une Lettre ,
par laquelle il adreſſe ſes Mémoires à ſon fils,
-mapolitique a toujours été d'être vertueux.
Je ſçais que la probité pale aujourd'hui
> pour une chimere & pour une vertu dePedant,
peu utile& ſouvent nuiſible à la fortune
, mais je n'ai pu me réſoudre à m'avancer
par d'autres voies .... Occupéuni-
>> quement des interêts de mon Prince , j'ou
bliois le ſoin de ma fortune.
Que ce caractere eſt beau ! mais malheureuſement
il eſt encore plus rare.
Au reſte ſi ces Mémoires offrent le
portrait confolant d'un homme vertueux,
ony trouve auffi le récit de bien des crimes.
C'eſt un tiſſu continuel de révoltes , de
brigandages , de noires intrigues , d'infignes
trahifons.
Les foibleffes & les malheurs de Marie
Stuart font trop celebres pour nous arrêter
long-tems fur cette partie des Memoires de
Melvil. Il la peint auſſi foible qu'ambitieu
ſe, voulant opprimer la liberté de l'Ecoffe ,
i
DECEMBRE. و . 1744
troubler l'Angleterre , pendant qu'elle
* obéifſoit en eſclave aux caprices d'un Amant
qui la maltraitoit. Elizabeth , qui ſans étre
exempte de la même paſſion , ne lui laiffoit
pas prendre cet empire abſolu , ſçut bien
profiter des égaremens de Marie'; elle alluma
& entretint en Ecoſſe le feu de la guerre
civile , par une politique excuſable peut-
* être , puiſqu'il eſt certain que ſans cela la
Reine d'Ecoffe lui auroit caufé en Angleterre
de fâcheux embarras. La moitié des
Anglois , & fur-tout les Catholiques , adoroient
Marie , & defiroient ardemment de
la voir nommer heritiere préſomptive de la
Couronne d'Angleterre , ce qui , vu le ca
ractere inquiet de la Nation , le nombre de
Efes Partifans , & les circonstances , ne lui auroit
laiſſé peut - être qu'un pas faire pour
monter au Trône même avant la mort d'Elizabeth
.
Tel eſt le récit de Melvil dont nous fommes
bien éloignés de vouloir être les garants;
nous avertiſſons au contraire nos Lecteurs,
quedes Auteurs reſpectables ont entrepris de
juftifier Marie Stuart.
La France qui auroit dûdonner du ſecours
àune Reine veuve d'un de ſes Rois,regardoit
d'un oeil tranquille toutes ces tempêtes. Le
Gouvernement François ne voyoit point ſans
jaloufie les Couronnes d'Angleterre & d'E
2 MERCURE DE FRANCE.
:
coſſe prêtes à ſe réunir ſur la même tête, &
n'avoit garde d'empêcher tout ce qui po
voit prévenir ou retarder cette réunion.
On ſçait aflés la ſuite funeſte qu'eurest
ces diviſions. Marie retenue en prifon pas
ſes Sujets , fut obligée d'abdiquer la Roya
té , & de laiſſer la Couronne à ſon fils alors
âgé d'environ deux ans. Ce facrifice ne ki
valut pas la liberté , mais elle s'échappa enfin
de ſa prifon , & chercha un azile en Angle
terre auprès d'Elizabeth , qui la fit arrêter,
& finit enfin par lui faire trancher la tete
après une captivité de 20 années.
S'i eft difficile d'excuſer ſes fautes , il l'est
bien plus de ne pas plaindre un fort auffi
déplorable. Cependant l'abdication de Ma
rie ne mit pas fin aux troubles d'Ecofle. Il ſe
forma une Confederation de Seigneurs qui
ſe déclarérent pour laReine , moins animés
par la fidélité qu'ils devoient à leur Souverai
ne,que pour contrecarrer le Comte deMurrai
qui avoit été nommé Régent : les deux
Partis étoient tour-à-tour le jouet de la politique
d'Elizabeth , & le Parti du Regent
fur-tout étoit l'eſclave de l'Angleterre. On
vit les Ecoffois conduits par le Regent aller
en Angleterre accuſer leur Reine , dont i's
auroient dû venger la captivité , & deshonorer
ainſi leur Roi dans la perſonne de la
mere , leur Nation , & l'humanité.
1
DECEMBRE . 1744 . 93
L'Ecoſſe étoit alors dans un état bien déplorable.
Les Nobles enhardis par la foible
ſe du régne précedent , ſe livroient ſans
crainte aux plus grands excès , & fappoient
chaque jour les fondemens de l'autorité du
Souverain , ſous prétexte de défendre leurs
privileges. Ceux qui étoient du Parti du
Roi n'étoient pas moins animés de l'eſprit
de faction que les revoltés , ils regardoient
le Regent comme un Chef de Parti , l'ouvrage
de leur choix , qui devoit leur plaire,
& n'avoir en vûe que leurs interêts , leurs
haines , leurs jalouſies , plutôt que comme
un Prince dont ils étoient obligés de reſpecter
l'autorité.Un Roi habile & ſage auroit
peut-être échoué au milieu de tant d'orages
; le Regent homme foible & vain , craignoit
de connoître toute l'étendue du mal,
&négligeoit de chercher les remédes, Il périt
enfin miferablement. Un homme de Bodwel
boug nommé ... Hamilton , l'attendit ſur
ſon paffage à Lithquo , & lui tira un coup
de fufil , dont il mourut la nuit ſuivante.
Ses Conſeillers & ſes Domeſtiques étoient
avertis, aufli-bien que lui , de cette entrepriſe;
ils en connoiſſoient l'auteur , & ils
Içavoient en quel tems & en quel lieu elle
devoit s'executer; néanmoins les amis du
Regent s'en mirent ſi peu en peine , qu'ils
pe remarquerent pas ſeulement la maiſon
94 MERCURE DE FRAN
d'où le coup étoit parti , & qui plus eft, is
laifferent échapper l'affaflin .
Les Royaliſtes appellerent à la Regence
le Comte de Lenox,qui étoit du SangRoyal,
ils députerent en même tems l'Abbé de
Dunſarling vers Elizabeth. Le principal article
de l'inſtruction de cet Abbé étoit de
prier la Reine d'Angleterre de remettre la
Reine Marie entre les mains des Seigneurs
du Parti du Roi. Elizabeth répondit qu'elle
la remetttroit volontiers entre leurs mains ,
pourvû qu'on lui donnât des otages ſuffifans
pour la ſureté de ſa vie. Cette condition eft
bien dure , repliqua l'Abbé , car qu'en arriveroit-
ilfi la Reine venoit à mourir ? Elizabeth
repartit qu'elle avoit toujours crû qu'il
১০ étoithomme d'eſprit , & qu'il ne la force-
>> roit pas à s'expliquer : fçachez donc ,
>> continua-t-elle , que mon honneur m'oblige
à demander des otages , & que c'est à vous
dejuger ce qui peut être le plus avantageux
pourmoi.
Le Comte de Lenox avoit de bonnes
intentions , mais Elifabeth & les Ecoffois en
empêcherent l'effet, Randolph, Ambaſſadeur
d'Angleterre , ouvertement déclaré pour le
Parti du Régent , diſoit en ſecret aux Seigneurs
du Parti de Marie qu'il ne pouvoit
y avoir ſans la Reine d'autorité légitime en
Ecoffe , & que tôt ou tard le Parti de cette
DECEMBRE. 1744 .
ور
1
ラ
Princeſſe prévaudroit ; il promettoit alternativement
aux uns & aux autres la protection
de l'Angleterre , & entretenoit avec
art l'animoſité des deux factions. Le long
ſéjour qu'il avoit déja fait en Ecoffe lui avoit
donné le tems de connoître les Chefs des
deux Partis , il s'étoit toujours appliqué à
s'inſtruire de leurs querelles & de leurs prétentions
réciproques. Il ſçavoit faire agir les
femmes pour faire réuffir ſes projets , il engageoit
quelquefois Elifabeth à écrire fami
Lierement à celles qui pouvoient lui être
utiles , il n'oublioit riende tout ce qui étoit
capable de corrompre les Miniſtres , & dès
qu'il en trouvoit quelqu'un ſuſceptible de
féduction , il n'épargnoit point l'argent pour
le gagner.
Il ſe forma dans le même tems une Conſpiration
en Angleterre pour mettre Marie
fur le trône d'Elifabeth. Tout étoit prêt ,
on n'attendoit que le ſignal. Cette Princeſſe
imprudente & plus infortunée en informa
le Cardinal de Lorraine fon oncle , pour lui
demander des avis & des fecours , mais celuici
en avertit la Reine mere & l'engagea à
en donner avis à Elifabeth , qui feignit de
n'en rien croire , & prit de ſages précautions.
Enfin les troubles croiſſant de jour en
jour en Ecoſſe , les Seigneurs du Parti de la
96 MERCURE DE FRANCE .
Reine firent une entrepriſe pour ſurprendre
Sterling, où le Régent étoit avec les Membres
du Parlement quiy étoit aſſemblé , is
furent repoufles , mais le Régent fut tué dans
l'attaque. Le Comte de Marr élu Régent par
les Etats , malgré les intrigues de Randolph
qui portoit le Comte de Mortoun , ne conſerva
que peu de tems une dignité ſans crédit.
Au fortird'un repas où il fut magnifiquement
traité par le Comte de Mortoun , il fut attaqué
d'un mal violent dont il mourut peu de
tems après , ce qui donna de grands foupcons
contre le Comte qui avoit été fon compétiteur.
Ce dernier fut enfin élu Régent par les
brigues des Anglois. Mieux ſecouru par Eliſabeth
que ſes Prédéceſſeurs , il extermina
la faction opoſée , mais il ne ſe preſſa pas
d'exécuter la promeſſe qu'il avoit faite de
remettre le Roi entre les mains de la Reine
d'Angleterre. Cette politique le brouilla
avec les Anglois ; ſa fierté & le mépris qu'il
eut pour la Nobleſſe lui firent perdre fatfection
des Ecoflois. Peu à peu on le mit
mal dans l'eſprit du Roi qui avançoit en
âge , il fut diſgracié par ce Prince , & finit
enfin ſes jours ſur un échafaut , & eut la tote
tranchée , comme complice de la mort du
feu Roi qu'avoit aſſaffiné Bothwel , ce qui
n'étoit qu'un prétexte.
On
DECEMBRE. 1744. 97
On vit alors la ſcene changer. L'Ecoffe
ſe trouva ſous la domination d'un jeune
Roi gouverné par deux Favoris que leur
faveur rendoit infolens , & que leur puiffance
enhardiſſoit à commettre toutes fortes
d'injuftices. Ces deux favoris étoient
Milord d'Aubonie qui fut bientôt après fait
Duc de Lénox , & Jacques Stuart qui fut
fait Comte d'Aran. L'on ne fut gueres mieux
fous leur regne que l'on avoit été juſques-là,
& l'on fut auſſi mécontent. Les Ecoffois
depuis long- tems n'étoient pas accoutumés
àſe borner à des murmures impuiſlans ; plufieurs
Seigneurs formerent le projet d'enlever
le Roi & l'exécuterent. Le Duc de
Lénox un des favoris ſe ſauva.
Ces Conjurés qui outrageoient fi cruellement
la perſonnede leurRoi, n'oublioient
aucune des démonſtrations extérieures du
reſpect dû à ſa dignité , & tandis qu'ils le
retenoient dans une étroite eaptivité , ils lui
préſenterent une humble Requéte par laquelle
ils le ſupplioient avec ſoumiſſion de
remédier aux déſordres de l'Etat ; contraſte
de reſpect & de violence qui rendoit l'injure
encore plus ſenſible.
Cette démarche hardie des Conjurés eut
une ſuite bien finguliere. Ils jugerent qu'il
étoit expédient d'aſſembler les Etats pour
délibérer ſur la maniere dont on devoit ſe
E
98 MERCURE DE FRANCE .
conduire. Les Etats répondirent que fentrepriſe
de Lothwen étoit également avantageuſe
au Roi , au Royaume & à la Religion.
C'eſt ce que le Roi reconnut lui-même
& l'on prit acte de ſa déclaration .
On ſent bienque les choſes ne pouvoient
ſubſiſter long - tems dans cet état. Lorſque
le Roi fut en liberté , trop foible pour punir
les rebelles , trop peu politique pour dillimuler
ſes juftes reſſentimens , il laiſſa connoître
qu'il ſentoit toute l'étendue de l'outrage
; & la crainte du chatiment entretint
chez les coupables l'eſprit de révolte. Nous
ne nous engagerons point à ſuivre Melvil
pas à pas dans le reſte de cesMémoires.
L'entrepriſe de Lothwen ne fut pas la ſeule
que Jacques VI eſſuya de la part de ſes ſujets.
Jamais Prince ne prouva mieux que de
bonnes intentions ne fuffiſent pas pourgouverner.
Il aimoit la vérité ,mais il ne ſçavoit
pas la connoître ; il écoutoit volontiers les
gens de bien , mais il croyoit ſes favoris.
Son gouvernement fut foible , & fon regne
toujours agité. Peu eſtimé , mal obéi , fouvent
trahi par ceux qu'il croioit ſes amis ,
il ſe vit toujours en bute aux factions , & ne
fut pas toujours le plus fort. Mépriſé par les
Anglois , il les vit enfin porter l'injure
comble par le fupplice de fa mere & ne put
ou ne voulut pas la vanger,
à fon
DECEMBRE. 1744 . 99
Melvil eſt un des moindres Acteurs de
ces Mémoires. Ce n'eſt point la partie la
plus ſaine d'une Nation qui joue les rôles
les plus éclatans dans les guerres civiles.
Melvil ſoutient dans ces factions le perſonnage
difficile d'un homme qui veut ſincérement
le bien public , mais qui le veut tout
ſeul. Toujours mal ſecondé , ſouvent traverfé
, il trouve autant d'obstacles à vaincre de
la part de fon parti que de la faction opoſée.
C'eſt un Pilote qui conduit ſeul un
grand vaiſſeau au milieu d'une mer orageufe,
tandis que le reſte de l'équipage loin de
l'aider s'occupe à briſer les mats , les cordages
& les voiles.
Qui croiroit après cela que cethommeſage
raconte de fang froid des contos puériles de
Sorciers , & deshiſtoires de ſabat qu'il donne
pour des faits autentiques. Plaignons la foibleffe
de l'eſprit humain. On a vu ſouvent
des hommes très-éclairés à tout autre égard
donner dans depareilles extravagances.Combien
n'ont pas été entétés des viſions de
l'Aftrologie judiciaire , pleins d'ailleurs de
connoiſſances bien digérées , & capables de
vues philoſophiques. Il leur arrivoit la même
choſe qu'au Héros de Cervantes qui raiſonnoit
de tout en homme ſenſé , pourvû qu'on
ne touchât point la corde de la Chevalerie.
Les Lettres de Marie Stuart font fi con
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
nues que nous nous diſpenſerons d'en parler.
Ous avons annoncé dans le ſecond
Volume du mois de Novembre les
Mémoires de Melvil , traduits de l'Anglois ,
avec des additions conſidérables , en z volumes,
dont le troifiéme contient les Lettres de Marie
Stuart. Ce Livre imprimé à Edimbourg chés
Barrows & Young , porte la datte de 1745,
quoique la veuve Barrois ait commencé à le
débiter à Paris dès le mois de Novembre
1744.
Les Mémoires ne ſont pas la partie la
moins curieufe des Monumens Hiſtoriques ,
mais il feroit dangereux de les lire ſans
précaution. Ceux qui font à portée de laifſer
à la pofterité ces fortes d'Ecrits , font
preſque toujours des gens qui ont été toute
leur vie engagés dans les affaires ; la prévention
, l'attachement au parti qu'ils ont fuivi
prévalent ſur l'amour de la vérité , & les empêche
même quelquefois de la connoître.
De-là les contradictions ſi fréquentes entre
tous les Ecrivains de Mémoires. Ce ne font
pasdes témoins qui dépoſent de la vérité
des faits , ce font des Parties qui plaident
1
88 MERCURE DE FRANCE.
leur cauſe , & qui ne négligent rien pour la
faire valoir , & pour tromper leurs Juges.
Un autre défaut ne leur eſt pas moins
ordinaire. Combien en voit-on qui ayant
été employés dans quelque ſubdiviſion d'une
grande affaire , ne preſentent au Lecteur
que cette face , parce que c'eſt la ſeule qu'is
ont apperçue ? La plupart des hommes ne
peuvent conſentir à ſe perdre de vûe , & il
n'y a que les eſprits ſupérieurs qui ſe garantiſſent
ſur cet article des ſéductions de
l'amour propre.
Onne doit cependant pas conclure de
ceci qu'il faut traiter les Mémoiresde fables.
Autant il feroit dangereux de leur accorder
une confiance aveugle , autant ſeroit- il deraiſonnable
de leur refuſer toute créance:
un bon eſprit ſçait difcerner le vrai d'avec
le faux par un examen exact ; il connoît
quand un homme le trompe par défaut de
lumieres après s'être trompé lui-meme , ou
lorſque de deſſein prémédité il lui en impoſe.
La vérité n'échappe guéres à des yeux
éclairés qui la cherchent , & il eſt ſi rare de
trouver des impoſteurs qui ne foient bientôt
reconnus pour tels , que ce vice devroit
être ſans exemple.
Les Mémoires de Melvil font un des plus
précieux Monumens Hiſtoriques de ſon tems,
pour ce qui concerne l'Histoire d'Angleterre
1
1
-----
DECEMBRE. 1744. 8
& d'Ecofle, Il étoit le contemporain , le Miniftre
& l'ami de Marie Stuart : ſa naiſſance
étoit diftinguée, & la confiance que pluſieurs
Princes qu'il fervit eurent en lui , prévient
en faveur de ſa capacité.
Marie Stuart l'employa dans pluſieurs
négociations importantes , juſqu'au tems où
ſes propres Sujets l'empriſonnerent à Lockcleven.
Les quatre Regens qui gouvernerent
fucceſſivement l'Ecoſſe pendant la captivité
de la Reine , traiterent Melvil avec honneur
& avec confiance. Il demeura toujours attaché
au parti du Roi pendant la détention de
Marie , & lorſque Jacques VI commença
de régner , cette Princeſſe lui recommanda
particulierement Melvil comme le plus fidéle
& le plus habile Miniftre qu'il pût employer.
Il ſe maintint en faveur auprès de Jacques
VI , juſqu'au tems où ce Prince alla prendre
poſſeſſion de la Couronne d'Angleterre ,
mais il ne voulut point le ſuivre dans ce Pays,
& malgré les inftances & les offres que le Roi
lui fit ,Melvil reſta en Ecoſſe .
Le ſtile de ces Mémoires eſt ſimple &
naïf , & développe le caractere de l'Auteur
mieux que ne feroient les traits les plus réflechis.
On y voit le modele rare d'un homme
vertueux , qui au milieu de l'agitation
des guerres civiles , parmi les factions &
• MERCURE DE FRANCE.
les intrigues , eſt inacceſſible à l'ambition ,
&n'a en vûe que le bien public , d'un Courtiſan
qui ne craint pas de dire la verité à fon
Maître , enfin d'un ſage qui dans des que
relles de Religion a le courage de ne
haïr ceux qui penſent autrement que 'ui.
pas
Ma politique , dit-il dans une Lettre ,
par laquelle il adreſſe ſes Mémoires à ſon fils,
-mapolitique a toujours été d'être vertueux.
Je ſçais que la probité pale aujourd'hui
> pour une chimere & pour une vertu dePedant,
peu utile& ſouvent nuiſible à la fortune
, mais je n'ai pu me réſoudre à m'avancer
par d'autres voies .... Occupéuni-
>> quement des interêts de mon Prince , j'ou
bliois le ſoin de ma fortune.
Que ce caractere eſt beau ! mais malheureuſement
il eſt encore plus rare.
Au reſte ſi ces Mémoires offrent le
portrait confolant d'un homme vertueux,
ony trouve auffi le récit de bien des crimes.
C'eſt un tiſſu continuel de révoltes , de
brigandages , de noires intrigues , d'infignes
trahifons.
Les foibleffes & les malheurs de Marie
Stuart font trop celebres pour nous arrêter
long-tems fur cette partie des Memoires de
Melvil. Il la peint auſſi foible qu'ambitieu
ſe, voulant opprimer la liberté de l'Ecoffe ,
i
DECEMBRE. و . 1744
troubler l'Angleterre , pendant qu'elle
* obéifſoit en eſclave aux caprices d'un Amant
qui la maltraitoit. Elizabeth , qui ſans étre
exempte de la même paſſion , ne lui laiffoit
pas prendre cet empire abſolu , ſçut bien
profiter des égaremens de Marie'; elle alluma
& entretint en Ecoſſe le feu de la guerre
civile , par une politique excuſable peut-
* être , puiſqu'il eſt certain que ſans cela la
Reine d'Ecoffe lui auroit caufé en Angleterre
de fâcheux embarras. La moitié des
Anglois , & fur-tout les Catholiques , adoroient
Marie , & defiroient ardemment de
la voir nommer heritiere préſomptive de la
Couronne d'Angleterre , ce qui , vu le ca
ractere inquiet de la Nation , le nombre de
Efes Partifans , & les circonstances , ne lui auroit
laiſſé peut - être qu'un pas faire pour
monter au Trône même avant la mort d'Elizabeth
.
Tel eſt le récit de Melvil dont nous fommes
bien éloignés de vouloir être les garants;
nous avertiſſons au contraire nos Lecteurs,
quedes Auteurs reſpectables ont entrepris de
juftifier Marie Stuart.
La France qui auroit dûdonner du ſecours
àune Reine veuve d'un de ſes Rois,regardoit
d'un oeil tranquille toutes ces tempêtes. Le
Gouvernement François ne voyoit point ſans
jaloufie les Couronnes d'Angleterre & d'E
2 MERCURE DE FRANCE.
:
coſſe prêtes à ſe réunir ſur la même tête, &
n'avoit garde d'empêcher tout ce qui po
voit prévenir ou retarder cette réunion.
On ſçait aflés la ſuite funeſte qu'eurest
ces diviſions. Marie retenue en prifon pas
ſes Sujets , fut obligée d'abdiquer la Roya
té , & de laiſſer la Couronne à ſon fils alors
âgé d'environ deux ans. Ce facrifice ne ki
valut pas la liberté , mais elle s'échappa enfin
de ſa prifon , & chercha un azile en Angle
terre auprès d'Elizabeth , qui la fit arrêter,
& finit enfin par lui faire trancher la tete
après une captivité de 20 années.
S'i eft difficile d'excuſer ſes fautes , il l'est
bien plus de ne pas plaindre un fort auffi
déplorable. Cependant l'abdication de Ma
rie ne mit pas fin aux troubles d'Ecofle. Il ſe
forma une Confederation de Seigneurs qui
ſe déclarérent pour laReine , moins animés
par la fidélité qu'ils devoient à leur Souverai
ne,que pour contrecarrer le Comte deMurrai
qui avoit été nommé Régent : les deux
Partis étoient tour-à-tour le jouet de la politique
d'Elizabeth , & le Parti du Regent
fur-tout étoit l'eſclave de l'Angleterre. On
vit les Ecoffois conduits par le Regent aller
en Angleterre accuſer leur Reine , dont i's
auroient dû venger la captivité , & deshonorer
ainſi leur Roi dans la perſonne de la
mere , leur Nation , & l'humanité.
1
DECEMBRE . 1744 . 93
L'Ecoſſe étoit alors dans un état bien déplorable.
Les Nobles enhardis par la foible
ſe du régne précedent , ſe livroient ſans
crainte aux plus grands excès , & fappoient
chaque jour les fondemens de l'autorité du
Souverain , ſous prétexte de défendre leurs
privileges. Ceux qui étoient du Parti du
Roi n'étoient pas moins animés de l'eſprit
de faction que les revoltés , ils regardoient
le Regent comme un Chef de Parti , l'ouvrage
de leur choix , qui devoit leur plaire,
& n'avoir en vûe que leurs interêts , leurs
haines , leurs jalouſies , plutôt que comme
un Prince dont ils étoient obligés de reſpecter
l'autorité.Un Roi habile & ſage auroit
peut-être échoué au milieu de tant d'orages
; le Regent homme foible & vain , craignoit
de connoître toute l'étendue du mal,
&négligeoit de chercher les remédes, Il périt
enfin miferablement. Un homme de Bodwel
boug nommé ... Hamilton , l'attendit ſur
ſon paffage à Lithquo , & lui tira un coup
de fufil , dont il mourut la nuit ſuivante.
Ses Conſeillers & ſes Domeſtiques étoient
avertis, aufli-bien que lui , de cette entrepriſe;
ils en connoiſſoient l'auteur , & ils
Içavoient en quel tems & en quel lieu elle
devoit s'executer; néanmoins les amis du
Regent s'en mirent ſi peu en peine , qu'ils
pe remarquerent pas ſeulement la maiſon
94 MERCURE DE FRAN
d'où le coup étoit parti , & qui plus eft, is
laifferent échapper l'affaflin .
Les Royaliſtes appellerent à la Regence
le Comte de Lenox,qui étoit du SangRoyal,
ils députerent en même tems l'Abbé de
Dunſarling vers Elizabeth. Le principal article
de l'inſtruction de cet Abbé étoit de
prier la Reine d'Angleterre de remettre la
Reine Marie entre les mains des Seigneurs
du Parti du Roi. Elizabeth répondit qu'elle
la remetttroit volontiers entre leurs mains ,
pourvû qu'on lui donnât des otages ſuffifans
pour la ſureté de ſa vie. Cette condition eft
bien dure , repliqua l'Abbé , car qu'en arriveroit-
ilfi la Reine venoit à mourir ? Elizabeth
repartit qu'elle avoit toujours crû qu'il
১০ étoithomme d'eſprit , & qu'il ne la force-
>> roit pas à s'expliquer : fçachez donc ,
>> continua-t-elle , que mon honneur m'oblige
à demander des otages , & que c'est à vous
dejuger ce qui peut être le plus avantageux
pourmoi.
Le Comte de Lenox avoit de bonnes
intentions , mais Elifabeth & les Ecoffois en
empêcherent l'effet, Randolph, Ambaſſadeur
d'Angleterre , ouvertement déclaré pour le
Parti du Régent , diſoit en ſecret aux Seigneurs
du Parti de Marie qu'il ne pouvoit
y avoir ſans la Reine d'autorité légitime en
Ecoffe , & que tôt ou tard le Parti de cette
DECEMBRE. 1744 .
ور
1
ラ
Princeſſe prévaudroit ; il promettoit alternativement
aux uns & aux autres la protection
de l'Angleterre , & entretenoit avec
art l'animoſité des deux factions. Le long
ſéjour qu'il avoit déja fait en Ecoffe lui avoit
donné le tems de connoître les Chefs des
deux Partis , il s'étoit toujours appliqué à
s'inſtruire de leurs querelles & de leurs prétentions
réciproques. Il ſçavoit faire agir les
femmes pour faire réuffir ſes projets , il engageoit
quelquefois Elifabeth à écrire fami
Lierement à celles qui pouvoient lui être
utiles , il n'oublioit riende tout ce qui étoit
capable de corrompre les Miniſtres , & dès
qu'il en trouvoit quelqu'un ſuſceptible de
féduction , il n'épargnoit point l'argent pour
le gagner.
Il ſe forma dans le même tems une Conſpiration
en Angleterre pour mettre Marie
fur le trône d'Elifabeth. Tout étoit prêt ,
on n'attendoit que le ſignal. Cette Princeſſe
imprudente & plus infortunée en informa
le Cardinal de Lorraine fon oncle , pour lui
demander des avis & des fecours , mais celuici
en avertit la Reine mere & l'engagea à
en donner avis à Elifabeth , qui feignit de
n'en rien croire , & prit de ſages précautions.
Enfin les troubles croiſſant de jour en
jour en Ecoſſe , les Seigneurs du Parti de la
96 MERCURE DE FRANCE .
Reine firent une entrepriſe pour ſurprendre
Sterling, où le Régent étoit avec les Membres
du Parlement quiy étoit aſſemblé , is
furent repoufles , mais le Régent fut tué dans
l'attaque. Le Comte de Marr élu Régent par
les Etats , malgré les intrigues de Randolph
qui portoit le Comte de Mortoun , ne conſerva
que peu de tems une dignité ſans crédit.
Au fortird'un repas où il fut magnifiquement
traité par le Comte de Mortoun , il fut attaqué
d'un mal violent dont il mourut peu de
tems après , ce qui donna de grands foupcons
contre le Comte qui avoit été fon compétiteur.
Ce dernier fut enfin élu Régent par les
brigues des Anglois. Mieux ſecouru par Eliſabeth
que ſes Prédéceſſeurs , il extermina
la faction opoſée , mais il ne ſe preſſa pas
d'exécuter la promeſſe qu'il avoit faite de
remettre le Roi entre les mains de la Reine
d'Angleterre. Cette politique le brouilla
avec les Anglois ; ſa fierté & le mépris qu'il
eut pour la Nobleſſe lui firent perdre fatfection
des Ecoflois. Peu à peu on le mit
mal dans l'eſprit du Roi qui avançoit en
âge , il fut diſgracié par ce Prince , & finit
enfin ſes jours ſur un échafaut , & eut la tote
tranchée , comme complice de la mort du
feu Roi qu'avoit aſſaffiné Bothwel , ce qui
n'étoit qu'un prétexte.
On
DECEMBRE. 1744. 97
On vit alors la ſcene changer. L'Ecoffe
ſe trouva ſous la domination d'un jeune
Roi gouverné par deux Favoris que leur
faveur rendoit infolens , & que leur puiffance
enhardiſſoit à commettre toutes fortes
d'injuftices. Ces deux favoris étoient
Milord d'Aubonie qui fut bientôt après fait
Duc de Lénox , & Jacques Stuart qui fut
fait Comte d'Aran. L'on ne fut gueres mieux
fous leur regne que l'on avoit été juſques-là,
& l'on fut auſſi mécontent. Les Ecoffois
depuis long- tems n'étoient pas accoutumés
àſe borner à des murmures impuiſlans ; plufieurs
Seigneurs formerent le projet d'enlever
le Roi & l'exécuterent. Le Duc de
Lénox un des favoris ſe ſauva.
Ces Conjurés qui outrageoient fi cruellement
la perſonnede leurRoi, n'oublioient
aucune des démonſtrations extérieures du
reſpect dû à ſa dignité , & tandis qu'ils le
retenoient dans une étroite eaptivité , ils lui
préſenterent une humble Requéte par laquelle
ils le ſupplioient avec ſoumiſſion de
remédier aux déſordres de l'Etat ; contraſte
de reſpect & de violence qui rendoit l'injure
encore plus ſenſible.
Cette démarche hardie des Conjurés eut
une ſuite bien finguliere. Ils jugerent qu'il
étoit expédient d'aſſembler les Etats pour
délibérer ſur la maniere dont on devoit ſe
E
98 MERCURE DE FRANCE .
conduire. Les Etats répondirent que fentrepriſe
de Lothwen étoit également avantageuſe
au Roi , au Royaume & à la Religion.
C'eſt ce que le Roi reconnut lui-même
& l'on prit acte de ſa déclaration .
On ſent bienque les choſes ne pouvoient
ſubſiſter long - tems dans cet état. Lorſque
le Roi fut en liberté , trop foible pour punir
les rebelles , trop peu politique pour dillimuler
ſes juftes reſſentimens , il laiſſa connoître
qu'il ſentoit toute l'étendue de l'outrage
; & la crainte du chatiment entretint
chez les coupables l'eſprit de révolte. Nous
ne nous engagerons point à ſuivre Melvil
pas à pas dans le reſte de cesMémoires.
L'entrepriſe de Lothwen ne fut pas la ſeule
que Jacques VI eſſuya de la part de ſes ſujets.
Jamais Prince ne prouva mieux que de
bonnes intentions ne fuffiſent pas pourgouverner.
Il aimoit la vérité ,mais il ne ſçavoit
pas la connoître ; il écoutoit volontiers les
gens de bien , mais il croyoit ſes favoris.
Son gouvernement fut foible , & fon regne
toujours agité. Peu eſtimé , mal obéi , fouvent
trahi par ceux qu'il croioit ſes amis ,
il ſe vit toujours en bute aux factions , & ne
fut pas toujours le plus fort. Mépriſé par les
Anglois , il les vit enfin porter l'injure
comble par le fupplice de fa mere & ne put
ou ne voulut pas la vanger,
à fon
DECEMBRE. 1744 . 99
Melvil eſt un des moindres Acteurs de
ces Mémoires. Ce n'eſt point la partie la
plus ſaine d'une Nation qui joue les rôles
les plus éclatans dans les guerres civiles.
Melvil ſoutient dans ces factions le perſonnage
difficile d'un homme qui veut ſincérement
le bien public , mais qui le veut tout
ſeul. Toujours mal ſecondé , ſouvent traverfé
, il trouve autant d'obstacles à vaincre de
la part de fon parti que de la faction opoſée.
C'eſt un Pilote qui conduit ſeul un
grand vaiſſeau au milieu d'une mer orageufe,
tandis que le reſte de l'équipage loin de
l'aider s'occupe à briſer les mats , les cordages
& les voiles.
Qui croiroit après cela que cethommeſage
raconte de fang froid des contos puériles de
Sorciers , & deshiſtoires de ſabat qu'il donne
pour des faits autentiques. Plaignons la foibleffe
de l'eſprit humain. On a vu ſouvent
des hommes très-éclairés à tout autre égard
donner dans depareilles extravagances.Combien
n'ont pas été entétés des viſions de
l'Aftrologie judiciaire , pleins d'ailleurs de
connoiſſances bien digérées , & capables de
vues philoſophiques. Il leur arrivoit la même
choſe qu'au Héros de Cervantes qui raiſonnoit
de tout en homme ſenſé , pourvû qu'on
ne touchât point la corde de la Chevalerie.
Les Lettres de Marie Stuart font fi con
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
nues que nous nous diſpenſerons d'en parler.
Fermer
3081
p. 100
Cinquiéme Edition des Principes généraux & ra[ison]nés de la Grammaire Française, [titre d'après la table]
Début :
On imprime actuellement la cinquiéme édition des Principes Généraux & raisonnés [...]
Mots clefs :
Grammaire française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cinquiéme Edition des Principes généraux & ra[ison]nés de la Grammaire Française, [titre d'après la table]
On imprime actuellement la cinquiéme
édition des Principes Généraux & raisonnés
de la Grammaire françoise , par M. Reſtaut
Avocat au Parlement & aux Conſeils du Roi.
Cette édition ſera conſidérablement augmentée
, & l'Auteur y a ajouté un grand
nombre de nouvelles Obſervations qui ne
pouront que contribuer à rendre l'Ouvrage
plus parfait & plus utile au public. Il paroîtra
dans le courant du mois de Fevrier
prochain.
édition des Principes Généraux & raisonnés
de la Grammaire françoise , par M. Reſtaut
Avocat au Parlement & aux Conſeils du Roi.
Cette édition ſera conſidérablement augmentée
, & l'Auteur y a ajouté un grand
nombre de nouvelles Obſervations qui ne
pouront que contribuer à rendre l'Ouvrage
plus parfait & plus utile au public. Il paroîtra
dans le courant du mois de Fevrier
prochain.
Fermer
3082
p. 100
Almanach & Calendrier journalier, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Larcher Mathématicien donne avis au Public qu'il a mis au jour un Almanach [...]
Mots clefs :
Almanach, Calendrier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Almanach & Calendrier journalier, [titre d'après la table]
Le ſieur Larcher Mathématicien donne
avis au Public qu'il a mis au jour un Almanach
& Calendrier Journalier perpétuel &
univerſel , Ouvrage très utile & néceflaire
aux Magiſtrats gens de Juſtice , Ecclefiaftiques
, Praticiens , Hiſtoriens , Chronologiftes
, Curieux , & à toutes fortes de Perfonnes
, dédié à Monſeigneur le Comte de S.
Florentin Miniftre & Sécretaire d'Etat .
Il ſe vend à Paris , chez de Bas , au Palais
, vis - à - vis la Cour des Aydes , chez
David fils , Quay des Auguſtins à la defcente
du pont Saint Michel au Saint Efprit
, chez de Lormel , Quay des Auguſtins
à la deſcente du Pont Neuf, au Nom de
Jeſus , le prix eſt de 36 f, broché,
avis au Public qu'il a mis au jour un Almanach
& Calendrier Journalier perpétuel &
univerſel , Ouvrage très utile & néceflaire
aux Magiſtrats gens de Juſtice , Ecclefiaftiques
, Praticiens , Hiſtoriens , Chronologiftes
, Curieux , & à toutes fortes de Perfonnes
, dédié à Monſeigneur le Comte de S.
Florentin Miniftre & Sécretaire d'Etat .
Il ſe vend à Paris , chez de Bas , au Palais
, vis - à - vis la Cour des Aydes , chez
David fils , Quay des Auguſtins à la defcente
du pont Saint Michel au Saint Efprit
, chez de Lormel , Quay des Auguſtins
à la deſcente du Pont Neuf, au Nom de
Jeſus , le prix eſt de 36 f, broché,
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3083
p. 101-102
Discours sur la manoeuvre des Vaisseaux, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS sur la Manoeuvre des Vaisseaux prononcé à l'Ecole Militaire le 17 [...]
Mots clefs :
Manoeuvre, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur la manoeuvre des Vaisseaux, Extrait, [titre d'après la table]
DISCOURS ſur la Manoeuvre des Vaifſeaux
prononcé à l'Ecole Militaire le 17
Novembre 1744 par M. SAVERIEN Ingenieur
& Profeffeur d'Hydrographie en cette
Ecole , à l'ouverture de ſes Leçons publiques
ſur cette partie eſſentielle de la Navigation.
A Paris chez d'Houry pere & fils ,
1744 in 4 ° . 17. pages .
La Manoeuvre eſt une partie des plus efſentielles
de la Navigation. C'eſt par cet art
que l'on ſçait donner avec intelligence par
les voiles & le gouvernail , les mouvemens
propres pour faire avec célérité une évolution
navale , que l'on évite quelquefois un
danger imprévu , que l'on prend le deſſus
du vent , pourdonner la chaſſe à un vaiſſeau
ennemi ; enfin qu'un navire foible échape
à force de voiles & par une manoeuvre bien
dirigée à la pourſuite d'un ennemi plus fort
& moins habile.
M. S. s'eſt propoſé dans ſon Diſcours de
montrer quelle a été l'origine de la Manoeuvre
, quels ont été les progrès de cet Art
& quels font les avantages qu'il procure.
Ce plan eſt fort judicieux & traité avec
gout. L'Orateur ne pouvoit choiſir une matiere
plus convenable. On ne ſçauroit trop
répéter aux jeunes gens qui ſe deſtinent
à la guerre , que leur métier ne confifte pas
foulement à eſſuyer des coups de fufil , que
E iij
101 MERCURE DE FRANCE.
c'eſt un Art qui exige des connoiffances &
des réfléxions , & qu'on ne peut y réuffir
que par une application conſtante.
prononcé à l'Ecole Militaire le 17
Novembre 1744 par M. SAVERIEN Ingenieur
& Profeffeur d'Hydrographie en cette
Ecole , à l'ouverture de ſes Leçons publiques
ſur cette partie eſſentielle de la Navigation.
A Paris chez d'Houry pere & fils ,
1744 in 4 ° . 17. pages .
La Manoeuvre eſt une partie des plus efſentielles
de la Navigation. C'eſt par cet art
que l'on ſçait donner avec intelligence par
les voiles & le gouvernail , les mouvemens
propres pour faire avec célérité une évolution
navale , que l'on évite quelquefois un
danger imprévu , que l'on prend le deſſus
du vent , pourdonner la chaſſe à un vaiſſeau
ennemi ; enfin qu'un navire foible échape
à force de voiles & par une manoeuvre bien
dirigée à la pourſuite d'un ennemi plus fort
& moins habile.
M. S. s'eſt propoſé dans ſon Diſcours de
montrer quelle a été l'origine de la Manoeuvre
, quels ont été les progrès de cet Art
& quels font les avantages qu'il procure.
Ce plan eſt fort judicieux & traité avec
gout. L'Orateur ne pouvoit choiſir une matiere
plus convenable. On ne ſçauroit trop
répéter aux jeunes gens qui ſe deſtinent
à la guerre , que leur métier ne confifte pas
foulement à eſſuyer des coups de fufil , que
E iij
101 MERCURE DE FRANCE.
c'eſt un Art qui exige des connoiffances &
des réfléxions , & qu'on ne peut y réuffir
que par une application conſtante.
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3084
p. 102
Traité Moral de la Charité Chrétienne, [titre d'après la table]
Début :
DE LA CHARITÉ CHRETIENNE envers le Prochain, & des diverses oeuvres [...]
Mots clefs :
Traité moral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité Moral de la Charité Chrétienne, [titre d'après la table]
DE LA CHARITE' CHRETIENNE
envers le Prochain , & des diverſes oeuvres
de Mifericorde , Traité Moral , traduit de
l'Italien de M. MURATORI par M. DE
VERGY. Paris , 1745. 2 volumes in - 12 ,
chez Robuſtel , Imprimeur- Libraire
de la Calendre , près le Palais .
د
1
1
rue 1
Cet Ouvrage parut ily a quelques années
en Italie , & y fut reçu avec beaucoup d'applaudiſſemens.
L'Auteur Italien jouit d'une
grande réputation , & tient un rang diftingué
dans la République des Lettres.
fur
Le Traducteur François aſſure dans ſa
Préface que M. Muratori peſe tout au poids
du Sanctuaire ; qu'il n'avance rien qui ne ſoit
fondé sur la parole de Jesus-Christ
l'Evangile, qui n'ait étéenseigné par lesApotres
, & confirmé par l'exemple des plus
grands Saints , & qui ue soit appuyésur l'autorité
des Peres , &des plus celebres Théologiens
des Ecoles Catholiques.
Cet Expoſé fait l'éloge complet de cet
Ouvrage , dont nous rendrons un compte,
plus détaillé à nos Lecteurs dans un autre
volume,
envers le Prochain , & des diverſes oeuvres
de Mifericorde , Traité Moral , traduit de
l'Italien de M. MURATORI par M. DE
VERGY. Paris , 1745. 2 volumes in - 12 ,
chez Robuſtel , Imprimeur- Libraire
de la Calendre , près le Palais .
د
1
1
rue 1
Cet Ouvrage parut ily a quelques années
en Italie , & y fut reçu avec beaucoup d'applaudiſſemens.
L'Auteur Italien jouit d'une
grande réputation , & tient un rang diftingué
dans la République des Lettres.
fur
Le Traducteur François aſſure dans ſa
Préface que M. Muratori peſe tout au poids
du Sanctuaire ; qu'il n'avance rien qui ne ſoit
fondé sur la parole de Jesus-Christ
l'Evangile, qui n'ait étéenseigné par lesApotres
, & confirmé par l'exemple des plus
grands Saints , & qui ue soit appuyésur l'autorité
des Peres , &des plus celebres Théologiens
des Ecoles Catholiques.
Cet Expoſé fait l'éloge complet de cet
Ouvrage , dont nous rendrons un compte,
plus détaillé à nos Lecteurs dans un autre
volume,
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3085
p. 103-104
Seconde Edition du Dictionnaire Militaire, [titre d'après la table]
Début :
David jeune Libraire Quay des Augustins au Saint Esprit, vient de mettre en [...]
Mots clefs :
Militaires, Artillerie, Garde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Seconde Edition du Dictionnaire Militaire, [titre d'après la table]
David le jeune Libraire Quay des Auguſtins
au Saint Eſprit , vient de mettre en
vente une ſeconde édition du Dictionaire
Militaire en deux volumes in 12 6 liv .
L'Auteur de cet Ouvrage ( c'eſt M. Delachenaye
) déja connu par plufieurs autres , a
entierement refondu la premiere édition
dans celui- ci , où les jeunes Militaires trouveront
l'arrangement de tous les termes ,
qui regardent la Tactique , le Génie , l'Artillerie
la Marine , la ſubſiſtance des
Troupes , & des détails hiſtoriques ſur l'origine
& la nature des différentes eſpéces ,
tant d'offices Militaires anciens & modernes ,
que des Armes , qui ont été en uſage dans
les differens tems de la Monarchie.
د
Ce Dictionaire eſt encore orné de la
Liſte de ceux qui ont occupé les premieres
charges Militaires. Par exemple ſous les noms
de Grand Sénéchal , de Connétable , de Maréchal
de France , de Porte - Oriflame , de
Grand maître des Arbaletriers , de Grand
maître d'Artillerie , d'Amiral , de Colonel
Général de l'Infanterie , de Colonel Général
de la Cavalerie , on trouve le nom des
Seigneurs , qui ont été ſucceſſivement jufques
à aujourd'hui revétus de ces charges.
Aux Articles de Gardes du Corps , Gendarmes
de la Garde , Chevaux Legers
Mouſquetaires du Roy , Grenadiers à che-
Enj
104 MERCURE DE FRANCE.
val , Gendarmes ,Gardes Françoiſes , Gardes
Suiſſes . On trouve auſſi la Liſte de ceux
qui ont commandé ces differentes compagnies
, &les deux Régimens , deſtinés à la
Garde de nos Rois.
Un plus ample détail fur ce Dictionnaire
ſeroit inutile. L'Officier d'Infanterie , de Cavalerie
, de Genie , d'Artillerie , de Marine,
& les Employés dans les vivres, chacun,comme
le dit l'Auteur dans ſa Préface, ytrouvera
tout ce qui eſt de ſon metier , les anciens
Officiers , ceux même qui n'ont pas pris le
parti des armes , & les jeunes gens qui y
ſont deſtinés , peuvent s'y inſtruire , & s'y
amuſer agréablement.
au Saint Eſprit , vient de mettre en
vente une ſeconde édition du Dictionaire
Militaire en deux volumes in 12 6 liv .
L'Auteur de cet Ouvrage ( c'eſt M. Delachenaye
) déja connu par plufieurs autres , a
entierement refondu la premiere édition
dans celui- ci , où les jeunes Militaires trouveront
l'arrangement de tous les termes ,
qui regardent la Tactique , le Génie , l'Artillerie
la Marine , la ſubſiſtance des
Troupes , & des détails hiſtoriques ſur l'origine
& la nature des différentes eſpéces ,
tant d'offices Militaires anciens & modernes ,
que des Armes , qui ont été en uſage dans
les differens tems de la Monarchie.
د
Ce Dictionaire eſt encore orné de la
Liſte de ceux qui ont occupé les premieres
charges Militaires. Par exemple ſous les noms
de Grand Sénéchal , de Connétable , de Maréchal
de France , de Porte - Oriflame , de
Grand maître des Arbaletriers , de Grand
maître d'Artillerie , d'Amiral , de Colonel
Général de l'Infanterie , de Colonel Général
de la Cavalerie , on trouve le nom des
Seigneurs , qui ont été ſucceſſivement jufques
à aujourd'hui revétus de ces charges.
Aux Articles de Gardes du Corps , Gendarmes
de la Garde , Chevaux Legers
Mouſquetaires du Roy , Grenadiers à che-
Enj
104 MERCURE DE FRANCE.
val , Gendarmes ,Gardes Françoiſes , Gardes
Suiſſes . On trouve auſſi la Liſte de ceux
qui ont commandé ces differentes compagnies
, &les deux Régimens , deſtinés à la
Garde de nos Rois.
Un plus ample détail fur ce Dictionnaire
ſeroit inutile. L'Officier d'Infanterie , de Cavalerie
, de Genie , d'Artillerie , de Marine,
& les Employés dans les vivres, chacun,comme
le dit l'Auteur dans ſa Préface, ytrouvera
tout ce qui eſt de ſon metier , les anciens
Officiers , ceux même qui n'ont pas pris le
parti des armes , & les jeunes gens qui y
ſont deſtinés , peuvent s'y inſtruire , & s'y
amuſer agréablement.
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3086
p. 104-105
Traité des subsistances Militaires, [titre d'après la table]
Début :
LE TRAITÉ des Subsistances Militaires que M. Dupré d'Aulnay, Commissaire des [...]
Mots clefs :
Service des vivres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité des subsistances Militaires, [titre d'après la table]
LE TRAITE' des Subſiſtances Militaires que
M. Dupré d'Aulnay , Commiſſaire des
Guerres ancien Directeur Général des
vivres , a donné au Public a été reçû
très favorablement par rapport aux principes
qu'il a établis après trente années
d'experiences fur une matiere ſi interefſante
pour le ſervice du Roi.
د
CeTraité eſt regardé comme très utile pour
la fureté du ſervice des Troupes , & pour
les Munitionnaires & leurs Employés , auxquels
il preſcrit les regles d'une bonne adminiſtration
dans toutes les parties des entrepriſes
des vivres , des fourages , de la viande ,
DECEMBRE. 1744. 105
des Hôpitaux & des équipages. Il contient
des inftructions très - circonstanciées pour
chaque forte d'Employés ; il découvre les
voyes détournées & illicites que les Entrepreneurs
& leurs Commis ont mis en uſage
pour ſe procurer des bénéfices indirects.
Les Intendans & les Commiſſaires des
Guerres trouveront dans ce que l'Auteur a
tracé , les moyens de prévenir & remedier à
ces abus. Les Majors des Régimens y trouveront
auſſi des obſervations utiles aux
details dont ils font chargés .
Ce Traité dedié à M. le Comte Dargenfon
Miniſtre & Sécretaire d'Etat
au département de la Guerre , forme
un volume in quarto , il eſt enrichi de
vignettes , & de pluſieurs plans relatifs au
ſervice des vivres à l'armée. Il ſe vend chez
Prault le Pere ſous le Quai de Geſvres .
M. Dupré d'Aulnay , Commiſſaire des
Guerres ancien Directeur Général des
vivres , a donné au Public a été reçû
très favorablement par rapport aux principes
qu'il a établis après trente années
d'experiences fur une matiere ſi interefſante
pour le ſervice du Roi.
د
CeTraité eſt regardé comme très utile pour
la fureté du ſervice des Troupes , & pour
les Munitionnaires & leurs Employés , auxquels
il preſcrit les regles d'une bonne adminiſtration
dans toutes les parties des entrepriſes
des vivres , des fourages , de la viande ,
DECEMBRE. 1744. 105
des Hôpitaux & des équipages. Il contient
des inftructions très - circonstanciées pour
chaque forte d'Employés ; il découvre les
voyes détournées & illicites que les Entrepreneurs
& leurs Commis ont mis en uſage
pour ſe procurer des bénéfices indirects.
Les Intendans & les Commiſſaires des
Guerres trouveront dans ce que l'Auteur a
tracé , les moyens de prévenir & remedier à
ces abus. Les Majors des Régimens y trouveront
auſſi des obſervations utiles aux
details dont ils font chargés .
Ce Traité dedié à M. le Comte Dargenfon
Miniſtre & Sécretaire d'Etat
au département de la Guerre , forme
un volume in quarto , il eſt enrichi de
vignettes , & de pluſieurs plans relatifs au
ſervice des vivres à l'armée. Il ſe vend chez
Prault le Pere ſous le Quai de Geſvres .
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3087
p. 105-109
Histoire Générale d'Allemagne par le R. P. Barre in 4o. 10 vol.
Début :
On nous promet incessament une Histoire Générale d'Allemagne avant & depuis l'établissement [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Allemagne, Histoire, Empire, Projet, Cartes géographiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire Générale d'Allemagne par le R. P. Barre in 4o. 10 vol.
Histoire Générale d'Allemagne par le R. P.
Barre in 40. 10 vol.
On nous promet inceſſament une Hiſtoire
Générale d'Allemagne avant & depuis l'établiſſement
de l'Empire juſqu'à l'Empereur
à préſent regnant , enrichie de notes hiftoriques
, & critiques , de differtations ſur les
points importans , de Généalogies des plus
il luftres maiſons . & de Cartes Géographiques
avec des vignettes & autres Gravures
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
en taille douce 10 vol. in 48. à Paris chez
Charles-Jean-Baptiste Deleſpine , & Jean-
Thomas Heriffant, Libraires, ruë S. Jacques.
Cet ouvrage eſt un morceau d'autant plus
intéreſſant que juſqu'à préſent nous n'avons
encore rien eu de fatisfaiſant fur cette matiere
; car on ne doit point regarder comme
Hiſtoire d'Allemagne , ce que Heiff nous a
donné. Son ouvrage eſt ſi informe , & fi peu
exact , qu'il ne peut être d'aucune utilité. Ce
n'eſt pas cependant qu'on ait manqué de
fecours pour traiter un ſujet ſi important ;
Il y a des ſources abondantes d'où l'on peut
tirer les connoiffances néceſſaires pour réuffir.
Mais cette même abondance a fans
doute rebuté juſqu'à preſent ceux qui auroient
pû tenter cette entrepriſe avec un
certain fuccès. En effet il faut convenir que
la multitude des Auteurs qu'on est obligé de
lire , & la quantité des receuils qu'il eſt néceſſairede
conſulter ſur un ſujet ſi vaſte font
autant d'obstacles effrayans qu'il n'eſt pas
facile de ſurmonter.
Le P. Barre Chanoine Régulier a eû
le courage de vaincre toutes les difficultés .
Ilalu , dit-il dans ſon projet, tous les Ecrivans
qui ont parlé de l'Allemagne en quelque
langue qu'ils ayent écrit : il a examiné attentivement
les immenfes recueils deMeſſieurs
Leibnitz , Luniz , Lidewig , Muratori , Græ-
1
DECEMBRE . 1744. 167
vius ,& toutes les autres collections qui ont
paru depuis celle de Jean Hervage publiée
en 1552. on voit qu'il a fallu du tems pour
une lecture de cette étendue , auffi lui at'elle
couté près de vingt-ans d'un travail
affidu dont il va enfin receuillir le fruit. S'il
regne dans le corps de l'ouvrage autant d'exactitude
, d'élegance &de préciſion que dans le
projet , il eſt à préſumer que les lecteurs les
plus difficiles auront lieu d'être contents.
On voit par le ſeul titre , que cet Auteur
prétend donner beaucoup d'étendue à ſon
Hiſtoire : le projet annonce qu'il doit remonter
juſqu'aux tems les plus reculés , & porter
la lumiere dans les tenebres méme de
l'antiquité , pour nous faire connoître la
premiere origine des Peuples Allemans.
Ces recherches plairont beaucoup fans
doute à nos Sçavans , peut-être auſſi ſeront-
elles du gout de ceux même qui ne
cherchent qu'à amuſer leur curiofité. Mais de
quelque façon que les commencemens ſoient
traités , je crois qu'on trouvera bien plusd'agremens
lorſqu'on ſera parvenu au tems de
Charlemagne , on verra le détail des differens
évenemens qui ont agité l'Empire ſous le
Regne de ce Prince , les révolutions qui
arriverent après ſa mort , les diviſions entre
les Princes d'Allemagne , & les ſecouffes
violentes qui ébranlent à diverſes repriſes le
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
corps de l'Empire , l'établiſſement de ſon
gouvernement tel que nous le voyons aujourd'hui
; les intérêts des differentes maiſons
qui ont poffedé cette couronne , & les mouvemens
qu'ils ont occaſionnés dans l'Empire.
Tout cela forme la matiere d'un long &
penible ouvrage dont l'exécution ſemble
exiger de la part du Public beaucoup de
reconnoiffance pour le ſavant Auteur qui
s'eſt chargé de cetravail difficile.
Si les Libraires tiennent la parole qu'ils
donnent à la fin du projet par rapport au
materiel de l'ouvrage , je veux dire le papier
& l'impreffion , on peut affurer que cette
Hiſtoire ſera une des plus belles éditions que
nous ayons eues depuis long-tems ; & peutêtreune
des moins couteuſes pour ceux qui
veulent s'en aſſurer davance des exemplaires.
Cet ouvrage de dix vol. in-4.. dont chaque
volume contiendra 750 pages & plus , ne
reviendra qu'à 72 liv. en feuilles dont on
paye 36 liv. en ſouſcrivant & les 36 liv.
reſtant en recevant les 10 vol. le prix eft
modique ent oi-même , mais il l'eſt biendavantage
ſi l'on fait reflexion que les volumes
déja confidérables par la matiere qui y eſt
traitée , feront enrichis de vignettes
Cartes Géographiques , de Plans de Batailles ,
en un mot de tous les agremens que lamain
d'un Artiſte habile & intelligent peut préter
de
DECEMBRE. 1744. 109
àune ouvrage pour la perfection duquel on
n'a voulu rien épargner.
Barre in 40. 10 vol.
On nous promet inceſſament une Hiſtoire
Générale d'Allemagne avant & depuis l'établiſſement
de l'Empire juſqu'à l'Empereur
à préſent regnant , enrichie de notes hiftoriques
, & critiques , de differtations ſur les
points importans , de Généalogies des plus
il luftres maiſons . & de Cartes Géographiques
avec des vignettes & autres Gravures
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
en taille douce 10 vol. in 48. à Paris chez
Charles-Jean-Baptiste Deleſpine , & Jean-
Thomas Heriffant, Libraires, ruë S. Jacques.
Cet ouvrage eſt un morceau d'autant plus
intéreſſant que juſqu'à préſent nous n'avons
encore rien eu de fatisfaiſant fur cette matiere
; car on ne doit point regarder comme
Hiſtoire d'Allemagne , ce que Heiff nous a
donné. Son ouvrage eſt ſi informe , & fi peu
exact , qu'il ne peut être d'aucune utilité. Ce
n'eſt pas cependant qu'on ait manqué de
fecours pour traiter un ſujet ſi important ;
Il y a des ſources abondantes d'où l'on peut
tirer les connoiffances néceſſaires pour réuffir.
Mais cette même abondance a fans
doute rebuté juſqu'à preſent ceux qui auroient
pû tenter cette entrepriſe avec un
certain fuccès. En effet il faut convenir que
la multitude des Auteurs qu'on est obligé de
lire , & la quantité des receuils qu'il eſt néceſſairede
conſulter ſur un ſujet ſi vaſte font
autant d'obstacles effrayans qu'il n'eſt pas
facile de ſurmonter.
Le P. Barre Chanoine Régulier a eû
le courage de vaincre toutes les difficultés .
Ilalu , dit-il dans ſon projet, tous les Ecrivans
qui ont parlé de l'Allemagne en quelque
langue qu'ils ayent écrit : il a examiné attentivement
les immenfes recueils deMeſſieurs
Leibnitz , Luniz , Lidewig , Muratori , Græ-
1
DECEMBRE . 1744. 167
vius ,& toutes les autres collections qui ont
paru depuis celle de Jean Hervage publiée
en 1552. on voit qu'il a fallu du tems pour
une lecture de cette étendue , auffi lui at'elle
couté près de vingt-ans d'un travail
affidu dont il va enfin receuillir le fruit. S'il
regne dans le corps de l'ouvrage autant d'exactitude
, d'élegance &de préciſion que dans le
projet , il eſt à préſumer que les lecteurs les
plus difficiles auront lieu d'être contents.
On voit par le ſeul titre , que cet Auteur
prétend donner beaucoup d'étendue à ſon
Hiſtoire : le projet annonce qu'il doit remonter
juſqu'aux tems les plus reculés , & porter
la lumiere dans les tenebres méme de
l'antiquité , pour nous faire connoître la
premiere origine des Peuples Allemans.
Ces recherches plairont beaucoup fans
doute à nos Sçavans , peut-être auſſi ſeront-
elles du gout de ceux même qui ne
cherchent qu'à amuſer leur curiofité. Mais de
quelque façon que les commencemens ſoient
traités , je crois qu'on trouvera bien plusd'agremens
lorſqu'on ſera parvenu au tems de
Charlemagne , on verra le détail des differens
évenemens qui ont agité l'Empire ſous le
Regne de ce Prince , les révolutions qui
arriverent après ſa mort , les diviſions entre
les Princes d'Allemagne , & les ſecouffes
violentes qui ébranlent à diverſes repriſes le
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
corps de l'Empire , l'établiſſement de ſon
gouvernement tel que nous le voyons aujourd'hui
; les intérêts des differentes maiſons
qui ont poffedé cette couronne , & les mouvemens
qu'ils ont occaſionnés dans l'Empire.
Tout cela forme la matiere d'un long &
penible ouvrage dont l'exécution ſemble
exiger de la part du Public beaucoup de
reconnoiffance pour le ſavant Auteur qui
s'eſt chargé de cetravail difficile.
Si les Libraires tiennent la parole qu'ils
donnent à la fin du projet par rapport au
materiel de l'ouvrage , je veux dire le papier
& l'impreffion , on peut affurer que cette
Hiſtoire ſera une des plus belles éditions que
nous ayons eues depuis long-tems ; & peutêtreune
des moins couteuſes pour ceux qui
veulent s'en aſſurer davance des exemplaires.
Cet ouvrage de dix vol. in-4.. dont chaque
volume contiendra 750 pages & plus , ne
reviendra qu'à 72 liv. en feuilles dont on
paye 36 liv. en ſouſcrivant & les 36 liv.
reſtant en recevant les 10 vol. le prix eft
modique ent oi-même , mais il l'eſt biendavantage
ſi l'on fait reflexion que les volumes
déja confidérables par la matiere qui y eſt
traitée , feront enrichis de vignettes
Cartes Géographiques , de Plans de Batailles ,
en un mot de tous les agremens que lamain
d'un Artiſte habile & intelligent peut préter
de
DECEMBRE. 1744. 109
àune ouvrage pour la perfection duquel on
n'a voulu rien épargner.
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3088
p. 109-115
LES ELEMENTS de la Medecine pratique &c. par M. Bouillet, correspondant de l'Academie Royale des Sciences &c. A Beziers 1744.
Début :
C'est aux gens versés dans la connoissance de la Medecine qu'il appartient de juger du [...]
Mots clefs :
Maladies, Médecine, Pratique, Hippocrate, Règles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES ELEMENTS de la Medecine pratique &c. par M. Bouillet, correspondant de l'Academie Royale des Sciences &c. A Beziers 1744.
LES ELEMENS de la Medecine pratique
&c. par M. Bouillet , correspondant de
l'Academie Royale des Sciences &c. A
Beziers 1744.
C'eſt aux gens verſés dans la connoiſſance
de la Medecine qu'il appartient de juger du
mérite de ce livre , & c'eſt d'après eux que
nous dirons que M. Bouillet a fait au Public
un préſent d'un grand prix , en lui donnant
cesElemens de Medecine.
L'Auteur a emprunté d'Hyppocrate les
regles fondamentales de la Pratique , & les
premiers principes de la Théorie. C'eſt une
choſe remarquable,qu'Hyppocrate & Galien
font encore les oracles de la Medecine :
ils font les ſeuls parmi les anciens Phyſiciens ,
dont la réputation ait refifté à l'injure des
tems , les autres ont été obligés de ceder leur
autorité à de nouveaux venus dont les
fiftèmes ont été renverſés à leur tour pardes
Sçavans plus modernes. C'eſt ainſi que Defcartes
après avoir araché le ſceptre de la Phi
loſophie des mains d'Ariftote a été lui
même ſuplanté par Neuton , dont ſuivant les
apparences le regne ne ſera pas éternel .
M.Bouillet commence pardonner d'après
fro MERCURE DE FRANC
1
Hyppocrateune idée de la Medecine , & des
devoirs effentiels auxquels cet Art oblig:
ceux qui en font profeſſion.
On voit par les efforts que fait Hyppo.
crate pour relever l'excellence de fon art,
que de ſon tems il y avoit déja des incrédules
en Medecine. M. Bouillet fait enfuite
l'énumeration des maladies qui ſe préſentent
le plus ſouvent. Il indique les voies par lefquelles
ces maladies ont coutume de ſe terminer
: il raporte les regles générales qu'Hyppocrate
a propofées , ſoit pour conferver la
ſanté , ſoit pour traiter les maladies ; c'eſt là
deſſus que roule la premiere partie des
Elemens.
Ce ne font là que des notions générales
& préliminaires , & qui ſuppoſent même un
grand nombre d'autres connoiſſances ; mais
elles ſuffiront fans doute à un jeune Medecin
qui ſçait l'Anatomie , la Matiere Medicale ,
& toutes les autres parties des Inſtitutions
qu'on enſeigne dans les Univerſités . D'ailleurs
M. Bouillet ne prétend pas renfermer toute
la Medecine dans fon livre , ni diſpenſer
ceux qu'il inſtruit de ſe donner la peine de
conſulter les Auteurs qui ont traité expreffement
toutes ces matieres & qui ont été
indiqués dans ces élemens.
Dans la ſeconde partie , on donne une
idée génerale de l'economie animale , & des
DECEMBRE. 1744. 111
cauſes des maladies d'après M. Helvetius
On a inferé une diſſertation de M. Stahl fur
la Theorie & la pratique des maladies les
plus ordinaires à chaque âge. Ce font encore
des notions génerales ; un jeune Medecin
•doit en être inſtruit , s'il veut être en état de
penetrer les cauſes d'une infinité de cas particuliers
, & d'y aporter les remedes convenables.
C'eſt dans les deux Auteurs que l'on
vient de citer , & dans pluſieurs autres que
M. B. indique à la fin de cette ſeconde
partie , que les jeunes étudians doivent
prendre des vues qui embraſſent le traitement
de toutes les maladies pour tous les
âges , pour tous les ſexes & pour tous les
climats du monde.
On trouve dans la troiſieme partie une
expoſition des maladies qui arriverent en
Grece pendant quelques années du tems
d'Hyppocrate , & de celles qui furent les
plus communes à Paris du tems de M.
Baillon , ſçavant Medecin de l'Ecole de
Paris , qui vivoit vers la fin du ſeiziéme
fiécle.
On voit d'abord que malgré la diſtance
des tems , & la diférence des climats , les
mêmes maladies ont preſque toujours regné ;
on voit auſſi dansHyppocrate les efforts que la
nature abandonnée à elle même,ou fans autre
ſecours , que celui d'un régime convenable ,
112 MERCURE DE FRANCE.
faiſoit dans des tems déterminés , pour ſe
delivrer des maladies dont elle étoit accablée ,
d'où l'on doit inferer les regles qu'il faut
ſuivre pour l'aider en pareilcas ; & c'eft ce
que fit ſans doute Hyppocrate. Enfin on voit
dans Ballonius (c'eſt le nom latiniſé de M.
Baillon ) les efforts que faiſoit de ſon tems
laMedecine , pour ſe mettre ſur les pas de la
nôtre , pour en imiter les démarches , &
pour établir des regles ſures de pratique.
Si l'on joint à ce que rapporte M. B.
d'Hyppocrate , & de Ballonius , les autres
Auteurs qu'il a indiqués à la fin de cette
partie , ou du moins ce que nous ont donné
Riviere , Sydenham & Chirac , on prendra
une notion aſſez étendue de la Medecine
pratique depuis fon infancejuſqu'au point où
elle eſt parvenue aujourd'hui. M. Bouillet
appelle ce point, lepoint de perfection
doit excuſer un ſi ſcavant homme dètre un
peu prevenu en faveur de fon art.
,
& on
Juſqu'à préſent M. B. n'a paru que comme
un compilateur , qui conſacre à l'utilité publique
des veilles penibles & des recherches
laborieuſes. It devient auteur dans la quatriéme
partie qui eſt la plus étendue , & n'eſt
pas la moins curieaſe de ſon livre. Il expoſe
les maladies qui ont été les plus communes
dans la ville de Befiers depuis 1730. julqu'en
1742, & il rapporte la maniere dont
DECEMBRE. 1744. IFZ
elles ont été traitées. Il parle d'abord de la
temperature du climat de Befiers , & après
avoir donné une idée générale des maladies
qui y font les plus frequentes , & des cauſes
évidentes , qui ont paru avoir le plus de part
dans la production de ces maladies , il
déſcend dans un détail peu intereſſant peutêtre
pour des gens qui ne cherchent en lifant
que l'avantage de connoître ſuperficiellement
la matiere qu'ils étudient , & de pouvoir en
paroître inſtruits ſans l'avoir aprofondie
mais qui est néceſſaire pour de jeunes Medecins
; les faits & les exemples inſtruiſent
mieux & en moins de tems que les préceptes ,
fur tout quand on a une teinture des principes.
Quelle obligation les jeunes Medecins
n'ont- ils pas à M. B. qui leur prête ainſi 12
ans d'expérience ! quel dommage que cet
habile Obfervateur n'ait pas paru furun
Theâtre où il auroit pû multiplier davantage
ſes utiles obſervations ! S'il eſt un moyen
pour avancer la Medecine , c'eſt ſans doute
celui que M. Bouillet a pris. Mais malheureuſement
les Medecins occupés de leur fortune
plus que de leurArt , pratiquent la
Medecine plus-tôt qu'ils ne la cultivent. Ils
dédaignent d'employer à s'inſtruire
éclairer le Public , un tems précieux que
les Particuliers payent au poids de l'or. Cependant
ſi Meſſieurs Silva , Dumoulins ,
Vernuage avoient suivi la methodedeî\k
Bouilletjfi ces sçavans Medecins avoient con.
servé l'histoire du grand nombre de cas singuliers
dont ils ont été témoins,s'ils avoient"
joints à ce détail leurs judicieuses reflexions
sur les ressemblances qu'ils ont trouvées entre 4 des maladies fort différentes entr'elles
,
sur
les differences qu'on remarque entre des
maladies qui paroissentd'ailleurssemblables
quels , avantages le Public ne retirerait-il pas
de ces collections ?
Après avoir rendu justice à l'étendue des
connoissances de M. Bouillet, & au mérite
de son Ouvrage,nous lui demanderons
la permission d'être d'un avis contraire au
sien sur l'unité de la pratique qu'il voudroit
introduire dans tous les climats de la terre.
Il prévoitdit - il , que la mode&le préjugé
s'y oposeront:mais ce ne fera ni la mode ni
le préjugé, ce fera la raison & l'expérience
Celse l'a dit dans la préface de son livre
de Medicinâ
,
differe pro naturâ locorum
généra medicinoe&aliud opus ejJè J('lnil. aliud
in «y£gypto, aliud in Galliis.
Le traitement doit même être différent
suivant la différence des conditions, parce
que la différente façon de vivre produit
nécessairement des constitutions très peu
semblables.Qui doute qu'il ne faille traiter un
Paysan robustle autrement qu'un Courtifan
extenué par les excès? Au reste nousn'aurions
pas osé combattre Je sentimentde
M. Bouillet, & il auroit été une autorité
pour nous, si nous n'avions eu à lui oposer
le suffrage de Celse qui est un Adversaire
digne delui
&c. par M. Bouillet , correspondant de
l'Academie Royale des Sciences &c. A
Beziers 1744.
C'eſt aux gens verſés dans la connoiſſance
de la Medecine qu'il appartient de juger du
mérite de ce livre , & c'eſt d'après eux que
nous dirons que M. Bouillet a fait au Public
un préſent d'un grand prix , en lui donnant
cesElemens de Medecine.
L'Auteur a emprunté d'Hyppocrate les
regles fondamentales de la Pratique , & les
premiers principes de la Théorie. C'eſt une
choſe remarquable,qu'Hyppocrate & Galien
font encore les oracles de la Medecine :
ils font les ſeuls parmi les anciens Phyſiciens ,
dont la réputation ait refifté à l'injure des
tems , les autres ont été obligés de ceder leur
autorité à de nouveaux venus dont les
fiftèmes ont été renverſés à leur tour pardes
Sçavans plus modernes. C'eſt ainſi que Defcartes
après avoir araché le ſceptre de la Phi
loſophie des mains d'Ariftote a été lui
même ſuplanté par Neuton , dont ſuivant les
apparences le regne ne ſera pas éternel .
M.Bouillet commence pardonner d'après
fro MERCURE DE FRANC
1
Hyppocrateune idée de la Medecine , & des
devoirs effentiels auxquels cet Art oblig:
ceux qui en font profeſſion.
On voit par les efforts que fait Hyppo.
crate pour relever l'excellence de fon art,
que de ſon tems il y avoit déja des incrédules
en Medecine. M. Bouillet fait enfuite
l'énumeration des maladies qui ſe préſentent
le plus ſouvent. Il indique les voies par lefquelles
ces maladies ont coutume de ſe terminer
: il raporte les regles générales qu'Hyppocrate
a propofées , ſoit pour conferver la
ſanté , ſoit pour traiter les maladies ; c'eſt là
deſſus que roule la premiere partie des
Elemens.
Ce ne font là que des notions générales
& préliminaires , & qui ſuppoſent même un
grand nombre d'autres connoiſſances ; mais
elles ſuffiront fans doute à un jeune Medecin
qui ſçait l'Anatomie , la Matiere Medicale ,
& toutes les autres parties des Inſtitutions
qu'on enſeigne dans les Univerſités . D'ailleurs
M. Bouillet ne prétend pas renfermer toute
la Medecine dans fon livre , ni diſpenſer
ceux qu'il inſtruit de ſe donner la peine de
conſulter les Auteurs qui ont traité expreffement
toutes ces matieres & qui ont été
indiqués dans ces élemens.
Dans la ſeconde partie , on donne une
idée génerale de l'economie animale , & des
DECEMBRE. 1744. 111
cauſes des maladies d'après M. Helvetius
On a inferé une diſſertation de M. Stahl fur
la Theorie & la pratique des maladies les
plus ordinaires à chaque âge. Ce font encore
des notions génerales ; un jeune Medecin
•doit en être inſtruit , s'il veut être en état de
penetrer les cauſes d'une infinité de cas particuliers
, & d'y aporter les remedes convenables.
C'eſt dans les deux Auteurs que l'on
vient de citer , & dans pluſieurs autres que
M. B. indique à la fin de cette ſeconde
partie , que les jeunes étudians doivent
prendre des vues qui embraſſent le traitement
de toutes les maladies pour tous les
âges , pour tous les ſexes & pour tous les
climats du monde.
On trouve dans la troiſieme partie une
expoſition des maladies qui arriverent en
Grece pendant quelques années du tems
d'Hyppocrate , & de celles qui furent les
plus communes à Paris du tems de M.
Baillon , ſçavant Medecin de l'Ecole de
Paris , qui vivoit vers la fin du ſeiziéme
fiécle.
On voit d'abord que malgré la diſtance
des tems , & la diférence des climats , les
mêmes maladies ont preſque toujours regné ;
on voit auſſi dansHyppocrate les efforts que la
nature abandonnée à elle même,ou fans autre
ſecours , que celui d'un régime convenable ,
112 MERCURE DE FRANCE.
faiſoit dans des tems déterminés , pour ſe
delivrer des maladies dont elle étoit accablée ,
d'où l'on doit inferer les regles qu'il faut
ſuivre pour l'aider en pareilcas ; & c'eft ce
que fit ſans doute Hyppocrate. Enfin on voit
dans Ballonius (c'eſt le nom latiniſé de M.
Baillon ) les efforts que faiſoit de ſon tems
laMedecine , pour ſe mettre ſur les pas de la
nôtre , pour en imiter les démarches , &
pour établir des regles ſures de pratique.
Si l'on joint à ce que rapporte M. B.
d'Hyppocrate , & de Ballonius , les autres
Auteurs qu'il a indiqués à la fin de cette
partie , ou du moins ce que nous ont donné
Riviere , Sydenham & Chirac , on prendra
une notion aſſez étendue de la Medecine
pratique depuis fon infancejuſqu'au point où
elle eſt parvenue aujourd'hui. M. Bouillet
appelle ce point, lepoint de perfection
doit excuſer un ſi ſcavant homme dètre un
peu prevenu en faveur de fon art.
,
& on
Juſqu'à préſent M. B. n'a paru que comme
un compilateur , qui conſacre à l'utilité publique
des veilles penibles & des recherches
laborieuſes. It devient auteur dans la quatriéme
partie qui eſt la plus étendue , & n'eſt
pas la moins curieaſe de ſon livre. Il expoſe
les maladies qui ont été les plus communes
dans la ville de Befiers depuis 1730. julqu'en
1742, & il rapporte la maniere dont
DECEMBRE. 1744. IFZ
elles ont été traitées. Il parle d'abord de la
temperature du climat de Befiers , & après
avoir donné une idée générale des maladies
qui y font les plus frequentes , & des cauſes
évidentes , qui ont paru avoir le plus de part
dans la production de ces maladies , il
déſcend dans un détail peu intereſſant peutêtre
pour des gens qui ne cherchent en lifant
que l'avantage de connoître ſuperficiellement
la matiere qu'ils étudient , & de pouvoir en
paroître inſtruits ſans l'avoir aprofondie
mais qui est néceſſaire pour de jeunes Medecins
; les faits & les exemples inſtruiſent
mieux & en moins de tems que les préceptes ,
fur tout quand on a une teinture des principes.
Quelle obligation les jeunes Medecins
n'ont- ils pas à M. B. qui leur prête ainſi 12
ans d'expérience ! quel dommage que cet
habile Obfervateur n'ait pas paru furun
Theâtre où il auroit pû multiplier davantage
ſes utiles obſervations ! S'il eſt un moyen
pour avancer la Medecine , c'eſt ſans doute
celui que M. Bouillet a pris. Mais malheureuſement
les Medecins occupés de leur fortune
plus que de leurArt , pratiquent la
Medecine plus-tôt qu'ils ne la cultivent. Ils
dédaignent d'employer à s'inſtruire
éclairer le Public , un tems précieux que
les Particuliers payent au poids de l'or. Cependant
ſi Meſſieurs Silva , Dumoulins ,
Vernuage avoient suivi la methodedeî\k
Bouilletjfi ces sçavans Medecins avoient con.
servé l'histoire du grand nombre de cas singuliers
dont ils ont été témoins,s'ils avoient"
joints à ce détail leurs judicieuses reflexions
sur les ressemblances qu'ils ont trouvées entre 4 des maladies fort différentes entr'elles
,
sur
les differences qu'on remarque entre des
maladies qui paroissentd'ailleurssemblables
quels , avantages le Public ne retirerait-il pas
de ces collections ?
Après avoir rendu justice à l'étendue des
connoissances de M. Bouillet, & au mérite
de son Ouvrage,nous lui demanderons
la permission d'être d'un avis contraire au
sien sur l'unité de la pratique qu'il voudroit
introduire dans tous les climats de la terre.
Il prévoitdit - il , que la mode&le préjugé
s'y oposeront:mais ce ne fera ni la mode ni
le préjugé, ce fera la raison & l'expérience
Celse l'a dit dans la préface de son livre
de Medicinâ
,
differe pro naturâ locorum
généra medicinoe&aliud opus ejJè J('lnil. aliud
in «y£gypto, aliud in Galliis.
Le traitement doit même être différent
suivant la différence des conditions, parce
que la différente façon de vivre produit
nécessairement des constitutions très peu
semblables.Qui doute qu'il ne faille traiter un
Paysan robustle autrement qu'un Courtifan
extenué par les excès? Au reste nousn'aurions
pas osé combattre Je sentimentde
M. Bouillet, & il auroit été une autorité
pour nous, si nous n'avions eu à lui oposer
le suffrage de Celse qui est un Adversaire
digne delui
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3089
p. 115-121
OEuvres Physiques & Géographiques, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
SIMON le jeune, Imprimeur, qui a du zéle & du talent, vient de mettre au jour [...]
Mots clefs :
Système, Recueil, Thalès, Dissertations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OEuvres Physiques & Géographiques, Extrait, [titre d'après la table]
SIMON le jeune, Imprimeur, qui a du
zélé & du talent, vient de mettre au jour.
les OEuvres Physïques & Géographiques du
M. Pierquin Bachelier en Theologie & Curé
de Chastel en Champagne avec la vie deFAH-*
teur 1vol. in 12.
On apprend par la vie de l'Auteur que M.
Pierquin étoits un Curé de Campagne qui
employoit à composer des dissertations Physiques,
le tems que lui laissoient les soins
de son ministere, il a joué jusqu'en1732
un grand rôle dans les Journaux deVerdun
& de Trévoux, & il a mêmefiguré
quelquefois avec distinction dans le Mercure
de France.
Le premier morceau de ce recueil porte
le titre d'Astronomie de Thalès.
M. Pierquin trouvant des difficultés insolubles
dans tous les sistêmesmodernes, a formé
le dessein de ressusciter celui de Thalés ;.
entreprisequi exigeoitun courage qu'on ne
peut allezlouer. Thalés est le premier des
Grecsqui ait connu l'Astronomie, il a,k
116 MERCURE DEFRANCE ,
premier predit les Eclipſes de Soleil , il a
montré aux hommes à diriger la Navigation
par les Etoiles , il eſt le Fondateur de
la ſecte Ionique , il a eu long-tems des Admirateurs
& des Sectaires ; mais comme enfin
tout paſſe de mode , ſon ſiſtème étoit
tombé depuis bien des fiécles dans un difcredit
dont il ne ſe ſeroit jamais relevé ſans
les efforts de M. Pierquin.
il ſuffit d'avoir lu Diogene - Laerce
pour ſçavoir que ſuivant le ſiſteme de ce
Philofophe l'eau eſt le principe de l'Univers.
M. Pierquin n'eſt point un Diſciple
enthouſiaſte , qui embratſe aveuglement
les opinions de fon Maître , & qui donne
pour raiſon Magiſter dixit , il a vu judicieufement
qu'il y avoit beaucoup de choſes à
corriger au ſiſteme de Thales ,& il y a
travaillé avec application,
30
Cependant il eſt des reformes que M.
Pierquin auroit défirées ardemment& qu'il
n'a pu faire , il ſeroit à ſouhaiter , dit-il ,
» que les parties du Ciel n'euſſent point été
fouillées par tant de noms profanes , &
>> qu'on pût avec ſuccès tracer ſur le globe
» céleste les Images des Saints du vieux &
» du nouveau Testament , mais leal eſt
ſans remede.
30
Le grand nombre de changemens que
M. Pierquin a fait au ſiſteme qu'il reffufcite
DECEMBRE. 1744. 11
peuvent l'en faire regarder à bondroit comme
le Créateur , c'eſt ſur-tout le talent de
l'invention qui brille chez M. Pierquin ; s'il
paroît avoir emprunté de Deſcartes l'idée
des tourbillons , on voit bientôt par l'uſage
qu'il en fait , qu'il n'eſt ni Plagiaire ni Copifte.
ود
ככ
Il ſuppoſe à la vérité untourbillon qu'il
appelle » general parce qu'il renferme la
matiere dont tous les corps doivent être
>> compoſés , & même les trois élemens & la
>> fource de tous les étres materiels ; c'eſt -
à - dire une poudre ſubtile , des boules
étherées & une multitude inombrable de
>> parties branchuës.
06
Voilà les trois Elemensde Deſcartes , mais
M. Pierquin ne doit qu'à lui - meme le tourbillon
general , les parties branchuës font
pouffées vers la circonférence du tourbillon
general& ellesy forment cette croute immen-
Se quise nomme Firmament , croute d'une epaifſeur
extrême , puiſque les montagnes celestes ,
s'y tiennent toutes par le pied , & que néanmoins
elles ſubſiſtent depuis tant de fiecles , fans
qu'elles foit effondrée en quelque endroit du
moins sensible.
Nous ne nous étendrons pas davantage
fur le ſiſteme de M. P. , on peut dire à la
louange que quoiqu'il ait été publié en 1937
par parties dans les Journaux de Verdun ,
18 MERCURE DE FRANCE.
cependant aucun des Neutoniens n'a oſé attaquer
M. Pierquin , qui eſt mort maître du
champ de battaille & fans avoir été
entamé par l'ennemi.
On trouve à la ſuite un abrégé de Géographie
très-fuccint& peut-être trop . Bien !
des Lecteurs ne ſe contenteront pas de ſçavoir
pour toute inſtruction , ſur l'Angleterre
par exemple , qu'on ne voit point de Loups
dans cette Ifle ; qu'il y a beaucoup de Chevaux
en Dannemark ; que Malthe produit
des Roſes d'une odeur raviffante , & que
la Candie donne des citrons gros comme la
tête d'un homme .
Pluſieurs Differtations inſerées dans ce Recueil
, repondent parfaitement à l'idée que
le Lecteur doit s'être forméede la capacité
de M. Pierquín.
L'aurore Boreale du 19 Octobre 1726
parut à notre Auteur un objet digne de ſes
recherches ; il enrichit au mois de Janvier
fuivant le Journal de Verdun d'une Differtation
ſur ce ſujet , mais on ne laiſſa pas
cette fois M. Pierquinjouir tranquillement
de ſa gloire : le P. Emanuel de Viviers Capucin
entra en lice , M. Pierquin ſe défendit
avec courage; cette querelle occafionna
trois Differtations de part & d'autre ,
-toutes les fix font imprimées dans ce recuei ,
DECEMBRE. 1744 . my
nous n'entreprendrons point de décider cette
importante queſtion , ni de juger de la conteſtation
que l'Auteur eut après avec M.
Capperon ancienDoyen de ſaint Maxent ,
ſur la formation des pierres precieuſes ,
camayeux & coquillages. Suivant la coutume
des Sçavans , les deux Adverſaires ſe traiterent
comme font les Heros d'Homere ,
&ornerent de doctes injures leurs raiſonnemens
profonds , & ténébreux.
?
Nous nous hâtons de paſſer à une des
plus curieuſes Differtations de ce Recueil ,
elle roule ſur l'évocation des Morts , l'Auteur
prouve très - bien que la Nécromantie eſt
un art déteſtable ; que le Diable n'a point
- le pouvoir de faire apparoître les Morts
& que c'eſt à des ſecrets pareils à celui de
la Lanterne magique qu'on doit attribuer
tous les tours de paſſe paſſe des Devins.
On trouve à ce propos une explication trèsbien
détaillée de cette Lanterne magique ,
c'étoit ici ſa vraie place , cette Differtation
eſt ſuivie d'une autre qui n'eſt pas moins intéreſſante
ſur les Lutins & les Farfadets,
M. Pierquin qui a examiné les faits avec
- attention , convient qu'il a paru des Fantômes
ſur la terre avant la venie de J. C,
mais il pretend qu'il n'en eſt plus queſtion
depuis la prédication de l'Evangile ; il prous
:
:
+
120 MERCURE DE FRANCE.
ve très-bien que les Contes que l'on fait au
ſujet des Eſprits folets , fantômes &c. doivent
être mis au rang des Fables.
ce
>>Notre imagination , dit-il , ne peut ſe
>> repreſenter toutes les douleurs que fouffrent
les Anges malheureux , cependant
>> des Diables qui font mille fingeries ne
donnent - ils pas à comprendre que la
>> vengeance du Seigneur ne les accable pas
toujours. Ainſi lesDemons ne peuvent s'é-
১১
>> riger en Efprits folets.
...
L'Auteur n'eſt pas plus credule ſur le Sabat
, nous apprenons de lui , qu'il n'y en a
point. >> Mais que certains Sorciers pour
20 courir avec plus de viteſſe ſans laffitude ,
» ſe frotent avec un onguent compoſée d'a-
>> xonge humaine , de Mandragore pulveri-
> ſée , de jus d'Ache , de Pavots , de Panets
>> ſauvages & de quelques autres herbes
>> ſemblables , mais que bien loin d'être en-
>> levés par la cheminée &de courir en l'air
ככ
,
fur un manche à balai , ils s'endorment. >>>
M. Pierquin ne croit pas non plus que les
Sorciers & les Magiciens puiſſent changer la
figure naturelle des autres hommes , cette
erreur eſt doctement & foigneufement refutée.
On trouve encore dans ce recueil , plufieurs
autres Diſſertations auſſi curieuſes.Telle
eſt celle où l'on explique pourquoi le cocq
chan
DECEMBRE. 1744. 121
chante le matin , nous exhortons les Lecteurs
à lire ces choſes dans le livre mente.
zélé & du talent, vient de mettre au jour.
les OEuvres Physïques & Géographiques du
M. Pierquin Bachelier en Theologie & Curé
de Chastel en Champagne avec la vie deFAH-*
teur 1vol. in 12.
On apprend par la vie de l'Auteur que M.
Pierquin étoits un Curé de Campagne qui
employoit à composer des dissertations Physiques,
le tems que lui laissoient les soins
de son ministere, il a joué jusqu'en1732
un grand rôle dans les Journaux deVerdun
& de Trévoux, & il a mêmefiguré
quelquefois avec distinction dans le Mercure
de France.
Le premier morceau de ce recueil porte
le titre d'Astronomie de Thalès.
M. Pierquin trouvant des difficultés insolubles
dans tous les sistêmesmodernes, a formé
le dessein de ressusciter celui de Thalés ;.
entreprisequi exigeoitun courage qu'on ne
peut allezlouer. Thalés est le premier des
Grecsqui ait connu l'Astronomie, il a,k
116 MERCURE DEFRANCE ,
premier predit les Eclipſes de Soleil , il a
montré aux hommes à diriger la Navigation
par les Etoiles , il eſt le Fondateur de
la ſecte Ionique , il a eu long-tems des Admirateurs
& des Sectaires ; mais comme enfin
tout paſſe de mode , ſon ſiſtème étoit
tombé depuis bien des fiécles dans un difcredit
dont il ne ſe ſeroit jamais relevé ſans
les efforts de M. Pierquin.
il ſuffit d'avoir lu Diogene - Laerce
pour ſçavoir que ſuivant le ſiſteme de ce
Philofophe l'eau eſt le principe de l'Univers.
M. Pierquin n'eſt point un Diſciple
enthouſiaſte , qui embratſe aveuglement
les opinions de fon Maître , & qui donne
pour raiſon Magiſter dixit , il a vu judicieufement
qu'il y avoit beaucoup de choſes à
corriger au ſiſteme de Thales ,& il y a
travaillé avec application,
30
Cependant il eſt des reformes que M.
Pierquin auroit défirées ardemment& qu'il
n'a pu faire , il ſeroit à ſouhaiter , dit-il ,
» que les parties du Ciel n'euſſent point été
fouillées par tant de noms profanes , &
>> qu'on pût avec ſuccès tracer ſur le globe
» céleste les Images des Saints du vieux &
» du nouveau Testament , mais leal eſt
ſans remede.
30
Le grand nombre de changemens que
M. Pierquin a fait au ſiſteme qu'il reffufcite
DECEMBRE. 1744. 11
peuvent l'en faire regarder à bondroit comme
le Créateur , c'eſt ſur-tout le talent de
l'invention qui brille chez M. Pierquin ; s'il
paroît avoir emprunté de Deſcartes l'idée
des tourbillons , on voit bientôt par l'uſage
qu'il en fait , qu'il n'eſt ni Plagiaire ni Copifte.
ود
ככ
Il ſuppoſe à la vérité untourbillon qu'il
appelle » general parce qu'il renferme la
matiere dont tous les corps doivent être
>> compoſés , & même les trois élemens & la
>> fource de tous les étres materiels ; c'eſt -
à - dire une poudre ſubtile , des boules
étherées & une multitude inombrable de
>> parties branchuës.
06
Voilà les trois Elemensde Deſcartes , mais
M. Pierquin ne doit qu'à lui - meme le tourbillon
general , les parties branchuës font
pouffées vers la circonférence du tourbillon
general& ellesy forment cette croute immen-
Se quise nomme Firmament , croute d'une epaifſeur
extrême , puiſque les montagnes celestes ,
s'y tiennent toutes par le pied , & que néanmoins
elles ſubſiſtent depuis tant de fiecles , fans
qu'elles foit effondrée en quelque endroit du
moins sensible.
Nous ne nous étendrons pas davantage
fur le ſiſteme de M. P. , on peut dire à la
louange que quoiqu'il ait été publié en 1937
par parties dans les Journaux de Verdun ,
18 MERCURE DE FRANCE.
cependant aucun des Neutoniens n'a oſé attaquer
M. Pierquin , qui eſt mort maître du
champ de battaille & fans avoir été
entamé par l'ennemi.
On trouve à la ſuite un abrégé de Géographie
très-fuccint& peut-être trop . Bien !
des Lecteurs ne ſe contenteront pas de ſçavoir
pour toute inſtruction , ſur l'Angleterre
par exemple , qu'on ne voit point de Loups
dans cette Ifle ; qu'il y a beaucoup de Chevaux
en Dannemark ; que Malthe produit
des Roſes d'une odeur raviffante , & que
la Candie donne des citrons gros comme la
tête d'un homme .
Pluſieurs Differtations inſerées dans ce Recueil
, repondent parfaitement à l'idée que
le Lecteur doit s'être forméede la capacité
de M. Pierquín.
L'aurore Boreale du 19 Octobre 1726
parut à notre Auteur un objet digne de ſes
recherches ; il enrichit au mois de Janvier
fuivant le Journal de Verdun d'une Differtation
ſur ce ſujet , mais on ne laiſſa pas
cette fois M. Pierquinjouir tranquillement
de ſa gloire : le P. Emanuel de Viviers Capucin
entra en lice , M. Pierquin ſe défendit
avec courage; cette querelle occafionna
trois Differtations de part & d'autre ,
-toutes les fix font imprimées dans ce recuei ,
DECEMBRE. 1744 . my
nous n'entreprendrons point de décider cette
importante queſtion , ni de juger de la conteſtation
que l'Auteur eut après avec M.
Capperon ancienDoyen de ſaint Maxent ,
ſur la formation des pierres precieuſes ,
camayeux & coquillages. Suivant la coutume
des Sçavans , les deux Adverſaires ſe traiterent
comme font les Heros d'Homere ,
&ornerent de doctes injures leurs raiſonnemens
profonds , & ténébreux.
?
Nous nous hâtons de paſſer à une des
plus curieuſes Differtations de ce Recueil ,
elle roule ſur l'évocation des Morts , l'Auteur
prouve très - bien que la Nécromantie eſt
un art déteſtable ; que le Diable n'a point
- le pouvoir de faire apparoître les Morts
& que c'eſt à des ſecrets pareils à celui de
la Lanterne magique qu'on doit attribuer
tous les tours de paſſe paſſe des Devins.
On trouve à ce propos une explication trèsbien
détaillée de cette Lanterne magique ,
c'étoit ici ſa vraie place , cette Differtation
eſt ſuivie d'une autre qui n'eſt pas moins intéreſſante
ſur les Lutins & les Farfadets,
M. Pierquin qui a examiné les faits avec
- attention , convient qu'il a paru des Fantômes
ſur la terre avant la venie de J. C,
mais il pretend qu'il n'en eſt plus queſtion
depuis la prédication de l'Evangile ; il prous
:
:
+
120 MERCURE DE FRANCE.
ve très-bien que les Contes que l'on fait au
ſujet des Eſprits folets , fantômes &c. doivent
être mis au rang des Fables.
ce
>>Notre imagination , dit-il , ne peut ſe
>> repreſenter toutes les douleurs que fouffrent
les Anges malheureux , cependant
>> des Diables qui font mille fingeries ne
donnent - ils pas à comprendre que la
>> vengeance du Seigneur ne les accable pas
toujours. Ainſi lesDemons ne peuvent s'é-
১১
>> riger en Efprits folets.
...
L'Auteur n'eſt pas plus credule ſur le Sabat
, nous apprenons de lui , qu'il n'y en a
point. >> Mais que certains Sorciers pour
20 courir avec plus de viteſſe ſans laffitude ,
» ſe frotent avec un onguent compoſée d'a-
>> xonge humaine , de Mandragore pulveri-
> ſée , de jus d'Ache , de Pavots , de Panets
>> ſauvages & de quelques autres herbes
>> ſemblables , mais que bien loin d'être en-
>> levés par la cheminée &de courir en l'air
ככ
,
fur un manche à balai , ils s'endorment. >>>
M. Pierquin ne croit pas non plus que les
Sorciers & les Magiciens puiſſent changer la
figure naturelle des autres hommes , cette
erreur eſt doctement & foigneufement refutée.
On trouve encore dans ce recueil , plufieurs
autres Diſſertations auſſi curieuſes.Telle
eſt celle où l'on explique pourquoi le cocq
chan
DECEMBRE. 1744. 121
chante le matin , nous exhortons les Lecteurs
à lire ces choſes dans le livre mente.
Fermer
3090
p. 121-122
Voyages & Avantures du Comte de ** & de son fils, [titre d'après la table]
Début :
LES VOYAGES & Avantures du Comte de *** & de son Fils, en trois volumes, [...]
Mots clefs :
Fils, Père
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyages & Avantures du Comte de ** & de son fils, [titre d'après la table]
LES VOYAGES & Avantures du Comte
de *** & de ſon Fils , en trois volumes ,
imprimé en Hollande , à Amſterdam chés
Pierre Marteau , ſe vendent à Paris chés
Barrois , Quai des Auguftins.
On ne donnera point un Extrait de cet
Ouvrage , qui étant un tiſſu d'évenemens enchaînés
& relatifs les uns aux autres , perdroit
infiniment à être découfu. Je crois qu'il ſuffira
pour en donner une idée avantageuſe ,
dedéclarer le deſſein de l'Editeur, expliqué
dans ſa Préface , & pour ne le point alterer
nous nous fervons de ſes termes.
د
>> De tous les Livres que l'on préſente au
>> Public , aucuns ne paroiſſent être reçus avec
>> plus d'empreſſement, que ceux qui joignant
>> l'utile à l'agréable , peuvent inſtruire en
>> amuſant . Celui-ci dont j'ai fait une lecture
attentive , m'a paru être de ce nombre.
C'eſt un Pere qui ramaſſant ſur un Fils uni-
> que toute ſa tendreſſe , ne croit ſe devoir
>> repoſer que ſur lui ſeul du ſoin de ſon in-
20 ſtruction , & il y eſt déterminé par un éve-
„ nement qui lui fait comprendre que les
» ſoins du Gouverneur le plus habile & le
>> plus zelé , ne peuvent guéres ſuppléer à
F
1
122 MERCURE DE FRANCE.
>> ceux d'un Pere d'autant plus intereffé à
perfection d'un fils tendrement cheri ,
כ כ
סכ qu'il eſpere de revivre glorieuſement en
»lui.
On étale enſuite les inconveniens d'une
éducation étrangere ; on pourroit combattre
auſſi l'éducation paternelle , & prouver aufli
clairement que la jeuneſſe eſt quelquefois
plus mal élevée par ſes Parens que par les
Précepteurs. Notre Voyageur Philofophe n'ignore
pas ces difſtinctions , mais il eſt affranchi
des préjugés du ſang , & il gouverne fon
fils , gouverné lui-même par la raifon .
>>II lui donne des leçons dictées par l'hon-
>> neur , la Religion , la probité , &par la
>> vertu elle-même. Mais il y a encore une
>> autre forte d'inſtruction qu'il ne néglige
>> pas , & elle nous vient de la force de l'e-
>> xemple . Rien n'eſt plus capable de nous
סכ animer à la pratique de la ſageſſe , & de
>> nous détourner du vice , que la vue des
>> récompenfes ou des châtimens dont les
>> uns & les autres font ordinairement fuivis.
Il eſt témoin pendant ſon voyage d'un
>> grand nombre d'avantures , dont le dé-
>> nouement eſt ou le triomphe de la vertu
>> ou la punition du vice .
Le Lecteur jugera fi ce plan ſenſé eſt parfaitement
executé,
de *** & de ſon Fils , en trois volumes ,
imprimé en Hollande , à Amſterdam chés
Pierre Marteau , ſe vendent à Paris chés
Barrois , Quai des Auguftins.
On ne donnera point un Extrait de cet
Ouvrage , qui étant un tiſſu d'évenemens enchaînés
& relatifs les uns aux autres , perdroit
infiniment à être découfu. Je crois qu'il ſuffira
pour en donner une idée avantageuſe ,
dedéclarer le deſſein de l'Editeur, expliqué
dans ſa Préface , & pour ne le point alterer
nous nous fervons de ſes termes.
د
>> De tous les Livres que l'on préſente au
>> Public , aucuns ne paroiſſent être reçus avec
>> plus d'empreſſement, que ceux qui joignant
>> l'utile à l'agréable , peuvent inſtruire en
>> amuſant . Celui-ci dont j'ai fait une lecture
attentive , m'a paru être de ce nombre.
C'eſt un Pere qui ramaſſant ſur un Fils uni-
> que toute ſa tendreſſe , ne croit ſe devoir
>> repoſer que ſur lui ſeul du ſoin de ſon in-
20 ſtruction , & il y eſt déterminé par un éve-
„ nement qui lui fait comprendre que les
» ſoins du Gouverneur le plus habile & le
>> plus zelé , ne peuvent guéres ſuppléer à
F
1
122 MERCURE DE FRANCE.
>> ceux d'un Pere d'autant plus intereffé à
perfection d'un fils tendrement cheri ,
כ כ
סכ qu'il eſpere de revivre glorieuſement en
»lui.
On étale enſuite les inconveniens d'une
éducation étrangere ; on pourroit combattre
auſſi l'éducation paternelle , & prouver aufli
clairement que la jeuneſſe eſt quelquefois
plus mal élevée par ſes Parens que par les
Précepteurs. Notre Voyageur Philofophe n'ignore
pas ces difſtinctions , mais il eſt affranchi
des préjugés du ſang , & il gouverne fon
fils , gouverné lui-même par la raifon .
>>II lui donne des leçons dictées par l'hon-
>> neur , la Religion , la probité , &par la
>> vertu elle-même. Mais il y a encore une
>> autre forte d'inſtruction qu'il ne néglige
>> pas , & elle nous vient de la force de l'e-
>> xemple . Rien n'eſt plus capable de nous
סכ animer à la pratique de la ſageſſe , & de
>> nous détourner du vice , que la vue des
>> récompenfes ou des châtimens dont les
>> uns & les autres font ordinairement fuivis.
Il eſt témoin pendant ſon voyage d'un
>> grand nombre d'avantures , dont le dé-
>> nouement eſt ou le triomphe de la vertu
>> ou la punition du vice .
Le Lecteur jugera fi ce plan ſenſé eſt parfaitement
executé,
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3091
p. 123-130
Journal de Henri III, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
JOURNAL DE HENRY III, Roi de France & de Pologne, ou Memoires pour [...]
Mots clefs :
Henri III, Journal, Roi, Volume, Règne, Remarques, Henri IV, Pierre de L'Estoile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal de Henri III, Extrait, [titre d'après la table]
JOURNAL DE HENRY III , Roide
France & de Pologne , ou Memoires pour
ſervir à l'Hiſtoire de France , par M. Pierre
de l'Etoille. Nouvelle Edition , accompagnée
de Remarques Hiſtoriques , & des Pieces
manufcrites les plus curieuſes de ce Regne.
in- 8 . à la Haye, & fe trouvent à Paris chés la
Veuve Gandouin , Quai des Auguſtins à la
Belle Image. 5 vol.
Le Journal du Roi Henry III. eſt un
Ouvrage fi connu & fi eſtimé pour l'Hiſtoire
du XVI. fiécle , qu'il eſt inutile d'en retracer
ici l'éloge , il ſuffit de faire connoître
ce qu'il y a de curieux & de fingulier dans
cette nouvelle Edition , & ce qui la diftingue
des autres. Les anciennes ne contenoient
qu'un Extrait du véritable Journal
du Roi Henry III. dont le Regne agité
par les plus étranges factions , fut enfin
terminé par la plus triſte cataftrophe.
Cet Extrait avoit été fait par M. Servin , Avocat
Général au Parlement de Paris , ſous les
Régnes de Henri III. & de Henri IV. C'eſt
ce qu'on a imprimé juſqu'ici dans plus de
20 Editions qui en ont paru depuis l'an 1620,
mais ce Journal paroît ici ſous une forme
plus exacte & plus complette qu'on ne l'avoit
eu.
Le nouvel Editeur de ce Livre ne s'eſt
pas contenté de l'Extrait de M. Servin, dont
Fij
124 MERCURE DE FRANCE ,
le travail , quoique bon , étoit fort imparfait
en comparaiſon de l'Original. Cet Original
contient les Mémoires de M. de l'Etoille
, Audiencier en la Grande Chancellerie
du Palais , mort en 1611. Nous ſommes
redevables de la publication de cet Ouvrage
aux foins de M. Jean Godefroy , qui
eſt mort en 1732 Procureur du Roi au
Bureau des Finances de Lille, & Garde des
Archives des Comtes de Flandres. Ce fut en
1719 que cet habile & vertueux Citoyen
fit paroître ce Journal ſous le titre de Mémoires
pour ſervir à l'Hiſtoire de France ,
par M. de l'Etoille , in- 8. 2 volumes. On
ne publie aujourd'hui que la partie qui regarde
le Régne de Henri III , celle qui
traite du Régne de Henri IV a été de nouveau
publiée en 1741 en 4 volumes in-8 .
mais beaucoup plus complette , que ne l'avoit
eu M. Godefroy. On y voit d'amples
remarques & des Pieces fort curieuſes. Par
ce moyen nous avons les Mémoires de M.
de l'Etoille preſque auſſi entiers qu'il les
ayoit faits lui-méme .
Voici ce qui ſe trouve de plus remarquable
dans cette nouvelle Edition. Celui
qui en a pris foin ne s'eſt pas contenté de
publier l'Ouvragetel qu'il eſt ſorti des mains
du premier Auteur, il s'eſt encore charge
de le revoir ſur les differentes Editions , &
DECEMBRE. 1744. 125
fur quelques Manufcrits du tems. Des remarques
utiles & intereffantes accompagnent
le Journal & font placées immédiatement
fous le Texte. Cette partie forme le premier
& la moitié du ſecond volume de cette
Collection. Cependant comme les Mémoires
de M. de l'Etoille commencent à l'an
1515 , & marchent fort rapidement juſqu'à
l'an 1574 , que mourut le Roi Charles IX
frere & prédéceſſeur de Henri III , le nouvel
Editeur a cru pouvoir ſemer legerement
ſur cette partie préliminaire quelques notes
& y joindre même quelques Pieces. La
premiere regarde le Régne de François I;
c'eſt une Lettre fort curieuſe , où ce Prince
fait à Madame Louiſe de Savoye ſa Mere,
une Relation fort exacte de la fameuſe Ba
taille de Marignan. Les autres Monumens de
ce Volume traitent de la fatale Journée de la
Saint Barthelemy en 1572 , & le volume
finit par la Tragédie de l'Amiral de Coligny
, morceau rare & fingulier qui ſeul ſe
vendoit plus cher qu'on ne fait les cinq
Volumes de cette Collection .
Le ſecond volume qui renferme la ſuite
du Journal , eſt accompagné de notes
plus abondantes. Il eſt vrai que l'année
1587 & les fuivantes , furent des tems de
criſe où ſe paſſerent les plus étranges révolutions
de ce Regne , cette partie eſt ſui-
Fiij
26 MERCURE DE FRANCE.
,
vie de cinq piéces affés curieuſes.; outre le
Diſcours merveilleux fur atherine de Medicis
, Satyre aigre & mordicante qui reparoît
ici décorée de quelques obſervations
où ſe trouve encore la Bibliotheque de Madame
de Montpenſier , dont les remarques
qui font de M. Godefroy ne font pas moins
de plaifir que les Titres ingenieux des Livres
qu'on yannonce , ces prétendus Livres
dévelopent l'Hiſtoire ſecrette de ces tems
orageux , mais le morceau le plus curieux
de ce volume , eſtun Journal d'un Ligueur ,
tiré des Manufcrits de la Bibliotheque de
Sa Majefté. Il s'étend depuis le 24 Decembre
1588 , juſqu'au dernier Avril 1589 ;
ce Journal mérite l'attention des Amateurs ,
par le fanatiſme de la Ligue qu'on y voit
regner , & qui ſeroit peut-être incroyable ,
ſi l'on ne ſçavoit par d'autresMonumens
juſqu'où les peuples abuſés & ſéduits font
capables de porter leurs extravagances.
Le troiſieme-volume de cette Collection ,
contient 49 piéces qui ſervent de preuves
aux faits les plus eſſentiels du Journal, Elles
font toutes extrémement curieuſes & fingulieres
, & tout au plus y en avoit -il 8 ou
9 , qui euſſent déja paru , les 40 autres
font tirées des Manufcrits authentiques ,
foit de la Bibliotheque du Roi , foit de celle
de l'Abbaye Royale de faint Germain des
DECEMBRE. 1744 127
Près , foit enfin des Manufcrits de M. Dupuis,
poffedés aujourd'hui par M.Joli de Fleuri,
Procureur Général du Parlement,qui ſe fait
un plaiſir de les communiquer généreuſement
au Sçavans. Ce que l'on diftingue le
plus parmi tous ces Monumens , font quel
ques Traités d'Alliance avec le Grand Seigneur
, par leſquels le Roi Henri III. obtient
des avantages conſidérables pour le
Commerce de la Nation Françoiſe dans
les Echelles du Levant : le Journal des premiers
Etats de Blois en 1576 par le Duc
de Nevers , la mort de Henri I. Prince de
Condé , empoisonné en 1588 , la Relation
de la mort des Guiſes , fur la fin de la
même année , ne font pas les endroits les
moins inſtructifs de ce volume , qui finit
par la Guiſiade de Pierre Matthieu , & qui
n'étoit ni moins rare ni moins recherchée que
celle de l'Admiral de Coligni.
Le quatriéme volume renferme des piéces
d'un tout autre genre. La deſcription de
l'Ifle des Hermaphrodites eſt une Satyre
affés ingenieuſe du Regne de Henri III. Il
y paroît avec ſes Favorisdans des ſituations
peu avantageuſes. Les autres Monumens qui
rempliffent ce volume,regardent le Roi Henri
IV.; toutes ces pieces accompagnoient les
dernieres Editions du Journal de Henri III.
Teile est l'Hiftoire des amours du grand Al-
Fiuj
428 MERCURE DE FRANCE.
candre, les Lettres à Madame de Beaufort &
à la Marquiſe de Verneuil;l'ingénieuſe apologie
de cegrand Roi , le Divorce Satyrique ,
piece dont les faits paroiſſent portés audelà
des juſtes bornes de l'Hiſtoire , qui ne
ſe permet pas autant de médiſance ; enfin
on y voit le Recueil des paroles remarquables
de ce Prince , petit Ouvrage dont
nous ſommes redevables à M. de Perefixe ,
qui avant que d'être Archevêque de Paris ,
fut Precepteur du feu Roi Louis XIV. On
a cru devoir mettre ce Recueil dans cette
Collection , parce qu'il manque dans la plûpart
des Editions de la vie de Henri IV. , qui
paſſe ſous le nom de M. de Perefixe , il faut
avouer cependant que dans cette Edition
on a augmenté ce Recueil de quelques actions
d'éclat qui font honneur à ce Prince ,
& comme on a joint aux Lettres de Henri
IV. dix-neuf Lettres de ce Prince qui n'avoient
point encore paru , & qui font copiées
ſur les Originaux , on les a rangées
toutes dans l'ordre Chronologique.
Enfin le cinquiéme volume de cette nouvelle
Edition renferme une piéce connue depuis
long-tems. C'eſt la Confeffion Catholique
de Sanci. D'aubigné , qui en eſt l'Auteur
, y a donné carriere à fon imagination&
à fon eſprit Satyrique. Nicolas de
Harlay Sancy , qui eſt le but de cette SaDECEMBRE,
1744 129
tyre valoit infiniment mieux que D'aubigné ,
il n'ya point de comparaiſon à faire, ce dernier
avoit beaucoup d'eſprit,mais peu de prudence
& de retenuë , il plaifoit pour quelques
momens par ſes vivacités & ſon feu , au lieu
que Sancy avoit beaucoup de fens & de
jugement , c'étoit veritablement un grand
homme d'Etat , & qui a rendu des ſervices
eſſentiels aux Rois Henri III. & Henri IV.
Il étoit ſage & difcret , & a fouffert ſes difgraces
en vrai Philoſophe , & s'il eſt permis
dedire ce qu'on penſe d'un pareil Ouvrage
, il eſt moins eſtimé par lui-même que
par les ſçavantes & curieuſes remarques dont
il a été illuſtré par M. le Duchat , célebre
Refugié François à Berlin ; ce Sçavant y
developpe par l'Hiſtoire beaucoup de faits
finguliers de ces tems orageux , mais dans
cette Edition l'on a joint aux remarques de
Mrs. le Duchat & Godefroy quelques obſervations
particulieres , qui ne font aucun
tort à cet Ouvrage.
Enfin on peut dire que l'Edition nouvelle
du Journal de Henri III. que l'on annonce
ici , eſt la plus complette & la plus
curieuſe que nous ayons de cet Ouvrage ,
il ſeroit à ſouhaiter que les beaux Monumens
de notre Hiſtoire fufſent auſſi bien
éclaircis , c'eſt une juſtice que l'on ne ſçauroit
s'empêcher de rendre à l'Editeur .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE. 4
Le Libraire de fon côté a pris ſoin de
ſa reputation , car on peut affurer qu'il n'y
a guere d'Ouvrage plus magnifiquement
imprimés. La veuve Gandouin , Libraire
près l'Egliſe des Grands Auguſtins , chés
qui l'on trouve cette nouvelle Edition , a
reçû pareillement d'Hollande le Journal de
Henri IV. in- 8 °. en 4 volumes , accompagné
de remarques très inſtructives & de
piéces fort curieuſes ſur le Regne de ce
Grand Roi.
France & de Pologne , ou Memoires pour
ſervir à l'Hiſtoire de France , par M. Pierre
de l'Etoille. Nouvelle Edition , accompagnée
de Remarques Hiſtoriques , & des Pieces
manufcrites les plus curieuſes de ce Regne.
in- 8 . à la Haye, & fe trouvent à Paris chés la
Veuve Gandouin , Quai des Auguſtins à la
Belle Image. 5 vol.
Le Journal du Roi Henry III. eſt un
Ouvrage fi connu & fi eſtimé pour l'Hiſtoire
du XVI. fiécle , qu'il eſt inutile d'en retracer
ici l'éloge , il ſuffit de faire connoître
ce qu'il y a de curieux & de fingulier dans
cette nouvelle Edition , & ce qui la diftingue
des autres. Les anciennes ne contenoient
qu'un Extrait du véritable Journal
du Roi Henry III. dont le Regne agité
par les plus étranges factions , fut enfin
terminé par la plus triſte cataftrophe.
Cet Extrait avoit été fait par M. Servin , Avocat
Général au Parlement de Paris , ſous les
Régnes de Henri III. & de Henri IV. C'eſt
ce qu'on a imprimé juſqu'ici dans plus de
20 Editions qui en ont paru depuis l'an 1620,
mais ce Journal paroît ici ſous une forme
plus exacte & plus complette qu'on ne l'avoit
eu.
Le nouvel Editeur de ce Livre ne s'eſt
pas contenté de l'Extrait de M. Servin, dont
Fij
124 MERCURE DE FRANCE ,
le travail , quoique bon , étoit fort imparfait
en comparaiſon de l'Original. Cet Original
contient les Mémoires de M. de l'Etoille
, Audiencier en la Grande Chancellerie
du Palais , mort en 1611. Nous ſommes
redevables de la publication de cet Ouvrage
aux foins de M. Jean Godefroy , qui
eſt mort en 1732 Procureur du Roi au
Bureau des Finances de Lille, & Garde des
Archives des Comtes de Flandres. Ce fut en
1719 que cet habile & vertueux Citoyen
fit paroître ce Journal ſous le titre de Mémoires
pour ſervir à l'Hiſtoire de France ,
par M. de l'Etoille , in- 8. 2 volumes. On
ne publie aujourd'hui que la partie qui regarde
le Régne de Henri III , celle qui
traite du Régne de Henri IV a été de nouveau
publiée en 1741 en 4 volumes in-8 .
mais beaucoup plus complette , que ne l'avoit
eu M. Godefroy. On y voit d'amples
remarques & des Pieces fort curieuſes. Par
ce moyen nous avons les Mémoires de M.
de l'Etoille preſque auſſi entiers qu'il les
ayoit faits lui-méme .
Voici ce qui ſe trouve de plus remarquable
dans cette nouvelle Edition. Celui
qui en a pris foin ne s'eſt pas contenté de
publier l'Ouvragetel qu'il eſt ſorti des mains
du premier Auteur, il s'eſt encore charge
de le revoir ſur les differentes Editions , &
DECEMBRE. 1744. 125
fur quelques Manufcrits du tems. Des remarques
utiles & intereffantes accompagnent
le Journal & font placées immédiatement
fous le Texte. Cette partie forme le premier
& la moitié du ſecond volume de cette
Collection. Cependant comme les Mémoires
de M. de l'Etoille commencent à l'an
1515 , & marchent fort rapidement juſqu'à
l'an 1574 , que mourut le Roi Charles IX
frere & prédéceſſeur de Henri III , le nouvel
Editeur a cru pouvoir ſemer legerement
ſur cette partie préliminaire quelques notes
& y joindre même quelques Pieces. La
premiere regarde le Régne de François I;
c'eſt une Lettre fort curieuſe , où ce Prince
fait à Madame Louiſe de Savoye ſa Mere,
une Relation fort exacte de la fameuſe Ba
taille de Marignan. Les autres Monumens de
ce Volume traitent de la fatale Journée de la
Saint Barthelemy en 1572 , & le volume
finit par la Tragédie de l'Amiral de Coligny
, morceau rare & fingulier qui ſeul ſe
vendoit plus cher qu'on ne fait les cinq
Volumes de cette Collection .
Le ſecond volume qui renferme la ſuite
du Journal , eſt accompagné de notes
plus abondantes. Il eſt vrai que l'année
1587 & les fuivantes , furent des tems de
criſe où ſe paſſerent les plus étranges révolutions
de ce Regne , cette partie eſt ſui-
Fiij
26 MERCURE DE FRANCE.
,
vie de cinq piéces affés curieuſes.; outre le
Diſcours merveilleux fur atherine de Medicis
, Satyre aigre & mordicante qui reparoît
ici décorée de quelques obſervations
où ſe trouve encore la Bibliotheque de Madame
de Montpenſier , dont les remarques
qui font de M. Godefroy ne font pas moins
de plaifir que les Titres ingenieux des Livres
qu'on yannonce , ces prétendus Livres
dévelopent l'Hiſtoire ſecrette de ces tems
orageux , mais le morceau le plus curieux
de ce volume , eſtun Journal d'un Ligueur ,
tiré des Manufcrits de la Bibliotheque de
Sa Majefté. Il s'étend depuis le 24 Decembre
1588 , juſqu'au dernier Avril 1589 ;
ce Journal mérite l'attention des Amateurs ,
par le fanatiſme de la Ligue qu'on y voit
regner , & qui ſeroit peut-être incroyable ,
ſi l'on ne ſçavoit par d'autresMonumens
juſqu'où les peuples abuſés & ſéduits font
capables de porter leurs extravagances.
Le troiſieme-volume de cette Collection ,
contient 49 piéces qui ſervent de preuves
aux faits les plus eſſentiels du Journal, Elles
font toutes extrémement curieuſes & fingulieres
, & tout au plus y en avoit -il 8 ou
9 , qui euſſent déja paru , les 40 autres
font tirées des Manufcrits authentiques ,
foit de la Bibliotheque du Roi , foit de celle
de l'Abbaye Royale de faint Germain des
DECEMBRE. 1744 127
Près , foit enfin des Manufcrits de M. Dupuis,
poffedés aujourd'hui par M.Joli de Fleuri,
Procureur Général du Parlement,qui ſe fait
un plaiſir de les communiquer généreuſement
au Sçavans. Ce que l'on diftingue le
plus parmi tous ces Monumens , font quel
ques Traités d'Alliance avec le Grand Seigneur
, par leſquels le Roi Henri III. obtient
des avantages conſidérables pour le
Commerce de la Nation Françoiſe dans
les Echelles du Levant : le Journal des premiers
Etats de Blois en 1576 par le Duc
de Nevers , la mort de Henri I. Prince de
Condé , empoisonné en 1588 , la Relation
de la mort des Guiſes , fur la fin de la
même année , ne font pas les endroits les
moins inſtructifs de ce volume , qui finit
par la Guiſiade de Pierre Matthieu , & qui
n'étoit ni moins rare ni moins recherchée que
celle de l'Admiral de Coligni.
Le quatriéme volume renferme des piéces
d'un tout autre genre. La deſcription de
l'Ifle des Hermaphrodites eſt une Satyre
affés ingenieuſe du Regne de Henri III. Il
y paroît avec ſes Favorisdans des ſituations
peu avantageuſes. Les autres Monumens qui
rempliffent ce volume,regardent le Roi Henri
IV.; toutes ces pieces accompagnoient les
dernieres Editions du Journal de Henri III.
Teile est l'Hiftoire des amours du grand Al-
Fiuj
428 MERCURE DE FRANCE.
candre, les Lettres à Madame de Beaufort &
à la Marquiſe de Verneuil;l'ingénieuſe apologie
de cegrand Roi , le Divorce Satyrique ,
piece dont les faits paroiſſent portés audelà
des juſtes bornes de l'Hiſtoire , qui ne
ſe permet pas autant de médiſance ; enfin
on y voit le Recueil des paroles remarquables
de ce Prince , petit Ouvrage dont
nous ſommes redevables à M. de Perefixe ,
qui avant que d'être Archevêque de Paris ,
fut Precepteur du feu Roi Louis XIV. On
a cru devoir mettre ce Recueil dans cette
Collection , parce qu'il manque dans la plûpart
des Editions de la vie de Henri IV. , qui
paſſe ſous le nom de M. de Perefixe , il faut
avouer cependant que dans cette Edition
on a augmenté ce Recueil de quelques actions
d'éclat qui font honneur à ce Prince ,
& comme on a joint aux Lettres de Henri
IV. dix-neuf Lettres de ce Prince qui n'avoient
point encore paru , & qui font copiées
ſur les Originaux , on les a rangées
toutes dans l'ordre Chronologique.
Enfin le cinquiéme volume de cette nouvelle
Edition renferme une piéce connue depuis
long-tems. C'eſt la Confeffion Catholique
de Sanci. D'aubigné , qui en eſt l'Auteur
, y a donné carriere à fon imagination&
à fon eſprit Satyrique. Nicolas de
Harlay Sancy , qui eſt le but de cette SaDECEMBRE,
1744 129
tyre valoit infiniment mieux que D'aubigné ,
il n'ya point de comparaiſon à faire, ce dernier
avoit beaucoup d'eſprit,mais peu de prudence
& de retenuë , il plaifoit pour quelques
momens par ſes vivacités & ſon feu , au lieu
que Sancy avoit beaucoup de fens & de
jugement , c'étoit veritablement un grand
homme d'Etat , & qui a rendu des ſervices
eſſentiels aux Rois Henri III. & Henri IV.
Il étoit ſage & difcret , & a fouffert ſes difgraces
en vrai Philoſophe , & s'il eſt permis
dedire ce qu'on penſe d'un pareil Ouvrage
, il eſt moins eſtimé par lui-même que
par les ſçavantes & curieuſes remarques dont
il a été illuſtré par M. le Duchat , célebre
Refugié François à Berlin ; ce Sçavant y
developpe par l'Hiſtoire beaucoup de faits
finguliers de ces tems orageux , mais dans
cette Edition l'on a joint aux remarques de
Mrs. le Duchat & Godefroy quelques obſervations
particulieres , qui ne font aucun
tort à cet Ouvrage.
Enfin on peut dire que l'Edition nouvelle
du Journal de Henri III. que l'on annonce
ici , eſt la plus complette & la plus
curieuſe que nous ayons de cet Ouvrage ,
il ſeroit à ſouhaiter que les beaux Monumens
de notre Hiſtoire fufſent auſſi bien
éclaircis , c'eſt une juſtice que l'on ne ſçauroit
s'empêcher de rendre à l'Editeur .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE. 4
Le Libraire de fon côté a pris ſoin de
ſa reputation , car on peut affurer qu'il n'y
a guere d'Ouvrage plus magnifiquement
imprimés. La veuve Gandouin , Libraire
près l'Egliſe des Grands Auguſtins , chés
qui l'on trouve cette nouvelle Edition , a
reçû pareillement d'Hollande le Journal de
Henri IV. in- 8 °. en 4 volumes , accompagné
de remarques très inſtructives & de
piéces fort curieuſes ſur le Regne de ce
Grand Roi.
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3092
p. 130-133
AVIS AU PUBLIC Touchant le Livre intitulé : la Sainte Bible, en Latin & en François, avec l'explication du Sens Littéral & du Sens Spirituel, tirée des Saints Peres & des Auteurs Ecclesiastiques. Par M. le Maître de Saci, in-Octavo 32. volumes. Qui se vend à Paris chés Guillaume Desprez, & Pierre-Guillaume Cavelier, ruë S. Jacques, à S. Prosper & aux trois Vertus.
Début :
Nous n'avons pas besoin de faire l'éloge de cet Ouvrage, tout le monde le connoît, [...]
Mots clefs :
Volumes, Exemplaires, Public, Libraires, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC Touchant le Livre intitulé : la Sainte Bible, en Latin & en François, avec l'explication du Sens Littéral & du Sens Spirituel, tirée des Saints Peres & des Auteurs Ecclesiastiques. Par M. le Maître de Saci, in-Octavo 32. volumes. Qui se vend à Paris chés Guillaume Desprez, & Pierre-Guillaume Cavelier, ruë S. Jacques, à S. Prosper & aux trois Vertus.
AVISAU PUBLIC
Touchant le Livre intitulé : la Sainte Bible;
en Latin & en François , avec l'explication
du Sens Littéral du Sens Spirituel , tirée
des Saints Peres & des Auteurs Ecclefiaftiques.
Par M. le Maître de Saci , in-Octavo
32. volumes .
Qui ſe vend à Paris chés Guillaume Defprez
& Pierre-Guillaume Cavelier , ruë S.
Jacques , à S. Profper & aux trois Vertus,
Nous n'avons pas beſoin de faire l'éloge
de cet Ouvrage, tout le monde le connoit,
l'eftime & l'a toujours recherché avec empreſſement.
On ſçait qu'outre la Tradition
de Ecriture Sainte , il contient des notes
préciſes qui en éclairciffent la lettre , & des
Explications morales tirées des Peres & des
meilleurs Commentateurs, M. le Maitre de
DECEMBRE. 1744. 131
Saci , à qui l'on eſt redevable d'un travail ſi
néceſſaire , avoit toutes les qualités requiſes
pour le bien exécuter.
L'avidité avec laquelle le Clergé comme
le peuple s'eſt fourni de cet Ouvrage , l'a
rendu rare , & c'eſt avec regret que n'en
ayant plus qu'un très-petit nombre d'exemplaires
complets , nous nous trouvons à la
veille de ne pouvoir plus fatisfaire à l'empreſſement
du Public , & de voir demeurer
comme inutiles beaucoup de volumes détachés
qui nous reſtent encore.
Pour remedier à ce double inconvenient ,
nons avons cru pouvoir propoſer au Public
de réimprimer les volumes qui nous manquent
pour former un nombre de 500
exemplaires complets , & pour en faciliter
au Public l'acquiſition , nous offrons une diminution
du prix ordinaire de ce Livre qui
eft de 150 liv. que nous réduiſons à 90 liv.
en feuilles , en faveur de ceux qui voudront
s'en aſſurer des exemplaires.
Ce prix modique que nous fixons ſera
payé dans les termes & aux conditions fuivantes.
Les Libraires ont commencé à recevoir
les aſſurances au mois de Novembre dernier..
On a payé alors 18 liv. pour chaque
exemplaire que l'ona afſuré , & dont les
Libraires ont donné une reconnoiffance..
FY
132 MERCURE DE FRANCE.
Au premier Mars 1745 , ceux qui auront
aſſuré donneront encore 18 liv , & on leur
délivrera alors les huit premiers volumes qui
contiennent
La Genefe.
L'Exode & le Levitique .
Les Nombre & le Deuteronome.
Josué, les Juges & Ruth.
Les 4 Livres des Rois , 2 volumes.
Les Paralipomenes , Esdras
Tobie , Judith & Esther.
Néhémias.
Au mois de Janvier 1746, il ſera payé
pareille ſomme de 18 liv. & on livrera les
volumes ſuivans.
Job .
Les Pseaumes en 3 volumes .
Les Proverbes de Salomon.
L'Ecleſiaſte & la Sagesse.
Le Cantique des Cantiques.
L'Ecclésiastique.
Au mois de Juillet 1746 il ſera encore
payé 18 liv. & on recevra les volumes fuivans.
ISaïe.
Jeremie & Baruch.
Ezechiel .
Daniel & les Machabées .
Les douze petits Prophetes.
Saint Mathieu & Saint Marc en 2 vol.
Saint Luc & Saint Jean en 2 volumes,
DECEMBRE. 1744. 153
Enfin au mois de Janvier 1747 , il fera
payé pour la derniere fois 18 liv. & on recevra
le reſte de la Bible , qui contient.
Les Actes des Apôtres.
Les Epures de Saint Paul en 4 volumes..
Les Epures Catholiques.
L'Apocalypse.
Les Libraires ne recevront ces afſu--
rances que juſqu'au dernier Fevrier 1745 .
よ
Ceux qui auront aſſuré leſdits Exemplaires
feront tenus de les faire retirer dans les
tems marqués ou le total au plutard
dans le mois de Juillet 1747 , paffé lequel
tems leurs avances feront perdues pour
eux , & ils ne feront plus admis à repeter
leurs Exemplaires , ou ce qui en reſteroit de
volumes à fournir , ſans laquelle conditio.n
cet avantage n'auroit pas été propofé.
و Ce nombre d'Exemplaires consommé
les Libraires vendront ſans remiſe cette Bi
ble 150 liv. reliée , qui eſt le prix ordinaire.
Touchant le Livre intitulé : la Sainte Bible;
en Latin & en François , avec l'explication
du Sens Littéral du Sens Spirituel , tirée
des Saints Peres & des Auteurs Ecclefiaftiques.
Par M. le Maître de Saci , in-Octavo
32. volumes .
Qui ſe vend à Paris chés Guillaume Defprez
& Pierre-Guillaume Cavelier , ruë S.
Jacques , à S. Profper & aux trois Vertus,
Nous n'avons pas beſoin de faire l'éloge
de cet Ouvrage, tout le monde le connoit,
l'eftime & l'a toujours recherché avec empreſſement.
On ſçait qu'outre la Tradition
de Ecriture Sainte , il contient des notes
préciſes qui en éclairciffent la lettre , & des
Explications morales tirées des Peres & des
meilleurs Commentateurs, M. le Maitre de
DECEMBRE. 1744. 131
Saci , à qui l'on eſt redevable d'un travail ſi
néceſſaire , avoit toutes les qualités requiſes
pour le bien exécuter.
L'avidité avec laquelle le Clergé comme
le peuple s'eſt fourni de cet Ouvrage , l'a
rendu rare , & c'eſt avec regret que n'en
ayant plus qu'un très-petit nombre d'exemplaires
complets , nous nous trouvons à la
veille de ne pouvoir plus fatisfaire à l'empreſſement
du Public , & de voir demeurer
comme inutiles beaucoup de volumes détachés
qui nous reſtent encore.
Pour remedier à ce double inconvenient ,
nons avons cru pouvoir propoſer au Public
de réimprimer les volumes qui nous manquent
pour former un nombre de 500
exemplaires complets , & pour en faciliter
au Public l'acquiſition , nous offrons une diminution
du prix ordinaire de ce Livre qui
eft de 150 liv. que nous réduiſons à 90 liv.
en feuilles , en faveur de ceux qui voudront
s'en aſſurer des exemplaires.
Ce prix modique que nous fixons ſera
payé dans les termes & aux conditions fuivantes.
Les Libraires ont commencé à recevoir
les aſſurances au mois de Novembre dernier..
On a payé alors 18 liv. pour chaque
exemplaire que l'ona afſuré , & dont les
Libraires ont donné une reconnoiffance..
FY
132 MERCURE DE FRANCE.
Au premier Mars 1745 , ceux qui auront
aſſuré donneront encore 18 liv , & on leur
délivrera alors les huit premiers volumes qui
contiennent
La Genefe.
L'Exode & le Levitique .
Les Nombre & le Deuteronome.
Josué, les Juges & Ruth.
Les 4 Livres des Rois , 2 volumes.
Les Paralipomenes , Esdras
Tobie , Judith & Esther.
Néhémias.
Au mois de Janvier 1746, il ſera payé
pareille ſomme de 18 liv. & on livrera les
volumes ſuivans.
Job .
Les Pseaumes en 3 volumes .
Les Proverbes de Salomon.
L'Ecleſiaſte & la Sagesse.
Le Cantique des Cantiques.
L'Ecclésiastique.
Au mois de Juillet 1746 il ſera encore
payé 18 liv. & on recevra les volumes fuivans.
ISaïe.
Jeremie & Baruch.
Ezechiel .
Daniel & les Machabées .
Les douze petits Prophetes.
Saint Mathieu & Saint Marc en 2 vol.
Saint Luc & Saint Jean en 2 volumes,
DECEMBRE. 1744. 153
Enfin au mois de Janvier 1747 , il fera
payé pour la derniere fois 18 liv. & on recevra
le reſte de la Bible , qui contient.
Les Actes des Apôtres.
Les Epures de Saint Paul en 4 volumes..
Les Epures Catholiques.
L'Apocalypse.
Les Libraires ne recevront ces afſu--
rances que juſqu'au dernier Fevrier 1745 .
よ
Ceux qui auront aſſuré leſdits Exemplaires
feront tenus de les faire retirer dans les
tems marqués ou le total au plutard
dans le mois de Juillet 1747 , paffé lequel
tems leurs avances feront perdues pour
eux , & ils ne feront plus admis à repeter
leurs Exemplaires , ou ce qui en reſteroit de
volumes à fournir , ſans laquelle conditio.n
cet avantage n'auroit pas été propofé.
و Ce nombre d'Exemplaires consommé
les Libraires vendront ſans remiſe cette Bi
ble 150 liv. reliée , qui eſt le prix ordinaire.
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3092
AVIS AU PUBLIC Touchant le Livre intitulé : la Sainte Bible, en Latin & en François, avec l'explication du Sens Littéral & du Sens Spirituel, tirée des Saints Peres & des Auteurs Ecclesiastiques. Par M. le Maître de Saci, in-Octavo 32. volumes. Qui se vend à Paris chés Guillaume Desprez, & Pierre-Guillaume Cavelier, ruë S. Jacques, à S. Prosper & aux trois Vertus.
3093
p. 133
Nouvelle Disposition de l'Ecriture Sainte, [titre d'après la table]
Début :
Les mêmes Libraires viennent de réimprimer une petite Brochure in-octavo intitulée : [...]
Mots clefs :
Brochure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Disposition de l'Ecriture Sainte, [titre d'après la table]
Les mêmes Libraires viennent de réimprimer
une petite Brochure in- octavo intitulée :
Nouvelle Diſpoſition de l'Ecriture Sainte
miſe dans un ordre perpétuel pour la lire
toute entiere chaque année , commodément.
& avec fruit ; à laquelle on a ajoûté une Table
des Semaines errantes avec les Fêtes
mobiles , qui commence en l'année 1745.
& qui ne finit qu'en 1776. Cette Brochure
fe vend 10 fols.
une petite Brochure in- octavo intitulée :
Nouvelle Diſpoſition de l'Ecriture Sainte
miſe dans un ordre perpétuel pour la lire
toute entiere chaque année , commodément.
& avec fruit ; à laquelle on a ajoûté une Table
des Semaines errantes avec les Fêtes
mobiles , qui commence en l'année 1745.
& qui ne finit qu'en 1776. Cette Brochure
fe vend 10 fols.
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3094
p. 134
Cantatilles du sieur Lemaire, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Lemaire, Maître de Musique à Paris, donnera au Public, au commencement [...]
Mots clefs :
Symphonie, Cantatille, Basse-taille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cantatilles du sieur Lemaire, [titre d'après la table]
Le ſieur Lemaire , Maître de Muſique à
Paris , donnera au Public , au commencement
du mois de Janvier prochain trois
Cantatilles Nouvelles , fous les Fitres de la
Victoire en Duo pour un Deffus & une
Bafle-Taille , avec ſymphonie, prix trente-fixfols.
La reconnoiſſance , Cantatille pour un
Deffus , avec ſymphonie. Prix vingt-quatrefols.
Les Fêtes champêtres , Cantatille pourune
Baffe-Taille avec accompagnement de
Muſette , Flute , Violons , & Haut bois. C'eſt
la fixiéme Muſette du même Auteur , Prix ,
vingt-quatre-fols.
,
On trouve chés lui 5 autres Cantatil'es
àvingt-quatre-fols piéte. Fanfare ou Concert
de Chambre , pour les Trompettes Timballe,
Violons, Flute,Haut-bois &Baffon, les
trois parties ſéparées quarante-huit fols . Deux
Recueils d'Airs , à trois livres pièce. Six Livres
de Motets à trente-fols pièce.
Tous ces Ouvrages ſe vendent chés l'Auteur
, ruê S. André des Arts , vis à vis la
ruë Gît le - coeur , chés un Vitrier, chés Bllard
, Pere & fils , ruë S. Jean de Beauvais
chés Madame Boivin , ruë S. Honore , à la
Regle d'Or , le fieur Leclerc , rue du Roule,
àla croix d'Or . A Lyon , chés le fieur Debretonne
, ruë Merciere , & à Roüen , chés
le ſieur Henfe , ruë du Sac
Paris , donnera au Public , au commencement
du mois de Janvier prochain trois
Cantatilles Nouvelles , fous les Fitres de la
Victoire en Duo pour un Deffus & une
Bafle-Taille , avec ſymphonie, prix trente-fixfols.
La reconnoiſſance , Cantatille pour un
Deffus , avec ſymphonie. Prix vingt-quatrefols.
Les Fêtes champêtres , Cantatille pourune
Baffe-Taille avec accompagnement de
Muſette , Flute , Violons , & Haut bois. C'eſt
la fixiéme Muſette du même Auteur , Prix ,
vingt-quatre-fols.
,
On trouve chés lui 5 autres Cantatil'es
àvingt-quatre-fols piéte. Fanfare ou Concert
de Chambre , pour les Trompettes Timballe,
Violons, Flute,Haut-bois &Baffon, les
trois parties ſéparées quarante-huit fols . Deux
Recueils d'Airs , à trois livres pièce. Six Livres
de Motets à trente-fols pièce.
Tous ces Ouvrages ſe vendent chés l'Auteur
, ruê S. André des Arts , vis à vis la
ruë Gît le - coeur , chés un Vitrier, chés Bllard
, Pere & fils , ruë S. Jean de Beauvais
chés Madame Boivin , ruë S. Honore , à la
Regle d'Or , le fieur Leclerc , rue du Roule,
àla croix d'Or . A Lyon , chés le fieur Debretonne
, ruë Merciere , & à Roüen , chés
le ſieur Henfe , ruë du Sac
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3095
p. 135
Recueil d'Airs par le sieur Blavet, [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL de Piéces, petits Airs, Brunettes, Menuets &c. accommodés à la Flute [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil d'Airs par le sieur Blavet, [titre d'après la table]
RECEUIL de Piéces , petits Airs , Brunettes
, Menuets &c.accommodés à la Flute
Traverſiére avec des Doubles & Variations
par M. Blavet , Ordinaire de la Muſique
de la Chambre du Roi , de S. A. S. le
Comte de Clermont & de l'Académie
Royale de Muſique , le tout receuilli & mis
en ordre par M. ſe vend 6 liv. en
blanc à Paris chés M. Blavet , au Palais Abbatial
de S. Germain des Prés , chés Madame
Boivin ruë S. Honoré, à la regle d'Or , & chés
M. le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'Or.
, Menuets &c.accommodés à la Flute
Traverſiére avec des Doubles & Variations
par M. Blavet , Ordinaire de la Muſique
de la Chambre du Roi , de S. A. S. le
Comte de Clermont & de l'Académie
Royale de Muſique , le tout receuilli & mis
en ordre par M. ſe vend 6 liv. en
blanc à Paris chés M. Blavet , au Palais Abbatial
de S. Germain des Prés , chés Madame
Boivin ruë S. Honoré, à la regle d'Or , & chés
M. le Clerc , rue du Roule , à la Croix d'Or.
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3096
p. 135-137
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences de Berlin pour l'année 1745.
Début :
LE ROI de Prusse, toujours attentif à c qui peut procurer l'avancement des Sciences [...]
Mots clefs :
Prix, Académie, Devise
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences de Berlin pour l'année 1745.
PRIX proposé par l'Académie Royale des
Sciences de Berlin pour l'année 1745 .
LE ROI de Pruſſe , toujours attentif à
ce qui peut procurer l'avancement des Sciences
& des Arts , ayant augmenté conſidérablement
les Privileges de l'Académie Royale
de Berlin , & l'ayant miſe en état d'affigner
des récompenfes aux Sçavans qui ſe diftin--
gueront par des découvertes curieuſes & intéreſſantes
:
L'Académie pour répondre aux intentions
& aux ordres de Sa Majeſté Pruffienne
propoſe un Prix de cinquante Ducats
en faveur de celui qui réuffira le mieux à
expliquer la véritable cauſe de l'Electricité
1
136 MERCURE DE FRANCE.
des Corps , & de tous les Phenoménes qu'on
y a découverts juſqu'à préſent.
,
,
Le Prix ſe diſtribuera dans l'Aſſemblée
générale de l'Académie , qui ſe tiendra
le 31 May 1745 jour anniverſaire de
l'avenement du Roi au Trône. Les Sçavans
de toutes les Nations font invites
de travailler ſur la matiere. Il leur ſera libre
d'écrire en Latin , en Allemand ou en
François , pourvû que le caractere ſoit bien
liſible , fur-tout quand il y aura des Calculs
Algebriques. Pour obvier à tout inconvenient
on les prie de ne pas mettre leur
nom mais ſeulement une Deviſe aux
Pieces qu'ils fourniront , en y joignant , s'ils
le jugent à propos , un Billet cacheré , qui
contiendra avec la Deviſe de la Piece , le
nom , les qualités & l'adreſſe de l'Auteur.
Ce Billet ne ſera point ouvert , à moins que
la Piece n'ait remporté le Prix. Les Pieces
ſeront reçues juſqu'au Avril 1745 incluſivement
, elles feront adreffées ou remifes
affranchies de port à M. FABER ,
Tréſorier de l'Académie qui en donnera fon
Récepiſſé , où la Deviſe qui ſe trouvera au
bas de la Piece , fera marquée , avec le Numero
felon l'ordre dans lequel elle aura éte
préſentée.
Après que la Piece qui aura remporté le
Prix aura été proclamée dans l'Affemb.ce
DECEMBRE. 1744. 137
générale du 31 Mai 1745 , le Tréſorier
de l'Académie délivrera le Prix , ſoit à l'Auteur
même , ſoit à celui qui ſe trouvera
muni d'un Récepiffé , ou d'une Procuration
de ſa part.
Sciences de Berlin pour l'année 1745 .
LE ROI de Pruſſe , toujours attentif à
ce qui peut procurer l'avancement des Sciences
& des Arts , ayant augmenté conſidérablement
les Privileges de l'Académie Royale
de Berlin , & l'ayant miſe en état d'affigner
des récompenfes aux Sçavans qui ſe diftin--
gueront par des découvertes curieuſes & intéreſſantes
:
L'Académie pour répondre aux intentions
& aux ordres de Sa Majeſté Pruffienne
propoſe un Prix de cinquante Ducats
en faveur de celui qui réuffira le mieux à
expliquer la véritable cauſe de l'Electricité
1
136 MERCURE DE FRANCE.
des Corps , & de tous les Phenoménes qu'on
y a découverts juſqu'à préſent.
,
,
Le Prix ſe diſtribuera dans l'Aſſemblée
générale de l'Académie , qui ſe tiendra
le 31 May 1745 jour anniverſaire de
l'avenement du Roi au Trône. Les Sçavans
de toutes les Nations font invites
de travailler ſur la matiere. Il leur ſera libre
d'écrire en Latin , en Allemand ou en
François , pourvû que le caractere ſoit bien
liſible , fur-tout quand il y aura des Calculs
Algebriques. Pour obvier à tout inconvenient
on les prie de ne pas mettre leur
nom mais ſeulement une Deviſe aux
Pieces qu'ils fourniront , en y joignant , s'ils
le jugent à propos , un Billet cacheré , qui
contiendra avec la Deviſe de la Piece , le
nom , les qualités & l'adreſſe de l'Auteur.
Ce Billet ne ſera point ouvert , à moins que
la Piece n'ait remporté le Prix. Les Pieces
ſeront reçues juſqu'au Avril 1745 incluſivement
, elles feront adreffées ou remifes
affranchies de port à M. FABER ,
Tréſorier de l'Académie qui en donnera fon
Récepiſſé , où la Deviſe qui ſe trouvera au
bas de la Piece , fera marquée , avec le Numero
felon l'ordre dans lequel elle aura éte
préſentée.
Après que la Piece qui aura remporté le
Prix aura été proclamée dans l'Affemb.ce
DECEMBRE. 1744. 137
générale du 31 Mai 1745 , le Tréſorier
de l'Académie délivrera le Prix , ſoit à l'Auteur
même , ſoit à celui qui ſe trouvera
muni d'un Récepiffé , ou d'une Procuration
de ſa part.
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3097
p. 137-138
ESTAMPES NOUVELLES
Début :
LE BENEDICITE, gravé par Lepicié d'après le tableau de M. Chardin. Ce Tableau est [...]
Mots clefs :
Lepicié, Tableau, Portraits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES
ESTAMPES NOUVELLES
LE BENEDICITE , gravé par Lepicié d'après
le tableau de M. Chardon. Ce Tableau eit
placé dans le Cabinet du Roi , & n'eſt pas un
des moindres Ouvrages de M. Chardin , qui en a
fait pluſieurs excellens. Il a été expoſé au Salon
du Louvre , où il a réuni les ſuffrages de tous les
Connoiffeurs .
Le ſujet du Tableau est expoſé dans quatre ve
de M. Lépicié , qui font au bas de l'Eſtampe.
La Soeur en tapinois ſe rit d'un petit Frere ,
Qui bégaye ſon Oraiſon.
Lui ſans s'inquiéter dépêche ſa Priere ;
Son apétit fait ſa raiſon.
Cette Eſtampe ſe vend chés Lépicié.
6
Le ſieur Petit , Graveur ruë S. Jacques
à la Couronne d'épines près les Mathurins
qui continuë de graver la ſuite des portraits
des Hommes Illuſtres du feu ſieur Defrochers
, Graveur ordinaire du Roi , vient de
mettre au jour les deux Portraits ſuivants.
138 MERCURE DE FRANCE.
Jean , Locke Philoſophe né en 1632
mort en 1704 , on lit ces vers au bas :
Quand Locke , dont tu vois les traits ,
Et de qui les Ecrits ne périront jamais
Fait de l'eſprit humain l'analiſe admirable ,
Et que dans tout fon jour il le fait ſi bien voir
Le ſien paroît inconcevable ,
Ainſi que fon profond ſçavoir.
Jean Milton Auteur du Poëme du Paradis
perdu , & de celui du Paradis retrouvé ,
né à Londres en 1608 , mort en 1674,00
lit ces vers au bas.
Par la fublimité de ſon double Poëme ,
Le célebre Milton ſemble être Homere même ,
Et fi ces grands Auteurs font fort pareils entre eux ,
Par leur eſprit fécond & rempli de lumieres ,
La malice du fort offuſquant leurs paupieres ,
Pourmieux les rendre égaux , les aveugla tous deux,
LE BENEDICITE , gravé par Lepicié d'après
le tableau de M. Chardon. Ce Tableau eit
placé dans le Cabinet du Roi , & n'eſt pas un
des moindres Ouvrages de M. Chardin , qui en a
fait pluſieurs excellens. Il a été expoſé au Salon
du Louvre , où il a réuni les ſuffrages de tous les
Connoiffeurs .
Le ſujet du Tableau est expoſé dans quatre ve
de M. Lépicié , qui font au bas de l'Eſtampe.
La Soeur en tapinois ſe rit d'un petit Frere ,
Qui bégaye ſon Oraiſon.
Lui ſans s'inquiéter dépêche ſa Priere ;
Son apétit fait ſa raiſon.
Cette Eſtampe ſe vend chés Lépicié.
6
Le ſieur Petit , Graveur ruë S. Jacques
à la Couronne d'épines près les Mathurins
qui continuë de graver la ſuite des portraits
des Hommes Illuſtres du feu ſieur Defrochers
, Graveur ordinaire du Roi , vient de
mettre au jour les deux Portraits ſuivants.
138 MERCURE DE FRANCE.
Jean , Locke Philoſophe né en 1632
mort en 1704 , on lit ces vers au bas :
Quand Locke , dont tu vois les traits ,
Et de qui les Ecrits ne périront jamais
Fait de l'eſprit humain l'analiſe admirable ,
Et que dans tout fon jour il le fait ſi bien voir
Le ſien paroît inconcevable ,
Ainſi que fon profond ſçavoir.
Jean Milton Auteur du Poëme du Paradis
perdu , & de celui du Paradis retrouvé ,
né à Londres en 1608 , mort en 1674,00
lit ces vers au bas.
Par la fublimité de ſon double Poëme ,
Le célebre Milton ſemble être Homere même ,
Et fi ces grands Auteurs font fort pareils entre eux ,
Par leur eſprit fécond & rempli de lumieres ,
La malice du fort offuſquant leurs paupieres ,
Pourmieux les rendre égaux , les aveugla tous deux,
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3098
p. 138-139
Le secret de faire de l'Encre parfaite, [titre d'après la table]
Début :
NICOLAS Lebrasseur, Marchand Papetier, demeurant à Paris, rue Aubry-le-Boucher, [...]
Mots clefs :
Encre, Chine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le secret de faire de l'Encre parfaite, [titre d'après la table]
NICOLAS Lebraſſeur , Marchand Papetier
, demeurant à Paris , rue Aubry-le-Boucher
, à l'Enſeigne du grand Livre de Lyon,
donne avis au Public , qu'il a reçu de l'un
de ſes freres , qui eſt actuellement à Pontichery
, le fecret de faire de l'Encre parfaite ,
tant luifante , double , que ſeconde , qui ne
DECEMBRE 1744 139
i
4
s'épaiffit point , ſecret que fon frere a rapporté
de la Chine. Il vend toutes fortes de
papier , Regiſtres , Relieures façon de Lyon
& autres : Canifs de Paris , Cire d'Eſpagne ,
Plumes de Hollande , Ecritoires , & toutes
fortes de marchandiſes concernant l'écriture.
, demeurant à Paris , rue Aubry-le-Boucher
, à l'Enſeigne du grand Livre de Lyon,
donne avis au Public , qu'il a reçu de l'un
de ſes freres , qui eſt actuellement à Pontichery
, le fecret de faire de l'Encre parfaite ,
tant luifante , double , que ſeconde , qui ne
DECEMBRE 1744 139
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s'épaiffit point , ſecret que fon frere a rapporté
de la Chine. Il vend toutes fortes de
papier , Regiſtres , Relieures façon de Lyon
& autres : Canifs de Paris , Cire d'Eſpagne ,
Plumes de Hollande , Ecritoires , & toutes
fortes de marchandiſes concernant l'écriture.
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3099
p. 140-143
« L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...] »
Début :
L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Théâtre, Acte, Musique
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texteReconnaissance textuelle : « L'Academie Royale de Musique a remis au Théâtre le Jeudi dix Décembre [...] »
L
'Academie Royale de Muſique a remis
au Théâtre le Jeudi dix Décembre
l'Opéra de Theſée , Tragédie repréſentée
pour la premiere fois devant Louis le Grand ,
à S. Germain en Laie , & depuis à Paris en
differentes repriſes , dont les dernieres ont été
en Novembre 1707. en Janvier 1721. & en
Novembre 1729. Les paroles & la Muſique
de cet Ouvrage font de la compoſition des
deux fameux maîtres de ce genre. Cette piece
eſt une des meilleures du célebre Quinaut.
L'intrigue & le dénouement en font
nobles , & intéreſfans & le gout épuré de
notre fiécle eſt choqué du badinage déplacé
qui ſe trouve mêlé aux ſituations
les plus tragiques. Défauts plus que compenſés
par les beautés poctiques & harmoniques
qui éclatent par tout dans cet
Opera. Les Rolles font exécutés comme
on l'eſperoit des Acteurs qui les rempliffent.
Mlle. Chevalier a infiniment
furpaflé l'attente du Public dans celui de
Medée . Cette Actrice fait des progrès rapides
qui marquent ſon gout & fon applica
DECEMBRE. 1744 . 141
tion. M. de Chaffé eft fublime & majestueux
dans le perſonnage d'Egée ; comme il étoit
terrible , & menaçant dans celui de Poliphême
, & M. Jeliotte arrive ſur la ſcene
avec l'air impoſant d'un vainqueur.
On ne donnera point un extrait ſuivi d'un
Opera auffi connu. On ſe contentera de
parler des divertiſſemens qui meritent d'étre
cités. La feſte du premier acte ſe paſſe dans
le Temple de Minerve. Elle eſt exécutée
par des Prêtreſſes & des Guerriers , armés
d'épées & de boucliers . Les Prétreſſes ont a
la main des poignards. Leurs danſes rappellent
le ſouvenir de la Pirrhique des Grecs ,
& produiſent un ſpectacle très brillant foutenu
juſqu'à la fin par une marche pompeuſe ,
qui vuide le Théâtre avec dignité. La premiere
Prétreſſe de Minerve repréſentée trèsnoblement
par la jeune Mlle. Mets , précede
le Roi , Agle & leur ſuite , qui fort du Theatre
au ſon éclatant des Trompettes.
On obſervera à l'occaſion de cette fortie
frappante & bien deſſinée , que la danſe &
les Choeurs ne devroient jamais entrer ſur le
Theâtre ni en fortir confuſement & fans
ordre , comme il ſe pratique depuis trèslong-
tems. Ils devroient toujours former des
Tableaux variés en arrivant , & en ſe reti
rant. Leur nombre eſt plus que ſuffifant
142 MERCURE DE FRANCE.
pour opérer des combinaiſons infinies. Il eft
contre les regles du Theâtre de les voir arriver
les uns après les autres , dans des attitudes
de gens fortans de leur Toilette. Sur la
Scene tous les mouvemens doivent être mefurés
, & expreffifs .
Dans le divertiſſement du deuxiéme Acte,
le triomphe de Théſée est magnifique. C'eſt
là que les graces ſupérieures de M. Dupré
ſe trouvent placées convenablement. Mile.
Camargo en vieille y danſe un pas de deux
avec M. Dumoulin où elle fait briller la
legereté de la plus vive jeuneſſe. On a été
furpris de compter des Gaulois dans Athenes,
on a cru apparemment que les habits des
vieux Grecs , ignorés des Spectateurs , ne les
réjouiroient pas comme les modes du tems
de François I.
M. Guerardi danſe au troifiéme Acte
deux entrées de Démons avec une force &
une legereté remarquables. Une indifpofition
l'ayant interrompu , M. Pitro jeune
danſeur arrivé de Bordeaux l'a remplacé avec
applaudiſſement.
,
Le quatriéme & le cinquiéme Actes font
terminés par des fêtes très-galantes .
Ladécoration du ſecond Acte eſt neuve ,
c'eſt un Temple de Minerve , dont l'Ordonnance
ſimple a obtenu l'approbation du
Public.
DECEMBRE. 1744 . 143
On a donné le premier Jeudi une répreſentation
d'Acis &Galatée avec la Pantomine
de Mlle . Mimi Dalmand , & de l'inimitable
Pietro Soli , qui crée des pas nouveaux
chaque fois qu'il paroît ſur le Theâtre.
On a remis le Jeudi 31 Décembre le
Ballet des Graces dont les précedens Journaux
ont donné le détail. Il ſera ſuivi de la
charmante Pantomime du Signor Pietro
Soli & de Mlle. Mimi Dalmant.
)
On reprendra vers le Careme l'Ecole des
Amans , Ballet repréſenté l'Eté dernier. Les
Auteurs ont fait des changemens dans les
paroles & la muſique. On y ajoutera un
Acte nouveau .
'Academie Royale de Muſique a remis
au Théâtre le Jeudi dix Décembre
l'Opéra de Theſée , Tragédie repréſentée
pour la premiere fois devant Louis le Grand ,
à S. Germain en Laie , & depuis à Paris en
differentes repriſes , dont les dernieres ont été
en Novembre 1707. en Janvier 1721. & en
Novembre 1729. Les paroles & la Muſique
de cet Ouvrage font de la compoſition des
deux fameux maîtres de ce genre. Cette piece
eſt une des meilleures du célebre Quinaut.
L'intrigue & le dénouement en font
nobles , & intéreſfans & le gout épuré de
notre fiécle eſt choqué du badinage déplacé
qui ſe trouve mêlé aux ſituations
les plus tragiques. Défauts plus que compenſés
par les beautés poctiques & harmoniques
qui éclatent par tout dans cet
Opera. Les Rolles font exécutés comme
on l'eſperoit des Acteurs qui les rempliffent.
Mlle. Chevalier a infiniment
furpaflé l'attente du Public dans celui de
Medée . Cette Actrice fait des progrès rapides
qui marquent ſon gout & fon applica
DECEMBRE. 1744 . 141
tion. M. de Chaffé eft fublime & majestueux
dans le perſonnage d'Egée ; comme il étoit
terrible , & menaçant dans celui de Poliphême
, & M. Jeliotte arrive ſur la ſcene
avec l'air impoſant d'un vainqueur.
On ne donnera point un extrait ſuivi d'un
Opera auffi connu. On ſe contentera de
parler des divertiſſemens qui meritent d'étre
cités. La feſte du premier acte ſe paſſe dans
le Temple de Minerve. Elle eſt exécutée
par des Prêtreſſes & des Guerriers , armés
d'épées & de boucliers . Les Prétreſſes ont a
la main des poignards. Leurs danſes rappellent
le ſouvenir de la Pirrhique des Grecs ,
& produiſent un ſpectacle très brillant foutenu
juſqu'à la fin par une marche pompeuſe ,
qui vuide le Théâtre avec dignité. La premiere
Prétreſſe de Minerve repréſentée trèsnoblement
par la jeune Mlle. Mets , précede
le Roi , Agle & leur ſuite , qui fort du Theatre
au ſon éclatant des Trompettes.
On obſervera à l'occaſion de cette fortie
frappante & bien deſſinée , que la danſe &
les Choeurs ne devroient jamais entrer ſur le
Theâtre ni en fortir confuſement & fans
ordre , comme il ſe pratique depuis trèslong-
tems. Ils devroient toujours former des
Tableaux variés en arrivant , & en ſe reti
rant. Leur nombre eſt plus que ſuffifant
142 MERCURE DE FRANCE.
pour opérer des combinaiſons infinies. Il eft
contre les regles du Theâtre de les voir arriver
les uns après les autres , dans des attitudes
de gens fortans de leur Toilette. Sur la
Scene tous les mouvemens doivent être mefurés
, & expreffifs .
Dans le divertiſſement du deuxiéme Acte,
le triomphe de Théſée est magnifique. C'eſt
là que les graces ſupérieures de M. Dupré
ſe trouvent placées convenablement. Mile.
Camargo en vieille y danſe un pas de deux
avec M. Dumoulin où elle fait briller la
legereté de la plus vive jeuneſſe. On a été
furpris de compter des Gaulois dans Athenes,
on a cru apparemment que les habits des
vieux Grecs , ignorés des Spectateurs , ne les
réjouiroient pas comme les modes du tems
de François I.
M. Guerardi danſe au troifiéme Acte
deux entrées de Démons avec une force &
une legereté remarquables. Une indifpofition
l'ayant interrompu , M. Pitro jeune
danſeur arrivé de Bordeaux l'a remplacé avec
applaudiſſement.
,
Le quatriéme & le cinquiéme Actes font
terminés par des fêtes très-galantes .
Ladécoration du ſecond Acte eſt neuve ,
c'eſt un Temple de Minerve , dont l'Ordonnance
ſimple a obtenu l'approbation du
Public.
DECEMBRE. 1744 . 143
On a donné le premier Jeudi une répreſentation
d'Acis &Galatée avec la Pantomine
de Mlle . Mimi Dalmand , & de l'inimitable
Pietro Soli , qui crée des pas nouveaux
chaque fois qu'il paroît ſur le Theâtre.
On a remis le Jeudi 31 Décembre le
Ballet des Graces dont les précedens Journaux
ont donné le détail. Il ſera ſuivi de la
charmante Pantomime du Signor Pietro
Soli & de Mlle. Mimi Dalmant.
)
On reprendra vers le Careme l'Ecole des
Amans , Ballet repréſenté l'Eté dernier. Les
Auteurs ont fait des changemens dans les
paroles & la muſique. On y ajoutera un
Acte nouveau .
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3100
p. 143-144
« La Comedie Françoise a rejoué l'Ecole des Meres, Piéce en vers & en cinq Actes, [...] »
Début :
La Comedie Françoise a rejoué l'Ecole des Meres, Piéce en vers & en cinq Actes, [...]
Mots clefs :
Comédie-Française, Comédie
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texteReconnaissance textuelle : « La Comedie Françoise a rejoué l'Ecole des Meres, Piéce en vers & en cinq Actes, [...] »
La Comedie Françoiſe a rejoué l'Ecole
des Meres , Piéce en vers & en cinq Actes ,
de M. Nivelle de la Chauffée de l'Academie
Françoiſe. Cette Comédie avoit
déja eù de nombreuſes repréſentations , & fa
repriſe n'a pas été moins applaudie. C'eſt le
fort ordinaire des Ouvrages de M. de la
Chauffée , créateurd'un genre Comique nouveau
, qui fait gouter preſque dans le moment
aux Spectateurs l'attendriſſement & la
joie. On l'imprime actuellement
On a remis à la fuite de l'Ecole des Meres
les Graces ,, petite Comedie de M. de S.
144 MERCUREDE FRANCE.
Foi , Tableau digne de l'Albane où l'on
reconnoît parfaitement le délicat Auteur de
l'Oracle.
des Meres , Piéce en vers & en cinq Actes ,
de M. Nivelle de la Chauffée de l'Academie
Françoiſe. Cette Comédie avoit
déja eù de nombreuſes repréſentations , & fa
repriſe n'a pas été moins applaudie. C'eſt le
fort ordinaire des Ouvrages de M. de la
Chauffée , créateurd'un genre Comique nouveau
, qui fait gouter preſque dans le moment
aux Spectateurs l'attendriſſement & la
joie. On l'imprime actuellement
On a remis à la fuite de l'Ecole des Meres
les Graces ,, petite Comedie de M. de S.
144 MERCUREDE FRANCE.
Foi , Tableau digne de l'Albane où l'on
reconnoît parfaitement le délicat Auteur de
l'Oracle.
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